Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 août 2020 2 25 /08 /août /2020 03:17

« Je remercie vivement M. le Président de la République et M. le Premier Ministre pour la confiance qu’ils m’apportent en me confiant une immense et lourde tâche, sur laquelle je sais que je suis très attendue par tout le monde. Je mesure parfaitement l’ampleur de la tâche, des attentes et les énormes obstacles. Mais je sais aussi mon immense volonté de faire bouger les choses : je n’y arriverai pas toute seule, mais M. le Premier Ministre m’a assuré, et je l’en remercie, que je pourrai compter sur l’ensemble du gouvernement, sur cette équipe qui me soutiendra et avancera avec moi. » (Barbara Pompili, le 8 juillet 2020).



_yartiPompiliBarbara01

Bâton de maréchale, avec un e, que cette nomination tant espérée. Troisième dans l’ordre protocolaire après Jean Castex et Jean-Yves Le Drian. Barbara Pompili, députée LREM, a été nommée le 6 juillet 2020 à cet important poste gouvernemental de Ministre de la Transition écologique (elle a perdu le "solidaire" voulue par Nicolas Hulot) dans le gouvernement de Jean Castex.

Il y a une trentaine d’années, on aurait haussé les épaules, mais depuis 2007, la fonction est essentielle, parfois accompagnée du prestigieux titre de "Ministre d’État" comme ce fut le cas pour Alain Juppé, Jean-Louis Borloo, Nicolas Hulot et François de Rugy, et même sans ce titre, il y a eu des poids lourds politiques, Nathalie Kosciusko-Morizet, Ségolène Royal, ou moins lourds, Nicole Bricq, Delphine Batho, Élisabeth Borne… Pour Barbara Pompili, c’est le résultat d’une stratégie personnelle réussie d’une vingtaine d’années d’opportunisme politique.

Barbara Pompili, diplômée de l’IEP de Lille, est encore assez jeune, 45 ans, mais elle a déjà beaucoup de "bouteille" dans la politique. Elle s’est engagée en 2000 chez les écologistes, à savoir chez les "Verts" puis "Europe Écologie". Elle a été collaboratrice parlementaire du député écologiste Yves Cochet (qui est devenu Ministre de l’Environnement dans le gouvernement de Lionel Jospin). Barbara Pompili s’est présentée aux élections législatives de juin 2007 à Paris (contre Jean-François Lamour) où elle n’a obtenu que 2,3% des voix. Aux élections municipales dans le 15e arrondissement (contre le maire sortant Philippe Goujon) en mars 2008, elle n’a guère recueilli plus de voix, seulement 4%. Des scores désastreux en raison de ses candidatures autonomes.

Tout a changé avec la campagne très dynamique de Daniel Cohn-Bendit aux élections européennes de juin 2009, où les écologistes ont fait jeu égal avec les socialistes. Martine Aubry, première secrétaire du PS, a alors négocié avec EELV (Europe Écologie Les Verts) de nombreuses circonscriptions afin de garantir un soutien à la candidature socialiste à l’élection présidentielle (et cela malgré la candidature de l’ancienne juge Eva Joly). Barbara Pompili a obtenu une investiture à Amiens. Résultat, grâce à ce parachutage bienveillant (sans candidat du PS), Barbara Pompili fut élue députée en juin 2012, de justesse, avec 50,8% des voix, contre un proche de l’ancien ministre Gilles de Robien, et fut réélue en juin 2017 sous une autre étiquette (voir plus bas), face à un candidat FI.

Entre juin 2012 et février 2016, elle fut la coprésidente du groupe écologiste à l’Assemblée Nationale : c’était dans les accords avec le PS d’avoir pu former un groupe parlementaire dans chacune des assemblées. Barbara Pompili coprésida donc le groupe à l’Assemblée Nationale avec François de Rugy (le statut de "coprésident" n’est en fait pas reconnu officiellement, il faut un seul nom), tandis qu’au Sénat, les écologistes, toujours grâce aux accords très favorables avec le PS, ont pu former aussi un groupe dès septembre 2011, présidé par Jean-Vincent Placé, ancien collaborateur parlementaire de l’ancien député-maire radical de gauche Michel Crépeau.

Barbara Pompili, François de Rugy et Jean-Vincent Placé sont ce que j’appellerais des "écologistes opportunément opportunistes", à savoir, comme les animaux domestiques, ils vont là où la gamelle est pleine. Je suis sans doute un peu dur mais comment dire autrement ? Ces parlementaires n’ont dû leur mandat parlementaire qu’au bon vouloir du parti socialiste, ils auraient été socialistes que leurs électeurs n’y auraient vu que du feu.

_yartiPompiliBarbara02

Pour l’heure, ce n’était pas "leur" moment. Martine Aubry a perdu la primaire du PS en octobre 2011 et l’élection de François Hollande a consacré le leadership des écologistes de Cécile Duflot au gouvernement à partir de mai 2012, jusqu’à la nomination de Manuel Valls à Matignon, en mars 2014. Prétextant l’arrivée de ce dernier, Cécile Duflot a claqué la porte du gouvernement, histoire de se refaire une virginité en vue de l’élection présidentielle de 2017 (sans succès).

Pour les "écologistes opportunistes", c’était la fin du rêve ministériel : comment être ministre en dehors d’un quinquennat socialiste ? La question reste d’actualité et Yannick Jadot (le leader d’aujourd’hui) semblerait avoir quelques prétentions à s’éloigner des socialistes. En 2014, la perspective d’un retour de la droite parlementaire semblait déjà acquis pour 2017.

Heureusement, les manœuvres de François Hollande avaient les mêmes objectifs que ces "écologistes opportunistes" : il suffisait de négocier. Le prix à payer fut assez cher d’ailleurs pour ces derniers. Barbara Pompili et Jean-Vincent Placé ont obtenu des strapontins dans le gouvernement de Manuel Valls en février 2016, pour un an, donc, tandis que François de Rugy a obtenu une vice-présidence de l’Assemblée Nationale. Mais le prix était très élevé : la dissolution du groupe écologiste à l’Assemblée Nationale. Les "écologistes opportunistes" ont dû quitter EELV et ont créé leur propre parti au nom si fade qu’il n’est même pas utile de le citer. Dans cette opération, François Hollande a surtout réussi à convaincre la secrétaire nationale de EELV en titre, Emmanuelle Cosse, de rejoindre le gouvernement, ce qui était un débauchage plus méritant que celui des deux autres.

Ainsi, Barbara Pompili est devenue Secrétaire d’État auprès de Ségolène Royal chargé de la Biodiversité du 11 février 2016 au 10 mai 2017. Travailleuse, elle a terminé de défendre la loi n°2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. François de Rugy, hors du gouvernement, s’est, quant à lui, présenté à la primaire du PS en janvier 2017, ce qui montrait que ce petit groupe était encore à fond dans une alliance avec les socialistes.

La désignation de Benoît Hamon et la forte popularité du candidat Emmanuel Macron ont bouleversé la situation : Manuel Valls, François de Rugy et Barbara Pompili, au lieu de soutenir le candidat socialiste officiel, ont soutenu Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, et les deux derniers ont clairement adhéré au parti président LREM, ce qui leur retirait leur "écologisme de parti" (même s’ils sont toujours membres d’un microparti écologiste intégré à LREM).

Le soutien de Barbara Pompili à Emmanuel Macron avait un certain courage puisque ce fut la première fois qu’un membre du gouvernement prenait position en faveur d’Emmanuel Macron, le 21 mars 2017. Jean-Yves Le Drian, par exemple, n’a pas eu le cran de s’engager officiellement avant elle. Certes, à cette date, Emmanuel Macron pouvait déjà être considéré comme le favori du scrutin présidentiel, reprenant des électeurs déçus tant de François Fillon que du PS qui ne se reconnaissaient ni dans un candidat assombri par un nuage judiciaire ni par un candidat qui remettait en cause la doctrine même du PS (Benoît Hamon). En tout cas, cela aurait été nécessairement le bon choix pour des "opportunistes de gauche", s’ils ne voulaient pas être laminés aux élections législatives suivantes.

L’investiture LREM a permis la réélection très confortable de Barbara Pompili avec 61,9% des voix (sa circonscription était celle de l’entreprise Whirpool). Elle ainsi que François de Rugy sont donc arrivés dans la Macronie avec une longueur d’avance sur les jeunes et nouveaux députés LREM : ils ont déjà l’expérience politique, parlementaire voire ministérielle. Ils sont donc devenus des "barons". François de Rugy est parvenu à se faire élire au perchoir, tandis que Barbara Pompili s’est contentée de la présidence de la commission du développement durable de l’Assemblée à partir de juin 2017. À ce poste, elle a été très active. Après la démission de François de Rugy pour cause de nomination au gouvernement, Barbara Pompili s’est présentée à la primaire LREM pour se faire élire au perchoir mais Richard Ferrand a gagné.

_yartiPompiliBarbara03

C’était donc normal que son tour allât venir au gouvernement. Jeune, femme, expérimentée et étiquetée "écologiste" même si le vert semble très pâle, elle avait tout pour retourner au gouvernement par la grande porte (d’autant plus que François de Rugy, à cause des homards, ne pouvait plus lui faire d’ombre). Sa véritable rivale dans la formation du gouvernement fut plutôt Ségolène Royal qui était prête à vendre chèrement son ralliement à Emmanuel Macron.

Une petite anecdote a été racontée par "Le Canard enchaîné" du 29 juillet 2020 à cette occasion. Jean-Yves Le Drian, socialiste, aurait sondé Ségolène Royal pour faire son retour au gouvernement. Il est vrai que Jean Castex et Emmanuel Macron cherchaient un poids lourd pour occuper l’Écologie. Jean-Yves Le Drian aurait alors envoyé un sms à Emmanuel Macron pour lui dire que ce serait possible avec Ségolène. Le Président aurait alors répondu à son ministre : pas la peine, nous mettrons Barbara. Et Jean-Yves Le Drian de répondre : "Pompili très bien, c'est quand même mieux que l'autre folle de Ségo". Le problème, c’est qu’il aurait envoyé ce sms à Ségolène Royal elle-même !…

Lorsque Barbara Pompili s’est présentée ministre de la transition écologique pour la première fois devant les députés, le 8 juillet 2020, répondant à une question bienveillante de la députée LREM de Grenoble Émilie Chalas, elle a prononcé maladroitement ces premiers mots : « Je vous remercie, chère collègue, pardon, madame la députée… J’ai encore du mal à passer de l’autre côté de la barrière ! (…) Je commencerai par vous dire combien je me sens émue d’être là, dans notre maison commune que j’aime tant et où je sais compter beaucoup d’amis et d’appuis. ».

Sur le plan politique, Barbara Pompili occupe aujourd’hui une place stratégique dans le dispositif gouvernemental puisqu’elle va devoir convaincre "l’opinion publique" sur le tournant écologique du quinquennat d’Emmanuel Macron.

La première présentation de son programme n’a cependant pas été très concluante. Le 27 juillet 2020, en effet, s’est tenu le Conseil de défense écologique dont la mission est de mettre en place les propositions de la Convention citoyenne pour le climat : « C’est une première pierre avec une focalisation sur les sujets majeurs pour la lutte contre le réchauffement climatique que sont la rénovation thermique des bâtiments et la lutte contre la bétonisation des terres naturelles. Une autre étape arrivera rapidement avec le projet de loi dédié aux propositions de la Convention qui est en cours de préparation, ainsi que le plan de relance. ».

Le principal point de ce programme concerne la rénovation énergétique des bâtiments. Au-delà de l’interdiction des chauffages extérieurs sur l’espace public (terrasses de restauration), de l’obligation de fermer les portes de tous les bâtiments chauffés ou climatisés ouverts au public, à la fin de l’hiver 2020-2021, ainsi que de l’obligation, à partir de janvier 2022, de remplacer les chaudières fioul ou charbon en fin de vie par une chaudière plus vertueuse sur le plan environnemental (cela concerne 3,6 millions de résidences principales), le point principal concerne évidemment les logements : « Prise en compte de la consommation d’énergie dans la définition des logements indécents. Concrètement, il sera possible, à partir de 2023, d’obliger à réaliser des travaux de rénovation, voire d’interdire à la location les logements les moins performants sur le plan énergétique. ».

Un premier décret va fixer le seuil définissant "l’indécence énergétique", à compter du 1er janvier 2023, à 500 kWh/m2/an. Un second décret prévu à publication début 2021 donnera l’objectif d’interdire la mise en location de logements "énergiquement indécents". Cela concerne plus de 5 millions de "logements passoires énergétiques".

Comme on le lit, les mots "obligation" et "interdiction" sont très fréquents et donc, déterminent le principe d’une écologie punitive qui sera considérée comme contrainte et pas comme progrès par les gens. Rien de nouveau dans cette habitude très française de réglementer, imposer, interdire, obliger. Écologie restera alors synonyme de frais supplémentaires sans pour autant avoir l’absolue certitude que cela se fera pour le "bien" de la planète. L’aide à la rénovation énergétique du parc privé atteindra 2 milliards d’euros, ce qui signifie que le montant de l’aide ne sera en moyenne que de 400 euros par "logement passoire", ce qui, évidemment, est très nettement insuffisant.

Mais la ministre est sur plusieurs fronts. Ce mardi 25 août 2020, Barbara Pompili visitera le camping municipal d’Olivet, près d’Orléans, pour vérifier sur le terrain l’efficacité de la lutte contre l’usage de produits phytosanitaires. La législation actuelle interdit l’usage des produits phytopharmaceutiques pour l’entretien des jardins et espaces verts, aux collectivités publiques à partir du 1er janvier 2017 et aux particuliers à partir du 1er janvier 2019, ce qui a permis de réduire de 70% l’usage des pesticides.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 août 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les écolo-pastèques.
Barbara Pompili, "l’écolo" de service.
François Bayrou sera-t-il le Jean Monnet du XXIsiècle ?
Secrétaires d’État du gouvernement Castex : des nouveaux et des partants.
Nomination des secrétaires d’État du gouvernement Castex I.
Gérald Darmanin, cible des hypocrisies ambiantes.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 16 juillet 2020 au Sénat (texte intégral).
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale (texte intégral).
La déclaration de politique générale de Jean Castex le 15 juillet 2020.
Interview du Président Emmanuel Macron le 14 juillet 2020 par Léa Salamé et Gilles Bouleau (retranscription intégrale).
Emmanuel Macron face aux passions tristes.
L'enfant terrible de la Macronie.
Composition du gouvernement Castex I.
Le gouvernement Castex I nommé le 6 juillet 2020.
Jean Castex, le Premier Ministre du déconfinement d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat le 29 juin 2020 à l’Élysée (texte intégral).
Après-covid-19 : écologie citoyenne, retraites, PMA, assurance-chômage ?
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
Retraites : Discours de la non-méthode.
La réforme de l’assurance-chômage.
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.

_yartiPompiliBarbara04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200708-barbara-pompili.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/barbara-pompili-l-ecolo-de-service-226616

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/10/38422755.html



 

Partager cet article

Repost0
29 juin 2020 1 29 /06 /juin /2020 12:33

(verbatim)


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200629-macron.html







DISCOURS DU PRÉSIDENT EMMANUEL MACRON
DEVANT LA CONVENTION CITOYENNE POUR LE CLIMAT
LE LUNDI 29 JUIN 2020 À L'ÉLYSÉE


Réponse du Président de la République aux membres de la Convention Citoyenne pour le Climat

29 juin 2020

Mesdames et Messieurs les ministres, Monsieur le président du CESE. Mesdames, Messieurs les parlementaires. Mesdames, Messieurs, chers amis, chers 150, merci d'être là. Dans ce jour un peu particulier et dans cette maison qui est la vôtre et celle de toutes les Françaises et tous les Français. Et en vous écoutant un instant, je dois dire, c'était assez émouvant d'entendre à la fois la conviction, les idées, les propositions, ce que vous avez porté, mais aussi ce que vous avez vécu et les pages que vous avez transmises -  et je serai votre ambassadeur dès cet après-midi, je vous rassure - ne disent sans doute pas tout de l'expérience humaine unique que vous avez portée, partagée. Et notre démocratie, c'est aussi cela, c'est de pouvoir débattre entre personnes qui ont des accords et des désaccords sur des sujets aussi essentiels pour le présent et l'avenir de notre pays comme de notre planète, et de savoir tirer quelques conclusions, quelques lignes de convergence.

C'était en avril 2019, à la fin du Grand Débat national qui succédait au mouvement des gilets jaunes, qu’en effet la décision de créer cette Convention citoyenne a été prise. Avec cette question pressante dans tout le pays : comment, après la colère suscitée par la taxe carbone, entres autres, comment mieux associer les Français aux décisions qui les concernent et qui impactent leur quotidien ? On aurait pu alors dire : il y a une crise sociale terrible dans le pays, mieux vaut abandonner, lâcher cette affaire et considérer en quelque sorte qu'on ne peut pas réconcilier la fin du monde et la fin du mois. Formule désormais connue à laquelle vous avez fait référence et avançons pour gérer les urgences du pays. C'eût été injuste, y compris injuste pour nos concitoyens qui s’étaient opposés à cette taxe et qui n’ont jamais voulu opposer l’un et l’autre, et qui considéraient que la transition écologique devait être juste et qu’au fond nous nous y étions sans doute mal pris, pas suffisamment expliquée, pas suffisamment partagée, préparée.

Un collectif avait alors proposé le principe d'une assemblée de citoyens tirés au sort. Nous en avions parlé ensemble cher Cyril DION. Et beaucoup à ce moment-là qualifiaient cette idée, je dois le dire, de fantaisiste, d’illégitime même et nous avons, nous, avec le Premier ministre, avec le Gouvernement, décidé de tenter l'aventure, de faire confiance aux citoyens, d'assumer, de construire une démocratie délibérative qui, évidemment, ne s'oppose pas à la démocratie parlementaire, mais qui la complète et qui l'enrichit.

Et d'ailleurs, en écoutant vos travaux, en lisant aussi vos conclusions, j'ai pu voir combien vous aviez mesuré de là où vous étiez l'importance du travail fait par les parlementaires et la nécessité d'articuler ce travail de démocratie délibérative où des citoyens tirés au sort qui n'ont pas la même légitimité que des citoyens élus, mais parce qu'ils réfléchissent, travaillent, acquièrent des connaissances, représentent malgré tout quelque chose ; eh bien comment cette intelligence collective pouvait se marier avec la responsabilité qui est celle de l'exécutif et du pouvoir législatif.

Tout, dans cette aventure démocratique et humaine, constitue une première mondiale, autant par son ambition que par son ampleur. Il y avait eu des expériences comparables sur des sujets beaucoup plus limités pour essayer de démêler des divergences dans une société ; jamais sur un sujet aussi large. Et votre engagement si constant et si fort a aussi été une première. Vous avez pris sur votre temps familial, amical, y compris dans des conditions sanitaires exceptionnelles que notre pays a vécu et vous l'avez rappelé un instant. Et le sérieux avec lequel vous avez œuvré doit aujourd'hui pleinement vous permettre de valoriser cette expérience dans votre vie professionnelle. C'est pourquoi j'ai aussi demandé au Gouvernement que cet engagement dans la Convention citoyenne puisse être valorisé dans le parcours professionnel et de formation ; mais que tous ceux qui vous suivront dans les expériences que nous aurons ainsi à reprendre, puissent bénéficier de la même validation.

Je veux ici aussi saluer l'implication du comité de gouvernance et je remercie Laurence TUBIANA, Thierry PECH, le groupe d'appui, le comité légistique, les garants, les animateurs, l'ensemble des équipes et de celles et ceux qui ont fait vivre cette convention.

En 9 mois, la Convention citoyenne a renouvelé de manière inédite les formes de la démocratie et bousculé le système. Et si cette expérience est une réussite, c'est avant tout par la qualité du travail que vous avez produit. Vous l'avez rappelé, c'est une question difficile qu'aucun pays du monde n'a vraiment à ce stade résolu qui vous avez été posée : comment réduire d'au moins 40 % par rapport à 1990, nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, dans un esprit de justice sociale ? Vous vous êtes formé, vous avez auditionné, vous avez travaillé, vous avez débattu et vous avez répondu avec profondeur et intelligence. Vous avez répondu par un plan touchant à de nombreux domaines les déplacements, l'agriculture, le bâtiment, la responsabilisation des entreprises et des consommateurs. Et à la fin de ces 9 mois, ce temps d’une grossesse qui vous a permis d’aboutir à ce travail, vous avez remis à la ministre Elisabeth BORNE ce que vous aviez réussi à faire, conjuguant ambition et recherche de consensus. Et je veux saluer dans le travail que vous avez constamment mené cette ambition parce que vous aussi compris l’état dans lequel nos démocraties se trouvent. Certains d’entre vous l’ont dit, nous avons pris une claque. Certains ont découvert l’urgence. Mais vous avez tous pesé, le fait qu’on ne peut pas répondre à cette urgence en divisant, en opposant, en culpabilisant. C’est parfois l’erreur que nous avons faite, moi-même le premier. On ne peut y arriver qu’en embarquant l’ensemble de nos concitoyens et donc en trouvant les voies d’un vrai consensus. C’est ce que vous avez cherché entre vous, et c’est maintenant ce que nous devons collectivement cherché au sein du pays pour que l’ensemble de vos propositions deviennent une réalité.

D’abord parce que l’urgence est là, vous l’avez rappelé, plus prégnante encore qu’au moment où nous avons lancé vos travaux. La planète pourrait être sur une trajectoire de plus 7 degrés d’ici 2100, la biodiversité continue de se dégrader, les choses ne s’améliorent pas spontanément. Depuis 3 ans nous avons commencé à déployer un agenda écologique en étant le premier pays au monde à fermer ses centrales à charbon, en mettant fin aux permis d’hydrocarbures, en donnant l’objectif de classer 30 % de notre espace maritime et terrestre en aires protégées. Mais ce que vous avez démontré c’est que nous devons aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort, qu’au fond même si nous avons déjà un bilan, l’histoire s’accélérant il est insuffisant. Le défi climatique nous impose de faire beaucoup plus. Au fond, ce que vous nous dites c’est que le temps est venu de faire, d’agir. Et ce temps d’action concrète, c’est celui que votre travail inaugure.

Alors lorsque nous nous sommes vus en janvier, je vous avais dit toutes les propositions qui seront abouties et précises seront transmises sans filtre soit au Gouvernement pour ce qui relève du domaine réglementaire soit pour ce qui relève de la loi, au Parlement, ou directement au peuple français. Et donc notre échange d’aujourd’hui n’est pas un grand discours sur des principes abstraits, c’est la réponse à laquelle je m’étais engagé et le lancement d’un nouveau processus. Et je vous confirme ce matin que j’irai au bout de ce contrat moral qui nous lie en transmettant effectivement la totalité de vos propositions à l’exception de 3 d’entre elles - les 3 jokers dont nous avions parlé en janvier, sur 149 sur lesquelles justement je vais revenir.

Je veux que toutes vos propositions qui sont prêtes soient mises en œuvre au plus vite. Certaines, les premières, en particulier toutes celles qui relèvent justement du champ réglementaire, seront abordées lors d’un prochain Conseil de défense écologique -c’est un Conseil des ministres restreint dédié aux questions de biodiversité, d’environnement et de climat - d’ici fin juillet.

D’autres seront intégrées au plan de relance qui, comme je l’ai dit aux Français, sera économique, écologique et social et sera soumis au Parlement dès la fin de l’été. D’ores et déjà, vos contributions et nos échanges ont permis d’éclairer une partie et d’influencer profondément une partie des plans sectoriels. Je pense à ce que nous avons décidé sur l’autonomie, l’automobile ou l’aéronautique qui a d’ores et déjà pu prendre en compte plusieurs des propositions qui avaient été les vôtres et j’y reviendrai.

Ensuite un projet de loi spécifique sera présenté à la fin de l’été. Il intégrera l’ensemble de vos mesures qui relèvent du champ législatif qui seront finalisées dans les prochaines semaines ; et y compris celles qui méritent encore d’être affinées ou complétées dans le cadre d’un travail auquel je tiens à ce que vous soyez étroitement associés. Le Gouvernement et le parlement y travailleront et, comme je m’y étais engagé, je souhaite que vous soyez associés dans le cadre du suivi. Dès demain, ce que je vous propose c’est de mettre en place les groupes de travail sur vos propositions qui permettront avec les parlementaires et le Gouvernement de pleinement vous associer aux transformations en lois, en règles concrètes. Et dès la semaine prochaine, le président de l’Assemblée nationale vous recevra à cette fin.

Certaines de vos propositions dépendent aussi des collectivités territoriales. Pour augmenter le nombre de parkings relais, interdire les véhicules polluant dans les centres-villes, pour accélérer sur les filières de recyclage des déchets, instaurer des clauses environnementales dans les marchés publics, il nous faut en effet dialoguer avec les maires et les élus locaux. Je propose donc que le Gouvernement réunisse les associations d’élus pour discuter de l’ensemble de ces propositions, de leur mise en œuvre et pouvoir ainsi intégrer le fruit de ces échanges dans les modifications législatives nécessaires qui seront ainsi intégrées à ce projet de loi.

Enfin, plusieurs de vos propositions relèvent de l’échelon européen, parfois international. C’est le cas de la politique commerciale. Vous dites “aucun accord commercial avec des États qui ne respecteraient l’Accord de Paris”. Je partage votre proposition et c’est pour cela que sur le MERCOSUR, j’ai stoppé net les négociations et les derniers rapports qui ont pu nous être soumis me confortent dans cette décision.

Sur le CETA, et nous avions échangé sur ce point en janvier, comme vous le savez il est mis en place aujourd’hui de manière transitoire et après un travail qui a permis d’améliorer son contrôle, sa vérification, son évaluation - et qui est d’ailleurs le fruit d’un engagement du Gouvernement et de nos parlementaires. Je vous réponds sur le CETA, continuons à évaluer. Je n’ai aucun tabou : si l’évaluation montre qu’il n’est pas conforme avec la trajectoire de l’Accord de Paris, je serai le premier à proposer qu’on l’abandonne.

Des sujets comme la mise en place de la taxe carbone aux frontières du continent ou le verdissement de la politique agricole commune relèvent quant à eux de l'échelon européen. Je les partage. La France, durant la crise sanitaire, a obtenu que le prochain budget comporte des investissements massifs pour la transition écologique. Nous avons aussi porté ce plan de reconquête au niveau européen, d'abord par un accord franco-allemand puis une proposition de la Commission européenne. Les prochaines semaines seront décisives pour que les investissements soient à la hauteur de ses ambitions au niveau européen, avec les règles qui conviennent. Je serai le 17 juillet prochain à Bruxelles pour poursuivre ce combat et vous pouvez compter sur moi. L'échelon européen est indispensable si nous voulons un vrai prix du carbone, une vraie taxe aux frontières, les vrais investissements pour nos industries et les transformer et notre politique agricole. Voilà donc pour la méthode du sans filtre.

Sur le suivi de vos propositions auxquelles je m'étais engagé en janvier, je souhaite que le Gouvernement fasse le point avec vous chaque mois. La démocratie délibérative ne doit pas s'arrêter à la porte des ministères ou des assemblées - et c'est bien un travail partenarial qui la poursuivra que je vous propose. Voilà pour la méthode, le calendrier, mais je veux aller plus loin.

Vous l'avez très bien dit, ce que vous proposez c'est un projet cohérent. Ce ne sont pas une série de mesures qui s'additionnent. C'est un projet cohérent pour mieux vivre, un projet humaniste auquel j'adhère. Notre société a besoin d'une transformation profonde qui nous permette de respecter nos engagements internationaux et qui nous permettent de faire notre part, nous Français, pour lutter contre le réchauffement climatique et pour lutter pour la biodiversité.  Et de rester une grande nation géopolitique, de continuer à financer notre modèle social qui est lui aussi très ambitieux et nécessite de produire pour le financer, et que tous ensemble nous arrivions à vivre mieux et améliorer la qualité de la vie.

C'est pourquoi il y a quatre principes que je partage avec vous et qui sont pour moi les piliers de votre projet et de ce que je vois comme véritablement la transformation écologique que notre pays peut porter.

Le premier, c'est que vous avez assumé, décidé et je le partage de placer l'écologie au cœur du modèle économique en faisant le pari de l'investissement dans les transports, les énergies, les technologies de demain. Et quand je dis ça, ça n'est pas simplement une formule, ça veut dire qu'ensemble, nous décidons de ne pas faire deux autres choix. Il y a un choix possible qui est de continuer à dire le cœur de notre modèle économique, c'est de produire sans se soucier de l'écologie. Plus exactement, l'écologie, c'est ce que les économistes appelleraient une externalité négative et on la corrige après. Ce n'est plus possible ! Nous sommes aux limites du système.

On doit remettre l'ambition écologique au cœur du modèle productif, c'est-à-dire chercher par ses transformations, ses investissements à produire différemment, à l'évaluer, à le mesurer, à transformer nos capacités. C'est le choix qui est derrière vos propositions et c'est un changement profond de philosophie.

Mais le deuxième choix auquel vous tournez le dos aussi, c'est celui qu'on appelle le modèle de la décroissance. Vous ne proposez pas, et j'ai entendu comme vous parfois beaucoup de caricatures sur vos propositions, vous ne proposez pas de ne plus produire. Et je crois comme vous que ce ne serait pas une réponse au défi qui est le nôtre. Vous voulez qu'on produise pour servir ce modèle, un modèle humaniste. Mais si nous disions collectivement pour réussir ce défi écologique, il faut moins travailler, moins produire, j'aurais une réponse simple à vous apporter, je vous dirais en bonne foi : si nous produisons moins nous travaillons, moins nous ne pourrons plus financer le modèle social qui est le nôtre. La crise sanitaire nous l’a fait vivre et les débats dans lesquels nous sommes au sortir de cette crise nous le montrent, nous avons besoin là aussi d'investir de l'argent public dans notre santé. Nous pouvons l'investir parce que nous produisons. Un modèle de décroissance, c'est un modèle de décroissance aussi de notre modèle social. Et les chiffres que nous avons vécu dans cette période certes ont permis dans les métropoles d'améliorer la qualité de l'air et c'est ça qu'il faut réussir à consolider en changeant les modes de transport, c'est ce que vous proposez.

Mais une économie quasiment à l'arrêt n'a réduit que de 8 % les émissions. Et donc on voit bien que le choix de décroissance n'est pas une réponse au défi climatique non plus. Non, remettre l'écologie au cœur du modèle productif, faire le pari de l'investissement dans les transports, les énergies, les technologies de demain est pour moi ce premier pilier qui réconcilie économie et écologie que vous assumez et auquel je crois.

Investir, transformer, innover, c'est ce qui correspond à notre pays, à cette philosophie des Lumières qui nous a fait. C'est en étant plus intelligent, en sachant changer les comportements, en investissant sur les domaines les plus importants pour notre pays et notre économie que nous saurons relever ces défis.

Investir dans les transports propres, rénover nos bâtiments, inventer les industries de demain, investir aussi dans des domaines que parfois vous n'avez pas traités dans vos travaux mais qu'il nous faut assumer comme les énergies décarbonées, les réseaux, la préservation des ressources en eau. Je pense à ce sujet que nous avons commencé à embrasser dans le cadre d'un gros travail avec les collectivités locales. Nous continuons à être un pays qui gaspille énormément d'eau, il faudra investir là aussi dans nos réseaux de distribution et ça fait partie de cet esprit, de cette philosophie, des mesures que vous portez.

L'Etat prendra toute sa part. C'est pourquoi dès le plan de relance que nous sommes en train de préparer, 15 milliards d'euros supplémentaires sur 2 ans seront injectés dans la conversion écologique de notre économie.

Nous allons mettre en place un fonds de transformation écologique de notre économie dans le plan de relance, avec là aussi de manière sous-jacente un objectif qui apparaît partout dans vos propositions : le fait que ce modèle est cohérent avec un objectif d'indépendance. Remettre plus d'écologie dans notre modèle productif, c'est aussi par notre organisation renforcer l'indépendance européenne et française. Je ne prendrai qu'un exemple, celui de la souveraineté alimentaire. Si on veut réussir à suivre votre ligne, il faut renforcer notre capacité à produire nos propres protéines ; en effet comme vous le dites, réduire pour aller vers la suppression de nos importations de protéines sous OGM qui viennent du bout du monde et réussir à avoir un modèle beaucoup plus indépendant sur ce plan là.

L'économie au coeur du modèle productif et une plus grande indépendance est au cœur de ce projet. L'Etat a son rôle à jouer et les collectivités publiques avec lui. Le secteur privé a aussi un rôle à jouer et c'est notamment pour cela, je le dis clairement, que je suis en désaccord — j'avais dit que j'avais quelques jokers — avec la taxe de 4 % sur les dividendes que vous proposez.

Je ne dis pas qu'il ne faut pas réorienter une partie des investissements vers des investissements plus verts, mais mettre sur tous les investissements une taxe, c'est réduire notre chance d'attirer des investissements supplémentaires. Je crois à la croissance de notre économie, je crois à un modèle qui innove. Nos entreprises ont besoin d'innover. Elles ont donc besoin d'attirer des capitaux, français et étrangers, sur notre sol pour innover et changer le modèle. Nous sommes déjà un pays qui est très fiscalisé. Je pense qu'accroître la fiscalité pour répondre à ce défi n'est pas la bonne manière. Par contre, continuer à réfléchir sur une fiscalité plus incitative vers ce qui est plus vert et qui doit donc être plus rentable, j'y suis prêt.

Le second principe de cette transformation, c'est un principe de justice sociale. Vous y êtes revenus avec beaucoup de force de conviction, vous avez convoqué à juste titre Condorcet et je partage cette philosophie. Je le dis avec d'autant plus d'humilité que nous ne l'avions pas assez vu au début et que je crois que le chemin que nous avons collectivement fait dans notre pays depuis 3 ans et que vous éclairez remarquablement, c'est que la transformation écologique n'est possible que si elle est aussi, en même temps, comme dirait l'autre, une transformation sociale et solidaire.

Faire en sorte que cette transition écologique ne laisse personne au bord du chemin. Et sur ce sujet, vous avez beaucoup de propositions fortes que je souhaite toutes voir reprises : proposer des chèques alimentaires pour permettre aux plus modestes d'acheter des produits de qualité de cette agriculture que vous voulez transformer, de cette agroécologie dont vous voulez accélérer la promotion, et vous avez raison ; proposer des aides renforcées pour que les plus modestes puissent acquérir des véhicules propres. Vous proposez aussi d'interdire des passoires thermiques. Nous le souhaitons tous. Et vous reconvoquez un débat qu'il y a eu au sein du Gouvernement avec le Parlement, qui est très compliqué et qui pose toute la difficulté de l'articulation de la problématique environnementale et sociale ; et vous l'avez d'ailleurs vécu dans vos débats. On s'est arrêtés à une position qui vous apparaît trop timide parce qu'on n'a pas totalement interdit les passoires thermiques avec une date ; c'était dans mes propositions de campagne. Si le Gouvernement, avec les acteurs du secteur et le Parlement, ne l'a pas totalement interdit, c'est qu'il a vu que si on y mettait les moyens actuels, interdire, c'était, au fond, mettre des ménages qui sont parfois en situation modeste dans des situations impossibles et c'était réduire l'offre de logement, et donc accroître le mal-logement dans notre pays. Il y a sans doute un chemin qui rend la chose possible - et c'est ça que nous allons travailler sur la base de vos propositions, avec vous, pour le finaliser, c'est d'investir davantage pour être au rendez-vous de cette ambition, et donc d'une part investir pour transformer plus vite tout ce qui est dans le parc public ou chez les bailleurs en accompagnant financièrement et investir pour accompagner les ménages les plus modestes pour qu'ils ne soient pas face à une impasse.

Nous ne pouvons remporter ce combat qu'en trouvant les accompagnements nécessaires, en assurant des aides financières pour ces ménages pour qu'aucun propriétaire et aucun locataire ne soit dans l'impasse ; au fond, veiller toujours à ce que la transition n'exclue pas les plus modestes, ne les relègue pas, ce qui doit être la marque de fabrique d'une écologie à la française.

C'est aussi pour cela, je parle d'un mot de ce que vous n'avez pas évoqué, que vous n'êtes pas revenus sur la taxe carbone. On s'en était parlé en janvier. Vous avez eu parfois le sentiment qu'au fond, c'était le plan caché, en disant : "s'ils veulent qu'on relégitime la taxe carbone, ils n'ont pas réussi à le faire donc ils voudraient que 150 citoyens reviennent et la mettent sur la table". Mais j'ai vu vos débats sur ce sujet. Alors sur ce point, je vais vous parler très franchement, je pense que la fixation d'un vrai prix du carbone, et vous le savez, vous l'avez dit entre vous, est l'un des moyens les plus puissants pour réussir notre objectif. Là, nous avons encore les cicatrices de ce débat.

Donc au fond, ce que vous avez envoyé comme message, c'est : "on va refroidir un peu le moteur sur le plan franco-français, faites-le déjà sur le plan européen". Oui, et pour éviter tous les biais et toutes les distorsions de concurrence, la priorité pour moi des prochains mois, c'est d'avoir véritablement une taxe carbone européenne, c'est-à-dire de monter véritablement le prix de référence, d'avoir un prix plancher, d'avoir une taxe aux frontières, c’est clé si nous voulons tenir non seulement nos objectifs, mais comme on le doit, rehausser nos objectifs 2030, avoir une trajectoire crédible. C'est l'objectif des prochains mois en européen, c'est essentiel. Et là, j'aurai un travail de conviction et je le commencerai dès cet après-midi.

Au niveau national, il nous faudra, dans les prochaines années, ce n'est pas quelque chose qu'on peut engager dans les deux ans qui viennent, réfléchir à une transformation profonde de notre fiscalité pour intégrer une juste tarification du carbone, mais qui suppose de réformer les autres impôts pour en même temps rendre cette taxation juste. Et donc c'est ça qu'il faut faire de manière apaisée dans le pays. Je crois que vous avez raison de ne pas proposer une taxe carbone dès demain, mais je pense qu'il ne faudrait pas laisser le sujet de la réforme en profondeur de notre fiscalité pour qu'elle soit plus écologique et plus juste encore. C'est un chantier qui, à coup sûr, alimentera les débats de 2022.

Le troisième principe d'une écologisation de notre société et de notre économie est de réussir l'aménagement de notre territoire et c'est partout, là aussi, dans votre projet, au fond, de bâtir de nouveaux équilibres. Vous êtes revenus sur quelques propositions très concrètes, mais je pense que c'est un élément très important.

D'abord avec cette volonté de veiller à l'accessibilité de chaque territoire, de chaque région, mais de renforcer partout où c'est possible les transports les plus compatibles avec notre ambition environnementale. Par exemple en interdisant, en supprimant les vols intérieurs quand un trajet en train dans des délais raisonnables est possible. Alors oui, c'est ce que nous avons fait avec le Gouvernement dans le cadre du plan aéronautique. Lorsqu'il y a un trajet en TGV qui est possible en deux heures et demie ou moins, nous ne poursuivons pas les lignes intérieures avec l'avion. Par contre, j’ai vu que parfois dans les débats c'était 4 heures, je crois qu'il faut savoir raison garder. On ne peut pas ré enclavé des territoires. Lorsque c'est plus de deux heures et demies en train, c'est très difficile de couper totalement les lignes intérieures parce que vous avez certains de nos concitoyens qui ont besoin de se déplacer, qui ont besoin de travailler. Il faut maintenir là aussi des usines partout sur le territoire, ne pas concentrer celles-ci dans les métropoles les mieux desservies.

Donc il faut pouvoir articuler ces deux objectifs, un aménagement harmonieux de notre territoire et de la production partout et la réduction, si je puis dire, de trajectoires par avion qui ne sont plus utiles quand on peut se déplacer en TGV à moins de deux heures et demies. C'est cet équilibre qu'on va donc tenir. Jamais, me semble-t-il, la transition écologique ne doit se faire au détriment des communes, des régions qui sont les plus enclavées. Et c'est pour cela, deuxième joker, que je crois qu'il faut reporter le débat sur les 110 kilomètres/heure.

Alors, croyez-moi, je formule cette proposition en spécialiste parce que j'ai présenté beaucoup de grands plans très ambitieux, avec beaucoup de choses formidables, qui ont parfois été résumées à une mesure ou une petite phrase. Ce serait profondément injuste que tout votre travail soit résumé à cette proposition. Je vous le dis très sincèrement. J'en comprends l'objectif, mais vous avez beaucoup débattu et vous l'avez redit dans vos propos : pour que ça marche, il ne faut pas stigmatiser les gens. Il ne faut pas les diviser. Il faut réussir à les embarquer tous ensemble. Si on fait ça, je vous l'écris, nos concitoyens qui sont dans les territoires les plus enclavés, qui parfois mettent tous les jours 45 minutes, une heure en utilisant les grands axes pour aller travailler, qui ont besoin pour retrouver leur famille de les utiliser, dont la vie s'organise par ces transports, ils vont dire : "OK, leur projet est un projet où il n'y a pas de place pour moi, c'est un projet d'urbains, il n'existe pas." Ce n'est pas la réponse que vous voulez apporter. Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas la caricature.

Moi, j'ai lu vos propositions, je vous ai écouté, je viens de vous entendre, et je pense qu’il faut faire maturer ce débat dans la société, celui de la vitesse et autres. Il faut aussi que les gens aient à chaque fois plusieurs options. Mais ne donnons jamais le sentiment à certains de nos concitoyens qu'on les culpabilise ou qu'on les met à l'écart. Et donc je propose de repousser ce débat. Je ne voudrais pas que vous connaissiez le même sort que moi, c'est à dire avoir des mois de travail qui s'abîment dans une polémique.

Vos propositions pour préserver notre environnement naturel aussi et nos paysages sont pour moi très importantes. Il y a les transports et puis il y a tout ce que vous dites sur, au fond, la qualité de vie, nos paysages, l'organisation de l'espace ; et ça c'est très important parce que c'est notre quotidien. C'est notre quotidien et beaucoup de nos concitoyens, quand ils sont sortis au moment des gilets jaunes, disaient aussi quelque chose du mal être dans une France, moi je n’aime pas tellement ce terme de périphérique, mais dans une France qui avait été souvent dénaturée par les grandes zones commerciales, ses friches, par des centres-villes qui avaient été quittés par le logement et le commerce, par des paysages qu’on avait dégradé, des ronds-points qu’on avait multiplié souvent pour que la bétonisation continue. Ils en ont trouvé un usage, celui de la protestation, mais ils disaient quelque chose d’un mal vivre dans ces villes moyennes où l’activité économique était un peu parfois partie mais où la qualité de l’aménagement de l’espace s’était désagrégée.

Et donc la division par 2 des surfaces urbanisables, la sanctuarisation des espaces agricoles naturels, forestiers, le développement de la ville sur la ville en facilitant la reconversion des friches, toutes les mesures que vous préconisez en cette matière entrent en échos pour moi avec un projet auquel je crois beaucoup qu’on a commencé depuis 3 ans qui est aussi de changer l’espace de notre pays, son aménagement, là aussi de le rendre plus humain, au fond plus beau. Et c’est cohérent avec le projet « Action cœur de ville » qui vise à redonner vie aux villes moyennes, aux places de villages en rénovant les logements, souvent les commerces, mais tout ce que vous proposez améliore cette qualité de vie, ce beau. C’est un projet humaniste pour la ville comme pour la campagne qui est de mettre fin à une tendance que l’on a vue depuis 40 ans dans notre pays qui a désagrégé au fond notre espace commun, espace dans lequel aujourd'hui nous vivons moins bien.

Et ce choix d'un étalement continue, de logements qui gagnent en permanence, des coûts de transport qui, comme vous l'avez très bien compris et décrit, augmentent. Je crois que c'est un modèle dont nos concitoyens veulent sortir. Ils veulent retrouver une ville à l'échelle humaine où on vit mieux. Ils veulent retrouver des espaces forestiers, agricoles, naturels. Ils veulent moins de voitures. Ils ne veulent plus de nouvelles grandes surfaces en périphérie. Ils veulent retrouver des commerces de centre-ville et d'échanges humains au plus proche. Ils veulent là aussi au quotidien, comme vous l'avez décrit, un nouveau projet de vie ensemble, beaucoup plus humaniste et de qualité. C'est possible. Vos mesures y contribuent.

Le développement des circuits courts, la sanctuarisation des terres agricoles y contribue pleinement. Vous voulez aller plus loin avec des décisions fortes pour mettre fin à la bétonisation, vous avez raison et je le partage. J'y suis d'autant plus prêt que nous avons inscrit dans le plan biodiversité le principe du zéro artificialisation nette. Et c'est allé plus loin et plus fort, ce que vous proposez. Alors allons-y !

Vous proposez d'éviter de nouvelles constructions qui mentent sur la nature quand des réhabilitations sont possibles, engageons-nous ! Allons-y !

Vous préconisez d'instaurer un moratoire sur les nouvelles zones commerciales en périphérie des villes, allons-y ! Allons-y, agissons !

Et puis, le quatrième et dernier principe, Lambert vient d'en parler avec beaucoup de force à l’instant, c'est celui de la responsabilité de chacun. Ce que vous avez démontré par votre travail, votre engagement, vos conclusions, c'est que ce changement de société, de modèle, ce n'est pas l'affaire du Gouvernement, simplement du Parlement, ce n'est pas l'affaire de textes, c'est l'engagement de toute une nation dans toutes ses composantes. L'État, les collectivités locales, bien sûr, doivent agir avec le courage de bousculer le système. Mais seul, ils ne peuvent rien, car la réussite passe par la conversion des regards, le changement des comportements de chacun. Des entreprises, en favorisant les bons investissements et des citoyens. Voilà pourquoi je crois beaucoup à toutes les mesures, vous l'avez très bien dit de formation, d'incitation que vous proposez.

Avec vous, je crois à l'éducation, au développement durable de l'école. Avec vous, je crois au CO2 score qui doit permettre à chacun de savoir si ce qu'il mange ou achète est bon pour le climat et donc mettre en capacité chacun d'être un acteur de sa propre vie, de faire par ses choix de consommation, des choses qui sont cohérentes avec ses choix de citoyen.

Avec vous, je crois à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. Par exemple, au bilan carbone annuel qui, demain, pourrait être au cœur de l'image des marques, je crois à une vraie responsabilité sociale et environnementale de nos entreprises, qui est un levier de transformation profond sur lequel nous devons aller beaucoup plus loin et c'est ce que vous proposez.

C'est 4 principes qui montrent combien votre projet est cohérent, comme vous l'avez dit, et constitue un tout, doivent nous permettre d'agir concrètement pour transformer notre société en rassemblant tout le monde, en associant l'ensemble de nos concitoyens et des forces vives du pays. Et c'est pour cela que je mets encore beaucoup d'attentes dans vous et votre engagement et nous tous, ça n'est pas fini, ce n'est qu'une étape aujourd'hui.

Vous avez enfin souhaité que l'ambition écologique soit gravée dans le marbre de nos lois en proposant que soit soumise à référendum 3 modifications juridiques fortes. Et les symboles comptent, la République sociale, la République des territoires sont désormais inscrits dans notre Constitution. Il était donc légitime de réfléchir à inscrire l'écologie à son tour. Vous proposez ainsi de réécrire le préambule de la Constitution en plaçant l'environnement au-dessus de nos valeurs, de nos autres valeurs fondamentales.

Comme je vous l'ai dit en janvier, de là où je suis, je suis garant de nos institutions et mon rôle, c'est de veiller à tout ce qui pourrait mettre en cause l'équilibre des pouvoirs et les valeurs qui fondent la République.

Or, tel que proposé, la rédaction pour le préambule menace de placer la protection de l'environnement au-dessus des libertés publiques, au-dessus même de nos règles démocratiques. Et c'est pourquoi je ne souhaite pas reprendre cette proposition parce que je considère qu'elle serait contraire à notre texte constitutionnel, à l'esprit de nos valeurs. Et d'ailleurs, je crois pouvoir dire que j'ai compris ce que vous proposiez, me semble-t-il, vous proposez un projet humaniste et tout ce que nous sommes en train de faire pour l'environnement, toutes ces transformations, c'est non pas parce que nous mettons la nature au-dessus de nous, mais parce que nous considérons que défendre les droits de la nature est un de nos devoirs en tant qu’homme au sens générique du terme. C'est pourquoi il est essentiel de le mettre au bon niveau, mais de ne pas mettre un droit de la nature au-dessus des droits humains parce que je crois que ce n'est pas cohérent avec le projet et la philosophie des Lumières qui portent notre République.

Par contre, vous proposez la réécriture de l'article premier de notre Constitution et vous proposez d'introduire les notions de biodiversité, d'environnement, de lutte contre le réchauffement climatique dans notre texte fondamental. Je suis favorable à cette proposition.

Je veux ainsi que nous puissions engager d'abord à l'Assemblée nationale et au Sénat, sur la base de votre proposition, un texte en vue d'une réforme constitutionnelle. Je souhaite la voir aboutir d'ici fin 2021 et je suis prêt à recourir au référendum si celui-ci était alors constitutionnellement possible après le vote des chambres dans le cadre strict de notre Constitution parce que, comme je vous l'avais expliqué en janvier, je ne peux pas prendre cette proposition et tout de suite la mettre au référendum, cela n'est pas conforme à notre texte constitutionnel.

Sur la question, enfin, de la création d'un crime d'écocide, je pense que c'est une notion extrêmement structurante pour la protection des écosystèmes et la défense de l'écologie et la biodiversité pour aujourd'hui et demain. Je crois d'ailleurs être l'un des premiers dirigeants à avoir employé ce terme lorsque l'Amazonie brûlée il y a quelques mois. Je partage donc pleinement l'ambition que vous défendez, votre émotion aussi face à des acteurs qui, en toute connaissance de cause et en toute impunité, ravagent volontairement des écosystèmes entiers. La mère des batailles sur ce point est d'abord internationale. Il faut faire en sorte d'inscrire ce terme dans le droit international pour que les dirigeants qui sont chargés par leurs peuples de protéger le patrimoine naturel et qui faillissent délibérément rendent compte de leurs méfaits devant la Cour pénale internationale. Soyez en sûr, je porterai donc ce combat au nom de la France dans les instances multilatérales et c'est cohérent avec ce que nous avons lancé pour un Pacte mondial de l'environnement, c'est-à-dire créer des droits nouveaux permettant au niveau international, de donner aux citoyens, aux ONG des droits et des droits de recours contre celles et ceux qui agissent de manière non conforme à nos ambitions.

 

Sur le plan français, je souhaite que nous puissions étudier avec vous, avec l'appui de justice, comment ce principe peut entrer dans le droit français, dans le respect de nos principes fondamentaux. Ce n'est pas le cas de la rédaction qui est aujourd'hui proposée, mais je souhaite que nous puissions ensemble donner une suite à votre proposition et l’inscrire dans notre droit. Car c’est une notion structurante et que nous avons besoin là aussi d’évoluer et d’avancer, cela fait partie des groupes de suivi que je souhaite que nous mettions en place.

Au-delà des 3 points sur lesquels je vous ai dit très clairement mes réserves ou mon désaccord, je souhaite laisser ouverte la possibilité de conduire dès 2021 et même d’ailleurs si vous ne me l’avez pas demandé mais dès 2021 un référendum sur la base de l’article 11 de la Constitution sur un ou plusieurs textes de loi reprenant vos propositions.

En effet, sur l’ensemble de vos propositions vous avez souhaité qu’elles passent par le Parlement. Je vous ai dit que c’est ce que nous allions faire avec ces groupes de travail et ces textes de loi. Mais si les choses ne devaient pas avancer assez vite, dans le cadre du suivi auquel je veux vous associer, et si nous pensons que c’est pertinent, je souhaite laisser ouverte la possibilité en 2021 de procéder à un référendum avec plusieurs questions et y attacher les textes pour que dans le cadre de l’article 11 de notre Constitution nous puissions décider d’un référendum.

Je vous ai fait confiance, vous avez été à la hauteur de cette confiance. Ensemble nous pouvons aussi, au moment où nous le choisirons sur des sujets qui peut-être bloqueraient, de faire confiance aux Français. Je le crois très profondément. C’est pourquoi je veux ici aujourd’hui laisser cette option ouverte.

Mesdames et Messieurs, il y aura comme je vous l’ai dit une suite et pour toutes celles et ceux qui y sont prêts un engagement qui continuera. Vous avez fait un travail remarquable dans votre diversité, de tous les âges, de toutes les régions, avec tant d’opinions, comme vous l’avez très bien dit, différentes. J’ai besoin de vous d’abord pour que vous soyez vos propres ambassadeurs. Il est indispensable que ce que vous avez vécu, porté, la cohérence de ce projet vous alliez l’expliquer, la diffuser, la partager avec nos concitoyens. Je pense qu’il faut continuer à avoir en quelque sorte cette force qui est au cœur de notre République. La République s’est faite par les colporteurs, vous savez, qui allaient de porte en porte dire la force de nos valeurs. Vous devez être les colporteurs de cette ambition écologique de notre pays, c’est-à-dire chacune et chacun continuer d’aller convaincre, d’engager nos concitoyens, de dire à quel point la responsabilité que vous avez prise est maintenant aussi la leur.

J’ai besoin qu’au-delà de ce travail de conviction, vous soyez associés et que vous acceptiez d’être encore associé au travail de suivi avec les administrations et avec les parlementaires pour que vous soyez en quelque sorte vos propres garants du travail que vous avez mis sur la table, que vous soyez associés à toutes les étapes. Et en quelque sorte, le contrat moral passé dès avril 2019 puis en janvier dernier avec vous, réitéré aujourd’hui, je le repasse en vous donnant un droit d’alerte dans ce suivi. Si quelque chose vous semblait ne pas être assez ambitieux sans que ce soit expliqué, parce que vous avez intégré beaucoup de contraintes, vous avez parfois revu des ambitions qui étaient les vôtres en intégrant les désaccords qui étaient ceux d’autres. Vous allez être associés au suivi, s’il y a des choses qui vous semblent incompréhensibles dans les blocages, vous aurez vis-à-vis du Gouvernement et de moi-même un droit d’alerte, celui de dire sur ce point sans explication l’ambition que nous avons portée et la cohérence de notre projet est trahie. Je vous l’ai dit, chaque mois il y aura ce rendez-vous. Et je vous l’ai dit, ce travail n’est qu’à une étape et il va continuer parce que je sais le Gouvernement engagé et le Parlement engagé.

Enfin, il y aura d’autres Conventions citoyennes. Durant ces 9 mois, vous avez montré qu’il était possible sur un sujet difficile, inflammable même, de créer du consensus, de prendre des mesures courageuses en cherchant de la concorde et de l’apaisement. C’est cela dont notre pays, notre démocratie ont besoin, savoir rester ensemble même quand nous ne sommes pas d’accord, savoir avoir de l’ambition tout en étant apaisés. Je souhaite donc que se créent d’autres Conventions citoyennes sur d’autres sujets. Une réforme du Conseil économique, social et environnemental sera présenté au prochain Conseil des ministres qui fera du CESE la chambre des Conventions citoyennes.

Voilà mes chers amis, je ne vais pas être plus long, je voulais encore une fois vous dire un grand merci. Le citoyen score je crois de la Convention doit être autour de 98 %. On n’est pas mal mais vous allez continuer à le suivre avec moi. Nous allons continuer à déployer ensemble cet agenda de transformation écologique pour vivre mieux, ce projet humaniste que vous avez décrit.

Merci infiniment pour votre engagement, la force que vous avez portée. Mais cela ne fait que commencer, le temps est à l’action et nous allons agir ensemble.

Vive la République et vive la France !

Emmanuel Macron, à Paris le 29 juin 2020

Source : www.elysee.fr/

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200629-discours-macron.html


 

Partager cet article

Repost0
23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 03:36

« Franchement, nous assistons à une démagogie démocratique surréaliste. » (Allain Bougrain Dubourg, le 4 octobre 2019 sur Europe 1).



_yartiConventionClimat01

Depuis quelques jours, on entend dans les médias les résultats de la "Convention citoyenne pour le climat" (encore un substantif mis incorrectement à la place d’un adjectif !). Les 150 "Français" membres de cette Convention sont invités à présenter leurs propositions pour le climat au Président de la République Emmanuel Macron le lundi 29 juin 2020. Ce dernier dira ce qu’il en fera, de sa toute puissance élyséenne. Publiées dès le 18 juin 2020, ces propositions ont été remises à Élisabeth Borne, Ministre de la Transition écologique, le 21 juin 2020.

La Convention citoyenne pour le climat est un véritable OVNI dans la vie politique française (et même internationale, à l’exception d’un ou deux pays). C’est pourquoi il y a de quoi être inquiet. Mon inaptitude au changement m’y encourage et après quelques réflexions, je reste sur cette inquiétude initiale.

De quoi s’agit-il ? Il y a le fond et la forme, mais ici, la forme me paraît aussi importante que le fond. Le fond, c’est le réchauffement climatique, préférons plutôt dire les changements climatiques, et franchement, qu’ils soient d’origine humaine ou d’origine naturelle (Soleil, Terre, etc.), ce n’est pas le problème, le problème, c’est comment faire pour continuer à vivre, nous humains, sur une Terre qui pourrait nous être hostile ("nous", chacun dans son petit bout de territoire) ? La réponse du quinquennat précédent (François Hollande), cela a été de mettre une taxe supplémentaire sur tout ce qui serait émetteur de carbone : la taxe carbone. Et donc, en premier lieu, sur le carburant.

Résultat (c’était une bombe à retardement), Emmanuel Macron a dû faire face à une véritable révolte, celle des gilets jaunes. Le Président de la République a été aussi déboussolé en novembre et décembre 2018 que De Gaulle en mai 1968, mais à la différence du vieux général, qui avait sa légitimité historique avec lui, Emmanuel Macron a eu l’habile intuition (à laquelle je ne croyais pas) de faire le "grand débat". Cela s’est passé durant le premier trimestre de l’année 2019 (un siècle à l’échelle du coronavirus) et lors de sa conférence de presse du 25 avril 2019, il a proposé la mise en place d’une "Convention citoyenne pour le climat" dans le cadre du Conseil Économie, Social et Environnemental (CESE). Juridiquement, ce qui compte est la lettre de mission du Premier Ministre adressée le 2 juillet 2019 au CESE.

Son objectif : faire des propositions concrètes pour "sauver" le climat. Je recopie la mission exacte : « Proposer des mesures pour réduire d’au moins 40% les émissions des gaz à effet de serre d’ici [à] 2030 dans une logique de justice sociale » (j’insiste sur le "[à]" que j’ai dû rajouter, restons à parler français !). Dans l’optique répressive, comment faire avaler la pilule si ce n’est par les "citoyens" eux-mêmes (dûment estampillés comme tels) ? Le point le plus inquiétant à mon sens, c’est le tirage au sort (qu’on peut appeler stochocratie, qu’on pourrait traduire par pouvoir du hasard).

Avant toute chose, je reconnais la sincérité de l’idée et la bonne foi ainsi que la bonne volonté de tous les acteurs de cette drôle d’aventure "citoyenne". En effet, rien ne semble être "dicté" par une manipulation politique, d’une manière ou d’une autre, et cela, je m’en réjouis. Et ainsi, je me réjouis finalement d’un test grandeur nature d’une assemblée tirée au sort. Une sorte de démonstration par l’absurde.

Ce tirage au sort a été fait avec un protocole très rigoureux, surveillé par des huissiers, l’obtention de 300 000 numéros de téléphone (dont une partie infime de téléphone fixe, les autres, de téléphone mobile), pour demander l’accord sur le volontariat d’y participer, puis un questionnaire où sont indiqués cinq caractéristiques : sexe, âge, niveau de diplôme, catégorie socioprofessionnelle, lieu d’habitation (région) et type de territoire (grande ville, village, etc.). Puis, les organisateurs ont tiré au sort 150 personnes (un peu plus en cas de remplacement) qui correspondent aux mêmes répartitions que la population française selon les cinq critères cités. Petite anecdote et je suis incapable de savoir si c’est significatif ou juste hasardeux : Daniel Cohn-Bendit a ainsi été tiré au sort, incroyable ! Évidemment, il a tout de suite décliné l’offre, sachant que cela polluerait le travail de cette Convention (et son existence médiatique lui permet de dire ce qu’il en pense dans les médias quand il veut !).

_yartiConventionClimat03

Le fait de vouloir faire correspondre la Convention avec la même répartition que la population peut être judicieux, mais rien ne le justifie : sexe âge et métier par exemple pourraient être différents si l’âge changeait, etc. Ici, c’est le couplement des cinq critères mais l’âme humaine est bien plus complexe. Il n’y a pas la répartition politique, il serait intéressant par exemple de savoir quels étaient leur vote ou non vote à l’élection présidentielle de 2017, et l’on verrait si ce panel, car c’est ni plus ni moins un panel comme les échantillons pour faire des sondages, est bien représentatif de l’électorat de 2017 (en sachant qu’entre-temps, des jeunes peuvent voter et que d’autres ont disparu).

Donc, même s’il y a un biais dans ce choix, c’est le même que celui de tous les sondages (en sachant cependant qu’il y a des correctifs par la suite, ce qui n’est pas le cas pour la Convention). Pourquoi pas ? Ce qui, en revanche, est critiquable, c’est qu’il n’y a que 150 personnes dans cette Convention. On sait que l’échantillon minimal pour faire un sondage "potable", c’est au moins le millier de personnes (la diversité des choix). Avec seulement 150, cela signifie qu’il y a "l’habitant de l’outremer de service" ; selon qu’il est jeune ou âgé, diplômé ou sans diplôme, etc., le "représentant" de l’outremer aura un comportement différent (en fait, ici, il y en a quatre quand même). Un sondage qui n’a qu’un échantillon que de 150 personnes ne vaut pas grand-chose. C’est le premier biais.

Cela dit, je félicite ces 150 citoyens français. Ils ont eu beaucoup de mérite, ils ont passé beaucoup de temps et d’énergie, et apparemment, ils ont pris à cœur ce rôle nouveau. Il faut imaginer les jurés d’assise, avec la différence qu’il y a du volontariat. Un budget de 5,4 millions d’euros a été alloué pour cette opération, qui correspond essentiellement, pour un quart, à la prise en charge des 150 membres (frais mais aussi indemnité de perte de revenus, frais de nourrice, etc.), et pour un tiers, à l’animation de la Convention (j’imagine par des professionnels rémunérés). Pour un dixième, au budget de communication.

Il y a eu huit sessions de travail. La première a été l’installation, avec une allocution d’ouverture du Premier Ministre Édouard Philippe, le 4 octobre 2019. À l’ouverture de la quatrième session, le 10 janvier 2020, le Président Emmanuel Macron est venu également, plus pour écouter que parler, comme il a su le faire lors du grand débat (voir vidéo). À cause de la crise sanitaire, il y a eu une session en télétravail les 3 et 4 avril (l’avant-dernière) et la dernière session a eu lieu du 19 au 21 juin 2020 dans le choix final des propositions à présenter à Emmanuel Macron le 29 juin 2020.





Le travail était très organisé et sous le contrôle d’une "gouvernance" présidée par deux co-présidents, dont Therry Pech, directeur général de Terra Nova. Quelle justification à ce choix ? L’autre coprésidente est Laurence Tubiana qui a été négociatrice de l’Accord de Paris sur le climat, le 12 décembre 2015 (COP21). Douze personnalités extérieures font en outre partie de cette gouvernance, dont Jean Jouzel (Prix Nobel de la Paix 2007 et par ailleurs, membre du CESE depuis 2010), etc.

La Convention a travaillé en cinq groupes thématiques composés le 6 octobre 2019 : se nourrir, se loger, travailler et produire, se déplacer, consommer. Dans leurs travaux, il y a eu une part non négligeable d’audition des experts, et c’est là un nouveau biais. Il y a le choix de ces experts (qui peuvent être partiaux, forcément, mais aussi diversifiés), et il y a l’influençabilité des membres de la Convention. Je crois que c’est le deuxième biais important de ces travaux.

_yartiConventionClimat02

La différence entre une assemblée parlementaire classique et une assemblée de citoyens volontaires tirés au sort, c’est qu’il y a ou pas une élection. L’intérêt (on le verra sur le fond) de ne pas être élu, c’est d’éviter de vouloir être réélu : les positions sont beaucoup plus sincères, rationnelles aussi, et ne sont pas des postures politiciennes voire démagogiques. En somme, c’est le point de vue de l’enfant, qui ne cherche pas à imaginer les conséquences de ses actes, ils proposent sans le conditionnement classique d’une assemblée politique.

Mais l’inconvénient de ne pas être élu, c’est que le membre de la Convention est un "amateur" et pas un "professionnel" des travaux d’assemblée. Je m’explique : le parlementaire a déjà subi une étape très difficile de sélection, l’élection, la campagne électorale et comme la concurrence est rude, on peut dire que l’élu est un redoutable débatteur, loin d’être naïf, sauf dans une circonscription "en or", mais il n’en existe plus, les électeurs ne sont plus fidèles à un parti donné. Malheureusement, ce n’est probablement pas le cas des membres de la Convention citoyenne qui doivent être plus sincères, mais aussi moins aguerris lorsqu’il s’agit de débattre, si bien qu’ils peuvent plus facilement être influencés par les animateurs ainsi que par les experts. Du reste, comme les jurés peuvent être très influencés (ou pas) par le juge qui anime le jury d’assise.

Avant de passer au fond, continuons aussi sur le plan institutionnel. Pour moi, il y a un véritable court-circuitage des parlementaires à vouloir faire ce genre de Convention. Plus exactement, elle aurait dû être organisée par le Parlement et pas par le CESE. Là est un double biais. Le biais de la responsabilité politique, surtout lorsqu’il s’agit de prendre des mesures sur l’écologie, sujet à la fois important et sensible. Les membres de la Convention ne sont responsables devant personne. Ils peuvent dire ou faire n’importe quoi, on ne leur reprochera rien. Ils n’ont rien à vendre non plus. Cette liberté totale est intéressante mais elle est irresponsable, c’est le problème dans une démocratie.

L’autre biais, je l’ai déjà évoqué il y a déjà plusieurs mois, c’est cette impression qu’Emmanuel Macron considère que le CESE est une troisième chambre parlementaire. Non ! Ce sont des membres nommés et si aujourd’hui, ils sont très heureux de trouver une restauration de leur utilité, je reste toujours dubitatif sur l’intérêt de le maintenir. Ne nous voilons pas la face (même en période de coronavirus) : le CESE n’a été qu’une collection de placards dorés à offrir à des armées d’obligés, que ce soit pour recaser un ministre qui n’a pas pu se faire réélire député, ou à un député sortant dont on chipe la circonscription pour un jeune loup plein d’espoir, ou à un syndicaliste à la retraite, etc. C’est tellement opaque que personne n’est vraiment capable de dire qui et à quel moment en est membre. Pourtant, ils bossent, les membres du CESE, mais quelle est leur légitimité face aux députés et aux sénateurs ?

Je connais l’origine de la grande considération qu’a Emmanuel Macron pour le CESE, elle a pour nom Jean-Paul Delevoye, qui en fut un long Président, et qui fut une pièce maîtresse du dispositif présidentiel d’Emmanuel Macron (par exemple, il a présidé la commission d’investiture aux législatives de LREM, et donc, a eu une influence déterminante sur l’élection d’environ 300 députés !).

Pour faire sortir la parole du "peuple", il y avait d’autres moyens. Emmanuel Macron l’a prouvé avec le grand débat : à cette occasion, les Français (ainsi que les journalistes) ont découvert qu’il existait une Commission nationale du débat public qui avait été créée par Édouard Balladur avec la loi Barnier du 2 février 1995 !

En février 2015, l’Assemblée Nationale aussi avait innové en faisant le premier appel à contributions pour la préparation de la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016. Rien n’empêchait les parlementaires de refaire la même chose sur la transition écologique.

Allain Bougrain-Dubourg (membre du CESE de 2010 à 2020), interrogé par Matthieu Belliard à la matinale d’Europe 1 le 4 octobre 2019, le jour de l’installation de la Convention citoyenne pour le climat, tempêtait : « Je souhaite évidemment la réussite de cette Convention, mais, franchement, nous assistons à une démagogie démocratique surréaliste. Car les questions qui sont posées (…), nous savons déjà comment y répondre ! (…) Si nous voulons agir, nous savons déjà ce que nous devons faire au niveau citoyen, de la collectivité et de l’État. ».

Tandis qu’Emmanuel Macron, le 10 janvier 2020, déclarait aux membres de la Convention : « Les citoyens ont demandé plus de démocratie, ils ne veulent plus être simplement celles et ceux qui respectent les lois. Ils veulent participer. La Convention citoyenne est pour le climat, c’est cela. ». La parole présidentielle a oublié que les citoyens étaient aussi des électeurs et qu’ils ont choisi vers où aller.

Le problème, c’est qu’il y a un malentendu sur la démocratie. Concrètement, si je voulais participer, je n’aurais pas pu, puisque je n’ai pas été tiré au sort, comme 45 millions de compatriotes électeurs (moins 150 !). Pour moi, la démocratie, c’est d’élire des députés pour pouvoir faire la loi à ma place (parce qu’on ne peut pas discuter d’un texte à 45 millions) mais surtout, selon une direction donnée (je vote pour un cap politique entre différents candidats politiques).  Où est la démocratie dans une sorte de panel à peine meilleur qu’à l’issue d’une émission politique pour dire si on a été convaincu ou pas ?

Du reste, dans l’étude d’Adrien Fabre et al. publiée ce mois, une comparaison a été faite entre les membres de la Convention et un échantillon représentatif pour un sondage, et elle a montré que les membres de la Convention était plus "avancés", voulaient aller "plus loin", ce qui était prévisible puisqu’ils sont plus sensibilisés et plus informés. De toute façon, il a été prouvé que les résultats des élections et même des référendums sont très rarement ceux des sondages d’avant campagne.

Pourquoi dépolitiser le débat public est-ce une erreur grave ? Parce qu’il faut une certaine cohérence, la politique de transition écologique doit être cohérente avec la politique budgétaire et fiscale, et aussi avec la politique économique. Le problème des gilets jaunes, c’était qu’on voulait plus de service public et moins de taxes et impôts : ce n’était pas cohérent. La politique, c’est simplement de choisir, de faire des hiérarchies, c’est d’avoir des priorités. Avec ce type de Convention, on dépolitise et surtout, on déparlementarise.

Venons-en au référendum. Emmanuel Macron a proposé qu’éventuellement, certaines mesures pourraient être l’objet d’un référendum. Mais où allons-nous ? Veut-on mettre au référendum par exemple une limitation de vitesse ? Alors que ce n’est même pas du domaine législatif mais réglementaire ? Le référendum, ce n’est pas un questionnaire à questions multiples pour définir son nouvel appartement ou sa nouvelle voiture. C’est une mesure grave, solennelle, sur laquelle le Président de la République s’engage, ou disons, devrait s’engager. On ne convoque pas les électeurs pour la largeur de la route.

J’ai bien compris que le Président de la République voulait réutiliser le référendum pour dire qu’il écoute les Français et c’est vrai qu’à cause de Jacques Chirac, les deux seuls outils de consultation exceptionnelle des Français ont été gelés à cause de deux échecs, la dissolution du 21 avril 1997 et le référendum du 29 mai 2005. Encore faut-il que cela ne rendent pas notre législation folle. Je crois que c’est l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin qui rappelait que le droit au logement avait été intégré dans la Constitution et que cela s’était fait presque unanimement, mais maintenant, c’est très difficile juridiquement à en assumer les conséquences.

_yartiConventionClimat04

L’une des mesures qui pourrait être mise en référendum, c’est de créer le concept que je considère stupide jusqu’au nom, celui de l’écocide : « adopter une loi qui pénalise le crime d’écocide pour sauvegarder les écosystèmes ». Avec une telle mesure référendaire, je deviendrais vite criminel et je serais condamné à 20 ans de prison …si je jetais un mégot parterre ?? Les textes pourraient toujours définir juridiquement le terme d’écocide, ce serait n’importe quoi et la porte ouverte, notamment aux entreprises (aux industries) vers n’importe quoi, une instabilité juridique beaucoup plus importante que les indemnités des salariés licenciés contestant aux prud’hommes. Et imaginerait-on un avocat pour la vieille planète Terre ? C’est surréaliste et c’est la raison qui marche sur la tête !

Puisque j’y suis, restons-en au fond des 150 mesures (moins une).

La mesure de la semaine de 28 heures de travail hebdomadaire payée 35 heures, dans le but de moins produire et donc, de moins consommer, a été rejetée à peu près par deux tiers de la Convention, car considérée comme irréalisable (ouf). Outre que cette mesure signait son origine très gauchiste, elle était indéfendable sur le plan écologique et même économique : ce n’est pas en produisant moins qu’on consomme moins, c’est typiquement un raisonnement d’avant premier choc pétrolier, d’avant les années 1970, quand il y avait une sous-production et que tout ce qu’on produisait était forcément acheté. Maintenant, le problème, ce n’est pas de produire, mais de trouver des clients, en raison de la concurrence internationale très féroce. De plus, si on veut consommer moins, il faut être logique, 28 heures de travail …payées 28 heures, car c’est l’idée de la décroissance, qui est un peu le contraire de l’idée du rasage gratis des 28 heures payées 35 heures.

À part la mesure clivante de la limitation à 110 kilomètre par heure sur les autoroutes, néanmoins adoptée mais seulement à environ 60%, les 148 autres mesures auraient été adoptées largement, à plus de 80%. C’est donc plutôt une assemblée consensuelle qui est loin d’être représentative de la population française, d’autant plus que quasiment toutes les mesures sont des mesures punitives. Un site sur Internet s’amusait à renommer la "Convention citoyenne pour la taxe" (Contexte). L’économiste Jean-Marc Daniel faisait remarquer le 19 juin 2020 que toutes les mesures étaient contre la liberté.

Le 22 juin 2020, le journaliste Pascal Perri y est allé de son commentaire qui se résume à trois mots : « interdire, taxer, obliger ». Effectivement, quand on lit l’énumération des mesures, cela commence souvent par "interdire…", "taxer…", "rendre obligatoire…", "mettre en place progressivement une obligation…". Bonjour l’écologie transformée en Père Fouettard, comme si c’était le meilleur moyen de mieux sensibiliser nos contemporains alors qu’ils en sont pour l’instant à jeter leur masque covid-19 sur les trottoirs. Si les lois et les règlements actuels étaient respectés, ce serait déjà pas mal.

Plus généralement, les mesures manquent d’originalité et pêchent dans l’obligation sans y mettre un volet d’aide financière. On dit qu’il y a plus de la moitié des Français qui sont propriétaires, cela ne se sent pas dans cette Convention avec deux mesures d’obligation classique : « contraindre les propriétaires occupants et bailleurs à rénover de manière globale d’ici à 2040 » ou encore : « obliger le changement des chaudières au fioul et à charbon d’ici à 2030 dans le neuf et le rénové ». Tout comme : « interdire les centres-villes pour les véhicules les plus émetteurs de gaz à effet de serre ». Bref, les plus riches vont s’en sortir, et la classe moyenne en sera pour ses frais.

J’insiste sur l’aide financière, elle n’est réservée qu’aux « plus démunis », ce qui exclut quasiment tout le monde (les plus démunis sont rarement propriétaires), cela signifie que nous nous retrouverions, si ces deux mesures étaient appliquées, exactement dans la même situation que la taxe sur le carburant avec les gilets jaunes.

Certaines mesures sont déjà applicables (notamment dans les communes), comme : « contraindre les espaces publics et les bâtiments tertiaires à réduire leur consommation d’énergie ». Ou : « créer des vignettes vertes à positionner sur les plaques d’immatriculation pour les véhicules les plus propres et donnant accès à des services particuliers ». Elle existe déjà, cette vignette, les Franciliens le savent puisqu’ils ne peuvent plus rouler dans Paris sans celle-ci.

Autres mesures staliniennes : « interdire toute artificialisation des terres tant que des réhabilitations ou friches commerciales sont possibles dans l’enveloppe urbaine existante » et même : « faciliter les réquisitions de logements et bureaux vacants ». Pour les transports aériens, c’est encore plus bourrin : « taxer davantage le carburant pour l’aviation de loisir », « interdire la construction de nouveaux aéroports et l’extension des aéroports existants », mesure tellement souhaitée qu’ils ne se sont pas aperçu qu’elle a été doublonnée par : « arrêt total des constructions et des agrandissements d’aéroports »… mais j’ai l’impression que ces deux dernières mesures n’ont finalement pas été retenues (?).

Jusqu’à : « organiser progressivement la fin du trafic aérien sur les vols intérieurs d’ici [à] 2025, uniquement sur les lignes où il existe une alternative bas carbone satisfaisante en prix et en temps (sur un trajet de moins de 4 heures ». Là encore, on voit qu’il n’y a aucune logique économique : si le TGV Paris-Montpellier ou Paris-Marseille ou Paris-Bordeaux est abordable financièrement, c’est parce qu’il y a une forte concurrence avec les lignes aériennes intérieures. Quand il n’y aura plus de concurrence, les prix s’envoleront nécessairement puisque la SNCF est surendettée (et la crise sanitaire ne l’a pas aidée).

Mesure anti-économique et même confiscatoire : « Les entreprises qui distribuent plus de 10 millions d’euros de dividendes annuels participeront à l’effort de financement collectif de la transition écologique, à hauteur de 4% du montant des dividendes distribués chaque année. ». D’une part, ce n’est pas comme ça qu’on en finira avec les entreprises manquant de fonds propres. D’autre part, le dividende est une partie du résultat net, lui-même résultat déjà de toutes les taxes et impôts. Cela signifie qu’on taxerait plusieurs fois le même argent (ce n’est pas nouveau avec les droits de succession et de mutation), mais c’est anti-économique, surtout dans une période de crise majeure comme maintenant.

Il y a aussi certaines mesures qui manquent d’anticipation, comme : « supprimer tous les plastiques à usage unique dès 2023 ». Heureusement qu’on pouvait retrouver les bouteilles d’eau individuelles etc., le plastique à usage unique est devenu indispensable avec la pandémie du coronavirus pour éviter la contagion. Comment ferions-nous si ces objets n’avaient pas existé ?

Je pense que la mesure la plus controversée est celle-ci : « réduire la vitesse sur autoroute à 110 kilomètres par heure maximum ». Une petite réflexion à cet égard : cette mesure est demandée depuis des années par le professeur Claude Got, spécialiste de la sécurité routière, mais pas pour des raisons de sécurité routière, c’est là le problème. La limitation à 80 kilomètres par heure sur les routes à une voie se justifiait pour réduire le nombre de morts sur la route. Pas la limitation à 110 kilomètres par heure sur les autoroutes qui engendrent déjà très peu d’accidents mortels (et sont déjà très surveillées par les radars automatiques). Considérer qu’il faut mettre une composante écologique dans les justifications de limitation de vitesse n’a pas beaucoup de sens. On a d’ailleurs prouvé avec le confinement total que la pollution atmosphérique n’avait pas vraiment disparu malgré l’absence de la circulation automobile.

Par ailleurs, j’ai l’intuition que cette mesure particulièrement impopulaire va polariser tout le débat sur les mesures de la Convention et ce n’est pas très malin de leur part car cela risque de discréditer l’ensemble de leurs travaux.

Enfin, il y a des mesures bisounours et gentillettes, comme : « amélioration de la gouvernance territoriale/régionale » ou encore : « accompagner les salariés et les entreprises dans la transition ».

En conclusion, oui, cet exercice (qui n’est pas démocratique mais participatif) est intéressant, ne serait-ce que pour les membres de la Convention eux-mêmes, une expérience inégalable, mais il en ressort des mesures sans originalité, simplement une écologie punitive qui ne permettra pas de faire adhérer la grande majorité des citoyens aux objectifs d’une transition écologique qui doit se faire avec eux et pas contre eux.

Enfin, sur la méthodologie, il est dangereux de vouloir court-circuiter les chambres parlementaires et de créer des chambres tirées au sort qui n’ont aucune légitimité démocratique. Devant cette Convention, Nicolas Hulot expliquait le 15 novembre 2019 son souhait de créer une "chambre du futur" qui verrait certains de ses membres tirés au sort comme ceux de la Convention citoyenne pour le climat. Je suis contre la stochocratie (tirage au sort) parce que je suis pour la démocratie représentative, peut-être le pire des régimes, comme disait Churchill, à l’exclusion de tous les autres.

Pour ma part, si un référendum devait par malheur naître des décombres de cette réflexion "citoyenne", je sais déjà quelle serait ma position… (mais attendons sereinement les questions, je crois au triomphe de la raison).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Haïti, cauchemars et espoirs.
Erika (12 décembre 1999).
Greta Thunberg, Notre-Dame la Planète (en feu).
Greta Thunberg, future Prix Nobel de la Peur ?
Rapport du GIEC sur les scénarios des émissions de CO2 publié le 8 octobre 2018 (à télécharger).
Rapport de l’IPBES sur la biodiversité publié le 6 mai 2019 (à télécharger).
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.
Canicule de juin 2019.
Inondation à Paris.
Épisode de neige.
Circulation alternée.
La taxation du diesel.
L’écotaxe.
Une catastrophe écologique ?
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.
La COP21.
GIEC : la fin du monde en direct, prochainement sur vos écrans !
Vibrez avec la NASA …ou sans !
Le scandale de Volkswagen.
Le tsunami des Célèbes (28 septembre 2018).

_yartiConventionClimat05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200621-convention-citoyenne-climat.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/convention-citoyenne-pour-le-225318

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/06/22/38386674.html






 

Partager cet article

Repost0
11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 03:16

« La terre n’est que la cendre des morts pétrie des larmes des vivants. » (Chateaubriand, 1848).


_yartiHaiti2010B01

Terre de désolation. Déjà dix ans. L’une des plus graves catastrophes du XXIe siècle (avec le tsunami de décembre 2004). Double peine. L’un des pays les plus pauvres du monde, dont la sécurité est le moins assurée : sécurité urbaine, sécurité alimentaire, sécurité sanitaire… C’était le 12 janvier 2010 à 22 heures 53 (heure de Paris). Tremblement de terre en Haïti de magnitude 7,0 à 7,3, dont l’épicentre était à 25 kilomètres de Port-au-Prince, suivi d’une dizaine de séismes de magnitude entre 5 et 6. Puis un second tremblement de terre de magnitude 6,1 le 20 janvier 2010 à 12 heures 03 (heure de Paris). Encore suivi d’une cinquantaine de répliques de magnitude supérieure à 4,5.

Le désastre fut intégral. Total. Entre 235 000 et 300 000 victimes tuées, plus de 300 000 personnes blessées. Plus de 1,5 million de sans-abri. Certaines personnes ont été sauvées après quinze jours enfouies dans les gravats. Plus de 200 rescapés ont été retrouvés ainsi. Course contre la montre pour sauver ceux qui pouvaient encore l’être.

Des images abominables de fin du monde dans cette capitale construite sans les normes sismiques qu’on peut connaître au Japon voire en Turquie. Le palais présidentiel détruit. La cathédrale aussi, et l’archevêque de Port-au-Prince, Mgr Joseph Miot, a été retrouvé parmi les victimes le lendemain du séisme. Une victime parmi les centaines de milliers. La catastrophe touche égalitairement, ministres comme sans-abri, nationaux comme étrangers, militaires comme civils, etc.

Deux éléments opposés à propos des conséquences de cette catastrophe.

Un élément négatif et inquiétant. La pauvreté et la faiblesse du gouvernement ont renforcé les conséquences désastreuses de cette catastrophe : la réglementation anti-sismique a rarement été appliquée, renforçant la gravité des dégâts. Le 13 janvier 2017, le directeur général du Bureau des mines et de l’énergie Claude Prépetit (géologue) mettait en garde contre le risque d’autres séismes. Une faille traverse la presqu’île du Sud sur 250 kilomètres de long, une autre faille traverse la mer du Nord. En clair, 8 millions de Haïtiens sur les 10 millions seraient impactés en cas d séisme sur ces deux failles : « Il faut donner les moyens, les compétences et l’autorité nécessaire, dans l’idée de permettre aux mairies de donner des permis de construction, en connaissance de cause. ». Il est donc probable qu’un prochain séisme serait encore plus grave. Claude Prépetit rappelait la veille qu’un séisme de magnitude 8 dégage autant d’énergie que …900 bombes atomiques. D’où l’importance d’une action préventive (interdire les constructions qui ne sont pas aux normes) et d’une formation sur les choses à faire dès les premiers moments d’un tremblement de terre.






Parmi les actions de secours, il est impératif de créer une coordination des secours internationaux (sinon, ceux-ci risquent d’être inefficaces), de se focaliser aussi sur le court terme (besoins en eau, en nourriture, en installations sanitaires, en hébergements, et assistance médicale d’urgence, etc.), de ne pas envoyer des dons en nature (mais surtout de l’argent aux organisations déjà implantées sur place), de ne pas créer des camps provisoires qui deviendront des bidonvilles et d’arrêter les expulsions de citoyens haïtiens partout dans le monde.

Mais il y a aussi, toutefois, un élément humainement rassurant : la grande solidarité humaine parmi les habitants. Dans "Le Monde diplomatique" du 2 février 2010, trois médecins qui étaient venus en aide en Haïti, Louise Ivers, Claire Pierre et Paul Farmer, venu avec la mission de Bill Clinton, pouvaient témoigner de cette incroyable entraide (nationale et internationale) : « La catastrophe a fédéré les bonnes volontés et l’intérêt que suscite le pays, de telle sorte que, pour la première fois de son histoire, Haïti aura peut-être bientôt un nombre suffisant de chirurgiens et de traumatologues. ». Et surtout : « Où que l’on regarde, on voit des Haïtiens se secourant les uns les autres. Même si l’on a rapporté des violences, c’est bien une impression globale de calme qui frappe la plupart d’entre nous. Après avoir apporté du matériel chirurgical à l’hôpital général, Bill Clinton estimait ainsi qu’aucun autre peuple au monde aurait fait preuve d’autant de patience et de retenue face à des souffrances si grandes. (…) Les habitants ont ouvert leurs maisons et leurs cours, entièrement occupées par des abris e fortune. ».

Cela n’empêche pas que la catastrophe humaine fut extrême, car la plupart des habitants survivants, même ceux qui n’ont pas été blessés, sont dans le traumatisme psychologique de la perte d’un être proche, effondrés.

Autre conséquence désastreuse, une catastrophe dans la catastrophe, l’épidémie de choléra en Haïti. Il n’y avait pas eu de choléra depuis un siècle et il a fait sa réapparition en Haïti le 21 octobre 2010. La cause, des soldats casques bleus népalais (arrivés le 17 octobre 2010) qui ont exporté du Népal la maladie. En cinq ans, le bilan fut très lourd : 800 000 personnes ont été touchées (pas seulement en Haïti mais aussi en République dominicaine, sa voisine, à Cuba, au Mexique), dont 10 000 en sont mortes. Quelques jours plus tard, des habitants s’en sont pris à ces casques bleus népalais, mais cela ne faisait que renforcer l’inquiétude d’une occupation militaire d’Haïti par des forces étrangères (notamment américaines). Au-delà des conditions de vie désastreuses des rescapés (eau, sanitaire), certains avaient expliqué que le réchauffement climatique aurait été l’un des facteurs qui a déclenché l’épidémie (une thèse qui semblait avoir été proposée pour éviter d’assumer les responsabilités de l’ONU).

Aussi, sans oublier toutes les victimes de cette catastrophe, directes ou collatérales, je veux ici, comme des petites photos, évoquer deux conséquences, l’une presque heureuse et l’autre malheureuse.

Commençons par la dernière, malheureuse. Internet et réseaux sociaux aidant, la désinformation s’est amplifiée en Haïti sur le thème : il existerait une arme sismique. Une télévision publique vénézuélienne, noyée dans un antiaméricanisme primaire, a prétendu sans preuve, le 18 janvier 2010, que le tremblement de terre en Haïti proviendrait d’une arme sismique américaine. L’affirmation est d’autant plus stupide que pour déclencher un séisme de magnitude 7, il faudrait une énergie équivalente à l’explosion de 30 bombes atomiques (magnitude 8, 900 bombes atomiques, voir plus haut).

Cette rumeur, remise à jour avec l’actualité, avait déjà été évoquée pour le tremblement de terre en Arménie en 1988, par Jean-Pierre Petit, même si je ne sais pas s’il faut vraiment le citer ici, avec un papier à la rigueur scientifique proche de l’émission "Alien Theory" (et si… ?), publié le 21 septembre 2002 et modifié le 1er mars 2006, qui part d’une citation (non sourcée) du Ministre américain de la Défense William Cohen qui aurait dit le 2 avril 1997 : « D’autres terroristes sont engagés dans un type d’action écologique où ils peuvent altérer le climat, déclencher des tremblements de terre, des éruptions volcaniques en utilisant des ondes électromagnétiques. ». Je ne sais pas si le ministre américain a vraiment déclaré cela, mais même s’il l’avait déclaré, pourquoi serait-il une référence en matière de physique et de géologie ? Cela n’aurait pas été la première fois qu’un politique dit n’importe quoi.

_yartiHaiti2010B02

Je termine enfin par une note plus heureuse, culturelle et pleine d’espoir. Ce n’est pas un espoir mais une confirmation, plutôt. Un écrivain québécois d’origine haïtienne se trouvait en Haïti lorsque le séisme s’est produit. Il en a fait un livre émouvant ("Tout bouge autour de moi", éd. Grasset, 2011, première édition à Mémoire d’encrier à Montréal en 2010).

Son nom était à l’époque assez peu connu (précisons plus modestement : je ne le connaissais pas), Dany Laferrière, et j’ai eu la chance, un peu par hasard, de le croiser à l’inauguration du Salon du Livre en 2011, présenté par une connaissance commune (une auteure franco-malgache). Ce n’était alors pas l’écrivain qui parlait mais simplement un témoin impressionné par ce qu’il avait vu.

En fait, rétrospectivement, je me suis dit qu’il devait être très connu vu son succès éditorial au Canada (en plus, il présentait un moment la météo à la télévision !), puisqu’il avait déjà reçu le Prix Médicis le 4 novembre 2009 pour son roman "L’Énigme du retour" sorti le 2 septembre 2009 chez Grasset. En tout cas, il parlait humblement, et mettait son témoignage bien avant sa personne. Je ne savais pas qu’il allait devenir un éminent académicien deux années plus tard, même si, finalement, quand je l’ai appris, j’étais à peine étonné. Le seul académicien après Julien Green à n’être même pas de nationalité française ! Et le premier de nationalité canadienne et aussi le premier de nationalité haïtienne.

Dany Laferrière a été élu dès le premier tour à l’Académie française le 12 décembre 2013 et reçu par Amin Maalouf le 28 mai 2015. Dans le fauteuil de Montesquieu et d’Alexandre Dumas fils : « Pour moi, ce fut d’abord ce trio qui a inscrit la dignité nègre au fronton de Paris : le Martiniquais Aimé Césaire, le Guyanais Léon-Gontran Damas, et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. Ce dernier a occupé pendant dix-huit ans le fauteuil numéro 16. C’est lui qui nous permit de passer, sans heurt, de la négritude à la francophonie. Chaque fois qu’un écrivain, né ailleurs, entre sous cette Coupole, un simple effort d’imagination pourra nous faire voir le cortège d’ombres protectrices qui l’accompagnent. ».

Un cortège d’ombres protectrices… L’histoire de Dany Laferrière n’était pas de tout repos : son père a été maire de Port-au-Prince et membre du gouvernement et il a dû s’exiler au Québec lors du régime des Tontons macoutes de François Duvalier. Un de ses copains (journaliste) a été assassiné en 1976 par le régime de Jean-Claude Duvalier, si bien que, se savant le suivant de liste, il a immédiatement pris l’exil en se rendant à Montréal (et à partir de 1990, également à Miami). Avant le Prix Médicis, il s’était déjà fait connaître avec plusieurs romans et chroniques au titre prometteur : "Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer ?" (1985), "Éroshima" (1987), "L’Odeur du café" (1991), "Le Goût des jeunes filles" (1992), "Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?" (1993), "Chronique de la dérive douce" (1994), "Pays sans chapeau" (1996), "Le Charme des après-midi sans fin" (1997), "Le Cri des oiseaux fous" (2000), "L’Art presque perdu de ne rien faire" (2011), "Journal d’un écrivain en pyjama" (2013), etc. En tout, en 2019, il avait déjà publié 31 livres dont "Autoportrait de Paris avec chat" (2018). Il a la particularité de retravailler ses précédents livres, longtemps après leur publication, plaçant des ponts dans ses œuvres.

Dans "Tout bouge autour de moi", Dany Laferrière a raconté les premiers instants du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Il avait retrouvé son ami et éditeur de Montréal dans un restaurant de Port-au-Prince: « J’attendais cette langouste (sur la carte, c’était écrit homard) et Saint-Éloi [son convive], un poisson gros sel. J’avais déjà entamé le pain quand j’ai entendu une terrible explosion. Au début, j’ai cru percevoir le bruit d’une mitrailleuse (certains diront un train), juste dans mon dos. En voyant passer les cuisiniers en trombe, j’ai pensé qu’une chaudière venait d’exploser. Tout cela a duré moins d’une minute. On a eu huit à dix secondes pour prendre une décision. Quitter l’endroit ou rester. Très rares sont ceux qui ont fait un bon départ. Même les plus vifs ont perdu trois ou quatre précieuses secondes avant de comprendre ce qui se passait. Moi, j’étais dans le restaurant de l’hôtel avec des amis, l’éditeur Rodney Saint-Éloi et le critique Thomas Spear. Spear a perdu trois précieuses secondes parce qu’il voulait terminer sa bière. On ne réagit pas tous de la même manière. De toute façon, personne ne peut prévoir où la mort l’attend. On s’est tous les trois retrouvés à plat ventre, au centre de la cour. Sous les arbres. La terre s’est mise à onduler comme une feuille de papier que le vent emporte. Bruits sourds des immeubles en train de s’agenouiller. Ils n’explosent pas. Ils implosent, emprisonnant les gens dans leur ventre. Soudain, on voit s’élever dans le ciel d’après-midi un nuage de poussière. Comme si un dynamiteur professionnel avait reçu la commande expresse de détruire une ville entière sans encombrer les rues afin que les grues puissent circuler. ».

Le contexte haïtien : « La vie semblait reprendre son cours après des décennies de turbulence. Des jeunes filles rieuses se promenaient dans les rues, tard le soir. (…) Le crime n’était plus toléré par une population exténuée qui a tout connu durant ce dernier demi-siècle : les dictatures héréditaires, les coups d’État militaires, les cyclones à répétition, les inondations dévastatrices et les kidnappings à l’aveuglette. J’arrivais pour ce festival littéraire (…). Cela s’annonçait excitant car, pour la première fois, la littérature semblait supplanter le discours politique dans la faveur populaire. ».

Les dégâts, on le sent dans leur description, c’est du vécu : « Une secousse de magnitude 7,3 n’est pas si terrible. On peut encore courir. C’est le béton qui a tué. Les gens ont fait une orgie de béton ces cinquante dernières années. De petites forteresses. Les maisons en bois et en tôle, plus souples, ont résisté. Dans les chambres d’hôtel, souvent exiguës, l’ennemi, c’est le téléviseur. On se met toujours en face de lui. Il a foncé droit sur nous. Beaucoup de gens l’ont reçu sur la tête. (…) Les sauveteurs travaillent en silence et en sueur. Il faut agir vite. (…) Ses parents sont arrivés en trombe. J’ose à peine imaginer leur angoisse durant le trajet. Ils ont laissé la voiture, portières ouvertes, au milieu de la rue. La nourrice leur a rendu le bébé et ils ont dansé, avec cette joie sauvage, en le tenant serré contre eux. Une nouvelle secousse a rompu la petite fête. (…) On voit passer, dans le jardin, le propriétaire de l’hôtel qui fait sa tournée d’inspection. D’un pas lent, le visage soucieux, il semble perdu dans ses pensées. Je donnerais cher pour savoir ce qui se passe dans sa tête en ce moment. Les dégâts ne sont pas uniquement matériels. Certains voient s’envoler, en une minute, le rêve d’une vie. Ce nuage dans le ciel tout à l’heure, c’était la poussière de leurs rêves. (…) J’imagine l’effarement de ceux qui étaient dans la salle de bains au moment des premières secousses du séisme. On a tous été pris de court, mais ceux qui se trouvaient sous la douche ont dû vivre un moment de pure panique. On se sent toujours plus vulnérable quand on est nu, surtout couvert d’eau savonneuse. Un grand nombre de ces gens, dans leur précipitation, sont partis en oubliant de fermer le robinet. ».

Toujours l’horreur indicible : « L’ennemi n’est pas le temps mais toutes ces choses qu’on a accumulées au fil des jours. Dès qu’on ramasse une chose, on ne peut plus s’arrêter. Car chaque chose appelle une autre. C’est la cohérence d’une vie. On retrouvera des gens près de la porte. Une valise à côté d’eux. (…) À une pareille heure : 16h53. On a quitté le lieu de travail, mais on n’est pas encore arrivé à la maison. C’est un moment où l’on ne peut pas savoir avec certitude où se trouve l’autre. (…) Autour de moi, les gens n’arrêtent pas de crier dans leur portable : "Où est ton frère ?", "Où est ta sœur ?", "Maman, réponds-moi s’il te plaît", "Où es-tu chérie ?", "As-tu parlé aux enfants ?", "On se retrouve où ?". Pour finir par hurler à l’autre comme s’il pouvait entendre : "La ligne ne marche plus". On essaie alors d’emprunter l’appareil du voisin. Le problème est général. Ils déambulent en manipulant fébrilement ce mince objet qui les a mis en contact avec un être cher. Il faut imaginer une ville où chacun cherche simplement à localiser un parent ou un ami. (…) On s’impatiente. Chacun reste muré dans son drame personnel. Le langage se résume alors à l’essentiel. Puis ce silence. (…) Je me promène un moment dans le jardin, tout étonné de constater que les fleurs les plus fragiles se balancent encore au bout de leur tige. Le séisme s’est donc attaqué au dur, au solide, à tout ce qui pouvait lui résister. Le béton est tombé. La fleur a survécu. ».

Comme académicien, Dany Laferrière a évoqué très récemment encore le séisme du 12 janvier 2010.

Lors de la séance de rentrée de l’Institut, le 21 octobre 2019, Dany Laferrière a prononcé un discours intitulé "Un art de vivre par temps de catastrophe" où il a commencé par parler de Voltaire en termes cinématographiques (extraordinaire présentation d’un écrit de Voltaire qui parlait du tremblement de terre de Lisbonne, de même intensité) : « Je constate, avec une légère tristesse, qu’une expérience, si douloureuse soit-elle, n’a aucune incidence sur notre talent. (…) Bien que conscient du concentré d’ironie et de sarcasme qui irrigue cette injonction de Voltaire "Et vous composerez dans ce chaos fatal ?", je peux vous dire que c’est exactement ce que j’ai fait. J’avais mon carnet, et j’ai pu noter tout ce qui traversait mon esprit ou mon champ de vision. J’étais logé dans l’œil de la catastrophe. On comprend bien que je n’aie pas les moyens intellectuels pour une aussi vaste entreprise : décrire un tremblement de terre. Voir s’envoler dans un épais nuage de poussières, en trente-cinq secondes, une ville, sa ville natale, peut vous laisser sans voix. ».

L’instant clef : « J’ai entendu un bruit de train accompagné de trépidations sous la table, comme si des milliers de marteaux piqueurs entreprenaient de saccager les fondations de la ville. De quoi s’agit-il puisque Port-au-Prince n’a pas de métro ? J’ai compris plus tard que durant un pareil événement, tout va aussi vite que le style de Voltaire. (…) Je m’attendais à tout moment à voir la terre s’ouvrir pour nous engloutir. Une panique verte qui remonte à une adolescence fiévreuse alors que je passais mes journées au cinéma à me gaver de films d’épouvante. Puis, rien. Pas un craquement d’arbre sec, ni même un cri dans cette ville si bavarde et émotive. On se relève doucement, sans imaginer que des milliers de personnes étaient restées au sol. (…) J’écrivais en me disant pour me calmer que le narrateur ne meurt jamais. Je serai vivant tant que je pourrai écrire, même au cœur de la tempête. ».

La faillite de l’État : « On nous annonce la chute du Palais national, du palais de justice, du ministère des finances (…). Le corps de l’État par terre. Le chaos total. Quelqu’un a lancé que c’était la révolution, mais étonnamment, personne n’a pensé à prendre le pouvoir. (…) Plus aucune responsabilité. La faillite étant si évidente. On avait perdu en trente-cinq secondes une incroyable somme d’expériences humaines. Un homme bien mis s’est assis au pied d’un arbre avant de défaire sa cravate. ».

Et dans son bloc-notes de l’Académie, Dany Laferrière a écrit, ce jeudi 9 janvier 2020, en particulier sur la mort : « J’avais déjà posé la question, de façon brutale, à ma grand-mère [un de ses êtres les plus chers], un après-midi d’été. "Da, qu’est-ce que la mort ?". Elle m’avait répondu, sans détours : "Tu verras". Peut-être la plus succincte réponse jamais donnée à la plus angoissante question qui travaille tout être humain, de l’enfance à la vieillesse. Le livre que j’écrivais avait un titre énigmatique : "Pays sans chapeau". C’est ainsi que les Haïtiens nomment l’au-delà parce qu’on n’a jamais enterré personne avec son chapeau sur la tête. L’absence d’un élément vestimentaire définit la mort tout en effaçant l’angoisse qui l’accompagne généralement. La plus concrète et la plus sereine définition de la mort, à mon avis. ».

Et aussi, évidemment, sur le tremblement de terre. Une journaliste canadienne sur place voulait un commentaire de sa part : « J’ai choisi plutôt de parler de ce qui a étonné le monde entier, non pas du tremblement de terre lui-même, mais de la manière dont les Haïtiens ont fait face à cette catastrophe. J’ai résumé cela par cette déclaration, assez risquée dans un pareil moment, qui a fait, à mon grand étonnement, le tour du monde. Je ne sais toujours pas ce qui m’a pris ce jour-là de parler de culture et non de douleur : "Quand tout tombe, il reste la culture". La réponse se trouve peut-être dans ce texte qui dit la richesse de l’expression populaire haïtienne et le caractère fondamentalement heureux du peuple haïtien. ». Heureux dans la douleur…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 janvier 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Haïti, cauchemars et espoirs.
Dany Laferrière, dans la poussière de leurs rêves.
Erika (12 décembre 1999).
Le tsunami des Célèbes (28 septembre 2018).
Le tremblement de terre à Haïti (12 janvier 2010).
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.

_yartiHaiti2010B03


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200112-haiti-2010.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/haiti-cauchemars-et-espoirs-220625

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/01/09/37926305.html


 

Partager cet article

Repost0
9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 03:03

« C’est donc bien l’insuffisance d’entretien et corrélativement le développement rapide de la corrosion qui sont à l’origine de l’affaiblissement de la structure de la tranche 2 de l’Erika, affaiblissement qui s’est traduit par des ruptures en chaîne jusqu’à la ruine totale de l’ensemble. Ce facteur est déterminant, au point de pouvoir considérer les autres facteurs comme relativement secondaires. En bref, l’état du navire et sa dégradation rapide dans les dernières heures ont été tels que rien ne permettait d’éviter la catastrophe. » (Rapport de Georges Touret et Jean-Louis Guibert, janvier 2000).


_yartiErika03

Il y a vingt ans, le 12 décembre 1999, le pétrolier Erika a fait naufrage au large de la Bretagne dans le golfe de Gascogne. Le bateau s’est cassé en deux. À l’intérieur, 30 884 tonnes de fioul provenant de Dunkerque et allant vers Livourne, en Italie. C’était la société française Total qui avait affrété le navire pour honorer son contrat avec la société italienne Enel qui a besoin de pétrole pour produire son électricité.

Ces quelques mots donnent peu la mesure de la réalité.

Il y a l’émotion, celle de voir 400 kilomètres de côtes polluées par 18 000 tonnes de pétrole (et une dizaine de tonnes de produits cancérogènes), du Finistère à la Charente-Maritime. Des centaines de milliers d’oiseaux sont morts de cette pollution. 250 000 tonnes de déchets ont été dégagées des plages. Je connais bien la très belle Presqu’île guérandaise et apprendre que les plages de Pornichet, de La Baule, de Batz-sur-mer, du Croisic, de La Turballe, de Piriac, et aussi les îles d’Houat et d’Hoëdic, étaient souillées avait de quoi donner la nausée. Le sentiment d’un grand gâchis.

Il y a aussi la réflexion sur l’énergie. Toute énergie pollue nécessairement. Mais savoir qu’on produit de l’électricité avec du pétrole, c’est une sorte de double pollution, celle de produire du CO2 qui, par effet négligeable ou pas, a une action sur le changement climatique, et celle de mettre en danger les mers et les côtes pour transporter cette matière première désastreuse. On ne dira jamais assez que l’énergie nucléaire est celle qui a coûté à l’humanité et à la planète, jusqu’à maintenant, et malgré deux catastrophes majeures (Tchernobyl et Fukushima), le moins de vies humaines et le moins de pollution environnementale.

Le problème de l’Erika, c’était l’état du navire. Doublement : "l’état-civil", si j’ose écrire, et l’état physique. "L’état-civil" rendait son historique particulièrement flou : construit en 1975 au Japon, il a eu neuf noms, sous dix armateurs différents, sous quatre pavillons différents (japonais, panaméen, libérien, et enfin, maltais). La société de classification et le gestionnaire nautique ont aussi fréquemment changé. L’état physique enfin, puisque dès le 14 février 1998, la société de classification évoquait un état de délabrement.

Après quelques réparations, l’Erika est quand même parti remplir sa mission le 7 décembre 1999 à Dunkerque. La traversée de la Manche et de l’océan Atlantique fut difficile à cause des circonstances météorologiques (forts vents, mer très agitée, creux de quatre à six mètres, etc.). Au large de Saint-Nazaire, le 11 décembre 1999, le bateau a lancé un appel de détresse. Plusieurs fissures de plusieurs mètres sont apparues. Le navire a voulu se réfugier au port de Saint-Nazaire (le plus proche) mais ce dernier a refusé quand il a su qu’il y avait des fissures et une fuite de fioul (en raison de l’embouchure de la Loire). Il fut alors demandé de se diriger vers Brest mais en détresse, l’Erika a toutefois tenté de poursuivre vers Saint-Nazaire. Dans la nuit du 11 au 12 décembre 1999, le bateau s’est plié et vers 11 heures, l’équipage de vingt-six personnes a été complètement évacué par hélitreuillage au cours d’une manœuvre délicate (le commandant a quitté son navire le dernier).

Un remorqueur a tenté d’éloigner des côtes la partie arrière de l’Erika qui finalement a coulé le 14 décembre 1999 à cent vingt mètres de fond à 70 kilomètres de Penmarc’h. La partie avant a coulé quelques heures auparavant à une dizaine de kilomètres de l’autre morceau. Les premières couches de mazout sont arrivées sur les côtes du Finistère le 23 décembre 1999, puis des îles de Groix et de Belle-Île, du Morbihan (Guidel, Ploemeur, Larmor-Plage, la Presqu’île de Rhuys, etc.) le 25 décembre 1999 (sinistre cadeau de Noël), puis de Loire-Atlantique le 26 décembre 1999 (la grande tempête du 26 décembre 1999 est venue renforer l'évolution de la nappe), de la Vendée le 27 décembre 1999, et de la Charente-Maritime le 31 décembre 1999 (sinistre cadeau de Nouvel An).

Prenant des vacances à La Réunion lors du début de la marée noire, la Ministre écologiste de l’Environnement Dominique Voynet a mis longtemps avant de se décider à les interrompre et à venir sur les lieux du drame. À tous les habitants du littoral atlantique et à ceux qui appréciaient tant ces endroits, elle n’a pas su communiquer la compassion que la catastrophe écologique pouvait inspirer, en minimisant le 25 décembre 1999 au soir sur France 2, d’une manière assez technocratique : « Ce n’est pas la catastrophe écologique du siècle (…). Au Venezuela, il y a eu au moins 25 000 morts. ».

_yartiErika02

Si elle avait raison d’un point de vue factuel (l’Amoco Cadiz, qui était dans tous les esprits à l’époque, avait déversé 230 000 tonnes de mazout le 16 mars 1978), elle avait montré son manque de sens politique et une froideur qui pouvait étonner pour une militante écologiste qui, en plus, était aux responsabilités nationales en charge de la protection de l’environnement dans le gouvernement. Il en est resté que la dame préférait rester en vacances au chaud, loin des populations qui devaient face à ce drame qui a duré plusieurs années.

Tous les protecteurs de l’environnement et tous les professionnels du tourisme se sont mobilisés, les uns pour sauvegarder le littoral souillé, les autres pour tenter de préserver la saison estivale en 2000. Le pompage des parties coulées s’est achevé le 5 septembre 2000 après avoir remonté 11 235 tonnes de fioul.

En janvier 2000, Georges Touret, administrateur général des Affaires maritimes, et Jean-Louis Guibert, secrétaire général de l’Institut français de navigation, ont remis au gouvernement leur rapport qui a mis hors de cause, dans la responsabilité du naufrage, le commandant et l’équipage, qui étaient expérimentés et compétents, hors de cause aussi l’état de la mer qui, certes agité, était ordinaire pour cette saison. La société de classification avait recommandé aux autorités maritimes maltaises en août 1999 de retirer à l’Erika une certification de sécurité (ce qu’elles n’ont pas fait par manque de moyen). Le rapport n’a pas su établir la véritable identité du propriétaire de l’Erika en raison de sociétés intermédiaires opaques coquilles vides, et a considéré que l’état très mauvais du navire fut la principale cause du naufrage.

Le procès a commencé le 12 février 2007, quelques semaines avant l’élection présidentielle de 2007, et deux des trois personnalités politiques qui furent impliquées dans ce drame, étaient candidates à cette élection présidentielle : Philippe de Villiers (président du conseil général de Vendée) et Dominique Voynet (ancienne ministre), la troisième personnalité était l’avocate et ancienne Ministre de l’Environnement Corinne Lepage (qui fut candidate à l’élection présidentielle de 2002). Le procès s’est achevé le 13 juin 2007.

Le verdict du tribunal correctionnel de Paris fut prononcé le 16 janvier 2008 en condamnant aux amendes maximales le groupe Total, la société de classification, l’armateur et le gestionnaire nautique. En outre, le tribunal a reconnu l’existence d’un "préjudice écologique" (ce qui était une première juridique en France). Le jugement a été confirmé en appel par la cour d’appel de Paris le 30 mars 2010, et par la Cour de cassation le 26 septembre 2012 : Total fut définitivement condamné à payer 170 millions d’euros et la société de classification 30 millions d’euros, mais le préjudice écologique avait parallèlement été estimé au milliard d’euros.

La catastrophe de l’Erika n’était pas la première catastrophe et hélas pas la dernière. Le naufrage, le 13 novembre 2002, du pétrolier Prestige sous pavillon des Bahamas, au large de la Galice, en Espagne, a engendré une marée noire de 63 000 tonnes de pétrole sur les côtes portugaises, espagnoles et françaises (1 900 kilomètres de côtes ont été touchés).

L’Union Européenne a durci la législation sur les transports maritimes de produits pétroliers avec des obligations d’inspection des navires plus fréquente et certaines dispositions techniques (ces mesures ont été adoptées entre 2000 et 2009).

Il y a encore de nombreuses marées noires partout dans le monde, l’une des plus récentes a eu lieu le 6 janvier 2018 où le MT Sanchi a déversé 136 000 tonnes de pétrole en Mer de Chine orientale, au large du Japon.

Néanmoins, il faut quand même reconnaître qu’il y a eu beaucoup de progrès. En trente ans, il y a beaucoup moins de marées noires dues au naufrage de pétroliers : au début des années 1970, il y a eu environ 1,4 million de tonnes de pétrole déversées annuellement dans la mer et au début des années 2000, seulement 300 000 tonnes avec pourtant un accroissement du tonnage annuel. En 2003, 2,2 milliards de tonnes d’hydrocarbures ont été transportées par voie maritime avec très bas taux de naufrage (13 pour 1 000 000).

Il n’en reste pas moins que si le pétrole est connu pour polluer l’atmosphère, il pollue également beaucoup la mer. Dans ce domaine, seule une réglementation plus sévère peut permettre d’éviter de nouvelles catastrophes écologiques, éliminer des tombeaux navigants, clarifier le nom réel des armateurs ainsi que leur responsabilité dans les inspections de sécurité. L’esprit de responsabilité ne suffit pas quand il y a des profits à faire. D’où l’urgence de réglementer à l’échelle mondiale pour en finir avec les pavillons de complaisance.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 décembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Erika (12 décembre 1999).
Le tsunami des Célèbes (28 septembre 2018).
Le tremblement de terre à Haïti (12 janvier 2010).
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.

_yartiErika01


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191212-erika.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/l-erika-l-autre-pollution-du-219805

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/12/08/37848240.html



 

Partager cet article

Repost0
29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 03:43

« Certaines personnes ont choisi de ne pas nous écouter. Ce n’est pas grave, après tout, nous ne sommes jamais que des enfants. Vous n’avez pas le devoir de nous écouter. En revanche, vous avez le devoir d’écouter les scientifiques. Et c’est tout ce que nous vous demandons : de vous unir derrière les scientifiques. » (Greta Thunberg, le 23 juillet 2019 à Paris).


_yartiThunbergGretaB01

Je veux revenir sur la venue de la jeune militante écologiste suédoise Greta Thunberg le 23 juillet 2019 à l’Assemblée Nationale, à Paris. Précisons d’abord que Greta Thunberg ne s’est pas exprimée à la tribune de l’hémicycle devant l’ensemble des députés, comme cela pourrait arriver pour quelques invités de marque (des officiels, etc.). Elle a "seulement" participé à un colloque organisé par une association parlementaire réunie Salle Victor-Hugo où elle est intervenue dans la matinée. Elle fut ensuite présente dans l’hémicycle l’après-midi, mais en haut, dans les bancs des visiteurs, pour assister à la séance des questions au gouvernement.

Précisons ensuite que je ne me sens pas du tout en accord politiquement avec Greta Thunberg. Elle a peur, je n’ai pas peur (même pas peur !), ou plutôt, je considère que la peur est un frein à l’action et à la décision. La peur est un outil de démagogie. Mais c’est un outil de démagogie pour les manipulateurs, pas pour les passionnés sincères. Or, Greta Thunberg est une passionnée sincère. Elle a réellement peur et elle veut la transmettre à la Terre entière pour que les gouvernements bougent. Mégalo, l’ado ? Probablement. Mais le souvenir très exact de ma propre adolescence me laissait également des tendances mégalomaniaques, c’est assez ordinaire à cet âge-là, on globalise un tantinet. Parler à la Terre entière, finalement, elle y arrive, invitée dans de nombreux hauts cénacles de la planète. Il fallait oser, elle a osé. Bravo à elle !

Avant d’évoquer son message, je veux en effet répéter l’expression de mon admiration pour Greta Thunberg. À l’évidence, elle est une personne exceptionnelle, c’est un fait, et elle est fascinante. Son évolution au fil de la maturité sera probablement suivie par de nombreux admirateurs ou au contraire, contempteurs. Cette observation sera passionnante et probablement associée à de la déception. La maturité risque de se heurter au contraignant principe de la réalité : restera-t-elle la Petite Princesse ou deviendra-t-elle une dame désabusée ?

Donc je suis très admiratif pour la personne mais très dubitatif pour sa démarche intellectuelle et politique. Elle ne laisse personne indifférent. Greta est une prophète, une voix crie dans le désert, elle est soit adulée, soit détestée. Ceux qui la dénigrent n’ont pas compris que leur détestation, qui peut prendre jusqu’au visage de la haine, ravis de trouver en une seule personne un symbole de tout ce qu’ils exècrent, nourrissent bien plus efficacement l’aura médiatique de Greta que ses admirateurs.

À l’évidence, pour beaucoup d’entre eux, dont la principale accusation est d’être manipulée, il y a une réelle forme de jalousie. Jalousie qu’elle soit capable, elle, à 16 ans, de prononcer des discours construits, intéressants et surtout, audacieux, devant de nombreuses personnalités qui comptent dans le monde. Pour eux, elle ne serait qu’un robot qui répéterait ce qu’on lui a donné à dire. Ceux-là se trompent. Il suffit de lire les témoignages de journalistes qui l’ont interviewée et qui ont été très étonnés par sa réactivité, sa capacité à répondre, à l’improviste, de manière construite, sans préparation. Elle se situe d’ailleurs là, mon admiration.

Greta manipulée ? Répétons que non ! Un commentateur d’un article de "L’Obs" sur elle expliquait synthétiquement le 25 juillet 2019 : « Il suffit de la regarder cinq minutes répondre à des questions pour constater qu’elle n’annonce pas des textes dictés par d’autres : elle est claire, réactive, jeune et rapide. Et futée. ».

Dans cet article de "L’Obs", publié le 23 juillet 2019, le psychanalyste Roland Gori a été interrogé et a trouvé la situation proche du conte d’Andersen "Les Habits neufs de l’empereur" : « Dans ce conte, tous les adultes, par hypocrisie ou par conformisme social, se soumettent à une imposture. Les adultes ont appris à se soumettre à un ordre social et sont dès lors incapables de voir l’évidence, une vérité qui ne peut sortir que de la bouche d’un enfant. (…) Nous sommes prisonniers d’une vision du monde, d’une théologie qui est celle de la religion du marché. Dès lors, nous sommes incapables d’accueillir les soucis humanistes, romantiques et politiques que porte la voix de l’enfance. Or aujourd’hui, c’est cette voix qui donne poétiquement et romantiquement le monde qui peut nous sauver. (…) Dans une société de la force et de la performance, on oublie l’essentiel : la vérité de l’enfant. ».

Greta un robot ? Regardez son petit sourire en coin pour provoquer les parlementaires qui étaient en face d’elle. Bien sûr qu’elle est de chair et de sentiments, qu’elle n’est pas une simple boîte vocale. Elle a au contraire des tripes, il en faut pour provoquer ainsi quand on n’est rien, qu’on n’a aucun diplôme, aucune formation, aucune expérience. Il faut être quasi-inconscient sinon seulement imprudent, de s’engager publiquement si définitivement, avec des images dont on sait qu’elles resteront toute son existence, pendant des décennies, qu’une image publique sera déjà collée au corps et au nom à la moindre démarche nouvelle, ne serait-ce qu’à une recherche d’emploi.

_yartiThunbergGretaB03

Face à quelqu’un d’aussi exceptionnel, d’ailleurs, il n’y a que deux attitudes à avoir, sinon l’indifférence : l’admiration ou la jalousie. Les deux sentiments peuvent même coexister en même temps. Cette jalousie, la France en est malade. On est jaloux de tout, de tout le monde. On croit que le voisin est mieux servi que soi (l’herbe est plus verte, l’assiette est plus garnie). Les autres ont une meilleure retraite. Et surtout, on ne supporte pas la richesse de ceux qui ont réussi et qui ont gagné en toute légalité leur argent. On ne supporte pas la réussite. On ne supporte pas le luxe. On ne supporte pas le homard géant …sauf si on fait partie des convives. J’écris "on" mais heureusement, ce n’est pas tout le monde.

Et puis, en regardant cette matinée de colloque dans une salle de travail de l’Assemblée Nationale, je me suis aperçu que la jalousie n’était peut-être pas le seul moteur de ceux qui dénigrent Greta Thunberg. J’imagine que la plupart de ses contempteurs ne s’informent qu’avec un intermédiaire, sans regarder les sources originelles, qui, pour ce colloque, sont facilement accessibles sur LCP (La Chaîne parlementaire).

Or, après Greta, il y a eu d’autres adolescents qui sont intervenus, tout aussi intellectuels, denses, audacieux, provocateurs que Greta Thunberg, notamment une jeune lycéenne de Lorient (il me semble Chloé, mais je peux me tromper). Tous ne sont pas des génies, mais à leur âge, j’avais probablement déjà une même aptitude (et promptitude) à la construction intellectuelle, mais j’aurais été mort de trouille de m’adresser en public ainsi, surtout un tel public de parlementaires, de décideurs, j’étais beaucoup trop timide pour cela (heureusement, je me suis soigné !). Ces autres adolescents ont-ils été manipulés ? étaient-ils de simples robots répétiteurs ? Bien sûr que non. D’ailleurs, ils ont été choisis parfois par hasard, des hasards de la rencontre, et sont membres du mouvement Youth for Climate qui organise la grève scolaire des vendredis.

Ce ne sont pas des robots parce que leur parole est fraîche, nouvelle, elle n’a rien de la langue de bois, elle n’a rien de propos communs, convenus. Leur parole est-elle totalitaire ? C’est difficile de mettre cet adjectif avec ce nom. Ils sont des idéalistes, et si l’idéalisme peut conduire au totalitarisme (la perfection refuse la diversité du monde ; l’altérité, c’est un principe d’imperfection), il faut revenir à l’essentiel. Ces jeunes gens ne sont pas au pouvoir, ils n’ont même pas la prétention à vouloir l’être un jour. Ils ont pour rôle d’être (ce qu’on appelle aujourd’hui) des "lanceurs d’alertes", des aiguillons, des "pousse-à-agir". Pour eux, la pire réponse serait l’indifférence. En créant la polémique, ils se font connaître et c’est efficace car leur démarche de ne peut être prise qu’avec sympathie : ils n’ont rien à vendre, à part leurs très solides (et courageuses) convictions.

Sur le plan intellectuel et politique, même si je ne les rejoins pas sur le fond, il en faut, il est sain qu’ils existent. Il ne s’agit pas d’en faire des saints, mais d’en faire des porte-parole d’une jeunesse qui a peur. Car c’est là la réalité de ce mouvement : les jeunes, les adolescents, ceux qui ne sont pas encore entrés dans la vie active, ils ont peur du devenir de la planète. Eux seront encore là en 2050, peut-être même en 2100. En 2050, on prévoit des températures de 50°C en France. Le 25 juillet 2019 à 16 heures 31, Paris a atteint un nouveau record de température avec 42,6°C. La multiplication des épisodes caniculaires n’est pas anodine et inquiète.

Ainsi, je me disais que les dénigreurs de Greta Thunberg, qui n’ont pas vu qu’elle n’était pas seule à agir ainsi, à avoir la même démarche civique et audacieuse, la jalousie seule n’était peut-être pas le seul moteur (pour dire vrai, on imagine mal un retraité, même aigri, jaloux d’une adolescente). Je crois qu’il y a un moteur encore plus puissant : celui de l’incompréhension d’une génération qui est très sensibilisée par le changement climatique.

C’est une génération qui n’a jamais vécu que dans ce message subliminal permanent émis par le Président Jacques Chirac le 2 septembre 2002 à Johannesburg : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. ». Le sursaut du score non seulement de la liste écologiste mais aussi de la liste "animaliste" aux dernières élections européennes peut également refléter cette tendance, même s’il serait intéressant, pour le savoir, d’avoir une idée des tranches d’âge des électeurs de ces deux listes.

Les jeunes ont peur. Il y a une génération, ils avaient peur de ne pas s’insérer dans la vie active, de ne pas trouver un emploi, d’avoir mal choisi leurs études. Les jeunes d’aujourd’hui ont une peur encore plus globalisante. Ils pensent que la planète va se détériorer sous leurs yeux d’humains. Et cette peur les motive à aller crier auprès de ceux qui pourraient, selon eux, arrêter le désastre. Leur refuser la sincérité et l’autonomie de leur démarche, c’est ne pas comprendre cette génération à la peur nouvelle.

Sur le plan du "calendrier", deux remarques sont à faire également. Coïncidence heureuse ou malheureuse, la venue de Greta Thunberg à Paris a coïncidé avec le début d’une nouvelle canicule (la seconde de l’été) qui allait battre de nombreux records de température. Les plus complotistes pourraient même dire que l’adolescente a "commandité" la canicule pour avoir plus d’argumentation face à ses interlocuteurs français !

Enfin, dans l’après-midi, les députés français ont ratifié le CETA, l’accord commercial entre l’Union Européenne et le Canada. Insistons rapidement sur le sujet (j’y reviendrai peut-être, ou pas), très pollué, en France, par ce fond marxiste et anticapitaliste qui, par archéo-idéologie d’un courant politique révolu, refuse tout accord commercial (avec le vilain mot de libre-échange) alors qu’un accord commercial, au contraire, permet, oblige l’augmentation du niveau d’exigence pour les normes (notamment de santé publique et d’environnement).

S’il y a bien un pays parmi les leaders de l’Accord de Paris, c’est bien le Canada (qui a des industries très polluantes), et surtout, son Premier Ministre Justin Trudeau est l’un des leaders les plus déterminés dans ce domaine. Le contraire de Donald Trump !

De plus, le CETA est déjà appliqué depuis plusieurs mois (rien d’antidémocratique puisqu’il y a ensuite ratification, mais l’Union Européenne a la délégation des États membres sur la politique commerciale, délégation voulue par tous les pays membres et cette volonté a été ratifiée par tous les parlements démocratiquement élus de ces pays membres). Le premier bilan a montré que, d’une part, cela réduisait la pollution (car les normes européennes sont plus exigeantes), et d’autre part, sur le plan économique, la France est globalement très bénéficiaire de cet accord (en revanche, certes, pas dans le secteur agroalimentaire).

Refermons la parenthèse du CETA dont le but était de ne voir aucune incohérence ni incompatibilité de voir certains députés LREM avoir invité et écouté Greta Thunberg le matin et avoir ratifié le CETA l’après-midi, et penchons-nous plutôt sur le message délivré par Greta Thunberg, message en anglais en espérant que cela ne choque pas ceux qui ne veulent que du français en France (meilleur moyen pour écarter de notre pays tous les non francophones).

_yartiThunbergGretaB02

Son intervention d’une vingtaine de minutes a été faite dans le cadre d’un colloque intitulé "Répondre à l’urgence climatique : regards croisés entre la jeunesse, les politiques et les scientifiques" à l’initiative du député Matthieu Orphelin (ex-LREM), proche de Nicolas Hulot.

Je pense que la peur de Greta provient d’une lecture je dirais littérale du rapport du GIEC (à télécharger ici) publié le 8 octobre 2018. Elle le considère comme une parole d’Évangile ou même comme un Évangile et elle a la relation qu’ont les protestants avec les textes religieux, alors que les catholiques veulent surtout en retirer l’esprit (désolé si je simplifie trop et ce n’est surtout pas ici le sujet).

J’en donne pour preuve l’introduction assez percutante de l’intervention : « J’ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle concernant l’urgence climatique. Je commence par la bonne nouvelle. Comme l’ont dit quelques personnes, le monde ne va pas arriver à sa fin d’ici à onze ans. En revanche, la mauvaise nouvelle, c’est que d’ici à 2030, si nous ne faisons rien, nous serons très vraisemblablement dans une position où nous aurons passé plusieurs points de basculement et nous ne serons plus en mesure de revenir en arrière sur le changement climatique. ».

Ces propos montrent plusieurs choses. D’une part, sa peur que la Terre "s’écroule" de son vivant est bien réelle puisqu’elle pense rassurer son auditoire en disant qu’elle ne sera pas à sa fin en 2030. Qui, honnêtement, pourrait penser que la Terre se termine dans onze ans ? Peut-être elle ? D’où cette peur insupportable qui la pousse à militer, à parler au monde entier. D’autre part, elle croit que les suppositions émises par le rapport du GIEC (que je me garderais de remettre en cause en l’état actuel de mes connaissances) sont des faits scientifiques alors qu’elles ne sont que des spéculations.

_yartiThunbergGretaB04

J’apprécie beaucoup la considération qu’a Greta Thunberg pour les scientifiques. Ce sont pour elles, plus que les responsables politiques, des personnes essentielles dans la lutte contre les bouleversements climatiques. En clair, des alliés. Elle a raison car seule la science peut apporter des diagnostics et des pistes de solutions. Mais le moindre médecin pourra le dire : face à un patient, il faut d’abord établir un diagnostic, il est plus ou moins certain en fonction des pathologies, et l’expérience, la compétence et la veille du médecin comptent beaucoup sur la pertinence du diagnostic. Ensuite, la thérapie est une autre paire de manches. Face à une grave maladie, le traitement peut être incertain, et plus encore incertaines sont les réactions du patient à ce traitement. Tout n’est alors que prévision, pronostic, hypothèse, et donc spéculation. On n’est plus dans le champ du fait scientifique mais de la prévision plus ou moins pertinente.

Sauf si elle connaît un scientifique dans son entourage proche, il me semble que ce n’est pas le cas pour sa famille restreinte, Greta Thunberg me semble idéaliser le métier de scientifiques qui ne sont pas des devins mais des professionnels du doute. Pour rendre un résultat fiable, il faut qu’il soit reproductible, compris par des collègues, confirmé par d’autres. C’est un processus plein de doute qui, hélas, n’est pas dans le même tempo que le processus médiatique qui nécessite l’urgence. Greta Thunberg pourrait s’en sortir par une pirouette en rappelant l’urgence climatique (c’était le thème du colloque, comme les scientifiques en était un autre thème).

Quant au point de non-retour si l’on ne fait rien avant 2030, c’est une erreur de le penser ainsi : le monde est embarqué dans un processus irréversible. C’est déjà trop tard depuis longtemps… ou avant longtemps. Comment considérer sérieusement, à l’échelle planétaire, à l’échelle de plusieurs milliards d’années, que onze ans est une durée qui est rapport aux enjeux de la planète ? C’est assez naïf de le penser de la part d’une non scientifique. En revanche, ce que dit le rapport est plus qu’une alerte : il faut faire quelque chose. De là à prendre dans le sens littéral risque de discréditer l’ensemble du rapport, discréditer à mon sens injustement.

Ce fut ainsi que Greta Thunberg s’est servie de ce rapport, de quelques données scientifiques qui permettent d’asseoir son discours alarmiste. En ce sens, elle a raison. Il faut noter que la lecture de ce rapport est très ardue (je prévoyais d'en faire un compte-rendu, peut-être un peu plus tard), et donc, elle se sent dans l’obligation d’en faire la transmission : « Pas une seule fois je n’ai entendu un politique, un journaliste ou un chef d’entreprise mentionner ces chiffres. C’est comme si vous ne saviez même pas que ces chiffres existent. C’est comme si vous n’aviez même pas lu le dernier rapport du GIEC sur lequel se fonde l’avenir de notre civilisation. Ou peut-être que vous n’êtes pas suffisamment mûrs pour accepter ce rapport ? ».

Il y a dans ces propos une sorte de culpabilisation outrancière qui ne provient que de l’arrogance de la jeunesse. Bien évidemment que très peu de monde a lu ce rapport très compliqué à comprendre. La plupart des documents sont rarement lus intégralement par les citoyens au bout de la chaîne d’information même si, depuis une vingtaine d’années, ils sont heureusement accessibles sur l’Internet. Le processus en général, c’est qu’il y a deux ou trois intermédiaires, médiateurs qui permettent de faire transmettre l’information. Or, pour le rapport du GIEC, on est entré dans une sorte de religion, il y a les croyants (les "alarmistes") et les athées (les "sceptiques"). On quitte le domaine de la raison et l’on entre dans le domaine de l’impression.

Cette culpabilisation est permanente dans la démarche de Greta Thunberg : « Parce que vous avez ignoré les faits, parce que vous et pratiquement tous les médias jusqu’à aujourd’hui, continuent à ignorer ces chiffres, les gens ne savent pas ce qui est en train de se passer. Si vous respectez la science, respectez la science, tout est dit. Si vous comprenez la science, tout est dit. ».

Messianique, Greta Thunberg s’est sentie obligée de défendre sa démarche face à ceux qui la dénigraient : « Nous devenons les affreux, les affreux qui avons à dire ces choses très désagréables aux gens, car personne d’autre ne veut le faire, ou n’ose le faire. (…) Simplement parce que nous citons ces chiffres, des gens se moquent ou disent que nous racontons des mensonges. (…) Il n’y a pas de juste de milieu quand on parle de l’urgence climatique. ».





Le discours de Greta Thunberg a donc pour but de réveiller les consciences. Mais est-ce efficace si, comme elle peut le supposer, on n’est pas assez "mûrs" pour accepter ce rapport ? Comme elle sait reprendre les informations pour impressionner, elle a ainsi lâché au milieu de son discours : « Depuis que j’ai commencé à vous parler, le monde vient d’émettre près de 800 000 tonnes de CO2. ». Cela peut impressionner, mais sans données comparatives, cela ne parle pas beaucoup aux gens.

Culpabiliser, elle sait le faire surtout avec les décideurs politiques. En réponse à un journaliste : « Je pense qu’aucun pays n’en fait assez. Je suis venu ici parce que j’ai été invitée et que c’était possible pour moi. Mais mon message est le même pour tous les Parlements, tous les Premiers Ministres, tous les Présidents. ».

C’est propre à la jeunesse d’être "carré", "cassant", de ne jamais caresser dans le sens du poil, d’être arrogant intellectuellement, de se croire détenteur de la vérité absolue. Même ses sympathisants, elle les "engueule" : « J’ai entendu beaucoup dire "merci, vous me donnez de l’espoir pour l’avenir". J’ai l’impression que vous n’avez pas bien compris ce que nous disons. Donc, plutôt que de louer ce que nous faisons, essayez, vous, de faire quelque chose ! ». Avec une telle phrase, comment pourrait-elle être manipulée ? être un simple robot programmé qui parlerait ? En tout cas, son programmeur n’aurait pas les caractéristiques des conseillers en communication ordinaires qui lui auraient conseillé, au contraire, de flatter, brosser dans le sens du poil, embellir, valoriser, écouter les interlocuteurs.

Il y a une réelle sagesse dans son discours : « Je suis convaincue que le plus grand danger, ce n’est pas le fait d’être inactif. Le plus gros danger, c’est lorsque les entreprises, les politiques, font semblant d’agir alors que rien n’est fait, sauf de belles campagnes de communication. ».

Greta Thunberg ne rend cependant pas seuls responsables de l’inaction les décideurs politiques et économiques, mais aussi les peuples entiers : «  J’aimerais également vous dire autre chose. Il est impossible de traiter une crise sans la traiter comme une véritable crise et sans comprendre toutes ses dimensions. Vous ne pouvez laisser les responsabilités aux personnes, aux politiques, au marché. Tout le monde doit être inclus et doit lutter en même temps. ».

J’adhère à cette idée de la responsabilité de chacun. Chaque citoyen est un consommateur, est un voyageur, est un électeur, est un contribuable. À chacun d’agir pour faire pression sur la vie, sur la société, sur les emplois, sur l’environnement. Il ne faut pas s’étonner (ni pleurer) s’il n’y a plus d’emploi alors que l’on achète parallèlement des services à très bas prix. Que chacun, avant tout, respecte dans ses actes les idées auxquelles il croit, ce sera déjà une grande avancée dans la cohérence des foules.

Quant à Greta, qu’elle continue à être le poil à gratter de la classe politique mondiale, les peuples en ont besoin et ce sera salutaire pour la planète !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 juillet 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Greta Thunberg, Notre-Dame la Planète (en feu).
Greta Thunberg, future Prix Nobel de la Peur ?
Rapport du GIEC sur les scénarios des émissions de CO2 publié le 8 octobre 2018 (à télécharger).
Rapport de l’IPBES sur la biodiversité publié le 6 mai 2019 (à télécharger).
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.
Canicule de juin 2019.
Inondation à Paris.
Épisode de neige.
Circulation alternée.
La taxation du diesel.
L’écotaxe.
Une catastrophe écologique ?
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.
La COP21.
GIEC : la fin du monde en direct, prochainement sur vos écrans !
Vibrez avec la NASA …ou sans !
Le scandale de Volkswagen.
Le tsunami des Célèbes (28 septembre 2018).
Le tremblement de terre à Haïti (12 janvier 2010).

_yartiThunbergGretaB05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190723-greta-thunberg.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/greta-thunberg-notre-dame-la-216905

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/07/26/37519124.html



 

Partager cet article

Repost0
20 juillet 2019 6 20 /07 /juillet /2019 03:12

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l’admettre. L’humanité souffre. Elle souffre de mal-développement, au nord comme au sud, et nous sommes indifférents. La Terre et l’humanité sont en péril et nous en sommes tous responsables. Il est temps, je crois, d’ouvrir les yeux. Sur tous les continents, les signaux d’alerte s’allument. (…) Nous ne pourrons pas dire que nous ne savons pas ! Prenons garde que le XXIe siècle ne devienne pas, pour les générations futures, celui d’un crime de l’humanité contre la vie. Notre responsabilité collective est engagée. » (Jacques Chirac, le 2 septembre 2002, au Sommet mondial du développement durable de Johannesburg).


_yartiThunbergGreta01

Je ne raisonne pas comme elle, je n’ai pas cette peur qu’elle exprime à travers les médias et je me souviens aussi des discours alarmistes des années 1970 qui décrivaient une planète anéantie dans un horizon d’à peine une trentaine d’années. Mais…

Mais j’ai beaucoup d’admiration pour la jeune activiste suédoise Greta Thunberg. Je ne partage pas beaucoup de ses réflexions, mais je la trouve fascinante, passionnante, passionnée, courageuse, talentueuse, intelligente, et surtout, je la trouve sincère, et dans ce monde politique et économique, la sincérité est probablement une denrée très rare. C’est un air frais qui change des propos convenus. Elle fait d’ailleurs réagir, tant mieux. Elle tourmente, le débat mondial a besoin d’agitateur.

L’écologie est depuis le début des années 1980 un nouveau paramètre des politiques publiques, à côté du social et de l’économie. Certains courants politiques en ont pris conscience plus tôt que d’autres mais dans chaque courant, il y a eu des précurseurs. Et si, aujourd’hui, on n’a rien à dire sur l’écologie, si, aujourd’hui, on n’a pas un chapitre Écologie dans son programme électoral, alors on n’a rien compris. Même le RN a fait compagne sur le commerce local lors des dernières élections européennes.

Je n’ai pas peur comme je n’ai même pas peur du risque de destruction de la planète en cas de guerre thermonucléaire. Serais-je trop optimiste ? Non, je suis surtout très humble, je veux remettre mes prétentions humaines à leur juste place face à l’immensité énergétique d’une planète comme la Terre. Il ne faut pas exagérer : l’homme peut casser ou redresser la barre, mais de manière très faible. La nature n’a pas attendu l’humanité pour les glaciations, pour les grandes disparitions d’espèces, etc.

Faut-il pour autant continuer à polluer comme avant ? Bien sûr que non. D’une part, parce que la pollution détruit la qualité de vie d’aujourd’hui, et plus encore de demain. D’autre part, parce que, qu’elle soit d’origine anthropique ou pas (débat qui se glisse entre la science et l’idéologie), la réalité d’aujourd’hui est bel et bien d’une transformation climatique relativement importante (probablement pas la première et pas la dernière dans l’histoire de la Terre), et que l’être humain, par sa puissance technologique, a tout son intérêt à ne pas en rajouter voire à stopper dans le cas où cela viendrait de lui.

À ma connaissance depuis au moins un demi-siècle, il n’y a pas eu en France deux périodes de canicule dans le même été. La température record enregistrée le 28 juin 2019 fut de 46,0°C en France. Ces bouleversements sont réels. Ils sont obligatoirement le résultat de très nombreux facteurs (dont l’activité humaine).

Je n’ai pas peur, parce que je sais que les prévisions alarmistes ne sont jamais réalisées, car elles sont motivées par l’émotion au lieu du calcul. Et parallèlement, des absences de prévisions ont engendré le pire. Tiens, par exemple, un tsunami sur une centrale nucléaire. Il me semble (mais je peux me tromper) qu’il n’y a eu aucune œuvre de fiction, ni film, ni roman, qui a proposé l’idée de Fukushima avant l’heure. En d’autres termes, les malheurs arrivent rarement là où on les a prévus…

_yartiThunbergGreta02

Mais je comprends l’utilisation de l’argument de la peur. Pourquoi ? Parce qu’il est le plus efficace. C’est d’ailleurs les peuples les plus peureux qui ont su le mieux résister aux malheurs du monde. La peur fait agir. La peur fait protéger, sécuriser, réfléchir. La peur fait débattre, ce que ce très modeste article se propose de faire dans l’océan des contributions concernant ce sujet.

D’ailleurs, prenons un autre exemple : la sécurité routière. Tout le monde est capable de raisonner doctement : x milliers de morts sur la route chaque année dans notre pays, c’est trop. Cela touche des dizaines de milliers de familles, des vies décimées, sans compter les blessés à vie, dépendance et handicap sur le dos. Il est très raisonnable de penser que rouler moins vite permet moins de morts (l’expérience est à cet égard sans appel). Pourtant, malgré ces arguments raisonnables, les excès de vitesse étaient presque de tradition nationale jusqu’à deux mesures particulièrement coercitives : le permis à points (même les "riches" ne peuvent plus se payer un excès) et, bien sûr, les radars automatiques (pour en finir avec l’impunité généralisées des contredanses). Résultat : la peur du gendarme a été beaucoup plus efficace qu’un exposé studieux, très documenté et argumenté.

Je ne crois pas que Greta Thunberg a réfléchi à cela lorsqu’elle veut faire peur le monde entier. Je crois surtout qu’elle a sincèrement peur, qu’elle est paniquée à l’idée qu’elle verrait de son vivant les dégradations de l’environnement, qu’elle est sincèrement convaincue que la planète tire sa dernière cigarette, et qu’il faut agir. Ses propos sont donc d’autant plus convaincants qu’ils sont sincères.

Je répète que si la Terre va très mal, c’est une autre forme de prétention humaine de croire que les êtres humains seraient capables de changer le cours de son destin. Ce qui me fait dire cela est simplement les énergies en jeu. Dans toute affaire qui implique les lois de la nature, il faut toujours raisonner en termes d’énergie.

Lorsqu’elle est exprimée dans un cadre politique, la peur est généralement manipulatrice : la peur de l’étranger, la peur de l’insécurité, la peur du chômage, la peur du déclassement, la peur de se retrouver SDF, la peur du changement et de la fin de ses "acquis sociaux". La peur peut se transformer facilement en nostalgie ("avant, c’était mieux"), mais c’est une nostalgie trompeuse : "avant" n’a jamais été mieux, il suffit de prendre tous les paramètres et de les comparer, mais c’est un autre sujet. C’est une idéalisation d’un passé qui n’a jamais existé où tout serait bien allé.

_yartiThunbergGreta03

Pourtant, la peur exprimée par Greta Thunberg n’est pas une peur démagogique, elle n’a pas pour but de se faire élire, elle a pour but de faire agir, de faire réagir. Exactement l’intérêt de la peur. Malheureusement, comme pour le deuil, tout le monde ne réagit pas de la même manière face à la peur : les hérissons, par exemple, restent paralysés et ne bougent plus. Ils sont donc écrasés sur nos routes.

Greta Thunberg a surtout peur, et cette peur l’emporte sur toutes ses appréhensions. Est-elle manipulée ? La belle affaire. N’avez-vous donc jamais été un adolescent un jour ? Je me souviens bien, en ce qui me concerne, mais les âges varient forcément d’un être à un autre, mais je ne crois pas être plus précoce qu’un autre, mes camarades de classe se sont "éveillés" à peu près au même âge que moi.

Oui je me souviens qu’à 13 ans, j’étais déjà très intéressé par la vie politique et sociale (et je n’étais pas le seul, je débattais en cour de récréation avec d’autres interlocuteurs tout aussi passionnés), mais j’admets que j’étais encore sous influence de mes parents et de leurs options politiques, que je connaissais sans pour autant avoir eu l’occasion de beaucoup débattre avec eux (je m’en rends compte maintenant).

Mais dès l’âge de 14 ans, le niveau d’influence parentale est tombé à zéro. Je ne dis évidemment pas que la pensée personnelle était finie et achevée (elle ne l’est jamais, même à 98 ans), mais elle se construisait par moi, avec moi et bien sûr, avec l’apport des autres, mais de tous les points de vue dont je gardais ce qui m’intéressait. Si jamais il y avait tentative d’influence, la réaction aurait été très "chaude", mais ça dépend du caractère de chacun !

D’ailleurs, il semblerait que c’est justement le contraire avec Greta Thunberg. Elle est devenue végane et elle a réussi à convaincre ses parents, sa famille, de réduire la consommation de viande et même de ne plus prendre l’avion (alors que ses parents sont des artistes, sa mère est chanteuse lyrique et son père acteur de cinéma). C’est même parce qu’elle a compris qu’elle a cette capacité à convaincre qu’elle a voulu s’engager publiquement. Croire qu’elle est conditionnée par sa famille me paraît plutôt naïf.

_yartiThunbergGreta04

Moi aussi j’avais une vision planétaire du monde quand j’étais adolescent, et même une vision cosmique. C’est d’ailleurs facile de la dater : c’était quand j’ai étudié mon cher Voltaire, quand j’avais 15 ans. J’ai adoré "Micromégas". J’appréciais l’idée de changer de perspective, de venir de Sirius et de regarder avec un microscope les Terriens.

Pendant toute ma scolarité, je marchais environ une demi-heure aller et autant retour pour aller étudier, et je longeais sur un ou deux kilomètres une voie rapide urbaine (récente à l’époque) qui dénaturait particulièrement le paysage de la ville, bruyante, polluante. Au fil de mes trajets, j’en étais donc à imaginer l’interdiction totale de l’automobile, sans bien sûr m’imaginer adulte avec différentes obligations géographiques. Il y a dans l’adolescence cette notion totalitaire de l’idéal : imposer aux autres ce qui n’était qu’un ressenti. L’anormal, c’est de ne pas évoluer, mais il faut aussi savoir évoluer sans se résigner : on passe sa vie à trouver le très difficile équilibre entre réalisme et idéalisme.

À 13 ans, j’avais appris aussi la Voie lactée, l’immensité des distances astronomiques, l’idée que le monde ne serait pas immuable, que dans quatre milliards d’années, le Soleil disparaîtrait et emporterait la Terre dans un brasier infernal. Je me disais alors : il faudrait préparer dès maintenant à émigrer, à partir de la Terre, à se choisir une planète d’adoption hors de la Voie lactée… mais pour cela, il faudrait unifier toutes les énergies terrestres et en finir avec les guerres intestines (d’ailleurs, la plupart des fictions avec une invasion extraterrestre expriment la nécessité d’une union terrienne, genre gouvernement mondial). Deux années plus tard, la connaissance de la physique quantique m’a fait découvrir l’extrêmement petit et ce fut bien plus tard, avec la série de films "Men in Black", que j’ai retrouvé partagé ce sentiment que plusieurs mondes pouvaient coexister à des échelles différentes (ce que du reste, un enfant peut comprendre lorsqu’il observe une fourmilière).

Avoir peur que le monde s’efface dans quatre milliards d’années, qui est une donnée certaine. J’ai ressenti cette peur. Mais la maturité m’a aidé à réduire ma peur, et plutôt, à la relativiser. Quand on sait ce qu’il reste, aujourd’hui, de la civilisation égyptienne, il y a à peine 3 000 ou 4 000 ans, pourquoi croire que tout restera même sans implosion solaire ? C’était du pur idéalisme. La réalité, c’est que tout s’efface bien plus rapidement. Durer cent ans, c’est déjà beaucoup. En France, il n’y a plus beaucoup de lieux qui ressemblent au même d’il y a un siècle. À part peut-être les villages ravagés par la guerre.

Croire que Greta Thunberg est manipulée et n’est qu’un fruit marketing pour imposer une sorte de totalitarisme écologique, c’est une erreur monumentale. Bien sûr, elle vit dans un milieu familial probablement qui a fait naître sa peur d’origine, mais elle n’est pas la seule à avoir ce conditionnement, tandis qu’elle est à peu près la seule à avoir su dépasser sa timidité, ses réserves, ses peurs sociales pour parler en public, pour parler au public, pour parler aux grands de ce monde, pour devenir une personnalité publique à l’échelle mondiale.

Je la trouve fascinante parce que volontaire. Elle veut crier à la face du monde sa peur. Elle a raison de l’exprimer. Ceux qui la critiquent semblent plus jaloux qu’autre chose.

Elle est née le 3 janvier 2003 à Stockholm. Elle a donc 16 ans, elle n’avait même pas 2 ans lorsqu’il y a eu le séisme de magnitude 9,0 (échelle de Richter) suivi d’un tsunami en Indonésie, le 26 décembre 2004, entraînant la mort de 250 000 personnes. Elle n’était pas encore née quand le Président Jacques Chirac a prononcé son fameux discours de Johannesburg sur la maison qui brûlait (mais elle était déjà conçue).

François Clemenceau, dans "Le Journal du dimanche" du 2 mars 2019 (ainsi que sur Europe 1), décrit ainsi ses "antécédents" : « L’un de ses ancêtres n’est autre que le grand scientifique suédois et Prix Nobel de Chimie, Svante Arrhénius, qui a découvert l’effet de serre et les gaz du même nom. (…) Mais elle a aussi comme deuxième prénom, Tintin, dont elle a le physique et l’angélisme. ». Aude Massiot, dans "Libération" du 14 juillet 2019, précise également : « La maturité de ses discours a laissé beaucoup de sceptiques l’accuser d’être manipulée par ses parents, des ONG, des partis politiques, des lobbys occultes…. Pourtant, il semble bien que ces émouvantes harangues soient le fruit de l’intellect de l’adolescente qui, face à nous, plisse les yeux, pause, argumente en réponse à nos questions, sans ce ton des rengaines apprises par cœur. Rare, la force des convictions de Greta Thunberg semble contagieuse. ».

Elle fait partie des aiguillons de l’opinion publique mais aussi des pouvoirs publics. Son écho médiatique est très important pour diverses raisons. Elle a prononcé des discours dans des enceintes internationales auxquelles bien des personnalités politiques chevronnées rêveraient de pouvoir être invitées.

Ainsi, Greta Thunberg a parlé le 25 janvier 2018 à Davos à l’occasion du Forum économique mondiale, en y exprimant sa colère que les invités soient venus en jet privé (elle avait pris le train depuis Stockholm), le 4 décembre 2018 à Katowice à l’occasion de la COP24 (« Ceci est la crise la plus grave que l’humanité ait jamais subie. Nous devons en prendre conscience tout d’abord et faire aussi vite que possible quelque chose pour arrêter les émissions et essayer de sauver ce que nous pouvons. »), le 16 avril 2019 à Strasbourg devant une commission du Parlement Européen. Elle a aussi rencontré le Président français Emmanuel Macron le 22 février 2019 à l’Élysée, et le pape François le 17 avril 2019 (« Je l’ai remercié car il parle clairement de la crise climatique. Il m’a dit de poursuivre [mon engagement]. »). Après un déplacement à Caen (où elle recevra un prix), elle viendra ce mardi 23 juillet 2019 à l’Assemblée Nationale, non pour parler dans l’hémicycle, mais à l’occasion d’une conférence organisée par un groupe de députés français. Elle s’est déplacée un peu partout en Europe, à Hambourg, à Berlin, etc.

_yartiThunbergGreta05

Le 20 août 2018, ce fut le début de sa notoriété publique : elle a entamé la grève pour le climat tous les vendredis. Elle se justifiait ainsi en mars 2019 à Bruxelles : « Les politiques et les personnes au pouvoir s’en tirent depuis bien trop longtemps sans rien faire pour lutter contre le réchauffement climatique. Nous allons veiller à ce que cela n’arrive plus. Nous faisons l’école buissonnière parce que nous avons fait nos devoirs et eux, non. Nous ne nous battons pas pour notre avenir, mais pour l’avenir de tous, et nous ne nous arrêterons pas. ». Dans ces propos péremptoires, rien n’est prouvé, c’est juste son talent d’amener ses convictions et de les faire partager.

Là encore, je ne comprends pas très bien l’intérêt de l'école buissonnière. J’ai toujours pensé que lorsqu’on était étudiants ou lycéens, être en grève n’avait aucun intérêt puisque la grève ne fait mal qu’à eux-mêmes et à personne d’autre, au contraire de la grève des cheminots, des routiers, des taxis, etc. Donc, une telle grève ne peut faire pression sur aucun gouvernement. Le seul intérêt, ce fut pour elle de se faire connaître des médias, en se postant devant le parlement suédois tous les jours (au début). Son message très idéalisé le 15 mars 2019 : « Il nous faut une nouvelle façon de penser. Le système politique que vous, les adultes, avez créé n’est que compétition. Vous trichez dès que vous pouvez car tout ce qui compte, c’est de gagner. Nous devons coopérer et partager ce qui reste des ressources de la planète d’une façon juste. » (Twitter).

Au contraire, Greta Thunberg et tous les militants écologistes qu’elle cherche à fédérer auraient intérêt à suivre avec assiduité au moins les cours de sciences. C’est par l’argumentation scientifique qu’elle pourra convaincre les décideurs, tant économiques que politiques, tandis que l’émotionnel n’a pour effet qu’effrayer les peuples, les laissant dans une attitude plutôt du hérisson tétanisé, sans aucune efficacité sur le plan de l’action publique. Espérons qu’avec la maturité, elle comprendra cela.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 juillet 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Greta Thunberg.
Rapport du GIEC sur les scénarios des émissions de CO2 publié le 8 octobre 2018 (à télécharger).
Rapport de l’IPBES sur la biodiversité publié le 6 mai 2019 (à télécharger).
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.
La taxation du diesel.
L’écotaxe.
Une catastrophe écologique ?
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.
La COP21.
GIEC : la fin du monde en direct, prochainement sur vos écrans !
Vibrez avec la NASA …ou sans !
Le scandale de Volkswagen.
Le tsunami des Célèbes (28 septembre 2018).
Le tremblement de terre à Haïti (12 janvier 2010).

_yartiThunbergGreta06




http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190419-greta-thunberg.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/greta-thunberg-future-prix-nobel-216736

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/04/20/37273608.html


 

Partager cet article

Repost0
27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 03:21

« Profitons de la canicule pour doucher notre ego, laver notre âme, inonder notre cœur et noyer nos chagrins. » (Bernard Pivot, Twitter le 24 juin 2019).


_yartiCanicule2019A01

La belle affaire, il fait "chaud" l’été. En fait, si c’est normal que la température monte, c’est moins normal qu’elle monte aussi haut et aussi longtemps. Depuis ce lundi 24 juin 2019, la France et avec elle, une grande partie de l’Europe, vivent en état de canicule. Canicule vient de chien, en latin, plus précisément, "petite chienne" (canicula) qui était l’appellation de l’étoile Sirius.

En raison d’une baisse d’actualités (actualités françaises, car il reste bien des sujets préoccupants actuellement), les médias se sont logiquement emparés de ce thème dit marronnier : la canicule. Les gestes pour lutter contre les fortes chaleurs, les conséquences du changement climatique, etc. Est-ce que les médias en font trop ? Est-ce que les pouvoirs publics en font trop ? Peut-être, mais de toute de façon, on leur reprochera, soit d’en faire trop, soit d’en faire pas assez.

Autant alors trop : il y a toujours trop d’inconscients qui n’imaginent pas l’effet des très hautes températures sur le corps humain. Nous autres, êtres vivants, nous ne vivons que dans une très étroite fenêtre thermodynamique : température, pression, acidité, humidité, etc. sont des éléments qui ont un effet essentiel sur le corps, son fonctionnement mécanique, ses réactions chimiques, etc.

Quand je parle d’inconscients, c’est pour dire qu’on peut encore voir quelques sportifs à midi en pleine canicule. Comme l’a rappelé un haut fonctionnaire du Ministère de la Santé, il n’y a pas que les personnes fragiles (enfants, personnes âgées, personnes en situation de handicap, personnes dépendantes) qui sont "à risque". Tout le monde, y compris les jeunes bien portants, peuvent fléchir sous le coup de la chaleur. Comme on peut voir des "promeneurs" en montagne capables de monter jusqu’à plusieurs milliers de mètres d’altitude avec un bébé sans se préoccuper particulièrement de la baisse d’oxygène, des radiations solaires, etc. Dans les personnes à risque, il y a évidemment les travailleurs extérieurs, par exemple, dans le secteur du bâtiment. Boulot infernal en plein soleil.

_yartiCanicule2019A04

Donc, il vaut mieux en parler trop que pas assez pour la santé publique. J’habite à côté d’un réacteur nucléaire (comme tous les habitants, je reçois périodiquement ma dose d’iode), et j’imagine que s’il y avait une "catastrophe" nucléaire, on ne reprocherait pas au gouvernement ni aux médias de trop communiquer pour protéger la population de la radioactivité. On leur reprocherait plutôt de ne pas assez communiquer, dans un tel cas.

J’ajoute que les progrès de la médecine permet de prolonger l’espérance de vie (et également l’espérance de vie en bonne santé), et que, par un effet mécanique, la population "vivante" est composée d’une part croissante de personnes fragiles, fragiles au sens que sans ces progrès de la médecine, que ce soit à la naissance ou tout au long de la vie, maladie, accident, vieillesse, certaines personnes n’auraient jamais survécu. Par conséquent, en termes de santé publique, il y a plus à perdre aujourd’hui qu’hier de ces événements météorologiques, d’où ces communications répétitives.

_yartiCanicule2019A03

En France, on vit encore sous le précédent désastreux de 2003. Entre les 1er et 20 août 2003, la canicule aurait provoqué le décès de 14 802 personnes, selon un rapport de l’INSERM publié le 25 septembre 2003, une surmortalité de 55%. Le pic de canicule a eu lieu entre les 7 et 12 août 2003, où il a fait pendant quatre jours 39°C à Paris, avec des nuits de 25°C. Le record en France fut 44,1°C, température relevée à Conqueyrac, une commune du Gard. Ce mercredi 26 juin 2019, le record au-dessus de 40°C fut à Peyrolles-en-Provence, dans le massif du Lubéron, dans les Bouches-du-Rhône.

Certes, il a déjà fait chaud. On parle régulièrement de la sécheresse de 1976, mais il y a eu aussi dans certaines régions des étés très chauds, en Lorraine, en 1985 et 1986, mais chacun a ses propres souvenirs. Il se trouve cependant que les canicules se rapprochent les unes des autres, se prolongent de plus en plus longtemps. Cette année, en juin, c’est exceptionnel. D’où la décision de reporter les épreuves du brevet pour permettre l’examen dans de meilleures conditions.

Des quatre étés statistiquement les plus chauds de ces dernières décennies, trois sont dans les années récentes : l’été 2003 avec une moyenne de 23,1°C, puis l’été 2018 avec une moyenne de 22,0°C, puis les étés 2017 et 2015, tous les deux avec une moyenne de 21,4°C.

Si l’on rajoute à cela quelques autres "épisodes météorologiques" : fortes chutes de neige, fortes inondations (au-delà des crues prévisibles), glissements de terrain, coulées de boue, fortes tempêtes (celle du 26 décembre 1999 reste dans les mémoires), etc., cela fait beaucoup pour une région au climat dit tempéré.

_yartiCanicule2019A06

La tentation est donc forte de rapprocher ces périodes de canicule avec les changements climatiques qui s’observent à grande échelle, tant géographiquement et temporellement. Ce serait à mon avis une erreur intellectuelle, ne serait-ce que parce que les effets du changement climatique, en clair, du réchauffement planétaire global, devraient être au contraire un refroidissement de notre petit bout d’Europe en raison d’une perturbation du Gulf Stream (pour certains, cependant, la perturbation serait très négligeable par rapport aux courants en jeu).

Effet du réchauffement climatique ? C’est difficile de le dire la tête dans le guidon. Il faudrait attendre plusieurs décennies, peut-être siècles pour en être sûr. Effet de la pollution humaine ? Là encore, il est difficile d’avoir des certitudes, c’est l’objet d’un grand débat depuis plusieurs dizaines d’années sur l’origine anthropique des bouleversements climatiques. Il est clair que notre planète vit et n’a jamais été stable, qu’il y a mille causes naturelles aux changements climatiques, non seulement d’origine terrestre mais aussi extraterrestre, à savoir d’origine solaire (taches solaires, éruptions solaires, etc.).

Mais il y a une certitude : c’est que la pollution que l’homme produit n’est pas bonne pour la sauvegarde de notre environnement. Et cela autant à court qu’à long terme.

Court terme, c’est une évidence : les sommets de chaleur anticyclonique entraînent des pics de pollution dans les grandes agglomérations. Qu’on ne trouve que l’interdiction de véhicules dits polluants (soit 4,7 millions de véhicules en France) comme unique parade paraît bien maigre quand on sait que la pollution automobile du bassin parisien, par exemple, n’est à l’origine que d’environ 10% de la pollution globale de l’atmosphère. Chauffage et climatisation, industrie, agriculture sont également des causes non négligeables de pollution. Cela dit, cela ne me paraît pas inquiétant que les maires prennent ces mesures de circulation différenciée (qui est plus intelligente que la circulation alternée). C’est du temporaire. Après tout, lorsqu’il y a une tempête de neige, on recommande aussi de ne pas prendre sa voiture.

_yartiCanicule2019A07

Long terme : tout le débat est de savoir si la pollution humaine bien réelle a une part déterminante ou négligeable dans l’évolution climatique de ces dernières décennies. Pour Brune Poirson, la Secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire, il n’y a pas de doute : « Des années de recherches l’ont prouvé, jamais le climat ne s’est réchauffé aussi rapidement dans l’histoire. Mais on trouve encore des personnes pour affirmer que ce n’est pas lié aux activités humaines. Avec des réflexions de ce type, nous perdons du temps très précieux. » (Twitter du 24 juin 2019).

Ceux qui ont l’habitude de faire une vingtaine de kilomètres pour aller d’un endroit proche de la campagne vers une grosse agglomération peuvent rapidement s’apercevoir qu’il y a facilement entre 1 et 3 degrés de différence sur le thermomètre du véhicule (qu’importe ce qu’il mesure, c’est la différence qui est notable). Les villes ont une température toujours plus élevée que les campagnes, ce qui n’est ni surprenant, ni anormal. Il y a donc un élément intuitif, confirmé par la communauté scientifique internationale, que l’activité humaine élève la température. On peut même avoir cette sensation très basiquement lorsqu’il fait froid dans une pièce : à partir d’une dizaine ou centaine de personnes, cette pièce se réchauffe naturellement par l’effet de la respiration des présents. C’est une question d’équilibre thermodynamique. Quand on rajoute des activités qui consomment ou transforment de l’énergie, ou qui laissent échapper des gaz à effet de serre, nécessairement, la température globale augmente.

Le gouvernement actuel a bien saisi l’urgence qu’il faut faire quelque chose, mais il veut le faire en accord avec la population pour ne pas recommencer la crise des gilets jaunes (lancée par une écologie punitive, l’augmentation des taxes). C’est tout le doigté du gouvernement actuel comme des suivants, de faire le bon équilibre entre  l’environnemental (le futur, parfois proche) et le social (le présent). D’où l’adjectif "solidaire" collé à l’expression "transition écologique".

C’était d’ailleurs le sujet de l’intervention du Premier Ministre Édouard Philippe lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée Nationale le 25 juin 2019. Répondant au président du groupe communiste, André Chassaigne, Édouard Philippe a effectivement rappelé les mesures de court terme, moyen terme et long terme.

_yartiCanicule2019A02

Le très court terme : « La première des choses à faire (…) est d’être attentif et de rappeler les conseils qui (…) relèvent du bon sens : s’hydrater ; donner accès à des salles plus fraîches lorsqu’elles existent ; prendre soin de nos concitoyens (…) en veillant à ce qu’ils aillent bien, en s’informant sur l’état de santé de ses voisins, en étant attentif aux premiers signes de déshydratation chez ceux que nous croisons, soit dans la rue, soit au travail. Être attentif et vigilant. ». Aussi : « Report des épreuves du brevet prévues jeudi et vendredi. (…) Ces épreuves auront donc lieu lundi et mardi prochains, lorsque la température sera retombée. ». Vigilance dans tous les services publics : « dans tous les lieux qui accueillent du public : crèches, établissements pénitentiaires, écoles ou hôpitaux, bref, tous les lieux d’accueil, notamment des publics vulnérables ».

La justification de la transition écologique : « De tels épisodes se succèdent à une fréquence de plus en plus élevée, de sorte que l’anormal, sous l’effet du réchauffement climatique, tend à devenir le normal. (…) Nous devons (…) adapter notre société, notre bâti, notre urbanisme, notre architecture et nos service publics, afin d’être à la hauteur de cette transformation déjà à l’œuvre, et qui continuera à produire ses effets. ». Cela passe, pour Édouard Philippe, notamment par la végétalisation de certains bâtiments pour "rafraîchir" les villes que propose la loi ELAN (Évolution du logement, de l’aménagement et du numérique).

Le long terme enfin : « Nous devrons anticiper (…) leur aggravation dans les années qui viennent. Nous le faisons (…) à travers des mesures ambitieuses que vous connaissez très bien et qui, bien entendu, produiront leurs effets dans le temps. Celles-ci témoignent de la volonté du gouvernement d’être à la hauteur des enjeux que j’évoquais. ».

Pour résumer l’action du gouvernement : « Urgence, vigilance, adaptation, prévention : c’est en nous mobilisant sur tous ces aspects (…) que nous serons à la hauteur des enjeux. Ceux-ci sont considérables et, nous le savons, ils n’iront pas diminuant au cours des années qui viennent. ».

Le gouvernement a beau être critiqué pour son action écologique qui serait considérée comme insuffisante, il marche sur des œufs. L’essentiel, c’est que le discours gouvernemental (le besoin de faire une "transition écologique et solidaire") donne un cadre durable, et bien plus durable que la seule durée de vie de ce gouvernement, pour des actions de long terme des pouvoirs publics.

_yartiCanicule2019A05

Puisque la mode est aux plaisanteries courtes de Twitter, et que tout événement tend à nourrir la créativité des internautes, je propose de terminer par ces quelques perles lues sur Twitter : « "Je vais bien", Valéry Giscard d’Estaing. » (23 juin 2019). Celle du Gorafi : « Combustions spontanées de plusieurs motos de BFM-TV qui suivaient en direct l’arrivée de la vague de chaleur sur la France. » (24 juin 2019). Celle de Bernard Pivot : « Été ? Saison ou participe passé ? La nostalgie de nos participes passés aux êtres brûlants de notre jeunesse. » (21 juin 2019).

Et la dernière, à connotation plus douteuse : « Entendu au bureau : "Est-ce que suer, c’est tremper ?" » (24 juin 2019). Je ne saurai y répondre personnellement, mais si jamais vous suiez, je ne pourrais que vous conseiller de boire beaucoup d’eau pour compenser.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 juin 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Canicule de juin 2019.
Inondation à Paris.
Épisode de neige.
Circulation alternée.
L’écotaxe en question.
La COP21.
Rapport du GIEC sur le changement climatique publié le 8 octobre 2018 (à télécharger).
Rapport de l’IPBES sur la biodiversité publié le 6 mai 2019 (à télécharger).

_yartiCanicule2019A08



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190625-canicule.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/la-preuve-par-la-canicule-216179

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/06/26/37458977.html


 

Partager cet article

Repost0
8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 07:57

IPBES signifie en anglais : Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services, soit en français : Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques.

Souvent décrit comme le "GIEC pour la biodiversité", l’IPBES est un organisme intergouvernemental indépendant comprenant plus de 130 Etats membres. Mis en place par les gouvernements en 2012, il fournit aux décideurs des évaluations scientifiques objectives sur l'état des connaissances sur la biodiversité de la planète, les écosystèmes et les contributions qu’ils apportent aux populations, ainsi que les outils et les méthodes pour protéger et utiliser durablement ces atouts naturels vitaux.

L’IPBES a publié le résumé du rapport du 6 mai 2019 à l’intention des décideurs (RID) du rapport d'évaluation mondiale. Le RID résume les messages clefs et les options politiques votées en session plénière de l'IPBES. Le rapport complet qui comprend six chapitres (et toutes les données) fera plus de 1 500 pages et sera publié dans le courant de l’année.

Le lancement dans les médias par webdiffusion en direct depuis # IPBES7 (Paris, France) : bit.ly/IPBESWebcast commencera le lundi 6 mai 2019 à 13 heures. (Heure de Paris - HAEC / 7 heures (États-Unis, HAE) / midi (Londres - Heure d’été).

Cliquer sur les liens pour télécharger les fichiers (attention, le premier fichier, le principal document, fait 1,6 Go).

Résumé du rapport IPBES du 6 mai 2019 à l'intention des demandeurs (fichier .zip de 1,6 Go) :
https://uc34f30e32127db721f0ea89e900.dl.dropboxusercontent.com/zip_by_token_key?_download_id=6106836186000902416445567801612742487903494840036290880999454534&_notify_domain=www.dropbox.com&dl=1&key=AgdFb1F1w8vwGgi2G5Med9cYl6MqG7CVJqRd4DAbTTw9m6MxLZG-HMTNLGlDMzX_nTE5zTk7FHJcnS8djf3uxV6NB-4vUuNWwuku6wp4u29bvK4pFVgUhR4wMVXfyRhESvTWGBkpusCUvAJ6wWXQLs9n9AM2ulXa4hhc79wuGV3QGB-0iTKrbmbI4txTN_eya68DhkOiuE9LL6yEK4_D7_70phEOOz2EyZCQhKnJakZZTaoXQsJxQoz_wPAMsWG8InaEXTjnWJsfxhxBGPJquX4K0XUOftKpMHDpm0T7lMVtWR4dhkOvscjCT7T0I4s3YrEIKhLjVhNHcy29and0ay8jIUj3PiaDtXJuboQ2h3IrEE_TFJ1Qrnb-UULAu-raRrA

Si le lien précédent ne fonctionne pas, cliquer sur l'un des deux liens suivants (même document) :
http://bit.ly/IPBESReport
https://www.dropbox.com/sh/yd8l2v0u4jqptp3/AAACtf6ctsoUQ9hlPQxLpVsKa?dl=0

Charte sur la biodiversité adoptée à Metz le 6 mai 2019 (fichier .pdf) :
http://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/2019.05.06_FR_Charte_de_Metz_sur_la_Biodiversite.pdf

Autres documents disponibles sur la biodiversité provenant de l'IPBES (fichiers .pdf ou .zip) :
https://www.ipbes.net/sites/default/files/downloads/spm_unedited_advance_for_posting_htn.pdf
https://www.ipbes.net/sites/default/files/downloads/2_assessment_co-chairs_bios_and_photos.zip
https://www.ipbes.net/sites/default/files/downloads/4_ipbes_chair_and_executive_secretary_bios_and_photos.zip

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190506-biodiversite.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190506-rapport-ipbes-biodiversite.html
 

Partager cet article

Repost0
27 novembre 2018 2 27 /11 /novembre /2018 10:47

(verbatim)


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181127-macron.html



Discours du Président Emmanuel Macron sur la transition écologique, le 27 novembre 2018 à Paris

Mesdames, Messieurs les Parlementaires, Mesdames, Messieurs les Présidents, les Présidentes, Mesdames, Messieurs, les élus, chers amis.

Ce rendez-vous a été organisé de longue date pour que nous définissions et bâtissions ensemble la stratégie de notre Nation en matière de transition énergétique. Ces mots – j'en conviens – sont un peu abstraits, mais le sujet est dans l'esprit des Français depuis de nombreuses années.

La question climatique sur laquelle se sont engagés beaucoup de citoyens, de scientifiques, d'entreprises, d'acteurs de la vie économique et sociale, crée pour l'humanité tout entière une situation d'urgence. La France a pris des engagements, tout particulièrement lors de la COP21, et nous avons une stratégie en Europe, au niveau du G7 comme des Nations-unies, à poursuivre.

Car c'est un défi pour toutes les sociétés contemporaines, celui, tout à la fois d'atténuer tout ce qui conduit au réchauffement et au bouleversement de notre climat, et de nous adapter aussi. Et c'est la construction d'un modèle économique et social qui doit prendre en compte ces conséquences, chercher à prévenir les effets nouveaux, et à bâtir un nouveau modèle productif, éducatif, social, plus juste.

C'est la raison initiale de notre rencontre, planifier nos décisions, nous accorder sur les grands choix, qui sont ceux de notre génération, et présenter les options entre lesquelles nous devons choisir.

Il me revient de vous dire quelles sont les priorités et les principales étapes de cette stratégie, mais aujourd'hui, cette rencontre évidemment prend un écho particulier. Depuis plusieurs semaines, un mouvement de contestation de plus large ampleur, parti du prix du carburant a grandi dans le pays. Ce mouvement a donné lieu à des manifestations importantes et aussi à des violences inacceptables dans l'hexagone comme Outre-mer.

Je veux, ici, dire que je ne confonds pas ces actes inacceptables avec la manifestation sur laquelle ils se sont greffés, je ne confonds pas les casseurs avec des concitoyens qui veulent faire passer un message, j'éprouve de la compréhension pour ces concitoyens, mais je ne céderai rien à ceux qui veulent la destruction et le désordre, car la République, c'est à la fois l'ordre public et la libre expression des opinions.

Je vous dirai donc aussi tout à l'heure quelle est ma compréhension de cette crise, de ce qu'elle porte, et des réponses que cela doit nous conduire à préparer. Mais naturellement, comme les deux sujets sont concomitants, je n'ignorerai pas les implications que le second aura sur le premier. Lorsqu'on parle des actions de la Nation pour répondre aux défis du changement climatique, force est de constater que nous avons fait trop peu.

Quand je dis trop peu, je ne parle pas des citoyens, car ils sont de plus en plus nombreux à multiplier les petits gestes qui, ajoutés les uns aux autres font les grandes avancées. Par trop peu, je veux en effet parler des dirigeants que nous sommes, des dirigeants politiques, d'entreprises, des responsables de tous bords, c'est-à-dire de tous ceux qui sont en capacité d'engager plus qu'eux-mêmes, de ceux qui, s'ils ne changent pas assez, porteront la responsabilité principale d'avoir rajouté aux dettes économiques et sociales, que devront supporter nos enfants et nos petits-enfants, une dette environnementale d'une toute autre nature.

Car ne dépendra pas seulement d'elle le fait que notre société sera à l'avenir un peu plus ou un peu moins prospère, un peu plus ou un peu moins juste, mais posera la question simplement de l'avenir de notre société tout court. Alors pour un responsable politique, qu'est-ce que changer pourrait vouloir dire, comment être à la hauteur de cette immense responsabilité collective ?

D'abord, je dois le dire, en ne changeant pas d'avis, ce serait, là, je vous l'accorde, un changement d'envergure, c'est-à-dire, en assumant ses convictions et ses actions, ce qui est dit dans une campagne, qu'elle soit présidentielle ou autres devant les Français, engage, quel que soit le résultat de l'élection, on ne peut pas être le lundi pour l'environnement et le mardi contre l'augmentation des prix du carburant.

On ne peut pas avoir décidé la taxe carbone il y a quelques années et dénoncer, aujourd'hui, l'augmentation du prix du carburant. Cette taxe, je le rappelle, elle a été votée en 2009, en 2014, en 2015, engageant beaucoup de responsables politiques de sensibilités diverses. Ensuite, en ne changeant pas la vérité. Que fleurissent sur les réseaux sociaux mille fausses informations et rumeurs, c'est affligeant. Mais que les responsables politiques, c'est-à-dire celles et ceux dont l'ambition ultime est de tenir entre leurs mains la destinée du pays s'en fassent l'écho, refusant par exemple de voir ce que l'augmentation du prix du carburant doit à la situation géopolitique mondiale, qui en explique les trois quarts de la hausse ces derniers mois, ou omettent de rappeler leur position historique, ça n'est pas digne.

C'est aussi pour cela que j'ai voulu, à l'instant, installer ce Haut Conseil pour l'action climatique qui doit permettre de rétablir des faits, de la vérité scientifique, des éléments sur lesquels, ensuite, le débat doit être nourri, et les avis être confrontés. Mais on ne peut pas confronter des avis sur des fausses informations ou des contrevérités.

Enfin et surtout, lorsqu'on est en situation d'exercer une responsabilité, en ne changeant pas de cap, je sais que les habitués de la politique attendent de moi un renoncement, une esquive, bref, de laisser en quelque sorte le présent prévaloir sur le futur. Mais c'est parce que c'est comme cela que nous avons toujours agi, que nous nous trouvons aujourd'hui dans une telle situation. Et plus on attend, plus les effets seront douloureux.

Ne pas changer d'avis, ne pas changer la vérité, ne pas changer de cap, est-ce à dire qu'il ne faut rien changer ? J'ai vu, comme tous les Français, les difficultés que la situation entraîne auprès de ceux qui roulent beaucoup et qui avaient déjà du mal à finir leurs fins de mois.

Ils disent que ce sont au fond toujours les mêmes qui font les efforts, et ils ont raison. On leur dit, on leur a dit, plus exactement, depuis des années : vous n'avez pas les moyens de vous loger dans la grande ville ? Ce n'est pas grave, allez vous installer dans une ville périphérique. Vous ne pouvez pas déménager et habiter à côté de l'endroit où vous travaillez ? Ça n'est pas grave, vous n'avez qu'à vous acheter une voiture.

Parce que les transports en commun, il n'y en a pas entre votre lieu de travail et votre résidence, on leur a dit : vous n'avez pas le budget pour vous acheter une voiture essence, achetez le diesel, c'est mieux, et on les a conduits dans la situation, mécaniquement, collectivement, où nombre de nos concitoyens sont aujourd'hui.

Ils ne sont pas les auteurs de cette situation, ils en sont simplement les premières victimes. Mais on présente aujourd'hui la facture de 40 ans de petites décisions d'ajustement. Nous avons tous notre part de responsabilité sur ce sujet. Nous devons donc entendre les protestations d'alarme sociale, mais nous ne devons pas le faire en renonçant à nos responsabilités pour aujourd'hui et pour demain, parce qu'il y a aussi une alarme environnementale. Je dirais même plus, c'est que les inégalités sociales et territoriales que dénoncent, à juste titre, aujourd'hui, nombre de nos concitoyens, elles sont bien souvent doublées d'inégalités environnementales.

Qui a ses enfants qui respirent mal parce qu'il vit dans un endroit saturé par les transports ? Bien souvent, les Français qui sont dans les situations les plus modestes ou les plus fragiles. Qui vivent dans des passoires thermiques, dans des logements mal isolés et dépensent le plus, en même temps qu'ils polluent ? Nos concitoyens les plus modestes.

Et donc vouloir en quelque sorte traiter l'urgence sociale en renonçant à toute ambition environnementale et énergétique, c'est installer nos concitoyens les plus fragiles, nos travailleurs les plus modestes dans la situation où collectivement, progressivement, insensiblement, nous les avons plongés depuis des décennies, et je m'y refuse.

Dans ce contexte, chacun doit jouer son rôle, tout son rôle, y compris moi. Et ma responsabilité est simple : garantir à nos concitoyens l'accès à une énergie pour se déplacer, se chauffer, s'éclairer, travailler qui soit suffisamment peu coûteuse pour que personne n'en soit privé et suffisamment propre pour que nos enfants n'en payent pas le prix avec leur santé ou leur propre avenir.

Cette responsabilité s'incarne dans un objectif principal, nous devons sortir de ce qu'on appelle les énergies fossiles. En 30 ans, c'est-à-dire en une génération, nous devons passer d'une France où 75 % de l'énergie consommée est d'origine fossile, c'est-à-dire le charbon, le fuel, le gaz naturel, à une France où, en 2050, la production et la consommation d'énergie seront totalement décarbonées.

Parce que l'utilisation massive du pétrole, du fioul, du charbon, du gaz naturel, a des conséquences dramatiques pour notre pays.

D'abord, des conséquences en matière de santé, toutes les dix minutes un Français meurt prématurément du fait de la pollution, notamment des particules qui proviennent de la combustion des énergies fossiles. Cette hécatombe, c'est 48.000 décès par an, c'est plus que tous les accidents de la route, tous les suicides, tous les meurtres, toutes les noyades tous les accidents domestiques réunis.

Ensuite, construire justement cette sortie des énergies fossiles, c'est répondre aux problèmes des émissions de gaz à effet de serre, les énergies fossiles représentent aujourd'hui 70 % des émissions de gaz à effet de serre. C'est bien simple, si nous réussissons à en sortir, alors nous aurons gagné la bataille, la bataille de nos engagements internationaux, et notre part de responsabilité dans ce combat. Si nous échouons, à l'inverse, alors les risques de catastrophes cumulées décrits par le dernier rapport du GIEC deviendront réalité.

Enfin, les énergies fossiles sont le nom d'une forme de soumission française à l'étranger, aux marchés internationaux, à la géopolitique et finalement aux stratégies d'autres pays. Concrètement, le prix du plein d'essence ou le montant de la facture de gaz dépendent essentiellement aujourd'hui des décisions de la Russie, de l'Arabie saoudite ou de l'Iran. C'est cela la réalité. Et donc construire cette sortie progressive pour notre économie, notre société, c'est aussi construire notre indépendance, notre véritable souveraineté, et nous ne l'avons pas pleinement aujourd'hui.

C'est bien le but principal et premier de notre politique énergétique : nous désintoxiquer des énergies fossiles. Ce cap impose une méthode, et nous devons bâtir, sur le sujet de la transition énergétique, une coalition qui dépasse les frontières politiques et qui prenne ses racines directement dans la société, dans tous nos territoires. C’est pourquoi je vous ai réunis aujourd'hui. Je veux donner les grandes lignes et les grandes directions, et vous proposer une méthode.

Nous désintoxiquer des énergies fossiles donc, c'est d'abord et avant tout consommer moins d'énergies.

En France, on utilise ce qu'on appelle les énergies fossiles, et notamment le pétrole, principalement pour se déplacer. Notre stratégie ne peut, ni ne doit, être de nous déplacer moins. Et d'abord, parce que nous en avons besoin pour fonctionner chaque jour. En plus, parce que nombre de nos concitoyens sont obligés de se déplacer. Il ne faut pas faire croire qu'il s'agirait, en quelque sorte, de rester chez soi, ou d’imposer ce changement à celles et ceux qui n'ont pas le choix. Et c'est ce qu'ils nous disent.

Mais c'est aussi pour cela que, ce que nous souhaitons construire, ce sont aussi de nouvelles formes de déplacements : en favorisant les transports en commun, la montée en puissance du covoiturage, des innovations et des solutions concrètes avec les collectivités territoriales sur le terrain.

La concertation s'est faite avec les régions, les départements, les mairies, pour justement bâtir cette solution. La loi d'orientation des mobilités, présentée hier en Conseil des ministres après une intense phase de concertations, propose une partie de ces solutions qui seront à construire sur le terrain.

En même temps, nous pensons que, oui, la voiture a un avenir en France. Nous voulons produire des voitures qui consomment moins, polluent moins : en innovant, en créant de l'emploi industriel. C'est le sens de la prime à la conversion que nous allons donc renforcer dès l'année prochaine, comme le Premier ministre l'a annoncé, mais plus largement de toute notre stratégie industrielle pour l'automobile.

Accompagner ces nouvelles formes de mobilité, c'est aussi développer l'innovation, la création d'emplois sur tous nos territoires et pour tous nos concitoyens. Et de premiers industriels nous ont d'ores et déjà fait confiance, qui ont décidé d'investir sur nos territoires, de recréer de l'emploi industriel, parce qu'ils accompagnent cette stratégie qu'on appelle de mobilité propre, mais qui correspond à cet objectif.

On utilise ensuite des énergies fossiles, le pétrole et le gaz, pour se chauffer. Sur ce sujet, nos artisans et nos entreprises savent construire des bâtiments basse consommation ou même à énergie positive. Ils doivent continuer à le faire et notre stratégie est précisément de les y encourager. Mais le parc de bâtiments ne se renouvelle qu’au rythme de 1 % par an. Nous devons donc aussi et surtout travailler à faire évoluer les modes de chauffage, à mieux isoler les logements, les usines, les immeubles, les commerces existants.

Des mesures et des moyens sont sur la table, 9 milliards d’euros dans le cadre du plan d’investissement, mais les résultats sont aujourd'hui trop timides. Les rénovations financées sont en augmentation, mais nous ne sommes pas au rendez-vous sur ce sujet. Nous devons accélérer, non pas en fixant des interdits ou des limites. Je sais l’inquiétude sur nos territoires que certains ont. Ils ont compris qu’on voulait interdire les chaudières au fioul dans 10 an., Non, ce qu’on veut pouvoir faire par une politique volontariste, c’est s’assurer qu’on les aura toutes renouvelées d’ici 10 ans. Ce n’était pas une logique d’interdit, mais de solution. Il nous faut donc, par le travail collectif, apporter des solutions concrètes avec les professionnels du secteur pour aller beaucoup plus vite sur les solutions d’isolation, y compris à des coûts plus réduits et de renouvellement des équipements pour répondre à ce défi. De l’ambition et des solutions.

L’industrie enfin est consommatrice d’énergie fossile pour produire le ciment, l’acier, le verre et le plastique qui nous permettent de construire nos infrastructures, nos logements, mais aussi de fabriquer les aliments que nous mangeons et les biens de consommation que nous utilisons. L’enjeu est ici d’inventer l’usine du futur qui recycle tout et ne rejette rien.

J’ai vu, là aussi dans nos régions, de nombreux projets qui, associant entreprises, laboratoires de recherche, collectivités locales, sont l’avant-garde de ce qu’on appelle l’industrie bas-carbone. Nous devons, sur ce sujet aussi, nous préparer à changer d’échelle, à faire que les innovations actuellement en germe puissent se généraliser. Là aussi, ce sont des investissements, des formations et la mobilisation de filières industrielles.

Il faut donc réduire nos consommations d’énergie et nos besoins en pétrole, en charbon, en gaz, et le faire de manière concertée. Avec la méthode que je vais vous exposer, en prévoyant les investissements publics, ils sont budgétés avec ces 9 milliards du plan d’investissement. En apportant des solutions concrètes partout sur les terrains, des solutions adaptées et concertées.

Il nous faut aussi, pour réussir cette transformation, cesser de produire ces énergies carbonées sur notre territoire. C’est en ce sens que nous avons décidé de fermer l’ensemble des centrales à charbon d’ici 2022. Il s’agit d’une mesure pionnière car la réalité, c’est que partout dans le monde, hélas, non seulement, on ne ferme pas, mais trop souvent on continue à ouvrir de nouvelles centrales à charbon.

Si nous atteignons ces objectifs, et si nous créons aujourd'hui les conditions pour le faire, nous aurons réalisé une grande partie du chemin en matière de climat. Une grande partie du chemin, mais pas tout le chemin. Car pour continuer à nous déplacer, à nous chauffer, à produire et à consommer dans de bonnes conditions, encore faut-il être capable de produire des énergies de substitution au pétrole, au charbon et au gaz. Et c’est cela l’objectif de cette programmation.

Il y a d’abord, et le Premier ministre et le ministre d’Etat y reviendront, les besoins en chaleur et en gaz. Pour y répondre, notre stratégie prévoit une montée en puissance de la géothermie d’une part, qui a beaucoup de potentiel dans de nombreux territoires, et de la méthanisation d’autre part. La méthanisation permet en effet de produire du biogaz à partir de résidus agricoles et des déchets et c’est grâce à cette diversification que le gaz va continuer à jouer un rôle important dans notre mix énergétique, mais en permettant une production plus proche du terrain, en offrant aussi des perspectives à nos agriculteurs, dont certains souhaitent aller plus vite sur cette transformation, et pour lesquels c’est un complément de revenus utile et sur nos territoires. C’est donc une stratégie agricole, une stratégie aussi en matière de biodiversité qu’il faut prendre en compte sur ce sujet, dans tous nos territoires, qu’il faut décliner.

Mais la question la plus fondamentale, c’est évidemment celle de la transformation de notre production d’électricité. Elle l’est d’autant plus que l’électricité va prendre une place de plus en plus grande à mesure que nous n’allons cesser d’utiliser du pétrole, du charbon ou du gaz naturel. Et c’est un défi encore plus important demain puisque si nous invitons nos concitoyens à aller vers de nouveaux modes de mobilité, des véhicules plus électriques, à changer leur façon de se chauffer chez eux, on aura besoin de plus en plus de production d'électricité. Ce qui marquera en profondeur l'évolution de notre mix électrique, comme on l'appelle, dans les années à venir, ce sera évidemment l'essor des énergies renouvelables.

A l'horizon 2030, la production du parc éolien terrestre sera ainsi triplée. La quantité d'énergie produite à partir du photovoltaïque multipliée par 5. Le Premier ministre et le ministre d'Etat reviendront sur l'ensemble de ces ambitions et le calendrier et en déclineront aussi la méthode. Ces sujets sont d’importance, ils sont portés par nombre d'entre vous, mais chacun de ces sujets lorsqu'il s'agit de projets concrets, doit pouvoir s'insérer dans une stratégie d'un territoire, prendre en compte aussi on le sait les sensibilités, une logique paysagère et des équilibres qu'il faut pouvoir accompagner.

Nous développerons également l'éolien en mer. Durant le quinquennat, nous mettrons en service le premier parc au large de Saint-Nazaire et nous lancerons 4 nouveaux appels d'offre. L'électricité produite en France, demain, sera donc la fille en quelque sorte de l'ère du soleil et je n'oublie pas l'eau, puisque nous maintiendrons notre production d'énergie hydraulique en la renforçant partout où cela est encore possible. Et cette énergie hydraulique est une force de nos territoires et une force de notre production d'électricité à bas coût et à faibles émissions.

Alors est-ce que toute cette stratégie coûte ? Oui bien sûr. L'Etat consacre aujourd'hui 5 milliards d'euros par an au développement des renouvelables, financés intégralement par les recettes de la taxe des carburants. Avec ce plan, ce seront demain 7 à 8 milliards d'euros par an. Mais parce que nous sommes soucieux des dépenses publiques, nous concentrons nos efforts sur le développement des énergies renouvelables les plus compétitives et parce que nous veillons au pouvoir d'achat des Français nous serons exigeants avec les professionnels sur la baisse des coûts. Parce que nous veillons au pouvoir d'achat des Français, nous veillerons aussi à développer les interconnexions avec l'ensemble de nos voisins européens pour bénéficier à tout moment de l'énergie la moins coûteuse.

L'Europe de l'énergie, ce sont des factures allégées pour tous les Français.

Reste le sujet, que je sais attendu, du nucléaire. Je dis reste, car la montée en puissance des énergies renouvelables en France est inéluctable et est au cœur des engagements du gouvernement. Elle n'est en aucun cas liée au rythme de fermeture des centrales nucléaires dans les prochaines années. Et cessons de dire qu'il faut forcer la fermeture rapide de réacteurs nucléaires pour que les énergies renouvelables trouvent leur place, ce n'est pas vrai et ça n'est pas le cas.

Le nucléaire nous permet aujourd'hui de bénéficier d'une énergie décarbonée et à bas coût. C'est une réalité, et c'est d'ailleurs pour cela que nous allons engager un travail sur une nouvelle régulation du parc nucléaire existant Car le dispositif actuel, qui permet aux Français d'avoir les prix de l'électricité parmi les plus bas d'Europe, s'arrête en 2025. Il est pourtant indispensable que les Français puissent en bénéficier au-delà, tant que les réacteurs nucléaires sont toujours en activité.

Je n'ai pas été élu pour ma part sur un programme de sortie du nucléaire, mais sur une réduction à 50 % de la part du nucléaire dans notre mix électrique. Et je tiendrai cet engagement.

J'aurais souhaité pouvoir le faire dès 2025, comme le prévoyait la Loi de transition énergétique, mais il s'est avéré, après expertise pragmatique, que ce chiffre brandi comme un totem politique était dans les faits inatteignable. Nous avons donc décidé de maintenir ce cap des 50 %, mais en repoussant l'échéance à 2035. Nous avons surtout décidé de faire la transparence sur la trajectoire que nous voulons suivre pour atteindre cet objectif.

Concrètement, 14 réacteurs de 900 mégawatts seront arrêtés d'ici à 2035. Ce mouvement commencera avant l'été 2020, avec l'arrêt définitif des 2 réacteurs de Fessenheim. Restera alors à organiser la fermeture de 12 réacteurs entre 2025 et 2035. 4 à 6 réacteurs d'ici 2030, le reste entre 2030 et 2035. Et le rythme variera en fonction de l'évolution du mix énergétique dans notre propre pays et chez nos voisins européens.

Nous ne pouvons pas aujourd'hui dire à quel moment, à coup sûr, nous pourrons fermer telle ou telle centrale. La programmation, et le Premier ministre et le ministre d'Etat y reviendront, va donner des scénarios de référence avec des variations. Mais je veux ici être clair, ce scénario sera d'autant plus ambitieux que nous arrivons à faire des innovations sur le stockage d'énergie renouvelable. Aujourd'hui il est faux de dire qu'on peut remplacer une capacité de production d'énergie nucléaire par une capacité de production de renouvelable ; la seconde est intermittente. Par contre si nous arrivons à innover suffisamment vite, au niveau français européen et avoir des vraies technologies de stockage, nous pourrons à ce moment-là substituer beaucoup plus vite l'une par l'autre.

Si nous avons une intégration européenne plus forte, nous pouvons modifier là aussi cette trajectoire. La cohérence d'une stratégie européenne de transition, ce serait que tous les pays qui ont encore de nombreuses centrales à charbon les ferment. Et puis qu'ensuite on ferme plus rapidement le gaz et que tout le monde converge d'abord vers le nucléaire, puis vers le renouvelable.

Et donc plus nous aurons une stratégie concertée, plus nous pourrons avoir une adaptation intelligente dans le temps. Nous le voyons bien, cette stratégie dépend donc de rendez-vous sur le plan technologique, d'innovations, et de notre capacité à avoir une vraie stratégie européenne intégrée.

C'est pourquoi aujourd'hui c'est un scénario de référence et la crédibilité d'une ambition que nous devons apporter mais avec des clauses de rendez-vous réguliers pour pouvoir ajuster cette trajectoire aux réalités de notre environnement, c'est-à-dire du choix des autres pays et des innovations technologiques.

C'est donc, vous l'avez compris, une approche pragmatique et adaptative que nous avons décidé d'adopter. Une approche qui ne préempte pas les décisions de l'Autorité de sûreté nucléaire parce que peut-être pour des raisons de sûreté nucléaire serons nous amener à fermer tel ou tel réacteur ou telle ou telle centrale. Nous devons aussi prendre en compte les éléments de sécurité de nos approvisionnements. Je ne veux pas que nous nous précipitions à fermer des centrales, si c'est pour réimporter de l'énergie produite d'ailleurs, moins bien que chez nous aujourd'hui, et dépendre d'autres économies. Mais c'est aussi comme ça que nous devons prendre en compte la maîtrise de la facture d'électricité des Français et de la compétitivité de nos entreprises.

Je ne veux pas que nous soyons dans une situation où parce que nous irions plus vite sur le nucléaire, nous soyons amenés à fermer plus lentement les centrales à charbon, ce qui serait ridicule en termes d'émissions ou à devoir augmenter massivement dans les années à venir le coût de l'électricité, ce qui pèserait sur les ménages comme sur nos entreprises.

Pour préparer dans les meilleures conditions ce scénario d'arrêt des 14 réacteurs nucléaires, les sites concernés seront précisés prochainement. La méthode que je viens d'exposer sera elle aussi détaillée.

Je fixe d'emblée à EDF une règle : aucune fermeture complète des sites. Réduire la part du nucléaire, ce n'est pas pour autant renoncer au nucléaire, vous l'avez compris. En l'état actuel des solutions disponibles, le nucléaire reste une piste prometteuse pour continuer à pouvoir compter sur une énergie fiable, décarbonée et à bas coût. Nous devons donc poursuivre nos recherches dans ce champ et, là aussi, prendre des engagements clairs. L’EPR, en particulier, doit faire partie du bouquet d'options technologiques pour demain. Et si nous ne prenons aujourd'hui aucune décision quant à la construction de nouveaux réacteurs, parce que nous n'avons pas de besoin immédiat et parce que nous n'avons pas le recul nécessaire, en particulier sur la centrale de Flamanville, nous devons tirer profit des quelques années devant nous, pour avancer.

Je demande donc à EDF de travailler à l'élaboration d'un programme de nouveau nucléaire, en prenant des engagements fermes sur le prix pour qu'il soit plus compétitif. Tout doit être prêt en 2021, pour que le choix qui sera proposé aux Français puisse être un choix transparent et éclairé.

Nous allons donc poursuivre sur ce sujet les recherches et nous allons, vous l'avez compris, intensifier aussi notre stratégie de recherche en matière d'énergies renouvelables, de stockage, de batterie d'hydrogène, c'est-à-dire de toutes les formes aussi d'innovation qui permettront d'aller plus vite sur notre stratégie du renouvelable et nos avancées en termes de stockage de l'énergie.

Nous ferons sur ce sujet des choix clairs. Nous nous y sommes engagés au niveau français, mais je souhaite aussi que nous puissions porter des choix européens clairs. Si nous voulons aller plus vite, par exemple sur le développement de nos voitures électriques, il nous faut avoir plus d'autonomie au niveau européen dans la production des batteries. Aujourd'hui, nous dépendons totalement des Coréens et des Chinois. Et à mesure que nous développons ces véhicules, ils augmentent le prix des batteries. Nous devons avoir au moins une stratégie franco-allemande et si possible une stratégie européenne de recherche, d'innovation et de production en la matière pour être au rendez-vous de ce défi.

Vous avez compris que sur ce sujet, Mesdames et Messieurs, le cap est donné. Le Premier ministre et le ministre d'Etat, dans un instant, reviendront avec vous sur les détails du calendrier sur chacun de ces leviers. Et croyez-moi, nous le tiendrons parce qu'il est conforme à nos engagements internationaux, parce qu'il est conforme à l'engagement moral que nous avons pris vis-à-vis de nous-mêmes, de nos enfants et de nos petits enfants, parce qu'il est aussi dans l'intérêt de la France et des Français.

Mais cette transition ne doit pas se faire à n'importe quel prix. Je ne veux pas qu'aux inégalités de revenus générés par la mondialisation s'ajoutent pour nos concitoyens qui travaillent ou ont travaillé, l'inégalité devant la transition écologique. Je refuse que s'installe une France à deux vitesses, où les plus riches, parce qu'ils ont fait les bons choix d'un point de vue environnemental, auront des factures allégées, et où les plus modestes, parce qu’ils n'auraient pas eu les moyens d'investir, qui dans un véhicule qui consomme peu, qui dans l'isolation de leur logement, devront payer encore davantage.

Je refuse aussi que la transition écologique accentue les inégalités entre territoires et rende plus difficile encore la situation de nos concitoyens qui habitent en zone rurale ou en zone périurbaine. Et c'est cela au fond la crainte exprimée par nombre de nos concitoyens ces derniers jours, être laissés pour compte, payer la transition énergétique sans en bénéficier. Et cette crainte je ne peux que la comprendre et je ne peux que la partager. Tout sera donc mis en œuvre pour accompagner socialement cette transition, pour que l'écologie à la française que nous sommes en train de faire advenir, puisse être une écologie populaire.

Et au fond, je refuse cette alternative dans laquelle on voudrait nous plonger, qui serait de dire : l'écologie ce serait un sujet d'urbain et de bobos, et la réalité sociale, elle, imposerait faire d'autres choix. Nous sommes dans la même nation, le même pays, ceci est faux. Parce que, comme je le disais tout à l'heure, les premières victimes de nos renoncements, de nos absences de choix ou de clarté, ce sont bien souvent ceux qui vivent dans ces situations les plus dures.

Par contre, nous n'avons pas réussi aujourd'hui en méthode à inclure tous les territoires et toute la population et faire que les solutions, les accompagnements soient au rendez-vous pour tout le monde. C'est vrai et c'est ce que nous dit le mouvement actuel.

C'est aussi cette méthode nouvelle que je veux inaugurer aujourd'hui avec vous. Le cap est clair et les choix sont faits. Je viens de vous les présenter. Un ensemble de solutions concrètes et des propositions pratiques doivent maintenant en découler et c'est ce que je souhaite que vous puissiez construire avec le Gouvernement. Si je vous ai réunis ce matin, c'est que vous êtes des responsables politiques, associatifs, syndicaux, patronaux, des élus, des acteurs de cette transition partout sur le terrain et celle-ci ne se fera pas de la même manière à Paris et dans les Outre-mer, les solutions ne seront pas les mêmes à la campagne et dans les métropoles. C'est pourquoi je souhaite que cette stratégie puisse être non seulement débattue, mais construite avec vous, au niveau national et local, en se donnant le temps et la volonté et en bâtissant justement cela dans les trois mois qui viennent.

Dans les trois mois qui viennent, je souhaite que vous puissiez structurer, non pas simplement ce débat, mais comme plusieurs d'entre vous l'ont proposé, suggéré, une méthode de construction pour apporter des solutions concrètes, des solutions qui peuvent être différenciées sur le terrain ou en fonction des secteurs.

Je souhaite que ce débat soit évidemment un débat national, mais qu'il puisse aussi s'inscrire dans les territoires, et donc que l'ensemble des territoires et des élus ici présents, et je les en remercie, soit pleinement associé. Pas associé pour constater des décisions qui seraient prises jusqu'au dernier bouton de guêtre, mais pour avoir leur mot à dire et les construire avec le Gouvernement.

Et pour faire donc des choix sur des propositions qui sont mises sur la table, des améliorations qu'incontestablement il faut pouvoir faire, et une stratégie d'accompagnement qu'il faut pouvoir mettre en place, je souhaite que partout sur le territoire, cette décision de concertation puisse être déclinée, et que partout sur nos territoires, sur les réseaux sociaux aussi, ce débat puisse se tenir, et que toutes les associations intéressées puissent, y compris localement, y participer. Et qu'ainsi les représentants des gilets jaunes dans chaque région puissent également y prendre part et proposer des solutions parce que nous ne pouvons pas être dans la dénonciation réciproque. Nous sommes au moment des solutions à apporter concrètement.

Le Premier ministre précisera dans un instant la méthodologie et ce que dès aujourd'hui et dans les prochains jours, avec vous, il arrêtera, pour là-aussi construire cette méthode commune de travail. Cette grande concertation de terrain sur la transition écologique et sociale aura donc pour mission au fond de construire ce nouveau modèle économique, social, territorial dont nous avons besoin. De le construire en apportant des solutions, des méthodes d'accompagnement. Au fond, ce que je retiens de ces derniers jours, c'est qu'il ne faut rien renoncer au cap parce qu'il est juste et nécessaire.

Mais c'est qu'il nous faut changer de méthode de travail parce que nombre de nos concitoyens ont considéré que ce cap, on leur imposait d'en haut par des décisions et des changements de règles ou par des taxes sans toujours leur apporter des solutions qui étaient aussi concrètes, si je puis dire, que la taxe elle-même.

J'entends la grogne. Le reproche qui a été fait, il s'est focalisé sur le prix du carburant. Pourquoi ? Parce qu'en même temps que l'augmentation de la taxe, qui était dans la campagne de nombreux candidats, qui faisait partie des engagements, qui a été votée par le Parlement bien avant et qui comme je l'ai dit correspond à de nombreux votes qui ont été faits par de nombreuses majorités, quelles qu'en soient les couleurs, parce que, à cette réalité qui était prévue, s'est ajoutée la hausse des prix mondiaux du carburant. C'est ça, ce qui s'est passé. Et donc il nous faut aussi ensemble, construire une méthode pour nous mettre à l'abri de tels phénomènes. Et donc adapter toute nouvelle hausse de la taxe sur les carburants à l'évolution des marchés internationaux du pétrole, pour que si l'envolée des cours devait se reproduire, nous ne soyons pas mis dans la même situation.

Et donc, sur ce sujet, ce que je souhaite et qu'il puisse être fait dans les trois mois, c'est d'une part, construire une méthode pour rendre plus intelligente cette taxe aujourd'hui un peu aveugle, et permettre d'avoir tous les trimestres un rendez-vous qui permet, en quelque sorte d'atténuer l’effet pour nos concitoyens s'il devait y avoir une envolée des cours mondiaux. Personne ne peut le prévoir aujourd'hui, et on ne peut pas dire que ce sont nos concitoyens qui ont des déplacements obligés qui en seraient les seules victimes. Il faut, là aussi, être pragmatique. Mais nous devons aussi, pour chacun de nos concitoyens, plus rapidement plus fortement, apporter des réponses concrètes. Et c'est ce que j'attends de ces trois mois à venir.

J'entends le dialogue aujourd'hui qu'il ya entre le gouvernement et nos concitoyens. Je ne suis dupe de rien. Il y a des gens qui utilisent cette situation avec beaucoup de mauvaise foi, parce qu'ils voudraient qu'on arrête tout. Parce qu'au fond, ils sont contre le projet porté par le gouvernement et qu’ils voudraient refaire les élections de mai 2017. C'est, si je puis dire, sans doute la vie démocratique. Elle prend plus de violences aujourd'hui. Elle est faite de plus de démagogie et d'une forme de dégradation en quelque sorte du débat démocratique. Nous sommes plongés dans ce monde, à nous de le relever.

Mais j'entends la colère qui a sa part de légitimité de nos concitoyens qui disent, je veux bien comprendre ce que vous nous proposez, mais vous ne m'apportez pas de solution. En tout cas, votre solution n'est pas concrète. Vous me parlez d'un chèque énergie, je ne sais pas le numéro de téléphone pour l'avoir. Je ne comprends pas comment ça marche. Mais qu'est-ce que ça veut dire concrètement pour ma chaudière ? Vous me parlez de changer de voiture mais personne m'explique combien ça va me coûter d’en changer et quand il me reste 10 euros à la fin du mois, ce n'est pas possible de me demander de changer de voiture. Et vous voyez bien que le problème que nous avons aujourd'hui, c'est la déclinaison pragmatique des solutions que nous apportons. Et donc dans les trois mois qui viennent, il nous faut construire. Le Premier ministre a d'ores et déjà fait des propositions. Nous avons pris des engagements budgétaires. Mais les vraies méthodes d'accompagnement pour les rendre concrets, accessibles aux gens ? Ce que je veux c'est que nos concitoyens, au moment justement où cette situation leur est opposée, puissent savoir combien leur coûte un véhicule qui consomme moins, l'économie que ça leur fait chaque mois, et que nous ayons construit avec les banques, les constructeurs, une vraie solution pour que ce qu'ils aient à débourser le premier mois soit atteignable pour eux. Et que le reste à charge soit largement limité, lissé dans le temps.

Je veux qu’on leur apporte la vraie solution pour rénover à un coût qui leur est accessible leur appartement ou leur logement ou changer leur chaudière. Là aussi, parce que nous aurons apporté nos solutions. Ce que cette crise dit un peu, de ce que, depuis des décennies, nous sommes en train de faire, c'est que les réponses que nous apportons sont trop abstraites, trop loin des gens, trop loin du terrain, ou trop en quelque sorte, uniformes.

Les gens disent leurs souffrances, on leur répond chèque énergie. Mais le chèque énergie, ils ne savent pas ce que c'est. Et la vérité, concrètement, moi non plus. Et donc il nous faut sur ce sujet rendre les choses tangibles. Il existe, et en bonne foi, ceux qui le défendent, disent ce n'est pas vrai, il y a de l'argent et il permet de faire des choses.

Mais ça n’est pas assez concret, assez tangible, assez simple. Et quand ça n’est pas assez concret, assez tangible, assez simple, les gens ne l'utilisent pas. Et c'est aussi pour ça que tout ce qui a été pensé aujourd'hui pour que cette transition soit plus sociale n'est pas utilisé par les plus fragiles. Et donc, il nous faut durant ces trois mois de co-construction apporter des solutions pragmatiques au plus près du terrain et les faire avec les acteurs économiques, sociaux, les territoires pour que ça soit une réalité tangible, perceptible pour nos concitoyens. Je sais qu'il y a beaucoup de propositions qui ont été faites, elles feront partie de ce débat et de ces trois mois à l'issue desquelles nous devons garder ce cap qui est indispensable pour le pays et dont j'ai rappelé les grandes équations, mais construire des solutions acceptables pour chacune et chacun.

Le changement de méthode que j'appelle de mes vœux, c'est donc en quelque sorte d'apporter des solutions concrètes accessibles pour chacun de nos concitoyens. Le changement de méthode, c'est aussi mieux accompagner les territoires concernés par la transition, que ce soit parce qu'on ferme une centrale thermique au charbon ou parce qu'on aura à réduire nos capacités nucléaires. C'est pourquoi nous systématiserons les contrats de transition énergétique entre Etat, collectivités et acteurs économiques et sociaux pour accompagner, de Cordemais ou du Havre avec des moyens associés en impliquant dès maintenant tous les acteurs du terrain pour redonner des perspectives. Parce qu'on sait qu'il y a un changement à faire, il ne faut pas en avoir peur, mais il ne faut pas que ce soit celles et ceux qui vivent sur ce territoire qui en soient les victimes.

Ça suppose d'impliquer les entreprises qui sont sur ce territoire très en amont ; ça suppose de prévoir les financements, de prévoir des mécanismes de substitution. Saint-Avold par exemple : nous avons travaillé avec des grands acteurs industriels, ça a commencé à être fait, pour construire des emplois. Ils sont d'ores et déjà dans des perspectives supérieures à ceux qui vont être supprimés par la fermeture de la centrale à charbon. Des emplois dans, justement, les nouveaux métiers de la production d'énergie, avec les grands acteurs industriels qui sont présents sur le territoire. C'est ce que, partout, nous devons faire avec l'ensemble des partenaires sociaux, des partenaires territoriaux et des forces économiques.

Vous l’avez compris, cette méthode c’est, en quelque sorte, bâtir durant les trois mois qui viennent en mobilisant l'ensemble des territoires, en mobilisant l'ensemble des acteurs économiques, industriels, des artisans, des agriculteurs, des acteurs sociaux, patronaux et politiques, une véritable transition qui soit un agenda de solutions et un agenda de protection. C'est cela dont nous avons besoin pour le pays. J'en suis profondément convaincu. Plus largement, on le voit bien et c'est ce qu’à l'œuvre ensemble, nous devons durant ces trois mois bâtir. C'est le début de la transformation de notre modèle économique et social.

En quelque sorte, ce que nous sommes en train aujourd'hui de toucher du doigt, c'est le fait que les conséquences de la transition écologique, environnementale, énergétique ne peuvent pas être traitées comme à part, comme un résultat extérieur au reste du fonctionnement de notre territoire et de notre économie. Il faut les mettre au centre et il faut avoir une vraie stratégie budgétaire concrète pour nos concitoyens qui l'accompagnent.

Au fond, ce que je veux faire comprendre aux Français et notamment à tous ceux qui disent en quelque sorte : « On entend le Président de la République, on entend le Gouvernement. Ils évoquent la fin du monde mais nous on parle de la fin du mois. » C'est que nous allons traiter les deux et que nous devons traiter les deux. Parce qu'en quelque sorte, votre fin du mois difficile aujourd'hui, c'est parce que pendant des années on a considéré que vous n'étiez pas assez importants, en quelque sorte, pour participer à notre réponse collective à la fin du monde. C’est parce que pendant des années, on s’est collectivement dit ou tacitement dit : « Vous n'êtes pas assez importants pour la société, et donc c'est à vous qu'on va faire acheter les voitures les plus polluantes, les logements les moins bien isolés et vous vous ajusterez. » Ce que vous dites c'est stop, je l'entends, et donc on doit changer de méthode.

J'ai profondément confiance dans notre capacité à relever ce défi parce que notre pays sait toujours se rassembler lorsque l'essentiel est en jeu. Et à nouveau, je crois que les solutions viendront de la base, des acteurs économiques, associatifs et citoyens de nos terrains. L'ambition gouvernementale et budgétaire, elle est là, elle doit être là. Et à l'issue de ces trois mois s'il faut la revoir, je suis prêt à la revoir avec le Premier ministre, mais chacun doit être mis face à une solution réelle pour lui-même.

C'est pour cela que je veux vous confier un mandat clair, d'aller à la rencontre de nos concitoyens sur le terrain pour expliquer les mesures décidées, vérifier et être sûr qu'elles soient accessibles à tous et construire cette stratégie d'ensemble, ces mécanismes d'accompagnement et faire que cette transition soit juste, démocratique, claire.

Enfin pour conclure, je veux ajouter un mot de la crise que nous connaissons comme convenu parce que celle-ci ne se limite pas au prix des carburants. Il faut là-dessus être lucide et honnête. Et je suis déterminé, non seulement à reconnaître, mais à prendre en charge tous les sentiments à mes yeux profonds qui se sont exprimés au cours de cette crise et que j'ai identifiés.

En face de ces sentiments, et même je dirais de ces ressentiments, je ne me déroberai pas. Et ce que je vous demande n'est pas la seule réponse à apporter à ce que nous entendons. Je vous le redis et je serai clair : je n'aurai aucune faiblesse à l'égard de ceux qui manipulent, instrumentalisent ou en quelque sorte cherchent la violence. A ceux-là, la réponse sera claire et nette : l'ordre public et rien que l'ordre public. Parce que c'est la protection aussi que nous devons à nos concitoyens qui vivent dans les quartiers aujourd'hui bousculés par ces manifestations, aux commerçants, aux artisans et aux acteurs économiques qui sont profondément bousculés dans leur quotidien et aussi leur chiffre d'affaires par ce qui est en train de se passer.

Mais il y a dans ce qui s'exprime ou dans le soutien tacite ou explicite dans notre pays à ce mouvement, quelque chose qui vient de plus loin et sans doute de plusieurs décennies. L'idée que je me fais de ma mission m'empêche de me cacher derrière les responsabilités des autres, que ce soient celles des prédécesseurs ou d'autres acteurs, et je renonce ici à chercher toute forme d'excuse. Parce que je crois comprendre très profondément les attentes et les frustrations, cette colère sourde, ces rancunes et ces rancœurs qu'éprouvent les citoyens devant les pouvoirs qu'ils sentent loin d’eux, indifférents et, au fond, devant ce qu'ils sentent être comme des vies empêchées, bloquées.

Bloquées par les taxes, les normes, par une perte de sens de ce qu’est l’aventure collective qu’est une nation et ceci vient de loin. Et je considère que notre devoir, et ça fait partie au premier titre du mien, c'est d'y apporter une réponse. Elle ne se fait pas en un coup et ceux qui pensent que c'est une mesure où un discours qui le résout se trompent. Je n'y crois pas et c'est impossible. Mais au-delà de ce que je vous propose aujourd'hui et de cette méthode et ce travail, je crois profondément que ce qui a été dit doit être entendu plus profondément.

Ça nous dit quelque chose d'abord d'une société qui veut qu'on lui apporte des solutions et plus qu'on lui impose les changements par les normes. C’est un changement profond de notre organisation collective, de l'Etat au premier chef mais de toutes nos structures. Et je le dis ici parce que nous avons tous coproduit depuis des décennies ce monde où les meilleures intentions du monde finissaient par des normes. Vous croyez dans ce que je dis, et c'est vrai des élus de terrain, du Gouvernement, des acteurs économiques et sociaux. Vous croyez dans ce que je dis, faites-moi une loi, un règlement pour le montrer et ce sont de nouvelles normes pour les gens. On a tous fait ça, et ces nouvelles normes appliquées de manière homogène sur le territoire bien souvent créent des blocages, des contraintes, des lourdeurs. Et donc, c'est aussi une conversion mentale de tous les décideurs à laquelle nous devons arriver.

Ensuite ce que dit cette crise, je l'entends, c'est le sens profond du consentement à l'impôt. J'entends partout des gens dire : « Nous, on a trop de taxes, trop d'impôts. Nous ne nous y retrouvons plus, le compte n'y est plus. » Là où je dis qu'il y a beaucoup de démagogie, c'est que si les responsables politiques, syndicaux, sociaux, patronaux ne font pas de la pédagogie, plus personne ne la fera, parce que beaucoup de relais d'opinion intellectuelle ont renoncé à le faire. Mais nos impôts et nos taxes sont face à quelque chose et nous ne pouvons pas demander de manière indifférenciée sur la même affiche ou dans le même slogan : « Baissez les taxes et créez-nous plus de crèches, plus d'écoles plus de droits, plus de services publics. »

Elle est très sympathique cette injonction paradoxale quand on n'a aucune responsabilité. Elle est inadmissible quand elle est soutenue par des gens qui ont des responsabilités, mais elle finit très sincèrement mal. Et donc, il faut faire la pédagogie à nouveau de ce qu'est notre système. Je suis profondément convaincu de ça depuis plusieurs mois, ça fait partie de cette mission qui est collectivement la nôtre, qui est aussi celle de notre génération et qui est sans doute le combat jumeau de la transition écologique que je viens d'évoquer, qui est celui de bâtir un nouveau contrat social du XXIème siècle. Et beaucoup des sujets que vous aurez à travailler durant les trois mois, c'est aussi cela.

Mais ça veut dire qu'on doit expliquer aux gens ce qu'il y a en face de leur argent. Mais si personne n'en fait la pédagogie, les gens, nos concitoyens, nous finissons tous par croire que l'école c'est normal que ce soit gratuit ; l'hôpital c'est normal que ce soit pour beaucoup gratuit et pour d'autres à un coût très réduit ; que quand on arrive en fin de vie, c'est normal que ce soit la collectivité qui paye. Tout ça a un coût, c'est ce qui est payé par les impôts. Et donc, il y a sans doute une forme de remise à plat et une pédagogie à faire à nouveau. Mais j'entends aussi ce que beaucoup de nos concitoyens, en particulier celles et ceux qui travaillent et qui travaillent avec des revenus modestes, nous disent : « Ça ne vaut plus la peine de travailler parce qu’on rentre dans une case où on est trop riche pour toucher des aides et pas assez pour vraiment être libre. »

Et ces vies empêchées de celles et ceux qui travaillent chaque jour dur mais qui ne gagnent pas assez pour pouvoir vivre bien, ou de celles et ceux qui ont travaillé dur et qui ont une retraite modeste, on doit pouvoir y apporter une réponse. Ça n'est pas ce que je vous demande dans les trois mois, je vous rassure, mais je considère que c'est au cœur de la réponse qu'il me revient d'apporter dans les prochains mois. Une partie de ce qui a été fait par le Gouvernement y répond et je considère que la stratégie du Gouvernement depuis un an et demi est la bonne et correspond à ce constat.

Quand on baisse les cotisations sociales salariales compensées par une hausse de la CSG, mais que tous les travailleurs gagnent plus, ça va dans ce sens. Mais ce que nous disent nos concitoyens, c'est que ça ne va pas assez vite. Quand on commence à baisser la taxe d'habitation, c'est avant tout pour les classes moyennes et populaires. Mais ce que nos concitoyens nous disent, c’est : « Ça ne va pas assez vite », parce qu'à côté de ça, il y a des taxes qui augmentent et le coût de la vie augmente.

Quand on prend des mesures pour l'éducation en particulier des foyers les plus modestes et les classes moyennes partout sur le territoire, ça va dans le bon sens, mais ça ne va pas assez vite. Et donc, ce qu'il va nous falloir apprécier dans les prochains mois, c'est d'une part comment nous pouvons en profondeur regarder à accélérer, intensifier ce projet pour répondre à l'impatience légitime de celles et ceux qui travaillent dur où ont travaillé dur. Et donc il faut sans doute procéder à des changements profonds. Ça nous impose de renouveler nos méthodes de travail et l'organisation de l'Etat et aussi de la dépense publique, donc de tous les acteurs de la dépense publique, pour faire mieux et plus de services avec moins, et donc ouvrir sans doute un nouveau chapitre de notre réforme collective. Tout ça pour vous dire que la réponse d'aujourd'hui n'est pas la dernière, mais que sur chacun de ces sujets, nous avons à bâtir un nouveau contrat social mais aussi une autre efficacité en quelque sorte de l'action publique collective pour rebâtir la confiance dans la nation.

J'aurai donc à prendre sur ce sujet des initiatives fortes dans les temps à venir et, là aussi, je consulterai chacun et je réexpliquais une méthode. Mais les problèmes qui se posent aujourd'hui à la France ne se posent pas d'aujourd'hui, ils se posent de très longtemps. Et cette France qui a peur des changements, parce que c'est une France à qui on a demandé beaucoup, on ne peut pas considérer que les changements à venir, on les fera malgré elle ou sans elle. Et donc, il y a ce que je vous demande avec le Gouvernement de faire sur la transition environnementale, mais il y a aussi les choix que nous aurons à faire plus largement pour rebâtir ce contrat social du siècle nouveau, mais rebâtir aussi une plus grande efficacité de l'action publique et réussir à avoir un meilleur service public, à avoir une meilleure réponse à leurs aspirations en dépensant moins et donc en pouvant plus rapidement baisser leurs impôts et leurs taxes.

Et vous savez, et je finirai là-dessus, je crois qu'au fond ce que nous sommes en train de vivre peut-être utile et favorable. Parce qu'il y a trop de problèmes de frustration, de non-dits qui traînent depuis plusieurs décennies. Au sens propre, ces questions qui aujourd'hui remontent à la surface, elles n'ont jamais été vraiment traitées et elles empoisonnent la vie de la Nation et il faut évacuer ces poisons. Il faut le faire sans rien abandonner de la vérité du pays, de la vérité du monde qui nous entoure, de nos responsabilités. Parce qu'à un moment, il faut faire des choix et on ne pourra pas promettre ou s'engager sur tout et son contraire, mais il faut pouvoir traiter ce sujet.

Aucun des problèmes que nous avons à traiter n'est un problème d'expert. Ils sont tous sans exception des problèmes de citoyens conscients et responsables et des problèmes de décideurs publics que nous sommes. Et mon sentiment profond va même plus loin : c'est que ces problèmes, toutes les démocraties contemporaines ont à les affronter. Toutes, mais elles les expriment différemment. Le Brexit d'il y a bientôt deux ans en Grande-Bretagne, c'est le même sujet. Ce sont des citoyens britanniques qui disent juste : « Le monde que vous nous proposez, il n’est plus pour nous. On ne s'y retrouve pas. Nous qui travaillons dur, on n’a plus de perspectives, on ne peut plus construire de projets pour nos enfants, on vit moins bien et il est fait pour la City, plus pour nous. » Et ils font un choix clair, démocratique. Toutes les sociétés démocratiques contemporaines ont ce défi que nous avons devant nous.

Je pense que la réaction profonde de notre pays, ce que je ressens avec vous monter de la nation, il dit cette part de vérité française. Et nous, nous avons une chance, c'est que je crois qu’on a la capacité collective d'y faire face si on décide maintenant ensemble de s'affronter à ces sujets, de se retrousser les manches, de dire : « Il n’y a pas de solution miracle mais on peut construire des solutions honnêtes et ambitieuses. » Cette transition écologique qui vous fait peur, on peut la relever parce qu'on a les meilleurs acteurs au monde pour le faire. Quand il faut gérer les villes compliquées, quand il faut gérer l'énergie, les transports dans le reste du monde, on appelle les entreprises françaises donc on peut le faire chez nous parce que nous avons cette exigence démocratique.

Nous avons toujours eu cette innovation démocratique dans notre histoire qui nous a permis de traiter ces sujets. Et donc je suis confiant sur la période qui s'ouvre. Elle sera exigeante pour nous, mais elle impose d'entendre cette colère, cette juste part de colère pour y répondre parce qu'elle vient de loin. Je le ferai de là où je suis avec vous avec beaucoup d'humilité. Je le ferai en ayant deux principes à chaque instant à l'esprit. Le premier, c'est que chaque citoyen est nécessaire. Il n’y a pas de changement qui se fait en méprisant un seul citoyen dans le pays. Il n’y en a pas. Ça suppose en même temps que le respect, la décence commune s’impose partout dans le pays et que ce que je vois aussi monter de perte de la civilité entre nous, on doit y mettre fin. Le condamner, ne jamais le valoriser.

Ma deuxième conviction et mon deuxième principe de base, c'est que notre nation est plus grande que chacun d'entre nous et que beaucoup des choix que nous aurons à décider imposeront l'esprit de responsabilité. Parce que nous sommes liés par une histoire, une aventure et un avenir qui nous dépasse et qui nous fait plus fort : c'est la France et une partie de notre destin commun, et je crois que c'est aussi une bonne partie de notre destin européen, du projet de refondation que nous avons à y porter.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les quelques convictions que je voulais partager avec vous aujourd'hui. Je crois très profondément que nous pouvons transformer l'expression des oppositions en un élan pour construire l'avenir, que nous pouvons transformer les colères en solution.

Je vous remercie.

Vive la République et vive la France.

Emmanuel Macron, le 27 novembre 2018 à Paris.

Source : www.elysee.fr/
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181127-discours-macron.html

 

Partager cet article

Repost0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).