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11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 14:59

« Le patriotisme, c’est aimer son pays ; le nationalisme, c’est détester celui des autres. » (Charles De Gaulle, "Lettres, notes et carnets", 1951).


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C’est "acté" ! Le Front national change de nom. Ce sera Rassemblement national. Le principe du changement de nom avait été accepté par les militants du FN avec une courte majorité (52%) le 8 mars 2018, et le nouveau nom vient d’être dévoilé lors du 16e congrès du FN ce dimanche 11 mars 2018 à 16 heures 25 à Lille par sa présidente Marine Le Pen. Il devra encore être ratifié par les adhérents d’ici à environ six semaines. Le changement s’est fait en l'absence évidemment de Jean-Marie Le Pen, mais aussi de Marion Maréchal-Le Pen.

L'appellation "Rassemblement national (RN)" avait déjà été utilisée par Jean-Marie Le Pen pour rassembler au-delà du FN lors des élections législatives du 16 mars 1986 (et a été déjà enregistrée par ailleurs). Le logo restera avec la flamme stylisée.

Au cours de ce congrès très égocentrique, avec le slogan "Marine Présidente" installé par les organisateurs (et pas les militants), en bonne démocratie (!), Marine Le Pen a été réélue présidente du FN avec 100% des voix ! Dans un discours de clôture de près d'une heure et demi, Marine Le Pen a implicitement reconnu l'État que revendique être Daech car elle a estimé que les Français partis combattre en Syrie pouvaient perdre la nationalité française puisqu'ils avaient pris la nationalité de Daech.

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Revenons à la dénomination. Marine Le Pen avait rejeté l’appellation "Les Nationaux" qu’avait proposée le député Gilbert Collard et en ce sens, d’un point de vue purement sémantique, elle n’avait pas tort car c’est assez ridicule d’avoir un parti qui s’appellerait "Les Machin-chose". Pourtant, c’est déjà le cas de plusieurs récents partis français, c’est peut-être à la mode, mais c’est déplorable sur le plan linguistique : "Les Républicains" (ex-UMP) de Laurent Wauquiez, mais aussi "Les Centristes" (ex-Nouveau centre) d’Hervé Morin, et le dernier rejeton, "Les Patriotes" de Florian Philippot.

Marine Le Pen avait aussi rejeté le terme "patriote" car elle se considère nationaliste. Tant mieux. C’est plus clair. Il suffit de lire la différence que De Gaulle faisait entre le patriotisme et le nationalisme (lire plus haut) pour se convaincre de ce qu’est ce parti de Marine Le Pen. Et j’aime citer François Mitterrand qui affirmait avec raison le 17 janvier 1995 dans son dernier grand discours de sa longue carrière politique, dans l’enceinte du Parlement Européen à Strasbourg : « Le nationalisme, c’est la guerre ! », rappelé par son lointain successeur Emmanuel Macron le 5 mars 2018 à propos de la "guerre commerciale" déclenchée par Donald Trump.

Marine Le Pen voulait en finir avec l’appellation "front" qui faisait un peu trop parti d’opposition, afin de se ramener à une disposition d’envie de gouverner, sentiment qui, manifestement, manquait dans la famille Le Pen. Cela aurait pu être "Rassemblement bleu marine (RBM)" comme il était question en juin 2012, mais l’appellation aurait fait un peu trop égolepénocentrique. Ou encore "Mouvement de libération de la patrie" pour sigler "MLP", mais cela aurait été encore trop lepénocentré.

Autre possibilité, une "Alliance pour un rassemblement national (ARN)" déposé à l’INPI en janvier 2012, ou encore "Nouveau Front" (hypothèse exprimée au bureau politique du FN le 8 janvier 2018), du nom de la tournée de Marine Le Pen en automne 2017 et hiver 2018 (commencée le 9 septembre 2017 à Brachay). Ou encore "Solidarité nationale" (évoquée aussi le 8 janvier 2018), écartée car trop proche du mouvement d’un concurrent de 2017, Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès). Ou encore "Coalition des nationaux".

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Sur le principe, cela ne changera rien comme tous les changements de nom de parti politique, mais d’un point de vue juridique, c’est la dernière expulsion de papa Jean-Marie Le Pen. En effet, si l’exclusion de ce dernier en août 2015 comme membre du FN avait été confirmée par les tribunaux, la justice avait quand même certifié, paradoxalement ("en même temps") qu’il restait président d’honneur du FN grâce aux statuts depuis le 16 janvier 2011 (décision de la cour d’appel de Versailles du 9 février 2018). Avec ce nouveau nom, se présentent ainsi un nouveau parti et des nouveaux statuts, adoptés par 79,9% des adhérents le 11 mars 2018, qui évitent soigneusement d’inclure Jean-Marie Le Pen dans l’organigramme.

Bref, c’est le dernier rebondissement du meurtre du père amorcé au printemps 2015, car s’il y a une chose que Jean-Marie Le Pen ne voulait pas, c’est le changement de nom de son "bébé" : « Le nom FN a un mérite rare dans cette famille politique, c’est sa pérennité. ». Et de lâcher : « Quand un bateau a une avarie, ce n’est pas le bateau qu’il faut changer mais l’équipage, l’état-major. ». Pourtant, si l’on regarde un peu l’histoire du Front national, ce parti était loin d’être, à l’origine, le "bébé" de Jean-Marie Le Pen.

Lorsque le FN a été constitué, le 5 octobre 1972 à Paris, c’était sur l’initiative du parti Ordre nouveau (créé le 10 décembre 1969), mouvement nationaliste ouvertement néofasciste au point d’avoir été dissout au conseil des ministres du 28 juin 1973 (sous la Présidence de Georges Pompidou) à la suite de violences militantes le 21 juin 1973 à la Mutualité de Paris (affrontements entre extrême droite et extrême gauche). Le Front national (initialement "Front national pour l’unité française") avait vocation à être une vitrine respectable et électorale des nombreux mouvements d’extrême droite, nombreux car il y a beaucoup de "chapelles" dans l’extrême droite (parfois incompatibles). La participation aux élections législatives de mars 1973 fut décidée lors du 2e congrès d'Ordre nouveau le 11 juin 1972 par 78,9% contre 18,3% en faver d'une autre appellation, "Front national pour l'ordre nouveau".

Jean-Marie Le Pen, qui avait été élu député du 19 janvier 1956 au 9 octobre 1962, qui avait quitté son mandat de député pour s’engager en Algérie, et qui avait dirigé la campagne du premier candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle de décembre 1965, Jean-Louis Tixier-Vignacour (1907-1989), député de 1936 à 1940 et de 1956 à 1958, avocat de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline, avocat du lieutenant-colonel Jean Bastien-Thiry (organisateur de l’attentat du Petit-Clamart le 22 août 1962) et avocat du général (putschiste) Raoul Salan, était la personnalité la plus respectable de ce petit monde de l’extrême droite française. Il aurait donc dû être un "homme de paille" pour ces mouvements fascisants, d'autant plus qu'il avait quitté la vie politique pour se consacrer à son métier d'éditeur de disques politiques. Jean-Marie Le Pen fut d'abord coprésident puis, dès le 12 octobre 1972, le seul président du FN, renouvelé treize fois jusqu'au 16 janvier 2011. L'appellation du Front national pouvait faire penser à un parti éphémère qu'avait créé Jean-Marie Le Pen en 1957 dans le cadre du mouvement poujadiste, hérité du Mouvement national d'action civique et sociale, dissident de l'Union de défense des commerçants et artisans (UDCA) et qui s'est dissous dès l'automne 1958 et dont le nom était Front national des combattants.

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Or, ce que ces mouvements n’avaient pas prévu, c’est que Jean-Marie Le Pen, habile manœuvrier et excellent analyste politique, a fait de ce Front national une machine de guerre très personnelle (voire familiale) et a préempté la boutique pour en faire "sa" PME électorale (avec le succès qu’on lui connaît à partir de septembre 1983, un peu aidé par les consignes de François Mitterrand en faveur d’une plus grande exposition médiatique à partir du 13 février 1984 par sa présence fréquente à la télévision pour handicaper la droite française). Dès octobre 1973, les anciens d'Ordre nouveau (dissous) quittèrent le FN trop lepénisé et créèrent le 22 novembre 1973 les Comités faire front puis, le 11 novembre 1974 à Bagnolet, le Parti des forces nouvelles (PFN) qui exista jusqu'au 3 février 1998. 

Le logo du FN, à sa création, avait repris la fameuse flamme du MSI, mouvement fasciste italien. Cette flamme n'a été stylisée qu'avec l'arrivée à la présidence de Marine Le Pen.

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On voit d’ailleurs, dans l’histoire des partis politiques, que le parti de tel leader a été rarement créé pour ce leader, avec l’exception notable du RPR, appareil entièrement dédié à la carrière politique de Jacques Chirac. Ainsi, ce fut Nicolas Sarkozy qui utilisa l’UMP créée pourtant par Alain Juppé, et l’on peut imaginer (il est encore trop tôt pour l’affirmer) que c’est Laurent Wauquiez qui utilisera Les Républicains créés par Nicolas Sarkozy.

Bruno Mégret, ancien numéro du FN, avait créé, de son côté, le Mouvement national républicain (MNR) le 24 janvier 1999 après son divorce avec Jean-Marie Le Pen.

Revenons au Front national, dont le nom permettait un certain nombre de parodies, la plus fréquente étant le "F-haine". Il était une OPA sur l’appellation d’un mouvement de résistance, le "Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France", créé par le Parti communiste français le 15 mai 1941 et intégré au Conseil national de la Résistance (CNR).

Néanmoins, l’appellation "Front national" pour l’extrême droite n’était pas si incohérente que cela d’un point de vue historique, puisqu’il a existé un "Front national ouvrier partisan" (appelé aussi "Les Francistes"), ouvertement antisémite et national-socialiste, créé en 1933 et dissous en 1934, et surtout, un "Front national" créé après les émeutes du 6 février 1934 par Pierre Taittinger, dans le but de coordonner toutes les ligues d’extrême droite françaises. Son secrétaire général Charles Trochu avait par exemple écrit un "hommage national à Charles Maurras" le 8 juillet 1937.

Pierre Taittinger (1887-1965), industriel, fut député entre 1919 et 1940 et futur président du conseil municipal de Paris sous l’Occupation entre mai 1943 et août 1944, également le père de Jean Taittinger (1923-2012), futur ministre et député-maire de Reims, et de Pierre-Christian Taittinger (1926-2009), futur sénateur-maire du 16e arrondissement, le grand-père de Christophe de Margerie (1951-2014), futur président de Total, et le père du beau-père de Jean-Pierre Jouyet. Charles Trochu (1898-1961), aussi un industriel et petit-neveu du général Louis-Jules Trochu (1815-1896), Président du gouvernement de la Défense nationale du 4 septembre 1870 au 18 février 1871, fut, lui aussi, président du conseil municipal de Paris sous l’Occupation entre mai 1941 et mai 1943.

Finalement, ce Front national-là commença à disparaître dès après le Front populaire en 1936 puis définitivement avec la guerre et l’Occupation nazie. Charles Trochu, malgré son pétainisme, s’engagea dans la Résistance en 1942 et devint un collaborateur de Michel Debré sous la IVe République.

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Revenons aux changements de nom de parti politique et à quelques autres exemples.

François Bayrou, élu président du Centre des démocrates sociaux (CDS) le 11 décembre 1994 lors du congrès de Vincennes, a entrepris de refonder ce parti créé le 23 mai 1976 par la fusion du Centre démocrate de Jean Lecanuet et du Centre Démocratie et Progrès (CDP) de Jacques Duhamel (centristes pompidoliens), dans le cadre d’une renaissance moderne du MRP. Le CDS fut en 1978 l’un des principaux partis fondateurs de l’UDF, avec les anciens Républicains indépendants (devenus Parti républicain le 20 mai 1977, puis Démocratie libérale le 24 juin 1997 avec Alain Madelin).

Ce changement de nom s’est déroulé dans la plus grande confidentialité et avec l’aide d’une agence de communication, jusqu’au congrès de Lyon le 25 novembre 1995 où le nouveau nom fut dévoilé, Force démocrate. C’était aussi l’occasion d’une fusion avec le microscopique Parti social-démocrate (PSD) d’André Santini (issu du Mouvement démocrate socialiste de France, mouvement résiduel créé le 9 décembre 1973 par des anciens du PS refusant l’union de la gauche et se retrouvant par la suite à l’UDF). L’appellation Force démocrate avait pour but d’être les "Démocrates" face aux "Républicains" que devaient être le RPR (dans une sémantique très américaine).

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S’il avait anticipé correctement la future appellation de ce qui n’était pas encore l’UMP, François Bayrou n’avait cependant pas imaginé qu’il lui aurait été facile, finalement, de reprendre la présidence de l’UDF le 17 septembre 1998 (en 1995, c’était encore Valéry Giscard d’Estaing qui la présidait, puis François Léotard, allié tactique de François Bayrou, entre le 31 mars 1996 et le 17 septembre 1998), si bien qu’après avoir entrepris la fusion des composantes de l’UDF pour en faire un parti cohérent (appelé la "Nouvelle UDF" à partir du 29 novembre 1998), Force démocrate a sombré de lui-même.

En mai 2007, sur la lancée de son score au premier tour à l’élection présidentielle du 22 avril 2007, François Bayrou avait voulu transformer l’UDF en "Parti démocrate" mais le sigle aurait donné "PD", ce qui n’était pas très porteur, alors ce fut "Mouvement démocrate" (formellement créé le 30 décembre 2007) qui se transforma très rapidement (contre sa volonté) en MoDem ("MouDem" pour les sarcastiques).

Le 1er février 1978, Valéry Giscard d’Estaing avait fait appeler son parti l’UDF (Union pour la démocratie française) ainsi car il reprenait le titre d’un de ses livres programmes mais aussi, il était assez proche de l’ancienne UDR (elle transformée en RPR le 5 décembre 1976).

Notons d’ailleurs que l’appellation du parti présidentiel En Marche transformé en La République En Marche (LREM) n’a sans doute pas d’autre objet que de se rapprocher sémantiquement du parti Les Républicains (en clair, LREM = LR + MoDem).

Restons avec Les Républicains, et remontons à il y a vingt ans. Après la dissolution désastreuse du 21 avril 1997 et la victoire des socialistes (menés par Lionel Jospin) le 1er juin 1997, le Premier Ministre sortant Alain Juppé démissionna de la présidence du RPR. Philippe Séguin, le rival de toujours, fut élu président du RPR le 6 juillet 1997 avec 78,9% contre cinq autres candidats, et fut confirmé par les adhérents du RPR avec 95,1% (sans concurrent) lors des assises du RPR le 1er février 1998 à la Porte de Versailles de Paris. C’était alors la première fois qu’un président du RPR était élu directement par les adhérents au suffrage direct.

Mais malgré ce plébiscite, ces assises furent très décevantes pour Philippe Séguin. Son objectif avait été en effet de faire de ce parti "son" parti et pour cela, il voulait le rebaptiser, malgré l’opposition de son fondateur qui était à l’Élysée, Jacques Chirac, discrédité par son échec aux législatives. Lors du conseil national du RPR réuni le 13 décembre 1997 dans le 15e arrondissement de Paris, Philippe Séguin a proposé que ces assises adopteraient une nouvelle appellation au parti. Son souhait était de le rebaptiser "Le Rassemblement", ce qui n’était guère pertinent d’un point de vue sémantique (pas plus que "Le Média", comme si on appelait la marque d’un stylo "Le Stylo" !). À l’origine, il voulait faire adopter ce changement au conseil national mais ce dernier l’avait rejeté.

Le samedi 31 janvier 1998, après treize minutes d’ovations en faveur de Jacques Chirac, les adhérents du RPR ont largement désavoué Philippe Séguin sur le nom : seulement 0,66% approuvèrent "Le Rassemblement", tandis que 49,94% furent d’accord pour "Rassemblement du peuple français (RPF)", retour aux sources gaullistes, comme voulu par Charles Pasqua (qui l’a recréé lui-même avec Philippe de Villiers le 17 juin 1999, Rassemblement pour la France et l’indépendance de l’Europe, après leur réussite électorale aux européennes), et 49,34% pour maintenir RPR. Personne n’a osé organiser un second tour, ce qui a maintenu ce nom de RPR. Pour Philippe Séguin, ce fut « l’équilibre parfait (…) entre la volonté de changement et la volonté de fidélité ».

Philippe Séguin se saborda lui-même le 16 avril 1999 en démissionnant de la présidence du RPR et de la tête de liste aux élections européennes du 13 juin 1999, en échouant au second tour des élections municipales de Paris du 18 mars 2001 (avec 34,8%) face à Bertrand Delanoë (49,6%) et finalement, en n’étant plus dans la capacité de servir son ambition présidentielle.

Pourtant, "Le Rassemblement" n’était pas encore totalement mort. Selon "Le Monde" du 29 décembre 2014, Nicolas Sarkozy, réélu président de l’UMP le 29 novembre 2014, a voulu changer l’appellation de son parti et ses préférences allaient vers "Le Rassemblement". Finalement, le 30 mai 2015 à la Villette de Paris, l’UMP s’est transformée en "Les Républicains", nom déjà envisagé par Nicolas Sarkozy lorsqu’il a conquis la présidence de l’UMP le 28 novembre 2004. Auparavant, dans son affrontement avec Jean-François Copé, François Fillon avait constitué le 27 novembre 2012 un groupe parlementaire éphémère à l’Assemblée Nationale qui s’est appelé "Rassemblement-UMP (R-UMP)" en hommage à son mentor Philippe Séguin. Et Christian Estrosi avait créé son micro-parti en été 2014 avec ce nom "Le Rassemblement".

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Enfin, pour terminer sur l’historique des changements de nom de parti politique, rarement à gauche (hors extrême gauche, NPA, fondé le 5 février 2009, et FI, fondé le 10 février 2016), rappelons un fait assez récent : lors de son 117e congrès réuni à la Porte Maillot à Paris le 9 décembre 2017, le "Parti républicain radical et radical socialiste", fondé le 21 juin 1901, a reconduit Laurent Hénart à sa tête et a transformé le nom du parti en "Mouvement radical, social et libéral" à la suite de sa fusion avec la Parti radical de gauche (PRG) présidé par l’ancienne ministre Sylvia Pinel (candidate à la primaire du PS en janvier 2017), issu du Mouvement des radicaux de gauche créé par Robert Fabre le 4 octobre 1972, favorable à l'union de la gauche.

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Gageons que le nouveau nom du Front national ne changera rien aux enjeux politiques et au constat que même les militants du FN ont déjà établi dès mai 2017 : Marine Le Pen est une politicienne incompétente, une incroyable incapable et une invraisemblable paresseuse intellectuelle, et sa capacité à gagner le pouvoir et plus encore, à gouverner est largement mise en doute, pour ne pas dire en déroute, par ses propres troupes…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 mars 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Rassemblement national.
Les nationautes de la Marine.
Marion Maréchal-Le Pen.
Patrick Buisson.
Marion Wauquiez
Florian Philippot.
Des sénateurs FN.
Jean-Marie Le Pen, symbole de la vieille politique.
Marine Le Pen et la fièvre du dimanche soir.
Second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017.
Nicolas Dupont-Aignan plonge dans la soupe extrémiste.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.
Choisis ton camp, camarade !
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Premier tour de l'élection présidentielle du 23 avril 2017.
Le nationalisme anti-européen de Marine Le Pen coûtera cher aux Français.
Marine Le Pen, est-elle si clean que ça ?
Que propose Marine Le Pen pour 2017 ?
Le programme de Marine Le Pen pour 2017 (à télécharger).
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.
Le débat qui n’a pas eu lieu.
Marine Le Pen en Égypte.
Marine Le Pen contre les droits de l’Homme.
Jean-Marie Le Pen et ses jeux de mots vaseux.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Changement de paradigme.
Piège républicain.
Syndrome bleu marine.
Démagogie 2.0.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.
Le monde des bisounours.
Tout est possible en 2017…
Mathématiques militantes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180311-front-national.html

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/rassemblement-national-les-202253

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/03/12/36216758.html




 

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 02:18

« On voit souvent la politique comme un milieu de profiteurs, mais c’est aussi un milieu sacrificiel à bien des égards, car il y a une grande porosité entre la vie publique et la vie privée, il est très difficile de garder un équilibre. » ("Valeurs actuelles", le 17 mai 2017).

 

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Voici une absente qui multiplie ses présences. Marion Maréchal-Le Pen avait annoncé le 9 mai 2017, après l’échec électoral de sa tante Marine Le Pen, son retrait de la vie politique. À la surprise générale, elle n’a pas brigué le renouvellement de son mandat parlementaire qui a fini le 20 juin 2017 et elle a démissionné de son mandat de conseillère régionale de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) le 7 juillet 2017.

Selon Geoffroy Lejeune, le très jeune (29 ans) directeur de la rédaction de l’hebdomadaire "Valeurs actuelles", qui a publié dans son magazine une tribune de Marion Maréchal-Le Pen le 22 février 2018, ce retrait est réel et elle n’aurait aucune intention de revenir rapidement dans le jeu politique, ni aux élections européennes de 2019, ni à l’élection présidentielle de 2022. Comme son grand-père Jean-Marie Le Pen, qui a sorti le 1er mars 2018 le premier tome de ses mémoires (grand succès commercial), elle ne se rendra pas au congrès du Front national à Lille les 10 et 11 mars 2018.

Pourtant, Marion Maréchal-Le Pen est toujours active. En effet, le jeudi 22 février 2018, elle s’est exprimée à Washington pendant dix minutes dans un anglais remarqué devant un public américain très conservateur, au cours de la Conservative Political Action Conference. Parmi les orateurs, elle a succédé au Vice-Président des États-Unis Mike Pence et le Président Donald Trump s’est exprimé dans la même enceinte le lendemain. Cette intervention a d’autant plus surpris que Marine Le Pen n’avait même pas réussi à rencontrer Donald Trump le 12 janvier 2017 lors de son voyage à New York.

Son message : il faut intensifier le combat culturel pour l’identité des peuples. C’est ce combat culturel qu’elle a semblé lancer en présentant à Paris le 1er mars 2018 aux membres d’une association d’entrepreneurs, proche du Front national, son projet d’académie des droites, en présence de Nicolas Bay (vice-président du FN).

On peut retrouver ses motivations dans sa tribune publiée dans "Valeurs actuelles" du 22 février 2018 : « Je suis convaincue que notre famille de pensée doit investir davantage le champ de la métapolitique. (...)  Nous devons davantage œuvrer en parallèle sans négliger aucune strate de la société. Il n’y a pas de petite résistance ! Il est temps de s’atteler à des œuvres moins visibles peut-être, plus humbles à certains égards, mais non pas moins efficaces et concrètes. ».

Son projet est donc le suivant : « J’ai décidé de m’associer à la création d’une académie de sciences politiques à côté d’autres activités professionnelles. (...) Nous souhaitons être le terreau dans lequel tous les courants de la droite pourront se retrouver et s’épanouir. Notre peuple a droit à la continuité historique, tous ceux qui croient aux vertus du cadre national, à la libre-entreprise, y trouveront leur place. ».

L'idée est de "lever une armée", en quelques sortes : « Nous donnerons des armes intellectuelles, culturelles, juridiques, techniques et médiatiques à nos jeunes afin qu’ils soient les plus performants possible dans l’entreprise comme dans l’arène politique. Nous ne formerons pas uniquement des experts mais aussi des chefs entrainés à la direction des hommes, à la prise de décision et à la gestion du risque. (...) Le contenu pédagogique se déclinera autour de trois axes : le management général, le management de projet et les sciences politiques. Notre objectif est, qu’à l’issue de leur formation, nos étudiants soient en mesure d’analyser, d’agir et d’influencer dans la société à travers la politique ou l’entreprise. » (22 février 2018).

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Marion Maréchal-Le Pen est un ovni de la vie politique. Elle est sans doute une "divine surprise" pour bien des sympathisants de l’extrême droite. Avec elle, les idées populistes pourraient s’incarner toujours dans la famille Le Pen pour encore une bonne cinquantaine d’années. Elle n’est pas qu’une "divine surprise" pour ce secteur électoral, elle l’est en fait pour l’ensemble du paysage politique car elle prouve qu’on peut être jeune, femme, et "fille de" ou plutôt, "petite-fille de" et se faire un prénom, travailler, et avoir sa propre existence politique, au risque même d’empiéter sur celle de sa tante et de son grand-père. Elle est à la fois héritière et conquérante et à l’évidence, ces dernières années, elle a apporté un souffle nouveau à la vie politique, au même titre que le Président Emmanuel Macron.

Par ailleurs, la notoriété médiatique ne lui a pas fait tourner la tête, probablement parce qu’elle a été sur le devant de la scène dès ses débuts dans la vie, embauchée par Jean-Marie Le Pen pour s’afficher avec lui à l’occasion de la campagne des élections régionales du 22 mars 1992 dans la région PACA (elle n’avait que 2 ans). Au lieu de vouloir avancer vers les chemins d’une réussite politique personnelle (elle aurait pu reprendre le FN après l’échec de sa tante), elle a préféré faire une pause, patienter, prendre du recul, capitaliser plus d’expérience dans une vie professionnelle plus ordinaire, et aussi s’occuper de son enfant.

La carrière politique de Marion Maréchal-Le Pen est déjà enviable. Née le 10 décembre 1989 à Saint-Germain-en-Laye, elle est la fille de Yann Le Pen, l’une des trois filles de Jean-Marie Le Pen et une sœur de Marine Le Pen (dont le vrai prénom est également Marion), et son père adoptif est Samuel Maréchal, un cadre du FN qui fut le directeur national du FN de la Jeunesse (entre mai 1992 et février 1999) et qui a quitté sa mère et le FN en 2007.

Au contraire de sa tante, Marion Maréchal-Le Pen fait partie de la "vraie" droite nationale, libérale en économie et souverainiste en politique. C’est pour cela qu’elle est probablement plus proche de son grand-père que de sa tante qui, avec Florian Philippot, s’était déportée vers l’extrême gauche. Son retrait de la vie politique a donc aussi une cause familiale : elle ne voulait pas sans arrêt devoir choisir entre son grand-père et sa tante.

Être de "droite", cela voulait dire pour elle qu’elle avait vu d’un bon œil l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, puis après sa déception, elle s’est finalement convaincue d’adhérer au FN en 2008. Faisant partie du "clan Le Pen", il était tout à fait logique (et prévisible) qu’elle fût candidate aux élections législatives, dans l’une des meilleures circonscriptions du FN. Une gagnable. Une des meilleures, mais pas forcément la meilleure, et il n’y a eu le 17 juin 2012 que deux députés FN élus. Son mérite personnel n’était donc pas absent dans cette élection au scrutin majoritaire, toujours très difficile pour un parti à la marge comme l’était le FN à l’époque.

Ce 17 juin 2012, Marion Maréchal-Le Pen, non seulement, a été élue députée, mais à l’âge de 22 ans, elle fut la plus jeune députée de l’histoire (dans une période encore récente, il fallait avoir au moins 23 ans pour se présenter). Rappelons que son grand-père Jean-Marie Le Pen fut aussi élu le 2 janvier 1956 le plus jeune député de France, à l’âge de 27 ans. Insistons, au-delà des âges, sur le symbole d’une telle élection.

Elle a gagné son siège dans la troisème circonscription du Vaucluse, celle-là justement où se trouve Carpentras, et pour Jean-Marie Le Pen, cela rajoutait une petite revanche après les accusations injustifiées et infondées portées par les ministres socialistes de l’époque contre son parti d’avoir été responsable de la profanation du cimetière juif de Carpentras le 9 mai 1990.

En visite à Nîmes, le Ministre de l’Intérieur Pierre Joxe s’était rendu en hélicoptère le jour même sur les lieux et avait fustigé « ceux qui expriment leur antisémitisme de façon explicite depuis des dizaines d’années (…) [qui sont] responsables, non pas des actes de Carpentras, mais de tout ce qui a été inspiré par la haine raciste ». Le hasard avait voulu que Jean-Marie Le Pen fût l’invité de la grande émission politique "L’heure de vérité" (sur Antenne 2) le soit même du 9 mai 1990, l’occasion pour lui de crier au complot sans être audible tant la stupeur était forte. De nombreuses manifestations d’indignation avaient eu lieu dans les rues de Paris avec des banderoles "Le Pen, les mots, Carpentras, les larmes". François Mitterrand avait même été présent à l’une d’elles. C’était la première fois qu’un Président de la République en exercice avait manifesté (pas la dernière fois puisque François Hollande a manifesté le 11 janvier 2015 après les attentats de "Charlie-Hebdo").

Après son élection, Marion Maréchal-Le Pen a dû conquérir sa propre crédibilité auprès de ses interlocuteurs : « Mon jeune âge a été indéniablement un handicap en termes de crédibilité. (…) Ma jeunesse a (…) été davantage un handicap que ma féminité, qui, dans le jeu politique actuel, est un atout. Nous vivons encore dans le pays de la galanterie ! Je peux dire des choses fortes qui seront plus audibles que dans la bouche d’un homme ; l’agressivité à mon égard peut être assez vite mal perçue, et cela force aussi mes adversaires politiques à aller sur le fond en évitant les postures. » ("Valeurs actuelles", le 17 mai 2017).

Sur le fait d’être femme en politique, elle est donc très clairement d’une génération nouvelle en politique : « Je n’ai jamais voulu jouer de ma féminité comme d’un handicap, je n’ai jamais été victime de misogynie, je le dis franchement, au contraire, cette féminité a été un atout. J’ai toujours trouvé cela très paradoxal que les femmes, surtout à gauche, disons-le, s’enferment dans cet élan victimaire pour pouvoir justifier certaines erreurs ou certaines carences. » (17 mai 2017).

Après le conflit entre Jean-Marie et Marine Le Pen, déclenché publiquement en avril 2015 et qui a abouti à l’exclusion du fondateur de son parti, Jean-Marie Le Pen ne pouvait plus être tête de liste aux élections régionales en PACA et ce fut Marion Maréchal-Le Pen qui le remplaça (c’était la seule candidate acceptable pour lui). Comme les Hauts-de-France avec Marine Le Pen et le Grand-Est avec Florian Philippot, la région PACA était l’une des trois rares régions à pouvoir être gagnées par le FN. Marion Maréchal-Le Pen a fait le meilleur score du FN avec 40,6% au premier tour du 6 décembre 2015 et 45,2% au second tour du 13 décembre 2015 (sa tante n’avait fait que 42,2% au second tour, le même pourcentage au premier tour). Ces élections régionales, dernières élections avant l’élection présidentielle de 2017, ont montré que Marion Maréchal-Le Pen avait une capacité à rassembler les électeurs du second tour plus grande que sa tante.

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Ce qui est notable avec Marion Maréchal-Le Pen, c’est qu’elle a travaillé. Comme beaucoup de députés, elle aurait pu n’être élue que "par hasard", grâce à des circonstances locales et nationales bien précises. C’était donc sa réélection qui lui aurait vraiment permis de montrer sa valeur de parlementaire auprès de ses électeurs, car on n’est jamais réélu par hasard.

Elle aurait été sans doute réélue. Marion Maréchal-Le Pen, peut-être parce qu’elle était très jeune, ne s’est pas endormie sur son siège (un peu comme sa tante), elle a travaillé, et son mandat de cinq ans lui a été très formateur. Sur le plan de la communication politique, elle a un charisme indéniable, ajouté à un charme sur lequel il ne lui faudrait pas trop s’appuyer (car s’appuyer sur sa jeunesse ne dure que le temps de la jeunesse). Mais c’est sur le plan des idées qu’elle commence à avoir une certaine densité.

Cette densité de réflexion, tous les élus ne l’ont pas forcément acquise au cours de leur mandat. Pour s’en rendre compte, voici quelques extraits de son interview dans "Valeurs actuelles" du 17 mai 2017, interrogée par Geoffroy Lejeune, sous le titre assez évocateur : "Le testament politique de Marion Maréchal-Le Pen".

Voici par exemple sa réflexion assez profonde sur les considérations culturelles du débat politique : « L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. Le philosophe François-Xavier Bellamy dit que l’avantage de la culture, c’est que c’est le seul bien qui se partage indéfiniment sans jamais léser personne. Si on s’attache à la transmission et à la vivification de la France, nation littéraire, nation philosophique, nation historique, à partir de là, on peut défendre ce ciment social et sauver le pays des fractures qui l’attendent. » (17 mai 2017). Je note toutefois qu’elle n’évoque pas la "nation scientifique et technologique", ce qui montre, de sa part, une omission de ce domaine où la France est parmi les leaders mondiaux et qui relève, aussi, de l’identité française.

Sa traduction en termes de stratégie politique est la suivante : « Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. (…) Lorsqu’on me demande à quelle droite j’appartiens, je réponds, en reprenant la classification de René Rémond, que je suis à la confluence de la droite légitimiste et de la droite bonapartiste. Mais, pour prendre une catégorie plus récente, j’appartiens à la "droite Buisson". ».

Pour l’instant, elle concède que l’alliance entre FN et LR est impossible car LR garde un matelas confortable d’électorat issu des personnes âgées : « Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues. ». Ce serait peut-être son horizon politique, 2027. Elle aura 37 ans.

Sur Laurent Wauquiez, devenu entre temps le président de Les Républicains : « Laurent Wauquiez est-il sincère ? (…) Est-il capable de mettre en place des alliances intéressantes ? Seul, l’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que, dans le paysage politique actuel à droite, il fait partie de ceux dont les déclarations laissent penser qu’on aurait des choses à se dire et à faire ensemble, je ne vais pas dire le contraire. (…) La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner. ».

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Sur Emmanuel Macron : « Je suis assez frappée par sa capacité à mettre à profit la formule du cardinal de Rezt, "on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment". Il l’a théorisée, intellectualisée, et surfe sur une ambiguïté générale. Macron est l’incarnation de ce concept, c’est assez fort. Il est progressiste, mais j’ai envie de lui répondre par Orwell : "Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains". ».

Cette réflexion sur Emmanuel Macron me fait écrire le commentaire suivant. Qu’un candidat soit élu sur un malentendu, c’est souvent le cas, comme dans l’amour, on peut s’aimer sur un malentendu. L’ambiguïté est intégrée dans l’action politique elle-même. Lorsque Marion Maréchal-Le Pen veut faire la synthèse entre la bourgeoisie conservatrice et les classes populaires, elle se met elle-même dans l’ambiguïté. C’est réussir cette synthèse qui est un élément de performance pour un candidat. Hélas, cette synthèse ne semble fonctionner qu’au seul moment de l’élection (comme pour Nicolas Sarkozy mais aussi François Hollande et son ennemi, la finance internationale, et on peut évidemment remonter à Jacques Chirac, pourfendeur de la fracture sociale, et à François Mitterrand, avec sa fameuse force tranquille), et pas dans l’exercice du pouvoir. Emmanuel Macron cherche à rester dans la synthèse après son élection. En outre, Emmanuel Macron n’est pas dans l’ambiguïté lorsqu’il demande une refondation de l’Europe ou lorsqu’il réforme le marché du travail. Ses convictions sont loin d’être "tièdes" et c’est pour cela d’ailleurs qu’il suscite des mécontentements, voire de la colère.

Sur les journalistes en général, Marion Maréchal-Le Pen est très sévère et ce qu’elle dit est fondé : « J’ai assez peu d’estime pour la profession, où je n’ai trouvé presque aucune culture historique, politique, où j’ai entendu du slogan et des éléments de langage, où beaucoup reprennent la dépêche AFP du matin, recopient ce qu’a écrit le collègue. (…) J’ai vu un vrai manque de travail et une vraie paresse intellectuelle, et, très rarement, j’ai rencontré des journalistes pertinents dans leur approche, originaux. Dans certaines émissions, l’invité a parfois même moins d’importance que le journaliste qui est devenu le propre objet de l’émission. ».

Avec un début d’explication sur ce tableau désastreux du journalisme : « Cet univers est le reflet du fonctionnement actuel de la société. J’avais lu une analyse scientifique expliquant que le fonctionnement cérébral des générations qui viennent était radicalement différent de celui de la génération de nos grands-parents. Les connexions neuronales se façonnent en fonction des stimuli extérieurs et de notre environnement : nos grands-parents, qui étaient soumis à moins d’informations, développaient leur mémoire et leur concentration, et ont beaucoup de mal avec la saturation de l’information et le zapping. La génération qui vient, elle, a une capacité à passer très vite d’une information à une autre, mais de moins en moins de capacité de concentration et de mémoire. Cela pose un vrai problème de société : au lieu de contrer ce phénomène général, l’école l’accompagne, au lieu d’être un sanctuaire qui force le cerveau à développer ses capacités, elle s’aligne et baisse le niveau d’exigence. Et les médias s’adaptent à cela, au temps de cerveau disponible. Cela pose également un problème démocratique : on ne peut pas être un citoyen éclairé si on n’a pas un minimum de mémoire, de capacité d’analyse et de concentration. » ("Valeurs actuelles", le 17 mai 2017).

Ces extraits montrent que l’ancienne députée mène des réflexions personnelles qui, forcément, auront un jour leur traduction politique. On peut raisonnablement penser que cette traduction se fera hors de l’appareil actuel du Front national, trop étriqué et trop typé et qu’elle verrait bien l’émergence, comme en Italie du reste, d’une alliance entre la droite et l’extrême droite, seule stratégie possible pour imaginer un jour atteindre le pouvoir. À l’évidence, Marion Maréchal-Le Pen serait bien mieux placée que Marine Le Pen pour mener à bien ce genre de projet politique. C’est sûr que la présence d’une jeune femme intelligente, avenante et sympathique apporte un autre attrait à ce qui reste pourtant toujours les idées de l’extrême droite française…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 mars 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marion Maréchal-Le Pen.
Roger Auque.
Laurent Wauquiez.
Patrick Buisson.
Marion Wauquiez
Florian Philippot.
Des sénateurs FN.
Jean-Marie Le Pen, symbole de la vieille politique.
Marine Le Pen et la fièvre du dimanche soir.
Second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017.
Nicolas Dupont-Aignan plonge dans la soupe extrémiste.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.
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Le nationalisme anti-européen de Marine Le Pen coûtera cher aux Français.
Marine Le Pen, est-elle si clean que ça ?
Que propose Marine Le Pen pour 2017 ?
Le programme de Marine Le Pen pour 2017 (à télécharger).
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
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Être patriote.
Le débat qui n’a pas eu lieu.
Marine Le Pen en Égypte.
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Changement de paradigme.
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Démagogie 2.0.
Le FN et son idéologie.
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Le choc du 21 avril 2002.
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Le monde des bisounours.
Tout est possible en 2017…
Mathématiques militantes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180222-marion-marechal-le-pen.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/marion-l-arlesienne-202142

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29 septembre 2017 5 29 /09 /septembre /2017 05:39

« Pour avoir oublié que l’immigration était l’alpha et l’oméga du discours d’extrême droite, Philippot subit le sort d’un simple sans-papiers : il est reconduit à la frontière. » (Laurent Joffrin, "Libération", le 22 septembre 2017).


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Après les élections, le naturel revient toujours au galop. Qu’importe son appellation future, le Front national restera toujours un mouvement qui exclut, un mouvement qui stigmatise, un mouvement qui pointe du doigt, un mouvement qui fabrique des boucs émissaires, en désignant même ses éminences grises les plus efficaces (et redoutables).

Le député européen Florian Philippot est né le 24 octobre 1981, quelques jours après l’abolition de la peine de mort, en pleine action du gouvernement socialo-communiste de François Mitterrand. À 35 ans, plus jeune que le Président Emmanuel Macron, il est à l’évidence parmi ceux qui ont renouvelé et vont encore renouveler la classe politique française. L’arrivée au pouvoir du leader d’En Marche a donné un coup de vieux aux quinquagénaires et même aux quadragénaires de toute la classe politique française.

On ne sait pas vraiment si c’est Florian Philippot qui a claqué a porte ou si l’on l’a mis à la porte du FN. Sur le plan strictement factuel, Florian Philippot a choqué Marine Le Pen lorsqu’il a créé le 15 mai 2017 son mouvement "Les Patriotes" (selon la nouvelle mode sémantique de "Les Républicains") alors qu’il y avait encore la campagne des élections législatives. Le 15 septembre 2017 dans "Le Parisien", Marine Le Pen lui a donc lancé un ultimatum pour clarifier la situation : « Qu’il y ait des think tanks, ça ne me pose aucun problème. Mais nous sommes tout de même au cœur de la refondation du mouvement. Je souhaite donc que tous les dirigeants du FN se reconcentrent sur cette refondation et qu’ils apportent leurs réflexions à l’intérieur du mouvement. ».

Invité de Jean-Jacques Bourdin le matin du 19 septembre 2017, sur RMC, Florian Philippot lui a répondu avec sa fausse candeur qu’il ne savait pas ce qu’il y avait à clarifier. Résultat, Marine Le Pen, présidente du FN, a annoncé sa décision le 20 septembre 2017 : « Florian Philippot, sollicité par mes soins, n’a pas répondu à la demande de mettre un terme au conflit d’intérêts résultant de sa double responsabilité de vice-président du Front national chargé de la stratégie et de la communication et de président de l’association politique "Les Patriotes". J’ai pris la décision de lui retirer sa délégation à la stratégie et à la communication. Sa vice-présidence sera, à compter de ce jour, sans délégation. ».

Piqué au vif, Florian Philippot ne pouvait plus que quitter le FN, le communiquant officiellement sur France 2 le matin du 21 septembre 2017, refusant d’être vice-président à ne rien faire (remarque statutaire : dans les statuts, il faut une décision collégiale pour retirer la vice-présidence qu’il avait acquise le 12 juillet 2012 alors que la présidente peut retirer les délégations comme elle l’entend, d’où cette décision en mi-teinte).

Dans une lettre aux militants FN, Marine Le Pen a expliqué le 24 septembre 2017 : « Considérant qu'il ne pouvait se présenter sur les plateaux de télévision ès qualités de "président des patriotes" pour fair la publicité de son association au détriment de celle du Front national, je lui ai demandé, il y a déjà de longues semaines, de clarifier cette situation pour le moins ambiguë et troublante pour de nombreux militants. (...) L'annonce de Florian Philippot relève d'une décision à l'évidence mûrie et vraisemblement recherchée, peut-être par peur d'un débat dont il avait de lui-même et de manière peu compréhensible exclu le principe au moins sur la stratégie du mouvement. ».

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L’objet de "Les Patriotes" était pourtant de promouvoir les idées de Marine Le Pen (explicitement : « défendre et porter le message de Marine Le Pen au soir du second tour de l’élection présidentielle »). Dès leur rencontre en début 2009, ce fut le "coup de cœur" entre les deux, et on peut probablement attribuer à Florian Philippot le mérite d’avoir fait grimper le FN jusqu’au seuil des 30%, ce qui est historique (il n’avait jamais dépassé la barre de 20%, même lors du second tour de l’élection présidentielle de 2002). Le divorce doit probablement dater du 3 mai 2017, lors du débat de second tour face à Emmanuel Macron, au cours duquel Marine Le Pen a montré ses limites intellectuelles (plus que politiques). Florian Philippot a dû alors comprendre que ce ne serait pas avec Marine Le Pen que le FN prendrait un jour le pouvoir et qu’il fallait préparer lui-même la suite…

"Quasiment" seul énarque du Front national (il y a eu d’autres énarques au FN, comme Pascal Arrighi, Yvan Blot et Jean-Yves Le Gallou qui ont quitté le FN le premier en 1988 et les deux autres en 1998), Florian Philippot subit le sort des ambitieux qui ne sont pas du clan Le Pen. Avant lui, une multitude de cadres du FN, qui avaient parfois réussi à atteindre quelques beaux mandats, se sont retrouvés à devoir ou vouloir quitter le FN pour continuer leur carrière, ou, pour les plus anciens, à le quitter pour des raisons d’opposition à la ligne du parti ou au comportement de son dirigeant.

Ce fut le cas notamment de Bruno Chauvierre, Robert Spieler, François Bachelot, Édouard Frédéric-Dupont, Olivier d’Ormesson, Jean-Marie Le Chevallier, Jacques Bompard, Charles de Chambrun (ancien maire de Saint-Gilles, à ne pas confondre avec le diplomate), Yann Piat, Pierre Ceyrac, Pierre Vial, Carl Lang, Jean-Claude Martinez, Bernard Antony, Fernand Le Rachinel, Samuel Maréchal, Christian Baeckeroot, Jean-François Touzé, Michel de Rostolan, Pierre Descaves, Martine Lehideux, Martial Bild, Julien Rochedy, etc. mais le plus notable car le plus crucial fut évidemment Bruno Mégret, numéro deux du FN, qui voulait vraiment gouverner et flirter avec la droite parlementaire pour conquérir le pouvoir, ce que ne voulait pas vraiment Jean-Marie Le Pen.

Le schisme de Bruno Mégret fut "terrible" et formalisé au conseil national du FN le 5 décembre 1998 à la Maison de la Chimie à Paris : exclu du FN le 23 décembre 1998, il a "emporté" avec lui plus de la moitié des responsables départementaux (62) et 140 conseillers régionaux FN sur les 275 élus en mars 1998, pour créer un nouveau parti, le Mouvement national républicain (MNR) le 24 janvier 1999 à Marignane (initialement baptisé FN-MN). Le FN était délité, sans structure, si ce n’était la marque Le Pen qui restait encore connue. Les élections européennes du 13 juin 1999 ont laminé l’extrême droite : le FN, avec seulement 5,7% des voix, a perdu 6 sièges sur les 11 sortants, et Bruno Mégret n’a eu que 3,3% des voix.

On aurait pu alors proclamer la fin du "danger Le Pen" et pourtant, il n’a pas fallu trois ans pour renaître et Jean-Marie Le Pen a réussi à atteindre le second tour de l’élection présidentielle de 2002, avec 16,9% et cela malgré la candidature de dispersion des voix de l’extrême droite de Bruno Mégret (qui n’a recueilli que 2,3%).

Ce simple rappel historique doit donc amener les observateurs à la plus grande prudence sur leurs analyses concernant les conséquences du départ de Florian Philippot du FN. Avec une différence de taille avec le départ de Bruno Mégret : si Florian Philippot était très influent au sein du FN et auprès de sa présidente, il était en revanche ultraminoritaire parmi les cadres et les militants. Pire, pour beaucoup de membres, il est même aujourd’hui considéré comme le responsable de la double défaite électorale du FN en 2017 alors qu’au contraire, pour beaucoup d’observateurs, comme le politologue Pascal Perrineau (dans "Le Point" du 8 juin 2017), c’est grâce à lui que le FN a pu monter aussi haut (les défaites entraînent toujours ce genre d’ingratitude). Donc, à court terme, même si quelques élus proches ont suivi Florian Philippot (comme la députée européenne Sophie Montel, déjà contestée par la direction du FN), la structure du FN ne sera probablement pas beaucoup affectée par cette éviction.

Comme Bruno Mégret, Florian Philippot est très ambitieux et très intelligent (et hautement diplômé, le premier polytechnicien et ingénieur des Ponts-et-Chaussées, le second HEC et énarque). Mais l’un est "sympathique" quand l’autre ne l’est pas vraiment. Florian Philippot a des qualités de débatteur médiatique excellentes alors que Bruno Mégret n’a jamais eu beaucoup de charisme. Bruno Mégret n’a pas réussi son indépendance politique et s’est d’ailleurs fourvoyé dès l’élection présidentielle de 2002 (avec en plus des ennuis financiers très importants) au point de revenir finalement soutenir Jean-Marie Le Pen en 2007 (anecdote : Bruno Mégret a soutenu François Fillon en 2017 !).

Florian Philippot, qui a été élu député européen le 25 mai 2014 et conseiller régional du Grand-Est le 13 décembre 2015, va donc nécessairement faire route tout seul, avec son propre capital de "sympathie" et de notoriété (qui est élevée grâce à sa présence permanente dans les médias depuis cinq ans). Son objectif est clairement fixé : rassembler tous les "patriotes" de France, et prôner le départ de la zone euro, avec un accent social et même gaulliste (il a soutenu la candidature de Jean-Pierre Chevènement en 2002).

Qui pourra-t-il rassembler ? Peut-être Nicolas Dupont-Aignan dont la rentrée politique a eu lieu le 17 septembre 2017 au cirque d’hiver à Paris, où il a réussi à faire intervenir notamment Jean-Frédéric Poisson, candidat malheureux à la primaire LR en novembre 2016, qui a prononcé le discours de conclusion des universités de rentrée de Debout la France : « C’est autour de ce socle de valeurs communes, avec de nombreux alliés qui ont vocation à nous rejoindre, que nous repartons à la conquête du cœur des Français. » (toute la question est : qui est donc ce "nous" ?).

Nicolas Dupont-Aignan, qui avait négocié son soutien à Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2017 (ce qui a choqué beaucoup de ses électeurs et même cadres), est évidemment partant pour rassembler les "patriotes" : « Une majorité divisée et silencieuse attend d’être entendue et rassemblée sur un chemin concret et ambitieux de sortie de crise. Voilà pourquoi je n’ai et n’aurai qu’une idée fixe que je souhaite faire gagner avec vous : l’union, l’union, l’union ! L’union de tous les amoureux de la France. ». Mais certainement sous sa propre direction ! Même s’il a affirmé, en simple formule de prudence : « La question du candidat qui fédérera les patriotes et les républicains en 2022 ne doit surtout pas se poser maintenant. Cela ne sert à rien car personne ne peut savoir qui dans cinq ans ou même avant sera en position de rassembler nos concitoyens. ».

Nicolas Dupont-Aignan a indiqué le 21 septembre 2017 sur RTL qu’il avait déjeuné avec Marine Le Pen le 20 septembre 2017 et qu’il avait rencontré Florian Philippot le 21 septembre 2017 juste après la démission de ce dernier : « Dans ces circonstances, tout se bouscule dans la tête. Il faut revenir aux fondamentaux. Et les fondamentaux, à mon avis (…), c’est d’additionner les talents, de ne pas les rejeter, c’est de préparer l’alternative. (…) L’enjeu en tout cas pour moi, ce n’est pas de mettre de l’huile sur le feu. ».

Et du côté du FN, quelles en seront les conséquences ? Au niveau structure, pas grand chose, comme je l’ai écrit, puisque Florian Philippot ne représentait pas beaucoup de monde, si ce n’est son petit clan qu’il a pu mettre aussi parmi les attachés parlementaires de quelques députés européens amis. Il faut se rappeler aussi que les candidats "philippotistes" aux élections législatives de juin 2017 ont eu des scores très médiocres, nettement moindres que les autres candidats FN (lui-même n’a pas été élu en Moselle, à Forbach), alors qu’ils avaient récupéré 45% des circonscriptions dans lesquelles le FN avait obtenu plus de 50% au second tour de l’élection présidentielle le mois précédent.

En revanche, d’un point de vue politique, cette démission aura un effet déterminant. La question au sein du FN aurait été, selon certains, entre le soutien ou non de la volonté de quitter la zone euro voire l’Union Européenne. En fait, le clivage me paraît bien différent. L’euro n’est que la partie non immergée de l’iceberg contradictoire au sein du FN entre la ligne qu’on pourrait appeler "identitaire" et qui pourrait se résumer au retour des fondamentaux et à l’obsession contre l’immigration, et la ligne "gaucho-lepeniste" (voir l’expression ci-après) encouragée par Florian Philippot mais aussi par le FN canal historique qui refusait d’être classé dans l’échelle droite/gauche avant même l’arrivée de Marine Le Pen à la présidence du FN.

Les tenants de la ligne identitaire voient en effet aujourd’hui une occasion en or, avec le délitement électoral, politique et idéologique de LR (une partie dans l’opposition, une partie dans la majorité) et une opposition massive au Président Emmanuel Macron mais aussi à celui qui se proclame son principal opposant, à savoir Jean-Luc Mélenchon, de créer un front de droite dure, tel que l’imaginait il y a vingt ans Bruno Mégret.

Je termine par cette réflexion d’un double ancien du Front national, Jean-François Touzé, qui fut un proche de Jean-Pierre Stirbois (ancien numéro deux du FN) et qui est entré au FN en 1982, l’a quitté en 1989 (après la mort accidentelle de Jean-Pierre Stirbois), puis l’a rejoint de nouveau en 1998 (en mars 2001, candidat FN à la mairie du Havre, la ville de l’actuel Premier Ministre Édouard Philippe), élu conseiller régional FN d’Île-de-France entre 2004 et 2010, et l’a de nouveau quitté en début 2008.

Et voici ce qu’il dit : « Le FN auquel j’ai, quant à moi, adhéré en 1982 était libéral, républicain, atlantiste, pro-israélien. Il se voulait le défenseur de nos libertés face au communisme et à la bureaucratie socialiste, en même temps que le champion de la sécurité de nos compatriotes et de la lutte contre une politique migratoire qu’il savait destructrice. Il prônait enfin le rassemblement de la droite de conviction et de valeurs dont il voulait être l’aiguillon. (…) Ce n’est évidemment pas [le discours] que prononcera le Front national canal historique qui, peu à peu, sombre dans la confusion comme l’ont suffisamment montré les épisodes Soral/Dieudonné et son soutien à la nucléarisation de l’Iran. ».

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Son texte, que je cite ici, date du 26 mai 2009, c’est-à-dire avant l’arrivée de Marine Le Pen à la présidence du FN, une Marine Le Pen dont il se sentait à l’époque assez proche, et Jean-François Touzé ajoutait d’ailleurs : « Reste Marine dont on me reproche l’amitié que je lui porte et que je ne veux pas renier. Marine qui a eu son destin entre les mains à plusieurs reprises, Marine qui l’a peut-être encore à condition qu’elle sache rapidement s’éloigner de la thématique gaucho-lepéniste qui la plombe au niveau national même si elle lui est utile en pays minier, qu’elle rompe avec le "ni droite ni gauche" dans lequel certains veulent l’enfermer, qu’elle ne craigne pas de dire plus clairement encore qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent son rejet du négationnisme et qu’elle entre sans se retourner, une bonne fois pour toute, dans ce qu’Alain Minc appelle "le cercle de la raison". ».

C’est clair qu’en huit ans, Marine Le Pen a rompu définitivement avec le négationnisme vaguement latent de certains militants du FN au point même de faire exclure son propre père Jean-Marie Le Pen lorsqu’il insistait trop avec ses petites phrases polémiques volontairement provocatrices.

Est-elle pour autant rentrée dans "le cercle de la raison" ? Ce n’est pas sûr du tout. Et pour une raison simple : aujourd’hui, ce qu’on reproche à Marine Le Pen, ce n’est pas un problème de cap politique (après tout, tous les grands leaders nationaux ont dit tout et son contraire, il suffit de lire la chronologie de François Mitterrand ou de Jacques Chirac), mais un véritable problème de compétence. L’incapacité intellectuelle à exposer clairement une vision politique (quelle qu’elle soit) a été révélée lors du débat du 3 mai 2017. Et cela semble être son principal plafond de verre (qu’on pourrait aussi appeler paresse intellectuelle). Un boulet que ne semble pas avoir sa nièce Marion Maréchal-Le Pen.

On pourrait croire ce qu’en disait un autre exclu du FN, dirigeant historique, agrégé de droit et universitaire. Ce qui lui a valu sa nomination au Prix de l’humour politique le 2 juin 2014, Jean-Claude Martinez, ancien député de l’Hérault de 1986 à 1988 et ancien député européen de 1989 à 2009, avait en effet déclaré, avec un peu d’amertume : « J’ai eu Marine Le Pen comme étudiante à Assas. Elle est du même niveau que Dati et Morano ; elle écrit en phonétique ! ».

Pour l’heure, comme elle l’a réaffirmé à son meeting le 23 septembre 2017 à Toulouse, Marine Le Pen, qui a digéré rapidement son divorce politique qu’elle veut dédramatiser, continue paradoxalement à mettre en avant le slogan "ni droite ni gauche" et a défié ceux qui ne seraient pas en accord avec ce mot d’ordre à l’affronter au prochain et seizième congrès du FN le 11 mars 2018 à Lille. Avis aux futurs exclus…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 septembre 2017)
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Pour aller plus loin :
Florian Philippot.
Des sénateurs FN.
Jean-Marie Le Pen, symbole de la vieille politique.
Marine Le Pen et la fièvre du dimanche soir.
Second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017.
Nicolas Dupont-Aignan plonge dans la soupe extrémiste.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.
Choisis ton camp, camarade !
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Premier tour de l'élection présidentielle du 23 avril 2017.
Le nationalisme anti-européen de Marine Le Pen coûtera cher aux Français.
Marine Le Pen, est-elle si clean que ça ?
Que propose Marine Le Pen pour 2017 ?
Le programme de Marine Le Pen pour 2017 (à télécharger).
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.
Le débat qui n’a pas eu lieu.
Marine Le Pen en Égypte.
Marine Le Pen contre les droits de l’Homme.
Jean-Marie Le Pen et ses jeux de mots vaseux.
Marion Maréchal-Le Pen.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Changement de paradigme.
Piège républicain.
Syndrome bleu marine.
Démagogie 2.0.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.
Le monde des bisounours.
Tout est possible en 2017…
Mathématiques militantes.

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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 05:04

« Monsieur Le Pen n’est pas le chef d’une fraction de Français apeurés qui comptent sur lui pour ne plus payer d’impôt. Il est leur émanation, quelque chose comme leur mauvaise odeur, exaltée par les temps difficiles où nous sommes. Quand elle parfume l’écran, ils jubilent. Quand on se bouche le nez, ils ricanent. Non mais ! Ils sont chez eux ! Ils ne vont tout de même pas se gêner ! Ah ! malheur à ceux qui remuent le fond d’une nation… » (Françoise Giroud, "Le Nouvel Observateur", le 26 octobre 1985).


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Il y a un côté pitoyable avec Jean-Marie Le Pen. Voici un homme politique chevronné, un des analystes les plus avisés de la vie politique, élu député à 27 ans, le 2 janvier 1956 (sa petite-fille Marion a fait mieux que lui plus tard), qui a construit un mouvement, le Front national, à partir du 5 octobre 1972, à l’origine mis à sa tête car il présentait mieux que les autres chefs des groupuscules extrémistes qu’on voulait unifier, qui a imaginé le thème jackpot de la PME familiale avec l’immigration au début des années 1980 ! Et son écho s’est amplifié à fur et à mesure que les partis traditionnels s’enlisaient dans la gestion comptable et sans âme de la crise économique. Un joujou impeccable, fort de son capital sans cesse valorisé, qu’il a légué à 82 ans à sa troisième fille, Marine, le 16 janvier 2011, et le voici dépossédé par cette dernière qui ne veut plus le maintenir en PME mais en faire une véritable multinationale.

La guerre entre le père et la fille a eu lieu au printemps 2015, à l’occasion d’un mot de trop sur Pétain dans "Rivarol" (le 9 avril 2015). Aujourd’hui, la justice a statué étrangement : son exclusion du Front national (du 20 août 2015) a été validée (le 17 novembre 2016) mais il reste toujours président d’honneur du FN, poste créé le 16 janvier 2011 et intégré aux statuts mêmes du parti ! Résultat, Jean-Marie Le Pen a considéré qu’en qualité de président d’honneur, il était habilité à participer à la réunion du bureau politique du FN qui a eu lieu le matin du 20 juin 2017 à son nouveau siège de Nanterre. À cette date, Jean-Marie Le Pen fêtait d’ailleurs son 89e anniversaire, et on se dit que seule la mort pourrait apaiser cette famille si "féroce" contre son patriarche.

Car l’enjeu n’est évidemment pas familial. Ou, disons, presque pas. Jean-Marie Le Pen aimerait mettre à la présidence du FN sa petite-fille Marion Maréchal-Le Pen, benjamine de l’Assemblée Nationale élue le 17 juin 2012 mais qui a renoncé à poursuivre sa carrière politique le 9 mai 2017, probablement en raison des dissensions avec sa tante Marine.

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Le problème n’est pas familial mais concerne la ligne politique. Marine Le Pen a adopté la stratégie de Florian Philippot (seul cadre important du FN à ne pas avoir été élu le 18 juin 2017), ce qui revient à faire du macronisme extrémiste là où Emmanuel Macron faisait du macronisme centriste. À savoir, le "ni droite ni gauche" qu’on pourrait compléter par : "tous ceux en colère avec moi", une stratégie concurrencée maintenant à gauche par Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Marie Le Pen avait incarné l’aile droitiste du FN, la véritable extrême droite (à l’origine très hétéroclite) qui pouvait imaginer un jour s’allier avec la droite dure de la droite dite classique, sachant qu’aujourd’hui, le FN bute sur sa non-autosuffisance électorale.

Ce 20 juin 2017, Jean-Marie Le Pen était venu donc, avec huissier, faire constater que sa fille lui interdisait d’être présent au bureau politique du FN. Un bureau politique dont il a réclamé la démission en raison de l’échec du parti à l’élection présidentielle et aux élections législatives de cette année.

Papy Menhir ne manque pas d’air. C’est vrai que son grand âge a autant de quoi impressionner que sa jeunesse le 2 janvier 1956 lorsqu’il avait été élu sur une liste poujadiste (face à la liste du communiste Roger Garaudy et à la liste de droite du député des concierges parisiens Édouard Frédéric-Dupont). Et c’est vrai aussi que tout ce qui peut mettre des bâtons dans les roues d’une Marine Le Pen aussi vide de fond que ne l’a montré sa campagne présidentielle n’est pas pour déplaire à certains.

Mais quand même ! C’est l’hôpital qui se moque de la charité.

Car Marine Le Pen a fait nettement mieux que son père : être capable de réunir 10 638 475 voix au second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017, soit 33,90%, face à Emmanuel Macron, c’est un score historique, près du double de celui de son père le 5 mai 2002 (5 525 032 voix, soit 17,79%).

Et l’autre score historique, c’est d’avoir fait élire 8 députés FN. Pas 35 comme en 1986, élus à la proportionnelle, seulement 8, certes, mais au scrutin majoritaire à deux tours. Et c’est bien plus important que quatre fois les 2 députés FN élus le 17 juin 2012, car ces 8 députés ont été élu en duels de second tour, c’est-à-dire, en ayant atteint (parfois très largement) le seuil de 50% des suffrages exprimés (c’est historique), alors qu’en 2012, aucun des deux n’avait obtenu 50%, ils avaient bénéficié de la majorité relative grâce à des triangulaires. Seuls des députés comme Yann Piat ou Jacques Bompard (réélu le 18 juin 2017) avaient eu l’approbation d’une majorité absolue d’électeurs, mais ils n’ont pas gardé leur étiquette FN très longtemps au cours de leur mandat.

C’est vrai que le seuil de 35% n’a pas été atteint au niveau national (à l’élection présidentielle) alors que celui de 45% était à l’horizon. Mais un tiers des électeurs qui se sont exprimés, c’est déjà énorme pour une élection présidentielle. C’est une erreur majeure de parler de plafond de verre, ou alors, c’est un plafond volant, montant à chaque élection.

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Pire si l’on prend aussi en compte les abstentionnistes et ceux qui ont voté blanc ou nul. Certes, ils ne voulaient pas forcément de Marine Le Pen, mais on peut quand même dire clairement que le 7 mai 2017, près de 27 millions de Français (exactement 26 825 565) n’avaient pas terriblement peur de l’élection de Marine Le Pen à l’Élysée, soit parce qu’ils ont voté pour elle, soit parce qu’ils n’ont pas voulu choisir son concurrent de duel. Cela fait quand même 56,4% des inscrits, c’est énorme !

On peut comparer avec Jean-Marie Le Pen : le 5 mai 2002, c’était un raz-de-marée pour Jacques Chirac, 82,21% des exprimés ont voté pour lui (25 537 956 voix), un score de république bananière. Il n’y avait que 15 millions et demi de Français (exactement 15 653 213) qui n’étaient pas effrayés par la perspective de l’élection de Jean-Marie Le Pen, soit seulement 38,0% des inscrits.

L’apport de Marine Le Pen, cela a été d’inverser cette tendance électorale de la peur : c’est le grand résultat d’un terme que je n’apprécie pas beaucoup, la "dédiabolisation", terme qui laisserait entendre qu’on aurait "diabolisé" injustement le FN auparavant, ce qui est inexact politiquement.

Une étude avait montré en mai 2017 qu’une centaine des candidats FN aux élections législatives de juin 2017 avaient tenu ou transféré des propos particulièrement douteux, parfois racistes, sur les réseaux sociaux. Il n’y a pas "diabolisation" à le dire, c’est juste un constat, comme c’est également un constat que la ligne politique de Marine Le Pen n’en est pas une : elle n’est que clientélisme et démagogie, puisant à droite, à gauche, ou dans la poche du Parlement Européen, les argumentations en fonction des auditoires (au point de s’emmêler les pédales sur l’euro, sur l’économie, sur l’Europe…).

Il y a un air de nostalgie, de futur antérieur mélancolique, de voir un vieillard de 89 ans vitupérer sa fille pour avoir perdu alors qu’elle fait mieux que lui. Dernier sursaut d’une énergie phénoménale qui a angoissé la vie politique française depuis près de trente-cinq ans. La famille Le Pen est bien un repaire de vieilles ficelles, une resucée de vieilles recettes typiques de "l’ancien monde", du monde d’avant-Macron, du monde d’avant renouvellement. Les débats à l’Assemblée Nationale renforceront nécessairement ce fossé entre cette vieille musique et l’élan constructif de cette jeune garde des députés renouvelés.


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Sylvain Rakotoarison (24 juin 2017)
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Le débat qui n’a pas eu lieu.
Marine Le Pen en Égypte.
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Jean-Marie Le Pen et ses jeux de mots vaseux.
Marion Maréchal-Le Pen.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Changement de paradigme.
Piège républicain.
Syndrome bleu marine.
Démagogie 2.0.
Le FN et son idéologie.
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Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.
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Tout est possible en 2017…
Mathématiques militantes.

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 06:32

Entre ceux qui jouent avec le feu et ceux qui s’enflamment, y aura-t-il encore une petite place pour la démocratie ?


 


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L’album de caricatures de l’excellent Jacques Faizant (1918-2006) date du 23 novembre 1973 (aux éditions Denoël) et pourtant, il pourrait presque être d’actualité en 2015, quarante-deux plus tard, en remplaçant François Mitterrand par Manuel Valls et Georges Marchais par Marine Le Pen !

Dans les débats concernant le Front national et Marine Le Pen, que ce soit dans les médias ou ailleurs, il y a certains points qui me font frémir, et en particulier, l’absence de lucidité de certains commentateurs.

C’est vrai que parler de Marine Le Pen ou du FN, ça fait vendre et c’est bon pour l’audimat. L’émission finalement avortée de David Pujadas ne répondait à aucun autre diktat que son propre succès quasi-narcissique : de valeurs morales, de programmes politiques, qu’importe ; ce qui compte, c’est le succès d’une émission qui n’est intéressante simplement que par l’absence de concurrence. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois…

Un certain nombre de personnes pensent que le Front national n’est pas dangereux, ou plutôt, qu’il ne pourra jamais arriver au pouvoir à cause du sacro-saint scrutin majoritaire. Donc, que Marine Le Pen existe dans le paysage politique pour amuser la galerie, divertir voire plus si affinités. Par conséquent, que ceux qui veulent crier leur colère, qui veulent exprimer leur désapprobation sur les gouvernements discrédités, qui veulent cracher sur l’histoire de leur pays sans risque aillent voter Le Pen puisqu’il n’y aurait pas de risque. Enfin, c’est ce que certains penseraient.

Tous ceux-là se trompent d’institutions. Ils n’ont rien compris à la Ve République. La Constitution du 4 octobre 1958 est justement faite pour permettre à un pouvoir d’être stable, de réussir à gouverner malgré les aléas de cette impalpable "opinion publique" qui, il faut bien le dire ces derniers temps, ne cesse de vouer aux gémonies les candidats qu’elle s’est elle-même appropriés en les élisant parfois avec enthousiasme.

Comment faudrait-il expliquer pour faire comprendre qu’aujourd’hui, le FN est le premier parti à pouvoir profiter de l’effet majoritaire ? Déjà aux élections européennes du 25 mai 2014, le FN avait conquis le tiers des sièges avec seulement le quart des voix. Mais plus inquiétant encore, le FN avait réussi à faire élire deux sénateurs dans deux départements différents, preuve, s’il en est, de la grande implantation locale de ce parti, qui a été capable de rassembler bien au-delà du réservoir attendu des seuls grands électeurs estampillés FN.

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Aujourd’hui, s’il y a des élections législatives, il y a de grande chance pour que les candidats FN arrivent en tête du premier tour dans de nombreuses circonscriptions. Pour les régionales, cela semble aussi se présenter ainsi dans des sondages qu’il faut toujours lire, certes, avec précaution : les listes FN arriveraient en tête dans de nombreux départements, comme ce fut le cas, là encore, aux élections européennes.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’en gros, un quart à un tiers du corps électoral votant (laissons de côté ceux qui refusent l’exercice de s’exprimer) est prêt à voter ou même a déjà voté pour un candidat FN. Mais que parallèlement, il y a probablement un peu plus d’un électeur sur deux qui ne voudrait en aucun cas d’un élu FN.

Fort de cette réflexion, le piège électoral peut tranquillement se refermer.

En effet, que ce soit aux élections régionales des 6 et 13 décembre 2015 ou aux élections législatives probablement en juin 2017, le passage du premier au second tour sera déterminant pour l’avenir de nos institutions. Je le dis avec gravité car j’ai l’impression que la plupart des partis politiques sont complètement insouciants ou ferment les yeux, trop occupés à sauvegarder leurs terrains.

En clair, dès lors qu’il est possible à plus de deux candidats ou listes candidates de se maintenir au second tour, il y a danger immédiat si le FN est en tête du premier tour.

L’exemple du Nord-Pas-de-Calais-Picardie est à cet égard très éclairant. L’un des derniers sondages (sondage Ifop pour iTélé, Europe 1 et "La Voix du Nord" publié le 26 octobre2015) donne de grands écarts : 38% pour la liste FN, 26% pour la liste LR-UDI-MoDem et 19% pour la liste PS (dans des régions généralement considérées "de gauche"). Pour l’instant, Pierre de Saintignon, le candidat PS, se déclare convaincu (et Jean-Christophe Cambadélis avec lui, semble-t-il) que la liste PS rassemblant les autres listes de gauche dépasserait celle de Xavier Bertrand, candidat LR, au second tour.

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Mais il paraît assez évident qu’en étant loin du compte, il n’aurait aucune véritable dynamique pour le second tour et le sondage pour le second tour est à cet égard assez confus en raison de l’intervalle d’erreur : liste FN à 39%, liste LR-UDI-MoDem à 31% et liste PS rassemblé à 30%. Le PS paie ici l’absence d’union de la gauche dès le premier tour, or, il veut maintenir sa liste au second tour pour faire le combat qu’il aurait dû faire dès le premier tour, à savoir, qui du PS ou de LR-UDI-MoDem affrontera le FN ?

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Donc, on s’acheminerait tout doucement, tant pour les régionales que pour les prochaines législatives, vers un grand nombre de triangulaires au second tour FN-LR-PS. Je n’indique pas les alliés des Républicains ni du PS mais il faut bien insister sur le fait que ces deux partis rassemblent d’autres formations dans leur sillage alors que le FN est seul dans la classe politique et par son isolement, n’a aucune capacité à rassembler d’autres formations, caractéristique nécessaire néanmoins pour gouverner durablement un exécutif, que ce soit localement ou nationalement. On s’acheminerait vers des triangulaires avec une probabilité que le FN, dans beaucoup de cas, soit en première position.

Au second tour, la majorité relative suffit à faire gagner la liste ou le candidat face aux autres. C’est donc un choix cornélien que de se retrouver au premier tour en troisième position. Pour les régionales, le fait d’arriver en tête au second tour apporte une prime majoritaire qui donne un net avantage pour pouvoir ensuite conquérir l’exécutif.

Il n’y a que trois choix possibles.
Passons-les en revue dans le cas des régionales.

1. Ou la troisième liste décide de rester au second tour sans rien changer (ni composition ni programme), ou, le cas échéant, en fusionnant sa liste avec des petites listes du premier tour avoisinantes. Politiquement, ce choix a le mérite de la cohérence politique et les électeurs y gagnent la meilleure offre politique. Le risque est grand, alors, que la liste qui était en première place au premier tour le reste au second tour. C’est donc la meilleure configuration pour donner au FN le maximum d’élus voire d’exécutifs régionaux.

2. Ou la troisième liste refuse de prendre le risque de faire élire le FN, et dans ce cas, décide de fusionner avec la liste arrivée en deuxième position. L’avantage, c’est que la liste arrivée en première place, qui n’a aucune réserve de voix, aura du mal à franchir le seuil de la majorité absolue (même si cela ne reste pas impossible néanmoins). L’inconvénient majeur, c’est que cela donne prise à "bonnet blanc et blanc bonnet", la fameuse expression du candidat communiste Jacques Duclos arrivé en troisième position à l’élection présidentielle de 1969 derrière Georges Pompidou et Alain Poher. C’est ce que le FN appelle, avec une grande mauvaise foi et dans la belle tradition communiste, "UMPS" jusqu’à la nouvelle appellation des Républicains. Si, politiquement, c’est quasi-suicidaire d’adopter une telle stratégie, qui nécessite aussi, bien sûr, l’accord de la deuxième liste, il y a un avantage complémentaire, qui est que les deux listes qui fusionnent (la deuxième et la troisième du premier tour) peuvent garder des élus et considérer qu’à l’élection suivante, l’un des deux sera meilleur que l’autre.

3. Ou enfin, le troisième cas, la troisième liste se désiste complètement, sans fusion avec la deuxième parce qu’elles n’ont pas les mêmes options politiques. Avec deux sous-cas, l’ancienne troisième liste soutient activement la deuxième liste ou au contraire, reste silencieuse en attendant que le second tour passe. C’est de loin la solution la plus performante politiquement et électoralement : d’une part, elle replace le second tour au niveau du premier tour, à savoir, pour être élu, il faut convaincre la majorité absolue des électeurs, ce qui reste une épreuve difficile pour le FN ; d’autre part, il n’y a pas collusion entre LR et PS et donc, chacun aura gardé sa "pureté originelle" programmatique. Le seul inconvénient, et cela se paie donc très cher, c’est l’absence d’élu issu de la troisième liste. Or, qui dit absence de siège dans l’opposition de la région pendant six ans dit grande difficulté pour compter un jour la reconquérir. Notons d’ailleurs que lors des dernières élections législatives en Pologne, le 25 octobre 2015, les partis dits de gauche n’ont pas réussi à atteindre le seuil minimal pour conserver un seul siège !

Le politologue Gérard Grunberg a parfaitement résumé la situation actuelle, en disant que les deux grands partis de gouvernement (LR et PS) doivent définir ce qu'ils veulent privilégier, le clivage gauche/droite ou le clivage sur la construction européenne : « Si les deux partis ne se décident pas à affronter leur dilemme central alors l’histoire décidera pour eux au lieu qu’ils décident pour elle. Certaines voix annoncent déjà l’élection de Marine le Pen en 2017. Certes, une telle prévision semble bien hasardeuse. Néanmoins, un acteur politique de premier plan doit envisager toutes les hypothèses même les pires. Anticiper pour agir. Au bout du compte chacun pour lui-même doit se demander quel est l’ennemi principal et répondre à cette question. Ne pas y répondre de manière stratégique, c’est s’abandonner aux hasards de l’histoire… hasards parfois très malheureux ! » (Telos, le 27 octobre 2015).

J’ai essayé vaguement de rester dans le général même si la conjoncture laisse peu de doute sur l’ordre au premier tour des différentes listes, un peu à l’instar d’ailleurs des élections européennes : la liste FN en premier, la liste LR-UDI-MoDem en deuxième et la liste PS en troisième.

Donc, la balle est surtout dans le camp du Parti socialiste, et par ricochet, dans le camp du gouvernement et de l’Élysée. Dans une logique purement partisane, le PS pourrait décider d’en rester à l’option 1, à savoir préserver ses chances de succès (malgré tout !) et surtout, d’avoir quelques sièges malgré la Berezina. Bref, sauver à court terme les meubles. Dans la logique de l’Élysée, l’option 3 paraît indispensable, et cette option serait aussi la preuve par les actes de toutes les déclarations du Premier Ministre Manuel Valls depuis trois ans (et réitérées encore le 27 octobre 2015 à Bondy). Quant à l’option 2, il paraît à peu près certain qu’elle ne sera jamais concrétisée tant les Républicains que les socialistes se refuseraient à assumer la gouvernance commune d’une région.

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Au fait, à qui profite la forte montée du FN ? Mais à François Hollande, pardi ! Et à lui seul à gauche. Voter Marine Le Pen, c’est aussi, dans un certain cas, lui assurer sa réélection. C’est en effet le seul cas où François Hollande pourrait espérer raisonnablement être réélu en mai 2017. Dans un second tour face à Marine Le Pen et avec un discours où il appellerait tous les démocrates à venir le rejoindre. Il lui faut ainsi montrer sa bonne foi dès les régionales, sachant que les régions, c’est moins important que le pouvoir national.

Ah, mais il faut aussi faire partie des deux candidats qualifiés pour le second tour. Rien de mieux, dans ce cas, pour François Hollande, que d’avoir comme concurrent à droite et au centre droit, Nicolas Sarkozy qui peut continuer à susciter, chez certains, encore un fort rejet qu’un quinquennat socialiste pourtant déplorable n’aura pas encore su effacer. La clef de l’élection présidentielle se trouve donc chez ceux qui, en novembre 2016, voteront à la primaire pour désigner le candidat LR.

On a le droit d’adhérer aux idées faussement patriotiques du FN, à la personnalité inconsistante de Marine Le Pen, parce que c’est la démocratie, mais de grâce, que ceux qui le fassent, par colère ou par cynisme, ne soient pas les idiots utiles de la possible déconfiture de la République française et qu’ils sachent à quoi ils s’engagent : oui, le FN peut gagner dans un scrutin majoritaire ; non, on ne vote pas pour un parti juste pour prouver que ses solutions ne marcheront pas. Une élection, ce n’est pas un jeu vidéo. Cela engage le destin de tout un peuple. Fais-moi peur !


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Sylvain Rakotoarison (27 octobre 2015)
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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 06:41

Miser sur le Robespierre du Nil pour lutter contre le jihadisme, c’est montrer que gouverner ne se concevrait, pour elle, qu’avec une méthode brutale qui pourrait rappeler aux Français un passé pas si lointain : « Au fond de chaque homme civilisé se tapit un petit homme de l’âge de pierre, prêt au vol et au viol, et qui réclame à grands cris un œil pour œil. Mais il vaudrait mieux que ce ne fût pas ce petit personnage habillé de peaux de bêtes qui inspirât la loi de notre pays. » (Albert Camus, 1955).


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Les bisounours qui croient aux jolis contes de fée à base de Jeanne d’Arc délivrant les Français des méchants envahisseurs feraient mieux de bien vérifier que les rêves ne deviennent cauchemars lorsqu’ils auront à faire leur choix dans l’isoloir. Il faut en effet savoir décrypter les comportements au-delà des inévitables langues de bois et propos d’après-banquet à visée démagogique et électoraliste.

Un exemple, Marine Le Pen, qui prétend à la fois être la plus patriote de toute la classe politique et ne pas être d’extrême droite. Elle a un atout, l’éviction de Le Pen père. Jean-Marie Le Pen n’est pas du genre à se laisser faire ou plutôt, à se laisser défaire, et le 2 juin 2015, il a donc porté devant la justice le différent qui l’oppose à sa fille (sur la légitimité statutaire de son exclusion du FN). Je rassure les esprits chagrin qui supportent mal les familles éclatées : si le conflit est bien réel (ce n’est pas un jeu de rôle), il porte sur les personnes, la susceptibilité de l’un et la crédibilité de l’autre, mais certainement pas sur les convictions politiques et sur les valeurs.

Comme souvent, le naturel revient au galop et il est très difficile de construire une image de femme raisonnable quand les idées le sont beaucoup moins. C’est parfois par les voyages à l’étranger (qui forment la jeunesse nous dit-on) que l’on a pu s’en apercevoir.

Elle s’était rendue à la grande soirée de gala organisée par le magazine américain "Time"le 21 avril 2015 à New York. Elle en était très honorée, puisqu’elle a été placée parmi les cent personnalités qui compteraient le plus au monde. Difficile, après ce voyage, de continuer à se dire anti-système, antiaméricaine, et contre une Europe atlantiste puisqu’elle est venue chercher ses récompenses et sa reconnaissance auprès même de l’oncle Sam ! C’est assez cocasse. Elle en aurait d’ailleurs profité pour avoir un entretien privé avec Ehud Barak, l’ancien Premier Ministre israélien (de 1999 à 2001) et ancien Ministre de la Défense de Benyamin Netanyahou (jusqu’en 2013), qui semble beaucoup l’apprécier.

Ce besoin de reconnaissance n’est pas nouveau : Jean-Marie Le Pen s’était lui-même fait "adouber" par le Président des États-Unis Ronald Reagan.

Elle s’est aussi rendue à Moscou le 26 mai 2015. Là, les choses sont très différentes. En fin 2014, elle avait obtenu d’une banque russe complètement sous contrôle de Vladimir Poutine un prêt de 9 millions d’euros pour le FN. Là encore, on peut comprendre les intérêts bien compris : plus les mouvements antieuropéens prennent de l’ampleur au sein de l’Europe, plus Vladimir Poutine est content. Rien d’illégal à cela d’ailleurs, mais moralement et politiquement, comment peut-on se dire "patriote" à longueur de phrases et se faire financer par un pays étranger ? Quelle aurait été sa réaction si le parti Les Républicains était financé par les USA ? ou si le PS était financé par la Turquie ? Piètre patriotisme que celui de Marine Le Pen, donc. Rien à voir avec celui de Péguy.

Mais le voyage le plus intéressant pour ses éventuels électeurs fut en Égypte. Marine Le Pen était en effet au Caire du 28 au 31 mai 2015, très heureuse d’avoir été reçue par le général autocrate Abdel Fattah Al-Sissi qui sert de Président égyptien (élu avec un score très enviable…). Rappelons que ce dernier a fait un coup d’État pour destituer le Président sortant Mohamed Morsi, issu du courant islamiste, et que depuis deux ans, il est en train de faire la chasse à l’islamisme fondamentaliste. Une chasse très meurtrière. Des centaines de personnes ont été tuées très arbitrairement lors de certaines manifestations.

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C’est sur ce point que Marine Le Pen a salué l’Égypte : « Le Président Al-Sissi est un des leaders qui a le message le plus clair à l’égard du fondamentalisme. (…) Nos choix au Front national sont clairs, soutenir les pays qui luttent contre le fondamentalisme, au premier rand desquels bien entendu l’Égypte et les Émirats Arabes Unis. » (conférence de presse du 31 mai 2015). Voici une clarté qui glace le sang. Le mien en tout cas.

Si l’on peut convenir que la lutte ferme et sans relâche contre le jihadisme est une nécessité qui ne peut pas être contestée, en particulier dans cette région du monde prise en sandwich par la Libye, l’Irak et la Syrie où le Daech sévit, on peut quand même s’inquiéter de la manière de faire. Surtout pour une responsable politique qui avait demandé de ne pas défiler dans les rues de Paris le 11 janvier 2015 pour montrer pourtant son opposition à ce jihadisme en France. Les contradictions ne semblent pas étouffer ce parti.

Rappelons en effet que Mohamed Morsi vient justement d’être condamné à mort (le 16 mai 2015) par une justice aux ordres du gouvernement, mais il n’est pas le seul et depuis plus d’un an, le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme proteste énergiquement contre les condamnations à mort collectives qui concernent des centaines de prisonniers sans s’être intéressé à la situation de chacun.

Rupert Colville, son porte-parole, avait notamment déclaré le 25 mars 2014 : « Le grand nombre de personnes condamnées à mort est tout à fait étonnant et cela n’a pas de précédent dans l’histoire récente. Imposer la peine de mort collectivement suite à un procès truffé d’irrégularités constitue une violation des normes internationales des droits de l’Homme. (…) Toutes les accusations sont liées aux événements du mois d’août 2013, après la déposition du gouvernement du Président Mohamed Morsi, donc plusieurs mois avant que les autorités égyptiennes aient qualifié la confrérie musulmane d’organisation illégale. Les accusations individuelles restent vagues puisqu’elles n’ont pas été précisées par le tribunal. (…) Les avocats de la défense affirment qu’ils n’ont pas eu un accès suffisant aux accusés et que le tribunal a refusé de prendre en compte les preuves qu’ils ont apportées. Selon des sources présentes lors du procès, il y a eu un certain nombre d’irrégularités, dont le fait que le président du tribunal n’a pas appelé chaque accusé par son nom, le fait que certains accusés en détention n’ont pas été transférés au tribunal ou encore que le président n’a pas demandé si les accusés étaient représentés par des avocats. (…) Il est particulièrement inquiétant qu’il y ait des milliers d’autres personnes détenues et accusées des mêmes chefs d’accusation. » (conférence de presse à Genève).

Je suis désolé de dire à madame Le Pen que c’est exactement ce que je ne veux pas voir dans mon beau pays qu’est la France, de condamner à mort aveuglément par centaines de personnes, sans même savoir réellement leurs responsabilités réelles, juste dans un souci d’affichage de fermeté. Faudrait-il "liquider" purement et simplement les environ deux mille jihadistes, parfois mineurs, identifiés en France que la future loi sur le renseignement n’empêchera de toute façon pas d’agir le moment venu ? Au risque de quelques erreurs ?

Mais tant mieux, cette clarification, c’est un bon moyen de comprendre le niveau d’acceptation de l’État de droit par ce parti qui, avec de telles idées, restent effectivement d’extrême droite par ses méthodes. Et aussi par ses traditions.

Ce n’est d’ailleurs pas étonnant, puisqu’il y a un an, au nom d’un nationalisme étriqué, Marine Le Pen avait fortement critiqué le principe même de la Convention européenne des droits de l’Homme qui, depuis près de soixante-cinq ans, apporte des protections juridiques supplémentaires aux droits fondamentaux des citoyens. Ceux qui critiquent une telle Convention qui les protège pourtant des abus éventuels d’un État arbitraire sombrent même dans un masochisme stérile qui les dessert. (Je mets cependant un bémol sur cette protection : celle-ci ne concernerait plus les personnes inconscientes depuis le 5 juin 2015 puisque la CEDH a validé la possibilité pour un État de réaliser un arrêt d’alimentation et d’hydratation pour une personne qui a un handicap lourd, incapable de se défendre elle-même, et qui n’est ni malade ni en fin de vie, et cela jusqu’à ce que la mort survienne).

En écoutant les propos de Marine Le Pen au Caire, on se dit finalement que tout reste bien cohérent. Arrivée au pouvoir, elle ferait du Sissi bis. Impératrice, peut-être pas, mais manipulatrice, sûrement. Les Français, dans leur longue tradition des libertés, pourraient-ils s’en satisfaire ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 juin 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La CEDH.
Mohamed Morsi.
Marine Le Pen contre les droits de l’Homme.
Jean-Marie Le Pen et ses jeux de mots vaseux.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Changement de paradigme.
Piège républicain.
Syndrome bleu marine.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20150605-marine-le-penl.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/marine-le-pen-se-devoile-168156

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/06/16/32164677.html


 

 

 

 

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 00:05

Né le 11 septembre 1921 à Douai, Georges Hage a été élu député communiste du Nord de mars 1973 à juin 2007. Il a été doyen d'âge de l'Assemblée Nationale à la fin de sa carrière parlementaire de 34 ans. Il a été candidat deux fois au perchoir, sans succès, en 1988 (face à Laurent Fabius) et en 1993 (face à Philippe Séguin). Il fut également élu conseiller général du Nord de mars 1970 à mars 1982 et conseiller municipal de Douai de mars 1983 à juin 1995. Il était également jusqu'à sa mort président d'honneur du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), groupuscule d'archéo-communistes protestant contre l'abandon de la dictature du prolétariat lors du 22e congrès du PCF.

SR

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 07:49

La succession de François Baroin est une nouvelle illustration que le Front national n’est plus un petit parti contestataire : il est maintenant devenu une organisation à forte audience prête à prendre seule le pouvoir.


yartiFN2014A01Ce dimanche 14 décembre 2014 a eu lieu le second tour de l’élection législative partielle dans la 3e circonscription de l’Aube, celle du maire de Troyes François Baroin qui a démissionné de son siège de député car il a été élu sénateur le 28 septembre 2014 pour se faire élire président de l’Association des  maires de France le 26 novembre 2014.


La 3e circonscription de l’Aube

Ce fut sans surprise que l’ancien suppléant de François Baroin, Gérard Menuel (UMP), fut élu avec 63,4% des voix. Agriculteur et syndicaliste agricole, adjoint à Troyes, conseiller régional de Champagne-Ardenne, Gérard Menuel (62 ans) avait déjà remplacé trois fois François Baroin au Palais-Bourbon lorsque ce dernier avait été nommé ministre, entre 1995 et 1997, entre 2005 et 2007 et entre 2010 et 2012.

La circonscription n’avait pas beaucoup de chance de basculer hors de l’UMP, mais ce qui a été notable, évidemment, c’était que Gérard Menuel était opposé au second tour non pas à un candidat socialiste mais à un candidat du FN, Bruno Subtil.

Le premier tour du 7 décembre 2014 avait été en effet, une fois encore, c’est maintenant systématique depuis 2012, en particulier lors des élections partielles de 2013, un désastre électoral pour le PS : Olivier Girardin, son candidat, n’a en effet obtenu que 14,7%, or, il était nécessaire d’avoir au moins 15,0% pour être présent au second tour. Il lui a manqué 49 voix pour se qualifier au second tour ! La gauche institutionnelle elle-même, en totalisant PS, PCF et EELV, n’a fait que 26,6%, soit moins que le candidat du FN qui a atteint 27,6%.

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Certes, l’abstention a été record, puisqu’au premier tour, seulement un électeur sur quatre se sont déplacés (75,4% d’abstention) mais il est à noter qu’au second tour, il y a eu un peu plus de participation (27,2% au lieu de 24,6%) et surtout, fait encore notable, les bulletins blancs ont été multiplié par trois, avec 1 368 voix au second tour, soit 7,7% des votants.

Le FN peut donc une fois encore se réjouir de ces résultats : d’une part, non seulement il a accédé au second tour, mais il a aussi éliminé le candidat du PS (pas de triangulaire). D’autre part, le FN a amélioré sensiblement sa performance du premier tour en convainquant au second tour 1 605 électeurs de plus (au premier tour, il avait obtenu 4 355 voix).

C’est clair donc que dans la 3e circonscription de l’Aube, le FN a montré une capacité (certes faible) de rassemblement au second tour, et a pu également bénéficié d’électeurs qui, sans doute de gauche, refusant le choix entre UMP et FN, ont préféré voter blanc ou (pour une très grande majorité), s’abstenir. Bénéficié puisque ce sont autant de voix qui ne sont pas allées contre le FN.

Une prochaine élection législative partielle est prévue dans le Doubs pour remplacer Pierre Moscovici, démissionnaire depuis sa nomination comme commissaire européen.


Changement radical dans la perception du FN

Je crois que cette élection partielle, qui n’est pas une surprise, est la poursuite d’un véritable changement de l’image du Front national de la part des électeurs. Ce changement avait commencé dès le début 2011, qui correspond à l’arrivée de Marine Le Pen à la présidence du FN.

Dès les élections cantonales de mars 2011, il était en effet observé dans certains cantons la capacité de certains candidats non seulement à se maintenir au second tour mais également à rassembler largement au-delà de leur camp. Et les élections législatives partielles du premier semestre de 2013 ont montré également cette capacité à remplacer le PS au second tour et même à doubler son score entre les deux tours, rassemblement parfois des 45% ou 48% des voix.

À ces considérations sur des élections qui, a priori, désavantageaient le FN parce que le scrutin était majoritaire, il faut bien sûr rajouter la victoire du FN aux élections européennes du 25 mai 2014 avec la première place, un électeur sur quatre (24,8%), une dizaine de victoires aux élections municipales des 23 et 30 mars 2014 et deux victoires aux élections sénatoriales du 28 septembre 2014.

C’est clair maintenant que le FN n’est plus un petit parti mais un grand parti, et au contraire, le PS, qui peine à rassembler plus de 15% des voix, se transforme, lui, en un petit parti  (<15%) comme il l’a été à l’époque de la SFIO d’avant François Mitterrand dans les années 1960.

Quelles sont les raisons de ce changement ? Il y en a plusieurs et il faudrait sans doute avoir un peu de recul historique pour comprendre les causes de cette implantation désormais très solide et enracinée du FN sur le territoire français.


La banalisation médiatique des Le Pen

La première raison est ce qu’on appelle la "dédiabolisation" du FN engagée par Marine Le Pen. Contrairement à son père, Marine Le Pen veut le pouvoir, donc cherche à supprimer systématiquement toutes les aspérités sémantiques qui pourraient porter ombrage à cet objectif. De plus, une femme plutôt jeune fera toujours moins peur qu’un ancien combattant pour l’Algérie française.

Mais cette "dédiabolisation" n’est pas seulement le résultat de cette stratégie proche de celle qu’avait défendue le "félon" Bruno Mégret en 1998 : elle est aussi le fait des médias qui trouvent que Marine Le Pen est une bonne "cliente", battant souvent les records d’audience. Souvent invitée, la leader du FN a gagné ainsi une tribune que n’avait pas eue son père. Mieux : le reste de la classe politique accepte maintenant de débattre avec le FN, et souvent avec de très mauvais outils (voir le dialogue entre Laurent Wauquiez, maintenant secrétaire général de l’UMP, et Marion Maréchal-Le Pen), alors qu’à l’époque du père, les autres responsables politiques désertaient les plateaux de télévision quand le vieux patriarche s’y pointait.

Enfin, il n’y a pas que la forme mais aussi le fond qui est un élément majeur de bonne santé du FN.


Les idées du FN progressent partout, même dans les démonstrations par l’absurde.

Marine Le Pen a réussi à rassembler positivement tous les mécontents, les électeurs en colère, les gens qui ont ras-le-bol de la crise et du manque d’écoute des gouvernements successifs, parfois sur des positions complètement fantaisistes ou irresponsables, ou encore contradictoires, car ce n’est pas la cohérence programmatique qui est l’élément clef des discours du FN. Au contraire, le FN est devenu une auberge espagnole de la politique (au point que Marine Le Pen réfute maintenant le qualificatif d’extrême droite) où l’on trouve des positions sur l’immigration très extrême droite mais aussi des propositions économiques très communistes voire extrême gauche. Les extrêmes se rejoignent en général, mais je ne savais pas qu’on pouvait le voir aussi primairement dans un seul parti.

Par ailleurs, Marine Le Pen a eu l’idée très efficace d’axer son discours également sur la désertification des espaces ruraux, ce qui lui a permis d’obtenir de très bons scores à la dernière élection présidentielle dans des territoires peu marqués par l’immigration, mais dont les services publics sont en train de se désengager. De même, la réforme territoriale lui donne l’occasion de dire que le FN est pour l’État et les départements alors que les partisans de l’Europe seraient pour l’Europe et les régions. Mettre le thème de l’Europe dans la réforme territoriale est pourtant complètement stupide (le mille-feuilles territorial est un problème typiquement français qui n’a rien à voir avec la construction européenne) mais, comme pour l’immigration, ce thème fait partie des obsessions martelées par le FN. Ce manichéisme simplificateur incapable de comprendre un monde complexe et nuancé semble être convaincant alors que rien n’empêche un État fort d’être dans une Europe forte.

D’autre part, la plupart des autres partis aident énormément le FN lorsqu’il s’agit de donner du crédit à ses propositions. Non seulement l’UMP qui poursuit dans sa ligne Buisson après les errements sarkozystes, y compris François Fillon, mais aussi le PS : Arnaud Montebourg avait eu l’audace de dire que le PS et le FN avaient la même position sur l’immigration, le 23 avril 2012 sur France 2, tout cela pour racoler des voix d’électeurs du FN pour le second tour de la présidentielle. Même François Hollande, qui a décidé de prononcer un grand discours sur l’immigration ce lundi 15 décembre 2014, avait réagi à l’expulsion de la jeune Leonarda comme un idéologue du FN en présentant comme une évidence un lien de causalité entre l’immigration et l’insécurité.

Comme l’original vaut toujours mieux que la copie (phrase très lepénienne), les thèses anti-immigration et les thèses protectionnistes se sont trouvées ainsi crédibilisées par ceux qui, en principe, étaient censés les combattre. Enfin, la détestation personnelle de Jean-Luc Mélenchon a également contribué à hisser Marine Le Pen dans un beau rôle.

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Il y a même maintenant une nouvelle forme d’audience, très étonnante d’un point de vue intellectuel, qui ouvre la voie du vote FN à des électeurs pourtant farouchement opposés aux thèses du FN. Elle a deux ressorts.

Le premier ressort, c’est de se dire que la classe politique est prise en otage par la question du FN depuis trente ans et que le meilleur moyen d’en finir, c’est de le mettre une fois pour toutes au pouvoir, faire constater que le FN au pouvoir est une catastrophe (ou du moins, qu’il ne fait pas mieux que les autres), et en finir définitivement. C’est une erreur d’appréciation. Le FPÖ de Jorg Haider avait subi ce même genre d’érosion une fois associé au pouvoir, mais il a repris ensuite de la force et garde toujours une forte audience en Autriche, encore 19,7% aux dernières européennes du 25 mars 2014, et 20,6% aux dernières législatives du 29 septembre 2013.

Le second ressort, c’est d’imaginer que plus la France serait dans la "mouise" politique, plus il serait facile de changer les institutions. Pourtant, ce serait complètement incohérent : la Ve République assurerait le cas échéant à Marine Le Pen et au FN la capacité à gouverner durablement, exactement comme pour François Mitterrand en 1981 (combien pronostiquaient l’arrête de "l’expérience" avant un an ?) tout comme Nicolas Sarkozy en 2007 et François Hollande en 2012. C’est une erreur de discernement de croire qu’une révolution se ferait avec l’élection de Marine Le Pen : si jamais elle était élue, cela voudrait dire qu’une majorité d’électeurs l’aurait voulu. Ce n’est pas une course hippique, c’est une élection, donc, ce qui compte, c’est la volonté du peuple, pas la santé des chevaux.

Ces deux politiques du pire sont assez absurdes en elles-mêmes, se développent assez bien sur Internet, et pourtant, elles ne profiteront qu’au seul FN.


Pourtant…

Le FN est "dédiabolisé" (je préfère le terme "banalisé"), et pourtant, il n’a jamais changé. Souvent, le naturel revient au galop et malgré toutes les précautions, il y a parfois quelques "loupés" qui resurgissent.

Le dernier, c’étaient les déclarations sur BFM-TV de Marine Le Pen le 10 décembre 2014 sur la torture : « Il peut y avoir des cas, permettez-moi de vous dire, quand une bombe tic-tac-tic-tac doit exploser dans une heure ou dans deux heures, et accessoirement peut faire deux cents ou trois cents victimes, où il est utile de faire parler la personne pour savoir où est la bombe. » et ajoutant après la question du journaliste « Même sous la torture ? » : « Avec les moyens qu’on peut ! ». Le rétropédalage en rajoutant "moyens légaux" n’a d’ailleurs pas suffi à supprimer l’idée d’une légitimation de la torture, au point que ceux qui sont d’accord avec celle-ci n’ont pas hésité à applaudir la présidente du FN dans les réseaux sociaux ou les commentaires sur Internet. C’est ce double langage qui lui permet de grossir électoralement, par une ambiguïté entre fond et forme.

Le FN s’attaque au système, et pourtant, il n’a jamais été aussi intégré au système. Même son opposition au cumul des mandats a été oubliée le jour où le FN a réussi l’élection de deux sénateurs-maires. Le FN a profité du système depuis trente ans, jouant sur les peurs pour mieux s’implanter, profitant de l’audience des grands médias, qui ne cessent d’inviter leurs responsables, pour faire progresser ses thèses.

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Pire, le FN, c’est d’abord le système Le Pen, à tous les échélons : le père président d’honneur (et qui a longtemps bénéficié de la location du siège), la fille à la présidence, le gendre au secrétariat général, la petite-fille au comité central, et à tous ceux-là, les meilleures places de candidats aux différentes élections. C'est une PME familiale issue du poujadisme de boutiquiers que l'héritière voudrait transformer en multinationale... euh, non, en entreprise nationale seulement.

Le FN s’attaque à l’Europe, et pourtant, s’il y a bien un parti payé à ne rien faire de constructif et cela grâce à l’Europe, c’est bien le FN. Jean-Marie Le Pen est député européen depuis trente ans et demi, avec les avantages financiers que cela comporte, et quel est son bilan ? qu’a-t-il fait en faveur de la France ? en faveur des Français ? quelles propositions constructives a-t-il fait aboutir pour le bien national ? Aucune ! Rien ! L’inefficacité totale pendant une voire deux générations !


Conséquences électorales de ce changement

En devenant un "grand parti", le FN s'est transformé dans son audience électorale.

En effet, le scrutin majoritaire, qui avantage les grands partis ou les petits qui feraient alliance avec les grands, devient ainsi un mode de scrutin qui, loin de le défavoriser, va amplifier l’assise électorale du FN. C’était déjà le cas aux élections européennes du 25 mai 2014 où le FN a "raflé" le tiers des sièges à pouvoir (24) avec seulement un quart des électeurs.

Depuis trois ans, il n’y a en effet plus de mur de verre contre le FN. Ainsi, ratissant large (tant à droite qu’à gauche), le FN se positionne comme un parti capable de rassembler pour s’opposer à tout type de candidat au second tour, UMP ou PS. C’est maintenant démontré que des électeurs socialistes au premier tour sont prêts à voter pour le FN contre l’UMP lorsque le PS est éliminé du second tour.

À l’avenir, il n’y aura plus de rejet absolu comme ce fut le cas il y a une dizaine d’années. Il n’y aura plus le rassemblement républicain qu’avait réussi à susciter Jacques Chirac auprès de 82,2% des électeurs (62,0% des inscrits). En d’autres termes, le 5 mai 2002, il y a eu 35,7 millions de Français (soit 86,6% du corps électroral !) qui ne voulaient pas du FN. C’est moins évident que cette proportion soit aussi forte maintenant.

Non seulement le FN pourrait gagner des dizaines de circonscriptions en cas d’élections législatives anticipées aujourd’hui, avec le scrutin majoritaire maintenu, mais sa candidate pourrait même gagner l’élection présidentielle. C’est en tout cas ce que laisseraient entrevoir les sondages si Marine Le Pen était confrontée à François Hollande au second tour (hypothèse plausible si par exemple François Fillon était le candidat de l’UMP). Le simple fait que l’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle soit évoquée comme possible voire souhaitable montre à quel point la progression du FN s’est faite dans les esprits.

L’autre conséquence électorale, c’est que l’abstention désavantage maintenant le FN au lieu de l’avantager. Il est toujours de bon ton de rappeler que la participation des législatives partielles est très faible et donc que cela avantagerait le FN : mobilisation de son électorat et démobilisation de l’électorat des partis concurrents. Oui, mais alors, comment expliquer la forte progression du FN aux élections européennes du 25 mai 2014 alors que la participation a elle aussi (certes très légèrement) progressé par rapport au précédent scrutin du 7 juin 2009 (de 40,6% à 42,4%) ? Comment expliquer les 17,9% de Marine Le Pen le 22 avril 2012 alors que la participation était de 79,5% ?

Aujourd’hui, comme le FN essaie de rassembler tous les mécontents et tous les électeurs en colère, l’abstention est désormais une sérieuse concurrente au FN. Ce n’est pas un hasard si Marine Le Pen a fait souvent appel à la participation électorale pendant la campagne des élections européennes. Elle sait désormais, comme dans les grands partis, qu’une forte participation lui permet de consolider son assise électorale. C’est pourtant assez incohérent, puisque le 1er mai 2012, Marine Le Pen avait donné pour consigne de ne pas choisir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande au second tour de l’élection présidentielle, ce qui, par effet mécanique, et elle le savait, avait favorisé ce dernier au détriment du premier. Appeler à ne pas choisir, c’était favoriser l’abstention.


Prise de conscience de ce changement

De ce changement radical de la perception du FN dans l’électorat depuis trois ans est-il tenu compte par la classe politico-médiatique ? Eh bien, j’ai l’impression que non. J’ai l’impression que les réflexes restent sur le FN de papa, celui avec le couteau entre les dents qui "égorgerait" les enfants s’il venait au pouvoir.

Pourtant, ce n’est plus le cas : les réflexes irrépressibles de "rediabolisation" ne fonctionnent plus du tout. Pire, ils sont contreproductifs et renforcent le FN dans sa progression. Les réactions du Parti socialiste sont particulièrement inopérantes car elles cherchent encore à se placer sur le terrain moral. Or, soit le FN défend des thèses immorales, et alors, il faut l’interdire (et le PS en a les moyens : il est au pouvoir) ; soit il est admis en tant que parti comme les autres (ce qui semble maintenant le cas), et alors, il faut en finir avec les discours moraux.

Les seuls discours efficaces, ce sont les discours qui se placent sur le terrain politique et pas moral. Car à force de faire la morale, le PS a complètement oublié de l’affronter sur le plan politique, et le FN peut ainsi proposer n’importe quoi sans beaucoup de crainte d’être contredit, d’autant plus que l’UMP n’ose pas trop avouer qu’elle reprendrait avec aisance quelques-unes des propositions du FN (comme la suppression de l’aide médicale d’État). À ce jour, le seul parti vraiment capable de s’opposer sur le plan politique au FN est …l’UDI de Jean-Christophe Lagarde, et, à titre individuel, Alain Juppé.


2017 est dans deux ans

Dans les deux prochaines années, tout peut évidemment se produire dans l’actualité, comme une autre affaire Sofitel ou d’autres événements qui auront des conséquences majeures sur l’élection présidentielle de 2017.

Toutefois, Marine Le Pen jouit de trois vents favorables : le premier, c’est le retour de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP et des incertitudes qui pèsent sur son calendrier judiciaire ; le deuxième, c’est que le discrédit total de François Hollande ne serait pas prêt à s’évaporer même s’il prenait de bonnes mesures (la loi Macron en est un début de commencement) ; enfin, le troisième, c’est que la situation économique ne semble pas présenter de perspectives favorables à court terme, et chaque demandeur d’emploi supplémentaire est un électeur du FN potentiel supplémentaire.

Le meilleur moyen de ne pas vivre un cauchemar, c’est de se réveiller à temps !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 décembre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mathématiques militantes.
Démagogie 2.0.
François Baroin.
Le FN au Sénat.
La lepénisation des esprits.
Les électeurs socialistes aussi votent pour le FN.
L'europhobie primaire.
La 2e circonscription de l'Oise.
La 3e circonscription du Lot-et-Garonne.
Jean-Luc Mélenchon.
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Élections européennes du 25 mai 2014.
Élections municipales des 23 et 30 mars 2014.
Des sondages inespérés pour le FN.
Marine Le Pen cible les droits de l'homme.
Jean-Marie Le Pen et la dernière fournée.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Se désister quand le FN est au second tour ?
Front républicain ?
La ligne Buisson écartée définitivement.
Syndrome bleu marine.
Le FN et son idéologie.
La petite bête qui monte...
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.

yartiFN2014A04




http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/fn-changement-de-paradigme-160796

 

 

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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 07:15

« À chaque scrutin, c’est la même chose, nous sommes la surprise ! » (Marine Le Pen le 29 septembre 2014).


yartiSenatoriales2014C01Certains se sont étonnés que les principaux titres des journaux au lendemain des élections sénatoriales du 28 septembre 2014 aient un peu trop insisté sur l’arrivée du deux sénateurs du FN au lieu de faire état de l’information principale, le basculement vers le centre droit du Sénat. Je crois cependant que souligner l’arrivée de deux élus FN au Sénat était pertinent car elle constitue un signe supplémentaire d’une progression spectaculaire du FN dans les esprits.


2014, année divine pour le FN

L’année 2014 aura été quadruplement excellente pour Marine Le Pen. Victoire du FN dans une dizaine de villes, et pas des moindres, comme Fréjus et même un secteur très peuplé de Marseille (la succession de Jean-Claude Gaudin en 2020 va faire des ravages à gauche comme à droite), victoire exceptionnelle du FN aux élections européennes avec l’élection de 24 députés européens, et maintenant, l’élection de deux sénateurs. À cela, tangible, viennent s’ajouter quelques sondages très prometteurs pour le FN, avec une Marine Le Pen qui attendrait les 30% d’intentions de vote à la prochaine élection présidentielle, et même capable de battre le bonnet-d’âne de la classe politique actuelle, à savoir le Président François Hollande.

Et comme les problèmes économiques et sociaux ne sont pas prêts à se résoudre dans le court terme, le FN a encore de quoi renforcer son assise dans l’esprit populaire pour progresser, progresser. Il y aura par exemple la très critique échéance des élections régionales, après la réforme territoriale, en décembre 2015, qui pourrait lui apporter sur un plateau d’argent l’exécutif de quelques grandes régions, mais aussi, avant, en mars 2015, les élections départementales (ex-cantonales) dont le scrutin majoritaire pourrait favoriser, pour une fois, le FN.


FN, un catalogue de vieilles recettes populistes

Il faut reconnaître que le FN ne propose rien de novateur (des recyclages de mesures proposées déjà il y a quarante ans !), rien de pertinent, et rien de solide. Si on appliquait les rares mesures qu’il propose, la situation s’aggraverait assurément. Mais il a un avantage sur le PS et l’UMP, il n’a jamais été au pouvoir, du moins au niveau national, car on a pu voir à Toulon, à Vitrolles, comment se gérait une municipalité FN. Et autre avantage, qui n’existait pas avant 2011, le FN a été dédiabolisé, et d’abord par les médias ; l’opposition au FN sur des principes moraux a fait long feu. C’est parce que le PS n’a pas compris cela qu’il se retrouve souvent en troisième place dans une compétition électorale, derrière l’UMP et surtout, derrière le FN.

Oui, il n’est pas immoral de voter FN, parce que si c’était le cas, il aurait fallu interdire le FN, le dissoudre (et cela dès 1983). À partir du moment où il n’y a plus d’ostracisme médiatique, parce que la fille maîtrise beaucoup mieux sa communication que le paternel, le combat moral n’a plus aucune raison d’être et même, devient contreproductif (les schémas de pensée sont difficiles à faire changer au PS). En revanche, le combat politique devrait reprendre pleinement ses droits, mais justement, le problème actuel, c’est que si aucun argument politique n’est opposé au FN, alors son influence électorale ne peut que s’étendre.


Un effet levier dans un scrutin pourtant très difficile pour le FN

Cela étant dit, le FN a réalisé le dimanche 28 septembre 2014 un excellent résultat aux sénatoriales. Et cette excellence ne vient pas de l’effet mécanique des élections municipales comme certains commentateurs voudraient le faire croire, pour se rassurer. Il est vrai que 83 185 grands électeurs sur les 87 625 provenaient des délégués des municipalités (94,9%), mais justement, les très bons résultats du FN dans certains départements ne peuvent pas s’expliquer par ce seul effet municipal.

Globalement, sur l’ensemble des sièges renouvelables, les candidats du FN pouvaient compter sur un millier de grands électeurs qui émanaient de leurs municipalités, et donc, qui leur étaient favorables sinon acquis. Or, en définitive, les candidats du FN ont recueilli 3 972 voix, soit près du quadruple de leur potentiel électoral (sous réserve que ce nombre indiqué par "Le Monde" ne compte pas plusieurs fois les voix se portant sur des candidatures FN multiples dans les départements au scrutin majoritaire).

Il faut savoir que les grands électeurs sont soit des élus, donc, des personnes qui se sont déjà engagées (derrière des têtes de liste plus ou moins politisées), soit (dans les agglomérations urbaines, les plus nombreux) des personnes désignées par les conseils municipaux (lorsque le nombre de grands électeurs est plus important que le nombre de conseillers municipaux). Or, ces personnes sont généralement des militants très marqués politiquement, souvent désignés pour élire les candidats que ceux qui les désignent souhaiteraient voire élus.

C’est en tout cas l’opinion de Joël Gombin, doctorant en sciences politiques qui s’est spécialisé dans l’analyse du vote FN : « Dans ces départements, le corps électoral est fixé. Il y a peu d’électeurs flottants. Gagner autant de voix, c’est remarquable. On ne peut pas exclure que des élus étiquetés à droite aient voté pour les candidats FN. ».


Une réelle capacité à convaincre

Si les candidats du FN ont réussi à multiplier par quatre leur potentiel électoral, cela veut dire qu’ils ont réussi à convaincre un grand nombre de grands électeurs déjà fortement marqués politiquement. En clair, ils ont réussi à montrer qu’ils représentaient l’avenir face aux autres candidats.

L’un des thèmes développés par le FN est d’ailleurs l’aménagement de l’espace rural, la disparition des services publics (fermeture des bureaux de poste, disparition des commerces de proximité etc.), thème que Marine Le Pen avait été la seule à porter parmi les candidats à l’élection présidentielle de 2012 et qui lui avait valu des scores très honorables dans des zones rurales qui ne souffraient pourtant d’aucune insécurité particulière, ni d’aucun fait d’immigration, mais dont l’inquiétude de désertification était forte.

Localement, l’effet levier de cette nouvelle attraction du FN est assez marquante.

Dans le Vaucluse, département où a été élue le 17 juin 2012 la plus jeune députée de France, Marion Maréchal-Le Pen (24 ans), le FN aurait sans doute pu conquérir un siège si l’extrême droite n’était pas partie divisée en deux listes, celle du FN et celle dirigée par Marie-Claude Bompard, maire de Bollène, conseillère régionale et générale, et surtout, l’épouse du député-maire d’Orange Jacques Bompard (71 ans) qui fut élu maire pour la première fois en 1995 sous l’étiquette du FN mais qui l’a quitté pour assurer ses réélections successives en 2001, 2008 et 2014. Le FN n’y disposait que de 90 grands électeurs et ses candidats ont obtenu 127 voix.

Le journal "Le Monde" cite quelques départements où l’effet levier est spectaculaire : dans l’Ain, le FN disposait de 3 grands électeurs et ses candidats ont obtenu 68 voix ;. dans le Var, le FN disposait de 215 grands électeurs, et David Rachline a obtenu 401 voix (19,0%), tandis que dans les Bouches-du-Rhône, le FN disposait de 210 grands électeurs, et Stéphane Ravier a obtenu 431 voix (12,4%), devançant la liste socialiste menée par la sénatrice sortante Samia Ghali (339 voix). Ces deux candidats ont donc réussi à se faire élire grâce au double de leur potentiel électoral.

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David Rachline

David Rachline (26 ans) entrera donc dans l’histoire de la République comme Marion Maréchal-Le Pen, comme le plus jeune sénateur de l’histoire républicaine. Rappelons qu’avant d’être réformé, l’âge minimal pour être élu député était de 23 ans (Marion Maréchal-Le Pen avait 22 ans à son élection) et pour être élu sénateur était de 35 ans. Maintenant, cet âge a été abaissé à 18 ans.

D’origine ukrainienne, David Rachline avait abandonné ses études pour se consacrer totalement à l’action militante au sein du FN. À la tête du FNJ en 2008, il se fit élire conseiller régional de PACA sur les listes de Jean-Marie Le Pen en mars 2010, et rata de peu son élection aux cantonales de mars 2011 (il obtint un très beau score au second tour, avec 48,5% contre le candidat UMP, Élie Brun).

Conseiller municipal d’opposition depuis mars 2008, David Rachline a été élu maire de Fréjus en mars 2014 avec 45,6% au second tour grâce à une triangulaire et à une division profonde de la droite. Fréjus, ville de 52 000 habitants, avait été dirigé il y a encore peu longtemps par l’ancien ministre François Léotard (1977-1997) et par le père de celui-là, André Léotard (1959-1971), et le maire sortant, Élie Brun, n’a obtenu que 24,0% au second tour en mars 2014, en troisième position.

Contrairement à beaucoup de candidats voire d’élus du FN, David Rachline est une personnalité politique redoutable et aura, grâce à ce siège de sénateur, une tribune médiatique qu’il ne manquera pas d’utiliser pour faire avancer ses idées. Il est un vrai apparatchik du FN et sa jeunesse lui ouvre tous les possibles.


Stéphane Ravier

D’un milieu modeste, Stéphane Ravier (45 ans) fut élu conseiller d’un secteur de Marseille dès juin 1995. Tête de liste à Marseille en mars 2008, il n’a eu que 8,8% au premier tour mais est parvenu à réaliser un score très bon en mars 2014 avec 23,2% au premier tour, devant les listes de Patrick Mennucci (PS). Si les listes FN n’ont pas remporté l’élection municipale à Marseille, Stéphane Ravier a cependant réussi à conquérir le 7e secteur (150 000 habitants), précédemment socialiste, le plus grand secteur de la ville, ce qui l’a bombardé maire de ce secteur et le met en bonne place pour la succession de Jean-Claude Gaudin.

Par ailleurs, il a été élu conseiller régional de PACA en mars 2010 avec 23,0% au second tour dans une triangulaire et il a frôlé l’élection au siège de député avec 49,0% au second tour contre la députée PS sortante Sylvie Andrieux (au premier tour, il était arrivé en première place avec 29,9%). Députée sortante touchée par des affaires judiciaires.

Comme aussi à Hénin-Beaumont, le FN fleurit dans le terreau du socialisme affairiste. Et d’ailleurs, qu’est-ce qui est le plus surprenant ? les deux sénateurs FN ou les trois sénateurs élus sur la liste de Jean-Noël Guérini qui a quand même réussi à convaincre 30,1% des grands électeurs des Bouches-du-Rhône ?


Le FN, un parti …du système

Ce que les électeurs du FN vont bientôt comprendre, c’est que le Front national, loin d’être cohérent avec ses slogans, est un véritable parti du système politique français, qui profite au maximum de toutes les largesses de l’État français et de l’Union Européenne. Depuis trente ans (juin 1984), le FN qui s’oppose depuis toujours à la construction européenne vit largement des indemnités de ses députés européens élus sur de l’antieuropéanisme primaire (voit-on des athées demander à devenir cardinaux ?).

Depuis 2011, le scrutin majoritaire commence à faire bénéficier au FN par le simple fait que le parti de gouvernement s’effondre dans la plupart des scrutins (surtout depuis fin 2012 avec le PS). Or, aujourd’hui, beaucoup d’élus du FN sont en position de cumul.

Si les deux nouveaux sénateurs ont renoncé à leur mandat de conseiller régional, c’est parce que la loi les y obligeait. En revanche, ils restent tous les deux des cumulards en conservant à la fois leur mandat de maire et celui de sénateur. Certains maires FN élus en mars 2014 cumulent également un mandat de conseiller régional.

Le FN qui voulait supprimer le Sénat, qui voulait interdire le cumul (cette interdiction sera cependant effective en 2017, la loi a déjà été votée), va peut-être devoir réviser ses positions, maintenant qu’il est capable de jouer dans la cour des grands.

Et le revers du succès, c’est que Marine Le Pen, qui n’a jamais rien gagné sur le terrain majoritaire (élue seulement car tête de liste à la proportionnelle), va être rapidement confrontée à la montée en puissance d’élus sur le terrain qui voudront avoir leur part sur les prises de décision au niveau national : David Rachline, Stéphane Ravier, et même Marion Maréchal-Le Pen risquent de devenir, à terme, des concurrents médiatiques à Marine Le Pen… sans compter l’énarque Florian Philippot (32 ans), HEC et ENA, donc complètement intégré au système (même CV que François Hollande), laborieusement implanté à Forbach (après une campagne municipale assez contestée), dont l’influence idéologique a été décisive dans cette montée en puissance du FN.

Car la réalité de la stratégie que le couple Marine Le Pen/Florian Philippot a mise en œuvre pour le FN, c’est ce qu’avait proposé Bruno Mégret en 1998, une stratégie pour arriver au pouvoir, contrairement à ce que souhaitait Jean-Marie Le Pen qui avait toujours préféré rester dans les zones confortables de l’opposition provocatrice.

Face à cela, il n’est nul doute que le PS, EELV, l’UMP et l’UDI doivent trouver les meilleurs arguments pour démonter une par une les propositions du FN, démontrer que les positions populistes du FN, si d’aventure il venait au pouvoir, provoqueraient une véritable catastrophe économique et sociale pour la France. Si cela paraît évident pour encore un grand nombre de Français, c’est de moins en moins évident pour une proportion sans cesse croissante de l’électorat, pendant que d’autres trouvent dans cette évidence un argument supplémentaire pour voter FN, dans le but de tout faire exploser. À qui la faute ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 octobre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le FN a ratissé bien au-delà de ses grands électeurs ("Le Monde" du 29 septembre).
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Élections européennes du 25 mai 2014.
Élections municipales des 23 et 30 mars 2014.
Des sondages inespérés pour le FN.
Marine Le Pen cible les droits de l'homme.
Jean-Marie Le Pen et la dernière fournée.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Se désister quand le FN est au second tour ?
Front républicain ?
La ligne Buisson écartée définitivement.
Syndrome bleu marine.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.

yartiSenatoriales2014C03

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-fn-au-senat-une-progression-157648

 

 

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 07:09

Au moins, c’est clair : le FN peut s’asseoir sur la Convention européenne des droits de l’homme, personne ne semble s'en offusquer…


yartiMLP2014062901La présidente du Front national, Marine Le Pen, était l’invitée du "Grand rendez-vous" sur iTélé, Europe 1 et "Le Monde" ce dimanche 29 juin 2014. Malgré son échec à constituer un groupe au Parlement Européen (le "rassemblement bleu marine" n’est que franco-français), la fille de Jean-Marie Le Pen était particulièrement arrogante et agressive envers ses interlocuteurs journalistes.

La semaine qui vient de passer a été assez riche en événements judiciaires et en particulier, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a pris deux décisions importantes.

Le mardi 24 juin 2014, elle a ordonné à la France de maintenir provisoirement en vie Vincent Lambert après la décision (que je considère scandaleuse) du Conseil d’État prise quelques heures auparavant, à la suite du recours d’une partie de la famille qui devrait être traité d’ici six mois. L’autre décision a été annoncée le jeudi 26 juin 2014 ; la CEDH a condamné la France pour avoir refusé de reconnaître les enfants de Français nés à l’étranger de mère porteuse tout en lui reconnaissant le droit d’interdire sur son territoire la GPA (gestation pour le compte d’autrui). La CEDH a estimé qu’un enfant avait le droit d’avoir des parents reconnus.

yartiMLP2014062902

Or, ces deux décisions vont à l’encontre des convictions de Marine Le Pen.

Pour la première, Marine Le Pen avait applaudi la décision du Conseil d’État de ne pas maintenir en vie Vincent Lambert (en d’autres termes, de le tuer, il faut le dire clairement), ce qui donnerait un avant-goût de la société eugénique qu’elle serait susceptible de vouloir en cas d’arrivée au pouvoir, où seraient exclus tous les "tarés" de son idéologie (étrangers, personnes affaiblies, malades ou handicapées, etc.).

Pour la seconde, Marine Le Pen a cru voir dans la décision de la CEDH un encouragement à la GPA voire une autorisation en France, ce qui n’est pas du tout le cas même si l’on peut parler d’une forme d’hypocrisie qui bénéficierait aux plus riches. Ce sujet est très complexe car l’enfant qui naît d’un tel dispositif, même si c’est illégal, est vivant et a certains droits qu’il ne faut pas lui retirer, il est innocent, n’y peut rien des décisions de ses "parents", et a le droit d’avoir toutes les protections que la République et les valeurs universelles garantissent.

Au lieu de contester ces décisions sur le fond, Marine Le Pen a montré son vrai visage en s’asseyant carrément sur les droits de l’homme. Trop lancée sur son nationalisme vidé de contenu, elle a remis en cause le principe même de la Cour européenne des droits de l’homme, considérant qu’une instance supranationale n’avait pas le droit d’avoir le dernier mot : « Le CEDH ne devrait pas avoir une autorité juridique supérieure à celle des institutions françaises. ».

Or, cette phrase, qui convient à son nationalisme franchouillard et à son antieuropéanisme viscéral qu’elle n’applique pourtant pas à son portefeuille (on se demande vraiment pourquoi depuis dix ans, elle est élue dans une instance dont elle ne reconnaît pas la légitimité, et son père, aux mêmes idées europhobes, trente ans !), va à l’encontre de tous les principes de droit international.

C’est étrange pour une femme qui a été, un moment, avocate, d’être aussi légère (il n’y a pas d’autre mot) en matière juridique qu'en matière économique, si ce n’est pour surfer sur une démagogie scandaleusement malsaine prête à remettre en cause nos libertés fondamentales (car c’est de cela qu’il s’agit).

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L’ancienne avocate devrait donc savoir que le recours auprès de la Cour européenne des droits de l’homme ainsi que, depuis 2010, la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) sont deux outils supplémentaires en faveur des droits des citoyens français. Que grâce à ces outils, un justiciable français qui peut se retrouver injustement traité par la justice française (pour une raison ou une autre) a deux nouvelles possibilités pour faire valoir ses droits (cela n’empêcherait pas sa condamnation s’il était finalement reconnu qu’il avait tort).

Marine Le Pen l’a même dit très clairement : la France est suffisamment le pays des droits de l’homme pour se permettre de ne pas avoir à se faire dicter ses décisions par la Cour européenne des droits de l’homme ! Cette idée est d’autant plus farfelue qu’au contraire, si les décisions diffèrent de la justice française, c’est qu’il y a un problème par rapport à la conception des droits de l’homme d’un côté et de l’autre.

À ce compte-là, Marine Le Pen quitterait également l’ONU, puisque les décisions du Conseil de sécurité s’appliquent aux États concernés, et puis, elle remettrait en cause TOUS les traités internationaux que la France a signés depuis des millénaires, je dis bien tous, puisque n’importe quel étudiant en droit sait que les traités internationaux, à partir du moment où ils sont légalement ratifiés (selon les procédures constitutionnelles) ont une valeur supérieure à la loi (cela n’empêche pas de rompre unilatéralement des traités comme on rompt un contrat, l’histoire des derniers siècles en a montré quelques exemples comme le Pacte germano-soviétique).

L’article 55 de la Constitution française est très clair sur ce principe : « Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l’autre partie. ».

Rappelons ce qu’est la Cour européenne des droits de l’homme dont le siège, cela aurait dû chatouiller le nationalisme-cocorico de madame Le Pen, est, depuis le 1er novembre 1998, à Strasbourg, au Palais des Droits de l’homme, avenue de l’Europe (droits de l’homme, Europe, je conçois que cela puisse donner de l’urticaire à la leader du FN). Comme elle l’a remarqué, la CEDH est effectivement une instance juridictionnelle supranationale (encore un vilain mot) qui a été créée en 1949 (ce n’est donc pas nouveau et jusque là, je n’ai jamais entendu madame Le Pen s’en inquiéter).

Sa mission est assez claire puisqu’il s’agit de faire appliquer la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Ce n’est donc pas rien, c’est un élément majeur pour garantir, au-delà des gouvernements nationaux, un minimum de droits et de liberté des citoyens. Elle se réfère notamment, exactement comme notre Constitution (donc, juridiquement, il n’y a aucune différence), à la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée à l’assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948 (dont René Cassin fut l’un des rédacteurs). C’est cela que Marine Le Pen veut supprimer !

Le Traité de Lisbonne, tout comme la Constitution française, se réfère aussi à ces principes : « L’Union [Européenne] adhère à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. (…) [Ces] droits fondamentaux (…) font partie du droit de l’Union en tant que principes généraux. ».

Quarante-sept pays (européens) ont ratifié cette Convention, y compris la Russie, la Turquie et la Moldavie, pour ne prendre que quelques exemples. Comme l’impose son article 35, la CEDH ne peut être saisie que lorsque les voies de recours nationales sont épuisées, c’est le principe de subsidiarité appliqué à une juridiction supranationale qui, ici, n’est qu’une instance de contrôle de la Convention. C’est donc normal que ses décisions s’imposent aux États puisqu’elles sont censées garantir que la Convention, que ces États ont par ailleurs ratifiée, est correctement appliquée en leur sein. C’est donc bien une garantie supplémentaire donnée aux peuples.

La France a présidé la CEDH à deux reprises, du 20 mai 1965 au 15 juin 1968 avec René Cassin (1887-1976), Prix Nobel de la Paix en 1968 (c’est lui qui proclama le 8 janvier 1959 le Général De Gaulle élu Président de la République française), et du 19 janvier 2007 au 3 novembre 2011 (atteint par la limite d’âge) avec le juriste Jean-Paul Costa (72 ans).

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René Cassin, qui repose au Panthéon depuis le 5 octobre 1987 sur décision du Président François Mitterrand, était loin d’être un "antipatriote" (l’obsession de Marine Le Pen), puisqu’il a quitté la France pour rejoindre De Gaulle dès le 24 juin 1940, ce qui lui a valu la déchéance de sa nationalité française et une condamnation à mort par contumace par le régime de Vichy. Il a rédigé les statuts de la France libre signés le 7 août 1940 par De Gaulle et Churchill, fut membre du Gouvernement provisoire, puis président de l’ENA après la guerre. Il expliquait ainsi son (vrai) patriotisme : « Je tiens de ma patrie un cœur qui la déborde et plus je suis français, plus je me sens humain. ».

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La France a ratifié cette Convention en 1974 et a donné la possibilité à ses résidents de saisir la CEDH à partir de 1981. L’article 53-1 de la Constitution française reconnaît d’ailleurs explicitement cette Convention : « La République peut conclure avec les États européens qui sont liés par des engagements identiques aux siens en matière d’asile et de protections des Droits de l’homme et des libertés fondamentales, des accords déterminant leurs compétences respectives pour l’examen des demandes d’asile qui leur sont présentées. ».

En 2011, la France a été condamnée par la CEDH vingt-trois fois, tandis que la Turquie cent cinquante-neuf fois, la Russie cent vingt et une fois, l’Ukraine cent cinq fois et la Grèce soixante-neuf fois.

On peut comprendre pourquoi une telle Convention est l’une des cibles privilégiées du FN : le protocole 6 du 28 avril 1983 et le protocole 13 du 3 mai 2002 de cette Convention interdisent la peine de mort en temps de paix comme en temps de guerre. Cela voudrait dire que ceux qui veulent le rétablissement de la peine de mort devraient non seulement réviser la Constitution, puisque l’abolition de la peine de mort a été constitutionnalisée le 23 février 2007 (loi constitutionnelle n°2007-239) : « Nul ne peut être condamné à la peine de mort. » (article 66-1 de la Constitution), mais aussi quitter les quarante-six autres pays européens qui ont ratifié la Convention européenne des droits de l’homme.

yartiMLP2014062903

Ce qui surprend, ce n’est pas ce nationalisme étriqué, comme je l’ai écrit, ce faux patriotisme qui veut retirer des garanties aux citoyens français, que la maison Le Pen père et fille ont toujours secrété depuis quarante et un ans au FN. Ce qui est étonnant, c’est que personne ne semble s’indigner que cette idéologie, qui n’a jamais évolué depuis tant d’années, mette son chauvinisme anachronique devant ces valeurs universelles.

Au contraire, être patriote français, c’est adhérer pleinement à ces valeurs des droits de l’homme et des libertés fondamentales et soutenir tous les dispositifs qui, en cas de faille des États (comme dans les années 1930), puissent durablement maintenir ces garanties aux peuples.

Remettre en cause ces acquis juridiques, ces protections supranationales des citoyens, c’est sans doute l’une des nécessités quand l’on veut faire plonger un pays dans l’autoritarisme arbitraire et le populisme démagogique. La sincérité démocratique de Marine Le Pen en a donc pris un coup, ce 29 juin 2014. Aux électeurs de bien juger aux prochaines échéances, puisque le naturel revient au galop


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 juin 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Site officiel de la Cour européenne des droits de l'homme.
La protection des droits fondamentaux.
La décidiont du Conseil d'État pour Vincent Lambert.
Le risque de la GPA.
Jean-Marie Le Pen et ses jeux de mots vaseux.
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments économiques.
Se désister quand le FN est au second tour ?
Front républicain ?
La ligne Buisson écartée définitivement.
Syndrome bleu marine.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.

yartiMLP2014062904


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-droits-de-l-homme-nouvelle-153892





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