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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 19:32

« La cote d’alerte est atteinte. Il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. » (Georges Marchais, le 6 janvier 1981).



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Le regard féroce, le rire carnassier, la voix grave du sergent-chef, Georges Marchais, qui est né il y a 100 ans, le 7 juin 1920, était l’un des personnages les plus importants de la vie politique française des années 1970 et 1980. Les moins de 45 ans ne l’auront pas vraiment connu et, on s’en étonnera, en bien ou en mal, selon les cas, il n’a pas eu la postérité que le temps d’occupation d’antenne et d’articles dans les journaux laissait prévoir.

Grande gueule, je l’avais évoquée à propos d’un documentaire portrait très intéressant diffusé à la télévision française le 1er mai 2008. Georges Marchais faisait partie de cette fameuse "bande des quatre" tant décriée par Jean-Marie Le Pen, qui s’y sentait exclu, bande des quatre avec François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac : PCF, PS, UDF, RPR. Finalement, dès le milieu des années 1980, Jean-Marie Le Pen a repris le rôle de la grande gueule médiatique à au chef d’un parti communiste en voie de disparition (en fait, le PCF existe toujours en 2020, avec un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale et un au Sénat, mais sans doute comme bientôt le PS, il suit la voie du très imposant Parti radical de la Troisième République).

Georges Marchais avait donc 20 ans en 1940, mais, contrairement à certains illustres résistants de son âge, l’ouvrier a travaillé jusqu’à aller à Augsbourg dans les usines de Messerschmitt. La polémique court toujours pour savoir s’il a été contraint et forcé ou s’il était volontaire, et finalement, qu’importe car le résultat est bien le même, il a travaillé pour une usine allemande en pleine guerre, et surtout, il n’a pas résisté. Très loin de suivre l’exemple de Jacques Duclos, son modèle était plutôt le stalinien Maurice Thorez (1900-1964). C’est grâce à lui que, permanent de la CGT, il a grimpé rapidement dans l’appareil du PCF, d’autant plus vite que Maurice Thorez s’est dépêché de purger la vieille garde avant d’être purgé lui-même avec le vent de rénovation khrouchtchevienne.

Bombardé en 1961 secrétaire à l’organisation, il a commencé à avoir une influence interne décisive au sein du PCF. Georges Marchais était le bras droit de Maurice Thorez pour veiller au maintien des "orthodoxes" contre les "rénovateurs". La santé très faible du secrétaire général en titre du PCF, Waldeck Rochet (1905-1983) a fait que Georges Marchais a dirigé ce parti du 9 juin 1969 au 29 janvier 1994 (officiellement secrétaire général adjoint le 8 février 1970 et secrétaire général le 17 décembre 1972). Il y a eu une rivalité interne entre lui et Roland Leroy pour prendre la succession de Waldeck Rochet. Gaston Plissonnier fut l’un des partisans internes les plus efficaces de Georges Marchais.

Pas encore à la tête du PCF, Georges Marchais a écrit une tribune mémorable dans le journal "L’Humanité" du 3 mai 1968 pour s’en prendre aux mouvements gauchistes et trotskistes, ainsi qu’à "l’anarchiste allemand" Daniel Cohn-Bendit : « Comme toujours lorsque progresse l’union des forces ouvrières et démocratiques, les groupuscules gauchistes s’agitent dans tous les milieux. Ils sont particulièrement actifs parmi les étudiants. (…) Non satisfaits de l’agitation qu’ils mènent dans les milieux étudiants, agitation qui va l’encontre des intérêts de la masse des étudiants et favorise les provocations fascistes, voilà que ces pseudo-révolutionnaires émettent maintenant la prétention de donner des leçons au mouvement ouvrier. (…) Ces faux révolutionnaires doivent être énergiquement démasqués car, objectivement, ils servent les intérêts du pouvoir gaulliste et des grands monopoles capitalistes. ».

Dans cette diatribe, ce qui est "mignon", c’est l’association récurrente entre le pouvoir en place et l’intérêt des "capitalistes". Or, à cette époque, le pouvoir, c’était De Gaulle. Avec Emmanuel Macron, cela n’a pas vraiment changé, sans beaucoup plus d’effet d’ailleurs, à cela près que certains qui continuent dans l’anticapitalisme osent aujourd’hui se réclamer de …De Gaulle et du gaullisme ! Mémoire courte, allez comprendre !…

Georges Marchais a eu une carrière électorale dans le Val-de-Marne, élu député de Créteil puis de Villejuif de mars 1973 jusqu’à la dissolution du 21 avril 1997. Il fut également élu député européen de juin 1979 à juin 1989. Mais bien entendu, l’épopée médiatique de Georges Marchais n’avait rien d’une trajectoire parlementaire, elle était celle d’un présidentiable qui, auparavant, était le partenaire privilégié d’un ancien décoré de la francisque…

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En effet, le programme commun d’union de la gauche a été négocié puis adopté le 27 juin 1972 et signé le 12 juillet 1972 à l’hôtel Continental par trois chefs de parti : François Mitterrand, devenu premier secrétaire du PS en 1971, Robert Fabre, président du Mouvement des radicaux de gauche (MRG), parti minoritaire du parti radical acceptant l’alliance avec les communistes, et enfin, Georges Marchais, secrétaire général du PCF, qui, à l’époque, était le parti, de ces trois partis, le plus fort électoralement puisque la dernière consultation électorale nationale fut le premier tour de l’élection présidentielle du 1er juin 1969 avec le candidat communiste placé en troisième position avec 21,3% des voix (derrière Georges Pompidou et Alain Poher).

Les élections législatives de mars 1973 furent les premières élections nationales d’après la signature de l’union de la gauche (et aussi d’après la désignation officielle de Georges Marchais à la tête du PCF). La mousse médiatique avait tellement pris que l’hypothèse d’une victoire de la gauche était dans tous les esprits. Il était alors question de laisser le Président. François Mitterrand a effectivement lancé : « Pompidou, on le gardera. ». Et dans sa conférence de presse du 11 janvier 1973, Georges Marchais a confirmé, mi-agacé mi-amusé : « Ben quoi, ce sont des élections législatives, et pas des élections présidentielles ! ».

Dans ses "Cahiers secrets", la journaliste Michèle Cotta a confié qu’elle s’était amusée avec Maurice Faure (radical de gauche) le 18 janvier 1973 sur la composition du gouvernement en cas de victoire de l’union de la gauche. Il n’y a évidemment rien d’officiel, juste les idées des deux joueurs, mais cela pouvait donner l’état d’esprit des rapports de force entre les différentes personnalités de gauche : « Mitterrand, bien sûr, est à Matignon. Nous nommons deux ministres d’État : Guy Mollet (Justice) et Georges Marchais. [Maurice] Faure parle de Duclos comme troisième. Je le récuse : trop vieux. Gaston Defferre, nous le mettons aux Finances, Robert Fabre à l’Intérieur, Roland Leroy à l’Éducation nationale, un communiste à l’Équipement, Robert Pontillon secrétaire d’État aux Affaires étrangères, et Pierre Mauroy à la Défense. Jean-Pierre Chevènement, Pierre Joxe et Claude Estier sont secrétaire d’État. ».

Au premier tour du 3 mars 1973, les communistes ont gardé leur avance sur les socialistes, avec respectivement 21,3% des voix (celles de Jacques Duclos) et 18,9%, mais ont perdu du terrain au second tour en sièges, avec 73 députés communistes, 89 députés socialistes et 12 députés radicaux de gauche. Ce n’était pas encore très clair, mais le PS reprenait de l’avance sur le PCF, ce qui était le début d’une tendance historique durable et irréversible.

Finalement, à l’issue du second tour du 11 mars 1973, malgré une perte de 101 sièges (de la chambre introuvable de l’après-mai 68), la majorité gaullo-centriste a conservé la majorité absolue avec 281 sièges sur 488. Le Premier Ministre sortant Pierre Messmer fut reconduit à Matignon pour former son deuxième gouvernement le 2 avril 1973. Le candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle de 1974, François Mitterrand, a échoué, mais le résultat était très serré puisque cela s’est joué à moins de 400 000 voix près en faveur de Valéry Giscard d’Estaing (50,81%) au second tour du 19 mai 1974.

Après la victoire de l’union de la gauche aux élections municipales de mars 1977, on pouvait imaginer que les élections législatives suivantes, en mars 1978, allaient donner un avantage à cette dynamique politique encore inédite sous la Cinquième République, au point que, dans son discours à Verdun-sur-le-Doubs le 27 janvier 1978, le Président Valéry Giscard d’Estaing a envisagé l’éventualité de la défaite et son acceptation d’une cohabitation, lui-même s’exilant au château de Rambouillet pour laisser le gouvernement gouverner : « Vous pouvez choisir l’application du programme commun. C’est votre droit. Mais si vous le choisissez, il sera appliqué. Ne croyez pas que le Président de la République ait, dans la Constitution, les moyens de s’y opposer. J’aurais manqué à mon devoir si je ne vous avais pas mis en garde. ».

La perspective d’une victoire de la gauche était donc très forte. Mais six mois avant le scrutin, coup de théâtre : le PS et le PCF ne se sont pas mis d’accord sur la "réactualisation" du programme commun (qui datait de 1972). Et un point d’achoppement essentiel fut la dissuasion nucléaire. Le PS n’avait alors pas de doctrine sur le sujet alors que les sondages le donnaient gagnant en mars 1978. François Mitterrand a tenté timidement de proposer un référendum sur la question le 26 juillet 1977, et le lendemain, au journal télévisé de 13 heures sur TF1, il a mis en doute la dissuasion nucléaire. Or, le PCF avait évolué sur la question avec le rapport Kanapa qui, en mai 1977, soutenait la force de dissuasion.

En écoutant François Mitterrand parler à la télévision, Georges Marchais, qui était en vacances en Corse avec sa famille, fut surpris et furieux par ces propos. Le leader communiste a contre-attaqué dans le journal d’Antenne 2 le 28 juillet 1977 : « On ne peut pas s’en remettre à un référendum pour résoudre le problème de la défense… La force de frappe française doit être indépendante. ».

Ce ne fut que le 21 janvier 1980, alors qu’il allait se présenter à l’élection présidentielle de 1981, que Georges Marchais avait donné sa version de cette rupture durant l’été 1977. Il a en effet déclaré sur le plateau de "Cartes sur table", la célèbre émission politique de Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel : « Quand j’ai entendu François Mitterrand refuser de s’engager sur l’existence d’une défense nationale indépendante, j’ai dit à ma femme : "François Mitterrand a décidé d’abandonner le programme commun de la gauche ! Fais les valises, on rentre à Paris ! ».

Concrètement, ils sont retournés à Paris trois jours plus tard, et Georges Marchais devait de toute façon assister à un bureau politique le 3 août 1977. Par ailleurs, la rupture de l’union de la gauche a eu lieu en septembre 1977.

Cette phrase (considérée comme misogyne jusque dans la rédaction de "L’Humanité" qui changea la phrase en "On fait les valises et on rentre à Paris") a été une pépite des imitateurs, notamment de Thierry Le Luron en y ajoutant le prénom de la femme : "Liliane, fais les valises, on rentre à Paris !".

Liliane, née Grelot, épouse Garcia puis Marchais, était, depuis février 1977, la seconde épouse de Georges Marchais. Elle est morte récemment du covid-19, le 9 avril 2020 à l’âge de 84 ans (née le 24 août 1935). Elle était loin d’être la femme soumise à son mari comme la phrase impérative semblait la décrire. Au contraire, elle fut une responsable et militante communiste très active (c’est par ce militantisme qu’ils se sont rencontrés). Elle fut la dirigeante de la puissante fédération du PCF du Val-de-Marne de 1961 à 1976.

Le 11 avril 2020, Emmanuel Macron a rendu hommage à Liliane Marchais ainsi : « Son nom ne doit pas nous tromper : elle était une femme politique bien avant, puis tout autant, que la femme d’un homme politique. (…) Loin d’être une épouse aux ordres, elle avait d’ailleurs dit à son mari qu’il les ferait lui-même désormais, ses valises, Liliane Marchais avait ses propres opinions sur tout : militante de toujours, elle s’était engagée en politique bien avant de rencontrer Georges Marchais, donc, et elle s’était battue pour la place des femmes dans la société en général, et pour leur place en politique tout particulièrement. ».

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Il faut ajouter, pour compléter le tableau, que Georges Marchais, loin d’être un père ou un mari inaccessible à causse de ses activités nationales, a vécu une vie familiale paisible (bien que multi-recomposée) dans son pavillon de Champigny-sur-Marne, s’occupant beaucoup de l’éducation du fils du couple.

Revenons aux élections législatives de mars 1978 : finalement, la gauche a encore échoué, de très près. Au premier tour le 12 mars 1978, les candidats de la majorité présidentielle ont totalisé 46,5% des voix et ceux de la gauche 45,2%, un très faible écart. En voix, le PS était à 22,8%, devant le PCF à 20,6%. Au second tour du 19 mars 1978, malgré quelques pertes de siège, la majorité UDF-RPR a préservé 287 sièges sur 491, reconduisant Raymond Barre à Matignon.

La différence avec 1973, c’était que la gauche était en processus de rupture et pas d’union. À l’intérieur du PS, Michel Rocard a pris beaucoup d’importance sur François Mitterrand (même si le congrès de Metz en avril 1979 l’a remis à sa place),  et le PCF était décidé à faire cavalier seul aux prochaines échéances, avec quelques déclarations qui ont marqué la postérité de Georges Marchais.

Ainsi, dans "L’Humanité" du 13 février 1979, Georges Marchais a parlé d’un « bilan globalement positif en URSS », une expression malheureuse qui lui resta collé comme le sparadrap du capitaine Haddock, surtout après l’invasion de l’URSS en Afghanistan qu’il a approuvée en décembre 1979.

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Tête de la liste du PCF aux premières élections européennes du 10 juin 1979, Georges Marchais s’est retrouvée en troisième position avec 20,5%, derrière la liste socialiste menée par François Mitterrand avec 23,5%. Cette nouvelle confirmation de la plus grande importance du PS sur le PCF (en 1978 et en 1979) a sans doute eu un effet à l’élection présidentielle de 1981, celui de rassurer des électeurs modérés qui craignaient que François Mitterrand fût l’otage des communistes. Or, ce ne fut pas le cas, car le PCF commençait son lent déclin.

Georges Marchais fut donc candidat à l’élection présidentielle de 1981, et avec sa gouaille, sa candidature fit le bonheur des humoristes et imitateurs. Il est d’ailleurs très intéressant de revoir ses prises de positions durant cette campagne présidentielle, car elles furent parfois reprises par …Jean-Marie Le Pen, si bien qu’il ne fallait pas s’étonner que le Front national s’accaparât plus tard des voix des ouvriers aux dépens du PCF.

Ainsi, Georges Marchais s’est exprimé sur l’immigration dans "L’Humanité" du 6 janvier 1981 : « En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. La cote d’alerte est atteinte. Il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Se trouvent entassées dans des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. ». Le populaire est devenu populiste.

Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle du 26 avril 1981 a été terrible pour Georges Marchais, relégué en quatrième position de la "bande des quatre", avec 15,3% des voix (Jacques Chirac, qui était parti de très bas dans cette compétition, l’a doublé à 18,0%). Mais le pire pour lui, ce fut le 10 mai 1981 avec l’élection de François Mitterrand. La gauche devenait majoritaire mais les socialistes avaient seuls tous les leviers. Les communistes, revenus au gouvernement avec ses quatre ministres nommés le 23 juin 1981, Charles Fiterman, Jack Ralite, Marcel Rigout et Anicet Le Pors (présentés à l’Élysée lors du conseil des ministres du 25 juin 1981, le même jour que la venue du Vice-Président américain Georges HW Bush), sont devenus des supplétifs des socialistes au gouvernement : de juin 1981 à juillet 1984 et de juin 1997 à mai 2002.

La suite ne fut qu’une lente descente électorale, érosion, effritement, avec le point de singularité aux élections européennes du 17 juin 1984, premier scrutin national depuis les élections de 1981. Georges Marchais était encore la tête de la liste du PCF et a obtenu 11,2% des voix, certes en troisième position (grâce à la grande liste d’union UDF-RPR menée par Simone Veil qui a obtenu 43,1% !), mais il fut talonné de très près par la liste du FN menée par Jean-Marie Le Pen qui a atteint 11,0%. Le pari de ce dernier était gagné, puisqu’il voulait faire jeu égal avec les communistes, ce qui fut acquis en nombre de sièges obtenus : 10 pour le PCF, 10 pour le FN. Georges Marchais avait trouvé plus fort que lui sur le marché du populisme.

Malade, il abandonna le secrétariat général du PCF au 28e congrès du PCF à Saint-Ouen le 29 janvier 1994 à un parfait inconnu du grand public, Robert Hue, avant de mourir le 16 novembre 1997 à 77 ans. Si le vingtième anniversaire de la mort de Georges Marchais fut l’occasion d’une exposition, le centenaire de sa naissance ne semble pas être célébré par ceux qui sont aujourd’hui ses héritiers (à ma connaissance). En tout cas, il ne passionne pas les foules. Sans doute parce qu’il fait partie d’une période complètement révolue, celle d’un communisme qui se croyait encore triomphant…

Dans ses "Cahiers secrets", Michèle Cotta avait noté le 25 janvier 1994 : « Reste Marchais avec sa gouaille, sa maîtrise naturelle de la communication, sa façon d’écorcher la langue française, son accent parigot, ses rires sonores et ses grosses colères. Je garde plusieurs images de lui, plus ou moins glorieuses. L’une à Berlin-Est, en plein congrès de l’eurocommunisme, où il a fait mine de baisser son pantalon en disant au journaliste qui l’interviewait : "Est-ce que je vous demande la couleur de votre slip ? ". (…) Je le revois aussi dans les meetings, les réunions, les congrès, parlant d’une voix forte, alternant menaces et rires. ».

Et Michèle Cotta d’évoquer son successeur : « Je crois bien avoir été la première à avoir entendu prononcer son nom. C’était à la fête de "L’Humanité", l’année dernière. Leroy m’avait laissé entendre ce jour-là que Marchais allait passer la main. (…) C’est la femme de Leroy qui me cita en confidence le nom de Robert Hue comme étant l’homme auquel Leroy et Marchais avaient ensemble décidé de laisser les clefs du PC. Pour tout dire, sur l’instant, je ne l’ai pas cru, tant je trouvais extravagante l’idée de laisser le parti à un inconnu. (…) Voilà comment j’ai raté un scoop, l’année dernière. Je n’avais même pas jugé bon de le noter dans ces cahiers. Pourquoi cette proposition a-t-elle été faite d’un commun accord avec Leroy ? Parce que Marchais savait bien que si Roland Leroy ne pouvait plus occuper sa place pour des raisons d’âge ou d’énergie, nul ne la prendrait sans obtenir sa neutralité bienveillante. Je crains que les deux ne se soient mis d’accord sur quelqu’un qui ne ferait d’ombre ni au trop populaire Marchais, ni au trop intellectuel Leroy. » (25 janvier 1994).

Connu pour avoir expulsé en février 1981 une famille d’immigrés au bulldozer dans la ville de Montigny-lès-Cormeilles dont il était le maire, Robert Hue (né le 19 octobre 1946) dirigea le PCF jusqu’au 28 octobre 2001. Lui ont ensuite succédé : Marie-George Buffet (ministre), Pierre Laurent le 20 juin 2010 et Fabien Roussel depuis le 25 novembre 2018. Aux dernières élections nationales, à savoir, aux élections européennes du 26 mai 2019, le PCF n’a obtenu que …2,5%, en dixième position, talonné par le parti animaliste. Anecdote finale : Robert Hue a quitté le PCF en 2009, a soutenu (le 12 avril 2012) la candidature de François Hollande à l’élection présidentielle de 2012, a même failli devenir un de ses ministres, a rejoint au Sénat un groupe centriste en septembre 2012, et a soutenu (le 10 mars 2017) au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 la candidature d’Emmanuel Macron. Rideau !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Georges Marchais.
Fais les valises, on rentre à Paris !
Gaston Plissonnier.
Jean Ferrat.
Roland Leroy.
Georges Séguy.
Le communisme peut-il être démocratique ?
Karl Marx.
Claude Cabanes.
Michel Naudy.
Paul Vaillant-Couturier.
La Révolution russe de 1917.
Jacques Duclos.
Staline.
Front populaire.
Jean Jaurès.
Léon Blum.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200409-liliane-marchais.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/06/06/38350717.html




 

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 03:17

« L’intelligence est un capitaine qui est toujours en retard d’une bataille. Et qui discute après la bataille. » (Léon-Paul Fargue, 1929).


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Vous avez remarqué ? Il y a des personnalités qui ont plus d’influence que d'autres. Parce qu’elles sont écoutées, parfois suivies. Elles ne sont pas forcément majoritaires, mais elles peuvent faire évoluer la pensée de nombreuses personnes. Celles-ci ont donc une responsabilité essentielle. Surtout en période d’état d’urgence sanitaire comme on le vit actuellement depuis un mois. Vous avez donc remarqué que la plupart de ces personnalités qui façonnent, d’une manière ou d’une autre, la très indéfinie "opinion publique" …se taisent. Elles laissent le gouvernement travailler, et peu d’entre elles voudraient d’ailleurs être à sa place.

Toutes se taisent par décence et par urgence sanitaire. Tout doit être focalisé sur le travail des soignants en réanimation, pour sauver le maximum de vies humaines. Par exemple, les transferts de patients d’une région à une région est très efficace, cela a pu sauver de nombreuses vies humaines. Il faut l’organiser. Les polémiques, les questions qui fâchent, les comptes à rendre, tout cela, ce sera pour après la crise, pas pendant. Toutes ces personnalités qui façonnent l’opinion se taisent …toutes sauf deux ! Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Pas vraiment étonnant.

Tous les deux ont suivi des cours accélérés de médecine, de virologie et d’épidémiologie au CNAM. En quelques semaines, il faut saluer leur haut niveau de connaissances. Les voici médecins, prêts à prescrire le fameux remède du professeur Didier Raoult. J’avais évoqué le développement d’un certain populisme scientifique, il ne pouvait se nourrir que de populistes, pas de scientifiques bien sûr, et l’équipe de Didier Raoult n’y est évidemment pour rien.

Penchons-nous sur Jean-Luc Mélenchon qui était l’invité du "Grand Jury" du dimanche 5 avril 2020, l’émission dominicale de LCI, "Le Figaro" et RTL. Quel message avait-il à faire passer ? Son ego. Peut-être son pseudo-patriotisme marseillais (il est élu d’une circonscription et pas sûr qu’il sera réélu dans deux ans). Mais rien de très nouveau. Et c’est si loin, deux ans. Il a déjà prescrit sur son ordonnance le report du second tour des élections municipales à octobre 2020. Qui avait insisté pour maintenir le premier tour le 15 mars 2020 ? Mémoire courte.

Jean-Luc Mélenchon parle bien et a donc bien parlé durant cette émission, mais il parle à vide, sans rien nourrir d’innovant. Il subodore une chose : le confinement va faire baisser d’au moins 2,2% le PIB en 2020, selon le Ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire, cette récession, pour Jean-Luc Mélenchon, est l’occasion du "grand soir". Il n’est pas le seul à le penser, les adhérents résiduels du parti socialiste anciennement triomphant (et encore survivant, les municipales l’ont prouvé), font aujourd’hui le forcing pour préparer l’après-crise. Quelle hypocrisie, et surtout, quelle indécence quand 800 personnes perdent leur vie du covid-19 chaque jour en France (et même 1 417 personnes rien que la journée du 7 avril 2020 en comptant aussi dans les EHPAD). On n’en est pas là. On est encore loin du "pic" de l’épidémie en France.

Pour les journalistes, on en est pourtant déjà à l’après-déconfinement. Par ennui. Ils ont l’habitude de "séquences" plus courtes. À force, ils n’ont plus de "sujets" pour illustrer leurs journaux.

Revenons à Jean-Luc Mélenchon. Tout ce qu’il disait, c’était du vide, du creux, des sophismes. J’avais pitié pour lui, car j’ai connu, il y a très longtemps, un homme politique qui avait des idées originales, pas les miennes mais qui méritaient qu’on s’y attardât. Là, rien de tout cela, juste cette sensation que décidément, De Gaulle avait raison, la vieillesse est un naufrage. À un moment, Jean-Luc Mélenchon a dit épanoui, singeant un entrepreneur dynamique et efficace : « Assez de blabla ! ». Voilà que l’idée est bonne : Mélenchon, taisez-vous ! Respectez l’humain, vous qui en avez fait votre slogan creux le temps d’une élection présidentielle.

Quelques exemples ? Jean-Luc Mélenchon a bien insisté qu’il n’était pas médecin (ah, je retire mon hypothèse des cours du CNAM), mais il a quand même parlé pendant un quart d’heure de l’effet miraculeux de l’hydroxychloroquine. C’est quand même terrible qu’on meurt autant et que pas une seule fois l’effet n’a été prouvé depuis un mois et demi que cette molécule est supposée comme la solution miracle.

Interrogé par Jean-Jacques Bourdon le 7 avril 2020 sur BFM-TV, le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a d’ailleurs rappelé qu’il avait donné son accord pour de nombreux essais cliniques sur l’hydroxychloroquine, y compris avec l’antibiotique associé, et que jusqu’à maintenant, hélas, aucune molécule (du reste pas seulement l’hydroxychloroquine, les autres testées aussi) n’a apporté d’effet supérieur à l’effet placebo. C’est désolant mais c’est une réalité statistique et scientifique.

Cela nécessite confirmation et tout effet serait évidemment un espoir pour les malades de la forme sévère. Le CHU d’Angers a lancé ainsi une vaste étude sur l’hydroxychloroquine pour être fixé une fois pour toutes sur son efficacité réelle. Le professeur Vincent Dubée, à l’origine de cette étude, a déclaré le 31 mars 2020 : « Dans le contexte particulier que nous vivons, les résultats des essais cliniques sur l’hydroxychloroquine menés par l’équipe du professeur Raoult ont généré beaucoup d’espoirs mais ils ont également soulevé des interrogations légitimes quant à leur pertinence clinique et à l’innocuité de l’hydroxychloroquine. (…) L’étude Hycovid, qui correspond aux standards scientifiques, méthodologiques les plus élevés, devrait permettre de répondre de manière définitive à ces questions et de clore une fois pour toutes le débat sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine. ». Cette semaine, des tests avec du plasma d’anciens malades guéris du covid-19 vont être réalisés.

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Mais il y a d’autres exemples. Jean-Luc Mélenchon a insisté sur la fabrication des masques et des tests PCR. Mais ça y est, les soignants les ont, les commandes sont arrivées, Jean-Luc Mélenchon, encore une fois, enfonce des portes ouvertes. Il propose de faire ce que le gouvernement a déjà fait. Évidemment, aucun journaliste n’est pas là pour corriger, relever. Leur seul objectif, la petite phrase qui pourra être répétée en boucle jusqu’au lendemain.

Le maître mot de Jean-Luc Mélenchon durant cette émission fut la planification. Il rêve de revenir au Gosplan soviétique (presque un siècle de retard !). Le chef suprême de FI a bien tenté de rappeler qu’il y avait eu un Commissariat au Plan en France, mais le journaliste Guillaume Roquette a complété en disant qu’en France, le Plan n’était pas une contrainte pour l’économie mais juste une vision à long terme, au contraire du Gosplan. Le chef suprême n’a néanmoins vu aucune différence…

Et dans sa verbeuse démonstration, il a commencé par dire qu’il faudrait reconstruire la santé en France, que les hôpitaux privés fonctionnaient avec la méchante loi du marché qui vise à réduire les coûts et la qualité… et a ajouté que les hôpitaux, c’était encore pire ! J’en déduis donc le scoop qu’attendaient les journalistes (de médias privés, précisons-le, répétons-le : TF1/LCI, RTL, "Le Figaro") : Jean-Luc Mélenchon considère que le secteur privé est mieux que le secteur public.

Et pendant ce temps des centaines et des centaines de Français meurent du covid-19 chaque jour… Jean-Luc Mélenchon, un peu décence : taisez-vous ! Vous pourrez toujours blablater après la crise sanitaire, ne vous inquiétez pas, les médias ne vous oublieront pas. Taisez-vous et surtout, protégez-vous. Le coronavirus attaque tout le monde, sans distinction.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 avril 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Luc Mélenchon : un peu de décence, taisez-vous !
Jean-Luc Mélenchon, à côté de la plaque !
Jean-Luc Mélenchon, le tribun qui tourne à vide.
L’imposture de Jean-Luc Mélenchon sur le Traité de Maastricht.
Grèce : la défaite de l’expérience Syriza.
Colère de François Ruffin sur le débat sur le handicap (le 11 octobre 2018).
Le Radeau de la Méluche.
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Marine Mélenchon et Jean-Luc Le Pen.
Premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017.
Programme 2017 de Jean-Luc Mélenchon (à télécharger).
Deuxième débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (4 avril 2017).
Présidentielle 2017 : l’unique débat à cinq.
Benoît Hamon, la "bête noire" de Jean-Luc Mélenchon ?
Jean-Luc Mélenchon, candidat autoproclamé aux amitiés mal assumées.
Pourquoi Mélenchon ne veut pas d'alliance avec Bayrou ?
Christian Schoettl attaque Jean-Luc Mélenchon.
Débat Mélenchon vs Attali et Apparu (25 avril 2013).
Débat Mélenchon vs Cahuzac (7 janvier 2013).
Débat Mélenchon vs Copé (17 novembre 2011).
Débat Mélenchon vs Marine Le Pen (14 février 2011).
Jean-Luc Mélenchon, allié objectif de Sarkozy (24 mars 2012).
Jean-Luc Mélenchon sur TF1 (5 mars 2012).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200405-melenchon.html

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 03:52

« Rouler son rocher indéfiniment et attendre qu’il retombe en bas de la montagne. C’était le sens de son message : alors, comment va FI ? ça roule. » (Laurent Joffrin, "Libération" du 24 juin 2019).



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Faut-il se montrer publiquement arrogant contre le juge chargé de superviser son procès ? Faut-il le provoquer en criant à la justice politique afin de faire pression et de susciter sa clémence ? Quelle drôle de tactique de la terre brûlée qui soumet une justice agacée à la tentation de le sanctionner plus sévèrement que souhaitable ? Tactique aussi contreproductive politiquement que judiciairement. Drôle de défense, ou plutôt, défense carrément masochiste.

Le procès de Jean-Luc Mélenchon commence ce jeudi 19 septembre 2019 au tribunal correctionnel de Bobigny pour « menaces ou actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire » et « violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». Loin des affaires politico-financières : il est jugé, ici, pour avoir joué au caïd avec un procureur et des policiers lors de la perquisition du local de son parti le 16 octobre 2018.

Il faut rappeler ce que, durant ce demi-quinquennat du Président Emmanuel Macron, sont devenus politiquement Jean-Luc Mélenchon et son mouvement France insoumise (FI). On peut résumer simplement en citant deux résultats électoraux. Le 23 avril 2017 au premier tour de l’élection présidentielle : 19,6% (un peu plus de 7 millions de voix). Le 26 mai 2019 aux élections européennes : 6,3% (un peu plus de 1,4 million de voix). En deux ans, une perte sèche des deux tiers de l’électorat et la disparition de plus de 5,5 millions d’électeurs. Le principal responsable de cette dégringolade historique, forcément, c’est Jean-Luc Mélenchon, seul leader autorisé de FI.

On ne peut pas ne pas mettre en parallèle cette épopée avec celle de François Bayrou et de l’UDF/MoDem dix années plus tôt. Le 22 avril 2008 au premier tour de l’élection présidentielle, François Bayrou avait rassemblé plus de 6,8 millions d’électeurs, soit 18,7% des voix. Le 7 juin 2009 aux élections européennes, les listes du MoDem n’avaient obtenu que 8,5% des voix, même pas 1,5 million d’électeurs. Là aussi, plus de 5 millions d’électeurs avaient disparu en deux ans. François Bayrou voulait être considéré comme l’opposant numéro du Président Nicolas Sarkozy (comme Jean-Luc Mélenchon veut être considéré comme l’opposant numéro un d’Emmanuel Macron, titre que lui dispute Marine Le Pen avec de meilleurs arguments).

L’un comme l’autre (Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou) ont excellé pendant les campagnes présidentielles, mais ils ne s’intéressent guère qu’à cela. De parti, ils n’ont que leur leadership, bref, eux. Le MoDem a toutefois gagné l’élection présidentielle de 2017, mais sans François Bayrou. Ou plutôt, avec lui pendant seulement un mois, comme Ministre d’État, Ministre de la Justice.

Revenons à France insoumise. Actuellement, ce parti a 17 députés (sur 577), 1 sénateur (sur 348), 6 députés européens (sur 74) et 9 conseillers régionaux (sur 1 758). L’échec des élections européennes a formalisé en fait la désaffection électorale dont il est à la fois la victime et l’origine. Jean-Luc Mélenchon vit dans un autre monde que le monde réel. Peut-être un monde virtuel que l’Internet a renforcé, avec ses courtisans et ses détracteurs de salon.

Je voudrais m’arrêter sur deux interventions publiques de Jean-Luc Mélenchon après les élections européennes : celle du 23 juin 2019 et celle du 12 septembre 2019.

L’intervention du dimanche 23 juin 2019 s’est passée dans une salle du douzième arrondissement de Paris, dans l’après-midi. Il s’agissait d’une première réunion interne postélectorale, la convention nationale de France insoumise.

Insistons sur le caractère très particulier de ce parti : au contraire de tous les autres partis, j’insiste, tous les autres partis, France insoumise n’est pas une association déclarée. C’est plutôt une sorte de marque ou de franchise. L’absence de structure officielle évite tout acte de démocratie interne : il n’y a pas d’assemblée générale (pas de congrès), il n’y a pas de président de France insoumise, donc, il n’y a pas de désignation plus ou moins démocratique de ce président. Le seul titre "partisan" de Jean-Luc Mélenchon est président du groupe FI à l’Assemblée Nationale depuis le 27 juin 2017.

Il me semble que l’intervention de Jean-Luc Mélenchon n’était pas prévue. J’ai pu l’écouter en direct parce qu’elle était diffusée sur la chaîne BFM-TV (après, on osera encore dire que cette chaîne de télévision est partiale).

Mon sentiment, pendant toute sa longue (et inutile) intervention (inutile car il n’a rien dit de concret, il aime juste s’écouter parler, il n’avait rien préparé), c’était qu’il faisait de l’autonombrilisation. Et surtout, de l’autojustification sur l’absence de démocratie interne de son parti. Exemple particulièrement voyant : il a demandé à ce qu’un des membres (inutile de le citer) fût désigné "coordinateur national" devant une assemblée médusée. Désigné, mais sans vote. Juste parce qu’il a beaucoup bossé et que c’était normal.

C’était une véritable révolution du concept de la démocratie. On a connu le concept de "centralisme démocratique" qui était la version douce de la "dictature du prolétariat" au sein du parti communiste. Jean-Luc Mélenchon a inventé la démocratie de l’autoproclamation par autojustification. Cela en dirait beaucoup, si jamais il arrivait au pouvoir, de son respect des règles démocratiques …que je dirais, traditionnelles.

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Mais le plus sidérant n’était pas vraiment cela. C’était que Jean-Luc Mélenchon n’a fait que parler de cuisine interne, une sorte de cuisine moléculaire en ce sens qu’elle était en faible quantité. Le fond s’est évaporé. Volatilisé. En fait, le fond s’est évaporé, dans ses discours, depuis la fin de sa campagne présidentielle. Il avait eu pourtant de bonnes idées, des réflexions qui méritaient approfondissement, des approches même novatrices sur la mer, les océans…

Je suis très opposé à Jean-Luc Mélenchon. Il a un fond idéologique qui me fait plus peur qu’autre chose. J’apprécie peu son comportement avec ceux qui ne pensent pas comme lui (c’est-à-dire pratiquement tous les autres que lui, sauf quelques affidés), qui vise à renforcer les haines plutôt que la concorde, dans un contexte de forte tension sociale. Mais je lui reconnaissais deux grandes qualités, qualités que j’avais (modestement) "jugées" sur pièces personnellement.

D’abord, il pense par lui-même, et je lisais son blog depuis une petite quinzaine d’années. Je me demandais pourquoi il restait encore dans un PS qu’il critiquait tant, mais qui l’a tant nourri comme apparatchik (sénateur, président délégué de conseil général, etc.), la réponse étant dans mon interrogation, évidemment. Finalement, son indépendance d’esprit l’a emporté sur le confort personnel. Il a eu le courage de quitter le PS au moment du congrès de Reims (novembre 2008), et c’était courageux de sa part. Il a quitté une multinationale qui allait devenir "leader en son domaine" en 2012 (et qui, maintenant, a fait faillite !), pour créer sa petite entreprise, et il s’est présenté sur son nom propre avec des fortunes diverses depuis une dizaine d’années (succès et échecs).

Ensuite, il est aussi un admirable tribun. Quand j’ai écrit que j’ai pu "juger" sur pièces, c’était parce que j’ai assisté à l’un de ses meetings à Grigny, en terre communiste (merguez sur place !), dans un stade, pour sa campagne présidentielle, et il n’y a pas de doute, Jean-Luc Mélenchon est un véritable tribun, capable de s’enflammer pour tout et rien. Il a cité Victor Hugo et a fait glisser la larme aux yeux des quelques dizaines de présents (le stade était très clairsemé, c’était un dimanche après-midi très ensoleillé). C’est exaltant quand on veut croire en un destin politique, mais cela ne reste que du talent de forme, et pas de fond.

Je ne doute donc ni de son talent, ni de sa sincérité. Hélas, ce 23 juin 2019, à l’écoute de son discours, il fallait bien se rendre à l’évidence que l’étoile a pali. L’étoile du fond car la forme reste encore éclatante dans sa capacité d’indignation, mais là, on a affaire à un tribun qui n’avait plus rien à dire, alors que le mouvement des gilets jaunes s’était étiolé (et peine à redémarrer en septembre) et que la popularité d’Emmanuel Macron regrimpait.

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La seconde intervention de Jean-Luc Mélenchon que je veux ici évoquer, c’était sa rentrée politique en conférence de presse le jeudi 12 septembre 2019 dans l’après-midi à la Maison de l’Amérique latine.

Parlons d’abord de quelques semaines auparavant : il y a eu l’équivalent d’une université d’été de France insoumise où il était question du fonctionnement de ce parti. Pour les sympathisants, c’était probablement un moment crucial, surtout en pleine débâcle électorale (la patience est finie dans cette civilisation du zapping, quand un parti échoue, les rats quittent le navire pour aller vers des paquebots plus alléchants ou construire son propre pédalo). Or, pour ce moment essentiel de son mouvement, Jean-Luc Mélenchon était absent. Pourquoi ? Grand voyage en Amérique latine. Il aurait pu s’arranger avec son agenda, mais non, il était absent. Peu de respect pour ses derniers fidèles.

La conséquence, c’est qu’il a fait sa rentrée politique le lendemain de son retour. Et sa communication était particulièrement médiocre pour ne pas dire mauvaise, tant sur le fond que la forme (il semblait épuisé et lassé). Ce n’était pas les grands sujets d’actualité qui manquaient, mais non, il n’a quasiment pas parlé de la réforme des retraites (pourtant, c’est du social et le matin même, le Premier Ministre Édouard Philippe donnait quelques éléments clefs de la réforme au Conseil Économique, Social et Environnemental), ni de la PMA, ni de beaucoup de sujets mis dans l’actualité. Il a parlé de son voyage, et surtout, de sa convocation pour le procès du 19 septembre 2019.

Bref, il n’a fait que parler de son petit sort personnel, qui n’a d’intérêt que pour lui et ses proches, mais certainement pour la nation française, tout important se croit-il encore être (puisqu’il est la République). Toute son intervention a tourné (très médiocrement) autour de la justice qui serait politisée et qui les ciblerait, lui et son parti. Il n’a pas eu beaucoup de cohérence dans sa démonstration. Il a crié qu’il était le seul à avoir été perquisitionné, et quelques minutes plus tard, il a dit aux journalistes de demander à François Bayrou pour savoir quel effet cela faisait. Des responsables politiques perquisitionnés, il y en a eu des dizaines… et aucun ne s’est opposé au procureur, tout le monde a accepté cette initiative de la justice, …sauf Jean-Luc Mélenchon.

Le plus ennuyeux pour lui, dans sa démonstration, il n’a pas eu de chance, c’était que le matin même, le Président de l’Assemblée Nationale, Richard Ferrand, un très proche d’Emmanuel Macron, venait d’être mis en examen. La "justice aux ordres" n’avait plus beaucoup d’argument. Au contraire, c’était une justice totalement indépendante, peut-être trop indépendante pour certains, dont il s’agit aujourd’hui. Dernières preuves, l’incarcération du maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, depuis le vendredi 13 septembre 2019, jour où le nonagénaire nostalgique Jean-Marie Le Pen fut aussi mis en examen. Sans compter le calendrier du procès de François Fillon qui se télescope avec les prochaines élections municipales.

Il faut être atteint d’une sérieuse paranoïa politico-personnelle pour croire que Monsieur Mélenchon et son parti seraient les seuls visés par une justice qui, semble-t-il, a touché tous les partis, de gouvernement ou d’opposition. Ce serait presque de l’orgueil de celui qui se croit seul au monde, d’être opprimé ainsi. Orgueil voire vanité, car vouloir se comparer à Lula peut être très risible.

Dans son éditorial du 18 septembre 2019, Laurent Joffrin a constaté : « Il faudrait aussi, pour justifier les philippiques insoumises, produire des preuves, montrant, ou même suggérant, que la chancellerie, ou l’Élysée, sont intervenus dans cette procédure. Tout indice parfaitement absent du réquisitoire mélenchonien. Ainsi, l’un des principaux leaders politiques français, aux ardentes convictions républicaines, affirme sans preuve que la justice républicaine est aux ordres, qu’elle rend des services et non des jugements, qu’elle s’identifie aux mascarades judiciaires en vigueur dans les régimes tyranniques. C’est pousser très loin le bouchon rhétorique. » ("Libération").

D’ailleurs, si Jean-Luc Mélenchon a eu un traitement particulier, cela le fut à son bénéfice : pour s’opposer avec autant de violence à la perquisition, il aurait dû être en comparution immédiate, comme c’est le cas généralement pour les petits délinquants. Lui, il a eu presque un an pour se retourner, et même si sa réaction fut violente surtout psychologiquement contre des policiers, il est probable qu’il ne risque pas une grave condamnation.

Alors, pourquoi monter en épingle une telle affaire dans l’affaire, sinon pour politiser lui-même cette affaire, pour se victimiser, pour montrer qu’il est un rebelle pourchassé ? Mais ce scénario ne peut pas fonctionner, car nous ne sommes pas au Venezuela, nous sommes en France, dans une démocratie très imparfaite mais déjà très avancée, et il n’est pas le seul à être poursuivi par la justice. Le scénario n’a aucune crédibilité.

Cette violence, dont il était fier de montrer l’enregistrement (ce qui a fourni une preuve incontournable pour le juge !), elle n’a aucune justification, elle n’est pas là par passion politique comme il aimerait le faire croire, elle est là par la simple colère d’un aigri. Comment un homme qui ne sait pas se contrôler lui-même, pour son propre intérêt, pourrait-il contrôler une situation politique complexe si jamais, par malheur, il était aux responsabilités ? Comment pourrait-il discerner l’intérêt national alors qu’il ne distingue même pas son propre intérêt de justiciable ?

Oui, De Gaulle avait raison, la vieillesse est un naufrage…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 septembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Luc Mélenchon, à côté de la plaque !
Jean-Luc Mélenchon, le tribun qui tourne à vide.
L’imposture de Jean-Luc Mélenchon sur le Traité de Maastricht.
Grèce : la défaite de l’expérience Syriza.
Colère de François Ruffin sur le débat sur le handicap (le 11 octobre 2018).
Le Radeau de la Méluche.
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Marine Mélenchon et Jean-Luc Le Pen.
Premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017.
Programme 2017 de Jean-Luc Mélenchon (à télécharger).
Deuxième débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (4 avril 2017).
Présidentielle 2017 : l’unique débat à cinq.
Benoît Hamon, la "bête noire" de Jean-Luc Mélenchon ?
Jean-Luc Mélenchon, candidat autoproclamé aux amitiés mal assumées.
Pourquoi Mélenchon ne veut pas d'alliance avec Bayrou ?
Christian Schoettl attaque Jean-Luc Mélenchon.
Débat Mélenchon vs Attali et Apparu (25 avril 2013).
Débat Mélenchon vs Cahuzac (7 janvier 2013).
Débat Mélenchon vs Copé (17 novembre 2011).
Débat Mélenchon vs Marine Le Pen (14 février 2011).
Jean-Luc Mélenchon, allié objectif de Sarkozy (24 mars 2012).
Jean-Luc Mélenchon sur TF1 (5 mars 2012).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190912-melenchon.html

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 01:33

« J’ai aimé Jean-Marie, j’ai détesté Le Pen. » (Yann Piat).


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Ce fut une véritable tragédie pour une femme de 44 ans et ses enfants (elle est née il y a à peine soixante-dix ans, le 12 juin 1949 à Saigon). En effet, il y a vingt-cinq ans, le 25 février 1994 à Hyères, dans le Var, Yann Piat fut sauvagement assassinée, les poumons transpercés de deux balles, lors du retour de sa permanence d’élue vers son domicile. Ce fut l’un des très rares cas d’assassinat de personnalité politique depuis le début des années 1980 en France (hélas pas le seul, notamment en Nouvelle-Calédonie).

Yann Piat s’appelait à sa naissance Yannick Marie (Piat fut le patronyme de son second mari en 1977) et était orpheline de père (ou plutôt, son père était inconnu). Sa mère était dans l’armée française en Indochine (où la fille est née) puis a milité à l’OAS en Algérie où elle a été incarcérée. Comme sa mère était une amie de Jean-Marie Le Pen, Yann Piat fut sa filleule. Les relations entre les deux n’étaient donc pas seulement politiques, elles étaient presque filiales.

En quelques sortes, le Front national est devenu la seconde famille de Yann Piat. Après avoir été secrétaire fédérale du FN dans les Landes, elle retourna dans le Var où elle avait passé son enfance, et, placée à la tête de la liste du FN dans le Var, elle fut élue députée du Var le 16 mars 1986 à l’âge de 36 ans, grâce au scrutin proportionnel mis en place par François Mitterrand. Elle ne fut pas la seule élue du FN puisque 35 candidats FN furent élus, ce qui leur a permis de créer un groupe politique à l’Assemblée Nationale présidé par Jean-Marie Le Pen (à l’époque, il fallait au moins 30 députés, maintenant, 15 suffisent). Pour l’anecdote, le nom exact des listes FN et du groupe FN était "Front national Rassemblement national".

Le gouvernement de Jacques Chirac (de la première cohabitation) a rétabli le scrutin majoritaire, si bien que la plupart des députés FN sortants furent battus aux élections législatives de juin 1988. La plupart : en fait, aucun …sauf Yann Piat qui fut la seule réélue du FN le 12 juin 1988 avec 53,7% des voix au second tour face à un candidat socialiste. Étant la seule élue du FN, elle n’a pas pu former de groupe politique et s’est assise parmi les non-inscrits dans l’hémicycle.

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Quelques mois plus tard, elle a vivement réagi lorsqu’elle a entendu Jean-Marie Le Pen faire son jeu de mot vaseux sur Michel Durafour alors ministre ("Durafour-crématoire"), prononcé le 2 septembre 1988 au Cap d’Agde, si bien qu’elle et son compagnon, le médecin François Bachelot, ancien député FN de 1986 à 1988 et ancien directeur de campagne de Jean-Marie Le Pen pour l’élection présidentielle de 1988, furent exclus du FN en octobre 1988. François Bachelot, ancien membre du RPR, a rejoint CNI tandis que Yann Piat s’est rapprochée du PR (Parti républicain).

L’une des grandes qualités de Yann Piat, qui lui a sans doute permis d’être réélue, fut sa lutte sans complaisance contre la corruption. Elle fut même surnommée Yann d’Arc pour l’occasion. Elle enquêta au sein d’une commission parlementaire sur la pénétration de la mafia en France et elle a rapidement dénoncé des liens équivoques entre le milieu du grand banditisme et le paysage politique varois.

Il faut rappeler qu’à l’époque, il y avait, pas si loin, la mise en place d’une politique de lutte active contre la corruption en Italie (plus ou moins avec succès, avec l’opération Mains propres mais aussi avec des assassinats de juges dont Falcone). De plus, dans le Var, régnait politiquement un maître incontesté (on l’appelait le "parrain du Var"), Maurice Arreckx (1917-2001), maire de Toulon de mars 1959 à mars 1985, président du conseil général du Var de mars 1985 à mars 1994, député de mars 1978 à septembre 1986 et sénateur de septembre 1986 à septembre 1995.

Maurice Arrekx était le patron de l’UDF du Var, en tant que membre du Parti républicain, parti appartenant à l’UDF et présidé par François Léotard de 1982 à 1990 (secrétaire général puis président) et de 1995 à 1997 (et par Gérard Longuet de 1990 à 1995). François Léotard, député-maire de Fréjus, qui avait une activité politique nationale depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1981 (et même une ambition présidentielle), avait renoncé à se mêler des affaires politiques du Var qui étaient laissées à Maurice Arreckx. À l’instar, par exemple, de Philippe Séguin, député-maire RPR d’Épinal, qui était actif au niveau national mais ne s’occupait pas des affaires politiques du département des Vosges (laissées à Christian Poncelet, également RPR, sénateur et président du conseil général des Vosges).

Quand j’écris "affaires", il s’agit bien des affaires politiques et de l’autorité politique, et en principe, en toute légalité. J’écris "en principe" car Maurice Arreckx fut justement par la suite arrêté et emprisonné en août 1994 puis de décembre 1987 à août 1998, condamné pour corruption à quatre ans de prison dont deux avec sursis par la cour d’appel d’Aix-en-Provence en fin 1997.

Pourquoi Yann Piat s’est-elle rapprochée du PR alors qu’elle dénonçait des liens entre le milieu et la vie politique varoise dirigée par le PR ? Il faut imaginer aussi que les investitures de parti ont un sens (ou avaient un sens) pour les électeurs. Dans le Var, le parti dominant était le PR (entre 1988 et 1997, il y avait, sans compter Yann Piat, 5 députés PR sur les 7 que comptait le Var, le septième député était RPR). L’autre parti plus ou moins important dans le Var, dans l’opposition départementale, était le PS, laminé aux élections législatives de 1988 et de 1993.

En raison des consignes de Jacques Chirac et d’Alain Juppé (président et secrétaire général du RPR), le RPR était beaucoup plus ferme que le PR pour rejeter toute idée d’alliance avec le FN. C’était donc logique que, politiquement, Yann Piat, ex-FN, se tournât vers le PR pour trouver une nouvelle famille politique qui l’accueillerait.

Ce qui était moins logique, c’est qu’elle intégrait, au niveau départemental, une formation qu’elle accusait d’avoir des liens avec le milieu. Était-ce une ambition folle de vouloir assainir politiquement de l’intérieur un parti qu’elle pensait sali ? Ou était-ce simplement une téméraire imprudence ? C’est évidemment facile de se poser ces questions après son assassinat. Pensait-elle que le système varois provenait d’hommes et pas d’un parti ?

En tout cas, si elle voulait suivre une carrière "classique" d’élue, Yann Piat, députée de la 3e circonscription du Var (Hyères, Le Pradet, etc.), devait avoir une implantation locale. Elle a ainsi envisagé une candidature aux élections municipales à Hyères (environ 50 000 habitants) en 1995, et auparavant, elle voulait se présenter aux élections régionales de mars 1992 sur la liste UDF-RPR du Var (l’ensemble des listes de la région PACA était mené par Jean-Claude Gaudin, qui n’était pas encore maire de Marseille, mais président du conseil régional sortant).

Finalement, elle fut écartée de la liste UDF-RPR et elle renonça à monter une liste dissidente en échange de l’investiture de l’UDF et du RPR aux élections législatives de mars 1993. Ce fut ainsi que Yann Piat fut réélue députée du Var le 28 mars 1993, avec 42,4% des voix au second tour dans une triangulaire à laquelle participèrent un candidat divers droite (31,4%) et un candidat investi par le FN (26,2%). Il est à noter que Léopold Ritondale (1921-2008) était le maire PR d’Hyères depuis mars 1983 (mandat gagné face au maire sortant PS qui fut aussi l’opposant du second tour de Yann Piat en 1988) et qu’il a eu 74 ans aux élections municipales de 1995. Yann Piat aurait pu ainsi être sa successeure en le remplacement et mettant à la retraite (finalement, Léopold Ritondale est mort à 86 ans alors qu’il était encore maire, quelques jours avant les élections municipales de mars 2008).

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L’assassinat de Yann Piat a ému toute la classe politique, tant nationale que varoise, car c’est extrêmement rare qu’une personnalité politique soit assassinée (ce qui, d’ailleurs, peut être un des critères d’une démocratie avancée). Deux ans avant son assassinat, Yann Piat avait écrit une lettre où elle aurait mis en cause (sans aucune justification) trois personnalités politiques (Maurice Arreckx, Bernard Tapie et un ancien conseiller général) et deux membres du milieu (dont un "vrai parrain", Jean-Louis Fargette, assassiné en mars 1993 et proche de Maurice Arreckx au point que cela lui aurait coûté une carrière nationale).

Politique ou crapuleux ("ou" inclusif), cet assassinat a montré que Yann Piat gênait par sa présence politique et sa capacité à dénoncer les malversations dans la région de Toulon et d’Hyères. Il a même fait l’objet d’un film réalisé par Antoine de Caunes avec Karin Viard dans le rôle principal, diffusé le 16 avril 2012 sur Canal Plus.

Cet assassinat a fait aussi l’objet d’une enquête visiblement bâclée de deux journalistes qui ont publié en octobre 1997 chez Flammarion le témoignage d’un ancien militaire de la Direction du renseignement militaire qui a accusé presque nommément (avec des informations faciles à les identifier) François Léotard et Jean-Claude Gaudin ("Encornet" et "Trottinette"). Les deux élus nationaux du PR ont gagné leur procès contre les auteurs et l’éditeur pour diffamation et atteinte à leur honneur et ont obtenu le retrait des librairies du livre en question qui n’a pas été redistribué ensuite sans ce passage. Ces journalistes, lourdement condamnés par la justice, auraient été manipulés par ce militaire à la retraite.

Il a fallu attendre plus de vingt ans pour avoir le témoignage public de François Léotard, à l’époque de l’assassinat, Ministre d’État, Ministre de la Défense dans le gouvernement d’Édouard Balladur et l’un des plus fervents balladuriens. Dans l’émission "13h15 le dimanche" diffusé le 18 mars 2018 sur France 2, François Léotard a en effet déclaré que Jacques Chirac (concurrent d’Édouard Balladur à l’élection présidentielle de 1995 mais qui, bien que vainqueur, avait gardé des rancœurs) l’avait convoqué avec Jean-Claude Gaudin au Fort de Brégançon pour leur dire qu’il n’était pas impliqué dans cette manipulation politique visant à les discréditer.

Totalement blanchi par la justice, François Léotard a affirmé ainsi : « Je pense que le milieu le plus élevé de la République était, à travers le Ministre de l’Intérieur de l’époque, tout à fait informé et peut-être à l’origine de cette démonstration de bêtise. (…) En tout cas, c’est une façon étrange de laisser faire. Étrange… ce qui est malheureusement conforme au personnage. » (entre 1995 et 1997, le Ministre de l’Intérieur était un fidèle chiraquien, Jean-Louis Debré, puis, sous la cohabitation avec Lionel Jospin, ce fut Jean-Pierre Chevènement). Au cours de la réunion au Fort de Brégançon : « C’était à la fois solennel et familier. Chirac nous avait convoqués pour expliquer que ce n’était pas lui. Je n’ai pas ouvert la bouche. C’était un mensonge. ».

Profondément secoué par cette fausse accusation et par un triple pontage coronarien, François Léotard, qui alors était président du PR et président de l’UDF, a définitivement abandonné la vie politique le 26 décembre 2001 après la mort de son frère Philippe Léotard (le 25 août 2001).

Le procès des assassins de Yann Piat a commencé le 4 mai 1998 devant les assises du Var et le verdict très lourd a été prononcé le 16 juin 1998 avec la condamnation des six auteurs et complices, dont le commanditaire (perpétuité, mort en 2010 d’une opération du cœur), le tireur (perpétuité, libéré après seize ans de détention, mort en 2013 d’une méningite foudroyante) et le conducteur de la moto (vingt ans de réclusion, libéré en 2007, mais de nouveau en prison quelques semaines plus tard à cause d’une agression à main armée et séquestration).

Au cours de ce procès, les vrais commanditaires de cet assassinat n’ont jamais été révélés. Le tireur a dit au juge qu’il se serait agi de voyous et d’hommes politiques mais qu’il ne voulait pas les dénoncer car ils étaient encore très puissants. Comme les deux premiers protagonistes de l’assassinat sont morts maintenant, ces noms risquent de ne jamais pouvoir être divulgués un jour. Comme dans l’affaire Robert Boulin


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 février 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Yann Piat.
Jean-Marie Le Pen.
Rassemblement national.
François Léotard.

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18 mai 2019 6 18 /05 /mai /2019 03:26

« Les espaces vides, les horizons vides (…), tout ce qui est dépouillé m’a toujours beaucoup impressionné. » (Jean Miro, entretiens avec Margit Rowell).



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Les élections européennes du 26 mai 2019 semblent avoir, en France, l’allure d’un match entre la liste Renaissance et la liste RN. Chacune des deux listes y trouve un intérêt à exclure du débat public les autres courants politiques. Emmanuel Macron pense qu’en ayant pour adversaire un épouvantail, il pouvait garder le contrôle de la situation. Sauf que maintenant, l’épouvantail épouvante beaucoup moins les oiseaux qu’auparavant. Le FN a recueilli plus de 10,7 millions de suffrages le 7 mai 2017, ce qui constitue un record historique pour ce mouvement politique désormais profondément implanté tant nationalement que localement. Jouer à se faire peur peut être un jeu perdant. Mauvais calculs.

En fait, savoir qui, de ces deux listes, arrivera en tête le 26 mai 2019, n’est pas très intéressant (surtout si c’est finalement une troisième liste qui arrive au premier rang), car une course de petits chevaux, ce n’est pas l’objet des élections européennes. L’objet de celles-ci, c’est de former une majorité, probablement par une alliance entre plusieurs groupes politiques, au sein du Parlement Européen pour (éventuellement) infléchir la politique européenne.

Mais qui est Marine Le Pen ? Pas personnellement, mais politiquement. Je voudrais donc évoquer l’action et la pensée politique de Marine Le Pen, ainsi que celles du parti qu’elle préside depuis le 16 janvier 2011, à savoir le RN/FN.

L’action d’abord. On ne reprochera jamais à un parti politique de ne pas être arrivé au pouvoir, et comme il n’est jamais arrivé au pouvoir, "on" aurait alors même tendance à s’en réjouir ("on", l’électorat en général). Donc, il est vrai que lorsqu’un parti est toujours d’opposition, il réalise moins de choses, voire rien du tout que lorsqu’il est au pouvoir. C’est encore plus le cas lorsqu’il n’est quasiment dans aucun exécutif local. Pour le RN, il y a plusieurs municipalités qui ont été conquises depuis un quart de siècle, rarement reconduites mais cela peut arriver. À part quelques fermetures de bibliothèques municipales et quelques suppressions de subventions, quel est le bilan du RN/FN depuis sa création le 5 octobre 1072, soit quarante-six ans sur tout le territoire français ? Ou plutôt, quel est le bilan global de ses élus ? J’aurais tendance à dire qu’il est bien maigre, sinon inexistant.

Prenons le bilan de Jean-Marie Le Pen, qui finit ce mois-ci sa longue carrière politique à bientôt 91 ans : trente-cinq ans de mandat de député européen (entre juin 1984 et mai 2019, entrecoupés de quelques mois entre avril 2003 et juillet 2004 pour cause de condamnation judiciaire), huit ans de mandat de député national (de janvier 1956 à octobre 1962 et de mars 1986 à mai 1988), enfin, treize ans de mandat de conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur (de mars 1993 à février 2000 et de mars 2010 à décembre 2015). Cinquante-six années de mandats électifs possibles pour agir. Même dans l’opposition, on peut faire des réalisations, proposer des idées qui, intéressantes, seraient adoptées par la majorité locale ou nationale. Le bilan de Jean-Marie Le Pen, c’est zéro ! Zéro réalisation. Rien ! Pas même une petite proposition qui aurait pu être réalisée concrètement. Tous les électeurs de Jean-Marie Le Pen ont été floués : cela n’a servi à rien, soixante-trois ans plus tard ! Rien, à part, bien sûr, se permettre de vivre aux frais de la princesse contribuable.

Marine Le Pen a moins d’expérience, mais déjà plus de vingt ans d’ancienneté élective : Vingt et un ans de mandat de conseillère régionale (depuis mars 1998), essentiellement du Nord-Pas-de-Calais puis des Hauts-de-France (sauf entre mars 2004 et mars 2010, d’Île-de-France), treize ans de mandat de députée européenne (de juin 2004 à juin 2017), et presque deux ans de mandat de députée nationale (depuis juin 2017). Cela fait, cumulées, quand même déjà trente-six années de mandat électif, déjà plus de la moitié du père. Et quel est son bilan effectif, quelles ont été les réalisations concrètes, les inflexions notables au cours de ses mandats ? Rien. Zéro, là aussi.

Marine Le Pen a protesté (comme c’est régulièrement) sur la différence du nombre d’élus à l’Assemblée Nationale dont dispose son parti (8 sur 577) et de son audience électorale qu’elle évaluerait à 33,9% (second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017). C’est pourtant le principe du mode de scrutin qui oblige les candidats, au second tour, à être choisis par une majorité d’électeurs. Or, dans 98% des circonscriptions, il y a eu une majorité d’électeurs qui ne voulaient pas d’un élu FN. C’est cela aussi, la démocratie.

J’ai déjà donné mon opinion sur le scrutin proportionnel (qui ne représenterait pas mieux le peuple), mais il y a une malhonnêteté intellectuelle à comparer le score de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle avec le nombre de sièges obtenus aux élections législatives suivantes. Déjà, l’audience réelle d’un candidat à l’élection présidentielle se mesure au premier tour, soit 21,3% (ce qui est un record historique), on peut cependant dire, à ceux qui ne pensent qu’en pourcentages par rapport aux inscrits pour dire que le Président Emmanuel Macron aurait été mal élu (ce qui est faux), que Marine Le Pen n’a recueilli que 16,1% des inscrits. Mais c’est surtout mélanger les scrutins qui est malhonnête. Aux élections législatives du 11 juin 2017, le FN n’a pas recueilli 21,3% des suffrages exprimés, mais un tiers de moins, seulement 13,2% des suffrages exprimés (soit seulement 6,3% des inscrits !). C’est là l’audience réelle du FN à comparer avec le nombre de sièges obtenus. On peut aussi se poser la question de la disparition, entre le premier tour de l’élection présidentielle et le premier tour des élections législatives, de 4,7 millions d’électeurs lepenistes : où sont-ils passés ? Pourquoi ont-ils renoncé, en sept semaines, à voter FN aux législatives ? Parce qu’ils auraient estimé que cela n’aurait servi à rien ?

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Ces 4,7 millions d’électeurs disparus, curieusement (le hasard de l’arithmétique ?), ce sont autant que les électeurs du FN au précédent scrutin européen, celui du 25 mai 2014. Justement, prenons les élus FN issus de ce scrutin. Effectivement, à ces élections, le FN fut le "premier parti de France" comme Marine Le Pen aimait à le clamer (cela n’a duré qu’un an, jusqu’en 2015). Rassemblant 24,9% des suffrages exprimés (soit un quart de l’électorat)), le parti de Marine Le Pen a obtenu 24 sièges sur 74 (soit un tiers de la délégation française). C’était une force de frappe importante au sein du Parlement Européen. Et quelle a été l’action de ces 24 députés européens ? Rien. Aucune réalisation concrète, aucune inflexion notable. La seule chose dont on a entendu parler de cette présence des 24 députés européens FN à Strasbourg, c’étaient les affaires judiciaires (en cours) sur leurs collaborateurs parlementaires.

On peut fustiger François Fillon pour ses costumes, ses collaborateurs parlementaires (la justice, là aussi, suit son cours), mais on ne pourra jamais refuser à François Fillon l’idée qu’il a agi (bien ou mal, c’est selon sa conscience politique, mais il a agi) au service de la nation pendant toutes ses dizaines d'années de mandats, tant nationaux (réforme des retraites par exemple) que locaux (désenclavement de Sablé par exemple). Mais n’avoir à ne considérer que des affaires judiciaires, cela aurait été bien maigre comme retour sur investissement électoral.

Emmanuel Macron, en déplacement à Biarritz le 17 mai 2019, a d'ailleurs eu l'audace de dire que le RN, avec ses 24 députés européens sortants qui ont fait obstruction contre toutes les propositions françaises pendant cinq ans, était en partie responsable de la paralysie européenne actuelle.

L’une des raisons de cette inefficacité à Strasbourg tient aussi à l’absence de regroupement de l’ultra-droite, il y a au moins deux ou trois groupes très divisés au niveau européen, à tel point que Marine Le Pen, malgré sa force de frappe, n’a pas pu constituer (tout de suite) de groupe politique en juillet 2014, ce qu’elle a finalement réussi à faire le 16 juin 2015 (groupe ENL).

Comment peuvent réagir les 4,7 millions d’électeurs du FN en mai 2014 sur le fait que leur voix n’a servi à rien, à aucune réalisation ? On peut toujours discuter de la pertinence de telle ou telle tendance politique, être opposé à certaines réalisations, c’est le jeu normal d’une démocratie, mais dans notre cas, il n’y a aucune réalisation, rien. L’efficacité électorale de ces millions d’électeurs est quasiment nulle. Cela a seulement permis (c’est aussi le jeu normal de la démocratie et c’est tant mieux) de faire vivre une tendance politique.

Faire vivre une tendance politique est très noble, puisque la Constitution a même consacré le rôle des partis politiques dans l’expression de la souveraineté populaire.

Or, si Marine Le Pen veut faire des réalisations, parce qu’elle veut arriver au pouvoir (ce qui n’était pas le cas de son père qui préférait jouer au roi fainéant), l’ambition, chez elle, l’emporte largement sur les convictions. Sa prestation très médiocre lors du débat avec Emmanuel Macron le 3 mai 2017 a montré que ses convictions n’étaient en tout cas pas servies par une connaissance fine des enjeux économiques, sociaux et culturels de la France.

Mais il y a aussi un problème de cohérence dans sa démarche actuelle. Effectivement, comme devraient le faire tous les leaders politiques à quelques jours des élections européennes, Marine Le Pen voyage partout en Europe (au point d’en oublier deux soldats tués en mission) pour tenter de créer une synergie européenne. Son objectif serait une union des nationalistes européens. Sur la forme, c’est logique, sur le fond, c’est peu cohérent et vouloir unir les nationalistes européens a comme un goût d’oxymore. Se fédérer contre l’Europe fait même sourire car finalement, elle fait la même chose que ce qu’elle dénonce en fustigeant l’Union Européenne. Il y a un problème de logique intellectuelle.

Ce samedi 18 mai 2019, Marine Le Pen a prévu de rejoindre le Vice-Président du Conseil italien, le leader de la Lega, Matteo Salvini, à Milan pour un grand meeting. Là encore, on peut s’étonner qu’une supposée nationaliste française aille chercher à l’étranger, ici en Italie, l’aura qui lui manquerait dans son pays d’origine. Il faut se rappeler qu’elle avait fustigé la visite rendue par Emmanuel Macron à Angela Merkel à Berlin dès la prise de fonction à l’Élysée, en oubliant de dire qu’il y a un accord diplomatique qui lie la France et l’Allemagne et que le premier voyage d’un chef de l’exécutif nouvellement élu est pour rencontrer son homologue. Ainsi, dès qu’elle a été confirmée (réélue) Chancelière le 14 mars 2018, à la suite des élections de 2017, Angela Merkel s’est, elle aussi, rendue à Paris dès le 16 mars 2018 pour y être reçue par Emmanuel Macron : il n’y a pas de lien de vassalité quand il y a réciprocité.

Le vote pour le FN/RN peut être un vote contestataire, et il l’a longtemps été. Un vote qui servirait à exprimer son mécontentement, pour une raison ou une autre. C’est la démocratie de ne pas distinguer les motivations des électeurs. Mais depuis que Marine Le Pen préside le FN/RN, je pense qu’il n’y a pas qu’un vote contestataire. D’ailleurs, elle a tout fait pour que ce ne soit plus un vote contestataire, car elle sait, avec raison, qu’elle n’arriverait jamais au pouvoir uniquement sur une contestation. Il lui faut proposer quelque chose de constructif. Mais pour l’instant, ce qu’elle propose est bien flou. Et ce qu’elle a réalisé est inexistant, ce qui ne rassure pas plus.

Ceux qui, des électeurs les plus constructifs, seraient tentés par le vote en faveur de la liste RN doivent donc se demander de quelle manière leur vote serait le plus efficace, le plus utile, selon leurs propres critères politiques. Comme pour le vote écologiste qui n’est peut-être pas le plus efficace en choisissant "le" parti dit écologiste (EELV), il n’est pas sûr que le nationalisme (que je combats par ailleurs) y gagnerait le plus en reportant son vote vers un parti qui, de toute de façon, fait fluctuer son programme politique au gré des sondages thématiques et des buzz de réseaux sociaux…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mai 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Vaine Le Pen.
Jean-Marie Le Pen a-t-il tout perdu ?
Rassemblement oxymore.
La création de Debout la Patrie.
Le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen du 3 mai 2017.
Les nationautes de la Marine.
Marion Maréchal-Le Pen.
Patrick Buisson.
Marion Wauquiez
Florian Philippot.
Des sénateurs FN.
Jean-Marie Le Pen, symbole de la vieille politique.
Marine Le Pen et la fièvre du dimanche soir.
Second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017.
Nicolas Dupont-Aignan plonge dans la soupe extrémiste.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.
Choisis ton camp, camarade !
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Premier tour de l'élection présidentielle du 23 avril 2017.
Le nationalisme anti-européen de Marine Le Pen coûtera cher aux Français.
Marine Le Pen, est-elle si clean que ça ?
Que propose Marine Le Pen pour 2017 ?
Le programme de Marine Le Pen pour 2017 (à télécharger).
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.
Le débat qui n’a pas eu lieu.
Marine Le Pen en Égypte.
Marine Le Pen contre les droits de l’Homme.
Jean-Marie Le Pen et ses jeux de mots vaseux.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Changement de paradigme.
Piège républicain.
Syndrome bleu marine.
Démagogie 2.0.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.
Le monde des bisounours.
Tout est possible en 2017…
Mathématiques militantes.

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-vaine-le-pen-215158

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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 04:05

« Il ne m’appartient pas, monsieur le président Mélenchon, il n’appartient d’ailleurs en vérité à aucun d’entre nous, de remettre en cause le texte constitutionnel et le principe fondamental de l’indépendance de la justice. Si vous voulez porter le débat sur l’indépendance de la justice sur le terrain politique, convenons-en, ce sera un débat politique. Mais dans l’accomplissement des procédures judiciaires, je le dis, mesdames et messieurs les députés, avec le plus grand calme : dans l’accomplissement des procédures judiciaires, la justice est évidemment indépendante et il nous appartient de faire prévaloir ce principe. » (Édouard Philippe, le 16 octobre 2018 dans l’hémicycle).


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La vieillesse est un naufrage, écrivait le Général De Gaulle pour parler du Maréchal Pétain, son ancien "mentor". Je ne sais pas si le président Jean-Luc Mélenchon vieillit (il a 67 ans), mais il est déjà en plein naufrage. "Président" parce qu’il est le président du groupe FI à l’Assemblée Nationale, et en tant que tel, il a droit au titre de président chaque fois qu’un ministre, qu’un député ou même, que le Président de l’Assemblée Nationale s’adressent à lui dans l’hémicycle.

Cette semaine qui vient de passer a été catastrophique pour son image politique. Les sondages de fin de semaine sont catastrophiques pour lui : dans l’un d’eux, il est présenté que 51% de ses sympathisants auraient désapprouvé son comportement, 76% pour l’ensemble des sondés.

Difficile de l’éviter dans les actualités car à chaque jour, un nouvel épisode, un nouveau rebondissement, chacun plus surréaliste que le précédent. Le Président Emmanuel Macron a gagné son pari : faire son remaniement ministériel le plus discrètement possible. Jean-Luc Mélenchon l’a grandement aidé. Mais quelle mouche a-t-elle donc piqué le président de FI ?

Autant le dire ici, sans détour, et sans surprise, je n’apprécie pas beaucoup Jean-Luc Mélenchon. Je n’apprécie pas ses idées politiques, peut-être même aucune, sauf peut-être ce qu’il dit sur une politique de la mer. Je n’apprécie pas non plus l’homme, qui est discourtois, impoli, brutal, violent, inutilement agressif, toujours dans l’invective, toujours prêt, non sans une sorte de "sadisme" malsain, à humilier ses interlocuteurs plus faibles. Cela donne une idée de son "humanisme" qu’il a mis tant en avant ces dernières années (il y a ceux qui parlent et ceux qui font), un mot qu’il a voulu honteusement préempter mais qui, heureusement, ne s’est pas laissé faire ! On ne se dit pas humaniste. On l’est ou l’on ne l’est pas. On agit ou l’on n’agit pas en tant que tel.

Mais avant de continuer ici, je lui concède néanmoins deux atouts très séduisants qui ont probablement contribué à le porter à 19% au premier tour de l’élection présidentielle de 2017.

Son premier atout, c’est un esprit indépendant, et penser par soi-même n’est pas forcément très fréquent dans le monde politique actuel chargé, et même saturé d’éléments de langage. La lecture de son blog depuis de nombreuses années, et bien avant son départ du PS en novembre 2008, montre à quel point il a des convictions, sait les exprimer et n’a pas peur de ne pas aller dans le sens du poil (de son parti, de la mode, de son électorat, etc.). En ce sens, il participe à l’enrichissement du débat politique, au même titre que des personnalités comme Raymond Barre, Simone Veil, Bernard Stasi, Philippe Séguin, François Bayrou, etc.

Tiens, pour prendre un exemple, gardons François Bayrou. En mars 2007, François Bayrou talonnait Ségolène Royal dans les sondages et la perspective d’un second tour présidentiel entre lui et Nicolas Sarkozy devenait plausible. La plupart des responsables UMP et PS, refusant de voir leur dualité bousculée, attaquèrent alors François Bayrou sur son manque de crédibilité à pouvoir obtenir une majorité à l’Assemblée Nationale après son éventuelle élection à l’Élysée. Un seul a contesté cet argument : Jean-Luc Mélenchon, pourtant encore apparatchik et sénateur du PS au long cours, qui lâchait simplement : dès que François Bayrou sera élu, tout le monde viendra picorer dans sa main ! Pour un pourfendeur de la Cinquième République, il montrait au moins qu’il l’avait bien comprise.

Il a fallu attendre dix ans pour prouver qu’il avait raison : sans parti organisé, venant de (presque) nulle part, Emmanuel Macron, dans la foulée de son élection présidentielle (très large !), a gagné plus de 300 sièges aux élections législatives. C’est évidemment plus facile de gagner ainsi lorsqu’on est positionné au centre de l’échiquier politique (comme Emmanuel Macron ou François Bayrou) qu’à un extrême.

Je reste persuadé, parce que la logique de l’élection présidentielle est ce qu’elle est, déterminant le paysage politique des cinq prochaines années, que l’élection de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen aurait la même conséquence législative parce que les électeurs ne peuvent qu’être cohérents en deux mois seulement d'intervalle (rappelons aussi qu’en 1981, beaucoup prédisaient que François Mitterrand n’aurait pas, non plus, de majorité socialiste).

Revenons à Jean-Luc Mélenchon et passons à son second atout, lui aussi très grand. Il a le talent de l’art oratoire. Il sait faire des discours, il a une voix agréable, qui porte bien, il sait y mettre un contenu intéressant, intellectuel, cultivé, et il sait faire vibrer. Par curiosité, j’avais voulu "goûter du Mélenchon". Lors de la campagne présidentielle de 2012, j’étais allé dans un stade à Grigny un dimanche après-midi, pour l’écouter. C’était une réunion visiblement principalement communiste, avec vente de saucisses-frites le long du chemin, un stade très peu rempli. Et j’ai vibré aussi ! Tout ce qu’il disait était aberrant, mais il le disait bien, très bien. C’est en ce sens, un homme de la pure tradition de la Troisième République, capable de parler sans micro, à l’improviste. C’est un atout majeur dans une campagne politique, évidemment.

Et en 2017, il avait réussi à rajouter un atout supplémentaire, la bienveillance. Dans les débats à la télévision, il faisait figure de bonhomme bienveillant, souriant. Hélas, cette image était totalement artificielle et quand la nature revient au galop, elle le fait parfois avec une certaine violence. C’est ce qu’il s’est passé cette semaine passée à laquelle je voudrais revenir pour essayer de comprendre. Chaque fois, des faits, qui ont suscité des réactions, avec des contre-réactions, et ainsi de suite, continuant, pendant que d’autres faits nouveaux arrivaient. Le bonheur des chaînes d’information continue et des malades d’addiction de Twitter !

Reprenons donc la chronologie.

Le mardi 16 octobre 2018 dès 7 heures du matin, une série de perquisitions a eu lieu chez Jean-Luc Mélenchon, certains de ses proches et au siège de son parti, FI. Une perquisition est toujours très violente. Cette information en elle-même pouvait susciter deux sentiments contradictoires : d’une part, un peu de compassion pour ceux qui les ont subies ; d’autre part, un peu d’indifférence ou de prudence avec cette idée que le justice fait son devoir. Et dans tous les cas, quand on aspire aux plus hautes fonctions, on la respecte. On peut comprendre qu'une telle action judiciaire traumatise.

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Réaction face à ces perquisitions : au lieu de rester dans la discrétion, Jean-Luc Mélenchon au contraire en a fait une affaire d’État et s’est victimisé à outrance. Autant le dire ici, il a complètement débloqué. Il a filmé les perquisitions, il a été violent, a agressé verbalement les forces de l’ordre, s’est déclaré être le "premier opposant" (sans parvenir pourtant au second tour), être "sacré", ou même, carrément, être "la République" elle-même (ego, quand tu nous tiens !).

Bon, le sentiment d’injustice a le "droit" de l’avoir rendu hors de lui, de simples excuses auraient pu clore l’incident. Cela dénote quand même une certaine fragilité et surtout, une incapacité à exercer le pouvoir. Il faut du calme, maîtriser ses nerfs, quand on veut diriger un grand État. Comment se comporterait-il devant des interlocuteurs qui ne lui diraient pas des choses agréables ? Je n’ose pas imaginer le désastre en termes de gouvernance. Cela clôt définitivement l’hypothèse Mélenchon à l’Élysée.

Mais au lieu de faire profil bas, toute la journée, il a continué à crier au complot ! Et à rendre Emmanuel Macron responsable de cette perquisition. Non seulement c’est institutionnellement stupide de proclamer cela, mais en plus, l’intérêt d’Emmanuel Macron, même si j’ai écrit qu’il avait finalement gagné dans sa tentative de "remaniement discret", à l’origine, c’était d’être écouté avec son allocution télévisée de la soirée, sans pollution d’autres événements qui pourraient en réduire la portée (il avait dû déjà reporter d’une journée à cause des inondations mortelles de l’Aude).

Durant les questions au gouvernement l’après-midi du 16 octobre 2018, Jean-Luc Mélenchon s’en est pris au Premier Ministre Édouard Philippe, faute de mieux, et, à la stupeur générale, les députés RN n’ont pas cessé de l’applaudir. Ce n’est pas nouveau : JLM avait refusé de choisir clairement et explicitement au second tour entre la fille de JMLP et celui qu’il considère son ennemi numéro un. Il n'avait que parlé de voter contre le FN, sans préciser plus, et encore, il a mis plusieurs jours avant de le dire.

Christian Schoettl, le maire de Janvry qui avait fait parler de lui en refusant les nouveaux rythmes scolaires imposés par Vincent Peillon, s’est posé la question, dans son blog, le 17 octobre 2018 : « Que dirions-nous si une personne issue de la communauté des gens du voyage bousculait un procureur ? Quelle indignation généralisée se ferait-elle jour si un grand patron injuriait un policier et le conspuait dans l’exercice de ses fonctions ? Quelle serait la réaction collective si le front national applaudissait et soutenait bruyamment François Fillon à l’occasion des perquisitions dont il a bénéficié ? ».

Contrairement à ce que des militants aveugles de Jean-Luc Mélenchon répandent dans les réseaux sociaux, FI n’est pas le seul parti ayant subi des perquisitions. Loin de là. C’était le cas de François Fillon, de Nicolas Sarkozy, du RN aussi, et même, c’est important de la dire car il est au pouvoir, le MoDem. Le soir du 16 octobre 2018 sur BFM-TV, François Bayrou réagissait d’ailleurs avec beaucoup de prudence en disant qu’une perquisition était effectivement toujours violente et qu’il pouvait le dire car il en avait vécu une en octobre 2017.

Le mercredi 17 octobre 2018, Jean-Luc Mélenchon fut très méprisant envers une journaliste qui, avec son accent du Sud-ouest, l’avait mis en face de ses contradictions. En réaction, et plus par humour que sérieusement car elle n’envisage pas que sa démarche aboutisse, la députée LREM Laetitia Avia a annoncé le lendemain qu’elle déposerait une proposition de loi visant à sanctionner …la glottophobie, qui est l’acte de détester et discriminer les personnes sur leur accent. Ce qui est amusant en surréaction, c’est de voir tous ceux qui ont levé leur bouclier à cette initiative, alors que ce n’était qu’une simple riposte en forme de boutade face à l’un des nombreux signes du naufrage de Jean-Luc Mélenchon.

Après une audition chez le juge le jeudi 18 octobre 2018, où il constata que de nombreux journalistes poireautaient à l’attendre dans la rue, et une déclaration pour raconter son audience, Jean-Luc Mélenchon, en surajoutant encore l’écho médiatique, a tenu une conférence de presse le vendredi 19 octobre 2018 après-midi pour continuer à se victimiser, à crier au complot macronien, etc.

Mais le vendredi 19 octobre 2018, l’événement mélenchonien du jour fut la sortie de l’enquête sur les factures de sa campagne présidentielle de 2017 par France Info. Réaction immédiate de Jean-Luc Mélenchon : il a demandé à tous ses affidés de "pourrir" le plus possible les journalistes de France Info. Le lendemain, Radio France a annoncé que le groupe déposerait plainte contre Jean-Luc Mélenchon. Cette attitude très irresponsable d’un leader politique (sans précédent dans l’époque récente) a eu pour effet un tweet de soutien à ses journalistes de Sibyle Veil, la présidente de Radio France : « Je salue le professionnalisme et la qualité de leur travail d’investigation pour informer nos auditeurs. ».

L’attaque contre les journalistes de France Info (qui pourrait être interprété comme un véritable appel à la haine) est d’autant plus stupide qu’ils n’y sont pour rien : l’enquête, menée depuis plusieurs mois et dont la date de sortie avait été planifiée il y a trois mois (loin de se douter que ce serait la semaine de perquisition de FI), a été réalisée par la cellule d’investigation de Radio France qui n’est rattachée à aucune station. Elle a fait d’ailleurs l’objet d’une émission plus approfondie le samedi 20 octobre 2018 sur France Inter.

Cette enquête, décidée il y a plus de trois mois, n’a donc rien à voir avec une opération concertée avec la justice contre Jean-Luc Mélenchon (la paranoïa, c’est quand on se croit le centre du monde et que tout tourne autour de soi). En revanche, le calendrier "tombe" opportunément puisque cela pourrait faire comprendre pourquoi il y a eu des perquisitions.

Car que révèle en gros cette enquête ? Que la société de communication qui facturait au candidat Mélenchon ses prestations pendant la campagne présidentielle de 2017 était détenue par sa directrice de communication. Et qu’elle aurait "surfacturé" certaines prestations. Là, je reste dans le conditionnel, l’équipe de Radio France détiendrait l’ensemble des factures et il est assez facile de connaître l’état du marché pour ce genre de prestations (il suffit d’aller voir les factures pour les autres candidats), mais dans tous les cas, c’est à la justice de se prononcer et la présomption d’innocence prévaut jusqu’à une condamnation éventuelle.

Des facturations à des proches, Jean-Luc Mélenchon semble savoir ce que c’est depuis belle lurette, à la belle époque où il était apparatchik du PS et élu de l’Essonne. Le maire de Janvry, Christian Schoettl, qui l’a bien connu parce qu’il a été conseiller général d’opposition lorsque Jean-Luc Mélenchon était sénateur et vice-président du conseil général de l’Essonne chargé de la communication, a republié le 16 octobre 2018 sur son blog (www.christianschoettl.com) une facture, parmi d’autres, qui n’aurait rien de choquant si ce n’est que lorsqu’elle est réglée par l’argent des contribuables, cela nécessite quelques précautions morales (Isabelle Thomas, ancienne égérie étudiante à l’époque des manifestations contre la loi Devaquet en automne 1986, elle avait 24 ans, est devenue militante du PS, élue conseillère régionale PS de 1998 à 2014 et députée européenne PS à partir de 2012, passée chez Hamon en 2017).

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Là où cela pourrait commencer à grincer des dents parmi les militants de FI, c’est que cette directrice de la communication, qui fut plus tard la première présidente très contestée de Télé-Mélenchon (appelée "Le Média"), pour réaliser les prestations facturées, elle aurait fait travailler des affidés de FI soit salariés très faiblement, soit bénévolement. De là à l’accuser de gagner beaucoup d’argent sur le dos de travailleurs sous-payés… comme le fait continuellement Jean-Luc Mélenchon quant il s’agit des patrons de grandes entreprises, je n’oserais point le penser. Que Jean-Luc Mélenchon adoptât des méthodes capitalistes tant détestées, ce n’était pas nouveau car il aurait aussi "employé" (fort légalement) des auto-entrepreneurs, statut dont il dénonçait pourtant le principe !

Là où le scandale pourrait être encore plus grand, c’est que cette directrice de communication, dont je ne mentionne pas, à dessein, le nom (parce que je n'aime pas les bashings contre des noms jetés en pâture dans les médias), serait la compagne de Jean-Luc Mélenchon. Précisons que la vie privée des responsables politiques ne m’intéresse pas du tout et que tout le monde a le droit à avoir sa vie affective comme il l’entend et, tant qu’il reste dans le cadre de la loi, il n’y a aucun jugement à avoir, ni même d’information à connaître. Le problème, c'est quand la vie affective a une implication dans la vie publique, et particulièrement quand l'argent public est en cause. Mon conditionnel sur cette liaison est cependant peu utile, puisque, même si de nombreux journaux se sont longtemps autocensurés sur le sujet (notamment "Libération" et "Paris Match"), on retrouve sur Internet des articles de presse qui le révèlent, certain dès avril 2017.

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Alors, que penser de tout cela ? Il suffit d’écouter Jean-Luc Mélenchon : il proclame qu’il n’y a pas eu d’enrichissement personnel. Nous voilà bien dans cette situation. C’est lui qui l’évoque et je veux bien le croire, évidemment, lui qui faisait partie des candidats à l'élection présidentielle de 2017 possédant l'un des patrimoines les plus importants (tant mieux pour lui, il n'y a aucun mal à être riche si l'on s'enrichit dans  la légalité). Je ne suis pas un juge et donc, je ne pourrais rien dire de pertinent, précisément sur ce sujet, mais je peux comprendre facilement que si j’ai une petite amie que j’enrichis grâce à mon activité, c’est le couple lui-même qui s’enrichit, et donc, moi par la même occasion, ce qui est normal.

Là où c’est moins normal, c’est lorsque les factures, à la fin du cycle, sont finalement remboursées par l’argent des contribuables. Et c’est tout aussi peu normal si les prestations sont réalisées dans les faits par des fidèles amis qui sont prêts à ne pas être payés, ou très faiblement, en retour. J’imagine le ressentiment que pourraient alors avoir mes amis à mon égard.

Si toutes ces informations publiées s’avéraient exactes, cela reviendrait à la même histoire que cette fameuse affaire dont François Fillon fut à la fois la victime et le mauvais héros lors de la dernière campagne présidentielle et dont la culpabilité éventuelle, je le rappelle et j'insiste, n'a encore jamais été établie par la justice. La baudruche Mélenchon se dégonflerait alors d’elle-même, si elle n’était pas déjà dégonflée avec tous ces comportements irrespectueux tant des personnes humaines que des institutions de la République.

Allez monsieur le président Mélenchon, vous voulez la retraite à 60 ans ? Chiche ! Osez déjà prendre la vôtre à 67 ans, il est déjà bien temps. S’énerver ainsi n’est pas bon pour la santé. Il vaut mieux se reposer un peu.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Radeau de la Méluche.
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Marine Mélenchon et Jean-Luc Le Pen.
Premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017.
Programme 2017 de Jean-Luc Mélenchon (à télécharger).
Deuxième débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (4 avril 2017).
Présidentielle 2017 : l’unique débat à cinq.
Benoît Hamon, la "bête noire" de Jean-Luc Mélenchon ?
Jean-Luc Mélenchon, candidat autoproclamé aux amitiés mal assumées.
Pourquoi Mélenchon ne veut pas d'alliance avec Bayrou ?
Christian Schoettl attaque Jean-Luc Mélenchon.
Débat Mélenchon vs Attali et Apparu (25 avril 2013).
Débat Mélenchon vs Cahuzac (7 janvier 2013).
Débat Mélenchon vs Copé (17 novembre 2011).
Débat Mélenchon vs Marine Le Pen (14 février 2011).
Mélenchon, allié objectif de Sarkozy (24 mars 2012).
Mélenchon sur TF1 (5 mars 2012).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181016-melenchon.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-radeau-de-la-meluche-208825

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/21/36801134.html





 

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18 octobre 2018 4 18 /10 /octobre /2018 17:40

« La place du handicap à l’école dit beaucoup de ce que nous sommes, de notre pays, de nos valeurs, de notre capacité commune à ne jamais transiger lorsqu’il s’agit de l’égalité des droits ou bien parfois, plus tristement, de s’accommoder des inégalités. Car c’est bien de l’égalité des droits dont il s’agit aujourd’hui. L’égalité qui fonde notre socle républicain et qui fait qu’un enfant, un élève, ordinaire ou extraordinaire, porteur de handicap ou non, différent ou comme les autres, suivra une scolarité normale, apprendra, grandira, deviendra un citoyen complet et respecté. » (Aurélien Pradié, le 11 octobre 2018 dans l’Hémicycle).



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Voici un texte sur lequel tout le monde pourrait se retrouver : « [Les enfants en situation de handicap] sont une richesse pour notre pays. Leur inclusion dans la société constitue tant une obligation morale qu’un défi face auquel nous devons nous montrer à la hauteur, non plus seulement par des slogans mais par des actes forts et déterminants. Pour notre République, donner à chacun la possibilité et la chance de construire sa vie, de devenir une femme, un homme, un citoyen ayant toute sa place dans notre communauté nationale est une absolue et belle exigence. L’inclusion de nos enfants, de tous nos enfants, résonne plus régulièrement encore lorsqu’il s’agit de relever ce défi au sein même de l’École de la République. C’est ici que tout commence, positivement ou négativement. Ces différences sont également une richesse pour tous nos enfants, porteurs de handicap ou non. C’est au sein de l’école que se construisent les citoyens qu’ils seront demain. L’inclusion des enfants en situation de handicap est une chance pour toutes celles et ceux qui les côtoieront, les accompagneront, les comprendront et les regarderont comme des camarades, peut-être différents mais égaux et enrichissants. Au sein de notre République, chacun a sa place, du plus fort au plus fragile, du plus "conventionnel" au plus "différent". Au sein de notre République, les enfants qui en ont le besoin doivent être accompagnés, aidés et portés vers l’avenir qu’ils se construiront, à la hauteur de leurs ambitions, petites ou grandes mais toutes infiniment respectables. C’est le défi de l’inclusion. » (29 août 2018).

Ce texte, que j’ai mis ici en avant, semble en effet être une profession de foi dans laquelle la très grande majorité sinon l’unanimité des citoyens devrait se retrouver. Il est l’introduction à la proposition de loi n°1230 relative à l’inclusion des élèves en situation de handicap déposée le 29 août 2018 par le rapporteur Aurélien Pradié (député LR) et signé par les membres du groupe LR à l’Assemblée Nationale (dont Éric Woerth, Éric Ciotti, Daniel Fasquelle, Olivier Dassault, Virginie Duby-Muller, etc.). Ce texte, examiné par la commission des affaires culturelles et de l’éducation le 3 octobre 2018, a été discuté en séance publique le jeudi 11 octobre 2018 lors de la "niche" des propositions réservées au groupe LR (depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, chaque groupe a un temps législatif consacré à la discussion d’un texte qu’il juge important).

Ce thème du handicap et de l’insertion, ou plutôt, puisque c’est le mot désormais, "l’inclusion" des enfants en situation de handicap dans le milieu scolaire, devrait être un thème de consensus pour l’ensemble des groupes politiques. À la rentrée scolaire 2018, 341 500 enfants en situation de handicap sont scolarisés, soit 20 000 de plus qu’à la rentrée 2017 (il y en avait seulement 100 000 à la rentrée 2006). Ces enfants, pour certains, doivent être accompagnés (c’est là le problème majeur de cette scolarisation). Aujourd’hui, il y a 29 000 emplois aidés pour cet accompagnement, ainsi que 43 041 AESH, qui sont les "accompagnants des élèves en situation de handicap".

En présentant sa proposition le 11 octobre 2018, le rapporteur Aurélien Pradié a commencé avec cet appel au consensus : « L’école de la République, la place que l’on y fait au handicap, ne sont pas des sujets comme les autres. La cause du handicap nécessite de déposer les armes, de faire résonner autre chose que les querelles partisanes. Elle nous impose de nous mettre tous au travail. ».


La colère de François Ruffin

Or, ce jeudi 11 octobre 2018, les pires querelles politiciennes ont vu le jour à cette occasion. Le point d’orgue, ce fut la "colère" très médiatisée du député François Ruffin (FI). Cette colère, de sa part, je n’en doute pas, est d’autant plus sincère qu’il soutenait un texte du groupe LR (donc, généralement, peu proche politiquement du groupe FI) : « Chers collègues marcheurs, je vous le demande avec solennité : n’avez-vous pas honte ? Honte de votre paresse ? Honte de votre sectarisme ? Je ne m’adresse pas seulement aux citoyens hors de cet hémicycle, mais à vous, ici, pour que vous mesuriez votre déshonneur devant la situation (…). ».

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Et d’expliquer la situation des personnes qui accompagnent les enfants en situation de handicap dans les écoles, sous-payées, sans formation, sans statut, avec des contrats précaires : « Pour changer cela, depuis le début de la législature, quelle proposition de loi avez-vous défendue ? Aucune ! Et le gouvernement, quel projet de loi a-t-il présenté ? Aucun ! (…) Aujourd’hui, notre collègue, Aurélien Pradié, qui est de droite, je m’en fiche qu’il soit de droite, du centre, du Sud, de l’Est, de l’Ouest, peu m’importe, propose d’élever un peu leur statut. Son texte n’est pas parfait, loin de là. Il est nettement améliorable. Et nous, les Insoumis, comme les communistes, les socialistes, les UDI, les Républicains, nous avons déposé quantité d’amendements en commission. Vous, les marcheurs, n‘en avez déposé aucun. Alors que vous êtres 300, vous n’avez déposé aucun amendement ! Vous n’avez même pas participé aux échanges. Vous vous êtes contentés, en groupe, en troupeau, de voter contre, contre, contre, de lever la main en cadence, comme des Playmobil. ».

Effectivement, la commission a rejeté tous les articles de la proposition de loi lors de son examen en commission, si bien que c’est le texte initial (sans les amendements présentés en commission) qui fut mis en discussion en séance publique dans l’hémicycle. Les députés de la majorité ont décidé de rejeter le texte purement et simplement. Ce qui explique l’absence d’amendement de leur part en commission.

François Ruffin a conclu ainsi : « Mais aujourd’hui, dans cet hémicycle, c’est pire encore. Vous allez voter une motion de rejet préalable, ce qui d’ailleurs porte bien son nom. Cela signifie que la discussion sur un point aussi important n’aura même pas lieu, que le texte ne sera même pas examiné. Vous empêchez carrément le débat, vous l’interdisez ! J’espère que le pays ne vous pardonnera pas ! Nous demandons un scrutin public. Les noms des votants seront publics. Je les publierai sur ma page Facebook, et je ne serai pas le seul ! Ils circuleront à travers la France et ce vote, j’en suis convaincu, vous collera à la peau comme une infamie. ».

Le ton de rage de François Ruffin, s’il est sincère (ce qui est à son honneur), il est aussi excessif, il dérape, puisque publier des listes de noms, c’est toujours lamentable (et dangereux, des déséquilibrés peuvent vouloir s’en prendre aux personnes nommées). Aussi lamentable que de désigner les 6 000 maires qui ont augmenté la taxe d’habitation sans prendre en compte la situation financière particulière de chacune de leur commune (ce qu’a fait le ministre Gérald Darmanin pour riposter contre ces augmentations qui effacent la baisse gouvernementale).

Sur le plan factuel, François Ruffin a raison. Quelques minutes après son intervention, le texte fut en effet rejeté par une motion de rejet préalable par 70 voix contre 54 sur 124 votants (d’ailleurs, où sont donc les autres députés ? ce sont les absents, la honte, pas ceux qui ont pris position dans l’hémicycle par ce vote).

Toujours sur le plan factuel, François Ruffin a effectivement raison sur le fait que ni le gouvernement, ni le groupe LREM n’ont déposé respectivement de projet de loi ou de proposition de loi visant à renforcer l’accompagnement des enfants en situation de handicap à l’école. C’est vrai.

Mais cela ne veut pas dire que le gouvernement ne fait rien à ce sujet. Bien au contraire. La générosité et la sensibilité de François Ruffin ont été implicitement instrumentalisées par le groupe LR. Ce serait presque cocasse si le sujet n’était pas aussi important. Car le groupe LR a déposé ce texte de manière très politicienne, en demandant le consensus de manière très hypocrite. Et son meilleur défenseur se trouve de l’autre côté de l’hémicycle.


Le gouvernement n’a pas attendu Aurélien Pradié ni François Ruffin pour agir

En effet, le gouvernement actuel a agi, peut-être beaucoup plus que les précédents. Le 18 juillet 2018, le Ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer et sa collègue chargée des personnes en situation de handicap, Sophie Cluzel, ont présenté leur action dans le domaine de "l’inclusion" dans les écoles.

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La loi n°2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées voulue par le Président Jacques Chirac encourage cette inclusion des enfants dans les écoles. Tout le monde y gagne, ceux en situation de handicap comme ceux qui ne le sont pas et qui voient dans leur camarade non pas "un handicapé" mais un camarade, un convive, certes différent, mais qui peut les aider dans une matière, jouer avec eux pendant la récréation, etc. Au lieu d’être "des handicapés", ils deviennent "des personnes" avec leur spécificité, leur histoire, leurs humeurs aussi, leur psychologie, leurs talents, leurs défauts, etc., bref, tout ce qui fait la vie d’une personne.

La politique menée depuis un an par Jean-Michel Blanquer est très entreprenante dans ce domaine. La vraie différence de points de vue qui a motivé l’adoption de la motion de rejet préalable, c’est que le gouvernement ne désire pas faire passer par une loi (ni projet ni proposition donc) sa politique d’inclusion dans les écoles, mais de manière réglementaire.

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La députée Cécile Rilhac a ainsi expliqué au rapporteur du texte, lors de l’examen en commission le 3 octobre 2018 : « Si vous étiez membre de notre commission, vous auriez pu participer aux auditions des ministres Jean-Michel Blanquer et Sophie Cluzel, pour mieux vous rendre compte de nombreuses avancées réalisées ces dernières années. Vous avez dit vous-même que ce texte ne traite pas le sujet dans son ensemble. Or la question de l’école inclusive est beaucoup trop importante et sérieuse pour être traitée aussi partiellement et avec autant d’approximations que dans votre proposition. Les termes utilisés sont très maladroits, trop. Cette grande méconnaissance du vocabulaire démontre que votre texte n’a pas été travaillé. (…) Alors, je m’interroge sur l’opportunité de cette proposition de loi et sur la nécessité de passer par le chemin législatif, là où nous agissons par voie réglementaire depuis plus d’un an. ».

Cette idée a d’ailleurs provoqué, par avance, une diatribe anti-technocratique d’Aurélien Pradié, durant cette même séance de la commission le 3 octobre 2018 : « Ce qui rend les choses incohérentes, c’est cette vision extensive que certains peuvent avoir du domaine réglementaire. Vouloir devenir sous-préfet d’arrondissement ou préfet de département, je l’ai dit, est une vocation tout à fait respectable, mais ce n’est pas exactement, à mes yeux, la mission d’un député. J’ai véritablement un problème profond avec l’idée selon laquelle il nous faudrait progressivement abandonner l’essentiel de ce qui reste le cœur de l’activité du législateur, faire la loi, à un pouvoir réglementaire qui est d’une tout autre nature. Cette séparation des pouvoirs nécessaire est au contraire notre bien commun et nous devrions en prendre grand soin. » (Remarque : comme s’il n’y avait pas assez de lois comme cela !).


Une proposition "mal ficelée"

Ce que reprochent le gouvernement et le groupe LREM, c’est que la proposition de loi est bâclée, mal rédigée, qu’elle ne s’occupe du problème que de manière parcellaire voire anecdotique et qu’elle ne prend pas en compte les avancées déjà réalisées dans ce domaine par l’État. S’il y a polémique, c’est bien parce que le groupe LR, de mauvaise foi, a voulu faire de ce sujet un sujet de polémique. Finalement, le bénéfice de la polémique est retombé sur François Ruffin, bien malgré lui, lui-même loin de vouloir en faire une polémique pour une polémique, mais ulcéré du rejet pur et simple du texte qui lui laisse croire que la majorité ne voudrait pas s’intéresser à ce sujet, alors que le gouvernement agit depuis plus d’un an, mais pas par la loi.

Le texte voulait donner un statut aux personnes qui accompagnent les enfants en situation de handicap. Un emploi souvent précaire et sans formation. La principale phrase de l’exposé des motifs est : « Il est temps de passer d’une organisation qui n’est que le produit de petits ajustements, sans vue d’ensemble ni grande ambition, à l’émergence d’un statut d’ "aidants à l’inclusion scolaire", pleinement opérationnel et stable pour l’avenir. ».

Voici deux exemples parmi d’autres qui montrent que ce texte n’est pas pertinent. Le mot "aidant" est maladroit car il désigne aussi bien des professionnels que des particuliers qui aident des personnes dépendantes (c’est le cas avec le "congé du proche aidant"). Vouloir donner un statut avec un terme qui désigne aussi des non professionnels, ce n’est pas très heureux. Le mot "accompagnant" est plus adapté. Du reste, en commission, Aurélien Pradié était d’accord pour modifier ce terme. Autre maladresse : vouloir donner une formation de BAFA (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur) à ces personnes qui accompagnent, là encore, c’est maladroit car justement, le BAFA est un brevet pour des non professionnels, et en plus, les AESH peuvent déjà passer le BAFA, donc, la proposition de loi ne tient pas compte de la réalité, des avancées déjà réalisées.

Toujours en commission le 3 octobre 2018, la députée Béatrice Piron a passé à la moulinette tout le texte : « Les articles 2 et 3 (…) sont parfois maladroits, ou ne prennent pas en compte les avancées concrètes et ambitieuses en faveur de l’école inclusive réalisées par le gouvernement et la majorité. ». Sur le BAFA : « En termes d’attente, les animateurs et les accompagnants n’ont pas la même mission. Le BAFA forme à l’accompagnement de mineurs à titre non professionnel et occasionnel ; il n’a donc pas l’ambition de former des accompagnants ni des aidants ; et l’on n’attend pas d’un aidant qu’il soit animateur. ». Pour conclure ainsi : « La nécessité de valoriser le métier d’AESH n’est donc pas laissée pour compte par le gouvernement et par la majorité. Nous nous saisissons de ces enjeux en traitant le sujet de l’école inclusive dans son ensemble : or celle-ci ne se construit pas de manière approximative, mais en repensant l’ensemble de notre modèle éducatif pour prendre en compte les besoins éducatifs particuliers en intégrant le secteur médico-social et en accompagnant les établissements scolaires. ».

C’était ce qu’a rappelé la députée Cécile Rilhac lors de la séance publique le 11 octobre 2018 : « Nous regrettons que votre proposition de loi n’apporte pas de réponse adéquate face au constat que, tous ici, nous avons rappelé. (…) Votre proposition de loi ne nous semble pas répondre aux besoins actuels des enfants ni à ceux des accompagnants. Elle rebondit sur les difficultés rencontrées à la rentrée, sans parvenir à formuler des propositions appropriées. Les articles 1er et 2, ainsi que l’article 5, visent à mettre en place des dispositifs qui existent déjà. Quant à l’article 3, il passe à côté du sujet crucial du temps périscolaire. L’article 4, enfin, ne constitue pas une réponse juridiquement satisfaisante. ».

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Autre signe qui montre que la proposition de loi d’Aurélien Pradié a été "bâclée", c’est le très faible nombre de personnes auditionnées pour ce sujet si sensible et si importante, seulement neuf personnalités qualifiées, et encore, issues de seulement quatre organismes distincts. C’est un peu court pour faire un tour pertinent de la situation nationale du handicap à l’école.


La démagogie, la sincérité… et l’action

Les propos de François Ruffin le 11 octobre 2018 ont été excessifs. Parce qu’ils ne traduisent pas la réalité de la situation. Sans doute aussi parce qu’il est encore novice en politique et n’a pas vu que la loi n’est pas le seul outil pour améliorer les choses (heureusement, d’ailleurs). Il n’y a pas de honte ni de déshonneur à refuser de voter pour un texte mauvais, incomplet et maladroit quand le sujet concerne la vie des centaines de milliers d’enfants, leurs parents et leurs accompagnants. Il est simpliste de vouer ainsi aux gémonies la majorité qui a déjà beaucoup travaillé sur le sujet. Il est aussi injuste de faire croire que la majorité refuse le débat alors que le Sénat, avec sa majorité LR, a rejeté, lui aussi, une proposition de loi de LREM : « Permettez-moi ici une légère digression car je relève une contradiction : aujourd’hui, l’opposition parle de déni de démocratie, de refus du débat, alors qu’elle voyait de la sagesse quand une proposition de loi de la majorité a été rejetée par le Sénat. » (Cécile Rilhac le 11 octobre 2018).

Le mardi 16 octobre 2018, en pleine effervescence du remaniement ministériel, le député Adrien Taquet (LREM) est revenu sur le sujet lors de la séance des questions au gouvernement : « Je pourrais d’abord évoquer le tombereau d’insultes et de menaces que mes collègues reçoivent depuis quatre jours, de la part de gens attisés par des propos et des comportements irresponsables de certains membres de cette assemblée. Si tenir de tels propos, c’est être un "animateur de la démocratie", soyez convaincus que nous ne partageons ni la même conception du divertissement, ni la même conception de la démocratie. ».

Et de poursuivre sous les exclamations de députés FI : « Je pourrais vous demander, monsieur le ministre, d’expliquer à notre assemblée ce qu’est l’école inclusive ; car, lorsque je lis des propositions de loi ou des amendements qui évoquent, respectivement, les notions de "parcours éducatifs spécialisés" et d’ "inclusion sur mesure", toutes deux contraires à l’article 19 de la Convention des Nations Unies, non seulement les bras m’en tombent, mais je doute que leurs auteurs sachent vraiment de quoi ils parlent. ».

Puis, sous les exclamations de députés LR et FI : « Je pourrais vous demander de rappeler que cette question a fait l’objet de plusieurs heures de débats en commission et d’échanges nourris en séance ; ce à quoi je me permettrais d’ajouter que les groupes d’études de l’Assemblée Nationale sur le handicap ou sur l’autisme, par exemple, sont aussi des lieux de débats et de travail, surtout quand on en assure la vice-présidence. Mais encore faut-il y avoir mis les pieds une fois depuis le début de la législature ! ».

La réponse du ministre Jean-Michel Blanquer a montré que la majorité non seulement se préoccupe du sujet de l’insertion à l’école des enfants à situation de handicap, mais qu’il y a activement travaillé : « Ce sujet, résumons-le en quelques données : 340 000 élèves handicapés ; plus de 80 000 personnes pour les accueillir ; une politique du gouvernement qui, pour la première fois, tend à réduire le nombre d’emplois précaires, au profit d’emplois robustes dédiés à cet accueil. ».

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L’action du gouvernement a été efficace : « Pour la première fois, lors de la dernière rentrée, les accompagnants des élèves en situation de handicap, AESH, ont été plus nombreux que les contrats aidés : pour ces accompagnants, nous avons créé plus de 10 000 postes, auxquels s’ajouteront 12 000 autres dans le prochain projet de loi de finance. Pour la première fois, ces contrats sont assortis d’une politique de formation, à raison de soixante heures par an. Autrement dit, nous ouvrons des perspectives pour ceux qui occupent des emplois. (…) Les progrès accomplis sont salués par tous ceux qui connaissent le sujet. Bien entendu, la situation est encore imparfaite, même si elle s’est largement améliorée lors de cette rentrée. Elle s’améliorera encore à la rentrée prochaine, dans l’unité nationale. ». Le "dans l’unité nationale" que Jean-Michel Blanquer a répété plusieurs fois visait à ironiser sur la volonté d’unité nationale du groupe LR tout en cherchant à provoquer la polémique.

Sur l’action du gouvernement, pour prendre un exemple, le décret n°2018-666 du 27 juillet 2018 « consolide la formation initiale des accompagnants en affichant l’obligation d’un volume de soixante heures de formation continue » selon les mots de Jean-Michel Blanquer lors de la séance du 11 octobre 2018 qui commenta ainsi : « L’enjeu n’est pas tant de créer une nouvelle formation que de favoriser l’accès effectif à cette formation de base et de la compléter par un parcours de formation qualifiant en cours d’emploi, prévu par le décret n°2014-724 du 27 juin 2014. Grâce à ce décret, les accompagnants des élèves en situation de handicap qui ne sont pas titulaires d’un diplôme professionnel peuvent suivre une formation incluse dans leur temps de service effectif. Ils peuvent en outre bénéficier, toujours sur leur temps de service, de la formation nécessaire à l’obtention du diplôme. Cette dernière me semble bien plus importante que la possibilité pour les accompagnants de passer le BAFA (…). Les AESH ne sont pas des animateurs, mais des professionnels de l’accompagnement. ».

Dans sa réponse à Adrien Taquet le 16 octobre 2018, Jean-Michel Blanquer a ajouté aussi un problème de calendrier, légiférer maintenant ne prendrait pas en compte d’autres consultations à venir : « Dans dix jours, débutera aussi une concertation prévue de longue date. C’est sans doute un hasard si une proposition de loi mal ficelée a été présentée au même moment ! ».

Comme on le voit, le thème de l’insertion à l’école des enfants à situation de handicap, qui devrait être un sujet sérieux de consensus, a été instrumentalisé pour être un sujet de simples joutes parlementaires. Ce n’est pas nouveau d’attaquer un adversaire sur ce thème, mais si c’est particulièrement odieux, démagogique, irresponsable et surtout, irrespectueux des personnes qui souffrent d’un handicap.


La loi ELAN inquiétante pour les personnes en situation de handicap

C’est vrai que le gouvernement pouvait être soupçonné de mal se préoccuper des personnes en situation de handicap. En effet, le projet de loi (n°846) portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (ELAN) adopté en conseil des ministres le 4 avril 2018 pouvait inquiéter, et pas seulement par son volume (588 pages avec l’exposé des motifs et l’étude d’impact, 65 articles pour le texte initial).

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À l’origine (texte initial), reprenant les orientations décidées par le comité interministériel du handicap du 20 septembre 2017, son article 18 a réduit énormément les exigences d’accessibilité dans les bâtiments collectifs d’habitation « en créant la notion de logement "évolutif", c’est-à-dire accessible en grande partie et pouvant être rendu totalement accessible, par des travaux simples ». Il s’agissait également « de promouvoir l’innovation dans la conception de logements pour garantir leur évolutivité tout au long de la vie, plutôt qu’exiger que tous les logements soient accessibles. Un quota de 10% de logements accessibles est maintenu. ».

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Il faut se rappeler que la loi du 11 février 2005 oblige actuellement que 100% des logements neufs dans les bâtiments collectifs d’habitation soient accessibles aux personnes en situation de handicap. C’est normal car même s’il n’y a que 8% de population qui est en situation de handicap, 100% des personnes peuvent (hélas) le devenir par la vieillesse, la maladie ou un accident.

Le  texte définitif adopté le 4 octobre 2018 par les députés (et par les sénateurs le 16 octobre 2018), après l’accord obtenu à la commission mixte paritaire du 19 septembre 2018, a augmenté le quota de logements accessibles à 20% (au lieu de 10% dans le texte initial, mais surtout, au lieu de 100% dans la loi du 11 février 2005). L’innovation juridique est de définitif des "logements évolutifs" obligatoires pour les 80% restants, qui permettraient (on verra à l’usage) de concilier à la fois la simplification des constructions de logements et l’accessibilité des personnes en situation de handicap.

Le texte définitif de la loi ELAN dit que des décrets devront préciser : « Les modalités particulières applicables à la construction de bâtiments d’habitation collectifs ainsi que les  conditions dans lesquelles, en fonction des caractéristiques de ces bâtiments, 20% de leurs logements, et au moins un logement, sont accessibles tandis que les autres logements sont évolutifs. La conception des logements évolutifs doit permettre la redistribution des volumes pour garantir l’accessibilité ultérieure de l’unité de vie, à l’issue de travaux simples. Est considéré comme étant évolutif tout logement dans les bâtiments d’habitation collectifs répondant aux caractéristiques suivantes. 1° Une personne en situation de handicap doit pouvoir accéder au logement, se rendre par un cheminement accessible dans le séjour et le cabinet d’aisances, dont les aménagements et les équipements doivent être accessibles, et en ressortir. 2° La mise en accessibilité des pièces composant l’unité de vie du logement est réalisable ultérieurement par des travaux simples. ».

Pour l’anecdote, l’une des rapporteurs du projet de loi ELAN était la députée de Gironde Christelle Dubos (LREM), nommée le 16 octobre 2018 Secrétaire d’État auprès de la Ministre des Solidarités et de la Santé.


Sujet polémique déjà en 2007

Le handicap a déjà été un sujet polémique lors d’une bataille présidentielle cruciale. Effectivement, le 2 mai 2007, il y a plus de onze ans, une candidate à un second tour de l’élection présidentielle avait affiché une colère froide, particulièrement hypocrite et déplacée, sur ce thème lors du débat télévisé avec le futur Président de la République. Ségolène Royal avait mal choisi son angle d’attaque : reprocher à Nicolas Sarkozy, et à travers lui, à la majorité sortante, de n’avoir rien fait pour les enfants à situation de handicap était particulièrement malvenu puisque la loi qui fut majeure date justement de 2005 sur la volonté de Jacques Chirac (sujet promu comme priorité nationale le 14 juillet 2002, juste après sa réélection). La démagogie n’est d’ailleurs pas forcément efficace puisque Ségolène Royal n’a pas été élue.

Quand François Ruffin, de façon totalement irresponsable, crie : « J’espère que le pays ne vous pardonnera pas ! », qu’il se méfie de ne pas être l’arroseur arrosé. Le "pays", lui, est capable de comprendre dans quel camp se trouve l’esprit de responsabilité et l’esprit de solidarité sur ce sujet qui aurait mérité un peu plus de hauteur et de dignité. Pauvres enfants !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Proposition de loi d’Aurélien Pradié sur l’accompagnement des enfants en situation de handicap, déposée le 29 août 2018 (à télécharger).
Loi ELAN (projet déposé le 4 avril 2018 et "petite loi" définitivement adoptée le 3 octobre 2018, à télécharger).
Colère de François Ruffin sur le débat sur le handicap (le 11 octobre 2018).
Question et réponse de Jean-Michel Blanquer sur le débat sur le handicap (le 16 octobre 2018).
Le handicap, prétexte à la polémique politicienne ?
Handicap : le miraculé d’un train régional malgré l’indifférence des autres ?
Une candidate à l’élection présidentielle va toucher une auditrice en situation de handicap.
Loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées (version consolidée au 7 octobre 2021).
Un débat électoral où le handicap était prétexte à une colère politicienne.
La scolarisation des enfants en situation de handicap, où en est-on ?
Et si nous bâtissions une société accessible à tous ?
Le congé de proche aidant.
L’élimination des plus faibles ?
Intouchables : le modèle républicain en question.
Un fauteuil pour Vincent.
Stephen Hawking.
Vincent Lambert.
Monique Pelletier.

_yartiHandicap2018A02



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181011-francois-ruffin.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/18/36794201.html

 

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11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 15:14

Né le 29 juin 1948 à Saint-Mandé, Yvan Blot fut diplômé de Science Po Paris (1969) puis de l'ENA (1973). Il a soutenu aussi une thèse de doctorat ès sciences économiques en 2004. Haut fonctionnaire, il cofonda le Club de l'horloge le 10 juillet 1974, club de droite extrême, avec Jean-Yves Le Gallou et Henry de Lesquen. Il prôna une droite nationale-libérale. Travaillant entre 1978 et 1984 pour Alain Poher, puis Alain Devaquet et Bernard Pons, il fut élu coseiler municipal de Calais en mars 1983, conseiller général du Pas-de-Calais en mars 1985 et, sur la liste menée par Jean-Paul Delevoye, député RPR en mars 1986 (jusqu'en mai 1988). Battu aux législatives de 1988, il prôna une alliance RPR-FN puis quitta le RPR pour le FN en 1989 pour se faire élire député européen FN de 1989 à 1999. En mars 1992 et mars 1998, il fut élu et réélu conseiller régional FN d'Alsace (vice-président du conseil régional de 1992 à 1998), en juin 1995, élu conseiller municipal de Strasbourg. Exclu du FN en 1998 car il a suivi son ami Bruno Mégret dans la sécession contre Jean-Marie Le Pen. En 2004, il réintégra la droite parlementaire à l'UMP tout en se faisant nommer inspecteur général de l'administration dès 2002, mais requitta l'UMP en 2015. Il a publié de nombreux ouvrages politiques.

SR

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1 août 2018 3 01 /08 /août /2018 04:13

« La réalité est presque toujours un démenti constant infligé à nos craintes comme à nos espoirs. » (Paul Javor, 1978).


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Il y a deux mois, le vendredi 1er juin 2018, réuni à Lyon, le Front national a finalisé son changement d’appellation. Il s’appelle désormais le "Rassemblement national", terme qui a été pourtant déjà utilisé par divers mouvements d’ultra-droite ultraminoritaires durant les années 1990 et qui fut même utilisé par le FN lui-même pour la campagne des élections législatives du 16 mars 1986 (à l’époque, il avait conquis 35 circonscriptions).

La décision a été approuvée par 80,8% des militants avec une participation de 53% au cours d’une consultation sur Internet entre le 9 et 31 mai 2018, ce qui correspond à une acceptation plutôt molle et peu enthousiaste. L’idée d’un changement de nom a été lancée au 16e congrès du FN à Lille le 11 mars 2018, avec un manque manifeste de motivation de la part des militants plutôt habitués à parler de leur "front", langage guerrier qui correspondait bien à leur militantisme (le mot même "militant" est proche du mot "militaire").

À ce congrès, Marine Le Pen a été réélue très démocratiquement présidente du FN avec …100% des voix ! et les nouveaux statuts, entérinant la suppression du poste de président d’honneur à vie pour son père, approuvés à 79%. Les dix membres du conseil national les mieux élus furent, dans l’ordre décroissant : Louis Aliot (le compagnon de la présidente !), Steeve Briois, Nicolas Bay, David Rachline (politiquement très efficace dans le Var), Bruno Gollnisch, Julien Sanchez, Stéphane Ravier, Wallerand de Saint-Just, Sébastien Chenu et Marie-Christine Arnautu.

Il faut dire que ce changement d’appellation, c’est historique. Le premier président et fondateur du FN, Jean-Marie Le Pen, a violemment protesté contre cette perte d’identité dès le 1er juin 2018.

Le Front national, créé le 5 octobre 1972 par des militants d’Ordre nouveau, avait demandé à Jean-Marie Le Pen, le plus respectable des représentants possibles de l’extrême droite, d’en prendre la présidence pour participer aux élections législatives de mars 1973 sous une devanture légale. Habile politicien, Jean-Marie Le Pen en avait fait rapidement "son" parti et même, sa "PME", devenue très prospère au milieu des années 1980 grâce à une aide tacite du Président François Mitterrand, ravi de voir dans ce parti le moyen inespéré d’empêcher le centre droit de retrouver une majorité absolue à l’Assemblée Nationale (ce qui a failli se faire avec le scrutin proportionnel en 1986).


La marinisation du FN

Lorsque Jean-Marie Le Pen a laissé la maison à sa dernière fille, le 16 janvier 2011 au congrès de Tours, désignée présidente par 67,6% des voix avec une participation de 76,4%, contre Bruno Gollnisch, le parti comptait 22 000 adhérents (aujourd’hui, il compterait 51 500 membres) et avait eu quelques heures de gloire (comme sa présence au second tour de l’élection présidentielle de 2002). Mais il était en situation de reflux avec un leader trop âgé et fatigué pour battre campagne (l’audience électorale fut ramenée seulement 10,4% des voix à l’élection présidentielle du 22 avril 2007).

La combativité de Marine Le Pen a permis d’élever le Front national vers un nouveau seuil, bien plus élevé que celui de son père, pour une raison simple : contrairement à son père, traumatisé lui-même par sa présence au second tour de 2002, la fille veut gouverner, et donc, veut prendre le pouvoir ! Pour cela, elle s’est attaché à lisser les aspérités les plus criantes de son parti, n’hésitant pas à pourchasser tous les auteurs de déclarations publiques (et il y en a de plus en plus à cause des réseaux sociaux) qui laisseraient entendre que le FN serait associé à des réflexions antisémites ou même racistes.

C’est ce qu’on appelle très improprement la "dédiabolisation" du Front national, terme que je récuse car il signifierait qu’il a été injustement "diabolisé" alors qu’il n’a reçu les critiques que de ce qu’il exprimait réellement, donc justifiée. Cette évolution du politiquement correct au sein du FN s’est déroulée également dans un sens programmatique assez surprenant. Rompant avec le libéralisme paternel (qui professait la suppression de l’impôt sur le revenu), la fille s’est embarquée dans les allées incertaines de l’ultra-gauche, consolidant ainsi son électorat populaire et ouvrier (nombreux dans le Nord) et délaissant les thèmes anti-immigration très profitable à l’ultra-droite (bien implantée dans le Sud).

Cette gauchisation du FN, réalisée essentiellement par l’énarque Florian Philippot, souverainiste originairement proche des positions de Jean-Pierre Chevènement, a eu, en quelques années, une efficacité électorale redoutable. Dès sa première tentative présidentielle, Marine Le Pen a atteint le niveau de son père au bout de quarante-cinq ans de vie politique, avec le score de 17,9% des voix, soit 6,4 millions de suffrages, à l’élection présidentielle du 22 avril 2012.

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Puis, elle a réussi à hisser son parti à des niveaux jamais atteints, à toutes les élections intermédiaires, y compris à des élections au scrutin peu favorable : 2 sièges de député aux élections législatives des 10 et 17 juin 2012 (Marion Maréchal, élue à 22 ans, la plus jeune de l’histoire, et Gilbert Collard), 13 mairies de communes de plus de 10 000 habitants aux élections municipales des 23 et 30 mars 2014 (Orange et Hénin-Beaumont, dès le premier tour, ainsi que Bollène, Fréjus, Béziers, Beaucaire, Hayange, Cogolin, Le Luc, Le Pontet, Villers-Cotterêts, Mantes-la-Ville ainsi que le 7e secteur de Marseille), 24 sièges de député européen (sur 74) avec le score historique de 24,9% des voix aux élections européennes du 25 mai 2014, 2 sièges de sénateur aux élections sénatoriales du 28 septembre 2014 (Stéphane Ravier à Marseille et Didier Rachline, élu à 26 ans, le plus jeune de l’histoire, dans le Var), 62 sièges de conseiller départemental avec 25,2% des voix aux élections cantonales des 22 et 29 mars 2015, et enfin 358 sièges de conseillers régionaux avec 27,7% des voix (le sommet des scores nationaux du FN) aux élections des 6 et 13 décembre 2015, avec deux régions (Haut-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur) qui étaient sur le point d’être gagnées.

Comme souvent avec des gouvernements de gauche, l’extrême droite s’est électoralement renforcée. Notamment en atteignant une audience nationale exceptionnelle (jusqu’à 27,7% !), en faisant même élire 2 sénateurs (la pire des élections pour le FN, montrant que ce parti était capable de convaincre des élus locaux apolitiques), et sur le point de présider deux régions importantes de la France.

Plus précisément, au cours du quinquennat de François Hollande, le FN a réalisé beaucoup de bons résultats aux différentes élections législatives partielles, présent souvent au second tour (face à un candidat UMP/LR), et surtout, même s’il n’a remporté à cette occasion aucune nouvelle circonscription, le FN a montré qu’il pouvait convaincre entre les deux tours, passant souvent de 25% à 45% des voix.

Ce comportement électoral nouveau aux élections partielles comme les résultats à des élections au scrutin majoritaire défavorable ont prouvé que le Front national avait désormais une capacité majoritaire potentielle, ce qui change complètement son rôle initial de parti minoritaire contestataire.

Les échéances de 2017 ont montré également une nouvelle progression, historique, du Front national : Marine Le Pen a atteint 21,3% des voix (soit 7,7 millions de suffrages) au premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017, soit près de 470 000 voix de plus que François Fllon, ce qui lui a permis d’être présente au second tour où elle a obtenu le score historique de 33,9% des voix, avec plus de 10,6 millions d’électeurs au second tour du 7 mai 2017, bien plus que son père quinze ans auparavant, le 5 mai 2002.

Marine Le Pen a démontré que son parti pouvait arriver électoralement au pouvoir. En dépassant ce que certain ont appelé le "plafond de verre" d’environ 20% faussement attribué par les observateurs, et en dépassant les 30% en 2017, après avoir atteint les 25% en 2014, le FN peut raisonnablement recueillir un tiers de l’électorat. Aucun parti n’a jamais eu de "plafond de verre", surtout dans ces temps incertains où les électeurs, désorientés, peuvent faire confiance massivement à un parti contestataire.

Et pourtant, cette belle performance, qui s’est aussi traduite par l’élection de quatre fois plus de députés FN qu’en 2012, aux élections législatives des 11 et 18 juin 2017 (à savoir : Marine Le Pen elle-même, Emmanuelle Ménard, Louis Aliot, Gilbert Collard, Bruno Bilde, Ludovic Pajot, José Évrard et Sébastien Chenu) a été considérée comme une contre-performance pour les observateurs, pour deux raisons.

La première raison, c’est qu’en réunissant un tiers de l’électorat, ce qui est déjà énorme, c’est aussi très largement insuffisant pour espérer rassembler une majorité absolue d’électeurs à l’élection présidentielle. Et surtout, la seconde raison, c’est la performance désastreuse de Marine Le Pen lors de son débat télévisé, le 3 mai 2017, face à Emmanuel Macron, au cours duquel elle a montré un esprit très infantile (de cour de récréation), une absence de préparation et de travail intellectuel, une incompétence globale des affaires nationales (en ne connaissant même pas les activités de plusieurs grandes entreprises dont elle parlait). Par une telle légèreté politique, elle a convaincu jusqu’à ses propres fidèles qu’elle ne voulait en fait pas gouverner et dans tous les cas, qu’elle n’en était pas capable.


L’idée contreproductive du changement de nom

Au-delà des contestations juridiques sur la propriété intellectuelle de la nouvelle dénomination, qui montrent l’amateurisme de la direction du FN (deux partis déjà existants se nommaient "Rassemblement national" et avaient déposé leur marque, mais l’une des marques aurait été vendue au FN le 22 février 2018, le juge départagera les protagonistes en septembre 2018), le choix, d’une part, d’un changement d’appellation, et d’autre part, de cette appellation particulière, le "Rassemblement national", ne relève pas d’une intelligence politique très fine.

Changer d’appellation quand le parti est au plus haut de son niveau électoral, c’est comme se tirer une balle dans le pied. En effet, dans l’esprit de son électorat, le marque "Front national" était encore un bon label pour voter, et pouvait à la fois conserver les anciens électeurs nostalgiques d’un FN positionné très à droite, et conquérir des électeurs positionnés plutôt dans l’ultra-gauche, sur le même terrain que Jean-Luc Mélenchon. Après quarante-cinq ans d’existence, le FN est devenu un parti majeur de la vie politique, commençant pourtant avec seulement 0,7% lors de l’élection présidentielle du 5 mai 1974. Il a réussi à percer même aux sénatoriales, aux cantonales et aux municipales, ce qui est historiquement sans précédent.

Changer le nom d’une formation politique qui compte à ce jour (encartés) 6 députés, 1 sénateur, 16 députés européens, 307 conseillers régionaux, 58 conseillers départementaux, 27 maires et 1 533 conseillers municipaux, c’est faire preuve de beaucoup d’inconséquence sur le plan de la communication politique.

Changer de nom, c’est prendre le risque de déstabiliser un électorat déjà très interrogatif sur les capacités de Marine Le Pen à garder le leadership de cette formation politique, d’autant plus que cette dernière a déjà annoncé qu’elle ne voulait pas prendre de risque politique avant 2022 et qu’elle ne mènerait donc pas la liste FN aux élections européennes de mai 2019 (dans moins d’un an). Le mot "front" est même très ancré dans l’esprit de ses adhérents (et même de ses opposants avec des mouvements comme "Ras-le-front").


Rassembler dans la solitude

Mais non seulement changer de nom ne va pas dans le sens de l’intérêt du FN lui-même, mais le choix de vouloir être un "rassemblement" semble avoir une vocation comique ! C’est vrai que certains partis politiques veulent s’appeler ce qu’ils ne sont pas, mais là, au contraire, il montre trop grossièrement l’absence de rassemblement pour que cela puisse avoir du sens politique. Cette nouvelle appellation ne trompe donc personne.

Car depuis 2017, Marine Le Pen est complètement isolée politiquement et ne s’entoure que de son seul clan.

Après avoir exclu le 20 août 2015 son propre père, Jean-Marie Le Pen (à cause d’un nouveau dérapage le 4 avril 2015 dans "Rivarol"), Marine Le Pen ne rassemble pas mais au contraire, éloigne.

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Ainsi, sa nièce Marion Maréchal, très populaire non seulement au sein du FN mais également de certains sympathisants de la droite parlementaire, et donc, clef essentielle dans une perspective d’amener le FN à gouverner, a décidé de quitter le FN le 9 mai 2017 pour éviter toute division avec sa tante.

Ainsi, son conseiller indispensable, Florian Philippot, lui non plus, ne croit plus à l’avenir politique de Marine Le Pen et a quitté le FN le 20 septembre 2017 pour créer son propre parti (politiquement inexistant) "Les Patriotes".

Ainsi, son ancien allié du second tour de l’élection présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan, a rejeté le 3 juin 2018 l’alliance que lui avait proposée sans illusions, le 31 mai 2018, la présidente du FN aux élections européennes. Cette fin de non-recevoir, très peu courtoise, que Marine Le Pen connaissait dès le début mai 2018, montre à quel point le tandem entre les deux responsables au sommet de l’État (Élysée et Matignon) aurait été une catastrophe nationale.


Impasse politique

En n’ayant plus ni son aile gauche (Florian Philippot, véritable inspirateur du développement du FN) ni son aile droite (Marion Maréchal, partie vers des contrées différentes), en n’étant pas capable de réunir ni les souverainistes de Debout la France, ni Les Républicains de Laurent Wauquiez, Marine Le Pen, en perte de crédibilité, est aujourd’hui dans une impasse politique.

Cela ne l’empêchera pas de remonter le cas échéant (en politique, on n’est jamais mort que physiquement), et la perspective des élections européennes de 2019 peut lui apporter un grand bol d’air pour rebondir, mais si elle ne prouve pas qu’elle est capable de rassembler d’autres formations que la sienne autour d’un programme politique cohérent, Marine Le Pen n’aura aucune crédibilité dans ses capacités à faire de son parti un véritable parti de gouvernement. Et c’est probablement tant mieux pour la France !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 juillet 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Marie Le Pen a-t-il tout perdu ?
Rassemblement oxymore.
La création de Debout la Patrie.
Le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen du 3 mai 2017.
Les nationautes de la Marine.
Marion Maréchal-Le Pen.
Patrick Buisson.
Marion Wauquiez
Florian Philippot.
Des sénateurs FN.
Jean-Marie Le Pen, symbole de la vieille politique.
Marine Le Pen et la fièvre du dimanche soir.
Second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017.
Nicolas Dupont-Aignan plonge dans la soupe extrémiste.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.
Choisis ton camp, camarade !
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Premier tour de l'élection présidentielle du 23 avril 2017.
Le nationalisme anti-européen de Marine Le Pen coûtera cher aux Français.
Marine Le Pen, est-elle si clean que ça ?
Que propose Marine Le Pen pour 2017 ?
Le programme de Marine Le Pen pour 2017 (à télécharger).
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.
Le débat qui n’a pas eu lieu.
Marine Le Pen en Égypte.
Marine Le Pen contre les droits de l’Homme.
Jean-Marie Le Pen et ses jeux de mots vaseux.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Changement de paradigme.
Piège républicain.
Syndrome bleu marine.
Démagogie 2.0.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.
Le monde des bisounours.
Tout est possible en 2017…
Mathématiques militantes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180601-rassemblement-national.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/rassemblement-oxymore-205155

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/08/01/36483377.html


 

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15 juin 2018 5 15 /06 /juin /2018 04:22

« Plus les desseins d’un politicien sont sinistres, plus ronflante, en général, devient la noblesse de son langage. » (Aldous Huxley, 1945).


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Ce samedi 16 juin 2018, il y a un dîner de gala avec croisière sur la Seine organisé par les Amis de "Rivarol" et les Éditions des Tuileries, auquel devraient participer des personnalités comme Dieudonné, Alain Soral, Carl Lang, Henry de Lesquen… Pour quelle raison ? Parce que leur "maître à penser", Jean-Marie Le Pen fête ses 90 ans le 20 juin 2018. Il ne sera pas lui-même présent car il est hospitalisé depuis le 12 juin 2018 et probablement au moins jusqu’au 18 juin 2018 à cause d’un "état de fatigue générale" (selon un proche conseiller).

Celui que certains de ses proches appellent "Le Mehnir" (en raison de son origine bretonne et du roc de sa personnalité) fait partie des très rares survivants, si ce n’est le dernier, des députés élus le 2 janvier 1956 (il y a soixante-deux ans ! à l’époque, il n’avait que 27 ans), législature qui a donné une majorité au fameux gouvernement du "front républicain" dirigé par Guy Mollet.

Quatre forces politiques étaient alors principalement en compétition : le centre droit (une partie des radicaux, MRP, CNIP d’Antoine Pinay, etc.) dirigé par le radical Edgar Faure, Président du Conseil sortant et auteur de la dissolution de la Chambre des députés, qui a recueilli 7 millions de voix (33,1%) et 214 sièges sur 594, le Front républicain dirigé par Pierre Mendès France, avec 5,9 millions de voix (27,7%) et 172 sièges, le Parti communiste français dirigé par Maurice Thorez, avec 5,5 millions de voix (25,9%) et 150 sièges, et, surprenant les observateurs, l’Union de défense des commerçants et artisans dirigée par Pierre Poujade, avec 2,7 millions de voix (11,6%) et 52 sièges, dont celui du jeune Jean-Marie Le Pen.

Jean-Marie Le Pen, le plus jeune député de France en 1956, et sa petite-fille, en 2012, la plus jeune députée de France, de toute l’histoire de la République. Déjà en 1956, un mouvement contestataire, pas forcément positionné à l’extrême droite mais plutôt parmi les petits commerçants, les artisans, les professions libérales, a atteint plus de 10% des voix avec pour slogan simpliste mais efficace : « Sortez les sortants ! ».

Bien que le Front républicain (composé de la SFIO, d’une partie du Parti radical, des républicains-sociaux de Jacques Chaban-Delmas, de l’UDSR de François Mitterrand, etc.) fût en perte de vitesse (perte de 28 sièges), grâce à la bienveillance des communistes, grands gagnants (47 sièges de plus grâce aux apparentements), et malgré une progression du centre droit (23 sièges de plus), ce fut le Front républicain qui gouverna, et, pour désigner le chef du gouvernement, René Coty n’a pas choisi Pierre Mendès France, qui avait pourtant dirigé la campagne, mais le président de la SFIO, la composante la mieux représentée au sein du Front républicain, à savoir Guy Mollet.

Jean-Marie Le Pen a toujours prospéré pendant les périodes de gouvernement de gauche. Devenu ultraminoritaire à partir de la fin de l’Algérie française et du rouleau compresseur gaulliste, Jean-Marie Le Pen a pu rebondir dans sa carrière politique à partir de l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République en 1981. D’un mouvement, le Front national, qui ne valait que 0,7% à l’élection présidentielle de 1974, il l’a amené au seuil des 18% à l’élection présidentielle de 2002.

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La raison de cette ascension électorale ? Certes, l’aide qu’il a obtenue des médias, et en particulier de la télévision publique à partir de 1983, sur consigne de François Mitterrand (Gille Ménage a confirmé depuis lors), lui a permis de bénéficier d’un grand écho national. Mais ce n’était pas la raison suffisante. Elle l’était pour sa notoriété, pas pour convaincre les électeurs.

Jean-Marie Le Pen, qui est un excellent analyste politique, certainement parce qu’il a toujours été passionné par la politique et l’histoire politique de la France, a eu une intuition de génie lorsqu’il a compris en 1978 que l’immigration serait un thème très porteur. À l’époque, ceux qui étaient franchement hostiles aux immigrés étaient (concrètement) des maires communistes.

Les quarante dernières années lui ont donné raison : ce thème est devenu majeur dans la vie politique, et pas seulement en France, mais dans le monde entier. Donald Trump a été élu sur le rejet des immigrés mexicains au point de vouloir construire un immense mur à la frontière (qu’il souhaiterait aux frais du gouvernement mexicain !), Matteo Salvini est arrivé récemment au pouvoir également sur ce thème très porteur en Italie du Nord. En France aujourd’hui, presque tous les tous les responsables nationaux sont plus ou moins pollués par cette idée qu’il faut stopper l’immigration, sauf Jean-Luc Mélenchon.

Comme on le voit, sur le plan idéologique, Jean-Marie Le Pen peut se convaincre d’avoir gagné la partie. Ce n’était en fait pas très difficile, car comme tout thème démagogique, il caressait dans le sens du poil des gens, à savoir, dans le sens de la facilité. La xénophobie, en période de crise économique mais aussi de crise culturelle (perte de sens, perte d’identité), ce sentiment xénophobe est même naturel, observé très souvent dans l’histoire du monde : un repli sur soi, un besoin de rester entre soi, un rejet des "autres" (les étrangers, etc.) qui sont considérés comme responsables de la crise ou, au moins, dont la présence n’aiderait pas à en finir avec la crise.

Ce qui est nouveau, c’est que les dirigeants politiques de tout bord raisonnent désormais de cette manière. Originellement, ils devaient aller au-delà de ces impressions faciles, tirer le peuple vers des valeurs plus collectives comme la solidarité et la fraternité, mais le terrorisme islamiste a rajouté une dose d’angoisse supplémentaire parallèlement (c’est d’ailleurs le même phénomène historique) qu’il y a un mouvement important de réfugiés en raison justement de la guerre civile dans certains pays musulmans.

L’équivalence un immigré en France = un chômeur français a été complétée par un migrant = un risque d’insécurité en plus (voire un terroriste en France). La plupart des dirigeants politiques ne croient pas à ces équivalences beaucoup trop simplistes, mais n’osent pas ne pas les répéter publiquement par simple électoralisme et pour ne pas laisser le monopole de la lutte contre l’immigration à la seule extrême droite.

Pourtant, Jean-Marie Le Pen a politiquement tout perdu. Dans les années 1980, il régnait en maître tout puissant au sein de son parti Front national qu’il a fondé en 1972. Il avait envisagé de faire de sa fille aînée son héritière mais l’épisode de la sécession de Bruno Mégret a modifié ce choix. Finalement, ce fut sa dernière fille, Marine, qui assura une présence médiatique de plus en plus soutenue à partir de 2002. Lorsque, trop fatigué, il accepta de laisser la maison, Jean-Marie Le Pen la confia à Marine Le Pen en 2011 (il avait alors déjà 82 ans) en s’imaginant qu’il resterait encore le patriarche de la famille.

Au contraire, Marine Le Pen a commencé rapidement à déjeanmarielepéniser le Front national. D’abord, en nommant beaucoup de proches à ses côtés, en évinçant l’ancienne garde, parfois trop "marquée" extrême droite ou Algérie française (ce thème devenu complètement anachronique), ensuite, en modernisant le logo (la flamme tricolore s’est stylisée). Et surtout, en abandonnant les convictions ultralibérales de papa (il était pour la suppression de l’impôt sur le revenu) pour un programme beaucoup plus proche de l’extrême gauche étatiste.

Marine Le Pen est même allée jusqu’à l’exclure, en 2015, exclure son propre père de son parti. L’exclusion a été confirmée par la justice mais la justice l’a toutefois consacré "président d’honneur du Front national", car c’était inscrit dans les statuts du parti, jusqu’à la suppression le 11 mars 2018. Pendant deux ans et demi, Jean-Marie Le Pen n’était donc plus membre de son parti mais encore son président d’honneur et des gardiens l’empêchaient de se rendre au siège social.

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La dernière étape fut le changement de nom, effectif le 1er juin 2018. Pour Jean-Marie Le Pen, c’est une perte totale d’identité du mouvement qu’il avait créé. L’aventure de Jean-Marie Le Pen a fini ainsi il y a quelques jours dans les urnes électroniques de militants qui n’étaient plus les siens.

S’il avait su à quel point l’ambition de la fille devait le détruire politiquement autant, il aurait certainement laissé la succession à Bruno Gollnisch.

Même sa petite-fille, dont les relations étaient beaucoup plus chaleureuses, Marion Maréchal a préféré lâcher le patronyme "Le Pen" pour se reprendre une identité personnelle moins marquée, plus discrète.

Pourtant, cet adepte du subjonctif imparfait n’a pas tout perdu : il n’a pas perdu son passé, et l’histoire politique retiendra que les années de crise étaient en quelques sortes des années Le Pen, une sorte d’épée de Damoclès au-dessus de toute la classe politique, menaçant la cohésion de la République par la virulence des propos.

Pourtant, l’homme est affable et pourrait être fort sympathique, et le meilleur moyen de s’en rendre compte, c’est de voir l’humour dont il a fait preuve au cours de son émission, invité du "Tribunal des flagrants délires" le 28 septembre 1982 sur France Inter en direct au studio 106 de la Maison de la Radio.





C’est l’une des rares émissions filmées. Jean-Marie Le Pen n’était pas encore connu du grand public. Il était mis en accusation par le procureur sans pitié Pierre Desproges et défendu par l’avocat Luis Reno. Je n’ai pas retrouvé sur le Web de passage où l’on entend Jean-Marie Le Pen parler à cette émission, on ne le voit que rire, ce qui prouve qu’il a un certain sens de l’humour (on remarquera qu’aujourd’hui, il serait impossible d’user de l’humour aussi peu politiquement correct des deux comiques de service, Pierre Desproges qui a parlé de "Français de souche" et Luis Reno qui a terminé par le salut hitlérien au milieu des fous rires de la salle).

Dans le DVD commercialisé (qui reprend la totalité de l’émission), on peut comprendre son grand sens de la répartie, révélant ses talents de débatteur exceptionnel. Seuls Bernard Tapie et Bernard Stasi ont osé, quelques années plus tard, l’affronter à la télévision. Les autres ont préféré courageusement éviter la confrontation.

Jean-Marie Le Pen aura eu la fonction de l’épouvantail dans la classe politique des années 1980 à 2010. En cela, il fait déjà partie de la mémoire du pays. Beaucoup plus, en fin de compte, dans le rôle de saltimbanque de diversion que de bâtisseur d’avenir.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 juin 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Marie Le Pen a-t-il tout perdu ?
Rassemblement oxymore.
La création de Debout la Patrie.
Le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen du 3 mai 2017.
Les nationautes de la Marine.
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Débat du second tour du 3 mai 2017.
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Démagogie 2.0.
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Mathématiques militantes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180620-jean-marie-le-pen.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-marie-le-pen-a-t-il-tout-205190

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/06/15/36486434.html


 

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