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16 juin 2022 4 16 /06 /juin /2022 16:03

« Par notre présence, tous les quatre, à Kiev, nous exprimons le salut fraternel des peuples européens à un peuple libre et souverain dont l’héroïsme face à l’agression armée de la Russie force l’admiration, nourrit le respect et exige un clair souvenir. Ce soutien, vous l’avez, monsieur le Président, vous le savez, vous pouvez compter sur nous. L’Ukraine peut compter sur l’Europe. » (Emmanuel Macron, le 16 juin 2022 à Kiev).




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On pourra dire ce qu’on veut, le Président Emmanuel Macron a eu raison d’aller en Ukraine ce jeudi 16 juin 2022, raison sur le fond, raison sur la forme. J’ai même une grande fierté d’être Français pendant ces temps difficiles pour l’Europe. Le voyage à Kiev a été à plusieurs titres très instructif.

D’abord, évacuons l’électoralisme que certains leaders minables de partis politiques français étriqués dénoncent faute d’avoir autre chose à dire, vu leur soutien constant et consternant à Vladimir Poutine depuis de longues années : non, Emmanuel Macron n’est pas allé à Kiev parce que c’était trois jours avant le second tour des élections législatives. Il faut être franchement aveugle, égocentré et nombriliste pour croire que quatre chefs d’État et de gouvernement, même de pays amis, puissent se prêter au supposé électoralisme du cinquième alors qu’il s’agit de la guerre et de la paix d’un ensemble de 500 millions d’habitants.

Les mêmes qui reprochent l’électoralisme du Président lui reprochaient d’avoir tardé à y aller alors qu’il y avait une campagne présidentielle. De plus, rien n’indique que les électeurs soient plus favorables à la majorité présidentielle après un tel voyage, alors qu’ils pourraient aussi se dire que le Président oublie les échéances nationales et ne les écoute pas. La réalité, c’est que l’histoire est tragique et qu’elle n’attend pas. Emmanuel Macron a pris conscience de cette tragédie et il faudrait que ses opposants prennent aussi un jour conscience qu’il n’y a pas que des luttes franco-françaises dans le monde et que le désordre est mondial, tragique, menaçant.

Une telle visite, à haut risque pour la sécurité, se prépare très longtemps à l’avance avec un calendrier adéquat. Dans une semaine, le 23 et 24 juin 2022, le dernier sommet européen de la Présidence française du Conseil de l’Union Européenne, qui devra donner un avis à la demande d’adhésion à l’Union Européenne de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie.

Toute la journée du 16 juin 2022 fut donc à l’unisson de cette visite européenne, et pas seulement française, exclusivement consacrée aux Ukrainiens en guerre pour défendre leurs territoires de l’invasion de l’armée russe.

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La première image avait un triple sens. Le Président français Emmanuel Macron, le Chancelier allemand Olaf Scholz et le Président du Conseil italien Mario Draghi étaient dans le même train de nuit en route pour Kiev, la capitale de l’Ukraine. Photographie dans le même wagon, en pleine discussion le matin, dans l’attente de la fin du voyage.

Le premier symbole est bien sûr l’unité européenne : rien ne se fait en Europe sans la volonté de la France et de l’Allemagne. L’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin a applaudi des deux mains de ne pas faire juste une visite française mais européenne. Il a rappelé que les Présidents américains (c’est le cas de Barack Obama, lire ses mémoires) comprennent rapidement l’importance des relations franco-allemandes car le couple peut entraîner l’Europe ; sans l’un ou l’autre des deux pays, les discours ne seraient suivis d’aucun acte. Jean-Pierre Raffarin avait salué l’invitation adressée à Angela Merkel (et à Jean-Claude Juncker) de rejoindre Emmanuel Macron le 26 mars 2019 à l’Élysée en négociation avec le Président chinois Xi Jinping sur le climat.

Ce matin-là, l’image offrait même un troisième pays important pour l’Europe, fondateur comme les deux autres, l’Italie, en clair, les trois plus grandes puissances économiques de l’Union Européenne. L’image était donc forte et fut complétée par l’arrivée ultérieure du Président roumain Klaus Iohannis dont la présence rappellerait aussi que la délégation représentait toute l’Europe, pas seulement l’Europe occidentale, aussi cette Europe de l’Est, directement concernée et inquiète par les visées expansionnistes de la Russie.

Le deuxième symbole, celui du train, rappelle bien sûr la clairière de Rethondes et la signature dans le wagon de l’armistice de novembre 1918 (mais aussi de juin 1940). Enfin, le troisième symbole que j’y vois, c’est bien sûr l’Orient Express et le fait que le voyage vers l’Est n’était pas qu’une simple téléportation aérienne (d’un aéroport vers un autre, ce qui était impossible dans le cas de l’Ukraine) mais comme un lent processus de préparation jusqu’à la destination.

Plusieurs objectifs étaient à l’esprit du Président Emmanuel Macron pendant ce voyage et en particulier, dissiper les doutes sur la position française et la position européenne. La première chose que les dirigeants européens ont faite, c’est de se rendre en banlieue de Kiev où des massacres ont été commis, des crimes contre l’humanité. Emmanuel Macron a clairement parlé de barbarie.

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De retour à Kiev, dans le Palais présidentiel, ce fut la rencontre avec le Président Volodymyr Zelensky, dont on a parlé de la froideur. Je ne suis pas capable de décrypter le taux de chaleur humaine d’un chef d’État, mais la venue des quatre dirigeants ne pouvait que le satisfaire. Emmanuel Macron ne voulait pas faire un voyage solitaire. Il a donc été très enrichissant pour tous. C’est l’Europe qui y a gagné, en visibilité, en engagement, en identité.

En clair, pendant une journée, ce sommet composé des cinq dirigeants a été organisé sur la sécurité en Ukraine et en Europe, avec Volodymyr Zelensky, Emmanuel Macron, Olaf Scholz, Marie Draghi et Klaus Iohannis (son prénom est allemand car il est un Roumain issu de la minorité allemande de Transylvanie).

Plusieurs éléments ont été actés durant cette journée.

D’abord, l’avis favorable à la candidature de l’Ukraine à l’Union Européenne. Celui-ci ne faisait aucun doute, mais il a été réaffirmé et devrait être l’avis favorable de l’ensemble des pays de l’Union Européenne dans quelques jours. C’est important car pour la France, par exemple, l’Ukraine ne sera plus un pays comme un autre mais un futur pays membre à qui on doit fidélité et soutien. Du reste, Vladimir Poutine ne considère pas que l’appartenance à l’Union Européenne constitue une ligne rouge.

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Au-delà de cette candidature, c’est aussi la Communauté politique européenne évoquée par Emmanuel Macron le 9 mai 2022 qui… n’a pas été évoquée. Même si cette instance pourrait permettre des discussions paneuropéennes, Emmanuel Macron n’en a pas reparlé car cela avait fâché les Ukrainiens qui voyaient dans cette instance un ersatz d’Union Européenne pour "membre de seconde zone". Même si le processus d’intégration est long, et ne peut pas être modifié parce que justement, ce n’est pas une simple zone de libre-échange, le statut de "candidat à l’Union Européenne" est préféré à celui de membre d’une instance fantoche.

Une autre déclaration forte du Président Emmanuel Macron, pendant la conférence de presse commune, c’est le fait que la France souhaitait la victoire militaire de l’Ukraine. Cela n’avait jamais été dit aussi clairement. La France soutient l’Ukraine dans sa résistance et elle souhaite la victoire de l’Ukraine. En outre, jamais la France ne négociera quoi que ce soit dans le dos de l’Ukraine. Là encore, il était préférable que ce fût rappelé : la France soutient l’Ukraine et au nom de sa souveraineté, elle ne cherchera pas à négocier une paix si l’Ukraine n’est pas dans le même état d’esprit. Seule l’Ukraine peut donner le signal d’une négociation de paix avec la Russie.

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Enfin, Emmanuel Macron est revenu sur ses déclarations selon lesquelles il ne fallait pas humilier la Russie, ce qui, pour les Ukrainiens massacrés par la Russie de Poutine, et plus généralement, pour les habitants des pays d’Europe centrale et orientale qui ont été soumis pendant une quarantaine d’années sous le joug soviétique de la Russie, était une phrase difficilement audible. Emmanuel Macron a considéré que cette phrase devait être comprise dans le long terme, car il faudrait bien un jour s’asseoir à la table des négociations avec la Russie. Mais pas en ce moment où les Ukrainiens luttent de toutes leurs forces.

Dans l’esprit d’Emmanuel Macron, l’objectif actuel est que l’Ukraine retrouve la souveraineté de tous ses territoires. Il ne s’agit donc pas d’aller le plus possible contre la Russie, de l’affaiblir le plus possible, comme les États-Unis sembleraient le vouloir (il n’a pas cité ce pays mais c’était clair).

Malheureusement, et ce fut à mon avis la seule maladresse dans cette visite, Emmanuel Macron a voulu donner un exemple avec le Chancelier allemand. Il y a 100 ans, nous avions gagné la guerre mais perdu la paix. Et il a laissé entendre que le Traité de Versailles avait humilié l’Allemagne et que c’était pour cette raison que les années 1930 ont sécrété le nazisme et le besoin de revanche. Pour les historiens, c’est se tromper d’interprétation : jamais les Allemands n’ont été humiliés par le Traité de Versailles, la preuve, c’est que les dettes de guerre ont souvent été reportées. Cette revendication d’humiliation par le Traité de Versailles avait été argumentée par les nazis eux-mêmes. C’est une version allemande de l’histoire qui n’est pas réelle. Une réalité alternative, qu’on dirait aujourd’hui. La crise économique de 1929 n’était pas le résultat du Traité de Versailles et a probablement contribué bien plus efficacament au développement du populisme et du nazisme que les conditions de la paix. L’autre élément est que les Allemands se sont sentis humiliés parce qu’ils avaient capitulés alors qu’aucune armée étrangère n’avait envahie leur territoire. Ils ne se sentaient donc pas dans le camp des vaincus.

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L’histoire est en marche, elle est tragique, et il faut répéter que c’est par la clairvoyance de ses acteurs qu’on évitera les futures catastrophes. Il faut beaucoup d’énergie et de réflexion pour avoir une vision pertinente. Ce que je constate, c’est que, de toute la classe politique, Emmanuel Macron n’est certainement pas parfait (j’ai pointé une maladresse), mais il est le seul à faire ce travail d’anticipation collective. Les autres, ma foi, restent au ras des pâquerettes avec leurs fonds de commerce intemporels qui n’apporteront jamais de solution aux véritables enjeux de ce siècle (immigrés méchants pour les uns, riches méchants pour les autres). D’une certaine manière, la guerre en Ukraine nous oblige à sortir de notre zone de confort et à nous engager vraiment pour nos valeurs. Ou pas. C’est comme cela qu’on reconnaît le courage en politique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
L'avis de François Hollande.
Volodymyr Zelensky.
Poutine paiera pour les morts et la destruction de l’Ukraine.
Ukraine en guerre : coming out de la Grande Russie.
Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !
Mikhaïl Gorbatchev.
Klim Tchourioumov.
Après Vostok 1, Sputnik V.
L'héritier de Béria ?
Evgueni Primakov.
Irina Slavina, le cauchemar par le feu.
Trotski.
Vladimir Poutine au pouvoir jusqu'en 2036 ?
Anatoli Tchoubaïs.
Vladimir Poutine : comment rester au pouvoir après 2024 ?










https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220616-kiev.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/kiev-le-16-juin-2022-une-journee-d-242246

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/06/16/39520376.html








 

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16 juin 2022 4 16 /06 /juin /2022 04:10

« Je suis convaincu que connaître le passé sans désir de vengeance ne peut que nous aider à construire une meilleure vision de l’avenir et à être fiers de nos racines. Parce qu’on ne peut pas savoir où nous allons si on ne sait pas d’où nous venons. » (Siméon II, 2020).



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L’ancien Premier Ministre bulgare Simeon Borissov Sakskoburggotski (en français Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha) fête son 85e anniversaire ce jeudi 16 juin 2022. Né à Sofia, cet homme politique pourrait être un homme d’État ordinaire. Il a toutefois une petite particularité : il a été roi des Bulgares dans sa jeunesse, sous le nom de Siméon II de Bulgarie. En effet, du 28 août 1943 au 15 septembre 1946, il a même porté le titre de tsar (des Bulgares). Quand il a commencé à régner, il avait 6 ans.

Dans cette Europe qui n’a cessé de se transformer depuis un siècle, Siméon II est le dernier ancien souverain, roi déchu d’une Europe ancienne complètement anachronique, le dernier survivant depuis la mort du roi Michel Ier de Roumanie. Il est donc, à ce titre, un véritable dinosaure de l’histoire européenne, bien malgré lui.

Son arrière-grand-mère, la princesse Clémentine d’Orléans (1817-1907), appelée aussi Mademoiselle de Beaujolais, était la fille cadette du roi des Français Louis-Philippe. Pendant longtemps, la Bulgarie était sous domination ottomane. Le pays a retrouvé son indépendance au congrès de Berlin qui s’est tenu du 13 juin au 13 juillet 1878 après la victoire de la Russie sur l’Empire ottoman. Un prince allemand, Alexandre de Battenberg (1857-1893), neveu du tsar de Russie Alexandre II, élu à l’unanimité par l’Assemblée nationale bulgare, fut appelé à régner sur la Bulgarie le 29 avril 1879, mais un coup d’État militaire dirigé par la Russie l’a renversé le 21 août 1886 (il a abdiqué le 7 septembre 1886).

Ferdinand Ier (1861-1948), fils de Clémentine d’Orléans, a alors été élu à l’unanimité par l’Assemblée nationale bulgare le 7 juillet 1887 pour régner, d’abord avec le titre de prince souverain de Bulgarie, puis celui de tsar des Bulgares à la proclamation du Royaume de Bulgarie le 5 octobre 1908, lorsque le pays fut totalement libéré des Ottomans. Ferdinand, alors âgé de 26 ans, était le seul candidat pour être un souverain et il a été choisi par défaut mais surtout, contre l’avis des grandes puissances européennes, en particulier contre la Russie avec laquelle les relations diplomatiques avaient été rompues lors du putsch (le tsar a même tenté sans succès plusieurs fois d’attenter à la vie de Ferdinand). Elles furent renouées en 1896. Après les guerres des Balkans en 1913-1914, la Bulgarie s’est alliée aux empires centraux, ce qui se révéla désastreux. Le 3 octobre 1918, quatre jours après la capitulation, Ferdinand Ier, jugé responsable de cette mauvaise alliance avec l’Allemagne, a abdiqué en faveur de son fils aîné Boris III (1894-1943).

L’ancien roi Ferdinand a terminé sa vie en exil : « N’oubliez pas que l’orgueil est un élément important dans la fabrication d’un monarque. Nous sommes disciplinés dès le jour de notre naissance et on nous enseigne à éviter tous les signes extérieurs d’émotion. Le squelette est assis pour toujours avec nous à la table de la fête. Cela peut signifier meurtre, cela peut signifier abdication, mais il sert toujours à nous rappeler l’inattendu. Ainsi nous sommes préparés et rien n’arrive comme étant une catastrophe. ».

Boris III fut très populaire en Bulgarie, principalement parce qu’il a tenté de s’opposer aux nombreux putschistes qui ont pris le pouvoir pendant l’entre-deux-guerres (il y a eu plusieurs coups d’État, le 9 juin 1923, le 19 mai 1934) et cette période a été dominée par des régimes autoritaires et des dizaines de milliers d’assassinats politiques et de terrorisme communiste. Boris III a échappé lui-même à deux attentats les 13 et 16 juin 1925 qui ont fait de nombreuses victimes.

Au début de la guerre, Boris III cherchait à préserver une certaine neutralité : « Mes généraux sont germanophiles, mes diplomates sont anglophiles ; la reine [Jeanne de Savoie, fille du roi Victor-Emmanuel III d’Italie] est italophile et mon peuple russophile. Je suis le seul neutre en Bulgarie. » (1940). Malgré les pressions de Hitler, Boris III est parvenu à empêcher la déportation des Juifs de Bulgarie et à éviter toute implication militaire bulgare aux fronts. Convoqué le 14 août 1943 par Hitler, Boris III, à 49 ans, est mort quatorze jours plus tard, de manière mystérieuse, après cinq jours de vomissements (empoisonné ? mais l’autopsie parlait plutôt d’une attaque cardiaque qui pourrait provenir d’un fort stress).

Son unique fils Siméon II fut donc déclaré tsar des Bulgares le 28 août 1943 à l’âge de 6 ans. Avec son oncle (le frère de Boris III), le prince Cyrille (1895-1945) comme régent et un gouvernement pro-nazi. Mais l’instabilité politique continuait. Staline voulait faire de la Bulgarie sa zone d’influence. L’URSS a envahi la Bulgarie le 8 septembre 1944. Les communistes bulgares ont fait un coup d’État le 9 septembre 1944 et ont pris le pouvoir à Sofia, tandis que le prince Cyrille fut exécuté le 2 février 1945 après un pseudo-procès en même temps que de nombreux ministres et députés (qui furent tous réhabilités le 26 août 1996). En tout, 2 730 condamnations à mort furent prononcées, notamment contre 3 régents, 22 ministres, 67 députés, 8 conseillers du roi, 47 officiers supérieurs, etc.

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Alors que sa mère craignait un destin à la Romanov, Siméon II fut sauvé parce qu’il était un enfant et ne présentait aucun danger. Et même, il a continué à régner malgré le régime communiste, du moins jusqu’au 15 septembre 1946, quand le pseudo-référendum organisé par les communistes le 8 septembre 1946 a aboli la monarchie et proclamé la République populaire de Bulgarie (par 95,6% de oui avec 91,7% de participation). Ce référendum fut entaché de nombreuses fraudes et irrégularités et était contraire à la Constitution bulgare du 28 avril 1879.

L’enfant roi fut contraint à l’exil avec sa famille, en Égypte puis en Espagne où il a fait ses études et commencé une vie professionnelle d’homme d’affaires dans des groupes industriels. Siméon II a noué de nombreuses relations amicales dans le monde, notamment avec le roi Hassan II du Maroc, le roi Juan Carlos Ier d’Espagne, l’impératrice Farah, aussi avec des académiciens comme Jean d’Ormesson, Maurice Druon, etc.

Après la chute du communisme en Europe, Siméon II est revenu en Bulgarie cinquante ans plus tard, d’abord du 25 mai au 16 juin 1996. II y fut accueilli "royalement", par des acclamations triomphales du peuple. Cela l’a convaincu de faire de la politique dans son pays. Il est revenu en 2001 avec la même liesse populaire. Depuis 1993, son retour était solidement préparé, il a pris des conseils notamment du prince Otto de Habsbourg.

Le 28 avril 2001, l’ancien roi a créé un parti politique centriste et libéral, le Mouvement national Siméon-II (qui s’est transformé le 3 juin 2007 en Mouvement national pour la stabilité et le progrès, NDSV) et, grâce à la popularité de son leader, ce parti a gagné les élections législatives du 17 juin 2001 sur les Forces démocratiques unies (ODS, parti conservateur) qui étaient au pouvoir. Avec 42,7% des voix, Siméon II a conquis 120 sièges sur les 240 que compte l’Assemblée nationale. Une majorité fut constituée avec le Mouvement des droits et des libertés (DPS, parti centriste issu des populations turques) qui a obtenu 7,5% des voix et 21 sièges, permettant d’obtenir la majorité absolue des sièges (121).

Avec cette nouvelle majorité, l’incroyable institutionnel a alors eu lieu : le Président de la République de Bulgarie Petar Stoyanov a nommé Siméon II au poste de Premier Ministre de Bulgarie le 24 juillet 2001, chargé de former le nouveau gouvernement succédant à celui d’Ivan Kostov (ODS). Un ancien roi chef du gouvernement ! Composé de dix-sept membres, dont treize du NDSV, le gouvernement ne comportait que deux femmes ministres. Le slogan était de remettre la Bulgarie au travail.

L’ancien roi n’a pas voulu présenter de candidat à la Présidence de la République, si bien que le Président sortant, issu de l’ODS, Petar Stoyanov a été battu le 18 novembre 2001 au second tour (45,9%) par le candidat du Parti socialiste bulgare (BSP, anciens communistes) Gueorgui Parvanov (54,1%).

Pendant plus de quatre ans, l’ancien roi Siméon II a dirigé le gouvernement bulgare pour faire des réformes libérales dans un pays présidé par un membre de l’ancien parti communiste ! De fait, c’est Siméon II, grand Européen, qui a préparé la Bulgarie à son entrée dans l’Union Européenne le 1er janvier 2007. Il a réduit le chômage de 18% à 12%, stabilisé la croissance et la monnaie, mais le pouvoir d’achat n’a pas augmenté.

Aux élections législatives du 25 juin 2005, à cause de ce peu de changement de niveau de vie dans la société, le parti au pouvoir NDSV a perdu beaucoup de voix et de sièges : il n’a obtenu que 19,9% des voix et 53 sièges sur 240. La Coalition pour la Bulgarie (KZB), une alliance dont faisait partie les socialistes, a gagné les élections avec 30,9% des voix et 82 sièges, mais pas suffisamment pour atteindre la majorité absolue. Le point marquant de ce scrutin fut l’apparition d’Ataka, parti nationaliste d’extrême droite qui a obtenu 8,1% et 21 sièges. Finalement, après une tentative infructueuse, le socialiste Sergueï Stanichev a réussi à constituer une majorité avec la KZB, le DPS (qui avait obtenu 12,8% des voix et 34 sièges) mais aussi avec le NDSV (qui a obtenu le poste de Vice-Premier Ministre, ainsi que l’Intérieur, la Défense, la Fonction publique et les Affaires européennes).

Ainsi, alors qu’il avait souhaité se succéder à lui-même, Siméon II a laissé son fauteuil de Premier Ministre, le 17 août 2005, à Sergueï Stanichev. Aux élections législatives suivantes du 5 juillet 2009, ce fut la bérézina pour son parti, car il s’est effondré à 3,0% des voix sans obtenir de siège, dissipant les dernières velléités de revenir au pouvoir. Siméon II a quitté la présidence du NDSV le 6 juillet 2009 et s’est retiré de la vie politique (à l’âge de 72 ans).

Parallèlement, fondé en 2006 par le maire de Sofia, Boïko Borissov, un ancien garde du corps de Siméon II, le parti Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB) a gagné ces élections avec 39,7% des voix et 116 sièges sur 240, ce qui a conduit Boïko Borissov à former un nouveau gouvernement et à être investi Premier Ministre le 27 juillet 2009. Ces élections ont sanctionné la gestion des socialistes qui avait fait augmenter le chômage et la corruption.

Comme il n’a jamais abdiqué depuis son renversement de 1946, Siméon II est toujours officiellement considéré comme roi des Bulgares par certains de ses partisans. Lui-même n’est pas un promoteur acharné de la monarchie, qui ne pourrait être restaurée selon lui qu’avec l’appui du peuple, et la question ne semble pas se poser car la démocratie fonctionne bien et d’autres priorités sont à prendre en compte.

Certains socialistes souhaitaient d’ailleurs soutenir sa candidature à l’élection présidentielle des 6 et 13 novembre 2016. Siméon II refusa et ce fut le candidat indépendant soutenu par les socialistes Roumen Radev (opposé aux sanctions européennes contre la Russie) qui fut élu, et réélu le 21 novembre 2021 pour un second mandat de cinq ans.

En 2014, Siméon II a sorti ses mémoires "Un destin singulier" (chez Flammarion), sous-titré "Après 50 ans d’exil, le seul roi devenu Premier Ministre". Il y raconte qu’il n’a jamais connu son grand-père Ferdinand, qui est mort à Cobourg (en Allemagne) le 10 septembre 1948 (il avait alors 11 ans). À "La Libre" du 29 avril 2015, l’ancien roi confiait : « J’ai été un roi citoyen comme Louis-Philippe ! ». Louis-Philippe est son arrière-arrière-grand-père.

Quant à sa descendance, elle est assurée depuis longtemps : Siméon II est le père de cinq fils dont le prénom commence par un K, et si son fils aîné Kardam, né le 2 décembre 1962, est mort malheureusement le 7 avril 2015 des suites des séquelles d’un accident de voiture survenu le 15 août 2008, son propre fils permet aujourd’hui d’assurer la relève, Boris, né le 12 octobre 1997. Boris IV !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Siméon II de Bulgarie.
Nicolas II.
Otto de Habsbourg-Lorraine.
Jubilé de la reine.
L’attentat contre le pape Jean-Paul II.
Michel Ier  de Roumanie.
Dynasty.
Victoria, mamie Europa.

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14 juin 2022 2 14 /06 /juin /2022 04:34

« Je déclare devant vous tous que toute ma vie, qu’elle soit longue ou courte, sera consacrée à votre service et au service de notre grande famille impériale à laquelle nous appartenons tous. » (la future Élisabeth II, le 21 avril 1947 en Afrique du Sud, au micro de la BBC, à son 21e anniversaire).



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Comme annoncé, du jeudi 2 au dimanche 5 juin 2022 a été célébré en grandes pompes le Jubilé de platine de la reine Élisabeth II qui règne sur le Royaume-Uni depuis soixante-dix ans. Ce fut l’occasion pour le peuple britannique de faire des festivités et d’honorer leur monarque et même leur monarchie.

Mais avant d’aller au-delà, reprenons le mot et les dates.

Le mot "jubilé" est principalement utilisé dans la religion catholique. Il sert généralement à célébrer un cinquantenaire. Le jubilé d’un prêtre correspond au cinquantième anniversaire de son ordination, il le fête généralement autour de sa retraite (vers 75-80 ans). C’est l’équivalent, pour les mariés, des noces d’or.

Dans l’Église catholique, c’est aussi une période de forte intensité spirituelle, période aussi de pardon et de conversion, qu’on appelle également "année sainte". Depuis 1300, il y en a tous les cinquante ans puis tous les vingt-cinq ans, et depuis le XXe siècle, le pape peut proclamer des années saintes extraordinaires, avec des thèmes particuliers. Les deux derniers jubilés furent le Jubilé de l’an 2000 proclamé par Jean-Paul II et le Jubilé de la Miséricorde proclamé par le pape François qui a eu lieu du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016 et célébrait le cinquantenaire de la clôture du Concile Vatican II. Ce jubilé a été historiquement particulier puisqu’il a été célébré par deux papes à la fois, avec Benoît XVI présent à l’ouverture, à la fête de l’Immaculée Conception (le 8 décembre 2015) à la Basilique Saint-Pierre de Rome.

Ce n’est pas étonnant qu’on utilise ce mot de vocabulaire pour la reine de Grande-Bretagne qui, en plus d’être une chef d’État (je n’écris pas "cheffe" car c’est vraiment moche au féminin), est aussi la chef des croyants pour l’Église anglicane (en d’autres termes, elle est à la fois reine et pape, enfin, mape ?).

Pour la reine, le Jubilé de platine correspond donc au soixante-dixième anniversaire. Ce serait (sera) un jubilé de chêne pour le quatre-vingtième anniversaire. Voyons rapidement la date : pourquoi au mois de juin alors que la reine Élisabeth II est devenue reine le 6 février 1952 ? Tout simplement parce qu’il fait nettement plus beau en Grande-Bretagne à cette époque de l’année. Ainsi, la famille royale a l’habitude de fêter les anniversaires au mois de juin : la reine (né le 21 avril) au mois de juin, le prince héritier (né le 14 novembre) au mois de juin… Seuls, le prince consort, décédé l’année dernière à quelques semaines de ses 100 ans, est né convenablement, c’est-à-dire au mois de juin (le 10 juin), ainsi que le petit-fils William (né le 21 juin).

Il faut du beau temps car une fête royale doit d’abord être une fête populaire, l’occasion de nombreuses animations en plein air, de défilés, de pique-niques géants, partout au Royaume-Uni (et même dans le Commonwealth, car la reine n’est pas seulement la reine du Royaume-Uni mais également de quinze autres pays qui l’ont gardée comme chef d’État, notamment le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Jamaïque et la Papouasie-Nouvelle-Guinée pour cinq plus importants, mais le Commonwealth va plus loin puisque certains pays sont devenus des républiques, comme l’Afrique du Sud, l’Inde, le Pakistan).

Ce qui est remarquable, et impressionnant, c’est donc cette longévité de la souveraine. En soixante-dix ans, Élisabeth II a connu quatorze Premiers Ministres, de Churchill à Boris Johnson (qui vient, cerise sur le gâteau royal, de sauver son siège pour une année le 6 juin 2022 au soir, gardant la confiance des députés de son parti, le parti conservateur, par 211 voix contre 148 sur 359), en passant par Margaret Thatcher, Tony Blair et Theresa May.

Depuis presque sept ans, la reine a dépassé le record de la reine des reines, Victoria qui a régné autant sur le XIXe siècle que sur l’Europe, mais elle n’a pas dépassé le record européen (voire du monde) détenu (encore) par un Français (cocorico), le roi Louis XIV qui a été roi pendant plus de soixante-douze ans (il a commencé tôt, un peu avant ses 5 ans). Il faudra alors attendre le 24 mai 2024 pour que ce record soit atteint et c’est donc dans l’ordre du possible malgré la très grande vieillesse d’Élisabeth II. Elle a en effet eu 96 ans le 21 avril dernier, est évidemment très fatiguée, a du mal à marcher, mais elle ne semble pas malade et semble en pleine forme mentale. Sa mère est morte quatre mois avant ses 102 ans, et tout semble montrer que la reine a la même constitution robuste.

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Élisabeth II impressionne, et pas seulement les Britanniques, par son tempérament, son abnégation et sa constance. Certains pourrait la trouver ennuyeuse et c’est sans doute vrai (ne pas vouloir donner son opinion politique, même pour une question aussi fondamentale que l’appartenance à l’Union Européenne, est compréhensible mais particulièrement ennuyeux par cette absence d’aspérité ; la neutralité en général est ennuyeuse). Mais elle tient à elle seule les institutions britanniques et c’est très important.

En France, nous n’avons pas de personne qui a cette souveraineté morale sur le pays. Le Président de la République est un politique clivant, qui a été élu à la suite d’une élection féroce à coups de clivages, il ne peut être comparé qu’au Premier Ministre britannique. Elle est une sorte de pape national qui règne dans les consciences des Britanniques. Je préfère nettement le système républicain (je ne vois pas au nom de quoi les rejetons d’un roi d’il y a plusieurs siècles seraient mieux à même de régner qu’un autre), mais je conçois que les Britanniques tiennent à leur monarchie.

Et ce n’est pas forcément évident d’être à ce point dans le respect institutionnel et moral. La Couronne britannique a eu son lot de scandales et de moqueries. La famille royale est une sorte de colonie de souris blanches sous observation permanente des médias, et avec les smartphones, les réseaux sociaux, toute vie privée est très difficile à assurer dans ces conditions (on peut donc comprendre l’expatriation du prince Harry loin des microscopes de la presse poubelle). La famille royale est une sorte de sitcom savoureux diffusé en temps réel, avec ses différents personnages auxquels le public s’intéresse : les mariages, les naissances, le gamin qui grandit, la fille qui se rebelle, le frère qui s’éloigne, l’oncle mouillé par une affaire très louche, etc. Rebondissements, recueillement (le grand-père disparu), communion… Bref, tout pour faire de cette série une épopée durablement attrayante.

Communion. C’est peut-être le mot qui me vient à l’esprit pour caractériser ce jubilé de platine. C’est peut-être la dernière grande fête nationale en hommage à Élisabeth II. Elle a fait l’effort de se présenter à ses sujets sur le balcon habituel au début (le 2 juin) et à la fin (le 5 juin). Certains étaient venus dix jours auparavant sur les lieux pour ne pas rater cet événement. L’idée était de présenter une image pacifiée et prometteuse de la monarchie britannique, c’est-à-dire d’assurer que la succession est bien là, en place, selon la composition des photographies officielles.

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Il y a donc le Prince Charles (73 ans), probablement le dauphin sacrifié, qui sera roi, s’il le devient un jour, forcément déjà âgé (il l’est déjà) et qui ne pourra pas changer grand-chose alors qu’on pouvait imaginer beaucoup de créativité dans la modernisation de cette dynastie, de son protocole anachronique.

Il y a ensuite son fils aîné William (qui va déjà avoir 40 ans le 21 juin prochain). Il a tout ce qu’il faut, il est préparé et il est prêt. Il est le chouchou de la grand-mère. Il est marié avec une femme prête à faire la reine consort. Il est surtout le père de trois enfants, trois héritiers possibles dans cette branche prolifique. George (bientôt 9 ans) qui semble déjà éduqué dans l’optique d’une succession. Et puis sa sœur Charlotte (7 ans) et son frère Louis (4 ans). Louis a été la découverte de ce jubilé. Ses grimaces, ses étonnements ont ravi les photographes et les sujets de sa Majesté.

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Toute la lignée était donc présente sur le balcon pour signifier aux Britanniques de ne pas s’inquiéter ; le seul job vraiment crucial d’un souverain est d’assurer sa succession durablement. C’était d’ailleurs le problème des deux empereurs français. Il ne s’agissait pas de faire seulement du politique mais il fallait aussi du matrimonial et du familial.

Alors, évidemment, on peut toujours se demander à quoi sert une reine d’Angleterre ? Eh bien, un souverain a une fonction symbolique très forte, très utile quand il faut soutenir la Nation lorsqu’elle est en danger. On l’a vu avec son père George VI lorsqu’il a appelé ses compatriotes à la résistance, ce qu’a bien retranscrit le film "Le discours d’un roi" de Tim Hooper (sorti le 24 décembre 2010).

La reine Élisabeth II a probablement prononcé son meilleur discours le 5 avril 2020, lorsqu’il fallait réagir face à la pandémie de covid-19. Elle a trouvé les mots justes qui ont touché bien au-delà du simple peuple britannique : « J’espère que dans les années à venir, tout le monde pourra être fier de ses actes face à cette crise. Et ceux qui nous succéderont diront que les Britanniques de cette génération étaient aussi forts que n’importe qui. Que les attributs de l’autodiscipline, de la résolution calme et de bonne humeur et de la sympathie caractérisent toujours ce pays. La fierté de qui nous sommes ne fait pas partie de notre passé, elle définit notre présent et notre avenir. ».


C’est en quelque sorte un coach de la Nation, quelqu’un dont on ne remet en cause ni la bienveillance et l’empathie envers le peuple. C’est peut-être ce qu’il manque en France quand on entend qu’un leader politique est capable de juger qu’une Première Ministre serait "inhumaine", comme si ce leader était habilité à délivrer des brevets de bonne humanité aux chefs de gouvernement. Même la reine ne se le permettrait pas.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jubilé de platine et communion nationale pour la reine.
70 ans de règne d’une femme exceptionnelle.
Jane Birkin.
Jimmy Somerville.
Philip Mountbatten.
Élisabeth II.
La disparition du mari de la reine.
Victoria.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Le mari de la reine.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
La reine.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !
John Lennon.
Kim Wilde.
Alfred Hitchcock.
Le syndrome de Hiroshima.
Boris Johnson lutte contre le coronavirus.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
Brexit : enfin, l’Union Européenne prouve qu’elle n’y était pour rien !
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220605-jubile.html

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11 mai 2022 3 11 /05 /mai /2022 03:58

« Dans un monde comme le nôtre où tout se ramène à la menace d’un conflit mondial, l’idée d’une Europe unie et qui aurait assez de force, assez de moyens et assez de cohésion pour exister par elle-même, cette idée-là apparaît tout naturellement. Et elle apparaît d’autant mieux que les inimitiés qui l’avaient séculairement déchirée, et en particulier l’opposition entre l’Allemagne et la France, ont actuellement cessé. Alors, du coup, voilà, mis en lumière, d’abord le caractère qu’on peut appeler complémentaire au point de vue géographique, stratégique, économique, culturel, etc. (…), et puis, en même temps, la capacité globale qu’ils [les caractères communs] représentent en fait de puissance, en fait de production, de création, d’échanges, etc., par rapport à l’activité générale de l’univers. » (Charles De Gaulle, conférence de presse du 15 mai 1962). Première partie.



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Il y a soixante ans, le 15 mai 1962, le Général De Gaulle a tenu une conférence de presse très importante qui a exprimé sa doctrine en matière de relations internationales. Elle est très connue car son vocabulaire, son ironie ont fait le tour du monde.

Revenons au contexte de cette conférence presse. Le 8 avril 1962, les Français ont ratifié à une ultralarge majorité les Accords d’Évian lors du référendum organisé par De Gaulle. Même si hélas, les massacres n’ont pas été interrompus immédiatement, ce référendum a tourné toutefois la première page du septennat de De Gaulle, arrivé au pouvoir à cause de l’Algérie, affaire considérée désormais comme "classée".

Une nouvelle période s’est ainsi ouverte à De Gaulle, celle de pouvoir enfin exprimer toutes ses idées politiques, et en particulier à l’échelle internationale. Le 14 avril 1962, le Premier Ministre Michel Debré, loyal jusqu’au bout, a été remercié et est remplacé par Georges Pompidou, ancien collaborateur de De Gaulle, un normalien "qui sait écrire", et à l’époque membre du Conseil Constitutionnel. Inconnu du grand public, Georges Pompidou allait vite faire de se bâtir lui-même une destinée politique au point que dès l’automne 1965, il a fait partie des hypothèses pour succéder à De Gaulle à la première élection présidentielle au suffrage universel direct en décembre 1965.

La politique étrangère de De Gaulle s’articulait alors autour de trois axes : la rupture des liens coloniaux, la mise en place d’une force militaire indépendante (sous-entendue, indépendante des Américains), et la construction de l’Europe. Il se trouvait que la France avait proposé le plan Fouchet qui avait été un échec diplomatique important. Effectivement, la Belgique et les Pays-Bas avaient rejeté ce plan car la Grande-Bretagne en était exclue (De Gaulle n’a jamais transigé sur ce point, ses motivations devraient être mieux analysées), et surtout parce qu’il rejetait toute supranationalité (le fédéralisme européen, défendu notamment par le Benelux).

Pour De Gaulle, une Europe supranationale serait impuissante et supervisée par les États-Unis, tandis que lui proposait une Europe des nations, fondée sur la coopération entre des États souverains dans les domaines de la politique, de la défense, de l’économie et de la culture. L’objectif gaullien était ainsi résumé : « Contribuer à construire l’Europe dans le domaine de la politique, c’est-à-dire de la défense comme dans celui de l’économie, de telle sorte que l’expansion et l’action de cet ensemble aident à la prospérité et à la sécurité française, et en même temps, fasse renaître les possibilités d’un équilibre européen vis-à-vis des pays de l’Est. ». Le "en même temps" présidentiel existait déjà ! À l’époque, l’URSS avait mis la pression sur l’Allemagne fédérale et sur Berlin.

De Gaulle a fait remonter sa politique de construction européenne du temps de la guerre : « Déjà pendant la guerre mondiale (…), je proclamais que cette évolution était un des buts essentiels de la France. ». Et de présenter une action concrète, la création de la Communauté Économique Européenne (CEE) par le Traité de Rome, en insistant bien que si elle existait, c’était grâce au plan de redressement économique et financier qu’il a mis en œuvre en 1958-1959, aussi grâce à l’acceptation d’une revendication française d’intégrer l’agriculture dans le domaine communautaire.

La proposition française, à ce stade, a été de créer deux institutions. D’une part, ce qui allait devenir le Conseil Européen : « Réunissons périodiquement nos chefs d’État ou de gouvernement pour qu’ils examinent en commun les problèmes qui sont les nôtres et pour qu’ils prennent, à leur égard, des décisions qui seront celles de l’Europe. ». D’autre part, ce qui allait devenir le Parlement Européen : « Nous avons une assemblée parlementaire européenne qui est composée des délégations de nos six parlements nationaux, mettons, et qui siège à Strasbourg, mettons cette assemblée à même de discuter des questions politiques communes, comme elle discute déjà des questions économiques. ». Ces deux points, exprimés en mai 1962, ont été les deux avancées européennes majeures sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing une quinzaine d’années plus tard. Dans cette idée, De Gaulle voulait mettre cette expérimentation pendant trois ans : « Tout au moins, nous aurons commencé à prendre l’habitude de vivre et d’agir ensemble. Voilà ce que la France a proposé. ».

La proposition française était pragmatique, concrète, basée sur l’efficacité et le "vivre ensemble". Christian Fouchet (ancien et futur ministre) était le président de la commission intergouvernementale chargée de faire des propositions pour renforcer l’Europe des Six. Une première version du plan Fouchet a été exposée le 2 novembre 1961, puis une seconde version le 18 janvier 1962 sous le titre "Traité établissant une Union d’États". On y trouvait des bases de l’Union Européenne avec quatre institutions : le Conseil, les Comités des ministres, la Commission politique et l’Assemblée Parlementaire Européenne.

Dans les arguments des opposants plan Fouchet (la proposition française), De Gaulle pointait d’ailleurs une contradiction : d’une part, les opposants voulaient la supranationalité, d’autre part, ils voulaient intégrer la Grande-Bretagne : « Tout le monde sait que l’Angleterre, en tant que grand État, et que nation fidèle à elle-même, ne consentirait jamais à se dissoudre dans quelque utopique construction. ».

Puis, et c’est le passage le plus intéressant et le plus connu de sa conférence de presse, De Gaulle a poursuivi plus généralement : « Vous allez être étonnés, mais je n’ai jamais, quant à moi, dans aucune de mes déclarations, parlé de l’Europe des patries, bien qu’on prétende toujours que je l’ai fait. Ce n’est pas, bien sûr, que je renie, moi, la mienne, bien au contraire. Je lui suis attaché plus que jamais. Et d’ailleurs, je ne crois pas que l’Europe puisse avoir aucune réalité vivante si elle ne comporte pas la France avec ses Français, l’Allemagne avec ses Allemands, l’Italie avec ses Italiens, etc. ».

Puis est venue la démonstration par l’exemple : « Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent à toute l’Europe dans la mesure même où ils étaient respectivement et éminemment italien, allemand et français. Ils n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s’ils avaient été des apatrides et qu’ils avaient pensé, écrit en quelque esperanto ou volapük intégré. ».

Je voudrais m’attarder sur l’argument de De Gaulle avec Dante et Goethe car justement, à mon sens, ils étaient des contre-arguments. À l’époque de Dante, il n’y avait pas de nation italienne, et Dante a été justement le premier auteur du sentiment national italien, au même titre qu’à l’époque de Goethe, il n’y avait pas d’Allemagne et qu’il a été le premier auteur du sentiment national allemand. Ces deux nations, italienne et allemande, n’existaient pas, et elles se sont formées progressivement, culturellement bien sûr mais aussi politiquement (l’unité allemande et l’unité italienne datent de la seconde moitié du XIXe siècle).

L’exemple pris par De Gaulle de Dante et Goethe pourrait donc, au contraire, laissait entendre que progressivement émergeraient un ou plusieurs auteurs typiquement européens et pas seulement d’un pays européen spécifique. Après tout, c’était le cas aussi lors de la centralisation de la France et de l’uniformité de la langue française (qui est finalement assez récente). Les auteurs bretons, basques, corses, lorrains, etc. sont d’abord des auteurs français, désormais. Certes, il n’existe pas de langue européenne en tant que telle, mais si on prend la musique, qui est d’un langage plus universel, il y a peut-être des musiciens français, des musiciens allemands, mais Beethoven est typiquement un musicien européen, et il n’est pas le seul, Mozart aussi, etc.

Après cet exemple incertain, De Gaulle a évoqué aussi un sujet toujours d’actualité soixante ans plus tard, la majorité qualifiée, que je présente dans le prochain article.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
De Gaulle chef de parti.
La création du RPF.
Philippe De Gaulle, entre père et mer.
L'autre De Gaulle.
Philippe De Gaulle.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Daniel Cordier.
Le songe de l’histoire.
Vive la Cinquième République !
De Gaulle et son discours de Bayeux.
Napoléon, De Gaulle et Macron.
Pourquoi De Gaulle a-t-il ménagé François Mitterrand ?
Deux ou trois choses encore sur De Gaulle.
La France, 50 ans après De Gaulle : 5 idées fausses.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220515-de-gaulle.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/de-gaulle-l-europe-et-le-volapuk-241509

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10 mai 2022 2 10 /05 /mai /2022 03:10

« Le choix souverain du peuple français me conduit devant vous aujourd’hui pour vous dire qu’il est une tâche historique face à laquelle la France ne se dérobera pas, qu’elle portera plus haut encore, car la France a une nouvelle fois clairement, résolument, fait le choix de l’Europe en me confiant un nouveau mandat pour œuvrer avec vous tous à construire une Europe plus forte et plus souveraine. » (Emmanuel Macron, le 9 mai 2022 à Strasbourg).




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Inlassable pèlerin européen, le Président de la République réélu Emmanuel Macron a profité de la fête de l’Europe, le 9 mai 2022, qui commémore la fameuse déclaration de Robert Schuman le 9 mai 1950, pour faire de sa première initiative diplomatique une ode à la construction de l’Europe de demain à Strasbourg et son premier déplacement international une visite à Berlin pour rencontrer le Chancelier allemand Olaf Scholz, comme il est de tradition mutuelle à chaque début de mandat.

Les députés européens qui s’étonnent encore de ne pas avoir été tous conviés à assister au discours d’Emmanuel Macron du 9 mai 2022 à Strasbourg, devraient mieux s’informer puisque le Président du Conseil de l’Union Européenne ne s’exprimait pas au Parlement Européen, bien que dans ses lieux physiques, mais à l’occasion de la clôture de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, une large assemblée où des représentants du Parlement Européen (ils n’y sont donc pas absents) côtoyaient des représentants de parlements nationaux, des ministres et aussi un panel de citoyens, mise en place il y a un an pour réfléchir sur l’évolution des institutions européennes dans les années et décennies à venir.

Elle n’était pas une initiative française, mais portugaise (sous l’impulsion de l’Italien David Sassoli, alors Président du Parlement Européen), que la France bien évidemment avait appuyée à fond. Dans le passé, il s’agissait de conférences intergouvernementales, tandis que l’innovation a été ici de rajouter un panel de citoyens. Les députés européens n’ont cependant pas été boudés par Emmanuel Macron qui, dès sa prise de fonction de la Présidence française de l’Europe, était allé partager le 19 janvier 2022, devant le Parlement Européen, sa vision européenne et son agenda pour le semestre à venir.

Devant la Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen et devant la Présidente du Parlement Européen Roberta Metsola (si on rajoute la présidente de la BCE, on se rend compte que les institutions européennes se sont beaucoup féminisées ces derniers termes et c’est une force), Emmanuel Macron a repris certaines conclusions des travaux de cette Convention ainsi qu’exprimé certaines nouvelles idées européennes en rappelant d’abord la très forte avancée européenne provoquée par la crise sanitaire qu’a été la mutualisation d’une dette européenne pour établir un plan de relance gigantesque de plusieurs centaines de milliards d’euros en été 2020 (« des financements mutualisés, une ambition nouvelle pour l’Europe inédite, en levant ensemble de l’argent sur les marchés pour investir en Européens pour nos priorités »), une mesure qui n’avait pas eu être prise à la suite de la crise financière de 2008 et même des crises ultérieures : « Surmontant la crise de sens qu’elle traversait depuis tant de décennies, notre Europe s’est ressaisie ces dernières années. (…) Le projet d’une Europe maîtresse de son destin, libre de ses choix, d’une Europe puissance ouverte au monde, mais où nous voulons choisir nos partenaires et ne pas dépendre d’eux, est au cœur de notre mission. ».

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Ce qui est rassurant, justement, c’est une véritable relance de l’Europe par le moteur franco-allemand. C’est clair que l’ancienne Chancelière allemande Angela Merkel a finalement toujours réduit les ardeurs réformatrices des Présidents français, que ce soient de Nicolas Sarkozy (avec la crise de l’euro), François Hollande (qui disait : vous allez voir ce que vous allez voir, j’attends toujours) et même Emmanuel Macron (le discours de la Sorbonne est resté lettre morte). Olaf Scholz, au contraire, que le Président français a rencontré dans la soirée, semble très motivé pour impulser une nouvelle étape après plus d’une quinzaine d’années non seulement d’euroscepticisme (échec au référendum de 2005, Brexit, montée des populismes et des pouvoirs "illibéraux", etc.) mais aussi de perte de confiance et de sens de l’idéal européen.

À ce titre, Emmanuel Macron a fait référence dans son discours à trois Européens convaincus : Robert Schuman, François Mitterrand et Jacques Delors. Mais il ne pouvait pas ne pas commencer par l’Ukraine en se faisant le porteur de la paix : « Quel est notre objectif face à la décision unilatérale de la Russie d’envahir l’Ukraine et d’en agresser le peuple ? Faire cesser cette guerre au plus vite. Tout faire pour que l’Ukraine, à la fin, puisse tenir, et la Russie ne jamais l’emporter. Préserver la paix sur le reste du continent européen et éviter toute escalade. ».

Si on ne souhaite pas l’extension de la guerre, il faut absolument montrer à Vladimir Poutine (qui a fait profil bas le même jour à Moscou) la fermeté et l’unité de l’Europe. Et Emmanuel Macron a réaffirmé ce qu’il avait déjà assuré lors de son allocution télévisée du 2 mars 2022 : « Nous ne sommes pas pour autant en guerre contre la Russie. Nous œuvrons en Européen pour la préservation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, pour le retour de la paix sur notre continent. ».

Le Président français a mis en lumière l’une des conclusions de cette Conférence : « Ce que nous sommes vraiment : une puissance citoyenne et démocratique. Et il n’y a pas d’équivalent au monde, il n’y en a pas. ». Et il a expliqué qu’elle ne pouvait pas se poursuivre sans préserver son efficacité, et pour cela, il faut conforter les institutions européennes. Proposer « la convocation d’une convention de révision des traités », en particulier, « en continuant de généraliser le vote à la majorité qualifiée dans nos décisions pour nos principales politiques publiques ». Il a suggéré que le départ de cette réforme institutionnelle ait lieu dès le Conseil Européen du mois de juin 2022.

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L’autre principe qu’Emmanuel Macron a voulu promouvoir, c’est l’Europe à cercles concentriques, que certains diraient à plusieurs vitesses. Il est impossible de vouloir approfondir les politiques de solidarité s’il faut y aller systématiquement à vingt-sept. Emmanuel Macron a donc proposé que les approfondissements se fassent avec les seuls pays qui le souhaitent, sans exclure aucun autre, mais qui puissent ensuite entraîner les autres, comme c’était le cas avec la mise en place de la monnaie unique (l’euro) : « Il ne faut pas non plus craindre la différenciation, les avant-gardes, elles ont toujours été fécondes pour le projet européen. Elles n’ont d’ailleurs jamais exclu, elles entraînent, et elles existent déjà de l’euro à Schengen. (…) C’est permettre à ceux et à celles qui veulent avancer un peu plus loin d’entraîner les autres et de rendre l’ambition désirable, au lieu de rendre l’attentisme plus risqué. Je sais parfois les craintes qu’il y a d’une Europe à plusieurs vitesses, elle existe déjà, mais accélérer le rythme, relever nos ambitions, créer de la convergence en son cœur, sans format prédéfini, sans jamais exclure, mais aussi sans jamais laisser les plus sceptiques, ou plus hésitants, freiner est ce qui permettra à notre Europe de s’affirmer comme puissance. ».

Emmanuel Macron a même regretté qu’il n’y avait plus de réunion de l’Eurozone : « Nous sommes le seul syndic de copropriété qu s’interdit de se réunir. En syndic de copropriété, il faut toujours inviter toute la rue. ».

Enfin, le Président français, leader du monde européen, a aussi émis l’idée de créer une structure politique paneuropéenne qui puisse intégrer dès maintenant des pays comme l’Ukraine, la Moldavie, les Balkans, etc. : « Soyons clairs, l’Union Européenne, compte tenu de son niveau d’intégration et d’ambition, ne peut pas être à court terme le seul moyen de structurer le continent européen. ». Car leur demande d’adhésion à l’Union Européenne a été effectivement initiée, mais la procédure d’intégration européenne, d’adhésion, est très lourde et très longue, et elle ne pourra pas se conclure avant de nombreuses années pour ne pas « baisser les standards de cette adhésion ».

Pour avoir un espace où se parler, échanger, il a donc avancé l’idée très innovante d’une « communauté politique européenne » : « Cette organisation européenne nouvelle permettrait aux nations européennes démocratiques adhérant à notre socle de valeurs de trouver un nouvel espace de coopération politique, de sécurité, de coopération en matière énergétique, de transports, d’investissements, d’infrastructures, de circulation des personnes et en particulier de nos jeunesses. La rejoindre ne préjugerait pas d’adhésions futures à l’Union Européenne, forcément, comme elle ne serait pas non plus fermée à ceux qui ont quitté cette dernière. ».

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Cette dernière proposition est d’ailleurs la seule vraiment neuve par rapport aux autres qui n’ont été que la reprise des réflexions de cette Conférence sur l’avenir de l’Europe. Maintenant que le Président français a été réélu et le Chancelier allemand élu l’an dernier, le couple franco-allemand dispose d’une forte stabilité d’environ trois ans et demi. Enfin, seulement si le Président Emmanuel Macron obtient une majorité de confirmation à l’Assemblée Nationale, bien sur, dans un mois. Faire des élections législatives un référendum sur l’Europe paraît pertinent, puisque la majorité présidentielle reste désormais la seule force politique à vocation majoritaire favorable à la construction européenne (LR n’ayant plus à ce jour les moyens de se dire à vocation majoritaire à court terme).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’inlassable pèlerin européen Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron le 9 mai 2022 au Parlement Européen à Strasbourg (vidéo et texte intégral).
Élysée 2022 (51) : le serment d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron le 7 mai 2022 au Palais de l’Élysée à Paris (vidéo et texte intégral).
Élysée 2022 (50) : Macron II succède à Macron I.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (48) : qui sera le prochain Premier Ministre d’Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (47) : la victoire historique d’Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron réélu Président de la République le 24 avril 2022.
Discours du Président Macron le 24 avril 2022 au Champ-de-Mars à Paris (texte intégral et vidéo).
Interview d’Emmanuel Macron le 22 avril 2022 sur France Inter.
Résultats du second tour de l’élection présidentielle du 24 avril 2022 (Ministère de l’Intérieur).

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220509-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/l-inlassable-pelerin-europeen-241455

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9 mai 2022 1 09 /05 /mai /2022 16:30

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220509-macron.html







Discours du Président Emmanuel Macron le lundi 9 mai 2022 à Strasbourg
Clôture de la Conférence sur l'Avenir de l'Europe



J’ai une mauvaise nouvelle pour vous, je vais faire un discours. Mais j’ai une bonne nouvelle pour vous, c’est que je vais essayer de ne pas répéter ce qui a déjà été très bien dit avant moi.

Madame la présidente du Parlement européen, chère Roberta,
Madame la présidente de la Commission européenne, chère Ursula,
Monsieur le Premier ministre du Portugal, cher Antonio,
Chers co-présidents,
Mesdames et Messieurs les ministres, députés européens, parlementaires,
Chers concitoyens et concitoyennes européens,

« La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui les menacent. » Ces mots, ceux de Robert SCHUMAN, le 9 mai 1950, sur la contribution qu’une Europe vivante doit apporter à la civilisation, sont plus essentiels que jamais. Ces efforts créateurs correspondent au moment que nous vivons et sont aujourd’hui sans doute encore plus nécessaires qu’hier. Ils le sont en ces temps où la guerre est revenue — vous l’avez toutes et tous parfaitement dit — sur notre continent ; au moment où un peuple européen, le peuple ukrainien, se bat pour la liberté. Ils le sont à l’heure où vous, citoyennes et citoyens européens, parlementaires, ministres, commissaires, responsables politiques et citoyens spécialistes du réel, comme vous l’avez dit tout à l’heure, avez achevé un exercice démocratique inédit dans notre histoire et dans celle du monde. Cette Europe vivante, créatrice, démocratique, cette Europe des actes, vous en êtes les représentants et il nous appartient d’en être les artisans, ici, à Strasbourg, dans cette capitale européenne à laquelle nous tenons tant.

Le choix souverain du peuple français me conduit devant vous aujourd’hui pour vous dire qu’il est une tâche historique face à laquelle la France ne se dérobera pas, qu’elle portera plus haut encore, car la France a une nouvelle fois clairement, résolument, fait le choix de l’Europe en me confiant un nouveau mandat pour œuvrer avec vous tous à construire une Europe plus forte et plus souveraine.

Cette Europe que nous célébrons aujourd’hui, nous avons décidé il y a un an, collectivement, de lui faire franchir une nouvelle étape. C’était avec le président David SASSOLI auquel nous pensons tous aujourd’hui, vous l’avez très bien dit l’une et l’autre, et c’était sous présidence portugaise, cher Antonio. Je veux saluer la présidence et l’élégance du Premier ministre portugais qui est à nos côtés aujourd’hui pour, dans la continuité, être fidèle à cet engagement.

Lancée ici il y a un an, dans un contexte un peu différent, on s'en souvient tous, ici à Strasbourg, dans cette capitale de la fraternité européenne retrouvée, dans ce Parlement qui abrite ce que nous avons de plus précieux : notre démocratie européenne. Cette nouvelle étape, c'est celle d'un exercice démocratique inédit dans notre Union, qui ne consiste donc pas à confronter nos citoyens à des alternatives parfois peut-être trop simples, pour ou contre, mais de les associer pleinement à la réflexion sur l'avenir de notre Europe. Ce que vous avez fait, et qui est inédit, c'est d'être pleinement associé à la conception à un moment de défi historique et de créer par la délibération collective, l'intelligence du débat, la confrontation d'idées, des solutions, certaines prêtes à être tout de suite appliquées, d'autres qui doivent poursuivre leur chemin, mais toutes qui nous permettent de bâtir cette Europe d'aujourd'hui et de demain.

Aujourd'hui, en ce 9 mai, la liberté et l'espoir dans l'avenir ont le visage de l'Union européenne. C'est au nom de cette liberté et de cet espoir que nous soutenons et que nous continuerons de soutenir l'Ukraine, son président, Volodymyr ZELENSKY, et tout le peuple ukrainien. Quel est notre objectif face à la décision unilatérale de la Russie d'envahir l'Ukraine et d'en agresser le peuple ? Faire cesser cette guerre au plus vite. Tout faire pour que l'Ukraine, à la fin, puisse tenir, et la Russie ne jamais l'emporter. Préserver la paix sur le reste du continent européen et éviter toute escalade.

Pour que cette guerre prenne fin, nous avons adopté des sanctions sans précédent, pour entraver durablement les sources de financement de la guerre en Russie. Pour soutenir l'Ukraine, nous avons mobilisé comme jamais d'importants moyens militaires, financiers, humanitaires et nous devons accentuer nos efforts pour mettre en place une réponse efficace en matière de sécurité alimentaire, et nous continuerons. Pour que la justice parle, nous luttons et lutterons contre l'impunité des crimes inqualifiables commis par la Russie en Ukraine.

Nous ne sommes pas pour autant en guerre contre la Russie. Nous œuvrons en Européens pour la préservation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine, pour le retour de la paix sur notre continent. Il n'appartient qu'à l'Ukraine de définir les conditions des négociations avec la Russie. Mais notre devoir est d'être à ses côtés pour obtenir le cessez-le-feu, puis bâtir la paix. Puis nous serons là pour reconstruire l'Ukraine en Européens, toujours.

Car enfin, quand la paix reviendra sur le sol européen, nous devrons en construire les nouveaux équilibres de sécurité et nous devrons, ensemble, ne jamais céder à la tentation ni de l'humiliation, ni de l'esprit de revanche, car ils ont déjà trop, par le passé, ravagé les chemins de la paix.

C’est aussi au nom de cette liberté et de cet espoir que nous avons engagé ce souffle citoyen que vous portez, cette respiration démocratique inédite. Vous l'avez très bien dit, les uns et les autres, avec vos mots, les unes et les autres, vos générations, vos travaux nous obligent, et aujourd'hui, ne marquent pas une fin, mais bien comme un point-virgule, la fin d'une étape de vos travaux et l'ouverture maintenant d'une responsabilité qui est nôtre.

La présidente de Commission européenne a parfaitement dit et s'est engagée à l’instant à assurer l'examen et le suivi attentif de chacune de vos propositions. Je veux ici l'en remercier. Nous aurons un rendez-vous concret au mois de septembre, vous l'avez entendu. Au titre de la présidence du Conseil de l'Union européenne et comme Président de la République française, je veillerai moi aussi à ce que cet exercice ne reste pas un exercice de style ou un exemple de méthode, simplement, mais qu'il débouche bel et bien sur des travaux pratiques, des évolutions fortes et concrètes et que les citoyens d'Europe puissent en cueillir les fruits.

Car cette conférence ne doit pas s'arrêter là. Ma conviction retrempée, si je puis dire, dans le moment qui est le nôtre et la guerre que nous traversons, et que vos travaux ont confirmé, est tout d'abord, que les crises ne doivent pas nous détourner de notre agenda. Beaucoup de vos propositions, en effet, n'ont pas besoin de réforme institutionnelle, mais nous rappellent à la nécessité de l'agenda qui est le nôtre. La protection du climat et de la biodiversité, la santé et la qualité de notre alimentation. Une Europe plus juste, plus inclusive. Une Europe de l'égalité entre les femmes et les hommes. Une Europe dotée des moyens de se défendre, une Europe solidaire, une Europe de la défense de nos valeurs et de l'Etat de droit. Partout, à travers vos propositions, beaucoup de choses très concrètes figurent. Il nous appartiendra, dans les prochains conseils et dans l'agenda de la Commission, d'en tirer toutes les conclusions. Je m'y engage ici.

Vos travaux dissocient deux exigences sur lesquelles je veux plus particulièrement revenir : celle de l'indépendance et de l'efficacité, sans lesquelles il n’y a pas de légitimité de nos démocraties. Ces deux impératifs sont aussi les leçons que nous tirons collectivement des crises que nous venons de traverser et que nous sommes en train de vivre : l'indépendance et l'efficacité. Plus d'indépendance européenne, de souveraineté, c'est ce dont nous avons besoin.

Surmontant la crise de sens qu'elle traversait depuis tant de décennies, notre Europe s'est ressaisie ces dernières années. A travers vos propositions, nous retrouvons le fil de cet agenda stratégique que nous avons aussi ensemble avec les présidentes, le premier ministre portugais, ensemble dessiné cet agenda d'indépendance stratégique, cet agenda de Versailles. La crise financière vécue, il y a 10 ans, la pandémie, la guerre nous ont montré nos vulnérabilités et le risque quand nous ne répondions pas assez vite et assez fort à ses dépendances, d'en aggraver les conséquences.

Le projet d’une Europe maîtresse de son destin, libre de ses choix, d'une Europe puissance ouverte au monde, mais où nous voulons choisir nos partenaires et ne pas dépendre d'eux, est au cœur de notre mission. Rester ouvert sans être dépendant est une condition de la poursuite du projet européen et de nos démocraties. Vous en dessinez quelques-uns des axes. Ils correspondent aussi à ce que nous travaillerons dans les prochaines semaines et les prochains mois.

En matière de défense pour investir encore plus fort, identifier les capacités qui sont à bâtir et construire pour cela des filières industrielles européennes, nous préparer aux nouvelles formes de conflictualité, qu'il s'agisse du spatial, du cyber, du maritime et mieux protéger les pays ici présents qui sont à la frontière de l'Union européenne. Face à un risque nouveau, une menace nouvelle qui s'est transformée ces dernières semaines, c’est notre devoir. Et tout ce que nous défendons aujourd'hui deviendrait lettre morte si nous ne savions, dans les prochaines semaines et les prochains mois, crédibiliser notre capacité en Européen avec nos coopérations, nos alliés, nos alliances, à nous défendre aussi et à défendre en particulier notre flanc oriental.

En matière écologique, vous l'avez parfaitement écrit, nous devons sortir plus vite et la guerre nous l'impose des énergies fossiles. C'est à la fois répondre à notre agenda climatique et être plus souverain et mettre la Russie face à ses responsabilités. La guerre en Ukraine et notre volonté de sortir de notre dépendance aux énergies fossiles russes signifie que nous devons être encore plus ambitieux sur le plan climatique, nous devons investir davantage dans les énergies renouvelables et dans l'énergie nucléaire, nous devons prendre le chemin de la sobriété énergétique et continuer de protéger et d'accompagner les Européens face aux hausses de prix. Agir en européens pour faire de notre continent une puissance écologique atteignant la neutralité carbone.

Il nous faut aussi retrouver notre indépendance alimentaire. La guerre en Ukraine déstabilise profondément les chaînes d'approvisionnement et les marchés mondiaux. Il nous faut réévaluer nos stratégies de production pour d'abord défendre notre souveraineté alimentaire et notre souveraineté protéinique en européens. Mais pour pouvoir aussi définir et réévaluer une stratégie à l'égard du reste du monde. Si nous voulons éviter les famines, les déstabilisations géopolitiques à nos frontières et les drames tout autour du bassin méditerranéen, c’est notre responsabilité d’européen.

Indépendance démocratique et informationnelle enfin. Vous insistez beaucoup sur ce point, à juste titre, dans vos propositions. Vous avez commencé à démontrer ce que nous sommes vraiment : une puissance citoyenne et démocratique. Et il n’y a pas d’équivalent au monde, il n’y en a pas. Cette puissance citoyenne, nous devons continuer à la faire vivre en défendant la liberté et l'intégrité des informations qui sont échangées sur notre sol ; en défendant l'intégrité de nos processus démocratiques ; en défendant partout sur notre sol, la démocratie et l’État de droit. C’est cela ce que nous revivons à travers le combat héroïque de nos frères ukrainiens. La démocratie est fragile, l’État de droit est précaire. Sachons ensemble en rebâtir la force par des engagements nouveaux. Notre indépendance et notre souveraineté sont les conditions de notre liberté.

Et puis, le deuxième grand chemin et je veux retenir, c'est celui de l'efficacité. Oui. Répondre face aux crises avec force, clarté, rapidité est décisif et le faire en tant que démocratie. Rappelez-vous, il y a deux ans de cela, il y a même encore un an, que n'entendions-nous ? Tant et tant dans nos opinions publiques, qui nous expliquaient qu'il fallait bien mieux être une puissance autoritaire pour répondre à la pandémie. Que ça marchait beaucoup mieux de ne pas avoir de système démocratique. Que des vaccins russes ou chinois allait nous sauver. Qu'avons-nous démontré ? Que la science libre, ouverte, que les processus démocratiques, transparents, délibératifs, exigeants dans nos parlements nationaux et au niveau européen, qu'une Europe s'inventant elle-même puissance sanitaire, - et je salue l'engagement et le travail formidable de la Commission car il n'y avait aucun traité pour le dire, ni aucun texte qui le définissait - ensemble, nous avons bâti une réponse inédite face à cette pandémie de science, de démocratie et d'efficacité. En réussissant à produire sur notre sol un vaccin, en devenant le premier espace au monde de production de vaccins, en assumant jamais de ne fermer nos frontières, en étant toujours celles et ceux qui laisseraient les frontières ouvertes et exportant et en étant la première puissance de solidarité vaccinale. C'est ça l'Europe dont nous devons être fiers : une Europe de la démocratie, de la science ouverte et libre et de l'efficacité. L'une avec l'autre. Eh bien, c'est ce choix que nous devons continuer d'assumer.

Quand je regarde les 15 dernières années, face à la crise économique et financière, nous avons mis trop de temps à réagir. Le Portugal et beaucoup d'autres, la Grèce, dont vous venez, en ont vécu les drames. Nous nous sommes d'abord divisés, nous sommes retombés dans nos égoïsmes nationaux, nous avons pointé du doigt, nous n'avons pas apporté de réponse collective et nous avons dit au fond aux peuples de s'adapter à une réalité et une crise financière qui, je le rappelle, était importée d'outre-Atlantique. La réponse ne vint, soyons humbles, que de la Banque centrale européenne et d'une fameuse formule « whatever it takes » - en bon français ou en alsacien, ici auquel je rends hommage - prononcée par Mario DRAGHI. Mais face à la pandémie et aujourd'hui face à la guerre, nous avons démontré le contraire. Face à la pandémie, la réponse que j'évoquais, mais aussi la décision unique en juillet 2020, de construire un budget nouveau, des financements mutualisés, une ambition nouvelle pour l'Europe inédite, en levant ensemble de l'argent sur les marchés pour investir en Européens pour nos priorités. Et face à la guerre, nous avons pour la première fois décidé de mobiliser la facilité de paix européenne pour aider l'Ukraine à se défendre et à se battre comme nous ne l'avions jamais fait. Soyons fiers de ces choix d'efficacité sans lesquels nous ne serions pas là aujourd'hui pour nous parler ainsi. Eh bien, en quelque sorte, cette efficacité [applaudissements] vous pouvez applaudir notre Europe, c’est vous tous.

Le défi que vous nous posez, c’est d’être aussi efficace en quelque sorte en temps de paix et sans crise. Et être efficace ça veut dire décider vite de manière unie, en sachant investir massivement aux bons endroits, en ne laissant personne sur le bord de la route, c’est ça être européen.

Face à cela, il faudra réformer aussi nos textes, c'est évident. Et aussi, je veux dire clairement aujourd'hui que l'une des voies de cette réforme est la convocation d'une convention de révision des traités. C'est une proposition du Parlement européen, et je l'approuve. J'y suis favorable. Elle suppose que nous travaillons maintenant ardemment, sur la base de vos propositions, et de vos travaux d'ailleurs, à définir nos objectifs de manière très claire parce qu'il faut commencer une convention en sachant où on arrive. D'expérience, quand on commence des exercices aussi ambitieux, si on n'a pas une idée claire au début, il est rare qu'elle le soit davantage à la fin. Vous nous donnez un cadre très fort, nos débats, d'ailleurs politiques, ce que les chefs d'Etat et de gouvernements discutent, le montrent aussi. Et donc, dès les prochaines semaines, nous aurons à définir les préalables. Construire aussi l'accord de tous et tous. Et je suis, je vous le dis, favorable à cette réforme institutionnelle. Et je souhaiterais que nous en discutions avec l'audace et la liberté nécessaires dès le Conseil européen du mois de juin.

Ceci supposera d'avancer pour plus de simplicité. Nous connaissons la voie, c’est-à-dire avancer en continuant de généraliser le vote à la majorité qualifiée dans nos décisions pour nos principales politiques publiques. Il nous faudra continuer aussi d'avancer et de définir les voies et moyens d'être plus solidaires, clarifier nos objectifs, et l'objectif de toutes nos institutions, en instaurant des objectifs qui nous permettront de tenir notre Europe unie : la croissance, le plein emploi, nos objectifs climatiques. Là où les règles de tant de nos institutions européennes ont été pensées il y a des décennies, et reposaient sur des objectifs sans doute aujourd'hui devenus incomplets, qui ne nous permettront pas de tenir face aux crises qui sont les nôtres et au défi historique, notre unité. Le plein emploi, l'objectif de croissance, la neutralité carbone, l'objectif de justice sociale doivent être au cœur des objectifs de nos institutions.

Enfin réformer et ouvrir ce chantier, c'est évidemment celui aussi, et vous l'évoquez très bien dans vos travaux, de la légitimité du contrôle démocratique, de l'approfondissement de cette aventure démocratique inédite, et donc de continuer les innovations démocratiques comme nous avons su le faire à travers votre travail. Je remercie madame la Présidente d'avoir déjà engagé cela par un engagement clair à l'instant. Mais nous savons que nous devons aller plus loin. Nos règles d'élection, nos règles de désignation de nos représentants, nos règles de contrôle, nos droits d'initiative au Parlement européen, tout cela est ce qui doit être au cœur de cette convention à venir. Je crois très profondément que nous pouvons engager ces travaux, et je les ai mis sous le frontispice de l'efficacité, pourquoi ? Parce que je crois que tenir tous ces objectifs économiques, sociaux, environnementaux sont ceux qui nous permettent d'agir efficacement, et surtout de tenir notre Europe unie. Parce que sans ces objectifs, nous n'arriverons plus à convaincre nos peuples que l'aventure européenne est celle qui les réunit, les protège, et permet d'avancer.

Dans le cadre de ce défi, nous savons que nous ne serons peut-être pas tous et toutes d'accord. Et il ne faut pas non plus craindre la différenciation, les avant-gardes, elles ont toujours été fécondes pour le projet européen. Elles n'ont d'ailleurs jamais exclu, elles entraînent, et elles existent déjà de l'euro à Schengen. Mais je suis frappé ces dernières années, comme en quelque sorte la volonté de nous tenir à 27, nous interdit d’être plus ambitieux.

Je suis frappé moi-même d’ailleurs que je le dis dans un constat de demi-échec, nous même chef d’Etat et de Gouvernement, nous n’arrivons jamais à nous réunir en format zone euro. Nous sommes le seul syndic de copropriété qui s’interdit de se réunir. En syndic de copropriété, il faut toujours inviter toute la rue. On a peur d’assumer d’être plus ambitieux, et de l’euro à Schengen, c’est toujours la même chose, et nous avons tort parce que ces cercles d'avant-garde n'excluent pas, mais c’est permettre à ceux et celles qui veulent avancer un peu plus loin d'entraîner les autres et de rendre l'ambition désirable, au lieu de rendre l'attentisme plus risqué.

Je sais parfois les craintes qu'il y a d'une Europe à plusieurs vitesses, elle existe déjà, mais accélérer le rythme, relever nos ambitions, créer de la convergence en son cœur, sans format prédéfini, sans jamais exclure, mais aussi sans jamais laisser les plus sceptiques, ou les plus hésitants freiner est ce qui permettra à notre Europe de s'affirmer comme puissance. Cette différenciation ouverte à tous est fidèle à notre histoire et aux ambitions portées par les fondateurs, par Jacques DELORS et pour notre Europe. Et c'est une condition de cette efficacité et de cette ambition que j'évoquais.

Enfin, pour finir, et je m’extrais ici de vos propositions pour revenir sur le contexte et je sais que mon propos serait incomplet si je ne répondais pas à ce point particulier. La guerre en Ukraine est l'aspiration légitime de ce peuple comme de la Moldavie et de la Géorgie à rejoindre l'Union européenne nous invitent à repenser notre géographie et l'organisation de notre continent. Et je veux ici le faire avec la même sincérité et la même exigence que celle avec laquelle vous avez conduit vos travaux et avec laquelle je m'exprime aujourd'hui devant vous.

L'Ukraine, par son combat et son courage, est d'ores et déjà aujourd'hui membre de cœur de notre Europe, de notre famille, de notre union.

Mais même si nous lui accordions demain le statut de candidat - l'instruction est faite et je souhaite que nous allions vite - à l'adhésion à notre Union européenne, nous savons tous parfaitement que le processus leur permettant l'adhésion, prendrait plusieurs années, en vérité, sans doute plusieurs décennies, et c'est la vérité que de dire cela, sauf à ce que nous décidions de baisser les standards de cette adhésion et donc de complètement repenser l'unité de notre Europe et parfois les principes au nom desquels nous sommes exigeants à l'égard de certains de nos propres membres et nous y tenons tous.

Soyons clairs, l'Union européenne, compte tenu de son niveau d'intégration et d'ambition, ne peut pas être à court terme le seul moyen de structurer le continent européen. Il y a d'ores et déjà plusieurs pays des Balkans occidentaux qui sont engagés dans un processus d'adhésion. Et celui-ci va poursuivre son chemin et eux ont une vocation qui est déjà tracée.

Mais il nous faut très clairement, face à ce nouveau contexte géopolitique, trouver la voie pour penser notre Europe, son unité, sa stabilité, sans fragiliser l'intimité bâtie au sein de notre Union européenne. Nous avons donc le devoir historique, non pas de faire comme on a toujours fait et de dire la seule réponse est l'adhésion, je vous le dis très sincèrement, mais d'ouvrir une réflexion historique à la hauteur des événements que nous sommes en train de vivre sur l'organisation de notre continent. Au moment où le Conseil de l'Europe lui-même, cette famille de valeurs communes abandonnées par la Russie, ce Conseil présent ici même à Strasbourg est également secoué par les bégaiements de l'histoire.

En 1989, le président François MITTERRAND ouvrit cette réflexion alors que l'Union soviétique se délitait en proposant la création d'une confédération européenne. Sa proposition n'eut pas de postérité. Elle était sans doute trop précoce. Elle associait la Russie à cette confédération, ce qui est bien entendu, fût très rapidement inacceptable pour les Etats qui venaient de se libérer du joug de l'Union soviétique. Mais elle posait une bonne question et cette question demeure : comment organiser l’Europe d’un point de vue politique et plus large que l’Union européenne ? C’est notre obligation historique que d’y répondre aujourd’hui et de créer ce que je qualifierai aujourd’hui devant vous « une communauté politique européenne ».

Cette organisation européenne nouvelle permettrait aux nations européennes démocratiques adhérant à notre socle de valeurs de trouver un nouvel espace de coopération politique, de sécurité, de coopération en matière énergétique, de transport, d'investissements, d'infrastructures, de circulation des personnes et en particulier de nos jeunesses. La rejoindre ne préjugerait pas d'adhésions futures à l'Union européenne, forcément, comme elle ne serait pas non plus fermée à ceux qui ont quitté cette dernière.

Rassembler notre Europe dans la vérité de sa géographie, sur l'assise de ses valeurs démocratiques, avec la volonté de préserver l'unité de notre continent et en conservant la force et l'ambition de notre intégration.

Voilà la proposition en complément de la réponse aux vôtres que je voulais faire devant vous aujourd'hui. Je tâcherai dans les prochaines semaines et les prochains mois, de consulter, travailler avec l'ensemble des États, gouvernements intéressés à ce projet pour chercher à le parachever, car je crois qu'il en va de la stabilité et de l'avenir de notre continent.

Mesdames et messieurs, il y a un an, je vous disais : mon espoir que cette conférence sonne le retour des grands rêves et des grandes ambitions. C'est ce que vous avez aussi voulu. C'est ce que vous avez fait. C'est donc ce que nous allons ensemble poursuivre. C'est ça l'Europe. Ce sont des rêves fous, des ambitions inédites. Et c'est ensuite la capacité collective à construire des compromis qui peuvent sembler quelquefois laborieux, mais qui sont la langue de l'Europe, c'est-à-dire celle de la traduction permanente.

Agir fort. Aller vite. Rêver grand. Ces mots ne sont pas seulement l'apanage de la Chine ou des Etats-Unis d'Amérique. Ces ambitions, nous les faisons nôtres. Gardons bien à l'esprit qu'il ne serait rien sans ce supplément d'âme européen qui nous rend unique, qui fixe le cap, donne le sens, qui fait que notre Europe et ce continent inédit où les grandes célébrations se font en parlant toutes nos langues et en les traduisant et en ayant une langue universelle qui est la nôtre, la musique, nos hymnes européennes.

Alors ce chemin que nous avons commencé à dessiner ici, maintenant à Strasbourg presse en quelque sorte un serment. Ce serment de Strasbourg pour une Europe souveraine, unie, démocratique et ambitieuse. Il nous appartiendra d'y être fidèle, tous et toutes ensemble.

Comptez sur moi. Merci beaucoup.

Emmanuel Macron, le lundi 9 mai 2022 au Parlement Européen à Strasbourg.

Source : www.elysee.fr





Conférence de presse commune d'Emmanuel Macron et d'Olaf Scholz le 9 mai 2022 à Berlin







https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20220509-discours-macron.html


 

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29 mars 2022 2 29 /03 /mars /2022 03:35

« Bien sûr que je voterai, mais je préfère rester à l’écart de tout ça. Je ne serai pas utile. » (Jacques Delors, le 3 novembre 2021 dans "Le Point").




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S’il y a bien une personnalité politique à laquelle le Président de la République Emmanuel Macron voudrait se référer, c’est bien Jacques Delors : l’ancien Président de la Commission Européenne, qui a à son actif d’avoir négocié le tournant de l’Europe après la Réunification de l’Allemagne et l’effondrement de l’URSS, avec le Traité de Maastricht (approuvé en France par le peuple français, rappelons-le !) qui a institué l’euro, la monnaie unique, qui a aussi, auparavant, réalisé l’Acte unique, qui a permis en particulier la correspondance des diplômes universitaires et l’harmonisation de nos vies quotidiennes, qui a également construit l’Espace de Schengen, représente ce qu’Emmanuel Macron considère comme un bâtisseur d’Europe (pas un père, car l’Europe était déjà née avant lui). Au même titre que Valéry Giscard d’Estaing, à l’origine du suffrage universel direct pour élire le Parlement Européen et de l’institution du Conseil Européen.

Mais ce n’est pas seulement sur la construction européenne qu’Emmanuel Macron peut se sentir proche politiquement de Jacques Delors. C’est également sur cette analyse que le clivage du paysage politique en deux camps, à droite et à gauche, ne correspond plus à la réalité sociologique du pays. En fin de compte, ce clivage a explosé en 2017 et vraisemblablement, cette explosion n’est pas fortuite et sera confirmée dans quelques jours, le 10 avril 2022 : ni LR ni le PS ne constituent désormais des réservoirs du possible au gouvernement (même s’il ne faut pas négliger l’importance des élections législatives des 12 et 19 juin 2022).

En décembre 1994, Jacques Delors, ancien Ministre de l’Économie et des Finances du Président François Mitterrand de 1981 à 1984, en fin de second mandat à Bruxelles, était en tête, et largement en tête, de tous les sondages. Son avantage, c’était qu’il était apprécié par les électeurs du camp opposé (centre droit), tandis que les électeurs de son camp (gauche) étaient plutôt réticents à se laisser vampiriser par lui, sauf si c’était pour gagner à une époque où, depuis 1993, confirmé en 1994, le PS était nettement démonétisé. Il n’a pas osé franchir le pas, il n’a pas osé l’aventure, déjà trop fatigué.

Le rêve de Jacques Delors était de réunir le centre gauche et le centre droit et de proposer une politique assumée d’intégration européenne et de progrès économique et social. Cela ne vous rappelle pas quelqu’un ? Bien sûr, c’est exactement le positionnement national d’Emmanuel Macron, et entre les deux, François Bayrou avait également tenté l’aventure, principalement en 2007, avec un certain succès mais insuffisant.

Le "problème" de Jacques Delors, c’est qu’il est resté fidèle au PS, par fidélité politique mais aussi familiale. Même si elle est plutôt discrète au niveau national, sa fille Martine Aubry reste l’un des derniers ténors, l’un des derniers éléphants du PS à se maintenir au PS en 2022. C’était difficile pour Jacques Delors en 2017 avec la candidature de Benoît Hamon, c’est encore plus difficile en 2022 avec la candidature de la maire de Paris Anne Hidalgo, soutenue activement par Martine Aubry et par Lionel Jospin (moins activement par François Hollande qui était, rappelons-le, le responsable du transcourant deloriste au sein du PS dans les années 1990), car elle n’a rien compris à la gauche de gouvernement, elle n’a rien appris, elle est partie dans un trip de gauche alternative de témoignage qui veut se faire plaisir sans se préoccuper de vouloir gouverner et prendre en compte les contraintes extérieures.

Alors, bien sûr, Jacques Delors ne prendra certainement pas position officiellement. Il restera prudemment dans la discrétion de son vote, qui est, rappelons-le aussi, libre et sincère, et donc, pour qu’il n’y ait pas de pression, secret, sauf pour ceux qui s’exposent et font campagne, bien sûr.

Quand il a quitté la Présidence de la Commission Européenne, Jacques Delors allait atteindre l’âge de 70 ans, un âge respectable pour se retirer de la vie politique active et prendre sa retraite. Certains créent alors des fondations humanitaires, lui a créé un institut, un « groupement d’études de recherches sur l’Europe », appelé Notre Europe (le "notre" est le mot principal) et qui s’appelle désormais Institut Jacques-Delors, actuellement présidé par Enrico Letta, un grand Européen francophile et ancien Président du Conseil italien.

Maintenant, Jacques Delors s’achemine tout doucement vers son 97e anniversaire qu’il fêtera cet été. Profondément affecté, il avait gardé secret le décès de son épouse en pleine campagne des municipales en juin 2020 (sa fille menait une campagne difficile à Lille). À ses 95 ans, le 20 juillet 2020, le Président Macron lui avait souhaité un chaleureux anniversaire sur Twitter : « Je souhaite un très bel anniversaire à Jacques Delors. Il nous a toujours montré que rien n’était impossible en Europe quand on a du courage et de l’ambition. ». Un tweet envoyé depuis Bruxelles où le Conseil Européen se réunissait pour convenir d’un gigaplan de relance à la suite de la première vague du covid-19 qui avait plombé l’économie mondiale.

Intellectuellement exigeant et politiquement dubitatif, Jacques Delors n’est toutefois pas dupe et comme il ne souhaite pas être instrumentalisé, il refuse donc de prend part à la campagne. Il était d’ailleurs lucide et sincère quand, interrogé par Jérôme Béglé, Emmanuel Berretta et Sébastien Le Fol dans un entretien à l’hebdomadaire "Le Point" publié le 3 novembre 2021, il a expliqué à propos d’Emmanuel Macron : « Toute sa politique démontre qu’il n’est pas social-démocrate. La vie politique s’est affaiblie. Le rôle déclinant du Parlement est un avertissement pour nous. », sans préciser d’ailleurs qui est le "nous", s’agit-il des "socialistes", des Français en général ?

Néanmoins, le 12 décembre 2021, le journal "La Croix" a cru bon de publier un article intitulé : "Le discret soutien de Jacques Delors". La raison ? La vision européenne du Président, dévoilée, certes, à la conférence de presse du 9 décembre 2021 au cours de laquelle il allait présenter le programme de la Présidence française du Conseil de l’Union Européenne du premier semestre 2022, mais aussi au cours d’une intervention trois jours auparavant.

Effectivement, le 6 décembre 2021 dans la soirée, l’Institut Jacques-Delors a fêté son 25e anniversaire à l’Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris, en présence du Président de la République Emmanuel Macron et de bien d’autres invités prestigieux. Jacques Delors, lui-même absent de la cérémonie, était pourtant présent par la lecture d’un message lu par un proche, ancien commissaire européen, Pascal Lamy.

Dans ce message, Jacques Delors a d’abord rappelé une évidence que les complotistes oublient généralement : « La construction européenne n’est pas un programme préparé de toute pièce, une procédure à exécuter, un dessein miraculeusement irréversible. Ce n’est jamais un long fleuve tranquille, vous en faites l’expérience. Nous devons sans cesse repenser l’Europe au regard de ce qui a été réalisé, de ce qui a fonctionné ou non et au regard de l’état du monde si mouvant et si brutal. Ce serait céder à la paresse intellectuelle et manquer de courage politique que de s’en tirer aux arbitrages passés, au statu quo. ».

C’est exactement la philosophie volontariste d’Emmanuel Macron. Mais il y a encore plus de proximité avec celle-ci lorsque l’ancien Président de la Commission Européenne a lancé : « L’Europe au commencement a été pensée comme un projet de paix. Elle doit aujourd’hui se penser aussi comme puissance ; une puissance en devenir, responsable et généreuse dans le monde. (…) Affirmer notre Europe, en soulignant le "notre", signifie à la fois que l’Union nous appartient à tout un chacun mais aussi qu’elle est plurielle par essence. Qu’elle est à la fois un bien commun à préserver et une œuvre collective à poursuivre. ».

Et cette petite phrase qui vaut adhésion au programme européen du Président Macron : « Je me félicite que la Présidence française du Conseil de l’Union ait choisi de mettre en avant la notion d’appartenance à l’Europe. C’est une appartenance à double sens : l’Europe nous appartient autant que nous appartenons à l’Europe. ».

Et de préciser sa pensée qui est aussi celle de la France et de son chef d’État : « Pour tous nos pays, appartenir aujourd’hui à l’Europe, c’est refuser de se laisser appartenir à la Chine, à la Russie ou même de s’aligner docilement sur les États-Unis. C’est refuser que notre continent de nouveau se divise et laisse son destin lui échapper. ».

Mais "en même temps" : « Appartenir à l’Europe ne signifie pas non plus se détacher de son pays. Au contraire, c’est lui être fidèle. Comme Albert Camus, "j’aime trop mon pays pour être nationaliste". Le projet européen n’a jamais été l’ennemi des nations, qui ne peuvent s’épanouir isolément. Quel meilleur gage de rayonnement pour chacune d’elles que son engagement européen ? » (Source : Institut Jacques-Delors).

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Depuis le 1er janvier 2022, Emmanuel Macron s’active et se démène pour faire justement en sorte que l’Europe devienne une puissance, elle l’est déjà économiquement, mais tout reste à faire politiquement. L’absolue unité dont elle a fait preuve depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine a montré que nous y parviendrons d’une manière ou d’une autre.

À ce message amical de Jacques Delors, le Président de la République a répondu dans ce même sentiment que tout reste à faire pour relancer la construction européenne. Avant sa conférence de presse du 9 décembre 2021, il avait ainsi lâché quelques éléments du puzzle européen avec trois maîtres mots : « relance, puissance, appartenance » qui sont les trois axes actuels de la Présidence française : « Nul n’ignore le débat public dans notre pays en ce moment (…). Quand les choses deviennent difficiles, on dit : c’est la faute de l’Europe. ».

Pour le chef de l’État, l’Europe puissance, c’est : « Une Europe qui pourra faire ses propres choix, militaires, technologiques, culturels, de valeurs. (…) Nous avons des débats provinciaux, là où les vrais sujets sont de savoir ce que nous voulons devenir rapport au modèle chinois, au modèle américain. ».

Et le futur candidat Emmanuel Macron a donné un exemple de la puissance de l’unité européenne avec la vaccination contre le covid-19 : « C’est un acquis formidable, on a pu vacciner grâce à l’Europe ! Sans elle, abandonnée aux égoïsmes nationaux, on n’aurait sans doute pas pu vacciner notre population. (…) Soyez nationalistes, vous Hongrois, soyez nationalistes, Polonais ou Français, vous ne seriez pas vaccinés, ou imparfaitement. Peut-être que vous auriez eu vos amis russes pour vos donner le [vaccin] Sputnik qui n’est toujours pas homologué par l’OMS ? Bon courage ! Vous n’êtes vaccinés avec les meilleurs vaccins au monde que parce que vous êtes Européens. ».

En revanche, Emmanuel Macron a rejeté catégoriquement le diktat des fonctionnaires européens qui demandait de bannir des expressions comme "Mesdames et Messieurs" ou "période de Noël" au profit de formules plus neutres : « L’Europe qui vient expliquer aux gens ce que devraient être les mots à dire ou ne pas dire n’est pas une Europe à laquelle j’adhère totalement, c’est un peu n’importe quoi ! ». Et d’ajouter : « L’Europe, c’est celle qui tresse nos cultures nationales et les rend plus fortes par le dialogue, pas celle qui les désagrège. ».

Alors, Jacques Delors a-t-il été séduit par cette notion de souveraineté européenne et d’Europe puissance d’Emmanuel Macron ? Évidemment, oui, comment cela pourrait-il en être autrement alors qu’Emmanuel Macron est le seul dans la classe politique, du moins parmi les candidats à l’élection présidentielle, à se prévaloir d’un véritable volontarisme politique ? Jacques Delors votera donc probablement pour Emmanuel Macron, mais chut ! Il ne faut que pas sa fille le sache…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jacques Delors votera-t-il pour Emmanuel Macron ?
Jacques Delors aurait-il pu être le précurseur d’Emmanuel Macron ?
Jacques Delors, l’honneur de la France et de l’Europe.
Institut Jacques-Delors (créé en 1996).
Qui peut remplacer Jacques Delors en 2014 ?
L’occasion ratée de 1995.
Martine Aubry.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220327-delors.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jacques-delors-votera-t-il-pour-240488

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24 mars 2022 4 24 /03 /mars /2022 03:50

« Je suis sûr que vous savez très bien ce qui se passe en Ukraine ; vous savez pourquoi cela se produit et vous savez qui est coupable (…). Je m’adresse à vous, gens honnêtes, rationnels et audacieux, pour vous poser une question : comment arrêter cette guerre ? La plupart des réponses sont dans vos mains, dans nos mains. » (Volodymyr Zelensky, le 23 mars 2022 à l’Assemblée Nationale et au Sénat).




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Le titre ressemble à un slogan d’Olivier Besancenot. Sans jamais citer le nom du responsable suprême de ce gâchis humain gigantesque, des dizaines de milliers de vies fauchées, plus d’une dizaine de millions de vies anéanties par l’exode, à savoir Vladimir Poutine, le Président de l’Ukraine Volodymyr Zelensky s’est adressé, ce mercredi 23 mars 2022 à 15 heures, aux parlementaires français en visioconférence.

Séance très émouvante et très spéciale : c’était la première fois que les parlementaires recevaient un chef d’État d’un pays en guerre, la première fois que cela se passait en visioconférence (à ma connaissance), et aussi, sur la forme institutionnelle, c’était une première également, la première fois que les deux chambres du Parlement, l’Assemblée Nationale et le Sénat, ont reçu le même invité en même temps en deux lieux différents (d’habitude, les parlementaires se réunissent ensemble lorsqu’ils sont convoqués en Congrès à Versailles). Il faut aussi rappeler que les députés français ont le droit d’écouter des hôtes de marque (notamment des dirigeants de pays étranger) seulement depuis la Présidence de Philippe Séguin en 1993, et le Sénat a suivi rapidement. Cette séance était aussi un peu spéciale dans la mesure où elle rompait la pause depuis plusieurs semaines due à la campagne présidentielle.

Ce fut une ovation debout pour saluer le courage et la force de mobilisation du jeune Président ukrainien (il a 44 ans, un mois de moins que le Président français Emmanuel Macron) élu le 21 avril 2019 à la tête de l’Ukraine. Zelensky n’a parlé que treize minutes, en particulier pour empêcher ses ennemis de repérer d’où il parlait, probablement dans un sous-sol à Kiev. À l’origine, il devait cependant s’exprimer pendant une vingtaine de minutes.

Pour Volodymyr Zelensky, en revanche, ce n’était pas nouveau de s’adresser à des parlementaires d’un pays ami : depuis plusieurs semaines, il ne fait d’ailleurs quasiment que cela. Jugez-en : Zelensky s’est exprimé aux parlementaires européens le 1er mars 2022, aux parlementaires britanniques de la Chambre des Communes le 8 mars 2022, aux parlementaires canadiens le 15 mars 2022, aux parlementaires du Congrès des États-Unis le 16 mars 2022, aux parlementaires allemands du Bundestag le 17 mars 2022, aux parlementaires israéliens de la Knesset le 20 mars 2022, aux parlementaires italiens le 22 mars 2022, aux parlementaires japonais le 23 mars 2022 au matin, et il a prévu de s’exprimer aux dirigeants de l’OTAN le 24 mars 2022 lors d’un sommet auquel participe le Président américain Joe Biden.

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Non seulement c’était futé et très habile politiquement, de s’adresser aux parlementaires dans les démocraties pour lesquelles le Parlement compte, mais Zelensky a cherché, chaque fois, à ce que son message fût adapté au pays. Devant le Congrès américain, il avait évoqué les attentats du Word Trade Center, et devant les parlementaires français présidés par Gérard Larcher et Richard Ferrand, il a évoqué la Bataille de Verdun pour faire une comparaison avec la situation actuelle de Marioupol : « Marioupol et d’autres villes ukrainiennes frappées par l’occupant rappellent les ruines de Verdun. (…) L’armée russe ne distingue pas les objets qu’elle cible. Elle détruit tout : quartiers résidentiels, hôpitaux, écoles, universités ; tout. Elle brûle les entrepôts de nourriture et de médicaments ; elle brûle tout. Elle ne tient pas compte du concept de crime de guerre ni des obligations liées aux conventions internationales. Elle a apporté la terreur sur le sol ukrainien, et chacun de vous en est conscient. ».

Il n’a pas hésité non plus à insister sur l’émotionnel, allant jusqu’à demander une minute de silence pour toutes les victimes de cette guerre, après avoir raconté le bombardement de la maternité de Marioupol le 9 mars 2022 : « La plupart [des femmes] ont survécu, mais certaines ont été grièvement blessées : une femme a vu son pied, qui était fracturé, être amputé ; une autre a eu le bassin fracturé et son bébé est mort avant la naissance. Alors qu’on essayait de la sauver, elle demandait aux médecins de la laisser mourir, de ne pas l’aider : elle ne voyait plus de raisons de rester en vie. Elle est morte. ». Et d’ajouter : « En Ukraine, en Europe, en 2022, pour des centaines de millions de personnes, il était impensable que le monde puisse être détruit. Je vous demande d’observer une minute de silence en l’honneur et à la mémoire des milliers d’Ukrainiennes et d’Ukrainiens qui ont été tués à la suite de l’invasion russe du territoire ukrainien. ».

Volodymyr Zelensky a salué le leadership du Président Emmanuel Macron : « Nous sommes reconnaissants à la France pour son aide et pour les efforts du Président de la République Emmanuel Macron, qui a fait preuve d’un véritable leadership. (…) Les Ukrainiens voient que la France apprécie et protège la vérité. Vous savez ce que sont la liberté, l’égalité et la fraternité. Chacune de ces notions est importante pour vous : je le sens et les Ukrainiens le ressentent aussi. (…) Nous attendons de la France, de votre leadership, la restauration de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. ».

Le Président ukrainien a évoqué aussi l’acteur Jean-Paul Belmondo alors que certains imaginaient qu’il citerait De Gaulle. Ancien acteur, Zelensky a trouvé audacieux de parler plutôt de l’acteur français très populaire : « Que les gens puissent vivre leur vie et mourir non pas sous les bombes, au milieu d’une guerre, mais quand leur heure est venue, dans la dignité. Chacun doit vivre dans le respect, et on doit pouvoir lui dire adieu, comme la France l’a dit à Jean-Paul Belmondo. ».

Contrairement à des interventions devant des parlementaires d’autres pays, il n’a pas demandé la sanctuarisation de l’espace aérien que la France avait déjà refusé d’assurer pour ne pas compter parmi les belligérants directs de la Russie.

Prenant à témoins les parlementaires et les citoyens français, Zelensky a pointé du doigt des grandes entreprises françaises encore présentes en Russie, en particulier un constructeur automobile et des grandes surfaces commerciales : « [Ils] doivent cesser d’être les sponsors de la machine de guerre de la Russie. Ils doivent cesser  de financer le meurtre d’enfants, le viol et le meurtre de femmes. Chacun doit se rappeler que les valeurs valent plus que les bénéfices. ». Sans le dire explicitement, il a laissé entendre qu’il suffirait que les consommateurs français boycottent ces entreprises. Pour info, toutes les entreprises étrangères des pays condamnant fermement la guerre ont déjà versé depuis le début de cette guerre 18 milliards d’euros (principalement pour l’achet de gaz) qui réalimentent l’effort de guerre.

Et les valeurs, celles que l’Ukraine partage avec le reste de l’Europe, ce qui vaut sa demande d’adhésion à l’Union Européenne, ce sont la liberté, la démocratie, l’humanisme, et aussi la souveraineté nationale, qui est une valeur essentielle et parmi les premières qu’ont énumérées les constituants français depuis le dernière guerre. Et enfin, l’esprit de résistance.

Volodymyr Zelensky compte surtout sur la France pour l’après-guerre, afin de construire une paix durable : « Nous devons déjà penser à l’avenir, à la façon dont nous allons vivre après la guerre. Il nous faut des garanties solides pour rendre la sécurité inébranlable et les guerres impossibles dans ce monde. Créons un nouveau système de garanties et de sécurité, au sein duquel la France jouera un rôle de premier plan. ».





Incontestablement, les parlementaires français ont eu devant eux, par écran interposé, un valeureux chef d’État d’une nation en guerre, courageux, qui a su mobiliser tout son peuple pour résister à l’ennemi envahisseur, et qui a su aussi mobiliser les pays extérieurs, en particulier ceux de l’Union Européenne, pour leur dire : les valeurs que le peuple ukrainien défend, au péril de sa vie, ce sont justement celles de l’Europe unifiée. Et il ne faut faire aucune concession à ceux qui veulent les détruire ou les trahir.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
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Poutine paiera pour les morts et la destruction de l’Ukraine.
Ukraine en guerre : coming out de la Grande Russie.
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Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
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23 mars 2022 3 23 /03 /mars /2022 03:33

« Une hypothèse qui circule depuis un moment serait que le Président russe soit à ce point déconnecté de la réalité qu'il finisse par croire à sa propre propagande. Son isolement accentué par le covid, et la nature de son pouvoir révélée par la manière dont il traite ses hauts responsables à la télévision, en seraient la cause. (…) La conclusion qu'Emmanuel Macron a tirée de [l’]entretien hier [3 mars 2022 au téléphone] est que "le pire est à venir", et que Poutine veut prendre toute l'Ukraine. C'est une mauvaise nouvelle pour les Ukrainiens ; une mauvaise nouvelle pour le monde. » (Pierre Haski, le 4 mars 2022 sur France Inter).



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Oui, cette invasion russe de l’Ukraine est une mauvaise nouvelle pour le monde. C'est même un cauchemar éveillé. Cela fait quatre semaines maintenant et il est probable qu’elle dure encore longtemps. Les images qu’un pouvoir autocratique ne peut empêcher de faire circuler se multiplient sur les horreurs et les crimes que commet l’armée russe contre le peuple ukrainien. La ville de Marioupol, en particulier, serait déjà détruite à 90%, les populations civiles sont bombardées, on cible les écoles, les hôpitaux, les théâtres, les habitations… L’horreur de la guerre dans toute son ampleur. Son responsable paiera, c’est une évidence ; Vladimir Poutine aura un rendez-vous désagréable avec l’histoire.

Plus de 90% de la population française, selon les sondages, sont choqués. Sont même traumatisés. On oublie un peu vite ce qu’était une guerre. Ce n’est pas un film ou un jeu vidéo. C’est du sang, des viscères, des odeurs. Elle est toujours synonyme de désolation, de misère, d’horreur, de cruauté. Du plus profond de la mémoire collective, des images ou des bruits de bombardement entre 1940 et 1944 resurgissent et inquiètent. Colère, peur, tristesse, les trois stades de l’émotion tragique. Et il faut une réaction rationnelle.

Ceux qui trouvent que la guerre en Ukraine, on en parle trop, alors qu’effectivement, il y a une campagne présidentielle, et que l’élection présidentielle est le moment fort, rare, de notre démocratie, peuvent avoir raison. Mais voilà, c’est la guerre en Europe et il faudra bien se faire à l’idée que cet équilibre fragile de la paix globale en Europe depuis 1945 est désormais rompu. Trois générations sont sous sidération.

Celui qui a porté fort le "non" de la France à la guerre en Irak face aux États-Unis, Dominique de Villepin est très inquiet actuellement. Nous sommes en 1938. La guerre n’est pas seulement entre l’Ukraine et la Russie. Il y a un dirigeant, celui de la Russie, qui a des visées paranoïaques sur l’Europe. Comme Hitler. Ne pas mettre un lien entre les deux est une illusion. On ne veut pas prendre conscience, cela met mal à l’aise comme le peuple français applaudissait les Accords de Munich parce qu’on ne voulait pas revoir la guerre. Mais elle est là.

Le dernier Premier Ministre de Jacques Chirac demande la plus grande fermeté, et la seule mesure efficace, la seule sanction qui arrêterait Poutine, c’est l’arrêt immédiat de la fourniture de gaz. Que valent une perte de chauffage et une perte de croissance économique face au risque d’une guerre européenne totale ? Après l’Ukraine, Poutine s’en prendra à la Moldavie, aux pays baltes, et pourquoi pas, à la Roumanie et à la Pologne décidément encore trop proches de la Russie. Jusqu’où la peur de l’insécurité paranoïaque peut-elle mener ?

Poutine paiera, et paiera cher, car il a déjà perdu au regard de l’histoire, quelle que soit l’issue de cette sale guerre en Ukraine : à l’ONU, 141 pays du monde ont condamné le 2 mars 2022 cette guerre insensée, et seulement 5 ont refusé de la condamner, et pas des pays qui ont une forte influence. Quelle que soit l’issue, Poutine sera considéré comme celui qui aura remis la guerre, la vraie guerre, la sale guerre, au centre même de l’Europe, et sa propagande cynique n’a déjà pas convaincu le peuple russe et ne convaincra pas plus les historiens dans les prochaines décennies. Avec la révolution numérique, on ne peut plus truander durablement la vérité historique.

Mise en avant sur l’affiche du film biographique "Simone, le voyage du siècle" (d’Olivier Dahan avec Elsa Zylberstein, Élodie Bouchez, Sylvie Testud et Philippe Torreton) projeté en avant-première le 14 février 2022, cette phrase de Simone Veil : « Nous sommes responsables de ce qui nous unira demain. ». Et cette phrase veut dire beaucoup de chose pour celle qui a connu les camps d’extermination. Quelles valeurs nous uniront demain ? Nous, Européens.

Le peuple ukrainien résiste avec une force inouïe. C’est son honneur et son entrée dans l’histoire. Le réalisateur français Olias Barco a confectionné une petite fiction qui circule depuis une dizaine de jours dans les réseaux sociaux, intitulée "Paris sous les bombes" et qui imagine ce que serait Paris attaquée par un envahisseur extérieur (qui ne nous veut pas du bien). C’est un peu facile (c’est vrai), mais c’est mieux que rien, pour ceux qui n’ont pas beaucoup d’imagination, pour décrire ce que vivent les Ukrainiens depuis un mois : plusieurs dizaines de milliers de morts, en particulier des civils, des centaines d’enfants dont Poutine se moque comme de sa dernière chaussette, et aussi, plus d’une dizaine de millions de personnes déplacées, ayant tout perdu, parfois n’ayant pas de nouvelles de proches, ne sachant pas s’ils reviendront chez eux dans trois mois ou dans trente ans, dont près de quatre millions de personnes réfugiées hors de leurs frontières.

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J’ai été surpris en bien par la grande générosité des Français (et des Européens). Très tôt, des initiatives collectives spontanées ont été prises pour apporter de l’aide à ces réfugiés, leur fournir des vêtements chauds, de la nourriture, des médicaments, etc., parfois des offres d’hébergement. J’ai pu le voir dans ma commune, c’est particulièrement remarquable : tout le monde voudrait faire un petit quelque chose, aider, faire quelque chose pour diminuer cette misère sinon cette horreur. J’ai même vu une personne prendre sa voiture et aller jusqu’à la frontière polonaise pour prendre en charge une famille ukrainienne et l’héberger chez elle.

Nous sommes solidaires, et le monde est solidaire, c’est cela que Poutine n’a pas compris. Il n’a pas compris qu’il est tout seul dans son trip paranoïaque, probablement, comme l’expliquait Pierre Haski, dans son isolement hypocondriaque à cause du covid-19 et dans son délire de refaire l’histoire de la Russie. Il massacre un peuple qui n’a rien fait, qui n’avait aucune visée expansionniste et qui n’aspirait qu’à la paix.

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Non seulement Poutine a perdu la guerre de la communication (et je m’en réjouis, beaucoup de ses adorateurs d’hier ont ouvert les yeux et admettent leur erreur ; et parmi ceux-là, les trois candidats Marine Le Pen, Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon, évitons de leur donner le pouvoir, ce genre d’erreur d’appréciation, si elle se reproduisait, pourrait mettre le pays dans un sale état), mais l’armée russe n’arrive toujours pas à bout, après un mois, à écraser l’Ukraine car le peuple ukrainien se bat avec bravoure et sang-froid, c’est son identité qui est en jeu, c’est le concept même de son pays, de sa nation qui est en jeu. Je ne peux m’empêcher d’imaginer le peuple français en mai 1940 avec la même détermination à résister, avec les mêmes dirigeants à encourager, mobiliser le peuple (seul résistant dans la classe politique Paul Reynaud a été dépassé par les événements)…

Y a-t-il une contradiction entre parler d’enlisement de l’armée russe en Ukraine et craindre une extension extra-ukrainienne du conflit ? La réponse est non. Poutine a montré qu’au-delà de la faiblesse de ses armées, de ses équipements vieillots, inadaptés, il a aussi développé depuis des années une très coûteuse technologie. Les missiles hypersoniques, non seulement ils se prémunissent des défenses anti-missiles, mais aussi ils percutent leur cible avec une puissance exceptionnelle (l’énergie est proportionnelle au carré de la vitesse).

Hélas, dans les jours prochains, on peut imaginer un scénario à la syrienne avec l’utilisation d’armes chimiques (la propagande poutinienne est déjà en train de se préparer pour dire que les armes chimiques proviendraient du peuple ukrainien, toujours cette inversion accusatoire qui n’influence que les crédules antipatriotiques). Et puis, qui dira aujourd’hui avec une assurance de plomb que Poutine n’utilisera jamais ses armes nucléaires tactiques ? Plus personne, car le 27 février 2022, il a déjà rappelé sournoisement qu’il en possédait et qu’il ne fallait pas le chercher.

Le Président Emmanuel Macron a raison de garder contact avec le Président de la Fédération de Russie. Son obsession, c’est d’obtenir un cessez-le-feu immédiat et général sur toute l’Ukraine. Poutine ne comprend pas pourquoi il n’a pas eu la victoire facile dès les premiers jours, imaginant que ceux qui allaient massacrer le peuple ukrainien allaient être accueillis en libérateurs par celui-là. Cette rage d’avoir été incapable de comprendre la réalité est dangereuse. Au lieu de faire un repli discret, il risque d’engager toutes les forces de la Russie dans une politique de terre brûlée (les Russes, dans l’histoire, l’ont déjà montré). Déjà, la Russie se trouve dans une situation de faillite, elle n’a plus rien à perdre. Le peuple russe, si, a tout à perdre. Heureusement, de nombreux citoyens russes sont désolés par ce qui se passe, ont honte, et c’est l’honneur du peuple russe que certains osent manifester contre cette guerre criminelle avec beaucoup plus de courage que quelques individus antivax qui défilent à Paris.

Parmi les Français dans les réseaux sociaux, seulement quelques-uns continuent encore à soutenir Poutine, peut-être par crédulité sectaire et anticonformisme stupide, ils ne sont pas nombreux mais ils sont bruyants, mais bizarrement, on les retrouvait déjà dans les conspirationnismes de bistrot contre les mesures sanitaires anti-covid, contre les vaccins, etc. en oubliant que leur gourou en chef est celui qui, sans doute, a le plus peur d’attraper le covid (cela se mesure caricaturalement à la longueur de la table).

Ils oublient, je parle de citoyens français, que l’Europe est en situation proche de la guerre et que choisir son camp est aussi un acte patriotique, mais je suis peut-être abusé, après tout, tous ces bruyants ne sont peut-être que des faux Français et des vrais vecteurs de désinformation d’origine russe (on a déjà vu les origines des désinformations sur le vaccin Pfizer, par exemple), et d’ailleurs, ils ne connaissent pas beaucoup la France, ils ne sont pas très fins, car tous ces faux journalistes supposés français qui font l’éloge de Poutine, bizarrement, ont des noms bien français, et je dirais, trop français avec leurs gros sabots, il suffit de lire n’importe quel journal français pour se rendre compte qu’il n’y a peut-être pas, parmi les vrais journalistes français, que de noms très français (à commencer par le polémiste Éric Zemmour !).

Honte à Poutine, honte à cette invasion insensée, cynique, cruelle, qui va continuer à faire des dizaines de milliers de morts dans les prochains jours, des dizaines de millions de victimes, tout un peuple. Il a enlevé son masque. Il a montré son vrai visage, celui de la mort. Il est comptable des morts et des réfugiés, et d’une manière ou d’une autre, face à l’histoire qu’il semblerait tant aimer, il paiera le prix fort.

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Dans quelques jours, du 27 mars 2022 au 22 décembre 2022, le Mémorial de la Shoah de Drancy (110 avenue Jean-Jaurès, ouvert du dimanche au jeudi de 10h à 18h) présentera une exposition ("C’est demain que nous partons") sur les lettres de déportés français envoyées à leurs proches en 1942, pour certaines, jetées par la fenêtre du train à bestiaux qui les conduisaient dans les camps. Par exemple, lettre du 6 août 1942 : « Nous t’écrivons en ce moment dans un wagon car depuis ce matin, nous sommes en route vers une destination inconnue. » (Convoi 15 parti la veille de Beaune-la-Rolande à destination d’Auschwitz-Birkenau). Une des filles d’un autre déporté qui a envoyé sa dernière lettre le 26 mars 1942 (il fut assassiné à Auschwitz le 13 juin 1942) continue à se dire : « Ça n’a pas de sens tout ça. Pourquoi ? Il n’y a pas de réponse. » (interrogée par Delphine Evenou sur France Inter).

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai tendance à penser que nous ne sommes pas si éloignés de cette période si troublée…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 mars 2022)
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Pour aller plus loin :
Poutine paiera pour les morts et la destruction de l’Ukraine.
Ukraine en guerre : coming out de la Grande Russie.
Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !
Klim Tchourioumov.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220322-poutine.html

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11 mars 2022 5 11 /03 /mars /2022 03:37

« Vladimir Poutine a assumé, sans exagération aucune, une responsabilité historique en prenant la décision de ne pas laisser la question ukrainienne aux générations futures. » (Piotr Akopov, le 26 février 2022, RIA Novosti).


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On imagine mal la Russie ne pas réussir militairement, in fine, son invasion de l’Ukraine, puisque prudemment (et avec raison), aucun pays ami de l’Ukraine n’a voulu combattre à ses côtés, pour cause de force de dissuasion nucléaire. La question, c’est : en combien de temps et avec combien de centaines de milliers de morts ? Acte de folie de Vladimir Poutine ? En tout cas, le Premier Ministre israélien Naftali Bennett, qui est allé le voir le 5 mars 2022 à Moscou, assure que non, Vladimir Poutine n’est pas fou. Donc, il suit une logique, une logique implacable où les considérations humaines, la mort d’enfants, de femmes, de personnes civiles qui n’aspiraient qu’à vivre tranquillement, n’ont pas lieu (on ne travaille pas au KGB sans séquelles).

Certes, le peuple ukrainien fait preuve d’une exceptionnelle résilience, d’un exceptionnel courage, d’une exceptionnelle force de résistance, mobilisé par son Président Volodymyr Zelensky qui est devenu, grâce à Vladimir Poutine, un héros mondial. Le peuple ukrainien s’est soudé et on peut même dire qu’il s’est créé, il s’est fondé une légende, face à l’adversité et quoi qu’il advienne dans le futur, même avec une Ukraine militairement et policièrement russifiée, il y aura toujours, en Ukraine ou ailleurs, un peuple ukrainien qui réclamera sa liberté, son indépendance, et cela pour des décennies.

Politiquement, Vladimir Poutine a cependant échoué sur tout, alors qu’il avait construit patiemment, pendant vingt-deux ans, une sorte de respectabilité au point que même quand la Russie est en situation de guerre, un certain nombre de Français (entre autres), lobotomisés par les réseaux sociaux depuis une dizaine d’années et aveuglés par leur rancœur partisane voire leur rage extrémiste, préfèrent soutenir les intérêts de Vladimir Poutine contre l’intérêt fondamental de leur propre pays, même quand ce roitelet impérialiste menace la planète de guerre thermonucléaire (faut-il rappeler ce que signifie haute trahison ?). Il n’y a désormais plus d’ambiguïté avec Vladimir Poutine. Ceux qui doutaient ont maintenant la réponse : des bombes, des bombes sur les écoles, sur les universités, sur les hôpitaux, sur des quartiers résidentiels. Il n’y a plus de doute. Cet homme n’est pas fou mais froidement cruel, il agit selon une idée (fausse) de l’histoire (complètement revisitée) sans s’occuper du bien-être de son peuple et des peuples à l’origine amis.

Que pourrait faire Vladimir Poutine avec une Ukraine vide, vidée de son sang, vidée de son peuple ? Rien. Il se retrouverait avec un territoire, en ruines, qu’il a mis lui-même en ruines. Une victoire à la Pyrrhus. Et cette idée gravée désormais qu’il est devenu le danger du monde moderne. Même les Chinois commencent à l’analyser comme cela, eux qui ont besoin, au contraire, d’une très grande stabilité.

Toutefois, même militairement, Vladimir Poutine a manqué de discernement, de lucidité sur la réalité de ses troupes et de celles ukrainiennes : il était persuadé qu’il goberait l’Ukraine comme il avait gobé la Crimée en mars 2014 : en simplement venant sur place avec ses chars et en voyant le peuple les saluer pour sa libération. Quelle faute de jugement, qui va se coûter en plusieurs centaines de milliers de vies humaines, comme si la catastrophe humaine du covid chez lui n’était pas suffisante, il fallait en rajouter.

La preuve de ce manque de jugement est très bête : une erreur de programmation sur Internet. Un article de l’agence russe RIA Novosti a été publié par erreur le 26 février 2022 à 8 heures du matin sur son site Internet et il analysait les raisons de la victoire de la Russie sur l’Ukraine. La guerre n’avait commencé que le 24 février 2022 et l’article, préparé à l’avance, avait probablement été programmé pour le surlendemain, son auteur pensant que cette invasion serait une formalité (il faut aussi écouter les témoignages des soldats russes prisonniers et de leur mère, ils ne savaient pas qu’ils allaient faire la guerre à l’Ukraine, tuer des Ukrainiens, ils ne l’imaginaient pas, ils ne le voulaient pas).

Cette erreur de communication a été réparée très rapidement et l’article en ligne a disparu, faisant de son adresse l’habituelle erreur 404 du "il n’y a pas d’abonné au numéro que vous avez appelé" (le 404 est-il de nature "occidentale" ?). Pourtant, il a été "récupéré" et on peut le lire dans son intégralité d’origine à la fin de cet article. Mieux, la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), dirigée par le politologue Dominique Reynié, a décidé de le traduire en français (par Inna Uryvskaya) et de le mettre en ligne sur son site (à ce lien) : la version russe permettra à tous les russophones de vérifier si la traduction française correspond bien ou pas à ce texte. La Fondapol étant un organisme de recherche, sa réputation scientifique est basée sur son sérieux intellectuel et pas sur un supposé militantisme partisan.

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Ce qui est intéressant dans cet article, intitulé "L’avènement de la Russie et du nouveau monde", puant le nationalisme et le désir de revanche historique et signé par Piotr Akopov, un journaliste moscovite qui travaille depuis deux ans pour l’agence de presse, c’est qu’il dévoile toutes les intentions réelles de Vladimir Poutine (ici un peu prématurément, en vendant la peau de l’ours avant de l’avoir tué). L’occupation militaire de l’Ukraine répondrait au besoin poutinien de réunification des trois Russies : la Fédération de Russie (les Grands-Russes), la Biélorussie (les Russes blancs) et l’Ukraine (les Petits-Russes). Cette réunification répondrait ainsi à l’humiliation de la chute de l’URSS de 1991 (qui fut pour Vladimir Poutine un traumatisme dont n’est pourtant responsable aucun dirigeant extérieur à la Russie, insistons ! L’URSS a implosé, elle n’a pas explosé).

L’article dit en effet : « La Russie est rétablie dans son intégralité historique (…). Abandonner l’idée de cette réunification, laisser cette division temporaire s’installer pendant des siècles, c’est trahir la mémoire de nos ancêtres et se faire maudire par nos descendants pour avoir laissé la terre russe se désintégrer. Vladimir Poutine a assumé, sans exagération aucune, une responsabilité historique en prenant la décision de ne pas laisser la question ukrainienne aux générations futures. ». On peut aisément imaginer que Vladimir Poutine sera maudit par les générations futures pour avoir lui-même voulu désintégrer l’Ukraine.

C’est grandiloquent (Poutine est mon dieu), c’est aussi inquiétant, on parle de "question ukrainienne" comme on parlait, dans les années 1930, de "question juive" (il peut y avoir aussi une confusion dans la traduction, mais je ne le pense pas). En tout cas, on voit bien que les supposés prétextes de cette guerre sont bidons ("dénazification", etc.) et que c’est bien l’avènement de la Grande Russie qui est en cours. Encore une fois, cela fait référence aussi à la Grande Allemagne, celle qui a justifié l’annexion de l’Autriche, des Sudètes, de la Pologne… Pensons qu’avec cette logique, la Grande France pourrait aussi aller jusqu’en Russie, en reprenant, toujours l’histoire !, les conquêtes de Napoléon. Au moins, annexer la Wallonie puisque les Wallons sont francophones (autre raison identitaire utilisée par Vladimir Poutine).

On apprend surtout ce qu’on savait déjà. Le problème de la sécurité de la Russie n’est pas le plus important, explique ce journaliste très en vue : « La question de la sécurité nationale de la Russie (…) n’est pas la raison la plus importante. La raison principale est un éternel complexe des peuples divisés, un complexe d’humiliation nationale dû au fait que le foyer russe a d’abord perdu une partie de ses fondations (Kiev), et doit supporter l’existence de deux États, de deux peuples. ». Là, c’est très clair mais Vladimir Poutine a obtenu l’effet inverse : s’il n’y avait pas de peuple ukrainien (ce qui demande à être prouvé), en le bombardant, il l’a créé et jamais, plus jamais un Ukrainien ne s’identifiera à un Russe, un peuple martyr ne peut s’identifier à son bourreau. La déclaration de guerre à Ukraine est bien un acte historique de la Russie, mais pas dans le sens de la réunification, en actant qu’il y a bien deux peuples, deux États, deux nations. Une agressée, une agresseur.

Le langage est celui d’un nationalisme conservateur, celui de Ronald Reagan, de Donald Trump, d’une certaine mesure de Jean-Marie Le Pen dans les années 1980 : « Il y a quinze ans, après le discours de Poutine à Munich, même les sourds auraient pu entendre que la Russie était de retour. » ("America is back", "La France est de retour", des vieux slogans des années 1980 dont le modèle paradoxalement, est bien les États-Unis !).

Après "l’Ukraine est russe", le journaliste parle d’une nouvelle perspective géopolitique et à ce titre, il se trompe en écrivant : « Si les atlantistes se réjouissent que la "menace russe" unifie le bloc occidental, Berlin et Paris doivent comprendre qu’ayant perdu tout espoir d’autonomie, le projet européen s’effondrera à moyen terme. ». C’est précisément le contraire qui va se passer. Oui, Vladimir Poutine déteste l’Union Européenne car il n’a rien compris à ce que c’était : une organisation de pays libres et indépendants, démocratiques et éclairés, qui souhaitent unir leurs forces volontairement, sincèrement et librement. C’est impossible à comprendre pour Vladimir Poutine où les ensembles nationaux ne peuvent être motivés que par la contrainte de la violence. Et c’est précisément parce que les États-Unis font défaut que les pays européens doivent ne compter que sur eux-mêmes pour se défendre sans aide américaine : et la menace est désormais réelle. Jusqu’au 24 février 2022, peu d’Européens y croyaient, mais Vladimir Poutine a su les convaincre. Maintenant, on réarme. Le Danemark, l’Allemagne, la France vont augmenter leurs budgets militaires. Les autres vont suivre. Si vis pacem, para bellum dit le proverbe.

Enfin, troisième et dernière partie de l’article prématuré, un nouvel ordre mondial en cours de gestation : « Un monde multipolaire est enfin devenu une réalité. Dans cette opération en Ukraine, seul l’Occident s’oppose à la Russie, parce que le reste du monde comprend parfaitement : c’est un conflit entre la Russie et l’Occident. ». C’est évidemment n’importe quoi.

Prenons d’abord deux mots. "Opération" pour ne pas dire "guerre", toujours cette propagande puante (et tuante : les morts s’entassent désormais, on ne peut même plus les enterrer avec un minimum de dignité tant ils sont nombreux). "Occident" : encore une fois, je ne sais pas ce que cela signifie. Si c’est un mode de vie, celui du monde de la consommation, le peuple russe est occidental. J’avais reçu une délégation de scientifiques russes dans les années 2000 et ils étaient heureux que je leur fasse visiter un immense hypermarché dans la région parisienne. Ils étaient émerveillés comme j’ai été émerveillé par la qualité de leurs travaux.

L’Occident, c’est aussi la Russie, ne pas le voir, c’est ne rien comprendre à l’évolution du monde. Vladimir Poutine est resté bloqué en 1991. Pourquoi y a-t-il eu des queues devant les restaurants MacDonald quand l’enseigne a annoncé qu’elle allait fermer ? On peut même dire que la déclaration de guerre à l’Ukraine pourrait être une bonne preuve d’occidentalisation de la Russie, "l’Occident" ayant sans arrêt, jusqu’en 1945, fait des guerres de ce type pendant des siècles et des siècles, mais il faut reconnaître que la guerre, c’est intrinsèquement humain, d’où que l’humain vienne.

Prenons maintenant le sens de la phrase : "seul l’Occident s’oppose à la Russie" ; c’est évidemment faux. À l’assemblée générale de l’ONU, le 2 mars 2022, c’était 141 États qui ont apporté le soutien à la résolution condamnant fermement l’invasion russe en Ukraine, et seulement 5 pays s’y ont opposé, 35 s’étant abstenus par prudence autant économique que diplomatique. C’est la communauté des Nations dans le sens large qui est horrifiée par ce qui se passe en Ukraine.

Et la conclusion : « La Russie n’a pas seulement défiée l’Occident, elle a démontré que l’ère de la domination occidentale mondiale peut être considérée comme complètement et définitivement révolue. ». Certes, je pense aussi que cette "domination occidentale" (qui reste encore à définir, j’insiste) est révolue, mais certainement pas par la guerre en Ukraine. Au contraire, la solidarité internationale montre que l’Ukraine n’est pas seule et le peuple ukrainien, contraint ou libre, selon l’avenir, n’aura qu’une seule idée en tête, se tourner vers l’ouest-européen, certainement pas vers ses bourreaux.

La domination depuis au moins une quinzaine d’années est chinoise et elle est de nature économique. On a bien vu, en mars 2020, au début de la crise sanitaire, à quel point notre perte d’indépendance industrielle, même sur des médicaments de base, même sur les masques chirurgicaux, était synonyme de domination mondiale de l’industrie chinoise. Les Russes n’y sont pour rien et si la Chine essaie de conclure de nouvelles relations avec la Russie qui est en situation diplomatique et économique de faiblesse, ce n’est certainement pas pour le bien de la Russie mais pour celui de la Chine.

Il reste que l’Europe du Président Emmanuel Macron réagit (en sommet ces 10 et 11 mars 2022 à Versailles), et va se donner les moyens de recouvrer sa souveraineté industrielle. Ce sera certainement sa principale préoccupation dans les cinq prochaines années s’il est, comme je l’espère, réélu dans quelques semaines. Et cela, aucun vrai patriote en France ne peut s’y opposer, à moins de vouloir voir la France et l’Europe s’effondrer, mais ce n’est plus du patriotisme, là, c’est carrément de la haute trahison.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ukraine en guerre : coming out de la Grande Russie.
Éditorial de Piotr Akopov publié le 26 février 2022 à l’agence RIA Novosti et sa traduction par Fondapol (2 mars 2022).
Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220310-ukraine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/ukraine-en-guerre-coming-out-de-la-239915

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/03/11/39382605.html








 

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