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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 23:43

(verbatim)


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170216-justin-trudeau-ceta.html



Discours de Justin Trudeau devant le Parlement Européen
Strasbourg (France)
Le 16 février 2017



Monsieur le Président Tusk, monsieur le Président Tajani, distingués parlementaires, mesdames et messieurs.

Bon avant-midi. C’est un privilège pour moi d’être ici aujourd’hui. On m’a informé que c’est la première fois qu’un premier ministre canadien en poste prend la parole devant le Parlement européen donc je tiens à vous remercier sincèrement de m’accorder cet honneur.

Comme vous le savez, j’étais à Bruxelles il n’y a pas si longtemps pour signer officiellement l’Accord économique et commercial global et l’Accord de partenariat stratégique.

Le président Tusk, le président Juncker, le premier ministre Fico et moi avons fait un grand pas en vue d’approfondir notre relation et d’accroître les échanges commerciaux libres et progressistes entre le Canada et l’Union européenne.

Et hier, nous avons franchi une autre étape importante.

Une étape que nous avons franchie après des décennies de travail.

Relation Canada-UE et valeurs communes

Cette année, nous célébrons le 41e anniversaire de l’établissement de la mission diplomatique de la Commission européenne à Ottawa.

Et dans le cadre de notre partenariat historique, le Canada et l’UE se sont montrés solidaires sur les enjeux importants.

Des enjeux comme le maintien de la sécurité mondiale.

La promotion des valeurs de paix et de justice.

Et la détermination d’assurer la prospérité de nos populations grâce au commerce et à l’investissement.

Nous avons travaillé ensemble dans des dossiers comme les changements climatiques et les droits des femmes et des filles dans le monde.

Et, mesdames et messieurs, je suis certain que nous accomplirons de grandes choses ensemble au cours des années à venir – pour les pays que nous représentons et, surtout, pour les gens que nous servons.

L’Union européenne est une réalisation vraiment remarquable, ainsi qu’un modèle sans précédent de coopération pacifique. Le Canada sait qu’une voix européenne forte sur la scène mondiale est non seulement préférable, mais essentielle.

Nous savons que l’UE est le plus important donateur au monde en ce qui a trait au développement et à l’aide humanitaire. Et ensemble, vos États membres représentent l’une des économies les plus grandes du monde. De plus, vous êtes un acteur crucial et central dans la résolution des défis communs auxquels font face les membres de la communauté internationale.

En effet, le monde entier bénéficie d’une UE forte.

Au nom des Canadiens, je vous remercie d’entretenir une relation soutenue et respectueuse avec notre pays. En effet, les liens qui unissent le Canada et l’Union européenne sont devenus un exemple de collaboration internationale.

J’aimerais remercier Dan Costello, l’ambassadeur actuel du Canada auprès de l’UE, d’avoir servi notre pays de façon exemplaire. Dan a offert un appui incroyable à notre nouvel ambassadeur, l’honorable Stéphane Dion.

Stéphane, que je considère comme un ami proche et un mentor, est un homme qui s’est longtemps battu pour faire de notre pays un endroit meilleur pour tous les Canadiens. Il représentera fièrement le Canada, avec courage et conviction, alors que nous amorçons ce nouveau chapitre important.

Maintenant, permettez-moi de souligner encore une fois à quel point je suis honoré de représenter le Canada dans ce lieu historique aujourd’hui. C’était une priorité pour moi de venir à Strasbourg et de m’adresser à vous, parce que j’accorde beaucoup de valeur à notre relation et à ce que nous partageons.

Je suis persuadé que si la relation entre le Canada et l’UE est aussi résiliente, c’est parce qu’elle repose sur nos valeurs communes. Des valeurs qui nous façonnent et nous définissent. Des valeurs que partagent les Canadiens et les Européens.

Voyez-vous, collectivement, nous croyons en la démocratie, la transparence et la primauté du droit. Nous croyons en la reconnaissance et le respect des droits de la personne. Et nous croyons en l’inclusion et en la diversité.

Nous savons que, dans un monde de plus en plus interconnecté, nous devons choisir d’être les chefs de file de l’économie mondiale, plutôt que de simplement en subir les aléas.

Et nous savons que l’État a un important rôle à jouer – non seulement pour soutenir ses citoyens, mais aussi pour aider à créer les conditions propices au progrès.

Et sur ce dernier point, comme nous venons de le démontrer au monde entier, collectivement, nous valorisons le commerce et la promesse de prospérité qui l’accompagne pour tous nos citoyens.

Hier, en plus d’avoir ratifié l’Accord de partenariat stratégique, ce Parlement a voté en faveur de la ratification de l’Accord économique et commercial global.

Après des années de négociations, cet important accord commercial s’apprête à franchir la ligne d’arrivée. Et je pense que nous pouvons tous nous entendre pour dire que l’AECG  était un projet extrêmement ambitieux mais qui s’avèrera aussi être l’une de nos plus grandes réalisations.

J’aimerais exprimer ma sincère reconnaissance à l’ancienne ministre du Commerce international du Canada – qui est maintenant ministre des Affaires étrangères – Chrystia Freeland, à notre négociateur en chef, Steve Verheul, ainsi qu’à leurs homologues de l’Union européenne, pour les efforts inlassables qu’ils ont déployés en vue de conclure cet accord.

Et je suis certain que notre nouveau ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, sera une voix forte pour le Canada sur la scène internationale au cours des prochaines années.

Mettons toutefois les choses au clair – un accord aussi ambitieux que l’AECG demande énormément de travail. Chacun d’entre nous, ici dans cette salle, sait que cela n’a pas été chose facile. Nous avons dû faire beaucoup d’aller-retour. Nous avons dû tenir de longues discussions et de longues négociations. Faire des rencontres au Canada et aux quatre coins de l’Europe.

Mais le produit final est une réalisation dont nous pouvons tous être incroyablement fiers. Je suis persuadé que l’AECG deviendra la référence pour les futurs accords commerciaux d’une telle ampleur et d’une telle complexité.

Et c’est tout simplement extraordinaire.

La devise de l’Union européenne, « Unie dans la diversité », est un excellent rappel de ce qu’il est possible d’accomplir lorsque, malgré leurs différences, des pays se rassemblent pour servir l’intérêt commun de leurs citoyens.

Cependant, nous vivons à une époque où certaines personnes s’inquiètent de voir le système actuel ne profiter qu’à une élite très restreinte. Et c’est une préoccupation légitime.

Cette anxiété à l’égard de l’économie et du commerce – l’inquiétude de voir nos enfants ne pas avoir accès aux mêmes emplois et aux mêmes possibilités que nous – ne peut être apaisée que si nous veillons à ce que le commerce soit inclusif et à ce que tout le monde puisse profiter des retombées.

Et c’est précisément ce que cet accord – l’Accord économique et commercial global – nous permettra d’accomplir.

Parce que, dans son essence même, l’AECG définit un cadre qui donnera lieu à des échanges commerciaux profitables pour tous.

Cet accord mènera à la création de bons emplois bien rémunérés pour la classe moyenne. Il permettra d’assurer le bien-être des familles et contribuera à faire croître et à renforcer nos communautés.

Disons que vous êtes un jeune entrepreneur qui propose une idée innovatrice ou un nouveau produit. Vous avez peut-être du mal à joindre des nouveaux consommateurs. Eh bien, l’AECG vient d’ouvrir la porte vers de nouveaux marchés.

Et si vous êtes un consommateur qui souhaite acheter des biens importés, mais qui se bute à des droits de douane trop élevés? Vous étiez peut-être intéressé par des Mukluks fabriqués par Manitobah, une entreprise canadienne fondée par des Autochtones et qui offre des produits sur lesquels une taxe de 17 % est actuellement imposée en Europe. Eh bien, grâce à la ratification de l’AECG, ces tarifs douaniers sont éliminés et vous, comme consommateur, pourrez payer moins cher lorsque vous passez à la caisse.

Le commerce libre et équitable se traduit par une réduction des délais et des formalités administratives à nos frontières pour les transactions internationales.

Il signifie que les fabricants peuvent étendre la circulation de leurs produits dans le monde, gagner des parts du marché et être concurrentiel avec les meilleurs du monde.

Et cela veut dire que les gens qui travaillent dans les secteurs des services comme l’ingénierie, l’architecture et les technologies de l’information profiteront d’une prévisibilité et d’une transparence accrues lors de leurs transactions avec des clients internationaux.

En somme, le Canada et l’UE souhaitent faire ce qu’il y a de mieux pour leurs populations.

Nous voulons que les gens qui travaillent fort puissent bien gagner leur vie et assurer le bien-être de leurs familles. Nous voulons que les mères et les pères soient en mesure d’offrir à leurs enfants des possibilités qu’eux-mêmes n’ont jamais eues. Nous voulons que chaque génération de Canadiens et d’Européens s’en tire mieux et ait un niveau de vie meilleur que la génération qui les a précédées.

Et les accords comme l’AECG  – qui est axé sur le concept du commerce libre et équitable – nous permettront d’y parvenir.

En somme, en facilitant l’achat et la vente de produits, nous pouvons multiplier les opportunités pour nos entreprises – au Canada et partout dans l’UE. Nous pouvons créer des emplois pour la classe moyenne et faire en sorte que nos citoyens profitent des retombées du commerce.

Soyons clairs : il ne s’agit pas uniquement de commerce, d’importations et d’exportations, d’argent qui entre et qui sort. Il s’agit d’améliorer la vie des gens. L’AECG est un plan d’action complet pour assurer la coopération économique responsable entre les pays.

Cet accord moderne et axé sur l’avenir est le reflet d’un agenda commercial réellement progressiste – un agenda qui protège la capacité qu’ont les sociétés de favoriser l’intérêt public. Par exemple, l’AECG prévoit des dispositions visant à protéger la main-d’œuvre.

Des dispositions sur les pratiques responsables en matière d’investissement.

Sur la salubrité des aliments et la sécurité des consommateurs.

Sur la gestion des forêts, des pêches et de l’aquaculture.

Et des dispositions visant à assurer la bonne gestion de l’environnement.

Mes amis, il s’agit véritablement de l’un des accords commerciaux les plus durables et progressistes au monde. Et grâce à lui, le Canada et l’Union européenne ont écrit une page d’histoire.

À tous les députés présents, merci du travail acharné que vous avez accompli au cours des dernières années pour faire de cet objectif ambitieux une réalité. Je sais que tous nos citoyens s’en trouveront mieux servis.

Le Canada et l’Union européenne sont des amis, des partenaires et des alliés depuis très longtemps. Et notre relation naturelle et cordiale est fondée sur ce que nous partageons.

Nous partageons des objectifs et des aspirations qui visent à faire du monde un endroit meilleur, plus sûr et plus juste.

Nous voulons agir pour le bien des travailleurs et des familles qui nous ont élus pour les représenter.

Et nous accueillons le changement à bras ouverts en cherchant des occasions d’être des chefs de file dans une économie mondiale qui évolue constamment.

L’AECG et l’APS – ces accords historiques – sont à l’image de ce que nous avons en commun. Et ils seront profitables pour les Canadiens comme pour les Européens pour des générations à venir.

Dans tout ce que nous avons convenu à ce jour, et dans les discussions qui nous attendent, le partenariat stratégique Canada-UE sera toujours fondé sur le respect, avec un œil tourné vers l’avenir.

Chers amis et chers collègues, nous pouvons affirmer que ce n’est qu’un début. Pour le Canada comme pour l’Union européenne, le meilleur reste à venir.

Merci beaucoup.

Justin Trudeau, Premier Ministre du Canada.
Le 16 février 2017 à Strasbourg.

Source : http://pm.gc.ca/


Pour en savoir plus :
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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Europe et Union Européenne
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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 06:50

« Le seul rempart contre ces forces eurosceptiques est la mobilisation de tous ceux qui croient dans l’idéal européen. (…) Il faudra que les électeurs tranchent et c’est là que les eurosceptiques se trompent. La question posée (…) n’est pas d’être en faveur ou contre l’Europe, la question est quelle Europe nous voulons. Être pro-européen, ce n’est pas être pour l’Europe telle qu’elle est, mais être pour une Europe réorientée. » (Martin Schulz, "Le Monde", le 4 octobre 2013).



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Ce dimanche 12 février 2017 a eu lieu à Berlin l’élection présidentielle en Allemagne. Le Président sortant, Joaquim Gauck, dont le mandat finira le 18 mars 2017, avait annoncé le 6 juin 2016 qu’il ne solliciterait pas un nouveau mandat en raison de son âge avancé (il aurait 82 ans à la fin d’un second mandat).

Contrairement à Angela Merkel qui souhaitait un candidat de la CDU (qui détient la majorité relative), comme l’actuel Ministre des Finances Wolfgang Schäuble, très populaire, ou l’actuel Ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière, la CDU a décidé le 14 novembre 2016 de soutenir le candidat du SPD, Frank-Walter Steinmeier, très populaire aussi, qui a démissionné de son poste ministériel il y a deux semaines pour cette raison. Le poste de Président de la RFA est une fonction honorifique qui est généralement pourvue de manière consensuelle, en Allemagne.

Frank-Walter Steinmeier, qui fut Ministre des Affaires étrangères du 22 novembre 2005 au 27 octobre 2009 et du 17 décembre 2013 au 27 janvier 2017 (dans deux gouvernements de grande coalition CDU-SPD), avec le titre de Vice-Chancelier du 21 novembre 2007 au 27 octobre 2009, avait été le candidat du SPD à la Chancellerie aux élections législatives du 27 septembre 2009.

Ce fut donc sans surprise que ce dernier a été élu Président de la République fédérale d’Allemagne pour cinq ans, dès le premier tour, avec une large majorité des grands électeurs allemands (députés du Bundestag et représentants des Länder), avec 931 voix face aux quatre autres candidats, sur un corps électoral de 1 260 inscrits, soit 81,0% des suffrages exprimés.

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Frank-Walter Steinmeier n’a pas "battu" son homologue turkmène qui, le même jour, 12 février 2017, s’était fait réélire à la tête du Turkménistan au premier tour aussi avec …97,7% des voix contre huit autres concurrents, et avec une participation de 97,3%. Il faut néanmoins reconnaître que le niveau de démocratie n’est pas le même en Allemagne et au Turkménistan.

Adepte du culte de la personnalité à la façon très soviétique, Gourbangouli Berdimoukhamedov avait succédé à un autre adepte du culte de la personnalité Saparmourad Niazov (dont il était le dentiste) à la mort de celui-ci, le 21 décembre 2006 et s’était fait élire et réélire auparavant le 11 février 2007 et le 12 février 2012 avec le même type de score (respectivement avec 89,2% et 97,1% des voix). Son troisième mandat, qui a été autorisé et prolongé à sept ans lors d’une récente réforme constitutionnelle, se terminerait donc le 14 février 2024 (à peu près en même temps que la fin d’un quatrième mandat de six ans en Russie, si Vladimir Poutine se décide de se représenter à la prochaine élection présidentielle russe, prévue en mars 2018).

Mais revenons à la vie politique allemande. L’élection de Frank-Walter Steinmeier a engendré un remaniement dans le troisième gouvernement d’Angela Merkel le 27 janvier 2017 : le Vice-Chancelier SPD Sigmar Gabriel a repris les Affaires étrangères et l’Économie et l’Énergie dont il était responsable sont revenues à une autre SPD, Brigitte Zypries, qui fut une ancienne Ministre de la Justice du 22 octobre 2002 au 28 octobre 2008 (second gouvernement de Gerhard Schröder et premier gouvernement d’Angela Merkel).

Pourtant, ce remaniement n’allait pas de soi. Pendant très longtemps, Sigmar Gabriel, numéro deux du gouvernement de grande coalition depuis le 17 décembre 2013 et président du SPD (parti social-démocrate allemand) depuis le 13 novembre 2009, avait toujours déclaré qu’il serait le concurrent d’Angela Merkel pour les élections législatives du 24 septembre 2017. Non seulement il restait une personnalité assez impopulaire, mais aussi, sa crédibilité pour s’opposer à Angela Merkel était très limitée puisque, pendant toute la législature sortante, il était son Vice-Chancelier.

Après deux mandats à la Présidence du Parlement Européen, Martin Schulz, qui n’a jamais été actif et connu qu’au sein des institutions européennes, avait laissé entendre qu’il serait le futur Ministre des Affaires étrangères pour remplacer Frank-Walter Steinmeier, sans toutefois cacher ses grandes ambitions nationales.

Or, le 24 janvier 2017, un coup de théâtre a eu lieu. Finalement, Sigmar Gabriel a renoncé à être le candidat du SPD à la Chancellerie : « Si je me présentais, j’échouerais, et avec moi le SPD. ». Martin Schulz, qui ne voulait pas se confronter à Sigmar Gabriel dans une bataille interne au SPD, fut donc désigné à ce premier rôle, sans concurrence et « de manière unanime ». Depuis cette date, soit environ trois semaines, Martin Schulz a réussi à faire remonter le SPD dans les sondages de 20% à 31% et maintenant, il serait légèrement en tête devant la CDU/CSU d’Angela Merkel dans les intentions de vote (la CDU chutant de 35% à 30%).

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Martin Schulz, fort de sa popularité, jouit donc actuellement d’une divine dynamique électorale, très étonnante quand on sait que si Angela Merkel est contestée, c’est plutôt sur sa droite, parce qu’elle aurait eu une politique à l’égard des réfugiés syriens trop accueillante. D’ailleurs, l’une des inconnues cruciales du scrutin du 24 septembre 2017 sera le score du parti d’extrême droite AFD (certains sondages le hisseraient jusqu’à environ 13%).

Parlant, au-delà de l’allemand, le français, l’espagnol, l’anglais, l’italien et le néerlandais, Martin Schulz a su se faire apprécier sur la scène européenne : député européen social-démocrate du 19 juillet 1994 au 10 février 2017 (élu cinq fois !), après avoir été le représentant des députés européens allemands du SPD, de 2000 à 2004, il a pris le leadership de la sociale-démocratie européenne (attribué aux Allemands en raison du nombre) en prenant la présidence du groupe des socialistes européens du 5 juillet 2004 au 17 janvier 2012. Il a encouragé la prolongation par un second mandat de José Manuel Barroso à la Présidence de la Commission Européenne en apportant les voix socialistes aux voix du PPE après les élections européennes du 7 juin 2009.

Fort de son autorité, Martin Schulz a réussi le tour de force de se faire élire deux fois (et successivement) Président du Parlement Européen, du 17 janvier 2012 au 17 janvier 2017. Au cours de ces années, Martin Schulz a véritablement représenté la partie parlementaire des institutions européennes, voulant appliquer complètement le Traité de Lisbonne (qui donne de nouveaux pouvoirs aux députés européens). Il a eu aussi des opposants célèbres au cours d’échanges souvent musclés au sein de l’hémicycle de Strasbourg : Silvio Berlusconi, Jean-Marie Le Pen, Daniel Cohn-Bendit, Beata Szydlo (la Premier Ministre polonaise), etc.

Aux élections européennes du 25 mai 2014, Martin Schulz avait été le candidat socialiste au poste de Président de la Commission Européenne face notamment à Jean-Claude Juncker (pour le PPE), Guy Verhofstadt (pour les centristes de l’ALDE) et Alexis Tsipras (pour la gauche radicalisée).

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À l’origine, sans diplôme et autodidacte, il a commencé sa vie active comme libraire à Würselen, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, pendant douze ans avant de se lancer dans la politique européenne (il avait été élu bourgmestre de sa ville de 1987 à 1998). À 61 ans, Martin Schulz n’a donc pas le profil traditionnel d’un responsable politique national. Jusqu’à maintenant, il n’a jamais eu de mandat parlementaire national et n’a jamais eu de responsabilité nationale.

Pourtant, sa popularité et sa combativité placent Martin Schulz désormais en position de favori pour les élections législatives du 24 septembre 2017. Le duel entre lui et Angela Merkel sera probablement serré. Si Angela Merkel remportait un quatrième mandat, elle serait en mesure d’atteindre le record de longévité de son prédécesseur Helmut Kohl. Dans le cas inverse, Martin Schulz, par son talent, hors des intrigues de partis mais bien en phase avec la population, aurait alors démontré qu’il était possible de passer par l’Europe pour avoir une carrière nationale au plus haut niveau, ce qui est très rare (en général, c’est plutôt l’inverse).

L'enjeu des élections législatives allemandes est cependant moins crucial que celui de l'élection présidentielle française où des forces populistes nombreuses sont prêtes à remettre en cause soixante années d'un travail long et fragile de coopération européenne, imparfaite certes, mais indispensable dans le monde globalisé d'aujourd'hui où l'isolement serait synonyme de déclin économique définitif.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Martin Schulz en campagne, en 2017.
Martin Schulz l’Européen, en 2013-2014.
Un nouveau Président du Parlement Européen le 17 janvier 2017.
Angela Merkel, l’honneur de l’Europe de la solidarité.
Hans-Dietrich Genscher.
Dix infographies sur les dix années au pouvoir d’Angela Merkel.
Le décennat de la Bundeskanzlerin.
Vidéos sur Helmut Schmidt.
La Réunification de l’Allemagne.
L’amitié franco-allemande.
Helmut Schmidt.
Helmut Kohl.
Mutti Merkel, reine du monde ?
Joachim Glauck.
Angela Merkel et François Hollande à Strasbourg.
Helmut Kohl et Viktor Orban.
Les risques de la germanophobie.
Jean-Claude Juncker.

_yartiSchulzMartinB04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170124-martin-schulz.html

http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/bientot-l-allemagne-de-martin-189709

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/14/34935390.html


 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Europe et Union Européenne
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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 05:22

« Le monde dépend d’une Europe démocratique, qui porte les principes de pluralisme, de diversité et de liberté fondant nos valeurs communes. En tant que peuples libres, nous ne pouvons laisser l’inquiétude économique ou le sentiment d’insécurité miner notre engagement pour les valeurs universelles qui sont à l’origine de notre force. » (Hanovre, le 25 avril 2016).


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Le Président des États-Unis Barack Obama termine son second mandat de quatre ans ce vendredi 20 janvier 2017 et laisse la Maison-Blanche au nouveau Président Donald Trump. Pour faire ses "adieux", Barack Obama a prononcé son dernier discours le 10 janvier 2017 à Chicago, ville qui lui est chère, où il a répondu à son "Yes We Can" de 2008 par un : "Yes We Did" !

Je profite des derniers jours de Présidence Obama pour revenir à un discours important qu’il a prononcé le 25 avril 2016 à Hanovre, en Allemagne, où il a évoqué, ce qui a été très rare pendant ses huit années de mandats, la construction européenne et les relations entre l’Europe et les États-Unis.

L’antiaméricanisme, qui est une caractéristique commune de l’extrême droite, de l’extrême gauche et des djihadistes, voudrait faire croire que sous prétexte que les États-Unis disent que la Terre est ronde, il faudrait qu’elle soit plate. Si l’Europe et les États-Unis ont pris beaucoup de positions en commun ces dernières décennies, c’est parce qu’il y a des valeurs communes de liberté, d’égalité, de démocratie, ce qui n’empêche pas quelques graves divergences comme la peine de mort ou la guerre en Irak.

En présence de la Chancelière allemande Angela Merkel, Barack Obama est venu ainsi dire à l’Europe entière la considération que les États-Unis avaient pour l’unité du continent européen. Il est venu en Allemagne et pas en France. Lors de sa tournée d’adieu, le Président américain s’était rendu aussi en Allemagne, le 16 novembre 2016, à Berlin sans passer par Paris. Cela donne une idée de la dégradation de la parole de la France dans le monde. Le changement de 2017 donnera probablement plus de crédit à la France.

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L’important était ailleurs. Il faut d’abord rappeler que Barack Obama, malgré ses nombreux soutiens en Europe lors de ses campagnes électorales, n’a jamais porté une attention très soutenue à l’Europe. Ses préoccupations étaient surtout asiatiques. Barack Obama était absent lors du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, ainsi que lors de son vingt-cinquième anniversaire, il fut absent aussi lors de la grande manifestation du 11 janvier 2015 à Paris à la suite des attentats de "Charlie-Hebdo".

Je propose donc de retrouver ici les passages les plus marquants de ce discours de Hanovre, qui n’a pas reçu l’écho mérité en France à l’époque (il y a neuf mois).

Barack Obama a commencé par une "déclaration d’amitié" aux Européens : « Nous comptons (…) tous nos alliés européens parmi nos plus proches amis dans le monde. Car nous partageons tellement d’expériences et de valeurs communes ! Nous croyons que les nations et les peuples doivent vivre dans la sécurité et dans la paix. Nous croyons que les progrès réalisés doivent bénéficier non pas à quelques-uns, mais au plus grand nombre. (…) Nous croyons à l’égalité et à la dignité propre à tout être humain. ».

Ensuite, il a poursuivi avec le sentiment optimiste que notre époque n’a jamais été aussi positive dans l’histoire des hommes : « C’est la vérité : nous avons la chance de vivre à l’époque la plus pacifique, la plus prospère, la plus avancée de l’histoire humaine. Cela surprendra les jeunes qui voient surgir un flot incessant de mauvaises nouvelles de la télévision et de leurs portables. Mais rappelez-vous ceci : des décennies se sont écoulées depuis le dernier affrontement entre grandes puissances ; de plus en plus de gens vivent en démocratie ; nous sommes plus riches, en meilleure santé, mieux éduqués, avec une économie mondiale qui a permis de sortir de l’extrême pauvreté plus d’un milliard de personnes et qui a créé une nouvelle classe moyenne sur les continents américain, africain et asiatique. Et songez à l’état de santé moyen des humains aujourd’hui : nous sauvons des dizaines de millions de vies de la maladie et de la mortalité infantile, et l’espérance de vie générale augmente. ».

Et de donner un critère : « Si nous pouvions choisir le moment de notre naissance, à n’importe quelle époque de l’histoire humaine, sans connaître à l’avance notre nationalité, notre sexe ou notre statut économique, nous choisirions certainement le temps présent. Même avec ses incommensurables souffrances, ses drames infinis et l’immense travail qui nous reste à faire. ».

Cette "déclaration d’amitié" ne pouvait pas se faire sans "déclaration de grandeur" : « Je suis donc venu aujourd’hui, au cœur de l’Europe, pour affirmer que les États-Unis et le monde entier ont besoin d’une Europe forte, prospère, démocratique et unie. Peut-être faut-il un étranger, un non-Européen, pour vous rappeler la grandeur de vos accomplissements. Le progrès dont je parle a été essentiellement réalisé grâce aux idéaux nés sur ce continent au temps des Lumières et par la fondation de nouvelles républiques. ».

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Barack Obama a cité Konrad Adenauer, l’artisan, avec De Gaulle, de l’amitié franco-allemande : « L’unité européenne était le rêve de quelques-uns. Elle devint l’espoir d’une multitude. Elle est aujourd’hui une nécessité pour nous tous. ».

Le Président Obama n’a pas ignoré les freins à la construction européenne, les risques de repli sur soi : « Cela n’a pas été facile. Il a fallu surmonter de vieilles animosités. L’orgueil national a dû s’accommoder d’un engagement pour le bien commun. Des questions complexes de souveraineté et de partage des charges ont fini par trouver des réponses. À chaque palier, il a fallu réprimer la tentation de rétrograder et de reprendre sa propre route. Plus d’une fois, les sceptiques ont annoncé l’échec de ce grand projet. Mais le projet de l’Europe unie a tenu bon ! ».

L’une des motivations premières de cette unité européenne, c’est la paix et c’est la liberté. Le Président américain a cité son prédécesseur John Kennedy, venu dire aux Allemands, près de la Porte de Brandebourg, à Berlin-Ouest, le 26 juin 1963 : « La liberté est indivisible, tant qu’un seul homme se trouve en esclavage, aucun autre ne peut être libre. ».

Barack Obama a donc tiré son chapeau à la construction européenne après l'éclatement de l’Union Soviétique : « Vous pouvez toujours vous disputer à propos des meilleurs clubs de football ou voter pour différents chanteurs de l’Eurovision, mais ce que vous avez accompli, plus de cinq cents millions de citoyens parlant vingt-quatre langues dans vingt-huit pays, dont dix-neuf partagent une monnaie commune, tous réunis dans une seule Union, reste l’une des plus grandes réalisations économiques et politiques des temps modernes. ».

Son admiration fut encore plus grande quand il a évoqué ce qu’en Europe, on appelle improprement les eurocrates de Bruxelles, montrant d’ailleurs une très bonne connaissance des institutions européennes et de leur image auprès des peuples européens : « Oui, l’unité européenne peut exiger des compromis et susciter des frustrations. Oui, elle ajoute des difficultés administratives susceptibles de ralentir les prises de décision. Je le sais : j’ai assisté à des réunions de la Commission Européenne. Nous autres Américains, bien connus pour notre dédain des gouvernements, comprenons combien il est facile de mettre tout et son contraire sur le dos de Bruxelles. Rappelez-vous cependant que tous les membres de votre Union sont des démocraties. Ce n’est pas un hasard. Rappelez-vous encore qu’aucun pays de cette Union n’a pris les armes contre un autre. Ce n’est pas un hasard. ».

Au-delà de faire l’apologie de l’unité européenne, Barack Obama a fait également l’apologie de l’économie de marché, ce qui rend les pays attractifs aussi auprès des réfugiés : « Nos économies de marché (…) constituent le plus grand moteur d’innovations, de richesses et d’opportunités que l’histoire ait jamais connu. Notre liberté et notre qualité de vie représentent encore un bien si précieux aux yeux du monde que des parents sont prêts à traverser des déserts et à franchir des mers sur des embarcations de fortune, au risque de tout perdre, dans le seul espoir de prodiguer à leurs enfants les bienfaits dont nus jouissons tous. ».

Au-delà de l’économie, c’est bien une question de valeurs qui lie les États-Unis et les peuples européens : « Nous ne pouvons pas nous détacher de vous. Nos économies ont partie liée. Comme nos cultures. Comme nos peuples. Vous avez vu la manière dont les Américains ont réagi aux attentats de Paris et de Bruxelles : c’est parce que, dans nos esprits, ces villes sont aussi les nôtres. ». Et réciproquement, la réaction des Européens après les attentats du 11 septembre 2001 ont montré que les valeurs étaient fondamentalement partagées des deux côtés de l’Atlantique.

Ces valeurs communes ont pour conséquence la nécessité d’une coopération renforcée entre les États-Unis et l’Europe : « Nous avons besoin d’une Europe forte pour porter sa part du fardeau et œuvrer avec nous à la sécurité de tous. Les États-Unis disposent d’une armée extraordinaire, la meilleure que le monde ait jamais connue, mais nous ne pouvons répondre à nous seuls aux défis actuels. Aujourd’hui, l’organisation Daech présente la menace la plus urgente, et nous sommes unis dans notre détermination à la détruire. (…) N’en doutez pas : ces terroristes recevront la même leçon que d’autres avant eux. Leur haine ne fait pas le poids face à nos nations unies dans la défense de notre mode de vie. (…) Les terroristes font tout leur possible pour frapper nos villes et tuer nos concitoyens. Nous devons faire tout notre possible pour les arrêter. Y compris en comblant nos lacunes pour les empêcher de mener des attentats comme ceux de Paris ou de Bruxelles. ».

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Enfin, comme si c’était une sorte de testament politique, le Président Obama voudrait faire vivre la mondialisation économique au profit de tous.

Le danger, ce serait un fossé qui s’élargirait : « L’inquiétude économique ressentie par beaucoup (…) est légitime. L’économie mondialisée a introduit des changements brutaux qui, malheureusement, touchent plus lourdement certaines catégories de la population, en particulier les ouvriers. Si les charges et les richesses de notre économie ne sont pas réparties équitablement, on ne peut s’étonner que les populations se révoltent et rejettent la mondialisation. Si les gagnants de l’intégration économique sont trop rares et les perdants trop nombreux, les peuples feront machine arrière. ».

Face à ce danger, il faut lutter contre les inégalités : « Nous devons affronter l’injustice liée à l’accroissement des inégalités économiques. Nous devons nous y atteler collectivement. En raison de la mobilité des capitaux, si seuls quelques pays se préoccupent de cet enjeu, beaucoup d’entreprises partiront s’installer là où l’attention est moindre. ». Autrement dit : « Nous ne pouvons pas agir seuls, chacun dans nos frontières, car la finance n’en connaît pas  Tous se déplace trop vite. Sans coordination entre l’Europe, les États-Unis et l’Asie, nous n’y arriverons pas. ».

Cette lutte contre les inégalités est morale mais aussi pragmatique : « La concentration de plus en plus grande des richesses entre les mains de quelques-uns non seulement constitue une épreuve morale pour nos sociétés, mais amenuise leur potentiel de croissance. Nous avons besoin d’une croissance élargie et qui profite à tous. Nous avons besoin d’une fiscalité qui bénéficie aux travailleurs et à leurs familles. Ceux qui, comme moi, soutiennent l’unité européenne et le libre-échange ont la responsabilité impérieuse de veiller à la protection des travailleurs (…). Si nous voulons vraiment réduire les inégalités, nous devons nous assurer que tous ceux qui travaillent dur bénéficient équitablement d’une éducation, d’une formation professionnelle, de services de santé de qualité et d’un bon niveau de rémunération. ».

Cette empathie américano-européenne basée sur un socle commun a d’autant plus de valeur maintenant qu’il y a des chances que son successeur, Donald Trump, par ses outrances, par ses comportements imprévisibles, oublie le poids de l’histoire et la nécessité de "l’unité dans la diversité", qui est la devise de l’Union Européenne qu’a rappelée avec pertinence Barack Obama à la fin de son discours, prononcé deux mois avant le vote du Brexit.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
John Kennedy.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
Mario Cuomo.

_yartiObama2017A05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160425-obama.html

http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/obama-termine-europeen-188640

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/01/18/34813432.html

 

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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 21:16

Après la fin du second mandat de trente mois de l'Allemand social-démocrate Martin Schulz, sept candidats étaient en lisse pour prendre sa succession le 17 janvier 2017. Voici les résultats de cette désignation.

(Les résultats seront indiqués ici lors de leur annonce officielle).


Guy Verhofstadt (ADLE) a retiré sa candidature avant le premier tour.

Premier tour :

Suffrages exprimés validement au premier tour: 683
Suffrages exprimés au total: 718

Antonio Tajani (PPE) : 274 voix
Gianni Pittella (S&D) : 183 voix
Helga Stevens (conservateurs) : 77 voix
Jean Lambert (Verts) : 56 voix.
Eleonora Forenza (Gauche radicale) : 50 voix.
Laurentiu Rebega (extrême droite) : 43 voix.

Besoin d'un deuxième tour.


Deuxième tour :

Suffrages exprimés validement au deuxième tour: 691
Suffrages exprimés au total: 725

Antonio Tajani (PPE) : 287 voix
Gianni Pittella (S&D) : 200 voix
Helga Stevens (conservateurs) : 66 voix
Jean Lambert (Verts) : 51 voix.
Laurentiu Rebega (extrême droite) : 45 voix.
Eleonora Forenza (Gauche radicale) : 42 voix.

Besoin d'un troisième tour.


Troisième tour :

Suffrages exprimés validement au troisième tour: 690
Suffrages exprimés au total: 719

Antonio Tajani (PPE) : 291 voix
Gianni Pittella (S&D) : 199 voix
Helga Stevens (conservateurs) : 58 voix
Jean Lambert (Verts) : 53 voix.
Eleonora Forenza (Gauche radicale) : 45 voix.
Laurentiu Rebega (extrême droite) : 44 voix.

Besoin d'un quatrième tour.


Quatrième et dernier tour :

Suffrages exprimés validement au quatrième tour: 633
Abstention : 80.
Suffrages exprimés au total: 713

Antonio Tajani (PPE) : 351 voix
Gianni Pittella (S&D) : 282 voix



A donc été déclaré élu Président du Parlement Européen à 21h16 : Antonio Tajani, PPE et Italien.

 



Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170117-parlement-europeen.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170117-presidence-parlement-europeen.html

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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 04:13

« Aujourd’hui, la coopération entre la Commission et le Parlement est revenue au centre des politiques européennes. C’était mon rôle de renforcer les institutions communautaires en unifiant les activités. Nous souffrions chaque jour un peu plus de l’impact des États membres, imposant leurs intérêts nationaux très spécifiques. Les institutions ont de nouveau joué leur rôle, respectant les traités. Aujourd’hui, la Commission est bien plus forte qu’il y a deux ans et demi. Le Parlement, aussi, est plus visible, plus fort, plus audible. » (Martin Schulz, "Journal du dimanche", le 12 janvier 2017).


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Ce mardi 17 janvier 2017, à partir de 9 heures (heure de Paris), a lieu, à Strasbourg, l’élection du nouveau Président du Parlement Européen. Le Président sortant, le social-démocrate allemand Martin Schulz (61 ans), député européen depuis juin 1994, vient de terminer son second mandat de 30 mois. Le mandat du Président du Parlement Européen est en effet de deux ans et demi, la moitié d’un mandat de député européen. Quatorze vice-présidents sont également désignés ce mardi et cinq questeurs ce mercredi 18 janvier 2017 pour la même période (2017-2019).


Cuisine électorale

La brièveté de ce mandat permettait jusqu’à maintenant une véritable entourloupe antidémocratique : les deux plus grands groupes, pourtant politiquement opposés, le PPE (centre droit, qu’on retrouve avec la CDU en Allemagne et "Les Républicains" en France) et les S&D (sociaux-démocrates, qu’on retrouve avec le SPD en Allemagne et le PS en France), avaient l’habitude de préempter l’élection du Président du Parlement Européen en alternant, en cours de mandat, un Président S&D et un Président PPE.

Ce fut ainsi que, malgré la victoire du PPE aux élections européennes du 25 mai 2014, Martin Schulz, pourtant social-démocrate, fut élu Président du Parlement Européen le 1er juillet 2014 par 409 voix sur 723. C’était d’ailleurs une première, puisque c’était son second mandat. Il avait présidé le Parlement Européen déjà du 17 janvier 2012 au 1er juillet 2014, selon un accord d’alternance établi aux élections européennes précédentes (du 7 juin 2009) et l’élection de son prédécesseur PPE, l’ancien Premier Ministre polonais Jerzy Buzek (76 ans), le 14 juillet 2009 (Martin Schulz fut élu pour la première fois le 17 janvier 2012 par 387 voix sur 670).

En juillet 2009, Martin Schulz avait même été considéré comme un "traître" par les centristes (libéraux démocrates), les Verts de Daniel Cohn-Bendit et même certains élus sociaux-démocrates car il avait négocié sa future élection (en 2012) en échange également du soutien pour un second mandat du médiocre José Manuel Barroso (PPE) comme Président de la Commission Européenne.


Martin Schulz, figure marquante

L’autre nouveauté, en 2014, au-delà d’un second mandat, ce fut que Martin Schulz s’était présenté en 2014 pour devenir le prochain Président de la Commission Européenne dans le cas d’une victoire des sociaux-démocrates, face à Jean-Claude Juncker (PPE), Guy Verhofsrtadt (centristes), Alexis Tsipras (gauche radicale) et quelques autres candidats (relire notamment sur le débat entre ces candidats).

Martin Schulz n’était donc pas une figure consensuelle mais clivante, engagée dans le combat politique et électoral, mais qui a aussi su donner ses lettres de noblesse au Parlement Européen qui a gagné de plus en plus de pouvoirs grâce au Traité de Lisbonne (on le dit trop peu : le Traité de Lisbonne a accru la démocratisation des institutions européennes qui en avaient besoin).

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D’ailleurs, si Martin Schulz a annoncé le 24 novembre 2016 qu’il renonçait à poursuivre sa carrière au Parlement Européen (je pense qu’il n’avait de toute façon pas les moyens politiques de rester à la Présidence du Parlement Européen), c’est aussi parce qu’il a des ambitions nationales en Allemagne.

Là encore, c’est nouveau : généralement, le Parlement Européen est la chambre de retraite ou le placard de certaines personnalités politiques sur le déclin (c’est le cas de beaucoup de parlementaires français, mais aussi d’anciens chefs de gouvernement comme en Belgique, Luxembourg, Pologne, etc.).

Martin Schulz, au contraire, a pris le Parlement de Strasbourg comme un tremplin de carrière et pas comme une destination pour la retraite : son ambition serait de devenir Chancelier de l’Allemagne, rêvant d’affronter Angela Merkel aux élections législatives de l’automne 2017.

Mais apparemment, bien qu’il soit la personnalité du SPD la plus populaire, il ne serait pas le leader du SPD à ces élections. En effet, selon le journal "Bild" du 10 janvier 2017, Sigmar Gabriel, président du SPD depuis le 13 novembre 2009 et Vice-Chancelier chargé de l’Économie et de l’Énergie depuis le 17 décembre 2013 dans le cadre de la grande coalition CDU-SPD, aurait décidé de défier lui-même Angela Merkel en automne prochain et il l’annoncerait officiellement le 29 janvier 2017.

Martin Schulz se préparerait donc plutôt à occuper une fonction ministérielle éminente, celle de Ministre allemand des Affaires étrangères, dont l’actuel titulaire, Frank-Walter Steinmeier (SPD), a été désigné le 14 novembre 2016 par la CDU et le SPD pour être leur candidat à l’élection présidentielle du 12 février 2017. Frank-Walter Steinmeier est donc certain d’être élu pour succéder à l’actuel Président de la République Joaquim Gauck, qui ne souhaitait pas renouveler son mandat, et va donc laisser vacant son poste ministériel.


Pas d’accord PPE-S&D

Revenons à l’élection du successeur de Martin Schulz à Strasbourg. L’autre surprise, c’est que l’accord qui avait permis la reconduction de Martin Schulz en 2014 a éclaté en plein vol. Le SPD a en effet décidé de présenter un candidat face au candidat du PPE. Pour se justifier, le SPD a déclaré vouloir éviter un monopole institutionnel du PPE (déjà à la tête de la Commission Européenne et de la Présidence du Conseil Européen : pourtant, dans toutes les démocraties, c’est normal que le parti qui a gagné les élections législatives préside à la fois le gouvernement, l’assemblée et même l’État). C’est non seulement une surprise, mais une sorte de trahison puisque sans cet accord PPE-SPD en 2014, jamais Martin Schulz n’aurait pu être réélu.

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Malgré cette rupture de "contrat", le retour à une confrontation classique est néanmoins plus démocratique et plus rassurant pour la pérennité des institutions européennes et en particulier du Parlement Européen dont le poids politique sera appelé à continuer à croître.

Je rappelle ainsi que lors d’une élection précédente du Président du Parlement Européen, le 20 juillet 2004, pour présider le premier Parlement réunissant pour la première fois des députés provenant des pays de l’Europe centrale et orientale (la plupart ayant officiellement adhéré le 1er mai 2004), les centristes (libéraux démocrates) et les Verts avaient souhaité rompre ce monopole PPE-SD pour faire élire Borislaw Geremek, leader historique de la Pologne libre, et honorer ainsi symboliquement les nouveaux membres de l’Union Européenne. Cela n’aurait pas manqué de panache comme accueil dans la nouvelle histoire.

Borislaw  Geremek avait réussi à atteindre 208 voix, très largement au-delà de son "audience partisane", face au socialiste espagnol Josep Borrel, 388 voix (élu), et au communiste français Francis Wurtz, 51 voix. Sans cet accord d’appareils de "je te donne/tu me donnes la fois prochaine", Borislaw Geremek aurait très certainement été largement élu. Josep Borrel fut ensuite remplacé par le démocrate-chrétien allemand Hans-Gert Pöttering, élu le 16 janvier 2007 par 450 voix sur 689.


La procédure formelle

Quelques petites règles de procédure : pour être candidat, il faut être député européen, bien sûr, et avoir été désigné par un groupe politique (donc par au moins 38 députés européens, soit 5% des sièges). Le scrutin est à bulletin secret, et pour les trois premiers tours, c’est le candidat qui a rassemblé la majorité absolue des suffrages exprimés (50% plus une voix) qui est élu. En absence de majorité absolue, au quatrième tour, seuls les deux candidats ayant obtenu le plus de voix restent en lice et le Président est élu à la majorité absolue (par nécessité). En cas d’égalité des voix, c’est le candidat le plus âgé qui est proclamé élu.

Rappelons ici les forces respectives des groupes politiques au sein du Parlement Européen, puisque chaque candidat va devoir compter ses voix. Il y a 751 députés européens répartis ainsi : 217 au groupe PPE (démocrates-chrétiens), 189 au groupe S&D (sociaux-démocrates), 74 au groupe CRE (conservateurs principalement britanniques), 68 au groupe ADLE (libéraux démocrates, centristes), 52 du groupe GUE (communistes), 51 du groupe des Verts (écologistes), 42 du groupe ELD (eurosceptiques dont l’UKIP de Nigel Farage et le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo ; ce fut aussi le groupe de Philippe de Villiers lorsqu’il était député européen), 40 du groupe d’extrême droite (auquel appartiennent le FN de Marine Le Pen, le FPÖ autrichien, l’AFD allemande et le Vlaams Belang belge flamand) et 18 non-inscrits.

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Comme on peut le comprendre, le Brexit va profondément modifier la réalité de deux groupes politiques, les conservateurs (CRE) et les eurosceptiques (ELD) car les élus britanniques sont dominants dans ces deux groupes. Quant au départ des élus travaillistes britanniques, il ne fera que réduire l’influence du groupe S&D (social-démocrate) sans porter atteinte à sa propre existence.


Le candidat du PPE

Avant d’évoquer les sept candidats déclarés, appesantissons-nous sur deux groupes en particulier.

Le PPE d’abord, qui devrait en principe remporter le scrutin : même sans l’accord avec les sociaux-démocrates, le PPE peut au moins bénéficier de la majorité relative au sein du Parlement Européen. Son candidat est donc considéré comme le favori. Or, depuis juillet 2014, un député européen était prêt à endosser ce rôle, Alain Lamassoure. Trois autres candidats à la candidature PPE se sont également déclarés.

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Voici les quatre candidats à la candidature du PPE.

Le Français Alain Lamassoure (72 ans) était un élu UDF puis UMP. Député européen de juin 1989 à mars 1993 puis depuis juin 1999, il fut le président de la stratégique commission des budgets du 14 juillet 2009 au 1er juillet 2014, puis président de la délégation française du PPE du 1er juillet 2014 au 5 octobre 2016. Par ailleurs, au niveau national, il fut quatre ans ministre, aux Affaires européennes du 30 mars 1993 au 11 mai 1995 puis au Budget du 7 novembre 1995 au 2 juin 1997. Diplômé de l’ENA, à la Cour des Comptes, ancien collaborateur de Maurice Druon à la Culture puis de Valéry Giscard d’Estaing à l’Élysée, il fut également député des Pyrénées-Atlantiques de mars 1986 (succédant à Michèle Alliot-Marie devenue ministre) à mai 1993 et en automne 1995, et aussi maire d’Anglet pendant quelques années et conseiller régional d’Aquitaine.

Officier de l’armée de l’air et journaliste, l’Italien Antonio Tajani (63 ans) est un proche de l’ancien Premier Ministre italien Silvio Berlusconi, son ancien porte-parole et l’un des cofondateurs de Forza Italia au printemps 1994 (vice-président du PPE en 2002). Député européen de juin 1994 à mai 2008 et depuis mai 2014, il a été élu premier vice-président du Parlement Européen le 1er juillet 2014. Son expérience européenne marquante est qu’il a été Vice-Président de la Commission Européenne du 8 mai 2008 au 1er juillet 2014, auprès de José Manuel Barroso, d’abord chargé des Transports puis, à partir du 10 février 2010, chargé des Industries et de l’Entrepreneuriat. En 2002, il s’est présenté aux municipales à Rome, mais a été battu par Walter Veltroni.

L’Irlandaise Mairead MacGuinness (57 ans), membre du Fine Gael, est députée européenne depuis juin 2004 et vice-présidente du Parlement Européen depuis le 1er juillet 2014.

Le Slovène Alojz Peterle (68 ans) a été le premier Président du gouvernement de la Slovénie indépendante du 16 mai 1990 au 14 mai 1992. Il fut ensuite Ministre slovène des Affaires étrangères du 25 janvier 1993 au 31 octobre 1994 et du 7 juin 2000 au 30 novembre 2000, et député européen depuis mai 2004. Avec seulement 32,0% des voix, il fut largement battu au second tour de l’élection présidentielle slovène du 11 novembre 2007 par Danilo Turk (lui-même battu à l’élection suivante au second tour du 2 décembre 2012, avec seulement 32,6%), ce dernier par la suite candidat au poste de Secrétaire Général de l’ONU.

Ces quatre candidats ont été départagés au sein du groupe PPE lors d’un vote interne le 13 décembre 2016. Alain Lamassoure n’a été placé qu’en troisième position, avec 38 voix, devant Alojz Peterle 18 voix. Antonio Tajani a remporté la désignation sans trop de difficulté avec 98 voix, et en deuxième place, Mairead MacGuinness a recueilli 57 voix.


Le candidat centriste (ADLE)

Le Belge Guy Verhofstadt (63 ans), ancien Premier Ministre de Belgique du 12 juillet 1999 au 20 mars 2008 et député européen depuis juin 2009 (président du groupe ADLE depuis le 30 juin 2009), a cherché à renforcer son groupe (quatrième par ordre d’importance) pour être à la troisième place et devenir l’arbitre d’une élection qui ne pourrait pas trouver facilement de majorité absolue. Il aurait pu imaginer un désistement du candidat S&D en sa faveur après le premier tour pour battre le candidat du PPE. Il était donc parmi les favoris, avec le candidat du PPE.

Mais ses combinaisons politiciennes l’ont hautement discrédité. En effet, Guy Verhofstadt a proposé le 6 janvier 2017 aux 17 députés européens du Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo de venir rejoindre le groupe ADLE (libéraux démocrates) qui aurait alors atteint 85 sièges. Une proposition parfaitement étonnante quand on sait que les libéraux démocrates sont favorables au renforcement de l’intégration européenne alors que le Mouvement 5 étoiles, au contraires, est eurosceptique.

Pour Beppe Grillo, qui a considéré l’appartenance à un groupe (politique) d’une façon seulement administrative (et pas politique), il y a, à moyen terme, un danger de marginalisation dans son alliance avec l’UKIP, à cause du Brexit et de la sortie programmée des élus britanniques. Le 9 janvier 2017, Beppe Grillo a donc organisé un référendum en ligne qui a approuvé l’adhésion du Mouvement 5 étoiles au groupe ADLE avec 78,5% de "oui" de la part des votants.

Selon France Info, Beppe Grillo avait deux autres objectifs que celui purement européen : le premier était de « se donner des allures plus fréquentables » alors que son parti voudrait gouverner l’Italie, crédité de 30% dans les sondages, et le second de « dresser un écran de fumée » devant un scandale politico-financier éclaboussant la jeune et nouvelle maire M5S de Rome, Virginia Raggi, élue le 19 juin 2016.

L’alliance n’a cependant pas pu se concrétiser car après une levée de boucliers des députés européens ADLE très majoritairement choqués et opposés à l’arrivée des élus du M5S, Guy Verhofstadt a finalement dû jeter l’éponge dans la soirée du 9 janvier 2017. Bras droit de François Bayrou, Marielle de Sarnez (MoDem), membre du groupe ADLE, a été scandalisée par cette manœuvre bassement politicienne : « Quel bénéfice espérait-il en tirer ? (…) Franchement, je ne comprends pas. Pour le groupe le plus européen du Parlement, s’allier avec des populistes au moment où l’Union va si mal, c’est impossible ! » (9 janvier 2017).


Les sept candidats déclarés

En plus d’Antonio Tajani et de Guy Verhofstadt, cinq autres députés européens se sont déclarés candidats à ce jour.

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La Belge flamande Helga Stevens (48 ans) est députée européenne CRE depuis mai 2014. Auparavant, elle fut députée du Parlement flamand de juin 2004 à mai 2014, et sénatrice du Parlement fédéral belge de juillet 2007 à mai 2014, vice-présidente du Sénat fédéral belge du 20 juillet 2010 au 11 octobre 2011. Après des études en Belgique et en Californie, elle est devenue avocate. Sa particularité n’est pas anodine : elle est sourde de naissance et malgré ce grand handicap, elle a pu suivre de brillantes études de droit, être avocate et être femme politique, ce qui donne une idée de son caractère volontaire et persévérant.

Fils d’un ancien sénateur socialiste et frère d’un président de région, l’Italien Gianni Pittella (58 ans), chirurgien, est député européen social-démocrate depuis juin 1999, après avoir été élu député national d’avril 1996 à juin 1999. Élu vice-président du Parlement Européen de juillet 2009 à juillet 2014 (premier vice-président de janvier 2012 à juillet 2014), il est l’actuel président du groupe social-démocrate au Parlement Européen et, à ce titre, est très proche de Martin Schulz (qui a occupé cette fonction de juillet 2004 à janvier 2012).

L’Italienne Eleonora Forenza (40 ans), benjamine des candidats, communiste, est députée européenne depuis mai 2014.

La Britannique Jean Lambert (66 ans), écologiste, est députée européenne depuis juin 1999.

Le Roumain Laurentiu Rebega (40 ans), ingénieur en zootechnie, est député européen depuis mai 2014. Ancien membre du Parti conservateur en alliance avec les sociaux-démocrates en Roumanie, il fut membre du groupe S&D (sociaux-démocrates) au Parlement Européen avant d’être débauché par Marine Le Pen pour constituer son groupe d’extrême droite le 16 juin 2015 (elle lui avait promis de renforcer l’image des Roumains en Europe, notamment en les différenciant des Tziganes).

L’Italien Piernicola Pedicini (47 ans), chercheur en physique médicale, membre du Mouvement 5 étoiles et député européen ELD depuis mai 2014, a finalement retiré sa candidature à la Présidence du Parlement Européen le 11 janvier 2017, mais rien n’empêche une nouvelle candidature juste avant chaque tour de scrutin.

Si Antonio Tajani a l’avantage d’être soutenu par le groupe politique le plus nombreux, rien n’assure qu’il pourra réunir une majorité absolue de voix en raison de sa proximité avec Silvio Berlusconi. Un candidat de compromis pourrait alors survenir après le premier tour. Il y a une réelle incertitude sur l’issue d’un scrutin généralement considéré comme une "formalité" jusqu’à maintenant…

Les résultats de cette élection (un ou plusieurs tours) seront indiqués, lorsqu’ils seront proclamés, à ce lien.

Ce même jour, la Premier Ministre britannique Theresa May a prévu de prononcer à Londres un discours très important pour donner sa vision du Brexit. Par ailleurs, le Président chinois Xi Jinping a prévu, de son côté, d’exposer la vision de la Chine sur la mondialisation économique au Forum économique mondial de Davos. L’élection du nouveau Président du Parlement Européen ne sera donc certainement pas l’actualité internationale la plus marquante de ce 17 janvier 2017.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’élection du Président du Parlement Européen le 17 janvier 2017.
Résultats de l’élection du Président du Parlement Européen du 17 janvier 2017.
La "déclaration d'amour" de Barack Obama à l'Europe.
La "déclaration d'amour" de Jean Gain à l'Europe.
La "déclaration d'amour" de Winston Churchill à l’Europe.
Jean-Claude Juncker.
José Manuel Barroso.
Le Brexit.
Le souverainisme, c’est le déclinisme !
Peuple et populismes.
Le défi des réfugiés.
Les Français sont-ils vraiment eurosceptiques ?
Le Traité constitutionnel européen.
Victor Hugo l’Européen.
Jacques Delors.
La crise grecque.
Monde multipolaire.
Tournant historique pour l’euro.
La transition polonaise.
Le Traité de Maastricht.
La débarrosoïsation de l’Europe.
La libération d’une partie de l’Europe.
La parlementarisation des institutions européennes.
Donald Tusk.
Angela Merkel.
La France est-elle libérale ?
Le pape pour le renouveau de l’Europe.
Composition de la Commission Juncker (10 septembre 2014).
Les propositions européennes de VGE.
Effervescence à Bruxelles.
Résultats des élections européennes du 25 mai 2014.
Le Traité de Lisbonne et la démocratie.
Guy Verhofstadt.
La France des Bisounours à l’assaut de l’Europe.
Faut-il avoir peur du Traité transatlantique ?
Le monde ne nous attend pas !
Martin Schulz.
Jean-Luc Dehaene.
Alexis Tsipras.
Débat européen entre les (vrais) candidats.
Les centristes en liste.
Innovation européenne.
Michel Barnier.
Enrico Letta.
Matteo Renzi.
Silvio Berlusconi.
Herman Van Rompuy.
Daniel Cohn-Bendit.
Mario Draghi.
Le budget européen 2014-2020.
Euroscepticisme.
Le syndrome anti-européen.
Pas de nouveau mode de scrutin aux élections européennes, dommage.
Risque de shutdown européen.
L’Europe des Vingt-huit.
La révolte du Parlement Européen.
La construction européenne.
L’Union Européenne, c’est la paix.
L’écotaxe et l’Europe.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170117-parlement-europeen.html

http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/parlement-europeen-election-188623

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 05:37

« Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les Juifs,
Je n’ai pas protesté, je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté, je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester. »

(Martin Nielmöller, pasteur et théologien allemand déporté à Dachau)



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Nouvelle journée de désolation ce lundi 19 décembre 2016. J’écris "nouvelle" car, hélas, il n’y a pas une semaine sans attentat sanglant faisant beaucoup de victimes. Le 9 décembre 2016, 56 morts au NIgéria. Le 10 décembre 2016, au moins 44 morts dans un attentat à Istanbul. Le 11 décembre 2016, 25 morts dans un attentat au Caire, dans une église copte et au moins 20 morts à Mogadiscio. Le 17 décembre 2016, un autre attentat en Turquie. Le 18 décembre 2016, 10 morts dans un attentat en Jordanie, dans un site touristique…

La Turquie semble être plongée et se noyer dans le terrorisme, ou plutôt, dans les terrorismes (au pluriel), islamiste et kurde. Heureusement condamné par toute la communauté internationale, l’assassinat d’Andreï Karlov, l’ambassadeur de Russie en Turquie, le 19 décembre 2016 à Ankara, lors du vernissage d’une exposition de photographies sur la Russie vue par les Turcs (un terroriste a tiré sur lui alors qu’il prononçait son discours) semblerait avoir été motivé par ce qu’il se passe à Alep.

Mais une nouvelle tragédie a eu lieu le soir du 19 décembre 2016 à Berlin, en plein centre ville, sur une place du marché de Noël. Un camion a tué au moins 12 personnes, avec un mode opératoire assez proche de l’attentat de Nice du 14 juillet 2016. Le camion serait polonais, aurait été volé à son chauffeur qui aurait été tué.

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Tout est lourd de signification dans ces symboles.

Marché : c’est l’économie de marché qui est visée, c’est-à-dire, disons-le clairement, la liberté. La liberté économique, politique. Pas de marché sans liberté. Le débat politique concerne le niveau de régulation nécessaire pour encadrer cette liberté et préserver la solidarité des plus fragiles, mais sans économie de marché, il ne peut pas y avoir de liberté. Cela peut entraîner aussi une société de consommation très poussée, qu’on peut ressentir très pensante à l’approche des fêtes de fin d’année.

Noël : ce sont aussi les pays chrétiens qui sont visés. On le voit bien, pas seulement : les pays musulmans sont également visés et paient un lourd tribut au terrorisme, mais le terrorisme islamiste est en guerre contre les pays chrétiens. Noël est l’incarnation la plus forte du christianisme. Même s’il faudrait rappeler aux candidats terroristes que cette terre européenne fut certes chrétienne mais est aujourd’hui majoritairement déchristianisée.

Berlin : c’est le symbole de la puissance allemande, certains diraient de la puissance européenne. La capitale politique de l’Allemagne, et aussi une des capitales culturelles de l’Europe. Qui a connu à la fois le nazisme et le communisme. Si les paroles de compassion et de solidarité convergent autant vers Angela Merkel, c’est aussi parce qu’elle a voulu donner un sens à la prospérité économique allemande.

Lorsque les premiers internautes avaient réagi aux attentats de "Charlie Hebdo" en affichant un solidaire "Je suis Charlie", ils n’avaient fait que reprendre le fameux "Ich bien ein Berliner" prononcé par le Président John Kennedy le 26 juin 1963 à Berlin : « Il y a deux mille ans, la plus grande marque d’orgueil était de dire "civis romanus sum" [je suis citoyen romain]. Aujourd’hui, dans le monde libre, la plus grande marque d’orgueil est de dire Ich bin ein Berliner ! ».

Ce slogan sur Charlie pouvait aussi reprendre : "Nous sommes tous des Juifs allemands" qui était une réplique pour défendre Daniel Cohn-Bendit attaqué à la fois par l’extrême droite (journal "Minute" du 2 mai 1968) et les communistes (journal "L’Humanité" du 3 mai 1968) qui mettaient en avant son origine juive et son origine allemande pour mieux le discréditer.

Étrangement, la tragédie contemporaine revient à Berlin dans un moment qui devrait être celui de la joie, de la fête, de la préparation aux retrouvailles, à la convivialité. Ce soir du 19 décembre 2016, moi aussi, je me sentais Berlinois… et j’aimerais bien proposer ce slogan pourtant évident : "Nous sommes tous humains" !

Solidarité au peuple allemand !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 décembre 2016)
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Pour aller plus loin :
L’attentat de Berlin du 19 décembre 2016.
L’unité nationale.
L'assassinat du père Jacques Hamel.
Vous avez dit amalgame ?
L'attentat de Nice du 14 juillet 2016.
L'attentat d'Orlando du 12 juin 2016.
L'assassinat de Christina Grimmie.
Les valeurs républicaines.
Les attentats contre "Charlie-Hebdo".
Les attentats de Paris du 13 novembre 2015.
Les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.
Daech.
La vie humaine.
La laïcité.
Le patriotisme.

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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 06:58

« Personne, pas même quelqu’un muni d’une grande expérience, ne peut seul améliorer les choses en Allemagne, en Europe, dans le monde, et certainement pas le Chancelier de l’Allemagne. » (Essen, 6 décembre 2016).


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Incontestablement, s’il fallait ne garder qu’une seule forte personnalité parmi les dirigeants du monde depuis le début du XXIe siècle, on hésiterait seulement entre Vladimir Poutine, "chef" de la Russie ("chef" puisque depuis le 31 décembre 1999, il a été alternativement Président et Premier Ministre de la Fédération de Russie) et Angela Merkel, Chancelière de l’Allemagne réunifiée depuis le 22 novembre 2005, soit plus de onze ans. Les deux personnalités ont la soixantaine passée et ont forgé une autorité incontestable tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de leur pays respectif.

Pour cette physicienne de l’Allemagne de l’Est, sous-estimée mais quand même encouragée par Helmult Kohl, Angela Merkel, l’air de rien, a réussi à établir une sorte de synthèse institutionnelle qui correspond bien à la mentalité allemande. Si, au contraire de Vladimir Poutine, Angela Merkel n’a pas été au pouvoir dès 2000, elle est quand même présidente de la CDU (l’Union démocrate-chrétienne allemande) depuis le 10 avril 2000, soit à peu près aussi longtemps que Vladimir Poutine est au pouvoir en Russie.

Lorsque le 20 novembre 2016, Angela Merkel avait annoncé devant les dirigeants de la CDU qu’elle briguerait un quatrième mandat aux élections législatives prévues en octobre 2017, personne n’avait vraiment été étonné, tant la classe politique allemande a peu de personnalités capables de lui succéder avec la même grandeur (pour le SPD, le futur ancien Président du Parlement Européen Martin Schulz semble s’y préparer). Ce fut même un soulagement. Entre parenthèses, on est donc très loin de cette pitoyable allocution télévisée du Président français François Hollande disant le 1er décembre 2016 qu’il n’osait plus se représenter, tant il souffrait d’impopularité.

C’est donc tout à fait naturellement que la Chancelière allemande a demandé le renouvellement de son mandat à la tête de son parti, la CDU, lors du 29e congrès à Essen ("manger" en allemand !). Le 6 décembre 2016, elle a donc été réélue triomphalement présidente de la CDU avec 89,5% des délégués. Même le score de François Fillon est ridicule par rapport à ce résultat.

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Il faut noter que s’il elle ne dépassera probablement pas la longévité d’Helmut Kohl à la tête de la CDU (plus de vingt-cinq ans, du 12 juin 1973 au 7 novembre 1998), elle a déjà dépassé Konrad Adenauer (plus de 15 ans, du 21 octobre 1950 au 23 mars 1966).

Cette réélection n’était pas une surprise, là non plus, mais ce qui était intéressant, c’était le niveau d’approbation. Lors du précédent vote pour son précédent mandat de deux ans, Angela Merkel avait alors recueilli 96,7% des délégués le 9 décembre 2014 à Cologne, et le 4 décembre 2012 à Hanovre, elle avait même eu son record avec 97,9% ! Mais 2014 et 2012, c’était avant une sorte de rébellion contre sa décision d’accueillir un million de réfugiés syriens en Allemagne.

Lors du précédent congrès à Karlsruhe le 14 décembre 2015, Angela Merkel avait cependant réussi à retourner l’assemblée en sa faveur malgré ces contestations internes. Sa position lors de la crise des réfugiés lui avait d’ailleurs valu des résultats désastreux dans les récentes élections locales, tant le 13 mars 2016 que le 18 septembre 2016 où le parti d’extrême droite (AfD) a même fait son entrée dans les instances berlinoises et l’AfD atteint actuellement 10% dans les intentions de vote pour les prochaines élections législatives.

Sur ses trois gouvernements (en trois législatures), Angela Merkel a dirigé deux gouvernements de grande coalition, c’est-à-dire d’alliance entre les deux principaux partis de gouvernement généralement opposés, la CDU et le SPD, en raison de l’émiettement électoral qui empêche l’un de ces deux partis d’obtenir une majorité absolue de députés avec leurs alliés traditionnels (les Verts pour le SPD, les libéraux du FDP pour le CDU qui ont été laminés lors des dernières élections législatives du 22 septembre 2013).

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Si elle s’est montrée inflexible lors de la crise de l’euro pour que chaque pays de la zone euro respectât scrupuleusement le pacte de stabilité, Angela Merkel a surpris par sa position sur les réfugiés. En définitive, elle a montré deux perspectives ; les moyens, l’orthodoxie budgétaire, pour atteindre la prospérité économique, et la finalité, pas pour s’enrichir forcément mais pour, le cas échéant, être suffisamment fort pour secourir ceux qui en auraient besoin, reprenant en cela les valeurs profondes de l’Europe, les valeurs chrétiennes que beaucoup veulent mettre en devanture et dont bien peu veulent tirer les conséquences sur le plan politique concret.

En ce sens, Angela Merkel devrait être considérée comme bien plus "progressiste", "sociale" que des gouvernements qui se revendiquent "de gauche" comme ceux de François Hollande, quand on pense que la France ne s’est engagée que sur l’accueil d’une trentaine de milliers de réfugiés, soit moins d’un réfugié par commune, soit moins d’une famille pour un quart ou un cinquième des communes.

Favorable à l’interdiction du voile intégral (« là où c’est juridiquement possible »), elle a réaffirmé très fortement les valeurs de l’Europe et de l’Allemagne : « Le droit allemand prévaut sur la charia ! ».

Dans son discours à Essen le 6 décembre 2016, Angela Merkel a reconnu qu’il ne fallait pas renouveler l’arrivée massive de réfugiés de l’année 2015 (900 000 sont venus s’installer en Allemagne) : « Une situation comme celle de l’été 2015 ne peut et ne doit pas se répéter ! » mais elle a refusé de fixer un "plafond" de 200 000 nouveaux réfugiés chaque année.

Comment le Président de la République François Hollande a-t-il pu laisser se développer l’angoisse, réelle du reste parmi le peuple, d’une sorte d’invasion, de "grand remplacement" (une expression particulièrement minable et nauséabonde), alors que la France est un pays de 66 voire 67 millions de nationaux ?

C’est d’ailleurs sur cette peur que le Front national de Marine Le Pen a pu autant progresser ces dernières années, prenant pour fonds de commerce la peur de l’étranger (xénophobie) et la peur des musulmans (islamophobie), sachant qu’il existe non pas des "musulmans de France" (expression indigeste) mais des Français musulmans (tout simplement).

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Indiscutablement, et c’est cet argument qu’elle fera valoir pour justifier la poursuite de son combat électoral dans les mois à venir, Angela Merkel est un pôle de stabilité assez rassurant dans ce monde si mouvant et si incertain, alors que David Cameron, Matteo Renzi, bientôt Barack Obama et François Hollande ont quitté ou vont quitter le pouvoir, parfois pour laisser place à des personnalités particulièrement imprévisibles et anxiogènes, comme Donald Trump.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 décembre 2016)
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Pour aller plus loin :
Angela Merkel, l’honneur de l’Europe de la solidarité.
Hans-Dietrich Genscher.
Dix infographies sur les dix années au pouvoir d’Angela Merkel.
Le décennat de la Bundeskanzlerin.
Vidéos sur Helmut Schmidt.
La Réunification de l’Allemagne.
L’amitié franco-allemande.
Helmut Schmidt.
Helmut Kohl.
Angela Merkel.
Joachim Glauck.
Angela Merkel et François Hollande à Strasbourg.
Les risques de la germanophobie.
Martin Schulz.
Jean-Claude Juncker.

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 03:05

« Un homme pas plus mal qu’un autre !… Quand on a cette ambition-là, on ouvre un bazar, on ne gouverne pas une nation. Parce que c’est une s@loperie de venir au pouvoir sans avoir une conviction à y appliquer. » (Émile Beaufort dans la bouche de Jean Gabin).


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L’un des acteurs majeurs du cinéma français, Jean Gabin, est mort à l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine il y a quarante ans, le 15 novembre 1976, à l’âge de 72 ans d’une leucémie. Les grands films auxquels Jean Gabin a participé, aux côtés d’autres grands acteurs et de grands réalisateurs, furent nombreux durant sa carrière et ont comptabilisé entre 150 et 200 millions entrées en salle.

En période de précampagne présidentielle pour 2017, c’est l’occasion de revenir sur l’un des chefs-d’œuvre du cinéma français, selon moi, le film "Le Président" réalisé par Henri Verneuil, adaptation d’un roman de Georges Simenon. Le film est sorti dans les salles le 1er mars 1961. Les dialogues, très savoureux, ont été écrits par le célèbre dialoguiste Michel Audiard.

L’histoire retrace un événement politique "totalement" imaginaire qui se passe précisément dans la France de la IVe République, avec la valse des Présidents du Conseil dans un régime d’assemblée. Elle peut aussi se passer sous la IIIe République au début du XXe siècle avec les nombreux scandales financiers qui ont émaillé le régime (Panama, etc.).

D’un point de vue chronologique, cela se situe plutôt durant la IVe République puisqu’il est question de la Première Guerre mondiale : « Au moment de Verdun, Monsieur Chalamont avait 10 ans… Ce qui lui donne, par conséquent, le droit d’en parler. Étant présent sur le théâtre des opérations, je ne saurais prétendre à la même objectivité. On a, c’est bien connu, une mauvaise vue d’ensemble lorsqu’on voit les choses de trop près ! Monsieur Chalamont parle d’un million cinq cent mille morts, personnellement  je ne pourrais en citer qu’une poignée, tombés tout près de moi. ».

Certaines scènes, comme la pétanque dans les jardins de Matignon, sont cependant des scènes typiques des années 1930. Le livre de Georges Simenon a été fini d’écrire le 14 octobre 1957, donc bien avant le retour de De Gaulle et le début de la Ve République.

Tout le film est centré sur le personnage du Président Émile Beaufort, qui est excellemment joué par Jean Gabin, avec deux voire trois unités de temps. Le présent du film, il est à la retraite, dans les 70 ou 80 ans (Jean Gabin n’avait que 56 ans lorsqu’il a tourné), éloigné dans une propriété en province, mais comme il est en train de rédiger ses mémoires, il y a des flash-back, il revient sur ses années au pouvoir (il a été chef du gouvernement), une ou deux décennies auparavant. Le livre de Georges Simenon évoque un homme de 82 ans au moment de sa retraite et des événements qui ont eu lieu il y a  vingt ans.

Parmi les autres personnages, il faut surtout prendre en compte l’autre personnage clef de l’histoire, Philippe Chalamont, joué par le très crédible Bernard Blier, qui fut l’ancien directeur de cabinet d’Émile Beaufort, mais, "marié à une banque", s’est enrichi par un délit d’initié découvert par Émile Beaufort. Plus tard, Philippe Chalamont est devenu un député d’opposition à Émile Beaufort et l’histoire se passe au moment où Philippe Chalamont est sur le point d’être nommé Président du Conseil et va voir son ancien mentor dans sa retraite pour être sûr qu’il ne ressortira pas la vieille affaire le concernant.

Avec ses grosses moustaches, son ton assez péremptoire et définitif, son bagout, son aspect très intimidant, Émile Beaufort campe à l’évidence la figure histoire de Georges Clemenceau. C’est notamment le cas lorsqu’il répond au courrier d’un magazine féminin et qu’il parle de sa femme morte depuis longtemps (Clemenceau a été divorcé et est devenu assez misogyne, ce n’est pas tout à fait le cas d’Émile Beaufort, mais les deux ont en fait pour seule épouse… la France).

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On peut néanmoins surajouter de nombreuses autres figures historiques : Aristide Briand, non seulement pour les moustaches mais aussi son attachement à la construction européenne et l’unité de temps qui colle sans doute le mieux à l’histoire ; Pierre Mendès France qui a quitté le pouvoir après l’incompréhension des députés sur sa politique ; le Général De Gaulle, qui a rédigé ses mémoires et qui s’est retiré à Colombey-les-Deux-Églises ; Antoine Pinay qui a reçu beaucoup d’hommes politiques durant sa retraite, presque une visite obligatoire pour les candidats gouvernants ; Winston Churchill également, pour ses mémoires, l’aspect un peu bourru, l’amour des cigares et du whisky ; également Gaston Doumergue qui fut un Président célibataire (en fait, il aurait fréquenté Doumergue, puisqu’il dit à sa secrétaire : « Tenez, envoyez donc [la photo] où je suis au gala des Petits Lits Blancs, avec le Président Doumergue et les Dolly Sisters ! »).

L’élément intéressant de ce film est bien entendu la tirade d’Émile Beaufort sur la construction européenne. Il faut recadrer le contexte du film qui est tourné après le retour de De Gaulle (le livre a été écrit avant ce retour) mais surtout après l’échec de la Communauté européenne de défense (CED) qui fut l’un des projets politiques majeurs sous la IVe République.

Émile Beaufort est pacifiste, attentif aux préoccupations sociales du peuple. Il sait donc fustiger les "banquiers" comme on pourrait le faire encore aujourd’hui : « Monsieur Chalamont, lui, a passé une partie de sa vie dans une banque à y penser aussi… Nous ne parlons forcément pas de la même Europe. ». Quels "banquiers" aujourd’hui ? Tout le monde pense à Emmanuel Macron. Oui, en effet, mais il faut penser aussi …à Henri Emmanuelli, qui a débuté sa vie active chez Rothschild et ne s’en est pas gêné pour se faire une réputation à l’aile gauche du PS (Benoît Hamon est son dauphin depuis 2008).

Parlons justement d’Europe ! Émile Beaufort est brossé comme un ardent partisan de la construction européenne, et, à l’instar d’Aristide Briand et de Victor Hugo, il souhaite des États-Unis d’Europe, une Europe fédérale qui permettrait de contrecarrer l’Europe de la finance, celle qui n’a pas besoin d’institutions pour imposer aux peuples une dictature de l’argent et des profits.

C’est sans doute cela que les anti-européens d’aujourd’hui n’ont pas bien compris quand ils citent cette tirade pour conforter leur europhobie. Émile Beaufort (Jean Gabin) explique justement que sans construction européenne, sans fédéralisme européen, l’Europe sera aux mains des financiers et des profiteurs.

Ce n’est évidemment pas Jean Gabin qui parle, ni même Henri Verneuil ni Michel Audiard, puisque c’est une fiction, mais cette tirade est rudement belle, bien vue, bien relevée et, chose étrange alors le film a déjà cinquante-cinq ans, elle est toujours d’actualité !

Émile Beaufort commence par l’Europe de la paix, tant militaire que sociale : « Durant toutes ces années de folie collective et d’auto-destruction, je pense avoir vu tout ce qu’un homme peut voir : des populations jetées sur les routes, des enfants jetés dans la guerre, des vainqueurs et des vaincus finalement réconciliés dans les cimetières, que leur importance a élevés au rang de curiosité touristique ! La paix revenue, j’ai visité des mines. J’ai vu la police charger les grévistes, je l’ai vue aussi charger des chômeurs… J’ai vu la richesse de certaines contrées, et l’incroyable pauvreté de certaines autres. Eh bien, durant toutes ces années, je n’ai jamais cessé de penser à l’Europe ! ». Il évoque sans doute la Débâcle et les grèves très dures de 1947, ce qui placerait le film plus dans les années 1950 que dans les années 1930 (c’est une fiction qui se nourrit de toute l’histoire du XXe siècle).

Il décrit ce que sera le pays sans son projet de fédération européenne : « Pourquoi croyez-vous, Messieurs, que l’on demande à mon gouvernement de retirer le projet de l’Union Douanière qui constitue le premier pas vers une Fédération future ? Parce qu’il constitue une atteinte à la souveraineté nationale ? Non pas du tout ! Simplement parce qu’un autre projet est prêt… Un projet qui vous sera présenté par le prochain gouvernement. Ce projet, je peux d’avance vous en énoncer d’avance le principe ! La constitution de trusts verticaux et horizontaux et de groupes de pression qui maintiennent sous leur contrôle non seulement les produits du travail, mais les travailleurs eux-mêmes ! On ne vous demandera plus, Messieurs, de soutenir un ministère, mais d’appuyer un gigantesque conseil d’administration ! Si cette assemblée avait conscience de son rôle, elle repousserait cette Europe des maîtres de forges et des compagnies pétrolières. ».

Et de finir ainsi, juste avant de quitter définitivement la scène parlementaire : « Et maintenant, permettez-moi de conclure. Vous allez faire, avec les amis de monsieur Chalamont, l’Europe de la fortune contre celle du travail. L’Europe de l’industrie lourde contre celle de la paix. Eh bien, cette Europe-là, vous la ferez sans moi, je vous laisse ! Ce gouvernement maintient son projet. La majorité lui refusera la confiance et il se retirera. J’y étais préparé en rentrant ici… ».





En fait, dans cette histoire (fictive), il n’y avait aucun projet de rechange, justement, l’Europe des financiers n’a pas besoin d’institutions européennes régulatrices, au contraire, elle a peur d’une instance supranationale qui pourrait les freiner dans leur conquête de profits, elle a peur d’une harmonisation fiscale, elle ne peut plus spéculer quand la monnaie devient unique, elle ne peut plus se jouer d’État contre un autre.

L’Europe que dénonce Émile Beaufort, cela pourrait ressembler à l’Europe d’aujourd’hui, celle de José Manuel Barroso, celle de Goldman-Sachs. Mais l’Europe d’aujourd’hui est aussi celle du programme Erasmus, celle d’Airbus (JJSS avait appuyé ce type de collaboration européenne bien avant l’heure), celle de projets spatiaux réussis comme Rosetta. L’Europe d’aujourd’hui est une Europe au milieu du gué, forcément incohérente car elle est allée trop loin ou pas assez loin.

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Et justement, l’Europe que préconise Émile Beaufort, c’est une Europe qui va plus loin, une Europe fédérale, des États-Unis d’Europe. C’est donc un contre-sens de vouloir faire de la récupération de ces belles tirades de Michel Audiard pour cracher contre la construction européenne. Cet excellent film "Le Président" est au contraire un extraordinaire hymne à l’Europe, à la construction européenne, à l’Europe de la paix et l’Europe des projets solidaires. Pas au repli sur soi, pas aux nationalismes de tous poils, pas à la xénophobie ni à la fermeture des frontières…

C’est en ce sens que ce film, excellemment interprété du début jusqu'à la fin, est un petit bijou du cinéma français, qui n’a pas pris une ride et dont les principaux contributeurs furent Jean Gabin, Bernard Blier, Henri Verneuil, Georges Simenon, et bien sûr, le très reconnaissable Michel Audiard.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 novembre 2016)
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Pour aller plus loin :
Jean Gabin.
Bernard Blier.
Qui imitera Thierry Le Luron ?
Thierry Le Luron, persifleur numéro un.
Coluche.
Alice Sapritch.
Georges Brassens.
Léo Ferré.
Grace Kelly.
Pierre Dac.
Christina Grimmie.
Abd Al Malik.
Yves Montand.
Daniel Balavoine.
Édith Piaf.
Jean Cocteau.
Charles Trenet.
Michel Galabru.
Gérard Depardieu.

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 02:53

« Aucune nouvelle à ce sujet ne devra filtrer à l’extérieur ; la presse spécialement ne doit pas être informée. C’est donc pour cette raison que nous examinons cette question ici, en séance à huis clos du congrès. Il y a des limites à tout. Nous ne devons pas fournir des munitions à l’ennemi ; nous ne devons pas laver notre linge sale devant ses yeux. » (Nikita Khrouchtchev le 24 février 1956 au XXe congrès du PCUS, à propos de son rapport sur la déstalinisation).


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Il y a exactement soixante ans, le 4 novembre 1956, le Politburo du Parti communiste d’Union Soviétique a décidé de réprimer dans le sang la tentative de libéralisation du régime communiste en Hongrie. Cela coûta des milliers de vies humaines, et provoqua un exode de plusieurs centaines de milliers de Hongrois qui ont pu trouver asile politique dans l’Europe occidentale bienveillante et accueillante. Un petit rappel de l’histoire d’un pays qui, aujourd’hui, refuse l’accueil de réfugiés alors qu’il en avait bénéficié il y a seulement deux générations.

À Moscou, Nikita Khrouchtchev a pris le pouvoir le 14 septembre 1953 comme premier secrétaire du Parti communiste de l’Union Soviétique, quelques mois après la mort de Staline et a commencé la déstalinisation qui allait avoir des échos dans toutes les républiques communistes de l’Europe centrale et orientale.

Ce mouvement de réformes a inquiété certains apparatchiks soviétiques. Nikita Khrouchtchev était initialement partisan de la temporisation en Hongrie, comme le maréchal Gueorgui Joukov, héros de la Seconde Guerre mondiale et Ministre soviétique de la Défense, du 9 février 1955 au 26 octobre 1957, alors que Viatcheslav Molotov, Vice-Président du Conseil des ministres de l’URSS depuis le 16 août 1942 (jusqu’à 29 juin 1957), et Ministre soviétique des Affaires étrangères du 5 mars 1953 au 1er juin 1956, était partisan d’une répression totale, car l’appartenance de la Hongrie au Pacte de Varsovie était selon lui un élément captal de stratégie face aux "impérialistes" du camp "occidental".

La vraie date que l’historie a retenue n’est pas le 4 novembre 1956 mais le 23 octobre 1956. Le 23 octobre est devenue, en 1989, le jour de la fête nationale en Hongrie. Ce fut le début de ce qu’on a appelé "l’insurrection de Budapest".

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La Hongrie était devenue un pays satellite de l’Union Soviétique avec la proclamation de la "République populaire de Hongrie" le 18 août 1949. Elle formait, avec d’autres pays de l’Europe centrale, comme la Tchécoslovaquie un rempart entre l’Europe occidentale et l’Union Soviétique. Elle faisait partie des forces du Pacte de Varsovie, un équivalent alors soviétique de l’OTAN occidentale.

L’homme fort de cette Hongrie collée aux caprices de Staline fut Matyas Rakosi, secrétaire général du parti communiste hongrois de 1945 au 18 juillet 1956, considéré comme "le meilleur disciple hongrois de Staline". Il dirigea lui-même le gouvernement hongrois du 14 août 1952 au 4 juillet 1953. Pendant cinq ans, il développa la terreur au sein de la population, grâce à sa police politique (AVH) parmi les plus cruelles du bloc soviétique. Entre 1948 et 1953, près d’un 1,5 million de personnes furent arrêtées, torturées et jugées, près de 700 000 furent condamnées, de l’amende à la peine de mort, pour une population de moins de 10 millions d’habitants ! Les religions furent réprimées, des dizaines de milliers d’habitants furent expropriés et déportés.

Après la mort de Staline qui était son protecteur, les difficultés économiques du pays ont amené Matyas Rakosi à démissionner du gouvernement. Imre Nagy, un réformateur, dirigea une première fois le gouvernement hongrois du 4 juillet 1953 au 18 avril 1955.

Mais Matyas Rakosi, ayant conservé le contrôle du parti communiste, a pu reprendre le contrôle de la situation. Un de ses proches, Andras Hegedüs a finalement repris la Présidence du Conseil des ministres. Des milliers d’opposants au régime communiste furent exécutés alors qu’à Moscou, Nikita Khrouchtchev dénonçait le culte de la personnalité de Staline.

Cette dénonciation, qui a eu lieu le 24 février 1956, a eu des conséquences sur les autres pays du bloc soviétique encore restés staliniens. Matyas Rakosi fut poussé à la démission le 18 juillet 1956 avec l’obligation d’exprimer son autocritique. Il est parvenu néanmoins à nommer son successeur, Ernö Gerö, tout aussi stalinien que lui, à la tête du parti communiste hongrois du 18 juillet 1956 au 25 octobre 1956.

Les changements intervenus à la tête de la Hongrie n’ont pas été suffisants pour les étudiants et les forces vives de la Hongrie qui réclamaient une réelle déstalinisation ("dérakosisation") de leur pays. Des événements extérieurs contribuèrent également à la contestation. L’insurrection de Budapest a commencé le 23 octobre 1956 après plusieurs jours de manifestations d’étudiants pour soutenir les grévistes polonais et pour réclamer la libéralisation du régime en Hongrie.

Des grèves très dures avaient eu lieu en Pologne en juin 1956 (qui firent plusieurs dizaines de morts tués par la police) et Wladyslaw Gomulka fut placé à la tête du parti communiste polonais le 21 octobre 1956 pour préserver le régime communiste (il y resta jusqu’au 20 décembre 1970). Le 24 octobre 1956 à Varsovie, Wladyslaw Gomulka fustigea le stalinisme et proposa la démocratisation de la Pologne. L’armée soviétique a failli intervenir en Pologne mais le gouvernement polonais certifia à Moscou qu’il demeurait fidèle à la ligne soviétique. Ce fut donc pour soutenir le vent de réformes en Pologne que les Hongrois ont voulu manifester.

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Le soir même du 23 octobre 1956, l’AVH a tiré sur les manifestants venus se rassembler devant Radio Budapest, ce qui a engendré les premiers morts. Certains policiers et militaires hongrois ont rejoint les manifestants et la situation fut assez confuse. Il y a eu des morts dans les deux camps. 350 morts en une journée. Edina Koszmovszky, une étudiante de l’époque dont le père fut condamné comme "ennemi du peuple" et qui fut prise en otage dans les bâtiments de Radio Budapest, a raconté cinquante ans plus tard : « De l’autre côté de la rue, la bataille fait rage. Il y a les tramways renversés, des pavés descellés. J’ai vu un camion arriver de l’usine de Csepel, rempli d’armes. Et un agent de l’AVH qui flambait, pendu à un balcon… » ("L’Express" du 23 octobre 2006).

Le journal soviétique "La Pravda", de Moscou, parla, le 25 octobre 1956, des manifestants hongrois comme des "hooligans fascistes". Le traitement des médias russes de la crise en Ukraine en 2014 ressemblait à ce traitement des événements à Budapest en 1956 !

Partisan d’une riposte ferme, Ernö Gerö appela l’aide des Soviétiques. Le lendemain, Anastase Mikoyan (favorable au retour au pouvoir d’Imre Nagy) et Mikhaïl Souslov, membres du Politburo du PCUS, se rendirent à Budapest pour accompagner une première intervention de l’armée soviétique, l’entrée dans la capitale de 650 chars soviétiques et de 6 000 militaires soviétiques.

Ernö Gerö appela Imre Nagy à la tête du gouvernement pour le compromettre, mais ce dernier refusa de signer une demande d’intervention soviétique. Détesté par le peuple, Ernö Gerö fut poussé le 25 octobre 1956 à la démission par les Soviétiques. Ernö Gerö et Andras Hegedüs s’exilèrent à Moscou.

Janos Kadar est devenu ensuite le nouvel homme fort de la Hongrie soutenu par l’URSS. Janos Kadar a été le chef de l’AVH et Ministre de l’Intérieur, appliquant à la lettre la politique stalinienne de Matyas Rakosi, au point d’accepter que ce dernier fît exécuter son ami Laszlo Rajk (ancien Ministre des Affaires étrangères et ancien Ministre de l’Intérieur, fondateur de l’AVH) le 15 octobre 1949 pour créer la terreur. Janos Kadar fut lui-même victime de la terreur stalinienne et fut arrêté. Ce fut Imre Nagy, Président du Conseil des ministres, qui le libéra en 1954.

Lorsqu’il est arrivé à la tête du parti communiste hongrois, le 25 octobre 1956, Janos Kadar a d’abord soutenu les insurgés. Imre Nagy, qui avait été exclu du parti communiste mais rappelé par Ernö Gerö, déclara aux insurgés le 24 octobre 1956 : « Peuple de Budapest, je vous informe que tous ceux qui déposeront les armes et cesseront le combat à 14 heures aujourd’hui ne feront l’objet d’aucune poursuite. En même temps, j’affirme que nous réaliserons aussi tôt que possible une démocratisation systématique du pays dans les domaines économique, politique, institutionnel. Tenez compte de notre appel ; cessez le combat et agissez pour la restauration de l’ordre et de la paix dans l’intérêt de l’avenir de notre patrie. ». Un cessez-le-feu a eu lieu le 28 octobre 1956 et les chars soviétiques quittèrent la capitale hongroise le 30 octobre 1956 sans avoir réellement combattu mais sans quitter la Hongrie.

Imre Nagy forma son nouveau gouvernement le 27 octobre 1956 en y incluant des non-communistes. Ferenc Münnich fut nommé Ministre de l’Intérieur. Imre Nagy commença à libéraliser le pays. Il a instauré le pluripartisme, a dissous l’AVH, a fait quitter la Hongrie des forces du Pacte de Varsovie le 31 octobre 1956 et a même proclamé la neutralité de son pays le 1er novembre 1956.

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De telles mesures, qui allaient à l’encontre des intérêts vitaux des Soviétiques, ne pouvaient pas passer sans difficulté, d’autant plus que le 29 octobre 1956, les troupes françaises et britanniques sont intervenues en Égypte, pour reprendre le contrôle du canal de Suez. L’URSS devait montrer sa puissance, tandis que le principal ennemi pendant la guerre froide, les États-Unis, étaient en pleine campagne présidentielle (pour la réélection de Dwight Eisenhower).

Moscou, toujours très hésitant, changea en deux jours sa position. Mao Tsé-Toung et Liu Shaoqi eurent une influence déterminante dans la décision finale de Nikita Khrouchtchev. Il y a eu beaucoup de duplicité et même des mensonges durant cette période. Imre Nagy fut abusé notamment par Janos Kadar et Youri Andropov, ambassadeur de l’URSS en Hongrie, futur chef suprême de l’URSS (et futur chef du KGB).

Janos Kadar retourna ainsi sa veste et prépara une reprise en main musclée avec l’armée soviétique en se rendant à Moscou. Youri Andropov dirigea la répression militaire et fit la coordination avec Nikita Khrouchtchev et Gueorgi Joukov. Le 31 octobre 1956, Ferenc Münnich se rendit à Moscou et en revint avec Janos Kadar qui le garda à l’Intérieur dans son propre gouvernement à partir du 4 novembre 1956. Il fut également Ministre de la Défense jusqu’au 1er mars 1957, puis Président du Conseil des ministres du 28 janvier 1958 au 13 septembre 1961.

L’opération a commencé le 4 novembre 1956 très tôt dans la matinée. Les centaines de chars soviétiques ont pris positions à Budapest et dans les grandes villes, et ils ensanglantèrent la Hongrie. L’intervention militaire a duré du 4 au 15 novembre 1956. Environ 3 000 citoyens hongrois furent massacrés à cette occasion, plus de 700 militaires soviétiques furent tués, des dizaines de milliers de citoyens hongrois furent arrêtés, condamnés et parfois exécutés. Les démocraties libres de l’Europe occidentale n’ont pas réagi sinon par le verbe. De nombreux communistes français quittèrent d’ailleurs leur parti pour cette raison.

Le gouvernement d’Imre Nagy fut dissous dès le 4 novembre 1956. Janos Kadar prit la Présidence du Conseil des ministres en la cumulant avec la tête du parti communiste hongrois. Il dirigea le gouvernement hongrois du 4 novembre 1956 au 28 janvier 1958 puis du 13 septembre 1961 au 30 juin 1965 mais resta le maître de la Hongrie, à la tête du parti communiste hongrois jusqu’au 27 mai 1988 (à l’approche de la chute du bloc soviétique) et il accepta par la suite, dans les années 1980, quelques mesures de libéralisation de l’économie hongroise.

De son côté, se considérant toujours le chef du gouvernement légitime, Nagy Imre tenta de résister aux forces communistes dans la partie occidentale de la Hongrie. Jusqu’au 21 novembre 1956, 200 000 citoyens hongrois ont pu quitter la Hongrie et ont demandé asile politique à l’Autriche et à d’autres pays limitrophes parce qu’ils étaient pourchassés par le régime communiste.

Coincé dans l’ambassade de Yougoslavie (Tito était un opposant notoire du stalinisme), Imre Nagy fut arrêté par le KGB le 22 novembre 1956. Après un procès bâclé et secret, il fut condamné à mort et fut exécuté le 16 juin 1958 à Budapest (par pendaison). Ce fut pour se souvenir de cette date que le 16 juin 1989, alors que le régime allait se libéraliser, le corps d’Imre Nagy, inhumé de manière anonyme, fut exhumé et enterré de nouveau avec des funérailles nationales. Il est devenu un héros national pour avoir cherché à démocratiser un régime impossible à amender.

Après la reprise en main par l’armée soviétique, il y a eu 26 000 personnes jugées, 22 000 furent condamnées, 13 000 à de la prison, 350 furent exécutées, plusieurs centaines furent déportées en URSS.

À l’extérieur, des personnalités communistes ouest-européennes comme Giorgio Napolitano ont soutenu l’intervention soviétique en Hongrie (Giorgio Napolitano fut élu Président de la République italienne du 15 mai 2006 au 14 janvier 2015). Au contraire, des proches du PCF en France, comme Emmanuel Le Roy Ladurie, ont quitté le parti à cause de son soutien à la répression, Albert Camus et Jean-Paul Sartre protestèrent contre le massacre. Le futur essayiste d’extrême droite Dominique Venner, alors étudiant, participa à une mise à sac du siège du PCF le 7 novembre 1957 pour son soutien à la répression en Hongrie (Dominique Venner s’est suicidé à Notre-Dame de Paris il y a trois ans).

La démission de Janos Kadar le 27 mai 1988 pour cause de maladie laissa place aux réformateurs, malgré la désignation d’un conservateur, Karoly Grosz à sa succession. Le réformateur Imre Pozsgay, promu au politburo du parti communiste hongrois, a prôné la libéralisation du régime et de l’économie, et le 28 janvier 1989, déclara que l’insurrection n’était pas une contre-révolution mais un soulèvement populaire. Janos Kadar est mort le 6 juillet 1989, le même jour que la réhabilitation, par la Cour suprême, d’Imre Nagy.

Ce fut le 23 octobre 1989, donc quelques jours avant la chute du mur de Berlin, que la "République populaire de Hongrie" fut dissoute. La date fut choisie en l’honneur de la courageuse insurrection de Budapest. Le Président de la Fédération de Russie, Boris Eltsine, est venu à Budapest en novembre 1992 présenter les excuses de l’ancienne Union Soviétique aux députés hongrois pour le massacre commis par l’Armée rouge en novembre 1956 et a apporté au Président Arpad Goncz un dossier d’archives soviétiques concernant le rôle des dirigeants de l’URSS dans cette tragédie.

Que cet épisode tragique de l’histoire hongroise laisse le souvenir que tout peuple peut, un jour, être touché par une catastrophe humanitaire, qu’elle soit politique ou, peut-être plus probablement dans l’avenir, climatique. Refuser l’accueil de ceux qui demandent à l’aide, c’est refuser son propre salut le jour où les temps deviendront plus difficiles. La solidarité humaine ne se compartimente pas…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 novembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’insurrection de Budapest.
La Hongrie et la crise des réfugiés.
La Réunification allemande.
Tiananmen 1989.
Le référendum du 2 octobre 2016 en Hongrie.
La Hongrie de Viktor Orban.
La Hongrie d’Imre Pozsgay.
La Hongrie d’Arpad Goncz.
György Ligeti.
Angela Merkel.
Jean-Claude Juncker.
La crise des réfugiés.
Populismes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161104-hongrie-budapest.html

 

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 00:36

« L’an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses vœux. Là où je serai, je l’écouterai le cœur plein de reconnaissance pour le peuple français qui m’aura si longtemps confié son destin, et plein d’espoir en vous. Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. » (Allocution télévisée du 31 décembre 1994).


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Il y a 100 ans, le 26 octobre 1916, François Mitterrand est né à Jarnac. Toute la Mitterrandie résiduelle honore ce centenaire par un grand colloque qui se tient ce mercredi 26 octobre 2016 au Louvre. Cela commence par la culture avec pour grand prêtre l’irremplaçable Jack Lang, et la journée se termine par une allocution de son meilleur imitateur, le Président de la République François Hollande.

La personnalité, le parcours politique, les ambiguïtés de François Mitterrand auront encore de quoi occuper les historiens et psychologues pour les décennies à venir. Je profite de cette petite fenêtre sur François Mitterrand pour évoquer trois points.


1. La politique politicienne

C’est sûrement un point commun que partage François Hollande (mais pas seulement lui !) : François Mitterrand raffolait de politique politicienne. Édouard Balladur, qui fut son dernier Premier Ministre, en pleine cohabitation, s’en est aperçu à ses dépens. Il croyait au soutien implicite du chef de l’État à sa candidature à l’élection présidentielle de 1995 et il s’est rendu compte que le vieux "monarque" lui préférait son grand rival, Jacques Chirac, juste pour montrer sa capacité de diviser, d’influencer, de nuire.

En février 2016, Édouard Balladur s’en est expliqué à Gérard Courtois, du journal "Le Monde" : « Lors de notre premier entretien, le soir même [après sa nomination à Matignon], Mitterrand (…) a été extraordinairement agréable, soulignant que nous étions l’un et l’autre des anciens élèves des pères maristes, au 104 rue de Vaugirard, que nous aurions pu être amis… (…) Je n’ai pas répondu. Ce jour-là, et souvent par la suite, j’ai trouvé ses procédés de séduction un peu voyants et ses compliments excessifs. Dès ce moment-là, je crois qu’il m’en a voulu de ma réserve. J’entendais marquer que je n’étais pas dupe. (…) À plusieurs reprises, il m’a remercié de faire en sorte, sans le dire, que la marche de l’État ne souffre pas de l’état de sa santé. ».

Puis, il a décrit amèrement le cynique : « Il s’est contenté de peser sur le cours des choses en favorisant quelque peu mon concurrent [Jacques Chirac]. J’imagine qu’il voulait démontrer qu’il détenait encore un pouvoir sur l’événement. En politique, il y a deux catégories d’hommes : ceux pour qui la conquête et l’exercice du pouvoir est en soi une jouissance et ceux pour lesquels il y a aussi autre chose. François Mitterrand adorait observer le comportement des hommes, le jeu des rivalités et des ambitions, ce que tel ou tel faisait, disait ou pensait, les manœuvres des uns et des autres… Cette passion inépuisable était chez lui évidente. » ("Le Monde", numéro hors-série sur le centenaire : "François Mitterrand, le pouvoir et la séduction").

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Un exemple de cuisine politicienne que François Mitterrand savait confectionner et savourer, raconté par le philosophe Jean-François Revel en 1997 : « Tel ou tel aspect d’un examen désintéressé du réel pouvait, un fugitif instant, attraper son attention, parce qu’il pensait en tirer (…) un projectile politique à jeter au visage de l’adversaire, dans une intrigue sournoise ou au grand jour d’une tribune. » ("Le Voleur dans la maison vide", éd. Plon).

Et Jean-François Revel de citer l’exemple édifiant d’une « impardonnable légèreté », les nationalisations : « Pour signer le "programme commun de gouvernement" avec les communistes, il avait accepté les exigences de ces derniers en matière de nationalisations des entreprises françaises. (…) Ces nationalisations en rafale, qui devaient blesser si grièvement la France au cours des premières années de sa Présidence, entre 1981 et 1984, Mitterrand considérait de toute évidence que j’étais bien futile d’en faire tout un plat. Pour lui, elles n’avaient par elles-mêmes aucune importance. Elles n’étaient qu’un moyen d’empocher les voix communistes, soit plus d’un cinquième de l’électorat français à l’époque, et de consolider le ralliement à sa personne des nouveaux socialistes, plus gauchisés, plus marxistes et moins sociaux-démocrates que leurs aînés. » (1997).

Le philosophe proposait ainsi une analogie assez parlante : « Pour lui, mes reproches valaient ceux d’un faiseur d’embarras, protecteur des animaux, qui lui aurait reproché de s’habiller en chasseur tout en se moquant de la chasse, pour se rendre à l’invitation cynégétique d’un châtelain, utile à rencontrer en vue de conclure un fructueux contrat. ».

Ce qui lui permettait de conclure comme un couperet de guillotine : « Au fond, les idées lui servent à percer les mobiles égoïstes de l’action, y compris chez lui, jamais à tenter d’adapter la conduite des affaires publiques à la compréhension de son époque. » (1997).

On notera que la taxation à 75% des hauts salaires proposée (malgré son anticonstitutionnalité) sur TF1 le 27 février 2012 par le candidat François Hollande répondait à cette même logique (prendre les voix de Jean-Luc Mélenchon).


2. La démocratie

Le 15 mai 1995, juste avant de quitter l’Élysée, François Mitterrand s’est entretenu avec l’historien François Bédarida. Leur intéressante conversation a été publiée le 29 août 1995 par "Le Monde".

Il est assez amusant de lire son introduction, qui pourrait être la même que celle de Nicolas Sarkozy, à cela près que le 15 septembre 2008 fut vraiment un choc de même ampleur que le 24 octobre 1929 : « Quand j’ai été porté à la Présidence de la République, manque de chance, la France, avec l’ensemble du monde occidental et industriel, s’est trouvée plongée dans la plus grave crise économique qu’elle ait connue depuis 1929. Et ça a duré jusqu’à la fin, elle s’achève juste maintenant. Dans ces conditions, il est très difficile de conduire la politique que l’on voudrait conduire. ».

Cette réécriture de l’histoire n’est même plus risible (les deux chocs pétroliers ont eu lieu le 17 octobre 1973 et le 27 mars 1979), plus personne n’est dupe de ce quatorzennat interminable de François Mitterrand. Cela ne l’a pas empêché pour autant de rappeler quelques évidences.

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Par exemple, que le combat pour la démocratie n’était jamais vain : « Quand j’avais vingt ans et jusqu’à ce que j’en aie quarante, j’ai entendu tous les commentateurs les plus connus, les éditorialistes des journaux, prétendre qu’il n’y avait rien à faire pour ces pauvres démocraties impuissantes contre le rouleau compresseur soviétique. Nous étions battus d’avance, nous étions le désordre, l’incapacité de commandement, l’impuissance, l’absence de continuité dans la doctrine de gouvernement. Et puis, c’est le contraire qui s’est passé. En Amérique latine, les dictatures, pour la plupart, se sont effondrées. Et en Europe, moi, quand j’avais vingt ans, c’était Hitler, Staline, Mussolini, Salazar, Franco, Antonescu… Tous ceux-là sont tombés au bénéfice de la démocratie. Il n’y a pas de combat désespéré. Je crois que la démocratie est l’axe de progrès indispensable des temps à venir, indispensable, sans quoi ce serait de nouveau le trouble général, l’abandon de l’indépendance de l’esprit, la domination des quelques-uns, c’est-à-dire un peu plus de barbarie. » ("Le Monde" du 29 août 1995).


3. L’indispensable construction européenne

Comme je l’avais exprimé dans le bilan que j’avais proposé il y a cinq ans, la politique européenne de François Mitterrand a sans doute été l’une de ses (très) rares œuvres positives durant ses deux mandats.

Il avait dans l’esprit une véritable vision de la France, de son indépendance, de sa souveraineté, de son avenir, mais qui nécessitait forcément une unité européenne. Pour lui, avec raison, parce qu’il l’avait connue, « le nationalisme, c’est la guerre ! » (affirmé au cours d’un ultime discours le 17 janvier 1995 au Parlement Européen de Strasbourg).

Dans les mêmes entretiens que précédemment, il a pressenti deux mouvements historiques.

Le premier tendant à l’unification, tant du continent européen (passage de Six à Vingt-huit, mais il n’a connu que les Quinze), que des autres continents, le continent américain, l’Organisation de l’unité africaine et le Sud-Est asiatique : « On va vers l’unité, on cherche à lier géographiquement en voisinage, en bon voisinage, les intérêts qui naguère étaient contradictoires. Cela pourrait nous conduire à une Europe plus ou moins fédérale, plus ou moins confédérale (…), dans laquelle il y aura une sorte d’unité de direction dans les deux sens du mot : de direction par la simplicité du commandement et aussi de direction dans le sens de la visée. ».

Il évoquait aussi l’autre mouvement, contradictoire : « celui qui pousse chaque minorité à s’affirmer en tant que telle et à prétendre à la souveraineté, à l’indépendance, à la séparation ». L’Écosse, la Catalogne, le Pays basque, etc. font partie de ces régions où le risque séparatiste n’est pas négligeable.

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Et de vouloir donner une clef du siècle qu’il n’aura pas connu : « C’est de ces deux mouvements qu’il faut, au XXIe siècle, faire la synthèse. Il faut aller vers de grands ensembles et que ces grands ensembles comportent des dispositifs de protection pour les minorités, pour que les minorités se sentent à l’aise et qu’elles s’affirment en tant que telles. C’est ça le problème à résoudre. Ce sera l’histoire du siècle prochain. » (15 mai 1995).

Dans sa dernière allocution télévisée pour exprimer ses vœux, le 31 décembre 1994, François Mitterrand a recommandé ainsi aux Français : « Ne séparez jamais la grandeur de la France et la construction de l’Europe. C’est notre nouvelle dimension, et notre ambition pour le siècle prochain ! » et de répéter : « Je vous le dis avec la même passion que naguère. N’en doutez pas ! L’avenir de la France passe par l’Europe. En servant l’une, nous servons l’autre. ».

Et il voyait deux objectifs qui n’ont pas toujours pas été atteints malgré un Traité de Lisbonne qui a su au moins éviter la paralysie institutionnelle : « Que d’énergie et d’enthousiasme seront indispensables, si l’on veut qu’aboutisse cette entreprise audacieuse ! Élargir l’Europe, oui, mais sans l’affaiblir. Vous le voyez, nous avons du travail devant nous. ».

C’est sans doute cette réflexion qui devra être à l’esprit de celui, ou celle, qui sera élu Président de la République le 7 mai 2017. Seule, la France ne représentera plus rien. Avec l’Europe, elle gardera son rang et restera une puissance mondiale. La recommandation de François Mitterrand, vingt et un ans plus tard, est toujours d’une éclatante actualité. Et d’une audacieuse lucidité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Mitterrand et son testament politique.
François Mitterrand et le nationalisme.
François Mitterrand et la science.
François Mitterrand et la cohabitation.
François Mitterrand et l'Algérie.
François Mitterrand, l’homme du 10 mai 1981.
François Mitterrand et la peine de mort.
François Mitterrand et le Traité de Maastricht.
François Mitterrand et l’extrême droite.
François Mitterrand et l’audiovisuel public.

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