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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 01:27

« Ah ! S’il s’agissait simplement, dans le cadre de ce qu’on appelle la troisième force, de préparer la fusion, à tout le moins, l’union organique de deux des partis qui constituent cette Assemblée et sont actuellement associés dans une même majorité, s’il s’agissait d’unir, à la base, Force ouvrière et syndicats chrétiens, s’il s’agissait de mêler vos clientèles électorales, de fondre vos programmes dans une conception commune d’humanisme "économique", de construire ce parti travailliste, dont on parle depuis plusieurs années, dont mes amis de l’UDSR et moi-même avons été les premiers artisans et dont nous resterions, d’ailleurs, les partisans aujourd’hui comme hier au cas où la définition que j’esquisse refléterait la réalité, alors, monsieur le ministre, vous ne seriez pas embarrassé. Aucune équivoque ne planerait sur la troisième force. (…) Mais la troisième force est-elle cela ? Non ! » (René Capitant, le 20 décembre 1947 à l’Assemblée Nationale).




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L’un des représentants les plus illustres du "gaullisme de gauche" est mort à l’hôpital Foch de Suresnes il y a cinquante ans, le 23 mai 1970, à l’âge de 68 ans. René Capitant est né près de Grenoble le 19 août 1901, d’un père agrégé de droit à Grenoble (où il fut élu) et à Paris, Henri Capitant (1865-1937), spécialiste reconnu internationalement du droit privé et membre de l’Institut.

Marchant sur les traces paternelles, après le lycée Montaigne et le lycée Henri-IV, René Capitant a soutenu à la faculté de droit de Paris le 14 mars 1928 sa thèse de doctorat de droit : "Introduction à l’étude de l’illicite : l’impératif juridique". Il entama sa carrière de juriste comme avocat à Paris en 1929 (il prononça le 19 mars 1929 un discours sur la coutume constitutionnelle en tant que premier secrétaire de la conférence des avocats au Conseil d’État et à la Cour de Cassation), puis, reçu à l’agrégation de droit public, il fut nommé professeur à la faculté de droit de Strasbourg de 1930 à 1939 dans un contexte difficile de montée du fascisme et d’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne.

En 1933 et 1934, il fit d’ailleurs un séjour très instructif en Allemagne et publia à son retour des analyses sur l’idéologie nazie qui furent très diffusées. En 1936, il fut chargé de mission dans le cabinet de Léon Blum à la Présidence du Conseil. En 1937, il présida le comité de vigilance des intellectuels anti-fascistes de la région strasbourgeoise. Devenu spécialiste en droit constitutionnel et parlementarisme, René Capitant est revenu d’Allemagne aussi avec des études sur la République de Weimar, en particulier : "Le rôle politique du Président du Reich" (15 mars 1932), "Le Président du Reich" (décembre 1932), "Régimes parlementaires" (1933), "L’erreur proportionnaliste et le régime parlementaire" (10 juin 1935), "La crise et la réforme du parlementarisme en France" (1936), etc.

Engagé volontaire en 1939 (malgré un grave accident d’alpinisme) et affecté à l’état-major de la 4e Armée (où il rencontra De Gaulle à Wangenbourg pour la première fois), René Capitant s’engagea activement dans la Résistance dès juin 1940, à Clermont-Ferrand (où il avait été démobilisé ainsi que son université alsacienne) avant de demander sa mutation à l’Université d’Alger pour enseigner son cours d’histoire générale du droit français en février 1941 tout en poursuivant son engagement dans la France libre (il a notamment fondé le réseau Combat avec Paul Coste-Floret).

Ayant participé activement à la libération d’Alger en novembre 1942, il fut révoqué par Pétain de sa chaire le 2 avril 1943 pour "activités antinationales" et fut nommé membre de l’Assemblée consultative provisoire par l’ordonnance du 17 septembre 1943. Une nomination qui pouvait se comprendre par le fait qu’il y avait encore très peu de gaullistes parmi les résistants d’Afrique du Nord (De Gaulle est arrivé à Alger le 30 mai 1943).

À l’âge de 42 ans, René Capitant fut choisi le 9 novembre 1943 par De Gaulle, en tant que représentant de la Résistance, pour entrer au Comité français de libération nationale (à Alger) comme commissaire à l’Éducation nationale (équivalent de ministre), après l’éviction du général Henri Giraud, puis, comme Ministre de l’Éducation nationale du 4 septembre 1944 au 21 novembre 1945 dans le Gouvernement provisoire de la République française.

Le 21 octobre 1945, il fut élu député du Bas-Rhin à la première Assemblée Nationale Constituante avec 16,56% des voix comme tête de liste d’une "union démocratique de rénovation française". Membre de la commission de la Constitution, René Capitant s’opposa au premier projet de la Constitution et créa le 20 janvier 1946 (à la démission de De Gaulle), avec Louis Vallon et Pierre Clostermann, le premier parti gaulliste, l’Union gaulliste, pour défendre les principes constitutionnels de De Gaulle (cette Union gaulliste allait fusionner avec le RPF lors de la création de celui-ci).

S’opposant à un texte qui établissait un régime d’assemblées, René Capitant prononça le 10 avril 1946 un discours fustigeant le texte, rejetant une « conception absolutiste de la démocratie qui conduit nécessairement la démocratie à sa perte ». Ce premier projet fut rejeté par le référendum du 5 mai 1946, mais René Capitant ne fut pas réélu le 2 juin 1946. Il n’était qu’en deuxième position sur la liste du "rassemblement des gauches  républicaines, union gaulliste" menée par Pierre Clostermann dans le Bas-Rhin et qui n’a obtenu qu’un seul siège avec 17,18% des voix.

Tête de liste d’un "rassemblement républicain gaulliste", il fut finalement élu député de Paris le 21 novembre 1946 (sa liste a obtenu un des onze sièges à pourvoir, avec 7,68% des voix), et s’est inscrit au groupe d’un mouvement issu de la Résistance et fondé le 25 juin 1945, l’UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance), formation centriste rassemblant notamment René Pleven, Ernest Claudius-Petit, Jacques Baumel, Jacques Soustelle, François Mitterrand, Jacques Koscusko-Morizet (grand-père de NKM), etc., qu’il a quittée rapidement pour rejoindre le mouvement gaulliste. René Capitant, parlementaire boulimique (très actif dans de nombreuses commissions), présida dès 1947 le nouveau groupe d’action démocratique et sociale, en d’autres termes, il fut le premier président des députés gaullistes.

Il fut effectivement très engagé au sein du RPF (Rassemblement du peuple français), fondé le 14 avril 1947 par De Gaulle et très populaire (aux élections municipales d’octobre 1947, les listes du RPF ont remporté 40% des voix dans les villes de plus de 9 000 habitants). René Capitant présida le conseil national du RPF (sorte de parlement du parti) et présenta de nombreux rapports, comme la nécessité d’un changement de régime lors des assises nationales du 9 au 11 novembre 1952 à Paris.

Après s’être abstenu le 12 décembre 1946 pour l’investiture de Léon Blum comme dernier Président du Gouvernement provisoire de la République française, René Capitant, comme tous les députés gaullistes, s’opposa aux gouvernements de Troisième force, en particulier parce qu’aucun ne proposait une réforme des institutions. Il a toutefois soutenu le gouvernement de Pierre Mendès France du 19 juin 1954 au 5 février 1955.

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Mais il s’était notamment opposé fermement à celui dirigé par Robert Schuman et nommé le 24 novembre 1947. Lors d’un débat sur la confiance au gouvernement à propos d’une question financière, le 20 décembre 1947, René Capitant (s’adressant à René Mayer) a replacé le sujet, de manière très gaullienne, sur le plan institutionnel, considérant que la confiance monétaire dépendait de la confiance politique : « Il exige donc la confiance politique, car celle-ci est la base de l’autorité et de la stabilité qui peuvent, seules, garantir la permanence d’une politique. La confiance politique, dans une démocratie, c’est, d’une part, la confiance d’une majorité parlementaire, et, d’autre part, à travers elle, la confiance d’une majorité électorale. Or, le gouvernement n’a, aujourd’hui, ni l’une ni l’autre. ».

Et de poursuivre sur cette confiance : « Mesdames et messieurs, il est possible de rendre au gouvernement la confiance politique nécessaire. Il est possible de lui rendre une majorité parlementaire, une majorité électorale, de lui donner ainsi l’autorité véritable, celle qui émane de la confiance exprimée par le peuple. Mais, pour parvenir à ce résultat, le seul moyen est de retourner devant le corps électoral. Le seul moyen est de retourner à la source. (…) Il faut retourner devant l’électeur et le consulter, non pas dans le cadre d’une loi électorale qui, d’avance, neutralise les résultats (…). Il faut donc retourner devant l’électeur et le consulter avec une loi électorale nouvelle, comportant un scrutin majoritaire, parce que, seul un scrutin majoritaire peut donner une majorité électorale, engendrant, à son tour, une majorité parlementaire. Seul un scrutin majoritaire est susceptible d’assurer, dans le respect de la démocratie, l’autorité et la stabilité à défaut desquelles il n’y a pas de redressement national possible, ni même de possibilité de salut pour la République. ».

Il faut faire remarquer ici que René Capitant avait été à l’origine de loi électorale de 1946, qu’il décriait tant l’année suivante, à savoir de la représentation proportionnelle et revendiquait devant ses collègues le droit à l’erreur : « Pourquoi, après l’expérience de plus d’un an, refuseriez-vous à d’anciens partisans de la représentation proportionnelle le droit de changer d’idée et de reconnaître que les résultats désastreux de ce mode de scrutin compromettent l’avenir de la République ? ».

Malgré ce discours très incisif, la confiance fut votée et le gouvernement de Robert Schuman a survécu (mais seulement de sept mois !).

À l’occasion de ce débat parlementaire, il avait aussi défini le RPF : « Le Rassemblement du peuple français n’est pas un parti. Vous le savez. C’est encore moins un parti qui met en danger la République et la démocratie. C’est, au contraire, un mouvement qui s’efforce de faire comprendre que si vous laissez la République et la démocratie glisser plus longtemps sur la pente où vous l’avez engagées, c’en est fait de nos institutions, de nos libertés et de notre indépendance. Nous ne sommes pas un parti, puisqu’à l’intérieur de ce rassemblement, il y a des hommes de toutes les tendances. ».

Il avait bien eu raison de se méfier de la nouvelle loi électorale, condamnant le jour de son adoption, le 7 mai 1951, les « vices de l’apparentement (…). [Ce] n’est qu’un artifice arithmétique, un truquage électoral. ». Aux élections législatives du 17 juin 1951, René Capitant, tête de liste du RPF, fut battu dans l’Isère (avec 9,81% des voix, sa liste n’a eu aucun siège), comme de nombreux députés gaullistes sortants par le système des apparentements qui désavantageait les deux principales forces politiques du pays, à cause de leur isolement : les communistes, qui représentaient 25,9% des voix et les gaullistes 21,7% des voix. Le RPF déclina alors rapidement.

René Capitant fut l’un des leaders des "gaullistes de gauche" avec Louis Vallon, et il resta toujours fidèle à De Gaulle. Comme le Général, René Capitant fit une traversée du désert électorale et se consacra plutôt à son activité professionnelle, professeur à la faculté de droit de Strasbourg pendant quelques mois puis à la faculté de droit de Paris à partir d’octobre 1951. En 1957, il s’est vivement indigné contre la mort mystérieuse dans les locaux de la police de l’avocat algérien Ali Boumendjel (proche du FLN) qui avait été un de ses anciens étudiants (l’avocat a été arrêté le 9 février 1957 et est mort le 23 mars 1957 dans des circonstances floues) et il arrêta pendant deux mois ses cours à la faculté de droit en signe de protestation. Ensuite, il s’est expatrié à Tokyo pour diriger de novembre 1957 à l’automne 1960 la Maison franco-japonaise (créée en 1924 notamment grâce à Paul Claudel).

Avec le retour au pouvoir de De Gaulle, René Capitant est revenu dans la vie politique au début des années 1960. Il a rejoint l’Union démocratique du travail (UDT), créé le 14 avril 1959 par d’anciens du RPF (parti qui avait disparu le 13 septembre 1955) proches de la gauche, dont Louis Vallon, Jean de Lipkowski, Philippe Dechartre, Gilbert Grandval, Léo Hamon, etc. L’idée de l’UDT était de faire vivre un véritable parti travailliste issu de la Résistance et du gaullisme. Après les accords d’Évian, René Capitant fut par ailleurs appelé durant le second semestre 1962 à Alger comme conseiller juridique pour préparer l’Algérie postfrançaise.

Après la dissolution de l’Assemblée Nationale du 9 octobre 1962, l’UDT s’est alliée électoralement à l’UNR (le parti gouvernemental gaulliste) et dans la foulée, la formation politique a réussi à faire élire quinze députés sur trente-quatre candidats, dont René Capitant, Louis Vallon, Pierre Billotte, Jean de Lipkowski, Jean Charbonnel, Christian Poncelet, Yves Guéna, Paul Rivière, Jacques Hébert… aux élections législatives de novembre 1962.

René Capitant retourna donc à l’Assemblée Nationale, élu député de Paris avec 50,01% dans une triangulaire le 25 novembre 1962 (parmi ses adversaires, Jean-Marie Le Pen, député poujadiste sortant, soutenu par le CNI, et l’ancien député socialiste Robert Verdier, soutenu par le candidat communiste qui s'était désisté malgré son bon score), réélu le 12 mars 1967 avec 49,01% dans une nouvelle triangulaire, et le 30 juin 1968 avec 63,11% dans un duel face au candidat communiste. Entre 1962 et 1968, son expertise du droit l’a bombardé tout naturellement à la présidence de la commission des lois de l’Assemblée Nationale et il y fut un parlementaire très actif. Il consolida son implantation locale en se faisant aussi élire conseiller de Paris le 21 mars 1965.

La cohabitation avec le parti majoritaire n’était pas vraiment facile pour ces gaullistes de gauche. Et disons-le clairement, la cohabitation avec Georges Pompidou, tout puissant Premier Ministre et chef de la majorité. En novembre 1962, pour des raisons de stratégie électorale, ils ont mis en veilleuse l’UDT rattachée à l’UNR, ce qui leur empêchait d’avoir une indépendance politique particulière. Ainsi, René Capitant et Louis Vallon refusèrent de participer aux assises de l’UNR du 24 au 26 novembre 1967 à Lille, refusant de se prêter au jeu de la consécration de Georges Pompidou : « Là-bas, domineront ceux qui proclament situer leur action dans la perspective de l’après-gaullisme. Action dont tout nous fait craindre qu’elle ne soit sous l’emprise de forces qui tendent à modifier radicalement la politique voulue par De Gaulle, singulièrement dans le domaine extérieur et en matière sociale. ».

La crise de mai 1968 allait momentanément apporter du crédit au courant des gaullistes de gauche. Crise d’une prospérité trop matérialiste, mai 1968 a mis en lumière une crise morale. René Capitant a même donné sa démission de député le 21 mai 1968 pour ne pas avoir à voter la confiance au gouvernement de Georges Pompidou qu’il considérait comme « le symbole du capitalisme » ! Quelques minutes auparavant, devant le groupe gaulliste réuni à huis clos, René Capitant avait martelé : « Je ne pardonnerai jamais aux ministres qui ont fait huer De Gaulle par la rue ! ».

La journaliste Michèle Cotta était présente dans l’hémicycle ce 21 mai 1968, aux bancs des visiteurs, pour rendre compte de cette séance de motion de censure. Voici, dans ses "Cahiers secrets", ce qu’elle écrivait des deux gaullistes de gauche : « J’ai rencontré René Capitant avec Louis Vallon, l’autre gaulliste de gauche, pendant que j’étais élève à Science-Po. Autant le second est un joyeux luron, chaleureux, drôle (…), autant René Capitant est renfermé et grinçant. Les deux hommes partagent le même culte du Général, qu’ils présentent l’un et l’autre depuis des années, et parfois contre l’évidence, comme un homme profondément social, à la recherche (…) d’une troisième voie entre socialisme et capitalisme. Vallon n’aime pas Pompidou, Capitant le déteste. Il pense en outre que, si le régime et le Général en sont là, c’est la faute de Pompidou. Il paraît qu’hier, Capitant envisageait de voter la censure avec les socialistes et les communistes. Aujourd’hui, il a préféré abandonner son mandat parlementaire plutôt que de ne pas voter la censure. Sa démission a fichu un coup au moral des gaullistes. ». Finalement, la motion de censure n’a recueilli que 233 voix, au lieu des 244 nécessaires pour être adoptée.

Pour les gaullistes de gauche, que certains ont appelés "gaullistes sociaux" (ce qui n’avait pas beaucoup de sens, tous les gaullistes sont sociaux), Georges Pompidou aurait été à l’origine de la droitisation du gaullisme considéré comme un simple mouvement conservateur (notons que Jacques Chirac a essuyé les mêmes reproches vingt ans plus tard), mais tout cela est une histoire de perception, car finalement, les accords de Grenelle ont été particulièrement "progressistes" et peu conservateurs (notamment avec l’augmentation des salaires).

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Ce qui semble clair désormais, c’est que la fin de la Présidence De Gaulle a marqué le sommet d’influence des gaullistes de gauche avec la réforme sur la participation. René Capitant fut nommé Ministre de la Justice du 30 mai 1968 au 29 avril 1969, tant dans le dernier gouvernement de Georges Pompidou que dans l’unique gouvernement de Maurice Couve de Murville, et appuya avec beaucoup de force l’idée du référendum sur la participation. Devenu ministre, René Capitant laissa sa circonscription législative le 14 août 1968 à son suppléant, Jean Tiberi (futur ministre et futur maire e Paris). Réaction de Michèle Cotta : « La présence de René Capitant (…) ne m’avait pas même étonnée [le 30 mai 1968], car après tout, c’est un inconditionnel du Général, et les inconditionnels se font rares, par ces temps troublés ! » (12 juillet 1968).

Pendant ces onze mois où il fut garde des sceaux, René Capitant fut très actif et a présenté sept projets de loi au Parlement, notamment un projet d’amnistie (12 juillet 1968), un texte sur les sociétés commerciales (2 octobre 1968), une refonte des services judiciaires, et il gardait aussi à l’esprit une grande réforme de l’entreprise.

Hélas pour lui, l’échec du référendum du 27 avril 1969 a précipité De Gaulle à la retraite, avec sa démission le lendemain. Refusant de rester ministre par fidélité à De Gaulle, René Capitant démissionna également (son collègue Jean-Marcel Jeanneney assura l’intérim de son ministère jusqu’à l’élection présidentielle, durant l’intérim présidentiel du Président du Sénat Alain Poher).

Surnommé "l’enfant terrible du gaullisme", farouchement opposé à la candidature de Georges Pompidou, René Capitant aurait voulu se présenter contre lui en 1969 s’il n’avait pas été malade (il fut très efficacement découragé par Roger Frey et Jacques Foccart). Il est mort un an plus tard (il y a cinquante ans) d‘une crise cardiaque. Il avait déjà eu une crise cardiaque quelques mois après sa nomination place Vendôme et De Gaulle lui avait demandé de ne pas démissionner.

Bien que diminué et s’étant retiré de la scène nationale (il resta élu de Paris), René Capitant avait continué son cours de doctorat de "Démocratie et participation politique" à l’Université de Paris, et il a participé à la résurrection de l’UDT le 19 septembre 1969 aux côtés de Louis Vallon (qui fut exclu de l’UDR le 4 novembre 1969), Frédéric Grendel, Philippe de Saint-Robert, Jacques Debû-Bridel, etc. Son compagnon de route Louis Vallon, qui allait lui survivre d’une dizaine d’années, se rangea dès lors du côté de la gauche et a soutenu la candidature de François Mitterrand en 1974 et 1981 (du reste, comme Jean-Marcel Jeanneney et Edgard Pisani).

Alors secrétaire général de la Société de législation comparé lors de la mort de René Capitant, le juriste Roland Drago (1923-2009), qui fut son ancien élève à Alger, a rappelé, dans la "Revue  internationale de droit comparé" (vol. 22 n°3 de juillet-septembre 1970, pp. 551-553), l’influence constitutionnelle qu’il a eue sur la Constitution de la Cinquième République  : « Son influence au moment de l’élaboration de la Constitution de 1958 fut plus considérable qu’il n’y parut et quand on relit aujourd’hui l’article de Carré de Malberg "Considération théorique sur la question de la combinaison du référendum avec le parlementarisme" (Revue du droit public, 1931), on se dit que Capitant fut sans doute l’intercesseur entre la pensée du maître de Strasbourg et celle du Général De Gaulle. Mais la vie politique était dévorante et René Capitant avouait un jour, devant son admirable épouse [Marie-Thérèse Colas (1908-2002) ; mariés le 18 juin 1931, ils ont eu cinq enfants], qu’il n’écrirait jamais les ouvrages de philosophie du droit qu’il lui avait promis d’écrire en se mariant… ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
René Capitant.
Général De Gaulle.
Jacques Chirac.
Edgard Pisani.
Christian Poncelet.
Maurice Couve de Murville.
Philippe De Gaulle.
Pierre Juillet.
Marie-France Garaud.
Jacques Chaban-Delmas.
Alain Peyrefitte.
Maurice Druon.
Robert Boulin.
Alain Devaquet.
Hubert Germain.
L’amiral François Flohic.
Maurice Schumann.
Maréchal Leclerc.
L’appel du 18 juin 1940.
Le gaullisme politique.
Pierre Messmer.
Georges Pompidou.
Yves Guéna.
Edmond Michelet.
Jean Foyer.
Michel Debré.
Jean-Marcel Jeanneney.
Olivier Guichard.
Robert Galley.
Jean Charbonnel.
André Malraux.
Pierre Bas.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210819-rene-capitant.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/23/39068992.html


 

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1 juin 2021 2 01 /06 /juin /2021 08:55

« Le vrai enjeu est que les Républicains vont devoir se prononcer pour ou contre une alliance avec le Rassemblement national. Et ça, c’est un problème politique majeur pour notre famille politique. » (Jean-François Copé, "L’Obs" du 31 mai 2021).


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Par cette réflexion ci-dessus, l’ancien patron de l’UMP et maire de Meaux, Jean-François Copé, réagissait aux propos intempestifs du numéro 2 de LR, vice-président, le député Guillaume Peltier, prononcés à l’occasion du "Grand Jury" de RTL, LCI, "Le Figaro" du dimanche 30 mai 2021 et qui ne voyait pas pourquoi ne pas coopérer avec des proches du RN comme Robert Ménard, le maire de Béziers : « J’estime que c’est un très bon maire (…). On porte les mêmes convictions (…). Échanger, discuter, travailler avec Robert Ménard ne me dérange en rien. ». Malgré la réunion délicate auprès des sénateurs LR le 1er juin 2021, Guillaume Peltier a persisté et signé et a continué à militer pour la création d’une « grande coalition du redressement national » qui comprendrait LR et le RN.

Comment ne pas imaginer Jacques Chirac se retourner dans sa tombe : le parti gaulliste faisant alliance avec les héritiers de l’OAS ? Certes, l’idée n’est encore que diffuse, que subliminale, mais elle est pensée maintenant si fortement que certains en viennent à l’imaginer concrètement, comme à Dreux en septembre 1983. Les Républicains, pourtant, n’est pas que le parti gaulliste, c’est la suite de l’UMP qui était la réunion du RPR, certes, mais aussi d’une grande partie de l’UDF, encore plus modérée que le RPR (l’autre partie de l’UDF étant restée autonome avec le MoDem mais aussi l’UDI, Les Centristes, le Mouvement radical, etc.).

Certes, Guillaume Peltier, bien que vice-président de LR, ne représente que lui et rappelle évidemment ses premiers engagements aux côtés du FN, puis du MPF. La nature revient toujours au galop même si on susurre ici ou là que ces relents de droite dure ont surtout pour objectif de lui apporter quelques strapontins dorés. Personne évidemment chez LR ne veut relancer le débat des alliances à moins de trois semaines des élections régionales et départementales, élections cruciales pour LR qui compte bien se refaire une nouvelle légitimité après sa cuisante défaite des élections européennes de mai 2019.

Le problème de LR, c’est qu’il n’y a plus de "leader" incontesté. Ou plutôt, plus de "grands hommes politiques". Certes, il y a quelques noms qui pourraient être des candidats valables à l’élection présidentielle, mais il n’y a plus d’animaux politiques, de personnalités qui sont nées avec l’ambition élyséenne au biberon et qui n’ont jamais vécu que par cela sans jamais renoncer.

Ils se comptent historiquement sur les doigts d’une main, allez, de deux mains : Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy, François Fillon, Alain Juppé, Philippe Séguin… qui d’autres ? Eux, quoi qu’ils pussent dire dans leur cheminement personnel, c’était pour les nourrir, nourrir leur ambition, tactiquement ou stratégiquement. Les idées comptaient peu mais leur évolution personnelle beaucoup. Ainsi, quand l’un parlait du bruit et des odeurs, c’était juste pour racoler les électeurs d’extrême droite, un braconnage sans doute contestable et probablement contreproductif, mais c’était pour Jacques Chirac, pas pour conforter les idées extrémistes. Il en fut de même de l’invasion, terme écrit et réfléchi d’un VGE en peine de résurrection dans les intentions de vote.

Aujourd’hui, tous les petits lederdaillons qui s’expriment, ils peuvent croire aussi qu’ils font comme les grands que je viens de citer, mais en fait, ils se trompent : leur devenir est trop petit, trop court, trop discret, trop vain pour que cela leur serve un jour dans des démarches qui avorteront vite (exemples : Jean-François Copé, Laurent Wauquiez). Mais en revanche, jouer à ce jeu dangereux, c’est-à-dire s’amuser à mettre de l’huile sur le feu en pensant orgueilleusement en récupérer un peu d’éclat, s’il est inutile pour eux, il est dangereux pour la nation, pour le peuple et plus généralement, pour les idées politiques en France.

En effet, en laissant entendre que les idées de LR sont proches de celles du RN, ce qui est complètement faux (il suffit de lire leurs programmes), on renforce la confusion dans les électorats respectifs et l’on aide beaucoup ...l’original à la copie, comme aimait si bien le dire Jean-Marie Le Pen. Bref, ce ne sont plus les idées puantes qui sont instrumentées au service du leader politique, mais le contraire, ce sont les (mini) leaders politiques qui s’auto-instrumentent au service de ces idées. Peut-être inconsciemment.

Cela faisait depuis 2017 que je pressentais l’évolution politique étonnante de LR. Cette évolution, c’est celle d’un parti centriste entre deux gros (RN et LREM). Depuis la défaite de François Fillon dès le premier tour de l’élection présidentielle de 2017, en effet, LR est passé du statut d’un grand parti à un parti supplétif, à savoir, juste capable de soutenir un des deux candidats restés au second tour. Le système politique français est assez bestial dans son application du fait majoritaire puisqu’à la fin, il ne reste plus que deux blocs, soit on accepte de soutenir l’un des deux, soit on se met en retrait, ce qui, à mon sens, est pire, puisque cela veut dire qu’on laisse les autres décider pour soi, qu’on se désengage politiquement, pour des responsables politiques, ce n’est pas très …responsable !

La position du parti centriste, je l’ai longtemps vécue puisque j’ai soutenu Raymond Barre et François Bayrou aux élections présidentielles (notamment de 1988 et de 2007), ils étaient les "troisièmes hommes", ce qui est sans doute la pire des affaires puisque cela voulait dire qu’ils auraient pu être deuxièmes, et qu’ils devaient choisir après eux l’un de leurs concurrents au second tour.

Paradoxalement, la quasi-disparition de la gauche a placé le parti du Président Emmanuel Macron à gauche et au centre de l’échiquier politique, le RN, par sa forte audience d’un électorat d’une sociologie très différente de celle de LR, tente de remplir la position à droite de l’échiquier et LR, l’ancien parti hégémonique, se retrouve ainsi tiraillé sur sa droite dure et sur son centre droit. Ce n’est plus le RPR qui plume la volaille centriste, mais LREM (le centre) qui plume la volaille gaulliste. Retournement des choses. Inversion des situations.

Dans les intentions de vote, la droite (prise de manière globale) représente environ 70% alors qu’auparavant, pendant longtemps, elle représentait autour de 50%. Et c’est le parti par excellence de la droite républicaine qui tend à disparaître : normal, si tout le monde se dit de droite, le parti de droite n’a plus de quoi se différencier, et comme il n’a jamais fait un travail très approfondi sur ses spécificités programmatiques, ce courant politique risque d’être purement et simplement écarté du jeu politique.

Rappelons quand même que LR, c’était l’alliance UDR-RPR, capable d’atteindre 43% dès le premier tour au niveau national (exemple, les élections européennes de juin 1984, à un seul tour). Bref, quasiment la moitié de l’électorat. Il ne représente maintenant qu’un douzième de l’électorat (aux élections européennes de mai 2019).

Certains ont déjà lâché LR pour le RN. Le plus emblématique est sans aucun doute Thierry Mariani, l’ancien Ministre des Transports de Nicolas Sarkozy qui s’est fait battre aux législatives et qui comptait se refaire une virginité politique au sein du RN, déjà par les élections européennes de 2019 (il a été élu député européen) et, habileté suprême, il drague maintenant les mêmes électeurs que LR en PACA (tête de liste RN aux régionales en PACA).

Mais concrètement, il n’y a pas beaucoup d’élus LR qui ont franchi ce pas explicitement, et tous ceux qui laissent entendre qu’une alliance serait cohérente restent pourtant prudemment au sein de LR, au cas où. Évidemment, la plupart des dirigeants de LR ont préféré Emmanuel Macron à Marine Le Pen en 2017, et le contraire a étonné voire inquiété quand Laurent Wauquiez refusait de donner une consigne de vote claire. Soyons bien précis : une consigne de vote d’un parti n’a, à mon avis, jamais vraiment influé sur le vote de ses électeurs (un parti n’est pas propriétaire de ses électeurs), mais cela donne une indication politique cruciale sur ceux qui l’émettent.

Du côté du RN, la situation a évidemment beaucoup évolué depuis le temps du FN dirigé par Le Pen père. Jean-Marie Le Pen avait la haine du RPR, de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Il préférait la victoire d’un candidat socialiste à celle d’un gaulliste, c’était d’ailleurs la même politique qu’en décembre 1965 puisque Jean-Louis Tixier-Vignancour, dont il était le directeur de campagne, s’est désisté au second tour en faveur de François Mitterrand et pas de De Gaulle. Il ne prônait aucune coalition à droite et préférait rester dans l’opposition sans avoir d’alliance.

Marine Le Pen, assoiffée d’ambition, est prête, en revanche, à faire un deal avec la droite classique. Elle avait déjà proposé à Nicolas Dupont-Aignan de devenir son Premier Ministre en 2017, en échange de quelques voix, mais maintenant, elle laisse entendre qu’elle pourrait gouverner avec certains élus LR, comme Nadine Morano ou Éric Ciotti. Au moins, c’est clair, les lepenocompatibles de LR devaient aller jusqu’au bout de leur logique…

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Revenons justement à LR. Pourquoi les électeurs LR voteraient-ils encore pour LR si LR était prêt à s’allier avec le RN ? Si ces électeurs étaient favorables à une telle alliance, pourquoi ne voteraient-il alors pas directement pour le RN ? Et s’ils considéraient qu’une telle alliance serait une catastrophe démocratique, alors ils ne voteraient plus LR et chercheraient d’autres gouvernances moins compatibles.

La position centriste est évidemment plus difficile à tenir que lorsqu’on se retrouve dans un extrême, lorsqu’il s’agit de prendre position. Certes, l’échiquier politique peut être rond si on conçoit que les extrêmes se rejoignent (ce dont je suis à peu près sûr), mais on conviendra qu’en 2002, il était plus facile pour un socialiste de voter Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen que pour un chiraquien, de voter Lionel Jospin contre Jean-Marie Le Pen. Pourquoi ? Parce que les deux candidats présents au second tour seraient d’un côté et de l’autre, mais pas d’un seul côté (auquel cas on prendrait le plus "modéré"). Dans une telle configuration, on pourrait hésiter, car pour être élu, on essaie de séduire toutes les ailes, de droite, de gauche, du centre (c’était la grande habileté de François Mitterrand), à faire converger vers un candidat et ce candidat est fédérateur mais lorsqu’il n’est plus présent, les électeurs reprennent leurs anciennes origines.

Cela dit, pour la plupart des dirigeants et des élus de LR, le choix entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen était sans hésitation pour le premier (François Fillon, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Gérard Larcher, etc.), au point que lorsque ce n’était pas très clair, certains ont même quitté LR, depuis 2017, et encore en 2021 en PACA : Jean-Pierre Raffarin, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Christian Estrosi, Hubert Falco, etc. Sans compter aussi ceux qui ont franchi allègrement le Rubicon macronien : Édouard Philippe, Jean Castex, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Roselyne Bachelot, Jean-Baptiste Lemoyne, Sébastien Lecornu, Franck Riester, Thierry Solère, etc.

Il y a aussi une autre difficulté pour LR, une difficulté insurmontable, qui est la même que pour les partis centristes limitrophes comme l’UDI. C’est justement que l’actuel gouvernement est trop proche de leurs idées politiques. Comment pouvoir exister dans une situation où vous vous retrouvez dans l’opposition à un gouvernement qui défend votre propre politique ? La logique aurait voulu que vous fassiez partie de cette majorité, de ce gouvernement, mais si on ne vous l’a pas proposé, que faire ? L’existence au sein d’une opposition, c’est de s’opposer, mais s’opposer à quoi si vous êtes en accord avec les grandes lignes ? C’est un problème majeur pour Les Républicains.

"Heureusement", certains sujets clivants peuvent servir à s’opposer, de manière très artificielle, comme la PMA pour toutes ou d’autres sujets (la dépénalisation du cannabis par exemple), mais ce ne sont pas des sujets qui donnent l’impulsion d’une politique nationale. La gestion de la crise sanitaire, forcément imparfaite et parfois agaçante, a aussi donné prise à l’opposition, mais pour quels résultats ? Personne, dans la classe politique, n’a le crédit de pouvoir mieux faire qu’Emmanuel Macron qui, rappelons-le, se retrouve, après quatre années d’exercice du pouvoir, avec encore 42% de bonnes opinions (un score que tous ses prédécesseurs depuis quarante ans pourraient envier).

Pourtant, la situation de LR est loin d’être désespérée, au contraire du parti socialiste qui, petit à petit, se fait électoralement phagocyter par les écolodogmatiques d’EELV même dans les élections locales. En effet, LR est très bien implanté localement et remporte régulièrement des victoires électorales dans les élections locales (nous verrons si cela continue avec les élections régionales et départementales).

Au contraire, LREM est très mal implanté et malgré la bonne tenue du Président de la République dans "l’opinion publique", cela ne suffit pas à aider électoralement les candidats LREM, on l’a vu pour les élections municipales de 2020 et on le verra pour les élections régionales et départementales, ne serait-ce que par absence même de candidature LREM (c’est le cas en PACA).

Ainsi, LR se trouve être un parti plus complémentaire que concurrent à LREM face au RN qui, lui, est bien implanté localement aussi. En effet, LR manque de leader national et de visibilité nationale, ou plutôt, de différenciation programmatique nationale, mais est bien structuré, tandis que LREM jouit de la figure d’Emmanuel Macron pour l’élection présidentielle mais est incapable, sauf exceptionnellement, de réussir une implantation locale, sans doute en raison de la structure trop pyramidale et inconsistante de LREM.

Du reste, quand on regarde les dernières élections législatives partielles du 30 mai 2021, je vois mal comment LREM, avec son allié MoDem, pourrait conserver une majorité absolue à l’Assemblée Nationale aux élections législatives de juin 2022, même en cas de réélection d’Emmanuel Macron, sans le renfort d’une alliance qui élargirait la future majorité.

Le problème n’est pas la forte abstention, mais quels sont les candidats capables de mobiliser le plus leur électorat. Or, l’électorat du RN sera toujours très mobilisé car sa motivation est souvent la colère qui est toujours mobilisatrice. La majorité sortante aura donc probablement plus de mal à mobiliser qu’une majorité de remplacement.

C’est d’ailleurs sans doute la vraie carte à jouer de LR pour 2022. Celle de négocier un véritable accord de gouvernement entre LREM et LR (quand j’écris LR, je pense aussi à ses alliés centristes), le soutien de LR à Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle en échange d’un partenariat de candidature aux élections législatives et d’une plateforme gouvernementale négociée.

Le problème, c’est qu’une telle stratégie considère comme impossible l’arrivée d’un candidat LR au second tour de l’élection présidentielle, ce qui est inadmissible pour un grand parti qui ne peut pas partir défait par avance. Jean-Christophe Lagarde, qui vient d’être réélu président de l’UDI, a mis en garde contre un nouveau duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen qui pourrait tourner en faveur de cette dernière en raison du risque de démobilisation des électeurs de la majorité et de l’absence de "front républicain" de type 2002 (il n’y a pas vraiment eu de front républicain en 2017). Je ne crois pas, en revanche, que dire cela soit en mesure de mieux lutter contre le RN, au contraire, cela conforte la candidate du RN dans sa capacité à être élue (j’y reviendrai).

En tout cas, ce type de stratégie est probablement dans l’esprit d’un Christian Estrosi qui a confirmé sur BFM-TV le 1er juin 2021 qu’il n’était pas question pour lui d’être un futur ministre d’Emmanuel Macron, ce qui ne l’empêcherait pas d’être à la manœuvre pour coordonner LR et LREM en 2022. D’ailleurs, c’est un peu ce qu’a fait très habilement le président LR sortant du conseil régional de PACA, Renaud Muselier, qui mène une liste ouvertement LR-LREM pour sa reconduction à la tête de la région. Pour l’instant, les sondages semblent indiquer que cette stratégie est bancale électoralement même si, politiquement, elle se montrera de plus en plus nécessaire au fil des mois qui viennent…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er juin 2021)
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Pour aller plus loin :
Les Républicains et la tentation populiste.
Olivier Dassault.
Serge Dassault.
Jean Foyer.
Éric Raoult.
Nicolas Sarkozy.
Droite populaire.
Alain Devaquet.
Philippe Douste-Blazy.
Gilles de Robien.
Alain Madelin.
Jean-Louis Borloo.
Michel d’Ornano.
Louis Joxe.
Gérard Longuet.
Olivier Stirn.
Édouard Philippe.
Jean Castex.
Jacques Chirac.
Bernard Debré.
Christian Poncelet.
Patrick Devedjian.
Philippe De Gaulle.
Charles De Gaulle.
Valéry Giscard d'Estaing.

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31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 03:38

« Avec la mort d’Olivier Dassault, capitaine d’industrie, député, élu local et commandant de réserve dans l’armée de l’air, la France a brutalement perdu un de ceux qui l’aimaient et la servaient avec le plus de passion. » (Emmanuel Macron, le 8 mars 2021).



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Il y a soixante-dix ans, le 1er juin 1951, est né Olivier Dassault, fils de Serge Dassault, petit-fils de Marcel Dassault. Il n’aura pas eu, hélas, la chance de pouvoir fêter cet anniversaire parce qu’il a péri il y a quelques semaines, le dimanche 7 mars 2021 en fin d’après-midi, près de Lisieux, dans un accident d’hélicoptère qui a aussi coûté la vie à son pilote, un instructeur expérimenté et commandant de bord chez Air France.

L’annonce de sa disparition tragique, un stupide accident, mais quelle plus "belle" mort pour un passionné d’aviation ? absurde, certes, qui nous montre à quel point la vie est instable et malicieuse, mais comme meurent les alpinistes dans leur ascension de montagne, les marins dans leur traversée d’océan, les vulcanologues dans leur observation d’un volcan en éruption… triste et tragique, a provoqué un flot de réactions unanimes provenant de responsables politiques de bord très différent : Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Gérard Larcher, François Hollande, Jean Castex, Manuel Valls, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, André Chassaigne, Jean-Christophe Lagarde, Olivier Faure, Christian Jacob, Renaud Muselier, François de Rugy, Fabien Roussel, Adrien Quatrennens, Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen… et même François Asselineau ! C’est dire qu’il était apprécié comme collègue parlementaire particulièrement actif et efficace.

Olivier Dassault a eu une carrière politique très "étoffée" et "classique" même s’il n’a pas toujours gagné aux élections. Il a été élu pour deux mandats conseiller de Paris de mars 1977 à mars 1989. Le 18 septembre 1988, au cours d’une élection législative partielle, il s’est fait élire pour la première fois député de l’Oise avec 51,7%, dans la circonscription de Beauvais, celle de son grand-père, Marcel Dassault, puis s’est fait réélire presque tout le temps sauf une fois, en juin 1997, où il a perdu face à la gauche (il fut donc député de septembre 1988 à juin 1997 et de juin 2002 à mars 2021) : réélu dès le premier tour le 21 mars 1993 avec 50,4%, battu le 1er juin 1997 avec 39,6% à cause d’une triangulaire avec le FN, réélu ensuite le 16 juin 2002 avec 56,9%, le 17 juin 2007 avec 58,6%, le 17 juin 2012 avec 58,1%, enfin le 18 juin 2017 avec 67,1%. Une quasi-constance de la fidélité d’un électorat pourtant qui a évolué en plus de trente ans mais qui reconnaissait en Olivier Dassault un représentant dynamique et assidu qui a beaucoup travaillé sur les entreprises, sur la mondialisation et sur l’attractivité et le rayonnement international de la France (il a cofondé et présidé Génération Entreprise).

Malgré ces victoires aux législatives, Olivier Dassault n’a jamais réussi à gagner la mairie de Beauvais contre le maire socialiste Walter Amsallem en 1989 et en 1995, il fut conseiller municipal de mars 1989 à 1996. Il fut également élu conseiller général de l’Oise de mai 1993 (à l’occasion d’une élection cantonale partielle) à mars 1998, et auparavant, premier vice-président du conseil régional de Picardie de mars 1992 à mai 1993 (tête de liste dans l’Oise aux régionales de 1992).

Engagé au RPR, puis UMP/LR, Olivier Dassault a soutenu la candidature de Jean-François Copé à la primaire LR de 2016, puis celle de Laurent Wauquiez lors de l’élection du président de LR en 2017.

Parmi ses rivaux/partenaires, il y a affronté l’actuelle maire DVD de Beauvais (depuis 2001) Caroline Cayeux qui avait tenté de lui ravir son siège à l’Assemblée Nationale en juin 2002 (elle a été élue maire en 2001 en menant une liste UMP-UDF et a eu contre elle une liste dissidente soutenue par Olivier Dassault, tandis qu’aux législatives, elle fut candidate dissidente contre Olivier Dassault qui l’a distancée), elle fut aussi sénatrice. Il a affronté aussi son prédécesseur socialiste Walter Ansallem, maire de Beauvais entre 1977 et 2001, par ailleurs président du conseil régional de Picardie de 1983 à 1985, qui fut aussi le concurrent d’Olivier Dassault aux législatives et aux cantonales, et surtout le socialiste Yves Rome, qui l’a battu en 1997 aux législatives, qui fut également président du conseil général de l’Oise d’avril 2004 à mars 2015, et qui termina sa carrière comme sénateur LREM.

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Proche de Jacques Chirac (qui avait été considéré comme un fils spirituel par son grand-père Marcel Dassault), Olivier Dassault a soutenu Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle de 2017 après l’élimination de son candidat, François Fillon.

Bien entendu, Olivier Dassault était d’abord un Dassault. Après la mort de son père Serge Dassault, il a fait partie des grandes fortunes mondiales, représentant comme le reste de sa fratrie 5 milliards d’euros. En revanche, ce fut moins évident avec le groupe Dassault : Serge Dassault, qui a réussi à obtenir la présidence malgré le souhait de son père Marcel, ne souhaitait pas laisser l’avenir de son groupe à son fils. Cela ne l’empêcha cependant pas d’y travailler quand même : Olivier Dassault dirigea ainsi une filiale, Europe Falcon à partir de 1986, tout en étant directeur de la stratégie de Dassault Aviation. Il fut par ailleurs jusqu’en 2006 le vice-président du groupe de presse Valmonde (dont "Valeurs actuelles") et, passionné de chasse, il y fonda le magazine "Jours de chasse" en 2000, probablement un clin d’œil à "Jours de France", journal dirigé par son grand-père qui y publiait régulièrement une chronique. Il fut aussi le patron d’une clinique et d’une société de production et de communication.

Plus important, Olivier Dassault avait pris en 2011 la présidence du conseil de surveillance de la holding du groupe Dassault, ce qui pouvait le désigner comme l’héritier de Serge Dassault qui, pourtant, n’avait voulu privilégier aucun de ses trois fils et de sa fille. En mars 2018, Olivier Dassault a tranché en démissionnant de cette présidence afin de garder son mandat de député qui aurait pu être incompatible avec sa fonction à la holding familiale (rappelons que le groupe Dassault est un grand fournisseur de l’État). On évoquait à l’époque une rivalité entre deux frères, Olivier et Laurent. En 2018, ce fut sa sœur Marie-Hélène Habert qui lui succéda, dans le cadre d’une présidence tournante.

Restons à comparer Serge Dassault et Olivier Dassault : le fils a eu une vie politique plus réussie que le père, dans la mesure où l’un de ses premiers mandats fut député, alors que Serge Dassault a dû attendre longtemps avant de se faire élire sénateur. Toutefois, Serge Dassault n’était pas intéressé à être élu dans une terre favorable, il s’était donné l’objectif d’être un élu d’un territoire difficile, et sa persévérance a porté puisqu’il a réussi à se faire élire maire de Corbeil-Essonnes, puis sénateur (dans des conditions que certains ont jugé contestables). En revanche, Olivier Dassault n’a jamais réussi à conquérir la mairie de Beauvais mais a fait un travail exemplaire de parlementaire pendant vingt-huit ans, dans les traces de son grand-père, apprécié de tous ses électeurs qu’il rencontrait très régulièrement.

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Dans son hommage rendu à Olivier Dassault, le Président de la République a précisé : « La colère paternelle n’y peut rien : menacé par Serge Dassault de licenciement, et sommé de choisir entre l’aviation et la députation, il préféra la deuxième, à laquelle il se donna corps et âmes pendant trente ans. (…) Son père finit par accepter son engagement politique. Olivier Dassault réintégra des fonctions de décisions dans l’entreprise familiale, mais fut toujours soucieux de ne pas mêler ses intérêts économiques avec ceux de la nation, et tenait à quitter l’hémicycle dès qu’était discuté le budget de la défense ou la loi de programmation militaire. » (8 mars 2021).

Homme politique et chef d’entreprise, les deux grandes activités d’Olivier Dassault, n’étaient pas les seules, et de loin. Pour cela, il faut reprendre le début de sa trajectoire, à ses études : il intégra l’École de l’Air (il aurait voulu une école de commerce mais le milieu familial l’a contraint), et il en sortit officier, ingénieur et pilote, tout en obtenant un DEA de mathématiques puis un doctorat en informatique de gestion. Il fut commandant de réserve dans l’armée de l’Air et pilote professionnel, battant même des records du monde de vitesse pour certaines liaisons (Paris-New York). Il fut surtout le seul pilote à être capable de piloter toute la gamme des avions d’affaires Falcon qu’il dirigeait et commercialisait par ailleurs.

Mais au-delà encore de l’aviation qui pouvait encore avoir un sens avec le milieu familial, Olivier Dassault fut également un artiste, et pas un "simple" artiste, mais au moins un "double" artiste, compositeur et photographe.

Compositeur de musique, il le fut pour certaines musiques de film, il fut même un des pionniers de l’emblème sonore. Parmi les musiques qu’il a composées, on peut citer celle du feu d’artifice de l’an 2000 à Paris, les hymnes du parc Vulcania, aussi du Futuroscope, et même la musique d’attente au standard de l’Assemblée Nationale.

Olivier Dassault fut également reconnu comme un photographe professionnel, avec, des clichés de stars (Jane Birkin, Isabelle Adjani, Isabelle Huppert), puis il a évolué vers une peinture abstraite où les couleurs et les formes l’emportaient sur le reste. Il a publié treize recueils de photographies, et a fait une quarantaine d’expositions, encore dans les années 2010, en France mais aussi à l’étranger (Bruxelles, Londres, etc.). Il a exposé notamment à la Galerie Maeght…

C’était cette diversité de talents et d’activités qui faisait d’Olivier Dassault un personnage hors du commun, et cela malgré sa "bonne" naissance où le plus dur était de se faire un prénom, à cause d’un nom déjà reconnu. Homme d’affaires, industriel, militaire, député, pilote, photographe, compositeur, chasseur, homme de presse… il fut tout cela et en même temps, il était autre.

Son successeur dans sa circonscription sera élu le 6 juin 2021 au cours du second tour de l’élection législative partielle dans l’Oise. Les résultats du premier tour de ce dimanche 30 mai 2021, ont été largement favorables au candidat LR-UDI Victor Habert-Dassault (28 ans), un parachuté du seizième arrondissement de Paris, car il n’est autre que le neveu d’Olivier Dassault (fils de Marie-Hélène Habert), lancé par Natacha, la veuve d’Olivier Dassault : « Je suis fait d’un bois qui m’oblige ! ». Ce dernier a en effet obtenu 58,4%, mais n'est pas élu car pour cela, il faut 25% des inscrits. Il affrontera le dimanche suivant la candidate RN Claire Marais-Beuil qui a obtenu 15,3%, arrivée devant la candidate d’union de la gauche Roxane Lundy 12,3%. Le scrutin a été marqué par une très faible participation, seulement 26,4% (au lieu de 49,8% au premier tour du 11 juin 2017).


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Sylvain Rakotoarison (30 mai 2021)
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Pour aller plus loin :
Olivier Dassault.
Serge Dassault.
Jean Foyer.
Éric Raoult.
Nicolas Sarkozy.
Droite populaire.
Alain Devaquet.
Philippe Douste-Blazy.
Gilles de Robien.
Alain Madelin.
Jean-Louis Borloo.
Michel d’Ornano.
Louis Joxe.
Gérard Longuet.
Olivier Stirn.
Édouard Philippe.
Jean Castex.
Jacques Chirac.
Bernard Debré.
Christian Poncelet.
Patrick Devedjian.
Philippe De Gaulle.
Charles De Gaulle.
Valéry Giscard d'Estaing.

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 01:08

L’un des pères de la Constitution de la Ve République s’est éteint la vieille du cinquantenaire de nos institutions. Hommage.



Lorsque le pape Benoît XVI était venu à Paris, les 12 et 13 septembre 2008, il avait fait une courte halte à l’Institut de France, une vieille institution composée généralement de vieilles personnes.


Servare unitatem Spiritus in vinculo pacis.

Benoît XVI était en effet venu faire une visite de courtoisie à ses éminents collègues de l’Académie des sciences morales et politiques dont il est membre depuis son élection le 13 janvier 1992 au fauteuil du physicien Andreï Sakharov.

Pour l’Académie des sciences morales et politiques, qui compte également le roi Juan Carlos 1er, le Premier Ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker et le Prince Charles (et également les anciens Premiers Ministres Pierre Messmer et Raymond Barre récemment disparus), c’est en effet un immense honneur d’avoir maintenant parmi ses membres un… pape.

Ce fut l’occasion pour une délégation d’académiciens de se rendre au Vatican le 10 février 2007 pour remettre à Benoît XVI une médaille de l’Institut à son effigie avec l’inscription suivante : « Servare unitatem in vinculo pacis » autrement dit : « Conservez l’unité de l’esprit par ce bien qui est la paix ».


Jean Foyer académicien, latiniste et chrétien

L’initiative de cette démarche revint à Jean Foyer, académicien depuis 1984, qui prononça donc l’allocution de circonstance au nom de ses pairs : « Notre Compagnie avait l’honneur insigne de compter parmi ses membres le successeur de saint Pierre, Vicaire de Jésus-Christ. Jamais événement d’une telle importance et d’un tel éclat n’était survenu dans notre histoire académique. Il est peu de chance qu’il se renouvelle jamais. ».

Jean Foyer, dont la foi catholique l’a fait vaciller lorsqu’il était Ministre de la Santé en 1972, à l’époque où la légalisation de l’avortement était réclamée par beaucoup de femmes (il renonça alors à ses fonctions ministérielles l’année suivante mais il fallut attendre l’élection de Valéry Giscard d’Estaing pour faire adopter la loi Veil).

Jean Foyer, une « figure majeure du gaullisme », selon l’expression du Premier Ministre François Fillon, qui s’est éteint le matin du vendredi 3 octobre 2008, dans le 15e arrondissement de Paris, à l’âge de 87 ans et demi (il est né le 27 avril 1921).

Jean Foyer a eu une existence très riche : à la fois juriste incontesté, latiniste distingué (un latiniste ne peut qu’être toujours distingué, tellement distingué qu’en recevant son diplôme de docteur honoris causa de la réputée Université d’Oxford, comme le rappelle "Ouest France", il fit son discours… en latin), gaulliste, résistant, homme de foi, amateur des chants grégoriens de son enfance...


Jean Foyer juriste et constitutionnaliste

Professeur agrégé de droit, il commença l’enseignement dès 1943 à Paris, poursuivit à Poitiers, Lille puis à Nanterre, à Angers et enfin à Paris-Assas jusqu’en 1989. C’est à ce titre qu’il fut nommé en été 1958 commissaire du Gouvernement auprès du Comité consultatif constitutionnel pour la rédaction de l’actuelle Constitution.

Justement, ce mardi 7 octobre 2008, Jean Foyer aurait dû prononcer un discours sous la Coupole, en présence du Président de la République Nicolas Sarkozy, pour célébrer le cinquantenaire de la VeRépublique.

Par ailleurs, Jean Foyer partagea ses compétences constitutionnelles en participant à la rédaction de quelques nouvelles constitutions d’Europe centrale et orientale.


Jean Foyer résistant et gaulliste de gauche

Sa vie politique, il l’a véritablement commencée en s’engageant dans la Résistance très jeune, puis, après la guerre, en restant dans le sillon du gaullisme historique, tendance UDT (Union démocratique du travail, regroupant les gaullistes de gauche comme René Capitant), poursuivant ensuite dans les courants héritiers (RPR, UMP).


Jean Foyer haut fonctionnaire

Il conseilla des ministres dès l’âge de vingt-deux ans : auprès du gaulliste de gauche René Capitant alors Ministre de l’Éducation nationale (en 1944), puis auprès du radical Paul Joseph Marie Giacobbi (grand-père de l’actuel député corse Paul Giacobbi) Ministre de l’Éducation nationale (en 1945), enfin auprès du futur Président ivoirien Félix Houphouët-Boigny (en 1958) alors Ministre d’État.


Jean Foyer député

Une fois la Ve République installée, il devint député le 7 mars 1959 en remplacement du député-maire d’Angers Victor Chatenay nommé par Jacques Chaban-Delmas au Conseil Constitutionnel nouvellement créé.

Jean Foyer fut réélu sans discontinuité jusqu’en juin 1988, date à laquelle il fut obligé de céder le siège à Hervé de Charrette en raison d’un accord politique entre Jacques Chirac (pour le RPR) et Valéry Giscard d’Estaing (pour l’UDF). Il n’avait que 67 ans à l’époque (les retraites en politique se prennent en général à un âge nettement plus avancé).

Au sein du Palais-Bourbon, Jean Foyer s’impliqua évidemment dans la genèse de nombreuses lois et a présidé l’importante Commission des Lois (la première des commissions en France) de 1968 à 1981, sauf lorsqu’il était ministre (1972 à 1973).


Jean Foyer ministre

Car Jean Foyer est d’abord connu comme l’un des grands ministres de De Gaulle.

Il fut nommé d’abord Secrétaire d’État chargé des relations avec la Communauté (l’ex-Empire français) auprès de Roger Frey le 5 février 1960 (il n’avait que trente-huit ans) puis Ministre de la Coopération le 18 mai 1961.

Le 14 avril 1962, il accepta l’offre de Georges Pompidou de devenir Ministre de la Justice (à quarante-et-un ans, au même âge que la Ministre actuelle de la Justice Rachida Dati).

Un poste difficile et très exposé à l’époque, en raison de la guerre en Algérie, qu’avait refusé l’ancien Président du Conseil Pierre Pflimlin sous la pression de ses amis démocrates-chrétiens (le MRP ne voulait plus soutenir De Gaulle).

C’est lui qui aurait réussi à convaincre De Gaulle de ne pas exécuter le général Edmond Jouhaud, un des chefs de l’OAS, et condamné à mort le… 13 avril 1962 (la veille de la nomination de Jean Foyer). En effet, après trois interventions, Jean Foyer donna sa démission à laquelle il renonça quand De Gaulle signa le décret de grâce le 28 novembre 1962.

En revanche, Jean Foyer n’intervint pas pour empêcher l’exécution de Bastien-Thierry (fusillé le 11 mars 1963 pour avoir tenter d’assassiner De Gaulle). De Gaulle avait refusé la grâce car il n’avait émis aucun regret lors de son procès.

Jean Foyer fut aussi le créateur de la Cour de sûreté de l’État le 15 janvier 1963, une juridiction d’exception pour juger les affaires de sécurité de l’État (affaire de terrorisme, d’espionnage etc.) qui a été supprimée par Robert Badinter le 4 août 1981 (un jour symbolique).

Il resta garde des Sceaux près de cinq années (jusqu’au 1er avril 1967), ce qui est d’une exceptionnelle longévité.

Pierre Messmer le rappela dans son gouvernement du 5 juillet 1972 au 28 mars 1973 en le nommant Ministre de la Santé publique.


Jean Foyer et l’immigration

Il est très intéressant de relire ses propos il y a plus de vingt-cinq ans. Jean Foyer a fait voter un nouveau code de la nationalité que ses amis gaullistes ont par la suite profondément amendé par les lois Pasqua et les lois Sarkozy et Hortefeux.

C’est un extrait d’un discours de Jean Foyer prononcé à l’Assemblée Nationale le 29 septembre 1972 et cité par Wikipédia (je n’ai pas retrouvé le texte d’origine, donc je le cite sous réserve) :

« Malgré une amélioration de sa démographie de 1946 à 1964, la France est et demeurera, comme tous les pays voisins, une terre d’immigration. Comme les Romains du VIe siècle refusaient de servir dans les légions impériales, les Européens du XXe siècle refusent d’exécuter les besognes pénibles et malpropres. Aujourd’hui comme en ce temps, l’immigration est une nécessité. Peut-être comporte-t-elle les mêmes périls ?

Quoi qu’il en soit, une politique de l’immigration s’impose. On n’en discerne pas toujours aisément les traits. Mais quelle que soit cette politique, ceux des immigrés qui n’ont point l’esprit de retour devront s’intégrer dans la communauté nationale. Notre Droit rénové de la nationalité le leur permettra sans les restrictions inefficaces qui causaient d’inutiles vexations.

Au cours de sa longue histoire, la France a été un merveilleux creuset. De Gallo-romains et de Germains, elle a fait des Français. Le projet amendé que nous vous proposons facilitera cette action avec d’autres ethnies. Le racisme est une stupidité odieuse qui a poussé aux plus grands crimes de l’Histoire. »

(J’ai souligné les passages intéressants pour aujourd’hui).

Un discours peu éloigné des idées de Bernard Stasi (ancien Médiateur de la République), qui avait écrit en 1984 un livre provocateur sur "L’immigration, une chance pour la France", thème repris sur le plan européen par un séminaire de l’IFRI (Institut français des relations internationales) le 13 février 2008.

Certes, la situation à l’époque pouvait être différente de la nôtre… encore que démographiquement, la génération du baby boom partant à la retraite, un manque de main d’œuvre pourrait s’observer dans les prochaines années (c’est déjà le cas pour la main d’œuvre hautement qualifiée).


Jean Foyer et la peine de mort

Une des illustrations de la capacité d’anticipation et du grand talent de Jean Foyer, tant de constitutionnaliste que d’orateur, concerna les discussions sur la peine de mort.

Jean Foyer n’était pas vraiment abolitionniste encore que sa position fût assez nuancée (« Ce que je pense n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui importe, c’est de savoir quel est le sentiment de la majorité des Français sur ce problème. »).

Pourtant, lors du débat à l’Assemblée Nationale sur l’abolition de la peine de mort, le 18 septembre 1981, il avait proposé un amendement (avec Charles Millon et Emmanuel Aubert) où il demandait de façon subtile d’inscrire l’abolition de la peine de mort dans la Constitution (ce qui est beaucoup plus solide juridiquement qu’une simple loi), dans un aléa qui aurait été rajouté à l’article 66 selon ces termes : « Nul ne peut être condamné à mort. ».

Une procédure qui aurait le mérite, selon lui, de permettre d’organiser un référendum sur l’abolition de la peine de mort sans devoir réaliser au préalable une révision de l’article 11 de Constitution (référendum sur l’organisation des pouvoirs publics), puisque cela relèverait alors de l’article 89 (référendum pour réviser la Constitution).

À cette occasion, cette proposition avait valu à Jean Foyer quelques échanges marquants dans l’hémicycle avec feu Raymond Forni, le président de la Commission des lois et rapporteur du projet de loi sur l’abolition de la peine de mort, et avec Robert Badinter, le Ministre de la Justice, un de ses lointains successeurs.

Raymond Forni y avait décelé quelques arrière-pensées (comme le rejet par le peuple d’un tel référendum) : « Quand monsieur Foyer développe tant d’habileté, je me dis toujours que cela doit bien cacher quelque chose. [Jean Foyer ponctua : « Quel soupçon ! »] En effet, nous savons bien qu’il est capable de déployer son immense talent au service des plus mauvaises causes. [Jean Foyer reponctua : « Vos flèches sont empoisonnées ! »] Pour ma part, je me refuse, à propos d’un problème de principe, à entrer dans une querelle de procédure. ».

Et Robert Badinter d’en rajouter sur la compétence de Jean Foyer : « Monsieur Foyer nous offre le plaisir d’un intermède juridique dans ce grave débat de conscience. Il est d’ailleurs tout à fait remarquable, et je vois là la marque de son tempérament de grand légiste, qu’il sache transformer une question de conscience en une question de procédure. (…) J’ai impression que vous utilisez un artifice de procédure, et je vois jusqu’où l’esprit d’invention peut conduire un homme qui a gardé les sceaux du fondateur de la Constitution. ».

Robert Badinter, contrairement à Raymond Forni, avait ensuite tenté d’opposer des arguments constitutionnels à la proposition de Jean Foyer qui ont été vite balayés par ce dernier (le débat était de toutes façons politique et pas juridique).

Finalement, il a fallu attendre vingt-cinq ans pour que l’article 66 de la Constitution soit effectivement complété (par Jacques Chirac, abolitionniste) par des termes presque identiques à ceux proposés par Jean Foyer en 1981 : « Nul ne peut être condamné à la peine de mort. » (Loi constitutionnelle n°2007-239 du 23 févier 2007).


Sans complaisance pour les acteurs d’aujourd’hui

Le 20 décembre 2006, devant des membres de la Nouvelle action royaliste qui avaient souhaité l’écouter, Jean Foyer n’était pas très tendre au sujet du personnel politique actuel.

Il eut des mots durs comme : « Ne me faites pas parler de quelqu’un dont l’histoire n’a pas encore commencé. » ou encore : « faire des choix entre des inconstances ».

Pour lui, le rôle de député ne se réduit plus qu’à « donner satisfaction aux groupes de pression ». Et celui de Nicolas Sarkozy… « idem ».


Le gaullisme disparaît de plus en plus…

Né dans une IIIe République finissante d’entre guerres et fossoyeur de la IVe République, Jean Foyer était de ces érudits éloquents autant attachés à la culture chrétienne qu’aux apports gréco-romains. Plus à l’aise avec la culture classique d’avant guerre qu’avec le zapping culturel de l’époque post-moderne.

Reconnu comme un maître du Droit, avec Jean Foyer disparaît l’un des derniers barons du gaullisme… du vrai gaullisme.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 octobre 2008)


Pour aller plus loin :

Mémoires de Jean Foyer (1944-1988).

50 ans de la Ve République (4 octobre 2008).

à lire aussi pour compléter :

Biographie de Bertrand Le Gendre (Le Monde, 6 octobre 2008).


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210427-jean-foyer-0.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/23/38936019.html





 

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25 mars 2021 4 25 /03 /mars /2021 01:39

« Je déjeune avec Joseph Comiti. Il a rencontré Jean Royer qui lui a dit qu’il était le meilleur et qu’il ne se retirerait pas. Il a dit la même chose, paraît-il, à Valade, qui dirige la campagne de Chaban et n’en est pas encore revenu. » (Michèle Cotta, 11 avril 1974, "Cahiers secrets").



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L’ancien député-maire de Tours Jean Royer est né il y a 100 ans, le 31 octobre 1920 à Nevers. Qui aujourd’hui se rappelle Jean Royer ? Mort le 25 mars 2011 à 90 ans, près de Tours, Jean Royer fut un curieux défenseur de l’ordre moral, celui d’Albert de Broglie du début de la Troisième République, tombé dans les temps mythiques du début de la Cinquième République. S’il fallait résumer sa carrière politique, on pourrait le faire en trois mots : Tours, commerces, candidature.

La ville de Tours, d’abord, qui fut son fief, sa ville, sa passion. Enseignant, il fut élu député d’Indre-et-Loire sans discontinuité de novembre 1958 à juin 1997, restant toujours parmi les non-inscrits (entre 1993 et 1997, pour bénéficier des avantages matériels d’un groupe politique, l’ensemble des députés non-inscrits a créé un groupe administratif, appelé "République et Liberté", que Jean Royer a présidé). Après avoir quitté le gouvernement, il a provoqué une élection partielle et fut réélu le 9 mai 1976. Prenant sa retraite en politique en 1997, il a laissé sa circonscription à Renaud Donnadieu de Vabres, ancien directeur de cabinet de François Léotard et futur ministre de Jacques Chirac. Son ancien suppléant est devenu le suppléant de Renaud Donnadieu de Vabres, montrant ainsi le soutien qu’il a apporté à Renaud Donnadieu de Vabres.

Quelques mois après sa première élection comme député, soutenu par les gaullistes (car il fut un délégué du RPF dix ans plus tôt), Jean Royer fut élu maire de Tours, en mars 1959, et il le resta jusqu’en juin 1995. Trente-six ans d’une histoire particulière entre Tours et Jean Royer. Il fut également conseiller général de Tours-Ouest de 1961 à 1988 et président de l’Établissement public Loire (Établissement public d’aménagement de la Loire et de ses affluents) de 1983 à 1995.

Beaucoup de projets ont été menés par Jean Royer pour sa ville, dont une extension territoriale avec la fusion de certaines communes dans la commune centre, et surtout, les aménagements des bords du Cher. Il fut apprécié pour avoir mis en valeur le centre historique de Tours (en cela, il a été en avance de bien des grandes villes de France), mais il a aussi accepté la coupure brutale de l’agglomération de Tours par l’autoroute A10 (Paris-Bordeaux), un tronçon que connaissent tous les automobilistes voulant prendre leurs vacances dans le Sud-Ouest (avec une zone à radars pour obliger les véhicules à rouler à faible allure pour ne pas trop gêner les habitants). De même, Jean Royer a réussi à faire passer le TGV par Tours (ce qui n’est pas le cas d’Orléans), et à construire un palais des congrès. En revanche, il n’a pas pu empêcher l’hémorragie industrielle de la ville (en particulier, le plan social chez SKF).

En juin 1995, Jean Royer avait sollicité aux habitants de Tours un septième mandat. Il fut battu au second tour dans une triangulaire, par le candidat socialiste Jean Germain (ce dernier est resté maire de Tours jusqu’en mars 2014 puis s’est suicidé le premier jour de son procès après avoir été mis en examen dans une affaire judiciaire). Ce fut une cuisante défaite (Jean Royer n’a obtenu au second tour que 33,9% avec un candidat RPR dissident qui a "pris" 23,5% de son électorat). Cela l’a conduit à se retirer progressivement de la vie politique en ne sollicitant pas le renouvellement de son mandat de député lors de la dissolution de 1997.

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Sur le plan national, Jean Royer a toujours été un indépendant, pas les indépendants en termes de parti (le parti de Valéry Giscard d’Estaing et Antoine Pinay), mais en absence de toute appartenance partisane même s’il était très proche des gaullistes. Probablement que l’une des raisons de cette neutralité fut la rivalité avec le Premier Ministre de l’époque, Michel Debré, qui fut maire d’Amboise, ville peu éloignée de Tours, d’autant plus qu’après être parti de Matignon, Michel Debré a échoué pour se faire élire député d’Indre-et-Loire en novembre 1962. Beaucoup pensent que Michel Debré serait à l’origine de la désignation d’Orléans comme chef-lieu de la région Centre (devenue Centre-Val-de-Loire) pour empêcher Tours de le devenir.

Une anecdote de la petite histoire dans la grande histoire de la télévision. Le 13 décembre 1971, l’écrivain Maurice Clavel (qui est né exactement dix jours après Jean Royer) était l’invité de l’émission "À armes égales" à la première chaîne de la télévision française. S’apercevant que son film avait été coupé d’un mot, Maurice Clavel s’est mis en colère et quitta le plateau en lâchant son fameux : « Messieurs les censeurs, bonsoir ! ». Or, cette émission politique était un duel entre deux invités. L’autre invité, un peu interloqué, c’était Jean Royer qui jouait le rôle du moralisateur. Mais on pouvait difficilement lui reprocher d’avoir été le censeur à cette occasion.

Le soutien aux commerces de proximité, aux petits commerçants a caractérisé l’engagement politique national de Jean Royer. Le Président Georges Pompidou l’a en effet nommé au gouvernement de Pierre Messmer du 5 avril 1973 au 11 avril 1974, d’abord comme Ministre du Commerce et de l’Artisanat (Yves Guéna lui succéda), ensuite, à partir du 27 février 1974, comme Ministre des Postes et Télécommunications (il succéda à Hubert Germain).

Beaucoup de ministres de second plan ne laissent guère de souvenir de leur passage. Jean Royer, au contraire, a marqué l’histoire économique de la France par cette fameuse "loi Royer", autrement dite, loi n°73-1193 du 27 décembre 1973 d’orientation du commerce et de l’artisanat qui réglemente l’urbanisme commercial depuis de nombreuses décennies en France. Son objectif était de protéger les petits commerçants en empêchant la formation de trop grandes surfaces concurrentes.

Le clivage était intéressant car la gauche s’est retrouvée alliée aux partisans du libéralisme économique (ces derniers favorables au développement de la grande distribution), pour s’opposer au projet du gouvernement qui était plutôt d’inspiration étatique.

Il est intéressant à relire les "Cahiers secrets" de Michèle Cotta sur l’opinion des socialistes (François Mitterrand) et des radicaux de gauche (Maurice Faure). Le 16 octobre 1973, en plein examen parlementaire de ce texte, la journaliste a noté : « Mitterrand et Maurice Faure s’installent à la buvette. Ils parlent de la loi Royer sur le petit commerce. "Pas même le plus minable des gouvernements que la Quatrième République, dit Mitterrand, n’aurait osé signer la loi Royer. Pas même Bourgès-Maunoury, qui était le roi des cloches !". Maurice Faure reste calme : "Remarquez, on peut se permettre de ne pas voter la loi : de toute façon, les commerçants ne votent pas pour nous !" »

D’inspiration étatique, en effet, car la loi Royer oblige les grandes surfaces de plus de 1 000 ou 1 500 mètres carrés, selon la taille de la commune où elles désirent s’installer, à obtenir, au-delà du permis de construire habituel, une autorisation d’installation auprès d’une commission chargée des grandes surfaces, cela afin d’éviter un développement anarchique des grandes surfaces. Cette loi, qui est toujours applicable malgré quelques modifications, a conduit à réduire les acteurs du marché de la grande distribution puisque, dans l’impossibilité de construire de nouvelles grandes surfaces, les plus gros ont choisi de racheter les surfaces existantes, renforçant ainsi la concentration des groupes de la grande distribution.

Les modifications de la loi Royer furent l’ordonnance n°86-1243 du 1er décembre 1986, la loi n°96-603 du 5 juillet 1996, la loi n°2001-420 du 15 mai 2001, la loi n°2003-590 du 2 juillet 2003, la loi n°2004-804 du 9 août 2004, la loi n°2008-776 du 4 août 2008, la loi n°2009-526 du 12 mai 2009 et la loi n°2012-387 du 22 mars 2012.

Le 11 avril 1974, Jean Royer a démissionné soudainement du gouvernement. La raison ? Redevenir indépendant du pouvoir et se consacrer pleinement …à sa candidature à l’élection présidentielle annoncée quelques jours plus tôt. En effet, Georges Pompidou est mort le 2 avril 1974 et, malgré une forte émotion populaire, cela se bousculait jusqu’à l’indécence pour lui succéder. À gauche, François Mitterrand est le seul à concourir, réussissant à incarner parfaitement "l’union de la gauche" (et les communistes étaient ravis de ne pas devoir se compter ! Mais dans la majorité, Jacques Chaban-Delmas, Pierre Messmer, Edgar Faure et Valéry Giscard d’Estaing étaient déjà dans les starting-blocks.

Face à ce désordre, Jean Royer a cru à sa bonne étoile, comme l’a écrit Michèle Cotta le 10 avril 1974 dans ses "Cahiers" : « Jean Royer (…) envisage lui aussi de se présenter, parce qu’il croit être l’homme libre que tout le monde attend. ». Le ton de sa campagne fut résolument déterminé : il serait le Président de l’ordre moral, le retour aux valeurs conservatrices, assez mises à mal par la révolution sexuelle consécutive à mai 68.

Malheureusement pour lui, Jean Royer n’avait aucun poids politique national (il n’émanait d’aucun appareil politique), mais fut une "curiosité" de campagne, comme le fut Marcel Barbu en décembre 1965. Connu pour avoir combattu la pornographie dans sa ville de Tours, Jean Royer fut régulièrement chahuté au cours de ses meetings, avec la mauvaise idée de répondre à ses contestataires, le plus marquant fut le meeting de Toulouse le 25 avril 1974 où une jeune femme s’est déshabillée et a dansé pendant une demi-heure devant lui pour le narguer. Deux jours plus tard à Lyon, le candidat, qui avait refusé de démarrer sa campagne avant le début de la campagne officielle, c’est-à-dire le 19 avril 1974, annonça qu’il ne ferait plus de meetings mais seulement des émissions de télévision ou de radio.

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Il faut rappeler que l’époque était au productivisme et Jean Royer, dans ce contexte, prônait ainsi le renforcement de la production de charbon : on était loin des préoccupations écologiques, même si l’élection de 1974 a marqué pour la première fois la présence d’un candidat écologiste (René Dumont) dans le débat politique.

Le maire de Tours a fait de nombreuses erreurs dans sa campagne, à commencer par démissionner du gouvernement (au contraire de son collègue VGE, candidat lui aussi), en refusant de prendre l’avion, ce qui l’empêchait d’être présent à son QG qui fut, en plus, installé à Tours au lieu de Paris, en ayant des goûts de toilettes pour le choix de ses couleurs de campagne, etc.

Jean Royer pouvait s’avouer déçu par ses seulement 810 540 voix, soit seulement 3,2% des suffrages exprimés le 5 mai 1974, des voix principalement locales d’ailleurs (les sondages prévoyaient plus d’audience, par exemple, l’IFOP le 22 avril 1974 l’a crédité de 6% d’intentions de vote), mais la mécanique présidentielle a toujours été rude (même De Gaulle a eu besoin d’un second tour), et finalement, en atteignant la quatrième position, Jean Royer s’est retrouvé comme le premier des "petits candidats", derrière les grosses têtes du scrutin (François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chaban-Delmas) mais devant tous les autres, dont Jean-Marie Le Pen, Arlette Laguiller, Alain Krivine, etc. Il apporta son soutien, au second tour, à Valéry Giscard d’Estaing.

Après son retrait politique en 1997, Jean Royer a pris position en faveur de la liste menée par Philippe de Villiers aux élections européennes de juin 1999 puis à la candidature de Jean-Pierre Chevènement à l’élection présidentielle de 2002.

Moqué pour son côté moralisateur, son côté "vieux jeu", "vieille France", ultraminoritaire dans le pays, illisible sur ses options politiques (le choix du souverainisme mâtiné de poujadisme et d’intérêts locaux), Jean Royer a cependant laissé à la postérité "sa" loi qui a été un texte fondateur dans la physionomie des paysages urbains d’aujourd’hui.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean Royer.
Hubert Germain.
Jacques Chirac.
Edmond Michelet.
Alexandre Sanguinetti.
Bernard Debré.
Christian Poncelet.
Albin Chalandon.
Jacques Soustelle.
Valéry Giscard d’Estaing.
Raymond Barre.
Simone Veil.
La Cinquième République.
Olivier Guichard.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Philippe Séguin.
Michel Droit.
René Capitant.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210325-jean-royer.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/23/38882364.html



 

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 20:06

« De l’hôpital à la politique, Bernard Debré fut toute sa vie un homme d’action. Les Français perdent un engagé qui, en héritier du gaullisme, n’hésitait jamais à sortir des cadres et à dire le vrai dès qu’il s’agissait de l’intérêt du pays. Pensées à sa famille et à ses proches. » (Emmanuel Macron, le 13 septembre 2020 sur Twitter).


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Médecin et parlementaire, mais plus médecin que parlementaire, car il n’a jamais eu de "langue de bois", son parler crû pouvait d’ailleurs lui nuire, du moins politiquement, et paradoxalement, il fut ministre avant son frère qui était beaucoup plus politique que lui. L’ancien ministre et urologue réputé, le professeur Bernard Debré, qui vient de mourir ce dimanche 13 septembre 2020 d’une sale maladie à quelques jours de ses 76 ans (il est né le 30 septembre 1944 à Toulouse), était issu d’une grande famille républicaine qui a donné quelques figures marquantes.

Lui-même médecin et homme politique fut à la croisée des chemins de son père Michel Debré (1912-1996), premier Premier Ministre de De Gaulle comme ce dernier aimait le clamer, et auteur de la Constitution de la Cinquième République, et de son grand-père, le professeur Robert Debré (1882-1978), grand médecin qui a été le pionnier de la pédiatrie moderne. Son frère jumeau (faux jumeau) Jean-Louis Debré a eu lui-même une grande carrière politique comme Ministre de l’Intérieur, Président de l’Assemblée Nationale et Président du Conseil Constitutionnel ("gardien du temple de papa"). À eux, on peut aussi ajouter leurs oncles Claude Debré (1913-2015), médecin, et Olivier Debré (1920-1999), peintre réputé (connu pour ses œuvres relevant de l’abstraction lyrique) et dont un fils Patrice est aussi un médecin (immunologiste).

Mais il y aurait une vraie injustice à vouloir présenter Bernard Debré d’abord comme le fils de son père, voire le petit-fils de son grand-père, et même, le frère de son frère. Il l’est, certes, mais il est d’abord lui, avec son mérite personnel et sa personnalité bien trempée.

La carrière universitaire du professeur Bernard Debré fut prestigieuse, il était ce qu’on appelle encore aujourd’hui un mandarin, il était à la fois médecin (praticien), universitaire (enseignant) et chercheur, spécialisé dans l’urologie, et par conséquent, également chirurgien. Il fut chef du service d’urologie à l’hôpital Cochin et à ce titre, il a supervisé les opérations de la prostate du Président François Mitterrand atteint d’un cancer (il n’a pas lui-même opéré). On pouvait être membre de l’opposition et tout faire pour que son "adversaire suprême" fût le mieux soigné possible, bien sûr.

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Bernard Debré aurait d’ailleurs conseillé à François Mitterrand d’aller jusqu’au bout de son second septennat. Dans son livre "Un homme d’action" (éd. Stock) sorti le 29 octobre 2015, il a en effet affirmé qu’après la seconde opération le 16 juillet 1994, François Mitterrand lui a dit : « Je suis fatigué, j’en ai assez, je n’en peux plus. Je vais démissionner. ». Mais Bernard Debré lui a répondu : « Ne faites surtout pas ça ! Si vous arrêtez de travailler, vous allez mourir ! Continuez à faire de la politique, à nous ennuyer, nous, votre opposition ! C’est ce qui vous maintiendra en forme… ». Je me souviens qu’à l’époque, il y avait de fortes rumeurs de démission et René Monory, le Président du Sénat, se préparait à assurer l’intérim présidentiel.

Pour ses qualités de médecin, Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy l’ont nommé membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) de 1986 à 1988, puis de mars 2008 à sa mort. Selon Matthieu Deprieck de "L’Express" le 12 octobre 2013 : « Seul Bernard Debré, député UMP de Paris et urologue reconnu, se vante d’avoir opéré des collègues parlementaires, "une cinquantaine, de droite comme de gauche". ».

La vie politique de Bernard Debré a été un peu plus chaotique. Il a commencé sa carrière politique en étant élu député RPR en mars 1986 au scrutin proportionnel dans le département d’Indre-et-Loire où son père, Michel Debré, par ailleurs député de La Réunion, fut maire d’Ambroise de juillet 1966 à mars 1989. Ainsi, entre mars 1986 et mai 1988, trois Debré furent élus députés : Michel et ses deux fils Jean-Louis et Bernard pour lesquels ce fut le premier mandat.

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En juin 1988, Bernard Debré chercha donc à s’implanter localement dans la circonscription Tours-Amboise en Indre-et-Loire. Il fut réélu ainsi député le 12 juin 1988, mais de justesse, avec 51,0%, et encore réélu le 28 mars 1993 avec 59,5%, sur son nom (et prénom), au scrutin majoritaire.

Parallèlement, en mars 1989, il se présenta aux municipales d’Amboise, fut élu conseiller municipal d’opposition, puis, fut élu maire d’Amboise en décembre 1992, réélu en juin 1995, jusqu’en mars 2001. En décembre 1992, le maire DVG a en effet dû démissionner après l’implosion de sa majorité en raison d’un projet municipal suscitant de fortes résistances, ce qui a provoqué une élection municipale partielle qui profita à Bernard Debré, devenu le patron de la fédération du RPR d’Indre-et-Loire et soutenu par son père (évidemment) mais aussi par Philippe de Villiers, qui a failli être élu dès le premier tour (avec 48,7% suivi par un autre conseiller général se disant gaulliste avec 28,7%). En mars 2001, en revanche, Bernard Debré fut battu par la liste DVG de Christian Guyon au second tour (au premier tour, il n’avait fait que 38,2%). Bernard Debré fut aussi élu conseiller général de mars 1992 à mars 1994, ainsi que vice-président du conseil général d’Indre-et-Loire, il a succédé dans le canton d’Amboise à son père.

Au-delà de ces péripéties locales, Bernard Debré fut nommé par le Premier Ministre de cohabitation Édouard Balladur dans son gouvernement comme Ministre de la Coopération du 12 novembre 1994 au 11 mai 1995, succédant à Michel Roussin contraint de démissionner pour cause d’affaire judiciaire. Pendant la campagne présidentielle, Bernard Debré a soutenu activement la candidature d’Édouard Balladur tandis que son frère Jean-Louis Debré est resté fidèle à Jacques Chirac. On peut imaginer l’idée curieuse que le chef du service d’un important hôpital parisien qui soignait le Président de la République soit devenu son ministre …et adversaire politique.

Après l’échec à l’élection présidentielle, ce fut sans surprise que Bernard Debré ne fût pas reconduit au gouvernement. En demandant à son suppléant de démissionner de son mandat de député, il a ainsi provoqué une élection législative partielle pour reconquérir son siège (beaucoup de membres du gouvernement sortant ont fait de même), mais il fut battu au second tour le 24 septembre 1995 par le candidat socialiste (49,5% contre 50,5%). Au premier tour le 17 septembre 1995, Bernard Debré n’avait recueilli que 42,8% face à 34,5% au candidat socialiste.

Bernard Debré a été victime, probablement, d’un effondrement de la popularité du nouveau gouvernement dirigé par Alain Juppé. Néanmoins, pas seulement, car ceux des autres candidats à ces élections partielles qui avaient une bonne implantation locale furent largement réélus (Nicolas Sarkozy à Neuilly-sur-Seine, Bernard Bosson à Annecy, Édouard Balladur à Paris, etc.), ce qui montrait la mauvaise implantation locale de Bernard Debré sur une terre pourtant "familiale" (mais comment peut-on être à la fois à l’hôpital, au ministère, dans sa mairie et dans sa circonscription ?).

En juin 1997, Bernard Debré se présenta de nouveau dans sa circonscription d’Indre-et-Loire, mais fut de nouveau battu par le député socialiste sortant avec 47,6% contre 52,4%. Battu deux fois en septembre 1995 et juin 1997 aux législatives, une fois en mars 2001 aux municipales à Amboise, c’est clair que son implantation locale n’a jamais été acquise.

Bernard Debré tenta de faire un "come-back" à Paris même. Et cela en deux temps : il a d’abord cherché à retrouver un mandat de député à Paris, en profitant de la retraite d’un député UDF en fin de parcours. Ensuite, il est parti à la reconquête de la mairie de Paris.

Élu sans discontinuité député du nord du 16e arrondissement de Paris depuis juin 1975, Gilbert Gantier (1924-2011) a démissionné en avril 2004 pour prendre sa retraite. En juin 2002, lors de sa dernière réélection, Gilbert Gantier avait obtenu 53,1% avec l’investiture de l’UDF face à Laurent Dominati, fils de Jacques Dominati (un élu parisien de longue date), investi par l’UMP. Rappelons que l’UMP (fusion du RPR et d’une partie de l’UDF) a été réalisée en avril 2002 et que Gilbert Gantier comme Jacques Dominati, tous les deux adjoints au maire de Paris Jacques Chirac, étaient à l’origine des giscardiens (RI puis PR). Le soutien de l’UDF à partir de 2002 signifiait avant tout le soutien de François Bayrou (candidat à l’élection présidentielle en 2002).

Bernard Debré s’est donc présenté à l’élection législative partielle pour remplacer Gilbert Gantier en candidat "dissident" : Bernard Debré, initialement RPR, fut soutenu par Gilbert Gantier, par l’UDF et par François Bayrou, tandis que son concurrent Laurent Dominati avait l’investiture de l’UMP. Au premier tour le 20 juin 2004, Bernard Debré a réussi son parachutage parisien avec 59,0% des voix contre 20,4% à Laurent Dominati, mais à cause d’une très faible participation (30,6%), il a fallu un second tour qui n’était qu’une formalité. Notons pour l’anecdote qu’à ce premier tour, un candidat se prétendait issu de l’UDF mais n’avait pas le soutien de l’UDF, Marc Stehlin, qui devait être probablement de la famille du général Paul Stehlin (1907-1975), député de la circonscription de juin 1968 jusqu’à sa mort le 22 juin 1975, et son suppléant Gilbert Gantier lui avait ensuite succédé…

Après son élection, Bernard Debré s’est inscrit apparenté au groupe UDF, puisque soutenu par l’UDF et ayant battu un candidat UMP. Cependant, il quitta l’UDF pour rejoindre le groupe UMP en juillet 2005, après la motion de censure votée par François Bayrou contre le gouvernement de Dominique de Villepin. Aux législatives de juin 2007 et de juin 2012, Bernard Debré fut réélu député UMP et ne s’est pas représenté aux élections législatives de juin 2017, permettant à Brigitte Kuster, qui avait été sa concurrente UMP dissidente en 2012 (23,0% au premier tour contre 45,1% à Bernard Debré) d’être élue députée UMP au second tour avec 51,5% contre 48,5% à la candidate LREM (alors qu’au premier tour, la candidate LREM avait eu 46,0% et Brigitte Kuster seulement 36,4%).

En juin 2012, sa circonscription s’est agrandie d’une partie du 17e arrondissement, en plus du nord du 16e arrondissement. Bernard Debré, soutenu par Claude Goasguen et par le suppléant de Françoise de Panafieu, avait présenté sa candidature aux législatives de 2012 dès le 17 juin 2010 sur les terres de Françoise de Panafieu (députée du 17e arrondissement, mais les deux circonscriptions n’en font plus qu’une à partir de juin 2012 !). Lors d’un meeting le 16 juin 2010, Alain Minc, soutien de Françoise de Panafieu, lâchait d’aileurs : « À la grossièreté, Bernard Debré ajoute la bêtise ! ».

En 2004, Bernard Debré avait en outre annoncé qu’il serait candidat à la mairie de Paris (qui avait été conquise par le socialiste Bertrand Delanoë en mars 2001, en battant Philippe Séguin). Non seulement il était candidat, mais il refusait de s’inscrire dans le processus de désignation du candidat UMP qui a abouti à l’investiture de Françoise de Panafieu pour les élections municipales de mars 2008. En fait, Bernard Debré a négocié avec Françoise de Panafieu (qui était députée-maire du 17e arrondissement) pour retirer sa candidature et obtenir en compensation d’être le troisième de liste pour la mairie du 16e arrondissement. Il fut donc élu conseiller de Paris en mars 2008 et le resta jusqu’en juin 2020 (réélu en mars 2014, mais voir plus loin).

Réduisant ses ardeurs, Bernard Debré avait l’ambition d’être maire du 16e arrondissement puisque Pierre-Christian Taittinger avait décidé de prendre sa retraite. Mais l’autre député du 16e arrondissement, Claude Goasguen (1945-2020), voyait les choses autrement puisqu’il fut maire du 16e de mars 2008 à juillet 2017. Voyant le 16e arrondissement "pris", Bernard Debré annonça le 5 novembre 2012 sa volonté d’être élu maire …du 17e arrondissement aux élections municipales de mars 2014. Mais la maire du 17e arrondissement était Brigitte Kuster, sa concurrente aux législatives, depuis mars 2008 (et le resta jusqu’en juillet 2017). Finalement, il s’est retrouvé en deuxième de liste de Brigitte Kuster, si bien qu’il fut réélu conseiller de Paris en mars 2014, mais sur le 17e et plus le 16e arrondissement !

Au-delà du médecin, au-delà du politique, Bernard Debré fut aussi un homme des médias, très présent dans le paysage audiovisuel français, et même dans la presse et aussi dans l’édition (il a publié une vingtaine d’essais ainsi qu’un traité d’urologie en quatre tomes), pour commenter l’actualité, apporter ses idées, alerter sur certaines informations (notamment, avec le pneumologue Philippe Even, le très polémique "Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux", éd. Le Cherche Midi en 2012, qui a valu quelques déboires aux auteurs par l’ordre des médecins).

Ainsi on pouvait l’entendre ou le lire sur RMC ("Les grandes gueules"), à "Valeurs actuelles", sur France 3. Parmi ses sujets, le génocide rwandais, lui qui fut Ministre de la Coopération peu après ce massacre. Les chaînes adoraient l’inviter sur les plateaux de télévision car il ne laissait pas sa langue dans sa poche. Son franc-parler créait toujours quelques remous dans son entourage. Pour terminer cette petite esquisse de Bernard Debré, je propose donc quelques-unes de ses "saillies"…

Le 15 juin 2012, dans une lettre ouverte à Valérie Trierweiller : « En France, l’amour est roi et les nouveaux couples qui se forment, surtout en politique, attirent plutôt la bienveillance. (…) Vous n’avez, Madame, aucune existence légale d’autant plus que vous n’êtes ni mariée, ni pacsée. Que dirait-on d’un Président de la République qui accumulerait les "premières dames" comme on accumule des amies ou des flirts ? (…) Au nom de quoi l’État doit-il s’occuper de votre secrétariat pléthorique ? (…) Il semblerait qu’à la Bastille, lorsque François Hollande a "claqué la bise" sur les deux joues de Ségolène Royal, vous avez exigé qu’il vous embrasse sur la bouche pour montrer la différence de statut ! Cet acte était sinon puéril du moins cruel. Voici maintenant qu’en femme moderne, vous tweetez. Vous avez réussi, par vos bavardages, à ébranler la compagne électorale et à ridiculiser la France. (…) Taraudée par la jalousie. (…) Ce petit tweet de rien du tout a été le révélateur, Madame, d’un malaise que les Français n’osaient pas admettre, qui mélange la faiblesse du Président de la République et la méchanceté de sa compagne. ».

Le 27 juin 2014 sur Sud Radio, à propos du budget de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy de 2012 : « C’est un homme qui est pétulant, plein de vigueur. C’est ça qui donne le danger. Quand il a fait campagne, on lui disait "mais attends Nicolas, Nicolas, on dépasse !". "M’en fous, quoi ! Qu’est que ça veut dire ? Quand je serai élu, quand je serai élu ! Tu veux que je sois pas élu, tu veux que je sois battu ?" (…) Bon, c’était impossible de gérer, donc il était au courant, c’est de sa faute, bien sûr. ».

Au lendemain de la désignation de François Fillon à la primaire LR, dont il était un chaud partisan, Bernard Debré a déclaré le 28 novembre 2016 sur iTélé, à propos de l’appel du candidat Emmanuel Macron à François Bayrou : « C’est un peu pitoyable. Macron, on a l’impression que c’est un peu une sangsue. C’est-à-dire que quand il y avait le premier tour [de la primaire LR], il est apparu quasiment le jour ou la veille en disant : "Je suis là ! je suis là !". Maintenant qu’il y a le deuxième tour, il dit : "Je suis là, ne m’oubliez pas !" (…). Lui, il est tout seul, alors il essaie désespérément d’aller soudoyer, j’allais dire, récupérer quelques voix. C’est un peu triste. ».

Dans "La Nouvelle République" du 4 octobre 2018 (à l’occasion du 60e anniversaire de la Constitution), Bernard Debré a donné son sentiment sur les institutions actuelles : « Modifier la Constitution, c’est un travers français. Dans les autres pays comme les États-Unis ou la Grande-Bretagne, ça ne change jamais. (…) Il faut que cette Constitution reste un socle, un élément de stabilité. (…) Nous l’avons vue progressivement se transformer, puisqu’elle a subi vingt-quatre modifications depuis 1958 dont certaines totalement stupides, comme le passage au quinquennat. Faire coïncider l’élection présidentielle avec les législatives, ça engendre des raz-de-marée pour le parti du Président élu, ça lui donne encore plus de pouvoirs et on se retrouve souvent avec des députés godillots à l’Assemblée. Ce n’est pas ça, l’esprit de la Cinquième !! ».

Et je termine sur un sujet très grave et très récent, la fin de vie, qu’il vient lui-même, hélas, d’expérimenter dans la souffrance et la maladie. Dans une interview à Atlantico le 8 septembre 2020, Bernard Debré a évoqué l’appel d’Alain Cocq du 4 septembre 2020 qui a cessé cependant sa grève de la faim et de tout traitement la veille (j’y reviendrai peut-être plus tard). Le député de Paris a commenté les pressions sur l’euthanasie : « Les militants de l’euthanasie feignent de ne pas voir ce qui existe déjà pour aider les patients en fin de vie. ».

Il a expliqué : « Ce que l’on a aujourd’hui comme matériel ou possibilité est largement suffisant, lorsque l’on a quelqu’un qui souffre, il faut l’empêcher de souffrir. S’il souffre très fort, il faut augmenter les doses même si cela abrège la vie. Il y a  une finalité qui est d’abord l’antalgique. ».

Et de mettre les points sur les i : « Ici, nous sommes dans l’émotionnel, et nous n’allons pas mettre fin à la vie de tous les Alzheimer. (…) Quand quelqu’un est en fin de vie, il faut qu’il puisse rentrer dans un coma artificiel et la loi Leonetti [précisément, la loi Claeys-Leonetti] autorise parfaitement l’administration de produits extrêmement fort allant abréger la vie. Il faut faire extrêmement attention à ce genre de réflexion. Quelqu’un qui a des troubles psychiatriques et affirme vouloir se suicider est une situation extrêmement dangereuse qui ne doit pas être gérée par les médecins. Nous avons fait la loi Leonetti qui est une loi équilibrée qui permet de soulager les douleurs même si cela abrège la vie. (…) Mais la volonté initiale n’est pas de tuer. ».

Et de terminer ainsi : « Le politique n’a pas à se mêler de cela (…). Si cet homme souffre trop, on va lui donner des antalgiques à base de morphine et on va augmenter les doses jusqu’à ce qu’il ne souffre plus, même si cela abrège la vie. Quand quelqu’un est dans un état comateux et qu’il n’y a rien à faire, on le fait rentrer dans un coma profond. ».

On ne pourra pas dire que ses dernières déclarations n’étaient pas mûrement réfléchies. Bernard Debré est mort du cancer le 13 septembre 2020. RIP.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


NB du 14 septembre 2020 : Son frère, le journaliste François Debré, né le 3 avril 1942 à Toulouse, est mort le lendemain matin, ce lundi 14 septembre 2020 en Touraine (à l'âge de 78 ans), après avoir lutté plusieurs mois contre la maladie.


Pour aller plus loin :
UMP : le scalpel tranchant de Bernard Debré.
Jean-Louis Debré.
Michel Debré.
Bernard Debré.
Christian Poncelet.
Patrick Devedjian.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200913-bernard-debre.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/bernard-debre-le-franc-parler-du-227078

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/13/38532469.html






 

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11 septembre 2020 5 11 /09 /septembre /2020 10:38

« Marqué par sa rencontre avec Pierre Mendès France en 1953, Christian Poncelet s’est revendiqué comme un gaulliste de gauche, toujours soucieux de concilier les exigences du développement économique avec celles de l’harmonie sociale. » (Gérard Larcher, communiqué du 11 septembre 2020).


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L’ancien Président du Sénat Christian Poncelet est mort ce vendredi 11 septembre 2020 à l’âge de 92 ans à l’hôpital de Remiremont (il est né le 24 mars 1928 dans les Ardennes). S’il fallait résumer en deux mots sa très longue et dense carrière politique, on pourrait dire : les Vosges et le Sénat. Il était l’un des derniers grands hommes politiques comme "on" n’en "ferait" plus aujourd’hui, déjà parce que les lois sur le cumul des mandats sont passées par là, ensuite parce que l’accélération de la vie politique ne laissera plus les barons locaux et nationaux en place pour une si longue durée.

Contrairement à ce que certains journalistes ont dit à l’annonce de sa mort, Christian Poncelet n’a jamais été un "baron du gaullisme", tout simplement parce qu’il était trop jeune, même si, homme de pouvoir et de réseaux, il a beaucoup compter en influence au sein de sa famille politique (voir notamment lorsqu’il était au Sénat, et pas seulement à la Présidence).

Veuf depuis l’an dernier après soixante-dix ans de mariage (et deux enfants), Christian Poncelet n’était pas un énarque ni un haut fonctionnaire, il en était fier et peut-être fut-ce la raison pour laquelle il a toujours eu les pieds sur terre, avec des idées concrètes et un bon sens sur le développement économique (voir notamment son action au Sénat). Issu d’une famille modeste, Christian Poncelet a commencé sa vie professionnelle aux PTT, comme contrôleur des télécommunications de 1953 à 1962. Mais ce furent ses responsabilités syndicales qui l’ont amené à la politique, engagé à la CFTC (syndicat réformiste chrétien).

J’aurais pu titrer l’article : "Christian Poncelet et ses mille et un mandats électoraux".

Son premier mandat fut celui de député. On le dit assez peu alors que, d’habitude, une carrière politique, surtout aussi longue et multiple que celle de Christian Poncelet (selon "Le Monde" du 2013, il aurait été l’élu le plus cumulard, avec 147 années de mandats au compteur !), commence par un mandat local. Là, c’était différent. Après la dissolution de 1962 pour des raisons institutionnelles, mais les accords d’Évian étaient encore en plein cœur des débats publics, le député UNR sortant Jean-Marie Grenier (1906-1964), ancien résistant et ancien sénateur MRP des Vosges, ainsi que maire de Remiremont depuis 1945 et conseiller général, ne se représenta pas, probablement pour des raisons de santé (c’est une supposition personnelle).

Christian Poncelet fut ainsi élu député des Vosges (la circonscription de Gérardmer Remiremont) en novembre 1962, à l’âge de 34 ans. S’est ouvert alors pour lui une vaste carrière électorale, avec une spécificité, c’est qu’au-delà du nombre de mandats et de leur longévité, il n’a jamais été battu dans une élection ! Comme indiqué plus haut, il se considérait comme "gaulliste de gauche", ce qui n’a pas forcément une signification très claire, puisque, contrairement à beaucoup de gaullistes de gauche de l’époque (dont René Capitant), il a toujours continué à appartenir au parti gaulliste du moment : UNR, UDR, RPR et UMP (en revanche, lui et Jacques Chirac n’ont jamais été vraiment en bons termes).

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Christian Poncelet a été élu et réélu député des Vosges sans discontinuer de 1962 à 1973, y compris aux élections de 1973 même s’il n’a pas exercé son mandat pour cause de responsabilités ministérielles (voir plus loin). C’était surtout par son implantation locale qu’il a voulu s’imposer dans la vie politique (on peut noter que la plupart des députés LREM ont commencé leur vie politique en se faisant élire députés, mais ont rarement réussi leur implantation locale).

Ainsi, en 1963, il a pris la succession du député-maire de Remiremont, Jean-Marie Grenier, dans son canton : Christian Poncelet fut élu et réélu conseiller général des Vosges de 1963 à 2015, et fut président du conseil général des Vosges pendant presque quatre décennies, de mars 1976 à mars 2015. Il a su faire bénéficier les Vosges de sa grande influence nationale, notamment en faisant venir le TGV jusqu’à Remiremont, Épinal et Saint-Dié, en faisant construire trois routes rapides (l’autoroute A31 à l’ouest du département, du côté de Neufchâteau), une route deux fois deux voies (N57) allant de Nancy à Besançon via Épinal au centre du département et une autre route deux fois deux voies (N59) allant de Nancy à Saint-Dié via Lunéville à l’est du département. Certes, il a fallu du temps pour que ces routes fussent en deux fois deux voies, mais il n’y aurait pas un si grand maillage de voies rapides au sud de Nancy sans l’influence de Christian Poncelet.

En mars 1965, Christian Poncelet fut élu conseiller municipal de Remiremont et il y resta jusqu’en mars 2001. En revanche, il ne fut pas immédiatement maire : il fut d’abord conseiller en charge du budget en 1965, puis premier adjoint au maire de 1971 à 1983 et ne fut maire "que" dix-huit ans plus tard, de mars 1983 à mars 2001. Pour ajouter au cumul, il fut aussi élu conseiller régional de Lorraine, de mars 1977 à mars 1988 et en mars 1992, et président de la commission des finances de l’instance régionale de mars 1982 à mars 1988 (à l’époque où le conseil régional était présidé par Jean-Marie Rausch, le maire centriste de Metz).

Avant de passer à la partie "nationale" de sa carrière, précisons qu’il fut véritablement le "maître" des Vosges pendant ces quarante années, au point qu’un poids lourd politique du RPR, venu se parachuter à Épinal dont il fut élu député-maire pendant longtemps, Philippe Séguin, n’a jamais eu aucune influence départementale (du reste, on peut retrouver ce type d’arrangements locaux dans d’autres départements ; le très imposant député-maire de Fréjus, François Léotard, n’a jamais eu d’influence sur le département du Var dirigé par Maurice Arreckx, sénateur et ancien maire de Toulon).

De même, il a su éviter le renversement à gauche du département malgré la présence d’un (futur ou ancien) ministre rocardien, Christian Pierret, maire de Saint-Dié, et a su également écarter tout parachutage de personnalités nationales pouvant lui faire de l’ombre, comme Lionel Stoléru, brillant polytechnicien et ministre giscardien puis rocardien, qui fut battu deux fois par Christian Pierret aux législatives en 1978 et en 1981 (Lionel Stoléru ne fut élu qu’une fois conseiller général des Vosges en 1979 et fut battu lors de son renouvellement).

Inversement, Christian Poncelet n’a pas cherché à avoir une influence régionale au-delà de la commission des finances, le conseil régional de Lorraine (qui fut présidé entre 1976 et 1978 par JJSS, alors député de Nancy), étant plutôt la "chasse gardée" d’élus nationaux comme Pierre Messmer (Sarrebourg), Jean-Marie Rausch (Metz), Gérard Longuet (Meuse) et éventuellement André Rossinot (Nancy). Ce dernier fut tête de liste départemental en mars 1986, mais, contrairement aux trois cités précédemment, n’a jamais présidé le conseil régional.

Lorsque le Premier Ministre Pierre Messmer, en voisin, est venu proposer au député Christian Poncelet d’entrer dans son gouvernement, il était, à l’âge de 44 ans, un élu local déjà bien implanté, même s’il n’avait encore reçu aucun mandat de chef d’un exécutif. Si Christian Poncelet n’a pas eu des postes ministériels de grande importance, seulement secrétaire d’État, il fut cependant membre de gouvernement sans discontinuer entre juillet 1972 et septembre 1977 (plus de cinq ans), sous deux Présidents de la République, Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing.

Christian Poncelet fut d’abord nommé aux Affaires sociales du 6 juillet 1972 au 5 avril 1973, puis au Travail, à l’Emploi et à la Population du 12 avril 1973 au 1er mars 1974 et à la Fonction publique du 1er mars 1974 au 27 mai 1974 dans les trois gouvernements de Pierre Messmer. Il fut ensuite nommé au Budget (poste néanmoins stratégique) du 8 juin 1974 au 30 mars 1977 dans le (premier) gouvernement de Jacques Chirac et dans le premier gouvernement de Raymond Barre. Il faut souligner qu'il fut le dernier ministre en charge du Budget à avoir présenté aux parlementaires un projet de loi de finances à l'équilibre ! Enfin, il fut nommé aux Relations avec le Parlement du 1er avril 1977 au 26 septembre 1977 dans le deuxième gouvernement Barre.

Après la grande victoire du PS et de la gauche unifiée aux élections municipales de mars 1977, les prévisions électorales pour les élections législatives de mars 1978 étaient plutôt pessimistes pour la majorité. Cela a sans doute convaincu Christian Poncelet de quitter le gouvernement pour conquérir un siège de sénateur aux élections sénatoriales de septembre 1977. Une autre raison aussi de vouloir un mandat sénatorial, c’était qu’il venait d’être élu président du conseil général l’année précédente, et généralement, les deux mandats étaient complémentaires (l’un confortant le renouvellement de l’autre).

Le Sénat fut donc la nouvelle "affaire" de sa vie : élu et réélu sénateur des Vosges de septembre 1977 (il avait alors 49 ans) à septembre 2014 (soit trente-sept ans de mandat sénatorial au total, bénéficiant même, pour son dernier mandat, d’un mandat de dix ans avant d’être réduit à six ans pour ses successeurs). Pour "parfaire" ses cumuls, il s’est fait également élire député européen sur la liste de Jacques Chirac de juin 1979 à septembre 1980 et il fut représentant français à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe de janvier 1981 à janvier 1984.

Au Sénat, Christian Poncelet a beaucoup travaillé et il était loin de l’image très négative d’un sénateur prenant sa retraite, image surtout véhiculée par Alain Poher qui n’était pas très médiatique ni très présent dans le débat public pendant ces années-là. Au contraire, et il le confirma par la suite, Christian Poncelet fut de ceux qui ont ancré le Sénat aux réalités économiques du pays, bien mieux, d’ailleurs, que l’Assemblée Nationale bien trop dépendant des postures politiciennes et des consignes partisanes pour pouvoir étudier le pays en profondeur. Après s’être intéressé de très près, comme rapporteur d’une commission d’enquête en janvier 1981, à l’effondrement de l’industrie textile (l’économie de son département en fut l’une des victimes, avec la liquidation du groupe Boussac Saint-Frères qui faisait vivre 25 000 familles vosgiennes dans 65 usines dans les années 1970), il se préoccupa de la mise en œuvre de la décentralisation en 1983.

Ensuite, d’octobre 1986 à octobre 1998, pendant douze ans, il fut président de la commission des finances du Sénat, et à ce titre, parmi les sénateurs les plus importants. En particulier, en tant que président de la commission des finances, c’était lui qui distribuait aux sénateurs la "réserve parlementaire", ce qui lui donnait un pouvoir d’influence non négligeable au sein du Sénat. Depuis 1989 et les velléités de succession d’Alain Poher, Christian Poncelet faisait partie des "présidentiables" du Sénat, au même titre que d’autres présidents de commissions ou de groupes (Charles Pasqua était son concurrent direct au RPR).

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Le 1er octobre 1998, Christian Poncelet est parvenu à faire un "coup" improbable. René Monory avait succédé à Alain Poher à la Présidence du Sénat en octobre 1992 et a été réélu en octobre 1995 (le renouvellement du Sénat est triennal). René Monory a sollicité un troisième mandat, probablement un mandat de trop. Depuis la guerre, le Sénat (ou Conseil de la République) a toujours été présidé par un centriste (ou un radical), mais petit à petit, le groupe gaulliste ainsi que le groupe socialiste se renforçaient à chaque renouvellement. Au contraire des accords généralement établis entre le RPR et l’UDF, Christian Poncelet s’est présenté contre René Monory …et a gagné !

L’élection fut assez chaotique. Au premier tour, à 17 heures 55, Christian Poncelet a recueilli le plus de voix avec 118 voix sur 309, contre 102 à René Monory (centriste), 72 à Claude Estier (PS) et 17 à Hélène Luc (PCF), avec 10 abstentions. Nombreuses suspensions de séance pour permettre aux groupes de l’UDF (ils étaient trois) de se mettre d’accord sur un candidat de remplacement, René Monory ayant immédiatement jeté l’éponge. Au deuxième tour, à 23 heures 25, aucun candidat n’a encore obtenu la majorité absolue : Christian Poncelet est resté en tête avec 125 voix face au centriste alsacien Daniel Hoeffel 109 voix (plus de voix que René Monory !) et Claude Estier 83 voix (et 3 blancs ou nuls). Daniel Hoeffel s’est finalement retiré. Au troisième tour, à 23 heures 55, Christian Poncelet fut élu avec 189 voix sur 283 suffrages exprimés, contre 93 à Claude Estier, 1 à Hélène Luc (non candidate) et 37 blancs ou nuls.

Dans son allocution d’élection, Christian Poncelet n’a adressé aucun mot pour René Monory, mais un remerciement à Daniel Hoeffel de s’être désisté en sa faveur : « Vous imaginez aisément, mes chers collègues, l’émotion particulièrement intense qui m’étreint en cet instant. À cette émotion, teintée d’une joie immense, se mêlent un sentiment de reconnaissance et une attitude d’humilité. (…) Merci de m’avoir accordé votre confiance ! Je suis maintenant le président de tous les sénateurs, quelle que soit leur sensibilité. ».

Dans sa campagne interne, il avait d’ailleurs annoncé qu’il ne ferait pas plus de deux mandats (soit six ans). Finalement, il en a fait trois, dont un qui a duré quatre ans, soit dix ans au total, du 2 octobre 1998 au 30 septembre 2008.

En effet, le 1er octobre 2001, Christian Poncelet fut réélu dès le premier tour avec 201 voix sur 306 contre 105 à Claude Estier et 12 blancs ou nuls, cela quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001 : « Nos pensées vont vers toutes ces victimes. Mais la vie continue et la monstruosité des attentats perpétrés contre le peuple américain aura sans doute, espérons-le, des conséquences positives. Je pense au retour de l’État et du politique après des décennies de "tout entreprise", à la redécouverte de la Russie comme partenaire des démocraties occidentales et à la prise de conscience européenne d’un indispensable renforcement de la coopération policière et judiciaire. (…) Mon mentor en politique, j’ai nommé le regretté président Edgar Faure, disait volontiers qu’une première élection pouvait être le fruit du hasard et des circonstances, mais qu’une deuxième élection, il ne disait pas "seconde", ne l’était jamais… Je veux donc voir dans vos suffrages, au risque de vous apparaître immodeste, une approbation du bilan de mon premier triennat placé sous le signe de la rénovation du Sénat. Au cours de ces années (…), nous n’avons ni les uns ni les autres ménagé notre peine (…) pour affirmer notre "bonus constitutionnel" de représentant des collectivités territoriales, au travers notamment les États généraux et de nos initiatives législatives, pour accentuer notre fonction de contrôleur, pour développer notre mission de prospective, et pour multiplier les passerelles avec le monde de l’entreprise. ».

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Le 1er octobre 2004, Christian Poncelet a eu un nouveau quitus pour un troisième mandat, réélu dès le premier tour avec 191 voix sur 308, contre 116 à Jean-Pierre Bel, 1 à Robert Badinter (non candidat), et 17 blancs ou nuls. Notons que ce fut l’ancien Premier Ministre Pierre Mauroy, devenu sénateur, qui a présenté la candidature de Jean-Pierre Bel, président du groupe socialiste, et que ce dernier fut élu Président du Sénat en octobre 2011, première fois qu’un socialiste fut élu à ce poste (en 2014, Jean-Pierre Bel ne se représenta même pas au renouvellement de son mandat de sénateur). Dans une allocution peu différente de la précédente, Christian Poncelet termina : « Je voudrais, mes chers collègues, vous assurer d’une double ambition. La première tient à ma volonté, chevillée au corps, d’être le président de tous les sénateurs, car, au-delà de nos légitimes différences de sensibilité politique, nous avons tous en commun d’être viscéralement attachés à notre institution. (…) Ma seconde ambition, c’est d’être le Président d’un Sénat moderne, dynamique et utile, où chacun d’entre vous, femme, homme, ancienne, ancien, nouvelle, nouveau, trouve sa place, toute sa place, au service de notre République, une République apaisée, une République ressourcée, une République revivifiée. ».

Je ne sais pas très bien comment il faisait pour, au moment le plus "fort", gérer la mairie de Remiremont, le conseil général des Vosges et présider le Sénat, ce qui lui conférait la deuxième place de l’État selon le protocole républicain, et appelé éventuellement à assurer l’intérim de la Présidence de la République. D’autant plus que, contrairement à Alain Poher, Christian Poncelet fut un Président du Sénat très actif. Il a multiplié les rencontres annuelles avec les "forces vives" du pays, en particulier, car c’était un domaine qui l’intéressait, avec les entrepreneurs, avec les chercheurs et avec les enseignants.

L’une des réalisations concrètes et utiles de Christian Poncelet comme Président du Sénat, ce fut le concours Tremplin Entreprises commencé dès l’année 1999 (quelques mois après son arrivée), en partenariat avec l’ESSEC (école de commerce), qui récompensait et aidait chaque année des porteurs de projets d’entreprises innovantes. Parmi d’autres réalisations, les Rendez-vous citoyens, une journée aussi sur l’apprentissage, la création de la chaîne de télévision Public-Sénat, la promotion du Musée du Luxembourg et l’affichage de photographies sur les grilles du jardin du Luxembourg, etc. Sa volonté était que le Sénat fût partie prenante de la société d’aujourd’hui.

Parallèlement à la modernisation du Sénat, Christian Poncelet a eu quelques actions diplomatiques notamment avec Israël, la Russie et la Chine populaire. Dans ses prises de position, il fut parmi les rares (avec Raymond Barre et Charles Pasqua) à s’être opposé au quinquennat lors du référendum de 2000 en proposant un septennat non renouvelable immédiatement.

Christian Poncelet a également été élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques le 27 janvier 2003 contre …Yves Guéna, gaulliste comme lui et Président du Conseil Constitutionnel. On ne peut pas dire qu’il a beaucoup travaillé dans cette auguste académie, mais il avait déjà planché avant d’y être coopté pour une conférence le 21 mars 2000 sur un thème un peu rébarbatif : "L’État et les collectivités locales". Il y posait d’ailleurs une question qui intéresse toujours aujourd’hui les élus locaux : « Les actes des collectivités locales sont donc, juridiquement, "mortels", c’est-à-dire qu’ils peuvent être contestés et annulés. C’est, en quelque sorte, la rançon de la liberté. Faut-il pour autant accepter la progression de l’insécurité juridique qui entoure l’action publique locale et dont on sait qu’elle est une des causes majeures de l’hémorragie des vocations à exercer des mandats électifs locaux ? ».

Il y répondait ainsi : « À l’évidence non ! Bien au contraire, cette tendance doit être combattue en recherchant notamment une clarification des législations applicables dans un certain nombre de domaines ainsi qu’une modernisation de la conception du contrôle exercé par l’État sur les actes des collectivités locales. ».

Et il terminait son long exposé ainsi : « En définitive, l’enjeu me paraît simple : il s’agit de savoir quelle décentralisation nous voulons pour la France. (…) Pour ma part, je n’oublie pas cette phrase du Général De Gaulle qui écrivait dans "Vers l’armée de métier" : "La seule voie qui conduise à l’esprit d’entreprise, c’est la décentralisation". La naissance d’une République territoriale, fondée à la fois sur un État réformé et un véritable gouvernement local, est au cœur d’une démarche volontariste : rapprocher, pour ne pas dire réconcilier, nos concitoyens avec la chose publique. Tel est le sens de mon action à la Présidence du Sénat, pour une France moderne, dynamique et solidaire. ».

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À plus de 80 ans, Christian Poncelet ne s’est pas représenté au Plateau pour un quatrième mandat. La succession se transforma en duel entre l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin et son ancien Ministre du Travail Gérard Larcher. Ce dernier fut élu en octobre 2008, puis battu en octobre 2011 par un socialiste (Jean-Pierre Bel), puis Gérard Larcher fut réélu en octobre 2014 et octobre 2017 (et compte bien l’être une nouvelle fois dans quelques jours).

Il est toujours difficile de lâcher prise, surtout quand on a eu autant de pouvoir aussi longtemps. En octobre 2004, Christian Poncelet s’était quand même présenté pour un ultime mandat sénatorial (de dix ans), et il a poursuivi sa tâche de président du conseil général jusqu’en mars 2015 ! En mars 2011, il a vu sentir le vent du boulet : une fronde parmi les conseillers généraux dont certains lui proposaient de prendre sa retraite a fait qu’il s’est retrouvé ex æquo avec un concurrent, Philippe Faivre. Il fut élu uniquement au bénéfice de l’âge (là, il était imbattable !).

Progressivement, il quitta ses mandats électoraux : le Sénat en septembre 2014 et le conseil général des Vosges en mars 2015 (il avait déjà 87 ans !), il avait quitté la mairie de Remiremont dès mars 2001 en raison de la loi sur le cumul des mandats. Il y a probablement une ivresse de l’activité politique, des réseaux, de l’influence, du pouvoir, de la reconnaissance des électeurs qui fait qu’on peut difficilement se retirer, car n’imaginant pas le moment d’une retraite pourtant bien méritée.

Alors Président de la République, François Hollande a remis à Christian Poncelet, en même temps qu'à Françoise Gaspard (ex-députée-maire de Dreux) et Robert Namias (journaliste), le 30 septembre 2015 en fin d'après-midi, dans les salons dorés de l'Élysée, les insignes d'officier de la Légion d'honneur dont il était fier : « Vous êtes un grand élu de la République. (...) Vous n'avez jamais perdu une élection et cumulé 147 années de mandats publics. Il n'y a qu'à la Présidence de la République où vous n'avez pas été élu. Mais bon, c'est juste parce que vous ne vous êtes pas présenté ! ». Nul doute que le Sénat et la République honoreront sa mémoire dans les prochains jours à la hauteur de l’importance qu’il avait prise dans la classe politique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Christian Poncelet.
Jean-François Deniau.
Lionel Stoléru.
La succession de Christian Poncelet en 2008.
Antoine Rufenacht.
Christian Estrosi.
François Baroin.
Frédéric Péchenard.
Christine Lagarde.
Michel Noir.
Henry Chabert.
Francisque Collomb.
Hervé Morin.
François Fillon.
Alain Juppé.
Albin Chalandon.
Jean Castex.
Franck Riester.
Roselyne Bachelot.
Gérald Darmanin.
Édouard Philippe.
François Léotard.
Cohabitation.
Alain Carignon.
Jérôme Monod.
De Gaulle.
Nicolas Dupont-Aignan.
Luc Ferry.
Claude Malhuret.
Claude Goasguen.
Philippe Séguin.
Jacques Toubon.
Pierre-Christian Taittinger.
Jacques Chirac.
Patrick Devedjian.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200911-christian-poncelet.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/christian-poncelet-roi-des-vosges-227043

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/11/38528141.html






 

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29 mai 2020 5 29 /05 /mai /2020 03:27

« Claude Goasguen vient de partir, emporté par cette saloperie. Qu’importe ce que la politique peut en dire, il était mon ami et j’étais le sien, depuis nos vingt ans. Et tous les deux nous le savions. » (François Bayrou, le 28 mai 2020 sur Twitter).



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Parti ce jeudi 28 mai 2020 (le même jour que l’humoriste Guy Bedos) à l’âge de 75 ans (il est né le 12 mars 1945 à Toulon) des suites du covid-19 (il était hospitalisé depuis le 24 mars 2020), le député LR de Paris Claude Goasguen fait hélas partie, comme Patrick Devedjian et quelques autres élus ou anciens élus, des centaines de milliers de victimes de cette saleté de pandémie qui n’en finit pas de meurtrir l’ensemble de l’humanité. Il avait participé à un meeting électoral pour soutenir Rachida Dati aux municipales à Paris le 9 mars 2020, mais rien ne prouve que ce fût la cause de sa contamination.

Pendant longtemps, membre du CDS (Centre des démocrates sociaux), le parti centriste de Jean Lecanuet, Pierre Méhaignerie et François Bayrou, Claude Goasguen détonnait un peu dans l’ambiance feutrée et pondérée des congrès centristes. Maître de conférences à Paris-Villetaneuse, avec son imposante carrure, Claude Goasguen n’hésitait pas à marteler, sans doute fut-il le premier à le faire, que dans certains quartiers, juste de l’autre côté des murs de l’université, lui qui y enseignait le droit, il voyait des zones de non-droit et que c’était inacceptable pour la République. C’était dans les années 1990. On imagine ce que cela signifiait comme position sur l’immigration, par exemple, il n’était pas loin de penser que seule la fermeté devait primer pour préserver l’ordre et le droit pour le respect des valeurs républicaines.

En l’écoutant, je m’étais toujours demandé ce qu’il faisait au CDS, d’autant plus qu’il en fut même, entre 1995 et 1998, le secrétaire général (numéro deux), quand le CDS a opéré sa mue en Force démocrate et, en même temps, secrétaire général de l’UDF. Quand son ami François Bayrou, succédant à François Léotard, a pris la présidence de l’UDF en 1998, il était question d’en finir avec la structure confédérale de chapelles et de procéder à la fusion de toutes les composantes.

Alain Madelin, connu pour ses options libérales et adversaire de François Bayrou à la présidence de l’UDF, refusa cette fusion pour préserver la spécificité du courant libéral en France, et créa Démocrate libérale (DL) et s’est posé en parti indépendant du reste de la constellation centriste, jusqu’à, ensuite, rejoindre le RPR au sein de l’UMP lors de sa fondation en 2002. Claude Goasguen, ami depuis toujours d’Alain Madelin, a alors quitté la nouvelle UDF en 1998 et a rejoint DL à sa création (et en fut le vice-président). Claude Goasguen, à l’UMP puis LR, est devenu par la suite une figure marquante de la droite classique parisienne.

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Il me semble d’ailleurs que, comme Alain Madelin, Gérard Longuet et Patrick Devedjian, Claude Goasguen a commencé son engagement politique, président de la corpo de droit à Assas, à la fin des années 1960, du côté de l’extrême droite (Occident : « une erreur de jeunesse »), mais par convictions libérales, il a ensuite adhéré aux Républicains indépendants de Valéry Giscard d’Estaing (comme Alain Madelin) pendant les années 1970. Docteur en droit en 1976, il se destinait à une carrière universitaire : il a enseigné le droit à l’Université de Paris-Villetaneuse de 1969 à 1986, et fut doyen de la faculté de droit de 1982 à 1984. Dans les années 2000, il a enseigné le droit à HEC et fut également par la suite avocat au barreau de Paris.

Il est entré dans le monde politique avec la nomination de René Monory au Ministère de l’Éducation nationale en mars 1986, dans la première cohabitation. Claude Goasguen fut son conseiller technique chargé des relations avec les entreprises et avec les acteurs de la formation professionnelle. Ce parcours expliquait le choix du CDS : René Monory était l’un des grands notables du CDS et Claude Goasguen est rentré par cette porte dans la vie politique. Il est souvent des choix dictés plus par les relations que par les traditions politiques.

Claude Goasguen a vu ainsi sa carrière bondir : dès 1987, il fut nommé inspecteur général de l’éducation nationale, puis recteur d’académie, directeur du CNED (Centre national d’enseignement à distance) de décembre 1987 à janvier 1991, parallèlement à un début de carrière politique. En effet, à partir de mars 1983, Claude Goasguen fut élu et réélu conseiller de Paris (jusqu’à sa mort), également conseiller de la métropole du Grand Paris depuis le 21 janvier 2016, et conseiller régional d’Île-de-France de mars 1986 à mai 1993.

Claude Goasguen fut élu adjoint au maire de Paris du 20 mars 1989 au 18 mars 2001 (adjoint de Jacques Chirac chargé des affaires étrangères, puis adjoint de Jean Tiberi chargé des affaires scolaires et universitaires). Mais hostile à la poursuite du mandat de Jean Tiberi, et encouragé par Jacques Toubon, le 6 mars 1998, Claude Goasguen fonda et présida un groupe dissident regroupant un tiers des élus UDF-RPR pour demander à Jean Tiberi de démissionner (il faut noter que la démission d’un tiers de l’ensemble d’un conseil municipal entraîne l’élection d’un nouveau conseil municipal, mais Claude Goasguen n’a pas réussi à réunir suffisamment de conseillers de Paris pour menacer le maire d’une telle perspective).

Puis, après l’échec de Philippe Séguin aux municipales de Paris de mars 2001, il fut dans l’opposition municipale, présidant même le groupe UMP au Conseil de Paris du 11 octobre 2002 (après la démission de Philippe Séguin) au 25 septembre 2006, laissant ensuite la présidence (il est devenu vice-président) à Françoise de Panafieu arrivée en tête au premier tour de la primaire UMP organisée en septembre 2006 pour les municipales de mars 2008 (initialement prévues en mars 2007). À cette primaire, Claude Goasguen était arrivé en deuxième place (devant Pierre Lellouche et Jean Tiberi), mais a renoncé à poursuivre le processus électoral dans un souci d’unité et s’est désisté en faveur de sa concurrente entre les deux tours.

Ce fut la deuxième cohabitation qui l’a hissé sur la scène nationale : suppléant du député Jacques Toubon, lorsque ce dernier fut nommé Ministre de la Culture, Claude Goasguen l’a remplacé au Palais-Bourbon. Il fut ainsi député du 13e arrondissement de mai 1993 à mai 1995. Comme beaucoup de personnalités parisiennes, Claude Goasguen a soutenu la candidature de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1995, malgré son appartenance à l’UDF qui soutenait très majoritairement la candidature du Premier Ministre Édouard Balladur.

Cette fidélité chiraquienne lui a valu une nomination au sein du premier gouvernement du nouveau Premier Ministre Alain Juppé, comme Ministre de la Réforme de l’État, de la Décentralisation et de la Citoyenneté, un portefeuille nouveau créé à sa mesure, du 18 mai 1995 au 7 novembre 1995. Il est entré au gouvernement sur le quota du CDS, comme UDF-chiracocompatible, et avec la nomination d’Alain Madelin, qui avait soutenu, lui aussi, la candidature de Jacques Chirac (ils étaient rares), au Ministère de l’Économie et des Finances, une consécration, mais de courte durée puisque le chef du courant libéral français a été évincé du gouvernement dès le 26 août 1995 après une erreur de communication (ce qui l’a conduit à se présenter à l’élection présidentielle de 2002).

Comme François Baroin, et surtout, comme de nombreuses "Juppettes", Claude Goasguen a été débarqué du gouvernement le 7 novembre 1995 et ne fut jamais rappelé par aucun autre Président de la République ni Premier Ministre. De quoi ressentir un peu d’amertume, car ce n’est pas en cinq mois qu’on peut faire quelque chose dans un ministère. Une sorte de gâchis ministériel. Qu’importe : il lui restait Paris et le ministère du verbe qu’il a su utiliser à merveilles.

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Contrairement aux "héritiers", Claude Goasguen s’est implanté électoralement dans le 16e arrondissement de Paris en s’attaquant à des sortants qui étaient des proches en politique. C’était vrai qu’il lui fallait une circonscription parisienne pour redevenir député et sa première circonscription n’était pas la sienne mais celle de Jacques Toubon.

Claude Goasguen fut parmi les rares personnalités de la majorité présidentielle à avoir "profité" de la dissolution de 1997 : en effet, il a conquis la circonscription de l’indéboulonnable Georges Mesmin (1926-2019), député CDS du 16e arrondissement depuis mars 1973. Claude Goasguen, avec l’investiture de l’UDF et du CDS, a battu Georges Mesmin au second tour le 1er juin 1997 avec 65,3% (au premier tour, il était arrivé en tête avec 40,8% suivi de Georges Mesmin 20,8%). Il fut ainsi élu et réélu député du 16e arrondissement de mai 1997 jusqu’à sa mort, parmi les députés les mieux élus de France, dès le premier tour le 9 juin 2002 (avec 61,2%), le 10 juin 2007 (avec 65,8%) et le 10 juin 2012 (avec 58,1%), et en raison du bouleversement macronien, il gagna, de justesse cette fois-ci, le second tour le 18 juin 2017 avec 52,4%, après un ballottage très défavorable (38,0% contre 44,2% à la candidate LREM).

C’était avec le même esprit de conquête qu’il s’est "emparé" de la mairie du 16e arrondissement de Paris. En effet, le maire sortant, Pierre-Christian Taittinger (1926-2009), sénateur et ancien ministre, conseiller de Paris depuis 1953, était maire depuis le 19 mars 1989 (succédant à Georges Mesmin), et à la surprise générale, il fut battu lors de la séance inaugurale, le 29 mars 2008, par Claude Goasguen, qui resta maire du 16e arrondissement jusqu’au 11 juillet 2017 (il a dû démissionner pour rester député tout en restant en conformité avec les dispositions législatives contre le cumul des mandats).

Intégré complètement à l’UMP en 2002, Claude Goasguen en fut, en 2005, le délégué général chargé des universités et de la recherche, puis, en 2014, le secrétaire national chargé du Grand Paris. Parmi ses prises de position internes, Claude Goasguen a soutenu la candidature de Jean-François Copé à la présidence de l’UMP en automne 2002 (contre François Fillon), puis a soutenu celle de Nicolas Sarkozy à la primaire LR de 2016 (contre Alain Juppé et François Fillon), puis celle du juppéiste Maël de Calan pour la présidence de LR en décembre 2017 (contre Laurent Wauquiez), celle de Julien Aubert pour la présidence de LR en octobre 2019 (contre Christian Jacob et Guillaume Larrivé), et enfin celle de Rachida Dati aux municipales de Paris en 2020 (Claude Gosguen était toutefois prêt à une grande alliance LR-LREM pour tout faire pour battre la maire sortante Anne Hidalgo). Dans ses choix politiques, il a également annoncé son soutien à Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle de 2017 (contre Marine Le Pen).

Ne mâchant jamais ses mots, Claude Goasguen a adopté souvent les idées d’une droite musclée sur l’immigration, la sécurité, les questions de société, etc. tout en soutenant les options libérales sur le plan économique et fiscal.

L’Élysée a fait savoir ce 28 mai 2020 qu’Emmanuel Macron adressait ses condoléances respectueuses à la famille de Claude Goasguen, fils d’un marin breton : « Forte tête, cet ancien joueur de rugby qui aimait les mêlées était aussi dans l’arène du Palais-Bourbon un bretteur impétueux et érudit. Passionnément libéral, pourfendeur de l’antisémitisme, soutien d’Israël, défenseur des Chrétiens d’Orient, amoureux des belles lettres et du septième art, il aura soutenu tous les combats qui lui tenaient à cœur avec l’éloquence d’un puissant orateur et la rigueur d’un brillant juriste, le verbe haut et la pensée claire. Le Président de la République salue une grande voix politique qui manquera au débat républicain. ».

Requiescat in pace.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Claude Goasguen.
Philippe Séguin.
Jacques Toubon.
Pierre-Christian Taittinger.
Jacques Chirac.
Christian Poncelet.
Patrick Devedjian.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200528-claude-goasguen.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/claude-goasguen-un-centriste-qui-n-224766

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 03:44

« J’ai rassemblé des gens qui m’étaient hostiles. » (Patrick Devedjian, le 31 mars 2011 lors de sa réélection à la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine).


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La nouvelle a ému toute la classe politique parce qu’il en faisait partie, avec sa singularité et son importance. Probablement qu’il lui a manqué "les" responsabilités dans lesquelles il se serait épanoui, sans nul doute le Ministère de la Justice.

Patrick Devedjian, alors président du conseil départemental des Hauts-de-Seine depuis le 1er juin 2007, succédant à Nicolas Sarkozy, est mort ce dimanche 29 mars 2020 à l’hôpital d’Antony de cette saleté de covid-19, en pleine pandémie. Il avait officiellement annoncé qu’il avait été contaminé le 26 mars 2020 et tout le monde pensait qu’il était en voie de guérison (il était fatiguée mais remontait la pente, avait-il affirmé), mais son état s’est rapidement dégradé. Il avait 75 ans, né le lendemain de la Libération de Paris, le 26 août 1944 à Fontainebleau, d’un père arménien.

Je dois avouer que les comportements politiques de Patrick Devedjian m’ont longtemps irrité car son engagement faisait de lui un lieutenant snipper peu scrupuleux sur la nécessaire bonne foi en politique (il fut porte-parole du RPR entre 1999 et 2001, mais surtout, proche de Nicolas Sarkozy pendant trente ans, c’est-à-dire son porte-flingue). Or, il s’est véritablement révélé (et j’ai commencé à l’apprécier vraiment) lorsqu’il s’est dégagé, par nécessité, de la tutelle de Nicolas Sarkozy. N’ayant plus besoin de protéger son mentor (devant même se protéger de lui !), Patrick Devedjian s’était alors émancipé et devenait lui-même, un homme raisonnable et finalement, très efficace en politique, avec son propre style. Sa disparition en a été ainsi plus troublante et brutale.

Un échec à l’IEP Paris (un de ses fils est devenu par la suite énarque), mais des études de droit à Assas, où il ferraillait avec l’extrême droite (Occident) aux côtés d’Alain Madelin, Gérard Longuet, etc., une erreur de jeunesse qu’il a assumée mais regrettée, comme ses autres compagnons qui, comme lui, sont devenus de respectables ministres de la République.

Le tournant des années 1970 a été celui de la respectabilité. Trentenaire, Patrick Devedjian est devenu un redoutable avocat parisien (il fut l’avocat de Jacques Chirac et de Charles Pasqua dont il était un proche) et s’est inscrit à l’UDR puis a participé à la fondation du RPR en 1976 (il corédigea les statuts du RPR avec Charles Pasqua).

En clair, il était un des jeunes loups du RPR, mécanique politicienne très huilée des Hauts-de-Seine, prêts à conquérir le pays, qu’on pouvait appeler les "Pasqua boys" aux côtés de Patrick Balkany à Levallois-Perret, Nicolas Sarkozy, etc. Il n’a cependant pas réussi à se faire élire dans les années 1970 : ni maire d’Antony en mars 1977, ni député en mars 1978, ni député en juin 1981, ni conseiller général en mars 1982, ni maire d’Antony en mars 1983…

Cependant, l’invalidation des élections municipales d’Antony de mars 1983 lui a donné sa première victoire électorale, Patrick Devedjian fut ainsi élu et réélu maire d’Antony du 16 octobre 1983 au 30 mai 2002, jusqu’à la démission pour raison de non-cumul (il resta second adjoint et président de la communauté d’agglomération des Hauts de Bièvres jusqu’au 27 octobre 2005). Rappelons d’ailleurs que parmi ses adjoints à Antony, Patrick Devedjian avait nommé Jean-Yves Le Gallou, un énarque membre du cabinet d’Alain Griotteray, à l’époque encarté au PR (le parti de Valéry Giscard d’Estaing et François Léotard) et qu’il l’a limogé en 1985 lorsque l’adjoint a rejoint le FN.

Au même moment, Nicolas Sarkozy avait réussi à capter la mairie de Neuilly-sur-Seine le 29 avril 1983 au nez et à la barbe de Charles Pasqua (à la mort d’Achille Peretti), et Patrick Balkany a été élu maire de Levallois-Perret le 14 mars 1983. Ce furent la première "vague" du sarkozysme naissant. Et tout au long des décennies suivantes, Patrick Devedjian fut un très proche de Nicolas Sarkozy.

Parallèlement, il fut élu député des Hauts-de-Seine la première fois le 16 mars 1986 (au scrutin proportionnel) et fut réélu sans discontinuité dans la circonscription de Bourg-la-Reine, Sceaux, Châtenay-Malabry et Antony jusqu’en juin 2017 où il renonça à sa candidature pour des raisons de non-cumul. Limité aussi par le cumul, il ne fut élu conseiller général de Bourg-la-Reine qu’en mars 2004 jusqu’à sa mort (conseiller départemental à partir de mars 2015), d’abord vice-président du conseil général puis, à partir de 2007, président du conseil général des Hauts-de-Seine (successeur de Nicolas Sarkozy et auparavant, de Charles Pasqua). Il fut à ce titre président de l’Établissement public pour l’aménagement de la région de La Défense (EPAD) du 27 septembre 2007 au 4 décembre 2009. Puis de l’institution qui lui a succédé (Defacto) de 2010 à 2018.

Malgré la proximité avec Jacques Chirac (dont il fut l’avocat dans les années 1970), Patrick Devedjian a choisi de soutenir Édouard Balladur à l’élection présidentielle de 1995 comme Nicolas Sarkozy, ce qui lui a valu la même disgrâce que son mentor.

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La réélection de Jacques Chirac en mai 2002 sur des thèmes sécuritaires a placé Nicolas Sarkozy en position incontournable au sein du nouveau parti majoritaire UMP (fusion entre l’UDF et le RPR). Très logiquement, Nicolas Sarkozy retourna au gouvernement en position de force avec quelques fidèles auprès de lui, dont Patrick Devedjian qui fut membre des trois gouvernements de Jean-Pierre Raffarin.

Ainsi, lorsque Nicolas Sarkozy était à l’Intérieur, Patrick Devedjian fut nommé Ministre délégué auprès de Nicolas Sarkozy chargé des Libertés locales, du 7 mai 2002 au 30 mars 2004, puis, il a suivi Nicolas Sarkozy à Bercy comme Ministre délégué auprès de Nicolas Sarkozy chargé de l’Industrie du 31 mars 2004 au 31 mai 2005. L’arrivée de Dominique de Villepin à Matignon l’a exclu du gouvernement suivant. Entre-temps, Nicolas Sarkozy s’était fait élire président de l’UMP le 28 novembre 2004, et devenait le candidat évident de l’UMP à la succession de Jacques Chirac.

L’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République le 6 mai 2007 aurait donc dû être, pour Patrick Devedjian, la consécration de sa carrière politique. Il s’imaginait être son Garde des Sceaux, Ministre de la Justice. Des responsabilités que le nouveau Président lui aurait promises. Rachida Dati fut nommée place Vendôme.

À la place de cela, il a hérité de la tête de l’UMP, c’était une responsabilité assez limitée dans une configuration où l’Élysée contrôlait tout. Patrick Devedjian fut ainsi désigné secrétaire général de l’UMP du 25 septembre 2007 au 5 décembre 2008.

Dès la formation du premier gouvernement de François Fillon, en mai 2007, Patrick Devedjian pestait et rouspétait. Il ne comprenait pas pourquoi Nicolas Sarkozy voulait l’ouvrir à des personnalités qui avaient voté contre lui à l’élection présidentielle, comme Bernard Kouchner et quelques autres. C’était l’ouverture sarkozyenne. Ayant un certain talent dans l’humour, Patrick Devedjian avait alors lâché une phrase qui a fait date à cette occasion : « Je suis pour un gouvernement d’ouverture, y compris aux sarkozystes, c’est tout dire ! », ce qui lui a valu d’être lauréat du Prix Press Club humour et politique le 8 février 2008.

Néanmoins, Patrick Devedjian fut quand même appelé au gouvernement après la grave crise financière de 2008. Il fut nommé Ministre auprès du Premier Ministre chargé de la Mise en œuvre du plan de relance, du 5 décembre 2008 au 14 novembre 2010. Un poste unique qui convenait à ses compétences (il avait déjà été ministre de l’Industrie) mais cette nomination pouvait être un moyen, pour Nicolas Sarkozy, de le faire sortir du secrétariat général de l’UMP (il fut remplacé par Xavier Bertrand).

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Donc, l’élection de Nicolas Sarkozy, loin de l’avoir hissé dans une sorte d’aristocratie élyséenne, l’a ramené au bord du chemin politique. Tant pis pour les fonctions nationales, et concentration sur ce qui l’a motivé les douze dernières années de sa vie : la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine (rappelons que le département est particulièrement riche et cette fonction a donc un fort enjeu financier, social, industruel et politique). Nicolas Sarkozy ne pouvait pas ne pas lui laisser cette présidence dès lors qu’il ne l’avait pas intégré dans le gouvernement. Mais probablement qu’il le regretta par la suite.

En effet, un an après son élection, Patrick Devedjian déclara à "L’Express" le 17 juillet 2008 : « Dans la continuité de ce qu’avait engagé Nicolas Sarkozy, je suis amené à nettoyer les écuries d’Augias. ». Rappelons que l’attaque était portée contre Charles Pasqua, qui fut le seigneur des Hauts-de-Seine du 5 octobre 1973 au 30 mars 1976 et du 7 octobre 1988 au 14 mai 2004. En clair, une telle déclaration le mettait en difficulté avec de nombreux conseils généraux de sa majorité ayant participé à l’épopée Pasqua.

En fait, dès les élections cantonales de mars 2008, son premier renouvellement, les difficultés arrivaient pour Patrick Devedjian. D’abord, le fils de Nicolas Sarkozy, Jean Sarkozy, étudiant de 21 ans, s’est fait élire conseiller général de Neuilly-Sud. Il s’est même fait élire président du groupe UMP au conseil général des Hauts-de-Seine. Difficile d’être plus surveillé. En automne 2009, Jean Sarkozy a cherché à lui prendre la présidence de l’EPAD (La Défense) et finalement, les protestations de toutes parts l’ont fait renoncer.

Ensuite, lors du renouvellement de mars 2011, les Balkany ont cherché à le remplacer à la tête du département (Isabelle Balkany voulait lui succéder). La lutte fut féroce. Patrick Balkany expliquait dans le "Journal du dimanche" du 5 février 2011 : « Sur le fond, Patrick Devedjian dit des c@nneries. Nous n’avons jamais eu le moindre problème e remboursement avec qui que ce soit, les propos de Patrick Devedjian ne sont que des âneries. (…) Il n’est aujourd’hui plus crédible. Tout ce qui sort de sa bouche est du fiel, de la haine. » [Patrick Devedjian avait évoqué l’immense endettement de la ville de Levallois-Perret]. Finalement, Patrick Devedjian fut réélu conseiller général, mais certains sortants sarkozystes furent battus, dont la prétendante Isabelle Balkany. Pas de bataille au sommet, donc. Patrick Devedjian fut ainsi réélu président du conseil général le 31 mars 2011, puis réélu encore en mars 2015.

Patrick Devedjian fut par ailleurs élu président de Paris Métropole du 19 décembre 2014 à décembre 2015 (syndicat d’études à ne pas confondre avec la Métropole du Grand Paris).

Après l’élection présidentielle de 2012 et l’échec de Nicolas Sarkozy, Patrick Devedjian avait soutenu la candidature de François Fillon à la présidence de l’UMP (contre celle de Jean-François Copé) puis la candidature d’Alain Juppé à la primaire LR. Il faisait partie des barons du parti LR, courtois avec la nouvelle majorité dirigée par Emmanuel Macron.

D’une grande culture, passionné par les arts, vice-président des Amis du Louvre, Patrick Devedjian a succombé au covid-19 qui est une saleté en forme de grande loterie : alors, protégeons-nous, restons chez nous !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 mars 2020)
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Pour aller plus loin :
Patrick Devedjian.
Jacques Chirac.
François Baroin.
François Fillon.
Rachida Dati.
Nicolas Sarkozy.
Patrick Balkany.
Christian Jacob.
Européennes 2019 : les six surprises françaises du scrutin du 26 mai 2019.
François-Xavier Bellamy.
Guillaume Larrivé.
Édouard Philippe.
Alain Juppé.
Jean-Louis Debré.
Dominique de Villepin.
Christian Estrosi.
La fondation de Les Républicains le 1er juin 2015.
Les Républicains en ordre de marche ?
Laurent Wauquiez.
Résultats détaillés de l’élection du président de LR le 10 décembre 2017.
L’élection du président de l’UMP le 29 novembre 2014.
Le retour aux listes nationales pour les européennes.
Mathématiques militantes.
Rapport de refondation de la droite du 7 novembre 2017 (à télécharger).
Les Républicains en pleine introspection.
Les Républicains, parti des expulsions.
La primaire LR de novembre 2016.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Raffarin.
Xavier Bertrand.
Valérie Pécresse.
Jean-François Copé.
Nathalie Kosciusko-Morizet.
Bruno Le Maire.
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
Michel Barnier.
Bernard Debré.
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Patrick Ollier.
Charles Pasqua.
Marie-France Garaud.
Édouard Balladur.
Cinquième République.

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/patrick-devedjian-le-sarkozyste-222813

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23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 05:40

« Ce qui perd toujours le vainqueur, c’est de croire en sa suprématie alors qu’il ne devrait considérer que la faiblesse de son adversaire. » (Pierre Juillet, le 10 juillet 1981).




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L’éminence grise du Président Georges Pompidou et le mentor de Jacques Chirac, le conseiller de l’ombre Pierre Juillet est né il y a 100 ans le 22 juillet 1921 à Vallière. Être né en juillet quand on s'appelle Juillet, quoi de plus logique pour ce gaulliste réputé arrogant et intransigeant ? C’est l’occasion de mettre un coup de projecteur sur cet homme très mystérieux qui a acquis une énorme influence politique dans les années 1960 et 1970.

Il est mort il y a un peu plus de vingt et un ans, le 23 décembre 1999 à Vallière (il s’était retiré dans ses terres natales, dans la Creuse, éleveur de moutons), et il aurait été amusant de l’imaginer dans notre période contemporaine. Nul doute qu’il aurait pris la posture du souverainiste obtus, prêt à tomber dans des travers dans lesquels certains anciens gaullistes sont aujourd’hui tombés dans la haine de la construction européenne, la haine des centristes, la haine de la globalisation des échanges économiques et probablement aussi la haine du modernisme.

Tout cela est évidemment de l’uchronie, mais le personnage, qui a toujours voulu laisser un voile de secret autour de sa personne, sans doute pour être tranquille et surtout libre, fait presque partie de la mythologie gaullienne alors qu’il était avant tout un gardien du temple pompidolien, et sans doute aussi celui qui a encouragé le gaullisme à prendre la voie d’un conservatisme de droite que je qualifierais de nostalgique, celui d'un ancien monde plus monarchiste que républicain.

Sa vie a commencé comme un film d’aventure quand on a 19 ans au début de l’Occupation. Pierre Juillet s’est donc engagé dans la Résistance, a même été blessé, et a failli se faire tuer par des combattants communistes à la Libération, le prenant pour un autre (d’où un anticommunisme viscéral). Comme pour beaucoup de personnalités de sa génération, ce fut son véritable passeport d’après-guerre, un passe salutaire, de vertu.

Il a fait des études de droit et est devenu avocat au barreau de Paris puis à Limoges sous la Quatrième République (il s’ennuyait à Paris, était peu "dîner mondain"). Le blog De viris illustribus le décrit comme « un jeune avocat cultivé et érudit, qui lit Cicéron et Lucrèce dans le texte, mais c’est aussi un homme solitaire et d’un abord assez froid et distant. Sa physionomie lui vaut de ne pas passer inaperçu. De petite taille, les cheveux bruns coiffés en brosse, une pipe à la bouche et une cape posée sur les épaules, il semble comme sorti d’un autre temps. ».

Ses origines familiales ont été très importantes dans l’éclosion de son sens politique. Son père Armand Juillet (1888-1964) a été le directeur de cabinet du Président du Conseil André Tardieu entre les deux guerres, c’est-à-dire son premier collaborateur. Son grand frère Jacques Juillet (1918-2011) fut préfet de région. Au-delà de l’aspect service de l’État, il faut voir aussi dans les fonctions de son père une véritable volonté d’instaurer en France des institutions qui tiennent la route. André Tardieu, dont Pierre Juillet connaissait par cœur des discours entiers, fut l’un des rares hommes politiques de la Troisième République (avec Alexandre Millerand notamment) à avoir compris la nécessité de réformer les institutions qui donnaient trop de pouvoir aux partis et aux intérêts particuliers au détriment du gouvernement soumis à une instabilité congénitale. Pas étonnant qu’il ait trouvé dans le gaullisme cette idée que cette réforme était possible, exposée dans les grandes lignes lors du discours de Bayeux le 16 juin 1946, et mise en place avec la fondation de la Cinquième République.

Adhérent du RPF à sa création en 1947, marié à une assistante de De Gaulle en 1950, chargé de mission au RPF pour le Limousin en 1951, il refusa d’être le directeur de cabinet de De Gaulle en 1954 sur recommandation de Georges Pompidou. De Gaulle est allé le visiter chez lui, dans la Creuse, et le jeune avocat en a profité pour lui faire rencontrer son père et parler d’André Tardieu qu’admirait beaucoup De Gaulle. Entre 1954 et 1958, Pierre Juillet a travaillé à Bruxelles auprès de Paul Winkler, patron d’Opera Mundi. Certains ont raconté qu’il était également agent secret à l’époque. On ne prête qu’aux riches, c’est valable pour les personnes mystérieuses.

Pierre Juillet a rejoint l’aventure gaullienne en mai 1958 comme chef de cabinet du Ministre de l’Information puis des Affaires culturelles André Malraux. Il a travaillé notamment avec Emile Biasini et Pierre Moinot. Mais il a quitté André Malraux dès 1959, très lassé de ce travail avec un ministre qu’il ne considérait pas beaucoup comme efficace, pour diriger une société de taxis parisiens. Et puis, d’avril 1962 à avril 1974, il est devenu le collaborateur le plus proche de Georges Pompidou, d’abord Premier Ministre puis Président de la République. Il était celui qui se salissait les mains pour la cuisine politicienne, chargé de gérer les fonds secrets de l’UNR, de préparer les élections eb déterminant les investitures, etc. Ils se voyaient tous les jours, hors des processus institutionnels classiques.

Étrange homme qu’était Pierre Juillet, qui n’avait aucune ambition politique personnelle, ne voulait surtout pas être ni élu ni ministre, juste conseiller de l’ombre, discret, efficace dans ses missions, secret, redouté. Un peu à l’instar d’un Jean Monnet qui voyait plus de puissance dans le conseil que dans l’action politique à proprement dite. Pas de livre, pas d’interview, très peu de photos, il voulait rester dans les coulisses, jamais au grand jour.

Je ne suis pas sûr qu’il ait été inscrit dans tous les organigrammes officiels à Matignon ou à l’Élysée. Il était de toute façon "hors hiérarchie". Le 7 janvier 1963, Alain Peyrefitte a noté dans "C’était De Gaulle" que Pierre Juillet était un conseiller technique à Matignon et en tant que Ministre de l’Information, Alain Peyrefitte avait des réunions très régulières à Matignon avec Georges Pompidou, Premier Ministre, Olivier Guichard, chargé de mission auprès de Georges Pompidou, François-Xavier Ortoli, directeur de cabinet à Matignon, Simone Servais, attachée de presse, Pierre Juillet, ainsi que Michel Jobert, directeur adjoint de cabinet et Jean Donnadieu de Vabres, secrétaire général du gouvernement. À l’Élysée, il était chargé de mission auprès du Président de la République. Officiellement chargé des chasses présidentielles !

Plus que gaulliste, Pierre Juillet était pompidolien et a fait recruter à Matignon une jeune agrégée de droit particulièrement brillante, chargée de mission auprès du garde des sceaux Jean Foyer de 1962 à 1967, à savoir Marie-France Garaud, une grande copine de Simone Veil. L’année 1967 était la fin du gaullisme triomphant et le début du pompidolisme au destin national : les élections législatives de mars 1967 ont failli être perdues (à un siège près, on a dit que c’était celui de Jacques Chirac) et Pierre Juillet a commencé à réellement s’activer pour faire de Georges Pompidou le successeur de De Gaulle.

Ces élections de 1967 étaient très importantes. Ce fut Pierre Juillet qui a organisé le fameux serment de Solignac le 4 décembre 1966. Georges Pompidou voulait un renouvellement politique au sein de la majorité, comprendre avoir des députés strictement pompidoliens. Il a ainsi lancé la candidature d’une série de jeunes gaullistes promis à un grand avenir, une dizaine de candidats dans le Sud-Ouest, dans des circonscriptions réputées imprenables à la gauche cassoulet, sous l’égide du jeune maire de Brive, Jean Charbonnel, qui avait réussi à se faire élire député en novembre 1962 (ce dernier a été battu en 1967 par un proche de François Mitterrand, son avocat Roland Dumas). D’autres ont échoué, comme Pierre Mazeaud (futur Président du Conseil Constitutionnel) et deux seulement ont gagné leur premier mandat parlementaire : Bernard Pons, médecin, et surtout Jacques Chirac, conseiller à Matignon depuis 1962, qui a commencé ainsi une très dense carrière politique en Corrèze (ce fut Marcel Dassault, son parrain, qui a financé sa campagne électorale, et Pierre Juillet qui a choisi la circonscription).

Lors du départ de Georges Pompidou de Matignon, en juin 1968, le destin de Pierre Juillet s’est précisé : il a rappelé Marie-France Garaud pour travailler auprès de Georges Pompidou devenu simple député, lâchement attaqué dans l’affaire Markovic. Pierre Juillet a dirigé la cellule de campagne de Georges Pompidou rue de La Tour-Maubourg, pas loin de l’Assemblée Nationale, avec d’autres fidèles, comme Jean Charbonnel, Jean-Philippe Lecat et Olivier Stirn, aussi Édouard Balladur, Michel Jobert, Anne-Marie Dupuy, Simone Servais. L’importance de Pierre Juillet était immense puisqu’il avait ses propres réseaux d’information, dirigeait dans les faits l’UDR et surtout, il décidait des investitures aux futures élections.

Pierre Juillet et Marie-France Garaud ont formé un couple en politique, celui de conseillers de l’ombre de Georges Pompidou, de 1968 à 1974. À Pierre Juillet les orientations générales, l’orthodoxie gaulliste, à Marie-France Garaud leur application dans la cuisine politique.

Ils ont tout fait pour pousser la carrière de Jacques Chirac, le considérant comme le seul héritier possible de Georges Pompidou. Un homme politique fait de A à Z, un bébé de la Cinquième République, qui, rappelons-le, a participé aux conseils des ministres des cinq premiers Présidents de la Cinquième République (le cinquième étant lui-même). Maintenant, il est rare d’avoir un ministre de plus d’un Président de la République, deux à la limite, trois pour l’exception (le cas de Jean-Yves Le Drian).

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À l’élection de Georges Pompidou à l’Élysée en 1974, ce "couple" l’a donc rejoint à l’Élysée où deux clans ont coexisté : celui des conseillers de l’ombre, tout-puissant mais sans réel pouvoir sur le papier, et les "vrais" collaborateurs, de Michel Jobert à Édouard Balladur (tous les deux Secrétaires Généraux de l’Élysée successifs), ou encore Anne-Marie Dupuy, la directrice de cabinet, plutôt agacés par les cuisines d’arrière-cour de ces organisateurs de "coups" politiques.

Pour donner un exemple de son influence, Pierre Juillet était le contact élyséen des Services de renseignements extérieurs, en particulier d’Alexandre de Marenches, directeur général du SDECE de 1970 à 1981, devenu DGSE (son neveu Alain Juillet, diplômé HEC, a travaillé à la DGSE un peu plus tard, comme un de ses directeurs, avant d’être le haut responsable chargé de l’intelligence économique à Matignon, actuellement chroniqueur de géopolitique chez Russia Today France).

Pierre Juillet a donc préempté la délivrance des brevets de bon gaullisme dans une classe politique impressionnée par la gouvernance de De Gaulle, et cela de manière totalement arbitraire, d’autant plus que Pierre Juillet n’a jamais été élu. En particulier, il jugeait Jacques Chaban-Delmas comme un usurpateur du gaullisme, le trouvant trop combinard et beaucoup trop porté à gauche, beaucoup trop libéral, prenant ses conseillers parmi des socialistes ou des syndicalistes (en particulier Jacques Delors et aussi Simon Nora). Il a réussi à obtenir son éviction de Matignon en 1972, malgré la confirmation de la confiance de la majorité parlementaire. Avant cette éviction, sans succès, Pierre Juillet avait réclamé le limogeage de Pierre Desgraupes à la télévision (à la tête de l’ORTF).

En fait, Pierre Juillet avait claqué la porte de l’Élysée quand Georges Pompidou, ne suivant pas son avis, avait organisé un référendum sur l’élargissement de l’Europe au Royaume-Uni. Quelques semaines plus tard, Georges Pompidou lui a demandé de revenir et la condition de Pierre Juillet fut de renvoyer Jacques Chaban-Delmas. Ce fut lui-même ainsi que Georges Pompidou qui ont composé le nouveau gouvernement dirigé par Pierre Messmer. Pierre Juillet court-circuita Matignon en nommant lui-même Arthur Conte à la tête de l’ORTF (il y a eu une chasse aux progressistes) et s’est vanté, lors d’une chasse à Rambouillet : « J’ai eu Chaban comme je viens d’avoir ce perdreau ! ».

Pierre Juillet claqua la porte une nouvelle fois en avril 1973 et fut rappelé. Il s’est appliqué alors à cacher la maladie du Président, de plus en plus visible, en interdisant par exemple de faire des gros plans sur son visage à la télévision. Pierre Juillet proposa Jacques Chirac comme Ministre de l’Intérieur en février 1974, pressentant la proximité probable de la prochaine élection présidentielle (avoir la responsabilité des renseignements généraux était un atout considérable dans la perspective de l’élection présidentielle, en particulier pour prévoir le futur vainqueur).

Dans son article sur "Les Diaboliques" dans la revue "L’Histoire" de mars 2016, Philippe Reinhard précisait : « [Pierre Juillet] a toujours semblé ruminer cette rancœur de ne pas être adoubé au sein du cercle fermé des "barons" du gaullisme. Ceci explique son exode vers sa bergerie de la Creuse à chaque fois que Pompidou ne suivait pas ses avis. ».

Prenant beaucoup trop de poids politique, détesté par les barons du gaullisme, Pierre Juillet a failli être évincé par Georges Pompidou de son cabinet en février 1974, lui proposant une place de membre du Conseil Constitutionnel. Finalement, cela ne s’est pas fait et à la mort de Georges Pompidou, en avril 1974, Pierre Juillet a manœuvré pour plomber la candidature de Jacques Chaban-Delmas : après le refus du Premier Ministre en exercice, Pierre Messmer, d’aller à la bataille présidentielle, Pierre Juillet a choisi de soutenir la candidature de Valéry Giscard d’Estaing en organisant le fameux appel des 43 députés gaullistes soutenant dès le premier tour le candidat des républicains indépendants (VGE),députés menés par Jacques Chirac (quand on regarde la liste,.peu de ces députés étaient connus au niveau national et beaucoup n’étaient que des suppléants !).

Le couple Juillet/Garaud a encore sévi auprès de Jacques Chirac de 1974 à 1979 (Pierre Juillet était conseiller auprès du Premier Ministre jusqu’en 1976). Il faut bien comprendre que Pierre Juillet avait une idée assez méprisante de la politique, pensant qu’on pouvait "manœuvrer" Jacques Chirac. Un peu comme un "manager" pouvait "créer" une star de toutes pièces (Dalida par exemple). Connaissant bien l’influence politique importante de Pierre Juillet et de Marie-France Garaud, Valéry Giscard d’Estaing leur a proposé d’être ministres en 1974. Les deux ont refusé pour préparer Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1981. Selon Patrice Duhamel, VGE aurait proposé à Pierre Juillet le Ministère de la Défense ou celui des Affaires étrangères, ce qui n’était pas rien !

Pierre Juillet, aidé de Charles Pasqua, René Tomasini et Alexandre Sanguinetti, a préparé la reprise de l’UDR par Jacques Chirac en décembre 1974 sur les barons du gaullisme qui l’avaient traité de traître (puisqu’il n’a pas soutenu le candidat gaulliste en 1974). Pierre Juillet organisa aussi la démission dramatique de Jacques Chirac le 25 août 1976 de Matignon, avec une conférence de presse combative absolument inédite dans les annales de l’histoire.

Après Matignon, Pierre Juillet a travaillé au staff de l’UDR puis du RPR entre 1976 et 1979. Les mêmes qui avaient favorisé l’élection de Valéry Giscard d’Estaing ont tout fait, après 1976, pour le contrer. L’affrontement total avec VGE. Pierre Juillet a ainsi "créé" le RPR le 5 décembre 1976, mais il n’en a jamais eu la paternité officiellement.

Dans "La Montagne" du 28 septembre 2019, Michel Juillet, le fils aîné de Pierre Juillet, avocat aussi, qui a repris la maison familiale à Puy-Judeau où est mort Pierre Juillet (Puy-Judeau est un hameau situé dans la commune de Vallière), qui fut par la suite le chef de cabinet du ministre Alain Devaquet en 1986, s’est souvenu de Jacques Chirac : « J’ai toujours connu Jacques Chirac. Il était le poulain de mon père. Très tôt, il l’avait pris sous son aile et il lui avait fait franchir les obstacles les uns après les autres. (…) Chirac venait régulièrement à Puy-Judeau. C’est mon père qui a créé le RPR, une création intervenue en Creuse, à Puy-Judeau, avec Marie-France Garaud, Charles Pasqua et quelques autres. ».

Faisant du combat anti-Giscard le nouveau mot d’ordre, Pierre Juillet a poussé Jacques Chirac à se présenter à la mairie de Paris, et il a gagné le 20 mars 1977, contre le candidat officiel Michel d’Ornano.

Pierre Juillet et Marie-France Garaud ont cherché à humilier Jacques Chaban-Delmas une nouvelle fois en mars 1978 : ils ont manœuvré pour l’empêcher de retourner au perchoir en soutenant Edgar Faure, Président sortant de l’Assemblée Nationale. Ainsi, le gaulliste Jacques Chirac soutenait le centriste Edgar Faure, tandis que les giscardiens (centristes) et les ministres gaullistes ont soutenu le gaulliste Jacques Chaban-Delmas qui l’a finalement emporté. Cet épisode a fait pousser l’un des premiers germes du divorce. Jacques Chirac en a fait part à Michèle Cotta le 17 juillet 1980 : « Leurs relations ont basculé, à son avis, du jour où Marie-France s’est prise pour un chef de guerre et a voulu les mettre, lui [Chirac] et Juillet, devant le fait accompli : (…) "Au fond, ils n’ont jamais accepté que je grandisse !" ». Le reproche était sur l’opération anti-Chaban au perchoir où Jacques Chirac s’est ridiculisé devant les hiérarques de son prorpe parti.

Autre combat sur la politique européenne. Pierre Juillet ne supportait pas qu’une assemblée supranationale puisse être élue au suffrage universel direct. Son dernier coup politique a été le fameux appel de Cochin, publié le 6 décembre 1978 sous la signature de Jacques Chirac. Pierre Juillet et Marie-France Garaud ont profité d’un état de faiblesse de Jacques Chirac (hospitalisé gravement à Cochin après un accident de la route le 26 novembre 1978 en Corrèze, son chauffeur a dérapé sur du verglas) pour passer à la vitesse supérieure contre la majorité giscardienne en qualifiant l’UDF de "parti de l’étranger" et en dénonçant la politique "antinationale" de l’Europe fédérale qui s’esquissait (c’était mal comprendre la politique européenne de Valéry Giscard d’Estaing qui avait eu contraire institué les Sommets des chefs d’États et de gouvernements européens, créant de facto l’Europe des Nations).

Cet appel a créé des remous au sein même du mouvement gaulliste, le RPR, dont plusieurs membres siégeaient au gouvernement, en particulier en raison de l’outrance des termes et de l’analogie (analogie à l’appel du 18 juin, et vague parallèle de VGE avec Pétain, ce qui a scandalisé beaucoup de gaullistes historiques). Le pire, c’est qu’après cet appel, Jacques Chirac a été plus isolé que jamais et la liste qu’il a menée lors des premières élections européennes du 10 juin 1979 a fait un bide, placée en quatrième position avec seulement 16,3%, bien loin derrière la première liste, la liste présidentielle, celle de l’UDF menée par Simone Veil, avec 27,6%.

Le 18 juin 1979 (date symbolique), après bien des hésitations et encouragé par ses conseillers Jacques Monod et Charles Pasqua, Jacques Chirac s’est séparé définitivement de Pierre Juillet et de Marie-France Garaud, leur présence étant trop prégnante dans la carrière du futur Président. Ce fut une véritable rupture du cordon ombilical. L’échec aux européennes a donné un argument de poids (ils l’ont mal conseillé) mais d’autres raisons bien plus importantes ont été dans la balance. D’une part, devenir lui-même, s’autonomiser, alors qu’il était toujours comme une marionnette pendant dix ans, et aussi se rapprocher du rival du "couple infernal" dans l’ancien cabinet de Georges Pompidou, à savoir Édouard Balladur (qui les remplaça avantageusement en devenant le principal conseiller de Jacques Chirac de 1979 à 1993, bombardé Ministre d’État, Ministre de l’Économie et des Finances en 1986, puis Premier Ministre en 1993).

Claude Pompidou, la veuve de Georges Pompidou, aurait aussi intrigué pour le départ de ces conseillers, reprochant à Pierre Juillet d’avoir dit qu’à la fin de sa vie, son mari aurait été pratiquement incapable de gouverner, ce qui était faux selon elle. Parmi des motivations moins politiques, on peut aussi évoquer l’ultimatum de Bernadette Chirac, prise de jalousie contre Marie-France Garaud, avec un "c’est elle ou c’est moi" qui a fait réagir Jacques Chirac. C’était ce qu’elle a dit à Christine Clerc dans "Elle" le 17 septembre 1979 ; en particulier : « C’est une femme intelligente et pleine de charme, mais elle a beaucoup de mépris pour les gens. Elle les utilise, puis elle les jette. Moi, elle me prenait pour une parfaite imbécile. ».

Dans ses "Cahiers secrets", Michèle Cotta a réussi à retisser l’histoire exacte de l’appel de Cochin, cause du divorce, séquence qu’elle a notée le 19 juin 1979 : « C’est donc dimanche 10 au matin qu’a eu lieu la rupture entre Juillet et Chirac. Cela prouve qu’à mon avis, cela faisait un certain temps que Chirac en avait marre de jouer les pantins. Voici deux jours que je reconstitue avec patience l’histoire des derniers mois (…). Nous sommes le dimanche 26 novembre 1978. Pierre Juillet pénètre à l’intérieur de l’hôpital d’Ussel. Devant lui, sur un lit, Jacques Chirac, seul. La veille, les deux hommes ont mis au point le texte d’un appel sur l’Europe. Puis, Pierre Juillet est reparti dans la Creuse, laissant Jacques Chirac et Bernadette à Bity [le domicile des Chirac] (…). Si Jacques Chirac est seul lorsque Pierre Juillet entre dans sa chambre d’hôpital, c’est que sa femme, déjà alertée, l’a vu (…). Elle a pris le temps de faire prévenir Juillet et n’a laissé son mari seul dans sa chambre que pendant une petite demi-heure. Elle ne pardonnera pas à Pierre Juillet d’avoir raconté le soir même, paraît-il, à l’entourage immédiat de Chirac, rue de Lille : "Il était abandonné lorsque je l’ai retrouvé". Cela fait plusieurs mois que Bernadette juge sévèrement Juillet et Marie-France Garaud. Bernadette vit à l’Hôtel de Ville, Garaud et Juillet se partagent entre le siège du RPR, rue de Lille, et leur QG, un grand appartement, quai Anatole-France. Entre l’Hôtel de Ville et la rue de Lille, une véritable guerre de tranchées oppose Jean Tiberi, Denis Baudouin, Michel Boutinard-Rouelle, Roger Romani, à l’état-major de la rue de Lille que dirigent Juillet, Marie-France Garaud, avec Charles Pasqua et Jacques Toubon. Ce qui change après le 26 novembre, c’est que, par la force des choses, Bernadette se met à jouer un rôle capital : transporté à Cochin, Jacques Chirac a besoin d’elle. Elle ne le quitte pas. Elle s’installe dans la chambre voisine, surveille infirmières et médecins, veille jour et nuit sur son malade. Or, Bernadette, tout juste élue aux cantonales à Sarran, en Corrèze (…), a son opinion sur les rapports que Chirac devrait entretenir avec Giscard. (…) [Elle] pense que Chirac devrait considérer la mairie de Paris comme une position d’attente, sans défier frontalement le Président de la République. ».

Puis, le jour même de l’appel de Cochin, le 6 décembre 1978, toujours raconté par Michèle Cotta : « Comment se porte Chirac ce jour-là ? Sans doute assez bien pour accepter une bonne fois le texte qui a été élaboré avec Pierre Juillet onze jours auparavant. Toujours est-il que Bernadette Chirac se plaindra, huit jours plus tard, à Maurice Druon de la façon dont Marie-France Garaud et Pierre Juillet ont exploité la fatigue de Jacques Chirac pour rendre public leur appel. Maurice Druon a raconté la scène à Michel Droit qui me l’a rapportée illico. Elle se plaindra de la même façon à Michel Debré, venu rendre visite à Chirac le 10 décembre. À noter que même Debré, pourtant sur cette ligne, s’est étonné de la vigueur de l’appel de Cochin. ».

En effet, Michel Debré a exprimé ainsi son étonnement dans une lettre : « Jeudi (…), j’ai lu le texte de Chirac. Une fois de plus, j’y ai retrouvé des phrases entières empruntées à mes propos. Or, il y a huit semaines, il reprochait à ses collaborateurs de lui préparer des discours trop "debréistes"… ».

Michèle Cotta a poursuivi son récit en confirmant la tension très grande entre la rue de Lille et l’Hôtel de Ville. Lors de la première apparition publique de Jacques Chirac, le 31 janvier 1979, Bernadette Chirac s’est trouvée aux côtés de Michel Droit et « se plaint de l’influence néfaste qu’exerce sur son mari le tandem Juillet-Garaud. Elle n’hésite pas à dire qu’elle trouve leur stratégie suicidaire, qu’il faut être fou pour ne pas comprendre que la Cinquième République étant ce qu’elle est, la légitimité est du côté de Giscard. ».

Puis : « C’est en février [1979] qu’elle aurait dit pour la première fois : "Je me tais jusqu’au 10 juin, mais après, ce sera elle ou moi". Quelques semaines plus tard, réunion électorale, le 31 mai (…). Bernadette apostrophe Jacques Toubon : "Vous direz à votre amie Marie-France Garaud que, contrairement à ce qu’elle raconte partout, je ne suis pas inscrite à l’UDF. (…) Jacques va sombrer, s’il vous suit. Vous êtes tous des irresponsables. Il devrait se contenter de Paris au lieu d’aller au-devant de la catastrophe électorale des européennes". ».

Et la rupture : « Il semblerait que ce soit après cette intervention de sa femme que Jacques Chirac, début juin, ait entamé une certaine désescalade vis-à-vis de Giscard. Ce que Pierre Juillet a appelé un "dégonflage" : je comprends mieux qu’il ait rapporté à Michel Debré que Chirac ne se refusait pas, désormais, à envisager qu’il puisse être à nouveau ministre de Giscard. C’est ce jour-là que Juillet, paraît-il, a pris la décision de quitter l’état-major de Chirac. Le dimanche 10, soir des élections, il n’était pas présent dans le bureau de ce dernier, rue de Lille. Marie-France seule était là. Elle n’est pas restée longtemps : elle a vidé son sac auprès de Chirac, le lundi matin, en lui disant en face tout le mal qu’elle pensait de lui, et notamment qu’il ne serait jamais Président de la République. Ils se sont quittés en s’embrassant, me dit Paul Guilbert, mais le cœur n’y était plus. » (19 juin 1979).

La rupture était totale. Témoignage de Michèle Cotta le 22 octobre 1979 : « Alain Devaquet, avec lequel je déjeune aujourd’hui, me confirme qu’effectivement, Chirac a demandé à ses proches de ne pas revoir Juillet et Marie-France ni même de leur téléphoner. ». Parmi les "proches" en question, Jacques Toubon et Charles Pasqua.

Marie-France Garaud, touchée au vif par le manque de reconnaissance de Jacques Chirac, s’est jetée dans la campagne présidentielle de 1981, en se présentant comme la seule dépositaire du gaullisme, puis elle a bataillé au sein de son institut de géopolitique, Pierre Juillet, lui, est retourné à ses moutons de la Creuse (à Vallière) et a continué à méditer sur la vie politique. En fait, les deux ont gardé  leurs bureaux au 31 quai Anatole-France, à Paris, au bord de la Seine, et Pierre Juillet a aidé à la candidature de Marie-France Garaud.

Le 24 février 1981, Jacques Chirac s’est ainsi confié à Michèle Cotta : « Après en être convenu, [Jacques Chirac] me parle à nouveau de Marie-France Garaud et de Pierre Juillet pour lesquels il m’avoue pour la première fois avoir gardé quelque amitié. Il m’a dit le contraire il y a quelques mois, mais les choses ont pu changer, et sa colère s’effacer derrière des souvenirs de collaboration plus plaisants. Cela ne l’empêche pas d’estimer que Marie-France Garaud ne se retirera pas avant le premier tour. ».

Autre conseiller qui a remplacé le couple Juillet/Garaud, aux côtés de Jacques Chirac, Charles Pasqua qui a confié à Michèle Cotta, en pleine campagne présidentielle, le 31 mars 1981 : « Un homme politique doit dire ce qu’il pense. [Jacques Chirac] s’est laissé avoir par gentillesse et par habitude. Il lui faut sortir de sa chrysalide. (…) [Marie-France Garaud et Pierre Juillet] ont été tous deux très utiles. Mais ils ont poussé les choses à l’extrême. Chirac ne pouvait être prisonnier de leurs chimères ! (…) À partir de 1976, notre ambition était de reconquérir le pouvoir ! ».

Il suffisait d’écouter l’opinion des responsables gaullistes pour comprendre sa grande impopularité au sein même du mouvement que Pierre Juillet a contribué à fonder. Ainsi, Claude Labbé, président du groupe RPR à l’Assemblée Nationale, l’a qualifié de « républicano-fasciste ». Dans ses mémoires publiées en 1998 (chez Flammarion), Jacques Chaban-Delmas n’était pas loin non plus de le penser : « C’était un gaulliste de droite et même d’extrême droite, il y en a . (…) Il avait fini par se convaincre avec une sorte d’obstination mystique que mon élimination de Matignon était nécessaire au salut du gaullisme et, pourquoi pas, de la France. ». Un autre baron du gaullisme Maurice Schumann a précisé : « Avec Marie-France Garaud, on pouvait parler d’un duel à la loyale, alors que le mot de loyauté s’accorde mal avec la personnalité de Pierre Juillet. C’est un homme méchant qui n’assume pas la responsabilité de sa méchanceté. ». Faudrait-il donc comprendre Pierre Juillet comme un Patrick Buisson d’arrière-garde ?

En fait, Pierre Juillet est revenu à l’Élysée en mai 1981. Après son échec au second tour de l’élection présidentielle du 10 mai 1981, Valéry Giscard d’Estaing l’a en effet convoqué. Ce fut Marie-France Garaud qui l’a raconté à Michèle Cotta le 6 octobre 1981 : « Giscard, juste avant de partir, a eu la curieuse idée de faire venir auprès de lui Pierre Juillet. C’est avec lui qu’il aurait élaboré sa dernière émission politique, ses adieux à la Présidence. À l’exception, insiste Marie-France Garaud, de la mise en scène ultime du fauteuil vide. Pourquoi Juillet à l’Élysée ? Quelle drôle d’idée ! Elle ne s’étend pas là-dessus. ». Pierre Juillet a rédigé le texte de l’allocution présidentielle du 19 mai 1981. Valéry Giscard d’Estaing lui proposa de le suivre dans l’opposition à ses côtés, mais il refusa car il voulait conseiller une personnalité prête à entendre des choses  franches qui pouvaient le cas échéant être désagréables pour sa personne.

Pierre Juillet fut approché aussi par François Mitterrand (ce qui était très surprenant), et surtout par Raymond Barre pour sa campagne présidentielle de 1988 qui se voulait très gaullienne, mais il refusa toute reprise d’activités et voulait rester retiré du monde politique, exilé dans la Creuse.

Pierre Juillet n’est cependant pas resté inerte après 1981. Son fils Michel Juillet, dans l’interview déjà cité plus haut, à l’occasion de la mort de Jacques Chirac, a mis en doute deux fois le gaullisme revendiqué de Jacques Chirac : « C’était après l’appel de Cochin lancé en 1978 et les élections européennes. Ils ont dès lors définitivement rompu. Mais, en raison de la gravité de la situation, mon père, au moment du Traité de Maastricht [en 1992], a téléphoné à Chirac pour lui demander d’appeler à voter non. Pour mon père, ce traité n’était pas conforme à l’idéal gaulliste. Chirac a fait approuver le traité. Chirac a trahi une seconde fois le gaullisme en reconnaissant, en 1995, la responsabilité de la France dans la rafle du Vel’ d’hiv’. Toute l’idée du gaullisme est fondée sur le fait que Vichy n’incarnait pas la France, que ce gouvernement était une assemblée illégitime. Chirac au fond était-il gaulliste ? » (29 septembre 2019).

Effectivement, Pierre Juillet a combattu la vision de Jacques Chirac sur la rafle du Vel’ d’hiv’, notamment lors du procès de Maurice Papon en 1997. Un peu auparavant, le 28 octobre 1994, il est sorti de son silence paysan dans une tribune publiée dans "Le Monde" pour exprimer son dégoût dans les divisions suicidaires au sein du RPR entre balladuriens et chiraquiens : « Le gaullisme s’éteint lentement. ».

Apparemment, aucune biographie n’a encore été documentée ni publiée sur Pierre Juillet alors qu’il fut, comme le rappelle le blog De viris illustribus, « l’un des personnages les plus puissants et les plus influents de la Cinquième République ». Pierre Juillet restera comme le gérant discret de l’arrière-boutique du postgaullisme, chien de garde d’un gaullisme supposé intransigeant et en complète opposition avec l’un des grands principes du gaullisme : le pragmatisme.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


(Le titre de cet article n'est pas vraiment de moi et a été inspiré par un blog cité en référence dans l'article).


Pour aller plus loin :
Bernard Pons.
Pierre Juillet.
Philippe Mestre.
Henry Chabert.
Olivier Dassault.
Éric Raoult.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.

_yartiJuilletPierre01





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191223-pierre-juillet.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/12/17/37871930.html




 

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