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13 juillet 2022 3 13 /07 /juillet /2022 05:03

« Il faut que les Français se rendent compte, et ils vont le faire, que la solidarité sociale n’est pas quelque chose qu’on peut puiser dans un puits sans fond. Ça doit être payé par quelqu’un. » (Jean-Louis Bourlanges, le 11 juillet 2022 sur LCI).




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Elles ne sont pas nombreuses les personnalités politiques en situation de responsabilité qui ont des idées nouvelles, les expriment et les promeuvent avec un écho médiatique efficace, qui alimentent le débat public de manière constructive et sans esprit de posture. Jean-Louis Bourlanges en fait partie. Il était l’invité d’Élizabeth Martichoux dans la matinale de LCI le lundi 11 juillet 2022.

C’est un habitué d’Élizabeth Martichoux. Quand il était son invité le 5 mai 2022, il hésitait encore à se représenter aux législatives après un premier mandat de parlementaire national sur le tard (il a longtemps été député européen). À 75 ans, le haut fonctionnaire se disait trop âgé, ne se voyait pas encore exercer les fonctions de député jusqu’à l’âge de 80 ans (à la fin du mandat), mais "on" a dû vivement l’encourager à rempiler parce qu’il est un esprit indépendant, intelligent, fort et original. Il enrichit la majorité. Successeur de la regrettée Marielle de Sarnez à la présidence de la commission des affaires étrangères, Jean-Louis Bourlanges a aussi rempilé à la tête de cette commission le 30 juin 2022, malgré les candidatures de ses opposants (FI et RN) dans cette commission. Seul, le parti LR lui a laissé la voie libre.

Jean-Louis Bourlanges est un député très utile au Président de la République Emmanuel Macron car il assure deux éléments très positifs : d’une part, il est d’une loyauté totale, ce qui, en ces temps de majorité relative, est très précieux ; d’autre part, son indépendance d’esprit lui permet de sortir des sentiers battus, des directives élyséennes et d’être force de proposition originale et ce titre, il peut au moins enrichir le débat si ce n’est le conduire vers une direction plus sociale.

Plus sociale ? C’est très difficile de qualifier politiquement Jean-Louis Bourlanges, si ce n’est qu’il était originaire de la droite modérée, dans le sens du centre droit. Il a été gaulliste mais aussi proche du CDS (Centre des démocrates sociaux), et à ce titre, pas loin de l’UDF et du MoDem (dont il est maintenant membre), proche de François Bayrou sans lui être totalement allégeant (avant de le "quitter", il était venu au congrès fondateur du MoDem pour lui dire crûment et courageusement qu’il n’était pas d’accord avec sa stratégie !).

L’idée originale et révolutionnaire de Jean-Louis Bourlanges sur le pouvoir d’achat est de rappeler une évidence : le gouvernement ne peut pas durablement donner des "chèques" pour compenser l’inflation dans un certain nombre de secteurs, en particulier ceux de l’énergie, du logement et des transports. D’une part, parce que le budget de l’État n’est pas, comme il le dit, un « puits sans fond », ce qu’on a trop tendance à oublier depuis la politique du "quoi qu’il en coûte" d’accompagnement de la crise sanitaire. D’autre part, parce que ces chèques sont rarement ciblés, ou très difficilement ciblés (au prix parfois d’une usine à gaz).

Certes, à court terme, il faut mettre en place des mesures d’urgence, c’est d’ailleurs l’objet du texte actuellement en discussion au Parlement sur le pouvoir d’achat, mais il faut aussi anticiper pour l’avenir proche et imaginer un mécanisme satisfaisant et durable qui permette d’aider ceux qui ont des revenus très modestes (en juin 2022, l’inflation est à un rythme de 5,8% annuel, c’est énorme), sans augmenter la dette et les déficits (car sinon, ce serait de l’argent qu’on met à crédit qui plomberait les générations futures).

C’est là où le libéral rencontre le social. Jean-Louis Bourlanges reprend ainsi une idée déjà ancienne, il cite Gaspard Koenig (qui voulait se présenter à l’élection présidentielle), mais elle était aussi soutenue par le professeur Jacques Marseille dans les années 2000 à l’époque où Nicolas Sarkozy nourrissait son ambition présidentielle.

Jean-Louis Bourlanges a proposé un revenu universel, c’est-à-dire à tous les Français, inconditionnellement, sans condition de revenus, pauvres ou riches, totalement libre d’en faire ce qu’ils veulent. Et il serait financé par la redistribution, par une hausse de la CGS proportionnelle (donc, totalement finançable). Reste à trouver où mettre le curseur : le montant du revenu universel et sa conséquence en augmentation de la CSG. L’intérêt de le faire financer par la CSG, c’est qu’elle est redevable sur tous les revenus et pas seulement ceux du travail. C’est une sorte d’impôt négatif. Les plus modestes seraient largement gagnants et les plus aisés contribueraient ainsi à cet effort de redistribution.

C’est à la fois libéral, en ce sens où ce revenu n’est pas conditionnel, libre d’être dépensé comme on veut, mais aussi très social puisqu’il s’agit de redistribution. Pour Jean-Louis Bourlanges, il ne s’agirait pas d’une hausse d’impôt ou de taxe puisque ce serait entièrement redistribué (au global, c’est une opération neutre, mais individuellement, certains vont y gagner et d’autres y perdre).

Jaques Marseille avait étudié ce genre de proposition et l’a trouvée beaucoup plus profitable aux personnes ayant des revenus modestes que l’idée simpliste et stupide de "faire payer les riches" (lire la démonstration ici). Jean-Louis Bourlanges reprend ainsi cette idée qui reste révolutionnaire et qui avait été proposée entre autres par Benoît Hamon mais avec une tout autre philosophie (et probablement avec une autre application).

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Les mots de Jean-Louis Bourlanges étaient assez clairs : « Ça ne peut pas être durable. Moi, j’ai mon idée là-dessus. Je suis pour un revenu universel, tel qu’il a été proposé notamment par Gaspard Koenig que je trouve très intéressant, dans lequel on donnerait à tous les Français une somme forfaitaire, du plus riche au plus pauvre, qui bénéficierait évidemment d’abord à ceux qui ont peu d’argent, revenu qui serait financé par un prélèvement proportionnel de la CSG, sur tout le monde. ».

Prenant le langage de la vérité : « Non, ça n’augmenterait pas les impôts car ce serait un effet de redistribution. Il faut savoir ce qu’on veut. Si l’on veut soutenir le pouvoir d’achat, qui est prêt à payer ? S’il s’agit de soutenir le pouvoir d’achat des plus modestes, il faut que ce soit soit ceux qui sont au-dessus, soit la dette et l’augmentation des déficits. Je crois qu’on en a assez avec la dette et les déficits. ».

L’objectif est de soutenir le pouvoir d’achat des plus modestes : « Je crois qu’il faut mettre les gens en face de leurs responsabilités. C’est une idée personnelle. Est-ce que nous voulons aider ou non ? Je crois qu’il faut être très ciblé. Qu’est-ce qui arrive aux gens qui ont des revenus limités ? Ils n’arrivent pas à se chauffer. Ils n’arrivent pas à conduire leur voiture. Soit on baisse le prix de l’essence, et ça fait qu’on augmente potentiellement la consommation de carburant alors que cela contredit nos objectifs climatiques. Donc, il vaut mieux leur donner une somme globale. Avec cette somme, ils font ce qu’ils veulent. Et ils développeront des modes de transports alternatifs s’ils le peuvent. Mais ils auront une sorte de palier, ciblé selon moi sur la transition climatique. ».

L’idée intéressante, c’est de globaliser l’effort de pouvoir d’achat sur le budget des ménages. En effet, en proposant un chèque essence, on contribue à renforcer l’essence au lieu de présenter des solutions alternatives (transports en commun, véhicule électrique etc.). En permettant aux ménages de gérer ce soutien au pouvoir d’achat comme ils l’entendent, librement, leur avantage resterait justement de changer de mode de transport pour éviter d’être impactés encore par la hausse des carburants, tout en gardant l’aide au pouvoir d’achat. C’est donc beaucoup plus incitatif qu’un simple chèque essence (et cela pour un coût identique pour la collectivité).

Autrement dit, il n’y a pas de Père Noël : « Il faut que les Français se rendent compte, et ils vont le faire, que la solidarité sociale n’est pas quelque chose qu’on peut puiser dans un puits sans fond. Ça doit être payé par quelqu’un. Alors, la meilleure façon de la payer, c’est la croissance. C’est là où je suis entièrement d’accord avec l’approche du gouvernement. Il faut créer les conditions de la croissance. Il faut que les gens travaillent plus, travaillent mieux, qu’il y ait beaucoup moins de friction entre le moment où l’on termine ses études… il faut que l’éduction forme mieux… C’est important. Si vous produisez plus, vous pouvez donner plus. ».

La grande différence entre l’idée du revenu universel de Jean-Louis Bourlanges et celle de Jacques Marseille, c’est son financement. Jean-Louis Bourlanges est beaucoup plus prudent : on ne remet pas en cause les prestations sociales, on finance le revenu universel par une hausse de la CSG. Il faudra le réglage le plus juste du curseur pour savoir au-dessus de quels revenus le contribuable sera perdant (c’est la définition d’être riche ou pas, or, le risque, effectivement, c’est que c’est la classe moyenne qui paie). Jacques Marseille, lui, ne s’embarrassait pas de cette notion : il finançait ce revenu universel par la suppression de toutes les autres prestations sociales (sauf celles de l’assurance-maladie), y compris les pensions de retraites reconverties en une retraite complémentaire par capitalisation.

C’est une proposition intéressante, grave, sérieuse, solide et révolutionnaire. Et, pourquoi pas ?, elle pourrait faire l’objet d’un référendum. Après tout, ce n’est pas insensé de demander aux Français s’ils acceptent d’accroître leur solidarité nationale à l’égard des plus modestes et des plus fragiles. L’idée du référendum est de moi, pas de Jean-Louis Bourlanges, et elle a un sens : on ne peut plus imposer aux contribuables d’augmenter les taxes et impôts sans leur consentement (cela conduit à des crises comme celle des gilets jaunes). Mais cela ne doit pas empêcher pour autant d’avancer à aider les plus modestes. J’espère que cette belle idée trouvera sa voie, politique, parlementaire et même référendaire, dans sa réalisation. Révolution, c’était le nom du livre-programme d’Emmanuel Macron en 2017…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L'idée de Jacques Marseille.
Jean-Louis Bourlanges et la capitulation du PS.
Pouvoir d’achat : l’idée révolutionnaire de Jean-Louis Bourlanges.
Jean Faure.
François Bayrou.
Joseph Fontanet.
Marc Sangnier.
Bernard Stasi.
Jean-Louis Borloo.
André Rossinot.
Laurent Hénart.
Hervé Morin.
Olivier Stirn.
Marielle de Sarnez.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220711-bourlanges.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/pouvoir-d-achat-l-idee-242693

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/07/12/39556427.html













 

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17 juin 2022 5 17 /06 /juin /2022 04:28

« Ah ben, si un raisonnement n’est pas une preuve… En effet, il n’y a rien qui vaille. Depuis Descartes, ça s’appelle le doute méthodique… Arrêtez de dégrader le niveau politique. La politique, ce n’est pas forcément mentir. » (Jean-Luc Mélenchon, le 17 juin 2022 sur BFM-TV).




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Comment dire n’importe quoi et passer à une heure de grande écoute à la télévision ? Tiens, encore une autre formule : « Lundi matin, je serai chez moi à attendre le coup de téléphone du Président. ». C’est ça, la réalité alternative. Le sujet est plongé dans un autre monde, celui de ses caprices et de ses songes. Quand, dans ses Mémoires, De Gaulle parlait de la vieillesse, qui est un naufrage, il ne pensait pas à Jean-Luc Mélenchon mais à Pétain. Pourtant, à quelques semaines de ses 71 ans, on peut quand même vraiment y penser pour le lider maximo de la Nupes tant ses délires politiques sont désormais mis en plein jour. Le fait-il exprès ou pas ?

Le délire mélenchonesque de la semaine, c’est le supposé projet caché du gouvernement d’augmenter la TVA pour engranger 80 milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires afin d’atteindre 3% du PIB de déficit en 2027. Cela pourrait être vrai, ce ne serait pas la première fois qu’un pouvoir cacherait quelques mauvais destins, mais l’attitude du Président Emmanuel Macron a toujours été claire et il n’a jamais rien caché de ses intentions, au risque de perdre des voix ; pour preuve, il a confirmé une semaine avant le scrutin que la réforme des retraites s’appliquerait dès l’été 2023. Pour la TVA, c’est surtout ne rien comprendre à la logique du gouvernement.

Dès le soir du premier tour, Jean-Luc Mélenchon a lancé gratuitement, j’insiste sur le "gratuitement", la rumeur d’augmentation de la TVA qui serait voulue par le gouvernement. Il n’est pas fou, Jean-Luc Mélenchon, il sait que c’est un sujet très sensible pour les ménages, surtout en période inflationniste (où la TVA a d’ailleurs un meilleur rendement puisqu’elle est proportionnelle au prix). Il sait qu’en juin 2007, à cause d’une maladresse entre les deux tours des législatives sur le sujet du Ministre de l’Économie et des Finances d’alors, Jean-Louis Borloo (qui ne dura pas longtemps à Bercy, remplacé après les élections par Christine Lagarde), le tout nouveau Président Nicolas Sarkozy a perdu une cinquantaine de sièges. On peut aussi dire que ce même Nicolas Sarkozy a sans doute perdu sa réélection pour avoir augmenté la TVA à deux mois et demi de l’élection présidentielle de 2012 (pour transférer les cotisations sociales sur les prix à la consommation). Donc, Jean-Luc Mélenchon, qui connaît très bien l’histoire politique du pays (il était lui-même sénateur en 2007), veut répéter l’idée et comme le gouvernement ne fait pas dans la maladresse sur ce sujet, il y va avec ses procès d’intentions.

La réaction outrée du Ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a été ferme : il répète et martèle depuis le début de la semaine qu’il n’est pas question d’augmenter les impôts, ni directs ni indirects, ni des ménages, ni des entreprises (au contraire de la Nupes !). Il a même évoqué le 15 juin 2022 sur LCI le comportement complotiste de Jean-Luc Mélenchon visant à insinuer le doute et le soupçon en calomniant gratuitement. Une méthode qui donne une idée de ce que serait un gouvernement Mélenchon si par malheur il arrivait au pouvoir (Robespierre est toujours vivant).

Même les journalistes en économie des grands médias étaient dans la stupéfaction avec cette affaire. Car Jean-Luc Mélenchon aurait pu retrouver dans une poubelle un brouillon d’une idée possible d’un commencement de suggestion d’une telle mesure, mais non, à la connaissance de ces journalistes, rien, strictement aucun projet allant dans ce sens. Le seul projet connu à propos de la TVA, ce serait même de la faire baisser pour les produits pétroliers pendant une période inflationniste.

Donc, ce procès d’intention provient simplement de l’imagination très créative de Jean-Luc Mélenchon qui accuse la majorité d’une proposition qu’elle n’a jamais formulée et jamais voulue. C’est donc n’importe quoi et montre une idée du niveau de la vie politique en France (il a l’audace de retourner cette critique à son profit alors que c’est lui qui dégrade considérablement le niveau intellectuel et politique du débat public). Je pensais que le gourou de la Nupes allait donc s’arrêter sur cette désinformation grossière, vu qu’elle ne fonctionnait pas.

Eh bien non. Invité par Apolline de Malherbe à la matinale de BFM-TV ce vendredi 17 juin 2022, il est revenu à la charge devant une journaliste complètement médusée par une telle assurance dans la fake-news. Car bien évidemment, Jean-Luc Mélenchon n’a apporté aucun nouveau fait confirmant cette supposée volonté du gouvernement d’augmenter la TVA et ce n’est pas en martelant "c’est un fait" que la mesure est là (il disait "c’est un fait" pour des choses qui n’avait rien à voir).

Alors, il a redit son raisonnement, car Jean-Luc Mélenchon est un garçon qui se veut très rationnel, il sait lire la pensée des autres et il sait ainsi projeter plein de choses invisibles. Il n’est pas gourou pour rien, ce n’est pas donné à tout le monde. Les 80 milliards d’euros, ça vient de la différence entre le déficit public actuel en 2022 et le déficit cible en 2027 (3% du PIB). Donc ce chiffre est un chiffre de Jean-Luc Mélenchon qui a regardé dans le programme de la majorité présidentielle que 40 milliards d’euros seraient économisés d’une manière ou d’une autre (c’est notamment le rôle de la réforme des retraites). Bref, pour lui, il manque encore 40 milliards d’euros.

Et là, il a sorti des recommandations de la Commission Européenne. Ce n’est pas parce que la Commission Européenne dit une chose que c’est le programme d’Emmanuel Macron : alors que Jean-Luc Mélenchon veut carrément "désobéir" aux Traités européens (le terme est d’ailleurs amusant, serait-il un petit enfant dans madame l’Europe ?), un gouvernement national n’est pas encore censé obéir à la Commission Européenne, surtout quand elle exprime une "recommandation". La souveraineté nationale existe toujours, il faut parfois le rappeler.

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Je regrette le manque de réactivité d’Apolline de Malherbe qui pourtant voulait coincer intellectuellement Jean-Luc Mélenchon sur cette mesure. Jean-Luc Mélenchon déduit de plusieurs recommandations depuis une dizaine d’années de la Commission Européenne demandant une augmentation de la TVA (ce qui reste à vérifier) pour conclure qu’Emmanuel Macron va augmenter la TVA. Sauf qu’en expliquant que la Commission Européenne avait déjà plusieurs fois recommandé une telle augmentation (il a même cité des dates, mais il ne semblait pas très assuré), il venait de prouver lui-même que les gouvernements français s’en moquaient, de telles recommandations, puisque aucun d’eux ne l’avait proposé à sa majorité depuis 2012 (François Hollande ayant défait l’augmentation de Nicolas Sarkozy dès juillet 2012).

Mais la mauvaise foi n’étouffait pas Jean-Luc Mélenchon quand il expliquait que déjà en 2017, Emmanuel Macron avait promis qu’il n’augmenterait aucun impôt et que finalement, il a mis en place la taxe carbone qui a engendré la crise des gilets jaunes. Là encore, foutage de gueule et réécriture de l’histoire. La taxe carbone était un impôt mis en place sous le quinquennat de François Hollande et probablement que l’erreur d’Emmanuel Macron était d’avoir laissé cette disposition s’appliquer au jour dit sans voir ses conséquences sociales à une époque où les écologistes et aussi les mélenchonistes le pressaient pour faire la transition écologique. Les mesures de la Nupes engendraient bien plus de colère des gilets jaunes qu'en 2018.

D’ailleurs, notons aussi la mauvaise foi de Jean-Luc Mélenchon qui a reproché à la majorité d’avoir laissé courir la taxe carbone et dire en même temps qu’elle ne faisait pas assez pour la lutte contre le réchauffement climatique (il n’est pas à une contradiction près). Du reste, pendant toute cette semaine, les zélateurs du centralisme mélenchonique tentaient de récupérer électoralement la canicule pour donner une raison supplémentaire de voter pour eux ! (le risque serait plutôt qu’ils encouragent les abstentionnistes à rester chez eux pour se protéger de la grande chaleur !).

Prenons le verbatim exact : « Je redis : monsieur Le Maire a avoué qu’il veut retirer 40 milliards du budget de l’État. Comment fait-il ? Ou bien il nous dit où il l’enlève, ou bien il nous dit où il prend. Mais cela ne peut pas être les deux en même temps et dire : je ne prends rien et je n’enlève rien. Donc monsieur Le Maire, dans cette situation, a un problème avec la vérité. La vérité, c’est qu’il a prévu des diminutions de prestations sociales, il a prévu de continuer dans la santé et l’éducation les coupes claires auxquelles il procède. ». J’aime bien le verbe "avouer", avec Jean-Luc Mélenchon, l’Inquisition n’est jamais loin. Quant à la TVA, étrangement, elle est sorti des propos. Là, il parlait de "coupes claires".

Cette citation montre à quel point Jean-Luc Mélenchon n’a rien compris à l’économie et fait dans le simplisme démagogique (du genre : les riches doivent payer en oubliant qu’avant de la redistribuer, il faut d’abord créer la richesse). Le ministre parlait de déficit et pas de retirer 40 milliards du budget de l’État, c’est-à-dire qu’on peut équilibrer un budget autrement qu’en prenant ou en enlevant.

Réponse par les propos du Président Emmanuel Macron dans son allocution du 14 juin 2022 : « Cette indépendance, nous ne la ferons pas par plus d’impôts, au contraire, nous continuerons de les baisser, ni par plus de dette, nous devons la réduire, ni par la décroissance, nous la combattons. Nous le ferons par le travail. Travailler tous en atteignant le plein emploi qui est à portée de mains. Travailler mieux, en améliorant les rémunérations et les conditions de travail. Travailler plus pour gagner, par notre effort collectif, en force économique. ».

En résumé, Jean-Luc Mélenchon, dont le programme va coûter à la France 300 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires, avec un choc fiscal de 160 milliards d’euros dont 50 des poches des ménages, n’a pas manqué de culot pour fustiger une proposition que n’a jamais formulée la majorité et que la majorité dément formellement car la philosophie générale de la majorité présidentielle, c’est au contraire de libérer les énergies, de desserrer l’étau fiscal pour augmenter l’activité économique et favoriser la croissance (il faut répéter que Jean-Luc Mélenchon est nul en économie, comme son mentor François Mitterrand).

Bref, persister dans ce procès d’intention, persister dans cette fake-news démontre au moins une chose : c’est que le programme de la majorité présidentielle n’est pas si condamnable que cela puisque le leader suprême de la Nupes doit inventer des mesures fantaisistes pour le condamner. Il se rend bien compte que dans les circonscriptions où le duel s’est transformé en affrontement entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, les électeurs, partisans de l’ordre et de la prospérité, refusant le chaos qu’un potentat vieillissant jusqu’au naufrage et ne comprenant rien à la société française entraînerait dans sa déroute, sauront choisir selon l’intérêt de la France, je n’en doute pas. Quant à ceux qui se sont embarqués dans le Titanic-Mélenchon, je leur souhaite bien du plaisir à assumer politiquement l’après-Nupes dans honte de leurs prochains électeurs…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Résultats du second tour des élections législatives du 19 juin 2022 (Ministère de l’Intérieur). À venir.
TVA : Mélenchon, champion du monde de la mauvaise foi.
Procès d’intention, soupçons, fake-news, calomnie : le complotisme mélenchonien.
Législatives 2022 (8) : aucune voix ne doit manquer à la République !
Allocution du Président Emmanuel Macron le 14 juin 2022 à Orly (texte intégral et vidéo).
Législatives 2022 (7) : Liberté, Égalité, Choucroute.
Résultats du premier tour des élections législatives du 12 juin 2022 (Ministère de l’Intérieur).
Législatives 2022 (4) : sous la NUPES de Mélenchon.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Pour Jean-Louis Bourlanges, c’est la capitulation et la bérézina !
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220617-tva.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/06/17/39522072.html







 

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14 janvier 2022 5 14 /01 /janvier /2022 03:15

« François Perigot n’a pas son pareil pour effacer les distances. (…) Il met à l’aise et parle rond, car il a le réflexe des idées, mais la prudence de les habiller de relatifs. Il fréquente la planète comme un VRP sillon sa zone de chalandise. (…) [Il] s’accommode mal des frontières quelles qu’elles soient : géographiques, idéologiques ou autres. Il se lit "libéral non excessif", se veut légitimiste et se présente en homme d’apaisement. » (Émile Favard, "Les Échos", le 3 juin 1994).




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Un homme d’apaisement, ce qui, pour un dirigeant d’entreprises qui a commencé dans la dentelle, n’est pas un vain mot ! L’ancien chef d’entreprise François Perigot est mort le 7 janvier 2022 à l’âge de 95 ans (né le 12 mai 1926 à Lyon). Les plus anciens peuvent se rappeler qu’il a été le patron des patrons, à l’époque président du CNPF (Conseil national du patronat français, ancêtre du Medef) de 1986 à 1994.

Diplômé de l’IEP Paris, François Perigot fut entrepreneur et dirigeant d’entreprises, ce qui l’a amené à présider le groupe Unilever d’abord en Espagne puis en France (Unilever était alors un groupe anglo-néerlandais de 200 milliards de francs de CA employant 300 000 personnes dans 75 pays). Il s’est beaucoup impliqué dans les instances représentatives des chefs d’entreprise et a présidé aussi l’Institut de l’entreprise de 1983 en 1986.

Lorsqu’il fut élu président du CNPF, en décembre 1986, c’était dans un combat contre Yvon Chotard, ancien résistant, président des éditions France-Empire, déjà candidat favori en 1981. François Perigot, se disant posé et courtois, diplomate et dynamique, succédait alors au "consensuel" Yvon Gattaz qui, durant un mandat particulièrement difficile, avait dû batailler contre la gauche socialo-communiste arrivée au pouvoir avec, dans son programme, des nationalisations, la semaine de 39 heures de travail, de nouveaux impôts et taxes, et une véritable culture anti-entreprises.

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En 1986, au contraire, la droite est revenue aux affaires avec un programme affichant un néo-libéralisme de revendication. François Perigot a exercé deux mandats de quatre ans jusqu’en juin 1994, avec des gouvernements de droite ou de gauche d’une culture plus raisonnablement pro-entreprises. J’écris "plus raisonnablement" car sans entreprises qui font des profits, pas de possibilité de redistribuer la richesse pour la solidarité nationale. L’argent ne vient que dans la création de valeur et celle-ci doit être encouragée pour maintenir de fortes ambitions sociales.

Le journaliste Patrick Bonazza, dans "Le Nouvel Observateur" du 12 décembre 1986, a décrit ainsi le nouveau patron des patrons : « Unilever, c’est une culture qui privilégie les carrières sans histoire, récompense la fidélité et pas seulement la compétence, sécurise ses poulains. C’est une méritocratie, une société de managers cooptés. Quand Unilever vous prend sous sa coupe, il ne peut vous arriver malheur. (…) François Perigot n’a donc rien d’un aventurier : il a fait toute sa carrière dans l’univers tranquille de la multinationale. Pour l’essentiel d’ailleurs, dans des tâches bien plus administratives qu’entrepreneuriales. (…) Dans le jardon maison : un "fonctionnel" qui ne se frotte pas au marché comme les "opérationnels". (…) Perigot, avant de donner un avis, s’entoure de mille conseils, il excelle dans les réunions où s’expriment les autres. ». Ce qu’allait résumer sept ans plus tard son confrère Émile Favard : « Perigot assume mieux qu’il innove ; c’est un responsable davantage qu’un créateur. ».

François Perigot a conquis le CNPF avec le patron Michel Maury-Laribière (1920-1990), président du groupe industriel qui est devenu Terreal, nommé premier vice-président du CNPF. Michel Maury-Laribière avait été présent aux accords de Grenelle en mai 1968 pour conseiller les représentants du patronat et il a obtenu en 1982, du gouvernement de gauche, l’exonération de l’outil de travail dans le calcul de l’impôt sur les grandes fortunes.

Durant son double mandat, des enjeux internationaux furent très importants : le cycle d’Uruguay du GATT pour le commerce international, la préparation du Traité de Maastricht pour le commerce communautaire, mais aussi la chute du mur de Berlin, l’effondrement de l’URSS, la guerre du Golfe, la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, les Accords d’Oslo, etc. François Perigot a compris très tôt l’importance des marchés internationaux (notamment européens) et il a encouragé les entreprises françaises à conquérir le monde, au moins l’Europe (sa carrière de chef d’entreprise était elle-même internationale).

Il a ainsi créé en 1989 la branche du CNPF International (qui est devenue Medef International), présidée d’abord par l’ancien ministre gaulliste François-Xavier Ortoli, président de la Compagnie française des pétroles, jusqu’en 1997, puis François Perigot en a pris la présidence lui-même de 1997 à 2005. Enfin, de 2005 à sa mort, il fut président d’honneur du Medef et de Medef International.

Par ailleurs, François Perigot a aussi donné une grande importance à l’entrée des jeunes dans la vie active, même si l’arrivée de la crise économique des années 1990 a rendu difficile cette entrée dans la vie active par le chômage des jeunes. Il a "cédé" sa place de président du CNPF (pour prendre celle de Business Europe) à Jean Gandois, le très ouvert patron de Péchiney.

Sous la présidence de François Perigot, le CNPF a vu toutefois réduire son influence sur l’économie française, notamment en raison de la crise économique, du chômage, de la fin du contrôle des prix et plus conjoncturellement, par de mauvaises relations avec le Premier Ministre de l’époque, à savoir Édouard Balladur.

Évoquant la fin de sa présidence du CNPF, le journaliste Émile Favard a décrit, dans "Les Échos" du 3 juin 1994, le président sortant du CNPF : « Entre deux voyages, il reçoit à domicile Lech Walesa, Nelson Mandela, Carlos Salinas, le roi de Suède et le Premier Ministre indien. "Pas un chef d’État ne vient désormais à Paris sans passer par le CNPF. J’ai donné une visibilité internationale à cette maison", commente-t-il, franchement satisfait de ce crédit accordé au patronat français. À la tête du CNPF, Paul Huvelin avait apporté de la modernité, François Ceyrac de l’autorité, Yvon Gattaz de la pugnacité, lui y ajoute de l’espace afin d’internationaliser l’économie française. ».

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Parmi les autres mandats ou responsabilités dans le cadre de son activité au service du patronat, François Perigot fut président de Business Europe (le patronat européen, alors Union des confédérations de l’industrie et des employeurs d’Europe implantée dans 36 d’Europe) de 1994 à 1998 (il était vice-président de 1988 à 1994), organisation qui est présidée depuis 2018 par Pierre Gattaz (Ernest-Antoine Seillère en fut aussi président de 2005 à 2009). En 2004, il fut également membre de la commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation dans le cadre de l’Organisation internationale du travail (OIT).

En outre, François Perigot fut nommé membre du Conseil Économique et Social (ensuite et Environnemental) de 1989 à 1999. Dans ce cadre, il a publié le 15 avril 1998 un rapport sur le rôle de la France dans les relations entre l’Union Européenne et les pays méditerranéens où il a précisé, en conclusion : « Avec la constitution d’une zone de libre-échange à l’horizon 2010 destinée à favoriser le développement économique et social et à accompagner l’intégration de ces pays dans l’économie mondiale et avec l’intensification des échanges et de la coopération dans le domaine culturel, social et humain afin d’instaurer un dialogue entre les cultures, [la conférence de Barcelone de novembre 1995] a introduit des innovations essentielles. ».

Dans sa retraite, François Perigot a créé en 2010 un petit groupe de réflexion au sein des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC), une émanation/transformation du Centre français du patronat chrétien (CFPC), sur la difficulté des patrons chrétiens à appliquer la doctrine sociale de l’Église, en particulier à comprendre et interpréter l’encyclique "Caritas in veritate" du pape Benoît XVI publiée le 29 juin 2009, qui évoque des thèmes économiques très actuels : la mondialisation, le bouleversement climatique et la crise financière. Le cardinal Tarcisio Bertone, Secrétaire d’État du Saint-Siège (le numéro deux du Vatican) de 2006 à 2013, a décrit ainsi cette encyclique en mai 2008 : « Le pape ne veut pas répéter des lieux communs de la doctrine sociale de l’Église, mais veut apporter quelques éléments originaux, conformément aux défis de l’époque. ».

Il en est ressorti une intervention de François Perigot le 14 juin 2010 à Rome, lors de la "International conference on social entrepreneurship" qui s’est terminée par ceci : « La pratique authentique de la responsabilité sociale ne peut se faire que dans l’engagement personnel à partir des valeurs de références spirituelles qui sont très précisément celles que l’encyclique nous rappelle. Elles sont au cœur du message pontifical et nous conduisent à reconsidérer notre propre vision de notre responsabilité comme expression de notre valeur morale (art. 5) "sans vérité, sans confiance et sans amour il n’y a pas de conscience ni de responsabilité sociale". Elles constituent le grand défi que nous devons relever (art. 36) "montrer dans un contexte de plus en plus pressant qu’au niveau de la pensée comme des comportements que les principes traditionnels de l’éthique ne peuvent être ni négligés, ni sous-évalués". À côté des valeurs traditionnelles de solidarité et de fraternité, deux thèmes illuminent ce message : celui d’une "éthique amie de la personne" ; celui de la gratuité et de la logique du don comme expression de fraternité et fondement de la recherche du bien commun. "La gratuité qui nous apparaissait comme un plus ou un choix, devient le matériau constitutif, le tissu même de la vie sociale, politique, économique au quotidien". ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Perigot.
Alain Minc.
Jean Gandois.
Yvon Gattaz.
Bill Gates.
Carlos Ghosn.
Olivier Dassault.
Albin Chalandon.
Bernard Tapie.
Jouer avec les Lego.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220107-francois-perigot.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/francois-perigot-et-l-238545

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/08/39296301.html









 

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10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 03:14

« Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu’il faut augmenter les droits de succession à tout-va, au contraire. Nous sommes une nation de paysans dans notre psychologie collective, ce qui est une force. Nous avons cela dans notre ADN et donc la transmission est importante pour nous. Donc, je pense qu’il y a des choses à améliorer. Il faut plutôt accompagner les gens pour les aider à transmettre les patrimoines modestes. » (Emmanuel Macron, "Le Parisien", le 4 janvier 2022).




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Occultée par la loi de l’emmerdement maximal contre les personnes non-vaccinées, les propos du Président de la République Emmanuel Macron sur les droits de succession, lors de son interview dans "Le Parisien", le 4 janvier 2022, sont passés inaperçus. Ce sont pourtant, peut-être, les plus stratégiques.

Il faut toujours replacer ces petites phrases dans leur contexte : selon le journaliste du "Parisien" David Doukhan qui a participé à l’entretien, Emmanuel Macron n’a été à l’origine d’aucune question ni sujet, ni du reste "Le Parisien" lui-même (sinon, on aurait parlé de régalien, de sécurité) ; les thèmes abordés ne provenaient que du choix (arbitraire) des sept "citoyens" (lecteurs du quotidien) choisis pour l’occasion.

Néanmoins, Emmanuel Macron a su rattraper la balle au bond et au bon moment. Actuellement, les droits de succession sont énormes pour une rentabilité faible. Très largement supérieurs à nos voisins européens, ils ne rapportent au budget de l’État que 14,4 milliards d’euros (en 2019, y compris les taxes sur les donations), alors qu’ils sont une surimposition puisque l’argent ou le patrimoine taxés avaient déjà été imposés auparavant.

À l’époque du Président Nicolas Sarkozy, par la loi TEPA (loi en faveur du travail, de l’emploi et de la protection du pouvoir d’achat), il avait allégé et simplifié les droits de succession (et taxes sur les donations). En ligne directe (parents/enfants), l’abattement applicable aux successions et aux donations était de 159 500 euros par enfant et le délai de rappel fiscal pour les donations était fixé à six ans. Par la loi de finances rectificative du 29 juillet 2011, cela s’est durci en prolongeant le délai de rappel fiscal à dix ans et en ne réévaluant plus les montants des abattements (ce qui a augmenté le nombre de successions taxables, 12% au lieu de 5%). En outre, Nicolas Sarkozy avait entièrement exonéré les transmissions entre époux.

Mais ces dispositions, qui ont été allégées sous Nicolas Sarkozy (puis un peu réalourdies après la crise financière de 2011), ont été les premières cibles idéologiques du Président François Hollande juste après son élection. En effet, il a fait voter très rapidement la loi de finances rectificative du 16 août 2012 qui a modifié les avantages précédents : l’abattement en ligne directe a chuté à 100 000 euros et le délai de rappel fiscal prolongé à quinze ans ! (Le rappel fiscal, c’est la période pendant laquelle l’abattement est pris en compte dans les donations et les successions : plus ce rappel est court, plus le contribuable est avantagé). Les seuls avantages maintenus par François Hollande furent l’exonération fiscale des transmissions entre époux et la majoration spécifique pour les héritiers en situation de handicap instaurée par Nicolas Sarkozy, dont le montant est 159 3325 euros.

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Les droits de succession sont, comme l’impôt sur la grande fortune, des marqueurs idéologiques (de gauche ou de droite), alors que la plupart des personnes qui ont épargné toute leur vie pour transmettre un petit patrimoine à leurs enfants ne sont pas forcément de grands fortunés. En 2017, Emmanuel Macron n’a pas voulu y revenir dans son programme ni depuis, dans sa politique. Comme mesure phare en faveur du pouvoir d’achat, il avait proposé (puis mis en application un fois au pouvoir) l’abrogation de la taxe d’habitation.

En 2022, ce sera probablement un thème de campagne fort. Le premier à avoir senti le vent passer a été Éric Ciotti pendant la campagne de la primaire LR de décembre 2021. Dans son programme assez complet, il a, sans complexe, proposé une réduction massive des taxes et impôts, considérant que l’impôt tuait l’impôt et que le regain d’activités économiques engendré par cette réduction massive allait compenser le manque à gagner.

Les propositions de celui qui est arrivé en tête du premier tour de la primaire LR sont les suivantes : « supprimer l’impôt sur les successions en ligne directe (plafond à 5 millions d’euros) ; supprimer l’impôt sur les donations en ligne directe ; exonération des droits de succession et de donation d’entreprises en ligne directe conditionnée  la continuité de l’activité ; exonérer les donations entre grands-parents et petits-enfants jusqu’à 150 000 euros ; diminuer à cinq ans le renouvellement périodique des abattements sur les donations. ».

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Éric Ciotti a ainsi testé cette baisse drastique des droits de succession dans son électorat, et a considéré que ce serait plus juste, favorisant le travail et la famille : « L’impôt sur les successions et sur les donations représente un impôt sur la mort profondément injuste qui vient taxer le fruit d’une vie de travail. Mon projet défend puissamment la transmission. Je supprimerai ces impôts pour faire circuler le patrimoine plus facilement vers les générations qui en ont besoin. ».

Ces propositions fortes ont contribué, indépendamment du volet régalien déjà bien connu d’Éric Ciotti, à son succès interne parmi les militants de LR. Et même elles ont reçu un écho très favorable de la part de la sacro-sainte "opinion publique".

Il faut bien comprendre que le marqueur idéologique est très prégnant. Du côté de l’étatisme, le principe de succession est une hérésie sur le plan de l’égalité, du moins de l’égalité des chances à la naissance, selon que sa famille est riche ou pauvre. Remettre à la naissance tout le monde au même niveau est une tentation totalitaire et gauchiste (confiscation totale du patrimoine du défunt et redistribution). Mais il n’y a pas que la bataille pour l’égalité. Il y a aussi cette stupidité idéologique de haine contre les riches, ce qui avait déjà motivé l’impôt sur les grandes fortunes.

Au contraire, chez les partisans de la liberté, la taxation du patrimoine du défunt est une hérésie fiscale, puisque ce patrimoine est déjà le résultat d’un argent déjà taxé et imposé. Non seulement la valeur de la famille est en jeu, mais aussi celle du travail : la motivation d’un chef d’entreprise peut être tout autre, mais elle est aussi de retransmettre ce patrimoine à ses enfants, parfois sur plusieurs générations. Pas seulement que d’un chef d’entreprise, d’ailleurs, mais de toute personne dont la profession bien rémunérée est très prenante ; pendant toutes ses journées, pendant toute sa vie, il s’est refusé des loisirs, du repos, pour pouvoir in fine transmettre à ses enfants. Plus on taxera ses donations et sa succession, plus il se dira "à quoi bon ?" et pourquoi donc ne pas occuper un emploi de "fonctionnaire", pris ici dans le sens trivial, caricatural et parfois profondément injuste (je vois tous les jours des fonctionnaires dévoués et consciencieux qui en font largement plus que leur salaire) si c’est pour transmettre son patrimoine plutôt à l’État qu’à ses enfants ou à d’autres bénéficiaires choisis par lui (j’ai mis au masculin, cela peut s’entendre au féminin bien évidemment).

Désignée candidate LR, Valérie Pécresse a bien compris l’importance des propositions d’Éric Ciotti sur les droits de succession et il me semble qu’elle est en cours de les prendre pour elle (en tout cas, c’est à suivre). Je le répète, c’est un impôt qui apporte peu d’argent à l’État et qui clive idéologiquement.

C’est ainsi que la "sortie" d’Emmanuel Macron est très intéressante : il faut se préoccuper, dit-il, des « transmissions populaires ». En gros, c’est le même problème que le discours des entreprises (il faut par exemple écouter le candidat communiste). Dire entreprises ne signifie rien : à gauche, c’est soit des grandes entreprises du CAC40 (bouh, les vilains, riches, à taxer !), soit des petites entreprises, l’artisan du quartier, qu’il faut soutenir, des ouvriers de qualité, des pauvres, etc. C’est pareil pour les successions, soit les petites transmissions, un père maçon qui a travaillé toute sa vie en se privant pour épargner et transmettre un petit capital à ses enfants. Ou la succession de Serge Dassault ou de Jean-Luc Lagardère.

Bien sûr, les Français sont pour les impôts qu’ils ne paient pas et contre les impôts qu’ils paient. Donc, tout revient à mettre au bon endroit le curseur. Que signifient les "petites successions" ? Pour Nicolas Sarkozy, c’est 159 500 euros par enfant. Pour François Hollande, c’est 100 000 euros par enfant. Il devient probable que le futur candidat Emmanuel Macron fasse bientôt une proposition sur ce sujet au cours de la campagne présidentielle.

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À la pointe de l’innovation, le candidat Jean-Luc Mélenchon n’est pas en reste sur les droits de succession, mais dans sa version "égalitaire". Au "Grand Jury" RTL LCI "Le Figaro" du 9 janvier 2022, le leader de la France insoumise a en effet évoqué ce sujet qui sera peut-être l’un des thèmes majeurs de la campagne, dans le cadre de la protection du pouvoir d’achat.

Jean-Luc Mélenchon a d’abord fait le "modéré" en comprenant que les successions "modestes" ne devraient pas être taxées. Il est d’ailleurs plus généreux que François Hollande puisqu’il pose 120 000 euros la limite d’exonération des droits de succession (mais je pense, à sa manière de parler, qu’il croit que c’est le seuil actuel alors qu’il est seulement de 100 000 euros). Mais sa "modération" a chuté quand lui, qui a déclaré l’un des patrimoines personnels les plus élevés en 2017 (de plus d’un million d’euros), a estimé que 120 000 euros était déjà "beaucoup". Rien qu’une résidence principale du parent décédé, s’il est propriétaire, doit faire deux à trois fois plus, à moins d’en être resté au stade d’étudiant et de vivre dans un studio (certes, tout le monde n’est pas propriétaire, mais on ne peut pas dire qu’on est "riche" quand on a une résidence à transmettre qui vaut maintenant une ou deux ou même trois fois 120 000 euros, selon le nombre d’enfants).

Jean-Luc Mélenchon a ensuite fait état d’une autre catégorie, celle entre 120 000 et 12 millions d’euros, soit 100 fois plus. Là, c’est selon le barème actuel, si j’ai bien compris. Donc, rien de nouveau. Ce qui est nouveau, c’est les deux choses suivantes.

La première est idéologiquement totalitaire et égalitariste, ce seraient des droits de succession de 100% au-delà de 12 millions d’euros. Bref, ce serait confiscatoire et c’est clairement assumé comme tel. On n’aurait pas le droit de transmettre plus de 12 millions d’euros à ses enfants. Pour l’ultramajorité des Français, ils ne seraient pas concernés par une telle mesure.

Il le dit d’ailleurs : « Je propose de mettre en place un héritage maximum à 12 millions d’euros. Au-delà, on prend tout. Cela concerne 0,01% de la population. Cet argent permettra de financer l’allocation d’autonomie pour les jeunes étudiants et dans l’enseignement pro à 1 063 euros par mois. ». Il faudra vérifier si ses calculs sont justes, et dans un premier temps de réflexion, on pourrait être d’accord avec cette mesure : 12 millions d’euros, le bénéficiaire aurait déjà de quoi tenir, et cela éviterait les gros abus de dynasties bourgeoises, 100 millions, 1 milliard d’euros… qui sont de toute façon ultrarares et je doute que cela financerait l’allocation en question.

L’argument idéologique est bien rappelé : « Il y a un phénomène social qui a été repéré. L’héritage prend une part considérable dans la différenciation sociale. Notre société est de plus en plus inégalitaire. ». Je ne comprends pas le problème des inégalités qui est structurel à l’âme humaine. Je m’en moque que des gens soient plus riches que moi, ce que j’aimerais, comme tout le monde, c’est que les plus pauvres soient suffisamment riches pour vivre décemment (à définir). Cette idéologie égalitariste est surtout une forme de jalousie, voire pire, d’envie.

Dans un second temps, d’ailleurs, on pourrait dire : la personne défunte aurait alors travaillé toute sa vie pour un patrimoine confisqué qui va servir à financer des étudiants glandeurs qui vont s’éterniser dans leurs études… Piètre motivation pour continuer à s’esquinter la vie par le travail !

Dans l’émission sur LCI, à aucun moment on ne rappelle un petit B.A. BA d’économie. Qui sont les plus riches en France ? Pas des propriétaires terriens, mais des propriétaires d’entreprises, de grandes entreprises encore plus ou moins familiales. Et même, des fleurons de l’industrie française (j’ai cité Dassault et Lagardère, mais on peut penser aussi à L’Oréal, LVMH, Kering, Bolloré, Bouygues, etc.). En clair, leur richesse est principalement virtuelle, bien réelle mais également virtuelle, c’est le prix de leurs entreprises, fluctuant, dépendant de leur propre succès.

Avec cette mesure totalitaire, qui démantèlerait tous les grands groupes français, il ne faudrait pas une décennie pour que toutes ces entreprises soient rachetées par des intérêts étrangers ! Et je ne parle même pas de l’effet de fuite des entrepreneurs, et tous ceux qui peuvent avoir de gros revenus (artistes, sportifs, etc.). Je préfère la méthode Ciotti, beaucoup plus efficace (et rentable pour l’État) : « exonération des droits de succession et de donation d’entreprises en ligne directe conditionnée  la continuité de l’activité ».

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Toutefois, Jean-Luc Mélenchon a fait une seconde proposition, celle-ci très innovante et moins idéologique, qui traduirait sa volonté de solidarité entre les citoyens. Je le cite sur Twitter : « Je propose de créer un nouveau statut, celui de l’adoption sociale. Celui-ci permettrait de créer un partenariat civil dans lequel chacun doit s’occuper de l’autre. Et dans ce cas, l’héritage obéirait aux règles qui sont celles dans les cas d’un héritage familial. ». C’est-à-dire, d’une transmission en ligne directe. C’était du reste "son annonce du jour" (« Je mets la bombe sur la table ! »).

Il y a même deux innovations en une : celle d’adopter quelqu’un pour l’aider dans la vie, et cela à n’importe quel moment de la vie, et l’autre innovation, c’est la réciprocité de la relation, du "partenariat civil". Chacun est chargé d’aider l’autre, mutuellement. C’est déjà le cas entre époux ou entre parents et enfants, mais ce lien d’adoption particulier rendrait aussi obligatoire ce devoir de charge. Ce serait très utile pour des personnes qui vivent seules, notamment, et l’avantage fiscal est un bon incitatif. C’est une idée qui mérite d’être creusée et qui ne concerne d’ailleurs pas seulement les droits de succession.

Bref, cette petite excursion hors covid-19 de la campagne présidentielle est intéressante. Les droits de succession vont sans doute être un sujet important sur lequel les différents candidats devront se positionner. Je ne pense pas que le vent électoral soit dans le sens confiscatoire, comme le souhaite Jean-Luc Mélenchon, mais ce dernier a suffisamment de créativité qu’entre deux ou trois idées stupides et génératrices de destruction économique, il y ait une petite pépite d’innovation sociale qu’il s’agit d’isoler et de faire fructifier. C’est pour cela qu’il est indispensable : il pense par lui-même ! Et c’est rare quand beaucoup de ses concurrents ne pensent qu’à lire les sondages (à l’instar des journalistes et autres éditorialistes).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (23) : les morts s’invitent dans la campagne présidentielle.
Un référendum sur l’ISF ? Chiche !
Legs et indécence.
Assurances sur la vie : les "monstres du Loch Ness" enfin domptés ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220109-heritage-droits-de-succession.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-23-les-morts-s-238573

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/09/39297010.html


 

 



 

 

 

 



 

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14 octobre 2021 4 14 /10 /octobre /2021 03:28

« Chaque fois qu’un enfant dit : "Je ne crois pas aux fées", il y a quelque part une petite fée qui meurt. » (J. M. Barrie, 1904).



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Dans les boîtes aux lettres, il y a déjà les premiers catalogues de jouets pour Noël, court-circuitant les festivités commerciales d’Halloween. L’an dernier a été tellement confiné que les marchands veulent s’y prendre à l’avance, ils ont peut-être raison. Les jouets sont des produits particuliers. Ils sont prescrits par les enfants, et donc, ils sont inattaquables, à moins de décevoir les enfants. Et puis, les jouets donnent aussi un peu de nostalgie aux parents, or la nostalgie est souvent une bonne motivation pour consommer. Cette volonté de revenir dans le passé, dans sa jeunesse, un moteur également politique.

Cette année, le champion du monde des jouets Lego (qui a dépassé Mattel en 2014), a annoncé une bonne nouvelle ce lundi 11 octobre 2021 : il va "dégenrer" ses produits Lego. En effet, depuis une dizaine d’années, et de manière très contestable, dans un cadre de déclinaison de ses gammes, Lego a différencié les boîtes pour les garçons (bleu) et les boîtes pour les filles (rose). Souvent, dans le marketing, c'est l'emballage qui fait tout.

Cette distinction a fait hurler, avec raison, tous ceux qui sont attachés au combat contre le sexisme. Le bulldozer est bleu et la dînette est rose, par exemple. C’était incompréhensible, car la firme danoise existe depuis 1932 et a commercialisé sa brique en plastique élémentaire il y a plus de soixante-dix ans. Plus les formes sont basiques, plus l’imagination et la créativité des enfants sont encouragées. En multipliant les couleurs et les pièces, Lego a voulu se glisser dans la position d’un producteur de jouets "classique" qui veut toujours en proposer plus.

Cette décision ravira donc non seulement les féministes (dont je ne suis pas) mais aussi tous ceux qui sont attachés à ne pas considérer le sexe comme l’élément identitaire exclusif d’un être (dont je suis). Bien sûr, le sexe est un élément identitaire important qu’il ne s’agit pas de  gommer, et quand on est enfant, il est encore plus important que parmi les adultes, mais en ne mettant en avant que cette caractéristique, on perpétue des schémas culturels éculés.

C’était d’ailleurs contreproductif pour Lego, car les garçons qui voulaient jouer avec des personnages féminins tout comme les filles qui voulaient construire des bulldozers avaient honte d’utiliser des jouets du sexe opposé (et je ne parle pas de ceux qui ne se sentent pas dans leur propre sexe).

Concrètement, au-delà de l’âge, les critères pour les constructions Lego serait plutôt des qualités très spécifiques comme la patience, la persévérance, l’organisation, la créativité, etc.

Lego sera ainsi en conformité avec une loi adoptée en Californie et applicable à partir du 9 octobre 2021 qui interdit de ranger les jouets dans un magasin selon le sexe du jeune consommateur potentiel. Fini le bleu et le rose bonbon, et bravo la complexité !

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Lego a été créé en 1932 par le Danois Ole Kirk Christiansen (1891-1958) qui fabriquait à l’origine des jouets en bois (et encore avant, des meubles en bois). Le nom commercial provient du danois : "leg godt" qui signifie "joue bien". Par la suite, on a aussi rappelé qu’en latin, "lego" signifie "j’assemble", mais le créateur de l’entreprise ne devait pas le savoir (cela dit, cette coïncidence tombe bien).

Il a créé les briques Lego en 1949 et la première figurine date de 1978. Bien que d’utilisation très simple, la brique en plastique est le résultat d’un procédé de fabrication très sophistiqué, aujourd’hui éco-compatible. La brique est produite avec une précision de 10 microns (10 millionièmes de mètre). Environ une vingtaine de pièces par million de pièces produites sont défectueuses et retirées du circuit.

Lego a fabriqué, en plus de soixante-dix ans, plus de 330 milliards de pièces (75 milliards chaque année : 7 boîtes et près de 1 000 pièces de Lego sont vendues chaque seconde dans le monde, disponibles dans 130 pays !). En 2020, le chiffre d’affaires de Lego a été de 5,9 milliards d’euros (en augmentation de 13%), avec un résultat net de 1,3 milliard d’euros (en augmentation de 19%). L’entreprise emploie près de 20 500 salariés.

La réussite de Lego repose sur deux éléments nécessaires mais indépendants, et complémentaires : la conception très subtile de la brique en plastique permettant d’être bloquée par des cylindres intérieurs (brevetée en 1958), et un marketing mondial qui a permis de conquérir toutes les cultures (chaque année, 400 millions d’enfants jouent aux Lego dans le monde).

La marque est en effet mondialement connue (en 2015, un expert l’a même considérée comme "la marque la plus puissante au monde"), et elle a essaimé avec des parcs d’attraction (Legoland), des dessins animés voire des longs-métrages (un décor et des personnages en Lego), des reprises de nombreuses marques en Lego ou son équivalent petite enfance Duplo (Mickey, Dora, Bob le Bricoleur, Ninja, Batman, Star Wars, The Simpson, etc.), des "monuments" en Lego parfois enregistrés dans le Livre des records, etc.

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J’ai toujours trouvé frustrant ces boîtes comprenant "quelques" pièces avec une finalité (le bulldozer par exemple) et le mode d’emploi pour l’atteindre. Certes, cela permet de construire de grands jouets (fusées, automobiles, bâtiments, etc.). Mais j’ai toujours considéré que l’intérêt des Lego, c’était de mettre dans un baril des centaines de briques de toutes les tailles et couleurs et de laisser faire l’imagination des enfants. Alors, vouloir "genrer" ce jouet par excellence universel était particulièrement maladroit. Son "dégenrage" est donc le bienvenu et va sans doute permettre à la firme danoise d’améliorer encore son chiffre d’affaires à la fin de cette année…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dégenrer les Lego.
La PMA pour toutes les femmes désormais autorisée en France.
Genrer la part du Lyon ?
L’écriture inclusive.
Femmes, je vous aime !
Parole libérée ?
L’avortement.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211011-lego.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/bonne-nouvelle-sur-le-front-des-236442

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/13/39175532.html













 

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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 17:23

Le haut-commissaire au Plan François Bayrou a publié une note de prospective sur la préservationde du modèle social français dans les prochaines décennies par une redynamisation de la natalité.

Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport (fichier .pdf) :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2021/05/hcp_demographie_note_douverture_mai_2021_3_0.pdf


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210517-bayrou.html


SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210517-rapport-plan-demographie.html




 

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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 06:18

« La question du terrorisme venant du Proche-Orient est dérisoire à côté du déséquilibre qui se profile en Méditerranée occidentale. On oublie totalement l’effondrement de la natalité en Espagne et en Italie, encore beaucoup plus grave que celui de la France. À côté de cela, l’Algérie et le Maroc doubleront leur population dans vingt-cinq ans (…). Il y aura bientôt une disproportion dangereuse non seulement dans les nombres mais aussi les âges. D’un côté, des peuples jeunes, exubérants et, de l’autre, des vieux pensant à leur retraite et à leur tranquillité. D’où un déséquilibre dangereux et la tentation de s’assurer un espace vital. » (Alfred Sauvy, le 26 avril 1986, interview à "Télé 7 Jours").


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Il y a trente ans, le 30 octobre 1990 à Paris, s’est éteint le grand économiste et sociologue français Alfred Sauvy à l’âge de 92 ans (il allait les atteindre le lendemain, né le 31 octobre 1898 à Perpignan). Très écouté et respecté une soixantaine d’années, Alfred Sauvy a été l’un des grands penseurs français du Vingtième siècle.

Après des études à Perpignan et au collège Stanislas à Paris, il est entré à Polytechnique il y a cent ans, en 1920. Entre-temps, il a été mobilisé et blessé les deux dernières années de la Première Guerre mondiale. Il est entré également à la Statistique générale de la France, un service ministériel créé en 1833 et dépendant du ministère du commerce. Une chose qui peut étonner dans la perception de l’homme : pendant ses jeunes années, il a beaucoup fréquenté les milieux culturels parisiens, si bien qu’il a sympathisé notamment avec Tristan Bernard et Jacques Tati à qui il a donné quelques idées.

Dans un article de la revue "Population", 47e année, n°6, de 1992, le sociologue Michel Chauvière a évoqué l’importance croissante d’Alfred Sauvy dans la classe politique : « Alfred Sauvy (…) opère depuis 1922 dans le cadre de l’extraordinaire observatoire qu’est la Statistique générale de la France (SGF), ancêtre de l’INSEE, où dès 1929, il se voit confier la direction du service d’observation des prix. Mais son insertion parisienne, comme l’a montré un récent ouvrage biographique (Lévy, 1990), lui permet de valoriser ses connaissances et la méthode quantitative dans bien des cercles différents, de la Société statistique de Paris au groupe X-Crise. C’est donc très naturellement qu’Alfred Sauvy est requis, d’abord dans le cadre de la SGF comme expert économique, puis, à titre plus personnel, comme conjoncturiste officieux de plusieurs ministres (…). Au cours des années trente, il devient ainsi très rapidement une référence économique écoutée dans certains milieux politiques libéraux, spécialement après l’échec du Front populaire, en même temps que le proche des principaux experts démographes du mouvement nataliste, Adolphe Landry et Ferdinand Boverat notamment, avec qui il partage du reste le double discours du scientifique et du moraliste. (…) C’est Alfred Sauvy qui rappelle aussi le poids, chez tous les décideurs de cette époque, du souvenir des conséquences de l’hécatombe de Verdun parmi une population d’enfants uniques. (…) Alfred Sauvy fut donc un expert parmi les experts économiques et démographes, mais aussi un expert parmi les propagandistes natalistes ou familiaux et surtout un expert associé à la décision politique le moment venu, au départ en tant qu’économiste. Il fut donc, à n’en pas douter, dans la conjoncture très particulière de l’avant-guerre, un acteur important au sein d’une convergence objective et positive, des natalistes, des familiaux et d’une large partie de la classe politique, des radicaux aux conservateurs. ». Il faut rappeler qu’en 1935, le nombre de décès avait dépassé le nombre de naissances en France.

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À partir de 1936, Alfred Sauvy, devenu un expert en démographie, a donc conseillé les gouvernements. D’abord comme conseiller de Charles Spinasse, le Ministre de l’Économie nationale du socialiste Léon Blum en 1936, puis conseiller de Paul Reynaud, Ministre des Finances du radical Édouard Daladier en novembre 1938 (dans le cabinet de Paul Reynaud, il y avait aussi, avec Alfred Sauvy, d’autres brillants esprts comme Michel Debré et Gaston Palewski).

Alfred Sauvy avait déjà développé certaines idées économiques fortes. Ainsi, s’il avait soutenu la dévaluation décidée par Léon Blum, il avait  trouvé la mesure de réduction du temps de travail de 41,5 à 40 heures par semaine voulue par le Front populaire complètement hors sol économiquement, n’hésitant pas à dire qu’elle allait bloquer une économie en reprise, mesure qu’il a convaincu Édouard Daladier d’annuler deux ans plus tard. On peut imaginer quelle aurait été sa réaction en apprenant la proposition et la réalisation des 35 heures par semaine par Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry et Lionel Jospin soixante années plus tard !

Mais son grand cheval de bataille était de s’opposer à tous les défenseurs du malthusianisme, qu’on retrouve encore aujourd’hui dans certains cercles de réflexion et qui veulent réduire la natalité et la population sous prétexte qu’il n’y aurait pas assez de ressources.

Ce qui est curieux, c’est qu’on entend encore aujourd’hui ce genre de discours antinataliste, alors que la population mondiale s’approche de 8 milliards d’individus, tandis que les mêmes arguments étaient développés après la guerre avec seulement 2 milliards d’individus, et même s’il y a une proportion beaucoup trop grande de la population mondiale qui reste très pauvre, globalement, malgré la forte progression démographique mondiale, il y a aujourd’hui beaucoup moins de famine et beaucoup plus de programme d’assistance médicale, par exemple que dans les années 1950. Le problème n’est pas la croissance démographique mais l’organisation du monde et la redistribution des richesses.

Alfred Sauvy, au contraire, s’inquiétait de la baisse de la natalité dans les pays européens, en considérant que l’accroissement de la population était un facteur de création de richesse et permettait le progrès. Il a inspiré le Code de la famille (décret-loi relatif à la famille et à la natalité française) adopté par le gouvernement Daladier le 29 juillet 1939, un texte qui entendait « proposer une armature solide où la famille peut s’épanouir » avec diverses aides et protection pour la famille. À l’époque, c’était très nouveau car la république radicale se basait surtout sur l’individualisme.

À la Libération, le 24 octobre 1945, sur recommandation du professeur Robert Debré (pédiatre et père de Michel Debré), Alfred Sauvy a créé l’Institut national d’études démographiques (INED) qu’il a dirigé jusqu’en 1962 (nommé par De Gaulle qui voyait en lui un proche de Paul Reynaud), parallèlement à ses fonctions d’enseignant et de chercheur ; il a été professeur à l’IEP de Paris pendant très longtemps puis au Collège de France de 1959 à 1969 (sa retraite). À la présidence du conseil d’administration de l’INED fut nommé l’économiste Adolphe Landry (1874-1956), parlementaire radical influent et plusieurs fois ministre, qui a inspiré les thèses natalistes d’Alfred Sauvy.

L’ordonnance n°45-2499 du 24 octobre 1945 précisait notamment : « L’INED est chargé d’étudier les problèmes démographiques sous tous leurs aspects. À cet effet, l’institut rassemble la documentation utile, ouvre des enquêtes, procède à des expériences et suit les expériences effectuées à l’étranger, étudie les moyens matériels et moraux susceptibles de contribuer à l’accroissement quantitatif et à l’amélioration qualitative de la population et il assure la diffusion des connaissances démographiques. ». Grâce à l’aura intellectuelle d’Alfred Sauvy, l’INED a recruté des chercheurs de très grande envergure, généralement polytechniciens. Il a fallu attendre le 12 mars 1986 pour que l’INED, dépendant du Ministre des Affaires sociales, fût rattaché au Ministère de la Recherche au même titre que d’autres organismes de recherche publique comme le CNRS, l’INSERM, etc.

Alfred Sauvy a dirigé la revue de l’INED "Population" jusqu’en 1975, a été nommé au Conseil Économique et Social de 1947 à 1974, et a participé au débat public par de très nombreuses interventions dans la presse et les médias, par sa participation à de nombreuses  conférences publiques et la publication d’une quarantaine d’ouvrages destinés au grand public. Il a en particulier été très proche de Pierre Mendès France (qu’il a conseillé quand ce dernier était Président du Conseil) ainsi que de Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui publiait ses réflexions dans son hebdomadaire "L’Express". Il a également collaboré longtemps avec "Le Monde" et "L’Expansion" qui publiaient régulièrement ses commentaires souvent sans complaisance sur la politique économique des gouvernements en place.

Ce fut néanmoins dans "L’Observateur" du 14 août 1952 qu’Alfred Sauvy a introduit une expression qui aura un très large écho, le "Tiers-monde" pour évoquer les pays en voie de développement neutres dans la guerre froide. Il avait pris cette expression en pensant au tiers-état, mais plus tard, à la fin de sa vie, il a regretté d’être systématiquement associé à cette expression car il l’a récusée en ces termes : « Que l’on permette au créateur de l’expression Tiers-monde, il y a près de quarante ans, de la répudier, tant elle fait oublier la diversité croissante des cas. Englober dans le même terme les pays d’Afrique noire et les "quatre dragons" ne peut mener bien loin. » ("Le Monde" du 14 février 1989). Oui, l’évolution d’une pensée, c’est ses nuances, sa complexification.

Au-delà de ses thèses natalistes qui étaient une vision ouvertement optimiste et progressiste du monde, Alfred Sauvy a également développé ce qu’on a appelé la "théorie du déversement".

Il s’agissait d’étudier l’effet du progrès technique sur la productivité industrielle, et ses effets sur l’emploi : beaucoup d’emplois sont devenus obsolètes avec l’automatisation des tâches et cette modernisation de l’appareil productif entraîne parallèlement des nouveaux besoins en emplois, généralement mieux qualifiés (mais pas forcément : par exemple, le développement de la société Amazon a nécessité des programmeurs, mais aussi des manutentionnaires). Le gain en productivité est bénéfique à tout le monde : au producteur qui a moins de frais, aux consommateurs car une part du gain de productivité a fait baisser les prix, et aussi les salariés qui ont des tâches moins dures.

Si l’idée est pertinente d’un point de vue macro-économique, c’est beaucoup moins évident à titre individuel, quand par exemple une ouvrière de 50 ans se retrouve sans emploi parce que son entreprise, qui fabriquait des chaussures et qui l’employait ainsi qu’elle avait employé sa mère et sa grand-mère, a déposé son bilan, incapable de faire face à la concurrence low cost. Son recyclage dans un autre métier et un autre secteur sera a priori très difficile.

La réflexion d’Alfred Sauvy (voir en début d’article) sur l’importance des écarts démographiques qui prévaudrait sur les risques terroristes, à une époque (avril 1986) où la France allait être secouée par une vague d’attentats islamistes (d’une autre nature qu’aujourd’hui), elle est intéressante à l’entendre à notre époque, même si, maintenant, certains responsables politiques voudraient mêler sinon amalgamer les enjeux de nature migratoire aux enjeux de nature terroriste.

Il est vrai que l’auteur présumé du terrible attentat qui a coûté la vie à trois personnes ce jeudi 29 octobre 2020 à la basilique Notre-Dame de l’Assomption à Nice, était un immigré clandestin qui aurait franchi le 20 septembre 2020 la frontière européenne à Lampedusa, une île en Italie connue comme passage du flux migratoire provenant du sud de la Méditerranée. Qu’aurait été la réflexion renouvelée d’Alfred Sauvy à ces terribles épreuves qu’endurent le peuple français et plus généralement les peuples européens ?

Je termine par cette citation qui, pour un statisticien, est classique mais néanmoins essentiel :  « Les chiffres sont des êtres fragiles qui, à force d'être torturés, finissent par avouer tout ce qu'on veut leur faire dire. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alfred Sauvy.
Paul Valéry.
François Jacob.
Edgar Morin, le dernier intellectuel ?
Michel Droit.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Vladimir Jankélévitch.
Marc Sangnier.
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
Jean-Paul Sartre.
Pierre Teilhard de Chardin.
Boris Vian.
Jean Daniel.
Claire Bretécher.
George Steiner.
Françoise Sagan.
Jean d’Ormesson.
Les 90 ans de Jean d’O.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201030-alfred-sauvy.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/alfred-sauvy-le-pere-de-la-228207

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/10/21/38602077.html




 

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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 03:26

« Depuis vingt ans, je vis une aventure incroyable. Tout a commencé dans la cour de Harvard, où j’étais alors en deuxième année. Avec mon ami Paul Allen, nous étions plongés dans la description d’un ordinateur en kit que publiait la revue "Popular Electronics", le premier véritable ordinateur personnel. Ni Paul ni moi ne savions exactement à quoi il pourrait servir, mais, ce jour-là, nous avons eu la certitude qu’il allait tout changer : notre vie et le monde de l’informatique. » (Bill Gates, "La route du futur", éd. Robert Laffont, 1991).


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Originaire de Seattle, le "génial" cofondateur de Microsoft Bill Gates fête ce mercredi 28 octobre 2020 son 65e anniversaire. Son père est né trente ans avant lui (le 30 novembre 1925) et vient de mourir le mois dernier (le 14 septembre 2020). Bill Gates n’est plus l’homme le plus riche du monde, "seulement" le deuxième homme le plus riche du monde, derrière Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, selon le classement du magazine "Forbes" en 2019, mais l’ordre des fortunes évolue rapidement et les ultrariches se croisent et se recroisent.

Cependant, Bill Gates a été longtemps en haut du classement, seize fois depuis 1996. La fortune de Bill Gates serait évaluée à 105 milliards de dollars, et plus on est riche, plus la fortune croît dans cette course folle du monde dans laquelle on retrouve quand même deux Français, Bernard Arnault, troisième fortune du monde, et Françoise Bettencourt Meyers, la fille de Liliane Bettencourt, en quinzième position (il fut un temps où l’héritière de L’Oréal était au deuxième rang, période ante-GAFAM).

J’ai écrit "génial", mais il ne s’agit pas d’un génie technique, il s’agit d’un génie marketing. Lorsqu’il a cofondé (avec Paul Allen, qui est mort il y a deux ans, le 15 octobre 2018) leur société Microsoft en avril 1975 (la marque fut déposée le 28 novembre 1976), l’idée de faire de la valeur ajoutée sur du logiciel, sur du "soft" dans le marché informatique était assez nouvelle. L’acteur majeur du marché était IBM, et c’était un constructeur de "hard", d’ordinateurs. L’idée de vouloir vivre goulûment avec les programmes qu’on mettrait dans des machines devenues des micro-ordinateurs ou des ordinateurs personnels, c’est-à-dire des machines pour les particuliers et pas des entreprises (ce qui ouvrait un marché gigantesque) était effectivement nouvelle.

Nul doute que l’idée n’eût rien d’exceptionnel et que c’était dans l’ordre des choses, dès lors qu’on allait faire des "applications" informatiques plus ciblées pour un public élargi et que la programmation informatique était coûteuse surtout en matière grise et pas en usines (promesse de fortes marges), mais Microsoft a révolutionné le marché informatique par deux éléments : la rapidité de l’application du concept et l’agressivité commerciale. Cette dernière s’est traduite pendant longtemps par de la "vente forcée" de ses produits puisqu’en achetant un micro-ordinateur, on ne pouvait pas ne pas avoir un système Microsoft (qu’on peut désormais renoncer à utiliser au profit d’autres systèmes et avec un prix inférieur pour l’ordinateur). Une telle alliance, il fallait l’oser. En couplant ses PC (personal computer) avec le MS-DOS (le système de l’ordinateur), IBM n’a pas compris qu’il nourrirait une société qui allait devenir plus grosse que lui. La réussite est exceptionnelle. En 2018, Microsoft emploie près de 150 000 salariés dans le monde, a un chiffre d’affaires de 126 milliards de dollars et un résultat net de 39,2 milliards de dollars.

Je me suis plongé dans la micro-informatique en 1981 et à l’époque, j’appréciais Apple car on pouvait faire de la programmation directement en langage machine. J’appréciais peu les PC qui étaient moins adaptables, moins ouverts. Pourtant, vers 1985, le MS-DOS (commercialisé le 12 août 1981 après un accord avec IBM) avait conquis les marchés et Microsoft a rapidement eu une situation de quasi-monopole sur le marché des softwares. Pourtant, son système d’exploitation n’était pas le meilleur techniquement, et ce fut une démonstration (parmi tant d’autres) que ceux qui gagnent ne sont pas forcément les meilleurs dans le domaine d’expertise, ceux sont "simplement" les plus vendeurs !

Le principal concurrent de Microsoft-IBM était Apple. En développant Windows (la première version est commercialisée le 20 novembre 1985), Microsoft a tenté d’imiter le système d’exploitation très apprécié du MacIntosh sans jamais l’égaler jusqu’en 1995. Ensuite, avec Windows 95, ce fut un grand succès qui avait suivi celui de Microsoft Office, la suite bureautique (Word, Excel, PowerPoint). Word avait été développé très tôt (j’utilisais Word 2 dès 1985 ; la version 1 fut commercialisée le 25 octobre 1983).

Bill Gates n’est plus l’homme le plus riche du monde, mais il y a quinze ans, si. Et en écrivant cela, je me rends compte que j’ai eu quelques rencontres improbables : j’ai rencontré un saint (je ne l’ai su que bien plus tard), j’ai rencontré aussi (plusieurs fois) une personne panthéonisée (là aussi bien plus tard), mais lorsque j’ai rencontré l’homme le plus riche du monde, je l’ai su à ce moment-là.

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En effet, j’ai eu la chance de rencontrer Bill Gates à Paris. L’homme adore la capitale parisienne et je le soupçonne d’y venir beaucoup plus souvent que ce que la presse en sait (enfin, avant la pandémie de covid-19, bien sûr). Bill Gates adore Paris, adore la France et adore les Français, étonnant, non ? J’avais en effet été invité au très luxueux Pavillon Gabriel, à deux pas du Palais de l’Élysée, aux Champs-Élysées, le lundi 24 octobre 2005 après-midi. C’était il y a quinze ans déjà ! Le milliardaire était à quatre jours de son 50e anniversaire, à l’époque, il était encore "opérationnel" (il ne s’est occupé de sa fondation à plein temps que deux ans plus tard, quand il a quitté la direction de Microsoft le 27 juin 2008).

C’était une rencontre avec les entrepreneurs dans l’innovation et dans les nouvelles technologies, et le sujet était les éditeurs de logiciels. Il y avait du "beau monde", en particulier Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes, Jean-Hervé Lorenzi, professeur d’économie à l’Université de Paris-Dauphine, Gilles Kahn, président de l’INRIA (Institut national de recherche en informatique et en automatique), Éric Archambeau, associé gérant de Wellington Partners, Jamal Labed, cofondateur de Staff & Line, Jean-Michel Aulas, président (et fondateur) de Cegid (Compagnie européenne de gestion par l’informatique décentralisée), etc.

Le Ministre délégué à l’Industrie François Loos a introduit le sujet en expliquant qu’il y avait urgence à faire exister les logiciels français dans le marché mondial : « Les cent premières entreprises françaises de l’édition logicielle réalisent ensemble un chiffre d’affaires annuel inférieur à 10% de celui de Microsoft. ».

Le cursus de François Loos, député alsacien et président du Parti radical pendant quelques années (entre 1999 et 2003), est intéressant : il était ingénieur (X Mines) et mathématicien, employé dans l’industrie avant de se lancer en politique (il a travaillé chez Rhône-Poulenc, en R&D, et fut aussi membre de cabinet de Pierre Pflimlin et du ministre vosgien Hubert Curien). Il fut nommé au gouvernement, d‘abord à la Recherche, puis au Commerce extérieur avant d’être à l’Industrie pendant le second mandat du Président Jacques Chirac, un mandat très axé sur l’innovation et les entreprises (la création des fameux pôles d’excellence date de cette période).

Certains dans l’assistance auraient voulu demander plus au gouvernement, la reconnaissance des brevets logiciels (un serpent de mer), un "small business act" à la française (c’est-à-dire, réserver une part pour les petits éditeurs français dans les offres publiques de grands donneurs d’ordre) et un renforcement des relations entre la recherche publique et les entreprises. La conférence était trop formatée pour en faire un "grand débat" ! Il y avait beaucoup de monde, des opérationnels à cravate et des jeunes à col ouvert, des investisseurs et des éditeurs, et puis, comme moi, quelques curieux venus surtout écouter Bill Gates, apprendre le message qu’il voulait faire passer.

Le fondateur de Microsoft est venu par la porte de derrière et n’a pas frayé avec l’assistance qui devait monter par l’escalier normal. Quand il se déplaçait, il était entouré de quatre gardes du corps. Il était plus protégé que le ministre français, mais c’était un peu normal, peser autant de dizaines de milliards de dollars peut susciter un certain nombre de mauvaises intentions pour leur propriétaire (j’y reviendrai un autre jour).

Il me semble, mais mon souvenir est parcellaire, que Bill Gates ne portait pas la cravate et qu’il portait une chemise à col ouvert et un pull, certes un pull chic. Ou peut-être pas, une veste avec cravate ? En tout cas, très vite, il a su mettre un lien entre lui et son public. Comme souvent les Américains en visite en France : ils aiment bien la France (généralement), ceux qui la connaissent, les autres, ceux qui ne la connaissent pas, la détestent (plutôt) pour les préjugés et clichés qu’on peut avoir (parfois avec raison) des Français (comme leur arrogance, etc.), d’autant plus que la guerre en Irak était passée par là. Attention, je n’aime pas trop faire de généralités, c’est juste une petite tendance que j’ai ressentie personnellement.

Dans son préambule, Bill Gates avait un discours très prometteur. En gros, si je résume ce qu’il a dit : vous, les Français, vous avez de superbes idées, de superbes projets technologiques, votre recherche scientifique est l’une des meilleure du monde… mais vous êtes assez nuls (il ne l’a pas dit mais il l’a pensé très fort) en valorisation industrielle (c’est-à-dire dans la transformation d’une idée scientifique en argent sonnant et trébuchant). Quand vous avez un beau produit, vous cherchez à conquérir le marché français, éventuellement européen et vous recherchez une dizaine de millions de dollars de fonds d’investissement. C’est bien, vous réussissez à démontrer l’intérêt tant technologique que commercial de votre innovation …mais vous vous faites alors dépasser sur le marché par un gros requin qui a repris votre idée et qui l’a mieux développée commercialement que vous. Quand un innovateur français investit 10 millions de dollars en France, l’innovateur américain, lui, au même stade de développement, investit immédiatement 1 milliard de dollars car il a une vision mondiale du marché, pour ne pas être pris de court par de plus gros. En somme, Bill Gates regrettait le manque d’ambition commerciale de la France qu’il considérait comme un des champions mondiaux de la science et de la technologie.

C’était un message fort, direct, franc, amical : et l’essor des GAFAM le démontre une nouvelle fois. Où sont les entreprises françaises dans ce nouveau top de l’Internet ? Seul Blablacar semble être bien parti, mais les autres ? AirBnB, Twitter, Uber, etc. ne sont pas jamais des promesses françaises, pourquoi ?

Inutile de dire que Bill Gates ne comprenait pas ce constat qu’il faisait : pourquoi les Français ont-ils peur d’investir des milliards ? Peut-être parce que notre culture, notre mentalité est que l’argent est honteux et que, si beaucoup, et ce n’est pas une question de culture ni de nationalité, seraient heureux d’être riches, en France, on préférerait être riche "discrètement" (ne pas dire le montant de son salaire s’il est très élevé, en revanche, on n’hésitera pas à faire du misérabilisme si on se considère mal payé). Et ceux qui veulent montrer leur "belle" voiture, voire "bateau", etc., ce sont plutôt des personnes qui voudraient être considérées comme "riches" (c’est-à-dire qui auraient "réussi" dans la vie) que de "vrais" "riches" dont l’argent reste toujours discret.

En France, justement, on est souvent jaloux de la fortune des autres. Au lieu de se remuer le derrière pour entreprendre et en bâtir une nouvelle, on préfère soit taxer ceux qui l’ont fait et réussi, soit imaginer toutes sortes de lubies aussi folles les unes que les autres. C’est vrai qu’on ne prête qu’aux riches. Même les mauvaises intentions.

La pandémie de covid-19 a été l’occasion d’un déversoir absolument dégueulasse contre Bill Gates qui est sans doute celui, de toute l’humanité, qui a sauvé le plus de vies humaines, car beaucoup de dirigeants politiques se moquaient du paludisme qui frappait essentiellement les pays pauvres. Bill Gates n’utilise pas sa fortune pour se mettre les doigts de pied en éventail loin des rumeurs du monde. Au contraire, il a profité de cette fortune pour la mettre au service d’un certain nombre d’objectifs humanitaires. Je reviendrai plus tard sur ces folles nausées l’accusant de tous les maux du monde, jusque d’avoir inventé le coronavirus SARS-CoV-2. Les sociologues des épidémies le savent bien : face au malheur, et cette pandémie en est un durable et mondial, il faut toujours des boucs émissaires… Bill Gates, roi du monde, est déjà dans le box des accusés au tribunal des jaloux. Son seul tort : avoir réussi.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bill Gates.
Le roi Uber et la République des taxis.
Les taxis voient rouge.
Rapport Attali du 23 janvier 2008 (à télécharger).
Rapport Gallois du 5 novembre 2012.
Comité Rueff.
Small Business Act : le discret rapport de Lionel Stoléru qui va décoiffer l’Europe !
Rapport Stoléru du 5 décembre 2007 (à télécharger).
Small Business Act.
Jean Gandois.
Yvon Gattaz.
Anatoli Tchoubaïs.
Maurice Allais.
Jacques Marseille.
Jean Boissonnat.
Stéphane Soumier.
The show must (Carlos) Ghosn.
L’investissement productif en France.
Virginie Calmels.
Silvio Berlusconi.
Thierry Breton.
Georges Chavanes.
Volkswagen.
Bernard Tapie.
Grandeur et décadence de Carlos Ghosn.
Serge Dassault.
La SNCF.
L’industrie de l’énergie en France.
La France est-elle un pays libéral ?
La concurrence internationale.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201028-bill-gates.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/bill-gates-l-homme-qui-valait-105-228106

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4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 03:44

« Ce plan de relance est un plan pour la France, un plan pour les Françaises et pour les Français. Il fera face à la crise grave à laquelle nous sommes confrontés. Mais (…) il nous permettra surtout de préparer les défis de l’avenir en adaptant et en transformant notre économie. J’appelle toutes les Françaises et tous les Français, tous les entrepreneurs, tous les acteurs à avoir confiance, non seulement dans ce plan, mais surtout dans notre pays, dans son redressement. Croyez-le bien, nos ressources de créativité, de travail, d’initiative, d’imagination sont là. Et ce plan, finalement, doit permettre à toutes les qualités de notre beau pays de s’exprimer au mieux. » (Jean Castex, le 3 septembre 2020 à Paris).


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Attendu depuis plusieurs semaines, retardé même d'une semaine, le plan de relance, appelé France Relance à grand renfort de logo, que le Premier Ministre Jean Castex a présenté ce jeudi 3 septembre 2020 à l’issue du conseil des ministres est probablement l’élément central d’action de la dernière partie du quinquennat du Président Emmanuel Macron. Jean Castex fut accompagné, pour l’exercice, de quatre membres du gouvernement : Bruno Le Maire (Économie, Finance et Relance), Barbara Pompili (Transition écologique), Élisabeth Borne (Travail) et Clément Beaune (Affaires européennes). L’objectif ambitieux est clair : retrouver, en 2022, le niveau d’activité économique d’avant la crise sanitaire.

Je passerai sur le ton très ennuyeux de Jean Castex, certains l’apprécient, peut-être est-ce "vintage", ambiance des années 1960 ? l’idée d’un rouleau compresseur. Peut-être une question d’esprit de finesse ? Cela dit, Jean Castex, en déroulant son discours, quoiqu’un peu comme un robot, a montré que les choix du gouvernement étaient pertinents. Leur ambition fait en tout cas l’honneur de ce gouvernement.

Précisons le contexte. Avant la pandémie du covid-19, la situation économique et sociale allait nettement mieux : le taux du chômage était en dessous de 8% de la population active, le pays était économiquement le plus attractif de l’Union Européenne. Ces bons résultats, résultats d’une politique résolument pro-business comme on dit (favorable au développement des entreprises françaises, dit en français), ont été évidemment cassés par la crise sanitaire.

Le gouvernement a donc, au confinement puis au déconfinement, pris plusieurs mesures d’urgence pour aider les entreprises à survivre dans cette situation très difficile, avec une mesure phare et approuvée par tous les partenaires sociaux, l’aide à l’activité partielle (ou chômage partiel), qui va être reconduite dans certains secteurs jusqu’en 2021 (c’est une mesure qui n’a rien de libéral puisque l’État, en gros, finance les salaires des employés du secteur privé qui n’ont plus d’activité économique). En avril 2020, 8,8 millions de salariés en ont profité et en mai 2020, 7,9 millions de salariés, pour un total de près de 20 milliards d’euros.

D’autres mesures ont été prises, comme le report de cotisations sociales pour 2 millions de travailleurs indépendants et 800 000 employeurs (ce qui correspond à 18 milliards d’euros), également l’exonération de cotisations sociales pour les TPE et les PME (près de 4 milliards d’euros), le prêt garanti par l’État pour 600 000 entreprises (plus de 120 milliards d’euros), le fonds de solidarité faisant bénéficier 1,7 million d’entreprises pour près de 6 milliards d’euros, etc. À la fin de juillet 2020, 470 milliards d’euros ont été mobilisés pour soutenir les entreprises (principalement TPE et PME) et pour protéger les salariés. France Relance intervient donc après déjà cette série d’aides économiques, pour le but d’impulser un rebond économique.

Le montant de ce plan de relance est historique, jamais un tel montant n’a été consacré pour un plan de relance économique : 100 milliards d’euros sur deux ans. Le plan de relance consécutif à la crise de 2008 n’avait été qu’un peu plus du quart de ce montant, à cela près que la déflagration économique était nettement moins grave qu’en 2020. Sur le plan européen, c’est le plan de relance le plus ambitieux rapporté au PIB : 9,5% pour la France, à comparer à l’Allemagne (6,9%), l’Italie (5,0%) et l’Espagne (4,4%).

Son financement est principalement l’endettement, mais dans un contexte où, d’une part, les taux sont très faibles (mais cela ne durera peut-être pas), et d’autre part, tous les autres pays de même poids s’endettent de la même manière, ce qui crée un contexte de dette beaucoup plus favorable à la France qu’en 2009. Du reste, 40% de ce plan est financé par le plan de relance européenne. En effet, ces 40 milliards d’euros proviennent des 750 milliards d’euros de l’accord européen de relance du 21 juillet 2020 (qui, contrairement à quelques désinformations ici ou là, ne sont pas compensés par une sorte de rétrofacture). Au cours de la présentation, Clément Beaune a d’ailleurs insisté : « Il ne faut pas avoir l’Europe honteuse ! ».

Pour justifier ces nouvelles dépenses, malgré le contexte d’endettement déjà très lourd de la France, c’est le pragmatisme et le pari que la relance va redresser l’économie. La perte de 4 points de PIB coûte à la France 50 milliards d’euros par an. En deux ans, si la situation du PIB était redressée de 4 points, finalement, le plan n’aurait alors pas coûté plus cher que si le gouvernement n’avait rien fait.

Dans son discours de présentation (dont on peut lire l’intégralité ici), Jean Castex a d’ailleurs délivré un message fort, l’orthodoxie budgétaire doit rester au service des hommes et pas l’inverse. Dans ce contexte de crise terrible, l’austérité ne ferait qu’accélérer la chute, ce qui s’est passé lors de la crise de 1929 aux États-Unis avec le refus, par le Président Herbert Hoover, de faire intervenir l’État dans les faillites et la pauvreté (cela a abouti à l’élection de Franklin Delano Rossevelt et au New Deal, probablement la période la plus réformatrice des États-Unis).

Jean Castex a donc clarifié la "doctrine" du gouvernement : « Nous avons (…) fait le choix d’une relance fondée sur des dépenses non pérennes, qui représentent 80% du plan [seuls, la baisse des impôts de production est pérenne]. On en attend un très rapide retour sur investissement. S’il atteint son objectif de réactivation de l’activité, son impact, l’impact du plan de relance sur notre ratio de dette, sera presque entièrement résorbé à partir de 2025. Mais surtout, la pire option pour nos finances publiques aurait été précisément de ne pas faire de plan de relance, de laisser l’économie s’installer en sous-régime. 4 points de croissance, 4 points de PIB perdus, c’est chaque année environ 50 milliards de recettes non perçues, donc de dettes supplémentaires. Il est économiquement et socialement infiniment préférable de dégrader temporairement les soldes publics pour investir, réarmer l’économie et repartir de l’avant, plutôt que de s’enfoncer dans l’austérité, laisser exploser le chômage, la misère et les drames humains. En tout cas, c’est le choix très clair fait par le Président de la République et son gouvernement. ».

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Par ailleurs, il a été répété qu’il n’y aurait pas de hausse d’impôts ni d’impôts nouveaux (ce qui ne fut pas le cas en 2013), et même, que la suppression de la taxe d’habitation serait accélérée (ce qui demanderait un peu plus de précisions, le 20 juillet 2020, Bruno Le Maire avait confirmé le calendrier pour sa suppression en 2023) : « Nous ne reproduirons pas l’erreur de procéder à des hausses de la fiscalité qui affaibliraient notre croissance et enverraient des signaux négatifs tant aux ménages qu’aux entreprises. Pour autant, nous préserverons la soutenabilité de notre dette publique. ».

Ainsi, les impôts de production vont même être diminués (voir plus loin). Ces impôts que beaucoup de Français découvrent à cette occasion étaient les remplaçants de la taxe professionnelle (c’est toujours très français de supprimer des impôts mais ceux-là reviennent par la porte de service sous une autre appellation et avec un autre calcul) étaient particulièrement antiproductifs puisque les entreprises devaient les payer même sans chiffre d’affaires et même sans bénéfices, donc, un boulet fiscal avant même de créer de la richesse. Cette suppression, d’ailleurs, était prévue même hors crise sanitaire.

Le choix de faire de la dette plutôt qu’une augmentation des impôts et taxes est d’autant plus logique qu’il est cohérent : en macroéconomie, si on finance un plan de relance par l’impôt, on retire à l’économie nationale ce qu’on y aura injecté, bénéfice global donc nul. L’idée, au contraire, c’est de doper ex nihilo, et c’est en cela que l’accord européen du 21 juillet 2020 est historique, car c’est la première fois que l’Europe est capable de s’endetter ès qualités pour aider ses États membres (situation très nouvelle par rapport à 2008).

France Relance, il y a le fond (ou les fonds !) et la forme. Passons rapidement sur la forme qui, pour un plan de relance, est essentielle. Le fond est la décision de savoir combien ou pour quoi attribuer une enveloppe budgétaire (j’y reviens juste après ceci).

La forme, c’est comment appliquer cette décision. D’un point de vue formel, le plan de relance sera inclus dans le projet de loi de finances 2021, il fera donc partie des discussions budgétaires au Parlement. D’un point de vue pratique, le gouvernement a la volonté d’impliquer l’ensemble des corps intermédiaires (partenaires sociaux, collectivités territoriales, etc.) pour déterminer précisément qui aura quoi. Ensuite, il y a un comité de suivi pour vérifier que les projets sont effectivement lancés. L’un des problèmes récurrents des plans de relance, c’est que l’argent attribué est rarement dépensé rapidement, ce qui fait qu’il peut avoir peu de conséquence sur la conjoncture économique. Celui consécutif à la crise de 2008 n’avait pas été encore totalement dépensé en 2010. Or, le gouvernement de Jean Castex veut aller vite pour faire un électrochoc à l’économie française.

Apparemment, Bruno Le Maire a réussi à avoir gain de cause sur Jean Castex pour avoir la maîtrise du pilotage de ce plan de relance (il n’est pas ministre de la relance pour rien). C’est une responsabilité centrale et stratégique de la fin de ce quinquennat. L’idée est de réaffecter les sommes déjà affectées si elles n’ont pas été dépensées suffisamment tôt. Cela incite à aller vite. C’est en elle-même une bonne chose, en ce sens qu’il ne s’agit pas de saupoudrer l’économie nationale mais de la doper massivement.

Soit dit en passant, Bruno Le Maire, qui peut raisonnablement tabler sur sa présence à Bercy encore jusqu’en 2022 (au moins), sera sans doute l’un des ministres des finances les plus "longs" de la Cinquième République et sa carrière pourrait alors se comparer à celle de Valéry Giscard d’Estaing, car personne n’imagine qu’il ait renoncé à son ambition présidentielle, clairement exprimée par sa candidature malheureuse à la primaire LR en novembre 2016. Plus globalement, les deux poids lourds politiques du gouvernement, dont on devine, pour chacun d’eux, l’ambition présidentielle, sont à Bercy (Bruno Le Maire) et à l’Intérieur (Gérald Darmanin), ce qui fait deux modèles de trajectoire pour atteindre l’Élysée (Valéry Giscard d’Estaing pour le premier, Nicolas Sarkozy pour le second).

Revenons au plan de relance et au fond, c’est-à-dire, au cœur des financements.

Comme l’a expliqué Bruno Le Maire dans sa présentation, le plan France Relance a pour but que dans deux ans, notre économie soit à la fois plus compétitive, plus décarbonée et plus solidaire (amusant de voir que dans le schéma du gouvernement, une faute d’orthographe s’est glissée à "décarbonée" !). Ce sont les trois points du plan, environ un tiers chacun, qui veut renforcer donc trois objectifs spécifiques : la compétitivité et l’innovation, la transition écologique et la cohésion sociale et territoriale.

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Le message de Bruno Le Maire est clair et sans ambiguïté : on a des atouts (avant la crise) et on va y arriver (après la crise). Ce n’est pas la méthode Coué, c’est simplement un message de confiance en l’avenir, qui, seul, peut faire retrouver la croissance économique. Et les 100 milliards d’euros sont là pour conforter ce message de confiance. Ce n’est donc pas avec les mains vides que le gouvernement veut redonner confiance !


1. La compétitivité et l’innovation : 35 milliards d’euros

Point fort de ce plan, une aide massive aux entreprises qui produisent sur le territoire français a été décidée. Elle comprend notamment la baisse des impôts de production pour 20 milliards d’euros sur deux ans. Un plan d’investissements pour l’avenir a été décidé pour 11 milliards d’euros, ce qu’on peut appeler les emplois d’avenir (dans des secteurs technologiques majeurs). Ce plan en question n’est pas nouveau, il y en a régulièrement, à peu près un par quinquennat depuis une vingtaine d’années. 3 milliards d’euros sont consacrés au soutien aux fonds propres des entreprises et 1 milliard d’euros pour favoriser le développement industriel sur les "territoires". 385 millions d’euros sont en outre réservés à favoriser la transition numérique des TPE et PME, nécessaire en cas de reconfinement.

L’objectif de cette partie, c’est la souveraineté économique et l’indépendance technologique. En particulier, en favorisant la localisation de la production à haute valeur ajoutée en dopant la recherche, la formation et la modernisation de l’appareil de production.


2. La transition écologique : 30 milliards d’euros

Jamais un gouvernement n’a consacré une enveloppe budgétaire si élevée pour l’écologie. Pour comparaison, rappelons que les écologistes eux-mêmes ne proposaient qu’un plan d’un montant du tiers de ce que lui consacre France Relance. L’objectif est d’économiser les ressources naturelles, de décarboner l’électricité et d’encourager l’innovation verte et de nouveaux modèles agricoles.

Dans cette enveloppe, une grande part va à la rénovation thermique des bâtiments, qu’ils soient publics ou aide aux particuliers (7 milliards d’euros, notons que cette aide aux particuliers n’est pas nouvelle, simplement, le dispositif voit son enveloppe très largement en hausse). 11 milliards d’euros sont affectés aux transports (train, vélo, etc.), 9 milliards d’euros à la transition écologique des entreprises, et 3 milliards d’euros à la biodiversité, à l’amélioration de la richesse des sols et à d’autres objectifs comme le développement d’une agriculture plus durable et une alimentation plus saine (1,2 milliard d’euros) et la rénovation des réseaux d’eaux (300 millions d’euros).


3. La cohésion sociale et territoriale : 35 milliards d’euros

Une grande part du plan de relance est mise pour aider socialement dans le domaine de l’emploi et la formation, soit 14,1 milliards d’euros (dont 6,6 milliards d’euros pour l’activité partielle de longue durée et 6,5 milliards d’euros pour l’emploi des jeunes). Les investissements pour les hôpitaux et la recherche sont à hauteur de 9 milliards d’euros (dont 6 milliards d’euros pour les hôpitaux). Les collectivités locales se voient soutenues à raison de 5,2 milliards d’euros. Enfin, d’autres enveloppes sont planifiées, pour 6,7 milliards d’euros : rénovation des ponts (350 millions d’euros), aides sociales, etc. L’idée est notamment d’aider les personnes vulnérables, en situation de handicap et les jeunes. Sont aussi comprises de cette partie l’augmentation de 100 euros de l’allocation rentrée (500 millions d’euros) et un renforcement du plan pauvreté et anti-exclusion (200 millions d’euros).

Comme on le voit, le risque de la présentation, c’est un catalogue à la Prévert, ce qui peut rendre un peu confus la grande diversité des financements adoptés. C’est aussi la conséquence d’un plan massif de relance comme l’est France Relance.


Commentaires

Pour commencer les commentaires, rappelons ce qu’a dit l’ancien Premier Ministre Lionel Jospin (qui fait en ce moment le SAV de son nouveau livre dans les médias) sur France 5 le 3 septembre 2020 : aucun plan de relance économique ne peut être qualifié de néo-libéral, puisque c’est l’État qui propose d’injecter de l’argent dans l’économie. Donc, les critiques de "néolibéralisme" qui pourraient être formulées en commentant ce plan ne pourraient être que malvenues et en tout cas, sans pertinence intellectuelle, ou alors, il faudrait redéfinir ce que signifie libéralisme (plus on est libéral, moins l’État intervient, en principe, et en ce sens, je doute fort qu’Emmanuel Macron puisse être qualifié de libéral ou de néolibéral, lui dont on reproche par ailleurs le supposé autoritarisme étatique).

J’évoque cette critique généralement consubstantielle des antimacronistes primaires, car on peut critiquer évidemment le plan de relance, on peut critiquer les choix pris, mais dire que c’est un plan libéral, c’est un oxymore. On peut même critiquer le montant (100 milliards d’euros), comme l’a fait Alain Minc, mais il y a une véritable mauvaise foi en disant à la fois, comme j’ai pu l’entendre, que le gouvernement ne faisait pas assez et que le niveau de la dette était désastreux (si le gouvernement en faisait plus, le niveau de la dette serait encore plus désastreux).

Autre critique qui ne me paraît pas plus fondée, c’est de n’injecter de l’argent que dans l’aide aux entreprises. D’une part, c’est faux car l’aide pour la rénovation thermique est apportée aux particuliers, même si ce sont les entreprises du secteur qui vont en bénéficier, tout comme l’aide à l’activité partielle et l’aide à la formation. D’autre part, soutenir la demande a toujours été une erreur récurrente depuis une quarantaine d’années, dès lors que la balance du commerce extérieur est très largement déficitaire : doper la demande, c’est favoriser les économies étrangères, en particulier chinoise, mais cela n’a pas beaucoup d’influence sur le niveau de l’emploi en France. Enfin, la capacité à consommer existe, le confinement a augmenté l’épargne des Français, ce qui est doublement compréhensible : d’abord, parce qu’en situation de confinement, c’était matériellement très compliqué de consommer ; ensuite, parce qu’il est normal qu’en situation de grande incertitude (et elle le reste), à cause de la crise sanitaire, on préfère épargner pour l’avenir à consommer pour le présent. De plus, on ne consomme jamais bien qu’en situation de confiance, confiance en l’avenir, confiance que le beau temps va revenir.

Ce plan de relance a donc une double fonction : redonner confiance aux Français pour se remettre à consommer (et là, on peut être optimiste, les mesures économiques prises au déconfinement ont été très efficaces, notamment pour l’industrie automobile), et surtout, renforcer l’emploi, soit en réduisant au mieux les pertes d’emplois futures et en créant de nouveaux emplois (les emplois d’avenir, sur des nouveaux secteurs technologiques, comme l’hydrogène vert, le calcul quantique, etc.). Le gouvernement table sur une création de 160 000 emplois en 2021, ce qui peut paraître faible mais le soutien à l’économie n’entre pas dans ce calcul.

On ne pourra donc pas dire que le gouvernement veut "faire des cadeaux aux patrons", il s’agit surtout de sauver les entreprises, en particulier les petites entreprises et les entreprises de taille intermédiaire, pour préserver le tissu économique, et plus encore, pour relocaliser les entreprises industrielles parties hors du territoire national (notamment pour des raisons stratégiques, on l’a enfin compris au début de la crise sanitaire). Personne ne peut critiquer la volonté du gouvernement de réindustrialiser la France et de lui faire retrouver sa souveraineté économique. Au contraire, même hors covid-19, il aurait été nécessaire de le faire. Cela fait dix à quinze ans qu’il aurait fallu le faire.

De plus, faire le reproche qu’on "donnerait" aux entreprises sans "compensations" (discours socialisant habituel) est assez stupide en situation de récession historique : quand on veut sauver des entreprises, on ne leur impose pas des conditions, on les sauve, c’est tout. C’est le choix du gouvernement. Les "compensations" sont inutiles à imposer si elles sont dans le sens économique et sont contreproductives si elles sont antiéconomiques (dans ce cas, autant ne pas aider).

Une autre critique, tout à fait recevable, c’est de dire que pas grand-chose n’est fait, dans ce plan, pour les plus démunis. C’est en partie vrai. De ce point de vue, ce choix est volontaire mais pas exclusif. L’objectif de ce plan est de redresser l’emploi qui s’est particulièrement effondré depuis le début de la crise sanitaire. Le gouvernement a annoncé qu’il regarderait attentivement la situation de la précarité et si elle venait à s’aggraver, alors un plan pour plus lutter contre la précarité et la pauvreté serait à l’étude. Dès maintenant, le plan de relance s’occupe toutefois des jeunes et des personnes devant faire une reconversion professionnelle (issues de secteurs très touchés par la crise, comme l’aéronautique), au moyen d’aide à la formation.

Pour conclure, il faut dire que le gouvernement a de la chance dans la malchance de la crise sanitaire, économique et sociale. La partie recettes de ce plan de relance a été la plus facile à définir après les négociations difficiles sur le plan européen pendant deux mois. Ce résultat des négociations est à mettre à l’initiative et à l’actif d’Emmanuel Macron qui a su comprendre l’élément clef de l’intérêt national : celui de disposer d’une somme suffisamment élevée pour faire redémarrer l’activité économique.

Toute la responsabilité du gouvernement va donc reposer sur sa capacité à dépenser de la manière la plus efficace ces 100 milliards d’euros. Le choix des trois tiers paraît judicieux. On pourra toujours critiquer en finition les choix plus détaillés. Mais le plan n’est pas encore totalement finalisé, il faut évidemment sélectionner les nombreux projets éligibles pour recevoir les aides de ce plan, en particulier, ce programme d’investissements d’avenir (PIA) qui concerne 11% du montant du plan de relance et qui sera la base de l’activité économique à horizon 2030. Panser les plaies du présent et préparer l’avenir, de fortes ambitions. Ce sera sur les résultats que sera jugé le quinquennat d’Emmanuel Macron en 2022. Du moins, son premier quinquennat !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 3 septembre 2020 à Paris (texte intégral).
France Relance, 100 milliards d’euros pour redresser la confiance française.
Jean Castex et France Relance.
Roselyne Bachelot, la culture gaie.
Éric Dupond-Moretti, le ténor intimidé.
Barbara Pompili, "l’écolo" de service.
François Bayrou sera-t-il le Jean Monnet du XXIsiècle ?
Secrétaires d’État du gouvernement Castex : des nouveaux et des partants.
Nomination des secrétaires d’État du gouvernement Castex I.
Gérald Darmanin, cible des hypocrisies ambiantes.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 16 juillet 2020 au Sénat (texte intégral).
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale (texte intégral).
La déclaration de politique générale de Jean Castex le 15 juillet 2020.
Interview du Président Emmanuel Macron le 14 juillet 2020 par Léa Salamé et Gilles Bouleau (retranscription intégrale).
Emmanuel Macron face aux passions tristes.
L'enfant terrible de la Macronie.
Composition du gouvernement Castex I.
Le gouvernement Castex I nommé le 6 juillet 2020.
Jean Castex, le Premier Ministre du déconfinement d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat le 29 juin 2020 à l’Élysée (texte intégral).
Après-covid-19 : écologie citoyenne, retraites, PMA, assurance-chômage ?
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
Retraites : Discours de la non-méthode.
La réforme de l’assurance-chômage.
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200903-france-relance.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/france-relance-100-milliards-d-226870

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/03/38513867.html







 

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 14:44

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200903-france-relance.html

Dossier de presse sur France Relance (3 septembre 2020) :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2020/09/dossier_de_presse_france_relance_-_03.09.2020.pdf




Discours du Premier Ministre Jean Castex le 3 septembre 2020 à Paris sur France Relance


Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs, merci pour votre présence.

Le Conseil des ministres de ce matin, dont nous sortons, a été vous le savez consacré à la présentation du plan de relance. Et avec les ministres ici présents, Bruno LE MAIRE, Barbara POMPILI, Elisabeth BORNE et Clément BEAUNE, nous venons vous présenter le contenu du plan désormais officiellement baptisé France Relance, les principales mesures et vous dire les objectifs que nous lui assignons.

Je voudrais remercier tous les services de l’État, nombreux, qui ont concouru à la préparation de ce plan et en particulier le ministre chargé de la Relance. C’est un moment très important dans notre stratégie de lutte contre les conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire qui a frappé le monde et la France depuis le début de cette année. La Covid-19 a engendré, vous le savez, une récession extrêmement soudaine et brutale, liée à la décision partagée par tous les pays européens de placer les considérations sanitaires au-dessus des considérations économiques ; et donc de décider d’un confinement généralisé qui a produit des résultats sanitaires incontestables, mais qui a conduit à la paralysie de pans entiers de notre économie et à une dépression historique, très certainement la plus forte depuis celle de 1929.

Dès les premières heures de la crise, le Gouvernement, conduit par mon prédécesseur Edouard PHILIPPE, a fait preuve d'une très grande réactivité pour protéger nos emplois et nos entreprises. Un plan d'urgence de 470 milliards d'euros a été déployé en quelques jours. Cela a permis de préserver notre pouvoir d'achat, bien plus efficacement que dans les pays voisins, de sauver des millions d'emplois et d'éviter des milliers de faillites d'entreprises. Grâce à cela, la France a tenu mais elle est incontestablement affaiblie. D'autant, vous le savez aussi, que la crise sanitaire n'a pas disparu. Et vous savez avec quelle détermination, avec le concours des Françaises et des Français, nous continuons à la combattre par des mesures adaptées de prévention et de protection. Et je profite une nouvelle fois des circonstances présentes pour rappeler toutes nos concitoyennes et toutes nos concitoyens à les appliquer. Avec une stratégie claire que j'ai rappelée encore la semaine dernière : nous devons réussir à vivre avec le virus en adoptant toutes les mesures adaptées à cette situation. Ce pragmatisme nous a, du reste, conduit tout récemment à prendre des mesures de soutien aux secteurs de notre économie qui sont encore fortement impactés par les protocoles sanitaires qui leur sont imposés. Je pense au spectacle vivant, au cinéma et plus généralement aux secteurs de la Culture pour lesquels le Gouvernement a annoncé des mesures fortes la semaine dernière. Je pense au secteur de l'événementiel, du tourisme ou encore du sport dont je recevrai des représentants très prochainement.

Après l'indispensable sauvegarde, la consolidation et l'offensive. C'est le plan de relance. Une ambition et une ampleur historique : 100 milliards. C'est près de quatre fois plus que le plan de relance qui avait été mis en œuvre pour faire face à la crise de 2008. C’est en proportion de la richesse nationale, le plan de relance le plus massif annoncé à ce jour parmi les grands pays européens. 100 milliards, c'est surtout le montant dont notre économie a besoin. C'est le montant nécessaire pour retrouver dès 2022 notre niveau de richesse d'avant la crise. C'est un objectif ambitieux mais parfaitement à notre portée.

Pour cela, trois leviers structurants. D'abord, atténuer au maximum pour les entreprises et les salariés, dans le prolongement des mesures déjà prises, les effets de la récession économique. C'est ce qu'on appelle le rôle contracyclique du plan, repartir, relancer l'activité. Deuxième levier : combattre et réduire les morsures de la crise sur notre pacte social et territorial en engageant des moyens pour celles et ceux de nos concitoyens, et de nos territoires les plus menacés : les jeunes, les précaires, les personnes en situation de handicap, les bassins d’emploi les plus touchés. Troisième objectif essentiel : accélérer la transformation de notre économie en tirant les enseignements structurels de la crise et en confortant la logique réformatrice du quinquennat. Ce sont les investissements massifs en faveur de la transition écologique, de la souveraineté et de la compétitivité économique de la France, qui doivent permettre de nous positionner sur les créneaux les plus porteurs dans les 10 prochaines années et au-delà. Créer de l'activité tout de suite, préparer l'avenir.

Notre priorité absolue, c'est l'emploi. Avec ce plan, nous soutenons dès aujourd'hui, l'emploi de ces premières victimes de la crise : les jeunes et les demandeurs d'emploi, avec la prime jeune de 4 000 euros ; l'apprentissage et l'activité partielle de longue durée. Nous allons aussi investir pour créer les emplois de demain. C'est le niveau de qualification qui fait la prospérité et le dynamisme d'une nation. Nous investissons donc massivement dans la formation pour les métiers et les filières de demain : la transition écologique, l'industrie innovante, le numérique, par exemple. Le redressement de notre économie suppose la mobilisation de toutes et de tous. Le plan de relance doit avoir un effet d'entraînement et de levier sur le reste de l'économie. J'en appelle sur ce sujet comme sur tous les autres, au sens des responsabilités de tous les acteurs pour que les entreprises embauchent, à commencer par les jeunes, pour que les partenaires sociaux dialoguent et trouvent des accords notamment sur l'activité partielle de longue durée, pour que les collectivités investissent aux côtés de l'État dans un cadre contractualisé, pour que les ménages investissent et consomment au lieu d'épargner. C'est à la fois une condition de la réussite, mais aussi une façon de démultiplier l'impact économique du plan pour aller bien au-delà de ces 100 milliards d'euros. Voilà pourquoi je m'attache, depuis ma prise de fonction, à favoriser et promouvoir le dialogue, la concertation, partout où cela est possible avec les partenaires sociaux, avec les collectivités locales, avec le monde associatif, avec tous les secteurs professionnels. C'est la marque d'une démocratie moderne, mobilisée toute entière contre la crise. C'est un gage d'efficacité dans la mise en œuvre des dispositions prises. Ce plan de relance produira des effets concrets et perceptibles pour le plus grand nombre.

Pour les plus modestes, dont nous avons soutenu le pouvoir d'achat, notamment en revalorisant l'allocation de rentrée scolaire et que nous aiderons à se former en leur proposant 300 000 parcours d'insertion sur mesure - et donc à trouver des emplois. J'en profite pour rappeler que la lutte contre la précarité s'inscrit dans une action constante de ce Gouvernement et qu'au-delà du plan de relance, elle trouvera surtout sa traduction dans la loi de finances pour l'année prochaine.

Pour tous les ménages que nous accompagnerons dans la transition énergétique, que ce soit pour rénover leur logement, changer de véhicule ou se déplacer de façon plus facile et moins polluante, aussi bien dans les grandes villes que dans les territoires. Nous souhaitons qu'un maximum d'entreprises bénéficient de ce plan de relance. Les baisses d'impôts de production massives profiteront d'abord et essentiellement, 74 % très précisément, à nos TPE, PME et ETI, qui maillent le territoire et structurent nos bassins d'emploi. Nous les aiderons également, ces entreprises, à accélérer leur numérisation. Nous prendrons, à leur direction, des décisions pour conforter leurs fonds propres.

Pour encourager ces initiatives, je veux rappeler ici l'engagement que nous avons pris avec le président de la République : il n'y aura pas de hausse d'impôts. Nous ne reproduirons pas l'erreur de procéder à des hausses de la fiscalité qui affaibliraient notre croissance et enverraient des signaux négatifs tant aux ménages qu’aux entreprises. Pour autant, nous préserverons la soutenabilité de notre dette publique. Je veux rappeler ici de façon très solennelle que grâce à l’accord historique obtenu par le président de la République avec la Chancelière, nous bénéficierons d’un financement européen de ce plan de relance à hauteur de 40 milliards d’euros. Sur tous les projets dans les territoires, que ce plan va financer, l’Europe sera présente à hauteur de 40 %. Nous avons par ailleurs fait le choix d’une relance fondée sur des dépenses non pérennes, qui représentent 80 % du plan.

On en attend un très rapide retour sur investissement. S'il atteint son objectif de réactivation de l'activité, son impact, l'impact du plan de relance sur notre ratio de dette, sera presque entièrement résorbé à partir de 2025. Mais surtout, la pire option précisément pour nos finances publiques, aurait été précisément de ne pas faire de plan de relance, de laisser l'économie s'installer en sous régime. 4 points de croissance, 4 points de PIB perdus, c’est chaque année, environ 50 milliards de recettes non perçues, donc de dettes supplémentaires. Il est économiquement et socialement, infiniment, préférable de dégrader temporairement les soldes publics pour investir, réarmer l'économie et repartir de l'avant - plutôt que de s'enfoncer dans l'austérité, laisser exploser le chômage, la misère et les drames humains. En tout cas, c'est le choix très clair fait par le président de la République et son Gouvernement.

Les ministres vont maintenant vous présenter ce plan dans le détail. Comme vous le verrez, il s'ordonne autour de 3 grands axes. Le premier d'entre eux est la transition écologique. France Relance est d'abord un plan destiné à servir le climat et la biodiversité. Il consacre 30 milliards à cette transition, ce qui revient à plus que doubler, mesdames et messieurs, dans les 2 prochaines années, les investissements que l'Etat consacre habituellement à l'environnement alors même qu'ils étaient déjà en forte progression. 2 mesures illustrative : 6,7 milliards d'euros pour la rénovation énergétique des bâtiments, dont 2 milliards pour une prime qui sera accessible à tous, qui s'intitule MaPrimeRenov’. Deuxième exemple : nous allons investir 7 milliards d'euros d'ici 2030 pour faire de la France un pays de pointe sur l'hydrogène vert.
Deuxième axe, c'est un plan de réarmement industriel pour la France. Nous y consacrons 35 milliards. Là aussi, 2 mesures : la baisse des impôts de production, 20 milliards étalés sur 2 ans, pour cibler particulièrement les PME-TPE et la compétitivité des entreprises industrielles. Second exemple la relocalisation de certaines filières stratégiques à hauteur d'un milliard d'euros : la santé, l’agroalimentaire, les applications industrielles.
Le troisième axe, également à hauteur de 35 milliards d’euros visera à renforcer la cohésion sociale et territoriale. C’est une forte attente de nos concitoyens dans tous les territoires, notamment ceux qui ont pu se sentir délaisser. Pour soutenir l’emploi, dont j’ai déjà fait allusion. L’activité partielle de longue durée, déployée dans des proportions inégalées, 7,6 milliards d’euros. La formation et l’emploi des jeunes, 6,5 milliards d'ores et déjà débloqués. Un plan inédit par son ampleur. Embaucher un apprenti ou un alternant n'aura jamais été aussi simple et aussi peu coûteux dans ce pays. J'invite les entreprises à s'engager pleinement dans cette voie et l'ensemble des acteurs économiques dans celle de la relance de notre pays. Avant de vous dire quelques mots de conclusion, j'invite chacun des ministres principalement concernés à vous présenter les mesures phares du plan de relance, en commençant par Monsieur le ministre chargé de l'Économie et de la Relance, Bruno LE MAIRE.
[Interventions des ministres]

Pour terminer et vous donnez la parole, je ne vous surprendrai pas Mesdames et Messieurs dans la logique du discours de politique générale que j’ai prononcé devant le parlement il y a quelques semaines et des engagements que j'ai pris à cette occasion devant la nation. Je ne vous surprendrai pas en disant que je serai particulièrement attentif aux conditions de mise en œuvre et d’exécution de ce plan. Le comment a autant d’importance que le quoi. Et j’entends bien m’y impliquer personnellement. Je le ferai en veillant à trois exigences dont dépend la réussite de sa mise en œuvre.

La première exigence, elle a déjà été évoquée, j’y reviens, c’est la concertation. Nous avons concerté pour la conception du plan. Nous continuerons de le faire pendant toute la durée de sa mise en œuvre. Le sujet sera en particulier au menu de la prochaine conférence du dialogue sociale que je réunirai au mois d’octobre.

Deuxième exigence, le suivi de l’exécution. Ce plan étant ambitieux, il repose sur un nombre important de programmes différents. Si nous voulons qu’il produise ses effets pour chacune et chacun et dans les délais attendus, il est indispensable de le piloter de près. Nous allons, Bruno LE MAIRE l’a indiqué, mettre en place un suivi de l'exécution qui permettra à la fois d'en rendre compte dans la transparence et de garantir la rapidité de sa mise en œuvre. Des lenteurs non justifiées dans telle partie du plan pourront entraîner, un redéploiement vers d'autres mesures et les ministères seront clairement responsabilisés dans cette perspective.

Enfin, une troisième exigence qui ne vous étonnera pas davantage : la territorialisation. À chaque fois que cela sera possible, ce plan sera décliné dans les territoires, dans tous les territoires, y compris ultramarins. C'est un gage à la fois d'efficacité, d'adaptabilité, d’équité et de cohésion - et les collectivités territoriales qui le souhaitent et vous verrez qu'elles seront nombreuses, seront invitées à compléter les actions engagées pour en démultiplier l'impact au niveau local dans le cadre de leurs compétences respectives. Je réunirai les Présidents de régions dès la semaine prochaine à cet effet.

Mesdames et Messieurs, ce plan de relance est un plan pour la France, un plan pour les Françaises et pour les Français. Il fera face à la crise grave à laquelle nous sommes confrontés. Mais ainsi qu'il a été dit, il nous permettra surtout de mieux préparer les défis de l'avenir en adaptant et en transformant notre économie. J'appelle toutes les Françaises et tous les Français, tous les entrepreneurs, tous les acteurs à avoir confiance, non seulement dans ce plan, mais surtout dans notre pays, dans son redressement. Croyez-le bien, nos ressources de créativité, de travail, d'initiative, d'imagination sont là. Et ce plan, finalement, doit permettre à toutes les qualités de notre beau pays de s'exprimer au mieux. Avec les ministres qui m'entourent, nous sommes maintenant à votre disposition pour répondre à vos questions.

Jean Castex, le 3 septembre 2020 à Paris.

Source : gouvernement.fr
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200903-discours-castex.html


 

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