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27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 03:24

« Le vainqueur, c’est celui qui peut, un quart d’heure de plus que l’adversaire, croire qu’il n’est pas vaincu. Voilà ma maxime de gouvernement. » (Georges Clemenceau, discours du 8 mars 1918 devant l’hémicycle).


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Les élections européennes du 26 mai 2019 ont été particulières pour de nombreuses raisons en France : une campagne très courte (deux semaines) avec des interférences nombreuses (gilets jaunes, grand débat, incendie de Notre-Dame-de-Paris, situation dramatique de Vincent Lambert, etc.). À cela s’ajoute un très grand nombre de listes, trente-quatre, un record en France, mais en Allemagne, il y en a eu quarante et une.

Comme dans la plupart des scrutins européens, il y a eu des surprises ce dimanche 26 mai 2019 (les résultats complets ici). Quand on parle de surprises, c’est à comprendre par rapport aux sondages qui ont été publiés dans les derniers jours. Les différences ne proviennent d’ailleurs pas forcément d’une mauvaise analyse des instituts de sondage (qui, tous, donnent des tendances similaires), mais plutôt de la grande indécision d’un grand nombre d’électeurs qui, au tout dernier moment, choisissent. Plus d’un électeur sur dix se disait d’ailleurs indécis dans les derniers sondages. J’ai tenu un bureau de vote dimanche et j’ai vu des électeurs regarder, pensifs sinon sidérés, longtemps, les différentes listes sur les tables, revenir à l’une puis à l’autre, etc. Pour ceux-là, le choix n’avait apparemment pas été fait avant de franchir le seuil du bureau de vote.


Première surprise : le regain de participation

La première surprise qui est une excellente surprise : au contraire de toutes les prédictions, au contraire des raisons qui auraient pu expliquer une forte abstention, comme la fête des mères (le nombre de procurations ne semblait pas supérieur à la normale, si bien que des familles ont pu quitter leur commune pour aller visiter loin un parent), la participation a été très forte. Je dis "très forte" par rapport à un scrutin européen, car elle reste encore faible dans l’absolu : 50,12% des inscrits. Cela fait près de 8 points de plus qu’aux précédentes élections européennes du 25 mai 2014. Il faut remonter aux élections européennes du 12 juin 1994 pour retrouver une meilleure participation (52,76%).

C’est une bonne nouvelle pour la démocratie et pour l’Europe. L’Europe mobilise ! Les trente-quatre listes pouvaient paradoxalement rebuter mais cette offre électorale très diversifiée pouvait aussi élargir le champ du possible chez les électeurs indécis.

Autre élément intéressant à observer, il n’y a eu que 2,32% de votes blancs, ce qui est très faible. Cela confirme que la grande diversité de l’offre électorale était reconnue et que le principe même de la règle du jeu, doter de députés une institution européenne était majoritairement admis. Les Français, en ce sens, ont toujours été attachés à leur appartenance à l’Union Européenne, malgré toutes les propagandes voulant faire croire le contraire.


Deuxième surprise : le faible écart entre la liste RN et la liste Renaissance

Depuis quinze jours, les sondages donnaient la liste du RN largement gagnante par rapport à la liste Renaissance de Nathalie Loiseau. Le resserrement très fort constaté entre des deux listes montre qu’entre les deux, il n’y a pas vraiment de gagnant et plutôt que des perdants.

La liste RN a réussi à arriver en première position avec 23,31% des suffrages exprimés, et en ce sens, c’est une victoire symbolique sur le Président Emmanuel Macron que nul ne peut contester puisque les deux avaient placé ce critère comme gage de réussite ou de défaite. Cependant, il faut vraiment relativiser cette "victoire" dans l’élection reine (puisqu’à la proportionnelle) du FN/RN, car ce score est relativement faible. Comme en 2014, les sondages ont surestimé l’audience réelle du RN.

En effet, le RN a perdu presque deux points par rapport au précédent scrutin. Ce n’est donc pas pour lui un résultat satisfaisant. Pire, il a même perdu deux sièges par rapport à 2014.

Je précise, pour bien expliquer, que lorsque j’évoque le nombre de sièges, je le ferai de deux manières différentes : quand je fais des comparaisons avec le scrutin de 2014, je les fais en prenant comme base le nombre total de sièges attribués à la France de 74 (ce qui était le cas en 2014, et ce qui est le cas en 2019 jusqu’à l’application concrète du Brexit). C’est la seule possibilité pour comparer des choses comparables. En revanche, considérant que la situation du maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne est provisoire, j’évoquerai le nombre de sièges dans l’absolu en considérant le total à 79, c’est-à-dire quand le Brexit aura eu lieu. Ce choix est également pertinent, puisque ces 79 députés européens auront été effectivement élus le 26 mai 2019.

La liste Renaissance est arrivée en deuxième position avec 22,41% des voix, ce qui est une défaite symbolique pour Emmanuel Macron, Édouard Philippe et plus généralement toute la majorité. Cependant, il faut là aussi relativiser. Il n’y a eu que 200 000 voix de différence avec la liste RN, ce qui est très faible à l’échelle nationale (moins d’un point d’écart). Non seulement l’écart en voix est faible, mais l’écart en nombre sièges est nul : chaque liste a obtenu 23 sièges pour  l’après-Brexit. C’est donc d’un ex-aequo qu’il s’agit plutôt que d’une  victoire et d’une défaite, ou alors, comme je l’ai indiqué plus haut, d’une double défaite, du RN car faible audience (relativement à l’attente en 2019, relativement au scrutin de 2014) et de LREM car arrivé en deuxième position.

C’est pour cette raison qu’il n’y aurait pas à prévoir un changement de gouvernement, malgré les sueurs froides de 18 heures quand les premières estimations donnaient un rapport 24% pour RN et 19% pour Renaissance (auquel cas, cela aurait été un effondrement du parti présidentiel).

Par ailleurs, au même titre qu’il y a toujours eu des surprises aux élections européennes, ces surprises n’ont jamais eu de conséquences sur la vie politique nationale future et sur les élections nationales ultérieures. Ni Bernard Tapie (1994), ni Philippe de Villiers (1994), ni Charles Pasqua (1999), ni Daniel Cohn-Bendit (2009), ni même Marine Le Pen (2014) n’ont obtenu, dans une élection présidentielle qui a suivi, un score équivalent à leurs belles performances aux élections européennes, certains n’ayant d’ailleurs même pas réussi à se présenter à l’élection présidentielle en question.

Cela reste que le résultat de la liste Renaissance n’est pas brillant et que cela impose à Emmanuel Macron de faire preuve d’une réelle "humilité" (le mot a été lâché par Édouard Philippe pendant la soirée électorale). On ne cherche pas à provoquer impunément le peuple. Il faut au contraire le ménager, agir en fédérateur et pas en polariseur. Ce que n’avait pas compris non plus Nicolas Sarkozy.

Un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen ne peut pas résumer à lui seul la vie politique actuelle dans la mesure où aucun des deux ne représente même un quart de l’électorat et les deux ne représentent pas même la moitié des suffrages exprimés. Pour pouvoir être majoritaires dans un second tour d’élections nationales, (présidentielle, législatives), les deux devront donc avoir une alliance avec d’autres partis pour établir une majorité. C’est l’avantage actuel de la position centrale d’Emmanuel Macron plus susceptible d’avoir des réserves de voix que Marine Le Pen, mais l’avantage est ténu, tant l’idée qu’un jour Marine Le Pen puisse être majoritaire fait son chemin. C’est ce jeu dangereux qu’Emmanuel Macron doit stopper.

C’est ainsi que peut s’analyser l’arrogance d’Emmanuel Macron : se croire autosuffisant dans sa majorité. Or, le seul nom d’Emmanuel Macron n’est plus suffisant pour rassembler les Français. C’est la grande différence avec le printemps 2017 : maintenant, Emmanuel Macron est au pouvoir et depuis une vingtaine d’années, c’est un handicap électoral plus qu’un avantage. Un gouvernant sortant se retrouve toujours en confrontation avec les mécontents de toutes sortes.

En quoi l’autosuffisance d’Emmanuel Macron est-elle finie ? D’une part, il semble assez évident que le choix de la tête de liste Renaissance a été une erreur grave de casting. Emmanuel Macron pensait sans doute que cela n’avait pas d’importance, c’est une erreur : une campagne électorale sert à cela, et la tête de liste est importante. De plus, Emmanuel Macron ne pouvait pas accompagner Nathalie Loiseau dans les meetings électoraux au contraire de Marine Le Pen dans les meetings de Jordan Bardella.

D’autre part, la stratégie électorale n’a pas été correctement établie. La liste Renaissance, si elle a pu rassembler des formations centristes (le MoDem, le Mouvement radical, et Agir), elle n’a pas su rassembler également l’UDI dont la position européenne était très proche de celle de LREM (et les élus UDI auraient adhéré au même groupe au Parlement Européen). Or, l’absence de l’UDI au sein de la liste Renaissance a coûté probablement sa victoire symbolique face à la liste RN : en effet, en additionnant la liste Renaissance et la liste UDI de Jean-Christophe Lagarde, on obtient 24,91%, ce qui aurait dépassé la liste RN.

Certes, on pourrait aussi rapprocher les voix de Jordan Bardella, de celles de Nicolas Dupont-Aignan, Florian Philippot et François Asselineau, ce qui, ici, ferait plus que Renaissane+UDI, à savoir 28,64%, mais à la différence de LREM-UDI, ces quatre partis ne seront probablement jamais unis lors d’une élection présidentielle, précisément pour des problèmes d’ego (chacun des petits candidats de l’ultradroite voulant gérer sa propre petite boutique électorale). Ce qui n’est pas le cas de l’UDI (j’y reviens plus loin).

Ce qui n’est en revanche pas une surprise mais une confirmation, c’est que le paysage politique est désormais durablement recomposé autour de deux grands pôles, le RN et LREM même s’ils ne sont pas autosuffisants à eux seuls. En ce sens, aucune majorité capable d’avoir les moyens électoraux de gouverner ne pourrait se passer de l’un de ces deux pôles. Cela signifie aussi que la capacité du RN à arriver au pouvoir est loin d’être nulle. Au-delà des deux défaites de court terme de ces deux listes, c’est une double victoire de long terme tant pour Emmanuel Macron que pour Marine Le Pen : le monde politique ne pourra tourner qu’autour d’eux.


Troisième surprise : l’envolée électorale de Europe Écologie

C’est la véritable surprise du chef : personne n’avait imaginé que la liste écologiste menée par Yannick Jadot arriverait à la troisième position, aidée par le vent européen favorable, remportant 13 sièges, et cela malgré la figure peu charismatique de la tête de liste. Il est vrai que 13,47% n’est pas non plus une consécration pour les écologistes, on peut même imaginer que la liste EELV aurait obtenu plus de voix encore avec un leader plus attractif, comme Daniel Cohn-Bendit qui avait rassemblé 20,86% des électeurs le 7 juin 2009 en Île-de-France (les listes EELV avaient obtenu 16,28% à l’échelle nationale), certes avec le taux d’abstention record pour ces élections.

Dans tous les cas, c’est une surprise inespérée pour les écologistes français profondément divisés dans de nombreux partis, entre doctrinaires quasi-totalitaires et opportunistes franchement arrivistes. Cela signifie que le "label" EELV fonctionne encore bien, au même titre que les marques Le Pen ou Macron. Il signifie quelque chose, et sans doute que les électeurs qui ont voulu d’abord exprimé leur attention voire leur inquiétude pour l’écologie se sont dit que le meilleur moyen de l’exprimer, c’était de choisir pour "la" liste écologiste. Du reste, la liste Urgence écologie menée par Dominique Bourg et mise en place par Delphine Batho et Antoine Waechter, malgré sa très faible publicité, a quand même recueilli 1,82%, ce qui, parmi les très petites listes, n’est pas négligeable (elle a empêché la liste EELV d’atteindre 15%).

Certains ont analysé cette bonne performance par l’apport d’électeurs de LREM qui ont voulu montrer leurs préoccupations écologiques. Je pense qu’on peut trouver aussi un surcroît d’électeurs écologistes parmi les électeurs potentiels de Jean-Luc Mélenchon. Car à force de vouloir mettre le thème de l’écologie comme thème de campagne, la logique veut que cela favorise le parti écologiste par excellence, au même titre que le fait de mettre la lutte contre l’immigration comme thème de campagne entraîne un avantage considérable pour le parti anti-immigrationniste par excellence, à savoir le RN.

Là aussi, la stratégie d’Emmanuel Macron de placer en numéro deux de la liste Renaissance l’ancien ministre écologiste Pascal Canfin et de réunir son premier Conseil de défense écologique trois jours avant le scrutin, s’est retournée contre lui.


Quatrième surprise : l’effondrement de la liste Les Républicains

En ne rassemblant que 8,48% des voix, la liste LR menée par François-Xavier Bellamy s’est effondrée. Pourtant, la campagne dynamique et très personnelle et courtoise de la tête de liste (qui, à mon sens, garde cependant un grand avenir personnel dans le jeu politique national) avait fait grimper sa liste dans les sondages jusque vers 13-15% en avril 2019.

C’est la première fois que l’existence même de LR dans le paysage politique est mise en cause, une question que se pose notamment l’ancien ministre Éric Woerth ce lundi 27 mai 2019. Cet effondrement peut avoir des causes extérieures à la propre campagne de LR à ces élections, en particulier dans l’hystérisation du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen qui a particulièrement touché les électeurs LR sommés de choisir entre l’un ou l’autre dans une optique (stupide ici car c’est un scrutin à un tour) de "vote utile".

Dès 2012, j’ai imaginé ce risque que courait l’UMP/LR de se retrouver en position d’un parti centriste entre un FN/RN imposant et (à l’époque, je n’avais pas imaginé la survenue de LREM) un pôle de centre gauche européen de type Matteo Renzi. Cette position centriste (et pas centrale), fort inconfortable, paradoxalement, semble destinée à un arroseur arrosé (l’UMP avait souvent été portée à la condescendance pour les partis centristes, UDF, MoDem, UDI, etc.). Voilà donc ce parti pris dans le piège tendu par le RN et LREM.


C’est une grosse surprise car la question était de savoir si LR pouvait atteindre 15% ou pas, or, il est bien en deçà de 10%, ce qui est un désastre électoral majeur pour LR. Et cet effondrement a des raisons d’être durable : l’absence de leaders encore en capacité d’avenir dans ce parti est fatale. Le leadership de Laurent Wauquiez va être contesté mais en l’absence de leader de rechange (du reste, comme en décembre 2017), cette contestation sera probablement molle et sans conséquence.

On voit quand même poindre un nouveau leader. Sur BFM-TV dès le 26 mai 2019, le nouveau député européen (élu de justesse, 7e sur 8 élus) Geoffroy Didier a déjà lancé un appel pour sortir LR d’une position conservatrice qui lui serait fatale dans les prochaines années, en proposant une plus grande ouverture sociétale.


Cinquième surprise : l’effondrement de la liste France insoumise

On pensait que la liste menée par Manon Aubry (qui n’a pas démérité auprès des militants de l’ultragauche) était en compétition avec la liste écologiste et finalement, elle se retrouve au même niveau que la liste socialiste de Raphaël Glucksmann. La liste FI n’a en effet obtenu que 6,31% des voix et seulement 6 sièges.

C’est une sévère défaite pour Jean-Luc Mélenchon qu’on ne peut expliquer que par le contresens total qu’il a fait dans son analyse sur la crise des gilets jaunes alors que ce mouvement serait plus proche du poujadisme que du grand soir. Passer de 19% à 6% en deux ans, c’est montrer aussi une incapacité à tenir durablement un mouvement. C’est, selon moi, une excellente chose que l’hypothèque Mélenchon soit ainsi levée : l’imposture a été comprise par les électeurs. On ne peut pas faire campagne contre le système et avoir été soi-même pendant quarante ans l’un des représentants les plus profiteurs de ce système.


Sixième surprise : la résistance de la liste socialiste

Atteignant à peu près le même niveau que la liste FI, la liste PS menée par Raphaël Glucksmann a, lui, permis un petit répit avant la mort définitive du Parti socialiste, avec 6,19% des voix et 6 sièges. Les sondages avaient placé cette liste dans les dernières semaines en dessous du seuil de 5% permettant d’avoir des élus. Ses électeurs fidèles ont voulu faire de l’acharnement thérapeutique sur le PS en lui conservant le score de l’élection présidentielle, de quoi réjouir les éléphants du PS qui ont fait le forcing tardivement pour sauver ce parti en déliquescence (Martine Aubry, François Hollande, Lionel Jospin, etc.).

Cela ne signifie cependant pas un avenir rose pour le parti de la rose. La concurrence avec LREM et FI reste forte et la boutique électorale de Benoît Hamon n’est pas négligeable, avec 3,27% des voix. Au même titre que le RN a obtenu une victoire symbolique en se plaçant en première place, le PS a sauvé l’honneur en dépassant le seuil de 5% et en obtenant des élus.

On peut cependant être assuré qu’avec l’effondrement de LR et la confirmation de l’effondrement du PS engagé dès 2017, le paysage politique ne se clivera plus entre LR et PS dans un avenir proche et aussi probablement lointain.

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La liste UDI menée par Jean-Christophe Lagarde

En recueillant 2,50% (plus que le PCF !), la liste UDI a obtenu un résultat honorable même si elle n’a pas franchi le seuil pour obtenir des sièges. Sa campagne fut dynamique et surtout, ses propositions européennes originales et créatives. C’est ce qu’a exprimé dès le 26 mai 2019 son directeur de campagne, le sénateur Olivier Henno : « Ce soir, nous sommes partagés entre le sentiment de déception et celui de fierté. (…) Les graines que nous avons collectivement plantées inaugurent des récoltes fécondes aux municipales en 2020, aux départementales en 2021 et aux présidentielle et législatives de 2022. ».

Toutefois, je reste persuadé que la stratégie isolationniste de l’UDI est suicidaire dans le contexte politique actuel : l’alliance avec LREM paraît d’autant plus évidente et sage que leurs préoccupations européennes sont communes.


La gauche orpheline

Le total gauche de ce scrutin reste très faible : 19,04% ! 32,51% si l’on prend en compte la liste EELV, ce qui reste toujours très faible. Incontestablement, le corps électoral a déplacé l’échiquier politique vers la droite.

Du reste, d’autres listes d’ultragauche sont aussi des espèces en voie de disparition : la liste PCF menée par Ian Brossat n’a obtenu que 2,49%, ce qui prouve que même dans un scrutin proportionnel, les communistes ne peuvent plus avoir de sièges sans alliance avec d’autres partis, et la liste LO menée par Nathalie Arthaud a obtenu le très faible score de 0,78%.

Comme l’avait imaginé François Bayrou dès 1995, lorsqu’il avait renommé le CDS en "Force démocrate" puis en 2007 MoDem ("Mouvement démocrate") pour faire "Parti démocrate" au sens américain du terme, face à des "républicains" qu’était l’UMP (devenue ensuite, justement, "Les Républicains"), c’est bien un parti centriste (LREM) qui se retrouve en position de gauche (progressiste) face à un parti de droite, en fait, d’ultradroite, le RN (François Bayrou n’avait alors pas imaginé la disparition de l’UMP).

Il sera très difficile aux deux anciens partis gouvernementaux, LR et le PS, de rompre ce nouveau clivage. Seuls, les écologistes pourraient le faire en proposant une autre alternative (pro- ou anti-lutte contre le changement climatique).


Les autres petites listes

Les "petites listes", odieusement appelées ainsi parce qu’elles compteraient pour du beurre (ce qui est le cas dans la répartition des sièges à pourvoir), ont cependant fait globalement un peu moins de 20% des suffrages exprimés, ce qui n’est pas négligeable et explique en partie les faibles scores réalisés par les "grandes listes", tous partis confondus.

Cela reste du domaine anecdotique, mais il est intéressant de fouiner quelques données à ce sujet. Par exemple, sans doute resteront-il présents dans le débat public parce qu’il ont besoin de vivre de leur écho médiatique, mais politiquement, du moins, électoralement, on peut affirmer sans l’ombre d’un doute que Nicolas Dupont-Aignan (avec 3,51% au lieu des 8% annoncés dans certains sondages de novembre 2018) et Florian Philippot (un misérable 0,65% !) ne compteront plus dans le paysage politique si jamais ils ont compté un jour.

Quant à elle, la force politique de François Asselineau est en plein essor : sa liste est parvenue à franchir le seuil des 1%, avec 1,17% ! C’est deux fois moins que le Parti animaliste (2,17%) mais c’est mieux qu’à la présidentielle de 2017. Encore un effort et la France entière votera pour cet énarque et ancien collaborateur de Charles Pasqua.

D’ailleurs, à ce propos, il est rassurant de remarquer que les partisans de la sortie de la France de l’Union Européenne ne représentent que 1,82% des suffrages exprimés (liste Philippot et liste Asselineai). Cela montre au moins la grande lucidité des électeurs français.

Parmi les autres microlistes, citons deux listes de gilets jaunes qui ont confirmé leur inexistence politique : la liste Alliance jaune menée par Francis Lalanne, déjà habitué aux gifles électorales, n’a obtenu que 0,54% et celle de Christophe Chalençon est placée en avant-avant-dernière position avec 0,0094% ! J’ai dû prendre les troisième et quatrième décimales pour la comparer à l’avant-dernière liste, celle de la Ligne claire, menée par Renaud Camus, qui a obtenu encore moins, seulement 0,0083%. Enfin, la liste royaliste (Alliance royale) a obtenu 0,0150% des voix, celle du Parti pirate 0,14% (dix fois plus) et celle de l’Union des démocrates musulmans français 0,13%.

J’évoquerai dans un autre article les résultats de ces élections européennes à l’échelle européenne et leurs conséquences sur le fonctionnement du Parlement Européen.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mai 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Européennes 2019 (5) : les six surprises françaises du scrutin du 26 mai 2019.
Les résultats officiels des élections européennes du 26 mai 2019 en France (Ministère de l'Intérieur).
Ce que propose l’UDI pour les élections européennes de 2019.
François-Xavier Bellamy.
Nathalie Loiseau.
Marine Le Pen.
Européennes 2019 (4) : les enjeux du scrutin du 26 mai 2019.
Européennes 2019 (3) : l’Union Européenne est-elle démocratique ?
À quoi pense Nathalie Loiseau ?
La Vaine Le Pen.
Européennes 2019 (2) : enfin, la campagne commence !
Programme de la liste Renaissance (LREM) pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste Les Républicains pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste UDI pour les élections européennes de 2019.
Michel Barnier, pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Européennes 2019 (1) : la France des Douze ?
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190526-europeennes-e.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/europeennes-2019-5-les-six-215444

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/05/16/37340594.html


 

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26 mai 2019 7 26 /05 /mai /2019 19:20

La France a voté comme les autres pays européens pour les élections européennes ce dimanche 26 mai 2019.
 

  Nombre % des inscrits % des votants
Inscrits 47 344 735    
Abstentions 23 613 483 49,88  
Votants 23 731 252 50,12  
Blancs 551 235 1,16 2,32
Nuls 525 793 1,11 2,22
Exprimés 22 654 224 47,85 95,46

Liste

Voix

% des exprimés

Sièges après sortie du Royaume-Uni

Sièges avant sortie du Royaume-Uni
PRENEZ LE POUVOIR - M. BARDELLA Jordan 5 281 576 23,31 23 22
RENAISSANCE - Mme LOISEAU Nathalie 5 076 363 22,41 23 21
EUROPE ECOLOGIE - M. JADOT Yannick 3 052 406 13,47 13 12
UNION DROITE-CENTRE - M. BELLAMY François-Xavier 1 920 530 8,48 8 8
LA FRANCE INSOUMISE - Mme AUBRY Manon 1 428 386 6,31 6 6
ENVIE D'EUROPE - M. GLUCKSMANN Raphaël 1 401 978 6,19 6 5
DEBOUT LA FRANCE - M. DUPONT-AIGNAN Nicolas 794 953 3,51 0 0
LISTE CITOYENNE - M. HAMON Benoît 741 212 3,27 0 0
LES EUROPEENS - M. LAGARDE Jean-Christophe 566 746 2,50 0 0
POUR L'EUROPE DES GENS - M. BROSSAT Ian 564 717 2,49 0 0
PARTI ANIMALISTE - Mme THOUY Hélène 490 570 2,17 0 0
URGENCE ECOLOGIE - M. BOURG Dominique 411 793 1,82 0 0
ENSEMBLE POUR LE FREXIT - M. ASSELINEAU François 265 957 1,17 0 0
LUTTE OUVRIERE - Mme ARTHAUD Nathalie 176 434 0,78 0 0
ENSEMBLE PATRIOTES - M. PHILIPPOT Florian 147 044 0,65 0 0
ALLIANCE JAUNE - M. LALANNE Francis 122 573 0,54 0 0
LES OUBLIES DE L'EUROPE - M. BIDOU Olivier 51 404 0,23 0 0
PARTI PIRATE - Mme MARIE Florie 31 684 0,14 0 0
EUROPE AU SERVICE DES PEUPLES - M. AZERGUI Nagib 28 447 0,13 0 0
ESPERANTO - M. DIEUMEGARD Pierre 18 567 0,08 0 0
PARTI FED. EUROPEEN - M. GERNIGON Yves 12 581 0,06 0 0
A VOIX EGALES - Mme TOMASINI Nathalie 11 604 0,05 0 0
DECROISSANCE 2019 - Mme DELFEL Thérèse 10 479 0,05 0 0
ALLONS ENFANTS - Mme CAILLAUD Sophie 8 203 0,04 0 0
PACE - M. ALEXANDRE Audric 6 875 0,03 0 0
INITIATIVE CITOYENNE - M. HELGEN Gilles 6 267 0,03 0 0
UDLEF - M. PERSON Christian Luc 5 016 0,02 0 0
LISTE DE LA RECONQUÊTE - M. VAUCLIN Vincent 4 835 0,02 0 0
DÉMOCRATIE REPRESENTATIVE - M. TRAORÉ Hamada 3 462 0,02 0 0
UNE FRANCE ROYALE - M. DE PREVOISIN Robert 3 393 0,01 0 0
NEUTRE ET ACTIF - Mme CORBET Cathy Denise Ginette 2 694 0,01 0 0
EVOLUTION CITOYENNE - M. CHALENÇON Christophe 2 120 0,01 0 0
LA LIGNE CLAIRE - M. CAMUS Renaud 1 897 0,01 0 0
REVOLUTIONNAIRE - M. SANCHEZ Antonio 1 458 0,01 0 0


Conformément à la décision du Conseil Européen du 28 juin 2018 et à la loi 2019-487 du 22 mai 2019, les cinq derniers candidats élus entreront en fonction lors du retrait effectif du Royaume-Uni de l’Union européenne.


Source : Ministère de l'Intérieur (France).


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190526-europeennes-e.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190520-francois-xavier-bellamy.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190326-nathalie-loiseau.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190518-marine-le-pen.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190523-europeennes-d.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190520-europeennes-c.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190513-europeennes-b.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190412-michel-barnier.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180912-juncker.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190404-europeennes-a.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171129-scrutin-europeennes.html


SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190526-resultats-europeennes.html

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24 mai 2019 5 24 /05 /mai /2019 03:00

« Je ne peux (…) pas être un spectateur, mais un acteur de cette élection européenne qui est la plus importante depuis 1979 parce que l’Union est face à un risque existentiel. Si, en tant que chef de l’État, je laisse se disloquer l’Europe qui a construit la paix, qui a apporté de la prospérité, j’aurai une responsabilité devant l’Histoire. Le Président français n’est pas un chef de parti, mais il est normal qu’il s’implique dans des choix fondamentaux. (…) Est ennemi de l’Europe celui qui ne croit pas en son avenir. Les nationalistes, qui veulent la diviser, sont ses premiers ennemis. Je suis un patriote français, donc européen. Et je vois pour la première fois une connivence entre les nationalistes et des intérêts étrangers, dont l’objectif est le démantèlement de l’Europe. (…) On ne peut être que troublé. » (Emmanuel Macron, le 20 mai 2019).



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Les Britanniques (malgré la procédure du Brexit en cours) et les Néerlandais ont voté le jeudi 23 mai 2019 et les autres peuples européens votent ce dimanche 26 mai 2019. Essayons de définir quelques enjeux de ce scrutin, enjeux à la fois européens et nationaux. Sur les enjeux nationaux, je resterai seulement en France, car les problématiques des autres pays peuvent être très différentes (au Royaume-Uni, c’est l’enlisement d’un Brexit sans arrêt rejeté par les députés britanniques qui va motiver les électeurs, en Espagne, il y a aussi des élections municipales importantes, en Belgique, des élections législatives et régionales, aussi des régionales en Allemagne et Italie, un référendum en Roumanie, etc.).


Enjeux européens

La première conséquence des élections européennes, et par ailleurs, leur seul objectif, c’est d’envoyer des députés européens au Parlement Européen. Par conséquent, il est important de comprendre comment le Parlement Européen fonctionne et comment les groupes politiques se sont organisés. Emmanuel Macron sera étranger au fonctionnement de cette institution, tout comme Marine Le Pen.

L’enjeu, c’est de comprendre qui a le pouvoir dans cette matrice à deux dimensions, la dimension de la tendance politique et la dimension des nationalités, en sachant que certaines nations sont plus influentes que d’autres en raison de leur démographie et donc du nombre de sièges dont elles disposent.

Depuis plusieurs décennies, les deux principaux groupes politiques s’entendent dans le cadre de compromis, pour tout décider : les démocrates-chrétiens du PPE (centre droit) et les sociaux-démocrates du groupe S&D incluant les socialistes et les travaillistes (gauche). Pour le coup, la traduction européenne de la critique d’une "UMPS" est valable. Ainsi, ces deux groupes se répartissent l’ensemble des postes importants dont la Présidence du Parlement Européen qu’ils font alterner.

Le PPE est principalement dominé par les députés européens allemands en raison du nombre (score de la CDU/CSU en Allemagne et nombre de sièges pour l’Allemagne). Selon les projections, le PPE resterait probablement le principal groupe politique, même s’il serait moins important qu’en 2014. Jean-Claude Juncker, Président sortant de la Commission Européenne, est issu du PPE. Mais le parti du Premier Ministre hongrois Viktor Orban aussi, ce qui peut créer quelques problèmes et frictions (lors d’élections nationales, le parti de Viktor Orban avait fustigé Jean-Claude Juncker sur ses affiches, ce qui avait fait réagir le concerné). Viktor Orban, dont le maintien au sein du PPE est soutenu par Nicolas Sarkozy, est juste mis à l’écart du PPE avant les élections européennes, sans en être exclu, et sa force électorale devrait le faire réintégrer discrètement après les élections. Cette stratégie, certes très opportuniste, a cependant un but essentiel : ne pas jeter Viktor Orban dans les bras des Matteo Salvini et Marine Le Pen, alors qu’ils sont idéologiquement très différents. La gauche française a trop tendance à mettre toutes les droites dures avec l’extrême droite, c’est à mon sens une erreur stratégique majeure.

Les S&D sont en perte de vitesse. En Allemagne, l’effondrement du SPD au profit des écologistes, la quasi-disparition des socialistes français, entre autres, font que ce groupe va perdre beaucoup de sièges. Cependant, là aussi, il a des chances de rester le deuxième groupe du Parlement Européen en raison d’un renouveau socialiste en Espagne avec la victoire législative très récente du Premier Ministre espagnol Pedro Sanchez et surtout, du maintien des Britanniques dans le nouveau Parlement Européen, ce qui fera un apport non négligeable des députés travaillistes.

La troisième place sera probablement disputée entre les écologistes (en Allemagne, ils vont probablement arriver au pouvoir, mais en France, ils sont en panne sèche), et le groupe centriste ALDE (les démocrates libéraux). Le parti du Président français Emmanuel Macron, LREM, a refusé d’adhérer au parti ALDE mais tous les élus de la liste Renaissance devraient s’inscrire au groupe ALDE, ce qui renforcerait l’influence de la France dans ce groupe.

Ensuite, les autres groupes vont se répartir à gauche des sociaux-démocrates et à droite des démocrates-chrétiens. Probablement que les élus de FI vont rejoindre ceux de Die Linke qui a encore une bonne base électorale en Allemagne.

Tous les regards se portent sur les partis populistes et nationalistes et évidemment, ceux-ci, antieuropéens, vont gagner beaucoup de sièges à ce scrutin. Rien qu’au Royaume-Uni, les candidats de l’UKIP ont une forte probabilité de faire leur entrée à Strasbourg avec un grand bataillon (les sondages vont de 30 à 40% des voix, au détriment essentiellement des conservateurs qui n’ont pas su éviter ces élections et rendre concret le Brexit). En France, il n’est pas sûr qu’il y aurait plus de députés du FN/RN qu’en mai 2014 (ce sera l’un des critères de succès ou d’échec du RN). En Italie, il est probable que la Lega de Matteo Salvini gagnerait beaucoup de sièges et serait le premier parti d’Italie.

Le problème des antieuropéens, c’est qu’ils sont souvent très divisés d’un point de vue idéologique. Ils sont aussi dans l’incohérence : pourquoi vouloir se faire élire au Parlement Européen alors qu’ils sont contre l’Europe ? Juste pour faire de l’obstruction, juste pour détruire, sans aucun projet, sans aucune proposition constructive ?

Mais imaginons qu’ils soient unis et qu’ils imposent leur propre rythme : il serait alors paradoxal de les voir "jouer à l’Europe" à l’échelle de leurs partis. Fédérer les populisme, faire un fédéralisme de l’antieuropéanisme ! Marine Le Pen est à ce titre "très européenne" puisqu’elle fait campagne dans d’autres pays européens que le sien. Encore un petit effort, et elle sera une fédéraliste encore plus enthousiaste que les socialistes !

Allons même plus loin : imaginons que l’ensemble des antieuropéens soit majoritaire au Parlement Européen. Paradoxalement, ils vont tout faire pour prendre le pouvoir dans les institutions européennes. Juste pour faire obstruction à la Commission Européenne et au Conseil Européen. Quelque part, ils ne s’en rendront peut-être pas compte, mais ils agiront très efficacement pour renforcer le poids politique du Parlement Européen et donc, renforcer la démocratisation et la parlementarisation de l’Union Européenne. La démocratie et les institutions, il y a les textes, il y a l’esprit, et surtout, il y a la pratique. L’arrivée massive d’antieuropéens pourrait ainsi, très paradoxalement, renforcer l’Union Européenne dans ses institutions (ce qui ne plairait peut-être pas à leurs électeurs respectifs).

Mais revenons à la gouvernance de l’Europe. L’enjeu d’Emmanuel Macron, c’est de mettre l’ALDE dans le jeu d’alliance avec le PPE et les S&D. Cela serait certainement réalité car le PPE et les S&D n’auraient probablement pas, à eux deux, la majorité absolue des sièges. Les écologistes pourraient aussi se joindre à cette nouvelle entente.

En France, si les électeurs français veulent vraiment que la France ait une influence dans le nouveau Parlement Européen, et compte tenu des rapports de force des différents partis en France, seuls le vote pour la liste Renaissance (donc ALDE) et le vote pour la liste LR menée par François-Xavier Bellamy (donc PPE) auront un impact français sur le cours des événements européens. Ce seraient donc les deux seuls votes très utiles.

Si l’on garde le concept du "vote utile", non pas pour ses conséquences sur la gouvernance européenne, mais plus généralement, sur le paysage parlementaire européen, le vote utile serait le vote dont la voix serait traduite par un gain effectif de sièges. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Que voter pour une liste qui obtient moins de 5% des voix est comme voter pour rien, puisque la voix ne se traduira pas par un gain de siège. Seules compteront, dans la répartition des sièges, les listes qui ont obtenu plus de 5% des suffrages exprimés.

Évidemment, les électeurs ne peuvent pas savoir, à l’avance, avant le scrutin, quelles seront les listes qui ne dépasseront pas ce seuil des 5% et les sondages peuvent être trompeurs. L’histoire électorale a montré qu’à chaque scrutin européen, il y a eu, du moins en France, une "surprise", sinon plusieurs.

Enfin, je termine sur un enjeu européen idéologique : beaucoup critiquent "l’Europe ultralibérale" et veulent une "Europe plus sociale". On les entend d’ailleurs autant à gauche qu’à l’ultradroite. Dans sa chronique du 4 avril 2019 pour "Libération", Laurent Joffrin, dont on ne peut pas reprocher un libéralisme forcené, a répondu à ce genre d’argument. Il a repris une étude du World Inequality Lab regroupant de nombreux économistes qui ont publié récemment quelques statistiques sur les inégalités sociales dans le monde.

Il est vrai que la mondialisation peut paraître déroutante et enlever beaucoup de repères, mais les statistiques aussi sont là pour faire revenir à la réalité et ne pas rester sur des impressions. Ainsi, depuis 1980, le revenu des 50% des Européens les plus pauvres a augmenté de 37%, tandis qu’aux États-Unis, il n’a augmenté que de 3%. La comparaison est intéressante et fait dire à Laurent Joffrin : « Face à la mondialisation irrésistible, avec son lot d’injustice et de disparités sociales, c’est l’Europe qui résiste le mieux. (…) Même si les taux d’imposition des plus riches ont baissé, même si les mécanismes de protection sociale se sont parfois érodés, la situation européenne tranche sur celle qui prévaut aux États-Unis. Les garde-fous de l’État-providence sont toujours là. L’héritage commun de la social-démocratie européenne et de la démocratie chrétienne, les deux architectes du système social d’après-guerre, a justement évité l’instauration d’une société "ultralibérale". (…) L’Europe n’est pas seulement un projet, un espoir, un cadre de liberté. Elle est un acquis et, en comparaison du reste de la planète, un modèle. ».


Enjeux français

Les élections européennes, en France comme dans les autres pays, ont évidemment un enjeu national d’autant plus grand que la campagne n’a tourné, sauf la dernière semaine, qu’autour de sujets nationaux. C’est encore plus normal en France dans la mesure où c’est le premier scrutin direct à l’échelle nationale après les élections du printemps 2017. Il faudra d’ailleurs comprendre que les élections européennes ponctueront toujours les quinquennats de cette manière, puisque le mandat du Président de la République française, des députés nationaux français et des députés européens sont (pour l’instant) de même durée.

En 2019, la petite différence, c’est qu’il n’y a eu aucune élection, pas même locale, entre septembre 2017 et mai 2019 (à part des élections et référendum en Nouvelle-Calédonie et en Corse), une si longue période sans élection est relativement rare en France (à ma connaissance, il me semble qu’il faut remonter à la période entre septembre 1989 et mars 1992 pour en trouver une plus longue).

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L’idée de transformer le scrutin européen en un second tour présidentiel n’a pas beaucoup d’intérêt. Il ne s’agit pas d’élire une personne mais plusieurs. Ainsi, si les scores électoraux sont proches, il y aura ex æquo en nombre de sièges gagnés, alors que dans le cas d’un second tour présidentiel, il suffit d’une voix supplémentaire pour que l’un gagne et que l’autre perde.

On comprend l’intérêt de Marine Le Pen à polariser autant les élections européennes, puisque, selon elle, le seul moyen de dire non à Emmanuel Macron, ce serait, en se basant seulement sur les sondages, de voter pour la liste RN. Emmanuel Macron, lui, pourrait penser qu’il y trouverait un intérêt, considérant que les personnes opposées à lui ne seraient pas toutes prêtes à voter pour le RN. L’erreur, à mon sens, c’est d’oublier que pour les Français, et les Européens en général, ces élections européennes, n’ont aucun enjeu (car il est quand même très difficile de comprendre le jeu institutionnel européen très complexe). Et donc, le sage s’abstient (d’où le pronostic d’une forte abstention), et le colérique se débride en votant pour les extrêmes. Sans conséquence dans son esprit, puisque le gouvernement ne serait pas impacté.

Cela explique aussi les récentes déclarations dans la majorité (Emmanuel Macron, Édouard Philippe) qui insistent sur le fait que quoi qu’il en soit du scrutin européen, le gouvernement continuera à travailler selon le calendrier annoncé. Tandis que Marine Le Pen proclame partout que plus la liste Renaissance aura de voix, plus Emmanuel Macron considérera qu’il pourra tout faire. Ce qui est un peu stupide puisqu’il a déjà annoncé ce qu’il compte faire dans les prochaines années lors de sa conférence de presse du 25 avril 2019. Il n’y a donc pas de mystère.

Passons en revue quelques listes et tendances politiques (je n’évoquerai pas la totalité des 34 listes et je mets au défi n’importe quel journaliste voire électeur de citer l’ensemble des listes candidates, leur tête de liste et leur tendance politique générale).

Prenons la liste Renaissance du chef de l’État. Emmanuel Macron s’est déclaré "patriote européen" le 20 mai 2019. Il est le premier Président français depuis plus de vingt ans à se proclamer partisan enthousiaste de la construction européenne. Or, dans les scrutins européens en France, il y a toujours eu une prime à celui des candidats qui proclame le mieux sa foi en l’Europe. En juin 2009, Daniel Cohn-Bendit avait même frôlé le Parti socialiste (très largement dépassé en Île-de-France) parce qu’il avait proclamé très efficacement ses convictions européennes, tandis que François Bayrou, pourtant Européen convaincu, avait préféré faire campagne contre Nicolas Sarkozy. Nathalie Loiseau, dont on a reproché (à juste titre) l’amateurisme comme tête de liste, se débrouille de mieux en mieux. Elle a pour elle sa connaissance parfaite des dossiers européens, un esprit clair et une vision également claire.

La liste RN fait plutôt une bonne campagne et sa tête de liste, Jordan Bardella, est sans doute l’une des révélations du scrutin (pas la plus grande). Comme pour LREM, le RN jouit d’un noyau dur irréductible qui lui permet de conquérir d’autres électorats. Mais il faut rappeler, comme l’a fait Emmanuel Macron, que le RN avait envoyé un tiers des députés européens français à Strasbourg, pour un bilan nul. Quelle sera l’utilité d’un vote RN en 2019, utilité au sens d’influence de la France dans les institutions européennes ? Probablement quasiment nulle, d’autant plus que le RN s’est allié avec Matteo Salvini dont le charisme et le leadership sont incontestables (et incontesté, même par Marine Le Pen), et aussi avec le FPÖ autrichien qui, depuis le 19 mai 2019, a sombré dans un scandale politique majeur, conduisant tous les ministres FPÖ à la démission. La coalition du jeune Chancelier autrichien Sebastian Kurz finit dans une sorte d’imposture généralisée (alors que l'Autriche était le modèle politique de Matteo Salvini) et des élections législatives anticipées sont prévues en septembre 2019 (je laisse les plus perspicaces se documenter sur la raison du scandale du FPÖ et sur les ingérences étrangères visant à détruire l’Europe).

La liste Les Républicains menée par François-Xavier Bellamy se placerait en troisième position. Elle a pour atout d’être associée au plus grand parti européen (PPE). Cependant, le niveau des intentions de vote dans les sondages reste très faible par rapport au score présidentiel de François Fillon pourtant touché par les scandales. L’enjeu est double. Il porte sur le leadership de Laurent Wauquiez et sa capacité à franchir l’obstacle des européennes au sein de son propre parti, en interne (sa chance, c’est la fuite de tous les autres leaders qui pourraient lui faire de l’ombre). Il porte aussi sur la capacité de LR à donner une nouvelle perspective pour conquérir le pouvoir. Car si LREM n’était plus au pouvoir, en 2022 par exemple, ce serait à l’avantage de quel parti ? Aujourd’hui, avec à peu près une centaine de députés (parfois très jeunes), LR serait théoriquement le mieux placé pour faire l’alternance. À la condition que les électeurs le suivent dans cette idée.

Si l’on est centriste et européen, pour qui voter ? Il est étonnant de savoir que les centristes, éclatés depuis 2002, le restent encore très durablement malgré la présence d’un Président centriste à l’Élysée. Ainsi, les centristes se sont dispersés dans trois listes aux élections européennes de 2019 : sur la liste LR de François-Xavier Bellamy qui est soutenue par "Les Centristes", l’ancien Nouveau Centre de l’ancien ministre Hervé Morin, sur la liste Renaissance de Nathalie Loiseau (LREM, MoDem, Mouvement radical, Agir), et sur la liste UDI de Jean-Christophe Lagarde qui a fait le choix, électoralement incertain, d’aller seul dans la bataille.

Et quand on est de gauche et pour l’Europe, vers où aller ? Les sympathisants du Parti socialiste doivent être aujourd’hui effondrés par l’idée que le seul socialiste qui est tête de liste a quitté le PS juste après le désastre présidentiel qu’il a lui-même provoqué, à savoir Benoît Hamon. La liste officiellement soutenue par le PS est menée par un jeune philosophe un peu naïf qui a soutenu la guerre en Irak en 2003 et qui se dit chaque jour : que suis-je allé faire dans cette galère ? Qu’il se rassure, le désastre électoral ne sera pas de son fait mais le résultat de l’incapacité des socialistes à proposer un projet d’avenir aux Français et aux Européens. Le plus risible est sans doute la venue de tous ces éléphants, François Hollande, Lionel Jospin, Martine Aubry (il ne manquerait plus que Dominique Strauss-Kahn), à l’enterrement de ce parti devenu cimetière. Ce scrutin va probablement marquer non seulement la disparition des communistes français (liste PCF menée par Ian Brossat), mais aussi celle des socialistes français, ce qui serait historique. Ségolène Royal semble encore hésiter à soutenir Emmanuel Macron, tandis que Delphine Batho, son ancienne suppléante devenue présidente de Génération Écologie, est présente sur une pseudo-liste écologiste menée par Dominique Bourg, aux côtés d’Antoine Waechter. Les plus lucides des électeurs socialistes opteront surtout entre la liste Renaissance et la liste FI menée par Manon Aubry, selon leurs convictions profondes.

Et les écologistes dans tout cela ? Ils pourraient choisir pour la liste officielle soutenue par EELV (Europe Écologie) menée par le très fadement agité Yannick Jadot, mais la liste Renaissance se revendique écologiste, elle-même soutenue par Daniel Cohn-Bendit et son numéro deux est Pascal Canfin, un ancien ministre écologiste, d’autant plus que le Président Emmanuel Macron a réuni pour la première fois ce jeudi 23 mai 2019 son Conseil de défense écologique, une instance qu’il veut décisionnelle. D’autres listes se revendiquent de l’écologie, comme celle déjà évoquée de Dominique Bourg ou encore celle de Manon Aubry. Mais même la liste RN a placé en position éligible un partisan de la consommation locale.

Si l’on ne considère que les enjeux de type "course de petits chevaux", on regardera donc avec attention si la liste RN devance la liste Renaissance, comme les sondages le disent, ou pas, si la liste LR atteint au moins 15% qui est le seuil minimal pour prétendre être une force d’alternance capable de prendre le pouvoir sans alliance avec le RN, si la liste FI devance ou pas la liste EELV, et si celles-ci ont franchi le seuil des 10% ou pas. Enfin, si la liste PS est capable d’avoir des sièges en atteignant le seul de 5%.

Quant aux "petites listes", certaines espèrent encore créer la surprise en dépassant les 5% et en ayant des élus, c’est le cas de la liste UDI de Jean-Christophe Lagarde, de la liste DLF de Nicolas Dupont-Aignan, de la liste LP de Florian Philippot ou encore de la liste PCF de Ian Brossat. Aucune de ces têtes de liste n’a démérité, mais elles sont victimes à la fois de la cour des grands (les listes qui, dans les sondages, pourraient avoir des élus), et de la cour des micro-petits (la vingtaine de listes dont on n’est même pas capable de citer une seule caractéristique pour les distinguer et que les médias doivent quand même prendre en considération au nom du principe d’équité).


Paysage électoral éclaté

Dans tous les cas, le scrutin du 26 mai 2019 montrera un paysage électoral complètement éclaté. La décomposition des partis politiques traditionnels de 2017 se poursuivra en 2019. Emmanuel Macron a tout à y gagner et son clivage progressistes vs nationalistes deviendra bientôt une réalité politique française durable qui amènera toutes les autres forces politiques à devoir répondre à cette indécente injonction : choisis ton camp ! En votant pour la liste RN, les électeurs mécontents d’Emmanuel Macron, paradoxalement, renforceront l’assise politique de celui qu’ils voulaient sanctionner. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de ces élections européennes…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 mai 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Européennes 2019 (5) : les leçons du scrutin européen du 26 mai 2019.
Les résultats des élections européennes du 26 mai 2019 en France.
Ce que propose l’UDI pour les élections européennes de 2019.
François-Xavier Bellamy.
Nathalie Loiseau.
Marine Le Pen.
Européennes 2019 (4) : les enjeux du scrutin du 26 mai 2019.
Européennes 2019 (3) : l’Union Européenne est-elle démocratique ?
À quoi pense Nathalie Loiseau ?
La Vaine Le Pen.
Européennes 2019 (2) : enfin, la campagne commence !
Programme de la liste Renaissance (LREM) pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste Les Républicains pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste UDI pour les élections européennes de 2019.
Michel Barnier, pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Européennes 2019 (1) : la France des Douze ?
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190523-europeennes-d.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/europeennes-2019-4-les-enjeux-du-215336

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/05/16/37340593.html



 

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24 mai 2019 5 24 /05 /mai /2019 01:45

« Great evets make me quiet and calm ; it is only trifles that irritate my nerves [Les grands événements savent me rendre tranquille et calme ; ce sont seulement les bagatelles qui irritent mes nerfs]. » (Victoria).


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Il y a deux cents ans, le 24 mai 1819, est née Alexandrina Victoria de Kent, au Palais de Kensington, à Londres. Fille d’Édouard, duc de Kent (1767-1820), gouverneur de Gibraltar, mort lorsqu’elle avait vingt mois, et de Victoria de Saxe-Cobourg-Saalfeld (1786-1861), unis dans le mariage l’année précédente, le 29 mai 1818, elle était la nièce de deux rois de Grande-Bretagne et d’Irlande, George IV (1762-1830) et Guillaume IV (1765-1837). À la mort de ce dernier, elle est devenue la très fameuse reine Victoria le 20 juin 1837, à l’âge de 18 ans, jusqu’à sa mort, le 22 janvier 1901, à l’âge de 81 ans.

Son oncle roi est mort un peu moins d’un mois après qu’elle ait atteint sa majorité (18 ans), ce qui évitait la perspective d’une Régence, toujours redoutée par la Couronne. Elle appris à son lever qu’elle était reine : « J’ai été réveillée à six heures pile par Mamma qui me dit que l’archevêque de Canterbury et Lord Conyngham étaient là et qu’ils voulaient me voir. Je suis sortie du lit et me suis rendue dans mon salon (en ne portant que ma robe de chambre) et "seule", je les ai vus. Lord Conyngham m’informa alors que mon pauvre oncle, le roi, n’était plus et avait expiré à deux heures douze ce matin et que par conséquent, "je" suis "reine". ».

Elle était de la Maison de Hanovre, mais au contraire du Royaume-Uni, seul un monarque masculin pouvait succéder à Guillaume IV. Elle inaugura donc la Maison de Saxe-Cobourg-Gotha (devenu en 1917 la Maison de Windsor pour dégermaniser et angliciser le nom de la dynastie) en se mariant le 10 février 1840 avec son cousin germain Albert de Saxe-Cobourg-Gotha (1819-1861) qui est mort de la fièvre typhoïde le 14 décembre 1861 à l’âge de 42 ans (il était trois mois plus jeune que Victoria).

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Puisque Victoria était considérée comme l’héritière du trône car son oncle Guillaume IV n’avait pas de descendance, de nombreux candidats au mariage se présentaient à elle, et elle annotait dans son carnet quelques appréciations personnelles. Ainsi, Alexandre des Pays-Bas (1818-1848), petit-fils de Paul Ier, tsar de Russie, qui avait la préférence de son oncle roi, était selon elle « très quelconque », tandis qu’Albert était « extrêmement beau (…) [et] le charme de sa contenance est son atout le plus délicieux ». Le mariage fut heureux et son deuil immense et inconsolable lorsqu’elle fut veuve avec des enfants encore en bas âge.

Durant son règne, elle tenta d’influer sur la politique du gouvernement, mais de manière feutrée et jamais ouvertement pour ne pas troubler la tradition parlementaire. Elle savait dire quelques bons mots, comme celui-ci : « J’entends beaucoup de gens réclamer des changements. Je ne comprends pas. Les choses ne vont-elles pas suffisamment mal comme cela ? ».

Son long règne, plus de soixante-trois ans, un record qui ne fut battu que par son arrière-arrière-petite-fille, l’actuelle reine Élisabeth II, a fait que la reine a donné son nom à son siècle, "l’époque victorienne", associée aux mœurs très strictes de l’Angleterre du XIXe siècle mais aussi à son expansion coloniale, à sa révolution industrielle et à ses avancées technologiques. Elle fut appelée la "grand-mère de l’Europe" à cause de sa descendance très "riche".

On dit que deux millions d’Européens sont des descendants de Charlemagne. C’est possible mais à vérifier quand même. Les descendants de la reine Victoria étaient moins nombreux, mais se retrouvaient dans toutes les dynasties européennes au début du XXe siècle. En effet, entre 1840 et 1861, la reine Victoria et le prince Albert ont engendré neuf enfants qui se sont mariés, pour certains d’entre eux, avec d’autres (futurs) souverains européens.

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Ainsi, la princesse Victoria, surnommée Vicky (1840-1901), la fille aînée, s’est mariée avec Frédéric III de Hohenzollern (1831-1888), qui fut (très brièvement) empereur d’Allemagne et roi de Prusse. Ils ont eu pour enfant le fameux Guillaume II, le dernier empereur allemand.

Édouard VII, surnommé Bertie (1841-1910), le fils aîné, devenu roi du Royaume-Uni, s’est marié avec la princesse Alexandra de Danemark (1844-1925), fille du roi Christian IX de Danemark. Ils ont eu pour enfant George V, roi du Royaume-Uni (et grand-père d’Élisabeth II). À ce fils appelé à lui succéder, Victoria lui glissa ce célèbre conseil : « Never complain, never explain », qu’on peut traduire par : « Ne jamais se plaindre, ne jamais se justifier ».

La princesse Alice (1843-1878) s’est mariée avec Louis IV de Hesse (1837-1892) et ils ont eu notamment pour enfant Ernest-Louis ou Louis V de Hesse (1868-1937), dernier grand-duc de Hesse.

Le prince Alfred (1844-1900) s’est marié avec Marie Alexandrovna de Russie (1853-1920), fille d’Alexandre II, tsar de Russie.

La princesse Helena, surnommée Lenchen (1846-1923), s’est mariée avec Christian de Schleswig-Holstein (1831-1917), un prince allemand et danois, et ils ont six enfants sans descendance.

La princesse Louise (1848-1939) s’est mariée avec John Campbell, duc d’Argyll (1845-1914) qui fut gouverneur général du Canada (sans descendance).

Le prince Arthur (1850-1942) s’est marié avec la princesse Louise-Marguerite de Prusse (1860-1917).

Le prince Léopold (1853-1884) s’est marié avec Hélène de Waldeck-Pyrmont (1861-1922).

Enfin, neuvième et dernier enfant, la princesse Béatrice (1857-1944) s’est mariée avec Henri de Battenberg (1858-1896), prince allemand.

Au bout de deux générations, plusieurs souverains européens furent petits-enfants de la  Victoria. Au-delà, avec des mariages mélangés à toute l’Europe, cela a donné beaucoup de descendants dans toutes les monarchies européennes, actuelles ou anciennes.

Parmi ces descendants, en dehors de la famille royale britannique et de l’empereur allemand déjà évoqué, on peut citer les rois des Hellènes Georges II (1890-1947), Alexandre Ier (1893-1920), Paul Ier de Grèce (1901-1964) et Constantin II de Grèce (né en 1940), les rois de Roumanie Carol II de Roumanie (1893-1953) et Michel Ier de Roumanie (1921-2017), le roi Olav V de Norvège (1903-1991), le roi Pierre II de Yougoslavie (1923-1970) et le roi Juan Carlos Ier d’Espagne (né en 1938).

Comme l’est Juan Carlos Ier, quatre arrière-arrière-petits-enfants de Victoria règnent encore en Europe : Élisabeth II du Royaume-Uni, Harald V de Norvège, Charles XVI Gustave de Suède et Margrethe II de Danemark. Quant au roi Felipe VI d’Espagne, fils de Juan Carlos Ier, il est l’arrière-arrière-arrière-petit-fils de Victoria.

Victoria fut aussi l’aïeule directe de douze prétendants au trône en Europe, dont ceux de France (pour les légitimistes), de Russie, de Serbie, de Grèce, d’Italie et de Croatie, de Roumanie, d’Allemagne et de Prusse, de Finlande, etc.

Parmi les descendants de Victoria, comme son épouse Élisabeth II, il y a le prince consort Philip Mountbatten, qui va fêter dans quelques jours son 98e anniversaire, par la lignée des femmes ascendantes : petit-fils du roi Georges Ier de Grèce (1845-1913), arrière-petit-fils du roi Christian IX de Danemark, il est aussi, en effet, le fils d’Alice de Battenberg (1885-1969), elle-même petite-fille de la reine Victoria par la princesse Alice de Hesse. À ce titre, Philip Mountbatten fait partie de l’ordre de succession au trône britannique, mais au-delà de la millième position. Élisabeth II est aussi une descendante du roi Christian IX de Danemark, par Édouard VII, mais en tant qu’arrière-arrière-petite-fille (avec une génération de différence par rapport à son époux).

Il y a donc eu une époque où l’on "faisait l’Europe" par sang entremêlé. Désormais, ce sont les bulletins de vote qui remplacent ce sang, et qui irriguent tous les isoloirs vivants de l’Europe !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 mai 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Victoria.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Philip Mountbatten.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
Élisabeth II.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190524-victoria.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/victoria-mamie-europa-215341

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/05/16/37340584.html


 

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22 mai 2019 3 22 /05 /mai /2019 03:44

« Il y a un paradoxe : on a passé des mois à dire qu’il fallait redonner de la vigueur à notre démocratie et l’on considérerait qu’il n’est pas important d’aller voter ? Décider de ne pas aller voter, c’est décider de donner sa voix à ceux qui ne veulent que détruire. » (Emmanuel Macron, déclarations avec la presse régionale, 20 mai 2019).



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La question que je pose dans le titre, à savoir, "L’Union Européenne est-elle démocratique ?" peut prêter à sourire plus qu’à réfléchir. La réponse paraît immédiate, évidente, consensuelle et sans appel : non ! Non, l’Union Européenne n’est pas démocratique. Et pourtant, très paradoxalement, nous nous apprêtons à nous livrer, nous citoyens européens, nous les 400 millions d’électeurs européens, à l’exercice démocratique par excellence : l’élection. En effet, dans quelques jours, le 26 mai 2019, nous élisons le nouveau Parlement Européen qui sera en exercice du 1er juillet 2019 au 30 juin 2024.

De paradoxes, dans cette Europe, il y en a beaucoup. L’une des critiques les plus justifiées des institutions européennes actuelles, c’est justement le manque de démocratie, la carence démocratique. Le paradoxe, c’est que ce sont ceux qui sont le plus contre l’Union Européenne, ce sont ceux qui sont le plus contre la coopération européenne, ce sont ceux qui sont le plus contre la construction européenne, au point parfois de l’appeler UERSS pour vouloir la comparer à la défunte Union Soviétique (des stupides qui n’ont jamais vécu l’enfer soviétique, apparemment), qui fustigent le plus le manque de démocratie européenne.

Justement, disons-leur : chiche ! Faisons de l’Union Européenne une véritable démocratie. Rendons démocratique, plus démocratique, l’Europe ! Il n’a échappé à personne, pas même aux eurosceptiques, que faire la démocratie en Europe, c’était nécessairement la rendre supranationale ! Paradoxe que ce soient les plus opposés à l’Europe qui condamnent le manque démocratique.

Car qu’est actuellement l’Europe d’aujourd’hui ? Pas celle que les eurosceptiques dénoncent. Non. C’est celle au contraire qu’ils soutiennent dans une sorte de fantasme : l’Europe des nations. Ou l’Europe des patries. Alors, je leur dis : réveillez-vous ! ouvrez vos yeux, surtout ceux qui, en masse, ont été élus au Parlement Européen en mai 2014 : le centre de décision dans l’Europe d’aujourd’hui, c’est le Conseil Européen, c’est-à-dire, c’est l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement des États membres. C’est même la raison de l’enlisement, de la paralysie, surtout lorsqu’il faut l’unanimité pour décider : une seule nation suffit à faire capoter un projet que souhaitent les vingt-sept autres. J’écris vingt-sept et pas vingt-six, puisque le Royaume-Uni, à cette heure, est encore officiellement membre de l’Union Européenne.

Qui a "inventé" cette Europe des nations actuelle ? Il s’agit de Valéry Giscard d’Estaing, qui, lorsqu’il était Président de la République, avait proposé au Chancelier allemand Helmut Schmidt d’institutionnaliser ce qui n’était encore qu’informel : la réunion des chefs d’État et de gouvernement. Cela s’est appelé le Conseil Européen et depuis, les traités ultérieurs ont codifié cette réunion régulière.

Il faut rappeler qu’à l’époque (milieu des années 1970), les plus enthousiastes des partisans de la construction européenne s’étaient opposés à cette institutionnalisation du Conseil Européen : en effet, ils avaient compris que c’étaient les nations qui allaient garder le pouvoir seul au sein de l’Europe qui n’avait donc rien de supranational.

Mais Valéry Giscard d’Estaing, comme les Pères de l’Europe, est un esprit pragmatique. Pour faire avancer l’Europe, il avait compris qu’il fallait faire adhérer toutes les nations en même temps, n’en laisser aucune au bord de la route. Seuls, les États pouvaient réaliser des avancées notables dans la construction. Il a eu raison. Évidemment, à l’époque, c’était l’Europe des Neuf. C’était plus facile (ce qui ne voulait pas dire facile) de se mettre d’accord à Neuf qu’à Vingt-huit. C’était la raison du TCE puis du Traité de Lisbonne, la possibilité au Conseil Européen de prendre des décisions à la majorité qualifiée au lieu de l’unanimité.

À la même époque, parce qu’ils étaient des esprits pragmatiques, Valéry Giscard d’Estaing a proposé avec son homologue allemand, l’élection au suffrage universel direct des députés européens (première élection directe, en juin 1979, il y a quarante ans), ce qui permet aujourd’hui de pouvoir voter. Entre le Traité de Rome et 1979, il y avait bien eu un Parlement Européen, qui s’appelait autrement et surtout, qui était composé de parlementaires nationaux désignés par leur parlement respectif. Donc, en élection indirecte, sans impliquer les citoyens européens.

Cette élection directe avait donc un sens politique essentiel : c’était la première pierre démocratique spécifique des institutions européennes. Certes, à l’époque, le Parlement Européen n’avait aucun pouvoir. Il pouvait discuter de résolutions, approuver des directives, créer des prix (Sakharov par exemple), mais son activité n’avait aucune finalité décisionnelle au contraire des parlements nationaux qui élaborent et votent les lois. En 1979, cette élection était donc surtout politique et symbolique. Accessoirement, elle permettait aussi à des personnalités politiques sans mandats d’en avoir (tremplin pour jeunes espoirs ou placard pour losers).

En France, un parti s’est particulièrement opposé à cette élection directe, en 1979, ce fut le RPR dirigé par Jacques Chirac, ce qui a donné son plus mauvais texte, le fameux appel de Cochin, Cochin car le président du RPR était hospitalisé après un très grave accident de voiture, et en fait, résultat d’une manœuvre de Marie-France Garaud (c’est à cause de cela d’ailleurs que Jacques Chirac s’est politiquement séparé d’elle). Les "souverainistes" ne pouvaient que s’opposer à l’élection directe des députés européens. Je pose la question maintenant, quarante ans plus tard : qui, des eurosceptiques, s’opposent à l’élection directe des députés européens ?

Le fait qu’aujourd’hui encore, le Conseil Européen reste l’instance d’initiative et de décision (la Commission Européenne n’étant qu’une instance opérationnelle qui exécute les décisions du Conseil Européen) montre qu’aucun État membre n’a perdu sa souveraineté nationale. S’il y a une décision européenne, c’est parce que les États membres l’ont voulue.

Depuis les années 1990, ce fut le problème avec la crise économique : une certaine forme de "schizophrénie" a contaminé la plupart des gouvernements nationaux, quelles qu’en soient la nationalité et surtout, la tendance politique. On disait ainsi en France : ce n’est pas à cause de moi, à Paris, mais à cause de ces eurocrates de Bruxelles. Sauf que ces bureaucrates de Bruxelles, ils n’ont fait qu’appliquer ce que le gouvernement français (et les autres) ont décidé. Le double langage parisien et bruxellois, en France, mais c’était pareil dans beaucoup d’autres pays, permettait de ne pas assumer la responsabilité de ses propres décisions. Pas étonnant que Bruxelles soit devenu un bouc émissaire facile.

L’exemple le plus typique est le déficit public et la dette. Le critère de Maastricht, c’est d’avoir un déficit public de moins de 3% du PIB. Or, cette décision qui est un engagement international de la France, c’est d’abord un impératif pour la France même isolée en dehors de toute appartenance européenne. On ne peut pas impunément et systématiquement avoir un budget en déficit sans que les citoyens le paient un jour cruellement (il suffit d’une remontée des taux d’intérêt pour que cela soit catastrophique). Le 30 avril 2019 sur LCI, l’ancien Ministre des Finances Thierry Breton, autosatisfait, répétait ainsi, pour se vanter d’avoir assaini les finances publiques, qu’il était arrivé à Bercy avec les engagements internationaux de la France sur le déficit. Comme si, sans Maastricht (ratifié démocratiquement par le peuple français, rappelons-le quand même à tout hasard), la France n’aurait pas dû réduire son déficit public. Ce sont systématiquement ce type de propos, pourtant émanant de partisans de la construction européenne, qui ont injustement discrédité l’Europe.

La construction européenne n’a jamais été qu’une construction à petit pas, timide, et surtout, inédite. Car au contraire de l’URSS, au contraire du Troisième Reich (comment peut-on comparer l’Union Européenne à un Quatrième Reich ? Il faut vraiment ne rien connaître de l’histoire pour imaginer une telle stupidité), l’Union Européenne est le regroupement VOLONTAIRE de nations LIBRES pour appliquer ce principe si connu et si utilisé : l’union fait la force. Surtout face aux États-Unis, à la Chine, à l’Inde, au Japon, à la Russie, au Brésil… Une superpuissance de 500 millions d’habitants peut rivaliser avec d’autres blocs d’importance similaire. Pas une puissance moyenne de 67 millions d’habitants.

Historiquement, une telle construction est inédite, à tel point qu’on attendait le modèle européen (qui aujourd’hui nécessite une "renaissance" comme le propose Emmanuel Macron) pour construire d’autres ensembles coopératifs de pays (notamment en Afrique). Le modèle est pour l’instant en attente.

Cette construction est donc progressive, prudente, pragmatique. Arrivons justement au Traité de Lisbonne, lui aussi qui est aujourd’hui très décrié. Pourtant, entre avant et après Lisbonne, il y a des avancées démocratiques majeures. La principale, c’est enfin de se servir de cette assemblée élue démocratiquement par les peuples européens, pour qu’elle participe à la prise de décision européenne.

Ainsi, depuis le Traité de Lisbonne, si le Président de la Commission Européenne ainsi que les commissaires européens sont toujours désignés par le Conseil Européen, ils doivent être "ratifiés" ou plutôt "confirmés" par le Parlement Européen, un peu comme les membres du gouvernement américain sont confirmés par le Congrès américain. Ce ne sont pas les députés européens qui choisissent les membres de la Commission Européenne (d’autant qu’il faut une représentation de chaque nation), mais ils sont capables de refuser certains de ces membres. C’est une avancée, même mineure, mais symboliquement essentielle.

On a l’habitude de représenter les institutions en faisant des comparaisons : la Commission Européenne serait le "gouvernement", le Parlement Européen la "chambre basse" et le Conseil Européen, la "chambre haute" (Sénat). En fait le gouvernement et la chambre basse seraient regroupés plutôt au Conseil Européen, et la Commission Européenne serait plutôt comme une super-administration centrale.

Or, en 2014, la situation a un peu évolué avec la pratique, et seulement avec la pratique. Fort de ce droit de ratification, les candidats parlementaires européens ont décidé, pour cinq ou six grands partis européens (PPE, S&D, ALDE, écologistes, ultra-gauche) de désigner un "chef de file" (Spitzenkandidat, mot allemand qu’on garde en français pour cette fonction très spécifique), en décidant que le chef de file du parti ayant le plus de sièges au Parlement Européen serait le futur Président de la Commission Européenne. Il y a un moyen simple d’imposer cette idée au Conseil Européen, il suffit de refuser de ratifier tout autre candidat. Ainsi, Jean-Claude Juncker (PPE), Martin Schulz (S&D), Guy Verhofstadt (ALDE) et Alexis Tsipras, entres autres, furent les candidats déclarés à la tête de la Commission Européenne.

Il faut bien comprendre ce qu’il s’était passé il y a cinq ans : les partis européens ont pris le pouvoir eux-mêmes en utilisant les institutions issues du Traité de Lisbonne pour renforcer la démocratie et approcher les institutions européennes d’un régime parlementaire classique (de type britannique, allemand, italien ou espagnol). Le chef du gouvernement est généralement le chef du parti victorieux aux élections législatives.

Après la victoire électorale du PPE en mai 2014, le Conseil Européen, refusant d prendre l’initiative d’un affrontement avec le Parlement Européen, a désigné Jean-Claude Juncker à la Présidence de la Commission Européenne. S’il avait toutes les compétences pour ce poste (notamment en tant que Président de l’Eurogroupe pendant longtemps), Jean-Claude Juncker a surtout eu le mérite d’être le premier Président de la Commission Européenne issu d’un processus démocratique classique mais novateur en Europe.

Le premier et peut-être le dernier à court terme, puisque, entre autres, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont réaffirmé leurs réticences à l’égard de ce principe du Spitzenkandidat. Selon les projections électorales, le PPE resterait le premier parti du Parlement Européen en nombre de sièges (même s’il en obtiendrait moins qu’en 2014), et pourtant, il est peu plausible que le chef de file du PPE soit désigné Président de la Commission Européenne alors qu’il n’a jamais eu l’expérience d’un exécutif (le Bavarois Manfred Weber).

Interrogé par la presse régionale française le 20 mai 2019, le Président Emmanuel Macron a réaffirmé son ambition pour l’Europe, d’autant plus que la France préside l’Union Européenne à partir du 24 mai 2019 (pour six mois) : « Je veux une Convention fondatrice européenne après les élections. Que les chefs d’État et de gouvernement, avec le nouvel exécutif et les responsables du Parlement, avec les citoyens, prennent le temps de définir la stratégie de l’Europe pour les cinq années à venir, y compris les changements de traités sur lesquels ils veulent aboutir. ». Toutefois, la liste Renaissance menée par Nathalie Loiseau a très peu de propositions pour renforcer concrètement la démocratie européenne.

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La liste qui m’a paru la plus réformatrice dans le but de donner plus de démocratie à l’Europe me semble être celle de l’UDI, menée par Jean-Christophe Lagarde (son programme est ici).

La liste UDI propose ainsi la réforme majeure qui parlementariserait définitivement l’Union Européenne en faisant simplement élire le Président de la Commission par le Parlement Européen : « Nous proposons que, comme dans n’importe quelle démocratie normale, le Président de la Commission Européenne soit élu par les parlementaires européens, en fonction des résultats des élections européennes, et non plus selon un simple avis conforme (article 17 du TUE). ».

Par ailleurs, la même liste propose ce que François Bayrou avait proposé déjà il y a une vingtaine d’années, à savoir l’élection d’un Président du Conseil Européen au suffrage universel direct. Depuis le Traité de Lisbonne, cette fonction a été créée, actuellement occupée par le Polonais Donald Tusk (on parlerait d’Angela Merkel pour lui succéder), mais il est désigné pour deux ans et demi, renouvelables une fois. L’idée, ici, est une véritable élection supranationale avec la mise en place d’un véritable paysage politique européen : « Nous proposons que le Président du Conseil Européen soit directement élu au suffrage universel. Sa première mission serait de défendre l’intérêt des citoyens européens lors des réunions des gouvernements et des chefs d’État au Conseil. ».

Ces deux mesures citées sur la désignation des deux chefs d’exécutif auraient pour conséquence une véritable démocratisation des institutions européennes. Or, tous ceux qui critiquent le manque de démocratie se gardent bien de proposer de telles réformes car il s’agirait alors de renforcer l’Europe politique. On ne peut pas créer de démocratie en refusant la supranationalité.

Je souhaite cependant mettre un bémol au sujet de ces deux mesures. La liste UDI, avec raison, veut renforcer la construction européenne par des projets qui unissent les citoyens. Son principe est le suivant : « L’Europe s’essouffle car nos chefs d’État ne proposent que des projets qui divisent les Européens : nous savons que l’Europe ne pourra pas avancer si l’on impose de manière autoritaire des mesures dont les autres pays que la France ne veulent pas. Pour relancer l’Europe, nous proposons des grands projets fédérateurs qui peuvent rassembler les vingt-huit États car tous y auront intérêt. ».

Or, l’idée de l’élection directe, par l’ensemble des citoyens européens, d’un Président de l’Europe me paraît une utopie peu réaliste. Pourquoi ? Parce que, pour le coup, c’est une véritable réforme supranationale qui subirait non seulement l’opposition des eurosceptiques, mais aussi des europhiles de nombreux pays parlementaires qui pourraient craindre le bonapartisme à la française que symboliserait une telle mesure. Un tel Président serait beaucoup trop imposant pour l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement.

Le pragmatisme prudent viserait plutôt à appuyer à fond la première mesure, l’élection du Président de la Commission Européenne par les députés européens, qui, là, serait totalement acceptée par les partisans d’une parlementarisation classique des institutions européennes.

Cette élection pourrait s’accompagner, comme le propose l’UDI, d’un choix plus démocratique des commissaires européens : « Le candidat sélectionné par le chef d’État devra obtenir la validation des "eurodéputés" du pays concerné à la majorité absolue, c’est-à-dire un avis conforme d’au moins quarante "eurodéputés". » (pour la France). Cela pour éviter, par exemple, la précédente désignation en 2014 : François Hollande avait nommé le socialiste Pierre Moscovici (son ministre) comme l’unique commissaire européen français alors qu’aux élections européennes, « 87% des Français avaient voté contre le PS ! ».

En outre, la liste UDI propose d’autres voies également de démocratisation.

En premier lieu, la possibilité d’un "référendum européen citoyen" qui serait lancé avec une pétition regroupant 1% de la population (seuil de 4,5 millions de citoyens européens) : « Ce référendum permettrait de créer un véritable corps électoral européen, de rendre l’Europe plus démocratique et plus efficace alors que le système gouvernemental actuel paralyse la prise de décision. ». Mais cette mesure s’harmonise mal avec certaines démocraties européennes qui refusent le principe même du référendum dans leur Constitution.

En second lieu, un changement radical du financement du budget européen. Supprimer les contributions nationales (ce qui rendrait 91 milliards d’euros aux Français pour les sept prochaines années) et créer une fiscalité européenne propre, à savoir : une taxe sur les importations de produits polluants (491 milliards d’euros sur sept ans), une taxe sur les transactions financières (385 milliards d’euros sur sept ans) et une taxe sur les visas de touristes extra-européens (44 milliards d’euros sur sept ans).

Cette dernière mesure, spécifiquement fiscale, est aussi une mesure de démocratisation dans la mesure où la démocratie impose la clarté. Or, personne ne sait où va l’argent pour l’Europe. En créant une fiscalité propre, on renforce ainsi la démocratisation des institutions européennes. Là encore, ceux qui critiquent le manque de démocratie de l’Union Européenne se garderont bien de proposer une telle fiscalité propre, qui, pourtant, allégerait le poids budgétaire de l’Europe à tous les États membres.

Cette question de la démocratisation de l’Europe est donc essentielle, car sans soutien populaire, l’Europe ne vaut rien. Or, ce sont ceux qui parlent d’un manque de démocratisation qui s’opposent le plus à toute réforme visant à la réaliser ! Cherchez donc bien quelles listes sont cohérentes, quelles listes proposent de renforcer, réellement, la démocratie européenne, au-delà des postures démagogiques et des déclarations hypocrites.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mai 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ce que propose l’UDI pour les élections européennes de 2019.
François-Xavier Bellamy.
Nathalie Loiseau.
Marine Le Pen.
Européennes 2019 (4) : les enjeux du scrutin du 26 mai 2019.
Européennes 2019 (3) : l’Union Européenne est-elle démocratique ?
À quoi pense Nathalie Loiseau ?
La Vaine Le Pen.
Européennes 2019 (2) : enfin, la campagne commence !
Programme de la liste Renaissance (LREM) pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste Les Républicains pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste UDI pour les élections européennes de 2019.
Michel Barnier, pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Européennes 2019 (1) : la France des Douze ?
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

_yartiEuropeennes2019C01



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190520-europeennes-c.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/europeennes-2019-3-l-union-215281

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/05/16/37340590.html


 

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20 mai 2019 1 20 /05 /mai /2019 03:12

« Nous devons tenir debout. Fiers et lucides. Dire d’abord ce qu’est l’Europe. C’est un succès historique : la réconciliation d’un continent dévasté, dans un projet inédit de paix, de prospérité et de liberté. Ne l’oublions jamais. Et ce projet continue à nous protéger aujourd’hui : quel pays peut agir seul face aux stratégies agressives de grandes puissances ? Qui peut prétendre être souverain, seul, face aux géants du numérique ? » (Emmanuel Macron, Lettre aux citoyens européens, le 4 mars 2019).



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J’ai entendu encore récemment un opposant au gouvernement actuel protester contre la tribune du Président Emmanuel Macron aux citoyens de tous les pays européens. Et il ajoutait : et c’est encore les contribuables qui l’ont payée. C’est faux, puisque cette tribune a été publiée dans les journaux nationaux de chaque pays, ce sont donc les lecteurs de ces journaux qui l’ont payée, pas les contribuables français. Ce qui ennuient les eurosceptiques farouches, et il y en a beaucoup pendant cette courte campagne européenne, c’est que, pour la première fois depuis près d’un quart de siècle, le Président de la République française a réaffirmé positivement sa foi dans la construction européenne, son attachement enthousiaste à cet édifice de coopération internationale complètement inédit dans l’histoire du monde. Positivement et pas par défaut comme ses trois derniers prédécesseurs.

Entendre enfin un responsable politique de premier plan, et Emmanuel Macron l’est plus particulièrement, de premier plan, qui ose dire haut et fort que l’Europe nous a sauvés, nous sauve et nous sauvera ! Sur ce point, d’ailleurs, les Français le suivent très majoritairement, et plus encore en 2019 qu’en 2017, selon certains sondages. Face aux nationalismes de tous poils qui ne savent que critiquer, sans rien proposer de constructif, il faut préserver précieusement cette Europe qui, certes, est loin d’être parfaite (bien au contraire), mais dont il faut consolider l’esprit, conserver l’essence, le germe, l’idée fondatrice.

C’est le sens de la liste Renaissance, reprenant le nom de la tribune présidentielle, soutenue par les partis de la majorité, LREM, le MoDem, le Mouvement radical et Agir. Sa tête de liste, Nathalie Loiseau, ancienne Ministre des Affaires européennes de 2017 à 2019, ancienne directrice de l’ENA (mais elle n’a pas fait l’ENA, elle est une diplomate qui a fait toute sa carrière au Quai d’Orsay, proche de son ancien ministre de tutelle Alain Juppé), elle peut avoir toutes les tares que ses opposants lui collent, son amateurisme politique, sa naïveté en campagne, ses gaffes qui, avouons-le, pimentent gaiement les dîners en ville, elle est sur le fond très solide, elle connaît ses dossiers, elle sait de quoi elle parle. Cela change un peu des raccourcis, des caricatures, des simplifications infantilisantes, que certains candidats tentent de propager.

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Les élections ne sont jamais acquises, mais la probabilité pour que cette liste ait des élus est tout de même très forte. Je propose ici une petite présentation du programme de cette liste pour les élections européennes. C’est important politiquement puisque le projet européen d’Emmanuel Macron, qui est à la tête de la France pour au moins trois ans encore, est sans aucun doute l’inspirateur de ce programme électoral. Il a fallu attendre le 8 mai 2019 pour qu’il fût publié (on peut le télécharger ici).

Une mise en garde s’impose : les mesures proposées dans un programme pour les élections européennes ne sont pas comme un programme proposé dans un autre cadre, qu’il soit présidentiel, législatif, régional, départemental voire municipal. En effet, dans les cadres cités, l’élu peut espérer atteindre une majorité et conquérir l’exécutif en question, que ce soit le gouvernement ou un exécutif territorial, si bien que les mesures qui l’ont fait élire, qu’on appelle "promesses électorales", devront, ou pas, être tenues (sachant que lorsqu’on est élu au second tour, cela signifie qu’il n’y avait pas une majorité absolue d’électeurs qui, spontanément, dès le premier tour, avait adhéré à ces promesses.

Lorsqu’il s’agit des élections européennes, la situation se complique car au-delà du partage des sièges entre listes politiques, il y a aussi le jeu des nations, chaque pays européen ayant un nombre de sièges au Parlement Européen déterminé par son importance démographique. Et même si l’élu arrive à constituer une coalition qui corresponde à une majorité à Strasbourg, le Parlement Européen n’a pas tous les pouvoirs d’une chambre parlementaire, même si le Traité de Lisbonne a été une grande avancée à cet égard, notamment en lui permettant de valider la désignation du Président de la Commission Européenne et les autres commissaires européens (comme cela se fait aux États-Unis lors de la formation d’un nouveau gouvernement où le Congrès garde un droit de regard).

L’instance décisionnelle par excellence en Europe, c’est le Conseil Européen, en d’autres termes, ce sont les chefs d’État et de gouvernement des États membres. Donc, les meilleurs changements de l’Europe s’espèrent plus dans le cadre des élections nationales dans chaque pays (victoire d’un courant politique plutôt qu’un autre, en rappelant qu’il y a des histoires parfois divergentes, par exemple, l’Espagne qui renoue avec le socialisme alors que la France et même l’Allemagne sont prêtes l’enterrer définitivement).

Par ailleurs, parmi les mesures proposées dans chaque programme, ce sont celles qui sont susceptibles de recueillir la majorité qualifiée voire l’unanimité des États membres qui auront des chances d’aboutir et d’être applicables. Les autres, ce sont des mesures que je qualifierais d’utopiques. Elles ne sont pas inutiles si elles permettent de montrer un cap, elle sont inutiles si elles restent lettres mortes.

Si on veut vraiment avancer et progresser dans la construction européenne, il faut évidemment proposer des mesures réalistes qui seraient capables de recueillir l’accord de toute l’Europe, pas seulement des Français. C’est là la difficulté majeure d’une campagne européenne, difficulté pourtant à peine consciente, vu que la campagne électorale se focalise de toute façon sur des thèmes de politique intérieure.

Néanmoins, le programme électoral reste une base essentielle pour comprendre la vision de l’Europe du parti ou de la coalition qui se présente aux électeurs, d’où la raison d’une présentation du programme de la liste considérée comme la plus influente des partisans de la construction européenne, appelé "Projet Renaissance". Le mot lui-même, reprenant la tribune présidentielle du 4 mars 2019, peut faire penser à la …Renaissance italienne (Léonard de Vinci préféré alors à Matteo Salvini).

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Soixante-dix-neuf propositions sont énumérées dans ce programme Renaissance. Il n’est pas question ici de les évoquer toutes, bien au contraire. Plus il y en a, et moins le programme est lisible. C’était le problème aussi de la conférence de presse présidentielle du 25 avril 2019 : trop de mesures tuent l’information et le message envoyé.

La première page donne clairement le ton et le cadre : « Reprendre le contrôle de notre destin », avec deux affirmations. La première, positive : « Nous sommes fiers d’être Européens ». Et la seconde, négative : « Mais l’Europe d’hier peine dans le XXIe siècle. ». La reprise du contrôle de notre destin consiste donc à façonner l’Europe de demain, celle qui peut surmonter des défis majeurs : « écologiques, économiques ou migratoires ».

Neuf thèmes sont présentés, que j’ai rassemblés en six parties.


1. L’écologie : « faire de l’Europe, une puissance verte »

Un tableau apocalyptique, reprenant quelques études, est donné. Par exemple : « Toutes les dix minutes, un Français meurt prématurément du fait de la pollution. ». On ne peut donc pas ne rien faire.

La proposition phare, c’est d’investir 1 000 milliards d’euros dans la transition écologique et solidaire en cinq ans (jusqu’en 2024) : nouvelles énergies, transports, logement, formation pour la reconversion de secteurs économiques, etc. Cette enveloppe gigantesque devra représenter 40% des dépenses européennes. L’objectif financier est très ambitieux. Rien n’est indiqué pour comprendre comment l’atteindre. Le budget actuel de l’Union Européenne n’a rien à voir avec ce montant colossal (les dépenses totales dans le budget de l’année 2017 ne sont que de 137 milliards d’euros).

Une autre mesure qui pourrait être très porteuse, également proposée par d’autres listes, est protectionniste : « Taxer le carbone des produits importés en Europe ». Là encore, comme pour la TVA sociale, la mesure punirait les consommateurs français plutôt que les importateurs étrangers, car ce sont les acheteurs qui payeraient les taxes. Également : taxation du transport aérien.

Autres mesures ambitieuses : fermer toutes les centrales aux énergies fossiles d’ici à 2050, arrêter la vente de véhicules essence et diesel d’ici à 2040, interdire le plastique non-recyclable d’ici à 2025. Les autres mesures sont plus consensuelles, comme la sortie du glyphosate (d’ici à 2021), etc.


2. Le social : « bâtir l’Europe de la justice sociale et fiscale »

Le programme reprend la "formule" de Jacques Delors (qui restera, dans le programme, l'une des deux seules références historiques, l’autre étant Simone Veil) : « la concurrence qui stimule, la coopération qui renforce et la solidarité qui unit ». En présentation, une phrase choc : « L’évasion fiscale prive l’Europe de milliards d’euros chaque année alors que 100 millions d’Européens vivent dans la précarité. ».

Mesure consensuelle en France : taxer les géants du numérique en Europe comme cela se fait désormais en France avec une « taxe française sur les services numériques », taxe que la liste souhaite généraliser à l’échelle européenne. Cela ne concernerait que les entreprises qui font un chiffre d’affaires mondial supérieur à 750 millions d’euros.

Autre mesure visant à réduire la concurrence fiscale : harmoniser l’impôt sur les sociétés, sans préciser dans quel sens converger (vers le plus bas ou plus haut taux ?). Et à réduire la concurrence sociale : institution d’un salaire minium dans chaque pays (mesure qui sera refusée par certains pays et donc qui peut être considérée comme utopique), aussi réforme du travail détaché.

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Mesures intéressantes pour accompagner les salariés dans une reconversion économique : la garantie Zéro chômage (15 000 euros prêtés au demandeur d’emploi pour se reconvertir et remboursables uniquement s’il le peut à l’issue de la formation), aide à la reconversion numérique et écologique jusqu’à 20 000 euros par salarié, nouveau statut pour les travailleurs de plateforme numérique (comme Uber, 3 millions de personnes sont concernées).


3. L’Europe, puissance économique mondiale

Le programme prévoit de mettre une barrière commerciale avec une directive Éthique des entreprises, l’accès au marché européen étant conditionné à certaines règles sociales et environnementales. Le problème actuel, c’est que les entreprises européennes doivent proposer des produits avec des normes sociales et environnementales plus contraignantes que dans le cas des produits d’importation.

Il est aussi proposé de faire en sorte que la création de champions europées ne soit pas entravée par le principe de concurrence (comme ce fut le cas avec la fusion Alstom-Siemens), ainsi que de déployer un « plan de soutien massif à l’industrie Made in Europe 2024 » (sans préciser l’enveloppe).

Je cite deux autres mesures intéressantes également : « Construire un Pacte avec l’Afrique en développant les investissements et les programmes scolaires et universitaires, en particulier à destination des jeunes filles », et : « Faire de l’euro la monnaie internationale de référence pour sortir du tout-dollar et décider seuls avec qui nous commerçons ». Idée louable pour contourner l’interdiction imposée par Donald Trump d'échanger avec l’Iran, mais sans donner aucune indication sur le comment.


4. L’Europe de la Défense

La partie sur la création d’une armée européenne est assez peu réaliste, surtout si l’on sait que le premier échec de la construction européenne concerne ce domaine très sensible car régalien. Cependant, « construire une capacité d’action européenne » se justifie pleinement aujourd’hui : désengagement américain de l’OTAN, multiplication des interventions dans des régions instables comme au Sahel et au Moyen-Orient, terrorisme international, cybercriminalité, etc.

Cette « armée européenne » ne sera pas exclusive, elle sera commune, avec l’armée de chaque nation. Le programme évoque donc la négociation d’un « Traité de défense et de sécurité ».

Une autre mesure de protection pourrait faire sursauter, tant la définition pourrait susciter des problèmes d’interprétation remettant en cause une certaine idée de la liberté d’expression : « Obliger les plateformes numériques et les réseaux sociaux à retirer tout contenu terroriste, pédopornographique, et de haine raciste et antisémite ». Jusqu’où définir la "haine raciste et antisémite" ? à la simple allusion ? à un second degré mal compris ? à de l’humour déplacé ?


5. Asile et immigration : « Faire respecter nos valeurs et nos frontières »

On ressent la politique du "en même temps" (de gauche et de droite). Gauche : « Notre priorité sera de construire une politique européenne de l’asile et de sauvegarder Schengen ». Entre autres, est proposé d’atteindre « l’objectif de 10 000 garde-frontières et garde-côtes au sein de Frontex » (mais il en faudrait trois ou quatre fois plus pour faire réellement respecter les frontières européennes). Droite : « Rendre effectifs les retours contraints, en chargeant Frontex du rapatriement des migrants illégaux ».


6. Culture, université, démocratie

Beaucoup de mesures sont proposées dans ces trois domaines, comme le triplement du programme Erasmus étendu aux apprentis, lycéens et jeunes demandeurs d’emploi, la création d’une vingtaine d’universités européennes d’ici à 2024, la création de résidences culturelles européennes pour les jeunes artistes, l’augmentation du pouvoir du Parlement Européen (pouvoir d’initiative des lois européennes) et du pouvoir des citoyens européens (un million de citoyens pourraient imposer l’examen d’une proposition), enfin, la diminution du nombre de commissaires européens.

Également : « Interdire le financement des partis politiques européens par des puissances étrangères et des entreprises ».

La dernière proposition est en fait la première d’un point de vue chronologique : instituer une « Conférence pour l’Europe » avec les dirigeants européens, des personnes qualifiées, mais aussi des citoyens tirés au sort pour améliorer le fonctionnement des institutions européennes et renforcer la démocratie européenne. Cette mesure avait déjà été proposée par Emmanuel Macron le 26 septembre 2017 lors de son discours de la Sorbonne, qui n’avait reçu qu’un accueil mitigé, poliment glacial, dans la plupart des autres pays européens.


Utopie ?

Comme on le voit, le programme de la liste menée par Nathalie Loiseau n’est pas creux mais pourrait risquer d’être vain, dans la mesure où c’est au Conseil Européen de décider de la plupart des mesures proposées ici. Il montre néanmoins un solide travail d’analyse sur les difficultés et les points de progression de l’Union Européenne. Il a le mérite d’être à la fois ambitieux et rassembleur. Rassembleur car il n’est pas épris d’idéologie qui réduirait la lucidité sur les carences actuelles de l’Europe. Ce programme a une volonté à la fois de protection (écologique, sociale, économique) et de conquête (affirmer sa puissance mondiale, notamment sur le plan monétaire mais aussi militaire). Il s’appuie sur des valeurs (ce qui lui permet de renforcer le droit d’asile) mais aussi sur la fermeté des lois et des règles. Il assume sa position clairement europhile ainsi que sa fierté europeénne.

S’il fallait ne retenir qu’une seule mesure (des soixante-dix-neuf au total, autant que de candidats de la liste), ce serait bien sûr ces investissements européens de 1 000 milliards d’euros dans la transition écologique et solidaire. Mais pour que cette mesure n’ait pas le goût amer et trompeur de la démagogie, il faut impérativement expliquer aux électeurs comment on compte atteindre une telle somme en cinq ans : en incitant le secteur privé à investir, comme c’était le cas avec les "grands emprunts" ? ou en créant de nouveaux impôts, spécifiquement européens ?

Il est grand temps de débattre concrètement de la vision de l’Europe de demain, celle de 2025, celle de 2050, et pourquoi pas, celle de 2100. Après tout, l’année 2100 n’est pas plus éloignée d’aujourd’hui que ne l’est l’année 1938, c’est-à-dire, par exemple, que les Accords de Munich


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mai 2019)
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Pour aller plus loin :
À quoi pense Nathalie Loiseau ?
Nathalie Loiseau.
Emmanuel Macron.
Édouard Philippe.
Richard Ferrand.
François de Rugy.
Christophe Castaner.
Gérard Collomb.
Daniel Cohn-Bendit.
Nicolas Hulot.
Jean-Yves Le Drian.
Bruno Le Maire.
Amélie de Montchalin.
LREM.
Le sparadrap Benalla.
Européennes 2019 (4) : les enjeux du scrutin du 26 mai 2019.
Européennes 2019 (3) : l’Union Européenne est-elle démocratique ?
Européennes 2019 (2) : enfin, la campagne commence !
Programme de la liste Renaissance (LREM) pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste Les Républicains pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste UDI pour les élections européennes de 2019.
Michel Barnier, pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Européennes 2019 (1) : la France des Douze ?
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190508-programme-lrem-renaissance.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/a-quoi-pense-nathalie-loiseau-215166

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16 mai 2019 4 16 /05 /mai /2019 03:26

« Même beauté, tant soit exquise,
Rassasie et soûle à la fin.
Il me faut d’un et d’autre pain :
Diversité, c’est ma devise. »
(Jean de La Fontaine, 1674).


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Avec 34 listes déposées et validées en France pour les élections européennes du 26 mai 2019, on ne pourra pas dire que la devise de La Fontaine n’est pas appliquée. Cela tombe bien, c’est aussi la devise de l’Union Européenne : "Uni dans la diversité". je ne sais pas trop si l’unité est là (elle l’est parfois, souvent lors des drames nationaux, militaires ou autres), mais la diversité est là, c’est sûr. Et la campagne officielle des européennes a commencé ce 13 mai 2019. 33 listes ont été déposées le 3 mai 2019, mais le Conseil d’État a accepté un délai supplémentaire pour la 34e liste, celle de l’Union des démocrates musulmans français, validée le 9 mai 2019. Certains y trouveront à redire.

34 choix, c’est mission impossible pour assurer l’équité des médias, c’est compliqué pour les candidats de se faire connaître en si peu de temps (ils sont 2 686 au départ !), c’est difficile pour les citoyens de faire leur choix, et cela va être très pénible pour ceux qui, serviables, vont dépouiller durant la nuit qui sera longue. Et encore, certaines listes de gilets jaunes se sont retirées, et le NPA n’a pas pu participer, faute de moyens financiers.

Il faut tenter de faire un peu clarté dans ce trop-plein de choix qui donne un sentiment de vertige par en fait le vide que cela dégage. Car à part quelques leaders nationaux ou leaders d’opinion, et pas de tout tout premier plan (désolé pour eux), qui avaient déjà une petite légitimité politique ou notoriété médiatique avant d’être candidats (je pense notamment à Jean-Christophe Lagarde, Nathalie Loiseau, François-Xavier Bellamy, Nathalie Arthaud, Florian Philippot, Nicolas Dupont-Aignan, Raphaël Glucksmann, Renaud Camus, Yannick Jadot, Benoît Hamon et Francis Lalanne, et encore, certains n’ont pas acquis leur notoriété dans le domaine politique), aucune grande pointure du paysage politique ne participe à cette compétition. Pourtant, avec le retour du scrutin à l’échelle nationale, comme avant l’an 2000, on aurait dû avoir tous les chefs de partis dans la bataille, comme ce fut le cas pendant toutes les élections avec une circonscription nationale (entre 1979 et 1999).

Résultat, il y a une réelle illisibilité pour les électeurs dans cette campagne. Certains pourtant très bien informés (dont c’est le métier) sont ainsi capables de prétendre que la "liste Union de la droite et du centre" serait celle de l’UDI de Jean-Christophe Lagarde, mais non, cette dernière s’appelle "Les Européens" et la précédente est en fait la liste Les Républicains soutenue aussi par le parti centriste d’Hervé Morin. De même, le rare militant socialiste qui resterait fidèle au parti socialiste (en existe-t-il encore au moins un ?!) se posera inévitablement la question pour retrouver sa liste qui s’appelle "Envie d’Europe écologique et sociale" pas même menée par un socialiste ni même par quelqu’un qui comprend et connaît le milieu politique (Raphaël Glucksmann, qui a reçu le soutien remarqué de Christiane Taubira le 15 mai 2019 à Rouen, visiblement ne s’épanouit pas dans ce rôle). Amusant d’entendre d’ailleurs le 14 mai 2019 Valérie Rabault, quand même présidente du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale (c’est vrai qu’avant qu’elle n’en soit la présidente, le 11 avril 2018, il n’y a plus le mot "socialiste" dans l’appellation de ce groupe nommé alors "Nouvelle gauche) hésiter pour donner l’appellation exacte de la liste qu’elle soutient en principe.

"Classons" rapidement les listes pour s’y retrouver un peu dans ce contexte confus. Ce classement est évidemment très arbitraire, mais il est nécessaire de le faire. J’indiquerai éventuellement quelques candidatures intéressantes, notamment en fin de liste (dernière ou avant-dernière place, selon le sexe en raison de la parité, est une place d’honneur, celle d’un parrain qu’on honore et qui honore la liste de sa présence).

La première catégorie concerne les listes susceptibles d’avoir des élus, c’est-à-dire de recueillir au moins 5% des voix : la liste Renaissance menée par Nathalie Loiseau (soutenue par LREM, le MoDem, le Mouvement radical et Agir), la liste Rassemblement national menée par Jordan Bardella, la liste LR menée par François-Xavier Bellamy, la liste EELV (écologistes) menée par Yannick Jadot et la liste FI menée par Manon Aubry. À celles-ci, j’ajoute la liste PS menée par Raphaël Glucksmann que les sondages placent à l’extrême limite du seuil (entre 4,5% et 5,0%).

Cette catégorie est la plus médiatisée. Deux têtes de liste, peu connues, ont montré leur grand talent d’hommes en campagne : François-Xavier Bellamy (la vraie révélation de cette campagne) et Jordan Bardella (qui va avoir un poids très important dans l’appareil de RN). François-Xavier Bellamy, capable de reprendre le drapeau présidentiel de François Fillon, pourrait même faire de l’ombre à celui qui l’a lancé en politique nationale, Laurent Wauquiez. La dernière place de la liste LR est occupée par Michel Dantin, le maire de Chambéry. La liste du RN a réussi à élargir son assise, notamment en débauchant Thierry Mariani et Jean-Paul Garraud, et aussi Hervé Juvin, tous les trois en position éligible. Parmi les éligibles du RN, on retrouve Jean-François Jalkh, Nicolas Bay et aussi Gilbert Collard (pourquoi cette candidature ?) et Jean-Lin Lacapelle, qui intervient souvent dans les médias. La liste RN finit avec notamment Marine Le Pen, Julien Sanchez et Wallerand de Saint-Just.

En revanche, la performance de Yannick Jadot est très médiocre alors que les écologistes avaient obtenu plus de 16% des voix en 2009 (et que l’Europe aujourd’hui sourit aux écologistes comme force de remplacement à gauche : en Allemagne, en Autriche, etc.). Sur la liste EELV, parrainée par Eva Joly, sont en position éligible notamment Michèle Rivasi, Karima Delli et David Cormand. De même, la greffe politique de Raphaël Glucksmann ne s’est pas faite, sans doute en raison de sa trop grande naïveté qu’il a reconnue lucidement, cela va peut-être aboutir au désastre annoncé pour le PS : l’absence totale d’élus au Parlement Européen, ce qui serait sans précédent (même après le désastre de mai 2014). Si Claire Nouvian a été reléguée à la fin de la liste PS, Pierre Larrouturou, mangeant à tous les râteliers depuis trente ans (RPR, UDF, EELV, PS), est, lui, en position éligible en cas de franchissement du seuil de 5%. La performance de Manon Aubry est également médiocre, elle semble incapable de retrouver le socle électoral de FI acquis à l’élection présidentielle de 2017. À noter que le député européen sortant socialiste Emmanuel Maurel est en position éligible sur la liste FI et que Jean-Luc Mélenchon et Charlotte Girard sont en fin de liste.

Quant à Nathalie Loiseau, avec ses gaffes, très largement assumées, elle pourrait étonner : sans doute pas pour la campagne assez médiocre (elle a du mal à faire "décoller" sa liste) mais pour la suite. Certains évoquent son nom comme présidente du groupe ALDE au sein du Parlement Européen (qui pourrait être le troisième groupe, en position centrale entre le PPE et les sociaux-démocrates). Diplomate, elle saura probablement agir pour accroître l’influence de la France dans cette institution alors qu’il faut bien avouer que les députés européens français y ont peu d’influence car dispersés dans trop de groupes politiques (et donc, ne pesant d’aucun poids dans chacun de ceux-ci). Alain Lamassoure en a fait les frais en janvier 2017 alors qu’il comptait succéder à Martin Schulz à la Présidence du Parlement Européen. À noter également le parrainage posthume de Simone Veil, confirmée dans le programme de la liste Renaissance et aussi par la présence de Jean Veil, fils de Simone Veil, à la fin de cette liste qui a fait la part belle aux écologistes (en particulier Pascal Canfin et Pascal Durand) et aussi à des responsables du centre droit (notamment Fabienne Keller et Dominique Riquet). Le journaliste Bernard Guetta y est aussi en position éligible.

La deuxième catégorie de listes, ce sont celles qui sont encore vaguement sur les écrans des sondages et qui ont plus de 1% des voix, qui représentent donc une part encore représentative de l’électorat. Je peux citer la liste UDI menée par Jean-Christophe Lagarde qui a pris un grand risque en présentant l’UDI seule, lui-même entouré de Louis Giscard d’Estaing et Nora Berra (je ne suis pas sûr que des affiches proposant leur visage soient très porteuses). Beaucoup de parlementaires nationaux UDI sont en fin de liste, notamment Jean-Marie Bockel et Valérie Létard. Il y a aussi la liste Ensemble Patriotes menée par Florian Philippot qui cherche à recycler les déboutés du RN (notamment Mireille d’Ornano). Précisons aussi la présence de l’acteur Franck de Lapersonne. Florian Philippot comprendra après le scrutin, comme l’a compris Bruno Mégret en 2002, que quitter la marque Le Pen sera un désastre pour lui.

Dans cette deuxième catégorique, je place aussi la liste menée par Nicolas Dupont-Aignan, qui avait un grand potentiel de voix (les sondages lui avaient donné jusqu’à 8% d’intentions de vote il y a plusieurs mois), a associé Marie-Jo Zimmermann et Bruno North (CNI) en tête de liste, ainsi que le gilet jaune Benjamin Cauchy, et le parlementaire Jean-Louis Masson est en fin de liste. Jean-Frédéric Poisson, qui devait intégrer la liste, y est finalement absent. La liste Lutte ouvrière menée par Nathalie Arthaud est parrainée par l’historique Arlette Laguiller, candidate en dernière position. La liste du PCF menée par Ian Brossat (un adjoint à la mairie de Paris) est chapeautée par André Chassaigne en dernière place. Enfin, la liste de Générations, menée par Benoît Hamon, peine à sortir de l’anonymat, malgré la présence de quelques syndicalistes connus (comme Isabelle Thomas qui aura du mal à faire renouveler son mandat) et Édouard Martin, en dernière place.

Enfin, la troisième catégorie regroupe toutes les autres listes qui n’ont qu’un rôle anecdotique, tant par leur influence politique que par leurs candidats souvent inconnus du grand public. Je peux citer notamment la liste menée par François Asselineau, ancien collaborateur de Charles Pasqua et candidat à l’élection présidentielle de 2017, qui, décidément, déteste l’Europe ; la liste de l’Alliance royale ; la liste menée par Renaud Camus, obsédée par l’immigration et l’islam ; la liste Urgence écologie (de Génération écologie et du MEI) parrainée par Delphine Batho, Antoine Waechter et Sébastien Nadot, tous les trois en queue de liste ; la liste menée par le gilet jaune Christophe Chalençon, avec, parmi ses colistiers, un ancien membre de LREM, Marc Doyer ; et je termine par la liste du parti animaliste. Je n’ai pas voulu citer toutes les listes parce qu’en citant ces quelques listes, cela paraît déjà assez confus.

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Depuis le début de la semaine, la campagne commence donc enfin : il était temps ! Il y a la campagne officielle (les spots dans l’audiovisuel public qui sont rarement écoutés), et il y a bien sûr les débats dans les grands médias. Il faut saluer les chaînes de télévision et stations de radio qui ont organisé ou vont organiser des débats, car jamais il y en a eu autant pour une campagne aux européennes. Hélas, le débat entre les chefs de file européens qui a eu lieu à Bruxelles ce mercredi 15 mai 2019 a eu peu d’impact en France car aucun média important ne l’a retransmis.

Il faut notamment saluer France 2 et France Inter pour avoir organisé le premier débat télévisé le 4 avril 2019 avec douze têtes de liste (déjà connues), et ils vont organiser un nouveau débat dans la soirée du mercredi 22 mai 2019 (animé par Thomas Sotto). D’autres débats télévisés sont prévus la semaine prochaine, le lundi 20 mai 2019 sur LCI (animé par David Pujadas), et le jeudi 23 mai 2019 sur BFM-TV (animé par Ruth Elkrief et Apolline de Malherbe).

Je voudrais revenir sur le débat qui a eu lieu le 24 avril 2019 sur LCI, animé par David Pujadas. L’originalité de ce débat, ce fut non pas d’inviter les têtes de liste mais d’inviter les chefs de parti. Seulement six personnalités furent invitées, ce qui a rendu le débat un peu plus clair et intéressant qu’à douze ou trente-quatre, cependant, l’absence de représentant écologiste est regrettable et étonnante.

Étaient ainsi invités Marine Le Pen pour le RN, François Bayrou pour le MoDem, Laurent Wauquiez pour LR, Olivier Faure pour le PS, Stanislas Guerini pour LREM et Andrien Quatennens pour FI. C’était l’occasion à la fois de connaître mieux ces chefs des principaux partis (même s’il manquait EELV) et d’avoir une idée de la confrontation des idées.

Sur le plan des personnes, on peut s’étonner du manque de leadership manifeste de Stanislas Guerini, pourtant patron du parti présidentiel, qui semblait plus en situation d’un élève passant un examen que d’un chef martelant sa vision politique. Sa capacité à convaincre m’a paru très limitée (alors qu’il est paradoxalement diplômé de HEC). Manque de leadership visible aussi (mais on le savait déjà) chez Olivier Faure dont on peine à imaginer qu’il est le successeur de François Mitterrand, Lionel Jospin, Laurent Fabius, Michel Rocard

Dans cet ensemble, François Bayrou a fait figure de très vieux dinosaure de la vi politique (le plus ancien sur le plateau), et cela a paradoxalement donné un sentiment qui rassurait, celui de garder quelques références dans un paysage politique si mouvementé. Marine Le Pen aussi a semblé très ancienne dans cet ensemble, même si elle a beaucoup moins d’expérience et d’ancienneté que le "patriarche" centriste. Laurent Wauquiez peut parfois être intéressant mais la manière de parler, son ton inutilement martial, est très irritante et forcément contreproductive. Enfin, Adrien Quatennens, la révélation parlementaire de 2017, jeune dauphin de Jean-Luc Mélenchon à FI, s’il est manifestement taillé pour le militantisme et la confrontation des arguments, il devra encore faire un effort pour ne pas interrompre sans arrêt ses interlocuteurs, ce qui, même en position favorable, pourrait lui faire du tort sur sa capacité à convaincre les téléspectateurs.

Sur le fond, le débat n’a hélas pas volé très haut parce qu’il n’y a pas eu de modérateur rappelant quelques réalités. Lorsque sont balancées par exemple les statistiques de l’immigration, 250 000 nouveaux entrants chaque année, on oublie de rappeler qu’il y a aussi de très nombreux sortants, notamment les étudiants étrangers qui ont fini leurs études et retournent dans leur pays.

Sur ce sujet, François Bayrou voudrait privilégier les migrants qui parleraient le français. C’est assez absurde de mettre la francophonie comme critère de décision pour délivrer une carte de séjour : les réfugiés qui trouvent asile en France apprendront le français, au même titre que ceux qui trouvent asile en Allemagne (le pays le plus attractif) apprendront l’allemand. D’ailleurs, l’Allemagne justement a organisé ces cours d’allemand en masse, alors que la France peine à accueillir dans de bonnes conditions (et les cours de langue en sont une) les réfugiés qu’elle a admis sur son territoire. C’est comme si un secouriste de haute montagne demandait à celui qu’il va secourir après une avalanche quelle langue il parle avant de décider de venir le secourir...

Le français semble d’ailleurs un élément majeur pour François Bayrou qui en a fait un argument pour contester la candidature de Manfred Weber (Allemand de la CDU), chef de file du PPE pour la Commission Européenne (il ne parle pas le français). Concrètement, je ne sais pas si savoir parler le français est un critère de bon Président de la Commission Européenne, le Président sortant Jean-Claude Juncker et son prédécesseur José Manuel Barroso parlent excellemment bien le français. Est-ce "le" critère ?

En revanche, François Bayrou avait raison de s’opposer à Laurent Wauquiez sur le fond du sujet. Le président de LR a reproché au président du MoDem que les futurs élus de la liste de Nathalie Loiseau iraient siéger au groupe ALDE et pas au groupe PPE, ce qui réduirait l’influence de la France au sein du PPE. Même reproche que celui fait par Maurice Druon il y a déjà longtemps ! Pourtant, François Bayrou a raison quand il dit que c’est la CDU qui fait la loi au sein du PPE et qu’il y a donc une trop forte influence politique de l’Allemagne sur l’institution parlementaire.

Sur certains sujets, étrangement, François Bayrou était en accord avec Marine Le Pen, et ils n’ont pas hésité à le constater simplement. Notamment sur le scrutin proportionnel pour les élections législatives, François Bayrou, à mon sens, se trompe lorsqu’il est persuadé que la proportionnelle ne ferait pas revenir la Quatrième République en raison de l’existence de l’élection présidentielle. Mais il a oublié que tant que demeure le principe de la motion de censure (et il faut qu’il demeure), l’absence de majorité à l’Assemblée Nationale peut faire revenir l’instabilité des gouvernements et donner une importance disproportionnée aux petits partis pivots, comme c’est le cas dans la plupart des pays utilisant ce type de scrutin.

Même s’il a en partie raison, François Bayrou a presque frôlé un certain "complotisme" lorsqu’il a affirmé que Donald Trump voulait la mort de l’Europe et qu’il cajolait Matteo Salvini. Malgré cela, j’ai trouvé que François Bayrou était celui qui avait le mieux conclu l’émission, le plus synthétiquement, en résumant toutes ses convictions européennes ainsi : « On peut faire plus, on peut faire mieux, mais je suis sûr qu’on ne peut pas faire sans. ».

Sur un autre plateau, un autre a aussi eu une belle formule pour dire ce qu’il pense de sa vision européenne. Promoteur du principe de subsidiarité (l’une des bases des pères de l’Europe), Alain Madelin, invité de LCI le 14 mai 2019, avait bien du mal à choisir entre les 34 listes en présence et a résumé ainsi ce qu’il faudrait construire : « l’Europe de l’harmonie et pas l’Europe de l’harmonisation ». Belle formule, mais qu’il s’agit de remplir de projets concrets.

Des multiples débats qui ont déjà eu lieu, j’ai trouvé à mon sens que la confrontation entre Éric Zemmour (qui a été approché par Marine Le Pen pour faire partie de sa liste) et Daniel Cohn-Bendit (qui ne cache pas son soutien à Emmanuel Macron), qui s’est déroulée sur LCI le lundi 13 mai 2019 (animée par David Pujadas), était très intéressante sur le fond, même si elle était assez violente sur la forme (où les deux protagonistes ne savaient jamais s’il fallait se tutoyer ou voussoyer en public). Violente car sans doute plus spontanée que les politiques professionnels, mais intéressante car les clivages politiques ont été bien clarifiés sur la vision de l’Europe.

Il est sûr qu’Éric Zemmour a vision très parcellaire de la réalité française, je ne lui reprocherai pas son inquiétude sur l’immigration mais plutôt le fait de prendre, parmi ses connaissances historiques, seulement les faits qui conforteraient son argumentation. Au contraire, Daniel Cohn-Bendit a montré ses bonnes compétences européennes, sa connaissance fine des sujets et des enjeux européens, notamment sur les importations en Europe et les barrières commerciales. Intéressants aussi étaient les six "citoyens" choisis par la chaîne pour parler du terrain et de leur quotidien, même si certains exemples étaient "caricaturaux" (à savoir, pour les pro-européens, une étudiante en médecine qui a vécu à Manchester avec d’autres étudiantes européennes dans le cadre du projet Erasmus, et pour ceux qui craignent l’islamisation de la France, une personne qui travaillait au Bataclan au moment de l’attentat).

Beaucoup de commentateurs disent que les débats ne concernent pas l’Europe, mais je trouve que c’est faux. À partir du moment où l’on considère que l’Europe a un destin commun, et même les plus anti-européens n’hésitent pas à parler de "civilisation européenne", c’est que justement, la plupart des sujets politiques sont aussi des sujets européens. Vers où l’on veut voir avancer l’Europe, c’est aussi vers où l’on veut voir avancer la France.

En ce sens, malgré un départ très tardif (mais c’était prévisible) de la campagne des européennes, notamment en raison de la crise des gilets jaunes, du grand débat, de l’incendie de Notre-Dame de Paris et encore très récemment, de la mort de deux soldats français au Burkina Faso, le débat public sur l’Europe est bel et bien lancé, il sera de courte durée, mais il sera intense et sans doute beaucoup plus pluraliste que les campagnes européennes précédentes. De quoi faire vivre pleinement la diversité de la devise européenne, même s’il conviendra après les élections de faire vivre aussi l’autre versant de la devise, l’unité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mail 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Européennes 2019 (2) : enfin, la campagne commence !
Programme de la liste Renaissance (LREM) pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste Les Républicains pour les élections européennes de 2019 (à télécharger).
Programme de la liste UDI pour les élections européennes de 2019.
Michel Barnier, pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Européennes 2019 (1) : la France des Douze ?
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190513-europeennes-b.html

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12 mai 2019 7 12 /05 /mai /2019 01:02

La liste Les Républicains soutenue par Laurent Wauquiez et Hervé Morin a publié son programme électoral pour les élections européennes du 26 mai 2019.

Cliquer sur le lien pour télécharger le programme LR (fichier .pdf) :
https://drive.google.com/file/d/1Ud_Hud79kaHaUS9ayPrZVtYJCLoFdrZQ/view

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190304-macron-europe.html

SR

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11 mai 2019 6 11 /05 /mai /2019 03:31

« Il coche beaucoup de cases. Il parle à tout le monde, des conservateurs aux écolos. Il a acquis une stature de quasi-chef d’État en menant la négociation du Brexit. C’est le mieux placé. » (Source proche de LREM, citée par Public Sénat le 12 avril 2019).



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L’année dernière, dans un article de George Parker et Alex Barker paru dans "Le Nouvelle Économiste" le 26 mars 2018, en pleines négociations du Brexit, il était écrit de façon explicite : « Michel Barnier a lui aussi besoin (…) d’un accord cet automne, pour l’aider à obtenir le job qu’il convoite depuis longtemps. Ce n’est un secret pour personne que Michel Barnier espère devenir le prochain Président de la Commission Européenne. Un échec des négociations serait dommageable économiquement pour les deux parties, et détruirait ses espoirs d’achever sa propre carrière sur des sommets inespérés. ».

Depuis le 1er octobre 2016, Michel Barnier est en effet le "négociateur en chef chargé de la préparation et de la conduite des négociations avec le Royaume-Uni" en vue du Brexit. Ce poste, sans équivalent dans l’histoire européenne, est un rôle clef dans la période actuelle où le Brexit occupe principalement les esprits. Cela nécessite beaucoup de diplomatie et de contacts avec les vingt-sept gouvernements nationaux de l’Union Européenne qui doivent trouver un consensus sur la manière dont le Royaume-Uni aura à sortir.

Apprenant que la Premier Ministre britannique Theresa May voulait que son pays quittât l’union douanière et ne soit plus jamais lié par la Cour de Justice de l’Union Européenne, Michel Barnier a donné une règle très ferme dans les négociations, exprimée devant les députés européens le 13 mars 2018 à Strasbourg : « Nous en prenons acte. Mais alors il faut se rendre à l’évidence. On ne peut pas vouloir à la fois le statut d’un pays tiers et demander en même temps des avantages appartenant à l’Union et uniquement à l’Union (…). On ne peut pas, on ne pourra pas utiliser le marché intérieur à la carte (…), alors qu’il constitue un écosystème intégré et que les quatre libertés, y inclus la liberté de circulation, sont indivisibles et indissociables. On ne peut pas vouloir participer à nos agences sans l’engagement juridique d’adopter et d’appliquer le droit de l’Union et la juridiction de la Cour de Justice. On ne peut pas, on ne pourra pas solliciter de l’extérieur la reconnaissance mutuelle des règles et des standards, alors que cela ne peut reposer que sur la confiance, c’est-à-dire une loi commune, une supervision cohérente et une juridiction unique. ».

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Et d’ajouter : « Le Royaume-Uni choisit de quitter l’Union, choisit de quitter le marché unique et l’union douanière. Nous en prenons acte. Est-ce qu’il veut aussi quitter ou s’éloigner de notre modèle réglementaire ? Celui-là même que nous avons construit patiemment ensemble avec vous et vous avec nous depuis quarante-quatre ans. Un modèle réglementaire qui n’est pas seulement une question de normes, de standards ou de lois. Derrière lequel il y a en fait des choix de société que nous avons faits ensemble. L’économie sociale de marché, la protection sociale, la sécurité et un certain modèle alimentaire, la régulation financière. Je pourrais citer d’autres exemples de ces choix de société communs que nous avons faits à Vingt-huit et qui sont traduits, consolidés par ce modèle réglementaire. Et cette question est très importante. Est-ce que le Royaume-Uni veut aussi s’éloigner de ce modèle-là que nous avons fait avec lui et s’engager dans la voie de la compétition réglementaire, voire du dumping contre nous ? ».

Désigné par Jean-Claude Juncker qui a toujours dit qu’il ne ferait qu’un mandat à la tête de la Commission, Michel Barnier fait ainsi figure, avant l’heure, de dauphin. Michel Barnier n’est pourtant candidat à rien. Ancien membre de l’UMP, vice-président du PPE (Parti populaire européen, le parti dont sont affiliés tant LR que la CDU allemande), premier parti du Parlement Européen et qui devrait le rester encore selon les projections des sondeurs pour les élections européennes prochaines, ayant une solide expérience européenne (je présente son cursus plus loin), il a postulé pour la fonction en 2014, sans succès.

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Avant 2014, le Président de la Commission Européenne est une personnalité nommée à l’unanimité par le Conseil Européen (l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement de l’Union Européenne) pour un mandat de cinq ans, éventuellement reconductible une fois. Mais en 2014, première vraie application du Traité de Lisbonne, le Parlement Européen, présidé par le social-démocrate allemand Martin Schulz, a voulu prendre le pouvoir.

Certes, dans les textes, le Conseil Européen continue de nommer le Président de la Commission Européenne, mais les élections de mai 2014 ont eu lieu avec une nouvelle règle non écrite et acceptée par les principaux partis politiques européens (PPE, PSE, ADLE, etc.) : le Président de la Commission Européenne devra être la tête de la liste du parti ayant obtenu le plus de députés européens à l’issue des élections.

La Commission Européenne est une sorte de gouvernement européen. À l’origine, ce n’était qu’une sorte d’agence technocratique visant à appliquer les décisions du Conseil Européen. Au fil des décennies, elle est devenue une véritable puissance d’initiative des directives (les lois européennes), en particulier par l’incarnation de Jacques Delors, au point que les reproches de manque de démocratie sont évidemment justifiés : une instance décisionnelle désignée à deux niveaux par des gouvernements certes légitimes, mais sans l’aval direct des citoyens européens a de quoi étonner sinon inquiéter.

Dans la réalité, pas une seule décision de la Commission Européenne n’a pas été une décision prise par le Conseil Européen, c’est-à-dire par les nations. Pas de décision supranationale, elles sont le résultat de l’accord des États membres, mais l’impopularité de certaines décisions a fait que les gouvernements nationaux ont rarement défendu ce qu’ils avaient pourtant approuvé voire initié à Bruxelles, dans une sorte de schizophrénie institutionnelle qui, par démagogie, leur permettait de ne pas assumer leur responsabilité politique : "Ce n’est pas nous, c’est Bruxelles !". Cet abandon de responsabilité est l’une des causes majeures du climat eurosceptique des dix dernières années.

Pour affronter cette critique et y remédier, les partis européens ont ainsi accepté en 2014 le principe d’un Président de la Commission Européenne qui soit élu par les électeurs européens, selon le principe classique d’une démocratie au régime parlementaire.

Insistons d’ailleurs sur le paradoxe : ce sont les plus europhobes qui fustigent le manque de démocratie des institutions (et ils n’ont pas tort même s’il y a eu des progrès depuis le Traité de Rome, notamment il y a quarante ans avec l’élection des députés européens au suffrage universel direct), mais ce sont les mêmes europhobes qui s’opposent à toute avancée démocratique en ce domaine : ce sont eux qui s’étaient opposés à l’élection directe du Parlement Européen en 1979, ce sont eux qui s’opposeraient à l’élection directe du Président de la Commission Européenne si d’aventure elle venait à être proposée. Pourquoi ? Parce qu’une telle élection directe serait l’avancée inéluctable vers une véritable Europe supranationale qu’elle n’a encore jamais été. L’Europe actuelle est une Europe des nations, et c’est pour cette raison qu’elle a un déficit de démocratie.

Ainsi, au sein du PPE, Michel Barnier, chef de file LR en France pour les élections européennes du 25 mai 2014, souhaitait être le chef de file du PPE pour ces élections. En allemand, il y a un mot désormais utilisé même en français pour désigner ce rôle : "Spitzenkandidat". Or, dans le groupe du PPE au Parlement Européen, les députés allemands de la CDU sont très influents par leur nombre (représentation de l’Allemagne, premier pays en population, et part de la CDU dans l’électorat allemand), si bien qu’ils peuvent faire la pluie et le beau temps.

Forte de cette influence allemande, la Chancelière allemande Angela Merkel, présidente de la CDU, alliée au PP espagnol, a refusé la candidature de Michel Barnier et a encouragé la candidature de Jean-Claude Juncker, qui fut longtemps le Président de l’Eurogroupe (du 1er janvier 2005 au 21 janvier 2013) en tant que Premier Ministre du Luxembourg. Ce dernier fut donc finalement désigné "Spitzenkandidat" pour le PPE, face à d’autres "Spitzenkandidats" (je mets le pluriel en français), Martin Schulz pour les sociaux-démocrates, Guy Verhofstadt pour les centristes (démocrates libéraux) et l’actuel Premier Ministre grec Alexis Tsipras pour la gauche dite radicale.

Ces leaders ont pour la premier fois débattu publiquement ensemble à la télévision (y compris à la télévision française le 15 mai 2014). Le PPE ayant gagné les élections européennes, le 15 juillet 2014, Jean-Claude Juncker fut ainsi "élu" le 15 juillet 2014 par le Parlement Européen à la tête de la Commission Européenne. Son mandat a commencé le 1er novembre 2014. Évincé par le PPE, Michel Barnier avait alors renoncé à se présenter aux élections européennes de mai 2014, laissant le leadership de l’UMP à Alain Lamassoure.

En fait, plus qu’une investiture, il s’agissait d’un vote de ratification par les parlementaires du choix du Conseil Européen (du choix donc des chefs d’État et de gouvernement). Cette ratification est l’une des grandes avancées du Traité de Lisbonne et là encore, il y a un paradoxe à fustiger le manque de démocratie et à s’opposer au Traité de Lisbonne qui donne au contraire plus de pouvoir aux instances élues démocratiquement. C’est vrai que la démagogie ne se soucie pas de cohérence.

La situation de 2019 est cependant très différente. Entre-temps, il y a eu le Brexit, Angela Merkel est passablement diminuée sur le plan politique, en particulier, elle n’est plus présidente de la CDU (c’est AKK qui lui a succédé) et elle n’est plus qu’une Chancelière en sursis, et surtout, Emmanuel Macron a été élu Président de la République française.

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Or, Emmanuel Macron, déjà très réticent sur le principe du "Spitzenkandidat", veut redonner plus de pouvoirs à la France et a compris qu’il est le seul capable de prendre le leadership de l’Europe : les autres grands pays sont en grande difficulté intérieure (Allemagne, fin de règne ; Espagne, gouvernement ultra-minoritaire ; Italie, gouvernement eurosceptique ; Royaume-Uni, en instance de séparation ; Pologne, gouvernement "illibéral" ; etc.).

Ses initiatives pour relancer la construction européenne sont pour l’instant restées lettres mortes (discours de la Sorbonne le 26 septembre 2017, lettre aux citoyens européens le 4 mars 2019). Il entend bien faire de la période 2019-2024 une période qui sortirait de l’enlisement et de l’immobilisme qui a caractérisé la dernière décennie qui s’est achevée par le Brexit. Or, le poste le plus adapté pour "relancer l’avenir", disons-le comme cela, c’est bien la Présidence de la Commission Européenne, comme l’avait fait, en son temps, en 1985, Jacques Delors (Acte unique européen, Traité de Maastricht, Espace de Schengen, Erasmus, etc.).

De plus, cela fait longtemps que la France n’a pas obtenu un poste majeur au sein des institutions communautaires. Il y en a quatre. Aucun Français n’a été Président du Conseil Européen (fonction très récente). Un Français a été gouverneur (président) de la Banque centrale européenne (fonction récente) : Jean-Claude Trichet (2003-2011). Deux Français ont été Présidents de la Commission Européennne : Françoix-Xavier Ortoli (1973-1977) et Jacques Delors (1985-1995). Enfin, six Français ont été Présidents du Parlement Européen : Robert Schuman (1958-1960), Alain Poher (1966-1969), Georges Spénale (1975-1977), Simone Veil (1979-1982), Pierre Pflimlin (1984-1987) et Nicole Fontaine (1999-2002). L’ancien ministre giscardien Alain Lamassoure avait cru en ses chances de succéder à Martin Schulz le 17 janvier 2017, mais le groupe PPE lui a préféré l’Italien Antonio Tajani.

Parce qu’il était en pleines négociations sur le Brexit, Michel Barnier pouvait difficilement mener campagne en France en même temps, ce qui a fait qu’il n’a pas voulu être chef de file de LR en France pour les élections européennes, d’autant plus qu’il n’apprécie pas vraiment les positions eurosceptiques de Laurent Wauquiez, président de LR. En revanche, il est totalement macron-compatible, d’autant plus que LREM ne peut pas prétendre à occuper la Présidence du Parlement Européen dans la mesure où ce parti ne s’inscrit que très artificiellement dans le paysage politique européen (a priori, les futurs élus de la liste LREM devraient s’inscrire au groupe centriste ADLE, ce qui a été une condition déterminante pour la participation des radicaux à cette liste).

Parallèlement, le PPE a déjà choisi son "Spitzenkandidat" pour 2019, au cours de son congrès le 8 novembre 2018 à Helsinki, avec le soutien de Viktor Orban, Sebastian Kurz et Laurent Wauquiez. Il s’agit d’un Allemand (Bavarois) pas très consensuel et certainement peu apprécié à gauche, assez jeune (46 ans) et surtout inexpérimenté dans les fonctions exécutives, Manfred Weber (élu avec 492 voix sur 619 face au Finlandais Alexander Stubb).

Président du groupe PPE au Parlement Européen depuis 2014 (il a succédé au Français Joseph Daul), Manfred Weber a déclaré le 7 novembre 2018 : « Il m’apparaît clair que nous devons trouver des réponses communes dans la gestion des affaires externes en passant d’un mécanisme de décision à l’unanimité à un mécanisme de majorité qualifiée. Et à l’intérieur, nous devons trouver des réponses au populisme et au nationalisme, et pour moi, la réponse est que nous devons nous reconnecter avec les gens, avec leurs préoccupations, prendre en compte leurs craintes et y apporter des réponses. ».

Poussé par Angela Merkel, Manfred Weber n’a pas forcément la vocation à être Président de la Commission Européenne mais il pourrait servir de "monnaie d’échange" pour obtenir le très stratégique poste de gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE). Cela, c’est la spéculation d’un proche d’Emmanuel Macron cité par "Public Sénat" le 12 avril 2019. Le mandat de l’actuel gouverneur, Mario Draghi, s’achève le 1er novembre 2019.

Or Michel Barnier, officiellement candidat à rien, serait la personnalité idéale pour succéder à Jean-Claude Juncker, dont le mandat s’achève aussi le 1er novembre 2019, au lendemain de l’échéance du Brexit fixée au 31 octobre 2019 lors du Conseil Européen du 10 avril 2019 (cette date de report du Brexit n’a donc pas été prise par hasard). En effet, il serait un excellent candidat de compromis entre les différentes tendances non seulement du PPE mais plus généralement des groupes politiques au sein du Parlement Européen. Tout se décidera au Conseil Européen des 20 et 21 juin 2019.

L’un des rares journalistes français à très bien connaître les affaires européennes, Jean Quatremer, correspond à Bruxelles de "Libération", a publié un article le 17 décembre 2017 titré : "Michel Barnier, futur Président de la Commission Européenne ?" et qui le conclut ainsi : « Le chef de l’État [Emmanuel Macron] veut un Français à la tête de l’exécutif communautaire, mais il sait que cela ne sera pas une personnalité étiquetée La République en marche, puisque ce parti n’appartient à aucune famille politique. Cela ne peut donc être qu’un conservateur Macron-compatible, acceptable par les Allemands, et Barnier correspond parfaitement à ce portrait. ». Interviewée dans "Le Parisien" du 9 avril 2019, la tête de liste LREM Nathalie Loiseau a confirmé : « Mon rêve serait d’avoir un Président de la Commission français. ». En s’excluant d’elle-même d’une possible candidature, car elle ne se considère pas encore assez politique.

D’ailleurs, Michel Barnier a même déjà exposé ce qui pourrait être son programme d’action le 21 janvier 2019 à la Sorbonne, ce qui n’est pas une coïncidence, sur les pas d’Emmanuel Macron, en défendant le même concept de "souveraineté européenne" qui « ne se substitue pas à la souveraineté nationale [mais] la démultiplie, l’amplifie ». Selon Michel Barnier, quatre grands domaines de souveraineté européenne sont encore à construire : la diplomatie européenne et la défense européenne, le numérique, l’économie et la monnaie, enfin, l’écologie. Il a proposé notamment une vision commune des relations avec l’Afrique, rappelant que l’Europe fournit la plus grande aide au développement (75 milliards d’euros en 2017) sans que cette politique soit réellement portée.

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Parmi les "Spitzenkandidats", face à Manfred Weber, les sociaux-démocrates européens ont choisi le Néerlandais Frans Timmermans, actuel Premier Vice-Président de la Commission Européenne. Rien n’est joué sur l’hypothèse Michel Barnier à la Présidence de la Commission Européenne car le maintien provisoire éventuel du Royaume-Uni dans l’Union Européenne renforcerait le groupe des sociaux-démocrates et donc, modifierait les équilibres politiques au sein du Parlement Européen.

Cependant, Michel Barnier, originaire de LR, pourrait faire consensus en France car il serait non seulement soutenu par LREM mais également par les centristes voire les écologistes si l’on en juge par les déclarations récentes de leur tête de liste respectif. Ainsi, Jean-Christophe Lagarde, tête de liste UDI, approuve : « S’il avait l’idée d’être candidat, ce serait une très bonne idée pour la France et pour l’Europe. ». Quant à Yannick Jadot, tête de la liste EELV, il l’apprécie : « Il a démontré sa compétence. Il est droit. ». Ces deux déclarations sont citées par Public Sénat le 12 avril 2019 (dans un article de Jérémy Marot).

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Revenons au parcours de Michel Barnier, l’un des douze Rénovateurs de l’opposition il y a juste trente ans, en avril 1989, pour pousser à la retraite les deux rivaux de la droite modérée de l’époque : Jacques Chirac, président du RPR (1976-1995), et Valéry Giscard d’Estaing, président de l’UDF (1988-1996). Comme d’autres, il fut un jeune espoir qui a eu beaucoup de mandats politiques très jeune.

Né le 9 janvier 1951 à La Tronche (c’est l’hôpital universitaire de Grenoble), passionné de politique, engagé chez les jeunes gaullistes de l’UJP, diplômé de Sup de Co Paris (dans la même promo que Jean-Pierre Raffarin, celle de 1972), il fut élu député de Savoie à l’âge de 27 ans, en mars 1978, mais son premier mandat était à l’âge de 22 ans, élu conseiller général de Savoie. Au début de sa carrière, il collabora dans le cabinet de plusieurs ministres gaullistes : Robert Poujade (Environnement) de 1973 à 1974, Pierre Mazeaud (Jeunesse et Sports) de 1974 à 1976, et Antoine Rufenacht (Commerce et Artisanat) de 1976 à 1978, le prédécesseur de l’actuel Premier Ministre Édouard Philippe à la mairie du Havre.

Sa collection de mandats est assez importante, qu’il a assurés successivement ou simultanément, selon les lois sur le cumul du moment. Je résume rapidement.

Michel Barnier fut élu conseiller général de mars 1973 à septembre 1999, président du conseil général de Savoie de mars 1982 (à l’âge de 31 ans) à septembre 1999. Il fut élu député de mars 1978 à mai 1993. Il fut élu sénateur de Savoie de septembre 1995 à octobre 1995, puis de septembre 1997 à septembre 1999, et également député européen de juin 2009 à février 2010.

Il fut nommé quatre fois ministres sous trois Présidents de la République (François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy) et quatre Premiers Ministres (Édouard Balladur, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon) : Ministre de l’Environnement du 30 mars 1993 au 11 mai 1995, Ministre délégué aux Affaires européennes du 18 mai 1995 au 2 juin 1997, Ministre des Affaires étrangères du 31 mars 2004 au 31 mai 2005 et, enfin, Ministre de l’Agriculture et de la Pêche du 19 juin 2007 au 23 juin 2009.

Entre 2005 et 2007, il fut écarté de la vie politique nationale et fut ainsi nommé au Conseil d’État le 15 septembre 2005 (décret du 23 juillet 2005). Par ailleurs, de février 2006 à juin 2007, il fut vice-président de la holding Mérieux Alliance (groupe dans le secteur de la biologie et pharmacie).

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Parallèlement à cette trajectoire nationale et locale prestigieuse qui l’a fait promoteur des Jeux Olympiques d’Albertville 1992 dès l’année où il fut élu à la tête du département, en 1982, Michel Barnier fut nommé deux fois membre de la Commission Européenne, et cette expérience est évidemment un atout majeur pour postuler à sa Présidence : Commissaire européen chargé de la Politique régionale du 13 septembre 1999 à 31 mars 2004 et Commissaire européen chargé du Marché intérieur et des Services, du 10 février 2010 au 1er novembre 2014. Enfin, il est le négociateur en chef du Brexit depuis le 1er octobre 2016.

Au-delà de ces fonctions européennes officielles, Michel Barnier fut l’un des acteurs importants de la construction européenne pendant les années 2000. Ainsi, le 14 décembre 2001, en tant que commissaire européen, il fut désigné représentant de la Commission Européenne dans l’instance de direction de la Convention sur l’avenir de l’Union présidée par Valéry Giscard d’Estaing et qui a rédigé le TCE, il s’est alors spécialisé dans le domaine de la défense européenne.

En 2006, il fut nommé conseiller spécial du Président de la Commission Européenne José Manuel Barroso, chargé de la création d’une force européenne de protection civile. Entre le 30 septembre 2006 et le 4 juin 2007, il fut également membre du groupe Amato pour proposer une solution après le rejet référendaire du TCE par deux États membres, travaux qui ont abouti au Traité de Lisbonne (étaient membres de ce groupe dirigé par Giulio Amato, notamment les personnalités suivantes : Dominique Strauss-Kahn, Jean-Luc Dehaene, Wim Kok, Chris Patten, Otto Schily, Costas Simitis).

Un tel CV donne à Michel Barnier une grande légitimité à vouloir présider la future Commission Européenne. Il reste toutefois que jamais rien n’est acquis jusqu’à la dernière minute…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michel Barnier, pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Européennes 2019 (1) : la France des Douze ?
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

_yartiBarnierMichelA04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190412-michel-barnier.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/michel-barnier-pas-tres-loin-de-la-214325

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/04/12/37255570.html




 

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8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 12:23

La liste Renaissance soutenue par Emmanuel Macron, LREM, le MoDem, le Mouvement radical et AGir, et menée par Nathalie Loiseau et Pascal Canfin, a publié ce mercredi 8 mai 2019 son programme électoral pour les élections européennes du 26 mai 2019.

Cliquer sur le lien pour télécharger le programme LREM (fichier .pdf) :
https://eu-renaissance.org/fr/Programme%20Renaissance%20%C3%89lections%20europ%C3%A9ennes.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190304-macron-europe.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190508-europeennes-liste-lrem-programme.html

 

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