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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 05:17

« Malheureusement pour nous, nos ennemis ne sont ni fous ni nihilistes. S’ils massacrent, c’est qu’ils adhèrent fanatiquement à une idéologie totalitaire elle-même animée par un projet de société bien précis assorti d’un projet explicite de conquête et de destruction de l’Europe. Nos islamistes ne sont pas plus nihilistes que l’étaient les nazis ou les stalinens. » (Alexandra Laignel-Lavastine, spécialiste du totalitarisme communiste, "Valeurs Actuelles" n°4123, le 3 décembre 2015).


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C’est la désolation à Manchester et dans le monde, au petit matin de ce mardi 23 mai 2017. Un nouvel attentat revendiqué par Daech a frappé l’humanité. Cette fois-ci à Manchester, ville britannique d’un demi million d’habitants. Au moins 22 morts, dont des enfants et des adolescents, et une soixantaine de blessés. Une récurrence hélas déjà bien connue. Y a-t-il un seuil à partir duquel la capacité d’indignation et d’épouvante se réduirait ? We are Manchester, pourrait-on tenter de marteler, après Stockholm (le 7 avril 2017), après Saint-Pétersbourg (le 3 avril 2017), après Berlin, après Nice, après Bruxelles, après Paris… et cela seulement en Europe.

L’horreur a eu lieu le lundi 22 mai 2017 à 23 heures 33 (heure de Paris), à la fin du concert de la jeune chanteuse américaine Ariana Grande (23 ans) au Manchester Evening News Arena, une grande salle omnisports inaugurée en été 1995 et pouvant contenir 21 000 spectateurs. La salle était remplie de milliers d’adolescents venus se détendre. Ariana Grande est une chanteuse connue des très jeunes depuis 2008, mondialement connue (106 millions de fans sur Instagram et 46 millions de fans sur Twitter). Elle a décidé d’arrêter sa tournée en Europe. Le carnage a été commis par un kamikaze ceinturé d’explosifs. L’origine terroriste de l’attentat a été confirmée.

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Le Président américain Donald Trump, entre autres chefs d’État et de gouvernement, a réagi ainsi, en déplacement en Cisjordanie : « Tant de jeunes gens magnifiques, vivants et aimant la vie, assassinés par des losers malfaisants. Je ne les appellerai pas des monstres, car ils aimeraient trop ce qualitatif. ».

Le Royaume-Uni avait été touché il y a deux mois, le 22 mars 2017, en plein cœur de Londres, sur le pont de Westminster, par un attentat islamiste à la voiture bélier qui avait fait 5 morts et une quarantaine de blessés.

Comme l’ont immédiatement exprimé le Président français Emmanuel Macron et le Premier Ministre français Édouard Philippe, les Français sont particulièrement solidaires de leurs amis britanniques pour au moins deux raisons, en plus de l’horreur humaine qui se suffit à elle-même pour ressentir cette compassion entre humains.

D’une part, la France a, elle aussi, été très touchée par cette vague du terrorisme islamiste, par des massacres de masse à Paris en 2015 et à Nice en 2016, et aussi par des attentats très récents, le 3 février 2017 au Carrousel du Louvre, le 18 mars 2017 à Orly, et aussi à deux jours de l’élection présidentielle, le 20 avril 2017, encore au cœur de Paris, aux Champs-Élysées (l’assassinat du capitaine Xavier Jugelé).

D’autre part, la France et le Royaume-Uni sont, tous les deux, en pleine campagne pour les élections législatives, la France les 11 et 18 juin 2017, le Royaume-Uni le 8 juin 2017, et tout attentat peut éventuellement avoir une conséquence électorale et politique majeure, au-delà des conséquences humaines épouvantables.

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L’histoire est toujours tragique. La crainte d’un autre attentat de grande ampleur en France est sans arrêt rappelée depuis deux ans et demi, confirmée, renouvelée. Le nouveau pouvoir exécutif a été conscient de ce risque dès le premier jour. C’est vraiment le moment de rester unis. La campagne présidentielle a façonné une France éclatée et irréconciliable. Le choix porté par les Français a été favorable au rassemblement. Il se traduira inévitablement au parlement à l’issue des élections législatives parce que c’est la volonté présidentielle (que son mouvement contrôle ou pas la majorité parlementaire), et c’est sagesse.

Le Royaume-Uni est probablement l’un des deux piliers essentiels de la défense européenne, avec la France. Coïncidence (ou pas), l’attentat de Manchester a eu lieu le même jour que la décision de la Commission Européenne d’autoriser l’ancien ministre français Michel Barnier à démarrer les négociations sur le Brexit avec la Premier Ministre Theresa May. La décision du Brexit a été le résultat d’un pari raté de David Cameron, une sorte de roulette russe qui devait faire perdre, quel que soit le résultat, la moitié du peuple britannique profondément divisé sur la question européenne.

Le départ du Royaume-Uni pourra peut-être donner plus d’élan pour relancer la construction européenne, mais la vraie relance de cette construction devra se faire sur le thème d’une défense européenne dont la Grande-Bretagne devra être, d’une manière ou d’une autre, partie prenante, en raison de sa puissance nucléaire et de son histoire en Europe.

Qu’on soit pour ou contre l’Union Europe, l’attentat de Manchester montre malheureusement une nouvelle fois que tous les peuples européens, y compris britanniques, sont dans le même bateau. Aucune solution efficace pour lutter contre le terrorisme islamiste ne pourra s’esquisser sans une intégration plus forte des politiques communes européennes sur le renseignement, sur l’immigration et sur les opérations extérieures à la racine de ce terrorisme. Le vrai risque reste la division, tandis que l’unité sera la meilleure force contre un terrorisme islamiste décentralisé et individualisé.

Ce sera peut-être le vrai défi du Brexit : que le Royaume-Uni quitte l’Union économique et qu’il fonde, avec les autres peuples européennes, l’Union de défense qui manque tant au continent.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’attentat de Manchester du 22 mai 2017.
Theresa May.
Le Brexit.
L’attentat de Berlin du 19 décembre 2016.
L’unité nationale.
L'assassinat du père Jacques Hamel.
Vous avez dit amalgame ?
L'attentat de Nice du 14 juillet 2016.
L'attentat d'Orlando du 12 juin 2016.
L'assassinat de Christina Grimmie.
Les valeurs républicaines.
Les attentats contre "Charlie-Hebdo".
Les attentats de Paris du 13 novembre 2015.
Les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.
Daech.
La vie humaine.
La laïcité.
Le patriotisme.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170522-attentat-manchester.html

http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/manchester-l-horreur-a-nouveau-193448

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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 06:40

« Nous espérons qu'il est conscient de ce dont il a besoin. Certains d'entre nous souhaitent qu'il donne des signes plus positifs de sa prise de conscience. » (Mgr Alfred Blunt, évêque de Bradford, le 1er décembre 1936, à propos du roi Édouard VIII).


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Il y a quatre-vingts ans, le 12 mai 1937, le roi George VI, père de l’actuelle reine Élisabeth II, fut couronné en grandes pompes, dans l’abbaye de Westminster, roi du Royaume-Uni et des dominions du Commonwealth (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Irlande) et empereur des Indes (le dernier empereur britannique). Il avait alors 41 ans et n’avait pas du tout prévu un tel destin. Ce 12 mai 1937, c’était le couronnement de son frère Édouard VIII qui avait été prévu.

En effet, le prince Albert n’avait pas prévu de devenir roi. Il le fut dès le 11 décembre 1936, le jour de l’abdication de son frère aîné Édouard VIII. Dans cette période trouble où Hitler montrait ses volontés belliqueuses, on demanda à Albert de ne pas monter sur le trône avec un tel prénom d’origine germanique et on lui préféra le prénom de son père, George V, pour rétablir un semblant de stabilité (comme son grand-père Édouard VII qui s’appelait aussi Albert).

Le roi George V, petit-fils de la reine Victoria et fils d’Édouard VII, est mort le 20 janvier 1936. Il avait régné plus de vingt-cinq ans (depuis le 6 mai 1910). En toute logique, son fils aîné, David, le prince de Galles, lui succéda le même jour sous le nom d’Édouard VIII (même prénom que son grand-père). Il avait 41 ans aussi à la mort de son père.

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Engagé dans l’armée britannique durant la Première Guerre mondiale et envoyé régulièrement en mission par son père roi, Édouard VIII était célibataire et réputé "coureur de jupons" lors de son accession au trône. On sait bien sûr que le principe dynastique impose non seulement un mariage mais aussi une descendance. Le nouveau roi était assez connu pour ses nombreuses conquêtes féminines, notamment mariées et plus âgées que lui.

Refusant la lourdeur protocolaire de ses nouvelles fonctions, il inquiétait son entourage par la mise en danger de la monarchie britannique. Ce laisser-aller des convenances a atteint son paroxysme lorsqu’il a voulu se marier avec l’Américaine Wallis Simpson qu’il aimait et qu’il avait rencontrée pour la première fois le 10 janvier 1931. Cette femme de 40 ans était divorcée d’un premier mari (un officier de marine alcoolique) et en cours de divorce d’un deuxième mari (chef d’une grande entreprise), et elle n’avait pas une très bonne réputation de moralité.

L’Église d’Angleterre, dont le roi était le gouverneur suprême, refusait par principe le remariage de personnes divorcées dont les conjoints étaient encore en vie. C’était donc délicat de permettre à son chef une entorse à cette règle.

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Au-delà du scandale moral (Wallis Simpson pratiquait aussi des massages érotiques en Chine), dynastique et constitutionnel (femme deux fois divorcée), ce fut aussi un scandale politique et diplomatique dans la mesure où les enquêtes du FBI et des services secrets britanniques auraient établi que les salons de massage en question étaient des nids d’espions américains et que la célèbre masseuse avait intégré le milieu des nouveaux dirigeants allemands nazis (au pouvoir à partir du 30 janvier 1933). Wallis Simpson aurait même été, en 1936, la maîtresse du futur Ministre des Affaires étrangères de Hitler, Joachim von Ribbentrop (1893-1946), alors ambassadeur d’Allemagne à Londres. Ribbentrop avait même cru que les Britanniques étaient favorables à une alliance entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne.

Ce fut probablement ce dernier scandale, les sympathies nazies de Wallis Simpson, qui déclencha l’opposition du gouvernement britannique à son mariage avec le roi Édouard VIII, lui-même sympathisant de certains nazis. On imagine d’ailleurs avec horreur ce qu’aurait été le déroulement de la Seconde Guerre mondiale si Édouard VIII avait régné. Pas de Bataille d’Angleterre et peut-être une alliance au moins par défaut entre le Royaume-Uni et l’Allemagne nazie. Cela a montré que le gouvernement britannique, soucieux de l’intérêt du pays, restait maître du destin national malgré la monarchie.

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Ce fut Stanley Baldwin (1867-1947), leader conservateur et Premier Ministre britannique du 23 mai 1923 au 16 janvier 1924, du 4 novembre 1924 au 5 juin 1929 et du 7 juin 1935 au 28 mai 1937, qui menaça son souverain, le 16 novembre 1936, de démissionner et de déclencher de nouvelles élections législatives s’il poursuivait son projet de mariage. Churchill était plutôt favorable au roi et voulait gagner du temps, espérant que sa liaison avec Wallis Simpson fût temporaire.

Refusant de créer une épreuve de force qui minerait la monarchie britannique, Édouard VIII n’avait pas pour autant renoncé à l’amour qu’il portait à Wallis Simpson. Il renonça alors à son rôle de roi et, après avoir signé les actes d’abdication la veille, abdiqua formellement le 11 décembre 1936 sans avoir eu le temps d’être couronné. Le même jour, il expliqua sa décision au peuple britannique au cours d’une allocution radiodiffusée. Il devint le duc de Windsor et se maria avec Wallis Simpson, nouvelle duchesse de Windsor, le 3 juin 1937.

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Le couple s’installa en France et après la guerre, y vécut de manière très mondaine sans provoquer de remous politiques. Édouard VIII est mort à 77 ans le 28 mai 1972 dans sa villa du bois de Boulogne, et son épouse Wallis Simpson à 89 ans le 24 avril 1986 après avoir été atteinte de démence sénile. Le couple n’ayant pas eu d’enfant, ce fut l’Institut Pasteur qui fut désigné comme légataire universel pour une somme d’environ 300 millions de francs de l’époque.

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Pour la succession, son frère Albert accéda au trône dans la logique dynastique. Fils préféré du roi George V, "Bertie" était déjà marié (depuis le 26 avril 1923) et père de deux enfants, deux filles, dont l’aînée, "Lilibet", la petite Élisabeth (qui avait 10 ans au moment de l’abdication). George V avait même lâché un jour, enragé par les frasques de Davis (futur Édouard VIII) : « Je prie Dieu que mon fils aîné n’ait jamais ni femme ni enfant, et que rien n’empêche Bertie et Lilibet d’accéder au trône. ». Son vœu fut en partie exaucé.

Cependant, Albert (futur George VI) n’était pas du tout préparé à ce nouveau métier de roi et souffrait de bégaiement. Paniqué, il en parla à sa mère Mary de Teck, la veille de devenir roi : « Quand je lui ai dit ce qu’il s’était passé, j’ai craqué et fondu en larmes comme un enfant ! ». Le film "Le discours d’un roi" réalisé par Tom Hooper et sorti le 22 décembre 2010, a décrit les premières années difficiles de George VI et sa difficulté de prononcer sa fameuse allocution le 3 septembre 1939 d’appel à la résistance du Royaume-Uni face à l’Allemagne nazie. Le 13 septembre 1940, il a même failli périr avec sa femme sous les bombes nazies dans la cour du Palais de Buckingham ; la reine déclara : « Je suis heureuse que nous ayons été bombardés. Cela me fait sentir que nous sommes l’égal de l’East End. ».

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George VI est mort malade à seulement 56 ans le 6 février 1952 et sa fille aînée, Élisabeth II lui succéda pour un règne qui a désormais dépassé en durée celui de Victoria. Son fils, le prince Charles (68 ans), est le prince héritier depuis …plus de soixante-cinq ans ! Quant au père de Charles, le prince Philip Mountbatten, duc d’Édimbourg, qui aura 96 ans le 10 juin 2017, il a annoncé son retrait de la vie publique le 4 mai 2017 : « Son Altesse Royale le duc d’Édimbourg a décidé de ne plus honorer d’engagements publics à partir de l’automne. », alors qu’il préside encore environ cinq cents organisations diverses et variées. Une notion d’âge de la retraite à faire frémir les syndicalistes français !

Ce qui est assez frappant, c’est que l’actuel prince de Galles, le prince Charles, a un visage qui ressemble beaucoup à celui d’Édouard VIII, son grand-oncle, et il a, lui aussi, était à l’origine d’un scandale amoureux. Certes, il s’est marié avec la bien comme il faut Lady Diana Spencer, qui fut la mère de ses deux enfants et a ainsi assuré la descendance et l’avenir de la dynastie sur trois générations, mais son amour (très ancien) pour Camilla Shand ép. Parker Bowles (divorcée le 3 mars 1995), qu’il a fini par épouser le 9 avril 2005 après avoir divorcé le 28 août 1996, a également provoqué un scandale dynastique, moindre puisque le prince Charles s’est remarié seulement après la mort accidentelle de son ancienne épouse.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 mai 2017)
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Pour aller plus loin :
Édouard VIII et George VI.
Churchill et l’Europe.
Theresa May.
Peuple et populismes.
Intervention de Bruno Le Maire sur le Brexit le 28 juin 2016.
Le Brexit en débat chez les députés français.
L’Europe n’est pas un marché.
L’Union Européenne, élément majeur de stabilité mondiale.
Terre brûlée ?
Brexitquake.
Boris Johnson.
To Brexit or not to Brexit ?
L’euro.
Le conflit syrien.
Les réfugiés syriens.
La construction européenne.
Jo Cox.
Élisabeth II.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Philip Mountbatten.
Vive la République !
David Cameron.
Margaret Thatcher.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-amour-vaut-bien-un-royaume-193124

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 01:33

« Nous agirons ensemble, à des rythmes et des intensités différents si nécessaire, tout en cheminant dans la même direction, comme nous l’avions fait par le passé, conformément aux traités et en laissant la porte ouverte à ceux qui voudront nous rejoindre plus tard. » (projet de déclaration commune prévue lors du Sommet de Rome du 25 mars 2017).


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L’Europe a 60 ans ! Ou plutôt, l’Union Européenne a 60 ans. Elle est née du Traité de Rome signé le 25 mars 1957 qui a réuni les six membres fondateurs : la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Maintenant, l’Europe unie est composée de vingt-huit États, mais pas pour longtemps puisque le Royaume-Uni, conformément au référendum du 23 juin 2016, a décidé de démarrer la procédure du Brexit le 29 mars 2017. Les premières bougies sont la paix, la liberté, la démocratie, mais il y en a d’autres, comme la monnaie, et il en manque, comme l’armée.

Parmi les personnalités françaises qui ont contribué au Traité de Rome, en plus de Guy Mollet, Président du Conseil, et de Christian Pineau, Ministre des Affaires étrangères, il y a eu Maurice Faure et aussi Jean-François Deniau et Jean François-Poncet. Arrivant au pouvoir quatorze mois plus tard, le Général De Gaulle s’est bien gardé de suspendre l’application du Traité de Rome (il en avait la possibilité) mais au contraire, ce fut lui qui l’a fait vivre, toutefois en s’attachant à rejeter toute adhésion du Royaume-Uni qu’il considérait trop lié aux États-Unis pour l’ancrer au continent européen.

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L’article 2 du Traité de Rome dit notamment : « La Communauté a pour mission, par l’établissement d’un marché commun, de promouvoir une expansion continue et accélérée, un relèvement accéléré du niveau de vie, et des relations plus étroites entre les États qu’elle réunit. ».

Ce traité est l’aboutissement de la fameuse déclaration de Robert Schuman, alors Ministre français des Affaires étrangères, qui avait initié la CECA (Communauté européen du charbon et de l’acier) le 9 mai 1950, au Quai d’Orsay, à Paris : « En se faisant depuis plus de vingt ans le champion d’une Europe unie, la France a toujours eu pour objectif essentiel de servir la paix. L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre. L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l’opposition séculaire de la France et de l’Allemagne soit éliminée : l’action entreprise doit toucher au premier chef la France et l’Allemagne. (…) La mise en commun des productions de charbon et d’acier assurera immédiatement l’établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne (…). La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l’Allemagne devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. (…) Ainsi sera réalisée simplement et rapidement la fusion d’intérêts indispensable à l’établissement d’une communauté économique et introduit le ferment d’une communauté plus large et plus profonde entre des pays longtemps opposés par des divisions sanglantes. (…) Cette proposition réalisera les premières assises concrètes d’une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix. » (9 mai 1950). C’est pour cette raison que le 9 mai a été choisi comme date de la fête de l’Europe.

Cet ensemble institutionnel sexagénaire est original et sans précédent dans l’histoire du monde : réunir plusieurs États sans supprimer leur identité, tout en unissant leurs forces de manière volontaire et libre, démocratique et pacifique, pour faire face aux enjeux du XXIe siècle qui sont à la fois économiques (créer une puissance face aux grands ensembles mondiaux que sont les États-Unis, la Chine, l’Inde, la Russie, etc.) et environnementaux (impulser une meilleure prise en compte internationale de la protection de la planète).

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Inutile de constater que depuis une quinzaine d’années, l’idée européenne patine sur des problèmes identitaires dans la plupart des pays membres. En France plus particulièrement, c’est le résultat d’une trentaine d’années de "schizophrénie" gouvernementale (de tout bord) visant au double langage des dirigeants qui prennent des décisions à Bruxelles puis les renient à Paris par électoralisme.

Au force de prendre l’Europe pour bouc émissaire, les dirigeants français sont parvenus à dégoûter une partie des citoyens de la construction européenne pourtant indispensable et se basant sur cette idée essentielle : l’intérêt de l’Union Européenne est dans l’intérêt national de la France. Ce qui est pour certains europhobes une perte de souveraineté est une délégation de souveraineté, librement consentie (j’insiste sur ce fait) pour que l’action de la France puisse avoir l’effet levier de la puissance européenne (500 millions d’habitants).

Romano Prodi, ancien Premier Ministre italien et ancien Président de la Commission Européenne, a fait remarquer ces derniers jours dans "L’Express" : « L’Europe se trouve dans la situation des cités de la Renaissance qui n’avaient pas réussi à s’unifier. L’Italie a été rayée des cartes pendant quatre siècles. ».

Aujourd’hui, taper sur l’Europe, surtout pendant une période électorale, c’est un moyen de se défausser de ses propres responsabilités nationales. Si l’emploi va mal en France, ce n’est pas à cause de l’Europe, mais malgré l’Europe. L’Allemagne, pour prendre un pays comparable, répond aux mêmes "lois" européennes que la France mais n’est pas en faillite industrielle. Pourquoi ? Parce qu’en 2004, l’ensemble de la classe politique avait pris ses responsabilités pour engager des réformes qui ont permis à l’activité économique de se créer et de se développer, ce que la France a toujours refusé de faire jusqu’à maintenant, ou alors, à la marge.

Le problème français n’est donc pas un problème européen mais bien un problème intérieur propre à la France. Aujourd’hui, plus encore qu’hier, la France a besoin d’Europe. Et l’Europe a besoin de poursuivre son intégration. Pourquoi ? Parce que le monde est plus menaçant aujourd’hui qu’hier.

Depuis 2014, la Russie de Vladimir Poutine est prête à remettre en cause les frontières. Depuis quelques années, le Président Erdogan remet en cause la laïcité en Turquie pour des raisons souvent électoralistes. Enfin, depuis deux mois, les États-Unis sont présidés par Donald Trump qui n’a pas caché sa détestation de la construction européenne, et on peut le comprendre car il préférerait négocier des accords individuellement État européen après État européen, chacun dans sa nudité, sans la puissance de l’unité qui hisse justement les États européens au même niveau économique que les États-Unis.

Que des Américains ou des Russes s’opposent à la construction européenne me paraît cohérente pour leurs propres intérêts, mais c’est véritablement antipatriotique quand cet antieuropéanisme provient de citoyens des nations européennes elles-mêmes. C’est la raison d’ailleurs du drapeau européen aux côtés du drapeau français. Notre patrie est à la fois française et européenne.

C’est vrai qu’en plus du Brexit qui va occuper laborieusement les prochaines années au lieu de mettre en avant des projets constructifs, l’Union Européenne a été secouée par la crise de la dette souveraine de la Grèce (en raison d’une gestion calamiteuse de ce pays par des dirigeants démagogues et clientélistes),

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Pourtant, les résultats concrets de l’Union Européenne sont exceptionnels.

D’abord la paix, on ne le répétera jamais assez, d’autant plus que certains le nient avec une farouche mauvaise foi. La paix a été préservée depuis environ soixante-dix ans dans une partie du monde habituée à être en guerre perpétuellement (relire les leçons de l’histoire européenne sur deux millénaires devrait remettre les pendules à l’heure, d’autant plus qu’il faut changer d’heure ce week-end !).

Ensuite, une monnaie unique, l’euro, décidée en France démocratiquement par un référendum qui a été positif (rappelons-le aussi à ces supposés adorateurs des référendums seulement quand le "non" l’emporterait). Cet euro a évité la déroute financière de la France, notamment pendant la crise de septembre 2008. Au 31 décembre 2016, la France est en déficit budgétaire de 3,4% du PIB et a cumulé une dette publique de 2 147 milliards d’euros, soit 96% du PIB (selon l’INSEE le 24 mars 2017) : jamais sans l’euro, la France n’aurait obtenu des taux d’intérêt aussi faibles que maintenant (parfois négatifs) pour sa dette.

D’autres réalisations sont essentielles, comme l’Espace de Schengen qui, en raison de changements géopolitiques, nécessiterait une réforme pour préserver cet acquis essentiel, la libre circulation des personnes et des biens (aller de Paris à Prague sans s’arrêter aux frontières, par exemple). Aussi le projet Erasmus, qui fête son trentième anniversaire, qui permet aux étudiants européens de valider une année universitaire dans un autre pays (ce dispositif fonctionne aussi en association avec d’autres États non membres de l’Union Européenne et est désormais valable pour les apprentis et pas seulement les étudiants).

Ce n’est pas un hasard si 82% des jeunes Français de 18 à 30 ans seraient favorables à la construction européenne qu’ils jugent positive, selon un sondage OpinionWay réalisé les 23 et 24 mars 2017 pour "20 minutes". C’est heureusement eux qui seront la société de demain et pas les plus âgés tentés par le repli identitaire qui ont du mal à accepter que le monde bouge (avec ou sans eux).

Cela n’empêche pas que l’Europe se trouve devant des défis historiques. Le premier est de faire une Europe de la Défense qui, nécessairement, inclura le Royaume-Uni d’une manière ou d’une autre. La France ne peut pas supporter à elle seule toutes les dépenses militaires de l’Europe et pourtant, celle-ci a besoin d’une défense européenne d’autant plus que l’Amérique de Donald Trump veut se désengager de l’OTAN. Plus généralement, il manque une diplomatie européenne qui permette aux Européens de se faire entendre sur la scène internationale.

Sur le plan intérieur, l’Europe a aussi besoin de profondes réformes. Elle ne peut plus instituer comme règle la concurrence intérieure alors que l’objectif devrait être la compétitivité à l’extérieur. Au contraire, c’est le principe de solidarité qui devrait primer au sein de l’Europe. Cela en particulier sur le plan économique et sur le plan fiscal. L’harmonisation fiscale est une nécessité vitale pour l’aménagement du territoire économique. Surtout, il faut trouver un nouveau modèle fiscal compatible avec la nouvelle industrie numérique de type Uber qui réussit à réduire au maximum ses dépenses fiscales en raison de failles dans le "système" et de son "obsolescence".

Les États européens se réunissent donc en Conseil européen ce samedi 25 mars 2017 à Rome pour célébrer ce 60e anniversaire, mais il est surtout question d’avenir. Une déclaration commune devrait être adoptée par tous les membres à la fin de ce sommet, mais la Pologne et la Grèce pourraient refuser de la signer.

L’année 2017 restera cependant celle de l’expectative car deux élections majeures dans deux pays essentiels vont avoir lieu. L’élection présidentielle en France en juin et mai et les élections législatives en Allemagne en septembre.

En Allemagne, le débat sera principalement tourné entre Angela Merkel, Chancelière CDU sortante, prônant l’Europe des valeurs, et Martin Schulz, ancien Président SPD du Parlement Européen, prônant l’Europe des solidarités. Les deux sont des partisans éprouvés de la construction européenne, donc, on peut légitimement considérer que la menace ne viendrait pas des électeurs allemands.

En France, la situation est bien plus compliquée car l’Europe a été le bouc émissaire de tous les maux français. Des cinq principaux candidats à l’élection présidentielle, deux seuls défendent une Europe réaliste, François Fillon qui veut s’appuyer sur l’identité des peuples européens pour asseoir la puissance économique collective, et Emmanuel Macron qui revendique une europhilie quasi-téméraire. Les autres, l’une est clairement anti-européenne, Marine Le Pen, et les deux candidats de l’ultra-gauche, Jean-Luc Hamon et Benoît Mélenchon, sont des défenseurs de l’Europe du rêve, celle des bisounours où tout serait gratuit, au point qu’elle n’existera jamais. Quant aux petits candidats, sauf peut-être Jean Lassalle qui fut longtemps député du MoDem proche de François Bayrou, ils font de l’europhobie leur fonds de commerce électoral.

Je ne doute pas qu’in fine, le peuple français sera raisonnable à défaut d’être enthousiaste sur l’idée européenne. On ne peut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’Europe doit être réformée, peut-être affinée, épurée, en la limitant, selon son propre principe de subsidiarité, à des sujets essentiels (monnaie, fiscalité, défense, lutte contre le terrorisme, etc.), au même titre que la France ne peut continuer à vivre au-dessus de ses moyens sans se recentrer sur ses fondamentaux.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 mars 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Traité de Rome.
Justin Trudeau à Strasbourg (16 février 2017).
Angela Merkel et François Hollande à Strasbourg (7 octobre 2015).
Le pape François à Strasbourg (25 novembre 2014).
L’Europe n’est pas un marché.
Martin Schulz.
Davos.
Le Traité de Vienne.
Fêter l’Europe.
Le projet Erasmus.
L’élection du Président du Parlement Européen le 17 janvier 2017.
Résultats de l’élection du Président du Parlement Européen du 17 janvier 2017.
La "déclaration d'amour" de Barack Obama à l'Europe.
La "déclaration d'amour" de Jean Gabin à l'Europe.
La "déclaration d'amour" de Winston Churchill à l’Europe.
Jean-Claude Juncker.
José Manuel Barroso.
Le Brexit.
Le souverainisme, c’est le déclinisme !
Peuple et populismes.
Le défi des réfugiés.
Les Français sont-ils vraiment eurosceptiques ?
Le Traité constitutionnel européen.
Victor Hugo l’Européen.
Jacques Delors.
La crise grecque.
Monde multipolaire.
Tournant historique pour l’euro.
La transition polonaise.
Le Traité de Maastricht.
La débarrosoïsation de l’Europe.
La libération d’une partie de l’Europe.
La parlementarisation des institutions européennes.
Donald Tusk.
Angela Merkel.
La France est-elle libérale ?
Le pape pour le renouveau de l’Europe.
Composition de la Commission Juncker (10 septembre 2014).
Les propositions européennes de VGE.
Effervescence à Bruxelles.
Résultats des élections européennes du 25 mai 2014.
Le Traité de Lisbonne et la démocratie.
Guy Verhofstadt.
La France des Bisounours à l’assaut de l’Europe.
Faut-il avoir peur du Traité transatlantique ?
Le monde ne nous attend pas !
Jean-Luc Dehaene.
Alexis Tsipras.
Débat européen entre les (vrais) candidats.
Les centristes en liste.
Innovation européenne.
Michel Barnier.
Enrico Letta.
Matteo Renzi.
Silvio Berlusconi.
Herman Van Rompuy.
Daniel Cohn-Bendit.
Mario Draghi.
Le budget européen 2014-2020.
Euroscepticisme.
Le syndrome anti-européen.
Pas de nouveau mode de scrutin aux élections européennes, dommage.
Risque de shutdown européen.
L’Europe des Vingt-huit.
La révolte du Parlement Européen.
La construction européenne.
L’Union Européenne, c’est la paix.
L’écotaxe et l’Europe.

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 23:43

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Pour en savoir plus :
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Discours de Justin Trudeau devant le Parlement Européen
Strasbourg (France)
Le 16 février 2017



Monsieur le Président Tusk, monsieur le Président Tajani, distingués parlementaires, mesdames et messieurs.

Bon avant-midi. C’est un privilège pour moi d’être ici aujourd’hui. On m’a informé que c’est la première fois qu’un premier ministre canadien en poste prend la parole devant le Parlement européen donc je tiens à vous remercier sincèrement de m’accorder cet honneur.

Comme vous le savez, j’étais à Bruxelles il n’y a pas si longtemps pour signer officiellement l’Accord économique et commercial global et l’Accord de partenariat stratégique.

Le président Tusk, le président Juncker, le premier ministre Fico et moi avons fait un grand pas en vue d’approfondir notre relation et d’accroître les échanges commerciaux libres et progressistes entre le Canada et l’Union européenne.

Et hier, nous avons franchi une autre étape importante.

Une étape que nous avons franchie après des décennies de travail.

Relation Canada-UE et valeurs communes

Cette année, nous célébrons le 41e anniversaire de l’établissement de la mission diplomatique de la Commission européenne à Ottawa.

Et dans le cadre de notre partenariat historique, le Canada et l’UE se sont montrés solidaires sur les enjeux importants.

Des enjeux comme le maintien de la sécurité mondiale.

La promotion des valeurs de paix et de justice.

Et la détermination d’assurer la prospérité de nos populations grâce au commerce et à l’investissement.

Nous avons travaillé ensemble dans des dossiers comme les changements climatiques et les droits des femmes et des filles dans le monde.

Et, mesdames et messieurs, je suis certain que nous accomplirons de grandes choses ensemble au cours des années à venir – pour les pays que nous représentons et, surtout, pour les gens que nous servons.

L’Union européenne est une réalisation vraiment remarquable, ainsi qu’un modèle sans précédent de coopération pacifique. Le Canada sait qu’une voix européenne forte sur la scène mondiale est non seulement préférable, mais essentielle.

Nous savons que l’UE est le plus important donateur au monde en ce qui a trait au développement et à l’aide humanitaire. Et ensemble, vos États membres représentent l’une des économies les plus grandes du monde. De plus, vous êtes un acteur crucial et central dans la résolution des défis communs auxquels font face les membres de la communauté internationale.

En effet, le monde entier bénéficie d’une UE forte.

Au nom des Canadiens, je vous remercie d’entretenir une relation soutenue et respectueuse avec notre pays. En effet, les liens qui unissent le Canada et l’Union européenne sont devenus un exemple de collaboration internationale.

J’aimerais remercier Dan Costello, l’ambassadeur actuel du Canada auprès de l’UE, d’avoir servi notre pays de façon exemplaire. Dan a offert un appui incroyable à notre nouvel ambassadeur, l’honorable Stéphane Dion.

Stéphane, que je considère comme un ami proche et un mentor, est un homme qui s’est longtemps battu pour faire de notre pays un endroit meilleur pour tous les Canadiens. Il représentera fièrement le Canada, avec courage et conviction, alors que nous amorçons ce nouveau chapitre important.

Maintenant, permettez-moi de souligner encore une fois à quel point je suis honoré de représenter le Canada dans ce lieu historique aujourd’hui. C’était une priorité pour moi de venir à Strasbourg et de m’adresser à vous, parce que j’accorde beaucoup de valeur à notre relation et à ce que nous partageons.

Je suis persuadé que si la relation entre le Canada et l’UE est aussi résiliente, c’est parce qu’elle repose sur nos valeurs communes. Des valeurs qui nous façonnent et nous définissent. Des valeurs que partagent les Canadiens et les Européens.

Voyez-vous, collectivement, nous croyons en la démocratie, la transparence et la primauté du droit. Nous croyons en la reconnaissance et le respect des droits de la personne. Et nous croyons en l’inclusion et en la diversité.

Nous savons que, dans un monde de plus en plus interconnecté, nous devons choisir d’être les chefs de file de l’économie mondiale, plutôt que de simplement en subir les aléas.

Et nous savons que l’État a un important rôle à jouer – non seulement pour soutenir ses citoyens, mais aussi pour aider à créer les conditions propices au progrès.

Et sur ce dernier point, comme nous venons de le démontrer au monde entier, collectivement, nous valorisons le commerce et la promesse de prospérité qui l’accompagne pour tous nos citoyens.

Hier, en plus d’avoir ratifié l’Accord de partenariat stratégique, ce Parlement a voté en faveur de la ratification de l’Accord économique et commercial global.

Après des années de négociations, cet important accord commercial s’apprête à franchir la ligne d’arrivée. Et je pense que nous pouvons tous nous entendre pour dire que l’AECG  était un projet extrêmement ambitieux mais qui s’avèrera aussi être l’une de nos plus grandes réalisations.

J’aimerais exprimer ma sincère reconnaissance à l’ancienne ministre du Commerce international du Canada – qui est maintenant ministre des Affaires étrangères – Chrystia Freeland, à notre négociateur en chef, Steve Verheul, ainsi qu’à leurs homologues de l’Union européenne, pour les efforts inlassables qu’ils ont déployés en vue de conclure cet accord.

Et je suis certain que notre nouveau ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, sera une voix forte pour le Canada sur la scène internationale au cours des prochaines années.

Mettons toutefois les choses au clair – un accord aussi ambitieux que l’AECG demande énormément de travail. Chacun d’entre nous, ici dans cette salle, sait que cela n’a pas été chose facile. Nous avons dû faire beaucoup d’aller-retour. Nous avons dû tenir de longues discussions et de longues négociations. Faire des rencontres au Canada et aux quatre coins de l’Europe.

Mais le produit final est une réalisation dont nous pouvons tous être incroyablement fiers. Je suis persuadé que l’AECG deviendra la référence pour les futurs accords commerciaux d’une telle ampleur et d’une telle complexité.

Et c’est tout simplement extraordinaire.

La devise de l’Union européenne, « Unie dans la diversité », est un excellent rappel de ce qu’il est possible d’accomplir lorsque, malgré leurs différences, des pays se rassemblent pour servir l’intérêt commun de leurs citoyens.

Cependant, nous vivons à une époque où certaines personnes s’inquiètent de voir le système actuel ne profiter qu’à une élite très restreinte. Et c’est une préoccupation légitime.

Cette anxiété à l’égard de l’économie et du commerce – l’inquiétude de voir nos enfants ne pas avoir accès aux mêmes emplois et aux mêmes possibilités que nous – ne peut être apaisée que si nous veillons à ce que le commerce soit inclusif et à ce que tout le monde puisse profiter des retombées.

Et c’est précisément ce que cet accord – l’Accord économique et commercial global – nous permettra d’accomplir.

Parce que, dans son essence même, l’AECG définit un cadre qui donnera lieu à des échanges commerciaux profitables pour tous.

Cet accord mènera à la création de bons emplois bien rémunérés pour la classe moyenne. Il permettra d’assurer le bien-être des familles et contribuera à faire croître et à renforcer nos communautés.

Disons que vous êtes un jeune entrepreneur qui propose une idée innovatrice ou un nouveau produit. Vous avez peut-être du mal à joindre des nouveaux consommateurs. Eh bien, l’AECG vient d’ouvrir la porte vers de nouveaux marchés.

Et si vous êtes un consommateur qui souhaite acheter des biens importés, mais qui se bute à des droits de douane trop élevés? Vous étiez peut-être intéressé par des Mukluks fabriqués par Manitobah, une entreprise canadienne fondée par des Autochtones et qui offre des produits sur lesquels une taxe de 17 % est actuellement imposée en Europe. Eh bien, grâce à la ratification de l’AECG, ces tarifs douaniers sont éliminés et vous, comme consommateur, pourrez payer moins cher lorsque vous passez à la caisse.

Le commerce libre et équitable se traduit par une réduction des délais et des formalités administratives à nos frontières pour les transactions internationales.

Il signifie que les fabricants peuvent étendre la circulation de leurs produits dans le monde, gagner des parts du marché et être concurrentiel avec les meilleurs du monde.

Et cela veut dire que les gens qui travaillent dans les secteurs des services comme l’ingénierie, l’architecture et les technologies de l’information profiteront d’une prévisibilité et d’une transparence accrues lors de leurs transactions avec des clients internationaux.

En somme, le Canada et l’UE souhaitent faire ce qu’il y a de mieux pour leurs populations.

Nous voulons que les gens qui travaillent fort puissent bien gagner leur vie et assurer le bien-être de leurs familles. Nous voulons que les mères et les pères soient en mesure d’offrir à leurs enfants des possibilités qu’eux-mêmes n’ont jamais eues. Nous voulons que chaque génération de Canadiens et d’Européens s’en tire mieux et ait un niveau de vie meilleur que la génération qui les a précédées.

Et les accords comme l’AECG  – qui est axé sur le concept du commerce libre et équitable – nous permettront d’y parvenir.

En somme, en facilitant l’achat et la vente de produits, nous pouvons multiplier les opportunités pour nos entreprises – au Canada et partout dans l’UE. Nous pouvons créer des emplois pour la classe moyenne et faire en sorte que nos citoyens profitent des retombées du commerce.

Soyons clairs : il ne s’agit pas uniquement de commerce, d’importations et d’exportations, d’argent qui entre et qui sort. Il s’agit d’améliorer la vie des gens. L’AECG est un plan d’action complet pour assurer la coopération économique responsable entre les pays.

Cet accord moderne et axé sur l’avenir est le reflet d’un agenda commercial réellement progressiste – un agenda qui protège la capacité qu’ont les sociétés de favoriser l’intérêt public. Par exemple, l’AECG prévoit des dispositions visant à protéger la main-d’œuvre.

Des dispositions sur les pratiques responsables en matière d’investissement.

Sur la salubrité des aliments et la sécurité des consommateurs.

Sur la gestion des forêts, des pêches et de l’aquaculture.

Et des dispositions visant à assurer la bonne gestion de l’environnement.

Mes amis, il s’agit véritablement de l’un des accords commerciaux les plus durables et progressistes au monde. Et grâce à lui, le Canada et l’Union européenne ont écrit une page d’histoire.

À tous les députés présents, merci du travail acharné que vous avez accompli au cours des dernières années pour faire de cet objectif ambitieux une réalité. Je sais que tous nos citoyens s’en trouveront mieux servis.

Le Canada et l’Union européenne sont des amis, des partenaires et des alliés depuis très longtemps. Et notre relation naturelle et cordiale est fondée sur ce que nous partageons.

Nous partageons des objectifs et des aspirations qui visent à faire du monde un endroit meilleur, plus sûr et plus juste.

Nous voulons agir pour le bien des travailleurs et des familles qui nous ont élus pour les représenter.

Et nous accueillons le changement à bras ouverts en cherchant des occasions d’être des chefs de file dans une économie mondiale qui évolue constamment.

L’AECG et l’APS – ces accords historiques – sont à l’image de ce que nous avons en commun. Et ils seront profitables pour les Canadiens comme pour les Européens pour des générations à venir.

Dans tout ce que nous avons convenu à ce jour, et dans les discussions qui nous attendent, le partenariat stratégique Canada-UE sera toujours fondé sur le respect, avec un œil tourné vers l’avenir.

Chers amis et chers collègues, nous pouvons affirmer que ce n’est qu’un début. Pour le Canada comme pour l’Union européenne, le meilleur reste à venir.

Merci beaucoup.

Justin Trudeau, Premier Ministre du Canada.
Le 16 février 2017 à Strasbourg.

Source : http://pm.gc.ca/


Pour en savoir plus :
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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 06:50

« Le seul rempart contre ces forces eurosceptiques est la mobilisation de tous ceux qui croient dans l’idéal européen. (…) Il faudra que les électeurs tranchent et c’est là que les eurosceptiques se trompent. La question posée (…) n’est pas d’être en faveur ou contre l’Europe, la question est quelle Europe nous voulons. Être pro-européen, ce n’est pas être pour l’Europe telle qu’elle est, mais être pour une Europe réorientée. » (Martin Schulz, "Le Monde", le 4 octobre 2013).



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Ce dimanche 12 février 2017 a eu lieu à Berlin l’élection présidentielle en Allemagne. Le Président sortant, Joaquim Gauck, dont le mandat finira le 18 mars 2017, avait annoncé le 6 juin 2016 qu’il ne solliciterait pas un nouveau mandat en raison de son âge avancé (il aurait 82 ans à la fin d’un second mandat).

Contrairement à Angela Merkel qui souhaitait un candidat de la CDU (qui détient la majorité relative), comme l’actuel Ministre des Finances Wolfgang Schäuble, très populaire, ou l’actuel Ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière, la CDU a décidé le 14 novembre 2016 de soutenir le candidat du SPD, Frank-Walter Steinmeier, très populaire aussi, qui a démissionné de son poste ministériel il y a deux semaines pour cette raison. Le poste de Président de la RFA est une fonction honorifique qui est généralement pourvue de manière consensuelle, en Allemagne.

Frank-Walter Steinmeier, qui fut Ministre des Affaires étrangères du 22 novembre 2005 au 27 octobre 2009 et du 17 décembre 2013 au 27 janvier 2017 (dans deux gouvernements de grande coalition CDU-SPD), avec le titre de Vice-Chancelier du 21 novembre 2007 au 27 octobre 2009, avait été le candidat du SPD à la Chancellerie aux élections législatives du 27 septembre 2009.

Ce fut donc sans surprise que ce dernier a été élu Président de la République fédérale d’Allemagne pour cinq ans, dès le premier tour, avec une large majorité des grands électeurs allemands (députés du Bundestag et représentants des Länder), avec 931 voix face aux quatre autres candidats, sur un corps électoral de 1 260 inscrits, soit 81,0% des suffrages exprimés.

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Frank-Walter Steinmeier n’a pas "battu" son homologue turkmène qui, le même jour, 12 février 2017, s’était fait réélire à la tête du Turkménistan au premier tour aussi avec …97,7% des voix contre huit autres concurrents, et avec une participation de 97,3%. Il faut néanmoins reconnaître que le niveau de démocratie n’est pas le même en Allemagne et au Turkménistan.

Adepte du culte de la personnalité à la façon très soviétique, Gourbangouli Berdimoukhamedov avait succédé à un autre adepte du culte de la personnalité Saparmourad Niazov (dont il était le dentiste) à la mort de celui-ci, le 21 décembre 2006 et s’était fait élire et réélire auparavant le 11 février 2007 et le 12 février 2012 avec le même type de score (respectivement avec 89,2% et 97,1% des voix). Son troisième mandat, qui a été autorisé et prolongé à sept ans lors d’une récente réforme constitutionnelle, se terminerait donc le 14 février 2024 (à peu près en même temps que la fin d’un quatrième mandat de six ans en Russie, si Vladimir Poutine se décide de se représenter à la prochaine élection présidentielle russe, prévue en mars 2018).

Mais revenons à la vie politique allemande. L’élection de Frank-Walter Steinmeier a engendré un remaniement dans le troisième gouvernement d’Angela Merkel le 27 janvier 2017 : le Vice-Chancelier SPD Sigmar Gabriel a repris les Affaires étrangères et l’Économie et l’Énergie dont il était responsable sont revenues à une autre SPD, Brigitte Zypries, qui fut une ancienne Ministre de la Justice du 22 octobre 2002 au 28 octobre 2008 (second gouvernement de Gerhard Schröder et premier gouvernement d’Angela Merkel).

Pourtant, ce remaniement n’allait pas de soi. Pendant très longtemps, Sigmar Gabriel, numéro deux du gouvernement de grande coalition depuis le 17 décembre 2013 et président du SPD (parti social-démocrate allemand) depuis le 13 novembre 2009, avait toujours déclaré qu’il serait le concurrent d’Angela Merkel pour les élections législatives du 24 septembre 2017. Non seulement il restait une personnalité assez impopulaire, mais aussi, sa crédibilité pour s’opposer à Angela Merkel était très limitée puisque, pendant toute la législature sortante, il était son Vice-Chancelier.

Après deux mandats à la Présidence du Parlement Européen, Martin Schulz, qui n’a jamais été actif et connu qu’au sein des institutions européennes, avait laissé entendre qu’il serait le futur Ministre des Affaires étrangères pour remplacer Frank-Walter Steinmeier, sans toutefois cacher ses grandes ambitions nationales.

Or, le 24 janvier 2017, un coup de théâtre a eu lieu. Finalement, Sigmar Gabriel a renoncé à être le candidat du SPD à la Chancellerie : « Si je me présentais, j’échouerais, et avec moi le SPD. ». Martin Schulz, qui ne voulait pas se confronter à Sigmar Gabriel dans une bataille interne au SPD, fut donc désigné à ce premier rôle, sans concurrence et « de manière unanime ». Depuis cette date, soit environ trois semaines, Martin Schulz a réussi à faire remonter le SPD dans les sondages de 20% à 31% et maintenant, il serait légèrement en tête devant la CDU/CSU d’Angela Merkel dans les intentions de vote (la CDU chutant de 35% à 30%).

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Martin Schulz, fort de sa popularité, jouit donc actuellement d’une divine dynamique électorale, très étonnante quand on sait que si Angela Merkel est contestée, c’est plutôt sur sa droite, parce qu’elle aurait eu une politique à l’égard des réfugiés syriens trop accueillante. D’ailleurs, l’une des inconnues cruciales du scrutin du 24 septembre 2017 sera le score du parti d’extrême droite AFD (certains sondages le hisseraient jusqu’à environ 13%).

Parlant, au-delà de l’allemand, le français, l’espagnol, l’anglais, l’italien et le néerlandais, Martin Schulz a su se faire apprécier sur la scène européenne : député européen social-démocrate du 19 juillet 1994 au 10 février 2017 (élu cinq fois !), après avoir été le représentant des députés européens allemands du SPD, de 2000 à 2004, il a pris le leadership de la sociale-démocratie européenne (attribué aux Allemands en raison du nombre) en prenant la présidence du groupe des socialistes européens du 5 juillet 2004 au 17 janvier 2012. Il a encouragé la prolongation par un second mandat de José Manuel Barroso à la Présidence de la Commission Européenne en apportant les voix socialistes aux voix du PPE après les élections européennes du 7 juin 2009.

Fort de son autorité, Martin Schulz a réussi le tour de force de se faire élire deux fois (et successivement) Président du Parlement Européen, du 17 janvier 2012 au 17 janvier 2017. Au cours de ces années, Martin Schulz a véritablement représenté la partie parlementaire des institutions européennes, voulant appliquer complètement le Traité de Lisbonne (qui donne de nouveaux pouvoirs aux députés européens). Il a eu aussi des opposants célèbres au cours d’échanges souvent musclés au sein de l’hémicycle de Strasbourg : Silvio Berlusconi, Jean-Marie Le Pen, Daniel Cohn-Bendit, Beata Szydlo (la Premier Ministre polonaise), etc.

Aux élections européennes du 25 mai 2014, Martin Schulz avait été le candidat socialiste au poste de Président de la Commission Européenne face notamment à Jean-Claude Juncker (pour le PPE), Guy Verhofstadt (pour les centristes de l’ALDE) et Alexis Tsipras (pour la gauche radicalisée).

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À l’origine, sans diplôme et autodidacte, il a commencé sa vie active comme libraire à Würselen, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, pendant douze ans avant de se lancer dans la politique européenne (il avait été élu bourgmestre de sa ville de 1987 à 1998). À 61 ans, Martin Schulz n’a donc pas le profil traditionnel d’un responsable politique national. Jusqu’à maintenant, il n’a jamais eu de mandat parlementaire national et n’a jamais eu de responsabilité nationale.

Pourtant, sa popularité et sa combativité placent Martin Schulz désormais en position de favori pour les élections législatives du 24 septembre 2017. Le duel entre lui et Angela Merkel sera probablement serré. Si Angela Merkel remportait un quatrième mandat, elle serait en mesure d’atteindre le record de longévité de son prédécesseur Helmut Kohl. Dans le cas inverse, Martin Schulz, par son talent, hors des intrigues de partis mais bien en phase avec la population, aurait alors démontré qu’il était possible de passer par l’Europe pour avoir une carrière nationale au plus haut niveau, ce qui est très rare (en général, c’est plutôt l’inverse).

L'enjeu des élections législatives allemandes est cependant moins crucial que celui de l'élection présidentielle française où des forces populistes nombreuses sont prêtes à remettre en cause soixante années d'un travail long et fragile de coopération européenne, imparfaite certes, mais indispensable dans le monde globalisé d'aujourd'hui où l'isolement serait synonyme de déclin économique définitif.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Martin Schulz en campagne, en 2017.
Martin Schulz l’Européen, en 2013-2014.
Un nouveau Président du Parlement Européen le 17 janvier 2017.
Angela Merkel, l’honneur de l’Europe de la solidarité.
Hans-Dietrich Genscher.
Dix infographies sur les dix années au pouvoir d’Angela Merkel.
Le décennat de la Bundeskanzlerin.
Vidéos sur Helmut Schmidt.
La Réunification de l’Allemagne.
L’amitié franco-allemande.
Helmut Schmidt.
Helmut Kohl.
Mutti Merkel, reine du monde ?
Joachim Glauck.
Angela Merkel et François Hollande à Strasbourg.
Helmut Kohl et Viktor Orban.
Les risques de la germanophobie.
Jean-Claude Juncker.

_yartiSchulzMartinB04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170124-martin-schulz.html

http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/bientot-l-allemagne-de-martin-189709

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/14/34935390.html


 

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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 05:22

« Le monde dépend d’une Europe démocratique, qui porte les principes de pluralisme, de diversité et de liberté fondant nos valeurs communes. En tant que peuples libres, nous ne pouvons laisser l’inquiétude économique ou le sentiment d’insécurité miner notre engagement pour les valeurs universelles qui sont à l’origine de notre force. » (Hanovre, le 25 avril 2016).


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Le Président des États-Unis Barack Obama termine son second mandat de quatre ans ce vendredi 20 janvier 2017 et laisse la Maison-Blanche au nouveau Président Donald Trump. Pour faire ses "adieux", Barack Obama a prononcé son dernier discours le 10 janvier 2017 à Chicago, ville qui lui est chère, où il a répondu à son "Yes We Can" de 2008 par un : "Yes We Did" !

Je profite des derniers jours de Présidence Obama pour revenir à un discours important qu’il a prononcé le 25 avril 2016 à Hanovre, en Allemagne, où il a évoqué, ce qui a été très rare pendant ses huit années de mandats, la construction européenne et les relations entre l’Europe et les États-Unis.

L’antiaméricanisme, qui est une caractéristique commune de l’extrême droite, de l’extrême gauche et des djihadistes, voudrait faire croire que sous prétexte que les États-Unis disent que la Terre est ronde, il faudrait qu’elle soit plate. Si l’Europe et les États-Unis ont pris beaucoup de positions en commun ces dernières décennies, c’est parce qu’il y a des valeurs communes de liberté, d’égalité, de démocratie, ce qui n’empêche pas quelques graves divergences comme la peine de mort ou la guerre en Irak.

En présence de la Chancelière allemande Angela Merkel, Barack Obama est venu ainsi dire à l’Europe entière la considération que les États-Unis avaient pour l’unité du continent européen. Il est venu en Allemagne et pas en France. Lors de sa tournée d’adieu, le Président américain s’était rendu aussi en Allemagne, le 16 novembre 2016, à Berlin sans passer par Paris. Cela donne une idée de la dégradation de la parole de la France dans le monde. Le changement de 2017 donnera probablement plus de crédit à la France.

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L’important était ailleurs. Il faut d’abord rappeler que Barack Obama, malgré ses nombreux soutiens en Europe lors de ses campagnes électorales, n’a jamais porté une attention très soutenue à l’Europe. Ses préoccupations étaient surtout asiatiques. Barack Obama était absent lors du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, ainsi que lors de son vingt-cinquième anniversaire, il fut absent aussi lors de la grande manifestation du 11 janvier 2015 à Paris à la suite des attentats de "Charlie-Hebdo".

Je propose donc de retrouver ici les passages les plus marquants de ce discours de Hanovre, qui n’a pas reçu l’écho mérité en France à l’époque (il y a neuf mois).

Barack Obama a commencé par une "déclaration d’amitié" aux Européens : « Nous comptons (…) tous nos alliés européens parmi nos plus proches amis dans le monde. Car nous partageons tellement d’expériences et de valeurs communes ! Nous croyons que les nations et les peuples doivent vivre dans la sécurité et dans la paix. Nous croyons que les progrès réalisés doivent bénéficier non pas à quelques-uns, mais au plus grand nombre. (…) Nous croyons à l’égalité et à la dignité propre à tout être humain. ».

Ensuite, il a poursuivi avec le sentiment optimiste que notre époque n’a jamais été aussi positive dans l’histoire des hommes : « C’est la vérité : nous avons la chance de vivre à l’époque la plus pacifique, la plus prospère, la plus avancée de l’histoire humaine. Cela surprendra les jeunes qui voient surgir un flot incessant de mauvaises nouvelles de la télévision et de leurs portables. Mais rappelez-vous ceci : des décennies se sont écoulées depuis le dernier affrontement entre grandes puissances ; de plus en plus de gens vivent en démocratie ; nous sommes plus riches, en meilleure santé, mieux éduqués, avec une économie mondiale qui a permis de sortir de l’extrême pauvreté plus d’un milliard de personnes et qui a créé une nouvelle classe moyenne sur les continents américain, africain et asiatique. Et songez à l’état de santé moyen des humains aujourd’hui : nous sauvons des dizaines de millions de vies de la maladie et de la mortalité infantile, et l’espérance de vie générale augmente. ».

Et de donner un critère : « Si nous pouvions choisir le moment de notre naissance, à n’importe quelle époque de l’histoire humaine, sans connaître à l’avance notre nationalité, notre sexe ou notre statut économique, nous choisirions certainement le temps présent. Même avec ses incommensurables souffrances, ses drames infinis et l’immense travail qui nous reste à faire. ».

Cette "déclaration d’amitié" ne pouvait pas se faire sans "déclaration de grandeur" : « Je suis donc venu aujourd’hui, au cœur de l’Europe, pour affirmer que les États-Unis et le monde entier ont besoin d’une Europe forte, prospère, démocratique et unie. Peut-être faut-il un étranger, un non-Européen, pour vous rappeler la grandeur de vos accomplissements. Le progrès dont je parle a été essentiellement réalisé grâce aux idéaux nés sur ce continent au temps des Lumières et par la fondation de nouvelles républiques. ».

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Barack Obama a cité Konrad Adenauer, l’artisan, avec De Gaulle, de l’amitié franco-allemande : « L’unité européenne était le rêve de quelques-uns. Elle devint l’espoir d’une multitude. Elle est aujourd’hui une nécessité pour nous tous. ».

Le Président Obama n’a pas ignoré les freins à la construction européenne, les risques de repli sur soi : « Cela n’a pas été facile. Il a fallu surmonter de vieilles animosités. L’orgueil national a dû s’accommoder d’un engagement pour le bien commun. Des questions complexes de souveraineté et de partage des charges ont fini par trouver des réponses. À chaque palier, il a fallu réprimer la tentation de rétrograder et de reprendre sa propre route. Plus d’une fois, les sceptiques ont annoncé l’échec de ce grand projet. Mais le projet de l’Europe unie a tenu bon ! ».

L’une des motivations premières de cette unité européenne, c’est la paix et c’est la liberté. Le Président américain a cité son prédécesseur John Kennedy, venu dire aux Allemands, près de la Porte de Brandebourg, à Berlin-Ouest, le 26 juin 1963 : « La liberté est indivisible, tant qu’un seul homme se trouve en esclavage, aucun autre ne peut être libre. ».

Barack Obama a donc tiré son chapeau à la construction européenne après l'éclatement de l’Union Soviétique : « Vous pouvez toujours vous disputer à propos des meilleurs clubs de football ou voter pour différents chanteurs de l’Eurovision, mais ce que vous avez accompli, plus de cinq cents millions de citoyens parlant vingt-quatre langues dans vingt-huit pays, dont dix-neuf partagent une monnaie commune, tous réunis dans une seule Union, reste l’une des plus grandes réalisations économiques et politiques des temps modernes. ».

Son admiration fut encore plus grande quand il a évoqué ce qu’en Europe, on appelle improprement les eurocrates de Bruxelles, montrant d’ailleurs une très bonne connaissance des institutions européennes et de leur image auprès des peuples européens : « Oui, l’unité européenne peut exiger des compromis et susciter des frustrations. Oui, elle ajoute des difficultés administratives susceptibles de ralentir les prises de décision. Je le sais : j’ai assisté à des réunions de la Commission Européenne. Nous autres Américains, bien connus pour notre dédain des gouvernements, comprenons combien il est facile de mettre tout et son contraire sur le dos de Bruxelles. Rappelez-vous cependant que tous les membres de votre Union sont des démocraties. Ce n’est pas un hasard. Rappelez-vous encore qu’aucun pays de cette Union n’a pris les armes contre un autre. Ce n’est pas un hasard. ».

Au-delà de faire l’apologie de l’unité européenne, Barack Obama a fait également l’apologie de l’économie de marché, ce qui rend les pays attractifs aussi auprès des réfugiés : « Nos économies de marché (…) constituent le plus grand moteur d’innovations, de richesses et d’opportunités que l’histoire ait jamais connu. Notre liberté et notre qualité de vie représentent encore un bien si précieux aux yeux du monde que des parents sont prêts à traverser des déserts et à franchir des mers sur des embarcations de fortune, au risque de tout perdre, dans le seul espoir de prodiguer à leurs enfants les bienfaits dont nus jouissons tous. ».

Au-delà de l’économie, c’est bien une question de valeurs qui lie les États-Unis et les peuples européens : « Nous ne pouvons pas nous détacher de vous. Nos économies ont partie liée. Comme nos cultures. Comme nos peuples. Vous avez vu la manière dont les Américains ont réagi aux attentats de Paris et de Bruxelles : c’est parce que, dans nos esprits, ces villes sont aussi les nôtres. ». Et réciproquement, la réaction des Européens après les attentats du 11 septembre 2001 ont montré que les valeurs étaient fondamentalement partagées des deux côtés de l’Atlantique.

Ces valeurs communes ont pour conséquence la nécessité d’une coopération renforcée entre les États-Unis et l’Europe : « Nous avons besoin d’une Europe forte pour porter sa part du fardeau et œuvrer avec nous à la sécurité de tous. Les États-Unis disposent d’une armée extraordinaire, la meilleure que le monde ait jamais connue, mais nous ne pouvons répondre à nous seuls aux défis actuels. Aujourd’hui, l’organisation Daech présente la menace la plus urgente, et nous sommes unis dans notre détermination à la détruire. (…) N’en doutez pas : ces terroristes recevront la même leçon que d’autres avant eux. Leur haine ne fait pas le poids face à nos nations unies dans la défense de notre mode de vie. (…) Les terroristes font tout leur possible pour frapper nos villes et tuer nos concitoyens. Nous devons faire tout notre possible pour les arrêter. Y compris en comblant nos lacunes pour les empêcher de mener des attentats comme ceux de Paris ou de Bruxelles. ».

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Enfin, comme si c’était une sorte de testament politique, le Président Obama voudrait faire vivre la mondialisation économique au profit de tous.

Le danger, ce serait un fossé qui s’élargirait : « L’inquiétude économique ressentie par beaucoup (…) est légitime. L’économie mondialisée a introduit des changements brutaux qui, malheureusement, touchent plus lourdement certaines catégories de la population, en particulier les ouvriers. Si les charges et les richesses de notre économie ne sont pas réparties équitablement, on ne peut s’étonner que les populations se révoltent et rejettent la mondialisation. Si les gagnants de l’intégration économique sont trop rares et les perdants trop nombreux, les peuples feront machine arrière. ».

Face à ce danger, il faut lutter contre les inégalités : « Nous devons affronter l’injustice liée à l’accroissement des inégalités économiques. Nous devons nous y atteler collectivement. En raison de la mobilité des capitaux, si seuls quelques pays se préoccupent de cet enjeu, beaucoup d’entreprises partiront s’installer là où l’attention est moindre. ». Autrement dit : « Nous ne pouvons pas agir seuls, chacun dans nos frontières, car la finance n’en connaît pas  Tous se déplace trop vite. Sans coordination entre l’Europe, les États-Unis et l’Asie, nous n’y arriverons pas. ».

Cette lutte contre les inégalités est morale mais aussi pragmatique : « La concentration de plus en plus grande des richesses entre les mains de quelques-uns non seulement constitue une épreuve morale pour nos sociétés, mais amenuise leur potentiel de croissance. Nous avons besoin d’une croissance élargie et qui profite à tous. Nous avons besoin d’une fiscalité qui bénéficie aux travailleurs et à leurs familles. Ceux qui, comme moi, soutiennent l’unité européenne et le libre-échange ont la responsabilité impérieuse de veiller à la protection des travailleurs (…). Si nous voulons vraiment réduire les inégalités, nous devons nous assurer que tous ceux qui travaillent dur bénéficient équitablement d’une éducation, d’une formation professionnelle, de services de santé de qualité et d’un bon niveau de rémunération. ».

Cette empathie américano-européenne basée sur un socle commun a d’autant plus de valeur maintenant qu’il y a des chances que son successeur, Donald Trump, par ses outrances, par ses comportements imprévisibles, oublie le poids de l’histoire et la nécessité de "l’unité dans la diversité", qui est la devise de l’Union Européenne qu’a rappelée avec pertinence Barack Obama à la fin de son discours, prononcé deux mois avant le vote du Brexit.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
John Kennedy.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
Mario Cuomo.

_yartiObama2017A05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160425-obama.html

http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/obama-termine-europeen-188640

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/01/18/34813432.html

 

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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 21:16

Après la fin du second mandat de trente mois de l'Allemand social-démocrate Martin Schulz, sept candidats étaient en lisse pour prendre sa succession le 17 janvier 2017. Voici les résultats de cette désignation.

(Les résultats seront indiqués ici lors de leur annonce officielle).


Guy Verhofstadt (ADLE) a retiré sa candidature avant le premier tour.

Premier tour :

Suffrages exprimés validement au premier tour: 683
Suffrages exprimés au total: 718

Antonio Tajani (PPE) : 274 voix
Gianni Pittella (S&D) : 183 voix
Helga Stevens (conservateurs) : 77 voix
Jean Lambert (Verts) : 56 voix.
Eleonora Forenza (Gauche radicale) : 50 voix.
Laurentiu Rebega (extrême droite) : 43 voix.

Besoin d'un deuxième tour.


Deuxième tour :

Suffrages exprimés validement au deuxième tour: 691
Suffrages exprimés au total: 725

Antonio Tajani (PPE) : 287 voix
Gianni Pittella (S&D) : 200 voix
Helga Stevens (conservateurs) : 66 voix
Jean Lambert (Verts) : 51 voix.
Laurentiu Rebega (extrême droite) : 45 voix.
Eleonora Forenza (Gauche radicale) : 42 voix.

Besoin d'un troisième tour.


Troisième tour :

Suffrages exprimés validement au troisième tour: 690
Suffrages exprimés au total: 719

Antonio Tajani (PPE) : 291 voix
Gianni Pittella (S&D) : 199 voix
Helga Stevens (conservateurs) : 58 voix
Jean Lambert (Verts) : 53 voix.
Eleonora Forenza (Gauche radicale) : 45 voix.
Laurentiu Rebega (extrême droite) : 44 voix.

Besoin d'un quatrième tour.


Quatrième et dernier tour :

Suffrages exprimés validement au quatrième tour: 633
Abstention : 80.
Suffrages exprimés au total: 713

Antonio Tajani (PPE) : 351 voix
Gianni Pittella (S&D) : 282 voix



A donc été déclaré élu Président du Parlement Européen à 21h16 : Antonio Tajani, PPE et Italien.

 



Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170117-parlement-europeen.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170117-presidence-parlement-europeen.html

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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 04:13

« Aujourd’hui, la coopération entre la Commission et le Parlement est revenue au centre des politiques européennes. C’était mon rôle de renforcer les institutions communautaires en unifiant les activités. Nous souffrions chaque jour un peu plus de l’impact des États membres, imposant leurs intérêts nationaux très spécifiques. Les institutions ont de nouveau joué leur rôle, respectant les traités. Aujourd’hui, la Commission est bien plus forte qu’il y a deux ans et demi. Le Parlement, aussi, est plus visible, plus fort, plus audible. » (Martin Schulz, "Journal du dimanche", le 12 janvier 2017).


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Ce mardi 17 janvier 2017, à partir de 9 heures (heure de Paris), a lieu, à Strasbourg, l’élection du nouveau Président du Parlement Européen. Le Président sortant, le social-démocrate allemand Martin Schulz (61 ans), député européen depuis juin 1994, vient de terminer son second mandat de 30 mois. Le mandat du Président du Parlement Européen est en effet de deux ans et demi, la moitié d’un mandat de député européen. Quatorze vice-présidents sont également désignés ce mardi et cinq questeurs ce mercredi 18 janvier 2017 pour la même période (2017-2019).


Cuisine électorale

La brièveté de ce mandat permettait jusqu’à maintenant une véritable entourloupe antidémocratique : les deux plus grands groupes, pourtant politiquement opposés, le PPE (centre droit, qu’on retrouve avec la CDU en Allemagne et "Les Républicains" en France) et les S&D (sociaux-démocrates, qu’on retrouve avec le SPD en Allemagne et le PS en France), avaient l’habitude de préempter l’élection du Président du Parlement Européen en alternant, en cours de mandat, un Président S&D et un Président PPE.

Ce fut ainsi que, malgré la victoire du PPE aux élections européennes du 25 mai 2014, Martin Schulz, pourtant social-démocrate, fut élu Président du Parlement Européen le 1er juillet 2014 par 409 voix sur 723. C’était d’ailleurs une première, puisque c’était son second mandat. Il avait présidé le Parlement Européen déjà du 17 janvier 2012 au 1er juillet 2014, selon un accord d’alternance établi aux élections européennes précédentes (du 7 juin 2009) et l’élection de son prédécesseur PPE, l’ancien Premier Ministre polonais Jerzy Buzek (76 ans), le 14 juillet 2009 (Martin Schulz fut élu pour la première fois le 17 janvier 2012 par 387 voix sur 670).

En juillet 2009, Martin Schulz avait même été considéré comme un "traître" par les centristes (libéraux démocrates), les Verts de Daniel Cohn-Bendit et même certains élus sociaux-démocrates car il avait négocié sa future élection (en 2012) en échange également du soutien pour un second mandat du médiocre José Manuel Barroso (PPE) comme Président de la Commission Européenne.


Martin Schulz, figure marquante

L’autre nouveauté, en 2014, au-delà d’un second mandat, ce fut que Martin Schulz s’était présenté en 2014 pour devenir le prochain Président de la Commission Européenne dans le cas d’une victoire des sociaux-démocrates, face à Jean-Claude Juncker (PPE), Guy Verhofsrtadt (centristes), Alexis Tsipras (gauche radicale) et quelques autres candidats (relire notamment sur le débat entre ces candidats).

Martin Schulz n’était donc pas une figure consensuelle mais clivante, engagée dans le combat politique et électoral, mais qui a aussi su donner ses lettres de noblesse au Parlement Européen qui a gagné de plus en plus de pouvoirs grâce au Traité de Lisbonne (on le dit trop peu : le Traité de Lisbonne a accru la démocratisation des institutions européennes qui en avaient besoin).

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D’ailleurs, si Martin Schulz a annoncé le 24 novembre 2016 qu’il renonçait à poursuivre sa carrière au Parlement Européen (je pense qu’il n’avait de toute façon pas les moyens politiques de rester à la Présidence du Parlement Européen), c’est aussi parce qu’il a des ambitions nationales en Allemagne.

Là encore, c’est nouveau : généralement, le Parlement Européen est la chambre de retraite ou le placard de certaines personnalités politiques sur le déclin (c’est le cas de beaucoup de parlementaires français, mais aussi d’anciens chefs de gouvernement comme en Belgique, Luxembourg, Pologne, etc.).

Martin Schulz, au contraire, a pris le Parlement de Strasbourg comme un tremplin de carrière et pas comme une destination pour la retraite : son ambition serait de devenir Chancelier de l’Allemagne, rêvant d’affronter Angela Merkel aux élections législatives de l’automne 2017.

Mais apparemment, bien qu’il soit la personnalité du SPD la plus populaire, il ne serait pas le leader du SPD à ces élections. En effet, selon le journal "Bild" du 10 janvier 2017, Sigmar Gabriel, président du SPD depuis le 13 novembre 2009 et Vice-Chancelier chargé de l’Économie et de l’Énergie depuis le 17 décembre 2013 dans le cadre de la grande coalition CDU-SPD, aurait décidé de défier lui-même Angela Merkel en automne prochain et il l’annoncerait officiellement le 29 janvier 2017.

Martin Schulz se préparerait donc plutôt à occuper une fonction ministérielle éminente, celle de Ministre allemand des Affaires étrangères, dont l’actuel titulaire, Frank-Walter Steinmeier (SPD), a été désigné le 14 novembre 2016 par la CDU et le SPD pour être leur candidat à l’élection présidentielle du 12 février 2017. Frank-Walter Steinmeier est donc certain d’être élu pour succéder à l’actuel Président de la République Joaquim Gauck, qui ne souhaitait pas renouveler son mandat, et va donc laisser vacant son poste ministériel.


Pas d’accord PPE-S&D

Revenons à l’élection du successeur de Martin Schulz à Strasbourg. L’autre surprise, c’est que l’accord qui avait permis la reconduction de Martin Schulz en 2014 a éclaté en plein vol. Le SPD a en effet décidé de présenter un candidat face au candidat du PPE. Pour se justifier, le SPD a déclaré vouloir éviter un monopole institutionnel du PPE (déjà à la tête de la Commission Européenne et de la Présidence du Conseil Européen : pourtant, dans toutes les démocraties, c’est normal que le parti qui a gagné les élections législatives préside à la fois le gouvernement, l’assemblée et même l’État). C’est non seulement une surprise, mais une sorte de trahison puisque sans cet accord PPE-SPD en 2014, jamais Martin Schulz n’aurait pu être réélu.

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Malgré cette rupture de "contrat", le retour à une confrontation classique est néanmoins plus démocratique et plus rassurant pour la pérennité des institutions européennes et en particulier du Parlement Européen dont le poids politique sera appelé à continuer à croître.

Je rappelle ainsi que lors d’une élection précédente du Président du Parlement Européen, le 20 juillet 2004, pour présider le premier Parlement réunissant pour la première fois des députés provenant des pays de l’Europe centrale et orientale (la plupart ayant officiellement adhéré le 1er mai 2004), les centristes (libéraux démocrates) et les Verts avaient souhaité rompre ce monopole PPE-SD pour faire élire Borislaw Geremek, leader historique de la Pologne libre, et honorer ainsi symboliquement les nouveaux membres de l’Union Européenne. Cela n’aurait pas manqué de panache comme accueil dans la nouvelle histoire.

Borislaw  Geremek avait réussi à atteindre 208 voix, très largement au-delà de son "audience partisane", face au socialiste espagnol Josep Borrel, 388 voix (élu), et au communiste français Francis Wurtz, 51 voix. Sans cet accord d’appareils de "je te donne/tu me donnes la fois prochaine", Borislaw Geremek aurait très certainement été largement élu. Josep Borrel fut ensuite remplacé par le démocrate-chrétien allemand Hans-Gert Pöttering, élu le 16 janvier 2007 par 450 voix sur 689.


La procédure formelle

Quelques petites règles de procédure : pour être candidat, il faut être député européen, bien sûr, et avoir été désigné par un groupe politique (donc par au moins 38 députés européens, soit 5% des sièges). Le scrutin est à bulletin secret, et pour les trois premiers tours, c’est le candidat qui a rassemblé la majorité absolue des suffrages exprimés (50% plus une voix) qui est élu. En absence de majorité absolue, au quatrième tour, seuls les deux candidats ayant obtenu le plus de voix restent en lice et le Président est élu à la majorité absolue (par nécessité). En cas d’égalité des voix, c’est le candidat le plus âgé qui est proclamé élu.

Rappelons ici les forces respectives des groupes politiques au sein du Parlement Européen, puisque chaque candidat va devoir compter ses voix. Il y a 751 députés européens répartis ainsi : 217 au groupe PPE (démocrates-chrétiens), 189 au groupe S&D (sociaux-démocrates), 74 au groupe CRE (conservateurs principalement britanniques), 68 au groupe ADLE (libéraux démocrates, centristes), 52 du groupe GUE (communistes), 51 du groupe des Verts (écologistes), 42 du groupe ELD (eurosceptiques dont l’UKIP de Nigel Farage et le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo ; ce fut aussi le groupe de Philippe de Villiers lorsqu’il était député européen), 40 du groupe d’extrême droite (auquel appartiennent le FN de Marine Le Pen, le FPÖ autrichien, l’AFD allemande et le Vlaams Belang belge flamand) et 18 non-inscrits.

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Comme on peut le comprendre, le Brexit va profondément modifier la réalité de deux groupes politiques, les conservateurs (CRE) et les eurosceptiques (ELD) car les élus britanniques sont dominants dans ces deux groupes. Quant au départ des élus travaillistes britanniques, il ne fera que réduire l’influence du groupe S&D (social-démocrate) sans porter atteinte à sa propre existence.


Le candidat du PPE

Avant d’évoquer les sept candidats déclarés, appesantissons-nous sur deux groupes en particulier.

Le PPE d’abord, qui devrait en principe remporter le scrutin : même sans l’accord avec les sociaux-démocrates, le PPE peut au moins bénéficier de la majorité relative au sein du Parlement Européen. Son candidat est donc considéré comme le favori. Or, depuis juillet 2014, un député européen était prêt à endosser ce rôle, Alain Lamassoure. Trois autres candidats à la candidature PPE se sont également déclarés.

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Voici les quatre candidats à la candidature du PPE.

Le Français Alain Lamassoure (72 ans) était un élu UDF puis UMP. Député européen de juin 1989 à mars 1993 puis depuis juin 1999, il fut le président de la stratégique commission des budgets du 14 juillet 2009 au 1er juillet 2014, puis président de la délégation française du PPE du 1er juillet 2014 au 5 octobre 2016. Par ailleurs, au niveau national, il fut quatre ans ministre, aux Affaires européennes du 30 mars 1993 au 11 mai 1995 puis au Budget du 7 novembre 1995 au 2 juin 1997. Diplômé de l’ENA, à la Cour des Comptes, ancien collaborateur de Maurice Druon à la Culture puis de Valéry Giscard d’Estaing à l’Élysée, il fut également député des Pyrénées-Atlantiques de mars 1986 (succédant à Michèle Alliot-Marie devenue ministre) à mai 1993 et en automne 1995, et aussi maire d’Anglet pendant quelques années et conseiller régional d’Aquitaine.

Officier de l’armée de l’air et journaliste, l’Italien Antonio Tajani (63 ans) est un proche de l’ancien Premier Ministre italien Silvio Berlusconi, son ancien porte-parole et l’un des cofondateurs de Forza Italia au printemps 1994 (vice-président du PPE en 2002). Député européen de juin 1994 à mai 2008 et depuis mai 2014, il a été élu premier vice-président du Parlement Européen le 1er juillet 2014. Son expérience européenne marquante est qu’il a été Vice-Président de la Commission Européenne du 8 mai 2008 au 1er juillet 2014, auprès de José Manuel Barroso, d’abord chargé des Transports puis, à partir du 10 février 2010, chargé des Industries et de l’Entrepreneuriat. En 2002, il s’est présenté aux municipales à Rome, mais a été battu par Walter Veltroni.

L’Irlandaise Mairead MacGuinness (57 ans), membre du Fine Gael, est députée européenne depuis juin 2004 et vice-présidente du Parlement Européen depuis le 1er juillet 2014.

Le Slovène Alojz Peterle (68 ans) a été le premier Président du gouvernement de la Slovénie indépendante du 16 mai 1990 au 14 mai 1992. Il fut ensuite Ministre slovène des Affaires étrangères du 25 janvier 1993 au 31 octobre 1994 et du 7 juin 2000 au 30 novembre 2000, et député européen depuis mai 2004. Avec seulement 32,0% des voix, il fut largement battu au second tour de l’élection présidentielle slovène du 11 novembre 2007 par Danilo Turk (lui-même battu à l’élection suivante au second tour du 2 décembre 2012, avec seulement 32,6%), ce dernier par la suite candidat au poste de Secrétaire Général de l’ONU.

Ces quatre candidats ont été départagés au sein du groupe PPE lors d’un vote interne le 13 décembre 2016. Alain Lamassoure n’a été placé qu’en troisième position, avec 38 voix, devant Alojz Peterle 18 voix. Antonio Tajani a remporté la désignation sans trop de difficulté avec 98 voix, et en deuxième place, Mairead MacGuinness a recueilli 57 voix.


Le candidat centriste (ADLE)

Le Belge Guy Verhofstadt (63 ans), ancien Premier Ministre de Belgique du 12 juillet 1999 au 20 mars 2008 et député européen depuis juin 2009 (président du groupe ADLE depuis le 30 juin 2009), a cherché à renforcer son groupe (quatrième par ordre d’importance) pour être à la troisième place et devenir l’arbitre d’une élection qui ne pourrait pas trouver facilement de majorité absolue. Il aurait pu imaginer un désistement du candidat S&D en sa faveur après le premier tour pour battre le candidat du PPE. Il était donc parmi les favoris, avec le candidat du PPE.

Mais ses combinaisons politiciennes l’ont hautement discrédité. En effet, Guy Verhofstadt a proposé le 6 janvier 2017 aux 17 députés européens du Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo de venir rejoindre le groupe ADLE (libéraux démocrates) qui aurait alors atteint 85 sièges. Une proposition parfaitement étonnante quand on sait que les libéraux démocrates sont favorables au renforcement de l’intégration européenne alors que le Mouvement 5 étoiles, au contraires, est eurosceptique.

Pour Beppe Grillo, qui a considéré l’appartenance à un groupe (politique) d’une façon seulement administrative (et pas politique), il y a, à moyen terme, un danger de marginalisation dans son alliance avec l’UKIP, à cause du Brexit et de la sortie programmée des élus britanniques. Le 9 janvier 2017, Beppe Grillo a donc organisé un référendum en ligne qui a approuvé l’adhésion du Mouvement 5 étoiles au groupe ADLE avec 78,5% de "oui" de la part des votants.

Selon France Info, Beppe Grillo avait deux autres objectifs que celui purement européen : le premier était de « se donner des allures plus fréquentables » alors que son parti voudrait gouverner l’Italie, crédité de 30% dans les sondages, et le second de « dresser un écran de fumée » devant un scandale politico-financier éclaboussant la jeune et nouvelle maire M5S de Rome, Virginia Raggi, élue le 19 juin 2016.

L’alliance n’a cependant pas pu se concrétiser car après une levée de boucliers des députés européens ADLE très majoritairement choqués et opposés à l’arrivée des élus du M5S, Guy Verhofstadt a finalement dû jeter l’éponge dans la soirée du 9 janvier 2017. Bras droit de François Bayrou, Marielle de Sarnez (MoDem), membre du groupe ADLE, a été scandalisée par cette manœuvre bassement politicienne : « Quel bénéfice espérait-il en tirer ? (…) Franchement, je ne comprends pas. Pour le groupe le plus européen du Parlement, s’allier avec des populistes au moment où l’Union va si mal, c’est impossible ! » (9 janvier 2017).


Les sept candidats déclarés

En plus d’Antonio Tajani et de Guy Verhofstadt, cinq autres députés européens se sont déclarés candidats à ce jour.

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La Belge flamande Helga Stevens (48 ans) est députée européenne CRE depuis mai 2014. Auparavant, elle fut députée du Parlement flamand de juin 2004 à mai 2014, et sénatrice du Parlement fédéral belge de juillet 2007 à mai 2014, vice-présidente du Sénat fédéral belge du 20 juillet 2010 au 11 octobre 2011. Après des études en Belgique et en Californie, elle est devenue avocate. Sa particularité n’est pas anodine : elle est sourde de naissance et malgré ce grand handicap, elle a pu suivre de brillantes études de droit, être avocate et être femme politique, ce qui donne une idée de son caractère volontaire et persévérant.

Fils d’un ancien sénateur socialiste et frère d’un président de région, l’Italien Gianni Pittella (58 ans), chirurgien, est député européen social-démocrate depuis juin 1999, après avoir été élu député national d’avril 1996 à juin 1999. Élu vice-président du Parlement Européen de juillet 2009 à juillet 2014 (premier vice-président de janvier 2012 à juillet 2014), il est l’actuel président du groupe social-démocrate au Parlement Européen et, à ce titre, est très proche de Martin Schulz (qui a occupé cette fonction de juillet 2004 à janvier 2012).

L’Italienne Eleonora Forenza (40 ans), benjamine des candidats, communiste, est députée européenne depuis mai 2014.

La Britannique Jean Lambert (66 ans), écologiste, est députée européenne depuis juin 1999.

Le Roumain Laurentiu Rebega (40 ans), ingénieur en zootechnie, est député européen depuis mai 2014. Ancien membre du Parti conservateur en alliance avec les sociaux-démocrates en Roumanie, il fut membre du groupe S&D (sociaux-démocrates) au Parlement Européen avant d’être débauché par Marine Le Pen pour constituer son groupe d’extrême droite le 16 juin 2015 (elle lui avait promis de renforcer l’image des Roumains en Europe, notamment en les différenciant des Tziganes).

L’Italien Piernicola Pedicini (47 ans), chercheur en physique médicale, membre du Mouvement 5 étoiles et député européen ELD depuis mai 2014, a finalement retiré sa candidature à la Présidence du Parlement Européen le 11 janvier 2017, mais rien n’empêche une nouvelle candidature juste avant chaque tour de scrutin.

Si Antonio Tajani a l’avantage d’être soutenu par le groupe politique le plus nombreux, rien n’assure qu’il pourra réunir une majorité absolue de voix en raison de sa proximité avec Silvio Berlusconi. Un candidat de compromis pourrait alors survenir après le premier tour. Il y a une réelle incertitude sur l’issue d’un scrutin généralement considéré comme une "formalité" jusqu’à maintenant…

Les résultats de cette élection (un ou plusieurs tours) seront indiqués, lorsqu’ils seront proclamés, à ce lien.

Ce même jour, la Premier Ministre britannique Theresa May a prévu de prononcer à Londres un discours très important pour donner sa vision du Brexit. Par ailleurs, le Président chinois Xi Jinping a prévu, de son côté, d’exposer la vision de la Chine sur la mondialisation économique au Forum économique mondial de Davos. L’élection du nouveau Président du Parlement Européen ne sera donc certainement pas l’actualité internationale la plus marquante de ce 17 janvier 2017.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’élection du Président du Parlement Européen le 17 janvier 2017.
Résultats de l’élection du Président du Parlement Européen du 17 janvier 2017.
La "déclaration d'amour" de Barack Obama à l'Europe.
La "déclaration d'amour" de Jean Gain à l'Europe.
La "déclaration d'amour" de Winston Churchill à l’Europe.
Jean-Claude Juncker.
José Manuel Barroso.
Le Brexit.
Le souverainisme, c’est le déclinisme !
Peuple et populismes.
Le défi des réfugiés.
Les Français sont-ils vraiment eurosceptiques ?
Le Traité constitutionnel européen.
Victor Hugo l’Européen.
Jacques Delors.
La crise grecque.
Monde multipolaire.
Tournant historique pour l’euro.
La transition polonaise.
Le Traité de Maastricht.
La débarrosoïsation de l’Europe.
La libération d’une partie de l’Europe.
La parlementarisation des institutions européennes.
Donald Tusk.
Angela Merkel.
La France est-elle libérale ?
Le pape pour le renouveau de l’Europe.
Composition de la Commission Juncker (10 septembre 2014).
Les propositions européennes de VGE.
Effervescence à Bruxelles.
Résultats des élections européennes du 25 mai 2014.
Le Traité de Lisbonne et la démocratie.
Guy Verhofstadt.
La France des Bisounours à l’assaut de l’Europe.
Faut-il avoir peur du Traité transatlantique ?
Le monde ne nous attend pas !
Martin Schulz.
Jean-Luc Dehaene.
Alexis Tsipras.
Débat européen entre les (vrais) candidats.
Les centristes en liste.
Innovation européenne.
Michel Barnier.
Enrico Letta.
Matteo Renzi.
Silvio Berlusconi.
Herman Van Rompuy.
Daniel Cohn-Bendit.
Mario Draghi.
Le budget européen 2014-2020.
Euroscepticisme.
Le syndrome anti-européen.
Pas de nouveau mode de scrutin aux élections européennes, dommage.
Risque de shutdown européen.
L’Europe des Vingt-huit.
La révolte du Parlement Européen.
La construction européenne.
L’Union Européenne, c’est la paix.
L’écotaxe et l’Europe.

_yartiPresidencePE04


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170117-parlement-europeen.html

http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/parlement-europeen-election-188623

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/01/17/34812277.html


 

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 05:37

« Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les Juifs,
Je n’ai pas protesté, je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté, je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester. »

(Martin Nielmöller, pasteur et théologien allemand déporté à Dachau)



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Nouvelle journée de désolation ce lundi 19 décembre 2016. J’écris "nouvelle" car, hélas, il n’y a pas une semaine sans attentat sanglant faisant beaucoup de victimes. Le 9 décembre 2016, 56 morts au NIgéria. Le 10 décembre 2016, au moins 44 morts dans un attentat à Istanbul. Le 11 décembre 2016, 25 morts dans un attentat au Caire, dans une église copte et au moins 20 morts à Mogadiscio. Le 17 décembre 2016, un autre attentat en Turquie. Le 18 décembre 2016, 10 morts dans un attentat en Jordanie, dans un site touristique…

La Turquie semble être plongée et se noyer dans le terrorisme, ou plutôt, dans les terrorismes (au pluriel), islamiste et kurde. Heureusement condamné par toute la communauté internationale, l’assassinat d’Andreï Karlov, l’ambassadeur de Russie en Turquie, le 19 décembre 2016 à Ankara, lors du vernissage d’une exposition de photographies sur la Russie vue par les Turcs (un terroriste a tiré sur lui alors qu’il prononçait son discours) semblerait avoir été motivé par ce qu’il se passe à Alep.

Mais une nouvelle tragédie a eu lieu le soir du 19 décembre 2016 à Berlin, en plein centre ville, sur une place du marché de Noël. Un camion a tué au moins 12 personnes, avec un mode opératoire assez proche de l’attentat de Nice du 14 juillet 2016. Le camion serait polonais, aurait été volé à son chauffeur qui aurait été tué.

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Tout est lourd de signification dans ces symboles.

Marché : c’est l’économie de marché qui est visée, c’est-à-dire, disons-le clairement, la liberté. La liberté économique, politique. Pas de marché sans liberté. Le débat politique concerne le niveau de régulation nécessaire pour encadrer cette liberté et préserver la solidarité des plus fragiles, mais sans économie de marché, il ne peut pas y avoir de liberté. Cela peut entraîner aussi une société de consommation très poussée, qu’on peut ressentir très pensante à l’approche des fêtes de fin d’année.

Noël : ce sont aussi les pays chrétiens qui sont visés. On le voit bien, pas seulement : les pays musulmans sont également visés et paient un lourd tribut au terrorisme, mais le terrorisme islamiste est en guerre contre les pays chrétiens. Noël est l’incarnation la plus forte du christianisme. Même s’il faudrait rappeler aux candidats terroristes que cette terre européenne fut certes chrétienne mais est aujourd’hui majoritairement déchristianisée.

Berlin : c’est le symbole de la puissance allemande, certains diraient de la puissance européenne. La capitale politique de l’Allemagne, et aussi une des capitales culturelles de l’Europe. Qui a connu à la fois le nazisme et le communisme. Si les paroles de compassion et de solidarité convergent autant vers Angela Merkel, c’est aussi parce qu’elle a voulu donner un sens à la prospérité économique allemande.

Lorsque les premiers internautes avaient réagi aux attentats de "Charlie Hebdo" en affichant un solidaire "Je suis Charlie", ils n’avaient fait que reprendre le fameux "Ich bien ein Berliner" prononcé par le Président John Kennedy le 26 juin 1963 à Berlin : « Il y a deux mille ans, la plus grande marque d’orgueil était de dire "civis romanus sum" [je suis citoyen romain]. Aujourd’hui, dans le monde libre, la plus grande marque d’orgueil est de dire Ich bin ein Berliner ! ».

Ce slogan sur Charlie pouvait aussi reprendre : "Nous sommes tous des Juifs allemands" qui était une réplique pour défendre Daniel Cohn-Bendit attaqué à la fois par l’extrême droite (journal "Minute" du 2 mai 1968) et les communistes (journal "L’Humanité" du 3 mai 1968) qui mettaient en avant son origine juive et son origine allemande pour mieux le discréditer.

Étrangement, la tragédie contemporaine revient à Berlin dans un moment qui devrait être celui de la joie, de la fête, de la préparation aux retrouvailles, à la convivialité. Ce soir du 19 décembre 2016, moi aussi, je me sentais Berlinois… et j’aimerais bien proposer ce slogan pourtant évident : "Nous sommes tous humains" !

Solidarité au peuple allemand !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 décembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’attentat de Berlin du 19 décembre 2016.
L’unité nationale.
L'assassinat du père Jacques Hamel.
Vous avez dit amalgame ?
L'attentat de Nice du 14 juillet 2016.
L'attentat d'Orlando du 12 juin 2016.
L'assassinat de Christina Grimmie.
Les valeurs républicaines.
Les attentats contre "Charlie-Hebdo".
Les attentats de Paris du 13 novembre 2015.
Les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.
Daech.
La vie humaine.
La laïcité.
Le patriotisme.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161219-attentat-berlin.html

http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-marche-de-noel-a-berlin-187692

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/12/20/34708360.html



 

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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 06:58

« Personne, pas même quelqu’un muni d’une grande expérience, ne peut seul améliorer les choses en Allemagne, en Europe, dans le monde, et certainement pas le Chancelier de l’Allemagne. » (Essen, 6 décembre 2016).


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Incontestablement, s’il fallait ne garder qu’une seule forte personnalité parmi les dirigeants du monde depuis le début du XXIe siècle, on hésiterait seulement entre Vladimir Poutine, "chef" de la Russie ("chef" puisque depuis le 31 décembre 1999, il a été alternativement Président et Premier Ministre de la Fédération de Russie) et Angela Merkel, Chancelière de l’Allemagne réunifiée depuis le 22 novembre 2005, soit plus de onze ans. Les deux personnalités ont la soixantaine passée et ont forgé une autorité incontestable tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de leur pays respectif.

Pour cette physicienne de l’Allemagne de l’Est, sous-estimée mais quand même encouragée par Helmult Kohl, Angela Merkel, l’air de rien, a réussi à établir une sorte de synthèse institutionnelle qui correspond bien à la mentalité allemande. Si, au contraire de Vladimir Poutine, Angela Merkel n’a pas été au pouvoir dès 2000, elle est quand même présidente de la CDU (l’Union démocrate-chrétienne allemande) depuis le 10 avril 2000, soit à peu près aussi longtemps que Vladimir Poutine est au pouvoir en Russie.

Lorsque le 20 novembre 2016, Angela Merkel avait annoncé devant les dirigeants de la CDU qu’elle briguerait un quatrième mandat aux élections législatives prévues en octobre 2017, personne n’avait vraiment été étonné, tant la classe politique allemande a peu de personnalités capables de lui succéder avec la même grandeur (pour le SPD, le futur ancien Président du Parlement Européen Martin Schulz semble s’y préparer). Ce fut même un soulagement. Entre parenthèses, on est donc très loin de cette pitoyable allocution télévisée du Président français François Hollande disant le 1er décembre 2016 qu’il n’osait plus se représenter, tant il souffrait d’impopularité.

C’est donc tout à fait naturellement que la Chancelière allemande a demandé le renouvellement de son mandat à la tête de son parti, la CDU, lors du 29e congrès à Essen ("manger" en allemand !). Le 6 décembre 2016, elle a donc été réélue triomphalement présidente de la CDU avec 89,5% des délégués. Même le score de François Fillon est ridicule par rapport à ce résultat.

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Il faut noter que s’il elle ne dépassera probablement pas la longévité d’Helmut Kohl à la tête de la CDU (plus de vingt-cinq ans, du 12 juin 1973 au 7 novembre 1998), elle a déjà dépassé Konrad Adenauer (plus de 15 ans, du 21 octobre 1950 au 23 mars 1966).

Cette réélection n’était pas une surprise, là non plus, mais ce qui était intéressant, c’était le niveau d’approbation. Lors du précédent vote pour son précédent mandat de deux ans, Angela Merkel avait alors recueilli 96,7% des délégués le 9 décembre 2014 à Cologne, et le 4 décembre 2012 à Hanovre, elle avait même eu son record avec 97,9% ! Mais 2014 et 2012, c’était avant une sorte de rébellion contre sa décision d’accueillir un million de réfugiés syriens en Allemagne.

Lors du précédent congrès à Karlsruhe le 14 décembre 2015, Angela Merkel avait cependant réussi à retourner l’assemblée en sa faveur malgré ces contestations internes. Sa position lors de la crise des réfugiés lui avait d’ailleurs valu des résultats désastreux dans les récentes élections locales, tant le 13 mars 2016 que le 18 septembre 2016 où le parti d’extrême droite (AfD) a même fait son entrée dans les instances berlinoises et l’AfD atteint actuellement 10% dans les intentions de vote pour les prochaines élections législatives.

Sur ses trois gouvernements (en trois législatures), Angela Merkel a dirigé deux gouvernements de grande coalition, c’est-à-dire d’alliance entre les deux principaux partis de gouvernement généralement opposés, la CDU et le SPD, en raison de l’émiettement électoral qui empêche l’un de ces deux partis d’obtenir une majorité absolue de députés avec leurs alliés traditionnels (les Verts pour le SPD, les libéraux du FDP pour le CDU qui ont été laminés lors des dernières élections législatives du 22 septembre 2013).

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Si elle s’est montrée inflexible lors de la crise de l’euro pour que chaque pays de la zone euro respectât scrupuleusement le pacte de stabilité, Angela Merkel a surpris par sa position sur les réfugiés. En définitive, elle a montré deux perspectives ; les moyens, l’orthodoxie budgétaire, pour atteindre la prospérité économique, et la finalité, pas pour s’enrichir forcément mais pour, le cas échéant, être suffisamment fort pour secourir ceux qui en auraient besoin, reprenant en cela les valeurs profondes de l’Europe, les valeurs chrétiennes que beaucoup veulent mettre en devanture et dont bien peu veulent tirer les conséquences sur le plan politique concret.

En ce sens, Angela Merkel devrait être considérée comme bien plus "progressiste", "sociale" que des gouvernements qui se revendiquent "de gauche" comme ceux de François Hollande, quand on pense que la France ne s’est engagée que sur l’accueil d’une trentaine de milliers de réfugiés, soit moins d’un réfugié par commune, soit moins d’une famille pour un quart ou un cinquième des communes.

Favorable à l’interdiction du voile intégral (« là où c’est juridiquement possible »), elle a réaffirmé très fortement les valeurs de l’Europe et de l’Allemagne : « Le droit allemand prévaut sur la charia ! ».

Dans son discours à Essen le 6 décembre 2016, Angela Merkel a reconnu qu’il ne fallait pas renouveler l’arrivée massive de réfugiés de l’année 2015 (900 000 sont venus s’installer en Allemagne) : « Une situation comme celle de l’été 2015 ne peut et ne doit pas se répéter ! » mais elle a refusé de fixer un "plafond" de 200 000 nouveaux réfugiés chaque année.

Comment le Président de la République François Hollande a-t-il pu laisser se développer l’angoisse, réelle du reste parmi le peuple, d’une sorte d’invasion, de "grand remplacement" (une expression particulièrement minable et nauséabonde), alors que la France est un pays de 66 voire 67 millions de nationaux ?

C’est d’ailleurs sur cette peur que le Front national de Marine Le Pen a pu autant progresser ces dernières années, prenant pour fonds de commerce la peur de l’étranger (xénophobie) et la peur des musulmans (islamophobie), sachant qu’il existe non pas des "musulmans de France" (expression indigeste) mais des Français musulmans (tout simplement).

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Indiscutablement, et c’est cet argument qu’elle fera valoir pour justifier la poursuite de son combat électoral dans les mois à venir, Angela Merkel est un pôle de stabilité assez rassurant dans ce monde si mouvant et si incertain, alors que David Cameron, Matteo Renzi, bientôt Barack Obama et François Hollande ont quitté ou vont quitter le pouvoir, parfois pour laisser place à des personnalités particulièrement imprévisibles et anxiogènes, comme Donald Trump.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 décembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Angela Merkel, l’honneur de l’Europe de la solidarité.
Hans-Dietrich Genscher.
Dix infographies sur les dix années au pouvoir d’Angela Merkel.
Le décennat de la Bundeskanzlerin.
Vidéos sur Helmut Schmidt.
La Réunification de l’Allemagne.
L’amitié franco-allemande.
Helmut Schmidt.
Helmut Kohl.
Angela Merkel.
Joachim Glauck.
Angela Merkel et François Hollande à Strasbourg.
Les risques de la germanophobie.
Martin Schulz.
Jean-Claude Juncker.

_yartiMerkel2016A01



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161206-merkel.html

http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/angela-merkel-l-honneur-de-l-187504

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/12/15/34684780.html


 

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