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25 janvier 2023 3 25 /01 /janvier /2023 04:14

« Mann a écrit des pages sublimes pour qualifier l'amitié entre Curtius et Gide. Il a écrit qu'ils étaient "deux âmes dans une même poitrine". Voilà une haute image de la complicité morale, de la fraternité de destin, de ce que nous sommes. Deux âmes dans une même poitrine. Elles ne se ressemblent pas et elles n'ont pas la même histoire, mais elles sont dans cette même poitrine et elles battent à l'unisson. Deux âmes dans une même poitrine, c'est nous. » (Emmanuel Macron, le 22 janvier 2023).




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Ce dimanche 22 janvier 2023 dans la matinée, dans le prestigieux amphithéâtre de la Sorbonne à Paris, devant de nombreux responsables français et allemands, dont le Chancelier allemand Olaf Scholz, la Présidente du Bundestag Bärbel Bas et la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet, le Président de la République française Emmanuel Macron a conclu la cérémonie du soixantième anniversaire du Traité de l'Élysée par un appel à la poursuite de l'amitié franco-allemande.

Son laïus sur les deux âmes dans une même poitrine visait à raffermir les liens franco-allemands : « Sachez toutes et tous ici aujourd'hui, pouvoir compter sur notre détermination ensemble à continuer à faire de l'amitié entre l'Allemagne et la France l'un des arbres de vie de la souveraineté européenne. Sachez que l’un l’autre, nous continuerons de faire avancer ce couple jadis impossible qui est le fruit simplement de la volonté, du courage et de la force et nous le ferons ensemble pour qu’à votre tour, vous, vous puissiez célébrer cette part d’histoire, mais surtout continuer de bâtir la vôtre en ayant tous les choix et la liberté en particulier de choisir votre avenir. C’est notre responsabilité pour vous. Vive l’amitié entre l’Allemagne et la France et vive notre Europe ! ».


Effectivement, le 22 janvier 1963 à Paris, au Palais de l'Élysée, la France et l'Allemagne ont conclu un traité d'amitié entre les deux pays, se proposant des coopérations dans de nombreux domaines, en particulier l'éducation, la jeunesse, la diplomatie, la défense, la recherche, etc. L'idée de l'Allemagne était de se tourner résolument vers la paix et de tourner définitivement la page du nazisme. L'idée de la France était de consolider la Communauté Économique Européenne naissante autour d'un axe franco-allemand fort qui la rendrait indépendante des deux puissances de la guerre froid, l'URSS mais aussi les États-Unis.

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Parmi les signataires, il y avait du côté français : le Président de la République De Gaulle, le Premier Ministre Georges Pompidou et le Ministre des Affaires étrangères Maurice Couve de Murville ; du côté allemand, le Chancelier Konrad Adenauer ...et un certain Gerhard Schröder (1910-1989), pas celui qui fut le Chancelier social-démocrate entre 1998 et 2005, mais (c'était un homonyme) le Ministre des Affaires étrangères démocrate-chrétien de 1961 à 1966 (puis ensuite, Ministre de la Défense de 1966 à 1969 et avant, Ministre de l'Intérieur de 1953 à 1961).

Cette signature a eu d'autant plus de force que De Gaulle avait combattu pendant la guerre et que les deux pays étaient des ennemis héréditaires depuis Bismarck, la guerre de 1870 et l'unification allemande. Les Français ressassaient sur deux générations une forte rancœur à cause de l'annexion de l'Alsace-Moselle. Ce qu'on a appelé donc le Traité de l'Élysée était le signe d'une grande réconciliation franco-allemande et un modèle pour les conflits internationaux ultérieurs. De Gaulle proclama ainsi : « Il n’est pas un homme dans le monde qui ne mesure l’importance capitale de cet acte (…) parce qu’il ouvre toutes les grandes portes d’un avenir nouveau pour la France, pour l’Allemagne, pour l’Europe et par conséquent pour le monde tout entier. ».

Sur le plan pratique, le Traité de l'Élysée prévoit des sommets franco-allemands réguliers : au moins deux fois par an pour les chefs d'État et de gouvernement, au moins trois fois par an pour les ministres des affaires étrangères. À l'échelle des citoyens, plus de 2 300 jumelages ont été conclus entre des communes françaises et des communes allemandes afin de vivre le rapprochement franco-allemand dans la proximité de la population. Depuis soixante ans, près de 400 000 programmes d'échanges ont été menés pour les jeunes afin d'apprendre la langue du voisin et 10 millions de mobilités entre les deux pays.

Le Traité de l'Élysée a été renforcé par un autre traité de coopération franco-allemand, le Traité d'Aix-la-Chapelle signé le 23 janvier 2019 par Angela Merkel et Emmanuel Macron.

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Cette journée du 22 janvier 2023 a été très dense pour les deux délégations : après la cérémonie à la Sorbonne (qui rappelle le discours de la Sorbonne), se sont tenus au Palais de l'Élysée un Conseil des ministres, suivi d'une conférence de presse commune du Président français et du Chancelier allemand, puis un Conseil franco-allemand de la défense et de la sécurité.

Sur la défense, les deux pays « continueront de réévaluer l’étendue de leur soutien en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain » (finalement, Olaf Scholz a pris la décision de livrer des chars Léopard à l'Ukraine) et « intensifieront leur partenariat d’armement stratégique, qui joue un rôle moteur pour le développement de l’industrie européenne de la défense ». La France et l'Allemagne veulent également « mener, dans le cadre de notre présence militaire dans la région indopacifique, un exercice franco-allemand conjoint et envisageons des exercices trilatéraux en mer impliquant les forces armées de nos partenaires de la région, afin d’illustrer tant notre volonté que notre capacité de soutenir l’ordre international fondé sur des règles de droit dans cette région d’importance ».

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Pour ce qui est du conseil des ministres franco-allemand, le vingt-troisième de ce type et premier pour chacun des deux gouvernements (nommés récemment, en décembre 2021 pour celui du Chancelier Olaf Scholz et en juin 2022 pour celui de la Première Ministre Élisabeth Borne), ces deux gouvernements souhaitent « renforcer nos liens dans tous les domaines qui sous-tendent une véritable souveraineté européenne, en commençant par une politique étrangère et de sécurité européenne forte, le renforcement de la défense européenne, une politique industrielle, technologique et numérique solide, une économie forte, la sécurité énergétique, la transition vers une économie verte et la consolidation du modèle démocratique européen ».

Lors de la conférence de presse commune, Emmanuel Macron a insisté sur le but de cette coopération franco-allemande : « Notre objectif est le même, c'est bien celui d'une Europe plus souveraine, plus unie, plus solidaire, maîtrisant pleinement son destin et c'est d'ailleurs cet objectif qui a présidé à nos décisions franco-allemandes puis européennes pendant la pandémie afin de bâtir une réponse commune, sanitaire mais également financière et dès le début de cette guerre, avec l’aide apportée à l’Ukraine, les sanctions à la Russie et notre coordination constante. ».


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Sur l'Ukraine : « Nous avons à cet égard confirmé (…) notre détermination sans faille à soutenir l'Ukraine dans tous les domaines et aussi longtemps que nécessaire et à continuer d'agir de façon étroitement coordonnée entre nous et avec nos principaux alliés. Notre détermination restera totale à aider les Ukrainiennes et les Ukrainiens dans leur combat. Et quand il faudra reconstruire l'Ukraine, nous serons là en Européens. Le retour de la guerre sur notre continent a également beaucoup rapproché nos convictions communes sur ce que nous devons être capables de faire pour nous-mêmes, là aussi en Européens. ».

Mesure symbolique parmi d'autres, l'attribution de 60 000 billets de train franco-allemands gratuits réservés aux jeunes Allemands et aux jeunes Français pour leur permettre d'étudier l'autre langue : « Chaque génération est en effet tenue de conquérir pour la suivante une part supplémentaire de paix, de prospérité, de fraternité. Et nous prenons ainsi les dispositions pour avancer encore davantage sur ce chemin de l'amitié commune et concrète. ».

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L'horizon, Emmanuel Macron l'avait tracé dans la matinée à la Sorbonne : « Pionnières, ensemble pour une Union Européenne capable de s'assumer comme puissance géopolitique à part entière en matière de défense, en matière spatiale, en matière diplomatique. Pionnières, enfin, pour une Union plus efficace, plus protectrice et qui défend ses valeurs. Car au fond, notre objectif de souveraineté est de s'assurer de tenir notre destin entre nos mains. Et nous devons le mettre au profit de nos valeurs communes, de notre modèle européen qui repose sur notre humanisme, notre attachement à la liberté et à la solidarité. Alors, achevons ensemble d'en faire en l'espace d'une génération, un espace de solidarité et de liberté, celle de penser, de créer, de voyager, d'entreprendre, d'innover, de rêver. Cette Europe pour laquelle, ensemble, Allemagne et France seront pionnières, est celle des universités, de la musique, de la littérature, de la création, des théâtres, de la culture. Cette Europe, c'est celle qu'ensemble nous voulons refonder. ».

Le plus important, c'est « s'assurer de tenir notre destin entre nos mains » : le maître mot d'Emmanuel Macron depuis le début de son premier quinquennat, c'est en effet la souveraineté européenne. Un concept qui a de plus en plus de concrétisations depuis le début de la pandémie du covid-19.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (22 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Conférence de presse commune d'Emmanuel Macron et Olaf Scholz le 22 janvier 2023 à Paris.
Discours du Président Emmanuel Macron le 22 janvier 2023 à la Sorbonne à Paris (vidéo et texte intégral).
Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
Bonne retraite, Frau Merkel !
Le pacte franco-allemand historique du 18 mai 2020.
Konrad Adenauer.
Alfred Grosser.
10 et 11 novembre 2018 : la paix, cent ans plus tard.
Commémoration en 1984.
Les risques de la germanophobie.
L’amitié franco-allemande.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230122-traite-elysee.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/deux-ames-dans-une-meme-poitrine-c-246249

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/01/24/39790891.html






 

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22 janvier 2023 7 22 /01 /janvier /2023 18:34

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Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230122-traite-elysee.html









Conférence de presse commune
du Président de la République française Emmanuel Macron
et du Chancelier allemand Olaf Scholz
le 22 janvier 2023 à Paris




Conférence de presse conjointe du Président de la République et de M. Olaf Scholz, Chancelier de la République fédérale d'Allemagne


Monsieur le Chancelier, cher Olaf,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs.

Nous venons de tenir le 23e Conseil des ministres franco-allemand, 1er exercice de ce type depuis la formation des deux gouvernements et fruit d’une longue et intense préparation. Et je veux vous remercier Monsieur le Chancelier d’être à Paris aujourd’hui avec nombre de vos ministres et de vos équipes pour célébrer comme nous l’avons fait ce matin, le 60ème anniversaire du traité de l’Elysée et cette magnifique histoire qui nous oblige mais également continuer de bâtir ensemble l’avenir. Et en effet, nous l'avons rappelé à la fois dans les séances de travail, ce Conseil des ministres, et ce matin, l'un et l'autre notre Europe, nos deux pays sont face à des défis considérables : le retour de la guerre sur notre sol, les conséquences énergétiques, économiques qui viennent s'ajouter aux grandes transitions que nous avions déjà à vivre, principalement climatiques et technologiques.

Notre objectif est le même, c'est bien celui d'une Europe plus souveraine, plus unie, plus solidaire, maîtrisant pleinement son destin et c'est d'ailleurs cet objectif qui a présidé à nos décisions franco-allemandes puis européennes pendant la pandémie afin de bâtir une réponse commune, sanitaire mais également financière et dès le début de cette guerre, avec l’aide apportée à l’Ukraine, les sanctions à la Russie et notre coordination constante.

Au cours de ce Conseil des ministres franco-allemand et dans le cadre de sa préparation, nous avons procédé à un grand travail de convergence et de synchronisation entre nos visions stratégiques pour l’Europe pour nos deux pays et pour notre relation commune. C’est un travail toujours nécessaire tant nous savons que nous avons besoin d’une convergence franco-allemande la plus aboutie possible dans tous les domaines pour nos deux pays et pour faire avancer notre Europe. Cette convergence, nous l’avons consolidée à travers nos expressions l’un et l’autre et le travail de nos ministres sur le plan géopolitique. Et notre conviction profonde est bien que notre Europe avait besoin de donner des perspectives claires à l'Ukraine et la Moldavie comme aux Balkans occidentaux - ce que nous avons fait ces derniers mois - et d'ancrer une vision géopolitique et une unité géopolitique en particulier à travers ce que nous avons lancé et la communauté politique européenne.

Évidemment, nos échanges ont également porté sur la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine. Nous avons à cet égard confirmé — et nous le ferons juste après cette conférence de presse dans un Conseil franco-allemand de défense et de sécurité spécifiquement dédié — notre détermination sans faille à soutenir l'Ukraine dans tous les domaines et aussi longtemps que nécessaire et à continuer d'agir de façon étroitement coordonnée entre nous et avec nos principaux alliés. Notre détermination restera totale à aider les Ukrainiennes et les Ukrainiens dans leur combat. Et quand il faudra reconstruire l'Ukraine, nous serons là en Européen. Le retour de la guerre sur notre continent a également beaucoup rapproché nos convictions communes sur ce que nous devons être capables de faire pour nous-mêmes, là aussi en Européen. Dans cette droite ligne, nos échanges ont porté sur les questions de défense et nous sommes déterminés à continuer à prendre les mesures nécessaires à nos capacités européennes de défense. Je me réjouis à cet égard des avancées des dernières semaines dans notre partenariat stratégique, en particulier s'agissant du SCAF. Dans quelques minutes, je le disais, nous poursuivrons sur les autres sujets.

Nos échanges ont également permis d'avancer sur les questions économiques, industrielles, énergétiques et technologiques, entre autres. En matière d'énergie, nous faisons face depuis plusieurs mois aux conséquences de la guerre sur les prix et sur notre sécurité d'approvisionnement. Nous y avons répondu ensemble par une solidarité européenne complète qui aujourd'hui porte pleinement ses fruits. Et tout cela, nous l'avons fait sans jamais perdre de vue notre réponse commune à l'enjeu climatique qui passera par une transition énergétique ambitieuse. Nous l'avons fait en réussissant une diversification de nos approvisionnements historiques en termes de gaz et en renforçant notre solidarité gazière et électrique, en particulier entre l'Allemagne et la France. Mais soyons clairs, nous ne parviendrons à faire de notre Europe le premier continent climatiquement neutre et à augmenter notre souveraineté et notre résilience énergétique que si nous respectons aussi nos choix nationaux en matière de mix énergétique et nous renforçons ensemble nos stratégies. C'est pourquoi nous avons décidé de travailler étroitement ensemble sur les mécanismes communs d'achat du gaz pour l'année qui vient et les années qui viennent, avec notre volonté d’ancrer des achats de long terme et de travailler sur des plateformes communes, et nous aurons dès février des initiatives communes en ce sens ; de travailler ensemble avec nos principaux partenaires pour renforcer et rendre pertinente l'indispensable réforme du marché électrique européen.

Au-delà, nous avons aussi la volonté de rapprocher nos stratégies en matière d'hydrogène et je veux ici dire deux avancées importantes de ces dernières semaines : avoir une approche commune en termes de régulation pour favoriser l'hydrogène bas carbone et donc acter les différences de nos choix nationaux en termes de mix énergétique, mais résolument défendre une plus grande production européenne d'électricité bas carbone aussi pour pouvoir produire de l'hydrogène. Et deuxièmement, nous avons décidé d'élargir le projet de H2Med qui, grâce à des financements européens, lie le Portugal, l'Espagne et la France et sera au cœur de cette stratégie hydrogène à l'Allemagne qui sera un partenaire de cette stratégie d'infrastructures en matière d'hydrogène.

Sur ce qui est des questions d'industrie, d'innovation et donc aussi de production et d'emplois, notre volonté est au fond de poursuivre l'aventure européenne, c'est-à-dire là aussi, de réussir à tenir ensemble 3 objectifs : souveraineté technologique, industrialisation de notre continent et décarbonation de celui-ci. C'est pourquoi notre volonté est d'encourager les efforts européens, comme nous l'avons acté en décembre, engager une discussion avec nos amis américains pour obtenir des aménagements et que les conditions d’accès au marché américain dans le cadre de l'Inflation Reduction Act qui permette à l'Union européenne d'être traitée comme les principaux partenaires que sont le Mexique et le Canada. C'est pourquoi notre volonté est aussi d'avancer sur une réponse européenne pertinente avec des instruments simples, rapides, visibles pour nos industriels, qui nous permettront de consolider et de développer davantage de projets en termes de batteries, de composantes de batteries, d'hydrogène, comme je l'ai déjà évoqué, et de production de ces capacités, de production de capacités industrielles pour le déploiement de nos énergies renouvelables. Mais plus largement, nous voulons, en termes d'intelligence artificielle, de cloud, de 5G et 6G et de quantique là aussi, avoir une stratégie commune pour notre Europe. La Commission présentera dans quelques jours des propositions, comme nous lui avons demandé. Nous tiendrons un conseil européen extraordinaire en février et nous avons défini ce jour, cher Olaf, une ligne commune pour avancer vers une action européenne ambitieuse et rapide, qui repose à la fois sur de la simplicité, sur une plus grande visibilité sur nos dispositifs d'aide et pour apporter les bons outils de financement publics comme privés.

Dans ce cadre, nous sommes aussi convaincus que l'approfondissement de notre marché intérieur, qu'il soit financier pour faciliter justement ces avancées comme la régulation dans les principaux secteurs des énergies propres, est indispensable. Afin de préparer notre avenir commun et notamment les grandes transition écologique et numérique, notre capacité d'investissement et de réforme sera clé et c'est dans cet esprit que nous avons une discussion aussi fructueuse sur la réforme de nos règles budgétaires européennes et sur les mécanismes que nous souhaitons pour justement une réponse européenne en termes d'ambition industrielle et d'énergie verte. À cet égard, nous avons acté l'un et l'autre notre plein accord avec les déclarations récentes de la présidente de la Commission européenne, Ursula VON DER LEYEN, il y a quelques jours à Davos.

Nous avons évoqué beaucoup d'autres sujets mais je voudrais pour finir insister sur la jeunesse. Elle était au cœur de l'ambition du traité de l'Elysée car elle devait, je cite le traité : « jouer un rôle déterminant pour la consolidation de l'amitié franco-allemande ». C'est dans cet esprit que nous avons cet après-midi eu un échange rapide avec la première promotion de notre programme franco-allemand de jeunes talents, portée par l'Office franco-allemand pour la jeunesse qui, en bientôt 60 ans d'existence, aura permis près de 10 millions de mobilité entre nos deux pays. C'est également dans cet esprit que nous allons lancer, en cette année 2023, un premier billet de train franco-allemand pour les jeunes et que nous accentuerons nos efforts pour l'apprentissage de nos langues respectives. Chaque génération est en effet tenue de conquérir pour la suivante une part supplémentaire de paix, de prospérité, de fraternité. Et nous prenons ainsi les dispositions pour avancer encore davantage sur ce chemin de l'amitié commune et concrète.

Voilà ce que je voulais dire dans cette conférence de presse, en retenant avant tout le fait que nous avons ici pu célébrer notre histoire et la force de ces six décennies, que nous avons aussi pu constater des convergences profondes communes et un sentiment d'amitié entre nos ministres, entre nous-même, entre nos équipes. Et c'est celui-ci qui va présider évidemment la fin de cette journée, mais à nos travaux aussi des prochains jours, des prochaines semaines et des prochains mois, parce que, nous le savons, c'est cette amitié franco-allemande qui nous permettra de prendre les bonnes décisions, d'être ces pionniers pour l'avenir de nos pays et de notre Europe et aussi de pouvoir créer l'effet d'entraînement qui est attendu de nous.

Merci cher Olaf d'être aujourd'hui à Paris avec cet esprit d'amitié. Merci des travaux que nous avons conduits ensemble et de ceux que nous poursuivrons. Je te cède maintenant la parole.

Emmanuel Macron, le dimanche 22 janvier 2023 à Paris.



Communiqué conjoint - Conclusions du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité
Publié le 22 janvier 2023


Concernant l’Ukraine :

- La France et l’Allemagne continueront de coordonner étroitement leur soutien militaire afin  de fournir à l’Ukraine les capacités et les formations à destination de ses soldats qui sont  nécessaires pour rétablir son intégrité territoriale. Elles continueront de réévaluer l’étendue de  leur soutien en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain.

- La France et l’Allemagne travailleront ensemble pour renforcer la posture de défense de  l’Alliance et elles prévoient de mener des exercices de la Brigade franco-allemande en Lituanie  et en Roumanie avant la fin de l’année 2024.

Concernant l’armement et la défense :

- La France et l’Allemagne sont en train de développer un système de combat aérien futur  (SCAF) avec l’Espagne dans le cadre d’une collaboration très étroite. Ce projet, qui permet de  développer et d’appliquer des technologies de pointe, fournira à nos forces armées l’équipement  le plus sophistiqué et contribuera à maintenir une industrie européenne compétitive dans le  secteur de l’aviation militaire ces prochaines décennies. Tandis que la responsabilité globale du  projet incombe à la France, les différents secteurs concernés travailleront selon une approche  coopérative et équilibrée. Nous accueillons très favorablement la signature de contrats  industriels qui marquent le début de la prochaine phase du projet. Une structure de gouvernance  solide garantira le bon avancement du projet en fonction des attentes et des besoins  opérationnels.

- La France et l’Allemagne sont déterminées à accomplir d’importants progrès concernant le  projet de système de combat terrestre principal (SCTP). Cela implique notamment de convenir  d’un chef de file industriel concernant tous les démonstrateurs principaux de technologies  (Main Technology Demonstrators, MTD) pour obtenir une capacité opérationnelle. Les  prochaines étapes reflèteront la responsabilité globale de l’Allemagne sur le projet, analogue à  celle de la France sur le SCAF.

- La France et l’Allemagne demeurent pleinement attachées à l’accord relatif au contrôle des  exportations, que l’Espagne a rejoint en 2021 et qui constitue une condition préalable essentielle de la poursuite de leur coopération dans le domaine de l’armement.

- Nous soutenons dans le cadre de la Coopération structurée permanente (CSP) le  développement du dispositif Twister pour qu’il devienne la réponse européenne face aux  menaces de couche supérieure, notamment les moyens hypersoniques.

- La France et l’Allemagne chargeront le Groupe de coopération militaire franco-allemand de  tirer des enseignements des différents défis observés dans le cadre de conflits récents pour  examiner des solutions européennes en matière de capacités, d’armement et de production  industrielle.

La France et l’Allemagne intensifieront leur partenariat d’armement stratégique, qui joue un rôle moteur pour le développement de l’industrie européenne de la défense.

En outre, nous entendons mener, dans le cadre de notre présence militaire dans la région  indopacifique, un exercice franco-allemand conjoint et envisageons des exercices  trilatéraux en mer impliquant les forces armées de nos partenaires de la région, afin  d’illustrer tant notre volonté que notre capacité de soutenir l’ordre international fondé  sur des règles de droit dans cette région d’importance.




Déclaration conjointe – Conseil des ministres franco-allemand
Publié le 22 janvier 2023


À l’occasion du 60e anniversaire du Traité de l’Élysée, alors que nous faisons face à la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine et à ses conséquences sur la paix et la prospérité, la France et l’Allemagne s’engagent aujourd’hui à agir pour renforcer l’Union européenne et à accroître leurs efforts, de concert avec leurs partenaires, pour que l’Europe soit prête pour demain. Dans cet esprit, nous travaillerons ensemble pour une Union européenne plus résiliente, plus durable et plus apte à agir de manière indépendante, dans le prolongement de la déclaration de Versailles de mars 2022.

À cet effet, nous entendons renforcer nos liens dans tous les domaines qui sous-tendent une véritable souveraineté européenne, en commençant par une politique étrangère et de sécurité européenne forte, le renforcement de la défense européenne, une politique industrielle, technologique et numérique solide, une économie forte, la sécurité énergétique, la transition vers une économie verte et la consolidation du modèle démocratique européen.

1. Être à la hauteur des changements de notre environnement stratégique et renforcer la sécurité et la défense

Aux côtés de leurs alliés et de leurs partenaires du monde entier, la France et l’Allemagne sont déterminées à défendre les valeurs et les intérêts européens ainsi qu’à préserver l’ordre international fondé sur les principes de la Charte des Nations Unies.

Nous condamnons la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine dans les termes les plus énergiques et nous continuerons à manifester un soutien inébranlable à l’Ukraine dans tous les domaines possibles, notamment politique, militaire, économique, financier, humanitaire, social et culturel. Comme convenu avec nos partenaires de l’Union européenne et du G7, nous continuerons à soutenir l’Ukraine et nous nous tiendrons à ses côtés aussi longtemps qu’il le faudra. Nous sommes fermement déterminés à lutter contre l’impunité des auteurs des crimes de guerre et des autres crimes les plus graves en lien avec la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine ainsi qu’à appuyer les efforts pour que les responsables de ces actes soient traduits en justice. Nous saluons et soutenons l’initiative du président Zelensky en faveur d’une paix juste et durable. La réunion de la Communauté politique européenne à Prague le 6 octobre 2022 a montré la volonté d’une coopération pacifique sur le continent européen et a envoyé un signal clair contre le retour de l’impérialisme en Europe ; nous attendons avec intérêt la prochaine rencontre organisée par la Moldavie le 1er juin.

La France et l’Allemagne réaffirment leur détermination à fournir à l’Ukraine l’assistance dont elle a besoin en matière humanitaire et de protection civile pendant tout l’hiver et au-delà. Nous sommes également déterminés à appuyer la reconstruction de l’Ukraine, en contribuant activement au rôle moteur joué par l’Union européenne à cet égard et en collaboration avec nos partenaires, notamment par l’intermédiaire de la plateforme interinstitutionnelle de coordination des donateurs convenues entre l’Ukraine, le G7, les institutions financières internationales et d’autres partenaires de premier plan.

Nous réaffirmons notre attachement à un partenariat transatlantique fort et équilibré ainsi qu’à l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord (OTAN), qui demeure la pierre angulaire de la sécurité et de la défense euroatlantique ainsi que le fondement de notre défense collective.

Nous avons renforcé notre engagement et notre action sur le flanc est, tant de l’Union européenne que de l’OTAN. Pour soutenir nos alliés de l’Est, nos armées organiseront des exercices conjoints de la brigade franco-allemande en Lituanie et en Roumanie. Dans ce contexte, nous soulignons notre détermination à accroître la résilience de nos partenaires de l’Est, notamment par la Facilité européenne pour la paix et dans le cadre du Partenariat oriental, et nous soutenons l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie dans leur trajectoire européenne. Nous sommes également déterminés à améliorer la coordination de la protection des infrastructures critiques.

Dans ce contexte, nos deux pays doivent aider à accroître la capacité de l’Europe à se défendre et à promouvoir ses intérêts, notamment en renforçant la culture stratégique européenne. Il est crucial d’approfondir les capacités de défense européenne, y compris pour renforcer le pilier européen au sein de l’OTAN et par une coopération plus étroite entre Union européenne et OTAN. En conséquence, la France et l’Allemagne souhaitent améliorer la coopération des forces armées en Europe. Nous souhaitons rapprocher nos stratégies nationales de sécurité et de défense. Nous continuerons notre coopération pour consolider la politique de sécurité et de défense commune de l’UE. Nous poursuivrons également le renforcement de la base industrielle et technologique de défense européenne. Conformément à l’agenda de Versailles, nous entendons également être les fers de lance du renforcement des instruments européens d’acquisition d’équipements. Nos deux pays s’inscrivent pleinement dans l’accord trilatéral entre la France, l’Allemagne et l’Espagne relatif au contrôle des exportations en matière de défense, lequel constitue un élément clé de notre coopération dans le domaine de l’armement.

Nous souhaitons poursuivre notre partenariat en faveur d’un renforcement coordonné des capacités de défense européennes. Nous accueillons avec satisfaction les évolutions récentes du système de combat aérien futur (SCAF) et nous réaffirmons notre volonté de progresser dans le même esprit concernant le système de combat terrestre principal (SCTP).

Outre des projets d’armement majeurs, nous convenons d’accroître la collaboration dans le domaine spatial et du cyberespace. L’adoption et la mise en œuvre de la Stratégie spatiale de l’UE pour la sécurité et la défense sont une priorité. Des changements majeurs façonnent à l’heure actuelle les volets institutionnel et commercial du domaine spatial, impliquant pour l’Europe de nouvelles possibilités, mais aussi de nouveaux enjeux. La France et l’Allemagne saluent ces évolutions et travailleront de concert avec l’Agence spatiale européenne (ESA) et tous ses États membres intéressés pour élaborer et mettre en œuvre une feuille de route afin de tirer parti des possibilités offertes par l’écosystème en plein essor du nouvel espace et de relever les défis de la concurrence entre partenaires et rivaux internationaux. La France et l’Allemagne se félicitent de leur coopération renforcée pour favoriser un accès de l’Europe à l’espace qui soit autonome, indépendant et d’un bon rapport coût-efficacité, notamment dans la perspective du lancement simultané des satellites militaires Syracuse et H2Sat par l’intermédiaire d’Ariane 5 en milieu d’année 2023 ; elles réaffirment leur soutien au premier vol, à la montée en cadence et à l’exploitation d’Ariane 6, dans le prolongement de la déclaration conjointe des ministres chargés de l’Espace faite à Paris le 22 novembre 2022. En particulier, la France et l’Allemagne utiliseront en priorité des lanceurs européens et promouvront l’utilisation de micro- ou de minilanceurs pour les missions institutionnelles des parties prenantes européennes, notamment l’ESA et l’UE. Nous entendons également accroître nos échanges relatifs aux questions de défense aérospatiale, à l’utilisation de l’espace pour la protection du climat et à la coopération internationale pour l’exploration spatiale et les vols habités.

S’agissant des capacités opérationnelles, nous soutenons les efforts déployés par l’Union européenne pour renforcer son rôle au sein des zones d’intérêt commun et au niveau multilatéral. Nous accueillons avec satisfaction les activités de formation militaires pour les soldats ukrainiens conduites par la Mission d’assistance militaire de l’Union européenne.

La France et l’Allemagne réitèrent leur engagement complet et sans équivoque en faveur de la perspective de l’adhésion des Balkans occidentaux à l’Union européenne et appellent de leurs vœux l’accélération du processus d’adhésion, sur la base de réformes crédibles menées par ces partenaires. Elles continueront à soutenir leurs trajectoires de réforme et la coopération régionale, notamment grâce au processus de Berlin. Il est essentiel de surmonter les divisions que connaît la région depuis longtemps ; nous soutenons pleinement le dialogue mené par l’Union européenne pour parvenir à un accord complet de normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie. Nous sommes prêts à poursuivre notre action de haut niveau à cet égard. Nous partageons la conviction profonde que les questions politiques portant sur le processus vers une normalisation pleine et entière doivent être réglées d’une manière plus décisive et plus rapide afin de ne laisser aucune place à l’escalade sur le terrain.

Nous intensifions notre partenariat avec l’Afrique, notamment par la promotion des initiatives de l’UE, du G7 et du Groupe des vingt (G20), telles que le Paquet d’investissement UE-Afrique, le Partenariat pour les infrastructures mondiales et l’investissement et le Pacte avec l’Afrique du G20. En ce qui concerne le Sahel, nos partenaires africains et européens et nous-mêmes redéfinirons notre stratégie pour continuer de lutter contre la menace continue que représente le terrorisme islamiste. En outre, nous entendons conduire un exercice conjoint franco-allemand dans le cadre de nos déploiements dans la région indopacifique, afin d’illustrer tant notre volonté que notre capacité de soutenir l’ordre international fondé sur des règles de droit dans cette région d’importance.

Nous continuerons de coopérer et de nous coordonner de manière très étroite dans l’ensemble des instances internationales. Avec nos partenaires du monde entier, nous élaborons des initiatives portant sur la paix et la sécurité, la cybersécurité, les changements climatiques, la santé et les pandémies. Nous entendons approfondir notre coopération en matière de prévention et de réponse au niveau européen et international.

2. Pour une Europe à la hauteur des enjeux énergétiques, économiques, environnementaux, climatiques, industriels, sociaux et de biodiversité

Nous sommes convaincus que pour faire face aux enjeux énergétiques, environnementaux, climatiques, industriels et de biodiversité, il nous faut renforcer et promouvoir notre modèle politique, économique et social, accélérer la transition énergétique pour parvenir dès que possible à la neutralité climatique et à l’indépendance vis-à-vis du gaz russe, apporter des solutions durables à la crise climatique et placer l’Union européenne à l’avant-garde des actions respectueuses de la nature. Le pacte vert européen demeure essentiel pour atteindre notre objectif commun de 1,5 degrés conformément à l’Accord de Paris sur le climat.

Nous poursuivrons nos efforts sur le plan international pour accélérer la transition mondiale afin de parvenir à un secteur industriel neutre pour le climat, notamment grâce au Club climat international ouvert et coopératif créé par le G7.

Les transformations conduisant à une industrie neutre pour le climat entraîneront une hausse importante de la demande en matières premières critiques. La France et l’Allemagne soutiennent l’initiative de la Commission européenne sur un Acte législatif de l’Union européenne relatif aux matières premières critiques et conviennent de la nécessité d’investir dans des projets visant la production à long terme de matières premières critiques durables au sein de l’Union européenne comme dans le reste du monde, conformément aux normes sociales, environnementales et de gouvernance les plus exigeantes.

La crise énergétique sans précédent à laquelle nous sommes confrontés nous a incités à renforcer notre solidarité énergétique, conformément à notre accord de solidarité bilatéral qui couvre le gaz et l’électricité. Tout en respectant le principe de neutralité technologique dans le bouquet énergétique choisi sur le plan national, nous nous engageons à accroître nos investissements dans les technologies d’avenir, en particulier en matière d’énergies renouvelables et bas-carbone, d’efficacité énergétique (en visant notamment la décarbonation des bâtiments), de réseaux, de technologies intelligentes et respectueuses de l’environnement et d’hydrogène, et nous élaborerons une feuille de route commune concernant ce dernier. Nous confirmons notre groupe de travail conjoint de haut niveau sur l’énergie réunissant le ministère français de la Transition énergétique et le ministère allemand fédéral de l’Économie et de la Protection du climat, ainsi que la mise en place du groupe de travail conjoint sur l’hydrogène dont nous attendons avec intérêt, d’ici fin avril 2023, les conclusions et recommandations relatives aux choix stratégiques en matière de développement de l’hydrogène. Dans le respect des différences entre nos productions énergétiques nationales, nous travaillerons à une approche et à une feuille de route stratégique communes visant à développer une production de l’hydrogène à grande échelle et à bâtir un marché européen de l’hydrogène résilient reposant sur la solidité de la production locale et la durabilité des importations nécessaires. Nous veillerons également à ce que l’hydrogène renouvelable et bas-carbone puisse être pris en compte dans les objectifs de décarbonation fixés sur le plan européen, tout en restant conscients des différences existantes et en préservant le niveau d’ambition global des objectifs en matière d’énergies renouvelables. Nous prendrons également les mesures nécessaires pour instaurer un cadre européen pour le transport d’hydrogène dans toute l’Europe, comprenant les infrastructures nécessaires aux niveaux national et transnational, notamment la connexion et l’extension des infrastructures existantes et projetées, en particulier l’extension de l’hydrogénoduc H2Med jusqu’en Allemagne en coopération étroite avec les partenaires concernés, et aussi concernant l’extension et le renforcement du réseau électrique dans l’ensemble de l’Union européenne. S’agissant du choix de développer à long terme l’énergie nucléaire de fusion en tant que nouvelle source d’énergie bas-carbone, sûre et fiable, nous maintiendrons notre soutien scientifique, technologique et industriel au projet de réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) et nous travaillerons ensemble pour examiner de potentielles avancées technologiques susceptibles d’accélérer la mise au point de prototypes de centrales électriques, tout en tenant compte des initiatives industrielles dans ce domaine. Nous lancerons un nouveau programme de recherche franco-allemand sur les nouvelles technologies de batterie, pour lesquelles nos deux pays souhaitent jouer un rôle moteur sur le plan mondial.

Nous renforcerons notre collaboration au sein de la coopération énergétique en mer du Nord pour que le potentiel éolien marin en mer du Nord puisse devenir un pilier pour des prix de l’électricité compétitifs et pour la production d’hydrogène.

Nous reconnaissons que le rythme d’expansion des capacités en matière d’énergies renouvelables doit être fortement accru.

Nous œuvrerons à l’amélioration du fonctionnement du marché de l’électricité pour garantir la sécurité d’approvisionnement, le bien-être économique et social, la compétitivité de nos économies et un cadre pour mener le processus de décarbonation, et pour renforcer la flexibilité de l’offre et de la demande, le couplage sectoriel et les signaux de prix en levant les obstacles en matière de flexibilité, de stockage, de transition numérique et de marchés de détail et en réduisant les redevances pour l’accès à l’électricité et aux réseaux afin de veiller à ce que les prix de l’électricité reflètent mieux les coûts à court terme (lesquels sont plus bas lorsque la proportion des énergies renouvelables et des autres technologies reposant sur des combustibles non fossiles est plus importante). À court terme, nous sommes prêts à continuer d’apporter un soutien ciblé aux ménages vulnérables, aux PME et aux industries grandes consommatrices d’énergie. Pour protéger davantage les ménages, nous devons renforcer la protection et les droits des consommateurs sur le marché de l’électricité.

Nous avons l’intention de créer conjointement une plateforme de dialogue franco-allemande portant sur les infrastructures en matière de recharge des batteries et de ravitaillement en hydrogène. Nous souhaitons également mettre en place un échange régulier d’informations et de bonnes pratiques pour promouvoir des infrastructures numériques durables.

En nous appuyant sur les atouts du marché unique, que nous continuerons à approfondir, nous renforcerons la souveraineté stratégique de l’Europe et rendrons sa base économique, industrielle et technologique plus résiliente, compétitive et efficace conformément à l’agenda de Versailles.

C’est ce qu’il convient de faire pour réussir les transitions verte et numérique, sans que personne ne soit laissé pour compte. Suite au Conseil européen de décembre 2022, nous attendons avec intérêt les propositions de la Commission sur une stratégie européenne pour dynamiser la compétitivité et la productivité. Nous promouvrons une action de l’Union européenne rapide et ambitieuse pour garantir la compétitivité et la résilience de l’économie et de l’industrie européennes, tout en préservant l’égalité de capacité d’action entre les États membres. Nous œuvrerons pour garantir la résilience et la compétitivité de la production de l’Union européenne grâce à une stratégie européenne ambitieuse reposant sur des législations et des objectifs sectoriels adaptés, ainsi que sur des procédures simplifiées et allégées pour obtenir des aides d’État et des financements suffisants, en mettant pleinement à profit les financements et les instruments financiers disponibles, des mesures de compétitivité et de solidarité. En outre, la BEI doit être pleinement mobilisé et contribuer à un financement des risques accru à destination de l’entreprenariat et de l’innovation.

Nous continuons à promouvoir un commerce ouvert et équitable et nous nous engageons à préserver des conditions de concurrence loyale sur le plan mondial. Nous soutenons une politique commerciale européenne ambitieuse, fondée sur l’ouverture, la capacité à s’imposer et la défense de la diversification, de la résilience, des normes sociales et environnementales. Nous sommes déterminés à renforcer le système commercial multilatéral fondé sur des règles de droit dans lequel l’OMC joue un rôle central, à conclure des accords commerciaux modernes avec nos partenaires partout dans le monde, et à promouvoir des instruments de défense commerciale appropriés.

Nous appelons à des mesures plus ambitieuses pour mettre en place l’union des marchés des capitaux et à poursuivre les discussions pour achever l’union bancaire. À l’heure où les entreprises de l’Union européenne doivent relever le défi des transitions verte et numérique, des investissements privés sont nécessaires à une échelle quasiment sans précédent. Nous voulons concrétiser tout le potentiel des marchés des capitaux européens afin de soutenir le financement de l’économie réelle. Les travaux sur l’union bancaire doivent maintenant se concentrer sur le renforcement du cadre pour la gestion des crises bancaires. Par la suite, un bilan devra être dressé de l’état de l’union bancaire pour identifier les éventuelles nouvelles mesures à prendre sur les autres éléments en suspens afin de renforcer et d’achever l’union bancaire.

Reconnaissant les enjeux communs consistant à permettre et encourager l’innovation durable aux plans économique et écologique pour soutenir les transitions verte et numérique, créer des emplois qualifiés et développer la compétitivité de l’Union européenne, nous nous engageons à soutenir le financement de l’innovation. En outre, nous appelons à une mise en œuvre rapide de l’initiative des champions technologiques européens (ETCI) dans laquelle la France et l’Allemagne investiront 1 milliard d’euros chacune, et nous prendrons d’autres mesures concrètes pour régler le problème des besoins de financement restants et améliorer les débouchés européens pour les scale-up, en s’appuyant sur le format de collaboration conçu pour l’initiative ETCI commune. Nous travaillerons à mettre en place un programme européen ambitieux pour attirer les talents.

Une coopération et des échanges plus étroits entre l’initiative allemande Digital Hub Initiative et le Hub France IA seront instaurés, créant ainsi un réseau franco-allemand qui promeut les échanges de savoir-faire technologiques et économiques et permet donc l’innovation.

Nous continuerons nos activités communes pour renforcer la souveraineté numérique européenne dans le domaine des réseaux 5G/6G. Nous reconnaissons l’importance stratégique d’une économie européenne des données et nous sommes attachés à une stratégie commune permettant de garantir une circulation, un accès et une utilisation libres et sécurisés des données ainsi que la confiance dans les services de stockage en ligne par la mise en œuvre de systèmes de certification fiables, complets, solides et transparents en matière de cybersécurité, qui doivent reposer sur des critères objectifs conformes à la législation européenne notamment en matière de protection des données et répondre aux besoins des entreprises utilisatrices, y compris, pour des données clairement définies, une protection accrue des données contre les législations extraterritoriales de pays tiers.

La France et l’Allemagne s’engagent à coordonner et adopter leurs stratégies budgétaires pour maintenir des trajectoires crédibles et adéquates des finances publiques, garantissant la viabilité de la dette et des finances publiques saines, ainsi que l’appropriation, promouvant l’investissement et les réformes structurelles qui favorisent la croissance solidaire et permettant notamment les transitions écologique et numérique et le renforcement de la base économique européenne. Nous sommes déterminés à promouvoir les mêmes objectifs et ambitions dans la réforme de la gouvernance économique européenne. Avec nos partenaires européens, nous voulons discuter ensemble et trouver un accord sur le futur développement des règles budgétaires européennes.

Reconnaissant le rôle crucial des politiques sociales et du marché du travail, particulièrement en temps de crise, la France et l’Allemagne s’engagent à déployer un effort commun pour renforcer la dimension sociale de l’Union européenne et promouvoir la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux. Dans ce contexte, nous réaffirmons notre attachement à la plateforme européenne de lutte contre le sans-abrisme.

Dans un contexte marqué par de multiples chocs sur les pays les plus pauvres, de la pandémie de Covid-19 aux répercussions de la guerre en Ukraine en passant par l’accélération des changements climatiques, nous réaffirmons notre volonté d’intensifier nos efforts conjoints pour réduire les inégalités à l’échelle mondiale. Nous rencontrerons de nouveau nos partenaires clés à Paris le 23 juin prochain à l’occasion d’un sommet portant sur un « nouveau pacte financier » avec les pays du Sud et nous montrerons l’exemple lors du sommet du G20 sous présidence indienne qui se tiendra en septembre prochain.

Nous réitérons notre soutien total à la transformation des systèmes alimentaires mondiaux tout en traitant les questions actuelles liées à la sécurité alimentaire et à la nutrition mondiales, qui résultent notamment de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine. La France et l’Allemagne soutiennent les efforts déployés, notamment les corridors de solidarité UE-Ukraine. Les deux pays soutiennent la transparence accrue sur les marchés agricoles internationaux et sont convaincus qu’il est de la plus haute importance de développer des systèmes alimentaires plus résilients et durables pour concrétiser le droit à une alimentation adéquate partout dans le monde.

La France et l’Allemagne sont déterminées à mettre en œuvre de manière rapide et ambitieuse le cadre mondial de la biodiversité à l’échelle nationale et elles soutiennent sa mise en œuvre au niveau de l’Union européenne ainsi que dans les pays partenaires. Nous travaillerons en étroite collaboration, notamment sur les questions du rétablissement des écosystèmes et des solutions fondées sur la nature. En nous appuyant sur le Pacte pour les océans adopté en 2022 par le G7 sous présidence allemande, nous renforcerons notre ambition de protéger les océans dans la perspective de la prochaine Conférence des Nations Unies sur les océans qui se déroulera en 2025 sous coprésidence de la France et du Costa Rica. Avec nos partenaires, nous continuerons à défendre fermement la position selon laquelle nous devons renoncer à toute exploitation des grands fonds marins susceptible de détériorer la biodiversité marine.

3. Pour une Union européenne plus efficace et plus agile

Pour renforcer l’Union européenne en tant qu’acteur géopolitique et la préparer à des élargissements futurs, nous devons travailler à réformer les institutions européennes. Pour qu’une Union européenne élargie puisse fonctionner, nous devons mettre en place un processus de décisions efficace et répondre aux attentes exprimées par les citoyens européens durant la conférence sur l’avenir de l’Europe. Nous discuterons de propositions concrètes pour renforcer la capacité de l’Union européenne à agir à court comme à long terme, et nous le ferons aussi avec nos partenaires au sein de l’Union européenne pour jeter les bases de discussions sur le bon fonctionnement de l’UE dans les années à venir. Nos pays sont ouverts à la révision des traités si nécessaire pour atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés et sous réserve qu’un consensus soit trouvé entre les 27 États membres de l’Union européenne.

À court terme, nous devons élargir les domaines dans lesquels le vote a lieu à la majorité qualifiée au Conseil pour sortir des impasses constatées, par exemple sur certains points de la politique étrangère et de sécurité commune et de la fiscalité. À cet effet, nous préconisons l’utilisation des clauses passerelles et de l’abstention constructive comme solutions possibles dans le cadre des traités existants. À l’occasion, une coopération renforcée peut être un instrument utile qui ne remet pas en cause l’acquis de l’Union européenne et est ouvert à tous les États membres. En outre, pour renforcer la participation et le soutien du public au modèle démocratique européen, nous sommes favorables à la modernisation du droit électoral européen, notamment la création d’une circonscription unique à l’échelle de l’Union, avec des listes transnationales, ainsi que la conception de nouvelles manières d’associer les citoyens aux discussions des politiques européennes en s’appuyant sur l’expérience de la conférence sur l’avenir de l’Europe.

L’Union européenne est une communauté fondée sur le droit et des valeurs communes, qui constitue la pierre angulaire de notre Union et doit être protégée. Par conséquent, nous devons contribuer à renforcer les piliers de la démocratie, de l’état de droit et de l’équité sociale en Europe, à la fois par la législation et par une action solide et tangible comprenant notamment des mécanismes efficaces pour faire respecter les lois.

Après trois années marquées par une pandémie qui a entravé les échanges interpersonnels en Europe, la France et l’Allemagne sont plus déterminées que jamais à favoriser le consensus et l’intégration européens pour apporter des résultats concrets à nos concitoyens, notamment avec la liberté de circulation sur tout le territoire de l’Union européenne et en particulier la pleine application de l’acquis de Schengen aux États membres qui le souhaitent.

Afin d’atteindre un équilibre entre responsabilité et solidarité, la France et l’Allemagne élaborent ensemble les prochaines étapes visant à parachever la réforme du régime d’asile européen commun (RAEC) avant la fin de la période de mandature actuelle du Parlement européen.

En outre, renforcer notre démocratie nécessite de défendre plus ardemment les droits des femmes et l’égalité entre les femmes et les hommes. La France et l’Allemagne entameront un travail de mise à jour de la Charte des droits fondamentaux et continueront de s’engager pour que la Convention d’Istanbul sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique soit ratifiée au sein de l’UE et par l’Union européenne.

4. Approfondir notre partenariat bilatéral

En nous appuyant sur la réussite que représente le Traité d’Aix-la-Chapelle en particulier dans le domaine de la coopération transfrontalière, nous soutenons l’action de toutes les parties prenantes qui sont déterminées à rapprocher les peuples européens, notamment les gouvernements, les parlements, les collectivités locales, les partis politiques, les partenaires sociaux, les entreprises et la société civile.

Conformément aux recommandations du Comité franco-allemand de coopération transfrontalière, nous nous engageons à soutenir l’activité économique transfrontalière en promouvant l’apprentissage linguistique et les échanges en matière de formation professionnelle, en simplifiant le déploiement de travailleurs transfrontaliers, en développant les infrastructures transfrontalières et les réseaux numériques et en améliorant la coordination de l’aménagement et de la valorisation des territoires dans les pays tiers.

À titre d’initiative concrète illustrant notre volonté de faire progresser la décarbonation de nos économies et de nos sociétés, ainsi que nos liens transfrontaliers, nous soutenons le déploiement de la ligne de train à grande vitesse reliant Paris à Berlin ainsi que la liaison de train de nuit, annoncées pour 2024, et nous réaffirmons notre engagement de mettre en place les liaisons ferroviaires transfrontalières dont il a été convenu dans le cadre du Traité d’Aix-la-Chapelle. Nous soutenons également les efforts déployés pour instaurer un premier ticket commun binational à destination des jeunes, dont la mise en place est prévue pour l’été 2023.

Nous nous félicitons du travail réalisé par les membres du Conseil franco-allemand des experts économiques depuis sa mise en place en vertu du Traité d’Aix-la-Chapelle le 22 janvier 2019. Nous sommes convenus de renouveler le fonctionnement du Conseil et nous attendons avec intérêt le nouveau cycle de travaux sous la coprésidence du Conseil d’analyse économique et du Conseil allemand des experts économiques (Sachverständigenrat zur Begutachtung der gesamtwirtschaftlichen Entwicklung).

Tandis qu’Arte célèbre cette année son 30e anniversaire, nous accueillons favorablement son action en faveur de la liberté et de l’indépendance des médias en Europe.

De plus, nous renforcerons notre coopération pour protéger nos démocraties et nos scrutins des ingérences étrangères et nous accroîtrons nos capacités communes pour contrer les menaces hybrides et notamment la manipulation de l’information par des acteurs étatiques étrangers.

S’inspirant du dispositif français du « Pass Culture » en ligne, l’Allemagne est en train de développer la plateforme « KulturPass » pour promouvoir l’accès des jeunes générations à la culture.

Pour sensibiliser le public à l’origine d’objets culturels provenant d’Afrique subsaharienne, la France et l’Allemagne entendent créer un fonds permettant de mettre en œuvre des projets de recherche collaboratifs transfrontaliers en la matière. Ces deux projets de coopérations contribuent à l’établissement d’un espace culturel commun tel qu’il a été envisagé dans le Traité d’Aix-la-Chapelle.

Dans la perspective du championnat d’Europe de football en 2024 en Allemagne et des Jeux olympiques et paralympiques en 2024 en France, nos deux pays œuvreront en étroite collaboration pour promouvoir le développement durable, la bonne gouvernance, les responsabilités écologique, sociale, économique et civique, l’inclusion, l’égalité entre les femmes et les hommes et la tolérance dans le cadre de ces événements sportifs.

La mise en œuvre de la stratégie linguistique est de la plus haute importance pour le renforcement de la langue du partenaire, en particulier au sein de nos systèmes éducatifs. La France et l’Allemagne poursuivront l’expansion du réseau d’instituts culturels intégrés franco-allemands.

Nous nous félicitons du lancement, ce jour, du programme « Génération Europe – Jeunes talents franco-allemands » / « Generation Europa: Deutsch-Französische Nachwuchskräfte », géré par l’Office franco-allemand pour la Jeunesse. Relever les défis à venir nécessite la participation des jeunes. La France et l’Allemagne sont prêtes.

À la lumière des concertations fructueuses de ce jour dans l’esprit de notre amitié bilatérale, nous souhaitons coordonner l’action de nos gouvernements de manière encore plus étroite. Par conséquent, nous sommes convenus ce jour d’adapter le format de nos concertations. Nous organiserons des concertations plus fréquentes, dans des formats plus restreints, avec des ordres du jour spécifiques et ciblés. Nous sommes également convenus de nous réunir une fois par an dans un format ministériel plus large. L’Allemagne se tient prête à organiser la première des réunions de ce type à l’automne 2023.



Source : elysee.fr
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20230122-conference-macron-scholz.html



 

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22 janvier 2023 7 22 /01 /janvier /2023 13:07

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Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230122-traite-elysee.html









Discours
du Président de la République française Emmanuel Macron
le 22 janvier 2023 à la Sorbonne à Paris
en présence du Chancelier allemand Olaf Scholz

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE A L’OCCASION DE LA CÉLÉBRATION DU 60e ANNIVERSAIRE DU TRAITÉ DE L’ÉLYSÉE


Monsieur le Chancelier, Cher Olaf,
Mesdames les présidentes du Bundestag et de l'Assemblée Nationale,
Monsieur le président du Bundesrat,
Monsieur le vice-président du Sénat,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Monsieur le recteur,
Chers jeunes Allemands, Français, Européens,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Je suis très heureux, très heureux de vous retrouver pour célébrer comme vous venez de le faire à l’instant, tous trois, l'amitié franco-allemande entre nous, et avec vous, représentantes et représentants de nos parlements, nos gouvernements, nos sociétés civiles et nos jeunesses.

Nos deux pays, jumeaux d'histoire et de destins, ont vécu tant d'années en miroir, dans la forge même de leur identité. Ils ont alterné pendant tant de siècles entre l'émulation, la fascination, la compétition. Unis sous la même couronne franque, jusqu'à ce que l'histoire ne les sépare – car il y eut,  mille ans avant les tranchées de Verdun, le traité de Verdun. Rivaux ou alliés, ennemis jusqu'à la déraison, au cours de l'époque où l'on comptait ce temps commun au rythme des guerres, avant, entre et après. Si bien que parler de l'Allemagne, pour un Français, c'est toujours parler d'une part de soi-même.

Pourtant, il a fallu, pour accepter cette part respective d'altérité si proche, d'identité si confondante, l'acte fondateur que nous commémorons aujourd'hui. Le 22 janvier 1963, l'Allemagne de Konrad ADENAUER et la France du Général DE GAULLE accomplissaient un immense geste de courage.

Ce jour-là, nos deux pays qui avaient été les plus âpres ennemis, décidaient de devenir les plus étroits alliés. Ils refermaient presque cent ans de guerre moderne et de tragédie universelle que nous rappellent encore aujourd'hui les rangées de croix s'étendant à l'infini dans nos cimetières militaires.

Ce jour-là, en scellant leur réconciliation, nos deux pays décidaient d'ouvrir « toutes grandes les portes d'un avenir nouveau pour l'Allemagne, pour la France, pour l'Europe et par conséquent pour le monde », selon les mots du Général DE GAULLE. Soixante ans après sa signature, le Traité de l'Élysée demeure le socle de ce lien inaltérable, exemplaire entre nos deux pays, unis pour la paix, la liberté, la défense de nos valeurs démocratiques. Unis dans le rêve commun de l'Europe à la faveur de  mille fibres tissées d'une rive à l'autre du Rhin à travers ces routes millénaires.

Oui, nous sommes toutes et tous aujourd'hui les enfants de ce courage, convoqué au-delà des épreuves, par une génération sur laquelle plusieurs fois la guerre avait laissé sa marque, qui refusait de léguer la fatalité du combat et du chagrin à la suivante et qui pour cela, fondait son espoir sur la jeunesse. Et nous devons à ces fondateurs de sans cesse enseigner à la génération suivante le chemin parcouru, d'expliquer et d'enrichir encore cette victoire de l'amitié, si parfaite aujourd'hui que ses racines douloureuses pourraient s'oublier.

C'est pourquoi cette amitié se doit de ne jamais cesser d'être ce qu'elle est. Pour détourner une formule qui jadis était employée pour la France seule, mais que je convoque en ces lieux, pensant à Renan, pour nous deux : cette amitié est un « plébiscite de tous les jours ».

Le geste fait il y a soixante ans était un geste de courage car il n'avait rien d'évident. Tout documentait dans les vies de chacun la nécessité de ne pas faire ou de faire le contraire. Les histoires de ces générations de fondateurs leur disaient le contraire et ils l'ont fait. Notre amitié et ce plébiscite de tous les jours reposent sur une volonté, une coopération, une confiance qui doivent irriguer l'ensemble de nos institutions, de nos sociétés, de nos forces vives.

Mais jamais ce combat ne peut être, ni ne sera celui des fatigués, des habitués et de ceux qui ne regardent que le passé, jamais. C'est aussi pourquoi, il y quatre ans, à Aix-la-Chapelle, nous avons signé un nouveau traité d'amitié. Actant le succès historique de notre réconciliation permise par le Traité de l'Élysée, nous avons décidé d'approfondir notre intégration et nos convergences dans tous les domaines. Au service de l'Union européenne, de la paix, de nos transitions environnementales et numériques, pour les jeunesses de nos deux pays. Pour nos concitoyens qui vivent et travaillent de part et d'autre de nos frontières Et avec vous, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, grâce à l'Assemblée parlementaire franco-allemande instituée parallèlement au Traité d'Aix-la-Chapelle.

Je voudrais, au-delà de ces initiatives que vous faites vivre, saluer la première promotion ici présente du programme « Génération Europe » porté par l'Office franco-allemand pour la jeunesse, illustration concrète de cette ambition, au cœur de nos Traités de l'Élysée et d'Aix-la-Chapelle, de compréhension mutuelle entre nos peuples et d'ambitions que vous aurez à aujourd'hui et demain.

Mesdames et Messieurs et Monsieur le Chancelier vient de le dire parfaitement, cher Olaf, ce 60ᵉ anniversaire a une signification particulière, au moment où l'Ukraine résiste à l'agression de la Russie, où l'idéal de paix et de dialogue a été bafoué, où l'espoir même d'un ordre humaniste en Europe est menacé et où les dérèglements du monde bousculent tant de certitudes dans nos pays.

Face à ces périls, il nous faut plus que jamais porter l'idéal d'une Europe plus unie et pleinement maîtresse de son destin.

Oui, cette Europe que nous avons défendue l'un l'autre : en septembre 2017 sous cette même coupole et vous-même, Monsieur le Chancelier, en août 2022 à l'Université Charles de Prague, dans cet autre temple des valeurs humanistes de notre Europe. Ce projet de renforcement de la souveraineté européenne a pris la force d'une nécessité et d'une évidence pour tous. À présent, l'Allemagne et la France partagent la responsabilité de le faire advenir dans tous les domaines avec leurs partenaires au sein de l'Union européenne.

Nous avons su le faire face à la pandémie par une relance économique qui nous a permis une capacité d'investissement inédite à 27 et la mutualisation de dettes communes pour des investissements à venir, impensables quelques mois plus tôt. Nous l'avons décidé ensemble, Allemagne et France, quelques semaines après le début de la pandémie, pour que cela puisse advenir dès juillet 2020.

Nous le faisons jour après jour pour la défense de l'Ukraine. Après le 24 février, notre Union ne s'est ni divisée, ni dérobée à ses responsabilités. Et notre soutien indéfectible aux côtés du peuple ukrainien se poursuivra dans tous les domaines. Nous avons soutenu l'Ukraine, sanctionné la Russie et, ensemble, sommes allés à Kiev pour ouvrir, là aussi, un chemin que, quelques semaines plus tard, notre Europe a consacré. Et nous continuerons à soutenir le choix clair fait par le Conseil européen de donner à l'Ukraine, comme à la Moldavie, le statut de candidat. Nous continuerons à les accompagner, ainsi que les autres pays candidats des Balkans occidentaux sur le chemin des réformes nécessaires. Cette responsabilité de l'Allemagne et de la France est aussi de renforcer la cohésion de l'ensemble de la famille européenne à travers la Communauté politique européenne. Et je vous remercie, Monsieur le Chancelier, du soutien que vous avez apporté à ce projet fédérateur à l’échelle du continent.

Nous avons aussi su prendre les décisions qui s’imposaient pour nous-mêmes, pour la réduction de nos dépendances stratégiques, pour une Europe plus forte et souveraine en matière énergétique, technologique, militaire, industrielle, alimentaire. C’est l’agenda que nous avons désigné ensemble, en Européens, à Versailles en mars dernier. Et grâce à ces décisions, d’ores et déjà notre Union n’est plus la même. Et les choix faits ces derniers mois en matière de défense, en matière énergétique par nos deux pays sont des choix historiques qui nous permettront de continuer, d’avancer et d’aller plus loin.

Mais le travail qui reste à accomplir est immense, pour atteindre notre objectif d’une Europe plus souveraine, plus démocratique et plus solidaire. Et cela ne dépend presque que de nous, Européens, de nos choix, des décisions que nous prenons et de celles que nous ne prenons pas.

Alors, comme nos deux pays ont su le faire à chaque tournant de la construction européenne et – non que ce fût facile, bien au contraire – l'Allemagne et la France feront le choix de l'avenir. Vous l'avez parfaitement dit, cher Olaf à l’instant. Le couple franco-allemand est un couple pour lequel rien n'était écrit. Et si tout était simple, ce couple n'aurait ni à être célébré ni à constamment se réinventer. Il est grand quand il arrive en quelque sorte à bousculer la fatalité, à revisiter les intérêts d'un côté l'autre du Rhin et à bâtir un chemin plus grand que ceux qui le composent, celui d'une unité, d'une fusion entre nos peuples, nos histoires pour rendre notre Europe plus forte. C'est ce choix d'avenir qui est le nôtre aujourd'hui.

Et l'Allemagne et la France, parce qu'elles ont défriché le chemin de la réconciliation, doivent devenir pionnières pour la refondation de notre Europe ensemble.

Pionnières d'abord, pour bâtir ensemble un nouveau modèle énergétique par-delà nos différences. Nous devons encourager et accélérer au niveau européen les investissements publics et privés nécessaires à la transition écologique. Nous devons achever la diversification de nos sources et voies d'approvisionnement et encourager la production d'énergies décarbonées sur notre continent.

Pionnières ensuite pour l'innovation et les technologies de demain, pour bâtir la prospérité, l'avenir écologique et le modèle social qui nous unit. Cela passe par l'accélération de nos convergences, la simplification de nos règles. Cela passe par une stratégie industrielle européenne ambitieuse qui assure la résilience de la production sur le sol européen par une stratégie « made in Europe » 2030. Comme nous l'avons l'un l'autre poussé pour faire de notre continent le champion de ces nouvelles technologies et de l'intelligence artificielle.

Pionnières, ensemble pour une Union européenne capable de s'assumer comme puissance géopolitique à part entière en matière de défense, en matière spatiale, en matière diplomatique.

Pionnières, enfin, pour une Union plus efficace, plus protectrice et qui défend ses valeurs. Car au fond, notre objectif de souveraineté est de s'assurer de tenir notre destin entre nos mains. Et nous devons le mettre au profit de nos valeurs communes, de notre modèle européen qui repose sur notre humanisme, notre attachement à la liberté et à la solidarité. Alors, achevons ensemble d'en faire en l'espace d'une génération, un espace de solidarité et de liberté, celle de penser, de créer, de voyager, d'entreprendre, d'innover, de rêver.

Cette Europe pour laquelle, ensemble, Allemagne et France seront pionnières, est celle des universités, de la musique, de la littérature, de la création, des théâtres, de la culture. Cette Europe, c'est celle qu'ensemble nous voulons refonder.

Et telle est notre ligne d'horizon en ce jour de célébration où nous réunirons le 23ᵉ conseil des ministres franco-allemand. Chers amis, l'itinéraire de fraternité que nos deux peuples ont su bâtir après s'être tant déchirés nous oblige. Le Traité de l'Élysée et l'aventure européenne étaient des pas inouïs que tout des habitudes et des facilités pouvait empêcher. Et c'est pourquoi, à mes yeux, ce jour ne doit pas simplement être celui d'une célébration, mais d'une promesse, d'un engagement, d'un appel, d'une ambition nouvelle. À l'heure où l'histoire semble sortir à nouveau de ses gonds, trouvons le ressort d'être à la hauteur de l'espoir que tous ceux qui nous ont précédés avaient placé en nous. Affrontons les périls du temps avec cet héritage de courage et d'imagination, avec ce devoir de fidélité à l'audace. Avec l'assurance que tout est possible si l'on demeure uni.

Eh oui, cher Olaf, en célébrant ensemble aujourd'hui avec vous, Mesdames les Présidentes, Messieurs les Présidents et nos représentants des assemblées comme nos ministres, cet itinéraire fraternel à la Sorbonne, c'est que nous voulons bâtir une ambition nouvelle ici, dans ce lieu de savoir ici, à la Sorbonne, dans cette université qui porte le nom de son fondateur et celui d'un village des Ardennes dont les paysages ont vu les cendres de la guerre entre nos deux nations. Dans ce lieu de culture et de savoir où passèrent des érudits de toute l'Europe, de Thomas D'AQUIN à Albert de COLOGNE et qui inventèrent l'esprit universaliste du continent. Ici, dans ce lieu où l’on a toujours rêvé tout à la fois le patriotisme comme l'aventure européenne comme étant aussi un appel à l'universel. Ici, où par le savoir, l'apprentissage, la compréhension, les arts, on a toujours voulu bâtir l'amour de ce que nous sommes, nos héritages, à travers quelque chose de plus grand que nous.

Et dans cette faculté qui honorera Ernst-Robert CURTIUS, un Allemand pleinement européen et qui, voilà cent ans, ne voulait pas se résoudre à éteindre son amour pour la littérature française. MANN a écrit des pages sublimes pour qualifier l'amitié entre CURTIUS et GIDE. Il a écrit qu'ils étaient « deux âmes dans une même poitrine ». Voilà une haute image de la complicité morale, de la fraternité de destin, de ce que nous sommes. Deux âmes dans une même poitrine. Elles ne se ressemblent pas et elles n'ont pas la même histoire, mais elles sont dans cette même poitrine et elles battent à l'unisson.  Deux âmes dans une même poitrine, c'est nous.

Alors sachez toutes et tous ici aujourd'hui, pouvoir compter sur notre détermination ensemble à continuer à faire de l'amitié entre l'Allemagne et la France l'un des arbres de vie de la souveraineté européenne. Sachez que l’un l’autre, nous continuerons de faire avancer ce couple jadis impossible qui est le fruit simplement de la volonté, du courage et de la force et nous le ferons ensemble pour qu’à votre tour, vous, vous puissiez célébrer cette part d’histoire, mais surtout continuer de bâtir la vôtre en ayant tous les choix et la liberté en particulier de choisir votre avenir. C’est notre responsabilité pour vous.

Vive l’amitié entre l’Allemagne et la France et vive notre Europe !

Emmanuel Macron, le dimanche 22 janvier 2023 à Paris, à la Sorbonne.


Source : elysee.fr
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20230122-discours-macron.html
 

 

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11 janvier 2023 3 11 /01 /janvier /2023 04:45

« Comme il faut de la vertu dans une république, et dans la monarchie de l'honneur, il faut de la crainte dans un gouvernement despotique ; la vertu n'y est point nécessaire et l'honneur y serait dangereux. » (Montesquieu).




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En soins intensifs depuis cinq jours dans un hôpital à Athènes, l'ancien roi des Hellènes, Constantin II de Grèce, est mort d'un AVC ce mardi 10 janvier 2023 à l'âge de 82 ans (né le 2 juin 1940). Depuis quatre ans, sa santé était très fragile. Avec Siméon II de Bulgarie, il était l'un des derniers survivants d'anciennes monarchies d'une Europe de l'Est et du Sud particulièrement troublée après la fin de la guerre. Constantin II a été officiellement roi du 6 mars 1964 au 1er juin 1973, à la mort de son père Paul 1er de Grèce (il avait alors 23 ans).

Mais il n'a pas vraiment régné comme je l'expliquais il y a une dizaine d'années. La situation politique a été très confuse pendant les trois premières années de son règne. Se séparant le 15 juillet 1965 de son Premier Ministre Georgios Papandréou, pourtant très populaire et vainqueur des élections de 1964, en raison de l'attribution du ministère de la défense et d'un scandale politique (le fils du Premier Ministre, lui-même futur Premier Ministre, impliqué dans une conspiration avec l'armée pour abolir la monarchie), le roi a provoqué une période politique très instable ; une succession de crises ministérielles a eu lieu jusqu'au putsch des colonels le 21 juillet 1967. Loin de résister aux militaires, Constantin II a tenté de conclure un accord avec les militaires lui permettant de rester sur le trône. Après l'échec d'une tentative très mal préparée de coup d'État le 13 décembre 1967 pour rétablir l'État contre les colonels (les États-Unis lui ont refusé toute aide malgré quelques encouragements), toute la famille royale a dû s'exiler tandis qu'une régence s'est mise en place pour le suppléer, jusqu'à ce que les militaires l'aient finalement déchu formellement du trône le 1er juin 1973 en proclamant la république.

Après la chute de la dictature des colonels en raison de l'invasion désastreuse de Chypre, la transition démocratique n'a pas retenu le retour du roi au pays : le référendum organisé par Konstantinos Karamanlis le 8 décembre 1974 a effectivement validé l'installation d'une république en Grèce avec 69,2% d'approbation et 75,6% de participation. Pendant la campagne référendaire, Constantin II, qui prônait le retour de la monarchie, n'a pas pu se rendre en Grèce mais a pu faire deux discours retransmis à la télévision grecque.

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Constantin II faisait partie des grandes familles régnantes de l'Europe, ou même, oserais-je l'écrire, de "la" dynastie européenne. En effet, il était à la fois le beau-frère de l'ancien roi d'Espagne Juan Carlos (par sa sœur Sofia), oncle de Felipe IV d'Espagne, et le beau-frère de la reine du Danemark Margrethe II (par son épouse Anne-Marie). Il était aussi un arrière-petit-fils de l'empereur allemand Guillaume II (par sa mère Frederika de Hanovre), et par conséquent, un arrière-arrière-arrière-petit-fils de la reine Victoria. Il était aussi un cousin du roi Michel Ier de Roumanie, et le parrain du prince héritier du Royaume-Uni William.

Constantin II n'a jamais retrouvé sa nationalité grecque (déchue en 1994 par Andréas Papandréou) car il ne voulait pas renoncer à ses droits dynastiques et se choisir un patronyme (en 1983, il a obtenu la nationalité danoise, patrie de son épouse). Il a cependant pu revenir habiter près d'Athènes à partir de 2013 et a enfin normalisé ses relations avec les autorités grecques (la famille Papandréou était très remontée contre lui pendant plusieurs décennies). Celui qui avait obtenu la médaille d'or de la voile avec le reste de son équipage aux jeux olympiques d'été de 1960 à Rome avait continué à travailler pour le comité international olympique (CIO) et la fédération mondiale de voile. Il avait préparé en particulier les JO de Barcelone en 1992 et les JO d'Athènes en 2000.

La classe politique en général, très républicaine depuis soixante ans, et la gauche en particulier, a toujours contesté l'autorité de Constantin II qui n'a jamais joui d'une forte popularité, malgré, c'est le paradoxe, le soutien de l'ex-roi au Premier Ministre de gauche Alexis Tsipras lors de la crise de la dette souveraine. Constantin II, à l'évidence, a raté un rendez-vous de l'histoire en 1974 pour faire la transition démocratique. Sa collaboration initiale avec la dictature des colonels l'a certainement desservi. Un an plus tard, son beau-frère Juan Carlos réussissait, au contraire, la transition démocratique en Espagne après la mort de Franco. Malgré ces destins très différents, les deux pays ont rapidement adhéré à ce qui est devenue l'Union Européenne (respectivement en 1979 et en 1986) pour s'arrimer au socle de démocratie et d'État de droit que constitue la communauté européenne.

Le dernier roi des Hellènes sera enterré près des restes de sa famille au cimetière du Palais royal de Tatoï, à 15 kilomètres au nord d'Athènes. Malgré la demande de deux de ses fils, le Premier Ministre grec Kyriakos Mitsotakis a pris la décision, le 11 janvier 2023, après la réunion de son gouvernement, de refuser l'organisation de funérailles nationales. Seule la ministre de la culture représentera discrètement les autorités républicaines de l'État dans une cérémonie privée, mais le défunt roi devrait être accompagné dans le chemin vers sa dernière demeure par plusieurs monarques européens qui font partie de sa famille.

Son fils Pavlos, né le 20 mai 1967 à Tatoï, fondateur de plusieurs fonds d'investissement à New York et à Londres, remplace son père comme prince royal et prétendant au trône de Grèce. S'il est l'aîné des fils, il n'est pas l'aîné des enfants puisqu'il y a aussi sa sœur Alexia née deux ans plus tôt. En tout, Constantin et sa femme (désormais veuve) Anne-Marie ont eu cinq enfants et neuf petits-enfants. Avec ce décès, la monarchie grecque est définitivement morte.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (11 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Guillaume II.
Siméon II de Bulgarie.
Nicolas II.
Otto de Habsbourg-Lorraine.
Michel Ier  de Roumanie.
Dynasty.
Élisabeth II.
Henri VI, comte de Paris, ou l’impossible retour du roi.
Henri VII : le roi de France est mort un 21 janvier.
Constantin II de Grèce.
Vangelis.
Christos Sartzetakis.
Jean-Louis Trintignant.
Philip Mountbatten.
Victoria, mamie Europa.
Spiro Agnew.
Michael Dukakis.
Pierre Vidal-Naquet.
Méditerranée orientale : la France au secours de la Grèce face à la Turquie.
Grèce : la défaite de l’expérience Syriza.
Les élections européennes du 26 mai 2019.
C'est Xénophon qu'on assassine !
Le plan Tsipras.
L'oxi mord la Grèce.
Alexis Tsipras.
Antonis Samaras.
Mauvaise Grèce ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230110-constantin-ii-de-grece.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/constantin-ii-de-grece-l-un-des-245994

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/01/11/39776830.html








 

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17 décembre 2022 6 17 /12 /décembre /2022 04:45

« Vous n'en avez jamais eu aucun qui vous aimera davantage. » (Élisabeth Ie d'Angleterre, cité par la reine consort Camilla le 17 novembre 2022).




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Il a fallu attendre trois semaines et un communiqué pour savoir officiellement, le 29 septembre 2022, que la reine Élisabeth II était morte le jeudi 8 septembre 2022 à 15 heures 10... de vieillesse ! Je reviens sur les funérailles nationales d'Élisabeth II qui ont eu lieu il y a près de trois mois, le lundi 19 septembre 2022. C'était sans doute l'une des dernières grandes cérémonies que le monde contemporain a été amené à assister par son universalité.

Pour un coût d'environ 35 millions d'euros, la cérémonie a été longue, en présence de plus de 2 000 personnes triées sur le volet, dont de nombreux chefs d'État et de gouvernement : Emmanuel Macron (France), Ursula von der Leyen (Union Européenne), Charles Michel (Union Européenne), Joe Biden (États-Unis), Frank-Walter Steinmeier (Allemagne), Sergio Mattarella (Italie), Jair Bolsonaro (Brésil), Wang Qishan (Vice-Président de la République populaire de Chine), Isaac Herzog (Israël), Cyril Ramaphosa (Afrique du Sud), Justin Trudeau (Canada), Anthony Albanese (Australie), Philippe de Belgique, Felipe VI et Juan Carlos (Espagne), Naruhito (empereur du Japon), Albert II de Monaco, etc.

La retransmission (en particulier par la BBC) de la cérémonie à l'abbaye de Westminster entre 12 heures et 13 heures aurait été regardée par 4,1 milliards de personnes selon le "Daily Mail". Il faut prendre ces chiffres avec des pincettes mais c'était prévisible si l'on se rappelle les 2,5 milliards de téléspectateurs des obsèques de Lady Di le 6 septembre 1997 ou encore les 3,6 milliards de personnes qui avaient regardé les jeux olympiques d'Atlanta en 1996, les 2 milliards de téléspectateurs pour la cérémonie d'ouverture des jeux olympiques de Pékin en 2008 (dont 200 millions de Chinois), etc.

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4,1 milliards, cela fait beaucoup, plus de la moitié de l'humanité, peut-être que ce nombre est très exagéré mais ce qui n'est pas exagéré, c'est l'universalisme de l'émotion suscitée à de nombreuses personnes, bien au-delà du Royaume-Uni et du Commonwealth. Parmi eux, il y aurait eu 26 millions de téléspectateurs britanniques (la moitié des adultes de Grande-Bretagne) et près de 8 millions de téléspectateurs français. Les Français ont toujours été très assidus à tous les événements de la Couronne britannique depuis le couronnement d'Élisabeth II le 2 juin 1953, occasion pour eux d'acquérir pour la première fois un poste de télévision : des millions de Français ont regardé le mariage de Charles III et Diana le 29 juillet 1981, puis les funérailles de Diana le 6 septembre 1997 ; 9 millions de Français étaient devant leur télévision pour le mariage de William et Kate le 29 avril 2011 ; 8 millions pour le mariage de Harry et Meghan le 19 mai 2018 ; 2,5 millions pour l'allocution de la reine au début de la pandémie de covid-19 le 5 avril 2020 ; 6 millions pour les funérailles du Prince Philip le 17 avril 2021, etc.

Ces fortes audiences en France ne sont pas anodines. D'une part, la quasi-totalité des chaînes de télévision ont retransmis la cérémonie, ce qui ne donnait pas beaucoup de choix pour ceux qui voulaient regarder la télévision. D'autre part, il y a une certaine histoire d'amour entre la monarchie et la France. C'est une histoire passionnelle faite aussi de haine, mais qui montre que les Français attendent toujours un souverain, un roi. Il y a un besoin de liturgie monarchique dans l'histoire républicaine. C'était du reste l'analyse d'Emmanuel Macron dans l'hebdomadaire "Le 1" dès le 8 juillet 2015 (il n'était encore que ministre) : « Il nous manque un roi en France. ».

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Son explication est plutôt gaullienne et justifie la Cinquième République : « Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le Roi n'est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d'y placer d'autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l'espace. On le voit bien avec l'interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général De Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu'on attend du Président de la République, c'est qu'il occupe cette fonction. Tout s'est construit sur ce malentendu. ».

Le fait d'être la cible de toutes les haines nationales confirme d'ailleurs ce besoin de roi, puisque le Président de la République en fait finalement office, et sur lui se concentrent toutes les attentes, il est responsable de tout, on attend tout de lui, qu'il parle, qu'il agisse, et, paradoxalement, on sera même capable de lui reprocher de s'occuper de tout. Sur BFMTV, l'historien bordelais Philippe Chassaigne notait le 19 septembre 2022 : « Même si la France est une république, il y a cette personnalisation du pouvoir en une seule personne. Nous pouvons donc plus facilement nous projeter sur un véritable monarque outre-Manche. ». Interrogé par "Le Point" le 10 septembre 2022, l'historien Jean Guarrigues estimait que les Français avaient besoin d'un « recours périodique à des figures d'autorité "transcendantales" ou, du moins, à des hommes providentiels » qu'on peut citer : Thiers, Gambetta, Clemenceau, Raymond Poincaré, Léon Blum, Pétain, Pierre Mendès France, Antoine Pinay, De Gaulle, etc.

Mais il y a bien d'autres raisons pour que les Français se sentent concernés par la mort de la reine (selon un sondage, 60% des Français auraient été affectés par la mort d'Élisabeth II). Il y a son insubmersibilité, son inamovibilité, la reine rappelle sa propre existence. Beaucoup de Français n'étaient pas nés quand Élisabeth II a succédé à son père en février 1952, et elle était donc une pierre de référence, un roc qui a toujours existé et qui, comme les autres, s'écroule pour laisser place à l'angoissante nostalgie du avant-c'était-mieux (avant, on était plus jeune !).

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Et puis il y a ces relations privilégiées entre la reine et la France. Élisabeth II parlait parfaitement le français et cela peut paraître dérisoire, mais c'est très rare pour un chef d'État ou de gouvernement anglophone qui, généralement, considère l'anglais comme la seule langue au monde. Selon Philippe Chassaigne, c'est la mère d'Élisabeth II qui la voulait francophone, comme de tradition dans la famille d'Angleterre : « Pendant cinq ans, Marie-Antoinette de Bellaigue lui enseigne la langue, tant et si bien que la reine Élisabeth II parlait un français sans aucun accent, un français extrêmement clair avec une très bonne prononciation. Bien mieux d'ailleurs que son père et que son fils, le Prince Charles (…). De Victoria à la princesse Élisabeth, il y avait une tradition de faire apprendre le français aux enfants de la famille royale. Victoria avait elle-même appris le français comme l'italien et d'autres langues. Elle était polyglotte. ».

Jean des Cars parlait d'un « grand roman d'amour avec la France ». Dans leur livre sur l'histoire de l'Élysée (chez Plon), Patrice Duhamel et Jacques Santamaria évoquent cette histoire d'amour en rappelant la première rencontre avec un Président de la République française avant d'être reine, le 20 mai 1948 reçue par Vincent Auriol.





Elle a par la suite rencontré, en tant que reine, tous les autres Présidents de la République successifs jusqu'à Emmanuel Macron qui avait déclaré le jour de sa mort : « Sa mort laisse en nous un sentiment de vide. », quand la Première Ministre Élisabeth Borne affirmait : « Ce soir, les Français aussi sont en deuil. ». En l'hommage de la reine, la Tour Eiffel était éteinte le soir du 8 septembre 2022, les drapeaux des bâtiments officiels étaient en berne, le drapeau britannique était installé sur le perron de l'Élysée, les 9 et 19 septembre 2022. Philippe Chassaigne rappelait aussi : « Les Français avaient été très sensibles [au fait] que la reine et son fils aîné se rendent aussi aux Invalides pour se recueillir devant le tombeau de Napoléon Ier. ».

Jean Leymarie, au lendemain de la mort de la reine, le 9 septembre 2022 sur France Culture, insistait aussi sur le lien historique : « Entre Élisabeth II et l’histoire politique française, il y avait un lien particulier, essentiel. (…) Elle était francophone et francophile. Mais pas seulement. Elle incarnait un autre rapport au temps. C’est plus que de la politique, c’est de l’histoire. Sa seule présence rappelait à quel point l’histoire franco-anglaise est ancienne, de la guerre à la paix : Guillaume Le Conquérant, duc de Normandie devenu roi d’Angleterre, la guerre de Cent ans, les Anglais occupant Paris, et beaucoup plus tard, L’Entente cordiale. La reine revendiquait cet héritage, notre histoire commune. Elle en était heureuse. Pour la souveraine, cette histoire était concrète, vivante. Pendant la Seconde Guerre mondiale, quand l’Angleterre a résisté à Hitler, quand le gouvernement britannique a accueilli le général De Gaulle, Élisabeth n’était pas encore reine mais elle était là. Jusqu’au bout, elle a admiré le fondateur de la Cinquième République. ».

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Emmanuel Macron, qui n'avait pas eu l'occasion de recevoir la reine à l'Élysée depuis le début de sa Présidence mais qui l'avait rencontrée trois fois (le 5 juin 2019 à Portsmouth, le 3 décembre 2019 au Palais de Buckingham et le 11 juin 2021 en Cornouailles), avait eu des mots très chaleureux (et en anglais) à l'occasion des festivités des 70 ans de règne le 2 juin 2022 : « Vous êtes le fil d'or qui lie nos deux pays, la preuve de l'amitié indéfectible entre nos nations (…). Vous êtes notre amie [et] une source de sagesse pour les dirigeants de nos deux pays. ».

Indépendamment du temps long, les successeurs d'Élisabeth II n'aimeront pas autant qu'elle la France, les Français et la culture française (elle adorait le foie gras). Ni Charles III ni William ne parlent un français aussi "fluently" qu'elle, et aucun ne sera lié par les liens historiques que savait incarner leur mère et grand-mère pendant la Seconde Guerre mondiale à l'époque où Churchill avait accueilli De Gaulle. Plus encore que le Brexit, la mort d'Élisabeth II donnait peut-être, pour les Français, l'impression de dire définitivement au revoir à la Grande-Bretagne dans l'histoire de la France. D'où cette forte émotion française.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (11 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élisabeth II, la reine des Français ?
Howard Carter.
La BBC fête son centenaire.
Rishi Sunak.
Qui succédera à Liz Truss ?
Liz Truss.
Le temps du roi Charles III.
Je vous salue Élisabeth, pleine de grâce…
Archie Battersbee.
Diana Spencer.
Theresa May.






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220919-elisabeth-ii.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/elisabeth-ii-la-reine-des-francais-245099

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/09/12/39627395.html







 

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28 novembre 2022 1 28 /11 /novembre /2022 07:37

« On se déshabituait des mots de la moralité courante, pour d'autres mesurant les actions, les comportements et les sentiments à l'aune du plaisir, "frustration" et "gratification". La nouvelle façon d'être au monde était "la décontraction", à l'aise dans ses baskets, mélange d'assurance de soi et d'indifférence aux autres. » (Annie Ernaux, "Les Années", 2008, éd. Gallimard).



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Les électeurs suédois ont voté récemment, le 11 septembre 2022, pour renouveler les 349 sièges de leur Assemblée, le Riksdag, l'unique chambre parlementaire du Royaume de Suède (c'est une monarchie). Le vainqueur de ces élections a été l'extrême droite, ou plus exactement, l'ultradroite nationaliste du parti Démocrates de Suède mené par Jimmie Akesson, qui a atteint la deuxième place de la classe politique avec 20,5% des suffrages exprimés et 73 sièges, soit 11 de plus qu'au précédentes élections du 9 septembre 2018.

Bien que son parti social-démocrate ait gagné des sièges par rapport à 2018 (107 sièges au lieu de 100) et 2 points d'audience électorale (30,3% des suffrages exprimés), la Première Ministre Magdalena Andersson a dû s'effacer en raison de la perte de majorité absolue de sa coalition, qui a perdu 2 sièges au bénéfice de l'opposition. Le 18 octobre 2022, un nouveau gouvernement a donc été investi par 176 voix contre 173, composé de ministres issus des modérés (68 sièges), des chrétiens-démocrates (19 sièges) et des libéraux (16 sièges), et il est dirigé par le nouveau Premier Ministre Ulf Kristersson (modéré). Si sa composition ne reflète qu'une coalition minoritaire (103 sièges sur 349), le gouvernement est aussi soutenu par l'ultradroite sans sa participation à l'action gouvernementale, mais avec une forte influence sur les décisions prises.

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La percée de l'ultradroite en Suède a été fréquemment analysée par l'apparition des thèmes favoris des populistes, en particulier de l'insécurité, mettant sous les projecteurs une guerre des gangs. Cependant, je pense que cette percée, qui pourrait être durable et pas juste un épiphénomène ponctuel, traduit plus profondément un ras-le-bol d'une société qui se croyait en avance et qui fonçait plus vite que de raison. Pour l'illustrer, on peut parler de l'accompagnement des adolescents transgenres en Suède.

La Suède est l'un des pays les plus "avancés", mais je n'apprécie pas cet adjectif qui laisse entendre que ceux qui ne l'imitent pas seraient "archaïques", pas plus que je n'apprécie l'adjectif "progressiste" pour cet usage. Disons que la Suède a été très loin, certainement trop loin, au sujet des personnes transgenres. Disons-le clairement : si c'est un véritable problème, avoir le sexe opposé de ce qu'on croit être soi, avec toutes les problèmes d'identité, de psychologie, de physiologie, qui en découlent, il ne concerne qu'une infime partie de la population.

En Suède, les personnes transgenres sont reconnues depuis... 1972 ! Il y a cinquante ans, à une époque où l'homosexualité était encore illégale en France (pour encore une décennie). Le problème, c'est qu'on est allé jusqu'à des absurdités irréversibles qui ont profondément atteint des personnes devenues victimes de la société suédoise dans sa globalité.

Un excellent documentaire a été diffusé récemment sur France 2, le jeudi 24 novembre 2022, dans le cadre de la série "Nous, les Européens" présenté par Éléonore Gay et intitulé : "Suède, un modèle en crise ?". Un reportage de Frédérique Maillard-Laudisa et Giona Messina montre à quel point la Suède, son corps médical, son politiquement correct, se sont trompés pour accompagner les personnes qui se croyaient transgenres.

Symbole de ce "progressisme sociétal" (l'expression est impropre), Lina Exelsson Kihlblom, qui était un homme et est devenu une femme en 1995 (date de sa "transition"), était la première ministre transgenre de l'histoire de la Suède, nommée, dans le gouvernement social-démocrate sortant, Ministre de l'Enseignement primaire du 30 novembre 2021 au 18 octobre 2022. Elle était donc responsable de l'instruction des écoliers du primaire.

Le documentaire donne l'exemple d'un couple qui paraît "normal", hétérosexuel. En fait, l'homme, Mikael, a longtemps cru qu'il était transgenre parce qu'il n'était pas à l'aise avec lui-même : « Ce n'est pas une question de sexualité, c'est une question d'identité. ». Par amour, sa compagne a accepté la transformation.

Il a été traité avec des hormones pendant sept ans pour ressembler à une femme, heureusement sans chirurgie, donc sans rien d'irréversible. Il pensait que cela allait résoudre ses problèmes psychologiques. Quand ils se sont mariés, l'homme était donc devenu une femme, et en revoyant les photos du mariage, le couple insistait sur le chignon très séduisant ainsi que la robe blanche de l'homme. Et au bout de sept ans, Mikael s'est aperçu que son problème n'était pas d'être un homme mais d'être atteint d'autisme. Son traitement transgenre « cachait en fait une maladie, l'autisme ». Il en veut désormais au corps médical de ne pas lui avoir fait les tests de détection de l'autisme : « Personne ne nous a prévenus que ça pouvait être une erreur ! », tonne la femme. Il a alors arrêté son traitement, mais l'administration suédoise le considère encore comme ...une femme (Julia).

Son retour au sexe masculin, Mikael l'a vécu ainsi, selon la voix off du reportage : « Pour lui, retrouver le sexe de sa naissance, c'est comme une renaissance. ».

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En fait, les "transitions" d'homme à femme sont assez rares. Ce qui est plus répandu en Suède, ce sont les adolescentes, des jeunes filles, qui souhaitent devenir des hommes, ou plutôt, qui n'acceptent pas leur puberté et leur transformation, la poitrine, etc.

La journaliste évoque la situation d'une adolescente, Lovisa, qui voulait devenir un garçon à 13 ans. Elle fut rapidement prise en charge par les médecins. Les parents étaient décontenancés car leur fille avait fait auparavant de l'anorexie et c'était « comme si son anorexie était revenue : elle ne voulait pas être elle-même ». Le corps médical allait la pousser rapidement à changer de sexe, elle était immédiatement appelée par le prénom de garçon qu'elle s'était choisi, Sam. Le problème, c'est que le traitement était irréversible, des hormones pour stopper la puberté, des opérations chirurgicales, etc. Au moindre doute émis par les parents, ceux-ci étaient taxés de "transphobes" et ne pouvaient plus s'exprimer.

La pédopsychiatre Angela Sämfjord, qui travaillait dans une clinique qui prenait tout en charge pour la "transition" des adolescentes, parfois sans l'accord des parents (c'est le plus scandaleux), a démissionné au bout d'un certain nombre d'années, le temps de s'apercevoir de la gravité des situations : « Quand j’y travaillais, on a bloqué la puberté d’adolescentes dès l’âge de 12 ans avec des médicaments, alors que c’est un diagnostic complexe. J’ai rencontré beaucoup de patients venus consulter pour une transition de genre qui avaient d’autres problèmes psychiques. (…) Un grand nombre étaient autistes, soit 25%. Je pense que la Suède s’est perdue. On a été plus vite que la science. Même si l’intention était de faire du bien à nos patients, on a donné des traitements médicaux sans suffisamment de preuves. ».

Beaucoup d'anciennes adolescentes devenues des garçons le regrettent aujourd'hui mais c'est définitif : « On a été des cobayes. Ils ont mené des expériences sans base scientifique. Qui fait ça en médecine ? ». Certaines victimes sont en souffrance : « On ne peut plus rien faire pour mon corps. La chirurgie et tout le reste, c’est irréversible. Je ne récupérerai jamais ma voix. Je ne retrouverai pas mes seins, mes organes. On ne peut plus rien faire. ».

En 2019, avec Karin Matisson, la journaliste Carolina Jemsby a enquêté pendant quatre ans sur ces situations extrêmes et la diffusion de son documentaire, intitulé "The Trans Train", a fait l'équivalent d'un électrochoc sur ce sujet en Suède : « Donner ces hormones pour changer de sexe augmente les risques de cancer, de maladies cardiovasculaires et de thromboses. ».

Elle explique que le corps médical faisait beaucoup de pressions sur les parents pour leur laisser le destin de leurs enfants : « De nombreux parents qui s’opposaient à un traitement pour leur enfant et demandaient d’attendre, se sont vu traiter de transphobes. Les cliniques pour adolescents transgenres ont été jusqu’à signaler des parents aux services sociaux en leur disant : "Attention, nous avons un enfant transgenre dans cette famille et des parents transphobes". Et cela, juste parce que les parents voulaient qu’on prenne le temps avant de donner des hormones ou qu’on fasse une chirurgie à leur enfant. ». Même son de cloche pour le psychiatre Fredrik Lundkvist, touché par son enfant transgenre : « La Suède a été trop vite, trop loin. ».

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Cette prise de conscience, bien que tardive, a donc eu une conséquence heureuse : au début de l'année 2022, le Conseil national de la santé et de l'aide sociale de Suède a désormais interdit tous les traitements en cause appliqués aux adolescents, sauf à titre exceptionnel. Car rien dans les études scientifiques n'apportait un réel intérêt psychologique et physiologique pour ces traitements. On s'est ainsi aperçu qu'un quart des adolescentes traitées alors était affecté d'autisme non détecté auparavant.

Malgré ces informations édifiantes, la journaliste Éléonore Gay est allée interviewer une militante transgenre, ancien homme devenu femme, Ann-Christine Ruuth, présidente de l'association Transammans, dont le principal argument est le « droit à être soi-même ». Le problème, c'est qu'à 13 ans, on n'est pas forcément capable de savoir qui on est vraiment, et ces pertes de repère, d'identité, ne sont pas forcément des problèmes de genre. Pour preuve, ces trentenaires qui regrettent d'avoir été définitivement traités pour changer de sexe.

Faut-il alors s'étonner que l'ultradroite suédoise puisse avoir autant d'audience et de crédit et même, faut-il s'étonner que Vladimir Poutine fasse de l'invasion en Ukraine une guerre civilisationnelle entre pro- et anti-LGBT ? Il faudra juste dire à Vladimir Poutine que les errements du corps médical suédois ne représentent pas la "civilisation" européenne, que justement, il y a eu des garde-fous puisque la Suède en revient, parce que c'est un pays de libertés et de démocratie et que les chefs peuvent avoir tort, qu'il y a ce droit à la critique que les dictatures n'ont pas, et que le peuple ukrainien n'a rien à voir avec ce supposé clivage artificiel et complètement stupide.

En tout cas, cela démontre que ce n'est pas forcément intelligent ni futé d'être "en avance sociétale sur son temps", un argument d'autorité maintes fois utilisés pour les pires "avancées". Cela a condamné des dizaines voire des centaines de vies injustement. Cette morale devrait s'appliquer aussi à d'autres sujets "sociétaux" à venir, qu'on y prenne garde !


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (27 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Suède : la victoire de l'ultradroite dans un pays trop "en avance" sur son temps.
Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
La sécurité des personnes.
8 milliards de Terriens, et moi, et moi, et moi...
Lola, les meurtriers et les récupérateurs.
Violences conjugales et ogre politique.
La vérité nous rendra libres.
La protection des mineurs dans l’Église.
Protection des mineurs : pas d’imprescriptibilité pour la pédocriminalité.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Femmes, je vous aime !
Les femmes iraniennes et la mollahrchie.
Le burkini définitivement rejeté à Grenoble.
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
Simone Veil, l’avortement, hier et aujourd’hui…
Ne nous enlevez pas les Miss France !
PMA : la levée de l’anonymat du donneur.
La PMA en France depuis le 29 septembre 2021.
Les embryons humains protestent !
Coupable ou victime ?
Les violences conjugales aux USA ?
Dégenrer les Lego.
Genrer la part du Lyon ?
L’écriture inclusive.
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.








https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221124-transgenre-suede.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/transgenres-adolescentes-en-suede-245199

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/11/27/39724709.html





 

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12 novembre 2022 6 12 /11 /novembre /2022 04:27

« Ma mère, quand elle a arrêté de me faire peur, a commencé à me faire honte. » (Guy Bedos).




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Il y a eu des scènes de liesse populaire au centre de la ville de Kherson ce vendredi 11 novembre 2022, journée symbole s'il en est une, le cent quatrième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale. Désormais, le drapeau ukrainien, et aussi le drapeau européen, flottent sur Kherson qui a été libéré après 254 jours d'occupation des troupes russes. En effet, l'armée russe avait pris la ville le 2 mars 2022, c'était d'ailleurs leur première (et seule ?) véritable conquête dans cette opération militaire spéciale qui s'est appelée plus simplement invasion russe de l'Ukraine.

La ville est importante, avec ses 280 000 habitants, l'équivalent de Montpellier, et est située au bord du Dniepr, dans une région stratégique pour la Crimée. Depuis plusieurs mois (depuis l'annonce du 29 août 2022), les forces ukrainiennes préparaient patiemment la contre-offensive. Le 9 novembre 2022, pour éviter la débandade, et après une évacuation des populations civiles, le Ministre de la Défense Sergueï Choïgou a annoncé officiellement le retrait des troupes russes de la ville de Kherson, sur demande du chef militaire de la région, le général Sergueï Souroukivine.

Deux jours plus tard, c'est donc la libération d'une ville sans bataille, sans combat, presque beaucoup trop facile pour être réelle. Le 30 septembre 2022, la Russie avait pourtant solennellement annexé la région de Kherson (avec trois autres régions ukrainiennes) et Vladimir Poutine avait alors refusé un repli des troupes russes qui voulaient déjà quitter Kherson, considérant justement qu'abandonner cette ville serait le signe d'une défaite humiliante. Alors, pourquoi, en un mois et demi, ce changement ? Acculés ou rusés ?

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Les Russes aiment bien, avec quelques jours de retard, refaire le monde selon leur propre récit, en particulier en imaginant que tout reste sous contrôle. Manifestement, pour Kherson, rien n'est sous contrôle puisque leur première conquête est devenue aussi une défaite sur le terrain. C'est même une humiliation de plus, après tant d'autres humiliations militaires (retrait précipité des troupes russes du nord de Kiev, naufrage du Moskva, etc.) qui montrent l'état de vétusté et d'impréparation de l'armée russe et de ses équipements. Impréparation psychologique aussi : les soldats russes ne comprennent pas pourquoi ils combattent, pour quelle cause, alors que la motivation des troupes ukrainiennes est évidente, la survie de leur nation.

Même à l'extérieur, tout va mal pour Vladimir Poutine. Les partisans de Donald Trump ont perdu les élections intermédiaires aux États-Unis du 8 novembre 2022 et même si la situation est encore floue et confuse sur qui contrôle quelle chambre du Congrès, il semble désormais assuré que les fonds d'aide militaire à l'Ukraine continueront à être votés par les parlementaires américains, au grand dam de Vladimir Poutine qui comptait sur un asséchement de l'aide européenne et américaine. En outre, le Président chinois Xi Jinping, lui-même au pouvoir renouvelé et renforcé, a commencé à se désolidariser de Moscou en s'inquiétant de l'utilisation possible de l'arme nucléaire par la Russie. Et pourquoi évoque-t-il la puissance nucléaire de la Russie ? Parce que pour certains, le risque nucléaire est réel.

Il suffisait d'écouter la télévision officielle de l'Ukraine en France, j'ai nommé LCI, chaîne qui parle maintenant plus souvent de l'actualité ukrainienne que française, au point que les diffusions fréquentes d'extraits de la télévision russe, visant à les fustiger, pourraient presque être une contre-propagande à l'intérieur même de cette chaîne. La libération de Kherson constitue évidemment un événement majeur pour LCI, même si d'autres faits d'actualité mériteraient la même couverture et le même écho médiatiques.

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Ainsi, sur le plateau, la journaliste maison Laurence Haïm, ancienne correspondante à Washington ou New York, dont le macronisme très engagé en 2017 n'a pas reçu le fruit tant espéré (elle voulait être nommée par le Président Emmanuel Macron ambassadrice de France aux États-Unis) a repris du service depuis la rentrée comme éditorialiste de la chaîne. Spécialiste des États-Unis, elle connaît donc particulièrement bien ...l'Ukraine, et comme elle n'a jamais cessé de dramatiser la situation (selon une règle qui veut que plus le téléspectateur a peur, plus il regarde l'information continue, ce qui n'est pas faux en période d'attentats), elle a toujours commenté de manière à dramatiser les situations, à affoler les gens (du moins, chaque fois que je l'ai entendue).

Ce 11 novembre 2022, elle a ainsi proposé sa propre analyse selon laquelle il n'y avait pas de quoi se réjouir, car les troupes russes ont gentiment quitté la ville et comme elles ne sont pas gentilles en principe, c'est qu'il y a un piège. Comme ils ont aussi voulu évacuer les civils, le piège, cela pourrait bien être l'explosion d'une bombe nucléaire tactique à Kherson !

Comme je suis bien incapable de savoir ce qui se passe dans la tête de Poutine, je me garderai bien de dire que faire exploser une bombe nucléaire tactique au centre-ville de Kherson est impossible. L'idée serait de créer une stupéfaction à l'image de l'explosion à Hiroshima le 6 août 1945. Sauf que nous ne sommes plus en 1945 et que les potentiels alliés de la Russie ne pourraient plus rester solidaires si jamais la Russie usait de l'arme nucléaire, puisqu'on serait bien incapable de connaître ensuite la suite tragique des événements, avec le premier effet, la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes en quelques secondes éclairs. Et probablement une riposte américaine d'envergure indéfinie qui plongerait le monde dans une période d'incertitude absolue.

Néanmoins, j'ai un peu le sentiment, non usurpé il me semble, que la journaliste en question, non plus, n'en sait pas plus que moi sur le sujet des sentiments qui traverseraient l'esprit de Poutine. Et qu'agiter la menace nucléaire ne sert certainement pas la paix future dans cette région du monde. Cela angoisse, cela hystérise, cela clive, cela polarise inutilement des populations déjà fortement divisées, même en Europe. En revanche, oui, je conçois que cela peut ramener un peu plus d'audience à une chaîne de télévision qui a délaissé les Français au prix d'un aveuglement des priorités informationnelles (même si je considère la guerre en Ukraine comme un événement majeur, il n'est pas l'unique événement majeur de notre actualité).

Et la crédibilité d'une menace nucléaire est proportionnelle à la surestimation qu'on fait, tous, ici en Europe et aux États-Unis entre autres, de la puissance russe. La Russie a toujours été une puissance moyenne, du niveau de l'Espagne, et si elle a eu un premier rôle pendant les années de guerre froide, c'est uniquement en raison de son arsenal d'ogives nucléaires. Mais comment peut-on imaginer envoyer une bombe nucléaire sur son propre territoire, puisqu'elle le revendique depuis un mois et demi ? Ce serait très incohérent. Et sur le terrain, à part tuer, cela ne ferait pas avancer le schmilblick.

Bref, on surestime la ruse de Poutine. Plus basiquement, il y a eu un effondrement de l'armée russe face à la contre-offensive ukrainienne. Les Russes, prudents, ont préféré se retirer préalablement à une bataille qui aurait coûté cher en hommes alors qu'ils ont déjà subi de nombreuses pertes depuis neuf mois. Et ils espèrent qu'en reprenant d'autres positions, ils pourront se refaire une force et reprendre sur les pertes précédentes. Mais l'hiver arrive. Volodymyr Zelensky sait très bien, très lucidement, que la guerre est très loin d'être finie.

Mais quand même, Kherson est libre pour l'instant ; savourons cette libération symbolique. Honneur et hommage au peuple ukrainien qui résiste pour sa survie. Il faudrait demander aux supposés patriotes qui se revendiquent ainsi dans l'extrême droite française voire européenne si eux-mêmes seraient prêts à autant de bravoure pour sauver leur propre nation. Vu la position qu'ils ont prise sur l'Ukraine, à savoir la soumission totale à l'envahisseur, j'en doute fortement, et le passé récent conforte mon doute.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (11 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Kherson libéré, mais menace nucléaire ?
Volodymyr Zelensky demande l'adhésion accélérée de l'Ukraine à l'OTAN.
6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
Les massacres de Boutcha.
Le naufrage du croiseur russe Moskva.
L’assassinat de Daria Douguina.
Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
L'avis de François Hollande.
Volodymyr Zelensky.
Poutine paiera pour les morts et la destruction de l’Ukraine.
Ukraine en guerre : coming out de la Grande Russie.
Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221111-kherson.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/kherson-libere-mais-menace-244918

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/11/12/39706489.html

 

 




 

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30 octobre 2022 7 30 /10 /octobre /2022 04:28

« Rome est notre point de départ et notre référence. Nous rêvons d'une Italie romaine, c'est-à-dire sage, forte, disciplinée et impériale. » (Mussolini, 1922).




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Les hasards du calendrier électoral italien ont fait que la chef du parti Frères d'Italie, lointain héritier du MSI, le parti postfasciste d'après-guerre, Giorgia Meloni, est devenue Présidente du Conseil des ministres italienne quasiment un siècle après son (aussi) lointain prédécesseur Benito Mussolini qui est arrivé au pouvoir à 39 ans le 31 octobre 1922. Dans sa tentative de dédiabolisation que cherche à imiter Marine Le Pen en France, Giorgia Meloni s'est très éloignée des nostalgiques de Mussolini et si adolescente, elle avait pu laisser croire qu'elle-même en était une nostalgique, c'était surtout dû à un manque de maturité qu'elle n'assume plus politiquement : elle se positionne aujourd'hui au centre droit !

Néanmoins, la personnalité de Mussolini fait débat. Pas seulement parce qu'il y a des nostalgiques du fascisme, il y a bien aussi des nostalgiques de l'ancien Chancelier Adolf Hitler, mais parce que les Italiens n'ont jamais jugé le fascisme ni Mussolini. Il a été exécuté puis quasi-lynché (mais il était déjà mort), pendu par les pieds, etc. le 28 avril 1945, mais il n'a jamais été jugé comme la plupart des dignitaires nazis à Nuremberg ou encore comme Philippe Pétain et Pierre Laval en France.

Il faudrait plus qu'un article pour présenter Mussolini et sa (longue) biographie sur Wikipédia peut donner des indications chronologiques relativement exhaustives, en particulier de ses débuts. Elle pourrait étonner car rien n'est vraiment très clair avec Mussolini même si, in fine, il s'est révélé concrètement cruel et dictateur, tenant un pouvoir à parti unique dans une monarchie déconcertée. Une sorte d'imposteur très bien joué par l'acteur américain Jack Oakie dans "Le Dictateur" avec Chaplin en Hitler, qui marchait au bluff et à l'audace, un peu à la Donald Trump aussi.

D'un père socialiste athée et d'une mère très croyante, Mussolini est rapidement devenu un responsable du PSI (parti socialiste italien) avant la guerre. Dès son plus jeune âge, il s'est caractérisé par des actes violents, de dissipation, d'agitation. Il a été plusieurs fois en prison pour des actions militantes violentes.

Professeur de français dans un collège (il y enseignait aussi l'histoire et la géographie), il rédigeait régulièrement des articles politiques, jusqu'à fonder son propre journal le 15 novembre 1914 "Il Popolo d'Italia". Son socialisme était révolutionnaire (quand il était petit, son père lui lisait Karl Marx à la place des histoires de Winnie l'Ourson). Son objectif était le même que Lénine avec le parti bolchevik, arriver au pouvoir par la force avec un nombre limité de militants aguerris et compétents. Ses inspirations étaient doubles. Auguste Blanqui : « Qui a du fer a du pain. » et ...Napoléon Ier : « La révolution est une idée qui a trouvé des baïonnettes. », deux citations en bonne place sur tous les numéros de son journal.

De pacifiste (contre l'intervention de l'Italie dans la Première Guerre mondiale), il est devenu interventionniste, dans une "neutralité active", et favorable à l'alliance de l'Italie avec l'Entente (et pas avec les empires centraux, allemand et austro-hongrois). Avec ce retournement, lui qui avait acquis un siège à la direction du PSI, s'est fait finalement exclure de son parti. Il créa son propre parti le 23 mars 1919 à Milan, les Faisceaux italiens de combat, qui se transformèrent en Parti national fasciste le 9 novembre 1921 à Rome.

Entre 1919 et 1922, l'Italie était plongée dans une situation très difficile de troubles politiques, économiques et sociaux. Le parti fasciste de Mussolini a fait beaucoup d'agitations violentes ciblées surtout contre les militants du PSI. Après 1920, la stratégie a été différente : alors que Mussolini voulait avoir l'hégémonie à gauche, contre les socialistes et contre les communistes, il changea de positionnement pour aller vers la droite, la bourgeoisie libérale... et ça a marché ! Ses options étaient pourtant confuses : étatiste complet, nationaliste, mais aussi libéral et expansionniste. Aucune liberté politique individuelle et aucune intervention de l'État dans le secteur économique (ce qui a souvent caractérisé les dictatures d'extrême droite, comme celle du général Augusto Pinochet).

Cette stratégie à droite fut couronnée de succès dès les élections législatives du 15 mai 1921 où, avec 34 autres militants fascistes, Mussolini s'est fait élire député dans le cadre de cette alliance à droite. Il a alors hésité entre la voie parlementaire classique, c'est-à-dire la prise de pouvoir de manière démocratique (ce qu'a fait Hitler avec la bienveillance du Zentrum) et la prise du pouvoir par la force (sa milice était les "chemises noires" créées formellement le 14 janvier 1923, les nazis ont repris ce genre de stratégie avec les "chemises brunes", autrement dites, les SA). Débordé par des chefs locaux très violents, enragés, Mussolini a réorganisé sa base militante en créant le Parti national fasciste en novembre 1921 sous sa direction directe avec la reconnaissance qu'il était le "Duce du fascisme" (Hitler allait se faire appeler le "Führer" qui voulait dire la même chose).

Au début du mois de janvier 1922, Mussolini s'est rendu en France, pour suivre la Conférence de Cannes sur les réparations de guerre (l'une des nombreuses conférences qui ont suivi le Traité de Versailles, dont l'Italie a été déçue) comme simple journaliste, puis il est allé avec émotion à Paris pour visiter le Café du Croissant où a été assassiné Jean Jaurès en juillet 1914, et le Mur des Fédérés.

La fin de l'été 1922 fut très agitée en Italie : des grèves de la gauche pour s'opposer à la violence des chemises noires, des fascistes qui ont occupé des mairies comme celle de Milan, Gênes, Livourne, etc. La révolution fasciste était commencée. Mussolini aurait défilé le 24 octobre 1922 à Naples avec quarante mille chemises noires pour réclamer le pouvoir. Puis, du 27 au 31 octobre 1922, des dizaines de milliers de chemises noires ont marché vers Rome pour réclamer le pouvoir. Prudemment, Mussolini est resté un peu à l'écart à Milan pour éviter de se retrouver dans une véritable bataille avec l'armée (contrairement à ce que la photographie de propagande semblait montrer !).

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Depuis le 26 octobre 1922, Mussolini était en discussion avec le gouvernement italien à Rome. C'était un terrible coup de bluff puisque mobiliser l'armée aurait suffi à faire disperser toutes ces chemises noires dans le pays. Le Président du Conseil d'alors (depuis le 26 février 1922), Luigi Facta, du parti libéral italien, voulait proclamer l'état de siège en Italie pour rétablir l'ordre avec l'armée, mais le roi (car l'Italie était une monarchie constitutionnelle), Victor-Emmanuel III, furieux que son chef du gouvernement ne l'attendît pas pour prendre ses dispositions, refusa. La conséquence fut que Luigi Facta, n'ayant pas les moyens d'assurer l'ordre, démissionna le 28 octobre 1922 et Victor-Emmanuel III proposa le lendemain à Mussolini de former un nouveau gouvernement, de coalition.

Cette décision du roi continuera sans doute à faire l'objet d'études par les historiens sur ses motivations profondes. Soutenu par les officiers supérieurs, par les industriels, très en lien avec la Maison de Savoie, Mussolini semblait être l'homme de la situation, au caractère fort, pour rétablir le calme (alors que c'était lui-même le fauteur de troubles). Le 31 octobre 1922, Benito Mussolini fut officiellement intronisé Président du Conseil des ministres. Il resta à la tête de l'Italie jusqu'à sa mort le 28 avril 1945.

À l'intérieur, Mussolini a réussi à obtenir les plein pouvoirs pour rétablir l'ordre social et économique. À l'extérieur, il a fait de multiples opérations militaires de prestige, qui ont culminé avec la guerre puis l'occupation de l'Éthiopie en mai 1936 et la création de l'Afrique orientale italienne, à la suite d'une guerre cruelle (des deux côtés) où Mussolini a fait massacrer 150 000 personnes en utilisant notamment des armes chimiques. L'ambition de Mussolini était de faire renaître l'empire romain, de faire de l'Italie un État craint et respecté par-delà la Méditerranée.

L'Italie est devenue une dictature totalitaire, avec une idéologie très forte, celle du fascisme italien, avec un parti unique (le 5 novembre 1926, tous les partis sauf le parti fasciste furent dissous), le grand conseil du fascisme fut constitutionnalisé (le 8 octobre 1926), des tribunaux d'exception furent créés, le nombre de députés fut réduit à 400 (le 14 mars 1928), etc. Aux élections législatives du 24 mars 1929, le parti fasciste a obtenu 98,4% de voix avec 90% de participation : il s'agissait d'approuver ou de désapprouver la liste des députés présentée par le grand conseil du fascisme, avec un bulletin de couleur pour approuver et blanc pour désapprouver, ce qui permettait de repérer facilement les contestataires ! Dès 1932, en concertation avec Giovanni Agnelli et Vittorio Valletta, Mussolini a fait de la Fiat 508 Balilla (le modèle qui a en principe inspiré Franquin pour dessiner le fameux tacot de Gaston Lagaffe), une voiture destinée au peuple, à tous les Italiens (Hitler allait faire la même chose avec la Volkswagen).

Mais en même temps, son positionnement dans la communauté internationale n'était pas très clair. Souvent soutenu par la Grande-Bretagne, et en particulier par Churchill (qui était ministre des finances dans les années 1920), Mussolini ne semblait pas heureux de la montée en puissance de l'Allemagne nazie d'Hitler, bien plus puissante que l'Italie, et aurait préféré se retrouver avec les démocraties européennes pour contenir l'Allemagne. Mais Léon Blum détestait Mussolini et l'a rejeté dans les mains d'Hitler.

L'activité diplomatique de Mussolini était toutefois importante et très dense. Ainsi, il a même reçu Gandhi à Rome le 12 décembre 1931. Il a initié le traité signé à Rome le 7 juin 1933 par la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie pour assurer la paix en Europe. Mussolini avait plutôt un sentiment très mitigé vis-à-vis d'Hitler, craignant que ses vues sur l'Autriche allassent jusqu'en Italie.

Ainsi, après une rencontre à Venise en juin 1934 avec Hitler, Mussolini écrivit : « Ce raseur m'a récité "Mein Kampf", ce livre indigeste que je ne suis jamais parvenu à lire. Je ne me sens aucunement flatté de savoir que cet aventurier de mauvais goût a copié sa révolution sur la mienne. Les Allemands finiront par ruiner notre idée. Cet Hitler est un être féroce et cruel qui fait penser à Attila. Les Allemands resteront les barbares de Tacite et de la Réforme, les éternels ennemis de Rome. ».

Ou encore, en août 1934, après l'échec du putsch nazi à Vienne qui a coûté la vie au Chancelier autrichien Engelbert Dollfuss (qui fut assassiné), avec des troupes allemandes stationnées temporairement au col du Brenner pour intervenir directement : « Hitler est un affreux dégénéré sexuel et un fou dangereux. Le national-socialisme en Allemagne représente la barbarie sauvage et ce serait la fin de notre civilisation européenne si ce pays d'assassins et de pédérastes devait submerger le continent. Toutefois, je ne puis être toujours le seul à marcher sur le Brenner. ». Langage crû pour frayeur réelle : l'annexion de l'Autriche ne fut qu'une question de temps.

À la presse, il avait expliqué quelques jours auparavant, le 28 juillet 1934 : « Le Chancelier allemand avait promis de respecter l'indépendance de l'Autriche. L'édifiante chronique de ces derniers jours a démontré comment Adolf Hitler a observé les engagements pris devant l'Europe. On ne traite pas sur un pied d'égalité morale avec celui qui manque, avec un tel cynisme, aux lois élémentaires de l'honneur. Mais je suis également déçu par la France et l'Angleterre. Quelle apathie ! Quelle lâcheté ! Il a suffi que je montre les dents pour que Hitler désavoue la tentative du putsch nazi. Mais je ne suis pas dupe : Adolf Hitler est une menace pour la paix. ».

Les Accords de Munich signés le 29 septembre 1938 par Édouard Daladier (pour la France), Chamberlain (pour le Royaume-Uni), Hitler (pour l'Allemagne) et Mussolini (pour l'Italie) ont placé ce dernier comme sauveur de la paix, mais ils ont fait reporter le guerre seulement de quelques mois. Après l'invasion de la Tchécoslovaquie par Hitler, Mussolini déplora, le 15 mars 1939, auprès de son gendre et ministre des affaires étrangères : « L'alliance avec l'Allemagne serait une absurdité contre laquelle toutes les pierres se révolteraient ! Mais l'Allemagne est bien trop puissante. L'Italie doit rester à son côté malgré ce mauvais tour. Nous ne pouvons, maintenant, changer de politique. Nous sommes 42 millions d'Italiens contre plus du double d'Allemands. Les Français et les Britanniques sont trop faibles pour résister à Hitler. ».

Beaucoup de discours ou d'écrits de Mussolini sont intéressants à réécouter ou relire. Par exemple, le 2 avril 1924, il dissertait à partir d'une expression de Nietzsche pour fustiger la société du plaisir : « Le fascisme est né d'une réaction contre le siècle présent et contre le matérialisme dégénéré et agnostique ! ». Ça ne vous rappelle pas quelqu'un ? Bien sûr, c'est typiquement la teneur des discours dits anti-occidentaux de Vladimir Poutine qui n'a donc rien inventé sur la dégénérescence de ses ennemis (mais cela, on le savait déjà, le recyclage de l'extrême droite s'est toujours retrouvé en récurrence depuis un siècle et demi, d'une manière ou d'une autre). Par exemple, Mussolini a introduit une taxe spéciale célibataire.

Sur l'idéologie raciste dominante, la différence entre le fascisme mussolinien et le nazisme hitlérien était énorme. Les nazis croyaient en la "race" germanique pure et supérieure tandis que les fascistes ne mettaient pas une "race" italienne pure sur un piédestal, au contraire, ils considéraient que le métissage était la richesse de l'Italie. Wikipédia précise d'ailleurs : « Contrairement au racisme nazi qui se réclame d'une race germanique ethniquement homogène, Mussolini considère que la population italienne est le résultat d'un métissage ethnique, métissage nécessairement porteur de vigueur physique et morale (contrairement à la consanguinité) et unifié autour d'une "race de l'esprit" ou "race de l'homme fasciste" incarnée par les valeurs "romaines" que sont le sens de l'honneur, le don de soi, la fidélité, "l'impersonnalité active" du courage, qualités mises en avant dans les discours de Mussolini. ».

Mussolini l'a plusieurs fois exprimé. Il y avait même une forme de condescendance historique à se moquer des prétentions aryennes : « Trente siècles d'histoire nous permettent de regarder avec une souveraine pitié une doctrine venue du nord des Alpes, une doctrine défendue par la progéniture d'un peuple qui ignorait qu'une écriture eût pu témoigner de sa vie, à une époque où Rome avait César, Virgile et Auguste ! ».

Ainsi le 20 décembre 1932, Mussolini rejetait l'antisémitisme : « Il est ridicule de penser, comme cela a été dit, qu'il faille fermer les synagogues ! Les Juifs sont à Rome depuis le temps des rois ; ils étaient 50 000 à l'époque d'Auguste et demandèrent à pleurer sur la dépouille de Jules César. Nous les laisserons vivre en paix. ». En août 1934 à Ostie : «  Il n'y a plus de races à l'état pur. Même les Juifs ne sont pas demeurés sans mélange. Ce sont précisément ces croisements heureux qui ont très souvent produit la force et la beauté d'une nation. Je ne crois pas qu'on puisse apporter la preuve biologique qu'une race est plus ou moins pure, plus ou moins supérieure. Ceux qui proclament la noblesse de la race germanique sont, par un curieux hasard, des gens dont aucun n'est réellement germain (…). Une chose analogue ne se produira jamais chez nous. La fierté ne nécessite pas un état de transe provoqué par la race. L'antisémitisme n'existe pas en Italie. Les Juifs italiens se sont toujours bien comportés comme citoyens et bravement battus comme soldats. Ils occupent des situations éminentes dans les universités, dans l'armée, dans les banques. ». En 1942 : « J'ai toujours considéré le peuple italien comme le produit admirable de différentes fusions ethniques sur la base d'une unité géographique, économique et surtout spirituelle. Il relève de l'esprit qui a fait notre civilisation sur les routes du monde. Ces hommes de sangs différents étaient porteurs d'une seule civilisation splendide. ».

Cependant, le renforcement des liens entre l'Allemagne et l'Italie à partir de 1938 a remis en cause cet antiracisme de Mussolini par des nécessités allemandes. Le Pacte d'Acier signé entre l'Italie et l'Allemagne le 6 mai 1939 a définitivement placé l'Italie du côté nazi. Juste avant la déclaration de guerre de l'Italie le 10 juin 1940 (à la suite de l'avancée allemande réussie), la France et le Royaume-Uni exhortaient encore Mussolini à rester neutre dans ce conflit. En septembre 1943, Mussolini se justifiait ainsi : « J'ai toujours essayé de neutraliser Hitler et de m'entendre avec la France. Lors de l'invasion de l'Éthiopie, Laval a manqué à sa parole en votant les sanctions contre nous et Léon Blum me détestait. ». Entre 1943 et 1945 (Mussolini était le chef de la République sociale italienne), il a aussi contribué à la déportation de nombreux Juifs italiens vers les camps d'extermination.

La défaite de l'Allemagne nazie devenant évidente, le 30 mars 1945, Mussolini s'inquiétait en écrivant ceci : « Je n'ai aucune illusion sur mon destin. On ne fera pas mon procès, parce qu'on sait que d'accusé, je deviendrai accusateur public. Il est probable qu'on me tuera (…). Je ne crains pas la mort. Quiconque craint la mort n'a jamais vécu et, moi, j'ai vécu, et même trop. La vie n'est qu'un trait d'union entre deux éternités : le passé et l'avenir (…). Après la défaite, je serai couvert de crachats mais, ensuite, on viendra me purifier de ces souillures avec vénération. Je sourirai, car mon peuple sera en paix avec lui-même. ».

Sa sincérité était peut-être authentique, mais sans doute pas sa lucidité, ayant reçu beaucoup d'admiration de la part de nombreuses personnalités internationales (comme Gandhi), grâce à un bluff de communication incroyable. La postérité a retenu avant tout qu'il a été un facteur de graves troubles, tant en Italie que dans le monde en général, et qu'il a été l'allié numéro un d'Hitler, aussi paradoxalement haï soit-il par lui. C'est la raison pour laquelle, si on veut vouloir gouverner, il faut se détacher d'une quelconque attache historique à Mussolini, même si, aujourd'hui encore, un siècle après le début de sa dictature, il a gardé quelques fidèles à la mémoire étonnamment courte...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (29 octobre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Il y a un siècle, l'arrivée au pouvoir de Mussolini.
Giorgia Meloni.
Majorité absolue confortable pour Giorgia Meloni en Italie.
L'Italie face à son destin en 2022.
Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
David Sassoli.
Super Mario Draghi, l’homme providentiel de l’Italie ?
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Pourquoi Giuseppe Conte a démissionné le 26 janvier 2021.
Giuseppe Conte.
Good bye Salvini !
Salvini, le double Mitterrand italien ?
Sueurs froides à l’italienne.
L’Italie en pleine dérive ?
Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
Carlo Ciampi.
Ennio Morricone.
Emilio Colombo.

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24 octobre 2022 1 24 /10 /octobre /2022 16:33

« Rassembler le parti et le pays sera ma priorité absolue (…). C’est le plus grand privilège de ma vie de servir le parti que j’aime et de donner à mon tour au pays auquel je dois tant. » (Rishi Sunak, le 24 octobre 2022).



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En une seule journée, l'horizon s'est dégagé pour l'ancien Ministre des Finances Rishi Sunak : il est devenu ce lundi 24 octobre 2022 le chef du parti conservateur, succédant à Liz Truss et à ce titre, Premier Ministre de Sa Majesté (le Roi) dans les heures qui vont suivre.


Le rebondissement a eu lieu la veille, le 23 octobre 2022, avec l'abandon de l'ancien Premier Ministre Boris Johnson qui a renoncé à participer à la compétition. L'une des raisons, c'est qu'il n'en avait pas la possibilité arithmétique, selon la règle du jeu très sévère imposée aux candidats potentiels. En effet, il n'avait pas réussi à réunir plus de 63 députés sur son sillage, tandis que le seuil de 100 était nécessaire pour valider le 24 sa candidature. L'ancienne Ministre de l'Intérieur Suella Bravermann a, elle aussi, déclaré forfait pour la même raison.

Parallèlement, la seule réelle adversaire de Rishi Sunak, qui ne s'était pas avouée vaincue, était Penny Mordaunt, actuelle ministre chargée des relations avec les parlementaires et qui a été aussi chargée de proclamer roi Charles III le lendemain de la mort de la reine Élisabeth II. Coqueluche des militants il y a deux mois, elle partait avec un handicap sérieux qu'elle n'a jamais réussi à surmonter : elle n'a réuni que 28 députés conservateurs, absolument insuffisant comparativement aux 100 nécessaires.

Et finalement, au fur et à mesure que les jours ont passé depuis la démission de Liz Truss le 20 octobre 2022, Rishi Sunak a observé des soutiens de plus en plus nombreux, jusqu'à obtenir 197 parrainages de députés. Or, ce soutien par ces parrainages suffisait à la place d'un vote, puisqu'il y avait plus de la majorité absolue des 357 députés qui lui faisait confiance. Il a ainsi été déclaré vainqueur sans adversaire, puisque Penny Mordaunt n'a pas réuni les 100 attendus. Cette dernière a d'ailleurs reconnu sa défaite sur Twitter.

On sera donc toujours étonné de la manière dont la démocratie britannique se pratique, puisqu'il n'y a eu finalement ni vote des députés ni vote des adhérents, faute de combattants. En imposant ce seuil très élevé de 100 parrainages, on aidait bien sûr celui qui était le chouchou des députés depuis le début de l'été mais qui avait été battu par Liz Truss à cause du vote des 170 000 militants le 5 septembre 2022. Se passant au même moment, cet étonnement est toutefois vite balayé lorsqu'on scrute la manière dont Xi Jinping a été reconduit pour un troisième mandat à la tête du parti communiste chinois et qu'on la compare à la démocratie britannique...

Cela dit, il faut reconnaître que la désignation de cet ancien ministre très bosseur qu'est Rishi Sunak était attendue depuis le début de l'été où il faisait figure de favori. Il était le candidat le plus populaire du parti conservateur et sa jeunesse, son dynamisme et sa réussite professionnelle hors de la politique vont certainement redonner un nouvel élan au gouvernement britannique qui aura besoin de serrer les rangs pour affronter la crise économique.

Par ailleurs, signalons aussi que, à ma connaissance, c'est la première fois qu'un responsable politique d'origine indienne se retrouve à la tête du gouvernement britannique. Lui-même est né le 12 mai 1980 à Southampton, en Angleterre, mais sa famille est originaire du Pendjad et a émigré dans les années 1960 du Kenya sous protectorat britannique vers la Grande-Bretagne.

À 42 ans et 5 mois, Rishi Sunak est le plus jeune Premier Ministre britannique depuis deux siècles, depuis le 8 juin 1812, jour où Robert Jenskin, comte de Liverpool, a été désigné Premier Ministre à l'âge de 42 ans et 1 jour (il le resta presque quinze ans). Pour comparaison, il y a vingt-cinq ans, Tony Blair a accédé au 10 Dowing Street quatre jours avant son 44e anniversaire. Et il y a douze ans, David Cameron est devenu Premier Ministre à 43 ans et 7 mois. Quant à Liz Truss, elle avait 47 ans et 1 mois quand elle a été choisie. Le record historique est à l'âge de 24 ans et 6 mois, le 19 décembre 1783 pour William Pitt le Jeune qui a laissé une profonde marque dans l'histoire britannique.

Fils d'un médecin et d'une pharmacienne, Rishi Sunak a épousé une femme d'affaires, qui est aussi la fille d'un entrepreneur indien considéré comme la cinquième fortune de l'Inde. Après un passage comme analyste chez Goldman Sachs, il a travaillé pour des fonds d'investissement à la City de Londres avant de s'engager dans la vie politique.

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Député depuis les élections de mai 2015, favorable au Brexit en juin 2016, Ministre du Budget du 24 juillet 2019 au 13 février 2020 dans les deux (premiers) gouvernements de Boris Johnson, et, à la démission de Sajid Javid, Ministre des Finances du 13 février 2020 au 5 juillet 2022 dans le second gouvernement de Boris Johnson, Rishi Sunak a mené la fronde des conservateurs en démissionnant de son ministère le 5 juillet 2022 dans le cadre d'une démission collective de plusieurs ministres, pour contraindre Boris Johnson de démissionner après plusieurs mois de résistance face aux polémiques et au scandale personnel.

La livre sterling est remontée à l'annonce de sa désignation. Prônant l'orthodoxie budgétaire, il peut rassurer les milieux d'affaires et tenter un redressement économique de la situation catastrophique du Royaume-Uni. Car la confiance est une condition nécessaire à ce redressement. Mais certainement pas suffisante...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (24 octobre 2022)
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Pour aller plus loin :
Rishi Sunak.
Qui succédera à Liz Truss ?
Liz Truss.
Le temps du roi Charles III.
Je vous salue Élisabeth, pleine de grâce…
Archie Battersbee.
Diana Spencer.
Theresa May.

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https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/rishi-sunak-nouveau-premier-244535

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23 octobre 2022 7 23 /10 /octobre /2022 05:34

« Les investisseurs applaudissent le départ de Truss et le perspective d'un dirigeant plus avisé sur le plan économique et plus favorable au marché. » (Victoria Scholar, interrogée par "Le Monde" le 20 octobre 2022).



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Arrogance ? Manque de charisme ? Idéologie coupée des réalités ? La démission de la Première Ministre britannique Liz Truss (47 ans) le 20 octobre 2022 à la suite d'une fronde des députés de son parti (conservateur) contre sa politique fiscale d'allégement des impôts pour les plus riches, coûtant 50 milliards d'euros non financés, entraînant une crise financière grave, l'effondrement de la livre sterling à son niveau le plus bas depuis 1985 (1,12 dollar), une forte inflation, des grèves à répétition, etc. a plongé une fois encore le Royaume-Uni, au-delà de l'humiliation financière, dans une crise politique que seul ce pays peut imaginer.

Et pourtant, ce pays qui est le première démocratie du monde actuel, chronologiquement, bénéficiait un régime institutionnel fort, un parlementarisme bipartite avec des députés élus au scrutin majoritaire à un seul tour (celui qui a le plus de voix a gagné), et les dernières élections en décembre 2019 avait doté la Chambre des Communes d'une large majorité de 357 députés du parti conservateur (sur 650 au total), une victoire inédite depuis l'époque de Margaret Thatcher.

Mais alors, qu'est-ce qui a cloché ? Eh bien, sans doute la grande division du parti conservateur, et cette division datait déjà du référendum sur le Brexit puisqu'il a été coupé en deux par les brexiters et ceux qui voulaient, au contraire, le maintien du Royaume-Uni dans l'Union Européenne, à l'instar de David Cameron pourtant à l'origine de ce référendum. Qui va bien pouvoir succéder à Liz Truss dans cette situation particulièrement fragile de la vie politique ? Les mauvaises langues lâchent que n'importe qui d'autre que Liz Truss serait meilleur.

Et d'abord, comment va se faire la désignation du successeur de Liz Truss à la tête du parti conservateur et à la tête du gouvernement ? Au contraire de la succession de Boris Johnson qui a duré deux mois (certes en période estivale), celle de Liz Truss ne durera qu'une petite semaine. C'est Graham Brady, chef des députés conservateurs qui n'ont aucun mandat gouvernemental (des députés de base), qui l'a annoncé car ce sont ces députés qui organisent le vote en leur sein.

Les candidatures doivent être parrainées par au moins 100 députés, un calcul élémentaire indique alors qu'il n'y aura pas plus de trois candidats (pour 357 députés). Ces parrainages doivent être déposés avant lundi 24 octobre 2022 à 14 heures, heure de Londres. Un premier vote aura lieu par les députés conservateurs, soit un candidat obtiendra la majorité absolue et sera alors désigné chef du parti et Premier Ministre, soit le candidat ayant reçu le moins de voix sera éliminé (s'il y en a trois), et dans ce cas, un vote des adhérents départagera les deux restants (s'il n'y a au départ que deux candidats, l'un des deux aura bien sûr la majorité absolue dès le premier vote). Dans le cas d'un vote des 170 000 adhérents, le vote en ligne sera clos le 28 octobre 2022.

Les conservateurs ont leur maison en flamme. À cause de Liz Truss, le cote de popularité est au plus bas dans les sondages (vers 10%), ils ont besoin de retrouver rapidement un nouveau chef qui saura les rassembler, proposer un budget cohérent et intelligent, et mener ensuite leur parti vers de nouvelles élections législatives prévues en janvier 2025. Les travaillistes réclament un scrutin anticipé.

Dans toutes les opérations de désignation pour le leadership du parti, il faut distinguer le vote des députés, le vote des adhérents et le vote des électeurs (le peuple). Comme en France, les résultats peuvent beaucoup varier en fonction de ces électorats lorsque le parti, ancien, permet un débat interne et des candidatures très différentes. Liz Truss a gagné le 5 septembre 2022 malgré les députés qui lui préféraient Rishi Sunak.

Commençons par ceux qui ne sont pas candidats. C'est en particulier le cas du nouveau Ministre des Finances Jeremy Hunt, du Ministre de la Défense Ben Wallace, du Ministre des Affaires étrangères James Cleverly, du nouveau Ministre de l'Intérieur Grant Shapps, du sous-ministre à la Sécurité Tom Tugendhat, de la Ministre du Commerce extérieur Kemi Badenoch, de l'ancien ministre Michael Gove, de l'ancien ministre Johhny Mercer, de l'ancien Ministre des Finances Sajid Javid, ainsi que de l'ancienne Première Ministre Theresa May (qui n'est pas masochiste et qui connaît bien la difficulté de la tâche).

Au 23 octobre 2022, deux seules candidatures ont été déclarées officiellement, celle de la Ministre Lord Présidente du Conseil Penny Mordaunt, déclarée dès le 21 octobre 2022, et qui a actuellement 25 parrains députés, et celle de Rishi Sunak, le rival de Liz Truss et ancien très fortuné banquier, déclarée le 23 octobre 2022, qui bénéficie de 142 parrains députés. À l'heure actuelle, Rishi Sunak est le favori de cette désignation, qui rassurerait les milieux financiers. Cependant, certains députés reprochent à Rishi Sunak d'avoir fait tomber Boris Johnson.

Car à ces deux candidats, il faut rajouter l'ancien Premier Ministre Boris Johnson, qui était en vacances qu'il a écourtées pour revenir à Londres et qui bénéficie actuellement de 63 parrains députés. On voit que les règles sont très dures et que les éventuels adversaires de Rishi Sunak pourraient ne pas avoir le nombre de parrainnages requis. Si Boris Johnson a gardé parmi les députés conservateurs des fidèles à toutes épreuves, et d'autres qui se rappellent qu'ils lui doivent la grande victoire électorale de décembre 2019, d'autres députés conservateurs sont très fermement opposés à son retour au pouvoir.

Deux autres supposés postulants semblent n'avoir aucune chance de convaincre au moins 100 députés, il s'agit de l'ancienne Ministre de l'Intérieur Suella Braverman (la tombeuse de Liz Truss) et l'actuel Ministre de la Justice Brandon Lewis.

Donc, à la veille du dépôt limite des candidatures, il y a trois acteurs : le favori, ancien Ministre des Finances, Rishi Sunak (42 ans), probablement le préféré des députés conservateurs et le plus populaire dans les sondages, la ministre Penny Mordaunt (49 ans), qui peine à rassembler ses parrainages malgré son charisme reconnu, et enfin, Boris Johnson (58 ans), qui devrait confirmer ou invalider son intention d'être candidat au plus tard le 24 octobre. Que le meilleur gagne, the show must go on !


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Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2022)
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Pour aller plus loin :
Qui succédera à Liz Truss ?
Liz Truss.
Le temps du roi Charles III.
Je vous salue Élisabeth, pleine de grâce…
Archie Battersbee.
Diana Spencer.
Theresa May.

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