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29 novembre 2022 2 29 /11 /novembre /2022 18:54

« Les États-Unis et la France défendent tous les deux la liberté de la presse. Contrairement à des régimes autoritaires, il n’y a pas de contrôle sur ce que peuvent demander les journalistes [lors d'une conférence de presse commune]. » (Johanna Maska, le 28 novembre 2022).



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On est loin des embargos contre les frites françaises, le vin français ou encore le foie gras français à l'époque où les Américains haïssaient les Français après la décision du Président Jacques Chirac de ne pas soutenir la guerre en Irak. Près de vingt ans sont passés et les citoyens américains ont bien compris que la politique irakienne de George W. Bush avait été un désastre tant humain que géopolitique dont nous payons, nous la planète entière, le prix fort encore aujourd'hui.

Le mardi 29 novembre 2022 commence dans la soirée pour Emmanuel Macron une visite d'État aux États-Unis qui durera jusqu'au vendredi 2 décembre 2022, selon 20minutes « ce séjour hors normes à la Maison-Blanche, le top du top en matière de diplomatie ». Les rues de Washington arborent le drapeau français et la Maison-Blanche s'apprête donc à dérouler le tapis rouge pour raffermir les relations entre la France et les États-Unis le mercredi dans l'après-midi. Pour la petite histoire, c'est la première fois qu'un Président de la Cinquième République est honoré une seconde fois d'être accueilli en visite d'État aux États-Unis (avec le Président chinois Xi Jinping, c'est le seul dirigeant étranger à avoir bénéficié d'un tel honneur depuis une quinzaine d'années). Même De Gaulle n'a pas eu cet honneur !

La précédente visite d'État avait eu lieu le 23 mars 2018. Emmanuel Macron, reçu par Donald Trump, n'avait pas obtenu beaucoup de résultats. Les États-Unis n'étaient alors pas revenus sur leur révocation de l'Accord de Paris sur le climat et de l'accord sur le nucléaire civil avec l'Iran. En outre, c'est la première visite d'État d'un hôte invité par les États-Unis depuis le début de la Présidence de Joe Biden, ce qui est aussi une marque d'honneur non négligeable accordée à la France, d'autant plus que c'était aussi le cas pour la Présidence de Donald Trump.

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Selon l'ancienne responsable presse du Président Barack Obama, et actuelle directrice générale d'une agence de communication de crise, Johanna Maska, interviewée par Philippe Berry sur 20minutes le 28 novembre 2022, pour une telle visite
d'État, « on arrive à plusieurs centaines de personnes [mobilisées], et des préparatifs de plusieurs semaines » rien que du côté américain ! Les raisons de ces honneurs tant protocolaires que politiques sont les suivants : « En recevant Emmanuel Macron, Joe Biden veut mettre en avant la relation spéciale avec la France, la plus vieille alliée des États-Unis, et leur unité absolue sur le soutien à l’Ukraine face à Moscou. (…) Réaffirmer que le but de ces alliances est d’assurer la paix et la prospérité pour les futures générations est plus important que jamais. ».

Notez que certains, tombés dans la marmite de l'anti-américanisme primaire quand ils étaient petits, se gausseront de cette nouvelle rencontre au plus haut niveau. Et pourtant, les Français devraient au contraire être très fiers de cet honneur qui montre que la France compte beaucoup dans le monde, et j'oserais dire la France d'Emmanuel Macron (car ce ne serait certainement pas la même chose avec la France de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon !). Du reste, Nicolas Véron, économiste au Peterson Institute for International Economics de Washington, interrogé par le site FrenchMorning le 28 novembre 2022, qui prévoit des échanges fructueux car il y a plus de convergences que de divergences, a précisé : « Le Président Macron vient comme Français mais aussi comme Européen, il fait partie des vétérans politiques avec son deuxième mandat. ». Car les enjeux de cette rencontre entre Joe Biden et Emmanuel Macron sont nombreux et importants, et débordent des relations purement franco-américaines.

L'année 2021 était une année de froid dans les relations franco-américaines, en raison du coup tordu à propos des sous-marins nucléaires français, un contrat non honoré par l'Australie au profit d'une alliance anglo-saxonne (AUKUS) de manière déloyale. Cette visite d'État achève ainsi le processus de réconciliation entrepris par la France et les États-Unis.

Pour information, Emmanuel Macron s'est aussi réconcilié avec l'Australie au cours d'un entretien téléphonique le 26 mai 2022 puis d'une réception à l'Élysée le 1er juillet 2022, avec le nouveau dirigeant australien : « Je suis très heureux, Monsieur le Premier Ministre, de vous accueillir aujourd’hui à Paris. Et ce déplacement après notre échange téléphonique il y a quelques semaines, juste après votre élection, et après les quelques moments que nous avons passé en marge du sommet de l’OTAN à Madrid, marque cette volonté de rebâtir une relation de confiance entre nos deux pays, une relation fondée sur le respect mutuel, après, nous le savons bien, une phase difficile, mais une relation qui s’appuie aussi sur un partenariat stratégique et historique. (…) La nouvelle position australienne, volontariste, ambitieuse nous offre une opportunité d’avancer ensemble sur de nouveaux projets dans le cadre des initiatives lancées ces dernières années. ». En effet, le Premier Ministre australien Scott Morrison, qui avait trahi la parole de son pays au détriment des intérêts économiques et stratégiques de la France, a été défait aux élections fédérales du 21 mai 2022 et a dû laisser sa place le 23 mai 2022 au travailliste Anthony Albanese.

Dans cette visite américaine, le point sans doute le plus crucial pour la France et l'Europe, c'est de permettre de bénéficier des subventions de l'État américain pour l'acquisition par les citoyens américains de voitures électriques construites en Europe (L'Inflation Reduction Act handicape effectivement l'économie française et plus généralement les économies européennes). La lutte contre le terrorisme islamique est aussi une priorité de la France au contraire des États-Unis.

De son côté, Joe Biden, au-delà de la fidélité à l'alliance atlantique, a besoin de la France dans sa compétition avec la Chine : « Le partenariat est toujours solide, mais soumis à des forces centrifuges difficiles. ». C'est la spécialiste en relation internationale Célia Belin, une Française qui fut quelque temps la directrice du Centre des États-Unis et de l'Europe de la prestigieuse Brookings Institution, à Washington, à deux pas de la Maison-Blanche, qui a rappelé pour FrenchMorning : « La France a besoin des Américains pour réaffirmer que l’Europe peut se défendre. ». Autre sujet d'importance, pour renforcer les conclusions de la COP27, la réforme du FMI (Fonds monétaire internationale) et de la Banque mondiale : « La France va se faire le relais des demandes des pays du Sud qui demandent une aide pour la transition écologique. ».

Pour Karim Emile Bitar, chercheur à l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), interrogé par 20minutes le 26 novembre 2022, il y a « des affinités idéologiques, une volonté de se partager les rôles et une certaine complémentarité » entre la France et les États-Unis, d'autant plus après le Brexit qui rend nécessaire d'avoir un contact franc et direct avec l'Union Européenne. Le directeur de recherches à l'IRIS a d'ailleurs rappelé que le Secrétaire d'État américain (Ministre des Affaires étrangères) Anthony Blinken est « francophile et francophone ».

Le Président français ne vient pas seul aux États-Unis : Emmanuel Macron a demandé à de nombreux Français de l'accompagner pour enrichir et renforcer les coopérations franco-américaines, en particulier dans le domaine économique, culturel, éducatif mais aussi spatial.

En effet, le spationaute Thomas Pesquet ainsi que la lieutenant-colonel Sophie Adenot, qui vient d'être recrutée dans le corps des spationautes de l'Agence spatiale européenne (ESA), font partie de la délégation française et seront présents ce mercredi 30 novembre 2022 matin pour une rencontre sur l'Espace aux côtés …de la Vice-Présidente Kamala Harris. Plusieurs ministres sont du voyage, Bruno Le Maire (Économie), Catherine Colonna (Affaires étrangères), Sylvie Retailleau (Recherche), Sébastien Lecornu (Armées), Rima Abdul-Malak (Culture), quelques parlementaires dont Jean-Louis Bourlanges, le président de la commission des affaires étrangères à l'Assemblée Nationale, et Christian Cambon, son homologue du Sénat.

Bien sûr, comme c'est traditionnel dans ce genre de voyage, des patrons français sont à la rescousse du Président, en particulier Bernard Arnault (LVMH), Xavier Niel (Iliad), Patrick Pouyanné (Total), Guillaume d'Hauteville (Deezer), Mathieu Letombe (Withings), Antoine Hubert (Ÿnsect), etc. L'écrivain Douglas Kennedy, le réalisateur Claude Lelouch, le danseur Benjamin Millepied, Laurence des Cars (la directrice du Louvre) soutiendront, entre autres, la culture française et la coopération avec les États-Unis.

Emmanuel Macron terminera son périple américain vendredi 2 décembre 2022 à La Nouvelle-Orléans par une conférence sur le thème de la francophonie et du climat.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (29 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron aux États-Unis : vers des relations apaisées ?
Emmanuel Macron : climat, industrie et souveraineté ...et colère contre le cynisme de l'ultragauche.

Emmanuel Macron s'exprime sur l'Ukraine et sur la pénurie d'essence : nous devons nous serrer les coudes !
Emmanuel Macron et la menace de la dissolution.
Le point chaud de la rentrée d’Emmanuel Macron : l’énergie.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221129-macron-usa.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/emmanuel-macron-aux-etats-unis-245245

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/11/29/39727982.html







 

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19 novembre 2022 6 19 /11 /novembre /2022 04:59

« Je n'ai pas encore formellement pris la décision, mais c'est mon intention. Mon intention [est] de me présenter de nouveau et nous avons le temps de prendre cette décision. » (Joe Biden, le 21 octobre 2022 sur MSNBC).




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Étrange Président des États-Unis qu'est Joe Biden qui fête ses 80 ans ce dimanche 20 novembre 2022. Au micro de la chaîne de télévision MSNBC, le 21 octobre 2022, il n'avait pas d'hésitation dans sa détermination, juste un peu de prudence de communication pour se laisser encore un peu de liberté. Son concurrent républicain, lui, a déjà pris la décision, le 15 novembre 2022 en Floride ; Donald Trump a annoncé qu'il serait de nouveau candidat à la Maison-Blanche pour les élections de 2024, pour prendre sa revanche de 2020 (il ne l'a pas dit comme cela car selon lui, il a été dépossédé de sa victoire, ce qui est un peu vrai, mais en toute démocratie, dépossédé par les électeurs américains !).

Joe Biden est entré dans l'histoire des États-Unis dès son élection le 3 novembre 2020 et son entrée en fonction le 20 janvier 2021. Par un record dont il se serait bien passé : il est le plus vieux Président des États-Unis de toute l'histoire de son pays. À 78 ans en début de premier mandat, il bat tout le monde, tous ses prédécesseurs. Même Ronald Reagan, arrivé tard à la Maison-Blanche, était jeune en comparaison : quand il a quitté le pouvoir à la fin de son second mandat, en 1989, Ronald Reagan n'avait que l'âge de Joe Biden au début de son premier mandat ! La France aussi a connu ses vieillards, mais jamais au-delà de 78 ans (sauf Pétain viré du pouvoir à 88 ans).

Alors, évidemment, les spéculations sur un éventuel second mandat sont hasardeuses alors qu'il a un âge où encore durer, même quelques mois, peut relever de l'exploit. 82 ans aux élections de 2024, et 86 ans en cas de second mandat, à la fin de celui-ci. À dix ans près, il égalerait la reine Élisabeth II !

De son côté, Donald Trump est à peine plus jeune : seulement la durée d'un mandat, quatre ans. C'est-à-dire que s'il gagnait en 2024, il aurait le même âge que Joe Biden pour le mandat actuel, à peine mieux. Et si on évoque le principal concurrent interne au sein du parti démocrate, Bernie Sanders (81 ans), ou encore la "Speakerin" (Présidente) sortante de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi (bientôt 83 ans), ce n'est pas mieux. La classe politique américaine serait-elle vieillissante ? Après l'URSS gouvernée par de vieux croulants, de Leonid Brejnev à Konstantin Tchernenko, les États-Unis seraient-ils devenus un pays de gérontocrates, loin des présidences de Theodore Roosevelt (42 ans), John Kennedy (43 ans), Bill Clinton (46 ans) et Barack Obama (47 ans) ?

Ce qui est intéressant dans la lecture des sondages, c'est que ce constat semble satisfaire le peuple américain, du moins, tel qu'il est sublimé par les sondages : au sein de chaque parti, c'est Joe Biden et Donald Trump qui l'emporteraient largement dans les primaires pour 2024. Certes, Ron DeSantis (44 ans), qui a été réélu brillamment gouverneur de Floride le 8 novembre 2022, pourrait sérieusement concurrencé Donald Trump, mais il n'est qu'en position d'outsider.

Dans les sondages sur l'élection national pour 2024, seuls Joe Biden et Donald Trump feraient le poids. Le duel de ces deux mastodontes de la vie politique américaine, qui représente hélas bien le clivage parfois violent de la société américaine, resterait encore à l'issue très incertaine, même si Donald Trump aurait une petite avance car il n'est plus au pouvoir et, donc, n'est plus responsable de rien.

Même en l'absence de l'un des deux dans la compétition, c'est celui qui reste (Trump ou Biden) qui l'emporterait largement face à un autre candidat du camp opposé, généralement Kamala Harris (58 ans) pour les démocrates ou Ron DeSantis pour les républicains, ces deux personnalités étant bien placées aux primaires respectives de leur parti si leur champion n'y participait pas.

Kamala Harris, la première femme Vice-Présidente des États-Unis, est d'ailleurs tombée dans une impopularité record. On se demande où elle est, on ne l'entend pas, elle n'existe pas politiquement. Pourtant, sa fonction, son rôle de Présidente de substitution s'il arrivait malheur au Président, sont essentiels quand le Président a déjà 80 ans !

Joe Biden pourrait-il être réélu ? Pourquoi pas. Pour lui, Donald Trump serait son meilleur concurrent, car l'assaut du Capitole le 6 janvier 2021 l'a définitivement discrédité auprès des partisans de l'ordre. Et les élections intermédiaires du 8 novembre 2022, dont les résultats ne sont pas encore définitifs et restent vaguement incertains, ont montré qu'il n'y avait pas de vague républicaine, et même mieux pour lui, que les candidats spécifiquement trumpistes étaient généralement éliminés.

Ainsi, le parti démocrate a pu avoir quelques belles victoires. Le Sénat américain restera à majorité démocrate malgré l'incertitude de la Géorgie dont le sortant était un sénateur démocrate (un second tour devrait être nécessaire, au début du mois de décembre 2022). Le gain démocrate du siège de Pennsylvanie suffit à préserver la très courte majorité qui prévalait au Sénat sortant. Quant à la Chambre des représentants, selon la chaîne NBCNews au 14 novembre 2022, les républicains jouiraient d'une courte avance avec 219 sièges (sur 435) contre 216 sièges aux démocrates, mais cela à... 4 sièges près, pouvant donc inverser théoriquement la majorité. Mais le 15 novembre 2022, selon le "New York Times", CNN et Associated Press, les républicains ont obtenu au moins 218 sièges (sur 435) soit la majorité absolue et les démocrates 211 sièges. Kevin McCarthy, salué par Joe Biden, devrait être le prochain Speaker (Président) de la Chambre des représentants.

Certains journalistes américains regrettaient de ne pas avoir un système institutionnel et médiatique comme la France qui permet de connaître la situation électorale dès la minute de la fermeture du dernier bureau de vote, et cela depuis plus de cinquante ans ! (oui, cocorico ! la France a dans ce domaine depuis 1958 une expertise inestimable et des leçons à donner, quoi qu'en pense tous ceux qui n'ont pas apprécié les victoires électorales de ces dernières années en France).

En clair, les démocrates ont perdu la majorité à la Chambre des députés, mais de justesse et surtout, leur majorité au Sénat est sauvée, c'est-à-dire, notamment, la capacité de ratifier toutes les nominations présidentielles (en particulier celle des procureurs). De plus, c'est l'un des meilleurs résultats historiques d'élections intermédiaires pour un Président démocrate.

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Mais la question que se posent jusqu'à ses propres soutiens populaires, surtout depuis cet été 2022, cela reste : Joe Biden est-il encore capable de gouverner ? Et là, je reprends la comparaison avec l'URSS gérontocratique, les secrétaires généraux du PCUS n'étaient pas si vieux que cela, ils étaient avant tout... malades ! L'âge ne fait rien, c'est l'état de santé qui est le plus important. La question devrait donc être : sa santé lui permet-elle d'exercer le pouvoir avec toutes les facultés nécessaires, en particulier mentales, cognitives, neurologiques ?

N'étant ni médecin ni en capacité de l'avoir ausculté, je serais bien incapable de répondre à cette question, au contraire de nombreux trolls trumpistes qui sévissent sur la Toile depuis six ans. Qu'il ait eu deux AVC et une embolie pulmonaire, c'est du domaine public. Qu'il se déplace lentement, presque comme un robot, c'est une réalité aussi, mais il ne faut pas oublier qu'il a toujours été maladroit, même jeune, et qu'il lui faut faire un effort d'attention pour ne pas faire de mauvais gestes par distraction. De même, les gaffes à répétition, elles ne sont pas dues à une éventuellement dégénérescence sénile, mais plus simplement à sa personnalité, son caractère spontané, franc et direct, il faisait les mêmes gaffes à l'âge de 30 ans, sauf que c'était moins grave quand un jeune sénateur dit une bêtise que lorsque c'est le Président des États-Unis.

Cela dit, cela n'apporte aucune information certaine ni aucune prédiction, et même si, à une date donnée, la santé était parfaite, à cet âge-là, le lendemain, ou surlendemain, la situation pourrait être très différente, mais j'oserais dire que même à l'âge de 60 ans, 50 ans, voire 40 ans, cette capacité à changer radicalement d'état de santé est aussi possible, même si sa probabilité est plus faible.

Pour l'heure, le seul moyen de juger, c'est de juger sur les actes. Et à l'évidence, au moins à deux reprises, Joe Biden a montré que ses capacités à diriger un grand pays sont réelles et intactes. La première fois, en février 2022, a été le soutien sans faille à l'Ukraine dans sa résistance contre l'invasion russe qui ravage tout un peuple, loin d'un esprit défaitiste et de soumission à l'usage de la force.

Et la seconde fois, cela s'est passé dans la nuit du 15 au 16 novembre 2022. Joe Biden est suffisamment vieux pour avoir connu la crise des missiles à Cuba (il avait 20 ans) et le risque de déclenchement d'une guerre nucléaire entre la Russie et les États-Unis. Ainsi, après l'explosion d'un missile sur une ferme en Pologne ayant entraîné la mort de deux personnes, Joe Biden a gardé un calme et un sang-froid que bien peu de dirigeants d'État seraient capables de conserver dans ces conditions-là. Il a cherché au contraire à réduire la possible responsabilité de la Russie (même si l'explosion est due à un dispositif anti-missile ukrainien, l'Ukraine ne l'aurait pas utilisé si la Russie n'avait pas bombardé l'Ukraine cent ou deux cents fois en riposte impuissante et inutilement meurtrière à la libération de Kherson). La Russie a même salué le sang-froid de Joe Biden. Comment aurait réagi Donald Trump ?

Je pourrais aussi rajouter une troisième occasion pour voir que Joe Biden a toutes ses capacités de gouvernance : le 14 novembre 2022 à Bali, en marge du G20, il a rencontré le Président chinois Xi Jinping et a refusé de dire que les deux pays, USA et Chine, étaient en situation d'affrontement, ils sont seulement en compétition. C'est plutôt rassurant quand de nombreux oiseaux de malheur évoquent déjà une guerre à Taïwan.

Dans son livre "Tenir ses promesses" sorti en 2007, Joe Biden finissait sa longue autobiographie par sa détermination à se présenter à la Maison-Blanche : « Quand je vois les leçons que j'ai apprises tout au long de ma carrière politique et au gouvernement, quand je me penche sur mon passé, la réponse ne fait pour moi aucun doute : rien ne m'a jamais fait douter de la remarquable promesse que ce pays m'a faite quand j'étais jeune et aspirais à une vie au service du peuple. Et mes années passées au Sénat m'ont rendu moins cynique vis-à-vis du cœur de ce pays et de ses institutions. (…) Je sais comment j'ai envie de gouverner. Je me vois déjà dans le Bureau ovale. J'ai déjà une idée de qui j'appellerai pour m'aider au gouvernement. Je sais quelles sont les premières décisions que je prendrai. ». Il attendra encore... 13 ans.

Marilyn Monroe est morte depuis longtemps (depuis soixante ans), alors, il n'y a plus de petite musique Happy Birthday Mister President, mais cela semble assuré que Joe Biden mène son pays avec sa propre petite musique depuis maintenant deux ans.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (19 novembre 2022)
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Pour aller plus loin :
Joe Biden face à ses 80 années.
US Midterms 2022 : pas de vague républicaine !
Jimmy Carter et l'Amérique de la Paix.
Salman Rushdie.
Frank Drake.
Neil Armstrong.
6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
Anne Heche.
Olivia Newton-John.
Marilyn Monroe.
Arnold Schwarzenegger.
Margaret Keane.
Johnny Depp.
Amber Heard.
Massacre d’Uvalde : faut-il interdire les armes aux États-Unis ?
Armes à feu.
Téléréalité.
Christina Grimmie.
Vanessa Marquez.
Michael Collins.
Marnie Schulenburg.
Nicholas Angelich.
Melissa Lucio.
Bob Dole.
John Glenn.
Joséphine Baker.
Gary Hart.
Les attentats du World Trade Center.
Shailene Woodley.
Charles Bronson.
Adrian Monk.
Noël à la télévision.
Colin Powell.
Jesse Jackson.
Walter Mondale.
Marathonman.
Bob Kennedy.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221120-biden.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/joe-biden-face-a-ses-80-annees-244972

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9 novembre 2022 3 09 /11 /novembre /2022 04:40

« Les chiffres sont incroyables ! » (Donald Trump, le 8 novembre 2022 à Mar-a-Lago).



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L'ancien Président américain Donald Trump, qui prenait la parole à sa résidence de Palm Beach en Floride à 22 heures, heure locale, ce mardi 8 novembre 2022, était toujours égal à lui-même, dépeignant une réalité alternative. Il a pris les premiers résultats positifs pour le parti républicain pour en faire une généralité, l'idée étant d'occuper le terrain médiatique et de convaincre les électeurs républicains qu'ils avaient gagné les élections intermédiaires aux États-Unis. Et si, in fine, ce n'était pas le cas, leur faire croire qu'on leur aurait volé l'élection, qu'on aurait triché, fraudé.

En fait, si tous les résultats ne sont pas encore connus à cette heure, et certains seront très serrés, et l'ensemble sera très serré de toute façon, il n'y a pas, c'est désormais sûr, de vague républicaine et les candidats démocrates s'en sont souvent bien tirés malgré l'impopularité du Président Joe Biden dans les sondages (un récent sondages indiquait que 43% seulement approuvaient la politique de Joe Biden et 54% des sondés la désapprouvaient, en particulier en raison de la très forte inflation qui plombe le pouvoir d'achat des plus pauvres).

D'ailleurs, voulant lui aussi occuper le terrain médiatique (toujours moins bien que l'ancien animateur de télévision et propriétaire d'immeubles et de casinos), Joe Biden s'est montré soulagé, assis derrière son bureau présidentiel, détendu et portant un pull bleu (la couleur des démocrates) et une casquette noire, en train de téléphoner aux candidats démocrates qui venaient de remporter l'élection : « Je viens de décrocher le téléphone avec certains gagnants de ce soir, y compris certaines personnes que j'ai vues sur la route cette année. ».

Cette journée électorale est la journée la plus importante entre le début et la fin d'un mandat présidentiel aux États-Unis. Le mandat présidentiel dure quatre ans, celui d'un sénateur six ans (le Sénat est renouvelé par tiers tous les deux ans) et celui d'un représentant (équivalent d'un député national) deux ans (la Chambre des représentants est renouvelée entièrement tous les deux ans).

Les élections intermédiaires, qui renouvellent donc le Congrès (ce sera cette année le 118e Congrès des États-Unis), sont importantes pour le Président en exercice car s'il n'a pas la majorité, il risque de voir son action enlisée, principalement par le manque de budget. L'un des enjeux d'ailleurs cette année, c'est la poursuite de l'aide militaire à l'Ukraine (j'y reviens plus loin).

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Ainsi, 35 sièges de sénateurs sur les 100 que compte le Sénat (2 par État) étaient remis en jeu hier, ainsi que les 435 sièges de représentants de la Chambre des représentants. Il y a aussi beaucoup d'autres scrutins, locaux, à savoir quelques élections municipales, etc. et bien sûr, l'élection des gouverneurs dans un tiers des États (39 sièges de gouverneur à pourvoir, dans 36 États et 3 territoires). Le mandat de gouverneur est de quatre ans (sauf certaines exceptions) et la plupart des gouverneurs renouvelés ont été élus en 2018. Si l'élection des gouverneurs n'influe pas sur la détermination de la politique fédérale (seul le Congrès compte), il influe sur la vie politique générale, car beaucoup de candidats se sont prévalus d'une expérience de gouverneur pour prétendre à la Maison-Blanche. La plupart des Présidents des États-Unis ont en effet occupé auparavant soit un poste de sénateur, soit un poste de gouverneur. Enfin, d'autres postes au sein des États sont également pourvus à ces élections intermédiaires, comme celui des procureurs généraux.

Généralement, le parti du Président perd ces élections, souvent en raison d'un désenchantement après les élections présidentielles (le candidat en action n'étant pas si providentiel que ça !). En France, on connaîtrait évidemment le même phénomène. Depuis 1938, sur 21 élections intermédiaires (midterms en américain), seulement 2 ont vu le parti présidentiel avoir des gains sur la situation du Congrès sortant : en 1998 (avec Bill Clinton, malgré le scandale sexuel qui venait d'éclater) et en 2002 (avec George W. Bush, qui bénéficiait d'un rassemblement national derrière lui à la suite des attentats du 11 septembre 2001). Toutes les autres fois, le parti présidentiel a subi des pertes, parfois sans perdre la majorité s'il l'avait auparavant.

C'est dire si le parti démocrate, dans la situation actuelle très difficile tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur, partait dans cette compétition avec le dos tendu, d'autant plus que Donald Trump n'a cessé de faire campagne pour soutenir ses propres candidats (à cette heure, il aurait déjà fait élire 140 fidèles qui croient encore qu'il avait gagné les élections de 2020). Barack Obama aussi, les cheveux désormais blanchis, a mouillé la chemise, a fait campagne pour aider Joe Biden, son ancien Vice-Président. Et même Bill Clinton s'y est collé, qui voit son ancien État dont il était le gouverneur (l'Arkansas) réélire un gouverneur républicain (en l'occurrence, une gouverneure, voir plus loin ; le parti républicain y est en place depuis janvier 2015).

Mais c'était une erreur de considérer que ces élections américaines de 2022 étaient un remake de celles de 2020, une sorte de revanche pour Donald Trump contre Joe Biden. Certes, jamais le bipartisme n'a été autant incarné par des personnalités très opposées, mais rien n'indique que les élections de 2024 reverront un duel Joe Biden versus Donald Trump.

Déjà parce que Joe Biden, qui va avoir dans quelques jours 80 ans, en aura 82 en 2024 et 86 à la fin d'un éventuel second mandat, ce qui serait bien trop âgé dans une Amérique qui nécessite d'agir et d'interagir avec un esprit alerte, moderne et innovant.

Ensuite parce que rien ne dit que Donald Trump sera choisi par le parti républicain pour 2024. Certes, il est bien implanté dans ce parti qui lui avait fait, initialement, la fine bouche mais qui s'est aperçu qu'il était aussi une belle machine à gagner. Mais lui aussi commence à devenir âgé, il aura 78 ans et demi en 2024 et 82 ans et demi à la fin d'un éventuel nouveau mandat. S'il est arrivé à faire élire des très proches, comme son ancienne porte-parole à la Maison-Blanche Sarah Huckabee Sanders qui vient d'être élue première femme gouverneure d'Arkansas (son père Mike Huckabee, ancien candidat aux primaires républicaines en 2008 et en 2016, a aussi été gouverneur de l'Arkansas entre juillet 1996 et janvier 2007), la victoire d'autres candidats républicains ne doit pas le rendre joyeux.

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Effectivement, Donald Trump n'a pas vraiment à se réjouir de la réélection d'un républicain : le républicain Ron DeSantis a été très largement réélu gouverneur de Floride avec 58% des voix (première fois élu en novembre 2018 après avoir été représentant au Congrès, exerçant trois mandats de janvier 2013 à septembre 2018). À 44 ans, Ron DeSantis sera probablement candidat aux primaires républicaines de 2024 et sans doute un rival très dangereux pour l'existence politique de Donald Trump : « Le combat ne fait que commencer ! » a-t-il assuré.

Les résultats définitifs vont mettre encore un certain temps à arriver et la situation notamment au Sénat est encore très serrée (les deux partis peuvent compter sur 47-48 sièges chacun). Chacun des deux camps peut s'enorgueillir d'avoir remporté certaines belles victoires. Ainsi, le candidat démocrate Maxwell Frost a été élu à la Chambre des représentants à 25 ans, représentant de la Floride, tandis que la démocrate Maura Healey a été élue gouverneure du Massachusetts, elle devient la première gouverneure "ouvertement lesbienne". Mais le parti républicain a aussi de belles victoires, comme celle de James David Vance qui a été élu sénateur des États-Unis pour l'Ohio avec plus de 53% des voix (pour 97% des bureaux de vote) contre son rival démocrate Tim Ryan, membre de la Chambre des représentants depuis 2003. La victoire de ce capital-risqueur trumpiste de 38 ans est même considéré comme le premier revers électoral important du parti démocrate à ces élections.

Au-delà de la bataille Biden vs Trump qui n'est probablement pas le principal enjeu, il y a le devenir politique des États-Unis et surtout, ce qui nous intéresse le plus, nous Européens, le positionnement des États-Unis dans les relations internationales. Or, depuis deux siècles, il y a toujours eu un clivage qu'on croyait oublié au XXe siècle, celui de l'isolationnisme face à la volonté d'être le gendarme du monde. Depuis l'entrée en guerre des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, plus encore dans la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis sont devenus présents sur toute la planète pour éventuellement intervenir dans certains conflits, voire en créer de nouveaux, le summum étant la guerre en Irak déclarée par un républicain George W. Bush.

Le courant isolationniste a cependant repris de la vigueur. On pourrait penser qu'il provient de Donald Trump, également républicain, mais il a commencé déjà sous Barck Obama qui a voulu commencer à désengager les États-Unis de l'OTAN, une organisation très coûteuse pour les Américains et dont très peu d'autres membres ne respectent l'obligation d'engager 2% du PIB à des dépenses militaires, pour s'investir géopolitiquement plus intensément dans le Pacifique. Le départ précipité des troupes américaines d'Afghanistan en est d'ailleurs l'un des derniers signes, sous la Présidence du démocrate Joe Biden.

Néanmoins, l'invasion russe de l'Ukraine le 24 février 2022 a bouleversé la situation internationale. Pour les démocraties européennes et américaines, laisser Vladimir Poutine annexer l'Ukraine aurait été la même erreur qu'avoir laissé Hitler annexer la Tchécoslovaquie, avec une paix à bon compte par les Accords de Munich qui n'a fait que précipiter l'Europe dans la guerre totale quelques mois plus tard, puisqu'ils disaient clairement à Hitler qu'il pouvait envahir tous les territoires à sa guise, ce qu'il a fait avec la Pologne. Laisser la Russie annexer l'Ukraine, c'est l'encourager à annexer d'autres territoires qu'elle pourrait revendiquer au nom de la Grande ou Sainte Russie, la Moldavie, les pays baltes, une partie de la Pologne, etc. Le soutien moral et financier, politique et militaire, à l'Ukraine est donc un élément de politique étrangère majeur pour les États-Unis (et encore plus pour l'Europe), même si cela peut coûter très cher. Joe Biden a su ainsi faire les bons choix au bon moment alors que personne n'imaginait que le peuple ukrainien était prêt à résister aux envahisseurs russes (cela fait déjà depuis neuf mois).

Or, une partie des candidats républicains à ces élections intermédiaires réclament la fin de l'aide pour l'Ukraine, non pas pour des raisons de politique, cohérence politique, de vision politique, mais pour la pire raison qui soit, pour des raisons financières, parce que cela coûterait trop cher au peuple américain. Abandonner le peuple ukrainien pour de simples raisons matérielles serait une véritable honte morale au regard de l'histoire. Un égoïsme pur. Les électeurs du parti républicain seraient bien en peine de savoir, en votant pour un candidat républicain, ce qu'il ferait, élu, au Congrès lorsqu'il s'agirait de voter de nouvelles aides à l'Ukraine, car le parti républicain est très divisé sur ce sujet essentiel. L'ancien Président Donald Trump n'a pas hésité à fustiger ces aides de manière très démagogique pour récupérer les voix populaires de ceux qui souffrent de la crise économique, manière qui n'est pas sans penser à celle de certains démagogues populistes en France qui s'opposent aussi à la position diplomatique de la France sur l'Ukraine.

La situation électorale n'est donc pas infamante pour les démocrates américains et les heures ou jours qui viennent diront s'ils pourront continuer à gouverner seuls. Dans le cas contraire, ce ne serait pas la première fois que le Congrès serait majoritairement opposé au gouvernement. Tout ce qu'on peut dire à cette heure, c'est que, contrairement à la petite musique trumpienne, il n'y a pas eu de déferlante républicaine, et pour la stabilité du monde, en particulier de l'Europe, c'est déjà un grand soulagement !


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (09 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
US Midterms 2022 : pas de vague républicaine !
Jimmy Carter et l'Amérique de la Paix.
Salman Rushdie.
Frank Drake.
Neil Armstrong.
6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
Anne Heche.
Olivia Newton-John.
Marilyn Monroe.
Arnold Schwarzenegger.
Margaret Keane.
Johnny Depp.
Amber Heard.
Massacre d’Uvalde : faut-il interdire les armes aux États-Unis ?
Armes à feu.
Téléréalité.
Christina Grimmie.
Vanessa Marquez.
Michael Collins.
Marnie Schulenburg.
Nicholas Angelich.
Melissa Lucio.
Bob Dole.
John Glenn.
Joséphine Baker.
Gary Hart.
Les attentats du World Trade Center.
Shailene Woodley.
Charles Bronson.
Adrian Monk.
Noël à la télévision.
Colin Powell.
Jesse Jackson.
Walter Mondale.
Marathonman.
Bob Kennedy.

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2 octobre 2022 7 02 /10 /octobre /2022 05:13

« Bon anniversaire ! Vous êtes vraiment une personne gentille et inspirante. Vous avez changé tant de vies grâce à votre travail. Merci de tout ce que vous faites et de suivre votre cœur. Beaucoup d'amour, la famille Wolfe. »



 

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Ou encore (parmi plein d'autres exemples) : « Joyeux anniversaire Président Carter. En tant que nation, nous sommes bénis de vous avoir à notre service. En tant que personne, je suis doublement béni d'avoir eu le privilège de vous voir diriger ce pays avec tant de grâce et de principe, puis d'avoir passé toutes ces années à vous regarder, vous et votre charmante épouse, faire le travail que vous faites partout dans le monde. Votre influence sur moi et ma vie depuis mes 18 ans en 1976 jusqu'à maintenant ne peut être mesurée. J'ai eu l'occasion de vous rencontrer plusieurs fois au fil des ans et je suis toujours émerveillé par votre présence. Il est difficile d'expliquer cette aura que je ressens car il est clair que vous êtes un homme des plus humbles malgré un niveau d'accomplissement qui défie toute croyance. Je vous souhaite une journée chaleureuse et heureuse remplie d'amour et de rires. ».

Depuis quelques jours, il y a une effervescence sur certains réseaux sociaux. Des centaines voire des milliers de personnes dans le monde, des citoyens américains mais pas seulement, envoient des messages de sympathie et de bons souhaits à l'ancien Président américain Jimmy Carter qui fête son 98e anniversaire ce samedi 1er octobre 2022.

Jimmy Carter bientôt centenaire dans deux ans, c'est rare pour un ancien Président des États-Unis, et même, c'est sans précédent. Non seulement il a pu mener cette longue existence avec un fil conducteur, celui de porter partout un message de paix, mais en plus, il a fêté le 7 juillet dernier son 76e anniversaire de mariage, sa femme Rosalynn, de trois ans plus jeune, militante des droits de l'homme, est toujours auprès de lui, elle-même honorée en 2001 au National Women's Hall of Fame.

La trajectoire de Jimmy Carter est très étonnante : officier de la marine puis cultivateur de cacahuètes, il a été élu sénateur de l'État de Géorgie (il faut comparer ce mandat à une sorte de conseiller régional) de 1963 à 1967 puis gouverneur de la Géorgie de 1971 à 1975, l'un des États du Sud encore en proie au ségrégationnisme. Son élection à la Maison-Blanche en 1976 a été vécue comme une surprise face à Gerald Ford (et aussi face à ses concurrents démocrates lors des primaires, comme George Wallace ou Jerry Brown). C'était la première fois qu'un Président issu d'un État du Sud avait été élu Président depuis la guerre de Sécession.

On a souvent évoqué la Présidence Carter comme une Présidence qui a humilié les Américains, surtout à cause de la prise des otages américains à Téhéran après l'arrivée des mollahs au pouvoir en Iran en 1979. La victoire en 1980 de Ronald Reagan, sur un slogan très simple (America is back) pour redonner confiance et fierté au peuple américain a semblé tourner la parenthèse Carter mais aussi toute celle des années 1970 ternie avec le scandale du Watergate (Richard Nixon).

Les années 1980 ont conforté Reagan dans le sens où, à la fin de la décennie, la chute de l'empire soviétique a permis une libéralisation de toute l'Europe centrale et orientale et les valeurs de démocratie et d'économie de marché sont devenues universelles, laissant entendre qu'avait payé la fermeté de Ronald Reagan (notamment avec le lancement de l'IDS, ce plan qui visait à intercepter tout missile nucléaire envoyé par l'ennemi, ce qui ne fonctionnerait que si son efficacité était de 100%).

On voit bien, après trente années de recul, que rien n'est jamais acquis et que le désordre dans les relations internationales est tel que les dangers semblent même être plus menaçants qu'à la pire époque de la guerre froide (guerre en Ukraine, mais aussi terrorisme islamique, expansion économique de la Chine, etc.).

Alors, ce n'est pas étonnant d'observer cette vague de sympathie très large en faveur de Jimmy Carter, dont aucun autre ancien Président américain n'a encore bénéficié. Certes, il s'agit de fêter un vieillard, mais pas seulement. Pendant son mandat, il a fait énormément avancer la paix : les Accords de Camp David entre Israël et l'Égypte, les Accords SALT II sur la limitation de l'armement nucléaire, la fin du soutien américain aux dictatures au Salvador et au Chili, l'ouverture des relations diplomatiques avec la Chine populaire, etc.

Après sa Présidence, il n'a pas arrêté de parcourir le monde, avec sa femme, pour tenter d'influer en faveur de la paix et des droits de l'homme, au point de recevoir en 2002 le Prix Nobel de la Paix ("Time Magazine" l'a même consacré en 1989 comme "meilleur ancien Président des États-Unis") : Éthiopie, Panama, Haïti, Corée du Nord, Nicaragua, Palestine, Indonésie, Bosnie, etc. Dans de nombreux conflits, il fut même médiateur.

Jimmy Carter est devenu maintenant le patriarche du monde, en quelque sorte, une sorte de dinosaure venu d'un livre d'histoire ; tous ses contemporains, interlocuteurs dirigeants des années 1970 ont disparu, Valéry Giscard d'Estaing, Helmut Schmidt, Jacques Chirac, Margaret Thatcher, Leonid Brejnev, Deng Xioping, etc. À l'exception notoire de l'ancien Ministre des Affaires étrangères (1973-1977), Henry Kissinger, qui va être centenaire dans quelques mois, Jimmy Carter reste le dernier survivant à représenter un monde révolu, certes, mais avec la conscience qu'il lui faut déterminer un sens, celui de la démocratie et des droits humains.

C'est ce sens qui semble avoir été perdu depuis une vingtaine d'années, dans un monde technologiquement en forte progression mais qui, politiquement, semble avoir fait quelques retours en arrière, peut-être même parce que la technologie a progressé trop rapidement. Y a-t-il des nouveaux Jimmy Carter à l'horizon ?


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (29 septembre 2022)
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Pour aller plus loin :
Jimmy Carter a 90 ans.
Le dernier sage ?
Jimmy Carter et l'Amérique de la Paix.
Salman Rushdie.
Frank Drake.
Neil Armstrong.
6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
Anne Heche.
Olivia Newton-John.
Marilyn Monroe.
Arnold Schwarzenegger.
Margaret Keane.
Johnny Depp.
Amber Heard.
Massacre d’Uvalde : faut-il interdire les armes aux États-Unis ?
Armes à feu.
Téléréalité.
Christina Grimmie.
Vanessa Marquez.
Michael Collins.
Marnie Schulenburg.
Nicholas Angelich.
Melissa Lucio.
Bob Dole.
John Glenn.
Joséphine Baker.
Gary Hart.
Les attentats du World Trade Center.
Shailene Woodley.
Charles Bronson.
Adrian Monk.
Noël à la télévision.
Colin Powell.
Jesse Jackson.
Walter Mondale.
Marathonman.
Bob Kennedy.

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30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 05:31

« Bon anniversaire ! Vous êtes vraiment une personne gentille et inspirante. Vous avez changé tant de vies grâce à votre travail. Merci de tout ce que vous faites et de suivre votre cœur. Beaucoup d'amour, la famille Wolfe. »



 

_yartiCarterJimmyC01

Ou encore (parmi plein d'autres exemples) : « Joyeux anniversaire Président Carter. En tant que nation, nous sommes bénis de vous avoir à notre service. En tant que personne, je suis doublement béni d'avoir eu le privilège de vous voir diriger ce pays avec tant de grâce et de principe, puis d'avoir passé toutes ces années à vous regarder, vous et votre charmante épouse, faire le travail que vous faites partout dans le monde. Votre influence sur moi et ma vie depuis mes 18 ans en 1976 jusqu'à maintenant ne peut être mesurée. J'ai eu l'occasion de vous rencontrer plusieurs fois au fil des ans et je suis toujours émerveillé par votre présence. Il est difficile d'expliquer cette aura que je ressens car il est clair que vous êtes un homme des plus humbles malgré un niveau d'accomplissement qui défie toute croyance. Je vous souhaite une journée chaleureuse et heureuse remplie d'amour et de rires. ».

Depuis quelques jours, il y a une effervescence sur certains réseaux sociaux. Des centaines voire des milliers de personnes dans le monde, des citoyens américains mais pas seulement, envoient des messages de sympathie et de bons souhaits à l'ancien Président américain Jimmy Carter qui fête son 98e anniversaire ce samedi 1er octobre 2022.

Jimmy Carter bientôt centenaire dans deux ans, c'est rare pour un ancien Président des États-Unis, et même, c'est sans précédent. Non seulement il a pu mener cette longue existence avec un fil conducteur, celui de porter partout un message de paix, mais en plus, il a fêté le 7 juillet dernier son 76e anniversaire de mariage, sa femme Rosalynn, de trois ans plus jeune, militante des droits de l'homme, est toujours auprès de lui, elle-même honorée en 2001 au National Women's Hall of Fame.

La trajectoire de Jimmy Carter est très étonnante : officier de la marine puis cultivateur de cacahuètes, il a été élu sénateur de l'État de Géorgie (il faut comparer ce mandat à une sorte de conseiller régional) de 1963 à 1967 puis gouverneur de la Géorgie de 1971 à 1975, l'un des États du Sud encore en proie au ségrégationnisme. Son élection à la Maison-Blanche en 1976 a été vécue comme une surprise face à Gerald Ford (et aussi face à ses concurrents démocrates lors des primaires, comme George Wallace ou Jerry Brown). C'était la première fois qu'un Président issu d'un État du Sud avait été élu Président depuis la guerre de Sécession.

On a souvent évoqué la Présidence Carter comme une Présidence qui a humilié les Américains, surtout à cause de la prise des otages américains à Téhéran après l'arrivée des mollahs au pouvoir en Iran en 1979. La victoire en 1980 de Ronald Reagan, sur un slogan très simple (America is back) pour redonner confiance et fierté au peuple américain a semblé tourner la parenthèse Carter mais aussi toute celle des années 1970 ternie avec le scandale du Watergate (Richard Nixon).

Les années 1980 ont conforté Reagan dans le sens où, à la fin de la décennie, la chute de l'empire soviétique a permis une libéralisation de toute l'Europe centrale et orientale et les valeurs de démocratie et d'économie de marché sont devenues universelles, laissant entendre qu'avait payé la fermeté de Ronald Reagan (notamment avec le lancement de l'IDS, ce plan qui visait à intercepter tout missile nucléaire envoyé par l'ennemi, ce qui ne fonctionnerait que si son efficacité était de 100%).

On voit bien, après trente années de recul, que rien n'est jamais acquis et que le désordre dans les relations internationales est tel que les dangers semblent même être plus menaçants qu'à la pire époque de la guerre froide (guerre en Ukraine, mais aussi terrorisme islamique, expansion économique de la Chine, etc.).

Alors, ce n'est pas étonnant d'observer cette vague de sympathie très large en faveur de Jimmy Carter, dont aucun autre ancien Président américain n'a encore bénéficié. Certes, il s'agit de fêter un vieillard, mais pas seulement. Pendant son mandat, il a fait énormément avancer la paix : les Accords de Camp David entre Israël et l'Égypte, les Accords SALT II sur la limitation de l'armement nucléaire, la fin du soutien américain aux dictatures au Salvador et au Chili, l'ouverture des relations diplomatiques avec la Chine populaire, etc.

Après sa Présidence, il n'a pas arrêté de parcourir le monde, avec sa femme, pour tenter d'influer en faveur de la paix et des droits de l'homme, au point de recevoir en 2002 le Prix Nobel de la Paix ("Time Magazine" l'a même consacré en 1989 comme "meilleur ancien Président des États-Unis") : Éthiopie, Panama, Haïti, Corée du Nord, Nicaragua, Palestine, Indonésie, Bosnie, etc. Dans de nombreux conflits, il fut même médiateur.

Jimmy Carter est devenu maintenant le patriarche du monde, en quelque sorte, une sorte de dinosaure venu d'un livre d'histoire ; tous ses contemporains, interlocuteurs dirigeants des années 1970 ont disparu, Valéry Giscard d'Estaing, Helmut Schmidt, Jacques Chirac, Margaret Thatcher, Leonid Brejnev, Deng Xioping, etc. À l'exception notoire de l'ancien Ministre des Affaires étrangères (1973-1977), Henry Kissinger, qui va être centenaire dans quelques mois, Jimmy Carter reste le dernier survivant à représenter un monde révolu, certes, mais avec la conscience qu'il lui faut déterminer un sens, celui de la démocratie et des droits humains.

C'est ce sens qui semble avoir été perdu depuis une vingtaine d'années, dans un monde technologiquement en forte progression mais qui, politiquement, semble avoir fait quelques retours en arrière, peut-être même parce que la technologie a progressé trop rapidement. Y a-t-il des nouveaux Jimmy Carter à l'horizon ?


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (29 septembre 2022)
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Pour aller plus loin :
Jimmy Carter a 90 ans.
Le dernier sage ?
Jimmy Carter et l'Amérique de la Paix.
Salman Rushdie.
Frank Drake.
Neil Armstrong.
6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
Anne Heche.
Olivia Newton-John.
Marilyn Monroe.
Arnold Schwarzenegger.
Margaret Keane.
Johnny Depp.
Amber Heard.
Massacre d’Uvalde : faut-il interdire les armes aux États-Unis ?
Armes à feu.
Téléréalité.
Christina Grimmie.
Vanessa Marquez.
Michael Collins.
Marnie Schulenburg.
Nicholas Angelich.
Melissa Lucio.
Bob Dole.
John Glenn.
Joséphine Baker.
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Les attentats du World Trade Center.
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1 juin 2022 3 01 /06 /juin /2022 17:14

« Lorsque les allégations ont été faites, lorsqu’elles ont fait le tour du monde, disant aux gens que j’étais un ivrogne menaçant et sous cocaïne, qui battait les femmes, soudainement, dans la cinquantaine, c’est fini. Vous êtes fini. Quelle que soit l’issue de ce procès, à la seconde où ces accusations ont été portées contre moi, et où elles se sont métastasées pour alimenter les médias, j’ai perdu. J’ai perdu, et je porterai cela pour le reste de ma vie. (…) [Amber Heard] a un besoin de conflit, un besoin de violence. Ça sort de nulle part. » (Johnny Depp, le 20 avril 2022).



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Très étrange sensation que l’ultramédiatisation du procès entre Johnny Depp et Amber Heard, deux acteurs américains qui rejouent le film "La Guerre des roses" de Danny DeVito (sorti le 4 décembre 1989) avec Michael Douglas et Kathleen Turner. Cette impression est tout à fait surréaliste dans un univers tout à fait étranger où l’on parle en millions de dollars, où l’on parle du énième appartement au bord de la mer, où l’on parle de substances plus ou moins illicites, où l’on parle de violences conjugales plus ou moins avérées, où l’on parle de millions de fans et de millions de détracteurs… En France, on en parlerait même plus que de la campagne des élections législatives (elle a commencé le 30 mai 2022, le sait-on ?) ou même que la guerre en Ukraine et ses épouvantables drames.

Johnny Depp (qui va avoir 59 ans le 9 juin) a tourné dans de nombreux films et a déjà, depuis plus de vingt ans, son étoile au Walk of Fame à Hollywood. L’ancien mari de la Française Vanessa Paradis est notamment le premier rôle dans "Edward aux mains d’argent" de Tim Burton, "Pirates des Caraïbes" de Gore Verbinski, "Charlie et la Chocolaterie" de Tim Burton, etc. Amber Heard (36 ans) s’est fait connaître également par une série télévisée avant d’embrayer au cinéma notamment dans "Délire Express" de David Gordon Green et "Aquaman" de James Wan.

En gros, depuis 2016, le couple qui s’était marié quelques mois auparavant s’est déchiré d’une manière totalement inédite : le public est pris à témoin, les médias se régalent, les réseaux sociaux s’agitent, soutiennent ou fustigent, et dans cette "affaire" (qui est un bien grand mot), les avocats s’enrichissent. Le procès en question est le deuxième ou troisième, et ce n’est pas un procès sur des coups et blessures éventuelles, c’est un procès en diffamation, celui-ci à l’initiative de l’acteur, Johnny Depp, qui a commencé le 11 avril 2022 au tribunal du comté de Fairfax, en Virginie, et qui vient de se terminer ce mercredi 1er juin 2022 avec un verdict qui a condamné les deux protagonistes, mais plus sévèrement l’ex-épouse que l’ex-époux. En effet, Amber Heard a été condamnée à verser 15 millions de dollars à son ancien mari tandis que Johnny Depp 2 millions de dollars à son ancienne femme.

On s’aperçoit ainsi que tous les faits et gestes de chaque membre du couple ont été enregistrés, notés, mémorisés dès le départ par l’autre, ce qui montre un couple quand même bien étrange et qui fait un étalage de faits quotidiens complètement inintéressants et parfois glauques.

Ce sujet serait dérisoire s’il ne revenait pas sur un sujet essentiel, un double sujet essentiel : d’une part, les violences conjugales, avec les paroles qui se délient sur des drames trop souvent passés sous silence, d’autre part, les réputations salies par des accusations abusives et diffamatoires.

Nous y voilà au nœud du problème : comment peut-on dénoncer des violences réelles sans accuser leurs auteurs ? Dans le cas de ce couple de personnes très célèbres, chaque nouveau fait est mis dans la boîte à buzz. La présomption d’innocence ne suffit pas dans une telle situation, car ce qui fait ou défait les réputations, ce sont les informations publiques (imaginez simplement que vos problèmes de couple, le cas échéant, soient mis sur la place publique et soient légèrement déformés). Or, la possibilité de départager deux antagonistes, c’est le rôle des juges, qui doivent être imperméables à toutes pressions, en particulier médiatiques ici (mais aussi politiques, économiques, etc.), et tout doit rester dans un cadre discret où la rumeur publique ne règne pas.

Aux États-Unis, la situation est simpliste : il faut être pour ou contre. Pour ou contre les femmes dont la parole se libère, pour ou contre l’un ou l’autre des acteurs, pour ou contre le patriarcat (mot typiquement introduit par les féministes qui laisse entendre que la violence conjugale proviendrait du seul fait de l’homme alors que cette violence existe également, de même intensité, dans des couples homosexuels, même de femmes).

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Beaucoup de militants anti-féministes (comment les appeler autrement ?) ont soutenu Johnny Depp dans les réseaux sociaux, au point d’en faire une affaire symbolique contre les femmes. En citant en début d’article Johnny Depp et pas Amber Heard, j’ai moi-même, en quelque sorte, choisi aussi mon camp, même si je me moque de cette affaire et qu’elle me dépasse aussi.

Ce qui m’intéresse, en revanche, c’est l’idée qu’on puisse accuser publiquement à tort une personne au point de salir sa réputation. Le "à tort", dans cette phrase, est essentiel et c’est le juge qui le détermine, car a contrario, lorsqu’il y a réellement de la violence, lorsque c’est avéré, je la trouve inacceptable, surtout dans le cadre de relations affectives (a priori, quand on aime, on ne tape pas, on est plutôt en confiance), je souhaite alors que son auteur soit sévèrement sanctionné, condamné tant pénalement que médiatiquement ou, pour des personnes moins célèbres, au moins sanctionnée professionnellement pour qu’il ou elle ne recommence pas.

Et que l’auteur des violences soit une femme ou un homme. Même si la violence des femmes est minoritaire, elle existe et des hommes meurent aussi de violences conjugales (à peu près dans la proportion d’un homme pour trois femmes). J’ai connu une femme violente qui menaçait d’un couteau à la gorge son "mec" (pour une raison que je n’ai pas saisie) et son enfant de 8 ans avait fermé à clef la porte d’entrée de l’appartement. Pour sortir de ce piège, j’ai même imaginé me saisir du fer à repasser qui était à ma portée pour l’envoyer sur la femme et libérer son compagnon (mais je n’aurais jamais pu assumer un geste d’une telle violence). Le dialogue a heureusement suffi à apaiser cette situation compliquée mais cette violence était en elle-même insupportable et d’autant plus glauque qu’elle en a rendu son garçon complice.

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Les jurés de Fairfax, je le rappelle, n’ont répondu qu’à la problématique de réputation et de diffamation, et ne devaient pas se prononcer sur les gestes de violences plus ou moins avérés sur l’un ou sur l’autre (Johnny Depp a ou aurait été par exemple profondément blessé au majeur de sa main d’un éclat de verre d’une bouteille de vodka lancée sur lui par son ex-épouse).

J’aurais pu citer aussi Amber Heard lors de son audition le 4 mai 2022, très larmoyante : « Je n’oublierai jamais la première fois qu’il m’a frappée (…). Je n’ai pas bougé parce que je ne savais pas quoi faire d’autres (…). Il m’a frappée une nouvelle fois. Violemment. Je perds mon équilibre et je réalise que le pire est en train d’arriver. ».

On serait tenté de croire à une tentative de manipulation et de rendre très intéressant financièrement le divorce quand on entend la réaction d’Amber Heard à l’écoute du verdict, se victimisant et victimisant toutes les femmes : « J’ai le cœur brisé que la montagne de preuves ne soit toujours pas suffisante pour résister au pouvoir, à l’influence et à l’emprise disproportionnée de mon ex-marie (…). C’est un retour en arrière, un retour en arrière à l’époque où une femme qui parlait et s’exprimait pouvait être publiquement blâmée et humiliée. Un retour en arrière à l’époque où la violence contre les femmes n’était pas prise au sérieux. (…) Je suis triste d’avoir perdu cette affaire. Mais je suis encore plus triste d’avoir perdu un droit que je pensais avoir en tant qu’Américaine : parler librement et ouvertement. ».

Même aux États-Unis, on convient que la liberté des uns s’arrête là où celle des autres s’arrête. Durant ce procès, Amber Heard est apparue pour beaucoup comme abusive, menteuse, manipulatrice, violente, presque psychopathe, et surtout, elle n’a apporté aucun élément de preuve de ce qu’elle avait avancé dans ses accusations.

Quant à Johnny Depp, il n’a pas fanfaronné mais il a remercié les jurés et il a remercié tous ceux qui l’ont soutenu malgré les coulées de détritus qui se sont déversés sur lui. Il voudrait que ce verdict soit un encouragement à continuer à résister pour les hommes accusés injustement de violences conjugales.

Au contraire de la France, ce procès pouvait être filmé, ce qu’il a été, et il a été diffusé en direct vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur des chaînes de télévision ou sur Internet. Ainsi, des internautes pouvaient suivre la moindre intervention dans ce procès fleuve. Il fera probablement date comme ayant provoqué cette nouvelle folie médiatique renforcée par Internet, et aussi comme une action corrective de cette nécessaire fin du silence sur les violences aux femmes initiée depuis longtemps mais amplifiée par le mouvement MeToo. Parler, oui, mais dire n’importe quoi sur les autres, non. Dans ce domaine, seul le juge peut faire la part du vrai et du faux. Et certainement pas les voyeurs qui nous sommes tous un petit peu plus ou moins.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er juin 2022)
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Pour aller plus loin :
Johnny Depp, Amber Heard et les violences conjugales ?
Peut-on confondre dragueur lourd et violeur ?
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Violences conjugales : le massacre des femmes continue.








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25 mai 2022 3 25 /05 /mai /2022 03:16

« Quand, pour l’amour de Dieu, allons-nous affronter le lobby des armes ? » (Joe Biden, le 24 mai 2022 à Washington).




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La tuerie dans l’école primaire d’Uvalde qui a eu lieu ce mardi 24 mai 2022 et qui a entraîné la mort d’au moins 21 personnes dont 19 enfants, repose une fois encore la question du Deuxième Amendement de la Constitution des États-Unis et de cette sacro-sainte liberté de détenir et d’utiliser des armes à feu. Le Président Joe Biden arrivera-t-il à réussir là où son prédécesseur Barack Obama avait échoué ?

En tout cas, c’est l’objectif de la Maison-Blanche : provoquer par l’émotion générale de cette tragédie une salutaire prise de conscience que la sécurité des citoyens ne passe pas nécessairement par la liberté sur les armes mais au contraire par leur contrôle strict voire leur restriction.

Uvalde est une petite ville de 15 000 habitants très à l’ouest du Texas, proche du Mexique (à 100 kilomètres de la frontière). Après avoir tiré sur sa grand-mère (dont l’état de santé n’a pas été communiqué), un jeune homme de 18 ans, muni d’un fusil, est allé à l’école primaire Robb et a tiré sur des enfants d’une dizaine d’années, il a tué au moins 19 enfants et 2 enseignants et en a blessé d’autres. Lui-même a été tué par la police arrivée sur place. À deux jours près, les écoliers auraient commencé leurs grandes vacances.

Malheureusement, ce genre d’acte horrible n’est pas le premier et ne sera probablement pas le dernier au "pays des cow-boys". Quelques jours auparavant, le 14 mai 2022, un attentat a eu lieu à Buffalo, une ville aux confins de l’État de New York, dans une supérette, qui a fait 10 victimes, commis par un suprématiste blanc biberonné par la théorie complotiste du "grand remplacement" (où l’on découvre par ailleurs, pour ceux qui n’en ont pas encore conscience, que les théories les plus stupides ne sont pas que des mots et peuvent tuer, on le sait bien depuis le covid-19).

Depuis 1967, il y a eu plus de 150 fusillades de masse (plus de 4 victimes) aux États-Unis, dont certaines furent très meurtrières, comme celle d’Orlando dans une boîte de nuit LGBT le 12 juin 2016 (49 victimes) et celle de Las Vegas au cours d’un festival de musique country le 1er octobre 2017 (58 victimes). Beaucoup d’entre elles ont eu lieu dans le milieu scolaire ou universitaire, les précédentes du genre avaient eu lieu le 14 décembre 2012 à l’école primaire de Sandy Hook, près de Newtown, dans le Connecticut, où 27 personnes dont 20 enfants avaient péri, et le 16 avril 2007 à l’Université Virginia Tech, où 32 personnes dont (il me semble) 28 étudiants avaient été tuées.

En dehors des attentats soit d’extrémistes de droite ou de gauche, soit de fondamentalisme religieux, il y a plusieurs causes à ces actes souvent issus de personnes seules : un effet d’imitation de ces fusillades très médiatisées, un besoin de gloire et célébrité, un écart entre les ambitions sociales de l’assassin et son échec social, l’incapacité du gouvernement à contrôler le profil des personnes qui possèdent une arme à feu et l’augmentation de l’accessibilité des armées à feu. En revanche, les dérangements mentaux ne seraient pas un facteur décisif dans la mesure où ce genre de massacres augmente bien plus vite que le nombre de personnes atteintes de troubles mentaux (de plus, pour organiser une telle tuerie, il faut une organisation très rationnelle).

Notons que la France a hélas connu aussi des tueries de masse hors attentats, et parfois en raison d’un profil d’échec social de leur auteur, en particulier dans le cas de la tuerie au conseil municipal de Nanterre le 27 mars 2002, qui a entraîné la mort de 8 élus et blessé 19 autres. C’était à quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle de 2002.

La situation des armes aux États-Unis pose un véritable problème. Barack Obama avait tenté d’en limiter la prolifération par une loi que le Sénat a finalement rejetée. En effet, le vrai problème est la puissance du lobby des armes, représenté par la NRA (National Rifle Association), forte de ses 4 à 6 millions d’adhérents et du financement de campagne de certains candidats (en particulier Donald Trump).

Actuellement, selon les chiffres du Ministère de la Justice des USA, 393 millions d’armes circulent dans ce pays de 329 millions d’habitants. En vingt ans, la production d’armes a progressé énormément. Entre 2000 et 2020, le nombre d’entreprises fabriquant des armes a plus que septuplé (passant de 2 200 à 16 963) et le nombre d’armes produites a triplé (de 3,9 millions à 11,3 millions). Pendant ces deux dernières décennies, 137 millions d’armes ont été produites.

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Durant la seule année 2021, 21 000 personnes aux États-Unis sont mortes d’une arme à feu. 30% des Américains possèdent au moins une arme à feu chez eux.

La détention d’arme est une véritable tradition, et cela m’écorche de le dire, mais une tradition démocratique. En effet, la rédaction du Deuxième Amendement de la Constitution américaine, inclus dans la Déclaration des droits, adopté le 15 décembre 1791, est très clair, court et clair : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit du peuple de détenir et de porter des armes ne doit pas être transgressé. ». Il y a beaucoup d’explication pour comprendre cette rédaction (entre autres, pour maintenir l’esclavage dans les États du Sud), mais la principale veut que si les citoyens sont armés, un État policier ne pourra pas les soumettre à la dictature. Ce principe a aussi sa traduction en Suisse où le sujet avait fait débat.

Lorsqu’il y a eu le massacre dans la boîte de nuit à Orlando, le 12 juin 2016, en pleine campagne présidentielle entre Hillary Clinton et Donald Trump, ce dernier avait prétendu que si les clients avaient été armés, ils auraient pu mettre hors d’état de nuire l’assassin. Sauf que justement, il y avait des hommes armés dans ce lieu et ils n’ont pas pu le maîtriser malgré tout, car c’est un métier, la sécurité et il faut des compétences pour l’exercer avec efficacité.

La multiplication des armes en circulation dans la population, en particulier par des détenteurs au profil psychologique incertain, a fortiori quand ces armes sont des fusils d’assaut, rend ce genre de massacre récurrent aux États-Unis, à cause de ce principe constitutionnel. Souvent, les assassins sont des adolescents ou de jeunes adultes pas plus mûrs que des adolescents, en mal être, qui choisissent une solution nihiliste qui entraîne leur entourage dans l’abîme. Par ailleurs, de nombreux accidents ont eu lieu, commis par des enfants qui ont eu accès d’une manière ou d’une autre à une arme de leurs parents.

Concrètement, il y a des législations très différentes d’un État à un autre, avec un accès plus réglementé en Californie qu’au Texas ou en Floride, mais la Cour Suprême a en revanche rappelé le droit de chaque citoyen américain à posséder une arme. Seules, les conditions de cette possession peuvent être discutées.

En outre, vouloir modifier la Constitution et son Deuxième Amendement est une opération politique très incertaine en raison de la grande contrainte de l’article V de la Constitution américaine : pour la réviser, il faut en effet réunir les deux tiers des parlementaires du Congrès (les deux chambres, Chambre des représentants et Sénat) et ensuite, le faire ratifier par les trois quarts des États. Autant dire que ce serait mission impossible, car la règle permet aux petits États d’avoir une représentation disproportionnée au Sénat (un État, deux sénateurs, quelle soit la population de l’État).

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Le Président américain Joe Biden, qui revenait d’un voyage en Asie, a pris la parole à la Maison-Blanche avec gravité juste après ce massacre à Uvalde. Il comprend tout à fait la peine des parents de ces 19 écoliers car lui-même a perdu, à deux reprises, un enfant. Son émotion était palpable : « J’espérais en devant Président ne pas avoir à faire cela. ». Faire quoi ? S’attaquer au lobby des armes. Il a voulu profiter de ces circonstances pour faire évoluer la loi : « Il est temps de transformer cette douleur en action pour chaque parent, pour chaque citoyen de ce pays. ».

Et il a ainsi argumenté : « Ne me dites pas que nous ne pouvons pas avoir d’impact sur ce carnage. (…) Les fabricants d’armes ont passé deux décennies à promouvoir avec agressivité les armes d’assaut qui leur procurent les plus importants profits. ». Il voudrait ainsi faire systématiquement des vérifications du casier judiciaire et des antécédents psychiatriques des acheteurs d’armes : « Ceux qui bloquent ou retardent des législations de bon sens sur les armes (…), nous ne les oublierons pas ! ». Entre 1994 et 2004, les fusils d’assaut étaient pourtant interdits d’achat aux simples citoyens. Les parlementaires républicains bloquent aujourd’hui toute réglementation sur les armes.

Toutefois, limiter l’acquisition de nouvelles armes n’influerait certainement pas beaucoup sur la prévention de tels massacres, vu le grand nombre d’armes qui circulent déjà dans le pays sans contrôle de l’État (393 millions). La seule mesure réellement efficace et particulièrement forte qui aurait de l’efficacité, ce serait de confisquer la plupart des armes actuellement détenues par les Américains, ce qui serait ressenti comme une véritable atteinte à leur liberté individuelle. Comme une violation de leur propriété privée.

Terminons par la réaction du Président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui avait adressé un message au Festival de Cannes 2022 et qui ne rate aucune occasion de communication pour montrer sa proximité et sa compassion avec les peuples amis : « Je veux présenter mes condoléances à tous les proches et familles des enfants qui ont été tués dans la terrible fusillade d’une école à Texas. Il est terrible d’avoir des victimes de tireurs en temps de paix. ». Rien d’hypocrite à cette déclaration, et c’est même traditionnel dans la diplomatie d’être solidaire des peuples meurtris. Après tout, le premier dirigeant étranger à avoir présenté ses condoléances et exprimé sa compassion et solidarité pour les victimes des attentats du 11 septembre 2001 fut… Vladimir Poutine lui-même.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Massacre d’Uvalde : faut-il interdire les armes aux États-Unis ?
Armes à feu.
Téléréalité.
Christina Grimmie.
Vanessa Marquez.
Michael Collins.
Marnie Schulenburg.
Nicholas Angelich.
Melissa Lucio.
Bob Dole.
John Glenn.
Joséphine Baker.
Gary Hart.
Les attentats du World Trade Center.
Shailene Woodley.
Charles Bronson.
Adrian Monk.
Noël à la télévision.
Colin Powell.
Jesse Jackson.
Walter Mondale.
Marathonman.
Bob Kennedy.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220524-uvalde.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/massacre-d-uvalde-faut-il-241792

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/25/39491904.html









 

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8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 01:15

« Je ne sais pas ce que vous pourriez dire d’une journée au cours de laquelle vous avez vu quatre magnifiques couchers de soleil. » (John Glenn).



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L’astronaute John Glenn est né il y a 100 ans, le 18 juillet 1921 dans l’Ohio. Il a fait partie de cette génération de héros américains qui ont redoré le blason spatial des États-Unis après la double victoire de l’URSS de Spoutnik (le 4 octobre 1957) et de Youri Gagarine (le 12 avril 1961).

John Glenn fut le premier Américain à avoir fait un vol orbital autour de la Terre, lors de la mission Mercury-Atlas 6. John Glenn a décollé le 20 février 1962 au bord de la capsule Friendship 7 lancée par une fusée Atlas LV-3B, il fut ainsi mis sous orbite et après cinq heures de vol et après avoir effectué trois tours de la Terre, John Glenn a atterri dans l’Océan atlantique. Il fut également le troisième homme au monde à avoir fait un vol orbital dans l’Espace. Il a ouvert la voie de la conquête de l’Espace par la face américaine qui a abouti au programme Apollo puis aux navettes spatiales.

À l’âge de 20 ans, après l’attaque de Pearl Harbor, John Glenn s’est engagé dans les Marines pour être pilote de chasse. Il a continué son engagement militaire dans la guerre de Corée puis il est resté pilote d’essai (il a accumulé 9 000 heures de vol dont 3 000 dans un avion à réaction). Il fut sélectionné par la NASA le 9 avril 1959 pour faire partie des sept pilotes d’essai de la première promotion d’astronautes, dans le cadre du programme Mercury. De justesse pour la limite d’âge.

Cette sélection fut très rigoureuse puisqu’ils étaient 550 candidats sur la ligne de départ. Parmi les critères de sélection, une grande forme physique, un excellent esprit intellectuel, des grandes capacités de  travail tant en équipe que seul, et puis, une force psychologique exceptionnelle. Au-delà de l’âge (37 ans), John Glenn avait un autre handicap, il n’avait pas de diplôme universitaire car il avait abandonné ses études pour s’engager dans la guerre. Les sept sélectionnés furent considérés comme des héros à l’instar de Christophe Colomb avant même que voler dans l’Espace. John Glenn fut à la fois le doyen d’âge de ces sept héros et en même temps le dernier survivant pendant trois ans jusqu’à sa mort le 8 décembre 2016 dans l’Ohio, à l’âge de 95 ans.

Le (futur) colonel John Glenn aurait pu être considéré comme un héros de la guerre avant d’avoir été sélectionné comme astronaute, et il était déjà connu comme un des meilleurs pilotes d’essai après un vol supersonique le 16 juillet 1957 en battant le record de vol transcontinental (il a parcouru 3 935 kilomètres en 3 heures 23 minutes et 8 secondes). Il a évidemment été encore plus un héros après avoir effectué le premier vol orbital américain.

Il ne faut pas sous-estimer le courage et surtout les risques encourus. Parmi les sept têtes brûlées sélectionnées, une, Virgil Grissom, qui a fait un vol suborbital le 21 juillet 1961 et un essai habité du vaisseau Gemini le 23 mars 1965, a péri le 27 janvier 1967 avec deux autres coéquipiers dans un incendie lors d’un essai au sol en conditions réelles dans le cadre de la mission Apollo 1 (les trois hommes devaient voler au bord du module Apollo du 21 février 1967 au 7 mars 1967).

Force de caractère : ces sept premiers astronautes ont assisté le 18 mai 1959 à Cap Canaveral, au premier lancement d’une fusée Atlas, la même que celle qui les lancerait plus tard, mais la fusée a explosé en plein vol devant leurs yeux stupéfaits. Aucun n’a démissionné et l’un d’eux, Alan Shepard (qui fut par la suite commandant de la mission Apollo 14, il fut, le 5 février 1971, l’un des rares hommes à avoir marché sur la Lune), a juste lâché à John Glenn : « Eh bien, je suis content qu’on l’ai éliminée ! ».

Alan Shepard (1923-1998) a été l’astronaute de la première mission, celle du premier vol suborbital américain, le 5 mai 1961, soit trois semaines après Youri Gagarine, alors que ce vol avait été prévu initialement pour le 26 avril 1960, puis le 5 décembre 1960, etc. John Glenn a regretté de n’avoir été que le pilote de remplacement pour les deux premières missions de leur petit groupe, des vols suborbitaux, car il se jugeait le plus apte, mais en fait, pour lui, c’était plus valorisant de faire le premier vol orbital. Il était devenu d’ailleurs si populaire que, comme Gagarine du côté soviétique, il était peu question de prendre le risque d’un second vol.

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La carrière d’astronaute de John Glenn s’est terminée le 16 janvier 1964 à sa demande. En effet, il se savait probablement trop âgé pour être recruté dans les futures missions Apollo et il a donc donné sa démission (il fut officiellement à la retraite le 1er janvier 1965).

La raison de son retrait avait une autre motivation : dès décembre 1962, il fut poussé par Bob Kennedy, à l’époque l’équivalent de Ministre de la Justice, à s’engager dans la vie politique au sein du parti démocrate et à prendre le siège d’un sénateur démocrate dans l’Ohio, son État natal. Il fut donc candidat dès le 17 janvier 1964 aux élections primaires pour désigner le candidat démocrate aux sénatoriales. Malheureusement, un accident domestique l’a empêché de faire campagne et il retira sa candidature le 30 mars 1964.

Après avoir été recruté par une entreprise privée, John Glenn n’a pas lâché la politique pour autant et a soutenu activement Bob Kennedy lors des primaires démocrates de 1968. John Glenn était très proche de Bob Kennedy au point de l’avoir accompagné à l’hôpital lorsqu’on a tiré sur lui. Le couple Glenn s’est alors occupé des enfants de Bob Kennedy et John Glenn fut parmi ceux qui ont porté le cercueil du candidat assassiné.

Malgré le soutien de la famille Kennedy à John Glenn dans l’Ohio, ce dernier n’a pas pu avoir le soutien du parti démocrate de l’Ohio en 1970 pour un siège sénatorial. Le vieux sénateur démocrate sortant Stephen M. Young ne s’est pas représenté et John Glenn fut battu de justesse aux primaires (49% contre 51%), mais le candidat démocrate Howard Metzenbaum a été battu par le candidat républicain Robert Taft Jr (Howard Metzenbaum a fini par gagner ce siège en 1976, faute d’avoir conservé son siège de 1974).

Autre sénateur de l’Ohio, le républicain Walter Bart Saxbe fut nommé procureur général des États-Unis (l’équivalent de Ministre de la Justice) par le Président Richard Nixon après un épisode de l’affaire Watergate (démission du procureur général précédent, etc.). Par conséquent, son siège de sénateur fut vacant et c’était au gouverneur de l’État de nommer un remplaçant jusqu’aux prochaines élections. Ce gouverneur, démocrate, John Gilligan, dont l’ambition était de se présenter à l’élection présidentielle, a proposé à John Glenn de le nommer lieutenant-gouverneur, ce qui l’amènerait à lui succéder lorsque le gouverneur aurait des responsabilités fédérales. Néanmoins, John Glenn refusa cette combine car il voulait être sénateur.

Pour autant, Howard Metzenbaum fut nommé sénateur en janvier 1974 par le gouverneur, mais lors du renouvellement en novembre 1974, John Glenn a fait une campagne très efficace, si bien il a arraché l’investiture démocrate à 54% contre le sortant Howard Metzenbaum qui avait été particulièrement méprisant pour les militaires ayant risqué leur vie, comme John Glenn, courageux militaire qui est parvenu à gagner le siège face au candidat républicain, Ralph Perk, le maire de Cleveland.

Ce fut ainsi que John Glenn, le héros de l’Espace, fut élu sénateur de l’Ohio, en novembre 1974, et il fut réélu sénateur en novembre 1980, en novembre 1986, et en novembre 1992, jusqu’en novembre 1998 où il ne s’est pas représenté (il a annoncé son futur retrait le 20 février 1997 et est resté en fonction jusqu’en janvier 1999). Sa parole était importante car il était ultraconnu.

En été 1976, John Glenn comptait tellement au sein du parti démocrate qu’il faisait partie de la "short list" des candidat possibles à la Vice-Présidence de Jimmy Carter qui venait de remporter les primaires démocrates. Jimmy Carter nomma en fin de compte un homme politique très expérimenté, Walter Mondale, protégé d’Hubert Humphrey, et le ticket gagna l’élection générale contre Gerald Ford (en équipe avec Bob Dole).

En 1984, John Glenn était donc un homme politique déjà expérimenté lorsqu’il a retenté l’investiture présidentielle, mais cette fois-ci comme candidat à la Présidence. Son concurrent était justement l’ancien Vice-Président Walter Mondale (Carter et Mondale avaient été battus en 1980 par Ronald Reagan). Au départ, John Glenn militait pour la candidature de Ted Kennedy, le jeune frère de JFK, mais Ted Kennedy refusa toute idée de candidature (après ses échecs en 1972 et 1980).

L’ancien astronaute pensait que seul un candidat de forte notoriété pouvait battre le charismatique Ronald Reagan. John Glenn a alors annoncé sa candidature le 21 avril 1983. Il était le favori des démocrates dans les sondages. Au cours de sa campagne, un fait nouveau aurait pu l’aider, la sortie le 21 octobre 1983 du film "L’Étoffe des héros" de Philip Kaufman. Loin de l’aider, ce film, qui pourtant l’encensait et le couronnant en héros, l’a placé dans un rôle qui n’avait rien à voir avec Président des États-Unis. Rapidement, il a perdu les primaires dans les premiers États, et abandonna la course présidentielle le 16 mars 1984. Walter Mondale fut choisi et échoua face à Ronald Reagan en novembre 1984.

Comme on le voit, John Glenn, bien que populaire, est toujours resté à la marge du parti démocrate, c’était un homme peut-être trop franc et sincère, probablement aussi parce qu’il avait une position centriste, or le climat très conservateur des années Reagan incitait les démocrates à vouloir un leader de l’aile progressiste.

Malgré cela, l’ancien astronaute était un sénateur on ne peut plus traditionnel, travaillant beaucoup, très actif sur de nombreux sujets pendant ses vingt-quatre ans de mandat. Il prônait l’arrêt de la prolifération de l’arme nucléaire, souhaitait plus d’attentions écologiques, etc. Il s’intéressa particulièrement aux problèmes de la vieillesse, non seulement trouver des moyens de financement pour se soigner (son père a failli vendre la maison familiale pour soigner son cancer), mais aussi sur le plan scientifique : il estimait qu’il fallait faire des recherches sur la vieillesse dans l’Espace et évidemment, il se proposa à partir de 1995 de retourner une seconde fois dans l’Espace. C’était à l’époque de la Présidence de Bill Clinton.

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On ne sait pas très bien s’il y a eu des pressions du gouvernement pour cela (probablement), mais toujours est-il que John Glenn fut sélectionné pour faire partie de l’équipage de la navette Discovery dans le cadre de la mission STS-95. Ce dernier avait réussi tous les tests nécessaires pour confirmer cette sélection. Il avait un double rôle dans cette mission : observer son corps pour avoir une connaissance scientifique approfondie du vieillissement dans l’Espace et réaliser les photographies de la mission. L’équipage de six personnes a décollé le 29 octobre 1998 et atterri le 7 novembre 1998, le temps de tourner 134 fois autour de la Terre (au lieu des trois ou quatre fois en 1962). À ce titre, John Glenn, qui fut le premier Américain à être allé dans l’Espace, fut aussi l’homme le plus vieux ayant été dans l’Espace, à l’âge de 77 ans. Il était encore sénateur et se retirait de la vie politique quelques semaines plus tard.

Une polémique a eu lieu pour savoir si cela avait été utile ou pas que John Glenn fît partie de la mission spatiale. Par la suite, pour justifier son vol, il a toujours prôné une utilité scientifique à faire des tours d’orbite, au point de fustiger le premier vol spatial "touristique". En effet, l’homme d’affaire californien Dennis Tito a payé 20 millions de dollars à l’Agence Roscosmos (l’équivalent de la NASA pour la Russie) pour faire un vol spatial et même un arrimage à la Station spatiale internationale dans le cadre de la mission Soyouz TM-32. Avec six coéquipiers, le millionnaire a décollé le 28 avril 2001 et est revenu sur Terre le 5 mai 2001. Il y a peu de doute que John Glenn aurait également critiqué avec la même fougue l’initiative du milliardaire britannique Richard Branson (71 ans, il est né le même jour de l’année que John Glenn) à faire un vol suborbital "pour le plaisir" le 11 juillet 2021 dans son avion spatial VSS Unity de Virgin Galactic.

Cependant, les études sur le vieillissement dans l’Espace n’ont pas été poursuivies après John Glenn et sont apparues comme un prétexte pour permettre à John Glenn de reprendre du service. Par la suite, n’ayant jamais eu sa langue dans sa poche, John Glenn a vivement critiqué, le 19 avril 2012 près de Washington, l’arrêt des missions des navettes spatiales.

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John Glenn fut l’un des quatre astronautes les plus honorés des États-Unis, avec le fameux équipage d’Apollo 11, Neil Armstrong (1930-2012), Buzz Aldrin (toujours vivant) et Michael Collins (1930-2021). À sa mort le 8 décembre 2016, il y a bientôt cinq ans, John Glenn fut honoré par toute la classe politique, tant le Président sortant Barack Obama que le Président élu Donald Trump, ainsi que l’adversaire de celui-ci, Hillary Clinton. Barack Obama : « Avec le décès de John, notre Nation a perdu une icône et Michelle et moi avons perdu un ami. John a passé sa vie à briser les barrières. ». John Glenn représentait bien le symbole de l’Amérique qui gagne, prête à prendre des risques, prête aussi à prendre ses responsabilités, voire à diriger politiquement. Néanmoins, il n’est pas sûr que la popularité de l’exploration spatiale soit compatible avec la dureté du combat politique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
John Glenn.
John Glenn est mort.
Michael Collins.
Atterrissage de la navette Atlantis le 21 juillet 2011.
SpaceX en 2020.
Thomas Pesquet.
60 ans après Vostok 1.
Youri Gagarine.
Spoutnik.
Rosetta, mission remplie !
Le dernier vol des navettes spatiales.
André Brahic.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Evry Schatzman.
Le plan quantique en France.
Apocalypse à la Toussaint ?
Le syndrome de Hiroshima.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Stephen Hawking, Dieu et les quarks.
Les 60 ans de la NASA.
La relativité générale.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211208-john-glenn.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/12/06/39250466.html










 

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6 décembre 2021 1 06 /12 /décembre /2021 03:50

« Il a perdu les élections et je regrette qu’il ait perdu, mais ils ont gagné. » (Bob Dole, le 22 juillet 2021).



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L’ancien sénateur du Kansas Bob Dole est mort ce dimanche 5 décembre 2021 à l’âge de 98 ans (il est né le 22 juillet 1923, un an avant Jimmy Carter et George H. W. Bush). Bob Dole, bien que représentant de la classe politique traditionnelle, a toujours soutenu à fond Donald Trump, tant en 2016 qu’en 2020. Il craignait aussi que les conditions de campagne en 2020 aient désavantagé son candidat. En revanche, il a pleinement reconnu la défaite de 2020 et s’est même déclaré "Trumped out" : « I’m a Trumper… I’m sort of Trumped out, through ! » (dans un entretien avec Susan Page pour "USA Today" à son 98e anniversaire).

Dans le paysage politique américain, Bob Dole jouit d’une place très grande au sein du parti républicain et plus largement, dans tout le monde politique et médiatique, presque une légende ; son avis était toujours très écouté. Il aurait pu devenir, en 1996, l’équivalent républicain de Joe Biden : longue expérience de sénateur et candidature âgé. Des candidats âgés, il y en a eu beaucoup après ses premières tentatives en 1976, Ronald Reagan, John MacCain, Donald Trump, Hillary Clinton… mais c’est l’âge qui l’a, lui, disqualifié au moment d’arriver à la fin de la course.

Blessé en Italie pendant la guerre où il a perdu son bras droit et avocat après la guerre, Bob Dole s’est engagé au sein du parti républicain du Kansas très tôt, d’abord élu local à partir de 1951, puis élu au niveau fédéral, membre du Congrès à Washington à partir de 1961 : représentant (1961-1969) puis sénateur (1969-1996). Il fut président du comité national des républicains (l’équivalent de chef de parti) de 1971 à 1973. Au Sénat, son expérience a été jusqu’à diriger les sénateurs républicains de 1985 à 1996, un poste important lorsque les républicains étaient majoritaires au Sénat entre 1985 et 1987 et 1995 à 1996 (il a quitté son siège de sénateur pour se présenter aux présidentielles).

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Celui qui fut le candidat malheureux à la Vice-Présidence en 1976 sur le "ticket" du Président sortant Gerald Ford (Jimmy Carter et Walter Mondale ont gagné) a sans arrêt voulu reprendre le leadership du parti républicain sans beaucoup de succès. Aux primaires républicaines de 1980, alors qu’il était le plus "naturel", il fut devancé par une dizaine de candidats dont les deux premiers Ronald Reagan et George H. W. Bush. En 1988 encore, ce dernier, Vice-Président sortaint, fut candidat et élu. À ces primaires de 1988, Bob Dole est arrivé en deuxième position avec 19,2% des voix contre 67,1% pour Bush Sr.

Il a fallu attendre l’échec de sa réélection en 1992 pour enfin atteindre la candidature des républicains en 1996, dans un contexte très favorable aux républicains au Congrès (victoire en 1994 de la majorité à la Chambre des Représentants et au Sénat), mais bien trop âgé face à un jeune Président sortant de vingt-trois ans son cadet, Bill Clinton. Aux primaires républicaines de 1996, il a gagné avec 58,8% des voix face à Pat Buchanan 20,8% et Steve Forbes 11,4%. Il a fait appel à Colin Powell pour figurer sur son "ticket" mais après le refus du général, il a choisi Jack Kemp, autre candidat aux primaires. 8,5% de voix (plus de 8 millions de voix) ont séparé Bob Dole de Bill Clinton qui a bénéficié, comme en 1992, de la candidature de Ross Perot (1930-2019) qui a obtenu 18,9% en 1992 et 8,4% en 1996.

La seconde femme de Bob Dole, Elizabeth Dole, fut également une femme politique passionnée, qui fut ministre de Ronald Reagan et de George H. W. Bush avant d’être élue sénatrice de Caroline du Sud. Elle était populaire en 2000 et a voulu se présenter aux primaires républicaines (mais elle manquait de moyens financiers), puis elle a fait partie des candidats potentiels à la Vice-Présidence dans les tickets avec George W. Bush en 2000 et John MacCain en 2008.

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Malgré son état déjà très faible, Bob Dole, depuis longtemps en fauteuil roulant, s’est levé pour rendre hommage à George H. W. Bush le 4 décembre 2018 au Capitole, l’ancien Président qui venait de disparaître et qu’il considérait aussi comme son compagnon de guerre, tous les deux vétérans de la Seconde Guerre mondiale. Capitaine, Bob Dole fut promu colonel de l’armée américaine le 8 octobre 2019 : « J’ai eu une belle vie, et c’est en quelque sorte la cerise sur le gâteau. Ce n’est pas que je dois être colonel ; j’étais heureux d’être capitaine et ça paie pareil ! ». Parmi les ouvrages qu’il a publiés, un classement des Présidents des États-Unis ayant le plus d’humour, dont lui-même ne manquait pas. Cette légende politique aurait certainement bien voulu y figurer.

Dans les années 2000, Bob Dole fut opéré de la prostate pour un cancer et ayant eu des dysfonctionnements de l’érection, il a fait la publicité du Viagra (il a fait aussi la promotion de Pepsi). En février 2021, il a annoncé un cancer des poumons qui l’a finalement tué dans son sommeil le dimanche 5 décembre 2021 au matin. Nul doute que dans les prochaines jours, il sera honoré par toute la classe politique américaine.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bob Dole a 95 ans.
Bob Dole.
John Glenn.
Joséphine Baker.
Gary Hart.
Les attentats du World Trade Center.
Shailene Woodley.
Charles Bronson.
Adrian Monk.
Noël à la télévision : surenchère de nunucheries américaines.
Colin Powell.
Jesse Jackson.
Walter Mondale.
Marathonman.
Bob Kennedy.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211205-bob-dole.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bob-dole-le-candidat-permanent-237725

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/12/06/39249854.html





 

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27 novembre 2021 6 27 /11 /novembre /2021 03:14

« J’ai vu les journalistes devenir des bêtes, littéralement. » (Gary Hart évoquant la campagne de 1987 dans "The New York Times" du 22 mars 1998).



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L’ancien homme politique américain Gary Hart fête son 85e anniversaire ce dimanche 28 novembre 2021. Né dans le Kansas, cet avocat de Denver (dans le Colorado) a été élu deux fois sénateur du Colorado de 1975 à 1987 et il est surtout connu sur le plan international pour avoir été deux fois candidat à l’élection présidentielle et même, il était le grand favori de l’élection présidentielle de 1988.

En 1972, Gary Hart a été le directeur de campagne de George MacGovern aux primaires démocrates puis, après son succès, à l’élection présidentielle qu’il a perdue face à Richard Nixon. Il a ensuite battu le sénateur républicain sortant en novembre 1974 avec 57,2% des voix, et a été réélu de justesse en novembre 1980 avec 50,3% (contre 48,7% à sa concurrente républicaine : moins de 20 000 voix les séparaient). Au Sénat, Gary Hart a dirigé l’enquête concernant l’accident nucléaire de Three Mile Island.

À une époque peu propice aux démocrates, dans les années 1980, Gary Hart a créé la surprise chez les démocrates. Les primaires démocrates de 1984 se déroulaient à la fin du premier mandat du Président républicain Ronald Reagan fort populaire (1984, la Reaganmania avait traversé l’Atlantique et déteint sur Jaques Chirac mais aussi François Mitterrand !) et il était largement favori à sa réélection. L’ancien Président démocrate Jimmy Carter, battu en 1980, avait laissé son parti dans une absence durable de leaders.

Parmi les concurrents à ces primaires de 1984, trois candidats se sont détachés : l’ancien Vice-Président de Jimmy Carter, à savoir Walter Mondale qui avait le plus de légitimité et était présenté comme représentant de l’aile progressiste à un moment où les sociétés européennes et américaines avaient toutes basculées dans le néo-libéralisme (sauf la France !), le pasteur Jesse Jackson qui a fait une bonne campagne de représentation des minorités, et un homme politique "sorti de nulle part" qui a fait sensation par son charisme, Gary Hart. Le "sorti de nulle part" est une expression pas vraiment exacte car il était au Sénat depuis près d’une dizaine d’années, mais il n’avait pas à l’époque une forte notoriété. Parmi les autres concurrents, il y avait des "losers" comme John Glenn et George MacGovern dont la crédibilité était passée (leur temps était plutôt les années 1970).

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Gary Hart correspondait au portrait idéal d’un Président, ne serait-ce que par l’âge (autour de 50 ans), pas trop jeune mais aussi pas trop vieux, et l’âge était un élément important mis en avant en 1984 par les démocrates, car Ronald Reagan avait déjà 75 ans et sollicitait un second mandat (Joe Biden, à cet égard, a battu tous les records de vieillesse). Gary Hart a été soutenu par des personnalités comme Stephen King.

Parce qu’il se voulait le représentant des minorités, Jesse Jackson ne constituait pas la plus forte menace pour Walter Mondale, tandis que Gary Hart était l’élément perturbateur : non seulement il était plus jeune que lui (de seulement 8 ans quand même), mais Gary Hart proposait une politique démocrate plus recentrée, moins "gauchiste" (dans le sens français, donc moins "progressiste"). Il faut imaginer un équivalent du futur Tony Blair par exemple. Gary Hart voulait mobiliser la jeunesse américaine qui voyait dans la Silicon Valley l’avenir des États-Unis et qui avait été captée par le discours moderniste (économiquement) de Ronald Reagan.

Walter Mondale a gagné les primaires dans les États industriels du centre mais il n’avait pas encore la majorité des délégués lors de la Convention démocrate de San Francisco le 16 juillet 1984. Les résultats aux voix étaient serrés : la différence était de moins de 450 000 électeurs. Walter Mondale avait obtenu 6,95 millions de voix (38,3%) et Gary Hart 6,50 millions de voix (35,9%) tandis que Jesse Jackson 3,28 millions de voix (18,1%). Mais c’est le nombre de délégués qui comptait.

C’est seulement avec les super-délégués, c’est-à-dire, les représentants de l’appareil du parti dévoués à Walter Mondale, que ce dernier a obtenu 2 191 délégués, soit la majorité absolue (Gary Hart a eu 1 201 et Jesse Jackson 466). L’échec de Walter Mondale à l’élection a définitivement montré que l’aile progressiste des démocrates n’avait aucune chance aux élections générales (encore aujourd’hui, c’est la raison des échecs répétés de Bernie Sanders). Ronald Reagan, en outre, avait fait de son âge un atout pour rassurer les classes dirigeantes.

Après 1984, tout le monde estimait que Gary Hart serait le favori des élections suivantes, tant pour les démocrates que les élections générales pour la succession de Ronald Reagan. Il a même renoncé à se représenter au Sénat en novembre 1986 afin de se consacrer pleinement à sa campagne présidentielle. Sans forcément connaître le candidat républicain (George H. W. Bush et Bob Dole étaient les deux plus probables), ce dernier serait un sexagénaire bien passé, alors que Gary Hart pourrait incarner à la fois la jeunesse (une relative jeunesse de quinquagénaire) et l’expérience.

L’espoir des démocrates pour la Maison-Blanche était redevenu possible avec la victoire des démocrates au Sénat aux élections intermédiaires de novembre 1986 et l’Irangate qui plomberait la campagne des républicains. Mais encore fallait-il trouver le bon candidat.

Les primaires démocrates pour 1988 s’envisageaient donc de manière très simple : Gary Hart en favori, toujours Jesse Jackson mais sans espoir de les remporter, et d’autres personnalités ont renoncé à la candidature, en particulier le gouverneur très populaire de New York, Mario Cuomo, ou encore le sénateur Ted Kennedy, frère de John et Bob, qui n’a jamais pu réellement s’offrir un destin. D’autres personnalités quinquagénaires ou quadragénaires étaient aussi en piste, à tel point que certains journaux les appelaient les sept nains : le gouverneur du Massachusetts Michael Dukakis, le sénateur du Texas Lloyd Bentsen, le sénateur du Tennessee Al Gore, le député du Missouri Dick Gephardt, le sénateur de l’Illinois Paul Simon, l’ancien gouverneur de l’Arizona Bruce Babbitt …et un certain Joe Biden, sénateur du Delaware. C’était une nouvelle génération de leaders du parti démocrate qui allait émerger.

Gary Hart a annoncé officiellement sa candidature le 13 avril 1987. Il était le favori en 1987 car il avait créé la surprise en 1984 et la défaite de Walter Mondale a renforcé la justesse de son positionnement centriste. Son seul handicap était de taille : des rumeurs sur des relations extraconjugales (il aurait suivi par un détective privé en décembre 1986 en train d’aller chez une maîtresse). Comme toujours, c’est l’arrogance qui nuit aux politiques. Pour se défendre, Gary Hart a mis au défi les journalistes de trouver des preuves… et le 3 mai 1987, dans "The Miami Herald", le scandale a éclaté, selon lequel Donna Rice (qui n’avait pas encore été identifiée) avait eu une liaison extraconjugale avec Gary Hart la veille. Un autre article sur le sujet est sorti le même jour dans le "New York Times".

Lee Ludwig, qu’il a épousée en 1958 et qui l’avait toujours soutenu malgré ses écarts, est morte récemment, le 9 avril 2021 à 85 ans. Elle avait fait partie du dispositif de campagne de Gary Hart en 1984, s’affichant avec lui dans les meetings pour montrer la famille modèle, même si, avant même 1984, ils s’étaient séparés plusieurs fois (Lee avait même entamé une procédure de divorce) car Gary Hart ne s’occupait pas assez de sa famille.

Au départ, l’équipe de campagne de Gary Hart a négligé l’importance électorale du scandale car un sondage réalisé par Gallup pour "Newsweek" avait affirmé que 54% des sympathisants démocrates croyaient les démentis de Gary Hart et 44% expliquaient qu’ils s’en moquaient pour leur choix. 64% pensaient que Gary Hart avait été victime d’un mauvais traitement des médias, 70% désapprouvaient la surveillance de la vie privée du candidat par ces médias, et 53% estimaient que l’infidélité conjugale n’a rien à voir avec la capacité à gouverner.

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Mais en fait, c’était un véritable coup de massue médiatique et politique qui l’a fait suspendre la campagne le 8 mai 1987 pour préserver sa famille. Il est alors parti en Irlande avec son fils pour s’éloigner du scandale et il expliquait : « Seule une moitié de moi veut être Président. (…) L’autre moitié veut écrire des romans en Irlande. Mais les 50% qui veulent être Président sont bien plus importants que les 100% de l’autre moitié. ». Sa directrice de campagne Patricia Schroeder s’est en tout cas lancée dans la course des primaires, puis s’est finalement ravisée et retirée le 28 septembre 1987.

Gary Hart a étonné tout le monde en persévérant et en reprenant finalement sa campagne le 14 décembre 1987 (« Laissons le peuple décider. »), la menant à nouveau en tête dans les sondages avant de définitivement abandonner le 11 mars 1988, après des échecs successifs aux primaires dans les premiers États et au Super Tuesday du 8 mars 1988 (seulement 5% des voix). Finalement, Michael Dukakis fut désigné le candidat démocrate avec Lloyd Bentsen comme Vice-Président et Georges H. W. Bush a gagné.

Le film "Front Runner : le scandale" de Jason Reitman (sorti le 21 novembre 2018) évoque cet épisode de la vie politique américaine, film que je n’ai pas vu mais qui, selon les critiques, a bien traduit le climat politique et le lâchage sinon le lynchage des médias.

Quatre ans plus tard, c’est un obscur jeune gouverneur de l’Arkansas Bill Clinton qui est sorti du lot, une sorte de Gary Hart bis, et qui fut élu et réélu Président des États-Unis, et très étrangement, il a également été au centre d’un scandale de relations extraconjugales qui a failli lui coûter la Maison-Blanche.

À la fin de l’année 2002, Gary Hart a sondé pour voir la faisabilité d’une nouvelle candidature présidentielle, il a lancé un blog au printemps 2003, mais finalement, il a soutenu la candidature de John Kerry. En cas de victoire, John Kerry l’aurait nommé Ministre de la Défense ou Ministre de la Sécurité intérieure selon le "National Journal" du 23 octobre 2004. Entre 2005 et 2007, il s’est souvent opposé au Vice-Président Dick Cheney qu’il soupçonnait de vouloir déclarer la guerre en Iran.

Après l’amère expérience politique de 1988, Gary Hart a rebondi en reprenant ses activités d’avocat puis comme  journaliste et universitaire (il a soutenu une thèse de doctorat de sciences politiques en 2001 à l’Université d’Oxford sur le rétablissement de la république, et fut nommé professeur de l’Université du Colorado à Denver en 2006), commentant régulièrement la vie politique dans les médias et surtout, publiant plus d’une vingtaine d’ouvrages (dont une biographie du Président John Monroe en 2005), aussi des romans (sous pseudonyme). Là encore, il est amusant d’observer que Bill Clinton a également publié récemment un roman.

Par ailleurs, en 1998, il fut chargé par Bill Clinton d’étudier la sécurité intérieure des États-Unis. Gary Hart a prononcé un discours le 4 septembre 2001, une semaine avant les attentats du World Trade Center, où il annonçait que d’ici aux vingt-cinq prochaines années, il y aurait un attentat terroriste qui feraient beaucoup de morts sur le territoire national. Le 6 septembre 2001, il a rencontré la conseillère de la Maison-Blanche à la sécurité nationale Condoleezza Rice pour lui dire : « Vous devez rapidement renforcer la sécurité intérieure. Un attentat va se produire. ». Il a beaucoup critiqué George W. Bush pour ne pas avoir écouté ces avertissements. Sous la Présidence de Barack Obama, Gary Hart a repris des fonctions officielles. Il a été vice-président du Comité consultatif de sécurité intérieure du 5 juin 2009 au 8 février 2011, puis il fut l’envoyé spécial des États-Unis en Irlande du Nord du 21 octobre 2014 au 20 janvier 2017.

Ce n’est pas le premier ni le dernière présidentiable qui a gâché sa carrière politique avec ses mœurs. Il faut bien rappeler qu’il n’y avait rien d’illégal à entretenir une relation extraconjugale si c’était avéré, mais que c’était immoral pour la majeure partie de l’électorat. En France aussi, on a eu des candidats qui ont été plombé par leurs relations affectives. On peut évidemment penser à Dominique Strauss-Kahn, mais bien avant l’époque de MeToo, la candidature de Jacques Chaban-Delmas avait elle aussi été plombée par une affaire fiscale, qui n’avait rien d’illégal, et aussi par le simple fait d’avoir été divorcé, veuf et remarié (certains d’ailleurs ne supportaient pas le bonheur trop voyant de Jacques Chaban-Delmas et de Micheline). L’Amérique a sans doute perdu l’occasion d’un grand Président pour un détail somme toute mineur.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27  novembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Gary Hart.
Les attentats du World Trade Center.
Shailene Woodley.
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