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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 03:26

« À chaque fois, les beaux esprits considèrent qu’un journaliste "fait son boulot" quand il défend la veuve et l’orphelin, jamais quand il défend l’entrepreneur. » (Stéphane Soumier, 24 mai 2016).


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Une phrase, l’air sibyllin, écrite au détour d’une réponse à un commentaire de son blog qui donne toute la mesure de la saine obsession du personnage : sans entreprises, pas de richesse nationale, pas de redistribution, pas de solidarité sociale… et sans entrepreneurs, pas d’entreprises. La cinquantaine avenante, Stéphane Soumier est un journaliste de radio spécialisé dans la vie économique. Son ton est d’une très grande fraîcheur : il est direct, peut ainsi se montrer arrogant parfois, mais asséner des vérités, des réalités économiques dans un pays qui en est resté à des réflexes vieux d’un siècle et demi, cela peut bousculer les esprits. Du reste, Stéphane Soumier bouscule tout le monde, pas seulement ceux qui ne pensent pas comme lui, car il a sa propre ligne directrice. C’est toujours très enrichissant de penser par soi-même, au-delà des étiquettes et des postures.

Avait-il imaginé s’intéresser à la vie des entreprises lorsqu’il est sorti de l‘École supérieure de journalisme de Lille en 1987 ? Pas forcément, d’autant plus qu’il a commencé sur Europe 1 comme grand reporter sur tous les fronts : Koweït, Kurdistan, Somalie, Bosnie, Tchétchénie… Il est resté une vingtaine d’années à l’antenne de cette radio périphérique, comme on dit, rédacteur en chef de la matinale en 1997. Puis, de 2005 à 2019, il a rejoint la radio BFM Business et s’est occupé de la matinale (dont il était le rédacteur en chef). En 2016, il est devenu le directeur de la rédaction de cette radio FM spécialisée dans la vie des entreprises.

Ces derniers jours, il fait le tour des médias, de ses anciens collègues, car il a sauté le pas : il a créé son entreprise, une chaîne d’informations et d’interviews économiques. Sa chaîne, appelée BSmart TV, va commencer à émettre ce mardi 16 juin 2020, d’abord dans le bouquet de Free (canal 249), puis partout ailleurs : sur CanalSat (canal 172) le 23 juin 2020, sur Orange (canal 230) et Bouygues (canal 245) le 9 juillet 2020, etc. L’idée est de permettre à des chefs d’entreprise de venir s’exprimer autrement que dans les médias traditionnels.

En effet, ces derniers, en général, ne les interrogent jamais sur leurs enjeux, leurs problématiques, leurs actions, mais sur des marronniers classiques (le salaire des patrons du CAC40, les dividendes, la dernière déclaration scandale d’un patron voyou, etc.), un peu comme lorsqu’on interroge une femme politique sur sa féminité au lieu de son programme, si bien que la plupart des patrons refusent de s’exposer sur le champ médiatique dont ils n’auraient rien à gagner (ils ne cherchent pas des voix), alors qu’ils auraient beaucoup de choses intéressantes à raconter, des conseils à donner, des témoignages de sauvetage, de développement économique, etc. Michel Denisot et Jean-Marc Sylvestre devraient faire partie de l’aventure.

Le groupe CMI France ("Elle", "Marianne", etc.) a investi 5 millions d’euros pour cette nouvelle chaîne de télévision dont il est l’actionnaire majoritaire. Si le nom me fait penser un peu trop à un des pères du paternalisme social allemand, l’idée est surtout de recréer une "chaîne de combat au service des entrepreneurs", que ne semble plus être BFM Business sous contrôle du groupe Altice qui évolue progressivement en s’adressant au grand public. La volonté de Stéphane Soumier est de se recentrer sur la cible des entrepreneurs : « On n’invente rien, on fait ce qu’on sait faire le mieux possible et on reste sur notre obsession. », assure-t-il. L’ancien baron de BFM Business continuera son métier de journaliste puisqu’il présentera lui-même la matinale comme il savait si bien le faire pendant une quinzaine d’années.

Je ne connais pas les qualités managériales de Stéphane Soumier (et je ne me permettrais pas d’avoir un avis sur le sujet), mais j’adore son franc-parler, son dynamisme intellectuel, sa volonté de montrer ce que vivent réellement les entreprises, les entrepreneurs, en bien comme en mal, sans a priori, sans idéologie, sans volonté de ménager untel ou untel, etc. On l’aime ou l’on ne l’aime pas, j’imagine, car son ton peut perturber, mais c’est volontaire, c’est un ton salutaire : il faudrait que les Français se réveillent vraiment pour qu’ils aiment enfin les entreprises, ce sont elles les seules pourvoyeuses de richesse et donc de solidarité.

Je prends deux exemples.

Ainsi sur France 5 le 10 juin 2020, Stéphane Soumier a dit en avoir marre d’être interrogé sur les dividendes qui n’est qu’un sujet très technique et pas un sujet politique. Pourtant, en France, il est politique par excellence. Il suffisait de voir les yeux exorbités sur le plateau lorsqu’il a lâché son agacement ! Le problème, ce n’est pas une "justice sociale", le problème, c’est de développer l’économie française, d’embaucher, de réduire le chômage qui entraîne précarité et pauvreté. Or, de très nombreuses entreprises manquent de fonds propres, notamment pour investir, se développer, recruter.

Pour cela, il faut donc attirer des investisseurs. En France, les "petits épargnants" n’osent pas investir dans des entreprises par crainte du risque (ils ont peut-être raison, je ne les blâme pas), on a parlé (je crois), d’une vingtaine de milliards d’euros épargnés pendant la crise sanitaire, et ils sont allés au Livret A qui ne va pas aux entreprises. Pour trouver des investisseurs, il faut pouvoir les attirer, et la seule variable, c’est le rendement, donc les dividendes. Réduire les dividendes, c’est nécessairement réduire les investissements (alors qu’on imagine l’inverse, augmenter les dividendes réduirait les investissements). Si les entreprises avaient plus de fonds propres, peut-être qu’on pourrait réfléchir autrement, mais ce n’est vraiment pas une question d’idéologie.

En revanche, Stéphane Soumier s’agace qu’on ne parle pas des mille résolutions de problèmes que la crise sanitaire a fait naître, que ce soit en télétravail, en changement de production, en changement d’organisation, en protection sanitaire, etc. Les entrepreneurs sont à l’origine de très nombreux petits exploits d’organisation pour maintenir leur activité.

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Un autre exemple, chez David Pujadas, le soir du 8 juin 2020 sur LCI. Stéphane Soumier a poussé un "coup de gueule" contre le gouvernement et sa réforme de l’assurance-chômage heureusement repoussée (mais pas annulée). Il a dénoncé en effet le fait de réduire très notablement les indemnités chômage, tant la durée que les montants. Sans compter le plafonnage des indemnités pour les cadres alors qu’il n’y a pas de plafonnage de leurs cotisations quand ils travaillent, ce qui est une arnaque financière (c’est une assurance, pas un acte de solidarité nationale).

Ce qu’a dénoncé Stéphane Soumier, c’est que réduire la période d’indemnisation est un non-sens économique. Un cadre demandeur d’emploi a besoin de temps pour retrouver un emploi "à sa mesure", c’est-à-dire, là où, avec son profil et son expérience, il pourra être le plus "profitable" pour l’économie (plus on est qualifié, moins il y a de places). Or, s’il est acculé à retrouver trop rapidement un travail, pour des raisons alimentaires, nourrir sa famille notamment, ou rembourser ses prêts, il acceptera alors des emplois où il est surqualifié, et ne donnera pas la mesure qu’il aurait pu à l’économie. Ce sera alors du gâchis, non seulement économique, mais aussi humain (car la situation de retour à un emploi moins intéressant sera toujours vécu comme un drame).

Dans son blog qu’il alimente assez irrégulièrement, Stéphane Soumier, sans remettre en cause le principe du confinement, en a évoqué les conséquences désastreuses sur l’économie.

Le 6 avril 2020, il a repoussé ces idées de croire que la pandémie proviendrait de la mondialisation (la peste médiévale a bon dos), et les espoirs d’imaginer qu’après la pandémie, la mondialisation serait réduite, alors que c’est justement par celle-ci, selon lui, que la croissance redémarrera : « On va tranquillement faire porter le chapeau de cette crise à des agents économiques qui n’y sont pour rien et, bien au contraire, en limitent les dégâts par leur efficacité. (…) Je vois trop d’agents économiques se couvrir la tête de cendres se sentant en partie responsables de ce qui nous arrive. Bien au contraire, ma conviction, c’est que vous contribuez tous à limiter les dégâts. ».

Et de poursuivre : « Nous n’avons pas remarqué que c’est l’exact contraire qui est en train de nous sauver ? Une industrie agro-alimentaire puissante seule capable d’apporter des garanties sanitaires à ses consommateurs et à ses personnels, une finance mondialisée puissante et profonde qui va absorber les dettes infinies nécessaires au maintien en respiration artificielle de l’économie mondiale, ma moitié de l’emploi salarié en France concentré dans de trop rares ETI et grandes entreprises qui ont les fonds propre, et donc les actionnaires (et le talent managérial) suffisamment solide pour affronter ce choc invraisemblable ? ».

Pour évoquer l’heure des comptes : « Très vite, une autre période va s’ouvrir, celle des comptes. Tout est unique dans ce que nous traversons, et donc, il est impossible de modéliser les dégâts économiques. Je ne parle pas des dettes publiques (…), mais de la ruine de pans entiers de nos économies. Donald Trump avec candeur et brutalité est le seul à poser le problème : "le remède ne doit pas être pire que le mal". Voilà ce sur quoi il faudra réfléchir. Mais j’espère bien que pour le reste, la machine économique mondialisée va redonner toute sa puissance. Et j’ai la conviction que c’est ce qui va se passer, derrière deux ou trois tartufferies qui permettront à chacun de garder la face. ».

Et moi, je lui souhaite bonne chance, j’espère que la nouvelle aventure va s’avérer positive pour Stéphane Soumier, celle d’aller au bout de son combat en faveur des entreprises et des entrepreneurs, et qui fera, pourquoi pas, émerger de nouvelles vocations…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Stéphane Soumier.
Vous avez dit motion de censure ?
Article 49 alinéa 3 : le coronavirus avant la réforme des retraites ?
Retraites : Discours de la non-méthode.
Retraites : semaine de Sisyphe !
La réforme de l'assurance-chômage.
L’inversion de la courbe.
La crise de 2008.
Faut-il toucher aux retraites ?
Le statut de la SNCF.
Programme du candidat Emmanuel Macron présenté le 2 mars 2017 (à télécharger).
La génération du baby-boom.
La réforme des sociétés anonymes.
L’investissement productif.
La réforme du code du travail.
La France est-elle un pays libéral ?
Le secteur de l’énergie.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200610-stephane-soumier.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/stephane-soumier-libre-direct-225079

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/06/11/38362237.html



 

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9 janvier 2020 4 09 /01 /janvier /2020 03:41

"Stupeur et Tremblements" version Renault-Nissan.


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Amusant de voir que même Jean-Luc Mélenchon, le 8 janvier 2020 à la matinale d’Europe 1, était prêt à le soutenir, appréciant le côté rebelle, rebelle contre ce qu’il appelle l’injustice japonaise. Si moi-même j’ai beaucoup de respect et de fascination pour le côté patron, je les ai beaucoup moins pour le côté évadé (non fiscal).

C’est vraiment un roman qui dépasse les plus folles fictions. Ce mercredi 8 janvier 2020, ce fut une journée Carlos Ghosn dans l’actualité, en dépit de l’escalade de violence en Irak, en dépit des grèves persistantes en France sur la réforme des retraites, en dépit de beaucoup d’autres sujets bien plus "conséquents"…

Il est incontestable que Carlos Ghosn, X Mines, avec ses trois nationalités, française, brésilienne et libanaise, le sauveur de Nissan, a été un grand patron, efficace, surdoué, très intelligent, polyculturel, indispensable, mais aussi, il est probablement cynique et habile. Lorsqu’il a été arrêté à l’aéroport de Tokyo le 19 novembre 2018, on pouvait imaginer une affaire de type Dominique Strauss-Kahn au Sofitel (lui aussi arrêté dans un aéroport), ou encore une affaire de type Jérôme Cahuzac qui avait caché de l’argent dans un compte bancaire secret à l’étranger.

Carlos Ghosn a été enfermé dans une prison japonaise avec des conditions de vie très difficiles du 19 novembre 2018 au 5 mars 2019 et du 4 avril 2019 au 25 avril 2019, pour deux affaires. Il a été libéré sous caution et régime très difficile (interdiction d’avoir des contacts extérieurs sauf une fois par semaine, email, téléphone, etc.) et ses procès sont prévus pour le printemps 2020 et l’hiver 2021. Beaucoup trop loin, loin dans le temps, loin de sa famille, de sa femme…

Dès le 30 janvier 2019, Carlos Ghosn a crié au complot contre les dirigeants de Nissan qui l’ont trahi et qui ont manœuvré pour le faire chuter. Concrètement, il a quitté la présidence de Nissan, la présidence de Renault le 24 janvier 2019, et la présidence de Mitsubishi Motors le 21 juin 2019. Ses retraites chapeau et indemnités de départ ont été supprimées ainsi que ses stocks options. Mais faut-il le plaindre ? Carlos Ghosn a demandé d’être traité comme n’importe quel citoyen, pas moins bien.

L’histoire aurait dû se poursuivre calmement, avec un ancien patron qui crie son innocence et piégé dans l’enfer judiciaire japonais, qui deviendrait juste un sujet de conversation lointain. Mais le rusé a réussi, à la surprise générale, de ses avocats en premier, à "s’évader" de sa résidence surveillée. On dit qu’avec de l’argent, on peut tout s’acheter, mais il faut quand même avoir à la fois une grande habileté et un sacré culot pour oser quitter la légalité et devenir un fugitif. Prendre le maquis ! Le 29 décembre 2019, il a réussi à décoller du Japon et à atterrir à Beyrouth après une escale en Turquie. Charmant cadeau de Noël pour son épouse dont il était séparé depuis si longtemps.

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Remis de ses émotions (on ne sait toujours pas les conditions exactes de son rapatriement au nez et à la barbe des juges japonais), Carlos Ghosn, à grand renfort de publicité, a tenu une conférence de presse le 8 janvier 2020 à Beyrouth pendant plusieurs heures.

Ne manquant pas de combativité, il a voulu répondre à tout ce que la justice japonaise lui reproche. La langue est anglaise (ou la langue des journalistes qui l’ont questionné), l’esprit vif, la gestuelle très empathique (il a fait de nombreux moulinets), il a cherché à se défendre, documents à l’appui.

Je serais bien incapable de dire si, sur le fond, ce qu’on lui reproche (jusqu’aux rumeurs) est basé sur un poil de vérité ou pas, mais il a eu l’air en tout cas rondement convaincant et surtout, sûr de lui. Des journalistes français ont déjà travaillé, le soir dernier, sur ses arguments qu’ils ont partiellement démontés.

De toutes les déclarations que Carlos Ghosn a faites, il y a celle déjà connue du complot contre lui, pour éviter la fusion entre Renault et Nissan. Mais le vrai scoop, une confirmation, c’est qu’il travaillait, en automne 2018, sur le rapprochement de son groupe Renault-Nissan-Mitsubishi avec Fiat-Chrysler, dont un nouveau round de négociation était prévu pour janvier 2019. Il n’a échappé à personne que le 6 juin 2019, Fiat a retiré son offre de fusion avec Renault et que le 2 novembre 2019, Fiat et Peugeot (le groupe PSA) ont officialisé leur fusion.

S’il a refusé de mettre le Liban en difficulté avec le gouvernement japonais, il a toutefois confirmé qu’il allait demander ses droits à Renault. À 65 ans, il va demander en effet ses droits à la retraite. Cynisme, provocation, assurance démesurée ? Carlos Ghosn voudrait retourner la situation en attaquant Renault dont, a-t-il précisé, il n’a pas démissionné mais s’est seulement "retiré" de la présidence car il était en prison.

Pointilleux, Carlos Ghosn a voulu répondre à toutes les accusations, selon lui infondées, de la justice japonaise, mais aussi à tout ce qui a entaché sa réputation, les informations sur la fête au château de Versailles, et même sur ses traits de caractère supposé être celui d’un autocrate et d’un cupide. Il a utilisé chaque fois des arguments convaincants mais peut-être pas inattaquables : pas cupide car refusé l’offre de General Motors qui portait sur un salaire deux fois plus élevé, mais en oubliant de dire qu’au même moment, il négociait au sein de son groupe les moyens d’augmenter très significativement sa rémunération.

Autre argument très comptable : les dirigeants de Nissan l’ont fait chuter pour quelques dizaines de millions d’euros (qu’est-ce que c’est pour un homme si riche ?) alors que depuis son "affaire", l’action de Nissan s’est effondrée et a fait perdre plus de 5 milliards d’euros aux actionnaires. Seules les trois entreprises du groupe (Renault, Nissan, Mitsubishi) ont eu des résultats décevants en 2019, tandis que le reste du marché était en croissance d’environ 12% en moyenne. Carlos Ghosn est bien dans cette optique "moi ou le chaos".

Ses réflexions sur la justice japonaise sont intéressantes bien qu’étonnantes : elles sont presque les mêmes que celle de Nicolae Ceausescu lorsqu’il a été jugé très expéditivement, avec sa femme, à savoir qu’il refusait d’être jugé par une justice qui considère que le prévenu est coupable dans tous les cas. Drôle d’idée d’imaginer que le justiciable pourrait choisir sa juridiction. Ainsi, lorsqu’il a déclaré qu’il était prêt à être jugé partout sauf au Japon, j’imagine qu’aucun pays n’a voulu se proposer… à part bien sûr le Japon (et la France dont un juge a ouvert aussi une instruction judiciaire).

Nul doute que Carlos Ghosn, maintenant qu’il a un peu temps, pourrait écrire un excellent livre de témoignage sur la justice japonaise, du genre Vue de l’intérieur, un peu l’équivalent du non moins excellent "Stupeur et Tremblements" d’Amélie Nothomb.

Depuis cette conférence de presse, l’auditeur distrait pourrait presque passer directement de l’affaire DSK à …l’affaire Dreyfus. Il est fort, Carlos ! The show must Ghosn, comme on peut lire sans grande originalité musicale…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 janvier 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
The show must (Carlos) Ghosn.
L’investissement productif en France.
Virginie Calmels.
Silvio Berlusconi.
Thierry Breton.
Georges Chavanes.
Volkswagen.
Bernard Tapie.
Grandeur et décadence de Carlos Ghosn.
Serge Dassault.
La SNCF.
L’industrie de l’énergie en France.
La France est-elle un pays libéral ?
La concurrence internationale.

_yartiGhosnCarlos01



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200108-carlos-ghosn.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/the-show-must-carlos-ghosn-220570

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/01/08/37923894.html


 

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11 décembre 2019 3 11 /12 /décembre /2019 12:09

Le Premier Ministre Édouard Philippe a prononcé un discours important sur le projet de retraite universelle par points le 11 décembre 2019 au Conseil Économique, Social et Environnemental à Paris. On peut le lire dans son intégralité.

Cliquer sur le lien pour télécharger le discours (fichier .pdf) :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2019/12/discours_de_m._edouard_philippe_premier_ministre_-_presentation_du_systeme_universel_de_retraite_au_cese_-_11.12.2019.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191212-edouard-philippe-retraites.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20191211-discours-edouard-philippe-cese.html


 

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21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 16:45

Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a publié le 21 novembre 2019 un rapport sur les perspectives des retraites en France à l'horizon 2030. Il est la base documentaire du projet de retraite universelle par points proposé par le gouvernement le 11 décembre 2019.

Cliquer sur le lien correspondant au document (sous forme de fichier .pdf).

Rapport du COR Novembre 2019 - Perspectives des retraites en France à l’horizon 2030 :
https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2019-11/Rapport_novembre_2019.pdf

Synthèse - Rapport du COR de novembre 2019 :
https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2019-11/Synth%C3%A8se_Rapport_novembre_2019.pdf

Présentation - Rapport Novembre 2019 :
https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2019-11/2019_11_21_Pl%C3%A9ni%C3%A8re.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191212-edouard-philippe-retraites.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20191121-rappor-cor-retraites.html



 

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24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 03:05

« On doit enfin cesser de rendre l’économie de libre marché coupable d’avoir causé la Grande Dépression, et mettre la faute sur les vrais coupables : les politiciens, bureaucrates et la masse des économistes "éclairés". Et dans tout autre dépression, passée ou à venir, il en sera de même. » (Murray Rothbar, 1963).



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Il y a exactement quatre-vingt-dix ans, le 24 octobre 1929, ce fut le Jeudi noir à la bourse de New York. Le krach boursier de Wall Street a eu lieu du 24 au 29 octobre 2019 et a provoqué l’une des plus graves crises financières de l’histoire mondiale, faisant plonger les États-Unis, l’Europe et la plupart des puissances mondiales dans une période de décroissance et de stagnation pendant les années 1930. Parmi les dégâts, elle fut l’une des causes de la montée du nazisme en Allemagne (passant de 3% en 1927 à 37% en 1932) et du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Les causes de cette crise boursière sont multiples. Après la Première Guerre mondiale, les années 1920 ont été dominées par un monde en forte croissance économique. Les progrès techniques ont permis de produire plus avec des gains de productivité. Cette période de forte prospérité a fait de la production de masse, basée sur le pétrole au lieu du charbon, esquissant le début d’une société de consommation. Cette culture de la consommation s’est même appelée "American way of life", qui a été nourrie par la vente à crédit. Les prêts sont toujours un pari sur l’avenir : la confiance en une prospérité durable a encouragé le crédit à la consommation.

Mais comme dans chaque période de forte croissance (c’était le cas aussi pour la bulle Internet), la surproduction agricole et industrielle (faisant baisser les prix) et des crédits incontrôlés, couplés à la spéculation ont engendré un krach boursier. La crise financière a été d’abord bancaire, puis économique (faillite de nombreuses entreprises) et internationale (en raison de la multiplication des échanges commerciaux), enfin sociale avec une chômage de masse qui a engendré une pauvreté en masse, débouchant (parfois) sur une crise politique.

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Dès 1927, des signes de surchauffe furent détectés (surproduction) si bien que des mesures pour faciliter la consommation, en particulier en facilitant l’accès au crédit ont été prises, sans pour autant agir sur les causes de la surchauffe. Parallèlement, les actions ont grimpé encore plus vite que la production industrielle (entre 1925 et 1929, l’indice moyen des actions a augmenté deux fois plus rapidement que celui de la production industrielle). Cette différence, nécessairement, a fait que la valeur des actions devenait fictive et ne prenait pas en compte la réalité économique. Alors que les actions étaient à leur sommet le 3 septembre 1929, les bénéfices industriels tombaient, ce qui a conduit les investisseurs/spéculateurs à vendre leurs actions tant qu’elles étaient au sommet.

Le 24 octobre 1929, en même pas une demi-journée, treize millions d’actions furent mises en vente (cinq fois plus que le volume journalier habituel) à des prix bas mais sans repreneurs, si bien que les cours se sont effondrés (–22% à midi) avec un enchaînement de dominos. Le 29 octobre 1929 fut appelé Mardi noir, et les cours ont continué à chuter jusqu’en 1932. En quelques semaines, fut parti en fumée l’équivalent de dix fois le budget fédéral des États-Unis ! Des milliers de petits actionnaires ont été ruinés, certains se sont suicidés.

Même si les États-Unis furent le pays d’origine, probablement que le pays qui en a subi les plus néfastes conséquences (tant économiques que politiques), plombé par le Traité de Versailles, fut l’Allemagne, la République de Weimar, dont l’économie s’est effondrée pendant les trois années qui ont suivi le krach, autant qu’aux États-Unis, ainsi que la monnaie par une inflation à trois chiffres (on payait son pain avec des brouettes d’argent !), tandis que le chômage fut de 33% ! Beaucoup de jeunes sans emploi et sans considération sociale furent ainsi tentés par l’aventure politique du nazisme, car ils n’avaient plus rien à perdre. La France a mieux résisté au choc mais son économie n’a pas su redémarrer au milieu des années 1930, si bien que le PIB de la France s’est retrouvé le même en 1939 qu’en 1929.

Les responsables de cet effondrement des cours, ce furent dans les faits les investisseurs/spéculateurs dont la motivation n’était plus de se rémunérer sur les bénéfices des entreprises dont ils avaient une part, mais sur les plus-values des actions qu’ils pouvaient faire en un court moment, sachant qu’ils pouvaient payer l’achat des titres à crédit. Ce fut le début de la financiarisation de l’économie. La plupart des capitaux disponibles ont été absorbés par la spéculation boursière au détriment de la production industrielle.

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Les réactions politiques à ce krach furent à retardement. Principal responsable américain, le Président des États-Unis Herbert Hoover (1874-1964), ancien Ministre du Commerce (du 5 mars 1921 au 21 août 1928), qui a pris ses fonctions le 4 mars 1929 après une très victorieuse élection le 7 novembre 1928 (58,0% des voix), fut très critiqué pour son inaction ou son inefficacité. Il n’a pas pris la mesure de la catastrophe le vendredi 25 octobre 2019, quand il a déclaré : « Les activités fondamentales du pays reposent sur des bases saines, très prometteuses pour l’avenir. » (c’est évidemment très facile d’ironiser aujourd’hui, avec la connaissance de la suite, mais il a existé quand même des personnalités qui furent un peu plus clairvoyantes que lui).

La crise économique encourage généralement le repli sur soi et le protectionnisme, et favorise aussi les régimes totalitaires. Herbert Hoover a promulgué le 15 juin 1930 la loi Hawley-Smoot qui a augmenté les taxes d’importation. Le but était de protéger le marché intérieur des États-Unis, mais tous les pays importateurs ont pris les mêmes mesures d’augmentation des droits de douane, si bien que l’économie mondiale est restée en récession. C’est le mouvement des biens et de l’argent qui apporte la croissance, la réduction des échanges internationaux réduit cette croissance, voire la bloque.

Herbert Hoover a été plus inefficace qu’inactif. Au contraire de la tradition libérale, il a cherché à faire intervenir l’État, mais de manière nettement insuffisante. Le 2 décembre 1930, le Congrès lui a donné l’autorisation d’engager plus de cent millions de dollars de programmes publics pour fournir du travail aux millions de chômeurs. Ils furent cinq millions aux États-Unis en janvier 1931. Le 22 janvier 1932, Herbert Hoover a injecté deux milliards de dollars pour prêter aux banques dans le but de relancer l’économie américaine. Mais pour équilibrer le budget fédéral, il a dû en même temps augmenter massivement les impôts.

Candidat à sa propre réélection le 8 novembre 1932, il n’a recueilli que 39,6% des voix et fut battu très largement par le candidat démocrate Franklin Delano Roosevelt avec 57,4% es voix, qui a proposé le 2 juillet 1932 son fameux "New Deal" qui fut appliqué de 1933 à 1938 en relançant l’économie avec l’argent public et en aidant les couches les plus pauvres de la population par la redistribution et le déficit budgétaire. De même, le Gass-Steagall Act, à partir du 16 juin 1933, apporta un début de régulation du secteur bancaire, notamment en séparant les activités de dépôts, d’épargne et de prêt et les activités d’investissement et de spéculations.

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Je termine en faisant la connexion avec la situation actuelle.

Spécialiste reconnu internationalement des crises de 1929 et de 1987, Maurice Allais (1911-2010), "Prix Nobel d’Économie", a publié, à 98 ans, une tribune dans le magazine "Marianne" du 5 décembre 2009 sur son analyse de la crise de 2008. Pour lui, la crise de 2008, comme celle de 1929, provenait avant tout des crédits trop facilement accessibles. Il a commencé par cette revendication : « Le point de vue que j’exprime est celui d’un théoricien à la fois libéral et socialiste. ».

Il était opposé à l’absence de barrière d’importation entre pays aux coûts sociaux trop différents qui entraînent des délocalisations massives et du chômage : « Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m’apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d’aggravation de la situation sociale. À ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d’un contresens incroyable. Tout comme le fait d’attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l’ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l’arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. ».

Et il a rappelé que les seuls supposés experts qui ont encore accès aux médias n’avaient pas du tout prévu la crise de 2008 : « Lorsque je m’étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec l’objectif d’étudier la crise qui y sévissait, son chômage et ses sans-abri ; il y régnait une incompréhension intellectuelle totale. ».

Plus récemment, dans sa Lettre économique d’avril 2019, Thierry Pouch, des Chambres d’agriculture de France, s’inquiétait du climat économique général : « Sans se laisser aller à lire dans le marc de café ou à détecter des similitudes historiques, l’année 2019 apparaît grosse d’incertitudes. Outre les propos de la directrice générale du FMI, les recommandations de la Banque des Règlements Internationaux… concernant les menaces réelles qui alourdissent le climat économique mondial (croissance, commerce, endettement mondial de 184 000 milliards de dollars, soit 225% du PIB de la planète, Brexit…), il convient d’ajouter la crise agricole américaine. Baisse des exportations, du revenu, explosion impressionnante de l’endettement des agriculteurs qui devrait se fixer en 2019 à quelque 427 milliards de dollars, retrouvant le niveau de dettes du début de la décennie 1980, le tout s’inscrivant dans une tendance baissière des prix et des tensions commerciales qui obstruent les flux de marchandises. Le panorama est donc morose, très morose et surtout périlleux. ».

Et de conclure sans optimisme : « Le cataclysme de 1929 fut précédé par de multiples petites crises. Elles n’ont pas empêché les gouvernements et les entreprises à persister dans leurs erreurs, la plus saillante ayant été celle consistant à maintenir les politiques déflationnistes, un entêtement favorisé par le rattachement des monnaies à l’or (étalon-or). On sait que, depuis le début des années 2000, plusieurs alertes ont jalonné les économies jusqu’à aujourd’hui, et notamment la grande crise de 2007-2012. Faut-il y voir un signal ? Institutions financières, de conjoncture, économistes… ils sont nombreux à prévenir du danger que court l’économie mondiale, c’est-à-dire d’une probable reproduction d’une dépression d’ampleur similaire à celle des années 1930. Il est d’ailleurs curieux que l’évocation, à défaut de la célébration, de la Grande Dépression soit si discrète. On ne pourra pas dire cette fois-ci que nous n’avons pas été prévenus. » (avril 2019). Même si le pire n’est jamais sûr…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le krach de 1929, de sinistre mémoire…
Le péché originel de la République de Weimar.
Le Traité de Versailles.
Maurice Allais.
La crise financière mondiale de 2008.

_yarti1929Krach04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191024-krach-1929.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/le-krach-de-1929-de-sinistre-218794

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/10/23/37734891.html


 

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12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 16:43

Le Premier Ministre Édouard Philippe a prononcé un discours important sur le projet de retraite universelle par points le 12 septembre 2019 au Conseil Économique, Social et Environnemental à Paris. On peut le lire dans son intégralité.

Cliquer sur le lien pour télécharger le discours (fichier .pdf) :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2019/09/discours_de_m._edouard_philippe_premier_ministre_-_presentation_du_calendrier_et_de_la_methode_de_la_reforme_des_retraites_-_cese_-_12.09.2019.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191212-edouard-philippe-retraites.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190912-discours-edouard-philippe-cese.html





 

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24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 03:07

« Le principe d’une indemnisation chômage est un des fondements de notre modèle social. Il est bon, il est sain que nous ayons un système permettant de ne pas laisser seul et sans indemnisation, ceux qui, dans leur vie professionnelle, connaissent une interruption liée à l’activité économique. Il ne s’agit donc pas de revenir sur ce principe, mais bien au contraire de faire en sorte que ce principe puisse trouver une application efficace et durable. » (Édouard Philippe, le 26 février 2019 à Matignon).



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On parle en ce moment de la réforme des retraites, mais il y a aussi la réforme de l’assurance-chômage en cours. Elle est en train de "mijoter". Le Premier Ministre Édouard Philippe devrait indiquer « au printemps les paramètres et les mesures que nous retiendrons ». Ce sujet est évidemment très sensible puisqu’il s’agit du traitement social du chômage. La France, plus que d’autres pays, s’enorgueillit de parvenir à amortir le choc d'une crise économique par des airbags sociaux. L’assurance-chômage est, à cet égard, l’airbag le plus stratégique.

Le Président Emmanuel Macron s’était étonné, lors d’une participation au grand débat, que le sujet du chômage et de l’emploi était peu évoqué alors qu’il est déterminant dans le redressement de l’économie et l’assainissement des finances publiques. Il a eu beau jeu également de fustiger les partenaires sociaux le 25 février 2019 en disant qu’on lui reprochait de ne pas vouloir de concertation, mais quand il y avait une concertation, cela n’aboutissait à rien et alors, les partenaires sociaux s’en remettaient au gouvernement.

Ce raisonnement présidentiel assez boiteux a fait sortir de leurs gonds les deux parties, les syndicats et le Medef, dans un élan commun, parce que le cahier des charges imposé par le gouvernement était intenable, notamment avec le ou les milliards d’économies demandés afin de désendetter l’Unedic.

Effectivement, le 20 février 2019, les partenaires sociaux ont dû arrêter leurs négociations sur un constat d’échec. Il revient donc au gouvernement de reprendre l’initiative et d’imposer finalement ses propres mesures, après une nouvelle concertation de plusieurs semaines, cette fois-ci menée par le gouvernement.

Pour Édouard Philippe, cet échec est regrettable : « Nous avons laissé toutes ses chances à la négociation. Nous avons rédigé le document qui leur a été adressé après les avoir consultés et après avoir tenu compte de leur avis pour en élaborer le contenu. En affirmant le nécessaire désendettement de l’Unedic, nous avons pris soin de mentionner non pas un objectif budgétaire mais une fourchette d’économies suffisamment large pour que l’espace de discussion soit réel. Et nous avions indiqué aux partenaires sociaux que dès lors qu’ils atteindraient une cible à l’intérieur de cette fourchette, nous pourrions suivre leurs recommandations. ».

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Dans sa conférence de presse (dont on pourra lire l’intégralité ici) à Matignon le 26 février 2019, le Premier Ministre Édouard Philippe s’est d’abord réjoui de la baisse durable du chômage avec un taux en dessous de 9%, ce qui était sans précédent depuis dix ans. Pour lui, le retour à plus d’emplois est la priorité du gouvernement : « La lutte contre le chômage reste notre premier objectif. ». La réforme de l’assurance-chômage constitue le troisième levier de sa politique de l’emploi.

Le premier levier était la réforme du code du travail, qui permet une meilleure sécurisation des contrats de travail vis-à-vis des employeurs. Le deuxième levier était la réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage « avec le choix de privilégier enfin l’alternance en levant les blocages à son développement, et le choix de privilégier la formation des demandeurs d’emploi plutôt que les emplois aidés ».

Parmi les quelques pistes du gouvernement, deux mauvaises idées se sont glissées qui ne me paraissent pas aller dans le bon sens, même si je conçois la nécessité de faire des économies si l’on ne veut pas augmenter les charges sociales sur les salaires.

La première mauvaise idée, c’est de proposer de créer un malus pour les contrats courts, les CDD (contrats à durée déterminée). L’idée, fort louable, est de faire en sorte que le CDI (contrat à durée indéterminée) soit la norme, ce qui n’est plus le cas actuellement dans les embauches : « Nous considérons que les entreprises doivent être beaucoup plus responsabilisées dans leur choix de recourir aux contrats courts. (…) Vous comprenez bien qu’ayant libéré les entreprises des règles qui créaient des incertitudes défavorables à l’embauche, nous pouvons désormais refaire du CDI et des contrats longs la norme à l’embauche. ».

Le problème, c’est que cette mesure suit une logique complètement antiéconomique, elle serait financièrement catastrophique dans de nombreux secteurs, en particulier la restauration et le tourisme (ce qui est bien connu), mais aussi dans des secteurs moins connus pour ces contrats courts, comme par exemple, le secteur de l’audiovisuel. En effet, le recrutement d’un producteur d’émission ne peut se faire sur une durée indéterminée mais sur les périodes des grilles, à savoir, année scolaire ou mois d’été. Obliger les entreprises du secteur à recruter en CDI reviendrait à nier leur liberté éditoriale. Chaque secteur économique a sa propre logique et ses propres raisons de recourir éventuellement à des contrats courts. Vouloir imposer une mesure globale ne paraît pas pertinent.

Par ailleurs, n’imaginer que des dispositifs qui chargent encore plus les entreprises paraît contradictoire avec la volonté affichée par le gouvernement de mener une politique pro-entreprises. Ce n’est assurément pas en augmentant leurs charges qu’on réduirait le chômage. Mieux vaut trouver un argument incitatif pour recruter en CDI qu’une mesure punitive pour qui recruterait en contrats courts.

C’est une tentation très française de vouloir sans arrêt rajouter une taxe, avec une pléthore de synonymes (ici "malus"), alors même que le gouvernement avait répété qu’il n’augmenterait aucun impôt ni n’en créerait de nouveaux. Ce cette pratique qui a engendré la crise des gilets jaunes où l’on a confondu très hypocritement la sauvegarde de la planète avec le remplissage des caisses de l’État par l’intermédiaire de la taxe carbone.

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La seconde mauvaise idée, qui, elle, pourrait avoir un écho favorable à gauche (comme la première du reste), c’est de proposer une limitation du niveau des indemnités chômage : « Il est clair que les règles d’assurance-chômage, qui ne protègent pas suffisamment contre la précarité, indemnisent dans le même temps à un niveau dépassant de très loin ce qui existe ailleurs en Europe, alors même que le marché du travail des cadres est au plein emploi. ». L’idée est "lumineuse" : on imagine mal les cadres au chômage se regrouper et bloquer les ronds-points.

Dans cette petite phrase du Premier Ministre, on lit en filigrane qu’un cadre sans emploi serait au chômage par sa propre volonté, ce qui n’est évidemment pas aussi simple que cela (cela dépend des secteurs et des compétences). Mais surtout, l’indemnisation chômage n’est pas un droit acquis, une faveur octroyée par l’État ou par les partenaires sociaux par solidarité aux demandeurs d’emploi. C’est d’abord et avant tout une assurance. C’est donc ainsi qu’il faut l’imaginer.

Or, une assurance, c’est payer pour un risque, et être indemnisé lorsque ce risque devient réalité. Mettre un plafond (pour les cadres donc) aux indemnisations pourrait sembler juste, mais c’est en fait le contraire. Un tel plafonnement ne peut s’envisager qu’accompagné d’un plafonnement du paiement des cotisations chômage. Car si les cadres peuvent toucher une indemnisation qui peut s’avérer élevée, elle l’est en proportion des cotisations chômage payées qui sont également élevées.

La réforme de 2018 (celle qui a suscité la grogne des retraités) avait un but clair : augmenter la CSG et supprimer la cotisation chômage du salarié, si bien que le salarié y a gagné globalement. Cela a désavantagé ceux qui n’avaient pas à payer à l’origine de cotisation chômage, principalement les retraités et les fonctionnaires. Mais l’idée avait aussi un but moins avouable même si annoncé : c’était de transférer la compétence de l’assurance-chômage des partenaires sociaux vers l’État en supprimant ainsi les cotisations chômage et en intégrant l’assurance-chômage dans le budget de l’État. On imagine la conséquence "philosophique" de cette transformation : l’assurance-chômage ne serait plus une "assurance" mais un droit social, qui pourrait donc être modifié au gré des lois de finance.

En fait, le gouvernement n’a fait que la moitié du travail, dans cette étatisation (nationalisation) de l’assurance-chômage, puisqu’il reste encore des cotisations chômage patronales, qui, en fin de compte, sont techniquement de même nature que les cotisations salariales. Les réduire ou les supprimer ne changerait rien sur le "net à payer" du salarié, mais allègerait le coût du travail pour les entreprises. On n’en est pas là, à moins d’imaginer une nouvelle augmentation équivalente de la CSG, quitte à la coupler avec une augmentation équivalente du salaire brut (le salaire brut n’est pas vraiment brut puisqu’il ne prend pas en compte les charges patronales liées à ce salaire).

La plupart des réformes de l’assurance-chômage, depuis une trentaine d’années, ont eu pour objectif de redonner un équilibre financier au système (sans lequel le système peut imploser), et ce n’est pas facile en période de taux élevé et durable de chômage. Néanmoins, il y a plus de marge de manœuvre que pour les pensions de retraite.

En effet, non seulement il y a un nombre de retraités fixé et irréversible, mais avec le baby-boom, devenu papy-boom, il va éclater dans les années à venir, sans compter la hausse vertigineuse, en elle-même excellente, du nombre de personnes très âgées, ce qui renforcera le coût de la dépendance dans les vingt prochaines années.

L’assurance-chômage n’a pas cette problématique irréversible. Elle dépend du taux de chômage et si celui-ci baisse, l’équilibre financier peut rapidement être atteint. Non seulement avec la baisse des indemnisations, mais aussi, parallèlement, avec la hausse de recettes. L’assurance-chômage n’est donc prisonnière du triple levier montant des cotisations/montant des indemnisations/durée des indemnisations mais aussi du taux de chômage.

La véritable solution, et personne n’en doute, c’est qu’il y ait moins de chômeurs. Tout ce que fait le gouvernement sur le code du travail et sur l’assurance-chômage a malheureusement peu d’impact sur l’emploi qui est d’abord une donnée économique et pas sociale (en quelques sortes, les leviers du gouvernement n’agissent que sur les conséquences et pas sur les causes du chômage). Jusqu’à maintenant, le seul véritable levier de l’emploi, c’est l’investissement productif. Je doute, malgré les discours prometteurs, que celui-ci soit réellement encouragé dans les faits par des mesures effectivement incitatives…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu

(La première image est une parodie trouvée sur Internet du logo de "Pôle Emploi" à la suite d'une certaine déclaration présidentielle ; que son auteur non identifié soit remercié).


Pour aller plus loin :
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe sur l’assurance-chômage le 26 février 2019 à Matignon (texte intégral).
Assurance-chômage : deux mauvaises idées du gouvernement.
L’inversion de la courbe.
La crise de 2008.
Faut-il toucher aux retraites ?
Le statut de la SNCF.
Programme du candidat Emmanuel Macron présenté le 2 mars 2017 (à télécharger).
La génération du baby-boom.
La réforme des sociétés anonymes.
L’investissement productif.
La réforme du code du travail.
La France est-elle un pays libéral ?
Le secteur de l’énergie.

_yartiAssuranceChomageA03



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190226-assurance-chomage.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/assurance-chomage-deux-mauvaises-214266

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/02/27/37136834.html



 

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28 janvier 2019 1 28 /01 /janvier /2019 18:23

Né le 1er novembre 1928 à Paris, Marc Viénot a fait de brillantes études à l'IEP Paris (1948) et l'ENA (1953), et a fait sa carrière de haut fonctionnaire comme inspecteur des finances. Il fut détaché en 1974 pour travailler dans la banque. En 1986, il fut désigné PDG de la banque Société Générale et a empêché l'OPA contre sa banque par Georges Pébereau en 1988. Administrateur de Vivendi Universal, il fut un protecteur de Jean-Marie Messier.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190128-marc-vienot.html


 

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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 22:36

(verbatim)



Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181120-gilets-jaunes.html



Assemblée nationale
XVe législature
Session ordinaire de 2018-2019

Compte rendu
intégral
Première séance du lundi 12 novembre 2018


Présidence de Mme Carole Bureau-Bonnard

M. Éric Woerth, président de la commission des finances. Le vrai problème, en réalité, tient au temps dont le Parlement, et donc les parlementaires, dispose pour examiner ces textes. Je rappelle que la LOLF impose un délai d’une semaine pour recueillir l’avis du Parlement sur les décrets d’avance du Gouvernement. C’est donc un paradoxe que nous ayons eu bien moins d’une semaine pour examiner ce PLFR ! L’examen de ce texte en commission n’a pu avoir lieu que vendredi, et nous sommes aujourd’hui lundi : il est compréhensible que certains de nos collègues, notamment d’opposition, soient pour le moins mal à l’aise. L’opposition a des droits, qui doivent être respectés ; pour cela, la majorité a des devoirs, dont celui de lui laisser du temps pour examiner les textes.

Et d’ailleurs, ce n’est pas à la majorité de dire s’il y a lieu ou non d’amender un texte : c’est aux parlementaires de le faire ! J’ai été ministre du budget avant vous, je sais bien qu’aucun gouvernement n’a très envie de voir amender les textes qu’il présente. Tout gouvernement pense être l’alpha et l’oméga, et savoir exactement ce qu’il faut faire. Mais c’est le rôle de l’opposition de se saisir les occasions qu’elle rencontre.

(...)

Dernier point : les carburants. C’est une question à la fois politique et technique, comme l’ont révélé les oppositions lors du débat sur le PLF. J’ai une question à poser au Gouvernement et à la majorité à ce sujet : l’augmentation de la fiscalité énergétique vise-t-elle à compenser la baisse de la taxe d’habitation ?

Mme Cendra Motin. Mais non !

M. Laurent Saint-Martin. Ce n’est pas de votre niveau, cela, monsieur le président de la commission !

M. Éric Woerth, président de la commission des finances. Nous posons cette question depuis plusieurs semaines, sans obtenir de réponse. Les montants sont les mêmes : avouez que c’est troublant ! (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)

M. Hubert Wulfranc. C’est vrai !

M. Jean-Louis Bourlanges. Vous faites de la numérologie, à présent, monsieur Woerth ? (Sourires sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)

M. Éric Woerth, président de la commission des finances. J’insiste : compensez-vous la baisse de la taxe d’habitation par l’augmentation des prélèvements sur les carburants ? Je suis persuadé que vous allez me dire que non, mais d’année en année, tout au long des deux trajectoires – celle de la baisse de la taxe d’habitation et celle des taxes sur les carburants –, les montants sont étonnamment semblables. Au fond, faites-vous payer aujourd’hui aux automobilistes ce que les contribuables locataires ne paieront plus demain ?

Mme Stella Dupont. Vous vous égarez !

M. Éric Woerth, président de la commission des finances. Pour conclure, ce PLFR témoigne bien d’un effort de sincérité, et d’un effort de clarification de la répartition des rôles entre PLFR et PLF. Cependant vous ne faites pas d’effort pour clarifier vos politiques : c’est pourtant cela, au fond, que les Français demandent. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)



Source : Assemblée Nationale.
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181112-taxe-carburant-habitation.html

 

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11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 23:51

Né le 28 juin 1927 à Paris, Raymond Lévy fut major à Polytechnique en 1946 et est sorti dans le Corps des Mnes. Il travailla chez ERAP puis fut vice-président directeur général d'Elf Aquitaine. Puis, il fut président-directeur général d'Usinor de 1982 à 1984. Prenant la lourde succession de Georges Besse assassiné par Action directe, Raymond Lévy est nommé par le ministre Alain Madelin président-directeur général du groupe automobile Renault de 1987 à 1992. Il a réussi à redresser financièrement le groupe après avoir lancé la R19 et la Clio. Il échoua cependant à faire des alliances avec Skoda et avec Volvo. Par son âge, il a dû quitter son poste qu'il laissa à Louis Schweitzer, ancien directeur de cabinet de Laurent Fabius à Matignon. En 1993, Raymond Lévy fut nommé président du conseil de surveillance de Lagardère. Il fut en outre conseiller municial de Vaucresson de 2001 à 2008.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181010-raymond-levy.html

 

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