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23 février 2024 5 23 /02 /février /2024 05:50

« Le respect par ces États de leurs obligations au titre du protocole au traité START du 23 mai 1992 (Protocole de Lisbonne) et leur adhésion au TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) en tant qu'États non dotés d'armes nucléaires ont renforcé leur sécurité, ce qui s'est traduit, entre autres, dans les mémorandums de Budapest du 5 décembre 1994. À cet égard, les États-Unis d'Amérique et la fédération de Russie confirment que les assurances consignées dans les mémorandums de Budapest resteront en vigueur après le 4 décembre 2009. » (signé entre autres par Vladimir Poutine et Barak Obama).



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Cela fait maintenant deux ans que les troupes russes occupent une partie de l'Ukraine (Donbass et Crimée) et que la guerre fait rage, provoquant des centaines de milliers de morts et des millions de personnes déplacées. Jamais depuis la chute de l'Union Soviétique on aurait pu penser qu'une guerre aussi terrible puisse avoir lieu sur le continent européen, enfin, pas vraiment en fait, car la guerre civile dans l'ex-Yougoslavie et les massacres avaient déjà démenti l'idée que l'histoire européenne était achevée.

Ce qui est nouveau, c'est qu'un pays doté de la force de frappe soit capable d'agresser militairement un voisin pour des raisons territoriales. On peut faire référence à la Grande Allemagne prônée par Hitler (Autriche, Tchécoslovaquie, Pologne), mais au XIXe siècle (et avant), c'était plutôt monnaie courante. Le problème est que la Russie joue avec le feu en faisant une guerre conventionnelle tout en menaçant d'une riposte nucléaire.

Le fait historique, c'est que les Ukrainiens se défendent, et se défendent depuis deux ans courageusement alors que la Russie ne pensait pas en avoir pour plus de trois jours (le stockage des denrées alimentaires des troupes lorsqu'elles sont entrées en Ukraine par le Nord). Le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine a emballé cette offensive sanguinaire par des justifications historiques qui relèvent plus de la paranoïa que de l'étude historique.

La réalité est que depuis la chute de l'URSS, il y a eu les Mémorandums de Budapest qui ont été signés le 5 décembre 1994 entre autres par la Russie et l'Ukraine qui, dans un cadre de non-prolifération nucléaire, reconnaissent les frontières de l'Ukraine (ratifiées par référendum populaire en Ukraine, y compris en Crimée), en compensation de faire renoncer par l'Ukraine à toute ambition de détention d'armes nucléaires qui seraient transférées à la Russie. On aurait pu dire que Vladimir Poutine ne reconnaissait pas la signature de Boris Eltsine qui aurait accepté une Russie humiliée, mais pas du tout, Vladimir Poutine a signé le 4 décembre 2009 une déclaration commune (avec les États-Unis) faisant état que les Mémorandums de Budapest restaient valides.

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C'est donc clair que l'annexion de la Crimée par la Russie, dès le 18 mars 2014, était en contradiction totale non seulement avec le droit international mais aussi avec cette déclaration signée par Vladimir Poutine. La tentative d'invasion de l'Ukraine à partir du 24 février 2022 aussi, ce qui permet de conclure que Vladimir Poutine ne sait pas lire, du moins les déclarations qu'il signe, à moins que les engagements qu'il prend ne l'engagent pas du tout (ce qui signifie qu'une négociation pour arrêter la guerre en Ukraine n'aura pas de signification puisque les engagements de Vladimir Poutine ne seront de toute façon jamais tenus).

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Mais en plus d'être nul en lecture, Vladimir Poutine est nul en histoire. Il est vrai que ce n'était pas un excellent élève quand il était étudiant à Saint-Pétersbourg (à l'époque Leningrad). Dans l'interview qu'il a accordée à un pseudo-journaliste américano-trumpo-poutinolâtre Tucker Carlson le 6 février 2024 au Kremlin à Moscou et retransmise sur son compte Twitter, Vladimir Poutine a laborieusement tenté de justifier sa déclaration de guerre contre l'Ukraine en faisant appel à l'histoire et en remontant jusqu'au IXe siècle ! Or, il faudra lui dire qu'il n'existait pas encore d'empire russe à cette époque, où coexistaient plusieurs principautés (Kiev, Vladimir, Moscou, Novgorod, etc.).

Il faut attendre le XVIe siècle pour que la conception impériale ait une pertinence historique. En effet, l'empire russe n'a commencé qu'à partir du premier tsar Ivan IV le Terrible en 1547 qui a rassemblé "toutes les Russies". Cette précision historique est cruciale dans l'analyse des événements. Et dans ce cadre, un ancien Président de la République de Mongolie est intervenu sur Twitter pour se moquer de Vladimir Poutine.

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La Mongolie est ce grand pays coincé entre la Russie et la Chine. Sakhia Elbegdorj (j'essaie d'adopter des équivalents latins et éviter une transcription anglophone, mais je ne connais rien à la langue mongole), qui va bientôt avoir 61 ans, a été élu deux fois Président de la République de Mongolie le 24 mai 2009 et le 26 juin 2013 (le régime présidentiel limite à deux mandats de quatre ans l'exercice présidentiel), et il a présidé donc ce pays entre le 18 juin 2009 et le 10 juillet 2017. Cet ancien journaliste avait été auparavant Premier Ministre de Mongolie du 23 avril 1998 au 9 décembre 1998 et du 20 août 2004 au 13 janvier 2006.

En réaction à l'écoute de l'interview de Vladimir Poutine par Tucker Carlson, Sakhia Elbegdorj a tweeté avec un certain humour ceci : « Après le discours de Poutine, je suis tombé sur une ancienne carte de l'empire mongol. Mais ne vous inquiétez pas, nous sommes une nation pacifique et libre ! ».

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En effet, en relisant ses livres d'histoire, l'ancien Président mongol s'est souvenu du grande empire mongol à son apogée au milieu du XIIIe siècle, en particulier quand il avait à sa tête de Mangu Khan puis de Kubilai Khan, tous les deux des petits-fils de Gengis Khan, le père de la nation mongole. À l'époque, cet immense empire s'étirait de la Chine aux marches de l'Europe, l'Ukraine actuelle, y compris la Crimée, la Perse (Iran), une partie de la Russie (y compris Moscou et Kazan), une partie du Caucase, une partie de l'Anatolie, et l'ensemble des anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale. Le Russie se retrouvait lilliputienne, une principauté du côté de Novgorod, qui n'avait rien à voir avec le territoire de l'actuelle Fédération de Russie.

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Ainsi, Sakhia Elbgedorj laissait entendre qu'avec le raison de Vladimir Poutine, la Mongolie actuelle devrait revendiquer des territoires jusqu'en Ukraine ! Du reste, rien que pour la Crimée, on peut retrouver facilement de multiples dominations, russe et soviétique, certes, mais aussi ottomane (d'où les Tatars), aussi austro-hongroise, etc. Dans la même logique, la France devrait-elle revendiquer la Louisiane, les Pays-Bas, la Rhénanie, sans compter tous ses colonies africaines ou asiatiques qu'elle a quittées après-guerre ?

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En clair, la justification historique de Vladimir Poutine ne tient pas un instant sur le plan intellectuel, et son explication de protection de la Russie, de défense face aux forces de l'OTAN relève de la paranoïa puisque, au contraire, les États-Unis, depuis Barack Obama, se désengageaient massivement de l'Europe pour se réinvestir dans le Pacifique (où Taïwan fait figure de préoccupation majeure). Quand il est arrivé au pouvoir, Emmanuel Macron parlait de l'OTAN en mort cérébrale. Il n'y avait aucune menace atlantique contre la Russie, d'autant plus que l'OTAN n'est qu'une alliance défensive et pas offensive. En revanche, on peut imaginer que Vladimir Poutine veuille éviter que des démocraties libres et sincères collent de trop près à la Russie pour éviter la contagion démocratique du peuple russe et son désir d'imitation de devenir une nation moderne qu'elle sera certainement dans les prochaines décennies.

La paix, justement, c'est la réconciliation et la maturité, c'est le mécanisme qui renonce à ce mouvement perpétuel de l'histoire, fait de revanches et de reconquêtes des territoire anciennement perdus, c'est figer les frontières telles qu'elles le sont à un instant t afin d'en finir à l'immaturité de l'âme humaine et permettre à tous les peuples de progresser et prospérer en paix, et aussi, surtout, de coopérer entre eux, facteur essentiel de progrès humain.

Vladimir Poutine, adolescent retardé ou voyou, a voulu faire replonger l'Europe dans le XIXe siècle avec son cortège d'horreurs, alors que nous sommes de plain-pied dans le XXIe siècle. C'est pourquoi le moindre changement de frontières est à prendre avec une extrême précaution, la main tremblante, car c'est ouvrir la boîte de Pandore et laisser cours aux querelles ancestrales entre les nations. Heureusement, l'humour d'un ancien Président de Mongolie montre que cette envie de paix est à l'évidence une valeur universelle et soutenue par la plus grande majorité de l'humanité.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (23 février 2024)
http://www.rakotoarison.eu


(La plupart des illustrations proviennent de Wikipédia).


Pour aller plus loin :
2 ans de guerre en Ukraine : Poutine zéro en histoire !
Amitié franco-ukrainienne : fake news et accord de coopération.
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Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240223-ukraine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/2-ans-de-guerre-en-ukraine-poutine-253168

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2024/02/22/40214239.html





 

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20 février 2024 2 20 /02 /février /2024 04:25

« La France et l'Ukraine (…) ont conjointement décidé de renforcer leur coopération bilatérale sur le long terme en matière de sécurité. » (Accord de coopération franco-ukrainien signé le 16 février 2024).





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La semaine dernière, l'amitié franco-ukrainienne a franchi un nouveau pas. Sur fond d'assassinat de l'opposant Alexeï Navalny et de campagne pour l'élection présidentielle en Russie, le Président de l'Ukraine Volodymyr Zelensky s'est rendu le vendredi 16 février 2024 à Berlin pour y rencontrer le Chancelier allemand Olaf Scholz puis à Paris pour y rencontrer en soirée le Président de la République française Emmanuel Macron. Il a ensuite participé à la Conférence de Munich pour la sécurité.

Cela fait bientôt deux ans que la guerre sévit en Ukraine à la suite de la tentative d'invasion des troupes russes. Contrairement à ses calculs initiaux, la Russie n'a pas réussi à annexer l'Ukraine en quelques jours comme elle avait annexé, il y a dix ans, la Crimée. Les Ukrainiens résistent vaillamment à l'envahisseur russe. Pour l'Europe, cette guerre, que les Européens n'ont jamais voulue, pourrait sceller leur sort : une défaite face à Vladimir Poutine serait le feu vert pour d'autres invasions afin de reconstituer la Grande Russie, en particulier vers la Moldavie, les Pays Baltes et la Pologne.

Il ne s'agit pas ici d'être pacifiste ou pas, d'être pour ou contre la guerre ; quand un pays est envahi, il doit se défendre ou alors se résoudre à se laisser occuper et dissoudre. La France a connu ces deux situations entre 1940 et 1944, et les vrais patriotes n'étaient pas du côté des pacifistes, bien entendu. Le débat avait aussi eu lieu en France entre 1914 et 1918. La Russie a pris l'initiative de cette guerre qui a déjà fait des centaines de milliers de morts et des millions de personnes déplacées. L'Ukraine n'a jamais agressé la Russie parce qu'elle a toujours respecté les frontières reconnues par les deux pays, contrairement à la Russie qui pensait imposer la loi du plus fort.


S'il y a un choc des civilisations, c'est bien celui-ci : entre l'État de droit, y compris les traités internationaux, et la loi du plus fort, du plus bourrin, en clair, la loi de la jungle (qui est un autre nom pour ultralibéralisme).

Le courage des Ukrainiens a étonné jusqu'à leurs amis de l'Ouest. Sans entrer en guerre mais conscients qu'il faut arrêter la folie belliciste poutinienne, ceux-ci se sont engagés à aider militairement l'Ukraine pour qu'elle puisse repousser leurs occupants.

Malheureusement, les perspectives électorales aux États-Unis et le risque d'un retour de Donald Trump à la Maison-Blanche dès novembre 2024 donnent aujourd'hui des sueurs froides sur la fidélité de l'amitié américaine. Les tentations isolationnistes (séculaires) des Américains pourraient en effet réduire les capacités de défense non seulement de l'Ukraine mais de toute le continent européen, à l'exception de la France et du Royaume-Uni dont la force de frappe nucléaire leur assure une indépendance stratégique réelle. Ce n'est d'ailleurs pas étonnant que la Pologne, qui souhaite se remilitariser à outrance, par peur du voisin russe, envisage même de se doter elle-même d'une force de frappe nucléaire (ce qui irait à l'encontre de tous les traités de non-prolifération).

Ainsi, la rencontre entre les deux Présidents Volodymyr Zelensky et Emmanuel Macron avait un but très clair : la signature (qui s'est faite devant les caméras) d'un accord de coopération en matière de sécurité entre la France et l'Ukraine. Cet accord bilatéral est important car il ne dépend que des deux pays et pas des éventuelles évolutions de pays tiers.

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Cet accord de sécurité, qui confirme ainsi la détermination de la France à continuer à apporter un soutien indéfectible à l'Ukraine et au peuple ukrainien, est d'une durée de dix ans, et est valide tant que l'Ukraine n'a pas rejoint l'OTAN.

Dans son introduction, l'accord reconnaît les frontières de 1991 et proclame : « La France confirme que la future adhésion de l'Ukraine à l'OTAN constituerait une contribution utile à la paix et à la stabilité de l'Europe. ». Il réaffirme aussi que la France soutient l'intégration de l'Ukraine à l'Union Européenne.


Ce qui implique une aide à la défense de l'intégrité de l'Ukraine : « [La France] fournira une assistance militaire et civile pour permettre à l'Ukraine de défendre sa souveraineté, son indépendance et son intégrité territoriale face à l'agression de la Fédération de Russie, de manière bilatérale par le biais d'accords, ainsi que par l'intermédiaire des institutions et organisations auxquelles elle est partie. [La France] contribuera à renforcer les capacités militaires, la résilience et la stabilité économique de l'Ukraine, afin de décourager toute agression future. Afin d'assurer plus efficacement la réalisation de cette coopération, [l'Ukraine], avec l'aide de [la France], maintiendra et développera de manière continue et efficace sa capacité à résister à une agression armée. ».

Concrètement, l'accord évoque les gros sous : « La France a fourni à l'Ukraine une aide militaire d'une valeur totale de 1,7 milliard d'euros en 2022 et de 2,1 milliards d'euros en 2023. En 2024, la France fournira jusqu'à 3 milliards d'euros de soutien supplémentaire. (…) [La France] poursuivra son soutien à l'Ukraine pendant les dix ans que durera le présent accord. ».

Et d'ajouter la réciprocité suivante : « Les [deux pays] s'efforceront de faire en sorte que les capacités militaires de l'Ukraine soient d'un niveau tel qu'en cas d'agression militaire extérieure contre la France, l'Ukraine soit en mesure de fournir une assistance militaire efficace. Les modalités, le format et la portée de cette assistance seront déterminés par [eux]. ».

En outre, les deux pays « reconnaissent que la Fédération de Russie continue de manipuler l'information à l'appui de sa guerre contre l'Ukraine et s'efforceront de continuer à soutenir mutuellement les efforts qu'ils déploient pour contrer l'ingérence numérique et la manipulation de l'information par la Russie ainsi que la propagande au niveau mondial ».

Ce dernier point, de plus en plus prégnant, a pu être illustré dès le soir même. En effet, deux jours auparavant, une rumeur faisait état d'un renoncement d'une visite d'Emmanuel Macron à Kiev. En effet, le Président français avait évoqué l'idée de se rendre à Kiev autour du 15 février 2024 pour y rencontrer son homologue ukrainien. En fait, Emmanuel Macron a abandonné cet agenda dès lors que c'était Volodymyr Zelensky qui se rendait lui-même à l'Élysée à cette période, ce qui a fait repousser la visite française à Kiev au mois de mars.

Mais l'information donnée était tout autre. Elle prétendait que France 24 (la télévision française pour l'étranger) aurait indiqué qu'Emmanuel Macron avait annulé sa visite à Kiev en raison d'une tentative d'assassinat contre lui. Rendant complice notamment le chef de la direction du renseignement du ministère de la défense de l'Ukraine, sur instructions de Volodymyr Zelensky lui-même (rien que ça !), la survenue de l'assassinat du Président français à Kiev aurait provoqué un tollé international, l'attentat attribué aux services secrets russes, afin d'accroître la pression sur les alliés de l'Ukraine pour continuer à lui fournir de l'aide (juste au prix de la mort d'un de ses plus grands alliés !).

Évidemment, c'était une fake news (ou désinformation en français, ou plutôt, une tentative de manipulation de la part de la Russie). Donner de telles fausses informations (France 24 n'a jamais rien dit de tel, malgré une vidéo qui a été truquée) pouvait servir les intérêts russes. D'une part, en déstabilisant les peuples "occidentaux", en particulier avant des élections européennes importantes (en juin 2024), d'autre part, en semant le doute sur la loyauté des différents alliés qui se trouvent être les adversaires, voire les ennemis de la Russie. Diviser pour régner, procédé classique.

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Pour Emmanuel Macron, si cette rumeur avait été crue, cela aurait été au mieux l'idée d'une lâcheté physique du Président qui aurait craint pour sa vie (mais les Présidents français ont toujours montré un certain courage physique depuis De Gaulle, que ce soit François Mitterrand à Beyrouth ou à Sarajevo, Jacques Chirac au Proche-Orient ou même Nicolas Sarkozy dans des milieux hostiles, ils n'ont jamais eu peur ni de la contestation ni d'un éventuel attentat qui mythifierait leur action ; Emmanuel Macron l'a d'ailleurs déjà prouvé lors de son voyage en Ukraine le 16 juin 2022) et au pire, une mésentente entre la France et l'Ukraine puisque l'information manipulée indiquait que c'était Volodymyr Zelensky qui aurait eu cette idée très tordue d'assassiner Emmanuel Macron.

C'est d'ailleurs ce niveau élevé de tordu qui désigne à l'évidence l'origine russe de cette fake news et ce qui est le plus intéressant, c'est de connaître tous ceux qui ont diffusé ou fait diffuser cette fausse information sur Internet, car ce sont simplement des trolls russes qui se sont, pour cette fake news, particulièrement trahis car l'information n'avait qu'une seule source, la Russie et tous les sites de désinformation russes en France et en Europe.


En voyant les deux Présidents se faire l'accolade ce soir-là à l'Élysée, on imaginait mal que le baiser de Judas devînt le baiser de Zelensky, malgré les 3 milliards d'euros qui l'attendent pour le restant de l'année. De temps en temps, les désinformateurs russes devraient faire un peu plus dans la finesse pour que la mayonnaise prenne !...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (20 février 2024)
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Pour aller plus loin :
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Volodymyr Zelensky demande l'adhésion accélérée de l'Ukraine à l'OTAN.
6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
Les massacres de Boutcha.
Le naufrage du croiseur russe Moskva.
L’assassinat de Daria Douguina.
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Volodymyr Zelensky.
Poutine paiera pour les morts et la destruction de l’Ukraine.
Ukraine en guerre : coming out de la Grande Russie.
Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
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29 janvier 2024 1 29 /01 /janvier /2024 04:55

« Je ne serai pas candidat lors des élections européennes. (…) À la fin de ce mandat, je réfléchirai à la nature et à l’orientation de mes futurs engagements. » (Charles Michel, le 26 janvier 2024 sur Facebook).




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Dernier acte en rebondissement pour un psychodrame européano-belge dont l'anti-héros est Charles Michel, l'actuel Président du Conseil Européen. Fonction créée par le Traité de Lisbonne visant à créer une sorte de chef d'État de l'Europe (aux côtés d'un chef de gouvernement qui serait le Président de la Commission Européenne), le Président du Conseil Européen préside les réunions du Conseil Européen pendant la duré de son mandat de deux ans et demi renouvelable une fois, en clair, pendant la durée d'une législature européenne.

Jusqu'à maintenant, en effet, chacun avait été reconduit une fois : Herman Van Rompuy, puis Donald Tusk, enfin Charles Michel. Ce dernier, qui fut le plus jeune député de Belgique à 23 ans (en juin 1999), a gravi les échelons politiques à la vitesse grand V : après des mandats locaux, il a été nommé membre du gouvernement belge du 21 décembre 2007 au 14 février 2011 (Ministre de la Coopération au développement), puis, Premier Ministre de Belgique à l'âge de 39 ans, du 11 octobre 2014 au 27 octobre 2019.

Charles Michel est aussi le fils de Louis Michel, bien connu des chancelleries européennes puisqu'il a été Ministre belge des Affaires étrangères et Vice-Premier Ministre du 12 juillet 1999 au 18 juillet 2004, puis commissaire européen du 18 juillet 2004 au 17 juillet 2009, enfin député européen de juin 2009 à mai 2019.


Président le Mouvement réformateur (équivalent belge des libéraux démocrates en Europe, désormais Renew, qu'on peut aussi appeler centristes entre les sociaux-démocrates et les démocrates chrétiens, eux-mêmes appelés parfois, à tort à mon avis, conservateurs) du 14 février 2011 au 10 octobre 2014, puis du 18 février 2019 au 28 novembre 2019, Charles Michel a quitté son poste de Premier Ministre pour celui de Bruxelles : désigné Président du Conseil Européen le 2 juillet 2019 et reconduit pour un second mandat le 24 mars 2022.

Charles Michel a commencé son mandat de Président du Conseil Européen le 1er décembre 2019 et celui-ci devrait donc se terminer le 1er décembre 2024. Mais Il aura alors 49 ans, trop jeune pour prendre sa retraite. Cependant, l'agenda électoral belge lui est défavorable : en effet, le 9 juin 2024 ont lieu en Belgique les élections européennes, les élections législatives et les élections régionales. S'il n'était pas candidat à l'une de ces élections, Charles Michel se retrouverait sans mandat électif jusqu'en 2029.

Depuis plusieurs mois, il réfléchissait donc très haut : le meilleur moyen pour retrouver un mandat après la Présidence du Conseil Européen serait qu'il soit candidat aux élections européennes du 9 juin 2024. Il était en effet question qu'il soit la tête de liste du Mouvement réformateur, et le mode de scrutin fait qu'il serait assuré d'être élu député européen. Au contraire des commissaires européens, rien n'empêche le Président du Conseil Européen de mener une campagne électorale. En revanche, une fois élu, il devrait démissionner de son mandat. Donc, le 1er juillet 2024, jour de la prise de fonctions des prochains députés européens, il ne pourrait plus rester Président du Conseil Européen. Pour Charles Michel et son parti, c'était un beau coup politique : le Mouvement réformateur aurait ainsi une tête de liste assez porteuse, et Charles Michel, non seulement, pourrait se recaser comme député européen, mais il pourrait même postuler pour devenir Président du Parlement Européen.

Le 6 janvier 2024, ce n'était plus seulement une hypothèse, c'était devenu sa décision : Charles Michel serait le candidat tête de liste du Mouvement réformateur aux élections européennes de juin 2024.

Évidemment, ces réflexions à voix haute ne pouvaient qu'engendrer médisance et dénigrements de la part de ses opposants et plus généralement, des opposants à la construction européenne : Charles Michel penserait peu au bien commun, à l'intérêt de l'Europe, mais se focaliserait sur sa propre carrière politique, sur son petit destin de drogués de la politique politicienne. Ces réactions sont habituelles dans la vie politique, et il ne faut pas faire de la politique si on ne les supporte pas... mais il y avait un hic dans cette affaire.

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Le hic, c'est que Charles Michel devait démissionner de la Présidence du Conseil Européen cinq mois avant la fin de son mandat. Or, cela créerait un sacré problème institutionnel et politique : impossible de nommer préventivement la personnalité qui serait choisie comme successeur à l'issue des élections européennes et qui prendra ses fonctions le 1
er décembre 2024. Donc, il faudrait nommer un Président d'interrègne de cinq mois qui puisse avoir l'accord des Vingt-Sept sans réalité électorale (qui seraient légitimes, les députés sortants ou les députés nouvellement élus et pas encore connus à l'heure du choix ?). Et si aucun accord n'était trouvé, ce qui serait le plus probable, alors la règle institutionnelle veut que le Président du Conseil Européen soit provisoirement le chef d'État ou de gouvernement de l'État membre qui présiderait le Conseil de l'Union Européenne. Or, du 1er juillet 2024 au 1er janvier 2025, c'est la Hongrie justement que assure cette Présidence tournante. Par conséquent, il serait impensable pour beaucoup de pays membres que le Premier Ministre hongrois Viktor Orban puisse être ce Président du Conseil Européen provisoire.

Si bien que les réactions hostiles ont aussi été émises, progressivement, parmi les propres amis de Charles Michel, amis politiques ou amis européens : en clair, pour son petit carriérisme politicien, Charles Michel risquait d'emmerder (disons-le clairement !) toute l'Europe pendant six mois !


Entre autres, représentatif des ces réactions, le quotidien français "Libération" dénonce crûment : « L’explication de ce départ anticipé est purement matérielle : faute d’un point de chute international certain, il risquait de se retrouver en carafe, les prochaines élections européennes, nationales et régionales, couplées en Belgique, n’ayant lieu qu’en 2029. Une traversée du désert qu’il voulait éviter, la tête de liste lui garantissant d’être élu et même d’espérer occuper d’autres fonctions, comme la Présidence du Parlement Européen. ». Tout comme "Le Point" qui, de son côté, explique : « Le Belge a pu mesurer tout le discrédit dont il est accablé, mezzo vocce, au sein des institutions. Cette candidature avait suscité, en effet, un torrent de critiques tant l'individu paraissait en dessous de sa fonction et seulement intéressé à sa survie politique, désespérément à l'affût du "job d'après" ! ».

Il a suffi donc de trois semaines pour faire machine arrière. Constatant les nombreuses réactions hostiles, dénonçant les « attaques personnelles [qui] prennent de plus en plus le pas sur les arguments factuels », l'ancien Premier Ministre belge a finalement jeté l'éponge en renonçant à sa petite cuisine électorale de bas étage et a annoncé qu'il ne serait pas candidat (laissant la suite de son CV avec une feuille blanche angoissante ; certaines rumeurs expliquent qu'il serait même en burn-out depuis quelques jours).

La résolution du problème institutionnel européen (par le renoncement de Charles Michel) crée bien sûr un problème politique pour le parti politique qu'il avait présidé il y a quelques années. Qui choisir comme tête de liste aux élections européennes pour le remplacer ? "On" songe alors à Didier Reynders (65 ans), qui a aussi présidé le Mouverment réformateur du 11 octobre 2004 au 14 février 2011, ancien Ministre belge des Finances du 12 juillet 1999 au 6 décembre 2011, ancien Ministre belge des Affaires étrangères et européennes du 6 décembre 2011 au 30 novembre 2019, ancien Ministre belge de la Défense du 9 décembre 2018 au 30 novembre 2019, ancien Vice-Premier Ministre belge du 18 juillet 2004 au 30 novembre 2019 et actuel Commissaire Européen à la Justice (depuis le 1er décembre 2019), mais le problème, c'est qu'il s'était placé comme le candidat de la Belgique pour être le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe. Un autre ancien président du Mouvement réformateur pourrait aussi mener cette liste, Olivier Chastel (59 ans), ancien ministre belge du 14 février 2011 au 11 octobre 2014 (Affaires européennes, Budget, etc.), ancien président du Mouvement réformateur du 12 décembre 2014 au 18 février 2019 et actuel député européen depuis mai 2019.

Quant à Charles Michel, toujours sur son compte Facebook, il a essayé de rattraper sa boulette : « Je ne veux pas que cette décision nous détourne de notre mission, qu'elle porte atteinte à cette institution et à notre projet européen, ni qu'elle soit utilisée à mauvais escient pour diviser le Conseil Européen, qui, je crois, doit travailler sans relâche à l'unité de l'Europe. ». Nous voilà rassurés...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (28 janvier 2024)
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Pour aller plus loin :
Charles Michel et Viktor Orban : l'Europe victime d'une histoire belge !
Jacques Delors : il nous a juste passé le relais !
Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà).
La Méditerranée, mère de désolation et cimetière de nos valeurs ?
Le 8 mai, l'émotion et la politique.
Ukraine, un an après : "Chaque jour de guerre est le choix de Poutine".
Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
L’inlassable pèlerin européen Emmanuel Macron.
Valéry Giscard d’Estaing, le rêveur d’Europe.
Enfin, une vision européenne !
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !

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https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/charles-michel-et-viktor-orban-l-252796

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6 janvier 2024 6 06 /01 /janvier /2024 04:58

« Jacques Delors ne se lassa jamais d’explorer pour réconcilier. En éclaireur. De frayer des alternatives, de bâtir des ponts, marchant toujours vers cet horizon immuable qui comptait pour lui par-dessus tout, la dignité humaine. » (Emmanuel Macron, le 5 janvier 2024 aux Invalides).





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La France a rendu un hommage national à l'ancien Président de la Commission Européenne Jacques Delors dans la cour d'honneur des Invalides à Paris ce vendredi 5 janvier 2024 vers 11 heures. Jacques Delors, également ancien Ministre de l'Économie et des Finances, membre du parti socialiste de l'époque mitterrandienne, est mort le 27 décembre 2023 à l'âge de 98 ans.

Présidée par le Président de la République française Emmanuel Macron, la cérémonie a réuni de nombreuses personnalités de la vie politique française et européenne. Entre autres (mais ce n'est pas exhaustif), l'ancien première secrétaire du PS Martine Aubry, bien sûr, qui est la fille de Jacques Delors, Brigitte Macron, l'ancien Président François Hollande qui avait créé un "transcourant" deloriste au sein du PS au début des années 1990, la Première Ministre Élisabeth Borne, les ministres Bruno Le Maire, Éric Dupond-Moretti, Gabriel Attal, Sébastien Lecornu, Gérald Darmanin, Marc Fesneau, Rima Abdul-Malak, Catherine Colonna, Olivier Dussopt, Philippe Vigier, Olivier Véran, Franck Riester, Clément Beaune, Jean-Noël Barrot, la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet, le Président du Sénat Gérard Larcher, le Président du Conseil Constitutionnel Laurent Fabius, les anciens Premiers Ministres Édouard Philippe, Jean Castex, Lionel Jospin, Bernard Cazeneuve, Jean-Marc Ayrault, d'autres personnalités politiques françaises comme François Bayrou (pour qui « Jacques Delors était une référence sans pareille. La vision du monde qui était la sienne et la qualité de ses engagements, centrés autour d'une certaine idée de l'Europe et d'une société de dialogue et de confiance, d'une économie qui n'oubliait pas le social, lui donnaient une place et une autorité uniques. »), Michel Barnier, Didier Migaud, Anne Hidalgo, Pascal Lamy, Sandrine Rousseau, Benoît Hamon, Marylise Lebranchu, Pierre Moscovici, Olivier Faure, etc.

Parmi les personnalités étrangères ou représentant l'Europe, il y avait la Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen, le Président du Conseil Européen Charles Michel, la Présidente du Parlement Européen Roberta Metsola, la présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde, le commissaire européen Thierry Breton, le Président de la République fédérale d'Allemagne Frank-Walter Steinmeier (ancien Ministre des Finances), le Président de la République du Portugal Marcelo Rebelo de Sousa, le nouveau Premier Ministre luxembourgeois Luc Frieden, le Premier Ministre belge Alexander De Croo, le Premier Ministre grec Kyriakos Mitsotakis, le Premier Ministre croate Andrej Plenkovic, et même, une petite surprise qui n'en est pas une, le Premier Ministre hongrois Viktor Orban, qui, jeune Premier Ministre, avait connu Jacques Delors quand ce dernier avait préparé l'entrée de la Hongrie dans l'Union Européenne. Il y avait aussi les anciens Premiers Ministres italiens Romano Prodi (aussi ancien Président de la Commission Européenne) et Enrico Letta, etc.

De nombreux étudiants du dispositif ERASMUS étaient aussi présents pour rendre hommage à l'initiateur de ce programme génial d'échange des étudiants (qui va même au-delà des frontières de l'Union Européenne).

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À
ma connaissance (sauf erreur de ma part), et c'est surprenant, il faut noter l'absence de Nicolas Sarkozy, Manuel Valls (officiellement « en vacances », seul ancien Premier Ministre socialiste à être absent avec Édith Cresson qui va bientôt avoir 90 ans) et Ségolène Royal, et également, à l'étranger, de Jean-Claude Juncker, Pedro Sanchez, Olaf Scholz et Donald Tusk.

Jacques Delors était sans doute celui qui a permis d'incarner l'Union Européenne, imposant la présence du Président de la Commission Européenne dans les sommets internationaux (en particulier le G7 puis le G20). C'est aussi la raison pour laquelle il a attiré tant de haine de la part des supposés souverainistes, alors que Jacques Delors, loin d'avoir imposé la libre concurrence, n'a fait qu'installer, grâce au Traité de Maastricht (qui a du reste été approuvé démocratiquement par le peuple français par le référendum du 20 septembre 1992), des institutions européennes permettant un approfondissement des compétences européennes et un élargissement politique (ce qui explique la présence de Viktor Orban). C'est surtout son successeur, José Manuel Barroso qui a insufflé la mécanique parfois vicieuse de la libre concurrence.

Jacques Delors était, selon l'expression d'Enrico Letta interrogé par "La Croix" le 4 janvier 2024, « le véritable architecte de l'Europe rêvée, un rêve devenu réalité ». Parce qu'il était catholique engagé en politique, très proche spirituellement du pape François, Jacques Delors mettait toujours en avant le duo marché unique et solidarité, car en même temps que l'Acte unique européen, il a mis en place les premiers fonds structurels pour la politique de cohésion et il disait souvent : « Il n'y a pas de marché unique sans cohésion ! ». Pour Enrico Letta, « la vraie différence [avec les avancées actuelles de l'Europe], c'est que les projets et réalisations de Delors (…) ont été réalisés avec une vision à long terme ». Et d'ajouter : « À l’inverse, ce qui se passe aujourd’hui, ce sont des réactions immédiates à des crises perturbatrices. Réagir à une crise est une chose, avoir une vision en est une autre. Il faut donc une Europe qui ne se contente pas de réagir aux crises. Et qui ne soit pas non plus l’otage des veto nationaux. Je pense en particulier aux trois grands secteurs que sont les télécommunications, l’énergie et les marchés financiers. À l’époque, ce sont les États qui ont dit "non" à Delors. Et ce n’est pas un hasard si ce sont les trois secteurs dans lesquels nous sommes le moins compétitifs par rapport aux États-Unis. Je pense bien sûr aussi à la politique étrangère, qui est un terrain miné parce que l’Europe est divisée en termes de règles. » ("La Croix").

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Mais revenons à l'hommage national aux Invalides. Dans un discours relativement court, Emmanuel Macron a salué la vision et les convictions de Jacques Delors : « Là résidait sa conviction profonde, nourrie par ses cercles de pensée catholique, inspirés d’Emmanuel Mounier : entre la dictature des masses et l’impérialisme de l’individu, il existe une autre voie. Celle de la personne, avec sa liberté d’engagement, sa responsabilité à l’égard de la société, oui il existe cette voie humaniste européenne, la sienne. Le combat de Jacques Delors consista d’abord à réconcilier avec elle-même une société bloquée. Par le syndicalisme, au sein de la CFTC, puis de la CFDT. La politique n’avait jamais compté parmi ses passions de jeunesse. (…) Alors, ses talents de conciliateur rapidement font de lui un responsable remarqué, apprécié. ».


Emmanuel Macron a rappelé sa part déterminante dans le choix européen de François Mitterrand en 1983 : « Jacques Delors est là encore, main dans la main avec Pierre Mauroy, et se bat comme un lion, avec quelques autres, pour défendre sa vision européenne de l’économie, défaire les Cassandre, maintenir la France dans le projet commun. Ce fut là sans doute l’une de ses plus grandes œuvres de réconciliation : celle de 1983. Réconcilier, dans ce moment décisif, le socialisme du gouvernement avec l’économie sociale de marché, réconcilier les Français avec l’économie, réconcilier la France avec l’Europe. Rendre possible l’idéal européen, en ne cédant rien au réel, en s’y confrontant. ». Son objectif en 1985, lorsqu'il fut nommé à Bruxelles à la tête de la Commission Européenne, était très ambitieux : « Réconcilier les peuples, désormais. Pour qu’aucune vie ne soit plus jamais fauchée, mutilée, par l’aveuglement des hommes. Et réconcilier l’Europe avec son avenir. ».

Et le chef de l'État de proclamer : « Le visage de l’Europe d’aujourd’hui, Jacques Delors a contribué à le dessiner, trait par trait. Avec la confiance du Président Mitterrand et du Chancelier Kohl, de notre Europe, disait-il : elle nous appartient, autant que nous lui appartenons, et il nous appartient de poursuivre. (…) Rarement, notre Europe aura tant progressé. Et avec ses équipes, ses compagnons de route, plusieurs des dirigeants ici présents pour lui rendre hommage, et sous le regard de plusieurs dirigeants d’Europe, que je remercie pour leur présence aujourd’hui à nos côtés. Il aura fait avancer comme peu d’autres notre continent. (…) Une Europe plus souveraine, plus unie, plus forte qui trouve là son identité. ».

Emmanuel Macron a conclu ainsi sur l'avenir : « Jacques Delors nous a juste passé le relais. Et beaucoup d’entre vous ici avez pris la suite et continué par vos combats, à la tête de nos institutions européennes, de vos gouvernements ou de vos États ou dans notre pays à le poursuivre. Mais ce chemin, son chemin, se poursuit. Un chemin difficile, chemin de crête, qui s’éloigne des facilités et des faux-semblants, toujours en déséquilibre, et qui tient la Nation et l’Europe, la force économique et la justice sociale, le réel et l’idéal ensemble, enfin réconciliés. Oui, tel fut le chemin intranquille de ce grand Français, de cet honnête homme européen. ».


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Un "honnête homme européen", c'est sans doute l'expression qui restera de cet hommage aux Invalides. Emmanuel Macron n'a pas tenté de capter l'héritage politique de Jacques Delors qui était un partenaire très exigeant. Cette récupération aurait été beaucoup trop audacieuse sous le regard de Martine Aubry et François Hollande, les deux principaux deloristes du PS.


Jamais, en effet, Jacques Delors n'a apporté très clairement son soutien à Emmanuel Macron depuis 2017, mais les deux hommes sont unis par deux moteurs communs : d'une part, la construction européenne, la construction d'une Europe souveraine, libre et sociale, et d'autre part, la certitude que, au-delà des jeux de rôles politiciens, le clivage artificiel entre la gauche et la droite était anachronique. Sur ce dernier point, l'impossibilité de gagner la confiance des centristes qui s'étaient déjà donnés à Édouard Balladur a conduit Jacques Delors à renoncer à se présenter à l'élection présidentielle de 1995. Après lui, François Bayrou a milité pour casser ces frontières artificielles entre le centre droit et le centre gauche, mais c'est finalement Emmanuel Macron qui a su avec brio tout renverser, au risque de laisser l'extrême droite comme seule option d'alternative à sa politique nationale.

Après le discours présidentiel et une minute de silence, "La Marseillaise" fut jouée par le Chœur de l'armée française, puis l'hymne européen (9e symphonie de Beethoven) par la Garde républicaine. Ensuite, deux morceaux de jazz ont été joués (Jacques Delors était un passionné du jazz) : "Body and Soul" de Coleman Hawkins puis "To a Wild Rose" de Sonny Rollins. Les obsèques de Jacques Delors ont été célébrées le samedi 6 janvier 2024, dans la stricte intimité familiale. La messe a été présidée par l’archevêque de Sens-Auxerre, Mgr Hervé Giraud, et l’homélie prononcée par l'archevêque de Dijon, Mgr Antoine Hérourard.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (06 janvier 2024)
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Pour aller plus loin :
L'hommage d'Emmanuel Macron à Jacques Delors : il nous a juste passé le relais !
Discours du Président Emmanuel Macron en hommage à Jacques Delors dans la cour d'honneur des Invalides à Paris le 5 janvier 2024 (texte intégral et vidéo).
Jacques Delors, l'un des pères de l'Europe moderne.
Jacques Delors votera-t-il pour Emmanuel Macron ?
Jacques Delors aurait-il pu être le précurseur d’Emmanuel Macron ?
Jacques Delors, l’honneur de la France et de l’Europe.
Institut Jacques-Delors (créé en 1996).
Qui peut remplacer Jacques Delors en 2014 ?
L’occasion ratée de 1995.
Martine Aubry.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240105-delors.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/l-hommage-d-emmanuel-macron-a-252388

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27 décembre 2023 3 27 /12 /décembre /2023 20:49

« Pour tous nos pays, appartenir aujourd’hui à l’Europe, c’est refuser de se laisser appartenir à la Chine, à la Russie ou même de s’aligner docilement sur les États-Unis. C’est refuser que notre continent de nouveau se divise et laisse son destin lui échapper. » (Jacques Delors, le 6 décembre 2021).




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L'ancien Ministre de l'Économie et de Finances de François Mitterrand vient de s'éteindre ce mercredi 27 décembre 2023 à Paris. Jacques Delors avait atteint 98 ans le 20 juillet dernier. C'est avec une très grande émotion que je ressens cet événement pourtant inéluctable et prévisible. Pour ma génération, Jacques Delors a représenté une option à la fois politique et européenne très importante.

Politique, parce que malgré son appartenance au parti socialiste (un handicap selon moi pour s'intéresser à l'intérêt général), Jacques Delors était un homme ouvert. Il l'avait montré en travaillant avec Jacques Chaban-Delmas à Matignon, il était le père de cette Nouvelle société qui n'est toutefois restée qu'un simple slogan, et il nourrissait de solides amitiés parmi les centristes de l'UDF qui voyaient en lui un véritable volontariste en matière européenne.

Il a évité la faillite de l'État Mitterrand au début des années 1980, et surtout, il a su faire prendre par l'Europe le tournant historique de la chute du mur de Berlin. Delors est synonyme d'une Europe des peuples, celle de l'Acte Unique qui a permis l'harmonisation des diplôme, celle de Schengen qui a permis la libre circulation des personnes, celle des étudiants réunis par le programme Erasmus, celle de l'élargissement aux pays d'Europe centrale et orientale, celle des fonds de solidarité, celle enfin de Maastricht qui, non seulement, a unifié les États membres autour de leur monnaie unique, l'euro, mais aussi, a créé l'Union Européenne à vocation non seulement économique, mais aussi politique. Cette Europe-là, approuvée de justesse par le peuple français au référendum de 1992, a permis des progrès énormes dans la construction européenne.

Jacques Delors (1925-2023) et Valéry Giscard d'Estaing (1926-2020), chacun de la même génération mais d'origines très différentes et de styles très différents, ont été des géants de la vie politique et des pères de l'Europe moderne, telle qu'elle s'est imaginée, à la fois une Europe des États qui décide par les nations, et celle des peuples qui est consultée par voie d'élections libres, sincères et directes.

À l'occasion du 25e anniversaire de l'Institut Jacques-Delors, le 6 décembre 2021, l'ancien Président de la Commission Européenne avait lancé quelques réflexions qui pourraient être son testament européen : « La construction européenne n’est pas un programme préparé de toute pièce, une procédure à exécuter, un dessein miraculeusement irréversible. Ce n’est jamais un long fleuve tranquille, vous en faites l’expérience. Nous devons sans cesse repenser l’Europe au regard de ce qui a été réalisé, de ce qui a fonctionné ou non et au regard de l’état du monde si mouvant et si brutal. Ce serait céder à la paresse intellectuelle et manquer de courage politique que de s’en tirer aux arbitrages passés, au statu quo. ».

Puis, il a rappelé l'origine de la construction européenne : « L’Europe au commencement a été pensée comme un projet de paix. Elle doit aujourd’hui se penser aussi comme puissance ; une puissance en devenir, responsable et généreuse dans le monde. (…) Affirmer notre Europe, en soulignant le "notre", signifie à la fois que l’Union nous appartient à tout un chacun mais aussi qu’elle est plurielle par essence. Qu’elle est à la fois un bien commun à préserver et une œuvre collective à poursuivre. (…) Appartenir à l’Europe ne signifie pas non plus se détacher de son pays. Au contraire, c’est lui être fidèle. (…) Le projet européen n’a jamais été l’ennemi des nations, qui ne peuvent s’épanouir isolément. Quel meilleur gage de rayonnement pour chacune d’elles que son engagement européen ? ».

Réagissant à la triste nouvelle, l'Institut Jacques-Delors a communiqué : « C’est l’Europe entière qui pleure la mort de l’un de ses plus grands architectes. (…) Les plus belles réalisations de l’intégration européenne sont indissociables de la clairvoyance, de l’audace, des convictions, de la persévérance et du travail acharné, qui ont caractérisé l’action de Jacques Delors durant ses dix ans à la tête de la Commission européenne. Une action déployée selon son triptyque : "La concurrence qui stimule, la coopération qui renforce et la solidarité qui unit". (…) Au-delà de sa contribution historique à la construction européenne, qui l’inscrit dans la continuité des pères fondateurs, Jacques Delors a donné à l’engagement politique toute sa noblesse. (…) En renonçant à se porter candidat à l’élection présidentielle française de 1995, il a affirmé sa liberté à l’égard du pouvoir et l’exigence avec laquelle il en concevait l’exercice. (…) À ce grand homme que nous avons eu l’honneur de servir et de côtoyer, dont le cœur chaud et la tête froide nous ont touchés et inspirés, nous voulons non seulement témoigner de notre profonde reconnaissance mais aussi affirmer notre volonté d’en assumer dignement l’héritage politique et poursuivre son action pour l’unité des Européens. ».


De son côté, le Président de la République Emmanuel Macron, qui s'est beaucoup inspiré de l'action de Jacques Delors, a exprimé son émotion : « La seule qualité qu’il se reconnaissait, dans sa modestie, était celle de pédagogue. (…) "Ma vie n’a de sens que si je suis utile", disait-il. Face aux dysfonctionnements de l’ordre établi, face aux injustices de tout bord, face à l’accoutumance et à l’autosatisfaction, il voulait rester toujours un révolté. Son principe était clair : ne jamais se contenter de ce qu’il avait déjà accompli. Les années n’affaiblirent en rien cette résolution : Jacques Delors œuvrait encore à 90 ans passés au sein de l’institut de réflexion sur l’unité européenne qu’il a fondé et qui porte son nom. (…) Son héritage, plus vivant que jamais, nous invite à marcher, sur ses pas, vers une Europe souveraine et fraternelle, résolument tournée vers l’avenir. ».

Le véritable rendez-vous manqué de Jacques Delors, ce ne fut pas avec les Européens, mais bien avec les Français. En ne voulant pas se présenter à l'élection présidentielle de 1995 malgré des sondages en or, et cela pour des raisons qui n'ont encore jamais été bien comprises, l'ancien Président de la Commission Européenne a profondément déçu ceux qui ne souhaitaient plus devoir choisir entre la droite la plus bête du monde et la gauche la plus bête du monde. Il a fallu attendre plus de vingt ans pour que le clivage LR/PS fût éclaté et que survînt le véritable clivage programmatique : pour ou contre l'Europe puissante et souveraine. Pour l'instant, les électeurs ont choisi la voie Delors, quitte à s'amuser à se faire peur pendant les élections intermédiaires...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (27 décembre 2023)
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Pour aller plus loin :
Jacques Delors, l'un des pères de l'Europe moderne.
Jacques Delors votera-t-il pour Emmanuel Macron ?
Jacques Delors aurait-il pu être le précurseur d’Emmanuel Macron ?
Jacques Delors, l’honneur de la France et de l’Europe.
Institut Jacques-Delors (créé en 1996).
Qui peut remplacer Jacques Delors en 2014 ?
L’occasion ratée de 1995.
Martine Aubry.

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15 décembre 2023 5 15 /12 /décembre /2023 04:48

« Je voudrais vous dire, à titre personnel, que moi, cette Présidence de six mois m'a beaucoup appris et que j'ai beaucoup aimé ce travail. Et pour dire les choses, je comprends que les parlementaires européens soient passionnés par ce qu'ils font (…). Cette Europe, on en a plus que jamais besoin. J'ai essayé de bouger l'Europe mais l'Europe m'a changé. » (Nicolas Sarkozy, le 16 décembre 2008 à Strasbourg).




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Le Conseil Européen réuni à Bruxelles ce jeudi 14 décembre 2023 a réussi à maintenir l'unité européenne face à l'Ukraine et à la Moldavie par cette décision historique d'ouvrir les négociations d'adhésion avec ces deux pays. La Hongrie s'est abstenue en s'absentant opportunément. Faisons un retour à il y a quinze ans, justement, le mardi 16 décembre 2008.

À cette date, le Président de la République Nicolas Sarkozy a prononcé un important discours au Parlement Européen de Strasbourg. C'était son dernier discours du semestre, le premier a eu lieu le jeudi 10 juillet 2008. Pendant ce second semestre de l'année 2008, la France présidait le Conseil de l'Union. C'était l'avant-dernière fois, avant le premier semestre de l'année 2022 (sous Emmanuel Macron).

On pourrait voir beaucoup de similitudes entre la manière de présider l'Europe de Nicolas Sarkozy et celle d'Emmanuel Macron. Ce n'est pas étonnant car les deux sont avant tout des volontaristes et des anti-fatalistes, des leaders qui veulent avancer sur certains dossiers en y mettant enthousiasme, force de persuasion et argumentation.


L'une des principales actions de Nicolas Sarkozy a eu lieu avant cette Présidence française : dès son arrivée à l'Élysée en mai 2007, il a amorcé le processus pour faire adopter le Traité de Lisbonne (qui fut signé le 13 décembre 2007).

Était-ce une trahison par rapport au référendum du 29 mai 2005 comme l'affirment encore aujourd'hui, près de vingt ans plus tard (une génération !) des militants anti-européens ? Évidemment, non, mais comme aucun argument n'est opposé à cette impression, c'est devenue presque une vérité. La réalité, c'est que l'un des points principaux du projet présidentiel du candidat Nicolas Sarkozy, c'était de négocier rapidement un traité européen pour envisager une fonctionnement des institutions européennes à Vingt-Sept : la Croatie n'était pas encore membre (en juillet 2013), le Royaume-Uni l'était encore (jusqu'en janvier 2020), et la Roumanie et la Bulgarie venaient juste de le devenir (en janvier 2007).


L'échec du TCE (Traité pour une Constitution européenne) a été catastrophique pour l'Union Européenne telle qu'elle était devenue en 2004 avec l'élargissement à dix pays supplémentaires (passage de Quinze à Vingt-Cinq) correspondant à l'Europe centrale et orientale issu de l'ancien Bloc soviétique. Sur le plant politique et moral, il était absolument indispensable de faire cet élargissement, mais il s'est fait sur la base des institutions d'une Europe des Six, ce qui entraînerait à court terme la paralysie des institutions. En 2023, nous avons les mêmes enjeux : politiquement et moralement, il est nécessaire d'intégrer l'Ukraine et la Moldavie, mais techniquement, cela rendra les institutions encore plus contraignantes : « Si on veut l'élargissement (…), alors il faut de nouvelles institutions. (…) Ce n'est pas une question de chantage (…). C'est une question de cohérence, c'est une question d'honnêteté et c'est une question de logique. ».


Nicolas Sarkozy a donc annoncé dès sa candidature que s'il était élu, il proposerait un nouveau traité pragmatique pour débloquer le fonctionnement des institutions à Vingt-Sept. Les électeurs ont donc voté pour lui en toute connaissance de cause et on ne pouvait même pas dire qu'un Le Pen au second tour a biaisé l'élection et sa signification. Du reste, les trois candidats arrivés en tête du premier tour en 2007 (Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou), représentant près de 28 millions d'électeurs, soit plus des trois quarts de l'électorat (75,7% des voix), avaient tous les trois annoncé qu'ils feraient ce qu'allait devenir le Traité de Lisbonne. Il n'y a donc eu aucun déni démocratique, simplement, une évolution de l'électorat qui avait tout le loisir de reporter massivement ses votes sur des candidats anti-européens (ce qu'il n'a pas fait).

Nicolas Sarkozy a été clair à Strasbourg : « Moi-même, en tant que Président de la République française, j'ai dû prendre mes responsabilités. La France a voté non en 2005 et ce non était un problème pour la France. (…) J'ai proposé, avant les élections, aux Français, la ratification parlementaire du Traité de Lisbonne. J'ai dit, avant les élections, que je n'organiserai pas de référendum en France. C'est démocratiquement que je l'ai dit aux Français. C'était un choix, trois jours avant mon élection, qui aurait pu être lourd de signification. Je ne regrette pas ce choix. Je pense profondément que les questions institutionnelles, les règles de fonctionnement en Europe sont l'affaire des parlementaires plutôt que l'affaire du référendum. C'est un choix politique que j'assume et c'est un choix politique que j'ai assumé dans mon pays avant les élections. C'est donc un choix parfaitement démocratique. ».


Ce premier discours devant les députés européens a eu lieu le 10 juillet 2008. Dans ses mémoires, l'éditorialiste politique Catherine Nay a noté : « Il rentrait d'une réunion du G8 au Japon (dix heures de décalage horaire). Il avait peu dormi. Je suivais l'événement à la télévision. On lui avait apporté un discours qu'il avait écarté. Pendant cinquante-cinq minutes, il allait parler sans note, sans prompteur. Une performance incroyable, restée dans les mémoires. C'était un discours destiné à convaincre les Européens de leur chance d'appartenir à cette grande famille, de pouvoir faire ensemble des choses formidables. Il donnait à tous envie d'aller de l'avant. Ce n'était pas une improvisation, mais le fruit d'une longue réflexion personnelle entamée depuis des mois. Avec Nicolas Sarkozy, ce n'est jamais sa capacité de travail qui peut être mise en cause. (…) Ce que j'avais trouvé aussi remarquable ce jour-là, c'est de le voir répondre, deux heures durant, à chacun des intervenants, sans se départir de son calme, plein d'humour et d'urbanité. ».

La grande affaire du début de cette Présidence française, c'était le non au référendum organisé par l'Irlande sur le Traité de Lisbonne (le 12 juin 2008, 53,4% des électeurs irlandais avaient dit non à la réforme constitutionnelle consécutive au Traité de Lisbonne, avec une forte abstention, 47%). La réponse de Nicolas Sarkozy a été : « Comment sortir l'Europe de la crise où elle se trouve ? Comment éviter l'immobilisme ? Comment surmonter nos désaccords pour les mettre au service d'un même idéal européen. Ici, nous sommes au cœur de la démocratie européenne. Chacun d'entre vous, pour avoir l'honneur de siéger, a dû recueillir le soutien de ses compatriotes. Il y a des femmes et des hommes de gauche, il y a des femmes et des hommes du centre, il y a des femmes et des hommes de droite, il y a des élus de vingt-sept pays mais, aujourd'hui, nous devons faire de nos différences une force au service d'une Union Européenne qui souffre. Nous devons faire de ces différences une opportunité pour rassurer des Européens qui sont inquiets. Nous devons faire vivre la démocratie donc assumer nos débats et, en même temps, donner l'image d'une Europe qui refuse l'immobilisme. Nous devons amener tout le monde. La famille, c'est vingt-sept États, nous ne devons laisser personne derrière. ». Il allait le répéter : « Une famille, c'est vingt-sept. Nous ne laisserons personne derrière. Pas question d'avancer sans l'Irlande. Mais il faut aller vite, les Européens et leurs députés doivent savoir comment seront organisées les élections européennes de l'an prochain. ».


Nicolas Sarkozy a aussi défini le 10 juillet 2008 ses quatre priorités pour sa Présidence : le paquet énergie-climat avec Jean-Louis Borloo, le contrôle de l'immigration européenne avec Brice Hortefeux, la défense européenne avec Hervé Morin, et la réforme de la politique agricole commune (PAC) avec Michel Barnier, tous les quatre ministres en exercice.

Cinq mois plus tard, à la fin de la Présidence française, la situation internationale a totalement changé, avec deux crises majeures : la guerre en Ossétie du Sud (un affrontement armé entre la Russie et la Géorgie a commencé le 8 août 2008) et la crise financière mondiale (le 15 septembre 2008) : « On n'imaginait pas à l'époque qu'une guerre éclaterait entre la Géorgie et la Russie et on n'imaginait pas non plus la violence de la crise financière, d'abord, de la crise économique ensuite, que l'Europe aurait à affronter. La Présidence française (…) a essayé d'organiser toute son action autour de deux convictions : le monde a besoin d'une Europe forte, première conviction, deuxième conviction : il ne peut pas y avoir d'Europe forte si l'Europe est désunie. ».

La guerre entre la Russie et la Géorgie : « Le 8 août, les forces russes étaient à 40 km de Tbilissi. Aujourd'hui, la quasi-totalité des forces russes ont évacué le territoire de la Géorgie hors Ossétie et Abkhazie. L'Europe a répondu présente sans pour autant s'engager dans une politique agressive à l'endroit de nos voisins russes. Ma conviction, c'est que nous n'avons pas d'avenir autre que de trouver avec nos voisins les conditions du développement économique, de la sécurité et de la paix en leur expliquant que s'ils veulent compter dans le monde et la Russie est un grand pays, ils doivent respecter des valeurs, des pratiques et des comportements qui ne doivent plus être ceux qui étaient les leurs à une autre époque en Europe. ».


La crise financière : « L'Europe a dit d'une seule voix qu'elle voulait d'un capitalisme d'entrepreneur et non pas d'un capitalisme de spéculateur, qu'elle voulait la réforme du système financier, qu'elle voulait une autre place pour les pays émergents, qu'elle voulait la moralisation du capitalisme. L'Europe a essayé de défendre d'une seule voix ses convictions. ».

Dans son discours devant les parlementaires européens le 16 décembre 2008, Nicolas Sarkozy tentait de répondre à la question : « Qu'est-ce qu'une Europe forte ? C'est une Europe qui pense, qui a des convictions, qui a ses réponses, qui imagine. C'est une Europe qui ne se contente pas de suivre. C'est une Europe qui refuse un consensus fondé uniquement sur le non-dit, sur l'évacuation des problèmes, sur le temps censé tout arranger alors que ma conviction, c'est que plus on attend, plus on complique. ».

La conclusion du discours du 16 décembre 2008 est une déclaration d'amour à l'Europe : « Les grands projets, les grandes ambitions, les grandes idées, au nom de ces grandes idées et de ces grandes ambitions, on peut surmonter les égoïsmes nationaux. Alors, que l'Europe reste ambitieuse et que l'Europe comprenne que le monde a besoin qu'elle prenne des décisions. Quand on met la poussière sous le tapis, on se prépare des lendemains difficiles. Les problèmes, il faut les régler tout de suite et maintenant et ce n'est pas vrai que les institutions européennes empêchent la prise de décision. Ce qui empêche la prise de décision, c'est le manque de courage, le manque de volontarisme, c'est l'affadissement d'un idéal. ».

En ce sens, Emmanuel Macron reste le réel successeur de Nicolas Sarkozy, un Président européen, audacieux, travailleur, volontariste et courageux lorsqu'il s'agit d'affronter les questions des parlementaires européens.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (15 décembre 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà).
Discours du Président Nicolas Sarkozy le 16 décembre 2008 au Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).
Discours du Président Nicolas Sarkozy le 10 juillet 2008 au Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).

Sale temps pour Nicolas Sarkozy !
La justice harcèle-t-elle la classe politique ?
Carla Bruni.
La sagesse de Nicolas Sarkozy.
Pour qui votera Nicolas Sarkozy au premier tour ?
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Injustice pour Nicolas Sarkozy ?
Sarko et ses frères...

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20231216-sarkozy.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/il-y-a-15-ans-nicolas-sarkozy-l-251864

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/12/13/40142244.html





 

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14 décembre 2023 4 14 /12 /décembre /2023 04:04

« C'est un grand jour pour tous ceux qui, pendant de nombreuses années, ont cru que les choses iraient mieux, que nous chasserions les ténèbres, le mal. » (Donald Tusk, le 11 décembre 2023).




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Depuis le 13 décembre 2023 vers 9 heures, jour où il a prêté serment, le libéral démocrate proeuropéen Donald Tusk (66 ans) est de nouveau le Président du Conseil des ministres de Pologne, autrement dit, le Premier Ministre polonais. Il dirige ainsi son troisième gouvernement après une période d'opposition où la droite musclée et souverainiste était au pouvoir (2015-2023). Il avait déjà présidé deux autres gouvernements polonais, du 16 novembre 2007 au 22 septembre 2014 (réélu le 9 octobre 2011), et avait quitté ses fonctions pour assurer celles de Président du Conseil Européen du 1er décembre 2014 au 30 novembre 2019 (élu le 30 août 2014 puis réélu le 9 mars 2017).

C'est donc un chef du gouvernement très proeuropéen qui a pris ses fonctions ce mercredi, et cet événement rend l'analyse de la situation politique des pays européens beaucoup plus compliquée et nuancée que ce que veulent bien voir la plupart des éditorialistes politiques en France. Certes, la victoire électorale de Geert Wilders aux Pays-Bas (il est encore loin de former un gouvernement à l'heure actuelle) ou la nouvelle réélection de Viktor Orban en Hongrie montrent qu'il y a effectivement un fort courant souverainiste qui traverse l'Europe (en Slovaquie aussi). Mais il n'est pas le seul courant et une tendance proeuropéenne, plutôt axée sur le centre/centre gauche, existe aussi en Europe, en Pologne, mais aussi en Espagne avec la reconduction de Pedro Sanchez et même, il faut l'analyser ainsi, en France avec la réélection du Président Emmanuel Macron en 2022. Dans le cas de l'une comme de l'autre, ce sont des courants populaires qui se sont traduits par des élections très marquées.

Pour la Pologne, il s'agissait des élections parlementaires du 15 octobre 2023, c'est-à-dire du renouvellement de la Diète (Chambre basse) et du Sénat (Chambre haute). Dans les chiffres suivants, je me restreindrai à ceux de la Diète (sauf indication contraire) qui a pour mission de choisir le chef du gouvernement. Ces dernières élections ont montré une forte mobilisation des Polonais sensibles à la construction européenne, probablement en raison de la guerre en Ukraine (les premières depuis ce conflit). En effet, la participation n'a jamais été aussi élevée depuis les premières élections libres le 18 juin 1989. Elle a été de 74,4% des électeurs inscrits, soit nettement plus que la participation des précédentes élections parlementaires du 13 octobre 2019 avec seulement 61,7%.

Si le parti conservateur au pouvoir depuis 2015, Droit et Justice (PiS) est resté en tête, il a chuté de 29 sièges avec 170 sièges sur 460 que compte la Diète. Sa coalition Droite unie (ZP) a chuté de 8 points, passant à 35,4% des suffrages exprimés, représentant seulement 194 sièges sur 460 (la majorité absolue est de 231). Son adversaire de Plateforme civique (PO), parti libéral et démocrate chrétien proeuropéen dirigé par Donald Tusk depuis le 3 juillet 2021, est arrivé en deuxième position avec 144 sièges (gain de 25 par rapport à 2019) et sa Coalition civique (KO) qui regroupe également ses alliés a recueilli 30,7% des suffrages exprimés (3 points de plus) et dispose de 157 sièges.


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La force de cette dernière coalition, c'est qu'elle peut faire alliance avec Troisième voie (TD), un regroupement démocrate chrétien qui militait pour une alternance au PiS (regroupant principalement Pologne 2050 et le Parti paysan polonais), et celle-ci, troisième force politique du pays, dispose de 65 sièges (gain de 23 sièges) avec 14,4% des voix (6 points de plus). De même, la quatrième force électorale est La Gauche (Lewica) qui a obtenu 26 sièges (perte de 23 sièges) avec 8,6% des voix (4 points de moins). En quelque sorte, la gauche ne fait plus peur car elle a perdu beaucoup de plumes à ces élections, au profit de formations politiques centristes et proeuropéennes. Quant à l'extrême droite, avec la coalition Confédération (WIN), elle a obtenu 18 sièges (soit 7 de plus qu'en 2019) avec une audience stable de 7,2% des voix.


Dans un premier temps, le 6 novembre 2023, le Président de la République Andrzej Duda (PiS) a pris la décision de charger le Premier Ministre sortant, Mateusz Morawiecki (PiS), en place depuis le 15 novembre 2017, de réunir une majorité, après avoir commencé ses consultations le 24 octobre 2023. Sa justification de reconduire Mateusz Morawiecki est de nommer le représentant du parti le mieux représenté. En cas d'échec de cette tentative, la Constitution polonaise du 17 octobre 1997 donne le pouvoir à la Diète de désigner elle-même le Président du Conseil.

Néanmoins, le 10 novembre 2023, les trois coalitions d'opposition Plateforme civique, Troisième voie et La Gauche ont signé un accord de gouvernement qui leur permet de bénéficier d'une majorité absolue avec un potentiel de 248 sièges sur 460 à la Diète et 65 sièges sur 100 au Sénat. La nouvelle Diète et le nouveau Sénat se sont installés le 13 novembre 2023 et le candidat de cette alliance d'opposition, l'essayiste Szymon Holownia, ancien candidat à l'élection présidentielle du 28 juin 2020 (soutenu par Pologne 2050, il avait obtenu 13,9% au premier tour), a été élu Président de la Diète (alors qu'il venait d'être élu député pour la première fois).

Mateusz Morawiecki a toutefois formé son troisième gouvernement le 27 novembre 2023 avec pratiquement que des nouveaux ministres (sauf un), premier gouvernement de parité hommes/femmes, sous les protestations de l'opposition qui a estimé que c'était une perte de temps puisque ce gouvernement était minoritaire et certain d'être mis en minorité à la Diète. Du reste, d'où la raison des nouveaux membres, quasiment aucun député PiS ni ministre sortant n'a voulu siéger dans ce gouvernement qualifié de zombie par l'opposition. Le 11 décembre 2023, sans surprise, Mateusz Morawiecki a été renversé par la Diète, n'ayant obtenu que 190 voix favorables à la confiance contre 266.

La Diète a ensuite désigné Donald Tusk le jour même, 11 décembre 2023, pour former le nouveau gouvernement, avec 248 voix pour et 201 voix contre. Le lendemain, c'est avec le même score que Donald Tusk a reçu la confiance des députés, par 248 voix favorables contre 201. Lui et son gouvernement ont prêté serment et pris leurs fonctions ce mercredi 13 décembre 2023.

Andrzej Duda a fait perdre un mois à la nouvelle majorité en voulant essayer la reconduite improbable de la majorité sortante qui n'avait plus de majorité absolue. Les partenaires européens de la Pologne sont donc aujourd'hui soulagés de retrouver ce grand pays dans le giron de ce que j'appellerais l'europositivisme.

Dans son discours de politique générale du 12 décembre 2023, Donald Tusk a souhaité retrouver la sérénité du débat public en évacuant toute xénophobie, en instituant l'impartialité de la télévision publique, en rétablissant de bonnes relations avec l'Union Européenne, notamment en renforçant l'État de droit, pour obtenir les subventions européennes, en réaffirmant la soutien et les aides de la Pologne à l'Ukraine, etc. Un Conseil Européen aura lieu justement ces 14 et 15 décembre 2023 à Bruxelles, qu'il connaît très bien pour y avoir été le Président pendant cinq ans et l'un des chefs d'État et de gouvernement pendant sept ans. Dès le 11 décembre 2023, la Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen a chaleureusement félicité Donald Tuks sur Twitter : « Votre expérience et votre attachement à nos valeurs européennes seront précieux pour forger une Europe plus forte au bénéfice des citoyens polonais. ».

En tout cas, voilà un Donald dont les Européens n'auront pas peur (au contraire de l'autre)...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (13 décembre 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le proeuropéen Donald Tusk redevient chef du gouvernement polonais.
Législatives en Pologne du 15 octobre 2023 : grande victoire de l'Europe !
Législatives en Pologne du 18 juin 1989.
Lech Walesa.
Donald Tusk.
Tragique accident d’avion près de Katyn.
Wojciech Jaruzelski.

_yartiPologne2023A01





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20231213-donald-tusk.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-proeuropeen-donald-tusk-251977

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/12/13/40142998.html




 

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24 novembre 2023 5 24 /11 /novembre /2023 04:52

« Il a (…) déclaré aux journalistes qu'il souhaitait être le Premier Ministre de tous les Néerlandais et qu'il travaillerait dur avec d'autres partis pour former une coalition. Mais la victoire inattendue de l'homme politique de 60 ans à la célèbre chevelure peroxydée ne lui assure pas ce poste. » (AFP le 22 novembre 2023).




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Ce mercredi 22 novembre 2023 se sont déroulées aux Pays-Bas des élections législatives. Il s'agissait de désigner les 150 députés de la chambre basse du Parlement néerlandais. Parce qu'il n'était pas candidat à sa succession, le Premier Ministre néerlandais sortant Mark Rutte, assez impopulaire, a pu avoir la satisfaction d'entrer dans les livres d'histoire puisqu'il était au pouvoir depuis le 13 octobre 2010, dépassant tous les records de longévité à la tête d'un gouvernement néerlandais (soit quatre mandats).

Néanmoins, pour l'équipe sortante, il n'y a pas eu de quoi fêter ces élections puisqu'elles officialisent ce que les sondages laissaient craindre depuis quelques semaines : le parti d'extrême droite de Geert Wilders (parti pour la liberté, PVV) a battu tous les records en se hissant en première place, en obtenant 37 sièges (sur 150), soit 20 de plus par rapport aux précédentes élections législatives du 17 mars 2021, avec 23,6% des voix, suivi du parti travailliste allié à la gauche verte (PvdA-GL) mené par Frans Timmerman, l'actuel Vice-Président néerlandais de la Commission Européenne, qui a obtenu 25 sièges (+8) avec 15,5% des voix, du parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) mené par Dilan Yesilgöz, qui a succédé à Mark Rutte le 14 août 2023 à la tête du parti au pouvoir (et par ailleurs, elle est Ministre de la Justice et de la Sécurité depuis le 10 janvier 2022), qui s'est effondré à 24 sièges (-10) avec 15,2% des voix, ensuite le nouveau parti Nouveau contrat social (NSC), anti-corruption et anti-immigration de centre droit, a gagné 20 sièges avec 12,8% (ce qui est beaucoup pour un nouveau parti mais il s'attendait à bien plus dans les sondages et il a chuté dans les dernières semaines), enfin Démocrates 66 (D66) s'est lui aussi écroulé à 9 sièges (-15) avec 6,2% des voix.

En tout, 15 partis politiques se répartissent les 150 sièges de la Chambre des représentants, ce qui est énorme. Il faut dire que le mode de scrutin n'aide pas au bicamérisme : il s'agit de la proportionnelle intégrale à l'échelle nationale sans même de seuil pour être élu (le nombre de sièges donne donc le seuil de 0,7% pour avoir un élu, ce qui est le cas du petit parti JA21 qui a eu 1 siège avec 0,7% des voix !). Avec ce mode de scrutin, il est quasiment impossible d'avoir une majorité absolue.

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Revenons aux causes de ces élections législatives qui ont été anticipées par le gouvernement. En effet, le Premier Ministre Mark Rutte a dû donner la démission de son gouvernement le 7 juillet 2023 en raison de profonds désaccords au sein de sa majorité sur l'immigration et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile. Sa majorité, composée depuis le 26 octobre 2017 de son parti, le VVD, uni aux Démocrates 66, l'Union chrétienne (CU) et l'Appel chrétien-démocrate (CDA), a en effet éclaté sur ce sujet ultrasensible aux Pays-Bas (et plus généralement en Europe et dans le monde).

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Il faut aussi rappeler que Mark Rutte est arrivé au pouvoir par les élections du 9 juin 2010 qui lui ont permis de former un gouvernement minoritaire composé du VVD (c'était la première fois qu'il était arrivé en tête) et le CDA avec le soutien sans participation du parti de Geert Wilders (PVV) et le retrait du soutien de l'extrême droite a provoqué les élections législatives anticipées du 12 septembre 2012.

La forte performance de Geert Wilders, surnommé improprement et paresseusement le Donald Trump néerlandais (il a commencé à faire de la politique bien avant Trump), n'est donc évidemment pas anodine puisque ses thèmes de campagne, c'est l'arrêt de l'immigration et surtout, l'islamophobie (il veut la suppression des mosquées, par exemple). Le leader populiste a toutefois préféré axer sa campagne cette fois-ci sur le pouvoir d'achat et les revenus faibles, très porteurs électoralement.

À 60 ans, Geert Wilders a déjà une grande expérience de la vie politique, élu député depuis le 6 mai 1998, à l'époque sous l'étiquette du VVD, grâce à la participation de ce parti au second gouvernement de Wim Kok. Auparavant, de 1990 à 1998, il était l'assistant parlementaire de Frits Bolkestein, député VVD et ancien ministre, connu plus tard en France pour son rôle de commissaire européen de 1999 à 2004 et sa fameuse directive Services (qui permet à un plombier polonais, par exemple, de travailler en France avec le droit social polonais).

Dès l'annonce des résultats des élections, l'ancienne présidente du RN Marine Le Pen, le Premier Ministre hongrois Viktor Orban et le ministre italien Matteo Salvini ont adressé leurs félicitations amicales à Geert Wilders. Pour Marine Le Pen qui a rappelé que le PVV était associé au RN sur le plan européen, c'est toujours instructif de rappeler aussi à ses futurs électeurs qu'elle est effectivement d'extrême droite populiste et partisane de la sortie de la France de l'Union Européenne, choses qu'elle avait mises un peu en sourdine ces dernières années pour récolter massivement des voix.

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Car un autre thème de campagne de Geert Wilders, qui le rapprocherait de Nigel Farage, c'est effectivement le combat contre l'Europe et la volonté de sortir son pays de l'Union Européenne, ce qu'il appelle le Nexit. À la différence du Royaume-Uni, les Pays-Bas est un des six pays fondateurs de cette Europe et avait toujours montrer son adhésion à la construction européenne. Le fait que le PVV se soit hissé en tête des résultats électoraux constitue donc, en lui-même, un séisme énorme à Bruxelles et chez tous les partisans de la construction européenne.

En revanche, dire que Geert Wilders aurait "remporté" les élections législatives, c'est aller un peu trop vite en besogne si l'on considérait que gagner les élections, c'est prendre le pouvoir. En effet, sans réduire l'ampleur de la secousse politique énorme aux Pays-Bas et en Europe, le score du PVV n'est finalement pas extraordinaire : avec 23,6%, il ne représente même pas un quart des électeurs, et même le parti de Marine Le Pen a fait mieux en France sans forcément prendre le pouvoir. De plus, et c'est là le plus important, avec 37 sièges, il lui manque 39 autres sièges pour espérer former une coalition gouvernementale.

Alors, examinons précisément la répartition des députés malgré le kaléidoscope très complexe que constitue cette nouvelle chambre. En d'autres termes, sur quels soutiens parlementaires Geert Wilders pourrait s'appuyer pour pouvoir diriger le futur gouvernement ? C'est le sens du discours de Geert Wilders à La Haye au soir des élections, une coupe de champagne à la main : « Les électeurs ont parlé. Les sièges sont attribués. Il est maintenant important de voir sur quels points on peut se mettre d'accord. ».

Pendant la campagne, Dilan Yesilgöz (VVD), Frans Timmermans (PvdA-GL) et Rob Jetten (D66) avaient exclu toute alliance de leur parti avec le PVV de Geert Wilders dans le cas où ce dernier serait chef du gouvernement. Mais la situation est nouvelle dans la mesure où le PVV domine désormais largement la classe politique.

Ainsi, le nouveau parti devenu important avec 20 sièges NCS de Pieter Omtzigt, qui combat à la fois la corruption et l'immigration, est prêt à des négociations qu'il pense toutefois difficiles. Le Mouvement agriculteur citoyen (BBB) avec ses 7 sièges et le parti d'extrême droite Forum pour la démocratie (FvD) avec ses 3 sièges pourraient aussi être de la partie. Mais le total ne ferait que 67 sièges, loin des 76 de la majorité absolue.

Donc, évidemment, c'est bien la position du VVD qui est cruciale dans la formation du futur gouvernement. Ou il accepte une alliance avec le PVV et probablement que dans ce cas-là, il refuserait la désignation de Geert Wilders au poste de Premier Ministre au profit d'une personnalité moins clivante, ou au contraire, il fait tout pour éviter l'arrivée au pouvoir du PVV avec une alliance avec le centre gauche. Dilan Yesilgöz n'avait pas exclu un gouvernement VVD-PVV à la condition que ce soit elle-même la Première Ministre, ce qui, après les élections, paraît peu probable et surtout peu logique.

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L'hypothèse d'une coalition autour du centre droit (VVD, NSC, D66, CDA et CU) ferait un total de seulement 61 sièges, ce qui est très en dessous de la majorité absolue. C'est donc bien l'idée d'une coalition anti-PVV plus large qui pourrait empêcher l'accession de Geert Wilders à la tête du gouvernement ; en réunissant les travaillistes, le VVD, D66, le CPA et la CU, elle donnerait pourtant une majorité insuffisante de 66 députés, ce qui signifie que le parti de Pieter Omtzigt est, lui aussi, essentiel dans les négociations. Mais tout faire contre le PVV pourrait encore accroître la colère des électeurs pour les prochaines élections (c'est "Politico" qui a évoqué cette idée de coalition anti-Wilders : « Il y aurait un prix à payer par la suite avec les électeurs néerlandais en colère. »).

Dans la presse, "De Telegraaf" a souligné que « la possibilité pour Wilders de devenir Premier Ministre est encore extrêmement incertaine », tandis que "Algemeen Dagblad" a considéré que ce sont surtout le VVD et le NSC qui « détiennent la clef de la formation » du futur gouvernement, comme j'ai pu le proposer précédemment.

Bref, toutes les combinaisons sont possibles, tous les tripatouillages qui sont propres au mode de scrutin proportionnel qui empêche tout choix clair des électeurs sur le gouvernement qu'ils souhaitent pour l'avenir. Le dernier gouvernement de Mark Rutte investi le 10 janvier 2022 a mis 299 jours de gestation pour naître des précédentes élections législatives du 17 mars 2021. Les politologues néerlandais considèrent aujourd'hui que le nouveau gouvernement ne sera certainement pas formé avant l'été 2024. À moins que les arrivistes se lâchent...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (23 novembre 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Geert Wilders sera-t-il le prochain Premier Ministre néerlandais ?
Les élections législatives du 22 novembre 2023 au Pays-Bas.

Audrey Hepburn.
Maurits Cornelis Escher.
Anne Frank.
Wim Kok.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20231122-geert-wilders.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/legislatives-aux-pays-bas-geert-251658

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/11/23/40117488.html







 

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22 novembre 2023 3 22 /11 /novembre /2023 20:54

« Il a (…) déclaré aux journalistes qu'il souhaitait être le Premier Ministre de tous les Néerlandais et qu'il travaillerait dur avec d'autres partis pour former une coalition. Mais la victoire inattendue de l'homme politique de 60 ans à la célèbre chevelure peroxydée ne lui assure pas ce poste. » (AFP le 22 novembre 2023).




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Ce mercredi 22 novembre 2023 se sont déroulées aux Pays-Bas des élections législatives. Il s'agissait de désigner les 150 députés de la chambre basse du Parlement néerlandais. Parce qu'il n'était pas candidat à sa succession, le Premier Ministre néerlandais sortant Mark Rutte, assez impopulaire, a pu avoir la satisfaction d'entrer dans les livres d'histoire puisqu'il était au pouvoir depuis le 13 octobre 2010, dépassant tous les records de longévité à la tête d'un gouvernement néerlandais (soit quatre mandats).

Néanmoins, pour l'équipe sortante, il n'y a pas eu de quoi fêter ces élections puisqu'elles officialisent ce que les sondages laissaient craindre depuis quelques semaines : le parti d'extrême droite de Geert Wilders (parti pour la liberté, PVV) a battu tous les records en se hissant en première place, en obtenant 37 sièges (sur 150), soit 20 de plus par rapport aux précédentes élections législatives du 17 mars 2021, avec 23,6% des voix, suivi du parti travailliste allié à la gauche verte (PvdA-GL) mené par Frans Timmerman, l'actuel Vice-Président néerlandais de la Commission Européenne, qui a obtenu 25 sièges (+8) avec 15,5% des voix, du parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) mené par Dilan Yesilgöz, qui a succédé à Mark Rutte le 14 août 2023 à la tête du parti au pouvoir (et par ailleurs, elle est Ministre de la Justice et de la Sécurité depuis le 10 janvier 2022), qui s'est effondré à 24 sièges (-10) avec 15,2% des voix, ensuite le nouveau parti Nouveau contrat social (NSC), anti-corruption et anti-immigration de centre droit, a gagné 20 sièges avec 12,8% (ce qui est beaucoup pour un nouveau parti mais il s'attendait à bien plus dans les sondages et il a chuté dans les dernières semaines), enfin Démocrates 66 (D66) s'est lui aussi écroulé à 9 sièges (-15) avec 6,2% des voix.

En tout, 15 partis politiques se répartissent les 150 sièges de la Chambre des représentants, ce qui est énorme. Il faut dire que le mode de scrutin n'aide pas au bicamérisme : il s'agit de la proportionnelle intégrale à l'échelle nationale sans même de seuil pour être élu (le nombre de sièges donne donc le seuil de 0,7% pour avoir un élu, ce qui est le cas du petit parti JA21 qui a eu 1 siège avec 0,7% des voix !). Avec ce mode de scrutin, il est quasiment impossible d'avoir une majorité absolue.

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Revenons aux causes de ces élections législatives qui ont été anticipées par le gouvernement. En effet, le Premier Ministre Mark Rutte a dû donner la démission de son gouvernement le 7 juillet 2023 en raison de profonds désaccords au sein de sa majorité sur l'immigration et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile. Sa majorité, composée depuis le 26 octobre 2017 de son parti, le VVD, uni aux Démocrates 66, l'Union chrétienne (CU) et l'Appel chrétien-démocrate (CDA), a en effet éclaté sur ce sujet ultrasensible aux Pays-Bas (et plus généralement en Europe et dans le monde).

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Il faut aussi rappeler que Mark Rutte est arrivé au pouvoir par les élections du 9 juin 2010 qui lui ont permis de former un gouvernement minoritaire composé du VVD (c'était la première fois qu'il était arrivé en tête) et le CDA avec le soutien sans participation du parti de Geert Wilders (PVV) et le retrait du soutien de l'extrême droite a provoqué les élections législatives anticipées du 12 septembre 2012.

La forte performance de Geert Wilders, surnommé improprement et paresseusement le Donald Trump néerlandais (il a commencé à faire de la politique bien avant Trump), n'est donc évidemment pas anodine puisque ses thèmes de campagne, c'est l'arrêt de l'immigration et surtout, l'islamophobie (il veut la suppression des mosquées, par exemple). Le leader populiste a toutefois préféré axer sa campagne cette fois-ci sur le pouvoir d'achat et les revenus faibles, très porteurs électoralement.

À 60 ans, Geert Wilders a déjà une grande expérience de la vie politique, élu député depuis le 6 mai 1998, à l'époque sous l'étiquette du VVD, grâce à la participation de ce parti au second gouvernement de Wim Kok. Auparavant, de 1990 à 1998, il était l'assistant parlementaire de Frits Bolkestein, député VVD et ancien ministre, connu plus tard en France pour son rôle de commissaire européen de 1999 à 2004 et sa fameuse directive Services (qui permet à un plombier polonais, par exemple, de travailler en France avec le droit social polonais).

Dès l'annonce des résultats des élections, l'ancienne présidente du RN Marine Le Pen, le Premier Ministre hongrois Viktor Orban et le ministre italien Matteo Salvini ont adressé leurs félicitations amicales à Geert Wilders. Pour Marine Le Pen qui a rappelé que le PVV était associé au RN sur le plan européen, c'est toujours instructif de rappeler aussi à ses futurs électeurs qu'elle est effectivement d'extrême droite populiste et partisane de la sortie de la France de l'Union Européenne, choses qu'elle avait mises un peu en sourdine ces dernières années pour récolter massivement des voix.

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Car un autre thème de campagne de Geert Wilders, qui le rapprocherait de Nigel Farage, c'est effectivement le combat contre l'Europe et la volonté de sortir son pays de l'Union Européenne, ce qu'il appelle le Nexit. À la différence du Royaume-Uni, les Pays-Bas est un des six pays fondateurs de cette Europe et avait toujours montrer son adhésion à la construction européenne. Le fait que le PVV se soit hissé en tête des résultats électoraux constitue donc, en lui-même, un séisme énorme à Bruxelles et chez tous les partisans de la construction européenne.

En revanche, dire que Geert Wilders aurait "remporté" les élections législatives, c'est aller un peu trop vite en besogne si l'on considérait que gagner les élections, c'est prendre le pouvoir. En effet, sans réduire l'ampleur de la secousse politique énorme aux Pays-Bas et en Europe, le score du PVV n'est finalement pas extraordinaire : avec 23,6%, il ne représente même pas un quart des électeurs, et même le parti de Marine Le Pen a fait mieux en France sans forcément prendre le pouvoir. De plus, et c'est là le plus important, avec 37 sièges, il lui manque 39 autres sièges pour espérer former une coalition gouvernementale.

Alors, examinons précisément la répartition des députés malgré le kaléidoscope très complexe que constitue cette nouvelle chambre. En d'autres termes, sur quels soutiens parlementaires Geert Wilders pourrait s'appuyer pour pouvoir diriger le futur gouvernement ? C'est le sens du discours de Geert Wilders à La Haye au soir des élections, une coupe de champagne à la main : « Les électeurs ont parlé. Les sièges sont attribués. Il est maintenant important de voir sur quels points on peut se mettre d'accord. ».

Pendant la campagne, Dilan Yesilgöz (VVD), Frans Timmermans (PvdA-GL) et Rob Jetten (D66) avaient exclu toute alliance de leur parti avec le PVV de Geert Wilders dans le cas où ce dernier serait chef du gouvernement. Mais la situation est nouvelle dans la mesure où le PVV domine désormais largement la classe politique.

Ainsi, le nouveau parti devenu important avec 20 sièges NCS de Pieter Omtzigt, qui combat à la fois la corruption et l'immigration, est prêt à des négociations qu'il pense toutefois difficiles. Le Mouvement agriculteur citoyen (BBB) avec ses 7 sièges et le parti d'extrême droite Forum pour la démocratie (FvD) avec ses 3 sièges pourraient aussi être de la partie. Mais le total ne ferait que 67 sièges, loin des 76 de la majorité absolue.

Donc, évidemment, c'est bien la position du VVD qui est cruciale dans la formation du futur gouvernement. Ou il accepte une alliance avec le PVV et probablement que dans ce cas-là, il refuserait la désignation de Geert Wilders au poste de Premier Ministre au profit d'une personnalité moins clivante, ou au contraire, il fait tout pour éviter l'arrivée au pouvoir du PVV avec une alliance avec le centre gauche. Dilan Yesilgöz n'avait pas exclu un gouvernement VVD-PVV à la condition que ce soit elle-même la Première Ministre, ce qui, après les élections, paraît peu probable et surtout peu logique.

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L'hypothèse d'une coalition autour du centre droit (VVD, NSC, D66, CDA et CU) ferait un total de seulement 61 sièges, ce qui est très en dessous de la majorité absolue. C'est donc bien l'idée d'une coalition anti-PVV plus large qui pourrait empêcher l'accession de Geert Wilders à la tête du gouvernement ; en réunissant les travaillistes, le VVD, D66, le CPA et la CU, elle donnerait pourtant une majorité insuffisante de 66 députés, ce qui signifie que le parti de Pieter Omtzigt est, lui aussi, essentiel dans les négociations. Mais tout faire contre le PVV pourrait encore accroître la colère des électeurs pour les prochaines élections (c'est "Politico" qui a évoqué cette idée de coalition anti-Wilders : « Il y aurait un prix à payer par la suite avec les électeurs néerlandais en colère. »).

Dans la presse, "De Telegraaf" a souligné que « la possibilité pour Wilders de devenir Premier Ministre est encore extrêmement incertaine », tandis que "Algemeen Dagblad" a considéré que ce sont surtout le VVD et le NSC qui « détiennent la clef de la formation » du futur gouvernement, comme j'ai pu le proposer précédemment.

Bref, toutes les combinaisons sont possibles, tous les tripatouillages qui sont propres au mode de scrutin proportionnel qui empêche tout choix clair des électeurs sur le gouvernement qu'ils souhaitent pour l'avenir. Le dernier gouvernement de Mark Rutte investi le 10 janvier 2022 a mis 299 jours de gestation pour naître des précédentes élections législatives du 17 mars 2021. Les politologues néerlandais considèrent aujourd'hui que le nouveau gouvernement ne sera certainement pas formé avant l'été 2024. À moins que les arrivistes se lâchent...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (23 novembre 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Geert Wilders sera-t-il le prochain Premier Ministre néerlandais ?
Les élections législatives du 22 novembre 2023 au Pays-Bas.

Audrey Hepburn.
Maurits Cornelis Escher.
Anne Frank.
Wim Kok.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20231122-legislatives-pays-bas.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/11/24/40118499.html





 

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17 novembre 2023 5 17 /11 /novembre /2023 04:11

Le socialiste espagnol a été investi après avoir promis une amnistie pour les putschistes catalans.




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Le coup de poker du Président du gouvernement espagnol sortant a donc réussi. Après la défaite de son parti, le PSOE (socialiste), aux élections municipales et régionales du 28 mai 2023, Pedro Sanchez a pris la décision de dissoudre les Cortes Generales (le Parlement espagnol à deux chambres) le lendemain pour organiser des élections générales anticipées qui ont eu lieu le 23 juillet 2023.

Contrairement aux sondages, le PSOE a tenu le choc électoral et même s'il a perdu des plumes, se rangeant en deuxième position derrière le PP (parti populaire, centre droit), il a bénéficié d'une réserve avec des alliés à gauche.

Rappelons la répartition du nouveau Congrès des députés (Chambre basse) issu des élections du 23 juillet 2023 : le PP a obtenu 137 sièges sur 350 avec 33,1% des voix (soit 49 sièges supplémentaires), le PSOE 121 sièges (1 de plus) avec 31,7% des voix, Vox (extrême droite) reste le troisième parti d'Espagne avec 33 sièges (19 de moins) pour 12,4% des voix, puis Sumar (coalition d'extrême gauche) 31 sièges (8 de moins) avec 12,3%. Les autres partis représentés sont régionalistes voire indépendantistes, et c'est là le problème national.

Dans un premier temps, le 22 août 2023, le roi Felipe VI a proposé Alberto Nunez Feijoo, le leader du PP, premier parti représenté, pour former le nouveau gouvernement. Mais ce fut un échec. Même avec une alliance avec Vox, le PP n'obtiendrait que 170 voix, insuffisant pour obtenir la majorité absolue (176), ou, du moins, pour éviter d'avoir une majorité absolu contre lui, car tous les autres partis se sont ligués pour empêcher l'arrivée au pouvoir de Vox. Effectivement, le 27 septembre 2023, Alberto Nunez Feijoo a raté son vote de confiance : seulement 172 pour et 178 voix contre. Au second tour (seule la majorité relative est suffisante), le 29 septembre 2023, 172 voix pour et 177 voix contre. Échec et mat.

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Après cet défaite cinglante, Felipe VI a proposé de reconduire Pedro Sanchez qui avait déjà annoncé qu'il était candidat dès le 31 juillet 2023 car il se prévalait d'une alliance à gauche. Il a alors entamé les négociations avec la communiste Yolanda Diaz, la leader de Sumar, coalition d'extrême gauche (intégrant notamment Podemos et les communistes de Izquierda Unida), et Ministre du Travail sortante (ainsi que Vice-Présidente du gouvernement sortante). Un accord de gouvernement fut conclu le 24 octobre 2023 avec entre autres cette mesure phare, la réduction du temps de travail de 40 heures à 37 heures et demi par semaine.

Cet accord de gouvernement a été ratifié ensuite par les militants des différentes formations (près d'une vingtaine), notamment au PSOE le 4 novembre 2023 (par 87,1%), à Izquierda Unita le 6 novembre 2023 (par 85,1%) et à Podemos le 14 novembre 2023 (par 86,1%).

Toutefois, l'alliance entre le PSOE et Sumar ne suffit pas à atteindre la majorité absolue. Ils ne disposent que de 155 sièges. Il faut donc trouver au moins 21 sièges supplémentaires pour avoir la majorité absolue, et au moins 18 sièges avec 3 abstentions pour la majorité relative, si on se fie au scrutin parlementaire du 29 septembre 2023. Ce sont les députés régionalistes qui ont fait la différence. Les Basques ont 11 sièges répartis dans deux partis, tandis que les Catalans ont 14 sièges répartis en deux partis aussi dont 7 pour Junts, les indépendantistes de Carles Puigdemont. Avec ces deux ensembles régionaux, Pedro Sanchez pouvait se reposer sur 25 sièges supplémentaires.

Les négociations avec les régionalistes ont commencé le 10 octobre 2023. Le PP a fortement condamné les discussions avec la gauche indépendantiste basque anciennement liée à ETA ainsi qu'aux indépendantistes de Junts, auteurs d'un coup d'État en proclamant l'indépendance de la Catalogne en 2017. Pedro Sanchez a annoncé le 28 octobre 2023 qu'il était favorable à une loi d'amnistie pour les responsables du référendum illégal du 1er octobre 2017 (90,2% de oui mais avec seulement 43,0% de participation : les partisans du maintien dans le royaume ont refusé de participer à cette mascarade). Le 9 novembre 2023, un accord a été signé entre le PSOE et Junts. Le dimanche 13 novembre 2023, la droite et l'extrême droite ont manifesté pour contester l'accord d'amnistie.

Le 3 novembre 2023, le PSOE a obtenu un accord avec le bloc nationaliste galicien (qui n'a qu'un député) avec un programme d'infrastructures ferroviaires et une consolidation de la justice spécialisée dans la violence faite aux femmes. Les nationalistes basques ont conclu un accord avec le PSOE le 10 novembre 2023 avec dans la dot de la mariée plus d'autonomie de gestion et le développement de la langue basque. Le 10 novembre 2023 également, l'unique députée nationaliste des Canaries a annoncé un accord d'investiture avec le PSOE.

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Le 16 novembre 2023, le vote de l'investiture a eu lieu : Pedro Sanchez a obtenu la confiance de 179 députés contre 171 voix contre. C'est la première fois depuis 2011 qu'un Président du gouvernement a été investi avec la majorité absolue (176 voix) et pas la majorité relative. Le lendemain, le vendredi 17 novembre 2023, Pedro Sanchez a prêté serment au Palais de la Zarzuela devant le roi Felipe VI pour son troisième mandat de Président du gouvernement.

À la tête du gouvernement espagnol depuis le 2 juin 2018 (et président de l'Internationale socialiste depuis le 25 novembre 2022), Pedro Sanchez a réussi le tour de force de renverser le contexte défavorable à son parti, mais au prix fort. Pour lui, Madrid vaut bien de se moquer des institutions et de blanchir les putschistes qui ont pourtant mis en danger le peuple espagnol.

Il ne suffit pas seulement d'obtenir l'investiture, encore le nouveau gouvernement espagnol devra obtenir à chaque vote et en particulier pour le budget, l'aval de sa très compliquée et exigeante coalition. Pas sûr que cet attelage hétéroclite puisse tenir plusieurs années. Après le sprint des négociations d'investiture, Pedro Sanchez entame le marathon de son action gouvernementale. L'Union Européenne est soulagée puisque l'Espagne, qui présidait le Conseil de l'Union, retrouve enfin sa stabilité politique après quatre mois de rebondissements et d'incertitudes.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 novembre 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pedro Sanchez réélu à la tête du gouvernement espagnol au prix fort.
Surprises espagnoles aux élections législatives du 23 juillet 2023.
Picasso et …nous !
Paco Rabanne.
Gérard Hernandez.
Pedro Sanchez en 2019.
Les élections législatives du 28 avril 2019 en Espagne.
Manuel Valls.
Salvador Dali.
Carles Puigdemont.
La Castalogne.
Attentats en Catalogne.
Franco.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20231117-pedro-sanchez.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/pedro-sanchez-reelu-a-la-tete-du-251585

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/11/17/40111113.html



 

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