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6 septembre 2022 2 06 /09 /septembre /2022 05:17

« (…) Pour passer l’hiver, c’est de sauver l’énergie que nous pouvons sauver : c’est la sobriété énergétique. Je veux vraiment insister sur ce point parce que nous avons chacun un rôle à jouer en la matière et il est très important. La meilleure énergie, c’est elle qu’on ne consomme pas. » (Emmanuel Macron, le 5 septembre 2022).



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À l’évidence, nous allons revenir aux années 1970, après le premier puis le second chocs pétroliers, nous allons recommencer à chasser les gaspis ! Emmanuel Macron était trop jeune pour se souvenir de cette période, mais l’étonnant, c’est qu’on ne soit pas resté à garder cette sobriété énergétique. Rappelons-nous aussi que dans les années 1980, on disait que si le super était à 10 francs le litre, il y aurait une révolution ; le prix montait surtout à cause de la chute du franc par rapport au dollar, ce que subit aujourd’hui l’euro de manière historique. La réduction de l’inflation, le retour à des jours meilleurs pour le prix du pétrole, l’absence de problème de fourniture ou de livraison, et même mieux depuis une dizaine d’années, l’apparition du gaz de schiste américain qui vont conduire les États-Unis à l’autosuffisance énergétique, tout cela, malgré quelques chocs pétroliers d’origine géopolitique (les nombreuses crises politiques au Moyen-Orient), on a pensé qu’on aurait toujours autant d’énergie que voulu.

La situation est étrange car il y a la convergence de plusieurs phénomènes dont la résultante va dans le même sens : consommer moins et consommer mieux. La crise de l’énergie depuis un an n’a pas eu pour cause la guerre en Ukraine mais le redressement économique mondial après un an de pandémie de covid-19, ce qui a provoqué une très forte demande mondiale. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a rappelé l’importance stratégique de la souveraineté énergétique, et ce qui est étonnant, c’est que la crise du covid-19 avait déjà conclu à ce besoin de souveraineté industrielle dans d’autres secteurs (médicaments, alimentation, etc.).

Les enjeux sont à la fois à court, moyen et long termes. Long terme, c’est la transition écologique, pour réagir face au changement climatique dont on voit les effets étés après étés. Pour cela, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre, donc, il faudrait réduire la consommation d’énergie fossile. Le court terme est beaucoup plus inquiétant, c’est : pourrons-nous passer l’hiver ? En d’autres termes, aurons-nous toute l’énergie nécessaire pour nous chauffer pendant cet hiver, et cela dépendra aussi de la chance (hiver plus ou moins rigoureux) et de la géopolitique (Vladimir Poutine coupera-t-il ou non complètement la fourniture de gaz). Enfin, en moyen terme, l’enjeu du prix de l’énergie, catastrophique pour les ménages, enjeu d’équilibre budgétaire pour les finances publiques (soit l’État aide les ménages, soit pas), et enjeu de lutte efficace contre les spéculations sur l’énergie (réelles et massives).

Sur le plan énergétique, globalement et sur du long terme, la France a fait le bon choix dès le début des années 1970 en construisant un parc de centrales nucléaires qui assure l’indépendance de la France. Au contraire, pour des raisons électoralistes, le choix de l’ancienne Chancelière allemande Angela Merkel d’arrêter toute énergie nucléaire et de dépendre complètement du gaz russe met aujourd’hui l’Allemagne dans de plus sales draps que la France.

C’était la raison de cette (courte) conférence de presse du Président de la République (seulement trois quarts d’heure, réponses aux questions comprises), faire le point sur la situation énergétique en France et en Europe, et cela quelques minutes après une visioconférence avec le Chancelier allemand Olaf Scholz. Ils ont convenu qu’au-delà des solidarités européennes qu’ils comptent mettre en place (notamment des achats groupés de gaz comme l’Europe l’avait fait pour les vaccins contre le covid-19), il y aurait une solidarité franco-allemande dans le domaine de l’énergie.

Emmanuel Macron a annoncé que l’aide mutuelle entre l’Allemagne et la France serait la suivante : la France pourra aider l’Allemagne en gaz tandis que l’Allemagne pourra aider la France en électricité. Pourquoi en électricité ? Parce que la France risque d’en manquer cet hiver, malgré son parc nucléaire, pour une raison très circonstancielle mais qui arrive très mal : environ la moitié des réacteurs ne sont actuellement pas en service pour cause de maintenance. Les décisions et leurs applications prennent beaucoup de temps et la crise de l’énergie n’était pas en vue quand cette stratégie de maintenance a été adoptée.

À cet égard, Emmanuel Macron s’est emporté sur les incompréhensions concernant la centrale nucléaire de Fessenheim : il n’était pas question de la rouvrir parce que la décision a été prise il y a bien trop longtemps, et cela faisait déjà cinq ans qu’il n’y avait plus un seul investissement dans la maintenance des équipements. Remettre en marche Fessenheim aurait mis en danger la sécurité des réacteurs (indépendamment de leur ancienneté).

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Le Président Macron a rappelé l’enjeu stratégique et les progrès déjà accomplis : « Début 2022 (…), 25% de toute l’énergie de l’Union Européenne était du gaz et 50% de ce gaz venait de la Russie. (…) Nous [la France] avons surtout, dans la période, accéléré cette diversification en allant chercher d’autres fournisseurs de gaz, ce qui a permis en quelques mois de passer de 50% que j’évoquais de gaz russe,  9% aujourd’hui dans notre mix. ».

À court terme, la France est en train de remplir ses stocks de gaz pour l’hiver, actuellement remplis à 93% de leur capacité maximale, en sachant bien sûr que 100% ne correspond pas au besoin énergétique de l’hiver (cela correspondrait à environ un tiers, il me semble).

Le plan se tient en trois points. Électrifier nos usages, aller vers plus de renouvelables et de nucléaire, s’engager dans la sobriété énergétique : « Ces trois piliers (…) fondent à la fois la stratégie européenne et la stratégie française. ».

Le premier point est un véritable changement de société, de comportement, de technologies (comme le troisième point). Électrifier nos pratiques, c’est surtout se focaliser sur les véhicules électriques (fin du moteur thermique), sur la rénovation thermique des bâtiments (nouvelles normes pour le neuf, mais surtout, fin des passoires thermiques pour l’ancien, et cela, c’est très difficile à faire car très coûteux), enfin, faire de l’hydrogène une énergie clef pour le transport de l’énergie. C’est du moyen et long termes.

Le deuxième point a été abordé à Belfort lors d’un discours le 9 février 2022, où le Président de la République a relancé le programme nucléaire français (sur conseil entre autres du Haut-commissaire au Plan, François Bayrou, qui l’avait proposé il y a dix-huit mois). C’est du long terme, faire un mix énergétique nucléaire & renouvelables.

Le troisième point, c’est important car tout le monde est concerné et cela a un impact immédiat, c’est la sobriété énergétique. L’expression est maintenant très utilisée. Emmanuel Macron ne souhaite pas s’aventurer comme d’autres pays européens (Allemagne, Espagne, etc.) en imposant des critères de sobriété (limitation de l’eau chaude, de la température de chauffage, etc.), ce qui serait très étatique et très intrusif, invasif dans la vie privée des personnes. Il veut faire surtout des recommandations et que chacun prenne ses responsabilités : d’une part, pour ne pas épuiser tout le stock de l’hiver ; d’autre part, pour réduire l’empreinte carbone et aller vers la transition écologique. Il a indiqué le nom d’un site gouvernemental qui met toute la transparence sur l’état de l’énergie au jour le jour (https://www.monecowatt.fr/ecogestes/) et qui renseigne sur les petits gestes quotidiens pour chassez le gaspi.

L'objectif présidentiel est donc de convaincre et pas de contraindre : « Notre objectif, c’est, par ce biais-là, d’économiser environ 10% de ce qu’on consomme habituellement. C’est faisable par une série de gestes simples, en étant d’abord dans une logique volontariste, si je puis dire, et pas coercitive, en appelant à la responsabilité de chacun et en partageant toutes les informations qui sont les nôtres. On est déjà en train d’économiser de l’énergie par rapport à nos comportements habituels parce qu’elle coûte un peu plus cher, il faut bien le dire, et parce que tout le monde est en train d’intégrer cette nécessité. (…) Si on fait ces petits efforts collectifs, alors assez spontanément, le pays pourra atteindre ses objectifs de sobriété. ». Et si ça ne suivait pas, on passerait à « un plan de sobriété renforcée, voire de rationnement », ce qui « nous protégera in fine des coupures ».

Enfin, au-delà des solidarités européennes, Emmanuel Macron souhaite réformer complètement le marché européen de l’électricité, notamment sur la détermination du prix du kWh : « Aujourd’hui, le prix de l’électricité sur le marché européen est beaucoup trop dépendant des contributions marginales, et en particulier celles du gaz, en particulier en moments de pic. Ce qui, pour des pays comme le nôtre et certains autres, est aberrant et fait que vous avez un prix d’électricité qui est déconnecté de la réalité des coûts de production. C’est ce qui fait d’ailleurs que vous avez certains opérateurs qui, du coup, font des bénéfices excessifs. (…) Donc, il faut pouvoir le réformer. ».

On pourra toujours critiquer Emmanuel Macron, l’opposition a les postures politiciennes qu’elle peut, mais il faut reconnaître qu’il affronte avec courage les problèmes très complexes de notre époque impossible avec une force volontariste hors du commun, en posant un diagnostic, en apportant une vision, en fixant des objectifs, en déployant des moyens et en définissant un calendrier. Comme un chef d’entreprise. Pas sûr que dans l’état actuel de la classe politique, d’autres personnalités politiques françaises soient capables d’en faire autant avec la même efficacité dans les actions et la même clarté dans la communication, deux conditions pour retrouver la confiance des citoyens.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 septembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le point chaud de la rentrée d’Emmanuel Macron : l’énergie.
Conférence de presse du Président Emmanuel Macron le 5 septembre 2022 sur l’énergie.
28 juillet 2022 : jour du dépassement de la Terre.
Le Conseil national de la refondation (CNR).
Le feu sacré d’Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron à Pithiviers.
Pas de session extraordinaire en septembre 2022.
Jacques Attali et Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron persiste et signe !

_yartiMacron2022090503




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220905-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/le-point-chaud-de-la-rentree-d-243642

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/09/06/39620576.html












 

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5 septembre 2022 1 05 /09 /septembre /2022 18:44

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220905-macron.html









Conférence de presse du Président Emmanuel Macron le 5 septembre 2022 sur l’énergie au Palais de l'Élysée


CONFÉRENCE DE PRESSE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE SUR LA SITUATION ÉNERGÉTIQUE EN EUROPE


Bonjour. Merci pour votre patience.

Je souhaitais, en effet, faire un point rapide sur la situation énergétique et économique pour notre pays et pour l’Europe dans le contexte que nous connaissons, après avoir tenu un Conseil de défense et de sécurité nationale sur, justement, l’énergie, et après des coordinations intenses ces derniers jours, à la fois avec la Commission européenne et avec l’Allemagne ; j’étais à l’instant avec le Chancelier SCHOLZ sur ce sujet.

En effet, depuis plusieurs mois, notre pays et notre continent ont été soumis d’abord à une hausse des prix de l’énergie qui a été largement conduite par une reprise de l’activité post-Covid très intense, situation qui a été ensuite aggravée par la guerre lancée par la Russie en Ukraine et ce compte tenu de ce que représente la Russie sur le marché des énergies fossiles, qu'il s'agisse du gaz comme du pétrole. Début 2022, je vais ici rappeler la situation, 25 % de toute l'énergie de l'Union européenne était du gaz et 50 % de ce gaz venait de la Russie. C'est la situation dont nous partons. Et donc, très clairement, cette situation macroéconomique qui existe à partir de la fin de l'année 2021, puis le déclenchement de la guerre, ont fait peser sur notre Europe une situation inédite, où ce qui paraissait jusqu'alors être des évidences, c'est-à-dire que nous ne manquerions pas de ces ressources fossiles et que nous pourrions mener notre transition climatique au rythme où nous l'avions décidé, a été remis en cause. Et donc, nous avons aujourd'hui un objectif qui est d'abord de sécuriser la fourniture de gaz et, le plus vite possible, d'accélérer notre transition pour pouvoir nous en passer et évidemment, dans ce contexte et dans cet entre-temps, de maîtriser les prix et l'inflation qui en découle. Je le dis dans un contexte où en un an de temps, les prix du gaz ont été multipliés, sur le marché, par cinq ou six et les prix de l'électricité ont atteint des niveaux qu'ils n'avaient jamais connus, avec des phénomènes spéculatifs extrêmement importants.

Dès le début de la guerre, nous avons réagi en Européens. La France avait alors la présidence du Conseil. C'est l'agenda de Versailles, dès le mois de mars 2022, qui a acté qu'il nous fallait au plus vite sortir de la dépendance au charbon, au pétrole et au gaz russes, avec une stratégie qui consiste à confirmer et accélérer notre agenda climatique. L'agenda, qu'on appelle en bon français « Fit for 55 », est cet agenda que nous avons porté durant la Présidence française, en passant de nombreux textes. C'est celui qui nous permet d'accélérer la sortie des énergies fossiles. Il prendra néanmoins, nous le savons, plusieurs années, mais la situation actuelle le confirme et le conforte, c'est-à-dire que c'est un agenda par lequel nous allons électrifier nos usages, aller vers plus de renouvelables, de nucléaire, de sobriété énergétique ; ces trois piliers qui fondent à la fois la stratégie européenne et la stratégie française.

Le deuxième pilier est celui que j'évoquais : c'est d'accélérer les économies d'énergies, je vais y revenir, qui lui, en plus de l'efficacité, est à court terme.

Le troisième pilier, de contingences, a consisté dès le mois de mars à décider de diversifier nos sources d’énergie, y compris fossiles, pour faire face à ce risque géopolitique. Cette diversification a produit ses effets mais avec des choix qui ont été faits dans certains pays de rouvrir des centrales à charbon, avec les licences que nous nous sommes accordées de maintenir certaines centrales thermiques que nous voulions fermer en France — et c'est ce que nous avons permis par la loi —, avec l'ouverture de nouveaux terminaux gaziers — plusieurs en Allemagne qui sont en train d’être finalisés le seront — et, à moyen terme en France, un terminal au Havre qui nous permettra de recevoir plus de gaz liquéfié. Nous avons surtout, dans la période, accéléré cette diversification en allant chercher d'autres fournisseurs de gaz, ce qui a permis en quelques mois de passer de 50 % que j'évoquais de gaz russe, à 9 % aujourd'hui dans notre mix. Et puis, à côté de ça, de manière plus structurelle évidemment, nous diversifions nos sources de production pour aller vers plus de renouvelables et de nucléaire, ce qui, dans notre mix, est plus cohérent pour sortir de cette dépendance.

Maintenant, au moment où nous nous parlons, nous avons, à court terme, deux enjeux. Je pense à la question que se posent beaucoup de nos compatriotes : comment être sûr qu'il n'y a pas de coupure et comment être sûr qu'on maîtrisera au mieux les prix ? En effet, à court terme, notre volonté est de faire face, évidemment, aux prochains mois et en particulier aux mois d'hiver, et nous nous sommes préparés — c’est ce que j'ai demandé au Gouvernement, ce qu'ont fait l'ensemble des services — à un scénario d'un hiver froid et à un scénario dans lequel il y aurait une coupure complète du gaz russe. C'est celui, je dirais, dont les hypothèses de départ seraient les plus adverses, avec un objectif qui est le nôtre, qui est de n'avoir aucune coupure de gaz et d’électricité et de préserver notre activité économique pour ne pas rentrer dans une crise économique.

Pour faire face à cela, nous avons d'ores et déjà pris toutes les mesures que j'évoquais : diversifier et nous protéger. Le premier élément, c'était stocker. Stocker le gaz, puisqu’il peut se stocker pour, à la fois, être consommé par les ménages ou pouvoir produire de l'électricité. Nous nous étions donnés des objectifs européens et français. L'objectif de 80 % que nous nous étions donnés en Européens est en train d'être atteint. A cet égard, l'Europe est en avance de quelques semaines sur les objectifs qu'elle s'était donnés, ce qui a montré une mobilisation de tous les pays. En France, nous sommes autour de 92-93 % de stockage par rapport à nos capacités. Là aussi, nous sommes en avance sur les objectifs que nous nous étions donnés, ce qui veut dire qu'on a tous réussi à se mobiliser, à consommer un peu moins que prévu durant les dernières semaines et surtout, à mobiliser des capacités pour stocker et préparer l'hiver.

Le deuxième élément clé de cette stratégie pour passer l'hiver, c'est de sauver l'énergie que nous pouvons sauver : c'est la sobriété énergétique. Je veux vraiment insister sur ce point parce que nous avons chacun un rôle à jouer en la matière et il est très important. La meilleure énergie, c'est celle qu'on ne consomme pas. Et donc, à cet égard, le Gouvernement a élaboré une première série de mesures. Il en a préparé une série d’autres et nous avons — je vais être simple, la Première ministre et les ministres entreront dans les prochains jours et les prochaines semaines dans le détail. Mais notre objectif, c’est, par ce biais-là, d’économiser environ 10% de ce qu’on consomme habituellement. C’est faisable par une série de gestes simples, en étant d’abord dans une logique volontariste, si je puis dire, et pas coercitive, en appelant à la responsabilité de chacun et en partageant toutes les informations qui sont les nôtres. On est déjà en train d’économiser de l’énergie par rapport à nos comportements habituels parce qu’elle coûte un peu plus cher, il faut bien le dire, et parce que tout le monde est en train d’intégrer cette nécessité. Mais si nous nous mobilisons, et c’est bien un plan de mobilisation active auquel j’appelle, nous pouvons atteindre cet objectif de 10% dans les consommations publiques, dans les bâtiments tertiaires, chez les ménages et évidemment dans tous les secteurs d’activité. Le Gouvernement va décliner, secteur par secteur, ce plan, mais chacun d’entre vous a son rôle à jouer. Une bonne partie de cet effort, c’est de baisser un peu la clim’ quand il fait chaud, ce qui est plutôt le cas en ce moment, et c’est d’essayer de se caler sur une référence de chauffage dès qu’il commencera à faire froid, autour de 19 degrés dans la pièce pour maintenir la température ambiante. Si on fait ces petits efforts collectifs, alors assez spontanément, le pays pourra atteindre ses objectifs de sobriété. Le Gouvernement donc va décliner cet objectif. Pour moi, ce plan de sobriété, c’est ce qui doit nous éviter d’aller vers quelque chose de plus coercitif et qui serait, à ce moment-là, un plan de sobriété renforcée, voire de rationnement, et qui, évidemment, nous protégera in fine des coupures.

Donc, vous le voyez, en quelques sortes, c’est par gradation. Le premier étage de la mobilisation générale, c’est la sobriété volontaire. Et pour cela, il va y avoir une déclinaison secteur par secteur, un travail de communication du Gouvernement, et puis on va essayer aussi que chaque personne, que chacun de nos compatriotes ait des outils. D’ores et déjà, j’invite chacun à regarder Ecowatt, où vous avez de manière très concrète la situation énergétique du pays, des conseils pour des gestes concrets et qui nous permet chacun d’être, en quelques sortes, mobilisé. Donc vous voyez, pour faire face à ces difficultés de court terme, il y a le stockage ; il y a ensuite sauver l’énergie et ce plan de sobriété, en jouant sur la responsabilité de chacun là où il est, des particuliers comme des secteurs économiques, du secteur tertiaire et des administrations publiques.

Et puis, le troisième levier, c’est la solidarité européenne. Je veux insister sur ce point parce que, à court terme, nous l’avons beaucoup travaillé, en particulier en franco-allemand et je veux ici vous dire la coordination et la solidarité franco-allemande qui va s’établir sur ce sujet, sur laquelle nous travaillons depuis le début de la crise. Si je devais simplifier les choses, l’Allemagne a besoin de notre gaz et nous, nous avons besoin de l’électricité produite dans le reste de l’Europe et en particulier en Allemagne. Cela n’a rien avoir avec le conflit en Russie, mais c’est lié à un phénomène conjoncturel qui est que, aujourd’hui, le parc nucléaire installé en France est face à des défis techniques qui ont conduit le superviseur de l’Autorité de sûreté nucléaire à demander des travaux à EDF. Ce qui fait que nous avons plus de centrales que prévu qui sont en maintenance. Ça vient s'ajouter à la problématique que je viens d'expliquer, ce qui fait qu'on produit moins d'électricité en franco-français que prévu et on a besoin de la solidarité européenne. Et donc, au fond, nous allons contribuer à la solidarité européenne en matière de gaz et bénéficier de la solidarité européenne en matière d'électricité dans les semaines et les mois qui viennent. Ça va se traduire en franco-allemand de manière très concrète : nous allons finaliser, dans les prochaines semaines, les connexions gazières nécessaires pour pouvoir livrer du gaz à l'Allemagne s'il y avait un besoin de solidarité, et à chaque fois qu'il y en aura besoin. D'ores et déjà aujourd'hui, pour la première fois depuis très longtemps, la France est exportatrice de gaz vers l'Est de l'Europe. Nous allons renforcer cela, et nous mettre en situation d'être solidaires sur le plan gazier avec l'Allemagne si l'hiver est difficile et que l'Allemagne en a besoin. Les travaux ont été actés lors du conseil de vendredi. Ils se feront dans les prochaines semaines et ils sont prêts pour l'hiver.

De la même manière, l'Allemagne s'est engagée à une solidarité électrique à l'égard de la France, et donc se mettra en situation de produire davantage d'électricité, et surtout nous apporter dans les situations de pics, sa solidarité électrique en la matière. Cette solidarité franco-allemande, c'est l'engagement que nous avons pris avec le Chancelier SCHOLZ, c'est celle que nous tiendrons dans les prochains mois, et qui s'inscrit plus largement dans une solidarité européenne qui a été structurée par les communications de la Commission européenne dès le début de l'été, qui a appelé à de la solidarité entre les pays et à un plan de sobriété partout en Europe, tel que je viens de le décliner. Ça, c'est pour passer l'hiver. Si nous faisons ce que je viens de dire, et que nous nous mettons en situation, notre vision est que nous pouvons regarder sereinement les choses. Et donc, en quelques sortes, les solutions sont d'ores et déjà aujourd'hui dans nos mains si nous savons être au rendez-vous de la sobriété et de la solidarité.

Ensuite, il y a la question des prix, évidemment, qui préoccupe beaucoup nos compatriotes. Sur ce sujet, les mesures sont d'abord nationales, et ce sont des mesures, en quelques sortes, de correction. La France les a pris, parmi les premiers pays, dès octobre-novembre 2021. Nous avons mis en place des séries de boucliers, face, en particulier, à l'envolée des prix de l'électricité et du gaz. Nous avons aussi pris des dispositions par rapport au prix de l'essence qui se sont accrues des dernières contributions que nous avons obtenues ces dernières semaines, avec des effets concrets à la pompe ces jours-ci. En quelques sorte, nous avons évité une hausse d'environ 50 % à 70 % des prix du gaz et d'électricité pour nos compatriotes. Ce qui fait que la France est l'un des pays qui a le plus protégé les ménages et les petites et moyennes entreprises en Europe. Beaucoup de pays sont en train, aujourd'hui, de rejoindre nos mesures, et c'est d'ailleurs le sens du plan qui a été annoncé hier par le Gouvernement allemand, qui rejoint la logique de beaucoup de nos dispositifs.

Tout ça fait qu'aujourd'hui, la France est parmi les pays qui ont les taux d'inflation les plus faibles en Europe, parmi les taux les plus faibles de la zone euro, et qu'aujourd'hui nous avons au maximum protégé les ménages et les entreprises sur ce sujet.  Néanmoins, nous le savons, dans les prochains mois, il nous faudra encore mieux cibler et avoir une réponse plus structurelle pour aider plutôt à la rénovation thermique et à l'électrification des pratiques et cibler nos réponses pour accompagner les ménages.

Ceci doit s'accompagner de mesures européennes. La Commission est en train de préparer le travail - j'ai eu l'occasion d'avoir plusieurs échanges avec la présidente de la Commission – et au fond, nous avons un travail depuis plusieurs mois en la matière. Je veux ici dire en tout cas la position de la France quant aux grands axes qui semblent se dessiner. D'abord, nous sommes favorables à des pratiques d'achats communs du gaz. Ceci permettrait à l'Europe, en achetant groupés d'acheter moins cher. Donc, nous continuerons d'agir, et je crois pouvoir dire que le Chancelier SCHOLZ partage cette vision, nous en avons parlé à un instant, d’agir concrètement en fonction de ce que nous avons acté au niveau européen.

La deuxième chose, si la Commission venait à décider de mettre un plafond au prix du gaz acheté à travers les gazoducs à la Russie, la France soutiendrait une telle mesure. Il me paraît de nature à être cohérente avec notre politique de sanctions et à réduire ces prix.

La troisième chose, c'est que nous défendons un mécanisme de contribution européenne qui serait demandé donc aux opérateurs énergétiques pour ceux dont les coûts de production sont très inférieurs au prix de vente sur le marché. Il y a en effet des bénéfices indus qui sont faits par des opérateurs de marché aujourd'hui, et la bonne approche c'est qu'une contribution leur soit demandée au niveau européen. Cette contribution pourrait ensuite être reversée aux Etats membres pour financer leurs mesures nationales ciblées. C'est l'approche que nous soutenons et c'est l'approche que la France et l'Allemagne soutiennent. Elle est la plus cohérente pour éviter les distorsions entre pays européens. Elle est la plus juste et elle serait la plus efficace. Si une telle approche ne pouvait aboutir au niveau européen, alors nous serions obligés de la regarder au niveau national. D'ores et déjà, c'est ce que nous avons fait avec certains opérateurs ces derniers mois, comme vous avez pu le remarquer. Il y a en tout cas là aussi une convergence franco-allemande pour défendre un tel mécanisme de contribution européenne si la Commission le proposait dans les prochains jours.

Enfin, pour réduire la volatilité des prix, il nous paraît indispensable d'avoir des mesures de lutte contre les pratiques spéculatives qui permettraient de mieux encadrer les pratiques d'appels de marges et de couverture sur les marchés qui ont conduit à l'envolée des prix et à la démultiplication, en quelque sorte, des effets réels sur les marchés par certains opérateurs. Nous souhaitons là-dessus avoir au moins un accord franco-allemand, nous avons pris l'engagement tout à l'heure avec le Chancelier SCHOLZ, et notre souhait est qu'il puisse y avoir des mécanismes de contrôle de ces opérations spéculatives au niveau européen.

Ça, c'est pour le volet prix à court terme. Et donc, je souhaite que la Commission puisse parachever son travail dans les tout prochains jours, et je veux ici redire tout le soutien de la France au travail de la Commission européenne depuis le début de la crise et sur ces mesures.

A moyen terme, ça veut dire dans les prochains mois, il nous faut continuer à avancer à marche forcée, d'abord pour produire davantage et produire davantage de sources alternatives d'énergie et tout particulièrement d'électricité, en France et en Europe. C'est pourquoi j'ai demandé au gouvernement de parachever des textes législatifs pour permettre d'accélérer nos projets de production d'énergies renouvelables et de nucléaire. Aujourd'hui, nos rythmes, quant aux travaux pour permettre les capacités de production en renouvelable ou en nucléaire montrent que nos projets sont trop lents. Je serai dès que possible à Saint-Nazaire pour inaugurer le champ d'éoliennes en mer, ce que je devais faire aujourd'hui mais que le temps n'a pas permis, ce qui me permet d'avoir le privilège d'être devant vous et ce qui m'a permis d'échanger avec mon homologue allemand. Mais imaginez que ce projet a été lancé par mon anté-prédécesseur. Donc, face au défi qui est le nôtre aujourd'hui, on doit aller beaucoup plus vite dans la production de ces énergies renouvelables, et donc simplifier les choses drastiquement. Nous sommes en guerre, c'est un état de fait. L'énergie fait partie des instruments de guerre utilisés par la Russie, et donc nous devons absolument nous mettre en situation de produire plus vite des sources alternatives d'électricité.

Le deuxième point, c'est d'accélérer l'électrification de nos pratiques et donc d'aller beaucoup plus vite sur la rénovation thermique des bâtiments, sur la conversion du parc automobile et sur l'installation comme modèle, aussi clé, de transport d'énergie de l'hydrogène au niveau européen.

Puis le troisième élément à moyen terme, c'est de réformer le marché de l'électricité. Aujourd'hui, vous le savez, ce marché au niveau européen a deux défauts, et je souhaite que, en franco-allemand, nous puissions y travailler. Il y a maintenant un accord franco-allemand sur ce sujet et nous avons une vraie convergence de vue avec l'Italie aussi.

D'abord, nous devons parachever le réseau européen électrique et multiplier les connexions électriques européennes pour que l'électricité puisse circuler de la manière la plus efficace et rapide entre les pays.

Ensuite, le prix sur ce marché européen de l'électricité doit être formé de manière beaucoup plus cohérente et en lien avec les coûts de production. Aujourd'hui, le prix de l'électricité sur le marché européen est beaucoup trop dépendant des contributions marginales, et en particulier celles du gaz, en particulier en moments de pic. Ce qui pour des pays comme le nôtre et certains autres, est aberrant et fait que vous avez un prix d'électricité qui est déconnecté de la réalité des coûts de production. C'est ce qui fait d'ailleurs que vous avez certains opérateurs qui, du coup, font des bénéfices excessifs. Ce que la Commission européenne, je l'espère, s'apprête à corriger à court terme. Donc à moyen terme, il ne faut pas que le marché européen ait en quelque sorte cette distorsion, et donc il faut pouvoir le réformer. Voilà donc les trois grands axes à moyen terme sur lesquels nous voulons avancer.

Voilà les quelques mots que je souhaitais donner, en quelque sorte les axes que je souhaitais dresser pour vous expliquer quelle est la stratégie à la fois française et européenne en la matière. Tout cela va donner lieu à la déclinaison d'une stratégie que la Première ministre et les ministres compétents vont expliquer. D'abord sur le plan de sobriété qui donnera lieu donc à une présentation et surtout un échange avec l'ensemble des branches économiques, puis donnera lieu à des engagements successifs. Puis, en parallèle de ça, évidemment, la Première ministre aura aussi à lancer des exercices structurants pour le pays : la stratégie nationale bas carbone, la programmation pluriannuelle de l'énergie, qui seront dès cet automne lancés pour pouvoir déboucher sur des exercices législatifs fin d'année, début d'année prochaine. Nous aurons l'occasion d'y revenir de manière claire. Tout ça aussi au niveau européen donnera lieu à des travaux de la Commission dans les prochains jours, qui seront explicités dans le cadre du collège de la Commission. Et évidemment, tout ça sera travaillé lors du prochain Conseil européen à Prague et nous permettra d'avancer là aussi en Européens. Voilà les quelques mots que je voulais dire avant de répondre à vos questions.
 
Emmanuel Macron, le 5 septembre 2022 à Paris.


Source : www.elysee.fr/
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20220905-discours-macron-energie.html



 

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28 juillet 2022 4 28 /07 /juillet /2022 05:02

« Le jour du dépassement mondial, c’est aujourd’hui. Le jour du dépassement pour la France, c’est le 5 mai. Et il ne faudrait pas qu’en communiquant sur le 28 juillet, on se dise : on a finalement que 156 jours de dépassement. Si on vivait tous comme des Français, à l’échelle mondiale, le jour du dépassement serait le 5 mai, je le redis, et il nous faudrait 2,9 planètes. » (Christophe Béchu, le 28 juillet 2022 sur LCI).




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Ce jeudi 28 juillet 2022 est le jour du dépassement de la Terre. C’est un jour de l’année calculé par une ONG américaine, le Global Footprint Network, à partir duquel on a fini de consommer l’ensemble des ressources que la planète est capable de regénérer pendant une année. En quelque sorte, en tant que rentiers de la planète, c’est le jour de l’année à partir duquel on ne vit plus des intérêts (ou des dividendes) mais carrément du capital (qui se réduit donc).

On pourra toujours discuter de la manière de calculer cette date, c’est le rapport entre la biocapacité (capacité de production biologique de la Terre) et l’empreinte écologique de l’humanité. Il y a certainement d’autres méthodes de calcul et, je le répète, ici, tout est discutable dans les détails, mais dans la tendance, cela signifie, et intuitivement, on peut l’imaginer, qu’on dilapide le capital planétaire sans lui permettre de "respirer". C’est une manière de communiquer, on pourrait aussi dire que l’humanité aurait besoin d’environ 1,7 planète comme la Terre pour vivre sans dilapider les ressources naturelles. En d’autres termes, nous, humains, vivons au-dessus de nos moyens. Mais nous le savions déjà.

Notons que cette notion n’a rien à voir avec le bouleversement climatique, enfin, presque rien, puisque la pollution censée engendrer ce bouleversement compte quand même dans la part de dilapidation de la planète. Entre autres effets, les réserves minières en chute libre et la biodiversité en danger.

Ce qui est plus intéressant, car donner cette date de manière brutale n’a pas beaucoup d’intérêt sinon de nourrir l’anxiété déjà bien entretenue des populations sur le devenir de la planète, c’est d’en connaître l’évolution.

La perfection serait que cette date soit le 31 décembre 2022, c’est-à-dire, que pendant toute l’année 2022, l’humanité n’ait dépensé comme ressources planétaires que celles que la planète est capable de reproduire par elle-même, naturellement. Mais le second principe de thermodynamique interdit en fait cette perfection (l’entropie est toujours strictement positive dans la réalité). En 1970, il y a plus de cinquante ans, cette date était le 29 décembre (et en apprenant cela, l’anxiété redouble d’intensité).

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Avec la rationalisation de l’industrie et de l’agriculture, la globalisation des échanges et plus généralement de l’économie, un accroissement de la consommation mondiale (qui, insistons là-dessus, a amélioré les conditions de vie de la plupart des Terriens et qui a fait augmenter leur espérance de vie), cette date n’a jamais cessé (en tendance lourde) de reculer jusqu’à ce 28 juillet 2022. J’indique pour les tendances, car de manière ponctuelle, il peut y avoir quelques exceptions vertueuses, en particulier lors des deux chocs pétroliers (1973 et 1979), la crise financière de 2008 et bien sûr, la crise sanitaire du covid-19 (passage du 29 juillet en 2019 au 22 août en 2020). Les vertus pour les uns (moins de pollution) sont des vices pour les autres (paupérisation, chômage, etc.).

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En 2022, on a eu une toute petite amélioration par rapport à 2021 (30 juillet) en raison de la crise du pétrole et du gaz. Globalement, la plupart des pays savent qu’il faut faire un effort pour préserver la planète, mais cette prise de conscience est rarement suivie d’effets efficaces rapidement. En continuant ainsi, le jour de dépassement serait le 28 juin en 2030.

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Bien entendu, il y a aussi une grande disparité selon les pays. Ainsi, pour prendre deux extrêmes, en 2018, le jour du dépassement était le 9 février pour le Qatar et le 16 décembre pour le Maroc, le 20 décembre pour le Vietnam. On peut aussi, comme je l’ai indiqué plus haut, donner l’information en nombre de Terres qu’il faudrait si toute l’humanité vivait comme le pays donné (il suffit de faire une règle de 3) : pour l’Australie et les États-Unis, il faudrait cinq planètes Terre, tandis que l’Inde ne nécessiterait que 0,6 planète (il n’y aurait donc pas de jour de dépassement). Le problème, c’est que 86% de la population mondiale vit dans des pays qui ont besoin de plus d’une planète. Parmi les pays les plus polluants, on peut citer : la Russie, les États-Unis, le Canada, l’Australie.

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Et la France dans tout cela ? Le jour du dépassement était bien plus tôt que le 28 juillet, le 5 mai 2022 (en 1961, c’était le 30 septembre). Cela signifie qu’il faudrait 2,9 planètes Terre pour pouvoir regénérer les ressources naturelles. Il faut cependant se méfier des chiffres. Si tous les pays se comportaient comme la France, il faudrait certes 2,9 planètes Terre, certes, mais la France n’utilise que 1,8 fois plus que ce que la biocapacité de la France peut lui fournir.

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La France se situe dans la moyenne des pays du même genre, un peu au-dessus du Royaume-Uni, du Japon, de l’Italie et de l’Espagne, un peu en dessous de l’Allemagne, de la Suisse, etc. En 2018, on considérait que la France avait cumulé une dette écologique de 33 ans depuis 1961.

Autre évidence : la France ne représente pas grand-chose par rapport à l’ensemble des autres pays du monde. Par conséquent, si la France seule fait un effort, il n’y aura pas un énorme progrès écologique. C’est donc bien un effort mondial concerté qui est nécessaire, et c’est l’objet des COP.

Depuis 2017, le jour de dépassement s’est stabilisé au 5 mai en France et ne pourrait pas s’améliorer mieux que de quelques jours avec les mesures déjà prises antérieurement. Il faut donc impulser de nouveaux comportements. C’état ainsi l’objet de la présence de Christophe Béchu à la matinale de LCI du 28 juillet 2022.

Christophe Béchu est devenu l’une des figures montantes de la vie politique (il a été longtemps un jeune espoir). Secrétaire général de Horizons, le parti de l’ancien Premier Ministre Édouard Philippe, depuis le 9 octobre 2021, il est depuis le 4 juillet 2022 l’important Ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, succédant à Amélie de Montchalin battue aux dernières législatives, après avoir été nommé Ministre délégué chargé des Collectivités territoriales le 20 mai 2022.

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À 48 ans, Christophe Béchu, avocat de formation, engagé longtemps à l’UMP, est un vieux routier de la vie politique. Conseiller municipal à 21 ans, adjoint et conseiller général à 24 ans, il a été élu à 29 ans le plus jeune président du conseil général (de Maine-et-Loire) de 2004 à 2014. Malgré le soutien de l’ancien maire socialiste Jean Monnier et un accord avec le MoDem, Christophe Béchu a échoué de peu à conquérir la mairie d’Angers en mars 2008 face au maire socialiste sortant. Élu député européen en 2009, conseiller régional des Pays de la Loire de 2010 à 2011, sénateur de 2011 à 2017, il a finalement été élu maire d’Angers en 2014, réélu en 2020, fonction qu’il vient d’abandonner au profit de son ministère. Il a soutenu Alain Juppé à la primaire LR de 2016. S’il n’est pas forcément spécialiste de l’écologie, il connaît parfaitement les problématiques des collectivités territoriales.

Sur LCI, Christophe Béchu s’est montré alarmiste sur le chemin à parcourir, et a affirmé : « Les ONG vous disent : si on prend un certain nombre de mesures fortes, on peut reprendre un mois, à l’échelle de notre pays. ».

Et ces mesures nombreuses, lesquelles sont-elles ? C’est de faire 700 000 rénovations thermiques urbaines par an, c’est de diminuer la part de l’automobile dans les transports, d’augmenter la part des véhicules électriques, augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique, de limiter l’étalement urbain, faire 25% de terres bio, de réduire de moitié l’utilisation des pesticides, de manger moins de viande, etc. : « Quand vous mettez tout ça bout à bout (…), on est capable de gagner trente-cinq jours. ».

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Christophe Béchu a rappelé aussi que l’engagement international de la France, ce n’est pas seulement de limiter le déficit à 3% (engagement européen), mais aussi de suivre la trajectoire carbone qui demande de réduire de 55% en 2050 les émissions de carbone par rapport à 1990 : « Le sujet de ce jour du dépassement, c’est qu’il a une vertu énorme : c’est cette capacité pédagogique à faire prendre conscience aux gens de l’importance des efforts collectifs que nous avons à faire. Ce qui nous manque, aujourd’hui, malgré les décisions qui ont été prises, c’est une cohérence dans une trajectoire qui permette d’expliquer aux Français que les choix que nous faisons, que les réorientations que nous décidons, que les décisions politiques que nous prenons, elles visent à diminuer le réchauffement climatique, à reculer le jour du dépassement et à faire en sorte qu’on puisse préserver une planète qui soit davantage viable. ».

Le ministre a conclu sur la nécessaire unité des Français pour adhérer à ces mesures de salubrité planétaire : « Il faut faire attention à ne pas être dans un discours d’ayatollah dans lequel, au motif qu’on a des enjeux monstrueux autour de la transition écologique, on en finirait par considérer que la fin du monde justifierait de ne pas se préoccuper totalement de la fin du mois. Parce que la vérité, c’est que pour enclencher cette transition écologique (…), il faut que tous les Français soient en capacité aussi d’enclencher cela. (…) Toute la difficulté, c’est comment on accompagne les Français les plus fragiles, les plus modestes pour ne pas avoir des explosions de budget qui provoquent aussi des explosions sociales, sans dévier d’une trajectoire dans laquelle nous devons sortir des énergies fossiles. (…) Plus on opposera les deux, plus on risquera de faire de la transition écologique un champ de bataille dans un pays qui a besoin d’apaisement et qui a besoin d’unité surtout sur ce sujet. (…) Il ne faut pas une écologie d’invectives, il ne faut pas une écologie de slogans, il faut une écologie de solutions et d’actions. C’est la raison pour laquelle je suis là. ».

Ceux qui fustigeaient Christophe Béchu parce que son CV ne comportait aucune action écologique particulière vont pouvoir se rendre compte que, la limitation du cumul des mandats aidant, l’ancien maire d’Angers est totalement à fond dans la réalisation de ses objectifs de transition écologique. Sa charge mentale est à 100% sur ce sujet, et il semble avoir la capacité à convaincre les Français que c’est le meilleur chemin à prendre pour préserver l’avenir. Il restera aussi à convaincre un Parlement un peu éclaté et très pollué par des postures politiciennes.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
28 juillet 2022 : jour du dépassement de la Terre.
Christophe Béchu.
Climatisation : faut-il sanctionner les portes ouvertes ?
Agnès Pannier-Runacher.
Essence : le chèque de 100 euros.
La relance du programme nucléaire.
Heure d’hiver : le dernier changement ?
La preuve par la canicule ?
La COP26.
L’industrie de l’énergie en France.
Le scandale de Volkswagen.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220728-jour-depassement.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/28-juillet-2022-jour-du-242970

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/07/28/39574017.html









 

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27 juillet 2022 3 27 /07 /juillet /2022 05:30

« On va faire un plan de sobriété dans lequel on va demander à tous nos compatriotes de s’engager et on va faire un plan de sobriété aussi, ce qu’on appelle de délestage, c’est le gaz et l’électricité dont on parle là (…). Je pense qu’il faut aujourd’hui d’abord que ça passe par (…) deux choses, l’exemplarité et la responsabilité. » (Emmanuel Macron, le 14 juillet 2022 sur TF1 et France 2).



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Et le Président Emmanuel Macron de poursuivre dans son interview du 14 juillet 2022 : « L’exemplarité, c’est que les administrations publiques, les collectivités, l’État, aussi les grands groupes privés, quand ils le peuvent, si ça ne touche pas le cœur de leur industrie, doivent commencer à faire des efforts et moins consommer. Ensuite, moi je crois à la responsabilité collective et je pense que c’est comme ça qu’on va avancer. Et ensuite, on va préparer ce plan. Donc, on doit faire un plan de sobriété et, si je puis dire, un plan de contingence et d’urgence (…). Nos premiers efforts ont déjà commencé à avoir des résultats ; on consomme un peu moins que l’année dernière. (…) C’est d’ailleurs une bonne chose parce que c’est la chasse au gaspillage énergétique, et vous savez, c’est à la fois bon pour passer le cap, mais les crises doivent toujours nous apprendre, comme le covid nous a appris. C’est très bon pour le climat et l’indépendance. C’est la même bataille. ». Alors, il reste à connaître ce plan de sobriété concrètement. La chasse aux gaspis, un petit arrière-goût des années 1970, à la suite du premier et du second chocs pétroliers.

Enfoncer des portes ouvertes ? Ou fermer les portes ? En proposant de sanctionner les commerces sous climatisation qui laisseraient leurs portes ouvertes, le gouvernement enfonce des portes ouvertes, ou plutôt, retourne au péché mignon de la bureaucratie française qui veut tout régenter et tout sanctionner, tendance très ancienne qu’on avait aussi reprochée dans la gestion de la pandémie de covid-19 (à mon sens injustement : comme pour le code de la route, il doit y avoir des règles pour préserver les vies humaines et des sanctions lorsque celles-ci ne sont pas respectées).

C’est tout le problème du juste dosage : où mettre le curseur entre la simple recommandation gouvernementale sans effet coercitif et l’obligation avec sanction à la clef (pouvant aller jusqu’à une sanction pénale) ? Avec la crise sanitaire, après des mesures très contraignantes (jusqu’au confinement sévère), le gouvernement n’oblige plus le port du masque malgré un encore fort taux d’incidence (heureusement en baisse en ce moment). Le sens des responsabilités s’acquiert généralement avec la liberté ; c’est souvent le grand problème des parents dans l’éducation des enfants : faire confiance tout en les guidant sur la bonne voie. La comparaison s’arrête là, car les Français, dans leur généralité, ne sont pas des enfants d’un gouvernement qui en serait les parents.

C’est Agnès Pannier-Runacher qui a présenté cette mesure dans le "Journal du dimanche" le soir du samedi 23 juillet 2022 en dévoilant une partie du plan de sobriété énergétique annoncé le 14 juillet 2022 par Emmanuel Macron : « Les Français sont à juste titre choqués par certaines pratiques. Dans les prochains jours, je vais prendre deux décrets : le premier généralise l’interdiction des publicités lumineuses quelle que soit la taille de la ville, entre 1 heure et 6 heures du matin, sauf rares exceptions comme les gares et les aéroports qui ne ferment pas la nuit. ». Cette mesure paraît logique : interdire et pas recommander car sinon, cela ferait de la concurrence déloyale pour les entreprises qui ne suivraient pas les recommandations. La sanction prévue est une amende de 1 500 euros.

Et la ministre a poursuivi : « Le deuxième interdit, pour un magasin, d’avoir ses portes ouvertes alors que la climatisation ou le chauffage fonctionne (…). Ce n’est pas acceptable ! ». Là, cette interdiction paraît plus étonnante.

Certes, certains commerçants laissent ouvertes leurs portes car portes fermées, les clients potentiels (les passants) peuvent penser que leur magasin est fermé et ainsi, ils perdent des clients et du chiffre d’affaires. L’interdiction généralisée serait donc une mesure aussi de non-concurrence déloyale.

Pourtant, on peut se poser la question de la pertinence de cette mesure d’interdiction. Car c’est une évidence, lorsque la climatisation d’un local est mise en marche, surtout en ces temps de grande canicule, il faut isoler le local en question. Cela tombe sous le sens. C’est aussi valable lorsqu’il fait froid et qu’il y a du chauffage. C’est un peu comme si on laissait le réfrigérateur ouvert dans la cuisine (ce que font parfois certains magasins avec leur rayon de produits frais).

Non seulement on consomme moins en isolant le local (on parle d’une économie d’énergie d’environ 20% en moyenne), c’est-à-dire que cela fait des économies financières, mais cela réduit notre pollution et les dégâts sur la planète, aussi cela renforce notre indépendance énergétique, et cette souveraineté, on le voit bien depuis la guerre en Ukraine, est une priorité absolue.

L’objectif de la ministre n’est pas mince : « Ce plan s’inscrit dans une stratégie énergétique globale qui vise à faire un effort de 40% sur notre consommation d’ici à 2050. Il s’appuie sur trois piliers annoncés par le Président le 10 février : la sobriété et l’efficacité énergétiques, l’accélération du développement des énergies renouvelables, et la relance du programme nucléaire. D’ici à 2024, notre consommation d’énergie doit baisser de 10%. Cette première marche est la plus facile à franchir. On commence par les gros acteurs, l’État et les grandes entreprises, car les Français ne peuvent légitimement accepter qu’on leur demande de faire des efforts si les grands acteurs n’en font pas. Pour montrer l’exemple, les administrations et les ministères sont les premiers concernés. (…) Les mesures annoncées sont très concrètes : baisse de l’intensité lumineuse, interruption de la ventilation la nuit, respect des températures de consigne (19°C en hiver, 26 en été). ».

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Qui est Agnès Pannier-Runacher ? À 48 ans, elle est incontestablement une ministre clef de ce gouvernement, Ministre de la Transition énergétique et l’une des deux clefs de la transition écologique de la Première Ministre Élisabeth Borne avec Christophe Béchu qui a succédé à Amélie de Montchalin au Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. Surdiplômée (HEC, IEP Paris, ENA), inspectrice des finances, elle a eu une carrière industrielle qui lui a donné une belle expérience de la vie économique du pays. Bien que novice en politique (elle n’a jamais encore été élue), elle a vite appris et elle a été l’une des révélations politiques du premier quinquennat d’Emmanuel Macron avec Élisabeth Borne, Julien Denormandie, Gabriel Attal et Clément Beaune. D’abord nommée le 16 octobre 2018 Secrétaire d’État auprès du Ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire, elle a été nommée le 6 juillet 2020 Ministre déléguée chargée de l’Industrie avant de devenir ministre plein le 20 mai 2022 en charge de la Transition énergétique.

Depuis quelque temps, on se retrouve parfois avec des injonctions paradoxales. Typiquement, depuis deux ans et demi, on demande à ce que les salles réunissant au moins deux personnes soient, dans les lieux professionnels, aérées régulièrement afin de ne pas garder une concentration éventuelle de virus. Mais cela n’est pas bon pour les économies d’énergie (chauffage ou climatisation).

Dans le même ordre d’idée, il est préférable de proposer des bouteilles d’eau individuelle en plastique pour faire boire une assemblée alors même que certaines entreprises avaient fait l’effort d’éliminer la présence de plastique au profit de carafes d’eau en verre qu’on remplit et lave et de verres en verre, mais pour lesquels la sécurité sanitaire n’est plus assurée.

Plus grande contradiction est ce qu’Emmanuel Macron a défini comme "plan de contingence et d’urgence" (qu’on pourrait mettre au pluriel, je ne sais pas si dans l’esprit présidentiel, ce pluriel était déjà là). Or, continuer à réduire le prix du carburant, avec une aide de 30 centimes par litre, ce qui soulage les ménages dans cette conjoncture inflationniste, c’est en quelque sorte contribuer à favoriser la consommation d’énergie fossile alors qu’il faudrait au contraire inciter à d’autres énergies (pour le transports automobile, à court terme, le véhicule électrique est loin d’être généralisable).

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C’est cela, le problème, pour réfléchir et prendre les bonnes mesures, certaines vont s’entrechoquer entre le court terme (se chauffer en hiver, ce qui va sans doute conduire le gouvernement à rouvrir la centrale thermique à charbon de Saint-Avold) et le long terme, en finir avec les énergies fossiles.

C’est cette complexité qui rend délicate la stratégie du gouvernement, sans compter, en plus, l’absence de majorité absolue au Parlement qui l’obligera à faire des compromis : mixer à la fois ce qui est bon pour l’écologie, le climat et la planète en général, ce qui est bon pour les finances publiques, ce qui est bon pour les Français (par exemple, pouvoir être au chaud l’hiver, ne pas trop payer pour le chauffage et les transports, etc.), et ce qui est bon pour la France en général, dans le sens géopolitique du terme, ne plus dépendre du gaz russe, être autonome au niveau européen, pas forcément changer de dépendance en se liant trop avec les États-Unis (pouvoir garder la pleine indépendance de notre diplomatie que notre appartenance à l’OTAN n’empêche pas), etc. Notre chance est notre parc de centrales nucléaires et la question serait de savoir si les autres pays européens pourront bénéficier de cette chance française, d’une manière ou d’une autre.

Mais je reviens à la mesure, très basique, de fermeture des portes quand les commerces sont chauffés ou climatisés : faudrait-il y mettre une obligation, avec une sanction financière à la clef (une amende à 750 euros) ? La police n’a-t-elle pas mieux à faire que de vérifier l’intérêt tant des commerçants eux-mêmes que de la France et de la planète ? Ne faut-il pas continuer à faire confiance en l’esprit de responsabilité des Français.

Je n’ai pas la réponse, car je sais qu’en France, on a besoin parfois d’un bâton pour aller dans le "droit" chemin (typiquement, les radars automatiques ont conduit la plupart des automobilistes à ne pas rouler trop vite sur les routes). Le curseur est très instable, mais je pense qu’il faut d’abord faire confiance.

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Quelques jours auparavant, d’autres municipalités (PS ou EELV) avaient pris des arrêtés pour l’obligation de fermeture de portes dans les mêmes conditions, à Paris (le 22 juillet), à Besançon (le 22 juillet), à Lyon (le 20 juillet), et d’abord à Bourg-en-Bresse (le 15 juillet). À Paris, l’amende est de 150 euros à partir du 25 juillet 2022, pas de quoi dissuader un commerçant qui veut attirer le chaland. Précurseur en la matière, le maire PS de Bourg-en-Bresse, Jean-François Débat, s’insurgeait le 17 juillet 2022 au micro de RTL : « Je n’ai jamais compris comment des enseignes imposaient aux franchisés de laisser ouvert avec un raisonnement idiot qui consiste à dire "si c’est ouvert, les gens rentrent, sinon ils ne rentrent pas". (…) L’objectif est très clair : susciter une prise de conscience dans ma ville et ailleurs. Est-ce que nous allons continuer de tolérer ce gaspillage d’énergie ? ». L’amende à Bourg-en-Bresse est de 38 euros depuis le 18 juillet 2022, ce qui n’est pas très dissuasif.

Ce qui est essentiel, c’est que les autorités publiques réagissent avec intelligence et rationalité. Pas comme par exemple la maire de Paris Anne Hidalgo dont la stupide politique anti-automobile a renforcé la pollution parce qu’elle ne connaît rien à la mécanique des fluides et que ses interdictions ont renforcé les embouteillages et la durée pour trouver une place de stationnement. Ainsi, les préconisations d’éteindre le chauffage le week-end dans des établissements utilisés seulement en semaine peuvent se révéler contreproductive dans certains cas, plus coûteux de remonter le chauffage le lundi que de le laisser le week-end. Cette intelligence n’est pas forcément du bon sens ou alors, il fut du bon sens qui soit un minimum scientifique.

Pour finir avec une note amusante, je cite un lecteur de "La Charente libre" qui s’inquiète en souriant : « Est-ce que les lanternes rouges au-dessus des portes des maisons closes pourront rester allumées ? Si oui, c’est l’essentiel. ». Rideau !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Climatisation : faut-il sanctionner les portes ouvertes ?
Agnès Pannier-Runacher.
Essence : le chèque de 100 euros.
La relance du programme nucléaire.
Heure d’hiver : le dernier changement ?
La preuve par la canicule ?
La COP26.
L’industrie de l’énergie en France.
Le scandale de Volkswagen.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220724-climatisation.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/climatisation-faut-il-sanctionner-242901

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9 février 2022 3 09 /02 /février /2022 03:02

« Ce dont il faut prendre conscience, c’est que l’électricité en France par des centrales nucléaires, c’est la condition même pour qu’on puisse avoir des énergies renouvelables. » (François Bayrou, note de synthèse du 23 mars 2021).



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Le Président Emmanuel Macron se rend toute la journée de ce jeudi 10 février 2022 sur le site d’Alstom à Belfort pour y exposer sa vision de la politique nucléaire de la France et devrait annoncer le lancement d'un programme de 14 EPR.

On peut dater du 23 mars 2021 l’évolution des mentalités au plus haut niveau de l’État. François Bayrou, "petit artisan" du Haut Commissariat au Plan, venait de remettre une note de synthèse au Premier Ministre Jean Castex sur les perspectives de la production d’électricité avec une alerte, être lucide, mieux, un devoir de lucidité.

Dans ce document assez court pour un sujet si dense et compliqué, le maire de Pau et président de MoDem se rendait compte que si l’on ne faisait rien, dans une trentaine d’années, on aurait de graves problèmes de production d’électricité.

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Le plan de construction du parc de centrales nucléaires français a été lancé non pas sous De Gaulle, mais à la toute fin de la Présidence de Georges Pompidou (il est mort le 2 avril 1974), au conseil des ministres du 6 mars 1974, annoncé par le Premier Ministre de l’époque Pierre Messmer (à une époque donc où l’on pensait que la prochaine élection présidentielle aurait lieu en 1976). Ce plan prévoyait la construction de 55 réacteurs, à raison de cinq à six réacteurs par an, pour 50 GW de production électrique. Valéry Giscard d’Estaing a confirmé le plan d’origine, mais François Mitterrand a ralenti les travaux avec un réacteur par an.

La dernière centrale nucléaire a été construite en 1991, et depuis cette date, la politique nucléaire de la France a été n’importe quoi. Seule, en 2007, la construction de l’EPR de Flamanville a été lancée, avec de nombreux retards (en principe, mise en service en 2023), des surcoûts énormes (environ 15 milliards d’euros) en raison de problèmes techniques (le réacteur était un prototype).

Le "n’importe-quoi", cela a été la primauté du politique sur la raison, avec pour ordonnateur en chef, le Président François Mitterrand. La forte audience des écologistes aux élections régionales de mars 1992 a considérablement bouleversé la politique de la France en la matière. Les Verts et Génération Écologie sont devenues une véritable force électorale, en totalisant 12% des voix (chacun, en concurrence, faisant autour de 6% ; par une manœuvre politicienne des socialistes, une élue écologiste a même été élue président du conseil régionale de Nord-Pas-de-Calais, Marie-Christine Blandin, à ce jour, la seule).

La principale victime a été Superphénix, construit en 1976 et mis en service en 1984 à Creys-Malville, dans l’Ain. La France était leader dans la surgénération, dont la technologie avait convaincu le Président Giscard d’Estaing qui disait le 25 janvier 1980 sur Europe 1 : « Avec ce type de réacteurs et ses réserves en plutonium, la France disposera d’autant d’énergie que l’Arabie Saoudite avec tout son pétrole. ».

J’étais à Grenoble à l’époque (dans les années 1990), j’avais des amis au CENG (Centre d’études nucléaires de Grenoble, le CEA à Grenoble) et je comprends bien aujourd’hui que le candidat communiste Fabien Roussel ait une vue diamétralement opposée à celle des écologistes sur ce sujet : la CGT protestait pour faire redémarrer Superphénix. À la suite d’incidents, le surgénérateur a été arrêté en 1990, mais le Premier Ministre Pierre Bérégovoy a refusé son redémarrage en juin 1992 et a commandé une étude qui a proposé d’en faire un incinérateur de déchets radioactifs. Le pire a été en effet de vouloir en faire une poubelle géante, avant d’abandonner définitivement toute velléité sur la surgénération le 19 juin 1997 par le Premier Ministre Lionel Jospin, nouvellement élu au nom de la gauche plurielle (socialiste, écologiste et communiste). Cela a été un gâchis technologique majeur. Une génération est passée, il n’y a plus la compétence.

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La France possède 56 réacteurs nucléaires, mais beaucoup sont vieux, et même s’ils peuvent durer soixante ans au lieu des quarante prévus, cela signifie, comme l’a alerté François Bayrou, que dans quelques années, il manquera des réacteurs, d’autant plus que l’encouragement voire l’obligation des chauffages électriques, des véhicules électriques etc. vont rendre encore plus tendue la production d’électricité.

Plusieurs réacteurs sont actuellement arrêtés pour des raisons techniques, et ce n’est pas un hasard si Bernard Doroszczuk, président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), a mis en garde, dans "Le Monde" du 20 janvier 2022 : « Cette accumulation d’événements mènent à la situation que nous redoutions : une tension sur le système électrique qui pourrait mettre des décisions de sûreté en concurrence avec des décisions de sécurité électrique. L’ASN a maintes fois exprimé le besoin de maintenir des marges dans le dimensionnement du système électrique et des installations, pour pouvoir faire face aux aléas. Or, aujourd’hui, il n’y a pas de marge ! ». Loin de considérer cette alarme comme une ode anti-nucléaire, l’objectif de l’ASN était plutôt d’alerter pour construire suffisamment de nouveaux réacteurs et faire face aux arrêts techniques éventuels.

Depuis quelques semaines, le nucléaire s’est invité dans la campagne présidentielle, comme à chaque campagne. Les candidats Marine Le Pen, Valérie Pécresse et Fabien Roussel ont prôné la construction de six nouveaux EPR. Le candidat Éric Zemmour, de son côté, quatorze. Ils donnent l’impression de faire leur marché et d’en prendre autant que leur cabas peut en contenir.

Selon toute vraisemblance (à confirmer, je ne suis pas madame soleil), Emmanuel Macron va annoncer à Belfort la construction de quatorze EPR pour 2050. À ce titre, il replace la filière nucléaire à l’honneur en France après trente années de réticence et d’errance politiciennes. On s’étonnera seulement sur le caractère tardif (à trois mois de la fin de son quinquennat) d’une telle décision, qui pourrait être d’ailleurs remise par son successeur en cause en cas de non-réélection.

On explique qu’il fallait une certaine maturité sociale pour faire accepter un tel choix, considéré comme indispensable. Ce nombre ne doit rien au hasard, c’était le nombre retenu dans le rapport de prospective de RTE publié le 25 octobre 2021, dans son scénario N03 : « Mix de production reposant à part égale sur les renouvelables et le nucléaire à l’horizon 2050. Fonctionnement étendu des réacteurs actuels tant qu’ils respectent les normes de sécurité, construction de nouveaux réacteurs selon un rythme volontariste avec diversification des technologies de la troisième génération (EPR2 + SMR) ». En clair : nucléaire actuel 24GW et nucléaire de la 3e génération 28 GW soit 14 EPR et quelques SMR (petites unités de production).

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On parle d’une dizaine d’années de retard, c’est vrai, mais en fait, c’est bien une trentaine d’années de retard, perdues en considérations purement politiques. François Hollande, à cause de son accord avec les écologistes, a refusé de compléter le parc nucléaire et curieusement, Emmanuel Macron a poursuivi la même politique d’inaction sur ce plan-là, jusqu’à comprendre que promouvoir les énergies renouvelables n’avait pas de sens sans soutenir le parc nucléaire.

Le financement ? Selon EDF, chaque EPR coûterait 8 milliards d’euros, beaucoup moins qu’à Flamanville qui est un prototype, ce qui ferait 112 milliards d’euros jusqu’en 2050. Cela peut paraître élevé mais il faut aussi comparer avec les subventions données pour l’éolien qui, entre 2001 et 2028, devraient coûter à l’État entre 70 et 90 milliards d’euros, ce qui n’est pas si éloigné.

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On en reparlera évidemment, ce sera sans doute l’un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle (l’éolien a beaucoup occupé les débats LR). Emmanuel Macron va donc en principe faire le choix de l’audace, hors de toutes idées reçues généralement admises contre le nucléaire. C’est peut-être le gros problème conceptuels de l’écologie politique depuis une dizaine d’années : la lutte contre le bouleversement climatique passe par l’obligation d’une économie totale décarbonée, ce qui donne au nucléaire tout son intérêt, reconnu récemment par Bruxelles (au même titre que le gaz) dans la chasse au carbone. Mairead McGuinness, la commissaire européenne aux services financiers, a en effet déclaré, dans sa conférence de presse du 2 février 2022 : « Aujourd’hui, nous franchissons une nouvelle étape importante dans la transition (…). Nous devons utiliser tous les outils à notre disposition, car nous avons moins de trente ans pour y parvenir. ».

C’est une véritable repentance. Emmanuel Macron n’est pas tout seul, François Hollande, Lionel Jospin et François Mitterrand sont les véritables fossoyeurs de la filière nucléaire française qui représente quand même 2 600 entreprises et 220 000 emplois. Il vaut mieux tard que jamais. C’est pourquoi cette date du 10 février 2022 sera peut-être aussi importante que le 6 mars 1974 pour la politique nucléaire de la France.

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Emmanuel Macron évoquera aussi la stratégie industrielle de la filière nucléaire, avec une autre repentance, le rachat par EDF de la filiale d’Alstom qui fabrique à Belfort les turbines vapeur, rachat à General Electric qui l’avait acquise en novembre 2014 à l’époque où le Président actuel était le secrétaire général adjoint de l’Élysée chargé de l’économie puis le Ministre de l’Économie (en négociation depuis l’automne 2020). Je conseille de lire à ce sujet l’article de Marc Endeweld du 9 février 2022 dans "La Tribune", qui explique pourquoi ce sujet est peu abordé dans la campagne électorale, impliquant notamment des proches d’une candidate importante ou d’un chef de parti anciennement important (ce sujet « peut ainsi potentiellement éclabousser de nombreux réseaux politiques, de droite comme de gauche »).

Comme dans d’autres domaines où il pose les choses crûment (en disant par exemple que le terrorisme depuis dix ans vient de l’islamisme radical), même après hésitations et mûres réflexions, Emmanuel Macron n’a pas peur de rompre avec la passivité de ses prédécesseurs. Au-delà de la décision, ce sera effectivement l’explication qui sera importante : pourquoi la réduction du nucléaire n’est plus à l’ordre du jour alors qu’on en avait fait une sorte de "mantra".


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 février 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La repentance nucléaire : Emmanuel Macron à Belfort.
La filière nucléaire en crise, par Marc Endeweld dans "La Tribune" du 9 février 2022.
COP26 : face à l’alarmisme, le leadership mondial d’Emmanuel Macron.
Rapport de RTE sur les perspectives de production d’électricité, publié le 25 octobre 2021 (à télécharger).
Rapport du GIEC publié le 9 août 2021 (à télécharger).
François Bayrou relance le programme nucléaire français.
Note de synthèse du 23 mars 2021 du haut-commissaire au Plan sur le programme nucléaire français (à télécharger).
Interview de François Bayrou le 24 mars 2021 sur LCI (à télécharger).
Le débat rayonnant sur le nucléaire.
François Hollande coincé entre Jean-Pierre Chevènement et Eva Joly sur le nucléaire.
Andrei Sakharov.
Incompréhensions américaines : le nucléaire iranien.
Au cœur de la tragédie einsteinienne.
Marie Curie.
La Corée du Nord selon Guy Delisle.
Fukushima, dix ans après.
Le syndrome de Hiroshima.
Tchernobyl (1986).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220209-macron-epr.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/la-repentance-nucleaire-emmanuel-239298

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/02/09/39341368.html








 

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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 03:34

« Ce sont nos actions, nos résultats, leur suivi transparent qui redonneront une pleine confiance à notre jeunesse, mais surtout qui nous permettront d’agir utilement et d’obtenir les résultats indispensables pour nous-mêmes et les générations à venir. » (Emmanuel Macron, le 1er novembre 2021 à Glasgow).




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Originellement prévue en novembre 2020 mais repoussée pour cause de pandémie de covid-19, la COP26 s’est ouverte à Glasgow, en Écosse, le 31 octobre 2021 et le lendemain, le lundi 1er novembre 2021, fut consacré aux discours des 120 chefs d’État et de gouvernement réunis à cette occasion. Cette conférence, qui s'achèvera le 12 novembre 2021, est cruciale puisqu’il s’agit d’engager toutes les nations dans la lutte contre le changement climatique. L’objectif commun est de ne pas dépasser une augmentation de 1,5°C de la température moyenne de la planète d’ici à la fin de ce siècle.

On pourra penser tout ce qu’on voudra, j’ai toujours pensé que cette lutte contre les bouleversements climatiques, aussi prétentieuse soit-elle (l’humain a-t-il vraiment un pouvoir sur la planète ?), n’a pas besoin d’écologistes mais de diplomates. C’est un sujet par excellence d’ordre planétaire, et l’effort de la seule France, qui représente 1% des émissions de CO2, aussi sacrificiel qu’il puisse être, n’aura aucune efficacité s’il n’est pas suivi des principaux grands pays pollueurs. Par conséquent, ce qui compte, c’est la négociation internationale. Ce n’est pas par hasard que la COP20 à Paris en décembre 2015 était présidée par Laurent Fabius, le Ministre des Affaires étrangères, et pas par Ségolène Royal, la Ministre de l’Écologie.

Il suffit de regarder les "derniers" de la classe en matière d’écologie qui sont parfois les premiers de classe en matière industriel. Le premier pollueur en émission de CO2 est la Chine, pour un quart du total, avec 10 175 millions de tonnes de CO2 émis en 2019. Ensuite, les États-Unis avec 5 285 millions de tonnes, l’Inde 2 616 millions de tonnes, la Russie 1 678 millions de tonnes et le Japon 1 107 millions de tonnes. Mais parmi tous les chefs d’État, il manquait à l’appel notamment ceux des nations parmi les plus pollueuses, à savoir la Chine, la Russie et la Turquie.

Prenant la parole le premier comme puissance invitante au Scottish Event Campus, n’hésitant pas à se référer à James Bond, le Premier Ministre britannique Boris Johnson a usé d’un alarmisme de style : « L’humanité a longtemps joué la montre sur le climat. Il est minuit moins une sur l’horloge de l’Apocalypse. Nous devons agir maintenant ! ». Le Secrétaire Général de l’ONU Antonio Guterres était lui aussi alarmiste, affichant l’objectif de la conférence internationale de "sauver l’humanité", et il était passablement déçu par l’absence de grande décision au G20 de Rome un jour auparavant.

Quant à la Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen, elle a rappelé l’objectif des vingt-sept États membres, réduire de 55% les émission de CO2 d’ici à 2030, par rapport au niveau de 1990 : « Fixez un prix du carbone, car la nature ne peut plus payer ce prix. ».

Le Président américain Joe Biden n’était pas lui-même à l’aise, présentant les excuses des États-Unis pour être sortis de l’Accord de Paris à cause de Donald Trump. Par ailleurs, la Chancelière allemande Angela Merkel, que la France a prévu de recevoir une dernière fois ce mercredi 3 novembre 2021 à Beaune, est sur le départ du gouvernement de son pays. À ce petit jeu, le Président français Emmanuel Macron a raison de penser qu’il doit prendre le leadership international des nations les plus volontaristes en matière climatique.

Plusieurs raison à cela : d’une part, comme dit précédemment, il n’y a pas beaucoup de nations réellement ambitieuses dans ce domaine, dont les dirigeants sont forts sur le plan international et suffisamment forts sur le plan intérieur. Le Président français et le Premier Ministre britannique sont des exceptions. D’autre part, la France a une responsabilité politique à faire appliquer l’Accord de Paris d’il y a six ans. Enfin, Emmanuel Macron va devenir, le 1er janvier 2022, le Président de l’Union Européenne et à ce titre, aura la capacité à impulser le mouvement avec plus d’échos et d’influence.

Bien entendu, les contradicteurs d’Emmanuel Macron, en particulier les écologistes (rappelons-nous que nous sommes déjà en campagne présidentielle, une période de postures et d’hypocrisies politiciennes plus que de recherche de l’intérêt général), n’hésiteront pas à insister sur la différence entre les beaux discours et les faits réels. Néanmoins, on n’a jamais vu des résultats arriver sans discours volontariste au préalable, et dans ce domaine, ils sont plutôt rares. Les propos d’Emmanuel Macron peuvent être parfois considérés comme incantatoires, ils sont d’abord à objectifs précis et ils sont à méthode claire.

Il a bien compris que l’alarmisme était inefficace et même contreproductif. Au début des années 1970, à l’époque de René Dumont, il y a eu beaucoup de propos alarmistes qui prédisaient le cauchemar environnemental dans les trente années qui suivaient… et l’excessif est toujours insignifiant. Et démobilisateur. L’alarmisme paralyse plus qu’il ne fait agir : après tout, si c’est trop tard, à quoi bon se sacrifier avant de crever en beauté ?

Donc, s’il y a bien une nécessité dans la lutte contre le changement climatique, c’est le réalisme, le principe de réalité : l’humain ne peut modifier qu’un tout petit peu l’évolution climatique de la planète. Il faut être modeste. Mais ce principe de réalité doit aussi s’appliquer dans les moyens : il faut que les mesures ne soient pas punitives ni socialement asphyxiantes. Il faut que les peuples adhèrent au même objectif, qu’ils y trouvent leur intérêt et qu’ils s’y retrouvent, et pas seulement dans cinquante ou cent ans mais tout de suite, c’est pourquoi il faut insister sur cette révolution qui s’amorce et qui a vocation à être créatrice d’innovations.

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Le (court) discours d’Emmanuel Macron (qu’on peut écouter ici) s’est ainsi borné à faire de la méthode : « Si nous sommes attendus collectivement aujourd’hui, c’est pour retrouver (…) ce qui a permis il y a six ans à tous d’avancer et de bâtir un accord (…), trois valeurs essentielles : l’ambition, la solidarité et la confiance. ».

Il a montré le chemin à parcourir : « Nous savons que notre objectif, c’est le 1,5°C pour la fin du siècle. (…) Notre trajectoire actuelle nous amène à 2,7°C. (…) La clef de notre action collective est que, dans les jours qui viennent, avant la clôture de cette COP, il puisse y avoir suffisamment d’engagements pour revenir au 1,5°C, plutôt à des stratégies nationales qui crédibilisent cet objectif, en particulier en accélérant nos stratégies d’ici 2030. ».


1. L’ambition

Emmanuel Macron a rangé les Européens dans le camp des "bons élèves" : « À ce titre, la France, mais plus largement l’Union Européenne, le Royaume-Uni, sont aujourd’hui au rendez-vous de ces engagements. Notre défi est maintenant de les mettre en œuvre. Et je n’en sous-estime ni l’importance ni la difficulté. (…) C’est une transition énergétique. C’est une transition du modèle économique, cette transition doit être juste et accompagnée socialement. Et cette transition est celle qui permettra aussi de créer de nouvelles opportunités, de nouvelles créations d’emplois, à travers justement des innovations profondes, la construction de nouveaux secteurs et de nouvelles opportunités. ».

Et il n’a pas oublié les "mauvais élèves" : « La clef pour les quinze prochains jours ici (…) est que les plus gros émetteurs dont les stratégies nationales ne sont pas conformes à notre objectif du 1,5°C, c’est que ces plus gros émetteurs rehaussent leurs ambitions dans les quinze jours qui viennent. C’est le seul moyen de recrédibiliser notre stratégie et d’avoir des stratégies d’ici [à] 2030 qui permettent de rendre crédible le 1,5°C. ».


2. La solidarité

La solidarité, entre États, c’est le synonyme de répartition des budgets, bref, de l’aide financières des nations les plus riches aux plus pauvres : « Nous ne pouvons vaincre ces défis internationaux que si nous sommes coordonnés et si nous agissons ensemble. Dans un contexte où le dérèglement climatique, en quelque sorte, son injustice au carré, ce sont les pays les plus pauvres, en Afrique, au Pacifique, dans les Caraïbes, qui aujourd’hui vivent les premières conséquences de la crise climatique. Ce sont ceux qui bien souvent n’ont pas porté les modèles de développement qui ont causé cette crise et ce dérèglement qui en vivent les premiers les conséquences. Petites îles, territoires vulnérables, peuples autochtones sont les premières victimes des conséquences du dérèglement. ».

100 milliards de dollars par an jusqu’en 2025 (qu’Emmanuel Macron a souhaité être scrutés dans un suivi par l’OCDE), plus après 2025 : « La clef (…), ce sont les 100 milliards de dollars par an de 2020 à 2025. Aujourd’hui, là aussi, la France et l’Union Européenne sont au rendez-vous de leur juste part, et même un peu au-dessus. ». En effet, l’Europe contribue à 25 milliards de dollars par an, dont la France à 7 milliards de dollars par an, dont plus d’un tiers consacré à l’adaptation.

Selon le Président français, les nations riches doivent toutes contribuer : « Toutes les économies développées doivent désormais contribuer à leur juste part, car le leadership exige l’exemplarité. Nous devons donc trouver tous les moyens pour que les pays les plus riches accélèrent ce financement (…). Je veux appeler ici tous les pays qui ne sont pas au rendez-vous de leur juste part à prendre leurs responsabilités d’ici à la fin de cette COP pour pouvoir tenir cet engagement pris à Paris [les 100 milliards de dollars]. ». Il a cité en exemple l’accord fait avec l’Afrique du Sud pour l’aider à réduire sa dépendance au charbon : « Cet accord témoigne qu’on peut répondre aux défis d’une transition juste, équitable et ambitieuse. ».


3. la confiance et la transparence

En guise de réponse aux critiques de Greta Thunberg, Emmanuel Macron veut un suivi transparent de toutes les actions : « Nos jeunes qui ont été convoqués dans beaucoup de nos débats veulent nous voir prendre des engagements (…), ils veulent voir nos actions suivre et ils veulent que ce soit mesurable. C’est pourquoi (…) nous devons suivre avec rigueur et transparence un cadre commun de bon suivi de nos actions. ».

Au-delà de la transparence, Emmanuel Macron a prôné la cohérence : « Tout cela n’avancera que si nous sommes cohérents et que nous arrivons à lier cet agenda contre le dérèglement climatique avec deux autres agendas, celui de la biodiversité et celui du commerce. (…) Les forêts tropicales doivent être protégées, c’est cohérent, c’est un élément essentiel (…). La grande muraille verte (…) est une initiative essentielle qui doit nous permettre de lutter tout à la fois contre la désertification et proposer des solutions économiques. Et notre mobilisation pour les océans est indispensable. ».

Et pour en finir avec des traités commerciaux qui oublient les exigences climatiques : « Nous ne pouvons plus continuer à avoir une planète qu’on fait fonctionner selon une grammaire et des règles qui n’intègrent pas en son cœur, ces contraintes. Nos accords commerciaux doivent refléter nos engagements climatiques. L’organisation de nos chaînes de valeur doit refléter nos exigences climatiques. ».

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Pas seulement du blabla (comme le craignent certains militants écologistes), mais aussi du concret. Malgré tous les discours d’ouverture qui ont occupé la tribune, la journée du lundi 1er novembre 2021 a été positive et efficace. La présidence britannique a annoncé en effet qu’un accord avait été signé avec plus de 100 dirigeants de nation, dont ceux de l’Union Européenne, du Canada, de la Russie et du Brésil, pour mettre fin, d’ici à 2030, à la déforestation et à la dégradation des terres. Les objectifs sont ambitieux pour 2030 : il est question de 100 millions d’hectares de terres dégradées, et 250 millions de tonnes de CO2 à séquestrer d’ici à 2030. Actuellement, les projets commencés sont sur un horizon de 110 millions de tonnes de CO2. Emmanuel Macron a donc bon espoir de poursuivre sur cette lancée avec de nouveaux projets pour 140 millions de tonnes restant de l’objectif en 2030.

En exposant ainsi les règles du jeu du travail international, Emmanuel Macron veut à l’évidence jouer à Monsieur Loyal des décisions climatiques du monde : il en a l’énergie, l’envie et aussi la capacité politique. Qui d’autres, en France, parmi les futurs candidats à l’élection présidentielle, pourrait atteindre un tel niveau de leadership ? Honnêtement ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
COP26 : face à l’alarmisme, le leadership mondial d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron le 1er novembre 2021 à Glasgow à la COP26 (vidéo).
Emmanuel Macron.
Rapport de RTE sur les perspectives de production d’électricité, publié le 25 octobre 2021 (à télécharger).
Rapport du GIEC publié le 9 août 2021 (à télécharger).
Le dernier changement d'heure ?
L'essence chère.
François Bayrou relance le programme nucléaire français.
Note de synthèse du 23 mars 2021 du haut-commissaire au Plan sur le programme nucléaire français (à télécharger).
Interview de François Bayrou le 24 mars 2021 sur LCI (à télécharger).
Le débat rayonnant sur le nucléaire.
François Hollande coincé entre Jean-Pierre Chevènement et Eva Joly sur le nucléaire.
Andrei Sakharov.
Incompréhensions américaines : le nucléaire iranien.
Fukushima, dix ans après.
Le syndrome de Hiroshima.
Écologie : un référendum, pourquoi pas ?
Discours du Président Emmanuel Macron le 14 décembre 2020 (vidéo et texte intégral).
Discours du Président Emmanuel Macron le 11 décembre 2020 (vidéo et texte intégral).
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Haïti, cauchemars et espoirs.
Erika (12 décembre 1999).
Greta Thunberg, Notre-Dame la Planète (en feu).
Greta Thunberg, future Prix Nobel de la Peur ?
Rapport du GIEC sur les scénarios des émissions de CO2 publié le 8 octobre 2018 (à télécharger).
Rapport de l’IPBES sur la biodiversité publié le 6 mai 2019 (à télécharger).
Emmanuel Macron explique sa transition écologique (27 novembre 2018).
Canicule de juin 2019.
Inondation à Paris.
Épisode de neige.
Circulation alternée.
La taxation du diesel.
L’écotaxe.
Une catastrophe écologique ?
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.
La COP21.
GIEC : la fin du monde en direct, prochainement sur vos écrans !
Vibrez avec la NASA …ou sans !
Le scandale de Volkswagen.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211101-cop26.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/cop26-face-a-l-alarmisme-le-236887

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/11/01/39202087.html












 






 

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1 novembre 2021 1 01 /11 /novembre /2021 17:52

(vidéo et verbatim)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211101-cop26.html













Discours du Président Emmanuel Macron le 1er novembre 2021 à Glasgow à la COP26





Emmanuel Macron, le 1er novembre 2021 à Glasgow.



Source : www.elysee.fr
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20211101-discours-macron-cop26.html


 

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25 mars 2021 4 25 /03 /mars /2021 03:20

« On peut avoir des espoirs, des rêves, mais il vaut mieux ne pas avoir d’illusions. » (François Bayrou, le 24 mars 2021 sur LCI).




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L’air de rien, François Bayrou a fait une annonce essentielle lors de son entretien avec Jean-Michel Aphatie, à la matinale de LCI ce mercredi 24 mars 2021 (qu’on peut réécouter ici).

On ne présente plus François Bayrou, actuel maire de Pau (réélu en 2020) et président du MoDem, homme politique majeur qui a été trois fois candidat à l’élection présidentielle (dont une fois à plus de 18% des voix en 2007). Mais sa véritable casquette, à cette occasion, est peut-être moins connue : haut-commissaire au Plan. Fonction créée par le décret n°2020-1101 du 1er septembre 2020, François Bayrou a été nommé à ce poste bénévole (ce que précise bien le décret) le 3 septembre 2020 par le Président Emmanuel Macron et le Premier Ministre Jean Castex.

À ce titre, il est « chargé d’animer et de coordonner les travaux de planification et de réflexion prospective conduits pour le compte de l’État et d’éclairer les choix des pouvoirs publics au regard des enjeux démographiques, économiques, sociaux, environnementaux, sanitaires, technologiques et culturels ». Ses quelques collaborateurs sont directement rattachés aux effectifs du Premier Ministre. En clair, il ne coûte pas grand-chose aux contribuables.

Autant dire que c’est une fonction qui a son influence. Cela aurait été un haut fonctionnaire inconnu, ses avis auraient pu passer inaperçus, mais comme c’est un responsable politique de premier plan qui est à ce poste, ses avis seront beaucoup plus médiatisés. De plus, cette fonction fait sens pour François Bayrou puisque l’un des leitmotivs de sa campagne présidentielle de 2012 était de vouloir anticiper et faire de la prospective industrielle à long terme, comme l’avait fait l’Allemagne de Schröder il y a plus de vingt ans.

Le mardi 23 mars 2021, François Bayrou a donc remis au Premier Ministre une note de synthèse sur la perspective de la production d’électricité dans les années à venir, avec un titre particulièrement clair : "Électricité, un devoir de lucidité". Il a été par ailleurs auditionné le matin du 24 mars 2021 par la commission du développement durable de l’Assemblée Nationale.

Le document est sans concession sur les politiques publiques depuis plusieurs décennies : « Tout se passe comme si des objectifs ambitieux et moralement fondés avaient été recherchés avec optimisme et une certaine insouciance, sans que personne parmi les citoyens ait été averti des contraintes certaines, des efforts considérables à fournir et des risques encourus. Or, l’occultation des contraintes, naturelles, physiques, scientifiques, budgétaires ne peut conduire, lorsque notre pays sera devant l’obstacle, qu’à un rejet brutal des objectifs mêmes qui sont publiquement recherchés. ».

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Dans cette note, François Bayrou annonce que la France ne pourra pas se passer du nucléaire avant longtemps. Sur LCI, il a rejeté l’idéalisme de la Ministre de la Transition écologique Barbara Pompili qui imaginait en juillet 2020 un avenir avec 100% des énergies renouvelables.

Tout en lui enseignant une leçon de réalisme, François Bayrou a adressé implicitement à l’ancienne sous-ministre écologiste de François Hollande un cours de prospective : « Ce dont il faut prendre conscience, c’est que l’électricité en France par des centrales nucléaires, c’est la condition même pour qu’on puisse avoir des énergies renouvelables. ».

Dit comme cela, cela pourrait paraître paradoxal, mais il faut quand même rappeler que les deux énergies renouvelables, le photovoltaïque et l’éolien, ne peuvent pas être produites en permanence (la France n’est pas dans une zone où le soleil brille tout le temps, ni où le vent est permanent). Par conséquent, pour avoir la continuité de production de l’électricité, il faut d’autres sources : « Si on n’avait pas le nucléaire, on serait obligé d’avoir des centrales thermiques au pétrole ou au gaz, et on augmenterait nos rejets de gaz à effet de serre. ».

L’autre constat de François Bayrou, c’est que le parc nucléaire français (56 réacteurs, le deuxième du monde) a été construit sur une très courte période. Cela signifie que dans une période très courte, ces réacteurs vont devoir être fermés et remplacés d’une manière ou d’une autre. C’est "l’effet falaise" (qui est valable même en prolongeant la durée de vie des réacteurs jusqu’à 50 ou 60 ans). Ainsi, 14 réacteurs vont devoir fermer d’ici à 2035, date normalement prévue pour réduire la production d’électricité par le nucléaire à seulement 50%.

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Sa conclusion est alors évidente : il faut reconstruire des réacteurs nucléaires si on ne veut pas se retrouver en pénurie d’électricité dans les prochaines décennies. Pour lui, cette décision de relancer le programme nucléaire français est très politique et devra être prise d’ici à deux ans, c’est-à-dire qu’elle pourra être prise après l’élection présidentielle de 2022 et la campagne électorale pourra être l’occasion de remettre le nucléaire en débat. Cela tombe bien, car le gouvernement, courageux mais pas téméraire en cette période où les écologistes sont à la mode, n’avait aucune intention ni envie de prendre une telle décision avant l’élection présidentielle.

La conclusion de la note est une chausse-trape démocratique : « Seul l’impératif démocratique d’un débat honnête, lucide et partagé avec les citoyens, porté par les élus de la Nation mais associant l’ensemble des composantes de la société, permettra de formuler une volonté crédible et d’arrêter un plan réaliste. ».

Je me suis procuré cette note de 37 pages qui explique que les engagements de la France en matière de rejets de gaz à effet de serre (objectifs climatiques de neutralité carbone) sont tels que la part de l’électricité dans la consommation totale d’énergie en France, qui est de 25% actuellement, montera à 50% en 2050. Malgré les efforts pour consommer moins d’énergie (isolation des bâtiments, etc.), cela ne compensera pas cette augmentation drastique des besoins, parallèlement à la mise en arrêt de la plupart des centrales nucléaires du parc actuel (qui ont démarré entre 1980 et 1990).

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La note précise effectivement : « Tous les scénarios s’accordent sur une augmentation massive de la part d’électricité dans le mix énergétique. ». Ainsi, la consommation d’électricité en France devrait grimper de 473 TWh en 2019 (on ne prend pas 2020 en référence, avec 460 TWh, en baisse à cause de la crise sanitaire), à 630, voire 700 TWh en 2050, selon les scénarios. En 2019, 71% de la production électrique était d’origine nucléaire, 67% en 2020 (à cause de la crise sanitaire et de l’arrêt des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim, les 22 février 2020 et 29 juin 2020).

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Or la loi climat de 2019 impose la part de l’électricité d’origine nucléaire à 50% en 2035 et 36% la part en énergies renouvelables : « Cela signifie une amputation d’ici [à] 2035 de notre capacité de production électronucléaire de l’ordre de 30% et une augmentation probable de la part d’électricité d’origine fossile au-delà des 8% actuels. ».

D’où la quadrature du cercle : « Augmentation massive de la consommation d’un côté, diminution massive de nos capacités de production de l’autre, le simple rapprochement de ces deux orientations montre qu’il existe un gouffre entre l’évolution annoncée de notre consommation électrique et celle de notre production. Il est inéluctable que nous allons droit à des difficultés considérables et même à une impasse, nous empêchant techniquement de remplir en même temps les objectifs que nous prétendons solennellement avoir fixés ! ».

Le rapport pointe aussi des éléments de calendrier : « Il y a d’autant plus urgence à engager un débat éclairé que 49 réacteurs sur les 56 en fonctionnement actuellement ont été mis en service il y a 30 ans ou plus, que l’estimation de leur durée de vie moyenne est de l’ordre de 45 ans et qu’il faut au moins 10 ans pour terminer une nouvelle installation électronucléaire à partir de la décision de la construire. Ainsi, le maintien de la capacité de notre parc nucléaire appellerait le lancement de deux nouveaux chantiers par an chaque année sur une période de 20 années. Une telle discussion, éthiquement et civiquement responsable, est pourtant cruciale pour définir une programmation d’investissements cohérente avec les objectifs de production attendus. ».

Est-il possible à brève échéance de produire massivement de l’électricité d’origine renouvelable ? La réponse est sans appel : « Pour obtenir une augmentation massive de la production d’électricité renouvelable, une des principales difficultés résiderait dans l’artificialisation de grandes surfaces foncières par des unités de production photovoltaïques et l’altération des paysages par des éoliennes à terre ou en mer. La réponse à ce défi est-elle facile ? Probablement non. Est-il possible de construire les réseaux de transports et de distribution d’électricité qu’exige cette production renouvelable sans de très lourds investissements et sans empiéter sur des surfaces naturelles ? La réponse est certainement non. ».

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En soutenant ainsi la filière nucléaire, François Bayrou est fidèle à ses convictions depuis longtemps. Ainsi, pendant la compagne présidentielle de 2002 (il n’avait pas franchi le premier tour), il a déclaré le 28 avril 2002, évoquant l’immobilisme du gouvernement de Lionel Jospin : « Il faut revoir les positions officielles qui condamnent l’énergie nucléaire […] qui est la seule production d’énergie qui supprime les rejets dans l’atmosphère. ».

Cela ne l’a cependant pas empêché, un an et demi plus tard, de ferrailler contre la Ministre de l’Industrie Nicole Fontaine, qui était issue du même parti que lui, mais qui avait rejoint l’UMP. Par l’intermédiaire d’un député UDF proche de François Bayrou, Jean Dionis du Séjour, l’UDF a en effet attaqué le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin sur la décision de construire un prototype de réacteur EPR (réacteur à eau pressurisée) lors d’une question le 19 novembre 2003 : « En prenant une telle position, le gouvernement a pris le risque de raviver le clivage archaïque qui existe entre le lobby pro-nucléaire et les associations antinucléaires. ».

À l’évidence, quelles qu’auront été les décisions des gouvernements successifs, ce clivage n’a aucune raison de s’éteindre dans la perspective de la transition écologique où la lucidité commande de voir que le nucléaire est le meilleur allié pour combattre les rejets en CO2.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Bayrou relance le programme nucléaire français.
Note de synthèse du 23 mars 2021 du haut-commissaire au Plan sur le programme nucléaire français (à télécharger).
Interview de François Bayrou le 24 mars 2021 sur LCI (à télécharger).
François Bayrou.
Le débat rayonnant sur le nucléaire.
François Hollande coincé entre Jean-Pierre Chevènement et Eva Joly sur le nucléaire.
Andrei Sakharov.
Incompréhensions américaines : le nucléaire iranien.
Au cœur de la tragédie einsteinienne.
Marie Curie.
La Corée du Nord selon Guy Delisle.
Fukushima, dix ans après.
Le syndrome de Hiroshima.
Tchernobyl (1986).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210324-nucleaire.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/francois-bayrou-relance-le-231851

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/24/38883066.html







 

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23 mars 2021 2 23 /03 /mars /2021 19:35

Le haut-commissaire au Plan François Bayrou a publié une note de prospective sur les objectifs énergétiques de la France dans les prochaines décennies.

Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport (fichier .pdf) :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2021/03/electricite_le_devoir_de_lucidite.pdf

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210324-nucleaire.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210323-rapport-plan-nucleaire.html


 

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10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 03:56

« [Les] causes fondamentales [de la catastrophe] résident dans les conventions bien ancrées de la culture japonaise : notre sens de l’obéissance, notre réticence à contester l’autorité, notre volonté de "respecter le plan", notre préférence pour les activités en groupe et notre insularité. Nous devons reconnaître, même si c’est très douloureux, que ce fut un désastre "made in Japan". Si d’autres Japonais avaient été à la place des responsables de cet accident, le résultat aurait très bien pu être le même. » (Pr. Kiyoshi Kurokawa, le 5 juillet 2012).


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Voilà du Japan bashing, cela change du French bashing ! L’accident nucléaire de Fukushima Daiichi a eu lieu il y a maintenant dix ans, le 11 mars 2011, à la suite du tsunami de 15 mètres qui a noyé la côte est du Japon, du côté de Sendai, consécutif à un séisme, le 11 mars 2011 à 6 heures 46 (heure de Paris), de magnitude 9 dont l’épicentre était situé à 130 kilomètres à l’est de Sendai.

Le tsunami a eu lieu 51 secondes après le tremblement de terre, pénétrant jusqu’à 10 kilomètres à l’intérieur des terres, sur 600 kilomètres de côtes, avec une vague allant jusqu’à 30 mètres de haut, 15 mètres au niveau de la centrale nucléaire.

Cette catastrophe naturelle a provoqué la mort d’environ 15 000 à 20 000 personnes, c’est beaucoup mais très faible par rapport à l’intensité du séisme, et ce "faible" nombre de victimes provient du fait que les constructions ont résisté à ce tremblement de terre. Un même séisme à Haïti ou dans d’autres endroits du monde beaucoup plus pauvres que le Japon aurait été un désastre humain bien plus grave (a été, à l'indicatif pour Haïti, hélas).

Pendant plusieurs semaines, les actualités de la planète entière étaient focalisées sur cet accident nucléaire de première ampleur, rappelant des souvenirs particulièrement inquiétants un quart de siècle auparavant, l’accident de Tchernobyl.

Paradoxalement aux peurs et aux rumeurs, le nombre de victimes de la catastrophe est relativement "faible" : seulement un décès pourrait être imputable à des rejets radioactifs, et quatre employés de la centrale ont été malades. À ce bilan humain, il faut ajouter plus de 2 000 décès indirects, dus à l’évacuation de la population de certaines zones irradiées (par exemple, ce centenaire de 102 ans, Fumo Okubo, qui s’est suicidé de désespoir parce qu’il refusait de quitter sa maison).

La responsabilité de la société Tepco qui exploitait cette centrale nucléaire au Japon a été pointée du doigt par un très volumineux rapport après une mission menée par le professeur Kiyoshi Kurokawa, médecin de l’Université de Tokyo. L’une de ses conclusions est étrange puisqu’il indique que la culture japonaise elle-même, celle de l’obéissance aveugle à l’autorité, a été l’une des causes de cette catastrophe nucléaire : « Nous pensons que les causes profondes de l’incident sont les systèmes réglementaires et organisationnels qui ont entraîné la prise de décision et de mesures non adéquates, plutôt que les compétences d’individus en particulier. ».

Publié le 5 juillet 2012, ce rapport accablant de 641 pages, résultat de six mois d’investigation et de 900 heures d’auditions de plus d’un millier de personnes, a été commandé par le Parlement japonais et rédigé par une commission d’enquête indépendante qui conclut ainsi : « L’accident de la centrale nucléaire de Fukushima est le résultat d’une connivence entre le gouvernement, les régulateurs et Tepco, ainsi que du manque de gouvernance de la part de ces parties. ».

L’un des points polémiques a été sur la cause de la destruction du système de refroidissement des quatre réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi qui a provoqué la fusion de trois réacteurs. Pour Tepco, c’est le tsunami le responsable, tandis que le rapport tente d’expliquer qu’il n’est pas exclu que la cause soit le tremblement de terre lui-même. L’un, le tsunami, était imprévisible et improbable, l’autre, le séisme, était susceptible d’être mieux anticipé. Encore que, pour le tsunami, dès 2006, Tepco avait été averti qu’il fallait imaginer la sécurité en cas de tsunami. D’autres rapports ont été publiés, qui accablent tout autant le gouvernement et Tepco.

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De nombreux procès ont eu lieu au Japon, sur l’accident de la centrale lui-même ou sur ses conséquences avec les évacuations de la population. Le tribunal de Maebashi a déclaré le gouvernement japonais et Tepco coupables de négligence le 17 mars 2017 et les a condamnés à verser des indemnités à des plaignants victimes des déplacements. La raison d’avoir condamné le gouvernement est qu’il aurait dû contraindre Tepco à prendre des mesures de prévention des risques pus adaptées à la localisation de la centrale.

Dans tous les cas, on tire toujours des leçons des catastrophes. La sécurité a ainsi été renforcée dans la plupart des pays nucléarisés, comme ce fut le cas après la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986) et même de Three Mile Island (28 mars 1979). Des procédures consolidées, des contrôles plus contraignants. L’invention du frein d’automobile provient du premier accident d’automobile (le fardier de Cugnot) sur la route, survenu en avril 1770.

Pendant plusieurs semaines, au printemps 2011, de nombreux amateurs, plus ou moins bien informés sur Internet et dans les médias, se sont improvisés ingénieurs en physique nucléaire et radiologues, un peu comme depuis un an, ils sont devenus des épidémiologistes, des virologues et des infectiologues chevronnés.

La peur fut alors le premier des moteurs, la peur de l’énergie nucléaire. Effectivement, cette catastrophe, qui a beaucoup inquiété dans la psychose d’une catastrophe planétaire, est devenue un argument massue pour dénucléariser la plupart des pays du monde.

Parmi les conséquences politiques, l’Allemagne de la Chancelière Angela Merkel a pris la décision en avril 2011 de fermer ses 17 réacteurs de centrale nucléaire en dix ans (représentant 22% de ses besoins énergétiques), décision qui n’était pas sans arrière-pensée politique pour capter un électorat écologiste nombreux et dynamique. Mais la politique fait-elle bon ménage avec la raison ? Pas toujours (voire jamais ?). Dommage pour une physicienne. En tout cas, l’Allemagne, ayant besoin d’énergie, s’est remise au charbon et n’hésite pas non plus à importer de l’énergie de la France, énergie …qui est nucléaire, évidemment. Il y a donc dans cette décision au mieux une forte hypocrisie, au pire, un contresens historique important, à moins que ce ne soit qu’un calcul électoraliste on ne peut plus cynique.

Les Français aussi ont été très inquiets de cette catastrophe nucléaire et certains se sont mis à douter de la pertinence du programme nucléaire français. Les sondages ont mesuré à l’époque environ une petite moitié favorable et un peu moins défavorable au maintien du parc nucléaire. Au bout d’un an, au printemps 2012, les sondages en France ont évolué et les partisans du nucléaire ont repris des positions à la hausse. Quittant l’avant-scène de l’actualité, la peur s’était évaporée. Jusqu’au prochain accident ?

Au-delà de Fukushima, la perspective du changement climatique et son explication supposée par le dioxyde de carbone émis par l’activité humaine a bouleversé les données du problème environnemental planétaire. Il faut tout miser pour en finir avec les énergies fossiles (j’y exclus le nucléaire même s’il y a un besoin en combustible nucléaire qui pourrait classer également dans les énergies fossiles). L’énergie nucléaire a alors l’avantage de ne rejeter que des vapeurs d’eau au-dessus des réacteurs.

Certes, le "problème" des déchets nucléaires, ainsi que les risques accidentels de type Fukushima (tremblement de terre, tsunami, ouragan, inondation) et d’autres risques, par exemple une attaque terroriste (un survol de centrale par un drone inconnu a montré que la sécurité des centrales n’est pas parfaitement infaillible).demeurent toujours des inconvénients non négligeables, cependant, susceptibles de connaître des solutions technologiques adéquates.

Mais le bilan est éloquent depuis plusieurs décennies que cette énergie nucléaire est produite dans de nombreux pays du monde : cette énergie a, pour l’heure, et malgré deux catastrophes majeures, d’échelle 7, le maximum, provoqué un nombre de décès particulièrement bas si l’on le compare aux millions de décès provenant des énergies fossiles.

Selon certaines estimations et en tenant compte des deux catastrophes nucléaires citées (Tchernobyl et Fukushima) ainsi que de l’extraction dans les mines d’uranium, le coût humain de l’énergie nucléaire est bien moindre qu’avec les autres énergies. Ainsi, selon James Conca dans "Forbes" le 10 juin 20212, le nucléaire provoquerait 90 décès par milliard de MWh produits, tandis que le charbon provoquerait 100 000 décès par milliard de MWh, le pétrole 36 000 décès, la biomasse 24 000 décès, le gaz naturel 4 000 décès, l’hydroélectricité 1 400 décès, l’énergie photovoltaïque 440 décès et l’énergie éolienne 150 décès par milliard de MWh.

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La comparaison macabre n’est pas l’essentiel et est évidemment biaisée. Car s’il y a beaucoup moins de morts dans l’exploitation ordinaire de toute la filière nucléaire, en cas de catastrophe pire que celles déjà connues, on pourrait imaginer un nombre incalculable de décès, et ceux-là répartis sur un grand territoire et sur plusieurs décennies (notons néanmoins qu’à la fin, tout le monde meurt, argument sophistiqué utilisé lors de l’actuelle pandémie de covid-19 pour minimiser les plus de 2,5 millions de victimes du coronavirus qui y ont laissé leur vie).

Depuis au moins les Accords de Paris, il y a un peu plus de cinq ans, le 12 décembre 2015, les objectifs planétaires sont désormais clairs : réduire les émissions de CO2, ce qui signifie que l’énergie nucléaire devient le premier mode de production d’énergie "propre", bien avant l’éolien et le solaire qui sont des énergies intéressantes mais jamais massives dès lors que nous ne sommes (encore) pas capables de stocker l’énergie (sans perte).

Le nucléaire se retrouve ainsi plongé dans une contradiction fondamentale de l’écologie actuelle : les militants écologistes sont historiquement antinucléaire, mais le nucléaire reste aujourd’hui la solution la plus réaliste et immédiate pour en finir avec le pétrole. C’est du moins la meilleure solution provisoire en attendant la fusion nucléaire…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Fukushima, dix ans après.
Apocalypse à la Toussaint ?
Haïti, cauchemars et espoirs.
Erika (12 décembre 1999).
Le tsunami des Célèbes (28 septembre 2018).
Le tremblement de terre à Haïti (12 janvier 2010).
L'incendie de Notre-Dame de Paris (15 avril 2019).
Le syndrome de Hiroshima.
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210311-fukushima.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/fukushima-dix-ans-apres-231488

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/09/38855679.html




 

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