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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 01:05

« Si Bill Clinton avait été le Titanic, l’iceberg aurait coulé. » (Blague américaine citée par "Le Monde" du 20 décembre 1998).


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Entre lui et elle, il n’y a pas photo. Lui est charismatique, séducteur, chaleureux, convivial et même introspectif (son côté baptiste). Elle est renfermée, froide, glaciale, repoussante et secrète. Ils ont tous les deux de l’intelligence à revendre, et de l’ambition. Lui était considéré comme un plouc venu du fin fond du pays. Elle était la représentante de l’etablishment la plus caricaturale de la côte Est. Lui a réussi à battre un Président sortant imbattable après trois mandats républicains qui ont redonné fierté aux Américains. Elle, c’était elle qui était imbattable, face à un candidat improbable, vulgaire, grossier, milliardaire, brutal, péremptoire, simpliste, incompétent, gaffeur, machiste, etc.

Lui, Bill Clinton, a été élu quarante-deuxième Président des États-Unis il y a juste vingt-cinq ans, le 3 novembre 1992. Ce fut une grande surprise. Quasiment inconnu, gouverneur d’un petit État, il a battu George HW Bush (père), Président sortant d’un pays sorti grandi (en termes de fierté nationale) par la guerre du Golfe contre Saddam Hussein. Elle, Hillary Clinton, a été battue par l’oligarque de l’immobilier fructueux Donald Trump l’an dernier (le 8 novembre 2016). Rejetée par les électeurs, elle le fut deux fois puisque Barack Obama avait déjà balayé sa candidature aux primaires démocrates de 2008.

Pourtant, avec l’élection d’une femme, Hillary Clinton aurait pu montrer peut-être la maturité politique d’un pays que la France n’a pas encore acquise (au contraire du Royaume-Uni, de l’Allemagne, d’Israël, de l’Inde, du Pakistan, du Brésil, du Chili, de l’Argentine, de la Pologne, des Philippines, de l'Islande, de l'Australie, de l'Ukraine, de l'Irlande, de l'Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Suisse, de la Finlande, de la Moldavie, etc.). Certes, une telle élection aurait aussi consacrée une nouvelle fois une certaine démocratie dynastique après les Kennedy, les Bush, mais cette perspective n’était pas pour déplaire au retraité Bill, avec suffisamment de modestie et d’autodérision pour s’imaginer en …Première Dame ! Lors des dernières semaines de son dernier mandat, il avait d’ailleurs publié un clip vidéo où il montrait qu’il s’ennuyait, qu’il ne savait plus quoi faire, faire la lessive, etc., lui, le Président des États-Unis qui serait le maître du monde.

C’est cette sincérité couplée avec un certain cynisme qui ont façonné Bill Clinton dès son jeune âge. Une sorte de volonté de se brider, d’être honnête tout en pratiquant le cynisme le plus odieux, tout en maniant avec dextérité l’art de ne pas avoir d’opinion, l’art de ne pas savoir quoi décider, l’art de ménager la chèvre et le chou (il n’est pas le seul dans ce cas et l’on pourrait aussi y ranger François Hollande voire Emmanuel Macron, mais ce dernier, peut-être pas à sa propre initiative, s’est retrouvé en situation de grand clivage).

Bill Clinton a maintenant 71 ans, né le 19 août 1946 dans l’Arkansas. Il est devenu rapidement ambitieux. Bon élève, il rencontra même le Président John Kennedy à la Maison-Blanche le 24 juillet 1963 car sélectionné parmi les meilleurs élèves. Après des études de politique internationale à l’Université de Georgetown, il continua son cursus à l’Université d’Oxford en Grande-Bretagne (l’un des rares Présidents américains à avoir séjourné en Europe et à la connaître), puis enfin, des études de droit à la prestigieuse Université Yale où il rencontra Hillary Rodham, elle aussi très ambitieuse, qui est devenue avocate (comme plus tard Michelle Obama).

Dès l’âge de 23 ans, Bill Clinton avait déjà une conscience aiguë des responsabilités en politique, en commentant ainsi le scandale de Chappaquiddick touchant le jeune sénateur Ted Kennedy le 18 juillet 1969 : « La politique donne aux gens un tel pouvoir et un si grand ego qu’ils ont tendance à mal se comporter à l’égard des femmes. J’espère que je n’en arriverai jamais là. » (Cité par Jan Krauze dans "Le Monde" du 20 décembre 1998). Cocasse lorsqu’on connaît la suite de l’histoire.

Après un échec électoral pour être représentant, le jeune professeur de droit de l’Université d’Arkansas fut élu le 2 novembre 1976 procureur général de l’Arkansas, tremplin pour se faire élire le 7 novembre 1978 gouverneur de l’Arkansas à l’âge de 32 ans. Il fut alors le plus jeune gouverneur des États-Unis. Réélu plusieurs fois, il fut gouverneur de cet État du 9 janvier 1979 au 19 janvier 1981 et du 11 janvier 1983 au 12 décembre 1992 (il fut battu par le républicain Franck D. White le 4 novembre 1980 à cause de mesures impopulaires comme la mise en place d’une vignette automobile). En 1978, il fut reçu à la Maison-Blanche par la "grande porte", en tant que gouverneur démocrate, par le Président Jimmy Carter.

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Ses mandats de gouverneur, et aussi son échec en 1982, ont été très formateurs pour Bill Clinton dans son apprentissage de la vie politique américaine. Il a savamment construit son réseau personnel dès cette époque dans la perspective d’une candidature. Savoir séduire les principaux acteurs et notables qui faisaient l’opinion ou qui finançaient la campagne. Et évidemment, il a appris à se faire apprécier du peuple. L’élection présidentielle de 1992 fut alors une occasion en or pour lui. Il était encore jeune (45 ans), mais déjà suffisamment âgé pour montrer de l’expérience dans la gestion des choses publiques et rassurer.

Les événements au Moyen-Orient, la Guerre du Golfe consécutive à l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, ont apporté une grande popularité au Président républicain sortant Georges HW Bush (père) dont la réélection laissait peu de doute, si bien qu’aucun grand leader du Parti démocrate ne voulait se frotter à un échec assuré, notamment des anciens candidats aux primaires démocrates de 1988, comme les sénateurs Al Gore et Lloyd Bentsen, ou encore le populaire gouverneur de New York Mario Cuomo, le sénateur Bill Bradley, etc. Bill Clinton s’est trouvé en compétition avec l’ancien gouverneur de Californie Jerry Brown et l’ancien sénateur Paul Tsongas.

Positionné au centre (aile droite du Parti démocrate) et quasiment inconnu de l’opinion publique, Bill Clinton n’avait prononcé qu’un seul discours d’envergure nationale, lors de la convention démocrate des primaires démocrates précédentes, en 1988, lors de la désignation du candidat Michael Dukakis. Le début des primaires fut difficile pour Bill Clinton, battu dans les premiers États et rapidement fustigé par certains journalistes pour une aventure extraconjugale, écart de conduite personnel qui fut fatal au favori des primaires démocrates de 1988, Gary Hart. Accompagné publiquement de son épouse Hillary pendant sa campagne, Bill Clinton a remporté le Super Tuesday et finalement les primaires elles-mêmes, désigné à la convention démocrate de New York, du 13 au 16 juillet 1992, par 3 372 délégués sur 4 276 au total. Al Gore, sensiblement du même profil que lui (jeune, centriste, sudiste), fut son colistier.

Du côté républicain, sans surprise, la convention républicaine de Houston, du 17 au 20 août 1992, à laquelle participa l’ancien Président Ronald Reagan, désigna George HW Bush (père) candidat et Dan Quayle (Vice-Président sortant) colistier.

Bien que favori, George HW Bush fut handicapé par la candidature du millionnaire indépendant Ross Perot qui cassa la bipolarité du paysage politique américain en imposant un troisième pôle proche des idées conservatrices. Bill Clinton profita de cette situation et fut élu le 3 novembre 1992 Président des États-Unis en remportant 370 grands électeurs et 44,9 millions de voix (seulement 43,0%) face à George HW Bush seulement 168 grands électeurs et 39,1 millions de voix (37,5%) et à Ross Perot 19,7 millions de voix (18,9%) sans remporter de grand électeur.

Bon candidat, Bill Clinton a débuté Président de manière un peu plus laborieuse. Sa jeunesse, son charisme et aussi sa faible notoriété avant les primaires le faisaient comparer à deux figures de Présidents démocrates très différentes : le légendaire John Kennedy d’une part, et l’impopulaire Jimmy Carter d’autre part. Il ne fut ni l’un, ni l’autre.

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Dans la première moitié de son premier mandat, il a eu un grand pouvoir puisque les deux chambres du Congrès étaient également à majorité démocrate. Mais le projet de sécurité sociale pour tous, préparée par son épouse Hillary, inquiéta même les parlementaires démocrates et les deux chambres ont changé de majorité lors des élections à mi-mandat du 8 novembre 1994. L’exemple le plus frappant fut l’élection comme Président de la Chambre des représentants de Newt Gingrich, d’une "droite musclée", principale figure d’opposition (et susceptible d’être le candidat républicain en 1996), et Bob Dole redevint le leader de la majorité républicaine au Sénat (mais pas son Président qui est le rôle du Vice-Président des États-Unis).

Malgré son échec électoral du 8 novembre 1994, Bill Clinton fut largement réélu le 5 novembre 1996 avec 47,4 millions de voix (49,2%) et 379 grands électeurs face à Bob Dole 39,2 millions de voix (40,7%) et 159 grands électeurs. Ross Perot continuait à jouer les trouble-fête contre les républicains en rassemblant 8,1 millions de voix (8,4%). Bill Clinton termina son second mandat le 20 janvier 2001. Ce fut la première fois depuis Franklin Delano Roosevelt, Président entre 1933 et 1945, qu’un Président démocrate ait pu exercer deux mandats successifs. Barack Obama a fait de même entre 2009 et 2017.

La politique extérieure de Bill Clinton fut très interventionniste, avec la poursuite de l’intervention en Somalie. Ce fut surtout la guerre en ex-Yougoslavie qui marqua ses deux mandats. Dès le 14 juin 1995, à peine élu, le Président français Jacques Chirac rencontra Bill Clinton à la Maison-Blanche et lui demanda de s’impliquer dans la guerre en Bosnie (beaucoup de prises d’otages parmi les Casques bleus de l’ONU).

Ce sujet n’était pas initialement au programme, mais Jacques Chirac n’en avait que faire et s’éclipsa seul avec Bill Clinton pendant une heure, laissant poireauter leurs autres interlocuteurs, notamment le Vice-Président des États-Unis Al Gore, la plupart des ministres américains, les ministres français Alain Madelin et Hervé de Charette, et aussi le Président de la Commission Européenne Jacques Santer (Jacques Chirac était venu aux États-Unis en tant que Président en exercice du Conseil Européen pour un Sommet Europe/États-Unis qui ne dura finalement qu’une vingtaine de minutes !).

Convaincu, le Président américain décida de réagir contre la Serbie et sa volonté de "nettoyage ethnique", mais devait convaincre le Congrès (devenu républicain) pour voter le financement d’une intervention américaine. L’un des arguments de Jacques Chirac fut de dire que négliger la situation bosniaque lui serait reproché pour sa campagne de réélection (alors que durant le premier mandat, il ne faisait aucun geste sans penser à sa réélection). Jacques Chirac a rencontré aussi Newt Gingrich et Bob Dole pour les convaincre de ne pas faire d’obstruction au Congrès.

L’implication de Bill Clinton dans les affaires yougoslaves a abouti aux accords de Dayton signés le 14 décembre 1995 par le Président serbe Slobodan Milosevic, le Président croate Franjo Tudjman et le Président bosniaque Alija Izetbegovic pour mettre fin à la guerre civile en Bosnie (l’initiative fut menée par Richard Holbrooke).

Un autre succès diplomatique essentiel a marqué la Présidence Clinton, ce furent les accords d’Oslo signés le 13 septembre 1993 à Washington par Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Pérès, ce qui valut aux trois protagonistes le Prix Nobel de la Paix 1993. Le processus de paix s’est toutefois enlisé à partir de 1996.

Sur le plan intérieur, au-delà d’un retour à la croissance économique durant les années 1990 (création de 22 millions d’emplois, taux de chômage le plus bas depuis trois décennies, etc.), la Présidence de Bill Clinton fut aussi "entachée" d’un scandale sexuel très surréaliste avec une procédure de destitution ("impeachment"). Le problème provenait d‘ailleurs plus du mensonge présidentiel que des faits reprochés.

Le 17 janvier 1998, Bill Clinton avait en effet nié sous serment avoir eu des relations sexuelles avec sa jeune stagiaire Monica (à l’époque de 22 ans), et l’a répété le 17 août 1998 : « I did not have sexual relations with that woman, Miss Lewinsky. ». Une procédure d’impeachment a donc été initiée : la Chambre des représentants a voté la destitution avec une courte majorité (républicaine) le 19 décembre 1998, mais les sénateurs, chargés de le juger, renoncèrent finalement à le destituer et l’acquittèrent le 12 février 1999. Les États-Unis furent la risée du monde pendant quelques mois.

Dans cette tourmente sexuelle, Bill Clinton a pu compter sur le fidèle soutien de son épouse Hillary qui est toujours restée à ses côtés, alors qu’elle avait le "mauvais rôle", probablement par amour et aussi parce qu’elle songeait à son propre avenir politique (elle avait politisé la polémique en disant que c’était une attaque de la "droite" américaine contre leurs projets sociaux). À l’étranger, il fut également soutenu très fidèlement par le Président français Jacques Chirac qui est devenu ainsi un ami très cher.

J’ai eu la coïncidence de me trouver pour des raisons professionnelles aux États-Unis en janvier 1998 et j’ai pu me rendre compte que les médias ne faisaient que parler à en être saturé de cette affaire (dérisoire au regard des drames du monde). Beaucoup de talk shows avec des "spécialistes avisés" dissertaient sur leur définition d’une "relation sexuelle" (aux heures d’écoute du grand public, y compris des enfants !). Comme j’étais sur la côte Est, majoritairement démocrate et favorable à Bill Clinton, on me disait parfois : « Vous, les Français, vous avez de la chance, ce n’est pas chez vous qu’on destituera votre Président pour une telle raison… ». J’opinais du chef, sans me douter que treize ans plus, le favori de la prochaine élection présidentielle Dominique Stauss-Kahn allait tomber précisément sur ce sujet de prédation sexuelle (certes, aux États-Unis aussi !).

On peut d’ailleurs rajouter que les Israéliens ont connu, eux aussi, un scandale encore pire puisque leur Président Moshe Katsav, élu le 31 juillet 2000, fut poussé à la démission le 1er juillet 2007 (à un mois de la fin de son mandat) avant d’être condamné à sept ans de prison ferme pour viol le 22 mars 2011, peine confirmée en appel le 10 novembre 2011 (il est sorti de prison le 21 décembre 2016).

Pour conclure sur la Présidence de Bill Clinton, je reviens sur deux traits de personnalité décrits par le correspondant du journal "Le Monde" à Washington.

Jan Krauze a en effet expliqué la mécanique de séduction chez Bill Clinton, le 20 décembre 1998 dans "Le Monde" : « Le plus apparent, le plus évident chez Bill Clinton, cela a toujours été le charme, la séduction, et plus encore l’aisance. Ce n’est pas le charme un peu désuet et attendrissant d’un Reagan, qui plongeait ses racines dans une autre Amérique. Le sien est plus fabriqué peut-être, mais incontestable. Même dans les moments scabreux, même quand un procureur le pousse dans ses retranchements sous l’œil froid d’une caméra vidéo, il parvient, par moments du moins, et alors même que son mensonge est patent, à emporter la sympathie, à risquer un sourire, un clin d’œil au public. Ce don, apparemment, ne lui a jamais fait défaut. (…) Président, il restera "décontracté" jusqu’à l’excès, persuadé qu’il peut se permettre à peu près n’importe quoi, par exemple, parler en public de ses préférences en matière de sous-vêtements. ».

Le journaliste a aussi insisté sur l’absence de visions solides de Bill Clinton : « Faute de convictions très établies, "Nous donnons chaque jour les deux opinions contradictoires de Clinton" disait plaisamment un responsable de CNN pour vanter l’objectivité de sa chaîne, il a toujours cru, au moins, à la force des mots. Beau parleur, et grand bavard, il n’a pas son pareil pour enrober ses hésitations de jolie manière, quitte à produire des phrases qui, examinées de près, ne veulent plus dire grand-chose. Mais le sourire et la chaleur d’une voix doucement éraillée aident à faire passer le message, aussi flou qu’il soit. (…) Jusqu’au moment où Bill Clinton, acculé, a commencé à forcer son talent. C’est-à-dire, non seulement à fuir aussi longtemps que possible les réponses précises (…), mais à jouer sur les mots avec l’intention délibérée d’induire en erreur, non seulement le public, mais ses propres collaborateurs. » ("Le Monde" du 20 décembre 1998).

C’est là sans doute la grande différence au sein du couple Clinton. Là où Bill pouvait se rendre sympathique malgré toutes les fautes commises, Hillary, elle, même si elle n’avait rien fait de mal, suscitait une forte dose d’antipathie, ce qui lui a été fatal le 8 novembre 2016. Cette qualité qu’il n’a jamais partagée avec son épouse a un nom : le charisme, à savoir, l’ascendant qu’il est capable d’exercer sur les autres et dont elle est incapable d’exercer.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 novembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Le pouvoir insolent", article de Jan Krauze dans "Le Monde" du 20 décembre 1998.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

_yartiClintonBill01



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171103-bill-clinton.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/11/05/35838732.html


 

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 02:13

« Si Bill Clinton avait été le Titanic, l’iceberg aurait coulé. » (Blague américaine citée par "Le Monde" du 20 décembre 1998).


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Entre lui et elle, il n’y a pas photo. Lui est charismatique, séducteur, chaleureux, convivial et même introspectif (son côté baptiste). Elle est renfermée, froide, glaciale, repoussante et secrète. Ils ont tous les deux de l’intelligence à revendre, et de l’ambition. Lui était considéré comme un plouc venu du fin fond du pays. Elle était la représentante de l’etablishment la plus caricaturale de la côte Est. Lui a réussi à battre un Président sortant imbattable après trois mandats républicains qui ont redonné fierté aux Américains. Elle, c’était elle qui était imbattable, face à un candidat improbable, vulgaire, grossier, milliardaire, brutal, péremptoire, simpliste, incompétent, gaffeur, machiste, etc.

Lui, Bill Clinton, a été élu quarante-deuxième Président des États-Unis il y a juste vingt-cinq ans, le 3 novembre 1992. Ce fut une grande surprise. Quasiment inconnu, gouverneur d’un petit État, il a battu George HW Bush (père), Président sortant d’un pays sorti grandi (en termes de fierté nationale) par la guerre du Golfe contre Saddam Hussein. Elle, Hillary Clinton, a été battue par l’oligarque de l’immobilier fructueux Donald Trump l’an dernier (le 8 novembre 2016). Rejetée par les électeurs, elle le fut deux fois puisque Barack Obama avait déjà balayé sa candidature aux primaires démocrates de 2008.

Pourtant, avec l’élection d’une femme, Hillary Clinton aurait pu montrer peut-être la maturité politique d’un pays que la France n’a pas encore acquise (au contraire du Royaume-Uni, de l’Allemagne, d’Israël, de l’Inde, du Pakistan, du Brésil, du Chili, de l’Argentine, de la Pologne, des Philippines, de l'Islande, de l'Australie, de l'Ukraine, de l'Irlande, de l'Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Suisse, de la Finlande, de la Moldavie, etc.). Certes, une telle élection aurait aussi consacrée une nouvelle fois une certaine démocratie dynastique après les Kennedy, les Bush, mais cette perspective n’était pas pour déplaire au retraité Bill, avec suffisamment de modestie et d’autodérision pour s’imaginer en …Première Dame ! Lors des dernières semaines de son dernier mandat, il avait d’ailleurs publié un clip vidéo où il montrait qu’il s’ennuyait, qu’il ne savait plus quoi faire, faire la lessive, etc., lui, le Président des États-Unis qui serait le maître du monde.

C’est cette sincérité couplée avec un certain cynisme qui ont façonné Bill Clinton dès son jeune âge. Une sorte de volonté de se brider, d’être honnête tout en pratiquant le cynisme le plus odieux, tout en maniant avec dextérité l’art de ne pas avoir d’opinion, l’art de ne pas savoir quoi décider, l’art de ménager la chèvre et le chou (il n’est pas le seul dans ce cas et l’on pourrait aussi y ranger François Hollande voire Emmanuel Macron, mais ce dernier, peut-être pas à sa propre initiative, s’est retrouvé en situation de grand clivage).

Bill Clinton a maintenant 71 ans, né le 19 août 1946 dans l’Arkansas. Il est devenu rapidement ambitieux. Bon élève, il rencontra même le Président John Kennedy à la Maison-Blanche le 24 juillet 1963 car sélectionné parmi les meilleurs élèves. Après des études de politique internationale à l’Université de Georgetown, il continua son cursus à l’Université d’Oxford en Grande-Bretagne (l’un des rares Présidents américains à avoir séjourné en Europe et à la connaître), puis enfin, des études de droit à la prestigieuse Université Yale où il rencontra Hillary Rodham, elle aussi très ambitieuse, qui est devenue avocate (comme plus tard Michelle Obama).

Dès l’âge de 23 ans, Bill Clinton avait déjà une conscience aiguë des responsabilités en politique, en commentant ainsi le scandale de Chappaquiddick touchant le jeune sénateur Ted Kennedy le 18 juillet 1969 : « La politique donne aux gens un tel pouvoir et un si grand ego qu’ils ont tendance à mal se comporter à l’égard des femmes. J’espère que je n’en arriverai jamais là. » (Cité par Jan Krauze dans "Le Monde" du 20 décembre 1998). Cocasse lorsqu’on connaît la suite de l’histoire.

Après un échec électoral pour être représentant, le jeune professeur de droit de l’Université d’Arkansas fut élu le 2 novembre 1976 procureur général de l’Arkansas, tremplin pour se faire élire le 7 novembre 1978 gouverneur de l’Arkansas à l’âge de 32 ans. Il fut alors le plus jeune gouverneur des États-Unis. Réélu plusieurs fois, il fut gouverneur de cet État du 9 janvier 1979 au 19 janvier 1981 et du 11 janvier 1983 au 12 décembre 1992 (il fut battu par le républicain Franck D. White le 4 novembre 1980 à cause de mesures impopulaires comme la mise en place d’une vignette automobile). En 1978, il fut reçu à la Maison-Blanche par la "grande porte", en tant que gouverneur démocrate, par le Président Jimmy Carter.

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Ses mandats de gouverneur, et aussi son échec en 1982, ont été très formateurs pour Bill Clinton dans son apprentissage de la vie politique américaine. Il a savamment construit son réseau personnel dès cette époque dans la perspective d’une candidature. Savoir séduire les principaux acteurs et notables qui faisaient l’opinion ou qui finançaient la campagne. Et évidemment, il a appris à se faire apprécier du peuple. L’élection présidentielle de 1992 fut alors une occasion en or pour lui. Il était encore jeune (45 ans), mais déjà suffisamment âgé pour montrer de l’expérience dans la gestion des choses publiques et rassurer.

Les événements au Moyen-Orient, la Guerre du Golfe consécutive à l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, ont apporté une grande popularité au Président républicain sortant Georges HW Bush (père) dont la réélection laissait peu de doute, si bien qu’aucun grand leader du Parti démocrate ne voulait se frotter à un échec assuré, notamment des anciens candidats aux primaires démocrates de 1988, comme les sénateurs Al Gore et Lloyd Bentsen, ou encore le populaire gouverneur de New York Mario Cuomo, le sénateur Bill Bradley, etc. Bill Clinton s’est trouvé en compétition avec l’ancien gouverneur de Californie Jerry Brown et l’ancien sénateur Paul Tsongas.

Positionné au centre (aile droite du Parti démocrate) et quasiment inconnu de l’opinion publique, Bill Clinton n’avait prononcé qu’un seul discours d’envergure nationale, lors de la convention démocrate des primaires démocrates précédentes, en 1988, lors de la désignation du candidat Michael Dukakis. Le début des primaires fut difficile pour Bill Clinton, battu dans les premiers États et rapidement fustigé par certains journalistes pour une aventure extraconjugale, écart de conduite personnel qui fut fatal au favori des primaires démocrates de 1988, Gary Hart. Accompagné publiquement de son épouse Hillary pendant sa campagne, Bill Clinton a remporté le Super Tuesday et finalement les primaires elles-mêmes, désigné à la convention démocrate de New York, du 13 au 16 juillet 1992, par 3 372 délégués sur 4 276 au total. Al Gore, sensiblement du même profil que lui (jeune, centriste, sudiste), fut son colistier.

Du côté républicain, sans surprise, la convention républicaine de Houston, du 17 au 20 août 1992, à laquelle participa l’ancien Président Ronald Reagan, désigna George HW Bush (père) candidat et Dan Quayle (Vice-Président sortant) colistier.

Bien que favori, George HW Bush fut handicapé par la candidature du millionnaire indépendant Ross Perot qui cassa la bipolarité du paysage politique américain en imposant un troisième pôle proche des idées conservatrices. Bill Clinton profita de cette situation et fut élu le 3 novembre 1992 Président des États-Unis en remportant 370 grands électeurs et 44,9 millions de voix (seulement 43,0%) face à George HW Bush seulement 168 grands électeurs et 39,1 millions de voix (37,5%) et à Ross Perot 19,7 millions de voix (18,9%) sans remporter de grand électeur.

Bon candidat, Bill Clinton a débuté Président de manière un peu plus laborieuse. Sa jeunesse, son charisme et aussi sa faible notoriété avant les primaires le faisaient comparer à deux figures de Présidents démocrates très différentes : le légendaire John Kennedy d’une part, et l’impopulaire Jimmy Carter d’autre part. Il ne fut ni l’un, ni l’autre.

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Dans la première moitié de son premier mandat, il a eu un grand pouvoir puisque les deux chambres du Congrès étaient également à majorité démocrate. Mais le projet de sécurité sociale pour tous, préparée par son épouse Hillary, inquiéta même les parlementaires démocrates et les deux chambres ont changé de majorité lors des élections à mi-mandat du 8 novembre 1994. L’exemple le plus frappant fut l’élection comme Président de la Chambre des représentants de Newt Gingrich, d’une "droite musclée", principale figure d’opposition (et susceptible d’être le candidat républicain en 1996), et Bob Dole redevint le leader de la majorité républicaine au Sénat (mais pas son Président qui est le rôle du Vice-Président des États-Unis).

Malgré son échec électoral du 8 novembre 1994, Bill Clinton fut largement réélu le 5 novembre 1996 avec 47,4 millions de voix (49,2%) et 379 grands électeurs face à Bob Dole 39,2 millions de voix (40,7%) et 159 grands électeurs. Ross Perot continuait à jouer les trouble-fête contre les républicains en rassemblant 8,1 millions de voix (8,4%). Bill Clinton termina son second mandat le 20 janvier 2001. Ce fut la première fois depuis Franklin Delano Roosevelt, Président entre 1933 et 1945, qu’un Président démocrate ait pu exercer deux mandats successifs. Barack Obama a fait de même entre 2009 et 2017.

La politique extérieure de Bill Clinton fut très interventionniste, avec la poursuite de l’intervention en Somalie. Ce fut surtout la guerre en ex-Yougoslavie qui marqua ses deux mandats. Dès le 14 juin 1995, à peine élu, le Président français Jacques Chirac rencontra Bill Clinton à la Maison-Blanche et lui demanda de s’impliquer dans la guerre en Bosnie (beaucoup de prises d’otages parmi les Casques bleus de l’ONU).

Ce sujet n’était pas initialement au programme, mais Jacques Chirac n’en avait que faire et s’éclipsa seul avec Bill Clinton pendant une heure, laissant poireauter leurs autres interlocuteurs, notamment le Vice-Président des États-Unis Al Gore, la plupart des ministres américains, les ministres français Alain Madelin et Hervé de Charette, et aussi le Président de la Commission Européenne Jacques Santer (Jacques Chirac était venu aux États-Unis en tant que Président en exercice du Conseil Européen pour un Sommet Europe/États-Unis qui ne dura finalement qu’une vingtaine de minutes !).

Convaincu, le Président américain décida de réagir contre la Serbie et sa volonté de "nettoyage ethnique", mais devait convaincre le Congrès (devenu républicain) pour voter le financement d’une intervention américaine. L’un des arguments de Jacques Chirac fut de dire que négliger la situation bosniaque lui serait reproché pour sa campagne de réélection (alors que durant le premier mandat, il ne faisait aucun geste sans penser à sa réélection). Jacques Chirac a rencontré aussi Newt Gingrich et Bob Dole pour les convaincre de ne pas faire d’obstruction au Congrès.

L’implication de Bill Clinton dans les affaires yougoslaves a abouti aux accords de Dayton signés le 14 décembre 1995 par le Président serbe Slobodan Milosevic, le Président croate Franjo Tudjman et le Président bosniaque Alija Izetbegovic pour mettre fin à la guerre civile en Bosnie (l’initiative fut menée par Richard Holbrooke).

Un autre succès diplomatique essentiel a marqué la Présidence Clinton, ce furent les accords d’Oslo signés le 13 septembre 1993 à Washington par Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Pérès, ce qui valut aux trois protagonistes le Prix Nobel de la Paix 1993. Le processus de paix s’est toutefois enlisé à partir de 1996.

Sur le plan intérieur, au-delà d’un retour à la croissance économique durant les années 1990 (création de 22 millions d’emplois, taux de chômage le plus bas depuis trois décennies, etc.), la Présidence de Bill Clinton fut aussi "entachée" d’un scandale sexuel très surréaliste avec une procédure de destitution ("impeachment"). Le problème provenait d‘ailleurs plus du mensonge présidentiel que des faits reprochés.

Le 17 janvier 1998, Bill Clinton avait en effet nié sous serment avoir eu des relations sexuelles avec sa jeune stagiaire Monica (à l’époque de 22 ans), et l’a répété le 17 août 1998 : « I did not have sexual relations with that woman, Miss Lewinsky. ». Une procédure d’impeachment a donc été initiée : la Chambre des représentants a voté la destitution avec une courte majorité (républicaine) le 19 décembre 1998, mais les sénateurs, chargés de le juger, renoncèrent finalement à le destituer et l’acquittèrent le 12 février 1999. Les États-Unis furent la risée du monde pendant quelques mois.

Dans cette tourmente sexuelle, Bill Clinton a pu compter sur le fidèle soutien de son épouse Hillary qui est toujours restée à ses côtés, alors qu’elle avait le "mauvais rôle", probablement par amour et aussi parce qu’elle songeait à son propre avenir politique (elle avait politisé la polémique en disant que c’était une attaque de la "droite" américaine contre leurs projets sociaux). À l’étranger, il fut également soutenu très fidèlement par le Président français Jacques Chirac qui est devenu ainsi un ami très cher.

J’ai eu la coïncidence de me trouver pour des raisons professionnelles aux États-Unis en janvier 1998 et j’ai pu me rendre compte que les médias ne faisaient que parler à en être saturé de cette affaire (dérisoire au regard des drames du monde). Beaucoup de talk shows avec des "spécialistes avisés" dissertaient sur leur définition d’une "relation sexuelle" (aux heures d’écoute du grand public, y compris des enfants !). Comme j’étais sur la côte Est, majoritairement démocrate et favorable à Bill Clinton, on me disait parfois : « Vous, les Français, vous avez de la chance, ce n’est pas chez vous qu’on destituera votre Président pour une telle raison… ». J’opinais du chef, sans me douter que treize ans plus, le favori de la prochaine élection présidentielle Dominique Stauss-Kahn allait tomber précisément sur ce sujet de prédation sexuelle (certes, aux États-Unis aussi !).

On peut d’ailleurs rajouter que les Israéliens ont connu, eux aussi, un scandale encore pire puisque leur Président Moshe Katsav, élu le 31 juillet 2000, fut poussé à la démission le 1er juillet 2007 (à un mois de la fin de son mandat) avant d’être condamné à sept ans de prison ferme pour viol le 22 mars 2011, peine confirmée en appel le 10 novembre 2011 (il est sorti de prison le 21 décembre 2016).

Pour conclure sur la Présidence de Bill Clinton, je reviens sur deux traits de personnalité décrits par le correspondant du journal "Le Monde" à Washington.

Jan Krauze a en effet expliqué la mécanique de séduction chez Bill Clinton, le 20 décembre 1998 dans "Le Monde" : « Le plus apparent, le plus évident chez Bill Clinton, cela a toujours été le charme, la séduction, et plus encore l’aisance. Ce n’est pas le charme un peu désuet et attendrissant d’un Reagan, qui plongeait ses racines dans une autre Amérique. Le sien est plus fabriqué peut-être, mais incontestable. Même dans les moments scabreux, même quand un procureur le pousse dans ses retranchements sous l’œil froid d’une caméra vidéo, il parvient, par moments du moins, et alors même que son mensonge est patent, à emporter la sympathie, à risquer un sourire, un clin d’œil au public. Ce don, apparemment, ne lui a jamais fait défaut. (…) Président, il restera "décontracté" jusqu’à l’excès, persuadé qu’il peut se permettre à peu près n’importe quoi, par exemple, parler en public de ses préférences en matière de sous-vêtements. ».

Le journaliste a aussi insisté sur l’absence de visions solides de Bill Clinton : « Faute de convictions très établies, "Nous donnons chaque jour les deux opinions contradictoires de Clinton" disait plaisamment un responsable de CNN pour vanter l’objectivité de sa chaîne, il a toujours cru, au moins, à la force des mots. Beau parleur, et grand bavard, il n’a pas son pareil pour enrober ses hésitations de jolie manière, quitte à produire des phrases qui, examinées de près, ne veulent plus dire grand-chose. Mais le sourire et la chaleur d’une voix doucement éraillée aident à faire passer le message, aussi flou qu’il soit. (…) Jusqu’au moment où Bill Clinton, acculé, a commencé à forcer son talent. C’est-à-dire, non seulement à fuir aussi longtemps que possible les réponses précises (…), mais à jouer sur les mots avec l’intention délibérée d’induire en erreur, non seulement le public, mais ses propres collaborateurs. » ("Le Monde" du 20 décembre 1998).

C’est là sans doute la grande différence au sein du couple Clinton. Là où Bill pouvait se rendre sympathique malgré toutes les fautes commises, Hillary, elle, même si elle n’avait rien fait de mal, suscitait une forte dose d’antipathie, ce qui lui a été fatal le 8 novembre 2016. Cette qualité qu’il n’a jamais partagée avec son épouse a un nom : le charisme, à savoir, l’ascendant qu’il est capable d’exercer sur les autres et dont elle est incapable d’exercer.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 novembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Le pouvoir insolent", article de Jan Krauze dans "Le Monde" du 20 décembre 1998.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161103-bill-clinton.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bill-clinton-le-roi-du-charisme-198210

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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 05:28

« Il n’est pas possible pour les États-Unis de soutenir l’aspiration aux droits de l’Homme des travailleurs de Gdansk et, dans le même temps, de ne pas soutenir la volonté des paysans du Salvador d’acquérir des terres. » (BBC, février 1982).


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Celui qui s’est éteint ce vendredi 26 mai 2017 en Virginie (USA) à l’âge de 89 ans n’était pas un conseiller présidentiel ordinaire. Zbigniew Brzezinski, né le 28 mars 1928 à Varsovie et réfugié au Canada puis aux États-Unis, était motivé par un fort sentiment anticommuniste : « Durant ses quatre années avec Carter (…), freiner l’expansionnisme soviétique à n’importe quel prix a guidé l’essentiel de la politique étrangère américaine, pour le meilleur et pour le pire. » a résumé le "New York Times" dans sa biographie nécrologique.

Son origine pouvait l’expliquer, au même titre que l’atlantisme libéral d’Angela Merkel. Tadeusz, le père de Zbigniew Brzezinski, était un diplomate polonais en poste à Montréal et il a dû fuir son pays en 1939 après l’accord entre Hitler et Staline sur le partage de la Pologne. En 1955, Zbigniew a épousé Émilie-Anna, sculptrice, la petite-nièce de l’ancien Président de la République de Tchécoslovaquie Édouard Bénès (1884-1948) qui fut renversé par les communistes.

Après des études à Boston, Brzezinski a soutenu en 1953 (il avait 25 ans) à Harvard sa thèse de doctorat en science politique sur le totalitarisme soviétique. Très rapidement, il est devenu un expert reconnu, professeur à Harvard, à l’Université Johns-Hopkins de Baltimore et à l’Université de Columbia, poursuivant une brillante carrière universitaire de 1953 à 1989. Il était membre de nombreuses institutions prestigieuses dont l’Académie américaine des arts et des sciences et le Council on Foreign Relations (think tanks américain très influent dans le domaine diplomatique).

Spécialiste des relations internationales des États-Unis, Brzezkinski s’engagea très tôt au sein du Parti démocrate comme conseiller diplomatique du candidat démocrate Hubert Humphrey à l’élection présidentielle de 1968 (ce dernier était le Vice-Président de Lyndon B. Johnson).

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Au début des années 1970, ses réflexions l’ont encouragé à proposer, avec d’autres, la création de la (fameuse) "Commission Trilatérale" le 1er juillet 1973 à Tokyo, avec le concours d’autres personnalités comme Henry Kissinger et le milliardaire David Rockefeller, le président de la Chase Manhattan Bank, à la tête du groupe créé par son grand-père John D. Rockefeller, mort récemment, le 20 mars 2017 à l’âge de 101 ans. (David Rockefeller avait refusé notamment d’être nommé Secrétaire au Trésor par Jimmy Carter).

La Trilatérale se basait sur le constat que les États-Unis, à eux seuls, ne pouvaient plus dominer le monde et, face au communisme, devait s’allier avec les deux puissances industrielles en plein développement de l’époque, le Japon et l’Allemagne. Trois groupes furent donc créés en son sein, le groupe Amérique, le groupe Asie et le groupe Europe, afin de renforcer la cohésion des démocraties industrielles dans l’idée de « promouvoir un ordre international plus équitable » (à comprendre que cela se substituerait à la toute-puissance américaine).

En clair, c’était une sorte de think tank mondial, regroupant des centaines de personnalités éminentes de la nationalité des pays membres, qui avaient donc une influence intellectuelle et économique très élevée, mais à la condition de ne pas être aux responsabilités politiques dans un pays. Son but était de s’opposer à un communisme conquérant que les États-Unis ne seraient pas capables de combattre seuls idéologiquement. L’élection de Ronald Reagan à la Maison-Blanche au début des années 1980 a bouleversé le contexte politique de la Trilatérale dans la mesure où le courant néo-conservateur au pouvoir revenait sur une volonté de domination unilatérale des États-Unis, seuls donc dans le combat idéologique.

Si les membres de la Trilatérale souhaiteraient l’émergence d’un "gouvernement mondial", ils n’ont pas un pouvoir très fort sinon d’influence intellectuelle, celui que même leurs opposants confortent par leurs dénigrements, d’autant plus que tout membre qui se voit accéder à des responsabilités politiques nationales est obligé de s’écarter de cette institution. En somme, c’est surtout un club politique et un groupe de pression mais en aucun cas, comme ses détracteurs le redoutent, un "gouvernement mondial"…

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Mais revenons à Brzezinski. Avec l’élection de Jimmy Carter à la Présidence des États-Unis, Brzezinski occupa les plus hautes responsabilités de son existence : conseiller à la sécurité nationale du 20 janvier 1977 au 20 janvier 1981. Il fut régulièrement en opposition interne avec le Secrétaire d’État Cyrus Vance partisan de la poursuite du dégel des relations entre l’Ouest et l’Est amorcé par Richard Nixon, Gerald Ford et Henry Kissinger.

L’objectif de Cyrus Vance était de conclure les négociations entre les États-Unis et l’URSS sur le désarmement nucléaire (le traité SALT II fut signé par Jimmy Carter et Léonid Brejnev le 18 juin 1979 à Vienne). Cyrus Vance démissionna le 28 avril 1980 après l’échec lamentable de l’Opération Eagle Claw le 25 avril 1980, visant à libérer les otages américains prisonniers à Téhéran depuis le 4 novembre 1979, qui fut décidé par le seul Brzezinski. (Pour l’anecdote, son fils Cyrus Vance Jr, élu procureur général de l’État de New York le 3 novembre 2009, fut chargé de l’accusation contre Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Sofitel de New York en mai 2011).

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L’objectif de Brzezinski était de faire pression sur l’Union Soviétique pour consolider les droits de l’Homme, avec une base juridique, les accords d’Helsinki, signés le 1er août 1975 notamment par l’URSS et les États-Unis, qui permettaient de protéger les dissidents soviétiques tels que Sakharov, Soljenitsyne ou encore Rostropovitch.

Malgré l’opposition de Cyrus Vance, Brzezinski se déplaça en Pologne communiste durant son mandat, afin de rencontrer le primat de Pologne, l’archevêque de Varsovie Stefan Wyszynski. Il proposa (en vain) au Président Jimmy Carter de se rendre à Varsovie en voyage officiel. Il s’est réjoui de l’élection du pape Jean-Paul II (l’archevêque de Cracovie Karol Wojtyla) le 16 octobre 1978 et encouragea la création du premier syndicat libre dans le Bloc soviétique, Solidarnosc, le 31 août 1980 (rendue possible grâce aux accords de Gdansk signés le même jour). Brzezinski fit également comprendre aux Soviétiques qu’au contraire de l’insurrection de Budapest en 1956 et du Printemps de Prague en 1968, les États-Unis réagiraient en cas d’intervention soviétique en Pologne en 1980 et 1981.

Pour les relations avec la Chine populaire, l’anticommunisme n’était pas de mise. Après le voyage en mai 1978 de Brzezinski à Pékin, les deux pays, Chine populaire et États-Unis, ont annoncé, le 15 décembre 1978, l’établissement des relations diplomatiques entre Pékin et Washington le 1er janvier 1979 (au détriment de Taiwan). Les échanges d’ambassadeurs ont eu lieu le 1er mars 1979. Le Vice-Premier Ministre chinois Deng Xiaoping fut alors invité à un dîner à la Maison-Blanche le 28 janvier 1979. Parallèlement, le Vice-Président américain Walter Mondale fut invité à Pékin en août 1979. Ainsi, la vision américaine était que la Chine communiste ne faisait plus partie du Bloc soviétique (en raison de ses divergences avec l’URSS) et pouvait donc aider les Américains dans leur lutte contre les Soviétiques (en particulier au Cambodge et au Vietnam).

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Par ailleurs, dès le 3 juillet 1979, Brzezinski apporta (discrètement) l’aide militaire des États-Unis aux moudjahidines du peuple contre le gouvernement prosoviétique peu avant l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS (Opération Cyclone, qui se termina seulement le 1er janvier 1992). L’objectif était clairement de réduire l’expansionnisme soviétique partout dans le monde lorsque c’était possible.

Après l’échec de la réélection de Jimmy Carter, Brzezinski occupa des fonctions de conseils durant la Présidence de Ronald Reagan, sans avoir d’influence opérationnelle. Il continua surtout ses activités d’enseignement et de publication (il rédigea près d’une trentaine d’ouvrages sur les relations internationales).

Sous Reagan, Brzezinski s’opposa à la politique américaine en Amérique centrale (Salvador, Nicaragua) qui était contradictoire avec la politique pour la démocratie et contre la dictature du Bloc soviétique. Néanmoins, s’éloignant de ses engagements démocrates, il a soutenu la candidature de George H. W. Bush Sr en 1988 et a mis en garde, lors de la chute du mur de Berlin et de l’effondrement de l’URSS, contre la "fin de l’histoire" proposée dès l’été 1989 dans la revue "The National Interest" par le philosophe Francis Fukuyama.

Dès l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev, Brzezinski était resté sceptique sur la perestroïka et la glasnost et prévoyait en 1988 l’effondrement du système soviétique à 50% de chances dans les trente prochaines années ("The Grand Failure"). Il milita à Moscou en début novembre 1989 pour la reconnaissance de la responsabilité soviétique du massacre de Katyn.

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Dans un autre essai ("Out of control"), en 1992, Brzezinski mit en garde contre la guerre du Golfe et insista sur l’importance de préserver l’image des États-Unis dans le monde arabe (un avertissement qui ne fut pas vide de sens à peine dix ans après cette réflexion, même si Brzezinski lui-même contribua à armer les islamistes par l’aide américaine qu’il apporta en Afghanistan). Il renouvela son opposition sous la Présidence de George W. Bush Jr contre la guerre en Irak en insistant sur la grande diversité du monde musulman. Il s’opposa aussi à la politique agressive israélienne (il assista à la signature des accords de Camp David le 17 septembre 1978).

Parmi ses "dadas", Brzezinski soutenait avec un certain cynisme que seuls les États-Unis, alliés à l’Europe, pouvaient maintenir le monde dans une situation de paix et de développement (ce qu’on pourrait appeler la "pax americana"), même le cas échéant en opposition avec les peuples "locaux". Refusant l’unilatéralisme américain, et donc plus modéré que les néo-conservateurs qui pensaient que seuls les Américains pouvaient être les "gendarmes du monde", Brzezinski voulait absolument parler de coopération avec l’Europe afin d’éviter un leadership mondial eurasien qui exclurait les États-Unis : « Sans l’Europe, l’Amérique est encore prépondérante mais pas omnipotente, alors que sans l’Amérique, l’Europe est riche mais impuissante. » (dans "The Grand Chessboard: American Primacy and Its Geostrategic Imperatives", publié en 1997).

Entre autres missions, Brzezinski fut envoyé par le Président Bill Clinton comme émissaire américain en Azerbaïdjan pour promouvoir l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (un des plus longs du monde, 1 776 kilomètres) pour acheminer du pétrole brut de la Mer Caspienne à la Mer Méditerranée, en Turquie (mis en service le 10 mai 2006).

Après avoir été le conseiller diplomatique de Barack Obama lors de sa campagne présidentielle en 2008, son fils Mark Brzezinski fut nommé ambassadeur des États-Unis en Suède du 24 novembre 2011 au 1er juillet 2015.

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Suscitée par un antiaméricanisme primaire, mal compris, la haine contre Zbigniew Brzezinski dans la fachosphère est telle qu’on peut même lire sur sa page Wikipédia américaine, pendant quelques minutes, des mots de joie concernant sa mort…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 00:08

« Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ! » (JFK, le 20 janvier 1961, à sa prise de fonction).


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Les citoyens américains célèbrent ce lundi 29 mai 2017 le 100e anniversaire de la naissance de John Fitzgerald Kennedy, leur 35e Président devenu mythique. Au-delà de sa famille, de sa jeunesse et de sa modernité, son assassinat, le 22 novembre 1963 à Dallas, bien avant la fin de son premier mandat, a profondément choqué le peuple américain, sans savoir d’ailleurs répondre à la question cruciale : qui a voulut tuer Kennedy ? Plus de cinquante ans plus tard, le peuple américain a élu Donald Trump au même poste.

En France, la figure de John F. Kennedy a été récemment évoquée lors de l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République française. Jeune, moderne, rompant avec beaucoup d’usages politiques, déplaçant les lignes, Emmanuel Macron, à 39 ans, a suscité la sympathie et le bénéfice du doute dans la nouveauté.

John Kennedy aussi a suscité de la sympathie et, par audace, il s’était opposé au dauphine "prévu" du grand général Dwight Eisenhower. Au moment de son élection et de sa prise de fonction, Kennedy avait 43 ans, le plus jeune Président des États-Unis élu, pas le plus jeune en fonction puisque Theodore Roosevelt, Vice-Président, a succédé, à l’âge de 42 ans, à William MacKinley le 14 septembre 1901 après l’assassinat de ce dernier (il n’a été élu que le 8 novembre 1904).

Mais il faut arrêter là la comparaison entre Kennedy et Emmanuel Macron, il faut la limiter seulement à l’âge, la modernité et peut-être au charisme.

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Car John Kennedy n’était pas un novice de la vie politique américaine. À son élection, il avait déjà quatorze ans d’expérience de parlementaire des États-Unis, élu dans le Massachusetts : député de 1947 à 1953 (il fut élu à l’âge de 29 ans), puis sénateur de 1953 à 1960. De plus, il était le candidat officiel des Démocrates, l’un des deux grands partis au pouvoir aux États-Unis, celui de Franklin Delano Roosevelt et de Harry Truman, qui avait gouverné encore huit ans avant cette élection.

Pour ses élections et réélections parlementaires (cinq en tout : 1946, 1948, 1950, 1952 et 1956), et en particulier pour conquérir le siège de sénateur à un sénateur républicain sortant, JFK a bénéficié de tout son clan familial et en particulier, de la volonté de son père Joseph Patrick Kennedy de mettre l’un de ses fils à la Maison-Blanche.

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Joseph Patrick Kennedy, millionnaire, s’était enrichi dans les années 1920 en initiant des bulles spéculatives. Il fut descendant d’émigrés irlandais, le gendre du maire de Boston où il a vécu, il apporta un soutien économique à son ami Franklin Delano Roosevelt qui l’a nommé ambassadeur des États-Unis à Londres du 17 janvier 1938 au 22 octobre 1940. Il comptait même se présenter à la succession de Franklin D. Roosevelt avant la guerre, mais il fut discrédité pour son isolationnisme et son souhait de négocier avec Hitler. Sa démission est devenue inévitable quand Franklin Roosevelt a fait entrer en guerre les États-Unis.

Deux de ses fils furent candidats à l’élection présidentielle, Jack (John) et Bob (Robert) et les deux furent assassinés. Ted (Edward), bien plus jeune, a eu des velléités de candidature durant les années 1970 et 1980 (mais rattrapé par une affaire sordide). Pourtant, c’était le fils aîné, Joseph Jr, qui avait été programmé pour cette élection, qui avait suivi de brillantes et coûteuses études à Harvard et qui avait déjà été désigné, en 1940, comme délégué du Massachusetts pour la Convention démocrate qui allait élire pour la troisième fois Franklin Roosevelt à la candidature démocrate. Sa mort prématurée le 12 août 1944 au cours d’une mission d’aviation militaire transforma alors le destin tracé de journaliste du deuxième fils, John.

Cela n’a donc rien à voir avec Emmanuel Macron qui n’était pas dans une famille qui voulait, depuis une génération, conquérir la magistrature suprême. Un point de comparaison néanmoins peut être évoqué avec l’activité bancaire et boursière de Joseph Kennedy (le père) qui, bien que spéculateur, fut nommé en 1934 par Franklin Roosevelt le premier président de la Securities and Exchange Commission, en d’autres termes, l’organisme de régulation des marchés, le "gendarme de la bourse", dans le cadre de son New Deal.

Ce fut une surprise lorsque John F. Kennedy s’est déclaré candidat le 2 janvier 1960. En moins d’un an, il remporta les primaires démocrates (face à Hubert Humphrey, Adlai Steveson et Lyndon B. Johnson, qui devint son colistier), puis l’élection elle-même face au candidat républicain Richard Nixon. Ses débats télévisés ont conforté l’image d’un Kennedy jeune et charismatique face à un Nixon mal rasé, fébrile et peu habitué à la caméra (Nixon était pourtant à peine plus âgé que Kennedy, 47 ans au moment de l’élection).

Le jour de son investiture comme Président des États-Unis, Kennedy a prononcé un fameux discours, comme la phrase en tête de cet article adressé aux citoyens américains, et qu’il compléta aussi à l’adresse du monde entier : « Vous qui, comme moi, êtes citoyens du monde, ne vous demandez pas ce que les États-Unis peuvent faire pour le monde, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le monde. ».

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En plus de ses qualités personnelles, John Kennedy s’est fait élire aussi sur un programme politique novateur, avec une capacité de faire rêver les Américains, comme se donner l’objectif de faire marcher l’homme sur la Lune.

C’est probablement cela qui a été le résultat le plus concret de sa courte présidence (moins de trois ans), avec une double motivation, le défi technologique avec des retombées nombreuses dans d’autres secteurs industriels que le spatial, et la compétition avec l’Union Soviétique qui avait réalisé le premier vol habité dans l’Espace le 12 avril 1961 (Youri Gagarine).

Il faut aussi rappeler que ce mois d’avril 1961 fut une double humiliation pour les Américains face aux Soviétiques, moins de trois mois après la prise de fonction de Kennedy : humiliation spatiale avec Gagarine mais aussi humiliation politique après l’échec lamentable du débarquement de la Baie des Cochons pour renverser Fidel Castro du pouvoir à Cuba (du 17 au 19 avril 1961), jetant ainsi le dictateur barbu dans les bras des communistes.

Le programme Apollo a été lancé par Kennedy le 25 mai 1961 devant le Congrès américain : « Notre nation doit s’engager à faire atterrir l’homme sur la Lune et à le ramener sur Terre sain et sauf avant la fin de la décennie. ». Le 12 septembre 1962 à Houston, il a confirmé le programme : « Nous avons choisi d’aller sur la Lune au cours de cette décennie et d’accomplir d’autres choses encore, non pas parce que c’est facile, mais justement parce que c’est difficile. Parce que cet objectif servira à organiser et à offrir le meilleur de notre énergie et de notre savoir-faire, parce que c’est le défi que nous sommes prêts à relever, celui que nous refusons de remettre à plus tard, celui que nous avons la ferme intention de remporter, tout comme les autres. ».

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L’objectif a été atteint en moins de dix ans : les deux premiers hommes à avoir marché sur la Lune furent Neil Armstrong et Buzz Aldrin le 20 juillet 1969 (Apollo XI). C’était trop tard pour JFK et son frère, assassinés entre temps, mais ce fut juste avant la mort du patriarche Joseph Kennedy Sr (le 18 novembre 1969).

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C’est peut-être une illustration de ce qu’est un grand politique : à la fois pragmatique, réagissant à des événements en lançant d’autres événements, ce qui est moralement pas très élevé (ce serait celui qui aurait la plus "grosse"), et aussi visionnaire, capable de se convaincre qu’il n’y a pas de grand pays sans grande ambition. À l’origine, Kennedy n’était d’ailleurs pas un chaud partisan du programme spatial mais avait trouvé cette idée (dictée par Lyndon Johnson) excellente pour redorer l’image des États-Unis.

Sur le plan international, il a dû faire face à la construction du mur de Berlin le 13 août 1961 et à la crise des missiles soviétiques à Cuba du 16 au 28 octobre 1962. L’un de ses discours les plus marquants fut à Berlin, près de la Porte de Brandebourg, le 26 juin 1963, à la fois provocateur et visionnaire : « Il y a beaucoup de gens dans le monde qui ne comprennent pas ou qui prétendent ne pas comprendre quelle est la grande différence entre le monde libre et le monde communiste. Qu’ils viennent à Berlin ! (…) Lass sie nach Berlin kommen ! (…) Nous n’avons jamais eu besoin, nous, d’ériger un mur (…) pour empêcher notre peuple de s’enfuir. (…) Il y a deux mille ans, la plus grande marque d’orgueil était de dire civis romanus sum. Aujourd’hui, dans le monde libre, la plus grande marque d’orgueil est de dire Ich bin ein Berliner ! ».

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Le mois d’avril 1961 a été fondateur dans le mandat de John Kennedy. Le 27 avril 1961, il a prononcé devant la presse un discours qui résonne étrangement dans l’actualité récente, avec d’autres ennemis, le terrorisme islamiste : « Notre mode de vie est attaqué. Ceux qui se font notre ennemi s’avancent autour du globe. La survie de nos amis est en danger. Et pourtant, on n’a déclaré aucune guerre (…). Aucune guerre n’a jamais posé une menace plus grande à notre sécurité. (…) Le danger n’a jamais été plus clair et sa présence n’a jamais été plus imminente. Cela exige un changement de perspective, un changement de tactique, un changement de missions, par le gouvernement, par le peuple, par chaque homme d’affaires, chaque leader de travail et par chaque journal. Car nous sommes confrontés, dans le monde entier, à une conspiration monolithique et impitoyable qui compte principalement sur des moyens secrets pour étendre sa sphère d’influence par l’infiltration plutôt que l’invasion, la subversion plutôt que les élections et l’intimidation au lieu du libre-arbitre. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 mai 2017)
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Pour aller plus loin :
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 06:42

« Pas plus que l’individu n’est seul dans le groupe et que chaque société n’est seule parmi les autres, l’homme n’est seul dans l’univers. Lorsque l’arc-en-ciel des cultures humaines aura fini de s’abîmer dans le vide creusé par notre fureur, tant que nous serons là et qu’il existera un monde, cette arche ténue qui nous relie à l’inaccessible demeurera, montrant la voie inverse de celle de notre esclavage et dont, à défaut de la parcourir, la contemplation procure à l’homme l’unique faveur qu’il sache mériter : suspendre la marche, retenir l’impulsion qui l’astreint à obturer l’une après l’autre les fissures ouvertes au mur de la nécessité et à parachever son œuvre en même temps qu’il clôt sa prison. » (Claude Lévi-Strauss, le 5 mars 1955).



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Le vendredi 27 janvier 2017, deux événements montrent à quel point les États-Unis et la France sont idéologiquement éloignés. À Washington, le nouveau Vice-Président des États-Unis Mike Pence a participé à la "Marche pour la vie" aux côtés des opposants au droit à l’avortement. Quelques heures auparavant, les faisceaux horaires obligeant, à Paris, au Palais-Bourbon, les députés français ont adopté le projet de loi qui renforce le délit d’entrave pour la communication faite à propos de l’avortement, empiétant sur la liberté d’expression. On peut d’ailleurs imaginer qu’en France, les excès des uns pourraient provoquer l’arrivée d’autres excès diamétralement opposés.

Au sommet du pouvoir, aux États-Unis, beaucoup comptaient pourtant sur Mike Pence pour "tempérer" la fureur intrinsèque du 45e Président des États-Unis, Donald Trump. Son investiture officielle a eu lieu, comme le veut la tradition, le 20 janvier 2017 au cours d’un cérémonie faste devant le Capitole, à Washington.

Les médias français ont surtout porté leur attention sur les manifestants, certes réels, contre l’arrivée au pouvoir de ce qu’ils considèrent comme un populiste grossier et sexiste. Pourtant, la démocratie a cette nécessité de reconnaître l’élection tant que celle-ci s’est déroulée dans les conditions sincères et correctes. La palme serait sans doute à attribuer à un journaliste de la nouvelle chaîne de télévision France Info qui, le 24 janvier 2017 peu avant minuit, en mélangeant tout, a lâché : « Donald Trump, comme pour les tenants du Brexit, ont amené la communication politique dans une ère nouvelle. ».

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Bien qu’il ait eu moins de suffrages exprimés que sa concurrente Hillary Clinton, Donald Trump a été élu selon les règles doublement séculaires de la Constitution américaine. Il  n’a pas été le seul dans ces conditions ; très récemment, George W. Bush Jr. a été élu ainsi en novembre 2000. Par conséquent, personne, ni aux États-Unis ni a fortiori dans le monde entier n’a le droit de contester la légitimité de Donald Trump. À cet égard, la réaction du Président français François Hollande, refusant de se faire représenter à Washington, dont l’impolitesse diplomatique est plus que désolante, risque de contrevenir aux intérêts réels de la France dans un futur proche.

On peut se rappeler l’extrême rudesse de la campagne présidentielle américaine de 2016, son niveau de caniveau, ses attaques particulièrement féroces entre les candidats. Et pourtant, malgré la haine sans doute développée, les citoyens américains sont des patriotes en ce sens qu’une fois la bataille achevée, ils sont capables, dans leur grande majorité, de se rassembler autour de, derrière, leur Président élu. C’est le principe de légitimité.

On voit évidemment la grande différence avec la France. Depuis une dizaine d’années, le Président de la République, pourtant clairement élu, doit subir une vague d’impopularité voire de détestation populaire dès les premiers mois de son mandat, à croire que ses propres électeurs sont soit "schizophrènes" soit "amnésiques".

L’autre grande différence, c’est la réconciliation nationale. Le Président sortant Barack Obama, malgré ce qu’il en pense, a accueilli son successeur avec grande courtoisie et même sourire. Donald Trump lui-même n’a pas hésité à faire ovationner sa concurrente Hillary Clinton, présente avec son mari Bill, lui-même ancien Président des États-Unis, au cours du dîner qui a suivi.

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En France, au contraire, le 21 mai 1981, le Président Valéry Giscard d’Estaing quitta l’Élysée à pieds sous les cris et les huées de quelques excités assez naïfs pour croire que François Mitterrand allait leur offrir le Grand Soir. Même Jacques Chirac, une fois élu, n’a pas cessé de bouder les amis de son concurrent (pourtant du même parti) Édouard Balladur, refusant la magnanimité du vainqueur (ce qui a réduit d’autant son assise politique).

En devenant Président des États-Unis, Donald Trump n’a pas transmuté. Ceux qui s’étonnent qu’il n’a pas changé n’ont rien compris à l’homme. Donald Trump ne va pas se présidentialiser, c’est la Présidence qui va se trumpiser. Et on doit admettre qu’il n’a pas perdu de temps. En bon chef d’entreprise impatient d’aller au combat.

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Dès le 23 janvier 2017, Donald Trump a signé un décret pour désengager les États-Unis de l’accord de partenariat transpacifique. Le 25 janvier 2017, il a signé un autre décret pour poursuivre le projet de construction d’un mur le long de la frontière américano-mexicaine.

Enfin, parmi les multiples décisions déjà prises, Donald Trump a signé le 27 janvier 2017 le décret n°13769 "Protéger la Nation de l’entrée de terroristes étrangers aux États-Unis", le décret plus controversé actuellement qui interdit l’entrée sur le territoire américain de ressortissants de sept pays à majorité musulmane : l’Iran, l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen, le Soudan et la Somalie, en remettant même en cause les visas déjà accordés par les États-Unis. Ce décret a choqué non seulement la "communauté internationale", mais également de nombreux responsables républicains aux États-Unis (notamment Dick Cheney et John MacCain).

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C’est une idée complètement contraire à la mentalité américaine qui sait que la diversité enrichit toujours un groupe. Si la recherche scientifique des États-Unis est la première du monde, c’est bien grâce à l’apport de nombreux chercheurs étrangers venus travailler sur le sol américain, et l’apport des chercheurs iraniens, par exemple, n’est pas le moindre. Même historiquement, la composition de la population américaine s’est établie sur les vagues migratoires successives, y compris irlandaise.

Non seulement ce décret va à l’encontre de la tradition migratoire américaine, mais il a pris en otages de nombreux voyageurs qui étaient dans la légalité au moment de prendre leur avion et qui se retrouvaient dans l’illégalité à l’arrivée sur le sol américain. Les médias ont fait état de nombreux exemples très absurdes comme ce citoyen irakien vivant aux États-Unis qui travaillait pour l’armée américaine comme traducteur en Irak et qui revenait d’un déplacement à l’étranger. Ou encore, comme Kjell Magne Bondevik, ancien Premier Ministre norvégien du 17 octobre 1997 au 17 mars 2000 et du 19 octobre 2001 au 17 mars 2005, fut retenu pendant une heure par la police à Washington en raison d'un séjour en Iran en 2014.

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Pour défendre ce décret, Kellyanne Conway, une conseillère importante de Donald Trump depuis le 22 décembre 2016, a inventé le 2 février 2017 un massacre imaginaire, le "massacre de Bowling Green" qui aurait été commis par deux ressortissants irakiens arrivés aux États-Unis. Elle a été ridiculisée sur les réseaux sociaux et pour se moquer d’elle, la ville de Bowling Green, dans le Kentucky, ainsi que le quartier de Bowling Green à New York ont organisé de fausses soirées commémoratives rendant hommage aux victimes (inexistantes) de ce (faux) massacre.

Pour montrer sa détermination, Donald Trump a limogé le 30 janvier 2017 la Ministre de la Justice par intérim ("US Attorney General") Sally Yates qui s’était opposée à ce décret anti-immigration, doutant de sa légalité et de sa moralité. Mais chez les juges, l’opposition s’est cependant organisée : plusieurs juges fédéraux (Ann Donnelly, Allison Dae Burroughs,  Leonie Brinkema) et un procureur général (Bob Ferguson) ont ordonné en référé la suspension du décret.

C’est ceci le plus intéressant : aux États-Unis, la séparation des pouvoirs est bien réel (Barack Obama en a été bien conscient face à un congrès doublement républicain). Et les juges sont indépendants de l’exécutif. La confrontation démocratique risque de ne pas être en faveur de la Maison-Blanche.

En France, au contraire, l’Élysée a une toute puissance qui fait que l’élection présidentielle française constitue un enjeu plus important qu’aux États-Unis. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’avancée démocratique la plus grande des deux dernières décennies en France, ce fut Nicolas Sarkozy qui l’a réalisée. La révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 a en effet créé la question prioritaire de constitutionnalité, une arme fondamentale pour garantir des contre-pouvoirs et pour s’opposer à toute dérive d’un exécutif délaissé par distraction à un roi ou à une reine Ubu


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Sylvain Rakotoarison (06 février 2017)
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Obama termine européen.
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La doxa contre la vérité.
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Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
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Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
John Kennedy.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 08:50

La colère mobilise toujours plus que la peur…


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Avant le scrutin, on savait d’avance que ces élections américaines seraient historiques d’une manière ou d’une autre.

Les États-Unis ont vécu cette nuit du 8 au 9 novembre 2016 à l’heure européenne. En effet, l’information de l’élection de Donald Trump comme 45e Président des États-Unis a été donnée vers 8 heures 45, heure de Paris, soit peu avant 3 heures du matin à New York. Il fallait faire élire au moins 270 grands électeurs. Le décompte donnait alors 276 grands électeurs pour Donald Trump et 218 pour Hillary Clinton, qui venait de téléphoner à son adversaire pour reconnaître sa défaite et le féliciter.

Ce ne sera pas comme en l’an 2000, l’élection est claire et nette, sans appel. Dès lors que la Floride, la Caroline du Nord, et quelques autres États clefs venaient d’être gagnés par Donald Trump, l’élection était pliée. Hillary Clinton a échoué dans sa dernière tentative. À 69 ans, elle mérite bien de prendre un peu de repos.

Les derniers jours d’une campagne exceptionnellement difficile et longue laissaient pourtant une légère avance à Hillary Clinton. À tel point que Donald Trump se serait enfermé afin de ruminer sa défaite. Sa victoire est donc non seulement une surprise générale sur les deux dernières années, mais aussi sur les deux derniers jours.

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Le pari de Donald Trump lorsqu’il avait annoncé sa candidature le 16 juin 2015 était complètement fou et jusqu’au bout, beaucoup de commentateurs refusaient de croire qu’il atteindrait son but. Il n’a jamais été élu, il n’a pas fait son service militaire, il n’a pas payé d’impôt sur le revenu pendant de longues années, il a insulté de nombreuses catégories de la population, il a parlé vulgairement, a montré son machisme, son sexisme, on lui reproche aussi d’être raciste, d’en vouloir aux Mexicains, aux musulmans …et pourtant, il a été élu.

Bizarrement, je crains plus le peuple qui l’a élu que l’homme lui-même. Il n’est pas un idéologue mais un pragmatique. Toutes les horreurs qu’il a pu sortir avaient pour seul but de créer le buzz et de faire sa campagne. Il est avant tout un chef d’entreprise, un "businessman", quelqu’un qui va regarder chaque problème, le mettre à plat, négocier comme il l’a fait pour gagner de l’argent. C’est ce que dit André Bercoff, le 9 novembre 2016 sur LCI, qui serait le seul journaliste étranger à l’avoir interviewé pendant la campagne, en mars 2016. Serait-ce un nouveau Berlusconi ? Ou un Tapie ?

Tandis que ses électeurs, comme l’avait très maladroitement décrit Hillary Clinton en septembre 2016, les raisons de leur vote, leurs motivations, on peut s’en inquiéter, s’en effrayer, s’interroger pour l’avenir du monde.

L’image de David face au Goliath de l’etablishment est à contresens puisque le milliardaire, c’est lui ! C’est lui qui a fait pousser des buildings en plein cœur de l’Amérique capitaliste ! Et cependant, il était bien seul. Seul dans les primaires des Républicains qu’il a menées en tête pendant tout le processus, éliminant dès le début le favori, Jeb Bush, d’une autre dynastie. Personne n’y croyait. Et personne ne croyait qu’il pourrait réussir l’élection générale. Même George W. Bush Jr a refusé de voter pour lui et a déclaré avoir voté blanc.

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Environ 45 millions de citoyens américains sur les 142 millions d’électeurs avaient voté bien avant l’Election Day, et l’on disait que ces votes devraient plutôt favoriser Hillary Clinton. De même, la "forte" participation dans certains États comme la Floride était analysée en faveur d’Hillary Clinton. Il n’en a rien été : la participation supplémentaire a profité avant tout à Donald Trump.

Véritable gueule de bois pour le clan Clinton. Décidément, le peuple américain n’a définitivement jamais aimé Hillary Clinton. Déjà en 2008, on la disait favorite et Barack Obama l’avait doublée. À aucun moment il n’y a eu de mouvement très fort en sa faveur.

En fait, pour résumer les choses, les deux candidats, Donald Trump et Hillary Clinton, ont dû subir à leur encontre un courant fort d’antipathie et de détestation (un peu ce que pourrait connaître la France en cas de nouveau duel entre Nicolas Sarkozy et François Hollande). Mais seulement Donald Trump pouvait bénéficier parallèlement d’un courant ascendant, pas Hillary Clinton qui n’a su convaincre que par la raison, que par défaut, et cela ne crée pas d’enthousiasme électoral, d’être une candidate par défaut.

La gueule de bois, l’Europe la connaît aussi ce matin du 9 novembre 2016, après la gueule de bois du Brexit le matin du 24 juin 2016 : Marine Le Pen l’a très bien perçu puisqu’elle a adressé ses plus vives félicitations avant même que Donald Trump n’eût gagné avec certitude (quelques minutes auparavant). Marine Le Pen, qui se targue d’être ni de gauche ni de droite, a pourtant choisi son camp en soutenant Donald Trump le conservateur pur et dur, l’ultralibéral milliardaire qui a pourtant fait de nombreuses pertes dans ses affaires.

Il faut reconnaître que l’élection d’Hillary Clinton aurait été aussi surprenante que celle de Donald Trump, d’un point de vue historique. Certes, il y a le côté "première femme Présidente" mais j’espère que les électeurs ne se sont pas déterminés sur le seul sexe des candidats (au même titre que lorsque Ségolène Royal, à l’époque compagne de François Hollande, avait été candidate en  France), et historique aussi par le côté people et dynastique (femme de Bill Clinton). Mais cela aurait été surtout historique que les Démocrates fassent trois mandats de suite. Cela ne s’est pas passé depuis Franklin Delano Roosevelt, au contraire des Républicains avec Ronald Reagan et George H. W. Bush Sr entre 1981 et 1993. Certes, la Présidence de Barack Obama reste encore assez populaire aux États-Unis (les sondages montrent régulièrement qu’environ un Américain sur deux est satisfait de son action à la tête du pays).

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Ces élections américaines du 8 novembre 2016 furent donc une grande victoire des Républicains puisque non seulement ils retrouvent la Maison-Blanche, mais ils restent majoritaires au Congrès, tant à la Chambre des représentants qu’au Sénat où les Démocrates pouvaient imaginer redevenir majoritaires.

Le discours que Donald Trump a prononcé à 2 heures 50 du matin dans son quartier général de Manhattan à New York n’avait rien d’intellectuel, rien d’historique, rien d’émouvant non plus, mais également rien d’effrayant. Au contraire, il a été consensuel et rassembleur. Il a d’abord rendu hommage à Hillary Clinton parce qu’elle a passé beaucoup de temps de son existence au service de son pays. Il a surtout dit vouloir que dans quatre ans, peut-être dans huit ans (il aurait 78 ans !), les Américains soient fiers de leur Président et de leur pays. Peut-être que Donald Trump surprendra le monde entier comme il l’a surpris depuis un an. Au contraire, peut-être "se rangera-t-il", deviendra-t-il comme Alexis Tsiras en Grèce.

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Le 5 novembre 2016 sur le site Atlantico, le politologue Yves Roucaute a replacé les électeurs de Donald Trump dans un mouvement beaucoup plus large et international : « Aux États-Unis, ces catégories ne votent pas, ou votent pour des candidats anti-système. C'est la force de Donald Trump et de certains mouvements en Islande, en Autriche, en Espagne, en Italie, un peu partout dans les démocraties faibles où la bureaucratie et certaines élites ont fait main basse sur la politique. ».

Et de faire remarquer : « Les seuls gouvernements qui s'en sortent sont ceux qui écoutent leur population et la suivent. C'est ce que le gouvernement hongrois a fait, et c'est que Theresa May essaye de faire au Royaume-Uni. ».

D’où cette réflexion : « Il n'y a pas d'autre solution : dans les démocraties libérales, et c’est leur force et leur faiblesse, les élites politiques doivent tenir compte de la  volonté populaire. Sinon c’est la crise. Le grand danger, en France, est de continuer une politique coupée de la population. Un an après la présidentielle, nous connaîtrions de vastes mouvements sociaux. Le risque est de voir se nouer des alliances pour sacrifier le bouc émissaire politique, c’est-à-dire le gouvernement. Une grave crise de régime pourrait alors se produire, quelle que soit l'identité de celui ou celle qui est élu. ».

Le Brexit et l’élection de Donald Trump montrent que dans un pays en crise économique, la colère contre les élites mobilise beaucoup mieux que la peur d’un changement radical. C’est à cela que devront réfléchir les candidats à l’élection présidentielle française de 2017, notamment dans le cas d’un second tour (loin d’être encore acquis) entre Alain Juppé et Marine Le Pen…


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Sylvain Rakotoarison (09 novembre 2016)
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Pour aller plus loin :
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Barack Obama.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
John Kennedy.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 06:39

« C’est la démocratie même qui est en jeu. Le savoir-vivre est en jeu dans cette élection. La tolérance est en jeu. La courtoisie est en jeu. L’honnêteté est en jeu. L’égalité est en jeu. La bienveillance est en jeu. » (Barack Obama, le 14 octobre 2016 à Cleveland).


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C’est ce mardi 8 novembre 2016 que les 130 millions d’électeurs américains votent pour leur chef d’État ("Election Day"). Les élections présidentielles sont accompagnées d’élections au Congrès (représentants et une partie des sénateurs) dont l’enjeu politique est aussi important que les présidentielles, ainsi qu’une partie des gouverneurs.

Après le second mandat de Barack Obama, une page se tourne. Celle d’un paysage politique américain "classique". Quel que soit le candidat élu, il y aura une nouveauté, soit la première femme Présidente des États-Unis (la belle affaire), mais surtout qui commencerait son mandat avec une (grave) affaire judiciaire à ses trousses (des parlementaires républicains seraient prêts à déclencher une procédure d'impeachment dès son éventuelle électon), soit un milliardaire imprévisible. Les deux sont "vieux", l’une 69 ans, l’autre 70 ans. Les deux seront des vieillards à la fin de leur (premier) mandat.

Début octobre 2016, le candidat républicain Donald Trump avait dévissé dans les sondages après le scandale concernant ses relations avec les femmes. L’affaire aurait alors pu paraître "pliée" en faveur de la candidate démocrate Hillary Clinton mais le 28 octobre 2016, le FBI a rouvert l’enquête concernant les emails de l’ancienne Secrétaire d’État qui devrait établir soit la négligence soit la faute lourde mettant en jeu les intérêts vitaux des États-Unis.

Conséquence mécanique de cet "événement", l’écart s’est resserré très nettement entre les deux candidats dans les sondages et le 31 octobre 2016, un premier sondage a même donné gagnant Donald Trump qui, en quatre jours, avait rattrapé son retard.

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L’état actuel de l’opinion est encore très mouvant mais globalement, il y a égalité dans les sondages entre les deux candidats si l’on tient compte des intervalles d’incertitude.

L’écart moyen entre les deux candidats au 5 novembre 2016 était de 1,8% en faveur d’Hillary Clinton, ce qui est  très faible (à moins de 5%, il n’y a pas de conclusion possible à formuler). Un institut de sondages pour un journal de Los Angeles a même donné gagnant Donald Trump avec une marge confortable de 5% mais les autres instituts ont donné gagnante pour la même période Hillary Clinton, parfois avec un écart de 5% aussi (Ipsos). La plupart des instituts de sondages ont donné des écarts entre 1 et 3%, ce qui n’est pas vraiment significatif.

Cela dit, cet état de l’opinion dans tout le pays n’a pas beaucoup de sens concernant l’issue des élections. En effet, Al Gore a perdu les élections de 2000 malgré un nombre supérieur de voix en sa faveur. L’essentiel, pour gagner ces élections, c’est de faire élire le maximum de délégués qui, ensuite, éliront le 12 décembre 2016 le Président des États-Unis. Chaque État a un nombre donné de délégués, et lorsque le candidat obtient la majorité dans cet État, il récupère l’ensemble de ces délégués. Il y a donc un effet amplificateur typique des scrutins majoritaires.

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Résultat, pour évaluer les chances des deux candidats, il faut regarder la situation très détaillée de tous les États des États-Unis. On peut ainsi les classer en trois catégories. Premièrement, les États qui penchent très largement pour l’un des deux candidats, où il n’y a aucun suspens sur le gagnant (cela veut dire plus de 10% d’écart entre les deux candidats dans les sondages). On peut citer par exemple l’Alaska (dont un gouverneur fut Sarah Palin), la Louisiane et le Texas pour Donald Trump ; la Californie, l’Illinois et le New Jersey pour Hillary Clinton. Deuxièmement, les États dont la tendance est déjà bien claire (entre 5 et 10% d’écart dans les sondages), comme la Caroline du Sud pour Donald Trump et la Virginie pour Hillary Clinton. Enfin, troisièmement, les États à l’incertitude totale (moins de 5% d’écart dans les sondages), comme la Floride, l’Ohio, le Michigan, la Pennsylvania, etc. qui ne balancent clairement pour aucun des deux candidats.La côte nord-est et la côte ouest des États-Unis sembleraient acquises à Hillary Clinton et les États du Sud (sauf le sud-est) et ceux de l’Amérique profonde sembleraient acquis à Donald Trump, y compris, surprise, l’Arkansas dont fut gouverneur Bill Clinton avant d’être élu à la Maison-Blanche en 1992. Les candidats se partageraient les deux plus grands États, la Californie (55 délégués) et le Texas (38 délégués) et les deux autres plus grands États, celui de New York (29 délégués) serait favorable à Hillary Clinton, et la Floride (29 délégués aussi) serait très incertaine.

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Numériquement, pour être élu Président des États-Unis, il faut avoir fait élire au moins 270 délégués. Avec cette méthode, au 5 novembre 2016, 168 délégués seraient assurés pour Hillary Clinton et 155 pour Donald Trump. Si l’on prend en compte les États de la seconde catégorie (fortes tendances), le rapport de force se renforcerait, avec 216 délégués pour Hillary Clinton et 164 pour Donald Trump. Il reste 158 délégués dans des États très incertains.

Cela signifierait que si Hillary Clinton réussissait à conquérir des États clefs pour 54 délégués, son élection serait assurée. Parmi les gros États de cette troisième catégorie, il y a la Floride (29 délégués), la Pennsylvanie (20 délégués), l’Ohio (18 délégués), le Michigan (16 délégués), la Géorgie (16 délégués) et la Caroline du Nord (15 délégués).

Parmi ces six grands États, les sondages actuels en feraient mener six par Hillary Clinton (la Floride avec un écart de 1,2% ; le Michigan avec un écart de 4,8% ; la Pennsylvanie avec un écart de 2,6%) et six aussi par Donald Trump (l’Ohio avec un écart de 3,3% ; la Caroline du Nord avec un écart de 0,8% ; la Géorgie avec un écart de 4,6%). Quand j’évoque un "écart", cela signifie un "écart moyen" d’un grand nombre d’instituts de sondages pour une période donnée. Comme on le voit, ces écarts étant très faibles, ils ne sont pas assez fiables pour faire une prédiction électorale pertinente sur ces États.

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Tout ce qui est en revanche assez facile à imaginer, c’est qu’aucun des deux candidats ne jouit d’une franche et massive adhésion populaire. Au contraire, ils seraient tous les deux victimes d’un rejet populaire, ce qui rend l’élection incertaine. Après deux mandats de Barack Obama, le Parti républicain pouvait raisonnablement compter reconquérir la Maison-Blanche par effet d’usure du gouvernement démocrate. La singularité très forte de son candidat remet en cause l’évidence de cette possibilité sans pour autant l’exclure.

Nouveau coup de théâtre ce dimanche 6 novembre 2016, à deux jours du scrutin : le FBI a annoncé qu'il a finalement abandonné toute poursuite contre Hillary Clinton après avoir lu les 650 000 emails... ce qui a fait dire à Donald Trump que le système était truqué et qu'on lui en voulait ! Bref, même si Hillary Clinton a semblé bénéficier du dernier rebondissement (dernier à cette heure), cela a laissé à la fin de campagne un climat particulièrement délétère. Le magazine allemand "Der Spiegel" ne s'y est pas trompé en montrant les deux candidats recouverts de boue.

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Effectivement, la campagne, des deux bords, a volé exceptionnellement bas cette année, avec des arguments de caniveau particulièrement dégueulasses. On se demande encore comment un intello si fort en thème a pu être élu dans ce même pays en 2008.

En Europe, le réveil du mercredi 9 novembre 2016 sera dans tous les cas assez douloureux. Que ce soit Donald Trump qui pourrait déclencher une guerre nucléaire par mauvaise humeur ou Hillary Clinton dont la considération pour la vie humaine est assez faible quand on la voit rigoler du lynchage de Mouammar Kadhafi, l’élection du prochain Président des États-Unis augmentera les risques, dans tous les cas, d’une guerre dont on ne peut mesurer la portée aujourd’hui…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 novembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Barack Obama.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
John Kennedy.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
Mario Cuomo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161107-election-us2016ae.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/usa-2016-americains-faites-moi-186214

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/11/08/34527924.html



 

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 05:19

« C’est la démocratie même qui est en jeu. Le savoir-vivre est en jeu dans cette élection. La tolérance est en jeu. La courtoisie est en jeu. L’honnêteté est en jeu. L’égalité est en jeu. La bienveillance est en jeu. » (Barack Obama, le 14 octobre 2016 à Cleveland).


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J’ai trouvé mon titre tout seul mais un peu facilement, car un rapide coup d’œil sur le Web m’a montré qu’il n’était pas du tout original puisque bien avant moi, des centaines d’autres l’avaient déjà utilisé depuis septembre 2015. Tant pis, je le garde quand même car jamais le titre du film d’Yves Robert sorti le 22 septembre 1976, avec sa bande de copains (Jean Rochefort, Claude Brasseur, Victor Lanoux et Guy Bedos), n’a été si réaliste pour décrire le parti de l’éléphant (les Républicains américains) dans un contexte évidemment très différent en unité de temps et en unité de lieu.

Les élections présidentielles américaines vont avoir lieu dans une dizaine de jours, le 8 novembre 2016, et la candidate démocrate Hillary Clinton, qui vient de fêter son 69e anniversaire ce mercredi 26 octobre 2016, est plus que jamais la favorite. Les sondages lui donnent une avance de 5,5 à 8,9% (au 25 octobre 2016), et certains États décisifs, comme la Floride, pourraient même basculer (c’est en Floride que George W. Bush a vaincu Al Gore). L'écart cependant se réduit.

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Pourquoi Donald Trump (70 ans) semble dévisser depuis trois à quatre semaines ? Il avait presque réussi à atteindre la respectabilité politique, avait fait une très bonne performance lors du premier débat face à son adversaire Hillary Clinton le 26 septembre 2016 à New York, et son colistier républicain, Mike Pence, avait largement gagné le débat des Vice-Présidents face à Tim Kaine le 4 octobre 2016 en Virginie.

Les deux débats suivants ont été désastreux pour l’image de la vie politique aux États-Unis. Si certains électeurs français ont des raisons de trouver un manque de hauteur de vue dans les débats français, ils peuvent au moins se rassurer en se disant qu’il y a bien "pire" aux États-Unis.

Les deux autres débats, les protagonistes ont refusé de se serrer la main. Une atmosphère de guerre civile s’est ressentie jusque dans les journaux. Lors du deuxième débat le 9 octobre 2016 à Saint-Louis, dans le Missouri, Donald Trump a même promis d’envoyer Hillary Clinton en prison s’il était élu.

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Et pire encore pour les conséquences électorales, lors du troisième débat le 19 octobre 2016 à Las Vegas, Donald Trump a refusé de dire s’il reconnaîtrait le résultat des élections dans tous les cas, et il a déjà amorcé l’argumentation de mauvaise foi en parlant d’élections truquées. Or, les Américains, légitimistes, ont au moins l’atout de savoir rester unis derrière leur Président dès lors qu’il a été choisi par les électeurs. En refusant de dire qu’il reconnaîtrait sa défaite, le cas échéant, il défie carrément les institutions démocratiqeus de son pays, ce qui est particulièrement antipatriotique.

Comme est antipatriotique de ne pas avoir payé l’impôt sur le revenu pendant dix-huit ans à cause d’un solde négatif de plusieurs millions de dollars reportable d’années en années. Certes, rien d’illégal à ce sujet, mais quelle hypocrisie de dénoncer la vétusté des services publics, de dénoncer les 18 000 milliards de dollars de la dette américaine, et de ne pas avoir contribué à leur financement pendant près d’une génération.

Et l’argumentation de vouloir agir avec son pays comme avec son entreprise s’effondre, par la même occasion, puisqu’il a eu justement des pertes financières colossales. Plus généralement, son argumentation économique s’écroule également. Il voudrait réindustrialiser les États-Unis, il voudrait en finir avec les délocalisations, mais les cravates qu’il vend, avec sa juteuse marque, sont fabriquées en Chine, justement dans des usines délocalisées que le candidat dénonce, alors que le patron avait toute latitude de s’interdire de telles délocalisations !

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Une sorte de Mister Donald et Docteur Trump qui montre une seule chose : c’est que le candidat investi par le Parti républicain dit tout et n’importe quoi (c’est particulièrement le cas à propos de l’immigration mexicaine, sa "bête noire"), et le principal est d’égrainer les voix, avec, pour seule véritable ligne de conduite, le discours anti-etablishment (la "vraie vie" contre les gens de Washington). Une ligne tenue aussi par George W. Bush contre Al Gore en 2000, alors que la "vraie vie", Donald Trump ne l’a jamais connue grâce à son grand-père qui avait commencé à enrichir la famille.

Trump, juteuse marque ? Plus forcément, car des propriétaires et locataires d’appartements dans les Tours Trump à New York commencent à avoir chaque jour honte d’habiter dans une tour qui porte le nom de ce candidat qui dit inepties sur inepties. Il y a même une pétition qui a demandé à la société gérante de débaptiser ces tours ! Une résidante de Riverside, Kate, a ainsi avoué : « J’aimerais pouvoir rentrer chez moi sans avoir à penser à cet homme vulgaire. Je trouve qu’il se couvre de honte et qu’il nous embarrasse tous depuis le jour où il a traité les Mexicains de violeurs. ». Certains voudraient même encourager le boycott des produits Trump, hôtel, vins, cravates, parfums, etc.

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Comme cohérence politique,d’ailleurs, il y aurait mieux. En 2000, Donald Trump, milliardaire (sa fortune est évalué aujourd’hui à 5 milliards de dollars), a aidé financièrement la campagne d’Hillary Clinton pour devenir sénatrice de New York. Et il a contribué aussi à la campagne de sa future concurrente lors des primaires démocrates de 2008, l’objectif ayant été de barrer la route à Barack Obama (entre 2001 et 2009, il était même membre du Parti démocrate, le parti de l’âne).

Ses vociférations politiques ont de quoi faire frémir les citoyens américains, encourageant, dans un élan antipatriotique, le Président russe Vladimir Poutine à espionner les institutions américaines, ou pire, encourageant les citoyens américains à …supprimer Hillary Clinton !

Cela a conduit le Président sortant Barack Obama à s’engager très nettement en faveur d’Hillary Clinton, en dénonçant ce Donald Trump si dangereux. Le 11 octobre 2016, en Caroline du Nord, il a balancé : « Il dit qu’il est toujours debout à trois heures du matin, mais c’est pour publier des insultes sur Twitter ! ». Et le 14 octobre 2016 à Cleveland : « Il menace d’emprisonner ses opposants politiques. Ou de faire taire les médias. Il salue l’ingérence des Russes dans notre processus électoral, et suggère maintenant que si la campagne ne se déroule pas comme il l’entend, ce n’est pas à cause de ce qu’il a dit, mais parce que l’élection est truquée et que c’est une imposture. Vous savez, certains pays fonctionnent comme ça, et ce sont des tyrannies qui pratiquent l’oppression ! ».

Le 31 mai 2016, les autorités nord-coréennes annonçaient même leur soutien à la candidature de Donald Trump, au risque de l’ingérence étrangère : « Le Président que les citoyens américains doivent élire n’est pas l’ennuyeuse Hillary (…) mais Trump » qui est « un homme avisé » et « un candidat qui voit loin ». La Corée du Nord doit apprécier que Donald Trump veuille présenter la facture à la Corée du Sud pour sa protection américaine, protection qu’il serait prêt à lui retirer…

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Mais ce n’est pas sur le sujet des impôts pas payés, sur l’antipatriotisme de sa non politique étrangère, ou sur des excès de langage en tout genre que Donald Trump a dévissé. C’est sur des propos machistes. On sait à quel point les États-Unis sont sensibles avec les relations entre hommes et femmes (Dominique Strauss-Kahn en sait quelque chose).

La diffusion le 7 octobre 2016 par le "Washington Post" d’une vieille vidéo, datant de 2005, a fait découvrir un Donald Trump particulièrement indélicat avec les femmes en général : « Quand vous êtes une star, [les femmes] vous laissent faire, vous pouvez faire tout ce que vous voulez, les attraper par la chatte [grab them by the pussy], faire ce que vous voulez ! ». Un macho de première, comme on pourrait dire. Un vulgaire et un sexiste. Un prédateur sexuel aussi. Cela a choqué jusqu’à "l’Amérique profonde", justement celle qui était la plus prête à tomber dans sa zone d’influence.

Jusqu’au Parti républicain lui-même qui s’est demandé si, un mois avant les élections, il y avait un moyen pour changer de candidat. Les candidats républicains au Congrès se sont "courageusement" désolidarisés de leur candidat présidentiel, officiellement investi le 19 juillet 2016 à Cleveland, pour sauver les meubles et préserver une majorité républicaine au Congrès (qui est, je le rappelle pour ceux qui sont trop habitués aux institutions françaises, le véritable centre du pouvoir politique, car le régime présidentiel des États-Unis donne la part belle à l’indépendance du législatif).

Cette vidéo a eu pour réponse le rappel des maîtresses de l’ancien Président Bill Clinton. Car Hillary Clinton, sa vie privée, sa vie intime, rien n’aura été préservée par l’équipe de campagne de Donald Trump qui pilonne avec de nombreux coups en dessous de la ceinture. La guerre est d’ailleurs totale. Des témoignages de jeunes femmes abusées par Donald Trump qui se serait mal conduit avec elles (notamment dans un avion, dans un hôtel, dans un club new-yorkais) ont été diffusés, comme pour répliquer à la campagne vulgaire insistant sur les frasques sexuelles de Bill Clinton (campagne d’autant plus étonnante qu’Hillary Clinton, à ce sujet, a au contraire montré une exceptionnelle loyauté et n’était coupable d’aucune faute).

Donald Trump a affirmé sur la chaîne Fox News le 12 mai 2016 être « totalement flexible sur beaucoup, beaucoup de sujets » et a assumé le fait d’être …« imprévisible » ! De quoi "rassurer" tous les citoyens des États-Unis… et du reste du monde !

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Pour le journaliste Alexandre Vatimbella : « Il peut y avoir la victoire d’un homme au comportement déséquilibré, prêt à user la bombe atomique contre tous ceux qu’il considère ses ennemis, raciste, menteur et qui n’a pas arrêté de mettre en doute l’honnêteté de la démocratie et de ses institutions tout au long de sa campagne. Même si les sondages sont plutôt rassurants, la possibilité que Donald Trump s’installe à la Maison-Blanche en janvier 2017 ne peut pas être encore écartée. ».

Candidat inattendu depuis le 16 juin 2015 sur le thème très reaganien ("America is back") de rendre leur grandeur aux États-Unis ("Make America great again !"), Donald Trump dévisse maintenant dans les enquêtes d’opinions parce que la nature est revenue au galop. Saura-t-il rattraper en quelques jours l’implosion de sa campagne ? Résultats dans la nuit du mardi 8 au mercredi 9 novembre 2016…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 octobre 2016)
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Pour aller plus loin :
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Barack Obama.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
John Kennedy.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
Mario Cuomo.

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 01:11

« L’événement qui s’est produit aux États-Unis d’aujourd’hui va au-delà des frontières nationales. Il s’agit d’un défi effronté à l’humanité entière, du moins à l’humanité civilisée. » (Vladimir Poutine, 12 septembre 2001).



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Ce dimanche, quinze années ont filé depuis le quadruple attentat du 11 septembre 2001 qui a coûté la vie à 2 977 personnes, dont 403 pompiers et policiers qui étaient venus secourir les victimes. 6 291 personnes ont été par ailleurs blessées par ces attentats.

Ce furent les attentats les plus meurtriers de l’histoire de l’humanité. Quatre avions ont été détournés quasiment au même moment. Deux ont foncé sur les deux plus hautes tours du quartier d’affaires de Manhattan, à New York (les fameuses Twin Towers du World Trade Center), symbole du capitalisme triomphant ; un autre s’est écrasé sur le Pentagone, à Washington, le quartier général du Ministère de la Défense ; et enfin, le dernier, qui se dirigeait vers Washington (vers la Maison-Blanche ou plus probablement vers le Capitole) a pu être arrêté dans sa course folle grâce au courage de certains passagers et s’est écrasé près de Shanksville, en Pennsylvanie.

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La suite, elle est connue : attribués à Oussama Ben Laden et à son organisation Al-Qaïda, ces attentats ont durablement traumatisé les États-Unis touchés sur leur sol. Ils ont riposté par une intervention militaire en Afghanistan, mais aussi par la guerre en Irak un an et demi plus tard, alors qu’il était clair que l’Irak n’y était pas impliqué.

Ces interventions militaires au Moyen-Orient ont embrasé tout le monde musulman. Les révolutions arabes de 2011 ont conforté l’apparition d’organisations terroristes islamistes très décentralisées qui n’agissent principalement qu’au travers des attentats-suicides qui se sont multipliés tant dans cette zone géographique que partout dans le monde, que ce soit en Europe (Madrid, Londres, Paris, Bruxelles, Nice, Rouen) qu’ailleurs (Bali, Sidney, Ottawa, Orlando, Istanbul, Ankara, Peshawar, Le Caire, etc.). Tous les pays sont touchés, de la Chine à la Côte d’Ivoire, du Nigeria à la Tunisie, du Pakistan au Danemark, du Canada à l’Australie, de l’Indonésie à la France, de la Syrie à l’Algérie, etc.

Depuis le développement de Daech et la multiplication de ses actes de barbarie partout dans le monde, les théories du complot concernant les attentats du World Trade Center ont perdu beaucoup de leur crédit. Elles avaient un double objectif, idéologique et pécuniaire, celui de défendre l’indéfendable, et celui de faire de l’argent sur le dos de personnes crédules qui se croient incrédules. Cela a assuré la vie matérielle de quelques mauvais faiseurs d’opinions. Tant mieux pour eux, tant pis pour ceux qui les ont écoutés.

Les théories du complot se nourrissent de nombreuses incertitudes sur les faits et de raisonnements qui se prétendent logiques à coup de sophismes foireux (le principal : à qui profite le crime ? n’apporte aucune preuve). Ainsi, on s’est permis d’émettre des soupçons sur l’effondrement collatéral du bâtiment 7, pourtant retransmis en direct à la télévision américaine, provoqué par la fragilité des structures à la suite de l’effondrement des deux tours jumelles et des incendies collatéraux. Beaucoup de raisonnements tirés par les cheveux provenaient de personnes visiblement peu compétentes (pour ne pas dire nullissimes) en matière de sciences, mécanique, matériaux, structure, chimie, mécanique des fluides, métallurgie…

Parfois, on osait aller encore plus loin, en remettant en cause par exemple l’attentat du Pentagone (il se trouvait que j’avais de bonnes raisons, à cette époque, d’être assuré de sa réalité). Expert en explosions, Allyn E. Kilsheimer a d’ailleurs dû répondre à des journalistes ainsi : « J’ai vu les marques des ailes de l’avion sur la façade du bâtiment. J’ai ramassé des morceaux d’avion avec des identifications de la compagnie d’aviation sur eux. J’ai tenu de ma main la queue de l’avion et j’ai retrouvé la boîte noire. (…) J’ai tenu dans mes mains des morceaux des uniformes de l’équipage, avec des morceaux de corps. C’est bon, maintenant ? » (mars 2005).

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Parlant des théories du complot, le philosophe américain Noam Chomsky l'a exprimé ainsi : « Ce n’est pas seulement une énorme industrie, c’est une industrie assez fanatique. (...) C’est presque une sorte de fanatisme religieux. ».

Et d'ajouter : « L’argument "à qui profite le 11 septembre ?" n’a guère de poids. (...) Presque tous les gouvernements ont pris des mesures pour surveiller plus étroitement leur population et ce genre de choses. Le gouvernement Bush l’a fait aussi. Donc, "à qui profite le crime ?" n’est pas une preuve suffisante de complot (...). L’idée même n’est pas crédible. Pour qu’il y ait une once de vérité dans les théories sur le 11 septembre, il faudrait qu’il y ait eu un énorme complot, incluant les compagnies aériennes, les médias, la préparation des faux avions. Il aurait fallu mettre au courant quantité de gens dans l’administration. Ils ne s’en seraient jamais tirés. Même une dictature n’aurait pas pu. C’est une opération vraiment risquée. La probabilité d’une fuite est très élevée : ça se serait su tout de suite. Et la moindre fuite aurait aligné tous les dirigeants devant le peloton d’exécution, et sonné le glas du Parti républicain à jamais. Et pour gagner quoi ? Un prétexte pour faire ce qu’ils auraient fait de toute manière, sous un autre prétexte qu’ils auraient pu trouver. ».

Toutes ces théories du complot n’ont qu’un seul but, motivé par l’antisémitisme et l’anti-américanisme, couplés ou indépendants l’un de l’autre mais cela revenait au même : au lieu de dire que les Américains n’auraient eu que ce qu’ils auraient mérité, c’était tentant de les enfoncer encore plus dans l’indécence en les accusant d’avoir commis eux-mêmes ces attentats. Selon ces complotistes, les États-Unis auraient commandité ces actes aussi odieux pour avoir carte blanche au Moyen-Orient et tuer des musulmans. Comme si les Américains ne pouvaient pas le faire indépendamment d’une provocation…

Ce type de théorie du complot a cherché à se répandre également lors des attentats que la France a subis ces dernières années, mais sans beaucoup de succès car il remettait en cause la simple raison. Les assassinats commis par Merah étaient factuellement identifiables (des théories du complot ont quand même tenté leur chance par antisarkozysme préélectoral), puis le massacre de Charlie-Hebdo était également très identifiable. Chaque nouvel acte terroriste fut lui aussi déterminé clairement, en tout cas, en France et en Belgique.

Que veulent les terroristes ? Rien, juste la mort, mais la mort en emportant avec eux le plus de monde possible. C’est comme si c’était un jeu macabre. 86 morts avec un camion, plus efficace que l’assassinat d’un seul prêtre ? Ce ne sont pas des actes contre "l’Occident" (que veut dire "Occident" si l’on y inclut le Japon, l’Australie ?). Ce ne sont pas des actes contre une religion, contre des mécréants (la plupart des victimes dans le monde sont d’ailleurs elles-mêmes des musulmans). Ce sont des actes contre l’humain, contre l’humanité. C’est peut-être la généralisation psychiatrique d’un désir de tuer et de son passage à l’acte. La structure décentralisée laisserait entendre que ces actes seraient au nazisme ce que l’artisanat est à l’industrie.

Dans une vidéo, Oussama Ben Laden s’est vanté le 13 décembre 2001 d’avoir été dans ses prévisions très en deçà de la réalité : « Nous avons calculé à l’avance le nombre d’ennemis qui seraient tués, d’après la structure de la tour. Nous avons estimé que trois ou quatre étages seulement seraient touchés. J’étais le plus "optimiste" de tous (…). En raison de mon expérience dans le domaine, je pensais que l’incendie du carburant de l’avion ferait fondre la structure en fer du bâtiment, et que cela provoquerait uniquement l’effondrement des étages percutés par l’avion et de ceux situés au-dessus. C’est tout ce que nous "espérions". ».

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Concrètement, parmi les personnes présentes dans les tours lors de leur effondrement, seulement une vingtaine d’entre elles ont survécu. Avant, seulement 18 personnes ont pu échapper à la mort parmi les 1 960 personnes bloquées dans les deux tours au-dessus des impacts. Au total, 2 606 personnes sont mortes dans les Twin Towers, 125 au Pentagone et les autres victimes furent la totalité des passagers et membres d’équipage des quatre avions. 293 corps seulement ont été retrouvés et un petit quart des 20 000 fragments humains collectés sur les lieux a pu être identifié. 1 151 victimes ont totalement disparu à cause des chocs et de l’effondrement.

Dans les réactions internationales, le (récent) Président russe Vladimir Poutine a été parmi les premiers chefs d’État à faire preuve de compassion vis-à-vis du peuple américain. Malgré certains cris de joie à Gaza, Yasser Arafat aussi a exprimé sa tristesse et sa condamnation. Tous les États ont été choqués, y compris l’Iran. Et c’est probablement le Chancelier allemand Gerhard Schröder qui a proposé la meilleure formulation, qui reste toujours valable aujourd’hui, quinze ans plus tard, dans ce monde qui continue d’être traumatisé par le terrorisme islamiste : « Ce n’est pas là une bataille entre les civilisations, c’est une bataille pour la civilisation. ».

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Comme pour les catastrophes nucléaires, beaucoup d’actions correctives ont été entreprises pour renforcer la sécurité à la suite de ces attentats, en particulier le vol permanent d’avions de chasse autour des grandes villes américaines pour empêcher tout renouvellement du 11 septembre 2001.

Hélas, parmi ces mesures, l’une d’elles a été la cause d’un crash, le blindage de la porte de cabine de pilotage des avions commerciaux, qui s’est généralisé. Ce fut à cause de cette inviolabilité qu’un copilote dépressif a pu mener l’avion du vol 9525 de Germanwings (Barcelone-Dusseldorf) contre une falaise des Alpes françaises le 24 mars 2015.

Les 150 victimes de ce vol de Germanwings pourraient être, elles aussi, considérées comme des victimes collatérales des attentats du 11 septembre 2001, tout comme la centaine de personnes qui sont mortes par la suite de maladies provenant des effondrements des tours, fibrose pulmonaire, mésothéliome (cancer), asbestose, etc. (3 700 cas de cancers développés chez les secouristes exposés aux fumées ont été recensés en 2015).

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Dans les conséquences juridiques des attentats du 11 septembre 2001, on peut noter le fameux USA Patriot Act promulgué le 26 octobre 2001 par George W. Bush pour lutter plus efficacement contre le terrorisme au détriment, le cas échéant, des libertés individuelles et de la vie privée. George W. Bush l’a renouvelé le 9 mars 2006, puis Barack Obama le 26 mai 2011. Une loi qui a été largement imitée plus tard par …François Hollande avec sa loi sur le renseignement (il aurait voulu son Patriot Act à lui).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 septembre 2016)
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Pour aller plus loin :
Terrorisme et islamisme.
Antisémitisme.
Quinze ans.
Complot vs chaos : vers une nouvelle religion ?
Nouveau monde.
Qu’aviez-vous fait le 11 septembre 2001 ?
Incompréhensions américaines.
11 septembre, complot ?
Les théories du complot décortiquées sur Internet.
Ben Laden, DSK, même complot ?
Terrorisme = islamisme ?
L’impérieux besoin de tuer.
Une autre terroriste…
L’unité nationale.
L'assassinat du père Jacques Hamel.
Vous avez dit amalgame ?
L'attentat de Nice du 14 juillet 2016.
L'attentat d'Orlando du 12 juin 2016.
L'assassinat de Christina Grimmie.
Les valeurs républicaines.
Les attentats contre "Charlie-Hebdo".
Les attentats de Paris du 13 novembre 2015.
Les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.
Daech.
La vie humaine.
La laïcité.
Le patriotisme.

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 03:36

« Si Bill Clinton avait été le Titanic, l’iceberg aurait coulé. » (Blague américaine citée par "Le Monde" du 20 décembre 1998).


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Entre lui et elle, il n’y a pas photo. Lui est charismatique, séducteur, chaleureux, convivial et même introspectif (son côté baptiste). Elle est renfermée, froide, glaciale, repoussante et secrète. Ils ont tous les deux de l’intelligence à revendre, et de l’ambition. Lui était considéré comme un plouc venu du fin fond du pays. Elle était la représentante de l’etablishment la plus caricaturale de la côte Est. Lui a réussi à battre un Président sortant imbattable après trois mandats républicains qui ont redonné fierté aux Américains. Elle, c’était elle qui était imbattable, face à un candidat improbable, vulgaire, grossier, milliardaire, brutal, péremptoire, simpliste, incompétent, gaffeur, machiste, etc.

Lui, Bill Clinton, a été élu quarante-deuxième Président des États-Unis il y a juste vingt-cinq ans, le 3 novembre 1992. Ce fut une grande surprise. Quasiment inconnu, gouverneur d’un petit État, il a battu George HW Bush (père), Président sortant d’un pays sorti grandi (en termes de fierté nationale) par la guerre du Golfe contre Saddam Hussein. Elle, Hillary Clinton, a été battue par l’oligarque de l’immobilier fructueux Donald Trump l’an dernier (le 8 novembre 2016). Rejetée par les électeurs, elle le fut deux fois puisque Barack Obama avait déjà balayé sa candidature aux primaires démocrates de 2008.

Pourtant, avec l’élection d’une femme, Hillary Clinton aurait pu montrer peut-être la maturité politique d’un pays que la France n’a pas encore acquise (au contraire du Royaume-Uni, de l’Allemagne, d’Israël, de l’Inde, du Pakistan, du Brésil, du Chili, de l’Argentine, de la Pologne, des Philippines, de l'Islande, de l'Australie, de l'Ukraine, de l'Irlande, de l'Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Suisse, de la Finlande, de la Moldavie, etc.). Certes, une telle élection aurait aussi consacrée une nouvelle fois une certaine démocratie dynastique après les Kennedy, les Bush, mais cette perspective n’était pas pour déplaire au retraité Bill, avec suffisamment de modestie et d’autodérision pour s’imaginer en …Première Dame ! Lors des dernières semaines de son dernier mandat, il avait d’ailleurs publié un clip vidéo où il montrait qu’il s’ennuyait, qu’il ne savait plus quoi faire, faire la lessive, etc., lui, le Président des États-Unis qui serait le maître du monde.

C’est cette sincérité couplée avec un certain cynisme qui ont façonné Bill Clinton dès son jeune âge. Une sorte de volonté de se brider, d’être honnête tout en pratiquant le cynisme le plus odieux, tout en maniant avec dextérité l’art de ne pas avoir d’opinion, l’art de ne pas savoir quoi décider, l’art de ménager la chèvre et le chou (il n’est pas le seul dans ce cas et l’on pourrait aussi y ranger François Hollande voire Emmanuel Macron, mais ce dernier, peut-être pas à sa propre initiative, s’est retrouvé en situation de grand clivage).

Bill Clinton a maintenant 71 ans, né le 19 août 1946 dans l’Arkansas. Il est devenu rapidement ambitieux. Bon élève, il rencontra même le Président John Kennedy à la Maison-Blanche le 24 juillet 1963 car sélectionné parmi les meilleurs élèves. Après des études de politique internationale à l’Université de Georgetown, il continua son cursus à l’Université d’Oxford en Grande-Bretagne (l’un des rares Présidents américains à avoir séjourné en Europe et à la connaître), puis enfin, des études de droit à la prestigieuse Université Yale où il rencontra Hillary Rodham, elle aussi très ambitieuse, qui est devenue avocate (comme plus tard Michelle Obama).

Dès l’âge de 23 ans, Bill Clinton avait déjà une conscience aiguë des responsabilités en politique, en commentant ainsi le scandale de Chappaquiddick touchant le jeune sénateur Ted Kennedy le 18 juillet 1969 : « La politique donne aux gens un tel pouvoir et un si grand ego qu’ils ont tendance à mal se comporter à l’égard des femmes. J’espère que je n’en arriverai jamais là. » (Cité par Jan Krauze dans "Le Monde" du 20 décembre 1998). Cocasse lorsqu’on connaît la suite de l’histoire.

Après un échec électoral pour être représentant, le jeune professeur de droit de l’Université d’Arkansas fut élu le 2 novembre 1976 procureur général de l’Arkansas, tremplin pour se faire élire le 7 novembre 1978 gouverneur de l’Arkansas à l’âge de 32 ans. Il fut alors le plus jeune gouverneur des États-Unis. Réélu plusieurs fois, il fut gouverneur de cet État du 9 janvier 1979 au 19 janvier 1981 et du 11 janvier 1983 au 12 décembre 1992 (il fut battu par le républicain Franck D. White le 4 novembre 1980 à cause de mesures impopulaires comme la mise en place d’une vignette automobile). En 1978, il fut reçu à la Maison-Blanche par la "grande porte", en tant que gouverneur démocrate, par le Président Jimmy Carter.

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Ses mandats de gouverneur, et aussi son échec en 1982, ont été très formateurs pour Bill Clinton dans son apprentissage de la vie politique américaine. Il a savamment construit son réseau personnel dès cette époque dans la perspective d’une candidature. Savoir séduire les principaux acteurs et notables qui faisaient l’opinion ou qui finançaient la campagne. Et évidemment, il a appris à se faire apprécier du peuple. L’élection présidentielle de 1992 fut alors une occasion en or pour lui. Il était encore jeune (45 ans), mais déjà suffisamment âgé pour montrer de l’expérience dans la gestion des choses publiques et rassurer.

Les événements au Moyen-Orient, la Guerre du Golfe consécutive à l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, ont apporté une grande popularité au Président républicain sortant Georges HW Bush (père) dont la réélection laissait peu de doute, si bien qu’aucun grand leader du Parti démocrate ne voulait se frotter à un échec assuré, notamment des anciens candidats aux primaires démocrates de 1988, comme les sénateurs Al Gore et Lloyd Bentsen, ou encore le populaire gouverneur de New York Mario Cuomo, le sénateur Bill Bradley, etc. Bill Clinton s’est trouvé en compétition avec l’ancien gouverneur de Californie Jerry Brown et l’ancien sénateur Paul Tsongas.

Positionné au centre (aile droite du Parti démocrate) et quasiment inconnu de l’opinion publique, Bill Clinton n’avait prononcé qu’un seul discours d’envergure nationale, lors de la convention démocrate des primaires démocrates précédentes, en 1988, lors de la désignation du candidat Michael Dukakis. Le début des primaires fut difficile pour Bill Clinton, battu dans les premiers États et rapidement fustigé par certains journalistes pour une aventure extraconjugale, écart de conduite personnel qui fut fatal au favori des primaires démocrates de 1988, Gary Hart. Accompagné publiquement de son épouse Hillary pendant sa campagne, Bill Clinton a remporté le Super Tuesday et finalement les primaires elles-mêmes, désigné à la convention démocrate de New York, du 13 au 16 juillet 1992, par 3 372 délégués sur 4 276 au total. Al Gore, sensiblement du même profil que lui (jeune, centriste, sudiste), fut son colistier.

Du côté républicain, sans surprise, la convention républicaine de Houston, du 17 au 20 août 1992, à laquelle participa l’ancien Président Ronald Reagan, désigna George HW Bush (père) candidat et Dan Quayle (Vice-Président sortant) colistier.

Bien que favori, George HW Bush fut handicapé par la candidature du millionnaire indépendant Ross Perot qui cassa la bipolarité du paysage politique américain en imposant un troisième pôle proche des idées conservatrices. Bill Clinton profita de cette situation et fut élu le 3 novembre 1992 Président des États-Unis en remportant 370 grands électeurs et 44,9 millions de voix (seulement 43,0%) face à George HW Bush seulement 168 grands électeurs et 39,1 millions de voix (37,5%) et à Ross Perot 19,7 millions de voix (18,9%) sans remporter de grand électeur.

Bon candidat, Bill Clinton a débuté Président de manière un peu plus laborieuse. Sa jeunesse, son charisme et aussi sa faible notoriété avant les primaires le faisaient comparer à deux figures de Présidents démocrates très différentes : le légendaire John Kennedy d’une part, et l’impopulaire Jimmy Carter d’autre part. Il ne fut ni l’un, ni l’autre.

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Dans la première moitié de son premier mandat, il a eu un grand pouvoir puisque les deux chambres du Congrès étaient également à majorité démocrate. Mais le projet de sécurité sociale pour tous, préparée par son épouse Hillary, inquiéta même les parlementaires démocrates et les deux chambres ont changé de majorité lors des élections à mi-mandat du 8 novembre 1994. L’exemple le plus frappant fut l’élection comme Président de la Chambre des représentants de Newt Gingrich, d’une "droite musclée", principale figure d’opposition (et susceptible d’être le candidat républicain en 1996), et Bob Dole redevint le leader de la majorité républicaine au Sénat (mais pas son Président qui est le rôle du Vice-Président des États-Unis).

Malgré son échec électoral du 8 novembre 1994, Bill Clinton fut largement réélu le 5 novembre 1996 avec 47,4 millions de voix (49,2%) et 379 grands électeurs face à Bob Dole 39,2 millions de voix (40,7%) et 159 grands électeurs. Ross Perot continuait à jouer les trouble-fête contre les républicains en rassemblant 8,1 millions de voix (8,4%). Bill Clinton termina son second mandat le 20 janvier 2001. Ce fut la première fois depuis Franklin Delano Roosevelt, Président entre 1933 et 1945, qu’un Président démocrate ait pu exercer deux mandats successifs. Barack Obama a fait de même entre 2009 et 2017.

La politique extérieure de Bill Clinton fut très interventionniste, avec la poursuite de l’intervention en Somalie. Ce fut surtout la guerre en ex-Yougoslavie qui marqua ses deux mandats. Dès le 14 juin 1995, à peine élu, le Président français Jacques Chirac rencontra Bill Clinton à la Maison-Blanche et lui demanda de s’impliquer dans la guerre en Bosnie (beaucoup de prises d’otages parmi les Casques bleus de l’ONU).

Ce sujet n’était pas initialement au programme, mais Jacques Chirac n’en avait que faire et s’éclipsa seul avec Bill Clinton pendant une heure, laissant poireauter leurs autres interlocuteurs, notamment le Vice-Président des États-Unis Al Gore, la plupart des ministres américains, les ministres français Alain Madelin et Hervé de Charette, et aussi le Président de la Commission Européenne Jacques Santer (Jacques Chirac était venu aux États-Unis en tant que Président en exercice du Conseil Européen pour un Sommet Europe/États-Unis qui ne dura finalement qu’une vingtaine de minutes !).

Convaincu, le Président américain décida de réagir contre la Serbie et sa volonté de "nettoyage ethnique", mais devait convaincre le Congrès (devenu républicain) pour voter le financement d’une intervention américaine. L’un des arguments de Jacques Chirac fut de dire que négliger la situation bosniaque lui serait reproché pour sa campagne de réélection (alors que durant le premier mandat, il ne faisait aucun geste sans penser à sa réélection). Jacques Chirac a rencontré aussi Newt Gingrich et Bob Dole pour les convaincre de ne pas faire d’obstruction au Congrès.

L’implication de Bill Clinton dans les affaires yougoslaves a abouti aux accords de Dayton signés le 14 décembre 1995 par le Président serbe Slobodan Milosevic, le Président croate Franjo Tudjman et le Président bosniaque Alija Izetbegovic pour mettre fin à la guerre civile en Bosnie (l’initiative fut menée par Richard Holbrooke).

Un autre succès diplomatique essentiel a marqué la Présidence Clinton, ce furent les accords d’Oslo signés le 13 septembre 1993 à Washington par Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Pérès, ce qui valut aux trois protagonistes le Prix Nobel de la Paix 1993. Le processus de paix s’est toutefois enlisé à partir de 1996.

Sur le plan intérieur, au-delà d’un retour à la croissance économique durant les années 1990 (création de 22 millions d’emplois, taux de chômage le plus bas depuis trois décennies, etc.), la Présidence de Bill Clinton fut aussi "entachée" d’un scandale sexuel très surréaliste avec une procédure de destitution ("impeachment"). Le problème provenait d‘ailleurs plus du mensonge présidentiel que des faits reprochés.

Le 17 janvier 1998, Bill Clinton avait en effet nié sous serment avoir eu des relations sexuelles avec sa jeune stagiaire Monica (à l’époque de 22 ans), et l’a répété le 17 août 1998 : « I did not have sexual relations with that woman, Miss Lewinsky. ». Une procédure d’impeachment a donc été initiée : la Chambre des représentants a voté la destitution avec une courte majorité (républicaine) le 19 décembre 1998, mais les sénateurs, chargés de le juger, renoncèrent finalement à le destituer et l’acquittèrent le 12 février 1999. Les États-Unis furent la risée du monde pendant quelques mois.

Dans cette tourmente sexuelle, Bill Clinton a pu compter sur le fidèle soutien de son épouse Hillary qui est toujours restée à ses côtés, alors qu’elle avait le "mauvais rôle", probablement par amour et aussi parce qu’elle songeait à son propre avenir politique (elle avait politisé la polémique en disant que c’était une attaque de la "droite" américaine contre leurs projets sociaux). À l’étranger, il fut également soutenu très fidèlement par le Président français Jacques Chirac qui est devenu ainsi un ami très cher.

J’ai eu la coïncidence de me trouver pour des raisons professionnelles aux États-Unis en janvier 1998 et j’ai pu me rendre compte que les médias ne faisaient que parler à en être saturé de cette affaire (dérisoire au regard des drames du monde). Beaucoup de talk shows avec des "spécialistes avisés" dissertaient sur leur définition d’une "relation sexuelle" (aux heures d’écoute du grand public, y compris des enfants !). Comme j’étais sur la côte Est, majoritairement démocrate et favorable à Bill Clinton, on me disait parfois : « Vous, les Français, vous avez de la chance, ce n’est pas chez vous qu’on destituera votre Président pour une telle raison… ». J’opinais du chef, sans me douter que treize ans plus, le favori de la prochaine élection présidentielle Dominique Stauss-Kahn allait tomber précisément sur ce sujet de prédation sexuelle (certes, aux États-Unis aussi !).

On peut d’ailleurs rajouter que les Israéliens ont connu, eux aussi, un scandale encore pire puisque leur Président Moshe Katsav, élu le 31 juillet 2000, fut poussé à la démission le 1er juillet 2007 (à un mois de la fin de son mandat) avant d’être condamné à sept ans de prison ferme pour viol le 22 mars 2011, peine confirmée en appel le 10 novembre 2011 (il est sorti de prison le 21 décembre 2016).

Pour conclure sur la Présidence de Bill Clinton, je reviens sur deux traits de personnalité décrits par le correspondant du journal "Le Monde" à Washington.

Jan Krauze a en effet expliqué la mécanique de séduction chez Bill Clinton, le 20 décembre 1998 dans "Le Monde" : « Le plus apparent, le plus évident chez Bill Clinton, cela a toujours été le charme, la séduction, et plus encore l’aisance. Ce n’est pas le charme un peu désuet et attendrissant d’un Reagan, qui plongeait ses racines dans une autre Amérique. Le sien est plus fabriqué peut-être, mais incontestable. Même dans les moments scabreux, même quand un procureur le pousse dans ses retranchements sous l’œil froid d’une caméra vidéo, il parvient, par moments du moins, et alors même que son mensonge est patent, à emporter la sympathie, à risquer un sourire, un clin d’œil au public. Ce don, apparemment, ne lui a jamais fait défaut. (…) Président, il restera "décontracté" jusqu’à l’excès, persuadé qu’il peut se permettre à peu près n’importe quoi, par exemple, parler en public de ses préférences en matière de sous-vêtements. ».

Le journaliste a aussi insisté sur l’absence de visions solides de Bill Clinton : « Faute de convictions très établies, "Nous donnons chaque jour les deux opinions contradictoires de Clinton" disait plaisamment un responsable de CNN pour vanter l’objectivité de sa chaîne, il a toujours cru, au moins, à la force des mots. Beau parleur, et grand bavard, il n’a pas son pareil pour enrober ses hésitations de jolie manière, quitte à produire des phrases qui, examinées de près, ne veulent plus dire grand-chose. Mais le sourire et la chaleur d’une voix doucement éraillée aident à faire passer le message, aussi flou qu’il soit. (…) Jusqu’au moment où Bill Clinton, acculé, a commencé à forcer son talent. C’est-à-dire, non seulement à fuir aussi longtemps que possible les réponses précises (…), mais à jouer sur les mots avec l’intention délibérée d’induire en erreur, non seulement le public, mais ses propres collaborateurs. » ("Le Monde" du 20 décembre 1998).

C’est là sans doute la grande différence au sein du couple Clinton. Là où Bill pouvait se rendre sympathique malgré toutes les fautes commises, Hillary, elle, même si elle n’avait rien fait de mal, suscitait une forte dose d’antipathie, ce qui lui a été fatal le 8 novembre 2016. Cette qualité qu’il n’a jamais partagée avec son épouse a un nom : le charisme, à savoir, l’ascendant qu’il est capable d’exercer sur les autres et dont elle est incapable d’exercer.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 novembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Le pouvoir insolent", article de Jan Krauze dans "Le Monde" du 20 décembre 1998.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160819-bill-clinton.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/08/19/36017601.html



 

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