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24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 03:25

« Souvent c’est faire un grand gain que de savoir perdre à propos. » (Fénelon, 1687).


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Où en est-on avec l’élection présidentielle américaine du 3 novembre 2020 ? Donald Trump vient de reconnaître (enfin) implicitement sa défaite en acceptant la collaboration de son gouvernement pour la transition. Le Président élu Joe Biden a annoncé ce lundi 23 novembre 2020 ses premières nominations (voir plus loin). Depuis le samedi 7 novembre 2020, il n’y a plus de suspense : Joe Biden a bel et bien gagné l’élection. Ce samedi-là, tout le monde était au rendez-vous car tous les médias américains ont proclamé Joe Biden Président élu, notamment CNN et AP (Associated Press).

Cela peut paraître étonnant mais en raison de la structure fédérale des États-Unis, aucun organisme officiel (fédéral) ne s’occupe de recueillir et de comptabiliser officiellement les résultats de tous les États des États-Unis. Il faut donc attendre soit la tendance en cours de dépouillement soit les résultats officiels de chacun des États et faire les totaux soi-même pour avoir une idée du vainqueur. Je rappelle que ce qui compte, ce n’est pas le nombre de voix mais le nombre de grands électeurs, obtenus ou perdus par État. Ce sont donc quelques États qui étaient cette année très intéressants à observer scrupuleusement.

Le 7 novembre 2020, même Fox News, chaîne pourtant ouvertement trumpiste, a reconnu l’élection de Joe Biden. Il faut dire que Fox News jouit d’une grande réputation sur la justesse de ses résultats électoraux. Risquer de mettre à mal cette crédibilité, au profit d’un combat perdu d’avance, c’est perdre l’une de ses valeurs ajoutées. Le journal républicain "New York Post" lui a titré "Trump, you’re fired !" qu’on peut traduire par : Z’êtes viré ! de la célèbre exclamation de l’ancien animateur de télévision Donald Trump qui saluait ainsi un candidat ayant échoué dans son émission de téléréalité.

Le même jour (7 novembre 2020), la plupart des chefs d’État et de gouvernement étrangers ont adressé leurs félicitations à Joe Biden, en particulier Emmanuel Macron, Boris Johnson, Angela Merkel, le dalaï-lama (beaucoup, mais pas tous, pas Vladimir Poutine qui a préféré attendre la consolidation des résultats électoraux).

Le 13 novembre 2020, avec la victoire de l’Arizona (11 grands électeurs), même le site Real Clear Politics, pourtant hyperprudent dans le comptage des résultats, a attribué la majorité absolue des grands électeurs à Joe Biden.

La plupart des recours judiciaires sur la sincérité des votes, faits par le camp Trump, ont été rejetés le 14 novembre 2020 par les tribunaux. Toute l’armée d’avocats au service de Donald Trump s’est désistée sauf son patron, Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York (au moment des attentats du WTC) et ancien candidat aux primaires républicaines en 2008, qui, à 76 ans (moins que Biden), s’est trompé de sujet dans une plaidoirie. La vieillesse est un naufrage, écrivait De Gaulle… Là, ce naufrage a un prix qui va ruiner Donald Trump : Rudy Giuliani a accepté sa mission impossible de plaider les fausses fraudes massives en raison de son salaire, 20 000 dollars par jour ! Les électeurs de Donald Trump apprécieront sans doute de le savoir.

Le 21 novembre 2020, la Géorgie a certifié la justesse de ses résultats donnant gagnant Joe Biden dans cet État. Le 23 novembre 2020, ce fut au tour du Michigan de certifier les résultats en faveur de Joe Biden. Plus rien, plus d’incertitude ne s’oppose au serment que va prêter Joe Biden le 20 janvier 2021 lors de la cérémonie d’investiture très particulière, sans public, pour cause de covid-19.

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Au total, Joe Biden a recueilli 306 grands électeurs sur 538, soit supérieur à la majorité absolue (270) et Donald Trump 232. En nombre de voix, la victoire est éclatante : Joe Biden a obtenu 79 815 509 voix, soit 51,0% et Donald Trump 73 786 569 voix, soit 47,2%. Les deux candidats ont fait exploser les records d’obtention de voix par un candidat à une élection présidentielle américaine, car jamais la participation n’a été aussi forte depuis le début du siècle dernier : ont voté 66,9% des 239 247 182 électeurs inscrits, soit 11,2 points de plus qu’en 2016. Cela a fait 160 millions de votants, et 153 millions de suffrages exprimés.

Comme on le voit, la victoire de Joe Biden est triplement large : large en grands électeurs (c’est l’essentiel pour gagner), un écart de 74 grands électeurs (soit presque 14%) ; large en électeurs tout court, une avance de plus de 6 millions de voix (soit presque 4% !) ; enfin, comme je viens de l’écrire, une large participation, historique, inédite depuis 120 ans. Bref, il n’y a pas "photo".

Et la réalité, c’est que, de ceux qui criaient aux fraudes massives, il ne reste plus que Donald Trump lui-même, dans le rôle de l’enfant capricieux aux désirs refoulés, sa famille (et encore, demandez à sa nièce Mary Trump ce qu’elle en pense !), quelques fidèles de fidèles du clan, Poutine (qui avait tout fait pour faire battre Hillary Clinton en 2016), et, chose très curieuse, une bande de quelques excités complotistes français qui ont besoin d’une univocité de pensée (Trump-hydroxychloroquine-antivaccin) même si cette univocité est un peu incohérente (Trump a abandonné depuis longtemps l’hydroxychloroquine et est sans doute le meilleur agent commercial des vaccins contre le covid-19) et totalement hors sol (puisqu’ils ne votent pas aux États-Unis).

Je me réjouis bien sûr de l’éviction de Donald Trump de la Maison-Blanche et du retour d’une certaine responsabilité et sagesse d’État. Dans ses premiers entretiens téléphoniques avec les dirigeants européens, Joe Biden a voulu rassurer en disant que l’Amérique était de retour (qui était le slogan de Ronald Reagan). L’Europe et plus généralement, le monde vont pouvoir reprendre des relations diplomatiques de confiance avec les États-Unis, sans peur de se faire tirer dans le dos dès qu’on l’aura tourné.

Dès le début du processus électoral, mon analyse portait sur deux éléments qui m’ont paru évidents et qui contredisaient généralement ce qu’en disaient les médias français.

Premier élément, la réélection de Donald Trump était largement possible, et il ne fallait pas tomber comme en 2016 sur l’impossibilité de sa réélection, comme on avait dit l’impossibilité de sa première élection. Certes, il n’a pas été réélu, et de loin (le scrutin n’était pas si serré que cela), mais en électeurs net (c’est-à-dire, en valeurs absolues), Donald Trump a convaincu plus d’électeurs qu’en 2016, insuffisamment pour gagner, mais cela montre quand même une Amérique coupée en deux, très clivée, avec une ligne de clivage où les pauvres votent pour le triple milliardaire Trump, une ligne qui sépare "l’etablishment" et les élites d’une part, les petites gens, d’autres part, les "États-Unis d’en bas" pour parodier la "France d’en bas". Près de 74 millions de citoyens américains ont voté pour un second mandat de Donald Trump, ce n’est pas rien. Il faut se rappeler qu’une première élection peut se faire par défaut, par hasard, grâce aux circonstances, mais jamais une réélection (ce sera le pari du Président Emmanuel Macron en 2022). La nuit de l’élection, j’ai même cru que Donald Trump avait pris un léger avantage sur Joe Biden parce que le Texas et la Floride avaient donné ses grands électeurs au candidat républicain. Cette crainte s’est vite dissipée.

Second élément, il n’y aurait pas de révolution dans les rues et pas de contestation du résultat des élections. Je ne savais pas qui allait gagner, mais je savais que le vainqueur serait accepté par le peuple américain. Pour une raison simple : les Américains sont des citoyens légitimistes et loyalistes, ils reconnaissent l’autorité du Président même s’ils sont dans l’opposition, c’est pour cela qu’ils comprennent mal comment nos Présidents français peuvent être aussi ouvertement malmenés par des supposés citoyens français car pour eux, cela relèverait de l’antipatriotisme. Le Président est une institution, la première du pays, et il faut la soutenir une fois qu’elle est pourvue. Les États-Unis sont le pays de l’État de droit par excellence, le pays des juristes et des avocats. Impossible donc qu’il y ait un fort courant d’insoumission face à une élection.

Du reste, malgré les jérémiades et les dénis infantiles de Donald Trump, la très grande majorité du peuple américain reconnaît l’élection de Joe Biden. Un sondage donnait environ 95% des sondés dans cette reconnaissance, ce qui est énorme. Depuis plusieurs semaines, il pleut des CV provenant de collaborateurs de la Maison-Blanche, pas fous, il faut bien qu’ils se recasent. Et surtout, les parlementaires républicains, qui restent discrets car Trump vaut quand même 74 millions d’électeurs, il ne faut pas hypothéquer l’avenir, ils ont déjà tourné la page (Mike Pence et Mike Pompeo sont déjà dans la course pour 2024) et souhaitent déjà rendre la tâche de Joe Biden difficile au Sénat (où les républicains restent majoritaires).

D’ailleurs, l’un des arguments pour discréditer complètement les accusations de fraudes massives, c’est-à-dire, de fraudes qui auraient changé le sens de l’élection, c’est que les hypothétiques méchants fraudeurs démocrates (accusés même dans des États dont le gouverneur est républicain !) auraient transformé le vote en faveur de Trump par un vote en faveur de Biden, mais n’auraient pas été jusqu’au bout : en effet, les bulletins sont uniques pour élire les sénateurs et le Président et les fraudeurs auraient "oublié" de faire élire un sénateur démocrate. Pourtant, cela serait très utile pour un gouvernement démocrate car, en cas de majorité opposée, le régime risque rapidement de se paralyser (ce fut le cas à l’époque de Barack Obama avec des shutdown).

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De toute façon, cette lubie de la fraude massive est désormais levée et l’actualité est passée à autre chose. Pour Joe Biden, à la préparation de son futur gouvernement, en particulier, car c’est l’urgence, à la capacité à faire une campagne de vaccination contre le covid-19 rapidement. Sur ce point, Donald Trump pourra espérer que cette campagne commence avant le 20 janvier 2021, ce qui sera pour lui une petite victoire à l’intérieur de sa grande défaite. Pour Donald Trump, cela continue en vaudeville, peut-être plus pitoyable que rigolo, d’un homme blessé dans son amour-propre qui pleurera jusqu’au bout. Et jusqu’au bout, il aura montré, à la grande honte de bien des élus républicains, à quel point Donald Trump n’a jamais été à la hauteur d’un homme d’État dont la première qualité est de respecter la démocratie et le verdict des urnes.

Depuis le 3 novembre 2020, Joe Biden a fait un parcours sans-faute. Il aurait pu, comme pendant la campagne (ce qui n’était pas très heureux), faire du Trump, mais il s’est bien gardé de riposter, polariser, hystériser, en revendiquant sa victoire. Il n’a jamais revendiqué sa victoire, il a toujours été très prudent, il a au contraire fait profil bas, sûr de sa victoire. Il veut avoir le triomphe modeste car il a une ambition forte, celle de réconcilier le peuple américain particulièrement clivé, comme je l’ai indiqué plus haut. Or, réconcilier, c’est donner aux adversaires d’hier des raisons de se calmer. Plus Donald Trump s’agite, plus Joe Biden reste calme. En gardant sa hauteur de vue, Joe Biden évite d’humilier ses adversaires.

Le 20 janvier 2021, il y aura donc deux nouveautés : Joe Biden sera le Président des États-Unis investi le plus âgé et Kamala Harris sera la première femme Vice-Présidente des États-Unis. Cette dernière, à 56 ans, avec déjà une solide expérience et de grandes compétences en droit, aura probablement un rôle majeur à jouer dans son parti et dans son pays dans les années à venir. Jusqu’en 2020, il n’y a eu que deux femmes candidates à la Vice-Présidence, la démocrate Geraldine Ferraro en 1984 et la républicaine Sarah Palin en 2008. Sans oublier évidemment Hillary Clinton, candidate à la Présidence en 2016.

Dès ce 23 novembre 2020, Joe Biden a déjà fait ses premières nominations, dont certaines devront être ratifiées par le Sénat. J’en citerai deux importantes. Antony Blinken (58 ans) sera le futur Secrétaire d’État (Ministre des Affaires étrangères). Il a fait ses études secondaires en France et parle couramment le français (ce qui est rare pour un ministre américain). Il a été le numéro deux du Département d’État à la fin de la Présidence de Barack Obama (du 9 janvier 2015 au 20 janvier 2017). En outre, John Kerry, ancien candidat démocrate en 2004, a été nommé représentant spécial du Président pour le climat (ne fera pas partie du gouvernement).

J’ajoute deux autres nominations intéressantes : Alejandro Mayorkas (61 ans) sera Secrétaire à la Sécurité intérieure (il en était le numéro deux sous Obama) et Avril Haines (51 ans) sera directrice du renseignement national (director of national intelligence) avec rang de ministre, ce sera la première femme de l’histoire à occuper ce poste stratégique (elle en était sous-directrice sous Obama). On le voit, le gouvernement Biden reprend beaucoup d'acteurs du gouvernement Obama.

Par ailleurs, parmi les conseillers du Président pour la transition, ont été nommés notamment Pete Buttigieg (ancien candidat aux primaires démocrates en 2020), Susan Rice (ancienne ambassadrice auprès des Nations Unies) et Cindy MacCain (la veuve de l'ancien candidat républicain John MacCain).

Joe Biden a défini quatre priorités pour son mandat de 2021 à 2025 : la lutte contre la pandémie de covid-19, trop longtemps sous-estimée dans son pays, le redressement de l’économie, la lutte contre le bouleversement climatique et l’équité sociale. Le monde entier lui souhaite donc bonne chance !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
USA 2020 : and the Winner is Joe Biden !
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
USA 2020 : le suspense reste entier.
Bill Gates.
Albert Einstein.
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201123-presidentielle-us2020b.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/usa-2020-and-the-winner-is-joe-228944

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/22/38666751.html



 

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6 novembre 2020 5 06 /11 /novembre /2020 03:51

« Stop the count ! » (Donald J. Trump, tweet du 5 novembre 2020 à 3:12 pm, heure de Washington).


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Deux jours que les bureaux de vote sont fermés et le pays dont la tradition démocratique n’est pourtant plus à démontrer est incapable de dire quel a été le message de son peuple. Quand un candidat, qui plus est Président sortant, crie depuis deux jours pour dire : "stop ! arrêtez de compter ! ça suffit ! j’ai gagné !", comment ne pas se croire dans un vaudeville surréaliste ? Les États-Unis sont aussi un peuple d’artisans bricoleurs, chaque État, chaque comté bricole son code électoral.

À cette heure, aucun candidat n’a encore été proclamé vainqueur, mais cela risque de durer encore longtemps, peut-être plus d’un mois. Joe Biden semble avoir un peu d’avance (et je m’en réjouis), mais ceux qui parlent de coup d’État pour évoquer le cri désespéré de Donald Trump se trompent : s’il devait y avoir un coup d’État, Donald Trump aurait recruté une armée de miliciens armés de fusils-mitrailleurs jusqu’aux dents, pas une armée de (mille ?) avocats armés… de leur tarification d’honoraires. Après tout, ce pays est aussi celui des avocats et la loi, à la fin, devrait triompher.

Mais comment ne pas se rappeler il y a exactement vingt ans, une autre élection présidentielle américaine, le 7 novembre 2000 ?  Le match entre le Vice-Président démocrate sortant Al Gore (futur Prix Nobel) et le gouverneur du Texas, républicain, et par ailleurs fils de son père, George W. Bush avait également fait vibrer de nombreux avocats à défaut du peuple américain.

Un peu comme dans le match Joe Biden vs Donald Trump, le candidat républicain avait recueilli la majorité des contrées rurales, des États du Sud, etc. tandis qu’Al Gore avait séduit les grosses agglomérations de la côte est, de la côte ouest et des Grands lacs. À Bush Jr l’espace, le territoire, à Gore la population, les villes.

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Très vite, les résultats de tous les États furent reconnus, sauf ceux de la Floride (et du Nouveau Mexique, mais ce dernier très brièvement). Sans compter les 25 délégués de la Floride, Al Gore avait obtenu 266 délégués et George W. Bush 246 délégués. Pour gagner, il en faut 270 : la Floride devenait ainsi l’État clef non seulement de l’élection, de la vie politique américaine, mais aussi de tous les avocats américains !

Les résultats partiels en Floride étaient extrêmement serrés : du genre 2 890 321 voix pour Bush Jr et 2 884 261 pour Gore, en sachant que celui qui remporte le plus grand nombre de voix remporte la totalité des délégués attribués à la Floride, à savoir 25 délégués.

Pour corser le tout, le gouverneur de la Floride n’était autre que le frère du candidat républicain, Jeb Bush (qui a tenté sa chance aux primaires républicaines de 2016), dont certains démocrates ont accusé d’un manque de neutralité dans cette élection. Après le dépouillement, le 8 novembre 2000, Bush Jr a eu une avance de 1 784 voix par rapport à Gore (soit moins que 0,5%).

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Parmi les choses contestées, la conception même des bulletins de vote. Dans certains comtés, il s’agissait de perforer au bon endroit pour choisir son candidat. Très mal conçu (par une démocrate pourtant !), la position des candidats faisait que l’électeur qui voulait choisir Gore pouvait se tromper et perforer au niveau de Pat Buchanan. Ces perforations ont le but d’être utilisées par une machine à voter, chaque trou permet d’incrémenter le nombre de voix correspondant. Mais certains électeurs n’ont pas perforé jusqu’au bout, si bien que la machine à voter a considéré le vote nul au lieu de prendre en compte le nom du candidat "mal perforé". Wikipédia a publié un exemple de bulletin à Palm Beach, qui est éloquent.

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Le raisonnement des démocrates fut le suivant : dans les dépouillements, le candidat républicain est très légèrement en avance, mais beaucoup de bulletins favorables à Gore ont été comptabilisés comme des bulletins nuls, à tort, ce qui a eu pour conséquence d’inverser complètement le sens du vote en Floride et donc, aux États-Unis eux-mêmes ! Et on pourrait même ajouter le destin de l’Irak.

Ainsi, les démocrates ont demandé un recomptage des bulletins, mais de manière manuelle, pour pouvoir comptabiliser les bulletins mal perforés au nom de Gore. La loi électorale en Floride était cependant la suivante : le recomptage se faisait électroniquement, et seul, le recomptage manuel de quatre comtés au maximum était possible. Par ailleurs, la loi précise que si l’écart des voix est inférieur à 0,5% (ou 1%, selon d’autres États), le recomptage est gratuit et pas aux frais du demandeur.

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Le 10 novembre 2000, le premier recomptage, électronique, confirma la faible avance de George W. Bush, de 327 voix (sur environ 6 millions de voix !). Pour passer au recomptage manuel, le camp d’Al Gore a choisi trois comtés qu’ils considéraient comme les plus démocrates (dont Miami et Palm Beach). Mais les résultats n’ont pas changé l’avance de Bush Jr. Les démocrates ont alors demandé de nouveaux recomptages avec des méthodes différentes, mais certains comtés l’ont refusé car ils considéraient que leur premier recomptage était correct.

La secrétaire d’État de Floride (fonction interne à l’État généralement chargée des élections) Katherine Harris (républicaine) a accepté ces recomptages jusqu’au 14 novembre 2000. Mais saisie par les démocrates, la cour suprême de la Floride (avec six juges démocrates sur sept) a décidé de prolonger ces recomptages jusqu’au 25 novembre 2000. Katherine Harris a annoncé la victoire de Bush Jr en Floride avec 537 voix d’avance. Mais des recomptages manuels dans certains comtés ont continué.

C’est sur l’absence de norme fixée par la cour suprême de la Floride que les avocats du camp républicain ont riposté en portant l’affaire au niveau fédéral. En effet, en n’imposant pas une manière identique de recompter dans tous les bureaux de vote de l’État, la cour suprême de la Floride a violé le 14e amendement de la Constitution qui veut l’égale protection des lois.

Dans un premier temps, le 9 décembre 2000, la Cour Suprême des États (donc au niveau fédéral), pas moins partiale que celle de la Floride (à l’époque, sept juges républicains sur neuf), a ordonné l’arrêt des recomptages manuels (le "stop count !" de Trump, mais là, c’était du recomptage ; Donald Trump, lui, veut arrêter le premier comptage des voix !!!!).

Dans un second temps, le 12 décembre 2000, la Cour Suprême des États-Unis a continué à donner raison aux républicains en considérant que la cour suprême de la Floride a pris une décision anticonstitutionnelle. Pour sept juges sur neuf, le recomptage voulu par la cour suprême de la Floride était anticonstitutionnel, et pour cinq juges sur neuf, ces recomptages violaient le principe d’équité et d’égalité devant la loi, ce qui a eu pour conséquence d’annuler complètement les recomptages manuels (qui étaient presque achevés, mais de toute façon, Bush Jr avait gardé encore un peu d’avance malgré tout). Dans son jugement, la Cour Suprême fédérale était on ne peut plus stupéfiante : « Même si le recomptage était juste en théorie, il était injuste en pratique. » !

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Ainsi, George W. Bush fut proclamé vainqueur de la Floride, a obtenu ses 25 délégués et a donc gagné en tout 271 délégués, soit un de plus que la majorité absolue. Georges W. Bush fut donc déclaré élu Président des États-Unis (formellement élu par les délégués) avec 271 délégués contre 266 délégués pour Al Gore. Ce qui pourrait être troublant (mais ce n’est pas unique dans l’histoire des États-Unis, notamment en 2016), c’est qu’Al Gore avait, au niveau général, reçu plus de voix que son adversaire déclaré élu : 50 999 897 voix (48,4%) contre 50 456 002 voix (47,9%) pour Bush Jr.

L’affaire s’est terminée par la reconnaissance de sa défaite par Al Gore le 13 décembre 2000 (tout en désapprouvant la décision de la Cour Suprême fédérale). On peut imaginer qu’en 2020, Donald Trump ne reconnaîtra jamais sa défaite, mais Joe Biden a aussi annoncé qu’il ferait valoir sa victoire jusqu’au bout. Le problème en 2020, c’est qu’il n’y a pas qu’un seul État litigieux (comme la Floride en 2000), mais plusieurs : la Pennsylvanie, le Wisconsin, le Michigan, le Nevada, l’Arizona. Or, pour contester l’élection de Joe Biden, il faut multiplier les recours, les affaires dans chaque État litigieux. L’armée d’avocats de Donald Trump a déjà fait 260 recours, dont de nombreux pour supposées fraudes en rapport avec le vote par correspondance (très nombreux).

L’épilogue fut moins connu : en mars 2001, un consortium privé regroupant des médias a finalement effectué, à ses frais, le recomptage manuel après s’être procuré, grâce à l’Université de Chicago, tous les bulletins de vote de la Floride, mais avec des méthodes différentes. 

Ce qu’avaient demandé les avocats d’Al Gore (recomptages manuels de certains comtés), selon ces recomptages privés, n’aurait pas inversé le sens de l’élection : en effet, Bush Jr serait resté encore victorieux avec une avance de 225 à 493 voix. En revanche, avec un recomptage de toute la Floride, ce que n’avait pas demandé Al Gore, ce dernier aurait été victorieux avec une avance de 60 à 171 voix sur le candidat républicain. Ces résultats contrastés renforcent l’impression de confusion générale qu’a engendrée cette élection très controversée.

Pour terminer, j’évoque l’un des candidats aux primaires républicaines de 2000, concurrent de George W. Bush, pour le but de faire le lien entre 2000 et 2020.

Il s’agit de l’homme d’affaires Herman Cain, issu de l’aile très conservatrice du parti républicain. Ayant eu beaucoup de succès dans le monde des affaires (exemple méritant de l’ascenseur social), Herman Cain fut le puissant représentant de près de 400 000 restaurateurs. Il renonça à sa candidature en 2000 pour soutenir celle du milliardaire Steve Forbes, puis, après le retrait de ce dernier, finalement celle de George W. Bush. Il rata d’être candidat républicain aux élections sénatoriales de 2004.

Herman Cain retenta sa chance aux primaires républicaines de 2012. Il concurrença sérieusement la candidature de Mitt Romney en octobre 2011 en séduisant le Tea Party, mais a dû renoncer deux mois plus tard après être mis en cause dans une histoire de harcèlement sexuel. En 2016, il a soutenu la candidature de Donald Trump qui, une fois élu, a même envisagé de le nommer à la tête de la Federal Reserve (banque centrale des États-Unis), Herman Cain avait été président de la FED Kansas City de 1994 à 1996.

L’homme se sentait manifestement avoir la baraka, puisqu’il a eu en 2006 un cancer métastasé dont il s’est sorti malgré de très faibles chances de survie. Probablement que cela, ainsi que son âge, 74 ans, ne l’ont finalement pas aidé. Opposant très fort au port du masque pour cause de pandémie de covid-19, Herman Cain a assisté au premier meeting de campagne de Donald Trump à Tulsa, dans l’Oklahoma, le 20 juin 2020. Sans masque, évidemment. Comme beaucoup d’autres dans ces meetings. Le 29 juin 2020, il a annoncé qu’il avait été contaminé au covid-19. Et il en est mort le 30 juillet 2020. Certains ont compté au moins 30 000 cas de contaminations provenant des meetings de Donald Trump, qui auraient provoqué …700 décès. Le coronavirus touche tout le monde, personne n’est à l’abri. Pas même les républicains.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
USA 2020 : le suspense reste entier.
Bill Gates.
Albert Einstein.
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

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4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 03:50

« Un bulletin de vote est une balle. On ne vote pas tant qu’on ne voit pas la cible, et si la cible est hors d’atteinte, on garde le bulletin dans la poche. » (Malcom X, 3 avril 1964 à Cleveland).



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Les électeurs américains étaient convoqués ce mardi 3 novembre 2020 pour élire leur nouveau Président des États-Unis. Comme on pouvait sérieusement le craindre, la situation n’est pas encore très claire à la fin de la nuit électorale. Les deux principaux candidats Joe Biden et Donald Trump ont annoncé leur victoire, l’un moins assuré que l’autre. Je ne suis pas madame Soleil et je me garderais de faire quelques pronostics, mais il y a déjà un certain nombre d’enseignements qu’on peut faire.

Certes, à l’heure actuelle, Joe Biden jouit d’une légère avance avec 227 délégués élus face à Donald Trump, seulement 214 délégués. Pour être élu, il faut au moins 270 délégués (sur 538 au total). Chaque État apporte son "lot" de délégués (proportionnel au nombre d’habitants), avec cette règle que (dans la plupart des États, il y a néanmoins deux exceptions), le candidat qui arrive en tête de l’État remporte tous les délégués attribués à l’État. Cette règle permet à des candidats minoritaires en voix (nombre de voix dans tout le pays) de gagner en obtenant malgré tout la majorité absolue des délégués (c’était le cas de Donald Trump en 2016, de George W. Bush en 2000, etc.). Cette règle rappelle l’importance historique de chaque État, qui doit rester libre et écouté, respecté, au sein de la fédération.

S’il y a une légère avance pour Joe Biden, ce n’est qu’un trompe-l’œil car la position de Donald Trump est un peu plus enviable à l’heure actuelle, puisqu’il a déjà remporté deux gros États, la Floride et le Texas, qui étaient pourtant incertains, ce qui montre une très forte résilience de la candidature de Donald Trump, malgré les affaires, les scandales et aussi les détestations qu’il a pu susciter au cours de son mandat et autour de sa personne. Plus généralement, les résultats en Pennsylvanie, en Géorgie et dans le Michigan seront certainement déterminants dans l’identification du vainqueur.

Parmi les enseignements, évoquons déjà les opérations électorales, puis la situation de 2020.

J’ai rappelé plus haut très succinctement la règle électorale. Elle peut être injuste (un minoritaire en voix peut être majoritaire en délégués) mais elle est la règle commune depuis plus de deux siècles et le liant de la fédération des États-Unis. Les candidats qui acceptent de concourir à l’élection acceptent bien entendu la règle et aucun Président des États-Unis n’a souhaité, une fois élu, dépoussiérer (car il s’agit bien de cela) cette règle. C’est un ciment national qu’on ne veut pas toucher. Cela peut donc paraître étrange, mais tout le monde respecte "religieusement" cette règle, et probablement que cela continuera ainsi dans l’avenir.

Le plus étrange est la manière dont les opérations électorales, les opérations de vote se déroulent. Il ne s’agit plus de mode de scrutin mais de la manière très basique de voter.

Un citoyen français qui observerait les opérations de vote aux États-Unis aurait raison d’être fier de son pays : la France a des procédures électorales qui garantissent, d’une part, la sincérité du vote, c’est-à-dire qu’il n’est pas "forcé" (par exemple, une représentant des forces de l’ordre qui vérifie que tout se passe bien dans un bureau de vote n’a en fait pas le droit de pénétrer dans un bureau de vote car il est armé, or le code électoral interdit qu’une personne armée soit présente dans un bureau de vote pour éviter de faire pression sur un électeur, ce qui n’est pas du tout interdit aux États-Unis et dans certains endroits, tous les électeurs viennent voter armés de peur de leur sécurité !), d’autre part, le secret du vote (or, si l’on veut voter par correspondance, il faut s’inscrire et indiquer pour qui on vote, aux États-Unis).

De plus, le vote doit rester libre, et équitable (ce qui signifie qu’on doit tous voter de la même manière, indépendamment d’un mode de scrutin plus ou moins "juste"). Enfin, cette sincérité, ce secret, cette liberté et cette équité doit être vérifiable par tout électeur (et observateur éventuel) pour s’assurer que le scrutin se déroule dans les bonnes conditions (ce que ne permettent pas le vote électronique, ni le vote par correspondance).

Et ensuite, il y a le dépouillement et les résultats. En France, généralement, sauf dans des cas extrêmement rares où le scrutin est très serré, on connaît le résultat dès la minute de la fermeture du dernier bureau de vote. Sondages sortie des urnes, dépouillement de bureaux de vote de petits villages qui votent habituellement comme la moyenne nationale, sondes dans des bureaux de vote clivants (un bureau habituellement acquis à gauche qui se retourne à droite ou l’inverse), bref tout est bon pour avoir le nom du gagnant avec une marge d’erreur plus faible que l’écart entre les candidats, nom d’ailleurs souvent connu avant 20 heures, plutôt vers 18 heures 30 (avant la fin du scrutin) en raison des sondages sortie des urnes (interdits d’être publiés sauf …sur Internet à l’étranger !).

À chaque élection présidentielle américaine, on peut donc rester toujours étonné par ce contraste très fort d’un pays qui est à la fois dans l’ultramodernité technologique (inutile de donner des exemples) mais aussi dans un état de vétusté très important (des outils de production qui ont plus de quarante ans, de l’eau non filtrée qui sort rougeâtre du robinet dans des appartements à New York, etc.). Or, ce contraste est sensible aussi dans les opérations de vote.

D’une part, on n’a pas le nom du gagnant à la fin du scrutin. Un pays si moderne incapable de cela, c’est très étonnant, d’autant plus que s’il y a des États où les résultats sont serrés, apparemment, cela ne semble pas aussi serré qu’en 2000. D’autre part, il y a vraiment l’impression que pour cette démocratie, c’est l’industrie qui l’emporte pour la campagne (il faut compter le nombre de milliards dépensés pour la campagne, 2020 est un sommet, et, au contraire de la France depuis une trentaine d’années, il n’y a pas de plafond, c’est donc le candidat qui a su le plus recueillir de l’argent qui va avoir un avantage marketing, donc des suspicions de collusion avec des grands groupes financiers capables de financer ces campagnes), mais c’est l’artisanat et le bricolage amateur pour les opérations matérielles de vote et de dépouillement.

Et l’équité, aux États-Unis, n’est pas assurée. Ainsi, il est possible de voter par correspondance. Plus de 97 millions d’électeurs ont voté par correspondance, c’était environ 55 millions en 2016. La raison principale est évidemment la pandémie de covid-19 mais certains États acceptent de recevoir les bulletins de vote après le 3 novembre 2020 (si postés avant), d’autres non. De toute façon, avec les fuseaux horaires, certains électeurs de la côte ouest pouvaient avoir les premiers résultats de la côte est avant de voter.

Il n’y a rien de nouveau dans ce constat, et cela donc reste très étonnant pour un Français qui sait que son pays est très bien rôdé, très efficace, dans les opérations de vote (ce n’est pas pour rien qu’on fait souvent appel à la France lorsqu’un pays est en processus de démocratisation sincère).

Venons-en maintenant au scrutin particulier du 3 novembre 2020. Je ne sais pas qui va gagner finalement l’élection mais je peux dire déjà que les sondages, une fois encore, se sont trompés. Les sondages envisageaient que la participation serait favorable à Joe Biden. C’est faux, la participation va bénéficier aux deux candidats. D’où l’incertitude.

Beaucoup de monde a voté pour Donald Trump. Apparemment, s’il était réélu, ce ne serait pas par défaut mais par adhésion. Ce que les journalistes et observateurs, pas seulement étrangers mais aussi américains, ont toujours du mal à comprendre : le problème, une fois encore, n’est pas Donald Trump mais ceux qui l’ont élu et qui sont toujours là, voire se renforcent. La société américaine est très clivée, très divisée, très contrastée, et les candidats qui accentuent ces clivages est avantagés par rapport aux candidats plus "centristes", plus "tièdes". Même si ces candidats clivants sont parfois plus détestés, ils sont capables de plus mobiliser leur électorat.

D’ailleurs, si Joe Biden gagnait, la société américaine resterait autant divisée et il faudrait alors beaucoup d’habileté pour reconstruire une société unie, pour réconcilier le peuple américain, pour réduire le fossé entre "l’etablishment" et le "peuple d’en bas". (On peut toujours s’étonner que le milliardaire Donald Trump puisse être apprécié par les plus pauvres : son parler très simpliste est audible et permet l’identification ; les personnes plus éduqués, plus dans la nuance et la complexité, ne peuvent que détester la manière dont Donald Trump s’exprime en tant que Président des États-Unis).

Plus généralement, il y a les impressions de campagne à côté des "chiffres". Je pourrais faire l’analogie avec une maladie : il y a les tests PCR, il y a les analyses de sang, etc. qui donnent des chiffres, qui donnent une situation quantitative, avec des seuils de normalité dépassés ou pas, et puis, il y a les signes cliniques : quand on a la grippe, on ne fait pas des tests pour savoir quel est le virus en cause.

Or, dans les signes cliniques de la campagne présidentielle américaine de 2020, il y a incontestablement, comme en 2016 du reste, l’évidence qu’il n’y a eu qu’un seul candidat qui a fait campagne, Donald Trump, avec beaucoup de ténacité, malgré l’adversité de sa contamination (qui, finalement, l’a plutôt rendu sympathique auprès d’électeurs hésitants). Joe Biden, à cause de son âge, sa crainte de se faire contaminer, probablement son caractère (il est très gaffeur), a fait très peu campagne et cela ressort probablement dans les temps d’occupation d’antenne à la télévision ou dans le nombre d’articles dans la presse. Celui qui faisait l’actualité, c’était Donald Trump, pas Joe Biden.

Autre élément qu’il faudra probablement démentir, c’est lorsqu’on a évoqué la contestation de la légitimité du futur candidat proclamé élu. Les Américains sont des légitimistes et des légalistes. Le légitimisme se traduit par un avantage au Président sortant sauf s’il a fait des énormités. C’est une incompréhension à l’étranger : peu de monde aux États-Unis considèrent que Donald Trump a fait des énormités. Au contraire, selon leur point de vue, il a plutôt agi dans l’intérêt des États-Unis, la rupture du multilatéralisme, la focalisation sur les relations commerciales avec la Chine, le désengagement des troupes américaines un peu partout dans le monde (et probablement, il est le Président américain qui a fait ou poursuivi le moins de guerres, malgré des sorties verbales inquiétantes sur la Corée du Nord ou l’Iran).

Le légalisme se traduit par le respect des règles. Et à ceux qui penseraient qu’une guerre civile éclaterait à la suite d’une non-reconnaissance du candidat proclamé élu, je leur dirais que les déclarations de Donald Trump durant cette nuit le confirment : il s’est placé en victime, en disant qu’on voulait lui voler la victoire. Ce n’est pas la déclaration d’un futur dictateur, c’est la déclaration d’un candidat qui craint d’être lésé. Au contraire, Donald Trump montre son "légalisme" en annonçant qu’il allait "se plaindre" à la Cour Suprême.

Bien entendu, c’est du "théâtre" (Joe Biden a été plus prudent dans sa conviction d’avoir été élu). Lorsque les résultats seront proclamés dans les derniers États, et même s’il faut passer par la Cour Suprême, la reconnaissance sera au rendez-vous parce qu’apparemment, la situation de 2000 (j’y reviendrai) ne semble pas devoir se répéter avec une marge de seulement quelques centaines de voix (les écarts seraient plutôt de quelques centaines de milliers de voix, ce qui reste très faible mais suffisamment significatif pour être acceptable par tous).

Enfin, je termine sur une petite observation : les Vice-Présidents n’ont jamais eu beaucoup de chance avec les élections présidentielles. Je parle de ceux qui n’ont pas eu à succéder au Président en cours de mandat et qui ont repris le flambeau, mais deux ceux qui, après la fin régulière du ou des mandats de leur Président, ont voulu lui succéder. Depuis la fin de la guerre, la liste des échecs est éloquente. Deux seuls ont réussi, et encore, à moitié !

Alben William Barkley, Vice-Président d’Harry Truman, a été battu en 1952 aux primaires démocrates par Adlai Stevenson, lui-même battu par Dwight Eisenhower. Richard Nixon, Vice-Président de Dwight Einsenhower, a été battu en 1960 par John Kennedy (mais a quand même été élu et réélu en 1968 et 1972). Hubert Humphrey, Vice-Président de Lyndon B. Johnson, a été battu en 1968 par Richard Nixon. Spiro Agnew, Vice-Président de Richard Nixon, n’a même pas eu la possibilité de faire quoi que ce fût car poussé à la démission en 1973 dans un scandale. Walter Mondale, Vice-Président de Jimmy Carter, a été battu en 1984 par Ronald Reagan. Dan Quayle, Vice-Président de George H. W. Bush (père), a été battu en 2000 aux primaires par George W. Bush (fils). Al Gore, Vice-Président de Bill Clinton, a été battu en 2000 par George W. Bush (fils). Dick Cheney, Vice-Président de George W. Bush, n’a pas été candidat. Le seul Vice-Président qui a gagné l’élection présidentielle directement à la fin de son mandat, ce fut George H. W. Bush (père), Vice-Président de Ronald Reagan, qui a été élu en 1988, mais il a été battu ensuite en 1992 par Bill Clinton. Enfin, il reste Joe Biden, Vice-Président de Barack Obama, dont le destin national va être très rapidement réglé dans les heures ou jours qui viennent (ou semaines ?).

À cette heure, il manque encore les résultats de neuf États. Allez, je vais quand même me risquer à un pronostic : je donnerais un léger avantage à Donald Trump, il a réussi à maintenir un fort niveau électoral et surtout à déjouer les sondages. Mais je regretterais sa réélection si elle devait survenir. Dans tous les cas, on pourrait imaginer que débute dès maintenant le match de 2024 : Mike Pence vs Kamala Harris…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
USA 2020 : le suspense reste entier.
Bill Gates.
Albert Einstein.
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

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https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/usa-2020-le-suspens-reste-entier-228345

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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 03:33

« C’est facile d’être Vice-Président : vous n’avez rien à faire ! » (Joe Biden).



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Le Président américain Donald Trump termine son mandat le 20 janvier 2021. L’élection présidentielle pour désigner son successeur a lieu le mardi 3 novembre 2020. En fait, environ tiers de l’électorat a déjà voté, y compris Donald Trump la semaine dernière (il y a environ 250 millions d’électeurs inscrits mais la participation dépasse rarement la moitié). À quelques jours de l'élection, le candidat démocrate Joe Biden semble garder une certaine avance dans les sondages.

Joe Biden est un homme politique américain très expérimenté, trop pour certains qui pointent du doigt son âge : dans trois semaines, il aura en effet 78 ans, ce qui ferait 82 ans à la fin du mandat. Sénateur au long cours, de janvier 1973 à janvier 2008 (pendant trente-cinq ans !), il fut élu et réélu Vice-Président des États-Unis du 20 janvier 2009 au 20 janvier 2017, en "ticket" avec Barack Obama.

Cela dit, Donald Trump n’est pas non plus un candidat de la toute dernière fraîcheur : il aurait lui-même 78 ans à la fin de son éventuel second mandat. Mais son tempérament, son dynamisme jusqu’au physique (plus encore après avoir été malade du covid-19) l’ont rendu "jeune" en comparaison à Joe Biden, très timoré, qui a fait une campagne minimale, qui, par peur de la pandémie de covid-19, ne s’était même pas déplacé lors du meurtre de George Floyd le 25 mai 2020 ni lors des grandes manifestations à la suite, alors que le sujet pouvait lui apporter un précieux complément de son électorat traditionnel.

Sans doute que le choix très judicieux, le 11 août 2020, de la sénatrice Kamala Harris, femme de 56 ans qui a déjà une longue expérience des responsabilités publiques, en particulier en tant que procureure générale de Californie de janvier 2011 à janvier 2017, comme colistière de Joe Biden pourrait réduire les craintes sur l’éventualité d’une fin de vie prématurée du Président américain : la successeure putative a toutes les qualités et la stature pour occuper la Maison-Blanche. La mère de Kamala Harris (aujourd’hui disparue) était même cancérologue, ce qui lui a fait connaître les enjeux médicaux un peu mieux que Donald Trump. Un atout en ces temps troublés par la crise sanitaire.

La campagne électorale est "pourrie". Jamais le niveau n’a été aussi bas, et si Donald Trump, le Président sortant y est pour une grande part, il n’en est pas l’unique responsable. Certes, ses tweets spontanés ont le don d’agacer sinon d’inquiéter régulièrement la planète, mais cette méthode de gouvernance peu aux normes traditionnelles influe-t-elle vraiment sur la politique américaine de longue durée ? Il reste de ces Présidents qui ont toujours voulu regarder les intérêts américains, notamment commerciaux, avant tout autres considérations, notamment diplomatiques.

La campagne est "pourrie" aussi par la crise sanitaire majeure qui a fait déjà plus de 234 000 morts aux États-Unis depuis le début de la pandémie avec plus de 9 millions de personnes dépistées positives dont 3 millions encore malades (plus de 27 000 en réanimation). Le comportement de Donald Trump a été peu mature : refusant de prendre des mesures restrictives, ne les comprenant pas, donnant des conseils qui pourraient tuer des citoyens un peu trop crédules (par exemple, rincer les poumons avec du détergent !), etc. Le masque lui-même fut ultrapolitisé (de manière très stupide) : le masque est démocrate, le non-port du masque est républicain. Et puis, Donald Trump a eu le covid-19 le 2 octobre 2020, a été gravement atteint mais a réussi à recevoir un traitement de choc, triple ou quadruple, très coûteux, qui l’a remis en forme de manière quasi-miraculeuse dès le 5 octobre 2020, si bien qu’aujourd’hui, il ne cesse de fanfaronner face à un candidat qui, visiblement, a peur de l’attraper.

Mais la réponse à la crise sanitaire est plus du ressort des gouverneurs que du gouvernement fédéral, si bien que la responsabilité de Donald Trump dans la très mauvaise gestion de la crise sanitaire est surtout le fait de ses paroles irresponsables que de mesures concrètes, ou absence de mesures concrètes. Du reste, Joe Biden instrumente de son côté ces 234 000 morts de manière très électoraliste. Ce qui, moralement, n’est pas très glorieux.

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Les sondages restent encore favorables à Joe Biden, mais là encore, le fait qu’il puisse être majoritaire en voix n’a pas de sens dans le système électoral américain (il y a quelques semaines, il avait encore un rapport 52% contre 42%). Pas trop de sens car Hillary Clinton a perdu en 2016 alors qu’elle avait le plus de voix. Tout comme Al Gore en 2000. L’important est de gagner les États "tangents", qui peuvent basculer dans un camp ou dans l’autre. Chaque État a un nombre de délégués (proportionnel à la population), et lorsqu’un candidat obtient la majorité relative dans un État, il remporte la totalité des délégués (sauf dans quelques cas où la représentation proportionnelle est prévue).

Cela signifie que dans les États où les rapports de force sont de 60% contre 40% ou avec un plus grand écart, le candidat favori dans ces États n’a aucune raison d’y mener campagne puisque ces délégués lui sont quasiment acquis. La clef, c’est donc de mener campagne dans des grands États qui sont électoralement hésitants.

Selon le site RealClearPolitics, particulièrement utile en période électorale, il y a  une semaine, Joe Biden était assuré d’avoir 232 délégués face à Donald Trump assuré de 125 délégués. Et 181 délégués étaient encore "incertains". Pour résumer grossièrement, les États de l’Amérique profonde, ceux du Middle West, ou des États assez pauvres, comme la Louisiane sont plutôt du côté de Donald Trump, tandis que les États riches, les États "intellectuels", les États "artistiques", à savoir la côte est (New York, Washington DC, etc.) et la côte ouest (Californie, État de Washington, etc.) sont plutôt acquis à Joe Biden.

En tout, pour être élu Président des États-Unis, il faut rassembler au moins 270 délégués. Cela signifiait qu’il lui restait à convaincre des États de manière à obtenir les 38 manquants, ce qui signifiait qu’il lui suffisait de convaincre les habitants du Texas (38 délégués), ou les habitants de la Floride (29 délégués) et de la Géorgie (16 délégués), ou encore les habitants de la Pennsylvanie (20 délégués) et de l’Ohio (18 délégués), etc. Tandis que Donald Trump, très en retard, devait convaincre beaucoup plus d’États.

Mais le 29 octobre 2020, Joe Biden a "reperdu" le Michigan (16 délégués) qu’il avait "gagné" il y a peu. L’écart se resserre aussi dans les intentions de vote, au 29 octobre 2020, Joe Biden n’a plus que 7 points d’avance sur Donald Trump, alors que c’était 10 points d’avance le 13 octobre 2020. Près de 9 points séparent les partisans des opposants de la politique de Donald Trump (son bilan est désapprouvé par 53% des sondés).

Lors du dernier débat télévisé, le 22 octobre 2020, Joe Biden a pris le risque d’évoquer la "fin du pétrole", ce qui a permis à Donald Trump d’utiliser cet argument dans certains États "pétroliers" américains. Pourtant, cela peut être une stratégie électorale gagnante de miser sur la lutte contre le réchauffement climatique en retournant dans l’Accord de Paris.

De son côté, Donald Trump étonne par son bluff, son côté odieux, son côté "trop gros" pour être pris au sérieux, mais c’est une erreur de ne pas comprendre que Donald Trump n’est pas la cause mais la conséquence de l’évolution d’une partie du peuple américain qui a besoin d’idées simples pour ne pas dire simplistes.

Or, paradoxalement, Donald Trump, milliardaire (car fils de milliardaire, et plus abonné aux faillites qu’aux réussites), est très apprécié des "pauvres", et il essaie de faire une percée chez les jeunes d’origine hispanique, ce qui peut être très étonnant mais s’explique par trois arguments : d’une part, avant la crise covid, Donald Trump a réussi à assurer une économie prospère avec quasiment le plein emploi, taux de chômage très faible ; d’autre part, il est le symbole du combat contre "l’etablishment", celui qui connaît la vraie vie face aux technocrates de la côte est (cet argument a porté George W. Bush) ; enfin, Donald Trump porte la puissance américaine, cette America First qui a cassé tout le multilatéralisme, qui a remis en cause les accords commerciaux, qui a boudé des structures internationales (Unicef, OMS, etc.).

S’il devait y avoir pour moi un élément déterminant pour soutenir la candidature de Joe Biden, ce serait à l’évidence sa position en faveur de l’abolition de la peine de mort aux États-Unis. Barack Obama s’était bien gardé d’y toucher. Mesure intégrée en 2019, le programme de Joe Biden indique en effet : « Eliminate the death penalty » [supprimer la peine de mort] et explique : « Plus de 160 personnes condamnées à mort dans ce pays depuis 1973 ont été ensuite innocentées. Parce que nous ne pouvons pas garantir que nous avons à chaque fois des cas justes de peine de mort, Biden travaillera à adopter une législation qui supprimera la peine de mort au niveau fédéral et incitera les États à suivre l’exemple du gouvernement fédéral. Ces personnes devraient purger des peines à perpétuité sans période de probation ni libération conditionnelle. ».

Comme je ne suis pas Madame Soleil, je suis bien incapable de dire qui va gagner, mais j’ai à l’esprit deux choses certaines. La première, c’est que les deux candidats peuvent gagner, autant Joe Biden que Donald Trump. Ceux qui, en 2016, étaient sûrs que Donald Trump ne gagnerait pas n’ont pas su entendre le peuple américain. Cela ne faisait aucun doute que le seul candidat qui avait réellement marqué la campagne présidentielle de 2016, tant celle de l’élection générale que des primaires, était manifestement Donald Trump.

En 2020, la situation est un peu différente. Hillary Clinton avait un taux non négligeable de haine et détestation qui faisait qu’elle était un repoussoir dans une partie de son propre électorat (d’où une forte abstention et absence de mobilisation chez les démocrates). Joe Biden, lui, jouit d’une stature moins détestée, plus centriste, plus conservatrice aussi, mais il est pourtant connu pour ses "gaffes" et ses maladresses, si on peut parler de "maladresses" des gestes pour le moins inappropriés notamment avec des femmes. Une spontanéité trop hâtive.

L’autre chose qui me paraît certaine, c’est que le candidat qui sera déclaré élu sera reconnu comme tel par son adversaire, même si Donald Trump a menacé du contraire. Que les résultats soient serrés semble très probable, mais ceux qui pensent que les résultats seront tellement contestés que cela mènerait à une grave crise institutionnelle se trompent à mon avis et prennent leurs désirs (d’antiaméricanisme primaire) pour des réalités. Il suffit de revenir vingt années en arrière avec l’élection présidentielle du 7 novembre 2000.

À l’époque, Al Gore avait obtenu beaucoup plus de voix que George W. Bush mais ce fut le comptage des bulletins très controversés de la Floride (dont un frère était gouverneur, Jeb Bush), pour comprendre le légitimisme des Américains. En effet, les bulletins étaient des cartes perforées, et c’était difficile de perforer, si bien que des bulletins ont été considérés comme nuls car le trou n’était pas assez formé. Il a fallu recompter une ou deux fois, à un moment avec la victoire d’Al Gore (la victoire de la Floride suffisait pour l’un ou l’autre pour gagner), et finalement, la Cour Suprême a tranché en disant qu’il n’était plus utile de terminer un nouveau recomptage et en proclamant élu George W. Bush. Le légitimisme de reconnaissance est très important aux États-Unis car le Président des États-Unis est leur premier symbole du patriotisme.

Je crois donc probable que les résultats seront serrés, mais je crois que, même au prix d’une crise comme en 2000, le légitimisme prédominera dans la reconnaissance du candidat vainqueur. Les Américains ne pardonneront d’ailleurs pas les mauvais joueurs.

Dans ce duel de vieillards, beaucoup y voient le déclin des États-Unis. C’est oublier de voir que les États-Unis ne se résument pas qu’à leur Président : chacun participe à son niveau à la puissance américaine, et les contre-pouvoirs sont tels que la seule tête de l’exécutif ne peut pas faire grand-chose sans l’appui du Parlement (du Congrès). Quant au renouvellement, il n’y a pas d’inquiétude à avoir : la nature a horreur du vide.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 03:22

« Will back on the Campaign Trail soon !!! The Fake News only shows the Fake Polls. » (Donald Trump, sur Twitter le 6 octobre 2020 à 00h23, heure de Paris) ["Serai bientôt de retour sur le terrain pour ma campagne !!! Les fausses nouvelles ne montrent que les faux sondages"].



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L’annonce de la contamination au covid-19 du Président américain Donald Trump le 2 octobre 2020 a fait l’effet d’une bombe, et cela pour plusieurs raisons. La première, c’est que Donald Trump est à la tête de l’exécutif d’un grand pays et que cette fonction, dans un monde sans arrêt mouvant et troublant, à l’actualité accélérée, nécessite une forme sportive de gouvernance. La possibilité d’une vacance institutionnelle était donc dans tous les esprits, du moins temporaire puisqu’une personne contaminée doit s’isoler en quatorzaine.

La deuxième raison, c’est que les États-Unis sont en pleine campagne présidentielle, et le fait que le coronavirus s’invite en campagne est inédit, du reste, c’était aussi le cas pour les élections municipales en France et cela avait entraîné une abstention massive, assez rare pour ce type de scrutin. Au-delà des interprétations, supputations, jugements de valeur, l’absence même du candidat Trump impacte nécessairement sur le déroulement de la campagne électorale ; son adversaire Joe Biden a dû supprimer toutes les attaques personnelles contre Donald Trump et lui a souhaité un prompt rétablissement pour pouvoir rester dans les convenances humaines les plus élémentaires.

La troisième raison, c’est aussi que Donald Trump, à 74 ans, avec non seulement un surpoids mais aussi des problèmes de santé qui n’ont jamais été très clairs (la santé de Donald Trump avant et pendant son mandat est restée toujours un sujet très opaque, au contraire de l’habituelle transparence américaine ; les États-Unis ne sont pourtant pas la France de Georges Pompidou ni de François Mitterrand), fait partie de ces "personnes vulnérables" qui pourraient développer une forme sévère de la maladie.

Les plus mauvaises langues (certaines issues du Parti démocrate) pourraient d’ailleurs dire que Donald Trump a eu ce qu’il méritait. C’est vrai que la légèreté à laquelle il a abordé ce problème mondial avait de quoi se taper la tête contre un mur. En sous-estimant la gravité du coronavirus, puis, en refusant dans un premier temps les gestes barrières (pas de poignée de main, port du masque), Donald Trump a politisé la gestion de l’épidémie aux États-Unis avec, en gros, le port du masque synonyme de l’appartenance à la tendance démocrate, l’absence du masque à la tendance républicaine. Pendant un certain temps.

Le pire a été probablement quand Donald Trump a imaginé de traiter la maladie en s’injectant de l’eau de javel dans les poumons. Au contraire de son rattrapage sur les pieds en disant qu’il plaisantait ("bien sûr"), Donald Trump n’avait simplement fait que réfléchir tout haut, montrant son ignorance scientifique et même son ignorance tout court (pas besoin d’être chimiste ni médecin pour imaginer ce que fait de l’eau de javel dans les poumons, ne serait-ce que des vapeurs, les "ménagères" l’imaginent très bien).

C’est sa spontanéité qui avait encore une fois parlé. Et si, dans ce cas, elle est dangereuse, car il est quand même le Président des États-Unis et à ce titre, des esprits faibles pourraient le prendre au mot et s’envoyer en l’air les poumons avec de l’eau de javel (un couple d’Américains s’était déjà massacré avec du nettoyant d’aquarium à base de chloroquine), cette spontanéité, écris-je, est probablement ce qui en fait un homme attachant, faillible, plein de vie, sans calculs alambiqués, brut de décoffrage, bref, un vrai représentant d’un Américain moyen (ou d’un citoyen moyen, ce n’est pas spécifiquement américain, évidemment, mais ce sont les Américains qui votent, ou pas, pour lui).

C’est aussi une raison supplémentaire de s’inquiéter, comme on pouvait s’inquiéter qu’il puisse déclencher une guerre contre la Corée du Nord, et paradoxalement, il est le premier (et l’unique) Président des États-Unis à avoir rencontré physiquement le Président nord-coréen, Baby Kim. À ce titre, il pourrait même recevoir le Prix Nobel de la Paix cette semaine. La seule chose qu’on sait aujourd’hui, c’est que le professeur Didier Raoult ne recevra pas le Prix Nobel de Médecine cette année, parce qu’il est déjà attribué ce lundi 5 octobre 2020 !

En cassant voire dépassant tous les codes habituels, de la politique, de la diplomatie, de l’économie, du commerce international, la politique de Donald Trump est mondialement anxiogène, et pourtant, le pire n’est jamais certain et la démonstration est que la méthodologie inquiétante n’entraîne pas forcément des actions catastrophiques. C’est une sorte de politique du bluff menée au sommet, le bluff étant ici à la fois sincère et argumentaire. Mais à force de trop jouer au bord de la falaise, on peut chuter.

C’était mal comprendre l’Amérique que d’avoir refusé d’imaginer son élection en 2016. C’était le cas des démocrates eux-mêmes qui, empêtrés dans leur seule défense des minorités, en ont été à oublier la majorité du peuple américain. Or, à mon sens, Donald Trump n’a pas hystérisé le peuple américain, il n’est qu’un symptôme éloquent d’un peuple déjà hystérisé.

Hystérisé par quoi ? Probablement par le nouveau mode de vie et d’information, celui des réseaux sociaux, des sites de désinformation, des messages beaucoup trop courts pour faire de la pédagogie dans un monde complexe, bref, dans un mode d’information à l’emporte-pièce où la rigueur et la véracité n’ont plus leur place, et Donald Trump avait excellé pendant les élections de 2016, tant primaires républicaines que générales, en ayant été l’un des candidats ayant le moins dépensé d’argent pour son élection puisque son principal outil de campagne était …Twitter !

Alors, ceux qui disent aujourd’hui que Donald Trump ne peut pas être réélu sont les mêmes qui disaient qu’il ne pouvait pas être élu en 2016. Ce qui est remarquable, c’est que Donald Trump a un soutien inconditionnel d’une partie pas négligeable de la population, un noyau dur très élevé, peut-être 30% ou 35% de l’électorat, qui lui est acquis quoi qu’il en soit, quelles que soient les nombreuses informations qui, pour dix mille fois moins graves, ont cassé la lente ascension de François Fillon en France. La dernière en date, le fait que Donald Trump n’aurait payé que 750 dollars d’impôts en 2016 ! Au-delà de la magouille fiscale (les Américains sont très rigoristes et légalistes), cela montre aussi qu’il n’a pas si bien mené ses entreprises (beaucoup de ses projets ont fait faillite, dans le passé) et qu’il est loin de la "réussite américaine". Cela, ajouté aux accusations récurrentes de harcèlement, de machisme, etc. Et pourtant, il a toujours ce matelas très épais d’inconditionnels.

Ce qu’on voyait en 2016, c’était que ceux qui avaient voté pour Donald Trump n’avait pas été plus nombreux que les adversaires républicains de Barack Obama des précédentes élections, mais l’électorat démocrate ne s’était pas mobilisé pour Hillary Clinton. Va-t-il se mobiliser pour Joe Biden, le sénateur et ancien Vice-Président connu pour ses gaffes et boulettes ? Pas sûr : à 78 ans, il a surtout montré une certaine trouille avec le coronavirus. Il n’a même pas osé se déplacer en juin dernier lors de la mort de George Floyd et des manifestations en sa mémoire, alors que c’était une occasion en or pour lui de redémarrer une campagne un peu poussive.

Qui voterait pour un vieillard incapable de se déplacer à l’intérieur même de son territoire quand il faut maintenant élire un marathonien en pleine forme pour s’occuper de toutes les affaires du monde ? Le "risque" d’une faible mobilisation des électeurs démocrates est donc toujours présent, d’autant plus que le Parti démocrate n’a plus personne à proposer de réellement opérationnel (seulement des vieillards gauchistes à l’exception de Joe Biden qui a eu l’investiture par cette seule circonstance, par défaut).

Certes, dans les sondages d’intentions de vote, Joe Biden aurait entre 10 et 15 points d’avance sur Donald Trump, mais des sondages nationaux n’apportent aucune prévisibilité sur l’issue du scrutin puisque ce dernier est à deux niveaux et qu’il faut surtout conquérir les États "litigieux" (ceux à l’issue incertaine), et Donald Trump avait d’ailleurs recueilli moins de voix, au total, sur tout le pays, que sa concurrente Hillary Clinton.

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Donald Trump étonne car lui aussi est vieillard et à la fin de son éventuel second mandat, il aura aussi 78 ans (mais Joe Biden, il aura 82 ans !). Le fait d’avoir eu le covid-19 pourrait même le servir électoralement. Ceux qui imaginent que "c’était bien fait", en raison du manque de précaution de son propre comportement, en seraient pour leurs frais car il peut dire aussi qu’il a connu ce que des millions d’Américains ont connu, une maladie dont on ne peut vraiment comprendre la gravité qu’en la voyant de très près : « J’ai beaucoup appris sur le covid-19 ! ». Voilà l’empathie dont Barack Obama avait récemment souligné l’absence.

Hospitalisé du 3 au 5 octobre 2020, Donald Trump a reçu des doses particulièrement fortes d’un antiviral américain très connu (remdesivir) et d’un produit à base d’anticorps de synthèse (de Regeneron) non encore commercialisé (à ce titre, Donald Trump a été dans l’expérimentation), ces deux traitements (très coûteux) pour éviter la duplication du virus, plus (entre autres) un corticoïde (dexaméthasone) pour réduire les effets sur les poumons, du zinc aussi. Et l’hydroxychloroquine ? Complètement laissée de côté, puisqu’elle n’a aucun effet ! C’est assez clair qu’un "Américain moyen" atteint du covid-19 n’aurait jamais pour obtenir si rapidement et si massivement le traitement de Donald Trump, mais cela ne devrait pas choquer, il est quand même le Président des États-Unis et les problèmes de sécurité doivent l’emporter sur une impossible égalité devant les soins.

Les familles des plus de 200 000 victimes du covid-19 aux États-Unis pourraient aussi en vouloir à Donald Trump sur la très mauvaise gestion de l’épidémie. Et pourtant, il faut se rappeler que Donald Trump n’a occupé que le ministère de la parole à ce sujet, une mauvaise parole, qui pouvait être mal interprétée, mais seulement une parole, pas des actes qui sont du ressort des États (on a un peu de mal à le comprendre en France très centralisée, les États-Unis sont un pays fédéral). En revanche, Donald Trump a déjà rendu hommage à ces victimes très officiellement, ce qui, à ma connaissance, n’a pas encore été le cas en France. Nos victimes françaises, à mon sens, le mériteraient autant que les victimes américaines et que les victimes de tous les autres pays, bien entendu.

Boris Johnson, plus réfléchi que Donald Trump, a lui aussi été contaminé au covid-19 et a été lui aussi hospitalisé. En s’en sortant, il a reçu une forte sympathie, très naturelle, de la part de ses compatriotes britanniques. Peut-être sera-ce le cas pour Donald Trump s’il sort de l’enfer ? Enfin, il faut rester prudent, c’est au bout de huit à dix jours qu’on sait, en principe, si on développe ou pas la forme sévère de la maladie. Jusque-là, tout reste possible. Donald Trump, tout paradant avec son masque dans sa voiture blindée (encore une nouvelle imprudence alors qu’il est en quatorzaine), n’est pas encore tiré d’affaire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 octobre 2020)
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Pour aller plus loin :
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
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Joe Dassin.
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Deux faces des États-Unis : George Floyd et SpaceX.
Le dernier vol des navettes spatiales.
Kirk Douglas.
Alfred Hitchcock.
George Steiner.
Roman Polanski.
Le krach de 1929, de sinistre mémoire…
G7 à Biarritz : Emmanuel Macron consacré prince du multilatéralisme.
L’ardeur diplomatique d’Emmanuel Macron.
Le Sommet du G7 à Biarritz du 24 au 26 août 2019.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Michael Jackson.
John Wayne.
Dwight Eisenhower.
La NASA.
Richard Nixon.
Jean-Michel Basquiat.
Noël 2018 à la télévision : surenchère de nunucheries américaines.
Noam Chomsky.
George HW Bush.
Rakenews : le râteau de Forest Trump.
La guerre commerciale trumpienne.
Tristes Trumpiques.
George Gershwin.
Leonard Bernstein.
Spiro Agnew.
Michael Dukakis.
Vanessa Marquez.
John MacCain.
Bob Dole.
Bob Kennedy.

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https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/covid-19-donald-trump-marathonman-227600

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3 juin 2020 3 03 /06 /juin /2020 03:32

« Le moindre sujet, même d’apparence minuscule, ne peut être connu que dans et par son contexte. (…) Ce que j’ai toujours cherché à percevoir et concevoir : la complexité dans son originel de tissu commun. J’ai toujours essayé de reconstituer ce tissu commun, parce que mon constat fondamental, c’est que toutes nos connaissances sont compartimentées, séparées les unes des autres, alors qu’elles devraient être liées. » (Edgar Morin, "Carnets de science" n°4 de mai 201).



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Il est toujours difficile d’évoquer les États-Unis. C’est un pays très contrasté et très dynamique, aux changements très rapides. Parler des Américains (dans le sens citoyens des États-Unis), c’est aussi stupidement généralisant que parler des Européens (alors qu’il n’y a pas un peuple européen mais plusieurs peuples européens). Les Américains de la Côte Est n’ont rien à voir à ceux de Californie, ni du Texas, ni du Middle West. La dernière semaine de mai 2020 en a donné une très amère illustration.

La récession est une catastrophe économique et sociale très rapide, mais la reprise se fait avec la même vitesse. Nos amortisseurs sociaux absorbent nos crises économiques en France, mais empêchent ou plutôt freinent le redémarrage. La crise de la pandémie du covid-19 est assez particulière, pas par sa mondialisation, mais par le fait que l’arrêt économique a été commandé par le confinement.

Avant la crise sanitaire, les États-Unis étaient un pays qui avait réussi à retrouver sa prospérité économique, avec même le plein emploi (3% de chômage dans certains États !), ce qui en faisait la fierté de Donald Trump dont la réélection devenait probable avec un tel bilan. Il insistait d’ailleurs sur le fait que cette prospérité était partagée, que ce n’étaient pas seulement les plus riches qui en avaient profité mais que toute une partie de la population souvent pauvre, parmi les minorités ethniques, en avait beaucoup bénéficié. Je ne sais pas si c’est exact, mais c’était le genre d’argument affiché.

Avec la crise sanitaire, cette prospérité s’est transformée en récession démente. Des dizaines de millions de personnes se sont retrouvées au chômage du jour au lendemain, et le confinement a accentué les inégalités sociales, du reste comme en France ou ailleurs. Des pans entiers de l’économie américaine se sont effondrés (exemple : les voitures de location). Et parallèlement, l’incapacité de Donald Trump à prendre la mesure de la gravité de la pandémie a fait que le bilan sanitaire est désastreux, avec (à ce jour) près de 110 000 décès dus au covid-19 et près de 2 millions de personnes contaminées (malgré les 18 millions de tests de dépistage), et les victimes sont souvent parmi les populations les moins aisées et les minorités ethniques (qui ont trois plus de chance d’en mourir).

Deux événements ont effectivement eu lieu cette même dernière semaine de mai 2020 qui marqueront sans doute l’histoire des États-Unis. Pas les États-Unis de Donald Trump, mais les États-Unis tout court.

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Le premier est un événement tragique qui a eu lieu le 25 mai 2020 dans la soirée, la mort de George Floyd, grand gaillard de 46 ans, à Minneapolis, tué lors de son interpellation par quatre policiers, dont un qui est resté le genou appuyé sur sa nuque, l’homme à terre, jusqu’à ce qu’il en soit mort.

 Je ne veux pas donner les noms de ces policiers qui ne méritent que les oubliettes du temps. Les quatre policiers ont été limogés. Le policier auteur de cet homicide a été arrêté le 29 mai 2020 pour deux chefs d’inculpation graves (meurtre de troisième degré et homicide volontaire coupable de deuxième degré). Ce policier aurait déjà été impliqué dans plusieurs plaintes à la suite d’interpellations "musclées", et son épouse, profondément choquée par cette mort, aurait demandé le divorce et serait solidaire de la famille de George Floyd.

George Floyd n’avait rien fait d’autre que payer des cigarettes avec un faux billet de 20 dollars, et rien n’indique à ce jour qu’il savait que ce billet était faux. Il avait un travail mais s’est retrouvé au chômage à cause du confinement. Selon les nombreux témoins et les caméras de surveillance, il s’était laissé arrêter et n’avait pas opposé de résistance. Pourquoi mourir ? Certains policiers peuvent vouloir jouer les gros bras. Surtout quand la peau est de couleur noire. Scène de racisme ? Probablement. Beaucoup de violences policières sont sur fond de racisme, mais il ne faut pas généraliser.

Hélas, ce n’était pas le premier homicide de ces circonstances, mais cette fois-ci, il a véritablement déclenché "quelque chose" de grave. De nombreux manifestants ont envahi des rues dans des dizaines de grandes villes, malgré la crise sanitaire, et chaque jour depuis cette mort. Ils demandent justice. La mémoire de George Floyd ne sera pas vaine, et les manifestants scandent : Je ne peux plus respirer. Car ce qui est choquant, et visible sur des films de smartphone, c’est que de nombreux passants avaient mis en garde le policier que George Floyd n’arrivait plus à respirer (il le disait lui-même) et il semble d’ailleurs que le policier soit resté sur lui pendant encore deux ou trois minutes après sa mort.

Beaucoup de manifestations dans beaucoup de villes américaines (dont Détroit, San Francisco, Los Angeles), ont dégénéré en émeutes, incendies, casses… Les gilets jaunes pourront comprendre à quel point la police française est "douce" par rapport à des actes insurrectionnels. Honte à Jean-Luc Mélenchon de mettre de l'huile sur le feu en faisant l’amalgame dans un tweet du 2 juin 2020 en s’en prenant à Christophe Castaner au sujet des manifestations à propos de la mort d’Adama Traoré (le 19 juillet 2016) : « La violence c’est vous et votre préfet qui la provoquez ! Ca suffit ! Le pays mérite mieux que votre jeu d’apprenti sorcier. Donald Trump n’est pas un modèle. ». Je dirais plutôt : cela suffit, Mélenchon, prenez vite votre retraite, 69 ans, il est largement temps !

Le plus impressionnant fut les manifestations près de la Maison-Blanche, à Washington, la nuit du 30 au 31 mai 2020, Donald Trump a dû se barricader plusieurs fois dans son bunker pour assurer sa sécurité physique. Le 1er juin 2020, Donald Trump est cependant apparu hors de son palais, allant à pied pas loin des manifestants jusqu’à l’église Saint-Jean avec une Bible à la main.

Ces émeutes, qui ont déjà provoqué la mort d’une quinzaine de personnes (dont une à Indianapolis le 30 mai 2020), ressemblent à celles de 1992 à Los Angeles (à l’époque, on avait filmé un fait-divers du même type avec un caméscope). Mais beaucoup disent que leur intensité se rapproche de celles qui ont eu lieu après l’annonce de l’assassinat de Martin Luther King il y a plus de cinquante-deux ans (pour dire, à mon sens de manière erronée, que rien n’a changé depuis ce temps-là).

Une situation aussi explosive est très inquiétante, surtout que l’épidémie dans le pays est loin d’être terminée (environ un millier de décès et une vingtaine de milliers de nouveaux cas de maladie chaque jour). Cela à quelques mois des élections présidentielles, et ce n’est pas le timide soutien de Joe Biden, l’adversaire du Président sortant, qui a de quoi rassurer une catégorie de la population particulièrement indignée et en colère (on a reproché à Joe Biden, qui se terrait depuis le début de la crise sanitaire, de ne pas être allé à Minneapolis).

Des manifestations calmes ont eu lieu également à l’étranger, notamment à Berlin, Londres, Paris, Bordeaux, Bruxelles, Dublin, Amsterdam, Manchester, Zurich, etc.

Une analyse simpliste pourrait laisser croire que ce serait la faute de Donald Trump. Évidemment, non, puisque le problème est très antérieur à son élection à la Maison-Blanche. Certes, Donald Trump a largement exprimé son soutien aux forces de l’ordre en général en disant qu’il les couvrirait éventuellement, ce qui pourrait être mal interprété… Et surtout, ses réactions face aux émeutes ont manqué de finesse et ont attisé le feu plutôt que l’éteindre, une sortie en disant que si cela continuait, il leur enverrait les chiens, une allusion à l’esclavage particulièrement mal venue ici, et dans son allocution du 1er juin 2020, il a menacé de déployer l’armée pour défendre l’ordre, ce qui n’était pas non plus un moyen d’apaiser la situation.

Et pourtant, il ne faut pas non plus oublier que dès la mort de George Floyd, c’est Donald Trump qui a saisi le directeur du FBI et qui lui a donné comme priorité de faire la lumière sur cette mort. Comme Barack Obama, Donald Trump a présenté ses condoléances à la famille de George Floyd. Le jeune maire démocrate de Minneapolis aussi soutient la famille de George Floyd et a licencié les quatre policiers, mais a été très ferme contre les émeutiers dans sa ville. Et du côté des manifestants, certains sont en colère contre les émeutiers car ils sont persuadés que les violences militent contre leur camp et que l’important serait d’aller demander la reconnaissance des droits à la Cour suprême. Beaucoup de policiers et de militaires ont été solidaires des manifestants en mémoire à George Floyd et ont posé un genou au sol en signe de solidarité.

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L’autre événement marquant est beaucoup plus heureux, puisqu’il s’agit d’une première mondiale, une entreprise privée, SpaceX (créée le 6 mai 2002 par Elon Musk), a réussi à envoyer dans l’Espace deux astronautes, Douglas G. Hurley (53 ans), commandant, et Robert L. Behnken (49 ans), tous les deux ayant déjà fait deux missions en navette spatiale.

Certes, c’était en partenariat avec la NASA avec de "substantielles" subventions publiques, mais c’est quand même une première commerciale. Rien n’empêcherait des mastodontes financiers comme Microsoft, Apple, FaceBook, Google, Amazon etc. de faire la même chose.

Le message publicitaire de SpaceX est clair : « The Commercial Crew Program represents a revolutionary approach to government and commercial collaborations for the advancement of space exploration. » [Le programme d’équipage commercial représente une approche révolutionnaire de partenariats public-privé dans le développement de l’exploration spatiale].

Initialement prévu le 27 mai 2020, le lancement de la fusée Falcon 9 a eu lieu le 30 mai 2020 à 21h22 (heure de Paris) et l’arrimage du Crew Dragon Demo 2 à la Station spatiale internationale (ISS) a eu lieu le lendemain, le 31 mai 2020 à 16h16 (heure de Paris).

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Paradoxalement, cette approche "privée" a redonné la souveraineté spatiale à la nation américaine qui, depuis près de neuf ans, devait passer par des fusées russes (Soyouz) pour envoyer des astronautes dans l’Espace. Historiquement, cela signifie en effet que depuis l’abandon des navettes spatiales (la dernière mission, STS-135, avec Atlantis, s’est achevée le 21 juillet 2011), les États-Unis retrouve un moyen de locomotion pour ses vols habités dans l’Espace. D’un point de vue commercial, ce n’est pas une perspective très réjouissante pour l’avenir d’Ariane Espace, avec l’arrivée de nouveaux concurrents pleins d’ambition (sans compter que la Chine se développe aussi à vive allure dans le domaine spatial).

Ces deux événements représentent bien cette diversité que sont les États-Unis, un pays très avancé technologiquement, avec des entrepreneurs impressionnants (et redoutables), et parallèlement, un petit goût d’arriéré, des policiers assez bourrins, fortement tentés par le racisme primaire, et se croyant protégés par un pays qui a du mal, comme du reste beaucoup de démocraties, à décliner les droits écrits en droits réels pour tous ses citoyens.

D’où l’importance du Président des États-Unis, quel qu’il soit, dont le rôle est justement de rassembler ces Amériques-là dans un sentiment patriotique très fort à l’esprit des citoyens américains. Donald Trump a ainsi un geste historique à faire, celui d’apaiser la situation et de redonner confiance à ceux qui, se sentant exclus du rêve américain, n’ont plus rien à perdre. Donald Trump sera-t-il le Hoover de 2020, ou son Roosevelt ?


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Sylvain Rakotoarison (02 juin 2020)
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Pour aller plus loin :
Deux faces des États-Unis : George Floyd et SpaceX.
Le dernier vol des navettes spatiales.
Kirk Douglas.
Alfred Hitchcock.
George Steiner.
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Le krach de 1929, de sinistre mémoire…
G7 à Biarritz : Emmanuel Macron consacré prince du multilatéralisme.
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Le Sommet du G7 à Biarritz du 24 au 26 août 2019.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Michael Jackson.
John Wayne.
Dwight Eisenhower.
La NASA.
Richard Nixon.
Jean-Michel Basquiat.
Noël 2018 à la télévision : surenchère de nunucheries américaines.
Noam Chomsky.
George HW Bush.
Rakenews : le râteau de Forest Trump.
La guerre commerciale trumpienne.
Tristes Trumpiques.
George Gershwin.
Leonard Bernstein.
Spiro Agnew.
Michael Dukakis.
Vanessa Marquez.
John MacCain.
Bob Dole.
Bob Kennedy.

_yartiUSA2020A04



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28 mars 2019 4 28 /03 /mars /2019 03:41

« Cette conjonction d’une immense institution militaire et d’une grande industrie de l’armement est nouvelle dans l’expérience américaine. Son influence [est] totale, économique, politique, spirituelle même (…). Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu’elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque d’une désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l’énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble. » (17 janvier 1961, à Washington).



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Lorsque l’ancien Président des États-Unis Dwight D. Eisenhower (Ike pour les intimes) est mort à Washington il y a cinquante ans, le 28 mars 1969, à l’âge de 78 ans (il est né le 14 octobre 1890 au Texas), son ancien Vice-Président Richard Nixon, qui, après un échec et une traversée du désert, est devenu entre-temps lui-même Président des États-Unis, a dû se dire qu’il n’était plus observé par le "maître".

On ne le sait pas vraiment, mais c’était en tout cas la sensation du Président français Georges Pompidou lorsque son propre mentor, le Général De Gaulle, est mort le 9 novembre 1970, un an et demi après son élection à l’Élysée ; au-delà de la peine naturelle, il se sentait un peu plus libre de ses mouvements, il ne se sentirait plus sous surveillance permanente du père, l’œil du commandeur, il volerait réellement de ses propres ailes. Les deux Présidents, français et américain, ont eu l’occasion d’échanger cet étrange sentiment mêlé de perte affective et de liberté politique qu’ils allaient partager jusqu’à la fin de leur propre Présidence, pour chacun, écourtée pour diverses raisons personnelles.

Est-ce à dire qu’il faudrait faire un parallèle entre Eisenhower et De Gaulle, et même, entre Nixon et Pompidou ? Pas sûr.

Certes, Eisenhower et De Gaulle furent deux généraux, tous les deux de la même génération (à cinq semaines près, ils avaient le même âge), qui montrèrent leur sens de l’État et de la victoire sous la Seconde Guerre mondiale. Certes, chacun de son côté, ils ont publié des articles entre les deux guerres pour promouvoir l’usage des chars d’assaut (Eisenhower en corédaction avec le futur général George Patton). Mais Eisenhower fut un "vrai" général, en ce sens qu’il a brillé pour des raisons militaires. Il ne faut pas renier évidemment la compétence militaire de De Gaulle pendant la guerre, mais son action exceptionnelle fut d’ordre avant tout politique, représenter la France libre, à l’extérieur comme à l’intérieur de la France. Et son grade de "général" était "à titre provisoire", si bien que des ministres de la guerre sous la Quatrième République auraient voulu régulariser la position et le grade de De Gaulle dans l’armée, mais ce dernier a toujours refusé en leur disant : la mort régularisera bien assez vite.

Quant à Nixon et Pompidou, là encore, les deux dauphins étaient très différents. Nixon était un pur animal politique, ambitieux et prêt à tout (l’histoire l’a marqué plus tard) pour atteindre ses objectifs. Pompidou, c’était le contraire, c’était plus comme Raymond Barre ou même Emmanuel Macron, venus en politique par des chemins professionnels détournés, et ces trois personnages cités (avec Pompidou) n’envisageaient probablement pas le destin qu’ils ont eu lorsqu’ils ont fini leurs études.

Revenons à Eisenhower. Il était une personnalité politique à part des États-Unis. Très respecté et populaire, il fut la gloire de nombreux Américains d’après-guerre.

Formé à West Point (il en sortit lieutenant en 1915), Eisenhower n’a pas réussi à partir combattre en Europe pendant la Première Guerre mondiale ; il est resté au pays à former les futures recrues, comme capitaine. Après la Première Guerre mondiale, il a "grimpé" rapidement, major en 1920, puis, après 1925, il fut remarqué et formé pour des postes de commandement malgré des idées jugées trop révolutionnaires (usage des chars), et fut affecté auprès des généraux John Persing et Douglas MacArthur. Après un bref passage à Paris (en 1929), il a rejoint le Ministère de la Guerre. Promu lieutenant-colonel en 1936, puis colonel en juin 1941, puis général en septembre 1941, Eisenhower fut nommé auprès du général George Marshall en février 1942, et fut nommé commandant en chef des forces américaines en Europe en juin 1942.

Ce fut à partir de 1942 qu’il a pris sa pleine mesure dans les opérations militaires en Europe et en Afrique du Nord : faisant preuve de beaucoup de diplomatie pour rendre cohérentes l’ensemble des troupes alliées, il commanda le débarquement en Afrique du Nord (novembre 1942), le débarquement en Sicile puis en Italie (1943) avant de superviser le débarquement en Normandie (en juin 1944). Ce fut sur l’insistance de De Gaulle que le général quatre étoiles Eisenhower a accepté que la 2e division blindée du général Leclerc libérât Paris en août 1944 (à l’origine, les Américains ne voulaient pas perdre du temps à Paris qu’ils voulaient contourner pour foncer vers l’Allemagne).

Pour ces opérations, Eisenhower a été choisi par le Président Franklin Roosevelt car il souhaitait garder à ses côtés le général George Marshall. Par ailleurs, en 1964, Eisenhower a déposé dans un cimetière américain en Normandie des documents d’archive dont il a accepté l’accès seulement à partir du 6 juin 2044, au centenaire du débarquement en Normandie. Pas sûr que je serai encore là pour en avoir l’information, mais j’y compte bien !

Les armées sous commandement d’Eisenhower arrivèrent jusqu’à Berlin en mai 1945, parallèlement aux armées soviétiques venant de l’Est, et ils ont obtenu la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie détruite sous un déluge de bombes. Avant même cette capitulation, Dwight Eisenhower fut promu "general of the army" (général cinq étoiles) le 20 décembre 1945 (il fut également créé compagnon de la Libération en juin 1945 par De Gaulle). Eisenhower fut en quelques sortes le Foch des Américains, en ce sens qu’il a dirigé l’ensemble des troupes interalliées jusqu’à la Victoire et qu’il l’a fait en ayant été capable de beaucoup de diplomatie pour coordonner des troupes de cultures très différentes.

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Eisenhower fut ensuite nommé gouvernement militaire de la zone américaine en Allemagne du 8 mai 1945 au 10 novembre 1945, puis chef d’état-major général des forces armées des États-Unis du 19 novembre 1945 au 5 février 1948, puis commandant en chef de l’OTAN en 1950, ainsi que commandant suprême des forces alliées en Europe du 2 avril 1951 au 30 mai 1952, basé à Paris puis à Louveciennes (le siège de l’OTAN fut déménagé à Bruxelles en 1967 après la décision de De Gaulle de retirer la France du commandement intégré). Par ailleurs, il fut aussi le président de la prestigieuse Université de Columbia du 7 juin 1948 au 19 janvier 1953.

Approché par le Président (démocrate) Harry Truman en 1948 pour être sur son "ticket" (comme Vice-Président) pour sa réélection, Eisenhower refusa (pour rester militaire), mais dès 1950, les responsables du Parti républicain l’ont convaincu de se présenter à l’élection présidentielle de 1948.

Eisenhower a eu quelques concurrents aux primaires républicaines, dont le général Douglas MacArthur. Lors de la Convention républicaine de Chicago en 1952, il a fallu deux tours à Eisenhower pour être désigné candidat. Au premier tour, il n’a eu que 595 délégués sur 1 206 (contre 500 au sénateur Robert Taft), et au second tour, 845 délégués. Le jeune sénateur de Californie Richard Nixon, très anticommuniste, fut choisi comme candidat à la Vice-Présidence.

Du côté démocrate, Harry Truman a renoncé à se présenter après des premières primaires décevantes, mais il pouvait se représenter car la limitation à deux mandats s’appliquait seulement à son successeur, après le vote du 22e amendement à la Constitution des États-Unis le 21 mars 1947 et sa ratification le 27 février 1951. Ce fut Adlai Stevenson, gouverneur de l’Illinois, son concurrent démocrate (Humbert Humphrey avait aussi participé à ces primaires démocrates de 1952).

La campagne pour Eisenhower fut très efficace, avec des slogans très porteurs : "We like Ike", "Ike is for us", "Ike and Dick, All-American Partners", etc. Sur le plan politique, Eisenhower s’en est pris à la politique de Truman contre la guerre de Corée et aux communistes à une époque où le sénateur Joseph MacCarthy dénonçait l’entrisme des communistes jusque dans l’armée américaine (bien qu’à l’origine démocrate, MacCarthy a soutenu Eisenhower et présidé la fameuse commission pour débusquer les communistes dans l’administration américaine, du 23 avril 1953 au 17 juin 1953, ce qui a conduit au départ de Charlie Chaplin). Le "ticket" Eisenhower/Nixon fut très complémentaire et efficace : à Eisenhower le discours sur l’avenir de la nation américaine, à Nixon les "basses œuvres", les attaques contre l’adversaire, les financements, etc. (Nixon fut même accusé d’enrichissement personnel mais l’affaire s’est arrêtée d’elle-même).

Ainsi, le général Dwight Eisenhower fut élu 34e Président des États-Unis le 4 novembre 1952 avec 55,2% des voix (et 83,2% des grands électeurs). C’était plutôt exceptionnel qu’un "jamais élu" fût élu à la Maison-Blanche (d’autres furent élus alors qu’ils étaient plutôt de la "société civile", comme Woodrow Wilson, voire Ronald Reagan, mais ils avaient déjà reçu des mandats de gouverneur ou de sénateur), même si le Président d’aujourd’hui, Donald Trump, est dans le même cas. C’était également exceptionnel que ce fût un militaire, même si au XIXe siècle, c’était moins exceptionnel. Malgré une crise cardiaque le 24 septembre 1955 d’Eisenhower, le même "ticket" Eisenhower/Nixon fut réélu le 6 novembre 1956 très largement, avec 57,4% des voix et 86,1% des grands électeurs. Le concurrent démocrate était toujours Adlai Stevenson et fut devancé par plus de 9 millions de voix (les Démocrates restèrent cependant majoritaires au Congrès). Dwight Eisenhower exerça donc les fonctions de Président des États-Unis du 20 janvier 1953 au 20 janvier 1961.

Durant sa Présidence, la diplomatie américaine fut très active : fin de la guerre de Corée (annoncée le 26 juillet 1953), détente dans les relations Est/Ouest après la mort de Staline et contacts avec les dirigeants soviétiques (visite officielle de Nikita Khrouchtchev aux États-Unis du 15 au 27 septembre 1959), mise en œuvre de la dissuasion nucléaire (notamment face à la Chine populaire, 16 mars 1955) et développement du nucléaire civil (discours devant l’ONU le 8 décembre 1953), condamnation de l’invasion de Suez par les Français, Britanniques et Israéliens, en raison d’une doctrine qui fut ensuite formulée le 5 janvier 1957 et qui visait à réduire au maximum la déstabilisation des pays arabes pour éviter l’expansion de l’influence communiste au Moyen-Orient.

Par ailleurs, voici quelques autres réalisations conséquentes de la Présidence Eisenhower : démarrage de la conquête spatiale (avec le lancement du premier satellite américain Explorer 1 le 31 janvier 1958 et la création de la NASA le 29 juillet 1958, en réaction au lancement de Spoutnik par les Soviétiques), grand programme de construction d’autoroutes (29 juin 1956), première loi sur les droits civiques (9 septembre 1957) et intégration de deux nouveaux États aux États-Unis (l’Alaska le 3 janvier 1959 et Hawaii le 21 août 1959).

Premier Président pour qui le 22e amendement de la Constitution fut appliqué, Dwight Eisenhower n’a pas pu se représenter pour un troisième mandat. Son Vice-Président Richard Nixon tenta de lui succéder mais il fut battu de justesse par John Fitzgerald Kennedy le 8 novembre 1960 en ne recueillant que 49,55% des voix et 40,8% des grands électeurs (contre JFK, 49,72% des voix et 56,4% des grands électeurs).

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Eisenhower a soutenu Richard Nixon lors des élections présidentielles du 5 novembre 1968 au cours desquelles Nixon fut élu avec 43,42% des voix (56,0% des grands électeurs) contre Hubert Humphrey, 42,72% des voix (35,5% des grands électeurs). Ike est mort deux mois après la prise de fonction de Nixon. Les deux hommes étaient liés également familialement par le mariage du petit-fils de Dwight Eisenhower, David, avec Julie, la fille de Richard Nixon (rappelons aussi que Ike s’appelait complètement Dwight David Eisenhower).

Je termine sur le dernier discours que le Président Eisenhower a prononcé en forme d’adieu aux citoyens américains, dans une allocution télévisée d’un quart d’heure (texte intégral lisible ici), le soir du 17 janvier 1961 avant de quitter la Maison-Blanche.

Après avoir évoqué les guerres qui ont éclaté dans le monde au XXe siècle, Eisenhower a donné un sens à la domination internationale des États-Unis : « En dépit de ces holocaustes, l’Amérique est aujourd’hui la nation la plus forte, la plus influente et la plus productive au monde. S’il est compréhensible que nous soyons fiers de cette prééminence, nous nous rendons pourtant compte que la première place et le prestige des USA ne dépendent pas simplement de notre progrès matériel inégalé, de notre richesse et de notre force militaire, mais aussi de la façon dont nous employons notre puissance dans l’intérêt de la paix dans le monde et de l’amélioration de la condition humaine. ». La traduction du discours provient de Pascal Delamaire.

Cette ambition était presque arrogante, du moins prétentieuse et sûrement pompeuse, même si, justement, Eisenhower mettait en garde contre l’arrogance : « Nos buts premiers ont été de préserver la paix, de stimuler les progrès de la réalisation humaine et de faire grandir la liberté, la dignité et l’intégrité parmi les peuples et les nations. Ne pas s’efforcer d’en faire autant serait indigne d’un peuple libre et religieux. Tout manquement dû à l’arrogance, au manque de compréhension ou de promptitude au sacrifice nous infligerait d’ailleurs un grave préjudice moral, ici comme à l’étranger. ». Paroles qui ont un goût prémonitoire.

Eisenhower mettait en garde aussi contre l’ennemi extérieur (le communisme) : « Nous faisons ici face à une idéologie globale hostile, athée dans son caractère, impitoyable dans ses buts et insidieux dans ses méthodes. Malheureusement, le danger qu’elle présente promet de durer longtemps. ».

Voici ce qu’il disait de la recherche scientifique : « Dans cette révolution, la recherche est devenue centrale, elle est également plus formalisée, plus complexe, et coûteuse. (…) Aujourd’hui, l’inventeur solitaire, bricolant au fond de sa boutique, a été dépassé par des troupes de choc formées de scientifiques dans les laboratoires et des centres d’essai. De la même manière, l’université libre, historiquement source d’idées et de découvertes scientifiques nées dans la liberté, a vécu une révolution dans la conduite de la recherche. En bonne partie à cause des coûts énormes impliqués, obtenir un contrat avec le gouvernement devient quasiment un substitut à la curiosité intellectuelle. Pour chaque vieux tableau noir, il y a maintenant des centaines d’ordinateurs. ».

Note en passant : ce qu’Eisenhower a dit était vrai pour les grands programmes scientifiques (spatiaux, nucléaires, etc.) mais pas forcément dans l’informatique où, au contraire, le mythe du petit génie dans son garage a prospéré (Apple, Microsoft, Google, FaceBook, etc.).

Il a cité trois menaces, ce qui a rendu très célèbre son discours par l’expression de la première menace qui est celle du complexe militaro-industriel (lire la citation du début d’article).

La deuxième menace que le futur ancien Président pressentait, c’était celle-ci : « Nous devons également être attentif à un danger à la fois aussi grave et opposé, à savoir que l’ordre public puisse devenir captif d’une élite scientifique et technologique. C’est la tâche de l’homme d’État que de mouler, équilibrer, intégrer toutes ces forces, anciennes et nouvelles, aux principes de notre système démocratique. ».

Enfin, la troisième menace paraît aujourd’hui, presque soixante-dix ans plus tard, teintée d’une très grande clairvoyance si l’on songe au réchauffement climatique (mais probablement qu’il songeait à d’autres sources d’inquiétude, et en premier lieu, à l’endettement public) : « Nous devons (…) éviter la tentation de vivre seulement pour le jour qui vient, pillant pour notre propre aisance et à notre convenance les précieuses ressources de demain. Nous ne pouvons pas hypothéquer les actifs de nos petits-enfants sans risquer de dilapider également leur héritage politique et spirituel. Nous voulons que la démocratie survive pour les générations qui viennent, pas pour devenir le fantôme insolvable de demain. ».

Lorsqu’on lit ce qui fut finalement le testament politique du général Eisenhower, on s’aperçoit que le peuple américain a eu beaucoup de chance de l’avoir hissé à sa tête (et le monde également, par effet indirect). Quand on voit aussi la qualité de la classe politique américaine actuelle, il peut être justifié d’avoir cet air nostalgique de passéiste avec cette réflexion bateau : avant-c’était-mieux. Il faut cependant dire aussi qu’il n’y a jamais eu de personnes exceptionnelles en dehors de circonstances exceptionnelles…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Allocution télévisée du Président Dwight Eisenhower le 17 janvier 1961 à Washington (texte intégral).
Dwight Eisenhower.
La NASA.
Richard Nixon.
Jean-Michel Basquiat.
Noël 2018 à la télévision : surenchère de nunucheries américaines.
Noam Chomsky.
George HW Bush, seigneur républicain des États-Unis.
Les tweets moqueurs des Finlandais.
Rakenews : le râteau de Forest Trump.
La guerre commerciale trumpienne.
Tristes Trumpiques.
George Gershwin.
Leonard Bernstein.
Spiro Agnew.
Michael Dukakis.
Vanessa Marquez.
John MacCain.
Bob Dole.
George HW Bush a 94 ans.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190328-dwight-eisenhower.html

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/dwight-eisenhower-le-foch-des-213833

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/03/18/37188839.html





 

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25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 21:35

(verbatim)


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190328-dwight-eisenhower.html


Eisenhower's farewell address

Good evening, my fellow Americans.

First, I should like to express my gratitude to the radio and television networks for the opportunities they have given me, over the years, to bring reports and messages to our nation.

My special thanks go to them for the opportunity of addressing you this evening.

Three days from now, after half a century in the service of our country, I shall lay down the responsibilities of office as, in traditional and solemn ceremony, the authority of the Presidency is vested in my successor.

This evening I come to you with a message of leave-taking and farewell, and to share a few final thoughts with you, my countrymen.

Like every other citizen, I wish the new President, and all who will labor with him, Godspeed. I pray that the coming years will be blessed with peace and prosperity for all.

Our people expect their President and the Congress to find essential agreement on issues of great moment, the wise resolution of which will better shape the future of the Nation.

My own relations with the Congress, which began on a remote and tenuous basis when, long ago, a member of the Senate appointed me to West Point, have since ranged to the intimate during the war and immediate post-war period, and, finally, to the mutually interdependent during these past eight years.

In this final relationship, the Congress and the Administration have, on most vital issues, cooperated well, to serve the Nation good rather than mere partisanship, and so have assured that the business of the Nation should go forward. So, my official relationship with the Congress ends in a feeling, on my part, of gratitude that we have been able to do so much together.

We now stand ten years past the midpoint of a century that has witnessed four major wars among great nations. Three of these involved our own country. Despite these holocausts America is today the strongest, the most influential and most productive nation in the world. Understandably proud of this pre-eminence, we yet realize that America's leadership and prestige depend, not merely upon our unmatched material progress, riches and military strength, but on how we use our power in the interests of world peace and human betterment.

Throughout America's adventure in free government, our basic purposes have been to keep the peace; to foster progress in human achievement, and to enhance liberty, dignity and integrity among peoples and among nations. To strive for less would be unworthy of a free and religious people. Any failure traceable to arrogance, or our lack of comprehension or readiness to sacrifice would inflict upon us grievous hurt both at home and abroad.

Progress toward these noble goals is persistently threatened by the conflict now engulfing the world. It commands our whole attention, absorbs our very beings. We face a hostile ideology—global in scope, atheistic in character, ruthless in purpose, and insidious in method. Unhappily the danger it poses promises to be of indefinite duration. To meet it successfully, there is called for, not so much the emotional and transitory sacrifices of crisis, but rather those which enable us to carry forward steadily, surely, and without complaint the burdens of a prolonged and complex struggle—with liberty the stake. Only thus shall we remain, despite every provocation, on our charted course toward permanent peace and human betterment.

Crises there will continue to be. In meeting them, whether foreign or domestic, great or small, there is a recurring temptation to feel that some spectacular and costly action could become the miraculous solution to all current difficulties. A huge increase in newer elements of our defenses; development of unrealistic programs to cure every ill in agriculture; a dramatic expansion in basic and applied research—these and many other possibilities, each possibly promising in itself, may be suggested as the only way to the road we wish to travel.

But each proposal must be weighed in the light of a broader consideration: The need to maintain balance in and among national programs—balance between the private and the public economy, balance between the cost and hoped for advantages—balance between the clearly necessary and the comfortably desirable; balance between our essential requirements as a nation and the duties imposed by the nation upon the individual; balance between actions of the moment and the national welfare of the future. Good judgment seeks balance and progress; lack of it eventually finds imbalance and frustration.

The record of many decades stands as proof that our people and their government have, in the main, understood these truths and have responded to them well, in the face of threat and stress. But threats, new in kind or degree, constantly arise. Of these, I mention two only.

A vital element in keeping the peace is our military establishment. Our arms must be mighty, ready for instant action, so that no potential aggressor may be tempted to risk his own destruction.

Our military organization today bears little relation to that known of any of my predecessors in peacetime, or indeed by the fighting men of World War II or Korea.

Until the latest of our world conflicts, the United States had no armaments industry. American makers of plowshares could, with time and as required, make swords as well. But now we can no longer risk emergency improvisation of national defense; we have been compelled to create a permanent armaments industry of vast proportions. Added to this, three and a half million men and women are directly engaged in the defense establishment. We annually spend on military security alone more than the net income of all United States corporations.

Now, this conjunction of an immense military establishment and a large arms industry is new in the American experience. The total influence—economic, political, even spiritual—is felt in every city, every State house, every office of the Federal government. We recognize the imperative need for this development. Yet we must not fail to comprehend its grave implications. Our toil, resources and livelihood are all involved; so is the very structure of our society.

In the councils of government, we must guard against the acquisition of unwarranted influence, whether sought or unsought, by the military-industrial complex. The potential for the disastrous rise of misplaced power exists and will persist.

We must never let the weight of this combination endanger our liberties or democratic processes. We should take nothing for granted. Only an alert and knowledgeable citizenry can compel the proper meshing of the huge industrial and military machinery of defense with our peaceful methods and goals, so that security and liberty may prosper together.

Akin to, and largely responsible for the sweeping changes in our industrial-military posture, has been the technological revolution during recent decades.

In this revolution, research has become central; it also becomes more formalized, complex, and costly. A steadily increasing share is conducted for, by, or at the direction of, the Federal government.

Today, the solitary inventor, tinkering in his shop, has been overshadowed by task forces of scientists in laboratories and testing fields. In the same fashion, the free university, historically the fountainhead of free ideas and scientific discovery, has experienced a revolution in the conduct of research. Partly because of the huge costs involved, a government contract becomes virtually a substitute for intellectual curiosity. For every old blackboard there are now hundreds of new electronic computers.

The prospect of domination of the nation's scholars by Federal employment, project allocations, and the power of money is ever present—and is gravely to be regarded. Yet, in holding scientific research and discovery in respect, as we should, we must also be alert to the equal and opposite danger that public policy could itself become the captive of a scientific-technological elite.

It is the task of statesmanship to mold, to balance, and to integrate these and other forces, new and old, within the principles of our democratic system—ever aiming toward the supreme goals of our free society.

Another factor in maintaining balance involves the element of time. As we peer into society's future, we—you and I, and our government—must avoid the impulse to live only for today, plundering, for our own ease and convenience, the precious resources of tomorrow. We cannot mortgage the material assets of our grandchildren without risking the loss also of their political and spiritual heritage. We want democracy to survive for all generations to come, not to become the insolvent phantom of tomorrow.

During the long lane of the history yet to be written America knows that this world of ours, ever growing smaller, must avoid becoming a community of dreadful fear and hate, and be, instead, a proud confederation of mutual trust and respect.

Such a confederation must be one of equals. The weakest must come to the conference table with the same confidence as do we, protected as we are by our moral, economic, and military strength. That table, though scarred by many past frustrations, cannot be abandoned for the certain agony of the battlefield.

Disarmament, with mutual honor and confidence, is a continuing imperative. Together we must learn how to compose differences, not with arms, but with intellect and decent purpose. Because this need is so sharp and apparent I confess that I lay down my official responsibilities in this field with a definite sense of disappointment. As one who has witnessed the horror and the lingering sadness of war—as one who knows that another war could utterly destroy this civilization which has been so slowly and painfully built over thousands of years—I wish I could say tonight that a lasting peace is in sight.

Happily, I can say that war has been avoided. Steady progress toward our ultimate goal has been made. But, so much remains to be done. As a private citizen, I shall never cease to do what little I can to help the world advance along that road.

So—in this my last good night to you as your President—I thank you for the many opportunities you have given me for public service in war and peace. I trust that in that service you find some things worthy; as for the rest of it, I know you will find ways to improve performance in the future.

You and I—my fellow citizens—need to be strong in our faith that all nations, under God, will reach the goal of peace with justice. May we be ever unswerving in devotion to principle, confident but humble with power, diligent in pursuit of the Nation's great goals.

To all the peoples of the world, I once more give expression to America's prayerful and continuing aspiration:

We pray that peoples of all faiths, all races, all nations, may have their great human needs satisfied; that those now denied opportunity shall come to enjoy it to the full; that all who yearn for freedom may experience its spiritual blessings; those who have freedom will understand, also, its heavy responsibility; that all who are insensitive to the needs of others will learn charity; that the scourges of poverty, disease and ignorance will be made to disappear from the earth, and that, in the goodness of time, all peoples will come to live together in a peace guaranteed by the binding force of mutual respect and love.

Now, on Friday noon I am to become a private citizen. I am proud to do so. I look forward to it.

Thank you, and good night.

Dwight Eisenhower, le 17 janvier 1961 à la Maison-Blanche, à Washington.


Source : Wikisource.org

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-19610117-discours-eisenhower.html

 

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19 janvier 2019 6 19 /01 /janvier /2019 03:34

« Ambition : une bulle de savon qui voudrait être un peu plus grosse au moment qu’elle crèvera. » (Jean Rostand, 1959).


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Il y a cinquante ans, le 20 janvier 1969 à Washington, le trente-septième Président des États-Unis fut investi à la Maison-Blanche pour succéder à Lyndon B. Johnson. Richard Nixon, qui venait d’avoir 56 ans, accéda enfin à la dernière marche du pouvoir de la première puissance mondiale. La situation faisait que c’était loin d’être une promenade de détente : la guerre froide, la guerre du Vietnam, et le premier choc pétrolier faisaient de gouverner les États-Unis une tâche plus que difficile.

Richard Nixon a maintenant sa ligne dans les histoires pour… la manière dont il a quitté le pouvoir. Il fut le premier, dans l’époque récente, à avoir dû démissionner au cours de son mandat. Il fut aussi le premier à avoir combattu et gagné aux élections présidentielles après un premier échec. En général, les Américains n’aiment pas beaucoup les "losers" et le candidat rejeté par l’électorat a rarement une seconde chose, en fait, il ne l’avait jamais sauf dans le cas de Nixon (et d’Adlai Stevenson, mais lui n’a jamais gagné). C’est le contraire de la France où deux Président de la République ont été élus à la troisième tentative, après deux échecs électoraux (François Mitterrand et Jacques Chirac).

Né le 9 janvier 1913 en Californie, après des études de droit, Richard Nixon s’installa comme avocat en 1937 au sein d’un cabinet californien (après avoir voulu travailler pour le FBI). Après son mariage, il s’installa à Washington et s’engagea dans la marine après l’entrée en guerre des États-Unis, d’août 1942 à décembre 1945.

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De retour de l’armée (il en sortit l’équivalent de capitaine de corvette), il fut appelé par les républicains californiens pour se présenter contre le représentant (député) démocrate sortant. Il accepta, se réinstalla en Californie et fut élu représentant (député) le 5 novembre 1946 avec 56,0% des voix. Il fut largement réélu le 2 novembre 1948 avec 87,8% des voix.

Très ambitieux, Richard Nixon s’attaqua au Sénat aux élections suivantes. Il fut élu sénateur de Californie le 7 novembre 1950 avec 59,2% en discréditant (injustement) sa concurrente démocrate Helen Gahagan Douglas (seulement 40,8%) qu’il avait accusé d’être communiste. Nixon reçut à cette occasion le surnom de "Tricky Dick" (Richard la crapule).

Pour les élections présidentielles de 1952, le Président démocrate sortant Harry Truman fut discrédité dès le début des primaires démocrates et renonça le 28 mars 1952 à se présenter une seconde fois. Adlai Stevenson (gouverneur de l’Illinois) fut finalement choisi par le camp démocrate. Harry Truman avait proposé au général Dwight Eisenhower d’être le candidat des démocrates mais ce dernier a choisi de rentrer dans la compétition du côté républicain. Eisenhower a obtenu 26,3% des voix aux primaires républicaines, ce fut moins que son principal concurrent, Robert Taft (sénateur de l’Ohio) qui avait 35,8% (le général Douglas MacArthur a aussi concouru, avec seulement 0,5% des voix), mais à la convention républicaine à Chicago du 7 au 11 juillet 1952, au second tour, Eisenhower gagna l’investiture républicaine avec 845 délégués contre 280 à Robert Taft, sur 1 206. Richard Nixon fut alors choisi comme candidat Vice-Président parce qu’il était jeune (39 ans), parce qu’il représentait un État très puissant (la Californie) et parce que ses prises de position étaient dans le cadre d’un combat farouchement anticommuniste.

La campagne se fit avec cette distribution des rôles : à Eisenhower le fond, à Nixon les basses œuvres, la déstabilisation du camp d’en face. Nixon fut contesté dès le début de la campagne pour son financement vaguement occulte au point qu’Eisenhower était prêt à se séparer de lui, mais le 23 septembre 1952, Nixon retourna la situation en sa faveur en se défendant publiquement et reçut de très nombreux soutiens. Nixon était un animal politique.

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Sur le thème de la fin de la guerre de Corée, le "ticket" appelé "Ike and Dick" gagna les élections présidentielles du 4 novembre 1952 avec 55,2% des voix (remportant 39 États). Le même ticket fut réélu aux élections du 6 novembre 1956 avec 57,4% (remportant 41 États).

Ainsi, Richard Nixon fut bombardé Vice-Président des États-Unis du 20 janvier 1953 au 20 janvier 1961. Cependant, le second mandat de Vice-Président n’était pas prédestiné car ses attaques excessives contre les démocrates ont fait qu’aux premières élections intermédiaires, le 2 novembre 1954, les républicains ont perdu la majorité dans les deux assemblées du Congrès, un discrédit total qui a fait douter Nixon de son avenir politique.

Pourtant, son avenir politique était là, tout tracé, bien préparé grâce à Eisenhower qui l’encouragea à s’impliquer dans la politique présidentielle : Nixon fit plusieurs voyages internationaux (Asie du Sud-Est, Afrique, Amérique du Sud, Canada, Union Soviétique, etc.) et s’occupa aussi des problèmes intérieurs, de telle manière qu’il était un véritable Président bis et qu’il a acquis rapidement une stature présidentielle. Très contesté par des étudiants à Lima et à Caracas, au printemps 1957, Nixon fut félicité pour son courage à se présenter physiquement devant ces contestataires violents.

Pour la succession d’Eisenhower, il était donc très logique que Richard Nixon fût candidat aux primaires républicaines de 1960. Son principal concurrent était le gouverneur de New York, Nelson Rockefeller (qui fut plus tard le Vice-Président de Gerald Ford), leader des libéraux au sein du Parti républicain, mais ce dernier renonça quand il s’est aperçu de la grande popularité de Nixon au sein de l’électorat républicain.

Richard Nixon fut investi sans difficulté candidat à la convention républicaine à Chicago du 25 au 28 juillet 1960. Ayant recueilli 86,6% des voix dans les primaires, il fut désigné par 1 321 délégués, seuls 10 autres s’étaient portés en faveur de Barry Goldwater qui avait renoncé à la candidature à la convention (et n’avait pas participé aux primaires). Nixon a choisi, comme candidat Vice-Président, l’ambassadeur des États-Unis aux Nations Unies, Henry Cabot Lodge (ancien sénateur du Massachusetts), après avoir imaginé de prendre, entre autres, Nelson Rockefeller, mais aussi Prescott Bush, sénateur du Connecticut et père de George HW Bush, ainsi que Gerald Ford, représentant (député) du Michigan.

De leurs côtés, les démocrates ont investi, de manière inattendue au début des primaires, le jeune sénateur catholique du Massachusetts de 43 ans, John F. Kennedy avec pour colistier Lyndon B. Johnson, le leader de la majorité démocrate au Sénat, très influent dans les États du Sud. Nixon, avec ses 47 ans, n’avait plus l’avantage de la jeunesse ; en revanche, il avait l’avantage d’une solide expérience d’homme d’État avec ses huit années de Vice-Présidence très active aux États-Unis et à l’extérieur.

La logique aurait sans doute voulu l’élection de Nixon (qui est parti avec une légère avance dans les sondages) mais une campagne sert à ceci, à révéler les personnes. Or, John Kennedy, très charismatique, avait un réel talent pour séduire les foules. Par ailleurs, ce fut la première campagne électorale où la télévision a pris un poids déterminant parmi les outils de propagande.

Quatre débats télévisés ont eu lieu entre les deux candidats. Dès le premier duel, le 26 septembre 1960 à Chicago, Nixon est apparu fatigué et mal rasé (c’était le soir) face à un candidat frais et dynamique. Pourtant, ceux qui avaient écouté le débat à la radio l’ont trouvé bon, mais ceux qui avaient regardé le débat à la télévision ont donné leur légère préférence à Kennedy. Le premier débat fut le plus suivi, par 66,4 millions d’Américains (dans les sondages, à la radio, 49% ont dit que Nixon avait gagné et 21% Kennedy, et à la télévision, 30% ont dit que Kennedy avait gagné et 29% Nixon).

Sur le fond, Kennedy a matraqué sur le thème de la domination de l’Union Soviétique dans la course aux armements et du retard des États-Unis dans la possession de missiles balistiques de croisière. Ce thème, qui faisait vibrer la fibre patriotique des Américains, fut très porteur et Kennedy a promis une augmentation sensible du budget de la défense.

Le 8 novembre 1960, seulement 112 827 voix (sur 68 832 432 votants) séparèrent les deux candidats : John Kennedy remporta l’élection avec 49,72% des voix (gagnant 22 États et 303 grands électeurs sur 537) contre 49,55% à Richard Nixon (26 États et 219 grands électeurs).

Très déçu par cette défaite et refusant de contester les résultats litigieux dans le Texas et l’Illinois (favorables à Kennedy et certains ont émis le doute que la mafia aurait pu influencer le vote dans l’Illinois), Nixon retourna en Californie comme avocat et a écrit un livre de souvenirs qui s’est bien vendu.

Poussé par les républicains de Californie, Nixon se présenta sans succès au poste de gouverneur de Californie le 6 novembre 1962, il fut battu avec 46,9% des voix contre 51,9% en faveur du gouverneur démocrate sortant Pat Brown, avec une plus grande différence, en nombre de voix, qu’aux élections présidentielles de 1960 !

Cette seconde défaite électorale fut considérée comme son enterrement politique par les médias. Nixon s’installa à New York, comme avocat, et fit une tournée européenne en 1963 pour tenir des conférences et rencontrer les dirigeants européens.

Renonçant à se porter candidat aux élections présidentielles du 3 novembre 1964, Nixon a soutenu loyalement le candidat investi par les républicains, Barry Goldwater, qui fit un score catastrophique, seulement 38,5% des voix (6 États et 52 grands électeurs) contre 61,1% (44 États et 486 grands électeurs) en faveur du Président démocrate sortant, Lyndon B. Johnson, qui avait succédé à John Kennedy après l’assassinat de ce dernier, le 22 novembre 1963.

Cette victoire présidentielle des démocrates fut renforcée par un raz-de-marée démocrate tant au Congrès que pour les postes de gouverneur. Peu discrédité par cette défaite historique des républicains, Nixon contribua à leur remontée aux élections intermédiaires du 8 novembre 1966.

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Tout conforta l’idée que Nixon pourrait gagner les élections présidentielles en 1968. La guerre du Vietnam divisait profondément le camp démocrate (deux candidats aux primaires démocrates Eugene MacCarthy et George MacGovern étaient pacifistes). Contesté dans son propre camp, le Président sortant Lyndon Johnson a renoncé à se présenter le 31 mars 1968. Quelques jours plus tôt, le 16 mars 1968, Bob Kennedy annonça sa candidature. La victoire aux primaires démocrates en Californie fut déterminante pour Bob Kennedy mais il fut assassiné quelques heures plus tard, le 5 juin 1968. Entré dans la compétition le 27 avril 1968, ce fut finalement le Vice-Président sortant Hubert Humphrey qui fut choisi par les démocrates.

Du côté républicain, Nixon fut considéré le candidat le plus crédible avec également le gouverneur du Michigan, George W. Romney (père de Mitt Romney, candidat des républicains aux élections présidentielles de 2012). George Romney était contre la guerre du Vietnam mais ses maladresses l’ont dissuadé de poursuivre la course présidentielle dont il se retira le 28 février 1968. Les deux autres concurrents internes de Nixon furent Nelson Rockefeller, gouverneur de New York, et Ronald Reagan, gouverneur de Californie, élu largement à la tête de la Californie le 8 janvier 1966 avec 57,5% contre 42,3% en faveur gouverneur sortant Pat Brown, élection que Nixon avait perdue quatre ans auparavant.

Nixon remporta aux primaires républicaines la grande majorité des États, cumulant 37,5% des voix et 692 délégués sur 1 333, contre Ronald Reagan, qui, lui, remporta notamment l’État de Californie, et 182 délégués (il était même légèrement en avance en votes populaires, avec 37,9% car la Californie est un État très peuplé), et Nelson Rockefeller, avec 277 délégués et 3,7% des voix. À la convention républicaine à Miami Beach, du 5 au 8 août 1968, Richard Nixon fut sans difficulté désigné candidat et Spiro Agnew (dont j’évoquerai plus tard le parcours) compléta le "ticket" républicain comme candidat à la Vice-Présidence (face à George Romney, également candidat à la candidature pour faire partie du "ticket").

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Toute la campagne de Richard Nixon, favori des sondages, porta sur la loi et l’ordre ("law and order"). La présence d’un troisième candidat (indépendant) George Wallace (gouverneur de l’Alabama), favorable à la ségrégation ethnique, risquait de bouleverser les prévisions, candidat très conservateur capable de mordre sur l’électorat républicain dans les États du Sud mais aussi sur l’électorat démocrate ouvrier dans les États du Nord. Finalement, le 5 novembre 1968, Nixon fut élu avec 43,4% des voix et 301 grands électeurs sur 570 (remportant 32 États) contre 42,7% à son adversaire démocrate Hubert Humphrey (191 grands électeurs et 13 États) et 13,5% à George Wallace (46 grands électeurs et 5 États). Humphrey avait pourtant été aidé par le Président Lyndon Johnson qui avait annoncé l’arrêt des bombardements au Vietnam le 31 octobre 1968, quelques jours avant le scrutin, favorisant une remontée du candidat démocrate dans les sondages.

Le 20 janvier 1969, il y a donc cinquante ans, Richard Nixon prêta serment pour devenir le nouveau Président des États-Unis. Je propose son bilan présidentiel dans un prochain article.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 janvier 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Richard Nixon.
Jean-Michel Basquiat.
Noël 2018 à la télévision : surenchère de nunucheries américaines.
Noam Chomsky.
George HW Bush, seigneur républicain des États-Unis.
Les tweets moqueurs des Finlandais.
Rakenews : le râteau de Forest Trump.
La guerre commerciale trumpienne.
Tristes Trumpiques.
George Gershwin.
Leonard Bernstein.
Spiro Agnew.
Michael Dukakis.
Vanessa Marquez.
John MacCain.
Bob Dole.
George HW Bush a 94 ans.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190120-nixon.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/richard-nixon-1-la-volonte-au-211790

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/01/11/37010132.html





 

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1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 04:32

« L’homme est un être raisonnable, mais les hommes le sont-ils ? » (Raymond Aron, 1961).



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Il n’aura pas attendu très longtemps pour suivre son épouse Barbara. L’ancien Président des États-Unis George Herbert Walker Bush est mort ce vendredi 30 novembre 2018 dans le Maine, à l’âge de 94 ans. S’il a fini sa vie diminué par son état de santé, il se donnait généralement une image sportive, et à son 90e anniversaire, il sautait encore en parachute. À cette date, il a été l’ancien Président américain survivant qui a été le plus âgé de l’histoire. Jimmy Carter, à peine quatre mois plus jeune, est aujourd’hui le doyen de ce petit club très fermé des anciens Présidents des États-Unis.

D’abord industriel dans le pétrole, si George H. W. Bush a commencé sa vie politique par un mandat électoral (représentant, équivalent de député, élu au Texas, du 3 janvier 1967 au 3 janvier 1971), il a surtout pris de l’importance au niveau national par ses responsabilités et compétences en géopolitique : nommé, par le Président Richard Nixon, ambassadeur des États-Unis à l’ONU du 1er mars 1971 au 18 janvier 1972, il fut le très stratégique directeur de la CIA du 30 janvier 1976 au 20 janvier 1977, nommé par le Président Gerald Ford juste après le scandale du Watergate. Le père de George H. W. Bush, Prescott Bush (1895-1972), qui a fait fortune dans le secteur bancaire, était l’un des "parrains" politiques de Richard Nixon. Chez les Bush, la politique était une affaire de famille depuis plusieurs générations.

Lors des élections présidentielles de 1980, George H. W. Bush fut candidat aux primaires républicaines, sans succès. Le candidat investi, ancien gouverneur de Californie (et ancien acteur de cinéma), Ronald Reagan, avait envisagé de prendre Gerald Ford sur son "ticket" pour la Vice-Présidence, ce qui aurait été étonnant de la part d’un ancien Président, le seul à n’avoir pas été élu. Finalement, George H. W. Bush fut choisi et élu deux fois Vice-Président des États-Unis du 20 janvier 1981 au 20 janvier 1989.

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Mais ce qu’on retiendra de George H. W. Bush, c’est bien sûr son élection à la Maison-Blanche le 8 novembre 1988 face à Michael Dukakis (le candidat démocrate) et son action comme "maître du monde" du 20 janvier 1989 au 20 janvier 1993.

Une période où le monde a particulièrement bougé : fin de la guerre froide avec la fin de la course aux armes nucléaires (et même une démilitarisation nucléaire de l’Europe), chute du mur de Berlin et dissolution de l’Union Soviétique (sans effusion de sang). Les bouleversements en Europe, libération politique, démocratisation et libéralisation de l’économie, ont cependant eu des effets négatifs avec la guerre civile en ex-Yougoslavie. Bush Sr a également agi pour renverser le trafiquant de drogue Manuel Noriega de la tête du Panama et pour conclure un accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique (ALENA). Mais la "grande affaire" de politique extérieure de George H. W. Bush, ce fut la (première) guerre du Golfe, une réponse à l’annexion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein. Cette période a aussi connu la libération de Nelson Mandela et les négociations pour la future fin de l’apartheid et le partage du pouvoir en Afrique du Sud.

Malgré un succès certain dans ses initiatives diplomatiques, George H. W. Bush a été battu pour sa réélection le 3 novembre 1992 par un jeune gouverneur peu connu d’un État de l’Amérique profonde, Bill Clinton. La raison ? Ce que Donald Trump sait très bien : les élections aux États-Unis se gagnent toujours sur des enjeux de politique intérieure et jamais sur des enjeux internationaux.

Or, entre 1989 et 1993, la situation économique des États-Unis était fragile avec près de 8% de chômage en 1992 (un record depuis une dizaine d’années). Après la Présidence de Ronald Reagan qui a réduit massivement les impôts tout en investissant dans la course aux armements face à l’URSS, le déficit du budget fut colossal et pour le réduire, George H. W. Bush voulait réduire la dépense publique, ce qu’il n’a pas pu faire à cause d’un Congrès à majorité démocrate. Résultat, il a dû augmenter les impôts alors qu’il avait fait campagne en 1988 sur le refus de toute augmentation de la pression fiscale. Par ailleurs, le nombre de crimes a beaucoup augmenté sous sa Présidence (+20% !), des émeutes ont eu lieu à Los Angeles, et le Président n’a apporté aucune solution pour réduire cette insécurité.

On pourra toujours donner comme explication de l’échec électoral de George H. W. Busj la présence d’un troisième candidat, le milliardaire Ross Perot, qui lui a pris beaucoup d’électeurs. C’est le même problème que celui de Lionel Jospin en 2002 qui rendait responsable de son échec présidentiel les candidatures de Christiane Taubira, Jean-Pierre Chevènement, etc. La réalité, c’est que malgré cette configuration délicate où l’offre politique peut être plus importante, si celui qui est au pouvoir est populaire et fait adhérer la population à son action, il sera forcément réélu (et même, aura su éviter les candidatures "dissidentes").

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C’est justement l’objectif de l’actuel Président des États-Unis, Donald Trump : garder le soutien de la base du Parti républicain et ne se focaliser que sur la politique intérieure, se moquer du reste du monde au point de risquer de bouleverser les fragiles équilibres internationaux (économiques et politiques). Comme je l’avais indiqué il y a quelques mois, George H. W. Bush était ainsi l’anti-Trump, qui préférait l’intérêt général, au-delà du simple intérêt national, à son intérêt électoral propre.

George H. W. Bush (Sr) fut (malheureusement) "vengé" par l’élection de son fils George W. Bush (Jr) qui, en deux mandats (2001-2009), a, au contraire de son père, ravagé le monde par la guerre en Irak, comme réponse inadéquate aux attentats du 11 septembre 2001.

Honoré déjà dans son pays par un porte-avions à propulsion nucléaire qui porte aussi son nom, George H. W. Bush (le père donc) sera forcément regretté car il a été le dernier Président républicain "raisonnable", qui ne "jouait" pas "légèrement" à la guerre, comme ses successeurs du même parti. Pas sûr que dans le futur proche, un homme de sa stature surviendra dans une course jusqu’à la Maison-Blanche. C’est pour cette raison qu’il faut saluer cet homme qui vient de s’éteindre vendredi.


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Sylvain Rakotoarison (01er décembre 2018)
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George HW Bush, seigneur républicain des États-Unis.
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