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4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 03:44

« La grandeur de l’Empire Médian, de ces terres de Lotharingie, de Bourgogne, des Pays-Bas, qui, à travers l’histoire, ont fourni l’axe de la pensée, de la culture et de la politique européenne. Ces peuples, de l’embouchure du Rhin à la vallée du Rhône, ont des caractéristiques communes. Ils sont intelligents, travailleurs, réalistes et religieux. Leur situation géographique les immunise contre les excès de nationalisme. » (Otto de Habsbourg-Lorraine, le 26 septembre 1966).


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L’empereur d’Autriche-Hongrie Otto de Habsbourg-Lorraine (OHL), adorateur de la langue française, est mort il y a dix ans, le 4 juillet 2011, à l’âge de 98 ans (il est né le 20 novembre 1912). Il s’est éteint paisiblement à son domicile de Bavière, au bord d’un lac, à Pöcking (il était citoyen allemand) et il a été enterré le 16 juillet 2011 dans la Crypte des Capucins à Vienne, auprès de la princesse Regina de Saxe-Meiningen qu’il avait épousée il y a soixante-dix ans, le 10 mai 1951, à Nancy (en Lorraine), et qui est morte un peu avant lui, le 3 février 2010.

De nombreuses messes de requiem furent données, la principale dans sa commune, célébrée par l’évêque d’Augsbourg. Par ailleurs, le cœur d’Otto de Habsbourg-Lorraine a été prélevé sur le corps et repose depuis le 17 juillet 2011 à l’abbaye de Panonhalma, en Hongrie, selon la tradition des empereurs dont les restes devaient reposer à la fois en Autriche et en Hongrie.

Pendant le temps entre le décès à Pöcking et l’inhumation à Vienne, le corps fut placé sous la protection des gardes d’honneur habillés en uniforme austro-hongrois, sous l’étendard de la Maison de Habsbourg.

J’imagine tout de suite à cette lecture introductive une interrogation sur l’anachronisme suscité par le titre : Otto de Habsbourg-Lorraine, qui était en fait Otto Habsburg-Lothringen sur son passeport en Allemagne qui ne reconnaît aucune titre et certainement pas sa particule (la République française pourrait en prendre de la graine), n’était évidemment pas empereur d’Autriche-Hongrie car ce grand empire d’Europe centrale a été dissout avec le Traité de Versailles et les autres traités qui ont suivi. Né avant la Première Guerre mondiale, Otto de Habsbourg-Lorraine était donc à lui tout seul une pièce de collection rare, une sorte de fossile vivant de l’ancien ordre du monde d’avant les traumatismes des deux guerres mondiales.

Il était donc seulement prétendant au trône, celui d’empereur d’Autriche-Hongrie, de roi de Bohême et de roi de Hongrie. Il était aussi archiduc d’Autriche, prince de Croatie, duc de Lorraine, et duc de Bar (Bar-le-Duc, chef-lieu de la Meuse), du moins entre autres, car son "règne" s’étendait sur plusieurs pays européens. Il était officiellement prétendant aux trônes d’Autriche et de Hongrie du 1er avril 1922 au 1er janvier 2007, date à laquelle il renonça au profit de son fils Charles né le 11 janvier 1961. La mère d’Otto était l’impératrice Zita de Bourbon-Parme (1892-1989). Otto de Habsbourg-Lorraine était un Européen passionné d’après-empire.

Pour le Lorrain que je suis, natif de Nancy et Européen pleinement engagé, comment ne pas apprécier sinon admirer cet amoureux de l’Europe, de la Lorraine et de l’ancienne capitale du duché, Nancy ? J’avais visité quand j’étais un très jeune écolier le Musée lorrain, dans la vieille ville, et juste à côté se tient la Chapelle des Cordeliers où sont enterrés la plupart des souverains de la Maison de Lorraine. Pas étonnant donc qu’OHL se soit marié dans cette si belle ville et qu’il s’y soit régulièrement rendu (même François-Joseph Ier est venu s’y recueillir en 1867). Une messe de requiem y a d’ailleurs été dite lors du décès de l’archiduc, le 11 juillet 2011, suivie par 350 personnes, j’imagine surtout des Nancéiens, et des Lorrains plus généralement. Cette Chapelle, je la longeais deux fois par jour pendant de nombreuses années en allant à la Pépinière, sur le chemin du lycée. Je savais qu’il y avait à l’intérieur toute l’histoire européenne.

Otto de Habsbourg-Lorraine a eu le titre très officiel de prince impérial du 21 novembre 1916 au 12 novembre 1918, pendant que son père Charles Ier (1887-1922) régnait dans une Europe à feu et à sang, régnait sur un pays qui était à l’origine de ce conflit mondial. Charles Ier, le dernier empereur d’Autriche-Hongrie, était le petit-neveu du flamboyant François-Joseph Ier (1830-1916), le mari de Sissi, qui régna au centre de l’Europe du 2 décembre 1848 au 21 novembre 1916, auquel il succéda. Le père de Charles  Ier, Otto (1865-1906), était le fils de Charles-Louis (1833-1896), lui-même frère de François-Joseph Ier, également frère du malheureux empereur du Mexique Maximilien Ier (1832-1867).

Parmi les ascendants d’Otto, on peut citer deux arrière-grands-pères Georges Ier de Saxe (1832-1904), roi de Saxe, et Michel Ier de Portugal (1802-1866), roi de Portugal et des Algarves. Parmi ses arrière-arrière-grands-parents : Ferdinand II des Deux-Siciles (1810-1859), roi des Deux-Siciles, Jean Ier de Saxe (1801-1873), roi de Saxe, Jean IV de Portugal (1767-1826), roi du "Royaume-Uni" de Portugal, du Brésil et des Algarves, et Ferdinand II de Portugal (1816-1885), cousin germain de la reine Victoria. Dans la génération au-dessus (arrière-arrière-arrière-grands-parents), il y a notamment François Ier d’Autriche (1768-1835), empereur du Saint-Empire, également empereur d’Autriche, roi de Lombardie-Vénétie, roi de Hongrie et de Bohême, et Charles X de France (1757-1836), roi de France et de Navarre (et frère de Louis XVI et de Louis XVIII). Cette ascendance française permet d’expliquer pourquoi Otto a défendu l’usage de la langue française dans les échanges européens à la place de l’anglais.

La loi du 3 avril 1919 votée par l’Assemblée constituante de l’Autriche allemande (l’un des pays républicains qui ont succédé à l’Empire austro-hongrois) a imposé l’exil de la famille impériale et a confisqué ses biens. Cette loi, qui était en vigueur pendant tout le siècle dernier (sauf pendant quelques années, entre 1935 et 1938) a été "retoquée" par l’Union Européenne lorsque l’Autriche a voulu adhérer (au nom des droits de l’homme, l’Union Européenne s’était opposée à l’interdiction faite à la famille impériale de rentrer en Autriche). Une autre disposition a été retirée également en juin 2011, l’interdiction faite à la famille impériale de se présenter à l’élection présidentielle autrichienne. En revanche, la confiscation des biens reste toujours en vigueur.

C’est à cause de cette loi d’exil que le couple impérial s’est marié à Nancy, sinon, il serait allé à la basilique de Mariazell, près de Graz, en Autriche, qui est un lieu de pèlerinage.

C’est la raison pour laquelle Otto de Habsbourg-Lorraine résida, entre les deux guerres mondiales, d’abord au Portugal (à Madère, où son jeune père est mort de pneumonie), puis en Espagne, en France, en Belgique (il a soutenu sa thèse de doctorat en sciences politiques et sociales en 1935 à l’Université de Louvain sur "Coutumes et droits successoraux de la classe paysanne et l’indivision des propriétés rurales en Autriche"), au Québec et aux États-Unis. Il avait fui en 1940 l’Europe parce que Hitler voulait sa mort ; en effet, Otto avait fortement critiqué l’Anschluss (l’annexion le 12 mars 1938 de l’Autriche par l’Allemagne nazie). Résidant à Washington, l’archiduc a sympathisé avec Franklin Roosevelt.

Après la guerre, Otto retourna en Europe et s’installa définitivement à Pöcking, en Bavière, le 10 mai 1954, surtout pour son épouse allemande. Il allait assez souvent en France et en Espagne, et plus généralement, il n’a pas cessé de voyager à travers l’Europe pour une cause qui paraît finalement assez étonnante pour un fils d’empereur : il militait inlassablement pour la construction européenne. Il a vu, au cœur de l’Europe, ce qu’avait entraîné le désaccord de nations très antagonistes alors que le continent aurait dû s’unir pour faire face à la concurrence d’autres nations continentales (la Russie, les États-Unis, la Chine, l’Inde, etc.). Il était à lui tout seul à la fois un atlas géographique et un manuel d’histoire contemporaine.

Herr Doktor Otto Habsburg-Lothringen n’a obtenu la nationalité allemande qu’en 1978, mais dès 1961, il affirma renoncer à ses prétentions impériales (autrichiennes) et royales (hongroises). Il faut donc corriger ou préciser ce que j’ai écrit plus haut : il n’était plus le "prétendant", simplement le chef de la Maison de Habsbourg-Lorraine. Il a pu revenir en Autriche en 1966. Il a aussi retrouvé sa nationalité hongroise en 1989. On lui a même proposé d’être candidat à l’élection présidentielle en Hongrie, proposition qu’il a rejetée.

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Fervent partisan de l’unité européenne, il s’est présenté et s’est fait élire quatre fois au Parlement Européen, sous l’étique CSU (la CDU bavaroise), de juin 1979 à juin 1999. Pendant vingt ans, il exerça son mandat (avec un âge très avancé, il quitta le Parlement de Strasbourg à l’âge de 86 ans et fut deux fois le doyen d’âge, à ce titre, le président de la première session).

Otto de Habsbourg-Lorraine a présidé pendant longtemps, de 1973 à 2004, l’Union paneuropéenne internationale créée en 1922 par le comte Richard Coudenhove-Kalergi (1894-1972), un philosophe nippo-austro-hongrois (et également français), dont l’objectif était d’unifier l’Europe pour faire face économiquement et militairement aux autres grands ensembles continentaux dans le monde. Otto de Habsbourg-Lorraine s’est engagé dans ce mouvement dès 1935 et en est devenu vice-président en 1957.

Richard Coudenhove-Kalergi a inspiré la création du Conseil de l’Europe en 1949 et fut proche de De Gaulle. D’ailleurs, beaucoup de gaullistes se sont investi dans cette organisation paneuropéenne, notamment Georges Pompidou, Alain Peyrefitte, Louis Terrenoire, Raymond Triboulet, Michel Habib-Deloncle, Michel Cointat, puis, plus récemment, Yvon Bourges, Hervé Gaymard, Arnaud Danjean et enfin Alain Terrenoire. Sur proposition de Georges Pompidou, l’archiduc Otto a repris la succession de Richard Coudenhove-Kalergi à la mort de ce dernier.

Ce mouvement européen a réussi à organiser un événement exceptionnel qui a probablement encouragé voire entraîné la chute du mur de Berlin : en été 1989, il a en effet organisé un pique-nique géant en Hongrie pour des centaines d’Allemands de l’Est qui ont pu courir ensuite à la frontière austro-hongroise restée ouverte, et ils ont pu ainsi rejoindre l’Allemagne de l’Ouest. Cette brèche au Rideau de fer a été un des éléments déclencheurs de la réunification de l’Allemagne puis de l’Europe avec le délitement de toutes ses dictatures communistes imposées par Staline après la Seconde Guerre Mondiale. Ce mouvement a célébré les initiatives d’unification européenne, en particulier par les empereurs suivants : Charlemagne, Charles-Quint et Napoléon Ier.

Avec Otto de Habsbourg-Lorraine, on avait une certaine idée de l’Europe, ancrée fortement dans une histoire et ses racines chrétiennes, mais aussi dans la promotion d’une vision moderne et sociale de "l’unité dans la diversité", la chère devise de l’Europe. C’est pourquoi on l’appelait parfois …Otto von Europa !

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Le "on" est en fait à préciser : il s’agissait d’un grand ami de l’archiduc, l’ancien Président de la République Valéry Giscard d’Estaing, qui a connu cette organisation européene par son père Edmond Giscard d’Estaing, en charge notamment de l’union économique de l’Europe en tant qu’économiste et banquier, grand ami de Richard Coudenhove-Kalergi. Le 2 juin 1970, Edmond Giscard d’Estaing, président de l’Académie des sciences morales et politiques, informa Otto de Habsbourg-Lorraine, qu’il admirait beaucoup, de son élection à l’Institut de France.

VGE et OHL ont entretenu pendant très longtemps des liens amicaux et l’archiduc, lors de l’élection de son ami à l’Élysée, salua « votre élection à la Présidence comme garantie que la France restera libre et européenne. Nous sommes convaincus de votre volonté de continuer à agir en faveur de la relance d’une Europe politique qui est la condition urgente et indispensable de survie de nos peuples et de notre civilisation. ». Parmi les réalisations européennes de Valéry Giscard d’Estaing, l’élection des députés européens au suffrage universel direct, à laquelle les deux hommes, l’un dès 1979, l’autre seulement le temps d’une élection, en 1989, ont été candidats.

N’hésitant pas à plaisanter, Otto confia le 29 septembre 1975 à Edmond Giscard d’Estaing que certaines officines le considéraient comme un "agent giscardien", ce qui le rendait très fier ! Otto a félicité aussi VGE quand ce dernier reçut le Prix Charlemagne décerné à Aix-la-Chapelle en décembre 2002 (qui « renforce ainsi le prestige du Prix »), ainsi que lors de son élection à l’Académie française en 2003. Valéry Giscard d’Estaing fut l’invité d’honneur de la célébration du 90e anniversaire de l’archiduc Otto à Vienne le 20 novembre 2002 pour honorer « un grand ami et un grand Européen ». Témoin de cette grande amitié, l’ancien ministre et ancien député européen Alain Lamassoure a raconté le 20 novembre 2020 qu’il avait participé à un petit-déjeuner inoubliable à Bruxelles, en 1990, avec Valéry Giscard d’Estaing et Otto de Habsbourg-Lorraine. L’archiduc s’est aussi lié d’amitié avec le fils, Louis Giscard d’Estaing, devenu député (et candidat malheureux aux dernières élections européennes de 2019).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Otto de Habsbourg-Lorraine.
Dynasty.
Autriche : Sebastian Kurz joue à qui gagne perd !
Les élections européennes du 26 mai 2019.
Sebastian Kurz.
Alexander Van der Bellen.
Élections législatives autrichiennes du 15 octobre 2017.
Élection présidentielle autrichienne des 24 avril et 22 mai 2016.
Les dangers de la proportionnelle.
Jörg Haider.
Séisme politique : 30% pour l’extrême droite (8 octobre 2008).
Kurt Waldheim.
Katalin Kariko.
L’insurrection de Budapest.
Le référendum du 2 octobre 2016 en Hongrie.
La Hongrie de Viktor Orban.
La Hongrie d’Imre Pozsgay.
La Hongrie d’Arpad Goncz.
György Ligeti.
La crise des réfugiés.
Populismes.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210704-otto-de-habsbourg-lorraine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/otto-von-europa-l-empereur-sans-234089

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/02/39040200.html







 

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10 juin 2021 4 10 /06 /juin /2021 03:56

« La nation et le royaume offrent leurs remerciements pour la vie et le travail extraordinaire du prince Philip. » (Boris Johnson, le 9 avril 2021).



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Le duc d’Édimbourg, dit par ailleurs prince Philip, Philip Mountbatten dans le civil ordinaire, aurait atteint les 100 ans ce jeudi 10 juin 2021. Il n’en était pas loin quand il est parti "paisiblement" vers d’autres cieux le 9 avril 2021. Un enterrement tout en gravité le 17 avril 2021 en la chapelle Saint-Georges du château de Windsor, présidé par la reine épouse Élisabeth II, qui vient, elle, d’avoir 95 ans il y a quelques semaines, avec des membres de la famille royale séparés pour des raisons de crise sanitaire. Sa dépouille attendra seule son épouse et il déménagera à la mort de celle-ci dans un autre caveau de la même chapelle, où repose le roi George VI, la reine mère Élisabeth Bowes-Lyon et la petite sœur Margaret.

Philip était à la fois le patriarche de la famille royale et la pièce rapportée qui n’avait aucun rôle vraiment officiel, à part de très nombreuses mondanités (plus d’un millier), parfois à vocations diplomatiques (il fut le premier de la famille royale à se rendre en Israël) et autres œuvres de charité qui ont parfois eu de l’influence (Philip était par exemple le président international du Fonds mondial pour la nature WWF après avoir fondé et présidé la section britannique). Ce qui faisait que c’était quand même un boulot à plein temps, qu’il a arrêté seulement à l’âge de 96 ans, à partir du 2 août 20217, épuisé.

Patriarche, il l’était et malgré les vicissitudes des histoires familiales, il pouvait être fier d’avoir quatre enfants, huit petits-enfants et dix arrière-petits-enfants. Une onzième arrière-petit-enfant est née après sa mort, le 4 juin 2021 à Santa Barbara, en Californie, Lilibet Diana Mountbatten-Windsor, seconde fille de Harry et Meghan, dont les prénoms sont un hommage à la grand-mère et à l’arrière-grand-mère de celle-ci. Philip devait être au courant de cette future naissance, car son attente fut annoncée dès le 14 février 2021.

Pour des raisons sanitaires, seulement trente membres de la famille ont été présents dans la chapelle pendant les funérailles qui ne furent pas nationales mais militaires (le prince consort souhaitait "partir discrètement"). On a demandé aussi aux Britanniques de ne pas offrir de gerbes afin d’éviter des attroupements.

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Des pays comme la Grèce et le Danemark furent particulièrement touchés en raison des origines familiales de Philip : il était en effet le cousin du roi Paul Ier, père du dernier roi de Grèce (roi des Hellènes) Constantin II (qui vient d’avoir 81 ans), ce dernier également beau-frère du roi d’Espagne Juan Carlos, et par cette famille, Philip était donc le petit-fils du roi de Grèce Georges Ier et l’arrière-petit-fils du roi de Danemark Christian IX. Enfin, reine de l’Europe, Victoria était l’arrière-arrière-grand-mère tant de Philip que d’Élisabeth II.

L’enterrement du prince Philip fut retransmis en direct par les chaînes françaises. Rien que sur les deux principales chaînes, TF1 et France 2, et sans compter les chaînes d’information continue, plus de 5,4 millions de Français ont suivi en direct ces funérailles royales ce samedi après-midi-là, ce qui peut étonner pour un peuple intrinsèquement "républicain".

Il y a évidemment une part de conditionnement médiatique qui, par matraquage, peut influencer le téléspectateur français, mais il y a un réel intérêt pour la famille royale britannique du côté-ci de la Manche, peut-être depuis la venue dans la famille de la très charismatique et cosmopolite Diana. Je me souviens qu’à la mort de cette princesse, j’étais en vacances et une jeune amie (pas du tout britannique) était effondrée, comme si elle venait de perdre une jeune tante et confidente.

Du reste, d’un point de vue institutionnel, on imagine mal les Français revenir à la monarchie. Certes, comme les Britanniques, ils ont décapité un de leurs rois. Certes, ils ont besoin d’un "monarque" comme l’avait très bien ressenti Emmanuel Macron dès 2015, avant de leur proposer d’occuper cette place, mais ils ont besoin d’un monarque républicain, d’un homme providentiel qu’il admire avant de le détester, de le conspuer (voire de le gifler).

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Les Français ne supporteraient pas d’attendre soixante-dix ans avant de changer de tête (couronnée), avant de dégager leur statue du commandeur. Ils ont un besoin irrépressible de changement et la durée limite est plutôt de deux ou trois ans (cinq ans est déjà beaucoup, dix ans seulement pour des personnages de la hauteur de De Gaulle), et pour les quatorze ans, ils ont pu s’aider des cohabitations qui permettaient une seconde tête de temps en temps, histoire d’éviter l’overdose.

Si les Français, comme d’autres nations, sont attirés par l’histoire ou plutôt les histoires de la famille royale britannique, c’est plus pour son côté divertissement, le côté série télévisée, où l’on connaît, à force, assez bien les personnages, qu’on reconnaît, qu’on étiquette (Harry sans doute voulait justement s’extirper de cette cage aux folles). En clair, c’est une sorte d’aquarium, l’aquarium où végéteraient nus ces personnages, selon l’image de Jean Lacouture, une sorte de téléréalité à la Loft Story avec ses grandes scènes d’amour, ses disputes, ses réconciliations, etc.

Ce vaste aquarium familial n’est pas de nature à pouvoir faire épanouir les individualités originales. C’est aussi pour cette raison que la monarchie est totalement anachronique dans un monde où l’épanouissement personnel se distingue de la destinée commune dans une collectivité. C’est sans doute ce qui distingue le fils, Charles, qui n’a jamais été à l’aise dans ce rôle prédestiné, rangé dans un tiroir, voire dans un congélateur en attendant, en attendant, et le petit-fils, William, qui semble prêt et très adapté à la fonction. Pour l’heure, c’est encore Lilibet la patronne…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Philip Mountbatten.
Élisabeth II.
La disparition du mari de la reine.
Victoria.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Le mari de la reine.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
La reine.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !
John Lennon.
Kim Wilde.
Alfred Hitchcock.
Le syndrome de Hiroshima.
Boris Johnson lutte contre le coronavirus.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
Brexit : enfin, l’Union Européenne prouve qu’elle n’y était pour rien !
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210610-philip-mountbatten.html





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21 avril 2021 3 21 /04 /avril /2021 03:38

La reine du Royaume-Uni va-t-elle un jour abdiquer pour laisser sa descendance régner sur l’empire ?


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La reine du Royaume-Uni Élisabeth II arrive à son 95e anniversaire ce mercredi 21 avril 2021. Un anniversaire triste puisqu’elle est veuve depuis le 9 avril 2021. En principe, elle devrait fêter son anniversaire le 12 juin 2021, le deuxième samedi du mois, parce que le temps y est plus clément, date traditionnelle du Trooping the Colour depuis 1748. Pas sûr que ce sera la fête, car le 10 juin 2021 rappellera aussi que c’est le 100e anniversaire de son mari récemment défunt.

Élisabeth II, c’est l’histoire d’une petite fille de 10 ans qui découvre que son père devient roi et qu’elle-même sera reine un jour. Une reine bien plus tôt que prévu puisqu’elle l’a été dès l’âge de 25 ans après la mort prématurée de son père George VI, frère du roi Édouard VIII qui a préféré l’amour à la famille royale (et tant mieux pour l’Europe). Un petit air du prince Harry, lui aussi éloigné de la famille royale pour vivre au mieux une vie affective qui s’étouffait se noyait dans le devoir dynastique. À la différence d’Édouard VIII, Harry ne devrait pas être amené à succéder un jour à la reine car son frère aîné (William) a lui-même déjà trois enfants, donc, cet éloignement paraît sans conséquence institutionnelle sinon affective.

Deux choses frappent évidemment en évoquant Élisabeth II. La première est son sens du devoir, des centaines d’interventions, de déplacements par an, pour des œuvres, pour des institutions, pour le protocole. Devoir tellement fort qu’avant même l’enterrement de son époux à la Chapelle Saint-George du château de Windsor, elle a repris ses obligations de reine en assistant au départ à la retraite, le 13 avril 2021, du plus haut gradé des fonctionnaires du royaume, le comte William Peel. Ce sens du devoir lui impose de ne jamais montrer ses sentiments au point de se montrer froide et glaciale, même dans les pires moments, comme à la mort de la mère de ses petits-enfants. Pourtant, Élisabeth II a montré qu’elle était une femme moderne, qu’elle savait aider s’il le fallait, sans protocole, comme pendant la guerre où elle était infirmière et conductrice de camion.

La seconde chose est encore plus frappante et impressionnante, sa longévité, plus de soixante-neuf ans et deux mois à la tête du royaume (depuis le 6 février 1952), ce qui est un record national et presque un record international : avant elle, mais pour pas très longtemps (jusqu’au 24 mai 2024), il y a eu Louis XIV qui a régné soixante-douze ans, du 14 mai 1643 au 1er septembre 1715, et Rama IX qui a régné soixante-dix ans, du 9 juin 1946 au 13 octobre 2016.

Cela en fait aussi l’un des chefs d’État les plus âgés du monde et de l’histoire. Là encore, c’est difficile d’avoir l’exhaustivité des données en raison des informations historiques parcellaires pour certaines civilisations. Néanmoins, elle est actuellement doyenne des chefs d’État et l’est probablement dans l’histoire. Elle a la chance d’être encore en bonne santé malgré cet âge canonique et le centenaire la guette sans surprise puisque sa propre mère s’est éteinte à cinq mois de ses 102 ans. Elle a seulement la malchance d’avoir commencé son très long règne au milieu d’un siècle et il ne sera donc pas possible de parler du "siècle d’Élisabeth II" comme on parle du siècle de Victoria (son arrière-arrière-grand-mère).

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Bien sûr, souveraine, reine, règne ne signifient pas le pouvoir et de sa longue présence au trône, elle en a vu défiler, des Premiers Ministres britanniques, quatorze de Churchill à Boris Johnson (biographe du premier), en passant par Harold Macmillan, Margaret Thatcher, John Major, Tony Blair, David Cameron et Theresa May. Cette longévité en fait une souveraine très fine connaisseuse de la chose politique, et même si elle a un devoir de neutralité, nul doute qu’Élisabeth II a les moyens culturels d’influencer les Premiers Ministres qui se présentent à elle. Pour l’anecdote, Boris Johnson a préféré s’effacer lors des funérailles du prince Philip, pour laisser la place à un autre membre de la famille, la cérémonie ayant été limitée à trente personnes (jauge pour cause de pandémie de covid-19).

Une autre particularité de la reine du Royaume-Uni est d’être la souveraine de certains pays complètement indépendants, parfois qui ont eux-mêmes un chef d’État et qui ne sont plus des royaumes, mais toujours intégrés au Commonwealth. Elle a été la reine de trente-deux royaumes en 1952, réduits à seize à ce jour. Cela fait qu’elle a supervisé cent soixante Premiers Ministres depuis le début de son règne ! Ainsi, Élisabeth II règne actuellement sur le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Jamaïque, les Bahamas, le Belize, Antigua-et-Barbuda, Tuvalu, Salomon, Sainte-Lucie, Grenade, la Barbade, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Saint-Christophe-et-Niévès. La Barbade va devenir une république le 30 novembre 2021 et se passera des services de la reine. Seize autres pays du Commonwealth ont eux-mêmes un chef d’État autre que la reine depuis le début de son règne : l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Pakistan, le Kenya, l’Ouganda, le Sierra Leone, le Sri Lanka, le Ghana, la Gambie, les Fidji, l’île Maurice, le Malawi, Malte, Trinité-et-Tobago, le Guyana, et Tanganyika.

Enfin, il y a d’autres pays du Commonwealth qui ne sont pas ou plus des royaumes avant le début du règne d’Élisabeth II : l’Inde, le Bangladesh, le Botswana, la Malaisie, la Zambie, le Mozambique, la Namibie, le Cameroun, Chypre, Singapour, les Seychelles, le Lesotho, le Brunei, Kiribati, Dominique, Nauru, le Vanuatu, etc. Même dans ces considérations de souveraineté et malgré sa neutralité, Élisabeth II a fait de la politique : ainsi, elle a refusé de reconnaître l’État de Rhodésie dont le gouvernement faisait pourtant d’elle la reine entre 1965 et 1970. Par ailleurs, malgré un coup d’État qui a fait passer les Fidji en république, la reine resta chef suprême des Fidji de 1987 à 2012.

Toutes ces considérations montrent qu’Élisabeth II n’est pas simplement la souveraine d’un État mais aussi une autorité symbolique supranationale qui n’influe pas forcément sur la politique intérieure des nations dont elle est la souveraine. Peut-être faut-il donc considérer Élisabeth II comme une résurgence d’un empereur, celui par exemple du Saint Empire Romain Germanique, qui n’avait surtout qu’une valeur morale plus que politique ?

Une autre perspective peut aussi donner la raison de l’importance réelle mais exagérée par rapport à son rôle concret dans le concert des nations. Un tabloïd affichait un jour, avec ces phrases clichés : « La reine Élisabeth II est certainement la personnalité préférée des Britanniques. En effet, son peuple voue un véritable culte à elle ainsi qu’à toute sa descendance. ». En écrivant "un véritable culte", le journal en question (dont il est inutile de préciser le titre) pense utiliser l’expression au sens figuré. Et pourtant, il faut aussi la prendre au sens propre puisque la reine est également la gouverneure suprême de l’Église d’Angleterre, ce qui peut lui donner, en quelque sorte, l’autorité spirituelle d’un pape, lui aussi supranational.

D’ailleurs, elle s’exprime traditionnellement à Noël et parfois, ses discours ont des allures d’homélie. Ainsi, le 25 décembre 2018, en pleines divisions sur le Brexit : « Même si les différences les plus profondes nous séparent, traiter autrui avec respect, comme un être humain, est toujours un bon premier pas. ». Ou encore le 25 décembre 2019 : « Des petits pas entrepris avec foi et espoir peuvent permettre de surmonter des différences anciennes et des divisions profondes pour apporter harmonie et compréhension. ». Des sentences qu’on pourra rappeler le cas échéant comme phrases de calendrier.

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Le devoir et la tradition vont sans doute empêcher la reine de renoncer à son trône malgré son grand âge, renoncer comme l’a fait le pape Benoît XVI. On dit qu’elle aimerait voir son petit-fils régner, le prince William serait un roi jeune et moderne, bien sous tous rapports, et revitaliserait la monarchie britannique. Le prince Philip considérait d’ailleurs que son fils, le prince Charles, ferait sans doute un mauvais roi, mais la tradition empêchera aussi la reine de l’écarter de la succession dynastique. D’ailleurs, c’est bien son fils qui la remplace dans la plupart de ses obligations protocolaires, et elles sont si nombreuses que le prince Charles ne fait plus que cela.

Pour l’heure, la reine Élisabeth II ne semble pas pressée de quitter le trône. Depuis plusieurs mois, d’ailleurs, la cérémonie des soixante-dix ans de son règne (le jubilé de platine) est en préparation. Même si le début du règne est le 6 février, cette cérémonie aura lieu du 2 au 4 juin 2022 avec de nombreux événements, manifestations, expositions et curiosités technologiques. Elle espère que d’ici à cette date, la pandémie de covid-19 ne sera qu’un sinistre souvenir et que la vie "normale" reprendra définitivement, sans rechute.

Cette épidémie l’avait d’ailleurs fait sortir exceptionnellement de sa réserve en prononçant une allocution télévisée le 5 avril 2020 depuis son château de Windsor (où elle s’était confinée) : « J’espère que dans les années à venir, tout le monde pourra être fier de la façon dont [le peuple britannique] a répondu à ce défi. Ceux qui nous succéderont diront que les Britanniques de cette génération étaient aussi forts que tous. Que les attributs de l’autodiscipline, de la bonne résolution tranquille et de la camaraderie caractérisent toujours ce pays !». Vaccinée (ainsi que son époux) le 9 janvier 2021 (première dose du vaccin Pfizer), la reine a fait la promotion de la grande campagne de vaccination massive engagée par Boris Johnson et qui, depuis ces quelques semaines, porte ses fruits. Le 20 avril 2021, seulement 33 décès au covid-19 étaient à déplorer au Royaume-Uni, et seulement 2 524 nouveaux cas détectés de contamination. Par comparaison, la France a eu respectivement 374 décès et 44 063 nouveaux cas le même jour… God save the Queen !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 avril 2021)
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Pour aller plus loin :
Élisabeth II.
Philip Mountbatten.
Victoria.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Le mari de la reine.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
La reine.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !
John Lennon.
Kim Wilde.
Alfred Hitchcock.
Le syndrome de Hiroshima.
Boris Johnson lutte contre le coronavirus.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
Brexit : enfin, l’Union Européenne prouve qu’elle n’y était pour rien !
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

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9 avril 2021 5 09 /04 /avril /2021 17:14

Par ses origines familiales et "ses" religions, Philip Mountbatten, duc d’Édimbourg, fut à lui tout seul un véritable mélange des peuples européens, ce qui était très courant dans l’aristocratie post-victorienne.



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Il allait avoir 100 ans dans deux mois, le 10 juin 2021. Sa femme va avoir 95 ans dans douze jours. Les deux avaient été vaccinés contre le covid-19 en janvier 2021. Il avait été hospitalisé du 16 février 2021 au 16 mars 2021 pour notamment une opération du cœur (3 mars 2021). Faut-il s’étonner que la mort du Prince Philip Mountbatten, mari de la reine Élisabeth II d’Angleterre, ce vendredi 9 avril 2021 dans la matinée à Windsor, ait fait autant les titres et les unes des journaux alors qu’il y a tant d’autres actualités importantes, comme le seuil, franchi ce week-end, de 5 millions de cas de covid-19 détectés en France ?

Il y a peut-être un effet "dynastie" qui peut s’apparenter au voyeurisme, une famille royale et son carnet : mariages, naissances, séparations, décès. J’ajoute séparations mais pas forcément conjugales, cela peut être familiales. Le surmédiatisation du mariage de Meghan et Harry pourrait se justifier a posteriori. Un ex-numéro trois dans l’ordre de succession, maintenant numéro six (si je ne me trompe pas) qui quitte définitivement non seulement la famille, le luxe, les honneurs mais aussi les rentes et même l’affection de ses ascendants, un peu à l’instar du roi déchu (germanophile) Édouard VIII. Mais alors pourquoi cet événement prend-il aussi dans cette France si jalouse de sa républicanité ?

Il y a certainement un autre effet. Celui d’un homme qui vient d’un autre monde, d’une autre époque, d’autres mœurs. Il a épousé son siècle, son pays et son histoire. La discrétion, selon la vieille tradition victorienne "never complain never explain" (ne jamais se plaindre, ne jamais se justifier). D’ailleurs, chaque fois qu’il ouvrait la bouche, il provoquait des remous dans la presse à cause de sa franchise légendaire, mais jamais sur une prise de position, jamais sur une opinion, d’ailleurs, sous la houlette de la reine, jamais la famille royale n’a voulu exprimer d’opinion sur les affaires de l’État, ce qui remettrait en cause son "universalité", sa neutralité. Les médias étaient d’ailleurs indulgents pour le roc de la reine. Ils le ménageaient pour ménager la reine.

Ce monde n’est peut-être pas aussi rétrograde qu’on voudrait le croire. Après tout, Philip Mountbatten, neveu du fameux Lord Mountbatten, gouverneur des Indes, lui aussi arrière-arrière-petit-enfant de la reine Victoria (comme son épouse) et à ce titre, prétendant au trône (mais au-delà du millième rang sur la liste de succession), aurait pu être le roi et il n’a été que le prince consort. Alors que femme de roi se dit reine, mari de reine ne se dit pas roi.

Philip Mountbatten a épousé Élisabeth le 20 novembre 1947, c’est-à-dire avant qu’elle n’accédât au trône du Royaume-Uni (le 6 février 1952) mais après être l’héritière présomptive (depuis le 11 décembre 1936). Non seulement le Royaume-Uni est un pays qui peut se mettre sous le règne d’une femme (et quelle femme ! pour qui le mari a tout abandonné, sa religion, ses prétentions sur le trône de certains pays européens et même, temporairement, la transmission de son patronyme à ses enfants : « Je ne suis donc qu’une foutue amibe, ici ! »), mais aussi cette reine a bouleversé les règles dynastiques en introduisant l’égalité aux femmes dans les règles de succession à partir du 26 mars 2015.

Auparavant, les hommes, dans une fratrie, étaient prioritaires sur les femmes. Il n’y a maintenant plus de préférence sexuelle, mais cette nouvelle règle n’est pas rétroactive. (De même, les héritiers qui se marient avec une personne catholique ne sont plus exclus de la succession, et le souverain ne doit approuver le mariage que des six premiers héritiers dans l’ordre de la succession, ce qui inclut encore Harry).

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J’ai évoqué la vie du prince consort précédemment. Le Prince Philip a joué son rôle de consort le plus parfaitement possible, il présidait près de mille organisations et il n’a arrêté ce rôle de représentation que le 2 août 2017 (il avait déjà 96 ans). Se joignant au concert d’émotion qu’a suscité la mort d’une sorte de "prince père" pour adapter l’expression "reine mère", le Président français Emmanuel Macron a rappelé que le Prince Philip avait « vécu une vie exemplaire teintée de bravoure, d’un sens du devoir et d’un engagement envers la jeunesse et l’environnement ». Une bravoure qu’il a prouvée comme militaire (dans la marine) en combattant pendant la Seconde Guerre mondiale, et ses engagements furent notamment auprès du WWF (fonds mondial pour la nature) qu’il a fondé et présidé (grâce à lui, la Loire est restée le dernier grand fleuve sauvage d’Europe !), la création d’une récompense pour aider la jeunesse en difficulté, et beaucoup d’autres missions et causes.

Pour Robert Lacey, le biographe de la famille royale, la contribution du Prince Philip à la monarchie britannique a été inestimable : « Cet homme charmeur et distingué a été l’élément central de la démocratisation de la monarchie contre l’establishment. Ses origines étrangères expliquent sans doute son ouverture d’esprit. Intelligent, résolu, efficace, il a mis un peu de sel dans la vie de la reine, femme conservatrice et traditionnelle, sans jamais tenter de lui faire de l’ombre. » ("Le Monde" du 9 avril 2021). Philip a notamment encouragé Élisabeth II a sortir de sa réserve naturelle pour faire des bains de foule, pour accueillir des caméras de télévision et montrer la vie quotidienne au palais.

Laisser sa femme régner ne signifiait pas qu’il était "féministe". La biographie de Marc Roche dans "Le Monde" le décrit au contraire comme « réputé pour son mauvais caractère et son machisme », considéré par certains comme « incontrôlable, borné, habitué à n’en faire qu’à sa tête », d’un « humour qui dérape parfois vers le mauvais goût, voire le racisme ». À cela se sont ajoutées une détestation du Prince Charles, jugé incapable d’être roi, et « sa muflerie envers ses belles-filles, la princesse Diana ou Sarah, duchesse d’York ». Avec cette description définitive : « Il collait à la peau de cet amateur de romans policiers et de musique militaire une réputation de cultiver surtout des idées courtes. Son ton péremptoire sur une voix enrouée de basse semblait d’avance interdire toute contradiction. ».

Huit jours de deuil national ont été décrétés au Royaume-Uni mais les funérailles ne seront pas nationales selon sa volonté, "seulement" militaires. Il ne voulait pas non plus de grande fête pour son centenaire. Son fils aîné, le Prince Charles, qui est prince de Galles, vient d’hériter de son titre de duc d’Édimbourg. Pour le trône, à 72 ans, il attendra encore…


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Sylvain Rakotoarison (09 avril 2021)
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Pour aller plus loin :
Philip Mountbatten.
Victoria.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Le mari de la reine.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
Élisabeth II.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !
John Lennon.
Kim Wilde.
Alfred Hitchcock.
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Boris Johnson lutte contre le coronavirus.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
Brexit : enfin, l’Union Européenne prouve qu’elle n’y était pour rien !
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
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Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 03:01

« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. » (Nerval, 1855).


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Nouveau coup de théâtre en Italie : la crise politique se prolonge avec l’échec du Président du Conseil sortant Giuseppe Conte à rassembler une nouvelle majorité. Petit rappel succinct : lorsque Matteo Renzi a décidé de retirer son soutien à la coalition gouvernementale, Giuseppe Conte a demandé et obtenu la confiance des deux chambres parlementaires le 19 janvier 2021, mais seulement avec une majorité relative au Sénat, car plusieurs sénateurs s’étaient abstenus. Refusant cette épée de Damoclès qui mettrait son gouvernement sous chantage politique permanent, Giuseppe Conte a préféré prendre de vitesse ses rivaux en donnant sa démission le 26 janvier 2021, comme il l’avait déjà fait avec succès en août 2019.

Cependant, le 2 février 2021, dans l’incapacité de réunir une nouvelle majorité (à cause de Matteo Renzi), Giuseppe Conte a jeté l’éponge et renoncé à former le prochain gouvernement. Il faut cependant insister sur le fait qu’il quitte la Présidence du Conseil avec une belle cote de popularité et finalement, avec une longévité d’exercice du pouvoir sans interruption pas aussi ridicule qu’on aurait pu le croire en 2018. En dehors de Matteo Renzi (de justesse) et de Silvio Berlusconi, il faut remonter à Giulio Andreotti en 1989 pour retrouver un chef du gouvernement aussi "long" que Giuseppe Conte. Et si on remonte jusqu’aux gouvernements d’Aldo Moro à la fin des années 1960, Giuseppe Conte fait partie des cinq chefs de gouvernement les plus "longs" sans interruption des cinquante dernières années, avec (en plus des personnes déjà citées) Bettino Craxi.

Hantant tous les esprits depuis près de trois semaines, Mario Draghi a été appelé le 3 février 2021 par le Président de la République Sergio Mattarella à former le nouveau gouvernement. Si sa désignation n’est donc pas une surprise, l’homme est associé, dans la presse, à un mot unique, unanime, qui dit bien ce qu’il veut dire : sauveur. Mario Draghi le sauveur de l’Italie, après avoir été le sauveur de l’Europe ? Du moins, de l’euro.

Le journal "Le Monde" a expliqué le 3 février 2021 : « Force est de constater qu’après un vote de confiance où il est apparu que le gouvernement ne disposait plus que d’une majorité relative au Sénat (19 janvier), une démission tactique (26 janvier) et de peu reluisantes tractations en coulisses (…), les chefs de l’actuelle majorité n’étaient pas beaucoup plus avancés. ».

Qui est Mario Draghi ? Il fut pendant la décennie 2010 l’un des responsables les plus importants de l’Europe et même, n’hésitons pas à le dire, du monde. Il fut le président de la Banque centrale européenne (BCE), un équivalent de gouverneur d’une banque fédérale, du 1er novembre 2011 au 31 octobre 2019. Il a succédé à un Français, Jean-Claude Trichet, et a laissé sa place à une Française, ancienne directrice générale du FMI, Christine Lagarde. À ce titre, il était le responsable de la monnaie unique européenne, l’euro.

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Âgé de 73 ans, qualifié par France 24 de « discret, sérieux, déterminé », Mario Draghi est un économiste et pas un homme politique. Il a fait une carrière universitaire à Florence et à Turin et, "en même temps", il a exercé des fonctions opérationnelles au sein de l’appareil d’État en Italie. En particulier, il fut chargé des privatisations pendant la décennie 1990 (il fut directeur général du Trésor public de 1991 à 2001). Il fut vice-président de la branche européenne de la banque américain Goldman Sachs entre 2002 et 2005 et a rejeté tout conflit d’intérêt car il ne se serait occupé que du secteur privé. Le 29 décembre 2005, alors Président du Conseil, Silvio Berlusconi l’a nommé gouverneur de la Banque d’Italie, du 16 janvier 2006 au 31 octobre 2011. Mario Draghi a démissionné de ces fonctions pour prendre la tête de la BCE où il a été nommé le 24 juin 2011 par le Conseil Européen.

C’est pour la zone euro qu’il a pris une solide réputation de "sauveur". Sauveur de la Grèce, d’abord, et plus généralement, sauveur de l’euro lorsque la crise a été majeure. Le 6 septembre 2012, il a accepté de racheter les dettes des pays de la zone euro qui n’ont pas pu refinancer leurs dettes sur le marché privé. Il est le premier promoteur du "quoi qu’il en coûte".

Par ailleurs, Mario Draghi a maintenu bas le taux directeur sans faire perdre la valeur à la monnaie. Mieux, il l’a baissé de 2% à 0% le 10 mars 2016 : l’argent est donc devenu "gratuit" pour les banques européennes afin de redynamiser l’économie européenne. Il s’est donc éloigné des mécanismes d’orthodoxie monétaire classique avec une certaine réussite.

La respectabilité de Mario Draghi dépasse largement les frontières de l’Italie et même de l’Europe. Il a été d’ailleurs probablement l’un des Italiens les plus puissants dans le monde depuis plusieurs décennies. Il n’a jamais exercé d’activités gouvernementales, mais c’est plutôt la tradition en Italie de faire appel à un "technicien" très honorable pour diriger un gouvernement de la dernière chance.

L’Italie a vécu deux très graves vagues du covid-19, elle fut le premier pays européen à être atteint en février et mars 2020, et elle ne fut pas ménagée par la seconde vague dont elle se sort très timidement en ce moment. En raison de ces difficultés, le pays "touchera" le plus grand montant de la relance européenne, à savoir 209 milliards d’euros et cette somme sera l’enjeu principal du futur gouvernement : comment dépenser cet argent, où investir ? C’était aussi la raison officielle du désaccord entre Italia Viva, le microparti de Matteo Renzi, et le reste de la coalition gouvernementale.

Rien n’est encore joué et en Italie plus particulièrement, il faut rester très prudent sur les possibles rebondissements "politiciens". Néanmoins, l’aura national et international de Mario Draghi devrait faire bouger les lignes. Le Parti démocrate dirigé par Nicola Zingaretti soutient sa désignation à la tête du gouvernement italien, tandis que Forza Italia n’est pas non plus opposé, le parti de Silvio Berlusconi n’a effectivement aucune raison de se déjuger alors que c’est ce dernier qui l’a poussé à prendre la tête de la BCE. De son côté, le "fauteur de crise" Matteo Renzi, satisfait de l’éviction de Giuseppe Conte, soutient avec enthousiasme Mario Draghi : « Toutes les personnes de bonne volonté doivent répondre à l’appel du Président Mattarella et soutenir le gouvernement de Mario Draghi. » (Twitter).

Cependant, Forza Italia et le Parti démocrate sont loin de recueillir la majorité absolue au Parlement italien. Ils représentent les partis "anciens" et avaient été sérieusement désapprouvés lors du dernier scrutin général en mars 2018. Tout va donc dépendre de la position du Mouvement 5 Étoiles (M5E), le plus grand parti parlementaire (un tiers des sièges) et de Lega (la Ligue), de Matteo Salvini (qui représente un sixième des sièges). On explique d’ailleurs que Beppe Grillo, le créateur d’origine du M5E, serait à Rome en pleines négociations.

En fait, des deux côtés, les risques de scission sont très forts.

Du côté du M5E, la ligne modérée avait gagné en interne avant les élections de 2018, avec Luigi Di Maio (l’actuel Ministre des Affaires étrangères), si bien qu’il lui devenait possible de faire des alliances et d’intégrer une coalition gouvernementale. Auparavant, le M5E, parti par essence anti-système, refusait obstinément toute "compromission" avec un parti déjà en place. Depuis 2018, le M5E s’est donc "banalisé" en étant un parti de gouvernement comme un autre, sans spécificité d’anti-système. Par ailleurs, le choix de Mario Draghi est un choix contre des considérations politiques au bénéfice de la compétence. Le risque d’une fracture du M5E est d’autant plus fort que les groupes parlementaires ont beaucoup d’effectifs. Vito Crimi, le chef des sénateurs M5E, a déjà annoncé qu’il refuserait la solution d’un gouvernement technique dirigé par Mario Draghi.

Du côté de Lega, la situation n’est pas plus simple non plus. Matteo Salvini, depuis 2019, souhaite revenir le plus rapidement aux urnes car il pense que son parti deviendra majoritaire, ou du moins, sera le pivot central d’une future majorité. Il n’aurait donc aucun intérêt à laisser gouverner Mario Draghi, d’autant plus qu’il est le symbole de l’Italie européenne, intégrée dans l’Europe et surtout, bénéficiant des mécanismes européens dont l’octroi des 209 milliards d’euros n’en constitue pas le moindre. Mais la Ligue est aussi constituée de nombreux chefs d’entreprise d’Italie du Nord qui ont bien compris l’intérêt d’une stabilité politique pour relancer l’économie effondrée, comme chez ses voisins, par la pandémie de covid-19. Eux souhaiteront certainement soutenir Mario Draghi et Matteo Salvini devra faire avec eux ou sans eux.

Cela signifie aussi que la tâche de Mario Draghi va être extrêmement compliquée si l’idée n’est pas de négocier avec les partis, mais directement avec les parlementaires. Le Président Sergio Mattarella voudrait à tout prix éviter l’échec de cette tentative, qui aboutirait à des élections générales anticipées au printemps 2021, ce qui serait une catastrophe économique, sociale et sanitaire. Le pays a besoin d’être gouverné et la perspective d’une possible victoire électorale de Matteo Salvini à court terme aurait des conséquences désastreuses immédiates sur les taux d’intérêt italiens. En outre, le plan de 209 milliards d’euros provenant de l’Union Européenne doit être présenté à Bruxelles avant le 30 avril 2021.

Mario Draghi n’a pas caché ses priorités : vaincre la pandémie, renforcer la campagne de vaccination, relancer l’économie italienne par des investissements massifs. Il a au moins l’avantage de connaître parfaitement les rouages financiers nationaux et européens. La Bourse de Milan a fait un saut de plus de 3% lorsque Mario Draghi a annoncé qu’il acceptait la mission qui lui a été confiée.

Pour terminer ici sur la situation politique italienne qui est particulièrement incertaine, je voudrais quand même rappeler la raison de ce bourbier ("marécage" pour le quotidien "Ouest France") : le scrutin proportionnel. Effectivement, la parcellisation de l’électorat (commune à toutes les démocraties, y compris israélienne et allemande) rend particulièrement dangereux le scrutin proportionnel qui empêche la constitution de toute majorité ou de tout gouvernement. L’exemple d’Israël est très éloquent puisque, même en votant trois fois, aucune majorité n’a pu se dégager et la situation, surtout en pleine pandémie, est grave.

Le scrutin proportionnel, en faisant obstacle à toute coalition majoritaire, mise en place pour des raisons supposées de meilleure démocratie, est en fait le scrutin le moins démocratique possible. En effet, l’exemple de l’Italie est lui aussi très parlant. Les électeurs italiens ne se sont prononcés qu’une fois, en mars 2018. Ils ont d’abord eu un gouvernement de tendance anti-européenne avec un parti anti-système et un parti extrémiste dont le leader a été nommé Ministre de l’Intérieur.

Ensuite, sans nouvelles élections, ils ont eu un gouvernement complètement différent, plutôt de centre gauche, de tendance proeuropéenne. Si l’opération Draghi réussit, ils auront une troisième autre coalition très différente, incluant nécessairement le parti de Silvio Berlusconi. Tout cela sans aucun retour aux urnes. À quoi les élections servent si leur conséquence, c’est de faire tous les gouvernements possibles, sans prendre en compte le choix de l’un d’eux (majoritaire) ?

Cela montre bien que le scrutin proportionnel n’est pas capable de choisir clairement qui doit gouverner et qui doit rester dans l’opposition. Seul, un changement de mode de scrutin pourra en finir avec ces perpétuelles crises politiques qui freinent toute reprise sérieuse de l’économie et discréditent encore un peu plus tous les acteurs de la vie politique italienne...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Super Mario Draghi, l’homme providentiel de l’Italie ?
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Pourquoi Giuseppe Conte a démissionné le 26 janvier 2021.
Giuseppe Conte.
Good bye Salvini !
Salvini, le double Mitterrand italien ?
Sueurs froides à l’italienne.
L’Italie en pleine dérive ?
Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
Carlo Ciampi.
Ennio Morricone.
Emilio Colombo.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210203-draghi.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/super-mario-draghi-l-homme-230759

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30 janvier 2021 6 30 /01 /janvier /2021 20:48

Sollicité par "Opinion internationale" le 30 janvier 2021, l'ancien ministre Olivier Stirn a présenté ses vœux pour la nouvelle année 2021 qu'il souhaite synonyme de construction européenne.

Cliquer sur le lien pour télécharger la vidéo des vœux (fichier .mp4) :
https://www.opinion-internationale.com/wp-content/uploads/2021/01/voeu-olivier-v2.mp4

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210224-olivier-stirn.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210130-voeux-stirn.html



 

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27 janvier 2021 3 27 /01 /janvier /2021 03:14

« La meilleure place forte qui soit est de ne pas être haï des peuples. » (Machiavel, 1532).



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Son meilleur atout est encore le soutien dont il jouit dans les sondages de popularité. Le Président du Conseil italien Giuseppe Conte a remis la démission de son deuxième gouvernement ce mardi 26 janvier 2021 au Président de la République Sergio Mattarella, après avoir convoqué le conseil des ministres dans la matinée (et après l’avoir annoncé publiquement dès la veille au soir). On pourrait s’étonner d’une telle décision alors que son gouvernement venait de garder la confiance des parlementaires, en particulier des sénateurs le 19 janvier 2021 (lire l’épisode précédent ici).

Giuseppe Conte, fin négociateur et habile juriste qui a su se glisser parfaitement dans les institutions italiennes alors qu’il n’avait jamais "pratiqué" la politique avant 2018, avait senti le vent du boulet après le désistement hors de la majorité d’un petit parti, Italia Viva, de l’ancien Président du Conseil Matteo Renzi.

Comme je l’avais écrit précédemment, Matteo Renzi, qui ne représente que 3% d’intentions de vote, voyait dans cette opération une manière de peser sur la politique italienne car sans "ses" 18 sénateurs, il n’y avait plus de majorité absolue au Sénat. Or, pour qu’un gouvernement puisse durablement se maintenir, il faut la majorité absolue dans les deux Chambres du Parlement.

Qu’importent les motivations réelles de Matteo Renzi, qui sont à la fois personnelles (incompatibilité d’humeur avec le chef du gouvernement), politiciennes (exister encore), ou réellement politiques (plan budgétaire pour la relance sur fonds européens ; heureusement que l’Europe est là), la réalité est que l’évaporation de la majorité a très affaibli le deuxième gouvernement de Giuseppe Conte.

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Pourquoi a-t-il alors démissionné malgré la confiance renouvelée ? Parce que cette confiance était sous réserve que certains sénateurs (notamment d’Italia Viva) ne rejoignent pas l’opposition de droite et restent neutres. Or, Alfonso Bonafede (M5E), le Ministre de la Justice, devait présenter au Sénat une réforme, la semaine prochaine, qui avait toutes les chances d’être rejetée par les sénateurs. Giuseppe Conte a donc préféré éviter cet échec parlementaire et reformater sa majorité.

Cité par "Le Figaro" le 25 janvier 2021, le politologue Wolfango Piccoli a analysé dans une récente note cette démission ainsi : « Le calcul de Conte, c’est qu’en prenant les devants, et donc en évitant une défaite humiliante au Sénat, il augmentera ses chances d’obtenir de Mattarella un mandat pour former un nouveau gouvernement. ».

En clair, comme en août 2019 pour affronter son embarrassant Ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, Giuseppe Conte a préféré l’attaque à la défense. En démissionnant, il met ses alliés le dos au mur. En effet, aucun des partis qui forment l’actuelle majorité, à savoir le M5E, le Parti démocrate et quelques autres petits partis de centre gauche, ne souhaitent revenir trop tôt aux urnes : d’une part, en raison de la crise sanitaire, d’autre part, parce qu’ils craignent d’être marginalisés, sinon laminés, face à des formations de droite qui souhaitent prendre leur revanche d’il y a dix-sept mois (Lega, Forza Italia, et également Fratelli d’Italia, l’autre parti d’extrême droite).

Pour l’heure, tout va (encore) bien pour Giuseppe Conte. Ses amis du M5E ont confirmé qu’ils souhaitaient la poursuite de cette majorité axée au centre gauche. Le patron du Parti démocrate, Nicola Zingaretti a déclaré dès le 25 janvier 2021 dans la soirée, que ses groupes parlementaires soutiendraient un nouveau gouvernement dirigé par Giuseppe Conte, sur Twitter : « Avec Conte pour un nouveau gouvernement proeuropéen soutenu par une large base parlementaire, qui garantisse crédibilité et stabilité pour affronter les grands défis de l’Italie. ».

Ces soutiens devraient encourager le Président Sergio Mattarella à reconduire le très populaire Giuseppe Conte pour former son troisième gouvernement et continuer à diriger le pays jusqu’au printemps 2023. Une manière de contraindre Matteo Renzi à prendre ses responsabilités : construire l’Italie d’après ou faire le jeu des populistes. Pour l’ancien maire de Florence, ce sera un choix …cornélien !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 janvier 2021)
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Pour aller plus loin :
Pourquoi Giuseppe Conte a démissionné le 26 janvier 2021.
Giuseppe Conte.
Good bye Salvini !
Salvini, le double Mitterrand italien ?
Sueurs froides à l’italienne.
L’Italie en pleine dérive ?
Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
Carlo Ciampi.
Ennio Morricone.
Emilio Colombo.

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https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/pourquoi-giuseppe-conte-a-230509

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25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 03:35

« L’Italie est en pleine campagne de vaccination, sera-t-elle bientôt en pleine campagne électorale ? » ("Les Échos, le 14 janvier 2021).


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Énième crise politique en Italie la semaine dernière. En jeu, le gouvernement italien et un possible retour aux urnes, au plus mauvais moment, en pleine pandémie, et l’Italie, comme ses voisins européens, est frappée de plein fouet. Un petit mot d’abord du chef du gouvernement, le Président du Conseil italien Giuseppe Conte.

À 56 ans, Giuseppe Conte est un OVNI dans le paysage politique italien (mais des OVNI, il y en a eu beaucoup : Carlo Ciampi, Silvio Berlusconi, Lamberto Dini, Romano Prodi, Mario Monti…). Il était inconnu du grand public il y a encore à peine trois ans. Professeur de droit à l’université et avocat, il est un proche du Mouvement 5 étoiles (M5E) qui envisageait de le nommer ministre en cas de victoire aux élections législatives et sénatoriales du 4 mars 2018.

Pour comprendre ce qui s’est passé la semaine dernière, il faut revenir sur ce scrutin important. La majorité sortante était de centre gauche (Parti démocrate et alliés), mené par l’ancien Président du Conseil Matteo Renzi (43 ans). En face, deux autres camps : le M5E, parti inclassable anti-système, dirigé par Luigi Di Miao (31 ans), considéré comme "modéré" (par rapport à Beppe Grillo), et la coalition de centre droit menée par Silvio Berlusconi (81 ans) composée (entre autres) de deux grands partis : Forza Italia dirigé par Silvio Berlusconi et la Ligue (Lega, ex-Ligue du Nord) dirigée par Matteo Salvini (45 ans). Les âges indiqués dans ce seul paragraphe sont au moment de ces élections, dans les autres cas, il s’agit de l’âge actuel.

Aucun de ces trois camps n’a obtenu la majorité absolue, ce qui a rendu très difficile la formation du nouveau gouvernement. En termes de "coalitions", ce fut la victoire (relative) du centre droit : 265 députés sur 630 et 137 sénateurs sur 315. Le M5E est arrivé en deuxième place avec 228 députés sur 630 et 112 sénateurs sur 315. Enfin, le centre gauche s’est effondré et a perdu ces élections avec seulement 121 députés sur 630 et 60 sénateurs sur 315. Non seulement le centre gauche a échoué mais il a annoncé rapidement son refus d’entrer dans une future coalition gouvernementale pour faire une cure d’opposition (position plus facile en politique pour se refaire une virginité).

Rappelons par ailleurs qu’un gouvernement doit avoir la confiance et des députés et des sénateurs, ce qui complique un peu les choses. Quant au nombre de sénateurs, ils sont au total 320, cinq étant nommés à vie par le Président de la République pour honorer des citoyens honorables.

Mais réfléchir par "coalitions" pouvait aussi être biaisé. La coalition dite de centre droit est en fait de centre droit (Forza Italia) et de droite voire de droite "musclée" (la Ligue). Or, à l’intérieur de cette coalition, ce fut la Ligue qui a pris l’ascendant, faisant de Silvio Berlusconi l’autre grand perdant du scrutin après Matteo Renzi. En effet, la Ligue a obtenu 125 députés et 58 sénateurs, tandis que Forza Italia 104 députés et 57 sénateurs. En analysant en termes de "partis" et pas de "coalitions", alors le M5E se retrouvait en première place, avec 32,7% des voix, suivi du Parti démocrate 18,8%, la Ligue 17,4% et Forza Italia 14,0%.

Les négociations très laborieuses pour former le gouvernement se présentaient ainsi : le Parti démocrate refusait de faire partie d’une majorité. Restaient donc les deux autres camps : la coalition de centre droit revendiquait la victoire (majorité relative) et donc le poste de chef du gouvernement. Et à l’intérieur de la coalition de centre droit, la Ligue était le parti le plus fort, Matteo Salvini revendiquait donc la Présidence du Conseil. Mais le M5E, considérant qu’il était le premier parti d’Italie (et dont la progression a été la plus forte), revendiquait également la victoire, acceptant une coalition mais sous sa direction.

L’alliance entre Forza Italia et la Ligue s’est rapidement disloquée : Forza Italia ne voulait pas laisser la prééminence de la droite à Matteo Salvini. La situation a pu se décanter lorsque, après quelques vicissitudes, Luigi Di Maio et Matteo Salvini ont conclu le 31 mai 2018 un accord de gouvernement qui a surpris tout le monde. En effet, à eux deux, ils ont 353 députés sur 630 et 170 sénateurs sur 320, soit la majorité absolue dans les deux Chambres. Dans l’accord, ni l’un ni l’autre ne devaient diriger le gouvernement (tous les deux sont devenus des Vice-Présidents du Conseil) et la Présidence du Conseil est revenue à un juriste apolitique mais proche du M5E, à savoir Giuseppe Conte qui n’avait encore jamais fait de politique et qui est devenu à partir du 1er juin 2018 le chef du gouvernement italien. Il a vite appris, car en Italie, rester plus de deux ans à la tête du gouvernement relève déjà de l’exploit pour un vieux routard de la politique !

La majorité se trouvait donc avec un déséquilibre : le M5E, représentant un tiers de l’électorat, se retrouvait à deux tiers dans cette nouvelle majorité, et la Ligue, représentant un sixième de l’électorat, prenait le dernier tiers de cette majorité. Or, à l’évidence, l’homme fort de cette coalition, par son caractère, son ambition, sa démagogie, était sans contestation le populiste Matteo Salvini, au point qu’au fil du temps, le M5E s’est effondré dans les sondages et la Ligue au contraire a grimpé (leur audience s’est ainsi inversée aux élections européennes du 25 mai 2019 : la Ligue a obtenu 34,3% des voix et le M5E 17,1%).

Fort de cette influence, Matteo Salvini voulait précipiter de nouvelles élections parlementaires pour gagner seul la majorité et conquérir la Présidence du Conseil. Ce fut le 8 août 2019 que Matteo Salvini, prétextant des désaccords budgétaires, a annoncé son intention de rompre l’accord et de retourner aux urnes. C’était alors sans compter avec la grande habileté politique de Giuseppe Conte. Ce dernier, en effet, a pris de vitesse le leader de la Ligue et a démissionné le 20 août 2019, en fustigeant la position politicienne de Matteo Salvini.

Pourtant, il n’y a pas eu de nouvelles élections. Le Président de la République Sergio Mattarella a chargé une seconde fois Giuseppe Conte, le 29 août 2019, de former le nouveau gouvernement. Giuseppe Conte a réussi le tour de force de ramener le centre gauche dans une optique de gouvernement. Ainsi, fut conclu le 3 septembre 2019 un accord de gouvernement entre le M5E et le Parti démocrate, qui était pourtant la "combinaison" la plus logique dès mars 2018. À eux deux, ils représentent 341 députés sur 630 et 162 sénateurs sur 320, donc la majorité absolue dans les deux Chambres. Le nouveau gouvernement fut nommé le 5 septembre 2019, avec Luigi Di Maio nommé aux Affaires étrangères. Il a reçu la confiance le 9 septembre 2019 des députés (343 pour, 260 contre) et des sénateurs (169 pour, 133 contre, 5 abstentions).

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Néanmoins, le Parti démocrate, à cette occasion, a subi une scission : Matteo Renzi, ancien dirigeant du Parti démocrate, et ses proches ont quitté le Parti démocrate le 16 septembre 2019 pour créer un nouveau parti, Italia Viva, représentant 28 députés et 18 sénateurs (Italia Viva a pour sigle IV, soit un de moins que les 5 étoiles), certains parlementaires venant du Parti démocrate, mais aussi de Forza Italia : « Aujourd’hui, le Parti démocrate est un ensemble de courants politiques. (…) Je crains qu’il ne soit pas en mesure de répondre seul aux agressions de Salvini et à la difficile cohabitation avec les 5 Étoiles. ».

Cela n’a eu aucune conséquence sur la nouvelle majorité puisque Matteo Renzi a confirmé son soutien au second gouvernement de Giuseppe Conte dont deux ministres émanaient d’Italia Viva. L’une de ses plus proches partisans, Maria Elena Boschi (39 ans aujourd’hui), originaire de Florence comme Matteo Renzi, ancienne ministre entre 2014 et 2018, est devenue présidente du groupe des députés Italia Viva.

À partir de septembre 2019, Giuseppe Conte a pu diriger l’Italie par lui-même et pas comme simple mandataire du duo Matteo Salvini et Luigi Di Maio. Il a donné toute sa mesure à partir de février 2020 avec la pandémie de covid-19. L’Italie fut, avec l’Iran et l’Espagne, parmi les premiers pays très touchés par la pandémie hors de Chine. Giuseppe Conte a su prendre des initiatives et affirmer son autorité pendant toute cette crise sanitaire qui n’est toujours pas terminée.

L’Italie est encore dans une situation difficile, pas autant que le Royaume-Uni et l’Allemagne mais pire que la France : plus de 85 000 décès depuis le début de la pandémie, et un rythme quotidien d’environ 400 à 500 décès. Mais l’effet de crise nationale a rendu Giuseppe Conte très populaire, il jouit d’une cote de popularité d’environ 60%. Il a montré ses qualités d’homme d’État et également son humanisme. Les Italiens lui en savent gré.

Cependant, les tensions au sein de la majorité ont pu se développer sur un sujet très important : où affecter le budget de relance de l’économie ? Le mercredi 13 janvier 2021, pour des considérations politiciennes, Italia Viva a décidé de se retirer du gouvernement. Matteo Renzi, dont le parti ne peut compter que sur à peine 3% d’intentions de vote, a toutefois une grande capacité de nuisance avec ses parlementaires. La rupture pourrait donc aboutir à un retour aux urnes à plus ou moins brève échéance.

Les motivations de Matteo Renzi pour "franchir le Rubicon" (selon l’expression de "Libération" du 14 janvier 2021) une nouvelle fois ne sont pas très claires. Secrétaire (chef) du Parti démocrate du 15 décembre 2013 au 12 mars 2018 (il a donné sa démission après sa défaite historique), Matteo Renzi a préféré retrouver une nouvelle virginité en quittant son parti et en créant avec ses proches un parti centriste. Son besoin de différenciation et son incompatibilité personnelle avec Giuseppe Conte ont sans doute compté autant que le désaccord sur le budget. Bénéficiant des fonds européens, l’Italie, qui a été parmi les pays les plus touchés par la première vague, va effectivement recevoir 222,9 milliards d’euros et Matteo Renzi souhaiterait que cette somme soit utilisée massivement pour l’investissement tandis que Giuseppe Conte voudrait également proposer des exonérations fiscales pour aider les entreprises en période de crise sanitaire. Italia Viva préconise aussi que l’Italie recoure au Mécanisme européen de solidarité (MES) pour récupérer 37 milliards d’euros supplémentaires et les injecter dans le système de santé défaillant.

La moindre des réactions, c’est que la réputation de Matteo Renzi, déjà très basse, ne va certainement pas remonter avec son initiative jugée pour le moins irresponsable quand le gouvernement italien, comme la plupart des autres gouvernements européens, a besoin d’une certaine unité nationale pour combattre le coronavirus.

Avec le départ d’Italia Viva de la majorité gouvernementale, le gouvernement a maintenu sa majorité à la Chambre des députés mais perdu arithmétiquement celle du Sénat. Toutes les hypothèses sont donc étudiées pour le futur proche. On a parlé de soutien de certains parlementaires du centre droit, mais pour l’instant, cette hypothèse semble peu vraisemblable. Ou encore un nouveau gouvernement avec la même majorité qu’en septembre 2019 mais sans Giuseppe Conte. Il y a même des hypothèses qui pourraient paraître farfelues, mais pas tant que cela. Matteo Salvini aurait ainsi confirmé qu’il serait prêt à réfléchir sur un gouvernement d’union nationale dirigé par …Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) ! On est loin de l’anti-européanisme originel de Matteo Salvini (qui ne demande plus le départ de l’Italie de la zone euro, du reste, comme Marine Le Pen en France).

Le Président du Conseil n’a pas attendu que l’opposition actuelle, de centre droit (Forza Italia) et de droite (Matteo Salvini), exigeât un nouveau vote de confiance au Parlement afin de formaliser son absence de majorité et de retourner aux urnes. Il l’a décidé lui-même afin de résoudre au plus vite cette crise politique peu populaire dans la mesure où cela signifierait, comme l’a rappelé le site Politico le 14 janvier 2021, que l’homme le plus populaire de l’Italie (Giuseppe Conte) se ferait renverser par l’homme le plus impopulaire (Matteo Renzi).

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Giuseppe Conte a donc redemandé un vote de confiance aux parlementaires. Le 18 janvier 2021, il a obtenu la confiance de 321 députés contre 259. Le 19 septembre 2021 au Sénat, où la situation était plus incertaine, il a appelé à l’union des « forces proeuropéennes, libérales, socialistes et populaire » et a été de justesse approuvé par 157 sénateurs contre 140, et 16 abstentions. S’il n’y avait pas de problème chez les députés, l’accord des sénateurs a été serré, sans majorité absolue (qui est à 161), et surtout, a dépendu de certaines abstentions provenant d’Italia Viva (ils sont au total 18 sénateurs qui pourraient quémander ultérieurement leur non vote). Beaucoup d’observateurs parlent donc d’un sursis.

Il a en effet senti le vent du boulet, mais Giuseppe Conte est loin d’avoir été terrassé. Au contraire, de cette "séquence", même si son gouvernement a été considéré comme affaibli, Giuseppe Conte est ressorti une nouvelle fois renforcé dans son autorité de chef du gouvernement et de chef de la majorité, ce qui montre qu’une fois en situation, un "novice" pour ne pas dire un "profane" en politique peut devenir aussi rusé ou habile qu’un grand animal politique (comme Giulio Andreotti ou Emilio Colombo).

Il en faudra encore, de l’habileté et de la négociation, pour les futures tractations de toutes les réformes qui pourraient fâcher ceux qui viennent de quitter la majorité. L’opposition, elle, reste persuadée que le gouvernement de Giuseppe Conte est en sursis et commence à préparer l’avenir dans l’optique de nouvelles échéances électorales. Cependant, il reste très incertain que Forza Italia, qui s’était effondré en mars 2018, accepte aujourd’hui de renouer avec des partenaires qui l’ont trahi en mai 2018, à savoir ceux de la Ligue. Giuseppe Conte compte, lui, essayer de convaincre quatre sénateurs supplémentaires pour retrouver une majorité absolue au Sénat et éviter que sa politique soit "prise en otage" par le groupuscule de Matteo Renzi.

Ce dernier, accusant le gouvernement de « dilapider l’argent public », a pourtant laissé entendre qu’il accepterait de revenir dans la majorité si on le lui demandait. Mais le partenaire du M5E, à savoir le Parti démocrate serait plutôt dans une position de refus contre celui qui l’a quitté en 2019 pour des raisons de simple carriérisme personnel.

En principe, les prochaines élections générales auront lieu d’ici à mai 2023, mille occasions pour le surgissement de nouvelles crises politiques. Incontestablement, la poursuite de cette XVIIIe législature ne sera pas un long fleuve tranquille pour Giuseppe Conte, mais attention à ceux qui veulent le dompter : il a appris à combattre…


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Sylvain Rakotoarison (24 janvier 2021)
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Pour aller plus loin :
Giuseppe Conte.
Good bye Salvini !
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L’Italie en pleine dérive ?
Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
Carlo Ciampi.
Ennio Morricone.
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17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 03:47

« Avoir vécu trente-cinq ans dans une dictature a rendu Merkel allergique à toutes les formes de carcans, et d‘abord les carcans idéologiques. Elle considère que les idéologies aveuglent les hommes. Elle a vu par ailleurs qu’un système politique reposant sur une idéologie pouvait s’effondrer du jour au lendemain. Cela lui donne une très grande liberté pour aborder les problèmes, et c’est ce qui explique qu’elle soit capable de prendre des décisions qui surprennent tout le monde du jour au lendemain. » (Jacqueline Boyson, 2001).



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Ce samedi 16 janvier 2021 a eu lieu le 33e congrès de la CDU (chrétiens-démocrates allemands), le parti au pouvoir, un congrès très important : la désignation du nouveau président fédéral de la CDU par les 992 mandants. Pendant dix-huit ans, du 10 avril 2000 au 7 décembre 2018, Angela Merkel a présidé la CDU. Sa successeure directe, Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK), ministre-présidente de la Sarre du 10 août 2011 au 1er mars 2018 et actuelle Ministre fédérale de la Défense depuis e 17 juillet 2019 (succédant à Ursula von der Leyen), a jeté l’éponge le 10 février 2020 après les défaites électorales de son parti aux élections régionales en automne 2019 et surtout, après une alliance scandaleuse entre les élus CDU et les élus AfD (parti d’extrême droite) pour éviter la reconduction d’un social-démocrate à la tête de la Thuringe.

Un mot ce sur scandale : les élus CDU, FDP et AfD se sont unis pour élire Thomas Kemmerich (FDP) le 5 février 2020 comme ministre-président de Thuringe, au troisième tour à la majorité relative avec une voix d’avance sur le ministre-présient sortant (Die Linke, extrême gauche) Bodo Ramelow (en absence de candidat ayant obtenu la.majorité absolue aux deux premiers tours). Finalement, après le tremblement de terre politique que cela a entraîné (premier chef d’exécutif élu avec l’extrême droite en Allemagne depuis la guerre), Thomas Kemmerich a démissionné le 6 février 2020, et ce fut le sortant Bodo Ramelow qui retrouva le 4 mars 2020 son fauteuil.

Cette incapacité à avoir préservé la discipline parmi les membres de son parti pour refuser toute alliance avec l’AfD a abouti à la démission de AKK. Un congrès aurait dû se dérouler dès le 25 avril 2020 mais la crise sanitaire en a empêché la tenue et le contexte ne se prêtait pas à une guerre intestine, reportée finalement à ce week-end de manière virtuelle.

Ce fut le candidat le plus proche d’Angela Merkel qui a été élu face à son rival permanent depuis plus de vingt ans. Armin Laschet (59 ans), en effet, a été élu président fédéral de la CDU ce 16 janvier 2021, avec 52,79% (521 voix) au second tour contre 47,21% (466 voix) pour Friedrich Merz (65 ans), homme d’affaires fortuné qui avait dû céder sa place de président du groupe CDU au Bundstag à un proche d’Angela Merkel le 24 septembre 2002, deux ans après avoir affronté directement Angela Merkel elle-même en 2000 pour succéder à Helmut Kohl à la tête du parti. Friedrich Merz a retenté sa chance face à AKK en 2018, sans succès non plus. La désignation de Friedrich Merz aurait définitivement "conservatiser" la CDU, qui serait devenue un parti conservateur classique au lieu d’être ce qu’elle a toujours été, l’Union chrétienne-démocrate qui, au-delà de la préoccupation économique, a aussi une préoccupation sociale.

Armin Laschet a pourtant été seulement en deuxième position au premier tour, avec 38,42% (380 voix) face à Friedrich Merz qui a fait légèrement mieux, 38,93% (385 voix), mais il a bénéficié du soutien du troisième candidat, l’ancien ministre fédéral Norbert Röttgen (55 ans), 22,65% (224 voix), président de la commission des affaires étrangères au Bundestag, proche également d’Angela Merkel et probablement le candidat préféré de la France pour sa volonté de renforcer l'amitié franco-allemande.

C’est un beau cadeau d’anniversaire en avance pour Armin Laschet qui aura 60 ans dans un mois, le 18 février 2021, élu ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie depuis le 27 juin 2017, ayant repris la région aux sociaux-démocrates. Dans cette région, il était un rival de Norbert Röttgen au sein de la CDU (ce dernier ayant été élu président de la CDU du Land en 2010 face à Armin Laschet).

Au niveau fédéral, Armin Laschet, très conciliant avec les écologistes, cité régulièrement comme un successeur potentiel d’Angela Merkel depuis que cette dernière avait annoncé, le 29 octobre 2018, sa décision de se retirer de la présidence de la CDU, il avait refusé de se porter candidat à ce moment-là, laissant AKK gagner le congrès. Il est un très proche d’Angela Merkel, un partisan très affirmé de la construction européenne, un soutien indéfectible de la politique d’accueil et d’intégration des centaines de milliers de réfugiés voulue par Angela Merkel en 2015, au point d’avoir été appelé "Armin le Turc".

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Cette victoire a de quoi rasséréner Angela Merkel, la Chancelière insubmersible d’une Allemagne modernisée. Depuis quelques semaines, son autorité a faibli avec le début de la deuxième vague de l’épidémie de covid-19 en pleine figure de l’Allemagne. Son allocution télévisée le 13 décembre 2020, sur le ton dramatique, a montré à quel point elle est sensible à la protection des vies humaines. Elle a pris la décision de mettre en confinement l’Allemagne dès le 16 décembre 2020 (c’est-à-dire avant Noël) et probablement jusqu’au mois d’avril 2021.

Quelques jours auparavant, beaucoup de journaux et d’éditorialistes se demandaient pourquoi l’Allemagne ne faisait pas comme la France, devenue un modèle pour les Allemands, par une opération de retournement absolument inconnue des Français qui croient que l’Allemagne est encore le modèle dans la crise sanitaire.

La réalité, c’est que la France s’en tire nettement mieux que l’Allemagne dans la deuxième vague. La France l’a anticipée, tandis que l’Allemagne, qui a eu chance de ne pas avoir été trop lourdement touchée par la première vague, a subi, comme le reste de l’est européen, une vague extrême. Résultat, la France a maintenant beaucoup moins de victimes que l’Allemagne (environ 400 décès par jours au lieu du triple pour l’Allemagne) et même du point de vue organisationnel, malgré les différences du nombre d’habitants, la France a réalisé plus de tests que l’Allemagne, respectivement 39,2 millions (60 tests pour 100 habitants) et 36,3 millions 43 tests pour 100 habitants). On verra dans quelques mois ce qu’il en sera pour la vaccination.

Alors que depuis 2015, la lumière Merkel avait pâli avec l’arrivée massive de réfugiés en Allemagne, elle avait repris de l’intensité durant l’année 2020 justement pour la bonne tenue de l’Allemagne, tant sanitaire qu’économique, pendant la première vague. Mais aujourd’hui, l’Allemagne s’enfonce dans un véritable cauchemar sanitaire, ayant hélas entraîné au total près de 50 000 décès dus au covid-19 (probablement atteints au cours de la troisième semaine de janvier).

À 66 ans, Angela Merkel a fêté le quinzième anniversaire de ses fonctions de Chancelière d’Allemagne fédérale le 22 novembre 2020 (c'est déjà un an de plus que François Mitterrand). Elle devrait se maintenir jusqu’en septembre 2021, date des prochaines élections législatives à l’issue desquelles, en principe, elle quittera le pouvoir. Plus de 70% des sondés plébiscitent leur "Mutti" dans les sondages et une majorité souhaiterait la voir postuler pour un cinquième mandat, ce qu'elle refuse obstinément.

Pour l’instant, Angela Merkel n’a pas (encore) battu le record de longévité de son mentor, Helmut Kohl, à la fois à la tête du gouvernement allemand (seize ans, du 1er octobre 1982 au 27 octobre 1998) et à la tête de la CDU (vingt-cinq ans, du 12 juin 1973 au 7 novembre 1998). Elle ne battra certainement pas la longévité du premier Chancelier de l’Allemagne unifiée, à savoir Bismarck, Chancelier impérial pendant presque vingt-trois ans (du 1er juillet 1867 au 20 mars 1890, remercié par le nouvel empereur Guillaume II), mais il était déjà ministre-président de Prusse, un équivalent de Chancelier, pendant plus de vingt-six ans (du 23 septembre 1862 au 1er janvier 1873 et du 9 novembre 1873 au 20 mars 1890).

En revanche, Angela Merkel a déjà battu la longévité du père de la République fédérale, Konrad Adenauer, Chancelier pendant quatorze ans (du 15 septembre 1949 au 11 octobre 1963) et président fédéral de la CDU pendant seize ans (du 21 octobre 1950 au 23 mars 1966). Et j’ajoute, mais c’est peu comparable, qu’elle a battu aussi la longévité du dictateur Hitler (douze ans du 30 janvier 1933 au 30 avril 1945).

Alors qu’on ne gagne rien en France à faire du consensus mou (voir François Hollande), Angela Merkel a duré politiquement grâce à son talent de négociatrice et de conciliatrice : réunir les oppositions, concilier les inconciliables. Sur ses quatre mandats de Chancelière, elle n’a gouverné pleinement que lors d’un seul (son deuxième mandat), les trois autres, elle n’était que la représentante de la grande coalition, c’est-à-dire de l’union conjoncturelle entre les deux grands partis gouvernementaux, la CDU et le SPD, faute de majorité absolue pour l’un des deux camps, dans un régime pleinement parlementaire qui nécessite, bien plus qu’en France, de choyer les avis des parlementaires.

On a parlé d’une certaine brutalité d’Angela Merkel pour préserver l’orthodoxie financière, notamment lors de la crise grecque. En fait, elle a surtout mis en avant, elle s’est même personnellement engagée, au point de mettre sa popularité en jeu, et même son avenir politique, ses valeurs démocrates-chrétiennes, c’est-à-dire que pour elle, la priorité, ce n’est ni l’argent, ni l’égalitarisme, mais la personne humaine, la dignité humaine, et elle les a mises en avant très nettement dans deux graves crises, la crise des réfugiés (en 2015) et la crise sanitaire (en 2020-2021). En ce sens, elle est une conscience extrêmement nécessaire de l’Europe et du monde. Son poids politique lui a permis d’imposer ces choix qui sont le choix de la vie et pas le choix de l’économie.

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À une échelle mondiale, Emmanuel Macron sera son véritable successeur dans une Europe en perte de repères et en manque de leader. C’est lui qui, entre mai et juillet 2020, a convaincu son homologue allemande de faire une mutualisation de la dette pour relancer l’économie, la recherche et la culture européennes à hauteur de 500 milliards d’euros. La désignation d’Armin Laschet n’est donc pas seulement une excellente chose pour l’Allemagne, mais aussi pour l’Europe. Le premier parti allemand sera toujours à défendre l’esprit de coopération et la dignité humaine dans un monde de plus en plus replié sur lui, parfois par nécessité sanitaire récente et temporaire, souvent par effroi identitaire durable.


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Sylvain Rakotoarison (16 janvier 2021)
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Pour aller plus loin :
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Benoît XVI.
Méditerranée orientale : la France au secours de la Grèce face à la Turquie.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Le pacte franco-allemand historique du 18 mai 2020.
Robert Schuman lance la construction européenne.
Les 75 ans de la Victoire sur le nazisme.
Le syndrome de Hiroshima.
Hitler.
Auschwitz.
Berlin 1989 : le 9/11 avant le 11/9.
Les élections régionales en Thuringe du 27 octobre 2019.
Konrad Adenauer.
L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?

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16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 16:58

« Avoir vécu trente-cinq ans dans une dictature a rendu Merkel allergique à toutes les formes de carcans, et d‘abord les carcans idéologiques. Elle considère que les idéologies aveuglent les hommes. Elle a vu par ailleurs qu’un système politique reposant sur une idéologie pouvait s’effondrer du jour au lendemain. Cela lui donne une très grande liberté pour aborder les problèmes, et c’est ce qui explique qu’elle soit capable de prendre des décisions qui surprennent tout le monde du jour au lendemain. » (Jacqueline Boyson, 2001).



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Ce samedi 16 janvier 2021 a eu lieu le 33e congrès de la CDU (chrétiens-démocrates allemands), le parti au pouvoir, un congrès très important : la désignation du nouveau président fédéral de la CDU par les 992 mandants. Pendant dix-huit ans, du 10 avril 2000 au 7 décembre 2018, Angela Merkel a présidé la CDU. Sa successeure directe, Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK), ministre-présidente de la Sarre du 10 août 2011 au 1er mars 2018 et actuelle Ministre fédérale de la Défense depuis e 17 juillet 2019 (succédant à Ursula von der Leyen), a jeté l’éponge le 10 février 2020 après les défaites électorales de son parti aux élections régionales en automne 2019 et surtout, après une alliance scandaleuse entre les élus CDU et les élus AfD (parti d’extrême droite) pour éviter la reconduction d’un social-démocrate à la tête de la Thuringe.

Un mot ce sur scandale : les élus CDU, FDP et AfD se sont unis pour élire Thomas Kemmerich (FDP) le 5 février 2020 comme ministre-président de Thuringe, au troisième tour à la majorité relative avec une voix d’avance sur le ministre-présient sortant (Die Linke, extrême gauche) Bodo Ramelow (en absence de candidat ayant obtenu la.majorité absolue aux deux premiers tours). Finalement, après le tremblement de terre politique que cela a entraîné (premier chef d’exécutif élu avec l’extrême droite en Allemagne depuis la guerre), Thomas Kemmerich a démissionné le 6 février 2020, et ce fut le sortant Bodo Ramelow qui retrouva le 4 mars 2020 son fauteuil.

Cette incapacité à avoir préservé la discipline parmi les membres de son parti pour refuser toute alliance avec l’AfD a abouti à la démission de AKK. Un congrès aurait dû se dérouler dès le 25 avril 2020 mais la crise sanitaire en a empêché la tenue et le contexte ne se prêtait pas à une guerre intestine, reportée finalement à ce week-end de manière virtuelle.

Ce fut le candidat le plus proche d’Angela Merkel qui a été élu face à son rival permanent depuis plus de vingt ans. Armin Laschet (59 ans), en effet, a été élu président fédéral de la CDU ce 16 janvier 2021, avec 52,79% (521 voix) au second tour contre 47,21% (466 voix) pour Friedrich Merz (65 ans), homme d’affaires fortuné qui avait dû céder sa place de président du groupe CDU au Bundstag à un proche d’Angela Merkel le 24 septembre 2002, deux ans après avoir affronté directement Angela Merkel elle-même en 2000 pour succéder à Helmut Kohl à la tête du parti. Friedrich Merz a retenté sa chance face à AKK en 2018, sans succès non plus. La désignation de Friedrich Merz aurait définitivement "conservatiser" la CDU, qui serait devenue un parti conservateur classique au lieu d’être ce qu’elle a toujours été, l’Union chrétienne-démocrate qui, au-delà de la préoccupation économique, a aussi une préoccupation sociale.

Armin Laschet a pourtant été seulement en deuxième position au premier tour, avec 38,42% (380 voix) face à Friedrich Merz qui a fait légèrement mieux, 38,93% (385 voix), mais il a bénéficié du soutien du troisième candidat, l’ancien ministre fédéral Norbert Röttgen (55 ans), 22,65% (224 voix), président de la commission des affaires étrangères au Bundestag, proche également d’Angela Merkel et probablement le candidat préféré de la France pour sa volonté de renforcer l'amitié franco-allemande.

C’est un beau cadeau d’anniversaire en avance pour Armin Laschet qui aura 60 ans dans un mois, le 18 février 2021, élu ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie depuis le 27 juin 2017, ayant repris la région aux sociaux-démocrates. Dans cette région, il était un rival de Norbert Röttgen au sein de la CDU (ce dernier ayant été élu président de la CDU du Land en 2010 face à Armin Laschet).

Au niveau fédéral, Armin Laschet, très conciliant avec les écologistes, cité régulièrement comme un successeur potentiel d’Angela Merkel depuis que cette dernière avait annoncé, le 29 octobre 2018, sa décision de se retirer de la présidence de la CDU, il avait refusé de se porter candidat à ce moment-là, laissant AKK gagner le congrès. Il est un très proche d’Angela Merkel, un partisan très affirmé de la construction européenne, un soutien indéfectible de la politique d’accueil et d’intégration des centaines de milliers de réfugiés voulue par Angela Merkel en 2015, au point d’avoir été appelé "Armin le Turc".

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Cette victoire a de quoi rasséréner Angela Merkel, la Chancelière insubmersible d’une Allemagne modernisée. Depuis quelques semaines, son autorité a faibli avec le début de la deuxième vague de l’épidémie de covid-19 en pleine figure de l’Allemagne. Son allocution télévisée le 13 décembre 2020, sur le ton dramatique, a montré à quel point elle est sensible à la protection des vies humaines. Elle a pris la décision de mettre en confinement l’Allemagne dès le 16 décembre 2020 (c’est-à-dire avant Noël) et probablement jusqu’au mois d’avril 2021.

Quelques jours auparavant, beaucoup de journaux et d’éditorialistes se demandaient pourquoi l’Allemagne ne faisait pas comme la France, devenue un modèle pour les Allemands, par une opération de retournement absolument inconnue des Français qui croient que l’Allemagne est encore le modèle dans la crise sanitaire.

La réalité, c’est que la France s’en tire nettement mieux que l’Allemagne dans la deuxième vague. La France l’a anticipée, tandis que l’Allemagne, qui a eu chance de ne pas avoir été trop lourdement touchée par la première vague, a subi, comme le reste de l’est européen, une vague extrême. Résultat, la France a maintenant beaucoup moins de victimes que l’Allemagne (environ 400 décès par jours au lieu du triple pour l’Allemagne) et même du point de vue organisationnel, malgré les différences du nombre d’habitants, la France a réalisé plus de tests que l’Allemagne, respectivement 39,2 millions (60 tests pour 100 habitants) et 36,3 millions 43 tests pour 100 habitants). On verra dans quelques mois ce qu’il en sera pour la vaccination.

Alors que depuis 2015, la lumière Merkel avait pâli avec l’arrivée massive de réfugiés en Allemagne, elle avait repris de l’intensité durant l’année 2020 justement pour la bonne tenue de l’Allemagne, tant sanitaire qu’économique, pendant la première vague. Mais aujourd’hui, l’Allemagne s’enfonce dans un véritable cauchemar sanitaire, ayant hélas entraîné au total près de 50 000 décès dus au covid-19 (probablement atteints au cours de la troisième semaine de janvier).

À 66 ans, Angela Merkel a fêté le quinzième anniversaire de ses fonctions de Chancelière d’Allemagne fédérale le 22 novembre 2020 (c'est déjà un an de plus que François Mitterrand). Elle devrait se maintenir jusqu’en septembre 2021, date des prochaines élections législatives à l’issue desquelles, en principe, elle quittera le pouvoir. Plus de 70% des sondés plébiscitent leur "Mutti" dans les sondages et une majorité souhaiterait la voir postuler pour un cinquième mandat, ce qu'elle refuse obstinément.

Pour l’instant, Angela Merkel n’a pas (encore) battu le record de longévité de son mentor, Helmut Kohl, à la fois à la tête du gouvernement allemand (seize ans, du 1er octobre 1982 au 27 octobre 1998) et à la tête de la CDU (vingt-cinq ans, du 12 juin 1973 au 7 novembre 1998). Elle ne battra certainement pas la longévité du premier Chancelier de l’Allemagne unifiée, à savoir Bismarck, Chancelier impérial pendant presque vingt-trois ans (du 1er juillet 1867 au 20 mars 1890, remercié par le nouvel empereur Guillaume II), mais il était déjà ministre-président de Prusse, un équivalent de Chancelier, pendant plus de vingt-six ans (du 23 septembre 1862 au 1er janvier 1873 et du 9 novembre 1873 au 20 mars 1890).

En revanche, Angela Merkel a déjà battu la longévité du père de la République fédérale, Konrad Adenauer, Chancelier pendant quatorze ans (du 15 septembre 1949 au 11 octobre 1963) et président fédéral de la CDU pendant seize ans (du 21 octobre 1950 au 23 mars 1966). Et j’ajoute, mais c’est peu comparable, qu’elle a battu aussi la longévité du dictateur Hitler (douze ans du 30 janvier 1933 au 30 avril 1945).

Alors qu’on ne gagne rien en France à faire du consensus mou (voir François Hollande), Angela Merkel a duré politiquement grâce à son talent de négociatrice et de conciliatrice : réunir les oppositions, concilier les inconciliables. Sur ses quatre mandats de Chancelière, elle n’a gouverné pleinement que lors d’un seul (son deuxième mandat), les trois autres, elle n’était que la représentante de la grande coalition, c’est-à-dire de l’union conjoncturelle entre les deux grands partis gouvernementaux, la CDU et le SPD, faute de majorité absolue pour l’un des deux camps, dans un régime pleinement parlementaire qui nécessite, bien plus qu’en France, de choyer les avis des parlementaires.

On a parlé d’une certaine brutalité d’Angela Merkel pour préserver l’orthodoxie financière, notamment lors de la crise grecque. En fait, elle a surtout mis en avant, elle s’est même personnellement engagée, au point de mettre sa popularité en jeu, et même son avenir politique, ses valeurs démocrates-chrétiennes, c’est-à-dire que pour elle, la priorité, ce n’est ni l’argent, ni l’égalitarisme, mais la personne humaine, la dignité humaine, et elle les a mises en avant très nettement dans deux graves crises, la crise des réfugiés (en 2015) et la crise sanitaire (en 2020-2021). En ce sens, elle est une conscience extrêmement nécessaire de l’Europe et du monde. Son poids politique lui a permis d’imposer ces choix qui sont le choix de la vie et pas le choix de l’économie.

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À une échelle mondiale, Emmanuel Macron sera son véritable successeur dans une Europe en perte de repères et en manque de leader. C’est lui qui, entre mai et juillet 2020, a convaincu son homologue allemande de faire une mutualisation de la dette pour relancer l’économie, la recherche et la culture européennes à hauteur de 500 milliards d’euros. La désignation d’Armin Laschet n’est donc pas seulement une excellente chose pour l’Allemagne, mais aussi pour l’Europe. Le premier parti allemand sera toujours à défendre l’esprit de coopération et la dignité humaine dans un monde de plus en plus replié sur lui, parfois par nécessité sanitaire récente et temporaire, souvent par effroi identitaire durable.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Angela Merkel.
Armin Laschet.
Ursula von der Leyen.
Friedrich Dürrenmatt.
Richard von Weizsäcker.
Benoît XVI.
Méditerranée orientale : la France au secours de la Grèce face à la Turquie.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Le pacte franco-allemand historique du 18 mai 2020.
Robert Schuman lance la construction européenne.
Les 75 ans de la Victoire sur le nazisme.
Le syndrome de Hiroshima.
Hitler.
Auschwitz.
Berlin 1989 : le 9/11 avant le 11/9.
Les élections régionales en Thuringe du 27 octobre 2019.
Konrad Adenauer.
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