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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 02:49

(dépêche)


Chine: condamnations à mort dans le scandale du lait à la mélamine

22 janvier 2009 - 13h38 - Pascale TROUILLAUD


La Chine a voulu frapper fort en annonçant jeudi trois condamnations à mort, dont l'une avec sursis, dans l'affaire du lait contaminé à la mélamine qui a tué six enfants et porté atteinte à son image à l'étranger, mais ce sont surtout les trafiquants qui ont payé.

Sur les 21 accusés au total, trois autres personnes ont écopé de la prison à vie et les 15 autres de peines allant de 2 à 15 ans d'emprisonnement, a précisé la télévision nationale dans son journal du soir.

Trois hommes ont été condamnés à mort, dont l'un avec sursis, pour leur implication dans le scandale du lait frelaté qui a également rendus malades 300.000 enfants l'an dernier, a annoncé l'agence Chine Nouvelle.

L'ancienne patronne de Sanlu, figure emblématique du groupe au coeur de cet énorme scandale et ancien cadre du Parti communiste (PCC), accusée d'avoir étouffé l'affaire, fait partie des trois personnes condamnées à la prison à perpétuité.

Ces verdicts ont été annoncés par plusieurs tribunaux du nord de la Chine, quelques semaines après les procès des 21 accusés.

Zhang Yujun, qui a produit de la poudre contenant de la mélamine et en a écoulé 600 tonnes, a été condamné à mort pour avoir "mis en danger la sécurité publique".

Un autre trafiquant a été condamné à la peine de mort pour son implication dans ce scandale qui avait éclaté en septembre et provoqué une psychose en Chine, entraînant à travers le monde des retraits des produits chinois contenant du lait.

Un 3e homme a écopé d'une condamnation à mort avec sursis qui sera probablement commuée en prison à vie.

Tian Wenhua, 66 ans et ex-directrice de Sanlu, était la plus haute personnalité jugée dans cette affaire qui avait coûté leur poste au chef du PCC de Shijiazhuang (nord, siège de Sanlu) et au maire de la ville.

Cette édile locale du Parti et du parlement provincial avait été accusée d'avoir produit et vendu des produits "faux et de qualité inférieure" et encourait la prison à vie, mais pas la peine de mort.

Mme Tian avait pour co-accusés trois anciens cadres de Sanlu, qui ont écopé de cinq à 15 ans de prison.

Sanlu, l'un des fleurons de l'industrie laitière chinoise désormais en quasi-faillite, s'est vu infliger une amende de 50 millions de yuans (5,6 millions d'euros) et son ex-directrice de 20 millions de yuans.

Sanlu a été accusé d'avoir étouffé l'affaire pendant plusieurs mois avant d'avertir les autorités locales, lesquelles, à la veille de l'ouverture des jeux Olympiques de Pékin, ont également tardé à réagir.

Mais aucun politique n'a eu de compte à rendre devant la justice.

Liu Donglin, père d'un enfant tombé malade, a regretté que ces responsables aient été épargnés. "Les autorités gouvernementales devraient être punies", a-t-il dit.

Des parents et avocats se sont demandé comment un scandale aussi massif impliquant 22 compagnies laitières pouvait se solder par le procès de seulement 21 accusés, qu'ils ont estimés être des boucs émissaires.

L'enquête a permis de déterminer que ces sociétés avaient vendu du lait trafiqué avec la mélamine, produit destiné aux colles, aux résines ou aux engrais qui simule, lors des tests de contrôle, un apport en protéines.

C'est la mélamine qui a provoqué chez les nourrissons et jeunes enfants de graves problèmes rénaux, souvent des calculs.

Les 22 entreprises ayant mis sur le marché des produits frelatés ont, de leur côté, annoncé la création d'un fonds spécial d'indemnisation, doté de 160 millions de dollars.

Mais familles et avocats des victimes ont souligné que certains parents d'enfants tombés malades ne recevraient que 300 dollars et 200 familles ont saisi la Cour suprême pour de meilleures compensations.

Précédée par de nombreux autres scandales alimentaires, l'affaire de la mélamine avait encore davantage écorné la réputation des produits chinois dans le monde.

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 00:11

(dépêche)



France
PARIS (AFP) - 09/12/08 14:55

La France n'a pas voulu "offenser" la Chine avec la rencontre samedi entre le président Nicolas Sarkozy et le dalaï lama, qui a provoqué la colère de Pékin, a déclaré mardi le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner.

"Nous n'avons pas voulu faire offense à la Chine, ni au peuple chinois ni aux dirigeants chinois", a-t-il déclaré devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale.

M. Kouchner a défendu la décision de M. Sarkozy de rencontrer le chef spirituel tibétain en exil, en soulignant que le chef de l'Etat devait rester "libre" de rencontrer qui il voulait. Il a aussi souligné que le dalaï lama, considéré comme un séparatiste par Pékin, "n'a jamais demandé l'indépendance du Tibet".

"Nous regrettons l'attitude de la Chine", qui a vivement protesté contre cette rencontre et affirmé que cela pèserait sur les relations entre les deux pays. "J'espère que cela va s'arranger. Il faudra que cela s'arrange", a poursuivi M. Kouchner.





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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 20:18

(dépêche)

 


 

La Chine exécute un scientifique, indignation des Etats-Unis et de l'UE

 

à la une

PEKIN (AFP) - 28/11/08 19:11

 

Les autorités chinoises ont exécuté vendredi matin un scientifique accusé d'espionnage au profit de Taïwan, a-t-on appris de sources concordantes, un acte aussitôt condamné par les Etats-Unis et l'Union européenne.

Ran Chen (G), fille du scientifique Wo Weihan, accusé d'espionnage, avec des proches au palais de justice de Pékin, le 27 novembre 2008.


L'exécution de Wo Weihan, un Chinois de 59 ans, a été annoncée à l'AFP par sa fille, Ran Chen, une ressortissante autrichienne mariée à un Américain, qui a précisé l'avoir apprise par l'ambassade d'Autriche à Pékin.

"Nous sommes très choqués, attristés, déçus et indignés", a réagi Mme Chen dans une déclaration transmise par courrier électronique. "Mon père a été exécuté, et avec lui nos espoirs dans le système judiciaire chinois."

Wo Weihan avait été arrêté en janvier 2005 à Pékin sous l'accusation d'avoir transmis à Taipei des renseignements de nature militaire, dont des copies de plans de missiles.

Le biochimiste, qui clamait son innocence, avait été condamné à mort en mai 2007 pour diffusion de secrets d'Etat, à l'issue d'un procès qui, selon sa famille et des ONG, manquait de transparence et au cours duquel n'avaient été présentées que de vagues preuves.

Selon sa fille, l'acte d'accusation du procès mentionnait également le fait que M. Wo pourrait avoir parlé de la santé des hauts responsables chinois, un acte passible de la peine de mort en Chine.

Ran Chen avait pu rendre visite en prison à son père jeudi, pour la première fois en quatre ans, sans savoir qu'il serait exécuté le lendemain.

"Comme il ne savait pas que l'exécution approchait, il avait de l'espoir et ne nous a pas dit adieu ou exprimé une dernière volonté. Nous, sa famille, n'avons pas été autorisés à lui dire au revoir. On nous a refusé le droit le plus fondamental et universel d'être informés sur le sort de notre père", regrette-t-elle amèrement dans sa déclaration.

L'exécution a aussitôt été fermement condamnée par les Etats-Unis via leur ambassade à Pékin. "Nous sommes profondément consternés par les informations selon lesquelles le gouvernement chinois a appliqué la peine de mort à Wo Weihan", a déclaré à l'AFP une porte-parole de l'ambassade, Susan Stevenson.

Washington considère notamment que l'arrestation et le procès de M. Wo n'ont pas répondu aux normes internationales.

L'Union européenne a également condamné "avec la plus grande fermeté l'exécution de M. Wo Weihan". "Elle regrette profondément que la Chine n'ait pas entendu ses appels répétés et ceux de plusieurs de ses Etats membres à surseoir à cette exécution et à commuer la condamnation à la peine capitale de M. Wo", est-il écrit dans un communiqué.

"L'UE marque son indignation devant cette exécution, qui intervient alors même que vient de s'achever à Pékin le dialogue UE-Chine dans le domaine des droits de l'homme, au cours duquel l'UE avait réitéré son opposition ferme à la peine de mort et avait une nouvelle fois évoqué le cas de M. Wo Weihan ainsi que demandé sa grâce", ajoute-t-il.

L'Autriche, où M. Wo avait vécu de 1990 à 1997, a elle aussi déploré son exécution, estimant qu'il s'agissait d'un "affront prémédité" de Pékin envers l'Union européenne qui l'avait défendu.

Le chargé d'affaires chinois à Vienne Shunqing Wang a été convoqué au ministère autrichien des Affaires étrangères qui a fustigé la "conduite inhumaine" de la Chine.

Les présidences slovène, puis française de l'UE ainsi que le président autrichien Heinz Fischer et la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice avaient appelé Pékin à épargner la vie de M. Wo.

Les autorités chinoises n'ont fait aucune annonce sur ce sujet vendredi. La Chine avait fait savoir jeudi qu'elle n'accorderait aucun traitement de faveur au biochimiste, dont la condamnation à mort avait été approuvée par la Cour suprême.

 

 

 

 

 

 

 

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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 23:09

(dépêche)

 

 


Chine-France: la crispation atteint les sommets

Mercredi 26 novembre 2008 - 19h07 - Laurent Pirot


Le dalaï lama se retrouve à nouveau au coeur d'un bras de fer entre la Chine et l'Union européenne. Fâchée de l'accueil préparé en Europe au chef religieux des bouddhistes tibétains en exil, la Chine a décidé de reporter sine die le sommet avec l'UE qui devait se tenir lundi à Lyon, ainsi qu'une rencontre bilatérale avec la France, prévue le lendemain à Paris.

 

L'Union européenne "prend acte et regrette cette décision de la Chine", ont réagi les 27 dans un communiqué conjoint, tandis que le président français Nicolas Sarkozy, qui assure la présidence tournante de l'UE, faisait confirmer qu'il rencontrerait bien le dalaï lama le 6 décembre en Pologne.

Nicolas Sarkozy se rendra alors à Gdansk pour les cérémonies du 25e anniversaire de l'attribution du prix Nobel de la Paix à Lech Walesa en 1983. "Il rencontrera le dalaï lama dans ce cadre-là", "en tant que chef spirituel", a précisé le porte-parole du gouvernement français Luc Chatel. "Nicolas Sarkozy, président de la République française, président de l'Union européenne, est libre de son agenda", a-t-il ajouté.

Dans la foulée, le Premier ministre belge Yves Leterme a confirmé qu'il recevrait le leader tibétain mercredi prochain. Le dalaï lama, qui arrive samedi à Prague, s'exprimera devant le Parlement belge et les députés européens à Bruxelles. Il aussi devrait rencontrer le Premier ministre polonais Donald Tusk, mais pas de représentants du gouvernement tchèque.

Pékin n'a fait aucun commentaire sur ce report. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Qin Gang expliquait mardi que la Chine "attache une grande importance à ses relations avec l'Europe et avec la France", mais que sa position sur "le problème du dalaï" était "cohérente et claire". "Nous nous opposons fermement aux activités séparatistes du dalaï lama à l'étranger et à tout contact entre le dalaï lama et des dirigeants étrangers, quelle que soit leur forme", a-t-il dit, demandant à nouveau que le Tibet soit considéré comme "une partie inaliénable du territoire chinois".

"La position de Nicolas Sarkozy est une position équilibrée depuis le début", a rétorqué Luc Chatel. Le président souhaite "que notre pays (et) l'Europe maintiennent, entretiennent, développent (leurs) relations avec la Chine", mais "il avait toujours dit qu'il rencontrerait le dalaï lama".

En annulant son déplacement, le Premier ministre Wen Jiabao "tombe dans le piège" du Tibétain, relevait, un brin ironique, un diplomate français: s'il refuse de se rendre dans les nombreux pays visités par le dalaï lama, "le Premier ministre de Chine risque de ne plus voyager beaucoup".

Reste que ce report traduit une nouvelle dégradation des relations entre Paris et Pékin, plutôt tumultueuses alors même que le président français a une attitude plus ouverte que celle de plusieurs autres dirigeants. En un an, il s'est ainsi rendu trois fois en Chine et a laissé passer plusieurs occasions de rencontrer le dalaï lama, quand le président américain George W. Bush et la chancelière allemande Angela Merkel ont tous les deux rencontré le chef spirituel tibétain cet été.

Mais Pékin a pris ombrage des déclarations du président français qui avait d'abord menacé de boycotter l'ouverture des Jeux olympiques pour protester contre la violente répression de mars au Tibet. Les nombreux incidents qui ont émaillé le parcours de la flamme olympique à Paris en avril ont contribué au malaise, ainsi que les propos de M. Sarkozy qui n'excluait pas de recevoir le dalaï lama. "Si c'est un problème, ça sera une occasion de dialogue de plus", avait-il commenté à la mi-novembre. Il devra encore patienter pour que ce dialogue soit direct. AP

 

 

 

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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 08:47

linkAprès les charniers de Timisoara en 1989, après la justification de la guerre en Irak en 2003, les événements se déroulant à Lhassa, capitale du Tibet, depuis mars 2008 font l’objet de nombreuses désinformations provenant de tous les camps (pro- et anti-chinois), quelques mois avant les Jeux Olympiques de Pékin.


J’ai reçu hier par un email, qui était déjà cinq ou six fois transféré et dont la provenance est difficilement identifiable, une photographie qui est désormais célèbre et accompagnée de ces quelques mots (dont j’ai corrigé ici les fautes) :



















« Ils sont encore pire que ce qu’on pensait. Et pourtant, on a de l’imagination. Comme la Chine fait de la désinformation… Photo des militaires chinois s’apprêtant à revêtir des robes de bonzes… Photo prise le 20 mars par l’Agence de communication de Grande-Bretagne. Introduction : Les moines de Lhassa ont dit qu’ils étaient enfermés et n’étaient pour rien dans les manif. Certains le savaient depuis le 20 mars grâce à cette photo. La photo est passée par l’Italie et revient vers nous. Nous espérons qu’elle franchira toutes les frontières et sera vue dans le monde entier. Il faut faire vite ! »



Un hoax alarmant et efficace, plusieurs versions différentes

Sans prendre en compte le français approximatif sans doute provenant d’un traducteur automatique, ce message est malgré tout alarmant et ce qui était d’ailleurs frappant, c’est que la personne qui me la retransmis, digne de confiance en ce qui me concerne, l’avait accompagné d’un mot identique : "je l’ai reçu de Untel, qui est une personne fiable".

En recherchant bien, d’autres ont reçu ce type d’email, avec parfois la précision que cette photo avait été prise par un satellite espion (on imagine aisément le délire d’une telle information quand on voit l’angle de la prise de vue) ou une date différente (14 mars 2008).

Depuis deux semaines, cette information, ou plutôt, cette désinformation a déjà été commentée par les internautes, notamment le 2 avril 2008.


Photo non truquée, mais légende abusive

Alors, qu’en est-il de cette photo ?

Elle est évidemment vraie et ne semble pas avoir été retouchée. Mais les commentaires qui l’ont accompagnée sont complètement faux.

Analysons mieux la photographie.

Un esprit attentif qui ne connaît rien au Tibet ni à Lhassa remarque déjà tout de suite que pour une photo prise le 20 (ou le 14) mars 2008, les civils autour des militaires sont vêtus pour une saison particulièrement douce (or, à cette date, c’est encore l’hiver et les gens se promènent encore avec de gros anoraks).

La seconde observation du candide est encore plus éclairante : la présence justement de ces civils. C’est très étrange que des militaires, qui veulent odieusement tromper la Terre entière en se déguisant en moines tibétains, préparent leur forfait en plein jour, dans la rue, devant tous les passants. Pour la manipulation, il aurait été plus judicieux d’effacer ces civils sur un logiciel de graphisme.

Pour le non-connaisseur, la réflexion se limite là. Et au doute systématique : rien ne dit que cette photo date du 20 (ou 14) mars 2008. Mais rien, à part la première observation, ne dit qu’elle ne date pas du 20 mars 2008.

"Heureusement", le gouvernement chinois veille et se montre très alerte sur les questions de communication ces temps-ci. Ses observations supplémentaires mériteraient sans doute confirmation de meilleurs connaisseurs, spécialistes et experts de la Chine et du Tibet, mais me paraissent quand même assez convaincantes.

La chaîne de télévision chinoise China Central Television a notamment réagi le 6 avril 2008.

Par exemple, le toit de la cabine passager du vélo-taxi de Lhassa est aujourd’hui vert avec des rayures bleue et rouge, couleur différente du bleu clair de la photo. La couleur a changé depuis octobre 2004. La photo daterait donc au moins d’avant cette date.

Les uniformes des militaires chinois ont eux aussi changé depuis mai 2006 (d’autres disent depuis janvier 2006) par rapport à ceux de la photo, notamment en raison de l’absence d’insigne et de galon (ces uniformes dateraient de 1987). Par ailleurs, les uniformes montrés sur la photo sont des uniformes d’été et pas d’hiver.

Le site EastSouthWestNorth a affirmé dès le 31 mars 2008 que la même photo avait déjà été utilisée par le Centre tibétain pour les droits de l’Homme et la démocratie (TCHRD), qui combat le gouvernement chinois, dans la dernière page de son rapport annuel de… 2003 et qui a été reprise par un site bouddhiste (hostile aussi au gouvernement chinois) pour montrer la capacité manipulatrice du gouvernement chinois par des leurres.

Dans sa vidéo que je mets à la fin de cet article, avec la fameuse musique de Vangelis du film "1492 : Christophe Colomb", les autorités chinoises expliquent que cette photographie a été prise en 2002 (d’autres disent en 2001) pour un film sorti en 2002, "The Touch" (réalisé par Peter Pau, de Hong Kong) où devaient figurer de nombreux moines tibétains. Comme aucun moine réel ne souhaitait apparaître dans un tel film (sans doute par peur d’être manipulés), c’est finalement l’armée chinoise, nombreuse, facilement et rapidement mobilisable, qui a reçu l’ordre de jouer le rôle de figurants et donc, de s’habiller en moines tibétains (de là à vanter les mérites de l’armée chinoise qui s’impliquerait beaucoup dans les actions sociales et éducatives).


Un procédé de désinformation déjà utilisé à propos du Tibet

Hélas, ce n’est pas la première fois que ce type de désinformation a été réalisée en France.

Le 27 mars 2008, dans l’émission d’Arlette Chabot "À vous de juger" (que j’avais évoquée récemment), pour illustrer les émeutes et la répression à Lhassa, France 2 avait repassé un reportage complètement hors sujet puisqu’il s’agissait de policiers népalais (en treillis bleus) à Katmandou et à Bodnath au Népal (et pas des militaires chinois au Tibet).


Des autorités chinoises pas moins touchées par la volonté de manipuler

Évidemment, le gouvernement chinois, qui, pour l’affaire de cette photo, a réagi rapidement et a sorti les grands principes de déontologie de l’information, est loin d’être exempt de tout reproche en matière de désinformation.

Dans une autre vidéo datée du 2 avril 2008, le gouvernement chinois montre de nombreuses images de casseurs au Tibet et de militaires chinois blessés. Des images pour émouvoir et aussi difficilement appréciables que celle qu’il venait de critiquer.

Et la propagande se fait par le même moyen, la vidéo. Le gouvernement chinois énonce ainsi une vision assez particulière de la relation entre le Tibet et la Chine : d’une part, que le Tibet a toujours fait partie de la Chine qui est un pays non pas uni-ethnique mais à 56 groupes ethniques différents, et d’autre part, la Chine a beaucoup développé les infrastructures du Tibet à raison de 40 millions de dollars par an (ce qui, à mon sens, est assez faible). En résumé, cette autre vidéo, clairement prosélyte, accuse exagérément l’Occident qui craint la puissance chinoise de vouloir transformer la Chine en Yougoslavie, avec un démembrement de ses régions et fait par exemple une comparaison hasardeuse en disant que demander l’indépendance du Tibet (ce que ne réclame pas le Dalaï Lama), c’est comme demander l’indépendance d’une république du Texas libre.


L’opacité des informations devrait inciter à la prudence

Mes propos se veulent neutres. Je dénonce cette photo reçue, mais je suis bien incapable de savoir ce qu’il s’est exactement passé à Lhassa en mars 2008 et je ne doute pas que le gouvernement chinois a utilisé également toutes les ficelles de la manipulation de l’information pour créditer les arguments qui allaient dans son sens.

Ici, mon but n’est donc pas de prendre partie dans un débat (faut-il ou non boycotter les cérémonies d’ouverture des JO de Pékin en août 2008 ?) qu’aucune démocratie occidentale n’a jamais voulu mais que le CIO a imposé sans faire preuve de beaucoup d’anticipation (tout ce qui se passe était facilement prévisible) et qui place justement les démocraties occidentales dans une position impossible entre la défense indispensable des droits de l’Homme et une coopération économique nécessaire avec la Chine.


Récupération contre-productive

Ce qui est clair, c’est que de telles désinformations, aussi grossières, vont très rapidement devenir contre-productives avec une technologie comme internet.

L’association France-Tibet, qui milite pour faire dresser le drapeau tibétain sur le frontispice de toutes les mairies de France, a ainsi demandé le 15 avril 2008 de démentir les commentaires accompagnant la photo afin de réduire la confusion et la manipulation en concluant : « Stoppez ce document fallacieux qui ne constitue en rien une preuve. ».

Ces méthodes de désinformation ne sont malheureusement pas nouvelles.


Les charniers de Timisoara, autre exemple de désinformation

Ainsi, en décembre 1989, la confiance de nombreux téléspectateurs (dont la mienne) a également été abusée par la vision des charniers à Timisoara, l’un des éléments déclencheurs de la révolution contre la Roumanie de Ceausescu. Il s’agissait d’évaluer le nombre des victimes des émeutes du 17 décembre 1989 à Timisoara.
















Alors qu’on parlait le 23 décembre 1989 d’une dizaine de milliers de morts (le 24 décembre 1989, le Premier Ministre belge Wilfried Martens avait même annoncé douze mille morts), en février 1990, on apprit que le nombre était compris entre 96 et 147 selon des décomptes officiels, et que des cadavres avaient été sortis de la morgue d’un hôpital local pour cette odieuse mise en scène (l’observation consciencieuse des 19 cadavres exposés aux télévisions du monde entier pouvait facilement démonter une telle désinformation).


La fin justifie-t-elle les moyens ?

Je vous épargne par ailleurs les fausses ‘preuves’ abondamment commentées et contestées que le gouvernement américain et la CIA se sont cru obliger de produire aux Nations Unies pour déclencher la guerre en Irak.

Hélas, désinformer est un vieille ficelle quand on veut faire passer des idées. La fin justifie-t-elle les moyens ? Bien sûr que non lorsqu’on souhaite préserver son honnêteté intellectuelle.

Les images trompent facilement.
Ne nous trompons pas.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (17 avril 2008)


Pour aller plus loin, je conseille cette vidéo.

Vidéo d'origine gouvernemantale chinoise.

 

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 14:48

Pour faire avancer le débat, je transmets cette note de Jean-Luc Mélenchon (sénateur PS) du 7 avril 2008 très partiale mais intéressante sur le débat au sujet des JO de Pékin.



JE NE SUIS PAS D’ACCORD AVEC LE BOYCOTT DES JEUX DE PEKIN ET LA PROPAGANDE ANTI CHINOISE

Je ne suis pas communiste chinois. Je ne le serai jamais. Mais je ne suis pas d’accord avec les manifestations en faveur du boycott des jeux olympiques. Je ne suis pas d’accord avec l’opération de Robert Ménard contre les jeux olympiques de Pékin. Je ne suis pas d’accord avec la réécriture de l’histoire de la Chine à laquelle toute cette opération donne lieu. Je ne partage pas du tout l’enthousiasme béat pour le Dalaï lama ni pour le régime qu’il incarne. Pour moi, le boycott des jeux est une agression injustifiée et insultante contre le peuple chinois. Si l’on voulait mettre en cause le régime de Pékin il fallait le faire au moment du choix de Pékin pour les jeux. Il ne fallait  pas permettre à la Chine d’être candidate. Il fallait le dire en Chine. Ce qui se fait est une insulte gratuite et injustifiée contre les millions de chinois qui ont voulu et préparent activement les jeux. Pour moi il flotte un relent nauséabond de racisme sur cette marmitte !
 

UN PRETEXTE


Si un boycott devait être organisé, dans une logique agressive conséquente, ce n’est pas celui du sport qui est un moment d’ouverture et de fraternisation. Pourquoi pas plutôt celui des affaires et de la finance ?  Naturellement aucun des activistes mondains actuels ne le propose ni n’entreprend quoi que ce soit dans ce sens. Si l’on devait vraiment se facher avec le gouvernement chinois,  pourquoi le minimum de ce qui se fait dans les relations normales entre les nations ne se fait-il pas à cette occasion? Le président de la République chinoise (combien de protestataires se soucient de savoir comment il s’appelle ?) a-t-il été approché ? Lui a -t-on demandé quelque chose ? Quoi ? Qu’a-t-il répondu ? Le premier ministre (combien se sont préoccupés de connaitre son nom ?) a-t-il été interpellé ? L’ambassadeur de Chine en France a-t-il été reçu et a-t-on eu un échange avec lui ? Qui s’en soucie ? Avec une morgue ressemblant à du racisme, on proteste contre un gouvernement dont on ne cite pas le nom des dirigeants, et dont on fait comme s’il n’existait pas. Pourquoi sinon parce qu’on pense par devers soi qu’il n’en est pas vraiment un. La superbe occidentale nie jusqu’au nom des gouvernants qui dirigent un peuple de un milliard quatre cent millions de personnes que l’on croit assez veules pour être maîtrisé par une simple police politique ! D’une façon générale je ressens, en voyant tout cela, l’écho du mépris des colons qui ont imposé en leur temps les armes à la main l’obligation pour les chinois de faire le commerce de l’opium ! Si la volonté est d’affronter le régime politique de Pékin, aucun des moyens employés n’est de nature à modifier quoi que ce soit d’autre que l’opinion occidentale déjà totalement formatée sur le sujet. 

Donc les évènements du Tibet sont un prétexte. Un prétexte entièrement construit à l’usage d’un public conditionné par la répétition d’images qui visent à créé de l’évidence davantage que de la réflexion. Exemple : seule l’enquête « d’arrêt sur image » rapporte que les « évènements du Tibet » ont commencé par un pogrom de commerçants chinois par des « tibétains ». Dans quel pays au monde de tels évènements restent-ils sans suite répressive ? La vie d’un commerçant chinois a-t-elle moins de valeur que celle du manifestant « tibétain » qui l’assassine à coups de bâton dans la rue ? Bien de l’amitié pour les tibétains n’est qu’une variante nauséabonde du racisme contre les chinois. Elle se nourrit de tous les fantasmes que l’ignorance favorise. Que la répression ait été lourde est peut-être avéré. Comment l’apprécier ? Les seuls chiffres rabachés sont ceux du « gouvernement tibétain en exil ». Pourtant le gouvernement chinois, si j’ai bien entendu, annonce lui-même un nombre de blessés et de morts qui permet de comprendre qu’il y a eu une situation grave et sérieuse que les autorités admettent. Dans n’importe quelles circonstances ont essaierait de comparer les informations. On essaierait de comprendre l’enchainement des faits. Sinon autant dire que le gouvernement français de l’époque a ordonné de pousser deux jeunes dans un transformateur électrique à Clichy Sous Bois au motif qu’il avait alors une politique de main dure face aux banlieues. Personne n’oserait avancer une bêtise aussi infâme. Dans les émeutes urbaines américaines la répression a aussi la main lourde. Tout cela n’excuse rien. Mais cela permet de mettre des évènements en relation de comparaison.

UN PERSONNAGE SUSPECT

J’exprime les plus nettes réserves à propos de l’action politique de monsieur Robert Ménard, principal organisateur des manifestations anti chinoises. A présent, à propos du Tibet et des jeux olympiques, on ne voit que Robert Ménard. Il parle, parait il, au nom de « Reporters sans frontière ». Cette association est réduite à la personne de Robert Ménard. Bien des anciens membres du conseil d’administration pourraient en dire long au sujet des conceptions démocratiques de monsieur Ménard dans sa propre association. Quand je me suis trouvé sur le plateau de radio à France Culture où l’on m’interrogeait sur le sujet du Tibet et des jeux olympiques, messieurs Marc Kravetz et Alexandre Adler sont restés silencieux quand j’en suis venu au rôle de monsieur Ménard.  Ils ne peuvent être soupçonnés de chercher à me complaire… Hors micro, les deux exprimaient des réserves marquées sur les méthodes du personnage de Robert Ménard. Maxime Vivas a établi une analyse documentée extrêmement inquiétante sur ce personnage et ses sources de financements. Quoiqu’il en soit, il semble qu’il remplace aussi dorénavant les syndicats de journalistes, l’association internationale des droits de l’homme, Amnesty et ainsi de suite. Parfois même il remplace le Dalaï lama. Robert Menard milite pour le boycott des jeux ce que ne fait pas le Dalaï lama. Celui-ci dit au contraire que le peuple chinois mérite les jeux. Robert Ménard est un   défenseur des droits de l’homme à géométrie variable. A-t-il mené une seule action, même ultra symbolique, quand les Etats unis d’Amérique ont légalisé la torture ? A-t-il mené une seule action pour que les détenus de Guantanamo soient assistés d’avocat ? Robert Menard a un comportement qui soulève des questions sérieuses au sujet des motivations de son action.

LE REGIME THEOCRATIQUE EST INDEFENDABLE

A propos du Tibet. Le Tibet est chinois depuis le quatorzième siècle. Lhassa était sous autorité chinoise puis mandchoue avant que Besançon ou Dôle soient sous l’autorité des rois de France. Parler « d’invasion » en 1959 pour qualifier un évènement à l’intérieur de la révolution chinoise est aberrant. Dit-on que la France a « envahi » la Vendée quand les armées de notre République y sont entrées contre les insurgés royalistes du cru ? Le Dalaï Lama et les autres seigneurs tibétains ont accepté tout ce que la Chine communiste leur proposait et offrait, comme par exemple le poste de vice président de l’assemblée populaire que « sa sainteté » a occupé sans rechigner. Cela jusqu’au jour de 1956 où le régime communiste a décidé d’abolir le servage au Tibet et régions limitrophes. Dans une négation des traditions, que j’approuve entièrement, les communistes ont abrogé les codes qui classaient la population en trois catégories et neuf classes dont le prix de la vie était précisé, codes qui donnaient aux propriétaires de serfs et d’esclaves le  droit de vie, de mort et de tortures sur eux.  On n’évoque pas le satut des femmes sous ce régime là. Mais il est possible de se renseigner si l’on a le coeur bien accroché. L’autorité communiste a mis fin aux luttes violentes entre chefs locaux du prétendue paradis de la non violence ainsi qu’aux divers châtiments sanglants que les moines infligeaient à ceux qui contrevenaient aux règles religieuses dont ils étaient les gardiens. La version tibétaine de la Charria a pris fin avec les communistes. La révolte de 1959 fut préparée, armée, entretenue et financée par les USA dans le cadre de la guerre froide. Voila ce qu’il en est des traditions charmantes du régime du Dalaï Lama avant les communistes et de l’horrible « invasion » qui y a mis fin.  Depuis, la scolarisation des enfants du Tibet concerne 81% d’entre eux là où il n’y en avait que 2% au temps bénis des traditions. Et l’espérance de vie dans l’enfer chinois contemporain prolonge la vie des esclaves de cette vallée de larmes de 35, 5 à 67 ans. En foi de quoi l’anéantissement des tibétain se manifeste par le doublement de la population tibétaine depuis 1959 faisant passer celle-ci de un million à deux millions et demi. Pour tout cela, la situation mérite mieux, davantage de circonspection, plus de respect pour les chinois que les clichés ridicules que colportent des gens qui ne voudraient ni pour eux, ni pour leur compagne ni pour leurs enfants d’un régime aussi lamentable que celui du roi des moines bouddhistes du Tibet. A l’heure actuelle je n’éprouve aucune sympathie pour « le gouvernement en exil du Tibet » dont sa sainteté est le décideur ultime sur pratiquement toutes les questions, où siège un nombre de membres de sa famille qu’il est tout à fait inhabituel de trouver dans un gouvernement, même en exil, sans parler de leur présence aux postes clefs de la finance et des affaires de cet exil. Je respecte le droit de sa sainteté de croire ce qu’elle veut et à ses partisans de même. Mais je m’accorde le droit d’être en désaccord total avec l’idée de leur régime théocratique. Je suis également hostile à l’embrigadement d’enfants dans les monastères. Je suis opposé à l’existence du servage. Je suis laïque partout et pour tous et donc totalement opposé à l’autorité politique des religieux, même de ceux que l’album "Tintin au Tibet" a rendu attendrissants et qui ne l’ont pourtant jamais été. Je désapprouve aussi les prises de position du "roi des moines" contre l’avortement et les homosexuels. Même non violentes et entourées de sourires assez séducteurs, ses déclarations sur ces deux sujets sont à mes yeux aussi archaïques que son projet politique théocratique.  Je n’ai jamais soutenu l’Ayatollah Khomeiny, même quand j’étais contre le Shah d’Iran. Je ne soutiens pas davantage ni n’encourage le Dalaï Lama, ni dans sa religion qui ne me concerne pas, ni dans ses prétentions politiques que je désapprouve ni dans ses tentatives cecessionistes que je condamne.  Je demande: pourquoi  pour exercer sa religion et la diriger le Dalaï Lama aurait-il besoin d’un Etat ? Un Etat qui pour être constitué demanderait d’amputer la Chine du quart de sa surface! Son magistère moral et religieux actuel souffre-t-il de n’être assis sur aucune royauté ?

FAUTEUR DE GUERRE

En ce qui concerne le droit international et la géopolitique, le dossier du Tibet tel que présenté par ses partisans est un facteur de violences, de guerres et de déstabilisation aussi considérable que celui des Balkans. Quel genre de Tibet est défendu ? Le "grand Tibet" incluant des régions comme le Yunnan et le Sichuan, sur les territoires des anciens seigneurs de la terre où sont organisés des troubles en même temps qu’à Lhassa ? Bien sur, aucun de ceux qui s’agitent en ce moment ne se préoccupe de savoir de quoi il retourne à ce propos. Rien n’indique mieux le paternalisme néo colonial ni le racisme sous jacent à l’enthousiasme pro tibétain que l’indifférence à ces questions qui mettent en cause la vie de millions de personnes et des siècles d’histoire et de culture chinoise. 

J’ai lu que les athlètes français porteraient un maillot avec une déclaration un peu passe partout qui est présentée comme une protestation politique . Je sais très bien que l’inscription "pour un monde meilleur" ne mange pas plus de pain là bas qu’ici. Mais elle sera certainement vécue par les chinois du commun comme un acte injurieux si son motif pro dalai lama est connu. Peut-être est-il cependant aussi un peu hors limite des règles du sport international. Souvenons nous que la ligue européenne de natation a exclu des championnats d’europe de natation le nageur serbe Milorad Cavic parce qu’il portait lors des remises de médailles un tee-shirt sur lequel était écrit: "le Kosovo est serbe". Cela fera-t-il jurisprudence? Les champions français qui porteront un slogan annoncé comme politique seront-ils interdits de jeux ?  Bien sûr que non ! Puisque le but c’est justement que le Tibet soit au chinois ce que le Kosovo a été aux serbes.  Mais comme cela n’a rien de comparable, à part la volonté de dépeçage de l’ennemi et la mise en scène médiatique,  il est fort probable que cela finisse à la confusion des agresseurs. Je le souhaite. Je suis un ami de la Chine. Et je sais que l’intéret de mon pays et ses valeurs ne sont pas du côté où l’on voudrait les entrainer.


Jean-Luc Mélenchon (sénateur PS)


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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 14:36

Le 27 février 2007, au Journal du Peuple, Wen Jiabao, 65 ans, Premier Ministre chinois depuis le 16 mars 2003, a tenu des propos intéressants sur la démocratie en Chine. Je propose de publier in extenso l'article en question, traduit en anglais, pour une meilleure compréhension des enjeux chinois en pleine polémique sur le Tibet et les JO de Pékin.



Wen Jiabao: Building prosperous, democratic China; entire article


In a signed article published by the People''s Daily on February 27, Chinese Premier Wen Jiabao said that China would advocate peace, development and cooperation, and always pursue an independent foreign policy of peace.

The article, titled ''Our Historical Tasks at the Primary Stage of Socialism and Several Issues Concerning China''s Foreign Policy'', said that China is at the primary stage of socialism now, and will remain so for a long time to come.

The Chinese premier said that to build a country of more than one billion people into a prosperous, strong, democratic, civilized and harmonious modern socialist country is an unprecedented endeavor in human history.

Wen said that after the founding of New China in 1949, great achievements were made in China''s development. However, China missed a major development opportunity because of some big policy mistakes, and particularly the disastrous 10-year-long ''Cultural Revolution''.

''Opportunity is rare,'' Wen said. ''In the past 28 years of reform and opening-up, China''s economy has maintained fast and sustainable growth. This is a miracle. Will China have another period of opportunity in the future? My answer is yes. How long will it last? This will depend on what domestic and foreign policies we follow and on our ability to respond to new developments.''

He said that China should take its own path in enhancing democracy. ''We never view socialism and democracy as something that is mutually exclusive. As a matter of fact, we see a high degree of democracy and well developed legal system as the inherent requirement of socialism and a key important feature of a mature socialist system.''

''We are fully capable of building China into a country of democracy and rule of law under socialist conditions,'' said Wen.

Writing about China''s foreign policies, the premier said China would advocate peace, development and cooperation and pursue an independent foreign policy of peace.

''China works to uphold its independence, sovereignty, unity and territorial integrity, makes judgment independently on the merit of each international issue and takes position accordingly. It does not use ideology and social system as a criterion in conducting diplomacy, nor does it impose its values on others.''


Following is the English translation of Wen Jiabao''s article.


Our Historical Tasks at the Primary Stage of Socialism and
Several Issues Concerning China''s Foreign Policy

by Wen Jiabao

I. Our Historical Tasks at the Primary Stage of Socialism

A keen appreciation of China''s national conditions and its historical stage is the basis for our Party to put forward theories in a scientific way and adopt correct principles and policies. It is also a key prerequisite for ensuring the success of all our endeavors.

China is at the primary stage of socialism, and will remain so for a long time to come. The primary stage means a stage of underdevelopment, which manifests itself, first and foremost, in the low level of the productive forces. Therefore, we must unswervingly take economic development as the central task and go all out to boost the productive forces. However, when we talk about the primary stage, we should not just think about the underdeveloped productive forces. We should also recognize that the socialist system still has room for improvement and that it is not yet a mature one. Comrade Deng Xiaoping pointed out that in essence, socialism is about liberating and developing the productive forces, eliminating exploitation and polarization, and ultimately, it is about achieving prosperity for all. This means that in consolidating and developing socialism, we must be clear about and focus on two major tasks: one is to liberate and develop the productive forces to vastly increase the material wealth of the whole society, and the other is to achieve social fairness and justice, fire the creativity of the whole nation and promote social harmony. The two tasks are interconnected and reinforce each other. As a holistic endeavor, they should be pursued throughout the historical course of all the development stages of socialism. Without the sustained and full development of productive forces, it will be impossible to achieve social fairness and justice, an essential requirement of socialism. Without gradual progress in social fairness and justice along with the growth of productive forces, it will be impossible to give full play to the initiative and creativity of all the people and ensure sustained and full development of productive forces. In implementing Deng Xiaoping Theory and the important thought of ''Three Represents'', following the scientific thinking on development and building a socialist harmonious society, it is critical that we have a full and scientific understanding of the essence of socialism.

When China began to build socialism, it was way behind developed countries in terms of productive forces. It will take a fairly long historical period before China can achieve industrialization and modernization. Since the founding of the People''s Republic of China, and particularly since the introduction of reform and opening-up policy, China has greatly enhanced social productive forces and its overall national strength, and markedly improved the well-being of its people. China has achieved a historic leap from meeting the basic living needs for its people to making life moderately prosperous for them. However, given China''s huge population, weak economic base and development imbalances between urban and rural areas and among different regions, its low level of productive forces remains basically unchanged. While continuing economic reform, we have steadily proceeded with reform in the political system. Socialist democracy and legal system are being enhanced, and the Chinese people are playing an increasingly active role in political affairs. People''s political, economic, cultural, social and other rights are duly protected. Nonetheless, China''s socialist market economy and its democracy and legal system are not yet fully developed. Social unfairness, graft and corruption still exist. The socialist system is not yet mature. Therefore, China still has a long way to go before it can move to a stage higher than the primary stage of socialism. It remains a developing country. Regarding the overall long-term development of socialism, Comrade Deng Xiaoping made a keen observation in 1992 in his remarks during his inspection tour to south China: It will take a very long historical period to consolidate and develop the socialist system, and it will require persistent struggle by many generations, a dozen or even several dozens. We can never rest on our oars.

In the process of reform, opening-up and modernization, we will gain a deeper understanding of what is socialism and how to develop socialism, and we will be able to enrich and advance socialism by adhering to the principle that practice is the only criterion for testing truth. In this connection, two points must be made clear: First, we need to have a full and profound understanding of the basic conditions of China at the primary stage of socialism. To build a country of more than one billion people into a prosperous, strong, democratic, civilized and harmonious modern socialist country is an unprecedented endeavor in human history. It is a historical mission that requires persistent and arduous efforts. Second, we must press ahead with reform and encourage innovation. Comrade Jiang Zemin pointed out, ''The great progress our people have achieved under the leadership of our Party in reform, opening-up and modernization in the past more than 20 years has been possible because of the theoretical innovation, institutional innovation, scientific and technological innovation we have pursued.'' In pursuing reform and innovation, we should not only benefit from and carry forward the inexhaustibly rich and valuable experience our Party has gained in the long years of socialist development and reform; we should also boldly draw upon all the progress of human civilization and all advanced business and managerial expertise that embody the laws governing modern social production. This is the only way for our socialist system to gain strength in competing with the capitalist system. It is with this in mind that we say that socialism is like an ocean which never runs dry as it admits hundreds of rivers. It will take a considerably long historical process for socialism to gain maturity in terms of both theory and practice. Therefore, we must unswervingly adhere to the basic lines of the Party for the primary stage of socialism for the next 100 years and persist in carrying out reform and innovation to ensure enduring vigor and vitality for socialism with Chinese characteristics.

Leading officials at all levels should develop historical and global perspectives and view things from an overall and strategic angle. Only with a full and deep appreciation of the long-term nature of the primary stage of socialism and our historic mission can we truly understand why we have adopted the policies we are pursuing today instead of any other policy and work with stronger commitment, determination and creativity.

II. The Period of Strategic Opportunities for China''s Development

The first 20 years of this century will be a period of important strategic opportunities for China. We must not miss it, and we must make full use of it. To embrace this period of strategic opportunities and make good use of it is of utmost importance to our goal of building a society of moderate prosperity in all respects and building socialism with Chinese characteristics.

China did not have many major opportunities for development in its history. In modern times, China closed itself and fell victim to imperialist aggressions. As a result, China lost an opportunity for development and fell behind. After the founding of New China, great achievements were made in its socialist development endeavors. However, we missed a major development opportunity because of some big policy mistakes, and particularly the disastrous ten-year-long ''Cultural Revolution''. Opportunity is rare. When it presents itself, we must seize it, or it will be lost for good. In the past 28 years of reform and opening-up, China''s economy has maintained fast and sustainable growth. This is a miracle. Will China have another period of opportunity in the future? My answer is yes. How long will it last? This will depend on what domestic and foreign policies we follow and on our ability to respond to new developments.

Profound and complex changes are taking place in the world, and many new international developments deserve our close attention. But the overall international environment is a favorable one for China. Peace and development remain the general trend of the times and no major war is likely to break out. It is fully possible for us to have a fairly long-term peaceful international environment and a favorable neighborhood environment. History shows that those remaining backward are invariably despised and bullied by others. We must seize the favorable international opportunities to speed up our development. Achieving development is the overriding principle. It is the basis for solving all problems in China and for China to conduct effective diplomacy. Competition between states is based on strength. There are major principles and secondary principles, and the latter should be subjected to the former. Then what is the major principle? It is to accomplish the central goal of socialist modernization drive. People of all walks of life in China should recognize the larger interest of the modernization drive, comply with it and work to advance it.

III. Take the Path of Peaceful Development

China takes the path of peaceful development. This is made necessary by its national conditions, cultural traditions and its embracing of the global trend of development. And, in the final analysis, it is determined by the nature of China as a socialist country led by the Communist Party of China and by the goal of achieving socialist modernization in China. What is the essence of the path of peaceful development? It is to foster a peaceful international environment to develop itself and, in turn, promote world peace with its development. Taking the path of peaceful development is an initiative that has both external and domestic dimensions. Thus, we must keep firmly in mind our overall interests on two fronts, both internal and external.

Domestically, we need to rely mainly on our own effort in pursuing development. We should promote development by expanding the domestic demand to meet the people''s growing material and cultural needs. China is the most populous country with a vast territory, relatively rich resources and a market of huge potential. All this has made it possible for China to achieve development mainly through its own efforts. In the course of development, China is bound to encounter bottleneck constraints in areas such as natural resources, energy and the environment. But thanks to years of hard work, we have succeeded in embarking on a path leading to all-round, coordinated and sustainable development. Our goal is to foster and implement a scientific thinking on development and build a resource-conserving and environment-friendly society. At the same time, we must give a strong impetus to the modernization drive by continuing to deepen our reform, opening wider to the outside world and removing institutional obstacles to development. It is important that we send a clear message to the world that China will achieve its development mainly through its own efforts, and this will help fundamentally remove misgivings in the international community that China is bound to engage in external plundering and expansion when it reaches a certain stage of development. As China develops itself, it will make greater contribution to both the development of its neighborhood areas and that of the whole world.

Internationally, we should advocate peace, development and cooperation and pursue an independent foreign policy of peace. China works to uphold its independence, sovereignty, unity and territorial integrity, makes judgment independently on the merit of each international issue and takes position accordingly. It does not use ideology and social system as a criterion in conducting diplomacy, nor does it impose its values on others. China does not enter into alliance with any country or country group. It does not interfere in other countries'' internal affairs, nor does it allow others to interfere in its internal affairs. China opposes hegemonism and power politics and will never seek hegemony. In conducting foreign exchanges, we should fully implement the independent foreign policy of peace. This means we should live in friendship with all other countries on the basis of the Five Principles of Peaceful Coexistence, and treat all countries, whether big or small, rich or poor, strong or weak, as equals. It means we should work for a just and equitable international political and economic order which is based on equality, respect and mutual benefit and whose ultimate goal is to build a harmonious world. It means we should follow the principle of mutual benefit and mutual respect in expanding overseas business ties and conducting cultural exchanges. And it means we should follow a defense policy that is defensive in nature and do not engage in arms race or military expansion. Since it suffered bitterly from imperialist aggression and oppression for more than a century after the Opium War (1840-1842), China knows just too well what foreign aggression and oppression will bring to a nation. We are sincere and firm in our commitment to taking a path of peaceful development.

To take a path of peaceful development is a strategy and foreign policy to which China is committed. It is definitely not an expediency. In following this guiding principle, we should seize opportunities, remain unswayed by provocations and concentrate on our development, and we will not seek a leadership role in the international arena. It is thanks to following this policy that we have been able to gain more room for the conduct of China''s diplomacy. As China''s overall national strength and international standing grow, the international community will have higher expectation on China. One might ask if it is still necessary for China to follow this policy. The answer is yes, as there is no reason whatsoever to change it. Of course, we should remain actively engaged in international affairs. China is a permanent member of the UN Security Council and a member in other important international organizations. We should make full use of this favorable condition to uphold China''s fundamental interests. We should take an active part in the formulation of international rules to work for a fair and equitable international political and economic order. We should be actively involved in economic globalization and promote international and regional economic cooperation to achieve mutual benefit and win-win progress.

IV. Cultural Development and Exchanges

If China is to gain respect of the international community, we must grow our economy, advance science and technology and ensure that our people live a prosperous and happy life. We must also raise the educational level of our people, improve democracy and legal system and raise cultural and ethical standard. In recent years, at the same time of speeding up economic development, we have endeavored to promote political and cultural development and the building of a harmonious society, and we have given high priority to cultural exchanges with other countries. We have thus fostered an image of China as a country that is committed to reform and opening-up, a country of unity and dynamism, a country that upholds equality and values friendship, and a country that is sincere and responsible. As a result, China is increasingly viewed in an objective, rational and friendly light, and there is growing call for strengthening cooperation with China. All this has created a favorable external environment for China''s modernization program. Therefore, we should enhance cultural development and exchanges and view it as a key endeavor in building socialism with Chinese characteristics in all respects.

Cultural diversity should be respected. There are more than 2,000 ethnic groups in the world. Human civilization has evolved and enriched itself through interactions among different ethnic communities. Diversity of world culture and civilization has existed for centuries and will remain so in the future. Science, democracy, legal system, freedom and human rights are not something peculiar to capitalism. Rather, they are common values pursued by mankind in the long historical process and they are fruit of human civilization created by mankind. It is only that at different historical stages and in different countries, they are achieved through different means and in different forms. There is not just one model for the realization of these values. The diversity of civilization is a reality, whether you face it or not. It is the coexistence, interaction and convergence of different cultures that have promoted human progress. Cultural diversity in the world should be recognized. Different cultures should not discriminate against, be hostile to or exclude each other. They should respect and draw on each other''s strength, and this will make it possible to create a harmonious and colorful human culture.

China should take its own path in enhancing democracy. We never view socialism and democracy as something that is mutually exclusive. As a matter of fact, we see a high degree of democracy and well developed legal system as the inherent requirement of socialism and a key important feature of a mature socialist system. We are fully capable of building China into a country of democracy and rule of law under socialist conditions. We should explore ways to develop democracy with Chinese characteristics in light of China''s particular conditions. We should focus on efforts to promote economic development, protect lawful rights and interests of the people, fight corruption, increase public trust in government, strengthen government functions and enhance social harmony. And we should continue the reform in the political system by expanding democracy and improving the legal system. This will enable other members of the international community to better appreciate and accept the path of development taken by the Chinese people.

We should fully improve the educational level of the Chinese people. This means giving a high priority to the development of education. The government must work with a stronger sense of responsibility to extend and consolidate compulsory education. More efforts should be made to develop vocational education and improve higher education. The scientific and cultural level of the whole Chinese nation should be uplifted. That requires a major effort to foster values and ethics among the people and accelerate the establishment of a system of values and ethics which is in keeping with the socialist market economy and which carries forward the traditional virtues and values of the Chinese nation. In particular, high priority should be placed on fostering a sense of honesty and integrity so that the public will have greater sense of integrity and credibility. In international exchanges, we should be credible and trustworthy, act in good faith and honor commitment. Thus, we need to ask people to act in a civilized way in their contacts with foreigners, respect local laws, regulations and customs and behave properly in public places overseas so that they will contribute to promoting China''s culture and its image. As more Chinese are traveling overseas, we should strengthen foreign-affairs administration and crack down hard on crimes such as smuggling, human trafficking and drug trafficking to ensure order in people-to-people exchanges.

We should expand cultural exchanges with other countries. Cultural exchanges are a bridge connecting the hearts and minds of people of all countries and an important way to project a country''s image. The rich and profound Chinese culture, which has a time-honored history, has made significant contribution to the progress of human civilization. The traditional Chinese culture is noted for its many luminous ideas: the philosophical precept of ''harmony without uniformity'', the political belief that ''people is the foundation of the nation'', the educational guideline of ''respecting teachers and valuing education'', and the moral ethic of ''do not do to others what you would not have them do to you''. We should use various forms and means, including tour performance and exhibition, Chinese language teaching, academic exchange and sponsoring culture year activities, to promote Chinese culture and increase its appeal overseas. We should implement a ''going global'' cultural strategy, develop culture industry, improve the international competitiveness of Chinese cultural enterprises and products, increase the export of books, films, TV programs and other cultural products, so that these Chinese cultural products and particularly the best of them, will reach the rest of the world.

We should conduct public diplomacy in a more effective way. We should inform the outside world of the achievements we have made in reform, opening-up and modernization in a comprehensive, accurate and timely manner. At the same time, we should be frank about the problems we have. We should be good at using flexible and diversified ways in conducting public diplomacy programs. We should use persuasive ways to communicate with the international community to ensure that our message is effectively put across. We should work to enable the international community to develop an objective and balanced view on China''s development and international role, so as to foster an environment of friendly public opinion for China.

Date Posted : 2007-3-4 / Date Published : 2007-3-3 / Source : China Daily

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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 19:01
La Chine inquiète. Pour ses démonstrations de conquête commerciale, pour son capitalisme sauvage, pour son régime politique répressif. Pourtant, elle fascine aussi, par ce grand potentiel scientifique et technique et cette croissance économique extraordinaire.



Le Président français Nicolas Sarkozy est en visite officielle en République Populaire de Chine du 25 au 27 novembre 2007.

C’est l’occasion de nouer des relations nouvelles entre la France et la Chine, faites à la fois de fermeté sur quelques sujets politiques chauds (Iran notamment), de moins grande fermeté pour d’autres sujets (Taïwan, peine de mort) et surtout d’intérêts économiques bien compris (20 milliards d’euros de contrats signés ce 26 novembre 2007, avec notamment 2 réacteurs EPR d’Areva et 160 avions d’Airbus, Alcatel, Alsthom, Eurocopter, Natixis, EDF, Sanofi-Aventis).


Retour sur quelques impressions d’un modeste observateur qui n’ont aucune prétention.


Main d’œuvre mais aussi matière grise

Il y a quelques années, j'avais vu à la télévision un défilé de mode à Paris. On citait un certain nombre de créateurs de la haute couture. Notamment un Chinois. Le journaliste l'interrogea sur place pendant quelques minutes. Dans un français très compréhensible, ce créateur chinois expliquait qu'il était venu à Paris parce que c'était la capitale de la mode, mais avant tout, parce qu'il voulait montrer au monde occidental que les Chinois, ce n'était pas seulement les petites mains qui cousaient, mais aussi de la matière grise capable d'innovation...

J'encaissais la réflexion. Sans plus.

C'est vrai que par la suite, des petits faits m'ont renforcé cette réflexion du haut couturier. Une sorte de tendance générale.

J'ai quelques amis chinois, et donc, ça m'intéresse d'en savoir un peu plus sur cet immense pays si contrasté.

Cet ami chinois, marié à une Chinoise, deux enfants, qui a fait sa thèse en France et qui y vit depuis une quinzaine d'années, avec un emploi dans une grande entreprise d'armement française.
- Pourquoi n'as-tu pas adopté la nationalité française ?
- Parce que dans ce cas, je perdrais ma nationalité chinoise.
- Tu y tiens tant ?
- Surtout professionnellement : si je n'avais plus de travail ici, je pourrais toujours retourner en Chine, j'ai une place à l'université qui m'attend. La perte de ma nationalité m'enlèverait cette possibilité.


Un pays à forte concurrence intérieure

Concrètement, pour étudier à l'étranger, il faut être très bon. Il ne savait pas dans quel pays il irait. Il ne l'a pas choisi. Il ne connaissait même pas la langue. C'était par classement. Un peu comme les grandes écoles après les concours des classes préparatoires.

La Chine, un pays très élitiste ? Bien sûr.

Cet autre ami chinois, directeur d'un laboratoire d'un grand institut parisien. Et consultant de multinationales. Lorsqu'il arrive à son poste de chercheur (donc fonctionnaire), ses collègues tentent de l'épater, de frimer. Tous racontent de quelle école ils viennent. Normale Sup principalement. Et expliquent : c'est la plus grande en France.

L'ami sourit.
- Ah bon, vous êtes l'élite. Mais moi, vous savez comment je suis arrivé ici ? en passant un concours. Il n'y avait qu'une centaine de places pour plus d'un million de candidats. Regardez le filtre, il est beaucoup fin. Même le premier à Normale Sup ne peut se prévaloir d'une telle sélection !

Les concours en Chine existent en fait depuis le IVe siècle avant J.-C., comme moyen pour les différents rois des royaumes de Chine de contrôler les aristocrates, et avaient pour tendance de centraliser les différents États chinois.


Une armée de scientifiques et d’ingénieurs de haut niveau

Et c'est vrai, la Chine a l'habitude des concours, des compétitions. Des ‘bêtes de concours’. Plus de 300 000 ingénieurs chinois arrivent chaque année tout frais sur le marché chinois, voire sur le marché mondial. Des ingénieurs de grande qualité, avec de grandes compétences technologiques.

Je travaillais il y a une quinzaine d'années dans un grand laboratoire grenoblois. Il avait notamment des relations académiques avec un laboratoire de Houston. Le chef de ce laboratoire était un Chinois. Généralement, j'ai toujours vu, dans toute discipline scientifique, d'éminents chercheurs chinois travaillant aux États-Unis. La différence depuis quelques années, c'est qu'ils reviennent maintenant travailler en Chine. En emportant dans leurs bagages leurs compétences, leurs technologies, leurs savoir-faire.

Autre fait intrigant.


Un véritable dynamisme commercial

Début de l'automne, il y a trois ans.

Je reçois l'email d'un commercial chinois. Il me propose un produit de haute technologie. Premier étonnement : je travaille bien dans ce domaine, je suis donc apte à apprécier la qualité de son produit (très industriel, je passe les détails). Pourtant, je ne me suis pas affiché.

Au bout d'une quinzaine de jours, je reçois un coup de téléphone du même personnage. Deuxième étonnement : comment a-t-il peu connaître mon numéro ? avec un peu d’investigation sur internet, en connaissant bien certaines institutions ou procédures françaises et en sachant rassembler les morceaux (en français) du puzzle. Donc, pas impossible, mais avec beaucoup de perspicacité.

Il me parle donc dans un anglais approximatif. Je suis intrigué. Il me propose de m'envoyer un échantillon. Pourquoi pas ? car finalement, ça m'intéresse un peu... Je reçois le colis à peine une semaine plus tard, alors que pendant ce temps, j'attends depuis six mois un autre colis d'un pays limitrophe. Le produit est effectivement d'une extrêmement bonne qualité, performances au top. Prix... Dix fois moins cher que celui fabriqué en Allemagne. Comme j'ai besoin de faire des analyses plus, je n'ai pas répondu à l'offre tout de suite. Mais le commercial ne se décourage pas à me relancer toutes les deux semaines.

Mes collègues, les gens du même métier, ont reçu, eux aussi, le même type de contact, de proposition. Bref, depuis plusieurs années, sur de nombreux secteurs de haute technologie, la Chine s’affirme.

Haute technologie, force de frappe en main d'œuvre, manuelle pour la production, intellectuelle pour la recherche, volontarisme commercial à rendre jaloux un ingénieur HEC. De quoi s’inquiéter peut-être...

HEC justement. Un de mes anciens professeurs officiant à HEC m'expliquait récemment que la Chine évoluait très lentement et avait une façon particulière de combattre. D'autres seront plus compétents que moi pour parler de la stratégie à la chinoise, du style : "un bon général n'est pas celui qui combat, mais celui qui attend que la tempête décime l'armée adverse" etc. Donc, ce professeur retraçait l'évocation par l'historique chinois.


Un grand pays sans volonté hégémonique

La Chine, selon lui, a toujours été une civilisation très avancée, scientifiquement, économiquement, et cela depuis plus de trois mille ans. Les Romains n'ont rien inventé quand on regarde la technologie chinoise de l'époque. Je passe, ce n'est pas mon propos. Jusqu'à la Renaissance où l'avance technologique chinoise se ralentit.

La Renaissance a permis à l'Occident de se développer. En art et en industries. L'expansion occidentale a commencé à cette époque. On aurait pu imaginer l'hypothèse selon laquelle les Chinois auraient pu investir des colonies en Afrique (ils le font maintenant économiquement) à la place des Européens.

Cela aurait été techniquement possible, mais le régime impérial et surtout les menaces intérieures avaient pour conséquence un renfermement de la Chine, qui était de toute façon capable de vivre en autarcie.

En effet, au XVe siècle, avec 30 000 hommes et 70 vaisseaux, la Chine possédait la marine la plus puissante du monde (selon certains récits, les navires mesuraient 138 mètres, à comparer aux 30 mètres de la Santa Maria de Christophe Colomb par exemple). La flotte chinoise, sous le commandement de Zheng He, est allée jusqu’en Égypte, Kenya et Mozambique (certains pensent même qu’elle aurait atteint l’Amérique dès 1421, comme l’a prétendu Gavin Menzies en 2004, mais rien n’est démontré à ce sujet).

Mais en 1433, l’empereur Ming Xuande fit détruire ses grandes jonques et leurs plans, et interdit la construction d’autres grands navires. Un autre empereur aurait pu reprendre la politique d’expansion (qui n’avait qu’un simple but de prestige), mais la pression des KalmouksMing Zhengtong a même été capturé par eux en 1449).
(descendants de Mongols) sur la frontière nord préoccupa la Chine pendant une longue période (l’empereur

Pendant quelques siècles, les Chinois ont ainsi perdu leur avance technologique au profit des Occidentaux. Jusqu'à la fin du XIXe siècle où ces Occidentaux sont allés même jusqu’à envahir une partie du continent chinois (avec la colonisation de l’Indochine).


Un retour dans le leadership mondial

Pendant tout le XXe siècle, la Chine s'est plutôt tu. Elle n'a fait que se défendre des poussées expansionnistes japonaises (fort racisme anti-japonais en Chine, illustré en 2006 par des manifestations). Elle n'a fait qu'observer ses "agresseurs" occidentaux. Elle a appris le système. Elle a compris le système.


Et aujourd'hui, elle décolle (de l’ordre de 10% annuel de croissance). Elle est la troisième puissance économique du monde après les États-Unis et le Japon, mais devant l’Allemagne avec un PIB de 3 100 milliards de dollars (Le Monde du 19 juillet 2007).

C'est cette nation qui a compris le mieux le fonctionnement du système capitaliste. Elle génère désormais des milliers de millionnaires, qui ont jets privés et piscines personnelles. Elle génère une précarité de l'emploi (le CPE aurait été chez elle une avancée sociale extraordinaire !). Elle génère un enrichissement collectif. Elle maintient aussi l'état de pauvreté initial.


Propriétaire de nombreux actifs étrangers

Cet économiste de HEC me faisait en effet remarquer que pour l'instant, l'enrichissement de la Chine n'allait en effet pas vers le peuple chinois dont le niveau de vie ne s'est pas amélioré, mais dans l'acquisition de nombreux actifs dans le monde, en Afrique, mais aussi en Europe (rachat d'entreprises de luxe, d'hôtels etc.) et aux États-Unis. La Chine est devenue le principal créancier des États-Unis.

La Chine respecte peu la protection des brevets, mais avec son entrée à l’OMC et son enrichissement, il est fort probable qu’elle s’alignera rapidement avec les autres pays sur ce sujet très sensible.

Pour l'instant, tout va bien car la Chine en a besoin. C'est elle qui contribue à la montée du prix du pétrole et du prix de l'acier ou du cuivre, en raison de ses forts besoins. Mais le jour où elle demandera l'addition à l'Occident, cela coûtera plus cher que 1929. Et les États-Unis seront à genoux.

La France a son rôle, car la Chine préfère visiblement l'esprit français à l'esprit américain. À nous d'en profiter aussi : l'économie chinoise a déjà apporté beaucoup plus de créations d'emplois français en France que de suppressions d'emplois français dues à des délocalisations (voir en fin d’article un approfondissement sur les délocalisations).

Et tout cela dans une situation politique déplorable, avec des Droits de l'Homme systématiquement bafoués et des libertés réprimées. Ce qui n’empêche d’ailleurs pas le gouvernement français précédent d’avoir conclu un odieux accord de coopération avec la justice chinoise.

La Chine m'intrigue.

Alors que la Russie a d’abord libéralisé la vie politique avant son économie, un processus qui semble se raidir avec Poutine (Garry Kasparov emprisonné quelques jours, Boris Nemtsov, ancien vice-Premier Ministre et ex-dauphin de Eltsine, brutalement interpellé), la Chine semble avoir préféré libéraliser son économie avant tout.


Comment une telle ouverture économique et financière, commerciale et scientifique, est-elle possible au sein d'un pays si fermé politiquement ?

Comment peut-elle durer avec un si grand contraste des populations, entre les technologues modernes et aisés de Shanghai et les paysans analphabète et très pauvres des régions plus reculées ?

Je ne suis pas un expert de la Chine, je n’ai fait que modestement exprimer mon interrogation face à un pays qui, dans tous les cas, fascine.


Sylvain Rakotoarison



Sur la délocalisation et ses répercussions sur les emplois :

(1) Quand les délocalisations créent de l’emploi en France.
(2) Des bienfaits des délocalisations.
(3) La délocalisation crée aussi des emplois dans le pays d’origine.
(4) Délocalisations en Chine de Arc International.
(5) Rapport Brunel sur les délocalisations (2006).
(6) Développement du marché chinois (2004).
(7) Les délocalisations,entre mythes et réalités (2004).
(8) Globalisation de l’économie (1).
(9) Globalisation de l’économie (2).
(10) Échanges, délocalisations des emplois et ajustement structurel (2004).
(11) Prospérité et création d’emplois de qualité (2006).
(12) Les délocalisations détruisent plus de 15 000 emplois par an.
(13) Pôles de compétitivité et délocalisations.





     Article paru sur Agoravox.













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20 mars 2007 2 20 /03 /mars /2007 21:30
Triste jour pour les libertés publiques et la démocratie française.

Le 18 avril 2005 été signé un accord de coopération judiciaire entre la Chine et la France par les Ministres de la Justice respectifs, Zhang Fusen et Dominique Perben.

Le Sénat français l’a ratifié le 11 janvier 2007 (1).

Et ce mardi 20 mars 2007, le traité était signé place Vendôme, à Paris (2), et est mis en attente de sa ratification par l’Assemblée Nationale après les prochaines élections législatives de juin 2007.

De quoi s’agit-il ?

C’est un traité dont l’origine politique s’est établie au plus haut niveau, selon la volonté du Président chinois et du Président français lors de la venue à Pékin de Jacques Chirac en octobre 2006.

C’est tout bonnement un accord d’extradition mutuelle entre la France et la Chine.


Certes, le traité propose un certain nombre de garanties, comme l’a exposé Pascal Clément (2). En fait, seulement trois :

1. « L’extradition ne pourra être accordée par la France, lorsque la peine de mort sera encourue [en Chine], que lorsque [son] gouvernement aura donné des garanties "jugées suffisantes" par la France, que la peine capitale ne sera pas prononcée, ou ne sera pas exécutée. ».

Mais comment préjuger à l’avance d’un verdict ou d’un acte de clémence aléatoire ?

2. « Rejet des demandes d’extradition fondées sur des infractions considérées comme des "infractions politiques" ou comme "des infractions militaires". ».

Et si ces infractions politiques ou militaires étaient transformées en infractions économiques par exemple, c’est tellement plus simple d’un point de vue moral ?

3. « Les mandats d’arrêt délivrés par une autorité de police [doivent être] également validés par une autorité judiciaire. ».

Alors que l’autorité policière délivre la majeure partie des mandats d’arrêt, la revalidation par une autorité judiciaire chinoise est-elle de nature à rassurer plus ?


Pour chacune de ces trois réserves, faites uniquement de "considérations" ou "jugements", notions vagues, le gouvernement chinois et sa justice ou sa police auront donc la possibilité facile de contourner, et obtiennent grâce à la France un brevet de bonne justice.

Pascal Clément a osé conclure son allocution en estimant que le
« processus d’entraide judiciaire fondera la confiance des magistrats de nos deux pays ».

Quelle confiance accorder à ce pays dans ce domaine ?


C’est une honte qu’un tel accord soit signé par la France.

Qu’un pays qui ne respecte pas les Droits de l’Homme, qui a érigé la peine de mort (Pascal Clément, autrefois favorable à celle-ci en France en n’ayant pas voté son abolition en septembre 1981, préfère parler de peine capitale) en mode de gestion normal de ses opposants, puisse coopérer judiciairement avec la France est une honte.

Qu’un tel traité soit signé dans la plus grande confidentialité des médias (ce 20 mars, je n’ai entendu
cette information que sur RFI) est également une honte.

Il est important que les candidats à l’élection présidentielle donnent leur position sur ce traité qui nécessite d’être approuvé par la prochaine majorité parlementaire.

Nicolas Sarkozy, qui est Ministre de l’Intérieur de ce gouvernement, est évidemment d’accord avec cette coopération s’il n’en est pas l’instigateur.

Lors de son récent voyage en Chine, Ségolène Royal s’était déclaré également en accord avec l’accord d’extradition et en avait profité pour sortir une horreur politique monumentale, en citant l’exemple de la justice chinoise expéditive pour souhaiter une justice plus rapide en France.

Je souhaite que François Bayrou, fort de ses valeurs de démocratie et de liberté, soit favorable à la remise en cause de ce traité.

Je suis évidemment favorable à une coopération économique voire scientifique et technologique avec la Chine qui a beaucoup à apporter à la France et à l’Europe dans ce domaine, mais je refuse absolument tout accord politique ou technique qui verrait les justices française et chinoise coopérer.

Cela donne froid dans le dos.



(1) Le projet de loi adopté par le Sénat le 11 janvier 2007.


(2) L’allocution du Ministre de la Justice à la signature du traité du 20 mars 2007.

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