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6 mai 2019 1 06 /05 /mai /2019 01:00

La liste UDI a publié son programme électoral pour les élections européennes du 26 mai 2019.

Cliquer sur le lien pour lire le projet européen de l'UDI :
https://www.les-europeens.eu/notre_projet

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190304-macron-europe.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190515-europeennes-liste-udi-programme.html

 

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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 03:09

« J’entrevois mieux le principe des victoires : celui-là qui s’assure d’un poste de sacristain ou de chaisière dans la cathédrale bâtie, est déjà vaincu. Mais quiconque porte dans le cœur une cathédrale à bâtir, est déjà vainqueur. » (Antoine de Saint-Exupéry, 1942).




_yartiSanchezPedroA01

L’Europe se retournerait-elle de nouveau vers les socialistes et sociaux-démocrates après les avoir délaissés ces dernières années un peu partout (France, Allemagne, Italie, etc.) ? Va-t-elle également connaître un nouveau leader européen potentiel qui pourrait concurrencer Emmanuel Macron ?

Les élections législatives qui se sont déroulées en Espagne ce dimanche 28 avril 2019 ont été remportées par Pedro Sanchez (47 ans), l’actuel Président du gouvernement espagnol (Premier Ministre) et secrétaire général du Parti socialiste (PSOE). Si son parti n’a pas la majorité absolue (merci la proportionnelle !), il est cependant très largement en tête tandis que le principal opposant, le Parti populaire (PP), centre droit, de l’ancien Premier Ministre Mariano Rajoy, s’est effondré.

Ces résultats sont d’autant plus significatifs que la participation a été élevée, avec 75,8% des électeurs inscrits, soit un bond de 9,3% par rapport aux précédentes élections législatives du 26 juin 2016.

Le PSOE a obtenu 28,7% des voix, soit 6,1% de plus qu’en 2016, et 123 sièges sur 350 au total, soit 39 sièges de plus. Au contraire, le PP, mené par Pablo Casado (38 ans), s’est effondré, il a perdu la moitié de son audience, en passant de 33,0% à 16,7% des voix ! et en n’obtenant que 66 sièges, soit une perte de 71 sièges.

Le nouveau parti de centre droit (le parti de Manuel Valls à Barcelone), Ciudadanos, mené par Albert Rivera (39 ans), a nettement amélioré sa performance d’il y a trois ans avec 15,6% des voix (soit au même niveau que le PP !), une hausse de 2,8%, et 57 sièges, soit un gain de 25 sièges, tandis que le nouveau parti d’ultra-gauche, Podemos, mené par Pablo Iglesias (40 ans), a chuté d’un tiers de ses voix, passant de 21,2% à 14,3% des voix, et 42 sièges, une perte de 17 sièges par rapport à 2016.

Enfin, le nouveau parti d’extrême droite Vox, issu du franquisme, mené par Santiago Abascal (43 ans), fait son entrée aux Cortes Generales (les deux chambres du Parlement espagnol) avec 10,3% des voix et la conquête de 24 sièges. Il y a encore six mois, Vox n’existait quasiment pas dans le paysage politique espagnol. Il n’avait obtenu que 0,2% des voix le 26 juin 2016, mais il a fait irruption dans le débat public lors des élections régionales en Andalousie le 2 décembre 2018, où il avait obtenu 11,0% des voix et 12 sièges sur 109 au Parlement d’Andalousie (le 22 mars 2015, aux précédentes élections régionales en Andalousie, il n’avait eu que 0,4% des voix).

Les autres partis, certains indépendantistes, ont obtenu moins de voix que ces cinq premières formations politiques. Cependant, il faut noter la performance de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) qui a obtenu 15 sièges, soit un gain de 6, et globalement, les partis indépendantistes catalans ont obtenu 22 sièges, dont cinq attribués à des séparatistes catalans qui ont mené leur campagne en prison, dont le procès a commencé le 12 février 2019 et pour qui le parquet a requis vingt-cinq ans de prison pour rébellion et détournement de fonds.

Les élections espagnoles du 28 avril 2019 étaient générales, c’est-à-dire législatives mais aussi sénatoriales. Les résultats des élections sénatoriales ont apporté des conclusions sensiblement équivalentes à celles des élections législatives. 208 sièges étaient à pouvoir sur les 266 que compte au total le Sénat espagnol. Le PSOE y a obtenu 123 sièges élus, soit un gain de 81, le PP seulement 53, soit une perte de 73, Ciudadanos a gagné 2 sièges élus tandis que Podemos a perdu ses 12 sièges élus. Les 58 autres sièges sont désignés et pas élus, ce qui fait qu’en comptant ces derniers sièges, sur 266, le PSO a 141 sièges, le PP 78, Ciudadanos 8, Podemos 7 et Vox 1. Des partis régionalistes ou indépendantistes sont mieux représentés au Sénat, ainsi, la Gauche républicaine de Catalogne a obtenu 12 sièges dont 10 sièges élus, et le Parti nationaliste basque 10 sièges dont 9 sièges élus (même la Coalition canarienne a 3 sièges).

Je propose plusieurs remarques concernant les résultats de l’élection des 350 sièges du Congrès des députés.

Premièrement, la proportionnelle, qui était la cause de la crise politique espagnole depuis plusieurs années (au moins trois scrutins), reste encore une cause de crise potentielle dans l’avenir, par cette impossibilité d’obtenir une majorité "franche et massive", selon l’expression de De Gaulle. Ce type de scrutin n’est valable que lorsqu’au moins un parti politique représente une très grande part de l’électorat. Lorsque le paysage politique est éclaté, ce qui est le cas dans presque toutes les démocraties européennes aujourd’hui, y compris au Royaume-Uni, la proportionnelle aboutit nécessairement à une chambre parlementaire émiettée et sans majorité, donc, sans stabilité. Je reviendrai plus loin sur la raison de ces élections anticipées, car elles auraient dû avoir lieu l’année prochaine, en juillet 2020.

Deuxièmement, malgré l’émiettement de la classe politique, le bipartisme parvient à se maintenir en Espagne, puisque depuis la mort de Franco, on assiste généralement à l’alternance d’un Premier Ministre de centre droit (PP) et d’un Premier Ministre socialiste : Aldolfo Suarez (1976-1981), de l’Union du centre démocratique (UCD), Felipe Gonzalez (1982-1996), du PSOE, José Maria Aznar (1996-2004), du PP, José Luis Rodriguez Zapatero (2004-2011), du PSOE, Mariano Rajoy (2011-2018), du PP, enfin, Pedro Sanchez (depuis 2018), du PSOE. Ce bipartisme à la tête du gouvernement ne semble donc pas remis en cause par ce scrutin du 28 avril 2019, malgré l’implantation des deux nouveaux partis Ciudadanos et Podemos et l’arrivée d’un troisième, Vox.

Troisièmement, les transferts de voix semblent s’être réalisés au sein de chaque "camp". À droite, le PP s’est effondré au profit du centre droit Ciudadanos et de l’extrême droite Vox. Paradoxalement, à gauche, au contraire de la radicalisation à droite, il y a eu un recentrage où une part non négligeable de l’électorat de Podemos semble s’être retournée vers le PSOE, probablement dans un contexte de "vote utile".

Quatrièmement, la poussée de l’extrême droite est une nouvelle réalité politique de l’Espagne, mais elle est finalement plus limitée que dans d’autres pays européens. De plus, le principal cheval de bataille de Vox est surtout espagnol (et n’a rien de commun avec d’autres extrémismes européens, malgre la satisfaction un peu artificielle de Marine Le Pen), à savoir la centralisation de l’État espagnol, et donc, la lutte contre le séparatisme. La fermeté de Mariano Rajoy ne semble pas avoir profité à son parti (PP), probablement pour d’autres raisons (comme les scandales politico-financiers).

_yartiSanchezPedroA02

Revenons à la genèse de ces élections législatives qui ont été décidées par Pedro Sanchez le 15 février 2019. Les précédentes élections législatives ont eu lieu le 26 juin 2016. Elles étaient elles-mêmes anticipées puisque les précédents élections avaient eu lieu le 20 décembre 2015 et aucune majorité n’avait permis la formation d’un gouvernement. Cependant, les élections 26 juin 2016, toujours à la proportionnelle dans un paysage éclaté (j’insiste sur l’importance du mode de scrutin) n’ont abouti, elles non plus, à aucune majorité gouvernementale. Pendant près de trois ans, le gouvernement espagnol était toujours sous l’épée de Damoclès du retrait d’un soutien ou d’une bienveillante neutralité.

Les élections législatives du 26 juin 2016 avaient apporté la configuration parlementaire suivante : 137 députés sur 350 pour le PP (33,0% des voix), puis 85 sièges pour le PSOE (22,6%), 71 sièges pour Podemos (21,1%), enfin, 32 sièges pour Ciudadanos (13,1%). Même avec une coalition avec Ciudadanos, le Premier Ministre sortant Mariano Rajoy n’avait pas la majorité absolue (il lui manquait 7 sièges).

À l’issue des élections de décembre 2015, Mariano Rajoy avait proposé une "grande coalition" à l’image de celle en Allemagne, réunissant le PP, le PSOE et Ciudadanos. Après les élections de juin 2016, le PP a été le seul parti à avoir gagné des sièges et il a maintenu sa majorité absolue au Sénat, si bien que Mariano Rajoy a revendiqué le droit de continuer à présider le futur gouvernement. Ciudadanos a accepté de former une coalition avec le PP basée sur un pacte anti-corruption, mais les socialistes ont refusé toute coalition dirigée par Mariano Rajoy.

Le 1er octobre 2016, en raison des mauvais résultats du PSOE aux élections régionales, Pedro Sanchez, secrétaire général du PSOE depuis le 25 juillet 2014, est évincé de la tête du parti au profit de Javier Fernandez Fernandez (dirigeant par intérim). Ce dernier a accepté le 23 octobre 2016 que Mariano Rajoy gouvernât grâce à l’abstention bienveillante des députés socialistes, ce qui a permis la nouvelle investiture de Mariano Rajoy le 29 octobre 2016. Pedro Sanchez retrouva toutefois le secrétariat général du PSOE le 18 juin 2017.

La crise institutionnelle en Catalogne, qui a commencé quand Carles Puigdemont, le Président de la Généralité de Catalogne, a annoncé le 9 juin 2017 la convocation d’un référendum sur l’indépendance, a permis de préserver la neutralité du PSOE vis-à-vis du gouvernement de Mariano Rajoy, considérant qu’une crise politique nationale rendrait encore plus difficile la résolution de la crise catalane.

Cependant, une motion de censure a fini par renverser le gouvernement le 1er juin 2018 (par 180 voix contre 169 voix et 1 abstention) en raison d’un scandale politico-financier touchant le PP (qui fut condamné par la justice le 24 mai 2018 dans une affaire de corruption). Mariano Rajoy a alors laissé la Présidence du Gouvernement à Pedro Sanchez, qui a prêté serment devant le roi et sans bible le 2 juin 2018. Pedro Sanchez a réussi à dégager une nouvelle coalition (PSOE, Podemos, ERC, etc.) pour soutenir son nouveau gouvernement formé le 7 juin 2018 (avec 11 femmes sur 17 membres, soit 65%, ce fut le gouvernement le plus féminisé du monde).

_yartiSanchezPedroA03

Toutefois, malgré le soutien de Podemos, l’impossibilité de trouver une majorité pour voter le budget 2019 (qui a été rejeté par les députés le 13 février 2019 par 191 voix contre 158 voix et 1 abstention) a rendu nécessaire l’organisation rapide de nouvelles élections législatives. Ce furent les partis indépendantistes qui firent défaut à Pedro Sanchez.

D’un gouvernement ultraminoritaire (le PSOE ne représentait que 24% des sièges), Pedro Sanchez a désormais, depuis ce 28 avril 2019, les moyens de présider un gouvernement soutenu par une majorité absolue dans le cadre d’une coalition.

_yartiSanchezPedroA04

Victorieux, Pedro Sanchez a déclaré dans la soirée du 28 avril 2019 : « Le futur a gagné et le passé a perdu. (…) La démocratie sociale a un grand avenir devant elle, grâce à son exceptionnel présent, et l’Espagne en est le reflet. Nous allons former un gouvernement pro-européen qui va renforcer et non pas affaiblir l’Europe. ».

Cette formation du nouveau gouvernement ne sera pas qu’une simple formalité. D’un point de vue uniquement arithmétique, Pedro Sanchez a deux coalitions possibles pour former un gouvernement soutenu par la majorité absolue des députés : une coalition PSOE-Ciudadanos qui rassemblerait 180 sièges (sur 350), ou une coalition PSOE-Podemos-ERC qui rassemblerait autant de sièges, 180 sur 350.

Politiquement, c’est la seconde hypothèse qui semble être la plus probable, car les responsables du Ciudadanos veulent à tout prix dégager Pedro Sancher du gouvernement, car Pedro Sanchez a conquis son pouvoir grâce aux voix des séparatistes catalans. La seconde hypothèse renforcerait le bipartisme espagnol (gauche vs droite), avec une nouvelle considération qui est l’autonomie des régions. Car cette coalition de gauche devrait avoir le soutien des Catalans de gauche, clairement indépendantistes.

On a pu voir la différence de traitement entre Mariano Rajoy et Pedro Sanchez sur la crise avec les indépendantistes catalans depuis presque deux ans. Mariano Rajoy a voulu montrer une nette fermeté de l’État de droit et a refusé toute discussion et tout compromis hors de la légalité constitutionnelle. Au contraire, Pedro Sanchez, qui a besoin de cet apport de voix, a montré une grande souplesse et a ouvert des discussions qui ont permis une certaine détente dans les relations entre la région Catalogne et l’État espagnol.

On a pu voir aussi d’autres inflexions qui permettaient au PSOE d’imaginer une bienveillante perspective avec Podemos, notamment lorsque Pedro Sanchez, pour l’honneur non seulement de l’Espagne mais aussi de l’Europe, a accepté d’accueillir l’Aquarius à Valence (au sud de Barcelone).

Dans moins d’un mois, le 26 mai 2019, le nouveau gouvernement espagnol devra affronter des élections européennes, des élections municipales et des élections régionales. Cette issue électorale à la crise politique espagnole a de quoi réjouir les socialistes européens : en effet, le retour en grâce du PSOE et le maintien temporaire du Royaume-Uni au sein de l’Union Européenne vont probablement rééquilibrer le Parlement Européen en faveur des sociaux-démocrates européens grâce à l’apport des députés européens espagnols du PSOE et des députés européens britanniques du Parti travailliste. De quoi réjouir ceux qui pensent que jamais rien n’est écrit avant une élection…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pedro Sanchez.
Les élections législatives du 28 avril 2019 en Espagne.
Manuel Valls.
Salvador Dali.
Carles Puigdemont.
La Castalogne.
Attentats en Catalogne.
Franco.

_yartiSanchezPedroA05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190428-pedro-sanchez.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/legislatives-en-espagne-le-pari-214706

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/04/29/37295542.html

 

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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 20:13

« J’entrevois mieux le principe des victoires : celui-là qui s’assure d’un poste de sacristain ou de chaisière dans la cathédrale bâtie, est déjà vaincu. Mais quiconque porte dans le cœur une cathédrale à bâtir, est déjà vainqueur. » (Antoine de Saint-Exupéry, 1942).




_yartiSanchezPedroA04

L’Europe se retournerait-elle de nouveau vers les socialistes et sociaux-démocrates après les avoir délaissés ces dernières années un peu partout (France, Allemagne, Italie, etc.) ? Va-t-elle également connaître un nouveau leader européen potentiel qui pourrait concurrencer Emmanuel Macron ?

Les élections législatives qui se sont déroulées en Espagne ce dimanche 28 avril 2019 ont été remportées par Pedro Sanchez (47 ans), l’actuel Président du gouvernement espagnol (Premier Ministre) et secrétaire général du Parti socialiste (PSOE). Si son parti n’a pas la majorité absolue (merci la proportionnelle !), il est cependant très largement en tête tandis que le principal opposant, le Parti populaire (PP), centre droit, de l’ancien Premier Ministre Mariano Rajoy, s’est effondré.

Ces résultats sont d’autant plus significatifs que la participation a été élevée, avec 75,8% des électeurs inscrits, soit un bond de 9,3% par rapport aux précédentes élections législatives du 26 juin 2016.

Le PSOE a obtenu 28,7% des voix, soit 6,1% de plus qu’en 2016, et 123 sièges sur 350 au total, soit 39 sièges de plus. Au contraire, le PP, mené par Pablo Casado (38 ans), s’est effondré, il a perdu la moitié de son audience, en passant de 33,0% à 16,7% des voix ! et en n’obtenant que 66 sièges, soit une perte de 71 sièges.

Le nouveau parti de centre droit (le parti de Manuel Valls à Barcelone), Ciudadanos, mené par Albert Rivera (39 ans), a nettement amélioré sa performance d’il y a trois ans avec 15,6% des voix (soit au même niveau que le PP !), une hausse de 2,8%, et 57 sièges, soit un gain de 25 sièges, tandis que le nouveau parti d’ultra-gauche, Podemos, mené par Pablo Iglesias (40 ans), a chuté d’un tiers de ses voix, passant de 21,2% à 14,3% des voix, et 42 sièges, une perte de 17 sièges par rapport à 2016.

Enfin, le nouveau parti d’extrême droite Vox, issu du franquisme, mené par Santiago Abascal (43 ans), fait son entrée aux Cortes Generales (les deux chambres du Parlement espagnol) avec 10,3% des voix et la conquête de 24 sièges. Il y a encore six mois, Vox n’existait quasiment pas dans le paysage politique espagnol. Il n’avait obtenu que 0,2% des voix le 26 juin 2016, mais il a fait irruption dans le débat public lors des élections régionales en Andalousie le 2 décembre 2018, où il avait obtenu 11,0% des voix et 12 sièges sur 109 au Parlement d’Andalousie (le 22 mars 2015, aux précédentes élections régionales en Andalousie, il n’avait eu que 0,4% des voix).

Les autres partis, certains indépendantistes, ont obtenu moins de voix que ces cinq premières formations politiques. Cependant, il faut noter la performance de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) qui a obtenu 15 sièges, soit un gain de 6, et globalement, les partis indépendantistes catalans ont obtenu 22 sièges, dont cinq attribués à des séparatistes catalans qui ont mené leur campagne en prison, dont le procès a commencé le 12 février 2019 et pour qui le parquet a requis vingt-cinq ans de prison pour rébellion et détournement de fonds.

Les élections espagnoles du 28 avril 2019 étaient générales, c’est-à-dire législatives mais aussi sénatoriales. Les résultats des élections sénatoriales ont apporté des conclusions sensiblement équivalentes à celles des élections législatives. 208 sièges étaient à pouvoir sur les 266 que compte au total le Sénat espagnol. Le PSOE y a obtenu 123 sièges élus, soit un gain de 81, le PP seulement 53, soit une perte de 73, Ciudadanos a gagné 2 sièges élus tandis que Podemos a perdu ses 12 sièges élus. Les 58 autres sièges sont désignés et pas élus, ce qui fait qu’en comptant ces derniers sièges, sur 266, le PSO a 141 sièges, le PP 78, Ciudadanos 8, Podemos 7 et Vox 1. Des partis régionalistes ou indépendantistes sont mieux représentés au Sénat, ainsi, la Gauche républicaine de Catalogne a obtenu 12 sièges dont 10 sièges élus, et le Parti nationaliste basque 10 sièges dont 9 sièges élus (même la Coalition canarienne a 3 sièges).

Je propose plusieurs remarques concernant les résultats de l’élection des 350 sièges du Congrès des députés.

Premièrement, la proportionnelle, qui était la cause de la crise politique espagnole depuis plusieurs années (au moins trois scrutins), reste encore une cause de crise potentielle dans l’avenir, par cette impossibilité d’obtenir une majorité "franche et massive", selon l’expression de De Gaulle. Ce type de scrutin n’est valable que lorsqu’au moins un parti politique représente une très grande part de l’électorat. Lorsque le paysage politique est éclaté, ce qui est le cas dans presque toutes les démocraties européennes aujourd’hui, y compris au Royaume-Uni, la proportionnelle aboutit nécessairement à une chambre parlementaire émiettée et sans majorité, donc, sans stabilité. Je reviendrai plus loin sur la raison de ces élections anticipées, car elles auraient dû avoir lieu l’année prochaine, en juillet 2020.

Deuxièmement, malgré l’émiettement de la classe politique, le bipartisme parvient à se maintenir en Espagne, puisque depuis la mort de Franco, on assiste généralement à l’alternance d’un Premier Ministre de centre droit (PP) et d’un Premier Ministre socialiste : Aldolfo Suarez (1976-1981), de l’Union du centre démocratique (UCD), Felipe Gonzalez (1982-1996), du PSOE, José Maria Aznar (1996-2004), du PP, José Luis Rodriguez Zapatero (2004-2011), du PSOE, Mariano Rajoy (2011-2018), du PP, enfin, Pedro Sanchez (depuis 2018), du PSOE. Ce bipartisme à la tête du gouvernement ne semble donc pas remis en cause par ce scrutin du 28 avril 2019, malgré l’implantation des deux nouveaux partis Ciudadanos et Podemos et l’arrivée d’un troisième, Vox.

Troisièmement, les transferts de voix semblent s’être réalisés au sein de chaque "camp". À droite, le PP s’est effondré au profit du centre droit Ciudadanos et de l’extrême droite Vox. Paradoxalement, à gauche, au contraire de la radicalisation à droite, il y a eu un recentrage où une part non négligeable de l’électorat de Podemos semble s’être retournée vers le PSOE, probablement dans un contexte de "vote utile".

Quatrièmement, la poussée de l’extrême droite est une nouvelle réalité politique de l’Espagne, mais elle est finalement plus limitée que dans d’autres pays européens. De plus, le principal cheval de bataille de Vox est surtout espagnol (et n’a rien de commun avec d’autres extrémismes européens, malgre la satisfaction un peu artificielle de Marine Le Pen), à savoir la centralisation de l’État espagnol, et donc, la lutte contre le séparatisme. La fermeté de Mariano Rajoy ne semble pas avoir profité à son parti (PP), probablement pour d’autres raisons (comme les scandales politico-financiers).

_yartiSanchezPedroA02

Revenons à la genèse de ces élections législatives qui ont été décidées par Pedro Sanchez le 15 février 2019. Les précédentes élections législatives ont eu lieu le 26 juin 2016. Elles étaient elles-mêmes anticipées puisque les précédents élections avaient eu lieu le 20 décembre 2015 et aucune majorité n’avait permis la formation d’un gouvernement. Cependant, les élections 26 juin 2016, toujours à la proportionnelle dans un paysage éclaté (j’insiste sur l’importance du mode de scrutin) n’ont abouti, elles non plus, à aucune majorité gouvernementale. Pendant près de trois ans, le gouvernement espagnol était toujours sous l’épée de Damoclès du retrait d’un soutien ou d’une bienveillante neutralité.

Les élections législatives du 26 juin 2016 avaient apporté la configuration parlementaire suivante : 137 députés sur 350 pour le PP (33,0% des voix), puis 85 sièges pour le PSOE (22,6%), 71 sièges pour Podemos (21,1%), enfin, 32 sièges pour Ciudadanos (13,1%). Même avec une coalition avec Ciudadanos, le Premier Ministre sortant Mariano Rajoy n’avait pas la majorité absolue (il lui manquait 7 sièges).

À l’issue des élections de décembre 2015, Mariano Rajoy avait proposé une "grande coalition" à l’image de celle en Allemagne, réunissant le PP, le PSOE et Ciudadanos. Après les élections de juin 2016, le PP a été le seul parti à avoir gagné des sièges et il a maintenu sa majorité absolue au Sénat, si bien que Mariano Rajoy a revendiqué le droit de continuer à présider le futur gouvernement. Ciudadanos a accepté de former une coalition avec le PP basée sur un pacte anti-corruption, mais les socialistes ont refusé toute coalition dirigée par Mariano Rajoy.

Le 1er octobre 2016, en raison des mauvais résultats du PSOE aux élections régionales, Pedro Sanchez, secrétaire général du PSOE depuis le 25 juillet 2014, est évincé de la tête du parti au profit de Javier Fernandez Fernandez (dirigeant par intérim). Ce dernier a accepté le 23 octobre 2016 que Mariano Rajoy gouvernât grâce à l’abstention bienveillante des députés socialistes, ce qui a permis la nouvelle investiture de Mariano Rajoy le 29 octobre 2016. Pedro Sanchez retrouva toutefois le secrétariat général du PSOE le 18 juin 2017.

La crise institutionnelle en Catalogne, qui a commencé quand Carles Puigdemont, le Président de la Généralité de Catalogne, a annoncé le 9 juin 2017 la convocation d’un référendum sur l’indépendance, a permis de préserver la neutralité du PSOE vis-à-vis du gouvernement de Mariano Rajoy, considérant qu’une crise politique nationale rendrait encore plus difficile la résolution de la crise catalane.

Cependant, une motion de censure a fini par renverser le gouvernement le 1er juin 2018 (par 180 voix contre 169 voix et 1 abstention) en raison d’un scandale politico-financier touchant le PP (qui fut condamné par la justice le 24 mai 2018 dans une affaire de corruption). Mariano Rajoy a alors laissé la Présidence du Gouvernement à Pedro Sanchez, qui a prêté serment devant le roi et sans bible le 2 juin 2018. Pedro Sanchez a réussi à dégager une nouvelle coalition (PSOE, Podemos, ERC, etc.) pour soutenir son nouveau gouvernement formé le 7 juin 2018 (avec 11 femmes sur 17 membres, soit 65%, ce fut le gouvernement le plus féminisé du monde).

_yartiSanchezPedroA03

Toutefois, malgré le soutien de Podemos, l’impossibilité de trouver une majorité pour voter le budget 2019 (qui a été rejeté par les députés le 13 février 2019 par 191 voix contre 158 voix et 1 abstention) a rendu nécessaire l’organisation rapide de nouvelles élections législatives. Ce furent les partis indépendantistes qui firent défaut à Pedro Sanchez.

D’un gouvernement ultraminoritaire (le PSOE ne représentait que 24% des sièges), Pedro Sanchez a désormais, depuis ce 28 avril 2019, les moyens de présider un gouvernement soutenu par une majorité absolue dans le cadre d’une coalition.

_yartiSanchezPedroA01

Victorieux, Pedro Sanchez a déclaré dans la soirée du 28 avril 2019 : « Le futur a gagné et le passé a perdu. (…) La démocratie sociale a un grand avenir devant elle, grâce à son exceptionnel présent, et l’Espagne en est le reflet. Nous allons former un gouvernement pro-européen qui va renforcer et non pas affaiblir l’Europe. ».

Cette formation du nouveau gouvernement ne sera pas qu’une simple formalité. D’un point de vue uniquement arithmétique, Pedro Sanchez a deux coalitions possibles pour former un gouvernement soutenu par la majorité absolue des députés : une coalition PSOE-Ciudadanos qui rassemblerait 180 sièges (sur 350), ou une coalition PSOE-Podemos-ERC qui rassemblerait autant de sièges, 180 sur 350.

Politiquement, c’est la seconde hypothèse qui semble être la plus probable, car les responsables du Ciudadanos veulent à tout prix dégager Pedro Sancher du gouvernement, car Pedro Sanchez a conquis son pouvoir grâce aux voix des séparatistes catalans. La seconde hypothèse renforcerait le bipartisme espagnol (gauche vs droite), avec une nouvelle considération qui est l’autonomie des régions. Car cette coalition de gauche devrait avoir le soutien des Catalans de gauche, clairement indépendantistes.

On a pu voir la différence de traitement entre Mariano Rajoy et Pedro Sanchez sur la crise avec les indépendantistes catalans depuis presque deux ans. Mariano Rajoy a voulu montrer une nette fermeté de l’État de droit et a refusé toute discussion et tout compromis hors de la légalité constitutionnelle. Au contraire, Pedro Sanchez, qui a besoin de cet apport de voix, a montré une grande souplesse et a ouvert des discussions qui ont permis une certaine détente dans les relations entre la région Catalogne et l’État espagnol.

On a pu voir aussi d’autres inflexions qui permettaient au PSOE d’imaginer une bienveillante perspective avec Podemos, notamment lorsque Pedro Sanchez, pour l’honneur non seulement de l’Espagne mais aussi de l’Europe, a accepté d’accueillir l’Aquarius à Valence (au sud de Barcelone).

Dans moins d’un mois, le 26 mai 2019, le nouveau gouvernement espagnol devra affronter des élections européennes, des élections municipales et des élections régionales. Cette issue électorale à la crise politique espagnole a de quoi réjouir les socialistes européens : en effet, le retour en grâce du PSOE et le maintien temporaire du Royaume-Uni au sein de l’Union Européenne vont probablement rééquilibrer le Parlement Européen en faveur des sociaux-démocrates européens grâce à l’apport des députés européens espagnols du PSOE et des députés européens britanniques du Parti travailliste. De quoi réjouir ceux qui pensent que jamais rien n’est écrit avant une élection…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pedro Sanchez.
Les élections législatives du 28 avril 2019 en Espagne.
Manuel Valls.
Salvador Dali.
Carles Puigdemont.
La Castalogne.
Attentats en Catalogne.
Franco.

_yartiSanchezPedroA05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190428-legislatives-espagne.html

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11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 03:38

« En ce monde, aucun succès n’est possible sans effort. Des talents rares, ou des occasions favorables, forment pour ainsi dire les deux montants de l’échelle où il faut grimper, mais, avant tout, que les barreaux soient d’un bois dur et résistant ; rien ne saurait remplacer, pour réussir, une volonté sérieuse et sincère. » (Charles Dickens, 1850).



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Je reviens sur un événement important et même historique de la vie politique intérieure allemande qui a eu lieu il y a plus de quatre mois, précisément le vendredi 7 décembre 2018 à Hambourg où se tenait le 31e congrès de la CDU, l’Union chrétienne-démocrate, le parti que dirigeait alors Angela Merkel depuis le 10 avril 2000. Presque dix-neuf ans à la tête du plus grand parti d’Allemagne. Mille six cents journalistes accrédités du monde entier étaient présents pour couvrir cet événement. Le "Tagesspiegel" a ainsi expliqué : « Il y a quelque chose d’historique dans l’air, qui dépasse largement le simple départ de la présidente d’un parti. » (cité par "Courrier international").

Angela Merkel a été élue neuf fois à la présidence de la CDU : le 10 avril 2000 (contre Friedrich Merz), le 11 novembre 2002, le 6 décembre 2004, le 27 novembre 2006, le 2 décembre 2008, le 14 novembre 2010, le 4 décembre 2012, le 9 décembre 2014 et le 6 décembre 2016. Ainsi, elle est Chancelière de l’Allemagne fédérale depuis le 22 novembre 2005, réélue le 28 octobre 2009, le 17 décembre 2013 et le 14 mars 2018. Elle a pour l’instant dirigé le gouvernement allemand sous six Présidents de la République fédérale d’Allemagne différents. Première femme à la tête de l’Allemagne, Angela Merkel pourrait égaler le record de longévité de son prédécesseur Helmut Kohl (et en reprenant toute l’histoire de l’Allemagne depuis son unité, seul Bismarck a gouverné plus longtemps).

Grâce aux réformes structurelles mises en œuvre par Gerhard Schröder, l’Allemagne, première puissance économique européenne, se porte économiquement bien : son commerce extérieur est largement excédentaire, sa puissance industrielle confirmée, et son budget de l’État est également excédentaire, ce qui peut donner une grande marge de manœuvre financière au gouvernement allemand. Le chômage est faible, les salaires progressent, même si la croissance économique ralentit un peu en 2018 (à cause des exportations automobiles). Seul point noir économique, la dette publique très élevée qui pourrait préfigurait un cauchemar. Mais cette embellie économique ne suffit pas à apaiser les inquiétudes liées à l’arrivée de réfugiés venus de Syrie ou d’Irak. Il y a un mal-être politique ou plutôt identitaire parmi une partie de plus en plus grande de la population.

C’est ce que rappelait le politologue Alfred Grosser dans le journal "La Croix" du 12 novembre 2018 : « Dans la comparaison franco-allemande, l’Allemagne a un double avantage permanent : le taux de chômage vient de descendre au-dessous de 5% et le budget national ne cesse d’être en excédent. Il n’empêche que l’Allemagne connaît bien des difficultés politiques. À commencer par le destin personnel d’Angela Merkel. ». L’AFP a précisé à la veille du congrès de Hambourg : « L’ouverture des portes de l’Allemagne à un million de réfugiés restera la décision phare de la carrière politique d’Angela Merkel mais aussi celle qui aura accéléré son départ du pouvoir, en mécontentant une partie de l’opinion. ».

Effectivement, depuis deux à trois ans, Angela Merkel a décidé, parce que ce sont les valeurs de l’Allemagne, les valeurs de l’Europe et plus généralement, les valeurs universelles de l’humanisme, elle a décidé d’accueillir un grand nombre de réfugiés. Pour cela, elle a préparé cette immigration en organisant des cours d’allemand, en cherchant à accueillir dans les meilleures conditions cette nouvelle population qui suscite encore aujourd’hui beaucoup d’inquiétude. Quelques choquants "dérapages" criminels ont eu lieu faisant penser à un choc des civilisations, comme un nouvel an à Cologne.

Ainsi, les résultats des dernières élections fédérales (législatives) du 24 septembre 2017 ont considérablement réduit la marge de manœuvre politique d’Angela Merkel. Comme la CDU est quand même arrivée en tête avec 32,9% des voix, elle est restée Chancelière mais seulement après près de six mois de négociations difficiles avec le SPD, parti généralement opposé à la CDU qui a toutefois accepté de former (une nouvelle fois) une grande coalition en raison d’absence de majorité absolue au Bundestag : l’arrivée massive de 94 députés (sur 709) de l’AfD, parti ouvertement d’extrême droite qui s’est nourri des peurs suscitées par l’arrivée des réfugiés fut un événement historique sans précédent depuis la chute de Hitler.

Depuis la formation de son quatrième gouvernement, Angela Merkel a subi des défaites électorales en automne 2018, au cours de deux journées d’élections régionales qui furent éprouvantes pour la coalition CDU-CSU (elle le fut aussi pour l’allié SPD de la grande coalition) : le 14 octobre 2018 en Bavière (Munich) et le 28 octobre 2018 en Hesse (Francfort). Bref rappel sur la CSU (Union chrétienne-sociale) : il s’agit de la branche bavaroise de la CDU, un parti indépendant mais toujours lié à la CDU au niveau fédéral. Il faut juste indiquer que la Bavière, qui est la porte de l’immigration venant du Proche-Orient, et la CSU en particulier, ont toujours eu des positions très fermes contre l’arrivée de réfugiés. La CSU a critiqué ainsi Angela Merkel dans sa politique migratoire.

L’effondrement de la CDU-CSU a accéléré le renouvellement des instances des partis. Là encore, je rappelle un point de politique intérieure allemande : au contraire de la France, la présidence d’un parti est décisive dans la constitution du gouvernement, c’est, comme au Royaume-Uni ou en Espagne (et contrairement à l’Italie), "normalement" le président du parti arrivé au pouvoir qui dirige le gouvernement. Quitter la présidence du parti au pouvoir signifie à terme quitter le pouvoir.

Les résultats historiquement faibles de la CDU-CSU ont renforcé les oppositions internes au sein de chaque formation. À la CSU, Horst Seehofer, le président de la CSU depuis le 25 octobre 2008, ancien ministre-président de Bavière du 27 octobre 2008 au 13 mars 2018 et actuel Ministre fédéral de l’Intérieur (depuis le 14 mars 2018), a "rendu les armes" le 11 novembre 2018 en acceptant de démissionner à brève échéance. Concrètement, tout en restant ministre, il a cédé son mandat de président de la CSU le 19 janvier 2019 à Markus Söder qui était déjà son successeur à la tête de la Bavière.

La situation de la CDU était différente car sa présidente est à la tête du gouvernement. Comprenant que les oppositions internes pouvaient l’exclure du pouvoir très rapidement (quelques décisions internes avaient déjà mis en échec la volonté de la Chancelière), Angela Merkel, qui est une fine tacticienne, avait compris que ce n’était pas assez, pour réduire les oppositions internes, d’annoncer qu’elle ne demanderait pas le renouvellement de ses mandats aux prochaines élections législatives, à savoir en automne 2021. Pour les "frondeurs" de la CDU, l’échéance était trop éloignée.

Angela Merkel a donc réagi très rapidement après les élections régionales en Hesse : dès le 29 octobre 2018, au cours du comité exécutif de la CDU, elle a annoncé qu’elle ne demanderait pas le renouvellement de son mandat de présidente de la CDU qui finissait en décembre 2018, mais qu’elle voulait rester à la tête de la grande coalition au gouvernement jusqu’en 2021. Et cette annonce a "fonctionné", en ce sens qu'elle a calmé les opposants internes et qu'elle a eu l’accord des partenaires de la grande coalition : il suffisait que le SPD refusât pour se diriger vers de nouvelles élections fédérales rapidement.

Comme je l’avais expliqué précédemment, trois candidats se sont donc disputé la présidence de la CDU au cours d’une campagne de six courtes semaines, dont le thème principal fut largement monopolisé par la crise migratoire.

Le candidat favori était Friedrich Merz qui était le candidat malheureux face à Angela Merkel il y a vingt ans. Entre-temps, il a quitté la vie politique et s’est enrichi dans le privé (il est maintenant millionnaire). Candidat favori dans les sondages sondant les délégués du congrès, pas forcément favori pour l’ensemble des sympathisants du parti. Son retour sonnait comme une revanche qu’il comptait prendre sur la Chancelière et son élection aurait préfiguré un attelage très difficile entre les deux pendant le reste de la législature. Son élection aurait infligé un complet désaveu à Angela Merkel de la part des siens. Et aurait préfiguré un virage à droite de la CDU.

Un autre opposant interne s’était présenté, le ministre Jens Spahn, dont la jeunesse le mettait dans le rôle d’outsider sans beaucoup de chance de l’emporter. Enfin, la troisième candidate, Annegret Kramp-Karrenbauer, plus simplement appelée par ses initiales AKK ou encore "Mini Merkel" ou encore "Merkel de la Sarre", ancienne ministre-présidente de Sarre du 10 août 2011 au 1er mars 2018, avait quitté ces fonctions pour devenir secrétaire générale de la CDU le 26 février 2018, soutenue par Angela Merkel. La difficulté d’AKK, ce fut de se présenter comme la dauphine de la Chancelière, sans être trop associée à elle dans sa politique migratoire.

Parmi les soutiens, on peut retenir que Friedrich Merz fut soutenu par Wolfgang Schäuble (un véritable poids lourd de la CDU, qu’il a présidé entre Helmut Kohl et Angela Merkel), Roland Koch, Volker Rühe, Petra Roth, Matthias Wissmann, Günther Oettinger, etc. De son côté, AKK fut soutenue par Angela Merkel, Bernhard Vogel, Tobias Hans, Nadine Schön (un espoir prometteur), Daniel Günther, Thomas de Maizière, Peter Altmaier, Norbert Blüm, etc,

Au début du congrès de Hambourg, Angela Merkel a reçu une très forte ovation, montrant qu’elle a préservé sa très forte popularité parmi les militants. Elle est un personnage désormais historique. Personne ne peut nier qu’elle a mené l’Allemagne dans la voie de la prospérité. En revanche, son bilan européen est plus que décevant et elle a même, au contraire, pour diverses raisons, principalement de politique intérieure, refusé toute avancée notable de la construction européenne.

Le résultat du vote du millier de délégués était serré le 7 décembre 2018. Au premier tour, Annegret Kramp-Karrenbauer est arrivée en tête, mais sans obtenir la majorité absolue, avec seulement 450 voix sur 999 (45,1%). Friedrich Merz l’a talonnée avec 392 voix (39,2%) suivi de Jens Spahn 157 voix (15,7%). Au second tour, l’écart était très faible (35 voix). Annegret Kramp-Karrenbauer a été élue présidente de la CDU avec 517 voix sur 999 (51,8%) face à Friedrich Merz qui a obtenu 482 voix (48,2%).

La victoire d’AKK, qui était la challenger, n’était pas la plus probable. Même de justesse, elle renforce la position d’Angela Merkel au sein de la CDU et peut lui assurer une "cohabitation" (gouvernement/parti) plus douce et moins tendue qu’avec Friedrich Merz.

Président de la Junge Union (jeunes de la CDU) depuis le 19 septembre 2014 et député au Bundestag depuis le 24 octobre 2017, Paul Ziemiak (33 ans) a été élu secrétaire général de la CDU le 8 décembre 2018 avec 503 voix sur 801 (62,8%) pour succéder à AKK.

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Précisons le parcours politique d’Annegret Kramb-Karrenbauer. Elle a 56 ans (née le 9 août 1962) et s’est engagée à la CDU (Junge Union) avant d’obtenir le baccalauréat, à l’âge de 19 ans. Étudiante en sciences politiques et droit public à Trèves puis à Sarrebruck, AKK fut élue en 1984 conseillère municipale de Püttlingen, une commune d’environ 20 000 habitants de la banlieue de Sarrebruck. Réélue comme adjointe au maire (bourgmestre) en 1989, elle l’est restée jusqu’en 1994.

Après une activité professionnelle au sein de la CDU de Sarre, AKK est devenue députée du Bundestag le 1er mars 1998 pour remplacer Klaus Töpfer alors qu’elle était jusque-là suppléante. Klaus Töpfer était ministre fédéral et venait d’être nommé secrétaire général adjoint des Nations Unies. Mais Annegret Kramp-Karrenbauer n’est restée députée fédérale que jusqu’au 26 octobre 1998 car elle n’a pas été réélue aux élections fédérales du 27 septembre 1998 qui vit la défaite de la CDU et d’Helmut Kohl.

Elle se consacra alors plutôt à la Sarre : elle travailla d’abord comme collaboratrice de Peter Müller, président du groupe CDU au Landtag de Sarre (l’équivalent d’un conseil régional) qui était alors dans l’opposition. Ensuite, aux élections régionales du 5 septembre 1999 en Sarre, elle fut élue députée du Landtag (équivalent de conseillère régionale), elle le resta jusqu’en 2018. Cette élection fut une victoire avec 45,6% des voix puisque le groupe CDU a conquis la majorité absolue avec 26 sièges sur 51, la CDU en gagnant 5 et le SPD en perdant 2.

Le ministre-président sortant de Sarre (et candidat à sa réélection) était Reinhard Klimmt, le dauphin d’un leader national important, Oskar Lafontaine, ministre-président du 9 avril 1985 au 10 novembre 1998 et président du SPD du 16 novembre 1995 au 12 mars 1999 (Oskar Fontaine a quitté ses fonctions de ministre-président parce qu’il a été nommé Ministre fédéral des Finances du gouvernement de Gerhard Schröder du 27 octobre 1998 au 11 mars 1999).

Reinhard Klimmt a dû céder la fonction de ministre-président de Sarre à la CDU représentée par Peter Müller le 29 septembre 1999, et fut nommé le même jour Ministre fédéral des Transports, des Travaux publics et du Logement par le Chancelier Gerhard Schröder (jusqu’au 16 novembre 2000, devant démissionner à cause d’une condamnation judiciaire).

Peter Müller fut ministre-président de Sarre pendant presque douze ans, du 29 septembre 1999 au 10 août 2011, jusqu’à sa nomination au Tribunal constitutionnel fédéral. Pendant cette période, Annegret Kramp-Karrenbauer a exercé beaucoup de responsabilités régionales qui représentent l’ensemble de son expérience politique dans un exécutif territorial.

AKK fut d’abord secrétaire général du groupe CDU (majoritaire) dans le Landtag de Sarre de 1999 à 2000 puis, elle est entrée dans l’exécutif du Land : ministre de l’Intérieur et des Sports du 13 décembre 2000 au 3 septembre 2007, ministre de la Famille du 6 octobre 2004 au 10 août 2011, ministre des Femmes du 6 octobre 2004 au 10 novembre 2009, ministre de l’Éducation et de la Culture du 3 septembre 2007 au 10 novembre 2009, ministre du Travail, de la Prévention, des Affaires sociales et des Sports du 10 novembre 2009 au 10 août 2011. Il est difficile de faire un parallèle avec la France en raison de la structure fédérale de l’Allemagne (c’était initialement une confédération de principautés), mais on peut grossièrement dire que ces fonctions sont équivalentes à des fonctions de vice-président de conseil régional en France.

La majorité absolue pour la CDU fut reconduite aux élections régionales du 5 septembre 2004 en Sarre (27 sièges sur 51, 47,5% des voix), mais les élections du 30 août 2009 furent un échec avec un effondrement tant de la CDU (8 sièges perdus, seulement 19 sur 51, seulement 34,5% des voix) que du SPD. Néanmoins, les écologistes (3 sièges, 5,9% des voix) et les libéraux du FDP (5 sièges, 9,2% des voix) ont choisi de faire une alliance avec la CDU.

C’était en Allemagne la première coalition "jamaïquaine", du nom des couleurs noir-vert-jaune représentant les trois partis, alors que les écologistes auraient pu choisir de faire une alliance à gauche comprenant 27 sièges (sur 51) avec le SPD et Die Linke, menée par Oskar Lafontaine (coprésident de ce nouveau parti Die Linke situé à la gauche de la gauche, du 16 juin 2007 au 16 mai 2010), qui a obtenu 11 sièges avec 21,3% des voix, pas loin du SPD (13 sièges, 24,5% des voix).

C’était dans ce contexte "jamaïquain" qu’Annegret Kramp-Karrenbauer fut élue ministre-présidente de Sarre le 10 août 2011 avec 26 voix contre 25 voix en faveur de Heiko Maas (SPD), pour remplacer son mentor Peter Mütter, dont la démission avait été annoncée dès le 22 janvier 2011. AKK cumula avec la fonction de ministre de la Justice durant son premier mandat, reprenant les attributions de son prédécesseur. AKK fut également élue présidente de la CDU de Sarre le 28 mai 2011 avec 95% des voix (et fut choisie à l’unanimité du groupe CDU pour succéder à Peter Mütter à la tête du Land).

Néanmoins, la coalition jamaïquaine fut un échec en raison d’un désaccord persistant avec le FDP (libéraux) qui a fait éclater la coalition. AKK a cherché à trouver une nouvelle majorité en négociant à partir du 6 janvier 2012 une grande coalition, à savoir CDU-SPD mais a échoué dans cet exercice, si bien qu’en séance du 26 janvier 2012, les élus sarrois ont voté leur propre dissolution et la convocation de nouvelles élections régionales (seuls les libéraux ont refusé cette dissolution).

Les nouvelles élections régionales en Sarre ont eu lieu le 25 mars 2012 (au lieu de l’automne 2014) et la CDU, avec 35,2%, si elle est restée le premier parti de Sarre, n’a pas amélioré sa représentation (seulement 19 sièges sur 51), ce qui l’a obligé à former une nouvelle coalition. Les libéraux ont littéralement implosé, perdant toute représentation régionale en raison de leur très faible score, 1,2% des voix. Le paysage sarrois fut éclaté avec la présence du nouveau Parti des pirates qui a obtenu 7,4%, soit 4 sièges (après leur implantation à Berlin). Le SPD mené par Heiko Maas, avec 30,6% des voix, a également gagné des sièges avec 17 élus, au détriment du parti Die Linke, toujours menée par Oskar Lafontaine, qui est tombé à 9 sièges (16,1% des voix) et des écologistes (2 sièges, 5,0%) qui ont frôlé la perte de représentation.

Les résultats auraient pu permettre une coalition SPD-Die Linke qui aurait eu 26 sièges sur 51, mais ce ne fut pas l’option décidée par le SPD. Bien qu’Oskar Lafontaine fût un ancien président du SPD, on peut expliquer cette décision avec beaucoup d’approximations en disant qu’il y a autant de différences entre le SPD et Di Linke qu’entre le PS et FI en France, avec un Jean-Luc Mélenchon qui tiendrait le rôle d’Oskar Lafontaine.

Résultat, après six semaines de négociations, Annegret Kramp-Karrenbauer fut réélue ministre-présidente de Sarre le 9 mai 2012 par 37 voix (sur 51) pour diriger une grande coalition, CDU-SPD qui allait disposer d’une confortable majorité de 36 sièges sur 51. C’était la première fois depuis 1961 que la Sarre était gouvernée par ce type de coalition. Le leader de la SPD en Sarre, Heiko Maas fut nommé vice-ministre-président de Sarre (chargé de l'économie, d travail, de l'énergie et des transports) le 9 mai 2012 mais il quitta ses responsabilités (au profit d'Anke Rehlinger) le 17 décembre 2013 car il est désormais ministre fédéral dans la Grande coalition dans les deux derniers gouvernements d'Angela Merkel, Ministre fédéral de la Justice et de la Protection du consommateur du 17 décembre 2013 au 14 mars 2018 et Ministre fédéral des Affaires étrangères depuis le 14 mars 2018 (remplaçant Sigmar Gabriel qui fut le président du SPD).

Francophile, catholique, mariée et mère de trois enfants, née à Völklingen, tout près de la frontière lorraine (à quinze kilomètres de Forbach), issue d’un milieu modeste, Annegret Kramp-Karrenbauer a encouragé les écoliers sarrois à être bilingues en allemand et en français, et a souhaité ouvrir les emplois de la fonction publique sarroise aux Français.

Le 26 mars 2017 ont eu lieu les nouvelles (et dernières) élections régionales en Sarre et consacra la victoire de la CDU menée par AKK, ce qui fut un exploit après plus de dix-sept ans au pouvoir. En effet, la CDU a progressé en frôlant la majorité absolue des sièges (24 sur 51) avec 40,7% des voix. Si le SPD (mené par Anke Rehlinger qui était la vice-ministre-présidente sortante) est resté stable (17 sièges, 29,6% des voix) malgré l’effet Schulz prédit par les sondages, Die Linke, toujours menée par Oskar Lafontaine (qui avait alors 73 ans), a continué sa chute (7 sièges, 12,8% des voix), ce qui a interdit l’éventualité d’une coalition rouge-rouge composée du SPD et de Die Linke.

Les Pirates ont été balayés, perdant tous leurs sièges de 2012, avec seulement 0,7% des voix, tout comme les écologistes (4,0% des voix). Les libéraux n’ont pas assez progressé pour retrouver une représentation (3,3% des voix), tandis que le nouveau parti d’extrême droit AfD a fait son entrée fracassante dans le Landtag de Sarre en remportant 3 sièges avec 6,2% des voix (comme il l’a fait dans d’autres régions allemandes).

Grande vainqueure de ces dernières élections, AKK fut réélue ministre-présidente de Sarre le 17 mai 2017 par 41 voix, toujours à la tête de la grande coalition CDU-SPD qui s’est trouvée confortée avec 41 sièges sur 51. Pendant ses deux derniers mandats, AKK a cumulé aussi avec la fonction de ministre de la Science, de la Recherche et de la Technologie (entre 2012 et 2018). La Sarre a donc montré qu’elle était une région (un Land) qui était un bastion encore très résistant de la CDU malgré les différentes attaques politiques subies par Angela Merkel.

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La victoire inespérée de la CDU en Sarre il y a deux ans a été expliquée dans les médias par ce qu’ils ont appelé "l’effet AKK", à savoir, sa personnalité très pragmatique, très proche des gens, très à l’écoute et très rationnelle. C’était donc assez normal qu’à un moment ou un autre, AKK allait (re)venir sur la scène fédérale, comme l’une des personnalités montantes de la CDU.

Chargée des dossiers sur la famille et la jeunesse, AKK a fait partie des négociateurs de la CDU pour discuter de l’accord entre la CDU et le SPD au niveau fédéral après les élections fédérales du 24 septembre 2017. Angela Merkel, qui devait remplacer le secrétaire général de la CDU, a annoncé le 19 février 2018 qu’elle souhaitait la nommer à ce poste de numéro deux fédéral. Ainsi, Annegret Kramp-Karrenbauer fut élue secrétaire générale de la CDU le 26 février 2018 par 785 voix sur 794 délégués, soit 98,9% des voix, au cours d’un congrès extraordinaire, et elle a fait figure de dauphine d’Angela Merkel.

AKK a signé les accords de la grande coalition le 12 mars 2018. Elle n’est pas entrée au gouvernement fédéral formé le 14 mars 2018 (le Ministre de l’Économie et de l’Énergie Peter Altmaier étant lui aussi un élu de Sarre), et a abandonné ses responsabilités de ministre-présidente de Sarre le 1er mars 2018 au profit de Tobias Hans, président du groupe CDU au Landtag, qui a été investi par 40 voix sur 51.

Quelques mois plus tard, le 7 décembre 2018, pour succéder à Angela Merkel acculée à la démission, Annegret Kramp-Karrenbauer fut donc élue présidente fédérale de la CDU, au terme d’une bataille interne très serrée qui a vu la CDU coupée en deux. Sa victoire, inattendue, va permettre à Angela Merkel de terminer son dernier mandat de Chancelière dans une relative tranquillité politique, du moins interne, et permettre à AKK de se préparer à se présenter comme successeure éventuelle aux prochaines élections fédérales qui auront lieu au plus tard en automne 2021. Juste avant le congrès de Hambourg, Angela Merkel, confiante, avait d’ailleurs lancé : « Je me réjouis de pouvoir continuer à travailler comme Chancelière. ».

C’est pour cette raison qu’Angela Merkel est une grande politique, car elle a su reprendre le contrôle de son parti après des contestations internes multiples et voit son horizon politique un peu plus dégagé pour les deux dernières années de sa très longue mandature. Chapeau, l’artiste !

Épilogue. Le baptême du feu européen d'Annegret Kramb-Karrenbauer fut de réagir à la Lettre aux Européens du Président français Emmanuel Macron. Dans une tribune intitulée "Faisons l'Europe comme il faut" publiée par "Die Weld" le 10 mars 2019, AKK a reçu très froidement les propositions européennes françaises, émettant de vives réserves, tout en souhaitant relancer la construction européenne : « Notre Europe doit être plus forte. ». Elle a notamment proposé que la France cède à l'Union Européenne son siège de membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU et a suggéré que le Parlement Européen se réunisse exclusivement à Bruxelles au lieu de Strasbourg. Ces deux positions ne peuvent être perçues que comme une provocation pour la France. En outre, elle s'est déclarée opposée à l'instauration d'un salaire minimum européen et a dénoncé la centralisation européenne excessive. Le lendemain, 11 mars 2019, Angela Merkel a apporté son soutien aux propositions de la nouvelle présidente de la CDU pour la construction européenne, faisant éloigner un peu plus la perspective d'un accord franco-allemand pour renforcer l'Union Européenne.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Annegret Kramp-Karrenbauer.
Alfred Grosser.
L’Europe de Jean-Claude Juncker.
Le Traité d’Aix-la-Chapelle le 22 janvier 2019.
Texte intégral du Traité franco-allemand signé le 22 janvier 2019 à Aix-la-Chapelle (Aachen).
Guillaume II.
Rosa Luxemburg.
Le cauchemar hitlérien.
Helmut Schmidt.
Willy Brandt.
Walter Scheel.
Angela Merkel, la Chancelière chancelante.
Angela Merkel et Emmanuel Macron au Centenaire de l’Armistice 2018.
Bismarck.
Résultats définitifs des élections régionales en Bavière du 14 octobre 2018.
Les élections régionales en Bavière du 14 octobre 2018.
La GroKo d’Angela Merkel.
Trump veut taxer l’acier européen et les voitures allemandes.
Allemagne : Martin Schulz quitte la présidence du SPD.
Les élections fédérales allemandes du 24 septembre 2017.
Le Traité de Maasticht.
Attentat à Berlin.
L’hommage de l’Europe à Helmut Kohl.
Helmut Kohl, le colosse érodé.
Un homme qui a façonné l'histoire.
Helmut Kohl et Viktor Orban.
Angela Merkel, l’honneur de l’Europe de la solidarité.
La Réunification allemande.
L’amitié franco-allemande.
Le symbole de Verdun.
Les risques de la germanophobie.
L’industrie allemande est-elle honnête ?
Le mur de Berlin.
La chute du mur de Berlin.
Les dettes de guerre.
L’Europe, c’est la paix.
Martin Schulz.
Un nouveau Président du Parlement Européen le 17 janvier 2017.
Hans-Dietrich Genscher.
Le décennat de la Bundeskanzlerin.
Vidéos sur Helmut Schmidt.
La disparition d'Helmut Schmidt.
Mutti Merkel, reine du monde ?
Joachim Glauck.
Angela Merkel et François Hollande à Strasbourg.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181207-annegret-kramp-karrenbauer.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/akk-l-angela-merkel-numero-bis-212953

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/12/09/36930649.html






 

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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 03:33

« Tous les discours sont des sottises,
Partant d’un homme sans éclat ;
Ce serait paroles exquises
Si c’était un grand qui parlât. »
(Molière, 1668).


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Le jeudi 4 avril 2019 dans la soirée, l’émission (au titre très original) "L’Émission politique", diffusée en direct sur France 2 et animée par les journalistes Thomas Sotto (France 2) et Alexandra Bensaïd (France Inter), a proposé un débat avec les têtes de listes aux élections européennes du 26 mai 2019.

Disons-le clairement : je me suis réjoui de la tenue d’un tel débat. Il était temps que les médias parlent d’Europe. Les élections européennes sont dans moins de cinquante jours et l’on n’en parlait pas beaucoup, notamment en raison de la crise des gilets jaunes et des suites du grand débat. Le fait qu’une chaîne de télévision grand public ait organisé un débat de plus de trois heures commençant en première partie de soirée est à saluer, même si elle n’a recueilli qu’une audience qui aurait pu être meilleure (près de 2 millions de téléspectateurs).

Parlons aussi des présents …et des absents. Il y a eu douze candidats qui ont débattu durant cette soirée. C’était beaucoup. Douze candidats, à peine douze minutes de temps de parole chacun, pour une émission très longue (jusqu’à minuit), et ce qu’il en est sorti sur le fond a été assez maigre, d’autant plus que beaucoup de candidats, peu courtois, s’entrecoupaient. Suivre un tel débat à la radio (c’était diffusé simultanément sur France Inter) devait être impossible, car dès que deux personnes parlent en même temps, un débat devient inaudible (les animateurs le savent, pas forcément les débatteurs).

Ces conditions de communication bien difficiles ont entraîné le fait que le seul intérêt de ce débat, ce n’était pas (hélas) de réfléchir sur des arguments sur des sujets européens, mais de regarder un show, un spectacle (certains diraient une "foire à la saucisse"), et surtout, d’apprendre à connaître les candidats, dont pour beaucoup, c’était une première médiatique.

Et disons-le aussi, répétons-le, insistons : la chaîne France 2 n’a pas été obligée par la justice d’inviter Benoît Hamon, Florian Philippot et François Asselineau. En effet, quelques heures avant l’émission, le Conseil d’État a donné raison à la chaîne de ne pas les avoir invités, car ne représentant aucun parti sortant ni parlementaire, et reconnaissant à la chaîne sa liberté éditoriale (les journalistes invitent qui ils veulent). Par souci d’apaisement, France 2 les a quand même invités pour se concentrer sur le fond du débat et ne pas créer un débat sur le débat qui ne ferait qu’une polémique sans intérêt.

L’obligation d’égalité des temps de paroles ne doit pas s’appliquer aux mille et un courants politiques de France et de Navarre dont la grande majorité ne représente électoralement rien (c’était le cas au moins de deux des trois candidats en question, pour Benoît Hamon, son score à l’élection présidentielle lui donnait un peu plus de justification de venir participer).

De plus, nous sommes encore en temps de précampagne électorale, toutes les listes et tous les candidats ne sont pas encore connus, encore moins validés, et certaines candidatures aujourd’hui peuvent très bien, finalement, renoncer demain à se présenter pour diverses raisons (notamment en raison d’alliances entre listes, c’est encore en négociation entre Benoît Hamon et le PCF).

Inclure ces trois candidats supplémentaires est d’ailleurs injuste pour les autres candidats têtes de liste vaguement annoncés et absents du débat : Nathalie Arthaud (liste Lutte ouvrière), Jean Lassalle (liste Résistons), Virginie Rozière (liste des radicaux de gauche, malgré l’unité des radicaux, avec Stéphane Saint-André), Dominique Bourg (liste de Génération écologie, désormais présidée par Delphine Batho, et du MEI d’Antoine Waechter), etc. et j’en oublie forcément (NPA a renoncé à présenter sa liste), mais peut-être que certains de ceux-là n’iront pas jusqu’au bout.

De toute façon, neuf ou douze participants à un débat télévisé, c’est quasiment impossible à organiser correctement. Pourtant, on l’a vu lors des primaires de la précédente élection présidentielle, les Français sont friands de débats politiques. Mais il faudrait plutôt imaginer des débats thématiques avec moins de participants, et que ceux qui y participent défendent des positions antagonistes.

Car ce jeudi 4 avril 2019, il y a eu une impression d’une dominante eurosceptique qui n’était pas la réalité du spectre électoral, mais il s’avère qu’il y a beaucoup de listes anti-européennes qui se sont formées (certaines qui ne représenteront quasiment rien).

La génération 2019 des têtes de listes est assez nouvelle, et, contrairement à précédemment (rappelons qu’il y a eu un retour à l’unique circonscription nationale), ce ne sont pas des leaders de parti, des présidentiables, qui sont têtes de liste, mais des nouveaux venus dans le débat politique national. À l’exception de quatre candidats qui bénéficient déjà de leur notoriété nationale, Jean-Christope Lagarde (président de l’UDI et leader centriste depuis une vingtaine d’années), Nicolas Dupont-Aignan (président de DLF et leader souverainiste depuis une douzaine d’années), Benoît Hamon (ancien ministre socialiste) et Nathalie Loiseau (ancienne ministre LREM).

On pourrait regretter que sur douze candidats, il n’y ait que deux femmes (Nathalie Loiseau et Manon Aubry). Parmi les dix hommes restants, tous portaient un costume, mais seulement cinq portaient une cravate (dont Jean-Christophe Lagarde à la couleur de son parti, UDI). Les cinq candidats qui avaient le col de chemise ouvert étaient tous de gauche sauf le représentant du RN. Nathalie Loiseau, placée au centre, a un peu détoné avec sa veste de couleur vive, la seule à porter une couleur voyante.

Que ce fût en 1979, 1984, 1989, 1994 ou 1999, les têtes de liste des principaux partis politiques étaient leurs principaux dirigeants, et cela donnait aux élections européennes un tour très politique. Rappelons ainsi qu’il y a quarante ans, en 1979, le service public avait organisé un débat télévisé avec les têtes de liste des quatre principaux partis (qui ont représenté environ 87% des suffrages) : Simone Veil (UDF), François Mitterrand (PS), Georges Marchais (PCF) et Jacques Chirac (RPR). Cela ne voulait pas dire que le niveau du débat était intellectuellement plus élevé (par exemple, Jacques Chirac et Georges Marchais ont fait beaucoup dans l’incantation), mais cela donnait une autre dimension à la campagne électorale.

Ce qui était marquant, c’était que la plupart des candidats essayaient plutôt de rivaliser sur leur propre ciblage électoral. "Libération" constate ainsi : « Avec cinq candidats de gauche se réclamant tous peu ou prou de l’écologie politique d’un côté et quatre candidats souverainistes de l’autre, on a surtout assisté à deux débats parallèles. Où le jeu consistait à attaquer son adversaire le plus dangereux pour sa part de marché électoral. » (5 avril 2019).

La soirée a permis ainsi de connaître beaucoup de nouveaux candidats. On peut donc reconnaître les mérites de deux brillants apparatchiks (très opposés), Ian Brossat (PCF) et Jordan Bardella (RN), qui ont su réciter leurs éléments de langage comme il le fallait. On peut regretter la combativité mal placée de Nicolas Dupont-Aignan qui, malgré son intelligence, n’a pas sorti beaucoup de réflexions intelligentes.

À ce propos, il était intéressant de voir qu’à un moment, Nicolas Dupont-Aignan voulait faire passer une feuille à François-Xavier Bellamy et à ma grande surprise, ses premiers voisins l’ont sagement fait passer (Jordan Bardella, Nathalie Loiseau, Florian Philippot, Benoît Hamon) et quand la feuille est arrivée au niveau de Jean-Christophe Lagarde, ce dernier, refusant de se prêter à ce jeu assez vain, a posé la feuille derrière lui, refusant de la faire passer (et je pense qu’il a eu tout à fait raison, j’ai été très surpris que quatre des candidats aient été aussi "serviles" !).

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Satisfecit aussi à donner à Jean-Christophe Lagarde qui ose au moins défendre ses convictions européennes, ce qui est assez rare aujourd’hui. Ainsi, il a apporté un morceau du mur de Berlin pour rappeler que l’Europe avait été coupée en deux (c’était maintenant il y a longtemps !), qu’il avait pourtant voté contre l’élargissement de 2004 (en tant que député) car il considérait qu’il fallait d’abord réformer les institutions européennes (ce qu’a fait le Traité de Lisbonne), notamment par l’abandon de l’unanimité et la généralisation des majorités qualifiées (il est facile de fonctionner à l’unanimité à Six, plus difficilement à Vingt-sept).

Cette cohérence de conviction a été confirmée lorsqu’il a donné sa position sur l’éventuelle adhésion de la Serbie à l’Union Européenne en 2024 : Jean-Christophe Lagarde a été l’un des deux rares à y être favorables, estimant qu’il était illogique que la Serbie ne soit pas dans l’Union Européenne alors que la Slovénie et la Croatie, autres pays de l’ex-Yougoslavie, y sont déjà (ainsi que la Bulgarie). Du reste, Raphaël Glucksmann a eu la même position ainsi que le même objet à montrer, afin de montrer qu’il ne faut pas reconstruire de nouveaux murs.

François Asselineau, partisan de la sortie de la France de l’Union Européenne, a montré son désintérêt pour les affaires européennes en refusant de donner son avis sur l’éventuelle adhésion de la Serbie et a d’ailleurs montré ses contradictions en voulant être élu membre d’un organe, le Parlement Européen, dont il fustige l’existence. Au moins, il ne cache pas ses arrière-pensées puisqu’il a dit clairement qu’il se moquait des élections européennes puisque, même élu, il se présenterait de nouveau à l’élection présidentielle.

Dans le débat sur le budget européen, les interventions étaient pour la plupart à côté de la plaque. Certains parlaient de pertes (solde négatif) de 10 milliards d’euros pour la France alors que c’est de 6 milliards (en gros : 20 milliards d’euros de contribution et retour de 14 milliards d’euros en fonds d’aide, en particulier agricoles et régionaux). Seul, François-Xavier Bellamy a su relativiser cette somme (10 milliards d’euros) assez faible par rapport aux 100 milliards d’euros de déficit annuel et par rapport aux 2 000 milliards d’euros de dette publique (ce n’est donc pas la sortie de l’Europe qui donnera à la France une meilleure respiration financière).

Plus généralement, personne n’a dit que le budget européen n’était pas à somme nulle car il n’est pas qu’un budget de redistribution entre États, il est aussi pour financer des projets d’innovation comme Galileo, ce qui fait que forcément, ce qui est financé par l’Union Européenne devrait l’être par les États si l’on souhaitait poursuivre ces grands projets technologiques, ce qui viendrait réduire la contribution net d’un État comme la France. En clair, les 6 milliards d’euros de solde négatif de la France ne sont pas seulement là pour financer les régions européennes pauvres (solidarité) ou les bureaucrates de Bruxelles (eurocratie), mais aussi les projets d’investissement de grande envergure qui vont déterminer l’avenir européen des prochaines décennies.

Au final, Nathalie Loiseau, un peu seule contre tous dans ce show médiatique, a fait assez pâle figure malgré la couleur de sa veste, et sa faible combativité a été assez décevante. Tout le monde ne peut pas être Simone Veil, mais elle a un devoir de résultat (électoral).

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Je termine ici en passant en revue les douze participants, dans l’ordre "géographique" sur le plateau, à savoir de la gauche à la droite.


1. Manon Aubry (29 ans), tête de liste FI

Placée à l’extrême gauche du débat, Manon Aubry est une nouvelle personnalité de la vie politique, à la tête d’une liste FI comprenant, entre autres, Manuel Bompard, Laïla Chaibi, Emmanuel Maurel, Pascale Le Néouannic, Thomas Guénolé, Sergio Coronado, et qui finit par Jean-Luc Mélenchon et Charlotte Girard (la mère de Manon Aubry y est également candidate).

Au débat, je ne l’ai pas trouvée très percutante, et visiblement, elle a des problèmes avec les chiffres quant il s’agit de débattre sur le budget communautaire. Ancienne porte-parole d’Oxfam France, elle est surtout spécialisée dans l’humanitaire et l’évasion fiscale.


2. François-Xavier Bellamy (33 ans), tête de liste LR

Professeur agrégé de philosophie et adjoint au maire de Versailles depuis 2008, François-Xavier Bellamy a quitté ses conférences grand public dans les théâtres pour mener la campagne européenne de LR. Pari risqué car François-Xavier Bellamy, très marqué par certaines positions tout en étant inclassable (il pense par lui-même !), n’a pas le comportement de l’homme politique. Il s’intéresse avant tout au débat des idées, est courtois, et peut être déconcerté par certaines malhonnêtetés intellectuelles usées habituellement dans la vie politique. Cela lui donne l’avantage de rester sur le fond des idées en laissant de côté le caractère politicien de certains sujets. L’objectif de François-Xavier Bellamy est notamment de « réconcilier écologie et économie ».

Avec sa jeunesse, il apporte donc un vent intellectuel nouveau et intéressant, même si sa candidature ne peut masquer la candidature des autres membres de sa liste, notamment des anciens ministres Nadine Morano et Brice Hortefeux, éligibles (Rachida Dati a finalement renoncé à se représenter pour se préparer aux élections municipales de Paris). Sur la liste, il y a aussi un modéré, député européen sortant, Arnaud Danjean, une centriste Nathalie Colin-Oesterlé, ainsi que des responsables LR, Geoffroy Didier, Frédéric Péchenard (proche de Valérie Pécresse), Laurence Sailliet, Alain Cadec, etc.


3. Ian Brossat (39 ans dans quelques jours), tête de liste PCF

Conseiller de Paris depuis 2008 et adjoint à la maire Anne Hidalgo depuis 2014, Ian Brossat est normalien et professeur agrégé de lettres modernes. Il mène la liste communiste où sont inclus  notamment Patrick Le Hyaric, Marie-Pierre Vieu, et en dernière place, André Chassaigne, le président du groupe communiste à l’Assemblée Nationale.

Ian Brossat a critiqué l’organisation du débat qui a fait mettre le thème de l’immigration à la principale heure d’écoute et le thème du travail relégué en fin d’émission : « En abordant les questions du travail à minuit, vous vous rendez compte que les principaux intéressés sont déjà couchés car ils travaillent demain ? ».


4. Jean-Christophe Lagarde (51 ans), tête de liste UDI

Député depuis 2002, ancien maire de Drancy de 2001 à 2017, président de l’UDI depuis 2014, Jean-Christophe Lagarde est la tête de la liste UDI, qui comporte en particulier l’ancienne ministre Nora Berra et Louis Giscard d’Estaing (fils de l’ancien Président de la République), ainsi que Juliette Aubert-Zocchetto. C’est le premier combat national de Jean-Christophe Lagarde qui était également tenté par une candidature à l’élection présidentielle de 2017 (éventuellement via la primaire LR).

Défendant des mesures en faveur de l’écologie : « Si le climat se réchauffe, c’est l’Europe la première qui devra payer les pots cassés. », Jean-Christophe Lagarde n’a pas hésité à utiliser des sophismes : « Si le climat était une banque, ça ferait longtemps que l’Union Européenne l’aurait sauvé ! ».


5. Benoît Hamon (51 ans), tête de liste Générations

Ancien apparatchik du PS (et ancien rocardien), Benoît Hamon fut déjà député européen, ministre de François Hollande et Manuel Valls (notamment l’Éducation nationale) et candidat à l’élection présidentielle de 2017. Actuellement simple conseiller régional d’Île-de-France, il dirige une liste comprenant la championne Sarah Soilihi, et les deux députés européens sortants Guillaume Balas et Isabelle Thomas (l’ancienne leader des lycéennes en 1986 contre le projet Devaquet). Bureaucrate dans l’âme, Benoît Hamon a prôné la « reconnaissance du crime d’écocide » ! Ce n’est pas la première fois qu’il cherche à introduire des concepts nouveaux et …inquiétants quant à leur application (comme taxer les robots).


6. Florian Philippot (37 ans), tête de liste Les Patriotes

Ancien soutien de Jean-Pierre Chevènement en 2002, numéro deux du FN jusqu’en 2017, député européen depuis 2014, Florian Philippot s’est mis à son "propre" compte politique en 2017 après l’échec de Marine Le Pen à l’élection présidentielle. Il prône le retrait de la France de l’Union Européenne. Il avait proposé sans succès de rassembler sur sa liste Jean Lassalle et Henri Guaino. Sa candidature paraît très personnelle et peu collective.


7. Nathalie Loiseau (54 ans ans), tête de liste LREM, MoDem, Mouvement radical et Agir

Ancienne directrice de l’ENA (2012-2017), mais pas énarque, et ancienne Ministre chargée aux Affaires européennes (2017-2019), Nathalie Loiseau est avant tout une haut fonctionnaire et diplomate (elle fut la directrice générale de l’administration du Quai d’Orsay, nommée par Alain Juppé en 2011).

Dans la liste qu’elle mène aux élections européennes, elle a pu réunir des candidats LREM (Stéphane Séjouné), du MoDem, du Mouvement radical (Dominique Riquet) et d’Agir (Fabienne Keller et Gilles Boyer, proche d’Alain Juppé), mais aussi des écologistes d’EELV, dont deux en positions éligibles, à savoir Pascal Canfin (ancien ministre) et Pascal Durand (ancien secrétaire national), et des personnalités apolitiques comme Catherine Chabaud, Bernard Guetta, aussi Jérémy Decerle (ancien président des Jeunes agriculteurs), etc. Il faut aussi remarquer que la liste est transnationale puisqu’il y a un ancien ministre italien de Matteo Renzi, Sandro Gozi.


8. Jordan Bardella (23 ans), tête de liste RN

La plus jeune tête de liste, Jordan Bardella, conseiller régional d’Île-de-France depuis 2015, a été choisi pour mener la campagne du RN. Marine Le Pen a refusé de repartir cette année pour se protéger politiquement. Le cœur de la campagne du RN est son alliance avec le parti de Matteo Salvini en Italie, et cela tombe bien puisque Jordan Bardella parle couramment italien et a déjà fait un meeting en italien.

Sur la liste du RN, se trouvent deux transfuges de LR en positions éligibles, Thierry Mariani (ancien ministre et député sortant battu en 2017) et Jean-Paul Garaud, ainsi que l’essayiste Hervé Juvin qui a développé l’idée du localisme (détaxation de proximité) qui devient ainsi l’un des thèmes de campagne du RN en faveur de l’écologie de proximité.


9. Nicolas Dupont-Aignan (58 ans), tête de liste DLF

Énarque, ancien collaborateur de François Bayrou, ancien UMP, député, Nicolas Dupont-Aignan s’est mis à son "propre" compte politique en 2012 en basant sa première campagne présidentielle sur le souverainisme. Ce qui est dommage pour ce passionné de politique doté d’une vive intelligence, c’est qu’il a souvent utilisé des arguments empreints de malhonnêteté intellectuelle (notamment, dans ce débat, sur les statistiques de l’immigration en Europe) pour tenter de gagner des voix (ce qu’on appelle démagogie). Son soutien à Marine Le Pen en 2017 l’a considérablement déconsidéré vis-à-vis des électeurs modérés séduits par son discours anti-européen.

Réussissant à rassembler le petit parti de Jean-Frédéric Poisson (qui ne devrait pas être présent sur la liste malgré une annonce contraire), ainsi qu’un gilet jaune (Benjamin Cauchy, qui hésitait avec la liste LR), la liste de Nicolas Dupont-Aignan comporte notamment Stéphanie Gibaud (lanceuse d’alerte chez UBS France), Marie-Jo Zimmermann, ancienne députée LR (battue en 2017), en position éligible, et Bruno North (président du CNIP).


10. Yannick Jadot (51 ans), tête de liste EELV

Candidat choisi par les écologistes pour l’élection présidentielle qui a finalement renoncé à se présenter, Yannick Jadot a pris la tête de la liste d’Europe Écologie-Les Verts qui a intégré notamment Michèle Rivasi, Damien Carême, David Cormand, Karima Delli, François Alfonsi, et qui finit par Eva Joly et José Bové (députés européens sortants).


11. François Asselineau (61 ans), tête de liste UPR

HEC et énarque, ancien collaborateur de Charles Pasqua aux Hauts-de-Seine, ancien conseiller de Paris sur les listes de Jean Tiberi (2001-2008), François Asselineau semble victime d’une obsession de publicité personnelle, faisant coller des affiches avec sa tête hors des périodes électorales (sur quels fonds ?). Le journaliste Yvan Stefanovitch l’a placé parmi les "inspecteurs généraux des finances fantômes" « devenus absolument débordés à force de vouloir mener une carrière politique tambour battant » et « qui ne peuvent pas accomplir la moindre mission parce qu’on ne leur donne tout simplement rien à faire » ("Rentiers d’État", éditions du Moment, 2015, cité par Wikipédia).

N’ayant représenté que 0,9% lors de la dernière élection présidentielle, il n’a que l’expression "article 50" à la bouche, croyant convaincre les Français que le Frexit (expression pas même francophile) serait la panacée tandis que nos amis britanniques sont à la peine avec leur Brexit et le futur effondrement économique du Royaume-Uni. N’hésitant pas à user de démagogie en récupérant le programme du CNR, il montre qu’il est avant tout tourné vers le passé. Son charisme d’huître a dû faire le reste pour expliquer sa très faible audience électorale malgré une forte présence sur les réseaux sociaux.

Notons quand même que 0,9%, c’est plus que les 0,7% que Jean-Marie Le Pen avait obtenus à l’élection présidentielle de 1974, mais la comparaison s’arrête là en raison du grand talent politique du fondateur du FN qui n’a rien à voir avec celui qui, durant la campagne présidentielle de 2017, ne connaissait pas beaucoup les articles importants de la Constitution française (il a été testé et a montré son ignorance sur des articles majeurs), contrairement à ce qu’il voudrait faire croire.


12. Raphaël Glucksmann (39 ans), tête de liste PS

Fils de son père, essayiste médiatique, à l’aise dans les médias et l'air sympathique, ancien mari d’une vice-ministre géorgienne puis vice-ministre ukrainienne et actuel compagnon d’une journaliste très en vue du service public, Raphaël Glucksmann n’est, en revanche, pas du tout à l’aise dans le débat politique et lui-même a admis après le débat qu’il ne devait pas être fait pour la politique, ce que j’ose lui confirmer. Naïf, incapable d’imaginer que pour séduire les électeurs, il faut un minimum de cynisme (eh oui, c’est inhérent à la vie politique), Raphaël Glucksmann a ainsi fait figure d’écorché vif de la politique. Il ne comprend pas pourquoi des candidats affichent le contraire de ce qu’ils pensent hors antennes !

Ses sujets d’indignation (à juste titre), ce sont d’abord le sauvetage des réfugiés dans la Méditerranée (on ne peut pas les laisser mourir dans la mer : « Ni Madame Loiseau, ni Monsieur Bellamy n’ont dit ce que devrait dire n’importe quel humaniste : on les sauve ! ») et ensuite la construction européenne, notamment avec la question sur l’adhésion de la Serbie.

On pourra plus tard se poser la question de la démission du PS et en particulier, de son premier secrétaire Olivier Faure dont le sens des responsabilités aurait dû lui commander de diriger lui-même cette liste, à moins que la réponse ne soit très simple, par peur de se compter réellement en mettant en devanture une personnalité hors du sérail politique. De toute façon, qui y a-t-il au PS parmi les ténors politiques ? À part Stéphane Le Foll qui a démissionné du bureau national du PS pour s’occuper de la mairie du Mans (ce qui ne semble pas une mince affaire) ?

La liste menée par Raphaël Glucksmann est composée notamment de Claire Nouvian, Pierre Larrouturou (qui mange à tous les râteliers depuis une trentaine d’années, UDF, RPR, PS, EELV, etc.) et des socialistes comme Sylvie Guillaume, Christine Revault d’Allonnes-Bonnefoy, Éric Andrieu, Jean-Marc Germain (député sortant battu), Laurent Baumel (député sortant battu) et Fabrice Kalfon (battu en 2017).


La liste manquante

Nul doute qu’une liste a manqué dans ce débat, c’était une liste des gilets jaunes. Nul doute également que la présence dans ce débat d’une personnalité aussi vive et intéressante qu’Ingrid Levavasseur aurait apporté un intérêt nouveau à ce débat finalement assez convenu et prévisible quand il n’était pas inaudible.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Européennes 2019 (1) : la France des Douze ?
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

_yartiEuropeennes2019A04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190404-europeennes-a.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/europeennes-2019-1-la-france-des-214157

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/04/06/37237472.html



 

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1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 03:34

« L’accord que nous avons obtenu avec les parlementaires vise à trouver une issue démocratique à la paralysie et à la confusion qui règnent depuis quatre mois. Je suis fière de rendre le peuple une nouvelle fois acteur souverain du destin britannique. Je suis fière de l’avoir servi. Je souhaite que nos amis européens prennent la mesure des difficultés de notre situation politique et acceptent les deux demandes que je leur adresserai dès demain lundi. » (Theresa May, le 31 mars 2019 à Londres).


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On pensait que la vie politique britannique était relativement facile à comprendre quand on la comparait à celle en Italie, en Israël, et même en Allemagne, voire en France, mais ce n’était qu’illusion. Avec le Brexit, le paysage politique britannique est totalement éclaté. Non seulement l’électorat est divisé en deux moitiés à peu près égales (pour ou contre le Brexit), mais le clivage se retrouve aussi, à des proportions différentes, à l’intérieur des deux grands partis, les travaillistes et les conservateurs qui sont au pouvoir. Depuis la signature du Deal (accord) avec les Européens, le 25 novembre 2018, la Premier Ministre Theresa May n’a cessé d’essuyer une série de désaveux parlementaires de la part de ses propres troupes, les plus humiliants les uns que des autres.

Le vote de ce dimanche 31 mars 2019 à 21 heures (heure de Paris), in extremis, a de quoi éloigner de quelques mois le risque catastrophique du hard Brexit, à savoir du Brexit sans Deal (je garderai ici le terme anglais d’accord). Heureusement que le Conseil Européen du 21 mars 2019 a reporté la date théorique du Brexit du 29 mars 2019 au 12 avril 2019 ! Que prévoit ce vote ? C’est nouveau en tout cas et la chronologie que j’ai proposée précédemment montre à quel point le cheminement de la Chambre des Communes du Royaume-Uni est tortueux. En gros, on sait ce que les députés ne veulent pas (à savoir rien !) mais on ne sait pas encore ce qu’ils veulent.

En décidant finalement de recourir aux urnes, les députés se sont dit que c’était la dernière issue possible, et en plus, une issue par le haut, selon le vieil adage que ce que le peuple a fait, seul le peuple peut le défaire. Le peuple britannique va donc revoter, et pas n’importe quand, le jour des élections européennes, le dimanche 26 mai 2019, ce qui est nouveau car généralement, c’est plutôt en semaine (la date elle-même a fait l’objet d’une longue discussion et la date du jeudi 23 mai 2019, initialement proposée, a été remplacée par celle du 26 mai 2019 dans le but de ne pas influencer les élections européennes des autres pays européens).

La question du référendum également a été très délicate à formuler. Il a été décidé de proposer trois options possibles, laissant toutes les portes ouvertes : 1/ le Brexit avec le Deal négocié avec l’Union Européenne ; 2/ le Brexit sans Deal (hard Brexit) ; 3/ l’annulation du Brexit par la révocation de l’article 50 du Traité sur l’Union Européenne, et donc, le maintien du pays au sein de l’Union Européenne. Comme il y a un risque qu’aucune majorité absolue ne se dégage à l’issue du scrutin, il a été décidé de rendre victorieuse l’option ayant obtenu le plus grand nombre de voix, même sans atteindre la majorité absolue des suffrages exprimés, comme c’est déjà le cas dans l’élection des députés, au scrutin majoritaire uninominal à un tour.

Si Theresa May a accepté cette dernière solution, elle qui a toujours refusé le retour en arrière (le 26 mars 2019, elle martelait encore : « Ce gouvernement ne révoquera pas l’article 50. Nous honorerons le résultat du référendum de 2016 et travaillerons avec le Parlement pour parvenir à un accord garantissant que nous quittons l’Union Européenne. »), c’est parce qu’elle a pensé qu’avec ce référendum à trois options, très particulier, les partisans du Brexit vont tous se regrouper derrière le Deal qu’elle a négocié avec l’Union Européenne.

Les partisans du retour en arrière et de l’annulation du Brexit ont fait valoir, eux, que l’intérêt économique des Britanniques n’était pas dans le Brexit. Ils ont également rappelé qu’on ne transforme pas ainsi la vie de dizaines de millions de personnes avec une simple majorité des voix, car en 2016, plus de 48% des électeurs britanniques étaient opposés au Brexit et on ne les a jamais écoutés depuis trois ans, comme l’a rappelé l’ancien Vice-Premier Ministre pro-européen Michael Heseltine. D’ailleurs, le 23 mars 2019, une manifestation de plus d’un million de participants est venue montrer l’importance de cette voix, ainsi qu’une pétition pro-européenne qui a obtenu en une semaine plus de six millions de signataires.

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Quant aux hard-brexiters opposés à l’accord de Theresa May, ils ont trouvé dans ce second référendum la voie institutionnelle indiscutable pour faire un Brexit dur qui, selon eux, a des chances de remporter la majorité relative des votes. Pour l’instant, aucun sondage n’a encore été réalisé mais dans quelques jours, ils seront nombreux à évaluer les intentions de votes.

Il faut rappeler que depuis le début de la crise politique en novembre 2018, opposant Theresa May à sa majorité parlementaire, l’Union Européenne a répété inlassablement qu’il n’était pas question de renégocier un nouvel accord, que c’était à prendre ou à laisser, et qu’il était temps d’en finir avec ce sujet qui a monopolisé l’énergie et l’agenda de l’Union Européenne pendant trois ans.

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Dans tous les cas, Theresa May n’est pas vraiment encore au bout de sa peine. En effet, si le 27 mars 2019, elle a confirmé qu’elle démissionnerait très prochainement (elle a annoncé qu’elle quitterait le 10 Downing Street probablement au milieu de juillet 2019), elle a encore quelques missions périlleuses à remplir, et la première, ce sera de convaincre le Conseil Européen qui se tiendra le 10 avril 2019 à Bruxelles d’accepter les changements britanniques sur l’adoption du Deal.

Ainsi, la première chose à faire, c’est de permettre de repousser la date du Brexit au 12 juillet 2019 afin d’être prêt à toutes les éventualités du scrutin. En cas de victoire du Brexit avec Deal, il faudrait en effet que la Chambre des Communes vote une série de lois pour se conformer aux consignes de l’accord, un mois et demi ne serait pas de trop. Pour les deux autres options possibles, la date du Brexit ou non Brexit ne changerait pas particulièrement l’évolution des affaires. En cas de victoire de l’une des deux options du Brexit (hard ou avec Deal), le fait de fixer la date du Brexit après le 30 juin 2019 ne doit pas obliger le Royaume-Uni à élire des députés européens pour seulement quelques jours. C’est là une difficulté juridique et constitutionnelle importante.

La deuxième condition pour mener à bien ce nouveau calendrier, c’est effectivement de convaincre l’Union Européenne qu’il ne faut pas obliger les Britanniques à faire élire des députés européens même si leur pays est encore membre de l’Union Européenne. En cas de victoire du Bremain, l’option 3 (le Royaume-Uni restant dans l’Union Européenne), le gouvernement britannique s’engagerait alors à faire élire leurs députés européens (73 sièges) avant la fin de l’exercice des députés européens sortants, c’est-à-dire avant le 30 juin 2019 (les nouveaux députés européens élus le 26 mai 2019 prennent leurs fonctions à Strasbourg le 2 juillet 2019). La date du jeudi 20 juin 2019 a même déjà été fixée, ce qui obligerait à une campagne électorale extrêmement courte, moins de quatre semaines. En revanche, le dépôt de candidature devrait avoir lieu comme si le scrutin européen avait lieu le 26 mai (c’est-à-dire que les candidatures devront être déclarées avant le 3 mai 2019).

En cas de victoire de l’une des deux options du Brexit (hard ou avec Deal), Boris Johnson, qui s’était rangé le 27 mars 2019 derrière le Deal pour assurer la réalité du Brexit, a déjà déclaré qu’il se porterait candidat auprès de ses amis conservateurs pour être désigné Premier Ministre et qu’il proposerait rapidement de nouvelles élections, probablement au début de l’année 2020. Il serait alors le premier Premier Ministre du Brexit et en serait fier. En revanche, en cas de victoire de la révocation de l’article 50, Boris Johnson a annoncé qu’il quitterait la vie politique.

Pour l’instant, presque aucun responsable européen n’a encore réagi à cet accord, mais les déclarations devraient fuser au début de cette semaine. Seul, le Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker, en déplacement à Londres pour participer à un colloque sur l’avenir de la City après le Brexit, a salué le « sursaut des parlementaires britanniques » et va tenter de convaincre le Conseil Européen de ratifier l’accord des parlementaires britanniques. Avec cependant une réserve, celle de la date du 12 juillet 2019. Pour Jean-Claude Juncker, la date ne devrait pas dépasser le 30 juin 2019, date de la fin de la huitième législature européenne (c’était d’ailleurs la date initialement proposée par Theresa May le 20 mars 2019).

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En effet, d’un point de vue juridique, il serait impossible d’imaginer qu’un État membre de l’Union Européenne entre le 1er et le 12 juillet 2019 ne puisse pas disposer de députés européens renouvelés et élus, même s’il quittait l’Union Européenne le 12 juillet 2019. Cette aberration institutionnelle pourrait être attaquée devant la Cour de Justice de l’Union Européenne par n’importe quel citoyen européen et ainsi provoquer l’annulation des élections européennes pour l’ensemble des vingt-sept États membres restants.

Le texte complet de la mention votée par les parlementaires britanniques ce 31 mars 2019 (traduite en français par Patrick MacGussy) est disponible à ce lien, où est également reproduite la déclaration de Theresa May qui s’est sentie « soulagée d’avoir trouvé enfin un accord parlementaire et soulagée également de la perspective prochaine de quitter le 10 Downing Street qui fut une charge exaltante, mais exténuante et épuisante ». La réaction bienveillante du Président de la Commission Européenne devrait rassurer la Premier Ministre britannique sur l’état d’esprit des dirigeants européens.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Texte voté à la Chambre des Communes le 31 mars 2019 (traduction en français).
Brexit : vote parlementaire surprise pour un 2e référendum le 26 mai.
Brexit : chronologie inachevée d’un chaos annoncé.
Michael Heseltine.
Les élections législatives britanniques du 8 juin 2017.
L’attentat de Manchester du 22 mai 2017.
Theresa May nommée Premier Ministre le 13 juillet 2016.
Peuple et populismes.
Intervention de Bruno Le Maire sur le Brexit le 28 juin 2016.
Le Brexit en débat chez les députés français.
L’Europe n’est pas un marché.
L’Union Européenne, élément majeur de stabilité mondiale.
Terre brûlée ?
Brexitquake.
Boris Johnson.
To Brexit or not to Brexit ?
L’émigration irlandaise.
L’euro.
Le conflit syrien.
Les réfugiés syriens.
La construction européenne.
Jo Cox.
David Cameron.
Margaret Thatcher.
Les Accords de Munich.
Les 70 ans d’Israël.
La partition des Indes.
Karl Marx.
Jane Austen.
William Shakespeare.
David Bohm.
Stephen Hawking.
Alfie Evans, tragédie humaine.
Charlie Chaplin.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Philip Mountbatten.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
Élisabeth II.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190401-brexit-theresa-may.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/brexit-vote-parlementaire-surprise-213909

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/03/24/37203798.html




 

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29 mars 2019 5 29 /03 /mars /2019 16:08

« La démence, chez l’individu, est quelque chose de rare. Chez les groupes, les partis, les peuples, les époques, c’est la règle. » (Nietzsche, 1886).



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Le troisième vote encore négatif de ce vendredi 29 mars 2019 à Westminster interroge sur la capacité des Britanniques à réaliser leur Brexit. Le mur est toujours là, plus au 29 mars 2019 mais au 12 avril 2019, dernier délai pour organiser des élections européennes au Royaume-Uni. Le pays fonce encore et le risque du Brexit sans Deal (sans accord), c’est-à-dire, le risque d’un trou juridique de près d’une cinquantaine d’années dans les relations non seulement entre le Royaume-Uni et les pays de l’Union Européenne mais aussi de l’ensemble des pays du monde (puisque toutes les relations commerciales du Royaume-Uni étaient régulées par l’Union Européennes), est donc grand, avec les conséquences tant économiques et sociales que politiques.

À l’évidence, il y a une véritable carence de la classe politique britannique dans son ensemble, tant les conservateurs, hyper divisés sur la question, que les travaillistes, pas plus responsables, chacun préférant jouer une partie de poker menteur à prendre ses responsabilités et choisir l’intérêt général (et national). Je propose ici, très modestement, une petite chronologie forcément inachevée de ce chaos annoncé dont l’intérêt est le détail, avec des prises de décisions dignes d’un théâtre de l’absurde de Ionesco, avec un effondrement historique de toute autorité gouvernementale, avec des jeux d’ombre pour devenir calife à la place de la calife.

On s’attardera donc plus précisément sur les trois derniers mois qui sont très riches en rebondissements de toutes sortes. Un véritable scénario d’un film catastrophe avec une suspense interminable, mais malheureusement, comme l’a rappelé une députée britannique le 29 mars 2019, il y a des emplois et surtout des vies humaines en jeu dans cette bataille de cour de récréation. Comme le pire n’est jamais sûr, même contre tous les pronostics, le pire pourrait être évité de justesse…


23 juin 2016.
Référendum organisé par David Cameron sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union Européenne : 51,9% des électeurs choisissent le Brexit.



13 juillet 2016.
Nomination du gouvernement de Theresa May après la démission de David Cameron : Boris Johnson aux Affaires étrangères et David Davis au Brexit.



27 juillet 2016.
Nomination par Jean-Claude Juncker de Michel Barnier comme négociateur en chef de l’Union Européenne sur le Brexit. Complétée le 8 septembre 2016 par la désignation de Guy Verhofstadt comme coordinateur du Parlement Européen sur le Brexit.


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24 juillet 2017.
Décision de la Cour suprême du Royaume-Uni qui impose que le Parlement britannique soit consulté pour définir les modalités du Brexit.



29 mars 2017.
Theresa May déclenche officiellement la procédure de l’article 50 du Traité sur l’Union Européenne (TUE) de retrait de l’Union Européenne. Une période de deux ans est fixée avant le retrait effectif (prévu donc le 29 mars 2019).



08 juin 2017.
Élections législatives anticipées au Royaume-Uni voulues par Theresa May qui perd sa majorité absolue à la Chambre des Communes. Pari perdu. Un parti nord-irlandais unioniste est nécessaire pour avoir la majorité.



19 juin 2017.
Début officiel des négociations du Brexit à Bruxelles.



09 juillet 2018.
Démission de Boris Johnson et de David Davis du gouvernement de Theresa May, remplacés respectivement par Jeremy Hunt et Dominic Raab.



09 novembre 2018.
Démission de Jo Johnson, Ministre des Transports, du gouvernement (frère de Boris Johnson), qui réclame un nouveau référendum.



15 novembre 2018.
Démission de Dominic Raab et de Suella Braverman du gouvernement (ministre et sous-ministre du Brexit), remplacés le lendemain par Stephen Barclay.



25 novembre 2018.
Accord de retrait du Royaume-Uni de l’Union Européenne (le "Deal") signé au Conseil Européen. Le Deal doit être ratifié par le Parlement britannique et par le Parlement Européen.



10 décembre 2018.
Réunie exceptionnellement en assemblée plénière, la Cour de Justice de l’Union Européenne estime : « Un pays est habilité à revenir unilatéralement sur sa décision de quitter l’Union Européenne, et ce sans même consulter les autres pays membres. ». Cela signifie que Theresa May peut mettre fin unilatéralement au processus du Brexit (c’est-à-dire, "révoquer" l’article 50). La Commission Européenne et le Conseil Européen souhaitaient au contraire que cette révocation fût soumise à l’unanimité du Conseil Européen pour éviter une pratique abusive (un État qui veut quitter l’Union Européenne et qui interrompt le processus si les négociations se déroulent à son désavantage).



11 décembre 2018.
Après les premiers décomptes pessimistes, Theresa May reporte le vote du Deal (initialement prévu le 11 décembre 2018) au 15 janvier 2019. Le principal problème du Deal concerne la frontière de l’Irlande du Nord, ce qu’on appelle le "backstop".



12 décembre 2018.
Vote de défiance contre Theresa May au sein de sa majorité conservatrice. 200 députés conservateurs votent pour son maintien comme Premier Ministre, 117 pour son éviction. L’Union Européenne refuse toute renégociation du Deal.



15 janvier 2019.
Premier vote des députés britanniques sur le Deal : rejet par 432 voix contre 202. C’est la défaite d’un Premier Ministre la plus humiliante de toute l’histoire britannique. Le leader de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn dépose une motion de censure contre le gouvernement.


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16 janvier 2019.
Rejet de la motion de censure contre Theresa May : la motion de censure ne recueille que 306 voix et est repoussée par 325 voix.



29 janvier 2019.
Vote des députés britanniques en faveur d’une renégociation du Brexit (refusée par l’Union Européenne).



04 mars 2019.
Grève du zèle des douaniers français à la frontière britannique, pour protester contre les incertitudes du Brexit : pendant plusieurs jours (jusqu’au 07 mars 2019), bouchons et retards des TGV (3 200 camions sont bloqués sous le tunnel de la Manche ou à Calais).



11 mars 2019.
Theresa May rencontre Jean-Claude Juncker et Michel Barnier à Strasbourg. Le Vice-Premier Ministre britannique David Lidington devant les députés britanniques : « La Premier Ministre a obtenu des changements légalement contraignants qui renforcent et améliorent l’accord de retrait et la déclaration politique. ».



12 mars 2019.
Deuxième vote des députés britanniques sur le Deal : nouveau rejet par 391 voix contre 242. Parmi les 314 députés conservateurs, 75 ont défié Theresa May.



13 mars 2019.
Vote indicatif des députés britanniques : 312 voix contre le Brexit sans Deal, 308 voix pour le Brexit sans Deal. Vote final des députés britanniques sur le Brexit sans Deal : 321 voix excluent l’hypothèse d’une sortie non négociée contre 278 (amendement déposé par Caroline Spellman, conservatrice, et par Jack Dromey et Yvette Cooper, travaillistes). L’amendement déposé par Jacob Rees-Mogg, brexiter influent, visant à contourner le "backstop", a été rejeté par 374 voix (mais soutenu par plusieurs ministres). Le Chancelier de l’Échiquier (Ministre des Finances) Philip Hammond a envisagé le pire, le Brexit sans Deal : « Sortir sans accord impliquerait un choc significatif à court et moyen termes ainsi qu’une économie moins prospère à long terme que si l’on sort avec un accord (…) Un chômage plus élevé, des salaires plus faibles, des prix plus élevés. Ce n’est pas pour cela que le peuple britannique a voté en 2016. ». Quant à Michel Barnier, il déclare à Strasbourg devant les députés européens : « Nous sommes allés au bout de ce que nous pouvions faire. ». "Le chaos règne" à Londres (selon le Daily Mail) où les députés ne veulent ni le Brexit avec Deal, ni le Brexit sans Deal, ni remettre en cause le Brexit. Catherine MacGuiness, une dirigeante de la City, déclare : « Le pays est au bord du précipice ! » (cité par "Le Figaro"). Mark Rutte, le Premier Ministre néerlandais, affirme : « C’est un peu comme si le Titanic votait pour écarter l’iceberg. ».



14 mars 2019.
Vote des députés britanniques de la motion de Theresa May en faveur d’un report du Brexit après la date du 29 mars 2019, par 412 voix contre 202.



16 mars 2019.
Theresa May publie une tribune dans "The Telegraph" : « L’acte patriotique à faire pour les députés est de voter en faveur de mon accord sur le Brexit. (…) L’idée que les Britanniques se rendent aux urnes pour élire des députés européens trois ans après avoir voté pour quitter l’Union Européenne est à peine supportable. Il ne saurait y avoir de symbole plus fort de l’échec politique collectif du Parlement. ».



18 mars 2019.
Joe Bercow, Speaker (Président) de la Chambre des Communes, refuse l’organisation d’un troisième vote parlementaire sur le Deal s’il n’y a pas de "changements substantiels" (le troisième vote était prévu le 20 mars 2019).



20 mars 2019.
Theresa May demande officiellement à l’Union Européenne un report du Brexit au 30 juin 2019.



21 mars 2019.
Au Conseil Européen de Bruxelles, l’Union Européenne propose de reporter la date du Brexit du 29 mars 2019 au 12 avril 2019, avec plusieurs options : 1/ report au 12 avril 2019 sans condition ; 2/ report au 22 mai 2019 s’il y a un vote des députés britanniques favorables au Deal avant le 12 avril 2019 ; 3/ report plus long si les députés britanniques le votent avant le 12 avril 2019 et dans ce cas, participation du Royaume-Uni aux élections européennes des 23 au 26 mai 2019.



23 mars 2019.
Manifestation à Londres de plus d’un million de participants opposés au Brexit et réclamant un second référendum.


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24 mars 2019.
En quelques jours, plus de cinq millions de signataires réclament dans une pétition de révoquer l’article 50 et de rester dans l’Union Européenne. Le site Internet du Parlement indique que 100 000 signataires suffisent pour obliger les parlementaires à débattre du sujet de la pétition. La femme à l’origine de la pétition a reçu de nombreuses menaces de mort et a dû fermer son compte Facebook.



25 mars 2019.
Démission de trois ministres britanniques. Il était en fait question d’un "putsch" de onze ministres contre Theresa May, "putsch" qui a donc dû échouer. Dans la soirée, vote des députés britanniques, par 329 voix contre 302, d’un amendement (déposé par le conservateur Olivier Letwin et la travailliste Hilary Benn) qui donne au Parlement le pouvoir de l’ordre du jour au détriment du gouvernement (cet amendement avait été rejeté de justesse, avec deux voix de retard, le 14 mars 2019). Le gouvernement perd le contrôle de l’ordre du jour, et les parlementaires vont faire une série de huit votes indicatifs le 27 mars 2019 et une autre série le 1er avril 2019 reprenant les propositions ayant reçu le plus de votes le 27 mars 2019 (votes qui n’engagent pas le gouvernement). C’est une nouvelle humiliation pour Theresa May.



26 mars 2019.
Graham Brady, le chef du groupe parlementaire des Tories, conseille à Theresa May d’annoncer son départ du pouvoir pour l’été 2019 afin de faire voter le Deal. David Davis, ancien ministre du Brexit et opposé au Deal, déclare sur la BBC : « Ce n’est pas un bon accord mais l’alternative est une cascade de chaos. ». Dans le blog ConservativeHome, Jacob Rees-Mogg annonce qu’il soutiendra le Deal si Theresa May annonce sa prochaine démission : « Un no-deal est mieux que l’accord de Mme May, mais l’accord de Mme May est mieux que de ne pas sortir du tout. » (cité par "Le Point"). Boris Johnson : « Si nous rejetons à nouveau l’accord, il y a un risque pour que nous ne quittions pas du tout [l’Union Européenne]. » (cité par le Daily Mail).



27 mars 2019.
Les huit séries de questions posées par les députés britanniques (contre la volonté du gouvernement) reçoivent systématiquement des rejets. Le "Guardian" titre : « Le Parlement a finalement son mot à dire : non, non, non, non, non, non, non, non. ». Deux propositions reviendront le 1er avril 2019 car sont rejetées à moins de 30 voix près : la négociation d’une union douanière (retard de 8 voix) et un nouveau référendum (retard de 30 voix). Theresa May annonce qu’elle démissionnerait en cas de vote des députés britanniques en faveur du Deal : « J’ai entendu très clairement l’humeur du groupe parlementaire. Je sais qu’il y a un désir pour une nouvelle approche, et un nouveau leadership, dans la deuxième phase des négociations sur le Brexit, et je ne m’y opposerai pas. » (cité par la BBC). Elle rejette la pétition ayant atteint six millions de signataires et demandant le maintien dans l’Union Européenne : « Ce gouvernement ne révoquera pas l’article 50. Nous honorerons le résultat du référendum de 2016 et travaillerons avec le Parlement pour parvenir à un accord garantissant que nous quittons l’Union Européenne. ».



29 mars 2019.
À 15 heurs 40, troisième vote des députés britanniques sur le Deal : rejet par 344 voix contre 286. Theresa May a réussi à convaincre plus de députés qu’aux deux premiers votes, mais pas suffisamment. Des députés (notamment Jeremy Corbyn) réclament la démission de Theresa May et de nouvelles élections législatives, d’autres un nouveau référendum. Conséquence du nouveau rejet du Deal par le Parlement britannique, le Président du Conseil Européen, Donald Tusk, convoque un nouveau Conseil Européen pour le 10 avril 2019.



Et demain ? La grande inconnue !

Même les scénaristes les plus déjantés ont renoncé à imaginer ce qui va surgir dans les prochains jours à Westminster…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Brexit : chronologie inachevée d’un chaos annoncé.
Michael Heseltine.
Les élections législatives britanniques du 8 juin 2017.
L’attentat de Manchester du 22 mai 2017.
Theresa May nommée Premier Ministre le 13 juillet 2016.
Peuple et populismes.
Intervention de Bruno Le Maire sur le Brexit le 28 juin 2016.
Le Brexit en débat chez les députés français.
L’Europe n’est pas un marché.
L’Union Européenne, élément majeur de stabilité mondiale.
Terre brûlée ?
Brexitquake.
Boris Johnson.
To Brexit or not to Brexit ?
L’émigration irlandaise.

L’euro.
Le conflit syrien.
Les réfugiés syriens.
La construction européenne.
Jo Cox.
David Cameron.
Margaret Thatcher.
Les Accords de Munich.
Les 70 ans d’Israël.
La partition des Indes.
Karl Marx.
Jane Austen.
William Shakespeare.
David Bohm.
Stephen Hawking.
Alfie Evans, tragédie humaine.
Charlie Chaplin.

Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Philip Mountbatten.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
Élisabeth II.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190329-brexit-chronology.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/brexit-chronologie-inachevee-d-un-213899

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21 mars 2019 4 21 /03 /mars /2019 03:53

« Si nous voulons rester un parti de gouvernement, il est absolument essentiel que nous augmentions notre soutien parmi les jeunes générations. Pour ce faire, nous devons écouter et prendre en compte leurs préoccupations concernant le Brexit. Ils ont voté massivement pour rester dans l’Union Européenne en 2016, et depuis lors, leur point de vue s’est encore renforcé. Depuis le référendum, près de 2 millions de jeunes ont atteint l’âge de voter. Parmi ceux qui sont certains de voter, 87% sont favorables à ce que le Royaume-Uni reste dans l’Union Européenne. Si nous n’entendions pas leur voix, qui pourrait leur reprocher de se sentir exclus et impuissants face à cette question vitale ? » (16 décembre 2018).



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L’ancien ministre britannique Michael Heseltine fête son 86e anniversaire ce jeudi 21 mars 2019. C’était un poids lourd de la politique britannique, d’une importance majeure dans les années 1980 et 1990, souvent premier-ministrable et surtout, pro-européen, ce qui est rare dans la classe politique britannique. Il est intéressant à se pencher sur sa trajectoire politique, lui qui s’est retiré de la vie politique le 7 juin 2001, surtout à quelques jours de la date prévue du Brexit (29 mars 2019), qui s’avère être très chaotique (Theresa May vient de demander ce mercredi 20 mars 2019 un court délai jusqu’au 30 juin 2019, date de fin d’exercice du mandat des députés européens élus en 2014).

Pour Michael Heseltine, l’histoire du Royaume-Uni devait passer par l’Europe où s’y trouvent ses intérêts, et en réalisant le Brexit, 48% des électeurs britanniques ont été complètement ignorés : « Les inconvénients deviennent de plus en plus évidents avec le temps. Nous avons eu une grave dévaluation de la monnaie. Nous sommes passés de la croissance économique la plus rapide à la croissance la plus lente en Europe, et nous avons créé un "gloubli-boulga" complet à la frontière irlandaise. » [j’ai traduit ainsi le mot "Horlicks"] ("Observer", le 3 mars 2018).

Le Royaume-Uni a adhéré à l’Union Européenne (à l’époque la Communauté Économique Européenne) le 1er janvier 1973 (avec l’Irlande et le Danemark), transformant l’Europe des Six en Europe des Neuf. Cela signifie que depuis cinquante et un ans, le Royaume-Uni a son commerce, son droit, etc. complètement imbriqués avec l’Union Européenne. Cela donne une idée des difficultés du Brexit, tant avec ou sans deal, car sans deal, le Royaume-Uni se trouvera démuni aussi dans ses relations commerciales avec des pays non européens, puisque sa politique commerciale dépendait des accords noués avec l’Union Européenne.

Michael Heseltine, bien que conservateur, a toujours été opposé au Brexit et a trouvé que le jeu politicien de David Cameron, qui visait à se réconcilier une partie d’une aile réfractaire (frondeuse ?) de son parti (les Tories), était à la fois dangereux et imprudent. Le référendum de juin 2016 a montré qu’en voulant jouer au plus stupide, on pouvait perdre. Michael Heseltine a ainsi considéré que le choix du Brexit constituait la « plus grande crise constitutionnelle des temps modernes » et a fustigé Boris Johnson pour avoir déserté la vie politique après avoir gagné le référendum.

Considérant que le départ du Royaume-Uni laisserait une Europe sous domination allemande, il a fustigé aussi Theresa May qui, après avoir fait campagne contre le Brexit, a basé toute sa politique depuis 2016 sur l’application du Brexit : « Je ne comprends pas comment une personne qui a prononcé ce discours [contre le Brexit] peut, en quelques semaines, dire que le Brexit est le Brexit et demander à la nation de s’unir derrière elle… Cette dame était faite pour retourner sa veste. » ("House Magazine", 24 mars 2017), pour souligner que Theresa May n’est pas du tout Margaret Thatcher, elle "droite dans ses bottes".

Homme d’affaires qui a fait fortune, Michael Heseltine fut élu député conservateur à la Chambre des Communes pendant trente-cinq ans, du 31 mars 1966 au 7 juin 2001. Il a commencé une carrière ministérielle assez jeune puisqu’il fut nommé, par le Premier Ministre Edward Heath, ministre en charge de l’aérospatial et des transports, du 24 mars 1972 au 28 février 1974, dans le même gouvernement que Margaret Thatcher (qui était alors Ministre de l’Éducation et des Sciences, qui, favorable à la coopération européenne, a apporté beaucoup d’investissements britanniques au CERN).

Pour avoir une petite idée de l’action de Michael Heseltine, on peut écouter Jean Valleix, qui était député gaulliste de Bordeaux et, au titre des parlementaires français, membre de l’Assemblée de l’Union de l’Europe occidentale (UEO). Jean Valleix déclara lors de la 2e séance de la 19e session ordinaire le 19 juin 1973 : « La résolution du 20 décembre 1972 (…) prévoit une intégration des programmes spatiaux nationaux européens. C’est le ministre Michael Heseltine qui, au cours de notre session de 1972, avait rappelé l’intérêt qui s’attachait à son sens à ce que, en fusionnant les divers moyens de chaque pays membres de l’UEO, nous dégagions une masse de manœuvre qui, selon lui, serait suffisante pour mener à bien nos travaux spatiaux. (…) Est prévue la création par le C.E.R.S. d’un laboratoire de sortie dans le cadre du programme post-Apollo. Vous êtes tous, sans doute (…), convaincus de l’importance de la contribution de l’Europe à cette opération. ». Dès 1972, Michael Heseltine était donc déjà un chaud partisan de la coopération européenne en matière de programmes spatiaux, ce qu’il avait expliqué devant l’assemblée de l’UEO le 7 décembre 1972, et auparavant, le 8 novembre 1972, il avait proposé la création d’une organisation spatiale européenne unique.

Après la courte défaite des conservateurs aux élections législatives du 28 février 1974 (les travaillistes l’ont emporté avec 301 sièges sur 635, face aux conservateurs, 297 sièges), les travaillistes ont repris la direction du gouvernement, mais en absence de majorité, de nouvelles élections législatives ont eu lieu le 10 octobre 1974 et apportèrent au parti travailliste une (courte) majorité (319 sièges sur 635).

Le chef des conservateurs Edward Heath a (donc) remis son mandat en jeu le 4 février 1975. En face de lui, il aurait dû y avoir son ancien Ministre de la Santé et des Services sociaux Keith Joseph, figure du libéralisme britannique, qui s’opposait aux politiques keynésiennes poursuivies au début des années 1970 tant par les conservateurs que les travaillistes. Mais ce dernier ne s’est pas présenté en raison d’une boulette médiatique, si bien que Margaret Thatcher, qui s’était rapprochée de lui, se présenta et devança l’ancien Premier Ministre au premier tour, avec 130 voix contre 119 à Edward Heath qui se retira.

Au second tour, elle fut élue avec 146 voix (79 voix à William Whitelaw, 19 voix à Geoffrey Howe) et est devenue la chef des conservateurs britanniques le 11 février 1975. L’objectif de Margaret Thatcher fut de "libéraliser" le parti conservateur (de donner à ce parti une doctrine libérale), Keith Joseph devenant son éminence grise, et de se préparer aux élections suivantes, celles du 3 mai 1979, anticipées et consécutives à l’adoption de la motion de censure du 28 mars 1979 contre le gouvernement travailliste, motion proposée par Margaret Thatcher.

Dans l’opposition, entre 1974 et 1979, Michael Heseltine fut membre du "shadow cabinet" dirigé par Edward Heath puis Margaret Thatcher (le "cabinet fantôme" est un pseudo-gouvernement de l’opposition, avec des porte-parole correspondant aux différents ministères). Michael Heseltine y occupa les responsabilités de l’Industrie, puis (à partir de novembre 1976), de l’Environnement, Alimentation et Affaires rurales.

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Après la large victoire des conservateurs et surtout, de Margaret Thatcher aux élections législatives du 3 mai 1979 (avec 335 sièges sur 635, contre 269 aux travaillistes), Michael Heseltine fut nommé très logiquement au gouvernement dirigé par Margaret Thatcher. D’abord Ministre de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales (ses attributions dans le shadow cabinet), du 5 mai 1979 au 6 janvier 1983, il fut le très important et influent Ministre de la Défense du 6 janvier 1983 au 7 janvier 1986, confirmé à ce poste à l’issue des élections législatives du 9 juin 1983 qui renforça l’assise électorale des conservateurs (397 sièges sur 650, contre 209 aux travaillistes).

Chargé de l’Environnement, Michael Heseltine ne croyait pas que les industries traditionnelles contribueraient au développement régional. Ainsi, il souhaitait la réorientation des aides régionales au bénéfice du soutien à la régénération urbaine, ce qui impliquait l’importance des capitaux privés dans la restructuration des régions pauvres (voir la thèse de Houari Mired, "L’européanisation de la politique régionale britannique", soutenue en juin 2010 à la Sorbonne nouvelle). Le 13 septembre 1979, il était intervenu sur la nécessité de redéfinir les frontières entre le secteur public et le secteur privé.

Dans le gouvernement Thatcher, Michael Heseltine n’a pas hésité à faire pression sur son prédécesseur à la Défense, John Nott, entre le 5 janvier 1981 et le 6 janvier 1983. Selon l’universitaire spécialiste en civilisation britannique Jean-Claude Sergeant dans "l’Observatoire de la société britannique" n°7/2009 (p. 265-286) : « L’Eurofighter ne sera présenté en vol qu’en 2001, avec neuf ans de retard sur le calendrier initial. Rétrospectivement, John Nott, qui avait engagé le Royaume-Uni dans ce programme d’une valeur globale de 40 milliards de livres (valeur 1997) et qui était favorable à l’achat de chasseurs américains F-16, regrettait d’avoir cédé aux pressions des industriels et de certains de ses collègues, notamment Michael Heseltine, qui faisaient valoir l’importance politique de ce projet paneuropéen dont la France s’était pourtant retirée dès 1986 : "Ce fut la pire décision que j’aie prise au cours de mon passage au Ministère de la Défense. On a dépensé de l’argent en pure perte pour un appareil qui ne se justifiait plus". » (citation de John Nott à la BBC le 5 janvier 2003).

Ce fut évidemment comme Ministre de la Défense que Michael Heseltine s’est montré très pro-européen (pas forcément de manière pertinente, on l’a vu pour l’Eurofighter). Il était d’ailleurs en opposition interne à la Premier Ministre Margaret Thatcher qui a toujours été très eurosceptique et qui a été très freinante lors des Conseils Européens (connue pour sa devise européenne : "I want my money back !").

Ambitieux, Michael Heseltine a pris date pour l’avenir en démissionnant avec fracas du gouvernement le 7 janvier 1986 pour protester contre la décision de Margaret Thatcher de préférer les États-Unis à l’Europe dans l’affaire Westland. En effet, l’entreprise britannique Westland qui construisait des hélicoptères était en grandes difficultés financières, et Margaret Thatcher a choisi en 1985 un repreneur américain (sans consulter le Ministre de la Défense) alors que Michel Heseltine voulait faire jouer la solidarité européenne en cherchant un repreneur européen.

En colère contre cette décision, Michael Heseltine aurait fait fuiter certains documents confidentiels concernant cette affaire qui a eu un énorme retentissement médiatique et parlementaire (jusqu’au dépôt d’une motion de censure qui fut repoussée). Ce fut le Ministre de l’Industrie Leon Brittan qui en fit les frais en devant démissionner le 24 janvier 1986 (ironie de l’histoire, Leon Brittan a continué sa carrière politique comme commissaire européen influent à Bruxelles, du 6 janvier 1989 au 15 septembre 1999, chargé de la concurrence, puis du commerce, puis des relations extérieures, jusqu’à être Vice-Président de la Commission Européenne).

Entre 1986 et 1990, Michael Heseltine a ouvertement mené la guérilla au sein de son parti pour écarter Margaret Thatcher du pouvoir, à cause de sa politique antieuropéenne, et cela, malgré sa victoire aux élections législatives du 11 juin 1987 (376 sièges sur 650). Ministre des Affaires étrangères et du Commonwealth du 11 juin 1983 ay 24 juillet 1989 et Vice-Premier Ministre depuis cette date (numéro deux du gouvernement), Geoffrey Howe, lui aussi pro-européen, a finalement donné sa démission le 31 octobre 1990 pour protester contre la politique antieuropéenne de Margaret Thatcher.

Novembre 1990 fut donc le mois de tous les possibles. La plupart des poids lourds du parti conservateur voulaient renverser Margaret Thatcher (pour plusieurs raisons, l’Europe, mais aussi sa poll tax et sa politique monétaire, et plus généralement, sa gouvernance autoritaire, prenant des initiatives sans consulter ses ministres). Celle-ci a pris avec légèreté les rébellions internes, considérant que les faits plaidaient sa cause tout seuls. Michael Heseltine défia Margaret Thatcher pour conquérir la direction du parti.

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Le vote des députés conservateurs a lieu le 19 novembre 1990, le jour même du Sommet de l’OSCE à Paris, que Margaret Thatcher a préféré privilégier plutôt qu’à rester à Londres pour consolider son leadership interne. Rencontrant d’autres chefs d’État, Margaret Thatcher a discuté ainsi avec François Mitterrand qui lui a confié ne pas comprendre sa présence à Paris alors qu’elle risquait d’être renversée par les siens à Londres. Elle n’a pas fait campagne à l’intérieur de son parti, probablement par orgueil, comme De Gaulle avant le premier tour de l’élection présidentielle de 1965. Finalement, Margaret Thatcher a obtenu 204 voix au premier tour contre 152 à Michael Heseltine, mais, bien qu’ayant atteint la majorité absolue, ce n’était pas suffisant pour éviter un second tour prévu le 27 novembre 1990.

La plupart de ses ministres l’ont lâchée, soit qu’ils démissionneraient si elle remportait le scrutin interne, soit qu’ils lui conseillaient de démissionner avant d’échouer au scrutin. Se sachant sacrifiée, Margaret Thatcher s’est retirée très dignement du scrutin, donnant sa démission et soutenant la candidature de son dauphin John Major, qui gagna avec 185 voix contre 131 pour Michael Heseltine qui perdit l’occasion la plus grande de devenir le Premier Ministre du Royaume-Uni. John Major est devenu Premier Ministre le 28 novembre 1990, déjouant les potentiels rivaux de Margaret Thatcher, en particulier Michael Heseltine, mais aussi Douglas Hurd (qui avait recueilli 56 voix au second tour le 27 novembre 1990), qui était Ministre des Affaires étrangères et du Commonwealth du 26 octobre 1989 au 5 juillet 1995.

Pendant toute la mandature de John Major, Michael Heseltine fut un membre très important du gouvernement, retrouvant son ancien Ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales du 28 novembre 1990 au 11 avril 1992. Après de nouvelles élections législatives victorieuses pour les conservateurs (336 sièges sur 650 le 9 avril 1992), il fut nommé Ministre du Commerce et de l’Industrie du 11 avril 1992 au 5 juillet 1995, puis Vice-Premier Ministre du 20 juillet 1995 au 2 mai 1997, jusqu’à l’arrivée du travailliste Tony Blair au 10 Downing Street (après le désastre électoral des conservateurs aux élections législatives du 1er mai 1997, seulement 165 sièges sur 650, contre 418 sièges aux travaillistes).

Le 22 juin 1995, John Major, régulièrement attaqué au sein de son parti par les conservateurs eurosceptiques (opposés au Traité de Maastricht signé le 7 février 1992), une petite minorité de députés mais un nombre grandissant de militants, a remis son mandat en jeu pour faire renouveler sa désignation à la tête du parti conservateur. Certains imaginaient que cela aurait été l’occasion pour Michael Heseltine de conquérir le pouvoir, mais il n’était pas question pour ce dernier de manquer de loyauté vis-à-vis de John Major qui appliquait la politique pro-européenne qu’il souhaitait. Dans ce scrutin interne, John Redwood, Ministre de l’Écosse du 23 mai 1993 au 26 juin 1995, s’opposa à John Major sans succès.

John Major fut réélu chef des conservateurs le 4 juillet 1995 avec 218 voix (contre 89 à John Redwood), et Michael Heseltine fut nommé Vice-Premier Ministre en vertu de sa fidélité. Certains députés conservateurs imaginaient un second tour qui aurait pu tourner à l’avantage de Michael Heseltine avec le soutien de John Major qui se serait alors retiré. En fait, les soutiens de Michael Heseltine en 1995 étaient beaucoup moins nombreux qu’en 1990, certains avaient pris leur retraite ou évolué dans leurs opinion sur la politique européenne. En votant explicitement pour John Major, Michael Heseltine déclara : « John Major mérite beaucoup mieux que cela de ses collègues. ».

À l’âge de 68 ans, Michael Heseltine ne se représenta plus pour le renouvellement de son mandat de député aux élections législatives suivantes, le 7 juin 2001. Il s’est retiré de l’action politique directe avec les honneurs du royaume (il avait subi une attaque cardiaque le 21 juin 1993 à Venise). Autre ironie de l’histoire, son successeur dans sa circonscription fut …l’anti-européen et futur thuriféraire du Brexit, Boris Johnson. La reine Élisabeth II a nommé (à vie) Michael Heseltine (passionné d’horticulture) à la Chambre des Lords le 12 juillet 2001, avec le titre de baron de Thenford. Au-delà de tous les honneurs nationaux qu’il a reçus, notons qu’un institut de sciences politiques porte déjà son nom à l’Université de Liverpool.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michael Heseltine.
Les élections législatives britanniques du 8 juin 2017.
L’attentat de Manchester du 22 mai 2017.
Theresa May nommée Premier Ministre le 13 juillet 2016.
Peuple et populismes.
Intervention de Bruno Le Maire sur le Brexit le 28 juin 2016.
Le Brexit en débat chez les députés français.
L’Europe n’est pas un marché.
L’Union Européenne, élément majeur de stabilité mondiale.
Terre brûlée ?
Brexitquake.
Boris Johnson.
To Brexit or not to Brexit ?
L’euro.
Le conflit syrien.
Les réfugiés syriens.
La construction européenne.
Jo Cox.
David Cameron.
Margaret Thatcher.
Les Accords de Munich.
Les 70 ans d’Israël.
La partition des Indes.
Karl Marx.
Jane Austen.
William Shakespeare.
David Bohm.
Stephen Hawking.
Alfie Evans, tragédie humaine.
Charlie Chaplin.
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Philip Mountbatten.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
Élisabeth II.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190321-michael-heseltine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/michael-heseltine-le-conservateur-213672

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/03/18/37188774.html





 

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15 mars 2019 5 15 /03 /mars /2019 03:01

« Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes. ».


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Il y a quarante ans, le 16 mars 1979, Jean Monnet est mort à l’âge de 90 ans (il est né le 9 novembre 1888). Considéré comme l’un des Pères de l’Europe, profondément patriote et démocrate laïc, il fut enterré le 20 mars 1979 en présence notamment du Président français Valéry Giscard d’Estaing et du Chancelier allemand Helmut Schmidt.

Jean Monnet a eu un parcours extraordinaire. Il était un homme simple, sans diplôme (pas même le baccalauréat, mais il ne s’en vantait pas comme certains maintenant), et a toujours fui les mondanités, évité les honneurs et les fonctions officielles, rejeté les décorations et autres diverses gratifications qu’on lui proposait par dizaines voire centaines de par le monde.

La France l’a quand même célébré (à son corps défendant) en lui donnant la plus prestigieuse des reconnaissances historiques, qu’il aurait sans doute refusée par avance s’il avait eu l’orgueil du Général De Gaulle, être transféré au Panthéon, ce que François Mitterrand, friand de commémorations, a décidé pour son centenaire, le 9 novembre 1988 : « Je pense à Jean Monnet qui s’est apprêté à concevoir l’Europe telle qu’il l’avait trouvée : à la fin d’un temps, au commencement d’un autre. Et j’imagine de futurs concepteurs, de futurs fondateurs, qui, à la suite de Jean Monnet, regarderont autour d’eux et verront d’abord l’autre Europe, l’autre partie de l’Europe : ce même continent nourri aux mêmes sources (…), l’autre Europe qui verra au travers des décennies prochaines des projets, des accords, les évolutions, les ambitions et les autres rêves qui nous permettront un jour de savoir que l’Europe, c’est tous les Européens. (…) Chacun symbolise un moment de l’Histoire, une attitude devant la vie, une façon d’être soi-même : Jean Moulin et la résistance pour l’amour de la patrie, René Cassin, la défense et le progrès du droit, Jean Monnet, l’Europe et l’organisation de la paix. ».

Pour comprendre Jean Monnet, ce qui le motivait, il faut relire la conclusion d’un article bibliographique très instructif de Pierre Viansson-Conté publié le 17 mars 1979 dans "Le Monde" : « Une carrière qui illustre bien la devise de Dwight Morrow qu’il aimait tant citer : "Le monde se divise en deux : ceux qui veulent être quelqu’un et ceux qui veulent réaliser quelque chose". S’il est un homme que l’on peut ranger sans hésitation dans la seconde catégorie, c’est bien lui. Il en convenait d’ailleurs volontiers, ajoutant : "Il y a moins de concurrence". ».

Sa principale réalisation, c’est l’Union Européenne. Pas comme celle d’aujourd’hui, car comme l’anticipait François Mitterrand, cette Europe a évolué avec l’intégration, le 1er mai 2004, des pays de l’Europe centrale et orientale longtemps muselés par la dictature communiste, mais il s’agit bien de la même Europe, celle du charbon et de l’acier, cette Communauté devenue Économique Européenne par le Traité de Rome puis Union Européenne par le Traité de Maastricht (approuvé démocratiquement par le peuple français le 20 septembre 1992).

Une petite note de quatre lignes, trois phrases, remise à Robert Schuman, Ministre des Affaires étrangères, juste avant son fameux discours du Salon de l’Horloge (au Quai d’Orsay) le 9 mai 1950 (texte intégral ici), a suffi pour jeter les bases historiques de la construction européenne : « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord des solidarités de fait. (…) La solidarité de production qui sera nouée manifestera que toute guerre entre la France et l’Allemagne devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. ».

C’était l’idée essentielle de Jean Monnet : des "solidarités de fait". Un peu comme Antoine Pinay, Jean Monnet n’était pas un intellectuel, il n’était pas un théoricien. Il était un homme pratique, déterminé, volontaire et efficace. Son parcours, que certains tentent bien maladroitement de salir, est pour le moins extraordinaire. Il faut aussi le replacer dans le contexte particulier : il avait une vingtaine d’années dans les années 1910.

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Originaire de Cognac, il était aussi originaire "du" cognac, si l’on peut dire, à savoir qu’il était le fils et le petit-fils de producteurs de cognac et qu’il était donc promis, avec son frère, à vendre cette production d’alcool. Son frère était chargé de le vendre en France et lui, de le vendre à l’extérieur. Cela a fait de lui, très jeune, un négociant globe-trotter, visitant tous les continents pour vendre son cognac. Inutile d’aller chercher plus loin son "cosmopolitisme" et son esprit pratique : ses fonctions d’entrepreneur et d’exportateur suffisent à comprendre l’intérêt de relations économiques internationales.

À propos de son esprit de viticulteur, Georges Berthoin, collaborateur de Jean Monnet et fils d’un ministre de De Gaulle, confia lors d’une interview accordée à l’historien Éric Roussel pour la "Revue des Deux Mondes" d’avril 2012 : « Ses leçons venaient de son instinct paysan et de l’humilité créatrice qu’il en retirait. Il m’expliqua un jour, alors que nous marchions dans un champ, la symbiose qu’il fallait rechercher entre la nature et la société. Il citait en modèle l’exemple du rythme et de la lenteur des saisons et de la graine enfouie dans la terre : "Elle serait semée, puis germerait pour se transformer en blé. Celui-ci commencerait sa carrière en rejoignant la coopérative voisine, puis serait intégré dans des circuits économiques jusqu’à trouver, sur le marché lointain de Chicago, sa cotation selon la demande mondiale ou les conditions climatiques en Ukraine ou en Argentine, et finir par un prix résumant son parcours, mais mystérieux pour celui qui mangerait une simple tranche de pain. Ainsi cheminent, avant de devenir des réalités concrètes, les idées et les projets". ».

Une autre leçon que Georges Berthoin a reçue de Jean Monnet : « Tout défi contient son antidote. Tout obstacle peut devenir un point d’appui. Pour lui, la signification de sa politique consistait donc à découvrir ce secret salvateur pour l’incorporer dans la société et le comportement des hommes. (…) Toute souveraineté individuelle ou collective, si absolue qu’elle se considère, partage avec les autres un élément commun. C’est en le découvrant que les dialogues jusque-là impossibles peuvent s’ouvrir. Monnet l’a introduit dans les rapports traditionnels entre États. C’est ainsi qu’une souveraineté nationale s’enrichit de ce que l’autre peut lui apporter sans se renier elle-même. ».

Au fil des années et des décennies, Jean Monnet a tissé autour du monde un réseau national et international, tant économique que politique, très extraordinaire, probablement parce qu’il n’existait pas beaucoup de gens comme lui, capables de braver l’inconnu des pays étrangers et nouer des contacts tant personnels que commerciaux. Il devait en plus fasciner ses interlocuteurs.

Pierre Viansson-Conté a donné une idée de son cosmopolitisme en la résumant à son mariage (tardif) avec une femme déjà mariée : « C’est finalement à Moscou, en 1934, la loi soviétique admet le divorce par déclaration unilatérale, que ce banquier américain de nationalité française résidant en Chine réussira à faire légaliser son union avec une Italienne, née par surcroît à Constantinople. "La plus belle opération de ma carrière", aimait-il à dire. ».

Le journaliste du "Monde" évoquait son métier de banquier, mais on était déjà en 1934, il y a eu beaucoup d’eau coulée sous les ponts de Jean Monnet, qui fut également haut fonctionnaire international.

Comment a-t-il pu avoir une telle vie internationale entremêlée ? En fait, la Première Guerre mondiale venait d’être déclarée quand il était au Canada (depuis 1906) et qu’il a convaincu les dirigeants de la Compagnie de la baie d’Hudson, une grande entreprise, d’acheter son cognac ou plutôt, de l’échanger contre des fourrures. L’un de ses dirigeants était associé de la banque Lazard Frères et administrateur de la Banque d’Angleterre. Très vite, Jean Monnet a su s’intégrer dans ce petit monde de la finance internationale : il « s’initie aux affaires financières, prend la mesure des grands cartels, apprend à débrouiller l’écheveau des échanges internationaux, jauge la complexité des relations monétaires, comprend les avantages, la nécessité, de la coopération » (Pierre Viansson-Conté).

Réformé en 1914 à cause de sa santé fragile, Jean Monnet avait compris assez vite que la guerre serait longue et difficile. En quelques années, il s’intégra également dans le milieu politique français, nouant des relations avec le ministre Étienne Clémentel, également René Viviani et Alexandre Millerand. Durant la guerre, il fut affecté au service de ravitaillement de l’armée et noua des contrats entre l’armée française et la Compagnie de la baie d’Hudson. Son credo, c’était de faire comprendre qu’il ne fallait pas seulement coordonner les actions militaires entre les Alliés, mais aussi les achats et approvisionnements des pays en guerre, qui étaient aussi stratégiques que les opérations militaires.

Après la guerre, assistant aux négociations du Traité de Versailles, Jean Monnet fut expert français au conseil suprême économique. En 1920, une personnalité britannique très influente le proposa comme Secrétaire Général adjoint de la Société des Nations (SDN, future ONU) qui venait d’être créée (il n’avait que 31 ans). Il est parvenu à trouver un accord sur la frontière de haute Silésie entre l’Allemagne et la Pologne, et à redresser les finances de l’Autriche et de la Roumanie. Il quitta la SDN en décembre 1922 pour sauver l’entreprise familiale de cognac qui s’était financièrement effondrée après la mort de son frère. Il la redressa rapidement et est devenu un homme d’affaires avisé. Il fut nommé directeur de la filiale parisienne d’une grande banque américaine, multiplia ses responsabilités financières comme membre de conseil d’administration de plusieurs entreprises internationales (par exemple, il fut vice-président de l’Union des mines), etc.


En 1928, il fit la connaissance d’un jeune secrétaire de conseil d’administration de l’Union des mines, à savoir René Pleven, futur résistant et chef du gouvernement sous la Quatrième République. Après la crise de 1929, sa banque fut absorbée et il a rebondi avec une autre banque qui l’a envoyé en Chine où le Ministre des Finances, beau-frère de Tchang Kai-Check, le chargea à Nankin en 1933 de faire un plan de réorganisation industrielle et de construction des chemins de fer qui fut accepté par le gouvernement chinois et d’attirer des investisseurs américains. Pour l’occasion, il fonda plusieurs entreprises et banques.

Je reprends la trame de l’article de Pierre Viansson-Conté car il y a indiqué des éléments clefs de la biographique de Jean Monnet : « Le financier international, le banquier américain, l’homme d’affaires cosmopolite, ne croit guère aux trusts et aux cartels privés. Son expérience le convainc de plus en plus qu’il n’y a pas de véritable progrès, de prospérité, ni de salut pour le monde occidental, en dehors d’une direction rigoureuse et planifiée de l’économie de chaque nation et d’une délégation par les États d’une part de leur souveraineté à des institutions communes. Car les hommes passent, les institutions restent, elles accumulent l’expérience collective. ».

Cette idée, qui a prévalu pour l’organisation de l’Europe après la Libération, Jean Monnet l’a développée auparavant auprès du Président américain Franklin Roosevelt qu’il connaissait assez bien, ainsi que le collaborateur de celui-ci, Harry Hopkins. Avec le contenu du Traité de Versailles, Jean Monnet imaginait assez tôt (au début des années 1920) qu’une nouvelle guerre serait inéluctable. À la fin de l’année 1938, Édouard Daladier, Président du Conseil et Ministre de la Guerre, l’a chargé de négocier des achats d’avions américains et de définir une coopération économique avec le Royaume-Uni. Juste après le début de la Seconde Guerre mondiale, Jean Monnet fut nommé président du comité de l’effort de guerre franco-britannique.

Churchill fut élu Premier Ministre le 10 mai 1940. Jean Monnet, voyant la faiblesse des forces françaises face aux troupes nazies, a convaincu d’abord Churchill de la pertinence d’une Union franco-britannique à effet immédiat. C’était révolutionnaire, surtout avec près de quatre-vingts ans de recul où maintenant, les Britanniques ont un mal fou à réussir leur Brexit. Il s’agissait ni plus ni moins de fusionner les deux États (France et Royaume-Uni), probablement de manière provisoire, afin de permettre aux Français de poursuivre la guerre (comme Anglais donc). Car, par patriotisme, il craignait avant tout l’arrêt de la guerre et la défaite de la France.

Jean Monnet a aussi convaincu De Gaulle qui fut brièvement nommé, le 6 juin 1940, au gouvernement de Paul Reynaud, et ce dernier n’était pas loin d’être convaincu. C’était même très malin face à Hitler. Mais Paul Reynaud démissionna le 16 juin 1940 en pleine Débâcle, et fut remplacé par le maréchal Pétain qui négocia avec les nazis l’arrêt de la guerre. De Gaulle, qui était en mission à Londres le 16 juin 1940 et revenu à Bordeaux le soir même, repartit à Londres et retrouva Jean Monnet à son domicile londonien le soir du 17 juin 1940.

Les deux hommes ont partagé la même conviction que cette guerre serait mondiale, qu’elle serait longue et difficile mais qu’elle serait finalement victorieuse. En revanche, ils avaient des perspectives très différentes dans la manière de continuer la guerre. De Gaulle, après son appel, incarna la France libre et l’État résistant, tandis que Jean Monnet s’est engagé directement auprès de l’armée britannique, considérant que l’État français avait cessé de combattre.

Jean Monnet, qui avait toute la confiance du gouvernement britannique, fut envoyé à Washington pour négocier une collaboration avec le gouvernement américain pour participer à l’effort de guerre du Royaume-Uni, seule puissance face à Hitler encore allié à Staline (alors que Roosevelt venait d’être réélu sur un engagement de neutralité). Jean Monnet a ainsi permis la préparation industrielle et militaire des États-Unis pour leur engagement après Pearl Harbor, dont il a surveillé l’acheminement. Il a eu une part active dans la victoire des Alliés par cette anticipation de la très lourde logistique nécessaire au succès (un responsable américain expliqua qu’il a fait gagner un an de guerre).

Diplomate anglais, Jean Monnet fut aussi diplomate américain et fut, de février 1943 à octobre 1943, missionné à Alger par Roosevelt (avec l’accord de Churchill) pour "unifier" les deux généraux rivaux, Charles De Gaulle et Henri Giraud. De Gaulle se disait l’incarnation de la France à Londres, avait la confiance de Churchill mais pas celle de Roosevelt, tandis que Giraud, soutenu par Roosevelt, parlait au nom de la France à Alger.

Grâce à Jean Monnet, De Gaulle fut convaincu qu’il fallait que les deux généraux se réconciliassent et il retrouva Giraud le 30 mai 1943 à Alger pour créer, le 3 juin 1943, le Comité français de libération nationale (CFLN) qu’ils allaient coprésider tous les deux, structure unique représentant la France et reconnue officiellement comme telle par les gouvernements américain et britannique le 22 juillet 1943 (et soviétique le 26 août 1943. Le CFLN était une sorte de gouvernement et il se transforma d’ailleurs en Gouvernement provisoire de la République française le 3 juin 1944 après avoir aussi gagné en légitimité avec la soutien de l’Assemblée consultative provisoire le 6 novembre 1943.

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Le 5 août 1953, Jean Monnet prononça un discours prophétique devant le CFLN (à Alger donc) : « Il n’y aura pas de paix en Europe si les États se reconstituent sur une base de souveraineté nationale, avec ce que cela entraîne de politique de prestige et de protection économique (…). Les pays d’Europe sont trop étroits pour assurer à leurs peuples la prospérité et les développements sociaux indispensables. Cela suppose que les États d’Europe se forment en une fédération ou en une entité européenne qui en fasse une unité économique. ». Ces propos sont considérés comme la première esquisse d’un projet européen qui se concrétisa sept années plus tard.

Pour une fois, Jean Monnet n’était plus un conseiller de l’ombre mais membre également du Comité français de libération nationale, atténuant les susceptibilités des deux généraux (et comprenant très vite que Giraud n’était pas un politique et il fut écarté de la présidence le 2 octobre 1943) et installant le commissariat à l’approvisionnement, à l’armement et à la reconstruction (il était un commissaire du CFLN comme le furent entre autres André Philip, Georges Catroux, René Pleven, René Mayer, Maurice Couve de.Murville, François de Menthon, Henri Queuille, Emmanuel d’Astier de La Vigerie, Louis Jacquinot, André Le Troquer, Pierre Mendès France, René Capitant, André Diethelm, Henri Frenay, etc.). De retour à Washington en octobre 1943, il resta membre du CFLN, comme "ministre en mission", garant du contact permanent entre De Gaulle et Roosevelt. Jean Monnet quitta le CFLN le 3 juin 1944 (devenu Gouvernement provisoire). Notons que Jean Monnet avait donc gardé sa propre indépendance d’action : il avait été envoyé à Alger par Roosevelt pour aider Giraud et neutraliser politiquement De Gaulle, or, pragmatique, Jean Monnet s’est bien rendu compte de l’incapacité politique de Giraud, il a donc au contraire aidé De Gaulle à prendre pleinement la tête de la représentation internationale de la France, malgré les réticences américaines.

Pierre Viansson-Conté a insisté aussi, dans son article, sur la philosophie politique de Jean Monnet : « Le banquier, l’homme des grandes affaires privées, a éprouvé les dangers d’un libéralisme qui n’est que foire d’empoigne ou laisser-faire dès lors qu’il s’agit, pour une grande tâche, de réunir en un seul faisceau toutes les volontés. Et le familier de Roosevelt, l’ami des ministres et des financiers américains, l’homme qui a l’estime de Churchill, la confiance de Wall Street et de la CIty sait bien que pour obtenir les dollars, laide que le Plan Marshall va bientôt apporter aux nations ruinées par la guerre, il faudra présenter des projets solides, des comptes en ordre, faire la preuve qu’on constitue un "bon risque". Pour cela, plus que jamais, il croit aux institutions davantage qu’aux hommes. ».

Jean Monnet évalua aussi les futurs besoins de la France après la guerre et a permis l’application du Plan Marshall ainsi que celle du programme du CNR en devenant le premier Commissaire général au Plan du 3 janvier 1946 au 11 septembre 1952 (la création du commissariat général au Plan fut adoptée au conseil des ministres du 21 décembre 1945). Ainsi, il arrêta le premier plan le 28 novembre 1946, pour une portée sur quatre ans (le Plan Monnet). La classe politique ne comprenant pas très bien l’intérêt du Plan, Jean Monnet était assez tranquille dans son travail et pouvait anticiper l’avenir et ainsi relancer l’économie française par son plan de modernisation et d’équipement.

C’était comme cela qu’il imagina ces "solidarités de fait" qu’il proposa à Robert Schuman et Konrad Adenauer au printemps 1950, qui fut la base philosophique et politique de l’actuelle Union Européenne et que Pierre Viansson-Conté appela la « synthèse et aboutissement de son étonnante carrière ». Grâce au soutien rapide du gouvernement allemand et à l’effet de surprise renforcé par le soutien de René Pleven et de René Mayer au sein du gouvernement français (qui aurait pu se diviser sur le sujet), le projet de Jean Monnet, exprimé publiquement par Robert Schuman le 9 mai 1950, a pu voir le jour quelques mois plus tard (à l’époque, le Président du Conseil était Georges Bidault qui fut l’ancien Président du CNR après Jean Moulin). Le Traité de Paris fut signé le 18 avril 1951 et l’Europe des Six vit le jour le 23 juillet 1952. Jean Monnet quitta le Plan pour défricher cette nouvelle institution qui allait devenir l’Union Européenne.

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Jean Monnet fut en effet nommé le premier Président de la Haute Autorité de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier) du 10 août 1952 au 10 juin 1955 (installé à Luxembourg). Cette Haute Autorité est l’ancêtre de la Commission Européenne. Mais, après l’échec de la Communauté Européenne de Défense (CED), rejetée par les députés français le 30 juin 1954, il démissionna, alors que son mandat était de six ans. En fait, il était rejeté par les ministres gaullistes du gouvernement de Pierre Mendès France qui mit ainsi un terme à son mandat. Son successeur René Mayer fut désigné le 1er juin 1955 à la conférence de Messine (jusqu’au 10 janvier 1958 en raison du Traité de Rome), de préférence à la candidature de l’Allemand Walter Hallstein (Secrétaire d’État aux Affaires étrangères en Allemagne, de 1951 à 1958 et inspirateur de la politique pro-européenne de Konrad Adenauer), qui fut par la suite le premier Président de la Commission Européenne du 7 janvier 1958 au 20 juin 1967. La nomination d’un Allemand en 1955 à la tête d’une instance internationale n’était pas encore acceptée dans la conscience internationale (ce qui aurait valu réhabilitation de l’Allemagne dans sa souveraineté diplomatique).

Quittant les instances officielles, Jean Monnet créa et présida son Comité d’action pour les États-Unis d’Europe de 1955 à 1975, comité (composé de nombreuses personnalités européennes, voir plus loin) qui proposa bien avant l’heure, entre autres, l’élection du Parlement Européen au suffrage universel direct, la création du marché commun et l’instauration du système monétaire européen. Toujours très influent, Jean Monnet initia le projet Euratom et participa activement aux négociations sur la rédaction du Traité de Rome (signé le 25 mars 1957) et aussi à celles concernant l’adhésion du Royaume-Uni à la Communauté Économique Européenne.

Parmi les participants au Comité Monnet, on peut citer René Pleven, Pierre Pflimlin, Raymond Barre, Valéry Giscard d’Estaing, Maurice Faure, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jean Lecanuet, Jacques Delors, Gaston Defferre, Guy Mollet, Antoine Pinay, François Mitterrand, Alain Poher, Robert Lecourt, Willy Brandt, Kurt Georg Kiesinger, Helmut Schmidt, Aldo Moro, Amintore Fanfani, Arnoldo Forlani, Alex Douglas-Home, Edward Heath, Roy Jenkins, Leo Tindemans, etc.

De Gaulle appliqua la politique de la chaise vide en 1967 au Conseil Européen pour protester contre l’éventualité de la fin de la règle de l’unanimité dans le processus décisionnel (Walter Hallstein fut écarté de la Présidence de la Commission Européenne au profit d’un Belge). Le journaliste gaulliste opposé à la construction européenne Éric Branca écrivit dans la "Revue Espoir" de novembre 1998 un brûlot contre la pensée de Jean Monnet : « Sous les catégories commodes de "nationalisme" et d’ "européisme", appliquées à De Gaulle et à Monnet (…) perce une dialectique autrement enracinée dans l’histoire : la liberté nationale opposée à la coercition impériale ; la tradition capétienne de la France relevée par la République contre le vieux rêve carolingien sécularisé par les technocrates. ». L’évocation carolingienne n’est pas due au hasard mais à l’attribution du Prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle.

Prenant sa retraite à l’âge de 86 ans, Jean Monnet a dissous son comité et se mit à rédiger ses mémoires : « Les nations souveraines du passé ne sont plus le cadre où peuvent se résoudre les problèmes du présent. Et la Communauté elle-même n’est qu’une étape vers les formes d’organisation du monde de demain. » ("Mémoires", éd. Fayard, 1976).

Ayant conseillé de nombreux dirigeants politiques, Jean Monnet a confié, toujours dans ses Mémoires : « S’il faut beaucoup de temps pour arriver au pouvoir, il en faut peu pour expliquer à ceux qui y sont le moyen de sortir des difficultés présentes : c’est un langage qu’ils écoutent volontiers à l’instant critique.À cet instant où les idées manquent, ils acceptent les vôtres avec reconnaissance, à condition que vous leur en laissiez la paternité (…). Si c’est au pris de l’effacement que je puis faire aboutir les choses, alors je choisis l’ombre. ». Pour dire clairement : « J’avais mieux à faire que d’exercer moi-même le pouvoir. Mon rôle n’était-il pas d’influencer ceux qui le détiennent et de veiller à ce qu’ils s’en servissent a moment utile ? ».

Avec la dissolution du Comité Monnet, Georges Berthoin s’inquiéta auprès de lui de l’avenir de son œuvre : « Je lui ai demandé : "Qui continuera votre œuvre ?". Il a répondu sans la moindre hésitation : "Le Parlement Européen, bien sûr, car ce sont les électeurs qui tout naturellement devront continuer ce que nous avons commencé pour eux". En fait, il y a une "philosophie Monnet". Comme ces "grands innocents", Mandela, Gandhi, Luther King, il croyait sans restriction, comme nous tous autour de lui, en l’existence et la force d’une espérance humaine partagée par le peuple et pour le peuple. Mais, réaliste, il savait que rejeter l’autre serait plus facile que lui tendre la main. Il savait aussi que pour durer, se développer et s’adapter aux réalités nouvelles, les bonnes idées doivent pouvoir dépasser la vie provisoire de l’homme. Voilà pourquoi Jean Monnet, qui pourtant n’était pas versé dans les techniques constitutionnelles, a été méticuleux et exigeant lors de la création d’un système institutionnel d’un type nouveau dans les relations interétatiques à la naissance duquel j’ai participé en connaissant son respect pour la relation entre intérêt commun et les réalités nationales et culturelles. » (avril 2012). Ce qui prouve la sensibilité très démocrate et patriote de Jean Monnet et que les mécanismes actuels de l’Union Européenne, aussi précis, détaillés et technocratiques soient-ils, n’ont rien à voir ni avec l’URSS, ni avec un supposé IVe Reich.

L’Europe honora Jean Monnet comme il se devait. Dès mai 1953, il a reçu le prestigieux Prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle, où il prononça un discours mémorable : « Afin qu’à l’avenir également, les progrès atteints soient assurés, il est nécessaire de créer un parlement européen et une autorité politique supranationale. Pour les peuples, le moment est venu d’assumer la conduite de l’entreprise commencée en votant eux-mêmes par un vote universel pour leurs représentants pour la direction des affaires européennes. (…) La Communauté dont nous avons commencé la construction dissipe, dans les relations, la domination de certains peuples sur les autres. Elle unit les peuples d’Europe et leurs forces productives à travers la création d’organismes et de règlements communs qui se mêlent aux souverainetés de chacun des États. Notre Communauté n’étant pas l’instrument d’une volonté de pouvoir, mais notre seul recours pour l’amélioration du sort humain, elle est ouverte à la participation pour tous ceux qui veulent et peuvent s’y rallier, tant qu’ils respectent ses règles. ».

Et le 2 avril 1976, le Conseil Européen réuni à Luxembourg lui décerna le titre de "Citoyen d’honneur de l’Europe". Ils furent seulement trois à avoir reçu ce titre, avec Helmut Kohl le 11 décembre 1998 à Vienne et Jacques Delors le 26 juin 2015.

En ce sens, Jean Monnet était un vrai révolutionnaire : « La grande révolution européenne de notre époque, la révolution qui vise à remplacer les rivalités nationales par une union de peuples dans la liberté et la diversité, la révolution qui veut permettre un nouvel épanouissement de notre civilisation, et une nouvelle renaissance, cette révolution a commencé avec la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier. ».

Le dernier hommage à Jean Monnet, plus intéressé par la pérennité de ses réalisations que par la postérité de sa propre personne, on peut considérer qu’il a été fait par le Salon du Livre de Paris qui vient d’être inauguré ce jeudi 14 mars 2019 à la Porte de Versailles de Paris (et qui se tient jusqu’au lundi 18 mars 2019), qui met pour sa 39e édition l’Europe à l’honneur ainsi que la ville de Bratislava, la capitale de la Slovaquie, très dynamique et attractive pour la jeunesse européenne (traditionnellement, le Salon met un pays à l’honneur ainsi qu’une ville du monde).

Précédemment, c’était la récompense du Prix Nobel de la Paix remise à l’Union Européenne en décembre 2012, qui a donné raison à la vision de Jean Monnet qu’effectivement, les "solidarités de fait" ont garanti une paix durable, ce qui est inédit dans l’histoire millénaire de l’Europe. Hommage lui soit donc rendu une nouvelle fois en 2019, à l’occasion du quarantième anniversaire du premier Parlement Européen élu au suffrage universel direct. Merci et bravo Jean Monnet !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

"Jean Monnet, l’homme aux idées claires", article de Pierre Viansson-Ponté publié le 17 mars 1979 au journal "Le Monde".

"L’héritage de Jean Monnet", entretien avec Georges Berthoin réalisé par Éric Roussel publié en avril 2012 par la "Revue des Deux Mondes".

"De Gaulle – Monnet ou le duel du siècle", article d’Éric Branca publié en novembre 1998 par la "Revue Espoir" (Fondation Charles De Gaulle).

Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190316-jean-monnet.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/jean-monnet-grand-patriote-et-213498

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/03/13/37173361.html




 

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14 mars 2019 4 14 /03 /mars /2019 23:13

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190316-jean-monnet.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-6585879.html


Discours de Robert Schuman, Ministre français des Affaires étrangères, le 9 mai 1950 à Paris


La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent.

La contribution qu'une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques. En se faisant depuis plus de vingt ans le champion d'une Europe unie, la France a toujours eu pour objet essentiel de servir la paix. L'Europe n'a pas été faite, nous avons eu la guerre.

L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée. L'action entreprise doit toucher au premier chef la France et l'Allemagne.

Dans ce but, le gouvernement français propose immédiatement l'action sur un point limité mais décisif.

Le gouvernement français propose de placer l'ensemble de la production franco-allemande de charbon et d'acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d'Europe.

La mise en commun des productions de charbon et d'acier assurera immédiatement l'établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne, et changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes.

La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l'Allemagne devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. L'établissement de cette unité puissante de production ouverte à tous les pays qui voudront y participer, aboutissant à fournir à tous les pays qu'elle rassemblera les éléments fondamentaux de la production industrielle aux mêmes conditions, jettera les fondements réels de leur unification économique.

Cette production sera offerte à l'ensemble du monde sans distinction ni exclusion, pour contribuer au relèvement du niveau de vie et au développement des oeuvres de paix. L'Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de l'une de ses tâches essentielles: le développement du continent africain.

Ainsi sera réalisée simplement et rapidement la fusion d'intérêts indispensable à l'établissement d'une communauté économique qui introduit le ferment d'une communauté plus large et plus profonde entre des pays longtemps opposés par des divisions sanglantes.

Par la mise en commun de productions de base et l'institution d'une Haute Autorité nouvelle, dont les décisions lieront la France, l'Allemagne et les pays qui y adhéreront, cette proposition réalisera les premières assises concrètes d'une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix.

Pour poursuivre la réalisation des objectifs ainsi définis, le gouvernement français est prêt à ouvrir des négociations sur les bases suivantes.

La mission impartie à la Haute Autorité commune sera d'assurer dans les délais les plus rapides : la modernisation de la production et l'amélioration de sa qualité, la fourniture à des conditions identiques du charbon et de l'acier sur le marché français et sur le marché allemand, ainsi que sur ceux des pays adhérents, le développement de l'exportation commune vers les autres pays, l'égalisation dans le progrès des conditions de vie de la main-d'oeuvre de ces industries.

Pour atteindre ces objectifs à partir des conditions très disparates dans lesquelles sont placées actuellement les productions des pays adhérents, à titre transitoire, certaines dispositions devront être mises en oeuvre, comportant l'application d'un plan de production et d'investissements, l'institution de mécanismes de péréquation des prix, la création d'un fonds de reconversion facilitant la rationalisation de la production. La circulation du charbon et de l'acier entre les pays adhérents sera immédiatement affranchie de tout droit de douane et ne pourra être affectée par des tarifs de transport différentiels. Progressivement se dégageront les conditions assurant spontanément la répartition la plus rationnelle de la production au niveau de productivité le plus élevé.

A l'opposé d'un cartel international tendant à la répartition et à l'exploitation des marchés nationaux par des pratiques restrictives et le maintien de profits élevés, l'organisation projetée assurera la fusion des marchés et l'expansion de la production.

Les principes et les engagements essentiels ci-dessus définis feront l'objet d'un traité signé entre les Etats et soumis à la ratification des parlements. Les négociations indispensables pour préciser les mesures d'application seront poursuivies avec l'assistance d'un arbitre désigné d'un commun accord; celui-ci aura charge de veiller à ce que les accords soient conformes aux principes et, en cas d'opposition irréductible, fixera la solution qui sera adoptée.

La Haute Autorité commune chargée du fonctionnement de tout le régime sera composée de personnalités indépendantes désignées sur une base paritaire par les gouvernements; un président sera choisi d'un commun accord par les gouvernements; ses décisions seront exécutoires en France, en Allemagne et dans les autres pays adhérents. Des dispositions appropriées assureront les voies de recours nécessaires contre les décisions de la Haute Autorité.

Un représentant des Nations Unies auprès de cette autorité sera chargé de faire deux fois par an un rapport public à l'ONU, rendant compte du fonctionnement de l'organisme nouveau, notamment en ce qui concerne la sauvegarde de ses fins pacifiques.

L'institution de la Haute Autorité ne préjuge en rien du régime de propriété des entreprises. Dans l'exercice de sa mission, la Haute Autorité commune tiendra compte des pouvoirs conférés à l'Autorité internationale de la Ruhr et des obligations de toute nature imposées à l'Allemagne, tant que celles-ci subsisteront.

Robert Schuman, le 9 mai 1950 au Salon de l'Horloge, à Paris.


Source : europa.eu/

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-19500509-discours-robert-schuman-europe.html
 

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