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16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 03:27

« Il est manifeste qu’un seul homme en apparence désarmé mais qui ose crier tout haut une parole véridique, qui soutient cette parole de toute sa personne et de toute sa vie, et qui est prêt à le payer très cher, détient, aussi étonnant que cela puisse paraître, et bien qu’il soit formellement sans droits, un plus grand pouvoir que celui dont disposent dans d’autres conditions des milliers d’électeurs. » (Vaclav Havel, 1989).



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Quand je suis allé visiter pour la première fois Prague au Nouvel an 1995 avec des amis de Nancy (Prague est bien plus proche que Nice de l’ancienne capitale des ducs de Lorraine), la première chose que nous avons faite, ce fut d’aller sur la fameuse Place Venceslas (qui a beaucoup changé maintenant). Au fond, il y avait cet énorme bâtiment noir qui était l’ancien siège du parti communiste tchécoslovaque, de sinistre mémoire. Au milieu de la place, il y avait une petite stèle avec des fleurs naturelles. Jan Palach s’était immolé à cet endroit il y a exactement cinquante ans, le 16 janvier 1969.

Pourquoi ce recueillement presque urgent quelques années après la chute des dictatures communistes en Europe ? Une émotion, une reconnaissance, une compassion.

Le geste désespéré de Jan Palach avait tout pour être un symbole marquant. Étudiant en économie à Prague, Jan Palach est né le 11 août 1948. Il a passé son baccalauréat quelques semaines avant ses 18 ans. En 1967, il a fait un stage au Kazakhstan puis, en été 1968, un stage à Saint-Pétersbourg (à l’époque Leningrad), et quelques semaines en automne en Bourgogne pour les vendanges. La vie "ordinaire" d’un étudiant.

Pas si ordinaire cependant car le 21 août 1968, les chars du Pacte de Varsovie sont entrés à Prague pour mettre fin à "l’expérience" du "socialisme à visage humain" du Printemps de Prague. Jan Palach a expliqué son geste comme réaction à l’invasion militaire de son pays depuis quelques mois. En somme, pour secouer ses compatriotes qui paraissaient indifférents à leur oppression. Il est mort de ses brûlures le 19 janvier 1969.

Mourir à 20 ans, c’est peut-être ce qu’il y a de pire. Avec toutes les forces, physiques, affectives comme intellectuelles, encore en devenir, encore un potentiel d’existence, tout reste possible, tout est ouvert.

Le feu. Torche vivante. Dans mon imaginaire d’enfant, je pensais que la Passion du Christ n’était pas le destin le plus cruel, la crucifixion devait être terrible, mais quand on est enfant, on peut avoir tendance à hiérarchiser les supplices, à hiérarchiser les châtiments. Or, le destin qui m’effrayait le plus et probablement, qui continue encore à m’effrayer le plus, c’est celui de Jeanne d’Arc. La fin de Jeanne d’Arc. Le bûcher. Brûlée vive. On dit que dans des incendies, souvent, les victimes meurent asphyxiées avant d’être brûlées. Peut-être, mais certainement pas toujours. Le feu fascine, le feu angoisse, le feu est symbole aussi d’épuration.

Le suicide par le feu est sans doute le résultat d’une très forte détermination, très volontaire, très politique aussi, mais aussi un geste désespéré, de celui qui pense qu’il n’y a plus rien à faire sinon attirer l’attention par le sordide, par le plus sordide. Et effectivement, son geste a attiré l’attention, celle des gens de son pays, mais aussi de toutes les nations terrifiées par ce geste.

Fut-il inutile ? Je suis de ceux qui croient profondément que jamais rien n’est inutile, ou alors, tout est inutile. Aucun geste, aussi petit, aussi fort, aussi anecdotique soit-il, n’est inutile, et ce suicide, au-delà du deuil infini et de la tristesse irrémédiable, a frappé l’imagination, a rendu responsable la dictature communiste de cette mort atroce.

Deux autres jeunes Tchécoslovaques ont suivi Jan Palach dans les mêmes circonstances horribles, Jan Zajic (18 ans) le 25 février 1969, le jour du vingt et unième anniversaire de la prise du pouvoir des communistes en Tchécoslovaquie, et Evzen Plocek (un ouvrier de 39 ans) le 4 avril 1969 (il est mort cinq jours plus tard des suites de ses blessures).

Les funérailles de Jan Palach furent l’occasion d’une manifestation de plusieurs milliers de personnes à Prague le 25 janvier 1969 pour rendre hommage à l’étudiant qui a donné sa vie aux libertés. L’enterrement des deux autres personnes qui se sont immolées pour la même raison a été différent car les autorités communistes ont interdit qu’il ait lieu à Prague et ont voulu limiter au maximum sa signification politique.

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Geste inutile ? Sûrement pas car pour commémorer le vingtième anniversaire de la mort de Jan Palach, des manifestations très soutenues ont été organisées en janvier 1989 par l’opposition, à une époque où le régime communiste vacillait déjà. Il n’était plus question de répression sanglante, selon la volonté de Mikhaïl Gorbatchev, le "grand chef" des dictatures communistes en Europe, devenu par la suite leur liquidateur. Pas de sang, mais des arrestations.

Jugé très rapidement, le dissident Vaclav Havel, arrêté le 16 février 1989 pour s’être recueilli en hommage à Jan Palach, a été condamné à neuf mois de prison ferme le 20 février 1989. D’autres dissidents furent condamnés pour la même raison.

Quelques mois plus tard, l’étoile de Jan Palach s’est illuminée. La chute du mur de Berlin a entraîné, comme un jeu de dominos, la chute de tous les régimes communistes en Europe centrale et orientale en quelques semaines (jusqu’à l’URSS elle-même le 25 décembre 1991). En Tchécoslovaquie, on appela ce renversement de régime, le 16 novembre 1989, la "Révolution de velours", car il n’y a eu aucune victime.

Quant au dramaturge dissident qui avait été emprisonné pour un simple dépôt de gerbe, l’histoire, dans son dénouement inattendu et soudain, a fait un pied de nez aux anciens dirigeants communistes : le 29 décembre 1989, Vaclav Havel a été en effet élu Président de la République fédérale tchèque et slovaque, renvoyant dans les oubliettes de l’histoire Gustav Husak, le "normalisateur" si fidèle à Brejnev

Alors, Jan Palach béatifié ? Il s’est à l’évidence sacrifié pour les peuples tchécoslovaques, et son martyre n’a pas été vain puisque la liberté l’a emporté sur le communisme. En revanche, il me semble que l’Église catholique ne béatifie que des catholiques. Or Jan Palach, comme beaucoup de ses compatriotes, était membre d’une église réformée appartenant à la Fédération luthérienne mondiale. De plus, il n’est pas pertinent que l’Église catholique puisse "récupérer" cet acte héroïque qui appartient aussi à ceux qui n’ont pas la foi catholique.

En vertu de ce principe de laïcité, la réponse sera donc plutôt non, mais ce qui est paraît en revanche certain, c’est que tout humain libre a une dette envers Jan Palach et ceux qui, comme lui, ont perdu leur vie pour défendre les libertés, libertés dont j’ai joui moi-même lorsque j’ai fait ce voyage.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 janvier 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jan Palach.
Vaclav Havel.
Le Printemps de Prague.
La Révolution russe.
La désoviétisation de la Russie.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190116-jan-palach.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/jan-palach-sera-t-il-un-jour-211641

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/01/11/37010137.html




 

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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 04:41

« Le pouvoir n’use que ceux qui n’en ont pas. » (Giulio Andreotti) .



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Il y a un siècle, le 14 janvier 1919, est né à Rome le monstre de la politique italienne d’après-guerre, Giulio Andreotti. Leader de la démocratie chrétienne italienne (centre droit), il fut de presque tous les gouvernements italiens de 1947 à 1992. Il est mort à l’âge de 94 ans le 6 mai 2013 à Rome d’une insuffisance respiratoire.

Doté d’une personnalité très forte et d’un esprit de répartie impitoyable, francophone accompli, latiniste distingué, auteur d’une soixantaine d’ouvrages (dont deux sur son mentor politique Alcide De Gasperi), il ne laissait personne indifférent, fut admiré ou détesté, affublé de surnoms élogieux (Divo Giulio) ou désobligeants (Belzébuth, le Bossu, le Renard, etc.), et même soupçonné d’être à l’origine de nombreux complots (heureusement pour lui, Internet était encore peu développé à sa retraite politique, limitant ainsi les extravagances conspirationnistes).

La Mafia ? La réponse à la question du titre a été apportée par la justice italienne elle-même. Giulio Andreotti a été accusé de liens plus ou moins importants avec la Mafia à partir de 1979, notamment après l’enlèvement et l’assassinat (par les Brigades rouges) de l’ancien Président du Conseil Aldo Moro qui était l’un de ses rivaux au sein de la démocratie chrétienne. La réalité est qu’il a été acquitté de tous les faits qu’on a pu lui reprocher devant la justice. Après la mort d’Aldo Moro, dans un réflexe d’unité nationale, il fut même soutenu, comme Président du Conseil, par ses opposants communistes.

En effet, la Cour de cassation italienne l’a définitivement acquitté dans deux affaires, l’une le 30 octobre 2003 (son éventuelle implication dans l’assassinat du journaliste Mino Pecorelli qui avait évoqué son éventuelle liaison avec la Mafia pour éliminer Aldo Moro), et l’autre le 15 octobre 2004 (ses éventuelles liaisons avec la Mafia). Mino Pecorelli, tué par balles le 20 mars 1979, avait affirmé que le général Dalla Chiesa aurait averti le Ministre de l’Intérieur de l’époque, Francesco Cossiga (futur Président de la République), du lieu où était retenu en otage Aldo Moro. Dalla Chiesa aurait également découvert que des membres de la démocratie chrétienne avaient été infiltrés par la Mafia.

Menacé dès 1979, Carlo Alberto Dalla Chiesa n’était pas encore préfet de Palerme, il y fut nommé le 1er mai 1982, recommandé par Giulio Andreotti, pour lutter contre la Mafia, mais il fut assassiné le 3 septembre 1982. Dalla Chiesa fut incarné à l’écran par Lino Ventura dans le film "Cent jours à Palerme" réalisé par Giuseppe Ferrara et sorti le 6 avril 1984.

Giulio Andreotti a répondu à ceux qui l’accusaient d’avoir été proche de la Mafia qu’il a au contraire lutté contre la Mafia lorsqu’il était chef du gouvernement au début des années 1990 en se servant des informations du juge Giovanni Falcone qui fut assassiné lui-même le 23 mai 1992 (son ami, lui aussi juge antimafia, Paolo Borsellino, fut assassiné le 19 juillet 1992). Rédacteur en chef de "La Republica", Eugenio Scalfari a imaginé que la Mafia s’est sentie trahie par Giulio Andreotti : « Je pense qu’à un certain moment, à la fin des années 1980, il a réalisé que la Mafia ne pourrait pas être contrôlée. Il s’est réveillé de cet égarement persistant (…) et la Mafia, qui a réalisé qu’elle ne pouvait plus compter sur sa protection ou sa tolérance, a assassiné son homme en Sicile. ».

"Son homme" : député européen, ancien maire de Palerme et ancien ministre, Salvo Lima, ami de Giulio Andreotti, fut assassiné par la Mafia le 12 mars 1992, quelques jours après le début de l’Opération Mani Pulite (Mains Propres) engagée notamment par Antonio Di Pietro, juge de Milan (et futur ministre), à partir du 17 février 1992. Cette amitié, qui fut d’abord une alliance politique, fut à l’origine de la toute-puissance politique de Giulio Andreotti dans la vie politique, lui permettant de contrôler la démocratie chrétienne et donc devenant incontournable dans les combinaisons ministérielles.

Malgré les nombreuses accusations, Giulio Andreotti fut lavé de tout soupçon par l’instance suprême de la justice italienne, et cela deux fois, malgré une condamnation en appel à 24 ans de prison par le tribunal de Pérouse en novembre 2002. Alors, a-t-il eu des liens de proximité avec la Mafia ? Probablement qu’il avait instrumentalisé la situation existante pour des considérations de carrière politique mais son implication personnelle et directe dans les crimes de la Mafia n’a pour l’instant jamais été établie.

Proche du Vatican, Giulio Andreotti avait plutôt une autre maladie. Sa maladie, c’était son ambition politique : « Le pouvoir est une maladie dont personne ne veut guérir. ». Revenons plutôt à cette très longue carrière politique de la démocratie italienne.

Étudiant en droit à Rome, il fut choisi comme président des étudiants catholiques italiens de 1942 à 1944, pour succéder à Aldo Moro (président en 1939). À cette époque, il rencontra Alcide De Gasperi à la Bibliothèque du Vatican.

Membre du Conseil National (assemblée provisoire à la fin de la Monarchie italienne), il a été élu député de l’Assemblée Constituante à Rome le 2 juin 1946 (il n’avait que 27 ans) puis député à partir du 18 avril 1948, fut réélu jusqu’à sa nomination de sénateur à vie le 1er juin 1991 par le Président de la République Francesco Cossiga.

Homme de pouvoir, les responsabilités ministérielles qu’il a exercées furent nombreuses. Pendant plus de sept ans, il a dirigé sept gouvernements italiens comme Président du Conseil du 17 février 1972 au 7 juillet 1973, du 29 juillet 1976 au 4 août 1979 et du 22 juillet 1989 au 26 juin 1992. En tout, il fut nommé trente-sept fois ministre, dans les ministères qui comptent le plus dans l’État (Finances, Intérieur, Affaires étrangères, Défense, etc.).

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Giulio Andreotti commença sa carrière ministérielle à l’âge de 28 ans dans le quatrième gouvernement de son "parrain" Alcide De Gasperi, comme Secrétaire d’État à la Présidence du Conseil, il le fut six fois du 1er juin 1947 au 18 janvier 1954. Il fut deux fois Ministre de l’Intérieur du 18 janvier 1954 au 10 février 1954 et du 11 mai 1978 au 13 juin 1978, deux fois Ministre des Finances du 6 juillet 1955 au 1er juillet 1958, Ministre du Trésor du 1er juillet 1958 au 15 février 1959, huit fois Ministre de la Défense du 15 février 1959 au 23 février 1966 et du 14 mars 1974 au 23 novembre 1974, deux fois Ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat du 23 février 1963 au 12 décembre 1968, deux fois Ministre du Plan et du Budget du 23 novembre 1974 au 29 juillet 1976, cinq fois Ministre des Affaires étrangères du 4 août 1983 au 22 juillet 1989, Ministre des Politiques communautaires du 17 avril 1987 au 28 juillet 1987, Ministre des Participations de l’État du 26 décembre 1990 au 28 juin 1992, Ministre de la Culture et de l’Environnement du 12 avril 1991 au 28 juin 1992.

Entre le 1er juin 1947 et le 26 juin 1992, il ne fut pas membre d’un gouvernement seulement entre le 12 décembre 1968 et le 17 février 1972 (les trois premiers gouvernements de Mariano Rumor et le gouvernement d’Emilio Colombo), entre le 7 juillet 1973 et le 14 mars 1974 (le quatrième gouvernement de Mariano Rumor) et entre le 4 août 1979 et le 4 août 1983 (les deux gouvernements de Francesco Cossiga, le gouvernement d’Arnaldo Forlani, les deux gouvernements de Giovanni Spadolini et le cinquième gouvernement d’Amintore Fanfani). Soit seulement sept ans et demi hors du pouvoir sur une période de quarante-cinq ans !

Son premier portefeuille ministériel portait notamment sur la culture et le sport, et Giulio Andreotti fut à l’origine d’une loi en 1949 qui a encouragé le cinéma italien tout en introduisant une certaine forme de chantage à l’aide financière que certains ont appelée censure.

Ce ne fut qu’à l’âge de 53 ans qu’il fut nommé pour la première fois à la tête du gouvernement italien. Il quitta le pouvoir à l’âge de 73 ans. En 1983, Giulio Andreotti a accédé à la tête de la diplomatie italienne pendant six ans, réputé brillant dans ses fonctions après avoir occupé les fonctions de président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des députés de 1973 à 1974 et de 1979 à 1983.

Cette période entre 1983 et 1989 fut très riche dans les relations internationales. L’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev au Kremlin allait provoquer la chute du mur de Berlin et auparavant, des élections libres en Pologne. Initié par Jacques Delors, alors Président de la Commission Européenne, l’Acte unique européen allait également devenir une étape marquante de la construction européenne avant le Traité de Maastricht.

L’un des événements diplomatiques importants de cette période fut le détournement du paquebot de croisière italien, l’Achille Lauro, le 7 octobre 1985 par un commando palestinien. Après l’assassinat, le 8 octobre 1985, d’un otage américain qui fêtait avec son épouse leur anniversaire de mariage (Leon Klinghoffer), les terroristes ont renoncé à poursuivre leurs exactions et ont pu partir en avion depuis l’Égypte. Mais les Américains, apprenant tardivement l’assassinat d’un de leurs ressortissants, ont réussi à intercepter l’avion transportant les terroristes et à le faire poser dans une base américaine sur territoire italien. Or, l’Italie a refusé l’arrestation de ces terroristes par les Américains, ce qui a engendré une forte tension entre le Président américain Ronald Reagan et le gouvernement italien dirigé par le socialiste Bettino Craxi dont le Ministre des Affaires étrangères était Giulio Andreotti, qui prenait clairement la défense de la cause palestinienne. Cela a engendré une crise politique au sein de la majorité, car le Ministre de la Défense Giovanni Spadolini, pro-Américain, a beaucoup regretté l’attitude de l’Italie qui a refusé par la suite l’extradition des terroristes palestiniens aux États-Unis.

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Revenu à la tête du gouvernement grâce à un accord avec Bettino Craxi et Arnaldo Forlani, le septuagénaire Giulio Andreotti fut confronté à de nombreuses difficultés intérieures : le scandale Gladio, révélé publiquement par Giulio Andreotti devant les députés le 24 octobre 1990 (existence d’une armée secrète de l’OTAN en Italie pour lutter contre le communisme), sa politique qui favorisa la situation monopolistique de Silvio Berlusconi dans la télévision, les débuts d’un scandale de corruption qui allait aboutir à l’opération Mani Pulite, et aussi les déclarations politiquement incorrectes du Président de la République Francesco Cossiga qui fustigeait la classe politique italienne.

Les élections législatives et sénatoriales du 5 avril 1992 furent un échec pour les démocrates chrétiens. Il faut rappeler que les précédentes élections générales avaient eu lieu le 14 juin 1987 avec un parti communiste italien (PCI) toujours très fort (26,6% des voix et 177 sièges sur 630 à la Chambre des députés et 28,3% des voix et 107 sièges sur 315 au Sénat). Or, entre les deux scrutins, il y a eu l’effondrement des dictatures communistes à l’Est de l’Italie. Résultat, le PCI a disparu, mais son avatar nouveau, le Parti démocrate de la gauche (PDS) a repris ses positions avec une moindre influence (16,1% des voix et 107 sièges sur 630 à la Chambre des députés et 17,1% des voix et 64 sièges sur 315 au Sénat).

Or, ce changement dans le système politique italien ne fut pas à l’avantage des partis gouvernementaux qui ont été, au contraire, désavoués par les électeurs. Pour la première depuis la fin de la guerre, la démocratie chrétienne s’est effondrée en dessous du seuil de 30% des voix : 29,7% des voix et 206 sièges sur 630 à la Chambre des députés (soit une perte de 28 sièges) et 27,3% des voix et 107 sièges sur 315 au Sénat (soit une perte de 18 sièges). De même, les socialistes dirigés par Bettino Craxi y ont laissé des plumes. Ceux qui ont gagné furent la nouvelle Ligue du Nord (entre 8% et 9% des voix), le parti de l’actuel Ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, ainsi qu’un parti nostalgique du communisme qui a obtenu entre 5% et 7% des voix.

Conscient de cet échec, Giulio Andreotti annonça qu’il se retirait du gouvernement (ce fut effectif le 24 juin 1992 avec la formation du gouvernement de coalition dirigé par le socialiste Giuliano Amato) et a eu pour objectif de se faire élire à la Présidence de la République italienne, en raison de la démission de Francesco Cossiga le 28 avril 1992 qui voulait promouvoir un régime présidentiel.

Un peu à l’instar de Clemenceau en janvier 1920, il paraissait logique que les parlementaires italiens (les seuls électeurs de l’élection présidentielle avec les représentants des régions) choisirent celui qui fut leur monstre sacré pendant près d’un demi-siècle, à savoir Giulio Andreotti. Néanmoins, l’élection présidentielle fut très laborieuse et a duré seize tours (pire que sous la Quatrième République française) entre le 13 mai 1992 et le 25 mai 1992.

Face à une candidate communiste respectée (Nilde Iotti), la démocratie chrétienne présenta d’abord Giorgio De Giuseppe qui fut en tête des trois premiers tours, puis Arnaldo Forlani qui fut en tête et pas loin de remporter l’élection au cinquième et sixième tours. Le quatrième puis les septième à treizième tours furent boudés par les démocrates chrétiens, empêchant toute majorité. Le quatorzième tour fut d’une confusion notable. Au quinzième tour, qui a eu lieu le 23 mai 1992, le même jour que l’assassinat du juge Giovanni Falcone, les démocrates chrétiens votèrent majoritairement blanc, et Giulio Andreotti n’a jamais recueilli plus de 11 voix sur 941 votants. Enfin, au seizième tour le 26 mai 1992, le Président de la Chambre des députés, Oscar Luigi Scalfaro, qui présidait toutes les séances de ces votes, fut élu Président par 672 voix sur 1 002 votants afin de montrer que la classe politique se ressaisissait face à la Mafia. Giulio Andreotti n’a obtenu à ce dernier tour que 6 suffrages.

S’il n’a pas réussi à réaliser son rêve de retraite au Palais du Quirinal, Giulio Andreotti n’était cependant pas exclu de la vie politique puisqu’il avait été nommé sénateur à vie par Francesco Cossiga dès 1991. Ce furent bien ses "amis" de la démocratie chrétienne qui ont sabordé sa candidature à la Présidence de la République et aussi sa possible participation au nouveau gouvernement dirigé par Giuliano Amato. En effet, les responsables de la démocratie chrétienne ont trouvé un argument juridique concernant le fait qu’il était sénateur à vie pour l’empêcher d’être nommé ministre encore une fois.

Si la démocratie chrétienne italienne venait donner des signes de décomposition au printemps 1992, ce ne fut qu’aux élections législatives suivantes, anticipées au 27 mars 1994, que l’explosion du paysage politique italien a vraiment eu lieu avec l’arrivée en tête d’un nouveau parti, Forza Italia, et de son leader, Silvio Berlusconi, bombardé à la tête du gouvernement italien soutenu par une coalition représentant 42,8% des voix (et 366 sièges sur 630).

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Épilogue. Au Sénat, Giulio Andreotti restait toujours très vivant politiquement. À l’âge de 87 ans, il fut candidat à la Présidence du Sénat à l’issue des élections générales des 9 et 10 avril 2006 qui furent gagnées par le centre gauche dirigé par Romano Prodi. Il a échoué de quelques voix, n’ayant obtenu, au quatrième et dernier tour de scrutin le 29 avril 2006, que 156 voix sur 322 contre 165 pour Franco Marini.

Moins de deux ans plus tard, Giulio Andreotti a eu sa revanche sur le centre gauche en refusant, le 21 janvier 2008, de voter la confiance au gouvernement de Romano Prodi qui venait pourtant d’avoir la confiance de la Chambre des députés (326 voix contre 275). En s’abstenant au Sénat, Giulio Andreotti faisait gagner l’opposition au sein des sénateurs : 156 sénateurs ont voté la confiance et 161 l’ont refusée (sur 322). À une voix près, Romano Prodi aurait pu conserver la confiance du Sénat. Ce furent les sénateurs à vie (ils étaient sept) qui renversèrent ainsi le gouvernement.

Romano Prodi démissionna le 24 janvier 2008 et se retira de la vie politique italienne, provoquant de nouvelles élections générales anticipées les 13 et 14 avril 2008 qui furent gagnées par Silvio Berlusconi qui s’installa une nouvelle fois à la tête d’un gouvernement soutenu par une coalition de centre droit élue par 46,8% des voix.

Auteur de nombreuses phrases qui ont fait les délices des médias, Giulio Andreotti avait notamment expliqué : « Je reconnais mes limites, mais quand je regarde autour de moi, je réalise que je ne vis pas vraiment dans un monde de géants. ». Tout est une question de perspective…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 janvier 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Giulio Andreotti.
Ennio Morricone.
Les Accords de Munich.
Une collusion tacite des secours humanitaires avec les passeurs criminels ?
Le radeau Aquarius.
Sueurs froides à l’italienne.
L’Italie en pleine dérive ?
Élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
Luciano Pavarotti.
Lino Ventura.
Concini.
Antonio Tajani.
Carlo Ciampi.
Silvio Berlusconi.
Umberto Eco.
Virginia Raggi.
La révolution institutionnelle italienne.
Renzusconi franchit le Rubicon.
Enrico Letta, un nouveau visage en Europe.
Habemus Lettam (29 avril 2013).
Discours d’Enrico Letta du 26 octobre 2013 à Paris.
Giorgio Napolitano.
Le compromis historique.
Aldo Moro.
Erasmus.
L’Europe, c’est la paix.
L’Europe des Vingt-huit.
Mario Draghi.
Tournant historique pour l’euro.

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http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/01/11/37010141.html


 

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28 décembre 2018 5 28 /12 /décembre /2018 03:49

« Disons oui au patriotisme qui n’est pas dirigé contre les autres. Disons non au nationalisme surfait qui rejette et déteste les autres, qui détruit, qui cherche des coupables au lieu de chercher des solutions qui nous permettent de mieux vivre ensemble. Le pacte fondateur de l’Union Européenne, plus jamais la guerre, reste une ardente exigence. Une ardente obligation de vigilance qui s’impose chez nous et autour de nous. » (Jean-Claude Juncker, le 12 septembre 2018 à Strasbourg).


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2018 est la dernière année de l'actuelle mandature européenne. Retour sur le dernier discours important. Comme chaque année, et c’est devenu traditionnel, le Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker a prononcé son discours sur l’état de l’Union Européenne devant les députés européens au Parlement de Strasbourg le mercredi 12 septembre 2018 dans la matinée. C’était le dernier discours d’importance avant la fin de son mandat (qu'on peut lire dans son intégralité ici). L’année prochaine auront lieu les élections européennes et Jean-Claude Juncker, visiblement découragé par l’euroscepticisme ambiant, n’a aucune envie d’exercer un second mandat de cinq ans.

En un an, l’Europe a-t-elle progressé ? L’idée vague serait d’affirmer le contraire : le populisme s’est étendu et les peuples européens s’inquiètent. Le sujet de l’immigration est toujours en première ligne, mélangé avec celui des réfugiés politiques mais aussi du terrorisme islamiste. La crise des gilets jaunes en France n'a pas non plus apporté beaucoup d'optimisme pour l'avenir de l'Europe.

Pourtant, il y a eu nettement moins d’arrivées sur le sol européen en 2018 que depuis la crise des réfugiés en 2015 : « Nos efforts ont porté leurs fruits, puisque le nombre d’arrivées de réfugiés en Méditerranée orientale a chuté de 97%, et de 80% par la route de la Méditerranée centrale. Les opérations de l’Union Européenne ont contribué à sauver plus e 690 000 vies en mer depuis 2015. ». C’est là l’application concrète des valeurs européennes de solidarité et d’humanisme.

Mais les peuples restent inquiets. En Allemagne, il a fallu six mois pour que la Chancelière Angela Merkel formât son nouveau gouvernement, l’Italie s’est tournée résolument vers le leadership d’extrême droite de Matteo Salvini, la Hongrie de Viktor Orban reste triomphante, soutenue par Vladimir Poutine qui a vu renouveler un mandat de six ans à la tête de la Russie, les Pays-Bas, la Suède, la Pologne, la République tchèque, même l’Autriche de Sebastian Kurz (le plus jeune chef de gouvernement européen) doivent faire avec une forte montée du populisme. Des journalistes d’investigation sont assassinés en Slovaquie, mais aussi à Malte, voire en Bulgarie. La Catalogne est en profonde crise politique. Sans compter le Président américain Donald Trump qui n’hésite pas à faire des crasses commerciales et à remettre en cause l’équilibre fragile de la paix avec l’Iran.

Ce même 12 septembre 2018, d’ailleurs, a eu lieu également le vote au Parlement Européen d’un rapport condamnant les atteintes à l’État de droit commises par le gouvernement hongrois de Viktor Orban (liberté de la presse, indépendance de la justice, etc.). Une condamnation qui n’a rien à voir avec la politique migratoire puisque l’Autrichien Sebastian Kurz a lui aussi condamné la Hongrie sur ce sujet malgré son entente sur la politique de fermeture des frontières.

Président en exercice du Conseil Européen (pour ce semestre), Sebastian Kurz a même été l’un des rares dirigeants européens à applaudir le discours de Jean-Claude Juncker parce que ce dernier a annoncé plus de moyens et plus de personnes pour garder les frontières extérieures de l’Europe : « Nous proposons de porter le nombre de garde-frontières européens, financés par le budget européen, à 10 000 d’ici à 2020. » (Jean-Claude Juncker).

Dans son introduction, Jean-Claude Juncker a au contraire essayé de peindre une Europe qui a progressé économiquement, dix ans après la crise majeure de 2008 : « L’Union Européenne a connu une croissance ininterrompue sur vingt et un trimestres. L’emploi reprend des couleurs, avec près de 12 millions d’emplois créés depuis 2014. 12 millions d’emplois, c’est plus que la population de Belgique. (…) L’investissement est de retour en Europe, grâce notamment à notre Fonds européen pour les investissements stratégiques, que certains, de plus en plus rares, appellent encore le Plan Juncker, plan qui a généré 335 milliards d’euros d’investissements publics et privés. Nous sommes en marche vers les 400 milliards. ».

La politique commerciale de l’Europe, prérogative exclusivement déléguée à la Commission Européenne, est un succès : « L’Europe a aussi réaffirmé son statut de puissance commerciale. La puissance commerciale mondiale n’est rien d’autre que la preuve de la nécessité de partager nos souverainetés. L’Union Européenne a aujourd’hui des accords commerciaux avec soixante-dix pays. Ensemble, nous représentons 40% du PIB mondial. Ces accords, très souvent, mais à tort, contestés, nous aident à exporter vers les autres parties du monde des normes européennes élevées en matière environnementale, et en matière de droits des consommateurs. Lorsqu’en juillet, au cœur d’une dangereuse période de tensions internationales, je me suis rendu dans une même semaine à Pékin, Tokyo et Washington, j’ai pu parler, en tant que Président de la Commission, au nom du plus grand marché unique au monde. Au nom d’une Union qui compte pour un cinquième de l’économie mondiale. Au nom d’une Union prête à défendre ses valeurs et ses intérêts. J’ai présenté l’Europe comme un continent ouvert mais non pas comme un continent offert. (…) Unis, nous Européens, sommes, en tant qu’Union, devenue une force incontournable. (…) L’Europe a su parler d’une seule voix ».

Jean-Claude Juncker a énuméré toutes les raisons qui rendent l’unité de l’Europe indispensable dans un monde aussi troublé, aussi mouvant, dont « les alliances d’hier ne seront peut-être plus les alliances de demain ».

En particulier, dans le domaine numérique, un thème qui est l’une des récurrences de Jean-Claude Juncker : « Nous, Européens, parce que nous sommes le plus grand marché unique au monde, nous pouvons établir des normes pour les mégadonnées, pour l’intelligence artificielle, pour l’automatisation, tout en défendant nos valeurs, les droits et l’individualité de nos citoyens. Nous pouvons le faire si nous sommes unis. Une Europe forte et unie permet à ses États membres de décrocher les étoiles. C’est grâce à notre programme Galileo que l’Europe reste dans la course à l’Espace. ».

Une nouvelle fois, Jean-Claude Juncker n’oppose pas souveraineté nationale et souveraineté européenne, comme voudraient le faire les populistes nationalistes, mais au contraire, parle de complémentarité : « La souveraineté européenne provient de la souveraineté nationale de nos États membres. Elle ne remplace pas ce qui est propre aux nations. Partager nos souverainetés, là où il le faut, rend chacun de nos États-nations plus fort. Cette conviction qu‘unis, nous sommes plus grands, est l’essence même de ce que veut dire faire partie de l’Union Européenne. La souveraineté européenne ne sera jamais dirigée contre les autres. L’Europe doit rester un continent d’ouverture et de tolérance. Elle va le rester. ».

Car l’Europe a aussi une mission de solidarité humaine : « L’Europe ne sera jamais une forteresse tournant le dos au monde et notamment au monde qui souffre. L’Europe ne sera jamais une île. L’Europe doit et va rester multilatérale. La planète appartient à tous et non seulement à quelques-uns. ».

Fidèle au principe de subsidiarité, un principe essentiel dans la construction européenne (qui veut que l’Europe ne s’occupe pas de sujets qui peuvent être traités à une échelle plus locale), Jean-Claude Juncker a déclaré vouloir supprimer la réglementation européenne qui oblige tous les États membres à changer d’heure deux fois par an (heure d’été et heure d’hiver) afin de laisser à chaque État le soin de choisir sa meilleure réglementation.

Sur les feux de forêts : « Lorsqu’un pays est en feu, c’est toute l’Europe qui est en feu. Parmi les images marquantes de cet été, je ne retiendrai pas seulement les feux e forêt, mais aussi les applaudissements avec lesquels les Suédois menacés par les flammes ont salué les pompiers polonais venus à leur secours. ».

Sur les relations avec l’Afrique : « D’ici à 2050, l’Afrique comptera 2,5 milliards d’habitants. Une personne sur quatre sera africaine. (…) L’Afrique n’a pas besoin de charité, elle a besoin de partenariat équilibré, d’un vrai partenariat. Et nous, Européens, avons besoin au même titre de ce partenariat. (…) La Commission propose aujourd’hui une nouvelle alliance entre l’Afrique et l’Europe, une alliance pour des investissements et des emplois durables. Cette alliance, telle que nous l’envisageons, permettrait de créer jusqu’à 10 millions d’emplois en Afrique au cours des cinq prochaines années. (…) Notre fonds d’investissement extérieur, lancé il y a deux ans, mobilisera 44 milliards d’investissements dans les secteurs public et privé en Afrique. Les projets déjà prévus et engagés mobiliseront 24 milliards d’euros. Nous concentrerons nos investissements dans les domaines où les investissements feront une véritable différence. D’ici à 2020, l’Union Européenne aura soutenu 35 000 étudiants et chercheurs africains grâce à notre programme Erasmus. Jusqu’en 2027, ce chiffre doit être porté à 105 000. ».

Sur le Brexit : « Nous respectons la décision britannique de quitter notre Union, même si nous continuons à le regretter vivement. (…) Après le 29 mars 2019, le Royaume-Uni ne sera jamais, à nos yeux, un pays tiers comme les autres. Le Royaume-Uni sera toujours un voisin et un partenaire très proche, que ce soit dans les domaines politiques, économiques et de la sécurité. Ces derniers mois, chaque fois que nous avons eu besoin d’unité au sein de l’Union, la Grande-Bretagne a été à nos côtés, animée par les mêmes valeurs et principes que tous les autres Européens. (…) Nous avons le devoir, vis-à-vis de nos citoyens et de nos entreprises, d’assurer un retrait ordonné du Royaume-Uni et une stabilité maximale par la suite. Ce ne sera pas la Commission qui fera obstacle à ce processus, je puis vous l’assurer. ».

Sur l’euro : « Après seulement vingt années d’existence, et en dépit des voix déclinistes qui nous ont accompagnés sur ce trajet, l’euro a déjà un riche parcours derrière lui. L’euro est devenu la deuxième monnaie la plus utilisée au monde. Soixante pays lient d’une manière ou d’une autre leur propre monnaie à l’euro. (…) Mais nous pouvons et devons aller plus loin. Il est aberrant que l’Europe règle 80% de sa facture d’importation d’énergie, qui s’élève à 300 milliards d’euro par an, en dollars américains alors que 2% seulement de nos importations d’énergie nous proviennent des États-Unis. Il est aberrant que les compagnies européennes achètent des avions européens en dollars et non pas en euros. (…) L’euro doit devenir l’instrument actif de la nouvelle souveraineté européenne. (…) Sans une Union économique et monétaire approfondie, nous manquerons d’arguments crédibles pour renforcer le rôle international de l’euro. Nous devons parachever l’Union économique et monétaire pour que l’Europe et l’euro deviennent plus forts. ».

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Notamment pour réaffirmer les droits de l’homme, Jean-Claude Juncker voudrait passer de l’unanimité à la majorité qualifiée dans certains domaines de politique étrangère : « Je voudrais que nous réalisions des progrès tangibles en ce qui concerne le renforcement de notre politique étrangère. Il faudra renforcer notre capacité à parler d’une seule voix en matière de politique étrangère. Il n’est pas normal que l’Europe se réduise elle-même au silence, lorsqu’au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, nous ne pouvons pas parler haut et fort pour condamner les violations des droits de l’homme commises en Chine. Et ce parce qu’un État membre a pu bloquer toute décision en la matière (…). C’est la raison pour laquelle aujourd’hui, la Commission vous propose à nouveau de passer au vote à la majorité qualifiée dans certains domaines de nos relations extérieures. (…) Pas dans tous les domaines, mais dans des domaines précis : droits de l’homme, missions civiles et autres. Le Traité permet actuellement au Conseil Européen de prendre une décision dans ce sens, et j’estime que le temps est venu de donner vie à la clause passerelle du Traité de Lisbonne permettant d’ouvrir la voie vers la prise de décision à la majorité qualifiée, clause passerelle qui est la "beauté oubliée" du Traité. ».

Sur l’État de droit dans tous les États membres : « Il y a un point sur lequel nous ne devons pas transiger : les arrêts de la Cour de justice de l’Union Européenne doivent être respectés et exécutés. C’est essentiel. L’Union Européenne est une communauté de droit. Le respect de la règle de droit et le respect des décisions de justice ne sont pas une option mais une obligation. ».

Dans sa conclusion, Jean-Claude Juncker a répété sa détermination à avoir une véritable diplomatie européenne : « Je voudrais que l’Europe quitte les gradins du stade mondial. L’Europe ne doit pas être un spectateur, un commentateur des événements internationaux. Elle doit être un acteur constructif, un façonneur, un architecte du monde de demain. Il y a une forte demande d’Europe à travers le monde. Pour satisfaire cette demande pressante, il faudra que sur la scène internationale, l’Europe s’exprime d’une seule voix. Dans le concert des nations, la voix européenne doit être intelligible, compréhensible, distinguable pour être écoutée et entendue. (…) Ne tombons pas dans l’incohérence des diplomaties nationales concurrentes et parallèles. La diplomatie européenne doit être unie. Notre solidarité multilatérale doit être entière. ».

En guise de testament politique, Jean-Claude Juncker a déclaré vouloir voir renouveler cette expérience en 2014 d’une véritable élection du Président de la Commission Européenne en tant que tête de liste du parti arrivé en tête au Parlement Européen, considérée comme une « petite avancée dans la démocratie européenne ». Mais, à l’instar du Président français Emmanuel Macron, il voudrait même aller encore plus loin : « Pour moi, cette expérience sera d’autant plus crédible le jour où nous aurons de véritables listes transnationales. Je souhaite que ces listes transnationales soient en place au plus tard pour les prochaines élections européennes de 2024. ».

Jean-Claude Juncker a enfin terminé comme il a commencé, sur le refus catégorique du nationalisme qui a tant ravagé l’Europe au XXe siècle : « Je voudrais avant tout que nous disions non au nationalisme malsain et que nous disions oui au patriotisme éclairé. Gardons à l’esprit que le patriotisme du XXIe siècle est à double dimension, l’une nationale, l’autre européenne, les deux ne s’excluant pas. J’aime, disait le philosophe français Blaise Pascal, les choses qui vont ensemble. Pour tenir sur leurs deux jambes, nations et Unions Européenne doivent marcher ensemble. Celui qui aime l’Europe doit aimer les nations qui la composent, celui qui aime sa nation doit aimer l’Europe. Le patriotisme est une vertu, le nationalisme borné est un mensonge accablant et un poison pernicieux. ».

En fait, durant tout son discours, Jean-Claude Juncker a cherché à ce que la dernière année de son mandat soit celle de nombreuses décisions, en particulier budgétaires (il souhaite renforcer le nombre d’étudiants bénéficiant du programme Erasmus), ou encore sur la majorité qualifiée en matière de politique étrangère, sur la volonté de renforcer la coopération européenne en matière européenne, etc. L’idée est de finir d’appliquer tout son programme de 2014 (50% est déjà fait, 30% en cours, et 20% à faire encore).

Rappelons d’ailleurs que le budget des cinq prochaines années a dû être adopté en cette fin de l'année 2018 et pas après l'été 2019. Certains diront que c’est antidémocratique car juste avant les élections européennes. Oui et non. Il vaut mieux avoir déjà l’expérience du fonctionnement des institutions européennes avant d’envisager une loi de programmation budgétaire, donc, proposer un budget juste après les élections serait moins efficace et moins performant. Mais surtout, ce ne sont pas les députés qui le choisissent, ce budget, certes, ils le ratifient, mais le budget est d’abord et avant tout élaboré par l’ensemble des États membres au cours des sommets européens. Or, chaque représentant des États membres est légitime et démocratiquement élu dans son pays. Il n’y a donc rien d’antidémocratique à ce que le processus budgétaire soit ainsi, même si la logique voudrait que ce budget de cinq ans soit adopté plutôt en milieu de mandat plutôt qu’en fin de mandat de la Commission Européenne.

Le vent du nationalisme qui a soufflé en Europe n’a pas rendu optimiste Jean-Claude Juncker malgré ses paroles lénifiantes mais assez impuissantes. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il souhaite jeter l’éponge en 2019 après avoir vaillamment soutenu l’identité européenne à l’intérieur et à l’extérieur des frontières de l’Europe. Son rôle devra aussi d’éviter une transition trop brutale. Il devra tout faire pour aider à faire de sa succession la continuation d’une construction européenne qui peine encore à convaincre les peuples européens. En ce sens, l’Europe manque aujourd’hui terriblement de leadership et de charisme…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 décembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours de Jean-Claude Juncker le 12 septembre 2018 à Strasbourg (texte intégral).
Vidéo du discours de Jean-Claude Juncker le 12 septembre 2018 à Strasbourg.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker (12 septembre 2018).
Le programme européen de la Commission Juncker (1er novembre 2014).
Le CETA.
Simone Veil l’Européenne.
Jean Seitlinger, fils spirituel de Robert Schuman.
Le Pacte Briand-Kellogg.
L’Union Européenne montre ses muscles à Trump.
Le mode de scrutin des élections européennes.
L’Europe de Pierre Milza.
L’Europe de Jean-Baptiste Duroselle.
Maurice Schumann l’Européen.
Clemenceau, Macron et la guerre civile européenne.
Emmanuel Macron et son plan de relance de l’Europe (26 septembre 2017).
Emmanuel Macron et la refondation de l’Europe (7 septembre 2017).
Emmanuel Macron à l’ONU, apôtre du multilatéralisme (19 septembre 2017).
Le dessein européen de Jean-Claude Juncker (13 septembre 2017).
Une avancée majeure dans la construction européenne.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180912-juncker.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-testament-europeen-de-jean-207679

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/12/26/36705737.html


 

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 03:08

« Auschwitz et le meurtre de six millions de Juifs tout comme la guerre mondiale d’Hitler sont des événements qui sont ancrés dans l’inconscient des peuples européens, si bien qu’un rôle de leader de l’Allemagne est exclu, et ce sera le cas encore pendant longtemps. » (Helmut Schmidt, le 7 août 2012 sur ARD).


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Cette règle qu’a énoncée un ancien Chancelier allemand social-démocrate est sans doute l’explication de la chance de la France dans sa position européenne : la puissance économique de l’Allemagne restera toujours un nain politique et la France est donc le partenaire complémentaire idéal pour la construction européenne. Cependant, ce "couple" fonctionne plus ou moins bien, et en ce moment, plutôt mal à cause des considérations de politique intérieure des deux pays.

Helmut Schmidt est né il y a un siècle, le 23 décembre 1918 à Hambourg. L’Empire allemand venait de s’effondrer avec la défaite mais la République de Weimar qui l’a remplacé n’a jamais été vraiment acceptée. Une crise financière quand il était pré-adolescent, et Hitler au pouvoir quand il avait 14 ans. Cela forge une conscience quand on est allemand.

Sa conception de l’Allemagne, traumatisée par le ravage engendré par les douze ans de nazisme et d’antisémitisme, fut celle d’une division entre l’Est et l’Ouest, au point que, lors de l’état de guerre décrétée par le général Jaruzelski le 13 décembre 1981, Helmut Schmidt, alors chef du gouvernement ouest-allemand en visite en Allemagne de l’Est, approuva très imprudemment l’initiative polonaise comme seule solution pour éviter l’intervention de chars soviétiques en Pologne. Ce manque de soutien envers les militants de Solidarnosc a révolté de nombreux Allemands de l’Ouest qui voyaient là une concession grave, dans le seul but de préserver les relations entre les deux Allemagne.

D’ailleurs, Helmut Schmidt était si peu préparé à la Réunification qu’il l’a admis devant des enfants (Alina, Emilia, David et Sidney) venus l’interroger pour leur atelier de journalisme (Böser Wolf) rudement bien organisé (on peut lire l’interview ici). La Réunification : « Cela faisait déjà plusieurs années que j’avais quitté mes fonctions. Ce n’est pas quelque chose qui me serait venu à l’esprit. ».

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Helmut Schmidt, Chancelier du 16 mai 1974 au 1er octobre 1982 après avoir été ministre pendant quatre ans (Défense puis Finances), a été élu à la tête du gouvernement allemand un peu par hasard, et il fut renversé de manière tout aussi inattendue.

Pas exactement "par hasard" car il était un ministre social-démocrate très important dans le gouvernement et il avait aussi présidé le groupe SPD au Bundestag du 14 mars 1967 au 22 octobre 1969, un poste stratégique en Allemagne, comme aux États-Unis (patron des députés de la majorité ou de l’opposition), qui pouvait laisser préfigurer la fonction de Chancelier. Un peu par hasard surtout parce que la démission de Willy Brandt a eu lieu de façon imprévue à la suite d’une troublante affaire d’espionnage. Helmut Schmidt a d’ailleurs dit que jamais il ne s’était senti aussi à l’aise dans sa carrière politique que durant ces deux années et demi de présidence du groupe SPD, mais certainement pas quand il était au pouvoir. Il n’avait pas forcément souhaité devenir Chancelier.

Son éviction après huit ans de pouvoir n’était pas non plus attendue. Elle fut provoquée par un retournement d’alliance des libéraux (FDP) qui se sont tournés vers la CDU d’Helmut Kohl, probablement en raison d’une politique européenne plus combative contre le Bloc soviétique, même si la raison officielle était sur le thème économique, le refus d’Helmut Schmidt en prendre en considération certaines de leurs propositions économiques, notamment celles de réduction du déficit budgétaire présentées par le Ministre de l’Économie, le comte Otto Lambsdorff (1926-2009).

Pendant plus de trente ans, entre son retrait politique et sa disparition dans sa ville de Hambourg le 10 novembre 2015 à quelques semaines de ses 97 ans, Helmut Schmidt a continué à "exister" dans la vie politique allemande en publiant de nombreux éditoriaux, il avait même son bureau dans la rédaction du journal "Die Zeit", et en écrivant une quarantaine d’essais sur de nombreux sujets politiques ou sociétaux.

Toujours en train de fumer, même nonagénaire, il n’était pas à la recherche d’une exposition médiatique, accordant très rarement des interviews mais acceptant de donner beaucoup de conseils aux responsables politiques qui le lui demandaient.

Helmut Schmidt fut un Européen constructif très enthousiaste, proche de Jean Monnet. L’amitié ancienne (datant des années 1950) avec son homologue français Valéry Giscard d’Estaing a permis un renforcement institutionnel de l’Europe avec deux innovations majeures : l’élection au suffrage universel direct des députés européens et l’institution régulière du Conseil Européen, réunion des chefs d’État et de gouvernement des États membres, pour faire "avancer" les projets européens par les États. L’Europe actuelle, qui est organisée sur cette idée initiale, est donc typiquement une "Europe des nations" et pas du tout une "Europe supranationale" puisque la politique de l’Europe n’est définie et décidée que dans le cadre des États membres.

L’homme de Hambourg regretta le "non" français au référendum sur le TCE le 29 mai 2005 mais ne s’en étonna pas beaucoup : « La Constitution européenne était la tentative de mettre un peu d’ordre dans la grande confusion créée par les gouvernements. C’était une tentative très louable. C’est vraiment malheureux que les Français l’aient rejetée. Mais ils ne sont pas les seuls. Les Hollandais l’ont également rejetée. Et si on avait fait un référendum en Allemagne, les Allemands auraient certainement fait la même chose. » (2007).

Outre VGE, Helmut Schmidt avait noué des liens amicaux avec le Président américains Gerald Ford (1913-2006) et le Premier Ministre britannique travailliste James Callaghan (1912-2005). En Allemagne même, il avait aussi entretenu une grande amitié avec Richard von Weizsäcker (1920-2015), qui fut bourgmestre de Berlin du 11 juin 1981 au 9 février 1984 et aussi Président de la RFA du 1er juillet 1984 au 30 juin 1994 pour deux mandats, avec cette particularité qu’il était un élu CDU qui a été élu et réélu dès le premier tour le 23 mai 1984 et le 23 mai 1989, avec le soutien du SPD qui était retourné dans l’opposition.

Helmut Schmidt a été finalement le seul Chancelier social-démocrate "normal" d’une Allemagne plutôt gouvernée par des démocrates-chrétiens, puisque depuis la fin de la guerre, il n’y a eu que trois chefs du gouvernement qui étaient du SPD.

L’évolution électorale de l’Allemagne actuelle laisserait d’ailleurs entendre que le SPD aurait encore beaucoup de chemin à parcourir avant de revenir à la tête du pays, et les écologistes remplaceraient probablement ce courant politique sur le territoire, aujourd’hui peu convoité en Europe, de la "gauche de gouvernement".


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 décembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Helmut Schmidt interrogé par des enfants en 2007 (à télécharger).
Helmut Schmidt.
La disparition d'Helmut Schmidt.
Vidéos sur Helmut Schmidt.
Annegret Kramp-Karrenbauer.
La fin de l’Empire allemand.
Willy Brandt.
Walter Scheel.
Angela Merkel, la Chancelière chancelante.
Angela Merkel et Emmanuel Macron au Centenaire de l’Armistice 2018.
Bismarck.
Résultats définitifs des élections régionales en Bavière du 14 octobre 2018.
Les élections régionales en Bavière du 14 octobre 2018.
La GroKo d’Angela Merkel.
Trump veut taxer l’acier européen et les voitures allemandes.
Triste jour du 30 janvier 1933.
Allemagne : Martin Schulz quitte la présidence du SPD.
Les élections fédérales allemandes du 24 septembre 2017.
L’Europe de Jean-Claude Juncker.
Le Traité de Maasticht.
Attentat à Berlin.
L’hommage de l’Europe à Helmut Kohl.
Helmut Kohl, le colosse érodé.
Un homme qui a façonné l'histoire.
Helmut Kohl et Viktor Orban.
Angela Merkel, l’honneur de l’Europe de la solidarité.
La Réunification allemande.
L’amitié franco-allemande.
Le symbole de Verdun.
Les risques de la germanophobie.
L’industrie allemande est-elle honnête ?
Le mur de Berlin.
La chute du mur de Berlin.
Les dettes de guerre.
L’Europe, c’est la paix.
Martin Schulz.
Un nouveau Président du Parlement Européen le 17 janvier 2017.
Hans-Dietrich Genscher.
Le décennat de la Bundeskanzlerin.
Mutti Merkel, reine du monde ?
Joachim Glauck.
Angela Merkel et François Hollande à Strasbourg.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181223-helmut-schmidt.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/helmut-schmidt-la-conscience-210845

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/12/16/36945507.html

 

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9 décembre 2018 7 09 /12 /décembre /2018 03:30

Helmut Schmidt avait accepté de répondre aux questions de quatre enfants apprentis journalistes à Berlin, en 2007.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'interview (fichier .pdf) :
https://boeser-wolf.schule.de/interviews/documents/interview-chancelier-helmut-schmidt.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181223-helmut-schmidt.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181215-interview-helmut-schmidt.html
 

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5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 03:53

« Dans la comparaison franco-allemande, l’Allemagne a un double avantage permanent : le taux de chômage vient de descendre au-dessous de 5% et le budget national ne cesse d’être en excédent. Il n’empêche que l’Allemagne connaît bien des difficultés politiques. À commencer par le destin personnel d’Angela Merkel. » (Alfred Grosser, "La Croix" du 12 novembre 2018).



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À Hambourg, les 7 et 8 décembre 2018, a lieu le prochain congrès de la CDU, le parti chrétien-démocrate qui est actuellement au pouvoir en Allemagne dans le cadre d’une grande coalition avec le SPD (parti social-démocrate). Pour la première fois depuis l’année 2000, Angela Merkel (64 ans) a accepté de ne plus être candidate à la présidence de la CDU qu’elle préside depuis le 10 avril 2000 (réélue huit fois, dont la dernière fois le 6 décembre 2016) : « Il n’est plus possible de faire comme si rien ne s’était passé (…). J’ai dit un jour : "je ne suis pas née Chancelière", et je ne l’ai pas oublié. ».

Cette annonce a été faite à l’issue du comité exécutif de la CDU, le 29 octobre 2018, au lendemain de la défaite de la CDU aux élections régionales de Hesse. Elle a perdu son leadership incontesté sur son parti depuis plusieurs mois, en particulier depuis la défaite de la CSU (le partenaire bavarois de la CDU) aux élections régionales en Bavière le 14 octobre 2018. Cette annonce anticipée de retrait politique a pour but de calmer le jeu et lui permettre de terminer la mandature jusqu’en automne 2021, en maintenant unis les deux partis gouvernementaux particulièrement malmenés par les électeurs depuis plusieurs mois.

Revenons d’abord aux élections régionales qui ont déstabilisé l’assise politique d’Angela Merkel, Chancelière de l’Allemagne fédérale depuis le 22 novembre 2005.

J’ai déjà évoqué longuement les élections en Bavière du 14 octobre 2018. La nouveauté, c’est que Horst Seehofer, président de la CSU depuis le 25 octobre 2008, actuel Ministre de l’Intérieur, des Travaux publics et de la Patrie dans le gouvernement d’Angela Merkel (depuis le 14 mars 2018) et ancien ministre-président de Bavière, a annoncé le 12 novembre 2018 à Bautzen qu’il démissionnerait de son mandat de président de la CSU normalement renouvelable seulement en automne 2019 : « Je vais démissionner de la présidence du parti. La décision est prise. (…) Je suis Ministre fédéral de l’Intérieur et continuerai à exercer ce mandat. La décision que j’ai prise n’a aucune conséquence sur ma fonction de Ministre de l’Intérieur. ». Il a pris cette décision après une réunion très tendue avec d’autres responsables de la CSU le 11 novembre 2018 à Munich.

Appesantissons-nous plutôt sur les élections régionales en Hesse du 28 octobre 2018. La Hesse est l’une des seize régions de l’Allemagne fédérale (Länder). Cette région de 6,2 millions d’habitants est puissante économiquement puisqu’elle englobe notamment Francfort. Ces élections ont eu le même "ressort" électoral qu’en Bavière, à savoir un effondrement des deux partis de la grande coalition (CDU et SPD) et une forte progression des Verts (écologistes) et du parti d’extrême droite (AfD).

En voix, la CDU a chuté de 38,1% obtenus aux précédentes élections le 22 septembre 2013 à 27,0%, son pire score depuis 1966. En sièges, elle est passée de 47 sièges sur 110 à 40 sièges sur 137. Le SPD aussi a enregistré une défaite, en chutant de 30,7% à 19,8% des voix, son pire score depuis 1946, et de 37 à 29 sièges. Attention pour le décompte des sièges, le mode de scrutin allemand extrêmement compliqué rend toujours variable le nombre total de sièges dans une assemblée. Ainsi, il y avait 110 sièges attribués aux élections du 22 septembre 2013 et 137 aux élections du 28 octobre 2018 (je ne le repréciserai donc pas par la suite).

Les Verts ont en revanche beaucoup amélioré leur audience électorale, en se hissant au deuxième rang en Hesse, à moins de 100 voix devant le SPD, avec 19,8% des voix (11,1% en 2013) et 29 sièges (15 de plus qu’en 2013). L’AfD est passée de 4,1% à 13,1% des voix et fait donc son entrée au parlement régional avec 19 sièges. Je rappelle aussi que pour espérer avoir des sièges dans une assemblée en Allemagne, il faut représenter au moins 5% des suffrages exprimés de manière globale.

Les deux autres (petits) partis qui comptent en Hesse ont aussi amélioré leurs performances. Le FDP (parti libéral-démocrate, centriste) est passé de 5,0% à 7,5% des voix et a gagné 5 sièges avec 11 sièges. De même, Die Linke (ultra-gauche) est passée de 5,1% à 6,3% des voix et a gagné 3 sièges avec 9 sièges. Un petit bémol. Si le score de Die Linke en 2018 correspond bien à une (petite) progression, ce n’est pas le cas du FDP qui est en deçà de son niveau de 2009. Il faut en effet rappeler que le FDP avait fait un très mauvais score en 2013 (comme au niveau fédéral) et qu’aux précédentes élections régionales en Hesse, le 18 janvier 2009, il avait obtenu 16,2% des voix et 20 sièges sur 118 (donc nettement plus qu’en 2018).

Par ailleurs, il faut noter une baisse de la participation, de 73,2% en 2013 à 67,3% en 2018, ce qui confirme, avec l’effondrement des deux partis de la grande coalition, une méfiance accrue pour les partis au pouvoir en général.

Comme en Bavière, la défaite électorale en Hesse ne va cependant pas bouleverser le gouvernement régional. En effet, depuis un mandat, la coalition sortante était composée de la CDU et des Verts (coalition Noir Vert) et les écologistes souhaitent poursuivre une telle alliance dans cette région, d’autant plus que le FDP a refusé une alliance avec le SPD et les Verts qui pourrait aussi éventuellement gouverner, puisqu’elle recueillerait dans ce cas 69 sièges sur 137, soit autant qu’une alliance CDU-Verts (c’est-à-dire juste la majorité absolue, à un siège près).

Il faut donc bien relativiser avec le regard politique français. Une "défaite" en Allemagne (et c’est bien une défaite sur le plan politique), ne signifie pas la même chose en France. Elle signifie que le parti au pouvoir a chuté à 27% (quel parti en France, aujourd’hui, pourrait se vanter de regrouper autour de lui l’adhésion de 27% du corps électoral exprimé dès un premier tour ?). Elle signifie aussi que le parti au pouvoir a les moyens institutionnels de continuer à gouverner. C’est donc une défaite très relative qui est à comparer avec le score des précédentes élections.

Cela dit, il s’agit bien de défaite, en particulier de défaite personnelle pour la présidente en titre de la CDU qui avait fait une campagne très active pour soutenir le ministre-président sortant de Hesse, un de ses proches, Volker Bouffier (CDU), à ce poste depuis le 31 août 2010. D’autant plus que la campagne en général a bénéficié d’un fort écho médiatique.

Poursuivons avec la CDU justement. Ces deux "défaites" régionales ont surtout été des détonateurs publics d’une fronde interne au sein de la CDU contre la mainmise d’Angela Merkel depuis presque deux décennies. Déjà, la Chancelière avait reçu une véritable "gifle" interne le 25 septembre 2018 avec l’échec de la réélection de son très fidèle Volker Kauder à la présidence du groupe CDU-CSU au Bundestag au profit de Ralph Brinkhaus très opposé au projet européen du Président français Emmanuel Macron.

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Les "frondeurs" de la CDU voulaient donc rendre ouverte officiellement la bataille de la succession d’Angela Merkel, et pour cela, il fallait qu’elle annonçât son retrait prochain tant de la présidence de la CDU que de la candidature à la Chancellerie lors des prochaines élections fédérales. Personne ne songeait raisonnablement à une nouvelle candidature d’Angela Merkel en automne 2021, et encore moins à sa réélection comme Chancelière, pour un mandat qui finirait en automne 2025, soit vingt années de pouvoir ! Helmut Kohl, qui avait déjà cumulé seize années, avait fait une bataille de trop qu’il a perdue, le 27 septembre 1998. Et surtout, qui a fait perdre son parti. Seul, Bismarck a pu se maintenir plus longtemps, mais dans un contexte historique, institutionnel et politique très différent.

Plus concrètement, Angela Merkel veut terminer son mandat jusqu’en 2021, mais à la seule condition qu’elle parvienne à sauvegarder en permanence la grande coalition, c’est-à-dire, l’accord de la CDU-CSU et du SPD. Or, leur effondrement électoral parallèle tend au contraire à les séparer. Notamment le SPD qui avait fait toute sa campagne de 2017 (avec Martin Schulz) en refusant la poursuite d’une telle grande coalition et en se disant qu’une cure d’opposition ne lui aurait fait que du bien.

En annonçant son retrait futur de la vie politique, Angela Merkel a sacrifié l’avenir incertain pour consolider le présent tout aussi incertain. Et cela a fonctionné puisque les responsables des partis au pouvoir semblent accepter cette nouvelle donne.

En fait, le SPD n’a aucun intérêt à provoquer des élections fédérales anticipées qui seraient une boucherie pour ses députés. La présidente du SPD, Andrea Nahles, a d’ailleurs réagi très positivement à la décision d’Angela Merkel : « Elle a pris la tête de la CDU quand elle était en crise. Elle a été la première femme élue à cette fonction. Elle a été moquée par les hommes de son parti et par les médias. Elle a non seulement tenu, mais aussi marqué son parti par une nouvelle culture du pouvoir. La CDU lui doit beaucoup. » ("Le Monde" du 29 octobre 2018). Même les Verts ont rendu hommage à la Chancelière.

Aucun intérêt non plus de précipiter le pays dans de nouvelles élections générales pour la CDU dont l’enjeu est plutôt de désigner un successeur qui aurait un peu de temps pour rendre crédible sa candidature à la Chancellerie. Les deux partis ont donc besoin du temps, ces trois ans que souhaite préserver Angela Merkel. Ce que ne voulaient pas les éventuels héritiers de la CDU, c’était se retrouver comme en 1998 avec une Chancelière indéboulonnable qui les conduirait à une cuisante défaite électorale.

Le congrès du CDU a donc une importance capitale, puisque s’y joue probablement la désignation du futur candidat de la CDU à la Chancellerie en 2021.

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Angela Merkel, très lucide sur sa capacité à durer, ou pas, avait déjà poussé sa "dauphine" en faisant élire Annegret Kramp-Karrenbauer (56 ans), juriste et politologue de formation, au cours d’un congrès extraordinaire le 26 février 2018, par 785 voix sur 794, au poste de secrétaire générale de la CDU (numéro deux). Fort d’une grande expérience politique et électorale, elle a été ministre-présidente de la Sarre du 10 avril 2011 au 1er mars 2018. Angela Merkel avait elle-même occupé le secrétariat général de la CDU du 7 novembre 1998 au 10 avril 2000.

Annegret Kramp-Karrenbauer (dite AKK), qui avait refusé un ministère fédéral au début de l’année 2018 parce qu’elle voulait plus, est appréciée tant des proches d’Angela Merkel car elle a pris position en faveur de la politique migratoire de la Chancelière, que de l’aile droite de la CDU car, bien que classée à l’aile gauche de la CDU (d’un point de vue économique), elle soutient des options plus conservatrices que la Chancelière sur certaines questions de société (elle est par exemple opposée à la double nationalité des personnes titulaires d’un passeport hors Union Européenne). Femme de terrain et d’action, elle a rappelé une des règles de politique : « Vous pouvez être rhétoriquement brillant. Mais au bout du compte, ce qui est important, c’est d’avoir un bilan à présenter. ».

En plus d’AKK, proche d’Armin Laschet (57 ans), le très influent ministre-président de Rhénanie-Nord-Westphalie (depuis le 27 juin 2017), d’où sont originaires ses autres concurrents, deux autres responsables politiques sont aussi candidats à la présidence de la CDU.

Jens Spahn (38 ans), élu plus jeune député de l’histoire allemande à 22 ans au Bundestag le 22 septembre 2002 et constamment réélu, est le véritable représentant du renouvellement au sein de la CDU. Représentant de l’aile conservatrice et opposé depuis plusieurs années à la politique migratoire d’Angela Merkel, dès 2015, il mena la "fronde" au sein de la CDU et fut nommé le 14 mars 2018 Ministre de la Santé pour que fussent réduites ses ardeurs de "dissident".

Le troisième candidat, qui a provoqué un véritable déchaînement médiatique depuis le retrait d’Angela Merkel, c’est Friedrich Merz (63 ans), orateur talentueux, avocat international très fortuné, « très conservateur et chantre du libéralisme économique » selon Pascale Hugues dans "Le Point" du 22 novembre 2018, qui est en passe de devenir le favori de l’élection. Député européen de 1989 à 1994 et député fédéral de 1994 à 2009, il présida le groupe CDU-CSU du 29 février 2000 au 24 septembre 2002 (dans l’opposition) après le scandale qui a touché Wolfgang Schäuble (qui était à la fois président du parti et président du groupe). Angela Merkel a été sa successeure au parti et Friedrich Merz son successeur au groupe et il a essayé plusieurs fois et sans succès d’arracher la présidence du parti à Angela Merkel.

Finalement, il a été poussé vers la sortie par Angela Merkel qui a cumulé présidence du parti et présidence du groupe pendant trois ans, du 24 septembre 2002 au 21 novembre 2005, en compensation de sa non-candidature à la Chancellerie le 22 septembre 2002, laissant Edmund Stroiber (CSU) se faire battre par Gerhard Schröder. Il s’était retiré alors de la vie politique en 2009 pour diriger le plus grand fonds d’investissement au monde (il est aussi le président du conseil de surveillance de la filiale allemande de HSBC).

Candidat à la tête de la CDU et président d’une association au service de l’amitié germano-américaine, il s’est fixé pour objectif de réduire de moitié l’influence électorale de l’AfD, un objectif très "naïf" selon AKK. Dans le journal "Bild", Friedrich Merz a expliqué : « Ces gens-là [les électeurs de l’AfD] ne sont ni des nationalistes ni des antisémites, ce sont des électeurs déçus par les conservateurs. ». Friedrich Merz a le soutien de nombreux acteurs économiques et aussi d’un ancien président de la CDU, Wolfgang Schäuble (76 ans), ancien ministre (Intérieur, Finances) et actuel Président du Bundestag. Au contraire de Jens Spahn, et malgré sa rancune personnelle, il a ménagé Angela Merkel et ses proches en expliquant qu’il entendait rassembler toutes les tendances du parti (libérales, conservatrices et sociales).

Dans un "sondage" publié par "Bild" il y a un mois, Friedrich Merz obtiendrait 43% des voix des 1 001 délégués qui voteront le 7 décembre 2018 au congrès contre 39% pour AKK (selon "Les Échos" du 5 novembre 2018). L’un des principaux thèmes de ce congrès reste l’immigration, d’autant plus que quelques jours plus tard, les 10 et 11 décembre 2018, devrait avoir lieu l’adoption à Marrakech du Pacte des Nations Unies pour des migrations sûres, ordonnées et régulières qui agite beaucoup les esprits, et pas seulement qu’en Allemagne.

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Au-delà de la CDU et de l’Allemagne, il y a en effet l’Europe. Selon "L’Opinion" du 30 octobre 2018, le retrait politique d’Angela Merkel « n’est peut-être pas le dernier clou dans le cercueil des ambitions européennes d’Emmanuel Macron, mais il n’en faudrait pas beaucoup d’autres de la sorte avant que l’on entonne le Requiem ».

Il est vrai qu’on attend toujours une initiative européenne de la part d’Angela Merkel. On l’attend au moins depuis 2012. Mais trop occupée à se soucier de sa coalition gouvernementale, elle n’a jamais eu encore la volonté politique de définir précisément sa doctrine sur le plan européen, sauf, très récemment, le 13 novembre 2018 au Parlement Européen de Strasbourg (j’y reviendrai), sur la création d’une armée européenne.

Pour l’instant, de Chancelière chancelante, la voici en Chancelière en sursis…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 décembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Angela Merkel, la Chancelière chancelante.
Angela Merkel et Emmanuel Macron au Centenaire de l’Armistice 2018.
Bismarck.
Résultats définitifs des élections régionales en Bavière du 14 octobre 2018.
Les élections régionales en Bavière du 14 octobre 2018.
La GroKo d’Angela Merkel.
Trump veut taxer l’acier européen et les voitures allemandes.
Triste jour du 30 janvier 1933.
Allemagne : Martin Schulz quitte la présidence du SPD.
Les élections fédérales allemandes du 24 septembre 2017.
L’Europe de Jean-Claude Juncker.
Le Traité de Maasticht.
Attentat à Berlin.
L’hommage de l’Europe à Helmut Kohl.
Helmut Kohl, le colosse érodé.
Un homme qui a façonné l'histoire.
Helmut Kohl et Viktor Orban.
Angela Merkel, l’honneur de l’Europe de la solidarité.
La Réunification allemande.
L’amitié franco-allemande.
Le symbole de Verdun.
Les risques de la germanophobie.
L’industrie allemande est-elle honnête ?
Le mur de Berlin.
La chute du mur de Berlin.
Les dettes de guerre.
L’Europe, c’est la paix.
Martin Schulz.
Un nouveau Président du Parlement Européen le 17 janvier 2017.
Hans-Dietrich Genscher.
Le décennat de la Bundeskanzlerin.
Vidéos sur Helmut Schmidt.
Helmut Schmidt.
Mutti Merkel, reine du monde ?
Joachim Glauck.
Angela Merkel et François Hollande à Strasbourg.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181029-merkel.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/angela-merkel-la-chanceliere-210349

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13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 04:17

« L’islam fait partie de notre passé et de notre présent, dans tous les domaines de l’activité humaine. Il a contribué à créer l’Europe moderne. Il fait partie de notre héritage. ».


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Celui qui a prononcé les mots ci-dessus les prononcerait-il encore aujourd’hui, en 2018 ? Ils ont été prononcés il y a déjà longtemps, le 27 octobre 1993 au Sheldonian Theatre, à Oxford, en Angleterre. Il y a vingt-cinq ans. C’est-à-dire, bien avant les attentats du 11 septembre 2001, bien avant les massacres des terroristes de Daech

Précisons le contexte et les phrases qui conduisaient leur auteur à cette conclusion sur l’islam : « L’islam médiéval fut une religion d’une tolérance remarquable pour son temps, permettant aux Juifs et aux chrétiens le droit de pratiquer leur culte, un exemple qui ne fut malheureusement pas suivi en Occident durant des siècles. Ce qui est remarquable, c’est la mesure dans laquelle l’islam fait partie de l’Europe depuis si longtemps, d’abord en Espagne, puis dans les Balkans, et la mesure dans laquelle il a contribué si largement à la civilisation que nous tous considérons trop souvent, à tort, comme occidentale. ».

Chaud, chaud devant ! L’auteur de ces paroles sur l’islam n’était autre que …le dénommé Charles de Galles, à ne pas confondre avec Charles De Gaulle, l’un est britannique, l’autre français, l’un a pour père Philip quand l’autre a pour fils Philippe. Appelé aussi le Prince Charles, parce qu’il est prince de Galles, titre de l’héritier au trône du Royaume-Uni, il fête ce mercredi 14 novembre 2018 son 70e anniversaire. 70 ans et toujours pas l’ombre du trône !

Décrit dans le livre biographique de Tom Bower "Le Prince rebelle" sorti le 22 mars 2018 (éd. William Collins) comme « choyé et irascible », le Prince Charles cumulerait de nombreuses "tares" comme un esprit dépensier, très rancunier et détesté par le personnel qui l’entoure et il ne serait pas non plus en très bons termes avec ses parents (sa mère a écourté sa présence lors de son second mariage, avec Camilla Parker Bowles, le 9 avril 2005, pour ne pas rater une course hippique).

Le Prince Charles a battu le record de longévité du "delphinat" (ou de la "delphinitude" ?), puisqu’il est l’héritier de la couronne depuis plus de soixante-six ans. Il avait en effet seulement 3 ans quand sa mère, Élisabeth II, est devenue reine le 6 février 1952, par la force des choses, parce que son grand- père est mort tôt. S’il y a encore un peu de marges avant d’égaler voire dépasser le long règne de Louis XIV, Élisabeth II a tout de même dépassé le long règne de sa lointaine aïeule Victoria.

C’est parce qu’il n’est pas encore roi que le Prince Charles se permet justement quelques incursions dans la politique ou la religion. Ses engagements sont connus depuis longtemps. Il veut une meilleure prise de conscience des phénomènes écologiques. Il a d’ailleurs développé depuis une trentaine d’années un jardin écologique, bio, et depuis 2008, il publie même son "empreinte écologique annuelle", ce qui pourrait paraître, si cela venait à se généraliser, très intrusif dans la vie privée des Terriens. Et par ailleurs, cela reste très anecdotique par rapport aux énergies en jeu à l’échelle planétaire ! Enfin, anecdotique, oui, mais pas dérisoire cependant, puisque, à chacun de ses déplacements, il fait transporter par camions entiers l’ensemble de sa chambre à coucher, lit compris.

Cette plus ou moins vertueuse attitude ne l’empêche pas d’être mis en cause par le scandale des Paradise Papers publiés le 5 novembre 2017 (du reste, comme sa mère). En effet, également duc de Cornouailles, le Prince Charles est rémunéré notamment par son duché qui a investi dans une société offshore des Bermudes dont l’objet est la vente de crédits carbone… Là où vertu planétaire et intérêt du portefeuille se réunissent sur le thème du changement climatique.

Ce n’est pas cet engagement écolomaraîchère qui pourrait susciter le plus de polémique mais quelques prises de positions qui pourraient mettre la diplomatie britannique en porte-à-faux. L’exemple le plus frappant est chinois, il a refusé tout contact avec un représentant officiel de la Chine populaire. Il n’a pas visité ce pays et a qualifié les dirigeants chinois en 1997 de « momies de cire ». Par ailleurs, il a rencontré plusieurs fois le dalaï-lama, au grand dam de Pékin. Le Prince Charles a également exprimé plusieurs fois son antipathie envers Vladimir Poutine.

Dans une interview publiée le 8 novembre 2018 par la BBC, le Prince Charles a voulu rassurer tous les "sujets" britanniques sur son comportement futur en tant que roi : « Le rôle de monarque et celui de prince de Galles sont totalement différents. Je ne serai pas un roi intrusif. (…) Et l’idée que je puisse continuer à agir de la même façon, si je dois succéder [à la reine], est complètement absurde parce que les deux situations sont complètement différentes. ».

Et d’annoncer qu’il ne continuerait plus à militer : « Non, ça n’arrivera pas. Je ne suis pas aussi stupide. Je me rends compte qu’il s’agit d’un exercice distinct, celui de la souveraineté. Donc, bien sûr, je comprends tout à fait comment cela doit fonctionner. ».

Dans "Le Point" du 8 novembre 2018, Linda Colley, professeure d’histoire britannique à l’Université de Princeton, a expliqué pourquoi le Prince Charles aurait du mal à régner : « En plaçant des limites au pouvoir royal, le système monarchique émascule les rois qui ne peuvent plus mener leurs troupes au combat ou intervenir dans le jeu politique. Comme le montre le succès des règnes de Victoria et d’Élisabeth II, ce régime convient mieux aux femmes qu’aux hommes. ».

Comme l’écrit le correspondant à Londres de l’hebdomadaire "Le Point", Marc Roche, le 8 novembre 2018 : « Après cette mise au point, le Prince Charles va désormais se cantonner au rôle traditionnel de l’héritier au trône : attendre. ».

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Le 20 avril 2018, lors de la réunion des chefs d’État et de gouvernement des cinquante-trois États membres du Commonwealth, il a été décidé unanimement que le Prince Charles serait le prochain chef du Commonwealth après la mort de sa mère Élisabeth II. Cette fonction, créée le 28 avril 1949 et purement honorifique (de représentation), si elle n’a été occupée pour l’instant que par les différents souverains britanniques, n’est cependant pas héréditaire. Rien, dans les textes, ne l’y oblige et notamment, rien n’oblige les différents dirigeants de ces États qui sont seuls habilités à désigner ce successeur.

Il s’agit d’un consensus officiellement, mais Tom Bower, l’auteur du livre polémique sur le Prince Charles, a laissé entendre qu’au moins un dirigeant aurait désapprouvé ce choix. La reine avait déclaré à ces dirigeants : « Je souhaite sincèrement que le Commonwealth continue d’offrir stabilité et continuité pour les générations futures et décide qu’un jour, le prince de Galles poursuive cet important travail. ». Le Prince Charles est en tout cas soutenu pour ce futur titre par la Premier Ministre britannique Theresa May et par le Premier Ministre canadien Justin Trudeau. En revanche, le leader de l’opposition à Londres, Jeremy Corbyn (travailliste), a déclaré le 15 avril 2018 qu’il souhaiterait une présidence tournante.

Le Prince Charles pourra-t-il cependant succéder à sa mère ? Élisabeth II a plus de 92 ans et demi, mais pourtant, malgré son âge, elle est encore en bonne santé et garde une forme exceptionnelle, tant intellectuelle que physique, elle est même capable de soutenir plusieurs conversations en même temps dans un dîner mondain. Sa propre mère Elizabeth Bowes-Lyon est morte quatre mois avant son 102e anniversaire, le 30 mars 2002. Si Élisabeth II décédait au même âge, le Prince Charles aurait alors… 79 ans !

Son appellation ne serait d’ailleurs pas évidente. Charles III serait déconseillé en raison du destin funeste de Charles Ier (1600-1649), décapité, et de celui du fils de celui-ci, Charles II (1630-1685), en exil pendant une dizaine d’années à cause du pouvoir de Cromwell (1599-1658). Il pourrait donc choisir George VII en mémoire de son grand-père George VI, qui a aussi donné le prénom à son petit-fils aîné.

Après l’exemple de l’Espagne, de la Belgique et d’autres pays européens, l’hypothèse d’une abdication de la reine à partir d’un certain âge, par exemple 95 ans, pourrait être imaginable. Ou alors, la mise en place d’une régence où le Prince Charles remplacerait progressivement sa mère. Pourtant, d’après une "amie intime de la reine" qui en a fait état au quotidien "The Mirror", Élisabeth II ne semblerait pas du tout disposée à lâcher la couronne avant sa mort. Lors de la renonciation du pape Benoît XVI en février 2013, elle lui aurait lâché : « Jamais je ne ferai une chose pareille. ». Cheffe de l’Église anglicane, elle serait plutôt de l’école de Jean-Paul II.

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En fait, le Prince Charles pourrait faire les frais de la longévité de sa mère. En effet, aujourd’hui, celui qui représente l’avenir de la couronne britannique serait plutôt son fils aîné William, duc de Cambridge, né le 21 juin 1982 (fils aussi de Lady Di), qui a tout du dauphin exemplaire, avec sa femme Kate et leurs trois enfants George (né le 22 juillet 2013), Charlotte (née le 2 mai 2015) et Louis (né le 23 avril 2018). Si l’idée de sauter une génération pourrait venir dans l’esprit des Britanniques, le Prince Charles, lui, ne semble pas du tout prêt à laisser passer son tour…

Peut-être parce que je suis un indécrottable républicain, je reste toujours dubitatif sur le principe héréditaire des monarchies, qui me paraît d’autant plus anachronique qu’irrationnel. En effet, comment une nation peut-elle dépendre de la vie privée et affective de ses souverains successifs et de leur fécondité ? En quoi l’hérédité confère-t-elle une capacité à représenter un peuple ? Et maintenant que l’espérance de vie est élevée, le principe héréditaire impose désormais systématiquement des monarques vieillissants. À moins de souhaiter la mort rapide du souverain pour laisser la place à la génération plus jeune, ce qui, dans tous les cas, laisserait un goût amer sinon malsain durant le règne. Curieusement, ce n’est pas cet esprit qui se dégage avec l’interminable règne d’Élisabeth II, probablement parce que sa stature, sa tenue et aussi son intelligence lui ont toujours apporté un respect unanime et durable. Un respect que le Prince Charles devra, en revanche, imposer avec un peu plus de difficulté…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 novembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Philip Mountbatten.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
Élisabeth II.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181114-prince-charles.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-prince-charles-sera-t-il-un-209521

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9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 20:17

« J’ai cru pendant quelques mois au national-socialisme : je pensais qu’il était une fièvre nécessaire et je voyais y participer certains hommes qui sont parmi les plus remarquables et les plus sages de l’Allemagne. Mais ceux-là, un à un, il les écarte ou les exécute : Papen, Schleicher, Neurath… Et même Blomberg. Il ne reste maintenant que des aventuriers en chemise. » (Guillaume II, le 30 septembre 1938).



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Il y a cent soixante ans, le 27 janvier 1859, à Berlin, est né Frédéric Guillaume Victor Albert de Hohenzollern, plus connu sous le nom de Guillaume II, fils et petit-fils des deux premiers empereurs de l’Allemagne unifiée par Bismarck. Comme le tsar Nicolas II, son cousin, il était le petit-fils de la reine britannique Victoria.

Guillaume II a succédé à son père Frédéric III (1831-1888), à la mort de celui-ci, le 15 juin 1888, à la fois comme roi de Prusse et empereur de l’Allemagne. Atteint d’un cancer du larynx et incapable de parler (il ne pouvait communiquer que par écrit), Frédéric III, considéré par le Premier Ministre britannique de l’époque comme le "Barberousse du libéralisme allemand", avait donné beaucoup d’espoirs aux libéraux allemands, mais il n’a régné que quatre-vingt-dix-neuf jours, car son père, en revanche très conservateur, Guillaume Ier (1797-1888), premier empereur allemand proclamé le 17 janvier 1871 à la galerie des glaces du château de Versailles, a vécu et régné longtemps, jusqu’au 9 mars 1888, quelques jours avant ses 91 ans.

Le règne de Guillaume II fut très long, puisqu’il est devenu empereur à l’âge de 29 ans. Il a duré plus de trente ans, mais si l’histoire ne s’était pas précipitée, il aurait pu régner cinquante-trois ans ! De Bismarck à Hitler.

En effet, lors de son avènement, Bismarck était encore Chancelier (chef du gouvernement), il l’était depuis la proclamation de l’Empire allemand (et même avant uniquement en Prusse), mais les deux hommes n’avaient pas la même conception de la société industrielle qui naissait. Bismarck a dû quitter le pouvoir 20 mars 1890 en raison de ses lois antisociales tandis que Guillaume II a accordé la journée de huit heures de travail dans les mines.

Chose intéressante à noter, Guillaume II a voulu étendre cette mesure à tous les pays européens pour ne pas handicaper l’industrie allemande. L’idée d’une coopération européenne dans le domaine économique était déjà en germe à une époque où Victor Hugo (déjà décédé) avait auparavant appelé de ses vœux la création des États-Unis d’Europe.

Cette ouverture sociale avait le but de développer l’industrie allemande, mais aussi l’Empire allemand en général, tant son économie que sa culture, son éducation, ses universités, sa recherche scientifique et aussi son armée. Il a aussi engagé l’Allemagne dans une politique colonialiste (l’Allemagne était en retard par rapport aux autres pays européens) en développant la marine allemande.

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Cette politique a eu des avantages, renforcement de l’innovation, du progrès technologique, etc., mais son objectif n’était pas forcément heureux, puisqu’il s’agissait de renforcer le nationalisme allemand. En ce sens, contrairement à d’autres empereurs européens, François-Joseph Ier d’Autriche (1830-1916) et Nicolas II de Russie (1868-1918), Guillaume II fut un empereur "moderne". Mais en même temps, il concentra un très fort pouvoir personnel. Il pourrait être considéré comme un "despote éclairé". Ou à moitié "éclairé", car son comportement et ses grandes responsabilités dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale sont encore un sujet d’études pour les historiens.

En effet, après l’attentat de Sarajevo le 28 juin 1914, Guillaume II a plutôt encouragé l’Autriche-Hongrie à déclarer la guerre à la Serbie, poussant toutes les nations européennes dans une guerre terrible pendant quatre ans, alors que personne ne pensait qu’elle durerait plus que quelques mois.

Les défaites de l’armée allemande en été et automne 1918 ont mis Guillaume II en grande difficulté politique. Le 3 octobre 1918, il nomma Max de Bade (1867-1929), grand aristocrate libéral, Chancelier de l’Empire allemand, dans le but de négocier la paix avec les Alliés de la France. Parallèlement, des mutineries dans l’armée et la révolution à Berlin se préparaient.

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Max de Bade, pour désamorcer les risques de révolution (et éviter que l’Allemagne tournât comme la Russie bolchevik), imposa à Guillaume II son abdication le 9 novembre 1918, il y a un siècle, ainsi que celle de son fils aîné qui aurait été Guillaume III (1882-1951), le (dernier) Kronprinz (prince héritier) de l’Empire allemand.

Max de Bade démissionna le même jour du gouvernement, se retira de la vie politique et laissa au social-démocrate Friedrich Ebert (1871-1925) la tête du pays. Friedrich Ebert fut Chancelier du Reich du 9 novembre 1918 au 13 février 1919 puis premier Président de la République de Weimar (Président du Reich) du 11 février 1919 à sa mort, le 25 février 1925 (élu par les parlementaires allemands). La Constitution de la République de Weimar fut promulguée le 11 août 1919 après une violente répression contre les révolutionnaires communistes.

Le successeur de Friedrich Ebert fut le vieux maréchal Paul von Hindenburg (1847-1934), élu le 26 avril 1925 et réélu le 10 avril 1932, qui fut le chef d’état-major des armées allemandes du 29 août 1916 au 3 juillet 1919 et gouvernait l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale avec le général Erich Ludendorff (1865-1937). Hitler fut l’adversaire malheureux de Hindenburg lors de l’élection présidentielle des 13 mars et 10 avril 1932, mais à la mort du militaire, le 2 août 1934, le chef nazi fusionna les deux fonctions exécutives, Chancelier et Président en une seule, Führer du Reich. Entre temps, Hindenburg avait été contraint de le nommer Chancelier le 30 janvier 1933.

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Quant à Guillaume II, craignant qu’un retour à Berlin, après son abdication, contribuât à mettre en danger sa vie et celle de sa famille (le précédent des Romanov l’avait traumatisé et certains responsables politiques parmi les pays vainqueurs voulaient même le pendre en tant que premier responsable de la guerre), il se réfugia à Doorn, ville des Pays-Bas, près d’Utrecht, où il vécut encore vingt et un ans. Son exil fut une nouvelle vie à cause du suicide d’un de ses enfants, Joachim (1890-1920) le 18 juillet 1920, et surtout de la mort de son épouse Augusta-Victoria (1858-1921) le 11 avril 1921 (il se remaria le 9 novembre 1922 avec la princesse Hermine Reusse zu Greiz).

Interrogé par le journaliste W. Burckhardt, dans l’hebdomadaire français "Voilà" n°393 du 30 septembre 1938, au moment des Accords de Munich, l’empereur déchu fut très sévère contre Hitler et même contre sa politique antisémite (alors qu’il avait lui-même une tendance à être antisémite). Il méprisait beaucoup Hitler et sa bande et n’avait jamais reçu que Goering, parce qu’il lui avait remis une médaille militaire le 2 juin 1918.

Guillaume II fustigeait le comportement personnel de Hitler : « Tout repose sur lui.. Tout est clair… Alors qu’en 1914, tout reposait sur une douzaine d’hommes, et que la confusion était telle qu’on ne peut déterminer, même aujourd’hui, la part de chacun. ». Cette dernière phrase montre que la recherche de la responsabilité du déclenchement de la Première Guerre mondiale restera difficile à mener car l’ancien empereur convenait de cette confusion de responsabilité entre lui-même et les hauts gradés militaires.

Il fustigeait aussi la politique du nazi : « Cet homme pourrait apporter chaque année des victoires à notre peuple, sans lui apporter ni la grandeur ni l’apaisement. Et de notre Allemagne qui était une nation de poètes, de musiciens, d’artistes et de soldats, il a fait une nation d’inquiets et de solitaires noyés dans une foule et menée par mille déments ou illuminés… ».

Ce dégoût pour les nazis (il fut même honteux d’être un Allemand après la Nuit de Cristal le 10 novembre 1938) peut expliquer pourquoi il n’y a eu aucune relation entre Hitler et Guillaume II. On aurait pu penser, par exemple, que le dictateur nazi aurait voulu récupérer la grandeur impériale et nationaliste représentée par l’ancien empereur qu’il aurait pu réhabiliter et restaurer après la mort du maréchal Hindenburg. C’est oublier aussi que le pouvoir absolu ne se partage jamais.

À sa mort le 4 juin 1941, à l’âge de 82 ans, le Kaiser fut enterré dans sa ville néerlandaise, Doorn, et contrairement à ses dernières volontés, des croix gammées furent portées par les délégués nazis qui se rendirent à son enterrement. Malgré cette anecdote, Guillaume II a gardé cet honneur de s’être opposé (très passivement) aux nazis et cela montre notamment que la Seconde Guerre mondiale était d’une nature totalement différente de la Première Guerre mondiale : d’une guerre de nationalismes, les nations européennes sont passées à une guerre d’idéologies.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 janvier 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Un site intéressant d’archives sur Guillaume II : kaiser-wilhem-ii.over-blog.com/.
Guillaume II.
10 et 11 novembre 2018 : la paix, cent ans plus tard.
La Grande Guerre, cent ans plus tard.
L’attentat de Sarajevo.
Clemenceau en 1917.
Maréchal, vous revoilà !
Bismarck.
Nicolas II.
Rosa Luxemburg.
La Révolution russe.
Hitler.
Les Accords de Munich.
Le patriotisme.
Les valeurs républicaines.
L’Europe à la Sorbonne.
L’Union Européenne, c’est la paix.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181109-empereur-guillaume-ii.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/01/26/37050647.html



 

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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 08:27

Né le 29 septembre 1938 à Bergambacht, Wim Kok fut d'abord un syndicaliste. Secrétaire confédéral de la NVV en 1969, vice-président de la NVV en 1972, il fut élu président de la NVV en 1973 puis président de la Confédération syndicale des Pays-Bas (FNV) , fusion de la NVV et du syndicat catholique NKV, du 1er janvier 1976 au 11 septembre 1985. S'engageant en politique, il fut élu pour la première fois député le 3 juin 1986, et il a pris la tête du parti travailliste (PvdA) et de son groupe parlementaire du 21 juillet 1986 au 15 décembre 2001. Il succéda à la tête des travaillistes à Joop den Uyl (1919-1987), Premier Ministre du 11 mai 1973 au 19 décembre 1977. Il dirigea l'opposition au gouvernement démocrate-chrétien de Ruud Lubbers. Lors des élections législatives du 6 septembre 1989, Ruud Lubbers n'a obtenu que 54 sièges du CDA sur 150 (en tête), face aux 49 sièges du PvdA et 22 sièges du parti libéral démocrate VVD. La coalition CDA-VVD n'étant pas suffisamment stable, Ruud Lubbers et Wim Kok décidèrent de former une grande coalition CDA-PvdA disposant de 103 sièges. Wim Kok fut alors nommé Vice-Premier Ministre et Ministre des Finances du 7 novembre 1989 au 22 juillet 1994. Les élections législatives du 3 mai 1994 furent catastrophique pour la coalition : si le PvdA est arrivé en tête avec 37 sièges, suivi du CDA avec 34 sièges, les deux partis ont subi de grosses pertes au profit d'un nouveau parti, Les Démocrates 66 (D66) qui, avec ses 24 sièges, refusèrent de former une coalition de centre droit avec le CDA et le VVD (31 sièges). Au contraire, une coalition violette fut formée avec le PvdA, D66 et le VVD, disposant de 92 sièges sur 150. Wim Kok fut nommé Premier Ministre du 22 août 1994 au 22 juillet 2002 et la coalition fut renforcée avec 97 sièges lors des élections législatives du 6 mai 1998. Annonçant qu'il se retirerait du pouvoir à l'occasion des élections législatives du 15 mai 2002, il laissa la tête du PvdA à Ad Melkert le 15 décembre 2001. Cependant, son gouvernement démissionna le 15 avril 2002, avant les élections, en raison de sa responsabilité indirecte dans le massacre de Srebrenica. Les élections du 15 mai 2002 furent remportées par les démocrates-chrétiens et Jan Peter Balkenende fut nommé Premier Ministre. Entre 2004 et 2007, Wim Kok s'impliqua dans des groupes de réflexion sur l'avenir de l'Europe (en particulier, en 2007, dans le groupe Amato).

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181020-wim-kok.html



 

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15 octobre 2018 1 15 /10 /octobre /2018 00:36

Les informations entre parenthèses correspondent à la comparaison avec les résultats des précédentes élections du 15 septembre 2013. En rouge : en chute. En vert : en hausse. Cette année, le nombre total de sièges dans le Landtag de Bavière est de 205 (majorité absolue : 103 sièges).

CSU (chrétiens-sociaux) : 37,2% (47,7%) et 85 sièges (101 sièges sur 180).
Verts (écologistes) : 17,5% (8,6%) et 38 sièges (18 sièges sur 180).
FW (divers, centre droit) : 11,6% (9,0%) et 27 sièges (19 sièges sur 180).
AfD (extrême droite) : 10,2% (nouveau parti) et 22 sièges (zéro siège).
SPD (sociaux-démocrates) : 9,7% (20,6%) et 22 sièges (42 sièges sur 180).
FDP (libéraux) : 5,1% (3,3%) et 11 sièges (zéro siège).

Zéro siège pour le Landtag de Berlin en 2018-2023 :
Die Linke : 3,2% (2,1%).
BP : 1,7%.
ÖDP : 1,6%.
Autres : 2,2%.

Participation : 72,4% (63,6%).

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181014-baviere-merkel-bayern.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181014-resultats-regionales-baviere.html

 

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