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27 août 2022 6 27 /08 /août /2022 05:04

« Pour l’emporter dans la course de vitesse engagée avec la Macronie et l’extrême droite, il faut emporter la dynamique dans la société. » (Clémentine Autain, le 21 août 2022).



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Ma question du titre est volontairement provocatrice (elle avait tenté de se présenter déjà en 2007), mais Clémentine Autain a fait l’actualité politique cette semaine. Pas étonnant puisque l’université d’été des insoumis (les "AMFIS") a lieu à Valence du jeudi 25 au dimanche 28 août 2022, dans le prestigieux Palais des Congrès à Châteauneuf-sur-Isère. Clémentine Autain participe à trois débats (le 25 sur le communisme et l’extrême gauche, puis sur la "révolution féministe" ; le 26 sur "le RN, néofascisme ou trumpisme à la française ?"). L’événement politique n’est pas négligeable puisque même des ministres ou anciens ministres y viennent débattre avec des députés FI, comme Marlène Schiappa, Clément Beaune, Olivia Grégoire ou encore Rachida Dati.

La date n’est donc pas un hasard du calendrier : le dimanche 21 août 2022, sur son blog, Clémentine Autain a écrit un certain nombre de réflexions pour fustiger le fonctionnement non démocratique de son mouvement, France insoumise, vaguement dirigé par Jean-Luc Mélenchon, et proposer quelques pistes d’amélioration. J’écris "vaguement" car FI n’est même pas une association. Donc, pas de statuts, pas d’assemblée générale, pas de bureau, pas de président, pas de trésorier. C’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon a trouvé l’astuce pour diriger ses troupes en dictateur omnipotent.

Le problème, c’est que lorsqu’on passe de 17 à 75 députés, le groupe FI est lui-même un parti véritable, présidé ici par Mathilde Panot. Pas de bol, le RN a obtenu bien plus de députés et Marine Le Pen a préféré la présidence du groupe RN à la présidence du parti RN (qui va devoir choisir entre Jordan Bardella et Louis Aliot). L’ancienne candidate du RN a compris que le pouvoir, dès lors qu’il n’y avait plus de majorité absolue, se trouvait au Parlement. Jean-Luc Mélenchon ne s’est même pas représenté aux élections législatives, trop fatigué pour faire toutes les semaines l’aller-retour entre Paris et Marseille (il a quand même 71 ans).

Or, le leadership de FI, et de la Nupes, c’est Jean-Luc Mélenchon, exclusivement lui, et l’existence politique de ce dernier va décroissante. On imagine mal qu’en 2027, à presque 76 ans, Jean-Luc Mélenchon se présente une quatrième fois à l’élection présidentielle. C’est pourtant sa personnalité, son talent politique et son éloquence, son audace et sa mauvaise foi aussi, qui ont permis à ce mouvement d’atteindre presque 22% à l’élection présidentielle, ce qui était peu prévisible encore au début de l’année. En clair, il faut que les insoumis se trouvent rapidement un leader de remplacement, ou plutôt, un candidat de remplacement. À l’évidence, Clémentine Autain est dans les starting-blocks même si elle ne le dit pas encore explicitement.

À 49 ans, elle a déjà derrière elle une longue carrière politique et surtout médiatique. Elle est connue des médias depuis plus d’une vingtaine d’années et a l’avantage de passer très bien à la télévision, photogénique, s’exprimant clairement, précisément et avec de la réflexion personnelle, pas sortie d’un moule idéologique même si la gauche est sa famille.

Ses aventures électorales n’ont pas commencé très favorablement, à part un mandat d’adjointe au maire de Paris (Bertrand Delanoë) chargée de la jeunesse entre mars 2001 et mars 2008, puis de conseillère municipale de Sevran de mars 2014 à juin 2020. Elle a également été élue conseillère régionale d’Île-de-France de décembre 2015 à juillet 2017, puis depuis juin 2021 (à cette élection, elle était candidate FI à la présidence de la région, échouant face à Valérie Pécresse, mais aussi face à ses rivaux et alliés de gauche Julien Bayou et Audrey Pulvar).

Elle était proche du parti communiste pendant longtemps, militante de l’UNEF. Mais elle a obtenu sa consécration quand elle s’est rapprochée de Jean-Luc Mélenchon et qu’elle a été élue députée de Seine-Saint-Denis avec l’étiquette FI en juin 2017, mandat qu’elle a renouvelé en juin 2022. Avec ce mandat parlementaire, elle trouve un écho particulier à sa parole qui était déjà très médiatique depuis la fin des années 1990.

Elle a un autre avantage sur ses autres camarades, c’est que son engagement politique est moins idéologique et plus sociétal, donc plus dans l’air du temps. Je m’explique : l’un de ses combats les plus prégnants est son féminisme. Il est issu aussi d’une très mauvaise "expérience", le terme est trop faible pour parler du viol dont elle fut la victime, et tous les combats qui concernent l’émancipation des femmes sont les siens, au risque peut-être de ne pas suivre une stratégique politicienne donnée. Sa sincérité et son authenticité ne peuvent donc pas être mises en doute. Du reste, son père chanteur et sa mère actrice (Clémentine Autain est devenue orpheline de mère à l’âge de 12 ans), elle-même actrice quand elle était très petite, l’ont habituée à être sur le devant de la scène. La politique aussi était dans la famille, un grand-père député (mort jeune aussi) et surtout un oncle, François Autain, parlementaire socialiste et ancien sous-ministre de François Mitterrand, qui est mort il y a deux ans et demi.

En réaction à la défaite de la liste FI aux élections européennes, dans une tribune publiée le 4 juin 2019 dans "Le Monde", avec sa camarade Elsa Faucillon, elle a lancé un appel à l’unité de la gauche autour des exigences sociales et écologiques. Elle s’est alors attirée les foudres des hiérarques mélenchonistes qui y ont vu un crime de lèse-mélenchonceté. François Ruffin était le seul député à ne pas la traiter de traître. Danièle Obono et Éric Coquerel n’étaient pas les derniers à condamner ouvertement l’initiative de Clémentine Autain.

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En été 2022, la situation politique de FI est très différente de l’été 2019 parce que Jean-Luc Mélenchon a eu un très beau score à la présidentielle et FI un groupe de députés nombreux. Mieux, Jean-Luc Mélenchon a réussi à fédérer la gauche non-macroniste dans un ensemble pourtant hétéroclite mais pour l’instant durable, la Nupes. La Nupes, c’était ce qu’attendait Clémentine Autain depuis une dizaine d’années.

Dans son blog sur Medipart, le 12 juillet 2022, elle écrivait : « L’accélération de l’histoire à gauche s’est jouée à une vitesse impressionnante, le temps d’un accord inédit avec la création de la Nupes. Ce qui nous a propulsés, c’est la défense d’un projet de transformation. (…) Je plaide ici pour un rassemblement qui ne soit pas dans l’entre-soi, mais tourné vers ce qui bouge, ce qui conteste, ce qui s’invente dans la société. ». Elle proposait ainsi une analyse de la séquence électorale qui venait de s’achever : « Notre irruption reconfigure l’ensemble de l’échiquier autour de trois pôles, auquel il faut bien sûr ajouter les abstentionnistes, que chaque bloc va chercher à attirer, à convaincre, puisque c’est celui qui réussira à en mobiliser le plus qui prendra la main. ». Les trois pôles, ce sont bien sûr la majorité présidentielle autour de Renaissance (ex-LREM), le RN et la Nupes autour de FI (quant à LR et l’UDI, ils se retrouvent aujourd’hui dans une sorte de no man’s land politique).

Dans son blog personnel, Clémentine Autain a écrit une nouvelle tribune plus précise le 21 août 2022 sur le fonctionnement de France insoumise, intitulée "LFI : franchir un cap pour gagner". C’est assez étrange de parler ainsi au lendemain d’une défaite électorale (car il faut rappeler tout de même que FI et la Nupes ont perdu les élections présidentielle et législatives ; avec tout le boucan médiatique qu’a fait Jean-Luc Mélenchon, on l’oublierait presque !).

Clémentine Autain plaide généralement contre les formes traditionnelles des partis politiques qui donnent une lourdes place aux batailles d’appareil et souvent, peu de place aux femmes : « Le désamour des Français à l’égard des partis, l’essor des réseaux sociaux, la volonté grandissante de chaque individu de pouvoir compter ou encore l’atomisation des lieux de sociabilité comme les grandes usines ou les centres de tri postal d’autrefois sont autant de réalités contemporaines qui imposent de nouvelles pratiques pour militer, convaincre, agréger. ».

Du coup, la députée de Seine-Saint-Denis a des mots très durs contre la "forme gazeuse" de FI. Certes, ce schéma nouveau est « plus souple, tourné vers l’action, très offensif sur les réseaux sociaux, débarrassé des batailles internes de congrès », mais en revanche : « Les lieux de la prise de décision restent flous, l’espace du débat stratégique n’est pas identifié, la partition entre le local et le national mériterait d’être redéfinie. ».

Elle a précisé plus clairement : « Reposant de fait sur un petit noyau de dirigeants, [les formes lâches] permettent difficilement d’agréger des cadres, d’en former de nouveaux pour animer un mouvement véritablement implanté sur tout le territoire et de profiter de la diversité des regards contenus dans le mouvement, celle qui permet d’affiner une orientation et de fidéliser des cadres militants ailleurs qu’au siège. ». Et avec un petit soupçon de "tuer le père" : « Sans identification claire des processus de décision, le gazeux désoriente et rend plus facile les procès en légitimité des décisions prises, même si la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, "clé de voûte" de la FI, a jusqu’ici joué en grande partie un rôle de légitimation. En outre, permettre la maîtrise et la compréhension des choix opérés, c’est aussi mieux résister à la décrue de l’engagement militant lorsque la situation nous est moins favorable. C’est pourquoi je suis convaincue que nous devons franchir une nouvelle étape organisationnelle. ».

Je suis plutôt convaincu que Jean-Luc Mélenchon n’a aucune envie de franchir cette nouvelle étape, car l’ambiguïté du processus de prise de décisions l’avantage énormément puisqu’il est le leader incontesté et on le voit bien entre les scores de FI à la présidentielle (autour de 20% en 2017 et 2022) et aux européennes (6%), sans son leadership (la tête de liste était une inconnue, certes méritante mais inconnue, Manon Aubry).

Dès lors qu’il sera créé une instance de décision, instance officielle, il faudra en donner la composition officielle, dire qui est membre et qui n’est pas membre, ce qui créera des susceptibilités et vexations, ou des déchirements comme à l’UMP en novembre 2012, et le grand timonier pourrait alors être un jour mis en minorité. Le flou, l’opacité, sont les formes les plus abouties du pouvoir absolu.

En clair, Clémentine Autain veut résolument préparer son mouvement dans l’après-Mélenchon, et à part la réactivité, elle ne voit pas d’autres avantages à ce flou politique : elle veut « une meilleure collégialité aux décisions et une place plus grande à l’échelon local ». Elle est ainsi très transparente : « En un mot : plus efficace dans la durée. Dans cette perspective, un petit groupe unifié et déterminé au sommet de FI ne suffira pas. Il nous faut disposer de centaines de cadres sur tout le territoire. Voir plus grand, plus large, suppose de faire vivre le pluralisme. ».

Mais comme Marine Le Pen avec le RN, Jean-Luc Mélenchon n’en veut pas. FI est devenu comme le RN, une PME qui a bien réussi mais qui est bien incapable de se transformer en grande entreprise parce que cela nécessite tout un tas d’accompagnements juridiques et politiques contraignants (démocratie interne, instance arbitrale interne, etc.). Ce sera aussi le problème du troisième pôle, la majorité actuelle, qui devra bien sortir un jour du macronisme politique si elle veut avoir une pérennité électorale au-delà de 2027.

Au travers de ses exigences, Clémentine Autain a beaucoup insisté sur la diversité, car elle-même est un électron libre et voudrait apporter la richesse de son expérience, mais aussi la richesse de nombreuses autres expériences que son mouvement serait capable d’entraîner : « Notre vitalité réside aussi dans notre diversité. (…) Plus nous serons une grande force, plus des nuances voire quelques divergences apparaîtront. Il en va d’ailleurs de notre capacité à intégrer toujours plus de profils différents, de cultures politiques diverses. L’ampleur prise par notre mouvement et les attentes à notre égard nous obligent à accroître notre ancrage territorial et à faire vivre le pluralisme, qui représentent à mon sens deux marges de progression essentielles. ».

Certes, la députée FI ne voudrait pas revenir aux anciens modèles de parti qui figeraient des majorités internes et des minorités internes, mais elle veut se laisser la possibilité de départager par le vote quand il y a des désaccords importants : « le vote m’apparaît comme un recours ».

Autre sujet de préoccupation, continuer à faire vivre la Nupes durablement : « Si la FI doit être fer de lance, elle doit se garder d’agir de façon hégémonique avec les partenaires de la Nupes. (…) Parce que la Nupes est candidate au pouvoir, sa construction, son affirmation à toutes les échelles est déterminante. ». Le mot "hégémonique" est très fort et est un reproche très grinçant contre la manière de diriger de Jean-Luc Mélenchon qui attendait depuis 2008 pour humilier ses anciens camarade du PS grâce auquel il est pourtant ce qu’il est devenu sur la scène médiatique. Pour Clémentine Autain, il faut multiplier les instances où le travail en commun se réalise : « Plus nous aurons d’espaces de production en commun, plus nous serons reliés et forts. ». En somme, la méthode de Robert Schuman appliquée à la Nupes ! La conclusion de la députée, c’est qu’il faut que FI s’ouvre pour trouver « une proposition politique et des incarnations qui parlent au "peuple de gauche" et à tous ceux qui, écœurés de la politique et aujourd’hui abstentionnistes, sont sensibles aux idées émancipatrices » (on voit l’importante préoccupation sociétale de Clémentine Autain).

C’est inutile de dire que Clémentine Autain sera probablement frustrée par les réponses qu’elle n’obtiendra pas à ses propositions de transformations fonctionnelles de France insoumise car ce n’est pas dans l’intérêt de Jean-Luc Mélenchon qui, même en retrait, souhaite encore avoir une influence déterminante dans la vie politique française entre 2022 et 2027.

Pour terminer, deux remarques amusantes dans le service après-vente. Dans l’article présentant cette analyse sur CNews, il est écrit : « Élément central de l’alliance de gauche observé lors de la dernière présidentielle et des législatives 2022 : le Parlement. Place forte de la Nupes avec une majorité de députés y siégeant, ce lieu a une importance stratégique pour la gauche. ». Le journaliste qui a écrit cela n’a dû rien comprendre à l’analyse de Clémentine Autain, car il ne s’agissait pas du Parlement (français), mais du "parlement de la Nupes", une instance qui permettait de réunir un grand nombre de responsables venus de divers horizons politiques et culturels pour les faire travailler ensemble. Il ne s’agissait donc pas du Parlement dans les institutions républicaines, mais d’un groupe de travail interne à la Nupes !

Enfin, dans "20 minutes", en réaction à l’article présentant les propositions de Clémentine Autain, un internaute écrit, en parlant de la députée, de manière très inattendue (j’ai corrigé les fautes) : « Enfin une qui se réveille. Il est temps. Ce parti fonctionne comme celui du RN, pas d’élection interne et un petit groupe très restreint qui commande. C’est dommage que cette personne soit dans ce parti, elle serait mieux chez LREM ou au MoDem. ». Rideau !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 août 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Clémentine Autain.
Éric Coquerel.
Jean-Luc Mélenchon.
Danièle Obono.
François Ruffin.
Sandrine Rousseau.
Pour ou contre M… ?
Sous la NUPES de Mélenchon.
La consécration du mélenchonisme électoral.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220821-clementine-autain.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/clementine-autain-prepare-t-elle-243366

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/08/24/39605328.html











 

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28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 16:55

« Qu’importe après tout que les mots manquent ou trébuchent, s’ils parviennent, fugitivement du moins, à ramener parmi nous l’Algérie exilée et la mettre, avec ses plaies, à un ordre du jour dont enfin nous n’ayons pas honte. » (Albert Camus).





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Albert Camus était très lié à l’Algérie (c’est un euphémisme) mais il n’a pas eu le temps de connaître la fin de la guerre d’Algérie. Il y a soixante ans, le 5 juillet 1962, l’Algérie est devenue indépendante de la République française. Cette date est la conséquence des Accords d’Évian du 18 mars 1962. A priori, le cessez-le-feu devait être appliqué à partir du 19 mars 1962 et la paix devait régner, mais l’année 1962, après ces accords, fut au contraire marquée par de nombreux massacres entre Algériens et Européens, commis par différents "partis".

Lors de la réception des représentants des rapatriés d’Algérie au Palais de l’Élysée le 26 janvier 2022 à Paris, le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé un discours très important où il a rappelé quelques mauvais souvenirs : « J’ai souhaité (…) que vos voix puissent être rassemblées pour transmettre cette mémoire, pour dire l’attachement de la France aux rapatriés, à leurs familles. Et pour continuer de cheminer sur la voie de l’apaisement des mémoires blessées de la guerre d’Algérie, vous savez mon engagement su ce sujet. (…) À cette terre évanouie de vos parents ou de votre enfance, vous devez vos leçons de bonheur. Et votre arrachement, je le sais, à cette terre, fut une peine inconsolable.  (…) L’histoire des rapatriés d’Algérie est l’histoire d’un amour charnel pour cette terre, d’effort, de labeur pour la faire fructifier. Puis l’histoire d’un exode et d’un exil, l’exode contraint et subi de Français nés dans cette France de l’autre côté de la Méditerranée et pris dans la tourmente de la guerre, puis l’exil déraciné au sein de leur propre patrie. ».

Et Emmanuel Macron d’évoquer le souvenir de deux massacres.

Le massacre de la rue d’Isly à Alger le 26 mars 1962 où l’armée française a tiré sur une foule de manifestants, « attisée par l’OAS » pour exprimer son attachement à l’Algérie française : « Ce jour-là, les soldats français déployés à contre-emploi, mal commandés, moralement atteints, ont tiré sur des Français. Il est plus que temps de le dire. Ce qui devait être une opération de maintien de l’ordre s’acheva par un massacre, un massacre dont aucune liste définitive des victimes ne fut établie, qui fit des dizaines de tués et des centaines de blessés. Les familles ne purent pas enterrer dignement leurs morts. Les obsèques religieuses furent interdites. Les corps convoyés directement au cimetière par camions militaires au jour et à l’heure choisis par les autorités. Le choc fut immense pour les citoyens qui se pensaient auparavant protégés par l’armée française et qui voyaient se retourner contre eux le glaive qui devait les défendre. (…) En métropole, le drame fut passé sous silence. Soixante ans après, la France reconnaît cette tragédie. Et je le dis aujourd’hui haut et fort : ce massacre du 26 mars 1962 est impardonnable pour la République. ».

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Puis, après avoir parlé de « ce cycle infernal d’attaques, de vengeance, [qui] faucha sa moisson de morts, des Français, mais aussi des Algériens et des Algériens musulmans », il a évoqué un autre massacre. Car le soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie est aussi celui d’un massacre, celui commis dans les rues d’Oran ce 5 juillet 1962 : « Ce massacre, lui aussi, doit être regardé en face et reconnu. La vérité doit être de mise et l’histoire transmise. Il nous faut aussi raconter ces mois d’adieux, de déchirures où des Français d’origine métropolitaine, européenne, où des populations installées depuis des siècles, comme certains Juifs d’Algérie, furent poussés à cette extrémité insupportable, la valise plutôt que le cercueil. Leur fuite devient un exode brutal, massif, désordonné (…). On quitte sa maison, son appartement ; sans même savoir si l’on a fermé la porte, on se rue vers les navires ou l’aéroport pour se frayer un chemin de survie pour soi, pour sa famille, pour ses proches. ».

À Oran, ce 5 juillet 1962, une foule d’Algériens a manifesté leur joie (comme depuis quatre jours) pour l’indépendance reconnue de leur pays après les atrocités d’une guerre civile. L’ambiance y était détendue et apaisée d’autant plus que les éléments armés de l’OAS s’étaient retirés. L’armée algérienne dirigée par le capitaine Bakhti n’est composée que de quelques centaines d’hommes, tandis que l’armée française dirigée par le général Joseph Katz était présente, composée de 18 000 hommes. Soudain, peu avant midi sur la Place d’Armes, des tirs furent entendus et des Européens furent lynchés. D’autres furent arrêtés et furent tués ou ont disparu.

L’article apparemment bien référencé de Wikipédia parle ainsi des scènes d’horreur : « Les hommes armés se ruent sur les immeubles, enfoncent les portes des appartements, ouvrent le feu dans les restaurants, arrêtent, enlèvent, égorgent, au hasard des rencontres. Des rafales de mitraillette balaient les terrasses des cafés, les porches, les voitures. Sur les atrocités commisses, de nombreux témoignages se recoupent : exécutions sommaires d’Européens et d’Algériens soupçonnés de leur avoir été favorables, scènes de lynchage (…), actes de torture (pendaison, pendaison à un croc de boucher, mutilations, énucléations), il semblerait que cette vendetta véhiculait deux messages, le premier serait un message de vengeance en perpétuant les mêmes sévices qu’ils aient pu subir et le second, celui de prévenir le peuple européen qu’il ne serait plus en sécurité. ».

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En tout, des centaines de Français furent tués, des historiens parlent de 700 à 800 morts ou disparus. Jean-Pierre Chevènement, à l’époque sous-lieutenant et affecté pour son stage de l’ENA auprès su conseil général de France à Oran, a expliqué en 1977 : « Ma principale tâche était de retrouver les huit cents disparus du 5 juillet. ». L’armée française n’est pas intervenue immédiatement et a laissé faire, probablement dans le souci de ne plus impliquer l’armée française après l’indépendance. Beaucoup de corps n’ont pas été retrouvés et le silence fut imposé par les autorités tant algériennes que françaises qui n’avaient pas rempli leur mission de protection. Les auteurs des tirs n’ont pas été identifiés, probablement provenant de l’ALN, l’armée provisoire du FLN.

Malgré cet éloignement dans le temps (deux à trois générations plus tard), la guerre d’Algérie a laissé derrière elle un traumatisme durable et reste un marqueur historique important dans la vie politique. Pour preuve, le tout premier discours de la XVIe Législature prononcé dans l’hémicycle le 28 juin 2022 par le doyen d’âge avant d’élire le Président de l’Assemblée Nationale. C’était le discours du président de la première séance, le nouveau député RN José Gonzalez (79 ans), né à Oran et rapatrié en France métropolitaine dans des conditions difficiles en 1962.

Et il a déclaré, plein d’émotion, aux députés nouvellement élus ou réélus : « En ce lieu sacré de la représentation du peuple français, de l’expression de la volonté nationale, vous voir réunis côte à côte, par ordre alphabétique, au-delà de toutes nos divergences, est un symbole d’unité française. Ce symbole touche l’enfant d’une France d’ailleurs que je suis, arraché à sa terre natale et drossé sur les côtes de Provence par les vents de l’histoire en 1962. J’ai laissé là-bas une partie de ma France et beaucoup d’amis. Je suis un homme qui a vu son âme à jamais meurtrie… Pardonnez mon émotion, je pense à mes amis que j’ai laissés là-bas. (Applaudissements). Je suis un homme qui a vu son âme à jamais meurtrie par le sentiment d’abandon et les périodes de déchirement. Comme nous tous, je n’en doute pas, je sais combien cette exigence d’unité française est nécessaire, notamment dans les temps complexes que nous traversons. J’émets le souhait, mes chers collègues, qu’elle éclaire nos débats et inspire nos décisions. ».

Fortement applaudie, et pas seulement par les 88 collègues du groupe RN du doyen, cette courte allocution d’ouverture de la législature a été fortement critiquée par certains députés FI qui y voyaient une apologie de l’OAS (ce qu’elle n’était pas). Dans tous les cas, même si ceux qui la critiquaient n’étaient pas encore nés à l’époque des faits, les passions politiques demeurent encore très intenses et prégnantes lorsqu’on évoque ce passé très trouble de l’Algérie.

Le cinéma a tardivement honoré de son art ce terrible massacre du 5 juillet 1962 à Oran, passé sous silence pendant si longtemps. En effet, Nicole Garcia a réalisé un très beau film, "Un balcon sur la mer" (sorti le 15 décembre 2010), avec comme acteur principal Jean Dujardin qui a profondément surpris par ce rôle qui n’a rien de comique (aux côtés de Marie-Josée Croze, Sandrine Kiberlain, Michel Aumont, Toni Servillo et Claudia Cardinale). Je recommande très vivement ce film tout en subtilité, très complexe, qui retrace avec authenticité l’attachement de Français européens à l’Algérie et les tragédies humaines des massacres et de l’exode.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le massacre d’Oran, 60 ans plus tard…
José Gonzalez.
Reconnaissance par Emmanuel Macron le 26 janvier 2022 de deux massacres commis en 1962 en Algérie (Alger et Oran).
Pierre Vidal-Naquet.
Jean Lacouture.
Edmond Michelet.
Jacques Soustelle.
Albert Camus.
Abdelaziz Bouteflika en 2021.
Le fantôme d’El Mouradia.
Louis Joxe et les Harkis.
Chadli Bendjedid.
Disparition de Chadli Benjedid.
Hocine Aït Ahmed.
Ahmed Ben Bella.
Josette Audin.
Michel Audin.
Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
François Mitterrand et l'Algérie.
Hervé Gourdel.
Mohamed Boudiaf.
Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
Abdelaziz Bouteflika en 2009.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220628-jose-gonzalez.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/07/06/39547586.html










 

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20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 04:19

« Vous êtes le pire du système, vous êtes l’incarnation du système. La famille Le Pen, depuis cinquante ans, elle vit de l’argent public, elle spécule sur la misère des gens. » (Xavier Bertrand, le 27 octobre 2015 sur Europe 1).



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L’ancien président de l’ancien Front national, Jean-Marie Le Pen fête son 94e anniversaire ce lundi 20 juin 2022. Comme cadeau d’anniversaire, même s’il n’était pas expressément adressé à lui, un groupe de 89 députés RN à l’Assemblée Nationale élus la veille. Beau cadeau d’anniversaire ! Un double anniversaire d’ailleurs car ce parti va bientôt célébrer son 50e anniversaire (à l’automne).

C’est certainement l’information la plus importante des élections législatives de juin 2022 : l’arrivée massive du Rassemblement national (ex-FN depuis 2018) au Palais-Bourbon. Elle dépasse en importance de loin la bonne performance des candidats de la Nupes (qui ont à peine fait mieux en nombre de voix) et enfin, la troisième information, le fait que la majorité présidentielle reste majoritaire à l’Assemblée Nationale mais sans majorité absolue, ce qui va rendre cette législature particulièrement difficile si ce n’est épuisante.

Cette venue massive s’est accompagnée d’un orage sur Paris en cette soirée d’élection du 19 juin 2022, comme si le ciel voulait tonner et dire son grain de sel. En voix, le RN a obtenu 18,7% des suffrages exprimés au premier tour le 12 juin et 17,3% au second tour du 19 juin, ce qui est énorme (il n’avait eu que 13% en 2017). En nombre de sièges, à l’issue du second tour, le RN a conquis 89 sièges, ce qui est encore bien plus élevé que les hypothèses les plus folles. Avec 89 sièges, Marine Le Pen va pouvoir saisir le Conseil Constitutionnel de manière totalement autonome, sans attendre qu’un autre groupe de l’opposition fasse une démarche conjointe. Cela fait plus de 15% des députés. Il faudra donc compter avec eux. Et même, l’idée que le RN soit le groupe le plus nombreux de l’opposition fait son chemin : en effet, si les élus de la Nupes se répartissent dans des groupes différents selon leurs partis respectifs, le groupe FI sera moins important que celui du RN. De plus, Marine Le Pen souhaiterait attirer des députés non encartés au RN, comme Nicolas Dupont-Aignan ou encore Emmanuelle Ménard. Certains nouveaux députés RN réclament déjà la présidence de la commission des finances, poste stratégique dans l’hémicycle réservé depuis quinze ans, selon le règlement intérieur, à un membre de l’opposition (rendez-vous le 30 juin 2022 pour l’élection très délicate de ce président). De quoi être sonné !

Jean-Marie Le Pen a vécu lui aussi cette émotion le 16 mars 1986. Grâce à la proportionnelle mise en place par François Mitterrand expressément pour aider le FN. Le leader d’extrême droite a en effet pu faire entrer à l’Assemblée Nationale 35 députés FN, lui permettant de créer et présider un groupe politique (à l’époque, il fallait 30 députés pour former un groupe politique). D’ailleurs, il a appelé son groupe Front national – Rassemblement national car cela permettait à des élus non encartés au FN de faire partie de l’aventure. Comme quoi, il n’y a jamais beaucoup d’imagination dans l’appellation des partis.

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Pour illustrer cette arrivée, l’excellent dessinateur Plantu a publié dans "Le Monde" un dessin représentant les députés FN enrégimentés et envahissant le Palais-Bourbon à la queue leu leu. Une drôle d’impression qui sera retrouvée probablement dans les jours actuels à l’Assemblée Nationale. La différence entre ces deux événements (espacés de trente-six ans), c’est que désormais, le RN et Marine Le Pen sont complètement banalisés. Les multiples oppositions à Emmanuel Macron l’ont bien compris puisque Marine Le Pen soupçonne aujourd’hui LR de faire le jeu de la majorité présidentielle (c’est le seul moyen pour pouvoir gouverner) et propose donc aux élus LR qui s’y opposeraient de la rejoindre. Quant aux députés FI, ils fustigent Emmanuel Macron d’avoir banalisé l’extrême droite alors qu’elle a été principalement banalisée par les médias depuis janvier 2011, bien avant l’existence politique d’Emmanuel Macron.

Quel retournement pour Marine Le Pen qui était prête à s’occuper de ses chats et prendre une paisible retraite ! Désormais, elle ne reprendra pas la présidence du RN et se concentrera sur la présidence de son groupe. Ce qui sera très nouveau pour elle car dans la précédente législature, elle n’était pas très présente et n’a quasiment rien fait comme travail parlementaire. Retournement effectivement. En automne 2021, Marine Le Pen était considérée comme en perte de vitesse, doublée sur sa droite par la venue soudaine dans le débat électoral du polémiste Éric Zemmour au point que les sondages le plaçait au-dessus de la candidate RN.

Les provocations à répétition du candidat de Reconquête (sur les prénoms, sur les enfants en situation de handicap, etc.) ont suffi à balayer l’éditorialiste, nostalgique d’une période idéalisée, qui voulait être Président de la République, tant à l’élection présidentielle qu’aux élections législatives, au point de faire perdre de ses candidats qui avaient pourtant démontré leur talent électoral (Guillaume Peltier par exemple).

L’original est une valeur sûre. Dans l’industrie, il existe des quantités de produits qui cherchent à proposer les mêmes choses que le produit d’origine et pourtant, c’est le produit d’origine qui souvent gagne la bataille commerciale car on préfère l’original à la copie (on l’imagine pour la pâte à tartiner Nutella ou pour le jeu Lego, entre autres nombreux exemples). Le Pen et le RN-FN, c’est pareil : l’original aura toujours une longueur d’avance sur toutes les autres ersatz, et au fil du demi-siècle que le RN-FN existe, il y en a eu beaucoup, des copies hors de contrôle.

La marque Le Pen a toujours eu la préférence des électeurs. Le journal "Libération" est revenu sur ce groupe des 35 députés FN à son trentième anniversaire en 2016, et s’est aperçu que la plupart des membres de ce groupe avaient quitté plus ou moins rapidement Jean-Marie Le Pen et le FN. Exactement comme les maires élus en juin 1995 qui se sont très rapidement éloignés du leader et du parti d’extrême droite.

La première scission de grande ampleur a eu lieu en décembre 1998 : le numéro deux du FN, Bruno Mégret, souhaitait une stratégie de conquête du pouvoir alors que Jean-Marie Le Pen préférait la provocation politique dans une opposition confortable pour l’ego et pour les finances. Résultat, il est devenu le "félon", emportant avec lui plus de la moitié des cadres locaux du FN. Deux années plus tard, le candidat Bruno Mégret mordait la poussière tandis que le grand chef était présent, à sa stupéfaction, au second tour de l’élection présidentielle de 2002.

D’autres séparations ont eu lieu par la suite, que ce soit sous Jean-Marie Le Pen ou sous sa fille Marine Le Pen. La plus connue est celle de Florian Philippot qui a claqué la porte en 2017 après avoir échoué aux législatives, mécontent d’une position floue sur l’Europe (il est pour le retrait de la France) ; il souhaitait créer un grand parti patriotique. Au bout de cinq ans, le résultat est un désastre pour Florian Philippot qui n’a même pas su être au niveau de Jean-Marie Le Pen version 1974, c’est-à-dire 0,7% à l’élection présidentielle, car il n’a même pas pu se présenter à l’élection présidentielle de 2022, faute de parrainages (il n’a eu qu’un seul parrainage !). Il s’est arrêté à la pandémie de covid-19 en reprenant à son compte les refrains complotistes des antivax. L’ancien numéro deux est devenu un marginal de la vie politique.

La redoutable marque fait aussi son effet même dans la famille. Ainsi, Marion Maréchal-Le Pen a été élue députée FN très jeune en 2012 (elle ne détient plus le record de jeunesse car un nouveau député FI polynésien l’a battue), mais dès lors qu’elle a quitté le FN-RN (pour Reconquête) et dès lors qu’elle a repris son patronyme Marion Maréchal, elle, qui était candidate à une position de suppléante, a été éliminée dès le premier tour comme une simple inconnue. On ne blasphème pas la marque qui vous a fait.

Séduit intellectuellement par Éric Zemmour, Jean-Marie Le Pen avait envisagé de le soutenir dans la campagne présidentielle, mais le polémiste ne lui en étant pas reconnaissant l’a laissé à sa retraite, si bien que le vieux leader a renouvelé son soutien à sa fille, malgré les différences, avec cette formule décidément qui fait mouche chez les Le Pen : il vaut mieux l’original à la copie. À cette heure, Jean-Marie Le Pen comptera un peu plus de bougies que de sièges attribués à ce nouveau groupe du RN. Mais sa fille compte bien en débaucher encore quelques-uns chez Les Républicains pour faire le compte…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La marque Le Pen fonctionne toujours aussi bien.
Législatives 2022 (10) : un train peut en cacher un autre.
Élysée 2022 (46) : le second débat télévisé Emmanuel Macron vs Marine Le Pen du 20 avril 2022.
Duel Emmanuel Macron vs Marine Le Pen du second tour du 3 mai 2017.
Avec Marine Le Pen, l’État de droit en peine.
Marine Le Pen : ne nous trompons pas de colère !
Programme 2022 de la candidate Marine Le Pen (à télécharger).
Philippe de Villiers.
Élysée 2022 (38) : Marine Le Pen et la Russie de Vladimir Poutine.
François Bayrou, le parrain de Marine Le Pen.
Robert Ménard.
Éric Zemmour et l’obsession de l’immigration.
Faut-il craindre un second tour Éric Zemmour vs Marine Le Pen ?
Jean-Marie Le Pen.
L’effet majoritaire.
Florian Philippot.
Bruno Mégret.
Jean-Frédéric Poisson.
Christine Boutin.
La création de Debout la Patrie.
Marion Maréchal.
Patrick Buisson.
Nicolas Dupont-Aignan.
Choisis ton camp, camarade !
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.

_yartiLePen2022062002






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http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/06/20/39525894.html









 

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24 mai 2022 2 24 /05 /mai /2022 03:21

« Jean-Luc Mélenchon a voulu humilier les socialistes et il a réussi. » (Jean-Louis Bourlanges, le 5 mai 2022 sur LCI).



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Grand-messe le samedi 7 mai 2022 à Aubervilliers. Y officiait en grand prêtre de la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale (NUPES), Jean-Luc Mélenchon, tout enivré non seulement de ses 22% au premier tour de l’élection présidentielle (ce qui, soit dit en passant, ne constitue pas une majorité des Français, très loin de là) et surtout de son bluff monumental, exprimé dès son interview sur BFM le 19 avril 2022, de prétendre à Matignon à l’issue des élections législatives des 12 et 19 juin 2022.

Je n’avais pas compris pourquoi Jean-Luc Mélenchon tenait tant à accoler l’adjectif "nouvelle" à "union populaire" (qui du reste n’est ni écologique ni sociale, mais écologiste et socialiste), c’est simplement pour la logotiser avec la lettre grecque nu qui pourrait faire penser au signe de la victoire (v), ce qui a fait pousser des oreilles de lapin à Julien Bayou ! Mais si Jean-Luc Mélenchon est aussi bon en analyste politique qu’il n’est connaisseur en lettres grecques, alors Emmanuel Macron n’a rien à craindre, car j’avais mis plusieurs années à comprendre pourquoi il utilisait la lettre grecques phi pour symboliser France insoumise et j’ai compris qu’il confondait fi et phi. On ne peut pas demander à tout le monde d’être des hellénistes distingués.

Ainsi, pour les mélenchonistes, se constitue progressivement, depuis le 10 avril 2022, une zone de seconde vérité, un monde parallèle, où ce que le Lider Maximo n’avait pas accompli par la présidentielle pourra s’accomplir en passant par la fenêtre, très étroite fenêtre, des législatives. Non seulement il a bluffé son monde, au détriment de la Constitution et de l’esprit des institutions (on n’est jamais candidat au poste de Premier Ministre, en tout cas, dans le vrai monde de la réalité actuelle, ici et maintenant, comme disait l’autre), mais la sauce a tellement tourné que le gourou a commencé à croire à ses propres délires, et sans doute aussi une partie de son électorat.

Heureusement, les Français sont un peu plus raisonnables que cet ancien apparatchik cyclothymique du PS se nourrissant sur la bête pendant plus d’une trentaine d’années, qui a été parmi les premiers à donner sa voix à Jacques Chirac en 2002. Évidemment, il s’en moque car son objectif depuis qu’il a quitté le PS en 2008 a été atteint ce 4 mai 2022, lorsqu’il a soumis les socialistes à ses propres caprices.

L’histoire se posera encore longtemps la question sur les raisons de cette soumission : pourquoi les socialistes résiduels du PS ont-ils accepté l’accord inacceptable de Jean-Luc Mélenchon ? Comme l’expliquait sur LCI le 5 mai 2022 le président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale Jean-Louis Bourlanges, toutes les convictions du PS depuis plus de soixante-quinze ans ont été abandonnées « d’un trait de plume, pour quelques circonscriptions, quelques plats de lentilles vraiment dérisoires ».

Parler de faillite idéologique des socialistes est déjà anachronique puisqu’il n’est plus question d’idéologie pour un macchabée. En tout cas, les socialistes ont fait une erreur d’appréciation qui risque d’être fatale à leur survie : croire qu’il y a eu 22% de mélenchonistes dans l’électorat et moins de 2% de socialistes.

En fait, on peut plutôt évaluer le "niveau de socialisme" entre 5% et 10% de l’électorat, peut-être même plus, mais la nullité de la candidate Anne Hidalgo, car il faut bien parler de nullité, tant sur la personnalité qui n’a jamais mobilisé une dynamique, que sur son programme fait de brics et de brocs wokistes, et que sur son expérience (la gestion désastreuse de la ville de Paris, son endettement colossal, ses incompétences en matière de circulation), et le vote utile ont défavorisé le PS au profit de FI.

Ce niveau 5 à 10%, on peut en effet l’estimer à partir des sondages à la fin de l’été 2021, quand aucune mécanique de vote utile n’était encore en place et que le contenu de la candidature Hidalgo n’était pas encore vraiment connu. Inversement, les vrais mélenchonistes, c’est-à-dire ceux des électeurs qui ont adhéré pleinement au candidat Mélenchon, sont plutôt entre 10% et 13%, c’est-à-dire le niveau des sondages avant la mécanique redoutable du vote utile. Les communistes aussi ont été "réduits" par le vote utile, puisqu’ils affichaient des scores beaucoup plus flatteurs dans les sondages d’avant mars 2022.

Seuls, à mon sens, les écologistes ont échappé à cette soustraction due au vote Mélenchon, n’ayant jamais réellement décollé au-delà des 5% d’intentions de vote dans les sondages depuis l’été 2021. De plus, ce sont les écologistes qui avaient tout à gagner à passer un accord avec FI aux législatives, puisqu’ils n’avaient aucun groupe à l’Assemblée Nationale et aucun autre parti capable de les aider à faire élire plus de 15 députés écologistes. C’est donc logique que EELV fût le premier parti à conclure un accord avec FI car sans cela, tous les candidats EELV se seraient fait laminer par leur très faible audience électorale.

En revanche, les socialistes n’étaient pas du tout dans cette situation. Implantés partout dans le pays, aux responsabilités dans de nombreuses collectivités (grandes villes, départements, régions), ils pouvaient espérer conserver leur groupe politique en restant fidèles à eux-mêmes et en refusant de s’allier avec un partenaire arrogant qui voudrait les humilier.

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Le jeudi 19 mai 2022, Jean-Luc Mélenchon a tenu une conférence de presse pour présenter le programme de la NUPES, en présence notamment du premier secrétaire du PS Olivier Faure et du secrétaire national d’EELV Julien Bayou. Et la moindre des observations, c’est de voir qu’après la joie irraisonnée de la convention du 7 mai 2022, Olivier Faure tirait une tête d’enterrement, de l’enterrement de son propre parti en écoutant un tel programme. Pour quelques plats de lentilles, comme le rappelait Jean-Louis Bourlanges, fin observateur de la vie politique !

Dans le préambule du texte du programme, il est indiqué que c’est « le fruit d’un travail collectif associant plusieurs organisations politiques, sur la base de programmes eux-mêmes élaborés en associant des milliers de citoyennes et citoyens, acteurs associatifs, syndicalistes, environnementaux, politiques ». Évidemment, pipeau que tout ça : jusqu’au 7 mai 2022, "on" a discuté gros sous, circonscriptions, investitures. Donc, ce n’est pas en douze jours qu’on fait un programme collectif (rappelons que le programme commun de la gauche a mis douze mois pour être rédigé et approuvé en 1971 et 1972 !). Ce préambule sur la collectivité du texte est plusieurs fois répété au cours de ce programme, tant ce n’est pas crédible qu’il y faut insister ! (méthode de propagande bien connue).

Donc, dès le départ, il y a tromperie sur la marchandise mais juste après ce court préambule, il y a l’introduction de Jean-Luc Mélenchon : voici que cela se clarifie, ce programme collectif est en fait celui d’un individu, Jean-Luc Mélenchon, qu’il présentait déjà en avril 2017 (eh oui !). On s’en doutait, c’est confirmé.

Alors, "amis" socialistes qui espérez encore revenir aux affaires, même dans longtemps, lisez bien ce qui va suivre, les propositions qui vous empêcheront définitivement de revenir un jour au gouvernement. Je n’ai inscrit qu’une partie des mesures les plus irresponsables, les plus autoritaires et les plus piège-à-électeurs.


I. Mesures irresponsables (du genre "on rase gratis") :

1. « Passage aux 32 heures dans les métiers pénibles ou de nuit immédiatement, et leur généralisation par la négociation collective ».

2. « Sixième semaine de congés payés » (et il y a « etc. » indiqué à la fin, y aurait-il d’autres concepts de jours de congés que les congés payés ?).

3. « Abroger la loi El Khomri » (qui a été adoptée uniquement par la majorité socialiste en 2016 : pourquoi le PS veut-il tuer ses bébés législatifs ?).

4. « Supprimer les stock-options » (il faudra dire comment on motive les meilleures compétences quand on démarre des activités d’innovation qui sont pourtant encouragées par ailleurs).

5. « Restaurer le droit à la retraite à 60 ans à taux plein ». Alors que l’espérance de vie augmente, que le nombre des boomers déséquilibre déjà les comptes sociaux et que c’était 65 ans il y a quarante ans.

6. « Supprimer les lignes aériennes quand l’alternative en train est inférieure à trois heures ». La conséquence, ce sera la fermeture de compagnies aériennes ou de lignes régionales "autorisées" car certaines lignes "courtes" pouvaient permettre de compenser économiquement d’autres lignes non rentables dans un fragile équilibre fnancier.

7. « Stopper l’étalement urbain : renoncer aux grands projets d’infrastructures inutiles et écologiquement néfastes ». Aucun projet déjà avancé n’est inutile, sinon on n’aurait pas financé leur étude. Cette mesure pipeau est cependant plus encore irresponsable, car cela signifie la construction de tours d’habitation comme dans les années 1960 et 1970 et on se poser la question dans les années 2050 : mais pourquoi donc a-t-on construit des tours dans les années 2020 ? (ça vous rappelle quelque chose ?).

8. « Instaurer une taxe significative sur les transactions financières ». Lorsque la France sera ruinée, on essayera de comprendre pourquoi. Mais ce sera trop tard.

9. Refus d’appliquer les traités européens sur lesquels la France s’est engagée : « Quand nécessaire, cesser d’appliquer les normes incompatibles avec les engagements écologiques et sociaux contenus dans notre programme. (…) Le contexte de remise en cause des règles européennes face aux urgences joue en notre faveur. ».


II. Mesures autoritaires car elles nient la liberté des personnes ou la complexité des situations :

10. « Instaurer un quota maximal de contrats précaires dans les entreprises » sans se soucier du secteur dans lesquelles elles évoluent.

11. « Lutter contre l’artificialisation des sols et la pêche illégale ».

12. « Interdire immédiatement les plastiques à usage unique ». Sans se poser la question de la spécificité de certaines usages, par exemple en milieu hospitalier, ou en période de pandémie.

13. « Former l’ensemble des citoyens dans le cadre d’exercices annuels obligatoires de sécurité civile, en matière sanitaire, nucléaire, d’inondation ou de feux de forêt ». Ah, voici la république bolivarienne qui s’annonce ! D’inspiration chinoise probablement.

14. « Instaurer une tarification progressive et différenciée [de l’eau] selon les usages pour lutter contre les mésusages et les gaspillages ». Pour différencier, il va falloir que l’État connaisse exactement la destination de chaque millilitre d’eau consommée par les citoyens. Comme traçage intrusif de la vie privée, il n’y a guère mieux.

15. Confiscation des successions au-delà de 12 millions d’euros (déjà proposé en janvier).

16. « Rehausser le seuil minimal de logements sociaux par commune (loi SRU) à 30%, augmenter les sanctions contre les communes hors la loi et ordonner aux préfets de se substituer systématiquement aux maires défaillants ». La loi permet déjà aux préfets de prendre les commandes, la rédaction de cette mesure montre que ce programme n’a aucune considération vis-à-vis des maires. Si on arrivait à faire appliquer le seuil de 25%, ce serait déjà pas mal.

17. « Utiliser le droit de réquisition et les surtaxes pour lutter contre les logements vacants, et les remettre en location ».


IIII. Mesures pipeaux qui prennent les électeurs pour des imbéciles :

Beaucoup de mesures sont bisounours (dépolluer l’Atlantique et la Méditerranée par exemple) sans montrer un début de commencement de comment les financer, mais vu que la réponse sera : en faisant payer les riches, j’ai évité toutes les mesures abusivement dépensières pour ne pas surcharger l’article, car la plupart des mesures de ce programme devraient trouver refuge dans cette catégorie car la plupart sont floues, démagogiques et non mesurables.

Beaucoup de mesures (dans des secteurs entiers) sont des cahiers de doléances de certaines catégories professionnelles sans mettre en relation l’intérêt général (on appelle cela clientélisme : par exemple, les chercheurs, les acteurs de la culture, les enseignants, etc.). Le problème n’est pas de vouloir améliorer la situation de chacune de ses catégories qui en ont en général besoin, le problème est de définir une hiérarchie dans les priorités au nom de l’intérêt commun.

18. « Créer au moins un million d’emplois grâce à l’investissement dans la bifurcation écologique et sociale ». Seul problème, dans la notice, il n’est pas indiqué comment.

19. « Interdire les parachutes dorés et les retraites chapeaux », phrase qui, concrètement, ne signifie rien mais qui fait plaisir à entendre, c’est intégralement du populisme de gauche et jusqu’à maintenant, le PS s’était gardé d’en faire.

20. « Indemniser les chômeurs dès le premier jour de la fin de contrat ». Apparemment, aucune des corédacteurs de ce texte n’a été au chômage, ce qui est tant mieux pour eux, car ils n’ont aucune notion de ce qu’est l’administration. Même si Pôle Emploi devenait ultraperformant, il serait dans l’impossibilité de faire ce qui est indiqué, vu que pour faire une demande de droits, il faut déjà être effectivement en fin de contrat, et pour les calculer et les verser, cela prendra un peu plus que les dix minutes du premier rendez-vous. À moins que l’idée est de renforcer à fond l’efficacité de la fonction publique qui devra obtempérer à la première seconde d’une demande ?

21. « Garantir le maintien du revenu en cas de reconversion et de formation ». Il n’est pas dit qui paiera alors ce revenu ? Les contribuables ? Le dernier employeur ? Un fonds spécialement créé pour cela ?

22. « Organiser une conférence sur l’organisation des collectivités territoriales et la décentralisation chargée de faire une proposition de simplification et de clarification du rôle de chaque échelon ». C’est la tarte à la crème dont il n’a même pas la recette.

23. « Annuler les cadeaux fiscaux accordés sans contrepartie aux plus grandes entreprises ces dix dernières années ». J’aurais pu le classer dans les mesures irresponsables, mais c’est tellement peu précis que cela ne signifie rien concrètement.

24. « Créer 300 000 emplois agricoles pour instaurer une agriculture relocalisée, diversifiée et écologique ». Ce programme n’a pas encore compris que les initiatives économiques sont des initiatives privées et que l’État peut les inciter, mais pas les créer lui-même.

25. « Garantir la gestion publique d’une liste des biens communs et services essentiels établie par référendum ». Complètement loufoque : comment établir une liste par référendum ? Qu’est-ce qu’un "bien commun" au sens mélenchonien du terme ?

26. « Interdire les pratiques cruelles [des animaux] » dont « broyage des poussins ». Intention louable (que j’approuve totalement), mais il va falloir remettre à jour ce vieux programme, car le broyage des poussins est désormais interdit.

27. « Interdire les licenciements boursiers ». Là encore, mesure irresponsable, mais le flou l’emporte sur l’irresponsabilité : que signifie "boursiers" dans cette mesure ? Qu’est-ce qu’un "licenciement non boursier" ? Cela fait plaisir aux électeurs de FI de l’entendre, rien de plus.

28. « Obtenir que la BCE transforme la part de dette des États qu’elle possède en dettes perpétuelles à taux nul ». Comment l’obtenir ? Mystère et boule de gomme.

29. « Faire racheter par la BCE la dette publique qui circule sur les marchés financiers ». Non seulement ce programme se moque du monde en voulant s’opposer aux traités européens en vigueur, mais ose quand même faire l’aumône auprès d’une institution qu’il déteste pourtant fortement. Naïveté… ou tromperie ? Pipeau, assurément.

30. « Refonder la taxe foncière pour la rendre progressive et pour que chacun paie à hauteur de son patrimoine total réel ». Visiblement, le programme ne sait pas comment est calculée actuellement la taxe foncière…

31. « Atteindre l’objectif de zéro sans-abri : doublement des places d’accueil (estimée aujourd’hui à 100 000) et simplification des dispositifs ». Objectif extrêmement louable et qui fait consensus, mais irréaliste (Emmanuel Macron l’avait promis aussi en 2017), car il ne s’agit pas seulement de places, de financement, mais aussi de dignité de la personne, et certaines personnes refusent des places qui leur étaient pourtant réservées par simple exercice de leur liberté personnelle. À l’époque Ministre du Logement, Christine Boutin avait posé publiquement la question : l’État doit-il les obliger à accepter ces places d’hébergement pour les empêcher de mourir de froid la nuit ? Peut-être que Jean-Luc Mélenchon a répondu à la question (auquel cas je devrais ranger cette mesure dans la deuxième catégorie et pas la troisième).

32. « Abolir la prostitution et garantir la dignité de la personne ».


IV. La grosse arnaque de la fausse union !

L’arnaque, c’est qu’à la fin de chaque chapitre, le programme explique que ce n’est que le programme de FI et que les autres partenaires sont parfois en désaccord majeurs avec lui. Alors, pour résoudre ce problème, le texte explique pour ces différences que ce sont des « points qui seront mis à la sagesse de l’Assemblée » alors que les pauvres partenaires de FI n’ont eu le droit de se présenter que dans une ultraminorité des circonscriptions éligibles. Là est l’humiliation politique, cette hypocrisie totale qui impose le programme de Jean-Luc Mélenchon à tous ses partenaires.

33. « Le PS et EELV ne soutiendront pas le droit de veto suspensif des comités d’entreprise sur les plans e licenciements. ».

34. « Le PS ne soutiendra pas la suppression de toutes les stock-options et la titularisation proposée à tous les contractuels de la fonction publique. ».

35. « Le PS proposera d’optimiser la durée de vie des centrales nucléaires, de planifier les travaux permettant de prolonger leur exploitation. ». En clair, le contraire du programme qui propose la fermeture de toutes les centrales nucléaires.

36. « EELV proposera l’octroi d’une personnalité juridique aux animaux et la reconnaissance de leurs droit fondamentaux. ».

37. « Le PS et le PCF ne soutiendront pas les propositions relatives à la chasse et à la corrida. ».

38. Peut-être que l’arnaque de l’union est la mieux illustrée à propos de l’OTAN qui est une position qui affecte notre stabilité et la paix, on le voit en Ukraine, puisqu’il y a deux positions incompatibles sur un sujet extrêmement important : « France insoumise proposera le retrait immédiat de la France du commandement intégré de l’OTAN, puis, par étapes, de l’organisation elle-même. (…) Le PS sera favorable au maintien de la France dans l’OTAN. ». L’arnaque, c’est que ce n’est pas une union mais une humiliation pour le PS puisque ses candidats seront ultraminoritaires face aux candidats FI.


La suite…

J’aurais pu faire une cinquième catégorie, les mesures qui avouent sans le dire que la politique d’Emmanuel Macron était la bonne. Par exemple : « repousser de deux ans le remboursement des prêts garantis par l’État (PGE) ». C’était la politique du "quoi qu’il en coûte" qui a permis de sauver de nombreuses entreprises en les aidant par des PGE. Cette proposition est donc une véritable reconnaissance de la politique pro-entreprises du Président de la République reconduit. Pareil pour la suppression de la taxe d’habitation sur laquelle le programme ne revient pas (ou j’ai mal lu ?).

Tout cela n’est évidemment pas exhaustif (c’est un véritable catalogue à la Prévert), et les propositions que je ne mentionne pas, je ne les approuve pas plus évidemment. Ce sont juste quelques exemples qui montrent que le programme de la NUPES qui est exclusivement le programme de Jean-Luc Mélenchon est irresponsable, autoritaire, populiste et hypocrite. Et les socialistes et les écologistes l’ont accepté sans ciller.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Législatives 2022 (4) : sous la NUPES de Mélenchon.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Pour Jean-Louis Bourlanges, c’est la capitulation et la bérézina !
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220507-nupes.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2022-4-sous-la-nupes-241701

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/20/39485012.html









 

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 03:32

« La découvertes des critiques de Trotski envers le régime stalinien, ses condamnations de son système en même temps que son soutien aux acquis qu’avait permis la révolution, ont constitué pour moi une véritable révélation, parce qu’elles m’ont enfin permis de comprendre ce qu’il y avait de contradictoire entre les idéaux communistes d’une art et ce que je pouvais savoir, ou pressentir, de la réalité de l’URSS et des pays de l’Europe de l’Est d’autre part. » (Arlette Laguiller).




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S’il y a bien une personnalité qui a horreur du star system, qui refuse les paillettes et la célébrité, c’est bien Arlette Laguiller qui fête ce vendredi 18 mars 2022 son 82e anniversaire. Et pourtant, c’est "notre" Arlette nationale, pour rien au monde "nous" ne l’échangerions contre une autre. Elle est un spécimen éclatant que tous les dinosaures n’ont pas disparu.

Car Arlette Laguiller s’est forgée une solide notoriété, qui a contribué à façonner l’histoire des élections présidentielles sous la Cinquième République. Si elle n’a pas été la première candidate révolutionnaire et  trotskiste (le premier, c’était Alain Krivine en 1969, qui vient de disparaître), elle a été la première femme candidate, à une époque où la libération de la femme était en cours, au milieu des années 1970 (elle a été candidate à l’élection présidentielle de 1974).

Beaucoup de téléspectateurs et électeurs ont alors découvert une jeune femme (elle n’avait que 34 ans) qui s’époumonait à utiliser au mieux, au plus dense, ses quelques minutes de gloire, de temps de parole audiovisuel comme la réglementation sur le temps de parole l’imposait. Dans cet exercice militant, Arlette Laguiller était probablement la meilleure, cette capacité à débiter un discours ressassé souvent sur le capitalisme, les exploiteurs, les travailleurs qu’on spolie, etc. à une vitesse folle était un véritable exploit et une partie de son talent oratoire.

Un exemple lors de sa deuxième campagne, le 14 avril 1981 sur Antenne 2.





En mars 2021, dans "Toujours militante", son dixième ouvrage de témoignage, Arlette Laguiller a expliqué sa participation à l’élection présidentielle de 1974 : « Notre espoir, en participant à cette campagne électorale, n’était pas, bien sûr, de remporter la victoire dans la course à l’Élysée, mais nous avions voulu, plus modestement et plus audacieusement aussi, permettre aux travailleurs, aux petites gens, à tous ceux qui en ont assez des mensonges et des belles promesses, d’exprimer aussi bien leur colère vis-à-vis des hommes en place que leur méfiance envers celui qui se dit du côté des travailleurs mais qui a si longtemps participé à des gouvernements au service des riches. ». Elle parlait bien sûr de François Mitterrand.

Dans son article dans la revue "Histoire Politique" n°44 de 2021, l’historien Gilles Vergnon explique qu’Arlette Laguiller avait gagné un peu de notoriété tant comme porte-parole de LO aux élections législatives de mars 1973 que comme syndicaliste chez son employeur, le Crédit Lyonnais et que militante féministe revendiquant l’IVG (elle a même participé à une émission de télévision sur la famille en juillet 1973) : « Son rôle dans la grève des employés du Crédit Lyonnais au printemps 1974, quelques semaines avant l’élection, lui apporte une once de notoriété supplémentaire, comme en témoigne un article de "Paris Match" le 25 mars 1974 qui la désigne, photographie à l’appui, sous le chapeau "Les femmes qui font l’événement", comme "la Piaget des banques en révolte", l’alter ego féminin de Charles Piaget, héros de la grève des Lip. Le choix de la direction de LO d’en faire sa candidature procès donc (…) d’un choix rationnel enraciné dans l’histoire de l’organisation. ».

Dans "Moi une militante" publié en mars 1974 (Georges Pompidou était encore vivant et l’échéance présidentielle prévue en 1976), Arlette Laguiller esquissait déjà sa propre candidature à la prochaine élection présidentielle. Elle représentait les travailleurs, au sens, les "vrais" travailleurs, et s’opposait ainsi au trotskiste Alain Krivine, le candidat concurrent, qui était "l’intellectuel".

En 1974, Arlette Laguiller a disposé de 553 parrainages d’élus locaux pour se présenter alors que 100 suffisaient. Tous les territoires étaient représentés, autant les zones très urbanisées que les contrées rurales. Elle représentait : « une candidature d’extrême gauche au premier tour pour voter contre Giscard et Chaban sans donner un chèque en blanc à Mitterrand » ("Lutte ouvrière" n°294 du 16avril 1974).

À chaque élection présidentielle, elle était même la candidate attendue, celle qui revenait sans cesse à la charge malgré des scores lilliputiens, au point de battre, devant Jean-Marie Le Pen, le record de présence à une élection présidentielle : six fois ! En 2007, elle avait 67 ans. C’est toute une vie ! Pendant la campagne officielle de chaque élection présidentielle entre 1974 et 2007, elle se faisait donc voir et entendre, même si son action était en continu, qu’elle haranguait aussi à la télévision pour les campagnes officielles des élections législatives, européennes, tout ce qui pouvait être au niveau national. Une telle persévérance est d’ailleurs à saluer, c’est sans doute le signe du meilleur brevet de militantisme et d’une conviction solidement acquise.

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Au départ, pour les deux ou trois premières participations, elle n’était pas vraiment connue, on la citait parce qu’il le fallait bien (égal traitement de tous les candidats). Mais l’élection de 1995 était un peu différente. Elle est devenue la star. Peut-être aidée des "Guignols de l’Info" (mais je pense, comme l’histoire de la pomme avec Jacques Chirac, que les "Guignols" n’ont fait que traduire une sympathie populaire préexistante, au mieux, ils l’ont amplifiée), Arlette Laguiller est devenue la caricature d’elle-même. Ovationnée pour ce qu’elle est, une personnalité politique désormais historique, aussi une vieille routarde (vocabulaire laid au féminin) de la politique.

Et l’aspect un peu froid du discours laissait place à son admirable sourire et finalement, à un courant de sympathie qui, assurément, ne lui aurait jamais permis d’être élue, mais qui lui a permis d’atteindre plusieurs fois le seuil des 5% des suffrages exprimés, ce qui était historique dans une démocratie libérale. Les 5,3% de l’élection présidentielle de 1995 étaient en effet remarquables, soit plus de 1,6 million d’électeurs, devant notamment Philippe de Villiers et Dominique Voynet. Et ce n’est pas la déshérence du PCF qui l’a aidée puisque le candidat communiste Robert Hue avait fait un meilleur résultat (8,6%) que son prédécesseur de l’élection de 1988, André Lajoinie (6,8%) concurrencé par le "dissident" Pierre Juquin (2,1%). En 1988, Arlette Laguiller ne faisait que 2,0% des voix.

Gilles Vergnon remarque : « Arlette Laguiller devient une véritable star des médias, chantée par Alain Souchon, invitée chez Michel Drucker ou Thierry Ardisson… Mais cette éphémère médiatisation s’appuie sur des résultats électoraux incontestables. (…) Pourtant, dans la durée, ces campanes successives, qui ponctuent un travail militant acharné et ininterrompu, n’ont finalement pas permis de déboucher sur une quelconque "percée" ni de stabiliser une force politique au niveau souhaité, encore moins de construire un "parti révolutionnaire". ».

La fin des années 1990 et début des années 2000 fut donc l’âge d’or de l’extrême gauche française, paradoxalement alors que le communisme international venait de s’écrouler en même temps que l’URSS. Fort de son score à l’élection présidentielle, Arlette Laguiller a gagné quelques mandats électifs locaux : en juin 1995, conseillère municipale des Lilas (jusqu’en mars 2001), en mars 1998, conseillère régionale d’Île-de-France (jusqu’en mars 2004).

En juin 1999, ce fut alors la consécration grâce à l’idée très audacieuse d’unification des forces trotskistes, alors que Lutte ouvrière (LO), le mouvement dont Arlette Laguiller était le porte-parole, avait toujours refusé des compromis électoraux. Aux élections européennes, effectivement, la liste menée par Arlette Laguiller et Alain Krivine a conquis 5 sièges (sur les 87 à pourvoir) avec 5,2% des voix. Arlette Laguiller a donc exercé pendant cinq ans un mandat de parlementaire européenne de 1999 à 2004. Avant 1999, LO et la LCR avaient toutefois déjà fait liste commune aux européennes, et en juin 2004, Arlette Laguiller était la numéro deux d’une liste menée par Olivier Besancenot.

À l’élection présidentielle de 2002, elle a amélioré son score précédent de 15 000 électeurs supplémentaires, avec 5,7%, confirmant qu’elle fait partie des figures importantes du paysage politique français, cinquième place sur seize candidats, devant entre autres Jean-Pierre Chevènement, Noël Mamère, Alain Madelin, Robert Hue, Bruno Mégret, Christiane Taubira, Corinne Lepage et Christine Boutin. C’était d’autant plus un bon score qu’Arlette Laguiller n’était pas la seule candidate trotskiste à cette élection présidentielle, puisqu’il y en avait trois ! Avec Olivier Besancenot (LCR), qui a eu 4,2%, et Daniel Gluckstein (PT), ce triumvirat de l’extrême gauche a recueilli près de 3 millions d’électeurs, soit un total de 10,4% du corps électoral ! En comptant les 19,2% de l’extrême droite (Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret), cela faisait beaucoup, 30% pour les extrêmes après cinq ans de gouvernement de la gauche plurielle.

En 2007, ce fut pourtant le reflux : Arlette Laguiller a livré son dernier combat présidentiel et n’a obtenu que 1,3%, elle a perdu les trois quarts de son électorat tandis que son concurrent trotskiste de la LCR, Olivier Besancenot, a maintenu son score avec 4,1% (il a même gagné près de 300 000 électeurs). La forte mobilisation électorale autour des trois principaux candidats, qui ont marqué une nouvelle génération : Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou, n’ont pas laissé beaucoup d’espace pour les extrémismes, de gauche mais aussi de droite (Jean-Marie Le Pen, Olivier Besancenot, Philippe de Villiers, Marie-George Buffet, Arlette Laguiller, José Bové et Gérard Schivardi) qui ont représenté autour de 20% de l’électorat au lieu de 30% en 2002. Olivier Besancenot, symbolisant la jeunesse et le renouveau militant, a fortement concurrencé la candidate LO, figure trop ancienne du trotskisme.

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Au début, la porte-parole de LO donnait des consignes de vote pour le second tour de l’élection présidentielle. En 1974 et en 1981, Arlette Laguiller a appelé à voter pour François Mitterrand pour ne pas décevoir ses électeurs de gauche mais sans illusion. En 1988, elle n’a pas donné de consigne de vote et en 2002, elle a refusé d’appeler à voter pour Jacques Chirac pour faire barrage au FN. En 2007, elle a appelé à voter pour Ségolène Royal au second tour.

Lutte ouvrière est une organisation très secrète et certains l’auraient même assimilée à une secte. Ce sont des militants aguerris, efficaces et tenaces et dans les campagnes électorales, locales ou nationales, ils peuvent être seulement deux dans une agglomération mais ils sont généralement les derniers la nuit à repasser parmi les colleurs d’affiches si bien qu’au petit matin, les "travailleurs" qui vont au boulot voient surtout les affiches LO recollées sur les autres partis ou candidats.

Dès le 8 décembre 2008, LO et Arlette Laguiller ont choisi Nathalie Arthaud comme nouvelle porte-parole et surtout, représentante attitrée de LO à l’élection présidentielle, et 2022 représente la troisième participation de Nathalie Arthaud.





Arlette Laguiller refuse de se dire à la retraite et à l’occasion, elle participe encore à des actions militantes (autrement dit, à des manifestations politiques). Le 9 octobre 2021, Arlette Laguiller a répondu aux questions politiques d‘Yves Thréard dans ses "grands entretiens" diffusés sur LCP, la chaîne parlementaire, où l’on comprend que malgré l’expérience politique, malgré l’ancienneté, l’utopie est toujours au bout du rêve de cette dame qui inspire une sympathie sincère qui est inversement proportionnelle à son audience électorale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

"La force électorale ? Les campagnes d’Alain Krivine et Arlette Laguiller (1969-1974)" par Gilles Vergnon ("Histoire Politique" n°44, 2021).

Arlette Laguiller.
Alain Krivine.
Pierre Juquin.
Romain Goupil.
50 ans de mai 1968.
Daniel Cohn-Bendit.
Nathalie Arthaud.
Philippe Poutou.
Rencontre surréaliste avec Trotski.
Trotski.
Les 200 ans de Karl Marx.
Le Capital de Karl Marx.
Totalitarismologie du XXe siècle.
La Révolution russe.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220318-arlette-laguiller.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/arlette-laguiller-et-les-240144

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/03/14/39388490.html








 

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12 mars 2022 6 12 /03 /mars /2022 16:09

« Je n’ai pas été élu Président de la République. Il m’a toujours manqué 99% des suffrages ! » (Alain Krivine).



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L’ancien candidat aux élections présidentielles de 1969 et 1974, longtemps porte-parole de la ligue communiste révolutionnaire, une structure trotskiste, Alain Krivine est mort à Paris ce samedi 12 mars 2022 à l’âge de 80 ans et demi (il est né le 10 juillet 1941). Parmi les acteurs de la "révolution" de mai 1968, le "jeune" Alain Krivine (il avait alors 27ans) était au service militaire affecté au régiment d’infanterie de Verdun quand il s’est présenté à la succession du Général De Gaulle afin de dire aux Français, paradoxalement, que « le pouvoir n’était pas dans les urnes ». Il ne fallait pas manquer d’audace et avoir des convictions révolutionnaires chevillées au corps qui n’ont jamais ramolli avec l’âge (je l’expliquais ici).

Qu’a pensé, qu’aurait pensé Alain Krivine de l’invasion russe en Ukraine, lui qui était originaire d’une famille juive ukrainienne partie se réfugier en France pour fuir les pogroms de la fin du XIXe siècle ? L’aurait-il passé au filtre de l’anticapitalisme ? ou plus simplement à celui du néo-impérialisme russe d’un autocrate qui a des visions messianiques au point d’accepter de tuer des dizaines de milliers, peut-être des centaines de milliers d’êtres humains ?

Gendre d’un historien socialiste peu connu mais très influent issu du PSU (Gilles Martinet), Alain Krivine n’a cessé de vouloir profiter des élections pour exprimer la parole révolutionnaire : « Nous voulons faire entendre la voix révolutionnaire de mai et juin 68 à la télévision. Cette candidature révolutionnaire tendra à dissiper les illusions électoralistes et parlementaristes du PC. Nous voulons rompre avec cette vision et affirmer une force sur la gauche du PC. ».

Alain Krivine a été choisi candidat de la Ligue communiste en son absence. À l’origine, on avait songé à son frère Jean-Michel Krivine, chirurgien communiste, à un ouvrier breton de 42 ans, André Fichaut, ou encore à une jeune militante de 31 ans, Janette Habel. Finalement, il fut retenu parce que, porte-parole de la JCR pendant mai 68 et ayant déjà derrière lui une quinzaine d’années de militant, il avait obtenu une petite notoriété et qu’il était un bon orateur, d’autant plus qu’il avait été brièvement arrêté et emprisonné.

Pour présenter sa candidature en 1969 (il a obtenu 229 parrainages, sur les 100 qu’il fallait à l’époque), le leader révolutionnaire avait bénéficié du soutien médiatique de nombreuses "pointures" intellectuelles comme Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Michel Leiris, Marguerite Duras, etc.

Ces signatures de maires, ce n’était pas rien de les collecter. Gérard Filoche, un ancien compagnon de route, à l’époque étudiant de 23 ans au moment de l’élection de 1969, passé ensuite au PS comme Henri Weber, a ainsi témoigné : « On partait des journées entières avec des sandwichs et une carte… pendant dix jours autour de Rouen, on n’a pas dû laisser un seul village sans voir son maire… on les trouvait dans le fond de la ferme, dans les champs, au bistrot de la place, chez eux. On découvrait une France inconnue qui n’était pas celle de notables. Ces maires échappaient aux consignes des états-majors des appareils politiques. ».

Ces parrainages provenaient de maires ruraux et la cartographie des signatures était presque l’inverse de l’implantation du mouvement révolutionnaire surtout présent dans les grandes agglomérations urbaines et étudiantes. Le journal "Rouge hebdo" du 21 mai 1969 précisait : « Dans leur immense majorité, ils sont maires de petits villages campagnards et exercent souvent les professions de leurs administrés… Ils n’approuvent pas le programme de la Ligue, mais leur situation les rend plus libres que d’autres à notre égard…. Les maires des petites communes sont moins sensibles aux pressions administratives et partisanes, d’autant que, dans un petit village, être maire n’ouvre pas forcément la voie des honneurs et même des profits substantiels. ».

L’historien lyonnais Gilles Vergnon ajoute que Pierre Mauroy aurait "toléré" des parrainages d’élus SFIO pour la ligue communiste, et que celle-ci a refusé le parrainage d’un député UDR : « La LC rejette le parrainage d‘un élu UDR, le docteur Jacques Moron, député de la Haute-Garonne, élu dans la "vague bleue" de juin 1968. À ce dernier qui allègue qu’un "pays qui refuserait d’entendre le porte-parole de ceux qui, il y a un an, ont ébranlé la France, ne serait pas digne du titre de République", Alain Krivine rétorque ne vouloir "en aucune façon du parrainage gaulliste" et dénonce la "mauvaise provocation" d’un "gaulliste futé" qui aurait délibérément tendu un piège. ». Apparemment, ni Marine Le Pen, ni Éric Zemmour ni Jean-Luc Mélenchon n’ont eu de tels scrupules en 2022 à propos de l’initiative de François Bayrou de proposer une banque de parrainages pour candidats en manque de signatures, qui reprend exactement l’argumentation (provocatrice ?) du député Jacques Moron.

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Lors de son déplacement de campagne à Londres le 30 mai 1969, le candidat Alain Krivine avait annoncé qu’il comptait sur « 200 à 300 000 suffrages ». Finalement, il a obtenu 239 104 voix (soit 1,06%), ce qui l’a pourtant déçu, car il était dernier, derrière le candidat inclassable Louis Ducatel. En 1974, Alain Krivine a terminé avec 93 990 voix (soit 0,37%), beaucoup moins, mais il devait se frotter à la concurrence de la candidature d’Arlette Laguiller (2,33%) et aussi à l’effet vote utile de François Mitterrand qui nourrissait un vrai espoir à gauche. En 1981, avec l’augmentation du seuil à 500 parrainages, Alain Krivine n’a pas pu se présenter et ne se présenterait plus à aucune élection présidentielle.

Depuis de la candidature de 1969, à chaque élection présidentielle en France, il y a eu systématiquement au moins un candidat trotskiste révolutionnaire, souvent deux, et même parfois, trois ! Ligue communiste puis LCR, Lutte ouvrière, MPPT, etc. avec, du côté LO, les candidatures d’Arlette Laguiller puis Nathalie Arthaud, sans discontinuer de 1974 à 2022 inclus, et pour la LCR puis NPA, celles d’Alain Krivine, Olivier Besancenot et Philippe Poutou en 1969, en 1974 et de 2002 à 2022 inclus. Le troisième courant trotskiste a été représenté par Pierre Boussel (MPPT) en 1988, Daniel Gluckstein (PT) en 2002 et Gérard Schivardi (PT) en 2007.

Avant 1995, chaque candidat trotskiste recueillait seulement autour de 1%, parfois moins, parfois un peu plus mais à peine. Mais à l’élection présidentielle de 1995, peut-être parce que la candidate Arlette Laguiller commençait à être connue et en quelque sorte, appréciée pour son talent de militante et sa ténacité électorale, elle a obtenu 5,3% des voix, soit devant Philippe de Villiers et Dominique Voynet, troisième force de la gauche derrière Lionel Jospin et Robert Hue, et surtout, dépassant le seuil pas seulement symbolique de 5%.

C’est à partir de cette élection que les deux "vieux" leaders trotskistes Arlette Laguiller et Alain Krivine ont décidé d’unir leurs forces (pour LO, c’était une vraie révolution) pour les élections européennes de juin 1999. En effet, le fait d’être capable d’atteindre le seuil de 5% des voix est crucial et aux européennes, s’ils étaient capables de renouveler l’exploit, cela leur permettrait, pour la première fois, de faire élire des parlementaires : des députés européens. C’est ce qui s’est donc passé : leur liste commune a atteint de justesse le seuil avec 5,18% et par conséquent, elle a obtenu 5 sièges au Parlement Européen : 3 LO et 2 LCR. Voici Arlette Laguiller et Alain Krivine bombardés députés européens pour cinq ans. Paradoxalement, ils se sont inscrits dans le même groupe que les communistes français, à savoir La Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (créée en 1993).

Pour Alain Krivine, c’est la consécration d’une quarantaine d’années de militantisme. Il est devenu respecté, reconnu, institutionnel et même, il a reçu des moyens, celui d’embaucher des collaborateurs parlementaires. Il a recruté un syndicaliste, un certain Olivier Besancenot qui fut candidat LCR aux élections présidentielles de 2002 et 2007 : ce dernier a obtenu respectivement 4,2% et 4,1%, ce qui est remarquable, tandis qu’en 2002, au sommet de sa popularité, Arlette Laguiller a atteint 5,7%, devant Jean-Pierre Chevènement (un coup très dur pour l’ancien ministre qui comptait obtenir 15%).

Selon l’historien Gilles Vergnon, il y a « incontestablement un "effet 1968" qui s’est prolongé au moins jusqu’en 2017 » (et même jusqu’en 2022) « qui oppose un "avant" marqué par des candidatures éphémères [quelques candidatures aux législatives de 1936, 1946, 1967] à un long "après-1968" de plusieurs décennies marqué par le systématisme et la régularité des candidatures, malgré les maigres résultats enregistrés dans la plupart des cas ».

Toujours selon Gilles Vergnon dans un article dans la revue du Centre d’histoire de sciences po ("Histoire Politique" n°44 de 2021), ces candidatures d’extrême gauche révèlent « la présence d’une stratégie des organisations concernées, qui font de la présentation d’une candidature, un élément de construction ou de pérennisation d’un courant politique, qui les distingue dans la vaste nébuleuse des groupes révolutionnaires ».

Avec ce bâton de maréchal qu’est son mandat de député européen de juin 1999 à juin 2004, Alain Krivine a pu ainsi suivre le cours du monde avec plus d’échos et utiliser cette caisse de résonance pour faire avancer ses idées, en particulier au sein de la Commission juridique et du marché intérieur. Il a notamment questionné sur la persécution des homosexuels en Égypte, sur les paradis fiscaux et la taxation des transactions sur devises, sur la dette des pays pauvres, etc.

Malgré un monde en perpétuelle mutation depuis cinquante ans, Alain Krivine n’a pas bougé d’un iota sur ses convictions et jugeait assez sévèrement ses anciens camarades de mai 68 qui ont (beaucoup) "évolué" : « Il y a plein d’anciens, comme Cohn-Bendit et Goupil, qui sont devenus macronistes. Je crois qu’ils ont tourné parce que la situation a viré, mais je crois qu’ils ont tort. (…) Les gens en ont marre de Macron, mais il n’y a rien d’autre. » ("Le Dauphiné libéré" du 3 mai 2018).

Même le Président de la République Emmanuel Macron a rendu un hommage politique appuyé à Alain Krivine : « Ses révoltes jamais ne faiblirent, ses engagements jamais ne tiédirent. Faisant mentir ceux qui lui prédisaient que sa radicalité passerait avec l'âge, Alain Krivine vécut son existence le poing levé. Révolutionnaire corps et âme, il voulait changer la vie et ne changea pas d'avis, prenant part durant plus d'un demi-siècle à toutes les luttes d'émancipation, étudiantes, prolétaires, syndicalistes, féministes, antiracistes et antifascistes. (...) [Je] salue une vie d'engagement et de militantisme menée avec cette soif inaltérable, cet espoir inentamé de juste et d'égalité. ».

À quatre semaines du premier tour de l’élection présidentielle de 2022, Alain Krivine n’aura désormais plus à choisir. La révolution l’a percuté en pleine personne. On retiendra de lui qu’il a initié les très nombreuses et récurrentes candidatures d’extrême gauche, des candidats toujours fidèles au poste et toujours efficaces dans la recherche des parrainages, et bien sûr, on retiendra une fidélité inoxydable à ses idéaux de jeunesse, ce qui reste assez rare dans la vie politique. Par sa présence militante de longue durée, il a contribué à façonner une partie de l’histoire de la Cinquième République.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Biographie de Patrick Roger dans "Le Monde" du 12 mars 2022.

"La force électorale ? Les campagnes d’Alain Krivine et Arlette Laguiller (1969-1974)" par Gilles Vergnon ("Histoire Politique" n°44, 2021).

La fidélité dans les vieux dogmes.
Alain Krivine.
Pierre Juquin.
Romain Goupil.
50 ans de mai 1968.
Daniel Cohn-Bendit.
Nathalie Arthaud.
Philippe Poutou.
Rencontre surréaliste avec Trotski.
Trotski.
Les 200 ans de Karl Marx.
Le Capital de Karl Marx.
Totalitarismologie du XXe siècle.
La Révolution russe.

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5 décembre 2021 7 05 /12 /décembre /2021 17:10

« Vive la République ! Et surtout, surtout, vive la France ! » (Éric Zemmour, le 5 décembre 2021 à Villepinte).



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C’est parti, le candidat Éric Zemmour est lancé en pleine campagne. Si sa déclaration de candidature le 30 novembre 2021 a été doublement un flop (une vidéo de geek amateur et un JT 20 heures insipide), sans compter le doigt d’honneur du 27 novembre 2021 à Marseille, le candidat du nouveau parti Reconquête !, avec le point d’exclamation et un logo R! sensiblement identique à celui de LR, a réussi son premier meeting le dimanche 5 décembre 2021 au parc des expositions de Villepinte.

Quand j’écris "réussi", c’est sur la forme sans évoquer les "détails". Une assemblée de militants galvanisés, une énorme salle, et du charisme. Eh oui, Éric Zemmour est capable de charisme, ce qui n’était pas gagné d’avance. Ses interventions par exemple chez LR en 2018 ou 2019 étaient particulièrement soporifiques. Oui, Éric Zemmour est un orateur, plutôt un bon orateur, et même un excellent orateur. Au contraire de sa vidéo passéiste, il a su regarder son auditoire, utiliser les prompteurs, et ce n’est pas donné à tout le monde, et même ses lunettes étaient suffisamment discrètes pour passer inaperçues, et si on les remarquait, cela lui donnait un petit air d’intellectuel qu’il prétend être. J’imagine même qu’Éric Zemmour a dû rêver de ce meeting, pas seulement depuis qu’il est candidat, mais même bien avant, peut-être même depuis quarante-cinq ans peut-être.

Au-delà de ce côté réussi (il est capable d’être un tribun, ce qui n’est pas le cas de tous les candidats actuellement en piste ; c’est aussi une question d’entraînement), j’ai vu beaucoup d’impostures chez le candidat Zemmour.

La première imposture est sa candidature. Il hésitait, disait-il, et en commençant son meeting, il racontait que l’élection présidentielle devait se passer normalement, comme une formalité, et puis, il y avait un petit caillou dans la chaussure, un grain de sable dans la machine. Et Éric Zemmour, au lieu de dire que ce petit caillou, c’était lui, a plutôt dit, très habilement, que c’était "vous", ses militants venus à Villepinte, sans qui il ne se serait pas présenter.

Pourtant, ce n’est pas vrai. Dès le lendemain, le 6 décembre 2021, chez Jean-Jacques Bourdin, sur BFM-TV, Patrick Stefanini, le docte directeur de campagne de Valérie Pécresse, avait confirmé que dès "l’an dernier", Éric Zemmour l’avait contacté et lui avait demandé de devenir son directeur de campagne (ce sera finalement l’ancien major général de l’armée de terre Bertrand de La Chesnais, conseiller municipal RN de Carpentras). Patrick Stefanini avait refusé car il n’était pas en accord avec ses idées, mais il a conclu très justement cet épisode qui a duré quand même quatre mois par : « Depuis un an, il nous balade ! ». Éric Zemmour avait déjà pris sa décision depuis très longtemps.

L’autre imposture du début de campagne, sur le journal de 20 heures de TF1, le 30 novembre 2021, c’est que le candidat renierait déjà l’éditorialiste, refusant d’assumer tous les propos qu’il a écrits ou exprimés oralement dans ses nombreuses interventions dans les médias depuis au moins vingt ans. Et pourtant, il n’a pas changé, pire, il a sans arrêt mis des références à ses bouquins sur sa vidéo de campagne. C’est d’ailleurs le lot quotidien de tous les responsables politiques, de tous les candidats, leur mettre le nez face à leurs incohérences.

Éric Zemmour n’est pas le seul à subir cette épreuve du feu. S’il ne voulait pas qu’on parle des femmes, des victimes de Merah, des attentats du Bataclan, de Pétain, etc., il lui suffisait de ne pas en avoir parlé auparavant avec des propos polémiques. La question est bien : pourquoi en a-t-il parlé ? et pourquoi ne veut-il plus en parler alors que c’est lui qui a mis ces sujets sur la place publique ?

L’imposture des ralliements est réelle. On affirmait qu’il y aurait beaucoup de ralliements, et finalement, on ne peut pas dire que les quelques arrivées, ce soient des personnalités de premier plan : Jean-Frédéric Poisson, Christine Boutin, Laurence Trochu, Jacline Mouraut, Benjamin Cauchy, Éric Naulleau (qui affirme ne pas être rallié à son compère des médias), Joaquin Son-Forget, Lorrain de Saint-Affrique, Paul-Marie Coûteaux, Vijay Monany…

Là aussi, imposture, les trois premiers se revendiquent catholiques et c’est leur droit (de l’être et de le revendiquer), mais il ne doit pas s’agir de la même religion que celle du pape François qui, à Lesbos le 5 décembre 2021, a demandé à ce qu’on accueille tous les réfugiés. Entre les revendications chrétiennes et ce qu’elles devraient signifier, il y a un gouffre, celui qui veut politiser la religion.

Sur le plan sanitaire, les masques étaient peu visibles, et peu portés par les orateurs du premier rang. Absence de masque, contacts physiques (poignées de mains), absence de distanciation physique… Éric Zemmour a fait comme si la pandémie de covid-19 n’existait pas alors qu’elle tue actuellement en France entre 150 et 200 personnes chaque jour et qu’il y a plus de 60 000 nouveaux cas chaque jour. Non seulement il n’a aucun sens des responsabilités, mais son meeting pourrait être le dernier du genre pour le temps de la cinquième vague.

Autre imposture sur la forme du meeting : c’était un meeting violent. Un homme l’a agressé à son arrivée dans la salle. Il a semblé n’être blessé qu’à la fin du meeting. C’est condamnable et personne ne pourra soutenir décemment l’agresseur (qui est actuellement en garde-à-vue). On a beau s’opposer à un orateur aux idées violentes, la violence ne résout rien et en démocratie, elle est condamnable car personne n’empêche personne de s’exprimer.

Mais c’est une autre violence qui a fait surtout les titres de journaux, également condamnable : des militants de SOS Racisme sont venus pour provoquer les militants zemmouriens et parmi ces derniers, certains zouaves sont tombés dans le piège et les ont violentés. Or, aussi provocateurs soient-ils, c’est de la responsabilité du candidat d’avoir un service d’ordre compétent et d’éviter toute violence, sûrement pas de l’amplifier. D’ailleurs, comment qualifier un candidat qui sème la violence sur son passage ? Sûrement pas un rassembleur.

Deux jours plus tard, le 7 décembre 2021, chez Jean-Jacques Bourdin sur BFM-TV, Éric Zemmour a rejeté sa responsabilité à la manière d’un gosse de l’école primaire : c’est pas moi, c’est les autres. Eh bien non, c’est le rôle du candidat de faire régner l’ordre chez lui. Pire, pour quelqu’un qui prône sans arrêt la sursécurité à tout bout de champ, ne même pas être capable d’assurer la sécurité de ses soutiens montre qu’il serait un bien piètre Président incapable de garantir la sécurité de tous les Français (et Françaises bien sûr). C’est une imposture de plus.

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Ah, toujours dans le registre démagogique, fustiger l’élite. Quelle imposture ! Éric Zemmour est l’un des meilleurs représentants de cette élite parisienne tant décriée. Il a fustigé les journalistes qui ne sont pas d’accord avec lui, les a bousculés. D’ailleurs, très bientôt, un certain nombre de journalistes vont tomber dans le piège du provocateur polémiste et vont publier une tribune dans un grand quotidien pour hurler leur victimisation et demander le droit à faire leur boulot pendant la campagne présidentielle. Savent-ils donc qu’ils font exactement ce que le diable Zemmour voulait qu’ils fissent, à savoir le placer lui-même dans la position de victime du système pour dire que l’élite le déteste ? Et pourtant, lui-même avait ces petites mœurs de l’élite, comme vouloir à tout prix être membre du Cercle Interallié, entre autres petites coquetteries d’élite. Imposture.

Inutile aussi d’en rajouter sur son amour du RPR fondé il y a exactement quarante-cinq ans, tout en fustigeant en permanence la politique et la personnalité de Jacques Chirac (alors que le RPR était exclusivement le parti de Jacques Chirac, comprenne qui pourra), mais on pourra dire la même chose de sa référence à De Gaulle alors qu’il trouve des circonstances atténuantes sinon des qualités à la politique antisémite de Pétain (qui, rappelons-le, ne distinguait pas les Juifs : il n’en aimait aucun, ni Juif français, ni Juif étranger).

Lorsque Jean-Jacques Bourdin, le 7 décembre 2021, lui a demandé quel serait son premier déplacement international s’il était élu (une question classique posée aussi aux cinq candidats LR lors d’un des quatre débats), Éric Zemmour a dit simplement qu’il n’y avait pas pensé, qu’il ne savait pas, avant de rajouter, prouvant l’imposture : en tout cas, pas à Berlin. Et pourquoi pas sinon par simple dogmatisme idéologique ? Cela pourrait très bien représenter un intérêt pour les Français. C’est d’ailleurs le cas, puisque tous les nouveaux élus, d’Allemagne ou de France, font leur premier déplacement chez l’autre, dans le cadre de cette amitié franco-allemande qui est dans l’intérêt des deux pays. C’est pourquoi le nouveau Chancelier Olaf Scholz va rencontrer Emmanuel Macron le vendredi 10 décembre 2021 à Paris.

Sur le fond, l’imposture de dire qu’il faut moins de chômage, plus d’emplois, plus de réindustrialisation, plus d’aides aux PME… des propos complètement fades et sans intérêt avec lesquels tout le monde devrait être d’accord, des lapalissades, mais le problème, c’est la manière de diminuer le chômage, de réindustrialiser, etc. Or, sur le plan économique, il n’est resté que dans les idées générales, il n’a apporté aucune valeur ajoutée, aucune idée originale (même anti-économique), juste des yaka fokon. Tandis que le gouvernement a réellement fait baisser le chômage à 7%.

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Encore une imposture sur un plan plus arithmétique. Éric Zemmour a indiqué au début de son meeting que 15 000 personnes étaient présentes à Villepinte, mais le texte semblait préparé sur le prompteur bien avant le début du discours. En fait, BFM-TV a montré, au début du discours, les nombreux sièges vides. Un journaliste du quotidien "Le Parisien" aussi. C’est une imposture minime et particulièrement courante dans les années 1970 ou 1980. Éric Zemmour semble coincé dans un couloir du temps.

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En somme, Éric Zemmour est effectivement resté bloqué dans les années 1970, en faisant la politique de ces années-là, où les ténors respectaient peu les Français parce que ces derniers avaient moins la possibilité de s’informer et de s’instruire. Et quand Éric Zemmour, toujours chez Bourdin, a fait un portrait très irrespectueux du Président de la République (en salissant la fonction par son terme irrespectueux : "ce type"), en disant qu’il était un "adolescent pas fini", j’ai vraiment l’impression d’être dans une cour de récréation et de répondre : c’est celui qui dit qui est !...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Éric Zemmour, l’imposture permanente ?
Le Théâtre de Villepinte.
Élysée 2022 (17) : Éric Zemmour, l’adolescent retardé.
Faut-il craindre un second tour Éric Zemmour vs Marine Le Pen ?
Jean-Marie Le Pen.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Radio Kaboul dans les sondages : Éric Zemmour au second tour !
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Les prénoms d’Éric Zemmour.
Le virus Zemmour.
Le chevalier Zemmour.
Élysée 2022 (1) : un peuple d’ingouvernables ?
Les Républicains et la tentation populiste.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211205-zemmour.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/12/09/39254921.html






 

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23 octobre 2021 6 23 /10 /octobre /2021 03:38

« Se pose aussi notre capacité à traiter des sujets les plus sensibles, notamment ceux qui touchent à "l’humain" : sommes-nous vraiment aussi clairs et précis qu’on le croit sur l’immigration ? Pourquoi tant de nos compatriotes sont-ils encore persuadés que ce discours est "raciste" ? Comment doit-on parler aux Français issus de l’immigration ? » (note de Florian Philippot sur l’échec du FN diffusée le 17 juillet 2017).



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Le président du parti Les Patriotes Florian Philippot fête son 40e anniversaire ce dimanche 24 octobre 2021. C’est une occasion de m’attarder sur ce énième candidat à l’élection présidentielle qui pourrait faire paraphraser le Général De Gaulle par une nouvelle version du naufrage : la jeunesse est un naufrage !

Il aurait pu donner un coup de vieux à Marine Le Pen, mais Emmanuel Macron, un peu plus âgé, lui a volé la vedette. Florian Philippot a été la pièce maîtresse de Marine Le Pen pendant les premières années de celle-ci à la présidence du Front national. Souverainiste d’origine de gauche (il a voté pour Jean-Pierre Chevènement en 2002), Florian Philippot a été le premier énarque à aider le FN dans son combat politique (et comme François Hollande, il est diplômé à la fois de HEC et de l’ENA). Difficile de se prétendre anti-système lorsqu’on est énarque puisque ce sont bien les énarques qui sont au sommet de ce système. À l’Intérieur, Florian Philippot avait accès à beaucoup de données sur la délinquance et l’immigration pour les tordre et avoir des éléments tangibles en faveur des propositions sécuritaires du parti des Le Pen.

Dès son entrée au FN en 2011 (alors que Marine Le Pen venait d’en prendre la présidence), il a été très rapidement le principal conseiller de la fille Le Pen et ensuite le numéro deux officiel du FN (dès juillet 2012). Il a contribué à l’exclusion de Jean-Marie Le Pen du FN et à la gauchisation du discours de l’extrême droite. Grâce au FN, il a été élu député européen en mai 2014 et conseiller régional du Grand-Est en décembre 2015.

Très médiatique, d’allure plutôt sympathique et joviale (le sourire par exemple), Florian Philippot comptait conquérir le pouvoir avec ou sans le FN. L’incompétence de Marine Le Pen et sa nullité au cours du débat du second tour en 2017 ont convaincu le jeune ambitieux que son avenir était ailleurs (il a certes estimé que le débat n’y était pour rien, mais les discours anxiogènes contre l’immigration).

En septembre 2017, il a quitté le FN avec armes, bagages et quelques cadres. Pas beaucoup, mais suffisamment pour croire qu’il y a eu une scission. Les Patriotes, son nouveau parti qu’il préside, avait son nom protégé à l’INPI dès 2015, ce qui montre que cette séparation n’était pas spontanée mais calculée de longue date. Ont quitté le FN avec lui 2 députées européennes, Sophie Montel et Mireille d’Ornano, 30 conseillers régionaux (sur 358, dont deux qui étaient aussi députés européens, donc ici comptés deux fois) et 2 conseillers départementaux. C’est une scission donc assez limitée, encore plus limitée si on regarde le nombre de dirigeants du FN qui l’ont suivi (3 sur 124).

L’élection présidentielle de 2022 est donc cruciale pour Florian Philippot puisque c’est la première élection présidentielle après cette scission. Cependant, on sait à peu près quel est son niveau d’audience électorale dans l’électorat français puisqu’il a mené une liste nationale aux élections européennes de mai 2019 et qu’il n’a obtenu que 0,6%, même pas 150 000 voix ! Il n’a donc pas été réélu député européen, alors qu’avec l’étiquette du FN, il avait recueilli 29,0%, la première liste de sa circonscription, en menant la liste de la circonscription Est aux européennes de mai 2014 (au niveau national, le FN avait obtenu 24,9%, également à la première place). Du reste, la perte du mandat européen est une joie pour les contribuables européens car il faisait partie des députés européens qui ont le moins bossé pendant leur mandat (idem au conseil régional du Grand-Est).

Il faut être clair : la grande période du FN, "premier parti de France" en 2014, fut paradoxalement le FN de Florian Philippot. C’est pour cela qu’il s’est cru autosuffisant et qu’il a quitté la maison mère pour fonder sa propre boutique. Mais si la maison Le Pen est une PME, alors, lui, il n’est qu’un micro-entrepreneur (au sens fiscal du terme).

Plus dure encore est la comparaison aux deux élections régionales où il a mené une liste. En décembre 2015, on disait même qu’il pouvait gagner la région Grand-Est. Il était arrivé au premier tour en tête avec 36,1% des voix, et s’il a gagné 150 000 voix entre les deux tours, il n’a pas amélioré son pourcentage de voix (36,1%) grâce à une mobilisation plus forte de l’électorat contre lui, tandis que la liste PS du président sortant du conseil régional de Lorraine (Jean-Pierre Masseret) avait refusé de se désister au second tour en faveur de la liste LR-UDI-MoDem malgré le danger du FN (au contraire des régions Hauts-de-France et PACA). En juin 2021, la comparaison est cruelle : Florian Philippot, sur sa seule étiquette personnelle (et avec le soutien du parti de Jean-Frédéric Poisson), n’a obtenu dans le Grand-Est que 6,9% (dix fois moins de voix), alors que la liste RN (menée par Laurent Jacobelli) a obtenu 21,1% au premier tour et 26,3% au second tour.

Même chose aux élections municipales à Forbach. En mars 2014, il a été élu conseiller municipal après avoir mené sa liste municipale en tête du premier tour avec 35,7% (mais seulement 35,2% au second tour), alors qu’en mars 2020, arrivé en cinquième position avec seulement 9,7%, n’était même plus en situation d’être élu simple conseiller. Aux élections cantonales de juin 2021, il s’est infligé la même débâcle avec 7,9% au premier tour.

Aux élections législatives, Florian Philippot a été candidat FN en juin 2012 et en juin 2017. En 2012, il a obtenu 26,3% au premier tour et 46,3% au second tour, c’est le candidat socialiste (maire de Forbach) qui a été élu, et le député UMP sortant Pierre Lang n’avait obtenu que 25,0% et n’a pas pu se maintenir au second tour (en juin 2002, le FN faisait 16,7% et en juin 2007, seulement 7,8%). En quatrième position, un rival de Florian Philippot (FN dissident), qui était le candidat FN aux législatives en 2007 (voir parenthèses précédentes), avec 4,1% (avec qui il s’est allié aux municipales à Forbach en 2014). En 2017, Florian Philippot faisait partie des candidats FN susceptibles de se faire élire députés. Bien qu’arrivé en tête du premier tour avec 23,8% (Pierre Lang toujours en troisième position avec 16,3%), il s’est fait battre largement par le candidat LREM au second tour, ne recueillant que 43,0%.

L’étiquette Philippot ne fait pas vendre. Plus instructive est la différence du score de Sophie Montel (voir plus bas) avec ou sans étiquette du FN : à l’élection législative partielle du 28 janvier 2018 à Belfort, elle n’a obtenu que 2,0% (le candidat du FN : 7,5% ; le même en juin 2017 : 17,5%). Auparavant, Sophie Montel s’était présentée cinq fois aux élections législatives dans le Doubs, à Sochaux (la circonscription d’Huguette Bouchardeau et de Pierre Moscovici, avec l’étiquette FN. En juin 2002, elle a obtenu 19,6% ; en juin 2007, 8,4% ; en juin 2012, avec 23,9%, elle a été qualifiée pour le second tour (où elle a obtenu 24,5%) ; à la législative partielle des 1er et 8 février 2015, elle s’est retrouvée en première position au premier tour avec 32,6% mais a été battue de justesse par le député PS sortant avec 48,6% (elle n’a pas été loin de remporter l’élection) ; enfin, en juin 2017, Sophie Montel a été qualifiée au second tour avec 24,1% mais a été très largement battue par le même concurrent député sortant PS devenu LREM avec seulement 38,4%.

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Les trois fois où Florian Philippot a été élu (député européen, conseiller municipal, conseiller régional), c’était avec l’étiquette FN. Il a cru que la marque Philippot valait plus que la marque Le Pen, c’était une grave erreur : c’est ce que j’appelle le syndrome Bruno Mégret.

Bruno Mégret était un jeune polytechnicien qui avait plein d’avenir et plein d’ambition politiques (là aussi, difficile de se dire anti-système), engagé originellement au RPR, mais déçu par des refus d’investiture, il s’est tourné vers Jean-Marie Le Pen au début des années 1980, au moment où, la gauche aidant, le discours démagogique du FN prenait sur un électorat désorienté par les décisions prises par le gouvernement socialo-communiste.

Intelligent et rapide, Bruno Mégret était devenu le numéro deux du FN (délégué général), sans doute l’apparatchik le plus influent de ce parti en 1998 quand une véritable lutte contre le "père" a eu lieu sur un désaccord stratégique : Jean-Marie Le Pen n’avait aucune intention de conquérir le pouvoir et préférait se faire plaisir en lâchant de temps en temps des paroles de provocation ou de victimisation. Alors que Bruno Mégret, au contraire, voulait prendre le pouvoir. D’un côté, un FN refusant obstinément toute alliance avec la "droite parlementaire", isolationniste, toujours dans l’opposition, de l’autre côté un numéro deux voulant le pouvoir, au prix d’un alliance de rassemblement des droites (on retrouve le même conflit entre la fille et la nièce). Ce fut donc la rupture.

Cela s’est soldé en décembre 1998 par le départ de Bruno Mégret du FN, avec plus de la moitié des cadres du FN (secrétaires fédéraux, etc.) pour créer le 2 octobre 1999 le très inconsistant Mouvement national républicain (MNR). Aux élections européennes de juin 1999, ce fut un désastre électoral pour le FN, avec seulement 5,7% (au lieu de 10,5% en juin 1984), derrière Robert Hue et Jean Saint-Josse (Charles Pasqua et Philippe de Villiers en furent les principaux bénéficiaires). On aurait pu croire l’hypothèque Le Pen levée, et finalement, à peine trois ans plus tard, Jean-Marie Le Pen a été qualifié au second tour de l’élection présidentielle de 2002 (à sa grande surprise !). À ce premier tour du 21 avril 2002, alors que Jean-Marie Le Pen a fait 16,9%, Bruno Mégret (détesté comme traître par le FN) n’a recueilli que 2,3% (encore derrière Robert Hue et Jean Saint-Josse). Sans aucun succès électoral par la suite, Bruno Mégret s’est (brièvement) expatrié en Australie à la fin des années 2000.

Comme Bruno Mégret qui tentait un rapprochement avec Philippe de Villiers, Florian Philippot a tenté sans succès un rapprochement avec François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan (et aussi Henri Guaino et Jean Lassalle) et seule, la proximité de Jean-Frédéric Poisson aurait pu être un succès …si la candidature du polémiste Éric Zemmour n’avait pas attiré l’ancien député-maire de Rambouillet. Tous ces personnages errent dans la même niche électorale même si Florian Philippot insiste plus sur la sortie de l’Europe que sur l’immigration.

Florian Philippot est isolé complètement, non seulement dans l’échiquier politique mais aussi en interne. Les quelques ralliements de 2017 n’ont pas duré longtemps : Sophie Montel est partie voir ailleurs après s’être aperçue que Les Patriotes n’était pas un parti mais seulement une émanation de Florian Philippot, une coquille vide. L’acteur Franck de Lapersonne, candidat FN aux élections législatives de 2017, l’a aussi quitté très rapidement (il faut voir le genre de soutien ou d’ami qu’a eu Florian Philippot : Franck de Lapersonne a voté pour Nicolas Sarkozy en 2007, pour François Hollande en 2012 et après avoir soutenu Jean-Luc Mélenchon, a voté pour Marine Le Pen en 2017 !). Ces deux personnalités, Sophie Montel et Franck de Lapersonne, étaient des vice-présidents de Les Patriotes. On voit toute la cohérence interne de cet égomouvement.

Après avoir échoué à récupérer le mouvement des gilets jaunes, Florian Philippot a foncé sur la brèche de la crise sanitaire. En s’opposant frontalement à la campagne de vaccination contre le covid-19 et en organisant de nombreuses manifestations contre le passe sanitaire, Florian Philippot a définitivement perdu tout espoir de conquête du pouvoir. Il cherche simplement à profiter d’une niche électorale, celle du complotisme sanitaire qui lui permettrait d’avoir assez de voix pour bénéficier d’un financement politique public. Bruno Mégret en avait bénéficié aux législatives de juin 2002, ce qui avait permis à son parti de vivoter financièrement pendant cinq ans. Rappelez-vous, une voix ne tombe jamais dans l’oreille d’un sourd.

Cela explique les excès en tout genre du comportement de Florian Philippot : il ne cherche qu’à être un repère aux désorientés de la vie politique, de la faillite sociale, de la crise sanitaire, un repère aux rétifs de la vaccination (ce qui est un calcul hasardeux car il n’y a plus qu’environ 5 millions d’adultes qui ne sont pas encore vaccinés). Plus qu’un militant, Florian Philippot est devenu un agitateur. Peut-être a-t-il une belle audience sur Internet, le moment venu, lorsqu’il y aura à glisser son bulletin dans l’urne, la simple sympathie, voire l’admiration, ne suffiront pas à faire confiance à un homme complètement irresponsable devant la menace pandémique et ses effets ravageurs sur la santé publique (120 000 décès, des traumatismes très longs pour ceux qui reviennent de réanimation, des centaines de milliers de covid long, etc.).

Comme Bruno Mégret, Florian Philippot fera probablement un score très faible à l’élection présidentielle s’il parvient, et ce sera déjà un exploit, à collecter les cinq cents parrainages nécessaires d’élus locaux pour se présenter. On l’oubliera probablement après quelques années encore de vaines agitations. Ce sera sans doute un gâchis, mais personne ne le regrettera.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Florian Philippot parti.
Florian Philippot.
Bruno Mégret.
Jean-Frédéric Poisson.
Éric Zemmour.
Jean-Marie Le Pen.
Arme de dissuasion présidentielle.
La proportionnelle en 2021 ?
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Les Républicains et la tentation populiste.
Marine Le Pen piégée par des militaires apprentis sorciers.
La Vaine Le Pen.
Jean-Marie Le Pen a 90 ans.
Rassemblement oxymore.
La création de Debout la Patrie.
Le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen du 3 mai 2017.
Les nationautes de la Marine.
Marion Maréchal.
Patrick Buisson.
Des sénateurs FN.
Nicolas Dupont-Aignan.
Ensemble pour sauver la République.
Choisis ton camp, camarade !
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211024-florian-philippot.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-8-florian-philippot-et-236563

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/16/39180317.html









 

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19 octobre 2021 2 19 /10 /octobre /2021 03:41

« Je ne suis l’homme de personne ! » (Robert Hue, le 29 janvier 1994 à Saint-Ouen).



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Connaissez-vous le Mouvement unitaire des progressistes ? C’est le parti qu’a fondé le 4 novembre 2009 un certain… Robert Hue, qui fête son 75e anniversaire ce mardi 19 octobre 2021. Le chauve barbu aux petites lunettes était très reconnaissable parmi tous ses compères de la vie politique française (certains l’ont même assimilé à l’un des 7 nains, plus pour la barbe que pour la taille, mais attention aux surnoms, il est aussi ceinture noire de judo !).

Étrange trajectoire pour celui qui fut le poulain de Georges Marchais, patron historique du communisme français et qui a annoncé son soutien, avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2017, à la candidature de l’ancien ministre Emmanuel Macron.

Un engagement dès l’âge de 15 ans au parti communiste français, la création d’un groupe de rock ado, un métier, infirmier en psychiatrie à Argenteuil, et à l’âge de 30 ans, en mars 1977, la consécration de quinze ans de militantisme, son élection comme maire de Montigny-lès-Cormeilles, une ville à l’époque de 8 000 habitants, dont la population a doublé à son départ de la mairie, en mars 2009 (environ 19 000 habitants).

Et on tomberait à la renverse si "on" avait une mémoire d’éléphant… car symboliquement, tout a commencé le 9 février 1981. En pleine campagne présidentielle, quelques jours avant le meeting prévu sur place, le 20 février 1981, du candidat communiste Georges Marchais, sur  le thème de la drogue, le jeune maire de Montigny-lès-Cormeilles s’est plu à faire le ménage dans sa commune en manifestant avec les autres élus communistes contre une famille d’immigrés marocains, sous leurs fenêtres, accusés (à tort) par la rumeur publique d'être des trafiquants de drogue. On peut regarder sur le site de l'INA le reportage de trois minutes qu'a diffusé le journal de 20 heures d'Antenne 2.

Les communistes n'en étaient pas là à leur premier coup d'éclat contre les immigrés. Le plus spectaculaire fut la destruction par un bulldozer d'un foyer où vivaient 320 travailleurs maliens le 24 décembre 1980 (la veille de Noël) par le maire communiste de Vitry-sur-Seine (Paul Mercieca, le maire bulldozer, a reporté la responsabilité sur la fédération du PCF du Val-de-Marne qui lui aurait imposé cette action dans le cadre de la campagne présidentielle).

Le 6 janvier 1981, Georges Marchais affimait en effet : « En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l'immigration pose aujourd'hui de graves problèmes. Il faut stopper l'immigration officielle et clandestine (...). Dans la crise actuelle, elle [l'immigration] constitue pour les patrons et le gouvernement un moyen d'aggraver le chômage, les bas salaires, les mauvaises conditions de travail, la répression contre tous les travailleurs, aussi bien immigrés que français. C'est pourquoi nous disons : il faut arrêter l'immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. ».

Une position qui a scandalisé Lutte ouvrière qui a écrit dans son bulletin "Lutte de classe" n°82 de janvier 1981 : « "La cote d'alerte est atteinte", a répété la résolution du dernier Comité central du PCF réuni il y a quelques jours. Et cette cote d'alerte concerne l'entrée en France des travailleurs immigrés qui, dit Marchais, "viennent grossir le flot des chômeurs et des personnes que la nation doit prendre en charge". Le PCF aurait décidé d'entamer une campagne nationaliste et chauvine, en prenant pour thème central l'arrêt de l'immigration, qu'il ne s'y prendrait pas autrement. (...) Par démagogie, le PCF a même agité des thèmes xénophobes, à propos, par exemple, de l'entrée dans le Marché Commun de la Grèce et du Portugal. (...) Il [le PCF] mène une campagne contre l'immigration, en sachant très bien que des sentiments racistes existent dans la classe ouvrière et dans la petite bourgeoisie, et que des gestes comme celui du maire de Vitry ou des manifestations comme celle organisée à Vitry, ne peuvent être que des gestes d'encouragement à des actes de brutalité contre les immigrés. ».
 



Le 19 février 1981 sur RMC, Robert Hue continuait à soutenir la femme qui avait dénoncé cette famille, alors que le propre fils de cette dame venait d'être arrêté avec de la drogue retrouvée chez lui ! La fédération du PS du Val-d'Oise s'est alors contentée de commenter de son côté : « La délation est une méthode scandaleuse qui se retourne toujours contre ceux qui la pratiquent. ». Une manifestation contre la délation avait alors rassemblé une cinquantaine d'habitants de la cité en question, pour s'opposer à la démagogie des élus communistes. Cela n’a fait l’actualité qu’un ou deux jours et c’est retombé dans l’oubli pendant… treize ans ! Cela a même échappé à Michèle Cotta, pourtant observatrice aiguisée de la vie politique, et en particulier du côté gauche de l’échiquier (pas seulement).

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Pendant ces treize ans ? Le début de la déconfiture pour un parti qui se croyait populaire. Et la consolidation d’un fidèle apparatchik : Robert Hue fut élu conseiller régional d’Île-de-France de mars 1986 à novembre 1988 et de mars 1992 à mai 1993, et conseiller général du Val-d’Oise d’octobre 1988 à janvier 1993.

Lorsque Georges Marchais a décidé d’en faire son héritier à la tête du parti communiste français (PCF), Robert Hue, qui était membre du comité central (parlement du PCF) depuis 1987 et membre du bureau politique (gouvernement du PCF) depuis 1990, n’était pas parlementaire, seulement un élu local de banlieue, et n’était pas connu des médias nationaux.

Amusante, cette remarque de Michèle Cotta dans ses "Cahiers secrets", lorsqu’elle a appris son nom le 25 janvier 1994 : « Le problème est que [Georges Marchais] confie le parti à un moment de grande faiblesse et qu’il le remet à quelqu’un dont on ne sait rien : si Robert Hue avait les épaules pour remonter ce parti dont le déclin me semble définitivement dans l’histoire de France, on aurait déjà dû s’en apercevoir avant ! Je crois bien avoir été la première à avoir entendu prononcer son nom. C’était à la fête de "L’Humanité", l’année dernière. Leroy m’avait laissé entendre ce jour-là que Marchais allait passer la main. Ce qui fut fait quinze jours plus tard. C’est la femme de Leroy qui me cita en confidence le nom de Robert Hue comme étant l’homme auquel Leroy et Marchais avaient ensemble décidé de laisser les clefs du PC. Pour tout dire, sur l’instant, je ne l’ai pas cru, tant je trouvais extravagante l’idée de laisser le parti à un inconnu. Alain Bocquet, Charles Fiterman, ce dernier surtout, pourquoi pas ? Le maire de Cormeilles, qui jusque-là n’avait jamais fait parler de lui, je n’y ai pas cru. Voilà comment j’ai raté un scoop, l’année dernière. Je n’avais même pas jugé bon de le noter dans ces cahiers. ».

Et on pourrait rajouter quelques autres noms comme André Lajoinie… La désignation (unanime !) de Robert Hue au vingt-huitième congrès du PCF à Saint-Ouen le 29 janvier 1994 comme secrétaire national du parti communiste français a montré à quel point il était un apparatchik connu seulement en interne.

L’idée était que ce dauphin fût nommé à la fois par Georges Marchais et son rival historique Roland Leroy, comme l’a exprimé Michèle Cotta : « Marchais savait bien que si Roland Leroy ne pouvait plus occuper sa place pour des raisons d’âge ou d’énergie, nul ne la prendrait sans obtenir sa neutralité bienveillante. Je crains que les deux ne se soient mis d’accord sur quelqu’un qui ne ferait d’ombre ni au trop populaire Marchais, ni au trop intellectuel Leroy. ». Réflexion assassine qui donna le ton pour la suite !

En fait, Robert Hue était très populaire à Montigny-lès-Cormeilles (et pas Cormeilles !), d’où ses réélections sans suspense. En revanche, au-delà du déficit de notoriété nationale, Robert Hue avait un déficit d’autorité évident. Si le parti communiste de Georges Marchais faisait peur, celui de Robert Hue semblait plutôt amuser. Faisait sourire. La peur du communisme après la chute du communisme était donc assez limitée.

En tout, Robert Hue fut secrétaire national du PCF du 29 janvier 1994 au 28 octobre 2001. À cette date, il est devenu le président du PCF, fonction créée pour l’occasion, et uniquement pour lui jusqu’au 8 avril 2003 afin de faire une transition douce avec Marie-George Buffet, sa successeure, et alors ministre du gouvernement de Lionel Jospin.

Toute la politique du PCF de Robert Hue puis de Marie-George Buffet a été de faire du parti communiste un partenaire des socialistes dans un objectif de gouvernement, mais sans se retrouver en face-à-face PS-PCF comme ce fut le cas dans les années 1970 avec François Mitterrand et Georges Marchais.

Ainsi, dès après les élections cantonales de 1994 (qui furent un succès inespéré pour la gauche après la défaite historiques aux élections législatives de mars 1993), Robert Hue a proposé aux socialistes (à Michel Rocard) un "pacte unitaire pour le progrès". Le 6 mars 1997, Robert Hue a participé à une réunion de travail chez Lionel Jospin pour préparer les élections législatives. Au congrès du parti radical de gauche au Méridien de Montparnasse le 8 mars 1997, Robert Hue, présent comme d’autres représentants des composantes de la "gauche plurielle", est venu dire que le PCF voulait contribuer à la « victoire qui sera commune ou ne sera pas ».

C’est (il me semble) François Hollande qui, dès le début de l’année 1997 et en prévision des élections législatives de mars 1998 (il ne savait pas qu’elles allaient être anticipées), a imaginé le concept de "gauche plurielle" renvoyant l’alliance PS-PCF dans une plus large alliance avec le PRG (radicaux de gauche), le MDC (mouvement de Jean-Pierre Chevènement) et surtout les Verts (de Dominique Voynet).

Michèle Cotta a rencontré François Hollande le 28 avril 1997, après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée Nationale par le Président Jacques Chirac, qui a confirmé ce concept : « Le but du PS est de constituer une constellation majoritaire pour faire émerger une "gauche plurielle". Les temps ont changé : ni le PC ni le PS ne veulent cette fois, avant le premier tour, d’un programme commun. Ils ne veulent pas davantage parler de la présence de ministres communistes au gouvernement. En revanche, ils se mettront d’accord sur un certain nombre de démarches communes : soutien à la consommation, baisse d’impôts, préservation du service public. Reste une divergence de taille : sur la monnaie unique. ». Et l’intérêt de Robert Hue : « Noyé dans la gauche plurielle, le parti communiste est à la fois partenaire et indépendant. Cela convient apparemment à tout le monde. ».

Et la stratégie pour juin 1997 : « La stratégie est simple : avant le premier tour, on discute, on se rapproche. Pas d’accord de gouvernement. Sitôt fini le premier tour, PC et PS partiront ensemble à la bataille du second tour. (…) Les négociations entre les partis de gauche ont commencé il y a en réalité plusieurs semaines. Du côté communiste, les négociateurs sont tous des "hutistes", c’est-à-dire des lieutenants de Robert Hue : Gayssot, Blotin, Philippe Lespagnol. ».

Autre remarque : « Je demande à Hollande dans quel état il trouve le PC aujourd’hui. À son avis, il est profondément divisé entre les cadres intermédiaires sur la ligne Marchais, et les proches de Robert Hue, favorables à une démarche unitaire. Le leadership de Hue, juge-t-il, est réel chez les militants, pas chez les cadres. ».

Pendant la campagne des élections législatives au printemps 1997, Robert Hue était donc sur la même ligne que le PS. Michèle Cotta l’a constaté le 8 mai 1997 : « François Hollande tient la boutique pendant que Jospin harangue les foules. Il se réjouit de l’intervention télévisée de Robert Hue hier. "Pour la première fois, estime-t-il, Robert Hue a évolué positivement sur l’Europe, puisqu’il a dit que si le gouvernement PS garantit qu’il n’y aura pas de politique d’austérité, pourquoi pas l’Europe ?". En revanche, Hue demande, en même temps qu’il fait cette concession, que les socialistes ne soient pas hégémoniques ni pendant la campagne, ni après. ».

L’existence du PCF va à rebours de l’histoire du monde qui, avec la chute du mur de Berlin puis la chute de l’URSS, a définitivement tourné la page du communisme. Robert Hue a donc tenté de "réformer" le parti communiste (il a appelé cela "mutation"), en abandonnant quelques principes (comme le centralisme démocratique qui relevait plus de l’autocratisme des dirigeants), etc. Robert Hue a aussi noué des relations personnelles avec Nelson Mandela (quand il était député, il était le président du groupe d’amitié avec l’Afrique du Sud) et il assista à l’enterrement du leader sud-africain dans la délégation française menée par le Président François Hollande.

Cela n’a pas suffi à éviter les dégringolades électorales et aussi militantes, perdant 30% des adhérents entre 1998 et 2001. En particulier, le PCF a perdu une grande série de mairies communistes en juin 1995 et en mars 2001 (Argenteuil, Le Havre, Drancy, Dieppe, Colombes, etc.). Or, les mairies communistes étaient les bases arrière du militantisme (et aussi de la logistique) du PCF.

Exposé au niveau national, Robert Hue a été élu député avec 57,0%, surfant sur la vague de gauche de 1997, entre juin 1997 et juin 2002. À noter pour l’anecdote que parmi ses concurrents du premier tour, il y avait, devancé par le candidat du FN, le candidat socialiste Manuel Valls (17,3%) qui n’avait pas encore choisi Évry comme fief de parachutage (Manuel Valls a été conseiller municipal d’Argenteuil).

En juin 2002, Robert Hue a été battu de 244 voix (sur 55 742 inscrits et 32 056 suffrages exprimés) par celui qu’il avait battu en 1997, Georges Mothron, maire UMP d’Argenteuil, et battu à nouveau avec 48,2% par le même au second tour de la législative partielle du 2 février 2003 (l’élection de 2002 ayant été invalidée en raison du trop faible écart de voix). Le patron du PCF a alors obtenu d’autres mandats de parlementaires, élu député européen de juin 1999 à juillet 2000 (sur la liste qu’il a menée au niveau national le 13 juin 1999 et qui a obtenu 6,8%), puis il a été élu sénateur du Val-d’Oise de septembre 2004 à octobre 2017 (réélu en septembre 2011).

Robert Hue a par ailleurs porté les couleurs du PCF à deux élections présidentielles, poursuivant sa chute historique : il a obtenu 8,6% au premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 1995 (ce qui était mieux qu’André Lajoinie le 24 avril 1988 : 6,8%), puis 3,4% au premier tour de l’élection présidentielle du 21 avril 2002.

Lors de son meeting du 5 avril 2002 à Villeurbanne, Robert Hue tentait de donner des leçons de gouvernance internationale au Président sortant Jacques Chirac.

 




Ce score inférieur à 5% fut une catastrophe financière pour le PCF qui n’a pas été remboursé d’une grande partie de sa campagne présidentielle. Cela a amené son dirigeant à démissionner complètement des instances dirigeantes du PCF (la présidence du PCF a disparu avec lui), laissant Marie-George Buffet seule aux commandes. À partir de 2010, dirigé par Pierre Laurent, le PCF s’es tourné vers une alliance avec Jean-Luc Mélenchon durant deux élections présidentielles (2012 et 2017) à tort pour son intérêt, ce qui explique pourquoi il porte actuellement son propre nouveau secrétaire national Fabien Roussel candidat à l’élection présidentielle de 2022.

Par ailleurs, Robert Hue a présidé la Fondation Gabriel-Péri de 2004 à 2012, un organisme de formation et de réflexion doté d’un budget non négligeable et d’une influence intellectuelle très forte sur le PCF.

À la fin des années 2000, Robert Hue a sensiblement changé d’orientation politique. En effet, après l’échec cinglant de la candidature de Marie-George Buffet à l’élection présidentielle du 22 avril 2007 (1,9% !), il s’est éloigné du PCF le 28 novembre 2008 puis l’a quitté, ne le jugeant plus réformable. Très critiqué pour avoir participé à des déplacements avec des personnalités socialistes, comme à Lorient en juillet 2009 aux côtés de François Hollande, Robert Hue provoqué la polémique en participant à un meeting commun le 22 août 2009 à Marseille à l’invitation du socialiste Vincent Peillon à laquelle Robert Hue s’est retrouvé aux côtés de Daniel Cohn-Bendit, Christiane Taubira et Marielle de Sarnez, la vice-présidente du MoDem ! (notons que beaucoup de proches de François Bayrou n’avaient pas non plus compris le sens de ce meeting). Il s’agissait pour Vincent Peillon de trouver de nouvelles alliances à gauche.

Désavoué par beaucoup de militants communistes, Robert Hue, qui voulait que Nicolas Sarkozy fût battu en 2012, a eu une évolution proche du patron du parti communiste italien Fausto Bertinotti qui a soutenu Romano Prodi pour battre Silvio Berlusconi. Son évolution s’est également traduite dans les structures. D’une part, il a créé, avec son successeur à la mairie de Montigny-lès-Cormeilles, le Mouvement unitaire progressiste (MUP) le 4 novembre 2009, devenu Mouvement des progressistes le 4 octobre 2014. D’autre part, au Sénat, un an après le début de son second mandat, en septembre 2012, il a quitté le groupe communiste pour le groupe… RDSE, ex-Gauche démocratique, groupe qui réunit des centristes de droite et des centristes de gauche, qui a accueilli notamment Guy Cabanel (sénateur de l'Isère, maire de Meylan et président du RDSE), Jean-Pierre Fourcade, Jean-Pierre Chevènement, Jean-Noël Guérini, etc., un peu un fourre-tout administratif qui a lutté pour sa survie après la décision de rassembler dans un unique groupe tous les sénateurs UMP (répartis avant 2002 dans trois ou quatre groupes).

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À l’élection présidentielle de 2012, Robert Hue a soutenu dès la primaire du PS en octobre 2011 puis au premier tour la candidature de François Hollande avec qui il semblait bien s’entendre depuis au moins 1997 (François Hollande était le premier secrétaire du PS pendant le gouvernement socialo-écolo-communiste de Lionel Jospin). Il était présent lors du fameux discours du Bourget le 22 janvier 2012. Il était alors question de son entrée au gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Finalement, cela ne s’est pas fait mais Robert Hue a eu des missions données par des ministres de François Hollande (il a accompagné Jean-Marc Ayrault en Chine en décembre 2013 ; il a été nommé représentant spécial de la France en Afrique du Sud par Laurent Fabius en février 2015, etc.).

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017, Robert Hue entendait soutenir la candidature de Sébastien Nadot qui a reçu son investiture du Mouvement des progressistes le 10 mai 2016, mais ce dernier n’a pas réussi à recueillir les cinq cents parrainages d’élus locaux après avoir tenté (en vain) de participer à la primaire du PS de janvier 2017 (refusée par Jean-Christophe Cambadélis).

C’est alors que l’improbable s’est réalisé : le 14 mars 2017, Robert Hue a annoncé qu’il se ralliait à la candidature d’ Emmanuel Macron ! Il l’a dit avec des mots très réfléchis : « Stupéfait, peut-être, mais en tout cas, c’est un choix raisonnable. C’est un choix sérieux. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de notre pays, dans les moments graves où il y a danger pour la démocratie, que des gens de sensibilité différente se retrouvent. C’est vrai qu’il y a des gens différents de ceux que… pour certains, je m’y suis opposé. Mais aujourd’hui, il y a une gravité dans la situation qui doit nous conduire à se rassembler, à se rassembler parce qu’il faut reconstruire la France. Voilà l’esprit dans lequel je suis ! ».





En 2017, on peut dire qu’Emmanuel Macron avait été fort habile en réussissant à rassembler sous son panache un éventail très large de la vie politique française, de Philippe de Villiers à Robert Hue ! Pour ce dernier, le soutien n’était pas tout à fait désintéressé. Si lui-même a quitté son mandat de sénateur en septembre 2017, il a toutefois réussi à faire élire deux députés de son Mouvement des progressistes sous l’étiquette LREM en juin 2017 : Sébastien Nadot, donc, et Cécile Rilhac qui a quitté le Mouvement des progressistes en 2019. Quant à Sébastien Nadot, il fut exclu du groupe LREM en 2018, puis a cofondé avec d’autres députes LREM (dont Cédric Villani, Matthieu Orphelin et Aurélien Taché) et aussi une ancienne députée socialiste Delphine Batho le groupe Écologie démocratie solidarité qui n’a duré que le temps d’un été, du 19 mai au 17 octobre 2020, faute de combattants (certains membres ayant rejoint un autre groupe par la suite, entre autres la sulfureuse Martine Wonner qui, comme Sébastien Nadot après la dissolution de ce groupe, a rejoint le groupe Libertés et territoires). Quant à Robert Hue, en retrait de la vie politique, il a reçu les insignes de chevalier de la Légion d’honneur le 14 juillet 2019.

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Aux élections européennes de mai 2019, le Mouvement des progressistes a fait une liste écologiste avec Génération écologiste de Delphine Batho, le Mouvement écologiste indépendant d’Antoine Waechter, ainsi que certains de l’Union des démocrates et écologistes (groupuscule créé par Jean-Luc Bennahmias, Jean-Vincent Placé, Christian Madrolle, François-Michel Lambert, etc.) au sein de la liste Urgence écologiste menée par Dominique Bourg (un proche de Nicolas Hulot) qui a recueilli 1,8%. Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022, le Mouvement des progressistes a rejoint le pôle écologiste qui a participé à la primaire EELV de septembre 2021, au même titre que Génération écologie, Générations (de Benoît Hamon) et l’Alliance écologiste indépendante (de Jean-Marc Governatori). Une évolution pas si éloignée de Pierre Juquin.

Il est tout là le mystère Robert Hue : un homme qui a démarré au parti communiste avec des relents d’un extrémisme anti-immigrés proche de l’extrême droite (un combat à coup de délation !), qui a été l’enfant chéri (et secret) de Georges Marchais, devenu ensuite le sympathique "nain de jardin" (pour reprendre l’expression de Jean-Marie Le Pen) du parti communiste, abonné aux échecs électoraux nationaux monumentaux, devenu hollandiste et social-démocrate (terme qu’il a nié être) dans les années 2010, puis macroniste en 2017, et enfin quasi-écologiste au début des années 2020. Il ne lui reste plus qu’à adhérer à LR et départager ses six candidats pour parachever l’œuvre politique. Bon anniversaire !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Robert Hue.
Robert Marchand.
Anicet Le Pors.
Pierre Juquin.
Le congrès de Tours.
Trotski.
Le Pacte germano-soviétique.
Liliane Marchais.
Georges Marchais.
Fais les valises, on rentre à Paris !
Gaston Plissonnier.
Jean Ferrat.
Roland Leroy.
Georges Séguy.
Le communisme peut-il être démocratique ?
Karl Marx.
Claude Cabanes.
Michel Naudy.
Paul Vaillant-Couturier.
La Révolution russe de 1917.
Jacques Duclos.
Staline.
Front populaire.
Jean Jaurès.
Léon Blum.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211019-robert-hue.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-mystere-robert-hue-236561

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/16/39180313.html













 

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10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 04:07

« Personne ne vote plus pour un programme, ce qui va poser un problème de légitimité à ce gouvernement. Nous vivons une période très difficile mais je pense qu’elle peut être courte. Le ras-le-bol peut s’exprimer dès la rentrée. Le problème, c’est qu’en France, il y a des luttes sociales très dures (…), mais elles échouent toutes. C’est vrai que les divisions syndicales n’aident pas. » (Alain Krivine, le 24 juin 2017 à Poitiers).


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Leader historique de l’extrême gauche en France, Alain Krivine fête son 80e anniversaire ce samedi 10 juillet 2021. Pour le pouvoir gaulliste, il était, il y a plus de cinquante ans, d’abord l’incarnation politique et électorale du mouvement de mai 1968 à l’élection présidentielle de 1969.

Dans son livre "C’était De Gaulle", Alain Peyrefitte a retranscrit ses propres propos prononcés lors d’une discussion le 11 décembre 1998 avec un ancien militant communiste, resté longtemps dans l’anonymat pour avoir infligé, étant étudiant, une humiliation à De Gaulle qui visitait Normale Sup. (rue d’Ulm) le 21 février 1959, « qui s’était mis les mains dans le dos pour ne pas serrer celle que le Général De Gaulle lui tendait ». Un petit événement qui a dégoûté De Gaulle d’aller visiter les universités par la suite, ce qui pouvait être compris comme du mépris qui a explosé en mai 1968.

L’ancien ministre s’interrogeait, devant cet ancien militant devenu physicien des hautes énergies, sur la surprise des dirigeants communistes face à la révolte étudiante : « Comment les experts en revendication ont-ils pu ne pas sentir cette force révolutionnaire, si vraiment elle existait ? (…) Et si cette force révolutionnaire était tellement puissante, comment a-t-elle pu s’évaporer, le mois suivant, dans les isoloirs ? Comment, un an plus tard, Krivine, qui la représentait à l’élection présidentielle, a-t-il obtenu 1% des voix alors que le tohu-bohu poursuivait de plus belle dans les universités ? ».

Et Alain Peyrefitte de répondre lui-même à ses questions : « J’avance une explication d’un autre ordre. Je crois aux hommes acteurs de l’histoire. Il y a un début de révolution parce qu’il y avait des révolutionnaires. En 65-66, quand le parti [communiste français] a voulu reprendre en main les Jeunesses communistes, un peu trop turbulentes à son gré, les trotskistes et les maoïstes ont claqué la porte. Les dissidents ont alors constitué des groupes vraiment révolutionnaires. Ils n’étaient que quelques centaines de militants, mais ils étaient bien décidés à subvertir la société et se sont organisés à cet effet. Ce sont eux qui ont réussi à créer l’événement. Il a suffi de quelques centaines de gauchistes, résolus et exercés, pour entraîner derrière eux une bonne part de la jeunesse estudiantine. ».

Effectivement, Alain Krivine a fait partie de ces militants révolutionnaires résolus, et ce qui a fait sans doute sa force, c’est qu’il est resté ce révolutionnaire résolu, au contraire de bien des leaders du mouvement de mai 1968. D’origine ukrainienne, issu d’une famille qui compte beaucoup de talents dans les arts et la science (par exemple, Emmanuel Krivine, le chef d’orchestre, est son cousin), Alain Krivine s’est engagé au parti communiste français (PCF) à l’âge de 16 ans, aux Jeunesses communistes. Pendant ces premières années, il s’est engagé aussi au côté du FLN, puis à la Quatrième Internationale (trotskiste), ce qui l’a fait exclure du PCF en janvier 1966 (lors de la reprise en main des Jeunesses communistes).

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L’étudiant à la faculté de lettres de Paris (à la Sorbonne) était alors devenu entre temps enseignant et secrétaire de rédaction dans une maison d’édition, et aussi gendre de Gilles Martinet, l’un des fondateurs du PSU (parti socialiste unifié), journaliste devenu député européen puis ambassadeur à Rome. Alain Krivine fut un influent responsable des étudiants communistes, membre du comité national de l’Union des étudiants communistes de France (UEC) de 1958 à 1965, branche étudiante des Jeunesses communistes de France.

Libéré de sa dépendance du PCF, Alain Krivine a fondé le 2 avril 1966 la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), l’un des mouvements meneurs de mai 1968, qui est devenu la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) en juin 1974, puis le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) le 5 février 2009, après quelques aventures policières : acteur de mai 1968 (il a organisé et mené des manifestations), Alain Krivine a été arrêté et emprisonné le 10 juillet 1968, son mouvement a été dissout au conseil des ministres du 12 juin 1968, mais a continué à exister clandestinement jusqu’au 8 avril 1969, où il fonda la Ligue communiste d’une fusion de la JCR et du PCI (parti communiste internationaliste), qui elle-même fut de nouveau dissoute par le gouvernement le 23 juin 1973 en même temps que le mouvement d’extrême droite Ordre nouveau après des manifestations et contre-manifestations violentes.

Pour bien comprendre l’organisation des mouvements d’extrême gauche dans les années 1970, il faut apprécier la complexité avec un grand nombre de courants, tendances, fusions, fissions, entrismes, etc. Dans cette histoire du trotskisme à la française, il y a Daniel Gluckstein, Pierre Boussel, Gérard Filoche, etc.

Les compagnons de route d’Alain Krivine furent notamment Daniel Bensaïd, et aussi Henri Weber qui a finalement évolué vers le socialisme de Laurent Fabius (il y a un excellent documentaire sur Henri Weber, où l’on voit également Alain Krivine dans les années 1970, diffusé en ce moment sur LCP à l’occasion de l’anniversaire de sa disparition le 26 avril 2020, l’une des nombreuses victimes du covid-19).





Comme l’expliquait Alain Peyrefitte, Alain Krivine, à 28 ans, a été candidat à l’élection présidentielle, et il n’a obtenu que 1,06% au premier tour du 1er juin 1969, classé dernier des sept candidats, derrière l’inconnu Louis Ducatel (1,27%). Il avait eu une forte concurrence de Michel Rocard, candidat du PSU (3,61%), de Gaston Defferre (5,01%) et surtout de Jacques Duclos (21,27%). Pour la petite histoire, Alain Krivine faisait alors son service militaire, affecté à Verdun, et il a pu avoir une permission pour faire campagne.

Pour l’élection présidentielle de 1974, organisée soudainement après la mort de Georges Pompidou, la Ligue communiste comptait soutenir la candidature de Charles Piaget, l’un des fondateurs du PSU et syndicaliste devenu célèbre dans l’affaire Lip, mais Michel Rocard, qui a rejoint le PS, a réussi à convaincre l’ensemble de son ancien parti, le PSU, de soutenir la candidature de François Mitterrand dès le premier tour. Alain Krivine s’est alors présenté à nouveau, mais malgré sa notoriété issue de mai 1968, il a essuyé un échec encore plus important qu’en 1969 en ne rassemblant que 0,37% des voix au premier tour du 5 mai 1974. Il faut rappeler qu’il y avait une concurrence sur le terrain du trotskisme révolutionnaire avec la candidature d’Arlette Laguiller, de Lutte ouvrière (LO), qui a eu 2,3% et la candidature attrape-tout de François Mitterrand, représentant de "l’union de la gauche" avec un score aujourd’hui inimaginable, 43,25% !

À l’élection présidentielle de 1981, Alain Krivine n’a pas pu se représenter en raison de la nouvelle contrainte voulue par Valéry Giscard d’Estaing pour être candidat à la Présidence de la République, avoir 500 parrainages d’élus locaux (au lieu de 100 auparavant), ce qui a empêché aussi un autre concurrent de 1974 de se présenter en 1981, Jean-Marie Le Pen.

La LCR ne s’est présentée non plus à l’élection présidentielle de 1988 (soutien à Pierre Juquin) ni à celle de 1995 (sans soutien préférentiel à des candidats de gauche). En revanche, le parti d’Alain Krivine a présenté la candidature d’Olivier Besancenot en 2002 et 2007, puis de Philippe Poutou en 2012 et 2017.

Au contraire de LO qui a toujours refusé obstinément toute alliance électorale, la LCR (puis NPA) a été partisan d’un rapprochement électoral de tous les mouvements trotskistes. Alain Krivine et Arlette Laguiller sont devenus, au fil des scrutins, les deux porte-parole nationaux de l’extrême gauche en France, au point qu’ils ont connu leur heure de gloire le 13 juin 1999 lors des élections européennes.

En effet, pour une fois, bénéficiant de leur notoriété respective, les deux partis se sont réunis pour faire une liste commune et, tirant bénéfice non seulement de l’éclatement des partis de gauche, mais aussi des partis de centre droit et même de l’extrême droite (la liste du FN a perdu la moitié de ses voix de 1994 en raison de la dissidence de Bruno Mégret), la liste LO-LCR a franchi le seuil fatidique de 5% avec 5,1%, ce qui leur a permis d’obtenir 5 sièges. Alain Krivine fut ainsi élu député européen de juin 1999 à juin 2004.





Malgré son retrait de la vie politique depuis 2006, Alain Krivine a continué à apporter son soutien et son aide à Olivier Besancenot pour la campagne présidentielle de 2007, et a participé à la transformation de la LCR en NPA.

Comme je l’ai écrit plus haut, ce qui fait la force d’Alain Krivine, c’est d’être toujours resté un révolutionnaire (et un révolutionnaire non-violent). À l’occasion du cinquantenaire du mouvement de mai 1968, il a expliqué le 3 mai 2018 (à Léa Bucci pour "Le Dauphiné libéré")  : « Pour moi, ce n’est pas une explosion révolutionnaire, c’est une explosion populaire. (…) Ce fut un mouvement extraordinaire, les gens se parlaient, c’était fantastique. Il y a toute une génération pour qui c’est divin (…). La force qu’on a eue, c’est d’être unitaires dans l’action. ».

Quant aux leaders de l’époque : « Il y a plein d’anciens, comme [Daniel] Cohn-Bendit et [Romain] Goupil qui sont devenus macronistes. Je crois qu’ils ont tourné parce que la situation a viré, mais je crois qu’ils ont tort. ». Et de poser le diagnostic sans complaisance : « Localement, les gens sont anticapitalistes, plus qu’en 1968, mais ils sont aussi plus démoralisés par les défaites passées, et ne voient pas d’alternative crédible au capitalisme. C’est compliqué, il n’y a pas d’expérience longue d’auto-organisation ouvrière. Les partis, y compris de l’extrême gauche, sont en crise. Les gens en ont marre de Macron, mais il n’y a rien d’autre. ».

Cette constance dans le militantisme anticapitalisme, Alain Krivine l’avait redit à l’époque du quinquennat de François Hollande, répondant à Cathy Astolfi pour "Corse Matin" le 5 décembre 2014 : « Dans ce contexte exceptionnel de crise, il est nécessaire de changer fondamentalement la société : c’est-à-dire de révolutionner son fonctionnement. (…) Notamment (…) que la collectivité s’approprie les moyens de production, et que la population puisse avoir un droit de contrôle sur ces systèmes, y compris ceux de la finance (…). Mais en période de désarroi, il n’est pas simple de rendre crédibles des solutions radicales ou alternatives. (…) Aujourd’hui, le problème de l‘écologie devient central. Il est directement lié à un projet de société. Un écologiste qui n’est pas anticapitaliste est manchot ! (…) Le militantisme semble passé, nous avons encore le sentiment d’être à contre-courant. Mais il nous faut absolument poursuivre notre route, rester radical et indépendant. ».

Ce qui est étonnant dans cette persévérance à défendre une idéologie passéiste, c’est que les leçons de l’histoire ne servent à rien. Par exemple, il en est resté à vouloir nationaliser tous les outils de production en ne se rendant pas compte que les outils de production ont quitté depuis longtemps notre pays (l’industrie ne représente que 12% du PIB !). Les enjeux sont ailleurs.

Dans la réflexion précédente, le vieux dinosaure trotskiste explique aussi qu’il n’y a pas d’expérience durable d’autogestion : il ne va pas plus loin et il n’explique pas pourquoi cet état de fait. Son idéal n’a jamais été expérimenté, et il ne s’interroge pas sur les raisons de cette non-expérience : ne serait-ce pas que les tentatives ont toutes échoué ? Cette absence de remise en cause idéologique, après soixante ans de combats militants, est très étrange : les dictatures communistes ont sombré corps et biens, les enjeux géopolitiques sont désormais tout autres, surtout basés autour d’une volonté d’hégémonie mondiale d’un islamisme politique agressif voire cruel.

Notre monde a complètement changé, mais la vision du monde d’Alain Krivine n’a pas évolué d’un iota. Pas étonnant, donc, que son mouvement soit abonné à des scores lilliputiens. Après tout, l’essentiel est de participer…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alain Krivine.
Romain Goupil.
50 ans de mai 1968.
Daniel Cohn-Bendit.
Nathalie Arthaud.
Philippe Poutou.
Rencontre surréaliste avec Trotski.
Trotski.
Les 200 ans de Karl Marx.
Le Capital de Karl Marx.
Totalitarismologie du XXe siècle.
La Révolution russe.

_yartiKrivineAlain03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210710-alain-krivine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/alain-krivine-la-fidelite-dans-les-234095

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/02/39040268.html






 

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