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10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 04:07

« Personne ne vote plus pour un programme, ce qui va poser un problème de légitimité à ce gouvernement. Nous vivons une période très difficile mais je pense qu’elle peut être courte. Le ras-le-bol peut s’exprimer dès la rentrée. Le problème, c’est qu’en France, il y a des luttes sociales très dures (…), mais elles échouent toutes. C’est vrai que les divisions syndicales n’aident pas. » (Alain Krivine, le 24 juin 2017 à Poitiers).


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Leader historique de l’extrême gauche en France, Alain Krivine fête son 80e anniversaire ce samedi 10 juillet 2021. Pour le pouvoir gaulliste, il était, il y a plus de cinquante ans, d’abord l’incarnation politique et électorale du mouvement de mai 1968 à l’élection présidentielle de 1969.

Dans son livre "C’était De Gaulle", Alain Peyrefitte a retranscrit ses propres propos prononcés lors d’une discussion le 11 décembre 1998 avec un ancien militant communiste, resté longtemps dans l’anonymat pour avoir infligé, étant étudiant, une humiliation à De Gaulle qui visitait Normale Sup. (rue d’Ulm) le 21 février 1959, « qui s’était mis les mains dans le dos pour ne pas serrer celle que le Général De Gaulle lui tendait ». Un petit événement qui a dégoûté De Gaulle d’aller visiter les universités par la suite, ce qui pouvait être compris comme du mépris qui a explosé en mai 1968.

L’ancien ministre s’interrogeait, devant cet ancien militant devenu physicien des hautes énergies, sur la surprise des dirigeants communistes face à la révolte étudiante : « Comment les experts en revendication ont-ils pu ne pas sentir cette force révolutionnaire, si vraiment elle existait ? (…) Et si cette force révolutionnaire était tellement puissante, comment a-t-elle pu s’évaporer, le mois suivant, dans les isoloirs ? Comment, un an plus tard, Krivine, qui la représentait à l’élection présidentielle, a-t-il obtenu 1% des voix alors que le tohu-bohu poursuivait de plus belle dans les universités ? ».

Et Alain Peyrefitte de répondre lui-même à ses questions : « J’avance une explication d’un autre ordre. Je crois aux hommes acteurs de l’histoire. Il y a un début de révolution parce qu’il y avait des révolutionnaires. En 65-66, quand le parti [communiste français] a voulu reprendre en main les Jeunesses communistes, un peu trop turbulentes à son gré, les trotskistes et les maoïstes ont claqué la porte. Les dissidents ont alors constitué des groupes vraiment révolutionnaires. Ils n’étaient que quelques centaines de militants, mais ils étaient bien décidés à subvertir la société et se sont organisés à cet effet. Ce sont eux qui ont réussi à créer l’événement. Il a suffi de quelques centaines de gauchistes, résolus et exercés, pour entraîner derrière eux une bonne part de la jeunesse estudiantine. ».

Effectivement, Alain Krivine a fait partie de ces militants révolutionnaires résolus, et ce qui a fait sans doute sa force, c’est qu’il est resté ce révolutionnaire résolu, au contraire de bien des leaders du mouvement de mai 1968. D’origine ukrainienne, issu d’une famille qui compte beaucoup de talents dans les arts et la science (par exemple, Emmanuel Krivine, le chef d’orchestre, est son cousin), Alain Krivine s’est engagé au parti communiste français (PCF) à l’âge de 16 ans, aux Jeunesses communistes. Pendant ces premières années, il s’est engagé aussi au côté du FLN, puis à la Quatrième Internationale (trotskiste), ce qui l’a fait exclure du PCF en janvier 1966 (lors de la reprise en main des Jeunesses communistes).

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L’étudiant à la faculté de lettres de Paris (à la Sorbonne) était alors devenu entre temps enseignant et secrétaire de rédaction dans une maison d’édition, et aussi gendre de Gilles Martinet, l’un des fondateurs du PSU (parti socialiste unifié), journaliste devenu député européen puis ambassadeur à Rome. Alain Krivine fut un influent responsable des étudiants communistes, membre du comité national de l’Union des étudiants communistes de France (UEC) de 1958 à 1965, branche étudiante des Jeunesses communistes de France.

Libéré de sa dépendance du PCF, Alain Krivine a fondé le 2 avril 1966 la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), l’un des mouvements meneurs de mai 1968, qui est devenu la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) en juin 1974, puis le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) le 5 février 2009, après quelques aventures policières : acteur de mai 1968 (il a organisé et mené des manifestations), Alain Krivine a été arrêté et emprisonné le 10 juillet 1968, son mouvement a été dissout au conseil des ministres du 12 juin 1968, mais a continué à exister clandestinement jusqu’au 8 avril 1969, où il fonda la Ligue communiste d’une fusion de la JCR et du PCI (parti communiste internationaliste), qui elle-même fut de nouveau dissoute par le gouvernement le 23 juin 1973 en même temps que le mouvement d’extrême droite Ordre nouveau après des manifestations et contre-manifestations violentes.

Pour bien comprendre l’organisation des mouvements d’extrême gauche dans les années 1970, il faut apprécier la complexité avec un grand nombre de courants, tendances, fusions, fissions, entrismes, etc. Dans cette histoire du trotskisme à la française, il y a Daniel Gluckstein, Pierre Boussel, Gérard Filoche, etc.

Les compagnons de route d’Alain Krivine furent notamment Daniel Bensaïd, et aussi Henri Weber qui a finalement évolué vers le socialisme de Laurent Fabius (il y a un excellent documentaire sur Henri Weber, où l’on voit également Alain Krivine dans les années 1970, diffusé en ce moment sur LCP à l’occasion de l’anniversaire de sa disparition le 26 avril 2020, l’une des nombreuses victimes du covid-19).





Comme l’expliquait Alain Peyrefitte, Alain Krivine, à 28 ans, a été candidat à l’élection présidentielle, et il n’a obtenu que 1,06% au premier tour du 1er juin 1969, classé dernier des sept candidats, derrière l’inconnu Louis Ducatel (1,27%). Il avait eu une forte concurrence de Michel Rocard, candidat du PSU (3,61%), de Gaston Defferre (5,01%) et surtout de Jacques Duclos (21,27%). Pour la petite histoire, Alain Krivine faisait alors son service militaire, affecté à Verdun, et il a pu avoir une permission pour faire campagne.

Pour l’élection présidentielle de 1974, organisée soudainement après la mort de Georges Pompidou, la Ligue communiste comptait soutenir la candidature de Charles Piaget, l’un des fondateurs du PSU et syndicaliste devenu célèbre dans l’affaire Lip, mais Michel Rocard, qui a rejoint le PS, a réussi à convaincre l’ensemble de son ancien parti, le PSU, de soutenir la candidature de François Mitterrand dès le premier tour. Alain Krivine s’est alors présenté à nouveau, mais malgré sa notoriété issue de mai 1968, il a essuyé un échec encore plus important qu’en 1969 en ne rassemblant que 0,37% des voix au premier tour du 5 mai 1974. Il faut rappeler qu’il y avait une concurrence sur le terrain du trotskisme révolutionnaire avec la candidature d’Arlette Laguiller, de Lutte ouvrière (LO), qui a eu 2,3% et la candidature attrape-tout de François Mitterrand, représentant de "l’union de la gauche" avec un score aujourd’hui inimaginable, 43,25% !

À l’élection présidentielle de 1981, Alain Krivine n’a pas pu se représenter en raison de la nouvelle contrainte voulue par Valéry Giscard d’Estaing pour être candidat à la Présidence de la République, avoir 500 parrainages d’élus locaux (au lieu de 100 auparavant), ce qui a empêché aussi un autre concurrent de 1974 de se présenter en 1981, Jean-Marie Le Pen.

La LCR ne s’est présentée non plus à l’élection présidentielle de 1988 (soutien à Pierre Juquin) ni à celle de 1995 (sans soutien préférentiel à des candidats de gauche). En revanche, le parti d’Alain Krivine a présenté la candidature d’Olivier Besancenot en 2002 et 2007, puis de Philippe Poutou en 2012 et 2017.

Au contraire de LO qui a toujours refusé obstinément toute alliance électorale, la LCR (puis NPA) a été partisan d’un rapprochement électoral de tous les mouvements trotskistes. Alain Krivine et Arlette Laguiller sont devenus, au fil des scrutins, les deux porte-parole nationaux de l’extrême gauche en France, au point qu’ils ont connu leur heure de gloire le 13 juin 1999 lors des élections européennes.

En effet, pour une fois, bénéficiant de leur notoriété respective, les deux partis se sont réunis pour faire une liste commune et, tirant bénéfice non seulement de l’éclatement des partis de gauche, mais aussi des partis de centre droit et même de l’extrême droite (la liste du FN a perdu la moitié de ses voix de 1994 en raison de la dissidence de Bruno Mégret), la liste LO-LCR a franchi le seuil fatidique de 5% avec 5,1%, ce qui leur a permis d’obtenir 5 sièges. Alain Krivine fut ainsi élu député européen de juin 1999 à juin 2004.





Malgré son retrait de la vie politique depuis 2006, Alain Krivine a continué à apporter son soutien et son aide à Olivier Besancenot pour la campagne présidentielle de 2007, et a participé à la transformation de la LCR en NPA.

Comme je l’ai écrit plus haut, ce qui fait la force d’Alain Krivine, c’est d’être toujours resté un révolutionnaire (et un révolutionnaire non-violent). À l’occasion du cinquantenaire du mouvement de mai 1968, il a expliqué le 3 mai 2018 (à Léa Bucci pour "Le Dauphiné libéré")  : « Pour moi, ce n’est pas une explosion révolutionnaire, c’est une explosion populaire. (…) Ce fut un mouvement extraordinaire, les gens se parlaient, c’était fantastique. Il y a toute une génération pour qui c’est divin (…). La force qu’on a eue, c’est d’être unitaires dans l’action. ».

Quant aux leaders de l’époque : « Il y a plein d’anciens, comme [Daniel] Cohn-Bendit et [Romain] Goupil qui sont devenus macronistes. Je crois qu’ils ont tourné parce que la situation a viré, mais je crois qu’ils ont tort. ». Et de poser le diagnostic sans complaisance : « Localement, les gens sont anticapitalistes, plus qu’en 1968, mais ils sont aussi plus démoralisés par les défaites passées, et ne voient pas d’alternative crédible au capitalisme. C’est compliqué, il n’y a pas d’expérience longue d’auto-organisation ouvrière. Les partis, y compris de l’extrême gauche, sont en crise. Les gens en ont marre de Macron, mais il n’y a rien d’autre. ».

Cette constance dans le militantisme anticapitalisme, Alain Krivine l’avait redit à l’époque du quinquennat de François Hollande, répondant à Cathy Astolfi pour "Corse Matin" le 5 décembre 2014 : « Dans ce contexte exceptionnel de crise, il est nécessaire de changer fondamentalement la société : c’est-à-dire de révolutionner son fonctionnement. (…) Notamment (…) que la collectivité s’approprie les moyens de production, et que la population puisse avoir un droit de contrôle sur ces systèmes, y compris ceux de la finance (…). Mais en période de désarroi, il n’est pas simple de rendre crédibles des solutions radicales ou alternatives. (…) Aujourd’hui, le problème de l‘écologie devient central. Il est directement lié à un projet de société. Un écologiste qui n’est pas anticapitaliste est manchot ! (…) Le militantisme semble passé, nous avons encore le sentiment d’être à contre-courant. Mais il nous faut absolument poursuivre notre route, rester radical et indépendant. ».

Ce qui est étonnant dans cette persévérance à défendre une idéologie passéiste, c’est que les leçons de l’histoire ne servent à rien. Par exemple, il en est resté à vouloir nationaliser tous les outils de production en ne se rendant pas compte que les outils de production ont quitté depuis longtemps notre pays (l’industrie ne représente que 12% du PIB !). Les enjeux sont ailleurs.

Dans la réflexion précédente, le vieux dinosaure trotskiste explique aussi qu’il n’y a pas d’expérience durable d’autogestion : il ne va pas plus loin et il n’explique pas pourquoi cet état de fait. Son idéal n’a jamais été expérimenté, et il ne s’interroge pas sur les raisons de cette non-expérience : ne serait-ce pas que les tentatives ont toutes échoué ? Cette absence de remise en cause idéologique, après soixante ans de combats militants, est très étrange : les dictatures communistes ont sombré corps et biens, les enjeux géopolitiques sont désormais tout autres, surtout basés autour d’une volonté d’hégémonie mondiale d’un islamisme politique agressif voire cruel.

Notre monde a complètement changé, mais la vision du monde d’Alain Krivine n’a pas évolué d’un iota. Pas étonnant, donc, que son mouvement soit abonné à des scores lilliputiens. Après tout, l’essentiel est de participer…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alain Krivine.
Romain Goupil.
50 ans de mai 1968.
Daniel Cohn-Bendit.
Nathalie Arthaud.
Philippe Poutou.
Rencontre surréaliste avec Trotski.
Trotski.
Les 200 ans de Karl Marx.
Le Capital de Karl Marx.
Totalitarismologie du XXe siècle.
La Révolution russe.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210710-alain-krivine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/alain-krivine-la-fidelite-dans-les-234095

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/02/39040268.html






 

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20 juin 2021 7 20 /06 /juin /2021 03:07

« Je préfère un enfant sans père que pas d’enfant du tout ! » (Jean-Marie Le Pen, le 23 juillet 2019).




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Le fondateur du Front national (devenu Rassemblement national) Jean-Marie Le Pen fête son 93e anniversaire ce dimanche 20 juin 2021. L’homme a quitté depuis longtemps la vie politique active, un peu aidé par sa fille Marine qui lui a indiqué la sortie en 2015. Son dernier mandat électif, celui de député européen, il l’a quitté le 1er juillet 2019 (à plus de 91 ans !). Depuis lors, il a réduit ses déplacements, surtout avec la crise sanitaire, et il s’est surtout occupé du service après-vente des deux tomes de ses mémoires (sortis respectivement le 1er mars 2018 et le 2 octobre 2019).

Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire sa prose mais je ne doute pas de son intérêt historique, double pour lui puisque les mémoires d’une personnalité politique sont de toute façon toujours intéressantes à lire, car il y a des détails, des anecdotes qui peuvent expliquer certains faits politiques du passé, mais avec Jean-Marie Le Pen, c’est doublement intéressant car d’une part, sur la forme, il a une expression qui a toujours été travaillée (au contraire de beaucoup de ses contemporains) et d’autre part, sur le fond, il est l’un des grands responsables politiques qui ont duré sur une très longue période et malgré son côté "électron libre", il a longtemps fait partie du paysage politique français, du …système ! L’un des plus jeunes députés du pays en janvier 1956, sous la Quatrième République (il a été battu la recordman toutes catégories, sa petite-fille Marion en juin 2012, à qui il avait confié de se présenter).

D’ailleurs, plusieurs éditeurs ont eu des pressions pour refuser d’éditer ses mémoires. Je ne manquerai pas d’en faire le compte-rendu dans le cas où j’aurais eu l’occasion de les lire.

Comment va ce jeune nonagénaire ? Et comment va ce jeune marié (car il s’est marié religieusement le 16 janvier 2021) ?

En janvier 2021, apparemment, il aurait attrapé le covid-19 sans s’en rendre compte. C’est le journal "Le Parisien" qui l’a affirmé le 13 janvier 2021. Selon l’ancien président du FN, il aurait eu un test sérologique positif qui a montré qu’il avait été contaminé et il n’a eu qu’une forme très modérée de la maladie à tel point qu’il n’en a pas eu conscience : « Une agression que j’ai ressentie de façon modérée. ».

C’est pour cette raison qu’en janvier 2021, au début de la campagne de vaccination (et lui faisait partie des catégories prioritaires), il ne comptait pas se faire vacciner, puisqu’il avait encore des anticorps. Apparemment, il n’a rien contre le principe mais c’est un phobique de la piqûre et il cherche donc à l’éviter si c’est possible : « Si le besoin s’en fait ressentir, je le ferai. Mais je ne m’inflige pas le plaisir d’une piqûre, vu que je me sens relativement protégé maintenant ! ».

Je sais que ce sujet reste du registre très personnel, même si c’est lui-même qui en a parlé, et que je ne devrais pas commenter. Mais disons que je reste étonné que ce gros dur de la politique, bagarreur à ses heures, qui a sans doute été un vrai dur pendant les périodes où il officiait comme militaire (en Indochine, en Algérie, etc., sans être pour autant un tortionnaire, comme l’ont montré Pierre Péan et Philippe Cohen en 2012), puisse avoir peur d’une petite piqûre (ou de deux) qui ne fait absolument pas mal parce que le produit ne fait pas mal et que c’est une intramusculaire (même si le "piqueur" est maladroit, cela, en principe, ne porte pas à conséquence sur la sensation).

En tout cas, sa fille Marine Le Pen est beaucoup plus volontariste pour la vaccination, elle encourage très vivement toutes les personnes fragiles, et son père en est une, à se faire vacciner (elle l’a dit notamment sur BFM-TV le 12 janvier 2021). On peut dire que Jean-Marie Le Pen, qui a une santé vulnérable et a eu quelques séjours à l’hôpital ces dernières années, a eu beaucoup de chance de ne pas avoir eu la forme sévère du covid-19.

Plus généralement, Jean-Marie Le Pen a développé un petit côté vieux patriarche qui le rendrait presque sympathique. Il est l’une des personnes qui connaissent et surtout qui comprennent le mieux l’histoire politique du pays. Il en a été un (très petit) acteur mais aussi un (grand) observateur. Sa réaction au soir du premier tour du 21 avril 2002 a montré qu’il n’avait eu aucune envie de gouverner le pays, juste jouir d’une tribune, de subsides et d’échos médiatiques (au contraire de sa fille dont l’ambition a une finalité, le pouvoir). Il était même affolé à l’idée de s’être retrouvé au second tour.

Même si le père doit être un peu fier de sa dernière fille qui a, elle aussi, atteint les marches du pouvoir en arrivant au second tour en 2017 (et qui arriverait aussi au second tour en 2022 selon les sondages), il n’a jamais pris ses positions politiques selon la propre stratégie de communication politique de sa fille, au risque de polluer leurs messages (d’où d’ailleurs son exclusion du FN le 20 août 2015 tout en restant son président d’honneur jusqu’au 11 mars 2018).

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L’exemple frappant concerne la PMA pour toutes les femmes. Incluse dans le projet de loi de bioéthique dont le texte a été adopté le 9 juin 2021 en troisième lecture par les députés (par 84 pour, 43 contre et 3 abstentions), cette mesure a été approuvée par Jean-Marie Le Pen qui avait pourtant été vent debout contre le mariage pour tous, qui, selon lui, pourrait entraîner « la disparition de l’espèce ».

Alors, explication de texte. Dans "Le Figaro" du 23 juillet 2019, il a dit au journaliste Charles Sapin : « Je préfère un enfant sans père que pas d’enfant du tout. ». On voit que le "Menhir" fonctionne avec des idées simples. Cette phrase ressemble un peu à cette autre phrase qui peut faire croire en du bon sens pour rejeter l’étranger et toute immigration : "Je préfère mon frère à mon cousin, mon cousin à mon voisin, mon voisin à…" (etc.). Ce sont des sophismes, mais auquel il croit le plus sincèrement du monde.

C’est avec ce genre de réflexion qu’on s’aperçoit vite que Jean-Marie Le Pen n’est pas un intellectuel. Il le dit lui-même : son âge, sa fatigue, peut-être, bref, il ne veut pas s’embêter à lire un texte aussi compliqué que ce projet de bioéthique. Il surfe juste sur l’idée qui a fait la fureur médiatique et le fait qu’il se retrouve plutôt dans le camp des libertaires, des gauchistes, des associations transgenres, etc. a de quoi étonner.

Voyons la raison profonde : la natalité. Jean-Marie Le Pen est partisan d’un retour à la natalité (pour des raisons qu’on peut imaginer, éviter d’être "envahi" par les étrangers), et donc, il est favorable à toute mesure encourageant la natalité : « À titre personnel, je n’y suis pas opposé [à la PMA]. ». En résumant ainsi : « Je suis pour les enfants. ». En d’autres termes, l’Europe « doit se défendre contre l’invasion migratoire, qui tient avant tout à une différence de dynamique démographique entre le continent boréal et le reste du monde ».

Le raisonnement pourrait se tenir si les choses étaient aussi simples que présentées. Mais les choses sont bien plus compliquées, par les deux bouts. Par exemple, qui lui prouve que les couples de femmes françaises d’origines étrangères ne vont pas se servir de cette possibilité de PMA ? Et l’autre bout, c’est que, d’une part, la loi sur la bioéthique balaie bien plus de sujets que la seule PMA, en particulier des sujets très sensibles sur les embryons humains, et, d’autre part, sur la PMA elle-même, pour la faire, on doit créer des dizaines d’embryons pour aboutir éventuellement à une naissance (cela explique aussi les cas de triplés, ou plus, car plusieurs embryons peuvent se développer en même temps). Cette création d’embryons humains en engendre des "surnuméraires" et en tuent d’autres (ceux qui ne se sont pas développés après implantation dans l’utérus). Mais tout cela semble un peu trop compliqué pour Monsieur Le Pen qui préfère rester sur du raisonnement simple médiatique prémâché.

Plus généralement, la motivation pro-PMA de Jean-Marie Le Pen repose sur une idéologie, celle du "grand remplacement" dont on a démontré qu’elle était basée sur des biais et des faux raisonnements.

Pour s’en convaincre, on peut lire notamment les travaux du démographe François Héran, professeur au Collège de France et ancien directeur de l’Ined, qui disait le 4 octobre 2019 à "L’Opinion" : « Une erreur fondamentale est de figer ces écarts de fécondité sur le long terme. On obtient alors une croissance exponentielle de la population immigrée. C’est comme si l’on prophétisait à la fin du siècle la domination démographique de la Guyane sur la métropole, au motif que les Guyanaises ont 3,8 enfants en moyenne. D’où vient l’erreur ? Les amateurs de projection oublient d’introduire dans le calcul une tendance observée de longue date : la convergence des comportements de fécondité entre immigrées et natives au fil du temps. (…) En figeant le réel, [ces projections statiques] produisent un résultat irréel. Une minorité n’envahit pas la majorité sur la base de sa natalité. ».

La PMA n’est d’ailleurs pas le seul sujet pour lequel Jean-Marie Le Pen est opposé à sa fille. Le thème de l’euthanasie également pourrait les éloigner encore un peu plus…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Marie Le Pen.
Arme de dissuasion présidentielle.
Éric Zemmour.
La proportionnelle en 2021 ?
Vive la Cinquième République !
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Les Républicains et la tentation populiste.
Marine Le Pen piégée par des militaires apprentis sorciers.
La Vaine Le Pen.
Jean-Marie Le Pen a 90 ans.
Rassemblement oxymore.
La création de Debout la Patrie.
Le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen du 3 mai 2017.
Les nationautes de la Marine.
Marion Maréchal.
Patrick Buisson.
Florian Philippot.
Des sénateurs FN.
Nicolas Dupont-Aignan.
Ensemble pour sauver la République.
Choisis ton camp, camarade !
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210620-jean-marie-le-pen.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-marie-le-pen-le-surprenant-233657

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/06/11/39010716.html






 

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4 juin 2021 5 04 /06 /juin /2021 03:52

La question est importante et se formule simplement : si Marine Le Pen était élue Présidente de la République, arriverait-elle à faire élire une Assemblée Nationale avec une majorité de députés RN ? Ma réponse est d’évidence.




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Sa campagne est lancée. En déplacement dans le département de la Loire ce jeudi 3 juin 2021, Marine Le Pen a ouvertement commencé sa campagne …pour l’élection présidentielle de 2022. Certes, il y a des élections régionales dans quelques jours et elle voudrait y croire, surtout en PACA (mais pas seulement, en Occitanie aussi, par exemple), mais ces régionales, dans son esprit, ne sont qu’un tremplin pour la présidentielle. D’ailleurs, pour éviter tout accroc, elle s’est bien gardé de concourir cette fois-ci, laissant à d’autres le soin de risquer l’échec.

Soyons clairs : Marine Le Pen n’est pas plus compétente en 2021 qu’en 2017 pour assurer  le job de Président de la République. Elle n’a pas plus appris en économie, en finances publiques, en entreprises françaises, en droit européen… mais elle jouit d’un paysage politique dévasté par l’absence totale de leadership de ses concurrents de l’opposition. Elle a beau avoir eu des défections chez elle, par exemple, Florian Philippot, c’est bien la marque Le Pen qui fait vendre, et Bruno Mégret l’a compris à ses dépens, lui qui avait réussi à emporter plus de la moitié des cadres dirigeants du FN en décembre 1998 dans son putsch contre Jean-Marie Le Pen. Le résultat, ce fut …Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle en 2002 !

Cela me fait sourire d’entendre des responsables du parti socialiste dire que le Président Emmanuel Macron joue un jeu dangereux en voulant placer Marine Le Pen en face de lui lors du prochain scrutin présidentiel. Emmanuel Macron n’y est pour rien, pas plus qu’en 2017, que les autres soient plus nuls que lui. Il jouit, lui aussi, de ce paysage dévasté par un PS incapable de redevenir un parti de gouvernementaux. Les deux anciens grands partis risquent de ne se transformer qu’en partis d’élus locaux, et rappelez-vous que c’était aussi l’évolution de deux anciens grands partis, le parti radical et le parti communiste français.

Je comprends donc bien Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, tenter le 30 mai 2021 de rompre ce duel tant annoncé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Selon lui, si ce duel persévérait au second tour de l’élection présidentielle de 2022, ce serait Marine Le Pen qui gagnerait. Parce qu’il y aurait plus de rejet d’Emmanuel Macron que de Marine Le Pen.

J’approuve l’avertissement fait ici que la victoire de Marine Le Pen est possible. Il faut arrêter d’imaginer qu’une victoire soit impossible, et l’on a suffisamment démontré que ce que valaient les plafonds de verre tant professés : les Britanniques ne pouvaient pas voter pour le Brexit, les Américains ne pouvaient pas élire Donald Trump. Les Français ne pourraient-ils vraiment pas élire Marine Le Pen ? Je suis persuadé qu’il n’y a plus de rejet moral comme il pouvait y en avoir en 2002, mais rien n’empêche encore le rejet politique, comme ce fut le cas pour François Mitterrand en 1974 même si, finalement, il est parvenu à ses fins élyséennes sept années plus tard.

Je n’approuve pas cependant l’affirmation, qui ne peut être que péremptoire, de la certitude de la victoire de Marine Le Pen dans un tel duel. J’en conçois bien la raison politicienne mais en l’exprimant, cela aussi concourt à lui donner une stature présidentielle qu’elle n’a jamais eue et qu’elle n’aura jamais. Ce qui est certain, c’est que rien n’est joué et qu’une campagne électorale sert justement à cela, à faire bouger les lignes.

Certains ne savent que se coller aux sondages, et justement, les sondages sont hésitants, et montrent à l’évidence que tout est possible. Je pense que le rejet de Marine Le Pen reste plus grand que celui d’Emmanuel Macron qui, dans le dernier sondage IFOP, réussit quand même à convaincre 41% des sondés, ce qui est beaucoup plus, au même stade de son mandat, que Nicolas Sarkozy (21%) et François Hollande (16%), pour ces deux derniers chiffres, je les cite de mémoire avec une petite réserve.

L’histoire depuis les chocs pétroliers et la crise économique qui n’a jamais jugulé le chômage de masse depuis quarante-cinq ans, c’est qu’à l’exception notable de 2007, pas une majorité sortante n’a été reconduite dans le pays. Et pas un gouvernant n’a été confirmé par les électeurs. François Mitterrand et Jacques Chirac ne doivent leur réélection qu’au fait qu’ils étaient dans l’opposition au gouvernement, dans la situation particulière de cohabitation. Si Emmanuel Macron était réélu en 2022, ce serait alors un précédent historique. Être sortant devient plus un handicap qu’un atout dans notre monde des réseaux sociaux, des émotions, des réactions à l’emporte-pièce et des râleries.

Comme à chaque élection présidentielle, on peut d’ailleurs être sidéré par certaines motivations pour choisir tel candidat plutôt que tel autre. Ainsi, certains opposants à Marine Le Pen souhaitent malgré tout voter pour elle, pour qu’elle soit élue, qu’elle montre son incompétence, et qu’on solde définitivement l’hypothèse Le Pen. Stratégie de la terre brûlée qui n’a rien de constructif. C’est typiquement la réaction du type qui a le vertige et qui saute dans le vide. Tant qu’à faire, écartons-nous plutôt du précipice ! La France ne peut pas se permettre cinq ans d’incompétence dans un monde qui va si vite. On a vu ce que cela a donné sous François Hollande, tous les pays voisins ont prospéré pendant que nous, Français, sous prétexte idéologique et électoraliste, nous ruminions nos 30 milliards d’euros de hausse des impôts et taxes et notre incapacité à sortir de la stagnation économique.

Je conçois le mal être des crypto-gauchistes qui ont une haine morale contre Marine Le Pen et une haine idéologique contre Emmanuel Macron. Qui peut gagner dans ce dilemme, quelle haine peut submerger l’autre ? Alors, certains y vont avec leur bonne conscience. Enfoncer Emmanuel Macron, cela leur ferait trop plaisir, ce serait enfoncer le grand capital, les méchants patrons, les suppôts de l’impérialisme (américain), etc. Cela les soulagerait, à l’évidence, et puis, ils affirment ensuite qu’élire Marine Le Pen à l’Élysée ne fait rien risquer politiquement puisque tout se décide …au Parlement.

Sur l’idée générale, ils ont raison et la cohabitation a prouvé que c’était effectivement la majorité parlementaire à l’Assemblée Nationale qui dirigeait la politique de la nation, quel que fût le locataire de l’Élysée. Ce qui confirme que la Cinquième République est avant tout un régime parlementaire. Mais ils ont tort s’ils vont jusqu’au bout de leur pensée, à savoir que le Rassemblement national serait incapable d’obtenir une majorité à l’Assemblée Nationale.

Mon article ici veut plus se porter sur les institutions que sur la politique en elle-même.

Ceux qui pensent que l’élection de Marine Le Pen est impossible se trompent éperdument, mais faut-il vraiment argumenter : c’est surtout qu’ils n’ont rien compris au principe de la démocratie et du peuple, qui veut que rien n’est jamais joué d’avance dans une élection libre et sincère tant que les urnes ne sont pas closes.

Mais ceux qui pensent qu’en cas d’élection de Marine Le Pen, il lui serait impossible d’obtenir une majorité parlementaire RN, alors, à mon sens, ils se trompent encore plus, parce qu’ils n’ont rien compris à nos institutions. Mais vraiment rien.

Retournons en arrière. En 1981, François Mitterrand a été élu Président de la République. Bien que source de démocratie, l’alternance est une preuve de démocratie, comme on parle de preuve d’amour, cette élection était loin d’être pronostiquée à un moment où Michel Rocard était nettement plus apprécié et populaire et où la réélection de Valéry Giscard d’Estaing ne semblait pas engendrer le moindre doute, du moins chez le principal concerné.

La surprise ou l’émotion passées, sont arrivées des élections législatives anticipées. Avant l’élection présidentielle, la majorité sortante ne cessait de clamer l’impossibilité du candidat socialiste à obtenir une majorité socialiste. Pas de surprise sur la tenue de ces législatives, le candidat avait annoncé la couleur bien avant son élection qu’il dissoudrait l’Assemblée Nationale pour demander aux Français une nouvelle majorité. Démarche tout à fait logique qui a manqué tant à Valéry Giscard d’Estaing qu’à Jacques Chirac à leur propre élection en 1974 et en 1995 (si bien que l’idée de rouspéter contre une supposée inversion du calendrier électoral me fait sourire : un nouveau Président a forcément besoin d’une majorité à ses couleurs, même si la majorité sortante reste politiquement compatible avec le nouveau Président).

Les plus légitimistes étaient à l’époque les gaullistes : gros problème lorsqu’ils se sont retrouvés dans l’opposition. C’est peut-être cela qui a fait que le parti gaulliste est devenu un parti comme les autres, juste une écurie pour conquérir le pouvoir. En tout cas, j’avais des amis gaullistes, genre RPR droite musclée, qui, par légitimisme, ont voté aux élections législatives de juin 1981 pour le candidat du parti socialiste. Leur argument : il était normal que le nouveau Président de la République puisse gouverner, donc, il fallait lui apporter une majorité parlementaire conforme.

Cette abnégation dans le légitimisme devait finalement être rare (je ne crois pas qu’il y a eu une étude sur le sujet), mais en 2017, un tel légitimisme s’est plutôt traduit par l’abstention : j’ai perdu à l’élection présidentielle, je les laisse choisir leurs députés, car je ne suis plus dans la boucle. Cela peut être du légitimisme, de la bouderie, de la colère, de la tristesse mélancolique, qu’importe, Emmanuel Macron a eu une majorité absolue de députés LREM dont la plupart étaient complètement inconnus de leurs électeurs et du monde politique en général.

La preuve, c’est que la plupart des arguments des candidats aux législatives qui avaient perdu à l’élection présidentielle, c’était souvent ceux de la revanche, de l’équilibre, de la complémentarité, de l’opposition, mais aucun de ces arguments n’a porté véritablement. En tout cas, Emmanuel Macron a fait la démonstration que tout est possible avec nos institutions et a répondu à un vieil argument de 2007.

À cette époque, François Bayrou, le candidat centriste, était monté en mars 2007 jusqu’à 21% d’intentions de vote dans les sondages (il termina à 18,4%, c’était pas mal mais insuffisant pour aller au second tour). Il mettait surtout en péril la présence de Ségolène Royal au second tour en la talonnant. Ses concurrents l’ont donc noyé de son incapacité à gouverner, donc de l’inutilité à voter pour lui (remarquons que maintenant, on retourne l’argumentation en disant qu’on peut voter pour Marine Le Pen puisqu’elle ne pourrait pas faire de mal, même élue Présidente ; tout cela pour assouvir tranquillement sa rage et sa haine contre Emmanuel Macron).

Ainsi, le principal argument pour dégommer la candidature de François Bayrou, ce fut de dire qu’il serait incapable d’obtenir une majorité centriste à l’Assemblée Nationale. Du reste, François Bayrou avait confirmé cette idée lui-même lorsqu’en 2017, il disait qu’il était impossible qu’il fût désigné Premier Ministre car il ne représenterait qu’une faible partie de la majorité et jamais une forte. Dans ce concert d’hypocrisie bien comprise, seul, un homme avait à l’époque fait une déclaration dissonante, Jean-Luc Mélenchon, qui disait : si François Bayrou était élu Président, bien sûr que oui qu’il aurait une majorité à l’Assemblée. Tous les élus proches de l’UMP retourneraient leur veste pour donner des gages de loyauté au nouveau Président.

Si on regarde dans l’histoire complète de la Cinquième République, à quasiment aucune occasion un Président fraîchement élu ou réélu n’a pas pu obtenir de majorité parlementaire. J’ai écrit "quasiment" car en juin 1988, après la réélection de François Mitterrand, aucune majorité absolue n’a été élue. Mais ici, c’était peut-être voulu car François Mitterrand espérait ne plus avoir d’hégémonie du PS, dans la mesure où il ne le contrôlait plus. Le "quasiment" peut être supprimé si je reformule ainsi : à aucun moment, un Président fraîchement élu ou réélu n’a pas pu obtenir la majorité parlementaire de ses vœux à l’Assemblée Nationale, et dans le cas de 1988, le vœu présidentiel, c’était de ne pas dégager de majorité absolue clairement délimitée.

Dans ce que je viens d’écrire, il y a une partie floue : j’écris parfois "majorité" et parfois "majorité absolue". La majorité absolue est sans doute la configuration la plus aisée, la plus confortable, la plus stable d’un gouvernement. Mais la Cinquième République est bien plus subtile que les précédents : la majorité relative suffit à gouverner. Pourquoi ? Parce que l’important, ce n’est pas d’avoir une majorité absolue de députés prêts à faire confiance au gouvernement, l’important, c’est dans le système à l’envers, qu’il n’y ait pas une majorité absolue de députés prêts à défier le gouvernement, prêts à proposer une autre possibilité de gouvernement. Contrairement au régime des partis, cette notion de motion de censure qui nécessitait de bâtir une majorité absolue autre a rendu très stables les gouvernements depuis 1959. S’il y a une instabilité, elle n’est ni politique ni électorale, mais selon le bon caprice du prince.

Donc, pour gouverner, Marine Le Pen n’a pas besoin d’une majorité absolue RN, elle a juste besoin d’une majorité relative RN. C’est-à-dire que ne se forme pas, contre elle, d’autre majorité. Je ne dis pas que c’est impossible, mais que c’est oublier la logique électorale de nos institutions : l’élection de Marine Le Pen, malgré ce qu’elle représente, ferait lever un vent d’espoir que beaucoup ressentiront avec un peu de retard à l’allumage. Et ils rejoindraient imprudemment les nouveaux vainqueurs.

Au-delà des inévitables transfuges, et on voit que Les Républicains se posent la question publiquement sur son éventuelle lepenocompatibilité, il y aurait inévitablement des centaines de nouveaux députés RN élus. Comme ce fut le cas en juin 2017 avec le parti LREM, un parti qui existait seulement depuis quatorze mois.

Alors, méfiez-vous des stratégies à la mords-moi-le-nœud, Si Marine Le Pen était élue Présidente, rien ne s’opposerait à l’élection d’une majorité RN à l’Assemblée Nationale, et rien ne s’opposerait à ce qu’elle puisse, juridiquement, gouverner sans partage pendant cinq ans. C’est pourquoi avant d’être naïf et bisounours, il faut bien réfléchir à cette logique majoritaire de la Cinquième République : elle est implacable, et fonctionne dans tous les types d’alternance…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La proportionnelle en 2021 ?
Vive la Cinquième République !
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Les Républicains et la tentation populiste.
Marine Le Pen piégée par des militaires apprentis sorciers.
La Vaine Le Pen.
Jean-Marie Le Pen.
Rassemblement oxymore.
La création de Debout la Patrie.
Le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen du 3 mai 2017.
Les nationautes de la Marine.
Marion Maréchal.
Patrick Buisson.
Florian Philippot.
Des sénateurs FN.
Nicolas Dupont-Aignan.
Ensemble pour sauver la République.
Choisis ton camp, camarade !
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210603-marine-le-pen.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/marine-le-pen-et-l-effet-233508

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/06/03/39000025.html





 

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 15:14

« Je vous invite à vous joindre à notre action pour prendre part à la bataille qui s’ouvre, qui est une bataille certes politique et pacifique, mais qui est avant tout la bataille de la France. » (Marine Le Pen, le 23 avril 2021 dans "Valeurs actuelles").



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Le ridicule ne tue plus ; c’est heureux, il y a déjà trop de décès covid. Des militaires (en charentaises) ont publié une tribune dans "Valeurs actuelles" le 21 avril 2021 et dans une lettre à ces militaires, publiée dans le même journal le 23 avril 2021, la présidente du Rassemblement national (ex-Front national) et par ailleurs candidate à l’élection présidentielle de 2022, Marine Le Pen, non seulement a voulu les soutenir, mais aussi les appeler à venir la rejoindre dans sa campagne électorale.

Tout le long travail fait depuis dix ans, depuis qu’elle est présidente du parti fondé par son père, très difficile en raison de ce rassemblement des extrémismes de tous poils, pour tenter de démontrer que le RN est un parti de gouvernement comme un autre, vient de s’écrouler en quelques heures par une réaction un peu trop précipitée de Marine Le Pen. En somme, le naturel revient toujours au galop et c’est tellement gros qu’on pourrait même se demander si ce n’était pas un piège spécialement réalisé pour qu’elle y tombe. À complotiste, complotiste et demi.

Le spectre de l’OAS, voire celui du général Boulanger pour ceux qui ont des références historiques un peu plus lointaines (un indice : dans les deux cas, ça a mal fini), reviennent au galop lui disputer son républicanisme. Elle aura donc intérêt à travailler ce sujet, pourtant, en principe, qui est un sujet régalien où elle devrait être à l’aise, si elle veut montrer sa crédibilité et sa stature de femme d’État, sinon sa légitimité.

Dans cette "affaire" de la tribune des militaires, il y a donc deux sujets, la tribune elle-même, et la réaction de Marine Le Pen, qui, comme un ramasse-miettes, cherche à récupérer tout ce qui ne récure pas le pouvoir en place. Et pour chacun d’eux, il y a la forme et le fond.

Reprenons d’abord la tribune des militaires.

De deux choses l’une : ou il s’agit de militaires à la retraite, et après tout, ils font ce qu’ils veulent, beaucoup, dans le passé, ont même fait de la politique (le général Philippe Morillon, par exemple, mais il y a plein d’autres exemples), ou de militaires qui sont toujours en service actif ou réservistes, et là, excusez de l’expression, ça craint ! L’armée doit être neutre et impartiale et ne peut pas prendre position pour un camp ou un autre.

Du reste, parmi les signataires, il peut y avoir les deux, des à la retraites et des actifs. J’ai même vu parmi les signataires un scientifique du contingent, non gradé. Je comprends et approuve la Ministre des Armées Florence Parly lorsqu’elle envisage le cas échéant de sanctionner les signataires militaires. Le devoir de réserve est l’une des conditions majeures de notre paix républicaine, on le voit dans trop de pays dont on peut croire (à tort ou à raison) qu’ils ont une maturité politique moins développée que chez nous. L’armée n’a pas un rôle politique, ne doit pas avoir un rôle politique, ne devrait jamais avoir un rôle politique, et ne doit être qu’un bras au service du pouvoir politique, lui-même légitime car représentant démocratique du peuple français selon les conditions de notre Constitution (que ceux qui votent acceptent).

En clair, il y a, dans cette démarche de militaires aigris et réactionnaires, une motivation qui est assez nauséeuse, celle de vouloir imposer leurs idées à un pouvoir politique, faire pression, alors que les institutions disent exactement le contraire : l’armée obéit, et le pouvoir politique décide. On peut être d’accord ou pas d’accord avec la politique menée, mais en tant que citoyen, pas en tant que militaire. La fonction même de militaire impose qu’on se taise. En revanche, on peut parler en tant que citoyen et nul n’est exclu. Il est donc notable que cette tribune soit rédigée (laborieusement) au nom de militaires, ès qualités, et c’est donc normal qu’ils aient des comptes à rendre avec l’État, et donc, aux citoyens eux-mêmes.

En ce sens, on ne peut que douter de leur esprit patriotique, d’autant plus qu’ils décrivent une situation de quasi-guerre : en telles circonstances, on ne met jamais en doute le pouvoir politique et l’on fait tout pour que sa patrie progresse. Leur initiative est donc bien un acte antipatriotique, comme d’ailleurs tout propos visant à faire du France bashing (allez, traduisons : du cassage de la France) à longueur de journées. Ceux qui passent leur temps à dénigrer leur pays, à dire que la France est mauvaise, nulle, dirigée par des ploucs élus par un peuple forcément stupide, je doute qu’ils aiment la France, je crois même qu’ils aiment ses ennemis, si ennemis ou au moins concurrents il y a. Au moins, cela ne trompe personne, et c’est clair.

Le contexte est en plus mal venu : juste avant un attentat islamiste qui, apparemment, ce sera l’enquête qui le dira, aurait été difficile d’être évité, sans faire de la surveillance généralisée de tous les faits et gestes de tous les citoyens : car malheureusement, il n’était écrit sur nul front que cette personne-là serait un futur terroriste et que celle-ci non, ce serait un doux qui ne ferait jamais de mal à personne, comme, heureusement, la très large majorité du peuple. La seule solution pour prévenir à 100% tout acte d’attentat, c’est de surveiller en direct tout le monde et de jeter des soupçons sur tout le monde (j’imagine la pauvre "ménagère" voulant remplacer son couteau de cuisine, je dis "ménagère", mais je pourrais dire "ménager"). Et encore, ce ne serait pas efficace à 100%.

Il faut être cohérent : on ne peut pas critiquer le gouvernement d’installer une dictature (les 300 à 400 décès par jour seraient-ils mieux qu’une dictature ?), et le critiquer de ne pas avoir su prévenir un attentat (parmi des dizaines qui ont pu être évités). Sans parler de la macabre comptabilité des morts qui montrent à l’évidence que le coronavirus SARS-CoV-2 est nettement plus mortel que le terrorisme islamiste (qu’il s’agit bien sûr de combattre le plus possible).

Le fond de la tribune ? Puant, nécessairement, puisque la forme l’est déjà. Ils parlent de la France, mais à aucun moment, ils ne parlent de République. Donc, le message est déjà très clair, on se moque de la République. Ce n’est pas ce qui les motive.

Ce qui les motive, c’est une angoisse et une peur indiscutables, très relayées dans les médias et surtout, légitimes : oui, notre société est une société de violence, cette violence est parfois incompréhensible (à quoi cela sert-il de vouloir tuer des infidèles dans un pays d’infidèles et se faire ensuite tuer ?), cette incompréhension renforce la peur et le ressentiment, la colère, mais le problème, c’est de savoir cibler au bon endroit. Les étrangers ? La majorité des auteurs d’attentats terroristes étaient de nationalité française (pas tous, mais la majorité). La radicalisation n’est pas seulement un phénomène externe, il est aussi interne, et même endémique.

Oui, il faut réagir face à des débordements intellectuels et militants qui mettent à mal l’unité française, qui délégitiment son histoire séculaire, qui rajoutent de la division là où il faudrait au contraire plus de cohésion et de rassemblement.

Mais certainement pas réagir comme le font ces militaires désaxés qui montrent surtout leur extrémisme. Il suffit de lire certaines expressions que Marine Le Pen avait pourtant scrupuleusement voulu désormais exclure de son vocabulaire : « l’islamisme et les hordes de banlieue ». Là, on est loin du Kärcher qui deviendrait un doux mot de gauche.

La tribune parle aussi de « manifestations où le pouvoir utilise les forces de l’ordre comme agents supplétifs et boucs émissaires face à des Français en gilets jaunes expriment leurs désespoirs ». Je recommande à ceux qui lisent ces mots de revoir la connotation du mot "supplétifs" et ce qu’il recouvre. La tribune tend aussi à légitimer l’extrême violence de certains gilets jaunes et les dégradations qu’ils ont commises alors que les mêmes auteurs veulent lutter contre tous ceux qui dégradent la France et ses symboles (celui de l’Arc de Triomphe et de la tombe du Soldat inconnu en est un exemple).

La phrase suivante est typiquement du populisme à bons comptes et de la basse récupération qui font honte aux familles des victimes : « Les périls montent, la violence s’accroît de jour en jour. Qui aurait prédit il y a dix ans qu’un professeur serait un jour décapité à la sortie de son collège ? ». Mais ils oublient aussi les dessinateurs de "Charlie Hebdo" qui ont été massacrés en 2015. Et les si jeunes enfants massacrés par Merah en 2012 ? Et Georges Besse ? Et le juge Michel ? Et cet héros des temps modernes ?

Les auteurs de la tribune disent qu’ils ne peuvent plus rester en « spectateurs passifs » : c’est seulement maintenant qu’ils se réveillent ?! Et la première phrase, lisez les débats parlementaires, les discours de l’époque, on aurait peu le dire dans les années 1970, et même dans les années 1910 ! La sécurité, c’est une récurrence en politique, parce qu’il y aura toujours des hors-la-loi, plus ou moins cruels, souvent plus que moins, il y aura toujours de la récupération sécuritaire, mais c’est inhérent à un État libre, à une République de liberté : si les citoyens sont libres, ils ont les moyens d’être hors-la-loi. Les meilleures situations de sécurité sont dans des États totalitaires où tout est contrôlé, tout est sous contrôle… et même avec ce contrôle et cette surveillance permanente, cela ne suffit pas (voir certains attentats islamistes en Chine).

Autre mot à connotation nauséabonde : « trouver le courage nécessaire à l’éradication de ces dangers ». "Éradiquer" fait tout de suite référence aux rats et aux parasites, or, ce qui est extrêmement déstabilisant, c’est que ceux qui commettent d’odieux attentats, ceux qui bafouent la phrase par leur idéologie tout aussi nauséabonde, ils sont des humains comme les autres, comme les honnêtes gens, ce ne sont pas des rats. C’est là le problème.

Il faudra du reste que les athées et agnostiques voient d’où viennent les signataires de la tribune, puisqu’ils citent clairement le cardinal belge Désiré-Joseph Mercier, contre qui je n’ai rien (au contraire) mais qui montre qu’ils font explicitement référence au catholicisme, et probablement eux-mêmes revendiquent un certain type de catholicisme, plus proche de celui de Philippe de Villiers que du cardinal Decourtray. Ce ne vous met pas la puce à l’oreille : aucune référence à la République, référence au catholicisme ? Oui, on est projeté, avec ce type de discours, directement relié à l’époque de l’ordre moral et d’Albert de Broglie… très loin d’être une période de concorde nationale.

Le pire est pour la fin. Après un soutien à la « sauvegarde de la nation » (je conseille de revoir l’excellent film d’Henri Verneuil, "Le Président", avec Jean Gabin qui dit à un moment donné que pour faire des magouilles, il y a toujours un intérêt supérieur de l’État évoqué), il y a carrément un appel explicite (bien que mal écrit) à la sédition, une vraie menace séditieuse, un véritable chantage qui rappelle le printemps 1958 ou même 1961 : « Par contre, si rien n’est entrepris, le laxisme continuera à se répandre inexorablement dans la société, provoquant au final une explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national. ». Rien que cela !

Le pire, c’est que sur la forme, il place donc le Président de la République élu par plus de 20,7 millions de Français (et eux, que représentent-ils ?), Emmanuel Macron dans la même situation que De Gaulle le 23 avril 1961 avec le « quarteron de généraux en retraite ».

En clair, si vous n’agissez pas (le "vous" ici est compris comme le pouvoir politique), nous agirons nous-mêmes (le "nous" : les militaires signataires de la tribune qui ne représentent qu’eux-mêmes), outrepassant ainsi leur simple place de soldats. Remarquez d’ailleurs dans l’utilisation des mots d’autres connotations : le laxisme dans la société, c’était l’un des thèmes favoris de Pétain sous son régime (les Français se sont relâchés, il était temps que j’arrive), et évidemment "civilisation", qui reprend les thèmes complotistes assez classiques (notre civilisation est en danger).

Enfin, si ces militaires croient efficace d’évoquer leur statut militaire comme argument d’autorité, je pense que c’est une erreur de discernement très forte. Je n’étais pas favorable à la suppression du service militaire pour un certain nombre de raisons, mais sa suppression était cependant compréhensible puisqu’il coûtait très cher et qu’il ne participait pas beaucoup à la défense nationale, dans les faits. Mais cela signifie qu’aujourd’hui, beaucoup de générations ne savent même pas ce qu’est l’armée, ce que signifie être militaire, ce que signifie être courageux et brave (beaucoup de nos soldats sont morts en opérations extérieures), et que l’armée, tout comme l’Église, n’est certainement pas une institution qui convaincra une grande partie du peuple, notamment chez les plus jeunes.

Bref, qu’ils soient sanctionnés ou pas, sanctionnables ou pas (je m’en moque un peu), cette tribune, en elle-même, ne représente rien de plus qu’une tribune d’individus qui, en tant que citoyens (et pas que militaires), ont le droit de s’exprimer puisque la démocratie et la liberté d’expression s’appliquent à tous, y compris ceux qui voudraient voir l’armée jouer un rôle politique anticonstitutionnel.

Ce qui est plus grave, c’est la réaction de complicité de Marine Le Pen qui est tombée dans un piège pourtant très gros, énorme, à croire qu’elle le fait exprès et ne veut surtout pas être élue. Elle voulait être respectable et avoir des idées respectables et là, elle va devoir ramer à nouveau avant de retrouver cette crédibilité, avant de retrouver la crédulité de ses électeurs potentiels. Dans sa réaction précipitée (après tout, une voix est une voix), elle a parlé de son « objectif d’un gouvernement d’union nationale ». C’est mal barré si elle s’accoquine avec des apprentis sorciers de la sédition au discours issu de régurgitations extrémistes et complotistes.

Elle ose écrire : « Vous mettez assez directement en cause nos dirigeants dont vous ciblez, très légitimement, la responsabilité en les appelant à retrouver la lucidité d’agir et même, dites-vous, "la voie de l’honneur". ». Rappelons ainsi à Madame Le Pen que la lucidité d’agir et la voie de l’honneur, elles seront jugées aux élections, de manière démocratique, par le peuple français, et certainement pars par quelques militaires à la retraite. Ce que, du reste, elle dit par la suite : « [L’expression d’une indignation] exige en démocratie, la recherche d’une solution politique qui doit se concrétiser par un projet d’alternance qui a vocation à être validé par le suffrage des Français. ». Incohérence dans le même texte, dans cette lettre d’égarement.

Malheur à ceux qui lisent dans cette médiocre tribune une véritable menace de coup d’État (on se dirait qu’ils n’en auraient pas les moyens), ils seront alors considérés comme des suppôts au grand méchant Macron et comme des gauchistes, voire des islamogauchistes, et puisqu’on y est, des racialistes, des indigénistes, des décolonialistes, et quoi encore ? Dans leur esprit simplificateur, gangrené par le nationalisme laineux sinon haineux, ne pas penser comme eux, c’est être gauchiste. Cela donne une idée de leur positionnement réel sur l’échiquier politique, qu’ils se gardent bien de dévoiler. La gauche et la droite, tout est une question de relativité. Pas étonnant de voir la présidente du RN rappliquer.

Que Marine Le Pen trouve légitime (le mot est fort) que des militaires quittent leur rôle et fassent pression au Président de la République et au gouvernement de la République pour déterminer la politique de la nation va lui rester comme une casserole que ne manqueront pas de lui rappeler ses futurs adversaires.

J’invite Marine Le Pen à relire la Constitution de la Cinquième République. Après tout, pour une personne qui souhaiterait devenir Président de la République, plus sérieusement qu’un clown de cirque aux grandes chaussures rouges, cela pourrait lui être utile. Par exemple, l’article 15 de la Constitution : « Le Président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la défense nationale. ». Tiens, cela répond aussi aux critiques contre les conseils de défense qu’Emmanuel Macron réunit régulièrement pour prendre ses décisions sanitaires : c’est constitutionnel. On peut aussi rester dans le collectif et prendre l’article 20 : « Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Il dispose de l’administration et de la force armée. ». Ou enfin l’article 21 : « Le Premier Ministre dirige l’action du gouvernement. Il est responsable de la défense nationale. (…) Il nomme aux emplois civils et militaires. », pour cette dernière attribution, il le fait en accord avec le Président de la République et sous réserve de lois organiques les y autorisant.

Au moins, tout est clair, à côté du vernis de la respectabilité, Marine Le Pen ne peut s’empêcher de revenir aux vieux démons de son vieux parti, né dans les méandres graisseux de l’Algérie française. Les Français d’aujourd’hui jugeront. Et jugeront sévèrement.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marine Le Pen piégée par des militaires apprentis sorciers.
La Vaine Le Pen.
Jean-Marie Le Pen.
Rassemblement oxymore.
La création de Debout la Patrie.
Le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen du 3 mai 2017.
Les nationautes de la Marine.
Marion Maréchal.
Patrick Buisson.
Florian Philippot.
Des sénateurs FN.
Nicolas Dupont-Aignan.
Ensemble pour sauver la République.
Choisis ton camp, camarade !
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 19:32

« La cote d’alerte est atteinte. Il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. » (Georges Marchais, le 6 janvier 1981).



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Le regard féroce, le rire carnassier, la voix grave du sergent-chef, Georges Marchais, qui est né il y a 100 ans, le 7 juin 1920, était l’un des personnages les plus importants de la vie politique française des années 1970 et 1980. Les moins de 45 ans ne l’auront pas vraiment connu et, on s’en étonnera, en bien ou en mal, selon les cas, il n’a pas eu la postérité que le temps d’occupation d’antenne et d’articles dans les journaux laissait prévoir.

Grande gueule, je l’avais évoquée à propos d’un documentaire portrait très intéressant diffusé à la télévision française le 1er mai 2008. Georges Marchais faisait partie de cette fameuse "bande des quatre" tant décriée par Jean-Marie Le Pen, qui s’y sentait exclu, bande des quatre avec François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac : PCF, PS, UDF, RPR. Finalement, dès le milieu des années 1980, Jean-Marie Le Pen a repris le rôle de la grande gueule médiatique à au chef d’un parti communiste en voie de disparition (en fait, le PCF existe toujours en 2020, avec un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale et un au Sénat, mais sans doute comme bientôt le PS, il suit la voie du très imposant Parti radical de la Troisième République).

Georges Marchais avait donc 20 ans en 1940, mais, contrairement à certains illustres résistants de son âge, l’ouvrier a travaillé jusqu’à aller à Augsbourg dans les usines de Messerschmitt. La polémique court toujours pour savoir s’il a été contraint et forcé ou s’il était volontaire, et finalement, qu’importe car le résultat est bien le même, il a travaillé pour une usine allemande en pleine guerre, et surtout, il n’a pas résisté. Très loin de suivre l’exemple de Jacques Duclos, son modèle était plutôt le stalinien Maurice Thorez (1900-1964). C’est grâce à lui que, permanent de la CGT, il a grimpé rapidement dans l’appareil du PCF, d’autant plus vite que Maurice Thorez s’est dépêché de purger la vieille garde avant d’être purgé lui-même avec le vent de rénovation khrouchtchevienne.

Bombardé en 1961 secrétaire à l’organisation, il a commencé à avoir une influence interne décisive au sein du PCF. Georges Marchais était le bras droit de Maurice Thorez pour veiller au maintien des "orthodoxes" contre les "rénovateurs". La santé très faible du secrétaire général en titre du PCF, Waldeck Rochet (1905-1983) a fait que Georges Marchais a dirigé ce parti du 9 juin 1969 au 29 janvier 1994 (officiellement secrétaire général adjoint le 8 février 1970 et secrétaire général le 17 décembre 1972). Il y a eu une rivalité interne entre lui et Roland Leroy pour prendre la succession de Waldeck Rochet. Gaston Plissonnier fut l’un des partisans internes les plus efficaces de Georges Marchais.

Pas encore à la tête du PCF, Georges Marchais a écrit une tribune mémorable dans le journal "L’Humanité" du 3 mai 1968 pour s’en prendre aux mouvements gauchistes et trotskistes, ainsi qu’à "l’anarchiste allemand" Daniel Cohn-Bendit : « Comme toujours lorsque progresse l’union des forces ouvrières et démocratiques, les groupuscules gauchistes s’agitent dans tous les milieux. Ils sont particulièrement actifs parmi les étudiants. (…) Non satisfaits de l’agitation qu’ils mènent dans les milieux étudiants, agitation qui va l’encontre des intérêts de la masse des étudiants et favorise les provocations fascistes, voilà que ces pseudo-révolutionnaires émettent maintenant la prétention de donner des leçons au mouvement ouvrier. (…) Ces faux révolutionnaires doivent être énergiquement démasqués car, objectivement, ils servent les intérêts du pouvoir gaulliste et des grands monopoles capitalistes. ».

Dans cette diatribe, ce qui est "mignon", c’est l’association récurrente entre le pouvoir en place et l’intérêt des "capitalistes". Or, à cette époque, le pouvoir, c’était De Gaulle. Avec Emmanuel Macron, cela n’a pas vraiment changé, sans beaucoup plus d’effet d’ailleurs, à cela près que certains qui continuent dans l’anticapitalisme osent aujourd’hui se réclamer de …De Gaulle et du gaullisme ! Mémoire courte, allez comprendre !…

Georges Marchais a eu une carrière électorale dans le Val-de-Marne, élu député de Créteil puis de Villejuif de mars 1973 jusqu’à la dissolution du 21 avril 1997. Il fut également élu député européen de juin 1979 à juin 1989. Mais bien entendu, l’épopée médiatique de Georges Marchais n’avait rien d’une trajectoire parlementaire, elle était celle d’un présidentiable qui, auparavant, était le partenaire privilégié d’un ancien décoré de la francisque…

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En effet, le programme commun d’union de la gauche a été négocié puis adopté le 27 juin 1972 et signé le 12 juillet 1972 à l’hôtel Continental par trois chefs de parti : François Mitterrand, devenu premier secrétaire du PS en 1971, Robert Fabre, président du Mouvement des radicaux de gauche (MRG), parti minoritaire du parti radical acceptant l’alliance avec les communistes, et enfin, Georges Marchais, secrétaire général du PCF, qui, à l’époque, était le parti, de ces trois partis, le plus fort électoralement puisque la dernière consultation électorale nationale fut le premier tour de l’élection présidentielle du 1er juin 1969 avec le candidat communiste placé en troisième position avec 21,3% des voix (derrière Georges Pompidou et Alain Poher).

Les élections législatives de mars 1973 furent les premières élections nationales d’après la signature de l’union de la gauche (et aussi d’après la désignation officielle de Georges Marchais à la tête du PCF). La mousse médiatique avait tellement pris que l’hypothèse d’une victoire de la gauche était dans tous les esprits. Il était alors question de laisser le Président. François Mitterrand a effectivement lancé : « Pompidou, on le gardera. ». Et dans sa conférence de presse du 11 janvier 1973, Georges Marchais a confirmé, mi-agacé mi-amusé : « Ben quoi, ce sont des élections législatives, et pas des élections présidentielles ! ».

Dans ses "Cahiers secrets", la journaliste Michèle Cotta a confié qu’elle s’était amusée avec Maurice Faure (radical de gauche) le 18 janvier 1973 sur la composition du gouvernement en cas de victoire de l’union de la gauche. Il n’y a évidemment rien d’officiel, juste les idées des deux joueurs, mais cela pouvait donner l’état d’esprit des rapports de force entre les différentes personnalités de gauche : « Mitterrand, bien sûr, est à Matignon. Nous nommons deux ministres d’État : Guy Mollet (Justice) et Georges Marchais. [Maurice] Faure parle de Duclos comme troisième. Je le récuse : trop vieux. Gaston Defferre, nous le mettons aux Finances, Robert Fabre à l’Intérieur, Roland Leroy à l’Éducation nationale, un communiste à l’Équipement, Robert Pontillon secrétaire d’État aux Affaires étrangères, et Pierre Mauroy à la Défense. Jean-Pierre Chevènement, Pierre Joxe et Claude Estier sont secrétaire d’État. ».

Au premier tour du 3 mars 1973, les communistes ont gardé leur avance sur les socialistes, avec respectivement 21,3% des voix (celles de Jacques Duclos) et 18,9%, mais ont perdu du terrain au second tour en sièges, avec 73 députés communistes, 89 députés socialistes et 12 députés radicaux de gauche. Ce n’était pas encore très clair, mais le PS reprenait de l’avance sur le PCF, ce qui était le début d’une tendance historique durable et irréversible.

Finalement, à l’issue du second tour du 11 mars 1973, malgré une perte de 101 sièges (de la chambre introuvable de l’après-mai 68), la majorité gaullo-centriste a conservé la majorité absolue avec 281 sièges sur 488. Le Premier Ministre sortant Pierre Messmer fut reconduit à Matignon pour former son deuxième gouvernement le 2 avril 1973. Le candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle de 1974, François Mitterrand, a échoué, mais le résultat était très serré puisque cela s’est joué à moins de 400 000 voix près en faveur de Valéry Giscard d’Estaing (50,81%) au second tour du 19 mai 1974.

Après la victoire de l’union de la gauche aux élections municipales de mars 1977, on pouvait imaginer que les élections législatives suivantes, en mars 1978, allaient donner un avantage à cette dynamique politique encore inédite sous la Cinquième République, au point que, dans son discours à Verdun-sur-le-Doubs le 27 janvier 1978, le Président Valéry Giscard d’Estaing a envisagé l’éventualité de la défaite et son acceptation d’une cohabitation, lui-même s’exilant au château de Rambouillet pour laisser le gouvernement gouverner : « Vous pouvez choisir l’application du programme commun. C’est votre droit. Mais si vous le choisissez, il sera appliqué. Ne croyez pas que le Président de la République ait, dans la Constitution, les moyens de s’y opposer. J’aurais manqué à mon devoir si je ne vous avais pas mis en garde. ».

La perspective d’une victoire de la gauche était donc très forte. Mais six mois avant le scrutin, coup de théâtre : le PS et le PCF ne se sont pas mis d’accord sur la "réactualisation" du programme commun (qui datait de 1972). Et un point d’achoppement essentiel fut la dissuasion nucléaire. Le PS n’avait alors pas de doctrine sur le sujet alors que les sondages le donnaient gagnant en mars 1978. François Mitterrand a tenté timidement de proposer un référendum sur la question le 26 juillet 1977, et le lendemain, au journal télévisé de 13 heures sur TF1, il a mis en doute la dissuasion nucléaire. Or, le PCF avait évolué sur la question avec le rapport Kanapa qui, en mai 1977, soutenait la force de dissuasion.

En écoutant François Mitterrand parler à la télévision, Georges Marchais, qui était en vacances en Corse avec sa famille, fut surpris et furieux par ces propos. Le leader communiste a contre-attaqué dans le journal d’Antenne 2 le 28 juillet 1977 : « On ne peut pas s’en remettre à un référendum pour résoudre le problème de la défense… La force de frappe française doit être indépendante. ».

Ce ne fut que le 21 janvier 1980, alors qu’il allait se présenter à l’élection présidentielle de 1981, que Georges Marchais avait donné sa version de cette rupture durant l’été 1977. Il a en effet déclaré sur le plateau de "Cartes sur table", la célèbre émission politique de Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel : « Quand j’ai entendu François Mitterrand refuser de s’engager sur l’existence d’une défense nationale indépendante, j’ai dit à ma femme : "François Mitterrand a décidé d’abandonner le programme commun de la gauche ! Fais les valises, on rentre à Paris ! ».

Concrètement, ils sont retournés à Paris trois jours plus tard, et Georges Marchais devait de toute façon assister à un bureau politique le 3 août 1977. Par ailleurs, la rupture de l’union de la gauche a eu lieu en septembre 1977.

Cette phrase (considérée comme misogyne jusque dans la rédaction de "L’Humanité" qui changea la phrase en "On fait les valises et on rentre à Paris") a été une pépite des imitateurs, notamment de Thierry Le Luron en y ajoutant le prénom de la femme : "Liliane, fais les valises, on rentre à Paris !".

Liliane, née Grelot, épouse Garcia puis Marchais, était, depuis février 1977, la seconde épouse de Georges Marchais. Elle est morte récemment du covid-19, le 9 avril 2020 à l’âge de 84 ans (née le 24 août 1935). Elle était loin d’être la femme soumise à son mari comme la phrase impérative semblait la décrire. Au contraire, elle fut une responsable et militante communiste très active (c’est par ce militantisme qu’ils se sont rencontrés). Elle fut la dirigeante de la puissante fédération du PCF du Val-de-Marne de 1961 à 1976.

Le 11 avril 2020, Emmanuel Macron a rendu hommage à Liliane Marchais ainsi : « Son nom ne doit pas nous tromper : elle était une femme politique bien avant, puis tout autant, que la femme d’un homme politique. (…) Loin d’être une épouse aux ordres, elle avait d’ailleurs dit à son mari qu’il les ferait lui-même désormais, ses valises, Liliane Marchais avait ses propres opinions sur tout : militante de toujours, elle s’était engagée en politique bien avant de rencontrer Georges Marchais, donc, et elle s’était battue pour la place des femmes dans la société en général, et pour leur place en politique tout particulièrement. ».

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Il faut ajouter, pour compléter le tableau, que Georges Marchais, loin d’être un père ou un mari inaccessible à causse de ses activités nationales, a vécu une vie familiale paisible (bien que multi-recomposée) dans son pavillon de Champigny-sur-Marne, s’occupant beaucoup de l’éducation du fils du couple.

Revenons aux élections législatives de mars 1978 : finalement, la gauche a encore échoué, de très près. Au premier tour le 12 mars 1978, les candidats de la majorité présidentielle ont totalisé 46,5% des voix et ceux de la gauche 45,2%, un très faible écart. En voix, le PS était à 22,8%, devant le PCF à 20,6%. Au second tour du 19 mars 1978, malgré quelques pertes de siège, la majorité UDF-RPR a préservé 287 sièges sur 491, reconduisant Raymond Barre à Matignon.

La différence avec 1973, c’était que la gauche était en processus de rupture et pas d’union. À l’intérieur du PS, Michel Rocard a pris beaucoup d’importance sur François Mitterrand (même si le congrès de Metz en avril 1979 l’a remis à sa place),  et le PCF était décidé à faire cavalier seul aux prochaines échéances, avec quelques déclarations qui ont marqué la postérité de Georges Marchais.

Ainsi, dans "L’Humanité" du 13 février 1979, Georges Marchais a parlé d’un « bilan globalement positif en URSS », une expression malheureuse qui lui resta collé comme le sparadrap du capitaine Haddock, surtout après l’invasion de l’URSS en Afghanistan qu’il a approuvée en décembre 1979.

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Tête de la liste du PCF aux premières élections européennes du 10 juin 1979, Georges Marchais s’est retrouvée en troisième position avec 20,5%, derrière la liste socialiste menée par François Mitterrand avec 23,5%. Cette nouvelle confirmation de la plus grande importance du PS sur le PCF (en 1978 et en 1979) a sans doute eu un effet à l’élection présidentielle de 1981, celui de rassurer des électeurs modérés qui craignaient que François Mitterrand fût l’otage des communistes. Or, ce ne fut pas le cas, car le PCF commençait son lent déclin.

Georges Marchais fut donc candidat à l’élection présidentielle de 1981, et avec sa gouaille, sa candidature fit le bonheur des humoristes et imitateurs. Il est d’ailleurs très intéressant de revoir ses prises de positions durant cette campagne présidentielle, car elles furent parfois reprises par …Jean-Marie Le Pen, si bien qu’il ne fallait pas s’étonner que le Front national s’accaparât plus tard des voix des ouvriers aux dépens du PCF.

Ainsi, Georges Marchais s’est exprimé sur l’immigration dans "L’Humanité" du 6 janvier 1981 : « En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. La cote d’alerte est atteinte. Il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Se trouvent entassées dans des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. ». Le populaire est devenu populiste.

Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle du 26 avril 1981 a été terrible pour Georges Marchais, relégué en quatrième position de la "bande des quatre", avec 15,3% des voix (Jacques Chirac, qui était parti de très bas dans cette compétition, l’a doublé à 18,0%). Mais le pire pour lui, ce fut le 10 mai 1981 avec l’élection de François Mitterrand. La gauche devenait majoritaire mais les socialistes avaient seuls tous les leviers. Les communistes, revenus au gouvernement avec ses quatre ministres nommés le 23 juin 1981, Charles Fiterman, Jack Ralite, Marcel Rigout et Anicet Le Pors (présentés à l’Élysée lors du conseil des ministres du 25 juin 1981, le même jour que la venue du Vice-Président américain Georges HW Bush), sont devenus des supplétifs des socialistes au gouvernement : de juin 1981 à juillet 1984 et de juin 1997 à mai 2002.

La suite ne fut qu’une lente descente électorale, érosion, effritement, avec le point de singularité aux élections européennes du 17 juin 1984, premier scrutin national depuis les élections de 1981. Georges Marchais était encore la tête de la liste du PCF et a obtenu 11,2% des voix, certes en troisième position (grâce à la grande liste d’union UDF-RPR menée par Simone Veil qui a obtenu 43,1% !), mais il fut talonné de très près par la liste du FN menée par Jean-Marie Le Pen qui a atteint 11,0%. Le pari de ce dernier était gagné, puisqu’il voulait faire jeu égal avec les communistes, ce qui fut acquis en nombre de sièges obtenus : 10 pour le PCF, 10 pour le FN. Georges Marchais avait trouvé plus fort que lui sur le marché du populisme.

Malade, il abandonna le secrétariat général du PCF au 28e congrès du PCF à Saint-Ouen le 29 janvier 1994 à un parfait inconnu du grand public, Robert Hue, avant de mourir le 16 novembre 1997 à 77 ans. Si le vingtième anniversaire de la mort de Georges Marchais fut l’occasion d’une exposition, le centenaire de sa naissance ne semble pas être célébré par ceux qui sont aujourd’hui ses héritiers (à ma connaissance). En tout cas, il ne passionne pas les foules. Sans doute parce qu’il fait partie d’une période complètement révolue, celle d’un communisme qui se croyait encore triomphant…

Dans ses "Cahiers secrets", Michèle Cotta avait noté le 25 janvier 1994 : « Reste Marchais avec sa gouaille, sa maîtrise naturelle de la communication, sa façon d’écorcher la langue française, son accent parigot, ses rires sonores et ses grosses colères. Je garde plusieurs images de lui, plus ou moins glorieuses. L’une à Berlin-Est, en plein congrès de l’eurocommunisme, où il a fait mine de baisser son pantalon en disant au journaliste qui l’interviewait : "Est-ce que je vous demande la couleur de votre slip ? ". (…) Je le revois aussi dans les meetings, les réunions, les congrès, parlant d’une voix forte, alternant menaces et rires. ».

Et Michèle Cotta d’évoquer son successeur : « Je crois bien avoir été la première à avoir entendu prononcer son nom. C’était à la fête de "L’Humanité", l’année dernière. Leroy m’avait laissé entendre ce jour-là que Marchais allait passer la main. (…) C’est la femme de Leroy qui me cita en confidence le nom de Robert Hue comme étant l’homme auquel Leroy et Marchais avaient ensemble décidé de laisser les clefs du PC. Pour tout dire, sur l’instant, je ne l’ai pas cru, tant je trouvais extravagante l’idée de laisser le parti à un inconnu. (…) Voilà comment j’ai raté un scoop, l’année dernière. Je n’avais même pas jugé bon de le noter dans ces cahiers. Pourquoi cette proposition a-t-elle été faite d’un commun accord avec Leroy ? Parce que Marchais savait bien que si Roland Leroy ne pouvait plus occuper sa place pour des raisons d’âge ou d’énergie, nul ne la prendrait sans obtenir sa neutralité bienveillante. Je crains que les deux ne se soient mis d’accord sur quelqu’un qui ne ferait d’ombre ni au trop populaire Marchais, ni au trop intellectuel Leroy. » (25 janvier 1994).

Connu pour avoir expulsé en février 1981 une famille d’immigrés au bulldozer dans la ville de Montigny-lès-Cormeilles dont il était le maire, Robert Hue (né le 19 octobre 1946) dirigea le PCF jusqu’au 28 octobre 2001. Lui ont ensuite succédé : Marie-George Buffet (ministre), Pierre Laurent le 20 juin 2010 et Fabien Roussel depuis le 25 novembre 2018. Aux dernières élections nationales, à savoir, aux élections européennes du 26 mai 2019, le PCF n’a obtenu que …2,5%, en dixième position, talonné par le parti animaliste. Anecdote finale : Robert Hue a quitté le PCF en 2009, a soutenu (le 12 avril 2012) la candidature de François Hollande à l’élection présidentielle de 2012, a même failli devenir un de ses ministres, a rejoint au Sénat un groupe centriste en septembre 2012, et a soutenu (le 10 mars 2017) au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 la candidature d’Emmanuel Macron. Rideau !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Georges Marchais.
Fais les valises, on rentre à Paris !
Gaston Plissonnier.
Jean Ferrat.
Roland Leroy.
Georges Séguy.
Le communisme peut-il être démocratique ?
Karl Marx.
Claude Cabanes.
Michel Naudy.
Paul Vaillant-Couturier.
La Révolution russe de 1917.
Jacques Duclos.
Staline.
Front populaire.
Jean Jaurès.
Léon Blum.

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 03:17

« L’intelligence est un capitaine qui est toujours en retard d’une bataille. Et qui discute après la bataille. » (Léon-Paul Fargue, 1929).


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Vous avez remarqué ? Il y a des personnalités qui ont plus d’influence que d'autres. Parce qu’elles sont écoutées, parfois suivies. Elles ne sont pas forcément majoritaires, mais elles peuvent faire évoluer la pensée de nombreuses personnes. Celles-ci ont donc une responsabilité essentielle. Surtout en période d’état d’urgence sanitaire comme on le vit actuellement depuis un mois. Vous avez donc remarqué que la plupart de ces personnalités qui façonnent, d’une manière ou d’une autre, la très indéfinie "opinion publique" …se taisent. Elles laissent le gouvernement travailler, et peu d’entre elles voudraient d’ailleurs être à sa place.

Toutes se taisent par décence et par urgence sanitaire. Tout doit être focalisé sur le travail des soignants en réanimation, pour sauver le maximum de vies humaines. Par exemple, les transferts de patients d’une région à une région est très efficace, cela a pu sauver de nombreuses vies humaines. Il faut l’organiser. Les polémiques, les questions qui fâchent, les comptes à rendre, tout cela, ce sera pour après la crise, pas pendant. Toutes ces personnalités qui façonnent l’opinion se taisent …toutes sauf deux ! Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Pas vraiment étonnant.

Tous les deux ont suivi des cours accélérés de médecine, de virologie et d’épidémiologie au CNAM. En quelques semaines, il faut saluer leur haut niveau de connaissances. Les voici médecins, prêts à prescrire le fameux remède du professeur Didier Raoult. J’avais évoqué le développement d’un certain populisme scientifique, il ne pouvait se nourrir que de populistes, pas de scientifiques bien sûr, et l’équipe de Didier Raoult n’y est évidemment pour rien.

Penchons-nous sur Jean-Luc Mélenchon qui était l’invité du "Grand Jury" du dimanche 5 avril 2020, l’émission dominicale de LCI, "Le Figaro" et RTL. Quel message avait-il à faire passer ? Son ego. Peut-être son pseudo-patriotisme marseillais (il est élu d’une circonscription et pas sûr qu’il sera réélu dans deux ans). Mais rien de très nouveau. Et c’est si loin, deux ans. Il a déjà prescrit sur son ordonnance le report du second tour des élections municipales à octobre 2020. Qui avait insisté pour maintenir le premier tour le 15 mars 2020 ? Mémoire courte.

Jean-Luc Mélenchon parle bien et a donc bien parlé durant cette émission, mais il parle à vide, sans rien nourrir d’innovant. Il subodore une chose : le confinement va faire baisser d’au moins 2,2% le PIB en 2020, selon le Ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire, cette récession, pour Jean-Luc Mélenchon, est l’occasion du "grand soir". Il n’est pas le seul à le penser, les adhérents résiduels du parti socialiste anciennement triomphant (et encore survivant, les municipales l’ont prouvé), font aujourd’hui le forcing pour préparer l’après-crise. Quelle hypocrisie, et surtout, quelle indécence quand 800 personnes perdent leur vie du covid-19 chaque jour en France (et même 1 417 personnes rien que la journée du 7 avril 2020 en comptant aussi dans les EHPAD). On n’en est pas là. On est encore loin du "pic" de l’épidémie en France.

Pour les journalistes, on en est pourtant déjà à l’après-déconfinement. Par ennui. Ils ont l’habitude de "séquences" plus courtes. À force, ils n’ont plus de "sujets" pour illustrer leurs journaux.

Revenons à Jean-Luc Mélenchon. Tout ce qu’il disait, c’était du vide, du creux, des sophismes. J’avais pitié pour lui, car j’ai connu, il y a très longtemps, un homme politique qui avait des idées originales, pas les miennes mais qui méritaient qu’on s’y attardât. Là, rien de tout cela, juste cette sensation que décidément, De Gaulle avait raison, la vieillesse est un naufrage. À un moment, Jean-Luc Mélenchon a dit épanoui, singeant un entrepreneur dynamique et efficace : « Assez de blabla ! ». Voilà que l’idée est bonne : Mélenchon, taisez-vous ! Respectez l’humain, vous qui en avez fait votre slogan creux le temps d’une élection présidentielle.

Quelques exemples ? Jean-Luc Mélenchon a bien insisté qu’il n’était pas médecin (ah, je retire mon hypothèse des cours du CNAM), mais il a quand même parlé pendant un quart d’heure de l’effet miraculeux de l’hydroxychloroquine. C’est quand même terrible qu’on meurt autant et que pas une seule fois l’effet n’a été prouvé depuis un mois et demi que cette molécule est supposée comme la solution miracle.

Interrogé par Jean-Jacques Bourdon le 7 avril 2020 sur BFM-TV, le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a d’ailleurs rappelé qu’il avait donné son accord pour de nombreux essais cliniques sur l’hydroxychloroquine, y compris avec l’antibiotique associé, et que jusqu’à maintenant, hélas, aucune molécule (du reste pas seulement l’hydroxychloroquine, les autres testées aussi) n’a apporté d’effet supérieur à l’effet placebo. C’est désolant mais c’est une réalité statistique et scientifique.

Cela nécessite confirmation et tout effet serait évidemment un espoir pour les malades de la forme sévère. Le CHU d’Angers a lancé ainsi une vaste étude sur l’hydroxychloroquine pour être fixé une fois pour toutes sur son efficacité réelle. Le professeur Vincent Dubée, à l’origine de cette étude, a déclaré le 31 mars 2020 : « Dans le contexte particulier que nous vivons, les résultats des essais cliniques sur l’hydroxychloroquine menés par l’équipe du professeur Raoult ont généré beaucoup d’espoirs mais ils ont également soulevé des interrogations légitimes quant à leur pertinence clinique et à l’innocuité de l’hydroxychloroquine. (…) L’étude Hycovid, qui correspond aux standards scientifiques, méthodologiques les plus élevés, devrait permettre de répondre de manière définitive à ces questions et de clore une fois pour toutes le débat sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine. ». Cette semaine, des tests avec du plasma d’anciens malades guéris du covid-19 vont être réalisés.

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Mais il y a d’autres exemples. Jean-Luc Mélenchon a insisté sur la fabrication des masques et des tests PCR. Mais ça y est, les soignants les ont, les commandes sont arrivées, Jean-Luc Mélenchon, encore une fois, enfonce des portes ouvertes. Il propose de faire ce que le gouvernement a déjà fait. Évidemment, aucun journaliste n’est pas là pour corriger, relever. Leur seul objectif, la petite phrase qui pourra être répétée en boucle jusqu’au lendemain.

Le maître mot de Jean-Luc Mélenchon durant cette émission fut la planification. Il rêve de revenir au Gosplan soviétique (presque un siècle de retard !). Le chef suprême de FI a bien tenté de rappeler qu’il y avait eu un Commissariat au Plan en France, mais le journaliste Guillaume Roquette a complété en disant qu’en France, le Plan n’était pas une contrainte pour l’économie mais juste une vision à long terme, au contraire du Gosplan. Le chef suprême n’a néanmoins vu aucune différence…

Et dans sa verbeuse démonstration, il a commencé par dire qu’il faudrait reconstruire la santé en France, que les hôpitaux privés fonctionnaient avec la méchante loi du marché qui vise à réduire les coûts et la qualité… et a ajouté que les hôpitaux, c’était encore pire ! J’en déduis donc le scoop qu’attendaient les journalistes (de médias privés, précisons-le, répétons-le : TF1/LCI, RTL, "Le Figaro") : Jean-Luc Mélenchon considère que le secteur privé est mieux que le secteur public.

Et pendant ce temps des centaines et des centaines de Français meurent du covid-19 chaque jour… Jean-Luc Mélenchon, un peu décence : taisez-vous ! Vous pourrez toujours blablater après la crise sanitaire, ne vous inquiétez pas, les médias ne vous oublieront pas. Taisez-vous et surtout, protégez-vous. Le coronavirus attaque tout le monde, sans distinction.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 avril 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Luc Mélenchon : un peu de décence, taisez-vous !
Jean-Luc Mélenchon, à côté de la plaque !
Jean-Luc Mélenchon, le tribun qui tourne à vide.
L’imposture de Jean-Luc Mélenchon sur le Traité de Maastricht.
Grèce : la défaite de l’expérience Syriza.
Colère de François Ruffin sur le débat sur le handicap (le 11 octobre 2018).
Le Radeau de la Méluche.
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Marine Mélenchon et Jean-Luc Le Pen.
Premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017.
Programme 2017 de Jean-Luc Mélenchon (à télécharger).
Deuxième débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (4 avril 2017).
Présidentielle 2017 : l’unique débat à cinq.
Benoît Hamon, la "bête noire" de Jean-Luc Mélenchon ?
Jean-Luc Mélenchon, candidat autoproclamé aux amitiés mal assumées.
Pourquoi Mélenchon ne veut pas d'alliance avec Bayrou ?
Christian Schoettl attaque Jean-Luc Mélenchon.
Débat Mélenchon vs Attali et Apparu (25 avril 2013).
Débat Mélenchon vs Cahuzac (7 janvier 2013).
Débat Mélenchon vs Copé (17 novembre 2011).
Débat Mélenchon vs Marine Le Pen (14 février 2011).
Jean-Luc Mélenchon, allié objectif de Sarkozy (24 mars 2012).
Jean-Luc Mélenchon sur TF1 (5 mars 2012).

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-luc-melenchon-un-peu-de-223080

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 03:52

« Rouler son rocher indéfiniment et attendre qu’il retombe en bas de la montagne. C’était le sens de son message : alors, comment va FI ? ça roule. » (Laurent Joffrin, "Libération" du 24 juin 2019).



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Faut-il se montrer publiquement arrogant contre le juge chargé de superviser son procès ? Faut-il le provoquer en criant à la justice politique afin de faire pression et de susciter sa clémence ? Quelle drôle de tactique de la terre brûlée qui soumet une justice agacée à la tentation de le sanctionner plus sévèrement que souhaitable ? Tactique aussi contreproductive politiquement que judiciairement. Drôle de défense, ou plutôt, défense carrément masochiste.

Le procès de Jean-Luc Mélenchon commence ce jeudi 19 septembre 2019 au tribunal correctionnel de Bobigny pour « menaces ou actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire » et « violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». Loin des affaires politico-financières : il est jugé, ici, pour avoir joué au caïd avec un procureur et des policiers lors de la perquisition du local de son parti le 16 octobre 2018.

Il faut rappeler ce que, durant ce demi-quinquennat du Président Emmanuel Macron, sont devenus politiquement Jean-Luc Mélenchon et son mouvement France insoumise (FI). On peut résumer simplement en citant deux résultats électoraux. Le 23 avril 2017 au premier tour de l’élection présidentielle : 19,6% (un peu plus de 7 millions de voix). Le 26 mai 2019 aux élections européennes : 6,3% (un peu plus de 1,4 million de voix). En deux ans, une perte sèche des deux tiers de l’électorat et la disparition de plus de 5,5 millions d’électeurs. Le principal responsable de cette dégringolade historique, forcément, c’est Jean-Luc Mélenchon, seul leader autorisé de FI.

On ne peut pas ne pas mettre en parallèle cette épopée avec celle de François Bayrou et de l’UDF/MoDem dix années plus tôt. Le 22 avril 2008 au premier tour de l’élection présidentielle, François Bayrou avait rassemblé plus de 6,8 millions d’électeurs, soit 18,7% des voix. Le 7 juin 2009 aux élections européennes, les listes du MoDem n’avaient obtenu que 8,5% des voix, même pas 1,5 million d’électeurs. Là aussi, plus de 5 millions d’électeurs avaient disparu en deux ans. François Bayrou voulait être considéré comme l’opposant numéro du Président Nicolas Sarkozy (comme Jean-Luc Mélenchon veut être considéré comme l’opposant numéro un d’Emmanuel Macron, titre que lui dispute Marine Le Pen avec de meilleurs arguments).

L’un comme l’autre (Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou) ont excellé pendant les campagnes présidentielles, mais ils ne s’intéressent guère qu’à cela. De parti, ils n’ont que leur leadership, bref, eux. Le MoDem a toutefois gagné l’élection présidentielle de 2017, mais sans François Bayrou. Ou plutôt, avec lui pendant seulement un mois, comme Ministre d’État, Ministre de la Justice.

Revenons à France insoumise. Actuellement, ce parti a 17 députés (sur 577), 1 sénateur (sur 348), 6 députés européens (sur 74) et 9 conseillers régionaux (sur 1 758). L’échec des élections européennes a formalisé en fait la désaffection électorale dont il est à la fois la victime et l’origine. Jean-Luc Mélenchon vit dans un autre monde que le monde réel. Peut-être un monde virtuel que l’Internet a renforcé, avec ses courtisans et ses détracteurs de salon.

Je voudrais m’arrêter sur deux interventions publiques de Jean-Luc Mélenchon après les élections européennes : celle du 23 juin 2019 et celle du 12 septembre 2019.

L’intervention du dimanche 23 juin 2019 s’est passée dans une salle du douzième arrondissement de Paris, dans l’après-midi. Il s’agissait d’une première réunion interne postélectorale, la convention nationale de France insoumise.

Insistons sur le caractère très particulier de ce parti : au contraire de tous les autres partis, j’insiste, tous les autres partis, France insoumise n’est pas une association déclarée. C’est plutôt une sorte de marque ou de franchise. L’absence de structure officielle évite tout acte de démocratie interne : il n’y a pas d’assemblée générale (pas de congrès), il n’y a pas de président de France insoumise, donc, il n’y a pas de désignation plus ou moins démocratique de ce président. Le seul titre "partisan" de Jean-Luc Mélenchon est président du groupe FI à l’Assemblée Nationale depuis le 27 juin 2017.

Il me semble que l’intervention de Jean-Luc Mélenchon n’était pas prévue. J’ai pu l’écouter en direct parce qu’elle était diffusée sur la chaîne BFM-TV (après, on osera encore dire que cette chaîne de télévision est partiale).

Mon sentiment, pendant toute sa longue (et inutile) intervention (inutile car il n’a rien dit de concret, il aime juste s’écouter parler, il n’avait rien préparé), c’était qu’il faisait de l’autonombrilisation. Et surtout, de l’autojustification sur l’absence de démocratie interne de son parti. Exemple particulièrement voyant : il a demandé à ce qu’un des membres (inutile de le citer) fût désigné "coordinateur national" devant une assemblée médusée. Désigné, mais sans vote. Juste parce qu’il a beaucoup bossé et que c’était normal.

C’était une véritable révolution du concept de la démocratie. On a connu le concept de "centralisme démocratique" qui était la version douce de la "dictature du prolétariat" au sein du parti communiste. Jean-Luc Mélenchon a inventé la démocratie de l’autoproclamation par autojustification. Cela en dirait beaucoup, si jamais il arrivait au pouvoir, de son respect des règles démocratiques …que je dirais, traditionnelles.

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Mais le plus sidérant n’était pas vraiment cela. C’était que Jean-Luc Mélenchon n’a fait que parler de cuisine interne, une sorte de cuisine moléculaire en ce sens qu’elle était en faible quantité. Le fond s’est évaporé. Volatilisé. En fait, le fond s’est évaporé, dans ses discours, depuis la fin de sa campagne présidentielle. Il avait eu pourtant de bonnes idées, des réflexions qui méritaient approfondissement, des approches même novatrices sur la mer, les océans…

Je suis très opposé à Jean-Luc Mélenchon. Il a un fond idéologique qui me fait plus peur qu’autre chose. J’apprécie peu son comportement avec ceux qui ne pensent pas comme lui (c’est-à-dire pratiquement tous les autres que lui, sauf quelques affidés), qui vise à renforcer les haines plutôt que la concorde, dans un contexte de forte tension sociale. Mais je lui reconnaissais deux grandes qualités, qualités que j’avais (modestement) "jugées" sur pièces personnellement.

D’abord, il pense par lui-même, et je lisais son blog depuis une petite quinzaine d’années. Je me demandais pourquoi il restait encore dans un PS qu’il critiquait tant, mais qui l’a tant nourri comme apparatchik (sénateur, président délégué de conseil général, etc.), la réponse étant dans mon interrogation, évidemment. Finalement, son indépendance d’esprit l’a emporté sur le confort personnel. Il a eu le courage de quitter le PS au moment du congrès de Reims (novembre 2008), et c’était courageux de sa part. Il a quitté une multinationale qui allait devenir "leader en son domaine" en 2012 (et qui, maintenant, a fait faillite !), pour créer sa petite entreprise, et il s’est présenté sur son nom propre avec des fortunes diverses depuis une dizaine d’années (succès et échecs).

Ensuite, il est aussi un admirable tribun. Quand j’ai écrit que j’ai pu "juger" sur pièces, c’était parce que j’ai assisté à l’un de ses meetings à Grigny, en terre communiste (merguez sur place !), dans un stade, pour sa campagne présidentielle, et il n’y a pas de doute, Jean-Luc Mélenchon est un véritable tribun, capable de s’enflammer pour tout et rien. Il a cité Victor Hugo et a fait glisser la larme aux yeux des quelques dizaines de présents (le stade était très clairsemé, c’était un dimanche après-midi très ensoleillé). C’est exaltant quand on veut croire en un destin politique, mais cela ne reste que du talent de forme, et pas de fond.

Je ne doute donc ni de son talent, ni de sa sincérité. Hélas, ce 23 juin 2019, à l’écoute de son discours, il fallait bien se rendre à l’évidence que l’étoile a pali. L’étoile du fond car la forme reste encore éclatante dans sa capacité d’indignation, mais là, on a affaire à un tribun qui n’avait plus rien à dire, alors que le mouvement des gilets jaunes s’était étiolé (et peine à redémarrer en septembre) et que la popularité d’Emmanuel Macron regrimpait.

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La seconde intervention de Jean-Luc Mélenchon que je veux ici évoquer, c’était sa rentrée politique en conférence de presse le jeudi 12 septembre 2019 dans l’après-midi à la Maison de l’Amérique latine.

Parlons d’abord de quelques semaines auparavant : il y a eu l’équivalent d’une université d’été de France insoumise où il était question du fonctionnement de ce parti. Pour les sympathisants, c’était probablement un moment crucial, surtout en pleine débâcle électorale (la patience est finie dans cette civilisation du zapping, quand un parti échoue, les rats quittent le navire pour aller vers des paquebots plus alléchants ou construire son propre pédalo). Or, pour ce moment essentiel de son mouvement, Jean-Luc Mélenchon était absent. Pourquoi ? Grand voyage en Amérique latine. Il aurait pu s’arranger avec son agenda, mais non, il était absent. Peu de respect pour ses derniers fidèles.

La conséquence, c’est qu’il a fait sa rentrée politique le lendemain de son retour. Et sa communication était particulièrement médiocre pour ne pas dire mauvaise, tant sur le fond que la forme (il semblait épuisé et lassé). Ce n’était pas les grands sujets d’actualité qui manquaient, mais non, il n’a quasiment pas parlé de la réforme des retraites (pourtant, c’est du social et le matin même, le Premier Ministre Édouard Philippe donnait quelques éléments clefs de la réforme au Conseil Économique, Social et Environnemental), ni de la PMA, ni de beaucoup de sujets mis dans l’actualité. Il a parlé de son voyage, et surtout, de sa convocation pour le procès du 19 septembre 2019.

Bref, il n’a fait que parler de son petit sort personnel, qui n’a d’intérêt que pour lui et ses proches, mais certainement pour la nation française, tout important se croit-il encore être (puisqu’il est la République). Toute son intervention a tourné (très médiocrement) autour de la justice qui serait politisée et qui les ciblerait, lui et son parti. Il n’a pas eu beaucoup de cohérence dans sa démonstration. Il a crié qu’il était le seul à avoir été perquisitionné, et quelques minutes plus tard, il a dit aux journalistes de demander à François Bayrou pour savoir quel effet cela faisait. Des responsables politiques perquisitionnés, il y en a eu des dizaines… et aucun ne s’est opposé au procureur, tout le monde a accepté cette initiative de la justice, …sauf Jean-Luc Mélenchon.

Le plus ennuyeux pour lui, dans sa démonstration, il n’a pas eu de chance, c’était que le matin même, le Président de l’Assemblée Nationale, Richard Ferrand, un très proche d’Emmanuel Macron, venait d’être mis en examen. La "justice aux ordres" n’avait plus beaucoup d’argument. Au contraire, c’était une justice totalement indépendante, peut-être trop indépendante pour certains, dont il s’agit aujourd’hui. Dernières preuves, l’incarcération du maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, depuis le vendredi 13 septembre 2019, jour où le nonagénaire nostalgique Jean-Marie Le Pen fut aussi mis en examen. Sans compter le calendrier du procès de François Fillon qui se télescope avec les prochaines élections municipales.

Il faut être atteint d’une sérieuse paranoïa politico-personnelle pour croire que Monsieur Mélenchon et son parti seraient les seuls visés par une justice qui, semble-t-il, a touché tous les partis, de gouvernement ou d’opposition. Ce serait presque de l’orgueil de celui qui se croit seul au monde, d’être opprimé ainsi. Orgueil voire vanité, car vouloir se comparer à Lula peut être très risible.

Dans son éditorial du 18 septembre 2019, Laurent Joffrin a constaté : « Il faudrait aussi, pour justifier les philippiques insoumises, produire des preuves, montrant, ou même suggérant, que la chancellerie, ou l’Élysée, sont intervenus dans cette procédure. Tout indice parfaitement absent du réquisitoire mélenchonien. Ainsi, l’un des principaux leaders politiques français, aux ardentes convictions républicaines, affirme sans preuve que la justice républicaine est aux ordres, qu’elle rend des services et non des jugements, qu’elle s’identifie aux mascarades judiciaires en vigueur dans les régimes tyranniques. C’est pousser très loin le bouchon rhétorique. » ("Libération").

D’ailleurs, si Jean-Luc Mélenchon a eu un traitement particulier, cela le fut à son bénéfice : pour s’opposer avec autant de violence à la perquisition, il aurait dû être en comparution immédiate, comme c’est le cas généralement pour les petits délinquants. Lui, il a eu presque un an pour se retourner, et même si sa réaction fut violente surtout psychologiquement contre des policiers, il est probable qu’il ne risque pas une grave condamnation.

Alors, pourquoi monter en épingle une telle affaire dans l’affaire, sinon pour politiser lui-même cette affaire, pour se victimiser, pour montrer qu’il est un rebelle pourchassé ? Mais ce scénario ne peut pas fonctionner, car nous ne sommes pas au Venezuela, nous sommes en France, dans une démocratie très imparfaite mais déjà très avancée, et il n’est pas le seul à être poursuivi par la justice. Le scénario n’a aucune crédibilité.

Cette violence, dont il était fier de montrer l’enregistrement (ce qui a fourni une preuve incontournable pour le juge !), elle n’a aucune justification, elle n’est pas là par passion politique comme il aimerait le faire croire, elle est là par la simple colère d’un aigri. Comment un homme qui ne sait pas se contrôler lui-même, pour son propre intérêt, pourrait-il contrôler une situation politique complexe si jamais, par malheur, il était aux responsabilités ? Comment pourrait-il discerner l’intérêt national alors qu’il ne distingue même pas son propre intérêt de justiciable ?

Oui, De Gaulle avait raison, la vieillesse est un naufrage…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 septembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Luc Mélenchon, à côté de la plaque !
Jean-Luc Mélenchon, le tribun qui tourne à vide.
L’imposture de Jean-Luc Mélenchon sur le Traité de Maastricht.
Grèce : la défaite de l’expérience Syriza.
Colère de François Ruffin sur le débat sur le handicap (le 11 octobre 2018).
Le Radeau de la Méluche.
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Marine Mélenchon et Jean-Luc Le Pen.
Premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017.
Programme 2017 de Jean-Luc Mélenchon (à télécharger).
Deuxième débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (4 avril 2017).
Présidentielle 2017 : l’unique débat à cinq.
Benoît Hamon, la "bête noire" de Jean-Luc Mélenchon ?
Jean-Luc Mélenchon, candidat autoproclamé aux amitiés mal assumées.
Pourquoi Mélenchon ne veut pas d'alliance avec Bayrou ?
Christian Schoettl attaque Jean-Luc Mélenchon.
Débat Mélenchon vs Attali et Apparu (25 avril 2013).
Débat Mélenchon vs Cahuzac (7 janvier 2013).
Débat Mélenchon vs Copé (17 novembre 2011).
Débat Mélenchon vs Marine Le Pen (14 février 2011).
Jean-Luc Mélenchon, allié objectif de Sarkozy (24 mars 2012).
Jean-Luc Mélenchon sur TF1 (5 mars 2012).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190912-melenchon.html

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 01:33

« J’ai aimé Jean-Marie, j’ai détesté Le Pen. » (Yann Piat).


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Ce fut une véritable tragédie pour une femme de 44 ans et ses enfants (elle est née il y a à peine soixante-dix ans, le 12 juin 1949 à Saigon). En effet, il y a vingt-cinq ans, le 25 février 1994 à Hyères, dans le Var, Yann Piat fut sauvagement assassinée, les poumons transpercés de deux balles, lors du retour de sa permanence d’élue vers son domicile. Ce fut l’un des très rares cas d’assassinat de personnalité politique depuis le début des années 1980 en France (hélas pas le seul, notamment en Nouvelle-Calédonie).

Yann Piat s’appelait à sa naissance Yannick Marie (Piat fut le patronyme de son second mari en 1977) et était orpheline de père (ou plutôt, son père était inconnu). Sa mère était dans l’armée française en Indochine (où la fille est née) puis a milité à l’OAS en Algérie où elle a été incarcérée. Comme sa mère était une amie de Jean-Marie Le Pen, Yann Piat fut sa filleule. Les relations entre les deux n’étaient donc pas seulement politiques, elles étaient presque filiales.

En quelques sortes, le Front national est devenu la seconde famille de Yann Piat. Après avoir été secrétaire fédérale du FN dans les Landes, elle retourna dans le Var où elle avait passé son enfance, et, placée à la tête de la liste du FN dans le Var, elle fut élue députée du Var le 16 mars 1986 à l’âge de 36 ans, grâce au scrutin proportionnel mis en place par François Mitterrand. Elle ne fut pas la seule élue du FN puisque 35 candidats FN furent élus, ce qui leur a permis de créer un groupe politique à l’Assemblée Nationale présidé par Jean-Marie Le Pen (à l’époque, il fallait au moins 30 députés, maintenant, 15 suffisent). Pour l’anecdote, le nom exact des listes FN et du groupe FN était "Front national Rassemblement national".

Le gouvernement de Jacques Chirac (de la première cohabitation) a rétabli le scrutin majoritaire, si bien que la plupart des députés FN sortants furent battus aux élections législatives de juin 1988. La plupart : en fait, aucun …sauf Yann Piat qui fut la seule réélue du FN le 12 juin 1988 avec 53,7% des voix au second tour face à un candidat socialiste. Étant la seule élue du FN, elle n’a pas pu former de groupe politique et s’est assise parmi les non-inscrits dans l’hémicycle.

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Quelques mois plus tard, elle a vivement réagi lorsqu’elle a entendu Jean-Marie Le Pen faire son jeu de mot vaseux sur Michel Durafour alors ministre ("Durafour-crématoire"), prononcé le 2 septembre 1988 au Cap d’Agde, si bien qu’elle et son compagnon, le médecin François Bachelot, ancien député FN de 1986 à 1988 et ancien directeur de campagne de Jean-Marie Le Pen pour l’élection présidentielle de 1988, furent exclus du FN en octobre 1988. François Bachelot, ancien membre du RPR, a rejoint CNI tandis que Yann Piat s’est rapprochée du PR (Parti républicain).

L’une des grandes qualités de Yann Piat, qui lui a sans doute permis d’être réélue, fut sa lutte sans complaisance contre la corruption. Elle fut même surnommée Yann d’Arc pour l’occasion. Elle enquêta au sein d’une commission parlementaire sur la pénétration de la mafia en France et elle a rapidement dénoncé des liens équivoques entre le milieu du grand banditisme et le paysage politique varois.

Il faut rappeler qu’à l’époque, il y avait, pas si loin, la mise en place d’une politique de lutte active contre la corruption en Italie (plus ou moins avec succès, avec l’opération Mains propres mais aussi avec des assassinats de juges dont Falcone). De plus, dans le Var, régnait politiquement un maître incontesté (on l’appelait le "parrain du Var"), Maurice Arreckx (1917-2001), maire de Toulon de mars 1959 à mars 1985, président du conseil général du Var de mars 1985 à mars 1994, député de mars 1978 à septembre 1986 et sénateur de septembre 1986 à septembre 1995.

Maurice Arrekx était le patron de l’UDF du Var, en tant que membre du Parti républicain, parti appartenant à l’UDF et présidé par François Léotard de 1982 à 1990 (secrétaire général puis président) et de 1995 à 1997 (et par Gérard Longuet de 1990 à 1995). François Léotard, député-maire de Fréjus, qui avait une activité politique nationale depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1981 (et même une ambition présidentielle), avait renoncé à se mêler des affaires politiques du Var qui étaient laissées à Maurice Arreckx. À l’instar, par exemple, de Philippe Séguin, député-maire RPR d’Épinal, qui était actif au niveau national mais ne s’occupait pas des affaires politiques du département des Vosges (laissées à Christian Poncelet, également RPR, sénateur et président du conseil général des Vosges).

Quand j’écris "affaires", il s’agit bien des affaires politiques et de l’autorité politique, et en principe, en toute légalité. J’écris "en principe" car Maurice Arreckx fut justement par la suite arrêté et emprisonné en août 1994 puis de décembre 1987 à août 1998, condamné pour corruption à quatre ans de prison dont deux avec sursis par la cour d’appel d’Aix-en-Provence en fin 1997.

Pourquoi Yann Piat s’est-elle rapprochée du PR alors qu’elle dénonçait des liens entre le milieu et la vie politique varoise dirigée par le PR ? Il faut imaginer aussi que les investitures de parti ont un sens (ou avaient un sens) pour les électeurs. Dans le Var, le parti dominant était le PR (entre 1988 et 1997, il y avait, sans compter Yann Piat, 5 députés PR sur les 7 que comptait le Var, le septième député était RPR). L’autre parti plus ou moins important dans le Var, dans l’opposition départementale, était le PS, laminé aux élections législatives de 1988 et de 1993.

En raison des consignes de Jacques Chirac et d’Alain Juppé (président et secrétaire général du RPR), le RPR était beaucoup plus ferme que le PR pour rejeter toute idée d’alliance avec le FN. C’était donc logique que, politiquement, Yann Piat, ex-FN, se tournât vers le PR pour trouver une nouvelle famille politique qui l’accueillerait.

Ce qui était moins logique, c’est qu’elle intégrait, au niveau départemental, une formation qu’elle accusait d’avoir des liens avec le milieu. Était-ce une ambition folle de vouloir assainir politiquement de l’intérieur un parti qu’elle pensait sali ? Ou était-ce simplement une téméraire imprudence ? C’est évidemment facile de se poser ces questions après son assassinat. Pensait-elle que le système varois provenait d’hommes et pas d’un parti ?

En tout cas, si elle voulait suivre une carrière "classique" d’élue, Yann Piat, députée de la 3e circonscription du Var (Hyères, Le Pradet, etc.), devait avoir une implantation locale. Elle a ainsi envisagé une candidature aux élections municipales à Hyères (environ 50 000 habitants) en 1995, et auparavant, elle voulait se présenter aux élections régionales de mars 1992 sur la liste UDF-RPR du Var (l’ensemble des listes de la région PACA était mené par Jean-Claude Gaudin, qui n’était pas encore maire de Marseille, mais président du conseil régional sortant).

Finalement, elle fut écartée de la liste UDF-RPR et elle renonça à monter une liste dissidente en échange de l’investiture de l’UDF et du RPR aux élections législatives de mars 1993. Ce fut ainsi que Yann Piat fut réélue députée du Var le 28 mars 1993, avec 42,4% des voix au second tour dans une triangulaire à laquelle participèrent un candidat divers droite (31,4%) et un candidat investi par le FN (26,2%). Il est à noter que Léopold Ritondale (1921-2008) était le maire PR d’Hyères depuis mars 1983 (mandat gagné face au maire sortant PS qui fut aussi l’opposant du second tour de Yann Piat en 1988) et qu’il a eu 74 ans aux élections municipales de 1995. Yann Piat aurait pu ainsi être sa successeure en le remplacement et mettant à la retraite (finalement, Léopold Ritondale est mort à 86 ans alors qu’il était encore maire, quelques jours avant les élections municipales de mars 2008).

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L’assassinat de Yann Piat a ému toute la classe politique, tant nationale que varoise, car c’est extrêmement rare qu’une personnalité politique soit assassinée (ce qui, d’ailleurs, peut être un des critères d’une démocratie avancée). Deux ans avant son assassinat, Yann Piat avait écrit une lettre où elle aurait mis en cause (sans aucune justification) trois personnalités politiques (Maurice Arreckx, Bernard Tapie et un ancien conseiller général) et deux membres du milieu (dont un "vrai parrain", Jean-Louis Fargette, assassiné en mars 1993 et proche de Maurice Arreckx au point que cela lui aurait coûté une carrière nationale).

Politique ou crapuleux ("ou" inclusif), cet assassinat a montré que Yann Piat gênait par sa présence politique et sa capacité à dénoncer les malversations dans la région de Toulon et d’Hyères. Il a même fait l’objet d’un film réalisé par Antoine de Caunes avec Karin Viard dans le rôle principal, diffusé le 16 avril 2012 sur Canal Plus.

Cet assassinat a fait aussi l’objet d’une enquête visiblement bâclée de deux journalistes qui ont publié en octobre 1997 chez Flammarion le témoignage d’un ancien militaire de la Direction du renseignement militaire qui a accusé presque nommément (avec des informations faciles à les identifier) François Léotard et Jean-Claude Gaudin ("Encornet" et "Trottinette"). Les deux élus nationaux du PR ont gagné leur procès contre les auteurs et l’éditeur pour diffamation et atteinte à leur honneur et ont obtenu le retrait des librairies du livre en question qui n’a pas été redistribué ensuite sans ce passage. Ces journalistes, lourdement condamnés par la justice, auraient été manipulés par ce militaire à la retraite.

Il a fallu attendre plus de vingt ans pour avoir le témoignage public de François Léotard, à l’époque de l’assassinat, Ministre d’État, Ministre de la Défense dans le gouvernement d’Édouard Balladur et l’un des plus fervents balladuriens. Dans l’émission "13h15 le dimanche" diffusé le 18 mars 2018 sur France 2, François Léotard a en effet déclaré que Jacques Chirac (concurrent d’Édouard Balladur à l’élection présidentielle de 1995 mais qui, bien que vainqueur, avait gardé des rancœurs) l’avait convoqué avec Jean-Claude Gaudin au Fort de Brégançon pour leur dire qu’il n’était pas impliqué dans cette manipulation politique visant à les discréditer.

Totalement blanchi par la justice, François Léotard a affirmé ainsi : « Je pense que le milieu le plus élevé de la République était, à travers le Ministre de l’Intérieur de l’époque, tout à fait informé et peut-être à l’origine de cette démonstration de bêtise. (…) En tout cas, c’est une façon étrange de laisser faire. Étrange… ce qui est malheureusement conforme au personnage. » (entre 1995 et 1997, le Ministre de l’Intérieur était un fidèle chiraquien, Jean-Louis Debré, puis, sous la cohabitation avec Lionel Jospin, ce fut Jean-Pierre Chevènement). Au cours de la réunion au Fort de Brégançon : « C’était à la fois solennel et familier. Chirac nous avait convoqués pour expliquer que ce n’était pas lui. Je n’ai pas ouvert la bouche. C’était un mensonge. ».

Profondément secoué par cette fausse accusation et par un triple pontage coronarien, François Léotard, qui alors était président du PR et président de l’UDF, a définitivement abandonné la vie politique le 26 décembre 2001 après la mort de son frère Philippe Léotard (le 25 août 2001).

Le procès des assassins de Yann Piat a commencé le 4 mai 1998 devant les assises du Var et le verdict très lourd a été prononcé le 16 juin 1998 avec la condamnation des six auteurs et complices, dont le commanditaire (perpétuité, mort en 2010 d’une opération du cœur), le tireur (perpétuité, libéré après seize ans de détention, mort en 2013 d’une méningite foudroyante) et le conducteur de la moto (vingt ans de réclusion, libéré en 2007, mais de nouveau en prison quelques semaines plus tard à cause d’une agression à main armée et séquestration).

Au cours de ce procès, les vrais commanditaires de cet assassinat n’ont jamais été révélés. Le tireur a dit au juge qu’il se serait agi de voyous et d’hommes politiques mais qu’il ne voulait pas les dénoncer car ils étaient encore très puissants. Comme les deux premiers protagonistes de l’assassinat sont morts maintenant, ces noms risquent de ne jamais pouvoir être divulgués un jour. Comme dans l’affaire Robert Boulin


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 février 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Yann Piat.
Jean-Marie Le Pen.
Rassemblement national.
François Léotard.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190612-yann-piat.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/06/09/37415315.html


 

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18 mai 2019 6 18 /05 /mai /2019 03:26

« Les espaces vides, les horizons vides (…), tout ce qui est dépouillé m’a toujours beaucoup impressionné. » (Jean Miro, entretiens avec Margit Rowell).



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Les élections européennes du 26 mai 2019 semblent avoir, en France, l’allure d’un match entre la liste Renaissance et la liste RN. Chacune des deux listes y trouve un intérêt à exclure du débat public les autres courants politiques. Emmanuel Macron pense qu’en ayant pour adversaire un épouvantail, il pouvait garder le contrôle de la situation. Sauf que maintenant, l’épouvantail épouvante beaucoup moins les oiseaux qu’auparavant. Le FN a recueilli plus de 10,7 millions de suffrages le 7 mai 2017, ce qui constitue un record historique pour ce mouvement politique désormais profondément implanté tant nationalement que localement. Jouer à se faire peur peut être un jeu perdant. Mauvais calculs.

En fait, savoir qui, de ces deux listes, arrivera en tête le 26 mai 2019, n’est pas très intéressant (surtout si c’est finalement une troisième liste qui arrive au premier rang), car une course de petits chevaux, ce n’est pas l’objet des élections européennes. L’objet de celles-ci, c’est de former une majorité, probablement par une alliance entre plusieurs groupes politiques, au sein du Parlement Européen pour (éventuellement) infléchir la politique européenne.

Mais qui est Marine Le Pen ? Pas personnellement, mais politiquement. Je voudrais donc évoquer l’action et la pensée politique de Marine Le Pen, ainsi que celles du parti qu’elle préside depuis le 16 janvier 2011, à savoir le RN/FN.

L’action d’abord. On ne reprochera jamais à un parti politique de ne pas être arrivé au pouvoir, et comme il n’est jamais arrivé au pouvoir, "on" aurait alors même tendance à s’en réjouir ("on", l’électorat en général). Donc, il est vrai que lorsqu’un parti est toujours d’opposition, il réalise moins de choses, voire rien du tout que lorsqu’il est au pouvoir. C’est encore plus le cas lorsqu’il n’est quasiment dans aucun exécutif local. Pour le RN, il y a plusieurs municipalités qui ont été conquises depuis un quart de siècle, rarement reconduites mais cela peut arriver. À part quelques fermetures de bibliothèques municipales et quelques suppressions de subventions, quel est le bilan du RN/FN depuis sa création le 5 octobre 1072, soit quarante-six ans sur tout le territoire français ? Ou plutôt, quel est le bilan global de ses élus ? J’aurais tendance à dire qu’il est bien maigre, sinon inexistant.

Prenons le bilan de Jean-Marie Le Pen, qui finit ce mois-ci sa longue carrière politique à bientôt 91 ans : trente-cinq ans de mandat de député européen (entre juin 1984 et mai 2019, entrecoupés de quelques mois entre avril 2003 et juillet 2004 pour cause de condamnation judiciaire), huit ans de mandat de député national (de janvier 1956 à octobre 1962 et de mars 1986 à mai 1988), enfin, treize ans de mandat de conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur (de mars 1993 à février 2000 et de mars 2010 à décembre 2015). Cinquante-six années de mandats électifs possibles pour agir. Même dans l’opposition, on peut faire des réalisations, proposer des idées qui, intéressantes, seraient adoptées par la majorité locale ou nationale. Le bilan de Jean-Marie Le Pen, c’est zéro ! Zéro réalisation. Rien ! Pas même une petite proposition qui aurait pu être réalisée concrètement. Tous les électeurs de Jean-Marie Le Pen ont été floués : cela n’a servi à rien, soixante-trois ans plus tard ! Rien, à part, bien sûr, se permettre de vivre aux frais de la princesse contribuable.

Marine Le Pen a moins d’expérience, mais déjà plus de vingt ans d’ancienneté élective : Vingt et un ans de mandat de conseillère régionale (depuis mars 1998), essentiellement du Nord-Pas-de-Calais puis des Hauts-de-France (sauf entre mars 2004 et mars 2010, d’Île-de-France), treize ans de mandat de députée européenne (de juin 2004 à juin 2017), et presque deux ans de mandat de députée nationale (depuis juin 2017). Cela fait, cumulées, quand même déjà trente-six années de mandat électif, déjà plus de la moitié du père. Et quel est son bilan effectif, quelles ont été les réalisations concrètes, les inflexions notables au cours de ses mandats ? Rien. Zéro, là aussi.

Marine Le Pen a protesté (comme c’est régulièrement) sur la différence du nombre d’élus à l’Assemblée Nationale dont dispose son parti (8 sur 577) et de son audience électorale qu’elle évaluerait à 33,9% (second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017). C’est pourtant le principe du mode de scrutin qui oblige les candidats, au second tour, à être choisis par une majorité d’électeurs. Or, dans 98% des circonscriptions, il y a eu une majorité d’électeurs qui ne voulaient pas d’un élu FN. C’est cela aussi, la démocratie.

J’ai déjà donné mon opinion sur le scrutin proportionnel (qui ne représenterait pas mieux le peuple), mais il y a une malhonnêteté intellectuelle à comparer le score de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle avec le nombre de sièges obtenus aux élections législatives suivantes. Déjà, l’audience réelle d’un candidat à l’élection présidentielle se mesure au premier tour, soit 21,3% (ce qui est un record historique), on peut cependant dire, à ceux qui ne pensent qu’en pourcentages par rapport aux inscrits pour dire que le Président Emmanuel Macron aurait été mal élu (ce qui est faux), que Marine Le Pen n’a recueilli que 16,1% des inscrits. Mais c’est surtout mélanger les scrutins qui est malhonnête. Aux élections législatives du 11 juin 2017, le FN n’a pas recueilli 21,3% des suffrages exprimés, mais un tiers de moins, seulement 13,2% des suffrages exprimés (soit seulement 6,3% des inscrits !). C’est là l’audience réelle du FN à comparer avec le nombre de sièges obtenus. On peut aussi se poser la question de la disparition, entre le premier tour de l’élection présidentielle et le premier tour des élections législatives, de 4,7 millions d’électeurs lepenistes : où sont-ils passés ? Pourquoi ont-ils renoncé, en sept semaines, à voter FN aux législatives ? Parce qu’ils auraient estimé que cela n’aurait servi à rien ?

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Ces 4,7 millions d’électeurs disparus, curieusement (le hasard de l’arithmétique ?), ce sont autant que les électeurs du FN au précédent scrutin européen, celui du 25 mai 2014. Justement, prenons les élus FN issus de ce scrutin. Effectivement, à ces élections, le FN fut le "premier parti de France" comme Marine Le Pen aimait à le clamer (cela n’a duré qu’un an, jusqu’en 2015). Rassemblant 24,9% des suffrages exprimés (soit un quart de l’électorat)), le parti de Marine Le Pen a obtenu 24 sièges sur 74 (soit un tiers de la délégation française). C’était une force de frappe importante au sein du Parlement Européen. Et quelle a été l’action de ces 24 députés européens ? Rien. Aucune réalisation concrète, aucune inflexion notable. La seule chose dont on a entendu parler de cette présence des 24 députés européens FN à Strasbourg, c’étaient les affaires judiciaires (en cours) sur leurs collaborateurs parlementaires.

On peut fustiger François Fillon pour ses costumes, ses collaborateurs parlementaires (la justice, là aussi, suit son cours), mais on ne pourra jamais refuser à François Fillon l’idée qu’il a agi (bien ou mal, c’est selon sa conscience politique, mais il a agi) au service de la nation pendant toutes ses dizaines d'années de mandats, tant nationaux (réforme des retraites par exemple) que locaux (désenclavement de Sablé par exemple). Mais n’avoir à ne considérer que des affaires judiciaires, cela aurait été bien maigre comme retour sur investissement électoral.

Emmanuel Macron, en déplacement à Biarritz le 17 mai 2019, a d'ailleurs eu l'audace de dire que le RN, avec ses 24 députés européens sortants qui ont fait obstruction contre toutes les propositions françaises pendant cinq ans, était en partie responsable de la paralysie européenne actuelle.

L’une des raisons de cette inefficacité à Strasbourg tient aussi à l’absence de regroupement de l’ultra-droite, il y a au moins deux ou trois groupes très divisés au niveau européen, à tel point que Marine Le Pen, malgré sa force de frappe, n’a pas pu constituer (tout de suite) de groupe politique en juillet 2014, ce qu’elle a finalement réussi à faire le 16 juin 2015 (groupe ENL).

Comment peuvent réagir les 4,7 millions d’électeurs du FN en mai 2014 sur le fait que leur voix n’a servi à rien, à aucune réalisation ? On peut toujours discuter de la pertinence de telle ou telle tendance politique, être opposé à certaines réalisations, c’est le jeu normal d’une démocratie, mais dans notre cas, il n’y a aucune réalisation, rien. L’efficacité électorale de ces millions d’électeurs est quasiment nulle. Cela a seulement permis (c’est aussi le jeu normal de la démocratie et c’est tant mieux) de faire vivre une tendance politique.

Faire vivre une tendance politique est très noble, puisque la Constitution a même consacré le rôle des partis politiques dans l’expression de la souveraineté populaire.

Or, si Marine Le Pen veut faire des réalisations, parce qu’elle veut arriver au pouvoir (ce qui n’était pas le cas de son père qui préférait jouer au roi fainéant), l’ambition, chez elle, l’emporte largement sur les convictions. Sa prestation très médiocre lors du débat avec Emmanuel Macron le 3 mai 2017 a montré que ses convictions n’étaient en tout cas pas servies par une connaissance fine des enjeux économiques, sociaux et culturels de la France.

Mais il y a aussi un problème de cohérence dans sa démarche actuelle. Effectivement, comme devraient le faire tous les leaders politiques à quelques jours des élections européennes, Marine Le Pen voyage partout en Europe (au point d’en oublier deux soldats tués en mission) pour tenter de créer une synergie européenne. Son objectif serait une union des nationalistes européens. Sur la forme, c’est logique, sur le fond, c’est peu cohérent et vouloir unir les nationalistes européens a comme un goût d’oxymore. Se fédérer contre l’Europe fait même sourire car finalement, elle fait la même chose que ce qu’elle dénonce en fustigeant l’Union Européenne. Il y a un problème de logique intellectuelle.

Ce samedi 18 mai 2019, Marine Le Pen a prévu de rejoindre le Vice-Président du Conseil italien, le leader de la Lega, Matteo Salvini, à Milan pour un grand meeting. Là encore, on peut s’étonner qu’une supposée nationaliste française aille chercher à l’étranger, ici en Italie, l’aura qui lui manquerait dans son pays d’origine. Il faut se rappeler qu’elle avait fustigé la visite rendue par Emmanuel Macron à Angela Merkel à Berlin dès la prise de fonction à l’Élysée, en oubliant de dire qu’il y a un accord diplomatique qui lie la France et l’Allemagne et que le premier voyage d’un chef de l’exécutif nouvellement élu est pour rencontrer son homologue. Ainsi, dès qu’elle a été confirmée (réélue) Chancelière le 14 mars 2018, à la suite des élections de 2017, Angela Merkel s’est, elle aussi, rendue à Paris dès le 16 mars 2018 pour y être reçue par Emmanuel Macron : il n’y a pas de lien de vassalité quand il y a réciprocité.

Le vote pour le FN/RN peut être un vote contestataire, et il l’a longtemps été. Un vote qui servirait à exprimer son mécontentement, pour une raison ou une autre. C’est la démocratie de ne pas distinguer les motivations des électeurs. Mais depuis que Marine Le Pen préside le FN/RN, je pense qu’il n’y a pas qu’un vote contestataire. D’ailleurs, elle a tout fait pour que ce ne soit plus un vote contestataire, car elle sait, avec raison, qu’elle n’arriverait jamais au pouvoir uniquement sur une contestation. Il lui faut proposer quelque chose de constructif. Mais pour l’instant, ce qu’elle propose est bien flou. Et ce qu’elle a réalisé est inexistant, ce qui ne rassure pas plus.

Ceux qui, des électeurs les plus constructifs, seraient tentés par le vote en faveur de la liste RN doivent donc se demander de quelle manière leur vote serait le plus efficace, le plus utile, selon leurs propres critères politiques. Comme pour le vote écologiste qui n’est peut-être pas le plus efficace en choisissant "le" parti dit écologiste (EELV), il n’est pas sûr que le nationalisme (que je combats par ailleurs) y gagnerait le plus en reportant son vote vers un parti qui, de toute de façon, fait fluctuer son programme politique au gré des sondages thématiques et des buzz de réseaux sociaux…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mai 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Vaine Le Pen.
Jean-Marie Le Pen a-t-il tout perdu ?
Rassemblement oxymore.
La création de Debout la Patrie.
Le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen du 3 mai 2017.
Les nationautes de la Marine.
Marion Maréchal-Le Pen.
Patrick Buisson.
Marion Wauquiez
Florian Philippot.
Des sénateurs FN.
Jean-Marie Le Pen, symbole de la vieille politique.
Marine Le Pen et la fièvre du dimanche soir.
Second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017.
Nicolas Dupont-Aignan plonge dans la soupe extrémiste.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.
Choisis ton camp, camarade !
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Premier tour de l'élection présidentielle du 23 avril 2017.
Le nationalisme anti-européen de Marine Le Pen coûtera cher aux Français.
Marine Le Pen, est-elle si clean que ça ?
Que propose Marine Le Pen pour 2017 ?
Le programme de Marine Le Pen pour 2017 (à télécharger).
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.
Le débat qui n’a pas eu lieu.
Marine Le Pen en Égypte.
Marine Le Pen contre les droits de l’Homme.
Jean-Marie Le Pen et ses jeux de mots vaseux.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Changement de paradigme.
Piège républicain.
Syndrome bleu marine.
Démagogie 2.0.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.
Le monde des bisounours.
Tout est possible en 2017…
Mathématiques militantes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190518-marine-le-pen.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-vaine-le-pen-215158

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/05/16/37340530.html


 

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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 04:05

« Il ne m’appartient pas, monsieur le président Mélenchon, il n’appartient d’ailleurs en vérité à aucun d’entre nous, de remettre en cause le texte constitutionnel et le principe fondamental de l’indépendance de la justice. Si vous voulez porter le débat sur l’indépendance de la justice sur le terrain politique, convenons-en, ce sera un débat politique. Mais dans l’accomplissement des procédures judiciaires, je le dis, mesdames et messieurs les députés, avec le plus grand calme : dans l’accomplissement des procédures judiciaires, la justice est évidemment indépendante et il nous appartient de faire prévaloir ce principe. » (Édouard Philippe, le 16 octobre 2018 dans l’hémicycle).


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La vieillesse est un naufrage, écrivait le Général De Gaulle pour parler du Maréchal Pétain, son ancien "mentor". Je ne sais pas si le président Jean-Luc Mélenchon vieillit (il a 67 ans), mais il est déjà en plein naufrage. "Président" parce qu’il est le président du groupe FI à l’Assemblée Nationale, et en tant que tel, il a droit au titre de président chaque fois qu’un ministre, qu’un député ou même, que le Président de l’Assemblée Nationale s’adressent à lui dans l’hémicycle.

Cette semaine qui vient de passer a été catastrophique pour son image politique. Les sondages de fin de semaine sont catastrophiques pour lui : dans l’un d’eux, il est présenté que 51% de ses sympathisants auraient désapprouvé son comportement, 76% pour l’ensemble des sondés.

Difficile de l’éviter dans les actualités car à chaque jour, un nouvel épisode, un nouveau rebondissement, chacun plus surréaliste que le précédent. Le Président Emmanuel Macron a gagné son pari : faire son remaniement ministériel le plus discrètement possible. Jean-Luc Mélenchon l’a grandement aidé. Mais quelle mouche a-t-elle donc piqué le président de FI ?

Autant le dire ici, sans détour, et sans surprise, je n’apprécie pas beaucoup Jean-Luc Mélenchon. Je n’apprécie pas ses idées politiques, peut-être même aucune, sauf peut-être ce qu’il dit sur une politique de la mer. Je n’apprécie pas non plus l’homme, qui est discourtois, impoli, brutal, violent, inutilement agressif, toujours dans l’invective, toujours prêt, non sans une sorte de "sadisme" malsain, à humilier ses interlocuteurs plus faibles. Cela donne une idée de son "humanisme" qu’il a mis tant en avant ces dernières années (il y a ceux qui parlent et ceux qui font), un mot qu’il a voulu honteusement préempter mais qui, heureusement, ne s’est pas laissé faire ! On ne se dit pas humaniste. On l’est ou l’on ne l’est pas. On agit ou l’on n’agit pas en tant que tel.

Mais avant de continuer ici, je lui concède néanmoins deux atouts très séduisants qui ont probablement contribué à le porter à 19% au premier tour de l’élection présidentielle de 2017.

Son premier atout, c’est un esprit indépendant, et penser par soi-même n’est pas forcément très fréquent dans le monde politique actuel chargé, et même saturé d’éléments de langage. La lecture de son blog depuis de nombreuses années, et bien avant son départ du PS en novembre 2008, montre à quel point il a des convictions, sait les exprimer et n’a pas peur de ne pas aller dans le sens du poil (de son parti, de la mode, de son électorat, etc.). En ce sens, il participe à l’enrichissement du débat politique, au même titre que des personnalités comme Raymond Barre, Simone Veil, Bernard Stasi, Philippe Séguin, François Bayrou, etc.

Tiens, pour prendre un exemple, gardons François Bayrou. En mars 2007, François Bayrou talonnait Ségolène Royal dans les sondages et la perspective d’un second tour présidentiel entre lui et Nicolas Sarkozy devenait plausible. La plupart des responsables UMP et PS, refusant de voir leur dualité bousculée, attaquèrent alors François Bayrou sur son manque de crédibilité à pouvoir obtenir une majorité à l’Assemblée Nationale après son éventuelle élection à l’Élysée. Un seul a contesté cet argument : Jean-Luc Mélenchon, pourtant encore apparatchik et sénateur du PS au long cours, qui lâchait simplement : dès que François Bayrou sera élu, tout le monde viendra picorer dans sa main ! Pour un pourfendeur de la Cinquième République, il montrait au moins qu’il l’avait bien comprise.

Il a fallu attendre dix ans pour prouver qu’il avait raison : sans parti organisé, venant de (presque) nulle part, Emmanuel Macron, dans la foulée de son élection présidentielle (très large !), a gagné plus de 300 sièges aux élections législatives. C’est évidemment plus facile de gagner ainsi lorsqu’on est positionné au centre de l’échiquier politique (comme Emmanuel Macron ou François Bayrou) qu’à un extrême.

Je reste persuadé, parce que la logique de l’élection présidentielle est ce qu’elle est, déterminant le paysage politique des cinq prochaines années, que l’élection de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen aurait la même conséquence législative parce que les électeurs ne peuvent qu’être cohérents en deux mois seulement d'intervalle (rappelons aussi qu’en 1981, beaucoup prédisaient que François Mitterrand n’aurait pas, non plus, de majorité socialiste).

Revenons à Jean-Luc Mélenchon et passons à son second atout, lui aussi très grand. Il a le talent de l’art oratoire. Il sait faire des discours, il a une voix agréable, qui porte bien, il sait y mettre un contenu intéressant, intellectuel, cultivé, et il sait faire vibrer. Par curiosité, j’avais voulu "goûter du Mélenchon". Lors de la campagne présidentielle de 2012, j’étais allé dans un stade à Grigny un dimanche après-midi, pour l’écouter. C’était une réunion visiblement principalement communiste, avec vente de saucisses-frites le long du chemin, un stade très peu rempli. Et j’ai vibré aussi ! Tout ce qu’il disait était aberrant, mais il le disait bien, très bien. C’est en ce sens, un homme de la pure tradition de la Troisième République, capable de parler sans micro, à l’improviste. C’est un atout majeur dans une campagne politique, évidemment.

Et en 2017, il avait réussi à rajouter un atout supplémentaire, la bienveillance. Dans les débats à la télévision, il faisait figure de bonhomme bienveillant, souriant. Hélas, cette image était totalement artificielle et quand la nature revient au galop, elle le fait parfois avec une certaine violence. C’est ce qu’il s’est passé cette semaine passée à laquelle je voudrais revenir pour essayer de comprendre. Chaque fois, des faits, qui ont suscité des réactions, avec des contre-réactions, et ainsi de suite, continuant, pendant que d’autres faits nouveaux arrivaient. Le bonheur des chaînes d’information continue et des malades d’addiction de Twitter !

Reprenons donc la chronologie.

Le mardi 16 octobre 2018 dès 7 heures du matin, une série de perquisitions a eu lieu chez Jean-Luc Mélenchon, certains de ses proches et au siège de son parti, FI. Une perquisition est toujours très violente. Cette information en elle-même pouvait susciter deux sentiments contradictoires : d’une part, un peu de compassion pour ceux qui les ont subies ; d’autre part, un peu d’indifférence ou de prudence avec cette idée que le justice fait son devoir. Et dans tous les cas, quand on aspire aux plus hautes fonctions, on la respecte. On peut comprendre qu'une telle action judiciaire traumatise.

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Réaction face à ces perquisitions : au lieu de rester dans la discrétion, Jean-Luc Mélenchon au contraire en a fait une affaire d’État et s’est victimisé à outrance. Autant le dire ici, il a complètement débloqué. Il a filmé les perquisitions, il a été violent, a agressé verbalement les forces de l’ordre, s’est déclaré être le "premier opposant" (sans parvenir pourtant au second tour), être "sacré", ou même, carrément, être "la République" elle-même (ego, quand tu nous tiens !).

Bon, le sentiment d’injustice a le "droit" de l’avoir rendu hors de lui, de simples excuses auraient pu clore l’incident. Cela dénote quand même une certaine fragilité et surtout, une incapacité à exercer le pouvoir. Il faut du calme, maîtriser ses nerfs, quand on veut diriger un grand État. Comment se comporterait-il devant des interlocuteurs qui ne lui diraient pas des choses agréables ? Je n’ose pas imaginer le désastre en termes de gouvernance. Cela clôt définitivement l’hypothèse Mélenchon à l’Élysée.

Mais au lieu de faire profil bas, toute la journée, il a continué à crier au complot ! Et à rendre Emmanuel Macron responsable de cette perquisition. Non seulement c’est institutionnellement stupide de proclamer cela, mais en plus, l’intérêt d’Emmanuel Macron, même si j’ai écrit qu’il avait finalement gagné dans sa tentative de "remaniement discret", à l’origine, c’était d’être écouté avec son allocution télévisée de la soirée, sans pollution d’autres événements qui pourraient en réduire la portée (il avait dû déjà reporter d’une journée à cause des inondations mortelles de l’Aude).

Durant les questions au gouvernement l’après-midi du 16 octobre 2018, Jean-Luc Mélenchon s’en est pris au Premier Ministre Édouard Philippe, faute de mieux, et, à la stupeur générale, les députés RN n’ont pas cessé de l’applaudir. Ce n’est pas nouveau : JLM avait refusé de choisir clairement et explicitement au second tour entre la fille de JMLP et celui qu’il considère son ennemi numéro un. Il n'avait que parlé de voter contre le FN, sans préciser plus, et encore, il a mis plusieurs jours avant de le dire.

Christian Schoettl, le maire de Janvry qui avait fait parler de lui en refusant les nouveaux rythmes scolaires imposés par Vincent Peillon, s’est posé la question, dans son blog, le 17 octobre 2018 : « Que dirions-nous si une personne issue de la communauté des gens du voyage bousculait un procureur ? Quelle indignation généralisée se ferait-elle jour si un grand patron injuriait un policier et le conspuait dans l’exercice de ses fonctions ? Quelle serait la réaction collective si le front national applaudissait et soutenait bruyamment François Fillon à l’occasion des perquisitions dont il a bénéficié ? ».

Contrairement à ce que des militants aveugles de Jean-Luc Mélenchon répandent dans les réseaux sociaux, FI n’est pas le seul parti ayant subi des perquisitions. Loin de là. C’était le cas de François Fillon, de Nicolas Sarkozy, du RN aussi, et même, c’est important de la dire car il est au pouvoir, le MoDem. Le soir du 16 octobre 2018 sur BFM-TV, François Bayrou réagissait d’ailleurs avec beaucoup de prudence en disant qu’une perquisition était effectivement toujours violente et qu’il pouvait le dire car il en avait vécu une en octobre 2017.

Le mercredi 17 octobre 2018, Jean-Luc Mélenchon fut très méprisant envers une journaliste qui, avec son accent du Sud-ouest, l’avait mis en face de ses contradictions. En réaction, et plus par humour que sérieusement car elle n’envisage pas que sa démarche aboutisse, la députée LREM Laetitia Avia a annoncé le lendemain qu’elle déposerait une proposition de loi visant à sanctionner …la glottophobie, qui est l’acte de détester et discriminer les personnes sur leur accent. Ce qui est amusant en surréaction, c’est de voir tous ceux qui ont levé leur bouclier à cette initiative, alors que ce n’était qu’une simple riposte en forme de boutade face à l’un des nombreux signes du naufrage de Jean-Luc Mélenchon.

Après une audition chez le juge le jeudi 18 octobre 2018, où il constata que de nombreux journalistes poireautaient à l’attendre dans la rue, et une déclaration pour raconter son audience, Jean-Luc Mélenchon, en surajoutant encore l’écho médiatique, a tenu une conférence de presse le vendredi 19 octobre 2018 après-midi pour continuer à se victimiser, à crier au complot macronien, etc.

Mais le vendredi 19 octobre 2018, l’événement mélenchonien du jour fut la sortie de l’enquête sur les factures de sa campagne présidentielle de 2017 par France Info. Réaction immédiate de Jean-Luc Mélenchon : il a demandé à tous ses affidés de "pourrir" le plus possible les journalistes de France Info. Le lendemain, Radio France a annoncé que le groupe déposerait plainte contre Jean-Luc Mélenchon. Cette attitude très irresponsable d’un leader politique (sans précédent dans l’époque récente) a eu pour effet un tweet de soutien à ses journalistes de Sibyle Veil, la présidente de Radio France : « Je salue le professionnalisme et la qualité de leur travail d’investigation pour informer nos auditeurs. ».

L’attaque contre les journalistes de France Info (qui pourrait être interprété comme un véritable appel à la haine) est d’autant plus stupide qu’ils n’y sont pour rien : l’enquête, menée depuis plusieurs mois et dont la date de sortie avait été planifiée il y a trois mois (loin de se douter que ce serait la semaine de perquisition de FI), a été réalisée par la cellule d’investigation de Radio France qui n’est rattachée à aucune station. Elle a fait d’ailleurs l’objet d’une émission plus approfondie le samedi 20 octobre 2018 sur France Inter.

Cette enquête, décidée il y a plus de trois mois, n’a donc rien à voir avec une opération concertée avec la justice contre Jean-Luc Mélenchon (la paranoïa, c’est quand on se croit le centre du monde et que tout tourne autour de soi). En revanche, le calendrier "tombe" opportunément puisque cela pourrait faire comprendre pourquoi il y a eu des perquisitions.

Car que révèle en gros cette enquête ? Que la société de communication qui facturait au candidat Mélenchon ses prestations pendant la campagne présidentielle de 2017 était détenue par sa directrice de communication. Et qu’elle aurait "surfacturé" certaines prestations. Là, je reste dans le conditionnel, l’équipe de Radio France détiendrait l’ensemble des factures et il est assez facile de connaître l’état du marché pour ce genre de prestations (il suffit d’aller voir les factures pour les autres candidats), mais dans tous les cas, c’est à la justice de se prononcer et la présomption d’innocence prévaut jusqu’à une condamnation éventuelle.

Des facturations à des proches, Jean-Luc Mélenchon semble savoir ce que c’est depuis belle lurette, à la belle époque où il était apparatchik du PS et élu de l’Essonne. Le maire de Janvry, Christian Schoettl, qui l’a bien connu parce qu’il a été conseiller général d’opposition lorsque Jean-Luc Mélenchon était sénateur et vice-président du conseil général de l’Essonne chargé de la communication, a republié le 16 octobre 2018 sur son blog (www.christianschoettl.com) une facture, parmi d’autres, qui n’aurait rien de choquant si ce n’est que lorsqu’elle est réglée par l’argent des contribuables, cela nécessite quelques précautions morales (Isabelle Thomas, ancienne égérie étudiante à l’époque des manifestations contre la loi Devaquet en automne 1986, elle avait 24 ans, est devenue militante du PS, élue conseillère régionale PS de 1998 à 2014 et députée européenne PS à partir de 2012, passée chez Hamon en 2017).

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Là où cela pourrait commencer à grincer des dents parmi les militants de FI, c’est que cette directrice de la communication, qui fut plus tard la première présidente très contestée de Télé-Mélenchon (appelée "Le Média"), pour réaliser les prestations facturées, elle aurait fait travailler des affidés de FI soit salariés très faiblement, soit bénévolement. De là à l’accuser de gagner beaucoup d’argent sur le dos de travailleurs sous-payés… comme le fait continuellement Jean-Luc Mélenchon quant il s’agit des patrons de grandes entreprises, je n’oserais point le penser. Que Jean-Luc Mélenchon adoptât des méthodes capitalistes tant détestées, ce n’était pas nouveau car il aurait aussi "employé" (fort légalement) des auto-entrepreneurs, statut dont il dénonçait pourtant le principe !

Là où le scandale pourrait être encore plus grand, c’est que cette directrice de communication, dont je ne mentionne pas, à dessein, le nom (parce que je n'aime pas les bashings contre des noms jetés en pâture dans les médias), serait la compagne de Jean-Luc Mélenchon. Précisons que la vie privée des responsables politiques ne m’intéresse pas du tout et que tout le monde a le droit à avoir sa vie affective comme il l’entend et, tant qu’il reste dans le cadre de la loi, il n’y a aucun jugement à avoir, ni même d’information à connaître. Le problème, c'est quand la vie affective a une implication dans la vie publique, et particulièrement quand l'argent public est en cause. Mon conditionnel sur cette liaison est cependant peu utile, puisque, même si de nombreux journaux se sont longtemps autocensurés sur le sujet (notamment "Libération" et "Paris Match"), on retrouve sur Internet des articles de presse qui le révèlent, certain dès avril 2017.

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Alors, que penser de tout cela ? Il suffit d’écouter Jean-Luc Mélenchon : il proclame qu’il n’y a pas eu d’enrichissement personnel. Nous voilà bien dans cette situation. C’est lui qui l’évoque et je veux bien le croire, évidemment, lui qui faisait partie des candidats à l'élection présidentielle de 2017 possédant l'un des patrimoines les plus importants (tant mieux pour lui, il n'y a aucun mal à être riche si l'on s'enrichit dans  la légalité). Je ne suis pas un juge et donc, je ne pourrais rien dire de pertinent, précisément sur ce sujet, mais je peux comprendre facilement que si j’ai une petite amie que j’enrichis grâce à mon activité, c’est le couple lui-même qui s’enrichit, et donc, moi par la même occasion, ce qui est normal.

Là où c’est moins normal, c’est lorsque les factures, à la fin du cycle, sont finalement remboursées par l’argent des contribuables. Et c’est tout aussi peu normal si les prestations sont réalisées dans les faits par des fidèles amis qui sont prêts à ne pas être payés, ou très faiblement, en retour. J’imagine le ressentiment que pourraient alors avoir mes amis à mon égard.

Si toutes ces informations publiées s’avéraient exactes, cela reviendrait à la même histoire que cette fameuse affaire dont François Fillon fut à la fois la victime et le mauvais héros lors de la dernière campagne présidentielle et dont la culpabilité éventuelle, je le rappelle et j'insiste, n'a encore jamais été établie par la justice. La baudruche Mélenchon se dégonflerait alors d’elle-même, si elle n’était pas déjà dégonflée avec tous ces comportements irrespectueux tant des personnes humaines que des institutions de la République.

Allez monsieur le président Mélenchon, vous voulez la retraite à 60 ans ? Chiche ! Osez déjà prendre la vôtre à 67 ans, il est déjà bien temps. S’énerver ainsi n’est pas bon pour la santé. Il vaut mieux se reposer un peu.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Radeau de la Méluche.
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Marine Mélenchon et Jean-Luc Le Pen.
Premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017.
Programme 2017 de Jean-Luc Mélenchon (à télécharger).
Deuxième débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (4 avril 2017).
Présidentielle 2017 : l’unique débat à cinq.
Benoît Hamon, la "bête noire" de Jean-Luc Mélenchon ?
Jean-Luc Mélenchon, candidat autoproclamé aux amitiés mal assumées.
Pourquoi Mélenchon ne veut pas d'alliance avec Bayrou ?
Christian Schoettl attaque Jean-Luc Mélenchon.
Débat Mélenchon vs Attali et Apparu (25 avril 2013).
Débat Mélenchon vs Cahuzac (7 janvier 2013).
Débat Mélenchon vs Copé (17 novembre 2011).
Débat Mélenchon vs Marine Le Pen (14 février 2011).
Mélenchon, allié objectif de Sarkozy (24 mars 2012).
Mélenchon sur TF1 (5 mars 2012).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181016-melenchon.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-radeau-de-la-meluche-208825

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/21/36801134.html





 

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