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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 00:40

Marine Le Pen a une idée bien particulière sur la raison d'un endettement si fort de la France : la loi de 1973 (dont le texte est disponible ici). Elle répond à un entretien de RMC et BFM-TV le 3 décembre 2010.


Cliquer sur le lien pour télécharger l'interview (en fichier .mp3) :

http://podcast.rmc.fr/channel38/20101202_invitebourdin_0.mp3



SR

 

 

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 13:41

Le Parti communiste français a officiellement désigné Jean-Luc Mélenchon, ex-PS, comme son futur candidat à l'élection présidentielle du 22 avril 2012. C'est la première que le PCF n'a pas de candidat depuis 1974. Depuis 1965, le PCF avait présenté à l'élection présidentielle Jacques Duclos (1969), Georges Marchais (1981), André Lajoinie (1988), Robert Hue (1995 et 2002) et Marie-George Buffet (2007). En 1965 et en 1974, le PCF avait officiellement soutenu la candidature de François Mitterrand.

Sur Jean-Luc Mélenchon, lire ici.

SR

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 21:52

Le député ex-communiste Maxime Gremetz (71 ans) a annoncé sa démission de son mandat de député de la Somme en raison de son exclusion le 12 avril 2011 de son groupe politique après des sanctions le concernant à la suite d'un scandale qu'il avait fait mi mars au sein d'une commission. Bertrand Accoyer, le Président de l'Assemblée Nationale, devrait recevoir très bientôt sa lettre de démission en recommandé (envoyée ce lundi 16 mai 2011 matin).

 

SR

 

 

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 13:20

Candidat en 2002 et en 2007 avec des scores relativement bons pour une extrême gauche trotskiste, Olivier Besancenot a indiqué qu'il ne renouvellerait pas sa candidature à l'élection présidentielle de 2012. Cet abandon fait suite à sa démission récemment de la tête du NPA (ex-LCR).

 

SR

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 00:29

Mort d'André Duroméa, ancien député-maire communiste du Havre, à 93 ans le 16 mars 2011.

Né le 5 septembre 1917, André Duroméa, ouvrier serrurier, fut élu député de mars 1967 à mars 1993 sauf en mars 1986 où il échoua et fut élu sénateur en septembre 1986 (jusqu'en juin 1988). Après un passé de résistant puis de déporté, il fut élu conseiller municipal du Havre en 1947 puis maire de 1971 à 1994, également conseiller général de Havre 3 de 1958 à 1976.

SR

 

 

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 23:55

La classe politique fait-elle tout pour faire progresser Marine Le Pen dans les sondages ?


yartiPolitique01C'est un peu l'impression que j'ai sur cette journée du mardi 8 mars 2011, journée pour les femmes et mardi gras. Sans parler de l'affaire soulevée par Arnaud Montebourg ni de celle concernant Michèle Alliot-Marie, qui n'ont pas eu de nouveauté durant cette journée, quatre faits sont survenus ce mardi pour renforcer encore un peu le ressentiment de la population vis-à-vis de la classe politique.

 

1. Second sondage de Harris Interactive qui confirme le premier sur l'envolée de Marine Le Pen dans les sondages.

2. Report sine die (à 13h41) du procès de Jacques Chirac, âgé et fatigué, pour une raison totalement indépendante de sa volonté (question prioritaire de constitutionnalité demandée par l'avocat d'un autre prévenu). Jacques Chirac avait en effet tout intérêt à en finir le plus rapidement possible.

3.
Proposition stupide, inhumaine et scandaleuse de Chantal Brunel, députée UMP de Seine-et-Marne, qui demande de renvoyer en bateau les éventuels immigrés venus des pays arabes en pleine révolution. Surenchère aussi inefficace électoralement que ridicule sur le plan des valeurs.

4.
Retrait (intelligent) par le gouvernement et le groupe UMP à l'Assemblée Nationale de l'amendement concernant la déchéance de la nationalité française (qui n'aurait même pas concerné un cas chaque année). Exemple type d'une mesure (proposée par Nicolas Sarkozy à Grenoble) qui est scandaleuse d'un point de vue éthique et qui (heureusement) finit dans les oubliettes, chose que pourra opportunément rappeler le FN pour prouver que la politique de Nicolas Sarkozy, ce n'est que du verbe et aucune action.


Quand les responsables politiques comprendront-ils qu'il faut rester connecter avec la population ?


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (8 mars 2011)
http://www.rakotoarison.eu






http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/on-voudrait-favoriser-le-front-90238


http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-271

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 07:09

Ce week-end, toute la classe politique a été mise en émoi par un sondage qui donne à Marine Le Pen une petite avance dans la course à l’échalote présidentielle 2012. L’effet mécanique d’une succession "historique", celle de Jean-Marie Le Pen …et quelques procédés racoleurs, novateurs et efficaces.


yartiMLP01On ne dira jamais assez que ce n’est pas parce que la petite musique du Front national s’habille avec de longues robes noires, porte des hauts talons, se maquille et se coiffe avec des cheveux blonds qu’elle n’est pas la même rengaine continuelle de la xénophobie, de la stigmatisation communautaire et du repli sur soi.

Et il faudra sans doute le dire encore longtemps quand on voit à quel point la sauce de la contestation creuse peut monter, notamment dans les sondages dont le dernier, celui de Harris Interactive publié dans "Le Parisien" du 6 mars 2011, donne une petite longueur d’avance à Marine Le Pen sur les autres candidats possibles en lice (Dominique Strauss-Kahn excepté ?).

On dira ce qu’on veut des sondages, et notamment des hypothèses d’école posées (comme la candidature de Dominique de Villepin et l’inconnue concernant le candidat socialiste puisque la "performance" est obtenue en cas de présence de Martine Aubry au premier tour), leurs indications sont toujours intéressantes à analyser sur l’évolution, la tendance du moment, comme on peut noter que ceux qui progressent positivement dans les sondages sur la primaire du Parti socialiste, ce sont ceux qui font réellement campagne sur le terrain, à savoir Ségolène Royal et surtout le discret François Hollande qui peut créer la surprise.

Revenons à Marine Le Pen et arrêtons-nous à ce "phénomène" médiatique.


L’héritière conquérante

L’été dernier, j’avais rappelé la nature très particulière du programme du Front national par une analyse critique, et même si Marine Le Pen a cherché à mettre un peu d’eau de gauche populaire dans son vin de droite extrême, ses tours de magie ne devraient plus tromper longtemps un électorat un peu désorienté.

Il faut dire que médiatiquement, elle a réussi à bénéficier d’une visibilité accrue grâce à la campagne interne au Front national, son duel avec Bruno Gollnisch puis sa "consécration" au congrès du FN du 16 janvier 2011.

Marine Le Pen a mené à bien deux opérations politiques qui lui ont donné un écho dans le paysage politique.

La première, c’est d’avoir su se faire fréquentable, au contraire de son père. Un travail qu’elle a conduit depuis dix ans (les plateaux de télévision de la soirée électorale du terrible 21 avril 2002) et qui rend désormais ordinaire et acceptée sa présence dans tous les médias alors qu’elle véhicule la même idéologie que Jean-Marie Le Pen. Cette façon de faire, qui a pour volonté une dédiabolisation des idées du FN en évacuant de son discours tout dérapage verbal sur la Seconde guerre mondiale et en évitant soigneusement l’expression de toute sorte d’antisémitisme, avait même fâché le fondateur du FN et en 2005, le père et la fille étaient en effet sur le point d’une rupture.

La seconde opération, c’est la succession de Jean-Marie Le Pen. Alors que jusqu’à maintenant, le Front national n’était qu’une marque de Jean-Marie Le Pen, sans qui tout pouvait péricliter (en 1999, Bruno Mégret en a fait les frais malgré sa mutinerie qui avait embarqué les trois quarts des cadres du FN de l’époque), Marine Le Pen a réussi à en faire un parti qui perdure au-delà de son fondateur, et cela sans être la fille de son père. La preuve, c’est qu’elle a dû passer par une lutte interne assez dure au sein de son parti.

Ses galons politiques, elle ne les doit donc pas qu’à son seul père. Son habileté personnelle est également en jeu. Héritière mais aussi conquérante.


Des procédés démagogiques innovants

Depuis plusieurs années, Marine Le Pen a su très bien utiliser les nouvelles technologies et en particulier les lieux de débat interactif sur Internet (le Web 2.0). On s’en aperçoit en fait très facilement puisqu’elle ne fait que répercuter des polémiques initialement levées par un certain nombre d’internautes dans les forums, elle les met dans le débat public et la poussée médiatique s’accélère ensuite, chaque fois avec des alliés objectifs et involontaires dans la classe politique.

Les médias numériques sont effectivement une source inépuisable de nouveaux sujets à polémique.

Trois sujets me viennent notamment à l’esprit.

La supposée "pédophilie" de Frédéric Mitterrand

La polémique sur le livre de Frédéric Mitterrand ("La Mauvaise vie", publié en 2005) a fait suite à la fameuse "affaire Polanski" en automne 2009. Son livre n’est pas nouveau puisqu’il a été publié bien avant sa nomination place de Valois, mais sur Internet, beaucoup agitent le livre pour protester (avec raison) contre une justice qui serait à double vitesse. Marine Le Pen cite le 5 octobre 2009 des (faux) extraits de ce fameux livre que personne n’a lu (les reprenant de textes mis en ligne dès le 29 septembre 2009) et très maladroitement, Benoît Hamon, porte-parole officiel du PS, lui emboîte le pas.

Le thème de l'islamophobie

Cela s’est passé de la même manière avec
les protestations contre les prières musulmanes dans les rues parisiennes. À la suite d’initiatives plus identitaristes que laïques en faveur d'un apéro saucisson pinard, Marine Le Pen en profite pour parler d’occupation le 10 décembre 2010 à Lyon : « Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler pour le coup. C’est une occupation de pans de territoire. Certes, il n’y a pas de blindés, il n’y a pas de soldats, mais elle pèse sur les habitants. ». Elle répétait en fait ce qu'elle avait déjà dit dès le 18 juin 2010 : « Très clairement comme en 1940, certains croient se comporter dans la France de 2010 comme une armée d’occupation dans un pays conquis. ».

Dérapage verbal ? Sans doute mais Valéry Giscard d’Estaing avait employé il y a déjà très longtemps le mot "invasion" dans une tribune très réfléchie car publiée de son initiative dans "Le Figaro Magazine" du 21 septembre 1991. Toujours l’aspect : je dis tout haut ce que les gens pensent tout bas, etc. Alliés tacites dans cette stigmatisation de l’islam : Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé qui organisent à l’UMP un débat sur l’islam devenu, après des protestations de beaucoup de parlementaires UMP, débat sur la laïcité (prévu le 5 avril 2011).

À cet égard, Marine Le Pen a évidemment une longueur d’avance. Entre l’antisémitisme et l’islamophobie, elle a choisi clairement le second par simple calcul électoral. En faisant de la laïcité son cheval de bataille, elle trouble le jeu politique car c’est généralement admis que c’est une valeur de gauche (il faut se rappeler la "guerre scolaire" en 1983 et 1984 entre partisans de l’école "libre" et "laïcards" ; le FN était naturellement du côté anti-laïc) et elle prend la posture de la défense des valeurs républicaines pendant que d’autres proclament l’héritage chrétien de la France (ce qui signifierait d’ailleurs que le christianisme serait maintenant mort) ou organisent les institutions représentatives d’une religion particulière.

La réforme de la Banque de France de 1973

Troisième exemple également repompé directement des forums d’Internet, le retour au franc et la volonté de ne plus payer les intérêts de la dette. Là, c’est assez cocasse puisque cela fait plusieurs mois que certains internautes parlent d’une loi de 1973 (j’y reviendrai à une autre occasion) sur le statut de la Banque de France et qu’on en vient même à dire que c’est à cause de cette loi que la France serait endettée. Il ne viendrait pas à l’esprit de ces personnes que si l’État est si endetté, c’est parce que tout simplement il vit au-dessus de ses moyens, qu’il dépense plus qu’il ne gagne et que cette fuite en avant, très américaine, ne peut, un jour ou l’autre, qu’aboutir à des crises de surendettement comme en Grèce ou en Irlande. 

Marine Le Pen reprend mécaniquement l'argumentation bidon sur BFM et RMC le 3 décembre 2010 (l'interview ici) : « La vraie raison du sur-endettement de la France, ça n'est pas son système de protection sociale, ça n'est pas ses services publics, c'est en réalité la loi de 1973 (que j'ai condamnée avec une grande virulence) et qui a consisté en 1973 à obliger la France à aller emprunter sur les marchés internationaux. C'est là le départ de notre situation de sur-endettement. ». Alliés objectifs à cette croisade anti-euro (croisade absurde), un homme de gauche (qui a voté pour le Traité de Maastricht), Jean-Luc Mélenchon et un issu de l'UMP, Nicolas Dupont-Aignan..

Bref, nul doute que les prochains forums sur Internet donneront nouvelle matière à penser pour la future communication de Marine Le Pen : tous les internautes un peu agacés, un peu énervés, mécontents, enragés même, sont donc sollicités pour exprimer dans leur langage leur propre fantasme ; ils seront sûrs que leurs argumentations seront reprises quelques semaines plus tard par une militante de choc.


Plafonnement des performances

Heureusement, Marine Le Pen est une nettement moins bonne débattrice que son père, et si elle s’en sort correctement dans ses prestations télévisées lorsqu’elle n’a aucun contradicteur, ce n’est pas pareil dans un débat. Lorsqu’elle est confrontée à quelqu’un de vindicatif, par exemple, elle perd rapidement pied. On a pu le constater lors de son débat avec Jean-Luc Mélenchon (qui manquait de galanterie) mais également avec des journalistes peu complaisants, une fois retranchée le dos au mur, Marine Le Pen est incapable de donner des éléments concrets de son programme économique et social, et pour cause : il n’y a rien de travaillé car le FN n’est qu’une PME qui ne marche qu’à la haine de l’immigration, comme les Verts ne marchent qu’à l’écologie, sans vue d’ensemble et globale d’une politique cohérente de la nation à proposer.

La chance de la vie politique française, c’est que l’élection présidentielle n’a pas lieu en avril 2011 mais en avril 2012. Il y a donc un an pour convaincre, rappeler, élaguer. Un an pour savoir que voter est un acte grave, qui mérite réflexion, recul et surtout intelligence et nuance. Réagir au quart de tour, pourquoi pas ? La société politique ne fait plus que cela, son premier magistrat en premier.

Mais au-delà des émotions, des réflexes, des énervements, il y a un pays qui compte sur son destin, bien loin des polémiques, bien loin des petits buzz très précaires. L’histoire de France ne s’accommode pas des destructeurs. Seuls les constructeurs resteront. Il faut donc penser à son vote dans cette perspective.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 mars 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Débat Jean-Luc Mélenchon vs Marine Le Pen.
Marine Le Pen dans les sondages.

Connaissez-vous vraiment le programme du Front national ?

Sondage du 6 mars 2011.


yartiMLP02



 

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-procedes-sournois-de-marine-le-90049

http://fr.news.yahoo.com/13/20110307/tot-les-procds-sournois-de-marine-le-pen-89f340e_1.html

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-269

 



 

 

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 03:02

Le déballage de l’affaire Bettencourt et les exactions à la Villeneuve de Grenoble pourraient faire le jeu du Front national. C’est en substance une inquiétude non seulement de la majorité mais aussi d’une partie de l’opposition. Le vote protestataire pourrait encore favoriser le FN. Mais ses éventuels électeurs savent-ils vraiment où ils mettraient leur vote ? Quatrième et dernière partie.

 

yartiFN01Après une mise en garde sur les conséquences néfastes des affaires politico-financières, j’ai analysé dans les deuxième et troisième article le programme du Front national. Je conclus ici ce passage en revue.

Mais avant, un petit rappel.


Le FN, un parti plus "propre" que les autres ?

On dit que le FN serait le seul mouvement qui ne serait pas touché par des affaires financières assez louches. Et l’argument choc serait que le FN n’ayant jamais été au pouvoir, il ne pouvait en avoir la tentation. Jean-Marie Le Pen avait ainsi déclaré, le 19 juillet 2010 sur RTL, que les "micropartis", « ça me choque beaucoup » après les avoir qualifiés de « pompes à fric ».

Mais c’était oublier de rappeler, comme le fait "Libération", que Jean-Marie Le Pen est le président de Cotelec, justement, un de ces pétillants "micropartis" avec une efficacité très honnête.

En 2007, ce "microparti" a ainsi récolté 415 387 euros de dons de personnes physiques (à comparer avec le PCF pour 6,1 millions d’euros et l’UMP pour 9,1 millions d’euros), montant qui a avantageusement complété les dons directement attribués au FN, à savoir 1,2 million d’euros. Julia Pascual de "Libération" s’est même amusée à remarquer que le "microparti" de Jean-Marie Le Pen a fait mieux que celui de Nicolas Sarkozy (qui n’a récolté que 134 716 euros) et que les sommes récoltées parallèlement au FN étaient sensiblement équivalentes à celles directement attribuées à Lutte ouvrière et au MPF. Le PS (pour rester dans la comparaison) n’a collecté que 700 000 euros pour la campagne de Ségolène Royal.

En 2008, le "microparti" du FN a reçu 235 481 euros, soit deuxième au classement derrière celui de Françoise de Panafieu (pour sa campagne aux municipales à Paris). Le FN, quant à lui, n’avait reçu que 116 964 euros soit la moitié du "microparti" de Jean-Marie Le Pen.

Comme on le voit, les financements parallèles de l’action politique (quoique légaux) ne concernent pas uniquement l’UMP et le PS. Il concerne aussi le FN qui a depuis longtemps compris comment faire fructifier son capital électoral.

Par ailleurs, "Le Canard Enchaîné" n°4508 du 21 mars 2007 s’était penché sur l’origine de l’immense fortune de Jean-Marie Le Pen et sur ses astuces fiscales pour éviter de payer trop d’ISF.


Conclusion sur le programme du FN

Ce fut un peu fastidieux même si c’était loin d’être exhaustif, mais ce petit tour du programme actuel du Front national n’a qu’un seul but : montrer qu’à côté d’une idéologie assez nauséabonde prônant la haine et l’exclusion des étrangers (xénophobie) et des immigrés (racisme), il y a une véritable vacuité de la vision politique pour diriger un État.

D’un côté, on retrouve des relents d’ultralibéralisme où sont favorisés les possédants et les chefs d’entreprises, avec la volonté de réduire au maximum l’impôt sur le revenu et sur les sociétés, de réduire les frais de succession, de démanteler le code du travail, de prolonger à 65 ans l’âge de la retraite, de rallonger le temps de travail à 39 heures, de déréglementer et de refuser l’étatisme (gaullo-pompidolo-giscardo-mitterrando-chiraco-sarkozyste)…

D’un autre côté, on aperçoit des résidus de manière très autoritaire où sont soutenus le rétablissement de la peine de mort, la remise en cause de la légalisation de l’avortement, l’emprise étatique sur des secteurs pourtant encore libres aujourd’hui (comme le calcul scientifique !), une absence de réflexion sur l’environnement avec le retour au charbon tout en maintenant le tout nucléaire, du protectionnisme à outrance, un nationalisme économique complètement anachronique car dépassé par les réalités complexes et mondialisées des relations fournisseurs/clients, etc.

Deux faces qui produisent donc beaucoup d’incohérences et de contradictions que j’ai tentées de relever ici, plongées au milieu de nombreuses mesures insipides, incantatoires, lieux communs et clichés qui se retrouvent dans tous les programmes politiques, avec quelques "pépites" d’amusement sur quelques dadas de Jean-Marie Le Pen, notamment (thème qui revient assez souvent) sur la laideur ou l’esthétique (des logements, des voitures etc.).

Alors, bien sûr, ce programme a déjà trois ans. Visiblement, le Front national n’a fait aucune réactualisation mais le considère quand même d’actualité puisqu’il est encore mis bien en évidence dans sa devanture.

Nul doute que ce programme évoluerait sensiblement en fonction du nom du successeur de Jean-Marie Le Pen. Marine Le Pen, sa fille, translaterait sensiblement le discours du FN vers des préoccupations un peu plus sociales que Bruno Gollnisch. Mais les deux successeurs potentiels ont montré leur approbation totale de ce programme, Marine Le Pen plus particulièrement puisqu’elle a chapeauté l’ensemble du processus présidentiel.

Mais dans tous les cas, le maître mot idéologique du FN restera la lutte contre l’immigration, et plus exactement, le discours haineux contre l’immigré, recueillant l’ensemble de tous les maux de la France : chômage, insécurité, crise d’identité, religions.


Voter FN ?

Ne pas se tromper de choix : croire que le vote FN est un vote de protestation est une erreur fondamentale. Le FN est une PME qui vit grâce à l’argent public qui est calculé en fonction du nombre de voix et d’élus. Chaque voix lui apporte de l’argent. Et chaque voix apporte du crédit à ce programme incohérent, autoritaire et haineux. Le FN n'a jamais voulu gouverner le pays. La preuve, c'est le visage désespéré de Jean-Marie Le Pen lorsqu'il apprend le 21 avril 2002 qu'il sera présent au second tour. Il n'y avait jamais songé, malgré toute sa communication basée sur le bluff.

Si vous votez FN, faites-le en bonne connaissance de cause : aimez le nucléaire, ne soyez pas homosexuel, réclamez la peine de mort, attaquez l’avortement, crachez sur l’impôt le plus juste (sur les revenus), fêtez le charbon, …et rendez la France ingouvernable.

Si vous votez FN, vous vous serez finalement privé de la possibilité de choisir ceux qui vont réellement (et sérieusement) gouverner le pays pour les années à venir.

Bref, réfléchissez bien !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 août 2010)


Pour aller plus loin :

Programme du Front National à télécharger.
Documentaire "Le Pen dans le texte" (20 février 1997).



 

 

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/front-national-jugez-sur-piece-4-79452

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-184

 

 

 

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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 07:56

Le déballage de l’affaire Bettencourt et les exactions à la Villeneuve de Grenoble pourraient faire le jeu du Front national. C’est en substance une inquiétude non seulement de la majorité mais aussi d’une partie de l’opposition. Le vote protestataire pourrait encore favoriser le FN. Mais ses éventuels électeurs savent-ils vraiment où ils mettraient leur vote ? Troisième partie.

 

yartiFN01Dans un premier article, j’ai évoqué l’inquiétude du déballage des affaires politico-financières et du risque de favoriser les extrêmes. Dans le deuxième article, j’ai commencé l’analyse du programme du Front national notamment sur les mesures sécuritaires dont certaines viennent d’être reprises par le Président de la République (je reparlerai plus tard du discours de Grenoble).

Une précision : je n’ai jamais prétendu à la neutralité dans ce genre d’exercice et par conséquent, mon objectif est bien de montrer que le programme du FN n’est pas celui qu’il faut pour notre pays. Je veux le faire avec des arguments et sans animosité mais avec fermeté. Il y a des valeurs républicaines sur lesquelles il ne faut pas transiger.

Je poursuis maintenant mon analyse sur les sujets économiques et financiers.

C’est seulement maintenant qu’on arrive au plus intéressant, car le FN essaie de ratisser large en se positionnant à la fois à la fois contre la gauche et contre le libéralisme, ce qui donne parfois quelques incohérences manifestes.

Dans son constat, le FN précise ainsi : « La bonne marche de nos entreprises se trouve ainsi entravée par trois maux principaux : l’étatisme ; le mondialisme ultra-libéral ; un syndicalisme archaïque et non représentatif. ».

Le lecteur qui sait décrypter comprend cependant que l’essentiel reste dans la "bonne marche de nos entreprises", autrement dit dans une philosophie libérale qui ne peut, paradoxalement, s’empêcher de réguler et de renforcer l’étatisme, comme on peut le voir en passant en revue les propositions. L’étatisme, c’est évidemment le penchant de toute politique sécuritaire.


Chapitre sur l’économie

Le FN s’oppose religieusement à l’étatisme et au syndicalisme (qualifié d’archaïque et de non représentatif) : « le syndicalisme français, dévoyé et moribond, est quant à lui une cause du blocage de notre économie et un des obstacles majeurs aux réformes nécessaires de la société française (retraites, sécurité sociale, fonction publique, formation professionnelle, code du travail…) ».

Entre autres est prônée la « simplification du code du travail et faire cesser son instabilité permanente » qui laisse deviner une réduction des acquis des salariés.

Je relève une incohérence fondamentale entre une volonté de « libérer le travail et l’entreprise de l’étatisme et du réglementarisme » et la mesure visant à la « mise en place d’un protectionnisme ciblé » imposant par exemple « l’origine française de 50 à 60% des composants (en coûts de revient) constitutifs des produits importés ». Cette mesure est d’autant plus irréaliste qu’elle empêcherait tout fabrication d’équipements français qui nécessitent souvent des systèmes préfabriqués à l’étranger (en particulier en Chine). Un tel protectionnisme, au contraire des objectifs déclarés, asphyxierait la recherche et l’industrie françaises et renforcerait la réglementation étatique pourtant si décriée.


Chapitre sur les impôts

Le FN fait toujours dans le populisme : réduction drastique de l’impôt sur le revenu (précédemment, le FN était même pour sa suppression pure et simple) avec comme taux marginal 20%. Une mesure qui ne peut favoriser que les hauts revenus, car c’est pourtant l’impôt le plus juste car progressif.

Réduction aussi de l’impôt sur les sociétés pour les PME (taux maximal de 20% au lieu de 33%).

Toujours de l’arnaque en terme de coûts du programme : toutes les baisses d’impôts seraient estimées à environ 30 milliards d’euros mais comme ces réductions iraient créer « à terme les condition d’une croissance retrouvée », ce serait finalement un « gain estimé à 9 milliards d’euros » par une opération de baguette magique. Sans démonstration.

Fin du financement actuel des associations : « Contrôler les subventions aux associations accordées par l’État [NDLA : ce qui est déjà le cas] avec un objectif de réduction de 30% ». Lorsqu’on sait la manière de subventionner les associations dans les rares municipalités FN, on peut s’inquiéter de la politisation de ce genre de financement que le FN ferait s’il était au pouvoir. Il n’y aurait plus de liant social et seules, les associations qui feraient allégeance seraient subventionnées.

Retour également aux 39 heures hebdomadaires de travail : « Renégocier par branches les 35 heures » et un peu plus loin « en supposant que les partenaires sociaux souhaitent revenir à 39 heures… ».

Le FN est contre l’étatisme mais se permet cependant de « placer momentanément sous [la] sauvegarde [de l’État] toute entreprise dont la disparition ou l’absorption présenterait un danger pour l’indépendance nationale » même s’il s’interdit une « collectivisation de pans entiers de notre économie » (ce qui ne veut pas dire grand chose et qui utilise des mots journalistiques assez creux). En matière économique ou industrielle, l’indépendance nationale n’est qu’une utopie heureusement très éloignée de la réalité car un produit complexe, aujourd’hui, est souvent composé de pièces multinationales. Prôner la préférence nationale des produits manufacturés dénote une incompréhension totale de la vie économique d’aujourd’hui.


Chapitre sur l’environnement

Le FN prend explicitement position en faveur de la poursuite de « toutes les recherches en France sur les OGM ». Toutefois, par prudence, il ajoute cette phrase alambiquée : « tout OGM ne doit pouvoir être cultivé et commercialisé que si sa reproduction dans la nature est rendue impossible ». Ce qui, finalement, contredit le début de la proposition. Un moyen de ratisser large : partisans et opposants des OGM ?

Une mesure qui pourrait avoir de lourdes conséquences : « Limitation des transports d’animaux vivants, avec pour objectif l’interdiction des mouvements transfrontaliers ». Là encore, étatisme, protectionnisme et réglementation, dans a contradiction de ce qui est annoncé en introduction.


Chapitre sur l’énergie

Toujours les mêmes incohérences d’une idéologie à la fois libérale économiquement et sécuritaire : le FN critique l’étatisme mais propose : « de sanctuariser par un contrôle de l’État (…) les secteurs de la Défense, de l’énergie, de l’Espace et du calcul scientifique ».

Par ailleurs, notez bien les secteurs : la Défense et l’Espace paraissent évidents, le premier par fonction régalienne et le second par les coûts gigantesques que seul l’État peut prendre en charge (donc, le contrôle de l’État a toujours été effectif), mais le calcul scientifique, c’est assez intéressant comme mesure car cela ôterait toute indépendance aux nombreuses entreprises qui ont besoin de faire du calcul scientifique (le nombre de secteurs économiques concernés est très élevé, puisque toutes les industries utilisent maintenant ce type d’outil de prédiction, de qualité ou de conception).

Avec le FN, il y a aussi risque de retourner aux "vieilles énergies" car on apprend avec stupeur cette mesure : « Prévoir de relancer, le cas échéant, la filière charbon » (heureusement qu’elle n’est pas indiquée dans le chapitre sur l’environnement).

Savoir aussi que votez FN signifierait voter pour le tout nucléaire : « Poursuivre l’effort nucléaire : les filières de 3e et 4e générations seront programmées, la construction du surgénérateur sera relancée et les études sur le Thorium 232 reprises. (…) Le projet ITER sur la thermofusion nucléaire contrôlée sera bien sûr largement encouragé et soutenu ». Petit sourire à la lecture de « bien sûr », les mots les plus importants de la phrase pour bien comprendre le FN.

Par ailleurs, à ma connaissance, l’expression "thermofusion nucléaire" n’existe pas, il n’y a que de la "fusion thermonucléaire". Cet assemblage de mots supposés savants se retrouve sur Internet uniquement chez les partisans du FN. Sur Internet, le mot "thermofusion" est associé par exemple à « l’hystérectomie vaginale » ("La Lettre du gynécologue", 2004, n°296, pp. 12-14).


Chapitre sur les transports

Mesure très électoraliste et qui renforcerait l’insécurité routière (pour un parti sécuritaire, c’est assez paradoxal) : « Arrêt de l’autophobie dans les grandes villes et du racket de l’État en matière d’amendes (modalités du permis à points à assouplir) ». Verbaliser est assimilé à du racket, pourtant, les infractions et même les délits sur la route doivent bien être sanctionnés.

De même, déresponsabilisation des automobilistes en demandant uniquement aux constructeurs l’effort de sécurité : « Exigence, auprès des constructeurs automobiles, de la poursuite des progrès techniques en matière de sécurité, fiabilité, durabilité et sobriété des voitures ». Notez également que cette mesure intervient encore de façon contradictoire avec le discours qui s’attaquent à toutes les réglementations et à l’étatisme.

Toujours cette tendance à être anti-étatique tout en créant des taxes : « Instaurer une taxe spécifique à l’entrée du territoire pour les poids lourds étrangers ». Cette mesure est d’autant plus stupide que de nombreuses entreprises françaises communiquent ainsi entre deux établissements établis en Europe.


Chapitre sur la Recherche

Il n’y a que le FN qui puisse inclure la mesure suivante dans son programme, une évocation du contenu même de la recherche : « Il faut enfin évoquer le cas de la recherche publique en sciences sociales (notamment le CNRS), qui canalise un quart du budget global. Certains instituts financés sur fonds publics sont avant tout des bastions de la pensée unique et des idées de gauche, où les chercheurs planchent sur des sujets souvent dépourvus d’intérêt réel et bénéficient d’une rente de situation indue. Il y a lieu de rationaliser ces institutions et de renouveler les critères d’attributions des aides. ».

Voici que la nature revient au galop : pour le FN, être fonctionnaire est une "rente de situation indue" ; au moins c’est clair. Car dans d’autres domaines que les sciences sociales, il y a plein de travaux qui, finalement, n’aboutissent pas car c’est aussi le risque de la recherche, par définition, de pouvoir être inutile. Pourquoi la refuser dans les sciences sociales et l’accepter dans les autres disciplines ? Sinon pour des considérations politiques clairement exprimées ici ?

Une autre mesure qui "ferait plaisir" aux chercheurs : « le statut de "chercheur à vie" est par ailleurs une spécificité française appelée à être réformée ». Pourtant, tout le monde le sait, scientifiques comme artistes, que lorsque l’alimentaire est assuré, il est plus aisé de se consacrer totalement à sa recherche ou à son art. Et ce n’est pas dans le secteur de la recherche qu’on peut amasser de grosses fortunes. Pour le même niveau, ils pourraient très bien faire d’autres activités si l’argent avait été leur principe premier.

Une mesure contreproductive dans la recherche mais qui répond à l’impératif idéologique du nationalisme : « Favoriser l’emploi de la langue française dans les colloques et publications ». Tous les chercheurs le confirmeront : seul l’anglais permet aux chercheurs d’être reconnus aujourd’hui dans le monde ; l’anglais est l’unique langue des chercheurs (ce qui est normal puisqu’il serait bien difficile de demander aux chercheurs japonais, russes, chinois, indonésiens… de lire le français pour le bon vouloir de Jean-Marie Le Pen).

La mesure précédente est contreproductive mais aussi contradictoire avec l’idée du salaire au mérite : « il faut récompenser les chercheurs dont les travaux sont reconnus ». Pour cela, mieux vaut pour eux qu’ils ne s’expriment pas en français mais en anglais.

Et une mesure idéologique qui ne veut rien dire : « Rétablir la liberté d’opinion et d’expression dans les universités et els centres de recherche et bannir la politisation ». La politisation, c’est justement quand on peut y exprimer librement ses opinions. Pour "apolitiser" une structure, mieux vaut ne pas libérer l’expression.


Dans le prochain et dernier article, je conclurai cette analyse politique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 août 2010)


Pour aller plus loin :

Programme du Front National à télécharger.
Documentaire "Le Pen dans le texte" (20 février 1997).

 


http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/front-national-jugez-sur-piece-3-79432

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-183

 

 

 



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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 08:34

Le déballage de l’affaire Bettencourt et les exactions à la Villeneuve de Grenoble pourraient faire le jeu du Front national. C’est en substance une inquiétude non seulement de la majorité mais aussi d’une partie de l’opposition. Le vote protestataire pourrait encore favoriser le FN. Mais ses éventuels électeurs savent-ils vraiment où ils mettraient leur vote ? Deuxième partie.

 

yartiFN01Dans le précédent article, j’évoquais la possibilité que le Front national soit le grand gagnant du déballage de l’affaire Bettencourt, une hypothèse évidemment soutenue par l’UMP mais aussi par certains socialistes, comme Pierre Moscovici.

Le Front national fait partie de ces partis (présents aussi à l’extrême gauche) qui font de la démagogie leurs choux gras. Il est vrai que les deux principaux candidats à l’élection présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, ne s’étaient pas privés, eux non plus, de dérives populistes pour attirer un électorat généralement sceptique ou inquiet.

Mais Jean-Marie Le Pen est beaucoup plus fort dans le populisme. Pour preuve, ses grandes affiches (trois fois quatre) bleu blanc rouge pour sa précampagne présidentielle de 1988 avec comme unique slogan en substance : « Mon projet, c’est le vôtre ! » (qui peut être contre un tel slogan ?!). Les affiches ont été aussitôt retirées car on n’avait pas le droit d’utiliser les couleurs nationales pour faire de la propagande électorale.


Marine Le Pen, à l’origine du programme du FN
 
Le mieux pour se faire une opinion des idées du Front national, c’est de lire son programme politique. Hélas, il n’existe aucun document réactualisé et seul le programme de Jean-Marie Le Pen à l’élection présidentielle de 2007 (il y a trois ans) semble faire foi.
 
Notons que la rédaction de ce programme a été managée par Marine Le Pen elle-même, comme l’indique la fin du document : « Le programme de gouvernement du candidat Jean-Marie Le Pen à la Présidence de la République a bénéficié des travaux préparatoires des commissions d’action présidentielle. Au sein de la direction stratégique de la campagne présidentielle animée par Marine Le Pen, l’ensemble des 20 commissions, sous l’impulsion de leurs responsables, a regroupé le maximum d’experts et d’acteurs significatifs de la vie socioprofessionnelle. ». Hélas, aucun nom d’expert ou d’acteur significatif n’a été cité, ce qui est aussi le cas dans les autres partis politiques.
 
C’est donc clair que non seulement, en étant candidate et élue du FN, Marine Le Pen défend ce programme, mais elle en a été la colonne vertébrale en tant que directrice de campagne. Le nier, ce serait faire preuve d’une assez mauvaise foi.
 
 
Un document de 72 pages !
 
C’est un pavé de soixante-douze pages. Inutile de dire qu’il n’a certainement pas été lu par tous les électeurs de Jean-Marie Le Pen en 2007. Il laisse entendre que c’est sérieux alors qu’en fait, le texte est un peu robotisé et les propositions souvent incohérentes ou "clichés".
 
L’élément qui saute au nez, c’est que le thème de l’immigration reste toujours le leitmotiv du Front national : le premier chapitre y est immédiatement consacré et les autres chapitres déclinent ce même thème à longueur de propositions. Il faut attendre le treizième chapitre (sur les vingt-cinq au total) et la trente-septième page pour arriver aux propositions économiques et sociales, normalement thème majeur des candidats à l’élection présidentielle.
 
Et c’est bien normal puisque entre lieux communs et incohérences, il n’y a pas place, dans ce domaine, à beaucoup d’imagination ou d’originalité.
 
Je parle de lieux communs et d’incohérences pour ne pas parler d’arnaques intellectuelles comme cette proposition de référendum sur « la relance économique et le retour à la croissance » (c’était rédigé avant la crise de 2008).
 
Je ne vais bien sûr pas tout évoquer, juste certains éléments qui m’ont "titillé".
 
J’ai gardé l’ordre initial des chapitres du programme, dans un premier temps, les thèmes essentiellement "sécuritaires" (et anti-immigration) et, dans un second temps, j’aborderai les thèmes économiques et financiers (qui sont les plus incohérents).
 
 
L’immigration, premier (et unique) thème
 
C’est assez remarquable de voir comment Jean-Marie Le Pen, pourtant élu député très tôt (à 27 ans !) sur la vague poujadiste, a "raté" une carrière politique qui aurait pu être très "correcte".
 
Ses idées d’extrême droite (qu’il préfère appeler "droite nationale") l’ont en effet toujours circonscrit au petit monde très divisé de l’extrême droite française, avec pour thème politique de prédilection, l’anticommunisme primaire (considérant que le gaullisme comme le giscardisme, étatiques, étaient aussi des communismes).
 
Dans une clairvoyance très habile, Jean-Marie Le Pen a trouvé le thème très porteur de l’immigration en début 1978 (comme le rappelle un documentaire télévisé fort intéressant diffusé le 20 février 1997). Une simple discussion autour d’une table, au cours d’un repas assez simple. Il cherchait des idées pour la campagne des élections législatives et son compagnon négationniste François Duprat (assassiné quelques semaines plus tard) lui trouva alors son premier slogan anti-immigré (sur un modèle de propagande nazie) : « 3 millions de chômeurs, 3 millions d’immigrés de trop ».
 
Il a fallu attendre l’épisode de Dreux en septembre 1983 pour que le thème portât ses fruits.

Depuis 1983, l’immigration est le jackpot de Jean-Marie Le Pen et du Front national. On emballe donc le thème à toutes les sauces. Sauces si possible xénophobes, tout en restant correctes sur la forme pour permettre aux personnes bien sur elles d’adhérer aux idées. Cela fait presque trois décennies que la mayonnaise fonctionne.


Chapitre sur l’immigration

Du côté du constat, il y a des chiffrages dont on ne sait la provenance (notamment « le montant du déficit annuel dû à l’immigration » et une confusion volontaire entre immigration clandestine et immigration légale, ou entre étrangers et immigrés.

Dans les incohérences intellectuelles, il est dit qu’il est absolument impossible d’obtenir des statistiques ethniques (c’est en effet interdit) mais il réussit quand même à en fournir (par quel moyen ?), notamment le pourcentage de la population d’origine immigrée en milieu carcéral.

Dans la rubrique arnaque intellectuelle : « 5%, c’est le taux d’étrangers qui entrent en France avec un contrat de travail » pour en conclure aussitôt : « ce qui signifie que 95% entrent sans », ce qui est une analyse un peu simpliste, puisque beaucoup des étrangers qui entrent sur le territoire national (74,2 millions en 2009) sont avant tout de simples touristes, et il ne me viendrait pas à l’esprit de chercher un contrat de travail sur mon lieu de villégiature à l’étranger.
 
Dans les propositions, je lis déjà une grande incohérence puisque dans le même paragraphe, il est question de « [réserver] les aides sociales diverses et les allocations aux seuls Français » tout en augmentant les cotisations sociales pour les étrangers à prestations équivalentes d’assurance maladie et chômage. Distinguer la nationalité sur des prestations sociales est assez illogique puisque les étrangers qui travaillent en France paient, eux aussi, des cotisations sociales.
 
C’est selon le FN une mesure de « dissuasion », mais c’est oublier que cela n’aurait pas d’incidence réelle sur ce mirage de l’immigrant qui croirait toujours que la France, l’Europe, les États-Unis seraient leur Eldorado.
 
La réforme du droit de la nationalité proposé par le FN est, elle aussi, incohérente intellectuellement. D’un côté, il est proposé de « [supprimer] notamment la binationalité » et de l’autre, d’instituer une « déchéance de la nationalité » en cas de crime ou délit grave. Si l’immigré, ayant opté pour la nationalité française, voyait sa nationalité déchoir, que lui resterait-il comme nationalité ? Et c’est oublier un peu vite que la binationalité est souvent le résultat d’unions mixtes et d’origines qui peuvent être multiples. Le monde d’aujourd’hui est très complexe et il est assez facile, en regardant les arbres généalogiques, que les nationaux français ne sont tous pas d’une seule origine.
 
Les électeurs potentiels du FN sont-ils bien conscients de cette mesure phare (la deuxième présentée de tout le fascicule) ?
 
 
Chapitre sur la justice
 
Le FN propose d’interdire les syndicats dans la magistrature (principe constitutionnel qui serait donc bafoué, étonnant quand on sait que le FN a beaucoup milité dans des syndicats de… policiers).
 
Autre mesure phare : « Rétablir la peine de mort pour les crimes les plus graves » sans évoquer le fait qu’il faudrait pour cela une révision constitutionnelle et se défaire de nombreux traités internationaux, et sans préciser ce que sont les "crimes les plus graves", notion toute relative qui n’est qu’une ouverture vers n’importe quoi. Sans même prendre en compte des notions morales, inutile de revenir sur l’absolue inutilité sociale d’une peine de mort dont l’effet dissuasif n’existe pas (et c’est prouvé).
 
Dans le même chapitre, il y a une mesure assez curieuse pour ceux qui se satisferaient d’une alliance verte et brune : « Fermeture des mosquées sous la coupe d’obédiences intégristes ». Sans préciser ce qu’est une "obédience intégriste". Une mesure qui étonne encore quand on se rappelle du soutien de Jean-Marie Le Pen à Saddam Hussein par exemple.
 
 
Chapitre sur le social
 
Là, les mesures sont claires et cohérentes avec l’esprit poujadiste : « Harmonisation de l’ensemble des régimes d’assurance maladie et retraite pour mettre fin aux injustices et aux inégalités dans ces domaines ». C’est simple, ça veut la suppression de tous les régimes spécifiques. Tous ! Avis aux amateurs.
 
« Gestion directe par l’État de ces régimes nationaux » : les représentants sociaux (syndicats comme employeurs) sont exclus de fait (même si Jean-Marie Le Pen leur laisserait un « droit de regard »).
 
« Suppression des allocations familiales pour les non-nationaux » (il y a beaucoup de redites dans ce programme) : tant pis pour les étrangers qui paient quand même des cotisations sociales par leur travail.
 
 
Chapitre sur la famille
 
Le FN souhaite clairement revenir sur la loi légalisant l’interruption volontaire de grossesse (« inscription dans les textes, qui fondent son existence et son développement, du caractère sacré de la vie et l’affirmation du droit de la personne à être protégée par la loi de sa conception à sa mort naturelle »). La tournure est alambiquée mais c’est tellement transparent que cette proposition cite la loi Veil.
 
Électeurs probables du FN, voulez-vous donc revenir sur la loi Veil ?
 
On n’est évidemment pas étonné de l’opposition du FN au mariage homosexuel et à l’adoption par des couples homosexuels (deux sujets pourtant bien différents mais mis dans le paragraphe sur la « défense de la structure familiale, institution irremplaçable »).
 
 
Chapitre sur les retraites
 
J’évacue les redondances et je souligne une mesure phare : « Le retour à 65 ans de l’âge légal de la retraite ». Donc, plus loin que ce que propose aujourd’hui le gouvernement (62 ans).
 
Et il y a toujours une petite note pour rappeler que le thème principal reste l’immigration avec cette mesure : « Incitation à prendre leur retraite dans leur pays d’origine pour les travailleurs étrangers ». Ce qui est assez "stupide" puisque les droits à la retraite ne dépendent pas du domicile des retraités et que ceux-ci en général consomment et ont des revenus en moyenne supérieurs à ceux des actifs.
 
 
Chapitre sur l’éducation
 
Arnaque ? Comment sont obtenus les « 800 millions d’euros de gain estimé » pour la mesure  suivante: « Il convient de repenser les rythmes scolaires, en supprimant notamment les "heures de vie de classe" » ?
 
Plus loin (sur la jeunesse), le FN veut « imposer aux professeurs un temps de présence supplémentaire au sein de leur établissement, consacré à l’aide aux devoirs pour les élèves » (comme la candidate Ségolène Royal) et est presque favorable au retour de la blouse en classe (« exiger une tenue vestimentaire sobre de la part des élèves »).
 
 
Chapitre sur l’agriculture
 
Incohérence politique ? Le FN compte financer une caisse de compensation de la dette paysanne avec un « "chèque" à négocier avec Bruxelles » alors que parallèlement, il veut le désengagement de la France de l’Union européenne.
 
 
Chapitre sur la diplomatie
 
Le FN a une philosophie isolationniste. Entre autres : « Retrait de notre participation aux juridictions pénales internationales ».
 
Détail amusant dans le même chapitre (à propos de la francophonie) : « Pour développer [ce patrimoine culturel], nous proposons d’augmenter les effectifs des académies qui composent l’Institut de France, y compris l’Académie française ».
 
 
Chapitre sur les armées
 
Comme dans toute idéologie parano-sécuritaire, le FN propose logiquement « d’augmenter le budget de la Défense nationale » jusqu’à 2,6% du PIB (en 2009, il s’élevait à environ 2,0%). Soit une augmentation prévue de 11 milliards d’euros.
 
Et se donne des arguments économiques sur les « effets positifs » de l’effort en faveur de la Défense : « des budgets militaires élevés (…) présentent (…) de nombreux avantages » puis suit une liste évoquant la puissance de l’industrie militaire (la deuxième d’Europe), diversifiée sur de nombreux secteurs (automobile, aéronautique, naval, informatique etc.), alimentant des milliers de sous-traitants et créatrice d’emploi.
 
 
Chapitre sur la culture
 
Finies les subventions pour des projets originaux (et souvent avant-coureurs) mais à faible audience : « Les structures subventionnées devront prouver qu’elles touchent un public important ».
 
Détail encore amusant quasi-machiste et assez dérisoire dans un projet présidentiel : « Il importera de revenir sur les réformes récentes [de la langue française] comme la féminisation des noms ».
 
 
Dans le troisième article, j’analyserai la partie économique et financière du programme du Front national.
 
 
 
Sylvain Rakotoarison (29 juillet 2010)
 
 
Pour aller plus loin :
 
 
 
 
 

 

 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/front-national-jugez-sur-piece-2-79078

http://www.lepost.fr/article/2010/07/29/2168121_front-national-jugez-sur-piece-2.html

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-182

 

 

 

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