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24 janvier 2023 2 24 /01 /janvier /2023 04:02

« Je ne peux m’empêcher d’observer que si, par hypothèse, les circonstances de la vie m’avaient fait archevêque, on évoquerait aujourd'hui mes origines avec tact, sans insinuation perfide. » (Henri Krasucki, le 18 janvier 1987).



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Le syndicaliste communiste Henri Krasucki est mort à Paris il y a vingt ans, le 24 janvier 2003, à l'âge de 78 ans (il est né le 2 septembre 1924 près de Varsovie, en Pologne), des suites d'une très grave maladie. Syndicaliste, il a été le secrétaire général de la CGT (confédération générale du travail), syndicat très proche du parti communiste français (PCF), du 18 juin 1982 au 31 janvier 1992.

Henri Krasucki était un syndicaliste assez connu du grand public qui était à la CGT ce qu'était Georges Marchais au PCF. Ouvrier métallurgiste chez Renault avec un CAP d'ajusteur pour bagage (élève brillant ; ses parents auraient voulu qu'il fît de longues études), puis permanent de la CGT dès 1947 (il avait 23 ans), il était également membre de la direction du PCF (membre du comité central en 1956, membre du bureau politique en 1964). En 1961, il est entré au bureau confédéral de la CGT et a été pressenti en 1967 pour succéder à Benoît Frachon qui allait prendre sa retraite. Finalement, ce fut Georges Séguy (de deux ans et demi son cadet) qui fut désigné secrétaire général de la CGT.

Lors des Accords de Grenelle, Henri Krasucki a fait partie de la délégation de la CGT (avec notamment Benoît Frachon et Georges Séguy) pour les négociations les 25 et 26 mai 1968 avec le gouvernement représenté par Georges Pompidou (Premier Ministre), Jean-Marcel Jeanneney (Ministre des Affaires sociales), Jacques Chirac (Secrétaire d'État aux Affaires sociales), et Édouard Balladur (conseiller à Matignon). André Bergeron a conduit la délégation de Force ouvrière et d'autres syndicats furent représentés, en particulier la CFDT, la CFTC, la CGC et la FEN, ainsi que le patronat français (CNPF) et les PME. Jacques Chirac et Henri Krasucki se sont rencontrer discrètement pour réussir ces négociations.

Au 41e congrès de la CGT à Lille, du 13 au 18 juin 1982, Henri Krasucki fut élu secrétaire général de la CGT, prenant la succession de Georges Séguy, contesté par certains pour sa volonté d'un peu démocratiser le syndicat. La CGT se trouvait dans un moment critique. La gauche socialo-communiste était au pouvoir depuis un an (le Premier Ministre et maire de Lille Pierre Mauroy avait ouvert le congrès avec un discours de bienvenue) et les effets désastreux de sa politique économique allaient se faire sentir à la CGT avec une désindustrialisation croissante et une montée rapide du chômage. Inféodée au PCF qui avait quatre ministres au gouvernement, la CGT ne pouvait pas s'opposer frontalement au gouvernement. Ainsi, des voix s'élevaient pour dissocier la CGT du pouvoir et préserver son indépendance syndicale.

Le soutien de la CGT aux réformes du gouvernement était d'autant moins évident que depuis justement ce mois de juin 1982, le Président François Mitterrand a renversé la vapeur et commencé une politique de rigueur afin de sauver la monnaie. Le départ des ministres communistes en juillet 1984, après la démission de Pierre Mauroy de Matignon, a permis à la CGT de redevenir l'opposant social traditionnel du pouvoir. Henri Krasucki, à cet égard, était dans une ligne dure à coup de grèves et de manifestations (Georges Séguy voulait plutôt que la CGT restât neutre dans le conflit entre le PCF et le PS dans les années 1970 pour ne pas perdre d'adhérents).

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Henri Krasucki a aussi pris un mandat international comme vice-président de la Fédération syndicale mondiale (FSM) qu'allait quitter la CGT en 1995. L'indépendance de la CGT vis-à-vis du PCF s'est accrue à la fin des années 1980 (en 1986, la CGT continuait encore à recevoir des fonds issus de l'URSS), ce qui a entraîné une chute moins sévère des syndiqués de la CGT par rapport aux adhérents du PCF, après l'effondrement de l'URSS.

Au 44e congrès de la CGT à Montreuil, du 26 au 31 janvier 1992, Louis Viannet, entré au bureau confédéral en juin 1982, a succédé à Henri Krasucki au secrétariat général. Ce dernier se retira également du bureau politique du PCF en 1994 et du comité central du PCF en 1996. En janvier 2003, à la mort du syndicaliste, l'ancien secrétaire général du PCF Robert Hue lui a rendu cet hommage : « Toute sa vie, Henri aura été d'une fidélité absolue à la cause des humbles, des exploités, des opprimés. ».

Henri Krasucki était souvent moqué par les humoristes, en raison de son ton qui pouvait faire penser au sketch de Bourvil sur l'eau ferrugineuse (écrit par Roger Pierre). Il a été pastiché notamment par le Bébête Show sous forme d'un crabe, pour faire le jeu de mot Crabe Zuki. L'une des raisons de ce "Krasu-bashing" était qu'il était mal à l'aise avec les grands nombres et se trompait souvent, comme le 12 octobre 1989 (voir vidéo).





Cette réputation d'inculte était plutôt injuste car Henri Krasucki était au contraire un homme très cultivé, qui adorait les opéras, se passionnait pour la musique, et qui, au milieu des années 1960, avait justement, aux côtés de Roland Leroy et de Louis Aragon, fait tourner le PCF vers les intellectuels, les artistes, les scientifiques, etc. (avec succès) afin d'accroître sa zone d'influence.

Le 9 février 1999, dans l'une de ses dernières interventions publiques, il martelait : « Il n'y a pas une musique pour une élite et une musique pour les roturiers. Il y a une musique pour tout le monde : c'est LA musique. ». Le même jour dans le journal "L'Humanité", il témoignait : « La musique a accompagné tous les moments forts de ma vie. Dans le camps annexe d'Auschwitz où j'échouai (…), je fis la connaissance d'un violoniste belge qui avait réussi à garder son instrument. Dans des moments très fugitifs, il jouait des thèmes de Mozart. Alors, la paix s'installait. ».

Car c'est probablement cette autre face d'Henri Krasucki qui a amené toute la classe politique, y compris ses adversaires politiques, à lui rendre un hommage appuyé lors de sa disparition. En effet, d'origine polonaise et juive, il est arrivé en France quand il était enfant (et a été naturalisé français en 1947).

Au début de la guerre, Henri Krasucki a dû quitter l'école à cause de son père communiste qui devait rester clandestin. Devenu ouvrier en 1940 dans la région parisienne, il s'est engagé dans les jeunesses communistes. Dès août 1941 (il n'avait pas encore 17 ans), Henri Krasucki a fait de la résistance. Son père a été arrêté le 20 janvier 1943 , déporté à Auschwitz-Birkenau par le convoi du 9 février 1943 et assassiné dans une chambre à gaz à son arrivée le 13 février 1943. Henri Krasucki fut lui-même arrêté le 23 mars 1943, comme sa mère et sa sœur et fut torturé par la police française avant d'être déporté avec sa mère et sa compagne (Paulette Sliwka) à Auschwitz-Birkenau par le convoi du 23 juin 1943. Seulement 86 personnes ont survécu à ce convoi qui a transporté plus de 1 000 personnes. Henri Krasucki fut ensuite transféré en janvier 1945 à Buchenwald car les nazis tentaient de fuir les Alliés. Il en a réchappé et a pu revenir en France le 28 avril 1945. Paulette Sliwka, après Auschwitz, a été transférée à Ravensbrück puis Neustadt-Glewe et a été libérée le 2 mai 1945.

Ainsi, il commençait la vie active à 20 ans avec une expérience dramatique de la résistance et des camps d'extermination. C'est sans doute cet homme-là plus que le seul syndicaliste que la mairie de Paris a honoré en inaugurant le 23 juin 2005 la Place Henri-Krasucki dans le vingtième arrondissement, pas loin de la rue des Couronnes où il habitait.

Henri Krasucki devait parfois se justifier sur son origine polonaise. Ainsi, lors de l'émission politique "Le Club de la presse" diffusée en direct le dimanche 18 janvier 1987 sur Europe 1, son patriotisme mis en cause par un journaliste, il s'est comparé à Mgr Jean-Marie Lustiger, dont les parents, comme les siens, étaient des Juifs polonais, et aussi à Michel Poniatowski, descendant de princes polonais : « Mes origines n’ont rien d’extraordinaire (…). Il se trouve d’ailleurs qu’elles sont les mêmes que celles du cardinal archevêque de Paris. Ses parents et les miens ont, à peu d’années d’intervalle, vécu la même histoire, bien qu’avec des idées différentes. Je ne peux m’empêcher d’observer que si, par hypothèse, les circonstances de la vie m’avaient fait archevêque, on évoquerait aujourd'hui mes origines avec tact, sans insinuation perfide. Et si je comptais parmi mes ancêtres quelques grands princes polonais, alors là… ». Ce qui dénotait un certain humour...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (21 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Henri Krasucki.
Edmond Maire.
François Chérèque.
Georges Séguy.
Marc Blondel.
André Bergeron.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230124-henri-krasucki.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/henri-krasucki-l-archeveque-de-la-246248

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/12/12/39743916.html








 

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23 novembre 2022 3 23 /11 /novembre /2022 19:25

« Nous souhaitons que la procédure judiciaire en cours se poursuive jusqu'à son terme. Une fois la décision de justice rendue, notre groupe décidera collectivement des suites à donner en son sein. » (Communiqué du groupe de la France insoumise, le 23 novembre 2022).



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Ce mercredi 23 novembre 2022 s'est déroulé un nouvel épisode dans ce que les médias appellent "l'affaire Quatennens" et qui ne devrait qu'être une affaire d'ordre privé. Adrien Quatennens peut-il encore continuer à exercer son mandat de député ? Cette question mine la crédibilité du groupe de la France insoumise à l'Assemblée Nationale depuis deux mois avec des solutions très contrastées qui vont du lâchage pur et simple de l'ancien dauphin de Jean-Luc Mélenchon jusqu'à une fidélité et une solidarité sans faille en sa faveur.

Actuellement, il est officiellement en arrêt-maladie et cela faisait quelques jours que ses amis préparaient le terrain pour son retour dans l'hémicycle.
Le 15 novembre 2022, la présidente du groupe FI Mathilde Panot confiait : « Nous assumons de discuter pour accompagner le retour d'Adrien Quatennens (…). Tout le monde est d'accord pour dire qu'il ne doit pas être exclu du groupe ni pour qu'on demande sa démission. Il est donc logique que nous discutions et que nous réfléchissions sur les modalités et l'accompagnement de son retour. ».

Sur le plan du droit constitutionnel, la réponse est ultrasimple : le mandat de député est sacré, il est l'élu du peuple ; seule une condamnation définitive à l'inéligibilité peut lui retirer juridiquement la possibilité de poursuivre son mandat parlementaire. Mais sur le plan politique, c'est une autre chose. Son groupe politique (France insoumise) a toujours été à donner des leçons de morale aux autres et le moins qu'on puisse lui demander, c'est de respecter lui-même les valeurs qu'il veut prôner à la société, et parmi celle-ci, la lutte contre les violences conjugales. Dans les leçons de morale en politique, le risque est toujours d'être l'arroseur arrosé, François Fillon en sait quelque chose. Et contrairement à ce dernier, on ne pourra jamais dire qu'il s'agit d'une "boule puante" ou d'un "complot", à moins de vouloir politiser les déclarations de Céline Quatennens et s'en moquer.

La situation humaine est plus compliquée, car l'amitié aussi est une valeur en politique. Et lorsqu'un ami passe un moment particulièrement difficile de sa vie (une séparation n'est jamais une partie de plaisir), on hésite à surenchérir en le condamnant politiquement. Mais l'affaire est finalement assez simple : le navire Quatennens, qui avait suscité beaucoup d'espoir pour la pérennisation du mouvement mélenchoniste à long terme, est devenu le Titanic et la question est de savoir si ses amis doivent le quitter avant qu'il ne soit trop tard. La réponse est évidemment dans la question et tout est dans l'emballage : comment procéder pour qu'il y ait le moins de dégâts affectifs et politiques possible ?

Un peu naïvement, Adrien Quatennens a voulu jouer le jeu de la transparence en avouant sans ambiguïté qu'il avait donné une gifle à son épouse. Cette violence reconnue est le scandale réel : il n'y a plus la possibilité que ce fait soit faux, puisqu'il le reconnaît, et donc, il est beaucoup moins facilement défendable, politiquement, que celui qui, même condamné définitivement par la justice de son pays, même de mauvaise foi et par cynisme, nie les faits qui lui ont été reprochés.

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Du reste, on avait appris le 21 novembre 2022 que le député était convoqué par un magistrat du parquet de Lille pour le 13 décembre 2022 dans une procédure de comparution de reconnaissance préalable de culpabilité (appelée aussi le plaider-coupable, mise en place par la loi n°2004-204 du 9 mars 2004 portant sur l'adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité défendue par le ministre Dominique Perben, dite loi Perben II), ce qui lui permettrait d'échapper à un procès au tribunal correctionnel.

Son avocate avait confirmé auprès de France Info : « Monsieur le député a accepté cette procédure dans la continuité de sa volonté de vérité et d'exemplarité, dans la mesure où il a reconnu les faits pour lesquels il sera sanctionné. ». Ce dont il est question : « Les faits retenus à son encontre sont la gifle ayant eu lieu il y a plus d'un an dans un contexte déjà évoqué d'agressivité mutuelle et les sms qu'il a envoyés après leur séparation et dont l'absence de caractère malveillant avait déjà été reconnue. ». En revanche, le motif de harcèlement n'a pas été retenu.

Le problème d'exemplarité, c'est que la version d'Adrien Quatennens n'est pas celle de son épouse. Au début de l'affaire, le député avait évoqué un "divorce à l'amiable" et, à la suite des deux mains courantes, il avait insisté sur le fait que la justice n'avait pas été saisie... mais cela jusqu'à la plainte judiciaire déposée le 26 septembre 2022 par Céline Quatennens qui a complètement remis en cause la version édulcorée de leurs relations conflictuelles.

Et ce 23 novembre 2022, Céline Quatennens est sortie de son silence par un communiqué à l'AFP pour mettre quelques points sur les i en renforçant ses accusations contre son mari. Elle a dénoncé des
« colères », des « crises » et « des violences physiques et morales » de la part d'Adrien Quatennens contre elle depuis « plusieurs années », ce qui est loin d'être l'unique faute isolée reconnue par le député. De plus, elle a réfuté tout « contexte d'agressivité mutuelle » et a ajouté : « Au cours de ces dernières années, j'ai voulu le divorce à trois reprises, à chaque fois sous la pression je suis revenue en arrière ». Cette version change complètement celle d'Adrien Quatennens et en ferait un mari difficile qui aurait malmené son épouse pendant des années.

Mais Adrien Quatennens « dément catégoriquement les accusations à son encontre ». Ce sera donc parole contre parole. Son avocate a en effet publié le même jour un communiqué pour réfuter les déclarations de Céline Quatennens : « Ces déclarations interviennent dans le cadre des négociations tendues à l'occasion de son divorce. ». Elle a précisé : « Aucun fait de violences répétées, ni de harcèlement, évoqués ce matin par Céline Quatennens, n'ont été retenus par le parquet. Celui-ci n'a retenu que deux infractions, que mon client a lui-même reconnues, et qui seront traitées dans la procédure de comparution avec reconnaissance préalable de culpabilité le 13 décembre prochain. ».

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Le développement politique a été évidemment plus rapide que la procédure judiciaire : ses amis de la Nupes désormais le lâchent complètement. Ainsi Olivier Faure, premier secrétaire du PS et l'un des plus proches alliés de Jean-Luc Mélenchon, a tweeté : « Notre devoir est de dire que nous accueillons sa parole et la croyons. » (en parlant de Céline Quatennens). Quant à la députée écologiste Sandrine Rousseau, elle s'est jetée sur l'occasion : « Adrien Quatennens ne peut pas revenir à l'Assemblée. La parole de Céline Quatennens doit être entendue. (…) Je pense qu’il ne peut plus être député. ». Elle a insisté un peu plus tard : « En l'état, Adrien Quatennens ne peut pas revenir à l'Assemblée. Je crois qu'il faut entendre ce qu'elle dit. Elle dit qu'elle a subi plusieurs épisodes de violences physiques et morales. Cette parole doit être respectée. ». Madeline Da Silva, cofondatrice de l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique et adjointe au maire PS des Lilas, a déclaré de son côté sur France Info : « [On] ne peut pas, quand on est un député, défendre l'intérêt général à partir du moment où on est un homme violent. ».

Pour les députés insoumis, le piège s'est refermé. Soutenir explicitement Adrien Quatennens reviendrait à dire que son épouse dirait n'importe quoi, le problème récurrent des accusations de violences conjugales auquel voulait mettre fin justement, entre autres, ce groupe politique. Pour l'heure, histoire de prendre rapidement une non-décision, les députés FI ont communiqué très courageusement dans la soirée du 23 novembre 2022 que leur collègue Adrien Quatennens « ne participera plus à l'activité » du groupe parlementaire jusqu'au 13 décembre 2022, date de la comparution pour reconnaissance préalable de culpabilité, dans l'attente de ce qu'en dira la justice.

D'un point de vue strictement politique, et sans préjuger tant de la réalité des faits (personne, à part eux deux, savent ce qui s'est réellement passé) que des suites judiciaires, Adrien Quatennes se retrouve, avec les violences conjugales, dans la même situation que Jérôme Cahuzac avec les malversations financières : dans l'incapacité d'exercer raisonnablement un mandat politique, et cela pour une période longue, jusqu'à l'oubli dans les consciences populaires.

Après avoir démissionné du gouvernement le 19 mars 2013, et alors qu'il aurait dû retrouver automatiquement son siège de député un mois plus tard, Jérôme Cahuzac avait effectivement pris la sage décision, le 18 avril 2013, de démissionner de l'Assemblée Nationale et de se faire médiatiquement tout petit (le 19 mai 2013, il avait annoncé qu'il renonçait à se représenter dans sa circonscription à l'élection partielle des 16 et 23 juin 2013 provoquée par sa démission). Ayant avoué l'existence d'un compte en Suisse le 2 avril 2013, il a été exclu de son parti, le PS, le 9 avril 2013 (France soumise est un peu plus long à la détente). Si Adrien Quatennens souhaitait résoudre ses problèmes personnels sans l'écho épouvantable des médias et des réseaux sociaux, il lui suffirait simplement de quitter la sphère publique et de s'éloigner ainsi des projecteurs. La politique est un ogre qui dévore ses enfants.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le député Adrien Quatennens doit-il démissionner de l'Assemblée Nationale ?
Mais où est donc passé Adrien Quatennens ?
Clémentine Autain.
Éric Coquerel.
Jean-Luc Mélenchon.
Danièle Obono.
François Ruffin.
Sandrine Rousseau.
Pour ou contre M… ?
Sous la NUPES de Mélenchon.
La consécration du mélenchonisme électoral.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221123-adrien-quatennens.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-depute-adrien-quatennens-doit-245133

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/11/23/39720582.html








 

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5 novembre 2022 6 05 /11 /novembre /2022 18:59

« Je ne peux qu’y voir un rabougrissement, et j’espère que le Rassemblement national (…) n’est pas en train de céder au grand "compromis nationaliste", cette stratégie d’union des droites radicales, qui a échoué à la présidentielle, plutôt que de l’ensemble des patriotes de droite comme de gauche. (…) Il n'y a pas que l'immigration et l'identité, il faut parler des problèmes du quotidien et des problèmes sociaux. » (Steve Briois, le 5 novembre 2022).





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L'accélération des procédures a été une catastrophe médiatique pour le Rassemblement national qui tenait son 18e congrès ce samedi 5 novembre 2022 à la Mutualité de Paris. En effet, alors que cette journée devait être la consécration de la respectabilité du parti fondé par Jean-Marie Le Pen il y a cinquante ans, l'un des ses plus importants députés Grégoire de Fournas a été très sévèrement sanctionné par le bureau de l'Assemblée Nationale puis par l'ensemble de la représentation nationale la veille, le 4 novembre 2022 (j'y reviendrai).

La respectabilité, c'est juste un vernis sur une idéologie extrémiste qui n'a au fond jamais varié depuis un demi-siècle : le bouc émissaire de tous nos maux sont les étrangers, immigrés, extra-européens, et il n'y a pas loin entre la xénophobie et le racisme (car à ma connaissance, les immigrés suédois n'ont jamais été fustigés par ce parti). Dans le cas de cette polémique parlementaire, celui qui a été lourdement sanctionné Grégoire de Fournas aurait dû être nommé porte-parole du RN de Jordan Bardella, dont la victoire ne faisait aucun doute, dans la nouvelle direction du parti. Pour le RN, c'était donc un soulagement que le député ait fait cette embardée avant d'être nommé, car ainsi, il ne représentait pas ès qualités le RN (même si le groupe RN s'est complètement solidarisé).

Revenons donc à ce congrès très politique. Marine Le Pen, réélue présidente du RN au précédent congrès le 3 juillet 2021 à Perpignan et qui avait succédé à son père le 16 janvier 2011 à Tours (face à Bruno Gollnisch), avait démissionné temporairement de cette présidence le 13 septembre 2021 pour se consacrer pleinement à la campagne présidentielle. En tant que premier vice-président, Jordan Bardella avait assuré l'intérim, et le 21 juin 2022, Marine Le Pen a confirmé qu'elle démissionnait définitivement de la présidence du parti pour se consacrer pleinement à la présidence du groupe des 89 députés RN à l'Assemblée Nationale. Et cela lui permet aussi d'être moins tributaire des petites bricoles partisanes.

Le congrès avait donc un enjeu pas ordinaire : qui sera le successeur de Marine Le Pen, et par conséquent, le successeur de Jean-Marie Le Pen ? Deux candidats se sont présentés : Louis Aliot et Jordan Bardella. L'un proclamait : "Tout commence", tandis que l'autre se réjouissait : "On continue". Pour Louis Aliot, il était évident qu'il fallait laisser la présidence à celui qui, dans ce parti, avait réussi à se faire élire au poste d'exécutif le plus important de l'histoire du parti, la mairie de Perpignan en juin 2021.

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Louis Aliot, à 53 ans, a déjà un long passé de militant du FN/RN auquel il a adhéré en 1990 (à l'âge de 21 ans). Son accent du Sud-Ouest le fait présenter comme un représentant de la France provinciale, celle des territoires, en opposition avec la France de Paris et de la région parisienne que Jordan Bardella pourrait symboliser d'autant plus que ce dernier est lisse et le premier rugueux. Il a été secrétaire général du FN de 2005 à 2011, vice-président du FN de 2011 à 2018 et depuis 2021 (premier vice-président dans les années 2010). Conseiller régional de 1998 à 2015, il a été élu député européen de mai 2014 à juillet 2017, puis député national de juin 2017 à août 2020 (à ce titre, il a joué au rugby avec Alexis Corbière), enfin maire de Perpignan depuis juillet 2020. Par ailleurs, ancien directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen en 1999 et 2000, ancien collaborateur parlementaire de Marine Le Pen en 2011, il fut également son compagnon entre 2009 et 2019 selon Wikipédia.

Jordan Bardella est beaucoup plus jeune que Louis Aliot, il est carrément de la génération d'en dessous (il pourrait être son fils). À 27 ans, il a également déjà une longue vie de militant, adhérant à 17 ans au FN. Conseiller régional d'Île-de-France depuis décembre 2015, il a mené la liste nationale du RN aux élections européennes de mai 2019, qui a obtenu la première place avec 23,3% juste devant celle de Renaissance, et est ainsi élu député européen. Tête de liste aux élections régionales de juin 2021 en Île-de-France, il a fait un score médiocre (10,8% au second tour). Battu aux élections départementales à Tremblay-en-France en mars 2015, il a par ailleurs été candidat aux élections législatives en juin 2017 en Seine-Saint-Denis et a été éliminé dès le premier tour. Au sein du FN/RN, il a rapidement gravi les marches : collaborateur parlementaire de Jean-François Jalkh en 2015, il a été nommé porte-parole du FN en septembre 2017, puis directeur national du mouvement des jeunes FN entre mars 2018 et juillet 2021. Après avoir été choisi par Marine Le Pen pour mener la campagne des européennes en 2019, il a été bombardé vice-président du RN en juillet 2019, premier vice-président en juillet 2021 et président par intérim à partir de septembre 2021.

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Marine Le Pen a annoncé les résultats du vote qui a été clos le 3 novembre 2022. Sur 36 673 adhérents inscrits, 26 218 ont participé au vote, soit 71,5%. Sans surprise, Jordan Bardella a gagné, avec 22 130 voix, soit 84,8% contre 3 955 voix (15,2%) à Louis Aliot. Marine Le Pen a donc accueilli son successeur comme président du RN, Jordan Bardella. Est-ce à dire qu'il n'y a plus de Le Pen à la tête du RN ? C'est un peu rapide en conclusion, car c'est bien encore le clan Le Pen qui est à la tête du RN même si c'est une génération plus jeune. En effet, après avoir fréquenté la fille de Frédéric Chatillon, ancien président du GUD (mouvement d'extrême droite) et très proche de Marine Le Pen, il est depuis 2020, toujours selon Wikipédia, le compagnon de la nièce de Marine Le Pen, à savoir, la fille de Marie-Caroline Le Pen (la sœur aîné, qui avait suivi Bruno Mégret lors de la sécession en 1998) et de son ancien conjoint Philippe Olivier qui est député européen depuis 2019 et tenant de la ligne identitaire du parti, comme du reste Jordan Bardella.

Au-delà du président, c'est toute la direction du RN qui a été renouvelée. 100 membres du conseil national ont été élus ou réélus, en particulier : Sébastien Chenu, David Rachline, Marie-Caroline Le Pen, Steve Briois, Julien Odoul, Edwige Diaz, Laurent Jacobelli, Philippe Ballard, Jean-Lin Lacapelle, Julien Sanchez, Bruno Gollnisch, Wallerand de Saint-Just, Hélène Laporte, Laure Lavalette, Bruno Bilde, Ludovic Pajot, Philippe Olivier, José Gonzalez, Emma Minot, etc. 20 autres membres ont été nommés par Jordan Bardella, en particulier : Jean-Paul Garraud, Thierry Mariani et Jean-Philippe Tanguy.

Un bureau national a été choisi par le président mais sans beaucoup de pouvoirs. La vraie instance directive est le bureau exécutif qui est ainsi composé notamment de Jordan Bardella (président), Louis Aliot (premier vice-président), David Rachline, Hélène Laporte, Edwige Diaz et Julien Sanchez (quatre autres vice-présidents), et parmi les membres, Marine Le Pen, Jean-Paul Garraud, Sébastien Chenu, Philippe Olivier, etc.

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Je m'arrête sur une caractéristique intéressante qui est observable dès 2017 chez LREM/Renaissance et chez FI/Nupes et qui est aujourd'hui aussi observable au RN : la capacité à des militants très jeunes trentenaires (voire avant) de devenir députés et aussi responsables nationaux dans leur parti. Ces trois partis autour desquels le jeu politique et présidentiel tourne depuis 2017 (avec Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, chacun représentant une génération, années 1970, années 1960 et années 1950), ont apporté un vent de renouvellement indéniable en renversant le paysage politique qui a prévalu pendant au moins quarante ans si ce n'est depuis le début de la Cinquième République, à savoir l'UDF/RPR-UMP-LR et leurs alliés d'une part, et le PS et leurs alliés d'autres part. Certes, il y a eu aussi du renouvellement dans ces anciens partis gouvernementaux, en confiant des investitures parfois à des très jeunes (je pense à Robin Reda par exemple chez LR en 2017), mais c'est relativement rare et plutôt l'exception alors qu'il y a de très nombreux députés très jeunes chez LREM/Renaissance, FI/Nupes et FN/RN. Notons d'ailleurs qu'avant septembre dernier, trois jeunes parlementaires se sont fait remarquer par leur ambition d'être un jour les dauphins : Aurore Bergé à Renaissance, Adrien Quatennens à FI et Jordan Bardella au RN. Adrien Quatennens a visiblement des empêchements, et Jordan Bardella est désormais le chef du RN (quant à Aurore Bergé, elle préside le groupe Renaissance, ce qui n'est pas une mince affaire quand on a une majorité relative). Le saut à la génération des années 1990 va faire vieillir ceux de la génération des années 1970 et des années 1980 qui espèrent encore nourrir une ambition nationale.

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Au moment où ces annonces sur les organes de direction ont été faites, en fin de matinée du 5 novembre 2022, Steve Briois, quatrième mieux élu du RN, maire d'Hénin-Beaumont, a exprimé sa grande amertume contre la victoire de Jordan Bardella, en raison de son éviction du bureau exécutif et de la vice-présidence, alors qu'il a été premier vice-président, secrétaire général (la fonction a été supprimée) et même président par intérim. Steve Briois est apparu comme un frondeur, ainsi que Martin Bilde, tous les deux souhaitant conserver la ligne ni droite ni gauche du FN des années 2010, rejetant le "rabougrissement" d'une éventuelle alliance des droites radicales qui ne marcherait pas.

La colère était palpable : « Alors que depuis de nombreux mois je tire la sonnette d’alarme sur une potentielle re-radicalisation, je ne peux voir dans mon éviction qu’une sanction pour avoir voulu sensibiliser sur un phénomène que les faits confirment, depuis les ronds de jambe faits à certains intégristes, jusqu’à l’adoption de positions droitardes, contraires à mon sens au "ni droite, ni gauche" qui a prévalu pendant des décennies au Front national. Certaines outrances me donnent encore raison. ». Les outrances font référence à Grégoire de Fournas.

Les mots sont durs, très amers, et montrent un véritable clivage au sein du parti, entre ceux qui, comme Jordan Bardella, souhaiteraient se rapprocher de l'extrême droite identitaire et tenter de faire revenir ceux qui sont partis chez Éric Zemmour, et ceux qui veulent absolument séduire une partie de la gauche désabusée (à l'instar de Florian Philippot qui a quitté la maison). Du reste, Jordan Bardella continue de voir régulièrement Marion Maréchal malgré son éloignement politique.

L'effondrement de la respectabilité avec l'incident à l'Assemblée Nationale et la sanction disciplinaire qui a suivi, la plus dure prise (seulement un autre député a été sanctionné aussi sévèrement depuis 1958 !), renforcé par la prise de pouvoir de la tendance clairement identitaire et extrémiste de droite, va sans doute engendrer d'autres mouvements d'humeur que celui de Steve Briois, peut-être de nouvelles scissions comme cela se passe dans ce parti dès qu'une ligne semble être sortie d'une certaine ambiguïté idéologique.

Pour Marine Le Pen, quitter la présidence du RN lui permet de s'attacher une image plus consensuelle et moins autoritaire, d'autant plus que les convictions très fortes de Jordan Bardella pourrait faire l'office de l'outrance d'Éric Zemmour pendant la campagne présidentielle ou de celle des députés de la Nupes depuis le début de l'été, à savoir un recentrage relatif de Marine Le Pen, élément capital si elle veut un jour séduire au moins 50% des Français. Il restera avant la présidentielle de 2027 l'épreuve des européennes de 2024 où il faudra au moins récidiver l'exploit de 2019 pour s'élancer dans la future campagne présidentielle.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (05 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Louis Aliot.
Jordan Bardella.
Marine Le Pen.

Le congrès du RN.
Grégoire de Fournas.
Incident raciste : 89 nuances de haine à la veille du congrès du RN ?
Le Front national des Le Pen, 50 ans plus tard...

_yartiRNcongresXVIII05



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221105-jordan-bardella.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/11/06/39698946.html





 

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5 novembre 2022 6 05 /11 /novembre /2022 18:56

« Je ne peux qu’y voir un rabougrissement, et j’espère que le Rassemblement national (…) n’est pas en train de céder au grand "compromis nationaliste", cette stratégie d’union des droites radicales, qui a échoué à la présidentielle, plutôt que de l’ensemble des patriotes de droite comme de gauche. (…) Il n'y a pas que l'immigration et l'identité, il faut parler des problèmes du quotidien et des problèmes sociaux. » (Steve Briois, le 5 novembre 2022).




_yartiRNcongresXVIII05

L'accélération des procédures a été une catastrophe médiatique pour le Rassemblement national qui tenait son 18e congrès ce samedi 5 novembre 2022 à la Mutualité de Paris. En effet, alors que cette journée devait être la consécration de la respectabilité du parti fondé par Jean-Marie Le Pen il y a cinquante ans, l'un des ses plus importants députés Grégoire de Fournas a été très sévèrement sanctionné par le bureau de l'Assemblée Nationale puis par l'ensemble de la représentation nationale la veille, le 4 novembre 2022 (j'y reviendrai).

La respectabilité, c'est juste un vernis sur une idéologie extrémiste qui n'a au fond jamais varié depuis un demi-siècle : le bouc émissaire de tous nos maux sont les étrangers, immigrés, extra-européens, et il n'y a pas loin entre la xénophobie et le racisme (car à ma connaissance, les immigrés suédois n'ont jamais été fustigés par ce parti). Dans le cas de cette polémique parlementaire, celui qui a été lourdement sanctionné Grégoire de Fournas aurait dû être nommé porte-parole du RN de Jordan Bardella, dont la victoire ne faisait aucun doute, dans la nouvelle direction du parti. Pour le RN, c'était donc un soulagement que le député ait fait cette embardée avant d'être nommé, car ainsi, il ne représentait pas ès qualités le RN (même si le groupe RN s'est complètement solidarisé).

Revenons donc à ce congrès très politique. Marine Le Pen, réélue présidente du RN au précédent congrès le 3 juillet 2021 à Perpignan et qui avait succédé à son père le 16 janvier 2011 à Tours (face à Bruno Gollnisch), avait démissionné temporairement de cette présidence le 13 septembre 2021 pour se consacrer pleinement à la campagne présidentielle. En tant que premier vice-président, Jordan Bardella avait assuré l'intérim, et le 21 juin 2022, Marine Le Pen a confirmé qu'elle démissionnait définitivement de la présidence du parti pour se consacrer pleinement à la présidence du groupe des 89 députés RN à l'Assemblée Nationale. Et cela lui permet aussi d'être moins tributaire des petites bricoles partisanes.

Le congrès avait donc un enjeu pas ordinaire : qui sera le successeur de Marine Le Pen, et par conséquent, le successeur de Jean-Marie Le Pen ? Deux candidats se sont présentés : Louis Aliot et Jordan Bardella. L'un proclamait : "Tout commence", tandis que l'autre se réjouissait : "On continue". Pour Louis Aliot, il était évident qu'il fallait laisser la présidence à celui qui, dans ce parti, avait réussi à se faire élire au poste d'exécutif le plus important de l'histoire du parti, la mairie de Perpignan en juin 2021.

_yartiRNcongresXVIII02

Louis Aliot, à 53 ans, a déjà un long passé de militant du FN/RN auquel il a adhéré en 1990 (à l'âge de 21 ans). Son accent du Sud-Ouest le fait présenter comme un représentant de la France provinciale, celle des territoires, en opposition avec la France de Paris et de la région parisienne que Jordan Bardella pourrait symboliser d'autant plus que ce dernier est lisse et le premier rugueux. Il a été secrétaire général du FN de 2005 à 2011, vice-président du FN de 2011 à 2018 et depuis 2021 (premier vice-président dans les années 2010). Conseiller régional de 1998 à 2015, il a été élu député européen de mai 2014 à juillet 2017, puis député national de juin 2017 à août 2020 (à ce titre, il a joué au rugby avec Alexis Corbière), enfin maire de Perpignan depuis juillet 2020. Par ailleurs, ancien directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen en 1999 et 2000, ancien collaborateur parlementaire de Marine Le Pen en 2011, il fut également son compagnon entre 2009 et 2019 selon Wikipédia.

Jordan Bardella est beaucoup plus jeune que Louis Aliot, il est carrément de la génération d'en dessous (il pourrait être son fils). À 27 ans, il a également déjà une longue vie de militant, adhérant à 17 ans au FN. Conseiller régional d'Île-de-France depuis décembre 2015, il a mené la liste nationale du RN aux élections européennes de mai 2019, qui a obtenu la première place avec 23,3% juste devant celle de Renaissance, et est ainsi élu député européen. Tête de liste aux élections régionales de juin 2021 en Île-de-France, il a fait un score médiocre (10,8% au second tour). Battu aux élections départementales à Tremblay-en-France en mars 2015, il a par ailleurs été candidat aux élections législatives en juin 2017 en Seine-Saint-Denis et a été éliminé dès le premier tour. Au sein du FN/RN, il a rapidement gravi les marches : collaborateur parlementaire de Jean-François Jalkh en 2015, il a été nommé porte-parole du FN en septembre 2017, puis directeur national du mouvement des jeunes FN entre mars 2018 et juillet 2021. Après avoir été choisi par Marine Le Pen pour mener la campagne des européennes en 2019, il a été bombardé vice-président du RN en juillet 2019, premier vice-président en juillet 2021 et président par intérim à partir de septembre 2021.

_yartiRNcongresXVIII03

Marine Le Pen a annoncé les résultats du vote qui a été clos le 3 novembre 2022. Sur 36 673 adhérents inscrits, 26 218 ont participé au vote, soit 71,5%. Sans surprise, Jordan Bardella a gagné, avec 22 130 voix, soit 84,8% contre 3 955 voix (15,2%) à Louis Aliot. Marine Le Pen a donc accueilli son successeur comme président du RN, Jordan Bardella. Est-ce à dire qu'il n'y a plus de Le Pen à la tête du RN ? C'est un peu rapide en conclusion, car c'est bien encore le clan Le Pen qui est à la tête du RN même si c'est une génération plus jeune. En effet, après avoir fréquenté la fille de Frédéric Chatillon, ancien président du GUD (mouvement d'extrême droite) et très proche de Marine Le Pen, il est depuis 2020, toujours selon Wikipédia, le compagnon de la nièce de Marine Le Pen, à savoir, la fille de Marie-Caroline Le Pen (la sœur aîné, qui avait suivi Bruno Mégret lors de la sécession en 1998) et de son ancien conjoint Philippe Olivier qui est député européen depuis 2019 et tenant de la ligne identitaire du parti, comme du reste Jordan Bardella.

Au-delà du président, c'est toute la direction du RN qui a été renouvelée. 100 membres du conseil national ont été élus ou réélus, en particulier : Sébastien Chenu, David Rachline, Marie-Caroline Le Pen, Steve Briois, Julien Odoul, Edwige Diaz, Laurent Jacobelli, Philippe Ballard, Jean-Lin Lacapelle, Julien Sanchez, Bruno Gollnisch, Wallerand de Saint-Just, Hélène Laporte, Laure Lavalette, Bruno Bilde, Ludovic Pajot, Philippe Olivier, José Gonzalez, Emma Minot, etc. 20 autres membres ont été nommés par Jordan Bardella, en particulier : Jean-Paul Garraud, Thierry Mariani et Jean-Philippe Tanguy.

Un bureau national a été choisi par le président mais sans beaucoup de pouvoirs. La vraie instance directive est le bureau exécutif qui est ainsi composé notamment de Jordan Bardella (président), Louis Aliot (premier vice-président), David Rachline, Hélène Laporte, Edwige Diaz et Julien Sanchez (quatre autres vice-présidents), et parmi les membres, Marine Le Pen, Jean-Paul Garraud, Sébastien Chenu, Philippe Olivier, etc.

_yartiRNcongresXVIII06

Je m'arrête sur une caractéristique intéressante qui est observable dès 2017 chez LREM/Renaissance et chez FI/Nupes et qui est aujourd'hui aussi observable au RN : la capacité à des militants très jeunes trentenaires (voire avant) de devenir députés et aussi responsables nationaux dans leur parti. Ces trois partis autour desquels le jeu politique et présidentiel tourne depuis 2017 (avec Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, chacun représentant une génération, années 1970, années 1960 et années 1950), ont apporté un vent de renouvellement indéniable en renversant le paysage politique qui a prévalu pendant au moins quarante ans si ce n'est depuis le début de la Cinquième République, à savoir l'UDF/RPR-UMP-LR et leurs alliés d'une part, et le PS et leurs alliés d'autres part. Certes, il y a eu aussi du renouvellement dans ces anciens partis gouvernementaux, en confiant des investitures parfois à des très jeunes (je pense à Robin Reda par exemple chez LR en 2017), mais c'est relativement rare et plutôt l'exception alors qu'il y a de très nombreux députés très jeunes chez LREM/Renaissance, FI/Nupes et FN/RN. Notons d'ailleurs qu'avant septembre dernier, trois jeunes parlementaires se sont fait remarquer par leur ambition d'être un jour les dauphins : Aurore Bergé à Renaissance, Adrien Quatennens à FI et Jordan Bardella au RN. Adrien Quatennens a visiblement des empêchements, et Jordan Bardella est désormais le chef du RN (quant à Aurore Bergé, elle préside le groupe Renaissance, ce qui n'est pas une mince affaire quand on a une majorité relative). Le saut à la génération des années 1990 va faire vieillir ceux de la génération des années 1970 et des années 1980 qui espèrent encore nourrir une ambition nationale.

_yartiRNcongresXVIII04

Au moment où ces annonces sur les organes de direction ont été faites, en fin de matinée du 5 novembre 2022, Steve Briois, quatrième mieux élu du RN, maire d'Hénin-Beaumont, a exprimé sa grande amertume contre la victoire de Jordan Bardella, en raison de son éviction du bureau exécutif et de la vice-présidence, alors qu'il a été premier vice-président, secrétaire général (la fonction a été supprimée) et même président par intérim. Steve Briois est apparu comme un frondeur, ainsi que Martin Bilde, tous les deux souhaitant conserver la ligne ni droite ni gauche du FN des années 2010, rejetant le "rabougrissement" d'une éventuelle alliance des droites radicales qui ne marcherait pas.

La colère était palpable : « Alors que depuis de nombreux mois je tire la sonnette d’alarme sur une potentielle re-radicalisation, je ne peux voir dans mon éviction qu’une sanction pour avoir voulu sensibiliser sur un phénomène que les faits confirment, depuis les ronds de jambe faits à certains intégristes, jusqu’à l’adoption de positions droitardes, contraires à mon sens au "ni droite, ni gauche" qui a prévalu pendant des décennies au Front national. Certaines outrances me donnent encore raison. ». Les outrances font référence à Grégoire de Fournas.

Les mots sont durs, très amers, et montrent un véritable clivage au sein du parti, entre ceux qui, comme Jordan Bardella, souhaiteraient se rapprocher de l'extrême droite identitaire et tenter de faire revenir ceux qui sont partis chez Éric Zemmour, et ceux qui veulent absolument séduire une partie de la gauche désabusée (à l'instar de Florian Philippot qui a quitté la maison). Du reste, Jordan Bardella continue de voir régulièrement Marion Maréchal malgré son éloignement politique.

L'effondrement de la respectabilité avec l'incident à l'Assemblée Nationale et la sanction disciplinaire qui a suivi, la plus dure prise (seulement un autre député a été sanctionné aussi sévèrement depuis 1958 !), renforcé par la prise de pouvoir de la tendance clairement identitaire et extrémiste de droite, va sans doute engendrer d'autres mouvements d'humeur que celui de Steve Briois, peut-être de nouvelles scissions comme cela se passe dans ce parti dès qu'une ligne semble être sortie d'une certaine ambiguïté idéologique.

Pour Marine Le Pen, quitter la présidence du RN lui permet de s'attacher une image plus consensuelle et moins autoritaire, d'autant plus que les convictions très fortes de Jordan Bardella pourrait faire l'office de l'outrance d'Éric Zemmour pendant la campagne présidentielle ou de celle des députés de la Nupes depuis le début de l'été, à savoir un recentrage relatif de Marine Le Pen, élément capital si elle veut un jour séduire au moins 50% des Français. Il restera avant la présidentielle de 2027 l'épreuve des européennes de 2024 où il faudra au moins récidiver l'exploit de 2019 pour s'élancer dans la future campagne présidentielle.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (05 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Louis Aliot.
Jordan Bardella.
Marine Le Pen.

Le congrès du RN.
Grégoire de Fournas.
Incident raciste : 89 nuances de haine à la veille du congrès du RN ?
Le Front national des Le Pen, 50 ans plus tard...

_yartiRNcongresXVIII01



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221105-louis-aliot.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/11/06/39698941.html




 

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5 novembre 2022 6 05 /11 /novembre /2022 18:53

« Je ne peux qu’y voir un rabougrissement, et j’espère que le Rassemblement national (…) n’est pas en train de céder au grand "compromis nationaliste", cette stratégie d’union des droites radicales, qui a échoué à la présidentielle, plutôt que de l’ensemble des patriotes de droite comme de gauche. (…) Il n'y a pas que l'immigration et l'identité, il faut parler des problèmes du quotidien et des problèmes sociaux. » (Steve Briois, le 5 novembre 2022).




_yartiRNcongresXVIII03

L'accélération des procédures a été une catastrophe médiatique pour le Rassemblement national qui tenait son 18e congrès ce samedi 5 novembre 2022 à la Mutualité de Paris. En effet, alors que cette journée devait être la consécration de la respectabilité du parti fondé par Jean-Marie Le Pen il y a cinquante ans, l'un des ses plus importants députés Grégoire de Fournas a été très sévèrement sanctionné par le bureau de l'Assemblée Nationale puis par l'ensemble de la représentation nationale la veille, le 4 novembre 2022 (j'y reviendrai).

La respectabilité, c'est juste un vernis sur une idéologie extrémiste qui n'a au fond jamais varié depuis un demi-siècle : le bouc émissaire de tous nos maux sont les étrangers, immigrés, extra-européens, et il n'y a pas loin entre la xénophobie et le racisme (car à ma connaissance, les immigrés suédois n'ont jamais été fustigés par ce parti). Dans le cas de cette polémique parlementaire, celui qui a été lourdement sanctionné Grégoire de Fournas aurait dû être nommé porte-parole du RN de Jordan Bardella, dont la victoire ne faisait aucun doute, dans la nouvelle direction du parti. Pour le RN, c'était donc un soulagement que le député ait fait cette embardée avant d'être nommé, car ainsi, il ne représentait pas ès qualités le RN (même si le groupe RN s'est complètement solidarisé).

Revenons donc à ce congrès très politique. Marine Le Pen, réélue présidente du RN au précédent congrès le 3 juillet 2021 à Perpignan et qui avait succédé à son père le 16 janvier 2011 à Tours (face à Bruno Gollnisch), avait démissionné temporairement de cette présidence le 13 septembre 2021 pour se consacrer pleinement à la campagne présidentielle. En tant que premier vice-président, Jordan Bardella avait assuré l'intérim, et le 21 juin 2022, Marine Le Pen a confirmé qu'elle démissionnait définitivement de la présidence du parti pour se consacrer pleinement à la présidence du groupe des 89 députés RN à l'Assemblée Nationale. Et cela lui permet aussi d'être moins tributaire des petites bricoles partisanes.

Le congrès avait donc un enjeu pas ordinaire : qui sera le successeur de Marine Le Pen, et par conséquent, le successeur de Jean-Marie Le Pen ? Deux candidats se sont présentés : Louis Aliot et Jordan Bardella. L'un proclamait : "Tout commence", tandis que l'autre se réjouissait : "On continue". Pour Louis Aliot, il était évident qu'il fallait laisser la présidence à celui qui, dans ce parti, avait réussi à se faire élire au poste d'exécutif le plus important de l'histoire du parti, la mairie de Perpignan en juin 2021.

_yartiRNcongresXVIII02

Louis Aliot, à 53 ans, a déjà un long passé de militant du FN/RN auquel il a adhéré en 1990 (à l'âge de 21 ans). Son accent du Sud-Ouest le fait présenter comme un représentant de la France provinciale, celle des territoires, en opposition avec la France de Paris et de la région parisienne que Jordan Bardella pourrait symboliser d'autant plus que ce dernier est lisse et le premier rugueux. Il a été secrétaire général du FN de 2005 à 2011, vice-président du FN de 2011 à 2018 et depuis 2021 (premier vice-président dans les années 2010). Conseiller régional de 1998 à 2015, il a été élu député européen de mai 2014 à juillet 2017, puis député national de juin 2017 à août 2020 (à ce titre, il a joué au rugby avec Alexis Corbière), enfin maire de Perpignan depuis juillet 2020. Par ailleurs, ancien directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen en 1999 et 2000, ancien collaborateur parlementaire de Marine Le Pen en 2011, il fut également son compagnon entre 2009 et 2019 selon Wikipédia.

Jordan Bardella est beaucoup plus jeune que Louis Aliot, il est carrément de la génération d'en dessous (il pourrait être son fils). À 27 ans, il a également déjà une longue vie de militant, adhérant à 17 ans au FN. Conseiller régional d'Île-de-France depuis décembre 2015, il a mené la liste nationale du RN aux élections européennes de mai 2019, qui a obtenu la première place avec 23,3% juste devant celle de Renaissance, et est ainsi élu député européen. Tête de liste aux élections régionales de juin 2021 en Île-de-France, il a fait un score médiocre (10,8% au second tour). Battu aux élections départementales à Tremblay-en-France en mars 2015, il a par ailleurs été candidat aux élections législatives en juin 2017 en Seine-Saint-Denis et a été éliminé dès le premier tour. Au sein du FN/RN, il a rapidement gravi les marches : collaborateur parlementaire de Jean-François Jalkh en 2015, il a été nommé porte-parole du FN en septembre 2017, puis directeur national du mouvement des jeunes FN entre mars 2018 et juillet 2021. Après avoir été choisi par Marine Le Pen pour mener la campagne des européennes en 2019, il a été bombardé vice-président du RN en juillet 2019, premier vice-président en juillet 2021 et président par intérim à partir de septembre 2021.

_yartiRNcongresXVIII01

Marine Le Pen a annoncé les résultats du vote qui a été clos le 3 novembre 2022. Sur 36 673 adhérents inscrits, 26 218 ont participé au vote, soit 71,5%. Sans surprise, Jordan Bardella a gagné, avec 22 130 voix, soit 84,8% contre 3 955 voix (15,2%) à Louis Aliot. Marine Le Pen a donc accueilli son successeur comme président du RN, Jordan Bardella. Est-ce à dire qu'il n'y a plus de Le Pen à la tête du RN ? C'est un peu rapide en conclusion, car c'est bien encore le clan Le Pen qui est à la tête du RN même si c'est une génération plus jeune. En effet, après avoir fréquenté la fille de Frédéric Chatillon, ancien président du GUD (mouvement d'extrême droite) et très proche de Marine Le Pen, il est depuis 2020, toujours selon Wikipédia, le compagnon de la nièce de Marine Le Pen, à savoir, la fille de Marie-Caroline Le Pen (la sœur aîné, qui avait suivi Bruno Mégret lors de la sécession en 1998) et de son ancien conjoint Philippe Olivier qui est député européen depuis 2019 et tenant de la ligne identitaire du parti, comme du reste Jordan Bardella.

Au-delà du président, c'est toute la direction du RN qui a été renouvelée. 100 membres du conseil national ont été élus ou réélus, en particulier : Sébastien Chenu, David Rachline, Marie-Caroline Le Pen, Steve Briois, Julien Odoul, Edwige Diaz, Laurent Jacobelli, Philippe Ballard, Jean-Lin Lacapelle, Julien Sanchez, Bruno Gollnisch, Wallerand de Saint-Just, Hélène Laporte, Laure Lavalette, Bruno Bilde, Ludovic Pajot, Philippe Olivier, José Gonzalez, Emma Minot, etc. 20 autres membres ont été nommés par Jordan Bardella, en particulier : Jean-Paul Garraud, Thierry Mariani et Jean-Philippe Tanguy.

Un bureau national a été choisi par le président mais sans beaucoup de pouvoirs. La vraie instance directive est le bureau exécutif qui est ainsi composé notamment de Jordan Bardella (président), Louis Aliot (premier vice-président), David Rachline, Hélène Laporte, Edwige Diaz et Julien Sanchez (quatre autres vice-présidents), et parmi les membres, Marine Le Pen, Jean-Paul Garraud, Sébastien Chenu, Philippe Olivier, etc.

_yartiRNcongresXVIII06

Je m'arrête sur une caractéristique intéressante qui est observable dès 2017 chez LREM/Renaissance et chez FI/Nupes et qui est aujourd'hui aussi observable au RN : la capacité à des militants très jeunes trentenaires (voire avant) de devenir députés et aussi responsables nationaux dans leur parti. Ces trois partis autour desquels le jeu politique et présidentiel tourne depuis 2017 (avec Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, chacun représentant une génération, années 1970, années 1960 et années 1950), ont apporté un vent de renouvellement indéniable en renversant le paysage politique qui a prévalu pendant au moins quarante ans si ce n'est depuis le début de la Cinquième République, à savoir l'UDF/RPR-UMP-LR et leurs alliés d'une part, et le PS et leurs alliés d'autres part. Certes, il y a eu aussi du renouvellement dans ces anciens partis gouvernementaux, en confiant des investitures parfois à des très jeunes (je pense à Robin Reda par exemple chez LR en 2017), mais c'est relativement rare et plutôt l'exception alors qu'il y a de très nombreux députés très jeunes chez LREM/Renaissance, FI/Nupes et FN/RN. Notons d'ailleurs qu'avant septembre dernier, trois jeunes parlementaires se sont fait remarquer par leur ambition d'être un jour les dauphins : Aurore Bergé à Renaissance, Adrien Quatennens à FI et Jordan Bardella au RN. Adrien Quatennens a visiblement des empêchements, et Jordan Bardella est désormais le chef du RN (quant à Aurore Bergé, elle préside le groupe Renaissance, ce qui n'est pas une mince affaire quand on a une majorité relative). Le saut à la génération des années 1990 va faire vieillir ceux de la génération des années 1970 et des années 1980 qui espèrent encore nourrir une ambition nationale.

_yartiRNcongresXVIII04

Au moment où ces annonces sur les organes de direction ont été faites, en fin de matinée du 5 novembre 2022, Steve Briois, quatrième mieux élu du RN, maire d'Hénin-Beaumont, a exprimé sa grande amertume contre la victoire de Jordan Bardella, en raison de son éviction du bureau exécutif et de la vice-présidence, alors qu'il a été premier vice-président, secrétaire général (la fonction a été supprimée) et même président par intérim. Steve Briois est apparu comme un frondeur, ainsi que Martin Bilde, tous les deux souhaitant conserver la ligne ni droite ni gauche du FN des années 2010, rejetant le "rabougrissement" d'une éventuelle alliance des droites radicales qui ne marcherait pas.

La colère était palpable : « Alors que depuis de nombreux mois je tire la sonnette d’alarme sur une potentielle re-radicalisation, je ne peux voir dans mon éviction qu’une sanction pour avoir voulu sensibiliser sur un phénomène que les faits confirment, depuis les ronds de jambe faits à certains intégristes, jusqu’à l’adoption de positions droitardes, contraires à mon sens au "ni droite, ni gauche" qui a prévalu pendant des décennies au Front national. Certaines outrances me donnent encore raison. ». Les outrances font référence à Grégoire de Fournas.

Les mots sont durs, très amers, et montrent un véritable clivage au sein du parti, entre ceux qui, comme Jordan Bardella, souhaiteraient se rapprocher de l'extrême droite identitaire et tenter de faire revenir ceux qui sont partis chez Éric Zemmour, et ceux qui veulent absolument séduire une partie de la gauche désabusée (à l'instar de Florian Philippot qui a quitté la maison). Du reste, Jordan Bardella continue de voir régulièrement Marion Maréchal malgré son éloignement politique.

L'effondrement de la respectabilité avec l'incident à l'Assemblée Nationale et la sanction disciplinaire qui a suivi, la plus dure prise (seulement un autre député a été sanctionné aussi sévèrement depuis 1958 !), renforcé par la prise de pouvoir de la tendance clairement identitaire et extrémiste de droite, va sans doute engendrer d'autres mouvements d'humeur que celui de Steve Briois, peut-être de nouvelles scissions comme cela se passe dans ce parti dès qu'une ligne semble être sortie d'une certaine ambiguïté idéologique.

Pour Marine Le Pen, quitter la présidence du RN lui permet de s'attacher une image plus consensuelle et moins autoritaire, d'autant plus que les convictions très fortes de Jordan Bardella pourrait faire l'office de l'outrance d'Éric Zemmour pendant la campagne présidentielle ou de celle des députés de la Nupes depuis le début de l'été, à savoir un recentrage relatif de Marine Le Pen, élément capital si elle veut un jour séduire au moins 50% des Français. Il restera avant la présidentielle de 2027 l'épreuve des européennes de 2024 où il faudra au moins récidiver l'exploit de 2019 pour s'élancer dans la future campagne présidentielle.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (05 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Louis Aliot.
Jordan Bardella.
Marine Le Pen.

Le congrès du RN.
Grégoire de Fournas.
Incident raciste : 89 nuances de haine à la veille du congrès du RN ?
Le Front national des Le Pen, 50 ans plus tard...

_yartiRNcongresXVIII05



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221105-marine-le-pen.html

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3 novembre 2022 4 03 /11 /novembre /2022 19:22

« Qu'il retourne en Afrique ! » (Grégoire de Fournas, le 3 novembre 2022 dans l'hémicycle).



_yartiIncidentRN03

La nature profonde revient toujours au galop, d'une manière ou d'une autre, malgré les mots d'ordre policés de respectabilité et de responsabilité. Le Rassemblement national qui se réunit en congrès ce samedi 5 novembre 2022 pour départager qui, de Jordan Bardella, le chouchou de Marine Le Pen, ou de Louis Aliot, l'ex de Marine Le Pen, sera le président du RN pendant que Marine Le Pen continuera à présider le groupe des 89 députés RN élus à l'Assemblée Nationale en juin 2022.

Incontestablement, sa stratégie de respectabilité se heurte à la nature profonde de ce parti dont l'histoire demi-centenaire est éloquente. Lors de la séance des questions au gouvernement le jeudi 3 novembre 2022 à l'Assemblée Nationale, peu avant 17 heures, un député RN a interrompu un orateur en exprimant un sentiment présumé raciste qui a scandalisé l'ensemble des autres groupes de l'hémicycle.

Il s'agissait d'une question posée par le député FI Carlos Martens Bilongo sur les difficultés que rencontre l'Ocean Viking qui a secouru 234 candidats migrants rescapés d'un naufrage en Méditerranée. Ceux-ci sont bloqués sur le pont du bateau depuis une douzaine jours.

Certes, au-delà de la question légitime sur le sort de ces naufragés et de son volet humanitaire, le jeune député FI n'avait pas omis le côté volontiers provocateur de sa question puisqu'au-delà du gouvernement, il s'adressait aussi à ses collègues du RN : « J’aimerais dire à la collègue du Rassemblement national qui, du haut du perchoir de l’Assemblée Nationale, croit pouvoir organiser les opérations de sauvetage en Méditerranée, avec la plus grande désinvolture et sans autre mérite que d’être née dans un pays en paix : ne vous en déplaise, leurs vies comptent ! ».

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Revenant au sort des rescapés, Carlos Martens Bilongo a poursuivi : « L’Ocean Viking a adressé aujourd’hui sa septième demande d’assistance aux autorités maritimes italiennes. L’île de Malte, tout aussi proche, n’a tout simplement pas répondu aux trois demandes qui lui ont été adressées. Le blocage de ces personnes est une violation grave du droit de la mer. L’évaluation du statut et de la nationalité des personnes secourues ne doit pas retarder le débarquement des survivants. Je ne peux que partager l’inquiétude de ces migrants, à l’heure où la nouvelle Première Ministre italienne s’est engagée à bloquer l’arrivée des immigrants en provenance d’Afrique. Quelle sera l’action du gouvernement français sur le sujet ? Quelle forme la coopération avec l’Italie prendra-t-elle ? Allez-vous vous saisir, avec les autres pays européens, de la question de la répartition des migrants ? Malte ne répond plus aux demandes de coordination de sauvetage. ».

En clair, le député FI demandait au gouvernement de s'activer pour les aider, auprès des autorités italiennes et maltaises, et plus généralement, de coordonner les politiques européennes. Et puis, il a commencé une phrase qu'il n'a jamais pu achever : « Les personnes secourues se trouvent dans une situation d’urgence absolue et les prévisions météo indiquent une détérioration significative du climat… ».

Ses propos ont été coupés par le député RN Grégoire de Fournas qui a crié dans l'hémicycle : « Qu'il retourne en Afrique ! ». Tollé général dans l'assistance. Beaucoup de députés se sont levés et ont demandé une sanction immédiate auprès de la présidente de séance, Yaël Braun-Pivet. Pour de nombreux députés, et pas seulement de gauche, cette saillie est tout simplement du racisme. Le sens en restait confus car personne ne connaît l'intention, si c'était de dire au député d'origines congolaise et angolaise de retourner en Afrique (mais il est né à Villiers-le-Bel), auquel cas ce serait une injure raciste très forte, ou si c'était de dire que le bateau doit retourner en Afrique, ce qui serait stupide car le besoin d'être secouru impose que le port le plus proche l'accueille (il y a obligation de sauvetage), et cette indifférence au sort de ces personnes en danger de mort est également contraires aux plus élémentaires des valeurs humanitaires.

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Dans un chahut inaudible, après avoir demandé quel député avait sorti cette idiotie, Yaël Braun-Pivet a été obligée de suspendre la séance de cinq minutes pour la reprendre très temporairement et pour dire : « Chers collègues, pouvez-vous me laisser parler, s’il vous plaît ? Compte tenu de l’événement grave qui vient de se dérouler, je vous propose d’en confier le traitement à la prochaine réunion du bureau de l’Assemblée, prévue mercredi prochain. Cette instance est la plus à même, selon moi, de déterminer si les faits qui ont été commis à l’instant sont passibles d’une sanction et de quelle sanction. Je vous propose donc, chers collègues, de porter ce point à l’ordre du jour de la prochaine réunion du bureau. ».

Une députée insoumise a alors réclamé une sanction immédiate, mais la présidente a expliqué : « Chère collègue, l’article 74 de notre règlement prévoit que les peines disciplinaires applicables aux membres de l’Assemblée sont : le rappel à l’ordre, le rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal, la censure et la censure avec exclusion temporaire. Ces deux dernières sanctions ne peuvent être prononcées que par le bureau. Si vous voulez que je prononce une sanction immédiate, ce sera donc un simple rappel à l’ordre ou un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal. Compte tenu de la gravité des faits, je préfère renvoyer la question au bureau. Une réunion du bureau est prévue mercredi prochain. Le bureau de l’Assemblée est l’organe pluraliste compétent pour se prononcer sur ce qui vient de se passer dans l’hémicycle. ».

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En fin de compte, le gouvernement n'a pas pu répondre à la question car, à cause de l'état d'excitation de l'hémicycle, Yaël Braun-Pivet a finalement clos la séance jusqu'au lendemain : « Étant donné l’émotion légitime qui s’est emparée des membres de l’Assemblée et du Gouvernement, je lève la séance des questions au gouvernement. Nous nous retrouverons demain à quinze heures trente, pour la discussion de la motion de censure, ainsi qu’en a décidé la conférence des présidents. ».

Le député Grégoire de Fournas, qui gère un domaine familial de viticulture dans le Médoc, favorable aux chasseurs et contre les éoliennes, avait déjà montré sur les réseaux sociaux sa grande tolérance des opinions qui frisaient le racisme. Il prétend qu'il a voulu parler du bateau et pas de l'orateur, mais au fond, ce n'est pas là l'essentiel. L'essentiel, c'est que ce député se moque bien du sort des centaines de personnes qui périssent dans la Méditerranée au nom d'une idéologie qui place l'immigration comme la raison de tous les malheurs du pays.

Alors que celle-ci est généralisée partout sur la planète et que nul n'est capable de savoir quel peuple aura besoin de quel autre peuple, car les hypothèses alarmantes sur les futurs migrations climatiques sont catastrophiques par rapport à ce qu'on vit actuellement. Or, on ne pourra jamais donner une réponse simpliste à un problème particulièrement compliqué et humain (le besoin de fuir son pays au point de mettre en danger sa propre vie).

Évidemment, le groupe FI était particulièrement satisfait d'avoir piégé ainsi un député RN, et cela juste deux jours avant le congrès de Rassemblement national qui aurait dû donner un nouvel élan, plus moderne et moins extrémiste. C'est donc peine perdue, la nature, comme je l'ai écrit, revient au galop. Il faut rappeler, insister, qu'exprimer du racisme n'est pas une opinion mais un délit. Le bureau de l'Assemblée Nationale va statuer pour savoir si l'interpellation du député était raciste ou pas et si des sanctions disciplinaires, voire avec des suites judiciaires, devront être prises.

Marine Le Pen n'est bien sûr pas sur cette longueur d'onde et jamais elle n'a émis ne serait-ce une parole ambiguë qui pourrait l'associer à du racisme. Ce n'est pas dans sa nature et son ambition est justement de se montrer au-delà de ces stupidités. Mais dans cet incident, elle a pris la défense de Grégoire de Fournas tandis que de nombreux députés lui demandent au contraire de l'exclure du groupe RN ou alors, cela signifierait que le groupe RN validerait les déclarations intempestives (imprudentes et inutilement haineuses) de Grégoire de Fournas.

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Le Ministre de l'Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin a tweeté dans la soirée : « Racisme d'un député à l'Assemblée Nationale : du FN au RN, le nom change mais les références hideuses et les habitudes ignobles restent. Quelle honte. ». Le Président de la République Emmanuel Macron a également été choqué par cet incident parlementaire. L'un de ses proches, le député européen Stéphane Séjourné a tweeté : « Ce qui s'est passé cet après-midi est d'une gravité exceptionnelle : cela implique des sanctions exceptionnelles. Nul ne peut ceindre l'écharpe tricolore après avoir tenu de tels propos : Marine Le Pen doit exiger sa démission sans délai. Indéfectible soutien à Carlos Martens Bilongo. ».

Pour le gouvernement aussi, et même surtout, c'est une opportunité de revenir aux fondamentaux : le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a ainsi réagi vers 22 heures sur LCI pour demander solennellement à Marine Le Pen de se désolidariser de ce député : « Madame Le Pen, si vous ne voulez pas que vos 89 députés soient associés à 89 nuances de haine, demandez sa démission ! ». Mais les propos d'Olivier Véran sont aussi politiques que moraux, lorsqu'il s'est adressé aux groupes de la Nupes pour leur dire de ne pas voter la même motion de censure que le groupe RN, comme cela a été déjà le cas les 24 et 31 octobre 2022, et probablement ce vendredi 4 novembre 2022, parce que le RN n'a pas du tout les mêmes valeurs républicaines que cette ultragauche d'opposition systématique.

Pour le coup, on voit que le mot d'ordre de respectabilité, du port de la cravate, de sérieux dans le travail parlementaire imposé par Marine Le Pen connaît ses limites. Et au plus mauvais moment. Finalement, elle n'a plus besoin de son père Jean-Marie Le Pen pour avoir des petites phrases assassines, ses troupes lui suffisent amplement...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (03 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Carlos Martens Bilongo.
Le congrès du RN.
Grégoire de Fournas.
Incident raciste : 89 nuances de haine à la veille du congrès du RN ?

Le Front national des Le Pen, 50 ans plus tard...

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221103-gregoire-de-fournas.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/11/04/39696480.html





 

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17 octobre 2022 1 17 /10 /octobre /2022 05:39

« Dans un contexte d'extrême tension et d'agressivité mutuelle, j'ai donné une gifle. Je l'ai donnée alors que cela ne me ressemble pas et cela ne s'est jamais reproduit. J'ai profondément regretté ce geste et je m'en suis alors beaucoup excusé. Je sais qu'aucune explication (…) et qu'aucun contexte (…) ne justifient ces comportements. Ils ont eu lieu dans un moment particulier et rare de tension et ne caractérisent aucunement notre vie de couple dans la durée. » (Adrien Quatennens, communiqué du 18 septembre 2022).



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En lisant cette véritable confession de deux pages sur sa vie conjugale, le lecteur pourrait ressentir une gêne, celle du voyeur regardant par le trou de serrure d'une scène de ménage qui semble se terminer par une séparation dite conflictuelle. Ce malaise est récurrent lorsqu'on étale la vie privée de personnages publics. Parfois, c'est à l'initiative même desdits personnages, mais pas toujours. Ce qu'on appelle l'affaire Quatennens est sortie un peu benoîtement il y a un peu plus d'un mois, le 13 septembre 2022 d'une indiscrétion du "Canard enchaîné" : l'existence d'une main courante déposée à l'initiative de l'épouse du député FI Adrien Quatennens (32 ans).

Après avoir fait le gros dos pendant quelques jours, il s'est résolu à faire cette confession (j'allais écrire "ces aveux") pendant le week-end qui a suivi, ce qui, il faut bien l'avouer, était courageux bien qu'impudique de sa part, pensant sans doute un peu trop naïvement que cela ferait taire toutes les critiques ultérieures. Au contraire, à la différence d'autres personnalités publiques (hommes) accusées soit d'avoir été violentes, soit d'avoir harcelé des femmes (et on peut en citer beaucoup, Damien Abad, Éric Coquerel, Nicolas Hulot, Patrick Poivre d'Arvor, Richard Berry, etc.), Adrien Quatennens, loin de nier fermement tous les faits, a au contraire reconnu qu'il avait eu, effectivement, des gestes violents avec sa femme.

Pour moi, c'est grave car cela représente un fait avéré. Lorsque ces faits sont niés, ils peuvent bien sûr avoir eu lieu, mais il y a un bénéfice du doute et seul, un (vrai) juge peut, si les faits ne sont pas prescrits, condamner éventuellement les auteurs des violences citées. Dans un tel cas de communication politique, moins on en dit, mieux ça vaut. Car tout ce que vous dites peut être retenu contre vous, selon la formule classique.

Je rappelle ainsi que l'ancien ministre et ancien maire de Grenoble Alain Carignon, qui a purgé une peine de prison après une condamnation définitive, donc, reconnu coupable par la justice au nom de la société, a toujours nié les faits qui lui étaient reprochés et a même pu se refaire une virginité politique (en se présentant de nouveau aux municipales), expliquant sa condamnation en s'estimant victime d'un complot. Le cas est extrême et n'a pas trait à des violences physiques mais il est très rare d'avoir une reconnaissance de faits reprochés par une personnalité politique. L'autre cas, aussi caricatural, est le Ministre en exercice du Budget Jérôme Cahuzac traqueur de fraudeurs du fisc et lui-même fraudeur ! Il faut aussi citer le cas du politologue Olivier Duhamel dont le silence assourdissant vaut quasiment des aveux (pour des faits autrement plus graves).

Adrien Quatennens est l'une des personnalités clefs de la classe politique depuis plus de cinq ans. Élu d'extrême justesse député de la première circonscription du Nord en juin 2017 face à un candidat LREM (bénéficiant de la forte abstention pour succéder au député socialiste Bernard Roman, ancien dauphin de Pierre Mauroy pour la mairie de Lille), Adrien Quatennens est devenu, à l'âge de 27 ans, l'un des enfants terribles de Jean-Luc Mélenchon au point d'être désigné le coordinateur de la France insoumise, c'est-à-dire le chef du parti, le 22 juin 2019 après le désastre électoral des européennes (succédant à Manuel Bompard).

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Réélu au second tour en juin 2022 (il a fait plus 50% au premier tour mais pas assez en % des inscrits), Adrien Quatennens est le bon soldat de la Mélenchonie, excellant dans les émissions politiques à la radio et à la télévision, reprenant systématiquement les éléments de langage dans les débats, tant dans les médias qu'à l'Assemblée Nationale. Brillant élève du gourou insoumis, il lui manque cependant un peu de sel ou de piment, ce qui fait justement ce charisme inimitable, ce talent qui rend Jean-Luc Mélenchon sympathique à entendre, juste à entendre évidemment ! Et vers 2018, il envisageait sérieusement à se présenter aux municipales à Lille pour la succession de Martine Aubry, qui, finalement, a voulu encore poursuivre un nouveau mandat en 2020.

Pour ses opposants politiques, et ils sont nombreux, et peut-être pour quelques faux amis insoumis, qui sait ?, les déboires publics d'Adrien Quatennens font naturellement sourire même si la vie privée ne devrait pas sortir du domaine privé (car finalement, qui est totalement parfait dans sa vie privée ? Qui n'a rien à se reprocher ?), même si aboyer avec les chiens lors d'un lynchage médiatique n'a jamais grandi un homme (ou une femme), et même si les arguments politiques ne manquent pas pour simplement s'opposer à lui. Il y a certainement un côté arroseur arrosé qui réjouit dans cette mésaventure, car Adrien Quatennens, au même titre que ses camarades mélenchonistes, n'a cessé de faire des leçons de morale à tout va, à la majorité présidentielle, à l'extrême droite, etc. et qu'avant de faire des leçons de morale, il vaudrait mieux s'assurer d'être tout "propre" (cela vaut aussi dans d'autres contextes, comme celui de François Fillon).

Ces donneurs de leçon, on voit bien comment ils réagissent quand un copain devient paria : ils le défendent, ce qui est très honorable pour des compères politiques (la fidélité est aussi une valeur morale), mais pas très cohérent sur le plan des principes. Les hésitations de Jean-Luc Mélenchon sont étonnantes et discréditent complètement toutes les leçons de morale qu'il peut ou a pu imposer à ses interlocuteurs, passées, présentes et à venir.

Adrien Quatennens a donc démissionné de la tête de la France insoumise, ce qui est gênant pour le dispositif de Jean-Luc Mélenchon qui, décidément, est irremplaçable (et se moque pas mal de la retraite à 60 ans, lui qui a déjà 71 ans !). Notez bien que depuis le 18 septembre 2022, aucun successeur n'a pris l'intérim, ni aucune date n'a été fixée pour désigner formellement son successeur. C'est à se demander si cette fonction était réelle ou fictive. Sa principale raison de démissionner, c'était qu'il ne voulait pas gêner ses camarades insoumis qu'il représentait alors. Là encore, c'est tout à son honneur, Jean-Luc Mélenchon n'a ainsi pas dû l'évincer de lui-même, ce qui lui aurait fait mal au cœur.

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Plus ennuyeux, c'est qu'Adrien Quatennens est aussi député et donc, siège à l'Assemblée Nationale. A priori, aucun député, élu de la République et du peuple souverain, ne peut être démis de ses fonctions, sauf par un juge et une condamnation pour inéligibilité, après levée de l'immunité parlementaire. Institutionnellement, Adrien Quatennens, élu pour cinq ans, sauf dissolution, est invité à siéger à l'Assemblée Nationale et nul, si ce n'est lui, ne peut lui enlever ce droit.

En revanche, je rappelle que bien qu'élu dans une circonscription donnée, un député est le représentant de l'ensemble du peuple français, c'est pour cela qu'on parle de "représentation nationale", c'est la magie du suffrage universel, un député est un et multiple, il représente des intérêts géographiques, ceux de sa circonscription, et il représente la nation toute entière. En ce sens, même si je n'étais pas électeur dans sa circonscription, même si, le cas échéant, candidat dans la mienne, je n'aurais jamais voté pour lui, Adrien Quatennens me représente au même titre que les 576 autres députés, moi en tant que citoyen et électeur français.

 

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Et cela me met mal à l'aise que l'un de ceux qui me représentent ait pu exercer de la violence sur son épouse. Je ne m'estime pas représenter justement alors qu'une certaine morale sinon la loi n'est pas respectée. Comment peut-on vouloir réduire la violence en classe, chez les jeunes, dans les familles, si l'un de nos représentants dit ouvertement qu'il a battu sa femme ? Avec d'ailleurs souvent l'argument des ivrognes : c'était la seule fois ! Comme le chauffard qui dit qu'il n'avait jamais eu d'accident... jusqu'au jour où son premier accident a été fatal. "Je ne suis pas violent", dit le mari qui bat sa femme. C'est courant et le pauvre Adrien Quatennens, dont je ne doute pas de la sincérité, est tombé dans ce panneau sémantique qui lui ôte toute crédibilité, bien malgré lui (je ne le pensais pas naïf politiquement, répétant sa langue de bois ad nauseam, mais comme François Fillon lorsqu'il s'agit d'argent, Adrien Quatennens redevient visiblement un enfant ou un adolescent quand il s'agit d'amour).

Depuis un mois, Adrien Quatennens a fui l'Assemblée Nationale. On peut comprendre qu'il prenne du recul, mais un député, cela ne sert-il pas à travailler ? À travailler les dossiers sur le terrain, à travailler les textes législatifs et s'il y en a moins, chaque voix compte. Jean-Luc Mélenchon a souhaité le 9 octobre 2022 qu'il fasse son retour à l'Assemblée : « Je pense qu'il doit revenir. ». Le 12 octobre 2022, on apprend que finalement, malgré son absence, Adrien Quatennens vote quand même parce qu'il a donné sa procuration de vote (précisément, sa "délégation" de vote) à sa collègue FI Raquel Garrido (selon TF1), elle-même fière de voter pour lui : « C'est normal, il est en arrête maladie. Il a le droit de donner sa délégation. Ça s'est joué à une ou deux voix près à chaque fois. (...) En l'occurrence, je suis contente d'avoir sa voix pour lutter contre les lois les plus extrêmes. ».

Retrait, arrêt maladie, absence, mais vote comptabilisé, ce n'est pas très clair, tout cela et chez les insoumis, il y a une division entre ceux qui veulent oublier cet épisode désolant, comme Manuel Bompard, et ceux qui, au contraire, veulent jusqu'à l'exclure du groupe FI. Sandrine Rousseau, qui, rappelons-le, n'est pas députée FI mais EELV, a quand même donné son grain de sel en disant qu'il faudrait que ce soit son suppléant qui vote à sa place (apparemment, elle ne connaît pas les lois qui lui ont permis de siéger à l'Assemblée, puisque les suppléants ne remplacent que les députés décédés ou nommés ministres, et pour les autres cas, il faut organiser une élection partielle pour remplacer un député éventuellement démissionnaire, sauf la dernière année de la législature, auquel cas le député démissionnaire n'est pas remplacé). Olivier Faure, premier secrétaire du PS et devenu un ardent mélenchoniste au point de vouloir en être le premier héritier, verrait bien le voir écarter du groupe FI : « Un député n'est pas un ministre, il est élu et pas nommé, on ne peut pas l'obliger à démissionner, en revanche son parti peut l'exclure. ». Et hop ! Un rival de moins !

L'affaire politique pourrait tourner en vinaigre judiciaire, contrairement à ce qu'avait indiqué initialement le principal intéressé. En effet, après la première main courante, son épouse a déposé une seconde main courante le 23 septembre 2022 pour affirmer qu'elle était victime de harcèlement par l'envoi de nombreux SMS par son mari, puis elle a déposé plainte le 26 septembre 2022 au commissariat de Lille, contre son mari, reprenant les faits cités dans les deux mains courantes (l'information a été connue le 3 octobre 2022). L'avocate d'Adrien Quatennens a réagi en minimisant l'importance du dépôt de plainte : « Cette plainte n'a aucune incidence sur la procédure actuelle puisqu'elle intervient dans le cadre d'une enquête préliminaire déjà en cours et se borne à reprendre les éléments contenus dans les deux mains courantes sans ajouter d'élément nouveau. ».

Le parquet de Lille avait en effet indiqué le 19 septembre 2022 l'ouverture d'une enquête préliminaire dès le dépôt de la première main courante, dans le cadre d'une « politique pénale volontariste pour le traitement des violences conjugales ». Dans ce cadre, Adrien Quatennens a été entendu en audition libre le 26 septembre 2022 (information confirmée par son avocate le 1er octobre 2022 sur France Info) et il a reconnu avoir donné une gifle à son épouse en 2021, lui avoir serré le poignet le 28 août 2022 et l'avoir blessée au coude le 2 septembre 2022 (selon les informations du Journal du dimanche). Une enquête judiciaire a lieu systématiquement quand il s'agit de violences au sein de la famille pour savoir si l'absence de dépôt de plainte de la personne battue provient ou pas d'une emprise psychologique par la personne présumée violente.

Je me garderai de juger moralement ce député insoumis, d'autant plus que la justice est saisie et donc, elle est là pour faire la lumière et le cas échéant, sanctionner selon les lois en vigueur (il pourrait quand même risquer, dans le pire des cas, trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende pour violences commises sur conjoint). J'espère simplement qu'Adrien Quatennens ne sera pas un bouc émissaire, même si, très malheureusement, cette situation me paraît assez tristement ordinaire, les violences conjugales, et même les meurtres qui ne sont que l'aboutissement extrême de ces violences, sont souvent le fait d'un ancien conjoint qui ne supporte pas l'idée d'une séparation a priori à l'initiative de la femme (ce qui explique que pour se séparer, il faut souvent un certain courage à la femme violentée).

En ce sens, aussi brillant était-il dans les médias encore récemment, Adrien Quatennens n'est qu'un triste sire qui ne vaut pas mieux que ces hommes violents qui, monsieur le juge, je vous l'assure, n'ont jamais été violents qu'une seule fois, la mauvaise...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (15 octobre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Adrien Quatennens.
Clémentine Autain.
Éric Coquerel.
Jean-Luc Mélenchon.
Danièle Obono.
François Ruffin.
Sandrine Rousseau.
Pour ou contre M… ?
Sous la NUPES de Mélenchon.
La consécration du mélenchonisme électoral.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221015-adrien-quatennens.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/mais-ou-est-donc-passe-adrien-244383

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4 octobre 2022 2 04 /10 /octobre /2022 05:08

« L'objectif premier est cette fois de prospérer ou d'influencer sur le terrain électoral et politique. Pour l'atteindre, Jean-Marie Le Pen est choisi pour président. Deux raisons semblent avoir présidé à ce choix. La première est son éloignement relatif des différentes "chapelles" qui sont à l'origine du FN. Sous cet angle, il peut s'imposer comme le plus petit commun dénominateur politico-idéologique. En même temps, et c'est la deuxième raison, Jean-Marie Le Pen n'est pas vraiment un novice en politique. (…) Sont ainsi rassemblées dans une seule organisation les deux grandes sensibilités de l'extrême droite, les nationaux et les nationalistes. » (Pascal Delwit, "Les étapes du Front national. 1972-2011").




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En quelques phrases, le politologue bruxellois Pascal Delwit a résumé la naissance du FN (avec une petite erreur, Jean-Marie Le Pen était le plus grand commun dénominateur, pas le plus petit). Petite date symbolique et historique pour ce mercredi 5 octobre 2022 : le Front national a été fondé il y a exactement cinquante ans. Certes, il a changé de nom (c'est maintenant Rassemblement national depuis le 1er juin 2018), certes il a changé de prénom (le patron n'est plus Jean-Marie Le Pen mais sa fille Marine Le Pen), mais sa naissance montre bien que ce parti est d'essence d'extrême droite malgré tout ce que la fille a tenté de faire pour gommer, effacer cette hérédité au point même d'exclure son propre père fondateur de ce parti le 20 août 2015 et de tenter une nouvelle virginité.

Quand on relit l'histoire de l'extrême droite et les raisons de la fondation du Front national (plus exactement, au début, Front national de l'unité française), on s'étonne de la manière dont Jean-Marie Le Pen a su s'accaparer d'un parti dont l'initiative lui était très étrangère. En effet, il faut se remettre dans le contexte politique de l'époque, fin des années 1960 et début des années 1970. Les luttes politiques étaient très violentes entre extrémistes de gauche et extrémistes de droite. La fin de la guerre d'Algérie d'un côté, la révolte étudiante de mai 68 de l'autre, les jeunes étaient dans une sorte de bouillonnements idéologiques assez désordonnés.

Le mouvement Occident a été dissous en 1968, le GUD l'a remplacé et principalement le mouvement Ordre nouveau s'est créé (dirigé par François Brigneau, François Duprat et Alain Robert). Ces milieux d'extrême droite étaient très divisés, même idéologiquement puisque certains mouvements ont fait scission et se sont rapprochés des maoïstes ! Entre catholiques intégristes, païens, nostalgiques de l'Algérie française, anciens soutiens du candidat Jean-Louis Tixier-Vignancour à l'élection présidentielle de 1965, anciens poujadistes, et également nostalgiques plus ou moins assumés du pétainisme, voire du nazisme, ou du fascisme, se disputait la représentation de ce qu'ils appelaient la droite nationale et nationaliste. L'activisme militant était violent et souvent à la limite de la loi en raison de la violence, plusieurs mouvements ont été dissous et la concurrence militante et idéologique très rude. Ordre nouveau fut dissous le 28 juin 1973 par le conseil des ministres avec aussi la Ligue communiste (dirigée par Alain Krivine), ces deux mouvements s'étant violemment affrontés lors d'un meeting politique le 21 juin 1973 à la Mutualité de Paris.

Auparavant, Ordre nouveau, au-delà de son activisme, voulait aussi participer aux élections et avait besoin d'une devanture politiquement correcte. Il y a eu des premières participations électorales à des élections législatives partielles en 1970 et aux élections municipales de mars 1971 où l'union de la gauche avait suscité aussi une inquiétude dans les milieux d'extrême droite. Au deuxième congrès des 10 et 11 juin 1972 d'Ordre nouveau, il a donc été décidé de créer un rassemblement des extrêmes droites afin de participer aux élections législatives de 1973 et les négociations furent assez rudes. Le nom fut adopté par 83% des adhérents.


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Depuis plusieurs mois, le nom de Jean-Marie Le Pen était proposé pour présider l'ensemble, en raison de sa notoriété et du fait d'avoir été élu deux fois député (la première fois dans la vague poujadiste, en janvier 1956 à l'âge de 27 ans, réélu avec l'étiquette du CNIP en novembre 1958, battu en mars 1962 et juin 1968). Depuis la fin de la campagne présidentielle de Jean-Louis Tixier-Vignancour, Jean-Marie Le Pen s'était retiré de la vie politique et avait préféré faire fructifier sa maison d'édition de disques un peu particuliers, créée en 1963 (la Serp). Quand on l'a rappelé car sa personnalité pouvait faire consensus au sein de l'extrême droite, Jean-Marie Le Pen a tout de suite cherché à y trouver intérêt en imposant un certain nombre de ses amis à la direction du FN.

Le logo même du FN (la flamme) provenait du logo du MSI, le grand parti italien rassemblement les nostalgiques de Mussolini (Frères d'Italie de Giorgia Meloni a toujours cette flamme en guise de logo, et loin d'être une copie de l'ancien logo du FN, elle est surtout la reprise du logo du MSI). Pour Ordre nouveau, le MSI était le parti de référence dans l'extrême droite européenne.

Parmi les fondateurs du FN, on peut citer : Dominique Chaboche, François Duprat, Roland Gaucher, Léon Gaultier, Pierre Sergent, Jean-Maurice Demarquet, André Dufraisse, etc. Dans le bureau désigné le 12 octobre 1972, à côté de Jean-Marie Le Pen, président, furent désignés entre autres François Brigneau (vice-président), Roger Holeindre (secrétaire général adjoint), Alain Robert (secrétaire général), Pierre Durand (trésorier adjoint), Pierre Bousquet (trésorier), etc.


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Notons que l'ancien Président du Conseil (et ancien successeur de Jean Moulin à la tête du Conseil national de la Résistance en tant que représentant de la démocratie chrétienne et du MRP) Georges Bidault a été présent à la fondation du FN en raison de ses amitiés nationalistes et de ses positions en faveur de l'Algérie française, mais l'a quitté immédiatement après (dès le 12 octobre 1972). Ce parrainage fut trop bref pour avoir pu être politiquement exploité mais il était notable.

À l'origine, donc, les dirigeants d'Ordre nouveau ont cru qu'il pourrait diriger le Front national en manipulant Jean-Marie Le Pen mais au fil des années, ce fut ce dernier qui, progressivement, a transformé le FN en parti personnel, à sa dévotion. La première échéance fut les élections législatives de mars 1973. Naturellement, Jean-Marie Le Pen s'est présenté à Paris et s'il n'a obtenu que 5,2% dans la 15
e circonscription de Paris, il venait de faire passer ses premiers messages.

Lisons son tract électoral de 1973 : « La crise dont souffre la France n'est pas tellement politique ou sociale. C'est une crise morale qui met en cause les valeurs fondamentales de notre société. Sans doute, l'évolution du monde moderne trouble partout les esprits et perturbe les mœurs. Mais c'est justement le rôle des pouvoirs publics de maîtriser cette évolution et de sauvegarder les principes qui nous ont faits ce que nous sommes, et dont l'oubli conduit à la décadence. ». C'était déjà grandiloquent et cela fait donc cinquante ans qu'on parle de décadence, de valeurs morales en perte de vitesse etc.

Mais arrêtons-nous au discours par exemple de l'ancien candidat Éric Zemmour qui justement dénigre notre période actuelle alors qu'il regrette …le temps du RPR, le RPR a été fondé en 1976, donc bien après 1973 : en clair, le discours de l'extrême droite, c'est de toujours dire qu'avant, c'était mieux et qu'aujourd'hui, ça craint, mais lorsqu'on martèle ce discours depuis cinquante ans, il devient complètement absurde !

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Il y a aussi, dans le tract de 1973, un laïus contre l'immigration (« contre l'invasion de la France par les indésirables ») où les mots restent ceux de l'extrême droite : « Les Français ne sont ni xénophobes, ni racistes. (…) Mais ils ne supportent plus que la France soit colonisée, exploitée, terrorisée. Il n'est pas tolérable que notre pays soit devenu un dépotoir ouvert aux bons-à-rien, aux délinquants, aux criminel... (…) Il n'est pas non plus tolérable que notre budget social et hospitalier soit dilapidé au profit des indésirables. ». Onze ans après les Accords d'Évian, la France devient une colonie selon son point de vue, un argument qu'on entend ad nauseam encore aujourd'hui ! À l'époque, il n'y avait pas de CMU, mais l'argument était déjà là, on paie trop les immigrés (on n'ose simplement plus parler des "indésirables" dont le mot est trop provocateur).

Après le premier congrès du FN en avril 1973, des premières tensions ont apparu entre Jean-Marie Le Pen et ses "amis" d'Ordre nouveau qui se sont séparés du FN en novembre 1973 après la dissolution de leur mouvement pour créer finalement le Parti des forces nouvelles (PFN) le 9 novembre 1974. Jean-Marie Le Pen en a profité pour créer son propre mouvement de jeunesse, le Front national de la jeunesse (FNJ) en décembre 1973, vivier de ses futurs cadres.

On peut dire aussi que Jean-Marie Le Pen a complètement compris la logique de la Cinquième République. Il fut pour l'extrême droite ce que François Mitterrand fut pour la gauche qui, elle, avait du mal à comprendre la prédominance présidentielle (cf Pierre Mendès France, Gaston Defferre et même Michel Rocard n'ont jamais compris la logique politique de la Cinquième République).

Ainsi, après les législatives, Jean-Marie Le Pen s'est lancé dans la campagne de l'élection présidentielle de 1974, qu'il n'avait pas anticipée puisque consécutive à la mort de Georges Pompidou. À l'époque, il suffisait de 100 parrainages de maires pour pouvoir se présenter. Il était toujours question de décadence dans sa propagande : « Cette crise, dans notre pays, trouve ses origines dans la décadence morale et civique qui mine notre société. ». Il a alors obtenu 0,7% des voix, pas même 200 000 suffrages et pour le second tour, il a annoncé son soutien à Valéry Giscard d'Estaing (on oublie trop souvent cette prise de position).

Pendant tout le septennat de VGE, Jean-Marie Le Pen a su verrouiller le FN pour en faire son parti, au prix de véritable guerre à l'intérieur de l'extrême droite (François Duprat a été assassiné le 18 mars 1978 ; auparavant, Jean-Marie Le Pen a été victime d'une tentative d'assassinat le 2 novembre 1976, un attentat qui a détruit son appartement parisien), et en 1976, justement, le leader du FN a hérité des ciments Lambert, ce qui lui a fourni les moyens de faire vivre à grande échelle son mouvement (l'attentat pourrait avoir un rapport avec cet héritage qui aurait spolié une partie de la famille de l'ami millionnaire).


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Pour les élections législatives de mars 1978, Jean-Marie Le Pen a mis au point son thème de prédilection, l'immigration, qui ne cessa pas d'être le thème principal de ce parti extrémiste. Pourtant, les résultats étaient encore très faibles (3,9% pour lui, 0,3% pour le FN en général), et 1981 fut encore pire pour lui puisqu'il n'a pas pu se présenter à l'élection présidentielle, n'ayant pas su recueillir les 500 parrainages d'élus (au lieu des 100 en 1974), réforme qu'avait réalisée Valéry Giscard d'Estaing pour éviter la démultiplication des candidatures à l'élection présidentielle.

À l'arrivée de la gauche au pouvoir, le FN était donc au plus bas. Mais justement parce que la gauche, elle aussi archaïque, a commencé à hystériser le débat, le FN a su profiter de l'aubaine pour reprendre du poil de la bête, parallèlement à la crise économique et sociale (fort taux de chômage). Et la véritable percée du FN a eu lieu le 4 septembre 1983 avec la liste menée par Jean-Pierre Stirbois, secrétaire général du FN depuis juin 1981, lors qu'une élection municipale partielle à Dreux : 16,7%. Ce score n'a pas bondi spontanément : le candidat FN avait obtenu 12,6% aux cantonales en mars 1982 à Dreux Ouest. L'erreur de la droite a alors été d'accepter la fusion de la liste mené par le candidat RPR avec celle du FN pour finalement remporter la mairie de Dreux sur la maire socialiste sortante. De même, candidat à une élection législative partielle dans le Morbihan, Jean-Marie Le Pen a obtenu 12,0% des voix le 11 décembre 1983, ce qui était remarquable.

L'épisode de Dreux a marqué profondément l'opposition UDF-RPR et malgré quelques alliances sporadiques et très locales, à aucun moment une alliance nationale n'a été envisagée avec le FN pour reconquérir le pouvoir sur la gauche. Cette ligne de conduite était la résultante de la position de trois leaders importants de l'opposition dès septembre 1983 : Simone Veil, Bernard Stasi et Jacques Chirac. Si Bernard Stasi était vice-président du CDS, l'une des composantes importantes de l'UDF, il n'avait pas une influence prépondérante sur les investitures, au même titre que Simone Veil, elle sans étiquette. En revanche, la position de Jacques Chirac, président du RPR, a été déterminante dans l'absence d'alliance qui reste encore de rigueur en 2022, engendrant d'ailleurs une haine exceptionnelle de Jean-Marie Le Pen contre Jacques Chirac (en 1988 et 1995), et contre Nicolas Sarkozy qui a gardé la consigne de non-alliance (en 2007 et 2012), les consignes de vote plus ou moins assumées du FN étant de favoriser le candidat de gauche contre celui de de droite.

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Avec un réel soutien de François Mitterrand, Jean-Marie Le Pen a pu faire connaître ses idées grâce à des invitations récurrentes à la grande émission politique "L'heure de vérité" sur Antenne 2 (la première invitation a eu lieu le 13 février 1984), ce qui a sorti le FN de la confidentialité avec l'élection de 10 députés européens aux élections européennes du 17 juin 1984, faisant jeu égal avec le PCF, et, grâce à la proportionnelle voulue par François Mitterrand pour empêcher la constitution d'une majorité à droite, l'élection, le 16 mars 1986, de 35 députés FN à l'Assemblée Nationale, sous l'étiquette du... Rassemblement national.

Aujourd'hui, en 2022, Marine Le Pen, héritière de son père, se retrouve à la tête d'un groupe de 89 députés RN, élus au scrutin majoritaire, et avait rassemblé au second tour de l'élection présidentielle près de 13,3 millions d'électeurs, soit 41,5% des suffrages. Je ne suis pas sûr qu'elle souhaite rappeler l'origine de son mouvement qui fait pourtant partie des plus anciens du paysage politique. Il est parfois utile de rappeler l'histoire politique. Et singulièrement, celle de l'extrême droite.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (02 octobre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Front national des Le Pen, 50 ans plus tard...
José Gonzalez.
La marque Le Pen fonctionne toujours aussi bien.
Législatives 2022 (10) : un train peut en cacher un autre.
Élysée 2022 (46) : le second débat télévisé Emmanuel Macron vs Marine Le Pen du 20 avril 2022.
Duel Emmanuel Macron vs Marine Le Pen du second tour du 3 mai 2017.
Avec Marine Le Pen, l’État de droit en peine.
Marine Le Pen : ne nous trompons pas de colère !
Programme 2022 de la candidate Marine Le Pen (à télécharger).
Philippe de Villiers.
Élysée 2022 (38) : Marine Le Pen et la Russie de Vladimir Poutine.
François Bayrou, le parrain de Marine Le Pen.
Robert Ménard.
Éric Zemmour et l’obsession de l’immigration.
Faut-il craindre un second tour Éric Zemmour vs Marine Le Pen ?
Jean-Marie Le Pen.
L’effet majoritaire.
Florian Philippot.
Bruno Mégret.
Jean-Frédéric Poisson.
Christine Boutin.
La création de Debout la Patrie.
Marion Maréchal.
Patrick Buisson.
Nicolas Dupont-Aignan.
Choisis ton camp, camarade !
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221005-front-national.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-front-national-des-le-pen-50-244110

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/09/30/39650349.html





 

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27 août 2022 6 27 /08 /août /2022 05:04

« Pour l’emporter dans la course de vitesse engagée avec la Macronie et l’extrême droite, il faut emporter la dynamique dans la société. » (Clémentine Autain, le 21 août 2022).



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Ma question du titre est volontairement provocatrice (elle avait tenté de se présenter déjà en 2007), mais Clémentine Autain a fait l’actualité politique cette semaine. Pas étonnant puisque l’université d’été des insoumis (les "AMFIS") a lieu à Valence du jeudi 25 au dimanche 28 août 2022, dans le prestigieux Palais des Congrès à Châteauneuf-sur-Isère. Clémentine Autain participe à trois débats (le 25 sur le communisme et l’extrême gauche, puis sur la "révolution féministe" ; le 26 sur "le RN, néofascisme ou trumpisme à la française ?"). L’événement politique n’est pas négligeable puisque même des ministres ou anciens ministres y viennent débattre avec des députés FI, comme Marlène Schiappa, Clément Beaune, Olivia Grégoire ou encore Rachida Dati.

La date n’est donc pas un hasard du calendrier : le dimanche 21 août 2022, sur son blog, Clémentine Autain a écrit un certain nombre de réflexions pour fustiger le fonctionnement non démocratique de son mouvement, France insoumise, vaguement dirigé par Jean-Luc Mélenchon, et proposer quelques pistes d’amélioration. J’écris "vaguement" car FI n’est même pas une association. Donc, pas de statuts, pas d’assemblée générale, pas de bureau, pas de président, pas de trésorier. C’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon a trouvé l’astuce pour diriger ses troupes en dictateur omnipotent.

Le problème, c’est que lorsqu’on passe de 17 à 75 députés, le groupe FI est lui-même un parti véritable, présidé ici par Mathilde Panot. Pas de bol, le RN a obtenu bien plus de députés et Marine Le Pen a préféré la présidence du groupe RN à la présidence du parti RN (qui va devoir choisir entre Jordan Bardella et Louis Aliot). L’ancienne candidate du RN a compris que le pouvoir, dès lors qu’il n’y avait plus de majorité absolue, se trouvait au Parlement. Jean-Luc Mélenchon ne s’est même pas représenté aux élections législatives, trop fatigué pour faire toutes les semaines l’aller-retour entre Paris et Marseille (il a quand même 71 ans).

Or, le leadership de FI, et de la Nupes, c’est Jean-Luc Mélenchon, exclusivement lui, et l’existence politique de ce dernier va décroissante. On imagine mal qu’en 2027, à presque 76 ans, Jean-Luc Mélenchon se présente une quatrième fois à l’élection présidentielle. C’est pourtant sa personnalité, son talent politique et son éloquence, son audace et sa mauvaise foi aussi, qui ont permis à ce mouvement d’atteindre presque 22% à l’élection présidentielle, ce qui était peu prévisible encore au début de l’année. En clair, il faut que les insoumis se trouvent rapidement un leader de remplacement, ou plutôt, un candidat de remplacement. À l’évidence, Clémentine Autain est dans les starting-blocks même si elle ne le dit pas encore explicitement.

À 49 ans, elle a déjà derrière elle une longue carrière politique et surtout médiatique. Elle est connue des médias depuis plus d’une vingtaine d’années et a l’avantage de passer très bien à la télévision, photogénique, s’exprimant clairement, précisément et avec de la réflexion personnelle, pas sortie d’un moule idéologique même si la gauche est sa famille.

Ses aventures électorales n’ont pas commencé très favorablement, à part un mandat d’adjointe au maire de Paris (Bertrand Delanoë) chargée de la jeunesse entre mars 2001 et mars 2008, puis de conseillère municipale de Sevran de mars 2014 à juin 2020. Elle a également été élue conseillère régionale d’Île-de-France de décembre 2015 à juillet 2017, puis depuis juin 2021 (à cette élection, elle était candidate FI à la présidence de la région, échouant face à Valérie Pécresse, mais aussi face à ses rivaux et alliés de gauche Julien Bayou et Audrey Pulvar).

Elle était proche du parti communiste pendant longtemps, militante de l’UNEF. Mais elle a obtenu sa consécration quand elle s’est rapprochée de Jean-Luc Mélenchon et qu’elle a été élue députée de Seine-Saint-Denis avec l’étiquette FI en juin 2017, mandat qu’elle a renouvelé en juin 2022. Avec ce mandat parlementaire, elle trouve un écho particulier à sa parole qui était déjà très médiatique depuis la fin des années 1990.

Elle a un autre avantage sur ses autres camarades, c’est que son engagement politique est moins idéologique et plus sociétal, donc plus dans l’air du temps. Je m’explique : l’un de ses combats les plus prégnants est son féminisme. Il est issu aussi d’une très mauvaise "expérience", le terme est trop faible pour parler du viol dont elle fut la victime, et tous les combats qui concernent l’émancipation des femmes sont les siens, au risque peut-être de ne pas suivre une stratégique politicienne donnée. Sa sincérité et son authenticité ne peuvent donc pas être mises en doute. Du reste, son père chanteur et sa mère actrice (Clémentine Autain est devenue orpheline de mère à l’âge de 12 ans), elle-même actrice quand elle était très petite, l’ont habituée à être sur le devant de la scène. La politique aussi était dans la famille, un grand-père député (mort jeune aussi) et surtout un oncle, François Autain, parlementaire socialiste et ancien sous-ministre de François Mitterrand, qui est mort il y a deux ans et demi.

En réaction à la défaite de la liste FI aux élections européennes, dans une tribune publiée le 4 juin 2019 dans "Le Monde", avec sa camarade Elsa Faucillon, elle a lancé un appel à l’unité de la gauche autour des exigences sociales et écologiques. Elle s’est alors attirée les foudres des hiérarques mélenchonistes qui y ont vu un crime de lèse-mélenchonceté. François Ruffin était le seul député à ne pas la traiter de traître. Danièle Obono et Éric Coquerel n’étaient pas les derniers à condamner ouvertement l’initiative de Clémentine Autain.

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En été 2022, la situation politique de FI est très différente de l’été 2019 parce que Jean-Luc Mélenchon a eu un très beau score à la présidentielle et FI un groupe de députés nombreux. Mieux, Jean-Luc Mélenchon a réussi à fédérer la gauche non-macroniste dans un ensemble pourtant hétéroclite mais pour l’instant durable, la Nupes. La Nupes, c’était ce qu’attendait Clémentine Autain depuis une dizaine d’années.

Dans son blog sur Medipart, le 12 juillet 2022, elle écrivait : « L’accélération de l’histoire à gauche s’est jouée à une vitesse impressionnante, le temps d’un accord inédit avec la création de la Nupes. Ce qui nous a propulsés, c’est la défense d’un projet de transformation. (…) Je plaide ici pour un rassemblement qui ne soit pas dans l’entre-soi, mais tourné vers ce qui bouge, ce qui conteste, ce qui s’invente dans la société. ». Elle proposait ainsi une analyse de la séquence électorale qui venait de s’achever : « Notre irruption reconfigure l’ensemble de l’échiquier autour de trois pôles, auquel il faut bien sûr ajouter les abstentionnistes, que chaque bloc va chercher à attirer, à convaincre, puisque c’est celui qui réussira à en mobiliser le plus qui prendra la main. ». Les trois pôles, ce sont bien sûr la majorité présidentielle autour de Renaissance (ex-LREM), le RN et la Nupes autour de FI (quant à LR et l’UDI, ils se retrouvent aujourd’hui dans une sorte de no man’s land politique).

Dans son blog personnel, Clémentine Autain a écrit une nouvelle tribune plus précise le 21 août 2022 sur le fonctionnement de France insoumise, intitulée "LFI : franchir un cap pour gagner". C’est assez étrange de parler ainsi au lendemain d’une défaite électorale (car il faut rappeler tout de même que FI et la Nupes ont perdu les élections présidentielle et législatives ; avec tout le boucan médiatique qu’a fait Jean-Luc Mélenchon, on l’oublierait presque !).

Clémentine Autain plaide généralement contre les formes traditionnelles des partis politiques qui donnent une lourdes place aux batailles d’appareil et souvent, peu de place aux femmes : « Le désamour des Français à l’égard des partis, l’essor des réseaux sociaux, la volonté grandissante de chaque individu de pouvoir compter ou encore l’atomisation des lieux de sociabilité comme les grandes usines ou les centres de tri postal d’autrefois sont autant de réalités contemporaines qui imposent de nouvelles pratiques pour militer, convaincre, agréger. ».

Du coup, la députée de Seine-Saint-Denis a des mots très durs contre la "forme gazeuse" de FI. Certes, ce schéma nouveau est « plus souple, tourné vers l’action, très offensif sur les réseaux sociaux, débarrassé des batailles internes de congrès », mais en revanche : « Les lieux de la prise de décision restent flous, l’espace du débat stratégique n’est pas identifié, la partition entre le local et le national mériterait d’être redéfinie. ».

Elle a précisé plus clairement : « Reposant de fait sur un petit noyau de dirigeants, [les formes lâches] permettent difficilement d’agréger des cadres, d’en former de nouveaux pour animer un mouvement véritablement implanté sur tout le territoire et de profiter de la diversité des regards contenus dans le mouvement, celle qui permet d’affiner une orientation et de fidéliser des cadres militants ailleurs qu’au siège. ». Et avec un petit soupçon de "tuer le père" : « Sans identification claire des processus de décision, le gazeux désoriente et rend plus facile les procès en légitimité des décisions prises, même si la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, "clé de voûte" de la FI, a jusqu’ici joué en grande partie un rôle de légitimation. En outre, permettre la maîtrise et la compréhension des choix opérés, c’est aussi mieux résister à la décrue de l’engagement militant lorsque la situation nous est moins favorable. C’est pourquoi je suis convaincue que nous devons franchir une nouvelle étape organisationnelle. ».

Je suis plutôt convaincu que Jean-Luc Mélenchon n’a aucune envie de franchir cette nouvelle étape, car l’ambiguïté du processus de prise de décisions l’avantage énormément puisqu’il est le leader incontesté et on le voit bien entre les scores de FI à la présidentielle (autour de 20% en 2017 et 2022) et aux européennes (6%), sans son leadership (la tête de liste était une inconnue, certes méritante mais inconnue, Manon Aubry).

Dès lors qu’il sera créé une instance de décision, instance officielle, il faudra en donner la composition officielle, dire qui est membre et qui n’est pas membre, ce qui créera des susceptibilités et vexations, ou des déchirements comme à l’UMP en novembre 2012, et le grand timonier pourrait alors être un jour mis en minorité. Le flou, l’opacité, sont les formes les plus abouties du pouvoir absolu.

En clair, Clémentine Autain veut résolument préparer son mouvement dans l’après-Mélenchon, et à part la réactivité, elle ne voit pas d’autres avantages à ce flou politique : elle veut « une meilleure collégialité aux décisions et une place plus grande à l’échelon local ». Elle est ainsi très transparente : « En un mot : plus efficace dans la durée. Dans cette perspective, un petit groupe unifié et déterminé au sommet de FI ne suffira pas. Il nous faut disposer de centaines de cadres sur tout le territoire. Voir plus grand, plus large, suppose de faire vivre le pluralisme. ».

Mais comme Marine Le Pen avec le RN, Jean-Luc Mélenchon n’en veut pas. FI est devenu comme le RN, une PME qui a bien réussi mais qui est bien incapable de se transformer en grande entreprise parce que cela nécessite tout un tas d’accompagnements juridiques et politiques contraignants (démocratie interne, instance arbitrale interne, etc.). Ce sera aussi le problème du troisième pôle, la majorité actuelle, qui devra bien sortir un jour du macronisme politique si elle veut avoir une pérennité électorale au-delà de 2027.

Au travers de ses exigences, Clémentine Autain a beaucoup insisté sur la diversité, car elle-même est un électron libre et voudrait apporter la richesse de son expérience, mais aussi la richesse de nombreuses autres expériences que son mouvement serait capable d’entraîner : « Notre vitalité réside aussi dans notre diversité. (…) Plus nous serons une grande force, plus des nuances voire quelques divergences apparaîtront. Il en va d’ailleurs de notre capacité à intégrer toujours plus de profils différents, de cultures politiques diverses. L’ampleur prise par notre mouvement et les attentes à notre égard nous obligent à accroître notre ancrage territorial et à faire vivre le pluralisme, qui représentent à mon sens deux marges de progression essentielles. ».

Certes, la députée FI ne voudrait pas revenir aux anciens modèles de parti qui figeraient des majorités internes et des minorités internes, mais elle veut se laisser la possibilité de départager par le vote quand il y a des désaccords importants : « le vote m’apparaît comme un recours ».

Autre sujet de préoccupation, continuer à faire vivre la Nupes durablement : « Si la FI doit être fer de lance, elle doit se garder d’agir de façon hégémonique avec les partenaires de la Nupes. (…) Parce que la Nupes est candidate au pouvoir, sa construction, son affirmation à toutes les échelles est déterminante. ». Le mot "hégémonique" est très fort et est un reproche très grinçant contre la manière de diriger de Jean-Luc Mélenchon qui attendait depuis 2008 pour humilier ses anciens camarade du PS grâce auquel il est pourtant ce qu’il est devenu sur la scène médiatique. Pour Clémentine Autain, il faut multiplier les instances où le travail en commun se réalise : « Plus nous aurons d’espaces de production en commun, plus nous serons reliés et forts. ». En somme, la méthode de Robert Schuman appliquée à la Nupes ! La conclusion de la députée, c’est qu’il faut que FI s’ouvre pour trouver « une proposition politique et des incarnations qui parlent au "peuple de gauche" et à tous ceux qui, écœurés de la politique et aujourd’hui abstentionnistes, sont sensibles aux idées émancipatrices » (on voit l’importante préoccupation sociétale de Clémentine Autain).

C’est inutile de dire que Clémentine Autain sera probablement frustrée par les réponses qu’elle n’obtiendra pas à ses propositions de transformations fonctionnelles de France insoumise car ce n’est pas dans l’intérêt de Jean-Luc Mélenchon qui, même en retrait, souhaite encore avoir une influence déterminante dans la vie politique française entre 2022 et 2027.

Pour terminer, deux remarques amusantes dans le service après-vente. Dans l’article présentant cette analyse sur CNews, il est écrit : « Élément central de l’alliance de gauche observé lors de la dernière présidentielle et des législatives 2022 : le Parlement. Place forte de la Nupes avec une majorité de députés y siégeant, ce lieu a une importance stratégique pour la gauche. ». Le journaliste qui a écrit cela n’a dû rien comprendre à l’analyse de Clémentine Autain, car il ne s’agissait pas du Parlement (français), mais du "parlement de la Nupes", une instance qui permettait de réunir un grand nombre de responsables venus de divers horizons politiques et culturels pour les faire travailler ensemble. Il ne s’agissait donc pas du Parlement dans les institutions républicaines, mais d’un groupe de travail interne à la Nupes !

Enfin, dans "20 minutes", en réaction à l’article présentant les propositions de Clémentine Autain, un internaute écrit, en parlant de la députée, de manière très inattendue (j’ai corrigé les fautes) : « Enfin une qui se réveille. Il est temps. Ce parti fonctionne comme celui du RN, pas d’élection interne et un petit groupe très restreint qui commande. C’est dommage que cette personne soit dans ce parti, elle serait mieux chez LREM ou au MoDem. ». Rideau !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 août 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Clémentine Autain.
Éric Coquerel.
Jean-Luc Mélenchon.
Danièle Obono.
François Ruffin.
Sandrine Rousseau.
Pour ou contre M… ?
Sous la NUPES de Mélenchon.
La consécration du mélenchonisme électoral.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220821-clementine-autain.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/clementine-autain-prepare-t-elle-243366

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/08/24/39605328.html











 

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28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 16:55

« Qu’importe après tout que les mots manquent ou trébuchent, s’ils parviennent, fugitivement du moins, à ramener parmi nous l’Algérie exilée et la mettre, avec ses plaies, à un ordre du jour dont enfin nous n’ayons pas honte. » (Albert Camus).





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Albert Camus était très lié à l’Algérie (c’est un euphémisme) mais il n’a pas eu le temps de connaître la fin de la guerre d’Algérie. Il y a soixante ans, le 5 juillet 1962, l’Algérie est devenue indépendante de la République française. Cette date est la conséquence des Accords d’Évian du 18 mars 1962. A priori, le cessez-le-feu devait être appliqué à partir du 19 mars 1962 et la paix devait régner, mais l’année 1962, après ces accords, fut au contraire marquée par de nombreux massacres entre Algériens et Européens, commis par différents "partis".

Lors de la réception des représentants des rapatriés d’Algérie au Palais de l’Élysée le 26 janvier 2022 à Paris, le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé un discours très important où il a rappelé quelques mauvais souvenirs : « J’ai souhaité (…) que vos voix puissent être rassemblées pour transmettre cette mémoire, pour dire l’attachement de la France aux rapatriés, à leurs familles. Et pour continuer de cheminer sur la voie de l’apaisement des mémoires blessées de la guerre d’Algérie, vous savez mon engagement su ce sujet. (…) À cette terre évanouie de vos parents ou de votre enfance, vous devez vos leçons de bonheur. Et votre arrachement, je le sais, à cette terre, fut une peine inconsolable.  (…) L’histoire des rapatriés d’Algérie est l’histoire d’un amour charnel pour cette terre, d’effort, de labeur pour la faire fructifier. Puis l’histoire d’un exode et d’un exil, l’exode contraint et subi de Français nés dans cette France de l’autre côté de la Méditerranée et pris dans la tourmente de la guerre, puis l’exil déraciné au sein de leur propre patrie. ».

Et Emmanuel Macron d’évoquer le souvenir de deux massacres.

Le massacre de la rue d’Isly à Alger le 26 mars 1962 où l’armée française a tiré sur une foule de manifestants, « attisée par l’OAS » pour exprimer son attachement à l’Algérie française : « Ce jour-là, les soldats français déployés à contre-emploi, mal commandés, moralement atteints, ont tiré sur des Français. Il est plus que temps de le dire. Ce qui devait être une opération de maintien de l’ordre s’acheva par un massacre, un massacre dont aucune liste définitive des victimes ne fut établie, qui fit des dizaines de tués et des centaines de blessés. Les familles ne purent pas enterrer dignement leurs morts. Les obsèques religieuses furent interdites. Les corps convoyés directement au cimetière par camions militaires au jour et à l’heure choisis par les autorités. Le choc fut immense pour les citoyens qui se pensaient auparavant protégés par l’armée française et qui voyaient se retourner contre eux le glaive qui devait les défendre. (…) En métropole, le drame fut passé sous silence. Soixante ans après, la France reconnaît cette tragédie. Et je le dis aujourd’hui haut et fort : ce massacre du 26 mars 1962 est impardonnable pour la République. ».

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Puis, après avoir parlé de « ce cycle infernal d’attaques, de vengeance, [qui] faucha sa moisson de morts, des Français, mais aussi des Algériens et des Algériens musulmans », il a évoqué un autre massacre. Car le soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie est aussi celui d’un massacre, celui commis dans les rues d’Oran ce 5 juillet 1962 : « Ce massacre, lui aussi, doit être regardé en face et reconnu. La vérité doit être de mise et l’histoire transmise. Il nous faut aussi raconter ces mois d’adieux, de déchirures où des Français d’origine métropolitaine, européenne, où des populations installées depuis des siècles, comme certains Juifs d’Algérie, furent poussés à cette extrémité insupportable, la valise plutôt que le cercueil. Leur fuite devient un exode brutal, massif, désordonné (…). On quitte sa maison, son appartement ; sans même savoir si l’on a fermé la porte, on se rue vers les navires ou l’aéroport pour se frayer un chemin de survie pour soi, pour sa famille, pour ses proches. ».

À Oran, ce 5 juillet 1962, une foule d’Algériens a manifesté leur joie (comme depuis quatre jours) pour l’indépendance reconnue de leur pays après les atrocités d’une guerre civile. L’ambiance y était détendue et apaisée d’autant plus que les éléments armés de l’OAS s’étaient retirés. L’armée algérienne dirigée par le capitaine Bakhti n’est composée que de quelques centaines d’hommes, tandis que l’armée française dirigée par le général Joseph Katz était présente, composée de 18 000 hommes. Soudain, peu avant midi sur la Place d’Armes, des tirs furent entendus et des Européens furent lynchés. D’autres furent arrêtés et furent tués ou ont disparu.

L’article apparemment bien référencé de Wikipédia parle ainsi des scènes d’horreur : « Les hommes armés se ruent sur les immeubles, enfoncent les portes des appartements, ouvrent le feu dans les restaurants, arrêtent, enlèvent, égorgent, au hasard des rencontres. Des rafales de mitraillette balaient les terrasses des cafés, les porches, les voitures. Sur les atrocités commisses, de nombreux témoignages se recoupent : exécutions sommaires d’Européens et d’Algériens soupçonnés de leur avoir été favorables, scènes de lynchage (…), actes de torture (pendaison, pendaison à un croc de boucher, mutilations, énucléations), il semblerait que cette vendetta véhiculait deux messages, le premier serait un message de vengeance en perpétuant les mêmes sévices qu’ils aient pu subir et le second, celui de prévenir le peuple européen qu’il ne serait plus en sécurité. ».

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En tout, des centaines de Français furent tués, des historiens parlent de 700 à 800 morts ou disparus. Jean-Pierre Chevènement, à l’époque sous-lieutenant et affecté pour son stage de l’ENA auprès su conseil général de France à Oran, a expliqué en 1977 : « Ma principale tâche était de retrouver les huit cents disparus du 5 juillet. ». L’armée française n’est pas intervenue immédiatement et a laissé faire, probablement dans le souci de ne plus impliquer l’armée française après l’indépendance. Beaucoup de corps n’ont pas été retrouvés et le silence fut imposé par les autorités tant algériennes que françaises qui n’avaient pas rempli leur mission de protection. Les auteurs des tirs n’ont pas été identifiés, probablement provenant de l’ALN, l’armée provisoire du FLN.

Malgré cet éloignement dans le temps (deux à trois générations plus tard), la guerre d’Algérie a laissé derrière elle un traumatisme durable et reste un marqueur historique important dans la vie politique. Pour preuve, le tout premier discours de la XVIe Législature prononcé dans l’hémicycle le 28 juin 2022 par le doyen d’âge avant d’élire le Président de l’Assemblée Nationale. C’était le discours du président de la première séance, le nouveau député RN José Gonzalez (79 ans), né à Oran et rapatrié en France métropolitaine dans des conditions difficiles en 1962.

Et il a déclaré, plein d’émotion, aux députés nouvellement élus ou réélus : « En ce lieu sacré de la représentation du peuple français, de l’expression de la volonté nationale, vous voir réunis côte à côte, par ordre alphabétique, au-delà de toutes nos divergences, est un symbole d’unité française. Ce symbole touche l’enfant d’une France d’ailleurs que je suis, arraché à sa terre natale et drossé sur les côtes de Provence par les vents de l’histoire en 1962. J’ai laissé là-bas une partie de ma France et beaucoup d’amis. Je suis un homme qui a vu son âme à jamais meurtrie… Pardonnez mon émotion, je pense à mes amis que j’ai laissés là-bas. (Applaudissements). Je suis un homme qui a vu son âme à jamais meurtrie par le sentiment d’abandon et les périodes de déchirement. Comme nous tous, je n’en doute pas, je sais combien cette exigence d’unité française est nécessaire, notamment dans les temps complexes que nous traversons. J’émets le souhait, mes chers collègues, qu’elle éclaire nos débats et inspire nos décisions. ».

Fortement applaudie, et pas seulement par les 88 collègues du groupe RN du doyen, cette courte allocution d’ouverture de la législature a été fortement critiquée par certains députés FI qui y voyaient une apologie de l’OAS (ce qu’elle n’était pas). Dans tous les cas, même si ceux qui la critiquaient n’étaient pas encore nés à l’époque des faits, les passions politiques demeurent encore très intenses et prégnantes lorsqu’on évoque ce passé très trouble de l’Algérie.

Le cinéma a tardivement honoré de son art ce terrible massacre du 5 juillet 1962 à Oran, passé sous silence pendant si longtemps. En effet, Nicole Garcia a réalisé un très beau film, "Un balcon sur la mer" (sorti le 15 décembre 2010), avec comme acteur principal Jean Dujardin qui a profondément surpris par ce rôle qui n’a rien de comique (aux côtés de Marie-Josée Croze, Sandrine Kiberlain, Michel Aumont, Toni Servillo et Claudia Cardinale). Je recommande très vivement ce film tout en subtilité, très complexe, qui retrace avec authenticité l’attachement de Français européens à l’Algérie et les tragédies humaines des massacres et de l’exode.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le massacre d’Oran, 60 ans plus tard…
José Gonzalez.
Reconnaissance par Emmanuel Macron le 26 janvier 2022 de deux massacres commis en 1962 en Algérie (Alger et Oran).
Pierre Vidal-Naquet.
Jean Lacouture.
Edmond Michelet.
Jacques Soustelle.
Albert Camus.
Abdelaziz Bouteflika en 2021.
Le fantôme d’El Mouradia.
Louis Joxe et les Harkis.
Chadli Bendjedid.
Disparition de Chadli Benjedid.
Hocine Aït Ahmed.
Ahmed Ben Bella.
Josette Audin.
Michel Audin.
Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
François Mitterrand et l'Algérie.
Hervé Gourdel.
Mohamed Boudiaf.
Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
Abdelaziz Bouteflika en 2009.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220628-jose-gonzalez.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/07/06/39547586.html










 

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