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5 décembre 2021 7 05 /12 /décembre /2021 17:10

« Vive la République ! Et surtout, surtout, vive la France ! » (Éric Zemmour, le 5 décembre 2021 à Villepinte).



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C’est parti, le candidat Éric Zemmour est lancé en pleine campagne. Si sa déclaration de candidature le 30 novembre 2021 a été doublement un flop (une vidéo de geek amateur et un JT 20 heures insipide), sans compter le doigt d’honneur du 27 novembre 2021 à Marseille, le candidat du nouveau parti Reconquête !, avec le point d’exclamation et un logo R! sensiblement identique à celui de LR, a réussi son premier meeting le dimanche 5 décembre 2021 au parc des expositions de Villepinte.

Quand j’écris "réussi", c’est sur la forme sans évoquer les "détails". Une assemblée de militants galvanisés, une énorme salle, et du charisme. Eh oui, Éric Zemmour est capable de charisme, ce qui n’était pas gagné d’avance. Ses interventions par exemple chez LR en 2018 ou 2019 étaient particulièrement soporifiques. Oui, Éric Zemmour est un orateur, plutôt un bon orateur, et même un excellent orateur. Au contraire de sa vidéo passéiste, il a su regarder son auditoire, utiliser les prompteurs, et ce n’est pas donné à tout le monde, et même ses lunettes étaient suffisamment discrètes pour passer inaperçues, et si on les remarquait, cela lui donnait un petit air d’intellectuel qu’il prétend être. J’imagine même qu’Éric Zemmour a dû rêver de ce meeting, pas seulement depuis qu’il est candidat, mais même bien avant, peut-être même depuis quarante-cinq ans peut-être.

Au-delà de ce côté réussi (il est capable d’être un tribun, ce qui n’est pas le cas de tous les candidats actuellement en piste ; c’est aussi une question d’entraînement), j’ai vu beaucoup d’impostures chez le candidat Zemmour.

La première imposture est sa candidature. Il hésitait, disait-il, et en commençant son meeting, il racontait que l’élection présidentielle devait se passer normalement, comme une formalité, et puis, il y avait un petit caillou dans la chaussure, un grain de sable dans la machine. Et Éric Zemmour, au lieu de dire que ce petit caillou, c’était lui, a plutôt dit, très habilement, que c’était "vous", ses militants venus à Villepinte, sans qui il ne se serait pas présenter.

Pourtant, ce n’est pas vrai. Dès le lendemain, le 6 décembre 2021, chez Jean-Jacques Bourdin, sur BFM-TV, Patrick Stefanini, le docte directeur de campagne de Valérie Pécresse, avait confirmé que dès "l’an dernier", Éric Zemmour l’avait contacté et lui avait demandé de devenir son directeur de campagne (ce sera finalement l’ancien major général de l’armée de terre Bertrand de La Chesnais, conseiller municipal RN de Carpentras). Patrick Stefanini avait refusé car il n’était pas en accord avec ses idées, mais il a conclu très justement cet épisode qui a duré quand même quatre mois par : « Depuis un an, il nous balade ! ». Éric Zemmour avait déjà pris sa décision depuis très longtemps.

L’autre imposture du début de campagne, sur le journal de 20 heures de TF1, le 30 novembre 2021, c’est que le candidat renierait déjà l’éditorialiste, refusant d’assumer tous les propos qu’il a écrits ou exprimés oralement dans ses nombreuses interventions dans les médias depuis au moins vingt ans. Et pourtant, il n’a pas changé, pire, il a sans arrêt mis des références à ses bouquins sur sa vidéo de campagne. C’est d’ailleurs le lot quotidien de tous les responsables politiques, de tous les candidats, leur mettre le nez face à leurs incohérences.

Éric Zemmour n’est pas le seul à subir cette épreuve du feu. S’il ne voulait pas qu’on parle des femmes, des victimes de Merah, des attentats du Bataclan, de Pétain, etc., il lui suffisait de ne pas en avoir parlé auparavant avec des propos polémiques. La question est bien : pourquoi en a-t-il parlé ? et pourquoi ne veut-il plus en parler alors que c’est lui qui a mis ces sujets sur la place publique ?

L’imposture des ralliements est réelle. On affirmait qu’il y aurait beaucoup de ralliements, et finalement, on ne peut pas dire que les quelques arrivées, ce soient des personnalités de premier plan : Jean-Frédéric Poisson, Christine Boutin, Laurence Trochu, Jacline Mouraut, Benjamin Cauchy, Éric Naulleau (qui affirme ne pas être rallié à son compère des médias), Joaquin Son-Forget, Lorrain de Saint-Affrique, Paul-Marie Coûteaux, Vijay Monany…

Là aussi, imposture, les trois premiers se revendiquent catholiques et c’est leur droit (de l’être et de le revendiquer), mais il ne doit pas s’agir de la même religion que celle du pape François qui, à Lesbos le 5 décembre 2021, a demandé à ce qu’on accueille tous les réfugiés. Entre les revendications chrétiennes et ce qu’elles devraient signifier, il y a un gouffre, celui qui veut politiser la religion.

Sur le plan sanitaire, les masques étaient peu visibles, et peu portés par les orateurs du premier rang. Absence de masque, contacts physiques (poignées de mains), absence de distanciation physique… Éric Zemmour a fait comme si la pandémie de covid-19 n’existait pas alors qu’elle tue actuellement en France entre 150 et 200 personnes chaque jour et qu’il y a plus de 60 000 nouveaux cas chaque jour. Non seulement il n’a aucun sens des responsabilités, mais son meeting pourrait être le dernier du genre pour le temps de la cinquième vague.

Autre imposture sur la forme du meeting : c’était un meeting violent. Un homme l’a agressé à son arrivée dans la salle. Il a semblé n’être blessé qu’à la fin du meeting. C’est condamnable et personne ne pourra soutenir décemment l’agresseur (qui est actuellement en garde-à-vue). On a beau s’opposer à un orateur aux idées violentes, la violence ne résout rien et en démocratie, elle est condamnable car personne n’empêche personne de s’exprimer.

Mais c’est une autre violence qui a fait surtout les titres de journaux, également condamnable : des militants de SOS Racisme sont venus pour provoquer les militants zemmouriens et parmi ces derniers, certains zouaves sont tombés dans le piège et les ont violentés. Or, aussi provocateurs soient-ils, c’est de la responsabilité du candidat d’avoir un service d’ordre compétent et d’éviter toute violence, sûrement pas de l’amplifier. D’ailleurs, comment qualifier un candidat qui sème la violence sur son passage ? Sûrement pas un rassembleur.

Deux jours plus tard, le 7 décembre 2021, chez Jean-Jacques Bourdin sur BFM-TV, Éric Zemmour a rejeté sa responsabilité à la manière d’un gosse de l’école primaire : c’est pas moi, c’est les autres. Eh bien non, c’est le rôle du candidat de faire régner l’ordre chez lui. Pire, pour quelqu’un qui prône sans arrêt la sursécurité à tout bout de champ, ne même pas être capable d’assurer la sécurité de ses soutiens montre qu’il serait un bien piètre Président incapable de garantir la sécurité de tous les Français (et Françaises bien sûr). C’est une imposture de plus.

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Ah, toujours dans le registre démagogique, fustiger l’élite. Quelle imposture ! Éric Zemmour est l’un des meilleurs représentants de cette élite parisienne tant décriée. Il a fustigé les journalistes qui ne sont pas d’accord avec lui, les a bousculés. D’ailleurs, très bientôt, un certain nombre de journalistes vont tomber dans le piège du provocateur polémiste et vont publier une tribune dans un grand quotidien pour hurler leur victimisation et demander le droit à faire leur boulot pendant la campagne présidentielle. Savent-ils donc qu’ils font exactement ce que le diable Zemmour voulait qu’ils fissent, à savoir le placer lui-même dans la position de victime du système pour dire que l’élite le déteste ? Et pourtant, lui-même avait ces petites mœurs de l’élite, comme vouloir à tout prix être membre du Cercle Interallié, entre autres petites coquetteries d’élite. Imposture.

Inutile aussi d’en rajouter sur son amour du RPR fondé il y a exactement quarante-cinq ans, tout en fustigeant en permanence la politique et la personnalité de Jacques Chirac (alors que le RPR était exclusivement le parti de Jacques Chirac, comprenne qui pourra), mais on pourra dire la même chose de sa référence à De Gaulle alors qu’il trouve des circonstances atténuantes sinon des qualités à la politique antisémite de Pétain (qui, rappelons-le, ne distinguait pas les Juifs : il n’en aimait aucun, ni Juif français, ni Juif étranger).

Lorsque Jean-Jacques Bourdin, le 7 décembre 2021, lui a demandé quel serait son premier déplacement international s’il était élu (une question classique posée aussi aux cinq candidats LR lors d’un des quatre débats), Éric Zemmour a dit simplement qu’il n’y avait pas pensé, qu’il ne savait pas, avant de rajouter, prouvant l’imposture : en tout cas, pas à Berlin. Et pourquoi pas sinon par simple dogmatisme idéologique ? Cela pourrait très bien représenter un intérêt pour les Français. C’est d’ailleurs le cas, puisque tous les nouveaux élus, d’Allemagne ou de France, font leur premier déplacement chez l’autre, dans le cadre de cette amitié franco-allemande qui est dans l’intérêt des deux pays. C’est pourquoi le nouveau Chancelier Olaf Scholz va rencontrer Emmanuel Macron le vendredi 10 décembre 2021 à Paris.

Sur le fond, l’imposture de dire qu’il faut moins de chômage, plus d’emplois, plus de réindustrialisation, plus d’aides aux PME… des propos complètement fades et sans intérêt avec lesquels tout le monde devrait être d’accord, des lapalissades, mais le problème, c’est la manière de diminuer le chômage, de réindustrialiser, etc. Or, sur le plan économique, il n’est resté que dans les idées générales, il n’a apporté aucune valeur ajoutée, aucune idée originale (même anti-économique), juste des yaka fokon. Tandis que le gouvernement a réellement fait baisser le chômage à 7%.

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Encore une imposture sur un plan plus arithmétique. Éric Zemmour a indiqué au début de son meeting que 15 000 personnes étaient présentes à Villepinte, mais le texte semblait préparé sur le prompteur bien avant le début du discours. En fait, BFM-TV a montré, au début du discours, les nombreux sièges vides. Un journaliste du quotidien "Le Parisien" aussi. C’est une imposture minime et particulièrement courante dans les années 1970 ou 1980. Éric Zemmour semble coincé dans un couloir du temps.

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En somme, Éric Zemmour est effectivement resté bloqué dans les années 1970, en faisant la politique de ces années-là, où les ténors respectaient peu les Français parce que ces derniers avaient moins la possibilité de s’informer et de s’instruire. Et quand Éric Zemmour, toujours chez Bourdin, a fait un portrait très irrespectueux du Président de la République (en salissant la fonction par son terme irrespectueux : "ce type"), en disant qu’il était un "adolescent pas fini", j’ai vraiment l’impression d’être dans une cour de récréation et de répondre : c’est celui qui dit qui est !...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Éric Zemmour, l’imposture permanente ?
Le Théâtre de Villepinte.
Élysée 2022 (17) : Éric Zemmour, l’adolescent retardé.
Faut-il craindre un second tour Éric Zemmour vs Marine Le Pen ?
Jean-Marie Le Pen.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Radio Kaboul dans les sondages : Éric Zemmour au second tour !
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Les prénoms d’Éric Zemmour.
Le virus Zemmour.
Le chevalier Zemmour.
Élysée 2022 (1) : un peuple d’ingouvernables ?
Les Républicains et la tentation populiste.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211205-zemmour.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/12/09/39254921.html






 

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23 octobre 2021 6 23 /10 /octobre /2021 03:38

« Se pose aussi notre capacité à traiter des sujets les plus sensibles, notamment ceux qui touchent à "l’humain" : sommes-nous vraiment aussi clairs et précis qu’on le croit sur l’immigration ? Pourquoi tant de nos compatriotes sont-ils encore persuadés que ce discours est "raciste" ? Comment doit-on parler aux Français issus de l’immigration ? » (note de Florian Philippot sur l’échec du FN diffusée le 17 juillet 2017).



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Le président du parti Les Patriotes Florian Philippot fête son 40e anniversaire ce dimanche 24 octobre 2021. C’est une occasion de m’attarder sur ce énième candidat à l’élection présidentielle qui pourrait faire paraphraser le Général De Gaulle par une nouvelle version du naufrage : la jeunesse est un naufrage !

Il aurait pu donner un coup de vieux à Marine Le Pen, mais Emmanuel Macron, un peu plus âgé, lui a volé la vedette. Florian Philippot a été la pièce maîtresse de Marine Le Pen pendant les premières années de celle-ci à la présidence du Front national. Souverainiste d’origine de gauche (il a voté pour Jean-Pierre Chevènement en 2002), Florian Philippot a été le premier énarque à aider le FN dans son combat politique (et comme François Hollande, il est diplômé à la fois de HEC et de l’ENA). Difficile de se prétendre anti-système lorsqu’on est énarque puisque ce sont bien les énarques qui sont au sommet de ce système. À l’Intérieur, Florian Philippot avait accès à beaucoup de données sur la délinquance et l’immigration pour les tordre et avoir des éléments tangibles en faveur des propositions sécuritaires du parti des Le Pen.

Dès son entrée au FN en 2011 (alors que Marine Le Pen venait d’en prendre la présidence), il a été très rapidement le principal conseiller de la fille Le Pen et ensuite le numéro deux officiel du FN (dès juillet 2012). Il a contribué à l’exclusion de Jean-Marie Le Pen du FN et à la gauchisation du discours de l’extrême droite. Grâce au FN, il a été élu député européen en mai 2014 et conseiller régional du Grand-Est en décembre 2015.

Très médiatique, d’allure plutôt sympathique et joviale (le sourire par exemple), Florian Philippot comptait conquérir le pouvoir avec ou sans le FN. L’incompétence de Marine Le Pen et sa nullité au cours du débat du second tour en 2017 ont convaincu le jeune ambitieux que son avenir était ailleurs (il a certes estimé que le débat n’y était pour rien, mais les discours anxiogènes contre l’immigration).

En septembre 2017, il a quitté le FN avec armes, bagages et quelques cadres. Pas beaucoup, mais suffisamment pour croire qu’il y a eu une scission. Les Patriotes, son nouveau parti qu’il préside, avait son nom protégé à l’INPI dès 2015, ce qui montre que cette séparation n’était pas spontanée mais calculée de longue date. Ont quitté le FN avec lui 2 députées européennes, Sophie Montel et Mireille d’Ornano, 30 conseillers régionaux (sur 358, dont deux qui étaient aussi députés européens, donc ici comptés deux fois) et 2 conseillers départementaux. C’est une scission donc assez limitée, encore plus limitée si on regarde le nombre de dirigeants du FN qui l’ont suivi (3 sur 124).

L’élection présidentielle de 2022 est donc cruciale pour Florian Philippot puisque c’est la première élection présidentielle après cette scission. Cependant, on sait à peu près quel est son niveau d’audience électorale dans l’électorat français puisqu’il a mené une liste nationale aux élections européennes de mai 2019 et qu’il n’a obtenu que 0,6%, même pas 150 000 voix ! Il n’a donc pas été réélu député européen, alors qu’avec l’étiquette du FN, il avait recueilli 29,0%, la première liste de sa circonscription, en menant la liste de la circonscription Est aux européennes de mai 2014 (au niveau national, le FN avait obtenu 24,9%, également à la première place). Du reste, la perte du mandat européen est une joie pour les contribuables européens car il faisait partie des députés européens qui ont le moins bossé pendant leur mandat (idem au conseil régional du Grand-Est).

Il faut être clair : la grande période du FN, "premier parti de France" en 2014, fut paradoxalement le FN de Florian Philippot. C’est pour cela qu’il s’est cru autosuffisant et qu’il a quitté la maison mère pour fonder sa propre boutique. Mais si la maison Le Pen est une PME, alors, lui, il n’est qu’un micro-entrepreneur (au sens fiscal du terme).

Plus dure encore est la comparaison aux deux élections régionales où il a mené une liste. En décembre 2015, on disait même qu’il pouvait gagner la région Grand-Est. Il était arrivé au premier tour en tête avec 36,1% des voix, et s’il a gagné 150 000 voix entre les deux tours, il n’a pas amélioré son pourcentage de voix (36,1%) grâce à une mobilisation plus forte de l’électorat contre lui, tandis que la liste PS du président sortant du conseil régional de Lorraine (Jean-Pierre Masseret) avait refusé de se désister au second tour en faveur de la liste LR-UDI-MoDem malgré le danger du FN (au contraire des régions Hauts-de-France et PACA). En juin 2021, la comparaison est cruelle : Florian Philippot, sur sa seule étiquette personnelle (et avec le soutien du parti de Jean-Frédéric Poisson), n’a obtenu dans le Grand-Est que 6,9% (dix fois moins de voix), alors que la liste RN (menée par Laurent Jacobelli) a obtenu 21,1% au premier tour et 26,3% au second tour.

Même chose aux élections municipales à Forbach. En mars 2014, il a été élu conseiller municipal après avoir mené sa liste municipale en tête du premier tour avec 35,7% (mais seulement 35,2% au second tour), alors qu’en mars 2020, arrivé en cinquième position avec seulement 9,7%, n’était même plus en situation d’être élu simple conseiller. Aux élections cantonales de juin 2021, il s’est infligé la même débâcle avec 7,9% au premier tour.

Aux élections législatives, Florian Philippot a été candidat FN en juin 2012 et en juin 2017. En 2012, il a obtenu 26,3% au premier tour et 46,3% au second tour, c’est le candidat socialiste (maire de Forbach) qui a été élu, et le député UMP sortant Pierre Lang n’avait obtenu que 25,0% et n’a pas pu se maintenir au second tour (en juin 2002, le FN faisait 16,7% et en juin 2007, seulement 7,8%). En quatrième position, un rival de Florian Philippot (FN dissident), qui était le candidat FN aux législatives en 2007 (voir parenthèses précédentes), avec 4,1% (avec qui il s’est allié aux municipales à Forbach en 2014). En 2017, Florian Philippot faisait partie des candidats FN susceptibles de se faire élire députés. Bien qu’arrivé en tête du premier tour avec 23,8% (Pierre Lang toujours en troisième position avec 16,3%), il s’est fait battre largement par le candidat LREM au second tour, ne recueillant que 43,0%.

L’étiquette Philippot ne fait pas vendre. Plus instructive est la différence du score de Sophie Montel (voir plus bas) avec ou sans étiquette du FN : à l’élection législative partielle du 28 janvier 2018 à Belfort, elle n’a obtenu que 2,0% (le candidat du FN : 7,5% ; le même en juin 2017 : 17,5%). Auparavant, Sophie Montel s’était présentée cinq fois aux élections législatives dans le Doubs, à Sochaux (la circonscription d’Huguette Bouchardeau et de Pierre Moscovici, avec l’étiquette FN. En juin 2002, elle a obtenu 19,6% ; en juin 2007, 8,4% ; en juin 2012, avec 23,9%, elle a été qualifiée pour le second tour (où elle a obtenu 24,5%) ; à la législative partielle des 1er et 8 février 2015, elle s’est retrouvée en première position au premier tour avec 32,6% mais a été battue de justesse par le député PS sortant avec 48,6% (elle n’a pas été loin de remporter l’élection) ; enfin, en juin 2017, Sophie Montel a été qualifiée au second tour avec 24,1% mais a été très largement battue par le même concurrent député sortant PS devenu LREM avec seulement 38,4%.

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Les trois fois où Florian Philippot a été élu (député européen, conseiller municipal, conseiller régional), c’était avec l’étiquette FN. Il a cru que la marque Philippot valait plus que la marque Le Pen, c’était une grave erreur : c’est ce que j’appelle le syndrome Bruno Mégret.

Bruno Mégret était un jeune polytechnicien qui avait plein d’avenir et plein d’ambition politiques (là aussi, difficile de se dire anti-système), engagé originellement au RPR, mais déçu par des refus d’investiture, il s’est tourné vers Jean-Marie Le Pen au début des années 1980, au moment où, la gauche aidant, le discours démagogique du FN prenait sur un électorat désorienté par les décisions prises par le gouvernement socialo-communiste.

Intelligent et rapide, Bruno Mégret était devenu le numéro deux du FN (délégué général), sans doute l’apparatchik le plus influent de ce parti en 1998 quand une véritable lutte contre le "père" a eu lieu sur un désaccord stratégique : Jean-Marie Le Pen n’avait aucune intention de conquérir le pouvoir et préférait se faire plaisir en lâchant de temps en temps des paroles de provocation ou de victimisation. Alors que Bruno Mégret, au contraire, voulait prendre le pouvoir. D’un côté, un FN refusant obstinément toute alliance avec la "droite parlementaire", isolationniste, toujours dans l’opposition, de l’autre côté un numéro deux voulant le pouvoir, au prix d’un alliance de rassemblement des droites (on retrouve le même conflit entre la fille et la nièce). Ce fut donc la rupture.

Cela s’est soldé en décembre 1998 par le départ de Bruno Mégret du FN, avec plus de la moitié des cadres du FN (secrétaires fédéraux, etc.) pour créer le 2 octobre 1999 le très inconsistant Mouvement national républicain (MNR). Aux élections européennes de juin 1999, ce fut un désastre électoral pour le FN, avec seulement 5,7% (au lieu de 10,5% en juin 1984), derrière Robert Hue et Jean Saint-Josse (Charles Pasqua et Philippe de Villiers en furent les principaux bénéficiaires). On aurait pu croire l’hypothèque Le Pen levée, et finalement, à peine trois ans plus tard, Jean-Marie Le Pen a été qualifié au second tour de l’élection présidentielle de 2002 (à sa grande surprise !). À ce premier tour du 21 avril 2002, alors que Jean-Marie Le Pen a fait 16,9%, Bruno Mégret (détesté comme traître par le FN) n’a recueilli que 2,3% (encore derrière Robert Hue et Jean Saint-Josse). Sans aucun succès électoral par la suite, Bruno Mégret s’est (brièvement) expatrié en Australie à la fin des années 2000.

Comme Bruno Mégret qui tentait un rapprochement avec Philippe de Villiers, Florian Philippot a tenté sans succès un rapprochement avec François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan (et aussi Henri Guaino et Jean Lassalle) et seule, la proximité de Jean-Frédéric Poisson aurait pu être un succès …si la candidature du polémiste Éric Zemmour n’avait pas attiré l’ancien député-maire de Rambouillet. Tous ces personnages errent dans la même niche électorale même si Florian Philippot insiste plus sur la sortie de l’Europe que sur l’immigration.

Florian Philippot est isolé complètement, non seulement dans l’échiquier politique mais aussi en interne. Les quelques ralliements de 2017 n’ont pas duré longtemps : Sophie Montel est partie voir ailleurs après s’être aperçue que Les Patriotes n’était pas un parti mais seulement une émanation de Florian Philippot, une coquille vide. L’acteur Franck de Lapersonne, candidat FN aux élections législatives de 2017, l’a aussi quitté très rapidement (il faut voir le genre de soutien ou d’ami qu’a eu Florian Philippot : Franck de Lapersonne a voté pour Nicolas Sarkozy en 2007, pour François Hollande en 2012 et après avoir soutenu Jean-Luc Mélenchon, a voté pour Marine Le Pen en 2017 !). Ces deux personnalités, Sophie Montel et Franck de Lapersonne, étaient des vice-présidents de Les Patriotes. On voit toute la cohérence interne de cet égomouvement.

Après avoir échoué à récupérer le mouvement des gilets jaunes, Florian Philippot a foncé sur la brèche de la crise sanitaire. En s’opposant frontalement à la campagne de vaccination contre le covid-19 et en organisant de nombreuses manifestations contre le passe sanitaire, Florian Philippot a définitivement perdu tout espoir de conquête du pouvoir. Il cherche simplement à profiter d’une niche électorale, celle du complotisme sanitaire qui lui permettrait d’avoir assez de voix pour bénéficier d’un financement politique public. Bruno Mégret en avait bénéficié aux législatives de juin 2002, ce qui avait permis à son parti de vivoter financièrement pendant cinq ans. Rappelez-vous, une voix ne tombe jamais dans l’oreille d’un sourd.

Cela explique les excès en tout genre du comportement de Florian Philippot : il ne cherche qu’à être un repère aux désorientés de la vie politique, de la faillite sociale, de la crise sanitaire, un repère aux rétifs de la vaccination (ce qui est un calcul hasardeux car il n’y a plus qu’environ 5 millions d’adultes qui ne sont pas encore vaccinés). Plus qu’un militant, Florian Philippot est devenu un agitateur. Peut-être a-t-il une belle audience sur Internet, le moment venu, lorsqu’il y aura à glisser son bulletin dans l’urne, la simple sympathie, voire l’admiration, ne suffiront pas à faire confiance à un homme complètement irresponsable devant la menace pandémique et ses effets ravageurs sur la santé publique (120 000 décès, des traumatismes très longs pour ceux qui reviennent de réanimation, des centaines de milliers de covid long, etc.).

Comme Bruno Mégret, Florian Philippot fera probablement un score très faible à l’élection présidentielle s’il parvient, et ce sera déjà un exploit, à collecter les cinq cents parrainages nécessaires d’élus locaux pour se présenter. On l’oubliera probablement après quelques années encore de vaines agitations. Ce sera sans doute un gâchis, mais personne ne le regrettera.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Florian Philippot parti.
Florian Philippot.
Bruno Mégret.
Jean-Frédéric Poisson.
Éric Zemmour.
Jean-Marie Le Pen.
Arme de dissuasion présidentielle.
La proportionnelle en 2021 ?
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Les Républicains et la tentation populiste.
Marine Le Pen piégée par des militaires apprentis sorciers.
La Vaine Le Pen.
Jean-Marie Le Pen a 90 ans.
Rassemblement oxymore.
La création de Debout la Patrie.
Le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen du 3 mai 2017.
Les nationautes de la Marine.
Marion Maréchal.
Patrick Buisson.
Des sénateurs FN.
Nicolas Dupont-Aignan.
Ensemble pour sauver la République.
Choisis ton camp, camarade !
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211024-florian-philippot.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-8-florian-philippot-et-236563

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/16/39180317.html









 

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19 octobre 2021 2 19 /10 /octobre /2021 03:41

« Je ne suis l’homme de personne ! » (Robert Hue, le 29 janvier 1994 à Saint-Ouen).



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Connaissez-vous le Mouvement unitaire des progressistes ? C’est le parti qu’a fondé le 4 novembre 2009 un certain… Robert Hue, qui fête son 75e anniversaire ce mardi 19 octobre 2021. Le chauve barbu aux petites lunettes était très reconnaissable parmi tous ses compères de la vie politique française (certains l’ont même assimilé à l’un des 7 nains, plus pour la barbe que pour la taille, mais attention aux surnoms, il est aussi ceinture noire de judo !).

Étrange trajectoire pour celui qui fut le poulain de Georges Marchais, patron historique du communisme français et qui a annoncé son soutien, avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2017, à la candidature de l’ancien ministre Emmanuel Macron.

Un engagement dès l’âge de 15 ans au parti communiste français, la création d’un groupe de rock ado, un métier, infirmier en psychiatrie à Argenteuil, et à l’âge de 30 ans, en mars 1977, la consécration de quinze ans de militantisme, son élection comme maire de Montigny-lès-Cormeilles, une ville à l’époque de 8 000 habitants, dont la population a doublé à son départ de la mairie, en mars 2009 (environ 19 000 habitants).

Et on tomberait à la renverse si "on" avait une mémoire d’éléphant… car symboliquement, tout a commencé le 9 février 1981. En pleine campagne présidentielle, quelques jours avant le meeting prévu sur place, le 20 février 1981, du candidat communiste Georges Marchais, sur  le thème de la drogue, le jeune maire de Montigny-lès-Cormeilles s’est plu à faire le ménage dans sa commune en manifestant avec les autres élus communistes contre une famille d’immigrés marocains, sous leurs fenêtres, accusés (à tort) par la rumeur publique d'être des trafiquants de drogue. On peut regarder sur le site de l'INA le reportage de trois minutes qu'a diffusé le journal de 20 heures d'Antenne 2.

Les communistes n'en étaient pas là à leur premier coup d'éclat contre les immigrés. Le plus spectaculaire fut la destruction par un bulldozer d'un foyer où vivaient 320 travailleurs maliens le 24 décembre 1980 (la veille de Noël) par le maire communiste de Vitry-sur-Seine (Paul Mercieca, le maire bulldozer, a reporté la responsabilité sur la fédération du PCF du Val-de-Marne qui lui aurait imposé cette action dans le cadre de la campagne présidentielle).

Le 6 janvier 1981, Georges Marchais affimait en effet : « En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l'immigration pose aujourd'hui de graves problèmes. Il faut stopper l'immigration officielle et clandestine (...). Dans la crise actuelle, elle [l'immigration] constitue pour les patrons et le gouvernement un moyen d'aggraver le chômage, les bas salaires, les mauvaises conditions de travail, la répression contre tous les travailleurs, aussi bien immigrés que français. C'est pourquoi nous disons : il faut arrêter l'immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. ».

Une position qui a scandalisé Lutte ouvrière qui a écrit dans son bulletin "Lutte de classe" n°82 de janvier 1981 : « "La cote d'alerte est atteinte", a répété la résolution du dernier Comité central du PCF réuni il y a quelques jours. Et cette cote d'alerte concerne l'entrée en France des travailleurs immigrés qui, dit Marchais, "viennent grossir le flot des chômeurs et des personnes que la nation doit prendre en charge". Le PCF aurait décidé d'entamer une campagne nationaliste et chauvine, en prenant pour thème central l'arrêt de l'immigration, qu'il ne s'y prendrait pas autrement. (...) Par démagogie, le PCF a même agité des thèmes xénophobes, à propos, par exemple, de l'entrée dans le Marché Commun de la Grèce et du Portugal. (...) Il [le PCF] mène une campagne contre l'immigration, en sachant très bien que des sentiments racistes existent dans la classe ouvrière et dans la petite bourgeoisie, et que des gestes comme celui du maire de Vitry ou des manifestations comme celle organisée à Vitry, ne peuvent être que des gestes d'encouragement à des actes de brutalité contre les immigrés. ».
 



Le 19 février 1981 sur RMC, Robert Hue continuait à soutenir la femme qui avait dénoncé cette famille, alors que le propre fils de cette dame venait d'être arrêté avec de la drogue retrouvée chez lui ! La fédération du PS du Val-d'Oise s'est alors contentée de commenter de son côté : « La délation est une méthode scandaleuse qui se retourne toujours contre ceux qui la pratiquent. ». Une manifestation contre la délation avait alors rassemblé une cinquantaine d'habitants de la cité en question, pour s'opposer à la démagogie des élus communistes. Cela n’a fait l’actualité qu’un ou deux jours et c’est retombé dans l’oubli pendant… treize ans ! Cela a même échappé à Michèle Cotta, pourtant observatrice aiguisée de la vie politique, et en particulier du côté gauche de l’échiquier (pas seulement).

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Pendant ces treize ans ? Le début de la déconfiture pour un parti qui se croyait populaire. Et la consolidation d’un fidèle apparatchik : Robert Hue fut élu conseiller régional d’Île-de-France de mars 1986 à novembre 1988 et de mars 1992 à mai 1993, et conseiller général du Val-d’Oise d’octobre 1988 à janvier 1993.

Lorsque Georges Marchais a décidé d’en faire son héritier à la tête du parti communiste français (PCF), Robert Hue, qui était membre du comité central (parlement du PCF) depuis 1987 et membre du bureau politique (gouvernement du PCF) depuis 1990, n’était pas parlementaire, seulement un élu local de banlieue, et n’était pas connu des médias nationaux.

Amusante, cette remarque de Michèle Cotta dans ses "Cahiers secrets", lorsqu’elle a appris son nom le 25 janvier 1994 : « Le problème est que [Georges Marchais] confie le parti à un moment de grande faiblesse et qu’il le remet à quelqu’un dont on ne sait rien : si Robert Hue avait les épaules pour remonter ce parti dont le déclin me semble définitivement dans l’histoire de France, on aurait déjà dû s’en apercevoir avant ! Je crois bien avoir été la première à avoir entendu prononcer son nom. C’était à la fête de "L’Humanité", l’année dernière. Leroy m’avait laissé entendre ce jour-là que Marchais allait passer la main. Ce qui fut fait quinze jours plus tard. C’est la femme de Leroy qui me cita en confidence le nom de Robert Hue comme étant l’homme auquel Leroy et Marchais avaient ensemble décidé de laisser les clefs du PC. Pour tout dire, sur l’instant, je ne l’ai pas cru, tant je trouvais extravagante l’idée de laisser le parti à un inconnu. Alain Bocquet, Charles Fiterman, ce dernier surtout, pourquoi pas ? Le maire de Cormeilles, qui jusque-là n’avait jamais fait parler de lui, je n’y ai pas cru. Voilà comment j’ai raté un scoop, l’année dernière. Je n’avais même pas jugé bon de le noter dans ces cahiers. ».

Et on pourrait rajouter quelques autres noms comme André Lajoinie… La désignation (unanime !) de Robert Hue au vingt-huitième congrès du PCF à Saint-Ouen le 29 janvier 1994 comme secrétaire national du parti communiste français a montré à quel point il était un apparatchik connu seulement en interne.

L’idée était que ce dauphin fût nommé à la fois par Georges Marchais et son rival historique Roland Leroy, comme l’a exprimé Michèle Cotta : « Marchais savait bien que si Roland Leroy ne pouvait plus occuper sa place pour des raisons d’âge ou d’énergie, nul ne la prendrait sans obtenir sa neutralité bienveillante. Je crains que les deux ne se soient mis d’accord sur quelqu’un qui ne ferait d’ombre ni au trop populaire Marchais, ni au trop intellectuel Leroy. ». Réflexion assassine qui donna le ton pour la suite !

En fait, Robert Hue était très populaire à Montigny-lès-Cormeilles (et pas Cormeilles !), d’où ses réélections sans suspense. En revanche, au-delà du déficit de notoriété nationale, Robert Hue avait un déficit d’autorité évident. Si le parti communiste de Georges Marchais faisait peur, celui de Robert Hue semblait plutôt amuser. Faisait sourire. La peur du communisme après la chute du communisme était donc assez limitée.

En tout, Robert Hue fut secrétaire national du PCF du 29 janvier 1994 au 28 octobre 2001. À cette date, il est devenu le président du PCF, fonction créée pour l’occasion, et uniquement pour lui jusqu’au 8 avril 2003 afin de faire une transition douce avec Marie-George Buffet, sa successeure, et alors ministre du gouvernement de Lionel Jospin.

Toute la politique du PCF de Robert Hue puis de Marie-George Buffet a été de faire du parti communiste un partenaire des socialistes dans un objectif de gouvernement, mais sans se retrouver en face-à-face PS-PCF comme ce fut le cas dans les années 1970 avec François Mitterrand et Georges Marchais.

Ainsi, dès après les élections cantonales de 1994 (qui furent un succès inespéré pour la gauche après la défaite historiques aux élections législatives de mars 1993), Robert Hue a proposé aux socialistes (à Michel Rocard) un "pacte unitaire pour le progrès". Le 6 mars 1997, Robert Hue a participé à une réunion de travail chez Lionel Jospin pour préparer les élections législatives. Au congrès du parti radical de gauche au Méridien de Montparnasse le 8 mars 1997, Robert Hue, présent comme d’autres représentants des composantes de la "gauche plurielle", est venu dire que le PCF voulait contribuer à la « victoire qui sera commune ou ne sera pas ».

C’est (il me semble) François Hollande qui, dès le début de l’année 1997 et en prévision des élections législatives de mars 1998 (il ne savait pas qu’elles allaient être anticipées), a imaginé le concept de "gauche plurielle" renvoyant l’alliance PS-PCF dans une plus large alliance avec le PRG (radicaux de gauche), le MDC (mouvement de Jean-Pierre Chevènement) et surtout les Verts (de Dominique Voynet).

Michèle Cotta a rencontré François Hollande le 28 avril 1997, après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée Nationale par le Président Jacques Chirac, qui a confirmé ce concept : « Le but du PS est de constituer une constellation majoritaire pour faire émerger une "gauche plurielle". Les temps ont changé : ni le PC ni le PS ne veulent cette fois, avant le premier tour, d’un programme commun. Ils ne veulent pas davantage parler de la présence de ministres communistes au gouvernement. En revanche, ils se mettront d’accord sur un certain nombre de démarches communes : soutien à la consommation, baisse d’impôts, préservation du service public. Reste une divergence de taille : sur la monnaie unique. ». Et l’intérêt de Robert Hue : « Noyé dans la gauche plurielle, le parti communiste est à la fois partenaire et indépendant. Cela convient apparemment à tout le monde. ».

Et la stratégie pour juin 1997 : « La stratégie est simple : avant le premier tour, on discute, on se rapproche. Pas d’accord de gouvernement. Sitôt fini le premier tour, PC et PS partiront ensemble à la bataille du second tour. (…) Les négociations entre les partis de gauche ont commencé il y a en réalité plusieurs semaines. Du côté communiste, les négociateurs sont tous des "hutistes", c’est-à-dire des lieutenants de Robert Hue : Gayssot, Blotin, Philippe Lespagnol. ».

Autre remarque : « Je demande à Hollande dans quel état il trouve le PC aujourd’hui. À son avis, il est profondément divisé entre les cadres intermédiaires sur la ligne Marchais, et les proches de Robert Hue, favorables à une démarche unitaire. Le leadership de Hue, juge-t-il, est réel chez les militants, pas chez les cadres. ».

Pendant la campagne des élections législatives au printemps 1997, Robert Hue était donc sur la même ligne que le PS. Michèle Cotta l’a constaté le 8 mai 1997 : « François Hollande tient la boutique pendant que Jospin harangue les foules. Il se réjouit de l’intervention télévisée de Robert Hue hier. "Pour la première fois, estime-t-il, Robert Hue a évolué positivement sur l’Europe, puisqu’il a dit que si le gouvernement PS garantit qu’il n’y aura pas de politique d’austérité, pourquoi pas l’Europe ?". En revanche, Hue demande, en même temps qu’il fait cette concession, que les socialistes ne soient pas hégémoniques ni pendant la campagne, ni après. ».

L’existence du PCF va à rebours de l’histoire du monde qui, avec la chute du mur de Berlin puis la chute de l’URSS, a définitivement tourné la page du communisme. Robert Hue a donc tenté de "réformer" le parti communiste (il a appelé cela "mutation"), en abandonnant quelques principes (comme le centralisme démocratique qui relevait plus de l’autocratisme des dirigeants), etc. Robert Hue a aussi noué des relations personnelles avec Nelson Mandela (quand il était député, il était le président du groupe d’amitié avec l’Afrique du Sud) et il assista à l’enterrement du leader sud-africain dans la délégation française menée par le Président François Hollande.

Cela n’a pas suffi à éviter les dégringolades électorales et aussi militantes, perdant 30% des adhérents entre 1998 et 2001. En particulier, le PCF a perdu une grande série de mairies communistes en juin 1995 et en mars 2001 (Argenteuil, Le Havre, Drancy, Dieppe, Colombes, etc.). Or, les mairies communistes étaient les bases arrière du militantisme (et aussi de la logistique) du PCF.

Exposé au niveau national, Robert Hue a été élu député avec 57,0%, surfant sur la vague de gauche de 1997, entre juin 1997 et juin 2002. À noter pour l’anecdote que parmi ses concurrents du premier tour, il y avait, devancé par le candidat du FN, le candidat socialiste Manuel Valls (17,3%) qui n’avait pas encore choisi Évry comme fief de parachutage (Manuel Valls a été conseiller municipal d’Argenteuil).

En juin 2002, Robert Hue a été battu de 244 voix (sur 55 742 inscrits et 32 056 suffrages exprimés) par celui qu’il avait battu en 1997, Georges Mothron, maire UMP d’Argenteuil, et battu à nouveau avec 48,2% par le même au second tour de la législative partielle du 2 février 2003 (l’élection de 2002 ayant été invalidée en raison du trop faible écart de voix). Le patron du PCF a alors obtenu d’autres mandats de parlementaires, élu député européen de juin 1999 à juillet 2000 (sur la liste qu’il a menée au niveau national le 13 juin 1999 et qui a obtenu 6,8%), puis il a été élu sénateur du Val-d’Oise de septembre 2004 à octobre 2017 (réélu en septembre 2011).

Robert Hue a par ailleurs porté les couleurs du PCF à deux élections présidentielles, poursuivant sa chute historique : il a obtenu 8,6% au premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 1995 (ce qui était mieux qu’André Lajoinie le 24 avril 1988 : 6,8%), puis 3,4% au premier tour de l’élection présidentielle du 21 avril 2002.

Lors de son meeting du 5 avril 2002 à Villeurbanne, Robert Hue tentait de donner des leçons de gouvernance internationale au Président sortant Jacques Chirac.

 




Ce score inférieur à 5% fut une catastrophe financière pour le PCF qui n’a pas été remboursé d’une grande partie de sa campagne présidentielle. Cela a amené son dirigeant à démissionner complètement des instances dirigeantes du PCF (la présidence du PCF a disparu avec lui), laissant Marie-George Buffet seule aux commandes. À partir de 2010, dirigé par Pierre Laurent, le PCF s’es tourné vers une alliance avec Jean-Luc Mélenchon durant deux élections présidentielles (2012 et 2017) à tort pour son intérêt, ce qui explique pourquoi il porte actuellement son propre nouveau secrétaire national Fabien Roussel candidat à l’élection présidentielle de 2022.

Par ailleurs, Robert Hue a présidé la Fondation Gabriel-Péri de 2004 à 2012, un organisme de formation et de réflexion doté d’un budget non négligeable et d’une influence intellectuelle très forte sur le PCF.

À la fin des années 2000, Robert Hue a sensiblement changé d’orientation politique. En effet, après l’échec cinglant de la candidature de Marie-George Buffet à l’élection présidentielle du 22 avril 2007 (1,9% !), il s’est éloigné du PCF le 28 novembre 2008 puis l’a quitté, ne le jugeant plus réformable. Très critiqué pour avoir participé à des déplacements avec des personnalités socialistes, comme à Lorient en juillet 2009 aux côtés de François Hollande, Robert Hue provoqué la polémique en participant à un meeting commun le 22 août 2009 à Marseille à l’invitation du socialiste Vincent Peillon à laquelle Robert Hue s’est retrouvé aux côtés de Daniel Cohn-Bendit, Christiane Taubira et Marielle de Sarnez, la vice-présidente du MoDem ! (notons que beaucoup de proches de François Bayrou n’avaient pas non plus compris le sens de ce meeting). Il s’agissait pour Vincent Peillon de trouver de nouvelles alliances à gauche.

Désavoué par beaucoup de militants communistes, Robert Hue, qui voulait que Nicolas Sarkozy fût battu en 2012, a eu une évolution proche du patron du parti communiste italien Fausto Bertinotti qui a soutenu Romano Prodi pour battre Silvio Berlusconi. Son évolution s’est également traduite dans les structures. D’une part, il a créé, avec son successeur à la mairie de Montigny-lès-Cormeilles, le Mouvement unitaire progressiste (MUP) le 4 novembre 2009, devenu Mouvement des progressistes le 4 octobre 2014. D’autre part, au Sénat, un an après le début de son second mandat, en septembre 2012, il a quitté le groupe communiste pour le groupe… RDSE, ex-Gauche démocratique, groupe qui réunit des centristes de droite et des centristes de gauche, qui a accueilli notamment Guy Cabanel (sénateur de l'Isère, maire de Meylan et président du RDSE), Jean-Pierre Fourcade, Jean-Pierre Chevènement, Jean-Noël Guérini, etc., un peu un fourre-tout administratif qui a lutté pour sa survie après la décision de rassembler dans un unique groupe tous les sénateurs UMP (répartis avant 2002 dans trois ou quatre groupes).

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À l’élection présidentielle de 2012, Robert Hue a soutenu dès la primaire du PS en octobre 2011 puis au premier tour la candidature de François Hollande avec qui il semblait bien s’entendre depuis au moins 1997 (François Hollande était le premier secrétaire du PS pendant le gouvernement socialo-écolo-communiste de Lionel Jospin). Il était présent lors du fameux discours du Bourget le 22 janvier 2012. Il était alors question de son entrée au gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Finalement, cela ne s’est pas fait mais Robert Hue a eu des missions données par des ministres de François Hollande (il a accompagné Jean-Marc Ayrault en Chine en décembre 2013 ; il a été nommé représentant spécial de la France en Afrique du Sud par Laurent Fabius en février 2015, etc.).

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017, Robert Hue entendait soutenir la candidature de Sébastien Nadot qui a reçu son investiture du Mouvement des progressistes le 10 mai 2016, mais ce dernier n’a pas réussi à recueillir les cinq cents parrainages d’élus locaux après avoir tenté (en vain) de participer à la primaire du PS de janvier 2017 (refusée par Jean-Christophe Cambadélis).

C’est alors que l’improbable s’est réalisé : le 14 mars 2017, Robert Hue a annoncé qu’il se ralliait à la candidature d’ Emmanuel Macron ! Il l’a dit avec des mots très réfléchis : « Stupéfait, peut-être, mais en tout cas, c’est un choix raisonnable. C’est un choix sérieux. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de notre pays, dans les moments graves où il y a danger pour la démocratie, que des gens de sensibilité différente se retrouvent. C’est vrai qu’il y a des gens différents de ceux que… pour certains, je m’y suis opposé. Mais aujourd’hui, il y a une gravité dans la situation qui doit nous conduire à se rassembler, à se rassembler parce qu’il faut reconstruire la France. Voilà l’esprit dans lequel je suis ! ».





En 2017, on peut dire qu’Emmanuel Macron avait été fort habile en réussissant à rassembler sous son panache un éventail très large de la vie politique française, de Philippe de Villiers à Robert Hue ! Pour ce dernier, le soutien n’était pas tout à fait désintéressé. Si lui-même a quitté son mandat de sénateur en septembre 2017, il a toutefois réussi à faire élire deux députés de son Mouvement des progressistes sous l’étiquette LREM en juin 2017 : Sébastien Nadot, donc, et Cécile Rilhac qui a quitté le Mouvement des progressistes en 2019. Quant à Sébastien Nadot, il fut exclu du groupe LREM en 2018, puis a cofondé avec d’autres députes LREM (dont Cédric Villani, Matthieu Orphelin et Aurélien Taché) et aussi une ancienne députée socialiste Delphine Batho le groupe Écologie démocratie solidarité qui n’a duré que le temps d’un été, du 19 mai au 17 octobre 2020, faute de combattants (certains membres ayant rejoint un autre groupe par la suite, entre autres la sulfureuse Martine Wonner qui, comme Sébastien Nadot après la dissolution de ce groupe, a rejoint le groupe Libertés et territoires). Quant à Robert Hue, en retrait de la vie politique, il a reçu les insignes de chevalier de la Légion d’honneur le 14 juillet 2019.

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Aux élections européennes de mai 2019, le Mouvement des progressistes a fait une liste écologiste avec Génération écologiste de Delphine Batho, le Mouvement écologiste indépendant d’Antoine Waechter, ainsi que certains de l’Union des démocrates et écologistes (groupuscule créé par Jean-Luc Bennahmias, Jean-Vincent Placé, Christian Madrolle, François-Michel Lambert, etc.) au sein de la liste Urgence écologiste menée par Dominique Bourg (un proche de Nicolas Hulot) qui a recueilli 1,8%. Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022, le Mouvement des progressistes a rejoint le pôle écologiste qui a participé à la primaire EELV de septembre 2021, au même titre que Génération écologie, Générations (de Benoît Hamon) et l’Alliance écologiste indépendante (de Jean-Marc Governatori). Une évolution pas si éloignée de Pierre Juquin.

Il est tout là le mystère Robert Hue : un homme qui a démarré au parti communiste avec des relents d’un extrémisme anti-immigrés proche de l’extrême droite (un combat à coup de délation !), qui a été l’enfant chéri (et secret) de Georges Marchais, devenu ensuite le sympathique "nain de jardin" (pour reprendre l’expression de Jean-Marie Le Pen) du parti communiste, abonné aux échecs électoraux nationaux monumentaux, devenu hollandiste et social-démocrate (terme qu’il a nié être) dans les années 2010, puis macroniste en 2017, et enfin quasi-écologiste au début des années 2020. Il ne lui reste plus qu’à adhérer à LR et départager ses six candidats pour parachever l’œuvre politique. Bon anniversaire !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Robert Hue.
Robert Marchand.
Anicet Le Pors.
Pierre Juquin.
Le congrès de Tours.
Trotski.
Le Pacte germano-soviétique.
Liliane Marchais.
Georges Marchais.
Fais les valises, on rentre à Paris !
Gaston Plissonnier.
Jean Ferrat.
Roland Leroy.
Georges Séguy.
Le communisme peut-il être démocratique ?
Karl Marx.
Claude Cabanes.
Michel Naudy.
Paul Vaillant-Couturier.
La Révolution russe de 1917.
Jacques Duclos.
Staline.
Front populaire.
Jean Jaurès.
Léon Blum.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211019-robert-hue.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-mystere-robert-hue-236561

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/16/39180313.html













 

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10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 04:07

« Personne ne vote plus pour un programme, ce qui va poser un problème de légitimité à ce gouvernement. Nous vivons une période très difficile mais je pense qu’elle peut être courte. Le ras-le-bol peut s’exprimer dès la rentrée. Le problème, c’est qu’en France, il y a des luttes sociales très dures (…), mais elles échouent toutes. C’est vrai que les divisions syndicales n’aident pas. » (Alain Krivine, le 24 juin 2017 à Poitiers).


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Leader historique de l’extrême gauche en France, Alain Krivine fête son 80e anniversaire ce samedi 10 juillet 2021. Pour le pouvoir gaulliste, il était, il y a plus de cinquante ans, d’abord l’incarnation politique et électorale du mouvement de mai 1968 à l’élection présidentielle de 1969.

Dans son livre "C’était De Gaulle", Alain Peyrefitte a retranscrit ses propres propos prononcés lors d’une discussion le 11 décembre 1998 avec un ancien militant communiste, resté longtemps dans l’anonymat pour avoir infligé, étant étudiant, une humiliation à De Gaulle qui visitait Normale Sup. (rue d’Ulm) le 21 février 1959, « qui s’était mis les mains dans le dos pour ne pas serrer celle que le Général De Gaulle lui tendait ». Un petit événement qui a dégoûté De Gaulle d’aller visiter les universités par la suite, ce qui pouvait être compris comme du mépris qui a explosé en mai 1968.

L’ancien ministre s’interrogeait, devant cet ancien militant devenu physicien des hautes énergies, sur la surprise des dirigeants communistes face à la révolte étudiante : « Comment les experts en revendication ont-ils pu ne pas sentir cette force révolutionnaire, si vraiment elle existait ? (…) Et si cette force révolutionnaire était tellement puissante, comment a-t-elle pu s’évaporer, le mois suivant, dans les isoloirs ? Comment, un an plus tard, Krivine, qui la représentait à l’élection présidentielle, a-t-il obtenu 1% des voix alors que le tohu-bohu poursuivait de plus belle dans les universités ? ».

Et Alain Peyrefitte de répondre lui-même à ses questions : « J’avance une explication d’un autre ordre. Je crois aux hommes acteurs de l’histoire. Il y a un début de révolution parce qu’il y avait des révolutionnaires. En 65-66, quand le parti [communiste français] a voulu reprendre en main les Jeunesses communistes, un peu trop turbulentes à son gré, les trotskistes et les maoïstes ont claqué la porte. Les dissidents ont alors constitué des groupes vraiment révolutionnaires. Ils n’étaient que quelques centaines de militants, mais ils étaient bien décidés à subvertir la société et se sont organisés à cet effet. Ce sont eux qui ont réussi à créer l’événement. Il a suffi de quelques centaines de gauchistes, résolus et exercés, pour entraîner derrière eux une bonne part de la jeunesse estudiantine. ».

Effectivement, Alain Krivine a fait partie de ces militants révolutionnaires résolus, et ce qui a fait sans doute sa force, c’est qu’il est resté ce révolutionnaire résolu, au contraire de bien des leaders du mouvement de mai 1968. D’origine ukrainienne, issu d’une famille qui compte beaucoup de talents dans les arts et la science (par exemple, Emmanuel Krivine, le chef d’orchestre, est son cousin), Alain Krivine s’est engagé au parti communiste français (PCF) à l’âge de 16 ans, aux Jeunesses communistes. Pendant ces premières années, il s’est engagé aussi au côté du FLN, puis à la Quatrième Internationale (trotskiste), ce qui l’a fait exclure du PCF en janvier 1966 (lors de la reprise en main des Jeunesses communistes).

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L’étudiant à la faculté de lettres de Paris (à la Sorbonne) était alors devenu entre temps enseignant et secrétaire de rédaction dans une maison d’édition, et aussi gendre de Gilles Martinet, l’un des fondateurs du PSU (parti socialiste unifié), journaliste devenu député européen puis ambassadeur à Rome. Alain Krivine fut un influent responsable des étudiants communistes, membre du comité national de l’Union des étudiants communistes de France (UEC) de 1958 à 1965, branche étudiante des Jeunesses communistes de France.

Libéré de sa dépendance du PCF, Alain Krivine a fondé le 2 avril 1966 la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), l’un des mouvements meneurs de mai 1968, qui est devenu la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) en juin 1974, puis le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) le 5 février 2009, après quelques aventures policières : acteur de mai 1968 (il a organisé et mené des manifestations), Alain Krivine a été arrêté et emprisonné le 10 juillet 1968, son mouvement a été dissout au conseil des ministres du 12 juin 1968, mais a continué à exister clandestinement jusqu’au 8 avril 1969, où il fonda la Ligue communiste d’une fusion de la JCR et du PCI (parti communiste internationaliste), qui elle-même fut de nouveau dissoute par le gouvernement le 23 juin 1973 en même temps que le mouvement d’extrême droite Ordre nouveau après des manifestations et contre-manifestations violentes.

Pour bien comprendre l’organisation des mouvements d’extrême gauche dans les années 1970, il faut apprécier la complexité avec un grand nombre de courants, tendances, fusions, fissions, entrismes, etc. Dans cette histoire du trotskisme à la française, il y a Daniel Gluckstein, Pierre Boussel, Gérard Filoche, etc.

Les compagnons de route d’Alain Krivine furent notamment Daniel Bensaïd, et aussi Henri Weber qui a finalement évolué vers le socialisme de Laurent Fabius (il y a un excellent documentaire sur Henri Weber, où l’on voit également Alain Krivine dans les années 1970, diffusé en ce moment sur LCP à l’occasion de l’anniversaire de sa disparition le 26 avril 2020, l’une des nombreuses victimes du covid-19).





Comme l’expliquait Alain Peyrefitte, Alain Krivine, à 28 ans, a été candidat à l’élection présidentielle, et il n’a obtenu que 1,06% au premier tour du 1er juin 1969, classé dernier des sept candidats, derrière l’inconnu Louis Ducatel (1,27%). Il avait eu une forte concurrence de Michel Rocard, candidat du PSU (3,61%), de Gaston Defferre (5,01%) et surtout de Jacques Duclos (21,27%). Pour la petite histoire, Alain Krivine faisait alors son service militaire, affecté à Verdun, et il a pu avoir une permission pour faire campagne.

Pour l’élection présidentielle de 1974, organisée soudainement après la mort de Georges Pompidou, la Ligue communiste comptait soutenir la candidature de Charles Piaget, l’un des fondateurs du PSU et syndicaliste devenu célèbre dans l’affaire Lip, mais Michel Rocard, qui a rejoint le PS, a réussi à convaincre l’ensemble de son ancien parti, le PSU, de soutenir la candidature de François Mitterrand dès le premier tour. Alain Krivine s’est alors présenté à nouveau, mais malgré sa notoriété issue de mai 1968, il a essuyé un échec encore plus important qu’en 1969 en ne rassemblant que 0,37% des voix au premier tour du 5 mai 1974. Il faut rappeler qu’il y avait une concurrence sur le terrain du trotskisme révolutionnaire avec la candidature d’Arlette Laguiller, de Lutte ouvrière (LO), qui a eu 2,3% et la candidature attrape-tout de François Mitterrand, représentant de "l’union de la gauche" avec un score aujourd’hui inimaginable, 43,25% !

À l’élection présidentielle de 1981, Alain Krivine n’a pas pu se représenter en raison de la nouvelle contrainte voulue par Valéry Giscard d’Estaing pour être candidat à la Présidence de la République, avoir 500 parrainages d’élus locaux (au lieu de 100 auparavant), ce qui a empêché aussi un autre concurrent de 1974 de se présenter en 1981, Jean-Marie Le Pen.

La LCR ne s’est présentée non plus à l’élection présidentielle de 1988 (soutien à Pierre Juquin) ni à celle de 1995 (sans soutien préférentiel à des candidats de gauche). En revanche, le parti d’Alain Krivine a présenté la candidature d’Olivier Besancenot en 2002 et 2007, puis de Philippe Poutou en 2012 et 2017.

Au contraire de LO qui a toujours refusé obstinément toute alliance électorale, la LCR (puis NPA) a été partisan d’un rapprochement électoral de tous les mouvements trotskistes. Alain Krivine et Arlette Laguiller sont devenus, au fil des scrutins, les deux porte-parole nationaux de l’extrême gauche en France, au point qu’ils ont connu leur heure de gloire le 13 juin 1999 lors des élections européennes.

En effet, pour une fois, bénéficiant de leur notoriété respective, les deux partis se sont réunis pour faire une liste commune et, tirant bénéfice non seulement de l’éclatement des partis de gauche, mais aussi des partis de centre droit et même de l’extrême droite (la liste du FN a perdu la moitié de ses voix de 1994 en raison de la dissidence de Bruno Mégret), la liste LO-LCR a franchi le seuil fatidique de 5% avec 5,1%, ce qui leur a permis d’obtenir 5 sièges. Alain Krivine fut ainsi élu député européen de juin 1999 à juin 2004.





Malgré son retrait de la vie politique depuis 2006, Alain Krivine a continué à apporter son soutien et son aide à Olivier Besancenot pour la campagne présidentielle de 2007, et a participé à la transformation de la LCR en NPA.

Comme je l’ai écrit plus haut, ce qui fait la force d’Alain Krivine, c’est d’être toujours resté un révolutionnaire (et un révolutionnaire non-violent). À l’occasion du cinquantenaire du mouvement de mai 1968, il a expliqué le 3 mai 2018 (à Léa Bucci pour "Le Dauphiné libéré")  : « Pour moi, ce n’est pas une explosion révolutionnaire, c’est une explosion populaire. (…) Ce fut un mouvement extraordinaire, les gens se parlaient, c’était fantastique. Il y a toute une génération pour qui c’est divin (…). La force qu’on a eue, c’est d’être unitaires dans l’action. ».

Quant aux leaders de l’époque : « Il y a plein d’anciens, comme [Daniel] Cohn-Bendit et [Romain] Goupil qui sont devenus macronistes. Je crois qu’ils ont tourné parce que la situation a viré, mais je crois qu’ils ont tort. ». Et de poser le diagnostic sans complaisance : « Localement, les gens sont anticapitalistes, plus qu’en 1968, mais ils sont aussi plus démoralisés par les défaites passées, et ne voient pas d’alternative crédible au capitalisme. C’est compliqué, il n’y a pas d’expérience longue d’auto-organisation ouvrière. Les partis, y compris de l’extrême gauche, sont en crise. Les gens en ont marre de Macron, mais il n’y a rien d’autre. ».

Cette constance dans le militantisme anticapitalisme, Alain Krivine l’avait redit à l’époque du quinquennat de François Hollande, répondant à Cathy Astolfi pour "Corse Matin" le 5 décembre 2014 : « Dans ce contexte exceptionnel de crise, il est nécessaire de changer fondamentalement la société : c’est-à-dire de révolutionner son fonctionnement. (…) Notamment (…) que la collectivité s’approprie les moyens de production, et que la population puisse avoir un droit de contrôle sur ces systèmes, y compris ceux de la finance (…). Mais en période de désarroi, il n’est pas simple de rendre crédibles des solutions radicales ou alternatives. (…) Aujourd’hui, le problème de l‘écologie devient central. Il est directement lié à un projet de société. Un écologiste qui n’est pas anticapitaliste est manchot ! (…) Le militantisme semble passé, nous avons encore le sentiment d’être à contre-courant. Mais il nous faut absolument poursuivre notre route, rester radical et indépendant. ».

Ce qui est étonnant dans cette persévérance à défendre une idéologie passéiste, c’est que les leçons de l’histoire ne servent à rien. Par exemple, il en est resté à vouloir nationaliser tous les outils de production en ne se rendant pas compte que les outils de production ont quitté depuis longtemps notre pays (l’industrie ne représente que 12% du PIB !). Les enjeux sont ailleurs.

Dans la réflexion précédente, le vieux dinosaure trotskiste explique aussi qu’il n’y a pas d’expérience durable d’autogestion : il ne va pas plus loin et il n’explique pas pourquoi cet état de fait. Son idéal n’a jamais été expérimenté, et il ne s’interroge pas sur les raisons de cette non-expérience : ne serait-ce pas que les tentatives ont toutes échoué ? Cette absence de remise en cause idéologique, après soixante ans de combats militants, est très étrange : les dictatures communistes ont sombré corps et biens, les enjeux géopolitiques sont désormais tout autres, surtout basés autour d’une volonté d’hégémonie mondiale d’un islamisme politique agressif voire cruel.

Notre monde a complètement changé, mais la vision du monde d’Alain Krivine n’a pas évolué d’un iota. Pas étonnant, donc, que son mouvement soit abonné à des scores lilliputiens. Après tout, l’essentiel est de participer…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alain Krivine.
Romain Goupil.
50 ans de mai 1968.
Daniel Cohn-Bendit.
Nathalie Arthaud.
Philippe Poutou.
Rencontre surréaliste avec Trotski.
Trotski.
Les 200 ans de Karl Marx.
Le Capital de Karl Marx.
Totalitarismologie du XXe siècle.
La Révolution russe.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210710-alain-krivine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/alain-krivine-la-fidelite-dans-les-234095

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/02/39040268.html






 

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20 juin 2021 7 20 /06 /juin /2021 03:07

« Je préfère un enfant sans père que pas d’enfant du tout ! » (Jean-Marie Le Pen, le 23 juillet 2019).




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Le fondateur du Front national (devenu Rassemblement national) Jean-Marie Le Pen fête son 93e anniversaire ce dimanche 20 juin 2021. L’homme a quitté depuis longtemps la vie politique active, un peu aidé par sa fille Marine qui lui a indiqué la sortie en 2015. Son dernier mandat électif, celui de député européen, il l’a quitté le 1er juillet 2019 (à plus de 91 ans !). Depuis lors, il a réduit ses déplacements, surtout avec la crise sanitaire, et il s’est surtout occupé du service après-vente des deux tomes de ses mémoires (sortis respectivement le 1er mars 2018 et le 2 octobre 2019).

Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire sa prose mais je ne doute pas de son intérêt historique, double pour lui puisque les mémoires d’une personnalité politique sont de toute façon toujours intéressantes à lire, car il y a des détails, des anecdotes qui peuvent expliquer certains faits politiques du passé, mais avec Jean-Marie Le Pen, c’est doublement intéressant car d’une part, sur la forme, il a une expression qui a toujours été travaillée (au contraire de beaucoup de ses contemporains) et d’autre part, sur le fond, il est l’un des grands responsables politiques qui ont duré sur une très longue période et malgré son côté "électron libre", il a longtemps fait partie du paysage politique français, du …système ! L’un des plus jeunes députés du pays en janvier 1956, sous la Quatrième République (il a été battu la recordman toutes catégories, sa petite-fille Marion en juin 2012, à qui il avait confié de se présenter).

D’ailleurs, plusieurs éditeurs ont eu des pressions pour refuser d’éditer ses mémoires. Je ne manquerai pas d’en faire le compte-rendu dans le cas où j’aurais eu l’occasion de les lire.

Comment va ce jeune nonagénaire ? Et comment va ce jeune marié (car il s’est marié religieusement le 16 janvier 2021) ?

En janvier 2021, apparemment, il aurait attrapé le covid-19 sans s’en rendre compte. C’est le journal "Le Parisien" qui l’a affirmé le 13 janvier 2021. Selon l’ancien président du FN, il aurait eu un test sérologique positif qui a montré qu’il avait été contaminé et il n’a eu qu’une forme très modérée de la maladie à tel point qu’il n’en a pas eu conscience : « Une agression que j’ai ressentie de façon modérée. ».

C’est pour cette raison qu’en janvier 2021, au début de la campagne de vaccination (et lui faisait partie des catégories prioritaires), il ne comptait pas se faire vacciner, puisqu’il avait encore des anticorps. Apparemment, il n’a rien contre le principe mais c’est un phobique de la piqûre et il cherche donc à l’éviter si c’est possible : « Si le besoin s’en fait ressentir, je le ferai. Mais je ne m’inflige pas le plaisir d’une piqûre, vu que je me sens relativement protégé maintenant ! ».

Je sais que ce sujet reste du registre très personnel, même si c’est lui-même qui en a parlé, et que je ne devrais pas commenter. Mais disons que je reste étonné que ce gros dur de la politique, bagarreur à ses heures, qui a sans doute été un vrai dur pendant les périodes où il officiait comme militaire (en Indochine, en Algérie, etc., sans être pour autant un tortionnaire, comme l’ont montré Pierre Péan et Philippe Cohen en 2012), puisse avoir peur d’une petite piqûre (ou de deux) qui ne fait absolument pas mal parce que le produit ne fait pas mal et que c’est une intramusculaire (même si le "piqueur" est maladroit, cela, en principe, ne porte pas à conséquence sur la sensation).

En tout cas, sa fille Marine Le Pen est beaucoup plus volontariste pour la vaccination, elle encourage très vivement toutes les personnes fragiles, et son père en est une, à se faire vacciner (elle l’a dit notamment sur BFM-TV le 12 janvier 2021). On peut dire que Jean-Marie Le Pen, qui a une santé vulnérable et a eu quelques séjours à l’hôpital ces dernières années, a eu beaucoup de chance de ne pas avoir eu la forme sévère du covid-19.

Plus généralement, Jean-Marie Le Pen a développé un petit côté vieux patriarche qui le rendrait presque sympathique. Il est l’une des personnes qui connaissent et surtout qui comprennent le mieux l’histoire politique du pays. Il en a été un (très petit) acteur mais aussi un (grand) observateur. Sa réaction au soir du premier tour du 21 avril 2002 a montré qu’il n’avait eu aucune envie de gouverner le pays, juste jouir d’une tribune, de subsides et d’échos médiatiques (au contraire de sa fille dont l’ambition a une finalité, le pouvoir). Il était même affolé à l’idée de s’être retrouvé au second tour.

Même si le père doit être un peu fier de sa dernière fille qui a, elle aussi, atteint les marches du pouvoir en arrivant au second tour en 2017 (et qui arriverait aussi au second tour en 2022 selon les sondages), il n’a jamais pris ses positions politiques selon la propre stratégie de communication politique de sa fille, au risque de polluer leurs messages (d’où d’ailleurs son exclusion du FN le 20 août 2015 tout en restant son président d’honneur jusqu’au 11 mars 2018).

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L’exemple frappant concerne la PMA pour toutes les femmes. Incluse dans le projet de loi de bioéthique dont le texte a été adopté le 9 juin 2021 en troisième lecture par les députés (par 84 pour, 43 contre et 3 abstentions), cette mesure a été approuvée par Jean-Marie Le Pen qui avait pourtant été vent debout contre le mariage pour tous, qui, selon lui, pourrait entraîner « la disparition de l’espèce ».

Alors, explication de texte. Dans "Le Figaro" du 23 juillet 2019, il a dit au journaliste Charles Sapin : « Je préfère un enfant sans père que pas d’enfant du tout. ». On voit que le "Menhir" fonctionne avec des idées simples. Cette phrase ressemble un peu à cette autre phrase qui peut faire croire en du bon sens pour rejeter l’étranger et toute immigration : "Je préfère mon frère à mon cousin, mon cousin à mon voisin, mon voisin à…" (etc.). Ce sont des sophismes, mais auquel il croit le plus sincèrement du monde.

C’est avec ce genre de réflexion qu’on s’aperçoit vite que Jean-Marie Le Pen n’est pas un intellectuel. Il le dit lui-même : son âge, sa fatigue, peut-être, bref, il ne veut pas s’embêter à lire un texte aussi compliqué que ce projet de bioéthique. Il surfe juste sur l’idée qui a fait la fureur médiatique et le fait qu’il se retrouve plutôt dans le camp des libertaires, des gauchistes, des associations transgenres, etc. a de quoi étonner.

Voyons la raison profonde : la natalité. Jean-Marie Le Pen est partisan d’un retour à la natalité (pour des raisons qu’on peut imaginer, éviter d’être "envahi" par les étrangers), et donc, il est favorable à toute mesure encourageant la natalité : « À titre personnel, je n’y suis pas opposé [à la PMA]. ». En résumant ainsi : « Je suis pour les enfants. ». En d’autres termes, l’Europe « doit se défendre contre l’invasion migratoire, qui tient avant tout à une différence de dynamique démographique entre le continent boréal et le reste du monde ».

Le raisonnement pourrait se tenir si les choses étaient aussi simples que présentées. Mais les choses sont bien plus compliquées, par les deux bouts. Par exemple, qui lui prouve que les couples de femmes françaises d’origines étrangères ne vont pas se servir de cette possibilité de PMA ? Et l’autre bout, c’est que, d’une part, la loi sur la bioéthique balaie bien plus de sujets que la seule PMA, en particulier des sujets très sensibles sur les embryons humains, et, d’autre part, sur la PMA elle-même, pour la faire, on doit créer des dizaines d’embryons pour aboutir éventuellement à une naissance (cela explique aussi les cas de triplés, ou plus, car plusieurs embryons peuvent se développer en même temps). Cette création d’embryons humains en engendre des "surnuméraires" et en tuent d’autres (ceux qui ne se sont pas développés après implantation dans l’utérus). Mais tout cela semble un peu trop compliqué pour Monsieur Le Pen qui préfère rester sur du raisonnement simple médiatique prémâché.

Plus généralement, la motivation pro-PMA de Jean-Marie Le Pen repose sur une idéologie, celle du "grand remplacement" dont on a démontré qu’elle était basée sur des biais et des faux raisonnements.

Pour s’en convaincre, on peut lire notamment les travaux du démographe François Héran, professeur au Collège de France et ancien directeur de l’Ined, qui disait le 4 octobre 2019 à "L’Opinion" : « Une erreur fondamentale est de figer ces écarts de fécondité sur le long terme. On obtient alors une croissance exponentielle de la population immigrée. C’est comme si l’on prophétisait à la fin du siècle la domination démographique de la Guyane sur la métropole, au motif que les Guyanaises ont 3,8 enfants en moyenne. D’où vient l’erreur ? Les amateurs de projection oublient d’introduire dans le calcul une tendance observée de longue date : la convergence des comportements de fécondité entre immigrées et natives au fil du temps. (…) En figeant le réel, [ces projections statiques] produisent un résultat irréel. Une minorité n’envahit pas la majorité sur la base de sa natalité. ».

La PMA n’est d’ailleurs pas le seul sujet pour lequel Jean-Marie Le Pen est opposé à sa fille. Le thème de l’euthanasie également pourrait les éloigner encore un peu plus…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Marie Le Pen.
Arme de dissuasion présidentielle.
Éric Zemmour.
La proportionnelle en 2021 ?
Vive la Cinquième République !
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Les Républicains et la tentation populiste.
Marine Le Pen piégée par des militaires apprentis sorciers.
La Vaine Le Pen.
Jean-Marie Le Pen a 90 ans.
Rassemblement oxymore.
La création de Debout la Patrie.
Le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen du 3 mai 2017.
Les nationautes de la Marine.
Marion Maréchal.
Patrick Buisson.
Florian Philippot.
Des sénateurs FN.
Nicolas Dupont-Aignan.
Ensemble pour sauver la République.
Choisis ton camp, camarade !
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210620-jean-marie-le-pen.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-marie-le-pen-le-surprenant-233657

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/06/11/39010716.html






 

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4 juin 2021 5 04 /06 /juin /2021 03:52

La question est importante et se formule simplement : si Marine Le Pen était élue Présidente de la République, arriverait-elle à faire élire une Assemblée Nationale avec une majorité de députés RN ? Ma réponse est d’évidence.




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Sa campagne est lancée. En déplacement dans le département de la Loire ce jeudi 3 juin 2021, Marine Le Pen a ouvertement commencé sa campagne …pour l’élection présidentielle de 2022. Certes, il y a des élections régionales dans quelques jours et elle voudrait y croire, surtout en PACA (mais pas seulement, en Occitanie aussi, par exemple), mais ces régionales, dans son esprit, ne sont qu’un tremplin pour la présidentielle. D’ailleurs, pour éviter tout accroc, elle s’est bien gardé de concourir cette fois-ci, laissant à d’autres le soin de risquer l’échec.

Soyons clairs : Marine Le Pen n’est pas plus compétente en 2021 qu’en 2017 pour assurer  le job de Président de la République. Elle n’a pas plus appris en économie, en finances publiques, en entreprises françaises, en droit européen… mais elle jouit d’un paysage politique dévasté par l’absence totale de leadership de ses concurrents de l’opposition. Elle a beau avoir eu des défections chez elle, par exemple, Florian Philippot, c’est bien la marque Le Pen qui fait vendre, et Bruno Mégret l’a compris à ses dépens, lui qui avait réussi à emporter plus de la moitié des cadres dirigeants du FN en décembre 1998 dans son putsch contre Jean-Marie Le Pen. Le résultat, ce fut …Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle en 2002 !

Cela me fait sourire d’entendre des responsables du parti socialiste dire que le Président Emmanuel Macron joue un jeu dangereux en voulant placer Marine Le Pen en face de lui lors du prochain scrutin présidentiel. Emmanuel Macron n’y est pour rien, pas plus qu’en 2017, que les autres soient plus nuls que lui. Il jouit, lui aussi, de ce paysage dévasté par un PS incapable de redevenir un parti de gouvernementaux. Les deux anciens grands partis risquent de ne se transformer qu’en partis d’élus locaux, et rappelez-vous que c’était aussi l’évolution de deux anciens grands partis, le parti radical et le parti communiste français.

Je comprends donc bien Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, tenter le 30 mai 2021 de rompre ce duel tant annoncé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Selon lui, si ce duel persévérait au second tour de l’élection présidentielle de 2022, ce serait Marine Le Pen qui gagnerait. Parce qu’il y aurait plus de rejet d’Emmanuel Macron que de Marine Le Pen.

J’approuve l’avertissement fait ici que la victoire de Marine Le Pen est possible. Il faut arrêter d’imaginer qu’une victoire soit impossible, et l’on a suffisamment démontré que ce que valaient les plafonds de verre tant professés : les Britanniques ne pouvaient pas voter pour le Brexit, les Américains ne pouvaient pas élire Donald Trump. Les Français ne pourraient-ils vraiment pas élire Marine Le Pen ? Je suis persuadé qu’il n’y a plus de rejet moral comme il pouvait y en avoir en 2002, mais rien n’empêche encore le rejet politique, comme ce fut le cas pour François Mitterrand en 1974 même si, finalement, il est parvenu à ses fins élyséennes sept années plus tard.

Je n’approuve pas cependant l’affirmation, qui ne peut être que péremptoire, de la certitude de la victoire de Marine Le Pen dans un tel duel. J’en conçois bien la raison politicienne mais en l’exprimant, cela aussi concourt à lui donner une stature présidentielle qu’elle n’a jamais eue et qu’elle n’aura jamais. Ce qui est certain, c’est que rien n’est joué et qu’une campagne électorale sert justement à cela, à faire bouger les lignes.

Certains ne savent que se coller aux sondages, et justement, les sondages sont hésitants, et montrent à l’évidence que tout est possible. Je pense que le rejet de Marine Le Pen reste plus grand que celui d’Emmanuel Macron qui, dans le dernier sondage IFOP, réussit quand même à convaincre 41% des sondés, ce qui est beaucoup plus, au même stade de son mandat, que Nicolas Sarkozy (21%) et François Hollande (16%), pour ces deux derniers chiffres, je les cite de mémoire avec une petite réserve.

L’histoire depuis les chocs pétroliers et la crise économique qui n’a jamais jugulé le chômage de masse depuis quarante-cinq ans, c’est qu’à l’exception notable de 2007, pas une majorité sortante n’a été reconduite dans le pays. Et pas un gouvernant n’a été confirmé par les électeurs. François Mitterrand et Jacques Chirac ne doivent leur réélection qu’au fait qu’ils étaient dans l’opposition au gouvernement, dans la situation particulière de cohabitation. Si Emmanuel Macron était réélu en 2022, ce serait alors un précédent historique. Être sortant devient plus un handicap qu’un atout dans notre monde des réseaux sociaux, des émotions, des réactions à l’emporte-pièce et des râleries.

Comme à chaque élection présidentielle, on peut d’ailleurs être sidéré par certaines motivations pour choisir tel candidat plutôt que tel autre. Ainsi, certains opposants à Marine Le Pen souhaitent malgré tout voter pour elle, pour qu’elle soit élue, qu’elle montre son incompétence, et qu’on solde définitivement l’hypothèse Le Pen. Stratégie de la terre brûlée qui n’a rien de constructif. C’est typiquement la réaction du type qui a le vertige et qui saute dans le vide. Tant qu’à faire, écartons-nous plutôt du précipice ! La France ne peut pas se permettre cinq ans d’incompétence dans un monde qui va si vite. On a vu ce que cela a donné sous François Hollande, tous les pays voisins ont prospéré pendant que nous, Français, sous prétexte idéologique et électoraliste, nous ruminions nos 30 milliards d’euros de hausse des impôts et taxes et notre incapacité à sortir de la stagnation économique.

Je conçois le mal être des crypto-gauchistes qui ont une haine morale contre Marine Le Pen et une haine idéologique contre Emmanuel Macron. Qui peut gagner dans ce dilemme, quelle haine peut submerger l’autre ? Alors, certains y vont avec leur bonne conscience. Enfoncer Emmanuel Macron, cela leur ferait trop plaisir, ce serait enfoncer le grand capital, les méchants patrons, les suppôts de l’impérialisme (américain), etc. Cela les soulagerait, à l’évidence, et puis, ils affirment ensuite qu’élire Marine Le Pen à l’Élysée ne fait rien risquer politiquement puisque tout se décide …au Parlement.

Sur l’idée générale, ils ont raison et la cohabitation a prouvé que c’était effectivement la majorité parlementaire à l’Assemblée Nationale qui dirigeait la politique de la nation, quel que fût le locataire de l’Élysée. Ce qui confirme que la Cinquième République est avant tout un régime parlementaire. Mais ils ont tort s’ils vont jusqu’au bout de leur pensée, à savoir que le Rassemblement national serait incapable d’obtenir une majorité à l’Assemblée Nationale.

Mon article ici veut plus se porter sur les institutions que sur la politique en elle-même.

Ceux qui pensent que l’élection de Marine Le Pen est impossible se trompent éperdument, mais faut-il vraiment argumenter : c’est surtout qu’ils n’ont rien compris au principe de la démocratie et du peuple, qui veut que rien n’est jamais joué d’avance dans une élection libre et sincère tant que les urnes ne sont pas closes.

Mais ceux qui pensent qu’en cas d’élection de Marine Le Pen, il lui serait impossible d’obtenir une majorité parlementaire RN, alors, à mon sens, ils se trompent encore plus, parce qu’ils n’ont rien compris à nos institutions. Mais vraiment rien.

Retournons en arrière. En 1981, François Mitterrand a été élu Président de la République. Bien que source de démocratie, l’alternance est une preuve de démocratie, comme on parle de preuve d’amour, cette élection était loin d’être pronostiquée à un moment où Michel Rocard était nettement plus apprécié et populaire et où la réélection de Valéry Giscard d’Estaing ne semblait pas engendrer le moindre doute, du moins chez le principal concerné.

La surprise ou l’émotion passées, sont arrivées des élections législatives anticipées. Avant l’élection présidentielle, la majorité sortante ne cessait de clamer l’impossibilité du candidat socialiste à obtenir une majorité socialiste. Pas de surprise sur la tenue de ces législatives, le candidat avait annoncé la couleur bien avant son élection qu’il dissoudrait l’Assemblée Nationale pour demander aux Français une nouvelle majorité. Démarche tout à fait logique qui a manqué tant à Valéry Giscard d’Estaing qu’à Jacques Chirac à leur propre élection en 1974 et en 1995 (si bien que l’idée de rouspéter contre une supposée inversion du calendrier électoral me fait sourire : un nouveau Président a forcément besoin d’une majorité à ses couleurs, même si la majorité sortante reste politiquement compatible avec le nouveau Président).

Les plus légitimistes étaient à l’époque les gaullistes : gros problème lorsqu’ils se sont retrouvés dans l’opposition. C’est peut-être cela qui a fait que le parti gaulliste est devenu un parti comme les autres, juste une écurie pour conquérir le pouvoir. En tout cas, j’avais des amis gaullistes, genre RPR droite musclée, qui, par légitimisme, ont voté aux élections législatives de juin 1981 pour le candidat du parti socialiste. Leur argument : il était normal que le nouveau Président de la République puisse gouverner, donc, il fallait lui apporter une majorité parlementaire conforme.

Cette abnégation dans le légitimisme devait finalement être rare (je ne crois pas qu’il y a eu une étude sur le sujet), mais en 2017, un tel légitimisme s’est plutôt traduit par l’abstention : j’ai perdu à l’élection présidentielle, je les laisse choisir leurs députés, car je ne suis plus dans la boucle. Cela peut être du légitimisme, de la bouderie, de la colère, de la tristesse mélancolique, qu’importe, Emmanuel Macron a eu une majorité absolue de députés LREM dont la plupart étaient complètement inconnus de leurs électeurs et du monde politique en général.

La preuve, c’est que la plupart des arguments des candidats aux législatives qui avaient perdu à l’élection présidentielle, c’était souvent ceux de la revanche, de l’équilibre, de la complémentarité, de l’opposition, mais aucun de ces arguments n’a porté véritablement. En tout cas, Emmanuel Macron a fait la démonstration que tout est possible avec nos institutions et a répondu à un vieil argument de 2007.

À cette époque, François Bayrou, le candidat centriste, était monté en mars 2007 jusqu’à 21% d’intentions de vote dans les sondages (il termina à 18,4%, c’était pas mal mais insuffisant pour aller au second tour). Il mettait surtout en péril la présence de Ségolène Royal au second tour en la talonnant. Ses concurrents l’ont donc noyé de son incapacité à gouverner, donc de l’inutilité à voter pour lui (remarquons que maintenant, on retourne l’argumentation en disant qu’on peut voter pour Marine Le Pen puisqu’elle ne pourrait pas faire de mal, même élue Présidente ; tout cela pour assouvir tranquillement sa rage et sa haine contre Emmanuel Macron).

Ainsi, le principal argument pour dégommer la candidature de François Bayrou, ce fut de dire qu’il serait incapable d’obtenir une majorité centriste à l’Assemblée Nationale. Du reste, François Bayrou avait confirmé cette idée lui-même lorsqu’en 2017, il disait qu’il était impossible qu’il fût désigné Premier Ministre car il ne représenterait qu’une faible partie de la majorité et jamais une forte. Dans ce concert d’hypocrisie bien comprise, seul, un homme avait à l’époque fait une déclaration dissonante, Jean-Luc Mélenchon, qui disait : si François Bayrou était élu Président, bien sûr que oui qu’il aurait une majorité à l’Assemblée. Tous les élus proches de l’UMP retourneraient leur veste pour donner des gages de loyauté au nouveau Président.

Si on regarde dans l’histoire complète de la Cinquième République, à quasiment aucune occasion un Président fraîchement élu ou réélu n’a pas pu obtenir de majorité parlementaire. J’ai écrit "quasiment" car en juin 1988, après la réélection de François Mitterrand, aucune majorité absolue n’a été élue. Mais ici, c’était peut-être voulu car François Mitterrand espérait ne plus avoir d’hégémonie du PS, dans la mesure où il ne le contrôlait plus. Le "quasiment" peut être supprimé si je reformule ainsi : à aucun moment, un Président fraîchement élu ou réélu n’a pas pu obtenir la majorité parlementaire de ses vœux à l’Assemblée Nationale, et dans le cas de 1988, le vœu présidentiel, c’était de ne pas dégager de majorité absolue clairement délimitée.

Dans ce que je viens d’écrire, il y a une partie floue : j’écris parfois "majorité" et parfois "majorité absolue". La majorité absolue est sans doute la configuration la plus aisée, la plus confortable, la plus stable d’un gouvernement. Mais la Cinquième République est bien plus subtile que les précédents : la majorité relative suffit à gouverner. Pourquoi ? Parce que l’important, ce n’est pas d’avoir une majorité absolue de députés prêts à faire confiance au gouvernement, l’important, c’est dans le système à l’envers, qu’il n’y ait pas une majorité absolue de députés prêts à défier le gouvernement, prêts à proposer une autre possibilité de gouvernement. Contrairement au régime des partis, cette notion de motion de censure qui nécessitait de bâtir une majorité absolue autre a rendu très stables les gouvernements depuis 1959. S’il y a une instabilité, elle n’est ni politique ni électorale, mais selon le bon caprice du prince.

Donc, pour gouverner, Marine Le Pen n’a pas besoin d’une majorité absolue RN, elle a juste besoin d’une majorité relative RN. C’est-à-dire que ne se forme pas, contre elle, d’autre majorité. Je ne dis pas que c’est impossible, mais que c’est oublier la logique électorale de nos institutions : l’élection de Marine Le Pen, malgré ce qu’elle représente, ferait lever un vent d’espoir que beaucoup ressentiront avec un peu de retard à l’allumage. Et ils rejoindraient imprudemment les nouveaux vainqueurs.

Au-delà des inévitables transfuges, et on voit que Les Républicains se posent la question publiquement sur son éventuelle lepenocompatibilité, il y aurait inévitablement des centaines de nouveaux députés RN élus. Comme ce fut le cas en juin 2017 avec le parti LREM, un parti qui existait seulement depuis quatorze mois.

Alors, méfiez-vous des stratégies à la mords-moi-le-nœud, Si Marine Le Pen était élue Présidente, rien ne s’opposerait à l’élection d’une majorité RN à l’Assemblée Nationale, et rien ne s’opposerait à ce qu’elle puisse, juridiquement, gouverner sans partage pendant cinq ans. C’est pourquoi avant d’être naïf et bisounours, il faut bien réfléchir à cette logique majoritaire de la Cinquième République : elle est implacable, et fonctionne dans tous les types d’alternance…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 juin 2021)
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Pour aller plus loin :
La proportionnelle en 2021 ?
Vive la Cinquième République !
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Les Républicains et la tentation populiste.
Marine Le Pen piégée par des militaires apprentis sorciers.
La Vaine Le Pen.
Jean-Marie Le Pen.
Rassemblement oxymore.
La création de Debout la Patrie.
Le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen du 3 mai 2017.
Les nationautes de la Marine.
Marion Maréchal.
Patrick Buisson.
Florian Philippot.
Des sénateurs FN.
Nicolas Dupont-Aignan.
Ensemble pour sauver la République.
Choisis ton camp, camarade !
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210603-marine-le-pen.html

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 15:14

« Je vous invite à vous joindre à notre action pour prendre part à la bataille qui s’ouvre, qui est une bataille certes politique et pacifique, mais qui est avant tout la bataille de la France. » (Marine Le Pen, le 23 avril 2021 dans "Valeurs actuelles").



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Le ridicule ne tue plus ; c’est heureux, il y a déjà trop de décès covid. Des militaires (en charentaises) ont publié une tribune dans "Valeurs actuelles" le 21 avril 2021 et dans une lettre à ces militaires, publiée dans le même journal le 23 avril 2021, la présidente du Rassemblement national (ex-Front national) et par ailleurs candidate à l’élection présidentielle de 2022, Marine Le Pen, non seulement a voulu les soutenir, mais aussi les appeler à venir la rejoindre dans sa campagne électorale.

Tout le long travail fait depuis dix ans, depuis qu’elle est présidente du parti fondé par son père, très difficile en raison de ce rassemblement des extrémismes de tous poils, pour tenter de démontrer que le RN est un parti de gouvernement comme un autre, vient de s’écrouler en quelques heures par une réaction un peu trop précipitée de Marine Le Pen. En somme, le naturel revient toujours au galop et c’est tellement gros qu’on pourrait même se demander si ce n’était pas un piège spécialement réalisé pour qu’elle y tombe. À complotiste, complotiste et demi.

Le spectre de l’OAS, voire celui du général Boulanger pour ceux qui ont des références historiques un peu plus lointaines (un indice : dans les deux cas, ça a mal fini), reviennent au galop lui disputer son républicanisme. Elle aura donc intérêt à travailler ce sujet, pourtant, en principe, qui est un sujet régalien où elle devrait être à l’aise, si elle veut montrer sa crédibilité et sa stature de femme d’État, sinon sa légitimité.

Dans cette "affaire" de la tribune des militaires, il y a donc deux sujets, la tribune elle-même, et la réaction de Marine Le Pen, qui, comme un ramasse-miettes, cherche à récupérer tout ce qui ne récure pas le pouvoir en place. Et pour chacun d’eux, il y a la forme et le fond.

Reprenons d’abord la tribune des militaires.

De deux choses l’une : ou il s’agit de militaires à la retraite, et après tout, ils font ce qu’ils veulent, beaucoup, dans le passé, ont même fait de la politique (le général Philippe Morillon, par exemple, mais il y a plein d’autres exemples), ou de militaires qui sont toujours en service actif ou réservistes, et là, excusez de l’expression, ça craint ! L’armée doit être neutre et impartiale et ne peut pas prendre position pour un camp ou un autre.

Du reste, parmi les signataires, il peut y avoir les deux, des à la retraites et des actifs. J’ai même vu parmi les signataires un scientifique du contingent, non gradé. Je comprends et approuve la Ministre des Armées Florence Parly lorsqu’elle envisage le cas échéant de sanctionner les signataires militaires. Le devoir de réserve est l’une des conditions majeures de notre paix républicaine, on le voit dans trop de pays dont on peut croire (à tort ou à raison) qu’ils ont une maturité politique moins développée que chez nous. L’armée n’a pas un rôle politique, ne doit pas avoir un rôle politique, ne devrait jamais avoir un rôle politique, et ne doit être qu’un bras au service du pouvoir politique, lui-même légitime car représentant démocratique du peuple français selon les conditions de notre Constitution (que ceux qui votent acceptent).

En clair, il y a, dans cette démarche de militaires aigris et réactionnaires, une motivation qui est assez nauséeuse, celle de vouloir imposer leurs idées à un pouvoir politique, faire pression, alors que les institutions disent exactement le contraire : l’armée obéit, et le pouvoir politique décide. On peut être d’accord ou pas d’accord avec la politique menée, mais en tant que citoyen, pas en tant que militaire. La fonction même de militaire impose qu’on se taise. En revanche, on peut parler en tant que citoyen et nul n’est exclu. Il est donc notable que cette tribune soit rédigée (laborieusement) au nom de militaires, ès qualités, et c’est donc normal qu’ils aient des comptes à rendre avec l’État, et donc, aux citoyens eux-mêmes.

En ce sens, on ne peut que douter de leur esprit patriotique, d’autant plus qu’ils décrivent une situation de quasi-guerre : en telles circonstances, on ne met jamais en doute le pouvoir politique et l’on fait tout pour que sa patrie progresse. Leur initiative est donc bien un acte antipatriotique, comme d’ailleurs tout propos visant à faire du France bashing (allez, traduisons : du cassage de la France) à longueur de journées. Ceux qui passent leur temps à dénigrer leur pays, à dire que la France est mauvaise, nulle, dirigée par des ploucs élus par un peuple forcément stupide, je doute qu’ils aiment la France, je crois même qu’ils aiment ses ennemis, si ennemis ou au moins concurrents il y a. Au moins, cela ne trompe personne, et c’est clair.

Le contexte est en plus mal venu : juste avant un attentat islamiste qui, apparemment, ce sera l’enquête qui le dira, aurait été difficile d’être évité, sans faire de la surveillance généralisée de tous les faits et gestes de tous les citoyens : car malheureusement, il n’était écrit sur nul front que cette personne-là serait un futur terroriste et que celle-ci non, ce serait un doux qui ne ferait jamais de mal à personne, comme, heureusement, la très large majorité du peuple. La seule solution pour prévenir à 100% tout acte d’attentat, c’est de surveiller en direct tout le monde et de jeter des soupçons sur tout le monde (j’imagine la pauvre "ménagère" voulant remplacer son couteau de cuisine, je dis "ménagère", mais je pourrais dire "ménager"). Et encore, ce ne serait pas efficace à 100%.

Il faut être cohérent : on ne peut pas critiquer le gouvernement d’installer une dictature (les 300 à 400 décès par jour seraient-ils mieux qu’une dictature ?), et le critiquer de ne pas avoir su prévenir un attentat (parmi des dizaines qui ont pu être évités). Sans parler de la macabre comptabilité des morts qui montrent à l’évidence que le coronavirus SARS-CoV-2 est nettement plus mortel que le terrorisme islamiste (qu’il s’agit bien sûr de combattre le plus possible).

Le fond de la tribune ? Puant, nécessairement, puisque la forme l’est déjà. Ils parlent de la France, mais à aucun moment, ils ne parlent de République. Donc, le message est déjà très clair, on se moque de la République. Ce n’est pas ce qui les motive.

Ce qui les motive, c’est une angoisse et une peur indiscutables, très relayées dans les médias et surtout, légitimes : oui, notre société est une société de violence, cette violence est parfois incompréhensible (à quoi cela sert-il de vouloir tuer des infidèles dans un pays d’infidèles et se faire ensuite tuer ?), cette incompréhension renforce la peur et le ressentiment, la colère, mais le problème, c’est de savoir cibler au bon endroit. Les étrangers ? La majorité des auteurs d’attentats terroristes étaient de nationalité française (pas tous, mais la majorité). La radicalisation n’est pas seulement un phénomène externe, il est aussi interne, et même endémique.

Oui, il faut réagir face à des débordements intellectuels et militants qui mettent à mal l’unité française, qui délégitiment son histoire séculaire, qui rajoutent de la division là où il faudrait au contraire plus de cohésion et de rassemblement.

Mais certainement pas réagir comme le font ces militaires désaxés qui montrent surtout leur extrémisme. Il suffit de lire certaines expressions que Marine Le Pen avait pourtant scrupuleusement voulu désormais exclure de son vocabulaire : « l’islamisme et les hordes de banlieue ». Là, on est loin du Kärcher qui deviendrait un doux mot de gauche.

La tribune parle aussi de « manifestations où le pouvoir utilise les forces de l’ordre comme agents supplétifs et boucs émissaires face à des Français en gilets jaunes expriment leurs désespoirs ». Je recommande à ceux qui lisent ces mots de revoir la connotation du mot "supplétifs" et ce qu’il recouvre. La tribune tend aussi à légitimer l’extrême violence de certains gilets jaunes et les dégradations qu’ils ont commises alors que les mêmes auteurs veulent lutter contre tous ceux qui dégradent la France et ses symboles (celui de l’Arc de Triomphe et de la tombe du Soldat inconnu en est un exemple).

La phrase suivante est typiquement du populisme à bons comptes et de la basse récupération qui font honte aux familles des victimes : « Les périls montent, la violence s’accroît de jour en jour. Qui aurait prédit il y a dix ans qu’un professeur serait un jour décapité à la sortie de son collège ? ». Mais ils oublient aussi les dessinateurs de "Charlie Hebdo" qui ont été massacrés en 2015. Et les si jeunes enfants massacrés par Merah en 2012 ? Et Georges Besse ? Et le juge Michel ? Et cet héros des temps modernes ?

Les auteurs de la tribune disent qu’ils ne peuvent plus rester en « spectateurs passifs » : c’est seulement maintenant qu’ils se réveillent ?! Et la première phrase, lisez les débats parlementaires, les discours de l’époque, on aurait peu le dire dans les années 1970, et même dans les années 1910 ! La sécurité, c’est une récurrence en politique, parce qu’il y aura toujours des hors-la-loi, plus ou moins cruels, souvent plus que moins, il y aura toujours de la récupération sécuritaire, mais c’est inhérent à un État libre, à une République de liberté : si les citoyens sont libres, ils ont les moyens d’être hors-la-loi. Les meilleures situations de sécurité sont dans des États totalitaires où tout est contrôlé, tout est sous contrôle… et même avec ce contrôle et cette surveillance permanente, cela ne suffit pas (voir certains attentats islamistes en Chine).

Autre mot à connotation nauséabonde : « trouver le courage nécessaire à l’éradication de ces dangers ». "Éradiquer" fait tout de suite référence aux rats et aux parasites, or, ce qui est extrêmement déstabilisant, c’est que ceux qui commettent d’odieux attentats, ceux qui bafouent la phrase par leur idéologie tout aussi nauséabonde, ils sont des humains comme les autres, comme les honnêtes gens, ce ne sont pas des rats. C’est là le problème.

Il faudra du reste que les athées et agnostiques voient d’où viennent les signataires de la tribune, puisqu’ils citent clairement le cardinal belge Désiré-Joseph Mercier, contre qui je n’ai rien (au contraire) mais qui montre qu’ils font explicitement référence au catholicisme, et probablement eux-mêmes revendiquent un certain type de catholicisme, plus proche de celui de Philippe de Villiers que du cardinal Decourtray. Ce ne vous met pas la puce à l’oreille : aucune référence à la République, référence au catholicisme ? Oui, on est projeté, avec ce type de discours, directement relié à l’époque de l’ordre moral et d’Albert de Broglie… très loin d’être une période de concorde nationale.

Le pire est pour la fin. Après un soutien à la « sauvegarde de la nation » (je conseille de revoir l’excellent film d’Henri Verneuil, "Le Président", avec Jean Gabin qui dit à un moment donné que pour faire des magouilles, il y a toujours un intérêt supérieur de l’État évoqué), il y a carrément un appel explicite (bien que mal écrit) à la sédition, une vraie menace séditieuse, un véritable chantage qui rappelle le printemps 1958 ou même 1961 : « Par contre, si rien n’est entrepris, le laxisme continuera à se répandre inexorablement dans la société, provoquant au final une explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national. ». Rien que cela !

Le pire, c’est que sur la forme, il place donc le Président de la République élu par plus de 20,7 millions de Français (et eux, que représentent-ils ?), Emmanuel Macron dans la même situation que De Gaulle le 23 avril 1961 avec le « quarteron de généraux en retraite ».

En clair, si vous n’agissez pas (le "vous" ici est compris comme le pouvoir politique), nous agirons nous-mêmes (le "nous" : les militaires signataires de la tribune qui ne représentent qu’eux-mêmes), outrepassant ainsi leur simple place de soldats. Remarquez d’ailleurs dans l’utilisation des mots d’autres connotations : le laxisme dans la société, c’était l’un des thèmes favoris de Pétain sous son régime (les Français se sont relâchés, il était temps que j’arrive), et évidemment "civilisation", qui reprend les thèmes complotistes assez classiques (notre civilisation est en danger).

Enfin, si ces militaires croient efficace d’évoquer leur statut militaire comme argument d’autorité, je pense que c’est une erreur de discernement très forte. Je n’étais pas favorable à la suppression du service militaire pour un certain nombre de raisons, mais sa suppression était cependant compréhensible puisqu’il coûtait très cher et qu’il ne participait pas beaucoup à la défense nationale, dans les faits. Mais cela signifie qu’aujourd’hui, beaucoup de générations ne savent même pas ce qu’est l’armée, ce que signifie être militaire, ce que signifie être courageux et brave (beaucoup de nos soldats sont morts en opérations extérieures), et que l’armée, tout comme l’Église, n’est certainement pas une institution qui convaincra une grande partie du peuple, notamment chez les plus jeunes.

Bref, qu’ils soient sanctionnés ou pas, sanctionnables ou pas (je m’en moque un peu), cette tribune, en elle-même, ne représente rien de plus qu’une tribune d’individus qui, en tant que citoyens (et pas que militaires), ont le droit de s’exprimer puisque la démocratie et la liberté d’expression s’appliquent à tous, y compris ceux qui voudraient voir l’armée jouer un rôle politique anticonstitutionnel.

Ce qui est plus grave, c’est la réaction de complicité de Marine Le Pen qui est tombée dans un piège pourtant très gros, énorme, à croire qu’elle le fait exprès et ne veut surtout pas être élue. Elle voulait être respectable et avoir des idées respectables et là, elle va devoir ramer à nouveau avant de retrouver cette crédibilité, avant de retrouver la crédulité de ses électeurs potentiels. Dans sa réaction précipitée (après tout, une voix est une voix), elle a parlé de son « objectif d’un gouvernement d’union nationale ». C’est mal barré si elle s’accoquine avec des apprentis sorciers de la sédition au discours issu de régurgitations extrémistes et complotistes.

Elle ose écrire : « Vous mettez assez directement en cause nos dirigeants dont vous ciblez, très légitimement, la responsabilité en les appelant à retrouver la lucidité d’agir et même, dites-vous, "la voie de l’honneur". ». Rappelons ainsi à Madame Le Pen que la lucidité d’agir et la voie de l’honneur, elles seront jugées aux élections, de manière démocratique, par le peuple français, et certainement pars par quelques militaires à la retraite. Ce que, du reste, elle dit par la suite : « [L’expression d’une indignation] exige en démocratie, la recherche d’une solution politique qui doit se concrétiser par un projet d’alternance qui a vocation à être validé par le suffrage des Français. ». Incohérence dans le même texte, dans cette lettre d’égarement.

Malheur à ceux qui lisent dans cette médiocre tribune une véritable menace de coup d’État (on se dirait qu’ils n’en auraient pas les moyens), ils seront alors considérés comme des suppôts au grand méchant Macron et comme des gauchistes, voire des islamogauchistes, et puisqu’on y est, des racialistes, des indigénistes, des décolonialistes, et quoi encore ? Dans leur esprit simplificateur, gangrené par le nationalisme laineux sinon haineux, ne pas penser comme eux, c’est être gauchiste. Cela donne une idée de leur positionnement réel sur l’échiquier politique, qu’ils se gardent bien de dévoiler. La gauche et la droite, tout est une question de relativité. Pas étonnant de voir la présidente du RN rappliquer.

Que Marine Le Pen trouve légitime (le mot est fort) que des militaires quittent leur rôle et fassent pression au Président de la République et au gouvernement de la République pour déterminer la politique de la nation va lui rester comme une casserole que ne manqueront pas de lui rappeler ses futurs adversaires.

J’invite Marine Le Pen à relire la Constitution de la Cinquième République. Après tout, pour une personne qui souhaiterait devenir Président de la République, plus sérieusement qu’un clown de cirque aux grandes chaussures rouges, cela pourrait lui être utile. Par exemple, l’article 15 de la Constitution : « Le Président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la défense nationale. ». Tiens, cela répond aussi aux critiques contre les conseils de défense qu’Emmanuel Macron réunit régulièrement pour prendre ses décisions sanitaires : c’est constitutionnel. On peut aussi rester dans le collectif et prendre l’article 20 : « Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Il dispose de l’administration et de la force armée. ». Ou enfin l’article 21 : « Le Premier Ministre dirige l’action du gouvernement. Il est responsable de la défense nationale. (…) Il nomme aux emplois civils et militaires. », pour cette dernière attribution, il le fait en accord avec le Président de la République et sous réserve de lois organiques les y autorisant.

Au moins, tout est clair, à côté du vernis de la respectabilité, Marine Le Pen ne peut s’empêcher de revenir aux vieux démons de son vieux parti, né dans les méandres graisseux de l’Algérie française. Les Français d’aujourd’hui jugeront. Et jugeront sévèrement.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 avril 2021)
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Pour aller plus loin :
Marine Le Pen piégée par des militaires apprentis sorciers.
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Jean-Marie Le Pen.
Rassemblement oxymore.
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Le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen du 3 mai 2017.
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Des sénateurs FN.
Nicolas Dupont-Aignan.
Ensemble pour sauver la République.
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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 19:32

« La cote d’alerte est atteinte. Il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. » (Georges Marchais, le 6 janvier 1981).



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Le regard féroce, le rire carnassier, la voix grave du sergent-chef, Georges Marchais, qui est né il y a 100 ans, le 7 juin 1920, était l’un des personnages les plus importants de la vie politique française des années 1970 et 1980. Les moins de 45 ans ne l’auront pas vraiment connu et, on s’en étonnera, en bien ou en mal, selon les cas, il n’a pas eu la postérité que le temps d’occupation d’antenne et d’articles dans les journaux laissait prévoir.

Grande gueule, je l’avais évoquée à propos d’un documentaire portrait très intéressant diffusé à la télévision française le 1er mai 2008. Georges Marchais faisait partie de cette fameuse "bande des quatre" tant décriée par Jean-Marie Le Pen, qui s’y sentait exclu, bande des quatre avec François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac : PCF, PS, UDF, RPR. Finalement, dès le milieu des années 1980, Jean-Marie Le Pen a repris le rôle de la grande gueule médiatique à au chef d’un parti communiste en voie de disparition (en fait, le PCF existe toujours en 2020, avec un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale et un au Sénat, mais sans doute comme bientôt le PS, il suit la voie du très imposant Parti radical de la Troisième République).

Georges Marchais avait donc 20 ans en 1940, mais, contrairement à certains illustres résistants de son âge, l’ouvrier a travaillé jusqu’à aller à Augsbourg dans les usines de Messerschmitt. La polémique court toujours pour savoir s’il a été contraint et forcé ou s’il était volontaire, et finalement, qu’importe car le résultat est bien le même, il a travaillé pour une usine allemande en pleine guerre, et surtout, il n’a pas résisté. Très loin de suivre l’exemple de Jacques Duclos, son modèle était plutôt le stalinien Maurice Thorez (1900-1964). C’est grâce à lui que, permanent de la CGT, il a grimpé rapidement dans l’appareil du PCF, d’autant plus vite que Maurice Thorez s’est dépêché de purger la vieille garde avant d’être purgé lui-même avec le vent de rénovation khrouchtchevienne.

Bombardé en 1961 secrétaire à l’organisation, il a commencé à avoir une influence interne décisive au sein du PCF. Georges Marchais était le bras droit de Maurice Thorez pour veiller au maintien des "orthodoxes" contre les "rénovateurs". La santé très faible du secrétaire général en titre du PCF, Waldeck Rochet (1905-1983) a fait que Georges Marchais a dirigé ce parti du 9 juin 1969 au 29 janvier 1994 (officiellement secrétaire général adjoint le 8 février 1970 et secrétaire général le 17 décembre 1972). Il y a eu une rivalité interne entre lui et Roland Leroy pour prendre la succession de Waldeck Rochet. Gaston Plissonnier fut l’un des partisans internes les plus efficaces de Georges Marchais.

Pas encore à la tête du PCF, Georges Marchais a écrit une tribune mémorable dans le journal "L’Humanité" du 3 mai 1968 pour s’en prendre aux mouvements gauchistes et trotskistes, ainsi qu’à "l’anarchiste allemand" Daniel Cohn-Bendit : « Comme toujours lorsque progresse l’union des forces ouvrières et démocratiques, les groupuscules gauchistes s’agitent dans tous les milieux. Ils sont particulièrement actifs parmi les étudiants. (…) Non satisfaits de l’agitation qu’ils mènent dans les milieux étudiants, agitation qui va l’encontre des intérêts de la masse des étudiants et favorise les provocations fascistes, voilà que ces pseudo-révolutionnaires émettent maintenant la prétention de donner des leçons au mouvement ouvrier. (…) Ces faux révolutionnaires doivent être énergiquement démasqués car, objectivement, ils servent les intérêts du pouvoir gaulliste et des grands monopoles capitalistes. ».

Dans cette diatribe, ce qui est "mignon", c’est l’association récurrente entre le pouvoir en place et l’intérêt des "capitalistes". Or, à cette époque, le pouvoir, c’était De Gaulle. Avec Emmanuel Macron, cela n’a pas vraiment changé, sans beaucoup plus d’effet d’ailleurs, à cela près que certains qui continuent dans l’anticapitalisme osent aujourd’hui se réclamer de …De Gaulle et du gaullisme ! Mémoire courte, allez comprendre !…

Georges Marchais a eu une carrière électorale dans le Val-de-Marne, élu député de Créteil puis de Villejuif de mars 1973 jusqu’à la dissolution du 21 avril 1997. Il fut également élu député européen de juin 1979 à juin 1989. Mais bien entendu, l’épopée médiatique de Georges Marchais n’avait rien d’une trajectoire parlementaire, elle était celle d’un présidentiable qui, auparavant, était le partenaire privilégié d’un ancien décoré de la francisque…

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En effet, le programme commun d’union de la gauche a été négocié puis adopté le 27 juin 1972 et signé le 12 juillet 1972 à l’hôtel Continental par trois chefs de parti : François Mitterrand, devenu premier secrétaire du PS en 1971, Robert Fabre, président du Mouvement des radicaux de gauche (MRG), parti minoritaire du parti radical acceptant l’alliance avec les communistes, et enfin, Georges Marchais, secrétaire général du PCF, qui, à l’époque, était le parti, de ces trois partis, le plus fort électoralement puisque la dernière consultation électorale nationale fut le premier tour de l’élection présidentielle du 1er juin 1969 avec le candidat communiste placé en troisième position avec 21,3% des voix (derrière Georges Pompidou et Alain Poher).

Les élections législatives de mars 1973 furent les premières élections nationales d’après la signature de l’union de la gauche (et aussi d’après la désignation officielle de Georges Marchais à la tête du PCF). La mousse médiatique avait tellement pris que l’hypothèse d’une victoire de la gauche était dans tous les esprits. Il était alors question de laisser le Président. François Mitterrand a effectivement lancé : « Pompidou, on le gardera. ». Et dans sa conférence de presse du 11 janvier 1973, Georges Marchais a confirmé, mi-agacé mi-amusé : « Ben quoi, ce sont des élections législatives, et pas des élections présidentielles ! ».

Dans ses "Cahiers secrets", la journaliste Michèle Cotta a confié qu’elle s’était amusée avec Maurice Faure (radical de gauche) le 18 janvier 1973 sur la composition du gouvernement en cas de victoire de l’union de la gauche. Il n’y a évidemment rien d’officiel, juste les idées des deux joueurs, mais cela pouvait donner l’état d’esprit des rapports de force entre les différentes personnalités de gauche : « Mitterrand, bien sûr, est à Matignon. Nous nommons deux ministres d’État : Guy Mollet (Justice) et Georges Marchais. [Maurice] Faure parle de Duclos comme troisième. Je le récuse : trop vieux. Gaston Defferre, nous le mettons aux Finances, Robert Fabre à l’Intérieur, Roland Leroy à l’Éducation nationale, un communiste à l’Équipement, Robert Pontillon secrétaire d’État aux Affaires étrangères, et Pierre Mauroy à la Défense. Jean-Pierre Chevènement, Pierre Joxe et Claude Estier sont secrétaire d’État. ».

Au premier tour du 3 mars 1973, les communistes ont gardé leur avance sur les socialistes, avec respectivement 21,3% des voix (celles de Jacques Duclos) et 18,9%, mais ont perdu du terrain au second tour en sièges, avec 73 députés communistes, 89 députés socialistes et 12 députés radicaux de gauche. Ce n’était pas encore très clair, mais le PS reprenait de l’avance sur le PCF, ce qui était le début d’une tendance historique durable et irréversible.

Finalement, à l’issue du second tour du 11 mars 1973, malgré une perte de 101 sièges (de la chambre introuvable de l’après-mai 68), la majorité gaullo-centriste a conservé la majorité absolue avec 281 sièges sur 488. Le Premier Ministre sortant Pierre Messmer fut reconduit à Matignon pour former son deuxième gouvernement le 2 avril 1973. Le candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle de 1974, François Mitterrand, a échoué, mais le résultat était très serré puisque cela s’est joué à moins de 400 000 voix près en faveur de Valéry Giscard d’Estaing (50,81%) au second tour du 19 mai 1974.

Après la victoire de l’union de la gauche aux élections municipales de mars 1977, on pouvait imaginer que les élections législatives suivantes, en mars 1978, allaient donner un avantage à cette dynamique politique encore inédite sous la Cinquième République, au point que, dans son discours à Verdun-sur-le-Doubs le 27 janvier 1978, le Président Valéry Giscard d’Estaing a envisagé l’éventualité de la défaite et son acceptation d’une cohabitation, lui-même s’exilant au château de Rambouillet pour laisser le gouvernement gouverner : « Vous pouvez choisir l’application du programme commun. C’est votre droit. Mais si vous le choisissez, il sera appliqué. Ne croyez pas que le Président de la République ait, dans la Constitution, les moyens de s’y opposer. J’aurais manqué à mon devoir si je ne vous avais pas mis en garde. ».

La perspective d’une victoire de la gauche était donc très forte. Mais six mois avant le scrutin, coup de théâtre : le PS et le PCF ne se sont pas mis d’accord sur la "réactualisation" du programme commun (qui datait de 1972). Et un point d’achoppement essentiel fut la dissuasion nucléaire. Le PS n’avait alors pas de doctrine sur le sujet alors que les sondages le donnaient gagnant en mars 1978. François Mitterrand a tenté timidement de proposer un référendum sur la question le 26 juillet 1977, et le lendemain, au journal télévisé de 13 heures sur TF1, il a mis en doute la dissuasion nucléaire. Or, le PCF avait évolué sur la question avec le rapport Kanapa qui, en mai 1977, soutenait la force de dissuasion.

En écoutant François Mitterrand parler à la télévision, Georges Marchais, qui était en vacances en Corse avec sa famille, fut surpris et furieux par ces propos. Le leader communiste a contre-attaqué dans le journal d’Antenne 2 le 28 juillet 1977 : « On ne peut pas s’en remettre à un référendum pour résoudre le problème de la défense… La force de frappe française doit être indépendante. ».

Ce ne fut que le 21 janvier 1980, alors qu’il allait se présenter à l’élection présidentielle de 1981, que Georges Marchais avait donné sa version de cette rupture durant l’été 1977. Il a en effet déclaré sur le plateau de "Cartes sur table", la célèbre émission politique de Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel : « Quand j’ai entendu François Mitterrand refuser de s’engager sur l’existence d’une défense nationale indépendante, j’ai dit à ma femme : "François Mitterrand a décidé d’abandonner le programme commun de la gauche ! Fais les valises, on rentre à Paris ! ».

Concrètement, ils sont retournés à Paris trois jours plus tard, et Georges Marchais devait de toute façon assister à un bureau politique le 3 août 1977. Par ailleurs, la rupture de l’union de la gauche a eu lieu en septembre 1977.

Cette phrase (considérée comme misogyne jusque dans la rédaction de "L’Humanité" qui changea la phrase en "On fait les valises et on rentre à Paris") a été une pépite des imitateurs, notamment de Thierry Le Luron en y ajoutant le prénom de la femme : "Liliane, fais les valises, on rentre à Paris !".

Liliane, née Grelot, épouse Garcia puis Marchais, était, depuis février 1977, la seconde épouse de Georges Marchais. Elle est morte récemment du covid-19, le 9 avril 2020 à l’âge de 84 ans (née le 24 août 1935). Elle était loin d’être la femme soumise à son mari comme la phrase impérative semblait la décrire. Au contraire, elle fut une responsable et militante communiste très active (c’est par ce militantisme qu’ils se sont rencontrés). Elle fut la dirigeante de la puissante fédération du PCF du Val-de-Marne de 1961 à 1976.

Le 11 avril 2020, Emmanuel Macron a rendu hommage à Liliane Marchais ainsi : « Son nom ne doit pas nous tromper : elle était une femme politique bien avant, puis tout autant, que la femme d’un homme politique. (…) Loin d’être une épouse aux ordres, elle avait d’ailleurs dit à son mari qu’il les ferait lui-même désormais, ses valises, Liliane Marchais avait ses propres opinions sur tout : militante de toujours, elle s’était engagée en politique bien avant de rencontrer Georges Marchais, donc, et elle s’était battue pour la place des femmes dans la société en général, et pour leur place en politique tout particulièrement. ».

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Il faut ajouter, pour compléter le tableau, que Georges Marchais, loin d’être un père ou un mari inaccessible à causse de ses activités nationales, a vécu une vie familiale paisible (bien que multi-recomposée) dans son pavillon de Champigny-sur-Marne, s’occupant beaucoup de l’éducation du fils du couple.

Revenons aux élections législatives de mars 1978 : finalement, la gauche a encore échoué, de très près. Au premier tour le 12 mars 1978, les candidats de la majorité présidentielle ont totalisé 46,5% des voix et ceux de la gauche 45,2%, un très faible écart. En voix, le PS était à 22,8%, devant le PCF à 20,6%. Au second tour du 19 mars 1978, malgré quelques pertes de siège, la majorité UDF-RPR a préservé 287 sièges sur 491, reconduisant Raymond Barre à Matignon.

La différence avec 1973, c’était que la gauche était en processus de rupture et pas d’union. À l’intérieur du PS, Michel Rocard a pris beaucoup d’importance sur François Mitterrand (même si le congrès de Metz en avril 1979 l’a remis à sa place),  et le PCF était décidé à faire cavalier seul aux prochaines échéances, avec quelques déclarations qui ont marqué la postérité de Georges Marchais.

Ainsi, dans "L’Humanité" du 13 février 1979, Georges Marchais a parlé d’un « bilan globalement positif en URSS », une expression malheureuse qui lui resta collé comme le sparadrap du capitaine Haddock, surtout après l’invasion de l’URSS en Afghanistan qu’il a approuvée en décembre 1979.

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Tête de la liste du PCF aux premières élections européennes du 10 juin 1979, Georges Marchais s’est retrouvée en troisième position avec 20,5%, derrière la liste socialiste menée par François Mitterrand avec 23,5%. Cette nouvelle confirmation de la plus grande importance du PS sur le PCF (en 1978 et en 1979) a sans doute eu un effet à l’élection présidentielle de 1981, celui de rassurer des électeurs modérés qui craignaient que François Mitterrand fût l’otage des communistes. Or, ce ne fut pas le cas, car le PCF commençait son lent déclin.

Georges Marchais fut donc candidat à l’élection présidentielle de 1981, et avec sa gouaille, sa candidature fit le bonheur des humoristes et imitateurs. Il est d’ailleurs très intéressant de revoir ses prises de positions durant cette campagne présidentielle, car elles furent parfois reprises par …Jean-Marie Le Pen, si bien qu’il ne fallait pas s’étonner que le Front national s’accaparât plus tard des voix des ouvriers aux dépens du PCF.

Ainsi, Georges Marchais s’est exprimé sur l’immigration dans "L’Humanité" du 6 janvier 1981 : « En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. La cote d’alerte est atteinte. Il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Se trouvent entassées dans des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. ». Le populaire est devenu populiste.

Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle du 26 avril 1981 a été terrible pour Georges Marchais, relégué en quatrième position de la "bande des quatre", avec 15,3% des voix (Jacques Chirac, qui était parti de très bas dans cette compétition, l’a doublé à 18,0%). Mais le pire pour lui, ce fut le 10 mai 1981 avec l’élection de François Mitterrand. La gauche devenait majoritaire mais les socialistes avaient seuls tous les leviers. Les communistes, revenus au gouvernement avec ses quatre ministres nommés le 23 juin 1981, Charles Fiterman, Jack Ralite, Marcel Rigout et Anicet Le Pors (présentés à l’Élysée lors du conseil des ministres du 25 juin 1981, le même jour que la venue du Vice-Président américain Georges HW Bush), sont devenus des supplétifs des socialistes au gouvernement : de juin 1981 à juillet 1984 et de juin 1997 à mai 2002.

La suite ne fut qu’une lente descente électorale, érosion, effritement, avec le point de singularité aux élections européennes du 17 juin 1984, premier scrutin national depuis les élections de 1981. Georges Marchais était encore la tête de la liste du PCF et a obtenu 11,2% des voix, certes en troisième position (grâce à la grande liste d’union UDF-RPR menée par Simone Veil qui a obtenu 43,1% !), mais il fut talonné de très près par la liste du FN menée par Jean-Marie Le Pen qui a atteint 11,0%. Le pari de ce dernier était gagné, puisqu’il voulait faire jeu égal avec les communistes, ce qui fut acquis en nombre de sièges obtenus : 10 pour le PCF, 10 pour le FN. Georges Marchais avait trouvé plus fort que lui sur le marché du populisme.

Malade, il abandonna le secrétariat général du PCF au 28e congrès du PCF à Saint-Ouen le 29 janvier 1994 à un parfait inconnu du grand public, Robert Hue, avant de mourir le 16 novembre 1997 à 77 ans. Si le vingtième anniversaire de la mort de Georges Marchais fut l’occasion d’une exposition, le centenaire de sa naissance ne semble pas être célébré par ceux qui sont aujourd’hui ses héritiers (à ma connaissance). En tout cas, il ne passionne pas les foules. Sans doute parce qu’il fait partie d’une période complètement révolue, celle d’un communisme qui se croyait encore triomphant…

Dans ses "Cahiers secrets", Michèle Cotta avait noté le 25 janvier 1994 : « Reste Marchais avec sa gouaille, sa maîtrise naturelle de la communication, sa façon d’écorcher la langue française, son accent parigot, ses rires sonores et ses grosses colères. Je garde plusieurs images de lui, plus ou moins glorieuses. L’une à Berlin-Est, en plein congrès de l’eurocommunisme, où il a fait mine de baisser son pantalon en disant au journaliste qui l’interviewait : "Est-ce que je vous demande la couleur de votre slip ? ". (…) Je le revois aussi dans les meetings, les réunions, les congrès, parlant d’une voix forte, alternant menaces et rires. ».

Et Michèle Cotta d’évoquer son successeur : « Je crois bien avoir été la première à avoir entendu prononcer son nom. C’était à la fête de "L’Humanité", l’année dernière. Leroy m’avait laissé entendre ce jour-là que Marchais allait passer la main. (…) C’est la femme de Leroy qui me cita en confidence le nom de Robert Hue comme étant l’homme auquel Leroy et Marchais avaient ensemble décidé de laisser les clefs du PC. Pour tout dire, sur l’instant, je ne l’ai pas cru, tant je trouvais extravagante l’idée de laisser le parti à un inconnu. (…) Voilà comment j’ai raté un scoop, l’année dernière. Je n’avais même pas jugé bon de le noter dans ces cahiers. Pourquoi cette proposition a-t-elle été faite d’un commun accord avec Leroy ? Parce que Marchais savait bien que si Roland Leroy ne pouvait plus occuper sa place pour des raisons d’âge ou d’énergie, nul ne la prendrait sans obtenir sa neutralité bienveillante. Je crains que les deux ne se soient mis d’accord sur quelqu’un qui ne ferait d’ombre ni au trop populaire Marchais, ni au trop intellectuel Leroy. » (25 janvier 1994).

Connu pour avoir expulsé en février 1981 une famille d’immigrés au bulldozer dans la ville de Montigny-lès-Cormeilles dont il était le maire, Robert Hue (né le 19 octobre 1946) dirigea le PCF jusqu’au 28 octobre 2001. Lui ont ensuite succédé : Marie-George Buffet (ministre), Pierre Laurent le 20 juin 2010 et Fabien Roussel depuis le 25 novembre 2018. Aux dernières élections nationales, à savoir, aux élections européennes du 26 mai 2019, le PCF n’a obtenu que …2,5%, en dixième position, talonné par le parti animaliste. Anecdote finale : Robert Hue a quitté le PCF en 2009, a soutenu (le 12 avril 2012) la candidature de François Hollande à l’élection présidentielle de 2012, a même failli devenir un de ses ministres, a rejoint au Sénat un groupe centriste en septembre 2012, et a soutenu (le 10 mars 2017) au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 la candidature d’Emmanuel Macron. Rideau !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Georges Marchais.
Fais les valises, on rentre à Paris !
Gaston Plissonnier.
Jean Ferrat.
Roland Leroy.
Georges Séguy.
Le communisme peut-il être démocratique ?
Karl Marx.
Claude Cabanes.
Michel Naudy.
Paul Vaillant-Couturier.
La Révolution russe de 1917.
Jacques Duclos.
Staline.
Front populaire.
Jean Jaurès.
Léon Blum.

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 03:17

« L’intelligence est un capitaine qui est toujours en retard d’une bataille. Et qui discute après la bataille. » (Léon-Paul Fargue, 1929).


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Vous avez remarqué ? Il y a des personnalités qui ont plus d’influence que d'autres. Parce qu’elles sont écoutées, parfois suivies. Elles ne sont pas forcément majoritaires, mais elles peuvent faire évoluer la pensée de nombreuses personnes. Celles-ci ont donc une responsabilité essentielle. Surtout en période d’état d’urgence sanitaire comme on le vit actuellement depuis un mois. Vous avez donc remarqué que la plupart de ces personnalités qui façonnent, d’une manière ou d’une autre, la très indéfinie "opinion publique" …se taisent. Elles laissent le gouvernement travailler, et peu d’entre elles voudraient d’ailleurs être à sa place.

Toutes se taisent par décence et par urgence sanitaire. Tout doit être focalisé sur le travail des soignants en réanimation, pour sauver le maximum de vies humaines. Par exemple, les transferts de patients d’une région à une région est très efficace, cela a pu sauver de nombreuses vies humaines. Il faut l’organiser. Les polémiques, les questions qui fâchent, les comptes à rendre, tout cela, ce sera pour après la crise, pas pendant. Toutes ces personnalités qui façonnent l’opinion se taisent …toutes sauf deux ! Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Pas vraiment étonnant.

Tous les deux ont suivi des cours accélérés de médecine, de virologie et d’épidémiologie au CNAM. En quelques semaines, il faut saluer leur haut niveau de connaissances. Les voici médecins, prêts à prescrire le fameux remède du professeur Didier Raoult. J’avais évoqué le développement d’un certain populisme scientifique, il ne pouvait se nourrir que de populistes, pas de scientifiques bien sûr, et l’équipe de Didier Raoult n’y est évidemment pour rien.

Penchons-nous sur Jean-Luc Mélenchon qui était l’invité du "Grand Jury" du dimanche 5 avril 2020, l’émission dominicale de LCI, "Le Figaro" et RTL. Quel message avait-il à faire passer ? Son ego. Peut-être son pseudo-patriotisme marseillais (il est élu d’une circonscription et pas sûr qu’il sera réélu dans deux ans). Mais rien de très nouveau. Et c’est si loin, deux ans. Il a déjà prescrit sur son ordonnance le report du second tour des élections municipales à octobre 2020. Qui avait insisté pour maintenir le premier tour le 15 mars 2020 ? Mémoire courte.

Jean-Luc Mélenchon parle bien et a donc bien parlé durant cette émission, mais il parle à vide, sans rien nourrir d’innovant. Il subodore une chose : le confinement va faire baisser d’au moins 2,2% le PIB en 2020, selon le Ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire, cette récession, pour Jean-Luc Mélenchon, est l’occasion du "grand soir". Il n’est pas le seul à le penser, les adhérents résiduels du parti socialiste anciennement triomphant (et encore survivant, les municipales l’ont prouvé), font aujourd’hui le forcing pour préparer l’après-crise. Quelle hypocrisie, et surtout, quelle indécence quand 800 personnes perdent leur vie du covid-19 chaque jour en France (et même 1 417 personnes rien que la journée du 7 avril 2020 en comptant aussi dans les EHPAD). On n’en est pas là. On est encore loin du "pic" de l’épidémie en France.

Pour les journalistes, on en est pourtant déjà à l’après-déconfinement. Par ennui. Ils ont l’habitude de "séquences" plus courtes. À force, ils n’ont plus de "sujets" pour illustrer leurs journaux.

Revenons à Jean-Luc Mélenchon. Tout ce qu’il disait, c’était du vide, du creux, des sophismes. J’avais pitié pour lui, car j’ai connu, il y a très longtemps, un homme politique qui avait des idées originales, pas les miennes mais qui méritaient qu’on s’y attardât. Là, rien de tout cela, juste cette sensation que décidément, De Gaulle avait raison, la vieillesse est un naufrage. À un moment, Jean-Luc Mélenchon a dit épanoui, singeant un entrepreneur dynamique et efficace : « Assez de blabla ! ». Voilà que l’idée est bonne : Mélenchon, taisez-vous ! Respectez l’humain, vous qui en avez fait votre slogan creux le temps d’une élection présidentielle.

Quelques exemples ? Jean-Luc Mélenchon a bien insisté qu’il n’était pas médecin (ah, je retire mon hypothèse des cours du CNAM), mais il a quand même parlé pendant un quart d’heure de l’effet miraculeux de l’hydroxychloroquine. C’est quand même terrible qu’on meurt autant et que pas une seule fois l’effet n’a été prouvé depuis un mois et demi que cette molécule est supposée comme la solution miracle.

Interrogé par Jean-Jacques Bourdon le 7 avril 2020 sur BFM-TV, le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a d’ailleurs rappelé qu’il avait donné son accord pour de nombreux essais cliniques sur l’hydroxychloroquine, y compris avec l’antibiotique associé, et que jusqu’à maintenant, hélas, aucune molécule (du reste pas seulement l’hydroxychloroquine, les autres testées aussi) n’a apporté d’effet supérieur à l’effet placebo. C’est désolant mais c’est une réalité statistique et scientifique.

Cela nécessite confirmation et tout effet serait évidemment un espoir pour les malades de la forme sévère. Le CHU d’Angers a lancé ainsi une vaste étude sur l’hydroxychloroquine pour être fixé une fois pour toutes sur son efficacité réelle. Le professeur Vincent Dubée, à l’origine de cette étude, a déclaré le 31 mars 2020 : « Dans le contexte particulier que nous vivons, les résultats des essais cliniques sur l’hydroxychloroquine menés par l’équipe du professeur Raoult ont généré beaucoup d’espoirs mais ils ont également soulevé des interrogations légitimes quant à leur pertinence clinique et à l’innocuité de l’hydroxychloroquine. (…) L’étude Hycovid, qui correspond aux standards scientifiques, méthodologiques les plus élevés, devrait permettre de répondre de manière définitive à ces questions et de clore une fois pour toutes le débat sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine. ». Cette semaine, des tests avec du plasma d’anciens malades guéris du covid-19 vont être réalisés.

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Mais il y a d’autres exemples. Jean-Luc Mélenchon a insisté sur la fabrication des masques et des tests PCR. Mais ça y est, les soignants les ont, les commandes sont arrivées, Jean-Luc Mélenchon, encore une fois, enfonce des portes ouvertes. Il propose de faire ce que le gouvernement a déjà fait. Évidemment, aucun journaliste n’est pas là pour corriger, relever. Leur seul objectif, la petite phrase qui pourra être répétée en boucle jusqu’au lendemain.

Le maître mot de Jean-Luc Mélenchon durant cette émission fut la planification. Il rêve de revenir au Gosplan soviétique (presque un siècle de retard !). Le chef suprême de FI a bien tenté de rappeler qu’il y avait eu un Commissariat au Plan en France, mais le journaliste Guillaume Roquette a complété en disant qu’en France, le Plan n’était pas une contrainte pour l’économie mais juste une vision à long terme, au contraire du Gosplan. Le chef suprême n’a néanmoins vu aucune différence…

Et dans sa verbeuse démonstration, il a commencé par dire qu’il faudrait reconstruire la santé en France, que les hôpitaux privés fonctionnaient avec la méchante loi du marché qui vise à réduire les coûts et la qualité… et a ajouté que les hôpitaux, c’était encore pire ! J’en déduis donc le scoop qu’attendaient les journalistes (de médias privés, précisons-le, répétons-le : TF1/LCI, RTL, "Le Figaro") : Jean-Luc Mélenchon considère que le secteur privé est mieux que le secteur public.

Et pendant ce temps des centaines et des centaines de Français meurent du covid-19 chaque jour… Jean-Luc Mélenchon, un peu décence : taisez-vous ! Vous pourrez toujours blablater après la crise sanitaire, ne vous inquiétez pas, les médias ne vous oublieront pas. Taisez-vous et surtout, protégez-vous. Le coronavirus attaque tout le monde, sans distinction.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 avril 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Luc Mélenchon : un peu de décence, taisez-vous !
Jean-Luc Mélenchon, à côté de la plaque !
Jean-Luc Mélenchon, le tribun qui tourne à vide.
L’imposture de Jean-Luc Mélenchon sur le Traité de Maastricht.
Grèce : la défaite de l’expérience Syriza.
Colère de François Ruffin sur le débat sur le handicap (le 11 octobre 2018).
Le Radeau de la Méluche.
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Marine Mélenchon et Jean-Luc Le Pen.
Premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017.
Programme 2017 de Jean-Luc Mélenchon (à télécharger).
Deuxième débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (4 avril 2017).
Présidentielle 2017 : l’unique débat à cinq.
Benoît Hamon, la "bête noire" de Jean-Luc Mélenchon ?
Jean-Luc Mélenchon, candidat autoproclamé aux amitiés mal assumées.
Pourquoi Mélenchon ne veut pas d'alliance avec Bayrou ?
Christian Schoettl attaque Jean-Luc Mélenchon.
Débat Mélenchon vs Attali et Apparu (25 avril 2013).
Débat Mélenchon vs Cahuzac (7 janvier 2013).
Débat Mélenchon vs Copé (17 novembre 2011).
Débat Mélenchon vs Marine Le Pen (14 février 2011).
Jean-Luc Mélenchon, allié objectif de Sarkozy (24 mars 2012).
Jean-Luc Mélenchon sur TF1 (5 mars 2012).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200405-melenchon.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-luc-melenchon-un-peu-de-223080

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/04/06/38171876.html





 

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 03:52

« Rouler son rocher indéfiniment et attendre qu’il retombe en bas de la montagne. C’était le sens de son message : alors, comment va FI ? ça roule. » (Laurent Joffrin, "Libération" du 24 juin 2019).



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Faut-il se montrer publiquement arrogant contre le juge chargé de superviser son procès ? Faut-il le provoquer en criant à la justice politique afin de faire pression et de susciter sa clémence ? Quelle drôle de tactique de la terre brûlée qui soumet une justice agacée à la tentation de le sanctionner plus sévèrement que souhaitable ? Tactique aussi contreproductive politiquement que judiciairement. Drôle de défense, ou plutôt, défense carrément masochiste.

Le procès de Jean-Luc Mélenchon commence ce jeudi 19 septembre 2019 au tribunal correctionnel de Bobigny pour « menaces ou actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire » et « violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». Loin des affaires politico-financières : il est jugé, ici, pour avoir joué au caïd avec un procureur et des policiers lors de la perquisition du local de son parti le 16 octobre 2018.

Il faut rappeler ce que, durant ce demi-quinquennat du Président Emmanuel Macron, sont devenus politiquement Jean-Luc Mélenchon et son mouvement France insoumise (FI). On peut résumer simplement en citant deux résultats électoraux. Le 23 avril 2017 au premier tour de l’élection présidentielle : 19,6% (un peu plus de 7 millions de voix). Le 26 mai 2019 aux élections européennes : 6,3% (un peu plus de 1,4 million de voix). En deux ans, une perte sèche des deux tiers de l’électorat et la disparition de plus de 5,5 millions d’électeurs. Le principal responsable de cette dégringolade historique, forcément, c’est Jean-Luc Mélenchon, seul leader autorisé de FI.

On ne peut pas ne pas mettre en parallèle cette épopée avec celle de François Bayrou et de l’UDF/MoDem dix années plus tôt. Le 22 avril 2008 au premier tour de l’élection présidentielle, François Bayrou avait rassemblé plus de 6,8 millions d’électeurs, soit 18,7% des voix. Le 7 juin 2009 aux élections européennes, les listes du MoDem n’avaient obtenu que 8,5% des voix, même pas 1,5 million d’électeurs. Là aussi, plus de 5 millions d’électeurs avaient disparu en deux ans. François Bayrou voulait être considéré comme l’opposant numéro du Président Nicolas Sarkozy (comme Jean-Luc Mélenchon veut être considéré comme l’opposant numéro un d’Emmanuel Macron, titre que lui dispute Marine Le Pen avec de meilleurs arguments).

L’un comme l’autre (Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou) ont excellé pendant les campagnes présidentielles, mais ils ne s’intéressent guère qu’à cela. De parti, ils n’ont que leur leadership, bref, eux. Le MoDem a toutefois gagné l’élection présidentielle de 2017, mais sans François Bayrou. Ou plutôt, avec lui pendant seulement un mois, comme Ministre d’État, Ministre de la Justice.

Revenons à France insoumise. Actuellement, ce parti a 17 députés (sur 577), 1 sénateur (sur 348), 6 députés européens (sur 74) et 9 conseillers régionaux (sur 1 758). L’échec des élections européennes a formalisé en fait la désaffection électorale dont il est à la fois la victime et l’origine. Jean-Luc Mélenchon vit dans un autre monde que le monde réel. Peut-être un monde virtuel que l’Internet a renforcé, avec ses courtisans et ses détracteurs de salon.

Je voudrais m’arrêter sur deux interventions publiques de Jean-Luc Mélenchon après les élections européennes : celle du 23 juin 2019 et celle du 12 septembre 2019.

L’intervention du dimanche 23 juin 2019 s’est passée dans une salle du douzième arrondissement de Paris, dans l’après-midi. Il s’agissait d’une première réunion interne postélectorale, la convention nationale de France insoumise.

Insistons sur le caractère très particulier de ce parti : au contraire de tous les autres partis, j’insiste, tous les autres partis, France insoumise n’est pas une association déclarée. C’est plutôt une sorte de marque ou de franchise. L’absence de structure officielle évite tout acte de démocratie interne : il n’y a pas d’assemblée générale (pas de congrès), il n’y a pas de président de France insoumise, donc, il n’y a pas de désignation plus ou moins démocratique de ce président. Le seul titre "partisan" de Jean-Luc Mélenchon est président du groupe FI à l’Assemblée Nationale depuis le 27 juin 2017.

Il me semble que l’intervention de Jean-Luc Mélenchon n’était pas prévue. J’ai pu l’écouter en direct parce qu’elle était diffusée sur la chaîne BFM-TV (après, on osera encore dire que cette chaîne de télévision est partiale).

Mon sentiment, pendant toute sa longue (et inutile) intervention (inutile car il n’a rien dit de concret, il aime juste s’écouter parler, il n’avait rien préparé), c’était qu’il faisait de l’autonombrilisation. Et surtout, de l’autojustification sur l’absence de démocratie interne de son parti. Exemple particulièrement voyant : il a demandé à ce qu’un des membres (inutile de le citer) fût désigné "coordinateur national" devant une assemblée médusée. Désigné, mais sans vote. Juste parce qu’il a beaucoup bossé et que c’était normal.

C’était une véritable révolution du concept de la démocratie. On a connu le concept de "centralisme démocratique" qui était la version douce de la "dictature du prolétariat" au sein du parti communiste. Jean-Luc Mélenchon a inventé la démocratie de l’autoproclamation par autojustification. Cela en dirait beaucoup, si jamais il arrivait au pouvoir, de son respect des règles démocratiques …que je dirais, traditionnelles.

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Mais le plus sidérant n’était pas vraiment cela. C’était que Jean-Luc Mélenchon n’a fait que parler de cuisine interne, une sorte de cuisine moléculaire en ce sens qu’elle était en faible quantité. Le fond s’est évaporé. Volatilisé. En fait, le fond s’est évaporé, dans ses discours, depuis la fin de sa campagne présidentielle. Il avait eu pourtant de bonnes idées, des réflexions qui méritaient approfondissement, des approches même novatrices sur la mer, les océans…

Je suis très opposé à Jean-Luc Mélenchon. Il a un fond idéologique qui me fait plus peur qu’autre chose. J’apprécie peu son comportement avec ceux qui ne pensent pas comme lui (c’est-à-dire pratiquement tous les autres que lui, sauf quelques affidés), qui vise à renforcer les haines plutôt que la concorde, dans un contexte de forte tension sociale. Mais je lui reconnaissais deux grandes qualités, qualités que j’avais (modestement) "jugées" sur pièces personnellement.

D’abord, il pense par lui-même, et je lisais son blog depuis une petite quinzaine d’années. Je me demandais pourquoi il restait encore dans un PS qu’il critiquait tant, mais qui l’a tant nourri comme apparatchik (sénateur, président délégué de conseil général, etc.), la réponse étant dans mon interrogation, évidemment. Finalement, son indépendance d’esprit l’a emporté sur le confort personnel. Il a eu le courage de quitter le PS au moment du congrès de Reims (novembre 2008), et c’était courageux de sa part. Il a quitté une multinationale qui allait devenir "leader en son domaine" en 2012 (et qui, maintenant, a fait faillite !), pour créer sa petite entreprise, et il s’est présenté sur son nom propre avec des fortunes diverses depuis une dizaine d’années (succès et échecs).

Ensuite, il est aussi un admirable tribun. Quand j’ai écrit que j’ai pu "juger" sur pièces, c’était parce que j’ai assisté à l’un de ses meetings à Grigny, en terre communiste (merguez sur place !), dans un stade, pour sa campagne présidentielle, et il n’y a pas de doute, Jean-Luc Mélenchon est un véritable tribun, capable de s’enflammer pour tout et rien. Il a cité Victor Hugo et a fait glisser la larme aux yeux des quelques dizaines de présents (le stade était très clairsemé, c’était un dimanche après-midi très ensoleillé). C’est exaltant quand on veut croire en un destin politique, mais cela ne reste que du talent de forme, et pas de fond.

Je ne doute donc ni de son talent, ni de sa sincérité. Hélas, ce 23 juin 2019, à l’écoute de son discours, il fallait bien se rendre à l’évidence que l’étoile a pali. L’étoile du fond car la forme reste encore éclatante dans sa capacité d’indignation, mais là, on a affaire à un tribun qui n’avait plus rien à dire, alors que le mouvement des gilets jaunes s’était étiolé (et peine à redémarrer en septembre) et que la popularité d’Emmanuel Macron regrimpait.

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La seconde intervention de Jean-Luc Mélenchon que je veux ici évoquer, c’était sa rentrée politique en conférence de presse le jeudi 12 septembre 2019 dans l’après-midi à la Maison de l’Amérique latine.

Parlons d’abord de quelques semaines auparavant : il y a eu l’équivalent d’une université d’été de France insoumise où il était question du fonctionnement de ce parti. Pour les sympathisants, c’était probablement un moment crucial, surtout en pleine débâcle électorale (la patience est finie dans cette civilisation du zapping, quand un parti échoue, les rats quittent le navire pour aller vers des paquebots plus alléchants ou construire son propre pédalo). Or, pour ce moment essentiel de son mouvement, Jean-Luc Mélenchon était absent. Pourquoi ? Grand voyage en Amérique latine. Il aurait pu s’arranger avec son agenda, mais non, il était absent. Peu de respect pour ses derniers fidèles.

La conséquence, c’est qu’il a fait sa rentrée politique le lendemain de son retour. Et sa communication était particulièrement médiocre pour ne pas dire mauvaise, tant sur le fond que la forme (il semblait épuisé et lassé). Ce n’était pas les grands sujets d’actualité qui manquaient, mais non, il n’a quasiment pas parlé de la réforme des retraites (pourtant, c’est du social et le matin même, le Premier Ministre Édouard Philippe donnait quelques éléments clefs de la réforme au Conseil Économique, Social et Environnemental), ni de la PMA, ni de beaucoup de sujets mis dans l’actualité. Il a parlé de son voyage, et surtout, de sa convocation pour le procès du 19 septembre 2019.

Bref, il n’a fait que parler de son petit sort personnel, qui n’a d’intérêt que pour lui et ses proches, mais certainement pour la nation française, tout important se croit-il encore être (puisqu’il est la République). Toute son intervention a tourné (très médiocrement) autour de la justice qui serait politisée et qui les ciblerait, lui et son parti. Il n’a pas eu beaucoup de cohérence dans sa démonstration. Il a crié qu’il était le seul à avoir été perquisitionné, et quelques minutes plus tard, il a dit aux journalistes de demander à François Bayrou pour savoir quel effet cela faisait. Des responsables politiques perquisitionnés, il y en a eu des dizaines… et aucun ne s’est opposé au procureur, tout le monde a accepté cette initiative de la justice, …sauf Jean-Luc Mélenchon.

Le plus ennuyeux pour lui, dans sa démonstration, il n’a pas eu de chance, c’était que le matin même, le Président de l’Assemblée Nationale, Richard Ferrand, un très proche d’Emmanuel Macron, venait d’être mis en examen. La "justice aux ordres" n’avait plus beaucoup d’argument. Au contraire, c’était une justice totalement indépendante, peut-être trop indépendante pour certains, dont il s’agit aujourd’hui. Dernières preuves, l’incarcération du maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, depuis le vendredi 13 septembre 2019, jour où le nonagénaire nostalgique Jean-Marie Le Pen fut aussi mis en examen. Sans compter le calendrier du procès de François Fillon qui se télescope avec les prochaines élections municipales.

Il faut être atteint d’une sérieuse paranoïa politico-personnelle pour croire que Monsieur Mélenchon et son parti seraient les seuls visés par une justice qui, semble-t-il, a touché tous les partis, de gouvernement ou d’opposition. Ce serait presque de l’orgueil de celui qui se croit seul au monde, d’être opprimé ainsi. Orgueil voire vanité, car vouloir se comparer à Lula peut être très risible.

Dans son éditorial du 18 septembre 2019, Laurent Joffrin a constaté : « Il faudrait aussi, pour justifier les philippiques insoumises, produire des preuves, montrant, ou même suggérant, que la chancellerie, ou l’Élysée, sont intervenus dans cette procédure. Tout indice parfaitement absent du réquisitoire mélenchonien. Ainsi, l’un des principaux leaders politiques français, aux ardentes convictions républicaines, affirme sans preuve que la justice républicaine est aux ordres, qu’elle rend des services et non des jugements, qu’elle s’identifie aux mascarades judiciaires en vigueur dans les régimes tyranniques. C’est pousser très loin le bouchon rhétorique. » ("Libération").

D’ailleurs, si Jean-Luc Mélenchon a eu un traitement particulier, cela le fut à son bénéfice : pour s’opposer avec autant de violence à la perquisition, il aurait dû être en comparution immédiate, comme c’est le cas généralement pour les petits délinquants. Lui, il a eu presque un an pour se retourner, et même si sa réaction fut violente surtout psychologiquement contre des policiers, il est probable qu’il ne risque pas une grave condamnation.

Alors, pourquoi monter en épingle une telle affaire dans l’affaire, sinon pour politiser lui-même cette affaire, pour se victimiser, pour montrer qu’il est un rebelle pourchassé ? Mais ce scénario ne peut pas fonctionner, car nous ne sommes pas au Venezuela, nous sommes en France, dans une démocratie très imparfaite mais déjà très avancée, et il n’est pas le seul à être poursuivi par la justice. Le scénario n’a aucune crédibilité.

Cette violence, dont il était fier de montrer l’enregistrement (ce qui a fourni une preuve incontournable pour le juge !), elle n’a aucune justification, elle n’est pas là par passion politique comme il aimerait le faire croire, elle est là par la simple colère d’un aigri. Comment un homme qui ne sait pas se contrôler lui-même, pour son propre intérêt, pourrait-il contrôler une situation politique complexe si jamais, par malheur, il était aux responsabilités ? Comment pourrait-il discerner l’intérêt national alors qu’il ne distingue même pas son propre intérêt de justiciable ?

Oui, De Gaulle avait raison, la vieillesse est un naufrage…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 septembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Luc Mélenchon, à côté de la plaque !
Jean-Luc Mélenchon, le tribun qui tourne à vide.
L’imposture de Jean-Luc Mélenchon sur le Traité de Maastricht.
Grèce : la défaite de l’expérience Syriza.
Colère de François Ruffin sur le débat sur le handicap (le 11 octobre 2018).
Le Radeau de la Méluche.
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Marine Mélenchon et Jean-Luc Le Pen.
Premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017.
Programme 2017 de Jean-Luc Mélenchon (à télécharger).
Deuxième débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (4 avril 2017).
Présidentielle 2017 : l’unique débat à cinq.
Benoît Hamon, la "bête noire" de Jean-Luc Mélenchon ?
Jean-Luc Mélenchon, candidat autoproclamé aux amitiés mal assumées.
Pourquoi Mélenchon ne veut pas d'alliance avec Bayrou ?
Christian Schoettl attaque Jean-Luc Mélenchon.
Débat Mélenchon vs Attali et Apparu (25 avril 2013).
Débat Mélenchon vs Cahuzac (7 janvier 2013).
Débat Mélenchon vs Copé (17 novembre 2011).
Débat Mélenchon vs Marine Le Pen (14 février 2011).
Jean-Luc Mélenchon, allié objectif de Sarkozy (24 mars 2012).
Jean-Luc Mélenchon sur TF1 (5 mars 2012).

_yartiMelenchon2019A04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190912-melenchon.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-luc-melenchon-a-cote-de-la-217971

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/06/26/37458959.html





 

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