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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 17:23

Le haut-commissaire au Plan François Bayrou a publié une note de prospective sur la préservationde du modèle social français dans les prochaines décennies par une redynamisation de la natalité.

Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport (fichier .pdf) :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2021/05/hcp_demographie_note_douverture_mai_2021_3_0.pdf


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210517-bayrou.html


SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210517-rapport-plan-demographie.html




 

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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 06:18

« La question du terrorisme venant du Proche-Orient est dérisoire à côté du déséquilibre qui se profile en Méditerranée occidentale. On oublie totalement l’effondrement de la natalité en Espagne et en Italie, encore beaucoup plus grave que celui de la France. À côté de cela, l’Algérie et le Maroc doubleront leur population dans vingt-cinq ans (…). Il y aura bientôt une disproportion dangereuse non seulement dans les nombres mais aussi les âges. D’un côté, des peuples jeunes, exubérants et, de l’autre, des vieux pensant à leur retraite et à leur tranquillité. D’où un déséquilibre dangereux et la tentation de s’assurer un espace vital. » (Alfred Sauvy, le 26 avril 1986, interview à "Télé 7 Jours").


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Il y a trente ans, le 30 octobre 1990 à Paris, s’est éteint le grand économiste et sociologue français Alfred Sauvy à l’âge de 92 ans (il allait les atteindre le lendemain, né le 31 octobre 1898 à Perpignan). Très écouté et respecté une soixantaine d’années, Alfred Sauvy a été l’un des grands penseurs français du Vingtième siècle.

Après des études à Perpignan et au collège Stanislas à Paris, il est entré à Polytechnique il y a cent ans, en 1920. Entre-temps, il a été mobilisé et blessé les deux dernières années de la Première Guerre mondiale. Il est entré également à la Statistique générale de la France, un service ministériel créé en 1833 et dépendant du ministère du commerce. Une chose qui peut étonner dans la perception de l’homme : pendant ses jeunes années, il a beaucoup fréquenté les milieux culturels parisiens, si bien qu’il a sympathisé notamment avec Tristan Bernard et Jacques Tati à qui il a donné quelques idées.

Dans un article de la revue "Population", 47e année, n°6, de 1992, le sociologue Michel Chauvière a évoqué l’importance croissante d’Alfred Sauvy dans la classe politique : « Alfred Sauvy (…) opère depuis 1922 dans le cadre de l’extraordinaire observatoire qu’est la Statistique générale de la France (SGF), ancêtre de l’INSEE, où dès 1929, il se voit confier la direction du service d’observation des prix. Mais son insertion parisienne, comme l’a montré un récent ouvrage biographique (Lévy, 1990), lui permet de valoriser ses connaissances et la méthode quantitative dans bien des cercles différents, de la Société statistique de Paris au groupe X-Crise. C’est donc très naturellement qu’Alfred Sauvy est requis, d’abord dans le cadre de la SGF comme expert économique, puis, à titre plus personnel, comme conjoncturiste officieux de plusieurs ministres (…). Au cours des années trente, il devient ainsi très rapidement une référence économique écoutée dans certains milieux politiques libéraux, spécialement après l’échec du Front populaire, en même temps que le proche des principaux experts démographes du mouvement nataliste, Adolphe Landry et Ferdinand Boverat notamment, avec qui il partage du reste le double discours du scientifique et du moraliste. (…) C’est Alfred Sauvy qui rappelle aussi le poids, chez tous les décideurs de cette époque, du souvenir des conséquences de l’hécatombe de Verdun parmi une population d’enfants uniques. (…) Alfred Sauvy fut donc un expert parmi les experts économiques et démographes, mais aussi un expert parmi les propagandistes natalistes ou familiaux et surtout un expert associé à la décision politique le moment venu, au départ en tant qu’économiste. Il fut donc, à n’en pas douter, dans la conjoncture très particulière de l’avant-guerre, un acteur important au sein d’une convergence objective et positive, des natalistes, des familiaux et d’une large partie de la classe politique, des radicaux aux conservateurs. ». Il faut rappeler qu’en 1935, le nombre de décès avait dépassé le nombre de naissances en France.

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À partir de 1936, Alfred Sauvy, devenu un expert en démographie, a donc conseillé les gouvernements. D’abord comme conseiller de Charles Spinasse, le Ministre de l’Économie nationale du socialiste Léon Blum en 1936, puis conseiller de Paul Reynaud, Ministre des Finances du radical Édouard Daladier en novembre 1938 (dans le cabinet de Paul Reynaud, il y avait aussi, avec Alfred Sauvy, d’autres brillants esprts comme Michel Debré et Gaston Palewski).

Alfred Sauvy avait déjà développé certaines idées économiques fortes. Ainsi, s’il avait soutenu la dévaluation décidée par Léon Blum, il avait  trouvé la mesure de réduction du temps de travail de 41,5 à 40 heures par semaine voulue par le Front populaire complètement hors sol économiquement, n’hésitant pas à dire qu’elle allait bloquer une économie en reprise, mesure qu’il a convaincu Édouard Daladier d’annuler deux ans plus tard. On peut imaginer quelle aurait été sa réaction en apprenant la proposition et la réalisation des 35 heures par semaine par Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry et Lionel Jospin soixante années plus tard !

Mais son grand cheval de bataille était de s’opposer à tous les défenseurs du malthusianisme, qu’on retrouve encore aujourd’hui dans certains cercles de réflexion et qui veulent réduire la natalité et la population sous prétexte qu’il n’y aurait pas assez de ressources.

Ce qui est curieux, c’est qu’on entend encore aujourd’hui ce genre de discours antinataliste, alors que la population mondiale s’approche de 8 milliards d’individus, tandis que les mêmes arguments étaient développés après la guerre avec seulement 2 milliards d’individus, et même s’il y a une proportion beaucoup trop grande de la population mondiale qui reste très pauvre, globalement, malgré la forte progression démographique mondiale, il y a aujourd’hui beaucoup moins de famine et beaucoup plus de programme d’assistance médicale, par exemple que dans les années 1950. Le problème n’est pas la croissance démographique mais l’organisation du monde et la redistribution des richesses.

Alfred Sauvy, au contraire, s’inquiétait de la baisse de la natalité dans les pays européens, en considérant que l’accroissement de la population était un facteur de création de richesse et permettait le progrès. Il a inspiré le Code de la famille (décret-loi relatif à la famille et à la natalité française) adopté par le gouvernement Daladier le 29 juillet 1939, un texte qui entendait « proposer une armature solide où la famille peut s’épanouir » avec diverses aides et protection pour la famille. À l’époque, c’était très nouveau car la république radicale se basait surtout sur l’individualisme.

À la Libération, le 24 octobre 1945, sur recommandation du professeur Robert Debré (pédiatre et père de Michel Debré), Alfred Sauvy a créé l’Institut national d’études démographiques (INED) qu’il a dirigé jusqu’en 1962 (nommé par De Gaulle qui voyait en lui un proche de Paul Reynaud), parallèlement à ses fonctions d’enseignant et de chercheur ; il a été professeur à l’IEP de Paris pendant très longtemps puis au Collège de France de 1959 à 1969 (sa retraite). À la présidence du conseil d’administration de l’INED fut nommé l’économiste Adolphe Landry (1874-1956), parlementaire radical influent et plusieurs fois ministre, qui a inspiré les thèses natalistes d’Alfred Sauvy.

L’ordonnance n°45-2499 du 24 octobre 1945 précisait notamment : « L’INED est chargé d’étudier les problèmes démographiques sous tous leurs aspects. À cet effet, l’institut rassemble la documentation utile, ouvre des enquêtes, procède à des expériences et suit les expériences effectuées à l’étranger, étudie les moyens matériels et moraux susceptibles de contribuer à l’accroissement quantitatif et à l’amélioration qualitative de la population et il assure la diffusion des connaissances démographiques. ». Grâce à l’aura intellectuelle d’Alfred Sauvy, l’INED a recruté des chercheurs de très grande envergure, généralement polytechniciens. Il a fallu attendre le 12 mars 1986 pour que l’INED, dépendant du Ministre des Affaires sociales, fût rattaché au Ministère de la Recherche au même titre que d’autres organismes de recherche publique comme le CNRS, l’INSERM, etc.

Alfred Sauvy a dirigé la revue de l’INED "Population" jusqu’en 1975, a été nommé au Conseil Économique et Social de 1947 à 1974, et a participé au débat public par de très nombreuses interventions dans la presse et les médias, par sa participation à de nombreuses  conférences publiques et la publication d’une quarantaine d’ouvrages destinés au grand public. Il a en particulier été très proche de Pierre Mendès France (qu’il a conseillé quand ce dernier était Président du Conseil) ainsi que de Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui publiait ses réflexions dans son hebdomadaire "L’Express". Il a également collaboré longtemps avec "Le Monde" et "L’Expansion" qui publiaient régulièrement ses commentaires souvent sans complaisance sur la politique économique des gouvernements en place.

Ce fut néanmoins dans "L’Observateur" du 14 août 1952 qu’Alfred Sauvy a introduit une expression qui aura un très large écho, le "Tiers-monde" pour évoquer les pays en voie de développement neutres dans la guerre froide. Il avait pris cette expression en pensant au tiers-état, mais plus tard, à la fin de sa vie, il a regretté d’être systématiquement associé à cette expression car il l’a récusée en ces termes : « Que l’on permette au créateur de l’expression Tiers-monde, il y a près de quarante ans, de la répudier, tant elle fait oublier la diversité croissante des cas. Englober dans le même terme les pays d’Afrique noire et les "quatre dragons" ne peut mener bien loin. » ("Le Monde" du 14 février 1989). Oui, l’évolution d’une pensée, c’est ses nuances, sa complexification.

Au-delà de ses thèses natalistes qui étaient une vision ouvertement optimiste et progressiste du monde, Alfred Sauvy a également développé ce qu’on a appelé la "théorie du déversement".

Il s’agissait d’étudier l’effet du progrès technique sur la productivité industrielle, et ses effets sur l’emploi : beaucoup d’emplois sont devenus obsolètes avec l’automatisation des tâches et cette modernisation de l’appareil productif entraîne parallèlement des nouveaux besoins en emplois, généralement mieux qualifiés (mais pas forcément : par exemple, le développement de la société Amazon a nécessité des programmeurs, mais aussi des manutentionnaires). Le gain en productivité est bénéfique à tout le monde : au producteur qui a moins de frais, aux consommateurs car une part du gain de productivité a fait baisser les prix, et aussi les salariés qui ont des tâches moins dures.

Si l’idée est pertinente d’un point de vue macro-économique, c’est beaucoup moins évident à titre individuel, quand par exemple une ouvrière de 50 ans se retrouve sans emploi parce que son entreprise, qui fabriquait des chaussures et qui l’employait ainsi qu’elle avait employé sa mère et sa grand-mère, a déposé son bilan, incapable de faire face à la concurrence low cost. Son recyclage dans un autre métier et un autre secteur sera a priori très difficile.

La réflexion d’Alfred Sauvy (voir en début d’article) sur l’importance des écarts démographiques qui prévaudrait sur les risques terroristes, à une époque (avril 1986) où la France allait être secouée par une vague d’attentats islamistes (d’une autre nature qu’aujourd’hui), elle est intéressante à l’entendre à notre époque, même si, maintenant, certains responsables politiques voudraient mêler sinon amalgamer les enjeux de nature migratoire aux enjeux de nature terroriste.

Il est vrai que l’auteur présumé du terrible attentat qui a coûté la vie à trois personnes ce jeudi 29 octobre 2020 à la basilique Notre-Dame de l’Assomption à Nice, était un immigré clandestin qui aurait franchi le 20 septembre 2020 la frontière européenne à Lampedusa, une île en Italie connue comme passage du flux migratoire provenant du sud de la Méditerranée. Qu’aurait été la réflexion renouvelée d’Alfred Sauvy à ces terribles épreuves qu’endurent le peuple français et plus généralement les peuples européens ?

Je termine par cette citation qui, pour un statisticien, est classique mais néanmoins essentiel :  « Les chiffres sont des êtres fragiles qui, à force d'être torturés, finissent par avouer tout ce qu'on veut leur faire dire. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alfred Sauvy.
Paul Valéry.
François Jacob.
Edgar Morin, le dernier intellectuel ?
Michel Droit.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Vladimir Jankélévitch.
Marc Sangnier.
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
Jean-Paul Sartre.
Pierre Teilhard de Chardin.
Boris Vian.
Jean Daniel.
Claire Bretécher.
George Steiner.
Françoise Sagan.
Jean d’Ormesson.
Les 90 ans de Jean d’O.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201030-alfred-sauvy.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/alfred-sauvy-le-pere-de-la-228207

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/10/21/38602077.html




 

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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 03:26

« Depuis vingt ans, je vis une aventure incroyable. Tout a commencé dans la cour de Harvard, où j’étais alors en deuxième année. Avec mon ami Paul Allen, nous étions plongés dans la description d’un ordinateur en kit que publiait la revue "Popular Electronics", le premier véritable ordinateur personnel. Ni Paul ni moi ne savions exactement à quoi il pourrait servir, mais, ce jour-là, nous avons eu la certitude qu’il allait tout changer : notre vie et le monde de l’informatique. » (Bill Gates, "La route du futur", éd. Robert Laffont, 1991).


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Originaire de Seattle, le "génial" cofondateur de Microsoft Bill Gates fête ce mercredi 28 octobre 2020 son 65e anniversaire. Son père est né trente ans avant lui (le 30 novembre 1925) et vient de mourir le mois dernier (le 14 septembre 2020). Bill Gates n’est plus l’homme le plus riche du monde, "seulement" le deuxième homme le plus riche du monde, derrière Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, selon le classement du magazine "Forbes" en 2019, mais l’ordre des fortunes évolue rapidement et les ultrariches se croisent et se recroisent.

Cependant, Bill Gates a été longtemps en haut du classement, seize fois depuis 1996. La fortune de Bill Gates serait évaluée à 105 milliards de dollars, et plus on est riche, plus la fortune croît dans cette course folle du monde dans laquelle on retrouve quand même deux Français, Bernard Arnault, troisième fortune du monde, et Françoise Bettencourt Meyers, la fille de Liliane Bettencourt, en quinzième position (il fut un temps où l’héritière de L’Oréal était au deuxième rang, période ante-GAFAM).

J’ai écrit "génial", mais il ne s’agit pas d’un génie technique, il s’agit d’un génie marketing. Lorsqu’il a cofondé (avec Paul Allen, qui est mort il y a deux ans, le 15 octobre 2018) leur société Microsoft en avril 1975 (la marque fut déposée le 28 novembre 1976), l’idée de faire de la valeur ajoutée sur du logiciel, sur du "soft" dans le marché informatique était assez nouvelle. L’acteur majeur du marché était IBM, et c’était un constructeur de "hard", d’ordinateurs. L’idée de vouloir vivre goulûment avec les programmes qu’on mettrait dans des machines devenues des micro-ordinateurs ou des ordinateurs personnels, c’est-à-dire des machines pour les particuliers et pas des entreprises (ce qui ouvrait un marché gigantesque) était effectivement nouvelle.

Nul doute que l’idée n’eût rien d’exceptionnel et que c’était dans l’ordre des choses, dès lors qu’on allait faire des "applications" informatiques plus ciblées pour un public élargi et que la programmation informatique était coûteuse surtout en matière grise et pas en usines (promesse de fortes marges), mais Microsoft a révolutionné le marché informatique par deux éléments : la rapidité de l’application du concept et l’agressivité commerciale. Cette dernière s’est traduite pendant longtemps par de la "vente forcée" de ses produits puisqu’en achetant un micro-ordinateur, on ne pouvait pas ne pas avoir un système Microsoft (qu’on peut désormais renoncer à utiliser au profit d’autres systèmes et avec un prix inférieur pour l’ordinateur). Une telle alliance, il fallait l’oser. En couplant ses PC (personal computer) avec le MS-DOS (le système de l’ordinateur), IBM n’a pas compris qu’il nourrirait une société qui allait devenir plus grosse que lui. La réussite est exceptionnelle. En 2018, Microsoft emploie près de 150 000 salariés dans le monde, a un chiffre d’affaires de 126 milliards de dollars et un résultat net de 39,2 milliards de dollars.

Je me suis plongé dans la micro-informatique en 1981 et à l’époque, j’appréciais Apple car on pouvait faire de la programmation directement en langage machine. J’appréciais peu les PC qui étaient moins adaptables, moins ouverts. Pourtant, vers 1985, le MS-DOS (commercialisé le 12 août 1981 après un accord avec IBM) avait conquis les marchés et Microsoft a rapidement eu une situation de quasi-monopole sur le marché des softwares. Pourtant, son système d’exploitation n’était pas le meilleur techniquement, et ce fut une démonstration (parmi tant d’autres) que ceux qui gagnent ne sont pas forcément les meilleurs dans le domaine d’expertise, ceux sont "simplement" les plus vendeurs !

Le principal concurrent de Microsoft-IBM était Apple. En développant Windows (la première version est commercialisée le 20 novembre 1985), Microsoft a tenté d’imiter le système d’exploitation très apprécié du MacIntosh sans jamais l’égaler jusqu’en 1995. Ensuite, avec Windows 95, ce fut un grand succès qui avait suivi celui de Microsoft Office, la suite bureautique (Word, Excel, PowerPoint). Word avait été développé très tôt (j’utilisais Word 2 dès 1985 ; la version 1 fut commercialisée le 25 octobre 1983).

Bill Gates n’est plus l’homme le plus riche du monde, mais il y a quinze ans, si. Et en écrivant cela, je me rends compte que j’ai eu quelques rencontres improbables : j’ai rencontré un saint (je ne l’ai su que bien plus tard), j’ai rencontré aussi (plusieurs fois) une personne panthéonisée (là aussi bien plus tard), mais lorsque j’ai rencontré l’homme le plus riche du monde, je l’ai su à ce moment-là.

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En effet, j’ai eu la chance de rencontrer Bill Gates à Paris. L’homme adore la capitale parisienne et je le soupçonne d’y venir beaucoup plus souvent que ce que la presse en sait (enfin, avant la pandémie de covid-19, bien sûr). Bill Gates adore Paris, adore la France et adore les Français, étonnant, non ? J’avais en effet été invité au très luxueux Pavillon Gabriel, à deux pas du Palais de l’Élysée, aux Champs-Élysées, le lundi 24 octobre 2005 après-midi. C’était il y a quinze ans déjà ! Le milliardaire était à quatre jours de son 50e anniversaire, à l’époque, il était encore "opérationnel" (il ne s’est occupé de sa fondation à plein temps que deux ans plus tard, quand il a quitté la direction de Microsoft le 27 juin 2008).

C’était une rencontre avec les entrepreneurs dans l’innovation et dans les nouvelles technologies, et le sujet était les éditeurs de logiciels. Il y avait du "beau monde", en particulier Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes, Jean-Hervé Lorenzi, professeur d’économie à l’Université de Paris-Dauphine, Gilles Kahn, président de l’INRIA (Institut national de recherche en informatique et en automatique), Éric Archambeau, associé gérant de Wellington Partners, Jamal Labed, cofondateur de Staff & Line, Jean-Michel Aulas, président (et fondateur) de Cegid (Compagnie européenne de gestion par l’informatique décentralisée), etc.

Le Ministre délégué à l’Industrie François Loos a introduit le sujet en expliquant qu’il y avait urgence à faire exister les logiciels français dans le marché mondial : « Les cent premières entreprises françaises de l’édition logicielle réalisent ensemble un chiffre d’affaires annuel inférieur à 10% de celui de Microsoft. ».

Le cursus de François Loos, député alsacien et président du Parti radical pendant quelques années (entre 1999 et 2003), est intéressant : il était ingénieur (X Mines) et mathématicien, employé dans l’industrie avant de se lancer en politique (il a travaillé chez Rhône-Poulenc, en R&D, et fut aussi membre de cabinet de Pierre Pflimlin et du ministre vosgien Hubert Curien). Il fut nommé au gouvernement, d‘abord à la Recherche, puis au Commerce extérieur avant d’être à l’Industrie pendant le second mandat du Président Jacques Chirac, un mandat très axé sur l’innovation et les entreprises (la création des fameux pôles d’excellence date de cette période).

Certains dans l’assistance auraient voulu demander plus au gouvernement, la reconnaissance des brevets logiciels (un serpent de mer), un "small business act" à la française (c’est-à-dire, réserver une part pour les petits éditeurs français dans les offres publiques de grands donneurs d’ordre) et un renforcement des relations entre la recherche publique et les entreprises. La conférence était trop formatée pour en faire un "grand débat" ! Il y avait beaucoup de monde, des opérationnels à cravate et des jeunes à col ouvert, des investisseurs et des éditeurs, et puis, comme moi, quelques curieux venus surtout écouter Bill Gates, apprendre le message qu’il voulait faire passer.

Le fondateur de Microsoft est venu par la porte de derrière et n’a pas frayé avec l’assistance qui devait monter par l’escalier normal. Quand il se déplaçait, il était entouré de quatre gardes du corps. Il était plus protégé que le ministre français, mais c’était un peu normal, peser autant de dizaines de milliards de dollars peut susciter un certain nombre de mauvaises intentions pour leur propriétaire (j’y reviendrai un autre jour).

Il me semble, mais mon souvenir est parcellaire, que Bill Gates ne portait pas la cravate et qu’il portait une chemise à col ouvert et un pull, certes un pull chic. Ou peut-être pas, une veste avec cravate ? En tout cas, très vite, il a su mettre un lien entre lui et son public. Comme souvent les Américains en visite en France : ils aiment bien la France (généralement), ceux qui la connaissent, les autres, ceux qui ne la connaissent pas, la détestent (plutôt) pour les préjugés et clichés qu’on peut avoir (parfois avec raison) des Français (comme leur arrogance, etc.), d’autant plus que la guerre en Irak était passée par là. Attention, je n’aime pas trop faire de généralités, c’est juste une petite tendance que j’ai ressentie personnellement.

Dans son préambule, Bill Gates avait un discours très prometteur. En gros, si je résume ce qu’il a dit : vous, les Français, vous avez de superbes idées, de superbes projets technologiques, votre recherche scientifique est l’une des meilleure du monde… mais vous êtes assez nuls (il ne l’a pas dit mais il l’a pensé très fort) en valorisation industrielle (c’est-à-dire dans la transformation d’une idée scientifique en argent sonnant et trébuchant). Quand vous avez un beau produit, vous cherchez à conquérir le marché français, éventuellement européen et vous recherchez une dizaine de millions de dollars de fonds d’investissement. C’est bien, vous réussissez à démontrer l’intérêt tant technologique que commercial de votre innovation …mais vous vous faites alors dépasser sur le marché par un gros requin qui a repris votre idée et qui l’a mieux développée commercialement que vous. Quand un innovateur français investit 10 millions de dollars en France, l’innovateur américain, lui, au même stade de développement, investit immédiatement 1 milliard de dollars car il a une vision mondiale du marché, pour ne pas être pris de court par de plus gros. En somme, Bill Gates regrettait le manque d’ambition commerciale de la France qu’il considérait comme un des champions mondiaux de la science et de la technologie.

C’était un message fort, direct, franc, amical : et l’essor des GAFAM le démontre une nouvelle fois. Où sont les entreprises françaises dans ce nouveau top de l’Internet ? Seul Blablacar semble être bien parti, mais les autres ? AirBnB, Twitter, Uber, etc. ne sont pas jamais des promesses françaises, pourquoi ?

Inutile de dire que Bill Gates ne comprenait pas ce constat qu’il faisait : pourquoi les Français ont-ils peur d’investir des milliards ? Peut-être parce que notre culture, notre mentalité est que l’argent est honteux et que, si beaucoup, et ce n’est pas une question de culture ni de nationalité, seraient heureux d’être riches, en France, on préférerait être riche "discrètement" (ne pas dire le montant de son salaire s’il est très élevé, en revanche, on n’hésitera pas à faire du misérabilisme si on se considère mal payé). Et ceux qui veulent montrer leur "belle" voiture, voire "bateau", etc., ce sont plutôt des personnes qui voudraient être considérées comme "riches" (c’est-à-dire qui auraient "réussi" dans la vie) que de "vrais" "riches" dont l’argent reste toujours discret.

En France, justement, on est souvent jaloux de la fortune des autres. Au lieu de se remuer le derrière pour entreprendre et en bâtir une nouvelle, on préfère soit taxer ceux qui l’ont fait et réussi, soit imaginer toutes sortes de lubies aussi folles les unes que les autres. C’est vrai qu’on ne prête qu’aux riches. Même les mauvaises intentions.

La pandémie de covid-19 a été l’occasion d’un déversoir absolument dégueulasse contre Bill Gates qui est sans doute celui, de toute l’humanité, qui a sauvé le plus de vies humaines, car beaucoup de dirigeants politiques se moquaient du paludisme qui frappait essentiellement les pays pauvres. Bill Gates n’utilise pas sa fortune pour se mettre les doigts de pied en éventail loin des rumeurs du monde. Au contraire, il a profité de cette fortune pour la mettre au service d’un certain nombre d’objectifs humanitaires. Je reviendrai plus tard sur ces folles nausées l’accusant de tous les maux du monde, jusque d’avoir inventé le coronavirus SARS-CoV-2. Les sociologues des épidémies le savent bien : face au malheur, et cette pandémie en est un durable et mondial, il faut toujours des boucs émissaires… Bill Gates, roi du monde, est déjà dans le box des accusés au tribunal des jaloux. Son seul tort : avoir réussi.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bill Gates.
Le roi Uber et la République des taxis.
Les taxis voient rouge.
Rapport Attali du 23 janvier 2008 (à télécharger).
Rapport Gallois du 5 novembre 2012.
Comité Rueff.
Small Business Act : le discret rapport de Lionel Stoléru qui va décoiffer l’Europe !
Rapport Stoléru du 5 décembre 2007 (à télécharger).
Small Business Act.
Jean Gandois.
Yvon Gattaz.
Anatoli Tchoubaïs.
Maurice Allais.
Jacques Marseille.
Jean Boissonnat.
Stéphane Soumier.
The show must (Carlos) Ghosn.
L’investissement productif en France.
Virginie Calmels.
Silvio Berlusconi.
Thierry Breton.
Georges Chavanes.
Volkswagen.
Bernard Tapie.
Grandeur et décadence de Carlos Ghosn.
Serge Dassault.
La SNCF.
L’industrie de l’énergie en France.
La France est-elle un pays libéral ?
La concurrence internationale.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201028-bill-gates.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/bill-gates-l-homme-qui-valait-105-228106

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/10/21/38602028.html









 

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4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 03:44

« Ce plan de relance est un plan pour la France, un plan pour les Françaises et pour les Français. Il fera face à la crise grave à laquelle nous sommes confrontés. Mais (…) il nous permettra surtout de préparer les défis de l’avenir en adaptant et en transformant notre économie. J’appelle toutes les Françaises et tous les Français, tous les entrepreneurs, tous les acteurs à avoir confiance, non seulement dans ce plan, mais surtout dans notre pays, dans son redressement. Croyez-le bien, nos ressources de créativité, de travail, d’initiative, d’imagination sont là. Et ce plan, finalement, doit permettre à toutes les qualités de notre beau pays de s’exprimer au mieux. » (Jean Castex, le 3 septembre 2020 à Paris).


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Attendu depuis plusieurs semaines, retardé même d'une semaine, le plan de relance, appelé France Relance à grand renfort de logo, que le Premier Ministre Jean Castex a présenté ce jeudi 3 septembre 2020 à l’issue du conseil des ministres est probablement l’élément central d’action de la dernière partie du quinquennat du Président Emmanuel Macron. Jean Castex fut accompagné, pour l’exercice, de quatre membres du gouvernement : Bruno Le Maire (Économie, Finance et Relance), Barbara Pompili (Transition écologique), Élisabeth Borne (Travail) et Clément Beaune (Affaires européennes). L’objectif ambitieux est clair : retrouver, en 2022, le niveau d’activité économique d’avant la crise sanitaire.

Je passerai sur le ton très ennuyeux de Jean Castex, certains l’apprécient, peut-être est-ce "vintage", ambiance des années 1960 ? l’idée d’un rouleau compresseur. Peut-être une question d’esprit de finesse ? Cela dit, Jean Castex, en déroulant son discours, quoiqu’un peu comme un robot, a montré que les choix du gouvernement étaient pertinents. Leur ambition fait en tout cas l’honneur de ce gouvernement.

Précisons le contexte. Avant la pandémie du covid-19, la situation économique et sociale allait nettement mieux : le taux du chômage était en dessous de 8% de la population active, le pays était économiquement le plus attractif de l’Union Européenne. Ces bons résultats, résultats d’une politique résolument pro-business comme on dit (favorable au développement des entreprises françaises, dit en français), ont été évidemment cassés par la crise sanitaire.

Le gouvernement a donc, au confinement puis au déconfinement, pris plusieurs mesures d’urgence pour aider les entreprises à survivre dans cette situation très difficile, avec une mesure phare et approuvée par tous les partenaires sociaux, l’aide à l’activité partielle (ou chômage partiel), qui va être reconduite dans certains secteurs jusqu’en 2021 (c’est une mesure qui n’a rien de libéral puisque l’État, en gros, finance les salaires des employés du secteur privé qui n’ont plus d’activité économique). En avril 2020, 8,8 millions de salariés en ont profité et en mai 2020, 7,9 millions de salariés, pour un total de près de 20 milliards d’euros.

D’autres mesures ont été prises, comme le report de cotisations sociales pour 2 millions de travailleurs indépendants et 800 000 employeurs (ce qui correspond à 18 milliards d’euros), également l’exonération de cotisations sociales pour les TPE et les PME (près de 4 milliards d’euros), le prêt garanti par l’État pour 600 000 entreprises (plus de 120 milliards d’euros), le fonds de solidarité faisant bénéficier 1,7 million d’entreprises pour près de 6 milliards d’euros, etc. À la fin de juillet 2020, 470 milliards d’euros ont été mobilisés pour soutenir les entreprises (principalement TPE et PME) et pour protéger les salariés. France Relance intervient donc après déjà cette série d’aides économiques, pour le but d’impulser un rebond économique.

Le montant de ce plan de relance est historique, jamais un tel montant n’a été consacré pour un plan de relance économique : 100 milliards d’euros sur deux ans. Le plan de relance consécutif à la crise de 2008 n’avait été qu’un peu plus du quart de ce montant, à cela près que la déflagration économique était nettement moins grave qu’en 2020. Sur le plan européen, c’est le plan de relance le plus ambitieux rapporté au PIB : 9,5% pour la France, à comparer à l’Allemagne (6,9%), l’Italie (5,0%) et l’Espagne (4,4%).

Son financement est principalement l’endettement, mais dans un contexte où, d’une part, les taux sont très faibles (mais cela ne durera peut-être pas), et d’autre part, tous les autres pays de même poids s’endettent de la même manière, ce qui crée un contexte de dette beaucoup plus favorable à la France qu’en 2009. Du reste, 40% de ce plan est financé par le plan de relance européenne. En effet, ces 40 milliards d’euros proviennent des 750 milliards d’euros de l’accord européen de relance du 21 juillet 2020 (qui, contrairement à quelques désinformations ici ou là, ne sont pas compensés par une sorte de rétrofacture). Au cours de la présentation, Clément Beaune a d’ailleurs insisté : « Il ne faut pas avoir l’Europe honteuse ! ».

Pour justifier ces nouvelles dépenses, malgré le contexte d’endettement déjà très lourd de la France, c’est le pragmatisme et le pari que la relance va redresser l’économie. La perte de 4 points de PIB coûte à la France 50 milliards d’euros par an. En deux ans, si la situation du PIB était redressée de 4 points, finalement, le plan n’aurait alors pas coûté plus cher que si le gouvernement n’avait rien fait.

Dans son discours de présentation (dont on peut lire l’intégralité ici), Jean Castex a d’ailleurs délivré un message fort, l’orthodoxie budgétaire doit rester au service des hommes et pas l’inverse. Dans ce contexte de crise terrible, l’austérité ne ferait qu’accélérer la chute, ce qui s’est passé lors de la crise de 1929 aux États-Unis avec le refus, par le Président Herbert Hoover, de faire intervenir l’État dans les faillites et la pauvreté (cela a abouti à l’élection de Franklin Delano Rossevelt et au New Deal, probablement la période la plus réformatrice des États-Unis).

Jean Castex a donc clarifié la "doctrine" du gouvernement : « Nous avons (…) fait le choix d’une relance fondée sur des dépenses non pérennes, qui représentent 80% du plan [seuls, la baisse des impôts de production est pérenne]. On en attend un très rapide retour sur investissement. S’il atteint son objectif de réactivation de l’activité, son impact, l’impact du plan de relance sur notre ratio de dette, sera presque entièrement résorbé à partir de 2025. Mais surtout, la pire option pour nos finances publiques aurait été précisément de ne pas faire de plan de relance, de laisser l’économie s’installer en sous-régime. 4 points de croissance, 4 points de PIB perdus, c’est chaque année environ 50 milliards de recettes non perçues, donc de dettes supplémentaires. Il est économiquement et socialement infiniment préférable de dégrader temporairement les soldes publics pour investir, réarmer l’économie et repartir de l’avant, plutôt que de s’enfoncer dans l’austérité, laisser exploser le chômage, la misère et les drames humains. En tout cas, c’est le choix très clair fait par le Président de la République et son gouvernement. ».

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Par ailleurs, il a été répété qu’il n’y aurait pas de hausse d’impôts ni d’impôts nouveaux (ce qui ne fut pas le cas en 2013), et même, que la suppression de la taxe d’habitation serait accélérée (ce qui demanderait un peu plus de précisions, le 20 juillet 2020, Bruno Le Maire avait confirmé le calendrier pour sa suppression en 2023) : « Nous ne reproduirons pas l’erreur de procéder à des hausses de la fiscalité qui affaibliraient notre croissance et enverraient des signaux négatifs tant aux ménages qu’aux entreprises. Pour autant, nous préserverons la soutenabilité de notre dette publique. ».

Ainsi, les impôts de production vont même être diminués (voir plus loin). Ces impôts que beaucoup de Français découvrent à cette occasion étaient les remplaçants de la taxe professionnelle (c’est toujours très français de supprimer des impôts mais ceux-là reviennent par la porte de service sous une autre appellation et avec un autre calcul) étaient particulièrement antiproductifs puisque les entreprises devaient les payer même sans chiffre d’affaires et même sans bénéfices, donc, un boulet fiscal avant même de créer de la richesse. Cette suppression, d’ailleurs, était prévue même hors crise sanitaire.

Le choix de faire de la dette plutôt qu’une augmentation des impôts et taxes est d’autant plus logique qu’il est cohérent : en macroéconomie, si on finance un plan de relance par l’impôt, on retire à l’économie nationale ce qu’on y aura injecté, bénéfice global donc nul. L’idée, au contraire, c’est de doper ex nihilo, et c’est en cela que l’accord européen du 21 juillet 2020 est historique, car c’est la première fois que l’Europe est capable de s’endetter ès qualités pour aider ses États membres (situation très nouvelle par rapport à 2008).

France Relance, il y a le fond (ou les fonds !) et la forme. Passons rapidement sur la forme qui, pour un plan de relance, est essentielle. Le fond est la décision de savoir combien ou pour quoi attribuer une enveloppe budgétaire (j’y reviens juste après ceci).

La forme, c’est comment appliquer cette décision. D’un point de vue formel, le plan de relance sera inclus dans le projet de loi de finances 2021, il fera donc partie des discussions budgétaires au Parlement. D’un point de vue pratique, le gouvernement a la volonté d’impliquer l’ensemble des corps intermédiaires (partenaires sociaux, collectivités territoriales, etc.) pour déterminer précisément qui aura quoi. Ensuite, il y a un comité de suivi pour vérifier que les projets sont effectivement lancés. L’un des problèmes récurrents des plans de relance, c’est que l’argent attribué est rarement dépensé rapidement, ce qui fait qu’il peut avoir peu de conséquence sur la conjoncture économique. Celui consécutif à la crise de 2008 n’avait pas été encore totalement dépensé en 2010. Or, le gouvernement de Jean Castex veut aller vite pour faire un électrochoc à l’économie française.

Apparemment, Bruno Le Maire a réussi à avoir gain de cause sur Jean Castex pour avoir la maîtrise du pilotage de ce plan de relance (il n’est pas ministre de la relance pour rien). C’est une responsabilité centrale et stratégique de la fin de ce quinquennat. L’idée est de réaffecter les sommes déjà affectées si elles n’ont pas été dépensées suffisamment tôt. Cela incite à aller vite. C’est en elle-même une bonne chose, en ce sens qu’il ne s’agit pas de saupoudrer l’économie nationale mais de la doper massivement.

Soit dit en passant, Bruno Le Maire, qui peut raisonnablement tabler sur sa présence à Bercy encore jusqu’en 2022 (au moins), sera sans doute l’un des ministres des finances les plus "longs" de la Cinquième République et sa carrière pourrait alors se comparer à celle de Valéry Giscard d’Estaing, car personne n’imagine qu’il ait renoncé à son ambition présidentielle, clairement exprimée par sa candidature malheureuse à la primaire LR en novembre 2016. Plus globalement, les deux poids lourds politiques du gouvernement, dont on devine, pour chacun d’eux, l’ambition présidentielle, sont à Bercy (Bruno Le Maire) et à l’Intérieur (Gérald Darmanin), ce qui fait deux modèles de trajectoire pour atteindre l’Élysée (Valéry Giscard d’Estaing pour le premier, Nicolas Sarkozy pour le second).

Revenons au plan de relance et au fond, c’est-à-dire, au cœur des financements.

Comme l’a expliqué Bruno Le Maire dans sa présentation, le plan France Relance a pour but que dans deux ans, notre économie soit à la fois plus compétitive, plus décarbonée et plus solidaire (amusant de voir que dans le schéma du gouvernement, une faute d’orthographe s’est glissée à "décarbonée" !). Ce sont les trois points du plan, environ un tiers chacun, qui veut renforcer donc trois objectifs spécifiques : la compétitivité et l’innovation, la transition écologique et la cohésion sociale et territoriale.

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Le message de Bruno Le Maire est clair et sans ambiguïté : on a des atouts (avant la crise) et on va y arriver (après la crise). Ce n’est pas la méthode Coué, c’est simplement un message de confiance en l’avenir, qui, seul, peut faire retrouver la croissance économique. Et les 100 milliards d’euros sont là pour conforter ce message de confiance. Ce n’est donc pas avec les mains vides que le gouvernement veut redonner confiance !


1. La compétitivité et l’innovation : 35 milliards d’euros

Point fort de ce plan, une aide massive aux entreprises qui produisent sur le territoire français a été décidée. Elle comprend notamment la baisse des impôts de production pour 20 milliards d’euros sur deux ans. Un plan d’investissements pour l’avenir a été décidé pour 11 milliards d’euros, ce qu’on peut appeler les emplois d’avenir (dans des secteurs technologiques majeurs). Ce plan en question n’est pas nouveau, il y en a régulièrement, à peu près un par quinquennat depuis une vingtaine d’années. 3 milliards d’euros sont consacrés au soutien aux fonds propres des entreprises et 1 milliard d’euros pour favoriser le développement industriel sur les "territoires". 385 millions d’euros sont en outre réservés à favoriser la transition numérique des TPE et PME, nécessaire en cas de reconfinement.

L’objectif de cette partie, c’est la souveraineté économique et l’indépendance technologique. En particulier, en favorisant la localisation de la production à haute valeur ajoutée en dopant la recherche, la formation et la modernisation de l’appareil de production.


2. La transition écologique : 30 milliards d’euros

Jamais un gouvernement n’a consacré une enveloppe budgétaire si élevée pour l’écologie. Pour comparaison, rappelons que les écologistes eux-mêmes ne proposaient qu’un plan d’un montant du tiers de ce que lui consacre France Relance. L’objectif est d’économiser les ressources naturelles, de décarboner l’électricité et d’encourager l’innovation verte et de nouveaux modèles agricoles.

Dans cette enveloppe, une grande part va à la rénovation thermique des bâtiments, qu’ils soient publics ou aide aux particuliers (7 milliards d’euros, notons que cette aide aux particuliers n’est pas nouvelle, simplement, le dispositif voit son enveloppe très largement en hausse). 11 milliards d’euros sont affectés aux transports (train, vélo, etc.), 9 milliards d’euros à la transition écologique des entreprises, et 3 milliards d’euros à la biodiversité, à l’amélioration de la richesse des sols et à d’autres objectifs comme le développement d’une agriculture plus durable et une alimentation plus saine (1,2 milliard d’euros) et la rénovation des réseaux d’eaux (300 millions d’euros).


3. La cohésion sociale et territoriale : 35 milliards d’euros

Une grande part du plan de relance est mise pour aider socialement dans le domaine de l’emploi et la formation, soit 14,1 milliards d’euros (dont 6,6 milliards d’euros pour l’activité partielle de longue durée et 6,5 milliards d’euros pour l’emploi des jeunes). Les investissements pour les hôpitaux et la recherche sont à hauteur de 9 milliards d’euros (dont 6 milliards d’euros pour les hôpitaux). Les collectivités locales se voient soutenues à raison de 5,2 milliards d’euros. Enfin, d’autres enveloppes sont planifiées, pour 6,7 milliards d’euros : rénovation des ponts (350 millions d’euros), aides sociales, etc. L’idée est notamment d’aider les personnes vulnérables, en situation de handicap et les jeunes. Sont aussi comprises de cette partie l’augmentation de 100 euros de l’allocation rentrée (500 millions d’euros) et un renforcement du plan pauvreté et anti-exclusion (200 millions d’euros).

Comme on le voit, le risque de la présentation, c’est un catalogue à la Prévert, ce qui peut rendre un peu confus la grande diversité des financements adoptés. C’est aussi la conséquence d’un plan massif de relance comme l’est France Relance.


Commentaires

Pour commencer les commentaires, rappelons ce qu’a dit l’ancien Premier Ministre Lionel Jospin (qui fait en ce moment le SAV de son nouveau livre dans les médias) sur France 5 le 3 septembre 2020 : aucun plan de relance économique ne peut être qualifié de néo-libéral, puisque c’est l’État qui propose d’injecter de l’argent dans l’économie. Donc, les critiques de "néolibéralisme" qui pourraient être formulées en commentant ce plan ne pourraient être que malvenues et en tout cas, sans pertinence intellectuelle, ou alors, il faudrait redéfinir ce que signifie libéralisme (plus on est libéral, moins l’État intervient, en principe, et en ce sens, je doute fort qu’Emmanuel Macron puisse être qualifié de libéral ou de néolibéral, lui dont on reproche par ailleurs le supposé autoritarisme étatique).

J’évoque cette critique généralement consubstantielle des antimacronistes primaires, car on peut critiquer évidemment le plan de relance, on peut critiquer les choix pris, mais dire que c’est un plan libéral, c’est un oxymore. On peut même critiquer le montant (100 milliards d’euros), comme l’a fait Alain Minc, mais il y a une véritable mauvaise foi en disant à la fois, comme j’ai pu l’entendre, que le gouvernement ne faisait pas assez et que le niveau de la dette était désastreux (si le gouvernement en faisait plus, le niveau de la dette serait encore plus désastreux).

Autre critique qui ne me paraît pas plus fondée, c’est de n’injecter de l’argent que dans l’aide aux entreprises. D’une part, c’est faux car l’aide pour la rénovation thermique est apportée aux particuliers, même si ce sont les entreprises du secteur qui vont en bénéficier, tout comme l’aide à l’activité partielle et l’aide à la formation. D’autre part, soutenir la demande a toujours été une erreur récurrente depuis une quarantaine d’années, dès lors que la balance du commerce extérieur est très largement déficitaire : doper la demande, c’est favoriser les économies étrangères, en particulier chinoise, mais cela n’a pas beaucoup d’influence sur le niveau de l’emploi en France. Enfin, la capacité à consommer existe, le confinement a augmenté l’épargne des Français, ce qui est doublement compréhensible : d’abord, parce qu’en situation de confinement, c’était matériellement très compliqué de consommer ; ensuite, parce qu’il est normal qu’en situation de grande incertitude (et elle le reste), à cause de la crise sanitaire, on préfère épargner pour l’avenir à consommer pour le présent. De plus, on ne consomme jamais bien qu’en situation de confiance, confiance en l’avenir, confiance que le beau temps va revenir.

Ce plan de relance a donc une double fonction : redonner confiance aux Français pour se remettre à consommer (et là, on peut être optimiste, les mesures économiques prises au déconfinement ont été très efficaces, notamment pour l’industrie automobile), et surtout, renforcer l’emploi, soit en réduisant au mieux les pertes d’emplois futures et en créant de nouveaux emplois (les emplois d’avenir, sur des nouveaux secteurs technologiques, comme l’hydrogène vert, le calcul quantique, etc.). Le gouvernement table sur une création de 160 000 emplois en 2021, ce qui peut paraître faible mais le soutien à l’économie n’entre pas dans ce calcul.

On ne pourra donc pas dire que le gouvernement veut "faire des cadeaux aux patrons", il s’agit surtout de sauver les entreprises, en particulier les petites entreprises et les entreprises de taille intermédiaire, pour préserver le tissu économique, et plus encore, pour relocaliser les entreprises industrielles parties hors du territoire national (notamment pour des raisons stratégiques, on l’a enfin compris au début de la crise sanitaire). Personne ne peut critiquer la volonté du gouvernement de réindustrialiser la France et de lui faire retrouver sa souveraineté économique. Au contraire, même hors covid-19, il aurait été nécessaire de le faire. Cela fait dix à quinze ans qu’il aurait fallu le faire.

De plus, faire le reproche qu’on "donnerait" aux entreprises sans "compensations" (discours socialisant habituel) est assez stupide en situation de récession historique : quand on veut sauver des entreprises, on ne leur impose pas des conditions, on les sauve, c’est tout. C’est le choix du gouvernement. Les "compensations" sont inutiles à imposer si elles sont dans le sens économique et sont contreproductives si elles sont antiéconomiques (dans ce cas, autant ne pas aider).

Une autre critique, tout à fait recevable, c’est de dire que pas grand-chose n’est fait, dans ce plan, pour les plus démunis. C’est en partie vrai. De ce point de vue, ce choix est volontaire mais pas exclusif. L’objectif de ce plan est de redresser l’emploi qui s’est particulièrement effondré depuis le début de la crise sanitaire. Le gouvernement a annoncé qu’il regarderait attentivement la situation de la précarité et si elle venait à s’aggraver, alors un plan pour plus lutter contre la précarité et la pauvreté serait à l’étude. Dès maintenant, le plan de relance s’occupe toutefois des jeunes et des personnes devant faire une reconversion professionnelle (issues de secteurs très touchés par la crise, comme l’aéronautique), au moyen d’aide à la formation.

Pour conclure, il faut dire que le gouvernement a de la chance dans la malchance de la crise sanitaire, économique et sociale. La partie recettes de ce plan de relance a été la plus facile à définir après les négociations difficiles sur le plan européen pendant deux mois. Ce résultat des négociations est à mettre à l’initiative et à l’actif d’Emmanuel Macron qui a su comprendre l’élément clef de l’intérêt national : celui de disposer d’une somme suffisamment élevée pour faire redémarrer l’activité économique.

Toute la responsabilité du gouvernement va donc reposer sur sa capacité à dépenser de la manière la plus efficace ces 100 milliards d’euros. Le choix des trois tiers paraît judicieux. On pourra toujours critiquer en finition les choix plus détaillés. Mais le plan n’est pas encore totalement finalisé, il faut évidemment sélectionner les nombreux projets éligibles pour recevoir les aides de ce plan, en particulier, ce programme d’investissements d’avenir (PIA) qui concerne 11% du montant du plan de relance et qui sera la base de l’activité économique à horizon 2030. Panser les plaies du présent et préparer l’avenir, de fortes ambitions. Ce sera sur les résultats que sera jugé le quinquennat d’Emmanuel Macron en 2022. Du moins, son premier quinquennat !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 3 septembre 2020 à Paris (texte intégral).
France Relance, 100 milliards d’euros pour redresser la confiance française.
Jean Castex et France Relance.
Roselyne Bachelot, la culture gaie.
Éric Dupond-Moretti, le ténor intimidé.
Barbara Pompili, "l’écolo" de service.
François Bayrou sera-t-il le Jean Monnet du XXIsiècle ?
Secrétaires d’État du gouvernement Castex : des nouveaux et des partants.
Nomination des secrétaires d’État du gouvernement Castex I.
Gérald Darmanin, cible des hypocrisies ambiantes.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 16 juillet 2020 au Sénat (texte intégral).
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale (texte intégral).
La déclaration de politique générale de Jean Castex le 15 juillet 2020.
Interview du Président Emmanuel Macron le 14 juillet 2020 par Léa Salamé et Gilles Bouleau (retranscription intégrale).
Emmanuel Macron face aux passions tristes.
L'enfant terrible de la Macronie.
Composition du gouvernement Castex I.
Le gouvernement Castex I nommé le 6 juillet 2020.
Jean Castex, le Premier Ministre du déconfinement d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat le 29 juin 2020 à l’Élysée (texte intégral).
Après-covid-19 : écologie citoyenne, retraites, PMA, assurance-chômage ?
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
Retraites : Discours de la non-méthode.
La réforme de l’assurance-chômage.
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200903-france-relance.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/france-relance-100-milliards-d-226870

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/03/38513867.html







 

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 14:44

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200903-france-relance.html

Dossier de presse sur France Relance (3 septembre 2020) :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2020/09/dossier_de_presse_france_relance_-_03.09.2020.pdf




Discours du Premier Ministre Jean Castex le 3 septembre 2020 à Paris sur France Relance


Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs, merci pour votre présence.

Le Conseil des ministres de ce matin, dont nous sortons, a été vous le savez consacré à la présentation du plan de relance. Et avec les ministres ici présents, Bruno LE MAIRE, Barbara POMPILI, Elisabeth BORNE et Clément BEAUNE, nous venons vous présenter le contenu du plan désormais officiellement baptisé France Relance, les principales mesures et vous dire les objectifs que nous lui assignons.

Je voudrais remercier tous les services de l’État, nombreux, qui ont concouru à la préparation de ce plan et en particulier le ministre chargé de la Relance. C’est un moment très important dans notre stratégie de lutte contre les conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire qui a frappé le monde et la France depuis le début de cette année. La Covid-19 a engendré, vous le savez, une récession extrêmement soudaine et brutale, liée à la décision partagée par tous les pays européens de placer les considérations sanitaires au-dessus des considérations économiques ; et donc de décider d’un confinement généralisé qui a produit des résultats sanitaires incontestables, mais qui a conduit à la paralysie de pans entiers de notre économie et à une dépression historique, très certainement la plus forte depuis celle de 1929.

Dès les premières heures de la crise, le Gouvernement, conduit par mon prédécesseur Edouard PHILIPPE, a fait preuve d'une très grande réactivité pour protéger nos emplois et nos entreprises. Un plan d'urgence de 470 milliards d'euros a été déployé en quelques jours. Cela a permis de préserver notre pouvoir d'achat, bien plus efficacement que dans les pays voisins, de sauver des millions d'emplois et d'éviter des milliers de faillites d'entreprises. Grâce à cela, la France a tenu mais elle est incontestablement affaiblie. D'autant, vous le savez aussi, que la crise sanitaire n'a pas disparu. Et vous savez avec quelle détermination, avec le concours des Françaises et des Français, nous continuons à la combattre par des mesures adaptées de prévention et de protection. Et je profite une nouvelle fois des circonstances présentes pour rappeler toutes nos concitoyennes et toutes nos concitoyens à les appliquer. Avec une stratégie claire que j'ai rappelée encore la semaine dernière : nous devons réussir à vivre avec le virus en adoptant toutes les mesures adaptées à cette situation. Ce pragmatisme nous a, du reste, conduit tout récemment à prendre des mesures de soutien aux secteurs de notre économie qui sont encore fortement impactés par les protocoles sanitaires qui leur sont imposés. Je pense au spectacle vivant, au cinéma et plus généralement aux secteurs de la Culture pour lesquels le Gouvernement a annoncé des mesures fortes la semaine dernière. Je pense au secteur de l'événementiel, du tourisme ou encore du sport dont je recevrai des représentants très prochainement.

Après l'indispensable sauvegarde, la consolidation et l'offensive. C'est le plan de relance. Une ambition et une ampleur historique : 100 milliards. C'est près de quatre fois plus que le plan de relance qui avait été mis en œuvre pour faire face à la crise de 2008. C’est en proportion de la richesse nationale, le plan de relance le plus massif annoncé à ce jour parmi les grands pays européens. 100 milliards, c'est surtout le montant dont notre économie a besoin. C'est le montant nécessaire pour retrouver dès 2022 notre niveau de richesse d'avant la crise. C'est un objectif ambitieux mais parfaitement à notre portée.

Pour cela, trois leviers structurants. D'abord, atténuer au maximum pour les entreprises et les salariés, dans le prolongement des mesures déjà prises, les effets de la récession économique. C'est ce qu'on appelle le rôle contracyclique du plan, repartir, relancer l'activité. Deuxième levier : combattre et réduire les morsures de la crise sur notre pacte social et territorial en engageant des moyens pour celles et ceux de nos concitoyens, et de nos territoires les plus menacés : les jeunes, les précaires, les personnes en situation de handicap, les bassins d’emploi les plus touchés. Troisième objectif essentiel : accélérer la transformation de notre économie en tirant les enseignements structurels de la crise et en confortant la logique réformatrice du quinquennat. Ce sont les investissements massifs en faveur de la transition écologique, de la souveraineté et de la compétitivité économique de la France, qui doivent permettre de nous positionner sur les créneaux les plus porteurs dans les 10 prochaines années et au-delà. Créer de l'activité tout de suite, préparer l'avenir.

Notre priorité absolue, c'est l'emploi. Avec ce plan, nous soutenons dès aujourd'hui, l'emploi de ces premières victimes de la crise : les jeunes et les demandeurs d'emploi, avec la prime jeune de 4 000 euros ; l'apprentissage et l'activité partielle de longue durée. Nous allons aussi investir pour créer les emplois de demain. C'est le niveau de qualification qui fait la prospérité et le dynamisme d'une nation. Nous investissons donc massivement dans la formation pour les métiers et les filières de demain : la transition écologique, l'industrie innovante, le numérique, par exemple. Le redressement de notre économie suppose la mobilisation de toutes et de tous. Le plan de relance doit avoir un effet d'entraînement et de levier sur le reste de l'économie. J'en appelle sur ce sujet comme sur tous les autres, au sens des responsabilités de tous les acteurs pour que les entreprises embauchent, à commencer par les jeunes, pour que les partenaires sociaux dialoguent et trouvent des accords notamment sur l'activité partielle de longue durée, pour que les collectivités investissent aux côtés de l'État dans un cadre contractualisé, pour que les ménages investissent et consomment au lieu d'épargner. C'est à la fois une condition de la réussite, mais aussi une façon de démultiplier l'impact économique du plan pour aller bien au-delà de ces 100 milliards d'euros. Voilà pourquoi je m'attache, depuis ma prise de fonction, à favoriser et promouvoir le dialogue, la concertation, partout où cela est possible avec les partenaires sociaux, avec les collectivités locales, avec le monde associatif, avec tous les secteurs professionnels. C'est la marque d'une démocratie moderne, mobilisée toute entière contre la crise. C'est un gage d'efficacité dans la mise en œuvre des dispositions prises. Ce plan de relance produira des effets concrets et perceptibles pour le plus grand nombre.

Pour les plus modestes, dont nous avons soutenu le pouvoir d'achat, notamment en revalorisant l'allocation de rentrée scolaire et que nous aiderons à se former en leur proposant 300 000 parcours d'insertion sur mesure - et donc à trouver des emplois. J'en profite pour rappeler que la lutte contre la précarité s'inscrit dans une action constante de ce Gouvernement et qu'au-delà du plan de relance, elle trouvera surtout sa traduction dans la loi de finances pour l'année prochaine.

Pour tous les ménages que nous accompagnerons dans la transition énergétique, que ce soit pour rénover leur logement, changer de véhicule ou se déplacer de façon plus facile et moins polluante, aussi bien dans les grandes villes que dans les territoires. Nous souhaitons qu'un maximum d'entreprises bénéficient de ce plan de relance. Les baisses d'impôts de production massives profiteront d'abord et essentiellement, 74 % très précisément, à nos TPE, PME et ETI, qui maillent le territoire et structurent nos bassins d'emploi. Nous les aiderons également, ces entreprises, à accélérer leur numérisation. Nous prendrons, à leur direction, des décisions pour conforter leurs fonds propres.

Pour encourager ces initiatives, je veux rappeler ici l'engagement que nous avons pris avec le président de la République : il n'y aura pas de hausse d'impôts. Nous ne reproduirons pas l'erreur de procéder à des hausses de la fiscalité qui affaibliraient notre croissance et enverraient des signaux négatifs tant aux ménages qu’aux entreprises. Pour autant, nous préserverons la soutenabilité de notre dette publique. Je veux rappeler ici de façon très solennelle que grâce à l’accord historique obtenu par le président de la République avec la Chancelière, nous bénéficierons d’un financement européen de ce plan de relance à hauteur de 40 milliards d’euros. Sur tous les projets dans les territoires, que ce plan va financer, l’Europe sera présente à hauteur de 40 %. Nous avons par ailleurs fait le choix d’une relance fondée sur des dépenses non pérennes, qui représentent 80 % du plan.

On en attend un très rapide retour sur investissement. S'il atteint son objectif de réactivation de l'activité, son impact, l'impact du plan de relance sur notre ratio de dette, sera presque entièrement résorbé à partir de 2025. Mais surtout, la pire option précisément pour nos finances publiques, aurait été précisément de ne pas faire de plan de relance, de laisser l'économie s'installer en sous régime. 4 points de croissance, 4 points de PIB perdus, c’est chaque année, environ 50 milliards de recettes non perçues, donc de dettes supplémentaires. Il est économiquement et socialement, infiniment, préférable de dégrader temporairement les soldes publics pour investir, réarmer l'économie et repartir de l'avant - plutôt que de s'enfoncer dans l'austérité, laisser exploser le chômage, la misère et les drames humains. En tout cas, c'est le choix très clair fait par le président de la République et son Gouvernement.

Les ministres vont maintenant vous présenter ce plan dans le détail. Comme vous le verrez, il s'ordonne autour de 3 grands axes. Le premier d'entre eux est la transition écologique. France Relance est d'abord un plan destiné à servir le climat et la biodiversité. Il consacre 30 milliards à cette transition, ce qui revient à plus que doubler, mesdames et messieurs, dans les 2 prochaines années, les investissements que l'Etat consacre habituellement à l'environnement alors même qu'ils étaient déjà en forte progression. 2 mesures illustrative : 6,7 milliards d'euros pour la rénovation énergétique des bâtiments, dont 2 milliards pour une prime qui sera accessible à tous, qui s'intitule MaPrimeRenov’. Deuxième exemple : nous allons investir 7 milliards d'euros d'ici 2030 pour faire de la France un pays de pointe sur l'hydrogène vert.
Deuxième axe, c'est un plan de réarmement industriel pour la France. Nous y consacrons 35 milliards. Là aussi, 2 mesures : la baisse des impôts de production, 20 milliards étalés sur 2 ans, pour cibler particulièrement les PME-TPE et la compétitivité des entreprises industrielles. Second exemple la relocalisation de certaines filières stratégiques à hauteur d'un milliard d'euros : la santé, l’agroalimentaire, les applications industrielles.
Le troisième axe, également à hauteur de 35 milliards d’euros visera à renforcer la cohésion sociale et territoriale. C’est une forte attente de nos concitoyens dans tous les territoires, notamment ceux qui ont pu se sentir délaisser. Pour soutenir l’emploi, dont j’ai déjà fait allusion. L’activité partielle de longue durée, déployée dans des proportions inégalées, 7,6 milliards d’euros. La formation et l’emploi des jeunes, 6,5 milliards d'ores et déjà débloqués. Un plan inédit par son ampleur. Embaucher un apprenti ou un alternant n'aura jamais été aussi simple et aussi peu coûteux dans ce pays. J'invite les entreprises à s'engager pleinement dans cette voie et l'ensemble des acteurs économiques dans celle de la relance de notre pays. Avant de vous dire quelques mots de conclusion, j'invite chacun des ministres principalement concernés à vous présenter les mesures phares du plan de relance, en commençant par Monsieur le ministre chargé de l'Économie et de la Relance, Bruno LE MAIRE.
[Interventions des ministres]

Pour terminer et vous donnez la parole, je ne vous surprendrai pas Mesdames et Messieurs dans la logique du discours de politique générale que j’ai prononcé devant le parlement il y a quelques semaines et des engagements que j'ai pris à cette occasion devant la nation. Je ne vous surprendrai pas en disant que je serai particulièrement attentif aux conditions de mise en œuvre et d’exécution de ce plan. Le comment a autant d’importance que le quoi. Et j’entends bien m’y impliquer personnellement. Je le ferai en veillant à trois exigences dont dépend la réussite de sa mise en œuvre.

La première exigence, elle a déjà été évoquée, j’y reviens, c’est la concertation. Nous avons concerté pour la conception du plan. Nous continuerons de le faire pendant toute la durée de sa mise en œuvre. Le sujet sera en particulier au menu de la prochaine conférence du dialogue sociale que je réunirai au mois d’octobre.

Deuxième exigence, le suivi de l’exécution. Ce plan étant ambitieux, il repose sur un nombre important de programmes différents. Si nous voulons qu’il produise ses effets pour chacune et chacun et dans les délais attendus, il est indispensable de le piloter de près. Nous allons, Bruno LE MAIRE l’a indiqué, mettre en place un suivi de l'exécution qui permettra à la fois d'en rendre compte dans la transparence et de garantir la rapidité de sa mise en œuvre. Des lenteurs non justifiées dans telle partie du plan pourront entraîner, un redéploiement vers d'autres mesures et les ministères seront clairement responsabilisés dans cette perspective.

Enfin, une troisième exigence qui ne vous étonnera pas davantage : la territorialisation. À chaque fois que cela sera possible, ce plan sera décliné dans les territoires, dans tous les territoires, y compris ultramarins. C'est un gage à la fois d'efficacité, d'adaptabilité, d’équité et de cohésion - et les collectivités territoriales qui le souhaitent et vous verrez qu'elles seront nombreuses, seront invitées à compléter les actions engagées pour en démultiplier l'impact au niveau local dans le cadre de leurs compétences respectives. Je réunirai les Présidents de régions dès la semaine prochaine à cet effet.

Mesdames et Messieurs, ce plan de relance est un plan pour la France, un plan pour les Françaises et pour les Français. Il fera face à la crise grave à laquelle nous sommes confrontés. Mais ainsi qu'il a été dit, il nous permettra surtout de mieux préparer les défis de l'avenir en adaptant et en transformant notre économie. J'appelle toutes les Françaises et tous les Français, tous les entrepreneurs, tous les acteurs à avoir confiance, non seulement dans ce plan, mais surtout dans notre pays, dans son redressement. Croyez-le bien, nos ressources de créativité, de travail, d'initiative, d'imagination sont là. Et ce plan, finalement, doit permettre à toutes les qualités de notre beau pays de s'exprimer au mieux. Avec les ministres qui m'entourent, nous sommes maintenant à votre disposition pour répondre à vos questions.

Jean Castex, le 3 septembre 2020 à Paris.

Source : gouvernement.fr
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200903-discours-castex.html


 

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13 août 2020 4 13 /08 /août /2020 03:55

« J'ai fait ce que je devais faire... » (Jean Gandois, 13 octobre 1997).


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Réflexion lors d'une démission. Le patron qui est mort le vendredi 7 août 2020 des suites d'une mauvaise chute, à l'âge de 90 ans (il est né le 7 mai 1930), était largement connu avant d'avoir été le "patron des patrons", selon l'expression utilisée. En effet, Jean Gandois a été l'un des patrons les plus célèbres de France, personnage public pendant longtemps, interrogé sur les mesures économiques et la situation industrielle de la France.

X-Ponts et Chaussées, Jean Gandois fut entre 1972 et 1976 directeur général de Sacilor puis PDG de Sollac, ensuite entre 1976 et 1982 directeur général puis PDG de Rhône-Poulenc. Jean Gandois fut ensuite nommé PDG de Péchiney de 1986 à 1994. Il fut également président de Cockerill-Sambre de 1987 à 1999.

Péchiney venait d'être nationalisé en 1982 par les socialistes et Jean Gandois a su poursuivre l'assainissement des finances de Péchiney et poursuivre l'expansion de l'entreprise, notamment en rachetant la société américaine Triangle (dont American National Can était une filiale, spécialiste de l'emballage). Cela a donné lieu à une affaire politico-financière impliquant notamment des responsables socialistes et des proches de François Mitterrand, dans un délit d'initié lors de son OPA en novembre 1988, notamment Alain Boublil (directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy), Samir Traboulsi, Roger-Patrice Pelat et Max Théret.

Entre 1989 et 1991, après une expérience de haut fonctionnaire dans le domaine du Travail, Martine Aubry fut nommée directrice adjointe à Péchiney. Elle est devenue alors une amie de Jean Gandois, même après Péchiney, ce qui a eu quelques conséquences plusieurs années plus tard.

En effet, en 1994, Jean Gandois s'est fait élire président du CNPF (l'ancêtre du Medef), dans un contexte de retour du centre droit aux affaires, avec une très large majorité, le gouvernement d'Édouard Balladur. Après l'élection de Jacques Chirac à la Présidence de la République, puis, la dissolution du 21 avril 1997, son ancien concurrent Lionel Jospin gagna les élections et fut désigné Premier Ministre socialiste. Il est arrivé avec deux bras droits, grands poids lourds du gouvernement : Martine Aubry aux Affaires sociales et Dominique Strauss-Kahn aux Finances.

Or, la principale promesse de la campagne des socialistes en 1997 fut la réduction du temps de travail (RTT). Elle était une ineptie économique, mais il fallait un marqueur à gauche après la grave défaite électorale de 1993. Jean Gandois, proche de Martine Aubry, a cru pouvoir influencer les responsables politiques pour assouplir cette mesure anti-économique qui allait plomber la productivité du travail. C'est d'ailleurs à partir de cette date-là que la France s'est rapidement désindustrialisée, trouvant dans d'autres pays des charges salariales beaucoup plus faibles.

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La directrice de cabinet de Jean Gandois était aussi une amie de la famille de Jacques Delors. Jean Gandois venait rencontrer seul Martine Aubry. Son leitmotiv, c'était que la loi sur la réduction du temps de travail ne devait pas être systématique ni à caractère obligatoire, mais seulement incitative. Denis Kessler, vice-président du CNPF et président de sa commission économique, très remonté contre les 35 heures, regrettait de ne pas avoir été impliqué dans les négociations avec le gouvernement. Jean Gandois était trop solitaire et misait sur "son indiscutable charisme" et "son envergure internationale" (selon Henri Gibier, dans un article publié dans "Les Échos" le 10 janvier 2020). Trop confiant en lui, Jean Gandois expliqua imprudemment à la direction du CNPF que cette loi était sous (son) contrôle. C'était oublier l'objectif politique d'une telle loi (Martine Aubry, pourtant très libérale avant 1997, gauchisa ses positions au point de ne plus pouvoir prétendre à la Présidence de la République).

Lors de la conférence sociale du 10 octobre 1997 à Matignon, Jean Gandois a appris qu'il ne pouvait plus empêcher cette mesure. Lionel Jospin venait en effet d'annoncer deux lois, une incitative puis, deux ans plus tard, une de généralisation de la réduction du temps de travail. Trois jours plus tard, trahi par Martine Aubry et déconsidéré vis-à-vis des autres patrons, il a jeté l'éponge en démissionnant de la présidence du CNPF. Il ne pouvait pas représenter le CNPF pour combattre son ancienne adjointe, Martine Aubry, sur les 35 heures. Le 16 décembre 1997, Ernest-Antoine Seillière lui succéda et créa par la suite, le 27 octobre 1998, le Medef, beaucoup plus combatif contre le gouvernement socialiste.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 août 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean Gandois.
Yvon Gattaz.
Anatoli Tchoubaïs.
Maurice Allais.
Jacques Marseille.
Jean Boissonnat.
Stéphane Soumier.
The show must (Carlos) Ghosn.
L’investissement productif en France.
Virginie Calmels.
Silvio Berlusconi.
Thierry Breton.
Georges Chavanes.
Volkswagen.
Bernard Tapie.
Grandeur et décadence de Carlos Ghosn.
Serge Dassault.
La SNCF.
L’industrie de l’énergie en France.
La France est-elle un pays libéral ?
La concurrence internationale.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200807-jean-gandois.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/jean-gandois-victime-des-35-heures-226362

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/08/10/38473696.html


 

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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 03:43

« Le goût d’entreprendre n’assure pas la réussite. Si le talent est un don, la réussite est un chardon, avec d’innombrables épines qui repoussent sans cesse. » (Yvon Gattaz, le 4 avril 2011).



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L’ancien président du CNPF (Conseil national du patronat français, l’ancêtre du Medef) Yvon Gattaz fête ses 95 ans ce mercredi 17 juin 2020 (il est né à Bourgoin-Jallieu, entre Lyon et Grenoble, un jour après Jean d’Ormesson). Il y a de quoi être impressionné par le combatif qu’il n’a jamais cessé d’être, malgré son grand âge, en faveur des entreprises, et en particulier, de la création d’entreprises. À 93 ans encore, il se levait avant 6 heures du matin pour aller bosser (je mets au passé car je ne sais pas si c’est toujours le cas maintenant). Figure du capitalisme familial (celui qui « s’ancre dans les territoires, maintient ses usines et continue à embaucher en France tout en se développant à l’international »), il est une personnalité que j’admire beaucoup par tous ses très nombreux engagements personnels et qui n’est pas sans me faire penser (mais je peux me tromper) à l’esprit des semaines sociales.

Yvon Gattaz a été le "patron des patrons", comme on disait à l’époque, dans la pire des circonstances, lors de l’arrivée au pouvoir de la gauche socialo-communiste, du 15 décembre 1981 au 16 décembre 1986. Les mesures parfois folkloriques qui se multipliaient pendant cette période ne tenaient absolument pas compte de la réalité économique, des contraintes des entreprises, si bien que le patronat était vent debout contre cette gauche hors-sol. L’opposition politique UDF-RPR a beaucoup bataillé au sein de l’Assemblée Nationale (déjà à l’époque, elle avait parfois adopté la stratégie de l’obstruction parlementaire, notamment contre les nationalisations). Les temps étaient donc très clivants et les positions souvent manichéennes.

Pourtant, loin d’un Ernest-Antoine Seillère, président du CNPF puis du Medef du 16 décembre 1997 au 5 juin 2005, en confrontation avec le gouvernement de Lionel Jospin, et même de son fils Pierre Gattaz, président du Medef du 3 juillet 2013 au 3 juillet 2018 en confrontation avec le quinquennat de François Hollande, Yvon Gattaz se voulait un homme d’équilibre et de compromis. Et surtout de dialogue (il a rencontré ainsi un grand nombre de fois le Président François Mitterrand pour lui expliquer, lui qui ne comprenait rien à l’économie, quel était le point de vue des entreprises). Il a ainsi réussi à limiter la casse en particulier avec un accord le 16 avril 1982 à Matignon entre les patrons et le gouvernement en freinant l’augmentation des charges sociales et de la taxe professionnelle en compensation d’une augmentation des investissements des entreprises. À l’époque, le CNPF avait mobilisé près de 30 000 entrepreneurs, très remontés contre le gouvernement, présents dans un grand rassemblement au parc des expositions de Villepinte le 14 décembre 1982.

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Directeur de l’Institut supérieur du travail, Bernard Vivier peut témoigner : « Dans ce contexte de lutte des classes, Yvon Gattaz a su faire preuve de subtilité. Il a joué la prudence plutôt que l’affrontement, n’hésitant pas, quand les choses allaient trop loin, à rappeler aux gouvernants qu’il connaissait deux ou trois petites choses sur le financement du PS. » (cité dans l’article de Sylvie Bommel, voir plus loin).

On pouvait imaginer la difficulté d’Yvon Gattaz à devoir être combatif face à toutes les attaques nombreuses et démagogiques contre les entreprises (on peut en citer de nombreuses entre 1981 et 1983, en particulier les 39 heures, les lois Auroux avec la représentation du personnel, la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans, l’impôt sur les grandes fortunes qui a fait exiler de nombreux capitaines d’industrie hors de France, et surtout, les nationalisations qui ont plombé pour des générations les finances publiques).

Justement, parlons des capitaines d’industrie et revenons au début de la carrière professionnelle d’Yvon Gattaz. Lui n’a hérité d’aucun empire industriel. Fils et petit-fils d’enseignants (c’est-à-dire, dans un milieu complètement étranger à ce qu’était une entreprise), il est centralien (parmi les meilleures écoles d’ingénieur) et a commencé comme ingénieur d’abord aux Aciéries du Nord puis chez Citroën. Mais l’envie d’entreprendre fut plus fort que le relatif confort de travailler pour une grosse boîte.

Ainsi, à l’âge de 27 ans, en 1952, lui et son frère Lucien (1924-2003) ont créé Radiall, une entreprise de composants électroniques, plus particulièrement dans le secteur de la connectique (dans l’interconnexion). D’abord pour des applications grand public (câble coaxial pour téléviseur), puis, pour d’autres applications plus spécifiques, dans le domaine aéronautique, militaire, spatial, médical, télécommunication, instrumentation, etc. Il a présidé Radiall et l’a développé aussi au niveau international, en rachetant le cas échéant des concurrents (américains notamment). En 1977, Yvon Gattaz a fait construire une nouvelle usine à Voreppe, au pied de la Chartreuse, tout près de Grenoble (les Isérois sont très fiers de cette entreprise chez eux), et Raymond Barre, alors Premier Ministre, s’est même déplacé le 6 juin 1980 pour saluer cette réussite industrielle.

La devise de Radiall est "vite et bien" : « Cette maxime peut sembler simple voire simpliste. En fait, elle est d’une rare difficulté. Il est courant de rencontrer des lents qui n’ont pas compris que la vitesse, c’est la vie moderne, et qu’on ne peut la traverser en gastéropode sans souci des autres et de l’environnement. (…) Le lent ne sait pas qu’il freine tout le monde (…). Au feu rouge de 15 secondes, le lent qui met 5 secondes à démarrer diminuer le trafic d’un tiers, avec des conséquences économiques qu’on ne veut pas évaluer. Si le perfectionnisme est dangereux, le "trop rapide" risque de bâcler. La vie moderne exige le "bien fait", de même qu’elle veut des réponses rapides, ce qu’on appelle dans l’entreprise de la réactivité. Le compromis incontestable est le "vite et bien" que peu de nos compatriotes savent vraiment réaliser. On a pu dire que cette expression n’était pas une devise mais une asymptote ! ».

Yvon Gattaz a pris sa retraite en 1993 en assurant la présidence du conseil de surveillance de Radiall, laissant son fils en reprendre la présidence du directoire. Pierre Gattaz est lui ingénieur Sup Télécom de Nantes (avec une expérience chez Dassault Électronique), sans avoir imaginé, en faisant ses études, qu’il reprendrait l’entreprise familiale. Pierre Gattaz a eu le rôle d’un Serge Dassault, à savoir qu’il a certes hérité du groupe industriel de son père, mais il a su le développer dans un contexte international particulièrement difficile (faisant passer le nombre de salariés de 1 200 à 3 300 en une vingtaine d’années).

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Pierre Gattaz a présidé la Fédération des industries électriques, électroniques et de communication de 2007 à 2013, et à ce titre, il a tenté de conquérir la présidence du Medef alors qu’il n’était pas du tout le favori. Il y est parvenu en misant sur son côté "homme du terrain", image qui est très efficace. Cela a pu aussi lui jouer des tours, avec une communication peut-être un peu trop franche, mais jamais dénuée de bon sens et de réalisme dans sa vision de l’économie qu’il a tenté d’expliquer à un monde politique complètement déconnecté de la vie économique (il faut se rappeler que, par exemple, Arnaud Montebourg a déclaré, plusieurs années après avoir quitté le Ministère de l’Économie, qu’il venait découvrir ce qu’étaient les entreprises ! Frisson).

Dans un article sur la famille Gattaz publié dans le "Journal du dimanche" du 25 mai 2018, la journaliste Sylvie Bommel, qui rappelait qu’en juin 2017, Pierre Gattaz avait réussi à réunir tous ses cousins pour que toute la famille puisse redevenir unique propriétaire et faire sortir le capital du marché boursier, a précisé : « Naissance d’une dynastie ? Si on veut, mais sans vouloir être désobligeant, de second rang. Les Gattaz ne jouent pas dans la même cour que les grandes aristocraties des affaires, les Arnault, Bouygues, Dassault ou Bolloré. Question puissance et glamour, Radiall est à LVMH ce que l’inspecteur Derrick est à James Bond. Le prototype de la moyenne entreprise industrielle, le M de PME, ce genre de boîte que les Allemands élèvent en batterie mais qui ne semble pas s’acclimater sur le sol français. ».

Radiall est en effet une entreprise prospère, mais de taille moyenne. La famille Gattaz aurait une fortune évaluée à 400 millions d’euros. Cela pourrait susciter des jalousies, mais il faudrait rappeler aux jaloux que ce n’est  pas de l’argent volé. L’initiative des deux créateurs puis du fils, que personne n’a protégée, c’est-à-dire qu’elle a été prise avec beaucoup de risque, permet aujourd’hui de nourrir plus de 3 000 foyers dans le monde (dont la moitié en France). Pour donner une idée de cette réussite industrielle, au bout de soixante-six ans, en 2018, le chiffre d’affaires était de 177 millions d’euros et le résultat net de 35 millions d’euros. Dans le passé, le CA a pu atteindre les 300 millions d’euros. Ce n’est pas une multinationale, mais c’est déjà une assez grande entreprise qui contribue à l’orgueil et à la fierté industrielle française. C’est une entreprise de taille intermédiaire (250 à 5 000 entreprises) dont il a même créé en 1995 une représentation, l’Association des moyennes entreprises patrimoniales qui est devenue en 2015 METI (Mouvement des entreprises de taille intermédiaire).

Et justement, des hommes comme Yvon Gattaz, on en manque. La France en manque. On en trouve cent fois plus aux États-Unis et même en Allemagne. La France semble éduquée dans un contexte particulièrement étrange où seul l’État pourrait innover technologiquement (le mythe de l’homme providentiel revisité dans les structures économiques), et où les entreprises ne sont que des vaches à lait servant à financer toutes les promesses des beaux discours électoralistes. Hélas, avant de redistribuer, il faut créer la richesse, et celle-ci a plus de chance d’être créée à partir d’initiative privée. L’aventure de Radiall est extraordinaire car elle est partie de rien, juste d’une idée, d’un travail, et d’un peu de chance. D’où l’inconscience que conseille Yvon Gattaz pour créer une entreprise, comme ingrédient d’une recette de cuisine : « Pour créer une entreprise, il suffit d’avoir 10% de finances, 10% de compétences, 40% de vaillance, 40% d’inconscience. » (2014).

Rien donc d’étonnant que tout au long de cette aventure industrielle, Yvon Gattaz n’a cessé de s’engager à promouvoir la création d’entreprise. Parmi ses nombreux engagements, je citerai par exemple la création, en 1976, d’ETHIC (entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance) pour promouvoir, comme son nom l’indique, une certaine morale dans la gestion d’entreprise, en particulier, se focaliser sur ce qui fait la richesse des entreprises, les humains ! Il a aussi créé en 1986 l’Association Jeunesse et Entreprises pour attirer les jeunes dans la création d’entreprises, en tout cas, leur donner le goût d’entreprendre. Avec une "gattazerie" qu’il répète à chaque conférence qu’il donne encore maintenant : « Stat, c’est bien, mais up, c’est mieux ! ».

Citons aussi la création, il y a quelques années, du Prix Yvon-Gattaz qui vise à récompenser des créations d’entreprises « de croissance ayant significativement créé des emplois ». Chaque année (le 14 février 2020 pour la dernière édition), le lauréat se voit honorer d’un chèque de 10 000 euros et surtout d’une reconnaissance supplémentaire. C’est l’École CentraleSupélec (de l’Université Paris-Saclay, la fusion, en 2015, de Supélec et de Centrale) qui organise ce prix.

Dans l’article déjà cité, Sylvie Bommel a enfoncé un autre clou : « Dans la maisonnée Gattaz, tels des paysans madrés, on se ferait même passer pour plus sot qu’on ne l’est. Yvon élève le pragmatisme en vertu cardinale, prône le "radinisme industriel" et ponctue ses propos de maximes humoristiques de son cru qu’il appelle des "gattazeries" ou "gattazismes", selon les cas. » (on avait eu aussi les "raffarinades", tout aussi favorables aux entreprises, ce qui a fait parler Jean-Pierre Raffarin de "gattazinades"). Exemple de "gattazerie" : « Avez-vous remarqué que lorsqu’il y a un François à l’Élysée, il y a un Gattaz au Medef ? ». Pourtant, il ne sera pas cru, mais Yvon Gattaz assure qu’il n’y a jamais eu de concertation, aucun conseil, aucun encouragement, et l’engagement de Pierre Gattaz dans le mouvement patronal ne s’appelle pas "papa", il est né de la crise internationale de 2001 qui a failli asphyxier Radiall.

Personnalité publique atypique, nommé membre du Conseil Économique et Social de 1979 à 1989, Yvon Gattaz a reçu aussi beaucoup de récompenses, gratifications etc., et probablement que l’honneur d’être élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques le 29 mai 1989 (qu’il a présidée en 1999) a été non seulement une reconnaissance personnelle mais aussi un moyen pour continuer ses engagements avec un écho plus important. C’est le fils Pierre qui a dessiné l’épée d’académicien d’Yvon, reprenant la passion du grand-père et père, Marceau, qui fut peintre impressionniste amateur (médaille d’or du Salon des beaux-arts de Lyon) et qui lâcha l’enseignement pour un poste de conservateur d’un musée à Bourgoin-Jallieu.

En effet, reçu en 1990 par Alain Peyrefitte, qui lui a fait remarquer que c’était le premier créateur d’entreprise reçu par l’une des académies depuis leur début (on s’étonne que ce fût si tardif !), Yvon Gattaz a profité de cette nouvelle crédibilité pour faire passer plus efficacement ses messages sur l’entreprise et surtout, sur le maintien de l’industrie en France.

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En ces temps de crise sanitaire, il est ainsi assez bon de réécouter Yvon Gattaz, lors de sa petite conférence pour présenter l’industrie française le 22 octobre 2012 à ses confrères académiciens : « Il faut constater un intérêt nouveau qui semble sourdre subrepticement dans la classe dirigeante qui murmurait naguère "Pouah ! L’industrie est bonne pour la Chine !" sans prendre conscience que si cette Chine devenait le seul atelier du monde, tous les autres pays en deviendraient étroitement dépendants (…) Il est réconfortant de voir nos diplômés des grandes écoles retrouver le chemin de la recherche scientifique, et même, de la production manufacturière, qu’ils avaient abandonné pour les métiers (et les profits personnels) d’une ingénierie financière d’autant plus efficace pour les acteurs eux-mêmes qu’elle était plus incompréhensible pour le grand public. ».

Et je termine ici avec un extrait peut-être un peu long mais très intéressant sur les qualités des créateurs d’entreprise, proposées dans une conférence à l’Institut le 4 avril 2011. Yvon Gattaz proposait une longue analogie avec l’électronique : « Les élites (…) disposent de deux sortes de qualités bien distinctes : les qualités de réception et les qualités d’émission pour parler comme les électroniciens. ».

Qualités de réception : « la compréhension (…), la faculté d’analyse, la faculté de synthèse et la mémoire dont on a toujours sous-estimé l’importance capitale. ».

Qualités d’émission. La première : « l’imagination créatrice, malheureusement rare, qu’il ne faut pas confondre avec l’imagination onirique dont nous disposons tous et qui nous permet d’être maharadja dans la durée d’une nuit sans lune. Ensuite, le "goût d’entreprendre" (…) qui peut être considéré comme un qualité génétique exigeant, pour sa réalisation factuelle, d’autres qualités d’émission. ».

D’autres comme celles-ci : « la combativité, la pugnacité, la ténacité (cette qualité que les chefs d’entreprise citent de plus en plus et classent même souvent en tête), le goût du risque (proche du goût d’entreprendre), le sens des responsabilités, le goût du travail en équipe (pour que le patron, souvent solitaire, devienne un patron solidaire, car les talents dans l’entreprise ne s’ajoutent pas mais se multiplient), le charisme et l’ascendant sur les autres ; et l’une des plus importantes : le bon sens que tout le monde croit avoir et qui est en fait très inégalement réparti, avec les conséquences graves que l’on sait. Gare à l’intelligence sans le bon sens, danger ! ».

La poursuite de l’analogie : « Comme pour la radiophonie qui assure sa réception avec quelques milliwatts, l’émission avec des kilowatts, il faut une puissance infiniment supérieure pour l’émission que pour la réception. Si les élites ont longtemps été choisies sur leurs seules qualités d’abstraction et de logique déductive, avec résolution individuelle de problèmes bien posés réputés à solution unique, pour la création d’entreprise, il vaut mieux s’entraîner à la résolution collective de problèmes mal posés à solutions multiples. Les qualités de réception font les érudits et les savants. Les qualités d’émission font les créateurs et les entrepreneurs. ».

Et de continuer : « Mais pour les décideurs, il est bien difficile d’avoir des idées définitivement claires dans un environnement définitivement flou. Remarquons que les grands créateurs parmi les chefs d’entreprise ont surtout d’immenses qualités d’émission, indispensables à la réussite. Ces patrons inventifs, décideurs et charismatiques décident vite mais écoutent peu. Naguère, on disait d’eux qu’ils étaient atteints de surdité psychologique et leur entourage gémissait : "Ils décident mais ils n’écoutent pas". Cette prétendue herméticité était, on s’en doute, un grave défaut, car on sait depuis les philosophes grecs qu’il faut réfléchir, donc écouter, avant d’agir. ».

Dernier round de l’analogie électronique : « Longtemps on a cru également que le même individu ne pouvait avoir simultanément des qualités de réception et des qualités d’émission, comme si ces données centripètes et centrifuges passaient par un même canal et dans un seul sens. Mais l’électronique (encore elle !) nous a appris le multiplexage qui permet aux données de circuler simultanément dans les deux sens. Les qualités de réception et d’émission ne sont pas incompatibles et on ne dira plus stupidement : "Il a trop fait d’études pour avoir de l’imagination créatrice et prendre le risque d’une création", poncif qui, on l’a vu, devait détourner les diplômés de la création ex nihilo. (…) S’il fallait chercher autour de nous un exemple de compatibilité entre réception et rémission, nous pourrions citer notre regretté confrère Maurice Allais dont la compréhension intellectuelle a été sanctionné par les prestigieux diplômes que l’on sait, mais qui a, toute sa vie, fait preuve d’une créativité non conformiste qui ne s’apprend pas dans les livres. (…) En résumé, on peut dire que le goût d’entreprendre est bien la réalisation de ces qualités d’émission qu’il serait dommage de ne pas utiliser. ».

Ah oui, j’avais oublié de dire : au-delà du sens de la formule, Yvon Gattaz a un véritable talent pour la narration, et comme l’a montré cet extrait de conférence, non seulement il a le talent pour la forme, mais celle-ci véhicule un fond particulièrement intéressant et pertinent, "sanctionné" par une douzaine d’essais, du premier "Les Hommes en gris", sorti en 1970 (éd. Robert Laffont), pour promouvoir la création d’entreprise (il a fait date), au dernier, "Économiquement vôtre", sorti en 2018 (éd. Le Cherche Midi), pour marteler que la priorité, c’est l’emploi, et en particulier l’emploi des jeunes. Bon anniversaire, monsieur Gattaz !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"La saga des Gattaz, patrons de père en fils", de Sylvie Bommel, "Journal du dimanche" du 25 mai 2018.
Yvon Gattaz.
Anatoli Tchoubaïs.
Maurice Allais.
Jacques Marseille.
Jean Boissonnat.
Stéphane Soumier.
The show must (Carlos) Ghosn.
L’investissement productif en France.
Virginie Calmels.
Silvio Berlusconi.
Thierry Breton.
Georges Chavanes.
Volkswagen.
Bernard Tapie.
Grandeur et décadence de Carlos Ghosn.
Serge Dassault.
La SNCF.
L’industrie de l’énergie en France.
La France est-elle un pays libéral ?
La concurrence internationale.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200617-yvon-gattaz.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/l-industriel-yvon-gattaz-comment-225186

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/06/14/38369816.html






 

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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 03:26

« À chaque fois, les beaux esprits considèrent qu’un journaliste "fait son boulot" quand il défend la veuve et l’orphelin, jamais quand il défend l’entrepreneur. » (Stéphane Soumier, 24 mai 2016).


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Une phrase, l’air sibyllin, écrite au détour d’une réponse à un commentaire de son blog qui donne toute la mesure de la saine obsession du personnage : sans entreprises, pas de richesse nationale, pas de redistribution, pas de solidarité sociale… et sans entrepreneurs, pas d’entreprises. La cinquantaine avenante, Stéphane Soumier est un journaliste de radio spécialisé dans la vie économique. Son ton est d’une très grande fraîcheur : il est direct, peut ainsi se montrer arrogant parfois, mais asséner des vérités, des réalités économiques dans un pays qui en est resté à des réflexes vieux d’un siècle et demi, cela peut bousculer les esprits. Du reste, Stéphane Soumier bouscule tout le monde, pas seulement ceux qui ne pensent pas comme lui, car il a sa propre ligne directrice. C’est toujours très enrichissant de penser par soi-même, au-delà des étiquettes et des postures.

Avait-il imaginé s’intéresser à la vie des entreprises lorsqu’il est sorti de l‘École supérieure de journalisme de Lille en 1987 ? Pas forcément, d’autant plus qu’il a commencé sur Europe 1 comme grand reporter sur tous les fronts : Koweït, Kurdistan, Somalie, Bosnie, Tchétchénie… Il est resté une vingtaine d’années à l’antenne de cette radio périphérique, comme on dit, rédacteur en chef de la matinale en 1997. Puis, de 2005 à 2019, il a rejoint la radio BFM Business et s’est occupé de la matinale (dont il était le rédacteur en chef). En 2016, il est devenu le directeur de la rédaction de cette radio FM spécialisée dans la vie des entreprises.

Ces derniers jours, il fait le tour des médias, de ses anciens collègues, car il a sauté le pas : il a créé son entreprise, une chaîne d’informations et d’interviews économiques. Sa chaîne, appelée BSmart TV, va commencer à émettre ce mardi 16 juin 2020, d’abord dans le bouquet de Free (canal 249), puis partout ailleurs : sur CanalSat (canal 172) le 23 juin 2020, sur Orange (canal 230) et Bouygues (canal 245) le 9 juillet 2020, etc. L’idée est de permettre à des chefs d’entreprise de venir s’exprimer autrement que dans les médias traditionnels.

En effet, ces derniers, en général, ne les interrogent jamais sur leurs enjeux, leurs problématiques, leurs actions, mais sur des marronniers classiques (le salaire des patrons du CAC40, les dividendes, la dernière déclaration scandale d’un patron voyou, etc.), un peu comme lorsqu’on interroge une femme politique sur sa féminité au lieu de son programme, si bien que la plupart des patrons refusent de s’exposer sur le champ médiatique dont ils n’auraient rien à gagner (ils ne cherchent pas des voix), alors qu’ils auraient beaucoup de choses intéressantes à raconter, des conseils à donner, des témoignages de sauvetage, de développement économique, etc. Michel Denisot et Jean-Marc Sylvestre devraient faire partie de l’aventure.

Le groupe CMI France ("Elle", "Marianne", etc.) a investi 5 millions d’euros pour cette nouvelle chaîne de télévision dont il est l’actionnaire majoritaire. Si le nom me fait penser un peu trop à un des pères du paternalisme social allemand, l’idée est surtout de recréer une "chaîne de combat au service des entrepreneurs", que ne semble plus être BFM Business sous contrôle du groupe Altice qui évolue progressivement en s’adressant au grand public. La volonté de Stéphane Soumier est de se recentrer sur la cible des entrepreneurs : « On n’invente rien, on fait ce qu’on sait faire le mieux possible et on reste sur notre obsession. », assure-t-il. L’ancien baron de BFM Business continuera son métier de journaliste puisqu’il présentera lui-même la matinale comme il savait si bien le faire pendant une quinzaine d’années.

Je ne connais pas les qualités managériales de Stéphane Soumier (et je ne me permettrais pas d’avoir un avis sur le sujet), mais j’adore son franc-parler, son dynamisme intellectuel, sa volonté de montrer ce que vivent réellement les entreprises, les entrepreneurs, en bien comme en mal, sans a priori, sans idéologie, sans volonté de ménager untel ou untel, etc. On l’aime ou l’on ne l’aime pas, j’imagine, car son ton peut perturber, mais c’est volontaire, c’est un ton salutaire : il faudrait que les Français se réveillent vraiment pour qu’ils aiment enfin les entreprises, ce sont elles les seules pourvoyeuses de richesse et donc de solidarité.

Je prends deux exemples.

Ainsi sur France 5 le 10 juin 2020, Stéphane Soumier a dit en avoir marre d’être interrogé sur les dividendes qui n’est qu’un sujet très technique et pas un sujet politique. Pourtant, en France, il est politique par excellence. Il suffisait de voir les yeux exorbités sur le plateau lorsqu’il a lâché son agacement ! Le problème, ce n’est pas une "justice sociale", le problème, c’est de développer l’économie française, d’embaucher, de réduire le chômage qui entraîne précarité et pauvreté. Or, de très nombreuses entreprises manquent de fonds propres, notamment pour investir, se développer, recruter.

Pour cela, il faut donc attirer des investisseurs. En France, les "petits épargnants" n’osent pas investir dans des entreprises par crainte du risque (ils ont peut-être raison, je ne les blâme pas), on a parlé (je crois), d’une vingtaine de milliards d’euros épargnés pendant la crise sanitaire, et ils sont allés au Livret A qui ne va pas aux entreprises. Pour trouver des investisseurs, il faut pouvoir les attirer, et la seule variable, c’est le rendement, donc les dividendes. Réduire les dividendes, c’est nécessairement réduire les investissements (alors qu’on imagine l’inverse, augmenter les dividendes réduirait les investissements). Si les entreprises avaient plus de fonds propres, peut-être qu’on pourrait réfléchir autrement, mais ce n’est vraiment pas une question d’idéologie.

En revanche, Stéphane Soumier s’agace qu’on ne parle pas des mille résolutions de problèmes que la crise sanitaire a fait naître, que ce soit en télétravail, en changement de production, en changement d’organisation, en protection sanitaire, etc. Les entrepreneurs sont à l’origine de très nombreux petits exploits d’organisation pour maintenir leur activité.

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Un autre exemple, chez David Pujadas, le soir du 8 juin 2020 sur LCI. Stéphane Soumier a poussé un "coup de gueule" contre le gouvernement et sa réforme de l’assurance-chômage heureusement repoussée (mais pas annulée). Il a dénoncé en effet le fait de réduire très notablement les indemnités chômage, tant la durée que les montants. Sans compter le plafonnage des indemnités pour les cadres alors qu’il n’y a pas de plafonnage de leurs cotisations quand ils travaillent, ce qui est une arnaque financière (c’est une assurance, pas un acte de solidarité nationale).

Ce qu’a dénoncé Stéphane Soumier, c’est que réduire la période d’indemnisation est un non-sens économique. Un cadre demandeur d’emploi a besoin de temps pour retrouver un emploi "à sa mesure", c’est-à-dire, là où, avec son profil et son expérience, il pourra être le plus "profitable" pour l’économie (plus on est qualifié, moins il y a de places). Or, s’il est acculé à retrouver trop rapidement un travail, pour des raisons alimentaires, nourrir sa famille notamment, ou rembourser ses prêts, il acceptera alors des emplois où il est surqualifié, et ne donnera pas la mesure qu’il aurait pu à l’économie. Ce sera alors du gâchis, non seulement économique, mais aussi humain (car la situation de retour à un emploi moins intéressant sera toujours vécu comme un drame).

Dans son blog qu’il alimente assez irrégulièrement, Stéphane Soumier, sans remettre en cause le principe du confinement, en a évoqué les conséquences désastreuses sur l’économie.

Le 6 avril 2020, il a repoussé ces idées de croire que la pandémie proviendrait de la mondialisation (la peste médiévale a bon dos), et les espoirs d’imaginer qu’après la pandémie, la mondialisation serait réduite, alors que c’est justement par celle-ci, selon lui, que la croissance redémarrera : « On va tranquillement faire porter le chapeau de cette crise à des agents économiques qui n’y sont pour rien et, bien au contraire, en limitent les dégâts par leur efficacité. (…) Je vois trop d’agents économiques se couvrir la tête de cendres se sentant en partie responsables de ce qui nous arrive. Bien au contraire, ma conviction, c’est que vous contribuez tous à limiter les dégâts. ».

Et de poursuivre : « Nous n’avons pas remarqué que c’est l’exact contraire qui est en train de nous sauver ? Une industrie agro-alimentaire puissante seule capable d’apporter des garanties sanitaires à ses consommateurs et à ses personnels, une finance mondialisée puissante et profonde qui va absorber les dettes infinies nécessaires au maintien en respiration artificielle de l’économie mondiale, ma moitié de l’emploi salarié en France concentré dans de trop rares ETI et grandes entreprises qui ont les fonds propre, et donc les actionnaires (et le talent managérial) suffisamment solide pour affronter ce choc invraisemblable ? ».

Pour évoquer l’heure des comptes : « Très vite, une autre période va s’ouvrir, celle des comptes. Tout est unique dans ce que nous traversons, et donc, il est impossible de modéliser les dégâts économiques. Je ne parle pas des dettes publiques (…), mais de la ruine de pans entiers de nos économies. Donald Trump avec candeur et brutalité est le seul à poser le problème : "le remède ne doit pas être pire que le mal". Voilà ce sur quoi il faudra réfléchir. Mais j’espère bien que pour le reste, la machine économique mondialisée va redonner toute sa puissance. Et j’ai la conviction que c’est ce qui va se passer, derrière deux ou trois tartufferies qui permettront à chacun de garder la face. ».

Et moi, je lui souhaite bonne chance, j’espère que la nouvelle aventure va s’avérer positive pour Stéphane Soumier, celle d’aller au bout de son combat en faveur des entreprises et des entrepreneurs, et qui fera, pourquoi pas, émerger de nouvelles vocations…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Stéphane Soumier.
Vous avez dit motion de censure ?
Article 49 alinéa 3 : le coronavirus avant la réforme des retraites ?
Retraites : Discours de la non-méthode.
Retraites : semaine de Sisyphe !
La réforme de l'assurance-chômage.
L’inversion de la courbe.
La crise de 2008.
Faut-il toucher aux retraites ?
Le statut de la SNCF.
Programme du candidat Emmanuel Macron présenté le 2 mars 2017 (à télécharger).
La génération du baby-boom.
La réforme des sociétés anonymes.
L’investissement productif.
La réforme du code du travail.
La France est-elle un pays libéral ?
Le secteur de l’énergie.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200610-stephane-soumier.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/stephane-soumier-libre-direct-225079

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/06/11/38362237.html



 

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9 janvier 2020 4 09 /01 /janvier /2020 03:41

"Stupeur et Tremblements" version Renault-Nissan.


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Amusant de voir que même Jean-Luc Mélenchon, le 8 janvier 2020 à la matinale d’Europe 1, était prêt à le soutenir, appréciant le côté rebelle, rebelle contre ce qu’il appelle l’injustice japonaise. Si moi-même j’ai beaucoup de respect et de fascination pour le côté patron, je les ai beaucoup moins pour le côté évadé (non fiscal).

C’est vraiment un roman qui dépasse les plus folles fictions. Ce mercredi 8 janvier 2020, ce fut une journée Carlos Ghosn dans l’actualité, en dépit de l’escalade de violence en Irak, en dépit des grèves persistantes en France sur la réforme des retraites, en dépit de beaucoup d’autres sujets bien plus "conséquents"…

Il est incontestable que Carlos Ghosn, X Mines, avec ses trois nationalités, française, brésilienne et libanaise, le sauveur de Nissan, a été un grand patron, efficace, surdoué, très intelligent, polyculturel, indispensable, mais aussi, il est probablement cynique et habile. Lorsqu’il a été arrêté à l’aéroport de Tokyo le 19 novembre 2018, on pouvait imaginer une affaire de type Dominique Strauss-Kahn au Sofitel (lui aussi arrêté dans un aéroport), ou encore une affaire de type Jérôme Cahuzac qui avait caché de l’argent dans un compte bancaire secret à l’étranger.

Carlos Ghosn a été enfermé dans une prison japonaise avec des conditions de vie très difficiles du 19 novembre 2018 au 5 mars 2019 et du 4 avril 2019 au 25 avril 2019, pour deux affaires. Il a été libéré sous caution et régime très difficile (interdiction d’avoir des contacts extérieurs sauf une fois par semaine, email, téléphone, etc.) et ses procès sont prévus pour le printemps 2020 et l’hiver 2021. Beaucoup trop loin, loin dans le temps, loin de sa famille, de sa femme…

Dès le 30 janvier 2019, Carlos Ghosn a crié au complot contre les dirigeants de Nissan qui l’ont trahi et qui ont manœuvré pour le faire chuter. Concrètement, il a quitté la présidence de Nissan, la présidence de Renault le 24 janvier 2019, et la présidence de Mitsubishi Motors le 21 juin 2019. Ses retraites chapeau et indemnités de départ ont été supprimées ainsi que ses stocks options. Mais faut-il le plaindre ? Carlos Ghosn a demandé d’être traité comme n’importe quel citoyen, pas moins bien.

L’histoire aurait dû se poursuivre calmement, avec un ancien patron qui crie son innocence et piégé dans l’enfer judiciaire japonais, qui deviendrait juste un sujet de conversation lointain. Mais le rusé a réussi, à la surprise générale, de ses avocats en premier, à "s’évader" de sa résidence surveillée. On dit qu’avec de l’argent, on peut tout s’acheter, mais il faut quand même avoir à la fois une grande habileté et un sacré culot pour oser quitter la légalité et devenir un fugitif. Prendre le maquis ! Le 29 décembre 2019, il a réussi à décoller du Japon et à atterrir à Beyrouth après une escale en Turquie. Charmant cadeau de Noël pour son épouse dont il était séparé depuis si longtemps.

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Remis de ses émotions (on ne sait toujours pas les conditions exactes de son rapatriement au nez et à la barbe des juges japonais), Carlos Ghosn, à grand renfort de publicité, a tenu une conférence de presse le 8 janvier 2020 à Beyrouth pendant plusieurs heures.

Ne manquant pas de combativité, il a voulu répondre à tout ce que la justice japonaise lui reproche. La langue est anglaise (ou la langue des journalistes qui l’ont questionné), l’esprit vif, la gestuelle très empathique (il a fait de nombreux moulinets), il a cherché à se défendre, documents à l’appui.

Je serais bien incapable de dire si, sur le fond, ce qu’on lui reproche (jusqu’aux rumeurs) est basé sur un poil de vérité ou pas, mais il a eu l’air en tout cas rondement convaincant et surtout, sûr de lui. Des journalistes français ont déjà travaillé, le soir dernier, sur ses arguments qu’ils ont partiellement démontés.

De toutes les déclarations que Carlos Ghosn a faites, il y a celle déjà connue du complot contre lui, pour éviter la fusion entre Renault et Nissan. Mais le vrai scoop, une confirmation, c’est qu’il travaillait, en automne 2018, sur le rapprochement de son groupe Renault-Nissan-Mitsubishi avec Fiat-Chrysler, dont un nouveau round de négociation était prévu pour janvier 2019. Il n’a échappé à personne que le 6 juin 2019, Fiat a retiré son offre de fusion avec Renault et que le 2 novembre 2019, Fiat et Peugeot (le groupe PSA) ont officialisé leur fusion.

S’il a refusé de mettre le Liban en difficulté avec le gouvernement japonais, il a toutefois confirmé qu’il allait demander ses droits à Renault. À 65 ans, il va demander en effet ses droits à la retraite. Cynisme, provocation, assurance démesurée ? Carlos Ghosn voudrait retourner la situation en attaquant Renault dont, a-t-il précisé, il n’a pas démissionné mais s’est seulement "retiré" de la présidence car il était en prison.

Pointilleux, Carlos Ghosn a voulu répondre à toutes les accusations, selon lui infondées, de la justice japonaise, mais aussi à tout ce qui a entaché sa réputation, les informations sur la fête au château de Versailles, et même sur ses traits de caractère supposé être celui d’un autocrate et d’un cupide. Il a utilisé chaque fois des arguments convaincants mais peut-être pas inattaquables : pas cupide car refusé l’offre de General Motors qui portait sur un salaire deux fois plus élevé, mais en oubliant de dire qu’au même moment, il négociait au sein de son groupe les moyens d’augmenter très significativement sa rémunération.

Autre argument très comptable : les dirigeants de Nissan l’ont fait chuter pour quelques dizaines de millions d’euros (qu’est-ce que c’est pour un homme si riche ?) alors que depuis son "affaire", l’action de Nissan s’est effondrée et a fait perdre plus de 5 milliards d’euros aux actionnaires. Seules les trois entreprises du groupe (Renault, Nissan, Mitsubishi) ont eu des résultats décevants en 2019, tandis que le reste du marché était en croissance d’environ 12% en moyenne. Carlos Ghosn est bien dans cette optique "moi ou le chaos".

Ses réflexions sur la justice japonaise sont intéressantes bien qu’étonnantes : elles sont presque les mêmes que celle de Nicolae Ceausescu lorsqu’il a été jugé très expéditivement, avec sa femme, à savoir qu’il refusait d’être jugé par une justice qui considère que le prévenu est coupable dans tous les cas. Drôle d’idée d’imaginer que le justiciable pourrait choisir sa juridiction. Ainsi, lorsqu’il a déclaré qu’il était prêt à être jugé partout sauf au Japon, j’imagine qu’aucun pays n’a voulu se proposer… à part bien sûr le Japon (et la France dont un juge a ouvert aussi une instruction judiciaire).

Nul doute que Carlos Ghosn, maintenant qu’il a un peu temps, pourrait écrire un excellent livre de témoignage sur la justice japonaise, du genre Vue de l’intérieur, un peu l’équivalent du non moins excellent "Stupeur et Tremblements" d’Amélie Nothomb.

Depuis cette conférence de presse, l’auditeur distrait pourrait presque passer directement de l’affaire DSK à …l’affaire Dreyfus. Il est fort, Carlos ! The show must Ghosn, comme on peut lire sans grande originalité musicale…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 janvier 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
The show must (Carlos) Ghosn.
L’investissement productif en France.
Virginie Calmels.
Silvio Berlusconi.
Thierry Breton.
Georges Chavanes.
Volkswagen.
Bernard Tapie.
Grandeur et décadence de Carlos Ghosn.
Serge Dassault.
La SNCF.
L’industrie de l’énergie en France.
La France est-elle un pays libéral ?
La concurrence internationale.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200108-carlos-ghosn.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/the-show-must-carlos-ghosn-220570

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/01/08/37923894.html


 

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11 décembre 2019 3 11 /12 /décembre /2019 12:09

Le Premier Ministre Édouard Philippe a prononcé un discours important sur le projet de retraite universelle par points le 11 décembre 2019 au Conseil Économique, Social et Environnemental à Paris. On peut le lire dans son intégralité.

Cliquer sur le lien pour télécharger le discours (fichier .pdf) :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2019/12/discours_de_m._edouard_philippe_premier_ministre_-_presentation_du_systeme_universel_de_retraite_au_cese_-_11.12.2019.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191212-edouard-philippe-retraites.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20191211-discours-edouard-philippe-cese.html


 

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