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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 06:42

« Pas plus que l’individu n’est seul dans le groupe et que chaque société n’est seule parmi les autres, l’homme n’est seul dans l’univers. Lorsque l’arc-en-ciel des cultures humaines aura fini de s’abîmer dans le vide creusé par notre fureur, tant que nous serons là et qu’il existera un monde, cette arche ténue qui nous relie à l’inaccessible demeurera, montrant la voie inverse de celle de notre esclavage et dont, à défaut de la parcourir, la contemplation procure à l’homme l’unique faveur qu’il sache mériter : suspendre la marche, retenir l’impulsion qui l’astreint à obturer l’une après l’autre les fissures ouvertes au mur de la nécessité et à parachever son œuvre en même temps qu’il clôt sa prison. » (Claude Lévi-Strauss, le 5 mars 1955).



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Le vendredi 27 janvier 2017, deux événements montrent à quel point les États-Unis et la France sont idéologiquement éloignés. À Washington, le nouveau Vice-Président des États-Unis Mike Pence a participé à la "Marche pour la vie" aux côtés des opposants au droit à l’avortement. Quelques heures auparavant, les faisceaux horaires obligeant, à Paris, au Palais-Bourbon, les députés français ont adopté le projet de loi qui renforce le délit d’entrave pour la communication faite à propos de l’avortement, empiétant sur la liberté d’expression. On peut d’ailleurs imaginer qu’en France, les excès des uns pourraient provoquer l’arrivée d’autres excès diamétralement opposés.

Au sommet du pouvoir, aux États-Unis, beaucoup comptaient pourtant sur Mike Pence pour "tempérer" la fureur intrinsèque du 45e Président des États-Unis, Donald Trump. Son investiture officielle a eu lieu, comme le veut la tradition, le 20 janvier 2017 au cours d’un cérémonie faste devant le Capitole, à Washington.

Les médias français ont surtout porté leur attention sur les manifestants, certes réels, contre l’arrivée au pouvoir de ce qu’ils considèrent comme un populiste grossier et sexiste. Pourtant, la démocratie a cette nécessité de reconnaître l’élection tant que celle-ci s’est déroulée dans les conditions sincères et correctes. La palme serait sans doute à attribuer à un journaliste de la nouvelle chaîne de télévision France Info qui, le 24 janvier 2017 peu avant minuit, en mélangeant tout, a lâché : « Donald Trump, comme pour les tenants du Brexit, ont amené la communication politique dans une ère nouvelle. ».

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Bien qu’il ait eu moins de suffrages exprimés que sa concurrente Hillary Clinton, Donald Trump a été élu selon les règles doublement séculaires de la Constitution américaine. Il  n’a pas été le seul dans ces conditions ; très récemment, George W. Bush Jr. a été élu ainsi en novembre 2000. Par conséquent, personne, ni aux États-Unis ni a fortiori dans le monde entier n’a le droit de contester la légitimité de Donald Trump. À cet égard, la réaction du Président français François Hollande, refusant de se faire représenter à Washington, dont l’impolitesse diplomatique est plus que désolante, risque de contrevenir aux intérêts réels de la France dans un futur proche.

On peut se rappeler l’extrême rudesse de la campagne présidentielle américaine de 2016, son niveau de caniveau, ses attaques particulièrement féroces entre les candidats. Et pourtant, malgré la haine sans doute développée, les citoyens américains sont des patriotes en ce sens qu’une fois la bataille achevée, ils sont capables, dans leur grande majorité, de se rassembler autour de, derrière, leur Président élu. C’est le principe de légitimité.

On voit évidemment la grande différence avec la France. Depuis une dizaine d’années, le Président de la République, pourtant clairement élu, doit subir une vague d’impopularité voire de détestation populaire dès les premiers mois de son mandat, à croire que ses propres électeurs sont soit "schizophrènes" soit "amnésiques".

L’autre grande différence, c’est la réconciliation nationale. Le Président sortant Barack Obama, malgré ce qu’il en pense, a accueilli son successeur avec grande courtoisie et même sourire. Donald Trump lui-même n’a pas hésité à faire ovationner sa concurrente Hillary Clinton, présente avec son mari Bill, lui-même ancien Président des États-Unis, au cours du dîner qui a suivi.

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En France, au contraire, le 21 mai 1981, le Président Valéry Giscard d’Estaing quitta l’Élysée à pieds sous les cris et les huées de quelques excités assez naïfs pour croire que François Mitterrand allait leur offrir le Grand Soir. Même Jacques Chirac, une fois élu, n’a pas cessé de bouder les amis de son concurrent (pourtant du même parti) Édouard Balladur, refusant la magnanimité du vainqueur (ce qui a réduit d’autant son assise politique).

En devenant Président des États-Unis, Donald Trump n’a pas transmuté. Ceux qui s’étonnent qu’il n’a pas changé n’ont rien compris à l’homme. Donald Trump ne va pas se présidentialiser, c’est la Présidence qui va se trumpiser. Et on doit admettre qu’il n’a pas perdu de temps. En bon chef d’entreprise impatient d’aller au combat.

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Dès le 23 janvier 2017, Donald Trump a signé un décret pour désengager les États-Unis de l’accord de partenariat transpacifique. Le 25 janvier 2017, il a signé un autre décret pour poursuivre le projet de construction d’un mur le long de la frontière américano-mexicaine.

Enfin, parmi les multiples décisions déjà prises, Donald Trump a signé le 27 janvier 2017 le décret n°13769 "Protéger la Nation de l’entrée de terroristes étrangers aux États-Unis", le décret plus controversé actuellement qui interdit l’entrée sur le territoire américain de ressortissants de sept pays à majorité musulmane : l’Iran, l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen, le Soudan et la Somalie, en remettant même en cause les visas déjà accordés par les États-Unis. Ce décret a choqué non seulement la "communauté internationale", mais également de nombreux responsables républicains aux États-Unis (notamment Dick Cheney et John MacCain).

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C’est une idée complètement contraire à la mentalité américaine qui sait que la diversité enrichit toujours un groupe. Si la recherche scientifique des États-Unis est la première du monde, c’est bien grâce à l’apport de nombreux chercheurs étrangers venus travailler sur le sol américain, et l’apport des chercheurs iraniens, par exemple, n’est pas le moindre. Même historiquement, la composition de la population américaine s’est établie sur les vagues migratoires successives, y compris irlandaise.

Non seulement ce décret va à l’encontre de la tradition migratoire américaine, mais il a pris en otages de nombreux voyageurs qui étaient dans la légalité au moment de prendre leur avion et qui se retrouvaient dans l’illégalité à l’arrivée sur le sol américain. Les médias ont fait état de nombreux exemples très absurdes comme ce citoyen irakien vivant aux États-Unis qui travaillait pour l’armée américaine comme traducteur en Irak et qui revenait d’un déplacement à l’étranger. Ou encore, comme Kjell Magne Bondevik, ancien Premier Ministre norvégien du 17 octobre 1997 au 17 mars 2000 et du 19 octobre 2001 au 17 mars 2005, fut retenu pendant une heure par la police à Washington en raison d'un séjour en Iran en 2014.

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Pour défendre ce décret, Kellyanne Conway, une conseillère importante de Donald Trump depuis le 22 décembre 2016, a inventé le 2 février 2017 un massacre imaginaire, le "massacre de Bowling Green" qui aurait été commis par deux ressortissants irakiens arrivés aux États-Unis. Elle a été ridiculisée sur les réseaux sociaux et pour se moquer d’elle, la ville de Bowling Green, dans le Kentucky, ainsi que le quartier de Bowling Green à New York ont organisé de fausses soirées commémoratives rendant hommage aux victimes (inexistantes) de ce (faux) massacre.

Pour montrer sa détermination, Donald Trump a limogé le 30 janvier 2017 la Ministre de la Justice par intérim ("US Attorney General") Sally Yates qui s’était opposée à ce décret anti-immigration, doutant de sa légalité et de sa moralité. Mais chez les juges, l’opposition s’est cependant organisée : plusieurs juges fédéraux (Ann Donnelly, Allison Dae Burroughs,  Leonie Brinkema) et un procureur général (Bob Ferguson) ont ordonné en référé la suspension du décret.

C’est ceci le plus intéressant : aux États-Unis, la séparation des pouvoirs est bien réel (Barack Obama en a été bien conscient face à un congrès doublement républicain). Et les juges sont indépendants de l’exécutif. La confrontation démocratique risque de ne pas être en faveur de la Maison-Blanche.

En France, au contraire, l’Élysée a une toute puissance qui fait que l’élection présidentielle française constitue un enjeu plus important qu’aux États-Unis. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’avancée démocratique la plus grande des deux dernières décennies en France, ce fut Nicolas Sarkozy qui l’a réalisée. La révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 a en effet créé la question prioritaire de constitutionnalité, une arme fondamentale pour garantir des contre-pouvoirs et pour s’opposer à toute dérive d’un exécutif délaissé par distraction à un roi ou à une reine Ubu


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
John Kennedy.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
Mario Cuomo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170120-donald-trump.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/tristes-trumpiques-189394

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/08/34896421.html



 

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 08:50

La colère mobilise toujours plus que la peur…


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Avant le scrutin, on savait d’avance que ces élections américaines seraient historiques d’une manière ou d’une autre.

Les États-Unis ont vécu cette nuit du 8 au 9 novembre 2016 à l’heure européenne. En effet, l’information de l’élection de Donald Trump comme 45e Président des États-Unis a été donnée vers 8 heures 45, heure de Paris, soit peu avant 3 heures du matin à New York. Il fallait faire élire au moins 270 grands électeurs. Le décompte donnait alors 276 grands électeurs pour Donald Trump et 218 pour Hillary Clinton, qui venait de téléphoner à son adversaire pour reconnaître sa défaite et le féliciter.

Ce ne sera pas comme en l’an 2000, l’élection est claire et nette, sans appel. Dès lors que la Floride, la Caroline du Nord, et quelques autres États clefs venaient d’être gagnés par Donald Trump, l’élection était pliée. Hillary Clinton a échoué dans sa dernière tentative. À 69 ans, elle mérite bien de prendre un peu de repos.

Les derniers jours d’une campagne exceptionnellement difficile et longue laissaient pourtant une légère avance à Hillary Clinton. À tel point que Donald Trump se serait enfermé afin de ruminer sa défaite. Sa victoire est donc non seulement une surprise générale sur les deux dernières années, mais aussi sur les deux derniers jours.

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Le pari de Donald Trump lorsqu’il avait annoncé sa candidature le 16 juin 2015 était complètement fou et jusqu’au bout, beaucoup de commentateurs refusaient de croire qu’il atteindrait son but. Il n’a jamais été élu, il n’a pas fait son service militaire, il n’a pas payé d’impôt sur le revenu pendant de longues années, il a insulté de nombreuses catégories de la population, il a parlé vulgairement, a montré son machisme, son sexisme, on lui reproche aussi d’être raciste, d’en vouloir aux Mexicains, aux musulmans …et pourtant, il a été élu.

Bizarrement, je crains plus le peuple qui l’a élu que l’homme lui-même. Il n’est pas un idéologue mais un pragmatique. Toutes les horreurs qu’il a pu sortir avaient pour seul but de créer le buzz et de faire sa campagne. Il est avant tout un chef d’entreprise, un "businessman", quelqu’un qui va regarder chaque problème, le mettre à plat, négocier comme il l’a fait pour gagner de l’argent. C’est ce que dit André Bercoff, le 9 novembre 2016 sur LCI, qui serait le seul journaliste étranger à l’avoir interviewé pendant la campagne, en mars 2016. Serait-ce un nouveau Berlusconi ? Ou un Tapie ?

Tandis que ses électeurs, comme l’avait très maladroitement décrit Hillary Clinton en septembre 2016, les raisons de leur vote, leurs motivations, on peut s’en inquiéter, s’en effrayer, s’interroger pour l’avenir du monde.

L’image de David face au Goliath de l’etablishment est à contresens puisque le milliardaire, c’est lui ! C’est lui qui a fait pousser des buildings en plein cœur de l’Amérique capitaliste ! Et cependant, il était bien seul. Seul dans les primaires des Républicains qu’il a menées en tête pendant tout le processus, éliminant dès le début le favori, Jeb Bush, d’une autre dynastie. Personne n’y croyait. Et personne ne croyait qu’il pourrait réussir l’élection générale. Même George W. Bush Jr a refusé de voter pour lui et a déclaré avoir voté blanc.

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Environ 45 millions de citoyens américains sur les 142 millions d’électeurs avaient voté bien avant l’Election Day, et l’on disait que ces votes devraient plutôt favoriser Hillary Clinton. De même, la "forte" participation dans certains États comme la Floride était analysée en faveur d’Hillary Clinton. Il n’en a rien été : la participation supplémentaire a profité avant tout à Donald Trump.

Véritable gueule de bois pour le clan Clinton. Décidément, le peuple américain n’a définitivement jamais aimé Hillary Clinton. Déjà en 2008, on la disait favorite et Barack Obama l’avait doublée. À aucun moment il n’y a eu de mouvement très fort en sa faveur.

En fait, pour résumer les choses, les deux candidats, Donald Trump et Hillary Clinton, ont dû subir à leur encontre un courant fort d’antipathie et de détestation (un peu ce que pourrait connaître la France en cas de nouveau duel entre Nicolas Sarkozy et François Hollande). Mais seulement Donald Trump pouvait bénéficier parallèlement d’un courant ascendant, pas Hillary Clinton qui n’a su convaincre que par la raison, que par défaut, et cela ne crée pas d’enthousiasme électoral, d’être une candidate par défaut.

La gueule de bois, l’Europe la connaît aussi ce matin du 9 novembre 2016, après la gueule de bois du Brexit le matin du 24 juin 2016 : Marine Le Pen l’a très bien perçu puisqu’elle a adressé ses plus vives félicitations avant même que Donald Trump n’eût gagné avec certitude (quelques minutes auparavant). Marine Le Pen, qui se targue d’être ni de gauche ni de droite, a pourtant choisi son camp en soutenant Donald Trump le conservateur pur et dur, l’ultralibéral milliardaire qui a pourtant fait de nombreuses pertes dans ses affaires.

Il faut reconnaître que l’élection d’Hillary Clinton aurait été aussi surprenante que celle de Donald Trump, d’un point de vue historique. Certes, il y a le côté "première femme Présidente" mais j’espère que les électeurs ne se sont pas déterminés sur le seul sexe des candidats (au même titre que lorsque Ségolène Royal, à l’époque compagne de François Hollande, avait été candidate en  France), et historique aussi par le côté people et dynastique (femme de Bill Clinton). Mais cela aurait été surtout historique que les Démocrates fassent trois mandats de suite. Cela ne s’est pas passé depuis Franklin Delano Roosevelt, au contraire des Républicains avec Ronald Reagan et George H. W. Bush Sr entre 1981 et 1993. Certes, la Présidence de Barack Obama reste encore assez populaire aux États-Unis (les sondages montrent régulièrement qu’environ un Américain sur deux est satisfait de son action à la tête du pays).

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Ces élections américaines du 8 novembre 2016 furent donc une grande victoire des Républicains puisque non seulement ils retrouvent la Maison-Blanche, mais ils restent majoritaires au Congrès, tant à la Chambre des représentants qu’au Sénat où les Démocrates pouvaient imaginer redevenir majoritaires.

Le discours que Donald Trump a prononcé à 2 heures 50 du matin dans son quartier général de Manhattan à New York n’avait rien d’intellectuel, rien d’historique, rien d’émouvant non plus, mais également rien d’effrayant. Au contraire, il a été consensuel et rassembleur. Il a d’abord rendu hommage à Hillary Clinton parce qu’elle a passé beaucoup de temps de son existence au service de son pays. Il a surtout dit vouloir que dans quatre ans, peut-être dans huit ans (il aurait 78 ans !), les Américains soient fiers de leur Président et de leur pays. Peut-être que Donald Trump surprendra le monde entier comme il l’a surpris depuis un an. Au contraire, peut-être "se rangera-t-il", deviendra-t-il comme Alexis Tsiras en Grèce.

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Le 5 novembre 2016 sur le site Atlantico, le politologue Yves Roucaute a replacé les électeurs de Donald Trump dans un mouvement beaucoup plus large et international : « Aux États-Unis, ces catégories ne votent pas, ou votent pour des candidats anti-système. C'est la force de Donald Trump et de certains mouvements en Islande, en Autriche, en Espagne, en Italie, un peu partout dans les démocraties faibles où la bureaucratie et certaines élites ont fait main basse sur la politique. ».

Et de faire remarquer : « Les seuls gouvernements qui s'en sortent sont ceux qui écoutent leur population et la suivent. C'est ce que le gouvernement hongrois a fait, et c'est que Theresa May essaye de faire au Royaume-Uni. ».

D’où cette réflexion : « Il n'y a pas d'autre solution : dans les démocraties libérales, et c’est leur force et leur faiblesse, les élites politiques doivent tenir compte de la  volonté populaire. Sinon c’est la crise. Le grand danger, en France, est de continuer une politique coupée de la population. Un an après la présidentielle, nous connaîtrions de vastes mouvements sociaux. Le risque est de voir se nouer des alliances pour sacrifier le bouc émissaire politique, c’est-à-dire le gouvernement. Une grave crise de régime pourrait alors se produire, quelle que soit l'identité de celui ou celle qui est élu. ».

Le Brexit et l’élection de Donald Trump montrent que dans un pays en crise économique, la colère contre les élites mobilise beaucoup mieux que la peur d’un changement radical. C’est à cela que devront réfléchir les candidats à l’élection présidentielle française de 2017, notamment dans le cas d’un second tour (loin d’être encore acquis) entre Alain Juppé et Marine Le Pen…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 novembre 2016)
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Pour aller plus loin :
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Barack Obama.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
John Kennedy.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 06:39

« C’est la démocratie même qui est en jeu. Le savoir-vivre est en jeu dans cette élection. La tolérance est en jeu. La courtoisie est en jeu. L’honnêteté est en jeu. L’égalité est en jeu. La bienveillance est en jeu. » (Barack Obama, le 14 octobre 2016 à Cleveland).


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C’est ce mardi 8 novembre 2016 que les 130 millions d’électeurs américains votent pour leur chef d’État ("Election Day"). Les élections présidentielles sont accompagnées d’élections au Congrès (représentants et une partie des sénateurs) dont l’enjeu politique est aussi important que les présidentielles, ainsi qu’une partie des gouverneurs.

Après le second mandat de Barack Obama, une page se tourne. Celle d’un paysage politique américain "classique". Quel que soit le candidat élu, il y aura une nouveauté, soit la première femme Présidente des États-Unis (la belle affaire), mais surtout qui commencerait son mandat avec une (grave) affaire judiciaire à ses trousses (des parlementaires républicains seraient prêts à déclencher une procédure d'impeachment dès son éventuelle électon), soit un milliardaire imprévisible. Les deux sont "vieux", l’une 69 ans, l’autre 70 ans. Les deux seront des vieillards à la fin de leur (premier) mandat.

Début octobre 2016, le candidat républicain Donald Trump avait dévissé dans les sondages après le scandale concernant ses relations avec les femmes. L’affaire aurait alors pu paraître "pliée" en faveur de la candidate démocrate Hillary Clinton mais le 28 octobre 2016, le FBI a rouvert l’enquête concernant les emails de l’ancienne Secrétaire d’État qui devrait établir soit la négligence soit la faute lourde mettant en jeu les intérêts vitaux des États-Unis.

Conséquence mécanique de cet "événement", l’écart s’est resserré très nettement entre les deux candidats dans les sondages et le 31 octobre 2016, un premier sondage a même donné gagnant Donald Trump qui, en quatre jours, avait rattrapé son retard.

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L’état actuel de l’opinion est encore très mouvant mais globalement, il y a égalité dans les sondages entre les deux candidats si l’on tient compte des intervalles d’incertitude.

L’écart moyen entre les deux candidats au 5 novembre 2016 était de 1,8% en faveur d’Hillary Clinton, ce qui est  très faible (à moins de 5%, il n’y a pas de conclusion possible à formuler). Un institut de sondages pour un journal de Los Angeles a même donné gagnant Donald Trump avec une marge confortable de 5% mais les autres instituts ont donné gagnante pour la même période Hillary Clinton, parfois avec un écart de 5% aussi (Ipsos). La plupart des instituts de sondages ont donné des écarts entre 1 et 3%, ce qui n’est pas vraiment significatif.

Cela dit, cet état de l’opinion dans tout le pays n’a pas beaucoup de sens concernant l’issue des élections. En effet, Al Gore a perdu les élections de 2000 malgré un nombre supérieur de voix en sa faveur. L’essentiel, pour gagner ces élections, c’est de faire élire le maximum de délégués qui, ensuite, éliront le 12 décembre 2016 le Président des États-Unis. Chaque État a un nombre donné de délégués, et lorsque le candidat obtient la majorité dans cet État, il récupère l’ensemble de ces délégués. Il y a donc un effet amplificateur typique des scrutins majoritaires.

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Résultat, pour évaluer les chances des deux candidats, il faut regarder la situation très détaillée de tous les États des États-Unis. On peut ainsi les classer en trois catégories. Premièrement, les États qui penchent très largement pour l’un des deux candidats, où il n’y a aucun suspens sur le gagnant (cela veut dire plus de 10% d’écart entre les deux candidats dans les sondages). On peut citer par exemple l’Alaska (dont un gouverneur fut Sarah Palin), la Louisiane et le Texas pour Donald Trump ; la Californie, l’Illinois et le New Jersey pour Hillary Clinton. Deuxièmement, les États dont la tendance est déjà bien claire (entre 5 et 10% d’écart dans les sondages), comme la Caroline du Sud pour Donald Trump et la Virginie pour Hillary Clinton. Enfin, troisièmement, les États à l’incertitude totale (moins de 5% d’écart dans les sondages), comme la Floride, l’Ohio, le Michigan, la Pennsylvania, etc. qui ne balancent clairement pour aucun des deux candidats.La côte nord-est et la côte ouest des États-Unis sembleraient acquises à Hillary Clinton et les États du Sud (sauf le sud-est) et ceux de l’Amérique profonde sembleraient acquis à Donald Trump, y compris, surprise, l’Arkansas dont fut gouverneur Bill Clinton avant d’être élu à la Maison-Blanche en 1992. Les candidats se partageraient les deux plus grands États, la Californie (55 délégués) et le Texas (38 délégués) et les deux autres plus grands États, celui de New York (29 délégués) serait favorable à Hillary Clinton, et la Floride (29 délégués aussi) serait très incertaine.

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Numériquement, pour être élu Président des États-Unis, il faut avoir fait élire au moins 270 délégués. Avec cette méthode, au 5 novembre 2016, 168 délégués seraient assurés pour Hillary Clinton et 155 pour Donald Trump. Si l’on prend en compte les États de la seconde catégorie (fortes tendances), le rapport de force se renforcerait, avec 216 délégués pour Hillary Clinton et 164 pour Donald Trump. Il reste 158 délégués dans des États très incertains.

Cela signifierait que si Hillary Clinton réussissait à conquérir des États clefs pour 54 délégués, son élection serait assurée. Parmi les gros États de cette troisième catégorie, il y a la Floride (29 délégués), la Pennsylvanie (20 délégués), l’Ohio (18 délégués), le Michigan (16 délégués), la Géorgie (16 délégués) et la Caroline du Nord (15 délégués).

Parmi ces six grands États, les sondages actuels en feraient mener six par Hillary Clinton (la Floride avec un écart de 1,2% ; le Michigan avec un écart de 4,8% ; la Pennsylvanie avec un écart de 2,6%) et six aussi par Donald Trump (l’Ohio avec un écart de 3,3% ; la Caroline du Nord avec un écart de 0,8% ; la Géorgie avec un écart de 4,6%). Quand j’évoque un "écart", cela signifie un "écart moyen" d’un grand nombre d’instituts de sondages pour une période donnée. Comme on le voit, ces écarts étant très faibles, ils ne sont pas assez fiables pour faire une prédiction électorale pertinente sur ces États.

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Tout ce qui est en revanche assez facile à imaginer, c’est qu’aucun des deux candidats ne jouit d’une franche et massive adhésion populaire. Au contraire, ils seraient tous les deux victimes d’un rejet populaire, ce qui rend l’élection incertaine. Après deux mandats de Barack Obama, le Parti républicain pouvait raisonnablement compter reconquérir la Maison-Blanche par effet d’usure du gouvernement démocrate. La singularité très forte de son candidat remet en cause l’évidence de cette possibilité sans pour autant l’exclure.

Nouveau coup de théâtre ce dimanche 6 novembre 2016, à deux jours du scrutin : le FBI a annoncé qu'il a finalement abandonné toute poursuite contre Hillary Clinton après avoir lu les 650 000 emails... ce qui a fait dire à Donald Trump que le système était truqué et qu'on lui en voulait ! Bref, même si Hillary Clinton a semblé bénéficier du dernier rebondissement (dernier à cette heure), cela a laissé à la fin de campagne un climat particulièrement délétère. Le magazine allemand "Der Spiegel" ne s'y est pas trompé en montrant les deux candidats recouverts de boue.

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Effectivement, la campagne, des deux bords, a volé exceptionnellement bas cette année, avec des arguments de caniveau particulièrement dégueulasses. On se demande encore comment un intello si fort en thème a pu être élu dans ce même pays en 2008.

En Europe, le réveil du mercredi 9 novembre 2016 sera dans tous les cas assez douloureux. Que ce soit Donald Trump qui pourrait déclencher une guerre nucléaire par mauvaise humeur ou Hillary Clinton dont la considération pour la vie humaine est assez faible quand on la voit rigoler du lynchage de Mouammar Kadhafi, l’élection du prochain Président des États-Unis augmentera les risques, dans tous les cas, d’une guerre dont on ne peut mesurer la portée aujourd’hui…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 novembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
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Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
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Barack Obama.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
John Kennedy.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
Mario Cuomo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161107-election-us2016ae.html

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 05:19

« C’est la démocratie même qui est en jeu. Le savoir-vivre est en jeu dans cette élection. La tolérance est en jeu. La courtoisie est en jeu. L’honnêteté est en jeu. L’égalité est en jeu. La bienveillance est en jeu. » (Barack Obama, le 14 octobre 2016 à Cleveland).


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J’ai trouvé mon titre tout seul mais un peu facilement, car un rapide coup d’œil sur le Web m’a montré qu’il n’était pas du tout original puisque bien avant moi, des centaines d’autres l’avaient déjà utilisé depuis septembre 2015. Tant pis, je le garde quand même car jamais le titre du film d’Yves Robert sorti le 22 septembre 1976, avec sa bande de copains (Jean Rochefort, Claude Brasseur, Victor Lanoux et Guy Bedos), n’a été si réaliste pour décrire le parti de l’éléphant (les Républicains américains) dans un contexte évidemment très différent en unité de temps et en unité de lieu.

Les élections présidentielles américaines vont avoir lieu dans une dizaine de jours, le 8 novembre 2016, et la candidate démocrate Hillary Clinton, qui vient de fêter son 69e anniversaire ce mercredi 26 octobre 2016, est plus que jamais la favorite. Les sondages lui donnent une avance de 5,5 à 8,9% (au 25 octobre 2016), et certains États décisifs, comme la Floride, pourraient même basculer (c’est en Floride que George W. Bush a vaincu Al Gore). L'écart cependant se réduit.

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Pourquoi Donald Trump (70 ans) semble dévisser depuis trois à quatre semaines ? Il avait presque réussi à atteindre la respectabilité politique, avait fait une très bonne performance lors du premier débat face à son adversaire Hillary Clinton le 26 septembre 2016 à New York, et son colistier républicain, Mike Pence, avait largement gagné le débat des Vice-Présidents face à Tim Kaine le 4 octobre 2016 en Virginie.

Les deux débats suivants ont été désastreux pour l’image de la vie politique aux États-Unis. Si certains électeurs français ont des raisons de trouver un manque de hauteur de vue dans les débats français, ils peuvent au moins se rassurer en se disant qu’il y a bien "pire" aux États-Unis.

Les deux autres débats, les protagonistes ont refusé de se serrer la main. Une atmosphère de guerre civile s’est ressentie jusque dans les journaux. Lors du deuxième débat le 9 octobre 2016 à Saint-Louis, dans le Missouri, Donald Trump a même promis d’envoyer Hillary Clinton en prison s’il était élu.

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Et pire encore pour les conséquences électorales, lors du troisième débat le 19 octobre 2016 à Las Vegas, Donald Trump a refusé de dire s’il reconnaîtrait le résultat des élections dans tous les cas, et il a déjà amorcé l’argumentation de mauvaise foi en parlant d’élections truquées. Or, les Américains, légitimistes, ont au moins l’atout de savoir rester unis derrière leur Président dès lors qu’il a été choisi par les électeurs. En refusant de dire qu’il reconnaîtrait sa défaite, le cas échéant, il défie carrément les institutions démocratiqeus de son pays, ce qui est particulièrement antipatriotique.

Comme est antipatriotique de ne pas avoir payé l’impôt sur le revenu pendant dix-huit ans à cause d’un solde négatif de plusieurs millions de dollars reportable d’années en années. Certes, rien d’illégal à ce sujet, mais quelle hypocrisie de dénoncer la vétusté des services publics, de dénoncer les 18 000 milliards de dollars de la dette américaine, et de ne pas avoir contribué à leur financement pendant près d’une génération.

Et l’argumentation de vouloir agir avec son pays comme avec son entreprise s’effondre, par la même occasion, puisqu’il a eu justement des pertes financières colossales. Plus généralement, son argumentation économique s’écroule également. Il voudrait réindustrialiser les États-Unis, il voudrait en finir avec les délocalisations, mais les cravates qu’il vend, avec sa juteuse marque, sont fabriquées en Chine, justement dans des usines délocalisées que le candidat dénonce, alors que le patron avait toute latitude de s’interdire de telles délocalisations !

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Une sorte de Mister Donald et Docteur Trump qui montre une seule chose : c’est que le candidat investi par le Parti républicain dit tout et n’importe quoi (c’est particulièrement le cas à propos de l’immigration mexicaine, sa "bête noire"), et le principal est d’égrainer les voix, avec, pour seule véritable ligne de conduite, le discours anti-etablishment (la "vraie vie" contre les gens de Washington). Une ligne tenue aussi par George W. Bush contre Al Gore en 2000, alors que la "vraie vie", Donald Trump ne l’a jamais connue grâce à son grand-père qui avait commencé à enrichir la famille.

Trump, juteuse marque ? Plus forcément, car des propriétaires et locataires d’appartements dans les Tours Trump à New York commencent à avoir chaque jour honte d’habiter dans une tour qui porte le nom de ce candidat qui dit inepties sur inepties. Il y a même une pétition qui a demandé à la société gérante de débaptiser ces tours ! Une résidante de Riverside, Kate, a ainsi avoué : « J’aimerais pouvoir rentrer chez moi sans avoir à penser à cet homme vulgaire. Je trouve qu’il se couvre de honte et qu’il nous embarrasse tous depuis le jour où il a traité les Mexicains de violeurs. ». Certains voudraient même encourager le boycott des produits Trump, hôtel, vins, cravates, parfums, etc.

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Comme cohérence politique,d’ailleurs, il y aurait mieux. En 2000, Donald Trump, milliardaire (sa fortune est évalué aujourd’hui à 5 milliards de dollars), a aidé financièrement la campagne d’Hillary Clinton pour devenir sénatrice de New York. Et il a contribué aussi à la campagne de sa future concurrente lors des primaires démocrates de 2008, l’objectif ayant été de barrer la route à Barack Obama (entre 2001 et 2009, il était même membre du Parti démocrate, le parti de l’âne).

Ses vociférations politiques ont de quoi faire frémir les citoyens américains, encourageant, dans un élan antipatriotique, le Président russe Vladimir Poutine à espionner les institutions américaines, ou pire, encourageant les citoyens américains à …supprimer Hillary Clinton !

Cela a conduit le Président sortant Barack Obama à s’engager très nettement en faveur d’Hillary Clinton, en dénonçant ce Donald Trump si dangereux. Le 11 octobre 2016, en Caroline du Nord, il a balancé : « Il dit qu’il est toujours debout à trois heures du matin, mais c’est pour publier des insultes sur Twitter ! ». Et le 14 octobre 2016 à Cleveland : « Il menace d’emprisonner ses opposants politiques. Ou de faire taire les médias. Il salue l’ingérence des Russes dans notre processus électoral, et suggère maintenant que si la campagne ne se déroule pas comme il l’entend, ce n’est pas à cause de ce qu’il a dit, mais parce que l’élection est truquée et que c’est une imposture. Vous savez, certains pays fonctionnent comme ça, et ce sont des tyrannies qui pratiquent l’oppression ! ».

Le 31 mai 2016, les autorités nord-coréennes annonçaient même leur soutien à la candidature de Donald Trump, au risque de l’ingérence étrangère : « Le Président que les citoyens américains doivent élire n’est pas l’ennuyeuse Hillary (…) mais Trump » qui est « un homme avisé » et « un candidat qui voit loin ». La Corée du Nord doit apprécier que Donald Trump veuille présenter la facture à la Corée du Sud pour sa protection américaine, protection qu’il serait prêt à lui retirer…

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Mais ce n’est pas sur le sujet des impôts pas payés, sur l’antipatriotisme de sa non politique étrangère, ou sur des excès de langage en tout genre que Donald Trump a dévissé. C’est sur des propos machistes. On sait à quel point les États-Unis sont sensibles avec les relations entre hommes et femmes (Dominique Strauss-Kahn en sait quelque chose).

La diffusion le 7 octobre 2016 par le "Washington Post" d’une vieille vidéo, datant de 2005, a fait découvrir un Donald Trump particulièrement indélicat avec les femmes en général : « Quand vous êtes une star, [les femmes] vous laissent faire, vous pouvez faire tout ce que vous voulez, les attraper par la chatte [grab them by the pussy], faire ce que vous voulez ! ». Un macho de première, comme on pourrait dire. Un vulgaire et un sexiste. Un prédateur sexuel aussi. Cela a choqué jusqu’à "l’Amérique profonde", justement celle qui était la plus prête à tomber dans sa zone d’influence.

Jusqu’au Parti républicain lui-même qui s’est demandé si, un mois avant les élections, il y avait un moyen pour changer de candidat. Les candidats républicains au Congrès se sont "courageusement" désolidarisés de leur candidat présidentiel, officiellement investi le 19 juillet 2016 à Cleveland, pour sauver les meubles et préserver une majorité républicaine au Congrès (qui est, je le rappelle pour ceux qui sont trop habitués aux institutions françaises, le véritable centre du pouvoir politique, car le régime présidentiel des États-Unis donne la part belle à l’indépendance du législatif).

Cette vidéo a eu pour réponse le rappel des maîtresses de l’ancien Président Bill Clinton. Car Hillary Clinton, sa vie privée, sa vie intime, rien n’aura été préservée par l’équipe de campagne de Donald Trump qui pilonne avec de nombreux coups en dessous de la ceinture. La guerre est d’ailleurs totale. Des témoignages de jeunes femmes abusées par Donald Trump qui se serait mal conduit avec elles (notamment dans un avion, dans un hôtel, dans un club new-yorkais) ont été diffusés, comme pour répliquer à la campagne vulgaire insistant sur les frasques sexuelles de Bill Clinton (campagne d’autant plus étonnante qu’Hillary Clinton, à ce sujet, a au contraire montré une exceptionnelle loyauté et n’était coupable d’aucune faute).

Donald Trump a affirmé sur la chaîne Fox News le 12 mai 2016 être « totalement flexible sur beaucoup, beaucoup de sujets » et a assumé le fait d’être …« imprévisible » ! De quoi "rassurer" tous les citoyens des États-Unis… et du reste du monde !

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Pour le journaliste Alexandre Vatimbella : « Il peut y avoir la victoire d’un homme au comportement déséquilibré, prêt à user la bombe atomique contre tous ceux qu’il considère ses ennemis, raciste, menteur et qui n’a pas arrêté de mettre en doute l’honnêteté de la démocratie et de ses institutions tout au long de sa campagne. Même si les sondages sont plutôt rassurants, la possibilité que Donald Trump s’installe à la Maison-Blanche en janvier 2017 ne peut pas être encore écartée. ».

Candidat inattendu depuis le 16 juin 2015 sur le thème très reaganien ("America is back") de rendre leur grandeur aux États-Unis ("Make America great again !"), Donald Trump dévisse maintenant dans les enquêtes d’opinions parce que la nature est revenue au galop. Saura-t-il rattraper en quelques jours l’implosion de sa campagne ? Résultats dans la nuit du mardi 8 au mercredi 9 novembre 2016…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Barack Obama.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
John Kennedy.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
Mario Cuomo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161010-trump-us2016ad.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/usa-2016-un-elephant-ca-trump-185922

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/10/28/34486198.html

 

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 01:11

« L’événement qui s’est produit aux États-Unis d’aujourd’hui va au-delà des frontières nationales. Il s’agit d’un défi effronté à l’humanité entière, du moins à l’humanité civilisée. » (Vladimir Poutine, 12 septembre 2001).



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Ce dimanche, quinze années ont filé depuis le quadruple attentat du 11 septembre 2001 qui a coûté la vie à 2 977 personnes, dont 403 pompiers et policiers qui étaient venus secourir les victimes. 6 291 personnes ont été par ailleurs blessées par ces attentats.

Ce furent les attentats les plus meurtriers de l’histoire de l’humanité. Quatre avions ont été détournés quasiment au même moment. Deux ont foncé sur les deux plus hautes tours du quartier d’affaires de Manhattan, à New York (les fameuses Twin Towers du World Trade Center), symbole du capitalisme triomphant ; un autre s’est écrasé sur le Pentagone, à Washington, le quartier général du Ministère de la Défense ; et enfin, le dernier, qui se dirigeait vers Washington (vers la Maison-Blanche ou plus probablement vers le Capitole) a pu être arrêté dans sa course folle grâce au courage de certains passagers et s’est écrasé près de Shanksville, en Pennsylvanie.

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La suite, elle est connue : attribués à Oussama Ben Laden et à son organisation Al-Qaïda, ces attentats ont durablement traumatisé les États-Unis touchés sur leur sol. Ils ont riposté par une intervention militaire en Afghanistan, mais aussi par la guerre en Irak un an et demi plus tard, alors qu’il était clair que l’Irak n’y était pas impliqué.

Ces interventions militaires au Moyen-Orient ont embrasé tout le monde musulman. Les révolutions arabes de 2011 ont conforté l’apparition d’organisations terroristes islamistes très décentralisées qui n’agissent principalement qu’au travers des attentats-suicides qui se sont multipliés tant dans cette zone géographique que partout dans le monde, que ce soit en Europe (Madrid, Londres, Paris, Bruxelles, Nice, Rouen) qu’ailleurs (Bali, Sidney, Ottawa, Orlando, Istanbul, Ankara, Peshawar, Le Caire, etc.). Tous les pays sont touchés, de la Chine à la Côte d’Ivoire, du Nigeria à la Tunisie, du Pakistan au Danemark, du Canada à l’Australie, de l’Indonésie à la France, de la Syrie à l’Algérie, etc.

Depuis le développement de Daech et la multiplication de ses actes de barbarie partout dans le monde, les théories du complot concernant les attentats du World Trade Center ont perdu beaucoup de leur crédit. Elles avaient un double objectif, idéologique et pécuniaire, celui de défendre l’indéfendable, et celui de faire de l’argent sur le dos de personnes crédules qui se croient incrédules. Cela a assuré la vie matérielle de quelques mauvais faiseurs d’opinions. Tant mieux pour eux, tant pis pour ceux qui les ont écoutés.

Les théories du complot se nourrissent de nombreuses incertitudes sur les faits et de raisonnements qui se prétendent logiques à coup de sophismes foireux (le principal : à qui profite le crime ? n’apporte aucune preuve). Ainsi, on s’est permis d’émettre des soupçons sur l’effondrement collatéral du bâtiment 7, pourtant retransmis en direct à la télévision américaine, provoqué par la fragilité des structures à la suite de l’effondrement des deux tours jumelles et des incendies collatéraux. Beaucoup de raisonnements tirés par les cheveux provenaient de personnes visiblement peu compétentes (pour ne pas dire nullissimes) en matière de sciences, mécanique, matériaux, structure, chimie, mécanique des fluides, métallurgie…

Parfois, on osait aller encore plus loin, en remettant en cause par exemple l’attentat du Pentagone (il se trouvait que j’avais de bonnes raisons, à cette époque, d’être assuré de sa réalité). Expert en explosions, Allyn E. Kilsheimer a d’ailleurs dû répondre à des journalistes ainsi : « J’ai vu les marques des ailes de l’avion sur la façade du bâtiment. J’ai ramassé des morceaux d’avion avec des identifications de la compagnie d’aviation sur eux. J’ai tenu de ma main la queue de l’avion et j’ai retrouvé la boîte noire. (…) J’ai tenu dans mes mains des morceaux des uniformes de l’équipage, avec des morceaux de corps. C’est bon, maintenant ? » (mars 2005).

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Parlant des théories du complot, le philosophe américain Noam Chomsky l'a exprimé ainsi : « Ce n’est pas seulement une énorme industrie, c’est une industrie assez fanatique. (...) C’est presque une sorte de fanatisme religieux. ».

Et d'ajouter : « L’argument "à qui profite le 11 septembre ?" n’a guère de poids. (...) Presque tous les gouvernements ont pris des mesures pour surveiller plus étroitement leur population et ce genre de choses. Le gouvernement Bush l’a fait aussi. Donc, "à qui profite le crime ?" n’est pas une preuve suffisante de complot (...). L’idée même n’est pas crédible. Pour qu’il y ait une once de vérité dans les théories sur le 11 septembre, il faudrait qu’il y ait eu un énorme complot, incluant les compagnies aériennes, les médias, la préparation des faux avions. Il aurait fallu mettre au courant quantité de gens dans l’administration. Ils ne s’en seraient jamais tirés. Même une dictature n’aurait pas pu. C’est une opération vraiment risquée. La probabilité d’une fuite est très élevée : ça se serait su tout de suite. Et la moindre fuite aurait aligné tous les dirigeants devant le peloton d’exécution, et sonné le glas du Parti républicain à jamais. Et pour gagner quoi ? Un prétexte pour faire ce qu’ils auraient fait de toute manière, sous un autre prétexte qu’ils auraient pu trouver. ».

Toutes ces théories du complot n’ont qu’un seul but, motivé par l’antisémitisme et l’anti-américanisme, couplés ou indépendants l’un de l’autre mais cela revenait au même : au lieu de dire que les Américains n’auraient eu que ce qu’ils auraient mérité, c’était tentant de les enfoncer encore plus dans l’indécence en les accusant d’avoir commis eux-mêmes ces attentats. Selon ces complotistes, les États-Unis auraient commandité ces actes aussi odieux pour avoir carte blanche au Moyen-Orient et tuer des musulmans. Comme si les Américains ne pouvaient pas le faire indépendamment d’une provocation…

Ce type de théorie du complot a cherché à se répandre également lors des attentats que la France a subis ces dernières années, mais sans beaucoup de succès car il remettait en cause la simple raison. Les assassinats commis par Merah étaient factuellement identifiables (des théories du complot ont quand même tenté leur chance par antisarkozysme préélectoral), puis le massacre de Charlie-Hebdo était également très identifiable. Chaque nouvel acte terroriste fut lui aussi déterminé clairement, en tout cas, en France et en Belgique.

Que veulent les terroristes ? Rien, juste la mort, mais la mort en emportant avec eux le plus de monde possible. C’est comme si c’était un jeu macabre. 86 morts avec un camion, plus efficace que l’assassinat d’un seul prêtre ? Ce ne sont pas des actes contre "l’Occident" (que veut dire "Occident" si l’on y inclut le Japon, l’Australie ?). Ce ne sont pas des actes contre une religion, contre des mécréants (la plupart des victimes dans le monde sont d’ailleurs elles-mêmes des musulmans). Ce sont des actes contre l’humain, contre l’humanité. C’est peut-être la généralisation psychiatrique d’un désir de tuer et de son passage à l’acte. La structure décentralisée laisserait entendre que ces actes seraient au nazisme ce que l’artisanat est à l’industrie.

Dans une vidéo, Oussama Ben Laden s’est vanté le 13 décembre 2001 d’avoir été dans ses prévisions très en deçà de la réalité : « Nous avons calculé à l’avance le nombre d’ennemis qui seraient tués, d’après la structure de la tour. Nous avons estimé que trois ou quatre étages seulement seraient touchés. J’étais le plus "optimiste" de tous (…). En raison de mon expérience dans le domaine, je pensais que l’incendie du carburant de l’avion ferait fondre la structure en fer du bâtiment, et que cela provoquerait uniquement l’effondrement des étages percutés par l’avion et de ceux situés au-dessus. C’est tout ce que nous "espérions". ».

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Concrètement, parmi les personnes présentes dans les tours lors de leur effondrement, seulement une vingtaine d’entre elles ont survécu. Avant, seulement 18 personnes ont pu échapper à la mort parmi les 1 960 personnes bloquées dans les deux tours au-dessus des impacts. Au total, 2 606 personnes sont mortes dans les Twin Towers, 125 au Pentagone et les autres victimes furent la totalité des passagers et membres d’équipage des quatre avions. 293 corps seulement ont été retrouvés et un petit quart des 20 000 fragments humains collectés sur les lieux a pu être identifié. 1 151 victimes ont totalement disparu à cause des chocs et de l’effondrement.

Dans les réactions internationales, le (récent) Président russe Vladimir Poutine a été parmi les premiers chefs d’État à faire preuve de compassion vis-à-vis du peuple américain. Malgré certains cris de joie à Gaza, Yasser Arafat aussi a exprimé sa tristesse et sa condamnation. Tous les États ont été choqués, y compris l’Iran. Et c’est probablement le Chancelier allemand Gerhard Schröder qui a proposé la meilleure formulation, qui reste toujours valable aujourd’hui, quinze ans plus tard, dans ce monde qui continue d’être traumatisé par le terrorisme islamiste : « Ce n’est pas là une bataille entre les civilisations, c’est une bataille pour la civilisation. ».

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Comme pour les catastrophes nucléaires, beaucoup d’actions correctives ont été entreprises pour renforcer la sécurité à la suite de ces attentats, en particulier le vol permanent d’avions de chasse autour des grandes villes américaines pour empêcher tout renouvellement du 11 septembre 2001.

Hélas, parmi ces mesures, l’une d’elles a été la cause d’un crash, le blindage de la porte de cabine de pilotage des avions commerciaux, qui s’est généralisé. Ce fut à cause de cette inviolabilité qu’un copilote dépressif a pu mener l’avion du vol 9525 de Germanwings (Barcelone-Dusseldorf) contre une falaise des Alpes françaises le 24 mars 2015.

Les 150 victimes de ce vol de Germanwings pourraient être, elles aussi, considérées comme des victimes collatérales des attentats du 11 septembre 2001, tout comme la centaine de personnes qui sont mortes par la suite de maladies provenant des effondrements des tours, fibrose pulmonaire, mésothéliome (cancer), asbestose, etc. (3 700 cas de cancers développés chez les secouristes exposés aux fumées ont été recensés en 2015).

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Dans les conséquences juridiques des attentats du 11 septembre 2001, on peut noter le fameux USA Patriot Act promulgué le 26 octobre 2001 par George W. Bush pour lutter plus efficacement contre le terrorisme au détriment, le cas échéant, des libertés individuelles et de la vie privée. George W. Bush l’a renouvelé le 9 mars 2006, puis Barack Obama le 26 mai 2011. Une loi qui a été largement imitée plus tard par …François Hollande avec sa loi sur le renseignement (il aurait voulu son Patriot Act à lui).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 septembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Terrorisme et islamisme.
Antisémitisme.
Quinze ans.
Complot vs chaos : vers une nouvelle religion ?
Nouveau monde.
Qu’aviez-vous fait le 11 septembre 2001 ?
Incompréhensions américaines.
11 septembre, complot ?
Les théories du complot décortiquées sur Internet.
Ben Laden, DSK, même complot ?
Terrorisme = islamisme ?
L’impérieux besoin de tuer.
Une autre terroriste…
L’unité nationale.
L'assassinat du père Jacques Hamel.
Vous avez dit amalgame ?
L'attentat de Nice du 14 juillet 2016.
L'attentat d'Orlando du 12 juin 2016.
L'assassinat de Christina Grimmie.
Les valeurs républicaines.
Les attentats contre "Charlie-Hebdo".
Les attentats de Paris du 13 novembre 2015.
Les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.
Daech.
La vie humaine.
La laïcité.
Le patriotisme.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160911-attentat-wtc-11-septembre-2001.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/11-septembre-2001-quinze-ans-apres-184488

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/09/11/34294103.html


 

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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 06:01

« Et mon cœur et ma raison réunis m’ont mise au service de l’intérêt public. Sur ma route, j’ai essayé de ne pas faire deux fois la même erreur, d’apprendre, de m’adapter et de prier pour avoir la sagesse de mieux choisir à l’avenir. (…) Garder l’Amérique sûre, forte et prospère, c’est faire un ensemble infini de choix, souvent avec une information imparfaite et des impératifs contradictoires. (…) Servir notre pays n’a jamais été pour moi un choix difficile. C’est le plus grand honneur de ma vie. » (Hillary Clinton, "Hard Choices", autobiographie sur la période 2008-2013 parue le 10 juin 2014).


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Ce mardi 7 juin 2016 a été un grand jour pour Hillary Clinton (68 ans), la candidate aux primaires du Parti démocrate pour les élections présidentielles américaines du 8 novembre 2016 : en gagnant largement la Californie (55,8%) et le New Jersey (63,3%), elle est désormais assurée de sa désignation comme candidate des Démocrates à la 47e Convention démocrate à Philadelphie, du 25 au 28 juillet 2016, en totalisant, selon ses calculs, 2 755 délégués. Il lui en fallait 2 383 pour obtenir la majorité absolue.

Elle l'a déclaré à Brooklyn, à New York : « Grâce à vous, nous avons franchi une étape importante. C'est la première fois dans l'histoire de notre pays qu'une femme est investie par l'un des grands partis. (...) La victoire de ce soir n'est pas celle d'une personne, elle appartient à une génération de femmes et d'hommes qui se sont battus et se sont sacrifiés et ont rendu possible ce moment. » (7 juin 2016). Deux jours après, Barack Obama a annoncé qu'il soutiendrait activement Hillary Clinton... un peu comme un renvoi d'ascenseur.

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En face d’elle, Bernie Sanders (74 ans) a fait preuve d’une indéniable endurance et persévérance, remportant 1 844 délégués, voulant faire campagne jusqu’au bout, même si c’était sans espoir, pour influencer au maximum les décisions de la Convention démocrate. Le dernier round aura lieu le 14 juin 2016 au District of Columbia (à Washington), où 20 délégués seront en jeu mais sans enjeu puisque la victoire d’Hillary Clinton est actée.

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Bernie Sanders, qui a rencontré Barack Obama à la Maison Blanche le 9 juin 2016, a déclaré la veille qu'il voulait rester jusqu'au bout, c'est-à-dire, jusqu'à la Convention pour tenter de convaincre les super-délégués. C'était ce qu'avait fait Ted Kennedy contre Jimmy Carter en 1980 (mais aucun des deux n'avait obtenu la majorité absolue des délégués) et c'est ce qu'avait voulu absolument éviter Hillary Clinton en 2008 : « J'avais en tête le souvenir de primaires acharnées où la bataille s'était poursuivie sans relâche jusqu'à la convention (...), et je ne voulais pas que l'histoire se répète. Ce ne serait bon ni pour notre parti ni pour le pays, donc j'allais rapidement annoncer publiquement que je soutenais Barack et faire campagne pour lui. » (Hillary Clinton dans "Hard Choices").

Bernie Sanders, à sa sortie de la Maison Blanche, sans dire en quoi il contribuerait à l'unité du Parti démocrate, a voulu rassurer en disant qu'il prendrait contact avec Hillary Clinton : « Je travaillerai autant que je pourrai pour être sûr que Donald Trump ne soit pas le Président des États-Unis. » (9 juin 2016).

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Ce qui aurait dû être pour elle une promenade de santé, une formalité oratoire, a été très laborieux et à la limite de la catastrophe électorale : Hillary Clinton a vaincu d’extrême justesse un candidat de 74 ans très axé à gauche et plébiscité par les étudiants. Un candidat anti-système qui pourtant était beaucoup apte à battre Donald Trump que sa rivale des primaires.

Car Donald Trump (70 ans la semaine prochaine), dès le début des primaires, a su montrer sa capacité à mener les primaires du Parti républicain, envoyant au tapis toutes sortes de candidats et en premier lieu le frère et fils de Président, Jeb Bush.

Le 26 mai 2016, Donald Trump avait annoncé qu’il avait conquis le nombre de délégués nécessaires pour obtenir l’investiture des Républicains, mais sans surprise puisqu’il restait seul dans la course : John Kasich avait renoncé le 4 mai 2016, Ted Cruz le 3 mai 2016 et Marco Rubio le 16 mars 2016. Aujourd’hui (les primaires républicaines se sont terminées le 7 juin 2016), Donald Trump aurait totalisé 1 441 délégués alors qu’il lui en fallait au moins 1 237 pour être désigné à la Convention républicaine à Cleveland du 18 au 21 juillet 2016.

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L’écart dans les sondages entre Hillary Clinton et Donald Trump s’est assez resserré ces dernières semaines et le 22 mai 2016, un premier sondage donnait Donald Trump gagnant face à Hillary Clinton. Celle-ci reste encore la favorite, mais pour combien de temps ? Car la campagne nationale sera difficile pour elle.

Tout les sépare. L’un est candidat anti-système, brut de décoffrage, un ovni en politique, tandis que l’autre, sénatrice de New York du 21 janvier 2001 au 21 janvier 2009, est de "l’etablishment", bien intégrée dans l’élite intellectuelle et politique. L'un est milliardaire et ne dépend financièrement d'aucun lobby, l'autre pourrait être influencée par ses généreux donateurs.

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Plutôt isolationniste au point de faire dire par certains commentateurs que Donald Trump serait prêt à traiter avec Bachar El-Assad et à reconnaître à la Russie de Poutine sa puissance, il ferait peut-être moins de catastrophes humanitaires que l’ingérence que promettrait Hillary Clinton pour maintenir les États-Unis dans le rôle de gendarme du monde. Elle avait elle-même voté, comme membre du Congrès, en faveur de la guerre en Irak, mais l’a amèrement regretté par la suite.

Voyant le danger venir des enjeux internationaux, Hillary Clinton n'a pas hésité, dans un discours prononcé le 2 juin 2016 à San Diego, à rappeler que la menace serait plutôt du côté de son adversaire : « Les idées de Donald Trump ne sont pas juste différentes, elles sont dangereusement incohérentes. Ce ne sont même pas vraiment des idées, ce sont juste une série de discours emphatiques bizarres, de règlements de compte personnels et de purs et simples mensonges. (...) Il loue des dictateurs comme Vladimir Poutine et se querelle avec nos amis, y compris le Premier Ministre britannique, le maire de Londres, la Chancelière allemande, le Président du Mexique et le pape. ».

Hillary Clinton, première femme candidate en position de gagner, elle est aussi la première ancienne Première dame à être en capacité de devenir Présidente des États-Unis. On mesure aujourd’hui à quel point son abnégation et son soutien d’épouse lors du scandale Monica Lewinisky (déclenché le 21 janvier 1998 par un article du "Washington Post" et renforcé par les dénégations de Bill Clinton lors de sa conférence de presse du 26 janvier 1998 : « Ces allégations sont fausses, et je dois retourner travailler pour le peuple américain ! ») aura forgé son caractère et préservé son avenir politique, puisqu’elle est soutenue depuis toujours dans sa carrière politique par son illustre mari.

Ce mardi 7 juin 2016 est donc une belle victoire pour Hillary Clinton, qui a pu recueillir presque 16 millions de votes. Elle revient de loin. Huit ans exactement auparavant, le 7 juin 2008, au National Building Museum à Washington, malgré 18 millions de votes, elle déclarait forfait face à son rival Barack Obama. Elle avait pourtant commencé la course comme favorite des sondages mais celui qui, aujourd’hui, termine son second mandat avait réussi à créer une vague en sa faveur : "Yes, we can !". Cette campagne de 2008 fut éprouvante : « Se présenter à la Présidence est une entreprise intellectuellement exigeante, émotionnellement épuisante et physiquement exténuante. » ("Hard Choices").

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Hillary Clinton a même su faire de ses échecs des arguments massues pour convaincre les autres : « Ma défaite me permettait (…) d’évoquer avec des dirigeants d’autres États ce que signifie le fait d’accepter un verdict intérieur difficile et d’aller de l’avant pour le bien de son pays. » ("Hard Choices").

En effet, le 1er décembre 2008, le nouveau Président Barack Obama a annoncé qu’il allait nommer Hillary Clinton au poste prestigieux de Secrétaire d’État (équivalent de Ministre des Affaires étrangères) : « Il m’a garanti que j’aurais un accès direct auprès de lui et que je pourrais le voir seul autant que nécessaire. Il a dit que je pourrais choisir ma propre équipe, même s’il allait faire certaines suggestions. (…) Le Président a pleinement respecté ses promesses. Il m’a donné toute liberté de choisir mon équipe,s’est fié à mon avis de principale conseillère en politique étrangère pour les décisions majeures qui arrivaient sur son bureau, et a tenu à me rencontrer souvent pour que nous puissions parler franchement. » ("Hard Choices").

Entre le 21 janvier 2009 et le 1er février 2013, elle a visité 112 pays, parcouru 1,6 million de kilomètres : « J’ai abordé mon travail avec une grande confiance dans les forces et la détermination durables de notre pays, et avec humilité face à tout ce qui échappe à notre savoir et à notre contrôle. J’ai œuvré à réorienter la politique étrangère américaine dans le sens de ce que j’ai appelé le "smart power", le "pouvoir intelligent". (…) Il existe dans le monde actuel peu de problèmes que les États-Unis peuvent régler seuls, mais il en existe encore moins qui peuvent être réglés sans eux. Tout ce que j’ai fait et vu m’a persuadé que l’Amérique reste le "pays indispensable". Mais je suis tout aussi convaincue que notre leadership n’est pas un dû. Nous devons le gagner à chaque génération. » ("Hard Choices").

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C’est de cette conviction qui l’anime qu’aujourd’hui, au destin déjà exceptionnel dans l’histoire politique des États-Unis, elle souhaite occuper les responsabilités suprêmes. Mais pas sans un préalable : rassembler et unifier.

Le 27 février 2016, dans les premières semaines des primaires démocrates, alors qu’elle venait de gagner brillamment celles de la Caroline du Sud avec 73,4% des voix, Hillary Clinton avait déclaré : « Malgré ce que vous entendez, nous n’avons pas besoin que l’Amérique soit forte à nouveau, l’Amérique n’a jamais cessé d’être forte. Mais nous devons vraiment faire de l’Amérique un pays uni. Au lieu de construire des murs, nous devons démolir des barrières. Nous devons montrer, par tout ce que nous faisons, que nous sommes vraiment ensemble pour le faire. ».

Ce sera exactement cela, l’enjeu des élections présidentielles américaines du 8 novembre 2016 dont la campagne risque d’être très dure. Et probablement aussi l’enjeu de l’élection présidentielle française des 23 avril et 7 mai 2017. Parvenir à incarner l’unité d’une nation, de son peuple, dans sa diversité, dans ses différences, dans ses contradictions, dans ses antagonismes. Et démolir les barrières !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 juin 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump.
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Barack Obama.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
John Kennedy.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
Mario Cuomo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160307-hillary-clinton-US2016AB.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/us-2016-hillary-rodham-clinton-par-181736

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/06/10/33932344.html





 

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 22:26

Née le 6 juillet 1921 à New York sous le nom d'Anne Frances Robbins, puis devenue Nancy Davis, Nancy Reagan fut actrice de cinéma de 1948 à 1958 et s'est mariée en 1951 avec Ronald Reagan. Elle fut donc la Première Dame des États-Unis du 20 janvier 1981 au 20 janvier 1989. Elle s'occupa beaucoup de Ronald Reagan jusqu'à la mort de celui-ci de la maladie d'Alzheimer.

Pour en savir plus :
http://0z.fr/yIDqT

SR


 

 

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 06:34

« Il y a beaucoup de travail à faire. Mais aujourd’hui, nous tous Américains tenons entre nos mains la promesse d’un nouveau départ. C’est pourquoi les événements des quelques jours à venir ne sont pas seulement l’investiture d’un président américain ; ils seront aussi la célébration du peuple américain. » (Barack Obama, 20 janvier 2009).



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Les élections présidentielles américaines se suivent mais ne se ressemblent pas. Après le vent de large espoir et de jeunesse suscité par la montée en puissance de la candidature de Barack Obama il y a huit ans, voici le vent du repli et de la peur, ou celui de l’ancienneté et du grand âge (trois des cinq plus grands candidats ont plus de 68 ans !).

Est-ce exagéré de dire que les meilleures personnalités des États-Unis (selon des critères sans doute subjectifs et qui peuvent varier d’un milieu à l’autre) font tout sauf de la politique ? Tout ou plutôt, font des affaires, car finalement, l’une des rares valeurs immuables aux États-Unis, c’est l’argent qui est l’indicateur numéro un de la réussite de sa vie, ou de son échec.

La conséquence logique, c’est le vide du paysage politique fédéral américain. L’absence de candidats de valeur et de stature incontestables. L’absence aussi de débat des idées. En ce sens, les citoyens français devraient être rassurés du sérieux et des CV costauds des personnalités politiques françaises. On peut critiquer la classe politique, râler contre le népotisme quasi-généralisé, mais on a quand même la fine élite de la République, qu’on l’accepte ou pas, qu’on l’apprécie ou pas. Il suffit de comparer Bruno Le Maire par exemple, ou Alain Juppé, avec Donald Trump. En France, aucun Silvio Berlusconi ne pourrait vraiment émerger.

Si en 2016, la vie politique française devait se résumer à ce qu’il se passe aux États-Unis, nous aurions pour concourir à l’élection présidentielle française de 2017 des candidats comme : Bernard Tapie, Valérie Trierweiler, Henri Emmanuelli, et l’on pourrait quand même ajouter Laurent Wauquiez (qui lui, fait partie de l’élite).

Laissons de côté les comparaisons toujours hasardeuses avec la vie politique française et revenons à l’élection américaine. Institutionnalisées depuis toujours, les primaires visent à désigner, en particulier dans les deux grands partis (démocrate et républicain) les deux candidats pour l’élection qui aura lieu le mardi 8 novembre 2016. Barack Obama, qui terminera le 20 janvier 2017 son second mandat, ne peut pas concourir. Certes, il peut exister des candidats issus d’autres partis, mais ceux-là restent très minoritaires, ou des candidatures indépendantes, qui peuvent bouleverser le jeu électoral (c’était le cas de Ross Perot qui avait obtenu 18,9% le 3 novembre 1992). Mais il ne fait pas beaucoup de doute que l’un des deux désignés à ces primaires sera élu Président des États-Unis.

Le système des primaires veut que celles des deux grands partis se déroulent presque au même moment quasiment dans les mêmes États, même si les règles d’attribution des délégués peuvent varier. Les primaires ont commencé le 1er février 2016 avec un petit État, l’Iowa, mais depuis le 1er mars 2016, appelé "Super Tuesday" parce qu’il concerne onze à douze États importants qui font et défont des candidatures, l’horizon des possibles s’est nettement réduit.

Ne sont désormais plus en lice que deux candidats chez les Démocrates et quatre chez les Républicains.


Pas de match Clinton vs Bush

À l’origine, on aurait d’ailleurs pu imaginer un combat quasi-népotique : Hillary Clinton, épouse d’un ancien Président des États-Unis, contre Jeb Bush, frère et fils de deux anciens Présidents des États-Unis. Ce duel ne sera qu’imaginaire. Tant mieux pour la forme mais peut-être tant pis pour le fond.

En effet, Jeb Bush (63 ans), gouverneur de Floride du 5 janvier 1999 au 2 janvier 2007, grâce à qui son frère George W. Bush a pu être déclaré Président des États-Unis (un nouveau décompte des voix en Floride aurait favorisé Al Gore), a déclaré forfait le 20 février 2016 après ses échecs dans l’Iowa et le New Hampshire.

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Quant à Hillary Clinton (68 ans), sénatrice de New York du 3 janvier 2001 au 21 janvier 2009, elle aurait pu imaginer que les primaires fussent pour elle une simple formalité. Favorite tant pour les primaires démocrates que pour l’élection elle-même (elle était déjà favorite en 2008 et cela ne lui a pas porté chance), elle est une exception à trois titre au moins : épouse de Bill Clinton qui ne s’est engagée politiquement qu’à la fin du mandat de son mari (du 20 janvier 1993 au 20 janvier 2001) ; ancienne Secrétaire d’État du 21 janvier 2009 au 1er février 2013 (équivalent de Ministre des Affaires étrangères), c’est la première fois, à ma connaissance, du moins dans l’époque récente, qu’un ancien Secrétaire d’État est candidat à l’élection présidentielle ; enfin, elle est une femme, et la première femme dans l’histoire politique à être en position de devenir Présidente des États-Unis, un peu au même titre que Ségolène Royal en 2007 pour la France.

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Le camp démocrate

Eh bien, ce n’est pas du tout une formalité. Ce n’est quand même pas le renouvellement de la campagne de 2008 qui a vu son leadership dépasser par celui de Barack Obama, mais la suprématie de Hillary Clinton a été étonnement entamée par la candidature de Bernie Sanders (74 ans), vieux parlementaire du Vermont (depuis le 3 janvier 1991), considéré comme représentant de l’aile gauche voire (un gros mot aux États-Unis), de l’aile socialiste du Parti démocrate (il n’est d’ailleurs membre de ce parti formellement que depuis 2015 !) et qui, au lieu de recueillir dans les 5 à 10% de l’audience habituelle de ce courant, s’est retrouvé presque à jeu égal face à Hillary Clinton (dans les sondages, il a juste quelques pourcents de moins que sa concurrente). Bernie Sanders a déjà gagné quelques primaires, dans le New Hampshire le 9 février 2016, dans le Colorado, le Vermont (son État), l’Oklahoma et le Minnesota le 1er mars 2016.

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Que ce soit chez les Républicains comme chez les Démocrates, il y a une véritable défiance contre "l’etablishment", contre Washington, contre ce que Jean-François Copé, en oubliant qu’il en fait partie, appelait "l’élite germanopratine" (à replacer dans le contexte washingtonien), qu’on retrouve autant aux États-Unis que dans la plupart des pays européens victimes de la crise économique et d’une crise identitaire face aux défis mondiaux que représentent la globalisation des échanges commerciaux, la croissance économique de la Chine et de l’Inde et les menaces du terrorisme islamiste.

Si Hillary Clinton en fait (un peu) les frais, cela ne devrait pas suffire à l’empêcher d’être désignée comme candidate des Démocrates. Elle a actuellement 1 033 délégués et son concurrent progressiste 408 délégués, et il en faut 2 383 pour obtenir l’investiture. Dans les sondages des trois dernières semaines, le rapport serait favorable à Hillary Clinton, environ 50% contre 40% pour Bernie Sanders. L’écart tend même à s’accroître depuis la fin du mois de février 2016.

Mais si victoire il y a, ce sera une victoire laborieuse, par défaut, sans véritable élan enthousiaste comme l’avait provoqué la candidature de Barack Obama en 2008. Alors que dans le camp des Républicains, l’absence de personnalités à la stature indiscutable a laissé tous les espoirs aux démagogies et aux facilités.


Le camp républicain

Depuis qu’il a déclaré sa candidature en juin 2015, Donald Trump (69 ans), multimilliardaire (324e fortune du monde en 2016 avec 4,5 milliards de dollars selon "Forbes" en octobre 2015 ; il a fait fortune dans les spéculations immobilières à New York), a joui d’un véritable courant en sa faveur. N’hésitant pas à investir massivement dans les opérations marketing à sa dévotion (il a pour l’instant dépensé 25 millions de dollars, ce qui reste encore faible pour les États-Unis), il a réussi à matraquer la classe politique de ses petites phrases chocs et de ses réflexions plus bestiales qu’intellectuelles, plus assassines que politiques. Qu’il les pense ou pas n’est même pas le problème puisqu’il sait que le meilleur moyen de se faire connaître et de faire parler de soi, c’est de dire n’importe quoi, de provoquer colère ou crainte, de faire du populisme et de la démagogie de bas instinct. Le plus important, et inquiétant, c’est qu’avec une campagne comme cela, il trouve un électorat qui y adhère.

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Ceux qui pourraient le comparer à Jean-Marie Le Pen (et les proches de Donald Trump n’hésitent pas à faire cette comparaison) se trompent à mon avis. Certes, comme Le Pen, Donald Trump fait dans l’égocentrisme orgueilleux et dans le caprice provocateur de l’adolescent, mais à la différence de la PME Le Pen, The Trump Organization est une véritable multinationale qui pèse très lourd dans l’économie. En ce sens, sa candidature présidentielle est une sorte de petite douceur qu’il s’offre avant de se mettre à la retraite.

On pourrait penser que Donald Trump serait le candidat idéal pour Hillary Clinton, et c’est un peu vrai : elle perdrait largement en cas de duel avec un autre candidat que lui. Mais la victoire de Donald Trump aux élections elles-mêmes n’est pas impossible non plus. Il faut comprendre que les États-Unis ne sont pas homogènes : entre Boston, Miami, Houston, San Francisco, Détroit ou même le fin fond de l’Arkansas, les populations sont sociologiquement très différentes, aussi différentes qu’entre des Danois, des Portugais, des Croates, des Polonais, etc.

Or, face à l’Amérique de Barack Obama, celle des premiers de la classe, celle de l’élite, celle des intellectuels, celle des gens raisonnables, celle qui pense aussi aux autres, à l’altérité, à ceux qui n’ont pas d’assurances santé, il y a l’Amérique des gens simples. Quand je dis "gens simple", ce n’est pas péjoratif, je ne parle pas d’esprit simple, non, pas de "simplets", mais de personnes qui n’ont pas l’esprit tordu, qui raisonnent simplement par une sorte de candeur, de naïveté presque, qui est aussi une sorte de confiance en leurs institutions.

Par exemple, ils sont rarement contre la peine de mort car ils ne peuvent pas imaginer que la justice puisse commettre des erreurs judiciaires (pourtant, c’est le cas). Ils sont pour le droit d’avoir des armes car ils sont convaincu qu’au Bataclan, si la loi française était la même qu’aux États-Unis, il y aurait eu des spectateurs qui auraient mis rapidement hors d’état de nuire les terroristes. On imagine la sécurité si tous les spectateurs venaient armés, avec l’impossibilité de savoir si certains sont des terroristes ou pas !

Cette simplicité, c’est aussi de voter pour celui qui semble avoir les mêmes idées que soi sans imaginer les conséquences de son vote. Par exemple, c’est clair que si un électeur voulait une victoire républicaine, à la fin, il aurait tout intérêt à éviter la désignation de Donald Trump qui non seulement plomberait la campagne électorale mais plomberait le Parti républicain pour de nombreuses années à venir. C’est pour cela que Ségolène Royal en 2006 et François Hollande en 2011 ont été désignés candidats socialistes. Parce qu’ils étaient le candidat le plus efficace pour battre un candidat du camp opposé, pas parce qu’ils représentaient les idées les plus proches de ceux qui les ont choisis. Il semblerait que la forte popularité d’Alain Juppé répondrait au même enjeu d’efficacité. Aux États-Unis, ces calculs électoraux sont trop éloignés d’une réalité simple : on choisit pour celui qui crie le plus fort.

Et c’est vrai que Donald Trump a au moins cet étrange effet de placer George W. Bush parmi les Présidents républicains les plus gauchistes et les plus intellectuels ! En fait, Donald Trump n’est pas un Républicain, il est avant tout un nationaliste. Et en ce sens, sa désignation mettrait en péril idéologiquement le Parti républicain (qui a pourtant le vent en poupe) pour un futur proche.

D’ailleurs, l’instabilité de son engagement politique est éloquent. D’abord démocrate, il rejoint les Républicains pour soutenir Ronald Reagan, puis George H. W. Bush (père) a failli le prendre comme Vice-Président des États-Unis (il a finalement choisi un qui n’est pas une plus grande lumière intellectuelle, Dan Quayle), puis en 1999, il s’est inscrit dans le parti de Ross Perot (autre candidat milliardaire en 1992), puis il est redevenu démocrate pour s’opposer à Geoge W. Bush (fils) avant de revenir en 2012 chez les Républicains. Loin d’être le représentant des valeurs du libéralisme et de la liberté d’entreprendre, Donald Trump prône plutôt un État totalitaire, antimusulman et replié sur lui. L’armée américaine a déjà annoncé qu’elle pourrait lui désobéir en cas d’élection à la Maison Blanche si ses ordres étaient contraires à la loi : cela promet de belles discussions constitutionnelles !

À l’heure actuelle (après le Super Tuesday du 1er mars 2016), il ne reste plus que quatre candidats aux primaires républicaines. Donald Trump a obtenu la majorité relative des délégués en compétition, 319 délégués (il en faut 1 237 pour gagner) tandis que Ted Cruz en a obtenu 226 et Marco Rubio 110. Un quatrième, John Kasich, en a obtenu 25 mais va sans doute bientôt déclarer forfait.

John Kasich (63 ans) a été représentant à l’Ohio (équivalent de député) du 3 janvier 1983 au 3 janvier 2001 puis est le gouverneur de l’Ohio depuis le 10 janvier 2011. Il peut être considéré comme un Républicain modéré et a travaillé pour Ralph Nader. Sa candidature, annoncée le 21 juillet 2015, ne recueillait jamais plus de 5% d’intentions de vote dans les sondages mais depuis mi-février 2016, il serait maintenant un peu en dessous de 10%. Néanmoins, son retard est bien trop grand. Il est le seul des quatre candidats à n’avoir remporté aucun État depuis le 1er février 2016. Son abandon devrait logiquement se faire dans les prochains jours.

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Ted Cruz (45 ans) est avocat, conseiller de George W. Bush pendant sa campagne de 2000, professeur de droit à l’Université d’Austin, dans le Texas, spécialisé dans les procédures judiciaires de la Cour Suprême des États-Unis. Il a été "solicitor general" du Texas (équivalent de procureur de la République) de janvier 2003 à mai 2008, et il est sénateur du Texas depuis le 3 janvier 2013. Son père est cubain et a fui Cuba, tandis que sa mère est d’origines irlandaises et italiennes. Sa victoire comme sénateur n’était pas du tout évidente le 6 novembre 2012 et il l’a due aux soutiens du Tea Party et de certaines personnalités comme Ron Paul, Rand Paul (qui était candidat aux primaires républicaines en 2016 mais a dû abandonner) et Sarah Palin. Il a annoncé sa candidature pour 2016 le 23 mars 2015. Il est considéré comme un Républicain très conservateur qui cherche à s’appuyer sur les courants évangélistes. Il a remporté quatre États, l’Iowa, l’Alaska, l’Oklahoma et le Texas (son État d’origine). Sa candidature a pris de l’importance début décembre 2015 en devenant le challenger le plus sérieux de Donald Trump, avec aujourd’hui environ 20% d’intentions de vote dans les sondages (contre 35% en faveur de Donald Trump).

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Marco Rubio (44 ans) est lui aussi d’origine hispanique par ses deux parents qui ont immigré de Cuba en Floride. Il est, lui aussi, de l’aile la plus conservatrice des Républicains et refuse, comme Ted Cruz, toute disposition en rapport avec le changement climatique. Directeur de la campagne de Bob Dole en 1996 pour la Floride, il a été élu représentant de la chambre de Floride de janvier 2000 en novembre 2008 (l’équivalent de conseiller régional) et a même présidé cette chambre de 2006 à 2008. Depuis le 3 janvier 2011, il est sénateur de la Floride. Le 1er février 2016, il a fait un bon score dans l’Iowa et fait figure de challenger également sérieux de Donald Trump, en troisième position dans les intentions de vote avec environ 17% (l’écart dans les sondages avec Ted Cruz est pour ainsi dire négligeable).

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Au contraire de Ted Cruz et de Donald Trump, candidats anti-etablishment, Marco Rubio est soutenu par la direction du Parti républicain (il l’était avec Jeb Bush jusqu’à ce que ce dernier abandonne). Ce jeudi 3 mars 2016, l’ancien candidat républicain (en 2012) Mitt Romney a d’ailleurs attaqué violemment la candidature de Donald Trump et demandé aux électeurs républicains de se ressaisir.

S’il est en retard dans la course, Marco Rubio a de grandes chances de gagner le 15 mars 2016 l’État de Floride et il gagnerait alors la totalité des 99 délégués, ce qui pourrait lui permettre de dépasser Ted Cruz. Pour l’instant, il n’a gagné qu’un seul État, le Minnesota.

Il n’est pas évident, à la fin des primaires (le 7 juin 2016) qu’un candidat puisse dépasser le seuil pour l’investiture. Dans ce cas (Donald Trump n’aurait pas la majorité absolue des délégués), il serait probable qu’un accord se trouverait pour lui faire barrage absolument (ce qui ne l’empêcherait d’ailleurs pas de se présenter à l’élection générale, mais comme candidat indépendant).


Sondages pour l’élection générale

Il est trop tôt pour connaître avec assurance les deux candidats républicain et démocrate mais les instituts de sondage aux États-Unis sont beaucoup moins timides qu’en France pour tester les duels électoraux. Or, il n’y a pas beaucoup de cohérence dans les différents duels.

On se souvient par exemple qu’en 2007, en France, François Bayrou aurait été gagnant tant face à Nicolas Sarkozy que face à Ségolène Royal au second tour et pourtant, il s’est retrouvé en troisième position au premier tour. Les incohérences ici (pour l’élection américaine) sont bien plus accentuées (incohérences sur les idées, sur les partis, sur les personnes).

Dans un match Hillary Clinton vs Donald Trump, Hillary Clinton gagnerait 45% contre Donald Trump 42%. Ces statistiques sont des moyennes de sondages sur les trois dernières semaines, arrondies car les chiffres après la virgule n’ont aucune signification à ce stade de la campagne. Comme on le voit, l’écart serait faible et donc, pourrait s’inverser en cours de campagne (il y a encore neuf longs mois) : Donald Trump pourrait réellement gagner !

Les incohérences, c’est par exemple que Bernie Sanders ferait 50% face à Donald Trump à 42%, donc avec un écart bien plus grand, mais Hillary Clinton serait préférée à Bernie Sanders dans les primaires démocrates.

Autres incohérences, Hillary Clinton serait battue face aux deux autres candidats conservateurs, 45% face à Ted Cruz à 47% (en clair, jeu égal), mais surtout, 43% face à Marco Rubio à 48% soit 5% d’écart.

Toujours incohérences, paradoxalement, Bernie Sanders, très marqué à gauche, gagnerait face aux candidats très marqués à droite : 50% face à Ted Cruz à 40% et 47% face à Marco Rubio à 44% (l’écart resterait faible, 3%).

Enfin, il y aurait quasiment jeu égal entre Bernie Sanders et John Kasich (autour de 43%), tandis que Hillary Clinton serait battue à 40% face à John Kasich à 48%.

Comme on peut le voir, il est très difficile d’avoir une vision très stable de la situation et celle-ci peut évidemment évoluer très fortement au fil des prochains mois.


Les grands enseignements à ce stade de la campagne présidentielle sont les suivants :

1. Il y a une candidat qui a surgi et dont la montée est incontestable, c’est Donald Trump, candidat anti-système par excellence. S’il était désigné, il ferait imploser le Parti républicain et beaucoup d’électeurs républicains voteraient sans doute pour le candidat démocrate.

2. Hillary Clinton reste incontestablement la favorite chez les Démocrates. Néanmoins, elle ne gagnerait que face à Donald Trump et elle semblerait mal partie dans des duels avec d’autres candidats républicains. Cela semble dire que sa campagne ne serait pas porteuse et que si elle était élue, ce serait plus par défaut que par enthousiasme en sa faveur.

3. Comme dans d’autres pays du monde, les positions anti-système, anti-immigration et climato-sceptiques ont une audience très élevée dans l’électorat.

4. Chez les Républicains, la percée de la candidature de Marco Rubio est la véritable surprise du début de ces primaires et s’il n’était pas désigné en 2016, il aurait toutes ses chances pour 2020. Le candidat est jeune, talentueux, bon communiquant, et surtout, après les renoncements successifs de Mario Cuomo (mort le 1er janvier 2015), Mario Rubio serait le premier candidat d’origine hispanique capable de l’emporter sérieusement.


Prochaine étape

Les prochaines primaires auront lieu ce samedi 5 mars 2016 dans le Kansas, le Kentucky, la Louisiane, et le Maine pour les Républicains, et dans le Kansas, la Louisiane et le Nebraska pour les Démocrates. Les primaires républicaines se termineront le 7 juin 2016 et les primaires démocrates le 14 juin 2016. Des conventions interviendront chez les Républicains et les Démocrates durant l’été pour choisir définitivement leur candidat. Celle des Républicains jouera un rôle déterminant. Enfin, l’élection générale aura lieu le mardi 8 novembre 2016.

Pour terminer et pour montrer le contraste avec 2008 où les déclarations s'étaient élevées dans les hautes sphères de la pensée politique, voici des propos de campagne de Barack Obama : « Il y a une règle essentielle qui sous-tend toutes les religions : celle de traiter les autres comme nous aimerions être traités. Cette vérité transcende les nations et les peuples. C'est une croyance qui n'est pas nouvelle, qui n'est ni noire ni blanche ni basanée, qui n'est ni chrétienne ni musulmane ni juive. C'est une foi qui a animé le berceau de la civilisation et qui bat encore dans le coeur de milliards d'êtres humains. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 mars 2016)
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Pour aller plus loin :
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Barack Obama.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
John Kennedy.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
Mario Cuomo.

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 09:33

Né le 24 septembre 1934 à Marseille, Georges de Paris est allé vivre aux États-Unis avec une jeune fille, puis après quelques difficultés personnelles, il est devenu le fournisseur de costumes (non officiel) de tous les Présidents des États-Unis de Lyndon Johnson à Barack Obama (en passant par Richard Nixon, Gerald Ford, Jimmy Carter, Ronald Reagan, George WH Bush (Sr), Bill Clinton, Georges W. Bush (Jr). Il est mort des suites d'un cancer en Virginie quelques jours avant ses 81 ans.

SR


 

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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 12:03

Convocation d’urgence du Conseil de défense ce mercredi matin à l’Élysée.


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La publication, dans la soirée de ce mardi 23 juin 2015, de documents confidentiels de l’agence américaine NSA par Mediapart et "Libération" transmis par WikiLeaks a de quoi créer un incident diplomatique entre la France et les États-Unis. En effet, il est désormais prouvé que les Présidents de la République française, de 2006 à 2012, ainsi que leur entourage direct (proches collaborateurs) ont été mis sur écoute téléphonique : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Au-delà de la teneur anecdotique des conversations et de leurs commentaires américains de ce qui a été publié (Nicolas Sarkozy se prenant pour Superman pour résoudre la crise mondiale en 2008 ou voulant relancer le processus de paix israélo-palestinien avec Dmitri Medvedev en 2011, François Hollande très mitigé sur ses premiers contacts avec Angela Merkel en 2012, etc.), qui n’apporte qu’un intérêt d’historien à la vie politique française, il paraît probable que des informations nettement plus confidentielles touchant à la sécurité intérieure du pays ont été écoutées par les Américains.

De quoi être furieusement fâché contre les États-Unis même si, depuis la connaissance des écoutes américaines du téléphone d’Angela Merkel (révélées le 23 octobre 2013 par Edward Snowden), les Français pouvaient se douter de se retrouver dans la même situation (un dessin humoristique paru dans la presse ce matin montre d’ailleurs le Français soulagé qu’il soit écouté, car considéré comme aussi important que les Allemands pour les Américains).

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Lors de son voyage à Washington (pour le G20), François Hollande aurait pourtant annoncé le 11 février 2014 après son entrevue avec Barack Obama : « L’engagement a été pris de ne plus pratiquer d’écoutes indifférenciées concernant les services de l’État des pays alliés. » (déclarations citées par Mediapart le 23 juin 2015 mais pas retrouvées sur le site officiel de l’Élysée). Que cela serve aussi de leçon pour celui qui s’apprête à promulguer la loi sur le renseignement !

La réaction de la Maison-Blanche a été on ne peut plus laconique. Ned Price, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale (NSC) des États-Unis, a en effet déclaré à l’AFP : « Nous ne ciblons pas et nous ne ciblerons pas les communications du Président Hollande. » en ajoutant seulement : « Nous travaillons étroitement avec la France sur tous les sujets de dimension internationale et les Français sont des partenaires indispensables. ».

Le Conseil de défense (français) s’est donc réuni en toute hâte ce mercredi 24 juin 2015 dans la matinée pour réagir officiellement. Le communiqué final a de quoi montrer une colère impuissante en condamnant des faits « inacceptables » : la France « ne tolérera aucun agissement mettant en cause sa sécurité ».

J’aurais tendance à penser que même scandaleux, ce type d’espionnage était assez prévisible et la tentation d’écoute généralisée doit être grande dans tous les États ayant une certaine capacité technologique.

Néanmoins, je considère que les premiers responsables de ces écoutes, ici, ce ne sont pas les espions mais ceux qui se font espionner : pourquoi la France, au plus haut niveau de l’État et pour des communications de la plus extrême confidentialité, n’est-elle pas en mesure d’empêcher technologiquement toute écoute ?

Pour un grand pays où l’innovation et la technologie sont puissantes, c’est très étonnant. Cela peut faire vraiment peur sur la capacité de la France à se défendre : que l’État américain ait connaissance d’informations confidentielles, c’est très ennuyeux, surtout dans le cadre de négociations économiques longues et cruciales, mais il reste un État ami.

Ce qui est nettement plus grave, c’est que cela signifie surtout que n’importe qui pourrait écouter l’Élysée, y compris des groupes terroristes très organisés, et cela a de quoi angoisser les responsables de la sécurité. Il s’agit donc pour le gouvernement français de lancer immédiatement un plan pour rendre les écoutes technologiquement très difficiles sinon impossibles.

Il a déjà été dit récemment que le service de sécurité présidentiel n’était pas à la hauteur des enjeux de sécurité, notamment en raison d’un manque de professionnalisme de la protection rapprochée de François Hollande (par exemple, aucun rapport d’incident n’est rédigé en cas de problème).

Sécuriser les moyens de communication du Président de la République et de ses proches collaborateurs me paraîtrait donc une urgence fondamentale dans un contexte terroriste particulièrement grave.

Pour autant, comment pourrait réagir la France face à de telles informations ? Il est bien sûr impossible de rompre les relations diplomatiques entre la France et les États-Unis, les deux pays ayant des partenariats dans de nombreux domaines et en particulier dans la lutte contre le terrorisme.

En revanche, il me semble qu’une mesure symbolique, certes audacieuse, aurait une véritable justification pour exprimer la colère de la France : accorder l’asile politique aux deux lanceurs d’alerte pourchassés par les États-Unis, à l’origine de ces révélations, à savoir Julian Assange (reclus à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis le 19 juin 2012), par qui le scandale viens d’arriver et sans qui la France serait dans l’ignorance de l’espionnage des États-Unis, et également Edward Snowden (exilé depuis le 23 juin 2013 en Russie qui lui a accordé un asile temporaire le 31 juillet 2013).

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Cela n’aurait pas de conséquences majeures dans les relations franco-américaines mais montrerait un certain panache dans la réaction française, et une certaine indépendance.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juin 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Loi sur le renseignement.
WikiLeaks.
François Hollande.
Barack Obama.
Angela Merkel.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20150624-wikileaks.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/l-elysee-espionne-par-les-usa-168939

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/06/24/32265205.html

 

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