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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 15:44

(dépêche)



Passage de témoin dans la famille de Jesse Jackson

LE MONDE | 07.11.08 | 14h45 • Mis à jour le 07.11.08 | 14h45
CHICAGO ENVOYÉE SPÉCIALE

Chicago, le père et le fils sont des figures incontournables. Le révérend Jesse Jackson, 67 ans, a été l'un des compagnons de Martin Luther King. Il dirige dans les quartiers défavorisés du South Side une coalition d'associations qui luttent contre les inégalités raciales. Son fils, Jesse Jackson Junior, 43 ans, représente au Congrès la deuxième circonscription de l'Illinois. A eux deux, ils illustrent le fossé de générations qu'a fait apparaître, dans la communauté noire, la candidature de Barack Obama.

Pendant le discours de victoire de M. Obama, mardi 4 novembre, les caméras ont montré au monde entier les larmes de Jesse Jackson. "Barack Obama était là, debout, si majestueux, a-t-il expliqué le lendemain à la radio publique. Je savais que les gens dans les villages du Kenya, de Haïti, ou dans les palais en Chine ou en Europe regardaient ce jeune Africain-Américain assumer la position de leader." En même temps, il ne pouvait pas s'empêcher de penser aux absents. Martin Luther King, assassiné en 1968 ; Medgar Evers... "C'était un sentiment double. L'ascension de Barack Obama ; et le prix qui avait été payé pour l'amener là."

Candidat à l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle en 1984 et 1988, Jesse Jackson avait été surnommé le "président de l'Amérique noire". Il a été tenu à l'écart de la campagne, ce qu'il a eu du mal à accepter. Il a reproché à Barack Obama de fermer les yeux sur les inégalités raciales qui persistent, "pour rassurer les Blancs". Quelques semaines avant le scrutin, il avait été surpris par un micro resté ouvert à reprocher à M. Obama de "prendre les Noirs de haut". M. Obama venait de signifier aux pères africains-américains, prompts à déserter le foyer, qu'ils ont des responsabilités.

Du côté du révérend se reflète la réserve de ceux qui ne veulent pas se laisser emporter par l'événement et qui soulignent que la discrimination n'a pas pris fin le 4 novembre. Ou qui craignent de "baisser la garde", écrit Courtland Milloy, dans le Washington Post, et se demandent comment interpréter le vote des Blancs en faveur de Barack Obama. "Soit mes vues sur les Blancs sont erronées, soit les Blancs ont changé. Je ne peux pas m'habituer tout à fait à l'idée que j'ai tort sur les Blancs. Alors, c'est peut-être que la situation du pays est si effrayante qu'elle dépasse la question de la race."

MÉFIANCE DE LA "VIEILLE GARDE"

Jesse Jackson Junior, lui, est confortablement installé dans les institutions politiques. Né après le combat historique de Martin Luther King, il a réussi à être élu dans un district qui compte 40 % de Blancs. Il codirige la campagne nationale de Barack Obama et a été prompt à se distancier des propos de son père. Il brigue maintenant le fauteuil de Barack Obama au Sénat. Selon la procédure en cas de démission d'un sénateur, c'est le gouverneur de l'Etat qui choisit arbitrairement un remplaçant. Jesse Jackson figure dans les favoris : il a fait valoir qu'il serait souhaitable que le siège reste acquis à un Africain-Américain (M. Obama est l'unique Noir du Sénat).

Quand il s'est lancé dans la course, M. Obama n'avait qu'une poignée de soutiens dans la "vieille garde". La génération historique s'est ralliée, mais Jesse Jackson entend rester critique. "Martin Luther King avait soutenu Kennedy contre Nixon. Il a quand même fallu que nous marchions pour obtenir une loi sur les logements publics. Il avait soutenu Johnson contre Goldwater. Il a quand même fallu manifester pour obtenir le droit de vote. Quand M. Obama sera à la Maison Blanche, tout le monde voudra l'accaparer. Le mouvement des droits civiques devra se rappeler à son attention."

Corine Lesnes
Article paru dans l'édition du 08.11.08




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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 14:24

(dépêches)



Analyse
La deuxième chance des Etats-Unis, par Sylvie Kauffmann
LE MONDE | 07.11.08 | 13h39 • Mis à jour le 07.11.08 | 13h39

Le peuple des Etats-Unis a parlé et, mardi 4 novembre, "l'aube nouvelle du leadership américain" s'est levée sur le monde, pour reprendre la promesse faite par Barack Obama dans son premier discours de président élu.

Il était temps. La vague d'enthousiasme qui déferle vers les rivages américains est à la mesure du ressentiment provoqué par les deux mandats de George W. Bush, chez les ennemis des Etats-Unis comme chez ses amis, d'autant plus aigu chez ces derniers qu'un premier flot de sympathie, au moment du 11 septembre 2001, fut largement ignoré outre-Atlantique. L'une des caractéristiques du fameux rêve américain, dont le président démocrate est perçu comme une nouvelle incarnation, est "la deuxième chance" : dans la culture américaine, un échec n'est jamais définitif. Lorsque l'on échoue, on se relève, on ramasse les morceaux et on recommence.

C'est cette deuxième chance qu'apporte l'élection de M. Obama à la Maison Blanche dans la relation de son pays avec le reste du monde, car si les Etats-Unis restent la première puissance militaire et économique mondiale, le "leadership américain" est sérieusement écorné. Le leadership n'est pas une donnée statistique. Il ne se mesure ni en milliards de dollars de PIB ni en nombre de missiles nucléaires. Le leadership mondial, c'est bien sûr la puissance économique et militaire, mais c'est aussi la légitimité politique, l'autorité morale, le rayonnement intellectuel, la capacité d'innovation. C'est ce savant mélange de hard power et de soft power. C'est l'aptitude à projeter la lumière. Le pouvoir des idées.

Depuis leur création, les Etats-Unis se sont reposés sur l'idée démocratique, qu'ils ont placée au-dessus de tout. Sur cette idée, le président élu Obama se situe dans la droite ligne de ses prédécesseurs. "Ce soir nous avons prouvé une fois de plus que la véritable force de notre nation ne provient pas de la puissance de nos armes ni de la taille de nos richesses, mais du pouvoir de nos idées : démocratie, liberté, chances et espoir inébranlable, a-t-il déclaré le 4 novembre à Chicago. Le voilà, le vrai génie de l'Amérique : l'Amérique est capable de changer."

Et changer était urgent. Car ce qui s'est passé depuis huit ans aux Etats-Unis - voire depuis dix, selon certains commentateurs qui font remonter le début d'une "décennie noire" à la piteuse gestion de l'affaire Lewinsky, en 1998, sous Bill Clinton - n'est pas le fruit d'une succession de calamités naturelles. M. Bush a été élu une première fois en 2000, à l'issue d'un scrutin très contesté, avant que le 11-Septembre ne change la face du pays, mais il a été réélu démocratiquement et en pleine connaissance de cause en 2004.

En novembre 2004, le fiasco de l'opération irakienne était déjà évident, le camp de Guantanamo affichait complet, l'infamie d'Abou-Ghraib avait fait le tour du monde, le quatrième pouvoir était discrédité, les alliés européens étaient à l'index et la démocratisation du Moyen-Orient, chère aux néoconservateurs, une panacée. Vus de l'extérieur, et en particulier des pays auxquels on prétendait l'enseigner, les mécanismes de la démocratie étaient en panne. Quatre ans plus tard, le duel des primaires démocrates entre deux pionniers, une femme et un Noir, la remarquable discipline de la campagne Obama, l'ampleur de sa victoire finale, le taux de participation sans précédent depuis 1908, l'élégance de John McCain dans la défaite et le choix des Américains au-delà des préjugés ethniques, tout cela permet aux Américains de relégitimer leur démocratie aux yeux du reste du monde et au président élu de saluer "le vrai génie de l'Amérique".

Mais cela suffira-t-il ? De quoi sera donc faite cette "aube nouvelle du leadership" dont M. Obama assure qu'elle est désormais "à portée de main" ? Le monde que trouvera le président en s'installant à la Maison Blanche le 20 janvier 2009 est très différent de celui qu'avait abordé M. Bush, et encore plus de celui de l'immédiat après-guerre froide dont avait hérité M. Clinton en 1993. Le monde d'Obama n'est plus dans la seule dichotomie démocratie/totalitarisme, ni dans la grille de lecture simpliste de "la guerre mondiale contre la terreur". Dans le monde d'Obama il y a d'autres acteurs, d'autres puissances qu'on regroupe pudiquement sous le vocable d'"émergents".

L'ASIE EN QUÊTE DE MODÈLE ALTERNATIF

Il y a, en Chine ou en Inde, des centaines de millions de gens des classes moyennes qui, comme en Occident, consomment, étudient et pensent, mais pas forcément de la même manière. Une idée fait son chemin, notamment en Asie, selon laquelle on peut emprunter à l'Occident ce qui est efficace, comme l'économie de marché, et laisser de côté ce qui est brouillon et compliqué, comme la démocratie. Cette idée partie d'Asie, mise en oeuvre à grande échelle par la Chine, séduit de plus en plus de pays du Moyen-Orient. En Asie, plus d'un intellectuel est convaincu qu'est né là un vrai modèle alternatif.

En pleine effervescence économique, l'Asie est en quête d'idées neuves. En revitalisant la démocratie américaine par la diversité, M. Obama, premier président post-ethnique du pays du melting-pot, offre un modèle positif aux pays pluri-ethniques d'Asie du Sud et du Sud-Est, ainsi qu'aux pays à population musulmane comme l'Indonésie, où il a passé une partie de son enfance. C'est déjà beaucoup, et c'est plus que ce qu'offrent l'Europe ou l'Australie.

Mais en dehors du changement d'image et d'un probable état de grâce, rien ne permet de dire avec précision en quoi la "révolution Obama" relancera le leadership américain. L'élection de M. Obama est-elle un rejet massif de huit années désastreuses ou un mandat clair et net pour un grand mouvement politique progressiste et novateur ? Quelles recettes l'administration Obama proposera-t-elle pour la réforme du système financier international ? Quelle place fera-t-elle aux puissances émergentes ? Le coût économique de la crise pour les électeurs américains, dont c'est la préoccupation essentielle, lui permettra-t-il d'éviter les mesures protectionnistes que redoute l'Asie ? Dernier gouverneur britannique de Hongkong, Chris Patten est convaincu que les Etats-Unis surmonteront "l'humiliation" de la crise de Wall Street, se rétabliront plus vite que les autres et resteront l'unique superpuissance. Pour cela, et pour prouver que l'idée démocratique reste la meilleure, M. Obama devra être le président "transformationnel" que sa campagne a promu.

Courriel : kauffmann@lemonde.fr.

Sylvie Kauffmann (Grand reporter)
Article paru dans l'édition du 08.11.08




Chronique
Barack Obama, la nouvelle icône des politiques, par Michel Noblecourt
LE MONDE | 07.11.08 | 13h55 • Mis à jour le 07.11.08 | 14h50

A droite comme à gauche, les politiques se sont livrés à un concours de superlatifs pour saluer l'élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. A l'aube du 5 novembre, Nicolas Sarkozy, après avoir cherché en vain à téléphoner au président élu, l'a félicité par écrit pour sa "victoire brillante". Et le Parti socialiste a jeté la rancune à la rivière. Le 25 juillet, quand le sénateur de l'Illinois avait fait un saut de puce à Paris, il n'avait vu que M. Sarkozy, qu'il a comparé à une "rock-star". Après avoir boudé le PS, il s'était empressé de recevoir à Londres - suprême vexation -,David Cameron, le chef de l'opposition conservatrice, proche des républicains américains.

Tout à la préparation de leur congrès, les ténors du PS y sont allés de leur couplet. François Hollande s'est félicité de "l'élection si symbolique de Barack Obama", tout en prévenant qu'"il défendra - et c'est son devoir - les Etats-Unis d'Amérique et non pas le monde". Martine Aubry a jugé que "le grand peuple américain a réalisé le formidable rêve de Martin Luther King en portant un homme noir" à la Maison Blanche. "Une merveilleuse nouvelle", a renchéri Benoît Hamon, au nom de l'aile gauche du PS, voyant en M. Obama "l'anti-Sarkozy". Même la communiste Marie-George Buffet y est allée de son compliment.

Pour saluer cette "victoire symbolique majeure contre le racisme" sans paraître se compromettre avec l'horrible Oncle Sam, Olivier Besancenot, l'initiateur du Nouveau Parti anticapitaliste, a eu recours à une dialectique aussi extravagante que rocambolesque : "Nous souhaitons que la liesse populaire ouvre la voie à la résistance face à la politique que va mettre en oeuvre Obama" (sic).

A l'extrême droite, Jean-Marie Le Pen a parlé d'une "victoire conjoncturelle" - "c'est la présidence de Bush qui est condamnée" -, éloignant tout soupçon de racisme par cette étonnante formule : "Ça me choque d'autant moins que la première fois que j'ai été élu député, en 1956, mon deuxième de liste était un Noir" (sic). Seule (petite) fausse note à droite, Hervé Mariton, député UMP de la Drôme, a affiché sur Canal+ sa préférence pour le républicain John McCain.

En rangs serrés derrière François Fillon, les ministres ont chanté les louanges de la nouvelle icône. Même la très catholique Christine Boutin, ministre du logement et de la ville, est restée dans le choeur. La présidente du Forum des républicains sociaux, opposée, comme la colistière de M. McCain, à l'avortement et au mariage gay, aurait pu "voter" Sarah Palin au nom de leur commun attachement au "dividende universel", ce revenu unique versé à tous les citoyens "du berceau à la tombe" sans conditions de ressources, pratiqué par l'Alaska depuis 1976. Mais Mme Palin défend la vente libre des armes. Vive Obama !

Cette empathie unanime pour M. Obama rappelle l'hostilité unanime contre George W. Bush. Le 12 septembre 2006, M. Sarkozy avait rompu ce consensus en faisant des pieds et des mains pour être reçu, photo à l'appui, par M. Bush. Dans un pamphlet intitulé L'Inquiétante Rupture tranquille de M. Sarkozy et coordonné par Eric Besson, le PS avait fustigé l'"extravagant voyage du ministre de l'intérieur" - qui avait vu, pour la première fois, son "copain" Obama -, "le spectacle d'un candidat à la présidentielle supposé issu de la famille gaulliste quémandant un rendez-vous dans un bureau attenant à celui du président des Etats-Unis" pour y critiquer l'"arrogance de son pays". Depuis M. Besson est secrétaire d'Etat. M. Sarkozy a resserré les liens avec M. Bush, bénéficiant sur la scène internationale de son agonie politique. Le voilà confronté à une icône qui risque de faire de l'ombre à son aura médiatique.

Courriel : noblecourt@lemonde.fr.

Michel Noblecourt
Article paru dans l'édition du 08.11.08


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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 22:40

Obama et le nouveau rêve américain ? Au lendemain de son élection, Barack Obama semble susciter des espoirs bien au-delà des frontières de son pays. La vague d’obamania sera probablement de courte durée face aux tâches qui attendent le nouveau gouvernement américain.


Les États-Unis et même le monde entier vivent actuellement une émotion très forte qui dépasse très largement le seul Barack Obama. Cette émotion partagée à une échelle si grande est un événement en lui-même.

La raison de celle-ci est très confuse. Serait-ce l’origine multi-ethnique du futur Président des États-Unis ? C’est un peu court pour expliquer cette joie.


Pas communautariste mais mondialiste

D’ailleurs, jamais Obama ne s’était présenté en tant que tel (en tant que "pas blanc"). S’il l’avait fait, il aurait eu peut-être du succès durant sa campagne auprès de certaines communautés ethniques, mais il n’aurait jamais été élu, il n’aurait représenté que des minorités.

Justement, ce qui est fort dans la campagne et l’élection de Barack Obama, c’est qu’il range au placard le communautarisme dans le premier pays communautariste du monde. Et qu’il a réussi à rassembler au-delà des différences.

Il se dit enfant de la mondialisation. Sa génération et son ascendance multiculturelle peuvent expliquer cette revendication.


Un succès d’abord personnel

Ce qui est troublant sans doute dans cette élection, c’est que c’est l’intellectuel et le consensuel qui l’a emporté sur le courageux et le rusé.

Il n’est pas difficile d’imaginer que si John MacCain avait été élu, les habitants de son pays n’auraient pas ressenti une telle joie. Peut-être juste un soulagement.

L’élection de Barack Obama a dupé tous les oiseaux de mauvais augure.

Les premières Cassandre furent nombreuses pendant les primaires et elles ne niaient pas les grandes qualités d’Obama mais expliquaient avec un tel candidat, le Parti démocrate jouerait assurément perdant malgré la grande impopularité de Bush Jr.

Elles avaient d’autant plus facilement d’arguments qu’elles avaient à côté une candidate très qualifiée et très populaire pour la fonction avec Hillary Clinton.

La couleur de la peau était considérée comme un handicap. Mais la campagne des primaires a montré aussi beaucoup de misogynie et peut-être que le fait d’être une femme a été plus handicapant.

Une fois investi par son parti, Obama fut l’objet de nombreuses attaques du camp républicain, ce qui était prévisible.

Très peu d’attaques n’eurent pour objet la couleur de la peau (MacCain semble y avoir veillé, lui qui a élevé des enfants adoptifs de couleur), mais plutôt sur les grandes inconnues du personnage : "qui est Obama ?". En ce sens, le long parcours politique de MacCain pouvait rassurer.


L’espoir suscité

Pendant les primaires, puis, pendant la campagne présidentielle, Obama a mobilisé des centaines de milliers de personnes, des armées de sympathisants, de personnes séduites par son discours certes un peu idéaliste mais qui relançait le "rêve américain". Il a redonné aux Américains, toutes origines confondues, la part du rêve qu’ils avaient perdue le 11 septembre 2001.

À ma connaissance, après la guerre, seuls deux autres Présidents des États-Unis avaient su redonner autant d’espoir à leur peuple : John Kennedy en 1960 et Ronald Reagan en 1980 (au moment où le pays était humilié par la prise d’otage à Téhéran).

Dans le pays du libéralisme, la capacité de trouver des fonds pour les dépenses électorales était aussi un repère pour pressentir ce mouvement de fond (sans s !).

Que les dons proviennent de simples citoyens (plus de trois millions selon le staff de campagne d’Obama) ou de grands groupes, le fait qu’ils existent et qu’ils ont dépassé largement ceux pour Hillary Clinton et pour John MacCain (à ses primaires républicaines, puisque pour la campagne elle-même, MacCain avait renoncé à collecter des fonds privés) confirment que ces donateurs sentaient en Obama l’incarnation d’un nouvel espoir américain.


Les Américains bougent

Les événements qui ont eu lieu juste après l’annonce dans les médias de la victoire de Barack Obama marquent à mon sens une nouvelle étape dans cette prise de conscience.

Il suffit d’écouter la déclaration de John MacCain à Phoenix ou encore l’allocution de George W. Bush à Washington pour s’en convaincre.

Tous les deux reconnaissaient que l’élection d’Obama a ému une grande partie de la population américaine. Bush Jr a même évoqué l’image de voir l’épouse et les deux enfants d’Obama circuler dans la Maison Blanche. Sans parler de la couleur de la peau, mais il y pensait intensément.

Beaucoup de Républicains se réveillent aujourd’hui et loin de la déception (pour eux, MacCain n’était qu’un pis-aller), il prennent aussi conscience de toute cette émotion suscitée non seulement dans leur pays mais aussi dans le monde entier.

MacCain d’ailleurs avait réaffirmé que c’était son échec et pas celui de ses supporters, et a essayé de transmettre son flambeau à Sarah Palin qui a cependant été sifflée plusieurs fois au même moment.

Sarah Palin a même fait au Président Obama une offre de service pour l’aider en tant que gouverneur de l’Alaska, s’il a besoin d’elle pour les questions climatiques.

Il est vrai que les Américains sont généralement très légitimistes et qu’ils respectent (beaucoup plus qu’en France) l’autorité de leur Président. Notamment en cas de coup dur comme pour les attentats du 11 septembre 2001 où Bush Jr avait été soutenu par toute la classe politique.


Un état de grâce mondial ?

Dans les médias, on entend d’ailleurs souvent cette analogie de communion internationale entre les attentats et l’élection d’Obama. Une émotion de compassion en 2001 et d’espoir pour 2008.

On pourrait croire que Barack Obama va jouir d’un "état de grâce mondial" mais ce n’est guère réaliste. Ses ennuis commencent dès maintenant.

Déjà ce 5 novembre 2008 (est-ce une coïncidence ?), le Président russe Dimitri Medvedev a prononcé son premier discours présidentiel sur l’état de la nation (qu’il avait reporté de quelques jours à cause de la chute du rouble) et a accusé les États-Unis d’être les responsables de la crise financière et de la guerre en Géorgie.

Medvedev a également montré ses crocs à Obama en menaçant les États-Unis de déployer à Kaliningrad (enclave entre la Pologne et la Lituanie) des missiles Iskander à courte portée si le bouclier antimissile américain était effectivement installé en Pologne et en Tchéquie. De quoi réanimer la guerre froide.

D’autres sources de préoccupations arrivent aussi : Wall Street a encore rechuté hier, et les Européens voudraient renforcer leur influence.

L’ancien Ministre français des Affaires Étrangères Hubert Védrine est revenu à la charge : il faut que l’Union Europe profite de ces quelques semaines d’ouverture pour parler d’une seule voix et se faire entendre d’Obama. Les solutions déployées pour la crise financière peuvent aider. Son successeur Bernard Kouchner devrait rencontrer Obama le 11 novembre 2008.

Relations avec la Russie, réaction à la crise financière, relations avec l’Union Européenne, écologie mondiale, guerre en Irak et en Afghanistan… de nombreux défis qui vont rapidement mettre à l’épreuve Obama.

Parmi ses premières décisions, Barack Obama pourrait nommer John Kerry (l’ancien candidat fut plébiscité par les Européens en 2004) au poste de Secrétaire d’État.


L’homme déterminé va devoir agir

Dans quelques temps, on jugera a posteriori que l’élection d’Obama était inéluctable. Comme la victoire des Alliés sur l’Axe pendant la Seconde guerre mondiale. Quand on connaît la suite de l’histoire, c’est toujours commun d’oublier l’état de la situation antérieure.

En 2006, personne ne pouvait croire qu’Obama serait élu. Même ceux qui le connaissaient très bien, qui connaissaient ses qualités. On imagine donc à quel point Barack Obama a dû se sentir convaincu, quel est le haut degré de détermination personnelle dont il a dû faire preuve pour franchir toutes les barrières.

Maintenant, le voilà élu, confortablement élu (6% d’avance, mieux de Bill Clinton en 1992, mieux que tous les Présidents démocrates depuis Franklin Roosevelt à leur première élection), et avec cette immense attente de la planète entière. Tout le monde se demande ce qu’il va faire, comment il va se comporter.

Et sans doute que lui aussi s’interroge. Que va-t-il faire ? On imagine qu’il va écouter et réfléchir. Mais ce temps-là semble révolu. Il va devoir décider rapidement et sous pression.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 novembre 2008)


Pour aller plus loin :

Les résultats de l’élection présidentielle du 4 novembre 2008.

Pourquoi Obama ?

Boîte à outils pour mieux comprendre ces élections.




http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=46835

http://fr.news.yahoo.com/13/20081106/tot-communion-mondiale-89f340e.html



http://www.lepost.fr/article/2008/11/06/1318561_communion-mondiale.html

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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 19:35

(dépêche)



Obama, le premier président "high tech" à la Maison Blanche
il y a 3 heures 12 min

Glenn CHAPMAN

Barack Obama devrait apporter avec lui à la Maison Blanche sa passion des technologies de l'information, qu'il a su utiliser avec brio pendant sa campagne électorale, devenant ainsi le premier président expert en informatique à la barre du pays.

Barack 0bama, 47 ans, a fait un usage sans précédent dans la vie politique américaine de ces nouvelles technologies. "Obama aime la technologie et s'il l'utilise tellement bien, c'est qu'il la maîtrise parfaitement," relève Rob Enderle, du Enderle Group, dans la Silicon Valley. "C'est ce qui fait de lui un président +high tech+", poursuit-il. Et cela plaît.

Selon une étude du Center for Responsive Politics, les entreprises de pointe de la Silicon Valley, au sud-est de San Francisco, ont donné pendant la campagne cinq fois plus d'argent au démocrate qu'à son rival républicain John McCain.

Et quelque 91% des salariés du temple de l'informatique californien ont voté Obama.

"La Silicon Valley a énormément misé sur Obama: des millions de dollars," explique M. Enderle. "C'est le président qu'ils voulaient."

Pendant la campagne présidentielle, Barack Obama avait promis, à l'occasion d'une discussion animée par Google sur un campus californien, de défendre l'équité sur le réseau et de fournir un accès internet à chacun.

"Nous avons besoin d'assurer un échange libre et gratuit d'informations et cela commence avec un internet ouvert," avait déclaré M. Obama pendant un "chat" public avec le patron de Google, Eric Schmidt, partisan du candidat démocrate.

Comme une poignée d'autres patrons de la Silicon Valley, le PDG du groupe avait aussi offert ses conseils pendant la campagne à M. Obama, qui a notamment promis la création d'un "directeur informatique" dans son administration.

Ce futur "directeur informatique" pourrait être Lawrence Lessig, fondateur du Center for Internet and Society, Shane Robison d'Hewlett Packard ou encore M. Schmidt. "Ce pourrait même être Al Gore," affirme M. Enderle, estimant que "Shane Robison serait le plus qualifié".

M. Obama s'est engagé dans le débat politique sur les tarifs des opérateurs.

"Si les fournisseurs d'accès commencent à favoriser certaines applications ou certains sites par rapport à d'autres, les plus petits seront écartés du jeu et c'est nous tous qui perdrons", avertit Eric Schmidt.

Pour M. Obama, livrer le réseau internet "aux plus offrants" découragerait l'innovation et signerait la mort des plus jeunes entreprises.

Discutant avec des "Googlers", Barack Obama avait indiqué que ses priorités à la Maison Blanche seraient le développement des énergies propres et de la technologie au service de ses concitoyens, pour instaurer par exemple un dossier médical informatisé dans le cadre de la couverture sociale universelle qu'il préconise.

Il a promis également de faciliter la consultation en ligne des décisions du gouvernement.

Il aussi plaidé pour un assouplissement des règles d'immigration pour permettre aux entreprises internet de faire venir des ingénieurs quand ils ne les trouvent pas sur place, promettant par ailleurs des mesures pour que ces professionnels très qualifiés puissent aussi "pousser ici même en Amérique".

Son élection "est une bonne nouvelle pour les entreprises de technologie," résume M. Enderle.

La confrontation avec les réalités financières pourraient cependant assombrir le tableau, estime Van Baker, analyste de Gartner. "Il a beaucoup de projets ambitieux, mais difficile de dire ce qu'il va vraiment pouvoir faire".






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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 22:00

(dépêche)


Le discours de Barack Obama à Chicago après son élection

5 novembre 2008 - 21h05

Voici la traduction du premier discours prononcé par Barack Obama après sa victoire à la présidentielle américaine ce mardi 4 novembre 2008.

"Hello, Chicago.

S'il y a quelque part quelqu'un qui doute encore qu'en Amérique tout est possible, qui se demande encore si le rêve de nos Pères fondateurs vit encore à notre époque, qui s'interroge encore sur la force de notre démocratie, ce soir, voici votre réponse.

C'est la réponse donnée par les files d'attentes qui se sont allongées devant les écoles et les églises dans des proportions que ce pays n'avait jamais vues, par des gens qui ont attendu trois ou quatre heures, souvent pour la première fois de leur vie, parce qu'ils pensaient que cette fois devait être différente, et que leur voix pouvait faire cette différence.

C'est la réponse donnée par les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres, les démocrates et les républicains, les Noirs, les Blancs, les Hispaniques, les Asiatiques, les Indiens (natifs), les homosexuels, les hétérosexuels, les handicapés et les valides. Des Américains qui ont envoyé au monde un message: nous n'avons jamais été une simple juxtaposition d'individus ou une juxtaposition d'Etats rouges et d'Etats bleus (Etats républicains et Etats démocrates, ndlr).

Nous sommes, et nous serons toujours, les Etats-Unis d'Amérique.

C'est la réponse qui a conduit ceux à qui l'on a si longtemps dit d'être cyniques, d'avoir peur et de douter de ce que nous pouvons accomplir, à prendre dans leurs mains l'arc de l'histoire et à le bander une fois encore dans l'espoir d'un jour meilleur.

Cela aura pris beaucoup de temps mais ce soir, grâce à ce que nous avons fait en cette date, dans cette élection, à ce moment décisif, le changement est arrivé en Amérique.

Un peu plus tôt ce soir, j'ai reçu un appel d'une extraordinaire bienveillance du sénateur McCain.

Le sénateur McCain s'est battu longtemps et de toutes ses forces dans cette campagne. Et il s'est battu encore plus longtemps et avec encore plus de force pour le pays qu'il aime. Pour l'Amérique, il a enduré des sacrifices que la plupart d'entre nous ne pouvons même pas essayer d'imaginer. Nous nous portons mieux grâce au service de ce dirigeant courageux et désintéressé.

Je le félicite; je félicite la gouverneuse Palin pour tout ce qu'ils ont accompli. Et j'ai hâte de travailler avec eux pour renouveler la promesse de cette nation dans les mois à venir.

Je veux remercier mon compagnon dans ce voyage, un homme qui a fait campagne avec tout son coeur, qui a parlé pour les hommes et les femmes avec lesquels il a grandi dans les rues de Scranton et avec lesquels il est rentré en train chez lui dans le Delaware: le vice-président élu des Etats-Unis Joe Biden.

Et je ne me trouverais pas ici sans le soutien sans faille de celle qui a été ma meilleure amie pendant ces 16 dernières années, le roc de notre famille, l'amour de ma vie, la future Première Dame de ce pays: Michelle Obama.

Sasha et Malia, je vous aime toutes les deux plus que vous ne pouvez l'imaginer. Et vous avez gagné le nouveau chiot qui va venir avec nous à la nouvelle Maison Blanche.

Et bien qu'elle ne soit plus avec nous, je sais que ma grand-mère nous regarde, tout comme la famille qui a fait de moi celui que je suis. Ils me manquent ce soir. Je sais que j'ai envers eux une dette incommensurable.

A ma soeur Maya, ma soeur Alma, tous mes autres frères et soeurs, merci si fort pour tout votre soutien. Je leur suis reconnaissant.

A mon directeur de campagne, David Plouffe, le héros méconnu de cette campagne, qui a bâti la meilleure, la meilleure campagne politique, je pense, de l'histoire des Etats-Unis d'Amérique.

A mon directeur de la stratégie David Axelrod, qui a été un partenaire pour moi à chaque étape.

A la meilleure équipe de campagne jamais réunie de l'histoire de la politique. Vous avez rendu cela possible et je vous suis à jamais reconnaissant pour ce que vous avez sacrifié afin de l'accomplir.

Mais par-dessus tout, je n'oublierai jamais à qui cette victoire appartient réellement. Elle vous appartient. Elle vous appartient.

Je n'ai jamais été le candidat le plus probable pour ce poste. Nous n'avons pas commencé avec beaucoup d'argent ni beaucoup de soutiens. Notre campagne n'est pas née dans les couloirs de Washington. Elle a commencé dans les arrière-cours de Des Moines, dans les salons de Concord et sous les porches de Charleston. Elle a été bâtie par des travailleurs et des travailleuses qui ont puisé dans le peu d'économies qu'ils avaient pour donner cinq, dix, vingt dollars à la cause.

Elle a tiré sa force des jeunes qui ont rejeté le mythe de l'apathie de leur génération, qui ont quitté leur maison et leur famille pour des emplois qui payaient peu et offraient encore moins de repos.

Elle a tiré sa force des gens moins jeunes qui ont bravé la morsure du froid et la chaleur torride pour frapper aux portes de parfaits étrangers; et (elle a tiré sa force, ndlr) de millions d'Américains bénévoles qui se sont organisés et ont démontré que plus de deux siècles après, un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple n'a pas disparu de la surface de la Terre.

C'est votre victoire.

Et je sais que vous ne l'avez pas fait juste pour gagner une élection. Et je sais que vous ne l'avez pas fait pour moi.

Vous l'avez fait parce que vous comprenez l'ampleur de la tâche qui nous attend. Car même tandis que nous faisons la fête ce soir, nous savons que les défis qui nous attendent demain sont les plus grands de notre vie: deux guerres, une planète en danger, la pire crise financière depuis un siècle.

Tandis que nous sommes ici ce soir, nous savons que des Américains courageux se réveillent dans les déserts d'Irak et les montagnes d'Afghanistan pour risquer leur vie pour nous.

Il y a des mères et des pères qui resteront éveillés dans leur lit une fois les enfants endormis, à se demander comment ils vont rembourser le crédit de la maison, payer le médecin ou mettre assez de côté pour l'éducation supérieure de leurs enfants.

Il y a de nouvelles énergies à maîtriser, de nouveaux emplois à créer, de nouvelles écoles à construire, des menaces à affronter, des alliances à renouer.

La route sera longue. La pente sera raide. Nous n'y arriverons peut-être pas en un an, ni même en un mandat. Mais, Amérique, je n'ai jamais été aussi plein d'espoir que ce soir quant au fait que nous y arriverons. Je vous le promets: nous, le peuple, nous y arriverons.

Il y aura des revers et des faux départs. Beaucoup n'approuveront pas chaque décision ou chaque mesure que je prendrai en tant que président. Et nous savons que le gouvernement ne peut pas résoudre tous les problèmes.

Mais je serai toujours honnête avec vous sur les défis auxquels nous sommes confrontés. Je vous écouterai, surtout si nous ne sommes pas d'accord. Et par-dessus tout je vous demanderai de participer à l'effort pour rebâtir cette nation, de l'unique façon dont cela se fait en Amérique depuis 221 ans -pierre par pierre, brique par brique, de mains calleuses en mains calleuses.

Ce qui a commencé il y a 21 mois au fin fond de l'hiver ne peut pas s'arrêter en cette nuit d'automne.

Cette victoire seule n'est pas le changement que nous recherchons. Ce n'est que notre chance de construire ce changement. Et cela ne peut pas arriver si nous revenons en arrière.

Cela ne peut pas arriver sans vous, sans un nouvel esprit de service, un nouvel esprit de sacrifice.

Alors faison appel à un nouvel esprit de patriotisme, de responsabilité, par lequel chacun d'entre nous décidera de se mettre au travail, de travailler plus dur et de s'occuper pas seulement de soi mais les uns des autres.

Souvenons-nous que, si cette crise financière nous a appris quelque chose, c'est que Wall Street ne peut pas prospérer quand Main Street souffre.

Dans ce pays, nous nous élevons ou nous tombons comme une seule nation, comme un seul peuple. Résistons à la tentation de retomber dans le même esprit partisan, les bassesses et l'immaturité qui ont empoisonné pendant si longtemps notre vie politique.

Souvenons-nous que c'est un homme de cet Etat qui a, le premier, porté la bannière du Parti républicain à la Maison Blanche, un parti fondé sur les valeurs d'indépendance, de liberté individuelle et d'unité nationale.

Ce sont des valeurs que nous partageons tous. Et si le Parti démocrate a remporté une superbe victoire ce soir, c'est avec une certaine humilité et de la détermination à guérir les divisions qui ont entravé notre progression.

Comme l'a dit Lincoln à une nation bien plus divisée que la nôtre, nous ne sommes pas ennemis mais amis. Bien que la passion les ait éprouvés, elle ne doit pas briser nos liens d'affection.

Et à ces Américains dont je dois encore gagner le soutien: je n'ai peut-être pas remporté votre vote ce soir, mais j'entends votre voix. J'ai besoin de votre aide. Et je serai aussi votre président.

Et à tous ceux qui nous regardent ce soir au-delà de nos frontières, dans des Parlements et des palais, à ceux qui sont serrés autour de radios dans des coins oubliés du monde: nos histoires sont singulières, mais nous partageons notre destin, et une nouvelle aube du leadership américain est là.

A ceux, à ceux qui voudraient déchirer le monde: nous vous vaincrons. A ceux qui cherchent la paix et la sécurité: nous vous soutenons. Et à tous ceux qui se sont demandé si le phare de l'Amérique brillait toujours du même éclat: ce soir, nous avons prouvé une fois encore que la véritable force de notre nation vient, non pas de la puissance de nos armes ou de l'étendue de notre richesse, mais du pouvoir pérenne de nos idéaux: la démocratie, la liberté, les possibilités et l'espoir inébranlable.

C'est le véritable génie de l'Amérique: l'Amérique peut changer. Notre union est perfectible. Ce que nous avons déjà accompli nous donne de l'espoir pour ce que nous pouvons et devons accomplir demain.

Cette élection est celle de nombreuses premières fois et d'histoires que raconteront des générations. Mais il en est une que j'ai à l'esprit ce soir, sur une femme qui a déposé son bulletin à Atlanta. Elle ressemble beaucoup à des millions d'autres qui ont fait la queue pour faire entendre leur voix dans cette élection, à un détail près: Ann Nixon Cooper a 106 ans.

Elle est née une génération après l'esclavage. Une époque où il n'y avait pas de voitures sur les routes ni d'avions dans le ciel; où quelqu'un comme elle ne pouvait pas voter pour deux raisons: parce que c'était une femme et à cause de sa couleur de peau.

Et ce soir, je pense à tout ce qu'elle a vu en un siècle en Amérique: la douleur et l'espoir, le combat et le progrès; à ces fois où on nous a dit que nous ne pouvions pas, et à ces gens qui ont continué d'avancer avec ce credo américain: Oui, nous le pouvons.

A une époque où la voix des femmes était étouffée et leurs espoirs ignorés, elle les a vues de son vivant se lever, prendre la parole et obtenir le droit de vote. Oui, nous le pouvons.

Quand le désespoir des grandes tempêtes de sable (le "Dust Bowl" des années 1930) et de la Dépression régnait sur le pays, elle a vu une nation dompter la peur même avec un New Deal (Nouvelle donne, ndlr), de nouveaux emplois, une nouveau sentiment de but commun. Oui, nous le pouvons.

Quand les bombes sont tombées sur notre base et que la tyranie a menacé le monde, elle a été le témoin de l'élévation d'une génération vers la grandeur et du sauvetage d'une démocratie. Oui, nous le pouvons.

Elle était là pour les bus de Montgomery, les lances à incendie de Birmingham, un pont à Selma, et un prêcheur d'Atlanta qui disait aux gens que "We Shall Overcome" ("Nous vaincrons"). Oui, nous le pouvons.

Un homme s'est posé sur la Lune, un mur est tombé à Berlin, un monde a été connecté par notre propre science et notre imagination.

Et cette année, dans cette élection, elle a touché du doigt un écran et voté, parce qu'après 106 ans en Amérique, en ayant traversé les temps les meilleurs et les heures les plus sombres, elle sait comme l'Amérique peut changer. Oui, nous le pouvons.

Amérique, nous sommes allés si loin. Nous en avons tant vu. Mais il reste tellement plus à faire. Alors ce soir, posons-nous la question: si nos enfants vivent jusqu'au prochain siècle, si mes filles ont la chance de vivre aussi longtemps qu'Ann Nixon Cooper, quel changement verront-ils? Quels progrès aurons-nous faits?

Voici notre chance de répondre à cet appel. A nous maintenant.

A nous maintenant, de remettre notre peuple au travail et d'ouvrir les portes des possibles à nos enfants; de rétablir la prospérité et de militer pour la cause de la paix; de nous réapproprier le rêve américain et de réaffirmer cette vérité fondamentale qui veut que, dans la multitude, nous ne faisons qu'un; que tant que nous respirons, nous espérons. Et quand nous rencontrons le cynisme, les doutes et ceux qui nous disent que nous ne pouvons pas, nous répondrons avec ce credo intemporel qui résume l'esprit d'un peuple: Oui, nous le pouvons.

Merci. Dieu vous bénisse. Et Dieu bénisse les Etats-unis d'Amérique."



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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 10:26

"Êtes-vous encore anti-américains ?" C’est sans doute ce que le nouveau Président américain demandera à ses futurs interlocuteurs européens.


 Il aura fallu attendre un peu avant 4 heures GMT ce 5 novembre 2008 pour être assuré de l’élection de Barack Obama comme 44e Président des États-Unis (pour les derniers résultats, voir à ce lien).

La joie et l’émotion partout aux États-Unis et débordant même au-delà des océans donnent la mesure de cet événement mondial.

Cette élection est historique : elle clôt définitivement l’ère Bush qui a sinistrement régi les affaires internationales depuis sept ans. Elle donne la parole à l’autre Amérique, celle des jeunes, des minorités, des peu aisés…


Une démocratie majeure

Le déroulement de ces élections a été exemplaire et la victoire si large qu’aucune contestation n’est possible : près d'une centaine de grands électeurs de plus que nécessaire, 5% d'avance nationale. John MacCain a d’ailleurs très sportivement reconnu sa défaite dix-huit minutes après les premières annonces de la victoire d’Obama et a même demandé à ses supporters d’aider le nouveau Président dans sa tâche difficile. Il n’a reçu comme réponse que sifflements et huées…


Pas de fraude électorale. Pas de Ben Laden réanimé pour l’occasion. Pas d’attentat. Pas de coup d’État. Pas d’état d’urgence.

Bref, une vraie démocratie. Une grande démocratie.

C’est le premier enseignement : les États-Unis ont toujours été et demeurent un exemple de la démocratie.

L’élection de MacCain dans les mêmes conditions n’y aurait d’ailleurs rien changé.


Blanc seing

Le second enseignement, c’est qu’il faudra laisser à Barack Obama le bénéfice du doute lorsqu’il va commencer à agir au niveau international. Et la "vieille Europe" n’aura alors plus aucune raison objective de conserver un anti-américanisme qui a beaucoup pollué ses relations avec les États-Unis.

Non seulement Barack Obama est élu à 47 ans sans ambiguïté à la Maison Blanche, mais son parti, les Démocrates, viennent également de renforcer leur majorité au Congrès en gagnant 5 sièges au Sénat (dont celui d’une ancienne ministre et épouse de l’ex-candidat républicain Bob Dole), mais également 18 sièges à la Chambre des Représentants. C’est le grand chelem.

C’est dire que Barack Obama aura de solides alliés au Congrès et aura donc sous sa responsabilité un grand pouvoir (rappelons que c’était l’un des arguments lancés par les Républicains pour ne pas voter Obama : éviter d’avoir un Congrès et un Président d’une même couleur politique). Un Président démocrate avec un Congrès démocrate ? Depuis trente ans, cela ne s’est produit qu’une fois entre 1992 et 1994.

C’est dire que le peuple américain qui a choisi Obama aura beaucoup d’attente. Sans doute sera-t-il déçu s’il projette en Obama toutes ses illusions. Obama est avant tout un homme de raison et il ne fera pas de miracle.


Miraculeuse campagne

Pas de miracle ? Pourtant, Obama est un véritable miraculé. Et son concurrent républicain aussi est un miraculé. Cette élection présidentielle est en quelques sortes l’un des miracles de la démocratie américaine.

Rappelez-vous, il y a un an, en octobre 2007, lorsque Al Gore recevait son demi Prix Nobel de la Paix, quels étaient les pronostics ? Que le combat présidentiel se ferait probablement entre Rudolph Giuliani, ex-maire de New York à l’époque du 11 septembre 2001, et la sénatrice Hillary Clinton, épouse de l’ancien Président. Et on ne doutait pas d’une victoire d’Hillary Clinton qui rassemblait à la fois expérience, intelligence et bonne intégration dans l’establishment.

Mais c’était sans compter la légèreté de campagne de Giuliani (peut-être par maladie) et surtout la solide détermination de Barack Obama.

C’est assez intéressant de voir le documentaire de portraits croisés des deux candidats diffusé sur Arte le 4 novembre 2008.


Isolé mais adoubé

Le documentaire rappelait que John MacCain revenait de loin. D’un scandale en 1988 où il a été blanchi. Et aussi de ces primaires de 2000 où il s’était mis à dos tous les conservateurs religieux. En début 2008, tout allait mal pour lui. Il venait de dépenser ses derniers millions alors que sa popularité chutait, et il venait à peine de commencer une campagne mal orchestrée, avec des permanences partout et plus de 150 employés. Il a allégé la voilure et a continué ses déplacements en charter, accueilli bénévolement par un supporter avec sa propre voiture etc.

L’habilité politique et la persévérance de John MacCain lui ont permis de vaincre des candidats très conservateurs (Mitt Romney et Mike Huckabee) et de devenir, lui, l’électron libre, le candidat officiel du Parti républicain adoubé par George W. Bush. Par défaut, car quel républicain voulait-il succéder aux mandats désastreux de Bush Jr ? Ni Dick Cheney, ni Colin Powell, ni Condi Rice…


Inconnu mais ambitieux

Du côté des Démocrates, au contraire du vide, c’était le trop plein. Obama n’est connu nationalement qu’à la Convention démocrate qui a investi John Kerry en été 2004. Cette notoriété fut mise immédiatement à profit en se faisant élire sénateur de l’Illinois en novembre 2004.

Et dès 2006, il décide d’être candidat à l’élection présidentielle. Il aurait pu attendre encore un ou deux mandats, grandir dans l’ombre d’une Hillary Clinton Présidente. Non, il veut être candidat pour une raison simple : il est ambitieux.

Or cette ambition oubliait son origine métissée de père africain et de mère américaine. Une couleur de peau qui, pour lui, ne signifie rien. Mais qui aurait pu être un gros handicap électoral.

Il a réussi à le surmonter tant face à Hillary Clinton pour les primaires démocrates que face à John MacCain pour l’élection elle-même.

Beaucoup de monde ont tenté de lui coller l’étiquette communautariste noire. Alors que lui-même ne se définit que comme un représentant de la mondialisation. Ceux qui voulaient l’enfermer dans une question raciale étaient autant ses adversaires que ses amis. Il a réglé une bonne foi pour toutes cette question dans un discours célèbre et en remportant l’État de l’Ohio pendant les primaires, représenté essentiellement par des ouvriers blancs.


Ne pas faire de la figuration

À la différence du pasteur noir Jesse Jackson, candidat aux primaires démocrates en 1984 (face à Walter Mondale pour combattre Ronald Reagan), Barack Obama n’a jamais voulu témoigner. Avoir une candidature de témoignage pour montrer la force des communautés qu’il représenterait, ce n’était pas son truc.

Obama est l’ambitieux, pas le témoin. Il s’est présenté pour gagner. Là où le témoin aurait été déjà très satisfait (gagner déjà les primaires, arriver favori à une élection), lui ne pouvait qu’attendre une victoire.


L’année 2008 marquée par cette obamania universelle

La victoire d’Obama est même justice. Il y a rarement concordance entre élection et justice. Même Churchill a été renvoyé après la guerre par son peuple.

Mais c’est clair que toute la campagne présidentielle depuis le début des primaires a été rythmée par la démarche de Barack Obama. La mobilisation de nombreux abstentionnistes, ou l’inscription massive sur les listes électorales de jeunes, cet éveil démocratique a eu pour origine ces discours très messianiques d’Obama.


Toutes les clefs en main

Barack Obama a tout pour réussir son premier mandat. Une élection confortable. Des félicitations sincères et enthousiastes de tous les coins du monde. Une forte majorité au Congrès. Un crédit politique immense.

Il n’a plus qu’à s’atteler à ses tâches. Qui sont, elles, quasi-surhumaines : crise financière, écologie, énergie, santé, éducation, Irak, Afghanistan, lutte anti-terroriste…


Parmi les premières décisions qu’il prendra, le choix de ses collaborateurs, de ses ministres et son comportement pendant le long passage de relais qui durera plus de deux mois, seront les premiers signes d’une gouvernance… peut-être différente (ou pas).

Welcome President Obama, America is back …or is black ?!


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (5 novembre 2008)


Pour aller plus loin :

Les résultats de l’élection présidentielle du 4 novembre 2008.

Les résultats des élections du Congrès.

Pourquoi Obama ?

Portraits croisés Obama-MacCain.

MacCain reconnaît sa défaite.

Boîte à outils pour mieux comprendre ces élections.

Premières déclarations du Président Obama.











http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=46779




http://www.lepost.fr/article/2008/11/05/1316804_obama-la-victoire-d-un-homme-presse-et-d-un-monde-stresse.html

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 08:29

Non seulement les Démocrates remportent haut la main la Maison Blanche avec plus de 5% d'avance sur John MaccCain et près d'une centaine de grands électeurs d'avance, mais ils renforcent leur majorité au Congrès en gagnant 5 sièges au Sénat et 18 sièges à la Chambre des Représentants.

C'est bien l'ère Bush ou l'ère des Républicains qui finit avec l'année 2008.

Inutile d'être béât devant Obama, il n'est pas Dieu, mais en revanche, il aura les mains libres dans sa politique en ayant de puissants alliés au Congrès. A lui de ne pas décevoir les fortes attentes que le peuple américain a placées en lui... et celle des autres peuples du monde.



http://www.lepost.fr/article/2008/11/05/1316679_grand-chelem-pour-les-democrates-americains.html

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 04:55


















A 4:57, avec le retournement des résultats de la Virginie, Obama obtiendrait 220 grands électeurs. Si on rajoute les 55 grands électeurs de la Californie, on peut dire qu'Obama a rempli sa mission : se faire élire le 44e Président des Etats-Unis à 47 ans.



Pour retrouver tous les résultats réactualisés, c'est ici.






http://www.lepost.fr/article/2008/11/05/1316505_barack-obama-elu-president-des-etats-unis.html

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 04:53

Le Parti démocrate bénéficie d'un grand ras de marée en remportant à la fois la Maison Blanche, le Sénat et la Chambre des Représentants.

Le Congrès sortant était déjà à majorité démocrate, et celle-ci sort renforcée des élections du 4 novembre 2008.


SENAT AMERICAIN

Démocrates : 56 sièges (+5).
Républicains : 40 sièges (-5).

La femme de Bob Dole, Liz Dole, est notamment battue en Caroline du Nord.


CHAMBRE DES REPRESENTANTS AMERICAINS

Démocrates : 251 sièges (+20).
Républicaines : 172 sièges (-20).



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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 04:50
Je mets ici les derniers résultats qui sembleraient fermes concernant chaque Etat.

Actuellement :

OBAMA a 349 grands électeurs.

OBAMA EST DONC ELU !


MACCAIN a 163 grands électeurs.

MACCAIN A RECONNU SA DEFAITE A 5:18 (GMT+1).



En % : 52 - 47

Premiers résultats définitifs

VERMONT (3) : BO 67 - MC 32 
KENTUCKY (8) : BO 41 - MC 58
CAROLINE DU SUD (8) : BO 44 - MC 55
OKLAHOMA (7) : BO 37 - MC 63
TENNESSEE (11) : BO 39 - MC 60

DELAWARE (3) : BO 62 - MC 37
ILLINOIS (21) : BO 61 - MC 38
DC WASHINGTON (3) : BO 93 MC 07
MARYLAND (10) : BO 60 - MC 39
NEW JERSEY (11) : BO 57 - MC 42
MAINE (4) : BO 58 - MC 40
MASSACHUSETTS (12) : BO 62 - MC 36
CONNECTICUT (7) : BO 60 - MC 39
NEW HAMPSHIRE (4) : BO 55 - MC 44
ARKANSAS (6) : BO 41 - MC 57
ALABAMA (9) : BO 39 - MC 60
PENNSYLVANIE (21) : BO 55 - MC 44
GEORGIE (15) : BO 45 - MC 54
KANSAS (6) : BO 43 - MC 56
DAKOTA DU NORD (3) : BO 45 - MC 53
WYOMING (3) : BO 35 - MC 63

NEW YORK (31) : BO 62 - MC 37
RHODE ISLAND (4) : BO 63 - MC 35
WISCONSIN (10) : BO 56 - MC 43

LOUISIANE (9) : BO 38 - MC 60
MINNESOTA (10) : BO 54 - MC 44
NOUVEAU MEXIQUE (5) : BO 55 - MC 44

TEXAS (34) : BO 44 - MC 55
VIRGINIE OCCIDENTALE (5) : BO 43 - MC 56
OHIO (21) : BO 50 - MC 49
MISSISSIPPI (6) : BO 42 - MC 58
MICHIGAN (17) : BO 56 - 42 MC
UTAH (5) : BP 41 - MC 56
IOWA (7) : BO 54 - MC 45
CALIFORNIE (55) : BO 57 - MC 41
IDAHO (4) : BO 39 - MC 59
VIRGINIE (13) : BO 52 - MC 48
FLORIDE (27) : BO 51 - MC 49
ARIZONA (10) : BO 45 - MC 54
COLORADO (9) : BO 53 - MC 45
NEBRASKA (5) : BO 42 - MC 57
DAKOTA DU SUD (3) : BO 44 - MC 54

NEVADA (5) : BO 57 - MC 41
OREGON (7) : BO 57 - MC 41
ETAT DE WASHINGTON (11) : BO 55 - MC 44

HAWAÏ (4) : BO 74 - MC 25
ALASKA (3) : BO 36 - MC 62
INDIANA (11) : BO 50 - MC 49
MONTANA (3) : BO 46 - MC 51



Tendances restantes

CAROLINE DU NORD (15) : BO 50 - MC 49
MISSOURI (11) : BO 49 - MC 50





ICI, LES RESULTATS DES ELECTIONS AUX CONGRES.


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Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


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