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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 03:01

« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. » (Nerval, 1855).


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Nouveau coup de théâtre en Italie : la crise politique se prolonge avec l’échec du Président du Conseil sortant Giuseppe Conte à rassembler une nouvelle majorité. Petit rappel succinct : lorsque Matteo Renzi a décidé de retirer son soutien à la coalition gouvernementale, Giuseppe Conte a demandé et obtenu la confiance des deux chambres parlementaires le 19 janvier 2021, mais seulement avec une majorité relative au Sénat, car plusieurs sénateurs s’étaient abstenus. Refusant cette épée de Damoclès qui mettrait son gouvernement sous chantage politique permanent, Giuseppe Conte a préféré prendre de vitesse ses rivaux en donnant sa démission le 26 janvier 2021, comme il l’avait déjà fait avec succès en août 2019.

Cependant, le 2 février 2021, dans l’incapacité de réunir une nouvelle majorité (à cause de Matteo Renzi), Giuseppe Conte a jeté l’éponge et renoncé à former le prochain gouvernement. Il faut cependant insister sur le fait qu’il quitte la Présidence du Conseil avec une belle cote de popularité et finalement, avec une longévité d’exercice du pouvoir sans interruption pas aussi ridicule qu’on aurait pu le croire en 2018. En dehors de Matteo Renzi (de justesse) et de Silvio Berlusconi, il faut remonter à Giulio Andreotti en 1989 pour retrouver un chef du gouvernement aussi "long" que Giuseppe Conte. Et si on remonte jusqu’aux gouvernements d’Aldo Moro à la fin des années 1960, Giuseppe Conte fait partie des cinq chefs de gouvernement les plus "longs" sans interruption des cinquante dernières années, avec (en plus des personnes déjà citées) Bettino Craxi.

Hantant tous les esprits depuis près de trois semaines, Mario Draghi a été appelé le 3 février 2021 par le Président de la République Sergio Mattarella à former le nouveau gouvernement. Si sa désignation n’est donc pas une surprise, l’homme est associé, dans la presse, à un mot unique, unanime, qui dit bien ce qu’il veut dire : sauveur. Mario Draghi le sauveur de l’Italie, après avoir été le sauveur de l’Europe ? Du moins, de l’euro.

Le journal "Le Monde" a expliqué le 3 février 2021 : « Force est de constater qu’après un vote de confiance où il est apparu que le gouvernement ne disposait plus que d’une majorité relative au Sénat (19 janvier), une démission tactique (26 janvier) et de peu reluisantes tractations en coulisses (…), les chefs de l’actuelle majorité n’étaient pas beaucoup plus avancés. ».

Qui est Mario Draghi ? Il fut pendant la décennie 2010 l’un des responsables les plus importants de l’Europe et même, n’hésitons pas à le dire, du monde. Il fut le président de la Banque centrale européenne (BCE), un équivalent de gouverneur d’une banque fédérale, du 1er novembre 2011 au 31 octobre 2019. Il a succédé à un Français, Jean-Claude Trichet, et a laissé sa place à une Française, ancienne directrice générale du FMI, Christine Lagarde. À ce titre, il était le responsable de la monnaie unique européenne, l’euro.

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Âgé de 73 ans, qualifié par France 24 de « discret, sérieux, déterminé », Mario Draghi est un économiste et pas un homme politique. Il a fait une carrière universitaire à Florence et à Turin et, "en même temps", il a exercé des fonctions opérationnelles au sein de l’appareil d’État en Italie. En particulier, il fut chargé des privatisations pendant la décennie 1990 (il fut directeur général du Trésor public de 1991 à 2001). Il fut vice-président de la branche européenne de la banque américain Goldman Sachs entre 2002 et 2005 et a rejeté tout conflit d’intérêt car il ne se serait occupé que du secteur privé. Le 29 décembre 2005, alors Président du Conseil, Silvio Berlusconi l’a nommé gouverneur de la Banque d’Italie, du 16 janvier 2006 au 31 octobre 2011. Mario Draghi a démissionné de ces fonctions pour prendre la tête de la BCE où il a été nommé le 24 juin 2011 par le Conseil Européen.

C’est pour la zone euro qu’il a pris une solide réputation de "sauveur". Sauveur de la Grèce, d’abord, et plus généralement, sauveur de l’euro lorsque la crise a été majeure. Le 6 septembre 2012, il a accepté de racheter les dettes des pays de la zone euro qui n’ont pas pu refinancer leurs dettes sur le marché privé. Il est le premier promoteur du "quoi qu’il en coûte".

Par ailleurs, Mario Draghi a maintenu bas le taux directeur sans faire perdre la valeur à la monnaie. Mieux, il l’a baissé de 2% à 0% le 10 mars 2016 : l’argent est donc devenu "gratuit" pour les banques européennes afin de redynamiser l’économie européenne. Il s’est donc éloigné des mécanismes d’orthodoxie monétaire classique avec une certaine réussite.

La respectabilité de Mario Draghi dépasse largement les frontières de l’Italie et même de l’Europe. Il a été d’ailleurs probablement l’un des Italiens les plus puissants dans le monde depuis plusieurs décennies. Il n’a jamais exercé d’activités gouvernementales, mais c’est plutôt la tradition en Italie de faire appel à un "technicien" très honorable pour diriger un gouvernement de la dernière chance.

L’Italie a vécu deux très graves vagues du covid-19, elle fut le premier pays européen à être atteint en février et mars 2020, et elle ne fut pas ménagée par la seconde vague dont elle se sort très timidement en ce moment. En raison de ces difficultés, le pays "touchera" le plus grand montant de la relance européenne, à savoir 209 milliards d’euros et cette somme sera l’enjeu principal du futur gouvernement : comment dépenser cet argent, où investir ? C’était aussi la raison officielle du désaccord entre Italia Viva, le microparti de Matteo Renzi, et le reste de la coalition gouvernementale.

Rien n’est encore joué et en Italie plus particulièrement, il faut rester très prudent sur les possibles rebondissements "politiciens". Néanmoins, l’aura national et international de Mario Draghi devrait faire bouger les lignes. Le Parti démocrate dirigé par Nicola Zingaretti soutient sa désignation à la tête du gouvernement italien, tandis que Forza Italia n’est pas non plus opposé, le parti de Silvio Berlusconi n’a effectivement aucune raison de se déjuger alors que c’est ce dernier qui l’a poussé à prendre la tête de la BCE. De son côté, le "fauteur de crise" Matteo Renzi, satisfait de l’éviction de Giuseppe Conte, soutient avec enthousiasme Mario Draghi : « Toutes les personnes de bonne volonté doivent répondre à l’appel du Président Mattarella et soutenir le gouvernement de Mario Draghi. » (Twitter).

Cependant, Forza Italia et le Parti démocrate sont loin de recueillir la majorité absolue au Parlement italien. Ils représentent les partis "anciens" et avaient été sérieusement désapprouvés lors du dernier scrutin général en mars 2018. Tout va donc dépendre de la position du Mouvement 5 Étoiles (M5E), le plus grand parti parlementaire (un tiers des sièges) et de Lega (la Ligue), de Matteo Salvini (qui représente un sixième des sièges). On explique d’ailleurs que Beppe Grillo, le créateur d’origine du M5E, serait à Rome en pleines négociations.

En fait, des deux côtés, les risques de scission sont très forts.

Du côté du M5E, la ligne modérée avait gagné en interne avant les élections de 2018, avec Luigi Di Maio (l’actuel Ministre des Affaires étrangères), si bien qu’il lui devenait possible de faire des alliances et d’intégrer une coalition gouvernementale. Auparavant, le M5E, parti par essence anti-système, refusait obstinément toute "compromission" avec un parti déjà en place. Depuis 2018, le M5E s’est donc "banalisé" en étant un parti de gouvernement comme un autre, sans spécificité d’anti-système. Par ailleurs, le choix de Mario Draghi est un choix contre des considérations politiques au bénéfice de la compétence. Le risque d’une fracture du M5E est d’autant plus fort que les groupes parlementaires ont beaucoup d’effectifs. Vito Crimi, le chef des sénateurs M5E, a déjà annoncé qu’il refuserait la solution d’un gouvernement technique dirigé par Mario Draghi.

Du côté de Lega, la situation n’est pas plus simple non plus. Matteo Salvini, depuis 2019, souhaite revenir le plus rapidement aux urnes car il pense que son parti deviendra majoritaire, ou du moins, sera le pivot central d’une future majorité. Il n’aurait donc aucun intérêt à laisser gouverner Mario Draghi, d’autant plus qu’il est le symbole de l’Italie européenne, intégrée dans l’Europe et surtout, bénéficiant des mécanismes européens dont l’octroi des 209 milliards d’euros n’en constitue pas le moindre. Mais la Ligue est aussi constituée de nombreux chefs d’entreprise d’Italie du Nord qui ont bien compris l’intérêt d’une stabilité politique pour relancer l’économie effondrée, comme chez ses voisins, par la pandémie de covid-19. Eux souhaiteront certainement soutenir Mario Draghi et Matteo Salvini devra faire avec eux ou sans eux.

Cela signifie aussi que la tâche de Mario Draghi va être extrêmement compliquée si l’idée n’est pas de négocier avec les partis, mais directement avec les parlementaires. Le Président Sergio Mattarella voudrait à tout prix éviter l’échec de cette tentative, qui aboutirait à des élections générales anticipées au printemps 2021, ce qui serait une catastrophe économique, sociale et sanitaire. Le pays a besoin d’être gouverné et la perspective d’une possible victoire électorale de Matteo Salvini à court terme aurait des conséquences désastreuses immédiates sur les taux d’intérêt italiens. En outre, le plan de 209 milliards d’euros provenant de l’Union Européenne doit être présenté à Bruxelles avant le 30 avril 2021.

Mario Draghi n’a pas caché ses priorités : vaincre la pandémie, renforcer la campagne de vaccination, relancer l’économie italienne par des investissements massifs. Il a au moins l’avantage de connaître parfaitement les rouages financiers nationaux et européens. La Bourse de Milan a fait un saut de plus de 3% lorsque Mario Draghi a annoncé qu’il acceptait la mission qui lui a été confiée.

Pour terminer ici sur la situation politique italienne qui est particulièrement incertaine, je voudrais quand même rappeler la raison de ce bourbier ("marécage" pour le quotidien "Ouest France") : le scrutin proportionnel. Effectivement, la parcellisation de l’électorat (commune à toutes les démocraties, y compris israélienne et allemande) rend particulièrement dangereux le scrutin proportionnel qui empêche la constitution de toute majorité ou de tout gouvernement. L’exemple d’Israël est très éloquent puisque, même en votant trois fois, aucune majorité n’a pu se dégager et la situation, surtout en pleine pandémie, est grave.

Le scrutin proportionnel, en faisant obstacle à toute coalition majoritaire, mise en place pour des raisons supposées de meilleure démocratie, est en fait le scrutin le moins démocratique possible. En effet, l’exemple de l’Italie est lui aussi très parlant. Les électeurs italiens ne se sont prononcés qu’une fois, en mars 2018. Ils ont d’abord eu un gouvernement de tendance anti-européenne avec un parti anti-système et un parti extrémiste dont le leader a été nommé Ministre de l’Intérieur.

Ensuite, sans nouvelles élections, ils ont eu un gouvernement complètement différent, plutôt de centre gauche, de tendance proeuropéenne. Si l’opération Draghi réussit, ils auront une troisième autre coalition très différente, incluant nécessairement le parti de Silvio Berlusconi. Tout cela sans aucun retour aux urnes. À quoi les élections servent si leur conséquence, c’est de faire tous les gouvernements possibles, sans prendre en compte le choix de l’un d’eux (majoritaire) ?

Cela montre bien que le scrutin proportionnel n’est pas capable de choisir clairement qui doit gouverner et qui doit rester dans l’opposition. Seul, un changement de mode de scrutin pourra en finir avec ces perpétuelles crises politiques qui freinent toute reprise sérieuse de l’économie et discréditent encore un peu plus tous les acteurs de la vie politique italienne...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Super Mario Draghi, l’homme providentiel de l’Italie ?
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Pourquoi Giuseppe Conte a démissionné le 26 janvier 2021.
Giuseppe Conte.
Good bye Salvini !
Salvini, le double Mitterrand italien ?
Sueurs froides à l’italienne.
L’Italie en pleine dérive ?
Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
Carlo Ciampi.
Ennio Morricone.
Emilio Colombo.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210203-draghi.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/super-mario-draghi-l-homme-230759

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/02/05/38798749.html







 

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30 janvier 2021 6 30 /01 /janvier /2021 20:48

Sollicité par "Opinion internationale" le 30 janvier 2021, l'ancien ministre Olivier Stirn a présenté ses vœux pour la nouvelle année 2021 qu'il souhaite synonyme de construction européenne.

Cliquer sur le lien pour télécharger la vidéo des vœux (fichier .mp4) :
https://www.opinion-internationale.com/wp-content/uploads/2021/01/voeu-olivier-v2.mp4

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210224-olivier-stirn.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210130-voeux-stirn.html



 

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27 janvier 2021 3 27 /01 /janvier /2021 03:14

« La meilleure place forte qui soit est de ne pas être haï des peuples. » (Machiavel, 1532).



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Son meilleur atout est encore le soutien dont il jouit dans les sondages de popularité. Le Président du Conseil italien Giuseppe Conte a remis la démission de son deuxième gouvernement ce mardi 26 janvier 2021 au Président de la République Sergio Mattarella, après avoir convoqué le conseil des ministres dans la matinée (et après l’avoir annoncé publiquement dès la veille au soir). On pourrait s’étonner d’une telle décision alors que son gouvernement venait de garder la confiance des parlementaires, en particulier des sénateurs le 19 janvier 2021 (lire l’épisode précédent ici).

Giuseppe Conte, fin négociateur et habile juriste qui a su se glisser parfaitement dans les institutions italiennes alors qu’il n’avait jamais "pratiqué" la politique avant 2018, avait senti le vent du boulet après le désistement hors de la majorité d’un petit parti, Italia Viva, de l’ancien Président du Conseil Matteo Renzi.

Comme je l’avais écrit précédemment, Matteo Renzi, qui ne représente que 3% d’intentions de vote, voyait dans cette opération une manière de peser sur la politique italienne car sans "ses" 18 sénateurs, il n’y avait plus de majorité absolue au Sénat. Or, pour qu’un gouvernement puisse durablement se maintenir, il faut la majorité absolue dans les deux Chambres du Parlement.

Qu’importent les motivations réelles de Matteo Renzi, qui sont à la fois personnelles (incompatibilité d’humeur avec le chef du gouvernement), politiciennes (exister encore), ou réellement politiques (plan budgétaire pour la relance sur fonds européens ; heureusement que l’Europe est là), la réalité est que l’évaporation de la majorité a très affaibli le deuxième gouvernement de Giuseppe Conte.

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Pourquoi a-t-il alors démissionné malgré la confiance renouvelée ? Parce que cette confiance était sous réserve que certains sénateurs (notamment d’Italia Viva) ne rejoignent pas l’opposition de droite et restent neutres. Or, Alfonso Bonafede (M5E), le Ministre de la Justice, devait présenter au Sénat une réforme, la semaine prochaine, qui avait toutes les chances d’être rejetée par les sénateurs. Giuseppe Conte a donc préféré éviter cet échec parlementaire et reformater sa majorité.

Cité par "Le Figaro" le 25 janvier 2021, le politologue Wolfango Piccoli a analysé dans une récente note cette démission ainsi : « Le calcul de Conte, c’est qu’en prenant les devants, et donc en évitant une défaite humiliante au Sénat, il augmentera ses chances d’obtenir de Mattarella un mandat pour former un nouveau gouvernement. ».

En clair, comme en août 2019 pour affronter son embarrassant Ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, Giuseppe Conte a préféré l’attaque à la défense. En démissionnant, il met ses alliés le dos au mur. En effet, aucun des partis qui forment l’actuelle majorité, à savoir le M5E, le Parti démocrate et quelques autres petits partis de centre gauche, ne souhaitent revenir trop tôt aux urnes : d’une part, en raison de la crise sanitaire, d’autre part, parce qu’ils craignent d’être marginalisés, sinon laminés, face à des formations de droite qui souhaitent prendre leur revanche d’il y a dix-sept mois (Lega, Forza Italia, et également Fratelli d’Italia, l’autre parti d’extrême droite).

Pour l’heure, tout va (encore) bien pour Giuseppe Conte. Ses amis du M5E ont confirmé qu’ils souhaitaient la poursuite de cette majorité axée au centre gauche. Le patron du Parti démocrate, Nicola Zingaretti a déclaré dès le 25 janvier 2021 dans la soirée, que ses groupes parlementaires soutiendraient un nouveau gouvernement dirigé par Giuseppe Conte, sur Twitter : « Avec Conte pour un nouveau gouvernement proeuropéen soutenu par une large base parlementaire, qui garantisse crédibilité et stabilité pour affronter les grands défis de l’Italie. ».

Ces soutiens devraient encourager le Président Sergio Mattarella à reconduire le très populaire Giuseppe Conte pour former son troisième gouvernement et continuer à diriger le pays jusqu’au printemps 2023. Une manière de contraindre Matteo Renzi à prendre ses responsabilités : construire l’Italie d’après ou faire le jeu des populistes. Pour l’ancien maire de Florence, ce sera un choix …cornélien !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pourquoi Giuseppe Conte a démissionné le 26 janvier 2021.
Giuseppe Conte.
Good bye Salvini !
Salvini, le double Mitterrand italien ?
Sueurs froides à l’italienne.
L’Italie en pleine dérive ?
Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
Carlo Ciampi.
Ennio Morricone.
Emilio Colombo.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210126-giuseppe-conte.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/pourquoi-giuseppe-conte-a-230509

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/01/26/38781763.html










 

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25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 03:35

« L’Italie est en pleine campagne de vaccination, sera-t-elle bientôt en pleine campagne électorale ? » ("Les Échos, le 14 janvier 2021).


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Énième crise politique en Italie la semaine dernière. En jeu, le gouvernement italien et un possible retour aux urnes, au plus mauvais moment, en pleine pandémie, et l’Italie, comme ses voisins européens, est frappée de plein fouet. Un petit mot d’abord du chef du gouvernement, le Président du Conseil italien Giuseppe Conte.

À 56 ans, Giuseppe Conte est un OVNI dans le paysage politique italien (mais des OVNI, il y en a eu beaucoup : Carlo Ciampi, Silvio Berlusconi, Lamberto Dini, Romano Prodi, Mario Monti…). Il était inconnu du grand public il y a encore à peine trois ans. Professeur de droit à l’université et avocat, il est un proche du Mouvement 5 étoiles (M5E) qui envisageait de le nommer ministre en cas de victoire aux élections législatives et sénatoriales du 4 mars 2018.

Pour comprendre ce qui s’est passé la semaine dernière, il faut revenir sur ce scrutin important. La majorité sortante était de centre gauche (Parti démocrate et alliés), mené par l’ancien Président du Conseil Matteo Renzi (43 ans). En face, deux autres camps : le M5E, parti inclassable anti-système, dirigé par Luigi Di Miao (31 ans), considéré comme "modéré" (par rapport à Beppe Grillo), et la coalition de centre droit menée par Silvio Berlusconi (81 ans) composée (entre autres) de deux grands partis : Forza Italia dirigé par Silvio Berlusconi et la Ligue (Lega, ex-Ligue du Nord) dirigée par Matteo Salvini (45 ans). Les âges indiqués dans ce seul paragraphe sont au moment de ces élections, dans les autres cas, il s’agit de l’âge actuel.

Aucun de ces trois camps n’a obtenu la majorité absolue, ce qui a rendu très difficile la formation du nouveau gouvernement. En termes de "coalitions", ce fut la victoire (relative) du centre droit : 265 députés sur 630 et 137 sénateurs sur 315. Le M5E est arrivé en deuxième place avec 228 députés sur 630 et 112 sénateurs sur 315. Enfin, le centre gauche s’est effondré et a perdu ces élections avec seulement 121 députés sur 630 et 60 sénateurs sur 315. Non seulement le centre gauche a échoué mais il a annoncé rapidement son refus d’entrer dans une future coalition gouvernementale pour faire une cure d’opposition (position plus facile en politique pour se refaire une virginité).

Rappelons par ailleurs qu’un gouvernement doit avoir la confiance et des députés et des sénateurs, ce qui complique un peu les choses. Quant au nombre de sénateurs, ils sont au total 320, cinq étant nommés à vie par le Président de la République pour honorer des citoyens honorables.

Mais réfléchir par "coalitions" pouvait aussi être biaisé. La coalition dite de centre droit est en fait de centre droit (Forza Italia) et de droite voire de droite "musclée" (la Ligue). Or, à l’intérieur de cette coalition, ce fut la Ligue qui a pris l’ascendant, faisant de Silvio Berlusconi l’autre grand perdant du scrutin après Matteo Renzi. En effet, la Ligue a obtenu 125 députés et 58 sénateurs, tandis que Forza Italia 104 députés et 57 sénateurs. En analysant en termes de "partis" et pas de "coalitions", alors le M5E se retrouvait en première place, avec 32,7% des voix, suivi du Parti démocrate 18,8%, la Ligue 17,4% et Forza Italia 14,0%.

Les négociations très laborieuses pour former le gouvernement se présentaient ainsi : le Parti démocrate refusait de faire partie d’une majorité. Restaient donc les deux autres camps : la coalition de centre droit revendiquait la victoire (majorité relative) et donc le poste de chef du gouvernement. Et à l’intérieur de la coalition de centre droit, la Ligue était le parti le plus fort, Matteo Salvini revendiquait donc la Présidence du Conseil. Mais le M5E, considérant qu’il était le premier parti d’Italie (et dont la progression a été la plus forte), revendiquait également la victoire, acceptant une coalition mais sous sa direction.

L’alliance entre Forza Italia et la Ligue s’est rapidement disloquée : Forza Italia ne voulait pas laisser la prééminence de la droite à Matteo Salvini. La situation a pu se décanter lorsque, après quelques vicissitudes, Luigi Di Maio et Matteo Salvini ont conclu le 31 mai 2018 un accord de gouvernement qui a surpris tout le monde. En effet, à eux deux, ils ont 353 députés sur 630 et 170 sénateurs sur 320, soit la majorité absolue dans les deux Chambres. Dans l’accord, ni l’un ni l’autre ne devaient diriger le gouvernement (tous les deux sont devenus des Vice-Présidents du Conseil) et la Présidence du Conseil est revenue à un juriste apolitique mais proche du M5E, à savoir Giuseppe Conte qui n’avait encore jamais fait de politique et qui est devenu à partir du 1er juin 2018 le chef du gouvernement italien. Il a vite appris, car en Italie, rester plus de deux ans à la tête du gouvernement relève déjà de l’exploit pour un vieux routard de la politique !

La majorité se trouvait donc avec un déséquilibre : le M5E, représentant un tiers de l’électorat, se retrouvait à deux tiers dans cette nouvelle majorité, et la Ligue, représentant un sixième de l’électorat, prenait le dernier tiers de cette majorité. Or, à l’évidence, l’homme fort de cette coalition, par son caractère, son ambition, sa démagogie, était sans contestation le populiste Matteo Salvini, au point qu’au fil du temps, le M5E s’est effondré dans les sondages et la Ligue au contraire a grimpé (leur audience s’est ainsi inversée aux élections européennes du 25 mai 2019 : la Ligue a obtenu 34,3% des voix et le M5E 17,1%).

Fort de cette influence, Matteo Salvini voulait précipiter de nouvelles élections parlementaires pour gagner seul la majorité et conquérir la Présidence du Conseil. Ce fut le 8 août 2019 que Matteo Salvini, prétextant des désaccords budgétaires, a annoncé son intention de rompre l’accord et de retourner aux urnes. C’était alors sans compter avec la grande habileté politique de Giuseppe Conte. Ce dernier, en effet, a pris de vitesse le leader de la Ligue et a démissionné le 20 août 2019, en fustigeant la position politicienne de Matteo Salvini.

Pourtant, il n’y a pas eu de nouvelles élections. Le Président de la République Sergio Mattarella a chargé une seconde fois Giuseppe Conte, le 29 août 2019, de former le nouveau gouvernement. Giuseppe Conte a réussi le tour de force de ramener le centre gauche dans une optique de gouvernement. Ainsi, fut conclu le 3 septembre 2019 un accord de gouvernement entre le M5E et le Parti démocrate, qui était pourtant la "combinaison" la plus logique dès mars 2018. À eux deux, ils représentent 341 députés sur 630 et 162 sénateurs sur 320, donc la majorité absolue dans les deux Chambres. Le nouveau gouvernement fut nommé le 5 septembre 2019, avec Luigi Di Maio nommé aux Affaires étrangères. Il a reçu la confiance le 9 septembre 2019 des députés (343 pour, 260 contre) et des sénateurs (169 pour, 133 contre, 5 abstentions).

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Néanmoins, le Parti démocrate, à cette occasion, a subi une scission : Matteo Renzi, ancien dirigeant du Parti démocrate, et ses proches ont quitté le Parti démocrate le 16 septembre 2019 pour créer un nouveau parti, Italia Viva, représentant 28 députés et 18 sénateurs (Italia Viva a pour sigle IV, soit un de moins que les 5 étoiles), certains parlementaires venant du Parti démocrate, mais aussi de Forza Italia : « Aujourd’hui, le Parti démocrate est un ensemble de courants politiques. (…) Je crains qu’il ne soit pas en mesure de répondre seul aux agressions de Salvini et à la difficile cohabitation avec les 5 Étoiles. ».

Cela n’a eu aucune conséquence sur la nouvelle majorité puisque Matteo Renzi a confirmé son soutien au second gouvernement de Giuseppe Conte dont deux ministres émanaient d’Italia Viva. L’une de ses plus proches partisans, Maria Elena Boschi (39 ans aujourd’hui), originaire de Florence comme Matteo Renzi, ancienne ministre entre 2014 et 2018, est devenue présidente du groupe des députés Italia Viva.

À partir de septembre 2019, Giuseppe Conte a pu diriger l’Italie par lui-même et pas comme simple mandataire du duo Matteo Salvini et Luigi Di Maio. Il a donné toute sa mesure à partir de février 2020 avec la pandémie de covid-19. L’Italie fut, avec l’Iran et l’Espagne, parmi les premiers pays très touchés par la pandémie hors de Chine. Giuseppe Conte a su prendre des initiatives et affirmer son autorité pendant toute cette crise sanitaire qui n’est toujours pas terminée.

L’Italie est encore dans une situation difficile, pas autant que le Royaume-Uni et l’Allemagne mais pire que la France : plus de 85 000 décès depuis le début de la pandémie, et un rythme quotidien d’environ 400 à 500 décès. Mais l’effet de crise nationale a rendu Giuseppe Conte très populaire, il jouit d’une cote de popularité d’environ 60%. Il a montré ses qualités d’homme d’État et également son humanisme. Les Italiens lui en savent gré.

Cependant, les tensions au sein de la majorité ont pu se développer sur un sujet très important : où affecter le budget de relance de l’économie ? Le mercredi 13 janvier 2021, pour des considérations politiciennes, Italia Viva a décidé de se retirer du gouvernement. Matteo Renzi, dont le parti ne peut compter que sur à peine 3% d’intentions de vote, a toutefois une grande capacité de nuisance avec ses parlementaires. La rupture pourrait donc aboutir à un retour aux urnes à plus ou moins brève échéance.

Les motivations de Matteo Renzi pour "franchir le Rubicon" (selon l’expression de "Libération" du 14 janvier 2021) une nouvelle fois ne sont pas très claires. Secrétaire (chef) du Parti démocrate du 15 décembre 2013 au 12 mars 2018 (il a donné sa démission après sa défaite historique), Matteo Renzi a préféré retrouver une nouvelle virginité en quittant son parti et en créant avec ses proches un parti centriste. Son besoin de différenciation et son incompatibilité personnelle avec Giuseppe Conte ont sans doute compté autant que le désaccord sur le budget. Bénéficiant des fonds européens, l’Italie, qui a été parmi les pays les plus touchés par la première vague, va effectivement recevoir 222,9 milliards d’euros et Matteo Renzi souhaiterait que cette somme soit utilisée massivement pour l’investissement tandis que Giuseppe Conte voudrait également proposer des exonérations fiscales pour aider les entreprises en période de crise sanitaire. Italia Viva préconise aussi que l’Italie recoure au Mécanisme européen de solidarité (MES) pour récupérer 37 milliards d’euros supplémentaires et les injecter dans le système de santé défaillant.

La moindre des réactions, c’est que la réputation de Matteo Renzi, déjà très basse, ne va certainement pas remonter avec son initiative jugée pour le moins irresponsable quand le gouvernement italien, comme la plupart des autres gouvernements européens, a besoin d’une certaine unité nationale pour combattre le coronavirus.

Avec le départ d’Italia Viva de la majorité gouvernementale, le gouvernement a maintenu sa majorité à la Chambre des députés mais perdu arithmétiquement celle du Sénat. Toutes les hypothèses sont donc étudiées pour le futur proche. On a parlé de soutien de certains parlementaires du centre droit, mais pour l’instant, cette hypothèse semble peu vraisemblable. Ou encore un nouveau gouvernement avec la même majorité qu’en septembre 2019 mais sans Giuseppe Conte. Il y a même des hypothèses qui pourraient paraître farfelues, mais pas tant que cela. Matteo Salvini aurait ainsi confirmé qu’il serait prêt à réfléchir sur un gouvernement d’union nationale dirigé par …Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) ! On est loin de l’anti-européanisme originel de Matteo Salvini (qui ne demande plus le départ de l’Italie de la zone euro, du reste, comme Marine Le Pen en France).

Le Président du Conseil n’a pas attendu que l’opposition actuelle, de centre droit (Forza Italia) et de droite (Matteo Salvini), exigeât un nouveau vote de confiance au Parlement afin de formaliser son absence de majorité et de retourner aux urnes. Il l’a décidé lui-même afin de résoudre au plus vite cette crise politique peu populaire dans la mesure où cela signifierait, comme l’a rappelé le site Politico le 14 janvier 2021, que l’homme le plus populaire de l’Italie (Giuseppe Conte) se ferait renverser par l’homme le plus impopulaire (Matteo Renzi).

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Giuseppe Conte a donc redemandé un vote de confiance aux parlementaires. Le 18 janvier 2021, il a obtenu la confiance de 321 députés contre 259. Le 19 septembre 2021 au Sénat, où la situation était plus incertaine, il a appelé à l’union des « forces proeuropéennes, libérales, socialistes et populaire » et a été de justesse approuvé par 157 sénateurs contre 140, et 16 abstentions. S’il n’y avait pas de problème chez les députés, l’accord des sénateurs a été serré, sans majorité absolue (qui est à 161), et surtout, a dépendu de certaines abstentions provenant d’Italia Viva (ils sont au total 18 sénateurs qui pourraient quémander ultérieurement leur non vote). Beaucoup d’observateurs parlent donc d’un sursis.

Il a en effet senti le vent du boulet, mais Giuseppe Conte est loin d’avoir été terrassé. Au contraire, de cette "séquence", même si son gouvernement a été considéré comme affaibli, Giuseppe Conte est ressorti une nouvelle fois renforcé dans son autorité de chef du gouvernement et de chef de la majorité, ce qui montre qu’une fois en situation, un "novice" pour ne pas dire un "profane" en politique peut devenir aussi rusé ou habile qu’un grand animal politique (comme Giulio Andreotti ou Emilio Colombo).

Il en faudra encore, de l’habileté et de la négociation, pour les futures tractations de toutes les réformes qui pourraient fâcher ceux qui viennent de quitter la majorité. L’opposition, elle, reste persuadée que le gouvernement de Giuseppe Conte est en sursis et commence à préparer l’avenir dans l’optique de nouvelles échéances électorales. Cependant, il reste très incertain que Forza Italia, qui s’était effondré en mars 2018, accepte aujourd’hui de renouer avec des partenaires qui l’ont trahi en mai 2018, à savoir ceux de la Ligue. Giuseppe Conte compte, lui, essayer de convaincre quatre sénateurs supplémentaires pour retrouver une majorité absolue au Sénat et éviter que sa politique soit "prise en otage" par le groupuscule de Matteo Renzi.

Ce dernier, accusant le gouvernement de « dilapider l’argent public », a pourtant laissé entendre qu’il accepterait de revenir dans la majorité si on le lui demandait. Mais le partenaire du M5E, à savoir le Parti démocrate serait plutôt dans une position de refus contre celui qui l’a quitté en 2019 pour des raisons de simple carriérisme personnel.

En principe, les prochaines élections générales auront lieu d’ici à mai 2023, mille occasions pour le surgissement de nouvelles crises politiques. Incontestablement, la poursuite de cette XVIIIe législature ne sera pas un long fleuve tranquille pour Giuseppe Conte, mais attention à ceux qui veulent le dompter : il a appris à combattre…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Giuseppe Conte.
Good bye Salvini !
Salvini, le double Mitterrand italien ?
Sueurs froides à l’italienne.
L’Italie en pleine dérive ?
Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
Carlo Ciampi.
Ennio Morricone.
Emilio Colombo.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210119-giuseppe-conte.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/giuseppe-conte-virtuose-de-la-230453

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/01/20/38770898.html










 

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