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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 19:32

« La cote d’alerte est atteinte. Il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. » (Georges Marchais, le 6 janvier 1981).



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Le regard féroce, le rire carnassier, la voix grave du sergent-chef, Georges Marchais, qui est né il y a 100 ans, le 7 juin 1920, était l’un des personnages les plus importants de la vie politique française des années 1970 et 1980. Les moins de 45 ans ne l’auront pas vraiment connu et, on s’en étonnera, en bien ou en mal, selon les cas, il n’a pas eu la postérité que le temps d’occupation d’antenne et d’articles dans les journaux laissait prévoir.

Grande gueule, je l’avais évoquée à propos d’un documentaire portrait très intéressant diffusé à la télévision française le 1er mai 2008. Georges Marchais faisait partie de cette fameuse "bande des quatre" tant décriée par Jean-Marie Le Pen, qui s’y sentait exclu, bande des quatre avec François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac : PCF, PS, UDF, RPR. Finalement, dès le milieu des années 1980, Jean-Marie Le Pen a repris le rôle de la grande gueule médiatique à au chef d’un parti communiste en voie de disparition (en fait, le PCF existe toujours en 2020, avec un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale et un au Sénat, mais sans doute comme bientôt le PS, il suit la voie du très imposant Parti radical de la Troisième République).

Georges Marchais avait donc 20 ans en 1940, mais, contrairement à certains illustres résistants de son âge, l’ouvrier a travaillé jusqu’à aller à Augsbourg dans les usines de Messerschmitt. La polémique court toujours pour savoir s’il a été contraint et forcé ou s’il était volontaire, et finalement, qu’importe car le résultat est bien le même, il a travaillé pour une usine allemande en pleine guerre, et surtout, il n’a pas résisté. Très loin de suivre l’exemple de Jacques Duclos, son modèle était plutôt le stalinien Maurice Thorez (1900-1964). C’est grâce à lui que, permanent de la CGT, il a grimpé rapidement dans l’appareil du PCF, d’autant plus vite que Maurice Thorez s’est dépêché de purger la vieille garde avant d’être purgé lui-même avec le vent de rénovation khrouchtchevienne.

Bombardé en 1961 secrétaire à l’organisation, il a commencé à avoir une influence interne décisive au sein du PCF. Georges Marchais était le bras droit de Maurice Thorez pour veiller au maintien des "orthodoxes" contre les "rénovateurs". La santé très faible du secrétaire général en titre du PCF, Waldeck Rochet (1905-1983) a fait que Georges Marchais a dirigé ce parti du 9 juin 1969 au 29 janvier 1994 (officiellement secrétaire général adjoint le 8 février 1970 et secrétaire général le 17 décembre 1972). Il y a eu une rivalité interne entre lui et Roland Leroy pour prendre la succession de Waldeck Rochet. Gaston Plissonnier fut l’un des partisans internes les plus efficaces de Georges Marchais.

Pas encore à la tête du PCF, Georges Marchais a écrit une tribune mémorable dans le journal "L’Humanité" du 3 mai 1968 pour s’en prendre aux mouvements gauchistes et trotskistes, ainsi qu’à "l’anarchiste allemand" Daniel Cohn-Bendit : « Comme toujours lorsque progresse l’union des forces ouvrières et démocratiques, les groupuscules gauchistes s’agitent dans tous les milieux. Ils sont particulièrement actifs parmi les étudiants. (…) Non satisfaits de l’agitation qu’ils mènent dans les milieux étudiants, agitation qui va l’encontre des intérêts de la masse des étudiants et favorise les provocations fascistes, voilà que ces pseudo-révolutionnaires émettent maintenant la prétention de donner des leçons au mouvement ouvrier. (…) Ces faux révolutionnaires doivent être énergiquement démasqués car, objectivement, ils servent les intérêts du pouvoir gaulliste et des grands monopoles capitalistes. ».

Dans cette diatribe, ce qui est "mignon", c’est l’association récurrente entre le pouvoir en place et l’intérêt des "capitalistes". Or, à cette époque, le pouvoir, c’était De Gaulle. Avec Emmanuel Macron, cela n’a pas vraiment changé, sans beaucoup plus d’effet d’ailleurs, à cela près que certains qui continuent dans l’anticapitalisme osent aujourd’hui se réclamer de …De Gaulle et du gaullisme ! Mémoire courte, allez comprendre !…

Georges Marchais a eu une carrière électorale dans le Val-de-Marne, élu député de Créteil puis de Villejuif de mars 1973 jusqu’à la dissolution du 21 avril 1997. Il fut également élu député européen de juin 1979 à juin 1989. Mais bien entendu, l’épopée médiatique de Georges Marchais n’avait rien d’une trajectoire parlementaire, elle était celle d’un présidentiable qui, auparavant, était le partenaire privilégié d’un ancien décoré de la francisque…

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En effet, le programme commun d’union de la gauche a été négocié puis adopté le 27 juin 1972 et signé le 12 juillet 1972 à l’hôtel Continental par trois chefs de parti : François Mitterrand, devenu premier secrétaire du PS en 1971, Robert Fabre, président du Mouvement des radicaux de gauche (MRG), parti minoritaire du parti radical acceptant l’alliance avec les communistes, et enfin, Georges Marchais, secrétaire général du PCF, qui, à l’époque, était le parti, de ces trois partis, le plus fort électoralement puisque la dernière consultation électorale nationale fut le premier tour de l’élection présidentielle du 1er juin 1969 avec le candidat communiste placé en troisième position avec 21,3% des voix (derrière Georges Pompidou et Alain Poher).

Les élections législatives de mars 1973 furent les premières élections nationales d’après la signature de l’union de la gauche (et aussi d’après la désignation officielle de Georges Marchais à la tête du PCF). La mousse médiatique avait tellement pris que l’hypothèse d’une victoire de la gauche était dans tous les esprits. Il était alors question de laisser le Président. François Mitterrand a effectivement lancé : « Pompidou, on le gardera. ». Et dans sa conférence de presse du 11 janvier 1973, Georges Marchais a confirmé, mi-agacé mi-amusé : « Ben quoi, ce sont des élections législatives, et pas des élections présidentielles ! ».

Dans ses "Cahiers secrets", la journaliste Michèle Cotta a confié qu’elle s’était amusée avec Maurice Faure (radical de gauche) le 18 janvier 1973 sur la composition du gouvernement en cas de victoire de l’union de la gauche. Il n’y a évidemment rien d’officiel, juste les idées des deux joueurs, mais cela pouvait donner l’état d’esprit des rapports de force entre les différentes personnalités de gauche : « Mitterrand, bien sûr, est à Matignon. Nous nommons deux ministres d’État : Guy Mollet (Justice) et Georges Marchais. [Maurice] Faure parle de Duclos comme troisième. Je le récuse : trop vieux. Gaston Defferre, nous le mettons aux Finances, Robert Fabre à l’Intérieur, Roland Leroy à l’Éducation nationale, un communiste à l’Équipement, Robert Pontillon secrétaire d’État aux Affaires étrangères, et Pierre Mauroy à la Défense. Jean-Pierre Chevènement, Pierre Joxe et Claude Estier sont secrétaire d’État. ».

Au premier tour du 3 mars 1973, les communistes ont gardé leur avance sur les socialistes, avec respectivement 21,3% des voix (celles de Jacques Duclos) et 18,9%, mais ont perdu du terrain au second tour en sièges, avec 73 députés communistes, 89 députés socialistes et 12 députés radicaux de gauche. Ce n’était pas encore très clair, mais le PS reprenait de l’avance sur le PCF, ce qui était le début d’une tendance historique durable et irréversible.

Finalement, à l’issue du second tour du 11 mars 1973, malgré une perte de 101 sièges (de la chambre introuvable de l’après-mai 68), la majorité gaullo-centriste a conservé la majorité absolue avec 281 sièges sur 488. Le Premier Ministre sortant Pierre Messmer fut reconduit à Matignon pour former son deuxième gouvernement le 2 avril 1973. Le candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle de 1974, François Mitterrand, a échoué, mais le résultat était très serré puisque cela s’est joué à moins de 400 000 voix près en faveur de Valéry Giscard d’Estaing (50,81%) au second tour du 19 mai 1974.

Après la victoire de l’union de la gauche aux élections municipales de mars 1977, on pouvait imaginer que les élections législatives suivantes, en mars 1978, allaient donner un avantage à cette dynamique politique encore inédite sous la Cinquième République, au point que, dans son discours à Verdun-sur-le-Doubs le 27 janvier 1978, le Président Valéry Giscard d’Estaing a envisagé l’éventualité de la défaite et son acceptation d’une cohabitation, lui-même s’exilant au château de Rambouillet pour laisser le gouvernement gouverner : « Vous pouvez choisir l’application du programme commun. C’est votre droit. Mais si vous le choisissez, il sera appliqué. Ne croyez pas que le Président de la République ait, dans la Constitution, les moyens de s’y opposer. J’aurais manqué à mon devoir si je ne vous avais pas mis en garde. ».

La perspective d’une victoire de la gauche était donc très forte. Mais six mois avant le scrutin, coup de théâtre : le PS et le PCF ne se sont pas mis d’accord sur la "réactualisation" du programme commun (qui datait de 1972). Et un point d’achoppement essentiel fut la dissuasion nucléaire. Le PS n’avait alors pas de doctrine sur le sujet alors que les sondages le donnaient gagnant en mars 1978. François Mitterrand a tenté timidement de proposer un référendum sur la question le 26 juillet 1977, et le lendemain, au journal télévisé de 13 heures sur TF1, il a mis en doute la dissuasion nucléaire. Or, le PCF avait évolué sur la question avec le rapport Kanapa qui, en mai 1977, soutenait la force de dissuasion.

En écoutant François Mitterrand parler à la télévision, Georges Marchais, qui était en vacances en Corse avec sa famille, fut surpris et furieux par ces propos. Le leader communiste a contre-attaqué dans le journal d’Antenne 2 le 28 juillet 1977 : « On ne peut pas s’en remettre à un référendum pour résoudre le problème de la défense… La force de frappe française doit être indépendante. ».

Ce ne fut que le 21 janvier 1980, alors qu’il allait se présenter à l’élection présidentielle de 1981, que Georges Marchais avait donné sa version de cette rupture durant l’été 1977. Il a en effet déclaré sur le plateau de "Cartes sur table", la célèbre émission politique de Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel : « Quand j’ai entendu François Mitterrand refuser de s’engager sur l’existence d’une défense nationale indépendante, j’ai dit à ma femme : "François Mitterrand a décidé d’abandonner le programme commun de la gauche ! Fais les valises, on rentre à Paris ! ».

Concrètement, ils sont retournés à Paris trois jours plus tard, et Georges Marchais devait de toute façon assister à un bureau politique le 3 août 1977. Par ailleurs, la rupture de l’union de la gauche a eu lieu en septembre 1977.

Cette phrase (considérée comme misogyne jusque dans la rédaction de "L’Humanité" qui changea la phrase en "On fait les valises et on rentre à Paris") a été une pépite des imitateurs, notamment de Thierry Le Luron en y ajoutant le prénom de la femme : "Liliane, fais les valises, on rentre à Paris !".

Liliane, née Grelot, épouse Garcia puis Marchais, était, depuis février 1977, la seconde épouse de Georges Marchais. Elle est morte récemment du covid-19, le 9 avril 2020 à l’âge de 84 ans (née le 24 août 1935). Elle était loin d’être la femme soumise à son mari comme la phrase impérative semblait la décrire. Au contraire, elle fut une responsable et militante communiste très active (c’est par ce militantisme qu’ils se sont rencontrés). Elle fut la dirigeante de la puissante fédération du PCF du Val-de-Marne de 1961 à 1976.

Le 11 avril 2020, Emmanuel Macron a rendu hommage à Liliane Marchais ainsi : « Son nom ne doit pas nous tromper : elle était une femme politique bien avant, puis tout autant, que la femme d’un homme politique. (…) Loin d’être une épouse aux ordres, elle avait d’ailleurs dit à son mari qu’il les ferait lui-même désormais, ses valises, Liliane Marchais avait ses propres opinions sur tout : militante de toujours, elle s’était engagée en politique bien avant de rencontrer Georges Marchais, donc, et elle s’était battue pour la place des femmes dans la société en général, et pour leur place en politique tout particulièrement. ».

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Il faut ajouter, pour compléter le tableau, que Georges Marchais, loin d’être un père ou un mari inaccessible à causse de ses activités nationales, a vécu une vie familiale paisible (bien que multi-recomposée) dans son pavillon de Champigny-sur-Marne, s’occupant beaucoup de l’éducation du fils du couple.

Revenons aux élections législatives de mars 1978 : finalement, la gauche a encore échoué, de très près. Au premier tour le 12 mars 1978, les candidats de la majorité présidentielle ont totalisé 46,5% des voix et ceux de la gauche 45,2%, un très faible écart. En voix, le PS était à 22,8%, devant le PCF à 20,6%. Au second tour du 19 mars 1978, malgré quelques pertes de siège, la majorité UDF-RPR a préservé 287 sièges sur 491, reconduisant Raymond Barre à Matignon.

La différence avec 1973, c’était que la gauche était en processus de rupture et pas d’union. À l’intérieur du PS, Michel Rocard a pris beaucoup d’importance sur François Mitterrand (même si le congrès de Metz en avril 1979 l’a remis à sa place),  et le PCF était décidé à faire cavalier seul aux prochaines échéances, avec quelques déclarations qui ont marqué la postérité de Georges Marchais.

Ainsi, dans "L’Humanité" du 13 février 1979, Georges Marchais a parlé d’un « bilan globalement positif en URSS », une expression malheureuse qui lui resta collé comme le sparadrap du capitaine Haddock, surtout après l’invasion de l’URSS en Afghanistan qu’il a approuvée en décembre 1979.

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Tête de la liste du PCF aux premières élections européennes du 10 juin 1979, Georges Marchais s’est retrouvée en troisième position avec 20,5%, derrière la liste socialiste menée par François Mitterrand avec 23,5%. Cette nouvelle confirmation de la plus grande importance du PS sur le PCF (en 1978 et en 1979) a sans doute eu un effet à l’élection présidentielle de 1981, celui de rassurer des électeurs modérés qui craignaient que François Mitterrand fût l’otage des communistes. Or, ce ne fut pas le cas, car le PCF commençait son lent déclin.

Georges Marchais fut donc candidat à l’élection présidentielle de 1981, et avec sa gouaille, sa candidature fit le bonheur des humoristes et imitateurs. Il est d’ailleurs très intéressant de revoir ses prises de positions durant cette campagne présidentielle, car elles furent parfois reprises par …Jean-Marie Le Pen, si bien qu’il ne fallait pas s’étonner que le Front national s’accaparât plus tard des voix des ouvriers aux dépens du PCF.

Ainsi, Georges Marchais s’est exprimé sur l’immigration dans "L’Humanité" du 6 janvier 1981 : « En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. La cote d’alerte est atteinte. Il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Se trouvent entassées dans des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. ». Le populaire est devenu populiste.

Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle du 26 avril 1981 a été terrible pour Georges Marchais, relégué en quatrième position de la "bande des quatre", avec 15,3% des voix (Jacques Chirac, qui était parti de très bas dans cette compétition, l’a doublé à 18,0%). Mais le pire pour lui, ce fut le 10 mai 1981 avec l’élection de François Mitterrand. La gauche devenait majoritaire mais les socialistes avaient seuls tous les leviers. Les communistes, revenus au gouvernement avec ses quatre ministres nommés le 23 juin 1981, Charles Fiterman, Jack Ralite, Marcel Rigout et Anicet Le Pors (présentés à l’Élysée lors du conseil des ministres du 25 juin 1981, le même jour que la venue du Vice-Président américain Georges HW Bush), sont devenus des supplétifs des socialistes au gouvernement : de juin 1981 à juillet 1984 et de juin 1997 à mai 2002.

La suite ne fut qu’une lente descente électorale, érosion, effritement, avec le point de singularité aux élections européennes du 17 juin 1984, premier scrutin national depuis les élections de 1981. Georges Marchais était encore la tête de la liste du PCF et a obtenu 11,2% des voix, certes en troisième position (grâce à la grande liste d’union UDF-RPR menée par Simone Veil qui a obtenu 43,1% !), mais il fut talonné de très près par la liste du FN menée par Jean-Marie Le Pen qui a atteint 11,0%. Le pari de ce dernier était gagné, puisqu’il voulait faire jeu égal avec les communistes, ce qui fut acquis en nombre de sièges obtenus : 10 pour le PCF, 10 pour le FN. Georges Marchais avait trouvé plus fort que lui sur le marché du populisme.

Malade, il abandonna le secrétariat général du PCF au 28e congrès du PCF à Saint-Ouen le 29 janvier 1994 à un parfait inconnu du grand public, Robert Hue, avant de mourir le 16 novembre 1997 à 77 ans. Si le vingtième anniversaire de la mort de Georges Marchais fut l’occasion d’une exposition, le centenaire de sa naissance ne semble pas être célébré par ceux qui sont aujourd’hui ses héritiers (à ma connaissance). En tout cas, il ne passionne pas les foules. Sans doute parce qu’il fait partie d’une période complètement révolue, celle d’un communisme qui se croyait encore triomphant…

Dans ses "Cahiers secrets", Michèle Cotta avait noté le 25 janvier 1994 : « Reste Marchais avec sa gouaille, sa maîtrise naturelle de la communication, sa façon d’écorcher la langue française, son accent parigot, ses rires sonores et ses grosses colères. Je garde plusieurs images de lui, plus ou moins glorieuses. L’une à Berlin-Est, en plein congrès de l’eurocommunisme, où il a fait mine de baisser son pantalon en disant au journaliste qui l’interviewait : "Est-ce que je vous demande la couleur de votre slip ? ". (…) Je le revois aussi dans les meetings, les réunions, les congrès, parlant d’une voix forte, alternant menaces et rires. ».

Et Michèle Cotta d’évoquer son successeur : « Je crois bien avoir été la première à avoir entendu prononcer son nom. C’était à la fête de "L’Humanité", l’année dernière. Leroy m’avait laissé entendre ce jour-là que Marchais allait passer la main. (…) C’est la femme de Leroy qui me cita en confidence le nom de Robert Hue comme étant l’homme auquel Leroy et Marchais avaient ensemble décidé de laisser les clefs du PC. Pour tout dire, sur l’instant, je ne l’ai pas cru, tant je trouvais extravagante l’idée de laisser le parti à un inconnu. (…) Voilà comment j’ai raté un scoop, l’année dernière. Je n’avais même pas jugé bon de le noter dans ces cahiers. Pourquoi cette proposition a-t-elle été faite d’un commun accord avec Leroy ? Parce que Marchais savait bien que si Roland Leroy ne pouvait plus occuper sa place pour des raisons d’âge ou d’énergie, nul ne la prendrait sans obtenir sa neutralité bienveillante. Je crains que les deux ne se soient mis d’accord sur quelqu’un qui ne ferait d’ombre ni au trop populaire Marchais, ni au trop intellectuel Leroy. » (25 janvier 1994).

Connu pour avoir expulsé en février 1981 une famille d’immigrés au bulldozer dans la ville de Montigny-lès-Cormeilles dont il était le maire, Robert Hue (né le 19 octobre 1946) dirigea le PCF jusqu’au 28 octobre 2001. Lui ont ensuite succédé : Marie-George Buffet (ministre), Pierre Laurent le 20 juin 2010 et Fabien Roussel depuis le 25 novembre 2018. Aux dernières élections nationales, à savoir, aux élections européennes du 26 mai 2019, le PCF n’a obtenu que …2,5%, en dixième position, talonné par le parti animaliste. Anecdote finale : Robert Hue a quitté le PCF en 2009, a soutenu (le 12 avril 2012) la candidature de François Hollande à l’élection présidentielle de 2012, a même failli devenir un de ses ministres, a rejoint au Sénat un groupe centriste en septembre 2012, et a soutenu (le 10 mars 2017) au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 la candidature d’Emmanuel Macron. Rideau !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Georges Marchais.
Fais les valises, on rentre à Paris !
Gaston Plissonnier.
Jean Ferrat.
Roland Leroy.
Georges Séguy.
Le communisme peut-il être démocratique ?
Karl Marx.
Claude Cabanes.
Michel Naudy.
Paul Vaillant-Couturier.
La Révolution russe de 1917.
Jacques Duclos.
Staline.
Front populaire.
Jean Jaurès.
Léon Blum.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200409-liliane-marchais.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/06/06/38350717.html




 

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 03:17

« L’intelligence est un capitaine qui est toujours en retard d’une bataille. Et qui discute après la bataille. » (Léon-Paul Fargue, 1929).


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Vous avez remarqué ? Il y a des personnalités qui ont plus d’influence que d'autres. Parce qu’elles sont écoutées, parfois suivies. Elles ne sont pas forcément majoritaires, mais elles peuvent faire évoluer la pensée de nombreuses personnes. Celles-ci ont donc une responsabilité essentielle. Surtout en période d’état d’urgence sanitaire comme on le vit actuellement depuis un mois. Vous avez donc remarqué que la plupart de ces personnalités qui façonnent, d’une manière ou d’une autre, la très indéfinie "opinion publique" …se taisent. Elles laissent le gouvernement travailler, et peu d’entre elles voudraient d’ailleurs être à sa place.

Toutes se taisent par décence et par urgence sanitaire. Tout doit être focalisé sur le travail des soignants en réanimation, pour sauver le maximum de vies humaines. Par exemple, les transferts de patients d’une région à une région est très efficace, cela a pu sauver de nombreuses vies humaines. Il faut l’organiser. Les polémiques, les questions qui fâchent, les comptes à rendre, tout cela, ce sera pour après la crise, pas pendant. Toutes ces personnalités qui façonnent l’opinion se taisent …toutes sauf deux ! Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Pas vraiment étonnant.

Tous les deux ont suivi des cours accélérés de médecine, de virologie et d’épidémiologie au CNAM. En quelques semaines, il faut saluer leur haut niveau de connaissances. Les voici médecins, prêts à prescrire le fameux remède du professeur Didier Raoult. J’avais évoqué le développement d’un certain populisme scientifique, il ne pouvait se nourrir que de populistes, pas de scientifiques bien sûr, et l’équipe de Didier Raoult n’y est évidemment pour rien.

Penchons-nous sur Jean-Luc Mélenchon qui était l’invité du "Grand Jury" du dimanche 5 avril 2020, l’émission dominicale de LCI, "Le Figaro" et RTL. Quel message avait-il à faire passer ? Son ego. Peut-être son pseudo-patriotisme marseillais (il est élu d’une circonscription et pas sûr qu’il sera réélu dans deux ans). Mais rien de très nouveau. Et c’est si loin, deux ans. Il a déjà prescrit sur son ordonnance le report du second tour des élections municipales à octobre 2020. Qui avait insisté pour maintenir le premier tour le 15 mars 2020 ? Mémoire courte.

Jean-Luc Mélenchon parle bien et a donc bien parlé durant cette émission, mais il parle à vide, sans rien nourrir d’innovant. Il subodore une chose : le confinement va faire baisser d’au moins 2,2% le PIB en 2020, selon le Ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire, cette récession, pour Jean-Luc Mélenchon, est l’occasion du "grand soir". Il n’est pas le seul à le penser, les adhérents résiduels du parti socialiste anciennement triomphant (et encore survivant, les municipales l’ont prouvé), font aujourd’hui le forcing pour préparer l’après-crise. Quelle hypocrisie, et surtout, quelle indécence quand 800 personnes perdent leur vie du covid-19 chaque jour en France (et même 1 417 personnes rien que la journée du 7 avril 2020 en comptant aussi dans les EHPAD). On n’en est pas là. On est encore loin du "pic" de l’épidémie en France.

Pour les journalistes, on en est pourtant déjà à l’après-déconfinement. Par ennui. Ils ont l’habitude de "séquences" plus courtes. À force, ils n’ont plus de "sujets" pour illustrer leurs journaux.

Revenons à Jean-Luc Mélenchon. Tout ce qu’il disait, c’était du vide, du creux, des sophismes. J’avais pitié pour lui, car j’ai connu, il y a très longtemps, un homme politique qui avait des idées originales, pas les miennes mais qui méritaient qu’on s’y attardât. Là, rien de tout cela, juste cette sensation que décidément, De Gaulle avait raison, la vieillesse est un naufrage. À un moment, Jean-Luc Mélenchon a dit épanoui, singeant un entrepreneur dynamique et efficace : « Assez de blabla ! ». Voilà que l’idée est bonne : Mélenchon, taisez-vous ! Respectez l’humain, vous qui en avez fait votre slogan creux le temps d’une élection présidentielle.

Quelques exemples ? Jean-Luc Mélenchon a bien insisté qu’il n’était pas médecin (ah, je retire mon hypothèse des cours du CNAM), mais il a quand même parlé pendant un quart d’heure de l’effet miraculeux de l’hydroxychloroquine. C’est quand même terrible qu’on meurt autant et que pas une seule fois l’effet n’a été prouvé depuis un mois et demi que cette molécule est supposée comme la solution miracle.

Interrogé par Jean-Jacques Bourdon le 7 avril 2020 sur BFM-TV, le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a d’ailleurs rappelé qu’il avait donné son accord pour de nombreux essais cliniques sur l’hydroxychloroquine, y compris avec l’antibiotique associé, et que jusqu’à maintenant, hélas, aucune molécule (du reste pas seulement l’hydroxychloroquine, les autres testées aussi) n’a apporté d’effet supérieur à l’effet placebo. C’est désolant mais c’est une réalité statistique et scientifique.

Cela nécessite confirmation et tout effet serait évidemment un espoir pour les malades de la forme sévère. Le CHU d’Angers a lancé ainsi une vaste étude sur l’hydroxychloroquine pour être fixé une fois pour toutes sur son efficacité réelle. Le professeur Vincent Dubée, à l’origine de cette étude, a déclaré le 31 mars 2020 : « Dans le contexte particulier que nous vivons, les résultats des essais cliniques sur l’hydroxychloroquine menés par l’équipe du professeur Raoult ont généré beaucoup d’espoirs mais ils ont également soulevé des interrogations légitimes quant à leur pertinence clinique et à l’innocuité de l’hydroxychloroquine. (…) L’étude Hycovid, qui correspond aux standards scientifiques, méthodologiques les plus élevés, devrait permettre de répondre de manière définitive à ces questions et de clore une fois pour toutes le débat sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine. ». Cette semaine, des tests avec du plasma d’anciens malades guéris du covid-19 vont être réalisés.

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Mais il y a d’autres exemples. Jean-Luc Mélenchon a insisté sur la fabrication des masques et des tests PCR. Mais ça y est, les soignants les ont, les commandes sont arrivées, Jean-Luc Mélenchon, encore une fois, enfonce des portes ouvertes. Il propose de faire ce que le gouvernement a déjà fait. Évidemment, aucun journaliste n’est pas là pour corriger, relever. Leur seul objectif, la petite phrase qui pourra être répétée en boucle jusqu’au lendemain.

Le maître mot de Jean-Luc Mélenchon durant cette émission fut la planification. Il rêve de revenir au Gosplan soviétique (presque un siècle de retard !). Le chef suprême de FI a bien tenté de rappeler qu’il y avait eu un Commissariat au Plan en France, mais le journaliste Guillaume Roquette a complété en disant qu’en France, le Plan n’était pas une contrainte pour l’économie mais juste une vision à long terme, au contraire du Gosplan. Le chef suprême n’a néanmoins vu aucune différence…

Et dans sa verbeuse démonstration, il a commencé par dire qu’il faudrait reconstruire la santé en France, que les hôpitaux privés fonctionnaient avec la méchante loi du marché qui vise à réduire les coûts et la qualité… et a ajouté que les hôpitaux, c’était encore pire ! J’en déduis donc le scoop qu’attendaient les journalistes (de médias privés, précisons-le, répétons-le : TF1/LCI, RTL, "Le Figaro") : Jean-Luc Mélenchon considère que le secteur privé est mieux que le secteur public.

Et pendant ce temps des centaines et des centaines de Français meurent du covid-19 chaque jour… Jean-Luc Mélenchon, un peu décence : taisez-vous ! Vous pourrez toujours blablater après la crise sanitaire, ne vous inquiétez pas, les médias ne vous oublieront pas. Taisez-vous et surtout, protégez-vous. Le coronavirus attaque tout le monde, sans distinction.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 avril 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Luc Mélenchon : un peu de décence, taisez-vous !
Jean-Luc Mélenchon, à côté de la plaque !
Jean-Luc Mélenchon, le tribun qui tourne à vide.
L’imposture de Jean-Luc Mélenchon sur le Traité de Maastricht.
Grèce : la défaite de l’expérience Syriza.
Colère de François Ruffin sur le débat sur le handicap (le 11 octobre 2018).
Le Radeau de la Méluche.
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Marine Mélenchon et Jean-Luc Le Pen.
Premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017.
Programme 2017 de Jean-Luc Mélenchon (à télécharger).
Deuxième débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (4 avril 2017).
Présidentielle 2017 : l’unique débat à cinq.
Benoît Hamon, la "bête noire" de Jean-Luc Mélenchon ?
Jean-Luc Mélenchon, candidat autoproclamé aux amitiés mal assumées.
Pourquoi Mélenchon ne veut pas d'alliance avec Bayrou ?
Christian Schoettl attaque Jean-Luc Mélenchon.
Débat Mélenchon vs Attali et Apparu (25 avril 2013).
Débat Mélenchon vs Cahuzac (7 janvier 2013).
Débat Mélenchon vs Copé (17 novembre 2011).
Débat Mélenchon vs Marine Le Pen (14 février 2011).
Jean-Luc Mélenchon, allié objectif de Sarkozy (24 mars 2012).
Jean-Luc Mélenchon sur TF1 (5 mars 2012).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200405-melenchon.html

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 03:52

« Rouler son rocher indéfiniment et attendre qu’il retombe en bas de la montagne. C’était le sens de son message : alors, comment va FI ? ça roule. » (Laurent Joffrin, "Libération" du 24 juin 2019).



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Faut-il se montrer publiquement arrogant contre le juge chargé de superviser son procès ? Faut-il le provoquer en criant à la justice politique afin de faire pression et de susciter sa clémence ? Quelle drôle de tactique de la terre brûlée qui soumet une justice agacée à la tentation de le sanctionner plus sévèrement que souhaitable ? Tactique aussi contreproductive politiquement que judiciairement. Drôle de défense, ou plutôt, défense carrément masochiste.

Le procès de Jean-Luc Mélenchon commence ce jeudi 19 septembre 2019 au tribunal correctionnel de Bobigny pour « menaces ou actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire » et « violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». Loin des affaires politico-financières : il est jugé, ici, pour avoir joué au caïd avec un procureur et des policiers lors de la perquisition du local de son parti le 16 octobre 2018.

Il faut rappeler ce que, durant ce demi-quinquennat du Président Emmanuel Macron, sont devenus politiquement Jean-Luc Mélenchon et son mouvement France insoumise (FI). On peut résumer simplement en citant deux résultats électoraux. Le 23 avril 2017 au premier tour de l’élection présidentielle : 19,6% (un peu plus de 7 millions de voix). Le 26 mai 2019 aux élections européennes : 6,3% (un peu plus de 1,4 million de voix). En deux ans, une perte sèche des deux tiers de l’électorat et la disparition de plus de 5,5 millions d’électeurs. Le principal responsable de cette dégringolade historique, forcément, c’est Jean-Luc Mélenchon, seul leader autorisé de FI.

On ne peut pas ne pas mettre en parallèle cette épopée avec celle de François Bayrou et de l’UDF/MoDem dix années plus tôt. Le 22 avril 2008 au premier tour de l’élection présidentielle, François Bayrou avait rassemblé plus de 6,8 millions d’électeurs, soit 18,7% des voix. Le 7 juin 2009 aux élections européennes, les listes du MoDem n’avaient obtenu que 8,5% des voix, même pas 1,5 million d’électeurs. Là aussi, plus de 5 millions d’électeurs avaient disparu en deux ans. François Bayrou voulait être considéré comme l’opposant numéro du Président Nicolas Sarkozy (comme Jean-Luc Mélenchon veut être considéré comme l’opposant numéro un d’Emmanuel Macron, titre que lui dispute Marine Le Pen avec de meilleurs arguments).

L’un comme l’autre (Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou) ont excellé pendant les campagnes présidentielles, mais ils ne s’intéressent guère qu’à cela. De parti, ils n’ont que leur leadership, bref, eux. Le MoDem a toutefois gagné l’élection présidentielle de 2017, mais sans François Bayrou. Ou plutôt, avec lui pendant seulement un mois, comme Ministre d’État, Ministre de la Justice.

Revenons à France insoumise. Actuellement, ce parti a 17 députés (sur 577), 1 sénateur (sur 348), 6 députés européens (sur 74) et 9 conseillers régionaux (sur 1 758). L’échec des élections européennes a formalisé en fait la désaffection électorale dont il est à la fois la victime et l’origine. Jean-Luc Mélenchon vit dans un autre monde que le monde réel. Peut-être un monde virtuel que l’Internet a renforcé, avec ses courtisans et ses détracteurs de salon.

Je voudrais m’arrêter sur deux interventions publiques de Jean-Luc Mélenchon après les élections européennes : celle du 23 juin 2019 et celle du 12 septembre 2019.

L’intervention du dimanche 23 juin 2019 s’est passée dans une salle du douzième arrondissement de Paris, dans l’après-midi. Il s’agissait d’une première réunion interne postélectorale, la convention nationale de France insoumise.

Insistons sur le caractère très particulier de ce parti : au contraire de tous les autres partis, j’insiste, tous les autres partis, France insoumise n’est pas une association déclarée. C’est plutôt une sorte de marque ou de franchise. L’absence de structure officielle évite tout acte de démocratie interne : il n’y a pas d’assemblée générale (pas de congrès), il n’y a pas de président de France insoumise, donc, il n’y a pas de désignation plus ou moins démocratique de ce président. Le seul titre "partisan" de Jean-Luc Mélenchon est président du groupe FI à l’Assemblée Nationale depuis le 27 juin 2017.

Il me semble que l’intervention de Jean-Luc Mélenchon n’était pas prévue. J’ai pu l’écouter en direct parce qu’elle était diffusée sur la chaîne BFM-TV (après, on osera encore dire que cette chaîne de télévision est partiale).

Mon sentiment, pendant toute sa longue (et inutile) intervention (inutile car il n’a rien dit de concret, il aime juste s’écouter parler, il n’avait rien préparé), c’était qu’il faisait de l’autonombrilisation. Et surtout, de l’autojustification sur l’absence de démocratie interne de son parti. Exemple particulièrement voyant : il a demandé à ce qu’un des membres (inutile de le citer) fût désigné "coordinateur national" devant une assemblée médusée. Désigné, mais sans vote. Juste parce qu’il a beaucoup bossé et que c’était normal.

C’était une véritable révolution du concept de la démocratie. On a connu le concept de "centralisme démocratique" qui était la version douce de la "dictature du prolétariat" au sein du parti communiste. Jean-Luc Mélenchon a inventé la démocratie de l’autoproclamation par autojustification. Cela en dirait beaucoup, si jamais il arrivait au pouvoir, de son respect des règles démocratiques …que je dirais, traditionnelles.

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Mais le plus sidérant n’était pas vraiment cela. C’était que Jean-Luc Mélenchon n’a fait que parler de cuisine interne, une sorte de cuisine moléculaire en ce sens qu’elle était en faible quantité. Le fond s’est évaporé. Volatilisé. En fait, le fond s’est évaporé, dans ses discours, depuis la fin de sa campagne présidentielle. Il avait eu pourtant de bonnes idées, des réflexions qui méritaient approfondissement, des approches même novatrices sur la mer, les océans…

Je suis très opposé à Jean-Luc Mélenchon. Il a un fond idéologique qui me fait plus peur qu’autre chose. J’apprécie peu son comportement avec ceux qui ne pensent pas comme lui (c’est-à-dire pratiquement tous les autres que lui, sauf quelques affidés), qui vise à renforcer les haines plutôt que la concorde, dans un contexte de forte tension sociale. Mais je lui reconnaissais deux grandes qualités, qualités que j’avais (modestement) "jugées" sur pièces personnellement.

D’abord, il pense par lui-même, et je lisais son blog depuis une petite quinzaine d’années. Je me demandais pourquoi il restait encore dans un PS qu’il critiquait tant, mais qui l’a tant nourri comme apparatchik (sénateur, président délégué de conseil général, etc.), la réponse étant dans mon interrogation, évidemment. Finalement, son indépendance d’esprit l’a emporté sur le confort personnel. Il a eu le courage de quitter le PS au moment du congrès de Reims (novembre 2008), et c’était courageux de sa part. Il a quitté une multinationale qui allait devenir "leader en son domaine" en 2012 (et qui, maintenant, a fait faillite !), pour créer sa petite entreprise, et il s’est présenté sur son nom propre avec des fortunes diverses depuis une dizaine d’années (succès et échecs).

Ensuite, il est aussi un admirable tribun. Quand j’ai écrit que j’ai pu "juger" sur pièces, c’était parce que j’ai assisté à l’un de ses meetings à Grigny, en terre communiste (merguez sur place !), dans un stade, pour sa campagne présidentielle, et il n’y a pas de doute, Jean-Luc Mélenchon est un véritable tribun, capable de s’enflammer pour tout et rien. Il a cité Victor Hugo et a fait glisser la larme aux yeux des quelques dizaines de présents (le stade était très clairsemé, c’était un dimanche après-midi très ensoleillé). C’est exaltant quand on veut croire en un destin politique, mais cela ne reste que du talent de forme, et pas de fond.

Je ne doute donc ni de son talent, ni de sa sincérité. Hélas, ce 23 juin 2019, à l’écoute de son discours, il fallait bien se rendre à l’évidence que l’étoile a pali. L’étoile du fond car la forme reste encore éclatante dans sa capacité d’indignation, mais là, on a affaire à un tribun qui n’avait plus rien à dire, alors que le mouvement des gilets jaunes s’était étiolé (et peine à redémarrer en septembre) et que la popularité d’Emmanuel Macron regrimpait.

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La seconde intervention de Jean-Luc Mélenchon que je veux ici évoquer, c’était sa rentrée politique en conférence de presse le jeudi 12 septembre 2019 dans l’après-midi à la Maison de l’Amérique latine.

Parlons d’abord de quelques semaines auparavant : il y a eu l’équivalent d’une université d’été de France insoumise où il était question du fonctionnement de ce parti. Pour les sympathisants, c’était probablement un moment crucial, surtout en pleine débâcle électorale (la patience est finie dans cette civilisation du zapping, quand un parti échoue, les rats quittent le navire pour aller vers des paquebots plus alléchants ou construire son propre pédalo). Or, pour ce moment essentiel de son mouvement, Jean-Luc Mélenchon était absent. Pourquoi ? Grand voyage en Amérique latine. Il aurait pu s’arranger avec son agenda, mais non, il était absent. Peu de respect pour ses derniers fidèles.

La conséquence, c’est qu’il a fait sa rentrée politique le lendemain de son retour. Et sa communication était particulièrement médiocre pour ne pas dire mauvaise, tant sur le fond que la forme (il semblait épuisé et lassé). Ce n’était pas les grands sujets d’actualité qui manquaient, mais non, il n’a quasiment pas parlé de la réforme des retraites (pourtant, c’est du social et le matin même, le Premier Ministre Édouard Philippe donnait quelques éléments clefs de la réforme au Conseil Économique, Social et Environnemental), ni de la PMA, ni de beaucoup de sujets mis dans l’actualité. Il a parlé de son voyage, et surtout, de sa convocation pour le procès du 19 septembre 2019.

Bref, il n’a fait que parler de son petit sort personnel, qui n’a d’intérêt que pour lui et ses proches, mais certainement pour la nation française, tout important se croit-il encore être (puisqu’il est la République). Toute son intervention a tourné (très médiocrement) autour de la justice qui serait politisée et qui les ciblerait, lui et son parti. Il n’a pas eu beaucoup de cohérence dans sa démonstration. Il a crié qu’il était le seul à avoir été perquisitionné, et quelques minutes plus tard, il a dit aux journalistes de demander à François Bayrou pour savoir quel effet cela faisait. Des responsables politiques perquisitionnés, il y en a eu des dizaines… et aucun ne s’est opposé au procureur, tout le monde a accepté cette initiative de la justice, …sauf Jean-Luc Mélenchon.

Le plus ennuyeux pour lui, dans sa démonstration, il n’a pas eu de chance, c’était que le matin même, le Président de l’Assemblée Nationale, Richard Ferrand, un très proche d’Emmanuel Macron, venait d’être mis en examen. La "justice aux ordres" n’avait plus beaucoup d’argument. Au contraire, c’était une justice totalement indépendante, peut-être trop indépendante pour certains, dont il s’agit aujourd’hui. Dernières preuves, l’incarcération du maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, depuis le vendredi 13 septembre 2019, jour où le nonagénaire nostalgique Jean-Marie Le Pen fut aussi mis en examen. Sans compter le calendrier du procès de François Fillon qui se télescope avec les prochaines élections municipales.

Il faut être atteint d’une sérieuse paranoïa politico-personnelle pour croire que Monsieur Mélenchon et son parti seraient les seuls visés par une justice qui, semble-t-il, a touché tous les partis, de gouvernement ou d’opposition. Ce serait presque de l’orgueil de celui qui se croit seul au monde, d’être opprimé ainsi. Orgueil voire vanité, car vouloir se comparer à Lula peut être très risible.

Dans son éditorial du 18 septembre 2019, Laurent Joffrin a constaté : « Il faudrait aussi, pour justifier les philippiques insoumises, produire des preuves, montrant, ou même suggérant, que la chancellerie, ou l’Élysée, sont intervenus dans cette procédure. Tout indice parfaitement absent du réquisitoire mélenchonien. Ainsi, l’un des principaux leaders politiques français, aux ardentes convictions républicaines, affirme sans preuve que la justice républicaine est aux ordres, qu’elle rend des services et non des jugements, qu’elle s’identifie aux mascarades judiciaires en vigueur dans les régimes tyranniques. C’est pousser très loin le bouchon rhétorique. » ("Libération").

D’ailleurs, si Jean-Luc Mélenchon a eu un traitement particulier, cela le fut à son bénéfice : pour s’opposer avec autant de violence à la perquisition, il aurait dû être en comparution immédiate, comme c’est le cas généralement pour les petits délinquants. Lui, il a eu presque un an pour se retourner, et même si sa réaction fut violente surtout psychologiquement contre des policiers, il est probable qu’il ne risque pas une grave condamnation.

Alors, pourquoi monter en épingle une telle affaire dans l’affaire, sinon pour politiser lui-même cette affaire, pour se victimiser, pour montrer qu’il est un rebelle pourchassé ? Mais ce scénario ne peut pas fonctionner, car nous ne sommes pas au Venezuela, nous sommes en France, dans une démocratie très imparfaite mais déjà très avancée, et il n’est pas le seul à être poursuivi par la justice. Le scénario n’a aucune crédibilité.

Cette violence, dont il était fier de montrer l’enregistrement (ce qui a fourni une preuve incontournable pour le juge !), elle n’a aucune justification, elle n’est pas là par passion politique comme il aimerait le faire croire, elle est là par la simple colère d’un aigri. Comment un homme qui ne sait pas se contrôler lui-même, pour son propre intérêt, pourrait-il contrôler une situation politique complexe si jamais, par malheur, il était aux responsabilités ? Comment pourrait-il discerner l’intérêt national alors qu’il ne distingue même pas son propre intérêt de justiciable ?

Oui, De Gaulle avait raison, la vieillesse est un naufrage…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 septembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Luc Mélenchon, à côté de la plaque !
Jean-Luc Mélenchon, le tribun qui tourne à vide.
L’imposture de Jean-Luc Mélenchon sur le Traité de Maastricht.
Grèce : la défaite de l’expérience Syriza.
Colère de François Ruffin sur le débat sur le handicap (le 11 octobre 2018).
Le Radeau de la Méluche.
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Marine Mélenchon et Jean-Luc Le Pen.
Premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017.
Programme 2017 de Jean-Luc Mélenchon (à télécharger).
Deuxième débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (4 avril 2017).
Présidentielle 2017 : l’unique débat à cinq.
Benoît Hamon, la "bête noire" de Jean-Luc Mélenchon ?
Jean-Luc Mélenchon, candidat autoproclamé aux amitiés mal assumées.
Pourquoi Mélenchon ne veut pas d'alliance avec Bayrou ?
Christian Schoettl attaque Jean-Luc Mélenchon.
Débat Mélenchon vs Attali et Apparu (25 avril 2013).
Débat Mélenchon vs Cahuzac (7 janvier 2013).
Débat Mélenchon vs Copé (17 novembre 2011).
Débat Mélenchon vs Marine Le Pen (14 février 2011).
Jean-Luc Mélenchon, allié objectif de Sarkozy (24 mars 2012).
Jean-Luc Mélenchon sur TF1 (5 mars 2012).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190912-melenchon.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-luc-melenchon-a-cote-de-la-217971

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 01:33

« J’ai aimé Jean-Marie, j’ai détesté Le Pen. » (Yann Piat).


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Ce fut une véritable tragédie pour une femme de 44 ans et ses enfants (elle est née il y a à peine soixante-dix ans, le 12 juin 1949 à Saigon). En effet, il y a vingt-cinq ans, le 25 février 1994 à Hyères, dans le Var, Yann Piat fut sauvagement assassinée, les poumons transpercés de deux balles, lors du retour de sa permanence d’élue vers son domicile. Ce fut l’un des très rares cas d’assassinat de personnalité politique depuis le début des années 1980 en France (hélas pas le seul, notamment en Nouvelle-Calédonie).

Yann Piat s’appelait à sa naissance Yannick Marie (Piat fut le patronyme de son second mari en 1977) et était orpheline de père (ou plutôt, son père était inconnu). Sa mère était dans l’armée française en Indochine (où la fille est née) puis a milité à l’OAS en Algérie où elle a été incarcérée. Comme sa mère était une amie de Jean-Marie Le Pen, Yann Piat fut sa filleule. Les relations entre les deux n’étaient donc pas seulement politiques, elles étaient presque filiales.

En quelques sortes, le Front national est devenu la seconde famille de Yann Piat. Après avoir été secrétaire fédérale du FN dans les Landes, elle retourna dans le Var où elle avait passé son enfance, et, placée à la tête de la liste du FN dans le Var, elle fut élue députée du Var le 16 mars 1986 à l’âge de 36 ans, grâce au scrutin proportionnel mis en place par François Mitterrand. Elle ne fut pas la seule élue du FN puisque 35 candidats FN furent élus, ce qui leur a permis de créer un groupe politique à l’Assemblée Nationale présidé par Jean-Marie Le Pen (à l’époque, il fallait au moins 30 députés, maintenant, 15 suffisent). Pour l’anecdote, le nom exact des listes FN et du groupe FN était "Front national Rassemblement national".

Le gouvernement de Jacques Chirac (de la première cohabitation) a rétabli le scrutin majoritaire, si bien que la plupart des députés FN sortants furent battus aux élections législatives de juin 1988. La plupart : en fait, aucun …sauf Yann Piat qui fut la seule réélue du FN le 12 juin 1988 avec 53,7% des voix au second tour face à un candidat socialiste. Étant la seule élue du FN, elle n’a pas pu former de groupe politique et s’est assise parmi les non-inscrits dans l’hémicycle.

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Quelques mois plus tard, elle a vivement réagi lorsqu’elle a entendu Jean-Marie Le Pen faire son jeu de mot vaseux sur Michel Durafour alors ministre ("Durafour-crématoire"), prononcé le 2 septembre 1988 au Cap d’Agde, si bien qu’elle et son compagnon, le médecin François Bachelot, ancien député FN de 1986 à 1988 et ancien directeur de campagne de Jean-Marie Le Pen pour l’élection présidentielle de 1988, furent exclus du FN en octobre 1988. François Bachelot, ancien membre du RPR, a rejoint CNI tandis que Yann Piat s’est rapprochée du PR (Parti républicain).

L’une des grandes qualités de Yann Piat, qui lui a sans doute permis d’être réélue, fut sa lutte sans complaisance contre la corruption. Elle fut même surnommée Yann d’Arc pour l’occasion. Elle enquêta au sein d’une commission parlementaire sur la pénétration de la mafia en France et elle a rapidement dénoncé des liens équivoques entre le milieu du grand banditisme et le paysage politique varois.

Il faut rappeler qu’à l’époque, il y avait, pas si loin, la mise en place d’une politique de lutte active contre la corruption en Italie (plus ou moins avec succès, avec l’opération Mains propres mais aussi avec des assassinats de juges dont Falcone). De plus, dans le Var, régnait politiquement un maître incontesté (on l’appelait le "parrain du Var"), Maurice Arreckx (1917-2001), maire de Toulon de mars 1959 à mars 1985, président du conseil général du Var de mars 1985 à mars 1994, député de mars 1978 à septembre 1986 et sénateur de septembre 1986 à septembre 1995.

Maurice Arrekx était le patron de l’UDF du Var, en tant que membre du Parti républicain, parti appartenant à l’UDF et présidé par François Léotard de 1982 à 1990 (secrétaire général puis président) et de 1995 à 1997 (et par Gérard Longuet de 1990 à 1995). François Léotard, député-maire de Fréjus, qui avait une activité politique nationale depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1981 (et même une ambition présidentielle), avait renoncé à se mêler des affaires politiques du Var qui étaient laissées à Maurice Arreckx. À l’instar, par exemple, de Philippe Séguin, député-maire RPR d’Épinal, qui était actif au niveau national mais ne s’occupait pas des affaires politiques du département des Vosges (laissées à Christian Poncelet, également RPR, sénateur et président du conseil général des Vosges).

Quand j’écris "affaires", il s’agit bien des affaires politiques et de l’autorité politique, et en principe, en toute légalité. J’écris "en principe" car Maurice Arreckx fut justement par la suite arrêté et emprisonné en août 1994 puis de décembre 1987 à août 1998, condamné pour corruption à quatre ans de prison dont deux avec sursis par la cour d’appel d’Aix-en-Provence en fin 1997.

Pourquoi Yann Piat s’est-elle rapprochée du PR alors qu’elle dénonçait des liens entre le milieu et la vie politique varoise dirigée par le PR ? Il faut imaginer aussi que les investitures de parti ont un sens (ou avaient un sens) pour les électeurs. Dans le Var, le parti dominant était le PR (entre 1988 et 1997, il y avait, sans compter Yann Piat, 5 députés PR sur les 7 que comptait le Var, le septième député était RPR). L’autre parti plus ou moins important dans le Var, dans l’opposition départementale, était le PS, laminé aux élections législatives de 1988 et de 1993.

En raison des consignes de Jacques Chirac et d’Alain Juppé (président et secrétaire général du RPR), le RPR était beaucoup plus ferme que le PR pour rejeter toute idée d’alliance avec le FN. C’était donc logique que, politiquement, Yann Piat, ex-FN, se tournât vers le PR pour trouver une nouvelle famille politique qui l’accueillerait.

Ce qui était moins logique, c’est qu’elle intégrait, au niveau départemental, une formation qu’elle accusait d’avoir des liens avec le milieu. Était-ce une ambition folle de vouloir assainir politiquement de l’intérieur un parti qu’elle pensait sali ? Ou était-ce simplement une téméraire imprudence ? C’est évidemment facile de se poser ces questions après son assassinat. Pensait-elle que le système varois provenait d’hommes et pas d’un parti ?

En tout cas, si elle voulait suivre une carrière "classique" d’élue, Yann Piat, députée de la 3e circonscription du Var (Hyères, Le Pradet, etc.), devait avoir une implantation locale. Elle a ainsi envisagé une candidature aux élections municipales à Hyères (environ 50 000 habitants) en 1995, et auparavant, elle voulait se présenter aux élections régionales de mars 1992 sur la liste UDF-RPR du Var (l’ensemble des listes de la région PACA était mené par Jean-Claude Gaudin, qui n’était pas encore maire de Marseille, mais président du conseil régional sortant).

Finalement, elle fut écartée de la liste UDF-RPR et elle renonça à monter une liste dissidente en échange de l’investiture de l’UDF et du RPR aux élections législatives de mars 1993. Ce fut ainsi que Yann Piat fut réélue députée du Var le 28 mars 1993, avec 42,4% des voix au second tour dans une triangulaire à laquelle participèrent un candidat divers droite (31,4%) et un candidat investi par le FN (26,2%). Il est à noter que Léopold Ritondale (1921-2008) était le maire PR d’Hyères depuis mars 1983 (mandat gagné face au maire sortant PS qui fut aussi l’opposant du second tour de Yann Piat en 1988) et qu’il a eu 74 ans aux élections municipales de 1995. Yann Piat aurait pu ainsi être sa successeure en le remplacement et mettant à la retraite (finalement, Léopold Ritondale est mort à 86 ans alors qu’il était encore maire, quelques jours avant les élections municipales de mars 2008).

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L’assassinat de Yann Piat a ému toute la classe politique, tant nationale que varoise, car c’est extrêmement rare qu’une personnalité politique soit assassinée (ce qui, d’ailleurs, peut être un des critères d’une démocratie avancée). Deux ans avant son assassinat, Yann Piat avait écrit une lettre où elle aurait mis en cause (sans aucune justification) trois personnalités politiques (Maurice Arreckx, Bernard Tapie et un ancien conseiller général) et deux membres du milieu (dont un "vrai parrain", Jean-Louis Fargette, assassiné en mars 1993 et proche de Maurice Arreckx au point que cela lui aurait coûté une carrière nationale).

Politique ou crapuleux ("ou" inclusif), cet assassinat a montré que Yann Piat gênait par sa présence politique et sa capacité à dénoncer les malversations dans la région de Toulon et d’Hyères. Il a même fait l’objet d’un film réalisé par Antoine de Caunes avec Karin Viard dans le rôle principal, diffusé le 16 avril 2012 sur Canal Plus.

Cet assassinat a fait aussi l’objet d’une enquête visiblement bâclée de deux journalistes qui ont publié en octobre 1997 chez Flammarion le témoignage d’un ancien militaire de la Direction du renseignement militaire qui a accusé presque nommément (avec des informations faciles à les identifier) François Léotard et Jean-Claude Gaudin ("Encornet" et "Trottinette"). Les deux élus nationaux du PR ont gagné leur procès contre les auteurs et l’éditeur pour diffamation et atteinte à leur honneur et ont obtenu le retrait des librairies du livre en question qui n’a pas été redistribué ensuite sans ce passage. Ces journalistes, lourdement condamnés par la justice, auraient été manipulés par ce militaire à la retraite.

Il a fallu attendre plus de vingt ans pour avoir le témoignage public de François Léotard, à l’époque de l’assassinat, Ministre d’État, Ministre de la Défense dans le gouvernement d’Édouard Balladur et l’un des plus fervents balladuriens. Dans l’émission "13h15 le dimanche" diffusé le 18 mars 2018 sur France 2, François Léotard a en effet déclaré que Jacques Chirac (concurrent d’Édouard Balladur à l’élection présidentielle de 1995 mais qui, bien que vainqueur, avait gardé des rancœurs) l’avait convoqué avec Jean-Claude Gaudin au Fort de Brégançon pour leur dire qu’il n’était pas impliqué dans cette manipulation politique visant à les discréditer.

Totalement blanchi par la justice, François Léotard a affirmé ainsi : « Je pense que le milieu le plus élevé de la République était, à travers le Ministre de l’Intérieur de l’époque, tout à fait informé et peut-être à l’origine de cette démonstration de bêtise. (…) En tout cas, c’est une façon étrange de laisser faire. Étrange… ce qui est malheureusement conforme au personnage. » (entre 1995 et 1997, le Ministre de l’Intérieur était un fidèle chiraquien, Jean-Louis Debré, puis, sous la cohabitation avec Lionel Jospin, ce fut Jean-Pierre Chevènement). Au cours de la réunion au Fort de Brégançon : « C’était à la fois solennel et familier. Chirac nous avait convoqués pour expliquer que ce n’était pas lui. Je n’ai pas ouvert la bouche. C’était un mensonge. ».

Profondément secoué par cette fausse accusation et par un triple pontage coronarien, François Léotard, qui alors était président du PR et président de l’UDF, a définitivement abandonné la vie politique le 26 décembre 2001 après la mort de son frère Philippe Léotard (le 25 août 2001).

Le procès des assassins de Yann Piat a commencé le 4 mai 1998 devant les assises du Var et le verdict très lourd a été prononcé le 16 juin 1998 avec la condamnation des six auteurs et complices, dont le commanditaire (perpétuité, mort en 2010 d’une opération du cœur), le tireur (perpétuité, libéré après seize ans de détention, mort en 2013 d’une méningite foudroyante) et le conducteur de la moto (vingt ans de réclusion, libéré en 2007, mais de nouveau en prison quelques semaines plus tard à cause d’une agression à main armée et séquestration).

Au cours de ce procès, les vrais commanditaires de cet assassinat n’ont jamais été révélés. Le tireur a dit au juge qu’il se serait agi de voyous et d’hommes politiques mais qu’il ne voulait pas les dénoncer car ils étaient encore très puissants. Comme les deux premiers protagonistes de l’assassinat sont morts maintenant, ces noms risquent de ne jamais pouvoir être divulgués un jour. Comme dans l’affaire Robert Boulin


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 février 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Yann Piat.
Jean-Marie Le Pen.
Rassemblement national.
François Léotard.

_yartiPiatYann01



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190612-yann-piat.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/06/09/37415315.html


 

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