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1 septembre 2018 6 01 /09 /septembre /2018 05:15

« Il n’y a pas de fatalité extérieure. Mais il y a une fatalité intérieure : vient une minute où l’on se découvre vulnérable ; alors les fautes vous attirent comme un vertige. » (Saint-Exupéry, 1931).



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Il y a un homme qui, depuis le 30 août 2018, doit se mordre les doigts d’avoir voulu bien faire : le propriétaire d’une résidence à South Pasadena, dans la proche banlieue de Los Angeles. Sa locataire, elle aurait eu 50 ans le 21 décembre 2018, semblait en pleine crise d’épilepsie.

Le propriétaire s’inquiétait de son état de santé et a appelé la police. Celle-ci est arrivée comme dans une série télévisée. La femme n’était pas "coopérative" et semblait souffrir de troubles d’ordre mental (elle aurait souffert de problèmes alimentaires, d’une addiction aux achats compulsifs, d’une dépression depuis plusieurs années). Elle a discuté pendant une heure et demie avec la police et avec un psychiatre qui avait accompagné la police. Soudain, la femme a sorti un pistolet et l’a pointé vers les policiers. Ces derniers, surpris, ont alors ont tiré par légitime défense, selon le témoignage du lieutenant Joe Mendoza. Elle est morte avant d’arriver à l’hôpital. L’arme n’était qu’un simple pistolet à air comprimé.

Ce tragique drame aurait pu n’être qu’un fait-divers hélas relativement courant mais sans écho médiatique. La première fois que j’étais allé aux États-Unis pour une mission professionnelle, mes collègues m’avaient vivement recommandé de bien écouter les policiers si je me faisais arrêter sur la route au volant d’une voiture et surtout, de montrer mes mains bien sagement, car ils ont la gâchette facile.

Mais l’information a franchi les océans et est sortie en brève internationale jusqu'en France dès lors que cette femme était Vanessa Marquez, une chanteuse et une actrice connue du grand public principalement pour avoir joué le rôle d’une infirmière, Wendy Goldman, aux côtés de George Clooney, dans les vingt-sept premiers épisodes de la très célèbre série télévisée "Urgences" entre le 19 septembre 1994 et e 24 avril 1997 (du 1er épisode de la saison 1 au 19e épisode de la saison 3).

Les dépêches en France ont indiqué très laconiquement que Vanessa Marquez a été "abattue par la police" à Los Angeles, sans préciser plus d’éléments, si ce n’est parfois en indiquant que c’était lors d’un "contrôle", laissant entendre que la police américaine était brutale et inhumaine.

Je serai bien incapable de savoir exactement ce qu’il s’est passé et je pense que la justice, si ce n’est en interne la police, enquêtera à ce sujet. On peut imaginer qu’une personne qui sort un flingue pourrait s’en servir et que l’urgence, sans "s" cette fois-ci, c’était d’éviter qu’elle ne nuise à ses interlocuteurs. Et les nombreux drames, certains très récents, qui ont endeuillé les États-Unis (comme l’attentat dans une salle de jeu vidéo à Jackson le 27 août 2018 faisant deux morts plus son auteur) n’ont pas facilité à faire garder le sang-froid.

Faut-il croire que les forces de l’ordre françaises seraient mieux entraînées que celles des États-Unis à ce sujet ? J’aurais tendance à le croire, même si cela mériterait approfondissement. Pays de cow-boys, où l’arme à feu est aussi chérie que le stylo ou le smartphone maintenant, on pourrait croire que la règle est : on tire d’abord et l’on réfléchit ou l’on discute après (méthode Trump ?). Ce qui n’était pas le cas pour cet accident, puisqu’il y a eu, au contraire, une heure et demie de discussion avant le tir.

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Je voudrais ici évoquer un petit témoignage personnel sur des faits qui m’ont doublement impressionné : d’abord, avec cette crainte d’être touché par ce qu’on appelle un fait-divers, ensuite, avec cette admiration pour la réponse des forces de l’ordre.

L’aventure même pas au bout de la rue. De l’autre côté de la porte. Cela s’est passé …presque chez moi il y a une vingtaine d’années, dans un immeuble dans la banlieue parisienne. Seulement deux appartements par étage. Je ne croisais que peu souvent mon voisin de palier, environ 35 ans (mais je ne suis pas très doué pour deviner les âges), et une fois, il a sonné à ma porte très stressé pour me demander très courtoisement si j’avais des antidépresseurs. Non, je n’en avais pas et si j’en avais eu, je ne suis pas sûr que je lui en aurais fourni sans voir une ordonnance même périmée.

Un jour, je crois que c’était un dimanche midi, ce voisin était devenu "fou". Réellement fou. Une folie courte mais intense. Il criait, jetait tous ses meubles par la fenêtre, etc. Il y avait de la rage, de la violence, de la rancœur et surtout, du désespoir. Or, le désespoir m’a paru toujours très dangereux : quand on n’a rien à perdre (ou que l’on croit qu’on n’a rien à perdre), on peut tout se permettre.

J’étais très impressionné par une telle violence et j’étais aux premières loges. Ce que j’avais compris, c’était qu’il était seul dans son appartement et qu’il criait son désespoir ainsi, à la Terre entière, et de manière suicidaire. J’avais peur, disons-le franchement, car à l’époque, il y avait des échafaudages pour un ravalement de façade, si bien qu’il était facile, pour lui, d’aller par ceux-ci de son appartement au mien, mes vitres étant peu solides.

Je me suis aperçu de la situation (au début, je n’avais pas fait pas attention) quand, en regardant par la fenêtre de la cuisine, j’ai aperçu un attroupement, des badauds, des voisins, aussi des policiers et même des ambulanciers, bref, tout le monde qui regardait dans "ma" direction. J’ai pris peur et j’ai appelé la police pour savoir avant tout quel était le problème : un incendie ? une fuite de gaz ?… Mon interlocutrice, au standard, m’a conseillé ensuite de me tenir le plus loin possible de la porte d’entrée et d’attendre, et surtout, de ne pas sortir dans la cage d’escalier et ne pas gêner les forces de l’ordre.

Cela a duré une ou deux heures, je ne me souviens plus. Je craignais le pire pour ce voisin qui avait dû craquer. Je craignais qu’il se jetât du cinquième étage après avoir jeté tous ses meubles par dehors (spectacle de désolation sur le parking). Ce que j’avais compris, c’était que sa femme l’avait quitté et qu’elle avait emmené leur fille et qu’il en était malheureux. On pourrait dire un "simple" chagrin d’amour, mais le cuir n’est pas le même selon des individus. Il demandait le retour de sa femme, et au moins, qu’elle lui parle au téléphone. Un homme qui a disjoncté. Fragile (dépressif) et qui a craqué. Ce qui pourrait survenir à beaucoup de monde, dans une vie urbaine parfois absurde, au sens d’Albert Camus.

J’ai entendu les forces de l’ordre négocier avec l’homme, monter doucement les escaliers pour atteindre notre palier. C’était presque comme dans un film, je ne sais pas si c’était le GIGN mais cela y ressemblait. Des professionnels, bien équipés, très souples, silencieux, agiles, calmes, posés. L’avantage, c’était qu’à l’exception du "forcené", il n’y avait pas d’otage, pas de petite fille retenue en otage et à sauver. Juste un homme, dépassé par sa vie, qui pouvait commettre un acte définitif et qu’il fallait convaincre.

Pendant toute la discussion, j’ai été très impressionné par la finesse psychologique des forces de l’ordre. En gros, elles cherchaient, dans leur communication, à convaincre le voisin qu’elles n’étaient pas contre lui mais de son côté, pour le calmer. Parmi les bribes entendues, on lui disait que non, sa vie n’était pas finie, qu’ils n’allaient évidemment pas le tuer (que ce n’était pas une série américaine, justement !), que personne ne lui voulait de mal, et surtout, je crois que c’était l’argument massue, que sa fille avait besoin d’un père, qu’elle serait traumatisée si elle n’avait plus de père, s’il se jetait par la fenêtre.

Il a alors ouvert la porte, et s’est laissé emmener par elles. Probablement plus à l’hôpital ou chez un médecin qu’à la gendarmerie ou au poste de police. Dans le trip qu’il s’était fait, le voisin ne voyait plus d’autre issue qu’assiégé par les forces de l’ordre, il serait forcément tué par elle. Il n’envisageait pas de ressortir de chez lui vivant. La voix, plutôt rassurante, qui parlementait avec lui, a réussi à désamorcer toute cette angoisse, toute cette montagne qui avait surgi comme un volcan.

Le calme, le sérieux et surtout, le sang-froid des forces de l’ordre en France est vraiment à saluer. C’est pourquoi l’affaire Benalla est un scandale qui n’entache pas seulement le fonctionnement de l’Élysée mais aussi la réputation de la police, car justement, la police sait rester calme et ne pas répondre aux provocations de militants excités parfois très violents, car une bavure se retournerait toujours contre la police, quelles que soient les circonstances, et ce serait probablement avec raison.

La France est donc loin, très loin des États-Unis de ce point de vue. Mais ce n’est pas une raison pour dire sans plus de mot d’explication que la malheureuse Vanessa Marquez a été "abattue par la police au cours d’un contrôle". La situation était un petit peu plus compliquée, tant pour l’actrice que pour la police…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Vanessa Marquez.
Micheline Presle.
Pauline Lafont.
Marie Trintignant.
Annie Cordy.
Philippe Magnan.
Johnny Hallyday.
Louis Lumière.
Pierre Bellemare.
Meghan Markle.
Pierre Desproges.
Georges Méliès.
Jeanne Moreau.
Louis de Funès.
Le cinéma parlant.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180830-vanessa-marquez.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/01/01/36983777.html




 

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30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 05:51

« Écoute, vieux, j’aurais aimé avoir le luxe, comme toi, de grandir et de vivre toute ma vie dans un endroit merveilleux comme l’Arizona. Mais en fait, quand j’y pense, l’endroit où j’ai vécu le plus longtemps, c’est Hanoi ! » (Réplique adressée à son premier concurrent électoral en 1982, citée par le "Journal du dimanche" le 3 février 2008).


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Comme Bob Dole, John MacCain aurait "fait" un excellent Président (républicain) des États-Unis. Hélas, comme la candidature de Bob Dole, la candidature de John MacCain est intervenue au mauvais moment et trop tardivement. Septuagénaire face à un jeune gaillard au charisme fou, le combat était forcément difficile (ce n’était pas l’âge, le handicap, mais la comparaison des âges). On pourrait faire une analogie entre l’élection et l’amour : c’est une question d’unité de temps et d’unité de lieu. Pour Bob Dole, son heure aurait dû être en 1992. Pour John MacCain, son heure aurait dû être en 2000. Parfois, deux excellents candidats concourent à cette élection si cruciale au monde. Parfois, deux candidats médiocres…

Casse-cou, tête brûlée, miraculé, enfant terrible, électron libre, indiscipliné, imprévisible, incontrôlable, mais intègre, honnête, franc, vertueux, basé sur l’honneur, John Sidney MacCain (III !) sera regretté par la plupart des citoyens américains. Il est mort chez lui à Cornville, dans l’Arizona, ce samedi 25 août 2018 à l’âge de presque 82 ans (il est né le 29 août 1936 au canal de Panama). Cela faisait quelques jours qu’il avait arrêté ses traitements. Il avait annoncé le 19 juillet 2017 qu’il était atteint d’un cancer du cerveau découvert après une opération pour retirer un caillot de sang près d’un œil. Un glioblastome ne laisse pas beaucoup de chance ni de répit au patient. Il a tenu un an. Même calvaire que pour Ted Kennedy.

L’enterrement a lieu ce samedi 1er septembre 2018 à la cathédrale de Washington. John MacCain sera honoré quasiment comme un chef d’État et déjà, Jimmy Carter, George H. W. Bush et George W. Bush, Bill Clinton, Al Gore et Barack Obama (son concurrent présidentiel en 2008) sont allés lui rendre hommage, devant sa dépouille. Mike Pence, le Vice-Président des États-Unis, sera présent à l’enterrement mais pas Donald Trump dont la présence avait été refusée par John MacCain lui-même. Entre les deux, c’était deux mondes qui s’affrontaient même s’ils provenaient du même parti, le Parti républicain, deux Amérique, deux idées d’une nation.

Donald Trump, c’est le bluff suprême, le hors-la-loi, l’affairiste, le spéculateur, le fort contre le faible, ne dites pas l’ultra-libéral car les mesures protectionnistes n’ont rien de libéral. John MacCain, au contraire, c’est l’honneur, l’honnêteté, le pragmatisme, la conciliation, la réconciliation, la volonté de surpasser les différences pour permettre à tous de s’épanouir, c’est l’humanisme et la solidarité, en quelques sortes.

Un exemple pour bien montrer la différence.

Donald Trump s’en est pris de manière très primaire, pendant sa campagne présidentielle de 2016, le 30 juillet 2016, aux parents musulmans du capitaine Humayun Khan, un militaire américain d’origine pakistanaise qui avait perdu la vie en Irak en 2004 (le père avait parlé le 28 juillet 2016 à la Convention démocrate à Philadelphie, et Donald Trump s’était étonné du silence de la mère) : « Elle se tenait là, elle n’avait rien à dire, peut-être que… Peut-être qu’elle n’était pas autorisée à dire quoi que ce soit, me direz-vous. ».

John MacCain rétorqua, ulcéré, le 1er août 2016 : « J’aimerais dire à monsieur et madame Khan ceci : merci d’avoir immigré en Amérique. Nous sommes un meilleur pays grâce à vous. (…) Il est temps pour Donald Trump de donner l’exemple à notre pays et au Parti républicain. Bien que le parti l’ait nommé, cela ne lui donne pas le droit de diffamer les meilleurs d’entre nous. ». Eh oui, une petite phrase de bon sens et de grande reconnaissance, au creux d’un débat public bourré de puanteurs (de "boules puantes"), cela fait chaud au cœur, et la France n’a pas de leçon à donner aux États-Unis en termes de puanteurs électoralistes.

Mais les puanteurs, John MacCain les a connues surtout lors de sa campagne de 2000, quand le clan Bush a submergé les médias de mensonges ("fake news" !) et de calomnies à son encontre, sur sa vertu conjugale, sur sa supposée trahison au Vietnam (alors qu’il n’a trahi personne). Mais il avait le cuir, robuste, épais, qui en a connu d’autres, l’expérience d’avoir failli mourir des dizaines de fois, pas seulement au combat, parfois au bord de simples avions qui s’écrasaient. Alors, des joutes oratoires…

John MacCain n’était pas tombé lorsqu’il était petit dans la marmite de la politique. Car il était d’abord militaire, fils et petit-fils d’amiraux (de même noms et prénoms nés et morts respectivement 1884-1945 et 1911-1981) qui ont vaillamment combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui leur a valu l’honneur de voir leur patronyme utilisé pour un destroyer lance-missiles de la Septième flotte américaine, le USS John S. McCain, mis en service le 2 juillet 1994 et toujours en opération dans les océans Pacifique et Indien (sur la dernière photo, il posait devant ce navire le 26 septembre 1996 avec sa mère, sa femme et deux de ses enfants). Deux fils parmi ses sept enfants sont également militaires (dont John Sidney MacCain IV).

Comme ses ascendants, après une formation un peu chaotique, John MacCain a poursuivi une brillante carrière militaire de 1958 à 1981. Il était au blocus de Cuba lors que la crise des missiles, et surtout, il a combattu au Vietnam. Le 26 octobre 1967, comme pilote, il fut chargé de bombarder une centrale électrique, sa vingt-troisième mission, mais son avion fut touché par un missile et, tombé à terre et blessé plusieurs fois, il fut pris par les troupes nord-vietnamiennes après un début de lynchage. Il a dû ses soins et sa vie grâce au fait que ses ennemis ont appris qu’il était le fils d’un amiral américain. On lui proposa même la libération en juin 1968 quand son père fut nommé commandant en chef de l’US Navy dans le Pacifique, mais il refusa, considérant que le code d’honneur voulait qu’il ne fût libéré qu’après ceux qui furent faits prisonniers avant lui. Il ne fut libéré qu’en mars 1973, décoré par le Président Richard Nixon à la Maison-Blanche, après plus de cinq années de prison à Hanoi, souvent d’isolement, de tortures (il n’a jamais lâché aucun nom mais a accepté de signer une confession), de souffrances, d’envie de suicide. Devenu sénateur, il est retourné dans sa prison à Hanoi le 19 octobre 1992 et y a rencontré les autorités locales. Il était alors favorable à la reprise des relations diplomatiques entre les États-Unis et le Vietnam. Ce passé de vétéran a fait de lui l’un des héros de l’armée américaine. Il quitta l’armée avec le grade de capitaine de vaisseau.

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On peut imaginer le sentiment de John MacCain envers Donald Trump quand ce dernier, le 18 juillet 2015 en Iowa, a déclaré stupidement : « C’est parce qu’il a été capturé que c’est un héros de guerre. Moi, j’aime les gens qui n’ont pas été capturés. ». Et de s’expliquer en conférence de presse : « Si une personne est capturée, elle devient un héros, selon moi. Mais elle doit faire d’autres choses aussi. Je n’aime pas le travail de John MacCain au Sénat parce qu’il ne prend pas soin de nos anciens combattants. ». Rappelons que Donald Trump n’a pas fait son service militaire (pour raison médicale selon lui).

Après sa carrière militaire, John MacCain commença une carrière politique au sein du Parti républicain. Mais comme je l’ai indiqué, il est arrivé tard sur le terrain politique puisqu’il avait déjà 46 ans. Profitant du retrait du représentant (député) républicain en Arizona, il fit campagne pour prendre la succession. Après avoir remporté les primaires de candidatures (31,8% face à un concurrent qui a obtenu 25,9%), il gagna l’élection le 2 novembre 1982 avec 65,9% des voix, et fut réélu le 6 novembre 1984 avec 78,1% des voix. Il fut donc représentant de l’Arizona à la Chambre des Représentants à Washington du 3 janvier 1983 au 3 janvier 1987.

John MacCain fut ensuite élu sénateur de l’Arizona le 4 novembre 1986 avec 60,5% des voix, pour reprendre la succession du chantre du conservatisme américain, Barry Goldwater (1909-1998), sénateur de l’Arizona de 1953 à 1987 et candidat républicain à l’élection présidentielle du 3 novembre 1964 contre le Président démocrate sortant Lyndon B. Johnson (Barry Goldwater fut soutenu à l’époque par les acteurs Ronald Reagan et John Wayne). John MacCain fut sans cesse réélu jusqu'à sa mort (sa prise de fonction ayant lieu le 3 janvier 1987, il resta ainsi plus de 31 ans sénateur) : 55,8% des voix le 3 novembre 1992, 68,8% des voix le 3 novembre 1998, 76,7% des voix le 2 novembre 2004, 58,9% des voix le 2 novembre 2010 et 53,7% des voix le 8 novembre 2016. En 2010 et en 2016, il fut toutefois sérieusement concurrencé lors des primaires de candidatures (il les remporta respectivement avec 56,2% en 2010 et 51,2% en 2016 alors que les élections précédentes, aucun candidat sérieux ne s’était opposé à sa candidature sénatoriale pour le Parti républicain).

Bien que républicain, John MacCain a toujours pensé de manière indépendante et à cause de son passé militaire, il a toujours été très franc, quitte à se retrouver en porte-à-faux avec son parti. Si dans le domaine économique, il était un libéral (modéré), il était plus progressiste que ses collègues républicains dans le domaine social et sociétal. Il approuvait les sanctions contre l’apartheid en Afrique du Sud ainsi que la légalisation des immigrés clandestins. Candidat aux présidentielles, il protesta contre la répression chinoise au Tibet, prônant son autonomie et a même reçu le dalaï-lama le 25 juillet 2008, en pleins jeux olympiques à Pékin.

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Comme représentant, il s’opposa au Président Ronald Reagan sur le maintien des troupes américaines à Beyrouth. Il fustigea le Président George W. Bush sur l’acceptation des tortures à Guantanamo (il savait dans sa chair ce qu’était la torture) et réclama la démission du Ministre de la Défense Donald Rumsfeld en 2003 après l’invasion de l’Irak en raison de la manière d’opérer (mais était partisan de la guerre en Irak et en voulut à la position des Français : « Ils me font penser à une vieille actrice des années 1940 qui essaie toujours de se faire inviter grâce à son physique, mais qui n’est plus assez belle pour ça ! »). Encore récemment, comme sénateur, il s’est souvent opposé à la politique du Président Donald Trump, notamment contre tout rapprochement avec la Russie (Vladimir Poutine l’avait même interdit de séjour en Russie depuis le 20 mars 2014, à cause de la crise ukrainienne, en riposte aux sanctions américaines).

Son appartenance politique ne l’empêchait donc pas de dire ce qu’il pensait et de tenter d’avoir une influence sur le cours des choses, ce qui fut le cas à propos de l’Obamacare (la couverture santé mise en place par Barack Obama que Donald Trump voulait démanteler) dont il évita l’abrogation partielle au Sénat le 28 juillet 2017 (le projet d’abrogation a été rejeté par 51 sénateurs contre 49, et parmi les 51, 48 sénateurs démocrates et 3 sénateurs républicains dont John MacCain et deux sénatrices républicaines). L’enjeu était important puisque, avec ce projet de Donald Trump, 17 millions d’Américains auraient pu se retrouver sans couverture d’assurance santé.

Parlementaire très travailleur (il fut cité parmi les vingt-cinq personnes les plus influentes des États-Unis par le magazine "Time" en 1997, et classé cinquième dans la liste des cent personnes les plus influentes au monde par "Time" en mai 2008), il a tenté de mieux encadrer le financement des campagnes électorales en 2001. Il fut aussi reconnu pour ses positions internationales, au point d’assister à la libération de plusieurs otages en Colombie, dont Ingrid Betancourt, invité par le Président colombien Alvaro Uribe, le 2 juillet 2008, alors qu’il était le candidat des républicains aux présidentielles.

John MacCain s’est en effet engagé dans le combat présidentiel au cours de deux campagnes, en 2000 et en 2008.

La première pour déterminer le successeur du Président démocrate Bill Clinton en 2000. Le début des primaires républicaines apporta le succès de sa candidature, contre toute prévision, dans le New Hampshire, le Michigan, et d’autres États du nord-est des États-Unis. Le favori George W. Bush remporta cependant les primaires avec 62,0% des voix et 2 058 délégués (John MacCain 31,2% des voix, soit plus de 6 millions de suffrages, et 1 délégué), et George W. Bush remporta les élections présidentielles du 7 novembre 2000. Lors du renouvellement du mandat de George W. Bush en 2004, John MacCain s’est pleinement investi pour le soutenir contre le candidat démocrate John Kerry qui était pourtant son ami (ce dernier aussi est un vétéran de la guerre du Vietnam) et qui lui avait même proposé d’être son colistier aux présidentielles.

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Après les deux mandats de George W. Bush, John MacCain tenta à nouveau sa chance aux primaires républicaines de 2008. Il a annoncé sa candidature le 28 février 2007 et fut soutenu au-delà du cercle républicain, notamment par le sénateur Joe Lieberman qui avait été le colistier (candidat Vice-Président) du candidat démocrate Al Gore en 2000, et par le général Norman Schwarzkopf, qui avait commandé les forces de la coalition lors de la guerre du Golfe en 1991. Plusieurs acteurs de cinéma de premier plan l’ont soutenu également, comme Bruce Willis, Clint Eastwood, Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger (alors gouverneur de Californie).

Si en 2007, il a subi la forte impopularité du gouvernement républicain car il avait toujours soutenu la guerre en Irak, John MacCain était considéré en début de 2008 comme l’un des favoris avec l’ancien maire de New York Rudy Giuliani. Dick Morris, ancien conseiller de Bill Clinton à la Maison-Blanche, pronostiqua avec justesse, en février 2008 : « MacCain est le seul républicain à pouvoir battre Hillary Clinton. Mais s’il doit faire face à Barack Obama, il perdra. À cause de la dynamique dont bénéficie ce dernier et de leurs vingt-cinq ans d’écart ! ».

Le 8 janvier 2008, John MacCain arriva en tête, dépassant très largement Rudy Giuliani qui renonça à ses prétentions lors de son échec en Floride le 29 janvier 2008 et apporta son soutien à John MacCain, mais le conservateur Mitt Romney (qui fut le candidat républicain en 2012) le talonnait. Le Super Tuesday (le 5 février 2008) lui donna une avance décisive sur ses deux concurrents encore en course (Mitt Romney, qui s’est désisté le 7 février 2008 en faveur de John MacCain, et l’ultraconservateur Mike Huckabee). L’ancien Président George H. W. Bush et ses deux fils George W. Bush (Président sortant) et Jeb Bush (gouverneur de Floride, qui fut candidat aux primaires républicaines de 2016) apportèrent également leur soutien à John MacCain qui gagna la majorité des délégués le 4 mars 2008. Au final, durant ces primaires républicaines, John MacCain a recueilli presque 10 millions de suffrages (9,9 millions) soit 46,8%.

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La popularité de John MacCain, qui a toujours été très élevée dans les années 2000 malgré son âge avancé (72 ans au moment de l’Election Day), bénéficiait de ses positions très indépendantes et souvent très modérées qui séduisaient également la franche centriste de l’électorat démocrate. En février 2008, John MacCain était même le favori des présidentielles face aux démocrates englués dans une bataille interne sans complaisance (voire fratricide) entre Hillary Clinton et Barack Obama : dans les deux cas, les sondages lui donnaient plus d’intentions de vote qu’à son concurrent démocrate, quel qu’il fût.

Lors de la Convention républicaine à Saint-Paul (capitale du Minnesota), le 3 septembre 2008, John MacCain a obtenu officiellement l’investiture républicaine, avec 2 343 délégués contre 15 à Ron Paul et 2 à Mitt Romney. Dès le 7 septembre 2008, il annonça sur CBS (faisant du Macron futur) qu’il nommerait dans son gouvernement des démocrates. Mais le coup politique qui l’a fait progresser dans les sondages, ce fut juste avant la convention, le 29 août 2008, quand il a nommé la (jeune) gouverneure de l’Alaska, Sarah Palin, ultraconservatrice élue à ce poste le 7 novembre 2006, sans beaucoup d’expérience politique (mère de famille dans un milieu matériellement peu aisé). À ce titre et encore à ce jour, Sarah Palin fut la seconde femme candidate à la Vice-Présidence des États-Unis, après la candidature de Geraldine Ferraro, colistière de Walter Mondale en 1984 (et bien sûr, en dehors de l’unique femme candidate à la Présidence des États-Unis de l’histoire américaine, Hillary Clinton en 2016).

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Les deux derniers mois de la campagne présidentielle furent assez troublés par la grave crise financière du 15 septembre 2008. La compétence de Sarah Palin fut régulièrement mis en doute tandis que John MacCain, scandalisé par certaines attaques ad hominem contre son adversaire, a carrément pris sa défense le 10 octobre 2008 à Lakeville : « Barack Obama est une personne décente, une personne dont vous ne devez pas avoir peur si elle devient Président des États-Unis. ». À quatre semaine du scrutin, une telle déclaration était surréaliste, et a prouvé l’intégrité et l’honnêteté intellectuelle du candidat républicain. Mais peut-être pas sa suprême envie de devenir Président des États-Unis.

L’issue des élections du 4 novembre 2008, largement anticipée par les sondages, fut sans appel : Barack Obama a gagné avec 52,9% des voix et 365 grands électeurs, face à John MacCain, 45,7% des voix (soit 59 948 323 suffrages) et 173 grands électeurs issus des 22 États qu’il avait gagnés. John MacCain ne sera jamais Président des États-Unis. Comme Bob Dole. Quant à Barack Obama, malgré deux mandats, les résultats n’étaient peut-être pas en mesure de l’attente suscitée.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 août 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
John MacCain.
Bob Dole.
George HW Bush.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180825-john-maccain.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/john-maccain-conservateur-mais-pas-207229

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/08/30/36665546.html


 

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20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 03:36

« Au moins, elle est la présidente de quelque chose, ce qui est plus que je ne peux dire. » (Cité par William B. Whitman en 2003).


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Cette petite phrase de l’ancien sénateur américain Bob Dole, elle ne faisait pas référence à Hillary Clinton, mais à son épouse, Elizabeth Dole, qui a poursuivi, comme lui, une carrière politique au plus haut niveau. Possible que le couple Dole aurait fait, une ou deux décennies plus tôt, comme le couple Clinton, une double carrière présidentielle en parallèle, si… si… si Bob Dole n’avait pas perdu plusieurs primaires ou élections dans les années 1970, 1980 et 1990.

Ce dimanche 22 juillet 2018, Bob Dole fête ses 95 ans. Né à Russell, dans le Kansas, le 22 juillet 1923, Bob Dole fut souvent candidat malheureux aux primaires républicaines, et la fois où il a obtenu enfin l’investiture de son parti, il était déjà trop âgé pour être crédible face à un "jeune" Président sortant plein de charisme et de dynamisme.

Après avoir été jeune officier pendant la Seconde Guerre mondiale où il fut blessé deux fois en Italie (lui provoquant un handicap définitif à son bras droit), Bob Dole a suivi des études de droit pour devenir avocat en 1952. Il s’engagea dans la vie politique assez tôt sous les couleurs du Parti républicain.

Bob Dole fut élu en 1950 représentant de l’État du Kansas (l’équivalent de conseiller départemental ou régional en France) de 1950 à 1952 puis fut procureur du comté de Russel de 1952 à 1960. Se hissant au niveau fédéral, il fut élu plusieurs fois à la Chambre des Représentants des États-Unis (représentant le Kansas, c’est l’équivalent de député en France), en fonction de janvier 1961 à janvier 1969.

Bob Dole fut ensuite élu en novembre 1968 sénateur du Kansas, en fonction du 3 janvier 1968 jusqu’à sa démission le 11 juin 1996 pour se consacrer pleinement à sa candidature présidentielle. Bob Dole fut l’équivalent de président national du Parti républicain (chairman of Republican National Committee) du 15 janvier 1971 au 19 janvier 1973, poste qu’il a laissé ensuite à George H. W. Bush.

L’une de ses contributions les plus importantes au Sénat fut le Bayh-Dole Act (autrement dit, the Patent and Trademark Law Amendments Act), loi, dont il était le co-auteur avec Birch Bayh, candidat malheureux aux primaires démocrates de 1976, qui fut votée par le Congrès le 12 décembre 1980 et qui permet aux universités américaines et, plus généralement, à toutes les organisations non lucratives recevant des fonds publics, de breveter leurs découvertes.

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C’est comme sénateur pendant vingt-sept ans que Bob Dole a bâti sa réputation d’homme sérieux et travailleur. Lors de l’élection présidentielle de 1976, le Président sortant (jamais élu) Gerald Ford (1913-2006), qui a gagné de justesse les primaires républicaines face à Ronald Reagan, l’a choisi comme colistier pour devenir son Vice-Président à la place du Vice-Président sortant (non élu) Nelson Rockefeller (1908-1979) peu apprécié des républicains car trop centriste. Gerald Ford fut cependant battu le 2 novembre 1976 avec 48,0% par Jimmy Carter (ticket avec Walter Mondale) avec 50,1%.

C’est au titre de la légitimité politique de cette candidature que Bob Dole a tenté par la suite de devenir le candidat républicain aux élections présidentielles. En 1980, il fut battu par Ronald Reagan qui a ensuite largement gagné l’élection (50,8% contre 41,0%), s’octroyant un boulevard lors de sa réélection en 1988 (59,0% contre 40,7% à Walter Mondale). Bob Dole repartit en campagne aux primaires républicaines de 1988 mais fut battu par le Vice-Président sortant George H. W. Bush qui fut élu Président (53,5% contre 45,8% à Michael Dukakis). Là encore, Bob Dole n’a pas participé aux primaires en 1992 pour la reconduction de George H. W. Bush, mais ce dernier a échoué avec seulement 37,5% face à Bill Clinton (dans un ticket avec Al Gore) avec 43,0%.

Enfin, soutenu par George W. Bush (alors gouverneur du Texas et fils du Président sortant), Barry Goldwater (ancien sénateur), Alfonse D’Amato (sénateur) et la plupart des dirigeants du Parti républicain, Bob Dole fut consacré le 15 août 1996 candidat des républicains aux primaires de 1996, battant avec 58,8% le milliardaire Steve Forbes, l’ancien conseiller à la Maison-Blanche Pat Buchanan (20,8%) et le sénateur Phil Gramm (soutenu par le sénateur John MacCain).

La désignation de Bob Dole comme candidat des républicains était probable car il était parti favori dans cette ultime bataille. Son atout, c’était qu’il était le leader de la majorité au Sénat face à un Président démocrate qui avait été affaibli par l’échec des élections législatives à mi-mandat en novembre 1994 (les républicains devenant majoritaires tant à la Chambre des Représentants qu’au Sénat). Bod Dole avait alors été chef de la majorité républicaine au Sénat à partir de janvier 1995 comme il l’avait été entre janvier 1985 et janvier 1987 (sous la Présidence de Ronald Reagan) et chef de la minorité républicaine au Sénat de janvier 1987 à janvier 1995 (en d’autres termes, Bob Dole était le patron des sénateurs républicains depuis une dizaine d’années lorsqu’il a abordé les primaires de 1996).

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Après le refus de Colin Powel pour être son Vice-Président, Bob Dole a alors formé un ticket avec l’ancien Ministre du Logement Jack Kemp (1935-2009), qui avait été, lui aussi, candidat malheureux aux primaires républicaines de 1988. Un des candidats les plus âgés de l’histoire des États-Unis (73 ans), Bob Dole fut largement battu le 5 novembre 1996 avec 40,7% par Bill Clinton, le sémillant Président sortant, avec 49,2%, soit plus de 8,2 millions de voix d’avance.

En difficulté par la perte de sa majorité au Congrès en 1994 et avec des leaders républicains très combatifs, en particulier Newt Gingrich, Président (speaker) de la Chambre des Représentants de janvier 1995 à janvier 1999, Bill Clinton avait eu l’avantage de ne pas avoir eu à mener de campagne pour les primaires et de pouvoir donc s’investir totalement dans l’affrontement contre son adversaire républicain.

Comme je l’ai écrit au début, Bob Dole a surtout perdu à cause de son âge. Son combat électoral était presque anachronique et aurait dû être livré une dizaine d’années auparavant, par exemple en 1988. Toutefois, il ne fut pas le seul candidat âgé récent à ces élections, Ronald Reagan avait gagné deux fois, à 69 ans en 1980 et à 74 ans en 1984. John MacCain fut le candidat républicain en 2008 à l’âge de 72 ans, et les deux principaux candidats des dernières élections furent également âgés, Donald Trump, 70 ans, et Hillary Clinton, 69 ans, et Donald Trump serait probablement candidat à sa succession en 2020 à 74 ans, sauf s’il était démis de ses fonctions auparavant…

L’un des regrets politiques de Bod Dole pour les élections de 1996 fut d’ailleurs celui-ci : « Si nous avions su que nous allions prendre le contrôle du Sénat, nous aurions proposé de meilleurs candidats. » (cité par Charlie Cook en 2010), ce qui ne manquait pas d’être cocasse ! En d’autres termes, les républicains ont très mal exploité leur victoire électorale de novembre 1994 et l’arrogance de Newt Gingrich n’a pas rendu les choses plus faciles. Son échec prévisible aux élections présidentielles de 1996 a mis un point final à sa longue carrière politique principalement dominée par ses activités sénatoriales.

Son épouse, Elizabeth Dole surnommée Liddy (née Elizabeth Hanford le 29 juillet 1936 à Salisbury, en Caroline du Nord), mariée à lui depuis le 6 décembre 1975, a, comme chez les Clinton, connu également une vie politique prestigieuse, mieux que les Clinton car contrairement à ces derniers, Elizabeth Dole n’a pas attendu la retraite de son mari pour démarrer sa carrière politique. En effet, après des études de droit et initialement démocrate, soutenant les Présidents John F. Kennedy et Lyndon Johnson, elle travailla à la Maison-Blanche à la fin du mandat de Lyndon Johnson et souhaita y rester après l’élection du Président Richard Nixon en 1968. Elle continua donc à travailler à la Maison-Blanche comme assistante adjointe du Président pour les affaires de consommation de janvier 1969 à décembre 1973 et fut nommée, par Richard Nixon, membre de la Commission fédérale du commerce (Federal Trade Commission) du 4 décembre 1973 au 9 mars 1979. Elle est devenue républicaine en 1975. Elle avait quitté momentanément son poste fédéral pendant quelques mois en 1976 pour faire la campagne de son mari, candidat à la Vice-Présidence, puis a démissionné en mars 1979 (normalement, son mandat était de sept ans) pour aider pleinement son mari candidat aux primaires de 1980.

Après avoir été la directrice du bureau des relations publiques de la Maison-Blanche entre 1981 et 1983, Elizabeth Dole fut ensuite nommée Ministre des Transports du 7 février 1983 au 30 septembre 1987 par le Président Ronald Reagan, puis Ministre du Travail du 25 janvier 1989 au 23 novembre 1990 par le Président George H. W. Bush. Présidente de la Croix-Rouge aux États-Unis entre 1991 et 1999, elle tenta de se présenter aux primaires républicaines pour les élections présidentielles de 2000, mais elle y renonça dès octobre 1999, faute d’un financement suffisant (dans les sondages de l’époque, elle était créditée de la deuxième place avec 11% des intentions de vote derrière George W. Bush qui avait 60% et John MacCain avait la troisième place). Elle fut ensuite élue sénatrice de Caroline du Nord (la première femme dans cet État) de janvier 2003 à janvier 2009 (en novembre 2002, elle a battu avec 53,6% un ancien collaborateur de Bill Clinton à la Maison-Blanche, Erskine Bowles, mais en novembre 2008, elle fut battue avec 44,2% par son concurrent démocrate Kay Hagan). Pour les élections présidentielles de 2008, le nom d’Elizabeth Dole fut évoqué pour devenir la Vice-Présidente du candidat John MacCain. Sarah Palin fut finalement choisie. C’était déjà le cas en 2000 pour former un ticket avec George W. Bush, mais Dick Cheney fut choisi (à la surprise des observateurs).

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À 95 ans, Bob Dole est une légende vivante de la vie politique américaine qui a déjà été honorée deux fois par les Présidents des États-Unis : le Président élu Bill Clinton lui a remis en effet, le 17 janvier 1997 à la Maison-Blanche, la Médaille présidentielle de la Liberté (Presidential Medal of Freedom) pour son engagement pendant la guerre et sa longue carrière politique, et il a reçu, le 17 janvier 2018 au Capitol Hill, la Médaille d’or du Congrès (Congressional Gold Medal) en présence du Président Donald Trump dont il avait participé à la campagne en 2016. Ces deux prestigieuses décorations sont les plus hautes récompenses civiles accordées aux États-Unis et contrairement à des décorations comme la Légion d’honneur en France, elles sont attribuées avec beaucoup de parcimonie.

Face à Bill Clinton ce 17 janvier 1997, Bob Dole, plein d’humour mais aussi d'amertume, avait ainsi réagi avec sa décoration : « J’ai rêvé que je serais ici [à la Maison-Blanche] durant cette semaine historique, à recevoir quelque chose du Président, mais je pensais que ce serait la clef de la porte d’entrée ! ». En effet, le 20 janvier 1997, Bill Clinton fut investi pour son second mandat de 42e Président des États-Unis. Bob Dole avait rêvé d’être à sa place…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 juillet 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bob Dole.
George HW Bush.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180722-bob-dole.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bob-dole-l-homme-qui-avait-reve-de-206235

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/07/21/36574510.html


 

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12 juin 2018 2 12 /06 /juin /2018 04:20

« L’homme raisonnable s’adapte au monde ; l’homme déraisonnable s’obstine à essayer d’adapter le monde à lui-même. (...) » (George Bernard Shaw, 1905).


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Assez diminué depuis quelques années, l’ancien Président des États-Unis George Herbert Walker Bush, que j’appellerai parfois Bush Sr, fête ses 94 ans ce mardi 12 juin 2018. Son épouse Barbara, née le 8 juin 1925, est morte récemment, le 17 avril 2018. Le couple a donné une famille de responsables politiques, en particulier, les deux fils George W. Bush, que j’appellerai Bush Jr, et son frère Jeb Bush.

Le père était très différent du fils à la Maison-Blanche. Lorsque j’étais en voyage à la Martinique, j’ai visité la célèbre rhumerie du François, l’Habitation Clément, et le visiteur peut y découvrir une salle, un peu à l’écart, qui a été le cadre d’une rencontre internationale importante le 14 mars 1991.

C’était quelques jours après la (première) guerre du Golfe (achevée le 28 février 1991), dont le but était de redonner l’indépendance du Koweït envahi le 2 août 1990 par l’Irak de Saddam Hussein. Le Président français François Mitterrand voulait alors discuter avec le Président américain George H. W. Bush pour échanger leurs visions géopolitiques. Bush Sr a accepté que la rencontre eût lieu en territoire français, mais à condition que ce fût à proximité des États-Unis. L’écrivain Aimé Césaire, alors député-maire de Fort-de-France, a proposé à François Mitterrand ce lieu assez particulier de l’Habitation Clément. On y voit des photographies de la rencontre… et une réflexion me venait à l’esprit, alors que le Président français en exercice était (au moment de ma visite) François Hollande qui ne semblait avoir aucune vision personnelle des affaires du monde.

En effet, à l’époque de François Mitterrand et de George H. W. Bush, aussi d’Helmut Kohl, il y avait cette certitude que ces chefs d’État ou de gouvernement avaient une vraie vision géostratégique. Ils défendaient certes les intérêts de leur pays et donc pas forcément en phase avec ceux des autres, mais ils savaient ce qu’ils voulaient, ils savaient aussi ce qu’ils ne voulaient pas, ils avaient une idée sur le devenir politique de la planète, et c’était dans une période où les incertitudes étaient majeures : chute du mur de Berlin, l’Union Soviétique ne s’était pas encore effondrée, guerre en ex-Yougoslavie, la guerre du Golfe avait déplacé la menace de l’Europe au Moyen-Orient.

À la date de ma visite, le fils Bush Jr avait déjà commis son désastre en faisant la guerre en Irak et en étant dans l’incapacité de stabiliser la région. Cela a encouragé notamment l’implantation de Daech à la suite des Révolutions arabes, et chaque chef d’État ne semblait plus avoir de vision globale, semblait juste chercher à éteindre les feux que ses prédécesseurs avaient allumé sans se rendre compte qu’il en allumait lui-même d’autres pour ses successeurs.

Cette sensation que les États-Unis de George H. W. Bush savaient où ils allaient, c’était sans doute la raison de son échec pour sa réélection. S’occupant trop de politique étrangère, les citoyens américains ont préféré recentrer la politique américaine sur eux-mêmes en élisant Bill Clinton, jeune gouverneur inconnu de l’Arkansas le 3 novembre 1992 qui n’a dû son élection qu’à la présence d’un troisième "grand" candidat, le milliardaire Ross Perot, qui a principalement pris des voix dans l’électorat républicain.

Revenons à George H. W. Bush.

En fait, ce n’est pas lui le patriarche de la famille, c’était son père, Prescott Bush (1895-1972) qui fut, après un échec électoral en 1950, élu sénateur du Connecticut de 1852 à 1963, fut un proche du Président Dwight Eisenhower et le mentor du Président Richard Nixon. Mais il fut surtout un homme d’affaires avisé dans le secteur bancaire qui a fait fortune, et dont l’origine est parfois troublée par des relations financières avec l’Allemagne nazie d’avant-guerre (même si rien n’a été formellement prouvé à ce sujet).

Cela peut expliquer pourquoi toute la famille est sujette à la vocation politique et bien implantée au Parti républicain. Bush Sr a arrêté ses études pour s’engager comme pilote de l’US Navy entre juin 1942 et septembre 1944 (il s’est engagé le jour de ses 18 ans). Il a fait ensuite des études à la prestigieuse Université Yale et a commencé à s’y faire un grand réseau personnel (comme son père).

Après ses études, entre 1953 et 1966, George H. W. Bush fut, comme son père, un homme d’affaires, dans de grandes entreprises du secteur pétrolier et pharmaceutique. À cette époque, il travailla avec Dick Cheney (son futur Ministre de la Défense du 20 mars 1989 au 20 janvier 1993 et le futur Vice-Président de son fils de 2001 à 2009).

Après une première défaite aux élections sénatoriales de 1964, Bush Sr se fit élire et réélire représentant (député) de novembre 1966 à janvier 1971 (l’élection a toujours lieu en novembre et le mandat commence en janvier). Voulant conquérir un siège de sénateur en novembre 1970, il a encore raté l’élection (avec pour directeur de campagne James Baker, son futur Ministre des Affaires étrangères du 20 janvier 1989 au 23 août 1992) face au démocrate Lloyd Bentsen (candidat aux primaires démocrates en 1988 et sur le "ticket" de Michael Dukakis). Il ne fut jamais élu sénateur sauf lorsqu’il fut élu Vice-Président qui a notamment pour charge de présider le Sénat.

Qu’importe la défaite, le Président Richard Nixon l’a nommé ambassadeur des États-Unis à l’ONU du 1er mars 1971 au 18 janvier 1973. C’est à ce moment-là que Bush Sr s’est forgé de solides convictions en politique étrangère. Il proposa à l’époque une force internationale pour pacifier le Proche-Orient et privilégiait Taiwan sur la Chine communiste. Il fut également envoyé spécial en Chine communiste de 1974 à 1975.

George H. W. Bush a pris une importance majeure en étant nommé directeur de la CIA (Central Intelligence Agency) du 30 janvier 1976 au 20 janvier 1977 par le Président Gerald Ford, poste qu’il a dû quitter avec l’échec de ce dernier et l’élection de Jimmy Carter à la Maison-Blanche. Il a alors repris des responsabilités dans des entreprises entre 1977 et 1980.

Dès mai 1979, George H. W. Bush s’est déclaré candidat aux primaires républicaines pour les élections présidentielles de 1980. Il était bien implanté chez les Républicains, son père (disparu) avait eu beaucoup d’influence sur Dwight Eisenhower, lui-même avait eu des relations privilégiées avec les deux derniers Présidents républicains (Richard Nixon et Gerald Ford). Il avait même présidé le Comité national du Parti républicain. Enfin, sa fortune et son expérience internationale lui ont donné beaucoup de poids. Néanmoins, pas suffisamment pour l’emporter face à un acteur qui a voulu redonner la fierté aux Américains au moment où l’honneur des États-Unis était bafoué à Téhéran par l’histoire des otages américains.

Après plusieurs échecs antérieurs, Ronald Reagan a en effet remporté les primaires républicaines et a choisi George H. W. Bush comme Vice-Président pour compléter son ticket avec la compétence diplomatique (Gerald Ford a failli prendre cette place, ce qui aurait été étonnant, un ancien Président en exercice candidat au poste de Vice-Président !). Ronald Reagan avait de toute façon besoin de quelqu’un d’expérience et de sérieux, qui pût compenser son propre manque d’expérience dans les affaires de l’État.

Élu le 4 novembre 1980 et réélu le 6 novembre 1984 avec Ronald Reagan (face à Jimmy Carter puis à Walter Mondale), George H. W. Bush fut Vice-Président des États-Unis du 20 janvier 1981 au 20 janvier 1989. Le couple Reagan-Bush Sr est arrivé au pouvoir en même temps que d’autres dirigeants en Europe : Margaret Thatcher en 1979, François Mitterrand en 1981 (George H. W. Bush est arrivé à l’Élysée pour faire connaissance avec François Mitterrand le jour même du premier conseil des ministres dans lequel participaient quatre ministres communistes), Helmut Kohl en 1982, etc.

Bush Sr fut l’ambassadeur fidèle de Ronald Reagan dans le monde, de quoi se forger de précieuses convictions dans un monde prêt à basculer dans d’autres paradigmes que la guerre froide que pourtant Ronald Reagan avait tenté de relancer pour épuiser économiquement les Soviétiques avec une nouvelle course aux armements.

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Soutenu par Ronald Reagan, George H. W. Bush s’est lancé dans une nouvelle course présidentielle le 12 octobre 1987, cette fois avec le rôle de favori. Il remporta les primaires républicaines le 18 août 1988 sur le sénateur Bob Dole (qui fut le candidat des Républicains en 1996) et les élections elles-mêmes le 8 novembre 1988, très largement (avec 53,5% des voix et 426 grands électeurs). Il fut investi 41e Président des États-Unis le 20 janvier 1989 jusqu’au 20 janvier 1993.

Peu intéressé par la politique intérieure, il n’a pas pu honorer sa promesse électorale de réduire les dépenses publiques et de ne pas augmenter les impôts à cause d’un Congrès à majorité démocrate. Le chômage était alors très important (près de 8%) et l’insécurité en pleine croissance avec des émeutes à Los Angeles en 1992. Ce fut la raison pour laquelle, à la dernière année de son mandat, Bush Sr sombra dans l’impopularité.

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Sur le plan international, en revanche, Bush Sr était très à l’aise et à l’initiative, alors qu’après les premiers signes de détente avec l’arrivée de Mikhaïl Gorbatchev, la guerre froide n’était plus à l’ordre du jour. Et n’allait bientôt ne plus avoir de raison d’exister avec la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS elle-même (le 25 décembre 1991). Ce fut donc sous son mandat que les démocraties libérales ont (définitivement ?) vaincu le monde communiste. George H. W. Bush, bien mieux que François Mitterrand, a soutenu la Réunification allemande initiée à pas rapides par le Chancelier allemand Helmut Kohl.

Sur le plan américain, Bush Sr a négocié et signé le 17 décembre 1992 l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) avec le Président mexicain Carlos Salinas et le Premier Ministre canadien Brian Mulroney, que l’actuel Président Donald Trump a remis en cause dès son arrivée à la Maison-Blanche. L’ALENA était une réponse de solidarité américaine face au Traité de Maastricht signé le 7 février 1992. Parmi les mesures imposées par l’ALENA (mis en application le 1er janvier 1994), l’obligation d’indiquer les produits pour le grand public avec les trois langues officielles du territoire de l’ALENA, à savoir l’anglais, l’espagnol, mais aussi le français.

Bush Sr a décidé d’intervenir militairement au Panama pour mettre fin au régime du dictateur Manuel Noriega qui fut arrêté en Floride pour trafic de drogue. Ce qu’il restera dans les livres d’histoire de son mandat est l’intervention militaire des États-Unis dans le Golfe pour libérer le Koweït de l’invasion irakienne. Celle-ci, après avoir constitué une coalition dont faisaient partie notamment les Britanniques et les Français, avec l’accord de l’ONU, a débuté le 17 janvier 1991 et a duré six semaines. L’opération a été un succès militaire et même politique, si ce n’était que les États-Unis ont laissé Saddam Hussein à la tête de l’Irak.

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Beaucoup d’Américains ont critiqué ce fait que Bush Sr ne soit pas allé jusqu’au bout du travail (son fils allait le faire douze ans plus tard). Pourtant, c’était mal comprendre la doctrine de George H. W. Bush qui était de respecter le droit international : on n’envahit pas un pays souverain, mais on ne déstabilise pas le dirigeant d’un autre pays souverain, même s’il est dictateur, sauf s’il s’attaque aux intérêts américains (par exemple, Noriega). Selon lui, toutes les actions militaires devaient se faire avec l’aval du Conseil de Sécurité des Nations Unies et pas de manière unilatérale, comme ce fut le cas avec son fils en 2003.

Comme je l’ai écrit, c’était sur le plan intérieur que le mandat de Bush Sr fut incertain. Se préoccupant beaucoup trop de politique étrangère (et il y avait de quoi avec tous les bouleversements de l’époque), George H. W. Bush avait mal choisi son Vice-Président qu’il décida de reprendre pour un second mandat : Dan Quayle, homme assez jeune (41 ans quand il est devenu Vice-Président des États-Unis), il n’avait pas la réputation d’être un homme super-intelligent… Presque le plus jeune sénateur de l’histoire américaine à l’âge de 33 ans, élu en novembre 1980 (le plus jeune fut Ted Kennedy élu à l’âge de 30 ans en novembre 1962), Dan Quayle a multiplié les gaffes et bourdes intellectuelles pendant son mandat de Vice-Président, ce qui n’aidait pas vraiment le Président lui-même.

Résultat, le 3 novembre 1992, le ticket Bush Sr et Dan Quayle fut battu par le ticket Bill Clinton et Al Gore assez largement : Bill Clinton a obtenu 43,0% des voix (et 370 grands électeurs), George H. W. Bush seulement 37,5% (et 168 grands électeurs) et Ross Perot, rompant pour l’une des rares fois la structure bipartisane des élections américaines, 18,9% des voix (et zéro grand électeur). Beaucoup de républicains modérés ont voté pour Bill Clinton et beaucoup de républicains sensibles aux réductions d’impôts ont voté pour Ross Perot.

Cet échec fut historiquement une injustice car George H. W. Bush fut sans doute, de tous les Présidents des États-Unis d’après-guerre, celui qui était le plus investi dans les relations internationales et le multilatéralisme, et dans la recherche d’un nouvel équilibre mondial en faveur d’une paix stable et durable. Malgré son échec, il a cependant eu l’occasion, par la suite, d’apprécier Bill Clinton qui est devenu, au fil du temps, une personnalité avec qui il s’entend bien.

Deux enfants de Bush Sr, George W. Bush et Jeb Bush ont eu aussi de brillantes carrières politiques. Les deux furent élus gouverneurs, le premier gouverneur du Texas du 17 janvier 1995 au 21 décembre 2000 et le second gouverneur de la Floride du 5 janvier 1999 au 2 janvier 2007, notamment au moment, le 7 novembre 2000, où il a fallu un recomptage précis des voix en Floride pour savoir qui, de Bush Jr ou d’Al Gore, était élu Président.

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La défaite électorale de Bush Sr fut en quelques sortes "vengée" avec la double victoire de son fils, George W. Bush, 43e Président des États-Unis du 20 janvier 2001 au 20 janvier 2009, lui-même à un moment de grands bouleversements mondiaux qu’il a, pour certains, contribué à déclencher (comme la guerre en Irak en riposte aux attentats du 11 septembre 2001). Son autre fils Jeb a tenté sa chance aux primaires républicaines de 2016, sans succès, et cela bien avant la vague de fond qui transporta Donald Trump jusqu’à la Maison-Blanche.

Depuis plus de vingt-cinq ans, George H. W. Bush fait donc partie de cette amicale très sélective des anciens Présidents des États-Unis, avec Jimmy Carter, Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama. Il en est même le doyen, et plus généralement, il est le plus âgé des anciens Présidents des États-Unis encore en vie de l’histoire, dépassant, avec Jimmy Carter, le record de Gerald Ford, décédé le 26 décembre 2006 à l’âge de 93 ans…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 juin 2018)
http://www.rakotoarison.eu

NB : Pour être exact, il faut compléter la citation de George Bernard Shaw ci-dessus qui se poursuivait ainsi : « Tout progrès dépend donc de l’homme déraisonnable. ».


Pour aller plus loin :
George HW Bush.
Bob Kennedy.
Henry Kissinger.
Zbigniew Brzezinski.
Martin Luther King.
L’immigration irlandaise.
Philip Roth.
La guerre commerciale trumpienne.
Albert Einstein.
David Bohm.
Margaret Keane.
Meghan Markle.
Les Quatorze points du Président Wilson.
Woodrow Wilson.
Walter Mondale.
Geraldine Ferraro.
Le cinéma parlant.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Charlie Chaplin.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180612-george-hw-bush.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/george-hw-bush-l-anti-trump-205037

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/06/12/36471922.html



 

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5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 03:21

« Vous voyez le monde tel qu’il est et vous vous dites : "Pourquoi ?". Moi, je rêve d’un autre monde et je me dis : "Pourquoi pas ?". » (George Bernard Shaw).


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Le sénateur charismatique Bob Kennedy est mort il y a juste cinquante ans, dans la nuit du 5 au 6 juin 1968, des suites d’un attentat commis la veille, dans la nuit du 4 au 5 juin 1968, à la fin d’un discours dans un hôtel à Los Angeles. Tragique assassinat qui a suivi de deux mois celui de Martin Luther King et aussi celui de son frère, près de cinq ans auparavant. Bob Kennedy, qui avait alors 42 ans, venait de fêter le soir même sa grande victoire aux primaires démocrates en Californie face au Vice-Président Hubert Humphrey, à George MacGovern et à Eugene MacCarthy. Malgré sa deuxième place, il était devenu, pour de nombreux observateurs, le candidat le plus probable du Parti démocrate aux élections présidentielles du 5 novembre 1968 parce qu’il avait réussi à insuffler un vent de renouvellement qui aurait contribué à réincarner le rêve américain.

Bob Kennedy était d’abord une tête pensante, bien plus intellectuel que son frère JFK, et aussi, considéré comme plus idéaliste, plus progressiste, plus "à gauche" selon le regard américain. Son volontarisme pouvait se résumer à cet aphorisme très américain : « Seuls ceux qui prennent le risque d’échouer spectaculairement réussiront brillamment. ». En pleine guerre de Vietnam (dont l’impopularité avait fait renoncer à la candidature le Président sortant Lyndon B. Johnson le 31 mars 1968), l’élection présidentielle de 1968 avait suscité beaucoup d’espoirs parmi les plus défavorisés du peuple américain. Encore en position d’outsider, Bob Kennedy était en passe, par sa popularité, d’en être le favori et son élection aurait constituée une sorte de continuité avec la Présidence inachevée de son frère John.

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Né le 20 novembre 1925 dans une grande famille d’émigrés irlandais (catholiques), Bob Kennedy a suivi de brillantes études à Harvard et à l’Université de Virginie pour devenir avocat en 1951. Dès l’année suivante (à l’âge de 26 ans), il collabora avec son frère John Kennedy pour le faire élire sénateur (élu le 4 novembre 1952). Il accompagna l’aventure familiale jusqu’à la Maison-Blanche avec l’élection de son frère le 8 novembre 1960.

Par la suite, il y a eu d’autres aventures présidentielles familiales, pas le frère mais le fils avec les Bush, ou l’épouse, avec les Clinton, mais il pouvait être étonnant que le Président des États-Unis nommât un de ses frères à un poste stratégique dans le fonctionnement des institutions américaines. En effet, le 20 janvier 1961, quand il est devenu Président, John a nommé Bob Kennedy, seulement 35 ans, au poste de Ministre de la Justice. À ses fonctions, il tenta de lutter contre la grande criminalité, mais il fut surtout un conseiller très particulier et très écouté du Président, ayant eu une influence décisive en politique étrangère et en politique sociale, notamment dans la résolution de la crise des missiles soviétiques à Cuba et dans l’engagement fort en faveur des droits civiques dans le sillage de Martin Luther King.

Bob Kennedy resta à ce poste après l’assassinat de JFK (le 22 novembre 1963), car Lyndon Johnson l’a reconduit, mais il donna sa démission le 3 septembre 1964, date à partir de laquelle il avait des visées explicitement présidentielles. Bob Kennedy s’est alors fait élire le 3 novembre 1964 au siège de sénateur à New York (le même siège que plus tard Hillary Clinton), comme tremplin pour atterrir à la Maison-Blanche. Sa candidature a été annoncée officiellement le 16 mars 1968.

Partisan de l’abolition de la peine de mort, de la lutte contre la pauvreté, aux États-Unis mais aussi dans les pays en voie de développement, opposé à la guerre du Vietnam, il est devenu le véritable porte-parole des "sans-dents" de la Terre. En tout cas, l’un des porte-parole les plus écoutés et les plus talentueux parmi ses contemporains.

Choqué par l’assassinat de Martin Luther King, le 4 avril 1968, Bob Kennedy a voulu rencontrer le jour même la population afro-américaine à Indianapolis pour leur apprendre la triste nouvelle et prononcer  un discours improvisé et court sur la paix : « Martin Luther King a consacré sa vie à l’amour et à la justice entre ses semblables. (…) Il est peut-être bon de se demander quel genre de nation nous sommes et dans quelle direction nous voulons aller. (…) Nous pouvons aller (…) dans une plus grande polarisation (…), remplis de haine les uns envers les autres. Ou nous pouvons faire un effort, comme l’a fait Martin Luther King, pour comprendre, et pour expliquer, et remplacer cette violence, cette tache de sang qui s’est répandue à travers notre pays, par un effort de compréhension, de compassion et d’amour. ».

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En terminant sur ce passage resté très célèbre : « Ce dont nous avons besoin aux États-Unis, ce n’est pas la division ; ce dont nous avons besoin aux États-Unis, ce n’est pas la haine ; ce dont nous avons besoin aux États-Unis, ce ne sont pas la violence et l’anarchie, mais l’amour, la sagesse, la compassion des uns envers les autres, et le sentiment de justice envers ceux qui souffrent encore dans notre pays (…). » (4 avril 1968).

Après son discours dans la nuit du 4 au 5 juin 1968 pour fêter sa victoire aux primaires démocrates en Californie, Bob Kennedy a voulu rejoindre la salle de presse de l’Ambassador Hotel par les cuisines et essuya une rafale de tirs provenant d’un jeune Palestinien de 24 ans. Ce dernier, jugé coupable de l’assassinat, fut condamné à mort le 23 avril 1969, mais sa peine fut commuée en réclusion criminelle à perpétuité en 1972 comme tous les autres condamnés à mort en Californie.

Si le fait que ce Palestinien (antisioniste qui vouait une haine contre les Kennedy qui avaient apporté leur soutien à l’État d’Israël) ait tiré et que certaines de ses balles aient traversé le corps de Bob Kennedy ne fait aucun doute, il demeure cependant encore quelques doutes sur sa culpabilité en tant qu’assassin. Certains ont envisagé un second tireur. En effet, certaines analyses balistiques auraient montré que son arme n’était pas à l’origine de la balle mortelle (tirée à 8 centimètres au maximum dans la nuque alors que se trouvait en face du sénateur à environ un mètre, mais Bob Kennedy serrait des mains des personnes massées autour de lui et aurait pu se retourner brusquement pour atteindre une main tendue). Ce Palestinien, de maintenant 74 ans, est toujours en prison à Corcoran, en Californie.

Présidant les funérailles à la cathédrale Saint-Patrick de New York le 8 juin 1968, Ted Kennedy déclara : « Mon frère n’a pas besoin d’être idéalisé, ou grandi dans la mort au-delà de ce qu’il était dans la vie. Il doit être reconnu simplement comme un homme aussi bon qu’honnête, qui a vu le mal et essayait de l’enrayer, a vu la souffrance et a essayé de la guérir, a vu la guerre et a essayé de l’arrêter. ». Ted Kennedy a eu une grande carrière politique, jeune sénateur de 1962 jusqu’à sa mort en 2009 (plus de quarante-six ans de mandat !), mais n’a jamais réussi à devenir le candidat du Parti démocrate à des élections présidentielles (en particulier en 1972 et en 1980).

Le Vice-Président Hubert Humphrey qui avait le soutien de l’appareil du Parti démocrate (et qui avait encore une certaine avance avec 561 délégués contre 393 en faveur de Bob Kennedy) fut finalement choisi comme candidat démocrate à l’issue des primaires mais fut battu de justesse (avec un retard de 0,7% des voix) le 5 novembre 1969 par l’ancien Vice-Président républicain Richard Nixon, l’ancien adversaire que John Kennedy avait vaincu en 1960.

L’une des plus célèbres citations de Bob Kennedy fut prononcée à l’Université du Cap, en Afrique du Sud pour s’opposer à l’apartheid en juin 1966 : « Chaque fois qu’un homme se dresse pour défendre un idéal, améliorer le sort de ses semblables, redresser une injustice, naît une minuscule vaguelette d’espoir. ». Cet homme, cela pouvait être lui, capable de faire surgir une grande vague d’espoir mais qui fut arrêtée par le cynisme et la terreur.

Deux documentaires de Patrick Jeudy sont intéressants à voir pour mieux comprendre la vie politique de Bob Kennedy : "Bobby Kennedy, l’homme qui voulait changer l’Amérique" (2003) et "Bobby Kennedy, le rêve brisé de l’Amérique" (2018), ce dernier est certains jours en diffusion sur France 3.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 juin 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
George HW Bush.
Bob Kennedy.
Henry Kissinger.
Zbigniew Brzezinski.
Martin Luther King.
L’immigration irlandaise.
Philip Roth.
La guerre commerciale trumpienne.
Albert Einstein.
David Bohm.
Margaret Keane.
Meghan Markle.
Les Quatorze points du Président Wilson.
Woodrow Wilson.
Walter Mondale.
Geraldine Ferraro.
Le cinéma parlant.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Charlie Chaplin.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 04:08

« Les superpuissances se comportent souvent comme deux aveugles lourdement armés se frayant un chemin autour d’une pièce, chacun se sentant en danger mortel de l’autre, qu’il suppose avoir une vision parfaite. Chaque partie devrait savoir que l’incertitude, le compromis et l’incohérence sont souvent l’essence même de l’élaboration des politiques. Pourtant, chacun tend à attribuer à l’autre une constance, une clairvoyance et une cohérence que sa propre expérience dément. Bien sûr, avec le temps, même deux aveugles armés peuvent se faire des dégâts énormes, sans compter la pièce. » ("The White House Years", 1979).


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Serait-il l’Antoine Pinay géopolitique des Présidents américains ? La visite de Saint-Chamond a toujours été une étape politique pour l’aspirant gouvernant en France. Il a rencontré un certain nombre de Présidents américains, notamment Ronald Reagan et Barack Obama, mais pas George HW Bush avec qui il ne s’entendait pas. Le 10 mai 2017, le vieux Henry Kissinger est venu à la Maison-Blanche pour rencontrer le nouveau Président Donald Trump qui semblait particulièrement impressionné. Brillant expert en relations internationales, Henry Kissinger fête ses 95 ans ce dimanche 27 mai 2018 (son père est mort à 95 ans et sa mère à 97 ans). C’est l’occasion de revenir sur son parcours.

Le dernier Shah d’Iran a pu le décrire ainsi en 1980 : « Henry Kissinger est doté d’une intelligence vraiment supérieure. En plus, il a deux qualités dont, malheureusement, beaucoup de grands hommes manquent : il est capable d’écouter et il a un sens de l’humour très subtil. » ("The Shah’s Story"). Né en Bavière, Henry Kissinger fut un émigré juif de la première génération. À l’âge de 15 ans, il a quitté avec sa famille l’Allemagne nazie pour se réfugier aux États-Unis. Il est devenu citoyen américain à l’âge de 20 ans (le 19 juin 1943). Il retourna en Europe comme interprète pour les services secrets américains pendant la guerre (risqua sa vie à la bataille des Ardennes). Il fut administrateur militaire de la ville de Krefeld, après la capitulation allemande, pendant huit jours, le temps de dénazifier la ville, puis fut affecté à Hanovre et ensuite dans la région de Hesse.

Après la guerre, il a poursuivi de brillantes études en sciences politiques à Harvard, jusqu’à soutenir sa thèse de doctorat en 1954 sur la diplomatie entre 1812 et 1822 ("Peace, Legitimacy, and the Equilibrium : A Study of the Statesmanship of Castlereagh and Metternich"). Il est devenu un spécialiste universitaire des relations internationales, connu rapidement pour son intelligence et recherché pour ses conseils avisés. Dès 1955, il travailla comme consultant extérieur au Conseil de sécurité nationale.

Proche de Nelson Rockfeller (gouverneur de New York), Henry Kissinger apporta ses conseils aux Présidents Dwight Eisenhower, John F. Kennedy et Lyndon B. Johnson, puis fut le conseiller diplomatique de Richard Nixon lors de l’élection présidentielle de 1968. Il domina la politique étrangère des États-Unis pendant les deux premiers tiers des années 1970, collaborateur des Présidents Richard Nixon et Gerald Ford (jusqu’à l’élection de Jimmy Carter), au point de s’amuser à dire : « Il ne peut pas y avoir de crise [internationale] la semaine prochaine. Mon agenda est déjà rempli. » ("The New York Times Magazine" du 1er juin 1969).

En effet, Henry Kissinger fut "au pouvoir" avec ses deux fonctions stratégiques : conseiller à la sécurité nationale du 20 janvier 1969 au 3 novembre 1975, et Secrétaire d’État des États-Unis (c’est-à-dire Ministre américain des Affaires étrangères) du 22 novembre 1973 au 20 janvier 1977.

Opposé à l’idéalisme de Woodrow Wilson, Henry Kissinger fut un ferme partisan de la "realpolitik" (sans majuscule car j’écris en français, ce mot n'a jamais été prononcé par Henry Kissinger), ne mettant comme seule priorité les intérêts des États-Unis et refusant d’ailleurs que son origine juive interférât sur la politique américaine concernant Israël.

Il a fait de nombreuses déclarations dans ce sens du réalisme et de l’efficacité. Par exemple, paraphrasant Lord Palmerston : « L’Amérique n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents, elle n’a que des intérêts. » ("The White House Years", 1979). Ou, paraphrasant Winston Churchill : « Un pays qui exige la perfection morale dans sa politique étrangère n’atteindra ni la perfection ni la sécurité. » ("Reflections on Containment", Foreign Affairs, vol. 73, n°3, June 1994, p. 130). Ou encore : « Nous jugerons les autres nations, y compris les nations communistes, sur la base de leurs actions, et non sur celle de leur idéologie. » (1969).

À son actif, il y a eu la politique de détente avec les deux puissances communistes orientales : l’Union Soviétique et la Chine populaire (mettant entre parenthèses la guerre froide). Les efforts d’Henry Kissinger aboutirent à la visite officielle du Président Richard Nixon à Pékin du 21 au 28 février 1972 (rencontre avec Zhou Enlai et Mao Tsé-Toung) et au Traité SALT I limitant la puissance nucléaire des Américains et des Soviétiques, signé à Moscou le 26 mai 1972 par Leonid Brejnev et Richard Nixon.

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Henry Kissinger a également participé activement aux négociations pour arrêter la guerre du Kippour (résolution des Nations Unies n°338 du 22 octobre 1973, cessez-le-feu le 25 octobre 1973, accord de paix signé à Genève le 18 janvier 1974), Israël ayant été attaqué le 6 octobre 1973 par l’Égypte, la Syrie et la Jordanie (soutenues notamment par l’URSS). Les Israéliens avaient d’ailleurs été prévenus d’une guerre imminente et étaient prêts à attaquer la Syrie préventivement, mais Henry Kissinger leur a averti que si Israël était l’offenseur, les États-Unis ne les aideraient pas pour éviter un embargo arabe sur le pétrole. Cette politique de fermeté d’Henry Kissinger vis-à-vis des Israéliens a été l’occasion de beaucoup de critiques à son encontre.

Plaçant les intérêts américains avant son origine juive, Henry Kissinger a aussi été épinglé par des bandes sonores (archivées à la Bibliothèque Richard-Nixon) rendues publiques en décembre 2010 d’une conversation (secrètement enregistrée) avec Richard Nixon le 1er mars 1973 où il lâcha : « Soyons réalistes : l’émigration des Juifs d’Union Soviétique n’est pas dans les objectifs de la politique étrangère américaine. Et s’ils envoient des Juifs dans des chambres à gaz en Union Soviétique, ce n’est pas le problème des États-Unis. Cela peut être un problème humanitaire. ».

Propos sortis hors contexte mais qui ont conduit à des excuses de la part d’Henry Kissinger (les propos de réflexion en interne entre deux membres éminents d’un pouvoir n’ont de toute façon aucun intérêt si ce n’est de connaître un peu mieux la personnalité de ceux qui s’expriment ; ce sont au mieux des "brouillons" de déclaration officielle, au pire, du brain storming).

L’historien Robert Zaretsky, de l’Université de Houston, expliquait : « [Du point de vue de ses partisans], Kissinger jouait sur deux tableaux : il flattait les préjugés de Nixon dans un noble but diplomatique. Pour certains d’entre eux, il y a une dimension tragique à ces événements : un homme ayant perdu une partie de sa famille dans la Shoah et passant outre les tendances antisémites du Président dans l’intérêt de l’équilibre mondial. (…) Pour tenter de replacer ses paroles dans leur contexte, Kissinger a estimé que les refuzniks constituaient un obstacle aux grandes manœuvres diplomatiques. » ("Libération" du 6 janvier 2011). L’amendement Jackson-Vanik fut finalement adopté au Congrès américain en 1974 en insérant à la loi américaine sur la réforme du commerce que la liberté d’émigration des Juifs soviétiques était une condition préalable aux échanges commerciaux entre les États-Unis et l’URSS.

C’est d’ailleurs instructif de lire que dans son même article dans "Libération", Robert Zaretsky a mis en parallèle ces propos d’Henry Kissinger et les propos maladroits de De Gaulle en 1967 qui parla des Juifs comme un « peuple d’élite, sûr de lui et dominateur » : « La réaction de [Raymond] Aron fut spontanément sévère. (…) Jamais il ne taxa De Gaulle d’antisémitisme, mais, à la lueur de la conférence de presse du Général, il déclara qu’en faisant l’amalgame entre Israël et le peuple juif, De Gaulle procurait un alibi intellectuel pour les vrais antisémites. » (6 janvier 2011). Raymond Aron était en quelques sortes l’un des maîtres intellectuels d’Henry Kissinger qui lui a enseigné le réalisme en politique, mais n’a sans doute pas transmis son intégrité morale.

L’un des plus grands apports d’Henry Kissinger à la diplomatie mondiale fut sa contribution décisive, avec Le Duc Tho, du côté vietnamien, aux négociations qui ont abouti à la fin de la désastreuse guerre du Vietnam, avec la signature des Accords de paix de Paris le 27 janvier 1973 à l’hôtel Majestic. Le Prix Nobel de la Paix 1973 fut ainsi attribué aux deux négociateurs, Henry Kissinger, qui est aujourd’hui le doyen des Prix Nobel de la Paix, et Le Duc Tho qui refusa le prix car la paix n’était pas encore une réalité.

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La journaliste et future ministre Françoise Giroud commenta cette attribution comme celle du « Prix Nobel de l’humour noir » dans son hebdomadaire "L’Express". Pourquoi cette réaction ? Parce qu’Henry Kissinger serait à l’origine des bombardements américains au Laos et au Cambodge qui firent de nombreuses victimes (nombre estimé jusqu’à 200 000) pour empêcher l’arrivée de convois nord-vietnamiens.

Henry Kissinger, qui bénéficiait d’une relative popularité aux États-Unis malgré le Watergate (il continua à travailler pour Gerald Ford), reste un personnage controversé pour certaines personnes, comme le polémiste américain Christopher Hitchens qui a publié en 2001 un livre inquisiteur au titre évocateur : "Les Crimes de Monsieur Kissinger" où il a dénoncé la responsabilité d’Henry Kissinger dans plusieurs massacres (Cambodge, Timor oriental, etc.), dans le coup d’État du 11 septembre 1973 mené par Augusto Pinochet au Chili, à Chypre, au Bangladesh, etc. Le polémiste lui a aussi reproché d’avoir conseillé Gerald Ford de ne pas inviter Alexandre Soljenitsyne à la Maison-Blanche et aussi d’avoir fourni « de copieuses excuses » au massacre de Tiananmen.

Pour le Timor oriental, cette responsabilité pouvait se traduire par la passivité, laissant faire l’Indonésie avec qui il avait conclu de bonnes relations (un massacre estimé aussi à 200 000 victimes). Pour le Guatemala, Henry Kissinger a conseillé au Président Ronald Reagan d’aider militairement ce pays malgré le massacre d’environ 200 000 à 300 000 personnes par son armée. On a reproché aussi la passivité d’Henry Kissinger « parfaitement informé des méthodes et objectifs de l’opération Condor » visant à réprimer et à assassiner les opposants aux dictatures sud-américaines (selon la journaliste française Marie-Monique Robin dans un livre publié en 2004).

La Commission Church n’a trouvé aucune preuve d’implication américaine dans le coup d’État au Chili, et dans ses mémoires, Henry Kissinger a affirmé que la CIA avait effectivement soutenu une tentative de coup d’État en 1970, mais aussi que les Américains avaient renoncé à toute implication en 1973.

La plupart des critiques de fond faites contre Henry Kissinger sont surtout son absence de considération morale pour toutes les décisions et positions des États-Unis dans leurs relations internationales. C’est en quelques sortes la realpolitik portée à son niveau le plus haut de cynisme. Cette phrase rédigée dans sa thèse de doctorat et publiée en 1957 peut donner un angle de compréhension : « Le problème le plus fondamental de la politique n’est pas le contrôle de la méchanceté, mais la limitation de la droiture. ».

À cela, il faut aussi rappeler qu’Henry Kissinger a servi Richard Nixon aux idées particulièrement sectaires, dont le racisme et l’antisémitisme étaient connus, et que son conseiller a dû accompagner pour en réduire les effets sur la politique américaine.

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La retraite d’Henry Kissinger, même encore à son âge, est toujours très active. Francophone et germanophone, il a participé à de nombreux colloques et conférences internationales, continuant à rencontrer les grands ou les anciens grands de ce monde, comme Vladimir Poutine à Moscou le 20 janvier 2012, François Hollande à Paris le 7 décembre 2012, Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt à Munich le 31 janvier 2014 pour le 50e anniversaire des conférences de Munich sur la Sécurité, Helmut Kohl à Berlin le 16 mars 2011, pour la remise du Prix Henry-Kissinger de l’Académie américaine qui récompense les contributeurs exceptionnels des relations transatlantiques (Giorgio Napolitano et Hans-Dietrich Genscher en furent lauréats en 2015), etc.

Comme tout ceux qui ont été au pouvoir, Henry Kissinger a eu certainement les mains sales, mais parce qu’il est maintenant l’un des rares vétérans des grands de ce monde durant les années 1970, il est une mémoire vivante de l’histoire contemporaine d’après-guerre, et à ce titre, il aura peut-être encore à apporter en précisions, confidences, révélations sur de nombreux conflits internationaux…


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Sylvain Rakotoarison (25 mai 2018)
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Pour aller plus loin :
George HW Bush.
Bob Kennedy.
Henry Kissinger.
Zbigniew Brzezinski.
Martin Luther King.
Philip Roth.
La guerre commerciale trumpienne.
Albert Einstein.
David Bohm.
Margaret Keane.
Meghan Markle.
Les Quatorze points du Président Wilson.
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Walter Mondale.
Geraldine Ferraro.
Le cinéma parlant.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Charlie Chaplin.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
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Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
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Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
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Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 03:43

« Comme tout le monde, j’aimerais vivre une longue vie. La longévité est importante, mais je ne suis pas concerné par cela maintenant. Je veux juste accomplir la volonté de Dieu. Et il m’a autorisé à grimper sur la montagne ! Et j’ai regardé autour de moi, et j’ai vu la terre promise. Je n’irai peut-être pas là-bas avec vous. Mais je veux que vous sachiez ce soir, que nous, comme peuple, atteindrons la terre promise. Et je suis si heureux ce soir. Je n’ai aucune crainte. Je n’ai peur d’aucun homme. Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur ! » (Memphis, le 3 avril 1968).


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Trois ans et demi après John F. Kennedy, deux mois avant son frère Bob Kennedy, tous les deux assassinés. Il y a cinquante ans, le 4 avril 1968 à 18 heures, le pasteur baptiste américain Martin Luther King a été assassiné, atteint par une balle à la gorge, au balcon de sa chambre du Lorraine Motel à Memphis, dans le Tennessee (États-Unis) à l’âge de 39 ans (il est né à Atlanta le 15 janvier 1929, et le 15 janvier est devenu jour férié, le MLK Day, créé par Ronald Reagan le 2 novembre 1983). Il était venu à Memphis quelques jours auparavant pour soutenir les éboueurs municipaux qui étaient en grève illimitée car très mal payés.

Des dizaines d’émeutes sanglantes eurent lieu aux États-Unis à l’annonce de cet assassinat. Le Président Lyndon Johnson a décrété un deuil national. 300 000 personnes ont assisté le 9 avril 1968 à Atlanta aux funérailles en présence du Vice-Président Hubert Humphrey (représentant Lyndon Johnson en déplacement).

Son assassin présumé, arrêté à l’aéroport de Londres (Heathrow) le 8 juin 1968, a été condamné à 99 ans de prison le 10 mars 1969 pour cet assassinat et, après avoir voulu revenir sur ses aveux, est mort en prison le 23 avril 1998.

Certains évoquent l’hypothèse d’une conspiration impliquant des organisations gouvernementales qu’un jury a validée en civil le 8 décembre 1999 (le Ministère de la Justice américain, après enquête, n’a cependant trouvé aucune preuve de complot en juin 2000). L’ancien candidat aux primaires démocrates de 1984 et 1988, le pasteur Jesse Jackson, qui était présent sur le balcon aux côtés de Martin Luther King lors de l’assassinat, a, lui aussi, évoqué le 15 janvier 2004 des possibles complicités gouvernementales (en particulier provenant du FBI) : « Le fait est qu’il y avait des saboteurs pour perturber la marche. À l’intérieur de notre propre organisation, on a découvert qu’une personne très importante était payée par le gouvernement. Donc, infiltration de l’intérieur, saboteurs à l’extérieur et attaques de la presse. ».

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Fils d’un pasteur et d’une organiste, Martin Luther King fut l’un des plus grands orateurs de l’histoire des États-Unis. Docteur en théologie de l’Université de Boston (il a soutenu sa thèse le 18 juin 1955, mais une enquête universitaire a conclu en 1991 qu’un tiers du mémoire était du plagiat), il est devenu pasteur en 1953 à Montgomery, dans l’Alabama, un État ségrégationniste à l’époque. La même année, le 18 juin 1953, il s’est marié avec Coretta Scott King (1927-2006) et ils ont eu quatre enfants entre 1955 et 1963.

Sa lutte en faveur des droits civiques a commencé le 1er décembre 1955 lors de l’arrestation de Rosa Parks (1913-2005) qui avait refusé la réglementation ségrégationniste de la ville sur le transport en bus. Avec des dizaines de milliers d’autres habitants de la ville, Martin Luther King a encouragé le boycott des bus qui a commencé le 5 décembre 1955, ce qui a abouti à la décision du 21 décembre 1956 de la Cour Suprême des États-Unis qui a rendu illégale la ségrégation dans les bus, les écoles, les restaurants, et tous les autres lieux publics (la Cour Suprême avait déjà rendu anticonstitutionnelle la ségrégation dans les écoles publiques le 17 mai 1954). La lutte fut longue et difficile (plus d’un an), certains ont dû marcher une quarantaine de kilomètres par jour pour aller travailler, et beaucoup d’actes de violence ont été commis à l’encontre de ceux qui ont boycotté les bus (Martin Luther King fut arrêté, sa maison fut incendiée le 30 janvier 1956, etc.).

À partir de 1957, Martin Luther King fut le fondateur et élu le président de la Conférence des leaders chrétiens du Sud (SCLC, Southern Christian Leadership Conference) qui a pris une part active dans le Mouvement pour les droits civiques. Pendant plus de douze ans (de décembre 1955 à avril 1968), Martin Luther King n’a cessé de militer pour faire valoir les droits civiques des populations noires américaines avec deux principes essentiels : celui de la désobéissance civile et celui de la non-violence (sur le modèle du Mahatma Gandhi ; Martin Luther King est allé visiter l’Inde en 1959). Ayant parcouru près de dix millions de kilomètres pour prononcer plus de deux mille discours et sermons, il fut l’un des symboles majeurs de la non-violence.

Dans un livre publié en 1967, il expliqua la non-violence ainsi : « L’ultime faiblesse de la violence est que c’est une spirale descendante, engendrant la chose même qu’elle cherche à détruire. Au lieu d’affaiblir le mal, elle le multiplie. En utilisant la violence, vous pouvez tuer le menteur, mais vous ne pouvez pas tuer le mensonge, ni rétablir la vérité. En utilisant la violence, vous pouvez assassiner le haineux, mais vous ne pouvez pas tuer la haine. En fait, la violence fait simplement grandir la haine. Et celle-ci continue (…). Rendre la haine pour la haine multiplie la haine, ajoutant une obscurité plus profonde à une nuit sans étoile. L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité : seule, la lumière peut faire cela. La haine ne peut pas chasser la haine : seul, l’amour peut faire cela. ».

La non-violence, ce n’était pas le non-engagement. Après un attentat, il déclara le 19 février 1966 à la Illinois Wesleyan University : « Et il se pourrait bien que nous, de cette génération, nous devions nous repentir, non seulement pour les paroles fielleuses et les actes violents des méchants qui ont fait exploser une bombe dans l’église à Birmingham, dans l’Alabama, mais aussi pour le silence et l’indifférence scandaleux des bons qui ont gardé les bras croisés et ont dit attendre le bon moment. ».

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L’un de ses discours les plus importants fut prononcé à l’issue de la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté, le 28 août 1963 à Washington, devant le Mémorial Lincoln, où il répéta plusieurs fois, en improvisant devant 250 000 personnes, cette fameuse phrase « I have a dream ! » : « Bien que nous ayons à faire face aux difficultés d’aujourd’hui et de demain, je fais néanmoins un rêve. C’est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain. Je rêve qu’un jour, cette nation se lèvera et vivra le vrai sens de son credo : "Nous tenons ces vérités comme allant de soi, que tous les hommes naissent égaux". ». Rappelons que Malcolm X s’était opposé à cette marche sur Washington.

Ce type de discours a été répété plusieurs fois puisque, à Noël 1967, son dernier Noël, Martin Luther King déclara : « Je fais le rêve que les hommes, un jour, se lèveront et comprendront qu’ils sont faits pour vivre ensemble comme des frères. ».

Le discours du Mémorial Lincoln et toute son action militante lui ont valu l’attribution du Prix Nobel de la Paix le 14 octobre 1964, ainsi que le titre de "personnalité de l’année" décerné par le magazine américain "Time" pour l’année 1963 (avant de l’avoir décerné au Président Lyndon Johnson l’année suivante !). Sur le plan national, cela a permis au Président John Kennedy de faire passer au Congrès américain son Civil Rights Act contre les discriminations, qui fut promulgué par son successeur Lyndon Johnson le 3 juillet 1964. Au-delà de l’abrogation des lois ségrégationnistes dans les États du Sud, cette loi a permis la "discrimination positive" ("affirmation active").

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Au-delà de la lutte pour les droits civiques et pour la justice sociale, Martin Luther King a commencé également une campagne (inachevée) contre la guerre au Vietnam en considérant le 4 avril 1967 à New York les États-Unis comme « le plus grand pourvoyeur de violence dans le monde aujourd’hui ».

Lors de la remise de son Prix Nobel le 10 décembre 1964 à Oslo, il avait même donné son point de vue très idéaliste : « Je refuse d’accepter la notion cynique que nations après nations doivent descendre l’escalier militariste vers l’enfer de la destruction thermonucléaire. Je crois que la vérité désarmée et l’amour inconditionnel auront le mot de la fin en réalité. C’est pourquoi le bien, même temporairement vaincu, est plus fort que le mal triomphant. ».

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Ce fut pour cette raison, cet idéalisme exprimé, que Martin Luther King a montré qu’il était plus un homme religieux qu’un homme politique (tout en restant attaché à la laïcité). Plus attaché à l’être qu’à l’avoir dans une société qui commençait à être consumériste : « Nous devons rapidement commencer à passer d’une société orientée vers les choses à une société orientée vers la personne. Quand les machines et les ordinateurs, les motifs de profits et les droits de propriété sont considérés comme plus importants que les individus, les triplés géants du racisme du matérialisme et du militarisme sont impossibles à battre. » (1967).

Pour conclure ce modeste hommage à cet homme exceptionnellement clairvoyant et pacifiste, je propose cette dernière citation, qui date du 10 décembre 1964 (à l’Université d’Oslo) mais qui est toujours valable dans notre monde de 2018 : « Je refuse d’accepter que le désespoir soit l’ultime réponse aux sinuosités de l’histoire. (…) Je refuse de croire que l’homme n’est qu’une épave dérivant à la surface de la rivière de la vie, incapable d’agir sur son environnement. » (Phrases également rappelées par l’américaniste Sylvie Laurent dans sa biographie publiée au Seuil en 2015).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 avril 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Martin Luther King.
Malcolm X.
Nelson Mandela.
Discours de Barack Obama le 18 mars 2008 à Philadelphie.
Mahatma Gandhi.
John Fitzgerald Kennedy.
George Stinney.
Les États-Unis.
Mgr Oscar Romero.
Mgr Desmond Tutu.
Le dalaï-lama.
Pâques.

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8 janvier 2018 1 08 /01 /janvier /2018 02:06

« La fin de ce terrible conflit de vie et de mort dépend de cette définition des buts de guerre. Aucun homme d’État ayant la moindre conception de sa responsabilité ne doit, pour un moment, se permettre de prolonger ces tragiques et effrayants sacrifices de sang et d’argent, à moins qu’il ne soit sûr, sans conteste et quoi qu’il arrive, que les buts de ces sacrifices sont partie indissoluble de la vie même de la société et que les peuples pour lesquels il parle estiment ces buts justes et impératifs autant qu’il le juge lui-même. » (Woodrow Wilson, le 8 janvier 1918). Première partie.


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Cela fait un siècle, le 8 janvier 1918, que le Président des États-Unis Woodrow Wilson a prononcé devant le Congrès américain un grand discours devenu mémorable sur les "Quatorze points" pour construire la paix mondiale. Ce discours fait d’ailleurs partie des manuels scolaires et des épreuves au baccalauréat (le texte intégral est lisible ici).

Rappelons d’abord qui était l’orateur. Woodrow Wilson venait à l’époque d’avoir 61 ans. Né le 28 décembre 1856 en Virginie, il n’était pas, à l’origine, un homme politique. Après des études de droit à Princeton, il est devenu avocat, puis a continué ses études par une thèse de doctorat de sciences politiques et d’histoire en 1886, sur l’exécutif fédéral aux États-Unis. Consacré dans sa carrière d’universitaire comme président de l’Université de Princeton de juin 1902 à octobre 1910, il faisait figure de grand intellectuel américain, épris des idées libérales du XIXe siècle quand le Parti démocrate est venu lui proposer de se présenter aux élections du New Jersey.

Il fut ainsi élu gouverneur du New Jersey du 17 janvier 1911 au 1er mars 1913. Son élection a pu surprendre puisqu’il a dépassé son concurrent républicain de plus de 650 000 voix alors que le Président en fonction, républicain, avait obtenu dans cet État un avantage de plus de 82 000 voix. Ses réformes politiques dans l’État, une sorte de moralisation du système politique avant l’heure, l’ont rendu "intéressant" auprès des dirigeants du Parti démocrate et très rapidement, sa candidature à l’élection présidentielle commença d’être envisagée.

Woodrow Wilson fut donc candidat aux primaires démocrates de 1912. Jusqu’en 1910, il n’était qu’un intellectuel passionné de politique qui mourait d’envie de faire de la politique et sa courte expérience comme gouverneur fut très prometteuse. À ces primaires, il était parmi les deux favoris avec un autre candidat, Champ Clark (1850-1921), alors Président de la Chambre des représentants (venant du Missouri). Ce dernier a obtenu plus de délégués que Woodrow Wilson, mais aucun n’a atteint la majorité absolue (en revanche, Woodrow Wilson, en voix, a eu 44,6% contre 41,6% à Champ Clark). La Convention démocrate qui s’est tenue à Baltimore du 25 juin au 2 juillet 1912 fut mémorable car il a fallu 46 tours pour les départager, et Woodrow Wilson fut finalement choisi. Il a fallu deux tours pour désigner son colistier (candidat à la Vice-Présidence), et Thomas R. Marshall (1854-1925), gouverneur de l’Indiana, un État clef dans l’élection présidentielle, fut désigné.

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Les démocrates et Woodrow Wilson ont bénéficié d’un contexte politique très favorable car dans le camp adverse, chez les républicains, la division était complète. Le Président sortant, républicain, William Taft (1857-1930), élu Président des États-Unis le 3 novembre 1908, était en compétition avec son prédécesseur, également républicain, Theodore Roosevelt (1858-1919), Président des États-Unis du 14 septembre 1901 au 4 mars 1909 (le plus jeune de l’histoire des États-Unis, à l’âge de 42 ans), Prix Nobel de la paix en 1906.

En 1908, Theodore Roosevelt a exercé déjà presque deux mandats car il a pris la succession de William MacKinley (1843-1901), élu Président des États-Unis depuis le 4 mars 1897, réélu le 6 novembre 1900 mais assassiné au début de son second mandat par un anarchiste le 14 septembre 1901 (gouverneur de New York du 1er janvier 1899 au 31 décembre 1900, Theodore Roosevelt fut intronisé Vice-Président des États-Unis le 4 mars 1901).

Theodore Roosevelt renonça à se présenter en 1908 pour un troisième mandat (à l’époque, il n’y avait pas de limitation sur le nombre de mandats) et proposa la candidature de William Taft. Ce dernier était peu populaire, sans charisme et surtout, a instauré l’impôt sur le revenu. Quatre ans plus tard, peu content du mandat de son successeur et toujours populaire, Theodore Roosevelt voulait donc reprendre le pouvoir.

À l’issue des primaires républicaines de 1912, Theodore Roosevelt a obtenu 51,1% des voix contre 34,6% à William Taft. En revanche, ce dernier a gagné 566 délégués contre 466 à Theodore Roosevelt. En fait, très peu d’États avaient adopté le système de primaires populaires et donc, les délégués des autres États, très majoritairement, étaient nommés par les dirigeants locaux du parti.

La Convention républicaine qui a eu lieu à Chicago du 18 au 22 juin 1912 fut particulière : ce fut une véritable bataille politicienne qui se solda par une victoire du Président sortant William Taft avec 302 votes contre 107 à Theodore Roosevelt et 322 abstentions (provenant des délégués de Theodore Roosevelt par abandon). Résultat, William Taft et son Vice-Président James S. Sherman (1855-1912) furent reconduits dans le ticket républicain. En fait, pas tout à fait, car James S. Sherman, de santé défaillante, est mort soudainement le 30 octobre 1912, six jours avant le scrutin, si bien que l’universitaire Nicholas Murray Butler (1862-1947) le remplaça comme colistier (futur Prix Nobel de la Paix en 1931).

Theodore Roosevelt, qui avait accusé de fraudes les amis de William Taft, avait demandé à ses amis de quitter la Convention républicaine le 22 juin 1912. Ne s’avouant pas vaincu, il fonda le Parti progressiste et lors de la Convention progressiste à Chicago du 5 au 7 août 1912, Theodore Roosevelt fut désigné candidat des progressistes avec pour colistier Hiram W. Johnson (1866-1945), gouverneur de Californie, connu pour ses positions isolationnistes.

Ainsi, lors de l’élection présidentielle générale, le 5 novembre 1912, il y a eu trois candidats importants, rompant avec le bipartisme classique (ce fut le cas aussi en 1992, et cette rupture s’est faite aussi au détriment des républicains et au profit des démocrates). Woodrow Wilson remporta l’élection avec près de 6,3 millions de voix (soit 41,8%) et 435 délégués, contre 4,1 millions de voix (soit 27,4%) et 88 délégués à Theodore Roosevelt et 3,5 millions de voix (soit 23,2%) et 8 délégués à William Taft qui a reçu ainsi un gifle électorale magistrale. Woodrow Wilson a donc eu beaucoup de chance puisque le total T. Roosevelt+Taft dépassait 50% des voix.

Woodrow Wilson fut réélu de manière plus ordinaire (mais avec moins de succès) le 7 novembre 1916 avec 9,1 millions de voix (soit 49,2%) et 277 délégués contre 8,5 millions de voix (soit 46,1%) et 254 délégués au candidat républicain Charles Evans Hugues (1862-1948), ancien gouverneur de New York.

En fonction du 4 mars 1913 au 4 mars 1921, Woodrow Wilson fut donc le Président des États-Unis pendant toute la durée de la Première Guerre mondiale. Les États-Unis, dans leur tradition, furent isolationnistes en ce sens qu’ils ne considéraient pas que la guerre entre puissances européennes les concernait. Woodrow Wilson s’est opposé à ce courant traditionnel en voulant au contraire engager son pays dans le chemin de la construction d’une paix mondiale durable. L’idée était honorable, nouvelle, ambitieuse, pacifiste, mais très idéaliste.

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Déjà, dans un discours le 22 janvier 1917 devant le Congrès américain, Woodrow Wilson a proposé de s’impliquer alors que son pays était encore neutre. Il a proposé "une paix sans victoire", ce qui était inacceptable pour les deux parties belligérantes. Lorsqu’il s’adressa au Congrès américain le 8 janvier 1918, la situation avait considérablement changé : le 22 avril 1917, les États-Unis ont déclaré la guerre à l’Allemagne et se retrouvaient donc aux côtés des Britanniques, des Français, des Russes et des Italiens. Par ailleurs, la Révolution russe avait bouleversé aussi l’équilibre des alliances car les nouveaux maîtres de la Russie, les bolcheviks, voulaient négocier une paix séparée avec les puissances centrales (Allemagne et Autriche-Hongrie). Enfin, l’arrivée au pouvoir en novembre 1917, en France, de Georges Clemenceau, partisan de la guerre jusqu’au bout, décourageait toutes les tentatives de paix négociée.

Le discours du 8 janvier 1918 marqua ainsi l’histoire du monde parce qu’il jeta les bases d’une coopération internationale durable. Ce que j’évoquerai plus précisément dans le prochain article de ce thème.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 janvier 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les Quatorze points du Président Wilson.
Texte intégral du discours de Woodrow Wilson le 8 janvier 1918.
Woodrow Wilson.
Walter Mondale.
Geraldine Ferraro.
Le cinéma parlant.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Charlie Chaplin.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/quand-les-etats-unis-etaient-200371

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5 janvier 2018 5 05 /01 /janvier /2018 02:38

« Ce qui m’intéresse, c’est la vie des hommes qui ont échoué, car c’est le signe qu’ils ont essayé de se surpasser. » (Clemenceau).


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Ce vendredi 5 janvier 2018, Walter Mondale fête son 90e anniversaire. En pleine reaganmania, il y avait peu de chance pour que Walter Mondale fût élu Président des États-Unis le 6 novembre 1984. Période de croissance économique, de baisse des impôts et du chômage, mais aussi de graves tensions internationales avec une crise des euromissiles qui nécessitait un homme à poigne. Pire, Walter Mondale, comme numéro deux de Jimmy Carter, représentait exactement le contraire (probablement injustement).

L’échec, Walter Mondale l’a donc bien connu. L’une des plus grande défaite de l’histoire des États-Unis, la plus grande depuis  1972 ou 1936 selon qu’on parle en suffrages exprimés ou en délégués : 40,7% des voix (et 13 délégués), face aux 59,0% des voix pour son concurrent, Président sortant, Ronald Reagan qui a remporté 49 États sur les 50 (et 525 délégués sur 538). Seuls le Minnesota (du bout des lèvres) et le district de Columbia (Washington) ont préféré Walter Mondale à celui qui avait redonné confiance aux Américains. Il n’y avait pas photo, au contraire de l’élection de George W. Bush Jr. le 7 novembre 2000.

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Né le 5 janvier 1928 dans le Minnesota de grands-parents paternels norvégiens et de grands-parents maternels canadiens d’origine écossaise, Walter Mondale fut le "poulain" d’Hubert Humphrey (1911-1978), lui aussi d’origine norvégienne (par sa mère). Ce dernier était maire de Minneapolis depuis le 2 juillet 1945 lorsqu’il s’est présenté avec succès aux élections sénatoriales le 2 novembre 1948. Walter Mondale dirigeait alors sa campagne à l’âge de 20 ans (son mentor en avait 37).

Avant son élection au Sénat, Hubert Humphrey avait suscité la polémique en prononçant un discours marquant à la Convention démocrate, le 14 juillet 1948 à Philadelphie (celle qui désigna le Président sortant Harry Truman), en défendant les droits civiques : « À ceux qui disent que le programme des droits civiques est en contradiction avec le droit des États, je dis que le temps est arrivé aux États-Unis, pour le Parti démocrate, de sortir de l’ombre du droit des États et de des tourner enfin vers l’éclat lumineux des droits de l’homme. ». Ce discours très axé à la gauche du parti avait mis en colère les dirigeants démocrates du Sud des États-Unis, traditionnellement conservateurs (et qui ont voté pour Ronald Reagan en 1984).

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Hubert Humphrey a été réélu sénateur du Minnesota jusqu’au 30 décembre 1964 (désigné coordinateur de la majorité démocrate au Sénat du 3 janvier 1961 au 30 décembre 1964), date de sa démission car il fut élu Vice-Président des États-Unis le 3 novembre 1964 sur un "ticket" avec le Président sortant Lyndon B. Johnson (il l’est resté jusqu’au 20 janvier 1969). Auparavant, Hubert Humphrey s’était présenté aux primaires démocrates en 1960 (notamment contre John F. Kennedy). Pendant ces années de combat personnel, Hubert Humphrey n’a cessé de défendre des positions très "à gauche" (droits civiques, contrôle des armes à feu, aide aux pays en voie de développement, fin des essais nucléaires, etc.).

Très logiquement, son "protégé" Walter Mondale fut désigné pour lui succéder au Sénat des États-Unis, "représentant" du Minnesota : Walter Mondale fut ainsi élu sénateur du 30 décembre 1964 au 30 décembre 1976 (d’abord nommé par le gouverneur du Minnesota Karl Rolvaag, puis élu la première fois le 8 novembre 1966 et réélu le 7 novembre 1972).

Auparavant, Walter Mondale avait fait des études de science politique et de droit, et fait son service militaire à Fort Knox pendant la guerre de Corée entre 1951et 1953. Il avait aussi dirigé la campagne en 1952 (échec), 1954, 1956 et 1958 d’Orville Freeman (1918-2003), élu gouverneur (démocrate) du Minnesota du 5 janvier 1955 au 2 janvier 1961 et futur Ministre de l’Agriculture du 20 janvier 1961 au 21 janvier 1969. Après quatre années comme juge, Walter Mondale est devenu procureur général de l’État du Minnesota ("attorney general") du 4 mai 1960 au 30 décembre 1964 (d’abord nommé par le gouverneur Orville Freeman pour remplacer le prédécesseur, puis élu en 1962). Démissionnaire une fois devenu sénateur.

Très actif au sein du Parti démocrate, Walter Mondale a tenté d’y bâtir une aile centriste. Il fut aussi actif au Sénat où il s’est investi dans de nombreuses commissions, notamment la Commission des affaires aéronautiques et spatiales où il fit partie des instructeurs de l’enquête sur l’accident qui tua trois astronautes le 27 janvier 1967 lors d’un essai Apollo 204 (ils sont morts dans un incendie). Affrontant publiquement le patron de la NASA, Walter Mondale voulait renforcer le contrôle parlementaire sur les rapports de sécurité interne de la NASA : « Je crois qu’en forçant une confrontation publique sur ces inquiétudes jusqu’à maintenant profondes et secrètes sur la sécurité et la gestion du programme, cela a forcé la NASA à restructurer et réorganiser le programme d’une manière que cela fût beaucoup plus sûr. » (24 mai 2001).

En été 1972, désigné candidat démocrate à l’élection présidentielle, George MacGovern (1922-2012), lui aussi très axé "à gauche" (il s’opposa à la guerre au Vietnam), proposa d’être son Vice-Président à Walter Mondale qui refusa. Ce dernier accepta cependant d’être sur le "ticket" du candidat démocrate en 1976, à savoir Jimmy Carter, agriculteur et gouverneur de Géorgie peu connu, l’un représentant ainsi le Sud (assez conservateur) et l’autre le Nord (assez progressiste).

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Avec plus de 40,8 millions de voix (soit 50,1%), Jimmy Carter fut élu Président des États-Unis le 2 novembre 1976 face au Président sortant Gerald Ford qui n’a obtenu que 48,0% des voix (le colistier de Gerald Ford en 1976 était Bob Dole). Walter Mondale fut donc élu Vice-Président des États-Unis du 20 janvier 1977 au 20 janvier 1981.

Sous le mandat de Jimmy Carter, Walter Mondale a pris une certaine influence sur le gouvernement et la définition de la politique des États-Unis. Cette manière d’exercer la fonction vice-présidentielle a été reprise par ses successeurs (ce fut le premier Vice-Président à avoir installé un bureau à la Maison-Blanche ; rappelons que le Vice-Président assure aussi la fonction de Président du Sénat).

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Le "ticket" Jimmy Carter et Walter Mondale s’est représenté à l’élection présidentielle du 4 novembre 1980 dans un contexte très difficile pour eux (après des primaires démocrates où Ted Kennedy fut un rude concurrent  avec 37,6% des voix face à 51,1% pour Jimmy Carter) : au-delà d’une stagnation économique et d’une hausse du chômage, la crise des otages américains à Téhéran a discrédité durablement l’autorité de Jimmy Carter. En effet, depuis le 4 novembre 1979, 52 diplomates américains furent retenus par des étudiants iraniens à l’ambassade américaine à Téhéran (ils ne furent libérés que le jour même de l’investiture de Ronald Reagan, le 20 janvier 1981, renforçant le discrédit du prédécesseur).

Il y a eu plus de 8,4 millions de voix qui ont séparé Ronald Reagan (50,8%) et Jimmy Carter (41,0%). Walter Mondale, renvoyé dans l’opposition, se prépara à l’élection présidentielle suivante en prenant le contrôle du Parti démocrate.

Malgré ce contrôle du parti, les primaires démocrates de 1984 ne furent pas de tout repos pour Walter Mondale. En effet, deux autres candidats sont entrés dans la course à l’investiture. D’une part, Gary Hart, "jeune" sénateur du Colorado depuis 1975 (il avait alors 47 ans), populaire par son charisme (au point de devenir le favori des primaires démocrates de 1988) et le pasteur Jesse Jackson (42 ans), militant des droits civiques. C’était d’ailleurs la première fois qu’un homme "de couleur" fut dans la course présidentielle de manière "sérieuse".

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Les résultats des primaires donnèrent l’investiture à Walter Mondale, mais de justesse. À la fin du cycle des primaires, le 12 juin 1984, Walter Mondale a obtenu 6,95 millions de voix, soit 38,3%, et 1 606 délégués. Gary Hart 6,50 millions de voix, soit 35,9%, et 1 164 délégués. Enfin Jesse Jackson 3,28 millions de voix, soit 18,1%, et 358 délégués. La plupart des autres délégués (réservés au parti) se reportèrent sur la candidature de Walter Mondale. À l’issue de la Convention démocrate le 19 juillet 1984 à San Francisco, sur les 3 882 mandats, Walter Mondale en a obtenu 2 191, Gary Hart 1 200 et Jesse Jackson 465. Notons pour l’anecdote qu’en 1984, sans beaucoup de chance de succès, l’astronaute et sénateur John Glenn fut candidat (1921-2016) comme en 1976, ainsi que l’ancien candidat démocrate de 1972, George MacGovern. Jesse Jackon améliora nettement son score aux primaires démocrates de 1988, en recueillant 6,9 millions de voix (soit 29,4%) et 1 023 délégués.

Lors de la même Convention démocrate de 1984, Walter Mondale s’est choisi une femme comme colistière, candidate à la Vice-Présidence des États-Unis, Geraldine Ferraro (1935-2011). Ce fut la première fois qu’une femme était incluse dans un "ticket" pouvant remporter l’élection. La seconde fois, ce fut la candidature de l’ancienne Secrétaire d’État Hillary Clinton en 2016. Geraldine Ferraro avait fait campagne pour Hillary Clinton lors des primaires démocrates de 2008 et avait dû démissionner après avoir dit une "bêtise" à propos de Barack Obama.

Comme je l’ai indiqué au début de l’article, Walter Mondale a subi l’une des plus grandes défaites historiques. Ayant construit le centre du Parti démocrate pendant les années 1960 et 1970, mais marqué par son ancienne proximité avec Hubert Humphrey (disparu depuis longtemps, après être redevenu sénateur du Minnesota du 3 janvier 1971 au 13 janvier 1978), Walter Mondale s’était positionné complètement à contre-courant du peuple américain, en proposant par exemple d’augmenter les impôts pour réduire la dette publique et renforcer la redistribution en faveur des plus pauvres. Il avait néanmoins "réussi" son premier débat télévisé avec Ronald Reagan en misant sur l’âge : Ronald Reagan avait 73 ans et lui 56 ans (au débat suivant, du 21 octobre 1984, Ronald Reagan répliqua en disant qu’il valait mieux un vieux expérimenté qu’un jeune inexpérimenté).

Après sa lourde défaite, Walter Mondale quitta la vie politique et travailla dans des entreprises du Minnesota (il enseigna aussi à l’Université du Minnesota dont un bâtiment porte désormais son nom), jusqu’à l’élection de Bill Clinton. Ce dernier le nomma ambassadeur des États-Unis au Japon du 21 septembre 1993 au 15 décembre 1996, puis le nomma en 1998 envoyé spécial du Président des États-Unis en Indonésie. Le 4 septembre 2002, il a tenu une conférence au Sénat pour présenter les transformations qu’il a initiées dans le rôle du Vice-Président des États-Unis entre 1977 et 1981.

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À l’âge de 74 ans, Walter Mondale accepta de faire une dernière incursion dans la vie politique en se présentant, à la demande urgente du Parti démocrate, à la succession du sénateur démocrate du Minnesota Paul Wellstone (1944-2002), tué dans un accident d’avion le 25 octobre 2002 à onze jours de son renouvellement, mais échoua le 5 novembre 2002 avec seulement 47,3% des voix contre 49,5% au républicain Norm Coleman. Seul État l’ayant soutenu en 1984, le Minnesota le lâcha aussi : « À la fin de ce qui est ma dernière campagne, je veux dire aux habitants du Minnesota que vous m’avez toujours bien traité, vous m’avez toujours écouté. ».

Walter Mondale a cependant repris sa "revanche" sur le sénateur républicain Norm Coleman. En effet, appuyant la candidature de l’humoriste et comédien Al Franken, positionné à l’aile gauche du Parti démocrate, ce dernier fut élu de justesse sénateur du Minnesota le 4 novembre 2008 (il ne prit ses fonctions que le 7 juillet 2009 à cause de recomptages et de la contestation de son élection à quelques centaines de voix près : 312 sur 2 424 946 !), fut réélu le 4 novembre 2014 mais vient de démissionner ce 2 janvier 2018 en raison des affaires d’agression et de harcèlement sexuels éclatées le 16 novembre 2017 à l’occasion de l’affaire Harvey Weinstein.

En 2008, Walter Mondale a soutenu la candidature d’Hillary Clinton lors des primaires démocrates. Le 3 juin 2008, il a ensuite rallié la candidature de Barack Obama. Aujourd’hui, Walter Mondale continue sa retraite dans le Minnesota (veuf depuis le 3 février 2014), en faisant de la pêche, pratiquant le tennis et le ski, lisant Shakespeare et des romans historiques, et appréciant les Monty Pytthon. Sa fille Eleanor fut une présentatrice de télévision vedette (disparue à la suite d’un cancer du cerveau) et son fils aîné Ted, entrepreneur, fit, quant à lui, également, de la politique en se faisant élire membre du sénat local du Minnesota du 8 janvier 1991 au 6 janvier 1997.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 janvier 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Biographie de Walter Mondale.
Woodrow Wilson.
Walter Mondale.
Les Quatorze points du Président Wilson (texte intégral du discours du 8 janvier 1918).
Geraldine Ferraro.
Le cinéma parlant.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Charlie Chaplin.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180105-walter-mondale.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/walter-mondale-retour-sur-sa-200285

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/01/05/36016781.html


 

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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 05:24

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180108-woodrow-wilson.html




Discours du Président Woodrow Wilson au Congrès américain le 8 janvier 1918 à Washington


Gentlemen of the Congress:

Once more, as repeatedly before, the spokesmen of the Central Empires have indicated their desire to discuss the objects of the war and the possible basis of a general peace. Parleys have been in progress at Brest-Litovsk between Russian representatives and representatives of the Central Powers to which the attention of all the belligerents has been invited for the purpose of ascertaining whether it may be possible to extend these parleys into a general conference with regard to terms of peace and settlement.

The Russian representatives presented not only a perfectly definite statement of the principles upon which they would be willing to conclude peace, but also an equally definite program of the concrete application of those principles. The representatives of the Central Powers, on their part, presented an outline of settlement which, if much less definite, seemed susceptible of liberal interpretation until their specific program of practical terms was added. That program proposed no concessions at all, either to the sovereignty of Russia or to the preferences of the populations with whose fortunes it dealt, but meant, in a word, that the Central Empires were to keep every foot of territory their armed forces had occupied--every province, every city, every point of vantage as a permanent addition to their territories and their power.

It is a reasonable conjecture that the general principles of settlement which they at first suggested originated with the more liberal statesmen of Germany and Austria, the men who have begun to feel the force of their own peoples' thought and purpose, while the concrete terms of actual settlement came from the military leaders who have no thought but to keep what they have got. The negotiations have been broken off. The Russian representatives were sincere and in earnest. They cannot entertain such proposals of conquest and domination.

The whole incident is full of significance. It is also full of perplexity. With whom are the Russian representatives dealing? For whom are the representatives of the Central Empires speaking? Are they speaking for the majorities of their respective parliaments or for the minority parties, that military and imperialistic minority which has so far dominated their whole policy and controlled the affairs of Turkey and of the Balkan States which have felt obliged to become their associates in this war?

The Russian representatives have insisted, very justly, very wisely, and in the true spirit of modern democracy, that the conferences they have been holding with the Teutonic and Turkish statesmen should be held within open, not closed, doors, and all the world lies been audience, as was desired. To whom have we been listening, then? To those who speak the spirit and intention of the resolutions of the German Reichstag of the 9th of July last, the spirit and intention of the liberal leaders and parties of Germany, or to those who resist and defy that spirit and intention and insist upon conquest and subjugation? Or are we listening, in fact, to both, unreconciled and in open and hopeless contradiction? These are very serious and pregnant questions. Upon the answer to them depends the peace of the world.

But whatever the results of the parleys at Brest-Litovsk, whatever the confusions of counsel and of purpose in the utterances of the spokesmen of the Central Empires, they have again attempted to acquaint the world with their objects in the war and have again challenged their adversaries to say what their objects are and what sort of settlement they would deem just and satisfactory. There is no good reason why that challenge should not be responded to, and responded to with the utmost candor. We did not wait for it. Not once, but again and again we have laid our whole thought and purpose before the world, not in general terms only, but each time with sufficient definition to make it clear what sort of definite terms of settlement must necessarily spring out of them. Within the last week Mr. Lloyd George has spoken with admirable candor and in admirable spirit for the people and Government of Great Britain.

There is no confusion of counsel among the adversaries of the Central Powers, no uncertainty of principle, no vagueness of detail. The only secrecy of counsel, the only lack of fearless frankness, the only failure to make definite statement of the objects of the war, lies with Germany and her allies. The issues of life and death hang upon these definitions. No statesman who has the least conception of his responsibility ought for a moment to permit himself to continue this tragical and appalling outpouring of blood and treasure unless he is sure beyond a peradventure that the objects of the vital sacrifice are part and parcel of the very life of society and that the people for whom he speaks think them right and imperative as he does.

There is, moreover, a voice calling for these definitions of principle and of purpose which is, it seems to me, more thrilling and more compelling than any of the many moving voices with which the troubled air of the world is filled. It is the voice of the Russian people. They are prostrate and all but helpless, it would seem, before the grim power of Germany, which has hitherto known no relenting and no pity. Their power, apparently, is shattered. And yet their soul is not subservient. They will not yield either in principle or in action. Their conception of what is right, of what is humane and honorable for them to accept, has been stated with a frankness, a largeness of view, a generosity of spirit, and a universal human sympathy which must challenge the admiration of every friend of mankind; and they have refused to compound their ideals or desert others that they themselves may be safe.

They call to us to say what it is that we desire, in what, if in anything, our purpose and our spirit differ from theirs; and I believe that the people of the United States would wish me to respond, with utter simplicity and frankness. Whether their present leaders believe it or not, it is our heartfelt desire and hope that some way may be opened whereby we may be privileged to assist the people of Russia to attain their utmost hope of liberty and ordered peace.

It will be our wish and purpose that the processes of peace, when they are begun, shall be absolutely open and that they shall involve and permit henceforth no secret understandings of any kind. The day of conquest and aggrandizement is gone by; so is also the day of secret covenants entered into in the interest of particular governments and likely at some unlooked-for moment to upset the peace of the world. It is this happy fact, now clear to the view of every public man whose thoughts do not still linger in an age that is dead and gone, which makes it possible for every nation whose purposes are consistent with justice and the peace of the world to avow now or at any other time the objects it has in view.

We entered this war because violations of right had occurred which touched us to the quick and made the life of our own people impossible unless they were corrected and the world secured once for all against their recurrence.

What we demand in this war, therefore, is nothing peculiar to ourselves. It is that the world be made fit and safe to live in; and particularly that it be made safe for every peace-loving nation which, like our own, wishes to live its own life, determine its own institutions, be assured of justice and fair dealing by the other peoples of the world, as against force and selfish aggression.

All the peoples of the world are in effect partners in this interest, and for our own part we see very clearly that unless justice be done to others it will not be done to us.

The program of the world's peace, therefore, is our program; and that program, the only possible program, all we see it, is this:

1. Open covenants of peace must be arrived at, after which there will surely be no private international action or rulings of any kind, but diplomacy shall proceed always frankly and in the public view.

2. Absolute freedom of navigation upon the seas, outside territorial waters, alike in peace and in war, except as the seas may be closed in whole or in part by international action for the enforcement of international covenants.

3. The removal, so far as possible, of all economic barriers and the establishment of an equality of trade conditions among all the nations consenting to the peace and associating themselves for its maintenance.

4. Adequate guarantees given and taken that national armaments will be reduced to the lowest points consistent with domestic safety.

5. A free, open-minded, and absolutely impartial adjustment of all colonial claims, based upon a strict observance of the principle that in determining all such questions of sovereignty the interests of the population concerned must have equal weight with the equitable claims of the government whose title is to be determined.

6. The evacuation of all Russian territory and such a settlement of all questions affecting Russia as will secure the best and freest cooperation of the other nations of the world in obtaining for her an unhampered and unembarrassed opportunity for the independent determination of her own political development and national policy, and assure her of a sincere welcome into the society of free nations under institutions of her own choosing; and, more than a welcome, assistance also of every kind that she may need and may herself desire. The treatment accorded Russia by her sister nations in the months to come will be the acid test of their good will, of their comprehension of her needs as distinguished from their own interests, and of their intelligent and unselfish sympathy.

7. Belgium, the whole world will agree, must be evacuated and restored, without any attempt to limit the sovereignty which she enjoys in common with all other free nations. No other single act will serve as this will serve to restore confidence among the nations in the laws which they have themselves set and determined for the government of their relations with one another. Without this healing act the whole structure and validity of international law is forever impaired.

8. All French territory should be freed and the invaded portions restored, and the wrong done to France by Prussia in 1871 in the matter of Alsace-Lorraine, which has unsettled the peace of the world for nearly fifty years, should be righted, in order that peace may once more be made secure in the interest of all.

9. A re-adjustment of the frontiers of Italy should be effected along clearly recognizable lines of nationality.

10. The peoples of Austria-Hungary, whose place among the nations we wish to see safeguarded and assured, should be accorded the freest opportunity of autonomous development.

11. Romania, Serbia, and Montenegro should be evacuated; occupied territories restored; Serbia accorded free and secure access to the sea; and the relations of the several Balkan states to one another determined by friendly counsel along historically established lines of allegiance and nationality; and international guarantees of the political and economic independence and territorial integrity of the several Balkan states should be entered into.

12. The Turkish portions of the present Ottoman Empire should be assured a secure sovereignty, but the other nationalities which are now under Turkish rule should be assured an undoubted security of life and an absolutely unmolested opportunity of autonomous development, and the Dardanelles should be permanently opened as a free passage to the ships and commerce of all nations under international guarantees.

13. An independent Polish state should be erected which should include the territories inhabited by indisputably Polish populations, which should be assured a free and secure access to the sea, and whose political and economic independence and territorial integrity should be guaranteed by international covenant.

14. A general association of nations must be formed under specific covenants for the purpose of affording mutual guarantees of political independence and territorial integrity to great and small states alike.

In regard to these essential rectifications of wrong and assertions of right, we feel ourselves to be intimate partners of all the governments and peoples associated together against the imperialists. We cannot be separated in interest or divided in purpose. We stand together until the end.

For such arrangements and covenants we are willing to fight and to continue to fight until they are achieved; but only because we wish the right to prevail and desire a just and stable peace such as can be secured only by removing the chief provocations to war, which this program does remove.

We have no jealousy of German greatness, and there is nothing in this program that impairs it. We grudge her no achievement or distinction of learning or of pacific enterprise such as have made her record very bright and very enviable. We do not wish to injure her or to block in any way her legitimate influence or power. We do not wish to fight her either with arms or with hostile arrangements of trade, if she is willing to associate herself with us and the other peace-loving nations of the world in covenants of justice and law and fair dealing.

We wish her only to accept a place of equality among the peoples of the world--the new world in which we now live--instead of a place of mastery.

Neither do we presume to suggest to her any alteration or modification of her institutions. But it is necessary, we must frankly say, and necessary as a preliminary to any intelligent dealings with her on our part, that we should know whom her spokesmen speak for when they speak to us, whether for the Reichstag majority or for the military party and the men whose creed is imperial domination.

We have spoken now, surely, in terms too concrete to admit of any further doubt or question. An evident principle runs through the whole program I have outlined. It is the principle of justice to all peoples and nationalities, and their right to live on equal terms of liberty and safety with one another, whether they be strong or weak.

Unless this principle be made its foundation, no part of the structure of international justice can stand. The people of the United States could act upon no other principle, and to the vindication of this principle they are ready to devote their lives, their honor, and everything that they possess. The moral climax of this, the culminating and final war for human liberty has come, and they are ready to put their own strength, their own highest purpose, their own integrity and devotion to the test.

Woodrow Wilson, 8th january 1918, USA Congress in Washinton.

Source : en.m.wikisource.org


Traduction française :


Une fois de plus, comme à plusieurs reprises déjà auparavant, les hommes d’État, porte-parole des empires centraux, ont manifesté leur désir de discuter les objets de la guerre et les bases possibles d’une paix générale. Des négociations ont été engagées à Brest-Litovsk entre les représentants des puissances centrales et des représentants de la Russie, et tous les belligérants ont été appelés à porter leur attention, sur ces négociations, dans le dessein d’établir s’il peut être possible d’étendre ces pourparlers à une conférence générale concernant les termes de la paix et leur règlement.

Les représentants de la Russie ont présenté non seulement un exposé parfaitement défini des principes sur lesquels seraient désireux de conclure la paix, mais aussi un programme défini de l’application, concrète de ces principes.

Les représentants des puissances centrales, de leur côté, ont présenté un projet de règlement qui, bien que beaucoup moins précis, a paru susceptible d’une interprétation libérale jusqu’à ce qu’y fût ajouté leur programme spécifique des conditions pratiques de la paix. Or, ce programme ne proposait aucune concession d’aucun ordre, ni en ce qui concerne la souveraineté de la Russie, ni en ce qui concerne les préférences des populations dont ils prétendaient le sort ; mais signifiait en un mot que les empires centraux entendaient garder chaque pouce de territoire que leurs forces armées avaient occupé — toutes les provinces, toutes les villes, en somme tous leurs avantages — comme une addition permanente à leurs territoires et leur puissance.

Il est raisonnable de supposer que les principes généraux de règlement qu’ils avaient tout d’abord suggérés émanaient des hommes d’État les plus libéraux d’Allemagne et d’Autriche, des hommes qui ont commencé à comprendre la force de la véritable pensée et des intentions de leurs propres peuples, tandis que les conditions concrètes du règlement actuel provenaient des chefs militaires qui n’ont d’autre pensée que de garder ce qu’ils ont pris.

Les négociations ont été rompues. Les représentants de la Russie étaient sincères et de bonne foi. Ils ne peuvent envisager de pareilles propositions de conquête et de domination. Cet incident, dans son ensemble, est gros d’enseignements ; il est aussi gros de perplexité. Avec qui les représentants russes traitent-ils ? Au nom de qui les représentants des empires centraux parlent-ils ? Partent-ils pour les majorités de leurs Parlements respectifs ou pour les partis minoritaires, cette minorité militaire et impérialiste, qui a jusqu’ici dominé toute leur politique et contrôlé les affaires de Turquie et les États balkaniques, lesquels se sont vus obligés de devenir leurs associés dans cette guerre ?

Les représentants de la Russie ont insisté, très justement, très sagement et dans le véritable esprit de la démocratie moderne, pour que les conférences qu’ils ont engagées avec les hommes d’État allemands et turcs soient tenues portes ouvertes, et non portes fermées, et le monde entier a été appelé à l’audience, comme on le désirait.

La définition des principes et des intentions

Qui avons-nous entendu ? Ceux qui représentent l’esprit du Reichstag allemand du 9 juillet, l’esprit et les intentions des chefs libéraux de l’Allemagne, et de leur parti, ou ceux qui résistent à cet esprit, et à ces intentions, qui les combattent et qui insistent pour la conquête et la soumission par la force, ou entendons-nous, en fait, les uns et les autres irréconciliés dans une contradiction ouverte et sans espoir d’entente ? Ce sont là des questions très sérieuses, très poignantes.

De leur réponse, dépend la paix du monde. Mais, quels, que soient les résultats des pourparlers de Brest-Litovsk, quelles que soient les conclusions d’intention ou de fait qui suivront les déclarations des représentants des empires centraux, ceux-ci ont déjà, de nouveau, prétendu saisir le monde de leurs objectifs de guerre et ont de nouveau défié leurs adversaires de déclarer quels sont leurs propres objectifs et quelle sorte de règlement ils estimeraient juste et satisfaisant. Il n’y a aucune bonne raison pour que ce défi ne soit pas relevé et qu’il n’y soit pas répondu avec la plus grande loyauté.

Nous n’avons, pas d’ailleurs attendu ce moment pour le faire. Non pas une fois, mais à plusieurs reprises, encore et encore, nous avons exposé toute notre pensée, tous nos desseins devant le monde, et non pas en des termes généraux seulement, mais chaque fois avec une précision suffisante pour établir clairement quelles sortes de conditions définitives de paix doivent nécessairement en sortir. La semaine dernière, M. Lloyd George a parlé avec une admirable sincérité et dans un esprit de loyauté admirable pour le peuple et le gouvernement de la Grande-Bretagne. Il n’y a aucune confusion dans les conseils des adversaires des puissances centrales, aucune incertitude en ce qui concerne leurs principes ; aucun détail n’a été laissé dans le vague. C’est seulement du côté de l’Allemagne et de ses alliés que les intentions sont restées secrètes, que l’on se trouve en présence d’un manque de franchise rigoureuse ; ce sont eux seuls qui ont manqué à donner une définition précise de leurs objectifs de guerre.

La fin de ce terrible conflit de vie et de mort dépend de cette définition des buts de guerre. Aucun homme d’État ayant la moindre conception de sa responsabilité ne doit, pour un moment, se permettre de prolonger ces tragiques et effrayants sacrifices de sang et d’argent, à moins qu’il ne soit sûr, sans conteste et quoi qu’il arrive, que les buts de ces sacrifices sont partie indissoluble de la vie même de la société et que les peuples pour lesquels il parle estiment ces buts justes et impératifs autant qu’il le juge lui-même.

Il y a de plus une voix qui réclame cette définition des principes et des intentions, et qui est, il une semble, plus émouvante et plus persuasive qu’aucune des nombreuses voix qui font actuellement retentir l’air troublé du monde. C’est la voix du peuple russe. Les Russes sont écrasés et, semblerait-il, sans espoir, sous la force effroyable de l’Allemagne qui n’a jusqu’ici connu aucune pitié. Leur puissance, en apparence, est brisée.

Et cependant leur âme n’est pas abattue. Ils ne céderont ni sur le principe, ni dans les actes. Leur conception de ce qu’il est juste, de ce qu’il est humain et honorable pour eux d’accepter, a été déclarée avec une franchise, une largeur de vues, une générosité d’esprit et une sympathie humaine, universelle, qui doivent provoquer l’admiration de tout ami de l’humanité, et ils ont refusé de transiger sur leurs idéals ou d’abandonner les autres pour se mettre eux-mêmes en sûreté. Ils s’adressent à nous, nous demandant ce que nous désirons et si, sur quelques points, notre but et notre esprit diffèrent des leurs ; et je crois que le peuple des États-Unis désirerait que je leur répondisse avec la plus grande simplicité et la plus grande franchise.

Que leurs chefs présents le croient ou non, c’est notre désir et notre espoir les plus chers, que quelque moyen soit trouvé qui nous donna le privilège d’aider le peuple de Russie à réaliser son espoir suprême de liberté et de paix dans l’ordre.

La procédure de paix, quand elle aura commencé, devra être absolument ouverte et ne devra par conséquent inclure et permettre d’accords secrets d’aucune sorte. Le temps des conquêtes et des agrandissements est passé, de même également le temps des conventions secrètes conclues dans l’intérêt de gouvernements particuliers et susceptibles de détruire à quelque moment inattendu la paix du monde.

C’est ce fait heureux, maintenant clair aux yeux de tout homme public dont les pensées ne sont pas attardées dans un âge qui est révolu, qui rend possible à toute nation dont les buts sont conformes à la justice et la paix du monde, de proclamer maintenant ou en tout autre temps les objets qu’elle a en vue.

Les conditions de la paix mondiale

Nous sommes entrés dans cette guerre parce que des violations du droit nous touchaient au vif et rendaient la vie de notre peuple impossible, à moins qu’elles ne fussent réparées et que le monde ne fût une fois pour toutes assuré contre leur retour.

Ce que nous demandons dans cette guerre, par suite, ce n’est rien de particulier pour nous-mêmes, c’est que le monde soit rendu sûr et qu’il soit possible d’y vivre, et en particulier qu’il soit rendu sûr pour toute nation aimant la paix qui, comme la nôtre, désire vivre sa propre vie, déterminer ses propres institutions, être assurée de la justice et des agissements loyaux des autres peuples du monde vis-à-vis de la force et des agressions égoïstes. Tous les peuples du monde sont en effet solidaires dans cet intérêt, et en ce qui nous concerne, nous voyons très clairement qu’à moins que justice ne soit faite aux autres, elle ne nous sera pas faite à nous.

Le programme de la paix mondiale est, en conséquence, notre programme, et ce programme, le seul programme possible selon nous, est celui-ci :

1° Des conventions de paix ouvertes, ouvertement conclues et après lesquelles il n’y aura pas d’accords internationaux privés d’aucune sorte ; mais la diplomatie agira toujours franchement et en vue de tous ;

2° Liberté absolue de la navigation sur les mers, en dehors des eaux territoriales, aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre, sauf pour les mers qui pourraient être fermées en totalité ou en partie par une action internationale en vue de l’exécution d’accords internationaux ;

3° Suppression en tant qu’il sera possible de toutes les barrières économiques et établissement de conditions commerciales égales entre toutes les nations consentant à la paix et s’associant pour la maintenir ;

4° Garanties convenables données et prises que les armements nationaux seront réduits au dernier point compatible avec la sécurité du pays ;

5° Un libre arrangement d’un esprit large et absolument impartial de toutes les revendications coloniales, basé sur l’observation stricto du principe qu’en fixant toutes les questions de souveraineté, des intérêts des populations intéressées devront avoir un poids égal à celui des demandes équitables du gouvernement dont la base doit être déterminée ;

6° Évacuation de tous les territoires russes et règlement de toutes les questions concernant la Russie qui assurera la meilleure et la plus libre coopération des autres nations pour donner à la Russie une occasion de déterminer, sans être entravée ni embarrassée, l’indépendance de son propre développement politique et de sa politique nationale ; pour lui assurer un sincère accueil dans la Société des nations libres sous des institutions de son propre choix et plus qu’un accueil, toute aide dont elle aurait besoin et qu’elle désirerait. Le traitement accordé à la Russie par ses nations sœurs, pendant les mois à venir, sera la pierre de touche de leur ferme volonté ou de leur compréhension de ses besoins, abstraction faite de leurs propres intérêts et de leur intelligente et désintéressée sympathie ;

7° Belgique. Le monde entier sera d’accord qu’elle doit être évacuée et restaurée sans aucune tentative de limiter la souveraineté dont elle jouit de concert avec les autres nations libres. Aucun autre acte ne servira autant que celui-ci à rétablir la confiance parmi les nations dans les lois qu’elles ont établies et fixées elles-mêmes pour régir leurs relations entre elles. Sans cet acte salutaire toute la structure et la validité de toutes les lois internationales seront à jamais affaiblies ;

8° Tout le territoire français devra être libéré et las régions envahies devront être restaurées ; le tort, fait à la France par la Prusse en 1871 en ce qui concerne l’Alsace-Lorraine, qui a troublé la paix du monde pendant près de cinquante ans, devra être réparé afin que la paix puisse une fois de plus être assurée dans l’intérêt de tous ;

9° Le réajustement des frontières de l’Italie devra être effectué suivant les bases des nationalités clairement reconnaissables ;

10° Aux peuples de l’Autriche-Hongrie dont nous désirons voir la place sauvegardée et assurée parmi les nations, on devra donner le plus largement l’occasion d’un développement -autonome ;

11° La Roumanie, la. Serbie et le Montenegro devront être évacués, et les territoires occupés devront être restitués ; à la -Serbie, on devra accorder un libre et sûr accès à la mer, et les relations entre les divers États balkaniques devront être fixées d’entente amicale sur les conseils des .puissances et d’après les bases de nationalités et de suzeraineté établies historiquement. On fournira à ces États balkaniques des garanties d’indépendance politique et économique et d’intégrité de leurs territoires ;

12° Une souveraineté sûre sera assurée par les parties turques de l’empire ottoman actuel, mais les autres nationalités qui se trouvent en ce moment sous la domination turque devront être assurées d’une sécurité indubitable d’existence et d’une occasion exemple d’obstacles de se développer d’une façon autonome, et les Dardanelles devront être ouvertes d’une façon permanente en constituant un passage libre pour les navires et le commerce de toutes les nations suivant des garanties internationales ;

13° Un État polonais indépendant devra être établi, II devra comprendre les territoires habités par des populations incontestablement polonaises auxquelles on devra assurer un libre et sûr accès à la mer et dont l’indépendance politique et économique ainsi que l’intégrité territoriale devront être garanties par un accord international ;

14° Une Association générale des nations devra, être formée d’après des conventions spéciales dans le but de fournir des garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité territoriale aux grands comme aux petits États.

La justice pour tous les peuples

Au sujet de ces réparations essentielles, du tort causé et des revendications de justice, nous nous sentons intimement liés à tous les gouvernements et à tous les peuples associés pour combattre les impérialistes. Nous ne saurions être séparés dans la question des intérêts ni divisés quant au but à atteindre. Nous resterons étroitement unis jusqu’à la fin. Pour arriver à de tels arrangements et à de telles conventions, nous sommes disposés à combattre et à continuer de combattre jusqu’à ce qu’ils soient réalisés ; mais seulement parée que nous souhaitons voir le droit triompher et parce que nous désirons une paix stable et juste qui ne peut être assurée qu’après l’élimination des principaux motifs de guerre que ce programme fera disparaître. Nous ne sommes nullement jaloux de la grandeur de l’Allemagne et il n’y a rien dans ce programme qui puisse l’affaiblir.

Nous ne la jalousons ni pour ses œuvres, ni pour sa haute science, ni pour les entreprises pacifiques telles que celles qui lui avaient assuré une situation très brillante et très enviable. Nous ne désirons pas lui nuire ou contrecarrer, d’une façon quelconque, son influence ou sa puissance légitime. Nous ne désirons pas la combattre par les armes ou par des arrangements commerciaux hostiles si elle est désireuse de s’associer avec nous ou avec les autres nations du monde aimant la paix dans des conventions justes, conformes aux lois et loyales. Ce que nous désirons d’elle, c’est seulement qu’elle accepte une place égale à celle des autres, parmi les peuples — du monde du monde nouveau dans lequel nous vivons maintenant — au lieu d’une place dominante.

Nous n’avons pas non plus l’intention de lui suggérer aucun changement ou aucune modification de ses institutions. Mais il est nécessaire, nous devons le dire franchement, et nécessaire comme prélude à toute relation intelligente avec elle de notre part, que nous sachions au nom de qui parlent leurs porte-parole quand ils s’adressent à nous, si c’est au nom de la majorité du Reichstag ou en celui du parti militaire et des hommes dont le credo est la domination impériale.

Nous avons parlé maintenant, avec soin, en termes trop concrets pour admettre aucun doute ou aucune question ultérieurs.

Un principe évident apparaît à travers tout le programme que j’ai esquissé. C’est le principe de justice pour tous les peuples et nationalités, et leur droit de vivre sur un pied d’égalité dans des conditions de liberté et de sécurité les uns avec les autres, qu’ils soient forts ou faibles. Si elle n’a pas pour base ce principe, aucune partie de l’armature de la justice internationale ne peut exister.

Le peuple des États-Unis ne pourrait agir en vertu d’aucun autre principe, et pour la défense de ce principe, il est prêt à consacrer sa vie, son honneur et tout ce qu’il possède. L’épreuve morale décisive de cette guerre suprême et finale pour la liberté humaine est venue et le peuple des États-Unis est prêt à mettre son intégrité et son dévouement à l’épreuve.

Woodrow Wilson, le 8 janvier 1918, au Congrès américain, à Washington.

Source : Traduction de l'agence Havas diffusée par le journal "Le Temps" du  11 janvier 1918.
via Source : gallica.BnF.fr
cité par : langlois.blog.lemonde.fr

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180108-discours-wilson-quatorze-points.html


 

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