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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 06:32

Entre ceux qui jouent avec le feu et ceux qui s’enflamment, y aura-t-il encore une petite place pour la démocratie ?


 


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L’album de caricatures de l’excellent Jacques Faizant (1918-2006) date du 23 novembre 1973 (aux éditions Denoël) et pourtant, il pourrait presque être d’actualité en 2015, quarante-deux plus tard, en remplaçant François Mitterrand par Manuel Valls et Georges Marchais par Marine Le Pen !

Dans les débats concernant le Front national et Marine Le Pen, que ce soit dans les médias ou ailleurs, il y a certains points qui me font frémir, et en particulier, l’absence de lucidité de certains commentateurs.

C’est vrai que parler de Marine Le Pen ou du FN, ça fait vendre et c’est bon pour l’audimat. L’émission finalement avortée de David Pujadas ne répondait à aucun autre diktat que son propre succès quasi-narcissique : de valeurs morales, de programmes politiques, qu’importe ; ce qui compte, c’est le succès d’une émission qui n’est intéressante simplement que par l’absence de concurrence. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois…

Un certain nombre de personnes pensent que le Front national n’est pas dangereux, ou plutôt, qu’il ne pourra jamais arriver au pouvoir à cause du sacro-saint scrutin majoritaire. Donc, que Marine Le Pen existe dans le paysage politique pour amuser la galerie, divertir voire plus si affinités. Par conséquent, que ceux qui veulent crier leur colère, qui veulent exprimer leur désapprobation sur les gouvernements discrédités, qui veulent cracher sur l’histoire de leur pays sans risque aillent voter Le Pen puisqu’il n’y aurait pas de risque. Enfin, c’est ce que certains penseraient.

Tous ceux-là se trompent d’institutions. Ils n’ont rien compris à la Ve République. La Constitution du 4 octobre 1958 est justement faite pour permettre à un pouvoir d’être stable, de réussir à gouverner malgré les aléas de cette impalpable "opinion publique" qui, il faut bien le dire ces derniers temps, ne cesse de vouer aux gémonies les candidats qu’elle s’est elle-même appropriés en les élisant parfois avec enthousiasme.

Comment faudrait-il expliquer pour faire comprendre qu’aujourd’hui, le FN est le premier parti à pouvoir profiter de l’effet majoritaire ? Déjà aux élections européennes du 25 mai 2014, le FN avait conquis le tiers des sièges avec seulement le quart des voix. Mais plus inquiétant encore, le FN avait réussi à faire élire deux sénateurs dans deux départements différents, preuve, s’il en est, de la grande implantation locale de ce parti, qui a été capable de rassembler bien au-delà du réservoir attendu des seuls grands électeurs estampillés FN.

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Aujourd’hui, s’il y a des élections législatives, il y a de grande chance pour que les candidats FN arrivent en tête du premier tour dans de nombreuses circonscriptions. Pour les régionales, cela semble aussi se présenter ainsi dans des sondages qu’il faut toujours lire, certes, avec précaution : les listes FN arriveraient en tête dans de nombreux départements, comme ce fut le cas, là encore, aux élections européennes.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’en gros, un quart à un tiers du corps électoral votant (laissons de côté ceux qui refusent l’exercice de s’exprimer) est prêt à voter ou même a déjà voté pour un candidat FN. Mais que parallèlement, il y a probablement un peu plus d’un électeur sur deux qui ne voudrait en aucun cas d’un élu FN.

Fort de cette réflexion, le piège électoral peut tranquillement se refermer.

En effet, que ce soit aux élections régionales des 6 et 13 décembre 2015 ou aux élections législatives probablement en juin 2017, le passage du premier au second tour sera déterminant pour l’avenir de nos institutions. Je le dis avec gravité car j’ai l’impression que la plupart des partis politiques sont complètement insouciants ou ferment les yeux, trop occupés à sauvegarder leurs terrains.

En clair, dès lors qu’il est possible à plus de deux candidats ou listes candidates de se maintenir au second tour, il y a danger immédiat si le FN est en tête du premier tour.

L’exemple du Nord-Pas-de-Calais-Picardie est à cet égard très éclairant. L’un des derniers sondages (sondage Ifop pour iTélé, Europe 1 et "La Voix du Nord" publié le 26 octobre2015) donne de grands écarts : 38% pour la liste FN, 26% pour la liste LR-UDI-MoDem et 19% pour la liste PS (dans des régions généralement considérées "de gauche"). Pour l’instant, Pierre de Saintignon, le candidat PS, se déclare convaincu (et Jean-Christophe Cambadélis avec lui, semble-t-il) que la liste PS rassemblant les autres listes de gauche dépasserait celle de Xavier Bertrand, candidat LR, au second tour.

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Mais il paraît assez évident qu’en étant loin du compte, il n’aurait aucune véritable dynamique pour le second tour et le sondage pour le second tour est à cet égard assez confus en raison de l’intervalle d’erreur : liste FN à 39%, liste LR-UDI-MoDem à 31% et liste PS rassemblé à 30%. Le PS paie ici l’absence d’union de la gauche dès le premier tour, or, il veut maintenir sa liste au second tour pour faire le combat qu’il aurait dû faire dès le premier tour, à savoir, qui du PS ou de LR-UDI-MoDem affrontera le FN ?

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Donc, on s’acheminerait tout doucement, tant pour les régionales que pour les prochaines législatives, vers un grand nombre de triangulaires au second tour FN-LR-PS. Je n’indique pas les alliés des Républicains ni du PS mais il faut bien insister sur le fait que ces deux partis rassemblent d’autres formations dans leur sillage alors que le FN est seul dans la classe politique et par son isolement, n’a aucune capacité à rassembler d’autres formations, caractéristique nécessaire néanmoins pour gouverner durablement un exécutif, que ce soit localement ou nationalement. On s’acheminerait vers des triangulaires avec une probabilité que le FN, dans beaucoup de cas, soit en première position.

Au second tour, la majorité relative suffit à faire gagner la liste ou le candidat face aux autres. C’est donc un choix cornélien que de se retrouver au premier tour en troisième position. Pour les régionales, le fait d’arriver en tête au second tour apporte une prime majoritaire qui donne un net avantage pour pouvoir ensuite conquérir l’exécutif.

Il n’y a que trois choix possibles.
Passons-les en revue dans le cas des régionales.

1. Ou la troisième liste décide de rester au second tour sans rien changer (ni composition ni programme), ou, le cas échéant, en fusionnant sa liste avec des petites listes du premier tour avoisinantes. Politiquement, ce choix a le mérite de la cohérence politique et les électeurs y gagnent la meilleure offre politique. Le risque est grand, alors, que la liste qui était en première place au premier tour le reste au second tour. C’est donc la meilleure configuration pour donner au FN le maximum d’élus voire d’exécutifs régionaux.

2. Ou la troisième liste refuse de prendre le risque de faire élire le FN, et dans ce cas, décide de fusionner avec la liste arrivée en deuxième position. L’avantage, c’est que la liste arrivée en première place, qui n’a aucune réserve de voix, aura du mal à franchir le seuil de la majorité absolue (même si cela ne reste pas impossible néanmoins). L’inconvénient majeur, c’est que cela donne prise à "bonnet blanc et blanc bonnet", la fameuse expression du candidat communiste Jacques Duclos arrivé en troisième position à l’élection présidentielle de 1969 derrière Georges Pompidou et Alain Poher. C’est ce que le FN appelle, avec une grande mauvaise foi et dans la belle tradition communiste, "UMPS" jusqu’à la nouvelle appellation des Républicains. Si, politiquement, c’est quasi-suicidaire d’adopter une telle stratégie, qui nécessite aussi, bien sûr, l’accord de la deuxième liste, il y a un avantage complémentaire, qui est que les deux listes qui fusionnent (la deuxième et la troisième du premier tour) peuvent garder des élus et considérer qu’à l’élection suivante, l’un des deux sera meilleur que l’autre.

3. Ou enfin, le troisième cas, la troisième liste se désiste complètement, sans fusion avec la deuxième parce qu’elles n’ont pas les mêmes options politiques. Avec deux sous-cas, l’ancienne troisième liste soutient activement la deuxième liste ou au contraire, reste silencieuse en attendant que le second tour passe. C’est de loin la solution la plus performante politiquement et électoralement : d’une part, elle replace le second tour au niveau du premier tour, à savoir, pour être élu, il faut convaincre la majorité absolue des électeurs, ce qui reste une épreuve difficile pour le FN ; d’autre part, il n’y a pas collusion entre LR et PS et donc, chacun aura gardé sa "pureté originelle" programmatique. Le seul inconvénient, et cela se paie donc très cher, c’est l’absence d’élu issu de la troisième liste. Or, qui dit absence de siège dans l’opposition de la région pendant six ans dit grande difficulté pour compter un jour la reconquérir. Notons d’ailleurs que lors des dernières élections législatives en Pologne, le 25 octobre 2015, les partis dits de gauche n’ont pas réussi à atteindre le seuil minimal pour conserver un seul siège !

Le politologue Gérard Grunberg a parfaitement résumé la situation actuelle, en disant que les deux grands partis de gouvernement (LR et PS) doivent définir ce qu'ils veulent privilégier, le clivage gauche/droite ou le clivage sur la construction européenne : « Si les deux partis ne se décident pas à affronter leur dilemme central alors l’histoire décidera pour eux au lieu qu’ils décident pour elle. Certaines voix annoncent déjà l’élection de Marine le Pen en 2017. Certes, une telle prévision semble bien hasardeuse. Néanmoins, un acteur politique de premier plan doit envisager toutes les hypothèses même les pires. Anticiper pour agir. Au bout du compte chacun pour lui-même doit se demander quel est l’ennemi principal et répondre à cette question. Ne pas y répondre de manière stratégique, c’est s’abandonner aux hasards de l’histoire… hasards parfois très malheureux ! » (Telos, le 27 octobre 2015).

J’ai essayé vaguement de rester dans le général même si la conjoncture laisse peu de doute sur l’ordre au premier tour des différentes listes, un peu à l’instar d’ailleurs des élections européennes : la liste FN en premier, la liste LR-UDI-MoDem en deuxième et la liste PS en troisième.

Donc, la balle est surtout dans le camp du Parti socialiste, et par ricochet, dans le camp du gouvernement et de l’Élysée. Dans une logique purement partisane, le PS pourrait décider d’en rester à l’option 1, à savoir préserver ses chances de succès (malgré tout !) et surtout, d’avoir quelques sièges malgré la Berezina. Bref, sauver à court terme les meubles. Dans la logique de l’Élysée, l’option 3 paraît indispensable, et cette option serait aussi la preuve par les actes de toutes les déclarations du Premier Ministre Manuel Valls depuis trois ans (et réitérées encore le 27 octobre 2015 à Bondy). Quant à l’option 2, il paraît à peu près certain qu’elle ne sera jamais concrétisée tant les Républicains que les socialistes se refuseraient à assumer la gouvernance commune d’une région.

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Au fait, à qui profite la forte montée du FN ? Mais à François Hollande, pardi ! Et à lui seul à gauche. Voter Marine Le Pen, c’est aussi, dans un certain cas, lui assurer sa réélection. C’est en effet le seul cas où François Hollande pourrait espérer raisonnablement être réélu en mai 2017. Dans un second tour face à Marine Le Pen et avec un discours où il appellerait tous les démocrates à venir le rejoindre. Il lui faut ainsi montrer sa bonne foi dès les régionales, sachant que les régions, c’est moins important que le pouvoir national.

Ah, mais il faut aussi faire partie des deux candidats qualifiés pour le second tour. Rien de mieux, dans ce cas, pour François Hollande, que d’avoir comme concurrent à droite et au centre droit, Nicolas Sarkozy qui peut continuer à susciter, chez certains, encore un fort rejet qu’un quinquennat socialiste pourtant déplorable n’aura pas encore su effacer. La clef de l’élection présidentielle se trouve donc chez ceux qui, en novembre 2016, voteront à la primaire pour désigner le candidat LR.

On a le droit d’adhérer aux idées faussement patriotiques du FN, à la personnalité inconsistante de Marine Le Pen, parce que c’est la démocratie, mais de grâce, que ceux qui le fassent, par colère ou par cynisme, ne soient pas les idiots utiles de la possible déconfiture de la République française et qu’ils sachent à quoi ils s’engagent : oui, le FN peut gagner dans un scrutin majoritaire ; non, on ne vote pas pour un parti juste pour prouver que ses solutions ne marcheront pas. Une élection, ce n’est pas un jeu vidéo. Cela engage le destin de tout un peuple. Fais-moi peur !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 octobre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les valeurs de la République.
Être patriote.
Le débat qui n’a pas eu lieu.
Marine Le Pen en Égypte.
Marine Le Pen contre les droits de l’Homme.
Jean-Marie Le Pen et ses jeux de mots vaseux.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Changement de paradigme.
Piège républicain.
Syndrome bleu marine.
Démagogie 2.0.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.
Le monde des bisounours.
Tout est possible en 2017…
Mathématiques militantes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151027-front-national.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/fn-fais-moi-peur-173441

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/11/10/32841843.html


 

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 06:41

Miser sur le Robespierre du Nil pour lutter contre le jihadisme, c’est montrer que gouverner ne se concevrait, pour elle, qu’avec une méthode brutale qui pourrait rappeler aux Français un passé pas si lointain : « Au fond de chaque homme civilisé se tapit un petit homme de l’âge de pierre, prêt au vol et au viol, et qui réclame à grands cris un œil pour œil. Mais il vaudrait mieux que ce ne fût pas ce petit personnage habillé de peaux de bêtes qui inspirât la loi de notre pays. » (Albert Camus, 1955).


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Les bisounours qui croient aux jolis contes de fée à base de Jeanne d’Arc délivrant les Français des méchants envahisseurs feraient mieux de bien vérifier que les rêves ne deviennent cauchemars lorsqu’ils auront à faire leur choix dans l’isoloir. Il faut en effet savoir décrypter les comportements au-delà des inévitables langues de bois et propos d’après-banquet à visée démagogique et électoraliste.

Un exemple, Marine Le Pen, qui prétend à la fois être la plus patriote de toute la classe politique et ne pas être d’extrême droite. Elle a un atout, l’éviction de Le Pen père. Jean-Marie Le Pen n’est pas du genre à se laisser faire ou plutôt, à se laisser défaire, et le 2 juin 2015, il a donc porté devant la justice le différent qui l’oppose à sa fille (sur la légitimité statutaire de son exclusion du FN). Je rassure les esprits chagrin qui supportent mal les familles éclatées : si le conflit est bien réel (ce n’est pas un jeu de rôle), il porte sur les personnes, la susceptibilité de l’un et la crédibilité de l’autre, mais certainement pas sur les convictions politiques et sur les valeurs.

Comme souvent, le naturel revient au galop et il est très difficile de construire une image de femme raisonnable quand les idées le sont beaucoup moins. C’est parfois par les voyages à l’étranger (qui forment la jeunesse nous dit-on) que l’on a pu s’en apercevoir.

Elle s’était rendue à la grande soirée de gala organisée par le magazine américain "Time"le 21 avril 2015 à New York. Elle en était très honorée, puisqu’elle a été placée parmi les cent personnalités qui compteraient le plus au monde. Difficile, après ce voyage, de continuer à se dire anti-système, antiaméricaine, et contre une Europe atlantiste puisqu’elle est venue chercher ses récompenses et sa reconnaissance auprès même de l’oncle Sam ! C’est assez cocasse. Elle en aurait d’ailleurs profité pour avoir un entretien privé avec Ehud Barak, l’ancien Premier Ministre israélien (de 1999 à 2001) et ancien Ministre de la Défense de Benyamin Netanyahou (jusqu’en 2013), qui semble beaucoup l’apprécier.

Ce besoin de reconnaissance n’est pas nouveau : Jean-Marie Le Pen s’était lui-même fait "adouber" par le Président des États-Unis Ronald Reagan.

Elle s’est aussi rendue à Moscou le 26 mai 2015. Là, les choses sont très différentes. En fin 2014, elle avait obtenu d’une banque russe complètement sous contrôle de Vladimir Poutine un prêt de 9 millions d’euros pour le FN. Là encore, on peut comprendre les intérêts bien compris : plus les mouvements antieuropéens prennent de l’ampleur au sein de l’Europe, plus Vladimir Poutine est content. Rien d’illégal à cela d’ailleurs, mais moralement et politiquement, comment peut-on se dire "patriote" à longueur de phrases et se faire financer par un pays étranger ? Quelle aurait été sa réaction si le parti Les Républicains était financé par les USA ? ou si le PS était financé par la Turquie ? Piètre patriotisme que celui de Marine Le Pen, donc. Rien à voir avec celui de Péguy.

Mais le voyage le plus intéressant pour ses éventuels électeurs fut en Égypte. Marine Le Pen était en effet au Caire du 28 au 31 mai 2015, très heureuse d’avoir été reçue par le général autocrate Abdel Fattah Al-Sissi qui sert de Président égyptien (élu avec un score très enviable…). Rappelons que ce dernier a fait un coup d’État pour destituer le Président sortant Mohamed Morsi, issu du courant islamiste, et que depuis deux ans, il est en train de faire la chasse à l’islamisme fondamentaliste. Une chasse très meurtrière. Des centaines de personnes ont été tuées très arbitrairement lors de certaines manifestations.

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C’est sur ce point que Marine Le Pen a salué l’Égypte : « Le Président Al-Sissi est un des leaders qui a le message le plus clair à l’égard du fondamentalisme. (…) Nos choix au Front national sont clairs, soutenir les pays qui luttent contre le fondamentalisme, au premier rand desquels bien entendu l’Égypte et les Émirats Arabes Unis. » (conférence de presse du 31 mai 2015). Voici une clarté qui glace le sang. Le mien en tout cas.

Si l’on peut convenir que la lutte ferme et sans relâche contre le jihadisme est une nécessité qui ne peut pas être contestée, en particulier dans cette région du monde prise en sandwich par la Libye, l’Irak et la Syrie où le Daech sévit, on peut quand même s’inquiéter de la manière de faire. Surtout pour une responsable politique qui avait demandé de ne pas défiler dans les rues de Paris le 11 janvier 2015 pour montrer pourtant son opposition à ce jihadisme en France. Les contradictions ne semblent pas étouffer ce parti.

Rappelons en effet que Mohamed Morsi vient justement d’être condamné à mort (le 16 mai 2015) par une justice aux ordres du gouvernement, mais il n’est pas le seul et depuis plus d’un an, le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme proteste énergiquement contre les condamnations à mort collectives qui concernent des centaines de prisonniers sans s’être intéressé à la situation de chacun.

Rupert Colville, son porte-parole, avait notamment déclaré le 25 mars 2014 : « Le grand nombre de personnes condamnées à mort est tout à fait étonnant et cela n’a pas de précédent dans l’histoire récente. Imposer la peine de mort collectivement suite à un procès truffé d’irrégularités constitue une violation des normes internationales des droits de l’Homme. (…) Toutes les accusations sont liées aux événements du mois d’août 2013, après la déposition du gouvernement du Président Mohamed Morsi, donc plusieurs mois avant que les autorités égyptiennes aient qualifié la confrérie musulmane d’organisation illégale. Les accusations individuelles restent vagues puisqu’elles n’ont pas été précisées par le tribunal. (…) Les avocats de la défense affirment qu’ils n’ont pas eu un accès suffisant aux accusés et que le tribunal a refusé de prendre en compte les preuves qu’ils ont apportées. Selon des sources présentes lors du procès, il y a eu un certain nombre d’irrégularités, dont le fait que le président du tribunal n’a pas appelé chaque accusé par son nom, le fait que certains accusés en détention n’ont pas été transférés au tribunal ou encore que le président n’a pas demandé si les accusés étaient représentés par des avocats. (…) Il est particulièrement inquiétant qu’il y ait des milliers d’autres personnes détenues et accusées des mêmes chefs d’accusation. » (conférence de presse à Genève).

Je suis désolé de dire à madame Le Pen que c’est exactement ce que je ne veux pas voir dans mon beau pays qu’est la France, de condamner à mort aveuglément par centaines de personnes, sans même savoir réellement leurs responsabilités réelles, juste dans un souci d’affichage de fermeté. Faudrait-il "liquider" purement et simplement les environ deux mille jihadistes, parfois mineurs, identifiés en France que la future loi sur le renseignement n’empêchera de toute façon pas d’agir le moment venu ? Au risque de quelques erreurs ?

Mais tant mieux, cette clarification, c’est un bon moyen de comprendre le niveau d’acceptation de l’État de droit par ce parti qui, avec de telles idées, restent effectivement d’extrême droite par ses méthodes. Et aussi par ses traditions.

Ce n’est d’ailleurs pas étonnant, puisqu’il y a un an, au nom d’un nationalisme étriqué, Marine Le Pen avait fortement critiqué le principe même de la Convention européenne des droits de l’Homme qui, depuis près de soixante-cinq ans, apporte des protections juridiques supplémentaires aux droits fondamentaux des citoyens. Ceux qui critiquent une telle Convention qui les protège pourtant des abus éventuels d’un État arbitraire sombrent même dans un masochisme stérile qui les dessert. (Je mets cependant un bémol sur cette protection : celle-ci ne concernerait plus les personnes inconscientes depuis le 5 juin 2015 puisque la CEDH a validé la possibilité pour un État de réaliser un arrêt d’alimentation et d’hydratation pour une personne qui a un handicap lourd, incapable de se défendre elle-même, et qui n’est ni malade ni en fin de vie, et cela jusqu’à ce que la mort survienne).

En écoutant les propos de Marine Le Pen au Caire, on se dit finalement que tout reste bien cohérent. Arrivée au pouvoir, elle ferait du Sissi bis. Impératrice, peut-être pas, mais manipulatrice, sûrement. Les Français, dans leur longue tradition des libertés, pourraient-ils s’en satisfaire ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 juin 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La CEDH.
Mohamed Morsi.
Marine Le Pen contre les droits de l’Homme.
Jean-Marie Le Pen et ses jeux de mots vaseux.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Changement de paradigme.
Piège républicain.
Syndrome bleu marine.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20150605-marine-le-penl.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/marine-le-pen-se-devoile-168156

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 00:05

Né le 11 septembre 1921 à Douai, Georges Hage a été élu député communiste du Nord de mars 1973 à juin 2007. Il a été doyen d'âge de l'Assemblée Nationale à la fin de sa carrière parlementaire de 34 ans. Il a été candidat deux fois au perchoir, sans succès, en 1988 (face à Laurent Fabius) et en 1993 (face à Philippe Séguin). Il fut également élu conseiller général du Nord de mars 1970 à mars 1982 et conseiller municipal de Douai de mars 1983 à juin 1995. Il était également jusqu'à sa mort président d'honneur du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), groupuscule d'archéo-communistes protestant contre l'abandon de la dictature du prolétariat lors du 22e congrès du PCF.

SR

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 07:49

La succession de François Baroin est une nouvelle illustration que le Front national n’est plus un petit parti contestataire : il est maintenant devenu une organisation à forte audience prête à prendre seule le pouvoir.


yartiFN2014A01Ce dimanche 14 décembre 2014 a eu lieu le second tour de l’élection législative partielle dans la 3e circonscription de l’Aube, celle du maire de Troyes François Baroin qui a démissionné de son siège de député car il a été élu sénateur le 28 septembre 2014 pour se faire élire président de l’Association des  maires de France le 26 novembre 2014.


La 3e circonscription de l’Aube

Ce fut sans surprise que l’ancien suppléant de François Baroin, Gérard Menuel (UMP), fut élu avec 63,4% des voix. Agriculteur et syndicaliste agricole, adjoint à Troyes, conseiller régional de Champagne-Ardenne, Gérard Menuel (62 ans) avait déjà remplacé trois fois François Baroin au Palais-Bourbon lorsque ce dernier avait été nommé ministre, entre 1995 et 1997, entre 2005 et 2007 et entre 2010 et 2012.

La circonscription n’avait pas beaucoup de chance de basculer hors de l’UMP, mais ce qui a été notable, évidemment, c’était que Gérard Menuel était opposé au second tour non pas à un candidat socialiste mais à un candidat du FN, Bruno Subtil.

Le premier tour du 7 décembre 2014 avait été en effet, une fois encore, c’est maintenant systématique depuis 2012, en particulier lors des élections partielles de 2013, un désastre électoral pour le PS : Olivier Girardin, son candidat, n’a en effet obtenu que 14,7%, or, il était nécessaire d’avoir au moins 15,0% pour être présent au second tour. Il lui a manqué 49 voix pour se qualifier au second tour ! La gauche institutionnelle elle-même, en totalisant PS, PCF et EELV, n’a fait que 26,6%, soit moins que le candidat du FN qui a atteint 27,6%.

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Certes, l’abstention a été record, puisqu’au premier tour, seulement un électeur sur quatre se sont déplacés (75,4% d’abstention) mais il est à noter qu’au second tour, il y a eu un peu plus de participation (27,2% au lieu de 24,6%) et surtout, fait encore notable, les bulletins blancs ont été multiplié par trois, avec 1 368 voix au second tour, soit 7,7% des votants.

Le FN peut donc une fois encore se réjouir de ces résultats : d’une part, non seulement il a accédé au second tour, mais il a aussi éliminé le candidat du PS (pas de triangulaire). D’autre part, le FN a amélioré sensiblement sa performance du premier tour en convainquant au second tour 1 605 électeurs de plus (au premier tour, il avait obtenu 4 355 voix).

C’est clair donc que dans la 3e circonscription de l’Aube, le FN a montré une capacité (certes faible) de rassemblement au second tour, et a pu également bénéficié d’électeurs qui, sans doute de gauche, refusant le choix entre UMP et FN, ont préféré voter blanc ou (pour une très grande majorité), s’abstenir. Bénéficié puisque ce sont autant de voix qui ne sont pas allées contre le FN.

Une prochaine élection législative partielle est prévue dans le Doubs pour remplacer Pierre Moscovici, démissionnaire depuis sa nomination comme commissaire européen.


Changement radical dans la perception du FN

Je crois que cette élection partielle, qui n’est pas une surprise, est la poursuite d’un véritable changement de l’image du Front national de la part des électeurs. Ce changement avait commencé dès le début 2011, qui correspond à l’arrivée de Marine Le Pen à la présidence du FN.

Dès les élections cantonales de mars 2011, il était en effet observé dans certains cantons la capacité de certains candidats non seulement à se maintenir au second tour mais également à rassembler largement au-delà de leur camp. Et les élections législatives partielles du premier semestre de 2013 ont montré également cette capacité à remplacer le PS au second tour et même à doubler son score entre les deux tours, rassemblement parfois des 45% ou 48% des voix.

À ces considérations sur des élections qui, a priori, désavantageaient le FN parce que le scrutin était majoritaire, il faut bien sûr rajouter la victoire du FN aux élections européennes du 25 mai 2014 avec la première place, un électeur sur quatre (24,8%), une dizaine de victoires aux élections municipales des 23 et 30 mars 2014 et deux victoires aux élections sénatoriales du 28 septembre 2014.

C’est clair maintenant que le FN n’est plus un petit parti mais un grand parti, et au contraire, le PS, qui peine à rassembler plus de 15% des voix, se transforme, lui, en un petit parti  (<15%) comme il l’a été à l’époque de la SFIO d’avant François Mitterrand dans les années 1960.

Quelles sont les raisons de ce changement ? Il y en a plusieurs et il faudrait sans doute avoir un peu de recul historique pour comprendre les causes de cette implantation désormais très solide et enracinée du FN sur le territoire français.


La banalisation médiatique des Le Pen

La première raison est ce qu’on appelle la "dédiabolisation" du FN engagée par Marine Le Pen. Contrairement à son père, Marine Le Pen veut le pouvoir, donc cherche à supprimer systématiquement toutes les aspérités sémantiques qui pourraient porter ombrage à cet objectif. De plus, une femme plutôt jeune fera toujours moins peur qu’un ancien combattant pour l’Algérie française.

Mais cette "dédiabolisation" n’est pas seulement le résultat de cette stratégie proche de celle qu’avait défendue le "félon" Bruno Mégret en 1998 : elle est aussi le fait des médias qui trouvent que Marine Le Pen est une bonne "cliente", battant souvent les records d’audience. Souvent invitée, la leader du FN a gagné ainsi une tribune que n’avait pas eue son père. Mieux : le reste de la classe politique accepte maintenant de débattre avec le FN, et souvent avec de très mauvais outils (voir le dialogue entre Laurent Wauquiez, maintenant secrétaire général de l’UMP, et Marion Maréchal-Le Pen), alors qu’à l’époque du père, les autres responsables politiques désertaient les plateaux de télévision quand le vieux patriarche s’y pointait.

Enfin, il n’y a pas que la forme mais aussi le fond qui est un élément majeur de bonne santé du FN.


Les idées du FN progressent partout, même dans les démonstrations par l’absurde.

Marine Le Pen a réussi à rassembler positivement tous les mécontents, les électeurs en colère, les gens qui ont ras-le-bol de la crise et du manque d’écoute des gouvernements successifs, parfois sur des positions complètement fantaisistes ou irresponsables, ou encore contradictoires, car ce n’est pas la cohérence programmatique qui est l’élément clef des discours du FN. Au contraire, le FN est devenu une auberge espagnole de la politique (au point que Marine Le Pen réfute maintenant le qualificatif d’extrême droite) où l’on trouve des positions sur l’immigration très extrême droite mais aussi des propositions économiques très communistes voire extrême gauche. Les extrêmes se rejoignent en général, mais je ne savais pas qu’on pouvait le voir aussi primairement dans un seul parti.

Par ailleurs, Marine Le Pen a eu l’idée très efficace d’axer son discours également sur la désertification des espaces ruraux, ce qui lui a permis d’obtenir de très bons scores à la dernière élection présidentielle dans des territoires peu marqués par l’immigration, mais dont les services publics sont en train de se désengager. De même, la réforme territoriale lui donne l’occasion de dire que le FN est pour l’État et les départements alors que les partisans de l’Europe seraient pour l’Europe et les régions. Mettre le thème de l’Europe dans la réforme territoriale est pourtant complètement stupide (le mille-feuilles territorial est un problème typiquement français qui n’a rien à voir avec la construction européenne) mais, comme pour l’immigration, ce thème fait partie des obsessions martelées par le FN. Ce manichéisme simplificateur incapable de comprendre un monde complexe et nuancé semble être convaincant alors que rien n’empêche un État fort d’être dans une Europe forte.

D’autre part, la plupart des autres partis aident énormément le FN lorsqu’il s’agit de donner du crédit à ses propositions. Non seulement l’UMP qui poursuit dans sa ligne Buisson après les errements sarkozystes, y compris François Fillon, mais aussi le PS : Arnaud Montebourg avait eu l’audace de dire que le PS et le FN avaient la même position sur l’immigration, le 23 avril 2012 sur France 2, tout cela pour racoler des voix d’électeurs du FN pour le second tour de la présidentielle. Même François Hollande, qui a décidé de prononcer un grand discours sur l’immigration ce lundi 15 décembre 2014, avait réagi à l’expulsion de la jeune Leonarda comme un idéologue du FN en présentant comme une évidence un lien de causalité entre l’immigration et l’insécurité.

Comme l’original vaut toujours mieux que la copie (phrase très lepénienne), les thèses anti-immigration et les thèses protectionnistes se sont trouvées ainsi crédibilisées par ceux qui, en principe, étaient censés les combattre. Enfin, la détestation personnelle de Jean-Luc Mélenchon a également contribué à hisser Marine Le Pen dans un beau rôle.

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Il y a même maintenant une nouvelle forme d’audience, très étonnante d’un point de vue intellectuel, qui ouvre la voie du vote FN à des électeurs pourtant farouchement opposés aux thèses du FN. Elle a deux ressorts.

Le premier ressort, c’est de se dire que la classe politique est prise en otage par la question du FN depuis trente ans et que le meilleur moyen d’en finir, c’est de le mettre une fois pour toutes au pouvoir, faire constater que le FN au pouvoir est une catastrophe (ou du moins, qu’il ne fait pas mieux que les autres), et en finir définitivement. C’est une erreur d’appréciation. Le FPÖ de Jorg Haider avait subi ce même genre d’érosion une fois associé au pouvoir, mais il a repris ensuite de la force et garde toujours une forte audience en Autriche, encore 19,7% aux dernières européennes du 25 mars 2014, et 20,6% aux dernières législatives du 29 septembre 2013.

Le second ressort, c’est d’imaginer que plus la France serait dans la "mouise" politique, plus il serait facile de changer les institutions. Pourtant, ce serait complètement incohérent : la Ve République assurerait le cas échéant à Marine Le Pen et au FN la capacité à gouverner durablement, exactement comme pour François Mitterrand en 1981 (combien pronostiquaient l’arrête de "l’expérience" avant un an ?) tout comme Nicolas Sarkozy en 2007 et François Hollande en 2012. C’est une erreur de discernement de croire qu’une révolution se ferait avec l’élection de Marine Le Pen : si jamais elle était élue, cela voudrait dire qu’une majorité d’électeurs l’aurait voulu. Ce n’est pas une course hippique, c’est une élection, donc, ce qui compte, c’est la volonté du peuple, pas la santé des chevaux.

Ces deux politiques du pire sont assez absurdes en elles-mêmes, se développent assez bien sur Internet, et pourtant, elles ne profiteront qu’au seul FN.


Pourtant…

Le FN est "dédiabolisé" (je préfère le terme "banalisé"), et pourtant, il n’a jamais changé. Souvent, le naturel revient au galop et malgré toutes les précautions, il y a parfois quelques "loupés" qui resurgissent.

Le dernier, c’étaient les déclarations sur BFM-TV de Marine Le Pen le 10 décembre 2014 sur la torture : « Il peut y avoir des cas, permettez-moi de vous dire, quand une bombe tic-tac-tic-tac doit exploser dans une heure ou dans deux heures, et accessoirement peut faire deux cents ou trois cents victimes, où il est utile de faire parler la personne pour savoir où est la bombe. » et ajoutant après la question du journaliste « Même sous la torture ? » : « Avec les moyens qu’on peut ! ». Le rétropédalage en rajoutant "moyens légaux" n’a d’ailleurs pas suffi à supprimer l’idée d’une légitimation de la torture, au point que ceux qui sont d’accord avec celle-ci n’ont pas hésité à applaudir la présidente du FN dans les réseaux sociaux ou les commentaires sur Internet. C’est ce double langage qui lui permet de grossir électoralement, par une ambiguïté entre fond et forme.

Le FN s’attaque au système, et pourtant, il n’a jamais été aussi intégré au système. Même son opposition au cumul des mandats a été oubliée le jour où le FN a réussi l’élection de deux sénateurs-maires. Le FN a profité du système depuis trente ans, jouant sur les peurs pour mieux s’implanter, profitant de l’audience des grands médias, qui ne cessent d’inviter leurs responsables, pour faire progresser ses thèses.

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Pire, le FN, c’est d’abord le système Le Pen, à tous les échélons : le père président d’honneur (et qui a longtemps bénéficié de la location du siège), la fille à la présidence, le gendre au secrétariat général, la petite-fille au comité central, et à tous ceux-là, les meilleures places de candidats aux différentes élections. C'est une PME familiale issue du poujadisme de boutiquiers que l'héritière voudrait transformer en multinationale... euh, non, en entreprise nationale seulement.

Le FN s’attaque à l’Europe, et pourtant, s’il y a bien un parti payé à ne rien faire de constructif et cela grâce à l’Europe, c’est bien le FN. Jean-Marie Le Pen est député européen depuis trente ans et demi, avec les avantages financiers que cela comporte, et quel est son bilan ? qu’a-t-il fait en faveur de la France ? en faveur des Français ? quelles propositions constructives a-t-il fait aboutir pour le bien national ? Aucune ! Rien ! L’inefficacité totale pendant une voire deux générations !


Conséquences électorales de ce changement

En devenant un "grand parti", le FN s'est transformé dans son audience électorale.

En effet, le scrutin majoritaire, qui avantage les grands partis ou les petits qui feraient alliance avec les grands, devient ainsi un mode de scrutin qui, loin de le défavoriser, va amplifier l’assise électorale du FN. C’était déjà le cas aux élections européennes du 25 mai 2014 où le FN a "raflé" le tiers des sièges à pouvoir (24) avec seulement un quart des électeurs.

Depuis trois ans, il n’y a en effet plus de mur de verre contre le FN. Ainsi, ratissant large (tant à droite qu’à gauche), le FN se positionne comme un parti capable de rassembler pour s’opposer à tout type de candidat au second tour, UMP ou PS. C’est maintenant démontré que des électeurs socialistes au premier tour sont prêts à voter pour le FN contre l’UMP lorsque le PS est éliminé du second tour.

À l’avenir, il n’y aura plus de rejet absolu comme ce fut le cas il y a une dizaine d’années. Il n’y aura plus le rassemblement républicain qu’avait réussi à susciter Jacques Chirac auprès de 82,2% des électeurs (62,0% des inscrits). En d’autres termes, le 5 mai 2002, il y a eu 35,7 millions de Français (soit 86,6% du corps électroral !) qui ne voulaient pas du FN. C’est moins évident que cette proportion soit aussi forte maintenant.

Non seulement le FN pourrait gagner des dizaines de circonscriptions en cas d’élections législatives anticipées aujourd’hui, avec le scrutin majoritaire maintenu, mais sa candidate pourrait même gagner l’élection présidentielle. C’est en tout cas ce que laisseraient entrevoir les sondages si Marine Le Pen était confrontée à François Hollande au second tour (hypothèse plausible si par exemple François Fillon était le candidat de l’UMP). Le simple fait que l’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle soit évoquée comme possible voire souhaitable montre à quel point la progression du FN s’est faite dans les esprits.

L’autre conséquence électorale, c’est que l’abstention désavantage maintenant le FN au lieu de l’avantager. Il est toujours de bon ton de rappeler que la participation des législatives partielles est très faible et donc que cela avantagerait le FN : mobilisation de son électorat et démobilisation de l’électorat des partis concurrents. Oui, mais alors, comment expliquer la forte progression du FN aux élections européennes du 25 mai 2014 alors que la participation a elle aussi (certes très légèrement) progressé par rapport au précédent scrutin du 7 juin 2009 (de 40,6% à 42,4%) ? Comment expliquer les 17,9% de Marine Le Pen le 22 avril 2012 alors que la participation était de 79,5% ?

Aujourd’hui, comme le FN essaie de rassembler tous les mécontents et tous les électeurs en colère, l’abstention est désormais une sérieuse concurrente au FN. Ce n’est pas un hasard si Marine Le Pen a fait souvent appel à la participation électorale pendant la campagne des élections européennes. Elle sait désormais, comme dans les grands partis, qu’une forte participation lui permet de consolider son assise électorale. C’est pourtant assez incohérent, puisque le 1er mai 2012, Marine Le Pen avait donné pour consigne de ne pas choisir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande au second tour de l’élection présidentielle, ce qui, par effet mécanique, et elle le savait, avait favorisé ce dernier au détriment du premier. Appeler à ne pas choisir, c’était favoriser l’abstention.


Prise de conscience de ce changement

De ce changement radical de la perception du FN dans l’électorat depuis trois ans est-il tenu compte par la classe politico-médiatique ? Eh bien, j’ai l’impression que non. J’ai l’impression que les réflexes restent sur le FN de papa, celui avec le couteau entre les dents qui "égorgerait" les enfants s’il venait au pouvoir.

Pourtant, ce n’est plus le cas : les réflexes irrépressibles de "rediabolisation" ne fonctionnent plus du tout. Pire, ils sont contreproductifs et renforcent le FN dans sa progression. Les réactions du Parti socialiste sont particulièrement inopérantes car elles cherchent encore à se placer sur le terrain moral. Or, soit le FN défend des thèses immorales, et alors, il faut l’interdire (et le PS en a les moyens : il est au pouvoir) ; soit il est admis en tant que parti comme les autres (ce qui semble maintenant le cas), et alors, il faut en finir avec les discours moraux.

Les seuls discours efficaces, ce sont les discours qui se placent sur le terrain politique et pas moral. Car à force de faire la morale, le PS a complètement oublié de l’affronter sur le plan politique, et le FN peut ainsi proposer n’importe quoi sans beaucoup de crainte d’être contredit, d’autant plus que l’UMP n’ose pas trop avouer qu’elle reprendrait avec aisance quelques-unes des propositions du FN (comme la suppression de l’aide médicale d’État). À ce jour, le seul parti vraiment capable de s’opposer sur le plan politique au FN est …l’UDI de Jean-Christophe Lagarde, et, à titre individuel, Alain Juppé.


2017 est dans deux ans

Dans les deux prochaines années, tout peut évidemment se produire dans l’actualité, comme une autre affaire Sofitel ou d’autres événements qui auront des conséquences majeures sur l’élection présidentielle de 2017.

Toutefois, Marine Le Pen jouit de trois vents favorables : le premier, c’est le retour de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP et des incertitudes qui pèsent sur son calendrier judiciaire ; le deuxième, c’est que le discrédit total de François Hollande ne serait pas prêt à s’évaporer même s’il prenait de bonnes mesures (la loi Macron en est un début de commencement) ; enfin, le troisième, c’est que la situation économique ne semble pas présenter de perspectives favorables à court terme, et chaque demandeur d’emploi supplémentaire est un électeur du FN potentiel supplémentaire.

Le meilleur moyen de ne pas vivre un cauchemar, c’est de se réveiller à temps !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 décembre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mathématiques militantes.
Démagogie 2.0.
François Baroin.
Le FN au Sénat.
La lepénisation des esprits.
Les électeurs socialistes aussi votent pour le FN.
L'europhobie primaire.
La 2e circonscription de l'Oise.
La 3e circonscription du Lot-et-Garonne.
Jean-Luc Mélenchon.
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Élections européennes du 25 mai 2014.
Élections municipales des 23 et 30 mars 2014.
Des sondages inespérés pour le FN.
Marine Le Pen cible les droits de l'homme.
Jean-Marie Le Pen et la dernière fournée.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Se désister quand le FN est au second tour ?
Front républicain ?
La ligne Buisson écartée définitivement.
Syndrome bleu marine.
Le FN et son idéologie.
La petite bête qui monte...
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.

yartiFN2014A04




http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/fn-changement-de-paradigme-160796

 

 

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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 07:15

« À chaque scrutin, c’est la même chose, nous sommes la surprise ! » (Marine Le Pen le 29 septembre 2014).


yartiSenatoriales2014C01Certains se sont étonnés que les principaux titres des journaux au lendemain des élections sénatoriales du 28 septembre 2014 aient un peu trop insisté sur l’arrivée du deux sénateurs du FN au lieu de faire état de l’information principale, le basculement vers le centre droit du Sénat. Je crois cependant que souligner l’arrivée de deux élus FN au Sénat était pertinent car elle constitue un signe supplémentaire d’une progression spectaculaire du FN dans les esprits.


2014, année divine pour le FN

L’année 2014 aura été quadruplement excellente pour Marine Le Pen. Victoire du FN dans une dizaine de villes, et pas des moindres, comme Fréjus et même un secteur très peuplé de Marseille (la succession de Jean-Claude Gaudin en 2020 va faire des ravages à gauche comme à droite), victoire exceptionnelle du FN aux élections européennes avec l’élection de 24 députés européens, et maintenant, l’élection de deux sénateurs. À cela, tangible, viennent s’ajouter quelques sondages très prometteurs pour le FN, avec une Marine Le Pen qui attendrait les 30% d’intentions de vote à la prochaine élection présidentielle, et même capable de battre le bonnet-d’âne de la classe politique actuelle, à savoir le Président François Hollande.

Et comme les problèmes économiques et sociaux ne sont pas prêts à se résoudre dans le court terme, le FN a encore de quoi renforcer son assise dans l’esprit populaire pour progresser, progresser. Il y aura par exemple la très critique échéance des élections régionales, après la réforme territoriale, en décembre 2015, qui pourrait lui apporter sur un plateau d’argent l’exécutif de quelques grandes régions, mais aussi, avant, en mars 2015, les élections départementales (ex-cantonales) dont le scrutin majoritaire pourrait favoriser, pour une fois, le FN.


FN, un catalogue de vieilles recettes populistes

Il faut reconnaître que le FN ne propose rien de novateur (des recyclages de mesures proposées déjà il y a quarante ans !), rien de pertinent, et rien de solide. Si on appliquait les rares mesures qu’il propose, la situation s’aggraverait assurément. Mais il a un avantage sur le PS et l’UMP, il n’a jamais été au pouvoir, du moins au niveau national, car on a pu voir à Toulon, à Vitrolles, comment se gérait une municipalité FN. Et autre avantage, qui n’existait pas avant 2011, le FN a été dédiabolisé, et d’abord par les médias ; l’opposition au FN sur des principes moraux a fait long feu. C’est parce que le PS n’a pas compris cela qu’il se retrouve souvent en troisième place dans une compétition électorale, derrière l’UMP et surtout, derrière le FN.

Oui, il n’est pas immoral de voter FN, parce que si c’était le cas, il aurait fallu interdire le FN, le dissoudre (et cela dès 1983). À partir du moment où il n’y a plus d’ostracisme médiatique, parce que la fille maîtrise beaucoup mieux sa communication que le paternel, le combat moral n’a plus aucune raison d’être et même, devient contreproductif (les schémas de pensée sont difficiles à faire changer au PS). En revanche, le combat politique devrait reprendre pleinement ses droits, mais justement, le problème actuel, c’est que si aucun argument politique n’est opposé au FN, alors son influence électorale ne peut que s’étendre.


Un effet levier dans un scrutin pourtant très difficile pour le FN

Cela étant dit, le FN a réalisé le dimanche 28 septembre 2014 un excellent résultat aux sénatoriales. Et cette excellence ne vient pas de l’effet mécanique des élections municipales comme certains commentateurs voudraient le faire croire, pour se rassurer. Il est vrai que 83 185 grands électeurs sur les 87 625 provenaient des délégués des municipalités (94,9%), mais justement, les très bons résultats du FN dans certains départements ne peuvent pas s’expliquer par ce seul effet municipal.

Globalement, sur l’ensemble des sièges renouvelables, les candidats du FN pouvaient compter sur un millier de grands électeurs qui émanaient de leurs municipalités, et donc, qui leur étaient favorables sinon acquis. Or, en définitive, les candidats du FN ont recueilli 3 972 voix, soit près du quadruple de leur potentiel électoral (sous réserve que ce nombre indiqué par "Le Monde" ne compte pas plusieurs fois les voix se portant sur des candidatures FN multiples dans les départements au scrutin majoritaire).

Il faut savoir que les grands électeurs sont soit des élus, donc, des personnes qui se sont déjà engagées (derrière des têtes de liste plus ou moins politisées), soit (dans les agglomérations urbaines, les plus nombreux) des personnes désignées par les conseils municipaux (lorsque le nombre de grands électeurs est plus important que le nombre de conseillers municipaux). Or, ces personnes sont généralement des militants très marqués politiquement, souvent désignés pour élire les candidats que ceux qui les désignent souhaiteraient voire élus.

C’est en tout cas l’opinion de Joël Gombin, doctorant en sciences politiques qui s’est spécialisé dans l’analyse du vote FN : « Dans ces départements, le corps électoral est fixé. Il y a peu d’électeurs flottants. Gagner autant de voix, c’est remarquable. On ne peut pas exclure que des élus étiquetés à droite aient voté pour les candidats FN. ».


Une réelle capacité à convaincre

Si les candidats du FN ont réussi à multiplier par quatre leur potentiel électoral, cela veut dire qu’ils ont réussi à convaincre un grand nombre de grands électeurs déjà fortement marqués politiquement. En clair, ils ont réussi à montrer qu’ils représentaient l’avenir face aux autres candidats.

L’un des thèmes développés par le FN est d’ailleurs l’aménagement de l’espace rural, la disparition des services publics (fermeture des bureaux de poste, disparition des commerces de proximité etc.), thème que Marine Le Pen avait été la seule à porter parmi les candidats à l’élection présidentielle de 2012 et qui lui avait valu des scores très honorables dans des zones rurales qui ne souffraient pourtant d’aucune insécurité particulière, ni d’aucun fait d’immigration, mais dont l’inquiétude de désertification était forte.

Localement, l’effet levier de cette nouvelle attraction du FN est assez marquante.

Dans le Vaucluse, département où a été élue le 17 juin 2012 la plus jeune députée de France, Marion Maréchal-Le Pen (24 ans), le FN aurait sans doute pu conquérir un siège si l’extrême droite n’était pas partie divisée en deux listes, celle du FN et celle dirigée par Marie-Claude Bompard, maire de Bollène, conseillère régionale et générale, et surtout, l’épouse du député-maire d’Orange Jacques Bompard (71 ans) qui fut élu maire pour la première fois en 1995 sous l’étiquette du FN mais qui l’a quitté pour assurer ses réélections successives en 2001, 2008 et 2014. Le FN n’y disposait que de 90 grands électeurs et ses candidats ont obtenu 127 voix.

Le journal "Le Monde" cite quelques départements où l’effet levier est spectaculaire : dans l’Ain, le FN disposait de 3 grands électeurs et ses candidats ont obtenu 68 voix ;. dans le Var, le FN disposait de 215 grands électeurs, et David Rachline a obtenu 401 voix (19,0%), tandis que dans les Bouches-du-Rhône, le FN disposait de 210 grands électeurs, et Stéphane Ravier a obtenu 431 voix (12,4%), devançant la liste socialiste menée par la sénatrice sortante Samia Ghali (339 voix). Ces deux candidats ont donc réussi à se faire élire grâce au double de leur potentiel électoral.

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David Rachline

David Rachline (26 ans) entrera donc dans l’histoire de la République comme Marion Maréchal-Le Pen, comme le plus jeune sénateur de l’histoire républicaine. Rappelons qu’avant d’être réformé, l’âge minimal pour être élu député était de 23 ans (Marion Maréchal-Le Pen avait 22 ans à son élection) et pour être élu sénateur était de 35 ans. Maintenant, cet âge a été abaissé à 18 ans.

D’origine ukrainienne, David Rachline avait abandonné ses études pour se consacrer totalement à l’action militante au sein du FN. À la tête du FNJ en 2008, il se fit élire conseiller régional de PACA sur les listes de Jean-Marie Le Pen en mars 2010, et rata de peu son élection aux cantonales de mars 2011 (il obtint un très beau score au second tour, avec 48,5% contre le candidat UMP, Élie Brun).

Conseiller municipal d’opposition depuis mars 2008, David Rachline a été élu maire de Fréjus en mars 2014 avec 45,6% au second tour grâce à une triangulaire et à une division profonde de la droite. Fréjus, ville de 52 000 habitants, avait été dirigé il y a encore peu longtemps par l’ancien ministre François Léotard (1977-1997) et par le père de celui-là, André Léotard (1959-1971), et le maire sortant, Élie Brun, n’a obtenu que 24,0% au second tour en mars 2014, en troisième position.

Contrairement à beaucoup de candidats voire d’élus du FN, David Rachline est une personnalité politique redoutable et aura, grâce à ce siège de sénateur, une tribune médiatique qu’il ne manquera pas d’utiliser pour faire avancer ses idées. Il est un vrai apparatchik du FN et sa jeunesse lui ouvre tous les possibles.


Stéphane Ravier

D’un milieu modeste, Stéphane Ravier (45 ans) fut élu conseiller d’un secteur de Marseille dès juin 1995. Tête de liste à Marseille en mars 2008, il n’a eu que 8,8% au premier tour mais est parvenu à réaliser un score très bon en mars 2014 avec 23,2% au premier tour, devant les listes de Patrick Mennucci (PS). Si les listes FN n’ont pas remporté l’élection municipale à Marseille, Stéphane Ravier a cependant réussi à conquérir le 7e secteur (150 000 habitants), précédemment socialiste, le plus grand secteur de la ville, ce qui l’a bombardé maire de ce secteur et le met en bonne place pour la succession de Jean-Claude Gaudin.

Par ailleurs, il a été élu conseiller régional de PACA en mars 2010 avec 23,0% au second tour dans une triangulaire et il a frôlé l’élection au siège de député avec 49,0% au second tour contre la députée PS sortante Sylvie Andrieux (au premier tour, il était arrivé en première place avec 29,9%). Députée sortante touchée par des affaires judiciaires.

Comme aussi à Hénin-Beaumont, le FN fleurit dans le terreau du socialisme affairiste. Et d’ailleurs, qu’est-ce qui est le plus surprenant ? les deux sénateurs FN ou les trois sénateurs élus sur la liste de Jean-Noël Guérini qui a quand même réussi à convaincre 30,1% des grands électeurs des Bouches-du-Rhône ?


Le FN, un parti …du système

Ce que les électeurs du FN vont bientôt comprendre, c’est que le Front national, loin d’être cohérent avec ses slogans, est un véritable parti du système politique français, qui profite au maximum de toutes les largesses de l’État français et de l’Union Européenne. Depuis trente ans (juin 1984), le FN qui s’oppose depuis toujours à la construction européenne vit largement des indemnités de ses députés européens élus sur de l’antieuropéanisme primaire (voit-on des athées demander à devenir cardinaux ?).

Depuis 2011, le scrutin majoritaire commence à faire bénéficier au FN par le simple fait que le parti de gouvernement s’effondre dans la plupart des scrutins (surtout depuis fin 2012 avec le PS). Or, aujourd’hui, beaucoup d’élus du FN sont en position de cumul.

Si les deux nouveaux sénateurs ont renoncé à leur mandat de conseiller régional, c’est parce que la loi les y obligeait. En revanche, ils restent tous les deux des cumulards en conservant à la fois leur mandat de maire et celui de sénateur. Certains maires FN élus en mars 2014 cumulent également un mandat de conseiller régional.

Le FN qui voulait supprimer le Sénat, qui voulait interdire le cumul (cette interdiction sera cependant effective en 2017, la loi a déjà été votée), va peut-être devoir réviser ses positions, maintenant qu’il est capable de jouer dans la cour des grands.

Et le revers du succès, c’est que Marine Le Pen, qui n’a jamais rien gagné sur le terrain majoritaire (élue seulement car tête de liste à la proportionnelle), va être rapidement confrontée à la montée en puissance d’élus sur le terrain qui voudront avoir leur part sur les prises de décision au niveau national : David Rachline, Stéphane Ravier, et même Marion Maréchal-Le Pen risquent de devenir, à terme, des concurrents médiatiques à Marine Le Pen… sans compter l’énarque Florian Philippot (32 ans), HEC et ENA, donc complètement intégré au système (même CV que François Hollande), laborieusement implanté à Forbach (après une campagne municipale assez contestée), dont l’influence idéologique a été décisive dans cette montée en puissance du FN.

Car la réalité de la stratégie que le couple Marine Le Pen/Florian Philippot a mise en œuvre pour le FN, c’est ce qu’avait proposé Bruno Mégret en 1998, une stratégie pour arriver au pouvoir, contrairement à ce que souhaitait Jean-Marie Le Pen qui avait toujours préféré rester dans les zones confortables de l’opposition provocatrice.

Face à cela, il n’est nul doute que le PS, EELV, l’UMP et l’UDI doivent trouver les meilleurs arguments pour démonter une par une les propositions du FN, démontrer que les positions populistes du FN, si d’aventure il venait au pouvoir, provoqueraient une véritable catastrophe économique et sociale pour la France. Si cela paraît évident pour encore un grand nombre de Français, c’est de moins en moins évident pour une proportion sans cesse croissante de l’électorat, pendant que d’autres trouvent dans cette évidence un argument supplémentaire pour voter FN, dans le but de tout faire exploser. À qui la faute ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 octobre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le FN a ratissé bien au-delà de ses grands électeurs ("Le Monde" du 29 septembre).
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Élections européennes du 25 mai 2014.
Élections municipales des 23 et 30 mars 2014.
Des sondages inespérés pour le FN.
Marine Le Pen cible les droits de l'homme.
Jean-Marie Le Pen et la dernière fournée.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Se désister quand le FN est au second tour ?
Front républicain ?
La ligne Buisson écartée définitivement.
Syndrome bleu marine.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.

yartiSenatoriales2014C03

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-fn-au-senat-une-progression-157648

 

 

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 07:09

Au moins, c’est clair : le FN peut s’asseoir sur la Convention européenne des droits de l’homme, personne ne semble s'en offusquer…


yartiMLP2014062901La présidente du Front national, Marine Le Pen, était l’invitée du "Grand rendez-vous" sur iTélé, Europe 1 et "Le Monde" ce dimanche 29 juin 2014. Malgré son échec à constituer un groupe au Parlement Européen (le "rassemblement bleu marine" n’est que franco-français), la fille de Jean-Marie Le Pen était particulièrement arrogante et agressive envers ses interlocuteurs journalistes.

La semaine qui vient de passer a été assez riche en événements judiciaires et en particulier, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a pris deux décisions importantes.

Le mardi 24 juin 2014, elle a ordonné à la France de maintenir provisoirement en vie Vincent Lambert après la décision (que je considère scandaleuse) du Conseil d’État prise quelques heures auparavant, à la suite du recours d’une partie de la famille qui devrait être traité d’ici six mois. L’autre décision a été annoncée le jeudi 26 juin 2014 ; la CEDH a condamné la France pour avoir refusé de reconnaître les enfants de Français nés à l’étranger de mère porteuse tout en lui reconnaissant le droit d’interdire sur son territoire la GPA (gestation pour le compte d’autrui). La CEDH a estimé qu’un enfant avait le droit d’avoir des parents reconnus.

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Or, ces deux décisions vont à l’encontre des convictions de Marine Le Pen.

Pour la première, Marine Le Pen avait applaudi la décision du Conseil d’État de ne pas maintenir en vie Vincent Lambert (en d’autres termes, de le tuer, il faut le dire clairement), ce qui donnerait un avant-goût de la société eugénique qu’elle serait susceptible de vouloir en cas d’arrivée au pouvoir, où seraient exclus tous les "tarés" de son idéologie (étrangers, personnes affaiblies, malades ou handicapées, etc.).

Pour la seconde, Marine Le Pen a cru voir dans la décision de la CEDH un encouragement à la GPA voire une autorisation en France, ce qui n’est pas du tout le cas même si l’on peut parler d’une forme d’hypocrisie qui bénéficierait aux plus riches. Ce sujet est très complexe car l’enfant qui naît d’un tel dispositif, même si c’est illégal, est vivant et a certains droits qu’il ne faut pas lui retirer, il est innocent, n’y peut rien des décisions de ses "parents", et a le droit d’avoir toutes les protections que la République et les valeurs universelles garantissent.

Au lieu de contester ces décisions sur le fond, Marine Le Pen a montré son vrai visage en s’asseyant carrément sur les droits de l’homme. Trop lancée sur son nationalisme vidé de contenu, elle a remis en cause le principe même de la Cour européenne des droits de l’homme, considérant qu’une instance supranationale n’avait pas le droit d’avoir le dernier mot : « Le CEDH ne devrait pas avoir une autorité juridique supérieure à celle des institutions françaises. ».

Or, cette phrase, qui convient à son nationalisme franchouillard et à son antieuropéanisme viscéral qu’elle n’applique pourtant pas à son portefeuille (on se demande vraiment pourquoi depuis dix ans, elle est élue dans une instance dont elle ne reconnaît pas la légitimité, et son père, aux mêmes idées europhobes, trente ans !), va à l’encontre de tous les principes de droit international.

C’est étrange pour une femme qui a été, un moment, avocate, d’être aussi légère (il n’y a pas d’autre mot) en matière juridique qu'en matière économique, si ce n’est pour surfer sur une démagogie scandaleusement malsaine prête à remettre en cause nos libertés fondamentales (car c’est de cela qu’il s’agit).

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L’ancienne avocate devrait donc savoir que le recours auprès de la Cour européenne des droits de l’homme ainsi que, depuis 2010, la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) sont deux outils supplémentaires en faveur des droits des citoyens français. Que grâce à ces outils, un justiciable français qui peut se retrouver injustement traité par la justice française (pour une raison ou une autre) a deux nouvelles possibilités pour faire valoir ses droits (cela n’empêcherait pas sa condamnation s’il était finalement reconnu qu’il avait tort).

Marine Le Pen l’a même dit très clairement : la France est suffisamment le pays des droits de l’homme pour se permettre de ne pas avoir à se faire dicter ses décisions par la Cour européenne des droits de l’homme ! Cette idée est d’autant plus farfelue qu’au contraire, si les décisions diffèrent de la justice française, c’est qu’il y a un problème par rapport à la conception des droits de l’homme d’un côté et de l’autre.

À ce compte-là, Marine Le Pen quitterait également l’ONU, puisque les décisions du Conseil de sécurité s’appliquent aux États concernés, et puis, elle remettrait en cause TOUS les traités internationaux que la France a signés depuis des millénaires, je dis bien tous, puisque n’importe quel étudiant en droit sait que les traités internationaux, à partir du moment où ils sont légalement ratifiés (selon les procédures constitutionnelles) ont une valeur supérieure à la loi (cela n’empêche pas de rompre unilatéralement des traités comme on rompt un contrat, l’histoire des derniers siècles en a montré quelques exemples comme le Pacte germano-soviétique).

L’article 55 de la Constitution française est très clair sur ce principe : « Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l’autre partie. ».

Rappelons ce qu’est la Cour européenne des droits de l’homme dont le siège, cela aurait dû chatouiller le nationalisme-cocorico de madame Le Pen, est, depuis le 1er novembre 1998, à Strasbourg, au Palais des Droits de l’homme, avenue de l’Europe (droits de l’homme, Europe, je conçois que cela puisse donner de l’urticaire à la leader du FN). Comme elle l’a remarqué, la CEDH est effectivement une instance juridictionnelle supranationale (encore un vilain mot) qui a été créée en 1949 (ce n’est donc pas nouveau et jusque là, je n’ai jamais entendu madame Le Pen s’en inquiéter).

Sa mission est assez claire puisqu’il s’agit de faire appliquer la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Ce n’est donc pas rien, c’est un élément majeur pour garantir, au-delà des gouvernements nationaux, un minimum de droits et de liberté des citoyens. Elle se réfère notamment, exactement comme notre Constitution (donc, juridiquement, il n’y a aucune différence), à la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée à l’assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948 (dont René Cassin fut l’un des rédacteurs). C’est cela que Marine Le Pen veut supprimer !

Le Traité de Lisbonne, tout comme la Constitution française, se réfère aussi à ces principes : « L’Union [Européenne] adhère à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. (…) [Ces] droits fondamentaux (…) font partie du droit de l’Union en tant que principes généraux. ».

Quarante-sept pays (européens) ont ratifié cette Convention, y compris la Russie, la Turquie et la Moldavie, pour ne prendre que quelques exemples. Comme l’impose son article 35, la CEDH ne peut être saisie que lorsque les voies de recours nationales sont épuisées, c’est le principe de subsidiarité appliqué à une juridiction supranationale qui, ici, n’est qu’une instance de contrôle de la Convention. C’est donc normal que ses décisions s’imposent aux États puisqu’elles sont censées garantir que la Convention, que ces États ont par ailleurs ratifiée, est correctement appliquée en leur sein. C’est donc bien une garantie supplémentaire donnée aux peuples.

La France a présidé la CEDH à deux reprises, du 20 mai 1965 au 15 juin 1968 avec René Cassin (1887-1976), Prix Nobel de la Paix en 1968 (c’est lui qui proclama le 8 janvier 1959 le Général De Gaulle élu Président de la République française), et du 19 janvier 2007 au 3 novembre 2011 (atteint par la limite d’âge) avec le juriste Jean-Paul Costa (72 ans).

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René Cassin, qui repose au Panthéon depuis le 5 octobre 1987 sur décision du Président François Mitterrand, était loin d’être un "antipatriote" (l’obsession de Marine Le Pen), puisqu’il a quitté la France pour rejoindre De Gaulle dès le 24 juin 1940, ce qui lui a valu la déchéance de sa nationalité française et une condamnation à mort par contumace par le régime de Vichy. Il a rédigé les statuts de la France libre signés le 7 août 1940 par De Gaulle et Churchill, fut membre du Gouvernement provisoire, puis président de l’ENA après la guerre. Il expliquait ainsi son (vrai) patriotisme : « Je tiens de ma patrie un cœur qui la déborde et plus je suis français, plus je me sens humain. ».

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La France a ratifié cette Convention en 1974 et a donné la possibilité à ses résidents de saisir la CEDH à partir de 1981. L’article 53-1 de la Constitution française reconnaît d’ailleurs explicitement cette Convention : « La République peut conclure avec les États européens qui sont liés par des engagements identiques aux siens en matière d’asile et de protections des Droits de l’homme et des libertés fondamentales, des accords déterminant leurs compétences respectives pour l’examen des demandes d’asile qui leur sont présentées. ».

En 2011, la France a été condamnée par la CEDH vingt-trois fois, tandis que la Turquie cent cinquante-neuf fois, la Russie cent vingt et une fois, l’Ukraine cent cinq fois et la Grèce soixante-neuf fois.

On peut comprendre pourquoi une telle Convention est l’une des cibles privilégiées du FN : le protocole 6 du 28 avril 1983 et le protocole 13 du 3 mai 2002 de cette Convention interdisent la peine de mort en temps de paix comme en temps de guerre. Cela voudrait dire que ceux qui veulent le rétablissement de la peine de mort devraient non seulement réviser la Constitution, puisque l’abolition de la peine de mort a été constitutionnalisée le 23 février 2007 (loi constitutionnelle n°2007-239) : « Nul ne peut être condamné à la peine de mort. » (article 66-1 de la Constitution), mais aussi quitter les quarante-six autres pays européens qui ont ratifié la Convention européenne des droits de l’homme.

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Ce qui surprend, ce n’est pas ce nationalisme étriqué, comme je l’ai écrit, ce faux patriotisme qui veut retirer des garanties aux citoyens français, que la maison Le Pen père et fille ont toujours secrété depuis quarante et un ans au FN. Ce qui est étonnant, c’est que personne ne semble s’indigner que cette idéologie, qui n’a jamais évolué depuis tant d’années, mette son chauvinisme anachronique devant ces valeurs universelles.

Au contraire, être patriote français, c’est adhérer pleinement à ces valeurs des droits de l’homme et des libertés fondamentales et soutenir tous les dispositifs qui, en cas de faille des États (comme dans les années 1930), puissent durablement maintenir ces garanties aux peuples.

Remettre en cause ces acquis juridiques, ces protections supranationales des citoyens, c’est sans doute l’une des nécessités quand l’on veut faire plonger un pays dans l’autoritarisme arbitraire et le populisme démagogique. La sincérité démocratique de Marine Le Pen en a donc pris un coup, ce 29 juin 2014. Aux électeurs de bien juger aux prochaines échéances, puisque le naturel revient au galop


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 juin 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Site officiel de la Cour européenne des droits de l'homme.
La protection des droits fondamentaux.
La décidiont du Conseil d'État pour Vincent Lambert.
Le risque de la GPA.
Jean-Marie Le Pen et ses jeux de mots vaseux.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Se désister quand le FN est au second tour ?
Front républicain ?
La ligne Buisson écartée définitivement.
Syndrome bleu marine.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.

yartiMLP2014062904


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-droits-de-l-homme-nouvelle-153892





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Published by Sylvain Rakotoarison - dans FN - PCF - NPA - LCR - extrêmes
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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 07:27

Jean-Marie Le Pen, le père du Front national, n’est jamais à une ou deux petites phrases scandaleuses près. La dernière à propos de Patrick Bruel semble avoir creusé pour la première fois un fossé entre père …et fille. Retour sur ses flagrants délires. Première partie.


yartiLePenPere09Nouveau pavé dans la mare. Le 6 juin 2014, le président d’honneur du Front national a fustigé Guy Bedos, Yannick Noah, Madonna et Patrick Bruel, et, en évoquant ce dernier, a déclaré : « On fera une fournée la prochaine fois ! » ("Journal de bord" n°366, vidéo hebdomadaire du FN qui a été supprimée du site).

Des déclarations qui ne sont pas très éloignées de celles prononcées il y a presque trente ans, le 26 octobre 1985 : « Je dédie votre accueil à Jean-François Kahn, à Jean Daniel, à Yvan Levaï, à Elkabbach, à tous les menteurs de la presse de ce pays. Ces gens-là sont la honte de leur profession. Monsieur Lustiger me pardonnera ce moment de colère, puisque même Jésus le connut lorsqu’il chassa les marchands du temple, ce que nous allons faire pour notre pays. » (fête bleu blanc rouge au Bourget).

Sa fille présidente du FN qui, contrairement à lui, voudrait exercer le pouvoir, a dû immédiatement éteindre le feu du pyromane pour garantir sa respectabilité : « Je suis convaincue que le sens donné à ses propos relève d’une interprétation malveillante. Il n’en demeure pas moins que, avec sa très longue expérience qui est celle de Jean-Marie Le Pen, ne pas avoir anticipé l’interprétation qui serait faite de cette formulation est une faute politique dont le Front national subit les conséquences. Si cette polémique peut avoir une retombée positive, c’est celle de me permettre de rappeler que le Front national condamne de la manière la plus ferme toute forme d’antisémitisme, de quelque nature que ce soit. » ("Le Figaro" du 8 juin 2014).

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Le même jour, Le Pen père avait pourtant fait ce communiqué qui pourrait viser notamment sa fille : « Le mot "fournée" que j’ai employé dans mon journal de bord hebdomadaire n’a évidemment aucune connotation antisémite, sauf pour des ennemis politiques ou des imbéciles. ».

Jean-Marie Le Pen est maintenant un vieillard qui va atteindre les 86 ans le 20 juin prochain, mais il ne fait nul doute qu’il a gardé tout son esprit et son habileté. Ancien député élu à l’âge de 27 ans avec la vague poujadiste (le 2 janvier 1956), il fut élu constamment député européen depuis le 17 juin 1984 et en particulier réélu ce 25 mai 2014 pour un nouveau mandat de cinq ans (il aura 91 ans à la fin de ce dernier mandat !).

Régulièrement, Jean-Marie Le Pen lance des phrases à scandale. Il en a sorti de nombreuses à son actif. En voici quelques-unes notables.

Le 28 février 1983, il a évoqué l’arrestation du nazi Klaus Barbie, le boucher de Lyon, en ces termes : « C’est une affaire bassement électorale. ».

Le 14 mars 1984, il a harangué ses militants en provoquant la haine et même, de véritables appels au meurtre. Quand il a dit : « Badinter ? », la salle a répondu : « Juif ! ». Le Pen : « Lustiger ? », la salle : « À morts les Juifs ! ». Le Pen : « Madame Veil ? », la salle : « Au four crématoire ! » (meeting du FN à la Mutualité).

Le 6 mai 1987, il a parlé des malades du sida, maladie qui revient comme un leitmotiv dans ses propos : « Les sidaïques, en respirant du virus par tous les pores, mettent en cause l’équilibre de la Nation. (…) Le sidaïque (…), celui-là, il faut bien le dire, est contagieux par sa transpiration, ses larmes, sa salive, son contact. C’est une espèce de lépreux, si vous voulez. » ("L’Heure de Vérité" sur Antenne 2).

Le 2 juin 1987, il a montré toute l’étendue de sa galanterie à propos d’une jeune ministre : « Madame Barzach ramasse les plumes et se les plante où  je pense. » (séance à l’Assemblée Nationale).

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Le 13 septembre 1987, il a provoqué le plus grand scandale : «Je suis passionné par l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. (…) Si, c’est un point de détail ! Voulez-vous me dire que c’est une vérité révélée à laquelle tout le monde doit croire, que c’est une obligation morale ? (…) Il y a eu beaucoup de morts, des centaines de milliers, peut-être des millions de morts juifs et aussi des gens qui n’étaient pas juifs. Je suis étonné de devoir, à chaque émission de télévision et de radio, répondre à des questions qui prennent une forment inquisitoriale. (…) Je dis qu’il y a des historiens qui débattent de ces questions. » ("Grand Jury" sur RTL). Propos qui ont été renouvelés le 5 décembre 1997 aux côtés de l’ancien Waffen SS Franz Schonhüber : « Dans un livre de mille pages sur la Seconde Guerre mondiale, les camps de concentration occupent deux pages et les chambres à gaz dix à quinze lignes, ce qui s’appelle un détail. » (conférence de presse à Munich). Quelques jours après son émission sur RTL, le 18 septembre 1987, il avait évoqué l’explosion de la bombe nucléaire sur Hiroshima le 6 août 1945 de manière tout autant provocatrice : « Un détail de l’histoire aérienne de la guerre. ».

Le 20 janvier 1988, il a insulté une personne défunte en la calomniant : « Des Français comme les Oussekine, on peut s’en passer (…). On se souvient de la mort du petit casseur gauchiste nommé Malik Oussekine. Malgré son état de santé lamentable, il n’avait pas hésité à attaquer en pleine nuit les forces de police chargées du maintien de l’ordre. » (Journal du FN varois).

Le 1er juin 1988, il a agité le chiffon de la peur de l’autre : « Voter socialiste, cela signifie que d’ici dix à quinze ans, la mairie de Marseille sera dirigée par un Maghrébin. » (meeting électoral à Marseille).

Le 2 septembre 1988 (deux mois avant la mort de son bras droit Jean-Pierre Stirbois), il s’en est pris à un ministre centriste : « Monsieur Durafour et Dumoulin, obscur ministre de l’ouverture dans laquelle il a d’ailleurs immédiatement disparu, a déclaré : "Nous devons nous allier aux élections municipales, y compris avec le Parti communiste, car le Parti communiste, lui, perd des voix tandis que l’extrême droite ne cesse d’en gagner". Monsieur Durafour-crématoire, merci de cet aveu ! » (université d’été du FN au Cap d’Agde).

Autre ministre d’ouverture, Lionel Stoléru fut interpellé par Jean-Marie Le Pen le 5 décembre 1989 en lui demandant s’il avait la « double nationalité » au cours d’un duel télévisé sur la Cinq animé par Jean-Claude Bourret. Lionel Stoléru lui demanda alors : « Laquelle ? » et Jean-Marie Le Pen de répondre : « Je ne sais pas, je vous demande. ». Stoléru : « Non, je suis français. » en précisant : « Être juif, ce n’est pas une nationalité. Jusqu’à présent, c’est une religion. ». Le Pen : « Parfait, sinon j’aurais été un peu gêné. ». Peu avant, Lionel Stoléru lui avait expliqué que pour réprimer le travail clandestin, il avait organisé des descentes de police : « Sur ce problème du travail au noir, j’ai moi-même organisé des descentes dans le Sentier, des opérations coup de poing. », et Jean-Marie Le Pen lui a répondu : « Vraiment ? Vous pourriez faire une rafle, c’est le cas de le dire ! ».

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En janvier 1990, Jean-Marie Le Pen a précisé sa philosophie générale : « L’établissement, qu’il s’agit de renverser par une révolution de salut public, désigne la classe politique qui impose aujourd’hui son pouvoir. Les droits de l’Homme sont les tables de la Loi. Il a ses évangiles selon saint Freud et saint Marx. Il a son clergé, ses architectes et ses maçons. Son lieu de culte, le Panthéon républicain, ses rites, il prêche la morale. Le Front national a pour devoir d’assurer le retour des vraies élites, après avoir dépouillé la société française des corps parasitaires qui l’enserrent et l’asphyxient. (…) Ainsi advient-il, dans l’histoire des sociétés, des élites décadentes, des oligarchies coupées du peuple qu’elles avaient pour mission de servir et qu’elles ont trahi au bénéfice de leurs privilèges. (…) Nous nous proposons de dépouiller la société française des corps parasitaires qui l’enserrent et l’asphyxient. Il est logique que, de ce fait, les mass media du système veuillent étouffer le cri du peuple que nous exprimons contre l’établissement. La claque est au service de qui la paie. » (mensuel "Identité" : "Déstabiliser l’établissement").

Le 2 décembre 1990, il a lancé une nouvelle campagne d’affichage du FN (qui fut interdite par la justice le 22 janvier 1991) : « D’ardentes campagnes basées sur le sigle SIDA vont être menées partout. Ce sigle veut dire : S comme socialistes, gaspilleurs et destructeurs ; I comme immigration tiers-mondiste ; D comme délinquance, désordre, décadence ; A comme affaires, car les scandales politico-financiers sont devenus le pain quotidien honteux du système. » (conférence de presse citée par l’AFP).

Toujours obsédé par le nazisme, le 18 mars 1991, Jean-Marie Le Pen rumina : « Les politiciens internazis, corrompus et hypocrites du PS, et au premier rang François Mitterrand (…), ne se contentent pas de détrousser l’État et les citoyens. ».

Le 26 février 1995, il a commenté la mort du lycéen Ali Ibrahim, assassiné dans le dos quatre jours auparavant par des colleurs d’affiches du FN, ainsi : « Il s’agit d’un drame de l’autodéfense (…). Je le considère comme une victime ainsi que ceux qui se trouvent impliqués dans cette affaire, victimes de l’atmosphère qui règne dans ces banlieues (…). Ce genre d’événement arrive toujours trois ou quatre jours avant que je ne sois appelé à m’exprimer sur un grand média. ». Le 18 avril 1995, il a récidivé sur la mort d’Imed Bouhoud, assassiné par des skinheads au Havre : « Un simple dérapage ! ».

Le 21 juin 1995, il s’en est pris à Patrick Bruel alors que le FN venait de gagner les municipales à Toulon : « Toulon devra se passer des vocalises du chanteur Benguigui, qui a décidé de ne pas honorer ses contrats. Je ne crois pas qu’on en mourra à Toulon (…). Ces jappements de chiots mal lavés n’empêcheront pas le FN de continuer son action politique en faveur des Françaises et des Français, traités comme des parias dans leur propre pays. ».

Le 7 août 1995, il aurait prôné la violence comme action politique : « Je ne crois pas que nous pourrons gagner par les urnes. Il va falloir utiliser les armes. Je vous conseille à tous, dès la rentrée, de vous inscrire dans un sport de combat : la violence évite parfois de longs discours. » (université d’été du FN, selon un jeune militant qui a quitté le FN mais la réalité de ces propos a été fermement démentie par le FN).

Le 20 avril 1997, il a voulu montrer sa (supposée) bonne foi en jouant faussement le candide : « Que faut-il que je fasse pour ne pas être raciste ? Épouser une Noire ? Avec le sida, si possible ? » (cité dans "Le Monde").

Le 12 janvier 2005, il a soutenu : « L’Occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine, même s’il y eut des bavures, inévitable dans un pays de cinq cent cinquante mille kilomètres carré. » ("Rivarol"). Propos qu’il a confirmés le lendemain : « C’est vrai (…). Si on compare l’Occupation allemande de la France avec l’occupation d’un certain nombre d’autres pays européens, proportionnellement, c’est en France que celle-ci a été la moins douloureuse. » (RTL).

Le 20 février 2007, il a exprimé son empathie pour les chasseurs avec son mauvais goût habituel de la formule : « Dans le Marais de Paris, on peut chasser le chapon sans date d’ouverture ou de fermeture, mais dans le marais de Picardie, on ne peut chasser le canard en février. » (congrès de la Fédération nationale de la chasse).

Le 4 avril 2008, il est revenu une énième fois sur les crimes nazis : « Je ne me sens pas obligé d’adhérer à cette vision-là. Je constate qu’à Auschwitz, il y avait l’usine IG Farben, qu’il y avait quatre-vingt mille ouvriers qui y travaillaient. À ma connaissance, ceux-là n’ont pas été gazés en tout cas. Ni brûlés. » (mensuel "Bretons" n°32 publié le 24 avril 2008).

Le 21 février 2012, il s’est justifié à propos de ses fréquentations douteuses : « Oui, je ne suis pas chargé de traquer les criminels de guerre désignés par l’opinion publique, moi. Quand je vais quelque part, j’essaie de m’informer et j’essaie de m’informer le plus directement possible. Et en effet, rencontrer Karadzic, c’était une manière de se renseigner. » (iTélé).

Le 4 juillet 2013, il a décrit ainsi les "Roms" : « Vous avez quelques soucis, paraît-il, avec quelques centaines de "Roms" qui ont dans la ville une présence urticante et disons …odorante. » (meeting à Nice). Il les avait décrits déjà le 22 septembre 2012 d’une manière aussi peu flatteuse : « Les "Roms" volent naturellement, comme les oiseaux. »" (université d’été du FN à La Baule).

Enfin, le 20 mai 2014, l’avant-dernier en date, il a donné sa solution pour résoudre le problème de la démographie en Afrique : « Monseigneur Ebola peut régler ça en trois mois ! » (à Marseille). Le lendemain, il s’est enfoncé en voulant se dédouaner : « Moi, je suis un adversaire résolu de tout ce qui touche à l’intégrité des populations, mais on n’y peut rien. Je ne maîtrise pas ces phénomènes, j’essaie de voir quels vont être les équilibres de demain que nous devons prendre en compte. (…) Comme les guerres nucléaires ou internes, [le virus Ebola] est de nature à modifier cette évolution [démographique], qui en elle-même, est catastrophique. » (conférence de presse à Valence).

Ce court aperçu n’est évidemment pas exhaustif de tous les dérapages lepéniens, et on se demande s’ils sont mûrement réfléchis ou le résultat d’une spontanéité qui donne mesure du fond réel de sa pensée. Toutes ces polémiques lui ont valu une activité judicaire très intense accompagnée parfois de condamnations et même de périodes d'inéligibilité.

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Pense-t-il vraiment ce qu’il dit lorsqu’il lâche les petits scandales tout au long de sa très longue carrière (plus de cinquante-huit ans !) ? Ces nombreuses polémiques provocatrices ont-elles pour objectif de faire parler de lui ? Ou veut-il seulement se faire plaisir avec des bons mots douteux ? Est-ce une stratégie personnelle pour éviter une trop grande ascension électorale d’un parti qui a atteint un niveau record aux dernières européennes ? Il vient de se rendre compte à ses dépens que le FN qu’il avait fondé le 5 octobre 1972, qui était son bébé, un ramassis de groupuscules d’extrême droite, lui échappe de plus en plus depuis la succession de sa fille, le 16 janvier 2011, qui voudrait tant changer l’appellation en rassemblement bleu marine (elle aussi est abonnée aux tendances égocentrées).

Le FN et Jean-Marie Le Pen ont intrinsèquement la même philosophie politique. Parfois, elle s’est exprimée de manière plus crûe, en fonction des personnalités qui ont adhéré à ce parti. Dans le programme du FN pour les élections législatives de juin 2002, il est ainsi clairement posé : « Le cinéma est un art à part entière qui est né en France (les frères Lumière) et s’y est particulièrement épanoui : le Front national s’honore d’avoir compté dans ses rangs un des plus grands metteurs en scène français, Claude Autant-Lara. ».

Et justement, parlons de Claude Autant-Lara (1901-2000). Il a été élu député européen sur la liste menée par Jean-Marie Le Pen le 15 juin 1989 pour présider la première séance de la nouvelle assemblée en juillet, en tant que doyen (le FN avait l’habitude de faire élire à la proportionnelle les doyens des assemblées élues) pour démissionner ensuite. En septembre 1989, il avait doctement expliqué : « [Simone Veil] devrait s’occuper de sa cuisine, ce serait beaucoup mieux… Que vous le vouliez ou non, elle fait partie d’une ethnie politique qui essaie de s’implanter et de dominer. Oh ! Elle joue de la mandoline avec ça [les camps d’extermination]. Mais elle en est revenue, hein ? Et elle se porte bien… Bon, alors quand on me parle de génocide, je dis : en tout cas, ils ont raté la mère Veil ! (…) La gauche actuelle [est] dominée par la juiverie cinématographique internationale, par le cosmopolitisme et par l’internationalisme. (…) Oui, évidemment, [je suis pour le révisionnisme]. Quand on regarde les choses d’un peu près, on voit bien qu’on est bourré d’histoires, de mensonges… Auschwitz… Le génocide, on n’en sait trop rien. Le prétendu génocide… (…) N’est pas génocide qui veut ! » (interview dans le mensuel "Globe").

Le cinéaste était coutumier de telles déclarations, puisque le 18 novembre 1983, il avait spontanément raconté : « La guerre a provoqué le départ de nombreux cinéastes qui gagnèrent les États-Unis. Il y avait des places vacantes dans les studios. L’Occupation, ce fut le bon temps, je ne crains pas de l’affirmer. Les Allemands nous avaient délivré de l’influence détestable des Américains. » (interrogé par la presse en marge d’un colloque sur Stendhal à Lausanne).

Que Marine Le Pen le veuille ou non, le parti que son père a fondé et qu’elle préside depuis trois ans a une longue histoire, sulfureuse, et quand ses grandes références culturelles se montrent autant antipatriotes qu’un Claude Autant-Lara, heureux de la débâcle de la France, on a le droit de douter de la sincérité des dernières déclarations de la députée européenne qui fut élue une troisième fois pour rien (son inactivité au sein du Parlement Européen n’est pas très efficace dans la défense de la nation française)…

Je reviendrai dans un autre article sur l’une de ses premières véritables prestations dans un grand média public, qui a été diffusée en septembre 1982.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 juin 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments.
Se désister quand le FN est au second tour ?
Front républicain ?
La ligne Buisson écartée définitivement.
Syndrome bleu marine.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.

yartiLePenPere06



  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-marie-le-pen-des-flagrants-153128

 

 

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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 07:07

Refusant la discussion avec Martin Schulz, l’un des poids lourds des élections européennes du 25 mai 2014, la chef du FN a finalement montré sa légèreté programmatique face à un interlocuteur méthodique et …calme.


yartiMLP2014A01Depuis trois ans qu’elle est préside le Front national, on ne pourra vraiment pas dire que Marine Le Pen est victime d’un ostracisme dans les grands médias nationaux. Pour preuve, ce jeudi 10 avril 2014 sur France 2 où elle était encore l’invitée principale de la très longue émission de David Pujadas "Des paroles et des actes".


La forme

Comme dans son habitude, David Pujadas est assez peu perspicace pour poser ses questions, au contraire d’un Jean-Jacques Bourdin beaucoup plus incisif. Il serait même plutôt dans le genre Michel Drucker, prêt à aider son interlocuteur en cas de panne.

Quant à elle, Marine Le Pen était toujours égale à elle-même. Toujours à parler fort, sur un ton tellement élevé qu’elle en avait perdu sa voix à la fin de l’émission. Toujours à couper ses interlocuteurs à la limite de l’impolitesse. Toujours à botter en touche, à faire diversion, à parler de l’interlocuteur au lieu de son message, à rester uniquement dans les idées générales, à surfer sur une vague plus ou moins démagogique, à ne jamais préciser ses slogans.

Après tout, c’est son droit et apparemment, ce genre de comportement semble porteur vis-à-vis d’un électorat en pleine errance. Mais il ne faudra alors pas qu’elle se chagrine des réactions qu’elle peut provoquer, comme ce constat assez ironique du journaliste Daniel Schneidermann le matin du 11 avril 2014 : « C’est boulevard Le Pen, sur France 2. Des paroles et des actes n’est pas une émission, c’est un jeu vidéo, où Super Marine, des heures durant, pulvérise les bananes, dézingue les boucliers, et gagne des vies. Bing bing bing. Écrabouillés Saint-Cricq, Lenglet, Lamassoure, et le petit nouveau, le président du club de rugby de Toulon, Mourad Boudjellal, à qui la châtelaine de Saint-Cloud balance froidement sa montre à 150 000 euros. Comme tous les jeux vidéo, tout est fait pour créer l’addiction, et ça pourrait bien ne jamais s’arrêter. ».


Des ratés dans le moteur

Pourtant, Daniel Schneidermann a dû louper la fin de l’émission, car Marine Le Pen n’a pas été au top de sa forme ce jeudi soir.

La cause ?
Yann Galut, qui a 48 ans.

Yann Galut a remplacé au pied levé le Président du Parlement Européen, Martin Schulz, candidat social-démocrate à la Présidence de la Commission Européenne, qui devait débattre avec Marine Le Pen. Cette dernière, bien trop prudente, avait préféré décliner ce type de confrontation. C’est sûr, hors de l’Hexagone, l’ancienne candidate à l’élection présidentielle n’a plus beaucoup d’assurance.

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Au point même d’avouer qu’elle est souvent absente du Parlement Européen. Députée européenne depuis juin 2004, de nouveau candidate le 25 mai 2014, elle a même pris le temps de justifier intellectuellement son manque d’assiduité : par son absence, elle refuse de participer aux institutions européennes qu’elle combat.

Et puis, vous comprenez, je n’ai pas le temps, je dirige un grand parti national à Paris, j’ai eu aussi une campagne présidentielle qui m’a pris du temps. Personne pour lui dire : bien, mais alors, madame, démissionnez donc de votre siège de députée européenne, ne soyez pas candidate pour une fonction que vous exécrez, que vous négligez. Encore de la cuisine politicienne, encore de l’alimentaire du portefeuille. Marine Le Pen, décidément, est loin d’être hors du système.

Mais revenons à Yann Galut.


Yann Galut

Qui est Yann Galut ? Il y aurait plusieurs manière de le présenter. Je vais le faire très succinctement. Yann Galut est député socialiste de Bourges et d’après David Pujadas, il a eu l’occasion d’aller sur ce plateau de télévision parce qu’il a dirigé un livre sorti cette année contre le FN : "Le guide anti-FN" (éd. Librio Flammarion).

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Yann Galut n’est pas un inconnu dans le paysage politique. Très jeunes, il a milité dans les mouvements étudiants et antiracistes : à l’UNEF-ID (Union nationale des étudiants de France) en 1984 et à SOS-Racisme en 1987. Il fut permanent à la FIDL (Fédération indépendante et démocratique lycéenne) en 1988 (pourtant, il n’était plus lycéen), tout comme la future ex-ministre Delphine Batho. Il était également responsable international de SOS-Racisme aux côtés de Harlem Désir, et a intégré en 1992 le bureau national du MJS (Mouvement des jeunes socialistes), sous la direction de Benoît Hamon. Après ses études, en 1996, il est même devenu l’avocat de SOS-Racisme.

Son engagement électoral a commencé en mars 1995 avec sa participation à la liste municipale du maire sortant Jean-Claude Sandrier (PCF) battue par le député Serge Lepeltier (RPR). Mais deux ans plus tard, en juin 1997, ce fut la revanche ; il fut élu député de Bourges, battant le nouveau maire Serge Lepeltier (futur ministre), et est devenu ainsi le plus jeune député de France, à 31 ans. Avec l’échec de Lionel Jospin, il a perdu sa circonscription en juin 2002 et n’a pu la regagner qu’en juin 2012 avec l’élection du Président François Hollande.

Proche du mouvement altermondialiste ATTAC, luttant contre l’évasion fiscale au point d’enquêter sur l’exil fiscal de l’acteur Gérard Depardieu, défendant les étrangers en situation irrégulière de l’église Saint-Bernard à Paris, Yann Galut a créé au sein du PS une cellule de riposte argumentaire contre le FN sous le nom "La gauche forte".


Duel sur l’Europe

Le débat entre Marine Le Pen et Yann Galut était d’autant plus intéressant sur l’Union Européenne que tous les deux avaient voté non au référendum du 29 mai 2005.

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Sur la forme, Yann Galut a adopté un style très "soft", tout en douceur, aucune invective, pas de paroles déplacées, aucun haussement de voix, aucun anathème. Juste des arguments. Juste des questions. En face de lui, il n’y a eu qu’une personne qui ne répondait pas à ses questions, qui lui coupait sans cesse la parole, qui ne l’écoutait pas.

Yann Galut a attaqué Marine Le Pen sur trois sujets.

Le premier, c’est que la mise d’un place d’un protectionnisme, même différencié (en fonction de la situation de la concurrence en France), n’aiderait en aucune manière les entreprises françaises à renforcer leur compétitivité. Au contraire, elles seraient alors obligées d’acquérir leurs matières premières importées de manière bien plus coûteuse.

Le deuxième, c’est que la sortie de l’euro, sans évoquer la dette publique qui s’envolerait mécaniquement, augmenterait automatiquement le prix de l’essence d’au moins 20% et aurait un effet désastreux tant sur les ménages que sur la compétitivité des entreprises françaises.

Enfin, le troisième sujet, c’est que le FN n’a aucune position vraiment arrêtée sur la politique économique à suivre. Issu d’une doctrine ultralibérale professée par Jean-Marie Le Pen, s’étant réclamé de Ronald Reagan et ayant prôné la suppression pure et simple de l’impôt sur le revenu (il est très utile de relire les programmes des années 1980), le parti de Marine Le Pen propose aujourd’hui des mesures de droite dans le sud de la France et des mesures de gauche dans le nord de la France, en fonction de la sociologie de son électorat potentiel, montrant une évidente démagogie.

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À tout cela, Marine Le Pen n’a pas su répondre de manière très convaincante. Elle s’est même emmêlée les arguments qu’elle ressort habituellement, déstabilisée par le ton direct mais très calme de Yann Galut, confondant les droits de douane qu’elle voudrait réinstaurer et la sortie de l’euro qu’elle ne cesse pas de réclamer (deux choses complètement différentes).

Quand Yann Galut lui a demandé de préciser concrètement les propositions du FN, Marine Le Pen a été incapable de lui répondre, restant toujours dans le flou général, parlant de sujets périphériques comme le scrutin proportionnel. Du reste, le gouvernement de Manuel Valls reste dans le même flou artistique lorsqu’il s’agit de trouver 50 milliards d’euros d’économie.


Combattre par les arguments et pas par l’anathème contreproductif

Je ne connaissais pas le député Yann Galut, sans doute qu’en lisant sa notice biographique, j’aurais eu des réticences à lui trouver beaucoup de considération car j’ai toujours de la méfiance vis-à-vis d’élus qui n’ont jamais connu que des appareils de mouvements politiques ou syndicaux. Mais je dois bien reconnaître que les propos de Yann Galut ont été très percutants.

En effet, contrairement à une sorte de diabolisation qui ne fait que victimiser le FN, Yann Galut s’attaque au fond du discours, montre l’aspect soit creux (vide de réalité concrète, seulement des slogans efficaces), soit très nuisibles aux intérêts français (notamment aux entreprises).

Marine Le Pen a cru qu’elle aurait plus de facilité à débattre avec un député de base sans notoriété nationale qu’avec une grande pointure européenne (Martin Schulz). Si les deux journalistes qui ont suivi Yann Galut dans l’émission, Anne Fulda et Hervé Gattegno, n’ont pas semblé percevoir ce désappointement de Marine Le Pen, restant sur l’impression initiale de dynamisme et de force, les téléspectateurs attentifs auront compris la vacuité du discours de FN, censé seulement prendre des voix sans s’occuper de définir concrètement ce qui conviendrait à l’intérêt national de la France.

C’est en prenant une à une chaque mesure proposée par le FN et en les démontant, car elles sont démontables, que Marine Le Pen sera mise à nu. C’est ce travail pédagogique que la plupart des opposants au FN, et en particulier ceux du PS, n’ont jamais voulu réaliser, soit par paresse, soit par machiavélisme, préférant cogner, mais de manière contreproductive car ce sera toujours plus mollement que leur adversaire.

C’est pour cette raison que je salue la démarche argumentaire du député Yann Galut, qui a misé sur la réflexion et la raison.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 avril 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marine Le Pen candidate.
Les propositions de Manuel Valls.
Martin Schulz.
François Hollande à tâtons.
Programme du FN.
Le syndrome bleu marine.
L’enjeu des élections européennes 2014.

yartiMLP2014A05


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/marine-le-pen-destabilisee-par-150585

 

 

 

 

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 07:05

Avec autant de communes dont on renouvelle le conseil municipal, il y a toutes les situations possibles et imaginables. L’une d’elle s’est répétée pour dix-neuf d’entre elles : la liste du FN a pris la première place au premier tour et serait bien placée pour l’emporter au second. Les réactions du PS et de l’UMP sont très différentes à cette nouvelle situation qui montre que les électeurs, dans leur majorité, pensent que le FN est devenu un parti comme les autres.


yartiFNfocus01Le dépôt des listes pour le second tour des élections municipales est clos depuis mardi 25 mars 2014 à 18h00. Officiellement, il y aura dimanche prochain 566 duels, 986 triangulaires, 207 quadrangulaires et même 16 pentangulaires parmi les villes de plus de 1 000 habitants.

Le premier tour des élections municipales du 23 mars 2014 a été un véritable coup de semonce pour le Parti socialiste et le pouvoir en place. Il est peu probable que le second tour infirme cette tendance, d’autant plus que la publication des dernières statistiques sur le chômage le 26 mars 2014 a confirmé la situation désastreuse de l’emploi qui empire plus que jamais (31 500 demandeurs de plus en février par rapport à janvier 2014 : la courbe a dû inverser l’inversion).


Un enjeu national pour les électeurs

Comme prévu, même si les spécificités locales doivent être prises en compte (un bon maire est relativement récompensé par ses électeurs, un maire clientéliste également), les tendances sont avant tout nationales : forte abstention chez les électeurs socialistes, et très forte mobilisation des électeurs du FN. Ces deux éléments ne sont pas corrélés mais renforcent l’effondrement du PS.

La preuve, c’est que le FN se retrouve parfois largement en tête dans certaines communes, dépassant le PS mais aussi l’UMP. Parfois, ce sont des listes de la gauche plus radicale, écologiste ou opposées au PS qui ont fait de beaux scores, comme à Grenoble mais aussi à Paris, même à Nantes ou à Lille. Ce sont des bastions socialistes qui sont mis en difficulté : Niort ("tombée" dès le premier tour avec la grande victoire d’un radical), Grenoble (l’absence d’accord entre les deux listes de gauche va probablement faire gagner les écologistes), et même Lille où Martine Aubry a quelques difficultés à maintenir son autorité.


Le FN présent partout, et surtout dans le Nord-Pas-de-Calais et le quart Sud-Est

L’un des enseignements, c’est que le FN n’est plus le parti d’avant 2011. Il est devenu, dans l’esprit des électeurs, un parti comme les autres, à combattre ou à soutenir, mais pas différent des autres. Dans les 585 villes de plus de 1 000 habitants (seuil à partir duquel l’élection se fait par listes bloquées sans panachage) où le FN a présenté des listes, une liste FN a gagné dès le premier tour (Hénin-Beaumont), et 323 listes FN se sont qualifiées pour le second tour (ont donc obtenu plus de 10%) avec une moyenne générale de près de 15% des suffrages (soit moins que le score de Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2012).

Les listes du FN ont obtenu, dans 110 villes, plus de 20% des voix (dans 22 villes, plus de 30%) et parfois, pour 19 d’entre elles, se sont hissées à la première place de l’offre municipale : Angles (20,8%), Armentières (20,6%), Aubagne (20,6%), Aurec-sur-Loire (27,2%), Avignon (29,6%), Bagnols-sur-Cèze (24,4%), Barr (20,7%), Beaucaire (32,9%), Billy-Montigny (26,9%), Boulogne-sur-Mer (21,6%), Brignoles (37,1%), Bruay-la-Buissière (36,8%), Béziers (44,9%), Carcassonne (21,9%), Carmaux (22,9%), Carpentras (34,4%), Carros (21,5%), Carvin (35,2%), Cavaillon (35,7%), Chaumes-en-Brie (23,4%), Chauny (20,2%), Châlons-en-Champagne (20,5%), Cluses (31,4%), Cogolin (39,0%), Corbas (25,0%), Cuers (23,0%), Digne-les-Bains (27,7%), Dourges (20,7%), Draguignan (22,7%), Dunkerque (22,6%), Échirolles (20,9%), Ensisheim (26,7%), Étréchy (22,3%), Forbach (35,8%), Frontignan (29,7%), Fréjus (40,3%), Gignac-la-Nerthe (20,3%), Givors (20,8%), Grasse (21,1%), Graulhet (28,6%), Harnes (20,1%), Hayange (30,4%), Istres (29,1%), L’Hôpital (24,0%), La Ciotat (23,8%), La Seyne-sur-Mer (26,3%), Le Luc (36,9%), Le Muy (27,6%), Le Passage (20,6%), Le Pontet (34,7%), Le Teil (21,9%), Le Val (20,8%), Lens (20,0%), Les Andelys (28,2%), Lunel (24,5%), Lézignan-Corbières (25,4%), Mainvilliers (22,2%), Mantes-la-Jolie (21,7%), Marseille (les quatre derniers secteurs respectivement 25,6%, 25,9%, 32,9% et 27,6%), Maubeuge (20,6%), Mauguio (20,5%), Menton (22,4%), Mer (22,1%), Metz (21,3%), Meulan (20,1%), Milhaud (23,5%), Monteux (25,0%), Montigny-en-Gohelle (28,9%), Mouy (24,9%), Mulhouse (21,9%), Mèze (21,6%), Neuville-en-Ferrain (21,5%), Nogent-sur-Seine (20,0%), Noyon (28,3%), Nîmes (21,7%), Oraison (27,2%), Outreau (25,5%), Perpignan (34,2%), Pierrelatte (21,9%), Pont-Sainte-Maxence (28,3%), Pontault-Combault (25,2%), Pégomas (24,9%), Rambervillers (21,5%), Saint-Germain-lès-Arpajon (20,0%), Saint-Gilles (42,6%), Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (21,0%), Saint-Priest (22,0%), Saint-Sulpice (20,0%), Savigneux (20,6%), Sin-le-Noble (23,7%), Six-Fours-les-Plages (29,5%), Soissons (22,1%), Tarascon (39,2%), Tonneins (23,6%), Trèbes (22,1%), Unieux (24,7%), Vallauris (21,0%), Valréas (36,1%), Vauvert (32,6%), Vedène (32,7%), Vierzon (20,5%), Villeneuve-Saint-Georges (26,1%), Villeneuve-sur-Lot (26,0%), Villers-Cotterêts (32,0%), Vitrolles (24,4%), Vitry-le-François (23,7%) et Viviers (22,2%).

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Ces scores très élevés sont parfois réalisés par des têtes de liste complètement inconnues dans la commune (comme à Avignon), ce qui renforce l’hypothèse d’une motivation des électeurs sur les seuls enjeux nationaux. Remarquons par ailleurs que dans la ville où le FN a démarré son aventure électorale en septembre 1983, à Dreux, le FN n’a recueilli que 13,5%.


Comment réagir face à cette situation électorale ?

La question se pose alors pour les autres partis de savoir que faire lorsque la liste du Front national est arrivée en première position et susceptible de l’emporter au second tour, plutôt à la majorité relative qu’à la majorité absolue, grâce à la présence de trois listes ou plus.

Le choix du PS a été assez clair : désistement des listes PS arrivées en troisième position (sauf pour celle de Patrick Mennucci dans un secteur de Marseille, nécessairement s’il veut continuer à concourir pour la mairie) et soutien implicite à la liste UMP (arrivée en deuxième position). C’est la stratégie du "front républicain".

Le choix de l’UMP a été aussi très clair, et curieusement, dès la soirée du premier tour, n’a pas donné lieu à des discussions entre ses responsables (peut-être que la ligne Buisson est définitivement écartée). Elle est celle-ci : aucun accord entre UMP et FN, aucun soutien au FN, mais pas de désistement quand la liste UMP arrive en troisième position derrière celle du FN et du PS. C’est la stratégie du "ni ni" (ni PS, ni FN). En fait, concrètement, quand aucune liste UMP, centriste ou divers droite n’est présente au second tour, l’UMP a choisi de faire barrage au FN, ce qui, implicitement, signifie le soutien à la liste de gauche.

Ces lignes sont donc très différentes et malgré quelques accrocs à gauche (en particulier à Béziers), elles ont été respectées. Le plus étonnant, sans doute, est le respect de la ligne UMP par tous les protagonistes des 323 communes où le FN est encore en lice. Les digues ont tenu. Cela dément toutes les supputations dont le PS accuse régulièrement l’UMP.

Seules deux communes ont réalisé la fusion entre une liste soutenue par l’UMP et une liste FN arrivée après elle, Villeneuve-Saint-Georges (pour faire barrage à la maire communiste sortante), et L’Hôpital (en Moselle), mais dans ces deux cas, il ne s’agit pas de listes UMP mais seulement divers droite qui ont par conséquent perdu le soutien de l’UMP pour le second tour.


Le FN, un parti "différent" ?

Le PS et l’UMP se rejoignent en considérant le FN comme un adversaire. Mais l’UMP le considère comme un parti adversaire au même titre que les autres partis qui ne font pas partie d’une alliance avec elle. Alors que le PS a gardé une notion morale différente, mettant le FN sur un autre plan que ses autres partis adversaires.

Pourtant, il y a une véritable schizophrénie au PS de considérer le FN comme un parti qui ne mériterait pas d’avoir des élus mais de le laisser agir normalement comme un autre parti. Au pouvoir depuis deux ans, et après dix-sept ans d’exercice du pouvoir depuis 1981, le PS avait mille possibilités de dissoudre le FN s’il le considérait comme n’étant pas un parti comme les autres (professant la haine des étrangers par exemple). Mais il ne l’a pas fait. Il est maintenant prouvé que François Mitterrand, au contraire, cherchait à encourager le développement médiatique et électoral du FN à partir de début 1984 pour rendre plus difficile le retour au pouvoir du centre droit.

Mais la réalité électorale est pourtant sans complaisance : elle montre que le PS est bien plus victime du FN que l’UMP ne l’est. Deux preuves : le 21 avril 2002Lionel Jospin est évincé du second tour au profit de Jean-Marie Le Pen, et les différentes élections législatives partielles de 2013 et ces élections municipales de 2014 qui montrent que souvent, dans le jeu à trois, le FN est fort quand le PS est faible et que le PS est souvent en troisième position derrière l’UMP et le FN (même à Marseille !).

Il est sûr qu’en cas de triangulaire, ne pas se désister risquerait de laisser la situation du premier tour se reproduire au second, à savoir, lorsque le FN est en tête au premier tour, favoriser sa victoire au second tour. Mais c’est malgré tout mal comprendre le comportement des électeurs qui ne sont pas forcément fidèles à leur vote d’un tour sur l’autre.

Se désister, c’est croire que les électeurs de la liste qui se désiste vont se reporter mécaniquement sur la liste voulue, mais rien ne confirme cela. Le second tour des élections législatives du 17 juin 2012 montre au contraire que les électeurs ne sont pas du tout influencés par les consignes de vote entre les deux tours. Heureusement d’ailleurs, chaque électeur est libre et n’appartient à aucun parti ni aucun candidat (sauf pour les encartés).


Inefficacité du front républicain

Je crois ainsi que le désistement est une stratégie complètement contreproductive. S’il s’agit de contrer le FN sur le terrain électoral, il ne faut pas réduire l’offre électorale.

1. D’une part, le désistement conforte l’argument massue anti-système qu’utilise à longueur de débats le FN, à avoir l’UMPS, l’UMP égale le PS, tous ces partis se valent, et sont pourris. Pourtant, il est palpable qu’il y a de grandes différences entre l’UMP et le PS (et pas seulement sur le mariage gay), et que dire du FN qui, loin d’être antisystème, profite à fond du système ? Jusqu’à des rentes de situation depuis trente ans au sein d’une institution européenne alors qu’ils sont contre le principe même de la construction européenne (imaginez De Gaulle prendre sa retraite comme sénateur après 1969 !).

2. D’autre part, cela focalise nécessairement le débat sur pour ou contre le FN. C’est la seule chose qu’attend le FN, qu’on parle de lui, qu’on le victimise, qu’on l’ostracise pour pouvoir ensuite dire qu’il est seul contre tous, et donc, qu’il serait le seul à proposer enfin la bonne solution. Qu’importe que les candidats du FN (à quelques exceptions près) soient particulièrement incompétents et ignorants du mandat et de la collectivité où ils se portent candidats, l’intérêt, c’est de renforcer le maillage local du FN.

3. L’idée d’adopter une stratégie plus morale que politique, si elle est louable sur le plan des idées, n’est pas du tout efficace sur le plan des actes et ne fait que renforcer le FN. Cette stratégie a montré son échec depuis trente ans. Il ne s’agit pas de perdre son âme, il s’agit simplement de ne pas s’incliner devant le FN.

4. Surtout, elle sous-tend que les électeurs sont des entités instrumentalisables logiquement. C’est comme croire que l’échec de Lionel Jospin en 2002 provient des candidatures de Christiane Taubira et Jean-Pierre Chevènement. Bien sûr, arithmétiquement, si l’on additionne les voix de Taubira et Chevènement avec celles de Jospin, le résultat aurait dépassé celui de Jean-Marie Le Pen. Il est impossible de savoir ce qu’auraient fait les électeurs sans ces candidatures secondaires, mais il est probable que si des électeurs (plutôt de gauche, donc susceptible de voter pour Jospin) n’avaient pas voté Jospin, quelle que soit l’offre politique, ils n’auraient pas voté pour Jospin dans une configuration différente. En cas d’absence d’autres candidatures (de gauche), il serait fort probable que ces électeurs-là, parce que déçus par le gouvernement Jospin, auraient voté blanc ou se seraient abstenus, mais n’auraient certainement pas voté pour Lionel Jospin (l’absence d’offre électorale n’aurait pas réduit la cause de la colère contre Lionel Jospin).

5. En 2014, la situation est la même : la présence d’une liste PS ne signifierait pas que l’électeur du PS qui considérerait que rejeter le FN est plus important que voter pour le PS ne ferait pas un choix différent pour atteindre son but. Mais en toute liberté, car il y a bien évidemment d’autres électeurs qui ne voudraient pas tomber dans le calcul et qui voudraient seulement voter selon leur opinion politique.

6. D’ailleurs, rien ne prouve que le retrait d’une liste PS (mal placée) irait nécessairement bénéficier à la liste UMP. Le désistement pourrait au contraire bénéficier à la liste FN (ce genre de cas s’est produit aux législatives de juin 2012). Pourquoi ? Parce que, qu’on le veuille ou pas, les électeurs, dans leur grande majorité, considèrent le FN comme un parti ordinaire, un parti comme les autres. Cela s’est aperçu aux cantonales de mars 2011 où les candidats FN maintenus au second tour ont réussi à doubler leur score entre les deux tours, rassemblant des électeurs très éloignés d’eux. Les législatives partielles de 2013 ont également montré ce phénomène à chaque occasion. À la tête du FN depuis début 2011, Marine Le Pen a réussi à "dédiaboliser" son parti qui n’a pourtant rien changé de son idéologie et de ses vieilles lunes. L’emballage est juste plus respectable. Plus acceptable.

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7. Enfin, le désistement d’une liste arrivée en troisième position, dans une triangulaire où le FN est arrivé premier, pour favoriser la deuxième liste n’a aucun sens dans la durée. En effet, en se désistant, non seulement elle empêche ses électeurs de se prononcer selon leur opinion, mais surtout, elle n’aura aucun élu d’opposition dans la commune pendant six ans, laissant aux seuls élus du FN le monopole de l’opposition et de l’information des affaires municipales, lui donnant un atout supplémentaire pour gagner à l’élection suivante.


Le FN suffisamment fort pour gagner au scrutin majoritaire ?

Pour toutes ses raisons, et la principale, c’est que les électeurs ont définitivement fini de croire que le FN est un parti différent (même s’il l’est dans son idéologie), la stratégie du "front républicain" est vouée à l’échec. Pire, elle renforce encore un peu plus la progression électorale du FN qui sera peut-être en position, en juin 2017, de bénéficier du redoutable effet levier du scrutin majoritaire : désormais, dans une circonscription électorale, un candidat du FN est capable de rassembler la majorité absolue des suffrages exprimés. Cela vient d’être prouvé à Hénin-Beaumont le 23 mars 2014, et peut-être que dimanche prochain, d’autres exemples viendront le compléter.

C’est pour cela que, dans les conditions de 2014, je trouve la ligne adoptée par l’UMP comme sage : aucune compromission avec le FN, aucune alliance, aucune fusion (même si l’envie ne manque pas pour certains), mais aucun désistement pour aider un PS discrédité. Laisser aux électeurs leur liberté de choisir leur liste comme le veut la loi électorale (seuil de 10% au premier tour), quitte à se responsabiliser s’ils pensent qu’une liste a plus de chance qu’une autre d’éviter …une troisième.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mars 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Premier tour des élections municipales du 23 mars 2014.
Enjeux des élections municipales de 2014.
Scrutins locaux : ce qui va changer.
Front républicain ?
La ligne buisson écartée définitivement ?
Syndrome bleu marine.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Historique de cette réforme des scrutins locaux.
Texte intégral de la loi votée définitivement le 17 avril 2013.
Analyse du scrutin du 17 avril 2013 : qui a voté quoi ?
Les dernières régionales (2010).
L’occasion perdue des Alsaciens.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/se-desister-au-second-tour-149928

 












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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 07:50

Le débat surréaliste de la rentrée politique de cet automne 2013 s’est cristallisé autour du FN et d’hypothétiques configurations du second tour, à mille lieues des préoccupations économiques et sociales des Français.


yartiFNfocus08Je me demande vraiment quelle mouche a piqué la classe politique pour parler autant du Front national ces dernières semaines.

Ce n’est pas le bijoutier de Nice si soutenu par certains puisque Marine Le Pen a tenu le 17 septembre 2013 des propos on ne peut plus raisonnables et tempérés (à savoir, qu’il ne s’agit pas ici de légitime défense et que des passants auraient pour être tués par cette colère certes compréhensible mais qui devait s’exprimer dans le cadre normal de la justice).

Ce n’est pas non plus, comme c’est pourtant l’habitude, la faute des journalistes même s’ils savent que ce marronnier a toutes les chances de faire leurs choux gras dans leurs journaux écrits ou parlés.


Contre le sectarisme

À l’origine, quelques sondages, certes, mais surtout, réalimentant la "flamme", les propos très polémiques de l’ancien Premier Ministre François Fillon le 8 septembre 2013 sur Europe 1/iTélé qui remettait une nouvelle fois sur le tapis l’éventualité d’une second tour entre FN et PS et qui affirmait : « Je conseille de voter pour le moins sectaire » tout en précisant, à la question si un PS pouvait être plus sectaire qu’un FN : « Cela peut arriver, je ne dis pas que c’est toujours le cas, mais ça peut arriver. », remettant en cause la ligne fixée par Jean-François Copé assez dubitatif (interviewé au même moment sur RMC/BFM-TV : « ni FN, ni PS allié à l’extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon ».

Les hiérarques du PS ont tout de suite protesté avec véhémence, sur-interprétant ces propos comme un appel à voter pour le FN, tandis que les responsables du FN souriaient avec un air de triomphe modeste, bien amusés d’être malgré eux au centre de cette nouvelle polémique.


Enjeux internes

Bien entendu, la véritable motivation de François Fillon n’était pas de s’adresser au PS, ni au FN, mais avant tout à l’UMP. Depuis un an et demi, la rivalité présidentielle se poursuit entre Jean-François Copé (président mal élu mais reconnu de l’UMP) et François Fillon (candidat déclaré à la primaire de l’UMP prévue en 2016).

Et c’était prévisible : après une position très droitière faite de petits pains au chocolat, Jean-François Copé s’est naturellement recentré depuis janvier 2013 dans un but de rassembler la droite parlementaire et d’en finir avec une impopularité qui l’a noyé dans ses perspectives présidentielles. Il le fait d’ailleurs de manière assez discrète et adroite, mais probablement très efficacement.

Parallèlement, François Fillon s’est, au contraire, excentré, droitisé, afin de tenter de séduire les militants de l’UMP qui sont, en grande partie, très clivés contre la gauche (la motion "La Droite forte" des jeunes Guillaume Peltier et Geoffroy Didier était largement arrivée en tête le 18 novembre 2012).

J’avais déjà envisagé que la rivalité Copé/Fillon n’était en aucun cas une rivalité idéologique entre droite dure et droite modérée mais bien une rivalité de personnes. Pour s’en convaincre, Jean-François Copé a parmi ses proches des modérés, comme Jean-Pierre Raffarin et Luc Chatel tandis que François Fillon a parmi ses lieutenants des personnalités très axées à droite, comme les députés niçois Éric Ciotti et Christian Estrosi.

Tout est donc posture pour l’horizon présidentiel de 2017. Les déclarations très russophiles de François Fillon le 19 septembre 2013 à Moscou devant le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine faisaient partie de cette même stratégie de transgression dans le but de présenter un ensemble de réflexions politiques qui a vocation à être original et cohérent.

Les opposants à François Fillon avaient donc le beau rôle de se déclarer étonnés et surpris et de ne pas comprendre les déclarations de l’ancien Premier Ministre sur la comportement qu’il compte promouvoir au sein de l’UMP dans le cas d’un second tour FN/PS. Ni "front républicain", ni "ni-ni". Mais alors, quoi ? le FN ? Mettre le PS sur le même plan que le FN ?


La clef délivrée par François Baroin

Même ses amis se sont inquiétés et ont souhaité une clarification. Seul, François Baroin, le député-maire de Troyes, a expliqué sur RTL le 15 septembre 2013 qu’il était tout à fait exclu que François Fillon puisse voter un jour pour un candidat du FN : « Je sais qu’il ne votera jamais pour quelqu’un du FN et qu’il sera de tous les combats contre l’extrême droite. (…) Je n’ai aucun doute, aucune inquiétude là-dessus. (…) Je le connais, il a fait partie de tous les combats. C’est vingt ans de politique. (…) En 1998, ça secouait très fort. L’UMP n’existait pas. C’était le RPR. Il y a eu des alliances [avec le FN, aux régionales], on a sanctionné des gens. Mais pour monter au créneau, on n’était pas nombreux : il y avait Jacques Chirac, Philippe Séguin, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Fillon et moi. ça a permis de tenir. Et je ne l’oublie pas. ».

Tout en gardant silence quelques jours, François Fillon avait cependant intégré cette déclaration de François Baroin dès le lendemain dans son propre blog, si bien qu’on peut dire sans trop avoir peur se tromper que c’était la bonne interprétation.

Lors du comité politique de l’UMP le mardi 17 septembre 2013 au matin, François Fillon confirmait en effet qu’il ne voterait jamais pour un candidat du FN. Il l’a expliqué publiquement quelques heures plus tard : « J’ai expliqué à mes amis que j’avais combattu le Front national toute ma vie et que je n’avais pas l’intention de changer de position. J’ai toujours combattu les alliances avec le Front national et je les combattrai toujours. À titre personnel, jamais je ne voterai pour un candidat du Front national ! J’ai appelé à lutter contre tous les sectarismes, parce que c’est ennemi du redressement national. (…) Si nous voulons appeler à un rassemblement, nous devons nous adresser à ceux qui aujourd’hui sont tentés de voter pour le Front national, aussi à des hommes et femmes de gauche qui peuvent à un moment se retrouver autour d’un projet de redressement national. ».


Montagne et souris

Mais alors, à quoi cela a-t-il servi ? À rien d’un point de vue intellectuel, puisqu’on revient à la case départ, à savoir que le choix de l’UMP dans un second tour FN/PS resterait bien soit le PS soit l’abstention si le candidat PS n’était pas acceptable (imaginons la présence d’un Jean-Noël Guérini par exemple).

Tout cela pour rien ? Non, pas vraiment. François Fillon sait, comme la plupart des communicants (et en particulier Nicolas Sarkozy qui n’a jamais hésité à user du double langage), qu’il en restera toujours quelque chose parmi les militants droitiers de l’UMP et chez certains électeurs du FN : qu’il a fait un pas vers eux, tout en restant "clean" vis-à-vis de la classe politico-médiatique.

Inspiré essentiellement par les convictions très fortes et sociales de Philippe Séguin, François Fillon est donc en train d’étonner par sa souplesse intellectuelle, enfin, je parle de souplesse, mais c’était plutôt qu’il est décevant par sa "mollesse" de conviction : Jacques Chirac et Alain Juppé n’ont jamais, eux, malgré certaines circonstances électorales, failli à cette fermeté. Pourtant, ils étaient partis de bien loin, en septembre 1983, lorsque l’alliance entre le FN et le RPR était parvenue à battre la liste de gauche à Dreux dans une élection partielle.


Le FN poussé involontairement par ses adversaires

Ces nombreux mouvements de va-et-vient depuis le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy en 2007 sont évidemment contreproductifs. Ils donnent raison idéologiquement au FN et une grande moitié des sympathisants de l’UMP ne trouverait d’ailleurs pas ridicule une alliance UMP/FN (irréaliste vu les profondes divergences sur la politique économique et européennes). Cette banalisation renforce bien sûr le FN avec cette maxime : "on préfère l’original à la copie".

Comme ce n’est pas l’objet ici, je passerai sur les arguments de fond concernant le FN et pourquoi il est nécessaire, à mon avis, de le combattre dans tous les cas (ce sera l’objet d’un autre article). Mais c’est clair que l’argument des socialistes est lui aussi complètement contreproductif. Cela ne suffit pas de dire comme François Hollande le 15 septembre 2013 sur TF1 : « La question ne se pose pas ! ». Quand un parti vaut autour de 18%, la question se pose toujours de savoir soit pourquoi on veut l’isoler électoralement, soit pourquoi autant de personnes sont susceptibles de voter pour lui.

Sans doute que le premier critère, ce serait de ne pas prendre les Français pour des demeurés, de ne pas leur mentir, comme parler de « pause fiscale » quand le contribuable a pu juger sur pièce (avis d’imposition) à quel point il est "matraqué" fiscalement (les 1,2 à 1,6 millions de nouveaux assujettis à l’impôt sur le revenu, essentiellement des personnes à bas revenus, pourront d’ailleurs apprécier à sa juste valeur cette expression complètement découplée de la réalité) ou alors évoquer l’inversion de la courbe du chômage en août 2013 quand le nombre de "cessations d’inscription pour défaut d’actualisation" a plus augmenté que n’a diminué le nombre de demandeurs d’emploi inscrits (lire le bulletin officiel du 25 septembre 2013).

C’est bien le problème dans ce duo convictions/ambitions : les ambitions doivent servir des convictions, sinon, ce n’est que carriérisme et arrivisme.

À ce titre, François Mitterrand (14 ans) et Jacques Chirac (12 ans) ont fait fort puisqu’ils ont passé la plupart de leur carrière politique à grimper et lorsqu’ils sont arrivés au sommet de la pyramide, ils n’avaient pas grand chose à proposer sinon, dans les faits et malgré quelques actes symboliques, que de l’immobilisme. Jacques Chirac est cependant resté dans les faits ferme contre l'extrême droite même s'il n'avait pas hésité à stigmatiser certains immigrés pour se positionner électoralement : « Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d'or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. » (Orléans le 19 juin 1991).

François Hollande semble être également de la farine à convictions molles. (À ce titre, peu de personnes pourraient contester que Nicolas Sarkozy avaient des convictions à l’Élysée, qui étaient discutables dans certains cas mais qui avaient au moins le mérite d’exister).


Le PS, mal placé pour donner des leçons de morale

Si la cloison d'étanchéité entre l’UMP et le FN n’a pas encore été rompu électoralement, c’est clair que c’est déjà le cas idéologiquement. Mais le PS est loin d’être bien placé pour faire la morale à l’UMP sur ce sujet.

L’ancien directeur adjoint de cabinet de François Mitterrand avait en effet reconnu que l’Élysée avait demandé en début 1984 à Antenne 2 d’inviter régulièrement Jean-Marie Le Pen à l’émission "L’Heure de vérité" animée par le journaliste François-Henri de Virieu, ce qui a permis au FN d’avoir un large écho médiatique qui s’est immédiatement traduit par l’élection de 10 députés européens FN le 17 juin 1984. Le choix très politicien de la proportionnelle intégrale pour les législatives du 16 mars 1986 a également largement bénéficié au FN qui a pu créer un groupe parlementaire de 35 députés.

Bien plus récemment, aux dernières élections législatives, les responsables locaux du PS du Vaucluse (en particulier le président du conseil général), qui n'ont pas été exclus, auraient apparemment tout fait (selon "L’Express" du 28 mai 2013) pour faire élire la jeune Marion Maréchal-Le Pen (à 22 ans), petite-fille de Jean-Marie Le Pen et nièce de Marine Le Pen. Cette aide tacite (en faisant maintenir la candidate du PS contre les directives nationales de son parti) avait pour but un retour d’ascenseur de la part du FN pour conforter un député PS. En clair, s’il y a eu, pour des élections essentielles (législatives), des accords locaux entre le FN et un parti gouvernemental, c’est bien avec le PS et pas avec l’UMP. Qu’on se le rappelle !


Marion Maréchal-Le Pen, une rivale potentielle…

Une parenthèse d’ailleurs à propos de Marion Maréchal-Le Pen : son élection pourrait être interprétée comme l’enracinement sur du très long terme de la famille Le Pen et donc, du FN. La carrière politique de Jean-Marie Le Pen ayant duré cinquante-cinq ans (1956-2011), même si, à 86 ans, il recommencera (selon toutes les probabilités électorales) un nouveau mandat de cinq ans au Parlement européen, celle de Marine Le Pen (45 ans), commencée en 2002, a toutes les chances de durer autant, ainsi que celle de Marion Maréchal-Le Pen, la plus jeune députée de l’histoire de toutes les républiques, commencée en 2010, si bien qu’on peut imaginer que la famille Le Pen soit en mesure d’occuper l’espace politico-médiatique encore une bonne cinquantaine d’années, au moins jusqu’en …2062 !

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Au contraire, une autre interprétation pourrait proposer l’idée non pas d’un renforcement mais d’un germe possible de division. L’élection de Marion Maréchal-Le Pen, si elle prenait un peu plus d’envergure médiatique (et était introduite dans les sondages de popularité), elle pourrait à terme se poser en rivale (légitime) de sa tante pour le leadership de leur entreprise familiale, avec quelques différences idéologiques (Marion Maréchal-Le Pen paraît bien plus conservatrice que Marine Le Pen dans certains domaines, notamment sur des sujets de société). Fin de la parenthèse.


À l’UMP, un jeu parfois trouble

Ce qui vient d’être dit précédemment (à savoir la compromission de certains cadres du PS dans des alliances incertaines avec le FN) n’exclut pas que l’UMP, depuis Nicolas Sarkozy, souhaite jouer sur les deux tableaux, d’une part, en adoptant une opposition électorale sans réserve au FN (qui le lui rend bien), d’autre part, en épousant parfois ses propres thèmes en pensant récupérer ses électeurs.

Par exemple, rien de plus inquiétant de retrouver, parmi les 35 propositions pour la France de François Fillon (présentées le 24 juillet 2013), celles concernant l’immigration, demandant un blocage législatif de l’immigration chaque année, remettant en cause le droit du sol et (surtout), une exclusion de certains étrangers (pourtant cotisants) aux prestations sociales : « Parce que chacun doit faire ses preuves, je propose de réserver l’accès aux prestations sociales aux migrants légaux présents depuis plusieurs années sur notre territoire. » sans préciser d’ailleurs le nombre d’années.


Vers un rassemblement des centristes ?

C’est cette ambiguïté qui a de quoi inquiéter les électeurs modérés de l’UMP et leurs alliés. C’est ce qui a fait dire sur France 3 au député-maire centriste de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, secrétaire général de l’UDI, juste avant la séance des questions au gouvernement du 17 septembre 2013 : « Et nous en avons un peu assez des hésitations de nos partenaires. ».

Sans doute le combat contre le FN sera clairement le marqueur des alliances électorales à droite et au centre, un point de rassemblement entre UDI et MoDem qui feront des listes communes aux élections européennes du 25 mai 2014 et un point qui pourrait être de divergence au sein de l’UMP. La question pourrait précipiter la réunification des centristes, non seulement l’UDI et le MoDem mais également le pôle centriste au sein de l’UMP, médiatiquement et politiquement quasi-inexistant.

Le 16 septembre 2013, l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin avait même tweeté ainsi son angoisse : « Alerte rouge. Le vote FN est une ligne de fracture pour l’UMP. C’est notre pacte fondateur qui est en cause. » et, malgré le comité politique d’apaisement du 17 septembre 2013, il renouvelait ses craintes et ses menaces sur BFM-TV le 19 septembre 2013 : « Si le parti de l’UMP choisissait une voie qui n’est pas la mienne, naturellement je le quitterais. S’il y avait cette logique de droitisation, si on devait revenir à une logique d’une droite bipolaire, il est clair que ma place serait d’être au centre. » (je l’avais même "rêvé" dès… avril 2008, et cela avait fait grand bruit à l’époque !).


Mauvais débat pour 2014

Pourtant, toute cette agitation médiatique autour du FN et de ses éventuelles alliances électorales n’a pas beaucoup de raison d’être en septembre 2013. En effet, il n’est pas question, pour l’instant, d’élections au scrutin majoritaire uninominal à deux tours qui sont les seules capables d’apporter des duels entre PS et FN.

Les deux élections majeures qui préoccupent aujourd’hui la classe politique (sans compter les sénatoriales de septembre 2014), ce sont les élections municipales des 23 et 30 mars 2014 et les élections européennes du 25 mai 2014.

Pour les européennes, la question n’a aucun sens puisqu’elles sont à la proportionnelle intégrale à l’échelon de grandes régions. Donc, chaque parti a vocation à se présenter sous sa propre couleur et sans alliance douteuse puisqu’il n’y aura pas de second tour.

Pour les municipales, le mode de scrutin semble sortir complètement de l’esprit des commentateurs de la polémique de ces dernières semaines : pourtant, la probabilité de se retrouver dans la configuration d’un second tour FN/PS est quasi-nulle. En effet, le scrutin est un mélange de proportionnelle avec prime majoritaire dans la répartition et de majoritaire à deux tours.

La liste qui a obtenu plus de 50% des voix au premier tour a gagné l’élection, et si aucune n’a obtenu la majorité absolue, alors seules, celles qui ont obtenu au moins 10% des suffrages exprimés peuvent rester au second tour. Ce mode de scrutin existe depuis mars 1983, il n’est donc pas nouveau (mais cela semble sortir des considérations). En clair, il est très peu probable qu’une liste PS ou qu’une liste UMP fasse moins de 10% au premier tour dans une commune. Par conséquent, même si une liste FN parvenait à se maintenir au second tour (il est probable qu’elles seraient nombreuses dans ce cas-là), il y aurait toujours une liste UMP et une liste PS au second tour. Donc, un choix possible pour les électeurs.


La question pour plus tard

Donc, la question d’un duel FN/PS ne se posera pas en 2014.

Elle se posera plus aisément dans le cas des futures élections départementales (nouvelle appellation des cantonales) de mars 2015 et des futures élections législatives de juin 2017 (ou plus tôt en cas de dissolution).

Mais certains cas ont déjà eu lieu depuis juin 2012 à l’occasion de quelques élections législatives partielles. Or, les cas où le candidat du FN s’est retrouvé en duel au second tour, c’étaient uniquement les cas où il affrontait un candidat UMP mais jamais un candidat PS.

Avec la poursuite de la chute de popularité du Président François Hollande (en septembre 2013, un sondage a indiqué une chute de 5points soit seulement seulement 23% qui lui font confiance), et malgré tous les talents de communication pour faire croire à une inversion de la courbe du chômage alors les emplois dans le secteur privé ne cessent d’être détruits, il y a de fortes chances pour que la plupart des éventuels duels de second tour avec le FN se fassent en présence d’un candidat UMP et pas PS.

Enfin, il y a toujours de la part des personnalités politiques une certaine prétention et surtout, une certaine propension à l’infantilisation à vouloir donner des consignes de vote à leurs électeurs entre deux tours : ils sont bien plus adultes qu’on ne le croit et sont suffisamment "éclairés" pour faire leur choix en conscience.


Qu’en restera-t-il de ce buzz finissant ?

Probablement la banalisation du Front national en tant que parti comme les autres.

Avec une audience entre 15 et 20% de l’électorat, il serait difficile d’interdire le FN. Il aurait fallu le faire lorsqu’il n’était que groupuscule, avant 1982 par exemple, comme le fut "Ordre nouveau" le 28 juin 1973 (la loi du 10 janvier 1936 permet en effet au gouvernement de dissoudre des organisations politiques susceptibles de troubler l’ordre public). Mais l’enracinement électoral et local du FN depuis trente ans montre à l’évidence qu’il n’est pas un groupe armé et que ce parti répond à toutes les conditions classiques de la vie démocratique.

La "doctrine" de l’UMP est donc passée ce 17 septembre 2013 du "ni-ni" (qui avait pris place dès mars 2011 au "front républicain") à : "ni sectaire, ni extrémiste". Si l’honneur est sauf, d’un point de vue moral, la polémique a sans doute renforcé la conviction d’une majorité des sympathisants de l’UMP de nouer des alliances locales UMP/FN pour battre la gauche. En ce sens, et même s’il le réfute, François Fillon aura fait bouger les lignes… dans le mauvais sens, même si lui-même se sent moralement irréprochable.

Heureusement, il existe encore des personnalités, au sein de l’UMP, comme Nathalie Kosciusko-Morizet ou Bruno Le Maire, qui n’hésitent pas à rester clairs sur ce sujet, et qui sont devenues les cibles du FN comme le fut en son temps l’honorable Bernard Stasi qui n’hésitait pas à casser les idées reçues : « Réveillons-nous, citoyens, sortons de nos torpeurs, et marchons pour construire, autrement que par le verbe, cet insaisissable vivre ensemble. » (janvier 2007).

Avec un PS qui nie la réalité fiscale et sociale et qui refuse de combattre le FN sur le seul champ des arguments politiques par une sorte d’évidence morale de moins en moins évidente pour le corps électoral et une UMP qui a de plus en plus de mal de résister aux pressions de leurs militants sur les idées du FN et même, le cas échéant, à ses sirènes électorales si tentantes, le FN et ses hiérarques ont toutes les raisons de sourire. À moins que…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 septembre 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le PS a choisi le FN au second tour dans le Vaucluse (28 mai 2013).
Fillon et ses 35 propositions pour la France (24 juillet 2013).
Fillon et le FN (17 septembre 2013).
François Baroin le 15 septembre 2013.
François Fillon.
François Baroin.
François Hollande.
Bernard Stasi.
Marine Le Pen.
Le Front national et son programme.
Législatives partielles, la dérive vers le FN.
Front républicain ?
Double jeu ?

yartiFNfocus05
 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-syndrome-bleu-marine-141452

 

 

 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans FN - PCF - NPA - LCR - extrêmes
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