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20 janvier 2022 4 20 /01 /janvier /2022 03:21

« Je veux ici vous dire que la Présidence française sera une Présidence de promotion des valeurs qui nous font et qui, à force d’être considérées comme des acquis, ont fini ces dernières années par se fragiliser. Nous sommes cette génération qui redécouvre la précarité de l’État de droit et des valeurs démocratiques. » (Emmanuel Macron, le 19 janvier 2022 au Parlement de Strasbourg).



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Le Président de la République française Emmanuel Macron s’est rendu au Parlement Européen à Strasbourg ce mercredi 19 janvier 2022 pour y prononcer son discours de "lancement" des priorités françaises en tant que Président du Conseil de l’Union. C’était pour la France un moment fort pour commencer ce premier semestre de la Présidence française.

Avant d’évoquer le contenu du discours, finalement peu commenté en raison du double contexte, je m’attarde quelques lignes sur ces circonstances.


Roberta Metsola élue Présidente du Parlement Européen

Le contexte est institutionnel car il s’agit véritablement de la première séance formelle de la nouvelle Présidente du Parlement Européen Roberta Metsola. En effet, elle a été élue au perchoir européen la veille, le 18 janvier 2022, avec 458 voix sur 616 dès le premier tour, sans surprise en raison de l’accord des trois groupes qui constituent la majorité fonctionnelle (PPE, S&D et Renew). Ce n’était pas la première fois que Roberta Metsola présidait des séances à l’assemblée européenne puisqu’elle était première vice-présidente depuis le 12 octobre 2020 (elle remplaçait une députée européenne irlandaise nommée à la Commission Européenne) et qu’elle a assuré l’intérim de cette Présidence depuis la mort de son prédécesseur italien David Sassoli le 11 janvier 2022.

Après deux Françaises, Simone Veil et Nicole Fontaine, Roberta Metsola est la troisième femme à occuper ce poste important dans les institutions européennes et la première personne de nationalité maltaise (Malte a adhéré à l’Union Européenne le 1er mai 2004). Elle est une jeune femme de 43 ans (le 18 janvier, c’était justement son anniversaire), docteure en droit et diplômée du Collège d’Europe, mariée à un Finlandais et mère de quatre enfants, membre du PPE (démocrate-chrétienne) et députée européenne depuis avril 2013 où elle a travaillé dans deux commissions, celle des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures et celle sur la criminalité organisée, la corruption et le blanchiment de capitaux, et elle appartient en outre à la délégation parlementaire pour les relations avec les Balkans, candidats à l’adhésion à l’Union Européenne. Le 1er décembre 2019, elle a demandé la démission du Premier Ministre de son pays Joseph Muscat, soupçonné d’ingérence dans l’enquête sur l’assassinat le 16 octobre 2017 de la journaliste d’investigation Daphne Caruana Galizia qui faisait des recherches sur la corruption (Joseph Muscat a finalement démissionné le 13 janvier 2020).

En France, on lui reproche d’avoir une position contre l’avortement (qui est interdit à Malte), alors que parallèlement, elle a souvent soutenu des positions plutôt progressistes comme la défense des droits des personnes LGBT ou l’importance d’aborder le thème de l’immigration sous un regard humaniste et juridique.

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Parlement Européen devenu une arène franco-française

Enfin, le contexte est surtout politique et certains élus européens français ont perdu l’occasion de se taire car ils ont montré à leurs collègues européennes une piètre image de la vie politique française. Effectivement, à la suite du discours du Président Emmanuel Macron qui n’a évoqué aucun sujet de politique intérieure française, plusieurs députés européens français, dont un candidat à l’élection présidentielle française, ont pris la parole, parmi d’autres députés européens. En particulier, les députés européens Jordan Bardella, président du RN et bras droit de Marine Le Pen, Manon Aubry, ancienne tête de liste FI et proche de Jean-Luc Mélenchon, et surtout Yannick Jadot, candidat écologiste, qui, tous les trois, n’ont fait qu’interpeller Emmanuel Macron, brutalement, sur des sujets de politique franco-française, court-circuitant le débat européen et faisant entrer dans l’enceinte européenne la campagne présidentielle française. Les élus non-français se retrouvaient comme des amis d'un couple en pleine scène de ménage.

Il y a eu, parmi les autres pays étrangers, une unanimité pour dénoncer les interventions plus qu’indécentes et inopportunes de ces députés européens français qui ont dénaturé le débat européen, et le groupe écologiste a même demandé une réunion d’urgence de son bureau pour évoquer l’attitude très politicienne de Yannick Jadot. Plusieurs députés européens ont fait des rappels au règlement pour éviter d’importer la campagne présidentielle française, et Roberta Matsola elle-même a condamné ces interventions qui privaient le débat européen. A contrario, les parlementaires européens ont ovationné Emmanuel Macron, et ont souligné sa très grande maîtrise des dossiers européens et la manière très "élégante" de répondre aux différents parlementaires européens, y compris ceux des Français qui voulaient polémiquer avec lui (il a répondu très sèchement à Jordan Bardella, et plus courtoisement à Yannick Jadot qui, pourtant, s’était adressé à lui avec une certaine vulgarité).

Il est vrai que la grande maîtrise des dossiers permet à Emmanuel Macron de briller dans les débats, cela s’était déjà passé lors des grands débats où il s’épanouissait à répondre aux citoyens. L’exploit ici d’Emmanuel Macron a été de ne rien lâcher sur le fond mais de rester toujours dans une attitude constructive de calme et sereine. Cette séance a duré presque de quatre heures au cours de laquelle l’ancienne tête de liste LR aux élections européennes de 2019, François-Xavier Bellamy, Nicolas Bay (RN) et Manuel Bompard (FI), à la tenue très négligée, sont également intervenus pour critiquer Emmanuel Macron. Ancien Premier Ministre belge, Guy Verhofstadt, député européen Renew, a vivement blâmé ces députés européens français qui faisaient campagne dans l’enceinte européenne : « Vous vous croyez sur Antenne 2 ou TF1 ? ». Cela dit, c’est un député européen allemand, ancienne tête de liste CDU/CSU aux élections européennes de 2019, Manfred Weber, président du groupe PPE au Parlement Européen, qui a commencé les hostilités en exprimant sa joie de voir Valérie Pécresse se présenter contre Emmanuel Macron.

J’évoque aussi la question sur : pourquoi Emmanuel Macron a-t-il voulu absolument conserver la Président française en pleine campagne présidentielle ? La question est assez stupide : cette Présidence revient à la France tous les treize ans, ce qui est long, et passer son tour aurait été d’autant plus irresponsable que la France est l’un des piliers de l’Union Européenne. Ce n’est pas Emmanuel Macron qui a initié les institutions européennes et cette règle de fonctionnement et il aurait été irresponsable de renoncer à cette fonction très importante pour la France (comme il n’a pas non plus initié le calendrier de la pandémie de covid-19 dont il se passerait volontiers pour sa future campagne électorale).

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Cette introduction écrite, j’en viens au discours assez long (entre trente et quarante minutes) du nouveau Président du Conseil de l’Union Européenne chargé d’exposer les perspectives de la Président française.

Dans son préambule, Emmanuel Macron en est venu directement aux enjeux cruciaux : « Cette Europe (…), notre construction européenne, repose sur trois grandes promesses. Une promesse de démocratie qui est née sur notre continent (…). Une promesse de progrès partagé par tous et une promesse de paix. Elle a tenu ses promesses durant cette décennie. Mais le moment que nous vivons, par le retour du tragique de l’histoire et de quelques évidences géographiques, l’ébranlement actuel que nous vivons, vient bousculer ces trois promesses. Je pense que le défi qui est le nôtre est de tâcher d’y répondre. ».

Il a abordé de nombreux sujets, lucidement mais sans sombrer dans un certain "déclinisme". Au contraire, il a dit en toute franchise ce qui allait bien, ou mieux que les autres, et ce qu’il faudrait améliorer.


1. Promesse de démocratie

Ainsi pour les démocraties dont on disait le régime « fatigué, incapable de faire face aux grands défis ». Pour Emmanuel Macron, ce n’est pas du tout le cas et la preuve par la crise sanitaire : « La gestion de la pandémie par les démocraties, avec du débat parlementaire, avec une presse libre, avec des systèmes de recherche et des systèmes académiques libres et ouverts, a conduit à des décisions beaucoup plus protectrices des vies et des économies que celles des régimes autoritaires. Nous avons in concreto, tous ensemble, démontré l’inverse d’une idée reçue qui était en train de s’installer. ».

Mais le Président français veut aller au bout de cette logique démocratique dans le cadre de la Conférence sur l’avenir de l’Europe prévue en mai prochain : « La Présidence française portera avec l’Allemagne, l’accord de coalition a été très clair sur ces termes, le droit d’initiative législative pour votre Parlement. ».

C’est un engagement très fort pour fortifier la parlementarisation de l’Europe. Le Traité de Lisbonne a déjà apporté beaucoup de pouvoir aux députés européens, en particulier celui de révoquer les membres de la Commission Européenne. Avec l’initiative des "lois européennes", les parlementaires auront les prérogatives habituelles d’un parlement démocratique. On est parti de loin. Quand les souverainistes nationalistes ont critiqué le manque de démocratie de l’Europe, c’étaient les premiers à s’être opposés à l’élection au suffrage universel direct du Parlement Européen. Petit à petit, on a commencé à donner du pouvoir à ce parlement alors que rien ne le prédisposait à en avoir. Et le Parlement Européen n’est pas la seule source populaire puisque la Commission Européen et le Conseil Européen émanent des choix démocratiques nationaux. L’initiative des lois serait une grande avancée démocratique. Maîtriser l’ordre du jour d’une assemblée délibérative est toujours la réalité du pouvoir.

Plus surprenant, Emmanuel Macron a proposé aussi de compléter la Charte des droist fondamentaux par deux points nouveaux : « Je souhaite que l’on consolide nos valeurs d’Européens qui font notre unité, notre fierté et notre force. Vingt ans après la proclamation de notre Charte des droits fondamentaux, qui a consacré notamment l’abolition de la peine de mort partout dans l’Union, je souhaite que nous puissions actualiser cette charte, notamment pour être plus explicite sur la protection de l’environnement ou la reconnaissance du droit à l’avortement. ».

On ne pourra pas exclure une arrière-pensée électorale dans la mesure où le Président Emmanuel Macron cherche à consolider le socle électoral de son aile gauche sur deux sujets "à la mode" (écologie et avortement). Je reviendrai probablement sur l’avortement, disons seulement qu’il s’agit aussi d’un clin d’œil à ceux qui ne comprennent pas pourquoi le groupe centriste Renew a voté pour Roberta Metsola (et cette disposition mettrait en difficulté Malte).

Emmanuel Macron a souhaité également renforcer le principe de solidarité et la lutte contre les discriminations hommes/femmes. Il a également initié la démarche de « rassembler nos meilleurs historiens (…) pour précisément bâtir ensemble le legs de cette histoire commune », celle de l’Europe de « la colline de Laponie jusqu’aux bulbes dorés de Cracovie ».


2. Promesse de progrès

Plusieurs défis ont été abordés dans cette partie du discours.

Défi climatique. Emmanuel Macron a voulu conserver l’Europe comme « un modèle d’avenir » : « L’Europe est le lieu où, à Paris en 2015, s’est levée une conscience climatique universelle. Elle est le continent qui, avec l’objectif de neutralité carbone en 2050, s’est donné le premier les objectifs les plus ambitieux de la planète. ». Cela nécessite de nombreuses transformations industrielles, mais aussi d’inclure dans les négociations internationales des « mesures miroirs dans les accords commerciaux », un « mécanisme d’ajustement carbone aux frontières » et d’adopter « la première loi au monde contre la déforestation importée ».

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Défi numérique qui est double : « bâtir un véritable marché unique du numérique permettant de créer des champions européens » et aussi réguler le secteur pour « préserver cet esprit des Lumières, c’est-à-dire protéger nos droits, nos libertés, le respect de nos vies privées, lutter contre les discours de haine ».

Défi de sécurité : « L’Europe doit s’armer non pas par défiance vis-à-vis des autres puissances, non, mais pour assurer son indépendance dans ce monde de violence, pour ne pas subir le choix des autres, pour être libre. ». Cela signifie réformer l’Espace de Schengen, organiser notre défense européenne pour anticiper et ne plus seulement réagir aux crises internationales.


3. Promesse de paix

Pour Emmanuel Macron, l’Europe a une vocation universelle et doit avoir la responsabilité « de repenser quelques-unes de ses politiques de voisinage ».

Il a voulu ainsi que l’Europe aille « proposer une nouvelle alliance au continent africain » : « C’est en Afrique que se joue une partie du bouleversement du monde, une partie de l’avenir de ce continent et de sa jeunesse, mais de notre avenir. ». Concrètement, il s’agit d’une aide à la fourniture de vaccins à court terme, mais surtout « un New Deal économique et financier avec l’Afrique ».

Il a voulu aussi que l’Europe porte attention aux Balkans occidentaux qui sont « au cœur du continent européen » dans « des perspectives sincères d’adhésion » : « Ils portent des cicatrices qui rappellent tout à la fois la précarité de la paix et la force de notre union. ». Mais pour ne pas paralyser une Europe à 31, 32 ou 33, il faut « repenser nos règles en profondeur pour les rendre plus claires, plus lisibles, pour pouvoir décider plus vite et plus fort ». En d’autres termes : « Il nous faut donc réinventer à la fois les règles de fonctionnement et la géographie de notre Europe. ».

Un bon voisinage aussi avec le Royaume-Uni pour « retrouver le chemin de la confiance » : « Rien ne remettra en cause le lien d’amitié qui nous lie au peuple britannique. Notre compagnonnage dans la défense de la démocratie libérale, de la liberté, du progrès économique et social est trop ancré, trop ancien. Mais suivre ce cheminement commun après le Brexit suppose du gouvernement britannique qu’il s’engage de bonne foi dans le respect des accords conclus avec notre union et que nous fassions respecter avec clarté les engagements pris. ».

Enfin, Emmanuel Macron conçoit l’Europe comme « une puissance de paix et d’équilibre » et voudrait donc construire un dialogue avec la Russie : « Ce dialogue, je le défends depuis plusieurs années. Il n’est pas une option (…). Nous devons, nous Européens, poser collectivement nos propres exigences et nous mettre en mesure de les faire respecter. Un dialogue franc, exigeant face aux déstabilisations, aux ingérences, aux manipulations. ». Il pensait en particulier à la situation de l’Ukraine, mais pas seulement.

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Reprenant les trois "promesses", Emmanuel Macron a conclu ainsi : « Tous ensemble, face à la tyrannie de l’anecdote et des divisions entre Européens, nous avons à retrouver le sens de l’unité, le goût du temps long qui font la nécessité de l’audace, le sens de ce que Robert Schuman appelait les efforts créateurs. (…) Notre capacité à inventer un rêve possible, à le rende tangible, à le faire réalité, à le rendre utile à nos concitoyens, est la clefs de notre succès. ».

Je ne suis pas certain que ce grand discours restera dans l’histoire, tant les préoccupations politiciennes et électoralistes des oppositions françaises, au Parlement Européen, l’ont emporté sur la discussion de fond sur l’avenir de l’Europe. En tout cas, les élus devenus observateurs étrangers ont pu constater qu’Emmanuel Macron avait bien du courage à vouloir développer une vision à long terme devant des opposants aussi bornés et à courte vue. Ce discours a développé ainsi l’agenda des six mois de Présidence française, déjà présenté au cours d’une conférence de presse à l’Élysée le 9 décembre 2021, et a impressionné tous nos partenaires européens : enfin, une vision européenne !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Enfin, une vision européenne !
Discours du Président Emmanuel Macron au Parlement Européen le 19 janvier 2022 à Strasbourg (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron assume sur les antivax.
Emmanuel Macron dans "Le Parisien" le 5 janvier 2022.
Vœux d’Emmanuel Macron : protéger les Français et renforcer la France par l’Europe.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Introspectif et tourné vers l’avenir, Emmanuel Macron justifie (presque) tout.
Emmanuel Macron l’Européen, Président jusqu’au bout.
La France d’Emmanuel Macron.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 9 novembre 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
COP26 : face à l’alarmisme, le leadership mondial d’Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron, l’homme qui valait 30 milliards.

_yartiMacron2022011904




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220119-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/enfin-une-vision-europeenne-238791

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/19/39310790.html



 

 

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19 janvier 2022 3 19 /01 /janvier /2022 13:24

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Pour en savoir plus : 
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220119-macron.html








Discours du Président Emmanuel Macron, le 19 janvier 2022 à Strasbourg aux députés européens


DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DEVANT LE PARLEMENT EUROPÉEN


Madame la Présidente, Mesdames Messieurs les vice-présidentes et vice-présidents de la Commission, Mesdames Messieurs les commissaires, Mesdames et Messieurs les présidentes et présidents, Mesdames et Messieurs les parlementaires européens,

Madame la Présidente, permettez-moi d'abord de vous féliciter pour votre élection. Vous l'avez dit, nous avons tous ce matin une pensée pour votre prédécesseur, David SASSOLI qui, comme vous tous, croyaient en notre Europe, cette Europe portée par des valeurs qui nous tiennent et nous unissent, cette Europe bâtie sur un modèle unique au monde d'équilibre entre liberté et solidarité, tradition et progrès. En cette civilisation à part, sédimenté dans le temps long des siècles et cette construction inédite depuis 70 ans, qui a mis fin aux guerres civiles incessantes de notre continent et dont ce Parlement qui exprime ici à Strasbourg, la volonté de notre peuple rassemblé et l'incarnation. Cette Europe qui a tenu fermement la barre durant la pandémie, qu'il s'agisse des vaccins comme de la relance économique. Et je suis extrêmement heureux et honoré aujourd'hui de m'exprimer devant vous en ce début de présidence française.

Je voudrais simplement partager quelques convictions avec vous, je ne vais pas balayer tous les sujets. Je pense que nous y reviendrons dans les questions. Mais je voudrais partager, au fond, quelques convictions essentielles qui nourrissent notre agenda commun et notre action commune. Cette Europe dont je viens de parler notre construction européenne, repose sur 3 grandes promesses. Une promesse de démocratie qui est née sur notre continent, qui a été réinventée, refondée sur notre continent et revivifiée ces 70 dernières années. Une promesse de progrès partagé par tous et une promesse de paix. Elle a tenu ses promesses durant cette décennie. Mais le moment que nous vivons, par le retour du tragique de l'histoire et de quelques évidences géographiques, l'ébranlement actuel que nous vivons vient bousculer ces 3 promesses. Je pense que le défi qui est le nôtre est de tâcher d'y répondre, pas simplement d'ailleurs dans les mois qui viennent. Mais au fond, la tâche qui est la nôtre et sans doute celle de notre génération est de répondre en profondeur à la refondation de ces promesses. Promesses de démocratie, disais-je, et au fond, c'est notre singularité d'Européens.

Je veux ici vous dire que la présidence française sera une présidence de promotion des valeurs qui nous font et qui, à force d'être considérées peut-être comme des acquis, ont fini ces dernières années par se fragiliser. Nous sommes cette génération qui redécouvre la précarité de l'État de droit et des valeurs démocratiques.

D'abord, la démocratie libérale au sens politique du terme, ces dernières années, on disait ce régime que l'Europe a inventé, devenu fatigué, incapable de faire face aux grands défis du siècle. Cependant, je veux ici dire combien ces derniers mois l'ont montré, la gestion de la pandémie par les démocraties, avec du débat parlementaire, avec une presse libre, avec des systèmes de recherche et des systèmes académiques libres et ouverts, a conduit à des décisions beaucoup plus protectrices des vies et des économies que celles des régimes autoritaires. Nous avons in concreto, tous ensemble, démontré l'inverse d'une idée reçue qui était en train de s'installer. C'est pourquoi nous serons au rendez-vous du combat pour la démocratie libérale.

Combat pour défendre nos processus électoraux des tentatives d'ingérence étrangère, combat pour continuer de faire progresser la souveraineté des peuples. À cet égard, nous aurons des travaux qui d'ici au printemps, continueront de progresser dans le cadre de la conférence sur l’avenir de l’Europe. Et si elle en fait la recommandation, la présidence française portera avec l’Allemagne, l’accord de coalition a été très clair sur ces termes, le droit d’initiative législative pour votre Parlement.

Combat pour l’Etat de droit, pour cette idée simple qu’il y ait des droits universels de l’homme qui doivent être protégés des fièvres de l’histoire et de leurs dirigeants. Des voix s’élèvent aujourd’hui pour revenir sur nos grands textes fondamentaux qui ont pourtant été décidés souverainement par les Etats membres lors de leur adhésion. Mais revenir sur quoi ? Sur l’égalité des hommes en dignité et en droit ? Sur le droit pour chacun à disposer d’un procès équitable par une justice indépendante ? Et s’installe comme une idée au fond que pour être plus efficace il faudrait revenir sur l’Etat de droit, confondant le changement légitime de tout gouvernement élu de changer l’état du droit, mais considérant que nous tous avons à nous inscrire dans cet Etat de droit qui est existentiel de notre Europe, dont les principes ont été bâtis par notre histoire et sont le fruit de nos engagements communs.

La fin de l'État de droit, c'est le règne de l'arbitraire. La fin de l'Etat de droit, c'est le signe du retour aux régimes autoritaires, au bégaiement de notre histoire. Oui, derrière tout cela, il y a un combat idéologique. Ce combat est d'ailleurs porté par plusieurs puissances autoritaires à nos frontières et il revient chez plusieurs de nos pays. Nous voyons cette révolution à l'œuvre qui vient saper les fondements mêmes de notre histoire. Là où la tolérance et la civilité étaient au fond au cœur du processus de civilisation qui est le nôtre, revient une idée qui renaît au sein de nos peuples. Nous ferons donc tout pour œuvrer en ce sens et pour que, par le dialogue toujours, mais sans faiblesse, nous puissions défendre dans toutes les situations connues la force de cet État de droit. Je le dis dans le dialogue parce qu'il ne s'agit pas de laisser s'installer l'idée que l'État de droit serait au fond une invention de Bruxelles dont le seul dépositaire serait Bruxelles, qui est un discours que nous entendons naître dans certaines capitales. Non, c'est le fruit de nos histoires à tous, le combat même de révolutions pour se libérer du joug des totalitarismes durant le siècle passé. L'État de droit est notre trésor. Et il s'agit partout de reconvaincre les peuples qui s'en sont éloignés. Il s'agit partout, avec beaucoup de respect et d'esprit de dialogue, de venir convaincre à nouveau. Parler de cette singularité démocratique européenne, c'est évidemment donner aussi une force à ce nouveau combat.

Dans cet esprit, je souhaite que l'on consolide nos valeurs d'Européens qui font notre unité, notre fierté et notre force. 20 ans après la proclamation de notre Charte des droits fondamentaux, qui a consacré notamment l'abolition de la peine de mort partout dans l'Union, je souhaite que nous puissions actualiser cette charte, notamment pour être plus explicite sur la protection de l'environnement ou la reconnaissance du droit à l'avortement. Ouvrons ce débat librement avec nos concitoyens de grandes consciences européennes pour donner un nouveau souffle à notre socle de droits qui forge cette Europe forte de ses valeurs qui est le seul avenir de notre projet politique commun. Cette singularité que j'évoque, c'est aussi un rapport à la solidarité unique au monde. Nos sociétés ont ceci de singulier qu'elles ont inventé avec l'Etat providence un système de protection pour chacun face aux risques de l'existence. C'est un legs de nos démocraties européennes. Et cette pandémie a montré que la solidarité, loin d'être une faiblesse, est une force incomparable.

C'est la solidarité qui nous a permis depuis deux ans de sauver des vies, de protéger des emplois. C'est la solidarité qui nous a permis de disposer d'un vaccin pour nous, Européens. C'est l'esprit de solidarité qui nous a conduits, comme Européens, à être les plus ouverts au monde, en termes d'exportations comme de dons. Et je souhaite que cette présidence française puisse, avec vous, poursuivre ce travail, qu'elle pose des actes forts pour proposer à tous des emplois de qualité qualifiés, mieux rémunérés avec des salaires minimums décents pour tous. Pour réduire les inégalités salariales entre femmes et hommes, pour créer de nouveaux droits pour les travailleurs des plateformes numériques, pour introduire des quotas de femmes dans les Conseils d'administration des entreprises, pour lutter contre toutes les discriminations. Les progrès que je viens d'évoquer ne sont pas simplement des mots ou des promesses. Ce sont des textes qui arriveront dans les prochaines semaines entre nos mains collectivement et que je souhaite que nous puissions faire aboutir concrètement durant ce semestre. Nous en avons les moyens. Faisons-le.

Ce qui nous tient ensemble est la singularité de cette promesse démocratique européenne, c'est aussi celle d'une culture à part, au fond d'un art d'être au monde – oserais-je dire. Qu'est-ce qu'être Européen ? C'est ressentir une égale émotion devant nos trésors, le fruit de notre patrimoine et de notre histoire, la colline de Laponie jusqu’aux bulbes dorées de Cracovie, c'est vibrer de la même manière à l'esprit romantique, aux œuvres de Chopin comme aux textes de Pessoa. C’est aussi ensemble avoir une civilité, une manière d'être au monde, de nos cafés à nos musées, qui est incomparable. Cet art d'être au monde européen fait partie de notre singularité avec tant de différences. Mais nous sommes de la Grèce antique à l'Empire romain, du christianisme à la Renaissance et aux Lumières, les héritiers d'une façon singulière d'envisager l'aventure humaine. Je souhaite à cet égard que nous puissions continuer ensemble de promouvoir cette civilisation européenne faite d'universalisme, de culture respectée, et d'un projet commun respectueux des singularités et des identités de chacun. C'est pourquoi nous avons proposé de rassembler nos meilleurs historiens, nos plus grands actuels, pour précisément bâtir ensemble le legs de cette histoire commune d'où nous venons. Voilà le premier axe à mes yeux pour tenir cette promesse démocratique, faire de l'Europe à nouveau, et je ne reviendrai pas sur tous les autres sujets que nous aurons à cet égard à travailler ensemble dans les six mois à venir : faire de l'Europe une puissance démocrate, culturelle et éducative fière d'elle-même pour relever ce défi.

La deuxième promesse que j'évoquais, c'est la promesse de progrès. L'Europe ne s'est jamais pensée dans la seule préservation dans le confort du statu quo. Nous sommes bâtis dans une volonté de construire la croissance économique, un modèle d'avenir avec la possibilité offerte à nos classes populaires et nos classes moyennes de pouvoir tirer tous les bénéfices de ce progrès. Ces dernières années ont fragilisé cette promesse. Les inégalités croissantes, la désindustrialisation, les nouveaux défis aussi que sont en particulier le défi climatique et numérique sont venus plonger le doute sur notre continent et le défi qui est le nôtre est donc de bâtir un modèle original face aux grands défis du siècle. Un modèle d'avenir qui nous permet à nouveau de tenir cette promesse de progrès. Le climat est le premier de ces défis. L'Europe est le lieu où, à Paris, en 2015, s'est levée une conscience climatique universelle. Elle est le continent qui, avec l'objectif de neutralité carbone en 2050, s'est donné le premier les objectifs les plus ambitieux de la planète.

Désormais, nous avons à passer de l'intention aux actes. Transformer nos industries, investir dans les technologies du futur qu’il s’agisse des batteries ou de l'hydrogène, c'est l'ambition même du pacte. La Commission a fait des propositions fortes et nous aurons maintenant à mettre en œuvre ensemble, dans les prochaines semaines, nombre d'entre elles. Inciter tous les acteurs chez nous et partout dans le monde à répondre à l'exigence écologique. C'est le sens même en particulier du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières que nous attendons depuis des années. C'est le sens aussi des mesures-miroirs dans les accords commerciaux que nous défendons. C'est le sens également de la négociation pour adopter la première loi au monde contre la déforestation importée. Durant les prochaines semaines, nous aurons des décisions importantes à prendre, entre autres, sur ces quelques sujets essentiels dans notre stratégie. Nous aurons à les déployer au niveau national, nous aurons également à porter nos objectifs et la réconciliation de nos objectifs en matière de lutte pour la biodiversité et contre le réchauffement et le dérèglement climatique. À ce titre, nous aurons au mois de février un important sommet pour les océans où plusieurs pays membres, la Commission et plusieurs d'entre nous aurons une stratégie importante à présenter, car nous sommes une grande puissance maritime et nous avons là aussi, en matière de biodiversité, un agenda à défendre.

Le second défi du siècle, c'est celui de la révolution numérique. Ce n'est pas nous, Européens qui croyons plus que tout en la diffusion du savoir, nous qui avons inventé la figure d'un honnête homme abreuvé d'humanité, qui allons rejeter ce mouvement extraordinaire. Mais le défi qui est le nôtre est double. Le premier : bâtir un véritable marché unique du numérique permettant de créer des champions européens. C'est un investissement dans des technologies nouvelles, c'est un investissement dans des secteurs nouveaux comme la Commission l’a proposé à plusieurs reprises. C'est la consolidation d'une Europe sachant financer ses champions et une Europe aussi qui sait simplifier son droit pour bâtir un véritable marché unique, c'est-à-dire un marché domestique à taille de géants. Et dans le même temps, c'est une Europe qui sait encadrer les acteurs du numérique pour précisément préserver cet esprit des Lumières, c'est-à-dire protéger nos droits, nos libertés, le respect de nos vies privées. Lutter contre les discours de haine et de division, c'est pourquoi avec vous, Parlementaires, nous aurons des textes importants là aussi à parachever, des textes sur les services numériques sur lequel vous vous prononcerez demain et les prochains mois peuvent être ceux de l'émergence d'un modèle numérique européen qui, tout à la fois, organise une concurrence loyale entre les acteurs et lutte contre la tendance des plateformes à tuer l'innovation, comme il protège les citoyens. Les deux grands textes, entre autres, que nous aurons à bâtir sont ceux qui nous permettront de protéger économiquement les acteurs du numérique et les autres, face à ces champions quelquefois déloyaux, mais à protéger aussi nos citoyens. Et le débat démocratique de manipulation, de discours, de haine sans responsables à la fin, contre lesquels nous devrons mettre en place ces régulations nouvelles.

Le troisième défi, c'est évidemment celui de nos sécurités. Cette promesse de progrès d'avenir ne vaut que si, face aux désordres géopolitiques, à la menace terroriste, aux attaques cyber, immigration irrégulière, à ces grands temps de bouleversements, nous savons apporter une réponse. Et face à ce retour du tragique dans l'histoire, l'Europe doit s'armer non pas par défiance vis-à-vis des autres puissances, non, mais pour assurer son indépendance dans ce monde de violence, pour ne pas subir le choix des autres, pour être libre.

D'abord, pour retrouver la maîtrise des frontières et de notre espace. Nous avons beaucoup progressé avec le renforcement en cours de Frontex et la présidence française portera une réforme de l'espace Schengen qui est la condition du respect de sa promesse originelle d'un espace de libre circulation. Protéger nos frontières extérieures, y compris en élaborant une force intergouvernementale d'intervention rapide. Acter d'un accueil partagé solidaire entre les États membres, comme nous l'avons fait entre 2018 et 2021. Bâtir des partenariats avec les pays d'origine et de transit pour lutter contre les réseaux de passeurs et rendre efficace notre politique de retour. Construire au fond une politique plus efficace, mais respectueuse de nos principes pour lutter contre l'immigration irrégulière.

En matière de défense, enfin, nous ne pouvons pas nous satisfaire d'être en réaction aux crises internationales. Il nous faut une puissance d'anticipation qui organise la sécurité de notre environnement. Des avancées considérables, inédites dans notre histoire, ont eu lieu ces dernières années. Durant ce semestre, nous aurons à acter de plusieurs progrès considérables avec l'adoption de la Boussole stratégique lancée sous la présidence allemande, avec la définition de notre doctrine de sécurité propre, en complémentarité avec l'OTAN, avec aussi une véritable stratégie en matière d'industrie, de défense et d'indépendance technologiques sans laquelle cette Europe de la défense n'a pas de sens ni de réalité. Vous l'avez compris au travers de cet agenda, c'est de retrouver ensemble une Europe puissance d'avenir, c'est-à-dire une Europe apte à répondre aux défis climatiques, technologiques, numériques mais aussi géopolitiques, une Europe indépendante en ce qu’elle se donne encore les moyens, de décider pour elle-même de son avenir, et de ne pas dépendre des choix des autres grandes puissances.

Enfin, j’évoquais la promesse de paix. Notre Europe aujourd’hui est confronté à une escalade des tensions, en particulier dans notre voisinage, à un dérèglement du monde, à un retour je disais tout à l’heure du tragique de la guerre. Or, notre modèle, qui déborde nos frontières et cultive dans la tradition de nos pères fondateurs une vocation universelle, a aujourd'hui une responsabilité qui est de repenser quelques-unes de ses politiques de voisinage, et de repenser cette place dans le monde pour bâtir une véritable puissance d'équilibre, car je crois que c'est la vocation de notre Europe.

L'Europe a ainsi le devoir de proposer une nouvelle alliance au continent africain. Les destins des deux rives de la Méditerranée sont liés, et nous ne pouvons d'ailleurs décemment aborder le sujet des migrations sans en traiter les causes profondes, et évoquer le destin commun avec le continent africain. C'est en Afrique que se joue une partie du bouleversement du monde, une partie de l'avenir de ce continent et de sa jeunesse, mais de notre avenir.

En lien avec Charles MICHEL et Ursula VON DER LEYEN, nous avons ainsi souhaité tenir un sommet au mois de février, afin de refonder notre partenariat avec le continent africain. Nous aiderons ainsi nos amis africains à faire face à la pandémie. 700 millions de doses auront été distribuées d'ici juin 2022, mais nous devons franchir dans les mois à venir une nouvelle étape, réinventer une nouvelle alliance avec le continent.

D'abord à travers un New Deal économique et financier avec l'Afrique, qui doit s'appuyer sur ce que nous avons construit au mois de mai dernier - l'Europe ayant proposé, défendu et acté une émission de tirages spéciaux au FMI, et la réallocation de nos droits - mais avec des propositions d'investissement très concrètes. Deuxièmement, avec un agenda en matière d'éducation, de santé, de climat pour le développement du continent et l'espoir de la jeunesse africaine. Troisièmement, avec un agenda de sécurité par le soutien européen aux États africains confrontés à la montée du terrorisme, comme nous avons su le faire ensemble au Sahel. Enfin, en luttant contre l'immigration illégale et les réseaux de passeurs pour mieux favoriser les circulations liées aux alliances culturelles, académiques et économiques.

Deuxièmement, l'Europe ne peut pas se détourner plus longtemps des Balkans occidentaux. Les Balkans occidentaux sont, par leur géographie comme par l'histoire, par la part de tragique comme par la promesse d'avenir qu'ils charrient, au cœur du continent européen. Ils portent des cicatrices qui nous rappellent tout à la fois la précarité de la paix et la force de notre union. C'est pourquoi, nous avons aujourd'hui vocation là aussi, à savoir repenser notre relation avec les pays des Balkans occidentaux et leur donner de manière plus claire, lisible, volontariste, des perspectives sincères d'adhésion. Pas d'adhésion contre, pour repousser les tentatives de déstabilisation étrangères des temps présents. Une adhésion pour, avec une adhésion de projet qui s'inscrit dans un temps raisonnable.

Nous avons modernisé la procédure de négociations ces derniers mois, mais nous savons aussi très concrètement que ce n'est pas l'Europe actuelle, avec ses règles de fonctionnement, qui peut devenir une Europe à 31, 32 ou 33, ça n'est pas vrai, nous nous mentirions à nous-mêmes. Nous avons donc dans le cadre de la conférence et des résultats du mois de mai prochain, à repenser nos règles en profondeur pour les rendre plus claires, plus lisibles, pour pouvoir décider plus vite et plus fort, mais aussi politiquement à être sincère sur le cadre de cette Europe où les Balkans occidentaux ont leur place. Il nous faut donc réinventer à la fois les règles de fonctionnement et la géographie de notre Europe. C'est pourquoi la Conférence sur l'avenir de l'Europe devra être suivie d'une conférence sur les Balkans occidentaux, organisée juste après, qui sera l'occasion d'aborder ce sujet crucial.

Troisièmement, l'Europe et le Royaume-Uni doivent aussi retrouver le chemin de la confiance. Je ne ferai pas - compte tenu du temps qui m'est imparti, je veux conclure dans un instant - plus long sur ce sujet. Rien ne remettra en cause le lien d'amitié qui nous lie au peuple britannique. Notre compagnonnage dans la défense de la démocratie libérale, de la liberté, du progrès économique et social est trop ancré, trop ancien. Mais suivre ce cheminement commun après le Brexit, suppose du gouvernement britannique qu'il s'engage de bonne foi dans le respect des accords conclus avec notre union et que nous fassions respecter avec clarté les engagements pris. Qu’il s’agisse de la mise en œuvre du protocole sur l’Irlande du Nord ou de droits de nos pêcheurs, comme il s’agira d’ailleurs d’immanquables sujets de discussions à venir. Soyons fermes et clairs, pour que les engagements pris soient tenus. C'est la condition pour pouvoir rester amis.

L'Europe doit enfin construire un ordre de sécurité collective sur notre continent. La sécurité de notre continent nécessite un réarmement stratégique de notre Europe comme puissance de paix et d'équilibre, en particulier dans le dialogue avec la Russie. Ce dialogue, je le défends depuis plusieurs années. Il n'est pas une option parce que tout à la fois, notre histoire et notre géographie sont têtus, à la fois pour nous-mêmes comme pour la Russie, pour la sécurité dans notre continent qui est indivisible. Nous avons besoin de ce dialogue. Nous devons, nous, Européens, poser collectivement nos propres exigences et nous mettre en mesure de les faire respecter. Un dialogue franc, exigeant face aux déstabilisations, aux ingérences, aux manipulations.

Ce qu'il nous faut bâtir, c'est un ordre européen fondé sur des principes et des règles auxquelles nous sommes rangés et que nous avons acté non pas contre ni sans, mais avec la Russie, il y a maintenant 30 ans. Et que je veux ici rappeler. Le rejet du recours à la force, à la menace, à la coercition, le choix libre pour les Etats de participer aux organisations, aux alliances, aux arrangements de sécurité de leur choix, l'inviolabilité des frontières, l'intégrité territoriale des Etats, le rejet des sphères d'influence. Ce dont je parle, ce sont les principes que nous, Européens, et que la Russie, avons signés il y a 30 ans. À nous, Européens, de défendre ces principes et ces droits inhérents à la souveraineté des Etats. À nous d'en réaffirmer la valeur et d'en sanctionner efficacement la violation. La souveraineté est une liberté. Elle est au cœur de notre projet européen. Elle est aussi une réponse aux déstabilisations à l'œuvre sur notre continent. C'est pourquoi nous continuerons avec l'Allemagne dans le cadre du format Normandie, à rechercher une solution politique au conflit en Ukraine, qui reste le fait générateur des tensions actuelles. Et votre soutien collectif est nécessaire pour appuyer nos efforts.

C'est pourquoi aussi, nous veillerons à ce que l'Europe fasse entendre sa voix unique et forte sur la question des armements stratégiques, de la maîtrise des armements conventionnels, de la transparence des activités militaires et du respect de la souveraineté de tous les États européens, quelles que soient leurs histoires. Ces prochaines semaines doivent nous conduire à faire aboutir une proposition européenne bâtissant un nouvel ordre de sécurité et de stabilité. Nous devons le construire entre Européens, puis le partager avec nos alliés dans le cadre de l'OTAN. Et ensuite, le proposer à la négociation à la Russie.

Mesdames et Messieurs les députés, je suis né en 1977 et ma jeunesse fut celle de l'évidence européenne. Sur les terres ensanglantées du nord de la France sur lesquelles j'ai grandi, l'Europe était la paix comme une évidence intangible. J'ai vécu, ensuite, comme beaucoup d'entre vous ici, le grand doute européen. Le référendum de 2005, l'accusation technocratique, le risque de dislocation face à la crise des dettes souveraines. Nos générations ont aujourd'hui à refonder notre Europe pour faire face à ses promesses de démocratie, de progrès et de paix. Nous avons collectivement donné les moyens de faire de notre Europe une puissance démocratique, culturelle et éducative, une puissance d'avenir, une puissance d'équilibre. Pour ce faire, nous aurons nombre de textes essentiels dans les semaines et mois qui viennent et je compte sur le travail étroit, harmonieux avec le Parlement européen compte tenu de tous ces textes, et des ambitions partagées. Tous ensemble, face à la tyrannie de l'anecdote et des divisions entre Européens, nous avons à retrouver le sens de l'unité, le goût du temps long qui font la nécessité de l'audace, le sens de ce que Robert SCHUMAN appelait les efforts créateurs. Ni injective, ni les divisions, ni les interdictions, ni les facilités. Ces efforts créateurs ont fait notre Europe. Ce qui veut dire que ni les politiques d'hier ou d'avant la crise, ni les formats d'hier ou d'avant la crise, ni les réflexes passés, ni le retour au nationalisme, ni la dissolution de nos identités ne seront les réponses à ce monde qui advient. Mais notre capacité à inventer un rêve possible, à le rendre tangible, à le faire réalité, à le rendre utile à nos concitoyens, est la clé de notre succès. Nous en avons la force, nous en avons les moyens. C'est pour cela que j'ai confiance en nous. Je vous remercie.

Emmanuel Macron, le mercredredi 19 janvier 2022 à Strasbourg, au Parlement Européen.



Source : www.elysee.fr
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20220119-discours-macron-strasbourg.html


 

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18 janvier 2022 2 18 /01 /janvier /2022 11:26

« Je veux ici vous dire que la Présidence française sera une Présidence de promotion des valeurs qui nous font et qui, à force d’être considérées comme des acquis, ont fini ces dernières années par se fragiliser. Nous sommes cette génération qui redécouvre la précarité de l’État de droit et des valeurs démocratiques. » (Emmanuel Macron, le 19 janvier 2022 au Parlement de Strasbourg).



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Le Président de la République française Emmanuel Macron s’est rendu au Parlement Européen à Strasbourg ce mercredi 19 janvier 2022 pour y prononcer son discours de "lancement" des priorités françaises en tant que Président du Conseil de l’Union. C’était pour la France un moment fort pour commencer ce premier semestre de la Présidence française.

Avant d’évoquer le contenu du discours, finalement peu commenté en raison du double contexte, je m’attarde quelques lignes sur ces circonstances.


Roberta Metsola élue Présidente du Parlement Européen

Le contexte est institutionnel car il s’agit véritablement de la première séance formelle de la nouvelle Présidente du Parlement Européen Roberta Metsola. En effet, elle a été élue au perchoir européen la veille, le 18 janvier 2022, avec 458 voix sur 616 dès le premier tour, sans surprise en raison de l’accord des trois groupes qui constituent la majorité fonctionnelle (PPE, S&D et Renew). Ce n’était pas la première fois que Roberta Metsola présidait des séances à l’assemblée européenne puisqu’elle était première vice-présidente depuis le 12 octobre 2020 (elle remplaçait une députée européenne irlandaise nommée à la Commission Européenne) et qu’elle a assuré l’intérim de cette Présidence depuis la mort de son prédécesseur italien David Sassoli le 11 janvier 2022.

Après deux Françaises, Simone Veil et Nicole Fontaine, Roberta Metsola est la troisième femme à occuper ce poste important dans les institutions européennes et la première personne de nationalité maltaise (Malte a adhéré à l’Union Européenne le 1er mai 2004). Elle est une jeune femme de 43 ans (le 18 janvier, c’était justement son anniversaire), docteure en droit et diplômée du Collège d’Europe, mariée à un Finlandais et mère de quatre enfants, membre du PPE (démocrate-chrétienne) et députée européenne depuis avril 2013 où elle a travaillé dans deux commissions, celle des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures et celle sur la criminalité organisée, la corruption et le blanchiment de capitaux, et elle appartient en outre à la délégation parlementaire pour les relations avec les Balkans, candidats à l’adhésion à l’Union Européenne. Le 1er décembre 2019, elle a demandé la démission du Premier Ministre de son pays Joseph Muscat, soupçonné d’ingérence dans l’enquête sur l’assassinat le 16 octobre 2017 de la journaliste d’investigation Daphne Caruana Galizia qui faisait des recherches sur la corruption (Joseph Muscat a finalement démissionné le 13 janvier 2020).

En France, on lui reproche d’avoir une position contre l’avortement (qui est interdit à Malte), alors que parallèlement, elle a souvent soutenu des positions plutôt progressistes comme la défense des droits des personnes LGBT ou l’importance d’aborder le thème de l’immigration sous un regard humaniste et juridique.

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Parlement Européen devenu une arène franco-française

Enfin, le contexte est surtout politique et certains élus européens français ont perdu l’occasion de se taire car ils ont montré à leurs collègues européennes une piètre image de la vie politique française. Effectivement, à la suite du discours du Président Emmanuel Macron qui n’a évoqué aucun sujet de politique intérieure française, plusieurs députés européens français, dont un candidat à l’élection présidentielle française, ont pris la parole, parmi d’autres députés européens. En particulier, les députés européens Jordan Bardella, président du RN et bras droit de Marine Le Pen, Manon Aubry, ancienne tête de liste FI et proche de Jean-Luc Mélenchon, et surtout Yannick Jadot, candidat écologiste, qui, tous les trois, n’ont fait qu’interpeller Emmanuel Macron, brutalement, sur des sujets de politique franco-française, court-circuitant le débat européen et faisant entrer dans l’enceinte européenne la campagne présidentielle française. Les élus non-français se retrouvaient comme des amis d'un couple en pleine scène de ménage.

Il y a eu, parmi les autres pays étrangers, une unanimité pour dénoncer les interventions plus qu’indécentes et inopportunes de ces députés européens français qui ont dénaturé le débat européen, et le groupe écologiste a même demandé une réunion d’urgence de son bureau pour évoquer l’attitude très politicienne de Yannick Jadot. Plusieurs députés européens ont fait des rappels au règlement pour éviter d’importer la campagne présidentielle française, et Roberta Matsola elle-même a condamné ces interventions qui privaient le débat européen. A contrario, les parlementaires européens ont ovationné Emmanuel Macron, et ont souligné sa très grande maîtrise des dossiers européens et la manière très "élégante" de répondre aux différents parlementaires européens, y compris ceux des Français qui voulaient polémiquer avec lui (il a répondu très sèchement à Jordan Bardella, et plus courtoisement à Yannick Jadot qui, pourtant, s’était adressé à lui avec une certaine vulgarité).

Il est vrai que la grande maîtrise des dossiers permet à Emmanuel Macron de briller dans les débats, cela s’était déjà passé lors des grands débats où il s’épanouissait à répondre aux citoyens. L’exploit ici d’Emmanuel Macron a été de ne rien lâcher sur le fond mais de rester toujours dans une attitude constructive de calme et sereine. Cette séance a duré presque de quatre heures au cours de laquelle l’ancienne tête de liste LR aux élections européennes de 2019, François-Xavier Bellamy, Nicolas Bay (RN) et Manuel Bompard (FI), à la tenue très négligée, sont également intervenus pour critiquer Emmanuel Macron. Ancien Premier Ministre belge, Guy Verhofstadt, député européen Renew, a vivement blâmé ces députés européens français qui faisaient campagne dans l’enceinte européenne : « Vous vous croyez sur Antenne 2 ou TF1 ? ». Cela dit, c’est un député européen allemand, ancienne tête de liste CDU/CSU aux élections européennes de 2019, Manfred Weber, président du groupe PPE au Parlement Européen, qui a commencé les hostilités en exprimant sa joie de voir Valérie Pécresse se présenter contre Emmanuel Macron.

J’évoque aussi la question sur : pourquoi Emmanuel Macron a-t-il voulu absolument conserver la Président française en pleine campagne présidentielle ? La question est assez stupide : cette Présidence revient à la France tous les treize ans, ce qui est long, et passer son tour aurait été d’autant plus irresponsable que la France est l’un des piliers de l’Union Européenne. Ce n’est pas Emmanuel Macron qui a initié les institutions européennes et cette règle de fonctionnement et il aurait été irresponsable de renoncer à cette fonction très importante pour la France (comme il n’a pas non plus initié le calendrier de la pandémie de covid-19 dont il se passerait volontiers pour sa future campagne électorale).

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Cette introduction écrite, j’en viens au discours assez long (entre trente et quarante minutes) du nouveau Président du Conseil de l’Union Européenne chargé d’exposer les perspectives de la Président française.

Dans son préambule, Emmanuel Macron en est venu directement aux enjeux cruciaux : « Cette Europe (…), notre construction européenne, repose sur trois grandes promesses. Une promesse de démocratie qui est née sur notre continent (…). Une promesse de progrès partagé par tous et une promesse de paix. Elle a tenu ses promesses durant cette décennie. Mais le moment que nous vivons, par le retour du tragique de l’histoire et de quelques évidences géographiques, l’ébranlement actuel que nous vivons, vient bousculer ces trois promesses. Je pense que le défi qui est le nôtre est de tâcher d’y répondre. ».

Il a abordé de nombreux sujets, lucidement mais sans sombrer dans un certain "déclinisme". Au contraire, il a dit en toute franchise ce qui allait bien, ou mieux que les autres, et ce qu’il faudrait améliorer.


1. Promesse de démocratie

Ainsi pour les démocraties dont on disait le régime « fatigué, incapable de faire face aux grands défis ». Pour Emmanuel Macron, ce n’est pas du tout le cas et la preuve par la crise sanitaire : « La gestion de la pandémie par les démocraties, avec du débat parlementaire, avec une presse libre, avec des systèmes de recherche et des systèmes académiques libres et ouverts, a conduit à des décisions beaucoup plus protectrices des vies et des économies que celles des régimes autoritaires. Nous avons in concreto, tous ensemble, démontré l’inverse d’une idée reçue qui était en train de s’installer. ».

Mais le Président français veut aller au bout de cette logique démocratique dans le cadre de la Conférence sur l’avenir de l’Europe prévue en mai prochain : « La Présidence française portera avec l’Allemagne, l’accord de coalition a été très clair sur ces termes, le droit d’initiative législative pour votre Parlement. ».

C’est un engagement très fort pour fortifier la parlementarisation de l’Europe. Le Traité de Lisbonne a déjà apporté beaucoup de pouvoir aux députés européens, en particulier celui de révoquer les membres de la Commission Européenne. Avec l’initiative des "lois européennes", les parlementaires auront les prérogatives habituelles d’un parlement démocratique. On est parti de loin. Quand les souverainistes nationalistes ont critiqué le manque de démocratie de l’Europe, c’étaient les premiers à s’être opposés à l’élection au suffrage universel direct du Parlement Européen. Petit à petit, on a commencé à donner du pouvoir à ce parlement alors que rien ne le prédisposait à en avoir. Et le Parlement Européen n’est pas la seule source populaire puisque la Commission Européen et le Conseil Européen émanent des choix démocratiques nationaux. L’initiative des lois serait une grande avancée démocratique. Maîtriser l’ordre du jour d’une assemblée délibérative est toujours la réalité du pouvoir.

Plus surprenant, Emmanuel Macron a proposé aussi de compléter la Charte des droist fondamentaux par deux points nouveaux : « Je souhaite que l’on consolide nos valeurs d’Européens qui font notre unité, notre fierté et notre force. Vingt ans après la proclamation de notre Charte des droits fondamentaux, qui a consacré notamment l’abolition de la peine de mort partout dans l’Union, je souhaite que nous puissions actualiser cette charte, notamment pour être plus explicite sur la protection de l’environnement ou la reconnaissance du droit à l’avortement. ».

On ne pourra pas exclure une arrière-pensée électorale dans la mesure où le Président Emmanuel Macron cherche à consolider le socle électoral de son aile gauche sur deux sujets "à la mode" (écologie et avortement). Je reviendrai probablement sur l’avortement, disons seulement qu’il s’agit aussi d’un clin d’œil à ceux qui ne comprennent pas pourquoi le groupe centriste Renew a voté pour Roberta Metsola (et cette disposition mettrait en difficulté Malte).

Emmanuel Macron a souhaité également renforcer le principe de solidarité et la lutte contre les discriminations hommes/femmes. Il a également initié la démarche de « rassembler nos meilleurs historiens (…) pour précisément bâtir ensemble le legs de cette histoire commune », celle de l’Europe de « la colline de Laponie jusqu’aux bulbes dorés de Cracovie ».


2. Promesse de progrès

Plusieurs défis ont été abordés dans cette partie du discours.

Défi climatique. Emmanuel Macron a voulu conserver l’Europe comme « un modèle d’avenir » : « L’Europe est le lieu où, à Paris en 2015, s’est levée une conscience climatique universelle. Elle est le continent qui, avec l’objectif de neutralité carbone en 2050, s’est donné le premier les objectifs les plus ambitieux de la planète. ». Cela nécessite de nombreuses transformations industrielles, mais aussi d’inclure dans les négociations internationales des « mesures miroirs dans les accords commerciaux », un « mécanisme d’ajustement carbone aux frontières » et d’adopter « la première loi au monde contre la déforestation importée ».

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Défi numérique qui est double : « bâtir un véritable marché unique du numérique permettant de créer des champions européens » et aussi réguler le secteur pour « préserver cet esprit des Lumières, c’est-à-dire protéger nos droits, nos libertés, le respect de nos vies privées, lutter contre les discours de haine ».

Défi de sécurité : « L’Europe doit s’armer non pas par défiance vis-à-vis des autres puissances, non, mais pour assurer son indépendance dans ce monde de violence, pour ne pas subir le choix des autres, pour être libre. ». Cela signifie réformer l’Espace de Schengen, organiser notre défense européenne pour anticiper et ne plus seulement réagir aux crises internationales.


3. Promesse de paix

Pour Emmanuel Macron, l’Europe a une vocation universelle et doit avoir la responsabilité « de repenser quelques-unes de ses politiques de voisinage ».

Il a voulu ainsi que l’Europe aille « proposer une nouvelle alliance au continent africain » : « C’est en Afrique que se joue une partie du bouleversement du monde, une partie de l’avenir de ce continent et de sa jeunesse, mais de notre avenir. ». Concrètement, il s’agit d’une aide à la fourniture de vaccins à court terme, mais surtout « un New Deal économique et financier avec l’Afrique ».

Il a voulu aussi que l’Europe porte attention aux Balkans occidentaux qui sont « au cœur du continent européen » dans « des perspectives sincères d’adhésion » : « Ils portent des cicatrices qui rappellent tout à la fois la précarité de la paix et la force de notre union. ». Mais pour ne pas paralyser une Europe à 31, 32 ou 33, il faut « repenser nos règles en profondeur pour les rendre plus claires, plus lisibles, pour pouvoir décider plus vite et plus fort ». En d’autres termes : « Il nous faut donc réinventer à la fois les règles de fonctionnement et la géographie de notre Europe. ».

Un bon voisinage aussi avec le Royaume-Uni pour « retrouver le chemin de la confiance » : « Rien ne remettra en cause le lien d’amitié qui nous lie au peuple britannique. Notre compagnonnage dans la défense de la démocratie libérale, de la liberté, du progrès économique et social est trop ancré, trop ancien. Mais suivre ce cheminement commun après le Brexit suppose du gouvernement britannique qu’il s’engage de bonne foi dans le respect des accords conclus avec notre union et que nous fassions respecter avec clarté les engagements pris. ».

Enfin, Emmanuel Macron conçoit l’Europe comme « une puissance de paix et d’équilibre » et voudrait donc construire un dialogue avec la Russie : « Ce dialogue, je le défends depuis plusieurs années. Il n’est pas une option (…). Nous devons, nous Européens, poser collectivement nos propres exigences et nous mettre en mesure de les faire respecter. Un dialogue franc, exigeant face aux déstabilisations, aux ingérences, aux manipulations. ». Il pensait en particulier à la situation de l’Ukraine, mais pas seulement.

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Reprenant les trois "promesses", Emmanuel Macron a conclu ainsi : « Tous ensemble, face à la tyrannie de l’anecdote et des divisions entre Européens, nous avons à retrouver le sens de l’unité, le goût du temps long qui font la nécessité de l’audace, le sens de ce que Robert Schuman appelait les efforts créateurs. (…) Notre capacité à inventer un rêve possible, à le rende tangible, à le faire réalité, à le rendre utile à nos concitoyens, est la clefs de notre succès. ».

Je ne suis pas certain que ce grand discours restera dans l’histoire, tant les préoccupations politiciennes et électoralistes des oppositions françaises, au Parlement Européen, l’ont emporté sur la discussion de fond sur l’avenir de l’Europe. En tout cas, les élus devenus observateurs étrangers ont pu constater qu’Emmanuel Macron avait bien du courage à vouloir développer une vision à long terme devant des opposants aussi bornés et à courte vue. Ce discours a développé ainsi l’agenda des six mois de Présidence française, déjà présenté au cours d’une conférence de presse à l’Élysée le 9 décembre 2021, et a impressionné tous nos partenaires européens : enfin, une vision européenne !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Enfin, une vision européenne !
Discours du Président Emmanuel Macron au Parlement Européen le 19 janvier 2022 à Strasbourg (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron assume sur les antivax.
Emmanuel Macron dans "Le Parisien" le 5 janvier 2022.
Vœux d’Emmanuel Macron : protéger les Français et renforcer la France par l’Europe.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Introspectif et tourné vers l’avenir, Emmanuel Macron justifie (presque) tout.
Emmanuel Macron l’Européen, Président jusqu’au bout.
La France d’Emmanuel Macron.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 9 novembre 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
COP26 : face à l’alarmisme, le leadership mondial d’Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron, l’homme qui valait 30 milliards.

_yartiMacron2022011904



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220118-roberta-metsola.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/20/39312760.html





 

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11 janvier 2022 2 11 /01 /janvier /2022 10:11

« Nous nous souviendrons d’un leader de la démocratie et pro-européen Tu étais lumineux, généreux, joyeux. » (Paolo Gentiloni, 11 janvier 2022).



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Ancien Président du Conseil italien et actuel Commissaire européen à l’Économie, Paolo Gentiloni, comme de nombreux autres Italiens et Européens, a réagi à la triste nouvelle de la mort du Président du Parlement Européen David Sassoli, dans la nuit du 10 au 11 janvier 2022, à l’âge de 65 ans (il est né à Florence le 30 mai 1956).

De nombreux hommages ont été dits à la suite de cette annonce. Ancien Président du Conseil italien, Enrico Letta, nouveau patron du parti démocrate italien depuis le 14 mars 2021, a salué « un ami unique, une personne d’une générosité extraordinaire ». "La Repubblica", citée par le site "Toute l’Europe", affirme : « De Letta à Brunetta, de Di Maio à Meloni, tous ont pleuré l’homme politique honnête et l’homme décent. » [Renato Brunetta est un ministre en fonction et membre de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi ; Luigi Di Maio est ministre des affaires étrangère et l’un des principaux leaders du Mouvement 5 étoiles ; Giorgia Meloni, ancienne ministre de Silvio Berlusconi, est la présidente du parti des conservateurs et réformistes européens, une scission du PPE proche de l’extrême droite].

Preuve de sa générosité, David Sassoli, en pleine pandémie de covid-19, avait mobilisé les locaux du Parlement Européen pour faire à manger à des personnes nécessiteuses, pour implanter un centre de dépistage et pour servir d’hébergement d’urgence à des femmes isolées.

David Sassoli était hospitalisé depuis le 26 décembre 2021 au nord de Venise, au Centre de référence d’oncologie d’Aviano « en raison d’une complication grave due à un dysfonctionnement du système immunitaire ». Il était malade (une saleté qui l’a rattrapé soudainement), fragilisé par une forme grave de pneumonie depuis septembre 2021. Ce n’est donc pas le covid-19 mais la légionellose qui l’a vaincu.

La dernière intervention publique de David Sassoli fut son discours aux chefs d’État et de gouvernement lors du Conseil Européen des 16 et 17 décembre 2021. La plupart de son "magistère" s’est tenu en temps de pandémie.

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En juillet 2019, l’ancien journaliste a créé une surprise lorsqu’il fut désigné pour présider le nouveau Parlement Européen : les démocrates chrétiens (PPE) avaient gagné les élections européennes mais finalement, c’est ce social-démocrate du PD italien, le parti démocrate réunissant l’ancienne démocratie chrétienne et les anciens communistes, situé au centre gauche, qui a finalement été choisi pour la première partie du mandat européen, parce que le PPE avait déjà obtenu la Présidence de la Commission Européenne (l’Allemande Ursula von der Leyen) et les centristes de Renew/Renaissance (anciens libéraux démocrates) avaient obtenu la Présidence du Conseil Européen (le Belge Charles Michel).

Si bien que pour une fois, la majorité de fonctionnement du Parlement Européen n’était pas composée seulement des deux grands groupes (PPE et S&D) mais aussi du groupe centriste auquel les députés européens proches du Président Emmanuel Macron s’étaient inscrits. C’est pour cette raison que le 3 juillet 2019, David Sassoli a été élu Président du Parlement Européen, au second tour avec 345 voix sur 667, soutenu par ces trois groupes (il avait recueilli 325 voix sur 662 au premier tour).

En principe, son mandat s’achevait le 18 janvier 2022, les Présidents du Parlement Européen faisant traditionnellement la moitié d’un mandat, laissant l’autre moitié à l’autre groupe, ici le PPE. Néanmoins, comme Martin Schulz le 1er juillet 2014, David Sassoli avait caressé l’idée de solliciter un second mandat dans quelques jours, ce qui aurait fait exploser l’accord du 2 juillet 2019, mais sa santé était déjà trop fragile pour aller plus loin.

La probable successeure de David Sassoli serait la Maltaise Roberta Metsola (42 ans), députée européenne PPE depuis avril 2013 et première vice-présidente du Parlement Européen depuis le 12 octobre 2020 (à ce titre, elle assure l’intérim depuis décembre, en attendant la prochaine élection probablement avancée dans quelques jours), qui s’est dit profondément affectée par cette disparition : « J’ai le cœur brisé. L’Europe a perdu un leader, j’ai perdu un ami, la démocratie a perdu un champion. ».

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Le choix de David Sassoli pour présider le Parlement de Strasbourg en 2019 n’était pas dû au hasard. Journaliste professionnel depuis 1986, il a présenté le journal du soir de la plus grande chaîne de la télévision publique italienne, RAI 1, ce qui lui a assuré une belle notoriété en Italie (il était un présentateur vedette).

Européen convaincu, il s’est engagé en politique en 2007 au sein du nouveau PD italien, et s’est fait élire député européen en juin 2009, puis réélu en mai 2014 et mai 2019. Avant son élection au perchoir européen, il était vice-président du Parlement Européen pendant tout le mandat précédent (juillet 2014 à juillet 2019), construisant sa réputation de bon connaisseur du Parlement Européen, de son fonctionnement, de son rôle, des joutes aussi. Il a succédé à un autre Italien, Antonio Tajani (PPE).

C’était aussi, en 2019, un "lot de consolation" pour l’Italie qui cédait la présidence de la Banque centrale européenne (BCE), passage de Mario Draghi (l’actuel Président du Conseil italien) à Christine Lagarde (ancienne directrice générale du FMI et ancienne ministre française de l’économie et des finances).

Dans sa carrière politique, David Sassoli, qui se considérait comme un leader "anti-Salvini", a échoué aux élections municipales de 2012 à Rome, mais fut réélu au Parlement Européen en 2014 par un raz-de-marée du PD (plus de 40%), dans le sillage du très populaire Matteo Renzi.

Au perchoir de Strasbourg, David Sassoli avait de grandes ambitions institutionnelles. Il s’est engagé dans une rénovation du Parlement Européen lors de son entrée en fonction le 3 juillet 2019 : « On se battra ensemble pour un Parlement moderne, plus transparent, éco-durable, accessible aux citoyens. ». Il a aussi prôné un renforcement de la compétence des parlementaires européens, en particulier de pouvoir disposer également de l’initiative des lois.

Il voulait que les députés européens, souvent tentés de faire du Parlement Européen un bouc émissaire à usage de politique intérieure, retrouvent "l’esprit des Pères fondateurs" : « Vous ne pouvez pas continuer à renvoyer les décisions à prendre, alimentant la méfiance. Les citoyens se demandent à chaque urgence : où est l’Europe ? Que fait l’Europe ? Nous devons retrouver l’esprit des Pères fondateurs. ».

Il a également « exhorté les Européens à contrer le virus du nationalisme extrême et appelé à une réforme des règles européennes en matière de migration et d’asile politique ». Nul doute que l’Europe est aujourd’hui endeuillée et que ce continuateur de l’esprit fondateur va beaucoup lui manquer.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
David Sassoli.
Les ambitions européennes d'Emmanuel Macron (9 décembre 2021).
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron (2 juillet 2019).
L’élection du Président du Parlement Européen le 17 janvier 2017.
Antonio Tajani.
Martin Schulz.
Nicole Fontaine.
Pierre Pflimlin.
Simone Veil.
Emilio Colombo.
Alain Poher.
Robert Schuman.
Mario Draghi.

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13 décembre 2021 1 13 /12 /décembre /2021 03:27

« Je suppose que tout Français, à moins d’être un responsable du PCF, a été abasourdi quand il a lu les dispositions votées l’autre jour par le Parlement. Avant les accords de Gdansk en août 1980, tout syndicat indépendant était interdit. Selon la législation nouvelle, l’activité syndicale "libre" est encadrée de telle sorte qu’elle sera l’occasion permanente de condamnations, d’interdictions, d’emprisonnements. Oui, tout cela peut bien nous étonner. Mais cela ne surprend guère les Polonais, qui savent d’expérience ce qu’est leur socialisme. » (Michel Foucault, "Les Nouvelles littéraires" n°2857, 14 octobre 1982, entretien ave G. Anquetil).



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Il y a quarante ans, le dimanche 13 décembre 1981, les Européens se réveillaient avec une gueule de bois. Au petit matin, la Pologne était en état de siège. Les chars ont envahi les rues de Varsovie. Cette décision a été prise par le général Jaruzelski, Président du Conseil de Ministres de la Pologne, autrement dit, Premier Ministre, depuis le 11 février 1981, mais surtout "Premier Secrétaire du parti ouvrier unifié polonais", le POUP, autrement dit le parti communiste polonais, depuis le 18 octobre 1981, et Ministre de la Défense depuis le 11 avril 1968. Jaruzelski avait succédé à Stanislaw Kania le 18 octobre 1981 qui était un peu le Dubcek de la Pologne, lui-même successeur d’Edward Gierek le 6 septembre 1980.

À la suite du second choc pétrolier, des mouvements ouvriers de Gdansk de l’été 1980 ont secoué la Pologne et contrairement aux émeutes de 1970 où Edward Gierek avait succédé à Wladyslaw Gomulka, le chef de la dictature communiste a accepté de négocier avec les ouvriers des chantiers navals de Gdansk. Deux semaines après le début de la grève, le 31 août 1980, l’Accord de Gdansk a autorisé la légalisation du premier syndicat libre de la Pologne communiste, Solidarnosc (Solidarité), dont le premier congrès s’est tenu le 5 septembre 1980 et qui allait rassembler environ un tiers des ouvriers polonais (soit 10 millions de personnes), ce qui constituait une force politique extraordinaire. Lech Walesa en était le leader charismatique.

Gomulka était tombé à cause de la répression très forte de l’armée polonaise contre les ouvriers émeutiers, répression sous la direction du général Jaruzelski qui a tué 42 ouvriers. Lech Walesa, en 1980, a réussi à garder l’ordre et empêcher que les manifestations ouvrières devinssent des émeutes, ceci pour éviter la répétition du bain de sang de 1970 et le prétexte à la répression.

La politique d’ouverture d’Edward Gierek avait pour but de normaliser les relations diplomatiques avec le premier pape polonais de l’histoire, Jean-Paul II, ancien archevêque de Cracovie, élu trois ans auparavant. Mais l’impopularité du régime communiste fut telle qu’il a dû démissionner et a été remplacé par Stanislaw Kania, partisan des réformes.

Pendant un an et demi, entre août 1980 et décembre 1981, tout était permis, les espoirs très grands d’une réforme à l’intérieur du système communiste, pour la première fois en Europe après les tentatives avortées en Hongrie en 1956 et en Tchécoslovaquie en 1968. Stanislaw Kania a négocié avec Lech Walesa des réformes économiques et considérait que la Pologne était trop dépendante de l’URSS. L’évolution faisait cependant peur à toutes les dictatures communistes et en premier lieu, à l’URSS. La trop grande influence politique de Solidarité mettait en difficulté la pérennité du système. Lors de la réunion du comité central du POUP du 18 octobre 1981, Stanislaw Kania a été mis en minorité par les autres hiérarques communistes qui ne comprenaient pas pourquoi il avait lâché autant de concessions. Le général Jaruzelski l’a donc remplacé et allait diriger la Pologne d’une main de fer pendant près d’une décennie, celle des années 1980.

Le problème de l’Accord de Gdansk a été politiquement que le POUP ne représentait donc plus les ouvriers, comme officiellement proclamé, puisque c’était dans les faits le rôle de Solidarité, syndicat indépendant. Jaruzelski a donc cru pouvoir maintenir le pouvoir communiste plus pas le parti mais par l’armée, autre institution qu’il gardait encore sous son contrôle.

La réputation puis la postérité de Jaruzelski ont été le résultat du seul acte fondant son pouvoir, ce qu’on pourrait appeler un véritable coup d’État militaire le 13 décembre 1981. Portant sa casquette de général, son uniforme bardé de décorations, des lunettes aux verres teintés et lisant sa loi martiale comme dans un vaudeville à la Charlie Chaplin, il a placé la Pologne dans une nouvelle ère glaciaire, achevant de renforcer la guerre froide après l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge. Dans les débats politiques en France, la droite balançait Jaruzelski quand la gauche balançait Pinochet.

Jaruzelski a créé le Conseil militaire du salut national qu’il a présidé, prenant l’ascendant tant sur le comité central du POUP que sur le gouvernement et l’État en général. Des milliers d’opposants politiques (dont Lech Walesa) mais aussi des dirigeants communistes ont été arrêtés et emprisonnés parfois longtemps, la censure a été rétablie, le couvre-feu décrété, les nouvelles grèves réprimées, l’alimentation, le tabac et l’alcool rationnés. Son Ministre de l’Intérieur (depuis le 31 juillet 1981), le général Czeslaw Kiszczak, fut la cheville ouvrière de cette répression politique.

Les Français ont été particulièrement touchés par cet événement politique en Pologne en raison des liens qui unissent les deux peuples (j’avais moi-même un bon camarade de classe d’origine polonaise et la région était une terre de forte immigration polonaise). Le matin même du 13 décembre 1981, dans l’une des interventions maladroites dont il était coutumier, le Ministre français des Relations extérieures Claude Cheysson exprimait son émotion mais expliquait qu’il s’agissait d’une affaire interne à la Pologne et qu’il ne s’agissait pas de faire de l’ingérence. Bref, la France s’en lavait les mains, ce qui a choqué beaucoup de Français.

La période de la loi martiale a duré un peu plus d’un an, jusqu’au 22 juillet 1983. La dictature communiste a continué jusqu’aux premières élections libres d’un pays communiste en juin 1989. Entre-temps, Jaruzelski et Kiszczak ont continué la répression avec une tragédie dont les responsabilités n’ont jamais été établies, l’enlèvement et l’assassinat du père Jerzy Popieluszko le 19 octobre 1984 (béatifié le 6 juin 2010). Son soutien public à Solidarité dérangeait le pouvoir mais il a pu être victime du zèle de certains serviteurs du régime.

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Jaruzelski, devenu Président de la République le 6 novembre 1985, a négocié son maintien après les élections libres de 1989, quittant la direction du POUP le 29 juillet 1989. Il quitta le pouvoir le 22 décembre 1990 et le laissa à son successeur et ancien principal adversaire politique, Lech Walesa, premier Président polonais élu démocratiquement. Il a fallu attendre le 17 avril 2007 pour que Jaruzelski, Kiszczak et d’autres dirigeants du régime fussent inculpés pour crime communiste. Le procès ne s’est jamais tenu. Jaruzelski a pu montrer qu’il avait réussi à faire la transition démocratique sans effusion de sang (comme dans la plupart des pays d’Europe centrale et orientale libérés du joug communiste, sauf la Roumanie).

Après son retrait de la vie politique, Jaruzelski a toujours soutenu, pour expliquer le 13 décembre 1981, qu’il avait agi en patriote et qu’il avait craint l’invasion de la Pologne par l’Armée rouge s’il n’avait pas instauré lui-même la loi martiale. Il avait vu comment cela s’était passé à Prague en 1968. De plus, l’Armée rouge avait organisé des grandes manœuvres militaires à la frontière polono-biélorusse entre le 4 et le 12 septembre 1981 pour impressionner et menacer les dirigeants polonais (100 000 soldats du Pacte de Varsovie à la frontière).

C’était aussi ce que pensaient le Chancelier allemand Helmut Schmidt, et probablement le Président français François Mitterrand, ce qui expliquerait pourquoi il a reçu Jaruzelski à l’Élysée le 4 décembre 1985 (suscitant un "trouble" chez son jeune Premier Ministre Laurent Fabius). C’était le premier dirigeant "occidental" à avoir reçu Jaruzelski.

Toutefois, cette version de prévenir l’invasion de l’URSS en Pologne par cet état de siège a été invalidée par la publication, par Boris Eltsine, des comptes-rendus du Politburo du Parti communiste de l’URSS (PCUS) de l’époque qui montraient que les dirigeants soviétiques ne souhaitaient qu’intimider les Polonais mais ne comptaient certainement pas y intervenir militairement car l’Armée rouge n’en aurait pas eu les moyens, déjà impliquée en embourbée dans une longue et difficile occupation en Afghanistan.

Les deux versions ne sont cependant pas incompatibles si Jaruzelski, inquiet de la menace, ne connaissait pas les intentions réelles du grand frère soviétique. Ce qui est étonnant, c’est que les dictateurs d’une époque sont devenus des "démocrates" d’une autre époque, avec en prime l’impunité de leurs crimes commis en régime communiste. Ainsi, le 27 mai 2001, il a affirmé qu’il se sentait "social-démocrate", que le communisme était un échec historique, et qu’il soutenait le Président Aleksander Kwasniewski. J’aurais tendance à dire : tout ça pour ça ? Tous ces morts, toutes ces familles détruites, tous ces hommes torturés, toutes ces libertés bafouées pour finalement dire que son idéologie était nulle et à mettre à la poubelle ? Quel manque de discernement ! Il aurait mieux fait d’écouter les démocrates à l’époque, cela aurait épargné des vies humaines et les énergies perdues.

Les historiens devront encore se pencher longuement sur cette période Jaruzelski beaucoup trop floue, pour mieux comprendre les responsabilités individuelles. On peut être sincère tout en restant responsable. Une journée d’étude est prévue sur le sujet le mardi 14 décembre 2021 de 11 heures 30 à 19 heures 30 au Centre Malesherbes, amphi 111, au 108 boulevard Malesherbes dans le 17e arrondissement de Paris, un colloque organisé par la faculté des lettres de Sorbonne Université et le Centre de Civilisation polonaise (UMR-8224).

On aurait pu croire que la victoire de la démocratie a été définitive, mais la démocratie est toujours fragile et faible face aux partisans des régimes les plus autoritaires. L’avenir n’est jamais écrit, ni en noir, ni en rose. En tout cas, les Polonais de 1981 auront pu voir la différence entre une réelle dictature militaire et communiste et les restrictions sanitaires nécessaires, décidées avec toutes les garanties de l’État de droit, pour ne pas aggraver la pandémie de covid-19 : d’un côté, des vies ont été perdues, détruites ; de l’autre, des vies sont sauvées. C’est toujours bon de revenir aux fondamentaux quand des "fakes news" peuvent tourner en rond pour dire le contraire…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le confinement en Pologne… il y  a 40 ans.
Libéralisation en Roumanie.
Jean-Paul II.
Marie Curie.
Benoît Mandelbrot.
Roman Polanski.
Auschwitz-Birkenau.
Les Accords de Munich.
Lech Walesa.
Bronislaw Geremek.
Le général Jaruzelski.
Zbigniew Messner.
Tadeusz Mazowiecki.
Czeslaw Kiszczak.
Donald Tusk.
Henry Kissinger.
Zbigniew Brzezinski.
Marceline Loridan-Ivens.
Tragique accident d’avion près de Katyn.
Libéralisation en Pologne.
Libéralisation en Allemagne de l’Est.
Libéralisation en Tchécoslovaquie ?
Libéralisation en Hongrie ?
Libéralisation en Chine ?
Libéralisation en Russie.
Le nouveau monde.
Vaclav Havel.
L’Europe.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211213-etat-siege-pologne.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-confinement-en-pologne-il-y-a-237919

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11 décembre 2021 6 11 /12 /décembre /2021 03:33

« Face aux défis sanitaires et économiques, à l’affirmation de puissances hostiles, ou au dérèglement climatique, la meilleure réponse est européenne. Notre Union ne réussit jamais aussi bien que lorsqu’elle défend ses valeurs et ses intérêts (…). Aucun espace politique n’a autant vacciné sa population, tout en faisant don du plus grande nombre de vaccins au monde, et aucun autre n’a protégé autant ses citoyens du chômage et des faillites. Les droits ont été respectés, les lois votées par des parlements élus, les juges ont contrôlé ces décisions. La solidarité et la démocratie, voilà le modèle européen. » (Emmanuel Macron).



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Alors que les différents acteurs de la campagne présidentielle se mettent en place, ou se démettent, le Président de la République Emmanuel Macron a invité tous les journalistes de France et du monde à sa seconde conférence de presse solennelle au Palais de l’Élysée ce jeudi 9 décembre 2021 de 16 heures à 18 heures 30. Un message clair et simple à faire passer : certains parlent, lui agit.

Et il y a des raisons d’agir. La crise sanitaire (il a redit toute son affliction pour les centaines de familles endeuillées chaque jour par la pandémie de covid-19, on ne le redit pas assez, d’autant plus que le seuil symbolique des 120 000 décès vient d’être franchi la veille, ainsi que celui des 8 millions de personnes détectées positives), le redressement économique, le réchauffement climatique, mille sujets de préoccupation quand on dirige notre pays. Et puis un événement qui ne se renouvelle que tous les quatorze ans, la Présidence française du Conseil de l’Union Européenne.

Cette Présidence aura lieu du 1er janvier au 1er juillet 2022. Autant dire que cette Présidence pouvait être sacrifiée sur l’auteur de la présidentielle. Ce n’est pas la première fois, c’était déjà le cas en 1995, à la différence très importante que François Mitterrand, Président vieux et malade, terminait son interminable quatorzennat. Emmanuel Macron, au risque de sous-estimer la dureté de la campagne présidentielle, a voulu consacrer ses derniers moments présidentiels à l’Europe. Et il y a de quoi faire.

C’est aussi un moyen subliminal de remettre la construction européenne au cœur de la campagne présidentielle, du moins du débat public, après trois mois où l’on n’a parlé que d’immigration, de sécurité, de xénophobie, etc. Il sait bien qu’en avril 2022 et en juin 2022, l’élection présidentielle puis les élections législatives vont interférer avec ses ambitions européennes, mais fallait-il alors abandonner tout objectif européen ? Du reste, celle qui semble être sa concurrente la plus redoutable, Valérie Pécresse, a publié le jour même une tribune pour évoquer sa conception de l’Europe et vouloir une Europe forte.

Emmanuel Macron a aussi rappelé qu’il serait Président de la République jusqu’au bout, élu pour cinq ans. Il n’est pas un Président fainéant et dans les deux cas (il fait quelque chose ou il ne fait rien), on le lui reprochera. Rappelons-nous le Président Nicolas Sarkozy qui avait pris la décision, le 29 janvier 2012, d’augmenter la TVA, et comparons avec François Hollande le 1er décembre 2016, devenu le fantôme de l’Élysée quand il avait renoncé à se représenter à l’élection présidentielle, il ne comptait pour plus personne, il ne faisait plus rien, six mois de perdus pour la France et les Français.

Dans un long exposé de plus d’une heure dix, Emmanuel Macron a donc présenté son programme pour les six mois de Présidence française, six mois dont au moins quatre et demi sont assurément macroniens et le reste, selon l’élection, continuera à l’être ou sera imposé à son successeur.

En déclinant les trois mots clefs de sa Présidence : relance, puissance et appartenance, le chef de l’État a évoqué cinq Europe.


1. Une Europe plus souveraine

Depuis son discours de la Sorbonne auquel il s’est référé, la souveraineté européenne est son dada. Cela pourrait être un oxymore pour certains anti-européens, mais il conçoit justement le principe de réalité qui veut que la puissance et la souveraineté ne s’imposent aux autres que par l’unité du continent européen. C’est évidemment un thème porteur à droite et c’est pour cela qu’il n’a pas voulu l’abandonner aux candidats parmi les plus extrêmes. Il veut que l’Europe maîtrise ses frontières, que l’Espace de Schengen soit réformé en créant une véritable "pilotage politique de la maîtrise des frontières". Mais il veut aussi créer une Europe de la défense dont on connaît le sens symbolique (et historique, voir la CED).

Il a proposé également de développer un nouveau modèle de croissance et d’investissements pour l’Union Européenne et la zone euro (Sommet du 10 et 11 mars 2022). Par ailleurs, il a programmé dans l’agenda deux conférences internationales de l’Union Européenne : une les 17et 18 février 2022 à Bruxelles avec l’Union Africaine pour renforcer la coopération scientifique, universitaire, culturelle, afin de donner un avenir africain à la jeunesse africaine, et une autre en juin 2022 avec les Balkans occidentaux afin de faire face aux nouvelles tensions qui peuvent mettre en péril la paix.


2. Une Europe plus verte

Par la France, l’Europe est le premier continent à s’être engagé sur la neutralité carbone en 2050. De très nombreux sujets européens peuvent ainsi décliner la lutte contre le réchauffement climatique, mais avant tout, Emmanuel Macron veut que l’ambition climatique soit toujours accompagnée d’un dynamisme économique et d’une justice sociale.

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3. Une Europe plus numérique

Jean-Claude Juncker avait beaucoup agi, lorsqu’il était Président de la Commission Européenne (2014-2019), pour l’égalité numérique. Emmanuel Macron a rappelé que la France a imposé un standard mondial avec la réglementation européenne de protection de données individuelles (qui posent cependant beaucoup de problèmes notamment dans la gestion des collectivités locales, ne serait-ce que pour venir en aide à des personnes isolées en période de crise sanitaire). Il y a aussi la taxation des plateformes du numérique et sera aussi en projet de réguler les géants du numérique dont l’hégémonie économique empêche l’innovation dont ils sont eux-mêmes issus et qui devront voire leur responsabilité augmenter dans leur rôle d’éditeur de l’expression de la haine en ligne.


4. Une Europe plus sociale

Emmanuel Macron a remis sa proposition d’un salaire minimum décent sur toute l’Union Européenne, renforçant le bien-être des salariés par un salaire plus décent et empêchant du dumping social. Il ne s’agit pas d’un nivellement par le bas mais bien d’une hausse parallèle des salaires à faible montant.


5. Une Europe plus humaine

Emmanuel Macron ne veut pas que l’Europe n’ait qu’une vision économique du monde, elle a aussi une vocation humaniste, qui sera l’objectif de la clôture de Conférence sur l’avenir de l’Europe (lancée par Emmanuel Macron le 9 mai 2021 à Strasbourg) qui aura lieu en mai 2022. Il veut renforcer l’État de droit en Europe, notamment sur la lutte tant contre la haine, le racisme, l’antisémitisme que contre les violences faites aux femmes. Il a imaginé aussi une "Académie d’Europe" réunissant une centaine d’intellectuels européens permettant à ces universitaires de travailler sur l’histoire de l’Europe, et il a envisagé un service civique européen ouvert à tous les jeunes de moins de 25 ans.





Les citoyens européens ne disent désormais plus qu’il y a trop d’Europe, mais qu’il n’y a pas assez d’Europe (c’était le cas pour la Santé et la lutte contre la pandémie de covid-19). Une plateforme permet à chaque citoyen européen de s’exprimer : https://futureu.europa.eu/ dans la cadre d’un large appel à contribution.

Emmanuel Macron a fait rimer la France avec l’Europe : « La Présidence du Conseil de l’Union Européenne sera aussi un moment national. Parler d’Europe, en bien, en mal, dire ce qui lui manque, s’entendre sur ce qu’elle doit faire : voilà ce à quoi nous devons nous employer collectivement dans les prochains mois. Des centaines d’événements conférences, ateliers artistiques, débats, films, actions collectives seront organisés partout sur le territoire afin que chacun d’entre nous puisse porter, dans sa vie quotidienne, un bout d’Europe. ».

400 événements se tiendront en effet en France durant ce semestre, dont la plupart seront accessibles aux citoyens. Dans cet agenda, Emmanuel Macron fera en particulier un important discours au Parlement Européen le 19 janvier 2022,

Comme on le voit, il y en a pour tous les types d’électorat, des plus souverainistes aux plus sociaux. Ambition mais aussi fierté européennes, c’est ce que veut porter Emmanuel Macron, au nom des Français, au premier semestre 2022… enfin, dans sa première moitié, car pour la seconde moitié, ce le sera encore si Dieu le veut, ou plutôt, si les Français le veulent.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron l’Européen, Président jusqu’au bout.
La France d’Emmanuel Macron.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 9 novembre 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
COP26 : face à l’alarmisme, le leadership mondial d’Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron, l’homme qui valait 30 milliards.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211209-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/emmanuel-macron-l-europeen-237831

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/12/08/39253892.html








 

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8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 09:32

Nouveau Chancelier de la République fédérale d’Allemagne.



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Ce mercredi 8 décembre 2021 dans la matinée, le chef de la nouvelle coalition parlementaire composée des sociaux-démocrates (SPD), des libéraux (FDP) et des Verts, Olaf Scholz a été élu Chancelier, le 9e Chancelier de l’Allemagne fédérale depuis 1949. Il a obtenu, au Bundestag, 395 voix favorables, 303 voix contre et 3 abstentions sur les 707 députés qui ont pris part au vote sur 736 (il y a eu plusieurs députés absents pour cause de maladie). La majorité absolue était de 369. C’est le quatrième Chancelier social-démocrate après Wily Brandt, Helmut Schmidt et Gerhard Schröder.

C’est une date historique d’abord parce qu’elle clôt la longue présence de sa prédécesseure Angela Merkel à la tête du gouvernement allemand depuis le 22 novembre 2005. Depuis deux mois, elle n’a cessé de faire ses adieux en Allemagne et à l’extérieur, comme à Beaune (en France) le 3 novembre 2021.

Seize ans de pouvoir et pourtant, cette longévité n’a rien à voir avec l’exercice solitaire du pouvoir. Elle a dépassé la longévité de Konrad Adenauer mais pas de son mentor, Helmut Kohl, à quelques semaines près, mais surtout, elle n’a eu les coudées franches que pendant une législature sur les quatre qu’elle a dominées : entre 2009 et 2013. En effet, pour les trois autres législatures, une coalition CDU/CSU-SPD était conclue, c’est-à-dire, pour l’équivalent français, entre LR et le PS !

Si Angela Merkel a toujours affirmé son adhésion à la construction européenne et à l’amitié franco-allemande, les résultats restent cependant bien maigres sur les réalisations européennes. Certes, elle a su résoudre avec ses partenaires des crises financières (en particulier en 2008, 2011 et en 2020), mais elle n’a jamais porté un projet de redynamisation politique de l’intégration européenne. Les deux derniers Présidents français s’y sont d’ailleurs cassé les dents.

Pour les démocrates-chrétiens (CDU/CSU), le temps est donc revenu à l’opposition après seize ans de pouvoir partagé. L’irruption dans le paysage politique de l’AfD (extrême droite) avait incité certains dirigeants de la CDU/CSU à prendre des positions ultradroitières comme cela s’est également passé en France chez Les Républicains, avec une opposition à peine voilée à la politique d’accueil des réfugiés syriens prônée et mise en œuvre par Angela Merkel.

Les sociaux-démocrates, qui participaient au pouvoir depuis 2013, sont désormais à la Chancellerie. Ils reviennent de loin dans la mesure où les élections régionales avaient largement réduit l’audience électorale du SPD et on disait même que les SPD était en voie de marginalisation politique (comme le PS en France). Les Verts devaient en effet balayer le SPD et prendre le leadership de la gauche allemande.

En fait, rien ne se passe jamais comme on pourrait le prévoir. Angela Merkel quitte le pouvoir avec une exceptionnelle popularité. Il aurait été logique que son successeur soit également démocrate-chrétien, mais le leader désigné, Armin Laschet, a accumulé trop de maladresses pendant la campagne pour les élections fédérales du 26 septembre 2021 pour avoir une crédibilité forte et compter sur une adhésion populaire. De même, la leader écologiste Annalena Baerbock, que certains (du moins en France !) voyaient déjà Chancelière, a multiplié les impairs et l’audience des écologistes a chuté par rapport à des sondages initialement très flatteurs.

Et finalement, le SPD est devenu, avec 25,7% des voix, le premier parti d’Allemagne, une option peu envisageable il y a seulement six mois. Après la désignation en 2017 du tonitruant Martin Schulz, les dirigeants sociaux-démocrates avaient choisi le 10 août 2021, pour concourir, un homme plutôt modeste mais très expérimenté, Olaf Scholz. Ministre du Travail et des Affaires sociales du premier gouvernement Merkel (coalition CDU/CSU-SPD) du 21 novembre 2007 au 27 octobre 2009, il fut bombardé numéro deux du gouvernement Merkel le 14 mars 2018 comme Vice-Chancelier et Ministre des Finances, après avoir dirigé Hambourg pendant sept ans (2011-2018). À l’époque de sa désignation, il faisait seulement 14% dans les intentions de vote.

Olaf Scholz a placé sa campagne dans la sobriété et la modestie, dans l’autodérision aussi (son affiche disant que lui aussi peut devenir Chancelière a eu beaucoup de succès), et finalement, un peu par défaut (il a bénéficié de l’effondrement électoral de la CDU/CSU qui a perdu près de 9 points en obtenant 24,1% des voix, le score le plus bas historiquement), il a réussi à placer son parti en tête au Bundestag (un peu comme Lionel Jospin qui s’est retrouvé en tête du premier tour à l’élection présidentielle de 1995 alors que les socialistes étaient très impopulaires, bénéficiant de la rivalité entre Jacques Chirac et Édouard Balladur).

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Ayant mené les négociations pour former le nouveau gouvernement avec rapidité (deux mois), Olaf Scholz peut ainsi bénéficier ce jour d’une majorité absolue au Bundestag : 416 sièges sur 736 (206 SPD, 118 Verts, 92 FDP), ce qui est une majorité très confortable.

C’est la première fois qu’une coalition gouvernementale, celle-ci appelée de "feu tricolore" (SPD : rouge, FDP : jaune, écolos : vert), comporte trois partis et pas deux, mais c’est déjà le cas depuis longtemps dans la gestion des Länder. Olaf Scholz, désigné par son parti parce qu’il avait « l’étincelle d’être Chancelier » se retrouve ainsi Chancelier.

On l’attend évidemment sur trois sujets importants. Le premier sujet, urgent, est la lutte contre la pandémie de covid-19, alors que l’Allemagne est engloutie par l’épidémie. Olaf Scholz entend faire voter rapidement une loi rendant obligatoire la vaccination, et cette obligation allemande pourrait entraîner d’autres pays européens (a priori, pas la France, seuls les socialistes français prônent l’obligation vaccinale). Le deuxième sujet est l’assouplissement des règles budgétaires de l’Union Européenne mais avec la venue de Christian Lindner, chef du FDP, au Ministère des Finances, il y a peu de chance que l’orthodoxie budgétaire soit modifiée. Enfin, plus généralement, Olaf Scholz semble plus ouvert pour proposer une initiative et faire un pas nouveau dans l’intégration européenne, initiative qui ne pourra pas être prise avant les élections françaises du printemps 2022.

Le premier déplacement international d’Olaf Scholz, le vendredi 10 décembre 2021, devrait être pour la France et une premier rencontre avec le Président Emmanuel Macron qui va être aussi dans quelques jours le Président du Conseil Européen. Pas de quoi disserter sur ce choix : Emmanuel Macron avait fait son premier déplacement international à Berlin pour rencontrer Angela Merkel. Les mauvaises langues, de très mauvaise foi, avaient alors affirmé qu’il faisait allégeance à la Chancelière allemande. La réalité, c’est que depuis une vingtaine d’années, il a été prévu, dans le cadre de l’amitié franco-allemande, qu’un nouveau dirigeant d’Allemagne ou de France fasse sa première visite internationale chez l’autre. C’était le cas aussi d’Angela Merkel, réélue Chancelière le 14 mars 2018, qui a fait son premier déplacement à Paris (et à l’époque, on n’avait rien dit). C’est donc tout à fait normal qu’Olaf Scholz choisisse Paris pour faire son premier déplacement.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Olaf Scholz, l’étincelle du feu tricolore.
Législatives allemandes 2021 (2) : Olaf Scholz bientôt Chancelier.
Bonne retraite, Frau Merkel !
Législatives allemandes 2021 (1) : INCERTITUDE !
L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211208-olaf-scholz.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/olaf-scholz-l-etincelle-du-feu-237805

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26 novembre 2021 5 26 /11 /novembre /2021 03:07

« Un miracle se produisit. Je sentis monter en moi une impulsion d’une force inconnue. (…) Sans réfléchir une seconde (…), j’ouvris la porte et, les yeux exorbités, je dévisageai mon adversaire. » (Amélie Nothomb, "Les Catilinaires", 1995, éd. Albin Michel).



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À la suite des élections fédérales du 26 septembre 2021, un accord de gouvernement a été conclu ce mercredi 24 novembre 2021. Moins de deux mois de négociations, c’est un exploit vu la situation particulièrement confuse des résultats électoraux. Le principe d’une coalition avec le SPD (sociaux-démocrates), les Verts et les libéraux (FDP), une coalition inédite depuis le début de l’histoire de l’Allemagne, a été adopté le 15 octobre 2021. On se souvient que la précédente coalition, lors des précédentes élections avait nécessité près de six mois pour aboutir à un accord.

C’est le leader du SPD, Olaf Scholz, qui devrait donc devenir le futur Chancelier d’Allemagne, en début du mois de décembre 2021 (probablement au début de la semaine du 6 décembre 2021). Il succédera alors à Angela Merkel, qui a dirigé l’Allemagne pendant seize ans, mais laissant de quelques semaines le record de longévité à son mentor, Helmut Kohl.

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L’homme au visage un peu sévère, mais paradoxalement capable de faire de grands sourires, avait misé sur l’humour pendant sa campagne, alors qu’on disait le SPD anéanti par les élections régionales successives. Il disait en effet qu’il état capable d’être Chancelière (son affiche disait : "Er kann Kanzlerin"). Il avait d’ailleurs misé sur les femmes, promettant un gouvernement paritaire et parlant de meilleures chances pour les 42 millions de femmes dans le pays.

Olaf Scholz, à 63 ans, n’est pas un novice en politique. Il est même le Ministre fédéral des Finances sortant et le Vice-Chancelier depuis le 14 mars 2018, dans la grande coalition avec le CDU/CSU. Il n’avait pas repris la présidence du SPD après l'échec et la démission de Martin Schulz. Il avait déjà été Ministre fédéral du Travail et des Affaires sociales du 21 novembre 2008 au 27 octobre 2009, puis il avait conquis Hambourg, métropole ravie à la CDU, et est devenu le "premier bourgmestre" de Hambourg (sorte de maire et de président de conseil régional) du 7 mars 2011 au 13 mars 2018 (démission à cause de son retour au gouvernement comme numéro deux). Il s’était fait élire député fédéral dès 1998 à l’âge de 40 ans.

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Cette victoire était inespérée. Lorsqu’Olaf Scholz a été désigné candidat à la Chancellerie par la direction du SPD le 10 août 2020, ce parti ne représentait que 14% d’intentions de vote dans les sondages. Son atout a été d’avoir mené une campagne tranquille et sans boulette tandis que ses deux rivaux, Armin Laschet (CDU) et Annalena Baerbock (Verts) avaient multiplié les faux pas et les gaffes.

Même si la CDU/CSU (24,1% des voix, 197 sièges sur 736) n’a pas eu beaucoup de retard par rapport au SPD, le parti démocrate-chrétien a subi cependant une défaite cinglante, historique depuis 1949. Avec le SPD, à peine en avance mais premier (25,7% et 206 sièges sur 736), son leader Olaf Scholz est devenu naturellement la première personnalité susceptible de former le prochain gouvernement, dans une coalition dite de feu tricolore (rouge, jaune, vert) avec les libéraux du FDP (11,5% et 92 sièges), dirigés par le jeune Christian Lindner, et les Verts (14,8% et 118 sièges), dirigés par la non moins jeune Annalena Baerbock. À eux trois, ces partis rassemblent 416 sièges, soit largement plus que la majorité absolue du Bundestag (369). On peut même dire, en audience, que la nouvelle coalition a recueilli la majorité absolue des électeurs, 51,9%. La semaine qui vient sera donc consacrée à la ratification, par les adhérents des trois partis de la coalition, du programme présenté le 24 novembre 2021.

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En revanche, il faut insister sur le mode de scrutin : le scrutin proportionnel ne permet pas aux électeurs de choisir le gouvernement futur et la coalition future. En fonction des résultats, tout pouvait en sortir. Au lieu de s’esbaudir devant les institutions allemandes (qui ont aussi beaucoup de contestation), les Français devraient plutôt préférer le système français qui contraint les candidats à se mettre d’accord avant le scrutin et pas après le scrutin, pour permettre aux électeurs de choisir le parti ou la coalition qu’ils voudraient voir diriger le pays en toute clarté. Ce serait plus transparent et honnête que la cuisine postélectorale de recherche de combinaisons politiques.

Et d’ailleurs, qu’y a-t-il dans cet accord ? Plusieurs mesures provenant des trois partis de la coalition. C’est un contrat très complet de 177 pages ! Voici les mesures les plus importantes.

Économie et social :
* Augmentation du salaire minimum de 9,60 à 12,00 euros brut par heure à partir de 2022.
* Maintien de l’âge légal de départ à la retraite à 67 ans et maintien du niveau des pensions.
* Introduction d’une dose de capitalisation dans les pensions de retraite.

Lutte contre le réchauffement climatique :
* 80% d’énergies renouvelables d’ici à 2030.
* Sortie définitive du charbon ravancée à 2030 au lieu de 2040.
* Confirmation de l’arrêt des centrales nucléaires.
* Abandon de la volonté de limiter à 130 km/h la circulation sur les autoroutes (demandée par les Verts et refusée par le FDP).

Sociétal :
* Légalisation de la vente du cannabis réservée aux adultes avec évaluation de la mesure dans quatre ans.

(Pour cette dernière mesure, on imagine l’impact que cela pourrait avoir en France, en particulier dans les régions frontalières, par exemple à Strasbourg).

L’accord évoque aussi la composition du nouveau gouvernement. Les sociaux-démocrates ont donc la Chancellerie avec Olaf Scholz et vont récupérer trois ministères importants occupés actuellement par la CDU/CSU : la Défense, l’Intérieur et la Santé (et la Santé est cruciale dans une période où l’Allemagne est submergée par la pandémie de covid-19 : 76 132 nouveaux cas en une seule journée !). Les écologistes auront cinq ministères dont deux gros : Robert Habeck à l’Économie et à l’Écologie (et Vice-Chancelier) et Annalena Baerbock aux Affaires étrangères (ce n’est pas nouveau que les écologistes soient dans ce ministère, Joshka Fischer y avait brillé sous Gerhardt Schröder). Enfin, le leader des libéraux Christian Lindner obtient son bâton de maréchal comme Ministre des Finances et il entend bien défendre l’orthodoxie financière et limiter les déficits publics dès 2023.

C’est donc paradoxalement cet aspect financier qui est sans doute le plus important dans les relations entre l’Europe et la future Allemagne. Bien que "de gauche", le nouveau gouvernement allemand sera probablement plus strict en matière budgétaire et en matière d’endettement par rapport au précédent gouvernement (dans lequel Olaf Scholz s’occupait des Finances). "Le Figaro" y voit un difficulté pour Emmanuel Macron qui comptait négocier un assouplissement des critères de Maastricht et du Pacte de stabilité, tandis qu’au contraire, "Les Échos" y voit un gouvernement en phase avec Emmanuel Macron (les élus LREM siègent dans le même groupe, Renaissance, que les élus libéraux au Parlement Européen).

Le nouveau gouvernement allemand voudrait conditionner le versement des subventions de la relance au maintien de l’État de droit, et souhaite faire des avancées sur la souveraineté européenne, attendant les résultats de la Conférence sur l’avenir de l’Europe pour s’acheminer vers un État fédéral européen. Olaf Scholz parviendra peut-être à faire ce qu’Angela Merkel n’a jamais fait pour toutes sortes de raisons : renouer avec la construction européenne et proposer un nouveau traité qui renforcerait la solidarité européenne. Somme toute, c’est bien cet esprit européen du nouveau gouvernement allemand qui a de quoi enchanter Emmanuel Macron à la veille de prendre la Présidence de l’Union Européenne.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Législatives allemandes 2021 (2) : Olaf Scholz bientôt Chancelier.
Bonne retraite, Frau Merkel !
Législatives allemandes 2021 (1) : INCERTITUDE !
L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?

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https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/legislatives-allemandes-2021-2-237415

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 14:32

« Durant toutes ces années, tu as contribué à garder l’Europe unie malgré tous les chocs. » (Emmanuel Macron à Angela Merkel, le 3 novembre 2021 à Beaune).



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Le Président de la République française Emmanuel Macron a accueilli en fin d’après-midi du mercredi 3 novembre 2021 la Chancelière allemande Angela Merkel aux hospices de Beaune, en Côte-d’Or, dans la région Bourgogne (et Franche-Comté). Une petite cérémonie a eu lieu pour lui remettre, aux côtés de son mari, les insignes de Grand-croix de la Légion d’honneur, qui est le grade le plus élevé de cette distinction en guise de cadeau d’adieu et pour faire éloge de son « magnifique destin européen ». Angela Merkel, docteure en physique quantique, était une Allemande de l’Est qui a même participé au dernier gouvernement est-allemand, celui de Lothar de Maizière, et qui fut prise sous l’aile de son mentor ouest-allemand Helmut Kohl.

Adieu comme Chancelière, car dans quelques semaines, probablement en décembre 2021, quand la nouvelle coalition se sera mise d’accord pour gouverner, et cette coalition sera probablement le SPD, le FDP et les Verts, c’est-à-dire sans la CDU, le parti d’Angela Merkel, qui est pourtant très populaire.

Angela Merkel a été quatre fois élue Chancelière de la République fédérale d’Allemagne depuis le 22 novembre 2005 (elle a été réélue le 28 octobre 2009, le 17 décembre 2013 et le 14 mars 2018), mais elle ne réussira probablement pas à dépasser le record de son prédécesseur Helmut Kohl qui fut au pouvoir seize ans et un mois. Sans compter les années où elle était membre du gouvernement Kohl, du 18 janvier 1991 au 27 octobre 1998, elle fut d’une longévité extraordinaire. Comme Chancelière, elle a exercé sous quatre Présidents fédéraux, Horst Köhler, Christian Wulff, Joachim Gauck et Frank-Walter Steinmeier, six Présidents fédéraux si l’on compte aussi deux Présidents par intérim qui ont fait face à deux démissions.

La France, il n’y a pas si longtemps, avait connu aussi de longues périodes de Présidence, quatorze ans pour François Mitterrand et douze ans pour Jacques Chirac. Mais depuis Angela Merkel, ce n’est plus le cas puisqu’elle a eu quatre interlocuteurs dans ses relations d’amitié franco-allemande, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron. Si l’on prend le nombre de Premiers Ministres français pendant la mandature d’Angela Merkel, c’est encore plus instable avec sept chefs du gouvernement français différents : Dominique de Villepin, François Fillon, Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Édouard Philippe et Jean Castex.

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Sur le plan européen, Angela Merkel a particulièrement travaillé avec deux Présidents français : Nicolas Sarkozy, d’abord pour le Traité de Lisbonne, ensuite pour réagir à la crise financière de 2008 et à la crise de l’euro qui a duré au-delà de la fin du mandat de Nicolas Sarkozy, et Emmanuel Macron, pour la crise sanitaire et le plan de relance européen négocié l’été 2020 qui porte sur 750 milliards d’euros.

En revanche, aucun plan de consolidation de l’intégration européenne n’a pas été lancé pendant les seize ans de pouvoir d’Angela Merkel. En effet, Angela Merkel n’a pas répondu au plan européen annoncé par Emmanuel Macron lors du fameux discours à la Sorbonne le 26 septembre 2017. Cependant, le Secrétaire d’État chargé des Affaires européennes Clément Beaune (est-ce d’ailleurs un clin d’œil pour le choix de la ville de Beaune ?!) a rappelé dans le "Frankfurter Allgemeine Zeitung" : « Le conseil des ministres franco-allemand de Meseberg, souvent sous-estimé, en juin 2018, a été une étape importante sur la voie du rapprochement (…). Les deux savaient : on ne peut pas diriger l’Europe seul ou contre l’autre. ».

L’avenir dira rapidement si Angela Merkel a été un frein ou pas à un renforcement des institutions européennes, et je pense particulièrement à l’Europe de la défense à un moment où le départ des Britanniques et la non-fiabilité des États-Unis déterminent le besoin croissant d’une souveraineté militaire de l’Europe (qu’on avait imaginé dès 1954). Du reste, s’il y avait une seule mesure où Angela Merkel a mis tout son poids personnel dans la balance, c’est sur la question des réfugiés syriens et de leur accueil en Union Européenne.

Frédéric Says annonçait sur France Culture : « C’est une tournée d’adieux qui n’en finit pas. La Chancelière, au terme de seize ans de pouvoir, passe de capitale en capitale pour un dernier salut sur la scène mondiale. ». Mais en France, ce n’est pas une capitale, sinon celui d’un vin. Effectivement, Emmanuel Macron ne voulait pas faire un dîner à l’Élysée, préférant un cadre un peu plus informel, en province, en proposant une visite de l’Hôtel-Dieu de Beaune. Une occasion, autant pour Emmanuel Macron que pour Angela Merkel, d’être salués par la foule relativement modeste, quelques centaines de personnes venues à leur rencontre dans les rues de Beaune.

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Lors de la réception, Angela Merkel a déclaré : « Ce qui était bien avec tous les Présidents [français], c’est qu’on a partagé les mêmes valeurs, même si au début, on avait souvent des idées différentes. On a souvent réussi à se mettre ensemble et à faire plus que ce qu’on aurait pu faire tout seul. ». Quant à Emmanuel Macron, il lui a simplement dit : « Merci de m’avoir tant appris ! ».

En venant ainsi à Beaune faire ses adieux, Angela Merkel adoube Emmanuel Macron, en quelque sorte, comme nouveau leader de l’Union Européenne, ce qu’il sera en fait véritablement le 1er janvier 2022 car la France présidera l’Europe à cette date. Quant à Angela Merkel, elle aura encore du temps, à 67 ans, pour rédiger ses mémoires qui promettent d’être volumineuses. Celles de la première femme Kanzler d’Allemagne.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bonne retraite, Frau Merkel !
Législatives allemandes 2021 (1) : INCERTITUDE !
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
L’Église de Benoît XVI.
Max Frisch.
Angela Merkel a-t-elle un héritier ?
Armin Laschet.
Ursula von der Leyen.
Friedrich Dürrenmatt.
Richard von Weizsäcker.
Benoît XVI.
Méditerranée orientale : la France au secours de la Grèce face à la Turquie.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Le pacte franco-allemand historique du 18 mai 2020.
Robert Schuman lance la construction européenne.
Les 75 ans de la Victoire sur le nazisme.
Le syndrome de Hiroshima.
Hitler.
Auschwitz.
Berlin 1989 : le 9/11 avant le 11/9.
Les élections régionales en Thuringe du 27 octobre 2019.
Konrad Adenauer.
L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?

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https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/bonne-retraite-frau-merkel-236970

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25 octobre 2021 1 25 /10 /octobre /2021 03:13

« J’ai appris à ne pas dire ce que je pense et à sourire à ceux que je hais le plus. » (Michel Ier, en 1940).




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Organisées par la princesse Margareta, quatre cérémonies ont eu lieu le vendredi 15 octobre 2021 dans la Salle du Trône du Palais royal de Bucarest, en Roumanie. Elle avait pour cadre un centenaire important pour les Roumains. En effet, l’ancien et dernier roi de Roumanie, Michel Ier de Roumanie est né il y a 100 ans, le 25 octobre 1921 à Sinaia en Roumanie. À cette occasion, une salle du Parlement roumain est baptisée ce lundi 25 octobre 2021 en l’honneur du roi Michel ("Regele Mihai I al României"). Pendant plus de soixante-quinze ans, cet ancien monarque fut une sorte de père de la nation roumaine, combattant deux régimes dictatoriaux (fasciste et communiste).

Celui qui officiellement s’appelait Michel de Hohenzollern-Sigmaringen était l’un des arrière-arrière-petit-fils de la reine Victoria d’Angleterre, et à ce titre, il était un cousin éloigné à la fois de la reine Élisabeth II d’Angleterre, de l’ancien roi d’Espagne Juan Carlos Ier, et aussi de Carl XVI Gustaf de Suède, de Margrethe II du Danemark et de Harald V de Norvège (quelle famille !). Il était aussi le petit-fils de la cousine directe du tsar Nicolas II.

Michel était par ailleurs le fils de Carol II (1893-1953) et le petit-fils de Ferdinand Ier (1865-1927) qui fut le roi de Roumanie. Son père Carol II, pour une histoire de femme, a renoncé au trône et a quitté le pays avec sa maîtresse le 28 décembre 1925, ce qui a placé Michel en position de dauphin et lorsque son grand-père Ferdinand est mort, il fut roi de Roumanie, à l’âge de 5 ans, du 20 juillet 1927 au 8 juin 1930. Un système de régence a permis à l’État de fonctionner.

Mais son père Carol II retourna en Roumanie, fit valoir ses droits sur la Couronne et détrôna son fils en le reléguant au rôle de prince héritier. Carol II régna sur la Roumanie de 1930 à 1940, renversant la démocratie parlementaire qui était en train de se développer en Roumanie au profit d’un régime tyrannique (on a appelé alors cette période la "dictature carliste").

La défaite de la France face à l’Allemagne nazie en juin 1940 fut une catastrophe pour la Roumanie car la France était son principal protecteur. Le régime de Carol II fut renversé le 5 septembre 1940, le roi a dû nommer le pronazi Ion Antonescu (1882-1946) à la tête du gouvernement roumain qui, dès le lendemain, a fait un putsch en détrônant Carol II au profit de son fils Michel Ier qui est donc redevenu roi de Roumanie du 20 juillet 1940 au 30 décembre 1947. Il avait alors 18 ans. Avoir été deux fois roi à 18 ans, c’était peu banal !

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Le maréchal Ion Antonescu, appelé le "Conducator", mena la vie dure aux Roumains avec une alliance avec l’Allemagne nazie. Il était officiellement "Chef de l’État du Royaume de Roumanie" et Président du Conseil des Ministres du 5 septembre 1940 au 23 août 1944. Profitant de la défaite des nazis, notamment après le tournant de la Bataille de Stalingrad en 1942-1943 et l’occupation d’une partie de la Roumanie par l’Armée rouge à partir de mars 1944, le roi Michel, qui avait encouragé clandestinement la résistance roumaine entre 1940 et 1944, a lui-même fait un coup d’État courageux le 23 août 1944 pour destituer Ion Antonescu et renverser le régime fasciste.

Dès le 20 août 1944, l’armée roumaine a retiré sa confiance à Ion Antonescu en raison de l’avance des troupes soviétiques. Au cours de son putsch, le roi Michel a demandé l’armistice aux Alliés et a déclaré la guerre à l’Allemagne nazie et à la Hongrie (plaçant ainsi la Roumanie dans le camp des vainqueurs). Staline ne répondit à la demande d’armistice que le 12 septembre 1944, le temps que l’Armée rouge occupât toute la Roumanie.

Ion Antonescu fut arrêté, livré à l’URSS, condamné à mort le 17 mai 1946 pour crimes de guerre et fusillé le 1er juin 1946. Entre-temps, les communistes ont fait un coup d’État le 6 mars 1945 avec le soutien de l’Armée rouge et de Staline. Michel Ier est devenu alors un faire-valoir institutionnel de la dictature communiste après avoir été un faire-valoir institutionnel du régime nazi. Au cours de discussions qui ont été ratifiées par Staline et Churchill à la Conférence de Moscou le 9 octobre 1944, les Alliés ont laissé aux Soviétiques toute l’Europe centrale et orientale, sauf la Grèce.

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La Roumanie s’est donc retrouvée dans l’aire d’influence de Staline, ce qui n’était de toute façon pas vraiment le résultat d’une négociation (la Roumanie a été lâchée par les Britanniques au profit de la Grèce) mais la conclusion logique d’un fait d’arme puisque l’Armée rouge était déjà présente dans tout le pays.

Les dirigeants communistes ont alors forcé le roi Michel à abdiquer le 30 décembre 1947 et à s’exiler au Royaume-Uni puis en Suisse, période pendant laquelle l’ex-roi travailla dans l’aéronautique (il était pilote d’essai). Avec l’aide de Moscou, les communistes roumains ont aboli la monarchie et installé la dictature communiste en Roumanie dès 1945 et jusqu’en 1989.

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Après la Révolution roumaine de décembre 1989 qui a renversé et exécuté le couple Ceausescu, Michel Ier retourna en Roumanie en décembre 1990 pour se recueillir dans la nécropole familiale (il fut immédiatement expulsé en raison des manifestations populaires en sa faveur), puis en avril 1992 où ce fut un véritable triomphe, plus d’un demi million de Roumains étaient venus l’acclamer à Bucarest (il fut interdit de séjour pendant cinq ans). Le Président Ion Iliescu et le Premier Ministre Petre Roman ont en effet interdit de séjour de l’ancien roi sur le territoire roumain pour éviter la possibilité d’une restauration de la monarchie. Devenue une démocratie "ordinaire", la classe politique roumaine a changé en quelques années et en 1997, après la première alternance présidentielle, l’ancien roi Michel a réussi à convaincre cette classe politique qu’il n’avait aucune intention de revenir sur le trône.

Dès lors, il se retrouvait dans la position de père de la nation, populaire, ayant été présent dans les pires moments de la Roumanie de ce siècle particulièrement turbulent. La Constitution roumaine a même été modifiée pour permettre au représentant de la famille royale d’être un ambassadeur de la Roumanie à l’étranger, et cela sans changer la nature républicaine du régime.

Du reste, il n’était pas le seul ex-roi à avoir eu ce genre de comportement. En Bulgarie, Siméon II (qui a actuellement 84 ans), ancien roi des Bulgares du 16 juin 1943 au 15 septembre 1946, entra dans le jeu politique normal après la chute du régime communiste et fut nommé Premier Ministre de Bulgarie du 24 juillet 2001 au 16 août 2005 (le dernier chef d’État pendant la Seconde Guerre mondiale encore en vie). Un autre prétendant au trône (impérial d’Autriche), mais qui n’a pas été monarque lui-même, Otto von Habsbourg-Lorraine, a été élu député européen.

À l’occasion de son 90e anniversaire le 25 octobre 2011 (il y a dix ans), Michel fut célébré par les parlementaires roumains. Au cours d’une déclaration historique devant l’ensemble des parlementaires (c’était son premier discours officiel depuis 1947 !), Michel Ier a affirmé : « Unis et ensemble avec nos voisins et nos frères, nous devons continuer l’effort pour redevenir dignes et respectés. (…) Les élites roumaines ont ici une grande responsabilité. ». Mais sa déclaration n’était pas seulement consensuelle, elle avait aussi une vocation politique, notamment en critiquant la tendance supposée autoritaire du Président de la République Traian Basescu (absent de la cérémonie), par l’évocation du « mépris de l’éthique et du rôle primordial des institutions de l’État ainsi que la personnalisation du pouvoir ».

Traian Besescu a été élu deux fois Président de la République du 20 décembre 2004 au 21 décembre 2014, succédant à Ion Iliescu. Par deux fois, le 19 avril 2007 (322 voix contre 108 et 10 abstentions) et le 6 juillet 2012 (par 258 voix contre 114), le Parlement roumain a suspendu les fonctions de Traian Besescu mais les référendums qui ont suivi, le 19 mai 2007 avec 74,5% et le 29 juillet 2012 avec seulement 11,3% de soutien (ce très faible soutien populaire à cause de la politique d’austérité) mais la confirmation de la suspension n’a pas eu lieu par absence de quorum (la participation n’était que de 46,2% alors qu’il fallait au moins 50%), l’ont conforté et réinstallé dans ses fonctions.

C’est donc dans ce contexte intérieur de pleine crise institutionnelle (une majorité parlementaire de centre gauche très opposée au Président de la République de centre droit) que Michel a tenté de calmer la passion politique : « Le moment est venu de rompre définitivement avec les mauvaises habitudes du passé. La démagogie (…) et le souhait de s’accrocher au pouvoir n’ont plus leur place dans les institutions roumaines de 2011, elles rappellent trop les années d’avant 1989. ». Même l’ancien Président Ion Iliescu a salué ce discours : « C’était un moment constructif et utile. » et a rappelé qu’il s’était réconcilié avec l’ancien roi dès 2001. L’année suivante, le 25 octobre 2012, une place de la capitale a été baptisée avec le nom de l’ancien roi.

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Atteint d’un cancer annoncé le 1er mars 2016 et effondré par la mort de son épouse Anne de Bourbon-Parme (1923-2016) le 1er août 2016, l’ancien roi Michel s’est éteint le 5 décembre 2017 à l’âge de 96 ans à Aubonne en Suisse, où il résidait. Un deuil national de trois jours a été décrété en Roumanie et les restes de l’ancien souverain ont été transférés en Roumanie. Arrivée le 13 décembre 2017 à Bucarest, la dépouille fut inhumée dans la nécropole royale du monastère de Curtea de Arges, après une messe de funérailles à la cathédrale patriarcale de Bucarest le 16 décembre 2017 en présence de toute la classe politique roumaine.

C’est leur fille aînée Margareta de Roumanie, née le 26 mars 1949, ancienne fonctionnaire de l’ONU, qui est aujourd’hui la prétendante au trône de Roumanie, un titre seulement virtuel puisqu’il n’a jamais été question, depuis décembre 1989, de revenir sur le caractère républicain de la Roumanie. Elle est cette prétendante depuis le 1er mars 2016, bien avant la mort de son père qui avait abdiqué en raison de sa maladie et de son grand âge.

Selon un sondage récent, 82% des Roumains auraient une très bonne opinion de la maison royale de Roumanie (pour de nombreux Roumains, le roi Michel était un héros de 23 ans qui a chassé le gouvernement nazi), et 74% seraient favorables à un référendum sur la question monarchique. Mais paradoxalement, ils ne seraient que 21% à être favorables à un retour de la monarchie en Roumanie.

Une restauration qui pourrait d’ailleurs poser des problèmes dynastiques inextricables, puisque, parallèlement à la princesse Margareta, la fille de Michel, Paul-Philippe de Hohenzollern, reconnu seulement comme Paul-Philippe Lambrino, né le 13 août 1948, revendique aujourd’hui le titre de prétendant au trône de Roumanie car il est le fils de Carol Lambrino (1920-2006), lui-même le premier fils du roi Carol II d’un premier mariage conclu le 31 août 1918 avec une roturière Zizi Lambrino (1898-1953) que le roi Ferdinand Ier a fait annuler dès août 1919 (cependant, la légitimité de ce mariage a été reconnue par un tribunal portugais en 1955, français en 1957 et roumain en 2003). Zizi Lambrino est morte dans la misère le 11 mars 1953 à Paris, trois semaines avant son ex-mari Carol II le 4 avril 1953 exilé à Estoril au Portugal (accueilli par Salazar dans une maison voisine de celle de Miklos Horthy, l’ancien régent de Hongrie).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michel Ier  de Roumanie.
Michel Ier  de Roumanie est mort.
La Révolution roumaine de décembre 1989.
Eugène Ionesco.
Nicolae Ceausescu.
Otto von Europa.
Dynasty.
Victoria, mamie Europa.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211025-michel-roumanie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/michel-ier-de-roumanie-l-ennemi-de-236738

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