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24 septembre 2022 6 24 /09 /septembre /2022 05:26

« Les responsables européens ne veulent pas commenter les politiques nationales, mais il règne généralement une atmosphère d'appréhension lorsqu’un nouveau gouvernement aux comportements imprévisibles peut arriver au pouvoir. » (Vincenzo Genovese, Euronews le 22 septembre 2022).



 

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Ce dimanche 25 septembre 2022 a lieu un scrutin très important non seulement pour l'avenir de l'Italie mais aussi pour l'avenir de l'Europe. Il s'agit des nouvelles élections générales en Italie, c'est-à-dire du renouvellement de la Chambre des députés et du Sénat italiens, les deux chambres dissoutes le 21 juillet 2022 par le Président de la République Sergio Mattarella à la suite d'une énième crise gouvernementale. Je reviendrai sur les crises.

Les précédentes élections générales ont eu lieu le 4 mars 2018 pour un mandat de cinq ans. Après l'Allemagne et la France, ce renouvellement en Italie est crucial pour l'avenir de l'Europe dont l'avenir dépend principalement du volontarisme politique des trois grands pays fondateurs (la France, l'Allemagne et l'Italie), d'autant plus que le Royaume-Uni n'en est plus membre. Une incertitude politique plane donc sur l'Europe dans une période très tendue de guerre en Ukraine, de forte inflation, de pénurie d'énergie...

Si on croit que la vie politique française est compliquée, je conseille de se tourner vers l'Italie. Comprendre la vie politique italienne, c'est un petit exploit, mais cela fait aussi tout le charme de l'Italie et de nos amis italiens.

Pendant plusieurs mois, il a été très difficile de trouver un gouvernement issu des dernières élections générales du 4 mars 2018. Il y avait trois blocs : le principal vainqueur était le Mouvement 5 étoiles (M5S), parti de "société civile" qualifié souvent de parti "attrape-tout", populiste mais surtout issu de cadres, d'artistes, d'intellectuels qui en ont ras-le-bol des politiciens actuels. Il était parti seul, sans allié, et il a fait le meilleur score des partis. Cependant, face aux deux autres blocs, il ne faisait pas le poids car ces blocs, constitués de coalition, pouvaient avoir plus d'élus que le seul M5S.

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Ainsi, le principal concurrent était le bloc de "centre droit", dont l'appellation me gêne un peu dans la mesure où on y retrouvait des "résidus" d'extrême droite. J'écris "résidus" pour bien préciser que ce n'est probablement plus de l'extrême droite mais une origine claire d'extrémisme et de populisme dont l'un de points communs est le combat contre l'immigration, considérée comme le principal mal politique de notre époque. Dans ce bloc, il y avait trois partis : Forza Italia (FI), le parti du vieillard Silvio Berlusconi (il va avoir dans quelques jours 86 ans !), la Ligue du Nord devenue la Ligue (Lega) du fougueux Matteo Salvini et Frères d'Italie (FdI) de la jeune Giorgia Meloni. Ces trois partis avaient déjà gouverné ensemble dans les gouvernements Berlusconi à une époque où Forza Italia était très majoritaire dans la coalition. Frères d'Italie est un parti issu de l'ancienne Alliance nationale de Gianfranco Fini, lui-même héritier du MSI de Benito Mussolini (adolescente, Giorgia Meloni a été militante du MSI). Des trois partenaires, jusqu'à maintenant, Frères d'Italie était négligeable par rapport à ses deux autres alliés. La grande surprise politique de 2018 a été la suprématie de la Ligue devançant largement Forza Italia et ainsi, la reprise par Matteo Salvini du leadership du "centre droit", ce qu'avait refusé Silvio Berlusconi. Cette coalition avait obtenu plus de sièges que le M5S.

Enfin, il y avait la coalition de centre gauche, que je ne mets pas entre guillemets bien qu'y coexistent certains partis parfois d'origine communiste. Il est principalement composé du Parti démocrate (PD), dominant tous ses autres partenaires. Cette coalition est pro-européenne et pourrait être assimilée au centrisme en France, voire au macronisme.

Finalement, un accord a été établi entre Matteo Salvini et Luigi Di Maio, chef du M5S, pour gouverner ensemble, contre Forza Italia et contre le Parti démocrate. Ce tandem improbable a réussi à gouverner l'Italie pendant un peu plus d'un an sous la Présidence du Conseil d'un universitaire qui ne faisait pas de politique mais proche du M5S, Giuseppe Conte, collé de ses deux vice-présidents Luigi Di Maio et Matteo Salvini. Dans cette configuration, si le M5S était arithmétiquement dominant, c'était Matteo Salvini qui politiquement dominait au point d'inverser le rapport des forces dans les sondages.

Une nouvelle crise politique a conduit le M5S à changer radicalement de coalition en rejetant la Ligue dans l'opposition et en faisant alliance avec le Parti démocrate, toujours sous la direction de Giuseppe Conte. Cet attelage s'est poursuivi jusqu'en février 2021 où une nouvelle crise a amené la classe politique à former le 13 février 2021 un gouvernement de techniciens sous la présidence du très rassurant Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), soutenu par tous les partis parlementaires, sauf Frères d'Italie.

En juillet 2022, une nouvelle crise politique a été provoquée initialement par le M5S qui a voulu retirer son soutien au gouvernement pour retrouver une nouvelle virginité politique avant les élections générales prévues en 2023. Entre-temps, Giuseppe Conte avait pris la direction du M5S tandis que Luigi Di Maio avait quitté son parti pour créer le sien qui, aujourd'hui, se retrouve dans la coalition de centre gauche. Mario Draghi a obtenu un vote de confiance le 14 juillet 2022 chez les députés, mais sans le soutien du M5S. Il est allé présenter sa démission au Président Mattarella qui l'a rejetée. Mais le 21 juillet 2022 au Sénat, Mario Draghi n'a pas obtenu une majorité absolue de sénateurs votant la confiance, car la Ligue et Forza Italia ont rejoint le M5S dans l'abstention pour se refaire, eux aussi, une virginité politique.

Cette absence de majorité absolue, actée au Sénat, a conduit Sergio Mattarella à finalement accepter la nouvelle démission de Mario Draghi et à dissoudre les deux chambres. À partir de cette date, la campagne a donc cours pendant deux mois pour élire les prochains députés et sénateurs italiens.

Et dans les sondages, le parti qui s'était exclu de la coalition de techniciens de février 2021 a su capitaliser l'avantage électoral : Frères d'Italie a en effet le vent en poupe, dépassant largement les 20% d'intentions de vote (jusqu'à 25%), faisant jeu égal voire dépassant le Parti démocrate repris par l'ancien Président du Conseil Enrico Letta. À la différence énorme que le Parti démocrate a peu d'alliés permettant d'obtenir une majorité de coalition de centre gauche, tandis que FdI peut compter encore sur la Ligue et Forza Italia pour constituer une majorité (évaluée à 45% d'intentions de vote). Le parti de Silvio Berlusconi végète d'ailleurs en dessous de 10% d'intentions de vote, le M5S aurait perdu la moitié de son électorat de 2018, et le parti de Matteo Salvini a du mal à reprendre le leadership électoral de la coalition de droite.

En clair, à la veille du scrutin, l'hypothèse d'une coalition dirigée par la présidente de FdI Giorgia Meloni paraît la plus probable de toutes les hypothèses imaginables. À 45 ans, députée depuis avril 2006, Ministre pour la Jeunesse du 8 mai 2008 au 16 novembre 2011 dans le quatrième gouvernement de Silvio Berlusconi, présidente fondatrice de Frères d'Italie depuis le 19 mai 2013, Giorgia Meloni pourrait donc devenir la première femme chef du gouvernement italien. Et surtout, la première "descendante" du parti de Mussolini...

Ses mémoires ont fait un tabac éditorial au début du printemps 2022 et proche du pouvoir, elle a commencé à édulcorer ses propos en excluant toute sortie de l'Italie tant de l'Union Européenne que de la zone euro, en restant dans l'OTAN et en continuant à soutenir l'Ukraine malgré à l'origine une tentation poutinolâtre (sujet qui a tendu ses rapports avec Matteo Salvini).

N'hésitant pas à se dire aujourd'hui "de centre droit", Giorgia Meloni pourrait même séduire une grande partie des électeurs italiens qui aspirent à une renouvellement de leur classe politique. Évidemment, les observateurs politiques français surveilleront avec minutie les prochaines semaines politiques de l'Italie, qui pourrait être le précédent qui manquait à ...Marine Le Pen.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (23 septembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L'Italie face à son destin en 2022.
Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
David Sassoli.
Super Mario Draghi, l’homme providentiel de l’Italie ?
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Pourquoi Giuseppe Conte a démissionné le 26 janvier 2021.
Giuseppe Conte.
Good bye Salvini !
Salvini, le double Mitterrand italien ?
Sueurs froides à l’italienne.
L’Italie en pleine dérive ?
Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
Carlo Ciampi.
Ennio Morricone.
Emilio Colombo.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220923-italia2022a.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/l-italie-face-a-son-destin-en-2022-243972

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/09/22/39639568.html





 

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11 septembre 2022 7 11 /09 /septembre /2022 05:03

« Comme la reine elle-même l’a fait avec un dévouement inébranlable, je m’engage, moi aussi solennellement, pendant le temps que Dieu m’accorde, à défendre les principes constitutionnels au cœur de notre nation. » (Charles III, le 9 septembre 2022).



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La reine est morte, vive le roi ! La période est extraordinairement changeante et nous vivons en direct une métamorphose, le Prince Charles devient le roi Charles III. Si, pour les habitants de Nancy, ce nom inspire surtout une ancienne prison (vétuste), en plein centre-ville, baptisé du nom d’un duc de Lorraine qui a vécu de 1543 à 1608, les Britanniques ne semblaient pas très enthousiasmés par ce nom qui rappelle trop Charles Ier que les révolutionnaires britanniques ont décapité à la hache en janvier 1649, plus d’un siècle avant l’exécution de Louis XVI, et Charles II, fils du précédent et cousin de Louis XIV, qui n’a pas eu un destin national très glorieux, dirons-nous.

À tel point que des rumeurs anciennes expliquaient que le Prince Charles prendrait probablement le nom de George VII pour rendre hommage à son grand-père (un roi peut utiliser tous ses prénoms et lui-même s’appelle Charles Philip Arthur George). Il a coupé court à toute incertitude et polémique dès l’annonce de la mort de la reine Élisabeth II en se nommant Charles III. Et ce nom a été tout de suite adopté.

Il y a la douleur d’une famille, la douleur d’une nation, et même la douleur d’une "communauté mondiale". Par exemple, dans un message aux Britannique le 9 septembre 2022, le Président Emmanuel Macron a exprimé l’émotion de la France : « Nous avons apprécié son affection toute particulière pour la France. Élisabeth II maîtrisait notre langue, aimait notre culture et touchait nos cœurs. (…) Aucun autre pays n’a eu le privilège de la recevoir aussi souvent que nous. (…) Pour vous, c’était votre reine. Pour nous, c’était la Reine. ». La veille, il avait évoqué la disparition de la reine en commençant par : « Une ère élisabéthaine s’achève. ». Selon des témoins, Élisabeth II, qui avait rencontré tous les Présidents français, n’aurait pas beaucoup apprécié Valéry Giscard d’Estaing qui se montrait très hautain, ni François Hollande qui, l’ayant reçu à l’Élysée, l’avait fait attendre quelques minutes en la laissant toute seule, puis s’était assis avant elle, comme un goujat.

Charles III, qui s’était préparé tout sa vie à ce drôle de métier de roi, est devenu de facto roi le 8 septembre 2022. Il est le monarque britannique qui accède au trône le plus âgé, à 73 ans. C’est maintenant vieillard ! Celui qui ressemble de plus en plus, avec la vieillesse, à son père Philip, un peu comme l’amiral Philippe De Gaulle (bientôt 101 ans) ressemble incroyablement à son père Charles De Gaulle, a repris les conventions et les sentiers battus de cette lourde institution qu’est la monarchie britannique (et son fils William semble déjà être prêt, lui aussi).

Son premier acte de roi, ce fut son allocution télévisée le 9 septembre 2022 à 19 heures. Assis derrière un bureau, montrant juste une photographie de sa mère, Charles III a simplement exprimé sa douleur mais aussi celle de ses compatriotes, et son engagement, sa promesse de servir son peuple autant que la mère l’avait fait : « Et où que vous viviez au Royaume-Uni, ou dans les royaumes et territoires à travers le monde, et quelles que soient vos origines ou vos croyances, je m’efforcerai de vous servir avec loyauté, respect et amour, comme je l’ai fait tout au long de ma vie. ».

Juste avant, il avait exclu une abdication en précisant la durée de son règne : « pendant le temps que Dieu m’accorde ». Tout en apportant une pensée à chacun des membres les plus importants de sa famille, reprenant le rôle du patriarche. Ainsi sa femme : « Je compte sur l’aide de affectueuse de ma femme chérie, Camilla. En reconnaissance de son propre service public royal depuis notre mariage il y a dix-sept ans, elle devient ma reine consort. Je sais que face aux exigences de son nouveau rôle, elle apportera le dévouement inébranlable au devoir, dévouement sur lequel je compte tant. ». Pour une amoureuse qui avait renoncé au mariage pour éviter toutes les lourdeurs de la famille royale, finalement, elle va être servie.

Aussi à son fils aîné : « En tant qu’héritier, William assume désormais les titres écossais qui ont tant compté pour moi. ». Le prince William devient duc de Cornouailles, et aussi reprend le titre de prince de Galles de son père. Et son autre fils : « Je veux aussi exprimer mon amour pour Harry et Meghan alors qu’ils continuent à construire leur vie à l’étranger. ». Ce qui est une marque d’attention, mais aussi, peut-être, un léger reproche de faire leur vie ailleurs.

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Et il a terminé par un hommage ému à sa mère mais aussi à son père mort il y a un an et demi : « Et à maman chérie, alors que tu commences ton dernier grand voyage pour rejoindre mon cher feu papa, je veux simplement dire ceci : merci. Merci de ton amour et ton dévouement envers notre famille et la famille des nations que tu as servies avec tant de diligence toutes ces années. ». L’allocution fut suivie de quatre-vingt-seize coups de canon, qui correspondent à l’âge de la défunte.

Avec la nomination de la nouvelle Première Ministre Liz Truss deux jours avant sa mort, on peut dire que la reine Élisabeth II est morte "les bottes aux pieds". Un peu comme Serge Dassault qui, bien que nonagénaire, continuait encore à travailler pour mener son entreprise. D’ailleurs, cette histoire de nomination d’une nouvelle Première Ministre ne fait pas l’affaire des journalistes car les documentaires sur la reine, souvent réalisés à l’occasion de son Jubilé de platine, sont rarement mis à jour avec ce quinzième Premier Ministre.

Venons-en aux nombreuses cérémonies qu’a provoquées la disparition d’une reine mémorable. Pour la plupart des Britanniques, c’est nouveau car il n’y a pas eu de nouveau monarque depuis plus de soixante-dix ans. S’il y a une fonction importante dans ce métier de roi (ou de reine), c’est bien la fonction de représentation. Élisabeth II était une pro de la représentation (son fils aussi puisque depuis plusieurs années, il a remplacé sa mère trop fatiguée). L’imagination est vertigineuse si l’on songe au nombre de chefs d'État ou de gouvernement qu’elle a rencontrés depuis 1952, qu’elle a salués, avec lesquels elle a discuté en sept décennies : Nehru, Mandela, Obama, etc.

La journée du 10 septembre 2022 était intéressante puisqu’il fallait bien une cérémonie pour acter le fait qu’il y a un nouveau roi, sans pour autant en faire un couronnement qui aura lieu bien plus tard. La cérémonie s’est déroulée en deux étapes, toutes les deux dans le Palais Saint-James à Londres, mais dans des salles différentes. Pas de couronne, pas de bijoux, pas de paillettes, pas de couleurs : le dress code était sans ambiguïté, en période de deuil, le noir est là.

La première étape s’est faite sans le roi à 11 heures. Il s’agit du Conseil de l’Accession qui est présidé par une femme, Lord-Président du Conseil. Il faut préciser que cette femme, Penny Mordaunt, qui avait le portefeuille du Commerce dans le gouvernement sortant de Boris Johnson, a été nommée le 6 septembre 2022 à ce poste qui est celui d’un membre du gouvernement, et qu’elle était en juillet 2022 la concurrente la plus sérieuse de Liz Truss dans la course au leadership du parti conservateur. C’était donc Penny Mordaunt qui a prononcé les phrases conventionnelles dans ce genre de circonstances, en présence de Liz Truss.

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En face d’elles au pluriel (Penny Mordaunt et Liz Truss), au premier rang dans l’assistance, étaient présents tous les anciens Premiers Ministres encore en vie : de gauche à droite, Tony Blair, Gordon Brown, Boris Johnson, David Cameron, Theresa May et John Major. Plus généralement, tous les parlementaires étaient censés faire allégeance au roi à la fin de la matinée.

La seconde étape s’est déroulée dans la salle d’accession du palais. Cette fois-ci, en présence du roi qui est arrivé en dernier. La Lord-Présidente du Conseil l’a proclamé roi. Elle a lu beaucoup de bavardages juridiques et institutionnels, en particulier en évoquant les "grands sceaux" de certains royaumes). Charles III s’est ensuite avancé pour faire serment. Et cela en présence de deux témoins, Camilla et William. En clair, les deux branches affectives du roi. Il y avait la même tolérance que chez un autre monarque, français, lui, un monarque républicain, François Mitterrand ; quand celui-ci est mort, un hommage a été rendu en présence de Gilbert et Jean-Christophe Mitterrand et aussi de Mazarine, la fille issue d’une autre branche.

Ensuite, le roi s’est assis pour signer son serment par écrit. À cette occasion, il a utilisé un encrier qui a été un cadeau de l’un de ses enfants. Ses témoins ont fait de même (William de la main gauche).

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Avec ce changement de monarque, c’est aussi beaucoup de choses qui changent, jusqu’à l’hymne national redevenu God Save the King ! Le petit sigle sur le dossier du trône, et qui se retrouve en multiples occasions, va passer de "E II R" (Élisabeth II regina) à "C III R" (Charles III rex). Plein d’autres changements seront ainsi perceptibles par les sujets britanniques dans les semaines qui vont venir.

On peut trouver absurde, résurgence d’une époque révolue, égomaniaqueries, tout ce protocole monarchique. Mais il faut bien dire que la République française n’a pas à envie la monarchie britannique dans le protocole. On se rappelle même que lorsque la reine Élisabeth II est venue à Paris le 7 juin 2014, elle a été reçue par la maire de Paris Anne Hidalgo. Il pleuvait des cordes et la reine portait elle-même son parapluie tandis que la maire de Paris avait droit à un domestique pour lui porter le parapluie. Il y avait une sorte d’inconvenance… toute républicaine. Le plus pitoyable dans cette scène, c’est bien sûr le troisième personnage, François Hollande, qui n’était pas couvert et avait pris l’habitude, dès le premier jour de son mandat, d’être trempé par les eaux.

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Ce qui est sûr, c’est que les Français n’auront jamais un même Président de la République pendant soixante-dix ans. Le maximum constitutionnel, c’est dix ans de suite, et avant cette règle, le maximum supportable par les Français, ce fut quatorze ans. Mais la France était une monarchie et a conservé malgré tout le record de longévité de règne, du moins dans l’histoire de l’Europe, puisque Élisabeth II n’a pas pu égaler Louis XIV à ce sujet. En revanche, elle a dépassé le long règne de Ramsès II que les spécialistes annoncent de soixante-six ou soixante-sept ans. Et bien sûr, celui de son aïeule Victoria.

Une fois la cérémonie terminée, l’action se déroulait alors juste à l’extérieur du palais, dans la cour où les gardes du souverain britannique au haut bonnet de nuit noir ridicule (en poils d’ours, emprunté aux grenadiers de la garde impériale de Napoléon Ier vaincus à Waterloo) faisaient quelques exercices, dont celui d’enlever ce chapeau (la forme de leur crâne n’est pas en rapport). Il y a eu alors l’annonce sur les remparts de la proclamation du nouveau roi qui ressemblait à s’y méprendre à une scène des Monty Python. Ensuite, les canons ont tonné quarante et une fois.

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Charles III a plusieurs fois nommé sa mère ainsi : « Sa Majesté la reine, ma mère bien-aimée ». Or, ce mot "bien-aimé", on le retrouve dans beaucoup de dictature communiste lorsque le dictateur "bien-aimé" est mort. En particulier en Corée du Nord mais justement, il s’agit d’une dictature dynastique puisque sur trois générations, le fils a succédé à son père.

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Deux jours après la mort d’Élisabeth II, qui est un événement mondial (Vladimir Poutine a été parmi les premiers à présenter ses condoléances, peut-être plus motivé qu’à la disparition de Mikhaïl Gorbatchev), Charles III a pris désormais ses marques. Il ne sera pas un monarque original, il va au contraire rester conventionnel par respect pour la mémoire de sa mère et même pour compenser sa réputation d’esprit libre et original. Il ne sera pas forcément un roi de transition, car à 73 ans, il peut encore vivre une génération. Son fils aîné a déjà 40 ans, ce qui fait que si aucun événement malheureux ne venait à interrompre prématurément la vie de Charles III, William ne sera roi qu’au même âge, autour de 70 ans.

Ce qui est le plus absurde dans une monarchie, c’est bien cela, le choix du monarque. Et avec l’espérance de vie qui croît, ce type de régime tend inéluctablement à une géroncratie. Sa désignation simplement familiale, le fils aîné, ou fille aînée, et puis ensuite ses enfants etc. ne permet en aucun cas de désigner "le meilleur". C’est une affaire de procréation, de procréation monarchiquement assistée puisque la reine (maintenant le roi) doit donner son accord pour le mariage des trois ou quatre premiers héritiers directs. Car une monarchie, c’est d’abord une filiation. En quoi ce choix génétique est-il pertinent et pourra faire d’un enfant un grand roi ? Je n’y crois guère, le choix par un majorité d‘électeurs, même si c’est le genre d’élections nationales pollue d’un voile d’ego complètement la classe politique d’un pays, reste le meilleur mode de désignation, car tout le monde est sur le même pied d’égalité.

Mais pour l’heure, la monarchie britannique n’a rien à craindre, elle est saine et sauve : la descendance suit.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 septembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le temps du roi Charles III.
Je vous salue Élisabeth, pleine de grâce…
Archie Battersbee.
Diana Spencer.
Theresa May.


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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220910-charles-iii.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-temps-du-roi-charles-iii-243738

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9 septembre 2022 5 09 /09 /septembre /2022 05:24

« Quand je regarde notre pays aujourd’hui et que je vois ce que nous sommes prêts à faire pour nous protéger et nous soutenir mutuellement, je dis avec fierté que nous sommes toujours une nation que ces braves soldats, marins et aviateurs reconnaîtraient et admireraient. » (8 mai 2020).




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Elle était un roc insubmersible, une sorte de référence immuable dans un monde qui bouge tellement vite que tout le monde a le tournis. La reine Élisabeth II est morte ce jeudi 8 septembre 2022, dans l’après-midi, dans son château de Balmoral à l’âge de 96 ans. Elle avait l’âge, comme on pourrait dire vulgairement, et pourtant, cette mort, au-delà de l’émotion, surprend. Surprend car on aurait pu l’imaginer finir centenaire, comme sa mère, ou presque comme son mari dont la disparition, il y a un an et demi, l’avait traumatisée et elle ne s’en était jamais remise, effondrée. Avec Philip, c’était un mariage d’amour, pas un mariage arrangé. La jeune Élisabeth avait l’air enjoué, cet esprit plein de malice qu’elle a toujours gardé par la suite malgré la lourdeur protocolaire de ses fonctions de reine.

Dans la soirée, c’était donc quasiment programme unique à la télévision, soit des reportages "en direct" dérisoires, à Londres, par exemple, cette spectatrice d’une pièce de théâtre qui n’a pas eu lieu car elle a été annulée, soit les documentaires longtemps préparés à l’avance sur la vie d’Élisabeth, de sa jeunesse loin d’être insouciante à sa vieillesse tout autant consciente de la lourdeur de ses responsabilités : incarner, elle-même, par sa propre personnalité, sa neutralité, sa culture, le royaume britannique. Il y a évidemment des brebis égarées, à la télévision. Par exemple, sur une chaîne, on y racontait la princesse Diana, vingt-cinq ans plus tard… un peu hors sujet… un peu à côté de la plaque…

Ou pas, car oui, la mort de Diana a suscité une émotion populaire très profonde, internationale (parce qu’il y a le Commonwealth), et celle de la reine semble en provoquer une de même ampleur. Sur une chaîne (d’information), on a même vu une militante ukrainienne vanter le rôle de la reine d’Angleterre : il fallait bien qu’elle bossât un peu puisqu’on l’avait prévue sur le plateau. Elle n’était pas toute seule, d’ailleurs. Même Vladimir Poutine a exprimé son émotion.

Rien n’a jamais été laissé au hasard à la Couronne britannique : les funérailles nationales, prévues le 18 septembre 2022, avaient été préparées dès les années 1960. Succédant immédiatement à sa mère, le Prince Charles est devenu (enfin !) le roi, le roi Charles III, à l’âge de 73 ans. Il était roi remplaçant depuis plusieurs années, il est devenu roi titulaire.

Bien sûr, la personnalité d’Élisabeth II, sa longévité, son ancienneté, son âge, tout impressionne. Avec elle, on replonge dans les jeunes années d’après-guerre, à une époque plutôt gaie de la reconstruction, avec des perspectives de prospérité économique. Élisabeth II était reine quand Vincent Auriol présidait la France (il était le Ministre des Finances de Léon Blum en 1936), Harry Truman avait remplacé Franklin Roosevelt à la Maison-Blanche. Elle a "commencé" avec Churchill, un mentor digne de confiance qui l’a prise sous son aile. Et pied de nez au destin, non contente d’avoir déjà nommé quatorze Premiers Ministres (dont un deux fois, Harold Wilson), elle a eu le temps, deux jours avant de mourir, d’en nommer une quinzième, Liz Truss, officiellement Première Ministre depuis le 6 septembre 2022.

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Les images ont montré une reine très affaiblie de 96 ans, mais debout ! souriante, complètement lucide, au regard toujours bien concentré sur son interlocutrice, assumant jusqu’au bout sa charge royale. Pour Liz Truss, non seulement elle va devoir se fondre rapidement dans la fonction, mais elle va devoir inaugurer cette nouvelle étape de la royauté : la monarchie britannique tenait surtout grâce à Élisabeth II. Elle partie, son fils Charles III saura-t-il préserver l’unité d’un pays dont les provinces périphériques réclament leur autonomie sinon leur indépendance (ou pas) ?

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On s’était étonné qu’elle marchât avec une canne …à 95 ans et demi ! Certains en ont déjà à 70 ans ! Et puis elle a été testée positive au covid-19 le 20 février dernier. Les fêtes du Jubilé sonnaient comme une sorte de tournée des adieux, pas seulement auprès des sujets britanniques mais aussi de beaucoup de peuples au monde. Même en France, pourtant républicaine, l’émotion est forte. Pas à cause de l’impact médiatique (ceux qui ne traiteraient pas de ce décès seraient les premiers critiqués de négliger un événement émotionnel populaire). Les médias suivent, rarement initient. Élisabeth II a été l’amie de la France, elle parlait parfaitement français et appréciait ses déplacements en France.

Plus de soixante-dix ans et demi de règne, c’est vertigineux. Et pourtant, si elle a battu le record de son aïeule Victoria, elle n’a pas réussi à battre celui de Louis XIV qui était beaucoup plus jeune qu’elle à sa disparition. Pour plein de raisons, des bonnes et des moins bonnes, Élisabeth II est entrée dans les livres d’histoire des Britanniques. Elle a su personnifier la grandeur et la fierté nationale, et surtout l’unité. Elle n’a jamais raté une occasion pour le rappeler, comme cette courte allocution du 5 avril 2020 pour s’associer à son peuple dans le moment très dur de la crise sanitaire.





C’est peut-être l’une de ses dernières prestations qui restera dans la mémoire collective, une femme au milieu du peuple, soucieuse de son devenir : « Ensemble, nous nous attaquons à cette maladie, et je tiens à vous assurer que si nous restons unis et résolus, nous la vaincrons. J’espère que dans les années à venir, chacun pourra être fier de la façon dont il a relevé ce défi. Et ceux qui viendront après nous diront que les Britanniques de cette génération étaient aussi forts que les autres. Les attributs de l’autodiscipline, de la résolution tranquille de bonne humeur, et du sentiment d’appartenance caractérisent toujours ce pays. La fierté de ce que nous sommes ne fait pas partie de notre passé, elle définit notre présent et notre avenir. ».

Malgré les rigueur du protocole, Élisabeth II maniait aussi son propre sens de l’humour qu’elle pouvait user dans certaines circonstances, c’était le cas au lendemain du référendum sur le Brexit : « Je suis encore en vie, en tout cas ! » (24 juin 2016).

Comme pourrait dire "l’homme de la rue", on n’en refera plus une comme cela, une figure morale incroyable, psychorigide de la fonction, mais rayonnante aussi, une version féminine d’un pape mais en plus moderne, en plus libéral, en plus audacieux, ou alors, une sorte de Nelson Mandela, sans la peine endurée mais avec le même éclat dans les yeux d’un universalisme assumé.

Celle par qui la cohésion résiste aux forces centrifuges, celle qui encourage et qui rend la fierté d’appartenir à une nation, elle aurait pu avoir ce titre définitif : grand-mère de l’humanité. En tout cas, elle n’en manquait pas, d’humanité, lorsqu’elle disait : « Le deuil est le prix que nous payons pour l’amour. ». À présent, on le sait : le peuple britannique a toujours adoré sa reine.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 septembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Je vous salue Élisabeth, pleine de grâce…
Liz Truss.
Succession de Boris Johnson : un duel Rishi Sunak vs Liz Truss.
Archie Battersbee.
Diana, la Princesse du peuple.
Salman Rushdie.
Olivia Newton-John.
Roger Penrose.
Le mensonge, cause première de la chute de Boris Johnson.
Jubilé de platine et communion nationale pour la reine.
70 ans de règne d’une femme exceptionnelle.
Jane Birkin.
Jimmy Somerville.
Philip Mountbatten.
L'insubmersible Élisabeth II.
La disparition du mari de la reine.
Victoria.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Le mari de la reine.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
La reine.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !
John Lennon.
Kim Wilde.
Alfred Hitchcock.
Le syndrome de Hiroshima.
Boris Johnson lutte contre le coronavirus.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
Brexit : enfin, l’Union Européenne prouve qu’elle n’y était pour rien !
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

_yartiElisabethII2021A01





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5 septembre 2022 1 05 /09 /septembre /2022 15:14

« J’essaie d’être aussi claire et directe que possible dans ce que j’avance. Je pense que les gens en ont marre des hommes politiques où il y a beaucoup d’eau tiède. » (Liz Truss).



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La comparaison est trop tentante (et peu originale) et c’est elle-même qui l'a provoquée en ayant plusieurs fois exprimé son admiration pour la première femme Première Ministre du Royaume-Uni, Margaret Thatcher. En juin 1983, elle se prenait pour cette (grande) dame dans les élections à l’école (elle avait 7 ans !). Liz Truss, qui sera bientôt la troisième femme dans l’histoire britannique à loger au 10 Dowing Street, est sans aucun doute une femme à poigne, à forte personnalité, elle l’a déjà montré dans le passé. Sera-t-elle meilleure négociatrice que Boris Jonhson ? Pas sûr !

Après une longue procédure qui a commencé avec la démission de Boris Johnson le 7 juillet 2022, Liz Truss a finalement gagné, sans surprise (les sondages l’avaient annoncé), cette difficile compétition pour choisir le leader du parti conservateur, qui équivaut quasi-automatiquement, à devenir Premier Ministre lorsque ce parti, ce qui est le cas, est majoritaire à la Chambre des Communes.

Dans la dernière épreuve, les adhérents du parti conservateur devaient départager les deux candidats finalistes du vote des parlementaires : elle a reçu 81 326 voix, soit 57,4%, tandis que son concurrent, ancien Ministre des Finances, Rishi Sunak, a raté son pari, n’en ayant reçu que 60 399, soit 42,6% avec 17,4% d’abstention, ce qui signifie que le vote des adhérents a été bien suivi. Elle a annoncé sa victoire en milieu de journée ce lundi 5 septembre 2022.

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À 47 ans, cette fidèle de Boris Johnson a déjà une grande expérience gouvernementale puisqu’elle est présente au gouvernement, sans discontinuité, depuis plus de huit ans. Elle a été élue députée pour la première fois en mai 2010, à l’âge de 34 ans, et a été réélue en mai 2015, juin 2017 et décembre 2019.

Elle a été nommée Ministre de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales du 14 juillet 2014 au 14 juillet 2016 dans le gouvernement de David Cameron. Puis, elle a été nommée Ministre de la Justice par Theresa May, du 14 juillet 2016 au 11 juin 2017, puis Ministre du Budget du 11 juin 2017 au 24 juillet 2019. Devenu Premier Ministre, Boris Johnson l’a nommée Ministre du Commerce extérieur du 24 juillet 2019 au 15 septembre 2021, Ministre des Femmes et des Égalités depuis le 10 septembre 2019 et Ministre des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement depuis le 15 septembre 2021.

Élevée dans un environnement familial proche des travaillistes (sa mère a milité pour le désarmement nucléaire), Liz Truss a commencé son engagement politique au sein des libéraux démocrates (centristes) qu’elle a quittés en 1996. Après ses études, elle a été recrutée comme directrice commerciale d’un groupe privé avant de s’engager au sein des conservateurs.

Pendant sa campagne du leadership des Tories, elle a expliqué que son engagement auprès des libéraux démocrates était une erreur de jeunesse, un peu comme c’est le cas chez les adolescents, quand certains se droguent ; elle, elle était centriste ! Sa raison d’être chez les conservateurs : « Je ne suis pas devenue conservatrice juste pour faire partie d’un groupe de gestionnaires qui voudraient diriger le pays… Je veux voir un conservatisme populaire du libre-échange, voir les gens avoir plus d’opportunités mais garder plus leur argent. ». Dans un autre meeting, elle expliquait aussi : « J’étais intéressée par les idées, la liberté, la liberté d’expression et le contrôle de ma propre vie. C’est pourquoi je suis devenue conservatrice. ».

C’était d’ailleurs la fragilité de sa candidature pour postuler au leadership des conservateurs : pourquoi a-t-elle commencé chez les centristes et chez les pro-Européens ? Elle s’est bien rattrapée par la suite. Alors qu'elle était pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l'Euroe, elle a vu dans la campagne référendaire sur le Brexit une opportunité populaire : « Le Brexit a incité des millions de personnes, des jeunes et des moins jeunes, à participer à notre démocratie, et ça, c’est une bonne chose ! ».

Grande travailleuse (au contraire de Bojo, elle connaît les dossiers), Liz Truss va avoir, devant elle, pas même une trentaine de mois avant les prochaines élections générales (à moins qu’elle ne précipite la date comme l’ont fait de nombreux prédécesseurs). Les enjeux ne manquent pas mais elle a au moins l’avantage de connaître deux éléments majeurs pour diriger un pays : les relations internationales et les finances publiques. Avec d’ailleurs son credo assez simple : « Les plus grandes opportunités du Brexit viendront avec plus de commerce avec le reste du monde ! ».

Elle devra sans aucun doute édulcorer ses propos, maintenant qu’elle est au sommet de l’État. Elle devra être beaucoup plus attentive aux susceptibilités notamment diplomatiques, et donc, peut-être être moins directe que dans le passé. Les enjeux ne manquent pas : la crise économique et énergétique, l’Ukraine, l’Irlande du Nord, l’Iran, l’AUKUS, Taiwan, en particulier, seront des dossiers très chauds pour lesquels elle devra faire preuve de plus de subtilité qu’elle ne le laissait apparaître pour le moment aux Affaires étrangères. Pour l’heure, deux dames se rencontre au Palais. La reine aussi fait le job (à 96 ans !).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 septembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Liz Truss.
Succession de Boris Johnson : un duel Rishi Sunak vs Liz Truss.
Archie Battersbee.
Diana, la Princesse du peuple.
Salman Rushdie.
Olivia Newton-John.
Roger Penrose.
Le mensonge, cause première de la chute de Boris Johnson.
Jubilé de platine et communion nationale pour la reine.
70 ans de règne d’une femme exceptionnelle.
Jane Birkin.
Jimmy Somerville.
Philip Mountbatten.
Élisabeth II.
La disparition du mari de la reine.
Victoria.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Le mari de la reine.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
La reine.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !
John Lennon.
Kim Wilde.
Alfred Hitchcock.
Le syndrome de Hiroshima.
Boris Johnson lutte contre le coronavirus.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
Brexit : enfin, l’Union Européenne prouve qu’elle n’y était pour rien !
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

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4 septembre 2022 7 04 /09 /septembre /2022 05:07

« J’ai fait campagne pour que le Royaume-Uni reste dans l’Union Européenne, mais le pays a choisi une voie différente. » (Liz Truss).




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Depuis le 7 juillet 2022, la classe politique attend le verdict du parti conservateur pour connaître le nom du futur Premier Ministre de Sa Majesté. Élisabeth II a d’ailleurs déjà annoncé qu’elle le (ou la) recevrait le jour de son élection dans son palais (puisque officiellement, c’est la reine qui nomme le Premier Ministre). Cette élection devrait s’achever ce lundi 5 septembre 2022.

Effectivement, à la suite de divers scandales personnels, le Premier Ministre britannique actuel, Boris Johnson, s’est trouvé contraint à annoncer sa démission le 7 juillet 2022. Contraint car une grande partie de ses ministres avait quitté le navire deux jours auparavant pour l’obliger à renoncer, malgré un vote de confiance des députés conservateurs le 6 juin 2022 (211 députés lui avaient fait confiance, soit 58,8%, et 148 la lui avaient retirée, sur 359).

Il aura fallu tout l’été pour choisir son successeur, conformément à la procédure convenue et définie le 10 juillet 2022. Le dépôt des candidatures a eu lieu le 12 juillet, une candidature demande le soutien d’au moins 20 députés. Ensuite, il y a un certain nombre de tours au sein du groupe parlementaire : à chaque tour, on élimine le candidat ayant obtenu le moins de voix (et ceux en dessous d’un seuil minimal, 30 voix à partir du deuxième tour). Cela signifie que même si un candidat a obtenu une majorité absolue des voix, des tours complémentaires restent nécessaires pour éliminer des candidats jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que deux. À ce moment, il y a une véritable campagne (sur plusieurs semaines) pour que les adhérents du parti conservateur (non plus seulement les parlementaires) départagent ces deux candidats. Le dernier tour parlementaire a eu lieu le 20 juillet 2022 et il n’est resté que deux candidats en lice, Rishi Sunak et Liz Truss.

Reprenons les candidatures. L’ancien ministre Michael Gove a renoncé à la candidature alors qu’il avait fait partie des outsiders en 2019 (pour la succession de Theresa May) et même en 2016 (pour la succession de David Cameron). Dominc Raab, l’actuel Vice-Premier Ministre, ancien Ministre de la Justice, lui non plus n’a pas présenté sa candidature alors qu’elle aurait été légitime. Trois ont annoncé leur candidature mais ne sont pas allés jusqu’au bout de la procédure (n’ayant pas obtenu le soutien de 20 parlementaires, c’est la barrière des parrainages), c’étaient Rheman Chishti (qui n’a eu que son seul soutien !), Sajid Javid (ancien Ministre de l’Intérieur et ancien Ministre de la Santé, entre autres), et Grant Shapps (actuel Ministre des Transports). Il faut se rappeler que les ministres qui sont encore en fonction actuellement (depuis juillet 2022) sont des hyperfidèles de Boris Johnson puisqu’un certain nombre avait justement démissionné pour rendre inéluctable sa démission (c’était le cas de Michael Gove).

Venons-en aux candidats qui ont concouru à cette compétition très rude. Il y en a eu 8 et disons-le clairement, aucune de ces personnalités, à l’origine, ne se dégageait clairement, au contraire de Boris Johnson où la question, en 2019, était pour ou contre lui. Les médias ont participé à cette course de chevaux en fournissant des sondages mais uniquement parmi les sympathisants du parti conservateur avec des échantillons de plusieurs milliers de sondés, certes, mais non représentatifs.

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Trois candidats ont été éliminés aux deux premiers tours (le 13 et 14 juillet) : Suella Braverman (députée, et procureure générale depuis 2020), Nadhim Zahawi (actuel Ministre des Finances, ancien Ministre de l’Éducation), et Jeremy Hunt, classé bon dernier alors qu’il a été le Ministre des Affaires étrangères de 2018 à 2019, un poste d’influence (aussi ancien Ministre de la Santé). Le quatrième candidat qui a été éliminé à l’issue du troisième tour le 18 juillet était le lieutenant-colonel Tom Tugendhat, président de la commission des affaires étrangères aux Communes depuis 2017.

Ce sont les quatre restants qui étaient les plus importants car peu de différence en voix les séparait au fil des tours de scrutin : Liz Truss, l’actuelle Ministre des Affaires étrangères depuis 2021, considérée par certains depuis un an comme la favorite (en tout cas, des sondages et des militants), Rishi Sunak, l’ancien Ministre des Finances qui a démissionné en juillet pour renverser Boris Johnson, il était aussi parmi les favoris, comme le successeur naturel de Bojo (et celui qui était capable de lui tenir tête). Enfin, deux autres femmes assez populaires, Kemi Badenoch, au gouvernement entre 2021 et 2022, et Penny Mordaunt, au gouvernement depuis 2016 dans des fonctions parfois régaliennes (Défense, Développement international, Armées) ou plus sociales (Commerce, Femmes, Personnes handicapées). Dans les estimations, les quatre pouvaient espérer arriver aux deux premières places. Kemi Badenoch et Penny Mordaunt s’étaient même retrouvées en tête des sondages avant le quatrième tour le 19 juillet.

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Finalement, Kemi Badenoch a été éliminée au quatrième tour et au cinquième et dernier tour des parlementaires, le 20 juillet, c’était finalement Liz Truss qui a obtenu de justesse la qualification pour le vrai match, avec 8 voix d’avance sur Penny Mordaunt, alors que cette dernière, au tour précédent, avait une avance de 6 voix par rapport à la Ministre des Affaires étrangères. Quant à Rishi Sunak, il a dominé les cinq tours de cette compétition, toujours au premier rang, passant de 88 voix (24,6%) à 137 voix (38,3%).

Néanmoins, l’incertitude reste très élevée pour la compétition entre les deux finalistes dans un vote de tous les adhérents du parti conservateur. En effet, si Rishi Sunak a toujours gardé une avance confortable chez les parlementaires (le 20 juillet, au cinquième tour, il a obtenu 38,6% des voix contre 31,8% à Liz Truss), les sondages des sympathisants donnent généralement un rapport deux tiers/un tiers favorable à Liz Truss (les deux sondages les plus récents sur des enquêtes réalisées entre le 18 et 25 août sur des échantillons membres du parti conservateur donnent à Liz Truss respectivement 59% et 64% d’intentions de vote et à Rishi Sunak 33% et 36%). Une surprise n’est pas exclue, mais a priori, Liz Truss est la favorite.

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Qu’est-ce qui les distingue ?

Rishi Sunak (42 ans) a déjà une expérience ministérielle non négligeable : élu député depuis 2015, cet ancien analyste de Goldman Sachs a été membre du gouvernement de juillet 2019 à juillet 2022, chargé du Trésor puis des Finances. Favorable à un faible endettement public, il s’était opposé à une trop forte augmentation des dépenses publiques pendant la crise du covid-19, était favorable au gel des retraites et a milité contre une taxe carbone qui, selon lui, serait très coûteuse pour les catégories les plus modestes (à la fin de la chaîne de valeur). Dès l’été 2021, il a ferraillé politiquement contre Boris Johnson et s’il n’a pas été limogé du gouvernement, c’était parce qu’il bénéficiait d’appuis influents au sein du parti conservateur, appuis confirmés dans le choix des parlementaires.

Liz Truss (47 ans) est députée depuis 2010 et occupe différents postes ministériels depuis juillet 2014, en particulier la Justice entre juillet 2016 et juin 2017 et le Trésor entre juin 2017 et juillet 2019. Elle est Ministre des Femmes depuis septembre 2019 et Ministre des Affaires étrangères depuis septembre 2021, la seconde femme à ce poste depuis la travailliste Margaret Beckett entre mai 2006 et juin 2007 (cette dernière, qui va bientôt avoir 80 ans, a encore été réélue députée en décembre 2019).

Liz Truss est généralement qualifiée de "faucon" du gouvernement britannique, n’hésitant pas à vouloir provoquer une guerre nucléaire si la Chine attaquait Taiwan. Elle est partisane d’une attitude de grande fermeté contre l’Iran. Elle était d’accord avec la remise cause unilatérale de l’accord avec l’Union Européenne sur l’Irlande du Nord. Elle voudrait privilégier l’alliance du Royaume-Uni avec les États-Unis et l’Australie sur l’alliance avec les pays de l’Union Européenne. Enfin, elle prône une baisse massive des impôts. Son attitude anti-russe lui a d’ailleurs joué des tours car lors d’une rencontre avec son homologue russe, le 2 décembre 2021 à Stockholm (donc avant l’invasion de la Russie en Ukraine), Sergueï Lavrov, en petit plaisantin, avait réussi à piéger et ridiculiser publiquement Liz Truss en l’amenant à refuser de reconnaître la souveraineté russe sur deux villes proches de la frontière ukrainienne, Rostov-sur-le-Don et Voronej, pourtant deux villes russes de plus d’un million d’habitants chacune.

Elle n’a pas été toujours sur cette fréquence-là. Liz Truss a commencé son engagement politique en militant au sein des libéraux démocrates jusqu’en 1996 et en 2016, elle avait refusé le Brexit.

Tout ce qu’on peut dire pour l’avenir, c’est que les relations entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne seront loin de progresser dans l’ère après Boris Johnson. Depuis le référendum sur le Brexit, les Premiers Ministres britanniques ne durent pas plus de trois ans. Cette instabilité ne devrait pas s’arrêter avec le prochain Premier Ministre (ou la prochaine Première Ministre) puisque les prochaines élections générales sont prévues au plus tard en décembre 2024. Rendez-vous est pris ce lundi 5 septembre 2022 pour le résultat de cette course à l’échalote…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2022)
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Pour aller plus loin :
Succession de Boris Johnson : un duel Rishi Sunak vs Liz Truss.
Archie Battersbee.
Diana, la Princesse du peuple.
Salman Rushdie.
Olivia Newton-John.
Roger Penrose.
Le mensonge, cause première de la chute de Boris Johnson.
Jubilé de platine et communion nationale pour la reine.
70 ans de règne d’une femme exceptionnelle.
Jane Birkin.
Jimmy Somerville.
Philip Mountbatten.
Élisabeth II.
La disparition du mari de la reine.
Victoria.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Le mari de la reine.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
La reine.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !
John Lennon.
Kim Wilde.
Alfred Hitchcock.
Le syndrome de Hiroshima.
Boris Johnson lutte contre le coronavirus.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
Brexit : enfin, l’Union Européenne prouve qu’elle n’y était pour rien !
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

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29 août 2022 1 29 /08 /août /2022 05:22

« C’est un point à retenir que de toutes les ironies au sujet de Diana, peut-être la plus grande était celle-ci : une fille du nom de l’ancienne déesse de la chasse était, en fin de compte, la personne la plus chassée de l’ère moderne. » (Charles Spencer, frère de Diana, le 6 septembre 1997 à Londres).




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Chassée par la presse et les médias, bien sûr. C’est un peu comme les saisons, revoici fleurir des documentaires sur la princesse Diana Spencer, mère de la descendance de la reine Élisabeth II. Logique du calendrier. Elle est hélas morte dans un accident de voiture à Paris, sous le pont de l’Alma, il y a vingt-cinq ans, dans la nuit du 30 au 31 août 1997.

J’étais, le 31, il me semble, à Perpignan avec des amis, et j’ai été très étonné que cette nouvelle, affreuse en elle-même, ait pu autant émouvoir certaines de mes amies (femmes) qui n’avaient pourtant pas de relations particulières avec la famille royale. Elles ne lisaient pourtant aucun magazine sur les princesses et autres têtes couronnées, mais elles étaient pourtant choquées.

Le maître mot était l’identification, et Lady Di était une sorte d’héroïne sortie du ciel mais qui avait des combats très concrets, en particulier contre le sida. Elle a contribué à ne pas isoler socialement les personnes séropositives (Bill Clinton a écrit en décembre 2001 : « En 1987, lorsqu’une grande partie de la population croyait qu’il était possible de contracter le sida par de simples contacts, la princesse Diana s’est assise sur le lit d’un malade du sida et lui a serré la main. Elle a montré au monde que les séropositifs ne méritaient pas l’isolement mais la compassion. Ces prises de position ont contribué à faire évoluer l’opinion mondiale, à donner espoir aux séropositifs et à sauver des vies. »).

Aussi son combat contre les mines antipersonnel au cours de ses voyages humanitaires, en particulier en Angola en janvier 1997 (le Ministre britannique des Affaires étrangères Robin Cook a affirmé en 1998 : « Tous les membre de cette assemblée [la Chambre des Communes] seront reconnaissants à la princesse de Galles de nous avoir révélé le coût humain des mines antipersonnel. La meilleure façon de prendre en compte son action ainsi que celle des ONG qui ont lutté contre les mines, c’est de voter pour le projet de loi et d’ouvrir la voie à l’interdiction mondiale des mines. ».

Elle a soutenu bien d’autres causes comme celle des sourds en faisant l’apprentissage du langage des signes britannique. Mais Diana Spencer a surtout été populaire parce qu’elle représentait la figure d’une femme trompée, dupée par son mari. Elle s’est mariée le 29 juillet 1981 avec le Prince Charles au cours de festivités retransmises mondialement. Elle avait tout juste 20 ans (née le 1er juillet 1961) et son mari de prince héritier en avait 32. Elle a fait son job de princesse et de belle-fille d’une reine pas facile, elle s’est prêtée aux jeux des médias, de la représentation, des actions caritatives, elle a mis au monde deux garçons, William (le 21 juin 1982, il vient d’avoir 40 ans) et Harry (le 15 septembre 1984), bref, elle a donné à la famille royale la descendance qu’elle attendait (et la génération a continué par la suite, la monarchie est sauvée !). Kate Middelton, l’épouse du prince William, a eu cette année 40 ans (le 9 janvier 2022), elle est donc bien plus âgée que les 36 ans de Diana à sa mort : décidément, la charisme planétaire d’une telle princesse n’est pas automatique.

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Mais probablement qu’elle avait le mauvais rôle dans ces jeux affectifs des hommes comme que le décrivait François Mitterrand, selon Roland Dumas, c’est-à-dire que les hommes ont besoin de « trois femmes : une pour l’intelligence, une pour les enfants et l’autre pour le plaisir ». Je ne sais pas le rôle de Camilla Parker Bowles auprès du Prince Charles, mais il semble patent que Diana Spencer n’avait pas forcément le meilleur rôle, celui de "mère" pour avoir des enfants et des descendants. Isolement, dépression, humiliation, incompréhension. Le rose des paillettes n’est pas forcément d’un éclat véritable.

C’est certainement aussi par la manière dont elle fut traitée par la famille royale, avant puis après la séparation officielle le 9 décembre 1992, puis le divorce le 28 août 1996, que Diana a été populaire. La réaction initiale de la reine à la mort de Diana n’a pas été à la hauteur de la ferveur populaire. Elle s’est achetée les jours suivants. On peut à cet égard recommander deux ou trois films sur le sujet, un sur le mode parodique : "Palais royal !" de Valérie Lemercier (sorti le 23 novembre 2005), et un autre un peu plus sérieux : "The Queen" de Stephen Frears (sorti le 15 septembre 2006), également "Diana" d’Oliver Hirschbiegel (sorti le 20 septembre 2013).

Pendant les dernières années de sa vie, Diana a utilisé son attractivité médiatique contre la famille royale, mais ce petit jeu s’est aussi retourné contre elle. Son échappée avec Dodi Al-Fayed, producteur de cinéma et fils d’un milliardaire égyptien propriétaire du Ritz à Paris et également cousin du journaliste saoudien Jamal Khashoggi (assassiné au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul), qui allait être la dernière, devait être médiatisée pour provoquer la jalousie de son ancien amant, le chirurgien Hasnat Khan dont la famille pakistanaise a refusé la liaison (car Diana n’était pas musulmane), et le faire revenir vers elle (tandis que la presse expliquait qu’elle allait se marier avec Dodi Al-Fayed).

De retour de vacances en Sardaigne, le couple très récent a été piégé par les photographes à Paris, dès la sortie de l’aéroport du Bourget. L’accident sous le pont de l’Alma était inévitable dès lors que la voiture roulait à plus de 120 km/h, peut-être jusqu’à 155 km/h, alors que la vitesse était limitée à 50 km/h. Les voies sont étroites à cet endroit de Paris. Surtout, des piliers sont positionnés au milieu de la chaussée, séparant les deux sens.

Le professeur Claude Got rappelait le 30 mai 2011 que l’accident qui a tué trois personnes (Diana, son amant et le chauffeur) avait eu au moins quatre causes : la vitesse excessive, le chauffeur avec une alcoolémie excessive (et aussi des médicaments dans le sang), l’absence de barrière de protection pour éviter les chocs contre les piliers (un séparateur médian en béton aurait probablement sauvé la princesse), ainsi que l’absence de ceinture de sécurité mise par aucun des quatre passagers.

La princesse est morte quelques heures après l’accident, après son transfert à la Pitié-Salpêtrière. Sa disparition a provoqué une émotion très forte au Royaume-Uni (et au-delà), que Tony Blair, le Premier Ministre britannique, a bien comprise. Les funérailles ont eu lieu le 6 septembre 1997 à Londres avec les honneurs nationaux, en présence de nombreuses personnalités, en particulier de Tony Blair, James Callaghan, Margaret Thatcher, John Major, Edward Heath, Hillary Clinton, Henry Kissinger, Bernadette Chirac, Juan Carlos, Constantin II de Grèce, Nelson Mandela, etc.

Comme dans tout événement très émotionnel, des théories du complot ont fleuri après la mort de la princesse. Mohamed Al-Fayed, le père milliardaire de l’amant, a voulu croire à un double assassinat (contre Diana et contre son fils), mais sans en apporter la preuve, d’autres évoquent une princesse enceinte, la mystérieuse disparition de la Fiat Uno blanche qui avait été heurtée par la voiture de la princesse sous l’Alma (son conducteur ne s’est jamais fait connaître et n’a jamais été retrouvé), et même, comme c’est le cas pour Elvis Presley, l’idée que Diana et son amant vivraient encore aujourd’hui dans un havre de paix, reculé et loin de toute la pression médiatique.

Dans cette dernière hypothèse, plutôt heureuse (certaines personnes ont besoin de "rêver"), on y trouve aussi Marilyn Monroe et même Michael Jackson. Mais au fond, tous ceux qui disparaissent, même les plus humbles, sont peut-être aujourd’hui dans ces petits îlots paradisiaques de sérénité et de paix, loin du tracas du quotidien, profitant du petit bonheur d’avoir été vivants et surtout, d’avoir été humains…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 août 2022)
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Pour aller plus loin :
Diana, la Princesse du peuple.
Salman Rushdie.
Olivia Newton-John.
Roger Penrose.
Le mensonge, cause première de la chute de Boris Johnson.
Jubilé de platine et communion nationale pour la reine.
70 ans de règne d’une femme exceptionnelle.
Jane Birkin.
Jimmy Somerville.
Philip Mountbatten.
Élisabeth II.
La disparition du mari de la reine.
Victoria.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Le mari de la reine.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
La reine.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !
John Lennon.
Kim Wilde.
Alfred Hitchcock.
Le syndrome de Hiroshima.
Boris Johnson lutte contre le coronavirus.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
Brexit : enfin, l’Union Européenne prouve qu’elle n’y était pour rien !
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

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24 août 2022 3 24 /08 /août /2022 05:04

« En se battant pour sa liberté, l’Ukraine se bas aussi pour la nôtre, et ce n’est pas là qu’une figure de style. » (Bernard Guetta, le 23 août 2022).




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Ce mercredi 24 août 2022 marque une double date pour l’Ukraine : c’est la fête nationale des Ukrainiens qui ont acquis leur indépendance de l’URSS le 24 août 1991 (31e anniversaire), mais aussi et surtout, c’est le sixième mois de guerre que la Russie de Poutine impose à l’Ukraine. C’est aussi un autre sinistre anniversaire, qui pourrait paraître très différent des précédents mais peut-être qu’il y a en commun la notion de massacres humains : le 450e anniversaire du massacre de la Saint-Barthélemy.

Avant de poursuivre, rappelons inlassablement que dans ce conflit armé qui a déjà fait des dizaines, peut-être des centaines de milliers de morts, dont beaucoup de civils, les Ukrainiens sont les victimes, pacifiques mais résistantes, et l’armée russe et ses prestataires sont les agresseurs. Et j’insiste aussi là-dessus : il ne s’agit pas de la Russie mais bien de la Russie de Poutine. Le peuple russe, c’est autre chose, il peut être conditionné, mais il n’est pas plus va-t-en-guerre que les autres peuples de l’Europe. C’est pourquoi, d’ailleurs, je comprendrais mal l’interdiction de délivrer des visas de tourisme (français ou européens) aux Russes car l’amitié franco-russe existe, reste forte et doit perdurer.

Le bilan humain est déjà très lourd et il est impossible de le connaître exactement, parce que la guerre n’est pas finie et parce que la désinformation se retrouve dans les deux camps. Selon des approximations à ce jour, sujettes à caution, les forces russes auraient subi 15 000 morts et 45 000 blessés (sur un peu plus de 200 000 hommes) et les forces ukrainiennes 9 000 morts et 30 000 blessés (sur plus d’un million d’hommes mobilisés), sans compter les très nombreux civils, ukrainiens, qui ont péri depuis six mois. Le bilan matériel est subi principalement par l’Ukraine. Quant à l’impact économique, c’est le monde entier qui en subit les conséquences, de manière durable et massive.

Je propose sept dates pour ces six mois. Elles ne sont pas exhaustives, elles sont probablement arbitraires, elles ne sont peut-être pas l’essentiel stratégique de la guerre, mais elles posent comme des jalons dans l’émotion internationale.


1. Jeudi 24 février 2022 : début de l’invasion des troupes russes en Ukraine

C’est la date principale, il y a six mois. Personne n’y croyait… sauf les Américains qui avaient observé précisément la mobilisation des troupes russes à la frontière russe et biélorusse. En fait, on n’y croyait pas parce que c’était impensable dans l’intérêt de la Russie dont l’avenir à long terme est forcément européen et pas chinois (car le clivage historique et économique est ainsi).

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Poutine a commis une immense faute en envahissant l’Ukraine. On pourrait mettre en parallèle la faute, énorme, du Président américain George W. Bush d’envahir l’Irak, mais elle est encore pire. Certes, la guerre en Irak a été une monstrueuse faute qui a eu beaucoup de conséquences désastreuses pour notre vie quotidienne (car cela rejaillit sur la vie quotidienne), en particulier la création de Daech, la multiplication des attentats meurtriers, l’afflux massifs de réfugiés surtout syriens en Europe, et leurs conséquences économiques mais aussi politiques et électorales (montée des extrémismes, des populismes partout dans le monde). Mais au moins, les États-Unis avaient atteint leur objectif avec le calendrier prévu.

Au contraire de Bush, Poutine a tout foiré. C’est ce que Roland Dumas, ancien Ministre des Affaires étrangères, avait d’ailleurs confié à Catherine Nay le 5 avril 2022. Poutine a fait de nombreuses erreurs de discernement. D’abord, il a cru qu’il pourrait conquérir l’Ukraine en trois jours, un peu comme Hitler avec l’Autriche (l’Anschluss). Et il a cru que les Ukrainiens salueraient la "libération" russe. Les Ukrainiens ont su résister dès la première minute. Ensuite, il n’a pas apprécié à sa juste valeur l’état de délabrement de l’armée russe, la vétusté du matériel, ainsi que le manque d’hommes entraînés. L’hypocrisie suprême de parler d’une "opération militaire spéciale" (sans compter l’objectif de "dénazification") empêche de mobiliser les jeunes Russes et impose le volontariat. Enfin, il n’a pas évalué à sa juste prévision la réaction du "camp occidental" (à savoir principalement les États-Unis et l’Europe), qui a su s’adapter après le premier étonnement (car tout le monde a été étonné, pas seulement Poutine) de la résistance ukrainienne.

En épuisant ses forces militaires sur l’Ukraine qui n’était pas pourtant pas un danger pour elle, la Russie se met en grave danger en cas d’agression extérieure : elle n’aurait plus sa capacité de réaction.


2. Mercredi 9 mars 2022 : le bombardement d’un hôpital pour enfants à Marioupol

La guerre est terrible, elle est horrible, elle détruit de nombreuses vies humaines. J’ai toujours du mal avec la notion de "crime de guerre" car pour moi, la guerre elle-même est un crime, ceux qui déclenchent la guerre, en toute conscience, en tout cynisme, sont des criminels. Mais le droit international fait la différence : il y a les troupes militaires, dans les deux camps, qui combattent et peuvent s’entretuer (sauf quand ils sont faits prisonniers auquel cas la Convention de Genève s’applique), et il y a les civils, qu’il faut protéger. Mais a-t-on vu une guerre sans pertes de civils ? La guerre est un massacre organisé et elle est d’autant plus dure qu’elle oppose deux forces de même importance militaire, ce qui semble paradoxalement le cas ici (paradoxalement, car on aurait pu penser que la Russie était bien plus puissante).

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Cela écrit, il y a des actes criminels contre les civils que ne nécessitaient ni la tactique ni la stratégie de guerre. L’un de ces actes qui a suscité l’émotion internationale fut le bombardement d’un hôpital pour enfants et d’une maternité de Marioupol, le "Maternity Hospital n°3", le 9 mars 2022. Une neurologue a affirmé : « Des femmes, des nouveaux-nés et du personnel médical ont été tués. ».

C’était une faute de l’armée russe d’avoir bombardé un tel centre hospitalier, une faute lourde qui a plombé toutes les raisons de faire la guerre (ça ne sert à rien de dénazifier si on renazifie en même temps). Elle a placé Poutine dans la catégorie des criminels de guerre comme un vulgaire Milosevic. Après un long siège, la ville de Marioupol, qui est un port stratégique du Donbass de plus de 400 000 habitants avant la guerre, a été entièrement conquise par les troupes russes le 20 mai 2022, détruite à 90%.


3. Vendredi 1er avril 2022 : découverte des massacres de Boutcha

J’ai évoqué dans le point précédent les crimes de guerre, le bombardement d’un hôpital, par exemple, mais il y a hélas bien pire : des assassinats en masse, des exécutions sommaires de civils, des viols, des actes de tortures, etc. Hélas, c’est ce qui s’est passé en particulier dans les villes de Boutcha, Borodianka, Irpin, Motyjyn et Trostianets, au nord de Kiev, des massacres de civils découverts au début du mois d’avril 2022, après le retrait des troupes russes.

Car effectivement, après l’enlisement de l’armée russe dans le nord de Kiev, Poutine a réaffecté ses troupes en les focalisant sur le Donbass, et a ainsi "libéré" (la libération, c’est quand les troupes russes quittent le territoire ukrainien, pas quand elles l’envahissent, c’est ainsi la signification des mots dans le dictionnaire) plusieurs villes qui ont été occupées par les troupes russes durant le mois de mars 2022.

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Ce qu’ont découvert les troupes ukrainiennes lorsqu’elles sont revenues sécuriser ces villes, à partir du 1er avril 2022, a été absolument abject. Des morts pour le plaisir de tuer, du sadisme à l’état pur. Au moins 1 314 personnes ukrainiennes civiles sont mortes ainsi. Certaine personnes mortes ont été découvertes menottées dans le dos, d’autres écrasées par un char dans leur voiture, certains corps étaient déjà présents au 11 mars 2022 et laissés en décomposition (certains images satellites l’ont prouvé). Certains corps n’ont plus d’oreilles, des dents arrachées, etc. Certains ont été abattus alors qu’ils promenaient leur chien ou qu’ils portaient des sacs de provisions. D’autres corps ont été retrouvés brûlés, en particulier, des corps de femmes dévêtues à moitié calcinés (on avait tenté de les brûler). Des voitures ont été incendiées avec leurs passagers, dont des enfants. Un corps a été retrouvé décapité et la tête brûlée. La plupart des témoignages de ce qu’on a retrouvé dans ces villes libérées sont insoutenables.

Forcément, Poutine paiera un jour ou l’autre. Car il est responsable d’un tel gâchis humain, qu’il contrôle ou qu’il ne contrôle plus ses troupes (auquel cas, c’est bien plus grave).


4. Jeudi 14 avril 2022 : naufrage du croiseur russe Moskva dans la mer Noire

Un autre événement qui a montré la faiblesse de l’armée russe, c’est le naufrage du croiseur russe, le Moskva, le 14 avril 2022. Il a appareillé à Sébastopol avant le début de la guerre et il était déployé comme navire amiral de la flotte russe de la mer Noire. Sa position était stratégique dans la mer Noire.

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Le 13 avril 2022, l’armée ukrainienne a annoncé qu’elle avait touché le croiseur avec au moins deux missiles Neptune, lancés depuis un lieu près d’Odessa, ce qui a provoqué un incendie. Le Moskva a fini par couler le lendemain. L’armée russe a affirmé que l’incendie provenait d’une explosion de munitions à cause d’une négligence humaine (quelqu’un qui fumait), ce qui est peu crédible. Elle a aussi affirmé qu’il n’y aurait quasiment pas eu de pertes d’équipage (510 hommes ?) à l’exception de 1 mort et 27 disparus, mais certains évoqueraient plusieurs centaines de disparus.

Cette perte de navire, le plus grand depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, est particulièrement humiliante pour Poutine. L’impression que David se moquerait de Goliath. Elle montre aussi l’état de la flotte russe, incapable de détecter et d’alerter des attaques par missile. Seul, le gouvernement turc peut autoriser l’arrivée d’un autre navire de guerre russe par les Dardanelles et le Bosphore et dès le 28 février 2022, la Turquie avait annoncé sagement son interdiction du passage de tout navire de guerre, quelle qu’en soit la nationalité. Du reste, la version russe (négligence interne) n’est pas moins humiliante pour l’armée russe, taxée dans ce cas d’incompétence.


5. Jeudi 16 juin 2022 : visite européenne à Kiev

Très attendu à Kiev depuis février 2022, Emmanuel Macron a fait le déplacement pour rencontrer le Président ukrainien Volodymyr Zelensky. Il l’a fait en tant que Président de la République française, mais aussi en tant que Président du Conseil de l’Union Européenne qu’il était jusqu’au 1er juillet 2022.

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Et il n’est pas venu seul, accompagné des deux autres puissances fondatrices de l’Europe, Olaf Scholz pour l’Allemagne et Mario Draghi pour l’Italie, ainsi que de Klaus Iohannis, Président de la Roumanie, pays très exposé par la guerre en Ukraine, tant en termes de sécurité qu’en termes de réfugiés.

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Cette visite européenne a été essentielle sur le plan diplomatique car elle a confirmé le soutien total de l’Union Européenne à la résistance ukrainienne et à sa demande d’adhésion.


6. Samedi 6 août 2022 : inquiétude sur la centrale nucléaire de Zaporijia

C’est probablement la date la plus arbitraire de ces sept dates, car il fallait bien en donner une. J’ai choisi celle-ci car c’est à ce moment-là que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a exprimé le risque d’une véritable catastrophe nucléaire mettant en danger l’Ukraine et l’Europe en raison des bombardements que subit la centrale nucléaire de Zaporijia, la plus puissante des centrales nucléaires européennes avec 6 GW.

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La centrale de Zaporijia est sous le contrôle des troupes russes depuis le 4 mars 2022 et depuis lors, c’est bien les autorités russes qui sont responsables de tout ce qui pourrait survenir dans cette centrale. Je me réjouis d’ailleurs que Poutine ait accepté une visite d’inspection de l’AIEA le 19 août 2022, après la conversation téléphonique avec Emmanuel Macron.

Des troupes russes ont bombardé la centrale le 4 mars 2022. D’autres bombardements ont eu lieu (russes ou ukrainiens, les deux pays s’en défendent), en particulier le 6 et le 11 août 2022.

Ces affrontements près d’une centrale nucléaire sont probablement une source d’inquiétude bien plus forte que le risque d’une agression nucléaire qui reste seulement théorique. Dans le cas de cette centrale, rien ne semble sous contrôle, ni les troupes, ni le personnel de maintenance qui opère dans la centrale et c’est cela qui fait peur. Volodymyr Zelensky a exigé que l’ONU soit responsable de la sécurité de cette centrale qui devra être démilitarisée.


7. Samedi 20 août 2022 : assassinat de la journaliste Daria Douguina

La dernière date est l’assassinat de la journaliste Daria Douguina, qui, revenant d’une manifestation culturelle, a été tuée par l’explosion de la voiture (un Toyota Land Cruiser Prado) qu’elle conduisait dans la nuit du 20 au 21 août 2022 près de Moscou (à une trentaine de kilomètres). Elle avait 29 ans (née le 15 décembre 1992) et son assassinat a suscité beaucoup d’émotion, bien au-delà de la Russie (aussi en France, elle était une amie de Marion Maréchal et plus généralement, d’une certaine extrême droite en France). On ne sait pas vraiment si c’était elle-même ou son père, Alexandre Douguine, qui a été visé dans cet attentat, car elle conduisait la voiture de son père et ce dernier la suivait de peu. C’est clair qu’on peut aussi imaginer l’émotion du père de voir en direct sa fille partir en fumée. Elle a été enterrée le 23 août 2022.

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Disons-le tout de suite : je soutiens fermement l’aspiration du peuple ukrainien à exister et à vivre dans la sécurité et la paix, mais je condamne naturellement ce lâche assassinat qui est aussi moche que les massacres cités plus haut.

Rappelons qui elle était : une journaliste militante, spécialiste de la Grèce antique, avec un doctorat de philosophie de l’Université de Moscou en poche (parlant aussi le français, elle a fait une partie de ses études à l’Université de Bordeaux) qui, comme son père, prêchait pour un nationalisme pan-russe extrême, pour des valeurs de la Sainte Russie comme civilisation à part entière contre l’Occident et contre l’Asie. On a dit que son père était un proche conseiller de Poutine mais il paraît beaucoup plus éloigné qu’il n’était dit, il n’occupe d’ailleurs aucune fonction officielle. Alexandre Douguine, nationaliste russe, est un intellectuel de 60 ans qui a créé (entre autres) le parti national-bolchévique en mai 1993 (son logo était le brassard nazi avec une faucille et un marteau à la place de la croix gammée ; il fut interdit en août 2007), puis le parti Eurasie en juin 2002, dont la philosophie est l’affrontement inévitable entre la Russie et les États-Unis.

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Pour Poutine, qui a exprimé son émotion, c’est une occasion supplémentaire d’être soumis à une forte pression des nationalistes russes. Alors que les autorités ukrainiennes ont rejeté toute responsabilité dans cet attentat et qu’un groupe russe exilé inconnu l’a revendiqué, les autorités russes (en particulier le FSB) a déterminé dans les heures qui ont suivi la supposée responsable de cet assassinat : une jeune femme militaire ukrainienne arrivée en Russie le 23 juillet 2022 avec sa fille de 12 ans, qui aurait espionné Daria Doguina à Moscou et qui serait venue aussi au festival auquel la journaliste a participé, et qui se serait enfouie en Estonie.

Je suis bien incapable de connaître le niveau de véracité de ces informations, mais il me paraît très étrange que cette affaire soit résolue avec une telle rapidité alors qu’on ne connaît toujours pas les responsables de l’assassinat de Boris Nemtsov commis le 27 février 2015.

De plus, quel aurait été l’intérêt de l’Ukraine de faire de Daria Douguina (à défaut de son père) un martyr de la Russie face aux prétendus méchants Ukrainiens ? Hélas, la guerre est monstrueuse en elle-même et sécrète les monstres dans les deux camps qui pouvaient être inhibés par un État de droit. Lorsque la guerre domine, le droit, le respect aux personnes, la justice… toutes ces digues du vivre ensemble sont renversées.


Et maintenant ?

La guerre continuera car elle est devenue une sorte de Vietnam pour la Russie. Poutine a besoin de considération et ne pourrait garder la face s’il se retirait immédiatement de l’Ukraine. Il est donc dans une position impossible, il a compris (car il est intelligent) qu’il a fait une bourde, mais il ne sait pas comment faire machine arrière sans déprécier l’avenir de la Russie.

Pourtant, l’annexion pure et simple de l’Ukraine à la Russie, comme cela avait été fait en Crimée, est impossible. La guerre risque d’être longue car l’Ukraine est un peuple résistant et tenace. Pire pour Poutine, à cause de lui, ou grâce à lui, les Ukrainiens ont su se construire leur propre histoire patriotique. Leur enjeu, c’est l’existence même de la nation ukrainienne. Il y a donc un véritable parallèle avec la situation de la France en juin 1940, quand la nation française était en danger de mort à cause de l’Occupation nazie. À cet égard, Volodymyr Zelensky a montré, contre toute attente, l’âme d’un grand homme d’État qui façonne l’histoire (en revanche, je ne le comparerais pas du tout à De Gaulle, car les contextes sont différents).

Quant à l’OTAN, j’y reviendrai, elle qui était en "mort cérébrale", a été redynamisée par Poutine, au point que la Finlande et la Suède ont demandé leur intégration dans cet ensemble qui a pour seule fonction, défensive, la sauvegarde des territoires nationaux de leurs membres. Incontestablement, la situation géostratégique de la Russie après cette invasion est pire, au regard de sa propre sécurité, qu’avant. Probablement qu’un jour, les Russes eux-mêmes s’en apercevront et en tireront les conséquences qui s’imposeront alors.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 août 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
Les massacres de Boutcha.
Le naufrage du croiseur russe Moskva.
L’assassinat de Daria Douguina.
Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
L'avis de François Hollande.
Volodymyr Zelensky.
Poutine paiera pour les morts et la destruction de l’Ukraine.
Ukraine en guerre : coming out de la Grande Russie.
Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220824-ukraine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/6-mois-de-guerre-en-ukraine-en-7-243405

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/08/23/39604350.html












 

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18 août 2022 4 18 /08 /août /2022 05:45

« Mein Gott, hilf mir, diese tödliche Liebe zu überleben. »




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En russe :
« Господи! Помоги мне выжить среди этой смертной любви ». En français, cela signifie : « Mon Dieu, aide-moi à survivre à cet amour mortel ». C'est le nom de l'œuvre très connue de l'artiste russe Dmitri Vladimirovich Vrubel. Ce dernier était dans le coma depuis plusieurs jours, en raison de complications cardiaques engendrées par le covid-19 (oui hélas, on meurt encore du covid-19). Les médecins ayant perdu tout espoir de réanimation, la famille a accepté de débrancher les appareils qui le maintenaient en vie. Il est mort le 14 août 2022 à Berlin, à l'âge de 62 ans (il est né le 14 juillet 1960 à Moscou).

La peinture du baiser mortel, c'est probablement l'œuvre la plus connue de la centaine d'œuvres qui ont été peintes sur le mur de Berlin, sur le tronçon de 1 300 mètres de l'East Side Gallery, le bout du mur de Berlin qui est encore resté debout pour des raisons artistiques et historiques. Près de la Ostbahnof, dans le quartier de la Friedrichshain.

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La photographie d'origine qui a servi de modèle à Dmitri Vrubel a été prise par le journaliste français Régis Bossu pour l'agence Sygma le 5 octobre 1979 à Berlin, à l'occasion du trentième anniversaire de la création de la République Démocratique d'Allemagne (RDA), la partie sous administration russe du territoire allemand à la fin de la guerre. Elle représente Leonid Brejnev, le "chef" de l'URSS, le grand-frère, embrassant, à la manière des personnalités des États socialistes (le "baiser à la russe"), son homologue est-allemand Erich Honecker. Cette photographie a fait la double page de "Paris Match".

Lorsqu'il a découvert cette photographie en 1979, Dmitri Vrubel s'était promis de la reproduire en géant sur un mur. Comme une idée fixe. Il a réalisé ce projet en 1991, juste après la chute du mur de Berlin et la Réunification.

Régis Bossu a raconté plus tard, le 17 novembre 2009 : « C'était la première fois que deux leaders politiques du bloc de l'Est étaient si intimement et clairement exposés au reste du monde de façon grotesque. (...) [L'œuvre de Vrubel], avec son slogan connu, prenait le relais de ma photo avec ses détails encore plus évidents d'un amour forcé. Au hasard de mes reportages sur la rapide métamorphose de la nouvelle capitale, je découvris la peinture, vérifiai que c'était bien ma photo qui avait servi de modèle, et en fus quelque peu satisfait. Pendant vingt ans, je pouvais constater que le succès de la fresque ne faisait que grandir en célébrité, mais très peu de gens en connaissaient l'original provenant d'une photo de presse. » ("Boulevard Extérieur").

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En juin 2009, Dmitri Vrubel a pu reproduire de nouveau le Baiser, car les travaux de rénovation de cette partie du mur avaient détruit la peinture originale. Régis Bossu lui a même remis la photographie originale à cette occasion, n'ayant rien à prouver avec ce cliché qui avait déjà fait le tour du monde. Il avait été le seul à prendre une telle photographie ; étant trop éloigné de deux personnalités, il avait dû zoomer pour éviter de mettre ses confrères sur le cliché et il a appuyé au moment fatidique du baiser. D'autres artistes furent également invités à restaurer leurs propres œuvres sur le mur vingt ans après la chute.

Dmitri Vrubel a aussi peint une autre figure importante de l'URSS, le physicien et dissident Andreï Sakharov, Prix Nobel de la Paix en 1975, avec cette inscription « Danke Andrej Sakharow » [Merci Andreï Sakharov]. De nationalité soviétique, puis russe, puis allemande, Dmitri Vrubel était d'abord un artiste engagé, pratiquant le street art. Il peignait souvent par provocation politique. Souvent incompris, son objectif était de rapprocher l'art des gens.

Dmitri Vrubel a commencé à l'âge de 15 ans et a ouvert une galerie d'art quelques années plus tard. Il a réalisé son fameux Baiser peu de temps après de la Réunification de l'Allemagne, année où il s'est installé à Berlin. Il a beaucoup travaillé avec sa femme Viktoria Timofeieva. Ils ont en particulier réalisé un calendrier grand format en 2001 représentant des images différentes de Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie depuis un an, avec le titre "les douze humeurs de Poutine". Ce calendrier a eu un grand succès auprès des Moscovites. Cet été, Berlin pleure son peintre.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (16 août 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dmitri Vrubel.
Le mur de Berlin.
La chute du mur de Berlin.
La Réunification allemande.
Berlin 1989 : le 9/11 avant le 11/9.
La fresque qui fait polémique.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220814-dmitri-vrubel.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/dmitri-vrubel-et-son-hommage-a-243307

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8 juillet 2022 5 08 /07 /juillet /2022 05:01

« C’est la première fois que le navire quitte les rats ! » (Keir Starmer).




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C’est ainsi que le leader de l’opposition, le chef du parti travailliste, Keir Starmer, a commenté la série de démissions du gouvernement britannique du 5 au 7 juillet 2022, mais il n’était pas encore au courant de l’information principale. Boris Johnson a jeté l’éponge à 13 heures 37 au cours d’une allocution télévisée : « Il est désormais clair que le parti conservateur souhaite avoir un nouveau chef et donc, un nouveau Premier Ministre. Et je suis tombé d’accord avec l’état-major du parti. Nous devrions commencer à procéder à des élections dès la semaine prochaine. ».

Cette journée marque donc la fin d’une résistance inouïe à un grand nombre de scandales politiques touchant Boris Johnson qui, jusque-là, avait toujours refusé de démissionner. Sa dernière victoire, il l’avait eue à la fin des fêtes du Jubilé de la reine, dans la soirée du 6 juin 2022 : soumis à un vote de confiance de sa majorité (les députés conservateurs), il avait convaincu 211 députés pour le maintien contre 148. Selon les procédures, Boris Johnson devait être à l’abri d’un nouveau vote de confiance pendant un an. Cette fronde avait pour origine le scandale des fêtes clandestines du Premier Ministre (partygate) entre mai 2020 et avril 2021 alors que le peuple britannique était en plein confinement (le pire a été la dernière fête alors que la reine Élisabeth II enterrait au même moment son mari, le Prince Philip).

Dans ce scandale, ce qu’on reproche à Bojo n’est pas seulement d’avoir enfreint les règles du confinement et fait la fête, mais aussi d’avoir menti à plusieurs reprises, démentant initialement ces faits, puis y revenant par la suite pour reconnaître la vérité et se confondre en excuses.

La dernière affaire, elle a démarré le 29 juin 2022 quand un de ses anciens ministres, Christopher Pincher, nommé le 8 février 2022 "whip en chef adjoint aux Communes" (le whip, c’est le coordinateur du groupe majoritaire à la Chambre des Communes, en quelque sorte, un président de groupe mais pas exactement car il assiste aussi aux réunions du cabinet, c’est donc une fonction importante), cet homme a fait des attouchements sexuels sur d’autres hommes lors d’une soirée très arrosée. Au départ, Boris Johnson a prétendu qu’il ne connaissait pas les penchants sulfureux du whip adjoint, puis a reconnu que si et que cela ne l’avait pas dissuadé de le nommer, etc.

À chaque fois, Boris Johnson a toujours pris une marge avec la vérité, en le faisant très consciemment par cynisme. Commentant cette situation le 7 juillet 2022 sur LCP, le journaliste Vincent Hugueux a raconté que Jean Quatremer côtoyait souvent Boris Johnson à Bruxelles lorsque ce dernier était journaliste de "The Daily Telegraph" et son correspondant pour l’Europe entre 1989 et 1994 : il donnait alors au correspondant de "Libération" des cours de fake-news, lui expliquant cyniquement que c’était rarement remarqué (il avait été licencié du "Times" pour avoir falsifié la citation d’une personnalité et, étudiant, il a aussi inventé une citation de Churchill).

Bref, Boris Johnson ne s’est jamais embarrassé avec la vérité, jusqu’à ce nouveau scandale (ici sexuel), et la plupart des responsables conservateurs en ont eu marre car des élections locales ont eu lieu récemment, normalement imperdables mais que les conservateurs ont perdues à cause de la légèreté de leur chef de file. Le meilleur moyen de faire sécession, ce fut la démission après les énièmes aveux et excuses de Boris Johnson le 4 juillet 2022 d’avoir menti. Dès le lendemain, l’opération s’est mise en place : l’équivalent du ministre des finances (Chancelier de l’Échiquier) Rishi Sunak et l’équivalent du ministre de la santé Sajid Javid ont démissionné de leurs fonctions. Le lendemain, une vingtaine de ministres ont suivi et le surlendemain, au total, cinquante-huit ministres et responsables du parti ont donné leur démission.

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Cela a abouti à l’annonce de la démission de Bojo, applaudie par le chef du parti travailliste Keir Starmer : « C’est une bonne nouvelle pour le pays que Boris Johnson ait démissionné de son poste de Premier Ministre. Mais cela aurait dû arriver il y a longtemps. Il a toujours été inapte aux fonctions. Il a été responsable de mensonges, de scandales et de fraudes à l’échelle industrielle. Et tous ceux qui ont été complices devraient avoir honte. Le parti conservateur a semé le chaos dans le pays pendant la pire crise du coût de la vie depuis des décennies. Et ils ne peuvent plus prétendre que ce sont eux qui règlent le problème… Nous n’avons pas besoin de changer les conservateurs au sommet. Nous avons besoin d’un véritable changement de gouvernement. Nous avons besoin d’un véritable départ pour la Grande-Bretagne. ». Le successeur de Jeremy Corbyn (évincé de la direction du parti travailliste pour cause d’antisémitisme) verrait d’un bon œil de nouvelles élections (les prochaines sont prévues seulement pour janvier 2025). La Première Ministre irlandaise aussi paraît satisfaite et soulagée, espérant que son successeur retissera des relations plus chaleureuses et constructives entre l’Irlande et le Royaume-Uni.

Pour Boris Johnson, c’est un coup dur alors qu’il avait mené les conservateurs à une victoire historique aux élections législatives du 12 décembre 2019. Il comptait même rester trois mandats, c’est-à-dire jusqu’en 2034 ! C’est dire l’ambition de celui qu’il se considérait comme l’héritier de Churchill.

Immédiatement, le Président de l’Ukraine Volodymyr Zelensky a regretté cette situation, considérant que Boris Johnson, qui l’avait rencontré plusieurs fois à Kiev depuis le début de la guerre en Ukraine, était un "vrai ami de l’Ukraine" : « Merci à Boris Johnson d’avoir compris la menace du monstre russe et avoir toujours été à l’avant-garde du soutien à l’Ukraine. ». En revanche, le Kremlin s‘est réjoui en commentant ainsi : « Nous espérons qu’un jour, des gens plus professionnels et en mesure de prendre des décisions à travers le dialogue arriveront au pouvoir en Grande-Bretagne. ».

Cependant, la crise politique n’est pas terminée et beaucoup des ministres démissionnaires demandent l’éviction immédiate de Boris Johnson du 10 Downing Street. En effet, avec la désignation du prochain chef du parti conservateur, Bojo pourrait rester au pouvoir jusqu’en automne 2022 : le 21 juillet 2022, les députés se mettent en vacances et les conservateurs n’auront sûrement pas le temps de désigner le successeur avant cette date.

Le vieux Michael Heseltine, favorable à la construction européenne et ancien Ministre de la Défense de Margaret Thatcher, est même monté au front sur la BBC pour exiger le départ immédiat de Boris Johnson : « Le laisser dans une position où il peut utiliser le pouvoir du Premier Ministre pour servir ses propres causes et ses propres intérêts est une chose très dangereuse à faire (…). Cela ne fera que perpétuer l’incertitude. ».

Pour l’heure, un moment pressenti pour l’intérim, l’ancienne Première Ministre Theresa May a exclu de revenir temporairement au pouvoir : « D’après tout ce que j’entends, et je n’en ai pas entendu parler récemment, je ne pense pas qu’il y aura un Premier Ministre par intérim dans le sens où quelqu’un d’autre entrera dans ce rôle. Lorsque j’ai démissionné, il y avait un processus, un nouveau chef du parti était déterminé et pendant cette période, j’étais toujours là en tant que Première Ministre, capable de faire certaines choses, mais, surtout, vous devez vous restreindre ce que vous faites pendant cette période. ». Dans un sondage YouGov publié dans l’après-midi du 7 juillet 2022 interrogeant 2 062 personnes, seulement un tiers de sondés (32%) souhaitent le maintien provisoire de Boris Johnson tandis que plus de la moitié (56%) demandent son départ immédiat.

Boris Johnson, cela dit, n’a pas perdu de temps et a nommé immédiatement les remplaçants des ministres démissionnaires pour continuer à gouverner.

Évidemment, dès lors que le processus de désignation du successeur commence, les candidatures affluent. Parmi les plus probables : la Ministre des Affaires étrangères Liz Truss, la Ministre de l’Intérieur Priti Patel, le Ministre de la Défense Ben Wallace, la Ministre du Commerce Penny Mordaunt, le Ministre des Finances démissionnaire Rishi Sunak et son remplaçant Nadhim Zahawi (ex-Ministre de l’Éducation), et la procureure générale pour l’Angleterre et le pays de Galles Suella Braverman. On peut aussi ajouter le Vice-Premier Ministre et Ministre de la Justice Dominic Raab (ancien Ministre des Affaires étrangères et ancien Ministre de la Santé), et les anciens ministres Jeremy Hunt et Michael Grove qui a été débarqué du gouvernement le 6 juillet 2022 par Boris Johnson.

C’est la première fois qu’un Premier Ministre britannique est acculé à la démission pas pour des raisons politiques mais pour des raisons comportementales. La page va certainement mettre un peu de temps à se tourner, car la personnalité très forte de Boris Johnson n’a laissé guère de place à d’autres esprits forts au sein du parti conservateur. Mais, un principe de thermodynamique politique dit que le vide ne reste jamais vraiment longtemps, en politique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le mensonge, cause première de la chute de Boris Johnson.
Jubilé de platine et communion nationale pour la reine.
70 ans de règne d’une femme exceptionnelle.
Jane Birkin.
Jimmy Somerville.
Philip Mountbatten.
Élisabeth II.
La disparition du mari de la reine.
Victoria.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Le mari de la reine.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
La reine.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !
John Lennon.
Kim Wilde.
Alfred Hitchcock.
Le syndrome de Hiroshima.
Boris Johnson lutte contre le coronavirus.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
Brexit : enfin, l’Union Européenne prouve qu’elle n’y était pour rien !
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220707-boris-johnson.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-mensonge-cause-premiere-de-la-242629

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/07/07/39549373.html












 

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16 juin 2022 4 16 /06 /juin /2022 16:03

« Par notre présence, tous les quatre, à Kiev, nous exprimons le salut fraternel des peuples européens à un peuple libre et souverain dont l’héroïsme face à l’agression armée de la Russie force l’admiration, nourrit le respect et exige un clair souvenir. Ce soutien, vous l’avez, monsieur le Président, vous le savez, vous pouvez compter sur nous. L’Ukraine peut compter sur l’Europe. » (Emmanuel Macron, le 16 juin 2022 à Kiev).




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On pourra dire ce qu’on veut, le Président Emmanuel Macron a eu raison d’aller en Ukraine ce jeudi 16 juin 2022, raison sur le fond, raison sur la forme. J’ai même une grande fierté d’être Français pendant ces temps difficiles pour l’Europe. Le voyage à Kiev a été à plusieurs titres très instructif.

D’abord, évacuons l’électoralisme que certains leaders minables de partis politiques français étriqués dénoncent faute d’avoir autre chose à dire, vu leur soutien constant et consternant à Vladimir Poutine depuis de longues années : non, Emmanuel Macron n’est pas allé à Kiev parce que c’était trois jours avant le second tour des élections législatives. Il faut être franchement aveugle, égocentré et nombriliste pour croire que quatre chefs d’État et de gouvernement, même de pays amis, puissent se prêter au supposé électoralisme du cinquième alors qu’il s’agit de la guerre et de la paix d’un ensemble de 500 millions d’habitants.

Les mêmes qui reprochent l’électoralisme du Président lui reprochaient d’avoir tardé à y aller alors qu’il y avait une campagne présidentielle. De plus, rien n’indique que les électeurs soient plus favorables à la majorité présidentielle après un tel voyage, alors qu’ils pourraient aussi se dire que le Président oublie les échéances nationales et ne les écoute pas. La réalité, c’est que l’histoire est tragique et qu’elle n’attend pas. Emmanuel Macron a pris conscience de cette tragédie et il faudrait que ses opposants prennent aussi un jour conscience qu’il n’y a pas que des luttes franco-françaises dans le monde et que le désordre est mondial, tragique, menaçant.

Une telle visite, à haut risque pour la sécurité, se prépare très longtemps à l’avance avec un calendrier adéquat. Dans une semaine, le 23 et 24 juin 2022, le dernier sommet européen de la Présidence française du Conseil de l’Union Européenne, qui devra donner un avis à la demande d’adhésion à l’Union Européenne de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie.

Toute la journée du 16 juin 2022 fut donc à l’unisson de cette visite européenne, et pas seulement française, exclusivement consacrée aux Ukrainiens en guerre pour défendre leurs territoires de l’invasion de l’armée russe.

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La première image avait un triple sens. Le Président français Emmanuel Macron, le Chancelier allemand Olaf Scholz et le Président du Conseil italien Mario Draghi étaient dans le même train de nuit en route pour Kiev, la capitale de l’Ukraine. Photographie dans le même wagon, en pleine discussion le matin, dans l’attente de la fin du voyage.

Le premier symbole est bien sûr l’unité européenne : rien ne se fait en Europe sans la volonté de la France et de l’Allemagne. L’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin a applaudi des deux mains de ne pas faire juste une visite française mais européenne. Il a rappelé que les Présidents américains (c’est le cas de Barack Obama, lire ses mémoires) comprennent rapidement l’importance des relations franco-allemandes car le couple peut entraîner l’Europe ; sans l’un ou l’autre des deux pays, les discours ne seraient suivis d’aucun acte. Jean-Pierre Raffarin avait salué l’invitation adressée à Angela Merkel (et à Jean-Claude Juncker) de rejoindre Emmanuel Macron le 26 mars 2019 à l’Élysée en négociation avec le Président chinois Xi Jinping sur le climat.

Ce matin-là, l’image offrait même un troisième pays important pour l’Europe, fondateur comme les deux autres, l’Italie, en clair, les trois plus grandes puissances économiques de l’Union Européenne. L’image était donc forte et fut complétée par l’arrivée ultérieure du Président roumain Klaus Iohannis dont la présence rappellerait aussi que la délégation représentait toute l’Europe, pas seulement l’Europe occidentale, aussi cette Europe de l’Est, directement concernée et inquiète par les visées expansionnistes de la Russie.

Le deuxième symbole, celui du train, rappelle bien sûr la clairière de Rethondes et la signature dans le wagon de l’armistice de novembre 1918 (mais aussi de juin 1940). Enfin, le troisième symbole que j’y vois, c’est bien sûr l’Orient Express et le fait que le voyage vers l’Est n’était pas qu’une simple téléportation aérienne (d’un aéroport vers un autre, ce qui était impossible dans le cas de l’Ukraine) mais comme un lent processus de préparation jusqu’à la destination.

Plusieurs objectifs étaient à l’esprit du Président Emmanuel Macron pendant ce voyage et en particulier, dissiper les doutes sur la position française et la position européenne. La première chose que les dirigeants européens ont faite, c’est de se rendre en banlieue de Kiev où des massacres ont été commis, des crimes contre l’humanité. Emmanuel Macron a clairement parlé de barbarie.

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De retour à Kiev, dans le Palais présidentiel, ce fut la rencontre avec le Président Volodymyr Zelensky, dont on a parlé de la froideur. Je ne suis pas capable de décrypter le taux de chaleur humaine d’un chef d’État, mais la venue des quatre dirigeants ne pouvait que le satisfaire. Emmanuel Macron ne voulait pas faire un voyage solitaire. Il a donc été très enrichissant pour tous. C’est l’Europe qui y a gagné, en visibilité, en engagement, en identité.

En clair, pendant une journée, ce sommet composé des cinq dirigeants a été organisé sur la sécurité en Ukraine et en Europe, avec Volodymyr Zelensky, Emmanuel Macron, Olaf Scholz, Marie Draghi et Klaus Iohannis (son prénom est allemand car il est un Roumain issu de la minorité allemande de Transylvanie).

Plusieurs éléments ont été actés durant cette journée.

D’abord, l’avis favorable à la candidature de l’Ukraine à l’Union Européenne. Celui-ci ne faisait aucun doute, mais il a été réaffirmé et devrait être l’avis favorable de l’ensemble des pays de l’Union Européenne dans quelques jours. C’est important car pour la France, par exemple, l’Ukraine ne sera plus un pays comme un autre mais un futur pays membre à qui on doit fidélité et soutien. Du reste, Vladimir Poutine ne considère pas que l’appartenance à l’Union Européenne constitue une ligne rouge.

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Au-delà de cette candidature, c’est aussi la Communauté politique européenne évoquée par Emmanuel Macron le 9 mai 2022 qui… n’a pas été évoquée. Même si cette instance pourrait permettre des discussions paneuropéennes, Emmanuel Macron n’en a pas reparlé car cela avait fâché les Ukrainiens qui voyaient dans cette instance un ersatz d’Union Européenne pour "membre de seconde zone". Même si le processus d’intégration est long, et ne peut pas être modifié parce que justement, ce n’est pas une simple zone de libre-échange, le statut de "candidat à l’Union Européenne" est préféré à celui de membre d’une instance fantoche.

Une autre déclaration forte du Président Emmanuel Macron, pendant la conférence de presse commune, c’est le fait que la France souhaitait la victoire militaire de l’Ukraine. Cela n’avait jamais été dit aussi clairement. La France soutient l’Ukraine dans sa résistance et elle souhaite la victoire de l’Ukraine. En outre, jamais la France ne négociera quoi que ce soit dans le dos de l’Ukraine. Là encore, il était préférable que ce fût rappelé : la France soutient l’Ukraine et au nom de sa souveraineté, elle ne cherchera pas à négocier une paix si l’Ukraine n’est pas dans le même état d’esprit. Seule l’Ukraine peut donner le signal d’une négociation de paix avec la Russie.

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Enfin, Emmanuel Macron est revenu sur ses déclarations selon lesquelles il ne fallait pas humilier la Russie, ce qui, pour les Ukrainiens massacrés par la Russie de Poutine, et plus généralement, pour les habitants des pays d’Europe centrale et orientale qui ont été soumis pendant une quarantaine d’années sous le joug soviétique de la Russie, était une phrase difficilement audible. Emmanuel Macron a considéré que cette phrase devait être comprise dans le long terme, car il faudrait bien un jour s’asseoir à la table des négociations avec la Russie. Mais pas en ce moment où les Ukrainiens luttent de toutes leurs forces.

Dans l’esprit d’Emmanuel Macron, l’objectif actuel est que l’Ukraine retrouve la souveraineté de tous ses territoires. Il ne s’agit donc pas d’aller le plus possible contre la Russie, de l’affaiblir le plus possible, comme les États-Unis sembleraient le vouloir (il n’a pas cité ce pays mais c’était clair).

Malheureusement, et ce fut à mon avis la seule maladresse dans cette visite, Emmanuel Macron a voulu donner un exemple avec le Chancelier allemand. Il y a 100 ans, nous avions gagné la guerre mais perdu la paix. Et il a laissé entendre que le Traité de Versailles avait humilié l’Allemagne et que c’était pour cette raison que les années 1930 ont sécrété le nazisme et le besoin de revanche. Pour les historiens, c’est se tromper d’interprétation : jamais les Allemands n’ont été humiliés par le Traité de Versailles, la preuve, c’est que les dettes de guerre ont souvent été reportées. Cette revendication d’humiliation par le Traité de Versailles avait été argumentée par les nazis eux-mêmes. C’est une version allemande de l’histoire qui n’est pas réelle. Une réalité alternative, qu’on dirait aujourd’hui. La crise économique de 1929 n’était pas le résultat du Traité de Versailles et a probablement contribué bien plus efficacament au développement du populisme et du nazisme que les conditions de la paix. L’autre élément est que les Allemands se sont sentis humiliés parce qu’ils avaient capitulés alors qu’aucune armée étrangère n’avait envahie leur territoire. Ils ne se sentaient donc pas dans le camp des vaincus.

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L’histoire est en marche, elle est tragique, et il faut répéter que c’est par la clairvoyance de ses acteurs qu’on évitera les futures catastrophes. Il faut beaucoup d’énergie et de réflexion pour avoir une vision pertinente. Ce que je constate, c’est que, de toute la classe politique, Emmanuel Macron n’est certainement pas parfait (j’ai pointé une maladresse), mais il est le seul à faire ce travail d’anticipation collective. Les autres, ma foi, restent au ras des pâquerettes avec leurs fonds de commerce intemporels qui n’apporteront jamais de solution aux véritables enjeux de ce siècle (immigrés méchants pour les uns, riches méchants pour les autres). D’une certaine manière, la guerre en Ukraine nous oblige à sortir de notre zone de confort et à nous engager vraiment pour nos valeurs. Ou pas. C’est comme cela qu’on reconnaît le courage en politique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 juin 2022)
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Pour aller plus loin :
Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
L'avis de François Hollande.
Volodymyr Zelensky.
Poutine paiera pour les morts et la destruction de l’Ukraine.
Ukraine en guerre : coming out de la Grande Russie.
Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !
Mikhaïl Gorbatchev.
Klim Tchourioumov.
Après Vostok 1, Sputnik V.
L'héritier de Béria ?
Evgueni Primakov.
Irina Slavina, le cauchemar par le feu.
Trotski.
Vladimir Poutine au pouvoir jusqu'en 2036 ?
Anatoli Tchoubaïs.
Vladimir Poutine : comment rester au pouvoir après 2024 ?










https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220616-kiev.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/kiev-le-16-juin-2022-une-journee-d-242246

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