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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 07:09

Le mois prochain, ce sont deux anciens proches de François Bayrou qui s’affronteront pour succéder à Jean-Louis Borloo à la présidence de l’UDI : Jean-Christophe Lagarde vs Hervé Morin. L’enjeu, c’est l’ambition des centristes dans le jeu politique. Dans les trois prochaines années, le Centre sera-t-il conquérant, ou pas ?


yartiUDI2014C01Pendant que le PS continue de s’écrouler dans les sondages et que l’UMP bataille pour connaître son prochain champion, l’Union des démocrates et indépendants (UDI) poursuit tranquillement sa route dans la succession de Jean-Louis Borloo. Les membres de l'UDI ont en effet voté du 8 au 15 octobre 2014 pour élire leur prochain président.


Un premier tour de bonne mobilisation

Sur les 28 305 adhérents de l’UDI (scrupuleusement vérifiés par un huissier de justice), près de 60% (exactement 58,7%) ont pris part au vote, ce qui est plutôt une forte mobilisation puisque le vote n’était pas électronique, ne se faisait pas sur Internet, se faisait sans procuration et uniquement par correspondance (le matériel de vote était arrivé début octobre 2014), ce qui excluait toutes les personnes en déplacement hors de leur domicile durant cette période.

C’est sans beaucoup de surprise que les deux candidats capables de mobiliser les militants centristes ont gagné leur qualification au second tour. C’est également rassurant car c’étaient les deux seuls candidats historiquement centristes, les deux autres n’étant membres de la "famille centriste" que depuis quelques années seulement et dont la sincérité n’aurait pas suffi à représenter l’ensemble des centristes sur le plan national.

Le député-maire de Drancy Jean-Christophe Lagarde est arrivé en tête avec 5 888 voix (35,9%) et l’ancien Ministre de la Défense Hervé Morin a obtenu 5 160 voix (31 ;5%), plus de 700 voix les séparent.

Ont été exclus de la compétition pour des raisons assez différentes (à mon avis) l’ancien ministre sarkozyste Yves Jégo avec seulement 3 519 voix (21,5%) et le député-maire de Neuilly-sur-Seine Jean-Christophe Fromantin qui, malgré sa candidature solitaire et très peu de moyens, a réussi à convaincre tout de même 1 814 voix (11,1%).


L’échec d’Yves Jégo

Sans doute l’un des candidats les plus médiatiques, Yves Jégo était soutenu notamment par Chantal Jouanno, André Rossinot, Hervé de Charette, Jean-Marie Bockel et Emmanuel Paco Viel. Au cours de la campagne interne, il s’était autoproclamé l’héritier de Jean-Louis Borloo sans comprendre que, malgré ses déclarations d’intention, il était le moins crédible sur l’indépendance avec l’UMP et même avec Nicolas Sarkozy dont il fut un fidèle lieutenant de 1995 à 2009 au sein du RPR puis de l’UMP.

yartiUDI2014C03

Une fois les résultats connus, il a montré un côté assez mauvais joueur en se croyant le seul capable de diriger l’UDI : « À l’évidence, les réflexes traditionnels de chapelles centristes, les manœuvres et un déploiement de moyens considérables, mettant en cause jusqu’à ma probité, ont joué pour contrer le projet d’indépendance et de renouveau dont nous étions porteurs, ce qui démontre bien la difficulté à régénérer l’offre politique dans un pays pourtant si désabusé par ses dirigeants. (…) L’esprit de Jean-Louis Borloo ne soufflera plus à l’UDI. ».

Selon "Le Figaro", il aurait même rajouté auprès de ses proches : « L’élection est réduite à un duel entre le président du Nouveau centre et l’ancien président délégué du Nouveau centre : il n’y a donc aucune chance que l’UDI devienne autre chose que le Nouveau centre ».

Il faut pourtant rappeler qu’Yves Jégo était membre du RPR de 1995 à 2002, puis de l’UMP de 2002 à 2009. Ce n’est qu’en 2009 qu’il est devenu radical. Par ailleurs, il était devenu le président par intérim de l’UDI sous condition de ne pas prendre part à la compétition (il avait démissionné de cette présidence dès l’annonce de sa candidature en juin dernier). L’unité des centristes concerne tous les membres de l’UDI, y compris les candidats battus : il ne dépend donc que de lui de préserver cette unité, malgré son amertume bien compréhensible. Amer notamment de ne pas avoir eu le soutien du Parti radical. Yves Jégo annoncera d’ailleurs sa position pour le second tour avant la déclaration du Parti radical.


Incidents de campagne

La campagne interne pendant l’été et l’automne fut assez calme, à l’exception de deux incidents.

D’une part, l’assignation le 14 octobre 2014 sur requête de l’un des candidats, Jean-Christophe Fromantin, devant le tribunal de grande instance (TGI) de Paris pour dysfonctionnement du vote par correspondance, mais le TGI a donné raison aux organisateurs du vote interne (le référé a été rejeté).

D’autre part, l’annonce par "Le Parisien" du 13 octobre 2014 qu’une enquête préliminaire sur la patrimoine d’un autre candidat, Yves Jégo, avait été ouverte en septembre 2013 à la suite d’un signalement de la Haute autorité pour la transparence de la vie politique. Notons que le vote par correspondance se déroulait du 7 au 15 octobre 2014 et que cette information a donc eu peu d’influence, quoi qu’en disent les soutiens d’Yves Jégo.


L’ambition du Centre en France

Beaucoup voudraient se moquer de l’UDI, rassemblement réunifiant les centristes qui tend à retrouver l’audience de l’UDF dans les années 1990. Pourtant, face à la montée sans cesse confirmée du Front national, l’idée que ce soient des personnes d’une autre génération, profondément renouvelée, féminisée, ferme sur leurs valeurs politiques (auxquelles je reviendrai plus tard) et prêtes à gouverner pour sauver le pays en jouant un rôle moteur dans l’alternance ne paraît pas, aujourd’hui, sans pertinence.

L’épreuve électorale a toujours été l’élément clef de tout combat politique. Or, l’année 2014 a été triplement positive pour l’UDI qui ne fête que son deuxième anniversaire cet automne : aux municipales, l’UDI a remporté 115 villes de plus de 9 000 habitants dont 2 de plus de 100 000 habitants (Nancy et Amiens), soit un gain de 53 villes, le tiers des gains de l'opposition ; aux européennes, elle a obtenu 7 députés européens (conservant son score national à 9,9% ce qui, dans un climat eurosceptique général, reste un bon résultat et l’objectif de 10% a été quasiment atteint) ; aux sénatoriales, l’UDI s’est renforcée avec 43 sénateurs (gagnant 12 sièges le 28 septembre 2014). En outre, l’UDI est également représentée par 31 députés et 13 présidents de Conseil général.


Les rapports des forces internes

L’UDI comporte quatre gros bataillons d’adhérents : 6 955 adhérents directs de l’UDI, 7 925 membres du Parti radical présidé par Laurent Hénart, 6 699 membres du Nouveau centre présidé par Hervé Morin et 6 195 membres de la Force européenne démocrate fondée par Jean-Christophe Lagarde en juillet 2012. À cela, il faut rajouter d’autres groupes intégrés à l’UDI, comme les 747 membres de l’Alliance centriste de Jean Arthuis, les 803 membres de la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel. Le total fait un peu plus que le nombre des inscrits dans l’élection interne (28 305) en raison de doublons possibles qui ont été éliminés pour les opérations de vote. Tous les membres de Gauche moderne sont aussi membre du Parti radical, par exemple, ou certains ont pu cotiser deux fois, directement à l’UDI et par l’intermédiaire d’une composante (216 doublons). Ces données sont les statistiques officielles validées par huissier de justice et communiquées le 16 octobre 2014 par la Commission nationale d’arbitrage et de transparence présidée par le sénateur Jean-Léonce Dupont.

yartiUDI2014C02

Laurent Hénart, qui n’avait pas encore pris position, a indiqué que le Parti radical prendrait position pour le second tour le mardi 20 octobre 2014. Sa concurrente interne Rama Yade a déjà annoncé son soutien en faveur d’Hervé Morin.

Le clivage semble relativement clair : Hervé Morin représente l’aile libérale de l’UDI (anciennement PR puis Démocratie libérale) tandis que Jean-Christophe Lagarde représente l’aile démocrate sociale (anciennement CDS puis Force démocrate).

Dans cette perspective, ce serait donc logique que les électeurs de Jean-Christophe Fromantin se reportent plutôt sur la candidature d’Hervé Morin tandis les radicaux seraient plus proches politiquement de Jean-Christophe Lagarde.

Cependant, les enjeux ne sont pas seulement programmatiques (le projet de l’UDI sera construit collectivement dans les mois prochains) mais aussi personnels : quelle est la personnalité la plus apte à tenir l’UDI face au Front national, face à la volonté hégémonique d’une UMP livrée de nouveau à Nicolas Sarkozy, face à un pouvoir socialiste vacillant mais institutionnellement fort ?


Jean-Christophe Lagarde (47 ans), l’avenir du Centre conquérant

En ce qui me concerne, la réponse est sans hésitation Jean-Christophe Lagarde dont la première place au premier tour est la preuve de sa capacité à mobiliser les énergies alors que beaucoup ne l’imaginaient même pas au second tour, alors qu’il concourait face à deux anciens ministres beaucoup plus demandés par les médias.

Jean-Christophe Lagarde s’est engagé en politique il y a vingt-cinq ans au sein du Centre des démocrates sociaux. Il avait eu le projet fou de s’attaquer à un bastion historiquement communiste, à une ville communiste, à une circonscription communiste depuis la fin de la guerre. Or, son travail acharné sur le terrain, au contact avec la population, et sa persévérance et foi en des convictions solides et constantes, lui ont permis de conquérir la ville de Drancy le 11 mars 2001 dès le premier tour avec 50,8% (réélu dès le premier tour le 9 mars 2008 avec 69,5% et le 23 mars 2014 avec 75,1%) et la circonscription de Bobigny (5e de Seine-Saint-Denis) le 16 juin 2002 avec 50,01% (réélu le 17 juin 2007 avec 59,9% et le 17 juin 2012 avec 56,7%), et il a même réussi à faire élire le 25 septembre 2011 au Sénat le maire du Bourget, Vincent Capo-Canellas. D’une terre particulièrement hostile aux idées centristes (aux législatives du 21 mars 1993, il avait été exclu du second tour dans sa circonscription avec un duel PCF contre FN !), il a réussi à convaincre un électorat "de mission" grâce à ses grandes qualités.

Jean-Christophe Lagarde fait partie d’une nouvelle génération qui a déjà beaucoup d’expérience (une quinzaine d’années comme parlementaire et comme maire), encore jeune (il va avoir 47 ans le 24 octobre prochain) et plein d’impatience d’en découdre avec ses adversaires, au point que l’ex-ministre RPR Éric Raoult (l’un des piliers de l’UMP en Seine-Saint-Denis juste avant ses déboires personnels et électoraux) l’avait décrit ainsi en 2007 : « Il est UDF à Paris et sarkozyste dans le 9-3 ».

Le journaliste Bruno Jeudy l’avait compris de la même manière : « [En 2000], lui, le gamin de Seine-Saint-Denis, peu connu du grand public, s’en fiche. Il veut tous les impressionner : les Bayrou, Borloo, Donnedieu, Douste-Blazy, Robien… (…) [En 2002], il fait son entrée à l’Assemblée et ne tarde pas à se faire remarquer. Il attaque tous azimuts. La droite, la gauche, l’Élysée. Il fait du Sarkozy dans le parti de François Bayrou. » jusqu’à le citer (en pleine campagne pour François Bayrou) : « Il y en a marre de cette monarchie républicaine. De ces candidats qui promettent tout et ne tiennent rien. Je sui libre. Je ne dois rien à personne. Je dis ce que je pense. » ("Le Figaro" du 3 mars 2007).


Quel degré d’ambition souhaite l’UDI ?

En gagnant la première place au premier tour de cette élection interne, Jean-Christophe Lagarde montre à l’évidence qu’il est capable de mettre en œuvre les moyens de ses ambitions. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si son leitmotiv est le "Centre conquérant", car c’est la seule question qui reviendra : qui pourra un jour représenter sérieusement les centristes dans une élection présidentielle avec l’objectif de la remporter ? Sûrement pas Hervé Morin qui avait renoncé dès février 2012 et abandonne aujourd’hui tout leadership pour l’avenir. Est-ce le meilleur moyen d’être indépendant ?

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L’enjeu, finalement, reste médiatique : vaut-il mieux une image déplorable (12% de cote d’avenir en septembre 2014) ou pas d’image du tout ? Car le manque de notoriété n’est finalement que passager. Pressenti avant l’élection présidentielle de 2002 pour aller à Matignon, Jean-Pierre Raffarin, pratiquement inconnu du grand public, avait répondu que ce problème serait réglé dès qu’il prendrait ses fonctions.

Après tout, c’est inévitable si l’on parle de renouvellement de la classe politique, laisser de nouveaux leaders prendre le dessus avec l’ambition mille fois affirmée de conquête. Jean-Christophe Lagarde a déjà montré qu’il sait faire quelques miracles électoraux !… L’ambition de l’UDI dépendra donc de l’ambition de ses membres qui éliront son prochain président.

Le vote du second tour se fera par correspondance du 8 au 13 novembre 2014 et les résultats seront proclamés le 13 novembre 2014. Le nouveau président prendra ses fonctions lors du congrès de l’UDI qui aura lieu le samedi 15 novembre 2014 de 10h00 à 17h00 à la Maison de la Mutualité (24 rue Saint-Victor à Paris 5e).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 octobre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Résultats du premier tour de l'élection du président de l'UDI (16 octobre 2014).
L'après-Borloo (1).
L'après-Borloo (2).
Jean-Louis Borloo.
François Bayrou.
L’alliance UDI-MoDem.
La création de l’UDI.
La famille centriste.
Les listes centristes aux européennes de 2014.
Résultats des européennes de 2014.
Jean-Christophe Lagarde.
Hervé Morin.
Le Nouveau centre.
Laurent Hénart.
Rama Yade.
Radicaux de gauche.
Candidature de Jean-Christophe Lagarde.
Candidature d’Yves Jégo.
Candidature d’Hervé Morin.
Candidature de Jean-Christophe Fromantin.
Ex-candidature d’Emmanuel Pasco-Viel.
Ex-candidature de Jean Arthuis.

yartiUDI2014A07


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-udi-en-piste-pour-la-renovation-158186

 

 

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 23:53

(communiqué officiel)


Election du président de l'UDI : résultat du 1er tour
Le 16/10/2014

Les 2 candidats qualifiés pour le 2nd tour de l'élection du président de l'UDI sont Jean-Christophe Lagarde et Hervé Morin. 

Suite à la démission de son président-fondateur Jean-Louis Borloo, l’UDI a ouvert lors de son Conseil national du 14 juin dernier le processus d’élection de son nouveau président. Il s’agit d’un vote uninominal majoritaire à deux tours. Le vote, dont l’ensemble des étapes a été placé sous le contrôle d’huissiers de justices, s’est effectué par correspondance.

La 1er tour de scrutin s’est achevé ce jeudi 16 octobre 2014 et les résultats sont les suivants :

Inscrits : 28305
Votants : 16622
Nuls : 239
Blancs : 2
Exprimés : 16381

Jean-Christophe Fromantin : 1814
Yves Jégo : 3519
Jean-Christophe Lagarde : 5888
Hervé Morin : 5160
Sont qualifiés pour le 2ème tour : Jean-Christophe Lagarde et Hervé Morin

Calendrier du 2ème tour de l’élection du président de l’UDI
27 octobre : envoi du matériel de vote aux électeurs
7 novembre : fin de la campagne
13 novembre : date limite de réception des votes par les huissiers
13 novembre : dépouillement par les huissiers et proclamation des résultats par la CNAT
15 novembre : Congrès des adhérents de l’UDI à la Maison de la Mutualité - Paris

Source :

http://www.parti-udi.fr/actualite-election-du-president-de-ludi-resultat-du-1er-tour.html



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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 08:26

L’UMP n’est pas la seule formation à jouer son avenir cet été et automne 2014 : en raison de la démission de Jean-Louis Borloo, une campagne interne démarre le 1er août 2014 pour la désignation du futur président de l’UDI. Seconde partie.


yartiUDI2014B01Dans mon article précédent, j’avais évoqué les différents candidats à la succession de Jean-Louis Borloo pour la présidence de l’UDI. Un peu plus tôt que prévu, le 23 juillet 2014, la commission nationale d’arbitrage et de transparence de l’UDI présidée par Jean-Léonce Dupont avait validé la candidature de quatre candidats : Jean-Christophe Lagarde, Hervé Morin, Yvé Jégo et Jean-Christophe Fromantin (c’est dommage qu’il n’y ait pas eu de femme pour se présenter). Comme cela pouvait être prévisible, Emmanuel Pasco-Viel n’a pas rempli toutes les conditions nécessaires à cette validation, à savoir le parrainage de cinq cents adhérents à jour de cotisation répartis dans au moins dix départements.

La campagne interne se terminera le 7 octobre 2014, le premier tour en vote par correspondance aura lieu du mercredi 8 au mardi 14 octobre 2014 et un éventuel second tour aura lieu du jeudi 30 octobre au mercredi 5 novembre 2014. La prise de fonction aura lieu au cours d’un congrès convoqué pour le 15 novembre 2014.

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Je reviendrai bien sûr dans les semaines à venir sur cette élection interne qui me paraît aussi cruciale que celle qui se déroulera à peu près à la même période au sein de l’UMP.

Ce qui va suivre ne concerne donc plus la présidence de l’UDI mais les deux autres mandats que détenait Jean-Louis Borloo et auxquels il a renoncé en avril dernier pour raison de santé. Ces deux successions-ci, à savoir député du Nord et président du Parti radical, se sont déroulées au début de l’été.


Siège de député de la 21e circonscription du Nord

C’est Laurent Degallaix (48 ans), un cadre bancaire, qui a été élu député de cette circonscription au second tour au cours d’une élection législative partielle les 22 et 29 juin 2014. Confronté au candidat FN au second tour (après l’élimination des candidats de gauche au premier tour), il a remporté le duel avec 72,1% malgré une abstention de plus de 76% : « Quand les gens voient qu’on s’intéresse à eux, quand on fait depuis vingt-cinq ans, depuis Jean-Louis Borloo, de la politique autrement, les gens ne s’égarent pas à 30-35% pour le FN. » et Laurent Degallaix n’a pas hésité à visiter dès le lendemain de son élection les quartiers ayant voté le plus pour son adversaire du FN. FN versus UDI, le match pourrait séduire même au niveau national, pour en finir avec le jeu UMP versus PS.

yartiUDI2014A02

Laurent Degallaix (qui se surnomme lui-même "bébé Borloo") est doublement le successeur local de Jean-Louis Borloo puisqu’il a été élu maire de Valenciennes le 28 juin 2012 (succédant à Dominique Riquet qui a été réélu député européen le 25 mai 2014) et réélu sur son nom le 30 mars 2014 avec 50,3% dans une quadrangulaire (où le FN est arrivé en dernier, perdant des voix par rapport au premier tour).

Auparavant, il avait été adjoint au maire chargé de l’éducation à partir de 1995. Il est également conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais depuis le 26 mars 2010, mandat qu’il abandonnera probablement dans les semaines à venir pour être en règle avec l’interdiction du cumul des mandats.


Présidence du Parti radical

Le Parti radical est le parti le plus vieux de France, fondé le 21 juin 1901 à Paris et qui a accueilli en son sein des personnalités comme Émile Combes, Camille Pelletan, Joseph Caillaux, Édouard Herriot, Édouard Daladier, Jean Zay, Jean Moulin, Jules Jeanneney, Pierre Mendès France, Félix Gaillard, Maurice Faure, Pierre Cot, Henri Queuille, René Cassin, Edgar Faure, Jean-Jacques Servan-Schreiber, etc. …et même Michel Debré avant la création du RPF et de l’UDR (De Gaulle lui ayant dit en 1945 que c’était encore chez les radicaux qu’il y avait les meilleurs serviteurs de l’État : « Allez au Parti radical, Debré. Vous y trouverez les derniers vestiges du sens de l’État ! »).

Jean-Louis Borloo, qui était membre de l’UDF et porte-parole du candidat François Bayrou en 2002, avait rejoint l’UMP lors de sa fondation le 23 avril 2002, initiative qui lui a permis d’entrer au gouvernement de Jean-Pierre Raffarin le 7 mai 2002 et de rester ministre sans discontinuer jusqu’au 13 novembre 2010 où il refusa un nouveau ministère après s’être vu évincer de Matignon.

L’intégration du Parti radical au sein de l’UMP en tant que personne morale a permis la permanence du parti sans fusion, au contraire des élus d’origine UDF centristes ou Démocratie libérale qui n’avaient plus de structure autonome en adhérant à l’UMP.

Jean-Louis Borloo fut associé à la direction du Parti radical le 11 décembre 2005 en étant élu coprésident aux côtés d’un des présidents historiques du Parti radical, à savoir André Rossinot. Le 17 novembre 2007, Jean-Louis Borloo fut élu unique président du Parti radical, mandat qu’il renouvela deux fois.

Le départ du gouvernement de Jean-Louis Borloo le 13 novembre 2010 renforça également l’autonomie du Parti radical qui a quitté l’UMP lors du 111e congrès du 15 mai 2011, congrès qui a demandé à Jean-Louis Borloo de se présenter à l’élection présidentielle de 2012 (ce qu’il n’a cependant pas fait).


Duel Laurent Hénart vs Rama Yade

Lors de la démission de Jean-Louis Borloo en avril, deux candidatures furent enregistrées pour lui succéder à la tête du Parti radical : les anciens ministres Laurent Hénart (45 ans) et Rama Yade (37 ans).

yartiUDI2014A03

Si Rama Yade est sans doute la plus médiatique, Laurent Hénart était le candidat le plus logique au sein du Parti radical. Rama Yade était avant tout une jeune militante venue à l’UMP par l’attraction de Nicolas Sarkozy qui l’a remarquée lors de son investiture comme candidat à l’élection présidentielle le 14 janvier 2007 et qui l’a nommée au gouvernement dès son élection : Secrétaire d’État aux Droits de l’homme du 19 juin 2007 au 23 juin 2009 puis aux Sports du 23 juin 2009 au 13 novembre 2010. Elle n’a rejoint le Parti radical que le 15 décembre 2010, encouragée par Jean-Louis Borloo qui l’a bombardée première vice-présidente le 18 octobre 2011. Son seul mandat électif reste celui de conseillère régionale d’Île-de-France à partir du 21 mars 2010.

Laurent Hénart, au contraire, a poursuivi toute son existence politique au sein du Parti radical, dès 1989 où il était candidat à Nancy sur la liste municipale du maire sortant, André Rossinot (le dernier de la liste). Président fondateur des Jeunes radicaux en 1991, il fut élu au conseil municipal de Nancy à partir du 19 juin 1995, adjoint au maire à partir du 18 mars 2001 lors d’un profond rajeunissement de l’équipe municipale, chargé de la culture et de la jeunesse (il dirige depuis une dizaine d’années la réunion des opéras de France).

Élu député de Nancy de juin 2002 à juin 2012, Laurent Hénart fut nommé Secrétaire d’État à l’Insertion professionnelle des jeunes du 31 mars 2004 au 31 mai 2005, responsabilités sous la tutelle du super-ministre Jean-Louis Borloo. Le 22 mars 2009, il fut désigné comme tête de liste UMP pour les élections régionales de mars 2010 en Lorraine, rassemblant UMP, centristes et même une partie de la gauche avec le Parti radical de gauche de Jean-Michel Baylet. Enfin, malgré son échec aux législatives de juin 2012, Laurent Hénart est élu maire de Nancy le 6 avril 2014 après avoir remporté les municipales le 30 mars 2014 au second tour avec un score sans ambiguïté malgré de nombreux pronostics qui le donnaient perdant.

Par ailleurs, Laurent Hénart était depuis 2006 le secrétaire général du Parti radical (et donc, connaît bien les fédérations et les adhérents) et depuis 2012, a assuré la présidence par intérim de son parti à partir du 6 avril 2014, et il préside l’Union des radicaux, centristes, indépendants et démocrates (URCID) qu’il a fondée en mai 2012 pour obtenir un financement public autonome des candidats radicaux et des centristes proches des radicaux.


Un résultat incontestable

La campagne interne qui s’est déroulée chez les radicaux n’a pas été très loyale dans la mesure où Rama Yade, bénéficiant de la bonne couverture des médias nationaux, a diffusé beaucoup d’informations erronées sur la manière dont l’élection a été organisée, remettant en cause, bien après coup, l’adhésion de certaines personnes et ne jouant pas le jeu du débat des idées et de la vision pour l’avenir.

Rama Yade a aussi mis en cause son rival sur l’alliance des centristes avec François Bayrou, alliance qui paraît pourtant nécessaire si les centristes veulent faire entendre leur voix dans un contexte politique largement dominé par les extrêmes (ce qui fut le cas aux européennes avec près de 10% des voix).

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Les adhérents du Parti radical ont voté par Internet du 16 au 22 juin 2014 (chaque adhérent à jour de cotisation ayant reçu un code spécial pour l’occasion). Ce genre de vote interne, comme celui à l’UDI ou à l’UMP, est intéressant pour connaître la réalité du nombre d’adhérents inscrits, et surtout, des actifs, ceux qui se sont mobilisés (c’est plus difficile de tricher sur le nombre de cotisations avec une élection ouverte, cela a déjà pu s’observer lors du vote à l’UMP le 18 novembre 2012).

Ainsi, au Parti radical, sur 6 596 inscrits (ce qui devrait faire que le Parti radical est, sauf erreur de ma part, le plus important de toute l’UDI), 4 556 ont voté et 4 507 se sont exprimés (hors blancs).

La proclamation des résultats a eu lieu le 22 juin 2014 par Xavier Roux, le président de la commission permanente de contrôle, et le constitutionnaliste Didier Maus, membre de cette commission : Laurent Hénart est largement élu avec 2 764 voix (soit 61,3%) contre Rama Yade qui a obtenu 1 743 voix.

La première réaction de Rama Yade a été de vouloir contester juridiquement sa défaite mais elle ne semble pas être allée plus loin dans cette démarche. Laurent Hénart a été officiellement "intronisé" au cours du 114e congrès du 5 juillet 2014 à Paris : « Ce débat [est] d’abord celui de l’unité et du rassemblement. dans un parti, le renouvellement de l’exécutif s’accompagne nécessairement de débats passionnés, qui peuvent parfois être rudes. Ce moment est derrière nous. Dès l’annonce des résultats, j’ai félicité Rama Yade pour son score, l’invitant à contribuer au rassemblement de notre famille politique. » (Laurent Hénart le 23 juin 2014).


Laurent Hénart

L’année 2014 a donc été une année de double consécration pour Laurent Hénart, en devenant, élu sur son propre nom, maire de Nancy (le maire de la plus grande ville radicale) et maintenant, président du Parti radical. Son maître mot, l’indépendance : « Une indépendance au service de la défense de nos quatre fondamentaux, que j’ai servis depuis mon arrivée au parti en 1988 : humanisme, justice sociale, laïcité, Europe politique. ».

Laurent Hénart est aussi, triplement, l’héritier complet d’André Rossinot (75 ans), ancien ministre sous les deux premières cohabitations (Relations avec le Parlement et Fonction publique), qui fut président du Parti radical de 1983 à 1988, de 1993 à 1997 et de 2003 à 2007, ainsi que maire de Nancy, le maire à la plus grande longévité depuis plus de deux siècles (avec trente et un ans de mandat), du 12 mars 1983 au 6 avril 2014.

Élu député de Nancy de mars 1978 à juin 1997, André Rossinot avait échoué de justesse en juin 1997, et avait renoncé à un siège de parlementaire pour ne se consacrer qu’à sa ville (il a ainsi refusé de se présenter aux sénatoriales de 2001 et aux européennes de 1999 pour regagner un siège), laissant à Laurent Hénart la mission de reconquérir sa circonscription nancéienne en juin 2002. Comme ce fut le cas pour Pierre Mauroy à Lille laissée à Martine Aubry, André Rossinot dirige encore pour six ans la Communauté urbaine de Nancy dont il est président depuis mars 2001 (après avoir présidé le district de Nancy de 1989 à 1992).


Les radicaux au sein de l’UDI

N’étant pas lui-même candidat à la présidence de l’UDI, Laurent Hénart a adressé, en tant que président du Parti radical, un courrier le 31 juillet 2014 aux quatre candidats à la présidence de l’UDI pour s’engager sur un certain nombre de sujets, en particulier sur l’indépendance de l’UDI et sa capacité à présenter un candidat à l’élection présidentielle de 2017, ainsi que sur l’autonomie du Parti radical au sein de l’UDI.

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Alors que Jean-Louis Borloo semble heureusement se remettre de ses ennuis de santé, l’UDI va connaître une période de discussions internes qui seront certainement "chaudes" et "intenses" d’ici le milieu de l’automne. Quel que soit le programme proposé, qui devrait être à peu près le même pour tous les candidats (autonomie du centre, pas d’alliance avec la gauche et pas d’alliance avec l’extrême droite), ce qui comptera, en définitive, restera la personnalité qui émergera de ces débats et sa capacité à porter haut et fort la voix d’une politique axée sur l’attention portée aux personnes et sur l’idéal européen...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 août 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Louis Borloo.
François Bayrou.
L’alliance UDI-MoDem.
La création de l’UDI.
La famille centriste.
Les listes centristes aux européennes de 2014.
Résultats des européennes de 2014.
Jean-Christophe Lagarde.
Hervé Morin.
Le Nouveau centre.
Laurent Hénart.
Rama Yade.
Radicaux de gauche.
Candidature de Jean-Christophe Lagarde.
Candidature d’Yves Jégo.
Candidature d’Hervé Morin.
Candidature de Jean-Christophe Fromantin.
Ex-candidature d’Emmanuel Pasco-Viel.
Ex-candidature de Jean Arthuis.

yartiUDI2014A07



http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-apres-borloo-au-pays-du-centre-2-155448

 

 





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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 07:11

L’UMP n’est pas la seule formation à jouer son avenir cet été et automne 2014 : en raison de la démission de Jean-Louis Borloo, une campagne interne démarre le 1er août 2014 pour la désignation du futur président de l’UDI. Première partie.


yartiUDI2014A01Pour consacrer toute son énergie à son rétablissement, Jean-Louis Borloo s’était démis de tous ses mandats électifs et politiques le 6 avril 2014. Cette décision très respectueuse des citoyens, quasiment sans précédent (des personnalités ayant eu des responsabilités bien plus importantes sont mortes de maladie dans l’exercice de leurs fonctions) dans un pays où le personnel politique se croit indispensable et irremplaçable, a profondément ému la classe politique, mais aussi a rendu plus incertain l’avenir d’un nouveau parti, l’Union des démocrates et indépendants (UDI) qui ne devait le succès de son rassemblement que par la personnalité de Jean-Louis Borloo.

Jean-Louis Borloo a renoncé à trois mandats : un mandat électif, celui de député de la 21e circonscription du Nord qu’il avait conquise à un jeune député sortant communiste le 28 mars 1993, et deux mandats de parti, la présidence du Parti radical et la présidence de l’UDI qui rassemble notamment le Parti radical, le Nouveau centre, et d’autres petite formations centristes.

Les deux premiers mandats ont désormais un nouveau titulaire, je l’évoquerai dans un second article, tandis que la succession pour le dernier mandat, le plus important, fait l’objet d’une procédure très rigoureuse.


L’enjeu politique est important.

Aux élections municipales de mars 2014, l’UDI a conquis de nombreuses villes. Aux européennes, elle a réussi à atteindre l’objectif fixé.

L’alliance des centristes de l’UDI et du MoDem est en effet parvenue à se maintenir au niveau de 10%, c’est l’audience du seul parti favorable ouvertement à l’idée européenne, et cela dans un contexte particulièrement difficile de scandales financiers et de crise économique qui encourage la démagogie et le populisme. C’est le seul parti, à l'exception du FN, qui ne s’est pas effondré dans ce scrutin : le Front de gauche, les écologistes, au-delà de l’UMP et du PS, ont en effet réduit leur audience électorale par rapport à 2009.

Il s’agit maintenant de poursuivre cette action de rassemblement dans un contexte encore moins favorable en raison de l’absence de leadership naturel dont seul Jean-Louis Borloo pouvait bénéficier. Le risque est évidemment un retour aux vieilles chapelles désunies. C’est pour cela que le conseil national de l’UDI réuni le 14 juin 2014 a adopté un code de bonne conduite où il est notamment dit : « Chaque candidat s’engage, une fois l’élection acquise, à poursuivre le travail de construction collective de l’UDI autour et sous l’autorité de celui qui aura été élu démocratiquement. ».

À court terme, les prochaines élections seront les élections sénatoriales du 28 septembre 2014 et les élections régionales et départementales prévues en décembre 2015 (initialement prévues en mars 2014), repoussées en raison de la réforme territoriale. Très soucieux de la décentralisation, les centristes qui comptent de nombreux élus locaux sont évidemment très concernés par cette réforme bâclée et autoritaire qui bouleverse sans préparation l’ensemble des strates administratives du pays.

En terme politique, l’alliance entre l’UDI et le MoDem est d’autant plus nécessaire que l’UMP est enlisée dans des difficultés financières et politiques. Ce n’est pas forcément facile car beaucoup de militants de l’UDI et beaucoup de militants du MoDem nourrissent encore de la suspicion mutuelle, les uns considérant que le MoDem a préempté l’UDI (notamment aux européennes) et les autres craignant un retour à une alliance molle et sans influence avec l’UMP.

C’est Yves Jégo, délégué général, qui a assuré la présidence de l’UDI par intérim du 6 avril au 25 juin 2014, date à laquelle il a annoncé sa candidature, laissant l’intérim à une présidence collégiale assurée par les autres responsables de l’UDI : Laurent Hénart et Jean-Christophe Lagarde (tous les deux secrétaires généraux sortants), Philippe Vigier et François Zocchetto (présidents des groupes parlementaires) et Hervé Morin (président du conseil national).


Calendrier pour l’élection du président de l’UDI

L’élection du nouveau président de l’UDI a effectivement fait l’objet d’une procédure très contraignante. Seuls les adhérents à jour de cotisation au 13 juillet 2014 peuvent voter (au 1er mai 2014 en cas de paiement en espèce, cela pour éviter les fraudes par afflux massifs). Les candidats devaient envoyer avant le 13 juillet 2014 en recommandé leur candidature avec 500 parrainages d’adhérents issus de dix fédérations différentes au moins. Après vérification des parrainages, la liste des candidatures validées sera publiée ce jeudi 31 juillet 2014.

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Le premier tour de l’élection a lieu du 7 au 14 octobre 2014 (vote par correspondance) dont les résultats seront proclamés le 19 octobre 2014. Un second tour éventuel est prévu du 30 octobre au 5 novembre 2014 avec proclamation des résultats le 9 novembre 2014. Un congrès convoqué le samedi 15 novembre 2014 officialisera la prise de fonction de la nouvelle équipe dirigeante.

Il y a eu six candidatures annoncées statutairement avant le 13 juillet 2014, dont une qui a été retirée entre temps. Elles seront confirmées (ou pas) le 31 juillet 2014 par la commission nationale d’arbitrage et de transparence chargée d’organiser le vote et d’en contrôler la régularité. Les voici (dans l'ordre chronologique des déclaations).


Jean-Christophe Fromantin (presque 52 ans), député-maire de Neuilly-sur-Seine

Chef d’entreprise et marathonien, Jean-Christophe Fromantin a défié le pouvoir sarkozyste dans le fief même du Président de la République de l’époque. Candidat malheureux aux législatives de juin 2007 contre Joëlle Ceccaldi-Raynaud (la suppléante de Nicolas Sarkozy), puis candidat nettement plus heureux aux municipales de Neuilly-sur-Seine en mars 2008 contre le porte-parole de l’Élysée David Martinon, qui a dû renoncer après des sondages catastrophiques. Jean-Christophe Fromantin a ainsi largement gagné la mairie de Neuilly-sur-Seine en mars 2008, réélu en mars 2014, s’est fait élire dans la foulée conseiller général des Hauts-de-Seine en mars 2011 puis député en juin 2012 avec l’investiture de l’UMP.

Plutôt indépendant, Jean-Christophe Fromantin a créé son propre parti, Territoires en mouvement, le 5 septembre 2011, puis a rejoint l’UDI. Il s’est prononcé en 2013 contre une alliance électorale avec le MoDem.

« Si je devais résumer en quelques mots mon état d’esprit et mon projet, je vous dirais que ma candidature est d’abord inspirée par la conviction que notre renouveau viendra des territoires et que notre mouvement doit rester le promoteur du principe de subsidiarité auquel il est culturellement attaché. Que la politique mérite de s’ouvrir à la société civile pour capter de nouveaux talents et faire preuve davantage d’engagement, de courage et de créativité pour réformer. Que nous devons porter des valeurs fortes de réconciliation, d’espérance et d’audace pour redonner un sens à la politique et un avenir à la France. » (1er juillet 2014)


Yves Jégo (53 ans), député-maire de Montereau et ancien secrétaire d’État

Sur LCI le 16 juillet 2014, le naturel est revenu un peu rapidement au galop dans la bouche d’Yves Jégo qui, dans un lapsus, a parlé de l’UMP au lieu de l’UDI : « On a une ambition claire d’une UMP large, ouverte à tous, tolérante, bienveillante. ». Car Yves Jégo, avant d’être un centriste et un radical, a été un militant RPR et un jeune député sarkozyste, mais un sarkozyste déçu.

Consultant en ressources humaines, collaborateur de deux présidents RPR de Conseil général, Xavier Dugoin (Essonne) et Jean-François Mancel (Oise), Yves Jégo a commencé son implantation électorale à Montereau en 1989, d’abord dans l’opposition, puis comme maire à partir de juin 1995. Secrétaire national du RPR puis de l’UMP durant a Présidence de Jacques Chirac, Yves Jégo a été élu député en juin 2002 et toujours réélu jusqu’à maintenant. Il faisait partie, avec Jean-François Copé et Christian Jacob, des trois jeunes députés RPR de Seine-et-Marne plein d’ambitions du début des années 2000. Arrivé tardivement au gouvernement après l’élection de Nicolas Sarkozy, il fut nommé Secrétaire d’État chargé de l’Outremer du 18 mars 2008 au 23 juin 2009, subissant les grandes grèves en Guadeloupe de février 2009.

Après son éviction du gouvernement, il a rejoint le Parti radical en juillet 2009 où Jean-Louis Borloo le propulsa à une vice-présidence. Il a renoncé à se présenter en interne pour la tête de liste UMP aux régionales de 2010 en Île-de-France face à Valérie Pécresse et Roger Karoutchi. Il fut néanmoins la tête de liste départementale pour la Seine-et-Marne. Après avoir quitté l’UMP en mai 2011, il a mené une liste aux sénatoriales du 25 septembre 2011, sans succès, concurrençant une autre liste centriste menée par Gérard Ruffin (ex-UDF).

Sa candidature à la présidence de l’UDI s’est placée en association avec une ancienne ministre sarkozyste, Chantal Jouanno (45 ans), énarque dans le corps préfectoral et ancienne championne de karaté. Elle a collaboré avec Nicolas Sarkozy au Ministère de l’Intérieur puis à la présidence du Conseil général des Hauts-de-Seine. Elle fut nommée présidente de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) le 6 février 2008 puis entra au gouvernement, comme Secrétaire d’État chargé de l’Écologie du 21 janvier 2009 au 13 novembre 2010 et Ministre des Sports du 14 novembre 2010 au 26 septembre 2011. Elle renonça à son portefeuille ministériel pour se faire élire sénatrice UMP de Paris le 25 septembre 2011. Très réservée sur la campagne sécuritaire de Nicolas Sarkozy au printemps 2012, elle a rejoint l’UDI lors de sa création le 21 octobre 2012 en en devenant une vice-présidente.

« Pour vous, nous bâtirons une UDI indépendante qui ne se soumettra jamais à aucune autorité extérieure. Pour vous, nous bâtirons une UDI non sectaire capable de s'ouvrir à tous ceux qui ne se reconnaissent plus dans l'offre politique socialiste ou conservatrice. Pour vous, nous bâtirons une UDI qui privilégie la collégialité et le partage des responsabilités. Pour vous, nous bâtirons une UDI où les adhérents décideront démocratiquement du projet comme des candidats et ce lors de toutes les élections. » (29 juin 2014)


Hervé Morin (presque 53 ans), député et ancien Ministre de la Défense

Hervé Morin est, avec Jean-Christophe Lagarde, l’un des deux seuls candidats à l’ADN centriste, en ce sens qu’ils se sont engagés en politique dans ce courant politique et n’en ont jamais dévié, au contraire des autres candidats arrivés tardivement au centrisme.

Administrateur des services de l’Assemblée Nationale, collaborateur de François Léotard au Ministère de la Défense, Hervé Morin est conseiller général de l’Eure depuis le 29 mars 1992 et maire d’Épaignes depuis le 19 juin 1995. Il fut élu député le 30 novembre 1998 pour la succession de Ladislas Poniatowski élu au Sénat, et est réélu jusqu’à maintenant. Entre 2002 et 2007, il fut élu à la présidence du groupe parlementaire UDF pour affirmer l’autonomie des députés UDF face à l’UMP et fut porte-parole du candidat François Bayrou. Mais après l’élection présidentielle de 2007, négociant son entrée au gouvernement, il s’éloigna de François Bayrou et créa le Nouveau centre le 29 mai 2007 qu’il préside. Il fut nommé Ministre de la Défense du 18 mai 2007 au 13 novembre 2010, puis renonça le 16 février 2012 à se présenter à l’élection présidentielle de 2012 après des sondages catastrophiques.

« A la crise économique, fruit de trente ans de déclin de notre compétitivité et de politiques qui ont produit le chômage de masse nous devons proposer le chemin de la liberté, de la responsabilité et de la régulation. Pour nos enfants et pour l’emploi, nous devons miser sur le développement durable et la croissance verte. » (27 juin 2014)


Emmanuel Pasco-Viel (27 ans), étudiant

Jeune lyonnais, Emmanuel Pasco-Viel a voulu se présenter à la présidence de l’UDI pour témoigner et apporter ses idées au débat. Les jours prochains diront s’il a obtenu les 500 parrainages nécessaires pour continuer sa petite aventure. Il a terminé une thèse en biologie et prépare un master à l’École Normale et ne veut surtout pas être un salarié de la politique : « Ne pas vouloir faire carrière en politique. Il ne faut pas aller de poste en poste. ». Il s’est engagé en politique en 2012 auprès de Corinne Lepage dont il fut un candidat aux législatives de juin 2012, puis a rejoint l’UDI.

« Certains diront que ce n'est pas la peine de rajouter de l'huile sur le feu, ou que je n'ai aucune légitimité, mais je pense au contraire qu'une candidature différente, portée par un "simple militant" (avec un peu d'expérience tout de même) mais basée sur un projet fort et avec des orientations claires, ne peut que favoriser l'émergence du débat d'idées au sein de notre famille politique, car il ne faut évidemment pas que cette élection ne soit qu'une bataille de personnes. » (28 juin 2014)


Jean-Christophe Lagarde (46 ans), député-maire de Drancy

Engagé au Centre des démocrates sociaux dès 1989, Jean-Christophe Lagarde a labouré une terre communiste depuis plus d’un demi-siècle en se faisant élire conseiller municipal d’opposition en mars 1989 puis en juin 1995 (tête de liste, il avait réussi à mettre en ballottage le vieux maire sortant). En mars 1993, il est même éliminé du second tour des législatives pour un duel entre un candidat communiste et un candidat du FN. Très politique, président des Jeunes démocrates puis des jeunes de l’UDF de 1996 à 2001, il s’est investi très tôt dans l’appareil centriste. Son travail sur le terrain a porté ses fruits au début des années 2000 : conseiller régional d’Île-de-France en mars 1998, il se fit élire avec un très bon score maire de Drancy en mars 2001, gagnant parallèlement un mandat de conseiller général de Seine-Saint-Denis au même moment. Assez logiquement, il a conquis la circonscription en juin 2002, et s’est fait réélire député et maire jusqu’à maintenant, avec des scores toujours élogieux.

Vice-Président de l’Assemblée Nationale en 2006 puis en 2010, Jean-Christophe Lagarde fut l’un des soutiens de la candidature de François Bayrou en 2007 puis a rejoint le Nouveau centre dont il fut président exécutif le 17 mai 2008 jusqu’au 10 juillet 2012 où il a fondé sa propre formation politique, Force européenne démocrate, pour se consacrer à la création de l’UDI quelques mois plus tard en évitant que sa rivalité avec Hervé Morin n’ait interagi dans la reconstruction du centre. En novembre 2010, il faisait partie des "ministrables" qui ont finalement été évincés par Nicolas Sarkozy.

« Il y aura en effet dans cette élection deux visions différentes de ce que doit être l’UDI. La vision traditionnelle du centre qui se réduit, se résout à n’être qu’un parti d’accompagnement, d’appoint, qui porte de bonnes idées mais qui ne se donne ni l’ambition, ni les moyens de conquérir les responsabilités pour les mettre en œuvre. Cette vision réduit le centre à n’être qu’un acteur de seconde zone. Cette vision fait souvent de nous les bons ouvriers d’une politique qui n’est pas la nôtre. Cette vision permet ou fait miroiter des carrières ministérielles mais nous empêche de transformer la France et de la faire réussir.
La vision que je porte est différente. Je vous propose de construire un parti dont l’objectif est de conquérir le pouvoir afin de mettre en œuvre nos idées, notre projet. Pour cela, il nous faut bâtir un véritable parti populaire organisé, des militants formés, des élus locaux et des cadres écoutés et mis en réseau pour décupler leurs forces. Pour faire de l’UDI une véritable force, nous devons bien plus nous appuyer sur nos maires, nos élus municipaux, sur nos futurs conseillers départementaux et régionaux, nos élus d’opposition qui devraient être soutenus et aidés. » (5 juillet 2014)


Jean Arthuis (69 ans), député européen et ancien Ministre de l’Économie et des Finances

Expert-comptable, avant tout sénateur (du 3 octobre 1983 au 30 juin 2014), Jean Arthuis a présidé le groupe centriste au Sénat de 1998 à 2002 puis la stratégique commission des finances du Sénat du 18 juillet 2002 au 6 octobre 2011. Élu local (il a présidé le Conseil général de la Mayenne de mars 1992 à juin 2014), il a participé plusieurs fois à l’action gouvernementale dans les secteurs de l’économie et des finances qu’il connaît bien : Secrétaire d’État à l’Emploi puis à la Consommation du 20 mars 1986 au 10 mai 1988, puis Ministre du Développement économique et du Plan du 18 mai 1995 au 26 août 1995 et enfin, Ministre de l’Économie et des Finances du 26 août 1995 au 2 juin 1997 après le renvoi d’Alain Madelin.

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« Par ma candidature, j’entends défendre l’unité de notre parti et préparer la fusion des composantes. Ce mouvement général répond également à l’urgence d’associer pleinement les nombreux "adhérents directs" qui nous ont rejoints. Il importe de respecter les différents courants philosophiques qui enrichissent notre rassemblement mais à l’intérieur d’une maison unique et d’un système de financement unifié. » (4 juillet 2014)

Au printemps 2014, Jean Arthuis a décidé de s’investir dans le domaine européen en prenant la tête de la liste centriste dans le grand Ouest, réalisant le 25 mai 2014 le meilleur score national (12,3%). Devenu député européen, il a été élu le 7 juillet 2014 président de la commission des budgets au Parlement Européen, une responsabilité qui l’a fait renoncer à sa candidature à la présidence de l’UDI trois jours plus tard pour ne se consacrer qu’à son seul mandat européen.

Il avait exprimé son désir de ne pas faire de son parti une machine présidentielle : « Si nous voulons assurer la réussite de notre parti, son président n’a pas vocation à promouvoir sa candidature à la Présidence de la République. Il s’agit de rompre avec une pratique qui a transformé les partis politiques en instruments de promotion personnelle, avec tous les phénomènes d’écurie, de cour et de clan. ». Si, de tous les candidats, Jean Arthuis était sans doute le plus compétent et expérimenté en matière politique et économique, son âge ne pouvait de toute façon pas faire de lui l’homme d’avenir du centre.


Car l’avenir du centre passe par cette élection interne

Cinq, ou plutôt quatre, candidats, donc (la candidature d’Emmanuel Pasco-Viel, même si elle est confirmée ce 31 juillet 2014, n’a aucune chance d’aboutir à l’élection), pour l’avenir de l’UDI. Chaque candidat joue son propre destin au travers le destin collectif.

La chance de l’UDI est de se retrouver en mesure de proposer aux Français une véritable force de propositions, peut-être la plus fiable des forces républicaines si l’UMP ne se remet de son prochain congrès, pour s’opposer au gouvernement socialiste actuel.

L’une des difficultés de l’UDI, c’est que la vie politique tourne autour de l’élection présidentielle. Or, pour 2017, deux seules personnalités centristes avaient la crédibilité suffisante pour une candidature présidentielle : Jean-Louis Borloo, qui s’est retiré de la politique, et François Bayrou, dont une quatrième candidature ne lui serait peut-être pas profitable.

Sauf grand bouleversement d’ici deux ans, il est donc très probable qu’aucun responsable centriste ne puisse atteindre le second tour de l’élection présidentielle de 2017, et, en cas d’absence de François Bayrou, il est très probable que s’il y a un candidat centriste, celui-ci fasse un score très inférieur aux attentes d’un parti comme l’UDI (un peu comme Eva Joly pour les écologistes en 2012).

Toute la période qui s’annonce va donc amener l’UDI à se poser deux questions sur les personnes.

D’une part, préfigurer une alliance plus large de tous les républicains modérés (au sens du début de la IIIe République), qui pourrait aller d’Alain Juppé à François Bayrou en passant par des personnalités comme François Fillon, François Baroin, Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet entre autres, avec un accord de soutien d’une candidature commune dès le premier tour pour faire face à la fois au PS et au FN et s’assurer une place au second tour.

D’autre part, préparer une personnalité centriste prête à se présenter de façon crédible à l’élection présidentielle suivante, à savoir celle de 2022. Car c’est bien cette élection qui se joue dans ces élections internes à l’UDI. Il faut pour cela faire sortir une personnalité encore jeune, expérimentée, et capable sur le plan politique et électoral.

En ce sens, la candidature de Jean-Christophe Lagarde à la présidence de l’UDI, le seul qui parle de Centre conquérant, répond à ce double enjeu : capacité à s’unir dès le premier tour en 2017, capacité à préparer une candidature centriste sérieuse pour 2022, de manière dynamique et efficace.

Dans la seconde partie, j’évoquerai les deux autres héritages de Jean-Louis Borloo.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 juillet 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Louis Borloo.
François Bayrou.
L’alliance UDI-MoDem.
La création de l’UDI.
La famille centriste.
Les listes centristes aux européennes de 2014.
Résultats des européennes de 2014.
Jean-Christophe Lagarde.
Hervé Morin.
Le Nouveau centre.
Laurent Hénart.
Rama Yade.
Candidature de Jean-Christophe Lagarde.
Candidature d’Yves Jégo.
Candidature d’Hervé Morin.
Candidature de Jean-Christophe Fromantin.
Candidature d’Emmanuel Pasco-Viel.
Ex-candidature de Jean Arthuis.


yartiUDI2014A06 


  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-apres-borloo-au-pays-du-centre-1-155020

 

 

 

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 20:33

Au cours d'un vote par Internet du 16 au 22 juin 2014, les membres du Parti radical ont élu le successeur de Jean-Louis Borloo : le maire de Nancy, Laurent Hénart, a été élu président du Parti radical avec 61% face à Rama Yade. Un congrès est prévu le 5 juillet 2014 à Paris pour officialiser cette succession.

Inscrits : 6 596.
Votants : 4 556.
Blancs : 49
Suffrages exprimés : 4 507.

Rama Yade : 1 743.
Laurent Hénart : 2 764 (élu).

Selon le procès verbal signé de Xavier de Roux, président de la commission permanente de contrôle, et Didier Maus, membre.

SR


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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 07:32

« On a dit grand oiseau, ordinateur monté sur échasses, "magnifique insecte, mais qui n’a pas d’antennes" (Alexandre Sanguinetti), surdoué ayant une case de trop, etc. On a tout dit sauf qu’il était physiquement trop propre et croyait qu’il entraînerait la France derrière lui en laissant dans son élégant sillage, un parfum délicat de savonnette. » (Jean Cau dans "Croquis de mémoire", 1985). Deuxième partie.


yartiVGEB01Le septennat de Valéry Giscard d’Estaing a commencé il y a exactement quarante ans, le 27 mai 1974. C’est l’occasion de faire un très rapide bilan de son action, qui a parvenu à maintenir la France à son rang de puissance économique mondiale malgré les deux chocs pétroliers.

Valéry Giscard d’Estaing fut seul Président de la Ve République à avoir accompli un seul mandat de sept ans, qui était pourtant la norme dans les précédentes républiques (les autres ont exercé pendant cinq, dix, douze ou quatorze ans), laissant le pouvoir au cours une passation formelle (et exemplaire de dignité, la première passation ordinaire) le 21 mai 1981 à François Mitterrand.

Il fut le premier à avoir échoué dans sa tentative de réélection, et Nicolas Sarkozy l’a suivi. Responsables à 100% de la politique gouvernementale au moment de l’élection présidentielle à la fin de leur mandat, ils n’ont pas su convaincre les Français de continuer avec eux, au contraire de François Mitterrand et de Jacques Chirac qui ont bénéficié, tous les deux, d’une fin de cohabitation et de leur irresponsabilité sur la politique suivie par le gouvernement sortant.

Le projet giscardien, plus politique qu’économique, de "société libérale avancée" n’a pas été mené à bien car il a surtout été contrarié par les difficultés d’obtenir une majorité loyale et fiable qui le suivît.


1. Deux Français sur trois

Le concept de deux Français sur trois n’a pas été développé sous son septennat. Valéry Giscard d’Estaing l’a proposé dans son livre paru le 29 février 1984 sous ce même titre ("Deux Français sur trois") où il envisageait un gouvernement qui puisse faire adhérer les deux tiers de la population sur les bases définies dans son livre publié sous son septennat, "Démocratie française", le 8 octobre 1976 dont le titre donna le nom au parti qu’il a fondé le 1er février 1978, l’Union pour la démocratie française (UDF).

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Pour cela, il avait souhaité, dès le début de son mandat, une majorité centrale qui puisse s’élargir des gaullistes aux socialistes en passant par les centristes dont il se sentait proche. La nomination de Jean-Jacques Servan-Schreiber et de Françoise Giroud dans son gouvernement (très brièvement pour le premier) montrait ainsi sa bonne disposition pour "décrisper" la vie politique.

Cependant, il n’a pas pu mettre en œuvre cette majorité centrale qui fut ensuite reprise par François Bayrou à son compte à partir de la campagne présidentielle du printemps 2007 à cause de ses deux partenaires potentiels.

Les premiers, les gaullistes, étaient à front renversés par rapport à ses alliances électorales : soutenu par l’aile droite de l’UDR en 1974, Valéry Giscard d’Estaing se rapprocha de plus en plus des "barons" du gaullisme, plus légitimistes et consensuels, comme Jacques Chaban-Delmas (son rival malheureux en 1974), Olivier Guichard voire Alain Peyrefitte au fur et à mesure que Jacques Chirac prenait ses distances avec le giscardisme (à partir de l’été 1976).

Les seconds, les socialistes, qui n’auront jamais été ses partenaires, étaient dirigés par François Mitterrand qui avait misé sur l’union de la gauche, même après la rupture de 1977, considérant que seule, l’alliance avec les communistes pourrait le hisser à l’Élysée. Valéry Giscard d’Estaing, au contraire, aurait souhaité la victoire, au sein du PS, de la seconde gauche de Michel Rocard qui aurait été plus accessible à une alliance avec les centristes.

Concrètement, Valéry Giscard d’Estaing n’a jamais gouverné qu’avec une majorité de droite et de centre droit, sous ses deux Premiers Ministres Jacques Chirac et Raymond Barre. Quelques semaines avant les élections législatives de mars 1978 que les sondages donnaient gagnées par la gauche (il n’en fut rien), Valéry Giscard d’Estaing a prononcé à Verdun-sur-le-Doubs un discours célèbre le 12 janvier 1978 sur le « bon choix pour la France » où il esquissa les contours d’une première cohabitation, laissant entendre qu’en cas de victoire de la gauche, il ne pourrait pas empêcher la gauche de gouverner et nommerait François Mitterrand à Matignon puis se retirerait à Rambouillet pour le laisser gouverner (toutefois sans démissionner).

Au contraire de ses ambitions de rassemblement, par sa psychologie assez distante du peuple et les discours clivants de François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing a donné une image d’homme de droite que l’affaire des diamants de Bokassa n’a pas arrangée.


2. Les réformes sociétales

Sans doute que le septennat giscardien restera dans l’histoire de France comme celui qui aura essayé de mettre les dispositifs législatifs en accord avec l’évolution des mœurs de la société française consécutive à la crise de mai 1968.

Et pourtant, cette évolution législative avait été amorcée déjà par De Gaulle, avec la promulgation de la loi n°67-1176 du 28 décembre 1967 qui a légalisé la contraception et dont l’auteur, le gaulliste Lucien Neuwirth, a disparu il y a six mois, le 26 novembre 2013. Les décrets d’application de la loi Neuwirth n’ont cependant été signés qu’en 1972 et la loi Neuwirth a été complétée par la loi n°74-1026 du 4 décembre 1974 (adoptée donc durant le septennat giscardien) qui a libéralisé la contraception et permis son remboursement par la Sécurité sociale.

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Trois grandes réformes sociétales ont été adoptées entre 1974 et 1976 qui ont trait à la modernisation sociétale du pays. Elles ont été présentées très rapidement après l’élection présidentielle, tout comme l’abolition de la peine de mort l’a été très rapidement après l’élection de François Mitterrand.

La majorité civile a été abaissée de 21 ans à 18 ans par la promulgation de la loi n°74-631 du 5 juillet 1974. Cela donnait ainsi le droit de vote à des centaines de milliers de jeunes entre 18 et 21 ans qui furent, quelques années plus tard, majoritairement hostiles au Président sortant en 1981, ce qui ne manquait pas de panache de sa part.

La dépénalisation de l’avortement a été décidée avec la promulgation de la loi n°75-17 du 17 janvier 1975 dont l’auteur fut Simone Veil, juriste nommée Ministre de la Santé pour cette mission très difficile : « Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ? ».

Enfin, Valéry Giscard d’Estaing a assoupli la procédure du divorce en introduisant le divorce par consentement mutuel instauré par la loi n°75-617 du 11 juillet 1975 qui a été un grand succès dès 1977 où un divorce sur cinq a suivi cette procédure, en 1985, un sur trois et en 2012, plus de la moitié des 130 000 divorces ont été par consentement mutuel (52% exactement).

On peut rajouter à cela une libéralisation de l’audiovisuel public avec la séparation de la télévision d’État et de la radio publique devenue Radio France présidée pour la première fois par Jacqueline Baudrier le 1er janvier 1975. L’éclatement de l’ORTF a été instaurée par la loi n°74-696 du 7 août 1974.

On peut parler aussi d’une réforme qui a moralement manqué au septennat giscardien.

Je reviens en effet sur l’abolition de la peine de mort. Que ce soient Valéry Giscard ou ses Gardes des Sceaux Jean Lecanuet, Olivier Guichard et Alain Peyrefitte, tous étaient des abolitionnistes non pratiquants. Valéry Giscard d’Estaing avait décrit son « aversion profonde » pour la peine de mort.

Concrètement, il a pourtant laissé la possibilité de condamner à mort et d’exécuter des condamnés reconnus coupables de crime, malgré sa philosophie. Il ne l’a pas abolie en raison du climat passionnel d’insécurité (avec les affaires Christian Ranucci et Patrick Henry notamment), qui prévalait depuis le début des années 1970 (à l’époque de Raymond Marcellin) et qui, il faut bien le reconnaître, continue encore à sévir dans les années 2010, sorte de tarte la crème électorale qui revient sans cesse sur la scène politique et médiatique en France.

On peut donc être particulièrement choqué de ce manque de courage politique, même si Alain Peyrefitte a fait une tentative (qui a échoué par manque de soutien auprès de sa majorité) qui a quand même coûté la vie aux trois dernières personnes guillotinées en France (Christian Ranucci le 28 juillet 1976, Jérôme Carrein le 23 juin 1977 et Hamida Djandoubi le 10 septembre 1977), que Valéry Giscard d’Estaing aurait pu sauver comme les quatre autres condamnés à mort qu’il a graciés au cours de son mandat.

En revanche, Valéry Giscard d’Estaing a toujours montré sa conception "libérale" de la société en acceptant par exemple le "mariage pour tous" : « Moi, je l’aurais appelé "union", mais j’aurais donné pratiquement les mêmes droits (…). C’est tout à fait en phase avec la société actuelle. » (sur BFM-TV le 23 décembre 2012).


3. Une réforme institutionnelle essentielle

Valéry Giscard d’Estaing a toujours été soucieux de respecter scrupuleusement les institutions. C’est pour cela qu’il avait annoncé qu’il accepterait le principe de la cohabitation en cas de victoire de la gauche en mars 1978. Mais c’est aussi la raison qui l’a fait renoncer à dissoudre l’Assemblée Nationale juste après son élection en 1974, une mesure qui lui a coûté très cher tout au long de son septennat. Il n’a jamais réussi à bénéficier d’une majorité giscardienne et a été sans arrêt confronté aux manœuvres des gaullistes (en particulier de Jacques Chirac entre 1976 et 1981).

Pour autant, il a décidé une réforme essentielle pour les institutions et notre état de droit, une petite révolution qui fut complétée par Nicolas Sarkozy le 23 juillet 2008 avec la question prioritaire de constitutionnalité mise en application le 1er mars 2010.

En effet, Valéry Giscard d’Estaing a fait adopter la loi constitutionnelle n°74-904 du 29 octobre 1974 qui étend le droit de saisine du Conseil Constitutionnel à soixante députés ou soixante sénateurs, alors qu’avant, c’était réservé aux seuls Président de la République et Présidents des assemblées. Cette réforme est la suite logique de la décision constitutionnelle n°71-44 DC du 16 juillet 1971 qui donna au Conseil Constitutionnel plus de pouvoir qu’envisagé initialement, grâce en particulier à l’action du Président du Sénat de l’époque, Alain Poher, et à l’émergence du bloc de constitutionnalité.

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Valéry Giscard d’Estaing a également été à l’origine de la loi constitutionnelle n°76-527 du 18 juin 1976 qui a rendu plus difficile une candidature à l’élection présidentielle en augmentant le nombre de parrainages nécessaires de cent à cinq cents.


4. La crise

Comme en 2012 quand François Hollande refusait d’admettre l’existence de la crise internationale pour mieux combattre son prédécesseur, François Mitterrand n’a jamais voulu admettre avant 1981 l’existence de cette crise qui perdure depuis une quarantaine d’années. Si bien que des pans entiers de l’économie françaises se sont effondrés, à commencer par le textile, mais après Valéry Giscard d’Estaing, la sidérurgie, la métallurgie et beaucoup d’autres industries majeures ont suivi la pente de la désindustrialisation du pays.

Le chômage de masse s’est donc intensifié sous le septennat giscardien jusqu’à atteindre environ deux millions de demandeurs d’emploi en 1981, et ce thème a commencé à devenir dominant dans les campagnes électorales à partir des années 1980.

Comme signe des temps, il y a eu ces petites incisions cyniques et électoralistes de François Mitterrand sur l’emploi, qu’on aurait pu retourner hier contre lui ou même aujourd’hui contre son seul successeur socialiste plus de trente ans plus tard.

Au cours de sa conférence de presse du 24 juin 1980, François Mitterrand disait ainsi de Valéry Giscard d’Estaing : « Je le verrais assez bien baron du chômage, marquis des inégalités, comte de la hausse des prix, duc de la technocratie, prince de l’électoralisme et rois de l’anesthésie. » et il récidivait dans son ironie mordante lors de son meeting à Beauvais le 7 mars 1981 : « Il était difficile cette semaine d’ignorer que Valéry Giscard d’Estaing avait présenté sa candidature aux Français. On aurait attendu plutôt qu’il leur présentât ses excuses ! ».


5. Deux mesures historiques en faveur de la construction européenne

S’il fallait retenir un seul domaine d’action du septennat de Valéry Giscard d’Estaing, je laisserais de côté ses réformes sociétales qui auraient été mises en place d’une manière ou d’une autre au fil du temps, et je retiendrais spécifiquement sa politique européenne qui fut le résultat d’une très pertinente vision de l’avenir.

En effet, fort de l’expérience du couple franco-allemand entre De Gaulle et Adenauer, Valéry Giscard d’Estaing a formé un véritable couple politique avec le Chancelier Helmut Schmidt, pourtant social-démocrate. Grâce à cette nouvelle dynamique, il a impulsé deux innovations majeures dans les institutions européennes (l’Europe des Neuf, puis des Dix).

Au même titre qu’il a pris l’initiative de réunir les chefs d’État et de gouvernement des pays les plus industrialisés, à l’origine le G5, puis le G7, du 15 au 17 novembre 1975 à Rambouillet (France, États-Unis, Allemagne, Royaume-Uni, Japon, complété par le Canada et l’Italie), pour tenter de réguler l’économie et la finance internationales, Valéry Giscard d’Estaing a créé avec Helmut Schmidt une institution majeure pour la construction européenne, le Conseil Européen.

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Il s’agissait de réunir régulièrement les chefs d’État et de gouvernement des États membres de Communauté Économique Européenne (CEE) pour prendre les grandes décisions concernant l’Europe. Le premier Conseil Européen fut réuni à Paris les 9 et 10 décembre 1974. L’idée était d’institutionnaliser les Sommets européens selon le principe de De Gaulle : « Se figurer qu’on peut bâtir quelque chose qui soit efficace pour l’action et qui soit approuvé par les peuples en dehors et au-dessus des États, c’est une chimère. ».

Si la sincérité de l’engagement européen de Valéry Giscard d’Estaing n’avait jamais été mise en doute (sa première intervention importante comme député dans l’hémicycle fut consacrée au soutien du Traité de Rome), beaucoup de partisans de la construction européenne avaient contesté ce principe du Conseil Européen qui faisait la part belle aux États au détriment d’institutions plus européennes (comme la Commission Européenne). Or, avec le recul du temps, on peut comprendre que Valéry Giscard d’Estaing avait anticipé avec une belle vision les bons leviers de la construction européenne : seuls, les États ont pris des décisions déterminantes pour faire avancer la construction européenne pendant les trente à quarante années qui ont suivi ce premier Conseil Européen jusqu’à instituer un Président du Conseil Européen avec le Traité de Lisbonne.

Parallèlement, Valéry Giscard d’Estaing a pris la décision d’accepter l’élection au suffrage universel direct des membres du Parlement Européen, mesure prévue par le Traité de Rome et sans cesse reportée par ses prédécesseurs. Pour affronter l’opposition des gaullistes (cela lui a valu l’appel de Cochin, rédigé par Pierre Juillet, où Jacques Chirac dénonçait le "parti de l’étranger" le 6 décembre 1978), le Président a fait adopter avec un vote bloqué (recours à l’article 49-3 de la Constitution) la loi n°77-680 du 30 juin 1977 (reprenant la décision du Conseil Européen du 20 septembre 1976) et la loi n°77-729 du 7 juillet 1977.

Les premières élections européennes ont donc eu lieu le 7 juin 1979 qui ont vu la victoire de la liste de l’UDF dirigée par Simone Veil avec 27,6% des suffrages et les élections du 25 mai 2014 en sont les huitièmes. Simone Veil est devenue la première Présidente du Parlement Européen élu au suffrage universel direct du 17 juillet 1979 au 19 janvier 1982.

En juin 2014, ces deux instances, Conseil Européen et Parlement Européen, vont se trouver (une nouvelle fois, après l’adoption du budget européen) en confrontation pour la désignation du Président de la Commission Européenne. Les semaines qui viennent vont donc être déterminantes et seront le résultat des deux décisions majeures prises par le Président Giscard d’Estaing concernant ces deux institutions européennes.


L’échec du 10 mai 1981

Valéry Giscard d’Estaing se trouvait dans un climat relativement favorable pour sa réélection en 1980. Les sondages le donnaient largement gagnant face à Michel Rocard ou à François Mitterrand en avril 1980.

Trop confiant dans sa réélection, il n’a donc pas vraiment élaboré de stratégie électorale et a continué à gouverner longtemps, annonçant sa candidature très tardivement, le 2 mars 1981 seulement : « Pourquoi ai-je échoué ? En raison du chômage ? d’une lassitude des Français ? J’étais crédité de 60% de bonnes opinions et puis, tout à coup, une tornade s’est levée. C’est un phénomène étrange. » ("Le Pouvoir et la Vie" publié le 1er janvier 1988).

Parallèlement à cette assurance, il a multiplié les maladresses politiques, notamment par son silence après l’attentat antisémite de la rue Copernic du 3 octobre 1980, son refus de s’expliquer dans l’affaire des diamants, ou encore sa rencontre avec Leonid Brejnev le 19 mai 1980 à Varsovie alors que l’URSS venait d’envahir l’Afghanistan.

L’affaire des diamants déclenchée par "Le Canard enchaîné" le 10 octobre 1979 a fait un tort considérable à Valéry Giscard d’Estaing, moqué jusqu’à Thierry Le Luron qui commençait ses sketchs par "Bonjour Mes-diam’s, bonjour Mesdemoiselles, bonjour Messieurs". L’ancien Président ne lui en a pas tenu rigueur lorsqu’il l’appelait régulièrement à son lit d’hôpital pour prendre des nouvelles de sa santé peu avant la mort de l’imitateur. Il avait eu parfois des difficultés pour atteindre l’artiste car on croyait au téléphone que c’était un plaisantin qui imitait la voix de Giscard !

D’autres affaires troublantes, comme la mort de plusieurs ministres, Jean de Broglie, ancien ministre RI, assassiné le 24 septembre 1976, Robert Boulin, ministre RPR et premier-ministrable, retrouvé mort le 30 octobre 1979, et Joseph Fontanet, ancien ministre centriste, assassiné le 2 février 1980, ont également contribué à créer une atmosphère de fin de règne.

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Bien qu’arrivé en tête du premier tour le 26 avril 1981 avec 28,3% face à François Mitterrand (25,8%), Valéry Giscard d’Estaing a dû subir le début de l’affaire Maurice Papon qui fut le Ministre du Budget sortant du 6 avril 1978 au 13 mai 1981 (affaire sortie le 6 mai 1981 dans "Le Canard enchaîné") et surtout, le soutien du bout des lèvres de son allié dans la majorité, Jacques Chirac arrivé en troisième position (18,0%) qui lui apporta le 27 avril 1981 son soutien "à titre personnel" : « Chacun devra voter selon sa conscience. À titre personnel, je ne puis que voter pour monsieur Giscard d’Estaing. ».

Valéry Giscard d’Estaing révéla bien plus tard qu’il avait appelé entre les deux tours au standard de la permanence de campagne de Jacques Chirac et s’était fait passer pour un militant du RPR et on l’avait vivement encouragé à voter pour François Mitterrand au second tour. Au comité central du RPR du 29 avril 1981, Alain Juppé avait, lui aussi, refusé ce report giscardien : « Ni monsieur Giscard d’Estaing, ni monsieur Mitterrand ne veulent changer la société. ».

De fait, l’échec de Valéry Giscard d’Estaing a donné à Jacques Chirac le leadership de la droite et du centre droit pendant près d’un quart de siècle, de 1981 à 2005.

Dans ses mémoires publiées le 27 septembre 2006 ("Le Pouvoir et la Vie", tome 3), Valéry Giscard d’Estaing a confié une confidence que François Mitterrand lui avait faite lors d’une rencontre en décembre 1995. Il lui aurait confié qu’il avait rencontré Jacques Chirac au domicile d’Édith Cresson quelques jours avant le second tour pour conclure un pacte électoral et aurait ajouté : « Vous étiez imbattable. (…) Et je n’ai été élu que grâce aux 550 000 voix que m’a apportées Jacques Chirac au deuxième tour. Vous n’avez qu’à regarder les chiffres. Sans ces 550 000 voix qui ont changé de camp, je ne pouvais pas être élu ! ». Selon Pierre Joxe, Charles Pasqua aurait même fourni le fichier des militants RPR pour faire parvenir un appel à voter François Mitterrand.


Maintenant un sage mais un peu ignoré

Je reviendrai plus tard sur l’action politique de Valéry Giscard d’Estaing après son septennat et en particulier, son action en faveur de la construction européenne.

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Parce qu’il a gouverné une France qui est entrée en plein dans une crise structurelle qui, aujourd’hui, est toujours en cours, crise qui a plongé des générations d’actifs dans un chômage durable, et inévitablement, qui a provoqué une plus grande précarité et pauvreté tout en renforçant les inégalités sociales, que l’action de Valéry Giscard d’Estaing est, sinon oubliée, du moins négligée dans les grandes réformes qui ont modernisé la France et l’Europe dans les années 1970.

Un oubli qui va jusqu’à ce petit brin d’humour provenant d’un professionnel de la chose, le député-maire d’Issy-les-Moulineaux André Santini, et pour lequel il a été primé (une nouvelle fois) par le Prix de l’Humour politique en 1998 : « Je me demande si l’on n’en a pas trop fait pour les obsèques de François Mitterrand. Je ne me souviens pas qu’on en ait fait autant pour Giscard. ».

Heureusement, Valéry Giscard d’Estaing est toujours bien vivant et la classe politique actuelle, qui regroupe peu de personnalités d’une telle envergure, aurait tout intérêt à l’écouter encore voire à suivre son exemple…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mai 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le monopole du cœur.
De Gaulle.
Georges Pompidou.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Alain Poher.
Edgar Faure.
Jean Lecanuet.
François Mitterrand.
Nicolas Sarkozy.
François Hollande.
Olivier Guichard.
Alain Peyrefitte.
Roger Galley.
Robert Boulin.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-septennat-giscard-d-estaing-152495


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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 14:30

Un homme d’État est un homme qui veut avant tout agir selon l’intérêt général. Dominique Baudis, bien que jamais ministre, promis à une belle destinée nationale, aura été un homme d’État dans sa ville de Toulouse et dans sa région Midi-Pyrénées. Un homme localement d’État.


yartiBaudis2014A07C’est avec une grande émotion que l’annonce de la disparition de Dominique Baudis a été accueillie ce jeudi 10 avril 2014 en fin de matinée. La lutte contre la maladie implacable, des opérations, une dernière hospitalisation depuis quelques jours au Val-de-Grâce, à Paris. Le premier Défenseur des droits est mort quatre jours avant son 67e anniversaire.

Même émotion unanimement ressentie dans toute la classe politique, parmi ses amis de l’ex-UDF, évidemment, comme François Bayrou, Philippe Douste-Blazy, Jean-Luc Moudenc (actuel député-maire de Toulouse), Pierre Méhaignerie, François Sauvadet, Gérard Longuet (qui fut son camarade de promo à Science Po), mais aussi le Président François Hollande (au Mexique), le Premier Ministre Manuel Valls, le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll, le président de l’UMP Jean-François Copé, l’ancien président du CSA Hervé Bourges, l’actuel président de l’Institut du monde arabe (et ancien ministre) Jack Lang, le journaliste Patrick Poivre d’Arvor, et tant d’autres.

Même émotion, et même sentiment d’inachevé dans un destin politique en pointillé que lors de la brutale disparition de Philippe Séguin il y a quatre ans, le 7 janvier 2010. Comme ce dernier, Dominique Baudis recevra les honneurs de la République aux Invalides au début de la semaine prochaine.

Assez discret depuis plusieurs années, Dominique Baudis était avant tout un homme des médias, et l’hommage si intense qui lui est rendu doit sans doute une part au fait qu’il a fait partie du sérail, grand reporter puis présentateur du journal de 20 heures.

Je me souviens aussi de ses présentations de la séance des questions au gouvernement du mercredi après-midi, pendant deux heures, au cours desquelles, contrairement à ses successeurs présentateurs, on pouvait sentir une réelle passion et un réel respect car il ne se permettait jamais parler au-dessus d’un discours. Lorsqu’un parlementaire parlait dans l’hémicycle, il se taisait, par respect pour les parlementaires et les téléspectateurs (aujourd’hui, un présentateur se croit obligé de commenter ce que dit le parlementaire, comme si le téléspectateur n’était pas capable de comprendre tout seul).

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Parce qu’il était un centriste engagé, c’est-à-dire, avant tout, un démocrate européen engagé, j’ai eu l’occasion de le rencontrer à de nombreuses reprises à la fin des années 1980 et dans les années 1990. Il faisait partie, au sein du mouvement centriste, des "3 B", la nouvelle génération : Baudis, Bayrou, Bosson. Troisième génération de la formation initiée par Jean Lecanuet et André Diligent et reprise ensuite par Pierre Méhaignerie, Bernard Stasi et Jacques Barrot.

Il a pris la succession de son père Pierre Baudis à la mairie de Toulouse. Il a été élu en mars 1983 avec d’autres jeunes maires (Annecy, Grenoble, etc.) et cette "bande" de jeunes élus de l’opposition, véritables espoirs d’une nouvelle génération, passés par les élections européennes en juin 1984 puis par le Palais-Bourbon en mars 1986, a été révoltée de l’échec présidentiel de mai 1988. Le diagnostic, c’était qu’il fallait un renouvellement complet de la classe politique.

Cela a abouti à la démarche des Douze rénovateurs au printemps 1989, avec notamment Dominique Baudis, Michel Noir (député-maire de Lyon), Philippe Séguin, François Bayrou et François Fillon. À la télévision, un soir, Dominique Baudis a eu l’audace (unique dans sa carrière) de demander à l’ancien Président de la République Valéry Giscard d’Estaing, alors président de l’UDF et en piste pour diriger une liste aux européennes quelques semaines plus tard, de se retirer, de prendre sa retraite et de laisser la nouvelle génération occuper le terrain.

Cette aventure n’a eu aucun lendemain. Les divergences de fond et de stratégie entre Philippe Séguin et Dominique Baudis firent capoter la constitution d’une liste des rénovateurs qui a terminé en liste centriste dirigée par Simone Veil (avec pour numéro deux, un autre nouveau maire, Jean-Louis Borloo), en compétition avec une liste RPR-PR dirigée par …Valéry Giscard d’Estaing et Alain Juppé.

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Dominique Baudis avait cependant obtenu aux élections européennes de juin 1994 ce qu’il n’aurait jamais espéré en juin 1989, l’unité de la majorité d’alors, UDF-RPR, en dirigeant lui-même la liste commune. Ce fut sa seule campagne nationale (à l’époque, la proportionnelle était appliquée à l’échelon national) qui lui permit d’obtenir la première place avec près de 26% des suffrages.

Entre temps, il avait raté l’occasion historique : au congrès du Centre des démocrates sociaux (CDS) en octobre 1991 à Angoulême, il avait finalement renoncé à conquérir à la hussarde la présidence du parti contre l’ancienne garde. Il s’était contenté d’une simple "présidence exécutive" qui n’était qu’un titre parmi d’autres. Il aurait pris la présidence du CDS en 1991, il aurait été forcément en piste pour être le candidat de l’UDF en 1995 après le passage dans un grand ministère. Finalement, l’UDF n’a eu aucun candidat à l’élection présidentielle de 1995 et a dû juste compter les coups entre Jacques Chirac et Édouard Balladur.

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La carrière électorale de Dominique Baudis fut toutefois très brillante, et à ma connaissance, il n’a connu aucun échec électoral personnel : maire de Toulouse de mars 1983 à janvier 2001, conseiller général de mars 1985 à 1990, président du Conseil régional de Midi-Pyrénées de mars 1986 à juin 1988, député européen de juin 1984 à juin 1988, de juin 1994 à octobre 1997 et de juin 2009 à juin 2011, député de Haute-Garonne en mars 1986 (laissant le siège à son père), puis de juin 1988 à mai 1994 et de juin 1997 à janvier 2001. Il avait commencé en se faisant élire conseiller municipal de Boulogne-Billancourt en mars 1971 sur la liste menée par Georges Gorse.

Après avoir négocié un changement de trajectoire en passant du journalisme vers la politique au début des années 1980, Dominique Baudis effectua un autre changement de piste en lâchant la politique pour des fonctions plus administratives ou indépendantes : président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de janvier 2001 à janvier 2007, où il lança la télévision numérique terrestre (TNT), puis, en concurrence sur le poste avec Hervé Bourges (son prédécesseur à la présidence du CSA), il fut nommé président de l’Institut du monde arabe de février 2007 à juin 2011 (Jack Lang lui a ensuite succédé). Il esquissa ensuite un court retour dans la vie politique en dirigeant une liste aux européennes de juin 2009.

Court car le 22 juin 2011, nommé par le Président Nicolas Sarkozy, Dominique Baudis inaugura la toute nouvelle fonction de Défenseur des droits créée par la réforme des institutions du 23 juillet 2008.

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Chaque année dans un rapport, encore le 2 septembre 2013, Dominique Baudis pointait du doigt la rudesse de l’administration française face aux citoyens qu’il essayait de soutenir de son mieux pour éviter des injustices : « Pour des familles qui sont sur le fil, le moindre incident provoque une chute dont elles ne se relèvent pas, ne sachant pas à qui s’adresser. J’ai le souvenir de cette grand-mère qui, du jour au lendemain, a perdu tous ses droits, pension de retraite, couverture sociale… parce qu’une dame, née le même jour qu’elle et qui portait les mêmes nom et prénom, était décédée : l’administration avait confondu les deux identités. Cette femme, seule pour démêler sa situation, sans famille, s’est retrouvée devant un véritable mur. Les plateformes téléphoniques, les services externalisés, les délégations de service public ont rendu l’administration encore plus abstraite, plus inaccessible, plus violente. » ("Journal du Dimanche" du 1er septembre 2013).

Car l’injustice, il avait conscience de ce qu’elle pouvait être. Odieusement calomnié dans l’affaire Patrice Alègre (révélant les rumeurs qui couraient contre lui dans le journal de 20 heures de TF1 le 18 mai 2003), Dominique Baudis a gardé tout le restant de sa vie une réelle blessure que sa mise hors de cause officielle n’a jamais pu refermer. C’est ce qui lui a permis aussi de se mettre à la place des citoyens injustement (mal)traités par l’administration. Espérons que son successeur mettra le même talent au service des citoyens.

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Dominique Baudis (1947-2014) et Philippe Séguin (1943-2010), les deux leaders des Rénovateurs de 1989, l’un centriste, l’autre gaulliste, chacun ancien présidentiable plein d’avenir, chacun avec une carrière nationale en deçà de sa potentialité, chacun tirant les oreilles de l’administration pour l’un (comme Défenseur des droits), de l’État et du gouvernement pour l’autre (comme premier Président de la Cour des Comptes), chacun disparu brutalement, trop brutalement, à 66 ans, sont aujourd’hui encensés par la classe politique, dans un large consensus émotionnel.

J’adresse mes condoléances à la famille et les proches de Dominique Baudis après ce douloureux calvaire contre la maladie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 avril 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dominique Baudis, bientôt premier Défenseur des Droits (4 juin 2011).
Dominique Baudis, ex-jeune loup de la politique française (15 juin 2011).
La rumeur dans le milieu politique.
Les Rénovateurs (1).
Les Rénovateurs (2).
La famille centriste.
François Bayrou.
Jean-Louis Borloo.
Philippe Séguin.
Bernard Stasi.

yartiBaudis2014A06

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/hommage-a-dominique-baudis-homme-d-150557

 

 

 

 

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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 12:25

Le Défenseur des droits Dominique Baudis vient de mourir ce jeudi matin à Paris à 66 ans d'un cancer généralisé. Il avait été hospitalisé au Val de Grâce samedi 5 avril 2014 et avait été opéré du cervelet il y a quelques mois. Grande émotion de la classe politique, en particulier de François Bayrou, Jean-Luc Moudenc, Philippe Douste-Blazy, François Sauvadet, Stéphane Le Foll, Dominique Bussereau etc.

SR

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 07:42

Des idées concrètes, une méthode de concertation véritable, et pas de calcul ni d’arrière-pensée politicienne, pas de bouc émissaire pour se défausser de ses propres responsabilités : la méthode Borloo est assez atypique dans l’ingénierie politique d’aujourd’hui.


yartiBorloo2014A01La classe politique a accusé le choc en apprenant que l’ancien ministre et actuel président de l’UDI Jean-Louis Borloo venait d’abandonner toutes ses responsabilités politiques le dimanche 6 avril 2014 : « Je n’ai pas, en l’état, toute l’énergie nécessaire pour remplir complètement mes responsabilités. (…) J’ai donc décidé de mettre un terme à mes fonctions et mandats. ».

Hospitalisé pour un pneumonie aiguë le 26 janvier 2014, l’ancien maire de Valenciennes a souhaité consacrer toute son énergie à sa santé et à son rétablissement et laisser le train de la politique continuer à rouler sans lui, et surtout, sans le freiner alors que dans moins de sept semaines se profilent les élections européennes.

Étrange atmosphère ce dimanche soir où certains parlaient comme si on l’enterrait déjà. Heureusement, il est toujours en vie et lorsque sa santé le lui permettra, il ne fait aucun doute qu’il reprendra le chemin de la politique pour apporter sa contribution.

J’ai ressenti de la classe politique la même émotion qu’à la disparition de Philippe Séguin il y a quatre ans, où chacun, au-delà des petites mesquineries politiciennes, reconnaissait la pointure politique du personnage.

Car Jean-Louis Borloo est une grande pointure. On peut le détester ou l’admirer, regretter sa proximité ancienne avec Bernard Tapie ou se tromper sur sa position face au FN, mais on ne peut pas nier qu’il est une personnalité politique peu ordinaire du paysage politique. Il a surtout misé sur les idées, de façon parfois un peu brouillonne, et assez peu sur l’apparence, le look, la communication qui est la grande spécialité du nouveau Premier Ministre. Son ambition est plus pour ses idées que pour le petit devenir de sa personne.


L’émotion

L’un des premiers à accuser le coup a été François Bayrou, le président du MoDem et nouveau maire de Pau. Ce dernier, ému, a insisté sur la poursuite de la réunion des "centres". Jean-Louis Borloo à l’UDI, François Bayrou au MoDem, cela semblait relativement paritaire. Sans Jean-Louis Borloo, l’alliance, ou plutôt, puisque c’est son nom, "L’Alternative" risquera de boiter. Mais personne n’est irremplaçable. J’y reviendrai plus tard.

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Concours de circonstances ou pas, Jean-Louis Borloo fêtait son 63e anniversaire ce lundi 7 avril 2014, pendant que son parti allié au MoDem lançait place Stalingrad à Paris les listes centristes pour les élections européennes du 25 mai 2014.

Ce fut d’ailleurs la première réaction de l’ancienne ministre Valérie Pécresse le dimanche soir : l’absence de Jean-Louis Borloo de la vie politique et notamment de la campagne des européennes sera un handicap. Jean-Louis Borloo aurait été très percutant pour redynamiser l’idée européenne et répondre à tous les pessimistes qui veulent isoler la France de l’extérieur sans imaginer une seconde les conséquences que cela impliquerait non seulement sur l’économie mais aussi sur l’emploi.


Une carrière politique pas si ordinaire que cela

Il faut se rappeler que Jean-Louis Borloo n’a commencé sa vie politique qu’en simple "sans étiquette", d’abord aux municipales du 19 mars 1989 où il fut élu maire de Valenciennes, mandat qui lui vaut encore des admirateurs enthousiastes dans le Nord pour avoir fait venir l’usine Toyota en 1997 et pour avoir implanté le tramway en 2006, et aux européennes du 18 juin 1989, élu député européen comme deuxième de la liste centriste de Simone Veil. De sensibilité écologiste, Jean-Louis Borloo cofonda alors en 1991 Génération Écologie avec Brice Lalonde, Noël Mamère et Haroun Tazieff, mais préféra rester plutôt indépendant avant de rejoindre l’UDF en 1997.

Le 30 mars 1992, il tenta de conquérir la région Nord-Pas-de-Calais avec des listes centristes et écologistes et a bien failli réussir en raison de l’absence de majorité (cela s’est finalement soldé par une région gérée par une présidente écologiste, Marie-Christine Blandin, uniquement soutenue par le PS qui voyait ainsi le moyen de barrer la route à Jean-Louis Borloo).

Il fut élu député du Nord le 28 mars 1993 et fut réélu en permanence jusqu’à maintenant. Porte-parole du candidat François Bayrou à l’élection présidentielle du 21 avril 2002, il quitta le navire UDF pour rejoindre le porte-avion UMP à l’instar de Philippe Douste-Blazy et Pierre Méhaignerie et, appelé par le Président Jacques Chirac et le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, pour devenir du même coup ministre, l’un des ministres qui resta le plus longtemps au gouvernement puisqu’il le fut du 7 mai 2002 au 13 novembre 2010, soit plus de huit ans sans discontinuité.

C’est dans ses fonctions ministérielles qu’il a pu faire avancer quelques idées personnelles, en particulier sur la Ville et la Rénovation urbaine (7 mai 2002 au 30 mars 2004) avec un plan banlieue très ambitieux (loi n°2003-710 du 1er août 2003) qui a marqué l’histoire des quartiers difficiles, puis à l’Emploi et à la Cohésion sociale (31 mars 2004 au 15 mai 2007) avec un plan de cohésion sociale de 16 milliards d’euros (loi n°2005-32 du 18 janvier 2005), puis sur le Logement (2 juin 2005 au 15 mai 2007) en encourageant la construction de nouveaux logements sociaux (500 000 en cinq ans) et l’accession à la propriété.

Enfin, à la tête d’un grand Ministère d’État, Ministère de l’Écologie (19 juin 2007 au 13 novembre 2010) qui chapeautait en particulier l’énergie et les transports, Jean-Louis Borloo a initié le Grenelle de l’Environnement (loi n°2009-967 du 3 août 2009 et loi n°2010-788 du 12 juillet 2010). Sa nomination à Bercy n’a duré que quelques jours, du 18 mai au 19 juin 2007, sanctionné pour avoir évoqué un peu vite, le 10 juin 2007, devant Laurent Fabius, l’éventualité d’une hausse de la TVA entre les deux tours des élections législatives.

Jean-Louis Borloo fut aussi un précurseur contre le cumul de mandats exécutifs dans les fonctions ministérielles puisqu’il a quitté ses fonctions de maire de Valenciennes dès qu’il est entré au gouvernement (il est resté néanmoins président de la communauté d’agglomération de Valenciennes Métropole du 1er janvier 2001 au 16 mars 2008).


Chef de projets

Même si son action n’était pas exempte de critiques, soit sur ce qu’il a fait, soit sur ce qu’il n’a pas fait, Jean-Louis Borloo a montré une véritable boulimie de projets concrets, finalement assez rares quand on les compare avec les paroles assez creuses du gouvernement actuel. Dans sa démarche politique, il est plutôt du genre ingénieur que du genre idéologue : avoir des idées, les transformer en projets et les mettre à exécution. Son ambition a été de faire en France ce qu’il avait fait dans sa ville ou dans ses ministères.

Parmi les reproches qu’on pourrait lui faire, il y a eu surtout son silence face au discours très sécuritaire du Président Nicolas Sarkozy à Grenoble le 30 juillet 2010. Cette absence de réaction, sur les valeurs républicaines, sur ce qui fondait l’engagement personnel, pouvait s’expliquer de façon très circonstancielle par la perspective d’être nommé à Matignon en remplacement de François Fillon, perspective qui, semble-t-il avec les enregistrements de Patrick Buisson, n’était que virtuelle.

Il reste qu’ayant repris son indépendance en 2010, ayant fait quitter le parti radical de l’UMP en 2011, ayant créé l’UDI en 2012, Jean-Louis Borloo a pu, pendant ces trois dernières années, en dehors de toute ambition personnelle (on lui a assez reproché de vouloir être candidat à l’élection présidentielle puis de ne pas l’avoir été) présenter beaucoup de ses bonnes idées, grâce à la grande attention que lui portent les médias directement en raison de sa forte popularité.

D'une grande capacité de travail, Jean-Louis Borloo a compris, mieux que d’autres, que la concurrence chinoise n’est pas seulement un problème de coûts salariaux mais également un danger pour la haute technologie française et il prône aussi une révolution fiscale : il s’agit de ne plus taxer le travail ni les outils de production mais les flux financiers.


Quelques idées pratiques

Par exemple, dans l’émission "Question d’info" sur LCP le 30 janvier 2013, Jean-Louis Borloo avait proposé deux bonnes idées.

La première, c’est de créer une maison de l’emploi dans chaque bassin économique, sur tout le territoire, pour mettre en osmose les CCI, Pôle Emploi et les entreprises. Cette manière de faire, plus décentralisée, plus proche du terrain, moins bureaucratique, aurait sans doute plus de résultats qu’une gestion très abstraite et trop administrative des demandeurs d’emploi.

La seconde, c’est de réaliser un grand projet de coopération entre l’Union Européenne et le continent africain sur le thème de l’énergie (renouvelable) avec pour objectif de passer de 25% à 100% le taux d’accès des populations à l’énergie (électricité). Cela aura un triple mérite : créer des emplois en Europe et en Afrique, renforcer l’Afrique pour qu’elle puisse décoller économiquement une fois dotée d’énergie (propre). Enfin, réduire l’attractivité de l’Europe pour les candidats à l’immigration si la situation économique du pays d’origine se porte mieux.

Cette possibilité n’est pas du tout théorique puisque cela s’est déjà produit dans d’autres parties du monde. Il suffit de voir par exemple le dynamisme économique de la Turquie avec un mouvement migratoire qui s’est inversé entre l’Europe et la Turquie : c’est maintenant la Turquie qui attire !

Lors de la crise de l’euro, Jean-Louis Borloo avait également formulé quatre propositions concrètes le 8 août 2011.


La méthode et le style

La méthode de Jean-Louis Borloo est celle de la concertation, ce qui rend son action très crédible auprès des partenaires sociaux. Elle a été exprimée entre autres en forme de critique contre la gouvernance Sarkozy mais pourrait tout aussi bien s’appliquer sous le mandat du Président François Hollande : « Je ne crois pas à la méthode de la dénonciation et des boucs émissaires », disait-il sur RTL le 9 juin 2011 en expliquant sa façon de faire : « C’est : on réunit les acteurs, on fait un diagnostic partagé, on le fait avec humilité, on sort de l’idée que c’est toujours la faute des autres ! ».

Associée à cette méthode, le style Borloo, décontracté, à l’image de sa coiffure un peu négligée, lui donne quelques talents dans l’humour. Par exemple, il est récompensé par le prix de l’humour politique en 2008 pour avoir dit : « Sarkozy, c’est le seul qui a été obligé de passer par l’Élysée pour devenir Premier Ministre ! ».


Rassembler et unifier

La meilleure mise en pratique de cette méthode, cela a été d’abord de rassembler tous ceux qui partagent le même engagement politique mais qui, pour des raisons diverses et variées ces quinze dernières années, avaient emprunté des chemins politiques différents. Jean-Louis Borloo et François Bayrou ont réussi cet "exploit", jetant toutes les rancunes passées dans la rivière de l’oubli, et les résultats des élections municipales du 31 mars 2014 ont montré la réussite de cette union, avec des gains de nombreuses villes de gauche au profit des centristes, comme Niort (dès le premier tour), Bobigny, Amiens, Nevers, Bourges, Laval, Vendôme, Nouméa, Béthune, Louviers, Ploemeur, Voisins-le-Bretonneux, etc.

Le retrait de la vie politique de Jean-Louis Borloo constitue donc une grande perte pour la vie politique française. Mais si c’est la condition pour une meilleure convalescence, il a eu raison, raison d’avoir eu l’humilité de ne pas se croire indispensable et de laisser une nouvelle génération prendre maintenant le relais.

Merci Jean-Louis Borloo, et surtout, bon rétablissement !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (8 avril 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bravo Borloo !
François Bayrou.
La création de l’UDI.
L’Alternative UDI-MoDem.
Débat Borloo vs Sapin (13 mai 2013).
La famille centriste.
Les listes centristes aux européennes du 25 mai 2014.
Retrait de la vie politique (6 avril 2014).

yartiBorloo2014A06




http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/merci-borloo-ingenieur-de-la-150438

 



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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 17:48

La veille du lancement de la campagne des européennes à l'UDI et au MoDem, le président de l'UDI Jean-Louis Borloo a annoncé son retrait de la vie politique.


Pour plus d'info :

http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-122885276.html


Le MoDem et l'UDI lanceront officiellement la campagne européenne lundi 7 avril 2014 de 12h00 à 14h00 à La Rotonde, Place de la Bataille de Stalingrad, Paris 19e.  La première réunion publique se tiendra le jeudi 10 avril 2014 à 19h00 à Bordeaux à l'adresse suivante : Centre de congrès, Cité mondiale, 20, quai des Chartrons, 33000 Bordeaux.

Je souhaite à Jean-Louis Borloo un prompt rétablissement.


SR


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