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23 juillet 2019 2 23 /07 /juillet /2019 12:12

« La gloire est comme un cercle dans l’onde qui va toujours s’élargissant jusqu’à ce qu’à force de s’étendre, il finisse par disparaître. » (Shakespeare, 1592).


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Il en rêvait depuis vingt ans au moins et c’est officiel depuis ce mardi 23 juillet 2019 à 13 heures (heure de Paris) : Boris Johnson a été choisi par les 160 000 adhérents du parti conservateur comme leur leader, ce qui le hisse automatiquement à la fonction de Premier Ministre de Sa Majesté. Il sera désigné formellement le mercredo 24 juillet 2019, après une séance où Theresa May répondra encore aux questions des parlementaires. Elle ira ensuite présenter sa démission à la reine. Boris Johnson a recueilli 92 143 voix, soit 66,4%, contre 46 656 voix à Jeremy Hunt (33,6%), sur les 139 318 adhérents qui ont pris part au vote. Il y a quelques années, il avait dit qu’il avait autant de chance de devenir Premier Ministre que de rencontrer Elvis Presley sur la Lune !

Arrière-petit-fils d’un Ministre de l’Intérieur ottoman, Boris Johnson (55 ans) est avant tout un Britannique fier de son insularité. Il fut le leader du Brexit lors du référendum du 23 juin 2016 organisé par David Cameron sans se douter un instant que le Brexit l’emporterait. Trois années plus tard, le paysage politique britannique est un champ de ruines.

Boris Johnson, député depuis le 7 juin 2001 (au siège de Michael Heseltine), fut élu maire de Londres du 4 mai 2008 au 9 mai 2016 (élu deux fois au second tour le 1er mai 2008 avec 53,2% des voix et le 3 mai 2012 avec 51,5% des voix), et nommé Ministre des Affaires étrangères du 13 juillet 2016 au 9 juillet 2018 dans le gouvernement dirigé par Theresa May.

Pour beaucoup d’éditorialistes, Boris Johnson serait un Donald Trump britannique (à la chevelure aussi hétérodoxe pour l’un que pour l’autre). C’est probablement plus compliqué que cela. Boris Johnson est d’abord un politique qui a souvent changé de positions en fonction de ses stratégies personnelles. Il semble clair que son ambition est plus forte que ses convictions et qu’une fois au sommet du pouvoir, ce qui était son but depuis plusieurs décennies, il pourra donner une autre mesure de ce qu’on pouvait appeler jusqu’à maintenant ses postures. Il ne sera évidemment pas Churchill, mais sa forte personnalité pourra surprendre.

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Les prochaines élections législatives britanniques devront avoir lieu avant le 5 mai 2022. Cependant, la situation politique reste toujours dépendante du Brexit, car la Chambre des communes est très divisée sur la manière de quitter l’Union Européenne, tant du côté des conservateurs que des travaillistes. La dernière date proposée par l’Union Européenne, le 31 octobre 2019, pourrait être encore retardée : c’est ce qu’a envisagé la future Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen dont la nomination le 2 juillet 2019 par le Conseil Européen a été ratifiée le 16 juillet 2019 par le Parlement Européen. Elle prendra ses fonctions précisément le 1er novembre 2019.

Cependant, Boris Johnson a déclaré sans cesse refuser de faire le Brexit au-delà du 31 octobre 2019, alors qu’il était déjà prévu pour le 29 mars 2019 et que la date a été retardée deux fois. Insistons d’ailleurs sur ce fait : si le Brexit a dû mal à se concrétiser, s’il a du mal à se faire, ce n’est en aucun cas à cause de l’Union Européenne qui préférait au contraire voir le Royaume-Uni exclu des opérations de vote des élections européennes et des désignations des différents responsables institutionnels au sein du Parlement Européen et plus généralement de l’Union Européenne.

Ce délai supplémentaire a été demandé par les seuls parlementaires britanniques pour qu’ils se mettent eux-mêmes d’accord. Ceux-ci ont d’ailleurs réaffirmé au cours d’un vote le 18 juillet 2019 leur ferme opposition à un Brexit sans deal qui serait une catastrophe économique et réglementaire dans le pays. En clair, les députés britanniques sont opposés à toutes les voies possibles : contre l’abandon du Brexit, contre l’accord négocié avec Michel Barnier, contre le no deal… Une situation très surréaliste qui ne pourrait aboutir, sans déblocage politique provoquée par l’arrivée du nouveau Premier Ministre, que sur un vote populaire, soit un second référendum (mais les parlementaires y sont opposés), soit des élections législatives anticipées.

On voit ainsi que la légitimité politique et parlementaire de Boris Johnson est très fragile puisqu’il est partisan d’un Brexit sans accord. D’ailleurs, au-delà de la légitimité, il y a aussi les affaires à gérer, et le Brexit ne sera probablement pas le dossier le plus brûlant (et urgent) pour Boris Johnson qui devra prendre une décision rapide à propos de la crise qui oppose son pays à l’Iran au détroit d’Ormuz.

La légitimité institutionnelle de Boris Johnson est de toute façon incontestable. Depuis les élections législatives du 8 juin 2017, les conservateurs contrôlent la majorité absolue des sièges, eux-mêmes avec 313 sièges sur 650 et l’alliance avec les députés d’Irlande du Nord leur permet d’atteindre la majorité absolue. Et puisque Theresa May a démissionné le 7 juin 2019 (démission annoncée le 24 mai 2019), c’est le successeur de Theresa May comme leader du parti conservateur qui automatiquement devient son successeur comme Premier Ministre.

Or, la désignation du leader des conservateurs a été très balisée. La procédure est très rigoureuse. Il y a eu d’abord une phase de choix par les 313 députés conservateurs dont le but est de qualifier deux seuls candidats qui, eux, sont ensuite départagés par les adhérents du parti conservateur. Ce n’est donc pas une primaire ouverte (aux sympathisants et électeurs), c’est une primaire fermée (réservée aux adhérents) mais influencée d’abord par un vote du groupe parlementaire (qui décide du nom des deux concurrents).

Dix candidats se sont présentés pour succéder à Theresa May. À chaque tour de désignation par les députés conservateurs, Boris Johnson s’est retrouvé en tête, et entre chaque tour, s’est retrouvé à rallier le plus de nouveaux partisans. À l’issue du 1er tour du 13 juin 2019, Boris Johnson a obtenu 114 voix (36,4%), et quatre candidats ont été éliminés (Andrea Leadsom, Mark Harper, Esther MacVey et Matthew Hancock, ce dernier s’est retiré de lui-même). À l’issue du 2e tour du 18 juin 2019, Boris Johnson a continué la course en tête avec 126 voix (40,3%), tandis que Dominic Raab a été éliminé. Au 3e tour du 19 juin 2019, Boris Johnson a eu 143 voix (45,6%) et Rory Stewart a été éliminé. Au 4e tour du 20 juin 2019, il a eu 157 voix (50,2%) et Sajid Javid a été éliminé. Enfin, au 5e tour toujours le 20 juin 2019, il a recueilli 160 voix (51,1%) et Michael Gove a été éliminé.

Son dernier concurrent, qui a toujours été classé en deuxième position, est Jeremy Hunt (52 ans), son successeur à la tête de la diplomatie britannique depuis le 9 juillet 2018. Au cours des cinq tours avec les députés conservateurs, Jeremy Hunt a reçu respectivement 43 voix (13,7%), 46 voix (14,7%), 54 voix (17,3%), 50 voix (18,8%) et a fini avec 77 voix (24,6%), ce qui l’a placé avec un handicap de légitimité parlementaire face à Boris Johnson qui, lui, au fil des scrutins, a fini par rassembler la majorité absolue des parlementaires conservateurs.

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Du 21 juin au 22 juillet 2019, les adhérents du parti conservateur ont été appelés à se prononcer par un vote postal, en désignant celui des deux qui a leur préférence. La légitimité institutionnelle de Boris Johnson est donc indiscutable avec les 66,4% des voix qu’il a obtenu au sein de son parti.

En revanche, la légitimité électorale et représentative est faible pour une raison simple. Si Theresa May, après trois ans où elle a résisté, seule, isolée, à toutes les pressions, a finalement renoncé à la tête du gouvernement, c’était à cause du score désastreux des conservateurs aux élections européennes du 23 mai 2019 au Royaume-Uni.

L’abstention était très importante, 63,1%, ce qui était logique dans la mesure où 51,9% des électeurs avaient déjà déclaré vouloir quitter l’Union Européenne le 23 juin 2016 (avec une participation de 72,2%). Mais le plus grave, c’était que le parti conservateur s’était écroulé à 8,8% des voix (perdant plus de 14 points !), renvoyé au cinquième rang dans le classement des partis politiques britanniques, derrière les travaillistes (13,7%), les écologistes (11,8%), mais surtout les brexiters de Nigel Farage (30,7% !) et les libdem, libéraux démocrates, centristes pro-européens (19,8%).

Les conservateurs ont perdu ainsi plus des trois quarts de leur représentation au Parlement Européen de 2014, passant de 19 à 4 sièges sur les 73 sièges attribués (encore) au Royaume-Uni.

En clair, Boris Johnson, dans le paysage électoral britannique le plus récent, ne représente au mieux que deux tiers des à peine 9% que représentent les conservateurs sur le plan électoral. L’issue des prochaines élections législatives, surtout si elles sont anticipées, avant ou après le Brexit, sera d’ailleurs très incertaine en raison de l’éclatement (observable dans de nombreux pays, y compris en France) des deux grands partis traditionnels de gouvernement. Le travail de Boris Johnson s’annonce donc loin d’être reposant !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juillet 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.
La reine Victoria.
Peter Higgs.
Texte voté à la Chambre des Communes le 31 mars 2019 (traduction en français).
Brexit : vote parlementaire surprise pour un 2e référendum le 26 mai.
Brexit : chronologie inachevée d’un chaos annoncé.
Michael Heseltine.
Les élections législatives britanniques du 8 juin 2017.
L’attentat de Manchester du 22 mai 2017.
Theresa May nommée Premier Ministre le 13 juillet 2016.
Peuple et populismes.
Intervention de Bruno Le Maire sur le Brexit le 28 juin 2016.
Le Brexit en débat chez les députés français.
L’Europe n’est pas un marché.
L’Union Européenne, élément majeur de stabilité mondiale.
Terre brûlée ?
Brexitquake.
Boris Johnson en campagne pour le Brexit.
To Brexit or not to Brexit ?
L’émigration irlandaise.
L’euro.
Le conflit syrien.
Les réfugiés syriens.
La construction européenne.
Jo Cox.
David Cameron.
Margaret Thatcher.
Les Accords de Munich.
Les 70 ans d’Israël.
La partition des Indes.
Karl Marx.
Jane Austen.
William Shakespeare.
David Bohm.
Stephen Hawking.
Alfie Evans, tragédie humaine.
Charlie Chaplin.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Philip Mountbatten.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
Élisabeth II.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190723-boris-johnson.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/boris-johnson-le-jour-de-gloire-216804

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/07/23/37516845.html




 

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22 juillet 2019 1 22 /07 /juillet /2019 03:34

« Le pouvoir n’use que ceux qui n’en ont pas. » (Giulio Andreotti).



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Il y a un siècle, le 14 janvier 1919, est né à Rome le monstre de la politique italienne d’après-guerre, Giulio Andreotti. Leader de la démocratie chrétienne italienne (centre droit), il fut de presque tous les gouvernements italiens de 1947 à 1992. Il est mort à l’âge de 94 ans le 6 mai 2013 à Rome d’une insuffisance respiratoire.

Doté d’une personnalité très forte et d’un esprit de répartie impitoyable, francophone accompli, latiniste distingué, auteur d’une soixantaine d’ouvrages (dont deux sur son mentor politique Alcide De Gasperi), il ne laissait personne indifférent, fut admiré ou détesté, affublé de surnoms élogieux (Divo Giulio) ou désobligeants (Belzébuth, le Bossu, le Renard, etc.), et même soupçonné d’être à l’origine de nombreux complots (heureusement pour lui, Internet était encore peu développé à sa retraite politique, limitant ainsi les extravagances conspirationnistes).

Des liens avec la Mafia ? La réponse a été apportée par la justice italienne elle-même. Giulio Andreotti a été accusé de liens plus ou moins importants avec la Mafia à partir de 1979, notamment après l’enlèvement et l’assassinat (par les Brigades rouges) de l’ancien Président du Conseil Aldo Moro qui était l’un de ses rivaux au sein de la démocratie chrétienne. La réalité est qu’il a été acquitté de tous les faits qu’on a pu lui reprocher devant la justice. Après la mort d’Aldo Moro, dans un réflexe d’unité nationale, il fut même soutenu, comme Président du Conseil, par ses opposants communistes.

En effet, la Cour de cassation italienne l’a définitivement acquitté dans deux affaires, l’une le 30 octobre 2003 (son éventuelle implication dans l’assassinat du journaliste Mino Pecorelli qui avait évoqué son éventuelle liaison avec la Mafia pour éliminer Aldo Moro), et l’autre le 15 octobre 2004 (ses éventuelles liaisons avec la Mafia). Mino Pecorelli, tué par balles le 20 mars 1979, avait affirmé que le général Dalla Chiesa aurait averti le Ministre de l’Intérieur de l’époque, Francesco Cossiga (futur Président de la République), du lieu où était retenu en otage Aldo Moro. Dalla Chiesa aurait également découvert que des membres de la démocratie chrétienne avaient été infiltrés par la Mafia.

Menacé dès 1979, Carlo Alberto Dalla Chiesa n’était pas encore préfet de Palerme, il y fut nommé le 1er mai 1982, recommandé par Giulio Andreotti, pour lutter contre la Mafia, mais il fut assassiné le 3 septembre 1982. Dalla Chiesa fut incarné à l’écran par Lino Ventura dans le film "Cent jours à Palerme" réalisé par Giuseppe Ferrara et sorti le 6 avril 1984.

Giulio Andreotti a répondu à ceux qui l’accusaient d’avoir été proche de la Mafia qu’il a au contraire lutté contre la Mafia lorsqu’il était chef du gouvernement au début des années 1990 en se servant des informations du juge Giovanni Falcone qui fut assassiné lui-même le 23 mai 1992 (son ami, lui aussi juge antimafia, Paolo Borsellino, fut assassiné le 19 juillet 1992). Rédacteur en chef de "La Republica", Eugenio Scalfari a imaginé que la Mafia s’est sentie trahie par Giulio Andreotti : « Je pense qu’à un certain moment, à la fin des années 1980, il a réalisé que la Mafia ne pourrait pas être contrôlée. Il s’est réveillé de cet égarement persistant (…) et la Mafia, qui a réalisé qu’elle ne pouvait plus compter sur sa protection ou sa tolérance, a assassiné son homme en Sicile. ».

"Son homme" : député européen, ancien maire de Palerme et ancien ministre, Salvo Lima, ami de Giulio Andreotti, fut assassiné par la Mafia le 12 mars 1992, quelques jours après le début de l’Opération Mani Pulite (Mains Propres) engagée notamment par Antonio Di Pietro, juge de Milan (et futur ministre), à partir du 17 février 1992. Cette amitié, qui fut d’abord une alliance politique, fut à l’origine de la toute-puissance politique de Giulio Andreotti dans la vie politique, lui permettant de contrôler la démocratie chrétienne et donc devenant incontournable dans les combinaisons ministérielles.

Malgré les nombreuses accusations, Giulio Andreotti fut lavé de tout soupçon par l’instance suprême de la justice italienne, et cela deux fois, malgré une condamnation en appel à 24 ans de prison par le tribunal de Pérouse en novembre 2002. Alors, a-t-il eu des liens de proximité avec la Mafia ? Probablement qu’il avait instrumentalisé la situation existante pour des considérations de carrière politique mais son implication personnelle et directe dans les crimes de la Mafia n’a pour l’instant jamais été établie.

Proche du Vatican, Giulio Andreotti avait plutôt une autre maladie. Sa maladie, c’était son ambition politique : « Le pouvoir est une maladie dont personne ne veut guérir. ». Revenons plutôt à cette très longue carrière politique de la démocratie italienne.

Étudiant en droit à Rome, il fut choisi comme président des étudiants catholiques italiens de 1942 à 1944, pour succéder à Aldo Moro (président en 1939). À cette époque, il rencontra Alcide De Gasperi à la Bibliothèque du Vatican.

Membre du Conseil National (assemblée provisoire à la fin de la Monarchie italienne), il a été élu député de l’Assemblée Constituante à Rome le 2 juin 1946 (il n’avait que 27 ans) puis député à partir du 18 avril 1948, fut réélu jusqu’à sa nomination de sénateur à vie le 1er juin 1991 par le Président de la République Francesco Cossiga.

Homme de pouvoir, les responsabilités ministérielles qu’il a exercées furent nombreuses. Pendant plus de sept ans, il a dirigé sept gouvernements italiens comme Président du Conseil du 17 février 1972 au 7 juillet 1973, du 29 juillet 1976 au 4 août 1979 et du 22 juillet 1989 au 26 juin 1992. En tout, il fut nommé trente-sept fois ministre, dans les ministères qui comptent le plus dans l’État (Finances, Intérieur, Affaires étrangères, Défense, etc.).

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Giulio Andreotti commença sa carrière ministérielle à l’âge de 28 ans dans le quatrième gouvernement de son "parrain" Alcide De Gasperi, comme Secrétaire d’État à la Présidence du Conseil, il le fut six fois du 1er juin 1947 au 18 janvier 1954. Il fut deux fois Ministre de l’Intérieur du 18 janvier 1954 au 10 février 1954 et du 11 mai 1978 au 13 juin 1978, deux fois Ministre des Finances du 6 juillet 1955 au 1er juillet 1958, Ministre du Trésor du 1er juillet 1958 au 15 février 1959, huit fois Ministre de la Défense du 15 février 1959 au 23 février 1966 et du 14 mars 1974 au 23 novembre 1974, deux fois Ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat du 23 février 1963 au 12 décembre 1968, deux fois Ministre du Plan et du Budget du 23 novembre 1974 au 29 juillet 1976, cinq fois Ministre des Affaires étrangères du 4 août 1983 au 22 juillet 1989, Ministre des Politiques communautaires du 17 avril 1987 au 28 juillet 1987, Ministre des Participations de l’État du 26 décembre 1990 au 28 juin 1992, Ministre de la Culture et de l’Environnement du 12 avril 1991 au 28 juin 1992.

Entre le 1er juin 1947 et le 26 juin 1992, il ne fut pas membre d’un gouvernement seulement entre le 12 décembre 1968 et le 17 février 1972 (les trois premiers gouvernements de Mariano Rumor et le gouvernement d’Emilio Colombo), entre le 7 juillet 1973 et le 14 mars 1974 (le quatrième gouvernement de Mariano Rumor) et entre le 4 août 1979 et le 4 août 1983 (les deux gouvernements de Francesco Cossiga, le gouvernement d’Arnaldo Forlani, les deux gouvernements de Giovanni Spadolini et le cinquième gouvernement d’Amintore Fanfani). Soit seulement sept ans et demi hors du pouvoir sur une période de quarante-cinq ans !

Son premier portefeuille ministériel portait notamment sur la culture et le sport, et Giulio Andreotti fut à l’origine d’une loi en 1949 qui a encouragé le cinéma italien tout en introduisant une certaine forme de chantage à l’aide financière que certains ont appelée censure.

Ce ne fut qu’à l’âge de 53 ans qu’il fut nommé pour la première fois à la tête du gouvernement italien. Il quitta le pouvoir à l’âge de 73 ans. En 1983, Giulio Andreotti a accédé à la tête de la diplomatie italienne pendant six ans, réputé brillant dans ses fonctions après avoir occupé les fonctions de président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des députés de 1973 à 1974 et de 1979 à 1983.

Cette période entre 1983 et 1989 fut très riche dans les relations internationales. L’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev au Kremlin allait provoquer la chute du mur de Berlin et auparavant, des élections libres en Pologne. Initié par Jacques Delors, alors Président de la Commission Européenne, l’Acte unique européen allait également devenir une étape marquante de la construction européenne avant le Traité de Maastricht.

L’un des événements diplomatiques importants de cette période fut le détournement du paquebot de croisière italien, l’Achille Lauro, le 7 octobre 1985 par un commando palestinien. Après l’assassinat, le 8 octobre 1985, d’un otage américain qui fêtait avec son épouse leur anniversaire de mariage (Leon Klinghoffer), les terroristes ont renoncé à poursuivre leurs exactions et ont pu partir en avion depuis l’Égypte. Mais les Américains, apprenant tardivement l’assassinat d’un de leurs ressortissants, ont réussi à intercepter l’avion transportant les terroristes et à le faire poser dans une base américaine sur territoire italien. Or, l’Italie a refusé l’arrestation de ces terroristes par les Américains, ce qui a engendré une forte tension entre le Président américain Ronald Reagan et le gouvernement italien dirigé par le socialiste Bettino Craxi dont le Ministre des Affaires étrangères était Giulio Andreotti, qui prenait clairement la défense de la cause palestinienne. Cela a engendré une crise politique au sein de la majorité, car le Ministre de la Défense Giovanni Spadolini, pro-Américain, a beaucoup regretté l’attitude de l’Italie qui a refusé par la suite l’extradition des terroristes palestiniens aux États-Unis.

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Revenu à la tête du gouvernement grâce à un accord avec Bettino Craxi et Arnaldo Forlani, le septuagénaire Giulio Andreotti fut confronté à de nombreuses difficultés intérieures : le scandale Gladio, révélé publiquement par Giulio Andreotti devant les députés le 24 octobre 1990 (existence d’une armée secrète de l’OTAN en Italie pour lutter contre le communisme), sa politique qui favorisa la situation monopolistique de Silvio Berlusconi dans la télévision, les débuts d’un scandale de corruption qui allait aboutir à l’opération Mani Pulite, et aussi les déclarations politiquement incorrectes du Président de la République Francesco Cossiga qui fustigeait la classe politique italienne.

Les élections législatives et sénatoriales du 5 avril 1992 furent un échec pour les démocrates chrétiens. Il faut rappeler que les précédentes élections générales avaient eu lieu le 14 juin 1987 avec un parti communiste italien (PCI) toujours très fort (26,6% des voix et 177 sièges sur 630 à la Chambre des députés et 28,3% des voix et 107 sièges sur 315 au Sénat). Or, entre les deux scrutins, il y a eu l’effondrement des dictatures communistes à l’Est de l’Italie. Résultat, le PCI a disparu, mais son avatar nouveau, le Parti démocrate de la gauche (PDS) a repris ses positions avec une moindre influence (16,1% des voix et 107 sièges sur 630 à la Chambre des députés et 17,1% des voix et 64 sièges sur 315 au Sénat).

Or, ce changement dans le système politique italien ne fut pas à l’avantage des partis gouvernementaux qui ont été, au contraire, désavoués par les électeurs. Pour la première depuis la fin de la guerre, la démocratie chrétienne s’est effondrée en dessous du seuil de 30% des voix : 29,7% des voix et 206 sièges sur 630 à la Chambre des députés (soit une perte de 28 sièges) et 27,3% des voix et 107 sièges sur 315 au Sénat (soit une perte de 18 sièges). De même, les socialistes dirigés par Bettino Craxi y ont laissé des plumes. Ceux qui ont gagné furent la nouvelle Ligue du Nord (entre 8% et 9% des voix), le parti de l’actuel Ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, ainsi qu’un parti nostalgique du communisme qui a obtenu entre 5% et 7% des voix.

Conscient de cet échec, Giulio Andreotti annonça qu’il se retirait du gouvernement (ce fut effectif le 24 juin 1992 avec la formation du gouvernement de coalition dirigé par le socialiste Giuliano Amato) et a eu pour objectif de se faire élire à la Présidence de la République italienne, en raison de la démission de Francesco Cossiga le 28 avril 1992 qui voulait promouvoir un régime présidentiel.

Un peu à l’instar de Clemenceau en janvier 1920, il paraissait logique que les parlementaires italiens (les seuls électeurs de l’élection présidentielle avec les représentants des régions) choisirent celui qui fut leur monstre sacré pendant près d’un demi-siècle, à savoir Giulio Andreotti. Néanmoins, l’élection présidentielle fut très laborieuse et a duré seize tours (pire que sous la Quatrième République française) entre le 13 mai 1992 et le 25 mai 1992.

Face à une candidate communiste respectée (Nilde Iotti), la démocratie chrétienne présenta d’abord Giorgio De Giuseppe qui fut en tête des trois premiers tours, puis Arnaldo Forlani qui fut en tête et pas loin de remporter l’élection au cinquième et sixième tours. Le quatrième puis les septième à treizième tours furent boudés par les démocrates chrétiens, empêchant toute majorité. Le quatorzième tour fut d’une confusion notable. Au quinzième tour, qui a eu lieu le 23 mai 1992, le même jour que l’assassinat du juge Giovanni Falcone, les démocrates chrétiens votèrent majoritairement blanc, et Giulio Andreotti n’a jamais recueilli plus de 11 voix sur 941 votants. Enfin, au seizième tour le 26 mai 1992, le Président de la Chambre des députés, Oscar Luigi Scalfaro, qui présidait toutes les séances de ces votes, fut élu Président par 672 voix sur 1 002 votants afin de montrer que la classe politique se ressaisissait face à la Mafia. Giulio Andreotti n’a obtenu à ce dernier tour que 6 suffrages.

S’il n’a pas réussi à réaliser son rêve de retraite au Palais du Quirinal, Giulio Andreotti n’était cependant pas exclu de la vie politique puisqu’il avait été nommé sénateur à vie par Francesco Cossiga dès 1991. Ce furent bien ses "amis" de la démocratie chrétienne qui ont sabordé sa candidature à la Présidence de la République et aussi sa possible participation au nouveau gouvernement dirigé par Giuliano Amato. En effet, les responsables de la démocratie chrétienne ont trouvé un argument juridique concernant le fait qu’il était sénateur à vie pour l’empêcher d’être nommé ministre encore une fois.

Si la démocratie chrétienne italienne venait donner des signes de décomposition au printemps 1992, ce ne fut qu’aux élections législatives suivantes, anticipées au 27 mars 1994, que l’explosion du paysage politique italien a vraiment eu lieu avec l’arrivée en tête d’un nouveau parti, Forza Italia, et de son leader, Silvio Berlusconi, bombardé à la tête du gouvernement italien soutenu par une coalition représentant 42,8% des voix (et 366 sièges sur 630).

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Épilogue. Au Sénat, Giulio Andreotti restait toujours très vivant politiquement. À l’âge de 87 ans, il fut candidat à la Présidence du Sénat à l’issue des élections générales des 9 et 10 avril 2006 qui furent gagnées par le centre gauche dirigé par Romano Prodi. Il a échoué de quelques voix, n’ayant obtenu, au quatrième et dernier tour de scrutin le 29 avril 2006, que 156 voix sur 322 contre 165 pour Franco Marini.

Moins de deux ans plus tard, Giulio Andreotti a eu sa revanche sur le centre gauche en refusant, le 21 janvier 2008, de voter la confiance au gouvernement de Romano Prodi qui venait pourtant d’avoir la confiance de la Chambre des députés (326 voix contre 275). En s’abstenant au Sénat, Giulio Andreotti faisait gagner l’opposition au sein des sénateurs : 156 sénateurs ont voté la confiance et 161 l’ont refusée (sur 322). À une voix près, Romano Prodi aurait pu conserver la confiance du Sénat. Ce furent les sénateurs à vie (ils étaient sept) qui renversèrent ainsi le gouvernement.

Romano Prodi démissionna le 24 janvier 2008 et se retira de la vie politique italienne, provoquant de nouvelles élections générales anticipées les 13 et 14 avril 2008 qui furent gagnées par Silvio Berlusconi qui s’installa une nouvelle fois à la tête d’un gouvernement soutenu par une coalition de centre droit élue par 46,8% des voix.

Auteur de nombreuses phrases qui ont fait les délices des médias, Giulio Andreotti avait notamment expliqué : « Je reconnais mes limites, mais quand je regarde autour de moi, je réalise que je ne vis pas vraiment dans un monde de géants. ». Tout est une question de perspective…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 janvier 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Giulio Andreotti.
Ennio Morricone.
Les Accords de Munich.
Une collusion tacite des secours humanitaires avec les passeurs criminels ?
Le radeau Aquarius.
Sueurs froides à l’italienne.
L’Italie en pleine dérive ?
Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
Luciano Pavarotti.
Lino Ventura.
Concini.
Antonio Tajani.
Carlo Ciampi.
Silvio Berlusconi.
Umberto Eco.
Virginia Raggi.
La révolution institutionnelle italienne.
Renzusconi franchit le Rubicon.
Enrico Letta, un nouveau visage en Europe.
Habemus Lettam (29 avril 2013).
Discours d’Enrico Letta du 26 octobre 2013 à Paris.
Giorgio Napolitano.
Le compromis historique.
Aldo Moro.
Erasmus.
L’Europe, c’est la paix.
L’Europe des Vingt-huit.
Mario Draghi.
Tournant historique pour l’euro.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190214-giulio-andreotti.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/l-inoxydable-giulio-andreotti-211600

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/02/13/37098446.html



 

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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 03:16

« On ne meurt pas riche de ce qu’on a fait, on meurt pauvre de ce qu’on n’a pas fait. » (Frédéric Dard, 1996).


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L’homme d‘État allemand Walter Scheel est né il y a juste un siècle, le 8 juillet 1919. Cette figure essentielle du parti libéral démocrate d’après-guerre de l’Allemagne fédérale est morte il y a trois ans, le 24 août 2016 à l’âge de 97 ans, quelques mois après une autre figure majeure du même parti, Hans-Dietrich Genscher.

L’appellation "libéral démocrate" peut prêter à confusion en France où le mot "libéral" donne de l’urticaire à une grande majorité des citoyens et de leurs prescripteurs d’opinion. Pourquoi ? Il faudra sans doute un jour se pencher sur la question, d’autant que paradoxalement, quand "libéral" signifie ultra-droite en France (pour quelqu’un dit "de gauche", bien entendu), aux États-Unis, au contraire, "liberal" signifie ultra-gauche, voire dangereux communiste, au sens maccarthyste du terme, bien sûr.

Fondé après la guerre, le 11 décembre 1948 à Heppenheim, le FDP (Parti libéral démocrate) est loin, au contraire, d’un parti "ultra". Il n’est pas à l’extrême, il est au centre du jeu politique. Son appellation illustre le "en même temps" d’un lointain futur Président français : libéral car favorable aux libertés publiques, notamment après le traumatisme hitlérien, et favorable au libre-échange (encore un gros mot pour beaucoup de Français), mais aussi démocrate car favorable à une régulation de l’économie par l’État. En clair, favorable à une économie mixte de marché.

Son positionnement politique, depuis soixante-dix ans, est donc entre le centre droit (la CDU, démocrate-chrétienne) et le centre gauche (le SPD, social-démocrate). Le discours du FDP est surtout entendu par les catégories socioprofessionnelles plus et plus plus. Son audience tourne autour de 5 à 10% des voix, avec parfois des pointes frôlant les 15% (en 2009), mais aussi des bas (aucun élu au Bundestag en 2017). Il se conçoit comme une "chambre de compensation", et aux élections européennes, comme leurs homologues britanniques, les libéraux démocrates ont fait un bon score parallèlement à une baisse de confiance de la CDU (un peu comme les Verts avec le SPD à gauche).

Le premier président du FDP fut Theodor Heuss (1884-1963) qui, soutenu par le Chancelier CDU Konrad Adenauer, fut élu le premier Président de la République fédérale d’Allemagne le 12 septembre 1949 et réélu le 17 juillet 1954 pour un second mandat se terminant le 12 septembre 1959. Poste honorifique, la Présidence fédérale était essentielle pour représenter l’Allemagne à l’étranger et garantir les libertés fondamentales dans un contexte de perte de souveraineté après la capitulation en 1945.

Paradoxalement, le FDP était peu engagé dans la dénazification, au contraire des deux grands partis CDU et SPD. Pour les libéraux démocrates, l’important était de reconstruire une puissance économique sans s’occuper du lourd passé récent. L’objectif était plutôt une concorde nationale qu’a réussi à représenter Theodor Heuss. En 1978, alors qu’il était chef de l’État, Walter Scheel fut au centre d’une polémique lancée par "Der Spiegel" qui révéla qu’il avait été membre de la NSDAP (le parti nazi) de 1942 à 1945. Lui-même n’aurait pas été au courant, il semblerait que militaire dans la Luftwaffe (il en était sorti lieutenant), il aurait été d’office inscrit comme membre de la NSDAP.

Ce genre de polémique ne fut pas propre à Walter Scheel, de nombreuses personnalités allemandes ont eu ce genre de polémiques, dont l’ancien pape Benoît XVI, mais aussi Kurt Georg Kiesinger qui, Chancelier en exercice, fut giflé en public le 7 novembre 1968 par Beate Klarsfeld pour cette raison (son passé nazi, à la différence d’autres, fut actif et révélé par "Der Spiegel" en 1966, cependant, les archives démontrèrent qu’il ne fut pas antisémite et fut même contesté en 1944 par d’autres membres de la NSDAP pour cette raison).

Pendant les gouvernements dirigés par Adenauer, les libéraux démocrates furent membres de la coalition gouvernementale, au point qu’ils ont eu une influence disproportionnée à leur influence électorale. Ils ont poussé Adenauer à la retraite le 15 octobre 1963, influencé la nomination de son successeur, Ludwid Erhard, à la tête de la CDU et du gouvernement (un économiste, beaucoup moins un politique). Mais la coalition entre CDU et FDP a eu parfois des incidents de parcours, comme la présence du Bavarois Franz Josef Strauss au Ministère de la Défense que le FDP a réussi à faire évincer du gouvernement fédéral après une affaire mettant en cause la responsabilité du ministre.

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Et Walter Scheel dans tout cela ? Il avait 25 ans à la fin de la guerre. Il a travaillé comme consultant économique et dirigeant d’entreprises, donc, plus porté vers l’économie que la politique. Néanmoins, il s’est engagé en politique assez vite, adhérant à l’ancêtre du FDP en 1946, initialement à l’échelle régionale, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie dont il fut élu au Landtag (équivalent de conseiller régional) de 1950 à 1956. Il fut élu député fédéral aux élections fédérales du 6 septembre 1953. Le voici dans la cour fédérale. Il resta élu au Bundestag jusqu’au 27 juin 1974.

Or, en 1956, il initia un acte fondateur dans sa région : il fit rompre la coalition CDU-FDP qui gouvernait la Rhénanie-du-Nord-Westphalie au profit d’une nouvelle alliance SPD-FDP. Cela a provoqué une scission très éphémère de l’aile droite du parti, mais elle n’a pas duré. En clair, dans ce parti centriste, il y avait deux lignes : l’aile droite pour une alliance avec la CDU et l’aile gauche pour une alliance avec le SPD. Certes, la CDU a cherché à réformer le système électoral pour éliminer la présence de députés FDP qui troublait le jeu du bipartisme mais le SPD a refusé une telle réforme qui pouvait l’avantager à court terme, si ce n’était que les sociaux-démocrates pensaient déjà à l’avenir et à une possible alliance avec les libéraux démocrates pour conquérir le pouvoir.

C’est probablement le point d’incohérence de ce parti qui a fait et défait des majorités au Bundestag, hors de la volonté populaire, le plus démonstratif étant le retrait de confiance au Chancelier SPD Helmut Schmidt au profit du CDU Helmut Kohl en automne 1982. Parti charnière, il faut le comparer à l’UDSR de René Pleven et François Mitterrand, qui ne représentait pas beaucoup de voix aux élections mais était un parti indispensable pour former une majorité sous la Quatrième République, permettant à ses dirigeants d’appartenir à de nombreux gouvernements dans des postes importants.

Walter Scheel était donc résolument représentant de l’aile gauche du FDP. Cela ne l’a pas empêché, après les élections fédérales du17 septembre 1961, d’être nommé Ministre de la Coopération économique (un secteur qu’il connaissait bien professionnellement) dans les derniers gouvernements de Konrad Adenauer, du 14 novembre 1961 au 28 octobre 1966. À la suite d’un scandale politique, tous les ministres libéraux ont démissionné le 19 novembre 1962 mais furent réintégrés le 13 décembre 1962 après un accord avec la CDU qui a exclu Franz Josef Strauss et qui obligea Adenauer à prendre sa retraite l’année suivante. Le successeur d’Adenauer, Ludwig Erhard a gardé Walter Scheel dans son propre gouvernement.

Le 28 octobre 1966, cependant, les ministres FDP ont démissionné une nouvelle fois, pour protester contre les choix budgétaires (le positionnement budgétaire est la meilleure façon de savoir si un parlementaire est dans la majorité ou dans l’opposition). Résultat, le gouvernement de Ludwig Erhard fut renversé et ce dernier fut remplacé par le CDU Kurt Georg Kiesinger à la tête du premier gouvernement de la grande coalition à savoir CDU-SPD, sans participation du FDP.

Le 31 janvier 1968, fidèle à une ligne de centre gauche, Walter Scheel fut élu président du FDP et le resta jusqu’au 1er juillet 1974. Auparavant, il avait été élu Vice-Président du Bundestag du 8 septembre 1967 au 19 octobre 1969. L’arrivée de Walter Scheel à la tête du FDP a transformé le jeu traditionnel. Il a mené la campagne des libéraux démocrates aux élections fédérales du 28 septembre 1969. Son parti recula, perdant 19 sièges (il ne lui en resta plus que 31) et plus d’un tiers de ses voix des précédentes élections. Parallèlement, le SPD présidé par Willy Brandt gagna 20 sièges mais en remportant seulement 237 sièges sur 518 (42,6%). La CDU-CSU dirigée par Kurt Georg Kiesinger resta la première formation politique avec un nombre de sièges très stable, 250 sièges (46,1% des voix).

En clair, les élections fédérales de 1969 ont peu bouleversé les rapports de force au Bundestag sinon une baisse du FDP au profit du SPD. Au lieu de poursuivre la grande coalition, avec un Chancelier CDU (parti plus important), le SPD décida de faire alliance avec le FDP. Pour la première fois depuis la guerre, les sociaux-démocrates revenaient à la tête du gouvernement allemand dans une alliance nouvelle avec les libéraux démocrates.

En tant que président du FDP, Walter Scheel fut nommé Vice-Chancelier fédéral et Ministre des Affaires étrangères du 22 octobre 1969 au 16 mai 1974, dans le gouvernement dirigé par Willy Brandt qui venait d’occuper cette double fonction dans la grande coalition entre le 1er décembre 1966 et le 20 octobre 1969. Walter Scheel fut même Chancelier par intérim lors de la démission forcée de Willy Brandt, du 7 au 16 mai 1974. La diplomatie allemande fut très active sous cette coalition puisque sous l’impulsion de Walter Scheel et de Willy Brandt, l’Allemagne fédérale a reconnu la République Démocratique d’Allemagne (Allemagne de l’Est), soufflant un vent de détente dans les relations internationales avec l’Ostpolitik qui fut validée par l’électorat allemand lors des élections fédérales.anticipées du 19 novembre 1972. En 1970, Walter Scheel a aussi créé l’actualité diplomatique en se rendant officiellement en Israël.

Bien que démissionnaire du gouvernement en 1974 à la suite d’un scandale politique, Willy Brandt resta président du SPD jusqu’au 14 juin 1987 (à ce poste depuis le 16 février 1964). Son Ministre des Finances Helmut Schmidt fut choisi pour lui succéder à la tête du gouvernement le 16 mai 1974, qui fut constitué sans Walter Scheel, malgré le maintien de la coalition SPD-FDP.

La raison en fut simple : la veille, le 15 mai 1974, les parlementaires et grands électeurs se sont réunis pour élire le nouveau Président de la République. Walter Scheel, soutenu par le SPD, fut élu dès le premier tour avec 530 voix contre 498 pour Richard von Weizäcker (ce dernier fut plus tard élu deux fois Président de la République, de 1984 à 1994). Walter Scheel fut investi Président de la République le 1er juillet 1974. À ce titre, il rencontra tous les "grands" de cette époque, en particulier Valéry Giscard d’Estaing, Jimmy Carter et Leonid Brejnev.

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Walter Scheel abandonna donc ses mandats partisans. Son dauphin fut Hans-Dietrich Genscher qui lui succéda comme numéro deux du gouvernement, Ministre des Affaires étrangères à partir du 16 mai 1974 et comme président du FDP à partir du 1er octobre 1974. La "tradition" a ainsi voulu pendant plusieurs décennies que le parti FDP, supplétif du grand parti gouvernemental, fût aux Affaires étrangères.

Il faut bien noter qu’avec seulement 8,4% des voix et 42 sièges sur 518 obtenus aux élections fédérales du 19 novembre 1972, le FDP occupait le poste honorifique de chef de l’État, ainsi que celui, beaucoup plus opérationnel, de Ministre des Affaires étrangères. Walter Scheel exerça un seul mandat présidentiel jusqu’au 1er juillet 1979, ne bénéficiant plus d’une majorité pour l’élection présidentielle suivante (gagnée par un CDU, Karl Carstens, rival de Richard von Weizäcker dans les instances de la CDU). Ce renoncement à un second mandat présidentiel marqua son retrait de la vie politique allemande, tôt pour un homme politique, quelques jours avant ses 60 ans.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 juillet 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Walter Scheel.
Benoît XVI.
Le Traité de Versailles.
Anne Frank.
Robert Merle.
Annegret Kramp-Karrenbauer.
Alfred Grosser.
L’Europe de Jean-Claude Juncker.
Le Traité d’Aix-la-Chapelle le 22 janvier 2019.
Texte intégral du Traité franco-allemand signé le 22 janvier 2019 à Aix-la-Chapelle (Aachen).
Guillaume II.
Rosa Luxemburg.
Le cauchemar hitlérien.
Helmut Schmidt.
Willy Brandt.
Angela Merkel, la Chancelière chancelante.
Angela Merkel et Emmanuel Macron au Centenaire de l’Armistice 2018.
Bismarck.
Résultats définitifs des élections régionales en Bavière du 14 octobre 2018.
Les élections régionales en Bavière du 14 octobre 2018.
La GroKo d’Angela Merkel.
Trump veut taxer l’acier européen et les voitures allemandes.
Allemagne : Martin Schulz quitte la présidence du SPD.
Les élections fédérales allemandes du 24 septembre 2017.
Le Traité de Maasticht.
Attentat à Berlin.
L’hommage de l’Europe à Helmut Kohl.
Helmut Kohl, le colosse érodé.
Un homme qui a façonné l'histoire.
Helmut Kohl et Viktor Orban.
Angela Merkel, l’honneur de l’Europe de la solidarité.
La Réunification allemande.
L’amitié franco-allemande.
Le symbole de Verdun.
Les risques de la germanophobie.
L’industrie allemande est-elle honnête ?
Le mur de Berlin.
La chute du mur de Berlin.
Les dettes de guerre.
L’Europe, c’est la paix.
Martin Schulz.
Un nouveau Président du Parlement Européen le 17 janvier 2017.
Hans-Dietrich Genscher.
Le décennat de la Bundeskanzlerin.
Vidéos sur Helmut Schmidt.
La disparition d'Helmut Schmidt.
Mutti Merkel, reine du monde ?
Joachim Glauck.
Angela Merkel et François Hollande à Strasbourg.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190708-walter-scheel.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/walter-scheel-1919-2016-figure-216446

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/06/29/37466437.html




 

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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 03:28

« Après 48 heures de travail avec mes partenaires européens, nous avons un accord ! La nouvelle équipe à la tête de l’Europe est forte et expérimentée. Pour la première fois, deux femmes dirigeront la Commission et la Banque centrale ! Je m’en félicite. » (Emmanuel Macron, Bruxelles le 2 juillet 2019).



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Il ne faut pas croire que les négociations pour déterminer qui seront les principaux responsables de l’Union Européenne ont été longues en 2019. Seulement une dizaine de jours depuis l’échec du Conseil Européen des 20 et 21 juin 2019. Il y a cinq ans, il a fallu trois mois pour mettre d’accord l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement des vingt-huit États membres. L’Europe ne revient donc pas de loin, mais Emmanuel Macron, si ! Il revient de loin. Il faut d’ailleurs rappeler que la France préside actuellement l’Union Européenne.

Dans les sondages, Emmanuel Macron regagne désormais la confiance de ses compatriotes, après avoir traversé l’épreuve des gilets jaunes et surtout, des élections européennes. Si la liste Renaissance n’a pas atteint la première place, ce fut de justesse, l’honneur a été sauf. Et les conséquences victorieuses. Car qui est le véritable patron de l’Europe aujourd’hui ? Il y en a trois potentiel en fait : Angela Merkel, qui est en déclin, ou plutôt, en sursis. Elle est contestée dans sa propre majorité et commence à perdre de l’influence politique. Plus récemment, on peut aussi citer Pedro Sanchez, Président du Gouvernement espagnol, qui a gagné les élections législatives il y a deux mois. Enfin, Emmanuel Macron, dont le volontarisme contraste avec l’immobilisme et la vacuité du projet européen de François Hollande.

Il ne faut donc plus s’étonner des "coups de gueule" du Président français. Ce ne sont pas des coups de menton comme du temps de Nicolas Sarkozy, surtout à visée égotique, mais une véritable tactique pour faire avancer les positions françaises. Mais encore faut-il avoir clairement défini des positions françaises. C’est le cas depuis deux ans. Ce n’était pas le cas à l’époque de François Hollande, plus préoccupé par le futur du PS que de l’Europe. Même Julien Dray reconnaît à Emmanuel Macron une vraie habileté dans le domaine européen.

Est-ce la jeunesse en âge ou la jeunesse en expérience politique, ou tout simplement le caractère ? Emmanuel Macron délaisse volontiers la prudence au profit de ses objectifs. Il se comporte en actionnaire exigeant de l’entreprise Europe : plus question de laisser la direction générale à celui qui fera le moins de bruit, le moins de fureur, le moins d’ombre aux autres actionnaires. Il veut redéployer l’Union Européenne pour la rendre plus utile, plus dynamique, plus proches des citoyens et donc, plus populaire.

Car c’est là le problème, l’arrivée massive de députés eurosceptiques, certes encore numériquement impuissants, et très isolés, mais avec une capacité de nuisance réelle et surtout, une capacité à faire honte aux valeurs de l’Europe, comme lors de cette séance inaugurale du nouveau Parlement Européen à Strasbourg, le 2 juillet 2019, où les députés européens britanniques brexiters ont carrément tourné le dos pendant l’hymne européen, tandis que les députés européens du RN, notamment, sont restés assis. On se demande pourquoi ces élus ont été candidats à une instance qu’ils détestent …à moins que, bien sûr, cela soit pour des considérations alimentaires ?

Cette année, il y a eu la conjonction de deux étoiles, en clair, cinq postes importants étaient à pourvoir : le Président de la Commission Européenne, à partir du 1er novembre 2019 pour un mandat de cinq ans, ainsi que le Haut Représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, le président de la Banque centrale européenne (BCE) pour un mandat de huit ans, le Président du Conseil Européen, à partir du 1er décembre 2019 pour un mandat de trente mois. Plus le Président du Parlement Européen qui reste du ressort des députés européens et pas du Conseil Européen, à partir du 3 juillet 2019 pour un mandat de trente mois.

Cela faisait plusieurs mois que la confrontation était inévitable entre l’Allemagne et la France. L’Allemagne voulait que le chef de file du PPE, parti qui a eu le plus de sièges le 26 mai 2019, fût nommé à la tête de la Commission Européenne, à savoir Manfred Weber, un modéré de la CSU (l’allié bavarois de la CDU, depuis deux ans, ce parti est assez réticent vis-à-vis de la Chancelière). Mais Emmanuel Macron ne le voulait pas, car il ne le considérait pas assez compétent (il n’a aucune expérience ministérielle). L’Allemagne voulait aussi contrôler la BCE. Tous les chefs de file ont alors été écartés le 21 juin 2019, y compris celui des sociaux-démocrates, Frans Timmermans, et celle des centristes, Margrethe Vestager, qui, néanmoins, devraient avoir chacun un lot de consolation (une Vice-Présidence importante dans la Commission).

Le choix unanime de ces quatre voire cinq responsables européens était un exercice de mathématiques impossible, résoudre un système d’équations avec de trop nombreuses inconnues. Il y avait au moins cinq dimensions : le sexe femme/homme, la géographie Nord/Sud, la géographie Est/Ouest, le courant politique droite/gauche/centre, et enfin, la compétence propre des personnes, dernier paramètre qui était rarement essentiel dans les nominations précédentes mais qui, en bon manager, est devenu le principal critère pour Emmanuel Macron. Sans compter aussi les générations : le choix s’est porté sur des personnalités de 43 à 72 ans.

La manière dont Emmanuel Macron a refusé Manfred Weber, ce qui, pour certains pays, était considéré comme un déni de démocratie parlementaire après le verdict des urnes, a rendu illusoire toute nomination d’un Français à la Présidence de la Commission. Pourtant, probablement que Michel Barnier aurait été le plus compétent et expérimenté des candidats potentiels (il fut même soutenu par Viktor Orban le 25 juin 2019). Le 1er juillet 2019, la situation était encore au constat d’échec. Ce n’est que lorsque le Président français a compris que l’Allemagne ne transigerait pas sur la nomination d’un Président allemand que la situation s’est, semble-t-il, débloquée.

Pour la succession de Jean-Claude Juncker, la France a alors proposé la candidature de l’actuelle Ministre allemande de la Défense Ursula von der Leyen à la Présidence de la Commission Européenne. Choix compensé par la nomination d’une Française à la stratégique présidence de la Banque centrale européenne, à savoir Christine Lagarde, actuelle directrice générale du FMI.

Pour l’Allemagne, c’est très nouveau de pouvoir occuper la Présidence de la Commission, puisque le seul précédent, c’était le premier à ce poste, Walter Hallstein, du 10 janvier 1958 au 6 juillet 1967. Quant à la France, c’est une grande victoire d’occuper la présidence de la BCE, pour la seconde fois (après Jean-Claude Trichet), car il était indispensable de poursuivre la politique des taux bas poursuivie par Mario Draghi. Rappelons que le président de la BCE est totalement indépendant et qu’aucun État n’a le droit de faire pression sur lui. Anti-démocratique ? Pas forcément, puis sa nomination doit être approuvée par les députés européens.





Le succès du Conseil Européen du 2 juillet 2019 à Bruxelles est aussi le retour de l’efficacité des relations franco-allemandes qui déterminent le fonctionnement des institutions européennes (l’Allemagne et la France sont les deux premières puissances économiques de l’Union Européenne, et la France la seule puissance militaire). Le groupe de Visegrad, regroupant quatre pays d’Europe centrale à majorité plutôt conservatrice et eurosceptique (la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie), avait tenté d’intégrer l’Allemagne dans son influence à l’intérieur de la scène européenne, mais ce fut un échec. Ce groupe avait soutenu la candidature de Maros Sefcovic à la Présidence de la Commission (Vice-Président slovaque de la Commission sortante).

Insistons sur les deux propositions, celles d’Ursula von der Leyen et de Christine Lagarde (on parle de propositions puisqu’il faudra une validation par les députés européens au cours du mois de juillet 2019). C’est la première fois qu’il y a une femme à ces deux postes importants. Mais trop insister sur le fait que ce sont des femmes pourrait les dévaloriser. Elles ont une connaissance très fine de l’Union Européenne, elles ont toutes les deux une expérience de dirigeante ministérielle. Certes, Christine Lagarde n’a jamais été gouverneure d’aucune banque, et Ursula von der Leyen n’a jamais été commissaire européenne, mais leur stature laisse croire à leur aptitude à assurer le "job". Par ailleurs, elles sont toutes les deux d’authentiques passionnées de l’Europe.

Le troisième poste d’importance est plus honorifique qu’opérationnel : la Présidence du Conseil Européen, occupée aujourd’hui par l'ancien Premier Ministre polonais Donald Tusk, est confiée à l’actuel Premier Ministre belge Charles Michel, en pleine crise politique à l’intérieur de son pays, après des élections législatives le 26 mai 2019 qui n’ont donné aucune majorité parlementaire claire. Comme à l’époque pour Hermann Van Rompuy, le départ de Charles Michel ouvrira un peu plus le jeu politique intérieur belge. Comme souvent les Belges, Charles Michel est un Européen convaincu et il soutient la volonté de relance du Président français.

Quatrième poste qui nécessite beaucoup de personnalité, c’est celui de Haut Représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, autrement dit, le Ministre des Affaires étrangères de l’Europe. Les deux premiers titulaires étaient des femmes, c’était le seul poste d’importance qu’on avait confié à des femmes afin de laisser entendre une vague parité. Là, on a préféré faire plaisir au nouveau chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez en proposant son Ministre des Affaires étrangères Josep Borrell, qui a la caractéristique d’être socialiste, ce qui permet d’équilibrer politiquement la distribution des rôles.

Accessoirement, les quatre personnalités nommées ou proposées parlent français. Il y a un certain égocentrisme voire chauvinisme à vouloir absolument que le Président de la Commission Européenne parle français, surtout dans une Europe à Vingt-huit. Néanmoins, c’est un argument important pour faire comprendre et apprécier l’Europe aux citoyens francophones.

Enfin, l’ensemble du Conseil Européen a vivement recommandé aux députés européens d’élire un social-démocrate à la Présidence du Parlement Européen, jusqu’en janvier 2022, avec un successeur qui serait PPE. Ainsi, Manfred Weber (PPE), évincé de la Présidence de la Commission, mais qui avait toute les qualités pour présider le Parlement Européen, s’est désisté et a laissé élire un ancien journaliste vedette de la télévision publique italienne, David Sassoli, député européen italien social-démocrate depuis 2009, Ce dernier, succédant à un autre Italien, Antonio Tajani, a été élu le 3 juillet 2019 au second tour avec 345 voix sur 667 suffrages exprimés.

Au premier tour, il a obtenu 325 voix sur 662 exprimés. La candidature de David Sassoli n’a pas fait consensus puisque les écologistes ont maintenu leur candidate Ska Keller qui a recueilli 133 voix au premier tour et 119 au second tour alors que les écologistes n’ont que 75 sièges. Les eurosceptiques de droite ont présenté la candidature de Jan Zahradil, Tchèque, qui a recueilli 162 et 160 voix, tandis que l’extrême gauche était représentée par l’Espagnole Sira Rego avec 42 et 43 voix.

Ce qu’on peut constater, c’est que la vague d’euroscepticisme qu’on nous présentait comme inéluctable avant les élections euripéennes n’a pas eu l’influence que certains auraient espérée : les partis eurosceptiques ne représentent même pas un quart du Parlement Européen et sont particulièrement isolés,. En particulier Matteo Salvini qui se retrouve face à un opposant comme président dans l’hémicycle et il aura du mal à négocier avec succès sur les réfugiés et sur la dette publique italienne (j’évoque Matteo Salvini car c’est lui qui a une influence dominante au sein du gouvernement italien).

Dans quelques jours interviendront aussi les nominations, par les États membres, de leurs commissaires européens respectifs. Je suppose que pour la France, la compétence l’emportera sur d’autres considérations plus politiciennes, comme ce fut hélas le cas en 2014. Il restera enfin à juger sur les actes. Le nouveau dispositif européen en ressources humaines est très prometteur. Il faut transformer les promesses en réalités fortes.

Je termine par une présentation succincte des cinq personnalités qui vont donc avoir un poids décisif dans l’Europe qui vient.



1. Ursula von der Leyen (60 ans), Allemande, nouvelle Présidente de la Commission Européenne

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Ursula von der Leyen est une mère de famille de sept enfants, médecin spécialiste de médecine sociale, et engagée en politique à Hanovre à la CDU (centre droit). Son père, Ernst Albrecht (1930-2014), docteur en économie, fut vice-président de la CDU de 1979 et 1990 et surtout, après avoir travaillé dans les institutions européennes à Bruxelles (de 1954 à 1970), il fut élu ministre-président de la Basse-Saxe de 1976 à 1990 (battu par Gerhard Schröder, futur Chancelier social-démocrate de 1998 à 2005), ainsi que Président du Conseil fédéral (Bundesrat, l’équivalent du Sénat, présidé en rotation par un ministre-président) de 1985 à 1986.

Ursula von der Leyen a commencé sa carrière politique aux côtés de Christian Wulff qui a remporté les élections régionales en Basse-Saxe contre le ministre-président sortant, Sigmar Gabriel (futur président du SPD de 2009 à 2017 et futur Vice-Chancelier de 2013 à 2018, chargé de l’Économie puis des Affaires étrangères). Élue au Landtag, Ursula von der Leyen fut dans la foulée nommée le 4 mars 2003 ministre régionale chargée des affaires sociales, des femmes, de la famille et de la santé (l’équivalent d’une vice-présidente de conseil régional en France). L’un de ses thèmes favoris est la possibilité, pour une femme et mère de famille, de suivre une carrière professionnelle malgré sa "charge" familiale (développement des crèches, salaire parental y compris pour l’homme, etc.).

Elle fut membre du staff d’Angela Merkel lors de sa première campagne législative, et après la victoire (faible) de la CDU aux élections législatives du 18 septembre 2005, Angela Merkel l’a choisie comme ministre fédérale dans ses gouvernements, sans discontinuer depuis le 22 novembre 2005, d’abord Ministre de la Famille, des Personnes âgées, des Femmes et de la Jeunesse, puis, le 30 novembre 2009, Ministre du Travail et des Affaires sociales, enfin, depuis le 17 décembre 2013, Ministre de la Défense.

Après la démission du Président de la République fédérale, Horst Köhler le 31 mai 2010, Ursula von der Leyen fut même envisagée pour lui succéder, mais finalement, Christian Wulff fut un candidat considéré plus consensuel au sein de la CDU et fut élu le 30 juin 2010. Nommée à la Défense à l’issue des élections législatives du 22 septembre 2013, première femme à occuper ce poste régalien en Allemagne (pour une fois, la France était en avance sur ce sujet des "premières femmes" avec Michèle Alliot-Marie dès 2002), Ursula von der Leyen fut souvent présentée comme l’héritière possible d’Angela Merkel à la tête de la CDU.


2. Christine Lagarde (63 ans), Française, nouvelle présidente de la Banque centrale européenne

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Christine Lagarde est une femme qui a inauguré plusieurs fonctions réservées jusque-là aux hommes. Une enfance au Havre, championne de France de natation synchronisée à l’âge de 15 ans, collaboratrice parlementaire au Congrès des États-Unis, diplômée de l’IEP d’Aix-en-Provence, d’autres diplômes mais un échec au concours de l’ENA. Avocate pendant vingt-cinq ans, plutôt spécialiste du droit social, d’abord à Paris puis à Chicago, dans le premier cabinet d’avocat du monde (4 600 employés), grimpant jusqu’au poste de présidente du comité exécutif mondial de 1999 à 2004, première femme et première non Américaine à occuper une telle fonction qui l’a hissée en 2002 cinquième au classement des femmes d’affaires européennes (elle a augmenté de moitié le chiffre d’affaires du cabinet sous son mandat).

Repérée par Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin, Christine Lagarde est retournée en France en 2005, appelée par la classe politique. Nommée Ministre déléguée au Commerce extérieur dans le gouvernement de Dominique de Villepin du 2 juin 2005 au 15 mai 2007, elle resta au gouvernement après l’élection présidentielle de 2007, maintenue par Nicolas Sarkozy et François Fillon, d’abord Ministre de l’Agriculture et de la Pêche du 18 mai 2007 au 17 juin 2007 (seconde femme à ce ministère après Édith Cresson), puis, après l’éloignement de Jean-Louis Borloo de Bercy, elle fut la première femme Ministre française de l’Économie et des Finance du 18 juin 2007 au 29 juin 2011, cumulant avec l’Industrie et l’Emploi.

Dans son bilan, il y a la défiscalisation des heures supplémentaires et la fusion de l’ANPE et des Assédic en Pôle Emploi. En été 2010, le nom de Christine Lagarde fut régulièrement cité pour une nomination à Matignon, voire une candidature à l’élection présidentielle. En 2007, elle fut classée par "Forbes" douzième femme la plus puissante du monde, en 2009 par le "Financial Times" le meilleur Ministre des Finances de la zone euro, et en 2010 par le "Time" parmi les cent personnalités les plus influentes au monde.

Remplaçant toujours à l’improviste une personnalité à la suite d’un scandale ou d’une démission, Christine Lagarde fut la première femme élue directrice générale du FMI en poste depuis le 5 juillet 2011 pour prendre la succession de Dominique Strauss-Kahn (élue le 28 juin 2011 et réélue le 19 février 2016 pour cinq ans). Elle s’est retrouvée à gérer notamment la grave crise de la dette souveraine de la Grèce en 2015.


3. Charles Michel (43 ans), Belge, nouveau Président du Conseil Européen

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Fils de Louis Michel, ancien Vice-Premier Ministre belge et Ministre des Affaires étrangères (de 1999 à 2004) et ancien commissaire européen (2004 à 2014), Charles Michel fut avocat à Bruxelles et fut élu député à l’âge de 23 ans le 13 juin 1999. Ministre fédéral à l’âge de 32 ans (du 21 décembre 2007 au 14 février 2011), il fut élu président du Mouvement réformateur (un parti libéral wallon) le 28 janvier 2011. Depuis les élections législatives du 25 mai 2014, il est le Premier Ministre belge, nommé le 11 octobre 2014 (à l’âge de 38 ans) et reconduit le 9 décembre 2018 pour gérer les affaires courantes après avoir démissionné (à la suite de la rupture de sa coalition).


4. Josep Borrell (72 ans), Espagnol, nouveau Haut Représentant pour les affaires étrangères

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Ingénieur aéronaute et docteur en économie, professeur en mathématiques de l’entreprise, Josep Borrell est un dinosaure de la politique espagnole et catalane. Sa première élection comme député date du 22 juin 1986, il y a trente-trois ans. Résolument opposé à l’indépendance de la Catalogne, socialiste (PSOE), il fut plusieurs fois ministre : Ministre des Travaux publics, des Transports et de l’Environnement du 13 mars 1991 au 6 mai 1996 dans les gouvernements de Felipe Gonzalez, puis depuis le 7 juin 2018, Ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Pedro Sanchez. Il fut brièvement chef de file (candidat à la Présidence du Gouvernement) du PSOE du 24 avril 1997 au 14 mai 1999, et par ailleurs, élu Président du Parlement Européen du 20 juillet 2004 au 16 janvier 2007 (il fut opposé au centriste polonais Bronislaw Geremek, soutenu par François Bayrou, et au communiste français Francis Wurtz).


5. David Sassoli (63 ans), Italien, élu Président du Parlement Européen

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Journaliste et présentateur de journal télévisé, David Sassoli fut élu député européen en 2009, 2014 et 2019. Membre du Parti démocrate (centre gauche en Italie), il fut élu Président du Parlement Européen au second tour le 3 juillet 2019, grâce aux voix cumulées des groupes S&D, PPE et Renaissance Europe (ex-ADLE). Lorsque son élection fut annoncée, il est allé remercier Manfred Weber qui lui avait laissé le champ libre et qui, probablement, lui succédera en janvier 2022.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 juillet 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (7) : panorama politique continental.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Européennes 2019 (5) : les six surprises françaises du scrutin du 26 mai 2019.
Les résultats officiels des élections européennes du 26 mai 2019 en France (Ministère de l'Intérieur).
Ce que propose l’UDI pour les élections européennes de 2019.
François-Xavier Bellamy.
Nathalie Loiseau.
Marine Le Pen.
Européennes 2019 (4) : les enjeux du scrutin du 26 mai 2019.
Européennes 2019 (3) : l’Union Européenne est-elle démocratique ?
À quoi pense Nathalie Loiseau ?
La Vaine Le Pen.
Européennes 2019 (2) : enfin, la campagne commence !
Programme de la liste Renaissance (LREM) pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste Les Républicains pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste UDI pour les élections européennes de 2019.
Michel Barnier, pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Européennes 2019 (1) : la France des Douze ?
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190702-conseil-europeen.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/union-europeenne-la-victoire-216381

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/06/29/37466445.html

 

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 03:32

« La guerre (…). Je vois des ruines, de la boue, des files d’hommes fourbus, des bistrots, des bistrots où l’on se bat pour des litres de vin, des gendarmes aux aguets, des troncs d’arbre déchiquetés et des croix de bois, des croix, des croix. » (Roland Dorgelès, 1919).



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Le Traité de Versailles a été signé solennellement il y a un siècle, le 28 juin 1919. Il a mis fin à la Première Guerre mondiale et a conclu une période qui avait débuté à l’Armistice du 11 novembre 1918. Pour avoir une petite idée du temps qui a séparé le cessez-le-feu de la paix, c’est la même période que, cent ans plus tard, celle qui occupa la société française et la classe politique avec le mouvement des gilets jaunes, le grand débat et les élections européennes. Une séquence à la fois courte et longue.

En fait, la période de négociation fut un peu plus courte. En effet, la conférence de paix de Paris s’est réunie à partir du 18 janvier 1919. Elle a réuni les Alliés ainsi que les puissances vaincues. Le Président du Conseil français, Georges Clemenceau, surnommé le Père la Victoire et le Tigre, fut désigné président de la conférence (assis à sa droite, Woodrow Wilson et à sa gauche David Lloyd George). C’était justice au regard de l’histoire en l’honneur de celui qui croyait le plus en la victoire. Cette conférence a repris la tradition des longues conférences diplomatiques à l’issue d’un conflit pour fixer une nouvelle période politique internationale, comme ce fut aussi le cas avec le Congrès de Vienne, un siècle plus tôt. Cependant, le 19 février 1919, Clemenceau fut blessé lors d’un attentat (un anarchiste a tiré dix coups de revolver sur sa voiture).

Les Alliés, ceux qui décidaient, c’étaient les représentants des quatre pays vainqueurs : Clemenceau pour la France, David Lloyd George pour le Royaume-Uni, Woodrow Wilson pour les États-Unis, enfin Vittorio Orlando pour l’Italie (rappelons que l’Italie était dans le camp des vainqueurs en 1918). Le maréchal Foch et André Tardieu firent partie de la délégation française. La Russie était absente dans la mesure où elle était en pleine guerre civile, en pleine Révolution russe, et elle avait conclu une paix négociée et séparée avec l’Allemagne peu après la chute du tsar Nicolas II.

Il y avait beaucoup de "boulot" pour cette conférence de paix, la première à l’issue d’une guerre mondiale : démantèlement de l’Empire allemand, de l’Empire austro-hongrois et de l’Empire ottoman, sécurisation des frontières de la Pologne, création de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie. En cinq mois de discussions, il y a eu 1 649 réunions plénières réparties dans 52 commissions techniques pour régler les problèmes liées à l’après-guerre. Les enjeux étaient d’abord politiques, avec l’objectif d’éviter une nouvelle guerre, et économiques (comment reconstruire ? qui va payer ?).

Avec le recul que le temps nous permet, il est facile de dire que le Traité de Versailles fut l’une des causes principales de la Seconde Guerre mondiale (certainement pas la seule). En ce sens, le traité a raté son objectif premier, celui de préserver la paix, ou alors, il n’a réussi que pour une petite vingtaine d’années (et encore, ce serait sans compter les annexions agressives de l’Allemagne nazie avant 1939).

En fait, en 1919, les Français notamment étaient plutôt réticents, concernant le Traité de Versailles (même s’il a été ratifié par les parlementaires), car on considérait généralement que les Français avaient été trop "doux" avec les Allemands. En particulier, l’on reprochait que ne fût pas négociée la création d’un État tampon entre la France et l’Allemagne, le long du Rhin, qui aurait pu s’appeler la Rhénanie (la Sarre aurait pu faire cet office aussi), afin d’éloigner l’ennemi séculaire, un peu à l’instar de la création de la Belgique près d’un siècle auparavant. Aujourd’hui, on parle de l’arrogance française face aux Allemands, pour avoir humilié les vaincus, ce qui a nourri un sentiment de haine et un besoin de revanche. On est donc loin de l’état de ressentiment national de l’époque.

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Avant de préciser le fond du traité, indiquons quelques éléments sur la forme.

Le projet final de traité a été transmis aux représentants allemands le 7 mai 1919, à savoir au quatrième anniversaire du torpillage, par un sous-marin allemand U-20, au large les côtes irlandaises, du paquebot britannique Lusitania qui assurait la liaison entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Le bilan fut très lourd : 1 200 personnes sur les 2 000 passagers ont été tuées, dont 128 de nationalité américaine, ce qui a encouragé les États-Unis, jusque-là isolationnistes, à s’engager dans la guerre contre l’Allemagne (ce fut effectif  …le 6 avril 1917).

Il faut se rappeler que pendant la Première Guerre mondiale, l’Allemagne avait réussi à conquérir la maîtrise des mers (Océan atlantique, Méditerranée) grâce à ses sous-marins. Dès le 22 septembre 1914, un de leur sous-marin est parvenu à couler trois croiseurs cuirassés britanniques. Ce fut le début d’une guerre maritime sans merci, et surtout, sans loi, puisque les navires civils (marchands) furent nombreux à être coulés, l’idée étant justement de réduire le potentiel industriel des Alliés. Les statistiques sont astronomiques. Ainsi, en 1915, les sous-marins allemands ont coulé 396 navires alliés. En 1916, 964. En 1917, 2 439. En 1918, 1 035. En tout, les Allemands ont torpillé près de 5 000 navires alliés (exactement 4 837) ! (selon Martin Gilbert dans "The Routlegde Atlas of the First World War", 2002). On peut donc comprendre la raison de cette date symbolique (le 7 mai 1919).

Mais, malgré la menace d’une occupation de la Ruhr par l’armée française, le gouvernement allemand (dirigé par le Chancelier social-démocrate Philipp Scheidemann) refusa d’accepter la version définitive du traité (finalisée le 16 juin 1919 après de très petites modifications à la demande de l’Allemagne), en raison de l’humiliation infligée à l’Allemagne (une « injustice inouïe »). Finalement, le gouvernement allemand démissionna le 20 juin 1919, le social-démocrate Gustav Bauer succéda à Philipp Scheidemann et accepta finalement sous la menace le projet, et le fit adopter le 28 juin 1919 par le Reichstag par 237 voix (SPD et Zentrum) contre 138 (après un premier rejet parlementaire le 12 mai 1919). Pour rappel, le parti social-démocrate allemand (SPD) avait remporté les élections législatives du 19 janvier 1919 (quatre jours après les assassinats de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht). La majorité gouvernementale, formée de trois partis (SPD, Zentrum et DDP, à savoir les libéraux) contrôlait alors 329 sièges sur 423 au total (soit 78% du Reichstag). Rien à voir donc avec l’accord pour le Brexit rejeté trois fois par les parlementaires britanniques : le Traité de Versailles, au contraire de cet accord, avait été imposé aux Allemands, tandis que le gouvernement britannique a négocié son retrait de l’Union Européen avec les mêmes droits que les représentants de la Commission Européenne, dans une position d’égalité et pas de "vaincu".


Autre date symbolique, la date de signature officielle du traité, le 28 juin 1919 : le cinquième anniversaire de l’attentat de Sarajevo qui fut la petite étincelle qui fit exploser l’Europe. Le lieu aussi fut symbolique, la Galerie des Glaces du château de Versailles, puisque ce fut au même endroit que la proclamation de l’unité allemande et de l’Empire allemand par Bismarck le 18 janvier 1871. Mais de symbole de l’humiliation française par l’Allemagne, il est devenu symbole de l’humiliation allemande par la France, ce qui n’était guère prometteur pour la paix ultérieure. Plus tard, par la volonté de Hitler, dans le même esprit de revanche, fut signé le 22 juin 1940 l’armistice avec le futur régime de Vichy exactement là où fut signé l’armistice du 11 novembre 1918, dans un wagon-restaurant à Rethondes, dans la forêt de Compiègne.

Enfin, je termine sur le dernier élément de forme : selon la demande américaine, le Traité de Versailles fut rédigé en deux langues, le français et l’anglais, et pas seulement en une seule langue, le français, qui était pourtant la langue de la diplomatie européenne depuis le XVIIIe siècle. Plus concrètement, c’était le premier traité international qui n’était pas rédigé qu’en français depuis les Traités d’Utrecht en 1713.

Clemenceau, qui avait séjourné dans sa jeunesse, de juillet 1865 à juin 1869, aux États-Unis (où, plus tard, il reçut un accueil triomphal, du 18 novembre au 13 décembre 1922, après son retrait de la vie politique) et dont l’épouse fut américaine (marié le 20 juin 1869), avait accepté cette demande des États-Unis, sans y voir le danger d’une perte d’influence du français. Ainsi, cette puissance allait bientôt devenir politiquement hégémonique dans le monde contemporain  qui s’esquissait progressivement.

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Venons-en au fond. Il s’agissait principalement d’un traité de paix avec l’Allemagne. L’article 231 du traité, qui a humilié l’Allemagne (et qui a fait chuter le gouvernement) proclamait officiellement la responsabilité entière de l’Allemagne dans la Première Guerre mondiale : « Les gouvernements alliés et associés déclarent et l’Allemagne reconnaît que l’Allemagne et ses alliés sont responsables, pour les avoir causés, de toutes les pertes et de tous les dommages subis par les gouvernements alliés et associés et leurs nationaux en conséquence de la guerre qui leur a été imposée par l’agression de l’Allemagne et de ses alliés. ».

Cette phrase, révoltante pour les Allemands, a guidé la réflexion sur les réparations allemandes : la somme était tellement astronomique que cela correspondait à 300% du PIB de l’Allemagne en 1913, et la crise inflationniste de la fin des années 1920 a rendu impossible le versement de ces réparations qui furent réduites en 1922, puis rééchelonnées à Paris le 16 août 1924 (plan Dawes) et le 7 juin 1929 (plan Young), puis quasi-annulées lors de la conférence de Lausanne du 16 juin au 9 juillet 1932. La dette allemande fut réduite de 132 milliards de marks-or (correspondant à 47 312,1 tonnes d’or au taux de 1914, soit l’équivalent de 2 000 milliards de dollars US de nos jours) à 5 milliards de marks-or payables à partir de 1935, mais l’arrivée de Hitler a fait que cette dette ne fut entièrement payée qu’en 2010. La France ne toucha même pas 10 milliards de marks-or au lieu de 68 prévus dans le traité.

Au-delà des réparations allemandes qui firent l’objet d’autres rencontres internationales, le Traité de Versailles chercha à démanteler l’Empire allemand en faisant sortir de l’Allemagne certains territoires de populations allemandes, notamment en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Autriche, en France, en Belgique et au Danemark. Un Allemand sur dix s’est retrouvé ainsi en territoire étranger, et l’Allemagne fut amputée de 15% de sa superficie.

Parmi les pertes territoriales allemandes les plus connues, il y a eu bien sûr, dans son article 27, le retour de l’Alsace-Moselle à la France (qui avaient été annexées en 1871), la Sarre, qui devait avoir un statut spécial pendant quinze ans et dont le devenir devait être soumis à un référendum d’autodétermination (qui n’a eu lieu qu’après la Seconde Guerre mondiale), et le statut spécial de la ville de Dantzig (Gdansk) devenue ville libre, séparant la Prusse orientale du reste de l’Allemagne par une partie polonaise (le couloir de Dantzig). Par ailleurs, l’Allemagne a renoncé à ses conquêtes coloniales (Togo, Cameroun, Rwanda, Tanzanie, Burundi, Namibie, Nouvelle-Guinée allemande, Samoa allemandes, etc.), placées sous mandat de la SDN.

De plus, des mesures strictes furent imposées à l’Allemagne pour être partiellement démilitarisée : destruction et livraison de ses milliers de canons, avions, chars, navires, suppression du service militaire, limitation de l’effectif de l’armée allemande à 100 000 hommes, etc.

Enfin, placée au début du traité, fut inscrite la création de la Société des Nations (SDN), qui a vu le jour réellement le 10 janvier 1920 à Genève (elle fut dissoute le 20 avril 1946 avec la création de l’ONU). Inspirée par le Président américain Woodrow Wilson, elle ne fut paradoxalement jamais ratifiée par le Congrès américain. Les États-Unis n’en furent donc jamais un État membre.

L’Allemagne de la République de Weimar ne fut plus considérée comme un pays ennemi le jour de son adhésion à la SDN le 8 septembre 1926. Hélas, cette adhésion fut de courte durée puisque dès le 21 octobre 1933, l’Allemagne nazie s’est retirée de cette organisation internationale.

Le Traité de Versailles ne fut que le premier traité de paix d’une longue série de traités pour conclure la Première Guerre mondiale et façonner l’Europe d’entre-deux-guerres. Un "petit Traité de Versailles" fut signé le même jour que le "grand" avec la Pologne pour la reconnaissance de l’Indépendance de la Pologne et la protection de ses minorités.

Après Versailles, il y a eu le Traité de Saint-Germain-en-Laye signé le 10 septembre 1919 pour établir la paix avec l’Autriche de l’Empire austro-hongrois qui fut démembré en sept États indépendants, traité qui fut complété par le Traité de Rapallo signé le 12 novembre 1920 pour la reconnaissance des frontières de l’Italie et de la Yougoslavie.

Le Traité de Neuilly-sur-Seine signé le 27 novembre 1919 pour conclure la paix avec la Bulgarie (alliée de l’Allemagne), le Traité du Trianon signé le 4 juin 1920 avec la Hongrie (dont 30% des habitants passèrent sous domination étrangère, ce qui expliqua le rapprochement ultérieur de la Hongrie avec l’Allemagne nazie), le Traité de Sèvres signé le 10 août 1920 avec l’Empire ottoman, annulé par le Traité de Lausanne signé le 24 juillet 1923 en même temps que la fondation de la Turquie moderne le 29 octobre 1923.

Il y a eu aussi la Conférence de Spa (ancien QG de Guillaume II pendant la guerre) qu’il s’est tenue du 5 au 16 juillet 1920 pour déterminer le montant des réparations allemandes (la Belgique fut entièrement indemnisée, ce qui ne fut pas le cas de la France, voir plus haut), le Traité de Riga signé le 18 mars 1921 pour la reconnaissance des frontières entre la Russie et la Pologne, le Traité de Kars signé le 13 octobre 1921 sur les relations entre la Turquie et les républiques soviétiques transcaucasiennes, la Conférence de Cannes ajournée le 13 janvier 1922 et les Accords de Gênes signés le 19 mai 1922  pour régler divers aspects de l’après-guerre (dont la réorganisation monétaire).

On peut ajouter également le Traité de Londres signé le 6 décembre 1921 pour reconnaître l’indépendance de l’Eire (l’Irlande), les accords de Londres signés en 1922 pour réduire la dette allemande, le Traité de Rapallo signé le 16 avril 1922 pour un rapprochement entre l’Allemagne et l’Union Soviétique (deux pays alors isolés diplomatiquement), les Accords de Locarno signés le 16 octobre 1925 pour une défense mutuelle des frontières de la France, l’Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni et l’Italie, la conférence de Lausanne achevée le 9 juillet 1932 pour officialiser le quasi-renoncement des réparations allemandes par la France et le Royaume-Uni… six mois et demi avant l’arrivée de Hitler au pouvoir en Allemagne.

Le Traité de Versailles fut ratifié et applicable par tous les pays signataires le 10 janvier 1920 (à l’exception notable des États-Unis en raison de l’opposition du Sénat américain). En France, le Traité de Versailles fut ratifié le 2 octobre 1919 par la Chambre des députés (372 pour et 53 contre) et le 11 octobre 1919 par le Sénat (malgré les critiques que j’ai signalées au début de l’article, notamment sur les concessions acceptées par Clemenceau), quelques semaines avant de nouvelles élections législatives (le 16 novembre 1919) et sénatoriales (le 11 janvier 1920).

Le Traité de Versailles et les autres traités cités ont remodelé les territoires européens, en laissant dans l’humiliation certains peuples qui se sont senti amputés, en particulier les Allemands, les Hongrois, ainsi que les Ukrainiens qui n’ont pas réussi à faire prévaloir leur point de vue. La situation de l’Europe de Versailles n’a pas duré longtemps, en raison de la Seconde Guerre mondiale.

Même vainqueurs, les pays n’ont pas seulement à gagner militairement la guerre, ils doivent aussi réussir la paix, et c’est aujourd’hui sans doute le plus compliqué (voir l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, maintenant, la Syrie). Le plus important pour chercher à stabiliser le plus durablement une solution internationale, c’est que celle-ci soit admise par la totalité des peuples concernés. Cela justifie ainsi l’arbitrage d’un tiers, plutôt neutre, qui peut être un État tiers ou encore, une organisation internationale reconnue et respectée (particulièrement l’ONU) pour convaincre toutes les parties d’accepter les inévitables concessions qui feront d’un accord un bon accord, un accord durable.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 juin 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Traité de Versailles.
Rosa Luxemburg.
Le maréchal Ferdinand Foch.
Guillaume II.
Discours du Président Emmanuel Macron le 11 novembre 2018 à Paris.
10 et 11 novembre 2018 : la paix, cent ans plus tard.
Emmanuel Macron et le Vel’ d’Hiv’.
Dossiers de presse à télécharger sur les célébrations de 1918.
La Grande Guerre, cent ans plus tard.
Maréchal, vous revoilà !
Guillaume Apolinaire.
Lazare Ponticelli.
Commémoration en 1984.
Roland Garros.
Joyeux drilles.
La Première Guerre mondiale.
L’attentat de Sarajevo.
1914.
La Bataille de Verdun.
Émile Driant.
Jean Cocteau.
Charles Péguy.
Jean Jaurès.
Paul Painlevé.
"Le Président".
Joseph Caillaux.
Bismarck.
Clemenceau en 1917.
Clemenceau en 1906.
Pétain.
Nicolas II.
Les Quatorze points du Président Wilson.
Le patriotisme.
Les valeurs républicaines.
L’Europe à la Sorbonne.
L’Union Européenne, c’est la paix.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190628-traite-versailles.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-traite-de-versailles-et-le-216147

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/06/20/37443408.html


 

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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 03:08

« Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau. » (Saint-Just, le 26 février 1794).


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Les résultats des élections européennes du 26 mai 2019 en Grèce ont été un désastre électoral pour le gouvernement actuel dirigé par Alexis Tsipras (un gouvernement initialement sans aucune femme ministre !). Syriza effectivement n’a recueilli que 23,8% des voix. C'est un peu plus que le parti présidentiel en France, mais ce dernier n'a aucune opposition beaucoup plus forte que lui, capable de proposer une alternance crédible, au contraire de la situation du parti au pouvoir en Grèce.

Certes, ce n’est qu’une perte de 3 points par rapport aux précédentes élections européennes du 25 mai 2014 (Syriza n’a été créée que le 22 mai 2012), qui étaient les élections qui ont bouleversé le paysage politique grec en réduisant nettement les socialistes grecs (PASOK), qui avaient chuté de 29 points, au profit de la gauche dite "radicale" d’Alexis Tsipras (ce dernier avait même été candidat au poste de Président de la Commission Européenne en 2014).

En revanche, c’est une dégringolade de 12 points par rapport aux dernières élections législatives du 20 septembre 2015 (13 points par rapport aux élections législatives du 25 janvier 2015). Elles étaient considérées comme un test pour le gouvernement (les élections européennes étaient couplées au premier tour d’élections locales). Le Premier Ministre Alexis Tsipras a alors demandé la dissolution du Parlement, que Prokopis Pavlopoulos, Président de la République hellénique (depuis le 13 mars 2015, de la Nouvelle démocratie), a officialisée le 10 juin 2019. De nouvelles élections législatives auront donc lieu le 7 juillet 2019, avancées de trois mois et demi (elles auraient dû avoir lieu le 20 octobre 2019).

Syriza reste toujours la formation politique dominante à gauche, puisque le PASOK (dans de diverses alliances au fil des scrutins) stagne toujours en dessous de 10% des voix : 7,7% aux élections européennes du 26 mai 2019, à comparer aux 8,0% aux élections européennes du 25 mai 2014, aux 4,7% aux élections législatives du 25 janvier 2015 et aux 6,3% des élections législatives du 20 septembre 2015.

En revanche, le 26 mai 2019, ce fut la grande victoire du principal parti d’opposition, la Nouvelle démocratie, parti de centre droit qui a une longue tradition gouvernementale, avec 33,1% des voix, redevenant le premier parti de Grèce. Il n’avait eu que 22,7% des voix aux européennes de 2014 (il était alors au pouvoir), et il avait échoué aux élections législatives du 25 janvier 2015 (27,8% des voix et 76 sièges sur 300) et à celles du 20 septembre 2015 (28,1% des voix et 75 sièges sur 300), face à Syriza.

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Alexis Tsipras est devenu ainsi Premier Ministre du 26 janvier 2015 au 27 août 2015 (avec 149 sièges sur 300) et depuis le 21 septembre 2015 (avec 145 sièges sur 300). Pour atteindre la majorité absolue au Parlement, Alexis Tsipras, très étrangement, s’est coalisé avec le petit parti des Grecs indépendants qui est une scission souverainiste et anti-austérité de la Nouvelle démocratie, dirigée par Panos Kammenos nommé Ministre de la Défense (du 27 janvier 2015 au 27 août 2015 et du 23 septembre 2015 au 15 janvier 2019), parti qui avait obtenu 13 sièges (4,8% des voix) le 25 janvier 2015 et 10 sièges (3,7% des voix) le 20 septembre 2015, suffisamment pour faire l’appoint. Panos Kammenos a quitté la coalition le 13 janvier 2019 pour protester contre l’accord sur la nouvelle appellation du pays voisin, la République de Macédoine du Nord.

L’extrême droite, Aube dorée, qui était régulièrement en troisième position, a été reléguée en cinquième position, derrière les communistes (eux à 5,4% des voix), avec seulement 4,9% des voix au lieu des 9,4% des voix aux européennes de 2014, 6,3% aux législatives de janvier 2015 et 7,0% aux législatives de septembre 2015.

Le désaveu populaire du 26 mai 2019 contre le gouvernement grec est très fort puisque au-delà des européennes, la Nouvelle démocratie (ND) a remporté les mairies d’Athènes et de Thessalonique et la presque totalité des régions grecques (12 gouverneurs ND ont été élus sur un total de 13). C’est donc le constat d’échec de l’expérience de Syriza : malgré le référendum du 5 juillet 2015, le gouvernement d’Alexis Tsipras, soutenu à ses débuts par des personnalités françaises comme Jean-Luc Mélenchon (FI), Pierre Laurent (PCF) et Clémentine Autain (FI), s’est heurté au mur des réalités avec la crise de la dette souveraine abyssale qui a mis deux fois en danger la zone euro (en 2010 et en 2015).

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Depuis l’annonce des élections législatives anticipées, la Nouvelle démocratie est en tête des sondages, oscillant entre 36 et 40% d’intentions de vote, tandis que Syriza ne dépasse pas 30% d’intentions de vote (entre 25 et 30% d’intentions de vote). Il faut rappeler une particularité du mode de scrutin très compliqué (principalement à la proportionnelle intégrale, mais parfois au scrutin uninominal à un tour), c’est que 50 sièges sur les 300 au total sont réservés comme prime au parti ayant obtenu le plus de voix, la course à la première place est donc essentielle dans la stratégie de reconquête ou de conservation du pouvoir.

Le scrutin du 7 juillet 2019 a donc toutes les chances de se transformer en un duel entre Syriza et la Nouvelle démocratie, qui, avec les résultats des élections européennes et locales, a montré qu’elle avait 10 points d’avance, ce que les sondages confirment également.

Il faut remarquer aussi que la Nouvelle démocratie est présidée depuis le 10 janvier 2016 par Kyriakos Mitsotakis (51 ans), élu député depuis 2004 et Ministre de la Réforme administrative et de la gouvernance électronique du 25 juin 2013 au 26 janvier 2015 dans le gouvernement dirigé par Antonis Samaras. Kyriakos Mitsotakis fait partie de l’une des grandes familles qui sont, avec les Papandréou et les Karamanlis, de véritables dynasties républicaines (chefs de gouvernement de pères en fils).

Ainsi, Kyriakos Mitsotakis, qui est le favori pour devenir dans quelques jours le prochain Premier Ministre grec, est le fils de Konstantin Mitsotakis (1918-2017), Premier Ministre du 11 avril 1990 au 13 octobre 1993 et président de la Nouvelle démocratie de 1984 à 1993. Il est également le frère de Dora Bakoyannis, veuve d’un militant anti-dictature à l’époque des colonels qui a été assassiné le 26 septembre 1989 par un groupe terroriste d’extrême gauche ; elle fut la Ministre de la Culture de son père du 3 décembre 1992 au 13 octobre 1993, Ministre des Affaires étrangères du 15 février 2006 au 7 octobre 2009 et maire d’Athènes du 1er janvier 2003 au 14 février 2006 (élue en octobre 2002 avec plus de 60% des voix).

Dora Bakoyannis, pourtant favorite, a été battue par Antonis Samaras en décembre 2009 à la présidence de la Nouvelle démocratie (poste qui ouvrait la voie pour être désignée Premier Ministre en cas de victoire électorale). C’est le fils de cette dernière, Kostas Bakoyannis, donc le neveu de Kyriakos Mitsotakis, qui a reconquis la mairie d’Athènes le 2 juin 2019 avec une très large victoire puisqu’il a rassemblé 65,3% des voix (il avait auparavant été élu gouverneur de la région Grèce-centrale en exercice de septembre 2014 à août 2019).

Alexis Tsipras aura fait l’expérience du choc des discours et du poids des réalités. À cet égard, elle est pleine d’enseignements pour d’autres pays, notamment en France, où les discours démagogiques voire populistes font la surenchère au-delà de toute raison…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 juin 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Grèce : la défaite de l’expérience Syriza.
Les élections européennes du 26 mai 2019.
Victoria, mamie Europa.
Constantin II de Grèce.
Emmanuel Macron et la refondation de l’Europe (7 septembre 2017).
C'est Xénophon qu'on assassine !
Le plan Tsipras.
Alexis Tsipras.
Antonis Samaras.
Mauvaise Grèce ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190610-grece.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/grece-la-defaite-de-l-experience-215944

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/06/12/37423281.html



 

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20 juin 2019 4 20 /06 /juin /2019 03:13

« Le modèle européen repose sur la liberté de l’homme, la diversité des opinions, de la création. Notre liberté première est la liberté démocratique, celle de choisir nos gouvernants (…). Fondée sur la réconciliation interne, l’Union Européenne a oublié de regarder les réalités du monde. Or aucune communauté ne crée de sentiment d’appartenance si elle n’a pas des limites qu’elle protège. » (Emmanuel Macron, le 4 mars 2019).



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Après une première réunion informelle à Bruxelles le 28 mai 2019 à l’issue des élections européennes des 23 au 26 mai 2019, le Conseil Européen se réunit officiellement les 20 et 21 juin 2019 pour choisir quatre de ses principaux responsables en fin de mandat : le Président de la Commission Européenne (le poste le plus important, actuellement détenu par Jean-Claude Juncker), le Haut Représentant pour les affaires étrangères et pour la politique de sécurité (sortante Federica Mogherini), le Président du Conseil Européen (sortant Donald Tusk) et le Président du Parlement Européen (sortant Antonio Tajani). La présidence de la Banque centrale européenne (BCE) est aussi à pourvoir (le mandat de Mario Draghi s’achève) mais sera négociée ultérieurement de manière indépendante.

Aucun ne sera reconduit dans la mesure où ils ne le souhaitent pas, ou ils ont déjà fait deux mandats, ou encore, ils sont dans un parti qui a échoué dans leur propre pays. La Commission Juncker finit son mandat le 1er novembre 2019, c’est-à-dire le lendemain du dernier délai pour le Brexit. Pendant tout le mois de juillet 2019, les députés européens auront à ratifier le choix des nouveaux commissaires européens, choix fait par le Conseil Européen pour le Président et par chacun des États membres pour les autres commissaires.

Les États européens sont dirigés par des gouvernements aux courants politiques très différents, au contraire d’il y a une dizaine d’années où le centre droit était hégémonique parmi les gouvernements européens. "Le Monde" du 29 mai 2019 a ainsi noté la difficulté de ce délicat exercice de nominations : « Les leaders des six plus grands pays de l’Union Européenne sont tous de partis différents : l’Allemande est démocrate-chrétienne, le Français est "progressiste", l’Italien est d’extrême droite, l’Espagnol est socialiste, le Polonais est nationaliste, et la Britannique ne pense qu’à partir. ».

Les élections européennes des 23 au 26 mai 2019 ont été l’occasion, pour les vingt-huit États membres de l’Union Européenne, d’une sorte de remise des compteurs politiques à zéro dans le paysage politique national de chacun des pays, d’autant plus que ce fut l’occasion, pour la Belgique par exemple, des élections législatives en parallèle, ou l’amorce de nouvelles élections législatives en Grèce et en Autriche.

Je veux brosser un double panorama : d’abord, ici, le paysage politique européen, issu de ces élections européennes de 2019, et ensuite, le paysage politique national de certains pays (ultérieurement).

D’abord, peut-on vraiment parler de paysage politique européen ? À mon sens, oui. Depuis 1979 et les élections du Parlement Européen au suffrage universel direct, une véritable scène politique européenne a pris son essor indépendamment d’une simple juxtaposition des scènes nationales. Depuis 2014 et l’idée du Spitzenkandidat (voir ici), la scène politique européenne s’est affirmée et renforcée. Il n’y a pas encore de "peuple européen" (il y a des peuples européens), mais il y a déjà un paysage politique européen.

La constitution des groupes politiques au sein du Parlement Européen, qui impose un nombre minimal de nationalités pour pouvoir être créés, oblige à une harmonisation des courants politiques à l’échelle européenne. Si le centre gauche ne posait pas de problème, avec le groupe S&D qui regroupent les sociaux-démocrates et les socialistes européens, c’était déjà moins évident pour le centre droit.

Au niveau européen, le centre droit était représenté par le PPE, parti populaire européen, qui regroupe le courant démocrate-chrétien des pays européens. Si ce courant est classique dans beaucoup de pays, ce n’était pas le cas en France si ce n’est avec un parti centriste, le CDS (appartenant à l’UDF) qui était membre de l’internationale démocrate-chrétienne et donc, du PPE. Les autres membres du centre droit français se répartissaient soit au groupe ADLE (libéraux et démocrates, l’équivalent du FDP allemand), centriste (pour le Parti républicain, mais c’était aussi le groupe de Simone Veil qu’elle a même présidé), ou un groupe vaguement souverainiste regroupant le RPR (et éventuellement les conservateurs britanniques).

Cet éclatement des députés européens français au sein des groupes (au contraire des Allemands qui se répartissaient entre S&D pour le SPD et PPE pour la CDU/CSU) faisait que la France avait peu d’influence au sein du Parlement Européen malgré trois Présidents français (Simone Veil, Pierre Pflimlin et Nicole Fontaine) et une démographie imposante. Il faut ajouter aussi que le choix des candidats en France a été souvent critiquable puisque c’était soit un lot de consolation après un échec électoral, soit une récompense personnelle, soit enfin, un tremplin pour de futures fonctions nationales, en clair, rarement basé sur l’engagement européen du candidat.

Conscient de cet état des choses, au début des années 2000, en même temps que la fondation de l’UMP, l’ensemble des parlementaires européens élus sous la bannière UMP est allé s’inscrire au groupe PPE. Parallèlement, les conservateurs européens aussi sont entrés au PPE (très temporairement). Si bien que l’UDF de Français Bayrou a réagi en considérant que le PPE ne devenait qu’un syndicat conservateur et n’était plus spécifiquement composé de personnalités engagées pour la construction européenne. L’UDF a donc quitté le PPE pour rejoindre l’ADLE, parti se positionnant au centre, ce qui était plus cohérent avec le positionnement national de François Bayrou (cela a suscité d’ailleurs une polémique avec Maurice Druon qui n’était pas dépourvue d’intérêt intellectuel).

Jusqu’à maintenant, les deux principaux groupes politiques étaient le PPE et les S&D, le clivage classique droite/gauche qu’on pouvait retrouver au sein de chaque pays. Ainsi, ces deux groupes, représentant beaucoup plus que la majorité absolue (parfois les deux tiers) des députés européens, se partageaient l’ensemble des responsabilités et en particulier la Présidence du Parlement qu’ils alternaient : trente mois PPE, trente mois S&D. Cela empêchait tout autre alternance par un simple jeu de commodités politiciennes et de verrouillage partisan.

L’essor de ce paysage politique européen a rendu plus difficile l’existence sur la scène européenne de tout parti national ovni. C’est le cas de LREM créé ex nihilo par Emmanuel Macron en 2016, ne reprenant aucune tradition philosophique politique et n’absorbant aucun courant politique français déjà existant (comme les partis centristes : MoDem, Mouvement radical, UDI, etc.). C’était le défi d’Emmanuel Macron pour ces élections européennes du 26 mai 2019. L’idée était de venir en force dans le groupe centriste du Parlement Européen, à savoir le groupe ADLE, mais dont la dénomination, qu’avait acceptée François Bayrou pour y siéger, ne convenait pas à LREM, considérant que le mot "libéral" en France a une connotation (injustement) négative.

Un accord a eu lieu le 12 juin 2019 avec une nouvelle appellation de ce groupe, Renaissance Européen (en anglais Renew Europe), reprenant le titre de la liste française menée par Nathalie Loiseau. En revanche, alors qu’elle avait toutes les qualifications pour y prétendre, Nathalie Loiseau a dû renoncer le 13 juin 2019 à présider ce groupe, malgré le grand nombre de membres français, en raison de son énième gaffe politique et diplomatique (elle a fustigé imprudemment tous ses partenaires devant des journalistes, difficile après cela de rassembler).

Parallèlement, depuis une dizaine d’années, ce paysage politique européen s’est éclaté avec la montée de quatre courants : l’extrême droite, les conservateurs eurosceptiques, les écologistes et les centristes (j’appelle "centristes" ceux qui s’intègrent dans le groupe Renaissance Europe, ex-ADLE). Pour la première fois, le PPE et les S&D ne feront plus la loi à eux seuls car ils ne représentent plus, à eux deux seuls, la majorité absolue au Parlement Européen. En 2014, PPE et S&D contrôlaient 401 sièges sur 751 alors qu’en 2019, ils ne contrôlent plus que 329 sur 751. L’éclatement a donc eu lieu, mais pas comme on aurait pu le prévoir.

En effet, il est difficile de parler de tendances politiques européennes, car la composition de ce 9e Parlement Européen élu au suffrage universel direct n’est le résultat que des vingt-huit tendances politiques nationales que j’évoquerai dans un autre article. En revanche, ce que les éditorialistes et observateurs prévoyaient, c’était un Parlement Européen dominé par les eurosceptiques avec une forte représentation des partis d’extrême droite et de droite eurosceptique et souverainiste.

Or, il n’en est rien. Cette vague d’euroscepticisme n’a pas déferlé à Strasbourg ni à Bruxelles. Le léger regain de participation électorale, observable partout en Europe (là est peut-être la seule tendance européenne), n’a pas bénéficié aux deux grands partis gouvernementaux de droite ou de gauche (PPE et S&D), mais a quand même consolidé, paradoxalement, les partisans de la construction européenne.

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Si l’on essaie de cumuler les partis pro- et anti-européens et de les comparer avec les élections européennes de 2014, voici le panorama en nombre de sièges. Pro-européens : 512 sur 751 en 2014, et 513 (dont 36 députés européens britanniques) sur 751 en 2019, et surtout, anti-européens : 129 sur 751 en 2014, et 203 sur 751 en 2019, en sachant que sont intégrés 33 députés européens britanniques qui partiront après le Brexit.

Le résultat, c’est donc que les eurosceptiques, certes, ont amélioré leur représentation parlementaire, qu’ils se sont aussi mieux structurés, mais ils sont loin d’atteindre la majorité absolue des membres, ils ne représentent qu’un quart du Parlement Européen, et encore, ils sont profondément divisés, entre extrême droite et extrême gauche (peu représentée) et aussi entre extrême droite et droite populiste.

J’oserais parler d’un clivage entre l’euroscepticisme gouvernemental (qui a remporté les élections en Pologne et en Hongrie, entre autres), et l’euroscepticisme d’extrême droite (qui peut être gouvernemental comme en Italie). Ce sont deux euroscepticismes populistes, mais le populisme est très largement partagé sur tout l’échiquier politique (en France, seul François Fillon, des quatre principaux candidats à l’élection présidentielle de 2017, n’était pas un candidat populiste, les trois autres le furent à leur manière, populisme d’extrême droite, populisme d’extrême gauche, mais aussi populisme de centre, Emmanuel Macron a bâti sa campagne électorale sur l’argument anti-système, ancien monde/nouveau monde).

Ainsi, le parti conservateur qui est au pouvoir en Pologne ne veut pas s’allier avec les partis d’extrême droite de Matteo Salvini, Marine Le Pen, Heinz-Christian Strache ou même l’AfD allemande, surtout en raison de leurs relations avec la Russie. Les Polonais ont trop souffert de l’hégémonie soviétique pour accepter de regarder la Russie comme une alliée plus importante que les États-Unis dans le jeu européen. De même, les brexiters de Nigel Farage ne veulent pas se confondre avec l’extrême droite allemande.

Quant au parti de Viktor Orban, malgré son populisme, son nationalisme qui a insulté sur ses affiches Jean-Claude Juncker, pourtant le représentant européen de son parti d’affiliation, le PPE, il reste au PPE et c’est sage que le PPE l’ait accepté. Viktor Orban, qui a triomphé aux élections européennes, n’est pas d’extrême droite et il doit faire, lui aussi, avec une formation d’extrême droite qui aurait sans doute beaucoup plus d’audience électorale sans lui et ses attaques eurosceptiques.

Certes, il y a eu progression des courants eurosceptiques, mais faible progression. Si Marine Le Pen a péniblement mis un an à constituer un groupe en 2014, ce ne fut pas le cas cette année, grâce à la grande victoire de la Ligue de Matteo Salvini. Il a été facile de former un groupe qui, le 12 juin 2019, s’est appelé Identité et Démocratie comprenant la Ligue de Matteo Salvini, le RN de Marine Le Pen, le FPÖ (très sulfureux) de Heinz-Christian Strache (qui a dû démissionner à cause de l’Ibizagate, un énorme scandale qui n’a pas fini de faire des dégâts dans l’extrême droite autrichienne), et les très extrémistes AfD. En tout, ils sont 73 membres et se classent (seulement)) cinquième groupe le plus important.

Les conservateurs et réformistes européens (CRE) ont 63 sièges (un gain de 17 sièges). Les deux principaux groupes ont perdu beaucoup de sièges, mais restent encore en tête : le PPE, avec 183 sièges, a perdu 27 sièges, et S&D, avec 146 sièges, a perdu 45 sièges.

En fait, les deux gagnants du scrutin européen de 2019, ce sont les centristes de Renaissance Europe, troisième groupe, avec 106 sièges, soit un gain de 47 sièges, et les écologistes, quatrième groupe, avec 78 sièges, soit un gain de 26 sièges.

C’est pour cette raison qu’Emmanuel Macron, qui a obtenu un score honorable en France, considère que les élections européennes l’ont conforté dans son approche politique. Rompant ainsi avec le monopole PPE-S&D, Emmanuel Macron est celui qui a réussi à faire bouger les lignes européennes (le seul pour l’instant). Il peut envisager une majorité politique excluant le PPE avec S&D, RE (Renaissance Europe) et les écologistes (367 sièges sur 751, presque la majorité absolue) ou encore s’intégrer dans une large alliance PPE-S&D-RE avec ou sans les écologistes.

Dès le dîner du 28 mai 2019, Emmanuel Macron a fait accepter ses conditions pour les nominations : sur les quatre postes, la parité totale, deux femmes, et les quatre doivent être attribués à des personnalités qui ont fait de l’engagement européen leur propre démarche politique. En outre, il faut un équilibre entre Est et Ouest et entre Nord et Sud.

Pour la Présidence de la Commission Européenne, Emmanuel Macron a ainsi avancé le nom de trois personnalités : le travailliste néerlandais Frans Timmermans (58 ans), actuel premier Vice-Président de la Commission Européenne et ancien Ministre des Affaires étrangères de son pays, l’ancien Ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier (68 ans), actuel négociateur en chef du Brexit, et la centriste danoise Margrethe Vestager (51 ans), ancienne ministre danoise (Éducation, Économie et Intérieur), ancienne présidente du parti social-libéral danois, et actuelle Commissaire européenne à la Concurrence (qui a refusé le 6 février 2019 la fusion entre Alstom et Siemens). Cette commissaire, qui parle couramment le français et passe ses vacances sur l’île d’Oléron, est régulièrement appelée par la presse "la Dame de fer face aux GAFA" ou "la femme qui fait trembler Google". Sa désignation renforcerait assurément l’existence politique et l’incarnation politique de l’Union Européenne.

Certaines rumeurs évoquaient avant les élections européennes de la possible nomination de la Chancelière allemande Angela Merkel comme Présidente du Conseil Européen (succédant à Donald Tusk). Cela aurait l’avantage de nommer une femme d’expérience à la compétence incontestable même si l’antigermanisme primaire observé fréquemment en France pourrait faire grincer des dents, et aurait pu faciliter la situation politique en Allemagne en permettant un retrait en douceur d’Angela Merkel. Aujourd’hui, après le très mauvais score de son parti, la CDU, son héritière Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK), après à peine six mois à la tête de la CDU, est déjà très contestée et le maintien d’Angela Merkel préserverait sans doute le mieux la stabilité politique du pays.

Les dirigeants européens auront encore un peu de temps pour se déterminer. Ce qui est sûr, c’est que la vague d’euroscepticisme annoncée avant le scrutin européen aura peu d’effet dévastateur à l’intérieur du Parlement Européen. Mais l’éclatement du paysage politique européen promet encore de belles négociations pendant ces cinq prochaines années.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 juin 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Européennes 2019 (7) : panorama politique continental.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Européennes 2019 (5) : les six surprises françaises du scrutin du 26 mai 2019.
Les résultats officiels des élections européennes du 26 mai 2019 en France (Ministère de l'Intérieur).
Ce que propose l’UDI pour les élections européennes de 2019.
François-Xavier Bellamy.
Nathalie Loiseau.
Marine Le Pen.
Européennes 2019 (4) : les enjeux du scrutin du 26 mai 2019.
Européennes 2019 (3) : l’Union Européenne est-elle démocratique ?
À quoi pense Nathalie Loiseau ?
La Vaine Le Pen.
Européennes 2019 (2) : enfin, la campagne commence !
Programme de la liste Renaissance (LREM) pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste Les Républicains pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste UDI pour les élections européennes de 2019.
Michel Barnier, pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Européennes 2019 (1) : la France des Douze ?
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190526-europeennes-f.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/europeennes-2019-6-le-paysage-216014

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18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 05:08

« (…)
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,

Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,
La pâle mort mêlait les sombres bataillons. »
(Victor Hugo, 1853).



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Curieux épilogue de l’alliance gouvernementale entre le centre droit et l’extrême droite en Autriche. Le jeune Chancelier autrichien Sebastian Kurz (centre droit) a largement gagné les élections européennes du 26 mai 2019, avec 34,6% des voix en faveur de son parti, l’ÖVP (soit près de 8 points supplémentaires par rapport aux précédentes élections européennes du 25 mai 2014, et plus de 3 points supplémentaires par rapport aux élections législatives du 15 octobre 2017), et "en même temps", son gouvernement a été renversé le lendemain, le 27 mai 2019, par une coalition des oppositions après le dépôt d'une motion de censure par le petit parti écologiste JETZ.

Les conséquences immédiates furent la dissolution du Conseil National (la chambre basse autrichienne) et le départ de Sebastian Kurz du pouvoir le 28 mai 2019, laissant la place à son Ministre des Finances, Hartwig Löger, nommé Vice-Chancelier le 22 mai 2019, et devenu Chancelier par intérim pendant quelques jours.

Le Président de la République (écologiste) Alexander Van der Bellen a ensuite chargé le 30 mai 2019 la juriste Brigitte Bierlein de former un gouvernement apolitique de technocrates jusqu’aux nouvelles élections législatives qui ont été fixées le 29 septembre 2019 (initialement prévues en principe en octobre 2022). Nommée officiellement Chancelière le 3 juin 2019 (la première femme de toute l’histoire autrichienne à diriger un gouvernement), Brigitte Bierlein était Vice-Présidente de la Cour Constitutionnelle autrichienne du 1er janvier 2003 au 22 février 2018 puis, depuis cette date, Présidente de la Cour constitutionnelle autrichienne, fonction qu’elle aurait dû quitter prochainement pour cause de limite d’âge.

La coalition gouvernementale (dite noire-bleue) entre l’ÖVP (centre droit) et le FPÖ (extrême droite) a été conclue à la suite des élections législatives du 15 octobre 2017. L’accord a eu lieu le 15 décembre 2017 et le gouvernement de Sebastian Kurz a été formé le 18 décembre 2017. Les deux formations disposaient de 113 députés sur 183 au total, constituant ainsi une majorité solide (62 députés ÖVP et 51 députés FPÖ).

Dans le gouvernement Kurz, 5 membres du FPÖ furent nommés ministres, dont le président du FPÖ depuis le 23 avril 2005, Heinz-Christian Strache, Vice-Chancelier et Ministre de la Fonction publique et des Sports. Le FPÖ détenait, en outre, les portefeuilles du Travail, de la Santé, de l’Intérieur, de la Défense nationale, des Transports, de l’Innovation et de la Technologie.

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Ce n’était pas la première fois que le FPÖ était une composante d’une coalition gouvernementale : sous le gouvernement de Wolgang Schüssel (du 4 février 2000 au 11 janvier 2007), l’ÖVP s’était déjà coalisé avec le FPÖ (malgré les nombreuses protestations de ses partenaires européens), et encore bien avant, le FPÖ avait fait partie d’une coalition avec les sociaux-démocrates SPÖ (centre gauche) sous le gouvernement de Fred Sinowatz (du 24 mai 1983 au 16 juin 1986).

Si la coalition n’a pas tenu un an et demi, c’était à cause du scandale (Ibizagate) qui s’est déclenché avec la diffusion d’une vidéo le 17 mai 2019, quelques jours avant le scrutin européen : piégé par un journaliste allemand, Heinz-Christian Strache a été pris en "flagrant délit" de collusion en 2017 en exprimant sa volonté de négocier avec un oligarque russe pour se faire financer son parti de manière occulte et racheter un quotidien autrichien en échange d’obtention de contrats publics. Atteint de plein fouet par ce scandale mettant sérieusement en cause le patriotisme du leader d’extrême droite et son intégrité pécuniaire, Heinz-Christian Strache a démissionné du gouvernement le lendemain, le 18 mai 2019, et a démissionné de la présidence du FPÖ le surlendemain, le 19 mai 2019.

Constatant la rupture de la coalition, Sebastian Kurz a annoncé des élections législatives anticipées dès le 18 mai 2019. Les députés du SPÖ ont fait pression sur lui pour que les autres ministres FPÖ quittassent également le gouvernement, puisque c’était leur parti qui était en cause et pas seulement son chef. Le 20 mai 2019, Sebastian Kurz remplaça alors le Ministre de l’Intérieur Herbert Kickl (qui fut l’auteur de beaucoup de discours controversés de Jörg Haider). Son limogeage a conduit les autres ministres FPÖ à démissionner également (le même jour).

Quelques jours plus tard, Sebastian Kurz fut soutenu par le peuple autrichien, confirmé comme représentant de la première formation politique du pays, avec plus d’un tiers de l’électorat, et favori pour les élections législatives anticipées. Cependant, la rupture de la coalition a amené les députés FPÖ à se joindre aux députés SPÖ et écologistes pour renverser le gouvernement dès le lendemain, laissant place à un gouvernement minoritaire pour gérer les affaires courantes jusqu’aux élections.

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Dans les premiers sondages, l’ÖVP de Sebastian Kurz s’envole, frôlant même les 40%. C’est clair que le vote de la motion de censure le 27 mai 2019, par une coalition étrange d’extrême droite et de sociaux-démocrates, a interrogé beaucoup de leurs électeurs respectifs. Dans ces mêmes sondages, le FPÖ et le SPÖ sont en chute libre, tandis que les Vers, qui, divisés, avaient subi une grave défaite aux précédentes élections législatives de 2017, sembleraient redevenir une valeur refuge (entre 7 et 10%).

Aux élections européennes du 26 mai 2019, le SPÖ a obtenu 23,9% des voix, soit 3 points de moins qu’aux législatives de 2017, le FPÖ s’est effondré à 17,2% des voix (au lieu de 26,0% en 2017), tandis que les Verts ont atteint 14,1% des voix (à comparer aux 3,8% de 2017).

Comme on le voit, il est difficile de donner des enseignements électoraux généraux en Europe, chaque pays garde sa propre particularité en politique intérieure. Alors que l’élection présidentielle autrichienne des 24 avril 2016 et 22 mai 2016 avait éliminé les deux partis gouvernementaux traditionnels (ÖVP et SPÖ) au profit d’un clivage entre le FPÖ et les écologistes, à l’avantage des derniers, les élections législatives du 15 octobre 2017 avaient remis en tête l’ÖVP et le SPÖ. Aujourd’hui, c’est bien le parti du chef du gouvernement qui est largement en tête et qui va probablement gagner les prochaines élections législatives.

Contrairement à ce qui pourrait se dire dans d’autres pays, la coalition avec l’extrême droite s’est faite au détriment de cette dernière (rappelons d’ailleurs que le FPÖ fait partie du groupe constitué par Marine Le Pen et Matteo Salvini au Parlement Européen, bonjour la probité !), et que le centre droit de type "parti populaire" a parfois encore de l’avenir électoral. En Autriche en tout cas.

L’injustice parlementaire produite par une conjonction des contraires a toutes les chances d’être réparée dans les urnes dans trois mois. L’irresponsabilité de l’extrême droite et des sociaux-démocrates est sans doute le meilleur atout électoral de Sebastian Kurz qui, cependant, pourrait difficilement prétendre à gouverner seul : après la coalition noire-bleue, les Autrichiens s’achemineraient-ils vers une coalition noire-verte avec les Verts en roue de secours ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 juin 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Autriche : Sebastian Kurz joue à qui gagne perd !
Les élections européennes du 26 mai 2019.
Sebastian Kurz.
Alexander Van der Bellen.
Élections législatives autrichiennes du 15 octobre 2017.
Élection présidentielle autrichienne des 24 avril et 22 mai 2016.
Élections législatives allemandes du 24 septembre 2017.
Les dangers de la proportionnelle.
Jörg Haider.
Séisme politique : 30% pour l’extrême droite (8 octobre 2008).
Kurt Waldheim.
Viktor Orban.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190527-autriche.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/autriche-sebastian-kurz-joue-a-qui-215934

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14 juin 2019 5 14 /06 /juin /2019 03:58

« Osmose (du grec ôsmos, poussée). Transfert du solvant d’une solution diluée vers une solution concentrée au travers d’une membrane dite permsélective. » (Dictionnaire Larousse).


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Incontestablement, Matteo Salvini est devenu en un an l’homme fort de l’Italie. Qu’on le regrette (c’est mon cas) ou que l’on s’en réjouisse, c’est un fait. Les élections européennes du 26 mai 2019 ont même dépassé les espoirs du leader de l’extrême droite italienne qui n’hésite plus à citer Mussolini. Comment les Italiens en sont-ils arrivés là ? Simplement par la libre compétition politique : celui qui prend le mieux le leadership de la parole politique gagne (ce n’est évidemment pas une particularité italienne, c’est une banalité générale pour la vie politique et les élections).

Lorsque Silvio Berlusconi, conscient du large discrédit du centre gauche du Président du Conseil Matteo Renzi, a décidé de faire alliance avec la Lega de Matteo Salvini pour les élections législatives du 4 mars 2018, il comptait revenir au pouvoir, malgré son grand âge (plus de 82 ans !), par un nouveau rebondissement de l’histoire politique. Son objectif était de verrouiller sa victoire face à une gauche chancelante et face un parti ovni puissant, le Mouvement 5 étoiles (M5S), et pour cela, il avait mis le paquet en faisant une coalition de centre droit avec quatre partis dont les deux principaux sont son parti d’origine Forza Italia et l’ancienne Ligue du Nord devenue la Ligue (Lega).

Malgré les propos souvent extrémistes de la Ligue, une telle coalition de droite n’était pas nouvelle et Silvio Berlusconi a déjà gouverné avec non seulement la Ligue du Nord d’Umberto Bossi mais aussi avec le descendant du parti mussolinien (le Mouvement social italien), devenu l’Alliance nationale de Gianfranco Fini, et qui a vaguement évolué en Frère d’Italie (FdI), composante de la coalition de Silvio Berlusconi en 2018. À l’époque (années 1990 et 2000), c’était ce dernier parti, l’Alliance nationale, qui était l’alter ego du FN français, au point de l’imiter jusqu’à sa flamme dans le logo. La Ligue du Nord n’était alors qu’une formation régionaliste. Ce fut Matteo Salvini qui a nationalisé la Ligue pour augmenter son potentiel électoral (objectif largement atteint).

Les résultats des élections législatives du 4 mars 2018 ne furent pas à la mesure des attentes de Silvio Berlusconi : non seulement aucune des trois coalitions possibles (centre droit, centre gauche autour du Parti démocrate, M5S) n’était en mesure d’avoir le soutien d’une majorité parlementaire, mais à l’intérieur de sa propre coalition, la plus importante numériquement (265 sièges sur 630), Silvio Berlusconi en a perdu le leadership, Forza Italia n’ayant recueilli que 14,0% des voix (et 104 sièges) tandis que la Ligue a eu 17,4% des voix (et 125 sièges).

Le résultat était décevant pour Forza Italia qui stagnait au score très bas de sa défaite lors des précédentes élections législatives des 24 et 25 février 2013, où il avait recueilli 21,6% des voix et 98 sièges sur 630. En revanche, ce fut une nette progression pour la Ligue qui n’avait eu que 4,1% des voix et 18 sièges en 2013. Pensant utiliser la Ligue pour son retour au pouvoir, Silvio Berlusconi a trouvé plus malin que lui. Pire : Matteo Salvin, le leader de la Ligue, a préféré rompre l’alliance avec Silvio Berlusconi en 2018 pour prendre le pouvoir dans une majorité improbable avec le M5S de Luigi Di Maio. Matteo Salvini a réussi à faire, avec sa "petite" Ligue face au "géant" Forza Italia ce que François Mitterrand a réussi à faire en France avec le "petit" PS face au "géant" PCF dans les années 1970, à savoir, une absorption électorale.

Mais Matteo Salvini, dont l’ambition pour le pouvoir est connue, ne s’en est pas arrêté là, puisqu’il a abandonné Forza Italia pour le (nouveau) "géant" Mouvement 5 étoiles. Le M5S est un ovni dans la vie politique italienne, il est très difficile de le situer sur l’échiquier politique. Certains l’ont mis à gauche, d’autres parmi les populistes, certains europhobes, d’autres europhiles. Après la Chambre à la majorité introuvable des élections de mars 2018, et malgré la forte volonté du centre gauche, complètement discrédité par cinq années de pouvoir, de faire une cure d’opposition, j’avais imaginé une alliance entre lui (centre gauche) et le M5S dans un programme social et européen. La suite m’a donné tort puisque ce fut une alliance improbable et surtout déséquilibrée entre une Ligue, un tiers, et un M5S qui représente les deux tiers de cette nouvelle majorité qui a été constituée et qui représente elle, 352 sièges sur 630.

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Le M5S est un parti puissant depuis plusieurs élections. Aux élections législatives de 2013, le M5S a recueilli 25,6% des voix et 109 sièges (il n’était pas présent en avril 2008 car créé seulement en 2009). Aux élections législatives de mars 2018, il a obtenu 32,7% (presque 11 millions d’électeurs !) et 227 sièges. Lorsque l’alliance Lega-M5S s’est construite, Luigi Di Maio était en position de force face à Matteo Salvini, mais ce dernier a refusé fermement que le premier prît la Présidence du Conseil. Ce fut un apolitique, plutôt proche du M5S, complètement inconnu de la classe politique, Giuseppe Conte, qui a pris la tête du gouvernement le 1er juin 2018, il y a un an. Le Président du Conseil fut encadré par deux Vice-Présidents du Conseil poids lourds politiques, Luigi Di Maio, Ministre du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales, et Matteo Salvini, Ministre de l’Intérieur.

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À l’évidence, Luigi Di Maio, malgré son poids parlementaire deux fois plus important, ne fait pas le poids face à Matteo Salvini. Une question de personnalité ? de position politique ? Les deux probablement. Toujours est-il que Matteo Salvini a réussi à faire avec Luigi Di Maio la même chose qu’il a faite l’année précédente avec Silvio Berlusconi : une aspiration efficace des voix.

En effet, le scrutin européen du 26 mai 2019 a inversé complètement le poids électoral respectif des deux partis de la majorité. La Ligue de Matteo Salvini fut en effet la grande gagnante avec 34,3% des voix (9,2 millions d’électeurs !), remportant 29 sièges sur 73, soit 24 de plus qu’en mai 2014 (il a multiplié presque par six le nombre de ses élus !). En revanche, le M5S de Luigi Di Maio a chuté à 17,1% des voix et perdu 3 sièges avec 14 élus. Le rapport de forces s’est donc diamétralement inversé par rapport aux élections législatives de mars 2018 : le 1/3 – 2/3 est passé à 2/3 – 1/3 à l’avantage de Matteo Salvini. C’était certes prévisible avec les sondages, c’est désormais un fait électoral.

Si les partis ex-gouvernementaux (Forza Italia et Parti démocrate) ont énormément chuté au scrutin européen de 2019 par rapport à celui de 2014, il est intéressant de comparer leurs résultats aux élections législatives de 2018 : avec seulement 8,8% (la moitié de 2014), Forza Italia (conduit par Silvio Berlusconi, qui a été ainsi élu député européen à la fin duquel il aura presque 88 ans) a continué à chuter par rapport à 2018 (14,0%). En revanche, le Parti démocrate (centre gauche), lui aussi réduit de moitié par rapport à son audience de 2014, a augmenté sa situation de 2018 : avec 22,8% des voix (et 19 sièges sur 73), il a amélioré de 4 points par rapport à 2018, et surtout, il se positionne aujourd’hui comme le deuxième parti d’Italie et comme la seule force de gouvernement crédible pour s’opposer aux forces populistes. Il est donc des renaissances possibles (avis aux amateurs).

Matteo Salvini non seulement a triomphé en Italie mais aussi en Europe puisqu’il a pris le leadership du groupe Identité et démocratie qu’il vient de former ce 12 juin 2019 au sein du Parlement Européen avec notamment Marine Le Pen du RN, les Allemands de l’AfD et les Autrichiens du FPÖ. En effet, ce n’est pas un député européen français RN qui en a pris la présidence mais Marco Zanni (Ligue). Nicolas Bay (RN), lui, n’est que l’un des deux vice-présidents (avec Marine Le Pen, bonjour l’influence de la France en Europe, même chez les populistes !).

Avec ce nouveau rapport de forces, et des sondages toujours très flatteurs, il est compréhensible que Matteo Salvini ne veuille pas attendre jusqu’en mai 2023 pour organiser de nouvelles élections législatives. Son objectif est qu’elles aient lieu le plus rapidement possible pour qu’il puisse devenir le prochain Président du Conseil. Ce n’est donc pas étonnant que la majorité entre les deux partis du gouvernement multiplient les accrocs. Certes, Matteo Salvini a encore besoin du Mouvement 5 étoiles (car sans lui, pas de majorité envisageable pour la Ligue) mais les différends s’expriment désormais de plus en plus ouvertement.

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Les divergences, qui ont une origine programmatique très forte (le M5S veut dépenser plus, la Ligue veut baisser les impôts) ont amené le Président du Conseil Giuseppe Conte lui-même à s’énerver et à menacer de démissionner (et faire éclater la coalition) si les deux camps ne cherchaient pas un minimum de cohésion. C’était en tout cas le contenu de la déclaration de Giuseppe Conte le 3 juin 2019 : « Je demande à chacune des deux forces politiques de faire un choix et de me dire si elles ont l’intention d’honorer encore le contrat de gouvernement (…). Si les comportements ne changent pas, je remettrai mon mandat dans les mains du Président de la République. ». Précisons que personne n’imaginait que cet attelage baroque allait durer plus d’un an, qui plus est dirigé par un novice en politique.

Dès le lendemain, 4 juin 2019, les deux partenaires dissipés de la coalition gouvernementale, ont fait amende honorable. Matteo Salvini : « Nous irons tous de l’avant si nous tenons parole, nous n’avons pas de temps à perdre. ». Luigi Di Maio : « Allons de l’avant avec loyauté et cohésion, nous n’avons pas d’autre alternative. ».

Malgré cette forte popularité de Matteo Salvini, la situation économique et financière de l’Italie est catastrophique depuis un an : chute de la croissance, et augmentation forte de la dette publique, au point que la Commission Européenne est sur le point de lancer une procédure de sanction pour déficit excessif contre l’un des pays industriels les plus importants de la zone euro (avec l’Allemagne et la France).

Matteo Salvini s’en moque un peu, il est convaincu que son heure est pour bientôt…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 juin 2019)
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Pour aller plus loin :
Salvini, le double Mitterrand italien ?
Les élections européennes du 26 mai 2019.
Léonard de Vinci.
Giulio Andreotti.
Ennio Morricone.
Les Accords de Munich.
Une collusion tacite des secours humanitaires avec les passeurs criminels ?
Le radeau Aquarius.
Sueurs froides à l’italienne.
L’Italie en pleine dérive ?
Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
Luciano Pavarotti.
Lino Ventura.
Concini.
Antonio Tajani.
Carlo Ciampi.
Silvio Berlusconi.
Umberto Eco.
Virginia Raggi.
La révolution institutionnelle italienne.
Renzusconi franchit le Rubicon.
Enrico Letta, un nouveau visage en Europe.
Habemus Lettam (29 avril 2013).
Discours d’Enrico Letta du 26 octobre 2013 à Paris.
Giorgio Napolitano.
Le compromis historique.
Aldo Moro.
Erasmus.
L’Europe, c’est la paix.
L’Europe des Vingt-huit.
Mario Draghi.
Tournant historique pour l’euro.

_yartiItalie2019D01



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6 juin 2019 4 06 /06 /juin /2019 03:13

« Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront… »
(Rudyard Kipling, 1910, traduit par André Maurois, 1918).


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Moins de trois ans à la tête du gouvernement britannique, mais quelques jours de plus que Gordon Brown (2007-2010). La Premier Ministre Theresa May a jeté l’éponge le vendredi 24 mai 2019, au lendemain des élections européennes au Royaume-Uni. Les résultats n’étaient pas encore connus et ils furent catastrophiques pour le parti qu’elle dirige depuis le 11 juillet 2016. Concrètement, c’était avec une profonde émotion, la larme aux yeux, qu’elle a annoncé qu’elle démissionnerait le 7 juin 2019 de la direction du parti conservateur qui aurait jusqu’au 20 juillet 2019 pour lui choisir un successeur. En attendant, elle reste pour gérer les affaires courantes, mais il semble qu’elle n’a jamais fait que cela depuis le 13 juillet 2016, gérer les affaires courantes.

Une émotion qu’on a pu retrouver le 2 juin 2019 dans le journal de 20 heures sur TF1 quand Laurent Wauquiez a annoncé, lui aussi, qu’il démissionnait de la présidence de LR. La comparaison ne s’arrête pas là puisque les deux partis se sont effondrés aux élections européennes (atteignant à peu près la même audience électorale, autour de 8-9%).

La catastrophe électorale, pour Theresa May, le plus dur, ce n’était pas dans le mot "catastrophe" mais dans l’adjectif "électorale". Jamais personne au Royaume-Uni n’aurait imaginé que les citoyens britanniques auraient été encore appelés à élire 70 députés européens britanniques alors que 17,4 millions d’électeurs (soit 51,9%) avaient exprimé leur volonté de quitter l’Union Européenne le 23 juin 2016.

Il est assez facile de rappeler que Theresa May, dont l’accession au pouvoir n’avait qu’un seul but, préparer son pays au Brexit, a échoué sur toute la ligne. Certes, elle a réussi à négocier un accord avec Bruxelles (sous la direction du Français Michel Barnier), un accord très isolationniste mais approuvé par les 27 autres États membres au Conseil Européen du 25 novembre 2018, mais le problème, c’est qu’elle a été incapable de le faire approuver par les députés et en particulier par les députés de sa propre majorité. Trois fois, ce fut un échec : 432 contre et 202 pour, le 15 janvier 2019 ; 391 contre et 242 pour, le 12 mars 2019 ; enfin, 344 contre et 286 pour, le 29 mars 2019. Chaque fois, le score de pro-accord est monté, mais insuffisamment par rapport à la somme des opposants (ceux qui ont refusé l’accord étaient des partisans du "no deal" ou des opposants au Brexit).

La Chambre des Communes a été particulièrement en dessous de tout intérêt général dans cette affaire. Les travaillistes dirigés par Jeremy Corbyn étaient très divisés, entre les anti-Brexit, les partisans d’un Brexit plus doux que Theresa May ne le voudrait, les partisans d’un second référendum… tandis que les conservateurs étaient encore plus divisés, entre les partisans d’un hard Brexit (en fait, un "hard hard" Brexit, c’est-à-dire sans accord, ce qui serait une catastrophe juridique et économique majeure, voir plus loin), les partisans de l’accord de Theresa May, les partisans d’un second référendum, les anti-Brexit. Pendant six mois, aucune solution n’a pas être adoptée par les députés britanniques, abusant de la patience de l’Union Européenne qui a été accaparée depuis trois ans par cette affaire au lieu de réaliser de nouveaux projets.

Au fait, qu’en pense réellement Theresa May ? C’est là tout le mystère. Elle fut très discrètement opposée au Brexit pendant la campagne référendaire mais elle fut la première partisane de la concrétisation du Brexit avec le zèle de la fraîchement convertie. Son intransigeance se situait en fait plutôt sur le principe démocratique très louable qu’on ne doit pas renier le résultat d’un référendum et qu’il faut donc suivre ce que le peuple a exprimé.

L’ennui, c’est qu’elle a adopté une très mauvaise stratégie pour arriver au Brexit. Elle a négocié directement avec la Commission Européenne sans consulter sa propre majorité et ce fut seulement après avoir obtenu un accord qu’elle a commencé à négocier avec sa majorité (sans succès). Elle aurait dû faire l’inverse, savoir quelles étaient les limites admissibles qui auraient une majorité prête à voter un accord et négocier avec Bruxelles avec ce guide national. Formellement, elle a pris son temps et a lancé la procédure du Brexit le 29 mars 2017, ce qui aurait dû aboutir à la réalité du Brexit le 29 mars 2019. Après avoir été repoussée au 12 avril 2019, la date ultime de sortie du Royaume-Uni a été repoussée au 31 octobre 2019.

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Ce ne fut que le 6 mai 2019 que Theresa May a dû accepter le principe qu’en absence de majorité pour décider du Brexit, elle devait organiser de nouvelles élections européennes, ce qui est un peu surréaliste mais nécessaire puisque le Royaume-Uni est toujours membre à part entière de l’Union Européenne. Une issue envisageable dès le 15 janvier 2019, à partir du moment où aucune majorité n’était clairement identifiable pour adopter la manière de quitter l’Union Européenne.

Le député européen Nigel Farage, chef de l’UKIP, qui avait été satisfait du résultat du référendum de 2016, a repris du service en fondant le 20 janvier 2019 le Parti du Brexit, partisan du Brexit immédiat sans accord. Les résultats des élections européennes du 23 mai 2019 sont une grande victoire pour lui puisqu’il est arrivé en tête avec 30,5% des suffrages exprimés. Il faut cependant noter que s’il a recueilli 5,2 millions d’électeurs, c’est très loin, en absolu, des résultats du référendum (17,4 millions d’électeurs brexiters). Ce fut néanmoins un excellent résultat qui lui a permis de remporter 29 sièges sur les 70 réservés au Royaume-Uni.

Ce qui a été notable, ce fut l’effondrement des deux principaux partis de gouvernement qui ont joué l’irresponsabilité aux Communes. Le Labour (parti travailliste) s’est écroulé avec 13,7% des voix, perdant la moitié des députés sortants (10 sièges), au bénéfice d’un Parti Vert (Green Party of England and Wales) qui a frôlé le score des travaillistes avec 11,8% des voix (7 sièges, soit un gain de 4 par rapport à 2014). Il faut rappeler qu’aux dernières élections législatives, le 8 juin 2017, les travaillistes avaient obtenu 40,0% des voix. Ces élections européennes ont donc été clairement un désaveu contre son chef, Jeremy Corbyn, dont la position sur le Brexit manquait, pour le moins, d’être claire et comprise.

Mais l’échec le plus grand est venu des conservateurs. Alors qu’aux élections législatives du 8 juin 2017, Theresa May avait remporté 42,4% des voix, le 23 mai 2019, les conservateurs ont littéralement implosé avec seulement 8,8%, perdant plus des trois quarts de leurs sièges sortants (4 élus au lieu de 19). Seulement 1,5 million d’électeurs britanniques se sont déplacés pour choisir une liste du parti conservateur. La position des conservateurs britanniques se retrouve ainsi dans le même paysage éclaté que Les Républicains en France.

Comme la nature a horreur du vide, les voix sont allées ailleurs. À gauche, vers les écologistes, donc, mais pas seulement, et à droite, elles sont allées vers le parti du Brexit, mais pas seulement. En dehors du parti du Brexit, ceux qui ont beaucoup gagné à ce scrutin du 23 mai 2019, ce furent aussi les libéraux démocrates qui ont rassemblé 18,6% des  voix (devenant le deuxième parti du Royaume-Uni), passant de 1 siège à 16 sièges ! Malgré une participation faible de 37,0% des inscrits (au lieu de 68,7 lors des élections législatives du 8 juin 2017), les libéraux démocrates ont recueilli près de 1 million d’électeurs de plus qu’en 2017 : 3,4 millions en 2019 au lieu de 2,4 millions en 2017 (correspondant alors à 7,4% des voix).

Sur ce scrutin européen au Royaume-Uni, je veux faire une dernière remarque : la participation (bien qu’en hausse) reste très faible (en gros, un tiers de l’électorat) et dans ce tiers, un tiers encore a choisi le parti du Brexit. On aurait pu imaginer que les opposants au Brexit (ils étaient quand même 16,4 millions d’électeurs en 2016) se seraient mobilisés massivement pour soutenir l’Europe. Ce ne fut absolument pas le cas. Avis aux partisans du second référendum.

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Cette défaite en forme de déconfiture a ainsi obligé Theresa May, qui avait su faire preuve d’une incroyable résilience malgré les oppositions internes et externes (en trois ans, de très nombreux ministres ont démissionné, et pas des moindres), de jeter l’éponge. Pour un pays pourtant connu pour son traditionnel bipartisme, ce sont de nouveaux clivages qui s’inaugurent, du reste, comme en France depuis 2017.

Elle avait pourtant résisté à une tentative de révolution de palais le 12 décembre 2018 à l’initiative de 48 députés britanniques : seulement 117 les ont suivis contre 200 qui ont soutenu Theresa May qui leur avait préalablement promis qu’elle ne provoquerait pas des élections législatives anticipées  et qu’elle ne conduirait pas le parti conservateur aux prochaines élections prévues en 2022. Cette victoire interne lui avait donné en principe une année de tranquillité sur son sort (les députés de la majorité ne pouvant pas défier de nouveau la Premier Ministre avant un an).

En raison des résultats calamiteux de leur parti, les députés britanniques n’ont aucun intérêt à anticiper aujourd’hui de nouvelles élections législatives avant leur échéance régulière (juin 2022). La configuration électorale pourrait laminer les deux grands partis présents actuellement aux Communes.

Quant au Brexit, ces élections européennes n’ont rien résolu. Un second référendum paraît maintenant nécessaire pour départager les multiples points de vue tous minoritaires au Parlement. N’hésitant pas à mettre les pieds dans le plat, lors de sa visite officielle à Londres le 3 juin 2019, en prélude de sa participation aux commémorations du 75e anniversaire du Débarquement, le Président américain Donald Trump, ne craignant aucune ingérence politique, a encouragé les parlementaires à voter pour un Brexit sans accord (no deal) afin de fonder une nouvelle union commerciale avec les États-Unis « une fois que le Royaume-Uni se sera débarrassé de ses chaînes ».

Le no-deal serait catastrophique pour les Britanniques à court terme, et pas seulement pour des raisons économiques et commerciales extérieures. Même du point de vue de son économie intérieure. En effet, depuis 1972, de nombreuses réglementations ont été "sous-traitées" par la réglementation européenne. Ainsi, telle agence européenne donne son accord pour la commercialisation de tel médicament. Même sans vouloir exporter un nouveau médicament fabriqué au Royaume-Uni, ce dernier devra d’abord recréer une agence nationale équivalente pour pouvoir donner les nouvelles autorisations de mise sur le marché. Près de cinquante ans d’histoire juridique commune aux Européens sont donc à réécrire en droit national pour éviter toute paralysie de l’économie. C’est en cela que l’accord négocié par Theresa May paraît la solution minimaliste pour pouvoir continuer à tourner rond dans tous les domaines de l’économie. Mais la raison peut-elle l’emporter pour un sujet si passionnel ?

Qui sera le successeur de Theresa May ? Donald Trump a déjà sa réponse avec son quasi-double (coiffure et franc-parler compris) : Boris Johnson, ancien maire de Londres (on comprend pourquoi Donald Trump a attaqué sévèrement l’actuel maire de Londres en arrivant dans la capitale britannique), leader des brexiters du parti conservateur et Ministre des Affaires étrangères de Theresa May du 13 juillet 2016 au 9 juillet 2018. Mais Boris Johnson est loin de rassembler une majorité des députés conservateurs, seulement 42 députés sont actuellement derrière lui (sur les 313 députés qui devraient participer au vote).

La chance de Boris Johnson est sans doute la grande division des "autres" postulants, car en face de lui, ils sont dix concurrents, dont Michael Gove (ancien Ministre de l’Éducation et ancien Ministre de la Justice et actuel Ministre de l’Environnement), Jeremy Hunt (l’actuel Ministre des Affaires étrangères, ancien Ministre de la Culture et ancien Ministre de la Santé), Sajid Javid (actuel Ministre de l’Intérieur) et Dominic Raab (ancien Ministre du Brexit qui a démissionné le 15 novembre 2018, quand l’accord a été trouvé).

La tâche du successeur de Theresa May ne sera pas plus facile que maintenant. La profonde division de la classe politique sur les modalités du Brexit rend incertain jusqu’à son principe, et cela malgré le référendum de 2016. La faute n’en incombe pas à l’Union Européenne qui a tout fait pour rendre plus facile la ratification de l’accord, mais à l’irresponsabilité des deux grands partis qui viennent de prendre un sérieux blâme de la part de leurs électeurs respectifs.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 juin 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Theresa May : Game over.
La reine Victoria.
Peter Higgs.
Texte voté à la Chambre des Communes le 31 mars 2019 (traduction en français).
Brexit : vote parlementaire surprise pour un 2e référendum le 26 mai.
Brexit : chronologie inachevée d’un chaos annoncé.
Michael Heseltine.
Les élections législatives britanniques du 8 juin 2017.
L’attentat de Manchester du 22 mai 2017.
Theresa May nommée Premier Ministre le 13 juillet 2016.
Peuple et populismes.
Intervention de Bruno Le Maire sur le Brexit le 28 juin 2016.
Le Brexit en débat chez les députés français.
L’Europe n’est pas un marché.
L’Union Européenne, élément majeur de stabilité mondiale.
Terre brûlée ?
Brexitquake.
Boris Johnson.
To Brexit or not to Brexit ?
L’émigration irlandaise.
L’euro.
Le conflit syrien.
Les réfugiés syriens.
La construction européenne.
Jo Cox.
David Cameron.
Margaret Thatcher.
Les Accords de Munich.
Les 70 ans d’Israël.
La partition des Indes.
Karl Marx.
Jane Austen.
William Shakespeare.
David Bohm.
Stephen Hawking.
Alfie Evans, tragédie humaine.
Charlie Chaplin.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Philip Mountbatten.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
Élisabeth II.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !

_yartiMayTheresaD04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190524-theresa-may.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/theresa-may-game-over-215674

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Mois record : juin 2007
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