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13 mai 2022 5 13 /05 /mai /2022 03:53

« Je me reconnais toujours en Nicolas Sarkozy, dans sa vision de la France et de l’international. » (Nadine Morano, le 10 mai 2022 sur BFM-TV).




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La députée européenne LR Nadine Morano était l’invitée d’Apolline de Malherbe le matin du 10 mai 2022 en direct sur BFM-TV et sur RMC. De ce qu’elle a dit donnait une idée de la manière dont LR ferait campagne pour les élections législatives.

J’ai une relation particulière avec Nadine Morano : malgré des campagnes communes que nous avons passées ensemble il y a très longtemps (plus d’une trentaine d’années, à une époque où elle était responsable des jeunes RPR à Nancy), je n’ai plus grand-chose de commun avec elle, tant sur les convictions politiques, la stratégie électorale, que même sur les valeurs. Mais je lui concède au moins une grande qualité (elle en a d’autres) : c’est une femme politique et elle fait son boulot de militante même dans l’adversité.

Loin de l’ENA et d’autres lieux de réseautage classique du pouvoir, elle s’est faite "toute seule", en ce sens où ce sont ses convictions, sa combativité et son militantisme qui lui ont permis d’avoir cette carrière politique plutôt prestigieuse pour une habitante du Haut-du-Lièvre (à Nancy) : être parlementaire et ancienne ministre, et peut-être plus que cela, être une tête médiatique, je dirais même une forte tête médiatique, et donc, être depuis une quinzaine d’années en mesure de faire passer des messages, des idées, des convictions qu’elle-même, trente ans auparavant, n’aurait jamais été capable de faire passer avec autant d’efficacité et d’écho.

Et ce n’est pas facile car elle est clivante. Elle n’a pas sa langue dans sa poche (c’est un caractère), et elle dit ce qu’elle pense, parfois bien, parfois maladroitement. Consécration de son statut de star télévisuelle, elle a même eu sa marionnette dans "Les Guignols de l’Info" sur Canal+ entre 2011 et 2018, marionnette qu’elle a jugée « moche, bête et ridée ». Mais au lieu d’être mécontente, elle aurait dû s’en réjouir. Elle ne peut de toute façon pas plaire à tout le monde, c’est ordinaire pour la politique.

Elle se met donc en danger, forcément quand on s’expose, quand on se met en avant, c’est le rôle des politiques, mais c’est brave, c’est courageux de leur part, aussi de celle de leurs proches, parce qu’elle peut être autant détestée que soutenue, et maintenant, avec les réseaux sociaux, le flot de haine peut aussi noyer même les plus forts tempéraments, c’est pourquoi je me garderais de réagir trop à chaud quand je considère qu’elle sort des phrases particulièrement… maladroites (j’emploie ce mot par euphémisme) qui lui ont coûté notamment la place de tête de liste aux régionales en 2015 pour la Meurthe-et-Moselle.

Mais justement, malgré certaines polémiques, Nadine Morano n’a jamais franchi la ligne rouge et a soutenu loyalement Valérie Pécresse (dont elle a été conseillère politique pendant la campagne présidentielle), au contraire, par exemple, de son ancien suppléant qui l’a remplacée au Palais-Bourbon et dans sa circonscription de Toul quand elle était au gouvernement, et qui, lui, en juin 2021, a franchi le pas en se faisant élire conseiller régional de Lorraine sur la liste RN. Et si je ne suis pas forcément souvent d’accord avec elle dans ce qu’elle a dit à Apolline de Malherbe, elle l’a dit sans choquer, sans phrase assassine, même s’il y a chez elle une irrésistible langue de bois inhérente au militantisme classique. Un exemple de franchise couplée à la mauvaise foi.

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Je rappelle rapidement sa trajectoire personnelle. À 58 ans, elle a déjà vingt ans de "vie nationale" : élue députée de Meurthe-et-Moselle (à Toul) en juin 2002 (avec 56,3% des voix) et réélue en juin 2007 (avec 52,8% voix), connue pour son sarkozysme précoce et son franc-parler qui a fait le bonheur des médias. Elle est entrée au gouvernement de François Fillon le 18 mars 2008 (elle avait été l’oubliée de "la politique d’ouverture" de Nicolas Sarkozy en 2007), et elle y est restée jusqu’à la fin du quinquennat, d’abord comme Secrétaire d’État chargée de la Famille (et de la Solidarité à partir du 23 juin 2009), puis, du 14 novembre 2010 au 10 mai 2012, comme Ministre déléguée chargée de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle.

Elle a été également élue deux fois conseillère régionale de Lorraine, pour les deux mandats allant de mars 2004 à décembre 2015 et n’a pas pu se représenter en 2015 pour cause de phrase politiquement très incorrecte (inutile de revenir sur cette polémique). Après l’échec de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2012, elle a été sévèrement battue aux législatives en juin 2012 (elle a obtenu seulement 44,3% des voix). La circonscription de Toul changeait régulièrement de camp électoral, et elle était retombée à gauche avec la victoire de François Hollande. Nadine Morano a trouvé un point de chute finalement au Parlement Européen, en se faisant élire députée européenne en mai 2014 et réélire en mai 2019. Cela fait donc huit ans qu’elle est députée européenne.

Par ailleurs, elle a tenté sans succès de conquérir la mairie de Toul (belle ville épiscopale et sous-préfecture) avant d’avoir été ministre, aux élections municipales de mars 2008, où elle est arrivée en troisième position au second tour avec seulement 26,3% des voix, battue par la maire sortante PS Nicole Feidt (qu’elle avait battue aux législatives en 2002) avec 43,7%, suivie de Jacques Gossot, l’ancien maire RPR pendant trente ans, avec 30,0%.

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Venons-en à la prestation de Nadine Morano sur BFM-TV et RMC. Encore une fois, je pense que LR se trompe de combat et commet la même erreur aux élections législatives qu’à l’élection présidentielle. En prenant Emmanuel Macron pour principale cible, Nadine Morano aide les opposants extrémistes sans pour autant conforter les candidats LR. On l’a vu à l’élection présidentielle avec le désastre du score de Valérie Pécresse que Nadine Morano a déclaré vouloir aider financièrement, car les candidatures ne doivent pas être des questions d’argent.

Quand Apolline de Malherbe lui a demandé exactement ce qu’elle reprochait à Emmanuel Macron, Nadine Morano n’a pas su être vraiment convaincante car elle n’avait pas beaucoup d’arguments valides.

Elle en a proposé trois. Premièrement, le revirement de la politique nucléaire, après avoir voulu fermer des centrales nucléaires, Emmanuel Macron a lancé un nouveau programme nucléaire (donc, en réalité, même si elle critiquait l’aspect tardif, elle approuvait l’actuelle politique énergétique). Deuxièmement, la sécurité, sans rien préciser, considérer que l’insécurité est croissante, ce qui peut être contesté, mais c’est la tarte à la crème qui existait déjà dans la campagne des élections législatives de mars 1973 ! Enfin, troisièmement, la loi contre le séparatisme n’a été adoptée qu’en fin de mandat. Là encore, elle critiquait l’aspect tardif, mais elle approuvait la politique contre le séparatisme, donc, en fait, ses oppositions restent de façade.

Un peu plus tard dans l’interview, elle a redit que la gestion de la crise sanitaire a été catastrophique sans argumenter (ce que je réfute, au contraire, nous avons eu la chance d’une telle politique, en particulier le "quoi qu’il en coûte" et le passe vaccinal), elle a aussi fustigé le déficit abyssal (mais elle-même a participé à un gouvernement qui avait augmenté de moitié la dette publique à cause de la crise de 2008 ; du reste, hors covid, le déficit a été considérablement réduit sous Emmanuel Macron et elle n’a pas pris acte de la baisse continue du chômage).

Bref, aucun argument majeur sinon des ressentis qui, certes, pourraient être efficaces au niveau électoral, mais le peuple a déjà tranché à l’élection présidentielle. La vraie question sur le devenir de LR aux élections législatives (une centaine de députés sortants), c’est quel est l’effet qui dominera : le levier majoritaire avec la logique nationale, auquel cas les 4,8% de la présidentielle seraient un boulet très lourd à porter, ou la bonne implantation locale de la plupart des sortants ou des candidats élus locaux par ailleurs, auquel cas LR sauverait ses meubles ?

Amusant aussi de l’entendre à propos de Nicolas Sarkozy. Nadine Morano l’a toujours soutenu, à une époque où il n’était pas forcément très apprécié de ses amis (en 1995), et elle le soutient toujours, en oubliant de constater que Nicolas Sarkozy a soutenu Emmanuel Macron (au second tour) et n’a pas soutenu Valérie Pécresse (au premier tour). Nadine Morano aurait surtout voulu que le Président de la République confiât plus de missions diplomatiques à son ancien mentor, en particulier à propos de la guerre en Ukraine.

En revanche, Nadine Morano a été beaucoup plus véhémente et plus convaincante pour condamner l’alliance hétéroclite de la gauche, l’union des mélenchonistes. Elle a d’ailleurs salué des députés socialistes sortants qui ont refusé de se faire vassaliser par Jean-Luc Mélenchon. Elle a employé beaucoup d’arguments de bon sens que je n’explicite pas ici. Ce qui reste que l’opposition frontale contre Emmanuel Macron qu’a adoptée LR est une posture, et une posture peu crédible car il n’y a plus d’espace politique entre l’extrémisme mélenchoniste, l’extrêmisme lepéniste et la majorité présidentielle.

Enfin, députée européenne, Nadine Morano a été interrogée sur l’Europe et en particulier sur le discours du Président français à Strasbourg la veille. Nadine Morano s’est montrée particulièrement mauvaise sur ce sujet, d’autant plus que c’est un sujet qu’elle devrait connaître parfaitement, après huit ans de mandat.

Par exemple, elle a rouspété sur le fait qu’elle n’avait pas reçu d’invitation à venir et en a profité pour dire qu’Emmanuel Macron n’aimait pas la démocratie et n’aimait pas dialoguer avec les élus. Elle devrait quand même s’informer un peu avant de parler, il ne s’agissait pas du Parlement Européen en tant qu’institution mais de la Conférence sur l’avenir de l’Europe qui est composée de représentants du Parlement Européen (donc, elle n’en était pas), de représentants des parlements nationaux, de représentants de ministres et aussi d’un panel de citoyens (ce dernier peut toujours être sujet à discussion). De plus, cela lui a peut-être échappé, mais Emmanuel Macron était venu le 19 janvier 2022 devant tous les députés européens pour donner sa vision de l’Europe en tant que Président du Conseil de l'Union Européenne et répondre aux questions des parlementaires européens.

Mais le plus intéressant car le plus symptomatique de ceux qui traînent les pieds sans vraiment s’opposer à l’Europe tout en s’opposant à toute évolution des institutions européennes. Nadine Morano s’est déclarée opposée à la proposition d’Emmanuel Macron d’élargir les cas de vote à la majorité qualifiée. C’est un sujet important, délicat, crucial, qui engage, et elle a évidemment tout à fait le droit de s’y opposer. D’ailleurs, elle n’est pas la seule puisque De Gaulle lui-même au printemps 1962 s’y était opposé (il l’avait dit et redit, il ne voyait pas pourquoi un pays accepterait que des étrangers lui imposeraient des lois qui seraient contraire à ses propres intérêts).

Pourtant, à la question suivante de la journaliste, Nadine Morano s’est déclarée opposée à tout élargissement de l’Union Européenne (à des pays de l’ex-Yougoslavie, à l’Ukraine, à la Moldavie etc.), et là encore, c’est son droit et le sujet est très délicat, dans la situation d’instabilité actuelle, l’attentisme est peut-être plus prudent (je ne le pense pas mais le penser ne me paraît pas délirant). À une petite argumentation près, car les logiques pouvaient s’entrechoquer. Elle expliquait qu’elle était contre l’élargissement car en l’état, on ne pourrait pas raisonnablement augmenter le nombre de partenaires, déjà à vingt-sept, c’est difficile de prendre des décisions, alors à trente, ou trente-deux, ce serait impossible. Bref, Nadine Morano expliquait : pas d’élargissement sans réformer d’abord les institutions européennes. Et là, je suis tout à fait d’accord !

Car le problème justement d’élargir sans réformer, c’est d’avoir une Europe paralysée, embolisée. Or, le sens des réformes, ce serait de passer de l’unanimité (possible à Six, impossible à Trente) à la majorité qualifiée ! Ce que propose justement Emmanuel Macron. Or, justement, elle indiquait précédemment qu’elle était contre la majorité qualifiée. Donc, avec elle, on tourne en rond sans avoir d’argument valable puisque chaque argument contrebalance l’autre.

C’est comme en 1979, lorsque les représentants du même parti (RPR) vous expliquaient qu’ils étaient contre l’Europe car antidémocratique mais dès qu’on leur a proposé l’élection des députés européens au suffrage universel direct, donc, dès qu’on leur a proposé plus de démocratie, ils s’y sont vivement opposés car c’était la voie de la supranationalité.

À moins d’être de mauvaise foi, il faudrait donc trier un peu mieux les arguments anti-européens car certains, au contraire, consolident effectivement ce besoin d’une plus grande efficacité et d’une plus grande démocratie. Cela dit, cette absence de logique n’a pas effleuré son intervieweuse non plus. Dans tous les cas, ce sera au peuple de trancher dans un mois et je ne doute pas de son bon sens.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nadine Morano.
De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (48) : qui sera le prochain Premier Ministre d’Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (47) : la victoire historique d’Emmanuel Macron.
Bernard Pons.
Élysée 2022 (45) : le naufrage du parti Les Républicains.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.







https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220510-nadine-morano.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nadine-morano-en-manque-d-argument-241506

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/12/39474173.html







 

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5 mai 2022 4 05 /05 /mai /2022 03:47

« Une nouvelle époque s’annonce. Elle nécessitera des changements profonds. Il faudra sortir des habitudes et des réflexes partisans. Le contexte international et la situation financière sont graves et imposeront des décisions difficiles et urgentes. Ils exigeront des choix qui engageront la France pour les cinq années à venir. » (Nicolas Sarkozy, le 12 avril 2022).





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La question : Valérie Pécresse mènera-t-elle le parti Les Républicains dans la campagne des élections législatives des 12 et 19 juin 2022 ? était pertinente avant le premier tour de l’élection présidentielle du 10 avril 2022. Même si la candidate LR n’allait pas être élue, elle avait réussi à prendre le leadership d’un parti profondément divisé et en panne de leadership, un peu comme le parti socialiste en 1995 où l’échec présidentiel de Lionel Jospin lui a ouvert les portes de Matignon deux ans plus tard. On pouvait alors imaginer que fort de sa participation à l’élection présidentielle, elle aurait les coudées franches pour mener LR aux législatives, dont l’enjeu n’est pas négligeable car il s’agit, d’une part, de sauver la centaine de sièges des députés LR sortants, d’autre part, plus optimiste, de proposer la seule alternative à une majorité macronienne (si on oublie le songe de Jean-Luc Mélenchon), et plus généralement, il s’agit de définir avec pertinence et visibilité les relations entre LR et la majorité présidentielle.

Mais c’était avant le 10 avril 2022. Car après le désastre du premier tour, Valérie Pécresse n’a plus qu’une seule voie, se replier au conseil régional d’Île-de-France qu’elle préside et attendre des jours meilleurs, un peu comme Anne Hidalgo à la mairie de Paris. Elle avait commencé sa campagne contre Emmanuel Macron par un mauvais procès, il aurait « cramé la caisse » de l’État (pour éviter des dizaines de milliers de faillites et des centaines de milliers de licenciements) et puis, le sort est cruel, il fait se retourner à ses vérités, et c’est elle-même qui a cramé sa caisse, n’ayant plus le remboursement de ses frais de campagne par l’État (elle a cependant refusé et retourné le chèque de 2 000 euros de Nicolas Sarkozy).

Valérie Pécresse n’a pourtant pas démérité, mais personne n’a jamais dit que les élections sont justes. En 2007 ont participé trois excellents candidats, quand j’écris "excellents", c’est pour leur capacité à mobiliser, mobiliser leur électorat mais aussi des personnes qui ne s’étaient jamais engagées, aussi des abstentionnistes, des déboussolés : chacun à sa manière, Nicolas Sarkozy (et l’UMP), Ségolène Royal (et Désirs d’avenir) et François Bayrou (et le futur MoDem) ont nourri une très forte espérance et ont redoré la vie politique. C’était le changement de génération, des candidats nés après la guerre (ce qui était rare auparavant, et jamais arrivé pour des candidats sérieux), une nouvelle vague en somme, un nouvel air.

Mais les trois candidats ne pouvaient pas être élus en même temps, tous les trois, l’un a gagné, et les autres, qui n’avaient pas démérité, ont perdu, et perdu définitivement, car les petites fenêtres de succès potentiel se referment très vite ensuite (Ségolène Royal en octobre 2011 et François Bayrou en avril 2012 l’ont amèrement expérimenté). L’élection, ce n’est pas un examen mais un concours. Le meilleur gagne. La concurrence importe autant que le candidat lui-même.

Alors, évidemment, Valérie Pécresse n’a pas démérité dans sa campagne, elle a sillonné la France, labouré les territoires, elle a fait le job de candidate comme un grand parti gaulliste a toujours su le faire, à la Jacques Chirac, mais son meeting du 13 février 2022 a montré, hélas pour elle, une vérité : elle n’était pas faite pour incarner une force politique transcendant l’histoire, elle est faite pour gérer, sérieusement, intelligemment, un monde complexe. Assurer la technique (pas donnée à tous les responsables politiques) plus que soulever des montagnes, impulser un enthousiasme.

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Son choix stratégique de campagne, celui d’attaquer Emmanuel Macron et de faire des surenchères avec l’extrême droite, était une double erreur : erreur politique car ce n’est pas en encourageant les idées extrémistes et simplistes qu’un parti qui prétend gouverner renforce sa crédibilité politique, mais aussi erreur de communication car Valérie Pécresse n’était pas convaincante dans ce rôle, Éric Ciotti l’aurait été bien plus et de manière plus naturelle.

Encore ce jeudi 5 mai 2022, dans un message à ses soutiens, Valérie Pécresse a reconnu sa "cruelle défaite" : « Une cruelle défaite était au rendez-vous de cette élection qui s'est déroulée dans un contexte inédit. (...) Je prends, en responsabilité, toute ma part dans cette défaite, accentuée dans les derniers jours par la peur d'un second tour Mélenchon/Le Pen qui a suscité chez nos électeurs un réflexe de vote utile en faveur d'Emmanuel Macron. ».

Les électeurs perdus de LR reviendront-ils ? Peut-être, mais je ne crois pas que Valérie Pécresse ait été victime du "vote utile" en dernière semaine de campagne. Je crois qu’elle a été victime de son choix stratégique. Pourquoi ? Parce qu’Emmanuel Macron ne lui a pris aucun électeur, ceux des siens qui auraient pu voter pour la candidate LR en début décembre 2021 en ont été dissuadés avant Noël. D’ailleurs, Emmanuel Macron n’a pas obtenu plus que ce que les sondages lui attribuaient depuis la guerre en Ukraine, à savoir entre 28% et 30% d’intentions de vote. C’était pourtant un ciblage électoral en or avec une campagne du genre de celle de Valéry Giscard d’Estaing, le changement dans la continuité.

Au lieu de cela, elle a fait du pâle Éric Zemmour qui, lui-même, a été phagocyté par le vote utile pour Marine Le Pen (qui a disparu des écrans radars : tiens, où est-elle ? Ah ben, elle est en vacances ! C’est d’un sérieux, avant des élections cruciales !). Valérie Pécresse ne pouvait pas gagner. Elle s’est retrouvée comme Benoît Hamon, c’est-à-dire, au lieu d’être une candidate à potentiel gouvernemental, elle a été perçue comme une candidate à la marge (en plus, du mauvais côté des 5%). L’évolution de LR est donc très semblable à celle du PS avec une élection présidentielle de décalage. 1% en 2027 ?

Certes, comme le PS, LR a un confortable vivier d’élus locaux très fiables et prometteurs, qui ne profitent pour l’instant que de l’incapacité des proches de LREM à s’implanter dans les territoires, mais les responsables Les Républicains resteront à la marge de toute élection nationale tant qu’ils n’auront pas fait un travail de fond, inexistant depuis la construction du programme de François Fillon : Quelle est la vision de la société de LR ? Où ce parti veut-il amener la France ? Quelle est sa valeur ajoutée par rapport aux autres grands partis que sont LREM et le RN ?

Ce travail de fond aurait dû être fait dès 2017 et l’échec de François Fillon. En novembre 2012, il y a eu tout de suite une élection interne majeure qui apportait des perspectives pour 2017. Mais rien en 2017, une préemption du parti par Laurent Waquiez puis, après le désastre européen de 2019 pourtant annonciateur, une sorte de mise sous cloche par Christian Jacob. Tant que ce travail de fond ne se met pas en place, ce qui se résume par des responsables, une équipe, un candidat (ou une candidate) désigné tôt, et de la réflexion, dès avant la fin de cette année, il y a peu à imaginer une vague LR porteuse dans le pays.

Quelle sera la part de Valérie Pécresse dans cette "renaissance" ? Elle l'a dit dans son message du 5 mai 2022 : « Je continuerai, à la place qui est la mienne, à la tête de ma région, de porter la parole de cette droite indépendante et d'agir concrètement pour les Français. J'ai la certitude que notre projet de société basé sur l'autorité, la liberté, la dignité et une certaine idée de la France, rétablir l'ordre, réformer, revaloriser le travail, réparer les fractures, innover et réindustrialiser, réinventer l'Europe pour qu'elle nous protège, reste le meilleur pour redresser la France et lui rendre sa force et son rayonnement. ».

Aux élections législatives de juin 2022, plutôt qu’une illusoire course à l’échalote à la sauce Mélenchon, LR va d’abord et surtout sauver les meubles : son financement, son groupe parlementaire, ses circonscriptions, et le plus dur sera probablement l’étiquette, que les actuels députés LR ne soient pas débauchés par Emmanuel Macron pour servir de base à la future majorité parlementaire. Pourtant, que peut bien proposer aux députés de base pleins de potentiel un parti comme LR alors que le temps avance et que les ambitions déçues patinent depuis dix ans ?

La décision de refuser toute alliance électorale avec la majorité présidentielle me paraît particulièrement suicidaire. Bien sûr, il ne s’agit pas de se fondre dans une sorte d’ectoplasme majoritaire (certains parlent déjà de "parti unique" oubliant que l’UMP l’était à une époque, et oubliant aussi qu’il existe autour de très nombreux partis, trop on pourrait même dire), mais la question cruciale est : existe-t-il une place électorale spécifique à LR hors de LREM et alliés, hors du RN et comparses et hors de la gauche ? La réponse électorale, aujourd’hui, semble négative.

Par conséquent, ce parti qui a été si souvent et si longtemps hégémonique et arrogant, doit aujourd’hui se positionner comme un parti centriste, comme les radicaux de gauche (à gauche), le parti radical (au centre droit), l’UDI (au centre droit mais plus à droite), etc., à savoir comme des supplétifs, indispensables d’un point de vue politique mais facultatifs d’un point de vue électoral. En d’autres termes, Les Républicains devra faire l’apprentissage de l’humilité en politique…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (48) : qui sera le prochain Premier Ministre d’Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (47) : la victoire historique d’Emmanuel Macron.
Bernard Pons.
Élysée 2022 (45) : le naufrage du parti Les Républicains.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.




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15 décembre 2021 3 15 /12 /décembre /2021 03:56

« Le cynisme, c’est connaître le prix de tout, et la valeur de rien ! » (Oscar Wilde).



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L’information s’est diffusée lentement dans les médias mais elle a été rarement commentée : l’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy et ancien ministre Claude Guéant a été placé en détention le lundi 13 décembre 2021 au matin à la prison de la Santé, à Paris. On ne peut pas dire qu’il a reçu beaucoup de soutien de la part de ses "amis politiques". C’est, il me semble, une première pour un ancien Ministre de l’Intérieur (j’écris "il me semble" car dans certaines époques troublées, on pouvait incarcérer pour des raisons politiques), en tout cas, c’est une première pour un délit de droit commun. Sur décision du parquet de Paris, en effet, Claude Guéant est incarcéré pour une durée de neuf mois à partir du 13 décembre 2021, pour non-paiement de ses dettes à l’État. Il ne passera donc pas Noël 2021 ni Pâques 2022 libre.

Poursuivi dans plusieurs affaires judiciaires, Claude Guéant est en prison pour sa condamnation définitive le 23 janvier 2017 par la cour d’appel de Paris à deux ans de prison dont un ferme, assortis d’une amende de 75 000 euros et d’une interdiction d’exercer tout fonction publique pendant cinq ans, condamnation confirmée le 16 janvier 2019 après le rejet de son pourvoi en cassation par la Cour de cassation. À cette date, il a été déchu de toutes ses décorations nationales (chevalier de la Légion d’honneur et Commandeur de l’ordre national du Mérite) et est interdit de porter des décorations étrangères sur territoire national. Il devait en outre rembourser 105 000 euros de dommages et intérêts.

Cela concernait une affaire de détournement de fonds publics par des "primes de cabinet" reçus en espèces et sans déclaration à une époque où il n’y avait déjà plus de fonds secrets dans les ministères (il était alors directeur de cabinet du Ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy de 2002 à 2004 et de 2005 à 2007). Selon un rapport de l’inspection générale de la police nationale de juin 2013, il aurait "pioché" des espèces dans le budget destiné aux frais d’enquête et de surveillance de la police, à raison d’environ 10 000 euros par mois de l’été 2002 à l’été 2004, soit un "détournement" de 210 000 euros.

Selon son avocat Philippe Bouchez El Ghozi, Claude Guéant aurait eu des difficultés à payer les 180 000 euros qu’il doit à l’État, et a eu un plan d’échelonnement de 3 000 euros par mois prélevés sur sa retraite de 4 622 euros. Mais il n’a pas indiqué ses autres revenus, obtenus notamment dans le privé, ainsi que la vente, selon une enquête de Mediapart publiée le 2 décembre 2021, d’une montre à 6 100 euros (offert par l’intermédiaire Alexandre Djouhri), d’une pièce en or à 40 000euros (offerte par un sénateur russe) et du rachat partiel d’une assurance-vie de 130 000 euros.

Personne ne trouve plaisir à voir une personne en prison, même une personnalité politique qui a pris des positions suffisamment "clivantes" (c’est une litote) pour rester détestée par de nombreux opposants politiques (notamment sur l’immigration). Mais visiblement, son incarcération n’a pas ému beaucoup de monde. Selon un mot de Smaïn, "chacun sa m…".

Claude Guéant aura 77 ans dans un mois. Selon son avocat : « C’est quelqu’un qui est dans une situation médicale extrêmement fragilisée. ». Énarque, préfet des Hautes-Alpes en 1991, il a été nommé par Charles Pasqua en 1994 directeur général de la police nationale. Il a été ensuite préfet de Franche-Comté en 1998, préfet de Bretagne en 2000, puis directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy de 2002 à 2004 et de 2005 à 2007. Le Président Jacques Chirac a refusé de le nommer préfet de police de Paris.

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Élu Président de la République, Nicolas Sarkozy en a fait son bras droit incontournable, comme Secrétaire Général de l’Élysée du 16 mai 2007 au 27 février 2011. Pendant cette période, il était une sorte de fondé de pouvoirs du Président de la République, avec un rôle d’influence déterminant, d’éminence grise. On l’a appelé ainsi "Vice-Président", "Premier Ministre bis" mais c’est surtout "Cardinal" qui fut le plus approprié. Il inspirait la crainte voire la terreur même parmi les ministres. Il aurait imposé aussi des recrutements dans les cabinets ministériels.

À la fin du quinquennat, il a souhaité traverser l’autre côté des coulisses, en devenant Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration dans le gouvernement de François Fillon, du 27 février 2011 au 10 mai 2012. Il a pris un certain nombre de mesure contre l’immigration, en particulier une circulaire particulièrement stupide contre les étudiants étrangers (la circulaire Guéant).

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Après l’échec de Nicolas Sarkozy en mai 2012, au contraire de l’autre conseiller influent Henri Guaino qui s’est fait élire député dans les Yvelines, Claude Guéant a échoué à se faire élire député à Boulogne-Billancourt, battu de justesse par le candidat UMP dissident Thierry Solère (lui-même réélu en 2017). Il a par la suite travaillé pour le privé tout en soutenant François Fillon dans sa conquête de l'UMP en novembre 2012.

Entre autres positions, celle-ci, prononcée au cours d’un colloque le 4 février 2012 (il était ministre), très controversée et très paradoxale car la défense de l’humanité devrait lui donner, au contraire, une position beaucoup ouverte sur l’immigration : « Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethniques. Et tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation. » (avec un "nous" qu’il serait bien compliqué de préciser car certains à l’UMP ont protesté à la suite de cette déclaration). Du reste, parler de civilisations au pluriel dans ce monde globalisé n’a plus beaucoup de sens.

Ou alors celle déclaration-ci, juste après sa nomination de ministre, chez Jean-Pierre Elkabbach le 17 mars 2011 sur Europe 1, dans une obsession contre l’immigration aussi grande que celle du candidat polémiste Éric Zemmour : « Ça veut dire tout simplement [sa phrase : "les Français veulent que la France reste la France", un slogan repris par Éric Ciotti il y a quelques semaines] que les Français, à force d’immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques (…) qui s’imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La circulaire Guéant dans le reliquaire (06 juin 2012).
Claude Guéant.
Valérie Pécresse.
Éric Ciotti.
Renaud Muselier.
Philippe Juvin.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211213-claude-gueant.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/claude-gueant-en-prison-pour-noel-237923

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/12/14/39261736.html










 

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4 décembre 2021 6 04 /12 /décembre /2021 13:24

« La droite est de retour ! » (Valérie Pécresse, le 4 décembre 2021).



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Dernier round du congrès de LR ce samedi 4 décembre 2021, le résultat du second tour du choix des adhérents LR pour leur candidat à l’élection présidentielle : Valérie Pécresse a gagné, sans surprise cette fois-ci, recueillant 69 326 voix (soit 60,95%) contre 44 412 voix (39,05%) à son concurrent Éric Ciotti. C’est Christian Jacob qui a annoncé le résultat un peu avant 14 heures 30 dans un climat de forte euphorie.

L’entre deux tours était très court (la soirée du 2 décembre 2021). Valérie Pécresse a recueilli le soutien de tous les candidats recalés, Xavier Bertrand, Michel Barnier et Philippe Juvin, ainsi que de Jean-François Copé. Deux débats télévisés improvisés ont eu lieu, sur LCI à 21 heures puis sur BFM-TV à 22 heures. Éric Ciotti a fait campagne jusqu’au bout, insistant sur la différence de stratégie entre les deux candidats : lui veut rassembler les électeurs de la droite et de l’ultradroite, alors que Valérie Pécresse veut rassembler les électeurs du centre droit et de la droite.

La stratégie de Valérie Pécresse est gagnante au second tour de l’élection présidentielle, mais celle d‘Éric Ciotti est plus efficace pour le premier tour, où les vrais concurrents du candidat LR ne sont pas Emmanuel Macron mais Éric Zemmour et Marine Le Pen.

Même si Valérie Pécresse n’a pas obtenu le total arithmétique de ses soutiens (elle aurait dû avoir dans les 74%), malgré un très léger surplus de participation, sa victoire est nette, claire et le plus heureux semblait même Éric Ciotti, le plus souriant, heureux de ce congrès qui, malgré sa défaite, a montré qu’il était maintenant reconnu parmi les plus importants dirigeants du parti.

Valérie Pécresse a décidé de ne pas faire comme François Fillon en novembre 2016, qui s’était reposé jusqu’en janvier. Elle a annoncé qu’elle repartait au combat dès la fin du week-end, elle fera un meeting sur la terre natale d’Éric Ciotti près de Nice lundi 6 décembre 2021, puis participera au meeting prévu de longue date à Paris le samedi 11 décembre 2021, à la différence près qu’il ne devrait pas avoir lieu au parc des expositions de la Porte de Versailles pour cause de covid-19, mais peut-être en visioconférence, ce qui serait très différent. Par ailleurs, même si la loi ne l’oblige pas, Valérie Pécresse a demandé et imposé la possession et le contrôle du passe sanitaire dans tous ses meetings, refusant d’être une source de contaminations, sans doute un clin d’œil à Éric Zemmour qui va réunir des milliers de disciples à Villepinte le 5 décembre 2021, sans aucune protection sanitaire (probablement que le lendemain, le gouvernement restaurera le principe d’une jauge dans les lieux fermés).

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Valérie Pécresse pouvait être perçue comme une professionnelle, avec un directeur de campagne très expérimenté et costaud intellectuellement, Patrick Stefanini, alors qu’Éric Ciotti était un petit artisan, qui faisait son programme et sa communication, sans les avantages de la grande entreprise. Valérie Pécresse a utilisé pour sa campagne interne une représentation graphique qui pourrait l’assimiler à une nouvelle Marianne de la République. De même, l’une est l’énarque techno et l’autre le militant qui ne s’est vraiment construit sur le terrain.

Il n’y a pas d’équivalent de cette primaire sur l’échiquier politique français. L’esprit très collectif, Éric Ciotti sera évidemment derrière Valérie Pécresse sans aucune amertume et avec son dynamisme. Michel Barnier et Xavier Bertrand feront aussi campagne pour Valérie Pécresse même si leur échec est beaucoup plus amer, surtout pour Xavier Bertrand qui aurait dû accepter le principe d’une primaire ouverte qui l’aurait largement avantagé.

Mais dans cette procédure qui aboutit au meilleur rêvé chez Les Républicains, c’est bien sûr Christian Jacob et son talent jamais démenti de négociateur chevronné qui sont à saluer : il y a trois mois, on n’imaginait pas une telle réussite, ils envisageaient même le pire avec deux candidats issus de la droite républicaine. Tout le monde y a gagné car finalement, c’est la synthèse qui l’a emporté : la candidate la plus modérée l’a emporté, Valérie Pécresse, mais sur le programme le plus droitier, puisque les cinq candidats avaient surenchéri sur les thèmes sécuritaires.

Gérard Larcher était présent au moment du résultat. Il n’avait pas voulu prendre parti pour assurer la relève dans l’éventualité d’une débâcle politique (par exemple, une division profonde du parti). Finalement, c’est probablement sa candidate de cœur qui a gagné dans les meilleures conditions, avec l’unité retrouvée. Absent et ayant mollement félicité la gagnante sur Twitter, Laurent Wauquiez a de quoi regretter son renoncement à être candidat : il est probablement le vrai perdant, avec Xavier Bertrand, de ce "congrès pour la France", car s’il avait été candidat, dans le cadre de cette primaire fermée, il aurait eu toutes ses chances, vu la victoire des thèses les plus droitières et ses réseaux de militants très structurés.

Maintenant, la question se pose pour la suite de la campagne. À peu près tous les candidats sont identifiés, à l’exception du principal, le Président de la République dont la candidature paraît quasi-certaine. Les journalistes veulent toujours raisonner avec les sondages, mais les sondages ne sont que les conséquences des faits politiques. Ils ne les préfigurent pas. Or, la désignation de Valérie Pécresse est un fait politique important qui remet tout en cause du côté de la droite (et même de la gauche).

Valérie Pécresse serait-elle capable de reprendre les voix perdues des sympathisants LR qui ont rejoint Emmanuel Macron ? Peut-être, mais à la condition d’abandonner son programme très droitier. Valérie Pécresse, avec ce même programme, est capable en revanche de convaincre qu’avec elle, la droite musclée pourra revenir au pouvoir, mais sans les outrances et avec les valeurs républicaines.

Enfin, elle l’a signalé dans son discours de remerciement, oui, il fallait de l’audace pour choisir une femme comme candidate à l’élection présidentielle. Ne pas laisser à Marine Le Pen le monopole de cette caractéristique, également partagée avec Anne Hidalgo et Nathalie Arthaud, mais ces deux dernières sont peu susceptibles d’atteindre le second tour.

À mon avis, la désignation de Valérie Pécresse va évidemment redonner un peu d’audience à LR, mais le déplacement de voix ne se fera probablement pas du candidat Macron vers la candidate Pécresse, mais du candidat Zemmour vers elle, simplement parce que le polémiste a profité du désert politique de LR pendant de nombreux mois. Maintenant que l’heure est aux choses sérieuses, maintenant que le terrain est de nouveau occupé par une candidate solide, connue et reconnue, les errances électorales des nouveaux adeptes d’Éric Zemmour pourraient s’arrêter et eux revenir rassurés au bercail, il y a désormais un nouveau chef à LR, chose qui n’était pas arrivé depuis …mai 2012 !

Car l’enjeu n’est pas que l’élection présidentielle. Gagner en 2022 pour Valérie Pécresse, ce sera très difficile, pas impossible mais très difficile. Sa carrière, dans tous les cas, ne s’arrêtera pas le 24 avril 2022. Même perdante, même si elle perdait dès le premier tour, Valérie Pécresse aura marqué Les Républicains et pourra durablement conserver le leadership du parti : il y aura d’autres compétitions, les élections législatives en juin 2022, puis l’élection présidentielle suivante en 2027, et Valérie Pécresse sera incontournable, tant pour Matignon que pour l’Élysée, exactement comme le fut Lionel Jospin en 1995. Rappelons d’ailleurs qu’elle n’a conquis le conseil régional d’Île-de-France qu’après une première tentative malheureuse.

Enfin, terminons par les Franciliens qui, avec cette élection présidentielle, voient disparaître, pour le temps de la campagne au moins, leurs deux principaux élus : la maire de Paris et la présidente du conseil régionale d’Île-de-France. Comme quoi, la rivalité entre la capitale et les provinces n’est peut-être plus aussi réelle que dans les temps anciens.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (18) : Valérie Pécresse, naissance d’une leader.
Second tour du congrès du parti Les Républicains le 4 décembre 2021.
Élysée 2022 (16) : ce sera le duel Ciotti-Pécresse.
Élysée 2022 (15) : le quatrième et ultime débat des candidats LR.
Élysée 2022 (14) : L’envol d’Éric Ciotti ?
Renaud Muselier.
Philippe Juvin.
Élysée 2022 (13) : troisième débat LR, bis repetita.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes pendant le deuxième débat LR.
Élysée 2022 (11) : Michel Barnier succédera-t-il à Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211204-congres-lr-second-tour.html

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16 novembre 2021 2 16 /11 /novembre /2021 03:19

« Il est possible que la ligne directrice du débat à la présidentielle évolue… » (15 novembre 2021).




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Le maire de Meaux et ancien patron de l’UMP (devenue LR) Jean-François Copé n’est plus un responsable politique de premier plan. Pourtant, s’il y avait une seule personnalité politique ambitieuse en France, c’était bien lui qui est monté très vite, maire de Meaux, député, ministre… et dans son calendrier personnel, il comptait se présenter (et se faire élire) à l’élection présidentielle de 2017.

Mais aller trop vite peut rendre jaloux (on le voit pour Emmanuel Macron) et surtout, peut faire rater des choses, comme la volonté sincère de rassembler les Français. Jean-François Copé a toujours été une très belle mécanique intellectuelle et politique. Mais il lui a manqué un certain esprit de réconciliation.

Oui, mécanique intellectuelle. Énarque, Ministre du Budget, il jongle avec les finances publiques et pas beaucoup de monde sait le faire avec brio, il est de l’espèce des Edgar Faure, des Valéry Giscard d’Estaing, des Jacques Chirac, des Laurent Fabius, des Alain Juppé, et même bien avant les guerres, des Joseph Caillaux, qui ont tous été crânes d’œuf et affectés au budget de l’État. On peut même y ajouter Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire même s’ils ne sont pas crânes d’œuf. Un grand politique vise généralement le Budget et l’Intérieur. Non seulement cela donne beaucoup d’informations, mais ces ministères permettent des actions concrètes qui influencent l’avenir du pays.

Mécanique politique, tout le monde le sait. Il a commencé, comme Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, dans le rôle d’un second couteau clivant, il a fait son nom en se faisant plus droitier qu’il ne l’est… et puis tout a commencé à dégringoler. Mal élu président de l’UMP face à François Fillon en novembre 2012, puis devant démissionner en 2014 à la suite de l’affaire Bygmalion pour laquelle la justice l’a innocenté, mais bien tardivement. Son score à la primaire LR de novembre 2016 fut microcosmique (0,3%), mais il le savait déjà, depuis 2014, il est en-dehors du coup, enfoncé injustement pour une affaire qui ne le concernait pas mais qui a servi d’exutoire politique.

On aurait pu penser qu’il allait se préparer pour 2022, puisque cette belle mécanique n’avait pas encore servi. Mais il a laissé filer son ambition présidentielle, un peu comme Michel Rocard en été 1994. Il s’est replié à la mairie de Meaux, l’interdiction du cumul lui évite de fréquenter le Parlement, et il bosse surtout pour son métier d’avocat.

Ainsi, Jean-François Copé n’a plus que sa langue (et sa plume) pour influer sur l’avenir de son parti et de son pays. Alors qu’on parlait de dérive droitière lorsqu’il dirigeait l’UMP, il était néanmoins vigilant sur les limites à ne pas franchir, exactement comme Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy : pas de relations avec le FN/RN. Or, avec l’arrivée de Laurent Wauquiez, les digues se sont rompues, ce qui a fait partir Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. Le deuxième débat LR du 14 novembre 2021 a renforcé ce sentiment : le RN a complètement phagocyté idéologiquement Les Républicains.

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C’est donc en sage que Jean-François Copé s’est reconverti, et ma foi, de manière très pertinente. Pour s’en rendre compte, il suffit de lire son interview recueillie par Pierre-Alain Furbury parue dans "Les Échos" du lundi 15 novembre 2021, titrée : "La droite doit aussi incarner le camp du progrès".

Comme je l’ai indiqué dans un précédent article, Jean-François Copé met le doigt sur un point sensible. Nicolas Sarkozy faisait le droitier mais encensait Jean Jaurès. Il a toujours réussi à rester dans l’ambivalence. À faire la synthèse. À marcher sur deux jambes. Tomber dans un seul côté retirerait toute la spécificité de LR et justifierait alors le vote Marine Le Pen ou Éric Zemmour. Il a notamment souhaité : « Il faut aussi parler politique internationale, environnement, politique industrielle, progrès scientifique. Qu'il n'y ait absolument rien là-dessus est un problème. La force de la droite doit être de parler de tous les sujets et pas seulement de l'immigration, qui ne couvre qu'une partie des problèmes français. Il faut aussi incarner le camp du progrès. ».

Mais il n’y a pas que la dérive populiste qu’il dénonce. Jean-François Copé regrette aussi que le besoin d’une rigueur budgétaire se traduise par un assèchement de l’énergie créatrice : « Le vrai sujet, c'est de faire la démonstration qu'on peut utiliser plus efficacement les impôts des Français. C'est ce discours qu'il faut construire, en le présentant intelligemment, et non pas, comme François Fillon a fait l'erreur de le faire, comme un programme de souffrance. On n'est pas là pour donner des leçons de morale. ».

Critiquant la politique régalienne du gouvernement ainsi que le manque de rigueur budgétaire, le maire de Meaux a considéré que pilonner Emmanuel Macron serait « contre-productif » : « Il y a un certain nombre de domaines dans lequel je considère qu'Emmanuel Macron a fait des choses positives. Je pense en particulier à la gestion économique de la crise du covid, et nous aurions d'ailleurs sans doute fait à peu de chose près la même chose. ».

Il redit ainsi la recette du succès de LR : « La droite a un boulevard, si le gagnant ou la gagnante de la primaire sait tenir fermement la barre sur les deux piliers que sont l'autorité et le progrès. Le pays est majoritairement en attente d'une politique de droite assumée et moderne. Emmanuel Macron incarne le progrès mais pas le retour de l'autorité. Quant à Marine Le Pen et Éric Zemmour, ils voient dans le progrès un danger et font de l'autorité un simple slogan. ».

Jean-François Copé l’avait déjà dit il y a deux ans, juste avant les élections européennes, dans "Challenge" le 24 mars 2019 (à l’occasion d’un entretien avec Rémi Cément). Il critiquait Laurent Wauquiez, alors président de LR, sur ses dérives droitières : « Sa ligne politique est trop brouillonne, voire ambiguë vis-à-vis de l’Europe ou même de l’extrême droite. Lorsque j’étais à la tête des Républicains, le cordon sanitaire était total. Aujourd’hui [en mars 2019], il n’y en a plus. (…) On laisse partir les centristes mais on garde les jeunes cadres LR qui prennent ostensiblement des pots dans les bars avec les jeunes RN. À mon époque, ils auraient eu droit à un sévère rappel à l’ordre. De toute façon, si un jour, une telle "union des droites" devait arriver, on n’y survivra pas car il n’y a pas une voix à récupérer. C’est une stratégie mortifère pour une raison simple : le clivage se fait aujourd’hui entre partis de gouvernement et partis extrémistes, pas entre la gauche et la droite. ».

Refusant de faire de LR une molle copie des opposants du second tour d’Emmanuel Macron (à savoir l’extrême droite), Jean-François Copé veut un recentrage de son parti pour lui faire garder sa spécificité : à la fois l’autorité et le progrès. De là à franchir le Rubicond macronien, il n’y a qu’un pas, que Jean-François Copé n’a pas du tout envie de faire, mais qu’a déjà fait un autre droitier de la droite, Christian Estrosi


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-François Copé.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes.
Michel Barnier.
Éric Ciotti.
Hubert Germain.
Édouard Philippe.
Éric Zemmour au second tour !
Christian Estrosi.
Jean Castex.
Jean-Louis Borloo.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Lucette Michaux-Chevry.
Michel Jobert.
Pierre Mazeaud.
Michel Debré.
Bernard Pons.
Pierre Juillet.
Philippe Mestre.
Henry Chabert.
Olivier Dassault.
Éric Raoult.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-sagesse-inattendue-de-jean-237229

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19 août 2021 4 19 /08 /août /2021 01:27

« Ah ! S’il s’agissait simplement, dans le cadre de ce qu’on appelle la troisième force, de préparer la fusion, à tout le moins, l’union organique de deux des partis qui constituent cette Assemblée et sont actuellement associés dans une même majorité, s’il s’agissait d’unir, à la base, Force ouvrière et syndicats chrétiens, s’il s’agissait de mêler vos clientèles électorales, de fondre vos programmes dans une conception commune d’humanisme "économique", de construire ce parti travailliste, dont on parle depuis plusieurs années, dont mes amis de l’UDSR et moi-même avons été les premiers artisans et dont nous resterions, d’ailleurs, les partisans aujourd’hui comme hier au cas où la définition que j’esquisse refléterait la réalité, alors, monsieur le ministre, vous ne seriez pas embarrassé. Aucune équivoque ne planerait sur la troisième force. (…) Mais la troisième force est-elle cela ? Non ! » (René Capitant, le 20 décembre 1947 à l’Assemblée Nationale).




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L’un des représentants les plus illustres du "gaullisme de gauche" est mort à l’hôpital Foch de Suresnes il y a cinquante ans, le 23 mai 1970, à l’âge de 68 ans. René Capitant est né près de Grenoble le 19 août 1901, d’un père agrégé de droit à Grenoble (où il fut élu) et à Paris, Henri Capitant (1865-1937), spécialiste reconnu internationalement du droit privé et membre de l’Institut.

Marchant sur les traces paternelles, après le lycée Montaigne et le lycée Henri-IV, René Capitant a soutenu à la faculté de droit de Paris le 14 mars 1928 sa thèse de doctorat de droit : "Introduction à l’étude de l’illicite : l’impératif juridique". Il entama sa carrière de juriste comme avocat à Paris en 1929 (il prononça le 19 mars 1929 un discours sur la coutume constitutionnelle en tant que premier secrétaire de la conférence des avocats au Conseil d’État et à la Cour de Cassation), puis, reçu à l’agrégation de droit public, il fut nommé professeur à la faculté de droit de Strasbourg de 1930 à 1939 dans un contexte difficile de montée du fascisme et d’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne.

En 1933 et 1934, il fit d’ailleurs un séjour très instructif en Allemagne et publia à son retour des analyses sur l’idéologie nazie qui furent très diffusées. En 1936, il fut chargé de mission dans le cabinet de Léon Blum à la Présidence du Conseil. En 1937, il présida le comité de vigilance des intellectuels anti-fascistes de la région strasbourgeoise. Devenu spécialiste en droit constitutionnel et parlementarisme, René Capitant est revenu d’Allemagne aussi avec des études sur la République de Weimar, en particulier : "Le rôle politique du Président du Reich" (15 mars 1932), "Le Président du Reich" (décembre 1932), "Régimes parlementaires" (1933), "L’erreur proportionnaliste et le régime parlementaire" (10 juin 1935), "La crise et la réforme du parlementarisme en France" (1936), etc.

Engagé volontaire en 1939 (malgré un grave accident d’alpinisme) et affecté à l’état-major de la 4e Armée (où il rencontra De Gaulle à Wangenbourg pour la première fois), René Capitant s’engagea activement dans la Résistance dès juin 1940, à Clermont-Ferrand (où il avait été démobilisé ainsi que son université alsacienne) avant de demander sa mutation à l’Université d’Alger pour enseigner son cours d’histoire générale du droit français en février 1941 tout en poursuivant son engagement dans la France libre (il a notamment fondé le réseau Combat avec Paul Coste-Floret).

Ayant participé activement à la libération d’Alger en novembre 1942, il fut révoqué par Pétain de sa chaire le 2 avril 1943 pour "activités antinationales" et fut nommé membre de l’Assemblée consultative provisoire par l’ordonnance du 17 septembre 1943. Une nomination qui pouvait se comprendre par le fait qu’il y avait encore très peu de gaullistes parmi les résistants d’Afrique du Nord (De Gaulle est arrivé à Alger le 30 mai 1943).

À l’âge de 42 ans, René Capitant fut choisi le 9 novembre 1943 par De Gaulle, en tant que représentant de la Résistance, pour entrer au Comité français de libération nationale (à Alger) comme commissaire à l’Éducation nationale (équivalent de ministre), après l’éviction du général Henri Giraud, puis, comme Ministre de l’Éducation nationale du 4 septembre 1944 au 21 novembre 1945 dans le Gouvernement provisoire de la République française.

Le 21 octobre 1945, il fut élu député du Bas-Rhin à la première Assemblée Nationale Constituante avec 16,56% des voix comme tête de liste d’une "union démocratique de rénovation française". Membre de la commission de la Constitution, René Capitant s’opposa au premier projet de la Constitution et créa le 20 janvier 1946 (à la démission de De Gaulle), avec Louis Vallon et Pierre Clostermann, le premier parti gaulliste, l’Union gaulliste, pour défendre les principes constitutionnels de De Gaulle (cette Union gaulliste allait fusionner avec le RPF lors de la création de celui-ci).

S’opposant à un texte qui établissait un régime d’assemblées, René Capitant prononça le 10 avril 1946 un discours fustigeant le texte, rejetant une « conception absolutiste de la démocratie qui conduit nécessairement la démocratie à sa perte ». Ce premier projet fut rejeté par le référendum du 5 mai 1946, mais René Capitant ne fut pas réélu le 2 juin 1946. Il n’était qu’en deuxième position sur la liste du "rassemblement des gauches  républicaines, union gaulliste" menée par Pierre Clostermann dans le Bas-Rhin et qui n’a obtenu qu’un seul siège avec 17,18% des voix.

Tête de liste d’un "rassemblement républicain gaulliste", il fut finalement élu député de Paris le 21 novembre 1946 (sa liste a obtenu un des onze sièges à pourvoir, avec 7,68% des voix), et s’est inscrit au groupe d’un mouvement issu de la Résistance et fondé le 25 juin 1945, l’UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance), formation centriste rassemblant notamment René Pleven, Ernest Claudius-Petit, Jacques Baumel, Jacques Soustelle, François Mitterrand, Jacques Koscusko-Morizet (grand-père de NKM), etc., qu’il a quittée rapidement pour rejoindre le mouvement gaulliste. René Capitant, parlementaire boulimique (très actif dans de nombreuses commissions), présida dès 1947 le nouveau groupe d’action démocratique et sociale, en d’autres termes, il fut le premier président des députés gaullistes.

Il fut effectivement très engagé au sein du RPF (Rassemblement du peuple français), fondé le 14 avril 1947 par De Gaulle et très populaire (aux élections municipales d’octobre 1947, les listes du RPF ont remporté 40% des voix dans les villes de plus de 9 000 habitants). René Capitant présida le conseil national du RPF (sorte de parlement du parti) et présenta de nombreux rapports, comme la nécessité d’un changement de régime lors des assises nationales du 9 au 11 novembre 1952 à Paris.

Après s’être abstenu le 12 décembre 1946 pour l’investiture de Léon Blum comme dernier Président du Gouvernement provisoire de la République française, René Capitant, comme tous les députés gaullistes, s’opposa aux gouvernements de Troisième force, en particulier parce qu’aucun ne proposait une réforme des institutions. Il a toutefois soutenu le gouvernement de Pierre Mendès France du 19 juin 1954 au 5 février 1955.

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Mais il s’était notamment opposé fermement à celui dirigé par Robert Schuman et nommé le 24 novembre 1947. Lors d’un débat sur la confiance au gouvernement à propos d’une question financière, le 20 décembre 1947, René Capitant (s’adressant à René Mayer) a replacé le sujet, de manière très gaullienne, sur le plan institutionnel, considérant que la confiance monétaire dépendait de la confiance politique : « Il exige donc la confiance politique, car celle-ci est la base de l’autorité et de la stabilité qui peuvent, seules, garantir la permanence d’une politique. La confiance politique, dans une démocratie, c’est, d’une part, la confiance d’une majorité parlementaire, et, d’autre part, à travers elle, la confiance d’une majorité électorale. Or, le gouvernement n’a, aujourd’hui, ni l’une ni l’autre. ».

Et de poursuivre sur cette confiance : « Mesdames et messieurs, il est possible de rendre au gouvernement la confiance politique nécessaire. Il est possible de lui rendre une majorité parlementaire, une majorité électorale, de lui donner ainsi l’autorité véritable, celle qui émane de la confiance exprimée par le peuple. Mais, pour parvenir à ce résultat, le seul moyen est de retourner devant le corps électoral. Le seul moyen est de retourner à la source. (…) Il faut retourner devant l’électeur et le consulter, non pas dans le cadre d’une loi électorale qui, d’avance, neutralise les résultats (…). Il faut donc retourner devant l’électeur et le consulter avec une loi électorale nouvelle, comportant un scrutin majoritaire, parce que, seul un scrutin majoritaire peut donner une majorité électorale, engendrant, à son tour, une majorité parlementaire. Seul un scrutin majoritaire est susceptible d’assurer, dans le respect de la démocratie, l’autorité et la stabilité à défaut desquelles il n’y a pas de redressement national possible, ni même de possibilité de salut pour la République. ».

Il faut faire remarquer ici que René Capitant avait été à l’origine de loi électorale de 1946, qu’il décriait tant l’année suivante, à savoir de la représentation proportionnelle et revendiquait devant ses collègues le droit à l’erreur : « Pourquoi, après l’expérience de plus d’un an, refuseriez-vous à d’anciens partisans de la représentation proportionnelle le droit de changer d’idée et de reconnaître que les résultats désastreux de ce mode de scrutin compromettent l’avenir de la République ? ».

Malgré ce discours très incisif, la confiance fut votée et le gouvernement de Robert Schuman a survécu (mais seulement de sept mois !).

À l’occasion de ce débat parlementaire, il avait aussi défini le RPF : « Le Rassemblement du peuple français n’est pas un parti. Vous le savez. C’est encore moins un parti qui met en danger la République et la démocratie. C’est, au contraire, un mouvement qui s’efforce de faire comprendre que si vous laissez la République et la démocratie glisser plus longtemps sur la pente où vous l’avez engagées, c’en est fait de nos institutions, de nos libertés et de notre indépendance. Nous ne sommes pas un parti, puisqu’à l’intérieur de ce rassemblement, il y a des hommes de toutes les tendances. ».

Il avait bien eu raison de se méfier de la nouvelle loi électorale, condamnant le jour de son adoption, le 7 mai 1951, les « vices de l’apparentement (…). [Ce] n’est qu’un artifice arithmétique, un truquage électoral. ». Aux élections législatives du 17 juin 1951, René Capitant, tête de liste du RPF, fut battu dans l’Isère (avec 9,81% des voix, sa liste n’a eu aucun siège), comme de nombreux députés gaullistes sortants par le système des apparentements qui désavantageait les deux principales forces politiques du pays, à cause de leur isolement : les communistes, qui représentaient 25,9% des voix et les gaullistes 21,7% des voix. Le RPF déclina alors rapidement.

René Capitant fut l’un des leaders des "gaullistes de gauche" avec Louis Vallon, et il resta toujours fidèle à De Gaulle. Comme le Général, René Capitant fit une traversée du désert électorale et se consacra plutôt à son activité professionnelle, professeur à la faculté de droit de Strasbourg pendant quelques mois puis à la faculté de droit de Paris à partir d’octobre 1951. En 1957, il s’est vivement indigné contre la mort mystérieuse dans les locaux de la police de l’avocat algérien Ali Boumendjel (proche du FLN) qui avait été un de ses anciens étudiants (l’avocat a été arrêté le 9 février 1957 et est mort le 23 mars 1957 dans des circonstances floues) et il arrêta pendant deux mois ses cours à la faculté de droit en signe de protestation. Ensuite, il s’est expatrié à Tokyo pour diriger de novembre 1957 à l’automne 1960 la Maison franco-japonaise (créée en 1924 notamment grâce à Paul Claudel).

Avec le retour au pouvoir de De Gaulle, René Capitant est revenu dans la vie politique au début des années 1960. Il a rejoint l’Union démocratique du travail (UDT), créé le 14 avril 1959 par d’anciens du RPF (parti qui avait disparu le 13 septembre 1955) proches de la gauche, dont Louis Vallon, Jean de Lipkowski, Philippe Dechartre, Gilbert Grandval, Léo Hamon, etc. L’idée de l’UDT était de faire vivre un véritable parti travailliste issu de la Résistance et du gaullisme. Après les accords d’Évian, René Capitant fut par ailleurs appelé durant le second semestre 1962 à Alger comme conseiller juridique pour préparer l’Algérie postfrançaise.

Après la dissolution de l’Assemblée Nationale du 9 octobre 1962, l’UDT s’est alliée électoralement à l’UNR (le parti gouvernemental gaulliste) et dans la foulée, la formation politique a réussi à faire élire quinze députés sur trente-quatre candidats, dont René Capitant, Louis Vallon, Pierre Billotte, Jean de Lipkowski, Jean Charbonnel, Christian Poncelet, Yves Guéna, Paul Rivière, Jacques Hébert… aux élections législatives de novembre 1962.

René Capitant retourna donc à l’Assemblée Nationale, élu député de Paris avec 50,01% dans une triangulaire le 25 novembre 1962 (parmi ses adversaires, Jean-Marie Le Pen, député poujadiste sortant, soutenu par le CNI, et l’ancien député socialiste Robert Verdier, soutenu par le candidat communiste qui s'était désisté malgré son bon score), réélu le 12 mars 1967 avec 49,01% dans une nouvelle triangulaire, et le 30 juin 1968 avec 63,11% dans un duel face au candidat communiste. Entre 1962 et 1968, son expertise du droit l’a bombardé tout naturellement à la présidence de la commission des lois de l’Assemblée Nationale et il y fut un parlementaire très actif. Il consolida son implantation locale en se faisant aussi élire conseiller de Paris le 21 mars 1965.

La cohabitation avec le parti majoritaire n’était pas vraiment facile pour ces gaullistes de gauche. Et disons-le clairement, la cohabitation avec Georges Pompidou, tout puissant Premier Ministre et chef de la majorité. En novembre 1962, pour des raisons de stratégie électorale, ils ont mis en veilleuse l’UDT rattachée à l’UNR, ce qui leur empêchait d’avoir une indépendance politique particulière. Ainsi, René Capitant et Louis Vallon refusèrent de participer aux assises de l’UNR du 24 au 26 novembre 1967 à Lille, refusant de se prêter au jeu de la consécration de Georges Pompidou : « Là-bas, domineront ceux qui proclament situer leur action dans la perspective de l’après-gaullisme. Action dont tout nous fait craindre qu’elle ne soit sous l’emprise de forces qui tendent à modifier radicalement la politique voulue par De Gaulle, singulièrement dans le domaine extérieur et en matière sociale. ».

La crise de mai 1968 allait momentanément apporter du crédit au courant des gaullistes de gauche. Crise d’une prospérité trop matérialiste, mai 1968 a mis en lumière une crise morale. René Capitant a même donné sa démission de député le 21 mai 1968 pour ne pas avoir à voter la confiance au gouvernement de Georges Pompidou qu’il considérait comme « le symbole du capitalisme » ! Quelques minutes auparavant, devant le groupe gaulliste réuni à huis clos, René Capitant avait martelé : « Je ne pardonnerai jamais aux ministres qui ont fait huer De Gaulle par la rue ! ».

La journaliste Michèle Cotta était présente dans l’hémicycle ce 21 mai 1968, aux bancs des visiteurs, pour rendre compte de cette séance de motion de censure. Voici, dans ses "Cahiers secrets", ce qu’elle écrivait des deux gaullistes de gauche : « J’ai rencontré René Capitant avec Louis Vallon, l’autre gaulliste de gauche, pendant que j’étais élève à Science-Po. Autant le second est un joyeux luron, chaleureux, drôle (…), autant René Capitant est renfermé et grinçant. Les deux hommes partagent le même culte du Général, qu’ils présentent l’un et l’autre depuis des années, et parfois contre l’évidence, comme un homme profondément social, à la recherche (…) d’une troisième voie entre socialisme et capitalisme. Vallon n’aime pas Pompidou, Capitant le déteste. Il pense en outre que, si le régime et le Général en sont là, c’est la faute de Pompidou. Il paraît qu’hier, Capitant envisageait de voter la censure avec les socialistes et les communistes. Aujourd’hui, il a préféré abandonner son mandat parlementaire plutôt que de ne pas voter la censure. Sa démission a fichu un coup au moral des gaullistes. ». Finalement, la motion de censure n’a recueilli que 233 voix, au lieu des 244 nécessaires pour être adoptée.

Pour les gaullistes de gauche, que certains ont appelés "gaullistes sociaux" (ce qui n’avait pas beaucoup de sens, tous les gaullistes sont sociaux), Georges Pompidou aurait été à l’origine de la droitisation du gaullisme considéré comme un simple mouvement conservateur (notons que Jacques Chirac a essuyé les mêmes reproches vingt ans plus tard), mais tout cela est une histoire de perception, car finalement, les accords de Grenelle ont été particulièrement "progressistes" et peu conservateurs (notamment avec l’augmentation des salaires).

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Ce qui semble clair désormais, c’est que la fin de la Présidence De Gaulle a marqué le sommet d’influence des gaullistes de gauche avec la réforme sur la participation. René Capitant fut nommé Ministre de la Justice du 30 mai 1968 au 29 avril 1969, tant dans le dernier gouvernement de Georges Pompidou que dans l’unique gouvernement de Maurice Couve de Murville, et appuya avec beaucoup de force l’idée du référendum sur la participation. Devenu ministre, René Capitant laissa sa circonscription législative le 14 août 1968 à son suppléant, Jean Tiberi (futur ministre et futur maire e Paris). Réaction de Michèle Cotta : « La présence de René Capitant (…) ne m’avait pas même étonnée [le 30 mai 1968], car après tout, c’est un inconditionnel du Général, et les inconditionnels se font rares, par ces temps troublés ! » (12 juillet 1968).

Pendant ces onze mois où il fut garde des sceaux, René Capitant fut très actif et a présenté sept projets de loi au Parlement, notamment un projet d’amnistie (12 juillet 1968), un texte sur les sociétés commerciales (2 octobre 1968), une refonte des services judiciaires, et il gardait aussi à l’esprit une grande réforme de l’entreprise.

Hélas pour lui, l’échec du référendum du 27 avril 1969 a précipité De Gaulle à la retraite, avec sa démission le lendemain. Refusant de rester ministre par fidélité à De Gaulle, René Capitant démissionna également (son collègue Jean-Marcel Jeanneney assura l’intérim de son ministère jusqu’à l’élection présidentielle, durant l’intérim présidentiel du Président du Sénat Alain Poher).

Surnommé "l’enfant terrible du gaullisme", farouchement opposé à la candidature de Georges Pompidou, René Capitant aurait voulu se présenter contre lui en 1969 s’il n’avait pas été malade (il fut très efficacement découragé par Roger Frey et Jacques Foccart). Il est mort un an plus tard (il y a cinquante ans) d‘une crise cardiaque. Il avait déjà eu une crise cardiaque quelques mois après sa nomination place Vendôme et De Gaulle lui avait demandé de ne pas démissionner.

Bien que diminué et s’étant retiré de la scène nationale (il resta élu de Paris), René Capitant avait continué son cours de doctorat de "Démocratie et participation politique" à l’Université de Paris, et il a participé à la résurrection de l’UDT le 19 septembre 1969 aux côtés de Louis Vallon (qui fut exclu de l’UDR le 4 novembre 1969), Frédéric Grendel, Philippe de Saint-Robert, Jacques Debû-Bridel, etc. Son compagnon de route Louis Vallon, qui allait lui survivre d’une dizaine d’années, se rangea dès lors du côté de la gauche et a soutenu la candidature de François Mitterrand en 1974 et 1981 (du reste, comme Jean-Marcel Jeanneney et Edgard Pisani).

Alors secrétaire général de la Société de législation comparé lors de la mort de René Capitant, le juriste Roland Drago (1923-2009), qui fut son ancien élève à Alger, a rappelé, dans la "Revue  internationale de droit comparé" (vol. 22 n°3 de juillet-septembre 1970, pp. 551-553), l’influence constitutionnelle qu’il a eue sur la Constitution de la Cinquième République  : « Son influence au moment de l’élaboration de la Constitution de 1958 fut plus considérable qu’il n’y parut et quand on relit aujourd’hui l’article de Carré de Malberg "Considération théorique sur la question de la combinaison du référendum avec le parlementarisme" (Revue du droit public, 1931), on se dit que Capitant fut sans doute l’intercesseur entre la pensée du maître de Strasbourg et celle du Général De Gaulle. Mais la vie politique était dévorante et René Capitant avouait un jour, devant son admirable épouse [Marie-Thérèse Colas (1908-2002) ; mariés le 18 juin 1931, ils ont eu cinq enfants], qu’il n’écrirait jamais les ouvrages de philosophie du droit qu’il lui avait promis d’écrire en se mariant… ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
René Capitant.
Général De Gaulle.
Jacques Chirac.
Edgard Pisani.
Christian Poncelet.
Maurice Couve de Murville.
Philippe De Gaulle.
Pierre Juillet.
Marie-France Garaud.
Jacques Chaban-Delmas.
Alain Peyrefitte.
Maurice Druon.
Robert Boulin.
Alain Devaquet.
Hubert Germain.
L’amiral François Flohic.
Maurice Schumann.
Maréchal Leclerc.
L’appel du 18 juin 1940.
Le gaullisme politique.
Pierre Messmer.
Georges Pompidou.
Yves Guéna.
Edmond Michelet.
Jean Foyer.
Michel Debré.
Jean-Marcel Jeanneney.
Olivier Guichard.
Robert Galley.
Jean Charbonnel.
André Malraux.
Pierre Bas.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210819-rene-capitant.html

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1 juin 2021 2 01 /06 /juin /2021 08:55

« Le vrai enjeu est que les Républicains vont devoir se prononcer pour ou contre une alliance avec le Rassemblement national. Et ça, c’est un problème politique majeur pour notre famille politique. » (Jean-François Copé, "L’Obs" du 31 mai 2021).


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Par cette réflexion ci-dessus, l’ancien patron de l’UMP et maire de Meaux, Jean-François Copé, réagissait aux propos intempestifs du numéro 2 de LR, vice-président, le député Guillaume Peltier, prononcés à l’occasion du "Grand Jury" de RTL, LCI, "Le Figaro" du dimanche 30 mai 2021 et qui ne voyait pas pourquoi ne pas coopérer avec des proches du RN comme Robert Ménard, le maire de Béziers : « J’estime que c’est un très bon maire (…). On porte les mêmes convictions (…). Échanger, discuter, travailler avec Robert Ménard ne me dérange en rien. ». Malgré la réunion délicate auprès des sénateurs LR le 1er juin 2021, Guillaume Peltier a persisté et signé et a continué à militer pour la création d’une « grande coalition du redressement national » qui comprendrait LR et le RN.

Comment ne pas imaginer Jacques Chirac se retourner dans sa tombe : le parti gaulliste faisant alliance avec les héritiers de l’OAS ? Certes, l’idée n’est encore que diffuse, que subliminale, mais elle est pensée maintenant si fortement que certains en viennent à l’imaginer concrètement, comme à Dreux en septembre 1983. Les Républicains, pourtant, n’est pas que le parti gaulliste, c’est la suite de l’UMP qui était la réunion du RPR, certes, mais aussi d’une grande partie de l’UDF, encore plus modérée que le RPR (l’autre partie de l’UDF étant restée autonome avec le MoDem mais aussi l’UDI, Les Centristes, le Mouvement radical, etc.).

Certes, Guillaume Peltier, bien que vice-président de LR, ne représente que lui et rappelle évidemment ses premiers engagements aux côtés du FN, puis du MPF. La nature revient toujours au galop même si on susurre ici ou là que ces relents de droite dure ont surtout pour objectif de lui apporter quelques strapontins dorés. Personne évidemment chez LR ne veut relancer le débat des alliances à moins de trois semaines des élections régionales et départementales, élections cruciales pour LR qui compte bien se refaire une nouvelle légitimité après sa cuisante défaite des élections européennes de mai 2019.

Le problème de LR, c’est qu’il n’y a plus de "leader" incontesté. Ou plutôt, plus de "grands hommes politiques". Certes, il y a quelques noms qui pourraient être des candidats valables à l’élection présidentielle, mais il n’y a plus d’animaux politiques, de personnalités qui sont nées avec l’ambition élyséenne au biberon et qui n’ont jamais vécu que par cela sans jamais renoncer.

Ils se comptent historiquement sur les doigts d’une main, allez, de deux mains : Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy, François Fillon, Alain Juppé, Philippe Séguin… qui d’autres ? Eux, quoi qu’ils pussent dire dans leur cheminement personnel, c’était pour les nourrir, nourrir leur ambition, tactiquement ou stratégiquement. Les idées comptaient peu mais leur évolution personnelle beaucoup. Ainsi, quand l’un parlait du bruit et des odeurs, c’était juste pour racoler les électeurs d’extrême droite, un braconnage sans doute contestable et probablement contreproductif, mais c’était pour Jacques Chirac, pas pour conforter les idées extrémistes. Il en fut de même de l’invasion, terme écrit et réfléchi d’un VGE en peine de résurrection dans les intentions de vote.

Aujourd’hui, tous les petits lederdaillons qui s’expriment, ils peuvent croire aussi qu’ils font comme les grands que je viens de citer, mais en fait, ils se trompent : leur devenir est trop petit, trop court, trop discret, trop vain pour que cela leur serve un jour dans des démarches qui avorteront vite (exemples : Jean-François Copé, Laurent Wauquiez). Mais en revanche, jouer à ce jeu dangereux, c’est-à-dire s’amuser à mettre de l’huile sur le feu en pensant orgueilleusement en récupérer un peu d’éclat, s’il est inutile pour eux, il est dangereux pour la nation, pour le peuple et plus généralement, pour les idées politiques en France.

En effet, en laissant entendre que les idées de LR sont proches de celles du RN, ce qui est complètement faux (il suffit de lire leurs programmes), on renforce la confusion dans les électorats respectifs et l’on aide beaucoup ...l’original à la copie, comme aimait si bien le dire Jean-Marie Le Pen. Bref, ce ne sont plus les idées puantes qui sont instrumentées au service du leader politique, mais le contraire, ce sont les (mini) leaders politiques qui s’auto-instrumentent au service de ces idées. Peut-être inconsciemment.

Cela faisait depuis 2017 que je pressentais l’évolution politique étonnante de LR. Cette évolution, c’est celle d’un parti centriste entre deux gros (RN et LREM). Depuis la défaite de François Fillon dès le premier tour de l’élection présidentielle de 2017, en effet, LR est passé du statut d’un grand parti à un parti supplétif, à savoir, juste capable de soutenir un des deux candidats restés au second tour. Le système politique français est assez bestial dans son application du fait majoritaire puisqu’à la fin, il ne reste plus que deux blocs, soit on accepte de soutenir l’un des deux, soit on se met en retrait, ce qui, à mon sens, est pire, puisque cela veut dire qu’on laisse les autres décider pour soi, qu’on se désengage politiquement, pour des responsables politiques, ce n’est pas très …responsable !

La position du parti centriste, je l’ai longtemps vécue puisque j’ai soutenu Raymond Barre et François Bayrou aux élections présidentielles (notamment de 1988 et de 2007), ils étaient les "troisièmes hommes", ce qui est sans doute la pire des affaires puisque cela voulait dire qu’ils auraient pu être deuxièmes, et qu’ils devaient choisir après eux l’un de leurs concurrents au second tour.

Paradoxalement, la quasi-disparition de la gauche a placé le parti du Président Emmanuel Macron à gauche et au centre de l’échiquier politique, le RN, par sa forte audience d’un électorat d’une sociologie très différente de celle de LR, tente de remplir la position à droite de l’échiquier et LR, l’ancien parti hégémonique, se retrouve ainsi tiraillé sur sa droite dure et sur son centre droit. Ce n’est plus le RPR qui plume la volaille centriste, mais LREM (le centre) qui plume la volaille gaulliste. Retournement des choses. Inversion des situations.

Dans les intentions de vote, la droite (prise de manière globale) représente environ 70% alors qu’auparavant, pendant longtemps, elle représentait autour de 50%. Et c’est le parti par excellence de la droite républicaine qui tend à disparaître : normal, si tout le monde se dit de droite, le parti de droite n’a plus de quoi se différencier, et comme il n’a jamais fait un travail très approfondi sur ses spécificités programmatiques, ce courant politique risque d’être purement et simplement écarté du jeu politique.

Rappelons quand même que LR, c’était l’alliance UDR-RPR, capable d’atteindre 43% dès le premier tour au niveau national (exemple, les élections européennes de juin 1984, à un seul tour). Bref, quasiment la moitié de l’électorat. Il ne représente maintenant qu’un douzième de l’électorat (aux élections européennes de mai 2019).

Certains ont déjà lâché LR pour le RN. Le plus emblématique est sans aucun doute Thierry Mariani, l’ancien Ministre des Transports de Nicolas Sarkozy qui s’est fait battre aux législatives et qui comptait se refaire une virginité politique au sein du RN, déjà par les élections européennes de 2019 (il a été élu député européen) et, habileté suprême, il drague maintenant les mêmes électeurs que LR en PACA (tête de liste RN aux régionales en PACA).

Mais concrètement, il n’y a pas beaucoup d’élus LR qui ont franchi ce pas explicitement, et tous ceux qui laissent entendre qu’une alliance serait cohérente restent pourtant prudemment au sein de LR, au cas où. Évidemment, la plupart des dirigeants de LR ont préféré Emmanuel Macron à Marine Le Pen en 2017, et le contraire a étonné voire inquiété quand Laurent Wauquiez refusait de donner une consigne de vote claire. Soyons bien précis : une consigne de vote d’un parti n’a, à mon avis, jamais vraiment influé sur le vote de ses électeurs (un parti n’est pas propriétaire de ses électeurs), mais cela donne une indication politique cruciale sur ceux qui l’émettent.

Du côté du RN, la situation a évidemment beaucoup évolué depuis le temps du FN dirigé par Le Pen père. Jean-Marie Le Pen avait la haine du RPR, de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Il préférait la victoire d’un candidat socialiste à celle d’un gaulliste, c’était d’ailleurs la même politique qu’en décembre 1965 puisque Jean-Louis Tixier-Vignancour, dont il était le directeur de campagne, s’est désisté au second tour en faveur de François Mitterrand et pas de De Gaulle. Il ne prônait aucune coalition à droite et préférait rester dans l’opposition sans avoir d’alliance.

Marine Le Pen, assoiffée d’ambition, est prête, en revanche, à faire un deal avec la droite classique. Elle avait déjà proposé à Nicolas Dupont-Aignan de devenir son Premier Ministre en 2017, en échange de quelques voix, mais maintenant, elle laisse entendre qu’elle pourrait gouverner avec certains élus LR, comme Nadine Morano ou Éric Ciotti. Au moins, c’est clair, les lepenocompatibles de LR devaient aller jusqu’au bout de leur logique…

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Revenons justement à LR. Pourquoi les électeurs LR voteraient-ils encore pour LR si LR était prêt à s’allier avec le RN ? Si ces électeurs étaient favorables à une telle alliance, pourquoi ne voteraient-il alors pas directement pour le RN ? Et s’ils considéraient qu’une telle alliance serait une catastrophe démocratique, alors ils ne voteraient plus LR et chercheraient d’autres gouvernances moins compatibles.

La position centriste est évidemment plus difficile à tenir que lorsqu’on se retrouve dans un extrême, lorsqu’il s’agit de prendre position. Certes, l’échiquier politique peut être rond si on conçoit que les extrêmes se rejoignent (ce dont je suis à peu près sûr), mais on conviendra qu’en 2002, il était plus facile pour un socialiste de voter Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen que pour un chiraquien, de voter Lionel Jospin contre Jean-Marie Le Pen. Pourquoi ? Parce que les deux candidats présents au second tour seraient d’un côté et de l’autre, mais pas d’un seul côté (auquel cas on prendrait le plus "modéré"). Dans une telle configuration, on pourrait hésiter, car pour être élu, on essaie de séduire toutes les ailes, de droite, de gauche, du centre (c’était la grande habileté de François Mitterrand), à faire converger vers un candidat et ce candidat est fédérateur mais lorsqu’il n’est plus présent, les électeurs reprennent leurs anciennes origines.

Cela dit, pour la plupart des dirigeants et des élus de LR, le choix entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen était sans hésitation pour le premier (François Fillon, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Gérard Larcher, etc.), au point que lorsque ce n’était pas très clair, certains ont même quitté LR, depuis 2017, et encore en 2021 en PACA : Jean-Pierre Raffarin, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Christian Estrosi, Hubert Falco, etc. Sans compter aussi ceux qui ont franchi allègrement le Rubicon macronien : Édouard Philippe, Jean Castex, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Roselyne Bachelot, Jean-Baptiste Lemoyne, Sébastien Lecornu, Franck Riester, Thierry Solère, etc.

Il y a aussi une autre difficulté pour LR, une difficulté insurmontable, qui est la même que pour les partis centristes limitrophes comme l’UDI. C’est justement que l’actuel gouvernement est trop proche de leurs idées politiques. Comment pouvoir exister dans une situation où vous vous retrouvez dans l’opposition à un gouvernement qui défend votre propre politique ? La logique aurait voulu que vous fassiez partie de cette majorité, de ce gouvernement, mais si on ne vous l’a pas proposé, que faire ? L’existence au sein d’une opposition, c’est de s’opposer, mais s’opposer à quoi si vous êtes en accord avec les grandes lignes ? C’est un problème majeur pour Les Républicains.

"Heureusement", certains sujets clivants peuvent servir à s’opposer, de manière très artificielle, comme la PMA pour toutes ou d’autres sujets (la dépénalisation du cannabis par exemple), mais ce ne sont pas des sujets qui donnent l’impulsion d’une politique nationale. La gestion de la crise sanitaire, forcément imparfaite et parfois agaçante, a aussi donné prise à l’opposition, mais pour quels résultats ? Personne, dans la classe politique, n’a le crédit de pouvoir mieux faire qu’Emmanuel Macron qui, rappelons-le, se retrouve, après quatre années d’exercice du pouvoir, avec encore 42% de bonnes opinions (un score que tous ses prédécesseurs depuis quarante ans pourraient envier).

Pourtant, la situation de LR est loin d’être désespérée, au contraire du parti socialiste qui, petit à petit, se fait électoralement phagocyter par les écolodogmatiques d’EELV même dans les élections locales. En effet, LR est très bien implanté localement et remporte régulièrement des victoires électorales dans les élections locales (nous verrons si cela continue avec les élections régionales et départementales).

Au contraire, LREM est très mal implanté et malgré la bonne tenue du Président de la République dans "l’opinion publique", cela ne suffit pas à aider électoralement les candidats LREM, on l’a vu pour les élections municipales de 2020 et on le verra pour les élections régionales et départementales, ne serait-ce que par absence même de candidature LREM (c’est le cas en PACA).

Ainsi, LR se trouve être un parti plus complémentaire que concurrent à LREM face au RN qui, lui, est bien implanté localement aussi. En effet, LR manque de leader national et de visibilité nationale, ou plutôt, de différenciation programmatique nationale, mais est bien structuré, tandis que LREM jouit de la figure d’Emmanuel Macron pour l’élection présidentielle mais est incapable, sauf exceptionnellement, de réussir une implantation locale, sans doute en raison de la structure trop pyramidale et inconsistante de LREM.

Du reste, quand on regarde les dernières élections législatives partielles du 30 mai 2021, je vois mal comment LREM, avec son allié MoDem, pourrait conserver une majorité absolue à l’Assemblée Nationale aux élections législatives de juin 2022, même en cas de réélection d’Emmanuel Macron, sans le renfort d’une alliance qui élargirait la future majorité.

Le problème n’est pas la forte abstention, mais quels sont les candidats capables de mobiliser le plus leur électorat. Or, l’électorat du RN sera toujours très mobilisé car sa motivation est souvent la colère qui est toujours mobilisatrice. La majorité sortante aura donc probablement plus de mal à mobiliser qu’une majorité de remplacement.

C’est d’ailleurs sans doute la vraie carte à jouer de LR pour 2022. Celle de négocier un véritable accord de gouvernement entre LREM et LR (quand j’écris LR, je pense aussi à ses alliés centristes), le soutien de LR à Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle en échange d’un partenariat de candidature aux élections législatives et d’une plateforme gouvernementale négociée.

Le problème, c’est qu’une telle stratégie considère comme impossible l’arrivée d’un candidat LR au second tour de l’élection présidentielle, ce qui est inadmissible pour un grand parti qui ne peut pas partir défait par avance. Jean-Christophe Lagarde, qui vient d’être réélu président de l’UDI, a mis en garde contre un nouveau duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen qui pourrait tourner en faveur de cette dernière en raison du risque de démobilisation des électeurs de la majorité et de l’absence de "front républicain" de type 2002 (il n’y a pas vraiment eu de front républicain en 2017). Je ne crois pas, en revanche, que dire cela soit en mesure de mieux lutter contre le RN, au contraire, cela conforte la candidate du RN dans sa capacité à être élue (j’y reviendrai).

En tout cas, ce type de stratégie est probablement dans l’esprit d’un Christian Estrosi qui a confirmé sur BFM-TV le 1er juin 2021 qu’il n’était pas question pour lui d’être un futur ministre d’Emmanuel Macron, ce qui ne l’empêcherait pas d’être à la manœuvre pour coordonner LR et LREM en 2022. D’ailleurs, c’est un peu ce qu’a fait très habilement le président LR sortant du conseil régional de PACA, Renaud Muselier, qui mène une liste ouvertement LR-LREM pour sa reconduction à la tête de la région. Pour l’instant, les sondages semblent indiquer que cette stratégie est bancale électoralement même si, politiquement, elle se montrera de plus en plus nécessaire au fil des mois qui viennent…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er juin 2021)
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Pour aller plus loin :
Les Républicains et la tentation populiste.
Olivier Dassault.
Serge Dassault.
Jean Foyer.
Éric Raoult.
Nicolas Sarkozy.
Droite populaire.
Alain Devaquet.
Philippe Douste-Blazy.
Gilles de Robien.
Alain Madelin.
Jean-Louis Borloo.
Michel d’Ornano.
Louis Joxe.
Gérard Longuet.
Olivier Stirn.
Édouard Philippe.
Jean Castex.
Jacques Chirac.
Bernard Debré.
Christian Poncelet.
Patrick Devedjian.
Philippe De Gaulle.
Charles De Gaulle.
Valéry Giscard d'Estaing.

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31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 03:38

« Avec la mort d’Olivier Dassault, capitaine d’industrie, député, élu local et commandant de réserve dans l’armée de l’air, la France a brutalement perdu un de ceux qui l’aimaient et la servaient avec le plus de passion. » (Emmanuel Macron, le 8 mars 2021).



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Il y a soixante-dix ans, le 1er juin 1951, est né Olivier Dassault, fils de Serge Dassault, petit-fils de Marcel Dassault. Il n’aura pas eu, hélas, la chance de pouvoir fêter cet anniversaire parce qu’il a péri il y a quelques semaines, le dimanche 7 mars 2021 en fin d’après-midi, près de Lisieux, dans un accident d’hélicoptère qui a aussi coûté la vie à son pilote, un instructeur expérimenté et commandant de bord chez Air France.

L’annonce de sa disparition tragique, un stupide accident, mais quelle plus "belle" mort pour un passionné d’aviation ? absurde, certes, qui nous montre à quel point la vie est instable et malicieuse, mais comme meurent les alpinistes dans leur ascension de montagne, les marins dans leur traversée d’océan, les vulcanologues dans leur observation d’un volcan en éruption… triste et tragique, a provoqué un flot de réactions unanimes provenant de responsables politiques de bord très différent : Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Gérard Larcher, François Hollande, Jean Castex, Manuel Valls, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, André Chassaigne, Jean-Christophe Lagarde, Olivier Faure, Christian Jacob, Renaud Muselier, François de Rugy, Fabien Roussel, Adrien Quatrennens, Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen… et même François Asselineau ! C’est dire qu’il était apprécié comme collègue parlementaire particulièrement actif et efficace.

Olivier Dassault a eu une carrière politique très "étoffée" et "classique" même s’il n’a pas toujours gagné aux élections. Il a été élu pour deux mandats conseiller de Paris de mars 1977 à mars 1989. Le 18 septembre 1988, au cours d’une élection législative partielle, il s’est fait élire pour la première fois député de l’Oise avec 51,7%, dans la circonscription de Beauvais, celle de son grand-père, Marcel Dassault, puis s’est fait réélire presque tout le temps sauf une fois, en juin 1997, où il a perdu face à la gauche (il fut donc député de septembre 1988 à juin 1997 et de juin 2002 à mars 2021) : réélu dès le premier tour le 21 mars 1993 avec 50,4%, battu le 1er juin 1997 avec 39,6% à cause d’une triangulaire avec le FN, réélu ensuite le 16 juin 2002 avec 56,9%, le 17 juin 2007 avec 58,6%, le 17 juin 2012 avec 58,1%, enfin le 18 juin 2017 avec 67,1%. Une quasi-constance de la fidélité d’un électorat pourtant qui a évolué en plus de trente ans mais qui reconnaissait en Olivier Dassault un représentant dynamique et assidu qui a beaucoup travaillé sur les entreprises, sur la mondialisation et sur l’attractivité et le rayonnement international de la France (il a cofondé et présidé Génération Entreprise).

Malgré ces victoires aux législatives, Olivier Dassault n’a jamais réussi à gagner la mairie de Beauvais contre le maire socialiste Walter Amsallem en 1989 et en 1995, il fut conseiller municipal de mars 1989 à 1996. Il fut également élu conseiller général de l’Oise de mai 1993 (à l’occasion d’une élection cantonale partielle) à mars 1998, et auparavant, premier vice-président du conseil régional de Picardie de mars 1992 à mai 1993 (tête de liste dans l’Oise aux régionales de 1992).

Engagé au RPR, puis UMP/LR, Olivier Dassault a soutenu la candidature de Jean-François Copé à la primaire LR de 2016, puis celle de Laurent Wauquiez lors de l’élection du président de LR en 2017.

Parmi ses rivaux/partenaires, il y a affronté l’actuelle maire DVD de Beauvais (depuis 2001) Caroline Cayeux qui avait tenté de lui ravir son siège à l’Assemblée Nationale en juin 2002 (elle a été élue maire en 2001 en menant une liste UMP-UDF et a eu contre elle une liste dissidente soutenue par Olivier Dassault, tandis qu’aux législatives, elle fut candidate dissidente contre Olivier Dassault qui l’a distancée), elle fut aussi sénatrice. Il a affronté aussi son prédécesseur socialiste Walter Ansallem, maire de Beauvais entre 1977 et 2001, par ailleurs président du conseil régional de Picardie de 1983 à 1985, qui fut aussi le concurrent d’Olivier Dassault aux législatives et aux cantonales, et surtout le socialiste Yves Rome, qui l’a battu en 1997 aux législatives, qui fut également président du conseil général de l’Oise d’avril 2004 à mars 2015, et qui termina sa carrière comme sénateur LREM.

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Proche de Jacques Chirac (qui avait été considéré comme un fils spirituel par son grand-père Marcel Dassault), Olivier Dassault a soutenu Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle de 2017 après l’élimination de son candidat, François Fillon.

Bien entendu, Olivier Dassault était d’abord un Dassault. Après la mort de son père Serge Dassault, il a fait partie des grandes fortunes mondiales, représentant comme le reste de sa fratrie 5 milliards d’euros. En revanche, ce fut moins évident avec le groupe Dassault : Serge Dassault, qui a réussi à obtenir la présidence malgré le souhait de son père Marcel, ne souhaitait pas laisser l’avenir de son groupe à son fils. Cela ne l’empêcha cependant pas d’y travailler quand même : Olivier Dassault dirigea ainsi une filiale, Europe Falcon à partir de 1986, tout en étant directeur de la stratégie de Dassault Aviation. Il fut par ailleurs jusqu’en 2006 le vice-président du groupe de presse Valmonde (dont "Valeurs actuelles") et, passionné de chasse, il y fonda le magazine "Jours de chasse" en 2000, probablement un clin d’œil à "Jours de France", journal dirigé par son grand-père qui y publiait régulièrement une chronique. Il fut aussi le patron d’une clinique et d’une société de production et de communication.

Plus important, Olivier Dassault avait pris en 2011 la présidence du conseil de surveillance de la holding du groupe Dassault, ce qui pouvait le désigner comme l’héritier de Serge Dassault qui, pourtant, n’avait voulu privilégier aucun de ses trois fils et de sa fille. En mars 2018, Olivier Dassault a tranché en démissionnant de cette présidence afin de garder son mandat de député qui aurait pu être incompatible avec sa fonction à la holding familiale (rappelons que le groupe Dassault est un grand fournisseur de l’État). On évoquait à l’époque une rivalité entre deux frères, Olivier et Laurent. En 2018, ce fut sa sœur Marie-Hélène Habert qui lui succéda, dans le cadre d’une présidence tournante.

Restons à comparer Serge Dassault et Olivier Dassault : le fils a eu une vie politique plus réussie que le père, dans la mesure où l’un de ses premiers mandats fut député, alors que Serge Dassault a dû attendre longtemps avant de se faire élire sénateur. Toutefois, Serge Dassault n’était pas intéressé à être élu dans une terre favorable, il s’était donné l’objectif d’être un élu d’un territoire difficile, et sa persévérance a porté puisqu’il a réussi à se faire élire maire de Corbeil-Essonnes, puis sénateur (dans des conditions que certains ont jugé contestables). En revanche, Olivier Dassault n’a jamais réussi à conquérir la mairie de Beauvais mais a fait un travail exemplaire de parlementaire pendant vingt-huit ans, dans les traces de son grand-père, apprécié de tous ses électeurs qu’il rencontrait très régulièrement.

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Dans son hommage rendu à Olivier Dassault, le Président de la République a précisé : « La colère paternelle n’y peut rien : menacé par Serge Dassault de licenciement, et sommé de choisir entre l’aviation et la députation, il préféra la deuxième, à laquelle il se donna corps et âmes pendant trente ans. (…) Son père finit par accepter son engagement politique. Olivier Dassault réintégra des fonctions de décisions dans l’entreprise familiale, mais fut toujours soucieux de ne pas mêler ses intérêts économiques avec ceux de la nation, et tenait à quitter l’hémicycle dès qu’était discuté le budget de la défense ou la loi de programmation militaire. » (8 mars 2021).

Homme politique et chef d’entreprise, les deux grandes activités d’Olivier Dassault, n’étaient pas les seules, et de loin. Pour cela, il faut reprendre le début de sa trajectoire, à ses études : il intégra l’École de l’Air (il aurait voulu une école de commerce mais le milieu familial l’a contraint), et il en sortit officier, ingénieur et pilote, tout en obtenant un DEA de mathématiques puis un doctorat en informatique de gestion. Il fut commandant de réserve dans l’armée de l’Air et pilote professionnel, battant même des records du monde de vitesse pour certaines liaisons (Paris-New York). Il fut surtout le seul pilote à être capable de piloter toute la gamme des avions d’affaires Falcon qu’il dirigeait et commercialisait par ailleurs.

Mais au-delà encore de l’aviation qui pouvait encore avoir un sens avec le milieu familial, Olivier Dassault fut également un artiste, et pas un "simple" artiste, mais au moins un "double" artiste, compositeur et photographe.

Compositeur de musique, il le fut pour certaines musiques de film, il fut même un des pionniers de l’emblème sonore. Parmi les musiques qu’il a composées, on peut citer celle du feu d’artifice de l’an 2000 à Paris, les hymnes du parc Vulcania, aussi du Futuroscope, et même la musique d’attente au standard de l’Assemblée Nationale.

Olivier Dassault fut également reconnu comme un photographe professionnel, avec, des clichés de stars (Jane Birkin, Isabelle Adjani, Isabelle Huppert), puis il a évolué vers une peinture abstraite où les couleurs et les formes l’emportaient sur le reste. Il a publié treize recueils de photographies, et a fait une quarantaine d’expositions, encore dans les années 2010, en France mais aussi à l’étranger (Bruxelles, Londres, etc.). Il a exposé notamment à la Galerie Maeght…

C’était cette diversité de talents et d’activités qui faisait d’Olivier Dassault un personnage hors du commun, et cela malgré sa "bonne" naissance où le plus dur était de se faire un prénom, à cause d’un nom déjà reconnu. Homme d’affaires, industriel, militaire, député, pilote, photographe, compositeur, chasseur, homme de presse… il fut tout cela et en même temps, il était autre.

Son successeur dans sa circonscription sera élu le 6 juin 2021 au cours du second tour de l’élection législative partielle dans l’Oise. Les résultats du premier tour de ce dimanche 30 mai 2021, ont été largement favorables au candidat LR-UDI Victor Habert-Dassault (28 ans), un parachuté du seizième arrondissement de Paris, car il n’est autre que le neveu d’Olivier Dassault (fils de Marie-Hélène Habert), lancé par Natacha, la veuve d’Olivier Dassault : « Je suis fait d’un bois qui m’oblige ! ». Ce dernier a en effet obtenu 58,4%, mais n'est pas élu car pour cela, il faut 25% des inscrits. Il affrontera le dimanche suivant la candidate RN Claire Marais-Beuil qui a obtenu 15,3%, arrivée devant la candidate d’union de la gauche Roxane Lundy 12,3%. Le scrutin a été marqué par une très faible participation, seulement 26,4% (au lieu de 49,8% au premier tour du 11 juin 2017).


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Sylvain Rakotoarison (30 mai 2021)
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Pour aller plus loin :
Olivier Dassault.
Serge Dassault.
Jean Foyer.
Éric Raoult.
Nicolas Sarkozy.
Droite populaire.
Alain Devaquet.
Philippe Douste-Blazy.
Gilles de Robien.
Alain Madelin.
Jean-Louis Borloo.
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Gérard Longuet.
Olivier Stirn.
Édouard Philippe.
Jean Castex.
Jacques Chirac.
Bernard Debré.
Christian Poncelet.
Patrick Devedjian.
Philippe De Gaulle.
Charles De Gaulle.
Valéry Giscard d'Estaing.

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 01:08

L’un des pères de la Constitution de la Ve République s’est éteint la vieille du cinquantenaire de nos institutions. Hommage.



Lorsque le pape Benoît XVI était venu à Paris, les 12 et 13 septembre 2008, il avait fait une courte halte à l’Institut de France, une vieille institution composée généralement de vieilles personnes.


Servare unitatem Spiritus in vinculo pacis.

Benoît XVI était en effet venu faire une visite de courtoisie à ses éminents collègues de l’Académie des sciences morales et politiques dont il est membre depuis son élection le 13 janvier 1992 au fauteuil du physicien Andreï Sakharov.

Pour l’Académie des sciences morales et politiques, qui compte également le roi Juan Carlos 1er, le Premier Ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker et le Prince Charles (et également les anciens Premiers Ministres Pierre Messmer et Raymond Barre récemment disparus), c’est en effet un immense honneur d’avoir maintenant parmi ses membres un… pape.

Ce fut l’occasion pour une délégation d’académiciens de se rendre au Vatican le 10 février 2007 pour remettre à Benoît XVI une médaille de l’Institut à son effigie avec l’inscription suivante : « Servare unitatem in vinculo pacis » autrement dit : « Conservez l’unité de l’esprit par ce bien qui est la paix ».


Jean Foyer académicien, latiniste et chrétien

L’initiative de cette démarche revint à Jean Foyer, académicien depuis 1984, qui prononça donc l’allocution de circonstance au nom de ses pairs : « Notre Compagnie avait l’honneur insigne de compter parmi ses membres le successeur de saint Pierre, Vicaire de Jésus-Christ. Jamais événement d’une telle importance et d’un tel éclat n’était survenu dans notre histoire académique. Il est peu de chance qu’il se renouvelle jamais. ».

Jean Foyer, dont la foi catholique l’a fait vaciller lorsqu’il était Ministre de la Santé en 1972, à l’époque où la légalisation de l’avortement était réclamée par beaucoup de femmes (il renonça alors à ses fonctions ministérielles l’année suivante mais il fallut attendre l’élection de Valéry Giscard d’Estaing pour faire adopter la loi Veil).

Jean Foyer, une « figure majeure du gaullisme », selon l’expression du Premier Ministre François Fillon, qui s’est éteint le matin du vendredi 3 octobre 2008, dans le 15e arrondissement de Paris, à l’âge de 87 ans et demi (il est né le 27 avril 1921).

Jean Foyer a eu une existence très riche : à la fois juriste incontesté, latiniste distingué (un latiniste ne peut qu’être toujours distingué, tellement distingué qu’en recevant son diplôme de docteur honoris causa de la réputée Université d’Oxford, comme le rappelle "Ouest France", il fit son discours… en latin), gaulliste, résistant, homme de foi, amateur des chants grégoriens de son enfance...


Jean Foyer juriste et constitutionnaliste

Professeur agrégé de droit, il commença l’enseignement dès 1943 à Paris, poursuivit à Poitiers, Lille puis à Nanterre, à Angers et enfin à Paris-Assas jusqu’en 1989. C’est à ce titre qu’il fut nommé en été 1958 commissaire du Gouvernement auprès du Comité consultatif constitutionnel pour la rédaction de l’actuelle Constitution.

Justement, ce mardi 7 octobre 2008, Jean Foyer aurait dû prononcer un discours sous la Coupole, en présence du Président de la République Nicolas Sarkozy, pour célébrer le cinquantenaire de la VeRépublique.

Par ailleurs, Jean Foyer partagea ses compétences constitutionnelles en participant à la rédaction de quelques nouvelles constitutions d’Europe centrale et orientale.


Jean Foyer résistant et gaulliste de gauche

Sa vie politique, il l’a véritablement commencée en s’engageant dans la Résistance très jeune, puis, après la guerre, en restant dans le sillon du gaullisme historique, tendance UDT (Union démocratique du travail, regroupant les gaullistes de gauche comme René Capitant), poursuivant ensuite dans les courants héritiers (RPR, UMP).


Jean Foyer haut fonctionnaire

Il conseilla des ministres dès l’âge de vingt-deux ans : auprès du gaulliste de gauche René Capitant alors Ministre de l’Éducation nationale (en 1944), puis auprès du radical Paul Joseph Marie Giacobbi (grand-père de l’actuel député corse Paul Giacobbi) Ministre de l’Éducation nationale (en 1945), enfin auprès du futur Président ivoirien Félix Houphouët-Boigny (en 1958) alors Ministre d’État.


Jean Foyer député

Une fois la Ve République installée, il devint député le 7 mars 1959 en remplacement du député-maire d’Angers Victor Chatenay nommé par Jacques Chaban-Delmas au Conseil Constitutionnel nouvellement créé.

Jean Foyer fut réélu sans discontinuité jusqu’en juin 1988, date à laquelle il fut obligé de céder le siège à Hervé de Charrette en raison d’un accord politique entre Jacques Chirac (pour le RPR) et Valéry Giscard d’Estaing (pour l’UDF). Il n’avait que 67 ans à l’époque (les retraites en politique se prennent en général à un âge nettement plus avancé).

Au sein du Palais-Bourbon, Jean Foyer s’impliqua évidemment dans la genèse de nombreuses lois et a présidé l’importante Commission des Lois (la première des commissions en France) de 1968 à 1981, sauf lorsqu’il était ministre (1972 à 1973).


Jean Foyer ministre

Car Jean Foyer est d’abord connu comme l’un des grands ministres de De Gaulle.

Il fut nommé d’abord Secrétaire d’État chargé des relations avec la Communauté (l’ex-Empire français) auprès de Roger Frey le 5 février 1960 (il n’avait que trente-huit ans) puis Ministre de la Coopération le 18 mai 1961.

Le 14 avril 1962, il accepta l’offre de Georges Pompidou de devenir Ministre de la Justice (à quarante-et-un ans, au même âge que la Ministre actuelle de la Justice Rachida Dati).

Un poste difficile et très exposé à l’époque, en raison de la guerre en Algérie, qu’avait refusé l’ancien Président du Conseil Pierre Pflimlin sous la pression de ses amis démocrates-chrétiens (le MRP ne voulait plus soutenir De Gaulle).

C’est lui qui aurait réussi à convaincre De Gaulle de ne pas exécuter le général Edmond Jouhaud, un des chefs de l’OAS, et condamné à mort le… 13 avril 1962 (la veille de la nomination de Jean Foyer). En effet, après trois interventions, Jean Foyer donna sa démission à laquelle il renonça quand De Gaulle signa le décret de grâce le 28 novembre 1962.

En revanche, Jean Foyer n’intervint pas pour empêcher l’exécution de Bastien-Thierry (fusillé le 11 mars 1963 pour avoir tenter d’assassiner De Gaulle). De Gaulle avait refusé la grâce car il n’avait émis aucun regret lors de son procès.

Jean Foyer fut aussi le créateur de la Cour de sûreté de l’État le 15 janvier 1963, une juridiction d’exception pour juger les affaires de sécurité de l’État (affaire de terrorisme, d’espionnage etc.) qui a été supprimée par Robert Badinter le 4 août 1981 (un jour symbolique).

Il resta garde des Sceaux près de cinq années (jusqu’au 1er avril 1967), ce qui est d’une exceptionnelle longévité.

Pierre Messmer le rappela dans son gouvernement du 5 juillet 1972 au 28 mars 1973 en le nommant Ministre de la Santé publique.


Jean Foyer et l’immigration

Il est très intéressant de relire ses propos il y a plus de vingt-cinq ans. Jean Foyer a fait voter un nouveau code de la nationalité que ses amis gaullistes ont par la suite profondément amendé par les lois Pasqua et les lois Sarkozy et Hortefeux.

C’est un extrait d’un discours de Jean Foyer prononcé à l’Assemblée Nationale le 29 septembre 1972 et cité par Wikipédia (je n’ai pas retrouvé le texte d’origine, donc je le cite sous réserve) :

« Malgré une amélioration de sa démographie de 1946 à 1964, la France est et demeurera, comme tous les pays voisins, une terre d’immigration. Comme les Romains du VIe siècle refusaient de servir dans les légions impériales, les Européens du XXe siècle refusent d’exécuter les besognes pénibles et malpropres. Aujourd’hui comme en ce temps, l’immigration est une nécessité. Peut-être comporte-t-elle les mêmes périls ?

Quoi qu’il en soit, une politique de l’immigration s’impose. On n’en discerne pas toujours aisément les traits. Mais quelle que soit cette politique, ceux des immigrés qui n’ont point l’esprit de retour devront s’intégrer dans la communauté nationale. Notre Droit rénové de la nationalité le leur permettra sans les restrictions inefficaces qui causaient d’inutiles vexations.

Au cours de sa longue histoire, la France a été un merveilleux creuset. De Gallo-romains et de Germains, elle a fait des Français. Le projet amendé que nous vous proposons facilitera cette action avec d’autres ethnies. Le racisme est une stupidité odieuse qui a poussé aux plus grands crimes de l’Histoire. »

(J’ai souligné les passages intéressants pour aujourd’hui).

Un discours peu éloigné des idées de Bernard Stasi (ancien Médiateur de la République), qui avait écrit en 1984 un livre provocateur sur "L’immigration, une chance pour la France", thème repris sur le plan européen par un séminaire de l’IFRI (Institut français des relations internationales) le 13 février 2008.

Certes, la situation à l’époque pouvait être différente de la nôtre… encore que démographiquement, la génération du baby boom partant à la retraite, un manque de main d’œuvre pourrait s’observer dans les prochaines années (c’est déjà le cas pour la main d’œuvre hautement qualifiée).


Jean Foyer et la peine de mort

Une des illustrations de la capacité d’anticipation et du grand talent de Jean Foyer, tant de constitutionnaliste que d’orateur, concerna les discussions sur la peine de mort.

Jean Foyer n’était pas vraiment abolitionniste encore que sa position fût assez nuancée (« Ce que je pense n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui importe, c’est de savoir quel est le sentiment de la majorité des Français sur ce problème. »).

Pourtant, lors du débat à l’Assemblée Nationale sur l’abolition de la peine de mort, le 18 septembre 1981, il avait proposé un amendement (avec Charles Millon et Emmanuel Aubert) où il demandait de façon subtile d’inscrire l’abolition de la peine de mort dans la Constitution (ce qui est beaucoup plus solide juridiquement qu’une simple loi), dans un aléa qui aurait été rajouté à l’article 66 selon ces termes : « Nul ne peut être condamné à mort. ».

Une procédure qui aurait le mérite, selon lui, de permettre d’organiser un référendum sur l’abolition de la peine de mort sans devoir réaliser au préalable une révision de l’article 11 de Constitution (référendum sur l’organisation des pouvoirs publics), puisque cela relèverait alors de l’article 89 (référendum pour réviser la Constitution).

À cette occasion, cette proposition avait valu à Jean Foyer quelques échanges marquants dans l’hémicycle avec feu Raymond Forni, le président de la Commission des lois et rapporteur du projet de loi sur l’abolition de la peine de mort, et avec Robert Badinter, le Ministre de la Justice, un de ses lointains successeurs.

Raymond Forni y avait décelé quelques arrière-pensées (comme le rejet par le peuple d’un tel référendum) : « Quand monsieur Foyer développe tant d’habileté, je me dis toujours que cela doit bien cacher quelque chose. [Jean Foyer ponctua : « Quel soupçon ! »] En effet, nous savons bien qu’il est capable de déployer son immense talent au service des plus mauvaises causes. [Jean Foyer reponctua : « Vos flèches sont empoisonnées ! »] Pour ma part, je me refuse, à propos d’un problème de principe, à entrer dans une querelle de procédure. ».

Et Robert Badinter d’en rajouter sur la compétence de Jean Foyer : « Monsieur Foyer nous offre le plaisir d’un intermède juridique dans ce grave débat de conscience. Il est d’ailleurs tout à fait remarquable, et je vois là la marque de son tempérament de grand légiste, qu’il sache transformer une question de conscience en une question de procédure. (…) J’ai impression que vous utilisez un artifice de procédure, et je vois jusqu’où l’esprit d’invention peut conduire un homme qui a gardé les sceaux du fondateur de la Constitution. ».

Robert Badinter, contrairement à Raymond Forni, avait ensuite tenté d’opposer des arguments constitutionnels à la proposition de Jean Foyer qui ont été vite balayés par ce dernier (le débat était de toutes façons politique et pas juridique).

Finalement, il a fallu attendre vingt-cinq ans pour que l’article 66 de la Constitution soit effectivement complété (par Jacques Chirac, abolitionniste) par des termes presque identiques à ceux proposés par Jean Foyer en 1981 : « Nul ne peut être condamné à la peine de mort. » (Loi constitutionnelle n°2007-239 du 23 févier 2007).


Sans complaisance pour les acteurs d’aujourd’hui

Le 20 décembre 2006, devant des membres de la Nouvelle action royaliste qui avaient souhaité l’écouter, Jean Foyer n’était pas très tendre au sujet du personnel politique actuel.

Il eut des mots durs comme : « Ne me faites pas parler de quelqu’un dont l’histoire n’a pas encore commencé. » ou encore : « faire des choix entre des inconstances ».

Pour lui, le rôle de député ne se réduit plus qu’à « donner satisfaction aux groupes de pression ». Et celui de Nicolas Sarkozy… « idem ».


Le gaullisme disparaît de plus en plus…

Né dans une IIIe République finissante d’entre guerres et fossoyeur de la IVe République, Jean Foyer était de ces érudits éloquents autant attachés à la culture chrétienne qu’aux apports gréco-romains. Plus à l’aise avec la culture classique d’avant guerre qu’avec le zapping culturel de l’époque post-moderne.

Reconnu comme un maître du Droit, avec Jean Foyer disparaît l’un des derniers barons du gaullisme… du vrai gaullisme.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 octobre 2008)


Pour aller plus loin :

Mémoires de Jean Foyer (1944-1988).

50 ans de la Ve République (4 octobre 2008).

à lire aussi pour compléter :

Biographie de Bertrand Le Gendre (Le Monde, 6 octobre 2008).


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210427-jean-foyer-0.html

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25 mars 2021 4 25 /03 /mars /2021 01:39

« Je déjeune avec Joseph Comiti. Il a rencontré Jean Royer qui lui a dit qu’il était le meilleur et qu’il ne se retirerait pas. Il a dit la même chose, paraît-il, à Valade, qui dirige la campagne de Chaban et n’en est pas encore revenu. » (Michèle Cotta, 11 avril 1974, "Cahiers secrets").



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L’ancien député-maire de Tours Jean Royer est né il y a 100 ans, le 31 octobre 1920 à Nevers. Qui aujourd’hui se rappelle Jean Royer ? Mort le 25 mars 2011 à 90 ans, près de Tours, Jean Royer fut un curieux défenseur de l’ordre moral, celui d’Albert de Broglie du début de la Troisième République, tombé dans les temps mythiques du début de la Cinquième République. S’il fallait résumer sa carrière politique, on pourrait le faire en trois mots : Tours, commerces, candidature.

La ville de Tours, d’abord, qui fut son fief, sa ville, sa passion. Enseignant, il fut élu député d’Indre-et-Loire sans discontinuité de novembre 1958 à juin 1997, restant toujours parmi les non-inscrits (entre 1993 et 1997, pour bénéficier des avantages matériels d’un groupe politique, l’ensemble des députés non-inscrits a créé un groupe administratif, appelé "République et Liberté", que Jean Royer a présidé). Après avoir quitté le gouvernement, il a provoqué une élection partielle et fut réélu le 9 mai 1976. Prenant sa retraite en politique en 1997, il a laissé sa circonscription à Renaud Donnadieu de Vabres, ancien directeur de cabinet de François Léotard et futur ministre de Jacques Chirac. Son ancien suppléant est devenu le suppléant de Renaud Donnadieu de Vabres, montrant ainsi le soutien qu’il a apporté à Renaud Donnadieu de Vabres.

Quelques mois après sa première élection comme député, soutenu par les gaullistes (car il fut un délégué du RPF dix ans plus tôt), Jean Royer fut élu maire de Tours, en mars 1959, et il le resta jusqu’en juin 1995. Trente-six ans d’une histoire particulière entre Tours et Jean Royer. Il fut également conseiller général de Tours-Ouest de 1961 à 1988 et président de l’Établissement public Loire (Établissement public d’aménagement de la Loire et de ses affluents) de 1983 à 1995.

Beaucoup de projets ont été menés par Jean Royer pour sa ville, dont une extension territoriale avec la fusion de certaines communes dans la commune centre, et surtout, les aménagements des bords du Cher. Il fut apprécié pour avoir mis en valeur le centre historique de Tours (en cela, il a été en avance de bien des grandes villes de France), mais il a aussi accepté la coupure brutale de l’agglomération de Tours par l’autoroute A10 (Paris-Bordeaux), un tronçon que connaissent tous les automobilistes voulant prendre leurs vacances dans le Sud-Ouest (avec une zone à radars pour obliger les véhicules à rouler à faible allure pour ne pas trop gêner les habitants). De même, Jean Royer a réussi à faire passer le TGV par Tours (ce qui n’est pas le cas d’Orléans), et à construire un palais des congrès. En revanche, il n’a pas pu empêcher l’hémorragie industrielle de la ville (en particulier, le plan social chez SKF).

En juin 1995, Jean Royer avait sollicité aux habitants de Tours un septième mandat. Il fut battu au second tour dans une triangulaire, par le candidat socialiste Jean Germain (ce dernier est resté maire de Tours jusqu’en mars 2014 puis s’est suicidé le premier jour de son procès après avoir été mis en examen dans une affaire judiciaire). Ce fut une cuisante défaite (Jean Royer n’a obtenu au second tour que 33,9% avec un candidat RPR dissident qui a "pris" 23,5% de son électorat). Cela l’a conduit à se retirer progressivement de la vie politique en ne sollicitant pas le renouvellement de son mandat de député lors de la dissolution de 1997.

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Sur le plan national, Jean Royer a toujours été un indépendant, pas les indépendants en termes de parti (le parti de Valéry Giscard d’Estaing et Antoine Pinay), mais en absence de toute appartenance partisane même s’il était très proche des gaullistes. Probablement que l’une des raisons de cette neutralité fut la rivalité avec le Premier Ministre de l’époque, Michel Debré, qui fut maire d’Amboise, ville peu éloignée de Tours, d’autant plus qu’après être parti de Matignon, Michel Debré a échoué pour se faire élire député d’Indre-et-Loire en novembre 1962. Beaucoup pensent que Michel Debré serait à l’origine de la désignation d’Orléans comme chef-lieu de la région Centre (devenue Centre-Val-de-Loire) pour empêcher Tours de le devenir.

Une anecdote de la petite histoire dans la grande histoire de la télévision. Le 13 décembre 1971, l’écrivain Maurice Clavel (qui est né exactement dix jours après Jean Royer) était l’invité de l’émission "À armes égales" à la première chaîne de la télévision française. S’apercevant que son film avait été coupé d’un mot, Maurice Clavel s’est mis en colère et quitta le plateau en lâchant son fameux : « Messieurs les censeurs, bonsoir ! ». Or, cette émission politique était un duel entre deux invités. L’autre invité, un peu interloqué, c’était Jean Royer qui jouait le rôle du moralisateur. Mais on pouvait difficilement lui reprocher d’avoir été le censeur à cette occasion.

Le soutien aux commerces de proximité, aux petits commerçants a caractérisé l’engagement politique national de Jean Royer. Le Président Georges Pompidou l’a en effet nommé au gouvernement de Pierre Messmer du 5 avril 1973 au 11 avril 1974, d’abord comme Ministre du Commerce et de l’Artisanat (Yves Guéna lui succéda), ensuite, à partir du 27 février 1974, comme Ministre des Postes et Télécommunications (il succéda à Hubert Germain).

Beaucoup de ministres de second plan ne laissent guère de souvenir de leur passage. Jean Royer, au contraire, a marqué l’histoire économique de la France par cette fameuse "loi Royer", autrement dite, loi n°73-1193 du 27 décembre 1973 d’orientation du commerce et de l’artisanat qui réglemente l’urbanisme commercial depuis de nombreuses décennies en France. Son objectif était de protéger les petits commerçants en empêchant la formation de trop grandes surfaces concurrentes.

Le clivage était intéressant car la gauche s’est retrouvée alliée aux partisans du libéralisme économique (ces derniers favorables au développement de la grande distribution), pour s’opposer au projet du gouvernement qui était plutôt d’inspiration étatique.

Il est intéressant à relire les "Cahiers secrets" de Michèle Cotta sur l’opinion des socialistes (François Mitterrand) et des radicaux de gauche (Maurice Faure). Le 16 octobre 1973, en plein examen parlementaire de ce texte, la journaliste a noté : « Mitterrand et Maurice Faure s’installent à la buvette. Ils parlent de la loi Royer sur le petit commerce. "Pas même le plus minable des gouvernements que la Quatrième République, dit Mitterrand, n’aurait osé signer la loi Royer. Pas même Bourgès-Maunoury, qui était le roi des cloches !". Maurice Faure reste calme : "Remarquez, on peut se permettre de ne pas voter la loi : de toute façon, les commerçants ne votent pas pour nous !" »

D’inspiration étatique, en effet, car la loi Royer oblige les grandes surfaces de plus de 1 000 ou 1 500 mètres carrés, selon la taille de la commune où elles désirent s’installer, à obtenir, au-delà du permis de construire habituel, une autorisation d’installation auprès d’une commission chargée des grandes surfaces, cela afin d’éviter un développement anarchique des grandes surfaces. Cette loi, qui est toujours applicable malgré quelques modifications, a conduit à réduire les acteurs du marché de la grande distribution puisque, dans l’impossibilité de construire de nouvelles grandes surfaces, les plus gros ont choisi de racheter les surfaces existantes, renforçant ainsi la concentration des groupes de la grande distribution.

Les modifications de la loi Royer furent l’ordonnance n°86-1243 du 1er décembre 1986, la loi n°96-603 du 5 juillet 1996, la loi n°2001-420 du 15 mai 2001, la loi n°2003-590 du 2 juillet 2003, la loi n°2004-804 du 9 août 2004, la loi n°2008-776 du 4 août 2008, la loi n°2009-526 du 12 mai 2009 et la loi n°2012-387 du 22 mars 2012.

Le 11 avril 1974, Jean Royer a démissionné soudainement du gouvernement. La raison ? Redevenir indépendant du pouvoir et se consacrer pleinement …à sa candidature à l’élection présidentielle annoncée quelques jours plus tôt. En effet, Georges Pompidou est mort le 2 avril 1974 et, malgré une forte émotion populaire, cela se bousculait jusqu’à l’indécence pour lui succéder. À gauche, François Mitterrand est le seul à concourir, réussissant à incarner parfaitement "l’union de la gauche" (et les communistes étaient ravis de ne pas devoir se compter ! Mais dans la majorité, Jacques Chaban-Delmas, Pierre Messmer, Edgar Faure et Valéry Giscard d’Estaing étaient déjà dans les starting-blocks.

Face à ce désordre, Jean Royer a cru à sa bonne étoile, comme l’a écrit Michèle Cotta le 10 avril 1974 dans ses "Cahiers" : « Jean Royer (…) envisage lui aussi de se présenter, parce qu’il croit être l’homme libre que tout le monde attend. ». Le ton de sa campagne fut résolument déterminé : il serait le Président de l’ordre moral, le retour aux valeurs conservatrices, assez mises à mal par la révolution sexuelle consécutive à mai 68.

Malheureusement pour lui, Jean Royer n’avait aucun poids politique national (il n’émanait d’aucun appareil politique), mais fut une "curiosité" de campagne, comme le fut Marcel Barbu en décembre 1965. Connu pour avoir combattu la pornographie dans sa ville de Tours, Jean Royer fut régulièrement chahuté au cours de ses meetings, avec la mauvaise idée de répondre à ses contestataires, le plus marquant fut le meeting de Toulouse le 25 avril 1974 où une jeune femme s’est déshabillée et a dansé pendant une demi-heure devant lui pour le narguer. Deux jours plus tard à Lyon, le candidat, qui avait refusé de démarrer sa campagne avant le début de la campagne officielle, c’est-à-dire le 19 avril 1974, annonça qu’il ne ferait plus de meetings mais seulement des émissions de télévision ou de radio.

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Il faut rappeler que l’époque était au productivisme et Jean Royer, dans ce contexte, prônait ainsi le renforcement de la production de charbon : on était loin des préoccupations écologiques, même si l’élection de 1974 a marqué pour la première fois la présence d’un candidat écologiste (René Dumont) dans le débat politique.

Le maire de Tours a fait de nombreuses erreurs dans sa campagne, à commencer par démissionner du gouvernement (au contraire de son collègue VGE, candidat lui aussi), en refusant de prendre l’avion, ce qui l’empêchait d’être présent à son QG qui fut, en plus, installé à Tours au lieu de Paris, en ayant des goûts de toilettes pour le choix de ses couleurs de campagne, etc.

Jean Royer pouvait s’avouer déçu par ses seulement 810 540 voix, soit seulement 3,2% des suffrages exprimés le 5 mai 1974, des voix principalement locales d’ailleurs (les sondages prévoyaient plus d’audience, par exemple, l’IFOP le 22 avril 1974 l’a crédité de 6% d’intentions de vote), mais la mécanique présidentielle a toujours été rude (même De Gaulle a eu besoin d’un second tour), et finalement, en atteignant la quatrième position, Jean Royer s’est retrouvé comme le premier des "petits candidats", derrière les grosses têtes du scrutin (François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chaban-Delmas) mais devant tous les autres, dont Jean-Marie Le Pen, Arlette Laguiller, Alain Krivine, etc. Il apporta son soutien, au second tour, à Valéry Giscard d’Estaing.

Après son retrait politique en 1997, Jean Royer a pris position en faveur de la liste menée par Philippe de Villiers aux élections européennes de juin 1999 puis à la candidature de Jean-Pierre Chevènement à l’élection présidentielle de 2002.

Moqué pour son côté moralisateur, son côté "vieux jeu", "vieille France", ultraminoritaire dans le pays, illisible sur ses options politiques (le choix du souverainisme mâtiné de poujadisme et d’intérêts locaux), Jean Royer a cependant laissé à la postérité "sa" loi qui a été un texte fondateur dans la physionomie des paysages urbains d’aujourd’hui.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean Royer.
Hubert Germain.
Jacques Chirac.
Edmond Michelet.
Alexandre Sanguinetti.
Bernard Debré.
Christian Poncelet.
Albin Chalandon.
Jacques Soustelle.
Valéry Giscard d’Estaing.
Raymond Barre.
Simone Veil.
La Cinquième République.
Olivier Guichard.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Philippe Séguin.
Michel Droit.
René Capitant.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210325-jean-royer.html

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