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19 décembre 2019 4 19 /12 /décembre /2019 03:38

« On accommode l’Histoire à peu près comme les viandes dans une cuisine. Chaque nation les apprête à sa manière de sorte que la même chose est mise en autant de ragoûts différents qu’il y a de pays au monde (…). » (Pierre Bayle, 1687).


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Il y a trente ans, en décembre 1989, la dictature communiste de Nicolae Ceausescu a connu, en Roumanie, une fin sanglante. De toutes les transitions d’un régime communiste vers une démocratie libérale classique, ce fut la seule, en Europe, qui ne fut pas pacifique.

C’est vrai, les révolutions sont rarement pacifiques, mais celles du vent de liberté qui a marqué l’année 1989 en Europe furent étonnamment pacifiques, à l’exception de la Roumanie. Étonnamment car tout était fait pour que l’Armée rouge et le KGB pussent reprendre par la force le contrôle d’une situation complètement désordonnée en Allemande de l’Est. La marche de l’histoire, comme on pourrait le dire, avançait à grands pas. En juin 1989, il y a eu les premières élections législatives libres en Pologne et en août 1989, le premier gouvernement non communiste en Pologne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et le 9 novembre 1989, la chute du mur de Berlin.

Tous les dirigeants d’un pays européen communiste qui comptaient répondre par la force aux revendications démocratiques des foules ont été limogés, parce que leur "grand frère", l’URSS, avait à sa tête un réformateur, Mikhaïl Gorbatchev. Il ne savait pas encore qu’il allait lui-même être emporté par ce vent de liberté, mais il avait renoncé à l’usage de la force comme politique de gouvernement, au contraire de ses prédécesseurs à Budapest en 1956 et à Prague en 1968. Perestroïka (restructuration) et glasnost (transparence) étaient les nouveaux maîtres mots du maître du Kremlin, ce qui, convenons-en, était peu compatible avec le maintien des époux Ceausescu.

Nicolae Ceausescu avait une double caractéristique : d’une part, sur le plan extérieur, il avait adopté des relations diplomatiques avec l’Ouest, ce qui en faisait un pays communiste considéré comme parmi les plus ouverts ; d’autre part, sur le plan intérieur, il avait refusé un assouplissement de la dictature communiste. D’une certaine manière, il montrait que le communisme ne pouvait pas se réformer. Une partie des dirigeants communistes roumains se détourna de lui car le dictateur devenait un dictateur plus personnel qu’idéologique.

En ce milieu du mois de décembre 1989, j’avais été happé par cette actualité si prenante. Chaque jour, je suivais avec anxiété les événements en Roumanie, au péril même de mon travail de l’époque, jusqu’à cette effarante scène, en direct, de "l’exécution", on pourrait parler d’assassinat, des époux Ceausescu le jour de Noël dans la cour d’une caserne (ou d’une école ?). Cela s’est passé tellement vite que les militaires ont tiré sur eux avant même que le cameraman n’ait eu le temps de se mettre en place. Scène d’horreur, plus nauséeuse que pitoyable, dont la diffusion en direct ne pouvait pas avertir préalablement de cette horreur. Comme c’était retransmis à la télévision à une heure de la journée, j’imagine, malgré la fête de Noël, que de nombreux enfants ont pu malgré eux la voir.

Avec le recul des années, mais en fait, dès les premiers jours de 1990, les questions se posaient déjà, on s’est demandé si c’était véritablement une révolution (totalement improvisée) ou plutôt un coup d’État très habilement préparé. Peut-être que la vérité historique se situe entre les deux, une révolution qui a germé, reprise en main par des putschistes prêts à intervenir depuis longtemps ?

Ce trentième anniversaire a été l’occasion, ainsi, de diffuser un documentaire intéressant de 52 minutes, réalisé par Vincent de Cointet et intitulé : "Le procès de Ceausescu : une révolution volée", qui a été diffusé notamment sur France 5 le dimanche 15 décembre 2019. Intéressant surtout par les témoignages d’acteurs de premier plan, comme le Premier Ministre qui fut nommé à la suite de cette révolution, Petre Roman, le procureur du pseudo-procès des Ceausescu ainsi qu’un des soldats du peloton d’exécution.

En substance, l’un des acteurs aux commandes a expliqué que lui, personnellement, il était pour fusiller immédiatement les Ceausescu qui venaient d’être capturés après leur survol en hélicoptère. D’autres voulaient rester dans un État de droit ; il a été convenu de juger les Ceausescu selon la méthode du dictateur, c’est-à-dire sans avocat et de manière très expéditive. Le verdict était déjà écrit. Tout a été bouclé en moins d’une heure, exécution comprise.


La chronologie de la révolution roumaine de 1989

Depuis plusieurs années, beaucoup d’observateurs avaient témoigné que Nicolae Ceausescu était à la limite d’être encore capable d’assumer le pouvoir. Tout au long de l’année 1989, alors que l’absence d’approvisionnement en produits alimentaires faisait craindre la famine, des cadres du parti communiste roumain ont tenté, par des lettres ouvertes et des initiatives politiques, d’encourager des changements politiques importants en Roumanie (fustigeant un Ceausescu « décrépit biologiquement et intellectuellement »). C’est cette franche que j’appellerais gorbatchévienne du communisme roumain qui, d’ailleurs, allait conquérir le pouvoir en quelques jours (son mouvement fut créé en juin 1989 : le Front de Salut National).

Dès le 14 décembre 1989, des manifestations contre Ceausescu ont eu lieu dans certaines villes roumaines. Mais médiatiquement, les protestations ont vraiment pris de l’importance le 16 décembre 1989 avec le démarrage des grandes manifestations à Timisoara pour réagir contre la Securitate qui avait expulsé un pasteur de la minorité hongroise. Ces tensions contre la minorité hongroise en Transylvanie étaient nombreuses depuis plusieurs années, "Le Figaro" du 22 novembre 1988 y avait même consacré un article sur le déplacement d’un millier de personnes (il y a environ deux millions de personnes issues de la minorité hongroise). Chaque jour, des manifestations ont eu lieu, les forces de l’ordre ont répondu, des coups de feu ont été tirés le 17, les blindés sont arrivés le 18 décembre 1989.

À Bucarest, le 20 décembre 1989, Ceausescu venait de rentrer d’un voyage en Iran (cela fait un peu mai 68) et a trouvé la capitale en état de forte émotion. S’il avait compris la situation, il ne serait jamais retourné dans son pays et il aurait demandé l’asile à un pays ami, l’Iran justement. Mais le cynisme peut faire perdre le sens des réalités et vouloir s’accrocher au pouvoir peut coûter la vie. Kadhafi, plus tard, en a fait aussi l’expérience.

Pourquoi une forte émotion ? L’annonce d’un charnier à Timisoara a profondément ému le monde entier, y compris moi. On a affirmé jusqu’à 60 000 morts retrouvés dans des charniers, tués par la Sécuritate. La réalité, c’était qu’on avait trouvé onze corps nus, avec des traces de torture (sections des corps, etc.) dont une femme avec un enfant sur le ventre. Une des témoins (je ne me souviens plus de sa fonction à l’époque) a raconté qu’elle avait été émue comme tous ceux qui étaient présents face à ce "charnier", mais elle s’était étonnée de deux choses : d’une part, tous les corps étaient nus ; d’autre part, ils reposaient sur un drap blanc propre. Et la femme de dire : je n’ai jamais su qui avait installé ces draps. Concrètement, c’étaient des corps qu’on avait autopsiés, et qu’on avait ensuite enterré dans une fosse commune car ils étaient isolés et personne n’avait réclamé leur corps.

Néanmoins, cette forte émotion a créé ce contexte de vouloir en finir avec la Securitate et la dictature communiste de Ceausescu. En réaction, Ceausescu a fait rassembler (de force) 100 000 personnes le 21 décembre 1989 pour un discours prononcé en direct à la télévision d’État. Son objectif, c’était de montrer qu’il était encore soutenu par le "peuple". Au bout de quelques minutes, au lieu d’entendre les slogans louant Ceausescu et le communisme, un enregistrement sonore des manifestations de Timisoara fut diffusé, avec des bruits de coups de feu et des slogans contre la dictature. Les personnes rassemblées ont alors emboîté le pas en criant "Timisoara !" pour s’indigner contre la découverte des charniers. Les caméras, pour ne pas montrer la foule protestant contre son dirigeant, ont pointé vers le haut des immeubles et le ciel avant l’arrêt de la retransmission télévisée. Ceausescu, complètement dépassé, a crié "allo ! allo !" (le grand-père de Nabilla ?) et a quitté rapidement le balcon.

Toute la soirée, la foule a investi la place. La Securitate a reçu l’ordre de faire venir les blindés et de tirer, et ainsi, une quarantaine de (jeunes) protestataires ont été tués pendant la nuit, les vraies victimes de la révolution. La même nuit, le journaliste français Jean-Louis Calderon est mort écrasé par un char. Dès l’aube, toutes les effusions de sang ont été nettoyées, un témoin qui passait là pour aller au travail a raconté qu’on voyait encore du sang et des bouts de chair.

L’un des acteurs clefs de cette période a été le général Victor Stanculescu. Il fut celui qui a réprimé dans le sang les premières manifestations à Timisoara (72 morts). Il fut rappelé par Ceausescu le 22 décembre 1989 comme Ministre de la Défense pour remettre de l’ordre à Bucarest (le général Vasile Milea, Ministre de la Défense depuis le 15 décembre 1985, venait de se suicider). Le dictateur lui donna l’ordre de tirer sur les manifestants, mais Stanculescu, au contraire, a donné l’ordre à l’armée de ne plus tirer et de laisser la foule envahir le bâtiment du comité central du parti communiste roumain. Pour prétendument les protéger, le général a mis les époux Ceausescu dans un hélicoptère pour qu’ils quittassent la capitale aux mains des "insurgés".

Ce fut donc le 22 décembre 1989 que Nicolae Ceausescu a été détrôné. La foule a envahi son palais. Gorbatchev a déclaré soutenir la « juste cause du peuple roumain ». Ministre roumain des Affaires étrangères du 22 mars 1961 au 18 octobre 1972, Corneliu Manescu dirigeait le Front de Salut National créé clandestinement en juin 1989 et qui a pris de force le pouvoir.

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Un ancien dirigeant communiste écarté du pouvoir par Ceausescu, Ion Iliescu, s’empara de la Présidence, avec sa figure rassurante. Ion Iliescu a ainsi été Président de la Roumanie du 22 décembre 1989 au 29 novembre 1996 et du 20 décembre 2000 au 20 décembre 2004, élu trois fois, les 20 mai 1990 (85,1% au premier tour), 11 octobre 1992 (61,4% au second tour) et le 10 décembre 2000 (66,8% au second tour), mais il a été battu le 17 novembre 1996 (45,6% au second tour). Quant à Petre Roman, il fut nommé Premier Ministre du 26 décembre 1989 au 1er octobre 1991.

Entre le 22 décembre 1989 et le 25 décembre 1989, la situation était encore chaotique à Bucarest. Ceausescu a été arrêté après son vol en hélicoptère car celui-ci s’est posé à 50 kilomètres de Bucarest, près de Targoviste. Dans la capitale, des bandes de snipers tiraient sur la population, tuant parfois de simples passants. 862 personnes sont mortes pendant ces trois journées, d’une manière très obscure (le procureur Augustin Lazar a évoqué le 8 avril 2019 : « une psychose généralisée marquée par des tirs chaotiques et fratricides »).

Le documentaire de Vincent de Cointet fait l’hypothèse que ces snipers étaient sous les ordres de Stanculescu afin de faire une manœuvre de diversion. Le problème de Stanculescu et de ses collaborateurs, c’était qu’ils étaient coupables de répressions meurtrières, et pour préserver leur place dans le nouveau régime, il leur fallait montrer qu’ils se battaient du bon côté. Il leur fallait donc des ennemis.

Le documentaire a montré aussi des images qui n’ont pas été diffusées en direct mais seulement plus tard (diffusées sur TF1 le 22 avril 1990, en plein campagne électorale). Juste après le verdict de leur procès, les époux Ceausescu ont été ligotés avant d’être exécutés. Nicolae Ceausescu alors pleurait, tandis qu’Elena se débattait en criant : « Si vous voulez nous tuer, tuez-nous ensemble ! On est libre de mourir comme on veut ! N’oubliez pas que vous êtes tous mes enfants ! ».

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Après le pseudo-procès et l’exécution des époux Ceausescu, le 25 décembre 1989, les snipers ont arrêté miraculeusement de sévir à Bucarest. L’objectif était que Ceausescu ne témoignât pas pour désigner ceux qui avaient contribué, avec lui, aux répressions sanglantes. Après la mort du tyran, la situation était dégagée et Victor Stanculescu fut récompensé par Ion Iliescu en devenant Ministre de l’Économie nationale du 26 décembre 1989 au 16 février 1990 puis Ministre de la Défense du 16 février 1990 au 30 avril 1991. Ensuite, il fut mis à la retraite avec le grade de général de corps d’armée.

La thèse du documentaire cité est donc bien d’un coup d’État avec des manipulations grossières : première étape, le faux charnier pour émouvoir la population, deuxième étapes, les morts par le pouvoir, troisième étape, la peur d’une résistance de fidèles de Ceausescu, enfin, quatrième étape, l’exécution bâclée des Ceausescu. La révolution est devenue und révolution de palais.

Cette thèse paraît convaincante, néanmoins, la réalité, qu’on apprécie ou pas Ion Iliescu, c’est que la Roumanie, à partir de 1990, s’est transformée en démocratie ordinaire avec des élections libres et sincères. Cela n’aurait jamais été le cas en maintenant Ceausescu.

Il faut cependant pondérer cette affirmation. La première élection libre, l’élection présidentielle du 20 mai 1990, s’est déroulée dans un climat politique très tendu. Tout au long de la période transitoire (entre le 28 décembre 1989 et le 20 mai 1990), il y a eu encore beaucoup de manifestations voire des émeutes, très violentes (et meurtrières) pour protester contre la confiscation du pouvoir par des anciens apparatchiks du parti communiste roumain. Notamment, les 19 février 1990, 22 mars 1990 (les milices étaient autorisées à taper sur les contestataires), 25 avril 1990 (des milliers de manifestants qui scandaient : "Iliescu, c’est Ceausescu ressuscité !"), la Place de l’Université fut occupée pendant plusieurs semaines (Ion Iliescu avait qualifié les contestataires de "voyous").

Initialement, le nouveau pouvoir voulait soumettre au peuple un référendum le 28 janvier 1990 pour interdire le parti communiste roumain, mais cette idée a été abandonnée (Moscou souhaitait conserver ce parti qui était son point d’entrée en Roumanie). Finalement, le parti communiste est resté autorisé mais ses biens ont été confisqués (toute la production industrielle était destinée aux apparatchiks). L’opposition a eu peu de moyens et était très désunie, si bien que Ion Iliescu a pu se faire élire dès le premier tour avec un score pharaonique (plus de 85% !).

Même après l’élection, il y a eu encore de nouvelles manifestations violentes, notamment le 14 juin 1990, il y a eu un mort et 33 blessés. Un dessin humoristique de Jacques Faizant, publié justement dans "Le Figaro" du 14 juin 1990, montrait Ion Iliescu sur son balcon observant les forces de l’ordre réprimer les étudiants contestataires et dire à son aide de camp : « Ce que je n’arrive pas à comprendre, général Kasurvecu, c’est comment ces voyous peuvent prétendre qu’on est toujours en régime communiste ! ». Finalement, la police a réussi à faire évacuer la Place de l’Université le 15 juin 1990 et le pouvoir aurait mis secrètement en détention 1 200 contestataires. Mais dans son discours d’investiture, Ion Iliescu a promis de défendre la démocratie dont le processus serait, selon lui, irréversible (ce fut vrai). Le 26 septembre 1990, une journée de manifestation de 8 000 mineurs ont fait aussi des victimes.

Le Président français François Mitterrand a fait une visite officielle à Bucarest le 18 avril 1991, ce qui a permis à la nouvelle Roumanie d’avoir une reconnaissance internationale et de sortir de son isolement diplomatique.

En octobre 1991, Petre Roman (également dirigeant du Front de Salut National) a démissionné du gouvernement en raison des divergences avec Ion Iliescu. Petre Roman était favorable à une social-démocratie ouverte sur l’Europe tandis que Ion Iliescu voulait juste gorbatchéviser la nomenklatura communiste. En avril 1992, Ion Iliescu a fait sécession et a créé un autre parti tandis que Petre Roman fut élu à la tête du Front de Salut National. Petre Roman fut ensuite candidat à l’élection présidentielle du 3 novembre 1996 (20,5% des voix) puis celle du 28 novembre 2004 (1,4% des voix).

Si Stanculescu fut condamné définitivement le 16 octobre 2008 par la Cour suprême de Roumanie à 15 ans de prison pour la répression à Timisoara (il resta en prison jusqu’au 20 mai 2014), son rôle sur les snipers à Bucarest et sur l’organisation du pseudo-procès des Ceausescu ne fut jamais clarifié, et il est mort le 19 juin 2016 en emportant avec lui ce secret.

Ce rôle sera peut-être explicité au cours d’un autre procès, car Ion Iliescu, qui a maintenant 89 ans, a été finalement inculpé le 8 avril 2019 pour crime contre l’humanité pour les tirs des snipers et pour l’exécution des Ceausescu. Petre Roman, lui, fut mis hors de cause.

La brièveté de cette révolution, le nombre très élevé de victimes de snipers pro-Ceausescu (selon une version officielle), l’élimination immédiate de ceux qui savaient tout du régime (les Ceausescu) laissent entendre que cette révolution fut avant tout une révolution de palais. De palais, certes, mais largement ratifiée par l’élection présidentielle (un quasi-plébiscite).

Le 1er janvier 2008, la Roumanie devint membre de l’Union Européenne. Elle est désormais une nation européenne moderne (avec certes ses difficultés économiques et politiques), et lorsqu’on visite la capitale, Bucarest, on la visite comme on visiterait Berlin, Munich, Salzbourg, Vienne, Prague, Bratislava, Cracovie, etc., c’est-à-dire, comme un pôle culturel et économique important de cette partie de l’Europe. Les souvenirs du ceausesquisme, et même, de l’iliesquisme ne sont, pour la jeunesse, plus que de simples mentions dans les livres d’histoire. C’était il y a trente ans.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 décembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Révolution roumaine de décembre 1989.
Eugène Ionesco.
Nicolae Ceausescu.
Michel Ier  de Roumanie.
La Révolution russe.
Un dictateur parmi d’autres.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191222-revolution-roumaine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/la-roumanie-de-1989-revolution-220137

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/12/17/37871924.html




 

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17 décembre 2019 2 17 /12 /décembre /2019 03:20

« Le jeu, c’est un corps-à-corps avec le destin. » (Anatole France, 1895).


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Avec l’élection de 365 députés conservateurs (sur 650) le 12 décembre 2019, le Premier Ministre britannique Boris Johnson a gagné son pari : celui de pouvoir réaliser le Brexit voulu par les électeurs le 23 juin 2016.

Dans ces élections, on ne peut pas cependant dire que tous ceux qui ont freiné le Brexit ont été rejetés par les électeurs britanniques. Certes, les travaillistes de Jeremy Corbyn (le nouveau copain de Jean-Luc Mélenchon) ont subi une défaite historique mais la sanction était plus la conséquence de leur flou que de leur opposition au Brexit (qui se sent véritablement capable de dire ce que pense réellement, sincèrement, Jeremy Corbyn du Brexit ?!). Les unionistes nord-irlandais ont également eu un cinglant désaveu de leur politique de sabordage du Brexit, au point de laisser une majorité de députés nord-irlandais aux partis nationalistes. Et si les libdems ont été (légèrement) sanctionnés pour leur antibrexitisme (primaire), il faut rappeler qu’ils voulaient simplement suspendre le divorce sans nouveau référendum, même les plus proches se sont désolidarisés d’une telle position, indéfendable sur le plan politique, si les libdems ont perdu ces élections, les autres gagnants de celles-ci sont pourtant des europhiles convaincus et enthousiastes, les nationalistes écossais.

Qu’importe ! Boris Johnson a la majorité qu’il rêvait. Fini les soirées d’humiliation parlementaire dans le théâtre de l’absurde d’une chambre qui refusait tout et son contraire. On l’oublie un peu, mais il y a évidemment un autre gagnant de ces élections britanniques, c’est l’Union Européenne elle-même. Pourquoi ? Parce que cette belle victoire de Boris Johnson va montrer qu’elle n’y était pour rien du pédalage dans la semoule depuis novembre 2018. Au contraire, l’Union Européenne a été "sympa", en ce sens qu’en refusant d’intervenir dans les affaires politiques intérieures d’un pays encore membre, elle a toujours aidé ceux qui l’appelaient à l’aide, ne serait-ce qu’en acceptant les reports de délais.

Pour preuve, le Président Emmanuel Macron n’était pas excessivement content et voulait qu’on en finisse une fois pour toutes (mais il ne fut pas suivi). Si le Brexit a lieu réellement le 31 janvier 2020, cela disculpera définitivement l’Union Européenne d’une supposée responsabilité de faire durer les choses que certains europhobes de mauvaise foi essaient encore d’imaginer. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’Union Européenne n’a jamais changé de position et qu’elle est toujours restée constructive. Le seul changement, il est du côté du parlement britannique qui va maintenant voter avec cohérence pour le Brexit avec accord, ce qui a de quoi rassurer toutes les chancelleries européennes.

Parmi ces contresens qui ne sont que des manipulations à but de désinformation (les fameuses "fake news"), les antieuropéens français applaudissent la victoire de Boris Johnson. Ils ne sont pas à une incohérence près, car ainsi, ils applaudissent l’accord du 17 octobre 2019, il y a deux mois, passé entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne, accord qui définit une période tampon et qui ouvre les négociations sur le futur des relations commerciales entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne.

Ces europhobes française applaudissent cette victoire des conservateurs, en plus de manière totalement incohérente, car généralement, ils dénoncent l’Union Européenne comme empêcheuse de faire des déficits publics en paix, de faire des dépenses publiques, de faire du clientélisme. Or, si les Britanniques ont voulu sortir de l’Europe, ce n’était certainement pas pour faire le "grand soir" voulu par Jeremy Corbyn (là encore, les faits sont têtus). C’est au contraire pour faire du libéralisme en paix, du vrai libéralisme, c’est-à-dire moins de réglementation, moins de dépenses de l’État, moins de services publics donc. On est d’accord ou pas, mais on ne brexite pas pour étatiser à outrance le Royaume-Uni, c’est une vérité à rappeler. La victoire du Brexit, c’est la victoire posthume de Margaret Thatcher (I want my money back !).

Je suis d’autant plus réjoui de la victoire de Boris Johnson que je l’imagine sérieux et responsable, en d’autres termes, qu’il est un homme d’État. J’avoue qu’il m’a fallu du temps, car lorsqu’il disait qu’il négociait avec l’Union Européenne, je ne le croyais pas et je pensais que ce n’était qu’un argument de comptoir pour convaincre des députés réticents. Mais le résultat était là : le 17 octobre 2019, il y a eu un nouvel accord, c’est-à-dire que Boris Johnson n’avait pas envoyé des paroles en l’air, il avait réellement renégocié l’accord, et c’était peu évident puisque l’Union Européenne était arrivée au bout de sa propre marge de manœuvre (le vrai problème restant celui de l’Irlande du Nord). Donc, cet accord, c’était un petit exploit, et ce fut le ticket gagnant pour de nouvelles élections.

Cet esprit de responsabilité, Boris Johnson va pouvoir l’exercer bien au-delà des considérations du Brexit. Sa victoire totale le rend libre, libre des unionistes nord-irlandais, libre des anti-Brexit du parti conservateur, libre des ultra-pro-Brexit du même parti. Bref, il pourra donner sa pleine mesure d’homme d’État. Et le premier critère sera la manière dont il considère les relations de défense avec l’Union Européenne et plus particulièrement avec la France, seule puissance militaire de l’Europe avec le départ des Britanniques. Les Français protègent, les Allemands produisent. À la fin, les uns dépensent tandis que les autres s’enrichissent. La France va avoir au sein de l’Union Européenne le même rôle que les Américains au sein de l’OTAN : un financeur.

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C’est vrai que beaucoup d’électeurs britanniques ont voté pour le Brexit pour de mauvaises raisons, mais après tout, qui ne vote jamais pour de mauvaises raisons ? Quand on interroge son entourage et qu’on demande les motivations pour voter pour tel ou tel candidat ou tel ou tel parti, il y a parfois des étonnements qui déconcertent, et qui montrent que les urnes restent toujours des choses un peu mystérieuses, un peu magiques, des outils d’une alchimie bien particulière qui a trait à un contexte particulier, un état d’esprit, un sourire, un argument qui n’en est pas…

Parmi les absurdités du vote des Brexiters, il y a au premier rang (comme dans pas mal de pays européens et même du monde), l’immigration, ou plutôt, la peur d’être submergé par une vague d’immigration. Notons que la France est très concernée par l’immigration vers l’Angleterre, car nous sommes à la frontière. Ce qu’il faut rappeler, c’est que le Royaume-Uni n’est pas membre de l’Espace de Schengen, et donc, les relations migratoires entre le Royaume-Uni et l’Europe ne seront pas bouleversées par le Brexit, en tout cas, elles ne s’amélioreront pas, j’aurais même tendance à penser que les "flux" migratoires vont s’intensifier avec une immigration massive vers l’Irlande, nouvelle porte (de service) vers l’el-dorado britannique. L’Union Européenne, cause de tous les malheurs ? à d’autres !

Du côté de l’économie, le Royaume-Uni n’était pas dans la zone euro et donc, son indépendance monétaire et économique ne sera pas supérieure avec le Brexit. Pire en fait, car les accords commerciaux qui vont se négocier vont obliger les Britanniques à respecter les normes européennes (normales notamment environnementales et de santé) sans pour autant leur permettre de les façonner comme c’était le cas avant le Brexit. Ils n’auront plus leur mot à dire, mais la logique économique les contraindra à respecter ces décisions européennes.

Ce ne sera qu’avec le recul du temps qu’on saura si ce Brexit, voulu par les urnes, sera intelligent ou stupide, s’il ouvrira la voie à un retour du Royaume-Uni comme puissance mondiale ou au contraire, s’il va précipiter sa chute comme une puissance moyenne au côté de deux géants continentaux, les États-Unis et l’Union Européenne. Sans compter les risques bien réels d’éclatement du Royaume devenu désuni : la volonté d’indépendance de l’Écosse (puis son adhésion à l’Union Européenne), d’unification de l’Irlande, etc.

On ne saura donc pas avant longtemps quel pari aura réussi ou échoué, mais il y a une chose qui sera rapidement prouvée, c’est que l’Union Européenne n’a jamais mis de résistance à faire respecter la décision populaire, regrettable mais voulue par le peuple, du Brexit. Au contraire, les Européens se sont beaucoup investis dans ce processus (à l’instar de Michel Barnier) pour qu’il se déroule le mieux possible pour les deux parties. Car dans un divorce, les parents doivent toujours se préoccuper de l’intérêt des enfants. Et les enfants, ici, ce sont les peuples, nous, les peuples européens, tous les peuples européens, pas seulement le peuple britannique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 décembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Brexit : enfin, l’Union Européenne prouve qu’elle n’y était pour rien !
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191215-brexit.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/brexit-enfin-l-union-europeenne-220062

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/12/17/37871921.html




 

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13 décembre 2019 5 13 /12 /décembre /2019 11:51

« Le véritable génie de Boris Johnson a été de rassembler derrière lui les Leavers, 78% d’entre eux avaient dit qu’ils voteraient pour lui. » (Sara Hobolt, professeure de sciences politique à la London School of Economics, cité par "Libération" le 13 décembre 2019).


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L'image de la promenade du chien pour aller voter va probablement rester dans les livres d'histoire. Les élections législatives qui ont eu lieu au Royaume-Uni ce jeudi 12 décembre 2019 ont donné une très large victoire aux conservateurs menés par le Premier Ministre Boris Johnson. Les conservateurs n’avaient plus eu une si belle victoire depuis Margaret Thatcher le 11 juin 1987. C’est une très belle victoire électorale qui montre, pour ceux qui n’auraient pas encore saisi, que le chef du gouvernement britannique est un homme intelligent, habile et très doué. Auteur d’une biographie de Winston Churchill qui fait plus ou moins référence, Boris Johnson connaît bien l’histoire et a enfin les coudées franches pour achever le travail démarré par le référendum du 23 juin 2016 sur le Brexit.

J’écris "enfin" malgré mon regret de ce Brexit incontournable, car cette belle victoire de Boris Johnson va soulager tout le monde, tant les pro-européens et que les anti-européens. Les pro-européens car il fallait en finir avec l’incertitude qui planait depuis un an, et c’est un soulagement parce que l’idée d’un Brexit sans accord est définitivement écartée. Les anti-européens aussi car le Brexit aura bien lieu. Tout le monde devrait donc se réjouir de cette indispensable clarification qui provient de la dissolution de cette Chambre des Communes précédente totalement ubuesque, loufoque, absurde, qui repoussait tout et son contraire.

Qu’on l’apprécie ou qu’on le déteste, la réalité est que Boris Johnson, loin d’être un "populiste" ou un bluffeur, a été un "constructeur" (il a négocié effectivement un nouvel accord avec l’Union Européenne) et surtout, a su, au contraire de Theresa May, sa prédécesseure, probablement trop courtoise, se dégager de ce panier de crabes qu’étaient les députés sortants. En outre, cette large victoire donnera à Boris Johnson une grande liberté vis-à-vis des "hard brexiters" intransigeants. Il n’aura plus besoin de leur soutien parlementaire au sein des conservateurs.

C’est vrai que j’exagère un peu quand je dis que tout le monde devrait être content de cette victoire des conservateurs, car bien sûr, les oppositions nationales ont de quoi être très déçues.

Il n’y a pas eu un sursaut travailliste, mais avec les propositions gauchistes de Jeremy Corbyn, qui a enfin annoncé sa démission du leadership du Labour (jamais un leader de l’opposition n’a été aussi impopulaire à la veille des élections), comment pouvait-il rassembler une majorité d’électeurs, et surtout conserver ou attirer les électeurs de centre gauche inquiets par son programme ?

Il n’y a pas eu non plus de sursaut politique en faveur du Bremain (se maintenir au sein de l’Union Européenne, au besoin par un second référendum), principalement incarné les libéraux-démocrates (les libdems), un peu trop européens pour se permettre de vouloir annuler le Brexit sans nouveau référendum.

Enfin, il n’y a pas eu la confirmation du scrutin européen très particulier, qui avait donné au Parti du Brexit un très imposant bataillon d’élus à Strasbourg : les partisans du Brexit sans accord, défendu par le Parti du Brexit et l’UKIP, ont été effectivement balayés.

Quant aux conservateurs, les candidats ont été des candidats de Boris Johnson et leur engagement était assez clair pendant la campagne électorale : ratifier l’accord avec l’Union Européenne et sortir dès que possible de l’Europe, au plus tard le 31 janvier 2020. Leur slogan : « Get Brexit Done ! ». Theresa May, qui probablement n’a pas su gérer efficacement les investitures de son parti pour les élections législatives du 8 juin 2017, n’avait pas eu la possibilité d’avoir des députés conservateurs disciplinés et obéissants.

Ces élections législatives du 12 décembre 2019 ont été le résultat du vote d’une loi avançant la date de la fin de la législature précédente du 5 mai 2022 au 12 décembre 2019. Elle fut votée par la Chambre des Communes le 29 octobre 2019 par 438 voix pour et 20 contre, par la Chambre des Lords le 30 octobre 2019 et a reçu la "sanction royale" (promulgation) de la reine Élisabeth II le 31 octobre 2019.

Comme on le voit sur les courbes d’intentions de vote mesurées par les instituts de sondage, l’effet des élections européennes est resté très éphémère (entre février et octobre 2019) et dès que la date des nouvelles élections a été officialisée et confirmée, la bipolarisation s’est redéployée. C’est très étrange et sans doute un peu injuste tant pour les libdems que pour les écologistes (Verts) qui, pour cette raison, ont échoué à transformer leurs scores des élections européennes aux élections nationales. De même, le Parti du Brexit ne semblait plus avoir d’utilité électorale dès lors que les électeurs brexiters étaient convaincus que l’élection de députés conservateurs accélérerait la fin du processus pour aboutir au Brexit.

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47 587 254 électeurs du Royaume-Uni ont été convoqués le jeudi 12 décembre 2019 pour élire 650 députés parmi les 3 429 candidats qui se sont présentés à leurs suffrages. La participation a été équivalente à celle de 2017, avec un taux de 67,2%.

Les résultats sont les suivants, sur 649 circonscriptions sur 650, selon la BBC le 13 décembre 2019 à 12 heures.

Les 635 candidats conservateurs menés par Boris Johnson ont obtenu 43,6% des voix et 364 sièges, soit largement la majorité absolue qui est de 326. En voix, il y a une faible progression (+1,3 point), mais en sièges, c’est très important : +47 sièges. L’écart avec les travaillistes est maintenant de 161 sièges, c’est énorme. Certains quartiers populaires ont délaissé les travaillistes au profit des conservateurs. Non seulement Boris Johnson a rassemblé la grande majorité des partisans du Brexit (78% selon un sondage), mais il a aussi su attirer, par son côté populaire, un électorat souvent défavorisé dans des régions industrielles, ce qui est très nouveau.

Les 631 candidats travaillistes menés par Jeremy Corbyn ont obtenu 32,2% des voix et 203 sièges. Ce qui est, en voix (effondrement de 8,1 points) et en sièges (-59 sièges), est une écrasante défaite (la pire depuis le 14 novembre 1935 !). Jeremy Corbyn a annoncé sa démission prochaine de la tête des travaillistes. Les électeurs ont probablement sanctionné à la fois les positions très à gauche de Jeremy Corbyn et son incapacité à prendre une position claire sur le Brexit. "The Guardian" a rappelé sans pitié : « En plus d’un siècle, aucun parti n’a perdu autant de sièges après autant de temps passé dans l’opposition. ». Les réflexions des médias en France ne sont pas plus élogieuses. "Libération" : « La bataille sur le repositionnement du Labour sera probablement sanglante. ». France Info : « Maintenir sa ligne gauchisante (…) ou revenir à la social-démocratie triomphante des années Tony Blair. ».

Les 611 candidats libdems menés par Jo Swinson ont obtenu 11,5% des voix et 11 sièges. En voix, les libdems sont ceux qui ont le plus progressé à ces élections (+4,3 points) mais ils ont perdu un siège au total, alors que les sondages, entre le 10 et 12 décembre 2019, prévoyaient plutôt entre 13 et 19 sièges. Pire, la députée sortante Jo Swinson, qui a été élue à leur tête le 22 juillet 2019 après le retrait de Vince Cable et leurs bonnes performances aux élections européennes, a été battue dans sa propre circonscription au bénéfice du candidat nationaliste écossais. Jo Swinson a immédiatement démissionné de la tête des libdems. La position de revenir sur le Brexit sans nouveau référendum a souvent été perçue comme très antidémocratique, même par les électeurs europhiles.

Également europhiles, les 59 candidats nationalistes écossais (SNP) de Nicola Sturgeon ont obtenu 3,9% des voix et 48 sièges, soit 13 sièges de plus (et un gain de 0,9 point en voix, sur l’ensemble du Royaume-Uni). C’est une grande victoire des nationalistes écossais, si bien que leur leader Nicola Sturgeon, la Première Ministre d’Écosse depuis le 20 novembre 2014, forte de cette victoire, a annoncé le 13 décembre 2019 son intention d’organiser un nouveau référendum d’indépendance.

Pour le reste, les unionistes irlandais ont obtenu 8 sièges, le Sinn Féin 7 sièges, les travaillistes irlandais 2 sièges, l’Alliance (nationalistes irlandais) 1 siège (en Irlande du Nord, Alliance et les travaillistes irlandais n’étaient pas représentés en 2017 et les unionsites ont perdu 2 sièges, ils étaient parmi ceux qui ont bloqué le processus du Brexit ; c’est la première fois qu’il y a, aux Communes, plus de députés nationalistes qu’unionistes en Irlande du Nord). Les nationalistes gallois ont gardé leurs 4 sièges.

Quant à l’UKIP (44 candidats) et à son petit frère Parti du Brexit (275 candidats), mené par Nigel Farage, ils n’ont obtenu aucun siège à la Chambre des Communes.

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Plébiscité par les électeurs, Boris Johnson a donc toutes les raisons d’être satisfait. Non seulement il s’est délivré d’une Chambre des Communes impossible, mais il est assuré maintenant d’entrer dans l’histoire en faisant le Brexit. Il devra alors en assumer l’entière responsabilité dans ses conséquences économiques et politiques. Mais les relations entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne n’auront pas pour autant fini de poser des problèmes : d’ici à la fin de l’année 2020, des négociations devraient finaliser la relation future entre les deux entités. Le commissaire européen Thierry Breton est prêt à ouvrir les négociations commerciales le plus rapidement possible, même si le calendrier prévu est aujourd’hui de moins en moins crédible.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 décembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191212-boris-johnson.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/la-tres-belle-victoire-de-boris-219947

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/12/13/37861965.html





 

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12 décembre 2019 4 12 /12 /décembre /2019 20:09

« Le véritable génie de Boris Johnson a été de rassembler derrière lui les Leavers, 78% d’entre eux avaient dit qu’ils voteraient pour lui. » (Sara Hobolt, professeure de sciences politique à la London School of Economics, cité par "Libération" le 13 décembre 2019).


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L'image de la promenade du chien pour aller voter va probablement rester dans les livres d'histoire. Les élections législatives qui ont eu lieu au Royaume-Uni ce jeudi 12 décembre 2019 ont donné une très large victoire aux conservateurs menés par le Premier Ministre Boris Johnson. Les conservateurs n’avaient plus eu une si belle victoire depuis Margaret Thatcher le 11 juin 1987. C’est une très belle victoire électorale qui montre, pour ceux qui n’auraient pas encore saisi, que le chef du gouvernement britannique est un homme intelligent, habile et très doué. Auteur d’une biographie de Winston Churchill qui fait plus ou moins référence, Boris Johnson connaît bien l’histoire et a enfin les coudées franches pour achever le travail démarré par le référendum du 23 juin 2016 sur le Brexit.

J’écris "enfin" malgré mon regret de ce Brexit incontournable, car cette belle victoire de Boris Johnson va soulager tout le monde, tant les pro-européens et que les anti-européens. Les pro-européens car il fallait en finir avec l’incertitude qui planait depuis un an, et c’est un soulagement parce que l’idée d’un Brexit sans accord est définitivement écartée. Les anti-européens aussi car le Brexit aura bien lieu. Tout le monde devrait donc se réjouir de cette indispensable clarification qui provient de la dissolution de cette Chambre des Communes précédente totalement ubuesque, loufoque, absurde, qui repoussait tout et son contraire.

Qu’on l’apprécie ou qu’on le déteste, la réalité est que Boris Johnson, loin d’être un "populiste" ou un bluffeur, a été un "constructeur" (il a négocié effectivement un nouvel accord avec l’Union Européenne) et surtout, a su, au contraire de Theresa May, sa prédécesseure, probablement trop courtoise, se dégager de ce panier de crabes qu’étaient les députés sortants. En outre, cette large victoire donnera à Boris Johnson une grande liberté vis-à-vis des "hard brexiters" intransigeants. Il n’aura plus besoin de leur soutien parlementaire au sein des conservateurs.

C’est vrai que j’exagère un peu quand je dis que tout le monde devrait être content de cette victoire des conservateurs, car bien sûr, les oppositions nationales ont de quoi être très déçues.

Il n’y a pas eu un sursaut travailliste, mais avec les propositions gauchistes de Jeremy Corbyn, qui a enfin annoncé sa démission du leadership du Labour (jamais un leader de l’opposition n’a été aussi impopulaire à la veille des élections), comment pouvait-il rassembler une majorité d’électeurs, et surtout conserver ou attirer les électeurs de centre gauche inquiets par son programme ?

Il n’y a pas eu non plus de sursaut politique en faveur du Bremain (se maintenir au sein de l’Union Européenne, au besoin par un second référendum), principalement incarné les libéraux-démocrates (les libdems), un peu trop européens pour se permettre de vouloir annuler le Brexit sans nouveau référendum.

Enfin, il n’y a pas eu la confirmation du scrutin européen très particulier, qui avait donné au Parti du Brexit un très imposant bataillon d’élus à Strasbourg : les partisans du Brexit sans accord, défendu par le Parti du Brexit et l’UKIP, ont été effectivement balayés.

Quant aux conservateurs, les candidats ont été des candidats de Boris Johnson et leur engagement était assez clair pendant la campagne électorale : ratifier l’accord avec l’Union Européenne et sortir dès que possible de l’Europe, au plus tard le 31 janvier 2020. Leur slogan : « Get Brexit Done ! ». Theresa May, qui probablement n’a pas su gérer efficacement les investitures de son parti pour les élections législatives du 8 juin 2017, n’avait pas eu la possibilité d’avoir des députés conservateurs disciplinés et obéissants.

Ces élections législatives du 12 décembre 2019 ont été le résultat du vote d’une loi avançant la date de la fin de la législature précédente du 5 mai 2022 au 12 décembre 2019. Elle fut votée par la Chambre des Communes le 29 octobre 2019 par 438 voix pour et 20 contre, par la Chambre des Lords le 30 octobre 2019 et a reçu la "sanction royale" (promulgation) de la reine Élisabeth II le 31 octobre 2019.

Comme on le voit sur les courbes d’intentions de vote mesurées par les instituts de sondage, l’effet des élections européennes est resté très éphémère (entre février et octobre 2019) et dès que la date des nouvelles élections a été officialisée et confirmée, la bipolarisation s’est redéployée. C’est très étrange et sans doute un peu injuste tant pour les libdems que pour les écologistes (Verts) qui, pour cette raison, ont échoué à transformer leurs scores des élections européennes aux élections nationales. De même, le Parti du Brexit ne semblait plus avoir d’utilité électorale dès lors que les électeurs brexiters étaient convaincus que l’élection de députés conservateurs accélérerait la fin du processus pour aboutir au Brexit.

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47 587 254 électeurs du Royaume-Uni ont été convoqués le jeudi 12 décembre 2019 pour élire 650 députés parmi les 3 429 candidats qui se sont présentés à leurs suffrages. La participation a été équivalente à celle de 2017, avec un taux de 67,2%.

Les résultats sont les suivants, sur 649 circonscriptions sur 650, selon la BBC le 13 décembre 2019 à 12 heures.

Les 635 candidats conservateurs menés par Boris Johnson ont obtenu 43,6% des voix et 364 sièges, soit largement la majorité absolue qui est de 326. En voix, il y a une faible progression (+1,3 point), mais en sièges, c’est très important : +47 sièges. L’écart avec les travaillistes est maintenant de 161 sièges, c’est énorme. Certains quartiers populaires ont délaissé les travaillistes au profit des conservateurs. Non seulement Boris Johnson a rassemblé la grande majorité des partisans du Brexit (78% selon un sondage), mais il a aussi su attirer, par son côté populaire, un électorat souvent défavorisé dans des régions industrielles, ce qui est très nouveau.

Les 631 candidats travaillistes menés par Jeremy Corbyn ont obtenu 32,2% des voix et 203 sièges. Ce qui est, en voix (effondrement de 8,1 points) et en sièges (-59 sièges), est une écrasante défaite (la pire depuis le 14 novembre 1935 !). Jeremy Corbyn a annoncé sa démission prochaine de la tête des travaillistes. Les électeurs ont probablement sanctionné à la fois les positions très à gauche de Jeremy Corbyn et son incapacité à prendre une position claire sur le Brexit. "The Guardian" a rappelé sans pitié : « En plus d’un siècle, aucun parti n’a perdu autant de sièges après autant de temps passé dans l’opposition. ». Les réflexions des médias en France ne sont pas plus élogieuses. "Libération" : « La bataille sur le repositionnement du Labour sera probablement sanglante. ». France Info : « Maintenir sa ligne gauchisante (…) ou revenir à la social-démocratie triomphante des années Tony Blair. ».

Les 611 candidats libdems menés par Jo Swinson ont obtenu 11,5% des voix et 11 sièges. En voix, les libdems sont ceux qui ont le plus progressé à ces élections (+4,3 points) mais ils ont perdu un siège au total, alors que les sondages, entre le 10 et 12 décembre 2019, prévoyaient plutôt entre 13 et 19 sièges. Pire, la députée sortante Jo Swinson, qui a été élue à leur tête le 22 juillet 2019 après le retrait de Vince Cable et leurs bonnes performances aux élections européennes, a été battue dans sa propre circonscription au bénéfice du candidat nationaliste écossais. Jo Swinson a immédiatement démissionné de la tête des libdems. La position de revenir sur le Brexit sans nouveau référendum a souvent été perçue comme très antidémocratique, même par les électeurs europhiles.

Également europhiles, les 59 candidats nationalistes écossais (SNP) de Nicola Sturgeon ont obtenu 3,9% des voix et 48 sièges, soit 13 sièges de plus (et un gain de 0,9 point en voix, sur l’ensemble du Royaume-Uni). C’est une grande victoire des nationalistes écossais, si bien que leur leader Nicola Sturgeon, la Première Ministre d’Écosse depuis le 20 novembre 2014, forte de cette victoire, a annoncé le 13 décembre 2019 son intention d’organiser un nouveau référendum d’indépendance.

Pour le reste, les unionistes irlandais ont obtenu 8 sièges, le Sinn Féin 7 sièges, les travaillistes irlandais 2 sièges, l’Alliance (nationalistes irlandais) 1 siège (en Irlande du Nord, Alliance et les travaillistes irlandais n’étaient pas représentés en 2017 et les unionsites ont perdu 2 sièges, ils étaient parmi ceux qui ont bloqué le processus du Brexit ; c’est la première fois qu’il y a, aux Communes, plus de députés nationalistes qu’unionistes en Irlande du Nord). Les nationalistes gallois ont gardé leurs 4 sièges.

Quant à l’UKIP (44 candidats) et à son petit frère Parti du Brexit (275 candidats), mené par Nigel Farage, ils n’ont obtenu aucun siège à la Chambre des Communes.

_yartiBojoD03

Plébiscité par les électeurs, Boris Johnson a donc toutes les raisons d’être satisfait. Non seulement il s’est délivré d’une Chambre des Communes impossible, mais il est assuré maintenant d’entrer dans l’histoire en faisant le Brexit. Il devra alors en assumer l’entière responsabilité dans ses conséquences économiques et politiques. Mais les relations entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne n’auront pas pour autant fini de poser des problèmes : d’ici à la fin de l’année 2020, des négociations devraient finaliser la relation future entre les deux entités. Le commissaire européen Thierry Breton est prêt à ouvrir les négociations commerciales le plus rapidement possible, même si le calendrier prévu est aujourd’hui de moins en moins crédible.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 décembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

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14 novembre 2019 4 14 /11 /novembre /2019 03:44

Décision cruciale ce jeudi 14 novembre 2019 au Parlement Européen : la candidature de Thierry Breton à la Commission Européenne sera-t-elle validée par les députés européens ?


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Après le rejet de la candidature de Sylvie Goulard le 10 octobre 2019 au poste de commissaire européenne pour la France, le Président Emmanuel Macron a désigné le président-directeur général du groupe Atos, Thierry Breton en remplacement. En raison de ses implications dans l’industrie, certains parlementaires européens peuvent légitimement s’inquiéter des risques de conflit d’intérêts.

Notons d’ailleurs que le risque de conflit d’intérêts est beaucoup plus grand quand on sort d’une fonction publique ou élective vers une responsabilité privée que l’inverse. En effet, il est même sain de pouvoir se servir, dans l’intérêt du pays ou de l’Europe, des compétences et réseaux acquis pendant une expérience dans le privé.

En revanche, il y a un réel risque de conflit d’intérêts lorsque, d’une fonction publique, on acquiert une position au sein d’intérêts privés qui pourraient se servir d’une connaissance plus globale acquise au service de l’intérêt général (c’est ce qui a été reproché, à juste titre, à l’ancien Président de la Commission Européenne José Manuel Barroso pointant chez Goldman Sachs, mais aussi à l’ancien Chancelier allemand Gerhard Schröder devenu l’un des dirigeants de Gazprom par la grâce de Vladimir Poutine). Cette petite réflexion pour préciser qu’il vaudrait mieux que les députés européens se concentrent sur le devenir des commissaires européens sortants que sur le passé des entrants.

Il faut d’ailleurs savoir ce qu’on veut. Si l’on ne veut plus de personnalités politiques professionnelles mais des personnalités qui ont déjà vécu la vraie vie sur le marché de l’emploi, il y a des chances pour qu’ils aient travaillé pour des intérêts privés (comme des dizaines de millions de salariés européens), et on ne peut pas leur reprocher de vouloir utiliser leurs compétences acquises dans le privé pour faire de la politique au service de l’intérêt général (ou alors, il faudrait les nommer dans des secteurs où ils sont incompétents, ce qui n’aurait pas de sens).

La nomination officielle de Thierry Breton est loin d’être acquise. C’est ce jeudi 14 novembre 2019 dans l’après-midi que la commission des affaires juridiques du Parlement Européen se prononcera définitivement à l’issue de l’audition de Thierry Breton. Pour l’instant, un vote initial, le mardi 12 novembre 2019 dans la matinée, a validé de manière très serrée le principe que sa nomination ne le mettrait pas en situation de conflit d’intérêts, par 12 voix pour et 11 voix contre. Les députés européens du PPE (centre droit) et de Renew (ex-ADLE, les centristes) ont voté pour tandis que les députés européens de gauche (sociaux-démocrates, écologistes, ultragauche) ont voté contre.

Ce premier vote serré fut conditionné par la promesse de Thierry Breton de revendre toutes ses actions d’Atos et l’engagement de ne pas participer aux décisions qui pourraient concerner cette entreprise qu’il a dirigée pendant plus de dix ans.

Rappelons cet élément : Atos est un groupe qui représente en 2018 un chiffre d’affaires de 12,3 milliards d’euros avec un résultat net de 630 millions d’euros, et emploie 120 000 salariés dans 73 pays. L’entreprise est le leader du cloud, du supercalcul et de la cybersécurité, entre autres.

En acceptant d’être nommé à la Commission Européenne, Thierry Breton n’a d’ailleurs manifestement pas eu une motivation de vénalité, puisque, commissaire européen, il aurait une rémunération dix fois inférieure à ce qu’il gagne actuellement. Le challenge est donc plus politique et personnel que …pécuniaire.

De plus, Thierry Breton connaît déjà Ursula von der Leyen, alors Ministre allemande de la Défense, lorsqu’il a travaillé avec elle sur la création d’un fonds européen de défense et de sécurité (l’idée étant d’encourager les investissements européens dans ces domaines). Il faisait également partie de la délégation officielle du Président français lors de sa visite d’État à Washington en avril 2018.

La Commission Européenne présidée par Ursula von der Leyen est très en retard dans sa constitution. Elle devait prendre ses fonctions le 1er novembre 2019 et c’est reporté au 1er décembre 2019, voire plus tard car au-delà de Thierry Breton, les députés européens doivent aussi approuver la candidate de la Roumanie (qui a un nouveau gouvernement) et surtout, Ursula von der Leyen attend encore la nomination du commissaire européen britannique, nécessaire puisque le Royaume-Uni fait toujours partie de l’Union Européenne et donc, toutes les règles s’appliquent (Boris Johnson voudrait éviter l’affront d’une telle nomination, du moins avant les élections britanniques du 12 décembre 2019).

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Revenons au parcours de Thierry Breton. À 64 ans, c’est un parcours prestigieux de patron du CAC40. Grâce à la force de frappe de son groupe Atos, il n’a pas hésité à voir les choses en grand, avec le lancement, en 2016, de l’ambitieux programme scientifique d’ordinateur quantique, en recrutant des sommités, des physiciens comme Serge Haroche (Prix Nobel de Physique 2012 et Médaille d’or du CNRS 2009) et Alain Aspect (Médaille d’or du CNRS 2005 et Prix Wolf 2010), ainsi que le mathématicien Cédric Villani (Médaille Fields 2010), député de l’Essonne et par ailleurs candidat à la mairie de Paris pour 2020.

Thierry Breton fait partie de ce qu’on appelle les "grands patrons" français. Il a en effet été directeur général de CGI de 1990 à 1993, directeur de la stratégie et du développement puis directeur général de Bull de 1993 à 1996, président-directeur général de Thomson de mars 1997 à septembre 2002, de France Télécom de octobre 2002 à février 2005 et d’Atos du 10 février 2009 au 31 octobre 2019. Il est par ailleurs président de l’Agence nationale de la recherche et de la technologie (ANRT) depuis mars 2005.

Stratège économique, Thierry Breton a été salué par quelques succès. Ainsi, par l’alliance de Bull avec Nec et Packard Bell en 1996, par la grande réussite dans la valorisation de Thomson (valant 1 franc symbolique, il l’a valorisé à 100 milliards de francs en 2002). Chez France Télécom, au-delà d’une politique de réduction des coûts et de réduction de son endettement et de sa privatisation (tout en conservant le statut des fonctionnaires qui y sont employés), il a engagé le groupe dans la voie du futur en développant l’ADSL et la téléphonie mobile, en intégrant Wanadoo comme fournisseur d’accès Internet. Sous sa présidence, en trois ans, l’action de France Télécom est passée de 7 euros à 23 euros. Chez Atos, Thierry Breton a intégré en juillet 2011 la filiale informatique de Siemens, faisant d’Atos "l’Airbus des services informatiques" (par sa coopération industrielle franco-allemande). En mai 2014, il a récupéré Bull et en novembre 2014 la filiale d’outsourcing informatique de Xerox.

Au-delà de quelques distinctions qui ont renforcé sa réputation de grand patron stratège (deux fois présent en 2010 et 2017 dans le top 100 des patrons les plus performants au monde, classé par la Harvard Business Review, prix du Stratège de l’année attribué par "Les Échos" en 2000 et 2012, prix de l’industriel de l’année attribué par "L’Usine nouvelle" en 2016, etc.), Thierry Breton a eu également des activités universitaires : il a présidé l’Université de technologie de Troyes (UTT) de 1997 à 2005. Après ses fonctions ministérielles, il a enseigné un cours de gouvernance industrielle à Harvard (USA) de 2007 à 2009, et depuis janvier 2018, il est président du comité stratégique de Sorbonne Université, l’université qui a regroupé les deux universités parisiennes prestigieuses, Paris-Sorbonne (Paris-4) et Pierre-et-Marie-Curie (Paris-6).

Mais il n’a jamais été prédestiné à cela. Il a toujours eu, également, le virus de la politique. Au début des années 1980, Thierry Breton était même le "poulain" du centriste René Monory, président du conseil général de la Vienne, qui l’a recruté dans son cabinet de Ministre de l’Éducation nationale entre 1986 et 1988, chargé des nouvelles technologies.

Ingénieur Supélec en 1979 (après une prépa à Louis-le-Grand), Thierry Breton a créé une SSII qu’il a dirigée de 1981 à 1986, qu’il a "lâchée" pour rejoindre René Monory dans l’innovant projet du Futuroscope entre 1986 et 1990. On ne s’étonnera donc pas que Thierry Breton fût élu conseiller régional du Poitou-Charentes en mars 1986 pour un mandat de six ans (jusqu’en mars 1992) : il y présida la commission formation pendant deux ans puis fut vice-président du conseil régional présidé par Jean-Pierre Raffarin.

Thierry Breton a aussi commencé à être très connu du grand public dès 1984 (il n’avait que 29 ans) lorsqu’il a publié un thriller traitant du virus informatique, "Softwar" chez Robert Laffont (coécrit avec Denis Beneich) qui est devenu un best-seller mondial (un million et demi d’exemplaires vendus). Dès lors, Thierry Breton fut régulièrement invité dans les médias comme un expert en stratégie technologique (il fut même élu membre de l’Académie des technologies en janvier 2016). Son deuxième ouvrage est un roman de science-fiction "Vatican III" (éd. Robert Laffont, 1985) sur la propagande par satellites. En tout, il a publié neuf ouvrages dont six essais (dont un sur le télétravail en 1993).

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Lorsque l’affaire Gaymard a éclaté, à savoir, que le Ministre des Finances Hervé Gaymard, chiraquien plein d’avenir, s’enlisa dans une affaire d’appartement de fonction gigantesque pour sa famille nombreuse (et injustifié), Thierry Breton fut le salutaire "plan B" du gouvernement Raffarin. Ami de Jacques Chirac et proche d’Alain Juppé, il avait déjà été question de le nommer à Bercy dès novembre 2004 lorsque Nicolas Sarkozy devait quitter ses fonctions de Ministre des Finances pour aller présider l’UMP. Thierry Breton fut ainsi nommé Ministre de l’Économique, des Finances et de l’Industrie du 25 février 2005 au 17 mai 2017 (il fut reconduit le 2 juin 2005 dans le gouvernement de Dominique de Villepin).

Comme ministre, Thierry Breton a privatisé les autoroutes de France (suscitant beaucoup de contestation de la part de l’opposition et des élus locaux), a réduit fortement la dette publique en deux ans (66,0% à 63,9% du PIB), réduit le déficit public à 2,9% du PIB, et a commencé l’informatisation des déclarations de revenus (avec des cases préremplies). Moderne, il a créé le 23 avril 2007 l’Agence du patrimoine immatériel de l’État (la première au monde), patrimoine qui a été valorisé à 10 milliards d’euros en 2010 (cette agence avait été préconisée dans un rapport de Jean-Pierre Jouyet et Maurice Lévy en 2006).

Comme on le voit, le CV de Thierry Breton est impressionnant. Excellent à la fois dans la stratégie et dans le management de grandes structures, qu’elles soient publiques, privées ou même politiques (ministères), Thierry Breton a toutes les conditions pour recevoir le très dense portefeuille de la Commission Européenne nouvelle proposé à la France, qui comprend : la politique industrielle, le marché intérieur, le numérique, la défense et l’espace.

Il fallait en effet mettre un politique et pas un technocrate à ce poste. Thierry Breton est un politique par excellence, celui qui regarde loin dans l’horizon du futur. Cette aventure européenne sera un nouveau rôle pour celui qui, en quarante ans de carrière, a occupé des fonctions très diversifiées… jusqu’à jeune romancier à succès ! Un tel profil est très rare en France, celui d’un politique qui a pour formation… ni l’ENA, ni Science Po, ni des études de droit, mais des études …d’ingénieur. C’est très rare de nos jours…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 novembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Thierry Breton.
Érasme.
30 ans d’Erasmus.
Sylvie Goulard et la démocratie européenne.
8 contresens sur le Brexit.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (7) : panorama politique continental.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Européennes 2019 (5) : les six surprises françaises du scrutin du 26 mai 2019.
Les résultats officiels des élections européennes du 26 mai 2019 en France (Ministère de l'Intérieur).
Ce que propose l’UDI pour les élections européennes de 2019.
François-Xavier Bellamy.
Nathalie Loiseau.
Marine Le Pen.
Européennes 2019 (4) : les enjeux du scrutin du 26 mai 2019.
Européennes 2019 (3) : l’Union Européenne est-elle démocratique ?
À quoi pense Nathalie Loiseau ?
La Vaine Le Pen.
Européennes 2019 (2) : enfin, la campagne commence !
Programme de la liste Renaissance (LREM) pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste Les Républicains pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste UDI pour les élections européennes de 2019.
Michel Barnier, pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Européennes 2019 (1) : la France des Douze ?
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191024-thierry-breton.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/thierry-breton-stratege-europeen-219243

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/11/01/37756106.html



 

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8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 03:35

« C’est une bêtise incroyable (…). Dire "annexion" [pour parler de la Réunification], c’est reprendre "radio nostalgie Allemagne de l’Est", c’est ce que dit l’extrême droite. (…) Il y avait un système totalitaire qui était un frigidaire, la glace a fondu. Des mouvances ont ressuscité sur une nostalgie autoritaire. » (Daniel Cohn-Bendit, ancien député européen franco-allemand, le 4 novembre 2019 sur France Inter).


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S’il y avait bien une chose que je ne comptais pas voir (je ne vais pas écrire "vivre") de mon vivant, c’était bien la chute de la dictature soviétique en Europe centrale et orientale. Et pourtant, elle a eu lieu, très rapidement, beaucoup plus rapidement que ce qu’on pouvait imaginer, et en plus, quasiment (à la Roumanie près), sans effusion de sang. Inimaginable !

Dès que nous avons appris la chute du mur de Berlin, dans la soirée du 9 novembre 1989, il y a trente ans, nous avons décidé de nous y rendre immédiatement. Nous, c’est-à-dire des amis politiques et moi. J’étais Lorrain et je pouvais prendre assez facilement un train pour Berlin. Finalement, je n’y suis pas allé car je n’avais pas de passeport, et je n’aurais pas pu franchir la frontière est-allemande sans passeport à cette époque. J’ai eu par la suite l’occasion plusieurs fois de traverser l’Europe en voiture sans qu’on m’ait demandé une seule fois mes papiers d’identité, vive Schengen ! Arpenter le long du mur sous la neige, j’y suis allé un hiver récent. Toute l’émotion était encore très vive.

Nous avions eu l’idée de partir dès le lendemain par le train, en y apportant un piolet ou une petite pioche, histoire de pouvoir prendre un petit morceau du Mur de Berlin, le mur qui avait terrifié mon enfance et mon adolescence. Ce morceau aurait été comme un trophée, ou plutôt, car il n’y avait aucun triomphalisme, on ne fêtait pas la victoire sur le communisme, on fêtait simplement la liberté retrouvée des peuples européens et particulièrement celle du peuple est-allemand doublement martyrisé par le nazisme et le communisme entre 1933 et 1989, comme une preuve concrète, réelle, tangible que nous ne rêvions pas et que l’événement avait effectivement eu lieu.

Apporter un piolet en transport en commun, je n’oserais plus aujourd’hui, tant les conditions de sécurité et de vigilance contre toute acte terroriste peuvent rendre aujourd’hui tout objet comme une arme terrifiante (cela dit, même un simple crayon pourrait être une arme impitoyable). Pourtant, en 1989, il y avait déjà eu des attentats, on devait déjà être vigilant, après la "vague" terroriste de 1986, ou encore auparavant.

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Cette brèche du mur a été ouverte d’ailleurs un peu par inadvertance. Elle était pourtant la suite logique d’un début de libéralisation de la Hongrie : en effet, les dirigeants hongrois avaient ouvert leurs frontières aux citoyens est-allemands qui voulaient passer en Allemagne de l’Ouest par la Hongrie et par l’Autriche. La Hongrie a commencé à démanteler ses frontières avec l’Autriche le 2 mai 1989. Parallèlement, en juin 1989, se sont tenus en Pologne les premières élections législatives libres dans le bloc communiste, avec, deux mois plus tard, la formation du premier gouvernement non communiste du bloc communiste (dirigé par Tadeusz Mazowiecki, un proche de Lech Walesa).

Tout l’été 1989, des milliers de familles de l’Allemagne de l’Est ont profité de l’aubaine pour rejoindre leurs familles et amis de l’Ouest, séparés parfois depuis plus d’une quarantaine d’années. Dès le début de l’automne, de nombreuses manifestations se déroulèrent à Berlin et les autorités est-allemandes hésitèrent à faire usage de la force "à la chinoise". Le refus de Gorbatchev a évité le bain de sang que le dictateur est-allemand Erich Honecker était prêt à provoquer (en envisageant le déploiement des 500 000 soldats soviétiques sur le sol est-allemand).

Membre du politburo du parti communiste est-allemand (SED), Günter Schabowski annonça à la presse à 19 heures que « les voyages privés vers l’étranger peuvent être autorisés sans présentation de justificatif ». Quand un journaliste lui demanda quand cette décision allait être applicable, il répondit, pris au dépourvu : « immédiatement » ! A suivi une ruée vers les postes frontières dont le premier fut ouvert à 23 heures 30.

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Érigé le 13 août 1961, le mur de Berlin était la preuve matérielle de la dictature communiste. Ce fameux Rideau de fer, dont l’expression fut trouvée par Churchill. Normalement, un pays où il fait bon vivre, on ne le quitte pas et il n’y a pas besoin d’empêcher ses habitants d’en sortir. En août 2007, on a retrouvé un ordre donné en octobre 1973 aux agents de la Stasi affectés parmi les garde-frontières : « N’hésitez pas à faire usage de votre arme, même si la violation de la frontière concerne des femmes et des enfants, ce qui est une stratégie souvent utilisée par les traîtres. ». Selon le "Collectif du 13 Août", 1 135 personnes ont perdu la vie du 24 août 1961 au 5 février 1989 en cherchant à franchir le mur, dont des enfants, comme ces deux gamins de 10 et 13 ans qui ont e été tués en 1966 par les militaires est-allemands, de vrais assassins, eux et leurs chefs, les donneurs d’ordre, jamais jugés.

L’image la plus belle de la fin de cet enfer fut sans aucun doute le célèbre musicien Mstislav Rostropovitch jouant le 11 novembre 1989 au pied du mur éventré devant un parterre d’habitants émus par cette concorde retrouvée. Rostropovitch, directeur musical de l’Orchestre symphonique de Washington, représentait à lui seul toute la terreur de l’Europe communiste, la sensibilité de "l’âme russe" et la culture européenne commune. Le violoncelliste fut réhabilité par Gorbatchev le 16 janvier 1990.

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Comme le dit aujourd’hui Vladimir Fedorovski : « Le système soviétique était basé sur la peur et la terreur. ». En enlevant la peur et la terreur, il allait s’écrouler comme un château de cartes. Vladimir Fedorovski, actuellement écrivain vivant en France, était, en 1989, un diplomate soviétique basé à Paris et très proche d’Alexandre Iakovlev, principal conseiller de Mikhaïl Gorbatchev et père de la perestroïka. Dans un entretien au journal "L’Opinion" le 7 novembre 2019, Vladimir Fedorovski a expliqué que Iakovlev avait téléphoné à Raïssa Gorbatchev pour qu’elle convainquît son mari, qui retournait chez lui après une réunion avec son conseiller, de ne pas accepter la répression que proposaient le KGB et l’Armée rouge. Tout était prêt pour la réponse sanglante.

Fedorovski a expliqué aussi que le 13 juin 1989, Gorbatchev avait rencontré le Chancelier allemand Helmut Kohl à Bonn et ils s’étaient mis d’accord pour la non intervention soviétique en Allemagne : Helmut Kohl lui avait dit que la chute du mur et la Réunification étaient inéluctables, en ajoutant qu’il était prêt à payer pour cela. Gorbatchev lui a simplement répondu : combien ? Et l’ancien diplomate de préciser : « Les dirigeants [est-allemands] étaient néo-staliniens. Ils se sont trouvés désarmés dès lors que la logique de Gorbatchev était de rompre avec la terreur et de ne pas tuer. (…) Gorbatchev est complètement discrédité. C’est l’homme le plus haï de l’histoire du pays, plus encore que les tsars ! (…) Il est qualifié à la fois de traître et de crétin. Il ne peut pas se déplacer en Russie sans gardes du corps et on demande régulièrement qu’il soit jugé pour trahison. ».

Helmut Kohl a su en effet saisir l’occasion historique unique : réunifier l’Allemagne. Une décision politique et instinctive, intuitive. Il fallait aller vite. L’Allemagne fut réunifiée en moins d’un an, le 3 octobre 1990. Avec une parité monétaire alors que l’Est était bien plus pauvre que l’Ouest. L’Allemagne a mis une quinzaine d’années à s’en remettre, mais grâce aux lois Hartz sous le gouvernement de Gerhard Schröder, votées par les deux grands partis de gouvernement, l’Allemagne a réussi son retour à la prospérité industrielle dont elle vit encore maintenant les effets.

Le deal de la Réunification, face à un François Mitterrand vigilant sinon réticent, ce fut le Traité de Maastricht, ce fut l’euro, c’est-à-dire la disparition du Deutsche Mark, et aussi la pérennité de la frontière germano-polonaise. Mais pour les Russes, selon Vladimir Fedorovski, il y a eu un sentiment de trahison de "l’Occident" envers la Russie qui s’attendait à ce que la promesse sur l’OTAN fût tenue, à savoir, ne pas s’élargir, ne pas englober l’ancien bloc communiste.

Aujourd’hui, le monde contemporain vit de cet événement capital et incontrôlable que fut la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 et d’un autre événement tout aussi marquant dans l’histoire du monde, les attentats du World Trade Center le 11 septembre 2001. Ces deux dates ont déterminé ce que le monde est aujourd’hui et les dirigeants actuels peinent encore à trouver de nouvelles bases pour réguler une planète encore trop désordonnée tant politiquement (notamment au Moyen-Orient) qu’économiquement (partout et en Asie en particulier) et en danger de mort par les bouleversements climatiques.

La très récente transgression du Président français Emmanuel Macron dans "The Economics" ce jeudi 7 novembre 2019 sur la "mort clinique" de l’OTAN, si elle n’apporte aucune solution, permet d’entrevoir qu’il est temps de se tourner vers de nouvelles bases, qui ne peuvent être que pour construire une défense européenne, incluant le Royaume-Uni …et l’Allemagne qui bénéficie actuellement d’une protection américaine sans coût budgétaire. Cela devient même nécessaire et urgent, à partir du moment où l’Amérique de Trump souhaite se désengager…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 novembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le mur de Berlin.
La chute du mur de Berlin.
La Réunification allemande.
Berlin 1989 : le 9/11 avant le 11/9.
Les élections régionales en Thuringe du 27 octobre 2019.
Konrad Adenauer.
L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191109-chute-mur-berlin.html

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7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 03:16

« Il y a une nostalgie autoritaire en Allemagne de l’Est. L’AfD fait son beurre sur l’immigration, mais il n’y a pas d’immigrés en Allemagne de l’Est, il y en a 3% ! » (Daniel Cohn-Bendit, ancien député européen franco-allemand, le 4 novembre 2019 sur France Inter).



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Imaginez le parti de Jean-Luc Mélenchon en tête avec plus de 30% des voix en région Centre-Val de Loire, suivi du parti de Marine Le Pen avec plus de 20% des voix. C’est un peu ce qu’il s’est passé il y a quelques jours en Allemagne. Après les élections régionales en Saxe et Brandebourg, ont eu lieu effectivement, le dimanche 27 octobre 2019, les élections régionales en Thuringe, région au sud-ouest de l’ancienne Allemagne de l’Est : « Bienvenue dans la fabrique à penser ! » [Willkommen in des Denkfabrik]. C’est la devise de la Thuringe.

Car cette région est une région phare de la culture allemande et de la culture européenne, où sont nés ou où ont vécu et travaillé : Schiller, Goethe, Jean-Sébastien Bach, Franz Liszt, Richard Wagner, Richard Strauss, Johannes Brahms, Cranach l’Ancien, Kandinsky, Klee, Otto Dix, Max Weber, Nietzsche, Karl Marx, Hegel, Otto Schott, Carl Zeiss, etc. Également, c’est région de la triste République de Weimar.

Alors que cette région fut, entre la Réunification allemande et 2014, le fief inébranlable de la CDU, le parti de la Chancelière Angela Merkel, la CDU s’est effondrée à la troisième place avec seulement 21,8% des voix. Plus de la moitié des électeurs ont voté pour des listes extrêmes, Die Linke (extrême gauche) ou AfD (extrême droite). Faut-il s’en inquiéter comme l’ont fait tous les médias ?

D’abord, rappelons très succinctement ce que sont ces partis politiques allemands qui ne font pas partie du "paysage gouvernemental" de l’Allemagne contemporaine, et aussi ce qu’est cette région de Thuringe.

La Thuringe est une région industrielle qui se trouve géographiquement au centre de l’Allemagne réunifiée. Elle faisait partie de l’ancienne Allemagne de l’Est, dans sa partie située au sud-ouest, près de la frontière tchèque. Elle concentre environ 2,2 millions d’habitants (soit l’équivalent de la région Centre-Val de Loire, la plus petite des régions françaises continentales), et sa capitale est Erfurt, jolie ville d’environ 200 000 habitants. Parmi les autres villes connues en Thuringe, on peut citer Iéna (100 000 habitants), Eisenach (45 000 habitants), Gera (105 000 habitants), Gotha (50 000 habitants), et bien sûr, Weimar (65 000 habitants) qui a donné son nom à la république allemande entre 1919 et 1933 (pour les puristes, jusqu'en 1945, puisqu’il n’y a pas eu de changement de régime officiellement avec l’arrivée de Hitler).

Passons aux deux partis extrémistes.

Die Linke est un parti de gauche dure fondé le 16 juin 2007, qui est l’héritier du sinistre SED, le parti communiste est-allemand (devenu le PDS à la Réunification). Il est particulièrement bien représenté dans l’ex-Allemagne de l’Est chez les nostalgiques du communisme et de l’État policier (la Stasi). Représenté au Parlement Européen, il siège dans le même groupe que les communistes français et FI, ainsi que Syriza.

Lors des élections régionales précédentes en Thuringe, le 14 septembre 2014, la CDU, qui était arrivée en première place et qui avait même amélioré sa représentation avec 4 sièges de plus (pour 34 obtenus sur 91 au total), avait perdu la présidence de la région à cause d’un effondrement de ses alliés libéraux démocrates. Résultat, Christine Lieberknecht, ministre-présidente de Thuringe depuis le 30 octobre 2009, a dû céder ses fonctions le 5 décembre 2014 à Bodo Ramelow, premier chef d’un gouvernement régional issu de l’ancien parti communiste est-allemand depuis la Réunification.

En effet, Bodo Ramelow (Die Linke), syndicaliste venu de l’Ouest, a réussi à construire une alliance à gauche, la "coalition rouge-rouge-verte" composée de Die Linke, du SPD (en perte de vitesse) et des Verts, qui, à eux trois, permettait de justesse une majorité absolue (46 sièges sur 91). La manière de gérer la Thuringe a d’ailleurs été plus proche du centre gauche que de l’extrême gauche, ce qui pourrait expliquer les très bons résultats de ce parti en 2019 dans ce Land.

L’autre parti extrémiste est l’AfD, Alternative pour l’Allemagne, a été fondé très récemment, le 6 février 2013 sur la base d’un refus de l’euro. Son thème de campagne a évolué après la décision d’Angela Merkel d’accueillir les réfugiés par un refus complet de sa politique migratoire et plus précisément par des positions ouvertement anti-immigration pour ne pas dire anti-immigrés (débordant sur une détestation prononcée de l’islam).

Il est difficile de dire que ce parti est fasciste. Il est certes populiste, extrémiste, mais son action reste dans le cadre des institutions et du processus démocratique et électoral. Il n’est donc pas comparable à la NSDAP des années 1930 même si certains discours adoptent les mêmes ressorts, notamment ceux de la haine. Au Parlement Européen, les élus AfD siègent aux côtés de la Lega de Matteo Salvini et du RN de Marine Le Pen, ainsi que du FPÖ (l’extrême droite autrichienne qui s’est effondrée aux dernières élections).

Cependant, il faut y mettre un bémol en Thuringe. En effet, l’AfD est dirigée en Thuringe par l’un des leaders les plus à l’extrême droite de ce parti, Björn Höcke, ancien professeur d’histoire et membre du Landtag de Thuringe (l’équivalent d’un conseil régional) depuis septembre 2014, président du groupe AfD dans cette instance. Il s’est fait remarquer par des déclarations très controversées et polémiques, jugées démagogiques, contre l’islam, le multiculturalisme, et surtout, par des provocations sur le Mémorial juif à Berlin et plus généralement, sur l’histoire du nazisme et de l’antisémitisme, sur l’homogénéisation ethnique de l’Allemagne, etc. Björn Höcke, originaire de l’Ouest, est le leader du courant Der Flügel qui représente près de 30% des militants de l’AfD, les plus extrémistes. Jusqu’à maintenant, Björn Höcke a toujours été tenu à l’écart de la direction nationale qui voudrait être présentable, faire bonne figure et se construire une certaine respectabilité.

La campagne électorale fut très dure, les mots brutaux. Beaucoup de violence verbale, et même physique : Mike Mohring, responsable de la CDU en Thuringe, a même reçu des menaces de mort. Des écologistes ont été également menacés de mort. La campagne s’est déroulée aussi dans un climat de crime et d’antisémitisme. Il y a eu l’attentat antisémite commis par un terroriste d’extrême droite qui a tué au moins deux personnes près de la synagogue de Halle (ville de Saxe-Anhalt), le 9 octobre 2019, en pleine fête juive du Yom Kippour. Et il y a eu aussi l’assassinat le 2 juin 2019 à Wolfhagen de Walter Lübcke, un préfet régional de la Hesse, membre de la CDU, qui avait pris position en faveur de l’accueil des réfugiés, tué après des menaces de mort et une campagne haineuse contre la future victime, par un militant d’extrême droite qui aurait fait un don financier à l’AfD et qui est également soupçonné d’avoir voulu assassiner un demandeur d’asile irakien.

Les résultats des élections du 27 octobre 2019 ont été vécus comme un nouveau cataclysme par le gouvernement dirigé par Angela Merkel et composé de ministres de la CDU et du SPD, qui sont les deux grands partis qui se sont effondrés. En effet, la CDU, dont la Thuringe était un bastion, est passée de 33,46% des voix en 2014 à 21,8%, réduisant d’autant sa représentation en sièges, de 34 (sur 91 au total) à 21 (sur 90 au total), chutant de la première place à la troisième. L’autre grand perdant fut le SPD qui est passé de 12,4% des voix (12 sièges) à 8,2% (8 sièges). Les libéraux démocrates du FDP ont gagné 5 sièges, grâce à leur score de 5,0% des voix, après un effondrement en 2014 qui les avait privé de représentation en 2014 (2,5% des voix), perdant à l’époque 7 sièges. Le FDP est donc revenu à un niveau plus ordinaire.

Les deux grands gagnants ont été Die Linke et l’AfD. Die Linke s’est hissée en tête des partis de Thuringe avec 31,0% des voix et 29 sièges, alors qu’en 2014, elle était à 28,2% et 28 sièges. Mais cette (légère) amélioration n’est pas comparable au gain de l’AfD. En 2014, l’AfD représentait 10,6% des voix et était entrée au Landtag avec 11 sièges. En 2019, elle a obtenu 23,4% des voix et 22 sièges (elle a doublé le nombre de ses sièges !). Quant aux Verts, avec 5,2% des voix, ils se retrouvent à égalité avec le FDP, 5 sièges au lieu de 6 en 2014.

Si l’on voulait se donner une première approximation, on pourrait proposer que les voix perdues du SPD et des Verts seraient allées vers Die Linke et les voix perdues de la CDU vers l’AfD.

Une observation un peu plus fine des résultats montre une particularité intéressante.

Le mode de scrutin est assez compliqué puisque la moitié (environ) des sièges est pourvue par scrutin par circonscriptions (majoritaire) et l’autre moitié à la proportionnelle, sur une liste régionale (l’attribution des sièges se fait de manière à ce que l’ensemble des sièges soit proportionnel et pas seulement l’attribution des sièges réservés au scrutin de liste, ce qui en fait, comme au niveau fédéral, une proportionnelle intégrale et qui explique que le nombre de sièges fluctue d’un scrutin à l’autre).

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Or, les pourcentages du scrutin par circonscriptions sont très différents de ceux cités globalement : les partis gouvernementaux s’en sont sortis en effet un peu mieux. La CDU a fait 27,2% des voix (au lieu de 21,2%), et le SPD 10,8% (au lieu de 8,2%), tandis que les deux partis extrémistes ont fait moins bien : 22,0% pour l’AfD (au lieu de 23,4%) et 25,8% pour Die Linke (au lieu de 31,0%). La raison à cela : le désaveu des partis gouvernementaux s’est traduit surtout au niveau général (ici régional) mais moins sur des personnalités candidates bien identifiées dont certaines, sortantes, ont fait du bon travail, reconnues localement.

À mon sens, il y a deux erreurs à ne pas commettre.

La première est de paniquer sur ce score très élevé de l’AfD, 23,4%. Il fait plus que doubler entre 2014 et 2019, c’est vrai, passant de 10,6% à 23,4%. Mais cela ne traduit pas pour autant une hausse récente de la fièvre. En effet, comme pour les autres élections régionales de cet automne, l’AfD a commencé à "bondir" dans l’électorat à partir de 2015-2016 en pleine crise des réfugiées. 2014 est donc à des siècles de 2019. Pour comprendre l’évolution du "thermomètre", il est préférable de regarder le score de l’AfD en Thuringe lors des dernières élections fédérales (législatives) qui était de 22,7% des voix le 24 septembre . En clair, la fièvre n’a pas baissé en deux ans, c’est clair, mais elle n’est pas montée pour autant. En somme, elle s’est stabilisée.

La comparaison avec les résultats des élections fédérales de 2017 en Thuringe est en fait plus alarmante pour les partis gouvernementaux : la CDU avait obtenu encore 28,8% des voix (avec la prime nationale Merkel) et s’est effondrée deux ans plus tard à 21,8%. Le SPD aussi a chuté, de 13,2% à 8,2%. Même le FDP est passé de 7,8% des voix en 2017 à 5,0% en 2019. Et les Verts, quasi-stables, n’ont pas bénéficié d’une vague européenne en faveur de l’écologie (ils sont passés de 4,1% à seulement 5,2%).

Die Linke a bénéficié de ce désenchantement des partis gouvernementaux en passant de 16,9% en 2017 à 31,0%, mais là encore, on pourrait l’expliquer avec la prime régionale Ramelow, puisque le ministre-président sortant est de Die Linke et qu’il est crédité d’une bonne gestion de la région (il a fait campagne sur le bilan de cinq ans de mandature).

Il faut aussi ne pas oublier l’abstention dans la comparaison des deux scrutins régionaux de 2014 et 2019 : en 2014, il y a eu une très forte abstention, 47,2% des inscrits, tandis qu’en 2019, elle a été ramenée à un taux plus "habituel", 35,1% des inscrits (le 30 août 2009, l’abstention était de 43,8%). En quelques sortes, beaucoup d’électeurs qui ont été déçus par les partis gouvernementaux en 2014 n’ont pas, voté, alors qu’en 2019, ils sont toujours déçus mais au lieu de s’abstenir, ils ont quand même voté, pour les partis extrémistes qui, entre-temps, se sont "installés" dans la vie politique du Land.

Donc, la principale leçon nouvelle de ce scrutin régional en Thuringe, ce n’est pas la forte représentation de l’AfD (à peine plus qu’il y a deux ans), ni de Die Linke (qui dirige le Land), mais la forte baisse de la CDU et du SPD, c’est-à-dire des partis qui sont au pouvoir au niveau fédéral. Cette perte de confiance pourrait avoir pour conséquence une remise en cause de la grande coalition par le SPD dont le congrès à Berlin du 6 au 8 décembre 2019 va être d’une importance stratégique. Si le SPD quitte la coalition, il n’y aura pas d’autre choix que des élections fédérales anticipées pour le printemps, avec les risques d’un éclatement… ou plutôt, d’une explosion du paysage politique allemand au niveau fédéral. Quant à la CDU, la dauphine d’Angela Merkel, l’actuelle présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, tombée dans l’impopularité, est sur un siège éjectable.

La seconde erreur à ne pas commettre, c’est de dire qu’il y a plus de 20% de nostalgiques de nazisme et plus de 30% de nostalgiques du communisme. En voulant conclure avec un si artificiel simplisme, on ne fait qu’augmenter la colère de la population, une colère qui provient des difficultés économiques et sociales avant toutes choses, le sentiment de ne pas être compris, de ne pas être écouté, de ne pas être pris en compte, d’être laissé-pour-compte, de craindre d’être déclassé.

Actuellement, le Land n’est plus gouvernable comme auparavant. En effet, Die Linke en peut plus reconduire la coalition rouge-rouge-vert car les mauvaises performances de ses anciens alliés font que celle-ci n’aurait pas la majorité absolue (seulement 42 sièges sur 90). Il faut être capable de réunir au moins 46 sièges pour pouvoir gouverner la Thuringe de 2019.

Une première approche purement arithmétique pourrait faire imaginer une alliance entre la CDU, l’AfD et le FDP, d’autant plus qu’il peut y avoir des absences d’étanchéité. Après tout, Björn Höcke a bien commencé dans la Junge Union (les jeunes de la CDU). À eux trois, ils auraient 48 sièges, soit la majorité absolue. Mais politiquement, une telle alliance (entre AfD et CDU) est absolument impossible, impensable même : le chef de file de la CDU, Mike Mohring a totalement exclu une telle alliance.

En revanche, contrairement au secrétaire général de la CDU Paul Ziemiak (donc au niveau fédéral), il n’a pas exclu une autre alliance qui pourrait être une première historique : une coalition comprenant Die Linke et la CDU ! À eux deux, en effet, ils représenteraient 50 sièges sur 90. Mais un contrat de gouvernement régional resterait encore à écrire. Pour Die Linke, cette solution serait probablement la dernière chance de garder le poste de ministre-président, alors que Bodo Ramenow n’a pas démérité (considéré comme un bon gestionnaire).

Mais dans un tel cas, l’AfD pourrait se nourrir électoralement d’une telle alliance en disant que la CDU équivaudrait à Die Linke, qu’ils sont tous pareils et que le seul parti d’alternance, comme son nom l’indique, c’est l’Alternative für Deutschland. Au sein de la CDU, une telle alliance serait également très contestée et créerait des tensions internes voire des divisions, car certains dans ce cas souhaiteraient des discussions entre la CDU et l’AfD (même si une alliance CDU-AfD ne serait d’aucune utilité arithmétique).

D’autres hypothèses de gouvernement régional ont été proposées : un gouvernement régional minoritaire dirigé par Mike Mohring soutenu par la CDU, le SPD, le FDP et les Verts (ne réunissant cependant que 39 sièges), ou encore, un gouvernement régional minoritaire dirigé par Bodo Ramenow soutenu par l’ancienne coalition.

Si l’on peut tenter de comprendre le vote extrémiste par la peur du déclassement et le sentiment d’abandon dans une société à deux vitesses, la réalité économique et sociale est pourtant très différente du ressentiment. En Thuringe, le chômage a considérablement baissé et est de seulement 5,0%, bien loin des taux à deux chiffres juste après la Réunification. De même, il y a très peu d’immigration dans ces régions. Jouer avec les peurs a toujours son efficacité électorale. Mais dans une société fragile, au passé encore traumatisant, cela peut avoir des effets terribles, celui de généraliser la violence et haine et, par cercle vicieux, de les justifier.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 novembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Berlin 1989 : le 9/11 avant le 11/9.
Les élections régionales en Thuringe du 27 octobre 2019.
Konrad Adenauer.
L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191027-thuringe.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/en-thuringe-l-afd-a-23-4-et-die-219098

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/11/06/37768517.html


 

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31 octobre 2019 4 31 /10 /octobre /2019 03:30

« C’était sûrement ça le pire, devoir annoncer aux autres son drame, et pousser parfois cette situation jusqu’au comble de son ironie en devant les rassurer. » (David Foenkinos, "Je vais mieux", 2013, éd. Gallimard).


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Ce jeudi 31 octobre 2019 ne sera donc pas une date historique pour le Royaume-Uni et pour l’Europe. Le Premier Ministre britannique Boris Johnson a en effet accepté, la mort dans l’âme (mais pas "au fond d'un fossé"), le troisième report du Brexit au 31 janvier 2020, accordé le 28 octobre 2019 par l’Union Européenne malgré quelques tensions. Il était tenu de demander le report à cause de la loi britannique refusant tout Brexit sans accord.

Ce qui aurait dû être une défaite politique complète pour celui qui avait martelé pendant trois mois qu’il ne laisserait jamais le Brexit se faire au-delà de cette date limite est cependant l’amorce d‘une victoire en puissance. C’est toujours l’effet psychologique, le contexte, qui priment sur la réalité parfois obstinée des choses et les paroles maladroitement définitives. La politique, c’est l’art du souhaitable avec l’équilibre du possible.

Le 28 octobre 2019 était une double défaite pour Boris Johnson : d’abord parce que l’Union Européenne s’est accordée sur le report, alors qu’il rêvait en cachette que l’un des États membres refusât, ouvrant la voie au Brexit sans accord (préférant le sans accord au sans Brexit), ensuite parce que dans la soirée, il a échoué pour la troisième fois dans sa demande d’organiser de nouvelles élections avant Noël.

Effectivement, l’abstention des travaillistes a fait que la motion pour de nouvelles élections n’a obtenu que 299 voix alors qu’il lui fallait une large majorité, 434 voix. La raison de l’abstention des travaillistes, c’était que Jeremy Corbyn refusait de voter pour la dissolution tant qu’il n’était pas sûr du report du Brexit. Boris Johnson a alors tonné : « Nous ne permettrons pas que cette paralysie continue. Cette Chambre ne peut pas retenir plus longtemps en otage notre pays ! ».

Ce report, les Européens l’ont accepté, mais du bout des lèvres, et pour l’instant, seulement de manière informelle : un report écrit devrait être signé dans les prochains jours. Si la France, très réticente, a accepté, c’est pour deux raisons : d’une part, le report est au 31 janvier 2020, ou à une date antérieure, le 30 novembre 2019 ou le 31 décembre 2019 éventuellement, si les Britanniques le veulent, d’autre part, il est accordé sous la condition écrite que le nouvel accord ne serait pas renégocié. Or, Jeremy Corbyn va focaliser sa campagne électorale justement sur une renégociation de l’accord du 17 octobre 2019.

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Là encore, il y a eu une alliance tacite entre Emmanuel Macron et Boris Johnson qui ont demandé tous les deux qu’il soit bien spécifié également que ce report sera le dernier report définitif du Brexit.

Conséquence directe du report : comme la nouvelle Commission Européenne présidée par Ursula von der Leyen entre en fonction ce vendredi 1er novembre 2019, les institutions européennes imposent que tous les États membres y soient représentés, y compris le Royaume-Uni qui a alors encore quelques heures pour désigner son commissaire européen (dans sa logique, Boris Johnson avait refusé l’hypothèse d’avoir à le faire). De quoi chambouler le savant équilibre des attributions au sein de la Commission Européenne.

Mais pourquoi les députés travaillistes ont-ils refusé d’approuver de nouvelles élections ? Ils trouvent d’abord que la date du 12 décembre 2019 est trop proche de Noël et certains électeurs pourraient être en vacances. De plus, ils voudraient empêcher Boris Johnson d’aborder les élections en position de force : car ce dernier a bien l’intention, quand même, de faire approuver l’accord du 17 octobre 2019 avant le scrutin, ce qui ferait de lui le véritable auteur du Brexit. Les travaillistes ne veulent pas que le Brexit ait lieu avant le scrutin.

Cette gloire du brexiter en chef, Boris Johnson ne pourra donc pas obtenir, car le principe de nouvelles élections législatives pour le 12 décembre 2019 a finalement été approuvé par la Chambre des Communes le soir du 29 octobre 2019, le lendemain. La différence, c’était que Boris Johnson a accepté de mettre noir sur blanc que le nouvel accord ne sera plus en demande de ratification avant les élections. La motion fut enfin adoptée par 438 voix pour et 20 contre. Il reste encore à la Chambre des Lords d’approuver cette motion. Ce succès n’était pas sans obstacles, puisqu’il a fallu rejeter deux amendements très polémiques sur le droit de vote, un permettant aux jeunes de 16 à 18 ans de voter et un autre permettant aux résidents européens au Royaume-Uni de prendre aussi part au vote, deux dispositions qui auraient renforcé le camp du Remain (maintien dans l’UE).

La Chambre des Communes sera formellement dissoute le 6 novembre 2019, ce qui permettra d’ouvrir la campagne électorale. En somme, malgré la "paralysie", les députés britanniques auront réussi à se maintenir quand même pendant la moitié de leur mandat de cinq ans.

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Les sondages donnent actuellement une petite avance pour les conservateurs avec 36% d’intentions de vote contre 25% d’intentions de vote pour les travaillistes. Cependant, la situation est très incertaine et l’électorat très fluctuant, comme on a pu le voir avec les résultats des élections européennes le 23 mai 2019.

Boris Johnson veut réunir maintenant les conservateurs et a proposé à certains de ceux, modérés, qui avaient quitté le parti de revenir. Le chef des travaillistes, Jeremy Corbyn, croit à sa bonne étoile, à mon avis de façon complètement illusoire. La position des travaillistes sur le Brexit était non seulement inaudible et incompréhensible, mais également très changeant, du vrai sable mouvant. La campagne des travaillistes devrait tourner autour d’une renégociation de l’accord du 17 octobre 2019 (diplomatiquement totalement exclu !) et d’un second référendum sur ce nouvel accord renégocié. Quant aux mesures économiques et sociales, le programme des travaillistes ressemble plus à un retour des vieilles recettes du Royaume-Uni du début des années 1970, celles de la ruine économique et de l’effondrement des finances publiques.

Les libdems (libéraux démocrates), qui ont rassemblé presque un cinquième de l’électorat aux élections européennes, comptent bénéficier de l’effet Brexit pour conquérir de nouveaux sièges. Rappelons que le scrutin majoritaire à un tour nécessite d’être en première place dans les circonscriptions, ce qui encourage les coalitions et les alliances. Les libdems sont les seuls à avoir pris une position claire sur le Brexit : ils sont contre le Brexit et ils feront tout pour que leur pays reste arrimé à l’Union Européenne. C’est un fort potentiel électoral puisque, au référendum de 2016, 48% des électeurs étaient favorables au maintien dans l’Union. Ils envisagent donc une alliance avec les écologistes, ainsi qu’avec les Écossais qui ne veulent pas quitter l’Europe et qui préféreraient quitter plutôt le Royaume-Uni. La chance des libdems est la gauchisation du discours travailliste qui fait repousser tout l’électorat de centre gauche.

Enfin, il reste le principal, celui qui a eu le plus de voix au scrutin du 23 mai 2019, à savoir le Brexit Party de Nigel Farage. Ce dernier est fermement contre tout accord de Brexit. Mais Boris Johnson pourrait quand même s’allier à ce parti pour tenter de gagner des sièges sur les sortants travaillistes.

L’objectif de Boris Johnson, c’est non seulement d’avoir une majorité pour soutenir son gouvernement, mais également une majorité pour ratifier l’accord du Brexit. Comme je l’ai écrit plus haut, Boris Johnson devrait être déconfit avec l’obligation du report, mais la situation est complètement différente tant de l’époque où il venait d’être nommé Premier Ministre (l’été dernier) que de l’époque où le précédent report a eu lieu (le printemps dernier).

Effectivement, quand il est arrivé au pouvoir, Boris Johnson était contre l’Union Européenne alors que depuis le 17 octobre 2019, il est soutenu par l’Union Européenne grâce à son nouvel accord. C’est une situation qui aurait pu le "theresamayïser", mais en fait, la personnalité de Boris Johnson est telle qui a cherché toutes les possibilités même cachées de l’actuelle Chambre des Communes pour sortir de la paralysie, ce qu’il a réussi puisqu’il a obtenu des élections anticipées (le risque était de naviguer dans ce brouillard jusqu’en juin 2022).

Selon le "Courrier International", Boris Johnson mènera une campagne populiste du genre : le peuple contre les parlementaires, et cette idée pourrait être très prospère électoralement, car les députés britanniques depuis décembre 2018 ont été particulièrement mauvais et irresponsables. Tout le monde ne peut que se réjouir que la solution démocratique soit aujourd’hui choisie, mais cela ne résoudra pas encore immédiatement le nœud brexitien : rien ne prouve que les prochains députés seront plus responsables que les sortants… (Quant à l’Union Européenne, elle n’a pas que cela à faire, regarder impuissante un interminable coucher du soleil dans des lamentations envahissantes !).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 octobre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

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https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/brexit-et-en-avant-pour-un-nouveau-218945

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/10/30/37750134.html



 

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25 octobre 2019 5 25 /10 /octobre /2019 03:01

« Désormais, son cœur sera partout où règnent le savoir, la culture et les livres ; ce ne sont plus les frontières, les fleuves ou les mers, pas plus que la condition, la race ou le rang social, qui divisent le monde ; il ne connaît plus que deux catégories d’individus : en haut, l’aristocratie de la culture et de la pensée ; en bas, l’ignorance et la barbarie. Là où règnent le livre et la parole, eruditio et eloquentia, c’est là qu’est sa patrie. » (Stefan Zweig, 1935).


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Le théologien humaniste, moine et chanoine, Érasme serait né à Rotterdam il y a cinq cent cinquante ans, le 27 octobre 1469. J’ai écrit au conditionnel car certaines sources le font naître deux ou trois ans plus tôt. Il est mort le 12 juillet 1536 à Bâle. Il fut un philosophe essentiel dans la pensée européenne. D’une immense érudition, mécontent de la traduction de l’époque, il a même traduit le Nouveau Testament (publié en 1516), ce qui, aux yeux de l’Église catholique, le "rangea" du côté de Luther.

On lui doit une œuvre philosophique gigantesque, sur de très nombreux sujets, l’art, l’éducation, la religion, etc. (certains regroupés dans "Colloques" en 1522), avec un style vif et efficace. Il a laissé notamment des écrits majeurs comme "L’Éloge de la Folie" [Stultitiae laus] qu’on a pu aussi traduire par "La Louange de la sottise", publié en 1511 à Paris, et qui fut interdit en 1558 par la Contre-réforme. Il a eu beaucoup d’influence sur la culture européenne. Écrit en latin à partir d’un "premier jet" rédigé chez son ami Thomas More (1478-1535) dont il partageait l’humour et l’ironie, l’ouvrage très satirique a eu aussi pour titre en grec (que je retranscris en lettre latine) : "Môrias egkômion" qui pourrait vouloir dire "Éloge de More". Jeu de mots et jeu d’idées, Érasme en était très friand.

Le texte est rédigé comme si la Folie s’exprimait elle-même, et au-delà de l’originalité du ton narratif adopté, il y a un véritable humour qui transparaît dans l’écriture d’Érasme comme on peut le lire au chapitre XX (il y a 68 chapitres en tout) : « Que de divorces et d‘aventures pires que le divorce ne multiplierait pas la vie domestique de l’homme et de la femme, si elle n’avait pour aliments et pour soutiens : la complaisance, le badinage, la faiblesse, l’illusion, la dissimulation, enfin tous mes satellites ! Ah ! qu’il se conclurait peu de mariages, si l’époux s’informait prudemment des jeux dont la petite vierge, aux façons délicates et pudiques, s’est amusée fort avant les noces ! Et plus tard, quel contrat pourrait tenir, si la conduite des femmes ne se dérobait à l’insouciance et à la bêtise des maris ! Tout cela s’attribue à la Folie ; c’est par elle que la femme plaît à son mari, le mari à sa femme, que la maison est tranquille et que le lien conjugal ne se dénoue pas. On rit du cocu, du cornard ; comment ne l’appelle-t-on pas ! Mais lui sèche sous ses baisers les larmes de l’adultère. Heureuse illusion, n’est-ce pas ? et qui vaut mieux que se ronger de jalousie et prendre tout au tragique ! ». Ce texte d’une grande lucidité (publié en 1511 !) pourrait être celui d’un auteur d’il y a un siècle, voire un demi-siècle, tellement cette pensée d’Érasme est si universelle et si moderne, si humaine (on comprend par ailleurs pourquoi ses ouvrages ont été mis à l’index !).

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Érasme a également compilé des milliers de citations grecques et latines dans ses "Adages" publié en 1500 à Paris (sous le titre "Collectanea Adagiorum") qui furent tellement un succès qu’il en fit de nombreuses rééditions augmentées (jusqu’à 4 151 citations dans la seizième édition de 1536 à Bâle), considéré comme un best-seller jusqu’en 1559 car alors interdit par le Concile de Trente. Il a ainsi pu transmettre la culture "classique" gréco-latine de grands auteurs par leurs centaines de citations (qu’Érasme a commentées évidemment, c’était sa valeur ajoutée), notamment Aristote, Tite-Live, Horace, Plaute, Cicéron, Plutarque, Virgile, etc.

D’ailleurs (petite parenthèse mondaine), si vous voulez briller lors d’un dîner ou lors d’une réception, n’hésitez pas à vous procurer ce livre qui vous donne la version originale (latine ou grecque) de vieux adages pourtant très connus en français, comme "In regione caecorum, rex est luscus" [Au royaume des aveugles, les bornes sont rois], "Oderint, dum metuant" [Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent !], "In diem vivrer" [Vivre au jour le jour], "Alterum pedem in cymba Charontis habere" [Avoir un pied dans la tombe], "In eadem es navi" [Être dans le même bateau], etc.


D'Érasme à ERASMUS

Cependant, il est probable que si l’on interrogeait des jeunes Européens sur ce que leur dit la figure d’Érasme, la première chose qui viendrait à l’esprit serait …Erasmus, qui n’est autre que son nom réel (en latin), mais aussi et surtout, l’acronyme d’un programme européen très connu et très prisé des étudiants européens : European Region Action Scheme for the Mobility of University Students.

En fait, j’aurais dû écrire des jeunes Européens au sens très large de la jeunesse, c’est-à-dire, jusqu’aux quinquagénaires, puisque le programme Erasmus a été créé en 1987 (avec les étudiants de l’époque, donc !). La motivation, c’était surtout de donner un sens concret à la construction européenne. Il fut décidé au Conseil Européen réuni les 25 et 26 juin 1984 à Fontainebleau sous la Présidence de François Mitterrand.

L’idée est géniale et l’hommage, par son nom, rendu au philosophe européen Érasme n’est pas anodin car le programme est vraiment d’inspiration érasmienne (je ne sais pas si l’adjectif est correct). Il s’agit de permettre aux étudiants du continent européen (pas seulement l’Union Européenne puisque des possibilités avec d’autres pays sont données, notamment la Turquie, la Norvège, l’Islande, etc., en tout trente-quatre pays européens) de pouvoir étudier environ un semestre (entre deux et douze mois) dans un autre pays que le sien tout en poursuivant son cursus universitaire. Pour cela, évidemment, il a fallu une équivalence des diplômes universitaires (ce que l’Acte unique européen a permis ; parmi les améliorations à vnir, il y a les équivalences des notes, les systèmes étant parfois très différents et les administrations des universités ont parfois du mal à suivre).

Ainsi, les étudiants du programme Erasmus ont le double avantage d’avoir un double diplôme (celui de son pays d’origine et celui de son pays de séjour), ainsi et surtout de vivre avec d’autres étudiants étrangers dans une ambiance conviviale et culturelle irremplaçable, maillon fort de leur vie étudiante pour les années futures (et même engendrant de nombreux couples et familles, selon la Commission Européenne en 2014, un million de bébés seraient nés des couples Erasmus et un tiers des anciens étudiants Erasmus aurait un partenaire de vie d’une autre nationalité). Le Prix Princesse des Asturies de la coopération internationale a même récompensé le programme Erasmus en 2004 comme l’un des programmes d’échanges culturels les plus importants de l’histoire de l’humanité (rien que cela, mais c’est justifié).

En 1987, le premier budget pour deux années universitaires fut de 85 millions d’euros (ECU à l’époque). Il est actuellement de près de 15 milliards d’euros sur la période budgétaire 2014-2020, soit 1,5% du budget global de l’Union Européenne (dont 1,2 milliard d’euros rien que pour la France). Car bien sûr, faire des études à l’étranger coûte cher, pour trouver un logement, les transports, les frais d’inscription, etc. Et pour que ce soit accessible à tous les étudiants, sans conditions de ressources, il faut donc une subvention européenne (complétée parfois par des aides régionales). En 1995, le programme s’est élargi aux jeunes apprentis et en 2004, s’est élargi au monde entier, en fonction des conventions entre les différents pays voulant s’impliquer. En tous, 167 pays sont participants à travers le monde ! Le programme s’appelle Erasmus+ depuis 2014 et s’adresse non seulement aux étudiants et aux apprentis, mais aussi aux lycéens de bac professionnel, collégiens, écoliers du primaire, enseignants, bénévoles d’associations, demandeurs d’emploi, etc.

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En 1987, 3 244 étudiants furent les heureux premiers "élus" de ce programme, dès 1988, ils furent 9 914, en 1989, 19 456… en 2016, ils furent 303 880 étudiants (cent fois plus !) dont 40 910 Français. Entre 1987 et 2017, on a compté ainsi 9 millions de personnes (dont 4,4 millions d’étudiants) qui ont suivi cette expérience passionnante du programme Erasmus, dont on peut retrouver l’ambiance humaine dans l’excellent film de Cédric Klapisch "L’Auberge espagnole" (sorti le 19 juin 2002). Il faut savoir aussi que le programme Erasmus a permis la mobilité professionnelle des enseignants, près de 40 000 en 2013.

Le 9 janvier 2017, l’Union Européenne a fêté le trentième anniversaire du programme Erasmus, avec beaucoup d’événements partout en Europe, par exemple, à Paris à l’Odéon-Théâtre de l’Europe. Pour cet anniversaire, le journal "Le Figaro" en a profité pour interroger des étudiants Erasmus, comme Déborah pour qui ce programme a été un « véritable accélérateur de maturité » : « En Erasmus, toutes les différences se gomment et on construit des amitiés qui n’auraient pas existé ailleurs. » (9 janvier 2017). "Le Parisien" a interrogé Laure Coudret-Laut, directrice de l’Agence Erasmus+ France : « C’est une ligne très positive sur le CV, les anciens Erasmus s’insèrent plus vite sur le marché du travail et, quand ils sont au chômage, ils y restent moins longtemps. (…) [Erasmus] change réellement les étudiants ! C’est un gain de compétences en langues étrangères, en autonomie, en relations interculturelles, en ouverture sur d’autres manières de penser et de travailler. » (9 janvier 2017).

En 2018, 85 409 personnes ont bénéficié du programme Erasmus en France, dont 49 355 étudiants et 18 000 apprentis. En 2019, 247 millions d’euros ont été alloués pour ce programme en France.

Le Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker a d’ailleurs proposé de doubler le budget du programme Erasmus pour la nouvelle période budgétaire 2021-2027, à hauteur de 30 milliards d’euros (mais c’est sa successeure Ursula von der Leyen qui le proposera). C’est l’un des projets concrets et efficaces qui donnent aux citoyens un réel sentiment d’appartenance à l’Europe et à ses valeurs : 83% des étudiants Erasmus ont déclaré se sentir plus Européens après leur séjour.

À l’époque du trentième anniversaire, d’ailleurs, face aux inquiétudes sur le programme Erasmus suscitées par les conséquences du Brexit, le Ministre britannique des Affaires étrangères avait voulu rassurer en disant son souhait que le Royaume-Uni reste partie prenante du programme après sa sortie de l’Union Européenne. Ce ministre était …Boris Johnson.

L’éditorialiste Laurent Marchand avait alors écrit une chronique dans "Ouest France" : « Si tant de jeunes en Europe, et au Royaume-Uni, ont été choqués par le Brexit l’an passé, c’est parce que c’est une rupture de ce cadre. Ils ne comprennent pas la renaissance de barrières au milieu d’une Europe devenue leur terrain de jeu naturel. Ceux qui le peuvent, outre-Manche, se ruent sur les passeports irlandais que leur autorise une ascendance. Erasmus a trente ans à peine. C’est un peu jeune pour s’enfermer. » (9 janvier 2017).

Près de 10 millions de personnes sont passées en trente-deux ans dans cette extraordinaire maison commune humaine d’échanges et de convivialité qu’est le programme Erasmus. Là est l’espoir : ceux qui sont pour le repli sur soi, en Europe ou ailleurs, sont souvent des personnes qui n’ont jamais voyagé, et plus sûrement des personnes d’un certain âge, qui semblent dépassées par le monde d’aujourd’hui qui bouge (malheureusement) très vite, trop vite pour que tout le monde puisse vraiment suivre.

Alors qu’il y a encore deux générations, changer de région était déjà une sorte de véritable exil familial, les jeunes trentenaires d’aujourd’hui, grâce à Internet, grâce aux transports aériens moins chers, grâce à un meilleur apprentissage des langues, pensent global, leur monde personnel, leur univers, n’est plus leur région ni leur pays, ni même l’Europe, mais le monde entier. Une amie à Berlin, un groupe d’amis au Caire, un couple à Vienne, un interlocuteur professionnel à Sidney, un stage à Montréal, des vacances en Californie, etc. Certes, il faut pouvoir se financer cette extraterritorialité, mais la plupart sont capables de se débrouiller tout seuls, sans papa maman, travaillent, trouvent des moyens pour financer leurs rêves, leurs projets, leurs relations amicales lointaines. Pour eux, la notion de "village planétaire" a vraiment un sens, mais aussi une exigence : les inégalités, la pauvreté, la détresse humaine, même à dix mille kilomètres de son chez-soi douillet, deviennent beaucoup plus scandaleuses, insupportables, et pour tout dire, inacceptables.

C’est par cette génération, qui sera aux commandes économiquement, politiquement, culturellement, dans une vingtaine d’années, qu’il y a nature à rester optimiste sur l’évolution du monde et de la pensée politique. Elle sera basée par le respect mutuel des identités, identités d’autant intéressantes (et donc à protéger) qu’elles seront partagées, échangées avec les autres. Et d’ailleurs, comment défendre efficacement l’identité de son pays, de sa culture, si l’on refuse que les Autres viennent chez soi et qu’on refuse d’aller les voir chez eux ? C’est au contraire comme cela qu’elles meurent. Quand il n’y a pas échanges, quand il n’y a pas confrontation, il y a forfait. Le programme Erasmus est ainsi un programme exceptionnel de préservation des cultures et de leur interconnexion dans un monde en pleine complexité et en pleine évolution.

Terminons par Érasme, qui a écrit dans son original "Éloge à la Folie" : « Trouvez-vous une différence entre ceux qui, dans la caverne de Platon, regardent les ombres et les images des objets, ne désirant rien de plus et s’y plaisant à merveille, et le sage qui est sorti de la caverne et qui voit les choses comme elles sont ? (…) Il n’y a donc pas de différence ou, s’il y en est une, c’est la condition des fous qu’il faut préférer. Leur bonheur coûte peu, puisqu’il suffit d’un grain de persuasion ; ensuite, beaucoup en jouissent ensemble. ». Alors, soyons tous fous !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2019)
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Pour aller plus loin :
Érasme.
30 ans d’Erasmus.
Sylvie Goulard et la démocratie européenne.
8 contresens sur le Brexit.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (7) : panorama politique continental.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Européennes 2019 (5) : les six surprises françaises du scrutin du 26 mai 2019.
Les résultats officiels des élections européennes du 26 mai 2019 en France (Ministère de l'Intérieur).
Ce que propose l’UDI pour les élections européennes de 2019.
François-Xavier Bellamy.
Nathalie Loiseau.
Marine Le Pen.
Européennes 2019 (4) : les enjeux du scrutin du 26 mai 2019.
Européennes 2019 (3) : l’Union Européenne est-elle démocratique ?
À quoi pense Nathalie Loiseau ?
La Vaine Le Pen.
Européennes 2019 (2) : enfin, la campagne commence !
Programme de la liste Renaissance (LREM) pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste Les Républicains pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste UDI pour les élections européennes de 2019.
Michel Barnier, pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Européennes 2019 (1) : la France des Douze ?
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

_yartiErasmus3003



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22 octobre 2019 2 22 /10 /octobre /2019 03:32

« Une nouvelle prolongation serait dommageable pour les intérêts du Royaume-Uni et de nos partenaires européens, comme pour nos relations. Nous devons mener ce processus à sa conclusion. » (Boris Johnson le 19 octobre 2019).


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On n’est pas sorti de l’auberge ! C’est à peu près le résumé de la "séquence" sur le Brexit depuis jeudi 17 octobre 2019. Pourtant, cette "séquence" avait bien commencé : un nouvel accord ("new deal") a été trouvé entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni pour les conditions du Brexit, accord qui permettait en principe de respecter la date limite du 31 octobre 2019. Les Européens avaient fait leur boulot, avec une vitesse inégalée, puisque quelques heures après l’accord, les Vingt-sept États membres ont approuvé à l’unanimité cet accord. Le Parlement Européen doit ratifier l’accord cette semaine, mais comme il était impliqué dans les négociations, cela ne devrait pas poser de problème. Il reste surtout la ratification par le Parlement britannique qui a été convoqué le 19 octobre 2019 pour le vote.

C’était sans compter avec les arrière-pensées des députés britanniques, particulièrement les travaillistes de Jeremy Corbyn !

Après la séance à la Chambre des Communes à Londres du samedi 19 octobre 2019, il devient clair que ce sont bien les députés britanniques qui font depuis novembre 2018 obstruction à la procédure du Brexit : ce n’est pas l’Union Européenne qui a montré à la fois une unité sans faille jusqu’à maintenant grâce aux talents de négociateur de Michel Barnier (et à Vingt-sept, ce n’était pas du tout une évidence), et une volonté d’en finir, car le sujet du Brexit pollue tous les projets européens depuis trois ans et demi, tout le monde a hâte de tourner la page. Et ce n’est pas, non plus, le gouvernement britannique, qu’il fût dirigé par Theresa May ou par Boris Johnson. Ce dernier est le Premier Ministre le plus volontariste possible, et cela n’a pas suffi à "dompter" les parlementaires récalcitrants.

Cette Chambre des Communes qui a été élue le 8 juin 2017 est majoritairement contre le principe même du Brexit, et c’est en cela qu’il y a un véritable problème politique puisque depuis le 23 juin 2016, la classe politique britannique est censée appliquer le résultat du référendum, à savoir faire le Brexit. Je répète, j’insiste, je martèle : l’Union Européenne n’est pour rien de tous ces retards, elle a fait son job, tout comme les gouvernements britanniques. Ce sont les parlementaires britanniques qui ne font pas leur job, qui n’ont aucun esprit de responsabilité.

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Pour autant, Boris Johnson se retrouve-t-il en échec comme Theresa May ? Je ne le crois pas.

Avant tout, il a montré que le volontarisme en politique, cela pouvait payer. En effet, la Commission Européenne n’avait cessé de dire que l’accord avec Theresa May n’était pas modifiable. Or, il le fut. Car l’accord avec Boris Johnson n’est pas un simple replâtrage.

Il y a eu des concessions des deux côtés, c’est-à-dire, du côté européen en étant un peu plus souple pour l’Irlande du Nord, tout en maintenant cette double exigence : préservation du contrôle aux frontières pour l’intégrité du Marché unique (c’est bien le moins), mais aussi absence de frontière entre l’Irlande du Nord et le reste de l’île, condition indispensable pour préserver le traité de paix dit du Vendredi Saint (The Good Friday Agreement) signé le 10 avril 1998 et approuvé par référendum le 22 mai 1998, par 71,2% des voix en Irlande du Nord et par 94,4% des voix en République d’Irlande. L’enjeu irlandais est énorme, puisqu’il y a, depuis plusieurs mois, la recrudescence de nouveaux attentats terroristes ayant déjà provoqué la mort de plusieurs personnes (j'y reviendrai) : personne ne veut revivre les années 1980-1990, et jamais l’Union Européenne n’abandonnera l’un de ses membres, la République d’Irlande.

Mais l’Union Européenne y a aussi gagné par rapport à l’accord avec Theresa May. En effet, les relations futures entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni, tous les deux partenaires pour de très nombreuses raisons, géographiques, politiques, historiques, etc., ont été explicitées et surtout dans le sens européen, à savoir : à la fois une base de libre-échange (volonté britannique), et un socle commun minimal en termes de standards technologiques, environnementaux, sociaux, fiscaux (volonté européenne) pour éviter la concurrence déloyale.

Précisons-le bien : si les Britanniques ont voulu le Brexit, ce n’était pas pour faire plus de social, mais au contraire, moins d’État, moins de bureaucratie, moins de social, plus de libéralisme et plus de souverainisme. En somme, ce qu’illustre parfaitement Boris Johnson, du souverainisme libéral. Il ne m’a pas semblé que les courants europhobes en France le fussent pour les mêmes raisons (j’aurais même tendance à dire l’inverse).

Ce volontarisme, Boris Johnson n’est pas le seul à l’avoir mis en œuvre. Également le Président français Emmanuel Macron (par exemple, lors du G7 à Biarritz). Cela signifie qu’il y a forcément une part de bluff, car pas d’audace sans bluff (c’est comme les bagarres de chats, les chats feulent et le moins peureux gagne), mais parfois, ce fut le cas de Boris Johnson, le bluff paie (j’allais écrire "fonctionne").

D’ailleurs, très curieusement, depuis le 17 octobre 2019, il y a une alliance tacite entre Boris Johnson et Emmanuel Macron. Les deux sont sur le même front commun. Ils disent clairement : pas question de report du Brexit au-delà du 31 octobre 2019, et cela de façon ferme. Pourquoi ? Pour mettre la pression sur les députés britanniques. Cette fermeté, pour l’instant, ne paie pas, mais nous ne sommes pas encore le 31 octobre 2019.

Faisons une petite parenthèse sur la question suivante : peut-on, ou faut-il encore éviter le Brexit ? Car c’est bien la motivation des députés britanniques en refusant de voter le 19 octobre 2019 (voir plus loin), celle d’éviter à tout prix le Brexit par tous les moyens. Cela d’autant plus que, le même jour, dans les rues de Londres, les anti-brexiters ont manifesté en masse, par centaines de milliers, pour réclamer un nouveau référendum.

À mon avis, le Brexit est inévitable pour plusieurs raisons. Il y a bien sûr une raison démocratique, le référendum de 2016 le réclame. Mais ce qu’un référendum fait, un autre référendum peut toujours le défaire (comme les lois du reste, en France, on est très fort dans ce domaine à chaque alternance, les nouvelles lois défont ce que les anciennes lois ont fait). Je prendrais une analogie. Pas celle du mariage puis du divorce, car pour les sentiments affectifs (voire amoureux), c’est assez compliqué et la part d’intérêt des uns et des autres n’est pas forcément pris en compte (et j’ai connu des couples divorcés qui se remariaient).

Je préfère plutôt l’analogie du licenciement ou de la démission. Le licenciement est une rupture du contrat de travail qui vient de l’employeur, et la démission de l’employé, mais finalement, cela revient au même. L’une des deux parties ne veut plus travailler avec l’autre. On a beau avoir des juges aux prud’hommes qui demandent la réintégration de l’employé parce que considéré comme licencié abusivement, il lui sera toujours difficile de travailler dans ces conditions. Le départ est toujours prévu mais avec des indemnités supplémentaires. Car quand l’un ne veut plus travailler avec l’autre, il y a nécessairement une rupture de confiance. Au Royaume-Uni, tout le monde ne veut pas quitter l’Union Européenne, mais il y a trop de Britanniques brexiters pour que le Brexit ne soit pas irréversible, même si celui-ci redevenait minoritaire dans "l’opinion publique".

Il faut donc se séparer, mais à l’amiable. Pas parce qu’il y a les enfants (l’analogie d’un couple, je l’ai écrit, ne me paraît pas pertinente), mais parce que les deux parties ne vont pas l’une sur Mars, l’autre sur Vénus, et qu’elles auront toujours obligatoirement des relations économiques, politiques, militaires, culturelles, entre elles (l’analogie est professionnelle est donc plus opportune). À cet égard, la déclaration faite par Boris Johnson à Bruxelles le 17 octobre 2019 devant Jean-Claude Juncker était particulièrement positive et prometteuse sur le futur de nos relations.

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C’est peut-être cette réflexion que n’ont pas vraiment développée les députés anti-brexit forcenés, "forcenés" car on en est au énième épisode d’un mauvais vaudeville, comme s’il n’y avait que cela à faire dans un monde pourtant si troublé. Dès lors qu’on considère que le Brexit est inéluctable, il s’agit de le faire le plus "propre" possible, le mot de Michel Barnier, le plus "ordonné" possible.

Ce qu’ont adopté les députés britanniques est assez subtil. Le vote du nouvel accord a été repoussé afin de permettre d’examiner toutes les lois britanniques qui devront être adoptées dans la foulée de ce nouvel accord pour que ce soit applicable dans le droit britannique. La motion, appelée "amendement Letwin" (du nom du député conservateur Oliver Letwin), a été adoptée par 322 voix contre 306. Une énième défaite parlementaire pour Boris Johnson. Concrètement, c’est tiré par les cheveux. La réalité, c’est que ces députés veulent gagner du temps. Avec un avantage pour Boris Johnson quand même (au contraire de Theresa May) car l’accord n’a pas (encore) été (formellement) rejeté.

Son vote a juste été reporté sine die. Selon le journal "La Croix", les députés qui ont adopté cet amendement « redoutent (…) que le court laps de temps d’ici à la date du Brexit, le 31 octobre, ne leur permette pas de voter toute la législation requise et provoque donc accidentellement une rupture brutale avec l’UE ». C’est une raison convaincante, mais on ne peut pas non plus ne pas imaginer une nouvelle manœuvre politicienne pour mettre Boris Johnson dans l’embarras.

Embarras car le Benn Act, la loi votée le 4 septembre 2019, obligeait Boris Johnson à demander à l’Union Européenne un report de la date du Brexit avant le 19 octobre 2019 à minuit. Ce qu’a dû faire le Premier Ministre, mais d’une manière assez farfelue, comme un garnement qui fait en disant qu’il ne fait pas. En effet, trois courriers ont été envoyés à Donald Tusk, le Président du Conseil Européen, le 19 octobre 2019. Le premier est une demande très formelle de report au 31 janvier 2020, mais il manque la signature de Boris Johnson !  Le deuxième est un courrier signé de Boris Johnson qui explique qu’un report serait mauvais : « Une nouvelle prolongation serait dommageable pour les intérêts du Royaume-Uni et de nos partenaires européens, comme pour nos relations. Nous devons mener ce processus à sa conclusion. ». Enfin, le troisième courrier émane de l’ambassadeur du Royaume-Uni en Union Européenne et explique que le premier courrier a été envoyé parce que la loi britannique l’exigeait.

Bref, Donald Tusk a accusé réception, la balle est donc dans le camp européen, et il a tweeté le 19 octobre 2019 : « The extension request has just arrived. I will now start consulting EU leaders on how to react. » [La demande de report vient d’être reçue. Je vais maintenant commencer à consulter les dirigeants de l’UE sur la manière de réagir]. Cela ne manque pas d’humour sinon de sel ! Les consultations vont prendre plusieurs jours. Les vingt-sept ambassadeurs se sont réunis le 20 octobre 2019 à Bruxelles.

Durant le week-end, Boris Johnson mais aussi Emmanuel Macron et même Jean-Claude Juncker ont réaffirmé leur volonté de refuser le report de la date. En maintenant une telle position, ils espèrent continuer à pressuriser les députés britanniques. Mais Donald Tusk et encore moins Angela Merkel ne veulent pas jouer au plus stupide, car le risque est quand même un Brexit sans deal, et ce serait catastrophique pour tout le monde (et c’est surtout l’Allemagne, après le Royaume-Uni bien sûr, qui aurait le plus à perdre économiquement).

Le lundi 21 octobre 2019, ce fut une autre mauvaise nouvelle pour Boris Johnson qui voulait reproposer au vote le nouvel accord du Brexit. Le speaker de la Chambre des Communes, John Bercow a refusé dans la mesure où ce vote avait été déjà proposé il y a deux jours.

Évidemment, si le report devenait, à la fin de la semaine, absolument nécessaire, il faudrait trouver un emballage original pour que Boris Johnson, mais aussi Emmanuel Macron, fassent machine arrière et expliquent pourquoi …le report de la date devient indispensable et intéressant.

Depuis un mois, j’ai vraiment l’impression qu’on se retrouve avec une classe politique britannique proche d’une classe d’écoliers, qui agissent sans anticipation, uniquement mus par la volonté de se nuire mutuellement. Jeremy Corbyn semble satisfait du vote du 19 octobre 2019 car il a évité la victoire de Boris Johnson, mais il est peu probable que le peuple britannique vote plus tard pour celui dont le programme économique effraie. D’ailleurs, plus le Parlement britannique pédale dans la semoule, plus la cote de popularité de Boris Johnson grimpe.

Car Boris Johnson a montré un point essentiel le 17 octobre 2019 : il n’était pas de mauvaise foi, contrairement à ce qu’on aurait pu penser (moi compris évidemment) depuis juillet dernier. Il avait préparé, effectivement, sérieusement, une proposition d’un nouvel accord, et celle-ci a été acceptée, lui apportant une réelle crédibilité d’homme d’État.

Ceux qui voulaient voir en Boris Johnson la version britannique de Donald Trump se trompent à mon avis. Certes, les deux hommes n’hésitent pas à provoquer, font dans le populisme, bousculent les traditions et la quiétude des bureaux et des couloirs feutrés. Mais Boris Johnson le fait à bon escient. Car il a une très grande culture, un sens politique très aigu, et ses méthodes pour arriver à ses fins peut-être efficaces (il faudra encore un peu attendre pour le confirmer), tandis que Donald Trump est un véritable ignorant et prend ses décisions sans savoir et surtout, sans vouloir savoir (c’était le cas pour les Kurdes en Syrie). La méthode Trump peut cependant être elle aussi efficace. La politique est toujours une science molle, les repères peuvent toujours changer.

C’est maintenant que toute la créativité de Boris Johnson est attendue. Dès ce mardi 22 octobre 2019, le Premier Ministre britannique a prévu encore un vote portant « sur le texte législatif implantant l’accord dans le droit britannique » (selon "Le Monde"), mais d’autres votes sont prévus, comme celui de soumettre le nouvel accord au référendum (ce vote a peu de chance d’aboutir) et surtout, un vote pour demander que le Royaume-Uni reste en union douanière avec l’Union Européenne, ce qui évacuerait le problème irlandais (et les députés unionistes pourraient alors soutenir cette motion).

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Alors que le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou a renoncé sans surprise à former le prochain gouvernement d’Israël ce lundi 21 octobre 2019, avec deux jours d’avance sur le calendrier prévu, il y a un certain parallélisme (aux causes différentes) entre la crise politique en Israël (depuis novembre 2018 et plus particulièrement depuis avril 2019) et la crise politique au Royaume-Uni pour cause de Brexit (depuis novembre 2018).

Ces deux pays sont avant tout des régimes parlementaires, mais les parlementaires sont sont à la manœuvre et sont plus préoccupés par leurs intérêts partisans que par l’intérêt général qui seul, devrait primer sur tous les autres. Tous les parlementaires opposés au Premier Ministre en exercice, à Londres comme à Tel-Aviv, sont dans une volonté de gagner du temps alors qu’en fait, leur pays en perd, du temps.

Les députés opposés à Benyamin Netanyahou (de la coalition Bleu-Blanc de Benny Gantz) veulent gagner du temps, en faisant blocage à la formation d’un gouvernement d’union nationale avec le Likoud, pour aller vers des élections législatives une troisième fois dans l’année (c’était déjà sans précédent une seconde fois) en espérant que dans un mois, Benyamin Netanyahou serait inculpé de corruption, ce qui avantagerait électoralement cette coalition de centre gauche (mais qui est prête à faire alliance avec le parti d’Avigdor Liberman qui fut à l’origine de la perte de majorité du gouvernement actuel depuis un an).

Les députés opposés à Boris Johnson cherchent par tous les moyens de reporter le plus tard possible le Brexit (d’où la position d’Emmanuel Macron d’en finir une fois pour toutes, car à ce train-là, il faudra attendre la fin de la législature, en 2022, pour trouver une solution politique au Brexit). Absence d’intérêt général et députés à la manœuvre, c’est ainsi que l’hebdomadaire conservateur "The Mail on Sunday" analysait la situation le 20 octobre 2019 : « Aujourd’hui, le Royaume-Uni aurait pu commencer à guérir avec la fin du purgatoire du Brexit. Mais à la place, les députés nous ont soumis à un report encore plus agonisant. » (cité par "Ouest France" le 20 octobre 2019. Il est temps que les classes politiques se réveillent et prennent leurs responsabilités…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 octobre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

_yartiBrexit2019F03



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