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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 09:50

Né le 7 mai 1923 à Médonville, dans les Vosges, Hubert Voilquin fut maire UDF de Vittel de 1977 à 1995. Il fut élu député des Vosges de 1978 à 1981, inscrit au groupe UDF, conseiller régional de Lorraine de 1978 à 1981, et conseiller général des Vosges de 1981 à 2001. Il reçut la Légion d'honneur des mains du Président du Sénat Christian Poncelet, ancien maire de Remiremont et président du Conseil général des Vosges à l'époque. Il a passé sa retraite à la chasse à la bécasse. Son épouse Ginette Bastien est morte en 2012.

Lien à lire ("Dernières nouvelles d'Alsace" du 9 juillet 2003) :
http://ete2003.dna.fr/rv1_3.html

SR


 

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18 juin 2015 4 18 /06 /juin /2015 19:13

Né le 16 mai 1939 à Brest, Jean-Yves Cozan fut journaliste breton puis collaborateur de l'ancien ministre centriste André Colin. Jean-Yves Cozan fut élu député UDF du Finistère de mars 1986 à juin 1997. Il fut battu par Kofi Yamgnane. Il fut battu aux élections sénatoriales en septembre 1998. Par ailleurs, il fut élu adjoint au maire de Quimper de 1977 à 1989 conseiller général du Finistère de 1978 à 1997 (et fut vice-président du conseil général) et conseiller régional de Bretagne de 1986 à 1988 et de 1998 à 2004 (comme vice-président du conseil régional). Sa fille Isabelle Le Bal est la première adjointe au maire de Quimper depuis mars 2014. Je me souviens de l'avoir rencontré en août 1988 à Loctudy et m'avait fait l'impression d'un esprit fort et indépendant.

SR
 

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 07:18

Le positionnement central du futur candidat de la droite et du centre sera décisif dans son combat contre le FN à l’élection présidentielle de 2017. Après une division des postures très désordonnée sur la partielle du Doubs, l’UMP semble se ranger de l’avis de NKM au niveau national. Et François Bayrou n’a pas été inactif dans ce recentrage.


yartiBayrou2015A01Le président du MoDem et maire de Pau, François Bayrou, a été l’invité de Patrick Chêne dans l’émission "Politique Matin" le jeudi 19 février 2015 sur LCP.

L’ancien candidat centriste à l’élection présidentielle a montré une nouvelle fois son indépendance politique en prenant ses positions de manière totalement autonome, sans l’esprit de clocher et selon sa propre cohérence politique.

Par exemple, en tant que maire de Pau, François Bayrou a complètement désapprouvé la décision de Robert Ménard, maire de Béziers, d’armer sa police municipale de pistolets, et d’en faire une large publicité. François Bayrou a déclaré avoir armé sa police municipale d’armes non létales, de Flash-Ball et de Taser. Le problème, c’est que le Taser est très dangereux et parce que considéré comme non létal, utilisé plus souvent que si c’était une arme létale.


La proportionnelle contre une majorité FN

François Bayrou a ainsi réaffirmé sa demande d’instauration d’un scrutin proportionnel pour les élections législatives, laissant croire que c’est le seul mode de scrutin existant en Europe (ce qui est faux) et que c’est le seul qui permettrait des majorités d’idées, et le rassemblement derrière des consensus par thème. Ce qui est également faux, la meilleure preuve étant qu’entre mai 1988 et mars 1993, les gouvernements n’avaient bénéficié d’aucune majorité absolue et faisaient adopter leurs projets de loi soit grâce à l’apport des députés communistes, soit, au contraire, grâce à l’apport des députés centristes, et cela dans une assemblée élue au scrutin majoritaire.

Un nouvel argument, à mon sens important, est venu au secours du scrutin proportionnel : avec l’effet majoritaire, un parti qui atteint 30% des voix peut devenir majoritaire à l’Assemblée Nationale, c’est le cas pour le PS en juin 2012. Or, cela signifie que le Front national pourrait très bien, un jour, grâce au scrutin majoritaire, devenir majoritaire en sièges. Et là, effectivement, François Bayrou a raison de s’en inquiéter, puisque le FN a montré depuis 2013 qu’il est capable de passer l’obstacle du premier tour et de rassembler au-delà de son électorat au second tour. Mais ce n’est pas avec un mode de scrutin qu’on doit lutter contre le FN. Et puis, on ne doit pas cuisiner les règles du jeu électoral pour favoriser ou défavoriser tel ou tel parti.


Contre l’adoption de la motion de censure

François Bayrou a également évoqué l’événement parlementaire de la semaine : s’il avait été député (il ne l’est plus), il n’aurait pas voté la motion de censure consécutive à l’application de l’article 49 aliéna 3 pour la loi Macron. Parce que justement, ce projet aurait pu faire l’objet d’un large consensus au sein de l’Hémicycle. Une manière de rappeler que la repolarisation du débat économique n’a pas beaucoup de sens si l’on ne regarde que l’intérêt général. Durant sa campagne présidentielle de 2012, François Bayrou avait prôné une mise en place d’un plan de redynamisation économique dans chaque secteur industrielle. La loi Macron est un premier essai pour déscléroser quelques secteurs économiques, sans doute beaucoup trop timidement pour avoir une influence notable sur la croissance et l’emploi (comme le nom de cette loi le mentionne).

yartiBayrou2015A02

En prenant cette position, il s’est opposé à ses amis de l’UDI qui sont pourtant très proches de lui sur la politique économique qu’il faudrait mener. Mais il a aussi permis à l’UMP de renforcer les attaques contre lui (il sert régulièrement de chiffon rouge pour les militants de l’UMP). Nicolas Sarkozy ne l’a pas raté le 19 février 2015, un moyen pour l’ancien Président de la République de cibler… son concurrent Alain Juppé.


Accord avec Alain Juppé

Et justement, François Bayrou a été très clair, on ne peut plus clair, sur l’éventualité de la candidature à l’élection présidentielle d’Alain Juppé : « Si Alain Juppé est choisi [lors de la primaire UMP], je n’aurai aucun mal à trouver un accord avec lui. ». En clair, il devient évident que le leader centriste ne se présenterait pas si Alain Juppé était candidat. En revanche, il laisse planer plus d’incertitudes dans un autre cas : « Si c’est Nicolas Sarkozy, nous serons libres et nous verrons ce que nous faisons. ».

Le journaliste Joseph Macé-Scaron s’est interrogé sur i-Télé le 19 février 2015 sur la raison pour laquelle François Bayrou, soutien indéfectible d’Alain Juppé, avait voulu quand même déclarer qu’il ne voterait pas la motion de censure, affaiblissant ce même Alain Juppé à l’intérieur de son parti.

Et pour cet éditorialiste, l’hypothèse la plus vraisemblable, ce serait qu’Alain Juppé n’irait pas jusqu’au bout de sa démarche présidentielle. Or, le créneau au centre droit est sans doute la clef du succès présidentiel de 2017, qu’il provienne du PS ou de l’UMP.

Jusqu’à maintenant, seul Alain Juppé occupait ce créneau. Nicolas Sarkozy avait prévu de revenir en politique par un recentrage mais lors de sa campagne à la présidence de l’UMP, il a dû droitiser très fort son discours à cause de la droitisation de la campagne de Bruno Le Maire.

Et François Fillon, considéré alors comme modéré, avait fait une grosse boulette médiatique à la rentrée 2013 où il avait refusé de prendre position entre un candidat FN et un candidat PS (il a récidivé pour l’élection partielle dans le Doubs). Une boulette qui l’a droitisé à outrance et qui l’a fait chuter dans les sondages. Il ne s’en est pas encore relevé. En effet, il avait choqué beaucoup de monde en déclarant le 8 septembre 2013 : « Je conseille de voter pour le moins sectaire. Cela peut arriver [que le candidat socialiste soit le plus sectaire], je ne dis pas que c'est toujours le cas, mais ça peut arriver. » (Europe 1).

Mais les postures évoluent.


Recentrage de Nicolas Sarkozy et de François Fillon

Ainsi, au bureau politique du 3 février 2015, Nicolas Sarkozy s’était montré beaucoup plus recentré que le reste de l’UMP en renonçant au ni-ni et en prônant une liberté de vote avec pour seule consigne de voter contre le FN. Et il a recommencé clairement sur Europe 1 le 19 février 2015 en condamnant tout accord local avec le FN : « Une voix pour Madame Le Pen est une voix pour la gauche. Tout responsable UMP qui conclura un accord avec le Front national sera immédiatement exclu. (…) Je ne suis en accord en rien avec elle. » en commentant l’actualité européenne : « Je dis à tous ceux qui ont voté et sont tentés de voter FN de regarder ce qui se passe en Grèce. L’extrême gauche et l’extrême droite, c’est la même chose ! Il n’y a aucune chance que Tsipras réussisse ! ».

Et Nicolas Sarkozy de considérer sa candidature pas obligatoire : « Si ce n’est pas moi, ce n’est pas moi. (…) Ce n’est pas obligatoire. Je suis revenu pour remettre de l’ordre dans ma famille politique et créer les conditions de l’alternance. On verra bien en 2016, au moment des primaires, lequel sera le mieux placé pour la présidentielle. ». Même si sa rancœur de 2012 n’est pas encore digérée contre François Hollande : « Quand on a expliqué pendant toute une campagne qu’on ferait une politique de gauche, qu’il n’y avait pas de crise dans le pays, que tout était dû à un certain Nicolas Sarkozy, (…) on crée les conditions de la révolte. » et contre la politique du gouvernementale : « Quand on n’a pas la force de convaincre sa majorité, on n’a pas la force de convaincre les Français. (…) Si on utilise l’arme nucléaire pour la toute petite loi Macron, comment pourront-ils faire passer les grandes réformes ? ».

François Fillon s’est également considérablement recentré dans la même journée en affirmant sur BFM-TV en se prononçant en faveur du candidat de la gauche en cas de duel PS/FN au second tour d’une élection présidentielle : « À une élection présidentielle, si ce qui était en jeu, c’était les valeurs de la République, bien entendu, sans aucune hésitation. Et j’espère bien que le candidat de la gauche appellerait à voter pour le candidat de la droite dans la même circonstance. » (19 février 2015).

François Fillon a justifié ce choix en considérant le programme du FN « absurde, c’est une sorte de mélange entre l’extrême gauche et l’extrême droite qui ne peut conduire qu’à la catastrophe économique. C’est un danger qui doit à tout prix être écarté. » et a rappelé l’époque où François Mitterrand, grâce à la proportionnelle, avait permis l’élection de 36 députés du FN entre mars 1986 et juin 1988 : « J’étais président d’une commission. J’en avais cinq dans ma commission, dont un qui avait été condamné à mort par contumace pour avoir tenté d’assassiner le Général De Gaulle. Cela montre que le danger est plus ancien qu’on le dit. ».


La concurrence du FN est la plus redoutable à la prochaine présidentielle

Ce double recentrage de deux concurrents présidentiables d’Alain Juppé pourrait ainsi s’expliquer par le fait que si Alain Juppé renonçait, François Bayrou aurait alors un boulevard dans son positionnement actuel (centre droit anti-FN), que François Fillon et Nicolas Sarkozy ne voudraient donc pas lui céder trop rapidement.

yartiBayrou2015A03

Il en ressort que François Bayrou, qui a été toujours clair sur son refus du FN, même s’il a actuellement peu de chance de remporter l’élection présidentielle (voir les récents sondages), a au moins eu cette influence salutaire de faire recentrer le débat politique à l’UMP sur des positions un peu plus républicaines.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 février 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La clairvoyance de François Bayrou.
Alain Juppé.
Nicolas Sarkozy.
François Fillon.
François Hollande.
Manuel Valls.
Les incohérences de la motion de censure.
L’auto-enfermement de Manuel Valls.
La proportionnelle aux législatives ?
Ni-Ni dans le Doubs.
Changement de paradigme.
Mathématiques militantes.
2017, tout est possible…
Le soldat Bayrou à sauver.
Pourquoi Bayrou ?
Bayrou a refusé des valises pleines de billets.
Moralisation de la vie politique.
Bayrou 2007.
L’homme de Gourette.

yartiBayrou2015A04 



http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-suppleant-163924


 

 

 

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 07:39

Depuis trois semaines, l’UDI est enfin présente dans les médias : son nouveau président Jean-Christophe Lagarde multiplie les prestations à la télévision et à la radio. Il fait partie de ceux qui, demain, compteront de manière déterminante dans la vie politique française.


yartiLeader01Cela fait plaisir de voir que des idées auxquelles l’on croit ont de nouveau droit de cité dans les médias actuels. Jusqu’à maintenant réduite à la seule personnalité de Jean-Louis Borloo, l’Union des démocrates et indépendants a souffert pendant deux ans d’une absence de visibilité, renforcée par le retrait de la vie politique de Jean-Louis Borloo. L’élection de Jean-Christophe Lagarde à la présidence de l’UDI a changé radicalement la donne médiatique et permet aux centristes d’exister à nouveau dans les médias, en rappelant quelques évidences tant sur l’immigration que sur l’Europe, deux thèmes souvent dévoyés par les intérêts électoralistes.

En novembre 2014 s’est mise en place effectivement l’organisation de l’opposition à François Hollande pour les prochaines années : trois congrès de partis ont en effet émaillé les feux de l’actualité avec le renouvellement de leurs instances dirigeantes : l’UDI le 14 novembre 2014 (à Paris), l’UMP le 29 novembre 2014 (à Paris) et le FN le 30 novembre 2014 (à Lyon).


Bruno Le Maire

Le très bon score de Bruno Le Maire (45 ans) avec près de 30% fera de lui, mieux que les autres, l’un des leaders majeurs de demain. Incontournable, comme l’ont été au PS Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, le premier pour sa performance au congrès de Reims en novembre 2008 et le second pour la sienne à la primaire socialiste d'octobre 2011.

C’est d’ailleurs une mauvaise nouvelle pour Alain Juppé qui pourrait voir en Bruno Le Maire un véritable concurrent, aussi intelligent, aussi doué, aussi sérieux, aussi responsable, mais plus jeune et peut-être plus courageux et plus travailleur, puisqu’il s’est frotté au verdict des militants de l’UMP. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs joué très habilement puisqu’il ne cesse aujourd’hui de valoriser Bruno Le Maire, en lui demandant de représenter (avec lui) l’UMP au congrès de la CDU et aussi au congrès du PPE, et en confiant le soin de préparer une primaire ouverte à droite et au centre à Thierry Solère, l’un des très proches de Bruno Le Maire et qui fut aussi l’ancien dissident qui fit trébucher Claude Guéant aux dernières législatives à Boulogne-Billancourt.


J.-C. Lagarde, M. Maréchal-Le Pen et L. Wauquiez

Dans l’émission "Mots croisés" présentée par Anne-Sophie Lapix diffusée en direct le lundi 1er décembre 2014 sur France 2, Bruno Le Maire n’était pas invité mais trois autres (jeunes) députés l’ont été qui représentent, eux aussi, pour des raisons parfois différentes, l’avenir de la politique française.

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Le thème était sur l’avenir de la droite ("Où va la droite ?"), en invitant également l’extrême droite (non revendiquée) et le centre (revendiqué), sans représentant de la gauche.

Jean-Christophe Lagarde (47 ans), député-maire de Drancy depuis près d’une quinzaine d’années, avait sans doute sur le plateau le plus d’expérience sur le terrain et sa présence venait de sa récente élection à la présidence de l’UDI. Il faudra d’ailleurs m’expliquer pourquoi France 2 l’a placé à droite de la députée du Front national. Il avait la même couleur de cravate que Laurent Wauquiez : celle de l’UDI mais aussi de la Haute-Loire qui avait eu longtemps une couleur "centriste".

Laurent Wauquiez (39 ans), député-maire du Puy-en-Velay, ancien ministre de 2007 à 2014, et représentant de la "Droite sociale" à l’UMP (il faudra m’expliquer ce qu’il y a de "social" à dénigrer sans arrêt les droits sociaux et à dénigrer l’assistanat chez ceux qui, parmi les plus défavorisés, ont besoin des aides sociales pour survivre), était là parce qu’il est cité, avec Nathalie Kosciusko-Morizet, pour le poste de numéro deux de l’UMP, sur lequel Nicolas Sarkozy a un peu hésité (le 4 décembre 2014, NKM est finalement nommée "numéro deux" de l’UMP au poste de vice-présidente déléguée et Laurent Wauquier nommé "numéro trois" de l’UMP au poste de secrétaire général). Laurent Wauquiez est un fort en thème, normalien, major à l’agrégation d’histoire, sorti major de l’ENA, et fut repéré par Jacques Barrot (qui vient de disparaître) pour être son "héritier" (hélas, ce dernier est loin de lui avoir transmis son enthousiasme européen, lui qui avait pleuré d’émotion lors de l’attribution du Prix Nobel de la Paix à l’Union Européenne).

Marion Maréchal-Le Pen (24 ans), députée du Vaucluse depuis deux ans, et surtout la petite-fille de son grand-père, la nièce de sa tante, où l’on sait que les liens de famille sont essentiels dans ce parti qui reste, malgré ce qu’elle proclame, un "Front familial" avec la tante à la présidence, le grand-père à la présidence d’honneur, le compagnon au secrétariat général, et des élus de gauche n’hésitent pas non plus à ajouter à la maisonnée le "majordome" Florian Philippot. En étant la mieux élue des apparatchiks du FN lors du dernier congrès à Lyon le 29 novembre 2014, elle a acquis la conviction qu’elle s’est maintenant émancipée de ses liens familiaux.

Participait au débat également la journaliste (de "Challenges") Ghislaine Ottenheimer qui a pris des positions quasiment de gauche en rappelant que l’immigration n’est pas le problème fondamental de la France d’aujourd’hui, qui est le chômage, la désindustrialisation et l’incapacité surtout à créer de nouveaux emplois, de nouvelles activités économiques (le nombre de demandeurs d’emploi est nettement plus élevés que le nombre d’étrangers, de toute façon !).


Proximité programmatique UMP/FN ?

Dans ce débat à trois, j’ai été assez étonné, malgré les dénégations des deux, d’une véritable convergence idéologique entre Laurent Wauquiez et Marion Maréchal-Le Pen, que ce soit sur l’Europe, même si les mesures préconisées sont différentes, le sentiment antieuropéen est le même (Laurent Wauquiez a même prétendu vouloir refaire l’Europe des Six sans savoir quoi faire des vingt-deux autres), sur l’immigration (les mesures prônées sont les mêmes, notamment sur l’aide médicale d’État) ou sur le mariage gay.

Seuls les discours se voulaient antagonistes, Laurent Wauquiez reprochant à Marion Maréchal-Le Pen un FN "poussiéreux" et "démodé", elle-même mettant sans conviction dans le même panier UMP et PS (les contribuables ont pourtant des moyens d’apprécier les différences).


Le courage de Jean-Christophe Lagarde

J’ai été au contraire très heureux que Jean-Christophe Lagarde ait défendu des positions rationnelles, raisonnables, et courageuses par les temps qui courent. Il l’a fait sur plusieurs thèmes de manière claire et nette, sans ambiguïté, au risque de caresser dans le mauvais sens le poil populiste. Il était temps qu’un responsable national ait ce courage de rappeler quelques éléments d’évidence.


Sur l’immigration

En effet, il a par exemple dénoncé ceux qui voudraient supprimer l’aide médicale d’État (AME) pour les étrangers, qui coûte actuellement 700 millions d’euros (et pas un milliard comme souvent proclamé). Ce dispositif avait été installé par le Premier Ministre Lionel Jospin parce qu’on avait constaté une recrudescence de la tuberculose. Le moyen ne servait pas à soigner les étrangers malades, car ils étaient de toute façon soignés gratuitement dans les hôpitaux mais sans facturation. L’AME n’a donc pas augmenté les dépenses de soins mais permet au moins de "tracer" ces malades et d’éviter les épidémies, d’avoir une bonne vision épidémiologique de la France pour protéger aussi et même d’abord les Français. Jean-Christophe Lagarde n’a pas hésité d’ailleurs à reprendre le thème du virus d’Ebola évoqué par Jean-Marie Le Pen en disant que sans l’AME, cela voudrait dire qu’on laisserait un étranger clandestin atteint du virus d’Ebola dans la nature en France, sans soin, avec les risques majeurs de contamination qu’on peut imaginer ! La suppression de l’AME va donc au-delà du déraisonnable, selon l’intérêt bien compris des nationaux.

Toujours sur l’immigration, Jean-Christophe Lagarde a rappelé que le taux d’étrangers sur la population totale a à peine varié (de l’ordre de 8%) en France sur une trentaine d’années alors que le chômage a crû énormément. S’en prendre aux étrangers relève donc d’un véritable phénomène de bouc émissaire qui ne résoudra pas les problèmes économiques qui sont tout autres. Il est donc regrettable que cette obsession idéologique du FN soit reprise souvent par l’UMP et en particulier par Laurent Wauquiez qui méritait mieux que de surfer dans un populisme démagogique assez grégaire.

J’ajoute que le FN ne cesse d’évoquer les environ 200 000 étrangers qui entrent chaque année sur le territoire national en oubliant de parler de ceux qui s’en vont, car ce ne sont que quelques dizaines de milliers qui restent, les autres sont essentiellement des étudiants et des chercheurs associés, des expatriés qui apportent de la richesse à la France. Et Jean-Christophe Lagarde d’insister sur les statistiques fausses portées par le FN à propos du coût de l’immigration. La seule étude fiable car provenant de chercheurs reconnus pour leurs compétences (à Lille) donne au contraire un apport des étrangers de 12 milliards d’euros en cotisations, taxes et impôts divers alors qu’ils bénéficient peu des aides sociales et autres prestations, contrairement à l’idée souvent admise même par les plus modérés.

Jean-Christophe Lagarde a dénoncé justement ce discours qui fustige l’immigration sans rien faire pour l’organiser, car dans tous les cas, les flux migratoires sont ce qu’ils sont et ils sont aujourd’hui bien plus nombreux Afrique vers Afrique que Afrique vers Europe. Le principe de réalité, c’est au contraire d’organiser cette immigration pour favoriser l’intégration des étrangers en France. Il a cité un exemple concret dans sa ville de Drancy : une salle de classe de maternelle a une majorité d’enfants "allophones", c’est-à-dire ne parlant pas français. Or, ce ne sera qu’en CP (à 6 ans) que l’État s’apercevra qu’il faudrait proposer des cours de français supplémentaires. Alors qu’on pourrait le faire dès l’âge de 3 ans. Trois ans de perdu.


Sur l’Europe

Jean-Christophe Lagarde n’est pas non plus timoré sur le sujet européen. Il a préconisé ouvertement une Europe fédérale avec surtout un gouvernement de la zone euro. Tout à fait en accord avec la suggestion récente et pertinente de Valéry Giscard d’Estaing, l’idée est de créer plusieurs Europe, une Europe à deux vitesses, l’actuelle et celle qui s’intégrerait dans une gouvernance plus démocratique et plus efficace, regroupant une douzaine de pays de la zone euro.

Là encore, il a dénoncé ceux qui veulent en finir avec l’Espace de Schengen alors qu’il faudrait au contraire le renforcer. S’il y a des problèmes, c’est parce que l’Union Européenne n’a pas mis suffisamment de moyens pour faire respecter les règles de Schengen à l’intérieur d’un vaste territoire. De plus, supprimer Schengen, ou sortir de cet espace pour la France ne changerait rien au "problème", puisque la Grande-Bretagne est soumise aux mêmes enjeux mais ne fait pas partie de l’Espace de Schengen. Tout le discours sur le sujet reste démagogique mais n’apporte aucune des clefs de résolution.

Enfin, Jean-Christophe Lagarde s’est dit favorable au Traité transatlantique qui permet de s’intégrer dans un vaste ensemble économique qui pourrait imposer ses standards et sa qualité face au Brésil, à la Chine et à l’Inde. Cette lucidité des grands ensembles internationaux paraît très peu compréhensible en France où la classe politique reste systématiquement repliée sur des considérations purement franco-françaises alors que les enjeux économiques sont avant tout mondiaux, et sans cette prise en compte, il n’y a aucune raison d’éviter cette hémorragie industrielle.


Se démarquer

Dans les jours qui ont suivi ce débat, ce fut surtout la collusion idéologique entre Marion Maréchal-Le Pen et Laurent Wauquiez qui a nourri la plupart des commentaires, avec un avantage pour la première qui a su faire taire Laurent Wauquiez sur un certain nombre de sujets (en particulier sur le mariage gay et l’hésitation supposée de Marine Le Pen). Laurent Wauquiez n’avait visiblement pas beaucoup travaillé ses dossiers tandis que Marion Maréchal-Le Pen est devenue une oratrice redoutable, capable d’asséner des idées assez nauséeuse avec un sourire d’ange.

Quant à Jean-Christophe Lagarde, il a présenté une vision très humaniste de la politique, n’hésitant pas à se démarquer des démagogues de tout poils, qu’ils soient politiquement corrects ou incorrects. Il a ainsi pu montrer que l’UDI représentait bien une option nouvelle dans l’offre politique, entre une UMP de plus en plus perméable aux idées du FN et un PS complètement discrédité dans l’exercice du pouvoir.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 décembre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Émission "Mots croisés" du 1er décembre 2014 sur France 2.
Jean-Christophe Lagarde.
Jacques Barrot.
François Bayrou.
Jean-Louis Borloo.
Nicolas Sarkozy.
Marine Le Pen.
Jean-Marie Le Pen.
Bruno Le Maire.

yartiLeader03
 

 
http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-leaders-majeurs-de-demain-160349


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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 20:27

Démocrate-chrétien, humaniste, social, européen, il a toute sa vie prôné un engagement qui rejette les amalgames, les simplismes, les démagogies, les malhonnêtetés intellectuelles. Retour sur un homme de proximité au service de son pays et de ses idées.


yartiBarrot01On reproche trop souvent aux responsables politiques d’être loin du peuple. S’il devait y avoir une seule personne qui ne réponde pas à ce reproche, ce serait Jacques Barrot qui vient de disparaître subitement à 77 ans ce mercredi 3 décembre 2014, le matin, dans le métro parisien (à Neuilly). Sa disparition m’a beaucoup attristé. J’avais eu l’occasion de discuter avec lui à plusieurs reprises dans les années 1990 et il n’avait jamais hésité à écouter, soutenir, encourager toutes les initiatives qu’il jugeait positives.

On aurait pu reprocher beaucoup de choses à Jacques Barrot, d’avoir été le fils de son père et d’avoir ainsi démarré une carrière politique prestigieuse sur le deuil paternel, d’avoir aussi (et je l’ai regretté) préféré les bâtons de maréchal à partir de 2002 en rejoignant l’UMP alors qu’il était un centriste de la trempe d’André Diligent.

On aurait pu lui reprocher son abnégation, son image janséniste, trop peu médiatisée alors qu’il a été dans le flot des plus grandes grèves que le pays a connues depuis un quart de siècle. On aurait pu lui reprocher la course aux honneurs parce que dans cette République, il y a des retraites dorées. On aurait pu lui reprocher aussi ses cumuls des mandats même si c’était à l’époque très fréquent dans les différentes baronnies provinciales. On aurait même pu lui reprocher sa condamnation pour "recel d’abus de confiance" dans le financement irrégulier d’un parti dont il avait la charge à une époque antérieure aux lois sur le financement des partis politiques, ce qui lui permit d’être amnistié par la loi du 3 août 1995.

Mais on ne pourrait jamais lui reprocher sa proximité avec les gens qu’il savait écouter, comprendre. Il savait apprendre d’eux. Avec sa voix très particulière, rassurante, paternaliste, un peu nasillarde, presque chabanique, Jacques Barrot était avant tout un homme de simplicité et de conviction, sincèrement démocrate-chrétien, européen d’intuition, qui a eu la joie d’avoir été projeté dans le cœur même de cette Europe élargie en devenant numéro deux de la Commission Européenne.

Trois carrières en une : locale, nationale et européenne.


Trajectoire locale

Né le 3 février 1937 à Yssingeaux, en Haute-Loire, Jacques Barrot a toujours été fidèle à sa ville natale. Après des études de droit à Aix-en-Provence, il est sorti diplômé de l’IEP de Paris et a choisi de devenir avocat. Mais le sort en a décidé un peu autrement.

Son père, Noël Barrot (1903-1966), pharmacien de province, député de Haute-Loire depuis 1945, maire d’Yssingeaux depuis 1965 et président du Conseil général de Haute-Loire depuis 1964, adhérent du Centre démocrate, le parti nouvellement créé par Jean Lecanuet, est mort brutalement le 8 juin 1966 à Paris.

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Jacques Barrot reprit le flambeau familial en se faisant élire conseiller général d’Yssingeaux le 18 septembre 1966 (il était alors depuis le 15 mars 1965 conseiller municipal dans la municipalité dirigée par son père), puis député de la même circonscription le 12 mars 1967 contre un candidat indépendant (également héritier) qui basa sa campagne sur la fidélité gaulliste. Il conserva cette circonscription jusqu’à sa nomination à Bruxelles en 2004. Il n’avait alors que 30 ans. Il fut également élu maire d’Yssingeaux du 20 mars 1989 au 18 mars 2001.

C’était donc, au départ, un héritier, un peu à l’instar d’autres personnalités du centrisme, comme Dominique Baudis (disparu le 10 avril 2014) et Bernard Bosson. La question, dans ce cas, c’est de savoir ce qu’on fait de cette chance de l’héritage. Or, Jacques Barrot a su saisir toutes les occasions pour s’engager à fond dans ce qu’il a toujours cru, à savoir la construction européenne et le personnalisme communautaire.

Yssingeaux et la Haute-Loire ont été marqués plusieurs décennies par Jacques Barrot qui, du 8 mars 1976 au 30 avril 2004, reprit la présidence du Conseil général que son père avait brièvement occupée avant sa mort. Il prôna le désenclavement de la région avec l’aménagement de nouveaux ouvrages, comme la viaduc du Lignon.

Lors de sa nomination à Bruxelles, il laissa la circonscription à son suppléant, Laurent Wauquiez (normalien et major de l’ENA en mars 2001), qu’il avait repéré quelques années auparavant, et qui, à 29 ans, commença une brillante carrière politique en se faisant élire député le 5 juillet 2004 et en devenant ministre pendant tout le quinquennat de Nicolas Sarkozy.


Trajectoire nationale

Très rapidement, le jeune député Jacques Barrot s’est hissé dans les premiers cercles du nouveau centrisme. Pour la succession du Général De Gaulle, comme beaucoup de centristes proches de Jacques Chaban-Delmas, à l’instar notamment de Jacques Duhamel (1924-1977), il refusa de soutenir Alain Poher pour faire élire Georges Pompidou. Il rejoignit ainsi Bernard Stasi et Pierre Méhaignerie, la jeune garde centriste, au CDP (Centre Démocratie et Progrès) qui était la version pompidolienne du Centre (la séparation de ces deux centrismes s’est retrouvée quarante années plus tard entre le MoDem et le Nouveau centre sur le soutien ou non de Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle).

Lorsque Valéry Giscard d’Estaing fut élu Président de la République, Jacques Barrot fut bombardé à 37 ans au gouvernement, Secrétaire d’État au Logement du 8 juin 1974 au 31 mars 1978. Puis, dans le troisième gouvernement de Raymond Barre, il fut nommé Ministre du Commerce et de l’Artisanat du 31 mars 1978 au 4 juillet 1979 puis Ministre de la Santé et de la Sécurité sociale du 4 juillet 1979 au 13 mai 1981.

Ces sept années dans les ministères lui ont permis d’appréhender la réalité du pouvoir sur les questions qu’il affectionnait beaucoup, l’économie et le social. Il a encouragé les premières rénovations urbaines. Elles l’ont placé également parmi la nouvelle génération (la jeune garde) qui "monta" après la victoire de François Mitterrand. Les centristes s’étaient réunifiés en 1976 au sein du Centre des démocrates sociaux (CDS) et Jacques Barrot a échoué d’en conquérir la présidence au congrès de Versailles le 31 mai 1982 (il s’allia avec Pierre Méhaignerie contre Bernard Stasi pour le second tour).

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Pendant plusieurs décennies, Jacques Barrot fut une figure marquante du centrisme en France. Il fut secrétaire général du CDS de mai 1976 à octobre 1977 puis de mai 1983 à octobre 1991. Il présida également le groupe de l’Union du centre (UDC) à l’Assemblée Nationale de juin 1988 à mars 1993 lorsque le CDS a voulu plus d’indépendance pour aider le Premier Ministre Michel Rocard qui n’avait pas de majorité absolue à gauche. Après le retour au pouvoir de l’alliance UDF/RPR, il fut élu président de la très importante Commission des finances de l’Assemblée Nationale (celle de Didier Migaud et de Jérôme Cahuzac) du 8 avril 1993 au 18 juin 1995, un poste qui lui a permis de connaître à fond les finances de l’État ainsi que les enveloppes budgétaires destinées aux collectivités locales.

Contrairement à la majorité du CDS menée par l’influent ministre Bernard Bosson, Jacques Barrot n’a pas soutenu Édouard Balladur mais Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1995. Grâce à cette prise de position, il retrouva des responsabilités ministérielles quatorze ans après : Ministre du Travail et des Affaires sociales dans les deux gouvernements d’Alain Juppé du 17 mai 1995 au 2 juin 1997. Il fut donc en pleine tourmente sociale puisque ce fut lui qui mena le combat du plan Juppé de réforme de la sécurité sociale et des retraites en hiver 1995.

Après la victoire des socialistes du 1er juin 1997, Jacques Barrot participa à l’unification de la droite et du centre sous l’œil bienveillant de Jacques Chirac : ainsi, dès 1999 (qui marqua un grand revers pour le RPR aux élections européennes à cause de la liste menée par Charles Pasqua), il prépara avec Dominique Perben, Jean-Pierre Raffarin et Michel Barnier ce qui allait devenir l’UMP. Il était donc normal qu’après la réélection de Jacques Chirac, l’un d’entre eux fût nommé à Matignon. Jacques Barrot était même considéré comme le "premier-ministrable" le plus probable.

À la place de Matignon, il eut l’honneur de présider le premier le très imposant groupe UMP à l’Assemblée Nationale après les élections législatives, du 19 juin 2002 au 4 mai 2004 : 365 sièges sur 577 !

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Bernard Accoyer, son successeur à la tête du groupe UMP, qui entre temps était devenu Président de l’Assemblée Nationale, nomma le 23 février 2010 Jacques Barrot membre du Conseil Constitutionnel, succédant à Pierre Joxe, un poste qu’il occupa après son retour de Bruxelles à partir 12 mars 2010 jusqu’à sa brutale disparition.


Trajectoire européenne

Émettre des idées en faveur de la construction européenne était une chose, les mettre en pratique avec les difficultés de mettre tout le monde d’accord, c’en était une autre. Or, Jacques Barrot a eu l’occasion de connaître parfaitement les rouages de l’administration européenne grâce à Jacques Chirac qui l’a nommé à la Commission Européenne le 31 mars 2004 pour remplacer Michel Barnier qui succéda à Dominique de Villepin au Quai d’Orsay.

Jacques Barrot fut même Vice-Président de la Commission Européenne du 22 novembre 2004 au 31 octobre 2009. Il fit partie de la Commission Prodi et de la première Commission Barroso ponctuée avant tout par l’intégration des pays de l’Europe centrale et orientale issue de l’ancien bloc soviétique. Il fut d’abord responsable de la Politique régionale, puis des Transports, et enfin, de la Justice de la Sécurité et des libertés.


Défense de l’humanisme chrétien

À la fin de sa vie, Jacques Barrot avait cherché à s’exprimer sur la vie politique tout en restant dans la réserve que lui imposait son mandat de membre du Conseil Constitutionnel. Il a publié le 1er mars 2012 le livre "De l’indignation à l’engagement, Foi et politique" (éd. Cerf, avec Christophe Bellon et Nicolas Blair) où il dénonça la recherche du pouvoir pour le pouvoir : « Ce livre est un contrepoint à une vie politique parfois trop sous l’empire de l’émotion, du court-termisme, voire de la peoplisation et puis, pas suffisamment attentive à l’honnêteté intellectuelle et au respect de l’adversaire. » ("La Montagne", le 6 avril 2012).

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Comme l’avait fait Bernard Stasi, Jacques Barrot considérait que l’immigration était une chance pour la France mais il ne pouvait pas expliciter plus loin à cause de son devoir de réserve (« Là aussi, je souffre un peu ! »). Ses options humanistes n’étaient pas nouvelles puisqu’il prônait déjà l’abolition de la peine de mort lorsqu’il était ministre sous Valéry Giscard d’Estaing.

Il avait très bien perçu les réels enjeux politiques, rarement évoqués par la classe politique beaucoup trop repliée sur le nombril français : « Ces derniers jours, je parlais avec de jeunes ingénieurs et je leur disais combien leur génération allait être engagée sur la manière dont nous pourrons maîtriser et humaniser la mondialisation. C’est vraiment leur rôle majeur. Sur ce plan, je ne vous cache pas que je souffre un peu d’une campagne présidentielle très hexagonale. Il y a aussi la préservation de la planète. Il faudra progressivement construire au plan international des organisations pour imposer aux États des règles qui permettront d’empêcher le réchauffement de la planète. » (6 avril 2012).

Sa grande gentillesse a laissé un souvenir ému dans tous les camps. Ce n'est pas un hasard si, dès l'annonce de sa mort, Jacques Barrot reçut un hommage appuyé non seulement de François Bayrou et de Nicolas Sarkozy, mais aussi de Claude Bartolone, Président de l'Assemblée Nationale, et du Premier Ministre Manuel Valls devant les députés (avant la séance des questions au gouvernement).

En quittant ce monde, il laisse l’idée que lui, au moins, avait une lucidité exceptionnelle sur ce monde globalisé qui se transforme si vite qu’il est difficile à suivre. Son tort, sans doute, c’est de ne pas avoir lâché toutes ses responsabilités pour libérer sa parole et …ne plus souffrir de la réserve. Condoléances à tous ses proches.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 décembre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Centre des démocrates sociaux.
Le Centre aujourd’hui.
Nommé au Conseil Constitutionnel.
Jean Lecanuet.
Valéry Giscard d’Estaing.
Raymond Barre.
Jacques Chirac.
Alain Juppé.
Nicolas Sarkozy.
Jean-Pierre Raffarin.
Bernard Stasi.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jacques-barrot-la-courtoisie-160320


 

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 14:37

Jacques Barrot est mort subitement ce mercredi matin dans le métro parisien. Ancien ministre et ancien Vice-Président de la Commission Européenne, il était membre du Conseil Constitutionnel depuis 2010. Il était l'un des dirigeants centristes les plus influents des années 1980.

Plus de précision plus tard ici :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-125135762.html


Sylvain Rakotoarison

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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 07:00

L’événement semble boudé par les médias. L’élection du successeur de Jean-Louis Borloo à la tête de l’Union des démocrates et indépendants (UDI) donne la place à une nouvelle génération et ouvre une nouvelle page de l’histoire de la politique française.


yartiUDI2014E03Avec quinze jours d’avance sur l’UMP, l’UDI termine son processus de désignation de son nouveau président à la suite de la démission de Jean-Louis Borloo le 6 avril 2014. Les résultats officiels du vote par correspondance, sous contrôle d’huissiers de justice, ont été publiés ce jeudi 13 novembre 2014 en début de soirée.


Des résultats sans ambiguïté

Le député-maire de Drancy Jean-Christophe Lagarde (47 ans) a été élu avec 10 040 voix (53,5%) face à l’ancien Ministre de la Défense Hervé Morin (53 ans). L’avance de 728 voix du premier tour a presque doublé avec un écart de 1 310 voix, ce qui est loin d’être négligeable. Les deux tiers (65,9%) des 28 755 adhérents inscrits ont participé au vote, ce qui est supérieur à celle du premier tour (58,7%). La mobilisation a donc été très satisfaisante pour une campagne très peu médiatisée.

Et fait notable, seulement 0,9% des votants ont refusé de choisir entre les deux candidats (par un vote blanc ou nul). Jean-Christophe Lagarde avait reçu le soutien du Parti radical, de Laurent Hénart (maire de Nancy et président du Parti radical) ainsi que d’Yves Jégo et de Chantal Jouanno, candidats au premier tour, tandis qu’Hervé Morin avait eu l’appui du député-maire de Neuilly-sur-Seine, Jean-Christophe Fromantin, candidat au premier tour.


Les réactions

Pour Hervé Morin, la défaite est très amère et sans la contester, il l’a relativisée en ne faisant pas preuve d’une très grande "sportivité" : « Compte tenu du faible écart de voix et du contexte si particulier que certains ont relevé, je laisse à chacun le soin de tirer les conclusions qu’il entend de ce scrutin. Pour ma part, je prends acte du résultat, même si les manœuvres décrites par la presse ont altéré la sincérité du processus électoral et je remercie toutes celles et tous ceux qui m’ont fait confiance. ». Il n’y aura donc probablement aucune contestation judiciaire, mais la question demeure sur sa présence au congrès du 15 novembre 2014 à la Mutualité, une présence qui serait un signal fort d’unité des centristes.

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L’heureux élu, Jean-Christophe Lagarde, quant à lui, a souhaité refermer la page de la transition et se remettre vite au travail : « Ce soir, je mesure l’honneur qui m’est fait et le défi qui est devant nous tous. À mon concurrent Hervé Morin, arrivé second, j’adresse un salut fraternel et je tends la main. ».

Un rassemblement que souhaite aussi de ses vœux l’autre successeur de Jean-Louis Borloo, Laurent Hénart, à la tête du Parti radical : « Pour tous ceux qui ont participé à l’élection, candidats comme militants, les intérêts de la maison commune UDI doivent aujourd’hui prévaloir. ».


Le choix d’un Centre conquérant

En préférant Jean-Christophe Lagarde à Hervé Morin, l’UDI a choisi clairement sa volonté de tourner la page et de préparer l’avenir avec une équipe renouvelée et rajeunie, mais aussi bien plus ambitieuse. L’objectif de Jean-Christophe Lagarde est placé très haut puisque c’est finalement la conquête de l’Élysée par un centriste. Jean-Christophe Lagarde, encore assez peu connu par le grand public (il n’a pas bénéficié de l’exposition médiatique qu’offre un portefeuille ministériel), aura encore beaucoup à prouver pour réussir son pari.

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Élu à la tête de l’UDI pour trois ans, il sera celui qui devra adopter la stratégie la meilleure pour l’élection présidentielle de 2017. Nul doute qu’entre le désir de l’autonomie vivement proclamée et la nécessité de préserver les chances pour l’avenir, la question d’une candidature centriste crédible se posera dans un contexte où Marine Le Pen serait portée probablement au second tour.

La première action de Jean-Christophe Lagarde sera de renforcer l’efficacité de l’organisation interne de l’UDI, dans le but d’en faire une machine électorale aussi redoutable que le PS ou l’UMP. Et la seconde sera de préciser le projet politique que le Centre portera sur le plan national dans deux ans.


Perspectives historiques

Ce duel Jean-Christophe Lagarde vs Hervé Morin de 2014 restera dans les annales de l’histoire du Centre en France. Il déterminera pour une grande part l’avenir pour les prochaines décennies de ce Centre si recherché et si peu représenté au plus haut niveau de l’État.

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Un duel qui a divisé le parti centriste grosso modo en deux parties à peu près égales. C’est l’occasion de rappeler deux autres duels qui ont également façonné de manière décisive l’avenir des centristes dans leur histoire : en juin 1982 à Versailles et en décembre 1994 à Vincennes.


Le Congrès de Versailles en mai 1982

Premier congrès après la défaite de Valéry Giscard d’Estaing à l’élection présidentielle du 10 mai 1981, le Centre des démocrates sociaux (CDS) devait se doter d’un nouveau président lors de son congrès qui avait lieu du 29 au 31 mai 1982 à Versailles. Le président sortant, Jean Lecanuet, à la tête du CDS depuis sa fondation six ans auparavant, avait en effet décidé de laisser la place à une nouvelle génération.

Le candidat le plus apprécié des militants et aussi des jeunes était Bernard Stasi, qui fut président délégué, réel dirigeant du CDS alors que Jean Lecanuet présidait également l’UDF. La désignation du nouveau président est excellemment bien racontée par Hervé Torchet sur son blog.

Face au favori Bernard Stasi (51 ans), quatre autres candidats s’étaient présentés, en particulier Jacques Barrot (45 ans), ancien Ministre de la Santé, qui était secrétaire général sortant, et aussi Pierre Méhaignerie (43 ans), ancien Ministre de l’Agriculture. Les enjeux portaient essentiellement sur le positionnement du CDS dans l’optique de la prochaine élection présidentielle (prévue en 1988) : Bernard Stasi était le plus proche de Raymond Barre tandis que Pierre Méhaignerie était réputé comme plus proche de Valéry Giscard d’Estaing.

Bernard Stasi se trouva en tête du premier tour (environ 35% des mandats), mais grâce au soutien de Jacques Barrot à son concurrent du second tour, ce fut Pierre Méhaignerie qui fut élu (et qui fut réélu jusqu’en 1994). Pierre Méhaignerie opta cependant pour un soutien sans faille à la candidature de Raymond Barre et se plaça dans une position de parti du centre droit au sein d’une alliance UDF/RPR acquise d’avance, alors que Bernard Stasi aurait rendu le CDS sans doute plus autonome et plus indépendant.

Pierre Méhaignerie, négociateur très redoutable pour les investitures aux législatives face au RPR, n’avait cependant pas le charisme nécessaire ni l’ambition suffisante pour mener le CDS au plus haut niveau. Pire, il était capable de maladresses qui en disaient long sur son manque d’ambition. Lors d’une université d’été à Ramatuelle en août 1989, intervenant dans l’assistance à l’occasion d’une table ronde, il avait même commencé une phrase en disant : « Si j’étais Premier Ministre… » alors que sous la Ve République, le réflexe aurait plutôt été de dire « Si j’étais Président de la République… ».


Le congrès de Vincennes en décembre 1994

Douze ans plus tard, Pierre Méhaignerie se décida enfin à libérer la place.

Il en était déjà question au congrès d’Angoulême du 11 au 13 octobre 1991, où la jeune génération (les trois B : Baudis, Bayrou, Bosson) piaffait d’impatience (c’était l’époque des Rénovateurs). L’affrontement était presque inévitable entre Pierre Méhaignerie et Dominique Baudis, très populaire député-maire de Toulouse. Et finalement, au dernier moment, un compromis fut trouvé, Pierre Méhaignerie restait en sursis pendant trois ans, Dominique Baudis devenait président exécutif et Bernard Bosson remplaçait Jacques Barrot comme secrétaire général. En refusant de "tuer le père", Dominique Baudis (44 ans) avait raté la seule occasion de s’investir au plus haut niveau de la vie politique française.

Le bilan de Pierre Méhaignerie, c’est qu’il n’y avait aucun candidat issu du Centre susceptible d’être un candidat crédible à l’élection présidentielle de 1995. Les centristes n’allaient être que les arbitres passifs de la rivalité entre Édouard Balladur et Jacques Chirac.

Au début de 1994, la succession de Pierre Méhaignerie semblait sans surprise : Bernard Bosson, seul candidat, devait reprendre les rênes, très apprécié des fédérations départementales qu’il connaissait très bien depuis trois ans. L’élection aurait dû se jouer au congrès de Rouen du 22 au 24 avril 1994. Finalement, il a été décidé que ce congrès ne s’occupât que des élections européennes du 12 juin 1994, dernier scrutin avant l’élection présidentielle de 1995, et la désignation du successeur de Pierre Méhaignerie fut reportée en décembre.

Ces six mois supplémentaires furent mis à profit par François Bayrou (43 ans), soutenu par Pierre Méhaignerie et René Monory (alors Président du Sénat) pour contrer la candidature de Bernard Bosson (46 ans), ministre réputé très balladurien alors que François Bayrou, également ministre, était réputé plus chiraquien (mais l’UDF et aussi le CDS avaient clairement choisi Édouard Balladur). Durant l’automne 1994, le CDS fut véritablement coupé en deux entre partisans de Bernard Bosson et partisans de François Bayrou.

Lors du congrès de Vincennes des 10 et 11 décembre 1994, François Bayrou a gagné son pari en remportant la présidence du CDS avec 665 mandats contre 490 pour Bernard Bosson pourtant favori. Comme dans les autres partis, la désignation se faisait par des mandats tenus par des délégués désignés dans chaque fédération et non par l’ensemble des militants, ce qui est, aujourd’hui, une pratique universelle dans quasiment tous les partis.

Quelques heures après la victoire interne de François Bayrou, Jacques Delors, alors Président de la Commission Européenne, annonça qu’il renonçait à se présenter à l’élection présidentielle de 1995, dont la candidature aurait été majoritairement soutenue par les centristes.

Il était trop tard pour 1995, mais François Bayrou a pu mener le Centre dans les trois élections présidentielles suivantes dont une aurait pu s’avérer gagnante, le 22 avril 2007, rassemblant presque 7 millions de suffrages avec 18,6% des voix au premier tour, le plus haut score national pour un centriste, à l’exception de Valéry Giscard d’Estaing.

En décembre 1994, ce fut bien le conquérant, et non l’héritier, qui fut choisi, avec cette rage de l’ambition et de la conviction qui a pu bousculer les lignes, envers et contre tout. Qui pouvait imaginer que celui qui n’était crédité que de 3% des voix dans les sondages en 2001 pouvait atteindre presque les 20% six ans plus tard ?


2014 pour 2017 voire 2022 ?

L’histoire dira si l’aventure présidentielle de François Bayrou s’est arrêtée le 22 avril 2012. Ce qui est sûr, c’est que le clivage Lagarde/Morin de 2014 est à replacer dans cette perspective historique du clivage Stasi/Méhaignerie en 1982 et du clivage Bayrou/Bosson en 1994.

Ce 13 novembre 2014, assurément, c’est le candidat conquérant qui a gagné, par son ambition et ses convictions, celui qui est parti dans une terre de mission communiste sans aucun atout initial et qui, à force de convaincre les électeurs un par un, a pu faire d’un territoire politiquement hostile un fief fidèle qui le réélit fidèlement depuis une quinzaine d’années.

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2017 sera peut-être encore un peu tôt, mais l’avenir reste ouvert pour les centristes en plaçant ainsi la barre très haut. Mais avant, dès le samedi 15 novembre 2014 au congrès à la Mutualité de Paris, Jean-Christophe Lagarde devra tout faire pour préserver l’unité de l’UDI malgré les rancoeurs et les déceptions suscitées par cette campagne interne.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 novembre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Résultats du second tour de l'élection du président de l'UDI (13 novembre 2014).
Quel projet politique pour l'UDI ?
L'UDI en piste pour la rénovation (18 octobre 2014).
Le plus d'Europe de Valéry Giscard d'Estaing (10 octobre 2014).
Résultats du premier tour de l'élection du président de l'UDI (16 octobre 2014).
L'après-Borloo (1).
L'après-Borloo (2).
Jean-Louis Borloo.
François Bayrou.
L’alliance UDI-MoDem.
La création de l’UDI.
La famille centriste.
Les listes centristes aux européennes de 2014.
Résultats des européennes de 2014.
Jean-Christophe Lagarde.
Hervé Morin.
Le Nouveau centre.
Laurent Hénart.
Rama Yade.
Radicaux de gauche.
Candidature de Jean-Christophe Lagarde.
Candidature d’Hervé Morin.


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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/avec-jean-christophe-lagarde-l-udi-159419

 




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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 20:50

Jean-Christophe Lagarde a été élu président de l'UDI avec 53,49% des voix face à Hervé Morin qui a obtenu 46,51% des voix. Il sera officiellement investi lors du congrès de l'UDI qui se tiendra le samedi 15 novembre 2014 de 10h00 à 17h00 à la Maison de la Mutualité à Paris.

Inscrits : 28 755
Votants : 18 941 (65,87%)
Nuls et blancs : 171
Exprimés : 18 770

Jean-Christophe Lagarde : 10 040 (53,49%)
Hervé Morin : 8730 (46,51%)


Sylvain Rakotoarion (13 novembre 2014)

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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 16:33

Né le 14 mars 1926 à Bruxelles, Xavier de Villepin s'engagea dans la Résistance en 1944 lorsqu'il était étudiant. Il fut ensuite diplômé de HEC et de la Harvard Business School. Il fit une longue carrière d'industriel expatrié de 1950 à 1979 qui l'a conduit à devenir président de Saint-Gobain Vitrage puis directeur général adjoint du groupe. Responsable de l'Union des Français de l'étranger depuis 1960, il fut élu sénateur centriste des Français de l'étranger de 1986 à 2004 et président de la prestigieuse commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat de 1993 à 2002. Il quitta ses fonctions de président de cette commission lorsque son fils Dominique de Villepin fut nommé Ministre des Affaires étrangères en mai 2002. L'excellente bande dessinée "Quai d'Orsay" a mis en scène Xavier de Villepin ainsi que son fils, et a été adaptée récemment au cinéma. Xavier de Villepin fut le père de trois énarques : Dominique, mais aussi Véronique et Patrick.

Sur Dominique de Villepin :

http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-118020670.html


Sur "Quai d'Orsay" :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-121105789.html



Sylvain Rakotoarison (30 octobre 2014)



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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 07:07

Europe politique, décentralisation, réformes économiques et sociales, restauration de l’esprit républicain et de la laïcité, voici les points forts du projet du "Centre conquérant" que porte Jean-Christophe Lagarde, candidat favori à la présidence de l’UDI.


yartiUDI2014D01À l’issue d’un bureau politique réuni le 21 octobre 2014 soir, le Parti radical présidé par le maire de Nancy, Laurent Hénart, a apporté à « une écrasante majorité » son soutien à la candidature de Jean-Christophe Lagarde à la présidence de l’UDI. Avant le retrait de Jean-Louis Borloo, Laurent Hénart et Jean-Christophe Lagarde étaient tous les deux secrétaires généraux de l’UDI.

Depuis l’été, l’Union des démocrates et indépendants (UDI) est en effet en pleine campagne interne pour se choisir un nouveau président qui succédera à Jean-Louis Borloo. Les résultats du premier tour du 16 octobre 2014 ont qualifié Jean-Christophe Lagarde et Hervé Morin pour le second tour dont les résultats seront connus le 13 novembre 2014 (vote par correspondance du 29 octobre au 13 novembre). Le premier connaît une avance en voix sur le second et est passé, au fil de cette campagne, de challenger à favori par sa capacité à rassembler l’ensemble des composantes de l’UDI.


Un homme indépendant

Jean-Christophe Lagarde, qui fut l’un des très rares parlementaires centristes à voter non au référendum sur le Traité constitutionnel européen du 29 mai 2005 et à la ratification du Traité de Lisbonne le 4 février 2008, et qui est en train de déposer une proposition de loi pour retirer la nationalité française à ceux qui, binationaux, reviendraient en France après avoir été formé au jihadisme, nourrit son indépendance d’esprit et la capacité à l’être, ne devant à personne d’autre que lui-même ses mandats de député-maire de Drancy. Il a également voté la loi sur le mariage gay.

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Au-delà des personnes, il y a le projet politique, des valeurs et des idées. Les idées du Centre en France ont rarement été appliquées même si elles ont été souvent pillées à droite ou à gauche. Parce que Jean-Christophe Lagarde ne veut plus d’un centre à la remorque d’une autre formation politique, cinquième d’un carrosse, il souhaite proposer des mesures fortes qui redonnerait de l’oxygène à la vie nationale, que je me propose de présenter ici succinctement.


Les valeurs du Centre au fil de l’histoire

Historiquement, les idées du centrisme (issues des deux branches, laïques pour les radicaux et personnalistes pour les démocrates-chrétiens) ont toujours misé sur la primauté de la personne sur toute autre considération, son respect, sa protection, son épanouissement.

Cet humanisme s’est traduit après la guerre par la construction européenne qui est l’organisation indispensable pour assurer au continent européen la stabilité et la paix, une union qui n’est pas parfaite, loin de là, mais que certains démagogues irresponsables voudraient rejeter aujourd’hui au lieu de contribuer à son amélioration, prêts à détruire trois générations d’efforts parfois difficiles de paix et d’unité, une opportunité ponctuelle qui risque de ne plus se retrouver dans l’histoire des peuples.

Cet humanisme se traduit aussi par une volonté de décentralisation, avec pour principe essentiel (un peu malmené), celui de la subsidiarité, à savoir, mettre les niveaux de décision au plus près possible du terrain. En favorisant donc les collectivités territoriales (à réformer par ailleurs) sans rejeter l’État qui est le garant de l’esprit républicain et du vivre ensemble.

Enfin, plus récemment apparue dans l’expression politique (depuis une quinzaine d’années), la protection de l’environnement devient un élément majeur du vivre ensemble, et Jean-Louis Borloo est sans doute le ministre qui a fait le plus d’avancées concrètes dans ce domaine dans toute l’histoire de la République.


S’adapter à la globalisation des échanges

Parallèlement à ces valeurs, les mesures économique doivent s’adapter à l’indispensable protection des personnes mais aussi à la globalisation des échanges qui nécessite de faire un choix essentiel : veut-on une économie fermée, proche de la soviétisation, ou une économie ouverte, qui permet de vendre de la confiture de quetsche à Sydney ou d’acheter un livre iranien très rare sur un site Internet ? La question a déjà sa réponse depuis une vingtaine d’années : les consommateurs français, peut-être plus que d’autres pays, ont clairement plébiscité l’économie ouverte par leurs habitudes d’achat.

Le Centre refuse évidemment le principe d’une nation repliée sur elle-même car elle ne permettrait pas l’épanouissement de ses citoyens qui ont droit à la libre circulation des biens et des personnes.

Depuis trente-trois ans, l’UMP et le PS se sont alternés au pouvoir, reprenant parfois quelques idées centristes sans forcément les appliquer dans leur esprit, quelquefois avec la participation au gouvernement de quelques centristes dont le poids politique n’a jamais été suffisant pour avoir une influence déterminante dans la conduite de la politique de la nation : « Quelques-uns de nos amis ont parfois participé au pouvoir, mais force est de constater qu’ils étaient réduits à être les bons ouvriers d’une politique qui n’était pas la nôtre… ».


Esquisse du projet politique de l’UDI

Jean-Christophe Lagarde propose ainsi que l’UDI reprenne le leadership de l’alternance pour enfin être en mesure de gouverner selon ses valeurs et leurs cohérences dans l’action publique : « Notre ambition était affichée dès les premiers jours : faire de l’UDI la première force politique de notre pays et conduire la prochaine alternance » avec pour objectif « d’offrir aux Français un chemin d’espoir et de conquérir leur confiance pour exercer nous-mêmes le pouvoir ».

Plus concrètement, voici les principaux points du projet politique.

1. Sur l’Europe

Les centristes sont particulièrement hostiles à l’Europe telle qu’elle s’est engagée depuis une vingtaine d’années, notamment parce qu’elle n’est qu’économique, focalisée sur des indicateurs de gestion et sans perspective pour les peuples. La politique sur la concurrence va à l’encontre des valeurs du Centre qui privilégient plutôt la solidarité à l’intérieur de l’Europe pour se renforcer à l’extérieur de l’Europe.

La situation est telle qu’il est nécessaire de se fédérer en une seule puissance, la première au monde actuellement, pour faire face économiquement à des puissances comme le Chine ou l’Inde.

La souveraineté nationale ne peut se reconquérir que par l’intermédiaire d’une gouvernance économique de la zone euro avec une Europe à deux étages, l’une, actuelle, économique, et l’autre, pour les pays avancés, avec un étage politique, comme le propose aussi Valéry Giscard d’Estaing.

Ceux qui veulent moins d’Europe se trompent ou trompent les Français sur la capacité d’un pays comme la France à survivre au milieu des nouvelles superpuissances mondiales. Ils sont les antipatriotes de la France prêts à l’asphyxier dans un repli mortel. L’avenir national de la France ne peut passer qu’au sein d’une Europe forte et à l’aide d’une économie assainie pour être un pays qui tire et pas, comme aujourd’hui, un pays qui plombe la croissance européenne.

2. Sur l’économie nationale

Des réformes essentielles, qui ont toujours été repoussées depuis vingt ans au gré des clientélismes et des élections, doivent être mises en œuvre pour d’une part, sauver notre modèle social, c’est-à-dire le rendre à nouveau viable (c’est-à-dire sans déficit de fonctionnement permanent), d’autre part, réduire les freins à l’initiative économique (simplifier la vie des entreprises, moins protéger l’emploi pour mieux protéger les employés, etc.).

Cela passe aussi par une refonte fiscale qui restaure l’équité de tous les citoyens devant l’impôt et qui rend notre système fiscal compétitif par rapport aux autres pays européens. Par exemple, réduire l’imposition des PME, défiscaliser tout ce qui a trait à la recherche et développement, et rendre les impôts locaux dépendants des ressources des familles.

L’organisation territoriale ne doit pas se cuisiner sans un cahier des charges précis : les objectifs doivent être clairement fixés. Il s’agit de tisser le territoire pour renforcer l’efficacité économique, garantir la proximité avec les citoyens, et préserver la spécificité de chaque territoire, dans la concertation.

Toutes ces réformes ne peuvent évidemment réussir que si une grande partie de la population est impliquée dans son élaboration et dans son application. Elles ne peuvent donc pas être réalisées avec le consentement de seulement un Français sur dix contre les neuf autres : « Nous devons faire du mouvement mutualiste l’architecte de la reconstruction de notre protection sociale privilégiant le contrat à la loi, garantissant l’équilibre entre la sécurité et la responsabilité. ».

3. Sur le développement durable

Toute action doit être pensée dans le sens de réduire la consommation d’énergie, de créer des nouvelles formes d’énergie durable, et de considérer l’écologie « comme un nouveau moteur de croissance, et non comme une punition ».

4. Sur le vivre ensemble

C’est sans doute une valeur essentielle que le Centre défend, celui de l’esprit républicain. Aujourd’hui, il doit se comprendre par une laïcité républicaine « pour lutter contre la résurgence des intolérances et des tensions religieuses ».

« Face au libéralisme et au socialisme, l’UDI doit être le fer de lance de l’humanisme et du solidarisme contre l’individualisme forcené qui détruit nos sociétés. »

L’une des pierres angulaires du vivre ensemble, c’est évidemment l’école : « Nous devons rendre son école à notre République et qu’elle renoue avec son ascenseur social. Plutôt que le sempiternel débat sur les moyens et les effectifs, nous devons repenser la place de l’école dans la société, adapter les rythmes scolaires au seul bénéfice des enfants et non pas des adultes. ».


Un projet qui sera bâti collectivement

Ces grands axes ne sont pas exhaustifs et l’UDI s’est donné deux ans pour bâtir un véritable programme politique dans l’optique de 2017. Jean-Christophe Lagarde propose même un vote électronique régulier des adhérents de l’UDI pour décider de la position officielle de l’UDI sur les sujets importants.

Vu le contexte actuel laissant entendre que Marine Le Pen serait présente au second tour de l’élection présidentielle de 2017, il n’est d’autant pas évident qu’un candidat centriste soit présent qu’à l’exception éventuelle de François Bayrou, aucune personnalité centriste ne serait en mesure, en 2017, de conquérir l’Élysée. Or, une candidature de témoignage pourrait hypothéquer les chances de l’alternance.


Et la présidentielle de 2017 ?

L’une des questions stratégiques qui se posera à l’UDI sera donc ses relations avec l’UMP, son degré d’indépendance, son degré d’alliance et le deal qu’il faudra bien nouer en incluant l’élection présidentielle et les investitures aux élections législatives. En ce sens, Jean-Christophe Lagarde paraît plus crédible pour négocier au mieux avec l’UMP.

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C’est la raison pour laquelle, candidat malheureux du premier tour, Yves Jégo a décidé de le soutenir le 19 octobre 2014, au même titre que le Parti radical, Jean-Marie Bockel et Chantal Jouanno : « Nous incarnons la seule alternative républicaine à une gauche socialiste et une droite conservatrice qui ont beaucoup déçu et ne retrouvent pas la confiance des Français. » ("Le Figaro").

Yves Jégo ne peut être plus clair : « [Hervé Morin] a d’ores et déjà expliqué que le candidat de l’UDI à la présidentielle [de 2017] serait extérieur à l’UDI. Il a cité les noms d’Alain Juppé, de François Bayrou, de François Fillon… Ce sont tous des personnes très honorables. Mais la vocation de l’UDI est de défendre son propre projet porté par son candidat. Il est en tout cas beaucoup trop tôt pour renoncer par avance à l’élection présidentielle. ».

Nul doute que Jean-Christophe Lagarde saura engager avec fermeté la discussion avec l’UMP en exploitant au mieux les succès électoraux de l’UDI en 2014…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 octobre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L'UDI en piste pour la rénovation (18 octobre 2014).
Le plus d'Europe de Valéry Giscard d'Estaing (10 octobre 2014).
Résultats du premier tour de l'élection du président de l'UDI (16 octobre 2014).
L'après-Borloo (1).
L'après-Borloo (2).
Jean-Louis Borloo.
François Bayrou.
L’alliance UDI-MoDem.
La création de l’UDI.
La famille centriste.
Les listes centristes aux européennes de 2014.
Résultats des européennes de 2014.
Jean-Christophe Lagarde.
Hervé Morin.
Le Nouveau centre.
Laurent Hénart.
Rama Yade.
Radicaux de gauche.
Candidature de Jean-Christophe Lagarde.
Candidature d’Hervé Morin.


yartiUDI2014A07


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/quel-projet-politique-pour-l-udi-158371

 

 

 

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