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19 avril 2021 1 19 /04 /avril /2021 17:33

« Ce qui m’intéresse, c’est la vie des hommes qui ont échoué, car c’est le signe qu’ils ont essayé de se surpasser. » (Clemenceau).


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Ce vendredi 5 janvier 2018, Walter Mondale fête son 90e anniversaire. En pleine reaganmania, il y avait peu de chance pour que Walter Mondale fût élu Président des États-Unis le 6 novembre 1984. Période de croissance économique, de baisse des impôts et du chômage, mais aussi de graves tensions internationales avec une crise des euromissiles qui nécessitait un homme à poigne. Pire, Walter Mondale, comme numéro deux de Jimmy Carter, représentait exactement le contraire (probablement injustement).

L’échec, Walter Mondale l’a donc bien connu. L’une des plus grande défaite de l’histoire des États-Unis, la plus grande depuis  1972 ou 1936 selon qu’on parle en suffrages exprimés ou en délégués : 40,7% des voix (et 13 délégués), face aux 59,0% des voix pour son concurrent, Président sortant, Ronald Reagan qui a remporté 49 États sur les 50 (et 525 délégués sur 538). Seuls le Minnesota (du bout des lèvres) et le district de Columbia (Washington) ont préféré Walter Mondale à celui qui avait redonné confiance aux Américains. Il n’y avait pas photo, au contraire de l’élection de George W. Bush Jr. le 7 novembre 2000.

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Né le 5 janvier 1928 dans le Minnesota de grands-parents paternels norvégiens et de grands-parents maternels canadiens d’origine écossaise, Walter Mondale fut le "poulain" d’Hubert Humphrey (1911-1978), lui aussi d’origine norvégienne (par sa mère). Ce dernier était maire de Minneapolis depuis le 2 juillet 1945 lorsqu’il s’est présenté avec succès aux élections sénatoriales le 2 novembre 1948. Walter Mondale dirigeait alors sa campagne à l’âge de 20 ans (son mentor en avait 37).

Avant son élection au Sénat, Hubert Humphrey avait suscité la polémique en prononçant un discours marquant à la Convention démocrate, le 14 juillet 1948 à Philadelphie (celle qui désigna le Président sortant Harry Truman), en défendant les droits civiques : « À ceux qui disent que le programme des droits civiques est en contradiction avec le droit des États, je dis que le temps est arrivé aux États-Unis, pour le Parti démocrate, de sortir de l’ombre du droit des États et de des tourner enfin vers l’éclat lumineux des droits de l’homme. ». Ce discours très axé à la gauche du parti avait mis en colère les dirigeants démocrates du Sud des États-Unis, traditionnellement conservateurs (et qui ont voté pour Ronald Reagan en 1984).

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Hubert Humphrey a été réélu sénateur du Minnesota jusqu’au 30 décembre 1964 (désigné coordinateur de la majorité démocrate au Sénat du 3 janvier 1961 au 30 décembre 1964), date de sa démission car il fut élu Vice-Président des États-Unis le 3 novembre 1964 sur un "ticket" avec le Président sortant Lyndon B. Johnson (il l’est resté jusqu’au 20 janvier 1969). Auparavant, Hubert Humphrey s’était présenté aux primaires démocrates en 1960 (notamment contre John F. Kennedy). Pendant ces années de combat personnel, Hubert Humphrey n’a cessé de défendre des positions très "à gauche" (droits civiques, contrôle des armes à feu, aide aux pays en voie de développement, fin des essais nucléaires, etc.).

Très logiquement, son "protégé" Walter Mondale fut désigné pour lui succéder au Sénat des États-Unis, "représentant" du Minnesota : Walter Mondale fut ainsi élu sénateur du 30 décembre 1964 au 30 décembre 1976 (d’abord nommé par le gouverneur du Minnesota Karl Rolvaag, puis élu la première fois le 8 novembre 1966 et réélu le 7 novembre 1972).

Auparavant, Walter Mondale avait fait des études de science politique et de droit, et fait son service militaire à Fort Knox pendant la guerre de Corée entre 1951et 1953. Il avait aussi dirigé la campagne en 1952 (échec), 1954, 1956 et 1958 d’Orville Freeman (1918-2003), élu gouverneur (démocrate) du Minnesota du 5 janvier 1955 au 2 janvier 1961 et futur Ministre de l’Agriculture du 20 janvier 1961 au 21 janvier 1969. Après quatre années comme juge, Walter Mondale est devenu procureur général de l’État du Minnesota ("attorney general") du 4 mai 1960 au 30 décembre 1964 (d’abord nommé par le gouverneur Orville Freeman pour remplacer le prédécesseur, puis élu en 1962). Démissionnaire une fois devenu sénateur.

Très actif au sein du Parti démocrate, Walter Mondale a tenté d’y bâtir une aile centriste. Il fut aussi actif au Sénat où il s’est investi dans de nombreuses commissions, notamment la Commission des affaires aéronautiques et spatiales où il fit partie des instructeurs de l’enquête sur l’accident qui tua trois astronautes le 27 janvier 1967 lors d’un essai Apollo 204 (ils sont morts dans un incendie). Affrontant publiquement le patron de la NASA, Walter Mondale voulait renforcer le contrôle parlementaire sur les rapports de sécurité interne de la NASA : « Je crois qu’en forçant une confrontation publique sur ces inquiétudes jusqu’à maintenant profondes et secrètes sur la sécurité et la gestion du programme, cela a forcé la NASA à restructurer et réorganiser le programme d’une manière que cela fût beaucoup plus sûr. » (24 mai 2001).

En été 1972, désigné candidat démocrate à l’élection présidentielle, George MacGovern (1922-2012), lui aussi très axé "à gauche" (il s’opposa à la guerre au Vietnam), proposa d’être son Vice-Président à Walter Mondale qui refusa. Ce dernier accepta cependant d’être sur le "ticket" du candidat démocrate en 1976, à savoir Jimmy Carter, agriculteur et gouverneur de Géorgie peu connu, l’un représentant ainsi le Sud (assez conservateur) et l’autre le Nord (assez progressiste).

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Avec plus de 40,8 millions de voix (soit 50,1%), Jimmy Carter fut élu Président des États-Unis le 2 novembre 1976 face au Président sortant Gerald Ford qui n’a obtenu que 48,0% des voix (le colistier de Gerald Ford en 1976 était Bob Dole). Walter Mondale fut donc élu Vice-Président des États-Unis du 20 janvier 1977 au 20 janvier 1981.

Sous le mandat de Jimmy Carter, Walter Mondale a pris une certaine influence sur le gouvernement et la définition de la politique des États-Unis. Cette manière d’exercer la fonction vice-présidentielle a été reprise par ses successeurs (ce fut le premier Vice-Président à avoir installé un bureau à la Maison-Blanche ; rappelons que le Vice-Président assure aussi la fonction de Président du Sénat).

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Le "ticket" Jimmy Carter et Walter Mondale s’est représenté à l’élection présidentielle du 4 novembre 1980 dans un contexte très difficile pour eux (après des primaires démocrates où Ted Kennedy fut un rude concurrent  avec 37,6% des voix face à 51,1% pour Jimmy Carter) : au-delà d’une stagnation économique et d’une hausse du chômage, la crise des otages américains à Téhéran a discrédité durablement l’autorité de Jimmy Carter. En effet, depuis le 4 novembre 1979, 52 diplomates américains furent retenus par des étudiants iraniens à l’ambassade américaine à Téhéran (ils ne furent libérés que le jour même de l’investiture de Ronald Reagan, le 20 janvier 1981, renforçant le discrédit du prédécesseur).

Il y a eu plus de 8,4 millions de voix qui ont séparé Ronald Reagan (50,8%) et Jimmy Carter (41,0%). Walter Mondale, renvoyé dans l’opposition, se prépara à l’élection présidentielle suivante en prenant le contrôle du Parti démocrate.

Malgré ce contrôle du parti, les primaires démocrates de 1984 ne furent pas de tout repos pour Walter Mondale. En effet, deux autres candidats sont entrés dans la course à l’investiture. D’une part, Gary Hart, "jeune" sénateur du Colorado depuis 1975 (il avait alors 47 ans), populaire par son charisme (au point de devenir le favori des primaires démocrates de 1988) et le pasteur Jesse Jackson (42 ans), militant des droits civiques. C’était d’ailleurs la première fois qu’un homme "de couleur" fut dans la course présidentielle de manière "sérieuse".

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Les résultats des primaires donnèrent l’investiture à Walter Mondale, mais de justesse. À la fin du cycle des primaires, le 12 juin 1984, Walter Mondale a obtenu 6,95 millions de voix, soit 38,3%, et 1 606 délégués. Gary Hart 6,50 millions de voix, soit 35,9%, et 1 164 délégués. Enfin Jesse Jackson 3,28 millions de voix, soit 18,1%, et 358 délégués. La plupart des autres délégués (réservés au parti) se reportèrent sur la candidature de Walter Mondale. À l’issue de la Convention démocrate le 19 juillet 1984 à San Francisco, sur les 3 882 mandats, Walter Mondale en a obtenu 2 191, Gary Hart 1 200 et Jesse Jackson 465. Notons pour l’anecdote qu’en 1984, sans beaucoup de chance de succès, l’astronaute et sénateur John Glenn fut candidat (1921-2016) comme en 1976, ainsi que l’ancien candidat démocrate de 1972, George MacGovern. Jesse Jackon améliora nettement son score aux primaires démocrates de 1988, en recueillant 6,9 millions de voix (soit 29,4%) et 1 023 délégués.

Lors de la même Convention démocrate de 1984, Walter Mondale s’est choisi une femme comme colistière, candidate à la Vice-Présidence des États-Unis, Geraldine Ferraro (1935-2011). Ce fut la première fois qu’une femme était incluse dans un "ticket" pouvant remporter l’élection. La seconde fois, ce fut la candidature de l’ancienne Secrétaire d’État Hillary Clinton en 2016. Geraldine Ferraro avait fait campagne pour Hillary Clinton lors des primaires démocrates de 2008 et avait dû démissionner après avoir dit une "bêtise" à propos de Barack Obama.

Comme je l’ai indiqué au début de l’article, Walter Mondale a subi l’une des plus grandes défaites historiques. Ayant construit le centre du Parti démocrate pendant les années 1960 et 1970, mais marqué par son ancienne proximité avec Hubert Humphrey (disparu depuis longtemps, après être redevenu sénateur du Minnesota du 3 janvier 1971 au 13 janvier 1978), Walter Mondale s’était positionné complètement à contre-courant du peuple américain, en proposant par exemple d’augmenter les impôts pour réduire la dette publique et renforcer la redistribution en faveur des plus pauvres. Il avait néanmoins "réussi" son premier débat télévisé avec Ronald Reagan en misant sur l’âge : Ronald Reagan avait 73 ans et lui 56 ans (au débat suivant, du 21 octobre 1984, Ronald Reagan répliqua en disant qu’il valait mieux un vieux expérimenté qu’un jeune inexpérimenté).

Après sa lourde défaite, Walter Mondale quitta la vie politique et travailla dans des entreprises du Minnesota (il enseigna aussi à l’Université du Minnesota dont un bâtiment porte désormais son nom), jusqu’à l’élection de Bill Clinton. Ce dernier le nomma ambassadeur des États-Unis au Japon du 21 septembre 1993 au 15 décembre 1996, puis le nomma en 1998 envoyé spécial du Président des États-Unis en Indonésie. Le 4 septembre 2002, il a tenu une conférence au Sénat pour présenter les transformations qu’il a initiées dans le rôle du Vice-Président des États-Unis entre 1977 et 1981.

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À l’âge de 74 ans, Walter Mondale accepta de faire une dernière incursion dans la vie politique en se présentant, à la demande urgente du Parti démocrate, à la succession du sénateur démocrate du Minnesota Paul Wellstone (1944-2002), tué dans un accident d’avion le 25 octobre 2002 à onze jours de son renouvellement, mais échoua le 5 novembre 2002 avec seulement 47,3% des voix contre 49,5% au républicain Norm Coleman. Seul État l’ayant soutenu en 1984, le Minnesota le lâcha aussi : « À la fin de ce qui est ma dernière campagne, je veux dire aux habitants du Minnesota que vous m’avez toujours bien traité, vous m’avez toujours écouté. ».

Walter Mondale a cependant repris sa "revanche" sur le sénateur républicain Norm Coleman. En effet, appuyant la candidature de l’humoriste et comédien Al Franken, positionné à l’aile gauche du Parti démocrate, ce dernier fut élu de justesse sénateur du Minnesota le 4 novembre 2008 (il ne prit ses fonctions que le 7 juillet 2009 à cause de recomptages et de la contestation de son élection à quelques centaines de voix près : 312 sur 2 424 946 !), fut réélu le 4 novembre 2014 mais vient de démissionner ce 2 janvier 2018 en raison des affaires d’agression et de harcèlement sexuels éclatées le 16 novembre 2017 à l’occasion de l’affaire Harvey Weinstein.

En 2008, Walter Mondale a soutenu la candidature d’Hillary Clinton lors des primaires démocrates. Le 3 juin 2008, il a ensuite rallié la candidature de Barack Obama. Aujourd’hui, Walter Mondale continue sa retraite dans le Minnesota (veuf depuis le 3 février 2014), en faisant de la pêche, pratiquant le tennis et le ski, lisant Shakespeare et des romans historiques, et appréciant les Monty Pytthon. Sa fille Eleanor fut une présentatrice de télévision vedette (disparue à la suite d’un cancer du cerveau) et son fils aîné Ted, entrepreneur, fit, quant à lui, également, de la politique en se faisant élire membre du sénat local du Minnesota du 8 janvier 1991 au 6 janvier 1997.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 janvier 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Biographie de Walter Mondale.
Woodrow Wilson.
Walter Mondale.
Les Quatorze points du Président Wilson (texte intégral du discours du 8 janvier 1918).
Geraldine Ferraro.
Le cinéma parlant.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Charlie Chaplin.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210419-walter-mondale-0.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/20/38930517.html



 

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5 mars 2021 5 05 /03 /mars /2021 03:50

« Notre mouvement magnifique, historique et patriotique "Make America Great Again" ne fait que commencer. Dans les mois à venir, j’aurai beaucoup de choses à partager avec vous et je suis impatient de continuer notre incroyable aventure pour la grandeur du pays. » (Donald Trump, le 13 février 2021).



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Cette tirade de l’ancien Président des États-Unis Donald Trump le 13 février 2021, après avoir été acquitté dans son second procès pour "empêchement", avait des allures d’envolée de Ségolène Royal. En effet, au soir du second tour de l’élection présidentielle du 6 mai 2007, oubliant qu’elle avait perdu, la candidate socialiste avait lancé à ses troupes un vibrant « En avant vers de nouvelles victoires ! ». La différence, certes, c’est que Donald Trump, qui a été largement battu par son adversaire et successeur Joe Biden le 3 novembre 2020, avait été élu quatre années auparavant…

Du 9 au 13 février 2021, le Sénat des États-Unis devait en effet décider de la responsabilité de Donald Trump dans l’insurrection du Capitole le 6 janvier 2021. Pour être acquise, la culpabilité, donc la condamnation, doit être votée par les deux tiers du Sénat. Or seulement 57 sénateurs ont voté pour, 43 autres ont voté contre. Il faut se rappeler que le Sénat a basculé très récemment et de manière serrée dans le camp démocrate : 50 sénateurs démocrates et 50 sénateurs républicains, mais les démocrates ont voix prépondérante avec la Vice-Présidente Kamala Harris qui préside le Sénat. Seulement sept sénateurs républicains ont voté pour la destitution de Donald Trump.

Ce procès était un peu surréaliste car il avait pour objectif de destituer une personne qui n’était plus Président des États-Unis. Le plus intéressant est d’écouter le très influent chef de la minorité républicaine au Sénat, qui était chef de la majorité républicaine, de 2015 à 2021, principalement sous le mandat de Trump, le "vieux" Mitch MacConnell (de huit mois l’aîné du nouveau Président).

Ce dernier a été un allié fidèle de Donald Trump, et pourtant, son avis sur lui est loin d’être complaisant. Voici ce qu’il a dit, énervé, à l’issue de ce procès : « Les actions de l’ancien Président Trump qui ont précédé l’émeute ont été un manquement honteux et scandaleux à son devoir (…). Il ne fait aucun doute, aucun, que le Président Trump est concrètement et moralement responsable d’avoir provoqué les événements de la journée [du 6 janvier 2021]. (…) Il n’a pas fait son travail. Il n’a pas pris les mesures nécessaires pour que la loi fédérale puisse être fidèlement exécutée et l’ordre rétabli. Non, au contraire, selon les rapports publics, il a regardé la télévision avec joie, avec joie, pendant que le chaos se déroulait (…). Quelle que soit la réaction qu’il dit qu’il voulait produire d’ici cette après-midi-là, nous savons qu’il regardait la même télévision en direct que le reste d’entre nous. Une foule attaquait le Capitole en son nom. Ces criminels portaient ses bannières, arboraient ses drapeaux et criaient leur loyauté envers lui (…). Ils ont fait cela parce que l’homme le plus puissant de la Terre leur avait raconté des mensonges sauvages parce qu’il était furieux d’avoir perdu une élection. ». On notera au passage la très grande prétention américaine, très répandue dans la classe politique américaine, de croire que le Président américain est l’homme le plus puissant du monde, Xi Jinping doit rire sous son masque.

Le sénateur du Kentucky ajoutait : « Nous avons un système de justice pénale dans ce pays. Nous avons un système de justice civile. Et les anciens Présidents ne sont pas à l’abri d’être tenus responsables par l’un ou par l’autre (…). Le Président Trump est toujours responsable de tout ce qu’il a fait pendant son mandat. Il n s’en est pas encore tiré. ».

Avec une appréciation aussi sévère, Mitch MacConnelle a-t-il fait partie des sept sénateurs républicains "traîtres" ? Pas du tout, il a voté "non coupable" comme ses 42 autres collègues républicains car il considérait que voter une destitution quand le Président n’était plus en exercice n’avait plus de sens, et que c’était anticonstitutionnel (cette anticonstitutionnalité avait été pourtant levée par le Congrès). Par conséquent, Mitch MacConnell dit en clair que Donald Trump est bien responsable de l’émeute du 6 janvier 2021, mais pas coupable, et donc acquitté.

En fait, c’est la Présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi qui était  en colère contre Mitch MacConnell car c’était à ce dernier de convoquer le Sénat pour démarrer le procès en destitution avant le 20 janvier 2021, quand Donald Trump était encore Président en exercice, et ce dernier avait refusé, ce qui fait qu’il portait un double langage assez hypocrite puisqu’il n’a pas voté la destitution en raison d’une décision qu’il n’a pas lui-même prise à temps ! En fait, elle n’a pas employé le mot "hypocrite" mais "pathétique". Et la "Speaker" d’asséner : « Je salue les sénateurs républicains qui ont voté selon leur conscience et pour notre pays. Le refus des autres sénateurs républicains de tenir Trump pour responsable d’avoir déclenché une violente insurrection pour s’accrocher au pouvoir sera considéré comme l’un des jours les plus sombres et des actes les plus déshonorants de l’histoire de notre nation. ».

De toute façon, concrètement, Donald Trump n’étant plus Président, sa destitution votée n’aurait eu qu’une valeur symbolique et n’aurait pas beaucoup changé les choses, d’autant plus que le nouveau Président Joe Biden préférait, de son côté, se focaliser sur sa propre politique et son plan de relance de 1 900 milliards de dollars pour lubrifier la machine économique après la crise sanitaire.

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La question, pourtant, se pose pour l’avenir : Trump sera-t-il candidat à l’élection présidentielle de 2024 ? S’il avait été "destitué", aurait-il été "empêché" d’être candidat à cette élection ? Ce n’était même pas certain et cela aurait pu être à l’origine d’une nouvelle grosse polémique juridique et constitutionnelle, comme les Américains aiment bien en créer (les Français, eux, préfèrent plutôt les polémiques sur la morale et pas sur le droit).

Même si beaucoup de militants fanatisés espèrent une nouvelle candidature de Trump, il faudrait retrouver un peu le sens des réalités. D’abord l’âge (78 ans), mais on a vu que cet âge n’empêche pas une élection. Ensuite l’argent (son empire risque beaucoup de s’écrouler financièrement ces prochaines années). Enfin, la morale, car la plupart des Américains ont été terriblement choqués voire humiliés de cette émeute du 6 janvier 2021 qui a fait s’esclaffer la planète entière sur la si vantée "démocratie américaine". Sans compter sa responsabilité de la crise sanitaire.

En tout cas, comme un forgeron qui bat le fer tant qu’il est chaud, Donald Trump n’est pas resté silencieux très longtemps. Il a participé à un meeting à Orlando le dimanche 28 février 2021 afin de nourrir ce matelas incompressible d’adaptes à la nouvelle secte dont il est le gourou médiatique. Avec quelques éléments intéressants.

Le principal, c’est qu’il n’était pas question de créer un nouveau parti politique, un parti trumpiste. L’action politique future de Donald Trump restera donc dans le cadre du parti républicain. On ne sait pas si les cadres du parti républicain ont poussé un ouf de soulagement ou un soupir de déception, mais c’est la raison qui a emporté cette décision. Vouloir ne constituer qu’une secte trumpiste aurait été un peu trop visible et surtout, serait voué à l’échec électoral, il ne serait alors qu’un groupe de pression, une minorité agissante, mais certainement pas un mouvement susceptible de remporter la majorité des suffrages américains.

Et puis, un troisième parti aurait eu l’inconvénient de permettre aux démocrates de rester durablement aux commandes du pays alors qu’eux-mêmes sont profondément divisés et en manque de leaders. Le discours d’Orlando n’a donc pas eu d’autre fonction que d’alimenter la flamme du trumpisme dans le cadre des institutions américaines traditionnelles.

L’histoire jugera beaucoup plus sévèrement Donald Trump que ses contemporains. La tache de la honte et de l’humiliation nationale restera considérablement ancrée dans la "mémoire collective", celle de la risée du monde. Trump pourra s’agiter comme il le voudra, il ne sera plus qu’un cheftaillon vieillissant à la tête de militants qui ont projeté sur ce milliardaire mal léché un improbable défenseur des précaires et des laissés-pour-compte. Comprenne qui pourra.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Trump, responsable de l’insurrection mais acquitté !
Georges Shultz.
Dick Cheney.
Joe Biden : enfin la démocratie restaurée !
Capitole : Trump et la dictature du moi.
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
De la Démocratie en Amérique.
USA 2020 : and the Winner is Joe Biden !
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
USA 2020 : le suspense reste entier.
Bill Gates.
Albert Einstein.
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210228-trump.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/trump-responsable-de-l-231387

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/01/38842573.html






 

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9 février 2021 2 09 /02 /février /2021 03:15

« La négociation est un euphémisme pour capitulation si l’ombre de la puissance n’est pas projetée sur la table des négociations. »


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Une telle citation est peu significative de l’homme d’ouverture et de modération. Elle fut prononcée à propos du conflit au Nicaragua. L’un des piliers du parti républicain aux États-Unis est mort ce samedi 6 février 2021 à Standford, en Californie. George P. Shultz, réputé homme modéré et républicain très influent encore en l’an 2000, venait d’avoir 100 ans quelques semaines plus tôt, le 13 décembre 2020 (né à New York).

À l’origine économiste, diplômé de la prestigieuse Université de Princeton et du non moins prestigieux Massachusetts Institute of Technology de Boston, il enseigna à Boston puis à Chicago. Ancien Marine qui a combattu le Japon de 1942 à 1945, conseiller du Président Dwight Eisenhower, George Shultz fut trois fois ministre auprès des Présidents Richard Nixon puis Ronald Reagan : Secrétaire au Travail (équivalent de Ministre du Travail) du 22 janvier 1969 au 1er juillet 1970, puis Secrétaire du Trésor (équivalent de Ministre des Finances) du 12 janvier 1972 au 8 mai 1974. Entre le 1er juillet 1970 et le 11 janvier 1972, il fut directeur du Budget, considéré aussi comme une fonction essentielle du gouvernement.

Quittant le navire en période de Watergate, George Shultz s’est "recyclé" en étant un des dirigeants du grand groupe de travaux publics Bechtel. Pourtant, le ministre appréciait le fin stratège qu’était Richard Nixon : « Nixon aimait penser de manière stratégique (…). Lorsqu’il était soumis à beaucoup de pression, il pouvait fixer une stratégie et la mettre en œuvre, et cela fonctionnait. ». C’est comme cela qu’il a réussi à "déségréger" plusieurs écoles dans des États du Sud. Cependant, il a su très vite que la postérité serait sans complaisance avec Nixon à cause du Watergate.

Mais "l’affaire de sa vie", ce fut sa nomination comme Secrétaire d’État (équivalent de Ministre des Affaires étrangères et troisième personnage de l’État après le Président et le Vice-Président) par le Président Ronald Reagan, du 16 juillet 1982 au 20 janvier 1989, jusqu’à la fin du second mandat de Ronald Reagan. Il fut parmi l’un des plus "longs" chefs de la diplomatie américaine et il le fut à une période clef des relations internationales avec la fin de la guerre froide qui préfigura la chute de l’URSS. George Shultz a succédé au général Alexander Haig, ancien commandant suprême des forces alliées en Europe, considéré comme "faucon", et contraint à la démission le 24 juin 1982 après des désaccords avec les autres membres et conseillers du gouvernement Reagan.

Nouer des liens de confiance avec des dirigeants soviétiques n’était pas facile. George Shultz a expliqué dans le "Washington Post" du 11 décembre 2021 comment cela s’est passé : « Souvent, dans ma carrière, j’ai vu qu’une véritable empathie est essentielle pour établir des relations solides et confiantes. En 1973, alors que j’étais Secrétaire au Trésor, j’ai assisté à une cérémonie de dépôt de gerbes à un mémorial de la Seconde Guerre mondiale à Leningrad, avec le Ministre soviétique du Commerce extérieur Nikolaï Patolitchev. Pendant  que nous marchions, Patolitchev, un vieil homme rugueux, a décrit le bilan effroyable de la Bataille de Leningrad. Des larmes coulaient sur son visage et son interprète sanglotait. Quand nous étions sur le point de partir, j’ai dit à Patolitchev : "Moi aussi, j’ai combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, et j’ai eu des amis tués à mes côtés". En regardant le cimetière, j’ai ajouté : "Après tout, ce sont des soldats qui ont vaincu Hitler". Face aux morts, j’ai fait mon meilleur salut de Marine, et Patolitchev m’a remercié de la démonstration de mon respect. Plus tard, à ma grande surprise, j’ai découvert que j’avais gagné la confiance des dirigeants soviétiques grâce à cette visite. ».

George Shultz a encouragé un climat de détente Est-Ouest lors de l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev en 1985, après des tensions perceptibles lors du premier mandat de Ronald Reagan (notamment avec la crise des missiles, les Américains installant des Pershing pour faire.face aux missiles soviétiques SS-20 braqués vers l’Europe de l’Ouest). George Shultz a fait la connaissance de Gorbatchev dès l’enterrement du prédécesseur, Konstantin Tchernenko, et a découvert un homme modéré avec qui l’on pouvait dialoguer. Shultz a dû vaincre le scepticisme et la méfiance de Caspar Weinberger (Ministre de la Défense) et Bill Casey (directeur de la CIA), mais a su convaincre Ronald Reagan des bienfaits de l’ouverture.

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George Shultz a effectivement adoré travailler avec Ronald Reagan qu’il avait conseillé sur son programme économique lors des primaires républicaines de 1980 : « C’était un plaisir de travailler avec Reagan. Il était très amusant. Lui et moi avons bien travaillé ensemble. ». Reagan voulait utiliser la fibre personnelle dans sa diplomatie, selon Shultz : « Il posait des questions sur les dirigeants chinois : comment sont-ils ? Il posait des questions sur les dirigeants soviétiques. Chaque fois qu’il rencontrait un dirigeant étranger, il se demandait toujours : de quel genre de personne s’agit-il ? Il voulait comprendre les gens avec qui il avait affaire. ».

Cela n’a pas empêché quelques tensions entre George Shultz et Ronald Reagan. Ainsi, dans un tweet du 7 février 2021 cité par "Le Monde", l’historien Michael Richard Beschloss, expert dans l’histoire des Présidents des États-Unis, a évoqué une scène que lui avait confiée Shultz profondément en colère contre Reagan qui était arrivé à un entretien avec Gorbatchev sans l’avoir préparé. Shultz l’a alors pris entre quatre yeux et l’a sermonné en disant qu’il ne faudrait plus jamais reproduire cette situation.

S’il a pris sa "retraite" politique à la fin de la Présidence de Ronald Reagan, George Shultz a néanmoins continué à garder une grande influence sur le parti républicain et a beaucoup conseillé George W. Bush (fils) en 2000 pour constituer son équipe. Membre du Hoover Institute, il a continué à rencontrer de nombreux dirigeants de son pays (en particulier Barack Obama, Hillary Clinton, etc.). Comme son successeur direct, James Backer, George Shultz soutenait la création d’une taxe carbone pour lutter contre les changements climatiques. Le Hoover Institute, dans le communiqué annonçant sa disparition, a rappelé : « Il est l’un des deux seuls Américains à avoir occupé quatre fonctions différentes au sein du gouvernement fédéral. ».

Encore en décembre 2020, peu avant son centenaire, George Shultz avait des mots assez désagréables pour le Président sortant Donald Trump qui refusait alors sa défaite face à Joe Biden. Pour Shultz, la politique extérieure des États-Unis pendant le mandat Trump était illisible, sans stratégie et incohérente. Il a regretté le déclin de la réputation de son pays à l’étranger et l’accroissement de la méfiance de ses alliés. Et il savait que cela mettrait beaucoup de temps pour retrouver un climat international serein.

D’ailleurs, il n’hésitait pas à enseigner sa règle numéro une de gouvernance, apprise très tôt au cours de sa longue carrière, qu’il a proposée dans la même tribune au "Washington Post" le 11 décembre 2020 : « Le 13 décembre marque mes 100 ans de jeunesse. J’ai beaucoup appris au cours de cette période, mais avec le recul, je suis frappé de constater qu’il y a une leçon que j’ai apprise tôt et que j’ai réapprise encore et encore : la confiance est la monnaie du royaume. Quand la confiance était dans la salle, quelle que soit la salle (famille, école, sport, bureau, gouvernement, armée), de bonnes choses se sont produites. Lorsque la confiance n’était pas au rendez-vous, aucune bonne chose ne se produisait. Le reste n’est que détail. ». Il utilisait souvent l’expression "It’s the coin of the realm" qu’on pourrait ici traduire littéralement sans faire de contresens.

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Pour lui, le meilleur moyen de résoudre des situations conflictuelles, c’est de nouer des relations personnelles avec les dirigeants des pays protagonistes afin de pouvoir parler des problèmes et de construire une certaine confiance. C’était son objectif pour les relations avec l’URSS et la Chine communiste dans les années 1980, notamment pour réduire l’arsenal nucléaire.

George Shultz confiait aussi la méthode de Reagan pour convaincre : « Un jour (…), j’ai apporté un projet de discours de politique étrangère au bureau ovale pour que Reagan l’examine. Il a lu le discours et a dit : "C’est très bien", puis il a commencé à l’annoter. Dans la marge d’une page, il a écrit "histoire". J’ai demandé ce que cela signifiait. "C’est le point le plus important, a-t-il déclaré. Ajouter une histoire pertinente engagera vos lecteurs. De cette façon, vous ferez appel non seulement à leur esprit, mais à leurs émotions". Il m’a fait comprendre que raconter une histoire aide à défendre votre cause d’une manière qu’aucune idée abstraite ne peut le faire : une histoire crée un lien émotionnel et des liens émotionnels construisent la confiance. ».

Usant d’un humour presque british, George Shultz est revenu encore et toujours à la confiance : « C’est la grande leçon que j’ai apprise ces cent premières années. J’ai hâte de voir quelle sera la grande leçon de mes cent prochaines années. Nous sommes à un moment charnière de l’histoire, et l’avenir ne sera pas comme le passé. Mais je sais que la confiance en fera partie. C’est la monnaie du royaume ! ». De ce second centenaire, il n’en a bu que quelques semaines…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Georges Shultz.
Dick Cheney.
Joe Biden : enfin la démocratie restaurée !
Capitole : Trump et la dictature du moi.
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
De la Démocratie en Amérique.
USA 2020 : and the Winner is Joe Biden !
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
USA 2020 : le suspense reste entier.
Bill Gates.
Albert Einstein.
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210206-george-shultz.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/george-shultz-le-fossoyeur-de-la-230819

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/02/08/38803646.html






 

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 03:38

« Il faut savoir jouir de tout ce qui est permis sans scrupule, puis savoir s’en passer sans douleur. » (Christian de Suède, 1682).



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L’ancien Vice-Président des États-Unis Dick Cheney a eu 80 ans ce samedi 30 janvier 2021. Pour une personne qui a une insuffisance cardiaque depuis avant l’âge de 40 ans, cette longévité est remarquable, vu tous les ennuis cardiaques qu’il a eus entre-temps, au point qu’il avait peur, il y a quelques années, qu’on piratât son stimulateur cardiaque pour attenter à sa vie.

Dick Cheney a été à la fois un homme de l’etablishment, souvent qualifié de "faucon" en raison de positions particulièrement guerrières, mais en même temps, il a été un véritable extraterrestre de la vie politique américaine, même si, dans ce domaine, Donald Trump en est le champion. En tout cas, il est maintenant bien "établi", au point qu’il a participé, si j’ai bien remarqué, j’ai juste un petit doute car le port du masque n’aide pas forcément à l’identification dans des images furtives, mais je pense avoir vu Dick Cheney et sa femme Lynne (qui aussi aura 80 ans cet été) parmi les invités présents à l’investiture du nouveau Président Joe Biden, ce qui fait qu’il y a eu au moins trois représentants très honorables des républicains à cette cérémonie avec George W. Bush (ancien Président) et Mike Pence (Vice-Président sortant).

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Il est difficile, pour évoquer la trajectoire de Dick Cheney, de ne pas être influencé par l’excellent film d’Adam MacKay sorti le 25 décembre 2018 (en France le 13 février 2019), intitulé "Vice", pour une fois le même titre en anglais et en français avec la même ambiguïté, Vice pour Vice-Président et Vice pour l’opposé de la Vertu. Certes, ce film est largement partial, souvent à charge, souvent démonstratif comme le veut la tradition du cinéma américain (toujours très moralisateur). Mais il permet aussi de comprendre l’homme, de se mettre à sa place, avec un mélange de cynisme poussé à l’extrême mais aussi d’une certaine naïveté, celle d’un messianisme évident, assez courant aux États-Unis, mais pas seulement (c’était le défaut de la France lors de la colonisation au contraire des Anglo-Saxons beaucoup plus pragmatiques et commerciaux).

D’ailleurs, quels que soient les dégâts qu’il ait pu occasionner (et la comparaison avec Donald Trump peut l’exonérer de certaines critiques), il y a une chose dont on ne peut pas remettre en cause, c’est sa sincérité d’avoir agi pour l’intérêt des États-Unis et en ce sens, il est l’un des hommes d’État encore vivants de ce pays parmi les mieux représentatifs.

Le début de la vie de Dick Cheney pourrait s’apparenter à celle d’un délinquant de l’Amérique profonde, un voyou qui préférait tourner mal à suivre des études difficiles. Il a vécu de petits boulots comme celui d’installer des poteaux électriques (un métier très physique). Heureusement, sa femme l’a poussé à continuer les études et à être ambitieux (elle aussi rêvait d’ascension sociale). Il était déjà père de deux jeunes enfants quand il a obtenu son diplôme de sciences politiques à l’Université du Wyoming en 1966.

Dès 1969, pour un stage, Dick Cheney s’est trouvé projeté au sein des seins du pouvoir suprême, à la Maison-Blanche, au service d’un des collaborateurs du Président Richard Nixon, à savoir celui qui est resté son mentor en politique, Donald Rumsfeld, de huit ans son aîné.

Ce dernier, après le scandale du Watergate et la démission de Richard Nixon, a été nommé le 21 septembre 1974 chef de cabinet de la Maison-Blanche auprès du nouveau Président Gerald Ford. Il faut bien comprendre que ce poste est l’un des plus importants du dispositif de l’exécutif américain, une sorte de mélange entre Secrétaire Général de l’Élysée et de secrétaire général du gouvernement, certains font même le parallèle avec la fonction de Premier Ministre (en France) mais à mon sens, c’est peu pertinent car c’est une fonction technique et pas politique. Une fonction d’influence et pas de pouvoir.

Or, Dick Cheney, qui a toujours aspiré à une vie personnelle tranquille, a trouvé le bon équilibre : l’influence plus que le pouvoir, les coulisses plus que le devant de la scène. Il est difficile, ici, pour ce point précisément et à l’exclusion des autres aspects du personnage, de ne pas faire l’analogie avec Jean Monnet qui avait toujours refusé d’occuper une fonction politique, considérant qu’il aurait plus d’influence en conseiller discret qu’en chef d’exécutif dont l’instabilité empêcherait tout projet de long terme. Dick Cheney non plus ne voulait pas être sur le devant de la scène, bien briefé par Donald Rumsfeld.

Un autre aspect à prendre en compte fut le contexte politique très particulier : le Watergate a mis sur la touche de nombreux responsables du parti républicain, si bien qu’il y avait des places à prendre et une nouvelle génération à conquérir le pouvoir, déjà au sein du parti républicain. Lorsque Donald Rumsfeld fut nommé par Gerald Ford le plus jeune Ministre de la Défense (on dit Secrétaire à la Défense), du 20 novembre 1975 au 20 janvier 1977 (à l’investiture du nouveau Président Jimmy Carter), ce fut Dick Cheney qui lui succéda comme chef de cabinet de la Maison-Blanche. Le voici alors parmi les personnages les plus influents du pays. Cela lui a donné l’expérience et la connaissance de tous les rouages de la Présidence des États-Unis.

Rappelons rapidement que Donald Rumsfeld fut appelé le "JFK des républicains" car il avait conquis dans l’Illinois son mandat de représentant à 30 ans (en 1962) avec une ambition prometteuse et travailla pour la Maison-Blanche dès 1969 (en même temps donc que Dick Cheney son assistant et poulain). En 1972, il fut nommé ambassadeur des États-Unis à l’OTAN à Bruxelles pendant deux ans avant de rejoindre la tête de l’administration de Gerald Ford pendant un an et d’être nommé à l’âge de 43 ans, à la tête du Pentagone. Son rival au sein du parti républicain, lui, au même moment, fut nommé directeur de la CIA : George H. W. Bush (Bush père).

Il y avait cette prétention à vouloir diriger les affaires du monde de manière occulte, sous couvert d’être les plus proches collaborateurs du Président des États-Unis. Après l’échec des républicains aux élections de novembre 1976 (il a codirigé la campagne de réélection de Gerald Ford avec James Backer), Dick Cheney s’est fait élire six fois représentant dans le Wyoming de novembre 1978 à mars 1989, prenant systématiquement des positions très conservatrices (s’opposant à un jour férié pour Martin Luther King, considérant Nelson Mandela comme un terroriste, etc.).

La victoire de Ronald Reagan en novembre 1980 a esquissé une révolution conservatrice mais a aussi battu le clan Rumsfeld au sein du parti républicain. Néanmoins, Dick Cheney a pris beaucoup d’importance en dirigeant les députés républicains à la Chambre des représentants. Donald Rumsfeld avait de toute façon quitté la vie politique dès l’échec de Gerald Ford pour diriger une grande entreprise dans le domaine pharmaceutique, préférant assurer cette fonction à se porter candidat pour la succession de Ronald Reagan. En 1988, George W. H. Bush fut donc élu Président des États-Unis sans beaucoup de difficulté (malgré la bonne campagne de Micheal Dukakis). Après le refus du Sénat d’accepter John Tower à la Défense, Dick Cheney fut choisi comme le nouveau Ministre de la Défense du 20 mars 1989 au 20 janvier 1993 (à l’investiture du nouveau Président Bill Clinton).

Dick Cheney fut alors dans une position de pouvoir très importante. Il fut aux commandes lors de la première guerre du Golfe et de la reconquête du Koweït (opération Tempête du désert). Entre 1990 et 2000, Dick Cheney fut en même temps à la tête d’une multinationale dans le secteur parapétrolier qui a eu des contrats juteux en 2003 en Irak.

À la défaite de George H. W. Bush, Dick Cheney s’est éloigné de la vie politique pour se consacrer aux affaires (comme Donald Rumsfeld), tout en prenant part aux réseaux d’influence républicains néo-conservateurs. L’un des objectifs de ces groupes de pression, c’était de maintenir le leadership mondial des États-Unis pour le nouveau siècle. Il est très important de comprendre que c’est diamétralement le contraire de la politique isolationniste de Donald Trump dont la volonté était de se désengager des affaires du monde. Il est très étrange qu’au sein du même parti, en moins de vingt ans de "distance", un même parti ait apporté à tête de ce pays deux hommes d’État à la philosophie aussi contradictoire. Du reste, Dick Cheney ne se gêna pas pour critiquer ouvertement la politique de Donald Trump durant le mandat de celui-ci.

Après les deux mandats de Bill Clinton, George W. Bush, alors gouverneur du Texas et fils de George H. W. Bush, fut désigné en été 2000 comme le candidat des républicains à l’élection présidentielle. Complètement inexpérimenté sur les affaires du monde, il est venu chercher Dick Cheney qui n’avait pourtant pas l’intention de revenir dans la vie politique, menant une vie tranquille et prospère et étant gravement malade cardiaque (il bénéficia plus tard d’une transplantation cardiaque, du cœur d’un combattant américain en Afghanistan).

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Son premier refus de s’associer à George W. Bush pourrait être considéré sincère ou alors manipulateur. Ce dernier avait besoin de lui, de son expérience, de ses réseaux, de son influence au sein du parti républicain et du Congrès pour gagner la bataille contre le candidat de l’etablishment, Al Gore. En montrant ses réticences, Dick Cheney négociait un rapport de forces à son avantage, et le pacte fut scellé qui fit de George W. Bush une marionnette et qui donna à Dick Cheney, en cas de victoire, la réalité de beaucoup de pouvoirs présidentiels. Après une élection et des recomptages très serrés, les deux hommes furent élus à la tête des États-Unis en novembre 2000. Une autre interprétation, qui n’est pas incompatible, c’est que le choix de George W. Bush pour Dick Cheney a été fait pour s’opposer à son père et affirmer son autonomie politique.

Toujours est-il qu’entre le 20 janvier 2001 et le 20 janvier 2009 (car réélu en novembre 2004), Dick Cheney fut élu Vice-Président des États-Unis et probablement le Vice-Président qui a eu le plus de pouvoir de l’histoire des États-Unis. Dick Cheney avait pris en main de nombreuses administrations et a voulu augmenter les pouvoirs de l’exécutif (selon la "théorie de l’exécutif unitaire"). Il avait à la fois un bureau à la Maison-Blanche et un autre au Congrès (puisqu’il était constitutionnellement le Président du Sénat), maison qu’il connaissait bien et dont il voulait contrôler les travaux. Dick Cheney a su imposer le retour de son ancien mentor Donald Rumsfeld comme Ministre de la Défense (nommé le 20 janvier 2001, après avoir été le plus jeune, selon des journalistes, je n’ai pas vérifié, il fut le plus âgé à 68 ans).

Dick Cheney et Donald Rumsfeld ont une vision à la fois messianique et économique du monde. La conquête des ressources du Moyen-Orient faisait donc partie de leurs objectifs, notamment par l’invasion de l’Irak. Il était d’ailleurs dit que George H. W. Bush (père), en refusant de foncer sur Bagdad après la libération du Koweït, a laissé un travail inachevé que son fils voulait achever. Les attentats du 11 septembre 2001, sept mois après le début du mandat, ont donné un prétexte inattaquable pour mettre en application les desseins néo-conservateurs : intervention en Afghanistan, puis guerre contre l’Irak, avec tout l’emballage cynique du début de cette guerre, l’intervention du général Colin Powell (Secrétaire d’État) devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, montrant une (fausse) fiole d’anthrax, les informations inexactes de la CIA sur la situation de l’armement en Irak, etc. De plus, Dick Cheney a fait une publicité déraisonnable en dénonçant Abou Moussab Al-Zarquaoui, premier dirigeant de Daech.

Après la réélection (très large) du ticket Bush-Cheney, les premières informations arrivèrent sur la réalité des fausses preuves pour déclarer la guerre en Irak, mais aussi sur la réalité de faits de torture sur les prisonniers de la prison d’Abou Ghraib à Bagdad. Très politique et voulant se sauver, il a lâché son ami Donald Rumsfeld peu après la victoire des élections à mi-mandat en novembre 2006 : Donald Rumsfeld démissionna le 18 décembre 2006 (annoncé le 8 novembre 2006 par la Maison-Blanche), remplacé par le directeur de la CIA (Robert Gates).

Le couple Cheney a deux filles. La plus jeune, Mary (51 ans) est homosexuelle (mariée à une femme et elle a eu un enfant) et fut toujours protégée par son père Dick Cheney, proche de lui et sa confidente, elle fut aussi partie prenante dans le dispositif de campagne pour la réélection du ticket Bush-Cheney en 2004. Toujours protégée ? Selon le film "Vice", Dick Cheney l’aurait "lâchée" en automne 2013 pour permettre à l’aînée, Liz (54 ans), beaucoup plus conservatrice (avocate, mariée et mère de quatre enfants), de se présenter aux élections sénatoriales dans le Wyoming et pouvoir être élue par un électorat conservateur en affirmant fermement son opposition au mariage homosexuel. Finalement, elle renonça à sa candidature en janvier 2014, après une polémique avec sa sœur et en raison de la forte adhésion de la base du parti républicain en faveur du sénateur républicain sortant Mike Enzi. Cependant, Liz Cheney entra quand même au Congrès car elle fut élue représentante au fauteuil (ancien) de son père en novembre 2016, réélue deux fois et toujours en fonction. Elle a succédé à la républicaine Cynthia Lummis qui, elle, a pris la succession de Mike Enzi en janvier 2021 à son siège de sénateur du Wyoming.

Le 20 janvier 2009, après la victoire très large de Barack Obama, Dick Cheney a fait la passation des pouvoirs comme Vice-Président des États-Unis à un certain …Joe Biden.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 janvier 2021)
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Pour aller plus loin :
Dick Cheney.
Joe Biden : enfin la démocratie restaurée !
Capitole : Trump et la dictature du moi.
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
De la Démocratie en Amérique.
USA 2020 : and the Winner is Joe Biden !
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
USA 2020 : le suspense reste entier.
Bill Gates.
Albert Einstein.
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210130-dick-cheney.html

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21 janvier 2021 4 21 /01 /janvier /2021 03:15

« Nous n’allons pas diriger seulement par l’exemple de notre pouvoir, mais aussi par le pouvoir de l’exemple. » (Joe Biden, au Capitole de Washington, le 20 janvier 2021).


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C’est fait. Enfin fait : « La volonté du peuple a été entendue et la volonté du peuple a été respectée. ». La démocratie américaine a triomphé, « la démocratie l’a emporté ! », le peuple a été écouté, le candidat élu, et élu très largement, a été enfin investi 46e Président des États-Unis. Le "enfin" serait étonnant hors contexte puisque cela fait très longtemps que les Présidents élus sont investis un 20 janvier et donc, c’est une date normale. Mais depuis le début du mois de novembre 2020, campant dans un déni de réalité qui fera date dans les livres plus de psychologie que d’histoire, les adorateurs du gourou Donald Trump voulaient encore croire au tout dernier moment qu’il y aurait un coup d’État. Quinze jours plus tôt, il y a plutôt eu un coup d’éclat assez pitoyable, qui a fait la risée internationale des Américains qui, comme tout le monde, détestent une humiliation de cette ampleur, disqualifiant tous ces sauvageons trumpistes et les renvoyant dans un extrémisme heureusement peu représentatif de l’électorat même de Donald Trump.

Bref, Joe Biden est enfin reconnu par tous comme le Président des États-Unis et va pouvoir commencer à travailler dès ce 20 janvier 2021. Son premier tweet (de Potus) : « Il n’y a pas de temps à perdre quand il s’agit d’affronter les crises que nous traversons. C’est pourquoi, aujourd’hui, je me rends au bureau ovale pour me mettre au travail, lancer des actions audacieuses et soulager immédiatement les familles américaines. ». Des mesures sanitaires, des mesures sociales et des mesures diplomatiques.

Il y a une sorte de "ouf" de soulagement. Comme un retour de la raison et de l’ordre après quatre années cacophoniques d’un mandat de Donald Trump pourtant contrasté et qui a eu pourtant, malgré tout, quelques aspects positifs. Mais la fin du mandat, l’entre élection et investiture, a été tellement pénible, tellement scandaleux, tellement ridicule, que l’histoire perdra ces points positifs et ne sauvegardera des oubliettes de l’histoire que cette journée de honte nationale que fut le 6 janvier 2021.

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Jamais je n’avais douté du légitimisme constitutionnel et patriotique des citoyens américains. Pour preuve, à cette cérémonie très sobre d’investiture, ont été présents, très dignement, le Vice-Président sortant Mike Pence, résolument dans le camp des loyalistes, ainsi que l’ancien Président républicain George W. Bush et son Vice-Président Dick Cheney. Également les anciens Présidents démocrates Barack Obama et Bill Clinton (venu avec sa femme Hillary Clinton qui doit se dire que décidément, c’était bien elle que les Américains ne voulaient pas). Quant à Jimmy Carter, qui a plus de 96 ans, il n’a pas pu faire le déplacement mais il a parlé avec Joe Biden la veille, le cœur y était.

Donald Trump a refusé d’être présent à la cérémonie d’investiture. Cela ne s’était pas passé depuis le 4 mars 1869 (le Président sortant Andrew Johnson avait refusé d’assister à l’investiture de son successeur Ulysses Grant qui ne voulait pas être accompagné dans la même calèche que lui, comme c’était alors la tradition). On n’a pas eu besoin de le déloger de la Maison-Blanche, il a finalement pris l’avion pour aller dans son golf de Floride. La veille, il avait diffusé un très beau discours d’unité nationale et s’est montré (enfin) sport, en souhaitant à Joe Biden bonne chance ! Il était temps mais il vaut toujours mieux tard que jamais. Que l’histoire retiendra-t-elle de ce mandat ? La journée du 6 janvier 2021 …ou le fait qu’il a été l’un des rares derniers Présidents des États-Unis à n’avoir déclaré aucune nouvelle guerre, comme il s’en est, avec raison, glorifié le 19 janvier 2021 ? Ou encore un de ses derniers actes, la grâce présidentielle totale ou partielle pour 143 délinquants parmi ses proches ?

L’heure n’est pas au bilan mais à l’action. Il y a comme un arrière-goût que toutes les choses à l’envers sont en train d’être remises à l’endroit, comme si un cataclysme institutionnel avait balayé la raison et la courtoisie et qu’on commence à y remettre bon ordre. Ainsi, ce n’est pas anodin que dès le premier jour de pouvoir, Joe Biden a remis les États-Unis dans l’Accord de Paris, geste essentiel pour le monde. Le Président Emmanuel Macron l’a immédiatement salué par un tweet : « Je salue le retour des États-Unis au sein de l’Accord de Paris pour le climat : Welcome back ! ». Joe Biden a aussi demandé une minute de silence pour les 400 000 victimes de la pandémie de covid-19 et a averti que l’avenir proche serait encore plus dur avec le virus (« la phase la plus dure et la plus mortelle »).

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La cérémonie d’investiture était étrangement vide. Pour cause de pandémie, le grand public ne pouvait pas être présent, au contraire de la tradition. Tous les invités institutionnels étaient masqués, et les masques noirs donnent un parfum de pompes funèbres. Lady Gaga et Jennifer Lopez y ont chanté pour Joe Biden et Kamala Harris.

Joe Biden est le Président des États-Unis le plus âgé de tous les temps. Il commence son mandat à 78 ans, ce qui fait 82 ans à la fin de celui-ci. C’est exceptionnel. Autre fait exceptionnel mais pas sans précédent : il est catholique, comme l’était John Kennedy (mais n'est pas Kennedy qui veut dans la formulation des discours, voir au chapeau). Le pape François l’a d’ailleurs félicité sur Twitter en ces termes : « À l’heure où les graves crises auxquelles est confrontée notre famille humaine, elles appellent des réponses clairvoyantes et unies, je prie pour que vos décisions soient guidées par un souci de construire une société marquée par une justice et une liberté authentique, ainsi qu’un respect sans faille pour les droits et la dignité de chaque personne, en particulier des pauvres, des personnes vulnérables et de celles qui n’ont pas de voix. ».

Bien sûr, l’âge importe moins qu’un véritable fait historique : Kamala Harris (56 ans) est la première femme à être investie Vice-Présidente des États-Unis, et cela compte d’autant plus que l’âge du Président est très élevé. Il y a déjà eu des femmes candidates à la Vice-Présidence (Geraldine Ferraro, Sarah Palin) et même à la Présidence (Hillary Clinton) mais aucune n’avait encore gagné une élection présidentielle.

Cependant, il faut rester très prudent tant sur l’influence réelle de Kamala Harris pendant ce mandat Biden que sur son avenir politique. À l’exception peut-être de la Présidence Barack Obama, qui avait délégué beaucoup de pouvoir en politique étrangère à son très expérimenté Vice-Président Joe Biden, et un peu de la Présidence Bill Clinton qui avait délégué à Al Gore les négociations pour créer une véritable diplomatie écologique (le Protocole de Kyoto, signé le 11 décembre 1997), la plupart des Vice-Présidents ont joué un rôle très mineur dans le gouvernement américain et leur avenir politique a été rarement une évidence : beaucoup d’anciens Vice-Présidents ont échoué à l’élection présidentielle.

Le retournement de balancier politique n’est pas nouveau aux États-Unis et il est un peu le même aussi en France depuis le milieu des années 1970 et la fin des Trente Glorieuses (chocs pétroliers, début du chômage de masse, développement de la mondialisation, etc.). En effet, à l’exception de 1988 et de l’élection du Vice-Président sortant George H. W. Bush, il y a eu sans arrêt un changement de majorité à la Maison-Blanche (c’est encore plus complexe au Congrès où les renouvellements sont deux fois plus fréquents). En effet, après Gerald Ford seul Président non élu après la démission de Richard Nixon, Jimmy Carter lui a succédé, lui-même emporté par la prise des otages américains à Téhéran, mettant au pouvoir Ronald Reagan (et Bush père). Mais malgré le succès de la guerre au Koweït, George H. W. Bush a été battu par un jeune démocrate peu connu Bill Clinton, George W. Bush le fils l’a ensuite emporté sur Al Gore en 2000 (dans un scrutin historiquement serré, rien à voir avec celui de 2020), ensuite Barack Obama démocrate sur le républicain John MacCain, puis retour de balancier Donald Trump et enfin Joe Biden.

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La différence peut-être, c’est que Joe Biden, loin d’être un "communiste" (comme des sauvageons trumpistes le qualifiaient !), est plutôt un "centriste" et un "modéré". Il serait certainement plus proche de certains élus républicains que de Bernie Sanders, par exemple. Ce qui est d’ailleurs une nécessité avec un Sénat exactement à parité politique 50 républicains et 50 démocrates, et son Président, qui n’est autre, constitutionnellement, que la Vice-Présidente, avec une voix prépondérante.

C’était tout le sens de son discours d’une vingtaine de minutes devant le Capitole, de nouveau occupé comme le voulaient la démocratie et les institutions. Joe Biden a énuméré toutes les crises et tous les enjeux : pandémie de covid-19, sécurité, justice ethnique, racisme, suprémacisme, précarité, chômage, pauvreté, bouleversements climatiques, etc. et a appelé tous les Américains à l’unité, seule moyen pour réussir : « Nous allons restaurer l’âme de l’Amérique. Et pour cela, nous avons besoin d’unité. (…) Aujourd’hui, j’ai comme objectif d’unir tous les Américains. Nous devons nous unir contre l’inégalité, le désespoir, la violence. Nous allons surmonter les épreuves. (…) Je vous le promets, je serai un Président pour tous les Américains, je me battrai autant pour ceux qui m’ont défendu que pour ceux qui m’ont combattu. ». C’est un discours, certes traditionnel lors d’une investiture, mais qui est très attendu par le peuple américain.





Voici quelques citations de son discours.

Sur l’assaut du Capitole : « Nous avons découvert que notre démocratie était fragile, mais la démocratie a gagné. ».

Sur le suprémacisme : « On voit surgir aujourd’hui l’extrémisme politique, le suprémacisme blanc et le terrorisme intérieur. Nous devons les affronter et nous allons les vaincre. ».

Sur la raison et la science : « Nous devons être meilleurs, nous devons bannir la suspicion, croire dans les faits et la science. ».

Parmi ses derniers propos, il y a ce côté arrogant de "maîtres du monde" qui donne toujours ce goût amer qui nourrit l’antiaméricanisme primaire : « Je vous donne ma parole de défendre la Constitution, la démocratie, tous les Américains. Nous allons écrire une histoire ensemble, de dignité, de grandeur, d’espoir et de justice. Ces valeurs ne sont pas mortes. L’Amérique doit demeurer un phare pour le monde. ». À mettre en parallèle avec cette phrase, quelques minutes auparavant : « Le monde nous regarde aujourd’hui. Je lui dis que nous allons redevenir un exemple. Nous serons un partenaire de confiance pour la paix mondiale. ».

Depuis le 3 novembre 2020, celui qu’on appelait souvent le sénateur gaffeur (il fut sénateur pendant trente-six ans, de 1973 à 2009) a fait un sans-faute, refusant de se laisser en emporter par l’hystérie trumpienne et appelant sans relâche à l’unité et à la raison. Joe Biden, au-delà d’avoir gagné l’élection américaine (ceux qui refusent sa légitimité sont pourtant pour la concurrence mais refusent le jeu réel de la concurrence, ils sont pour une concurrence faussée par des menteurs), a mérité la Maison-Blanche car les Américains avaient besoin plus que jamais d’un patriarche bienveillant pour remettre de l’ordre dans le pays et surtout, redonner la fierté du peuple américain passablement humilié ces derniers jours. Il n’a plus besoin de prouver qu’il est un homme d’État.

Il se dit lui-même pape de transition, mais l’avenir n’est jamais écrit…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Joe Biden : enfin la démocratie restaurée !
Capitole : Trump et la dictature du moi.
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
De la Démocratie en Amérique.
USA 2020 : and the Winner is Joe Biden !
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
USA 2020 : le suspense reste entier.
Bill Gates.
Albert Einstein.
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

_yartiBiden2020A05



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210120-biden.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/joe-biden-enfin-la-democratie-230351

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/01/20/38770895.html




 

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 03:16

« Fort d’un appui que n’avaient point ses prédécesseurs, il foule aux pieds ses ennemis personnels partout où il les trouve, avec une facilité qu’aucun Président n’a rencontrée ; il prend sous sa responsabilité des mesures que nul n’aurait jamais avant lui osé prendre ; il lui arrive même de traiter la représentation nationale avec une sorte de dédain presque insultant. » (Tocqueville, 1840).



_yartiPresidentielleUS2020D01

Dans sa description du Président Andrew Jackson dans "De la Démocratie en Amérique", Tocqueville esquissait presque la personnalité de …Donald Trump !

Donald Trump, Président pour encore une semaine, va justement prendre la parole dans la journée du 12 janvier 2021, la première fois depuis le 6 janvier 2021.

Je reviens sur cet assaut contre le Capitole à Washington par une horde de trumpistes extrémistes. On aurait tendance à dire aujourd’hui : Sale temps pour Trump. Mais aussi pour les États-Unis. La honte mondiale. Le Président iranien en est même venu à fanfaronner et à faire la leçon à la démocratie américaine, un comble ! Mais pourquoi s’en priverait-il ? La tentation était trop grande. Les Américains se souviendront longtemps de cette honte, bien plus longtemps que l’humiliation de la prise d'otages américains à Téhéran en 1979 qui a coûté la réélection de Jimmy Carter. Donald Trump, en exhortant les futurs émeutiers à marcher sur le Capitole quelques heures auparavant, est en partie responsable de cet acte à la fois violent et antidémocratique, qu’on pourrait qualifier de barbare.

Dans le parc The Ellipse, près de la Maison-Blanche, à deux kilomètres du Capitole, à Washington, Donald Trump, Président sortant des États-Unis, a appelé ses militants à s’opposer à la loi et à la Constitution, lui qui s’était engagé sur la Bible à la défendre loyalement le 20 janvier 2017 : « Vous ne reprendrez jamais notre pays avec faiblesse. Vous devez faire preuve de force et vous devez être forts. Vous devez vous battre comme des diables. Nous en sommes venus à exiger que le Congrès fasse ce qu’il faut et ne compte que les électeurs qui ont été légalement désignés. Je sais que tout le monde ici se dirigera bientôt vers le bâtiment du Capitole pour, pacifiquement et patriotiquement, faire entendre votre voix aujourd’hui. ». Il n’y a eu ni pacifisme, ni patriotisme dans cet assaut !

En parlant de "diable", Donald Trump a, sans le savoir, repris Léon Bloy. Le pape François a dit le 6 janvier 2021 (voir plus loin) : « L’être humain a besoin, oui, d’adorer, mais il risque de se tromper d’objectif ; en effet, s’il n’adore pas Dieu, il adorera des idoles, il n’y a pas de demi-mesure, ou Dieu ou les idoles, ou pour prendre une expression d’un écrivain français, Léon Bloy : "Celui qui n’adore pas Dieu, adore le diable", et au lieu d’être croyant, il deviendra idolâtre. ».

Non, ce n’est pas le peuple américain qui a envahi par la force le Congrès américain, temple de la démocratie américaine. Non, ce n’est pas le peuple américain qui a saccagé les bureaux des parlementaires, qui a volé les ordinateurs. Non, ce ne sont même pas les électeurs de Donald Trump, dont beaucoup regrettent le choix aujourd’hui. Ce ne sont que quelques centaines, peut-être quelques milliers d’extrémistes qui ne représentent ni le peuple, ni l’électorat de Donald Trump (les sondages sont assez clairs à ce sujet), ce sont des extrémistes même particulièrement lourds. Certains arboraient des tee-shirts noirs, certains avec l’inscription "Auschwitz", d’autres avec celle-ci, encore plus claire : "6MWE". Ah, que veut dire 6MWE ? Six Million Wasn’t Enough. Six millions, ce n’est pas assez…

Extrémistes et violents. Cinq personnes sont mortes dans ce stupide assaut. Un policier et quatre émeutiers, dont une femme à l’intérieur du Capitole, blessée mortellement par un policier a eu peur. Cinquante-six autres personnes ont été blessées. On pourrait même dire, au pays de la gâchette facile ou plutôt, de la détente sensible, que c’est un exploit qu’il n’y ait pas eu plus de victimes. Quand on voit le comportement habituel des forces de l’ordre (George Floyd, par exemple), on peut s’étonner de la facilité de pénétration des émeutiers extrémistes. Il semblerait que la police ne fût pas armée.

Des armes provenant des émeutiers ont été retrouvés dans les bureaux du Congrès. Notamment un engin explosif a été retrouvé dans les "décombres". Certains voulaient même pendre immédiatement le Vice-Président Mike Pence, qui présidait la séance de certification au Congrès, pour traîtrise. On voit l’esprit démocrate de ces trumpistes. Retour à la Terreur toute …française !

Refuser le verdict électoral, ce n’est pas soutenir le peuple, c’est l’assassiner. Donald Trump a pourtant bénéficié de la démocratie en 2016 en se faisant élire Président des États-Unis alors que lui-même ne s’y était pas préparé. Personne ne s’est opposé à cette réalité. Refuser le peuple, refuser le choix du peuple, et vouloir faire un retournement sémantique est une sorte de folie qui a, je le rappelle, coûté la vie à cinq personnes.

Michel Scott, journaliste qui connaît bien la vie politique américaine, expliquait le 8 janvier 2021 que Donald Trump, appelé "l’homme aux 20 000 mensonges" (qui ont été répertoriés depuis le début de son mandat), tordait la réalité, au moins deux fois : sur les résultats de l’élection présidentielle du 3 novembre 2020, en refusant d’admettre sa défaite pourtant très large aux voix (peuple et grands électeurs), cela n’a rien à voir avec le scrutin serré entre George W. Bush et Al Gore, et aussi, bien sûr, sur la pandémie de covid-19, en ne prenant pas en compte la réalité sanitaire de son pays. D’ailleurs, comme je l’avais évoqué il y a quelque temps, les meetings électoraux de Donald Trump ont eu lieu sans port du masque, ce qui aurait provoqué, selon certains décomptes, plus de 30 000 contaminations et plus de 700 décès, dont celui du puissant homme d’affaires Herman Cain le 30 juillet 2020…

_yartiPresidentielleUS2020D04

Le Vice-Président Mike Pence, au contraire de "son" Président, a montré un grand sens des responsabilités et de l’État et nul doute que ce n’est pas gratuit. Il vise évidemment l’élection de 2024 et pour l’instant, il serait le mieux placé chez les républicains, à cela près qu’il ne rassemblera certainement plus la frange extrémiste du trumpisme, mais se débarrasser de cette frange, ne plus en être l’otage est certainement un avantage.

Très logiquement, risquant une inculpation pour sédition, Donald Trump se retrouve maintenant très isolé. La plupart de ses (derniers) collaborateurs ont démissionné depuis le 6 janvier 2021 (Stephanie Grisham, Mick Mulvaney, Rickie Niceta, Sarah Matthews, Tyler Goodspeed, Matthew Pottinger, etc.) ainsi que trois ministres (Elaine Chao, Betsy DeVos, Chad Wolf)… Tous ont maintenant peur d’être considérés comme complices de cette insurrection.

C’est la débandade chez les trumpistes, non seulement des personnes mais aussi des idées. Avec ce fait d’armes, il y aura un argument majeur de plus pour enfin réglementer la vente et la possession d’armes à feu. Le risque est maintenant grand que des individus soient en capacité de terroriser, d’agresser des représentants du peuple.

Ce lundi 11 janvier 2021, les représentants démocrates ont entamé une procédure d’impeachment pour destituer Donald Trump dont le mandat finit le 20 janvier 2021. Pourquoi faire alors qu’il ne reste plus que quelques jours ? Peut-être pour éviter de nouvelles "bêtises" trumpiennes (qui sait quelle est sa capacité de nuisance contre sa nation et son peuple ?). Aussi pour le symbole, pour que Donald Trump soit définitivement rayé de la respectabilité institutionnelle.

Et parallèlement, Donald Trump s’est finalement avoué vaincu en reconnaissant enfin la victoire de Joe Biden et en assurant que la transition se ferait pacifiquement (ce qui est déjà trop tard : cinq morts, je le rappelle !). Il était temps qu’il reconnaisse sa (large) défaite. Elle n’est pas seulement électorale, elle est maintenant politique et surtout morale.

Je reviendrai plus tard sur la suppression du compte Twitter de Donald Trump et sur la suspension longue de son compte FaceBook et d’autres réseaux sociaux (Youtube, etc.). Contrairement à ce qu’une très large majorité proclame, il ne s’agit pas ici d’un problème de censure ou de liberté d’expression mais je ne suis pas naïf non plus et c’est plutôt une décision hypocrite prise par les GAFAM qui ont beaucoup profité des messages de Donald Trump pendant de longues années avant de vouloir se refaire une virginité devant le nouveau Président Joe Biden.

Dans l’analyse de cette insurrection, on a cherché un certain nombre d’analogies et probablement que l’un des points forts de Donald Trump, c’est qu’il est inimitable, c’est qu’il est incomparable. Mais essayons de reprendre deux analogies entendues ici ou là. Elles sont toutes les deux européennes : 1934 et 1981.

La journée d’émeute du 6 février 1934 qui a abouti à la démission du gouvernement du radical Édouard Daladier et qui a durablement alourdi la mémoire collective d la Troisième République finissante, en plein contexte d’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne. Elle a été provoquée très précisément par l’affaire Stavisky (excellemment retracée au cinéma dans un film d’Alain Resnais sorti le 15 mai 1974 avec Jean-Paul Belmondo, François Périer, Anny Duperey, Michael Lonsdale, Claude Rich, Pierre Vernier, etc., et même Gérard Depardieu et Niels Arestrup à leurs débuts).

La grande différence, c’était que les émeutiers ne faisaient pas partie du pouvoir mais de l’opposition, à l’instar du colonel de La Rocque qui a finalement refusé de marcher sur l’Élysée (ce que l’histoire retiendra). Au contraire, le colonel de La Rocque, dont les Croix-de-feu avaient atteint l’esplanade des Invalides, a refusé d’occuper le Palais-Bourbon puis de marcher vers l’Élysée, et a même réussi assez vite à disperser ses troupes. Il était beaucoup plus responsable que Donald Trump en 2021. Néanmoins, une partie des émeutiers s’est rejointe place de la Concorde et ce fut la confrontation avec la police. Au bilan, une trentaine de morts et plus de deux mille blessés.

L’autre analogie est espagnole. Le 23 février 1981, le Congrès des députés à Madrid fut envahi et occupé par des militaires franquistes, pour empêcher l’élection de Leopoldo Calvo-Sotelo à la Présidence du gouvernement espagnol. Le putsch a échoué grâce au sang-froid du jeune roi mis en place par Franco pour sa succession, Juan Carlos Ier qui a osé s’opposer aux putschistes à la télévision. Il n’y a pas eu de victimes. Les militaires putschistes ont tous été arrêtés et la démocratie s’est installée en Espagne, ainsi que la monarchie grâce à l’autorité conquise par le roi.

L’analogie ne tiendrait que si Joe Biden était Juan Carlos, mais certainement pas Donald Trump qui, lui, serait du côté des putschistes. Là aussi, des parlementaires ont été bafoués par des extrémistes.

Honte nationale, honte internationale.

Dans les suites plus politiciennes en France de cet assaut du Capitole, on peut noter deux critiques périphériques. Des opposants au Président français Emmanuel Macron lui ont stupidement reproché d’avoir pris la parole avec un drapeau américain dans son dos, comme s’il s’était pris pour le Président des États-Unis. C’était encore ne rien comprendre à la diplomatie.

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D’abord, il n’avait pas que le drapeau américain mais aussi le drapeau français et européen. Ensuite, à chaque rencontre bilatérale, il est de coutume, lors des conférences de presse des représentants des deux pays, que le fond soit doté des couleurs nationales des deux pays. Dans une rencontre franco-allemande, les deux drapeaux sont présents, comme dans une rencontre franco-américaine. Il n’y a donc rien d’extraordinaire à ce qu’un Président français, par solidarité avec la démocratie américaine, s’exprimât devant les drapeaux américain, français et européen. C’est au contraire une fierté française que la France se soit positionnée du côté de la démocratie, du droit, de l’ordre et du peuple face aux séditieux et aux émeutiers. Emmanuel Macron ne l’aurait pas fait qu’on le lui aurait reproché, peut-être les mêmes qui lui reprochent aujourd’hui cette allocution.

Néanmoins, les macronistes ne sont pas en reste et ils ont raison. Ils ont ainsi largement repris les appels à la révolte de certains responsables politiques ces dernières années qui ne valaient pas mieux que ceux de Donald Trump, et qui pourraient donc aussi aboutir à un 6 janvier 2021 à la sauce française.

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J’en a noté trois sur Twitter. Contre Marine Le Pen : « Trump dit à ses troupes d’aller au Capitole… Comme Marine Le Pen a dit à ses gilets jaunes d’aller sur les Champs-Élysées en octobre 2018… ». Contre Jean-Luc Melenchon : « "Je vous encourage à vous rebeller (…). Il faut chasser Macron, les macronistes et tous ceux qui y ressemblent de près ou de loin qui ont collaboré à cette horreur du pouvoir". Jean-Luc Mélenchon : vous n’êtes pas un rempart, vous êtes le danger populiste. ». Contre FI : « Pour rappel, c’était le 20 janvier 2020 : Raquel Garrido, chroniqueuse et compagne du député France Insoumise Alexis Corbière, déclarait : "Louis XVI, on l’a décapité, Macron, on peut recommencer". ». Éloquents de violence.

L’assaut du Capitole est un nouvel exemple de ce que le philosophe Henri Bergson a appelé "l’imprévisibilité fondamentale du réel". Celui-ci était évitable, selon le terme d’une ministre démissionnaire, et provient en particulier de l’ego bien trop développé de Donald Trump pour imaginer l’intérêt général.

Terminons avec la très rafraîchissante homélie du pape François au Vatican le même jour, le 6 janvier 2021, jour de l’Épiphanie pour les chrétiens. Le pape a évoqué à la basilique Saint-Pierre l’Évangile selon saint Matthieu. Il a notamment commenté l’expression "lever les yeux" : « C’est une invitation à mettre de côté la fatigue et les plaintes, à sortir des exiguïtés d’une vision étroite, à se libérer de la dictature du moi, toujours enclin à se replier sur soi-même et sur ses propres préoccupations. (…) "Lever les yeux" : ne pas se laisser emprisonner par les fantasmes intérieurs qui éteignent l’espérance, et ne pas faire des problèmes et des difficultés le centre de l’existence. Cela ne veut pas dire nier la réalité, en faisant semblant ou en croyant que tout va bien. Non, il s’agit au contraire de regarder d’une manière nouvelle les problèmes et les angoisses, en sachant que le Seigneur connaît nos situations difficiles, écoute attentivement nos invocations et n’est pas indifférent aux larmes que nous versons. ».

Le pape n’était pas encore au courant de cet assaut à Washington qui a eu lieu quelques heures plus tard, mais on pourrait y entendre un petit clin d’œil à Donald Trump : libère-toi de la dictature du moi !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Capitole : Trump et la dictature du moi.
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
De la Démocratie en Amérique.
USA 2020 : and the Winner is Joe Biden !
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
USA 2020 : le suspense reste entier.
Bill Gates.
Albert Einstein.
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

_yartiPresidentielleUS2020D05




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210111-trump.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/capitole-trump-et-la-dictature-du-230153

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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 03:49

« Fort d’un appui que n’avaient point ses prédécesseurs, il foule aux pieds ses ennemis personnels partout où il les trouve, avec une facilité qu’aucun Président n’a rencontrée ; il prend sous sa responsabilité des mesures que nul n’aurait jamais avant lui osé prendre ; il lui arrive même de traiter la représentation nationale avec une sorte de dédain presque insultant. » (Tocqueville, 1840).



_yartiPresidentielleUS2020D05

Dans sa description du Président Andrew Jackson dans "De la Démocratie en Amérique", Tocqueville esquissait presque la personnalité de …Donald Trump !

Donald Trump, Président pour encore une semaine, va justement prendre la parole dans la journée du 12 janvier 2021, la première fois depuis le 6 janvier 2021.

Je reviens sur cet assaut contre le Capitole à Washington par une horde de trumpistes extrémistes. On aurait tendance à dire aujourd’hui : Sale temps pour Trump. Mais aussi pour les États-Unis. La honte mondiale. Le Président iranien en est même venu à fanfaronner et à faire la leçon à la démocratie américaine, un comble ! Mais pourquoi s’en priverait-il ? La tentation était trop grande. Les Américains se souviendront longtemps de cette honte, bien plus longtemps que l’humiliation de la prise d'otages américains à Téhéran en 1979 qui a coûté la réélection de Jimmy Carter. Donald Trump, en exhortant les futurs émeutiers à marcher sur le Capitole quelques heures auparavant, est en partie responsable de cet acte à la fois violent et antidémocratique, qu’on pourrait qualifier de barbare.

Dans le parc The Ellipse, près de la Maison-Blanche, à deux kilomètres du Capitole, à Washington, Donald Trump, Président sortant des États-Unis, a appelé ses militants à s’opposer à la loi et à la Constitution, lui qui s’était engagé sur la Bible à la défendre loyalement le 20 janvier 2017 : « Vous ne reprendrez jamais notre pays avec faiblesse. Vous devez faire preuve de force et vous devez être forts. Vous devez vous battre comme des diables. Nous en sommes venus à exiger que le Congrès fasse ce qu’il faut et ne compte que les électeurs qui ont été légalement désignés. Je sais que tout le monde ici se dirigera bientôt vers le bâtiment du Capitole pour, pacifiquement et patriotiquement, faire entendre votre voix aujourd’hui. ». Il n’y a eu ni pacifisme, ni patriotisme dans cet assaut !

En parlant de "diable", Donald Trump a, sans le savoir, repris Léon Bloy. Le pape François a dit le 6 janvier 2021 (voir plus loin) : « L’être humain a besoin, oui, d’adorer, mais il risque de se tromper d’objectif ; en effet, s’il n’adore pas Dieu, il adorera des idoles, il n’y a pas de demi-mesure, ou Dieu ou les idoles, ou pour prendre une expression d’un écrivain français, Léon Bloy : "Celui qui n’adore pas Dieu, adore le diable", et au lieu d’être croyant, il deviendra idolâtre. ».

Non, ce n’est pas le peuple américain qui a envahi par la force le Congrès américain, temple de la démocratie américaine. Non, ce n’est pas le peuple américain qui a saccagé les bureaux des parlementaires, qui a volé les ordinateurs. Non, ce ne sont même pas les électeurs de Donald Trump, dont beaucoup regrettent le choix aujourd’hui. Ce ne sont que quelques centaines, peut-être quelques milliers d’extrémistes qui ne représentent ni le peuple, ni l’électorat de Donald Trump (les sondages sont assez clairs à ce sujet), ce sont des extrémistes même particulièrement lourds. Certains arboraient des tee-shirts noirs, certains avec l’inscription "Auschwitz", d’autres avec celle-ci, encore plus claire : "6MWE". Ah, que veut dire 6MWE ? Six Million Wasn’t Enough. Six millions, ce n’est pas assez…

Extrémistes et violents. Cinq personnes sont mortes dans ce stupide assaut. Un policier et quatre émeutiers, dont une femme à l’intérieur du Capitole, blessée mortellement par un policier a eu peur. Cinquante-six autres personnes ont été blessées. On pourrait même dire, au pays de la gâchette facile ou plutôt, de la détente sensible, que c’est un exploit qu’il n’y ait pas eu plus de victimes. Quand on voit le comportement habituel des forces de l’ordre (George Floyd, par exemple), on peut s’étonner de la facilité de pénétration des émeutiers extrémistes. Il semblerait que la police ne fût pas armée.

Des armes provenant des émeutiers ont été retrouvés dans les bureaux du Congrès. Notamment un engin explosif a été retrouvé dans les "décombres". Certains voulaient même pendre immédiatement le Vice-Président Mike Pence, qui présidait la séance de certification au Congrès, pour traîtrise. On voit l’esprit démocrate de ces trumpistes. Retour à la Terreur toute …française !

Refuser le verdict électoral, ce n’est pas soutenir le peuple, c’est l’assassiner. Donald Trump a pourtant bénéficié de la démocratie en 2016 en se faisant élire Président des États-Unis alors que lui-même ne s’y était pas préparé. Personne ne s’est opposé à cette réalité. Refuser le peuple, refuser le choix du peuple, et vouloir faire un retournement sémantique est une sorte de folie qui a, je le rappelle, coûté la vie à cinq personnes.

Michel Scott, journaliste qui connaît bien la vie politique américaine, expliquait le 8 janvier 2021 que Donald Trump, appelé "l’homme aux 20 000 mensonges" (qui ont été répertoriés depuis le début de son mandat), tordait la réalité, au moins deux fois : sur les résultats de l’élection présidentielle du 3 novembre 2020, en refusant d’admettre sa défaite pourtant très large aux voix (peuple et grands électeurs), cela n’a rien à voir avec le scrutin serré entre George W. Bush et Al Gore, et aussi, bien sûr, sur la pandémie de covid-19, en ne prenant pas en compte la réalité sanitaire de son pays. D’ailleurs, comme je l’avais évoqué il y a quelque temps, les meetings électoraux de Donald Trump ont eu lieu sans port du masque, ce qui aurait provoqué, selon certains décomptes, plus de 30 000 contaminations et plus de 700 décès, dont celui du puissant homme d’affaires Herman Cain le 30 juillet 2020…

_yartiPresidentielleUS2020D04

Le Vice-Président Mike Pence, au contraire de "son" Président, a montré un grand sens des responsabilités et de l’État et nul doute que ce n’est pas gratuit. Il vise évidemment l’élection de 2024 et pour l’instant, il serait le mieux placé chez les républicains, à cela près qu’il ne rassemblera certainement plus la frange extrémiste du trumpisme, mais se débarrasser de cette frange, ne plus en être l’otage est certainement un avantage.

Très logiquement, risquant une inculpation pour sédition, Donald Trump se retrouve maintenant très isolé. La plupart de ses (derniers) collaborateurs ont démissionné depuis le 6 janvier 2021 (Stephanie Grisham, Mick Mulvaney, Rickie Niceta, Sarah Matthews, Tyler Goodspeed, Matthew Pottinger, etc.) ainsi que trois ministres (Elaine Chao, Betsy DeVos, Chad Wolf)… Tous ont maintenant peur d’être considérés comme complices de cette insurrection.

C’est la débandade chez les trumpistes, non seulement des personnes mais aussi des idées. Avec ce fait d’armes, il y aura un argument majeur de plus pour enfin réglementer la vente et la possession d’armes à feu. Le risque est maintenant grand que des individus soient en capacité de terroriser, d’agresser des représentants du peuple.

Ce lundi 11 janvier 2021, les représentants démocrates ont entamé une procédure d’impeachment pour destituer Donald Trump dont le mandat finit le 20 janvier 2021. Pourquoi faire alors qu’il ne reste plus que quelques jours ? Peut-être pour éviter de nouvelles "bêtises" trumpiennes (qui sait quelle est sa capacité de nuisance contre sa nation et son peuple ?). Aussi pour le symbole, pour que Donald Trump soit définitivement rayé de la respectabilité institutionnelle.

Et parallèlement, Donald Trump s’est finalement avoué vaincu en reconnaissant enfin la victoire de Joe Biden et en assurant que la transition se ferait pacifiquement (ce qui est déjà trop tard : cinq morts, je le rappelle !). Il était temps qu’il reconnaisse sa (large) défaite. Elle n’est pas seulement électorale, elle est maintenant politique et surtout morale.

Je reviendrai plus tard sur la suppression du compte Twitter de Donald Trump et sur la suspension longue de son compte FaceBook et d’autres réseaux sociaux (Youtube, etc.). Contrairement à ce qu’une très large majorité proclame, il ne s’agit pas ici d’un problème de censure ou de liberté d’expression mais je ne suis pas naïf non plus et c’est plutôt une décision hypocrite prise par les GAFAM qui ont beaucoup profité des messages de Donald Trump pendant de longues années avant de vouloir se refaire une virginité devant le nouveau Président Joe Biden.

Dans l’analyse de cette insurrection, on a cherché un certain nombre d’analogies et probablement que l’un des points forts de Donald Trump, c’est qu’il est inimitable, c’est qu’il est incomparable. Mais essayons de reprendre deux analogies entendues ici ou là. Elles sont toutes les deux européennes : 1934 et 1981.

La journée d’émeute du 6 février 1934 qui a abouti à la démission du gouvernement du radical Édouard Daladier et qui a durablement alourdi la mémoire collective d la Troisième République finissante, en plein contexte d’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne. Elle a été provoquée très précisément par l’affaire Stavisky (excellemment retracée au cinéma dans un film d’Alain Resnais sorti le 15 mai 1974 avec Jean-Paul Belmondo, François Périer, Anny Duperey, Michael Lonsdale, Claude Rich, Pierre Vernier, etc., et même Gérard Depardieu et Niels Arestrup à leurs débuts).

La grande différence, c’était que les émeutiers ne faisaient pas partie du pouvoir mais de l’opposition, à l’instar du colonel de La Rocque qui a finalement refusé de marcher sur l’Élysée (ce que l’histoire retiendra). Au contraire, le colonel de La Rocque, dont les Croix-de-feu avaient atteint l’esplanade des Invalides, a refusé d’occuper le Palais-Bourbon puis de marcher vers l’Élysée, et a même réussi assez vite à disperser ses troupes. Il était beaucoup plus responsable que Donald Trump en 2021. Néanmoins, une partie des émeutiers s’est rejointe place de la Concorde et ce fut la confrontation avec la police. Au bilan, une trentaine de morts et plus de deux mille blessés.

L’autre analogie est espagnole. Le 23 février 1981, le Congrès des députés à Madrid fut envahi et occupé par des militaires franquistes, pour empêcher l’élection de Leopoldo Calvo-Sotelo à la Présidence du gouvernement espagnol. Le putsch a échoué grâce au sang-froid du jeune roi mis en place par Franco pour sa succession, Juan Carlos Ier qui a osé s’opposer aux putschistes à la télévision. Il n’y a pas eu de victimes. Les militaires putschistes ont tous été arrêtés et la démocratie s’est installée en Espagne, ainsi que la monarchie grâce à l’autorité conquise par le roi.

L’analogie ne tiendrait que si Joe Biden était Juan Carlos, mais certainement pas Donald Trump qui, lui, serait du côté des putschistes. Là aussi, des parlementaires ont été bafoués par des extrémistes.

Honte nationale, honte internationale.

Dans les suites plus politiciennes en France de cet assaut du Capitole, on peut noter deux critiques périphériques. Des opposants au Président français Emmanuel Macron lui ont stupidement reproché d’avoir pris la parole avec un drapeau américain dans son dos, comme s’il s’était pris pour le Président des États-Unis. C’était encore ne rien comprendre à la diplomatie.

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D’abord, il n’avait pas que le drapeau américain mais aussi le drapeau français et européen. Ensuite, à chaque rencontre bilatérale, il est de coutume, lors des conférences de presse des représentants des deux pays, que le fond soit doté des couleurs nationales des deux pays. Dans une rencontre franco-allemande, les deux drapeaux sont présents, comme dans une rencontre franco-américaine. Il n’y a donc rien d’extraordinaire à ce qu’un Président français, par solidarité avec la démocratie américaine, s’exprimât devant les drapeaux américain, français et européen. C’est au contraire une fierté française que la France se soit positionnée du côté de la démocratie, du droit, de l’ordre et du peuple face aux séditieux et aux émeutiers. Emmanuel Macron ne l’aurait pas fait qu’on le lui aurait reproché, peut-être les mêmes qui lui reprochent aujourd’hui cette allocution.

Néanmoins, les macronistes ne sont pas en reste et ils ont raison. Ils ont ainsi largement repris les appels à la révolte de certains responsables politiques ces dernières années qui ne valaient pas mieux que ceux de Donald Trump, et qui pourraient donc aussi aboutir à un 6 janvier 2021 à la sauce française.

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J’en a noté trois sur Twitter. Contre Marine Le Pen : « Trump dit à ses troupes d’aller au Capitole… Comme Marine Le Pen a dit à ses gilets jaunes d’aller sur les Champs-Élysées en octobre 2018… ». Contre Jean-Luc Melenchon : « "Je vous encourage à vous rebeller (…). Il faut chasser Macron, les macronistes et tous ceux qui y ressemblent de près ou de loin qui ont collaboré à cette horreur du pouvoir". Jean-Luc Mélenchon : vous n’êtes pas un rempart, vous êtes le danger populiste. ». Contre FI : « Pour rappel, c’était le 20 janvier 2020 : Raquel Garrido, chroniqueuse et compagne du député France Insoumise Alexis Corbière, déclarait : "Louis XVI, on l’a décapité, Macron, on peut recommencer". ». Éloquents de violence.

L’assaut du Capitole est un nouvel exemple de ce que le philosophe Henri Bergson a appelé "l’imprévisibilité fondamentale du réel". Celui-ci était évitable, selon le terme d’une ministre démissionnaire, et provient en particulier de l’ego bien trop développé de Donald Trump pour imaginer l’intérêt général.

Terminons avec la très rafraîchissante homélie du pape François au Vatican le même jour, le 6 janvier 2021, jour de l’Épiphanie pour les chrétiens. Le pape a évoqué à la basilique Saint-Pierre l’Évangile selon saint Matthieu. Il a notamment commenté l’expression "lever les yeux" : « C’est une invitation à mettre de côté la fatigue et les plaintes, à sortir des exiguïtés d’une vision étroite, à se libérer de la dictature du moi, toujours enclin à se replier sur soi-même et sur ses propres préoccupations. (…) "Lever les yeux" : ne pas se laisser emprisonner par les fantasmes intérieurs qui éteignent l’espérance, et ne pas faire des problèmes et des difficultés le centre de l’existence. Cela ne veut pas dire nier la réalité, en faisant semblant ou en croyant que tout va bien. Non, il s’agit au contraire de regarder d’une manière nouvelle les problèmes et les angoisses, en sachant que le Seigneur connaît nos situations difficiles, écoute attentivement nos invocations et n’est pas indifférent aux larmes que nous versons. ».

Le pape n’était pas encore au courant de cet assaut à Washington qui a eu lieu quelques heures plus tard, mais on pourrait y entendre un petit clin d’œil à Donald Trump : libère-toi de la dictature du moi !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Capitole : Trump et la dictature du moi.
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
De la Démocratie en Amérique.
USA 2020 : and the Winner is Joe Biden !
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
USA 2020 : le suspense reste entier.
Bill Gates.
Albert Einstein.
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

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24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 03:25

« Souvent c’est faire un grand gain que de savoir perdre à propos. » (Fénelon, 1687).


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Où en est-on avec l’élection présidentielle américaine du 3 novembre 2020 ? Donald Trump vient de reconnaître (enfin) implicitement sa défaite en acceptant la collaboration de son gouvernement pour la transition. Le Président élu Joe Biden a annoncé ce lundi 23 novembre 2020 ses premières nominations (voir plus loin). Depuis le samedi 7 novembre 2020, il n’y a plus de suspense : Joe Biden a bel et bien gagné l’élection. Ce samedi-là, tout le monde était au rendez-vous car tous les médias américains ont proclamé Joe Biden Président élu, notamment CNN et AP (Associated Press).

Cela peut paraître étonnant mais en raison de la structure fédérale des États-Unis, aucun organisme officiel (fédéral) ne s’occupe de recueillir et de comptabiliser officiellement les résultats de tous les États des États-Unis. Il faut donc attendre soit la tendance en cours de dépouillement soit les résultats officiels de chacun des États et faire les totaux soi-même pour avoir une idée du vainqueur. Je rappelle que ce qui compte, ce n’est pas le nombre de voix mais le nombre de grands électeurs, obtenus ou perdus par État. Ce sont donc quelques États qui étaient cette année très intéressants à observer scrupuleusement.

Le 7 novembre 2020, même Fox News, chaîne pourtant ouvertement trumpiste, a reconnu l’élection de Joe Biden. Il faut dire que Fox News jouit d’une grande réputation sur la justesse de ses résultats électoraux. Risquer de mettre à mal cette crédibilité, au profit d’un combat perdu d’avance, c’est perdre l’une de ses valeurs ajoutées. Le journal républicain "New York Post" lui a titré "Trump, you’re fired !" qu’on peut traduire par : Z’êtes viré ! de la célèbre exclamation de l’ancien animateur de télévision Donald Trump qui saluait ainsi un candidat ayant échoué dans son émission de téléréalité.

Le même jour (7 novembre 2020), la plupart des chefs d’État et de gouvernement étrangers ont adressé leurs félicitations à Joe Biden, en particulier Emmanuel Macron, Boris Johnson, Angela Merkel, le dalaï-lama (beaucoup, mais pas tous, pas Vladimir Poutine qui a préféré attendre la consolidation des résultats électoraux).

Le 13 novembre 2020, avec la victoire de l’Arizona (11 grands électeurs), même le site Real Clear Politics, pourtant hyperprudent dans le comptage des résultats, a attribué la majorité absolue des grands électeurs à Joe Biden.

La plupart des recours judiciaires sur la sincérité des votes, faits par le camp Trump, ont été rejetés le 14 novembre 2020 par les tribunaux. Toute l’armée d’avocats au service de Donald Trump s’est désistée sauf son patron, Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York (au moment des attentats du WTC) et ancien candidat aux primaires républicaines en 2008, qui, à 76 ans (moins que Biden), s’est trompé de sujet dans une plaidoirie. La vieillesse est un naufrage, écrivait De Gaulle… Là, ce naufrage a un prix qui va ruiner Donald Trump : Rudy Giuliani a accepté sa mission impossible de plaider les fausses fraudes massives en raison de son salaire, 20 000 dollars par jour ! Les électeurs de Donald Trump apprécieront sans doute de le savoir.

Le 21 novembre 2020, la Géorgie a certifié la justesse de ses résultats donnant gagnant Joe Biden dans cet État. Le 23 novembre 2020, ce fut au tour du Michigan de certifier les résultats en faveur de Joe Biden. Plus rien, plus d’incertitude ne s’oppose au serment que va prêter Joe Biden le 20 janvier 2021 lors de la cérémonie d’investiture très particulière, sans public, pour cause de covid-19.

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Au total, Joe Biden a recueilli 306 grands électeurs sur 538, soit supérieur à la majorité absolue (270) et Donald Trump 232. En nombre de voix, la victoire est éclatante : Joe Biden a obtenu 79 815 509 voix, soit 51,0% et Donald Trump 73 786 569 voix, soit 47,2%. Les deux candidats ont fait exploser les records d’obtention de voix par un candidat à une élection présidentielle américaine, car jamais la participation n’a été aussi forte depuis le début du siècle dernier : ont voté 66,9% des 239 247 182 électeurs inscrits, soit 11,2 points de plus qu’en 2016. Cela a fait 160 millions de votants, et 153 millions de suffrages exprimés.

Comme on le voit, la victoire de Joe Biden est triplement large : large en grands électeurs (c’est l’essentiel pour gagner), un écart de 74 grands électeurs (soit presque 14%) ; large en électeurs tout court, une avance de plus de 6 millions de voix (soit presque 4% !) ; enfin, comme je viens de l’écrire, une large participation, historique, inédite depuis 120 ans. Bref, il n’y a pas "photo".

Et la réalité, c’est que, de ceux qui criaient aux fraudes massives, il ne reste plus que Donald Trump lui-même, dans le rôle de l’enfant capricieux aux désirs refoulés, sa famille (et encore, demandez à sa nièce Mary Trump ce qu’elle en pense !), quelques fidèles de fidèles du clan, Poutine (qui avait tout fait pour faire battre Hillary Clinton en 2016), et, chose très curieuse, une bande de quelques excités complotistes français qui ont besoin d’une univocité de pensée (Trump-hydroxychloroquine-antivaccin) même si cette univocité est un peu incohérente (Trump a abandonné depuis longtemps l’hydroxychloroquine et est sans doute le meilleur agent commercial des vaccins contre le covid-19) et totalement hors sol (puisqu’ils ne votent pas aux États-Unis).

Je me réjouis bien sûr de l’éviction de Donald Trump de la Maison-Blanche et du retour d’une certaine responsabilité et sagesse d’État. Dans ses premiers entretiens téléphoniques avec les dirigeants européens, Joe Biden a voulu rassurer en disant que l’Amérique était de retour (qui était le slogan de Ronald Reagan). L’Europe et plus généralement, le monde vont pouvoir reprendre des relations diplomatiques de confiance avec les États-Unis, sans peur de se faire tirer dans le dos dès qu’on l’aura tourné.

Dès le début du processus électoral, mon analyse portait sur deux éléments qui m’ont paru évidents et qui contredisaient généralement ce qu’en disaient les médias français.

Premier élément, la réélection de Donald Trump était largement possible, et il ne fallait pas tomber comme en 2016 sur l’impossibilité de sa réélection, comme on avait dit l’impossibilité de sa première élection. Certes, il n’a pas été réélu, et de loin (le scrutin n’était pas si serré que cela), mais en électeurs net (c’est-à-dire, en valeurs absolues), Donald Trump a convaincu plus d’électeurs qu’en 2016, insuffisamment pour gagner, mais cela montre quand même une Amérique coupée en deux, très clivée, avec une ligne de clivage où les pauvres votent pour le triple milliardaire Trump, une ligne qui sépare "l’etablishment" et les élites d’une part, les petites gens, d’autres part, les "États-Unis d’en bas" pour parodier la "France d’en bas". Près de 74 millions de citoyens américains ont voté pour un second mandat de Donald Trump, ce n’est pas rien. Il faut se rappeler qu’une première élection peut se faire par défaut, par hasard, grâce aux circonstances, mais jamais une réélection (ce sera le pari du Président Emmanuel Macron en 2022). La nuit de l’élection, j’ai même cru que Donald Trump avait pris un léger avantage sur Joe Biden parce que le Texas et la Floride avaient donné ses grands électeurs au candidat républicain. Cette crainte s’est vite dissipée.

Second élément, il n’y aurait pas de révolution dans les rues et pas de contestation du résultat des élections. Je ne savais pas qui allait gagner, mais je savais que le vainqueur serait accepté par le peuple américain. Pour une raison simple : les Américains sont des citoyens légitimistes et loyalistes, ils reconnaissent l’autorité du Président même s’ils sont dans l’opposition, c’est pour cela qu’ils comprennent mal comment nos Présidents français peuvent être aussi ouvertement malmenés par des supposés citoyens français car pour eux, cela relèverait de l’antipatriotisme. Le Président est une institution, la première du pays, et il faut la soutenir une fois qu’elle est pourvue. Les États-Unis sont le pays de l’État de droit par excellence, le pays des juristes et des avocats. Impossible donc qu’il y ait un fort courant d’insoumission face à une élection.

Du reste, malgré les jérémiades et les dénis infantiles de Donald Trump, la très grande majorité du peuple américain reconnaît l’élection de Joe Biden. Un sondage donnait environ 95% des sondés dans cette reconnaissance, ce qui est énorme. Depuis plusieurs semaines, il pleut des CV provenant de collaborateurs de la Maison-Blanche, pas fous, il faut bien qu’ils se recasent. Et surtout, les parlementaires républicains, qui restent discrets car Trump vaut quand même 74 millions d’électeurs, il ne faut pas hypothéquer l’avenir, ils ont déjà tourné la page (Mike Pence et Mike Pompeo sont déjà dans la course pour 2024) et souhaitent déjà rendre la tâche de Joe Biden difficile au Sénat (où les républicains restent majoritaires).

D’ailleurs, l’un des arguments pour discréditer complètement les accusations de fraudes massives, c’est-à-dire, de fraudes qui auraient changé le sens de l’élection, c’est que les hypothétiques méchants fraudeurs démocrates (accusés même dans des États dont le gouverneur est républicain !) auraient transformé le vote en faveur de Trump par un vote en faveur de Biden, mais n’auraient pas été jusqu’au bout : en effet, les bulletins sont uniques pour élire les sénateurs et le Président et les fraudeurs auraient "oublié" de faire élire un sénateur démocrate. Pourtant, cela serait très utile pour un gouvernement démocrate car, en cas de majorité opposée, le régime risque rapidement de se paralyser (ce fut le cas à l’époque de Barack Obama avec des shutdown).

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De toute façon, cette lubie de la fraude massive est désormais levée et l’actualité est passée à autre chose. Pour Joe Biden, à la préparation de son futur gouvernement, en particulier, car c’est l’urgence, à la capacité à faire une campagne de vaccination contre le covid-19 rapidement. Sur ce point, Donald Trump pourra espérer que cette campagne commence avant le 20 janvier 2021, ce qui sera pour lui une petite victoire à l’intérieur de sa grande défaite. Pour Donald Trump, cela continue en vaudeville, peut-être plus pitoyable que rigolo, d’un homme blessé dans son amour-propre qui pleurera jusqu’au bout. Et jusqu’au bout, il aura montré, à la grande honte de bien des élus républicains, à quel point Donald Trump n’a jamais été à la hauteur d’un homme d’État dont la première qualité est de respecter la démocratie et le verdict des urnes.

Depuis le 3 novembre 2020, Joe Biden a fait un parcours sans-faute. Il aurait pu, comme pendant la campagne (ce qui n’était pas très heureux), faire du Trump, mais il s’est bien gardé de riposter, polariser, hystériser, en revendiquant sa victoire. Il n’a jamais revendiqué sa victoire, il a toujours été très prudent, il a au contraire fait profil bas, sûr de sa victoire. Il veut avoir le triomphe modeste car il a une ambition forte, celle de réconcilier le peuple américain particulièrement clivé, comme je l’ai indiqué plus haut. Or, réconcilier, c’est donner aux adversaires d’hier des raisons de se calmer. Plus Donald Trump s’agite, plus Joe Biden reste calme. En gardant sa hauteur de vue, Joe Biden évite d’humilier ses adversaires.

Le 20 janvier 2021, il y aura donc deux nouveautés : Joe Biden sera le Président des États-Unis investi le plus âgé et Kamala Harris sera la première femme Vice-Présidente des États-Unis. Cette dernière, à 56 ans, avec déjà une solide expérience et de grandes compétences en droit, aura probablement un rôle majeur à jouer dans son parti et dans son pays dans les années à venir. Jusqu’en 2020, il n’y a eu que deux femmes candidates à la Vice-Présidence, la démocrate Geraldine Ferraro en 1984 et la républicaine Sarah Palin en 2008. Sans oublier évidemment Hillary Clinton, candidate à la Présidence en 2016.

Dès ce 23 novembre 2020, Joe Biden a déjà fait ses premières nominations, dont certaines devront être ratifiées par le Sénat. J’en citerai deux importantes. Antony Blinken (58 ans) sera le futur Secrétaire d’État (Ministre des Affaires étrangères). Il a fait ses études secondaires en France et parle couramment le français (ce qui est rare pour un ministre américain). Il a été le numéro deux du Département d’État à la fin de la Présidence de Barack Obama (du 9 janvier 2015 au 20 janvier 2017). En outre, John Kerry, ancien candidat démocrate en 2004, a été nommé représentant spécial du Président pour le climat (ne fera pas partie du gouvernement).

J’ajoute deux autres nominations intéressantes : Alejandro Mayorkas (61 ans) sera Secrétaire à la Sécurité intérieure (il en était le numéro deux sous Obama) et Avril Haines (51 ans) sera directrice du renseignement national (director of national intelligence) avec rang de ministre, ce sera la première femme de l’histoire à occuper ce poste stratégique (elle en était sous-directrice sous Obama). On le voit, le gouvernement Biden reprend beaucoup d'acteurs du gouvernement Obama.

Par ailleurs, parmi les conseillers du Président pour la transition, ont été nommés notamment Pete Buttigieg (ancien candidat aux primaires démocrates en 2020), Susan Rice (ancienne ambassadrice auprès des Nations Unies) et Cindy MacCain (la veuve de l'ancien candidat républicain John MacCain).

Joe Biden a défini quatre priorités pour son mandat de 2021 à 2025 : la lutte contre la pandémie de covid-19, trop longtemps sous-estimée dans son pays, le redressement de l’économie, la lutte contre le bouleversement climatique et l’équité sociale. Le monde entier lui souhaite donc bonne chance !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 novembre 2020)
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Pour aller plus loin :
USA 2020 : and the Winner is Joe Biden !
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
USA 2020 : le suspense reste entier.
Bill Gates.
Albert Einstein.
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

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6 novembre 2020 5 06 /11 /novembre /2020 03:51

« Stop the count ! » (Donald J. Trump, tweet du 5 novembre 2020 à 3:12 pm, heure de Washington).


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Deux jours que les bureaux de vote sont fermés et le pays dont la tradition démocratique n’est pourtant plus à démontrer est incapable de dire quel a été le message de son peuple. Quand un candidat, qui plus est Président sortant, crie depuis deux jours pour dire : "stop ! arrêtez de compter ! ça suffit ! j’ai gagné !", comment ne pas se croire dans un vaudeville surréaliste ? Les États-Unis sont aussi un peuple d’artisans bricoleurs, chaque État, chaque comté bricole son code électoral.

À cette heure, aucun candidat n’a encore été proclamé vainqueur, mais cela risque de durer encore longtemps, peut-être plus d’un mois. Joe Biden semble avoir un peu d’avance (et je m’en réjouis), mais ceux qui parlent de coup d’État pour évoquer le cri désespéré de Donald Trump se trompent : s’il devait y avoir un coup d’État, Donald Trump aurait recruté une armée de miliciens armés de fusils-mitrailleurs jusqu’aux dents, pas une armée de (mille ?) avocats armés… de leur tarification d’honoraires. Après tout, ce pays est aussi celui des avocats et la loi, à la fin, devrait triompher.

Mais comment ne pas se rappeler il y a exactement vingt ans, une autre élection présidentielle américaine, le 7 novembre 2000 ?  Le match entre le Vice-Président démocrate sortant Al Gore (futur Prix Nobel) et le gouverneur du Texas, républicain, et par ailleurs fils de son père, George W. Bush avait également fait vibrer de nombreux avocats à défaut du peuple américain.

Un peu comme dans le match Joe Biden vs Donald Trump, le candidat républicain avait recueilli la majorité des contrées rurales, des États du Sud, etc. tandis qu’Al Gore avait séduit les grosses agglomérations de la côte est, de la côte ouest et des Grands lacs. À Bush Jr l’espace, le territoire, à Gore la population, les villes.

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Très vite, les résultats de tous les États furent reconnus, sauf ceux de la Floride (et du Nouveau Mexique, mais ce dernier très brièvement). Sans compter les 25 délégués de la Floride, Al Gore avait obtenu 266 délégués et George W. Bush 246 délégués. Pour gagner, il en faut 270 : la Floride devenait ainsi l’État clef non seulement de l’élection, de la vie politique américaine, mais aussi de tous les avocats américains !

Les résultats partiels en Floride étaient extrêmement serrés : du genre 2 890 321 voix pour Bush Jr et 2 884 261 pour Gore, en sachant que celui qui remporte le plus grand nombre de voix remporte la totalité des délégués attribués à la Floride, à savoir 25 délégués.

Pour corser le tout, le gouverneur de la Floride n’était autre que le frère du candidat républicain, Jeb Bush (qui a tenté sa chance aux primaires républicaines de 2016), dont certains démocrates ont accusé d’un manque de neutralité dans cette élection. Après le dépouillement, le 8 novembre 2000, Bush Jr a eu une avance de 1 784 voix par rapport à Gore (soit moins que 0,5%).

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Parmi les choses contestées, la conception même des bulletins de vote. Dans certains comtés, il s’agissait de perforer au bon endroit pour choisir son candidat. Très mal conçu (par une démocrate pourtant !), la position des candidats faisait que l’électeur qui voulait choisir Gore pouvait se tromper et perforer au niveau de Pat Buchanan. Ces perforations ont le but d’être utilisées par une machine à voter, chaque trou permet d’incrémenter le nombre de voix correspondant. Mais certains électeurs n’ont pas perforé jusqu’au bout, si bien que la machine à voter a considéré le vote nul au lieu de prendre en compte le nom du candidat "mal perforé". Wikipédia a publié un exemple de bulletin à Palm Beach, qui est éloquent.

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Le raisonnement des démocrates fut le suivant : dans les dépouillements, le candidat républicain est très légèrement en avance, mais beaucoup de bulletins favorables à Gore ont été comptabilisés comme des bulletins nuls, à tort, ce qui a eu pour conséquence d’inverser complètement le sens du vote en Floride et donc, aux États-Unis eux-mêmes ! Et on pourrait même ajouter le destin de l’Irak.

Ainsi, les démocrates ont demandé un recomptage des bulletins, mais de manière manuelle, pour pouvoir comptabiliser les bulletins mal perforés au nom de Gore. La loi électorale en Floride était cependant la suivante : le recomptage se faisait électroniquement, et seul, le recomptage manuel de quatre comtés au maximum était possible. Par ailleurs, la loi précise que si l’écart des voix est inférieur à 0,5% (ou 1%, selon d’autres États), le recomptage est gratuit et pas aux frais du demandeur.

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Le 10 novembre 2000, le premier recomptage, électronique, confirma la faible avance de George W. Bush, de 327 voix (sur environ 6 millions de voix !). Pour passer au recomptage manuel, le camp d’Al Gore a choisi trois comtés qu’ils considéraient comme les plus démocrates (dont Miami et Palm Beach). Mais les résultats n’ont pas changé l’avance de Bush Jr. Les démocrates ont alors demandé de nouveaux recomptages avec des méthodes différentes, mais certains comtés l’ont refusé car ils considéraient que leur premier recomptage était correct.

La secrétaire d’État de Floride (fonction interne à l’État généralement chargée des élections) Katherine Harris (républicaine) a accepté ces recomptages jusqu’au 14 novembre 2000. Mais saisie par les démocrates, la cour suprême de la Floride (avec six juges démocrates sur sept) a décidé de prolonger ces recomptages jusqu’au 25 novembre 2000. Katherine Harris a annoncé la victoire de Bush Jr en Floride avec 537 voix d’avance. Mais des recomptages manuels dans certains comtés ont continué.

C’est sur l’absence de norme fixée par la cour suprême de la Floride que les avocats du camp républicain ont riposté en portant l’affaire au niveau fédéral. En effet, en n’imposant pas une manière identique de recompter dans tous les bureaux de vote de l’État, la cour suprême de la Floride a violé le 14e amendement de la Constitution qui veut l’égale protection des lois.

Dans un premier temps, le 9 décembre 2000, la Cour Suprême des États (donc au niveau fédéral), pas moins partiale que celle de la Floride (à l’époque, sept juges républicains sur neuf), a ordonné l’arrêt des recomptages manuels (le "stop count !" de Trump, mais là, c’était du recomptage ; Donald Trump, lui, veut arrêter le premier comptage des voix !!!!).

Dans un second temps, le 12 décembre 2000, la Cour Suprême des États-Unis a continué à donner raison aux républicains en considérant que la cour suprême de la Floride a pris une décision anticonstitutionnelle. Pour sept juges sur neuf, le recomptage voulu par la cour suprême de la Floride était anticonstitutionnel, et pour cinq juges sur neuf, ces recomptages violaient le principe d’équité et d’égalité devant la loi, ce qui a eu pour conséquence d’annuler complètement les recomptages manuels (qui étaient presque achevés, mais de toute façon, Bush Jr avait gardé encore un peu d’avance malgré tout). Dans son jugement, la Cour Suprême fédérale était on ne peut plus stupéfiante : « Même si le recomptage était juste en théorie, il était injuste en pratique. » !

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Ainsi, George W. Bush fut proclamé vainqueur de la Floride, a obtenu ses 25 délégués et a donc gagné en tout 271 délégués, soit un de plus que la majorité absolue. Georges W. Bush fut donc déclaré élu Président des États-Unis (formellement élu par les délégués) avec 271 délégués contre 266 délégués pour Al Gore. Ce qui pourrait être troublant (mais ce n’est pas unique dans l’histoire des États-Unis, notamment en 2016), c’est qu’Al Gore avait, au niveau général, reçu plus de voix que son adversaire déclaré élu : 50 999 897 voix (48,4%) contre 50 456 002 voix (47,9%) pour Bush Jr.

L’affaire s’est terminée par la reconnaissance de sa défaite par Al Gore le 13 décembre 2000 (tout en désapprouvant la décision de la Cour Suprême fédérale). On peut imaginer qu’en 2020, Donald Trump ne reconnaîtra jamais sa défaite, mais Joe Biden a aussi annoncé qu’il ferait valoir sa victoire jusqu’au bout. Le problème en 2020, c’est qu’il n’y a pas qu’un seul État litigieux (comme la Floride en 2000), mais plusieurs : la Pennsylvanie, le Wisconsin, le Michigan, le Nevada, l’Arizona. Or, pour contester l’élection de Joe Biden, il faut multiplier les recours, les affaires dans chaque État litigieux. L’armée d’avocats de Donald Trump a déjà fait 260 recours, dont de nombreux pour supposées fraudes en rapport avec le vote par correspondance (très nombreux).

L’épilogue fut moins connu : en mars 2001, un consortium privé regroupant des médias a finalement effectué, à ses frais, le recomptage manuel après s’être procuré, grâce à l’Université de Chicago, tous les bulletins de vote de la Floride, mais avec des méthodes différentes. 

Ce qu’avaient demandé les avocats d’Al Gore (recomptages manuels de certains comtés), selon ces recomptages privés, n’aurait pas inversé le sens de l’élection : en effet, Bush Jr serait resté encore victorieux avec une avance de 225 à 493 voix. En revanche, avec un recomptage de toute la Floride, ce que n’avait pas demandé Al Gore, ce dernier aurait été victorieux avec une avance de 60 à 171 voix sur le candidat républicain. Ces résultats contrastés renforcent l’impression de confusion générale qu’a engendrée cette élection très controversée.

Pour terminer, j’évoque l’un des candidats aux primaires républicaines de 2000, concurrent de George W. Bush, pour le but de faire le lien entre 2000 et 2020.

Il s’agit de l’homme d’affaires Herman Cain, issu de l’aile très conservatrice du parti républicain. Ayant eu beaucoup de succès dans le monde des affaires (exemple méritant de l’ascenseur social), Herman Cain fut le puissant représentant de près de 400 000 restaurateurs. Il renonça à sa candidature en 2000 pour soutenir celle du milliardaire Steve Forbes, puis, après le retrait de ce dernier, finalement celle de George W. Bush. Il rata d’être candidat républicain aux élections sénatoriales de 2004.

Herman Cain retenta sa chance aux primaires républicaines de 2012. Il concurrença sérieusement la candidature de Mitt Romney en octobre 2011 en séduisant le Tea Party, mais a dû renoncer deux mois plus tard après être mis en cause dans une histoire de harcèlement sexuel. En 2016, il a soutenu la candidature de Donald Trump qui, une fois élu, a même envisagé de le nommer à la tête de la Federal Reserve (banque centrale des États-Unis), Herman Cain avait été président de la FED Kansas City de 1994 à 1996.

L’homme se sentait manifestement avoir la baraka, puisqu’il a eu en 2006 un cancer métastasé dont il s’est sorti malgré de très faibles chances de survie. Probablement que cela, ainsi que son âge, 74 ans, ne l’ont finalement pas aidé. Opposant très fort au port du masque pour cause de pandémie de covid-19, Herman Cain a assisté au premier meeting de campagne de Donald Trump à Tulsa, dans l’Oklahoma, le 20 juin 2020. Sans masque, évidemment. Comme beaucoup d’autres dans ces meetings. Le 29 juin 2020, il a annoncé qu’il avait été contaminé au covid-19. Et il en est mort le 30 juillet 2020. Certains ont compté au moins 30 000 cas de contaminations provenant des meetings de Donald Trump, qui auraient provoqué …700 décès. Le coronavirus touche tout le monde, personne n’est à l’abri. Pas même les républicains.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
USA 2020 : le suspense reste entier.
Bill Gates.
Albert Einstein.
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

_yartiBushVsGore06




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https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/il-y-a-20-ans-le-match-electoral-228388

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/03/38628180.html






 

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4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 03:50

« Un bulletin de vote est une balle. On ne vote pas tant qu’on ne voit pas la cible, et si la cible est hors d’atteinte, on garde le bulletin dans la poche. » (Malcom X, 3 avril 1964 à Cleveland).



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Les électeurs américains étaient convoqués ce mardi 3 novembre 2020 pour élire leur nouveau Président des États-Unis. Comme on pouvait sérieusement le craindre, la situation n’est pas encore très claire à la fin de la nuit électorale. Les deux principaux candidats Joe Biden et Donald Trump ont annoncé leur victoire, l’un moins assuré que l’autre. Je ne suis pas madame Soleil et je me garderais de faire quelques pronostics, mais il y a déjà un certain nombre d’enseignements qu’on peut faire.

Certes, à l’heure actuelle, Joe Biden jouit d’une légère avance avec 227 délégués élus face à Donald Trump, seulement 214 délégués. Pour être élu, il faut au moins 270 délégués (sur 538 au total). Chaque État apporte son "lot" de délégués (proportionnel au nombre d’habitants), avec cette règle que (dans la plupart des États, il y a néanmoins deux exceptions), le candidat qui arrive en tête de l’État remporte tous les délégués attribués à l’État. Cette règle permet à des candidats minoritaires en voix (nombre de voix dans tout le pays) de gagner en obtenant malgré tout la majorité absolue des délégués (c’était le cas de Donald Trump en 2016, de George W. Bush en 2000, etc.). Cette règle rappelle l’importance historique de chaque État, qui doit rester libre et écouté, respecté, au sein de la fédération.

S’il y a une légère avance pour Joe Biden, ce n’est qu’un trompe-l’œil car la position de Donald Trump est un peu plus enviable à l’heure actuelle, puisqu’il a déjà remporté deux gros États, la Floride et le Texas, qui étaient pourtant incertains, ce qui montre une très forte résilience de la candidature de Donald Trump, malgré les affaires, les scandales et aussi les détestations qu’il a pu susciter au cours de son mandat et autour de sa personne. Plus généralement, les résultats en Pennsylvanie, en Géorgie et dans le Michigan seront certainement déterminants dans l’identification du vainqueur.

Parmi les enseignements, évoquons déjà les opérations électorales, puis la situation de 2020.

J’ai rappelé plus haut très succinctement la règle électorale. Elle peut être injuste (un minoritaire en voix peut être majoritaire en délégués) mais elle est la règle commune depuis plus de deux siècles et le liant de la fédération des États-Unis. Les candidats qui acceptent de concourir à l’élection acceptent bien entendu la règle et aucun Président des États-Unis n’a souhaité, une fois élu, dépoussiérer (car il s’agit bien de cela) cette règle. C’est un ciment national qu’on ne veut pas toucher. Cela peut donc paraître étrange, mais tout le monde respecte "religieusement" cette règle, et probablement que cela continuera ainsi dans l’avenir.

Le plus étrange est la manière dont les opérations électorales, les opérations de vote se déroulent. Il ne s’agit plus de mode de scrutin mais de la manière très basique de voter.

Un citoyen français qui observerait les opérations de vote aux États-Unis aurait raison d’être fier de son pays : la France a des procédures électorales qui garantissent, d’une part, la sincérité du vote, c’est-à-dire qu’il n’est pas "forcé" (par exemple, une représentant des forces de l’ordre qui vérifie que tout se passe bien dans un bureau de vote n’a en fait pas le droit de pénétrer dans un bureau de vote car il est armé, or le code électoral interdit qu’une personne armée soit présente dans un bureau de vote pour éviter de faire pression sur un électeur, ce qui n’est pas du tout interdit aux États-Unis et dans certains endroits, tous les électeurs viennent voter armés de peur de leur sécurité !), d’autre part, le secret du vote (or, si l’on veut voter par correspondance, il faut s’inscrire et indiquer pour qui on vote, aux États-Unis).

De plus, le vote doit rester libre, et équitable (ce qui signifie qu’on doit tous voter de la même manière, indépendamment d’un mode de scrutin plus ou moins "juste"). Enfin, cette sincérité, ce secret, cette liberté et cette équité doit être vérifiable par tout électeur (et observateur éventuel) pour s’assurer que le scrutin se déroule dans les bonnes conditions (ce que ne permettent pas le vote électronique, ni le vote par correspondance).

Et ensuite, il y a le dépouillement et les résultats. En France, généralement, sauf dans des cas extrêmement rares où le scrutin est très serré, on connaît le résultat dès la minute de la fermeture du dernier bureau de vote. Sondages sortie des urnes, dépouillement de bureaux de vote de petits villages qui votent habituellement comme la moyenne nationale, sondes dans des bureaux de vote clivants (un bureau habituellement acquis à gauche qui se retourne à droite ou l’inverse), bref tout est bon pour avoir le nom du gagnant avec une marge d’erreur plus faible que l’écart entre les candidats, nom d’ailleurs souvent connu avant 20 heures, plutôt vers 18 heures 30 (avant la fin du scrutin) en raison des sondages sortie des urnes (interdits d’être publiés sauf …sur Internet à l’étranger !).

À chaque élection présidentielle américaine, on peut donc rester toujours étonné par ce contraste très fort d’un pays qui est à la fois dans l’ultramodernité technologique (inutile de donner des exemples) mais aussi dans un état de vétusté très important (des outils de production qui ont plus de quarante ans, de l’eau non filtrée qui sort rougeâtre du robinet dans des appartements à New York, etc.). Or, ce contraste est sensible aussi dans les opérations de vote.

D’une part, on n’a pas le nom du gagnant à la fin du scrutin. Un pays si moderne incapable de cela, c’est très étonnant, d’autant plus que s’il y a des États où les résultats sont serrés, apparemment, cela ne semble pas aussi serré qu’en 2000. D’autre part, il y a vraiment l’impression que pour cette démocratie, c’est l’industrie qui l’emporte pour la campagne (il faut compter le nombre de milliards dépensés pour la campagne, 2020 est un sommet, et, au contraire de la France depuis une trentaine d’années, il n’y a pas de plafond, c’est donc le candidat qui a su le plus recueillir de l’argent qui va avoir un avantage marketing, donc des suspicions de collusion avec des grands groupes financiers capables de financer ces campagnes), mais c’est l’artisanat et le bricolage amateur pour les opérations matérielles de vote et de dépouillement.

Et l’équité, aux États-Unis, n’est pas assurée. Ainsi, il est possible de voter par correspondance. Plus de 97 millions d’électeurs ont voté par correspondance, c’était environ 55 millions en 2016. La raison principale est évidemment la pandémie de covid-19 mais certains États acceptent de recevoir les bulletins de vote après le 3 novembre 2020 (si postés avant), d’autres non. De toute façon, avec les fuseaux horaires, certains électeurs de la côte ouest pouvaient avoir les premiers résultats de la côte est avant de voter.

Il n’y a rien de nouveau dans ce constat, et cela donc reste très étonnant pour un Français qui sait que son pays est très bien rôdé, très efficace, dans les opérations de vote (ce n’est pas pour rien qu’on fait souvent appel à la France lorsqu’un pays est en processus de démocratisation sincère).

Venons-en maintenant au scrutin particulier du 3 novembre 2020. Je ne sais pas qui va gagner finalement l’élection mais je peux dire déjà que les sondages, une fois encore, se sont trompés. Les sondages envisageaient que la participation serait favorable à Joe Biden. C’est faux, la participation va bénéficier aux deux candidats. D’où l’incertitude.

Beaucoup de monde a voté pour Donald Trump. Apparemment, s’il était réélu, ce ne serait pas par défaut mais par adhésion. Ce que les journalistes et observateurs, pas seulement étrangers mais aussi américains, ont toujours du mal à comprendre : le problème, une fois encore, n’est pas Donald Trump mais ceux qui l’ont élu et qui sont toujours là, voire se renforcent. La société américaine est très clivée, très divisée, très contrastée, et les candidats qui accentuent ces clivages est avantagés par rapport aux candidats plus "centristes", plus "tièdes". Même si ces candidats clivants sont parfois plus détestés, ils sont capables de plus mobiliser leur électorat.

D’ailleurs, si Joe Biden gagnait, la société américaine resterait autant divisée et il faudrait alors beaucoup d’habileté pour reconstruire une société unie, pour réconcilier le peuple américain, pour réduire le fossé entre "l’etablishment" et le "peuple d’en bas". (On peut toujours s’étonner que le milliardaire Donald Trump puisse être apprécié par les plus pauvres : son parler très simpliste est audible et permet l’identification ; les personnes plus éduqués, plus dans la nuance et la complexité, ne peuvent que détester la manière dont Donald Trump s’exprime en tant que Président des États-Unis).

Plus généralement, il y a les impressions de campagne à côté des "chiffres". Je pourrais faire l’analogie avec une maladie : il y a les tests PCR, il y a les analyses de sang, etc. qui donnent des chiffres, qui donnent une situation quantitative, avec des seuils de normalité dépassés ou pas, et puis, il y a les signes cliniques : quand on a la grippe, on ne fait pas des tests pour savoir quel est le virus en cause.

Or, dans les signes cliniques de la campagne présidentielle américaine de 2020, il y a incontestablement, comme en 2016 du reste, l’évidence qu’il n’y a eu qu’un seul candidat qui a fait campagne, Donald Trump, avec beaucoup de ténacité, malgré l’adversité de sa contamination (qui, finalement, l’a plutôt rendu sympathique auprès d’électeurs hésitants). Joe Biden, à cause de son âge, sa crainte de se faire contaminer, probablement son caractère (il est très gaffeur), a fait très peu campagne et cela ressort probablement dans les temps d’occupation d’antenne à la télévision ou dans le nombre d’articles dans la presse. Celui qui faisait l’actualité, c’était Donald Trump, pas Joe Biden.

Autre élément qu’il faudra probablement démentir, c’est lorsqu’on a évoqué la contestation de la légitimité du futur candidat proclamé élu. Les Américains sont des légitimistes et des légalistes. Le légitimisme se traduit par un avantage au Président sortant sauf s’il a fait des énormités. C’est une incompréhension à l’étranger : peu de monde aux États-Unis considèrent que Donald Trump a fait des énormités. Au contraire, selon leur point de vue, il a plutôt agi dans l’intérêt des États-Unis, la rupture du multilatéralisme, la focalisation sur les relations commerciales avec la Chine, le désengagement des troupes américaines un peu partout dans le monde (et probablement, il est le Président américain qui a fait ou poursuivi le moins de guerres, malgré des sorties verbales inquiétantes sur la Corée du Nord ou l’Iran).

Le légalisme se traduit par le respect des règles. Et à ceux qui penseraient qu’une guerre civile éclaterait à la suite d’une non-reconnaissance du candidat proclamé élu, je leur dirais que les déclarations de Donald Trump durant cette nuit le confirment : il s’est placé en victime, en disant qu’on voulait lui voler la victoire. Ce n’est pas la déclaration d’un futur dictateur, c’est la déclaration d’un candidat qui craint d’être lésé. Au contraire, Donald Trump montre son "légalisme" en annonçant qu’il allait "se plaindre" à la Cour Suprême.

Bien entendu, c’est du "théâtre" (Joe Biden a été plus prudent dans sa conviction d’avoir été élu). Lorsque les résultats seront proclamés dans les derniers États, et même s’il faut passer par la Cour Suprême, la reconnaissance sera au rendez-vous parce qu’apparemment, la situation de 2000 (j’y reviendrai) ne semble pas devoir se répéter avec une marge de seulement quelques centaines de voix (les écarts seraient plutôt de quelques centaines de milliers de voix, ce qui reste très faible mais suffisamment significatif pour être acceptable par tous).

Enfin, je termine sur une petite observation : les Vice-Présidents n’ont jamais eu beaucoup de chance avec les élections présidentielles. Je parle de ceux qui n’ont pas eu à succéder au Président en cours de mandat et qui ont repris le flambeau, mais deux ceux qui, après la fin régulière du ou des mandats de leur Président, ont voulu lui succéder. Depuis la fin de la guerre, la liste des échecs est éloquente. Deux seuls ont réussi, et encore, à moitié !

Alben William Barkley, Vice-Président d’Harry Truman, a été battu en 1952 aux primaires démocrates par Adlai Stevenson, lui-même battu par Dwight Eisenhower. Richard Nixon, Vice-Président de Dwight Einsenhower, a été battu en 1960 par John Kennedy (mais a quand même été élu et réélu en 1968 et 1972). Hubert Humphrey, Vice-Président de Lyndon B. Johnson, a été battu en 1968 par Richard Nixon. Spiro Agnew, Vice-Président de Richard Nixon, n’a même pas eu la possibilité de faire quoi que ce fût car poussé à la démission en 1973 dans un scandale. Walter Mondale, Vice-Président de Jimmy Carter, a été battu en 1984 par Ronald Reagan. Dan Quayle, Vice-Président de George H. W. Bush (père), a été battu en 2000 aux primaires par George W. Bush (fils). Al Gore, Vice-Président de Bill Clinton, a été battu en 2000 par George W. Bush (fils). Dick Cheney, Vice-Président de George W. Bush, n’a pas été candidat. Le seul Vice-Président qui a gagné l’élection présidentielle directement à la fin de son mandat, ce fut George H. W. Bush (père), Vice-Président de Ronald Reagan, qui a été élu en 1988, mais il a été battu ensuite en 1992 par Bill Clinton. Enfin, il reste Joe Biden, Vice-Président de Barack Obama, dont le destin national va être très rapidement réglé dans les heures ou jours qui viennent (ou semaines ?).

À cette heure, il manque encore les résultats de neuf États. Allez, je vais quand même me risquer à un pronostic : je donnerais un léger avantage à Donald Trump, il a réussi à maintenir un fort niveau électoral et surtout à déjouer les sondages. Mais je regretterais sa réélection si elle devait survenir. Dans tous les cas, on pourrait imaginer que débute dès maintenant le match de 2024 : Mike Pence vs Kamala Harris…


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Sylvain Rakotoarison (04 novembre 2020)
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