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13 avril 2019 6 13 /04 /avril /2019 03:18

« Messieurs, je vous remercie (…) d’avoir fait chemin à mon audace dès la première occasion où je vous l’ai manifestée, m’octroyant ainsi la très enviable faveur, pour qui cesse d’être un jeune homme, d’accéder à l’état de jeune académicien. Car vous possédez une exquise capacité de prolonger la jeunesse, et votre indulgence vous incite à percevoir, en celui qui se propose à vos suffrages avant d’avoir le demi-siècle atteint, des fraîcheurs que pour sa part il ne distingue plus depuis longtemps. Vous lui faites éprouver des émois qu’il ne se croyait plus capable de ressentir, et pour un peu, vous lui persuaderiez qu’il traverse une seconde adolescence. » (Paris, le 7 décembre 1967).


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Et d’ajouter à ci-dessus : « Cela tient sans doute à ce que la vie parmi vous se porte ordinairement longue, et sans marque d’usure. À constater, avec admiration, la durable vitalité, l’agilité d’esprit, l’appétit de connaître, la combativité parfois, la gaîté souvent, l’ardeur au travail toujours, des aînés d’entre vos élus, on en vient à se demander si la locution "rester vert" s’est établie par comparaison avec les arbres des forêts ou par référence à la couleur de votre habit. Il se peut, Messieurs, qu’on entre chez vous par chance ; on n’y entre jamais pas hasard. Si vous avez bien voulu, avant que plus d’ouvrages m’aient acquis plus de mérites, m’admettre à partager vos prestiges, c’est que vous avez deviné mon vœu très profond de pouvoir partager, avec autant de zèle que de modestie, vos responsabilités et vos tâches. Certains viennent à vous repentants, convertis, et, pour s’offrir à votre choix, doivent brûler de vieux serments. Ce n’est pas mon cas. D’autres écrivains, et de grande réputation, refusent d’incliner le front sous les porches où Corneille et Voltaire, Chateaubriand, Hugo, n’ont pas dédaigné de passer. Ce sombre orgueil, qui pousse à se priver de pairs en ne se reconnaissant pas de juges, ne m’a jamais effleuré. ».

Élu le 8 décembre 1966 à l’Académie française, Maurice Druon avait alors 48 ans, et un an de plus lors de sa réception sous la Coupole le 7 décembre 1967 par Louis Pasteur Vallery-Radot (petit-fils de Pasteur et arrière-petit-neveu d’Eugène Sue). Ce fut un ministre (et pas n’importe lequel) qui lui a remis l’épée d’académicien le 27 novembre 1967, à savoir Maurice Schumann.

Maurice Druon était alors le plus jeune des académiciens. Il avait déjà écrit deux romans à grand succès, "Les Grandes Familles", en 1948 (il avait 30 ans), qui reçut le Prix Goncourt (face à "Vipère au poing" d’Hervé Bazin), et "Les Rois maudits", en 1955 (il avait 37 ans à la sortie du premier tome), ces deux romans qui furent de fameuses sagas popularisées par plusieurs adaptations au cinéma et à la télévision dans lesquelles ont joué de grands acteurs. Sa première œuvre importante est "Mégarée", une pièce de théâtre publiée et créée en 1942, mais il avait commencé à écrire et à publier dans des revues littéraire dès l’âge de 18 ans.

À l’occasion du dixième anniversaire de sa mort (il a disparu le 14 avril 2009 à Paris, quelques jours avant ses 91 ans ; il est né le 23 avril 1918 à Paris), je propose ici de rappeler quelques-uns de ses discours académiques. Car Maurice Druon, écrivain célèbre depuis sa jeunesse, auteur de plus de cinquante-quatre ouvrages (romans, pièces et essais), n’était pas seulement un romancier, il était aussi un résistant, un ministre (sur le tard), et surtout, comme je l’ai écrit plus haut, un académicien.

Pierre Nora a expliqué le 23 avril 2009 que ce fut sous la Coupole qu’il brilla certainement le plus : « Osons le dire, avec notre secrétaire perpétuel, et en laissant de côté son œuvre littéraire mondialement connue, et son activité politique, plus controversée, c’est ici même, à l’Académie, où il a siégé quarante-trois ans, soit près de la moitié de son existence, que Maurice Druon, notre doyen d’élection, a donné le meilleur de lui-même. Il s’est identifié à l’institution. ».

Au contraire d’autres académiciens qui n’ont consacré leur énergie qu’à un seul discours à l’Académie, c’est-à-dire au discours lors de leur propre réception, Maurice Druon, lui, s’y est beaucoup investi, prononçant quelque quatre-vingt-quatre discours, ce qui était énorme, mais compréhensible car il avait été élu secrétaire perpétuel de la noble assemblée le 7 novembre 1985, fonction qu’il quitta à cause de l’âge le 21 octobre 1999 (Hélène Carrère d’Encausse lui succéda).

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L’homme politique, à l’action "plus controversée", selon les mots de Pierre Nora, c’était le Ministre des Affaires culturelles du 5 avril 1973 au 1er mars 1974 dans le deuxième gouvernement de Pierre Messmer, autre combattant de la Seconde Guerre mondiale, qui lui a remis le 1er mars 2001 les insignes de Grand-croix de la Légion d’honneur : « Nous sommes liés l’un à l’autre par un passé commun dont nous sommes fiers. Ensemble, nous avons connu l’honneur de servir la France dans la guerre, aux ordres du Général De Gaulle, l’expérience du gouvernement avec le Président Georges Pompidou, et, depuis douze ans, nous participons ensemble à la vie de l’Institut de France. (…) Maurice Druon est un combattant. Il donne des coups et il en reçoit. Et c’est pour de bonnes causes. C’est pourquoi nous l’aimons, et nous nous réjouissons de l’honneur qui lui est fait aujourd’hui car il en est digne. ».

C’était aussi le député RPR de Paris de mars 1978 à mai 1981, et le député européen de juin 1979 à juin 1980 (mandat qu’il devait céder au suivant de la liste menée par Jacques Chirac en raison de la règle du tourniquet). Il renonça à la vie politique lors de l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République. Ce qu’a expliqué Pierre Messmer, à propos des coups qu’il donnait et qu’il recevait, on pouvait encore le retrouver à la fin de sa vie, où Maurice Druon n’hésita pas à créer la polémique en fustigeant François Bayrou dans une tribune publiée par "Le Figaro" du 26 juillet 2004 en la commençant ainsi : « M. François Bayrou, personnage secondaire et destiné à le rester, n’est remarquable que par sa persévérance à desservir les intérêts supérieurs de la France. Il possède éminemment ce que les Anglais désignent par l’expression nuisance value, la valeur de nuisance. À quel moment l’image qu’il a de lui-même a-t-elle commencé de lui brouiller le jugement ? ».

Puis parlant de la période ministérielle de François Bayrou, Maurice Druon s’est interrogé : « Est-ce durant cette période que se produit en lui une dilatation un peu excessive de l’ego ? (…) Non content de mettre du désordre dans notre politique intérieure, il agit en ce moment au contraire des intérêts de la France dans le Parlement Européen. ».

François Bayrou a répondu sur le même ton polémique par une autre tribune publiée par "Le Figaro" du 28 juillet 2004 : « Nous sommes (…) militants des contre-pouvoirs. Particulièrement en ces temps où les amis de M. Druon nous font une "démocratie" de parti unique, de nominations féodales, de presse contrôlée par les amis. Chaque fois qu’un pouvoir cherchera à devenir absolu, on nous trouvera dans la réticence, et s’il le faut, dans la résistance. (…) L’erreur humaine étant ce qu’elle est, le pouvoir absolu, construit sur un socle de consciences couchées et de jugements abolis, est assuré de se tromper absolument. (…) Comme penseurs politiques, je préfère Montesquieu et Tocqueville à Druon. ». Pour finir par : « Il y a d’un côté De Gaulle le rebelle qui n’accepta jamais de décoration. Et de l’autre, Druon, Grand-croix de l’ordre de l’aigle aztèque et commandeur du Phénix, désormais converti au PPE et au PSE, qui vote Borrell contre Geremek, et qui veut que l’on se partage les postes. Nous sommes quelques-uns, comme on l’aura compris, assez contents de ne pas être du côté de Druon. ».

Dans ce duel par presse interposée, François Bayrou, piqué au vif par un eurosceptique sur ses convictions européennes, a largement "gagné" : « Nous avons un travers : nous ne recevons pas de leçon de patriotisme ; nous ne recevons pas de leçons d’Europe de la part des Druons qui s’y sont toujours opposés ; et nous ne recevons pas les leçons de démocratie. (…) Nous ne prenons pas de leçon d’Europe, nous qui fûmes fantassins de tous ses combats, de l’appel de Schuman à la CED, du Traité de Rome au référendum de Maastricht, de la part de ceux qui toujours furent contre cette espérance et ce projet. ».

Cette polémique a eu un intérêt, c’était que Maurice Druon, opposé à la construction européenne, opposé au Traité de Maastricht, opposé à Valéry Giscard d’Estaing (il a tout fait pour éviter son élection à l’Académie en 2003 par rancœur contre le "non" de 1969), s’est déclaré étonnamment partisan du TCE : « Le PPE a joué un rôle déterminant dans la conception et l’adoption de la Constitution européenne, à laquelle on peut trouver maints défauts ou insuffisances, mais dont il ne faudra pas oublier, lorsqu’elle sera soumise à référendum, qu’elle est indiscutablement inspirée par la vision française et du droit, et de l’Europe. ».

Les centristes, Maurice Druon les a-t-il toujours autant détestés ? Pas sûr si l’on en juge par son discours très aimable prononcé dix ans plus tôt, le 15 février 1994 en l’honneur de la visite à l’Académie du Président du Sénat de l’époque, René Monory, mort trois jours avant lui, le 11 avril 2009 : « Nul d’entre nous n’a oublié le déjeuner que vous eûtes la bonne grâce de nous offrir, au Palais du Luxembourg, très vite après votre élection à la Présidence de la Haute Assemblée. C’était une première dans l’histoire à la fois du Sénat et dans celle de l’Académie. Il n’avait échappé à personne ce qu’avait de symbolique ce rapprochement entre deux institutions auxquelles on s’accorde à reconnaître quelques traits communs dont les moindres ne sont pas la réflexion et la sérénité. Sans avoir l’outrecuidance de nous mettre en comparaison avec votre assemblée, j’oserais avancer que nous sommes, vous et nous, chargés d’un rôle de veille : vous veillez sur les lois, nous veillons sur les mots. ».

Du reste, quatre jours auparavant, le 11 février 1994, l’Académie a reçu le Premier Ministre Édouard Balladur, et Maurice Druon lui a déclaré : « Vous avez même entrepris de nous faire concurrence en publiant un "Dictionnaire", celui de la "Réforme". (…) Ainsi, à la Commission du Dictionnaire, où nous préparons l’édition et sommes à la lettre F, nous pourrions vous emprunter : "Fiscalité : La réforme fiscale est devenue un objectif politique prioritaire". (…) Il y a assez longtemps qu’un Premier Ministre ne nous avait marqué pareille attention dans une comparable et intime circonstance. Depuis Colbert peut-être… ».

À un autre Premier Ministre, Alain Juppé, qui installait la Commission générale de terminologie et de néologie, Maurice Druon déclara le 11 mars 1997 : « La même sagesse qui fut celle du pouvoir, au XVIIe siècle, lorsqu’il confia le souci et le soin de notre langue à une assemblée de lettrés, écrivains, juristes et savants, est assurément celle qui inspira votre gouvernement lorsqu’il décida d’associer plus étroitement l’Académie française au travail d’enrichissement de notre langue. Nous lui en sommes reconnaissants. Nous lui sommes reconnaissants d’avoir confirmé l’Académie française dans le rôle de gardienne de la langue et d’instance suprême. ».

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Restons avec Druon l’orateur académicien, celui, par exemple, qui a rendu un hommage posthume au cardinal Jean-Marie Lustiger le 10 août 2007 à Notre-Dame de Paris : « Comme nous sommes mal équipés, nous terrestres, à l’instant de verser l’hommage de notre admiration, pour tenter d’expliquer l’inexplicable ! Comment un petit Juif, né de parents silésiens, dans une bonneterie du 12e arrondissement de Paris, va, entre onze et quatorze ans, être happé par la foi chrétienne, jusqu’à se convertir contre la volonté des siens ? Comment va-t-il, dans le même temps, frôler les jeunesses hitlériennes et découvrir la haine antisémite, dont il prend une horreur définitive ? N’oublions pas que sa mère a été déportée et est morte à Auschwitz. Sa foi pourtant ne rompit pas. Mais il ne lui suffisait pas d’être converti. C’est vers l’apostolat qu’il tend. (…) Vous fûtes, Jean-Marie, pendant un quart de siècle, une manière de miracle : l’incroyable survenu, l’invraisemblable manifesté, l’impossible existant ; vous fûtes le cardinal juif. (…) C’est la mort et la pensée trahie du cardinal Decourtray qui vous ont décidé à reconnaître que votre voix était indispensable sous la coupole du quai Conti. (…) Quand vous avez senti que la force de vivre se retirait de vous, vous êtes venu, dans un geste unique, simple et sublime, nous dire que nous ne nous reverrions plus. Ainsi avez-vous agi pour toutes les communautés auxquelles vous étiez lié. Vous étiez le fils non pas du hasard, mais de l’exception. Nous n’oublierons ni votre regard ni votre sourire. ».

De Maurice Druon, laissons donc reposer les vaines polémiques politiciennes de l’ancien ministre très conservateur, et gardons les romans fabuleux et passionnants du futur académicien, ainsi que ce chant si émouvant du résistant, le "Chant des partisans".

Lors de ses funérailles le 20 avril 2009, un hommage militaire s’est déroulé à la cour d’honneur des Invalides. Y fut joué l’hymne des résistants qu’il a rédigé en collaboration avec son oncle et académicien Joseph Kessel (1898-1979), le fameux "Chant des partisans", « le plus beau chant, peut-être, dédié à l’esprit de la résistance, qu’aucun homme ait jamais écrit » selon le Président de l’époque, Nicolas Sarkozy qui a déclaré à cette occasion : « Toute ta vie, tu n’as cessé de proclamer une seule chose : la grandeur de la volonté humaine opposée à la fatalité. (…) Pour toi aussi, le gaullisme fut d’abord la force du "non" dans l’histoire. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La seconde adolescence de Maurice Druon.
Maurice Druon pas si immortel que ça.
Erreur commise par des journalistes dans la vie de Maurice Druon.
Retour sur la polémique Maurice Druon versus François Bayrou en juillet 2004.
Courage et exemple : Maurice Druon sur Pierre Messmer le 25 octobre 2005.
Nicolas Sarkozy rend hommage à Maurice Druon.
Le Chant des Partisans.
Maurice Bellet.
Eugène Ionesco.
Robert Merle.
"Soumission" de Michel Houellebecq.
Vivons tristes en attendant la mort !
"Sérotonine" de Michel Houellebecq.
Sérotonine, c’est ma copine !
Alexandre Soljenitsyne.
François de Closets.
Noam Chomsky.
Joseph Joffo.
Ivan Tourgueniev.
Guillaume Apolinaire.
René de Obaldia.
Raymond Aron.
Jean Paulhan.
René Rémond.
Marceline Loridan-Ivens.
François Flohic.
Françoise Dolto.
Lucette Destouches.
Paul Claudel.
Louis-Ferdinand Céline.
Georges Bernanos.
Jean-Jacques Rousseau.
Daniel Cordier.
Philip Roth.
Voltaire.
Jean d’Alembert.
Victor Hugo.
Karl Marx.
Charles Maurras.
Barbe Acarie.
Le philosophe Alain.
Marguerite Yourcenar.
Albert Camus.
Jean d’Ormesson.
Les 90 ans de Jean d’O.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190414-maurice-druon.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-seconde-adolescence-de-maurice-214208

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/04/06/37237479.html



 

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7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 00:26

« Dans ma pipe, je brûlerai mes souvenirs d’enfance,
Mes rêves inachevés, mes restes d’espérance.
Et je ne garderai pour habiller mon âme
Que l’idée d’un rosier et qu’un prénom de femme.
Puis je regarderai le haut de ma colline
Qui danse, qui se devine, qui finit par sombrer.
Et dans l’odeur des fleurs qui bientôt s’éteindra,
Je sais que j’aurai peur une dernière fois. ».

(Jacques Brel, Gérard Jouannest, Jean Corti, "Le dernier repas", 1963).



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Peur la dernière fois, cela a eu lieu il y a maintenant quarante ans, le 9 octobre 1978 à l’hôpital de Bobigny. Il était très malade depuis quatre ans. "Victime" (?) du tabac. Jacques Brel avait 49 ans, né le 8 avril 1929 dans la banlieue de Bruxelles. Il était l’un des plus grands chanteurs francophones, parmi les poètes comme Georges Brassens et Léo Ferré. Un auteur, compositeur, interprète. Et aussi, comme ce fut le cas pour d’autres chanteurs (Yves Montand, Charles Aznavour, Johnny Hallyday, etc.), un acteur.

Il a vendu 25 millions de disques et fut le modèle de nombreux chanteurs, en particulier David Bowie, Mort Shuman, et même Abd Al Malik. Sa "carrière" fut courte, commencée le 1er juin 1953, elle a été interrompue en 1966. Son dernier récital a eu lieu à Roubaix le 16 mai 1967. Il a enregistré cependant un dernier album le 1er octobre 1977, sorti le 17 novembre 1977 pour célébrer "Les Marquises" avec cette parole forte : « Veux-tu que je te dise ? Gémir n’est pas de mise, aux Marquises ». Il n’avait jamais l’habitude de faire des rappels ou des bis, malgré les ovations de son public, à l’exception de la première fois qu’il a chanté la fameuse chanson "Amsterdam" à laquelle il ne croyait pas, lors de son concert à l’Olympia le 16 octobre 1964 diffusé en direct sur Europe 1. "Amsterdam" ne fut cependant jamais enregistrée en studio.

À la fin des années 1960, Jacques Brel a préféré se consacrer au cinéma. Il n’a tourné que dans une dizaine de films dont les remarquables "Mon oncle Benjamin" d’Édouard Molinaro (sorti le 28 novembre 1969), avec Claude Jade, Bernard Blier et Robert Dalban, "L’aventure, c’est l’aventure" de Claude Lelouch (sorti le 4 mai 1972), avec Lino Ventura et Charles Denner, et "L’Emm@rdeur" d’Édouard Molinaro (sorti le 20 septembre 1973), avec Lino Ventura, sans oublier son premier film, qui aurait pu être basé sur un fait réel, "Les risques du métier" d’André Cayatte (sorti le 21 décembre 1967), une jeune élève qui accuse son instituteur (joué par Jacques Brel) d’avoir tenté de la violer.

Après l’insuccès du second film qu’il a lui-même réalisé, Jacques Brel décida d’arrêter le cinéma en 1973 et se mit en tête de faire le tour du monde avec sa fille et sa nouvelle compagne. Il s’acheta un bateau. La maladie commençant à le faire souffrir, il renonça au tour du monde en 1976 et s’arrêta aux îles Marquises pour y vivre définitivement (comme Gauguin). Il revendit son bateau et acheta un avion (il avait obtenu son brevet de pilote le 28 juin 1965) pour pouvoir faire le déplacement entre les îles. À l’occasion, il faisait du transport aérien de personnes et de marchandises pour rendre service aux habitants. Il retourna en France en juillet 1978 pour soigner sa maladie.

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Ce qu’il reste de lui, ce sont bien sûr ses nombreuses chansons qui ont du sens. Il les a chantées avec beaucoup de foi, avec émotion dans la voix, avec sueur le long des joues. Le visage très chevalin, Jacques Brel semblait être un enfant en amour. Cela a donné de très belles chansons d’amour. Mais le malheur "lui allait bien", et ses chansons dramatiques sont également exceptionnelles.

L’imitateur Thierry Le Luron s’était permis d’utiliser une chanson très forte en sens, "Ces gens-là" pour fustiger le (nouveau jeune) Premier Ministre Laurent Fabius lors d’une émission "Champs-Élysées" mémorable présentée en direct par Michel Drucker le 10 novembre 1984 (au cours de laquelle l’humoriste avait aussi fait chanter la salle "L’emm@rdant, c’est la rose", sur une parodie de Gilbert Bécaud).


Voici onze petites phrases tirées des chansons de Jacques Brel qui m’ont particulièrement plu.

A. "Quand on n’a que l’amour" (1956) : « Alors sans avoir rien que la force d’aimer, nous aurons dans nos mains, Amis, le monde entier. ».

B. "La Valse à mille temps" (1959) : « Au troisième temps de la valse, il y a toi, y a l’amour et y a moi. ».

C. "Ne me quitte pas" (1959) : « Moi, je t’offrirai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas. ».

D. "Les Bourgeois" (1962) : « Les bourgeois, c’est comme les cochons, plus ça devient vieux, plus ça devient bête. ».

E. "Madeleine" (1962) : « Et Madeleine n’arrive pas. ».

F. "Les Vieux" (1963) : « Celui des deux qui reste se retrouve en enfer. ».

G. "Les Bonbons" (1963) : « Les bonbons, c’est tellement bon ! ».

H. "Au suivant" (1963) : « Il est plus humiliant d’être suivi que suivant. ».

I. "Amsterdam" (1964) : « Et ils pissent comme je pleure sur les femmes infidèles. ».

J. "Fernand" (1965) : « Et puis, si j’étais le Bon Dieu, je crois que je ne serais pas fier. ».

K. "Un enfant" (1968) : « Un enfant, et nous voilà passants. Un enfant, et nous voilà patience. Un enfant, et nous voilà passés. ».


Pour terminer ce très modeste hommage à Jacques Brel, voici sept de ses célèbres chansons.


1. "Ne me quitte pas" (enregistré le 11 septembre 1959)






2. "Madeleine" (1962)






3. "Les Vieux" (1963)






4. "Jef" (1963)






5. "Ces gens-là" (1965)






6. "Mathilde" (1966)






7. "Vesoul" (1968)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Maurice Chevalier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190408-jacques-brel.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/04/07/37240645.html





 

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27 mars 2019 3 27 /03 /mars /2019 03:30

« Certains critiques m’accusent de défendre un humanisme abstrait, l’homme de nulle part. En réalité, je suis pour l’homme de partout ; pour mon ennemi comme pour mon ami. L’homme de partout est l’homme concret. L’homme abstrait, c’est l’homme des idéologies : l’homme des idéologies n’existe pas. La condition essentielle de l’homme n’est pas sa condition de citoyen, mais sa condition de mortel. Lorsque je parle de la mort, tout le monde me comprend. La mort n’est ni bourgeoise ni socialiste. Ce qui vient du plus profond de moi-même, mon angoisse la plus profonde est la chose la plus "populaire". » ("Notes et contre-notes", 1962).


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Le célèbre dramaturge de l’absurde Eugène Ionesco est mort à Paris il y a vingt-cinq ans, le 28 mars 1994, à l’âge de 84 ans (né le 26 novembre 1909 à Slatina, en Roumanie). C’est l’occasion de revenir sur cet écrivain savoureux qui a connu très tôt la notoriété internationale. On a parlé de lui comme d’un des pères du théâtre de l’absurde (avec Samuel Beckett, et il n’appréciait pas les élans démonstratifs de Brecht qu’il trouvait trop engagé). Par commodité, j’emploierai encore le mot "absurde", mais Ionesco rejetait ce terme : « Je préfère à l’expression absurde celle d’insolite. ».

Un écrivain non engagé, c’était ainsi que le décrivait Marc Fumaroli le 25 janvier 1996 au moment où il prenait place à son fauteuil sous la Coupole : « Eugène Ionesco n’était tenté ni par le cheval d’orgueil philosophique, ni par la bravacherie politique. Dès ses jeunes années, il est meilleur lecteur de Pascal et de Proust que de Karl Marx ou de Martin Heidegger. S’il a lu un philosophe allemand, c’est Schopenhauer, le plus littéraire de tous, et dont le bouddhisme est quasiment naturalisé français depuis Huysmans. Son premier recueil de poèmes prend ses distances, dès 1930, avec l’exaltation ambiante : il s’intitule ironiquement "Élégie pour [des] êtres minuscules". Son premier recueil en prose, "Non", est une satire de la foire roumaine aux vanités littéraires, et des alibis qu’elle trouve dans le chauvinisme. Il mêle à cette satire, dont il ne s’exclut pas, des fragments de journal intime où, par contraste, il met son "cœur à nu". ».

Et Marc Fumaroli de citer le jeune Ionesco : « J’ai peur. Un jour j’ai eu la sensation imminente de la mort. Il y a eu en moi une débandade, une panique, le cri de toutes mes fibres, un refus terrifié de mon être. Rien en moi ne veut accepter la mort. » ("Non"). Cette terreur, Eugène Ionesco l’exprima dans toute son œuvre.

La lucidité a caractérisé Ionesco dès son jeune âge. Il avait 30 ans lors de la Débâcle. Voici ce qu’il analysait dans une lettre datée du 23 juin 1940 : « Même si, par malheur pour ce monde égoïste, cruel et stupide, la France devait mourir (…), elle s’est sauvée spirituellement. Péguy souhaitait à la France le salut spirituel même si cela entraînait la mort temporelle. Le désastre dont nous souffrons atrocement est dû à la faute de la France. Fatiguée, elle n’était plus présente dans le monde, elle ne croyait plus à la nécessité de sa présence et de sa mission. La Bête s’est ruée sur l’Esprit malade. Ce qui se passe depuis vingt ans dans le monde n’est que le symbole et le commencement de ce qui pourrait se passer si la France ne peut plus marquer sa présence. » (Cité par Marc Fumaroli).

Dans "Non", publié le 22 avril 1986 chez Gallimard, issu de textes rédigés entre 1930 et 1933 en roumain, Ionesco évoquait déjà la vanité de l’écrivain mais aussi du critique : « C’est parfaitement lucide sur le ridicule métaphysique de ma situation d’homme, que je fais de la littérature. Si j’essayais de me retirer dans mes déserts intérieurs, je n’en continuerais pas moins de souffrir des succès et de la gloire montante de mes confrères d’ici et d’ailleurs. (…) Je vivrai donc déchiré entre le désir de satisfaire mes petites vanités et la pleine conscience que le dérisoire, trop évident à mes yeux, d’une telle satisfaction ne me laisserait ni me réjouir ni désespérer. » (Traduction de Marie-France Ionesco).

Depuis le 16 février 1957, sa première grande pièce "La Cantatrice chauve" est jouée tous les jours au Théâtre de la Huchette, dans le 5e arrondissement à Paris, soit plus de 18 500 fois, un record mondial ! Pourtant, le début des représentations de cette pièce était très incertain, voire glacial dans le public clairsemé. Lors de sa création, le 11 mai 1950 au Théâtre des Noctambules, la pièce avait été peu appréciée par les spectateurs. Mais elle fut publiée le 4 septembre 1950 par le Collègue de Pataphysique et a même reçu un Molière d’honneur en 1989, du vivant de son illustre auteur.

L’origine de cette pièce, écrite en 1947, est intéressante. Ionesco, qui voulait apprendre l’anglais, a été étonné par les phrases absurdes (pour ne pas dire stupides !) que la méthode Assimil faisait répéter : « Vous aviez commencé à apprendre l’anglais dans un manuel de conversation, quand la suite des locutions françaises vous donna l’impression si cocasse que vous vous mîtes à écrire des dialogues inspirés par cette muse bizarre. L’ensemble vous parut pouvoir faire la parodie d’une pièce, une "anti-pièce", provisoirement appelée "L’anglais sans peine". » (Jean Delay, le 25 février 1971).

Résultat, effectivement, cela a donné envie au futur dramaturge de mettre tout cela dans une pièce, sans queue ni tête, avec des affirmations sans rapport les unes après les autres. Le titre originel ("L’anglais sans peine") était trop proche d’une pièce de Tristan Bernard, si bien qu’il fallait trouver un autre titre pendant que des comédiens faisaient déjà des répétitions. Et un comédien malheureux, connaissant mal le texte, s’est trompé dans ses phrases ; au lieu de dire "institutrice très blonde", il a lâché "cantatrice très chauve". Ionesco, qui assistait à la répétition, ne l’a pas raté et a choisi l’expression comme titre.

Le théâtre de l’absurde ionescien est né, faisant de nombreux petits : "La Leçon" (1951), jouée tous les jours à la Huchette en même temps que "La Cantatrice chauve", "Les Chaises" (1952), "L’Impromptu de l’Alma" (1956), "Tueur sans gages" (1959), Rhinocéros (1959), "Le Roi se meurt" (1962), "La Soif et la faim" (1964), "Jeux de massacre" (1970), "Macbett" (1972), etc., au total, jusqu’à la fin des années 1970, une quarantaine de pièces de théâtre. "Rhinocéros", joué et mis en scène par Jean-Louis Barrault lors de sa création française le 22 janvier 1960 à l’Odéon-Théâtre de France, apporta à Ionesco une consécration.

"La Leçon" fut résumée ainsi par le professeur Jean Delay : « "La philologie mène au crime", déclare-t-on dans "La Leçon" et le professeur le sait qui, au comble de l’exaspération, achève d’un coup de couteau l’innocente jeune fille qu’il préparait au doctorat total. Et pourtant, elle était sage, appliquée, polie, cette jeune fille, évanescente image d’une Sorbonne d’avant le déluge, éphémère de l’époque antéfaurienne. Quand la leçon magistrale l’ennuyait, elle se plaignait d’une rage de dents sans devenir autrement enragée ni même murmurer : "professeur, vous me faites vieillir". » (25 février 1971).

"Rhinocéros" évoque la rhinocérite, la maladie contagieuse incurable du totalitarisme (tant nazisme que communisme), avec ses résistances et ses conformismes (haine, jalousie, égoïsme, hypocrisie, arrivisme, etc.). Ionesco en parlait ainsi, dans son essai sur le théâtre : « "Rhinocéros" est sans doute une pièce antinazie, mais elle est aussi surtout une pièce contre les hystéries collectives et les épidémies qui se cachent sous le couvert de la raison et des idées, mais qui n’en sont pas moins de graves maladies collectives dont les idéologies ne sont que des alibis : si l’on s’aperçoit que l’histoire déraisonne, que les mensonges des propagandes ne sont là que pour masquer les contradictions entre les faits et les idéologies qui les appuient, si l’on jette sur l’actualité un regard lucide, cela suffit pour nous empêcher de succomber aux "raisons" irrationnelles, et pour échapper à tous les vertiges. » ("Notes et contre-notes", 1962).

Forcer dans l’humanisme, c’est s’attendre à être seul. Eugène Ionesco a également écrit un excellent roman, assez court et très incisif (qu’il faut absolument lire, à mon avis), "Le Solitaire" (sorti en 1973 chez Gallimard), qui pourrait préfigurer le héros de quelques romans de Michel Houellebecq (oisif rentier qui s’est arrêté de travailler), à la (grande) différence près que chez Ionesco, on ne déprime pas et on ne rumine pas, au contraire, on observe et on s’étonne.

Eugène Ionesco s’amusait de voir ses pièces être aimées ou être éreintées : « Je connais moi-même, par expérience, les jugements divergents des critiques. J’ai subi, et cela me semble encore plus curieux, les contradictions d’un même critique à quelques semaines ou quelques mois d’intervalle. Ainsi, un critique dramatique, membre de l’Académie, qui n’aimait jamais ma pièce présente, il n’aimait guère que les pièces anciennes que, pourtant, à la générale, il avait éreintées. Ce critique voit une pièce ultérieure, "Elle mérite tout au plus un haussement d’épaules". Il critique par la suite une autre pièce qu’il déteste en disant : "Où est le brillant auteur des pièces précédentes ?". Puis, après il y a eu une autre pièce et la critiquant, il regrette l’avant-dernière qu’il avait tant aimée, dit-il, et ainsi de suite. » (25 février 1971).

C’était peu dire qu’Eugène Ionesco ait été reconnu très tôt comme un écrivain majeur. Le 14 avril 1994, Henri Troyat énumérait ainsi : « Il a été l’auteur le plus joué de notre temps, et cela sur toute l’étendue de la planète. Des Français aux Japonais, des Américains aux Allemands, toutes les nations ont été subjuguées par son théâtre anti-théâtral. (…) Au fond, cet inadapté, ce citoyen de nulle part, était un ami de la paix, de la tolérance, de la logique et du bon sens. Il fustigeait la médiocrité sur scène et il rêvait d’une société libre, responsable, baignée par l’amour du prochain, et où chacun pourrait s’exprimer selon ses convictions. ».

Eugène Ionesco fut élu à l’Académie française le 22 janvier 1970 dans le fauteuil du critique suprême de la littérature française, Jean Paulhan, et il fut reçu sous la Coupole le 25 février 1971 par le professeur Jean Delay.

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Ionesco a d’ailleurs confié qu’un de ses textes avait été refusé par Jean Paulhan, directeur influent de la Nouvelle Revue Française, à une époque où il était encore un anonyme, mais il ne lui en a pas gardé rancune, d’autant plus que par la suite, Paulhan l’a toujours amicalement soutenu : « Un beau jour, peut-être s’était-il un peu pris d’amitié pour moi, il devint mon défenseur. En effet, seule l’amitié peut être compréhensive ; les critiques doivent être les amis des auteurs et de leurs œuvres, afin de les comprendre, de les connaître, de les déchiffrer, plutôt que des ennemis ou des indifférents ; l’objectivité est incertaine. Les théories de la littérature sont insuffisamment ou pas du tout scientifiques, malgré les efforts de quelques critiques d’aujourd’hui qui répètent, dans un autre langage, les erreurs de Taine ou de Brunetière. Tout n’est, en fait, que subjectivité. ».

De Jean Paulhan, dont il a fait l’éloge à sa réception à l’Académie, Ionesco a commencé par cette réflexion qui paraît être essentielle chez l’écrivain : « Ce qui est curieux, paradoxal (…), c’est que, à la fois, [Jean Paulhan] ne croyait pas à la littérature tout en y croyant. "Tous les mots sont en danger de devenir synonymes", disait-il, ou "bien malin qui distingue encore le vrai du bien, le beau du juste". Mais en même temps, disait-il encore, "on n’écrit pas pour être élégant et spirituel, on n’écrit pas pour avoir des raisons, ni même pour avoir raison, ni pour donner un aspect plausible à des thèses évidemment fausses", on écrit "pour comprendre, on écrit pour être sauvé". Il a toujours eu tendance à aller à l’encontre de la vérité admise ou de la routine qui nous empêche de voir le monde. ».

Henri Troyat rendit hommage à Ionesco ainsi : « Ce n’est plus à la représentation d’une réalité comique que Ionesco nous convie, mais au cauchemar burlesque d’un dormeur qui est nous sans être nous. Et le plus surprenant, c’est que ce festival de platitude, cette caricature de la mesquinerie humaine, a fini par conquérir un public innombrable. Des milliers de spectateurs, au cœur bien accroché et au cerveau lucide, se sont engoués pour ces aventures délirantes où les hommes se transforment en rhinocéros, où les cadavres ne cessent de grandir, où des dizaines de chaises attendent des derrières qui ne viennent pas. Sans doute trouverait-on, chez les plus sensés d’entre nous, un enfant qui sommeille et qui, réveillé en sursaut, se réjouit des loufoqueries de ce cruel montreur de marionnettes. Mais cette vision bouffonne de la condition humaine a aussi un côté noir, qui nous oblige à réfléchir sur notre destin terrestre. C’est ce mélange de cocasserie et de désespoir métaphysique qui donne à l’œuvre de notre ami sa saveur amère. (…) Après s’être longtemps moqué de ses semblables, il était arrivé à une espérance spiritualiste, à une croyance mystique qui n’osait pas dire son nom. Ce sont ces contradictions d’un esprit clownesque et d’un cœur généreux qui feront que l’œuvre d’Eugène Ionesco, comme son souvenir, ne périront jamais. » (14 avril 1994).

Le professeur Jean Bernard aussi a rendu un hommage au dramaturge le même jour : « Alliant la dérision et le tragique, le sourire et l’inquiétude des fins dernières, le refus du conformisme, la critique du langage, traduit dans toutes les langues, représenté sur tous les théâtres du monde, Eugène Ionesco est assurément un des très grands écrivains de notre temps, un très grand écrivain qui, par le théâtre de l’absurde, la littérature baroque, a tenté d’apaiser le démon de l’angoisse qui n’a cessé de l’habiter. » (14 avril 1994).

Et la première des angoisses fut celle de mourir. Eugène Ionesco a peut-être pensé très fort, peu avant de rendre lui-même l’âme, à cette tirade qu’il a écrite dans son excellente pièce "Le Roi se meurt", mais il fut peu compatissant vis-à-vis de ses contemporains restés sur la rive de la vie, auprès de qui il n’est pas revenu pour les secourir : « Vous tous, innombrables, qui êtes morts avant moi, aidez-moi ! Dites-moi comment vous avez fait pour mourir, pour accepter ! Apprenez-le-moi ! Que votre exemple me console, que je m’appuie sur vous comme sur des béquilles, comme sur des bras fraternels ! Aidez-moi à franchir la porte que vous avez franchie ! Revenez de ce côté-ci un instant pour me secourir ! Aidez-moi, vous, qui avez eu peur et n’avez pas voulu ! Comment cela s’est-il passé ? Qui vous a soutenus ? Qui vous a entraînés, qui vous a poussés ? Avez-vous eu peur jusqu’à la fin ? Et vous, qui étiez forts et courageux, qui avez consenti à mourir avec indifférence et sérénité, apprenez-moi l’indifférence, apprenez-moi la sérénité, apprenez-moi la résignation ! ».

Cette tirade d’écorché, j’aurais aussi la tentation de la faire mienne, tellement elle fait sens et tellement elle est d’actualité et reste intemporelle. Ionesco est parti il y a un quart de siècle, mais il est toujours vivant. Son théâtre, ses messages, aussi incompréhensibles ou dérisoires parfois soient-ils, font partie désormais du quotidien de l’humble condition humaine.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Eugène Ionesco.
Robert Merle.
"Soumission" de Michel Houellebecq.
Vivons tristes en attendant la mort !
"Sérotonine" de Michel Houellebecq.
Sérotonine, c’est ma copine !
Maurice Bellet.
Alexandre Soljenitsyne.
François de Closets.
Noam Chomsky.
Joseph Joffo.
Ivan Tourgueniev.
Guillaume Apolinaire.
René de Obaldia.
Raymond Aron.
Jean Paulhan.
René Rémond.
Marceline Loridan-Ivens.
François Flohic.
Françoise Dolto.
Lucette Destouches.
Paul Claudel.
Louis-Ferdinand Céline.
Georges Bernanos.
Jean-Jacques Rousseau.
Daniel Cordier.
Philip Roth.
Voltaire.
Jean d’Alembert.
Victor Hugo.
Karl Marx.
Charles Maurras.
Barbe Acarie.
Le philosophe Alain.
Marguerite Yourcenar.
Albert Camus.
Jean d’Ormesson.
Les 90 ans de Jean d’O.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190328-ionesco.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/eugene-ionesco-le-prince-de-l-213789

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24 mars 2019 7 24 /03 /mars /2019 03:21

« Je suis venu à Paris au printemps 1955 pour y trouver la réponse à une aspiration profonde. Je devais y découvrir ma propre voie grâce à la connaissance directe et à la pratique assidue de la peinture occidentale. » (Chu Teh-Chun, le 3 février 1999 à Paris).



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Le peintre "franco-chinois" Chu Teh-Chun est mort à Paris il y a cinq ans, le 26 mars 2014, à l’âge de 93 ans. Il est considéré comme l’un des grands peintres du paysagisme abstrait, au même titre qu’un de ses contemporains, Zao Wou-Ki, né le 1er février 1920 à Pékin et mort le 9 avril 2013 à Nyon, en Suisse (la disparition de ce dernier n’a pas été non plus beaucoup médiatisée, même si Dominique de Villepin a rendu un grand hommage à ce peintre très apprécié par le Président Jacques Chirac). Les deux sont devenus français après la guerre (Chu Teh-Chun fut naturalisé en 1980).

J’ai "connu" Chu Teh-Chun quelques jours avant sa mort, le 2 mars 2014. "Connu" est un bien grand mot puisque je n’ai jamais eu, hélas, l’honneur de le rencontrer, mais "connu" dans le sens culturel et pas relationnel. Je n’ai connu son "existence" picturale qu’au détour d’une exposition sur Goya à la Madeleine, la Pinacothèque de Paris, seul grand musée privé de Paris qui a dû, il y a quelques années, fermer ses portes. Du 11 octobre 2013 au 16 mars 2014, plusieurs dizaines de ses œuvres étaient en effet exposées sous le titre "Les Chemins de l’abstraction" et c’était une véritable aubaine, un événement culturel important. Pas étonnante, une telle programmation, puisque Chu Teh-Chun a été influencé par Goya (et également Nicolas de Staël).

Hélas (encore une fois !), des empêchements ont fait que je n’ai pas pu visiter cette exposition mais son nom m’était resté à l’esprit et la magie de l’Internet (et des catalogues d’exposition) m’a permis d’admirer virtuellement ses très nombreuses œuvres. Tout de suite le coup de cœur. Les peintures de Chu Teh-Chun m’ont fait sens. Touché en pleine cible.

Les couleurs, les formes, tout fait sens chez lui. Comme si la manière de penser, de ressentir pouvait se traduire sur une toile de peinture. J’ai même du mal à comprendre qu’on le désigne comme un peintre de l’abstraction alors que pour moi, ses tableaux sont très concrets, sont figuratifs. Un mélange de Dali en plus flou et en moins fou, et de Monnet aussi en plus flou. Ses peintures sont faites de couleurs dont l’abstraction suggère une nouvelle sorte d’impressionnisme. Ce qui lui donne un style très personnel. Ses peintures à l’huile et ses lithographies sont pleines de vivacité, de dynamisme. Chu Teh-Chun a également fait de la gravure et de la calligraphie. Il a notamment décoré des céramiques en collaboration avec la Manufacture de Sèvres.

Pour avoir une petite idée de son travail, j’ai mis ci-dessous un exemple de quelques-unes de ses œuvres, retrouvées sur Internet et proposées ici sans ordre ni légende (la plupart du temps, comme du reste pour Soulages, c’est "Sans titre" suivi de l’année), en signe de petit hommage coloré et festoyant à un artiste exceptionnel.

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Chu Teh-Chun est né dans la province de l’Anhui le 24 octobre 1920 au sein d’une famille très cultivée et intellectuelle. Il a suivi des études artistiques à Hangzhou, puis à Sichuan (à cause de la guerre sino-japonaise en 1937). En 1941, il est devenu professeur de peinture (en 1942 à l’Université de Nankin repliée à Chongqing).

Exilé ensuite à Taipei, à Taiwan, en 1949, après l’arrivée au pouvoir de Mao, Chu Teh-Chun s’est embarqué pour la France le 29 mars 1955 et a découvert l’art égyptien, le Louvre, Goya, Tolède et Gréco au Prado en Espagne, ainsi que Rembrandt aux Pays-Bas ; il a vu en 1956 la rétrospective Nicolas de Staël. Il s’est vite lié avec d’autres artistes comme Soulages, Hartung, Mathieu, etc.

À partir des années 1980, ses relations avec la Chine populaire se sont normalisées car Chu Teh-Chun a retrouvé en 1979 à Paris son maître Lin Fengmian (1900-1991), qui fut le directeur de l’École des Beaux-arts de Hangzhou lorsqu’il y était entré en 1935, et aussi le sculpteur chinois Liu Kaiqu (1904-1993). Il a fait un voyage en Chine en 1983 (invité par l’Union des artistes de Chine) pour revoir ses anciens condisciples ou professeurs restés en Chine, comme son ami Wu Guanzhong (1919-2010), camarade lors de son service militaire. La grande réputation de Chu Teh-Chun, qui s’est développée en Europe et Amérique à partir du milieu des années 1960, s’est étendue jusqu’en Asie à partir du milieu des années 1980.

En 1987, Taipei a organisé une grande rétrospective. En 2010, Pékin a fait une nouvelle rétrospective et l’Opéra de Shanghai lui a commandé un tableau monumental pour son hall d’entrée qui a été inauguré le 27 août 2003. Un de ses collègues académiciens, Pierre-Jean Rémy, parmi d’autres érudits, a consacré un bel ouvrage à ses superbes œuvres.

Reconnu et très intégré en France, Chu Teh-Chun a été élu le 17 décembre 1997 membre de l’Académie des Beaux-arts (Zao Wou-Ki, pourtant plus connu, est entré à cette Académie plus tardivement, élu le 4 décembre 2002 et reçu le 26 novembre 2003). Il a aussi reçu quelques décorations, notamment : chevalier de la Légion d’honneur, officier de l’Ordre national du Mérite, officier des Palmes académiques.

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Lors de sa réception à l’Institut le 3 février 1999 à Paris, Chu Teh-Chun a confié : « J’ai conscience d’incarner ici un message particulier, celui d’un fils de Han qui cherche à rendre visibles à travers leurs perpétuelles mutations les deux principes fondamentaux et complémentaires de la philosophie du Yi Jing, le Yang ardent et lumineux et le Yin obscur et humide. Cette dualité engendre un univers aux variations infinies que j’ai voulu évoquer en alliant l’éclat des couleurs hérité de la peinture occidentale et la liberté des formes inaugurée par les peintres abstraits. L’inspiration que j’ai suivie trouve son unique source dans la nature et son mode d’expression privilégié est le lyrisme. La création procède de la pure spontanéité : elle consiste, selon la maxime taoïste, à "laisser jaillir l’émotion intérieure". Il en résulte sur mes toiles un langage pictural où la couleur et le graphisme, sans jamais coïncider, concourent au même but : éveiller la lumière, les formes et le mouvement. ».

Terminons avec une petite idée de la valeur marchande des œuvres de Chu Teh-Chun : parmi ses centaines d’œuvres, Chu Teh-Chun se monnayait à sa mort autour de 200 000 dollars, parfois moins, parfois beaucoup plus, comme "Accent d’orgue" mis à prix à 1,250 million de dollars, "Abstraction neige II" à 436 000 euros, un autre "Accent d’orgue" à 370 000 dollars, une autre huile à 744 000 euros. Le record fut atteint en novembre 2013 chez Christie’s, où une huile de 1963 fut vendue plus de 6,7 millions d’euros (70,7 millions de yuans). Le précédent record fut avec "La Forêt Blanche II" (peinte en 1997) vendue en 2012 pour 7,7 millions de dollars (60 millions de yuans).

On peut retrouver certaines des œuvres de Chu Teh-Chun dans la collection permanente de plusieurs musées ou organismes publics français, en particulier le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, la Bibliothèque Nationale à Paris, le Musée Cernuschi à Paris, le MacVal à Vitry-sur-Seine, le Musée des Beaux-arts André Malraux du Havre, le Musée d’art contemporain de Dunkerque, le Musée Bertrand à Châteauroux, le Musée Hyacinthe-Rigaud à Perpignan, et dans des musées d’autres villes du monde comme Liège, Lausanne, Canton, Taipei, Dacca, Chihuahua, etc.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Chu Teh-Chun.
L’année Pierre Soulages au Louvre.
Alfred Sisley.
Salvador Dali.
Jean-Michel Basquiat.
Dernières heures parisiennes pour Egon Schiele.
Pierre Soulages, l'artiste mélanthrope, a 99 ans.
Rotraut Uecker.
Egon Schiele.
Banksy.
Marcel Duchamp.
Pablo Picasso.
Le British Museum et le monde des humains.
Yves Klein.
Le Tintoret.
Gustav Klimt.
Georges Méliès.
David Hamilton.
Paula Modersohn-Becker.
Auguste Rodin.
Margaret Keane.
Rouault et Matisse à Paris.
La garde rapprochée du Premier Empereur de Chine.
Un Renoir de la Côte d’Ivoire.
Magritte.
Daniel Cordier.
Boulez à Paris.
La collection Cordier à Rodez.
Soulages à Rodez.
Claude Lévêque à Rodez.
Caillebotte à Yerres.
Goya à Paris.
Brueghel à Paris.
Chagall à Paris.
Dali à Paris.
Van Gogh à Paris.
Hiroshige à Paris.
Manet à Paris.
Rembrandt à Paris.
Boltanski, artiste contemporain.
Boltanski au MacVal.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190325-chu-teh-chun.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/les-dynamiques-paysages-de-chu-teh-213720

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/03/18/37188830.html


 

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2 mars 2019 6 02 /03 /mars /2019 03:09

« Le féminin de "directeur" est "la femme du directeur". » (Pierre Desproges, "Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis", Éditions du Seuil, 1985).



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Eh oui, l’humour de Pierre Desproges a pointé le doigt sur "la" difficulté de la féminisation des noms de métiers et de fonctions : ce nom féminisé est-il la fonction ou l’épouse de l’homme qui occupe la fonction ? La suprême ambiguïté va jusqu’à la reine. En France, elle n’est que l’épouse du roi alors qu’au Royaume-Uni, elle est "le roi". D’ailleurs, l’époux de la reine n’y est pas titré "roi" mais "prince consort" pour éviter les ambiguïtés.

C’est tout le sujet sur lequel a planché l’Académie française lors de sa séance du jeudi 28 février 2019. On peut dire qu’il y a des sujets plus urgents ou plus importants, mais ce n’est pas parce que ce n’est pas urgent ni important qu’il ne faut pas traiter ce sujet. D’ailleurs, pour les gardiens du temple de la grammaire et du vocabulaire, pour les vigies du dictionnaire, c’est au contraire très normal de s’intéresser à l’évolution de la société qui fait que les femmes travaillent, et occupent de plus en plus les mêmes fonctions que les hommes (à l’exception notable et malheureuse de la Présidence de la République).

Et puis, oui, disons-le carrément, l’écriture inclusive est complètement stupide et ne soutient en rien la cause des femmes, l’égalité des sexes (notamment salariale), la parité dans les fonctions exécutives politiques, économiques, culturelles, etc., car la grammaire n’est pas la société elle-même, le genre d’un nom n’est pas un sexe. En revanche, féminiser les noms de métiers et de fonctions paraît opportun : les femmes ont le droit à la reconnaissance de l’accord les concernant.

Certes, certaines femmes étaient absolument opposées à cette féminisation. Ainsi, Michèle Alliot-Marie voulait se faire appeler "Madame le Ministre d’État", comme si "Madame la Ministre d’État" était une injure. Quant à la femme qui est "montée" le plus haut dans les institutions politiques, Édith Cresson, elle voulait se faire appeler également "Madame le Premier Ministre". L’Académie française explique que "la Première Ministre" prendra forcément l’usage quand l’occasion se présentera (quand ?), comme on dit déjà "la Chancelière", mais je suis peut-être un peu plus conservateur que l’Académie française et je trouverais plutôt correcte la solution intermédiaire entre Édith Cresson et l’Académie, à savoir : "la Premier Ministre".

Du côté du peuple et pas encore "enregistrée" par l’Académie française, on peut maintenant employer une nouvelle expression, pour parler d’une personne (et pas d’un vêtement) "un gilet jaune" qu’on peut aussi féminiser : "une gilet jaune".


L’Académie dit oui à la féminisation

En tout cas, l’Académie française a adopté avec une large majorité le rapport (lisible ici) qui venait de lui être présenté par ses quatre membres (à parité !), les académiciens Gabriel de Broglie (animateur de la commission), Danièle Sallenave, Dominique Bona et Michael Edwards. En clair, l’Académie française souscrit à cette idée de féminiser, quand ce n’est pas encore le cas, les noms de métiers, de fonctions et de titres. En ce sens, elle prend le train de la société en marche, pas la locomotive, mais elle n’est pas non plus dans le dernier wagon du progrès.

D’un point de vue purement théorique, cet accord est le résultat d’une absence de désaccord, La Palisse n’aurait pas dit mieux, je veux écrire, qu’il n’y a aucun obstacle, au sens des académiciens, qui barre la route de la féminisation des noms.


Aucun obstacle de principe

La règle que s’est donnée l’Académie est la suivante : « Toutes les évolutions visant à faire reconnaître dans la langue la place aujourd’hui reconnue aux femmes dans la société peuvent être envisagées, pour peu qu’elles ne contreviennent pas aux règles élémentaires et fondamentales de la langue, en particulier aux règles morphologiques qui président à la création des formes féminines dérivées des substantifs masculins. (…) Il n’est pas loisible de s’en affranchir, au risque de bouleverser le système de la langue. ».

Et le constat, c’est que rien ne vient s’opposer à ces règles : « Si la féminisation des noms de fonctions, de titres et de grades fait apparaître des contraintes internes à la langue française qu’il n’est pas possible d’ignorer, il n’existe aucun obstacle de principe à la féminisation des noms de métiers et de professions. ». La porte est donc ouverte pleinement.


Peu d’intérêt à ressortir les vieux usages

Les quatre académiciens ont renoncé à faire une étude détaillée et exhaustive des usages dans l’histoire de la langue : « La situation d’ensemble est difficile à saisir. (…) Il n’existe pas de relevé probant des usages. Les documents mis à la disposition de l’Académie (…) font apparaître l’étroitesse du corpus disponible et l’immensité de la recherche qu’il faudrait entreprendre pour disposer d’une recension exhaustive des usages, en pleine mutation. Ces mêmes données font d’autre part apparaître la multiplicité des formes possibles de féminisation et le grand flottement que l’on constate entre les usages existants : maintien de la forme au masculin avec l’article masculin, ajout de l’article féminin à un substantif masculin, concurrence entre les diverses formes féminisées et, par ailleurs, variation des accords de genre entre le substantif féminisé ou non et les verbes, pronoms, adjectifs le concernant dans la suite de la phrase. ».


Un principe : le pragmatisme

La position de l’Académie française est donc claire : il s’agit d’accompagner la féminisation, voire de l’encourager, mais elle refuse de faire des recommandations. Elle se veut pragmatique et s’en tenir seulement aux usages, au même titre qu’elle sert surtout de conseil pour aider à former correctement les noms féminisés en cas de besoin : « La commission s’est conformée aux méthodes éprouvées de l’Académie, qui a toujours fondé ses recommandations sur le "bon usage" dont elle est la gardienne, ce qui implique, non pas d‘avaliser tous les usages, ni de les retarder ou de les devancer, ni de chercher à les imposer, mais de dégager ceux qui attestent une formation correcte et sont durablement établis. ».

Ainsi, ceux qui attendaient à la fin de cette séance la liste de tous les noms de métiers, fonctions, titres, grades au masculin avec la forme féminisée associée et recommandée, peuvent être déçus : « La mission de l’Académie française n’est pas de dresser une liste exhaustive des noms de métiers et de leur féminisation inscrite dans l’usage ou souhaitable. Ce serait une tâche insurmontable dans la mesure où les noms de métiers sont très nombreux et où nous traversons par ailleurs une période de transition sociale et d’évolution des usages. Or il convient de laisser aux pratiques qui assurent la vitalité de la langue le soin de trancher : elles seules peuvent conférer à des appellations nouvelles la légitimité dont elles manquaient à l’origine. ».

La règle d’accompagnement par l’Académie est ainsi la suivante : « L’Académie constate les évolutions en cours, qu’il lui revient d’encadrer et le cas échéant d’orienter, sans chercher pour autant à les freiner ou à les devancer. Elle refuse toute tentative pour forcer l’usage, qui risquerait d’introduire des formes mal reçues du public. (…) L’Académie n’a cessé d’en appeler à la liberté de l’usage : l’imposition de normes rigides en matière de féminisation méconnaît en effet le souhait exprimé par certaines femmes de conserver les appellations masculines pour désigner la profession qu’elles exercent. ».

Sur le refus de féminisation de leur fonction de certaines femmes, l’Académie le tolère évidemment : « Dès lors que certaines femmes exerçant des fonctions longtemps et, aujourd’hui encore, souvent tenues par des hommes, expriment leur préférence à être désignées dans leur fonction au masculin, aucune raison n’interdit de déférer à ce souhait. ».


Petit historique quand même

Sans être exhaustif, la commission académique s’est livrée quand même à un petit historique. Féminiser les noms de métier est déjà ancien. Ainsi, le nom "chirurgienne" existe depuis le Moyen-Âge. "Avocate" existe depuis le XIIIe siècle (et pourtant, le mot est peu apprécié et peu utilisé par les femmes avocates d’aujourd’hui). L’âge industriel a beaucoup apporté dans la féminisation de beaucoup de nouveaux métiers occupés par des femmes. La Première Guerre mondiale a aussi renforcé ce besoin de féminisation, à partir du moment où les femmes non seulement étaient mieux instruites mais devaient remplacer les hommes pendant le conflit.

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L’une des règles anciennes voulait ajouter au nom masculin le suffixe "-esse". Cela a donné notamment "maîtresse", "demanderesse", etc. Mais l’usage tend à l’éliminer plus généralement, car il a pris une connotation négative ou passéiste, ou encore, qui se distingue trop du masculin. Ainsi, le féminisé de "maire" était "mairesse" et est devenue "la maire" (comme la ministre). La "doctoresse" a été abandonnée au profit de la "docteure". L’un des premiers mots en "-esse", employé dès le XIIIe siècle, a été abandonné au XIXe siècle, ce fut "peintresse" qui a été abandonné au profit de "la peintre". La "peintresse" a d’abord désigné la femme du peintre, puis, au XVIe siècle, la peintre elle-même.


Les difficultés

Beaucoup de noms se terminant en "-eur" peuvent se féminiser en "-eure". C’est le cas de "professeure", "docteure", etc. L’intérêt est que le "e" final reste muet et ne change pas l’allure de la phrase. Cette forme féminisée ne peut donc pas choquer à la sonorité au contraire de la forme en "-esse".

Si, dans sa grande majorité, il n’y a pas trop de difficulté à féminiser les noms (en particulier avec deux fonctions dirigeantes facilement féminisables : "présidente" et "directrice"), certains cas présentent cependant quelques difficultés.

Des difficultés sociales, ce qui reprend les réticences des certaines femmes politiques à féminiser leur fonction : souvent, la forme féminisée signifiait l’épouse de celui qui occupait la fonction et pas celle qui occupait la fonction. Comme s’en amusait Pierre Desproges, on ne conviendrait qu’une directrice ne serait plus jamais la femme du directeur que quand il y aurait beaucoup de directrices fonctionnelles. Or, c’est le cas : l’usage social, les mœurs, l’évolution sociale vont donc adoucir et même supprimer ces aspérités de vocabulaire. Seul, à mon sen, le sens du mot "reine" restera toujours ambigu, du moins, dans les pays qui acceptent que les femmes règnent (ce qui ne serait pas le cas des Capétiens).

C’est le cas par exemple du nom "ambassadrice" : « Il existe bel et bien un type de fonctions pour lequel la désignation ne traduit pas de façon automatique le sexe de leur détenteur. Ainsi le mot "ambassadrice" est employé depuis la fin du XVIe siècle pour désigner l’épouse d’un ambassadeur. Or cette appellation marque la reconnaissance d’un statut social spécifique : c’est pourquoi les femmes placées à la tête d’une mission diplomatique ne souhaitent pas nécessairement de nos jours être désignées par la forme fléchie du substantif "ambassadeur". Les fonctions d’ambassadeur revêtent un caractère d’autorité et de prestige tel que l’usage ne s’oriente pas de façon unanime vers le recours à une forme féminine, qui renvoie à une autre réalité. ».

Le nom le plus difficile à féminiser est sans doute "auteur". Tout est vu à ce sujet. Les académiciens jugent ce cas "épineux". Ils citent les différentes formes observées : "authoresse", "autoresse" (c’est le seul qu’accepte le correcteur orthographique de mon traitement de texte, déjà ancien), "autrice" et "auteure" (il n’y a pas "auteuse" dans la liste). La forme "auteure" semble être la plus courante, cependant que l’Académie trouverait la forme "autrice" la plus correcte comme "actrice", "réalisatrice", "créatrice", "rédactrice", "apparitrice" : « Si le nom se termine en "-teur", le féminin est ordinairement marqué par la forme "-teuse" quand il existe un verbe correspondant (…) ou par la forme "-trice" en l’absence de verbe ou quand le verbe ne comprend pas de "t" dans sa terminaison. ».

Autre nom difficile à féminiser, c’est lorsqu’il y a "chef" dans la fonction. Là aussi, l’Académie a recensé de nombreuses formes féminisées : "cheftaine", "cheffe", "la chef", "chèfe", "chève" (comme "brève"), "cheffesse" (mon correcteur accepte "cheftaine", "la chef", "cheffesse", ce dernier très laid et à la limite de l’indécence). Le mot est fréquent dans les noms de métiers : chef d’équipe, chef de rayon, chef de gare, chef de chantier, chef de cabinet, chef d’orchestre, etc. (aussi dans chef d’escadron, chef de bataillon dans l’armée). La conclusion de l’Académie, qui refuse toute recommandation (et tout "bon usage"), est la suivante : « La forme "cheffe" semble avoir aujourd’hui, dans une certaine mesure, la faveur de l’usage. Si l’on ne peut soutenir que cette forme appartient au "bon usage" de la langue, il paraît également difficile de la proscrire tout à fait étant donné le nombre d’occurrences rencontrées dans les sources que la commission a pu consulter. ». Ces sources, ce sont des documents administratifs ou officiels, dont le Journal officiel, et une centaine de sites Internet d’informations, qui permettent de donner une idée de l’usage, officiel ou pas, de certains morts.

En revanche, dans les grades militaires, le mot "chef" placé après un grade est considéré comme un adverbe et est donc invariable : "adjudant-chef" est féminisé en "adjudante-chef", alors qu’on dira "la contrôleuse adjointe", "la conseillère principale", "la directrice générale". La forme adverbiale peut aussi s’observer dans d’autres cas. Ainsi, on dira "conseillère maître" à la Cour des Comptes. Pour d’autres grades, on dira plutôt "la médecin-chef", "la quartier-maître", etc. : « Ces limites observées à la féminisation rappellent que la langue n’est pas un outil qui se modèle au gré des désirs de chacun, mais bien une réalité soustraite à toute tentative de modification autoritaire, qui a sa vie propre et ses rythmes d’évolution spécifiques. ».

L’étude du mot "chef" a d’ailleurs permis à l’Académie d’arriver ce constat : « La langue française a tendance à féminiser faiblement ou pas les noms de métiers (…) placés au sommet de l’échelle sociale. L’usage fait une différence entre les métiers les plus courants et les degrés supérieurs de la hiérarchie professionnelle, qui offrent une résistance à la féminisation. Cette résistance augmente indéniablement au fur et à mesure que l’on s’élève dans cette hiérarchie. ». C’est donc un vieux résidu de machisme probablement nourri par les femmes elles-mêmes qui, paradoxalement, en atteignant des niveaux hiérarchiques élevés, devraient en principe être les mieux placées pour être les moins machistes.

Parmi les noms qui ne se féminisent que par l’article, il y a "médecin", "notaire" (auparavant, on disait "notairesse"), "maire", "ministre", etc. Et l’on ne féminise pas systématiquement toutes les fonctions : "la maître des requêtes" au Conseil d’État et pas la maîtresse des requêtes.

L’Académie différencie aussi les métiers des fonctions et grades : « Cette distance entre la fonction, le grade ou le titre et son détenteur a été soulignée au moment où les femmes eurent accès à des fonctions jusque-là occupées par les hommes. Elle ne constitue pas pour autant un obstacle dirimant à la féminisation des substantifs servant à les désigner. Mais elle peut expliquer en partie les réserves ou les réticences observées dans l’usage. ». Ainsi, les grades dans les ordres nationaux sont rarement féminisés : "chevalier de l’Ordre de la Légion d’honneur", "officier", "commandeur", etc. (le Journal officiel emploie néanmoins leur forme féminisée : "chevalière", "officière", "commandeure").


Absence d’évolution

L’Académie insiste sur ce point, seul l’usage observé est le critère le meilleur, tant que le nom suit correctement les règles ordinaires de formation d’un mot. Si bien que le nom "auteure" a certainement une longueur d’avance sur le nom "autrice" qui serait probablement plus logique en termes intellectuels (mais peut-être moins agréable à la sonorité ?).

Quand la fonction ou le métier a disparu, alors il n’y a plus d’usage observable, et par conséquent, pas de forme féminisée envisagée. Le rapport cite ainsi ces noms sans féminin : "hussard", "carabinier", "grenadier", "lancier", "cuirassier". On pourrait cependant très bien imaginer, en cas de femmes dans ces trois dernières fonctions (dans un roman historique par exemple) les formes féminines en "-ière". Pour "hussarde", le mot souffre d’une proximité avec "cuissarde" (qui n’a rien de cuirassier) !

Après  tout, il n’y a pas de mal, non plus, à garder la forme masculine, y compris avec l’article même pour désigner une femme. Car le contraire est également possible et même fréquent dans le contexte militaire qui désigne un homme avec l’article au féminin : "une recrue", "une sentinelle", "une vigie", "une ordonnance", "une garde" et même (hélas) "une victime", voire tout simplement "une personne".


Une position raisonnable, rationnelle et pragmatique

Aujourd’hui, socialement, professionnellement, économiquement, politiquement, etc., à part être prêtres (ce qui dépend exclusivement de l’Église catholique), les femmes peuvent être tout ce que les hommes sont ou ont été, et c’est une heureuse possibilité. Elles peuvent même être plus que les hommes puisqu’elles peuvent être enceintes. Avec ce rapport sur la féminisation des noms de métiers et autres, l’Académie française s’honore en voulant accompagner sans dogmatisme les avancées de la langue française dans sa traduction des avancées de la société française elle-même.

À la fois prudente et pragmatique, l’Académie française fait, avec ce rapport, beaucoup plus pour la cause des femmes que ceux (et celles !) qui, par un dogmatisme quasi-totalitaire, veulent imposer l’écriture inclusive (qui a heureusement été fustigée par l’Académie), écriture qui est une stupidité intellectuelle et une escroquerie sociale.

Cela dit, l’Académie française a encore une marge de progression pour elle-même : avec seulement cinq académiciennes sur les trente-six Immortels encore présents (quatre fauteuils sont vacants, ceux de : Michel Déon, Jean d’Ormesson, Simone Veil et Max Gallo), et dans l’attente de l’élection de quatre nouveaux membres, elle est encore loin de …la parité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


(Les illustrations proviennent du site Internet de l'Académie française).


Pour aller plus loin :
Document : le rapport sur la féminisation des noms de métiers adopté par l’Académie française le 28 février 2019 (à télécharger).
L’Académie française et la féminisation des noms de métiers et de fonctions.
La réforme du baccalauréat.
Prime à l’assiduité.
Notation des ministres.
Les internats d’excellence.
Communiqué de l’Académie française du 26 octobre 2017.
L’écriture inclusive.
La réforme de l’orthographe.
La dictée à  l’école.
La réforme du collège.
Le réforme des programmes scolaires.
Le français et l’anglais.
La patriotisme français.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190228-academie-francaise.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/l-academie-francaise-et-la-213108

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/02/28/37139291.html

 

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28 février 2019 4 28 /02 /février /2019 17:30

Lors de sa séance du 28 février 2019, l'Académie française a adopté le rapport préconisant l'utilisation de la féminisation des noms de métiers et de fonctions. On peut lire ce rapport maintenant.

Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport (fichier .pdf) :
http://www.academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/rapport_feminisation_noms_de_metier_et_de_fonction.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190228-academie-francaise.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190228-rapport-academie-francaise-feminisation.html


 

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27 février 2019 3 27 /02 /février /2019 03:13

« Nous n’effacerons pas le mal de notre société, ni par la loi, ni par un discours, ni par un acte ; mais nous devons être, tous ensemble, les combattants de cet outrenoir, de ces lignes de force, de ce courage inlassable, de cette forme d’humanité et d’intelligence que nous devons donner, même au noir qu’il y a dans notre société, parce qu’il est là ; mais nous tiendrons, et à la fin, nous gagnerons. »


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Ces propos assez étonnants ont été tenus par le Président Emmanuel Macron, ils terminaient son discours lors du dîner du CRIF le 20 février 2019, alors que le sujet principal, le "noir" évoqué, était l’antisémitisme, en pleine recrudescence en ce moment.

L’outrenoir, cela faisait évidemment référence au peintre Pierre Soulages qui va avoir 100 ans dans dix mois, le 24 décembre 2019.

Emmanuel Macron avait expliqué qu’il avait reçu dans son bureau de l’Élysée, le vendredi 15 février 2019, la maman d’Ilan Halimi, le jeune homme sauvagement torturé et assassiné le 13 février 2006 parce qu’il était Juif : « Elle avait, face à elle, un tableau de Pierre Soulages. Je lui ai dit : "c’est ça, ce que nous avons à vivre". Beaucoup pensait que le noir n’était pas une couleur et qu’on ne pouvait rien en faire. Un génie, centenaire cette année, a dit : "en travaillant inlassablement le noir au pinceau, au couteau, en y tirant mes lignes, en y mettant mes formes, j’y ferai vivre le soleil, j’y ferai exister la lumière". Et elle voyait sous ses yeux ce tableau qui prenait vie. Et ce noir n’était plus noir. Il était l’outrenoir de Soulages. » (20 février 2019).

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C’était une interprétation sans doute osée de fondre le grand peintre dans une cause, aussi noble soit-elle, peintre qu’Emmanuel et Brigitte Macron ont rencontré le 16 mars 2018 à Sète pour le déjeuner : « J’ai été impressionné par leur culture, leur ouverture et la manière dont ils ont su se rendre amicaux immédiatement. » (Pierre Soulages). On ne sait pas trop si Pierre Soulages serait d’accord avec ce genre d’interprétation, d’autant plus que, électron libre, il a toujours refusé de se mêler aux passions médiatiques de son temps, mais il est sûr, car il l’a déjà affirmé, qu’il préfère mille fois la personnalité d’Emmanuel Macron à celle de… François Mitterrand ! Mais de tous les Présidents de la République, c’est Jacques Chirac qu’il connaît le mieux.

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En ce qui me concerne, l’antisémitisme et sa démonstration la plus abominable que fut la Shoah, me feraient plutôt penser à Edvard Munch et son fameux Cri (peint bien avant l’Holocauste). L’idée d’y associer l’outrenoir de Soulages est à la fois audacieuse, originale et pourquoi pas, pertinente. Lorsque, enfant, j’avais passé ma profession de foi, j’avais distribué aux invités une petite carte souvenir avec cette phrase que j’aimais bien, dont, hélas, je n’ai plus souvenir de l’auteur : « Même quand les nuages s’amoncellent, il reste toujours le ciel. ».

C’est l’espoir qu’il faut comprendre dans l’outrenoir. Pierre Soulages l’a souvent expliqué, comme dans "Le Point" du 15 mai 2014 : « C’était une histoire de contraste. Le noir est une couleur très active, violente même… Vous mettez du noir sur une couleur sombre, et elle s’éclaire… ». L’outrenoir va au-delà du noir qui éclaire le pas-noir, puisqu’il n’y a plus que du noir mais du noir en relief, si bien que le reflet de la lumière sur ce relief crée des zones claires typiques de l’outrenoir.

La critique d’art suisse Françoise Jaunin (que j’ai déjà citée il y a deux mois) a décrit ette nouvelle étape artistique de Soulages : « Ses toiles géantes, souvent déclinées en polyptyques, ne montrent rien qui leur soit extérieur ni ne renvoie à rien d’autre qu’elles-mêmes. Devant elles, le spectateur est assigné frontalement, englobé dans l’espace qu’elles sécrètent, saisi par l’intensité de leur présence. Une présence physique, tactile, sensuelle et dégageant une formidable énergie contenue. Mais métaphysique aussi, qui force à l’intériorité et à la méditation. Une peinture de matérialité sourde et violente, et, tout à la fois, d’immatière changeante et vibrante qui ne cesse de se transformer selon l’angle par lequel on l’aborde. » ("Noir lumière", éd. La Bibliothèque des arts, 2002).

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Pierre Soulages continue toujours à peindre, à 99 ans. Son atelier, complètement dépouillé de tout objet inutile qui pourrait le distraire, situé en dessous de sa maison, à Sète, accueille encore ses projets artistiques. Sa femme Colette est auprès de lui pour le soutenir, comme elle l’a fait depuis qu’ils se sont mariés, il y a soixante-dix-sept ans (dans trois ans, ce sont les noces de chêne !), elle est plus jeune que lui, enfin, juste de quelques mois ! Il est toujours au travail mais doit faire face, parfois, à quelques problèmes de santé qui le ralentissent dans ses projets.

En fait, il n’a pas trop de temps de ne rien faire : le Louvre lui a commandé une œuvre, et elle doit être livrée à temps. L’enjeu est de taille : le Louvre a décidé d’honorer le grand peintre (Pierre Soulages est immensément grand) en consacrant le Salon carré à ses œuvres, pour célébrer son centenaire comme il se doit. Le Louvre empruntera à cette occasion des œuvres de musées du monde entier. Une place est donc restée vacante pour placer cette toile qu’il doit réaliser avant le début de l’exposition, la toile du centenaire.

Dans une dépêche de l’AFP datant du 4 février 2019, il est cité un "ami de passage" qui a expliqué : « L’extraordinaire, ce n’est pas tant qu’il peigne, c’est qu’il continue à chercher, à réfléchir. Il voit des choses qu’on ne voit pas. ». Très solitaire, Pierre Soulages veut être coupé du monde lorsqu’il crée : « Je connais mal les artistes contemporains. Ici, je veux travailler, j’ai demandé qu’il y ait quelques remparts. » (cité par l’AFP). Grand ami de Claude Pompidou (veuve de Georges Pompidou), le couple Soulages l’invitait souvent à Sète, mais l’artiste vit généralement loin du monde et des foules. Aujourd’hui, loin de toute retraite, il est attendu. Il faut qu’il continue encore à créer. Le Louvre l’attend !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 février 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’année Pierre Soulages au Louvre.
Alfred Sisley.
Salvador Dali.
Jean-Michel Basquiat.
Dernières heures parisiennes pour Egon Schiele.
Pierre Soulages, l'artiste mélanthrope, a 99 ans.
Rotraut Uecker.
Egon Schiele.
Banksy.
Marcel Duchamp.
Pablo Picasso.
Le British Museum et le monde des humains.
Yves Klein.
Le Tintoret.
Gustav Klimt.
Georges Méliès.
David Hamilton.
Paula Modersohn-Becker.
Auguste Rodin.
Margaret Keane.
Rouault et Matisse à Paris.
La garde rapprochée du Premier Empereur de Chine.
Un Renoir de la Côte d’Ivoire.
Magritte.
Daniel Cordier.
Boulez à Paris.
La collection Cordier à Rodez.
Soulages à Rodez.
Claude Lévêque à Rodez.
Caillebotte à Yerres.
Goya à Paris.
Brueghel à Paris.
Chagall à Paris.
Dali à Paris.
Van Gogh à Paris.
Hiroshige à Paris.
Manet à Paris.
Rembrandt à Paris.
Boltanski, artiste contemporain.
Boltanski au MacVal.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/l-annee-pierre-soulages-au-louvre-212944

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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 11:39

« Elle a sa propre petite fortune, c’est une héritière : s’il m’arrive quelque chose, la personne qui s’en occupera ne sera pas dans la misère. L’argent des pubs où elle apparaît a été mis de côté pour elle. » (Karl Lagerfeld, le 24 février 2015).


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De qui parlait Karl Lagerfeld à Marc-Oliver Fogiel dans l’émission "Le Divan" diffusée le 24 février 2015 sur France 3 ? De sa chatte Choupette qui posséderait en avril 2015 la fortune de 3 millions d’euros. Nous ne sommes pas aux États-Unis où les chiens peuvent hériter des fortunés mais en France, et Karl Lagerfeld l’a compris puisqu’il voulait d’abord rémunérer celui qui s’occuperait de sa chatte.

Ce mardi 19 février 2019, elle va être seule, cette chatte, car le grand couturier Karl Lagerfeld, appelé par certains le Kaiser, est mort à Neuilly-sur-Seine, à l’âge de 85 ans (il est né le 10 septembre 1933 à Hambourg). Depuis une vingtaine d’années, il cachait son âge avec son look à la limite sado-maso avec des gants qui masquaient les rides des mains, et il a toujours refusé de dire sa date de naissance par coquetterie.

Karl Lagerfeld a eu beaucoup d’influence sur la mode depuis une trentaine d’années. Bernard Arnault, propriétaire de LVMH, a réagi avec beaucoup de tristesse en apprenant cette nouvelle alors que sa Fondation Louis Vuitton va inaugurer le soir même l’exposition sur la Collection Courtauld.

Karl Lagerfeld fut le directeur artistique de la maison italienne Fendi à Rome depuis 1965 et de la maison française Chanel à Paris depuis 1983. Il s’est mis aussi à son propre compte en créant sa ligne en 1984. Il a eu beaucoup d’activités tournant autour de la mode, couturier, modéliste, dessinateur, costumier, photographe, architecte d’intérieur, joaillier, réalisateur, etc.

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Son arrivée dans la haute couture date du 25 novembre 1954, quand il a reçu le premier prix d’un concours organisé par Woolmark, il était ex-aequo avec …Yves Saint Laurent. Le couturier Pierre Balmain l’a recruté en 1955 (jusqu’en 1962), puis le couturier Jean Patou l’a recruté aussi en 1959 comme directeur artistique. Lagerfeld travaillait en styliste indépendant, il a travaillé pour Chloé, pour H&M, et à partir de 1963, il collaborait avec Fendi. Il créa du prêt-à-porter et des collections de haute couture pour Chanel à partir de 1983. Il a eu l’idée très novatrice de choisir un mannequin pour représenter la marque exclusivement, en médiatisant la jeune fille pour médiatiser la marque. Ce fut Inès de La Fressange, puis Vanessa Paradis, etc.

Versant artistique de la haute couture, Karl Lagerfeld s’est beaucoup enrichi tout en ne s’occupant pas de gérer financièrement ses créations (comme Yves Saint Laurent qui avait ainsi besoin d’un Pierre Bergé).

Coïncidence étrange : Karl Lagerfeld est mort le jour de la manifestation de la plupart des partis politiques français contre l’antisémitisme, pour condamner très fermement les actes antisémites récents (tags d’un restaurant parisien, croix gammées sur l’effigie de Simone Veil, insultes à Alain Finkielkraut, et tout récemment, profanation d’environ quatre-vingts sépultures dans le cimetière juif de Quatzenheim, en Alsace).

Or, Karl Lagerfeld, défenseur des Juifs, avait été en colère contre la politique d’accueil des réfugiés de la Chancelière allemande Angela Merkel, au point de vouloir renoncer à sa nationalité allemande, parce qu’il considérait que cela encourageait la montée de l’audience électorale du mouvement d’extrême droite AfD et que cela favoriser l’antisémitisme.

Dans l’émission de Thierry Ardisson "Salut les Terriens", diffusée le 11 novembre 2017 sur C8, Karl Lagerfeld a réussi, en une seule phrase, à faire de grossiers amalgames (Allemands = nazis, réfugiés = antisémites, etc.) : « Je vais dire une horreur. On ne peut pas, même s’il y a des décades entre, tuer des millions de Juifs pour faire venir des millions de leurs pires ennemis après. ». L’animateur n’a fait que sourire en écoutant cette phrase.

Karl Lagerfeld avait aussi violemment fustigé Angela Merkel ainsi : elle « qui en avait déjà des millions et des millions, qui sont bien intégrés, qui travaillent (…), n’avait pas besoin de se taper un million en plus, pour se donner une image charmante, après l’image de marâtre qu’elle s’était donnée dans l’histoire de la crise grecque. ».

On peut comprendre pourquoi il voulait cacher la vieillesse, car, comme le disait De Gaulle, la vieillesse est (parfois) un naufrage. Cela n’empêchera pas qu’il fut un grand créateur, et que les âmes artistiques sont rarement de bons analystes politiques… Qu’il repose en paix.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 février 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Karl Lagerfeld.
Pierre Cardin.
Yves Saint Laurent.
Pierre Bergé.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190219-karl-lagerfeld.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/karl-lagerfeld-et-la-chatte-de-l-212791

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/02/19/37113295.html


 

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29 janvier 2019 2 29 /01 /janvier /2019 03:58

« Après le sujet, une des qualités les plus intéressantes du paysage est le mouvement, la vie. C’est aussi une des plus difficiles à réaliser. Donner la vie à une œuvre d’art est certes une condition indispensable pour l’artiste digne de ce nom. C’est l’émotion de l’exécutant qui donne la vie et c’est cette émotion qui éveille celle du spectateur. » (Alfred Sisley, janvier 1892).


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Il y a cent vingt ans, le 29 janvier 1899, à Moret-sur-Loing, en Seine-et-Marne, le peintre impressionniste britannique Alfred Sisley est mort d’un cancer à l’âge de 59 ans (il est né le 30 octobre 1839 à Paris). Il n’a pas eu le temps d’avoir le succès qu’il aurait mérité de son vivant, ni même la nationalité française qu’il avait pourtant demandée depuis longtemps aux autorités françaises alors qu’il n’a jamais que vécu en France (sauf quelques années). Il est mort très peu aisé et endeuillé (sa femme est morte de maladie quelques mois avant lui, le 8 octobre 1898), mais rapidement honoré : « Au jour où fut annoncée la mort de Sisley après tant de souffrances volontairement et fièrement dissimulées, il y eut un tressaillement dans tout le public renseigné. Les toiles possédées par ceux qui attendaient par le monde le caprice des amateurs furent immédiatement recherchées. », selon le critique d’art Gustave Geffroy (1855-1926).

En effet, les fins connaisseurs connaissaient l’importance artistique de celui qui venait de mourir. Ainsi, dans une lettre du 22 janvier 1899 à son fils Lucien, quelques jours avant la mort d’Alfred Sisley, le peintre Camille Pissaro en avait bien conscience : « Sisley, dit-on, est fort gravement malade. Celui-là est un bel et grand artiste, je suis d’avis que c’est un maître égal aux plus grands. J’ai revu des œuvres de lui d’une ampleur et d’une beauté rares, entre autres, une "Inondation" qui est un chef-d’œuvre. ».

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Déshérité par son père à cause de ses choix affectifs, Alfred Sisley a commencé la peinture à Paris en octobre 1862 (il a alors 23 ans) dans un atelier où il a lié amitié avec notamment Auguste Renoir (1841-1919) et Claude Monet (1840-1926). Sisley a fait partie des peintres du mouvement impressionniste qui sont sortis de leur atelier pour peindre directement sur le terrain les paysages et transmettre surtout leurs émotions, leurs "impressions". Le terme "impressionnisme" provient d’un critique et peintre, Louis Leroy (1812-1885), qui a ironisé sur ce mouvement le 25 avril 1874 dans "Charivari", néologisme construit à partir du fameux tableau de Claude Monet "Impressions, soleil levant".

Ce qui importe, dans l’impressionnisme, c’est d’abord la lumière. Pas de trait mais juste des formes, des ombres, des reflets. C’était révolutionnaire à l’époque. Le photographe Nadar (1829-1910) encouragea ce mouvement en louant une grande salle, boulevard des Capucines à Paris, pour faire la première exposition des peintres impressionnistes du 15 avril au 15 mai 1874.

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Sisley en fit évidemment partie, exposant quelques tableaux dont "La Machine de Marly" (1873) à propos duquel le critique d’art Ernest Chesneau (1833-1890) a écrit le 7 mai 1874 : « Tout n’est pas également bon dans les envois de M. Sisley ; mais il en est un, "La Seine à Port-Marly", qui est l’absolue réalisation des ambitions de l’école dans le paysage. Je ne sais pas de tableau dans le passé ni dans le présent qui donne d’une façon si complète, si parfaite, la sensation physique de l’atmosphère, du "plein-air". Voilà donc une acquisition toute nouvelle en peinture, et dont il importe de prendre note. ». Le tableau évoqué semble être celui montré ci-dessus, "La Machine de Marly", mais il reste encore une incertitude à ce sujet.

Un autre critique d’art, Léon Roger-Milès (1859-1928), a écrit dans la préface du catalogue d’une autre exposition, une rétrospective des œuvres de Sisley, qui a eu lieu à Paris du 5 au 28 février 1897 : « L’arbre est pour lui l’un des facteurs prépondérants pour exprimer la vie. L’eau aide à exprimer la vie dans l’étendue, l’arbre l’exprime dans le temps. Dans ses toiles, Sisley, pas plus que Corot, ne fait le portrait d’un arbre ; pourtant il les connaît tous ; il les a tous étudiés ; il en fait l’anatomie ; mais ce qu’il nous donne, ce sont des harmonies d’arbres dans la nature ; ce sont des éléments essentiellement variés où s’inscrivent les saisons et les heures, avec le chromatisme spécial de frondaisons. ».

Le collectionneur et critique d’art Arsène Alexandre (1859-1937), quant à lui, a souligné le 1er mai 1899 dans la préface du Catalogue des œuvres d’Alfred Sisley établi juste après sa mort, « l’intrépide bonne humeur de Sisley, à cette époque exempte d’argent et de mélancolie », et a affirmé que ce peintre représentait « la gaieté, l’entrain, la fantaisie ». Il répéta cette confidence que lui avait faite Sisley à propos du "trio" du scherzo dans le Septuor de Beethoven qui lui avait « procuré un ravissement ineffaçable » : « Cette phrase si gaie, si chantante, si entraînante, il me semble que, depuis la première fois que je l’ai écoutée, elle fait partie de moi-même, tant elle répond à tout ce que j’ai toujours été au fond. Je la chante sans cesse. Je me la fredonne en travaillant. Elle ne m’a jamais abandonné. ».

Il y a toujours une certaine émotion à voir peints des paysages qui nous sont familiers. Ainsi, les œuvres de Sisley dans la région parisienne sont toujours très intéressantes, même plus d’un siècle plus tard. Je propose donc ici un petit tour de la région parisienne avec pour guide… Mister Sisley lui-même, of course !

Le voici à Argenteuil, à l’époque un lieu classique des peintres où les habitants et visiteurs avaient un certain niveau de vie et appréciaient les activités nautiques sur la Seine.

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Le "Boulevard Héloïse" est vivant et apporte une note sociologique sur la vie quotidienne de l’époque.

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La "Passerelle d’Argenteuil", peinte en 1872, peut étonner : où était-elle ? En fait, cette passerelle en bois n’a pas duré très longtemps. Elle fut construite en urgence après la destruction du grand pont pendant la guerre de 1870 et quelques mois après la réalisation de l’œuvre artistique, la passerelle fut détruite et remplacée par un nouveau grand pont.

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À Louveciennes, Sisley a peint le même paysage à différentes saisons.

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La même vue en hiver, recouverte de neige.

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La Seine, fleuve fascinant par sa lumière, ses reflets, a été peinte aussi à Bougival.

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À Marly-le-Roi, une autre scène dans un paysage enneigé aurait été inspirée par Hiroshige.

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Dans la région de Fontainebleau,où il a séjourné à la fin de sa vie, Sisley a réalisé d’autres beaux paysages où les couleurs, le ciel, les reflets, les ombres frappent l’œil du visiteur dans un spectacle naturaliste.

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Le vieux village à Moret-sur-Loing a ainsi été peint par son habitant illustre.

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Ainsi que son église avec ses ombres, en "plein soleil".

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Après ce petit tour très modeste des œuvres de Sisley (qui a peint environ 1 500 toiles), je termine par cette petite réflexion du critique d’art et collectionneur, Adolphe Tavernier (1853-1945), en préface d’un catalogue consacré à des œuvres de Sisley (vente du 2 au 4 décembre 1907) : « Pourquoi ne pas écrire que Sisley nous apparaît, avec un apport nouveau bien entendu, comme le digne héritier de ce beau maître [Corot], en ces toiles exquises où la force le dispute à la grâce, la poésie à la distinction de la facture, surtout dans cette période de 1872 à 1876, où il produisit des chefs-d’œuvre ? ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 janvier 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alfred Sisley.
Salvador Dali.
Jean-Michel Basquiat.
Dernières heures parisiennes pour Egon Schiele.
Pierre Soulages, l'artiste mélanthrope, a 99 ans.
Rotraut Uecker.
Egon Schiele.
Banksy.
Marcel Duchamp.
Pablo Picasso.
Le British Museum et le monde des humains.
Yves Klein.
Le Tintoret.
Gustav Klimt.
Georges Méliès.
David Hamilton.
Paula Modersohn-Becker.
Auguste Rodin.
Margaret Keane.
Rouault et Matisse à Paris.
La garde rapprochée du Premier Empereur de Chine.
Un Renoir de la Côte d’Ivoire.
Magritte.
Daniel Cordier.
Boulez à Paris.
La collection Cordier à Rodez.
Soulages à Rodez.
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Chagall à Paris.
Dali à Paris.
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Hiroshige à Paris.
Manet à Paris.
Rembrandt à Paris.
Boltanski, artiste contemporain.
Boltanski au MacVal.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190129-alfred-sisley.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/le-succes-posthume-du-joyeux-212118

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/01/24/37046215.html



 

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27 janvier 2019 7 27 /01 /janvier /2019 16:09

Né le 18 avril 1930 à Angers, Jean Guillou fut un pianiste, organiste et compositeur français. Il fut titulaire de l'orgue de l'église Saint-Serge à Angers, puis l'élève d'Olivier Messiean et de Maurice Dupré au Conservatoire de Paris. Professeur d'orgue en 1955 à Lisbonne, puis en 1958 à Berlin, il fut titulaire des grandes orgues de l'église Saint-Eustache de Paris de 1963 à 2014 (à titre bénévole), sauf lors des travaux entre 1977 et 1989. Il a assuré l'accompagnement d'orgue pour encore beaucoup de messes du dimanche entre septembre 2014 et avril 2015. Au cours de son existence, il a fait beaucoup de récitals d'orgue et de piano partout dans le monde, et a composé près d'une centaine d'œuvres musicales. Il a par ailleurs enregistré plus d'une centaine de disques (notamment chez Universal-Philips-Decca). Il est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages littéraires. L'enterrement de Jean Guillou a lieu le mardi 5 février 2019 à la cathédrale Notre-Dame de Paris.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190126-jean-guillou.html

 

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