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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 20:06

« De l’hôpital à la politique, Bernard Debré fut toute sa vie un homme d’action. Les Français perdent un engagé qui, en héritier du gaullisme, n’hésitait jamais à sortir des cadres et à dire le vrai dès qu’il s’agissait de l’intérêt du pays. Pensées à sa famille et à ses proches. » (Emmanuel Macron, le 13 septembre 2020 sur Twitter).


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Médecin et parlementaire, mais plus médecin que parlementaire, car il n’a jamais eu de "langue de bois", son parler crû pouvait d’ailleurs lui nuire, du moins politiquement, et paradoxalement, il fut ministre avant son frère qui était beaucoup plus politique que lui. L’ancien ministre et urologue réputé, le professeur Bernard Debré, qui vient de mourir ce dimanche 13 septembre 2020 d’une sale maladie à quelques jours de ses 76 ans (il est né le 30 septembre 1944 à Toulouse), était issu d’une grande famille républicaine qui a donné quelques figures marquantes.

Lui-même médecin et homme politique fut à la croisée des chemins de son père Michel Debré (1912-1996), premier Premier Ministre de De Gaulle comme ce dernier aimait le clamer, et auteur de la Constitution de la Cinquième République, et de son grand-père, le professeur Robert Debré (1882-1978), grand médecin qui a été le pionnier de la pédiatrie moderne. Son frère jumeau (faux jumeau) Jean-Louis Debré a eu lui-même une grande carrière politique comme Ministre de l’Intérieur, Président de l’Assemblée Nationale et Président du Conseil Constitutionnel ("gardien du temple de papa"). À eux, on peut aussi ajouter leurs oncles Claude Debré (1913-2015), médecin, et Olivier Debré (1920-1999), peintre réputé (connu pour ses œuvres relevant de l’abstraction lyrique) et dont un fils Patrice est aussi un médecin (immunologiste).

Mais il y aurait une vraie injustice à vouloir présenter Bernard Debré d’abord comme le fils de son père, voire le petit-fils de son grand-père, et même, le frère de son frère. Il l’est, certes, mais il est d’abord lui, avec son mérite personnel et sa personnalité bien trempée.

La carrière universitaire du professeur Bernard Debré fut prestigieuse, il était ce qu’on appelle encore aujourd’hui un mandarin, il était à la fois médecin (praticien), universitaire (enseignant) et chercheur, spécialisé dans l’urologie, et par conséquent, également chirurgien. Il fut chef du service d’urologie à l’hôpital Cochin et à ce titre, il a supervisé les opérations de la prostate du Président François Mitterrand atteint d’un cancer (il n’a pas lui-même opéré). On pouvait être membre de l’opposition et tout faire pour que son "adversaire suprême" fût le mieux soigné possible, bien sûr.

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Bernard Debré aurait d’ailleurs conseillé à François Mitterrand d’aller jusqu’au bout de son second septennat. Dans son livre "Un homme d’action" (éd. Stock) sorti le 29 octobre 2015, il a en effet affirmé qu’après la seconde opération le 16 juillet 1994, François Mitterrand lui a dit : « Je suis fatigué, j’en ai assez, je n’en peux plus. Je vais démissionner. ». Mais Bernard Debré lui a répondu : « Ne faites surtout pas ça ! Si vous arrêtez de travailler, vous allez mourir ! Continuez à faire de la politique, à nous ennuyer, nous, votre opposition ! C’est ce qui vous maintiendra en forme… ». Je me souviens qu’à l’époque, il y avait de fortes rumeurs de démission et René Monory, le Président du Sénat, se préparait à assurer l’intérim présidentiel.

Pour ses qualités de médecin, Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy l’ont nommé membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) de 1986 à 1988, puis de mars 2008 à sa mort. Selon Matthieu Deprieck de "L’Express" le 12 octobre 2013 : « Seul Bernard Debré, député UMP de Paris et urologue reconnu, se vante d’avoir opéré des collègues parlementaires, "une cinquantaine, de droite comme de gauche". ».

La vie politique de Bernard Debré a été un peu plus chaotique. Il a commencé sa carrière politique en étant élu député RPR en mars 1986 au scrutin proportionnel dans le département d’Indre-et-Loire où son père, Michel Debré, par ailleurs député de La Réunion, fut maire d’Ambroise de juillet 1966 à mars 1989. Ainsi, entre mars 1986 et mai 1988, trois Debré furent élus députés : Michel et ses deux fils Jean-Louis et Bernard pour lesquels ce fut le premier mandat.

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En juin 1988, Bernard Debré chercha donc à s’implanter localement dans la circonscription Tours-Amboise en Indre-et-Loire. Il fut réélu ainsi député le 12 juin 1988, mais de justesse, avec 51,0%, et encore réélu le 28 mars 1993 avec 59,5%, sur son nom (et prénom), au scrutin majoritaire.

Parallèlement, en mars 1989, il se présenta aux municipales d’Amboise, fut élu conseiller municipal d’opposition, puis, fut élu maire d’Amboise en décembre 1992, réélu en juin 1995, jusqu’en mars 2001. En décembre 1992, le maire DVG a en effet dû démissionner après l’implosion de sa majorité en raison d’un projet municipal suscitant de fortes résistances, ce qui a provoqué une élection municipale partielle qui profita à Bernard Debré, devenu le patron de la fédération du RPR d’Indre-et-Loire et soutenu par son père (évidemment) mais aussi par Philippe de Villiers, qui a failli être élu dès le premier tour (avec 48,7% suivi par un autre conseiller général se disant gaulliste avec 28,7%). En mars 2001, en revanche, Bernard Debré fut battu par la liste DVG de Christian Guyon au second tour (au premier tour, il n’avait fait que 38,2%). Bernard Debré fut aussi élu conseiller général de mars 1992 à mars 1994, ainsi que vice-président du conseil général d’Indre-et-Loire, il a succédé dans le canton d’Amboise à son père.

Au-delà de ces péripéties locales, Bernard Debré fut nommé par le Premier Ministre de cohabitation Édouard Balladur dans son gouvernement comme Ministre de la Coopération du 12 novembre 1994 au 11 mai 1995, succédant à Michel Roussin contraint de démissionner pour cause d’affaire judiciaire. Pendant la campagne présidentielle, Bernard Debré a soutenu activement la candidature d’Édouard Balladur tandis que son frère Jean-Louis Debré est resté fidèle à Jacques Chirac. On peut imaginer l’idée curieuse que le chef du service d’un important hôpital parisien qui soignait le Président de la République soit devenu son ministre …et adversaire politique.

Après l’échec à l’élection présidentielle, ce fut sans surprise que Bernard Debré ne fût pas reconduit au gouvernement. En demandant à son suppléant de démissionner de son mandat de député, il a ainsi provoqué une élection législative partielle pour reconquérir son siège (beaucoup de membres du gouvernement sortant ont fait de même), mais il fut battu au second tour le 24 septembre 1995 par le candidat socialiste (49,5% contre 50,5%). Au premier tour le 17 septembre 1995, Bernard Debré n’avait recueilli que 42,8% face à 34,5% au candidat socialiste.

Bernard Debré a été victime, probablement, d’un effondrement de la popularité du nouveau gouvernement dirigé par Alain Juppé. Néanmoins, pas seulement, car ceux des autres candidats à ces élections partielles qui avaient une bonne implantation locale furent largement réélus (Nicolas Sarkozy à Neuilly-sur-Seine, Bernard Bosson à Annecy, Édouard Balladur à Paris, etc.), ce qui montrait la mauvaise implantation locale de Bernard Debré sur une terre pourtant "familiale" (mais comment peut-on être à la fois à l’hôpital, au ministère, dans sa mairie et dans sa circonscription ?).

En juin 1997, Bernard Debré se présenta de nouveau dans sa circonscription d’Indre-et-Loire, mais fut de nouveau battu par le député socialiste sortant avec 47,6% contre 52,4%. Battu deux fois en septembre 1995 et juin 1997 aux législatives, une fois en mars 2001 aux municipales à Amboise, c’est clair que son implantation locale n’a jamais été acquise.

Bernard Debré tenta de faire un "come-back" à Paris même. Et cela en deux temps : il a d’abord cherché à retrouver un mandat de député à Paris, en profitant de la retraite d’un député UDF en fin de parcours. Ensuite, il est parti à la reconquête de la mairie de Paris.

Élu sans discontinuité député du nord du 16e arrondissement de Paris depuis juin 1975, Gilbert Gantier (1924-2011) a démissionné en avril 2004 pour prendre sa retraite. En juin 2002, lors de sa dernière réélection, Gilbert Gantier avait obtenu 53,1% avec l’investiture de l’UDF face à Laurent Dominati, fils de Jacques Dominati (un élu parisien de longue date), investi par l’UMP. Rappelons que l’UMP (fusion du RPR et d’une partie de l’UDF) a été réalisée en avril 2002 et que Gilbert Gantier comme Jacques Dominati, tous les deux adjoints au maire de Paris Jacques Chirac, étaient à l’origine des giscardiens (RI puis PR). Le soutien de l’UDF à partir de 2002 signifiait avant tout le soutien de François Bayrou (candidat à l’élection présidentielle en 2002).

Bernard Debré s’est donc présenté à l’élection législative partielle pour remplacer Gilbert Gantier en candidat "dissident" : Bernard Debré, initialement RPR, fut soutenu par Gilbert Gantier, par l’UDF et par François Bayrou, tandis que son concurrent Laurent Dominati avait l’investiture de l’UMP. Au premier tour le 20 juin 2004, Bernard Debré a réussi son parachutage parisien avec 59,0% des voix contre 20,4% à Laurent Dominati, mais à cause d’une très faible participation (30,6%), il a fallu un second tour qui n’était qu’une formalité. Notons pour l’anecdote qu’à ce premier tour, un candidat se prétendait issu de l’UDF mais n’avait pas le soutien de l’UDF, Marc Stehlin, qui devait être probablement de la famille du général Paul Stehlin (1907-1975), député de la circonscription de juin 1968 jusqu’à sa mort le 22 juin 1975, et son suppléant Gilbert Gantier lui avait ensuite succédé…

Après son élection, Bernard Debré s’est inscrit apparenté au groupe UDF, puisque soutenu par l’UDF et ayant battu un candidat UMP. Cependant, il quitta l’UDF pour rejoindre le groupe UMP en juillet 2005, après la motion de censure votée par François Bayrou contre le gouvernement de Dominique de Villepin. Aux législatives de juin 2007 et de juin 2012, Bernard Debré fut réélu député UMP et ne s’est pas représenté aux élections législatives de juin 2017, permettant à Brigitte Kuster, qui avait été sa concurrente UMP dissidente en 2012 (23,0% au premier tour contre 45,1% à Bernard Debré) d’être élue députée UMP au second tour avec 51,5% contre 48,5% à la candidate LREM (alors qu’au premier tour, la candidate LREM avait eu 46,0% et Brigitte Kuster seulement 36,4%).

En juin 2012, sa circonscription s’est agrandie d’une partie du 17e arrondissement, en plus du nord du 16e arrondissement. Bernard Debré, soutenu par Claude Goasguen et par le suppléant de Françoise de Panafieu, avait présenté sa candidature aux législatives de 2012 dès le 17 juin 2010 sur les terres de Françoise de Panafieu (députée du 17e arrondissement, mais les deux circonscriptions n’en font plus qu’une à partir de juin 2012 !). Lors d’un meeting le 16 juin 2010, Alain Minc, soutien de Françoise de Panafieu, lâchait d’aileurs : « À la grossièreté, Bernard Debré ajoute la bêtise ! ».

En 2004, Bernard Debré avait en outre annoncé qu’il serait candidat à la mairie de Paris (qui avait été conquise par le socialiste Bertrand Delanoë en mars 2001, en battant Philippe Séguin). Non seulement il était candidat, mais il refusait de s’inscrire dans le processus de désignation du candidat UMP qui a abouti à l’investiture de Françoise de Panafieu pour les élections municipales de mars 2008. En fait, Bernard Debré a négocié avec Françoise de Panafieu (qui était députée-maire du 17e arrondissement) pour retirer sa candidature et obtenir en compensation d’être le troisième de liste pour la mairie du 16e arrondissement. Il fut donc élu conseiller de Paris en mars 2008 et le resta jusqu’en juin 2020 (réélu en mars 2014, mais voir plus loin).

Réduisant ses ardeurs, Bernard Debré avait l’ambition d’être maire du 16e arrondissement puisque Pierre-Christian Taittinger avait décidé de prendre sa retraite. Mais l’autre député du 16e arrondissement, Claude Goasguen (1945-2020), voyait les choses autrement puisqu’il fut maire du 16e de mars 2008 à juillet 2017. Voyant le 16e arrondissement "pris", Bernard Debré annonça le 5 novembre 2012 sa volonté d’être élu maire …du 17e arrondissement aux élections municipales de mars 2014. Mais la maire du 17e arrondissement était Brigitte Kuster, sa concurrente aux législatives, depuis mars 2008 (et le resta jusqu’en juillet 2017). Finalement, il s’est retrouvé en deuxième de liste de Brigitte Kuster, si bien qu’il fut réélu conseiller de Paris en mars 2014, mais sur le 17e et plus le 16e arrondissement !

Au-delà du médecin, au-delà du politique, Bernard Debré fut aussi un homme des médias, très présent dans le paysage audiovisuel français, et même dans la presse et aussi dans l’édition (il a publié une vingtaine d’essais ainsi qu’un traité d’urologie en quatre tomes), pour commenter l’actualité, apporter ses idées, alerter sur certaines informations (notamment, avec le pneumologue Philippe Even, le très polémique "Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux", éd. Le Cherche Midi en 2012, qui a valu quelques déboires aux auteurs par l’ordre des médecins).

Ainsi on pouvait l’entendre ou le lire sur RMC ("Les grandes gueules"), à "Valeurs actuelles", sur France 3. Parmi ses sujets, le génocide rwandais, lui qui fut Ministre de la Coopération peu après ce massacre. Les chaînes adoraient l’inviter sur les plateaux de télévision car il ne laissait pas sa langue dans sa poche. Son franc-parler créait toujours quelques remous dans son entourage. Pour terminer cette petite esquisse de Bernard Debré, je propose donc quelques-unes de ses "saillies"…

Le 15 juin 2012, dans une lettre ouverte à Valérie Trierweiller : « En France, l’amour est roi et les nouveaux couples qui se forment, surtout en politique, attirent plutôt la bienveillance. (…) Vous n’avez, Madame, aucune existence légale d’autant plus que vous n’êtes ni mariée, ni pacsée. Que dirait-on d’un Président de la République qui accumulerait les "premières dames" comme on accumule des amies ou des flirts ? (…) Au nom de quoi l’État doit-il s’occuper de votre secrétariat pléthorique ? (…) Il semblerait qu’à la Bastille, lorsque François Hollande a "claqué la bise" sur les deux joues de Ségolène Royal, vous avez exigé qu’il vous embrasse sur la bouche pour montrer la différence de statut ! Cet acte était sinon puéril du moins cruel. Voici maintenant qu’en femme moderne, vous tweetez. Vous avez réussi, par vos bavardages, à ébranler la compagne électorale et à ridiculiser la France. (…) Taraudée par la jalousie. (…) Ce petit tweet de rien du tout a été le révélateur, Madame, d’un malaise que les Français n’osaient pas admettre, qui mélange la faiblesse du Président de la République et la méchanceté de sa compagne. ».

Le 27 juin 2014 sur Sud Radio, à propos du budget de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy de 2012 : « C’est un homme qui est pétulant, plein de vigueur. C’est ça qui donne le danger. Quand il a fait campagne, on lui disait "mais attends Nicolas, Nicolas, on dépasse !". "M’en fous, quoi ! Qu’est que ça veut dire ? Quand je serai élu, quand je serai élu ! Tu veux que je sois pas élu, tu veux que je sois battu ?" (…) Bon, c’était impossible de gérer, donc il était au courant, c’est de sa faute, bien sûr. ».

Au lendemain de la désignation de François Fillon à la primaire LR, dont il était un chaud partisan, Bernard Debré a déclaré le 28 novembre 2016 sur iTélé, à propos de l’appel du candidat Emmanuel Macron à François Bayrou : « C’est un peu pitoyable. Macron, on a l’impression que c’est un peu une sangsue. C’est-à-dire que quand il y avait le premier tour [de la primaire LR], il est apparu quasiment le jour ou la veille en disant : "Je suis là ! je suis là !". Maintenant qu’il y a le deuxième tour, il dit : "Je suis là, ne m’oubliez pas !" (…). Lui, il est tout seul, alors il essaie désespérément d’aller soudoyer, j’allais dire, récupérer quelques voix. C’est un peu triste. ».

Dans "La Nouvelle République" du 4 octobre 2018 (à l’occasion du 60e anniversaire de la Constitution), Bernard Debré a donné son sentiment sur les institutions actuelles : « Modifier la Constitution, c’est un travers français. Dans les autres pays comme les États-Unis ou la Grande-Bretagne, ça ne change jamais. (…) Il faut que cette Constitution reste un socle, un élément de stabilité. (…) Nous l’avons vue progressivement se transformer, puisqu’elle a subi vingt-quatre modifications depuis 1958 dont certaines totalement stupides, comme le passage au quinquennat. Faire coïncider l’élection présidentielle avec les législatives, ça engendre des raz-de-marée pour le parti du Président élu, ça lui donne encore plus de pouvoirs et on se retrouve souvent avec des députés godillots à l’Assemblée. Ce n’est pas ça, l’esprit de la Cinquième !! ».

Et je termine sur un sujet très grave et très récent, la fin de vie, qu’il vient lui-même, hélas, d’expérimenter dans la souffrance et la maladie. Dans une interview à Atlantico le 8 septembre 2020, Bernard Debré a évoqué l’appel d’Alain Cocq du 4 septembre 2020 qui a cessé cependant sa grève de la faim et de tout traitement la veille (j’y reviendrai peut-être plus tard). Le député de Paris a commenté les pressions sur l’euthanasie : « Les militants de l’euthanasie feignent de ne pas voir ce qui existe déjà pour aider les patients en fin de vie. ».

Il a expliqué : « Ce que l’on a aujourd’hui comme matériel ou possibilité est largement suffisant, lorsque l’on a quelqu’un qui souffre, il faut l’empêcher de souffrir. S’il souffre très fort, il faut augmenter les doses même si cela abrège la vie. Il y a  une finalité qui est d’abord l’antalgique. ».

Et de mettre les points sur les i : « Ici, nous sommes dans l’émotionnel, et nous n’allons pas mettre fin à la vie de tous les Alzheimer. (…) Quand quelqu’un est en fin de vie, il faut qu’il puisse rentrer dans un coma artificiel et la loi Leonetti [précisément, la loi Claeys-Leonetti] autorise parfaitement l’administration de produits extrêmement fort allant abréger la vie. Il faut faire extrêmement attention à ce genre de réflexion. Quelqu’un qui a des troubles psychiatriques et affirme vouloir se suicider est une situation extrêmement dangereuse qui ne doit pas être gérée par les médecins. Nous avons fait la loi Leonetti qui est une loi équilibrée qui permet de soulager les douleurs même si cela abrège la vie. (…) Mais la volonté initiale n’est pas de tuer. ».

Et de terminer ainsi : « Le politique n’a pas à se mêler de cela (…). Si cet homme souffre trop, on va lui donner des antalgiques à base de morphine et on va augmenter les doses jusqu’à ce qu’il ne souffre plus, même si cela abrège la vie. Quand quelqu’un est dans un état comateux et qu’il n’y a rien à faire, on le fait rentrer dans un coma profond. ».

On ne pourra pas dire que ses dernières déclarations n’étaient pas mûrement réfléchies. Bernard Debré est mort du cancer le 13 septembre 2020. RIP.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


NB du 14 septembre 2020 : Son frère, le journaliste François Debré, né le 3 avril 1942 à Toulouse, est mort le lendemain matin, ce lundi 14 septembre 2020 en Touraine (à l'âge de 78 ans), après avoir lutté plusieurs mois contre la maladie.


Pour aller plus loin :
UMP : le scalpel tranchant de Bernard Debré.
Jean-Louis Debré.
Michel Debré.
Bernard Debré.
Christian Poncelet.
Patrick Devedjian.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200913-bernard-debre.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/bernard-debre-le-franc-parler-du-227078

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/13/38532469.html






 

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11 septembre 2020 5 11 /09 /septembre /2020 10:38

« Marqué par sa rencontre avec Pierre Mendès France en 1953, Christian Poncelet s’est revendiqué comme un gaulliste de gauche, toujours soucieux de concilier les exigences du développement économique avec celles de l’harmonie sociale. » (Gérard Larcher, communiqué du 11 septembre 2020).


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L’ancien Président du Sénat Christian Poncelet est mort ce vendredi 11 septembre 2020 à l’âge de 92 ans à l’hôpital de Remiremont (il est né le 24 mars 1928 dans les Ardennes). S’il fallait résumer en deux mots sa très longue et dense carrière politique, on pourrait dire : les Vosges et le Sénat. Il était l’un des derniers grands hommes politiques comme "on" n’en "ferait" plus aujourd’hui, déjà parce que les lois sur le cumul des mandats sont passées par là, ensuite parce que l’accélération de la vie politique ne laissera plus les barons locaux et nationaux en place pour une si longue durée.

Contrairement à ce que certains journalistes ont dit à l’annonce de sa mort, Christian Poncelet n’a jamais été un "baron du gaullisme", tout simplement parce qu’il était trop jeune, même si, homme de pouvoir et de réseaux, il a beaucoup compter en influence au sein de sa famille politique (voir notamment lorsqu’il était au Sénat, et pas seulement à la Présidence).

Veuf depuis l’an dernier après soixante-dix ans de mariage (et deux enfants), Christian Poncelet n’était pas un énarque ni un haut fonctionnaire, il en était fier et peut-être fut-ce la raison pour laquelle il a toujours eu les pieds sur terre, avec des idées concrètes et un bon sens sur le développement économique (voir notamment son action au Sénat). Issu d’une famille modeste, Christian Poncelet a commencé sa vie professionnelle aux PTT, comme contrôleur des télécommunications de 1953 à 1962. Mais ce furent ses responsabilités syndicales qui l’ont amené à la politique, engagé à la CFTC (syndicat réformiste chrétien).

J’aurais pu titrer l’article : "Christian Poncelet et ses mille et un mandats électoraux".

Son premier mandat fut celui de député. On le dit assez peu alors que, d’habitude, une carrière politique, surtout aussi longue et multiple que celle de Christian Poncelet (selon "Le Monde" du 2013, il aurait été l’élu le plus cumulard, avec 147 années de mandats au compteur !), commence par un mandat local. Là, c’était différent. Après la dissolution de 1962 pour des raisons institutionnelles, mais les accords d’Évian étaient encore en plein cœur des débats publics, le député UNR sortant Jean-Marie Grenier (1906-1964), ancien résistant et ancien sénateur MRP des Vosges, ainsi que maire de Remiremont depuis 1945 et conseiller général, ne se représenta pas, probablement pour des raisons de santé (c’est une supposition personnelle).

Christian Poncelet fut ainsi élu député des Vosges (la circonscription de Gérardmer Remiremont) en novembre 1962, à l’âge de 34 ans. S’est ouvert alors pour lui une vaste carrière électorale, avec une spécificité, c’est qu’au-delà du nombre de mandats et de leur longévité, il n’a jamais été battu dans une élection ! Comme indiqué plus haut, il se considérait comme "gaulliste de gauche", ce qui n’a pas forcément une signification très claire, puisque, contrairement à beaucoup de gaullistes de gauche de l’époque (dont René Capitant), il a toujours continué à appartenir au parti gaulliste du moment : UNR, UDR, RPR et UMP (en revanche, lui et Jacques Chirac n’ont jamais été vraiment en bons termes).

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Christian Poncelet a été élu et réélu député des Vosges sans discontinuer de 1962 à 1973, y compris aux élections de 1973 même s’il n’a pas exercé son mandat pour cause de responsabilités ministérielles (voir plus loin). C’était surtout par son implantation locale qu’il a voulu s’imposer dans la vie politique (on peut noter que la plupart des députés LREM ont commencé leur vie politique en se faisant élire députés, mais ont rarement réussi leur implantation locale).

Ainsi, en 1963, il a pris la succession du député-maire de Remiremont, Jean-Marie Grenier, dans son canton : Christian Poncelet fut élu et réélu conseiller général des Vosges de 1963 à 2015, et fut président du conseil général des Vosges pendant presque quatre décennies, de mars 1976 à mars 2015. Il a su faire bénéficier les Vosges de sa grande influence nationale, notamment en faisant venir le TGV jusqu’à Remiremont, Épinal et Saint-Dié, en faisant construire trois routes rapides (l’autoroute A31 à l’ouest du département, du côté de Neufchâteau), une route deux fois deux voies (N57) allant de Nancy à Besançon via Épinal au centre du département et une autre route deux fois deux voies (N59) allant de Nancy à Saint-Dié via Lunéville à l’est du département. Certes, il a fallu du temps pour que ces routes fussent en deux fois deux voies, mais il n’y aurait pas un si grand maillage de voies rapides au sud de Nancy sans l’influence de Christian Poncelet.

En mars 1965, Christian Poncelet fut élu conseiller municipal de Remiremont et il y resta jusqu’en mars 2001. En revanche, il ne fut pas immédiatement maire : il fut d’abord conseiller en charge du budget en 1965, puis premier adjoint au maire de 1971 à 1983 et ne fut maire "que" dix-huit ans plus tard, de mars 1983 à mars 2001. Pour ajouter au cumul, il fut aussi élu conseiller régional de Lorraine, de mars 1977 à mars 1988 et en mars 1992, et président de la commission des finances de l’instance régionale de mars 1982 à mars 1988 (à l’époque où le conseil régional était présidé par Jean-Marie Rausch, le maire centriste de Metz).

Avant de passer à la partie "nationale" de sa carrière, précisons qu’il fut véritablement le "maître" des Vosges pendant ces quarante années, au point qu’un poids lourd politique du RPR, venu se parachuter à Épinal dont il fut élu député-maire pendant longtemps, Philippe Séguin, n’a jamais eu aucune influence départementale (du reste, on peut retrouver ce type d’arrangements locaux dans d’autres départements ; le très imposant député-maire de Fréjus, François Léotard, n’a jamais eu d’influence sur le département du Var dirigé par Maurice Arreckx, sénateur et ancien maire de Toulon).

De même, il a su éviter le renversement à gauche du département malgré la présence d’un (futur ou ancien) ministre rocardien, Christian Pierret, maire de Saint-Dié, et a su également écarter tout parachutage de personnalités nationales pouvant lui faire de l’ombre, comme Lionel Stoléru, brillant polytechnicien et ministre giscardien puis rocardien, qui fut battu deux fois par Christian Pierret aux législatives en 1978 et en 1981 (Lionel Stoléru ne fut élu qu’une fois conseiller général des Vosges en 1979 et fut battu lors de son renouvellement).

Inversement, Christian Poncelet n’a pas cherché à avoir une influence régionale au-delà de la commission des finances, le conseil régional de Lorraine (qui fut présidé entre 1976 et 1978 par JJSS, alors député de Nancy), étant plutôt la "chasse gardée" d’élus nationaux comme Pierre Messmer (Sarrebourg), Jean-Marie Rausch (Metz), Gérard Longuet (Meuse) et éventuellement André Rossinot (Nancy). Ce dernier fut tête de liste départemental en mars 1986, mais, contrairement aux trois cités précédemment, n’a jamais présidé le conseil régional.

Lorsque le Premier Ministre Pierre Messmer, en voisin, est venu proposer au député Christian Poncelet d’entrer dans son gouvernement, il était, à l’âge de 44 ans, un élu local déjà bien implanté, même s’il n’avait encore reçu aucun mandat de chef d’un exécutif. Si Christian Poncelet n’a pas eu des postes ministériels de grande importance, seulement secrétaire d’État, il fut cependant membre de gouvernement sans discontinuer entre juillet 1972 et septembre 1977 (plus de cinq ans), sous deux Présidents de la République, Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing.

Christian Poncelet fut d’abord nommé aux Affaires sociales du 6 juillet 1972 au 5 avril 1973, puis au Travail, à l’Emploi et à la Population du 12 avril 1973 au 1er mars 1974 et à la Fonction publique du 1er mars 1974 au 27 mai 1974 dans les trois gouvernements de Pierre Messmer. Il fut ensuite nommé au Budget (poste néanmoins stratégique) du 8 juin 1974 au 30 mars 1977 dans le (premier) gouvernement de Jacques Chirac et dans le premier gouvernement de Raymond Barre. Il faut souligner qu'il fut le dernier ministre en charge du Budget à avoir présenté aux parlementaires un projet de loi de finances à l'équilibre ! Enfin, il fut nommé aux Relations avec le Parlement du 1er avril 1977 au 26 septembre 1977 dans le deuxième gouvernement Barre.

Après la grande victoire du PS et de la gauche unifiée aux élections municipales de mars 1977, les prévisions électorales pour les élections législatives de mars 1978 étaient plutôt pessimistes pour la majorité. Cela a sans doute convaincu Christian Poncelet de quitter le gouvernement pour conquérir un siège de sénateur aux élections sénatoriales de septembre 1977. Une autre raison aussi de vouloir un mandat sénatorial, c’était qu’il venait d’être élu président du conseil général l’année précédente, et généralement, les deux mandats étaient complémentaires (l’un confortant le renouvellement de l’autre).

Le Sénat fut donc la nouvelle "affaire" de sa vie : élu et réélu sénateur des Vosges de septembre 1977 (il avait alors 49 ans) à septembre 2014 (soit trente-sept ans de mandat sénatorial au total, bénéficiant même, pour son dernier mandat, d’un mandat de dix ans avant d’être réduit à six ans pour ses successeurs). Pour "parfaire" ses cumuls, il s’est fait également élire député européen sur la liste de Jacques Chirac de juin 1979 à septembre 1980 et il fut représentant français à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe de janvier 1981 à janvier 1984.

Au Sénat, Christian Poncelet a beaucoup travaillé et il était loin de l’image très négative d’un sénateur prenant sa retraite, image surtout véhiculée par Alain Poher qui n’était pas très médiatique ni très présent dans le débat public pendant ces années-là. Au contraire, et il le confirma par la suite, Christian Poncelet fut de ceux qui ont ancré le Sénat aux réalités économiques du pays, bien mieux, d’ailleurs, que l’Assemblée Nationale bien trop dépendant des postures politiciennes et des consignes partisanes pour pouvoir étudier le pays en profondeur. Après s’être intéressé de très près, comme rapporteur d’une commission d’enquête en janvier 1981, à l’effondrement de l’industrie textile (l’économie de son département en fut l’une des victimes, avec la liquidation du groupe Boussac Saint-Frères qui faisait vivre 25 000 familles vosgiennes dans 65 usines dans les années 1970), il se préoccupa de la mise en œuvre de la décentralisation en 1983.

Ensuite, d’octobre 1986 à octobre 1998, pendant douze ans, il fut président de la commission des finances du Sénat, et à ce titre, parmi les sénateurs les plus importants. En particulier, en tant que président de la commission des finances, c’était lui qui distribuait aux sénateurs la "réserve parlementaire", ce qui lui donnait un pouvoir d’influence non négligeable au sein du Sénat. Depuis 1989 et les velléités de succession d’Alain Poher, Christian Poncelet faisait partie des "présidentiables" du Sénat, au même titre que d’autres présidents de commissions ou de groupes (Charles Pasqua était son concurrent direct au RPR).

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Le 1er octobre 1998, Christian Poncelet est parvenu à faire un "coup" improbable. René Monory avait succédé à Alain Poher à la Présidence du Sénat en octobre 1992 et a été réélu en octobre 1995 (le renouvellement du Sénat est triennal). René Monory a sollicité un troisième mandat, probablement un mandat de trop. Depuis la guerre, le Sénat (ou Conseil de la République) a toujours été présidé par un centriste (ou un radical), mais petit à petit, le groupe gaulliste ainsi que le groupe socialiste se renforçaient à chaque renouvellement. Au contraire des accords généralement établis entre le RPR et l’UDF, Christian Poncelet s’est présenté contre René Monory …et a gagné !

L’élection fut assez chaotique. Au premier tour, à 17 heures 55, Christian Poncelet a recueilli le plus de voix avec 118 voix sur 309, contre 102 à René Monory (centriste), 72 à Claude Estier (PS) et 17 à Hélène Luc (PCF), avec 10 abstentions. Nombreuses suspensions de séance pour permettre aux groupes de l’UDF (ils étaient trois) de se mettre d’accord sur un candidat de remplacement, René Monory ayant immédiatement jeté l’éponge. Au deuxième tour, à 23 heures 25, aucun candidat n’a encore obtenu la majorité absolue : Christian Poncelet est resté en tête avec 125 voix face au centriste alsacien Daniel Hoeffel 109 voix (plus de voix que René Monory !) et Claude Estier 83 voix (et 3 blancs ou nuls). Daniel Hoeffel s’est finalement retiré. Au troisième tour, à 23 heures 55, Christian Poncelet fut élu avec 189 voix sur 283 suffrages exprimés, contre 93 à Claude Estier, 1 à Hélène Luc (non candidate) et 37 blancs ou nuls.

Dans son allocution d’élection, Christian Poncelet n’a adressé aucun mot pour René Monory, mais un remerciement à Daniel Hoeffel de s’être désisté en sa faveur : « Vous imaginez aisément, mes chers collègues, l’émotion particulièrement intense qui m’étreint en cet instant. À cette émotion, teintée d’une joie immense, se mêlent un sentiment de reconnaissance et une attitude d’humilité. (…) Merci de m’avoir accordé votre confiance ! Je suis maintenant le président de tous les sénateurs, quelle que soit leur sensibilité. ».

Dans sa campagne interne, il avait d’ailleurs annoncé qu’il ne ferait pas plus de deux mandats (soit six ans). Finalement, il en a fait trois, dont un qui a duré quatre ans, soit dix ans au total, du 2 octobre 1998 au 30 septembre 2008.

En effet, le 1er octobre 2001, Christian Poncelet fut réélu dès le premier tour avec 201 voix sur 306 contre 105 à Claude Estier et 12 blancs ou nuls, cela quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001 : « Nos pensées vont vers toutes ces victimes. Mais la vie continue et la monstruosité des attentats perpétrés contre le peuple américain aura sans doute, espérons-le, des conséquences positives. Je pense au retour de l’État et du politique après des décennies de "tout entreprise", à la redécouverte de la Russie comme partenaire des démocraties occidentales et à la prise de conscience européenne d’un indispensable renforcement de la coopération policière et judiciaire. (…) Mon mentor en politique, j’ai nommé le regretté président Edgar Faure, disait volontiers qu’une première élection pouvait être le fruit du hasard et des circonstances, mais qu’une deuxième élection, il ne disait pas "seconde", ne l’était jamais… Je veux donc voir dans vos suffrages, au risque de vous apparaître immodeste, une approbation du bilan de mon premier triennat placé sous le signe de la rénovation du Sénat. Au cours de ces années (…), nous n’avons ni les uns ni les autres ménagé notre peine (…) pour affirmer notre "bonus constitutionnel" de représentant des collectivités territoriales, au travers notamment les États généraux et de nos initiatives législatives, pour accentuer notre fonction de contrôleur, pour développer notre mission de prospective, et pour multiplier les passerelles avec le monde de l’entreprise. ».

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Le 1er octobre 2004, Christian Poncelet a eu un nouveau quitus pour un troisième mandat, réélu dès le premier tour avec 191 voix sur 308, contre 116 à Jean-Pierre Bel, 1 à Robert Badinter (non candidat), et 17 blancs ou nuls. Notons que ce fut l’ancien Premier Ministre Pierre Mauroy, devenu sénateur, qui a présenté la candidature de Jean-Pierre Bel, président du groupe socialiste, et que ce dernier fut élu Président du Sénat en octobre 2011, première fois qu’un socialiste fut élu à ce poste (en 2014, Jean-Pierre Bel ne se représenta même pas au renouvellement de son mandat de sénateur). Dans une allocution peu différente de la précédente, Christian Poncelet termina : « Je voudrais, mes chers collègues, vous assurer d’une double ambition. La première tient à ma volonté, chevillée au corps, d’être le président de tous les sénateurs, car, au-delà de nos légitimes différences de sensibilité politique, nous avons tous en commun d’être viscéralement attachés à notre institution. (…) Ma seconde ambition, c’est d’être le Président d’un Sénat moderne, dynamique et utile, où chacun d’entre vous, femme, homme, ancienne, ancien, nouvelle, nouveau, trouve sa place, toute sa place, au service de notre République, une République apaisée, une République ressourcée, une République revivifiée. ».

Je ne sais pas très bien comment il faisait pour, au moment le plus "fort", gérer la mairie de Remiremont, le conseil général des Vosges et présider le Sénat, ce qui lui conférait la deuxième place de l’État selon le protocole républicain, et appelé éventuellement à assurer l’intérim de la Présidence de la République. D’autant plus que, contrairement à Alain Poher, Christian Poncelet fut un Président du Sénat très actif. Il a multiplié les rencontres annuelles avec les "forces vives" du pays, en particulier, car c’était un domaine qui l’intéressait, avec les entrepreneurs, avec les chercheurs et avec les enseignants.

L’une des réalisations concrètes et utiles de Christian Poncelet comme Président du Sénat, ce fut le concours Tremplin Entreprises commencé dès l’année 1999 (quelques mois après son arrivée), en partenariat avec l’ESSEC (école de commerce), qui récompensait et aidait chaque année des porteurs de projets d’entreprises innovantes. Parmi d’autres réalisations, les Rendez-vous citoyens, une journée aussi sur l’apprentissage, la création de la chaîne de télévision Public-Sénat, la promotion du Musée du Luxembourg et l’affichage de photographies sur les grilles du jardin du Luxembourg, etc. Sa volonté était que le Sénat fût partie prenante de la société d’aujourd’hui.

Parallèlement à la modernisation du Sénat, Christian Poncelet a eu quelques actions diplomatiques notamment avec Israël, la Russie et la Chine populaire. Dans ses prises de position, il fut parmi les rares (avec Raymond Barre et Charles Pasqua) à s’être opposé au quinquennat lors du référendum de 2000 en proposant un septennat non renouvelable immédiatement.

Christian Poncelet a également été élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques le 27 janvier 2003 contre …Yves Guéna, gaulliste comme lui et Président du Conseil Constitutionnel. On ne peut pas dire qu’il a beaucoup travaillé dans cette auguste académie, mais il avait déjà planché avant d’y être coopté pour une conférence le 21 mars 2000 sur un thème un peu rébarbatif : "L’État et les collectivités locales". Il y posait d’ailleurs une question qui intéresse toujours aujourd’hui les élus locaux : « Les actes des collectivités locales sont donc, juridiquement, "mortels", c’est-à-dire qu’ils peuvent être contestés et annulés. C’est, en quelque sorte, la rançon de la liberté. Faut-il pour autant accepter la progression de l’insécurité juridique qui entoure l’action publique locale et dont on sait qu’elle est une des causes majeures de l’hémorragie des vocations à exercer des mandats électifs locaux ? ».

Il y répondait ainsi : « À l’évidence non ! Bien au contraire, cette tendance doit être combattue en recherchant notamment une clarification des législations applicables dans un certain nombre de domaines ainsi qu’une modernisation de la conception du contrôle exercé par l’État sur les actes des collectivités locales. ».

Et il terminait son long exposé ainsi : « En définitive, l’enjeu me paraît simple : il s’agit de savoir quelle décentralisation nous voulons pour la France. (…) Pour ma part, je n’oublie pas cette phrase du Général De Gaulle qui écrivait dans "Vers l’armée de métier" : "La seule voie qui conduise à l’esprit d’entreprise, c’est la décentralisation". La naissance d’une République territoriale, fondée à la fois sur un État réformé et un véritable gouvernement local, est au cœur d’une démarche volontariste : rapprocher, pour ne pas dire réconcilier, nos concitoyens avec la chose publique. Tel est le sens de mon action à la Présidence du Sénat, pour une France moderne, dynamique et solidaire. ».

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À plus de 80 ans, Christian Poncelet ne s’est pas représenté au Plateau pour un quatrième mandat. La succession se transforma en duel entre l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin et son ancien Ministre du Travail Gérard Larcher. Ce dernier fut élu en octobre 2008, puis battu en octobre 2011 par un socialiste (Jean-Pierre Bel), puis Gérard Larcher fut réélu en octobre 2014 et octobre 2017 (et compte bien l’être une nouvelle fois dans quelques jours).

Il est toujours difficile de lâcher prise, surtout quand on a eu autant de pouvoir aussi longtemps. En octobre 2004, Christian Poncelet s’était quand même présenté pour un ultime mandat sénatorial (de dix ans), et il a poursuivi sa tâche de président du conseil général jusqu’en mars 2015 ! En mars 2011, il a vu sentir le vent du boulet : une fronde parmi les conseillers généraux dont certains lui proposaient de prendre sa retraite a fait qu’il s’est retrouvé ex æquo avec un concurrent, Philippe Faivre. Il fut élu uniquement au bénéfice de l’âge (là, il était imbattable !).

Progressivement, il quitta ses mandats électoraux : le Sénat en septembre 2014 et le conseil général des Vosges en mars 2015 (il avait déjà 87 ans !), il avait quitté la mairie de Remiremont dès mars 2001 en raison de la loi sur le cumul des mandats. Il y a probablement une ivresse de l’activité politique, des réseaux, de l’influence, du pouvoir, de la reconnaissance des électeurs qui fait qu’on peut difficilement se retirer, car n’imaginant pas le moment d’une retraite pourtant bien méritée.

Alors Président de la République, François Hollande a remis à Christian Poncelet, en même temps qu'à Françoise Gaspard (ex-députée-maire de Dreux) et Robert Namias (journaliste), le 30 septembre 2015 en fin d'après-midi, dans les salons dorés de l'Élysée, les insignes d'officier de la Légion d'honneur dont il était fier : « Vous êtes un grand élu de la République. (...) Vous n'avez jamais perdu une élection et cumulé 147 années de mandats publics. Il n'y a qu'à la Présidence de la République où vous n'avez pas été élu. Mais bon, c'est juste parce que vous ne vous êtes pas présenté ! ». Nul doute que le Sénat et la République honoreront sa mémoire dans les prochains jours à la hauteur de l’importance qu’il avait prise dans la classe politique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Christian Poncelet.
Jean-François Deniau.
Lionel Stoléru.
La succession de Christian Poncelet en 2008.
Antoine Rufenacht.
Christian Estrosi.
François Baroin.
Frédéric Péchenard.
Christine Lagarde.
Michel Noir.
Henry Chabert.
Francisque Collomb.
Hervé Morin.
François Fillon.
Alain Juppé.
Albin Chalandon.
Jean Castex.
Franck Riester.
Roselyne Bachelot.
Gérald Darmanin.
Édouard Philippe.
François Léotard.
Cohabitation.
Alain Carignon.
Jérôme Monod.
De Gaulle.
Nicolas Dupont-Aignan.
Luc Ferry.
Claude Malhuret.
Claude Goasguen.
Philippe Séguin.
Jacques Toubon.
Pierre-Christian Taittinger.
Jacques Chirac.
Patrick Devedjian.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200911-christian-poncelet.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/christian-poncelet-roi-des-vosges-227043

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/11/38528141.html






 

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29 mai 2020 5 29 /05 /mai /2020 03:27

« Claude Goasguen vient de partir, emporté par cette saloperie. Qu’importe ce que la politique peut en dire, il était mon ami et j’étais le sien, depuis nos vingt ans. Et tous les deux nous le savions. » (François Bayrou, le 28 mai 2020 sur Twitter).



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Parti ce jeudi 28 mai 2020 (le même jour que l’humoriste Guy Bedos) à l’âge de 75 ans (il est né le 12 mars 1945 à Toulon) des suites du covid-19 (il était hospitalisé depuis le 24 mars 2020), le député LR de Paris Claude Goasguen fait hélas partie, comme Patrick Devedjian et quelques autres élus ou anciens élus, des centaines de milliers de victimes de cette saleté de pandémie qui n’en finit pas de meurtrir l’ensemble de l’humanité. Il avait participé à un meeting électoral pour soutenir Rachida Dati aux municipales à Paris le 9 mars 2020, mais rien ne prouve que ce fût la cause de sa contamination.

Pendant longtemps, membre du CDS (Centre des démocrates sociaux), le parti centriste de Jean Lecanuet, Pierre Méhaignerie et François Bayrou, Claude Goasguen détonnait un peu dans l’ambiance feutrée et pondérée des congrès centristes. Maître de conférences à Paris-Villetaneuse, avec son imposante carrure, Claude Goasguen n’hésitait pas à marteler, sans doute fut-il le premier à le faire, que dans certains quartiers, juste de l’autre côté des murs de l’université, lui qui y enseignait le droit, il voyait des zones de non-droit et que c’était inacceptable pour la République. C’était dans les années 1990. On imagine ce que cela signifiait comme position sur l’immigration, par exemple, il n’était pas loin de penser que seule la fermeté devait primer pour préserver l’ordre et le droit pour le respect des valeurs républicaines.

En l’écoutant, je m’étais toujours demandé ce qu’il faisait au CDS, d’autant plus qu’il en fut même, entre 1995 et 1998, le secrétaire général (numéro deux), quand le CDS a opéré sa mue en Force démocrate et, en même temps, secrétaire général de l’UDF. Quand son ami François Bayrou, succédant à François Léotard, a pris la présidence de l’UDF en 1998, il était question d’en finir avec la structure confédérale de chapelles et de procéder à la fusion de toutes les composantes.

Alain Madelin, connu pour ses options libérales et adversaire de François Bayrou à la présidence de l’UDF, refusa cette fusion pour préserver la spécificité du courant libéral en France, et créa Démocrate libérale (DL) et s’est posé en parti indépendant du reste de la constellation centriste, jusqu’à, ensuite, rejoindre le RPR au sein de l’UMP lors de sa fondation en 2002. Claude Goasguen, ami depuis toujours d’Alain Madelin, a alors quitté la nouvelle UDF en 1998 et a rejoint DL à sa création (et en fut le vice-président). Claude Goasguen, à l’UMP puis LR, est devenu par la suite une figure marquante de la droite classique parisienne.

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Il me semble d’ailleurs que, comme Alain Madelin, Gérard Longuet et Patrick Devedjian, Claude Goasguen a commencé son engagement politique, président de la corpo de droit à Assas, à la fin des années 1960, du côté de l’extrême droite (Occident : « une erreur de jeunesse »), mais par convictions libérales, il a ensuite adhéré aux Républicains indépendants de Valéry Giscard d’Estaing (comme Alain Madelin) pendant les années 1970. Docteur en droit en 1976, il se destinait à une carrière universitaire : il a enseigné le droit à l’Université de Paris-Villetaneuse de 1969 à 1986, et fut doyen de la faculté de droit de 1982 à 1984. Dans les années 2000, il a enseigné le droit à HEC et fut également par la suite avocat au barreau de Paris.

Il est entré dans le monde politique avec la nomination de René Monory au Ministère de l’Éducation nationale en mars 1986, dans la première cohabitation. Claude Goasguen fut son conseiller technique chargé des relations avec les entreprises et avec les acteurs de la formation professionnelle. Ce parcours expliquait le choix du CDS : René Monory était l’un des grands notables du CDS et Claude Goasguen est rentré par cette porte dans la vie politique. Il est souvent des choix dictés plus par les relations que par les traditions politiques.

Claude Goasguen a vu ainsi sa carrière bondir : dès 1987, il fut nommé inspecteur général de l’éducation nationale, puis recteur d’académie, directeur du CNED (Centre national d’enseignement à distance) de décembre 1987 à janvier 1991, parallèlement à un début de carrière politique. En effet, à partir de mars 1983, Claude Goasguen fut élu et réélu conseiller de Paris (jusqu’à sa mort), également conseiller de la métropole du Grand Paris depuis le 21 janvier 2016, et conseiller régional d’Île-de-France de mars 1986 à mai 1993.

Claude Goasguen fut élu adjoint au maire de Paris du 20 mars 1989 au 18 mars 2001 (adjoint de Jacques Chirac chargé des affaires étrangères, puis adjoint de Jean Tiberi chargé des affaires scolaires et universitaires). Mais hostile à la poursuite du mandat de Jean Tiberi, et encouragé par Jacques Toubon, le 6 mars 1998, Claude Goasguen fonda et présida un groupe dissident regroupant un tiers des élus UDF-RPR pour demander à Jean Tiberi de démissionner (il faut noter que la démission d’un tiers de l’ensemble d’un conseil municipal entraîne l’élection d’un nouveau conseil municipal, mais Claude Goasguen n’a pas réussi à réunir suffisamment de conseillers de Paris pour menacer le maire d’une telle perspective).

Puis, après l’échec de Philippe Séguin aux municipales de Paris de mars 2001, il fut dans l’opposition municipale, présidant même le groupe UMP au Conseil de Paris du 11 octobre 2002 (après la démission de Philippe Séguin) au 25 septembre 2006, laissant ensuite la présidence (il est devenu vice-président) à Françoise de Panafieu arrivée en tête au premier tour de la primaire UMP organisée en septembre 2006 pour les municipales de mars 2008 (initialement prévues en mars 2007). À cette primaire, Claude Goasguen était arrivé en deuxième place (devant Pierre Lellouche et Jean Tiberi), mais a renoncé à poursuivre le processus électoral dans un souci d’unité et s’est désisté en faveur de sa concurrente entre les deux tours.

Ce fut la deuxième cohabitation qui l’a hissé sur la scène nationale : suppléant du député Jacques Toubon, lorsque ce dernier fut nommé Ministre de la Culture, Claude Goasguen l’a remplacé au Palais-Bourbon. Il fut ainsi député du 13e arrondissement de mai 1993 à mai 1995. Comme beaucoup de personnalités parisiennes, Claude Goasguen a soutenu la candidature de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1995, malgré son appartenance à l’UDF qui soutenait très majoritairement la candidature du Premier Ministre Édouard Balladur.

Cette fidélité chiraquienne lui a valu une nomination au sein du premier gouvernement du nouveau Premier Ministre Alain Juppé, comme Ministre de la Réforme de l’État, de la Décentralisation et de la Citoyenneté, un portefeuille nouveau créé à sa mesure, du 18 mai 1995 au 7 novembre 1995. Il est entré au gouvernement sur le quota du CDS, comme UDF-chiracocompatible, et avec la nomination d’Alain Madelin, qui avait soutenu, lui aussi, la candidature de Jacques Chirac (ils étaient rares), au Ministère de l’Économie et des Finances, une consécration, mais de courte durée puisque le chef du courant libéral français a été évincé du gouvernement dès le 26 août 1995 après une erreur de communication (ce qui l’a conduit à se présenter à l’élection présidentielle de 2002).

Comme François Baroin, et surtout, comme de nombreuses "Juppettes", Claude Goasguen a été débarqué du gouvernement le 7 novembre 1995 et ne fut jamais rappelé par aucun autre Président de la République ni Premier Ministre. De quoi ressentir un peu d’amertume, car ce n’est pas en cinq mois qu’on peut faire quelque chose dans un ministère. Une sorte de gâchis ministériel. Qu’importe : il lui restait Paris et le ministère du verbe qu’il a su utiliser à merveilles.

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Contrairement aux "héritiers", Claude Goasguen s’est implanté électoralement dans le 16e arrondissement de Paris en s’attaquant à des sortants qui étaient des proches en politique. C’était vrai qu’il lui fallait une circonscription parisienne pour redevenir député et sa première circonscription n’était pas la sienne mais celle de Jacques Toubon.

Claude Goasguen fut parmi les rares personnalités de la majorité présidentielle à avoir "profité" de la dissolution de 1997 : en effet, il a conquis la circonscription de l’indéboulonnable Georges Mesmin (1926-2019), député CDS du 16e arrondissement depuis mars 1973. Claude Goasguen, avec l’investiture de l’UDF et du CDS, a battu Georges Mesmin au second tour le 1er juin 1997 avec 65,3% (au premier tour, il était arrivé en tête avec 40,8% suivi de Georges Mesmin 20,8%). Il fut ainsi élu et réélu député du 16e arrondissement de mai 1997 jusqu’à sa mort, parmi les députés les mieux élus de France, dès le premier tour le 9 juin 2002 (avec 61,2%), le 10 juin 2007 (avec 65,8%) et le 10 juin 2012 (avec 58,1%), et en raison du bouleversement macronien, il gagna, de justesse cette fois-ci, le second tour le 18 juin 2017 avec 52,4%, après un ballottage très défavorable (38,0% contre 44,2% à la candidate LREM).

C’était avec le même esprit de conquête qu’il s’est "emparé" de la mairie du 16e arrondissement de Paris. En effet, le maire sortant, Pierre-Christian Taittinger (1926-2009), sénateur et ancien ministre, conseiller de Paris depuis 1953, était maire depuis le 19 mars 1989 (succédant à Georges Mesmin), et à la surprise générale, il fut battu lors de la séance inaugurale, le 29 mars 2008, par Claude Goasguen, qui resta maire du 16e arrondissement jusqu’au 11 juillet 2017 (il a dû démissionner pour rester député tout en restant en conformité avec les dispositions législatives contre le cumul des mandats).

Intégré complètement à l’UMP en 2002, Claude Goasguen en fut, en 2005, le délégué général chargé des universités et de la recherche, puis, en 2014, le secrétaire national chargé du Grand Paris. Parmi ses prises de position internes, Claude Goasguen a soutenu la candidature de Jean-François Copé à la présidence de l’UMP en automne 2002 (contre François Fillon), puis a soutenu celle de Nicolas Sarkozy à la primaire LR de 2016 (contre Alain Juppé et François Fillon), puis celle du juppéiste Maël de Calan pour la présidence de LR en décembre 2017 (contre Laurent Wauquiez), celle de Julien Aubert pour la présidence de LR en octobre 2019 (contre Christian Jacob et Guillaume Larrivé), et enfin celle de Rachida Dati aux municipales de Paris en 2020 (Claude Gosguen était toutefois prêt à une grande alliance LR-LREM pour tout faire pour battre la maire sortante Anne Hidalgo). Dans ses choix politiques, il a également annoncé son soutien à Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle de 2017 (contre Marine Le Pen).

Ne mâchant jamais ses mots, Claude Goasguen a adopté souvent les idées d’une droite musclée sur l’immigration, la sécurité, les questions de société, etc. tout en soutenant les options libérales sur le plan économique et fiscal.

L’Élysée a fait savoir ce 28 mai 2020 qu’Emmanuel Macron adressait ses condoléances respectueuses à la famille de Claude Goasguen, fils d’un marin breton : « Forte tête, cet ancien joueur de rugby qui aimait les mêlées était aussi dans l’arène du Palais-Bourbon un bretteur impétueux et érudit. Passionnément libéral, pourfendeur de l’antisémitisme, soutien d’Israël, défenseur des Chrétiens d’Orient, amoureux des belles lettres et du septième art, il aura soutenu tous les combats qui lui tenaient à cœur avec l’éloquence d’un puissant orateur et la rigueur d’un brillant juriste, le verbe haut et la pensée claire. Le Président de la République salue une grande voix politique qui manquera au débat républicain. ».

Requiescat in pace.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Claude Goasguen.
Philippe Séguin.
Jacques Toubon.
Pierre-Christian Taittinger.
Jacques Chirac.
Christian Poncelet.
Patrick Devedjian.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200528-claude-goasguen.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/claude-goasguen-un-centriste-qui-n-224766

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/05/28/38328638.html






 

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 03:44

« J’ai rassemblé des gens qui m’étaient hostiles. » (Patrick Devedjian, le 31 mars 2011 lors de sa réélection à la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine).


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La nouvelle a ému toute la classe politique parce qu’il en faisait partie, avec sa singularité et son importance. Probablement qu’il lui a manqué "les" responsabilités dans lesquelles il se serait épanoui, sans nul doute le Ministère de la Justice.

Patrick Devedjian, alors président du conseil départemental des Hauts-de-Seine depuis le 1er juin 2007, succédant à Nicolas Sarkozy, est mort ce dimanche 29 mars 2020 à l’hôpital d’Antony de cette saleté de covid-19, en pleine pandémie. Il avait officiellement annoncé qu’il avait été contaminé le 26 mars 2020 et tout le monde pensait qu’il était en voie de guérison (il était fatiguée mais remontait la pente, avait-il affirmé), mais son état s’est rapidement dégradé. Il avait 75 ans, né le lendemain de la Libération de Paris, le 26 août 1944 à Fontainebleau, d’un père arménien.

Je dois avouer que les comportements politiques de Patrick Devedjian m’ont longtemps irrité car son engagement faisait de lui un lieutenant snipper peu scrupuleux sur la nécessaire bonne foi en politique (il fut porte-parole du RPR entre 1999 et 2001, mais surtout, proche de Nicolas Sarkozy pendant trente ans, c’est-à-dire son porte-flingue). Or, il s’est véritablement révélé (et j’ai commencé à l’apprécier vraiment) lorsqu’il s’est dégagé, par nécessité, de la tutelle de Nicolas Sarkozy. N’ayant plus besoin de protéger son mentor (devant même se protéger de lui !), Patrick Devedjian s’était alors émancipé et devenait lui-même, un homme raisonnable et finalement, très efficace en politique, avec son propre style. Sa disparition en a été ainsi plus troublante et brutale.

Un échec à l’IEP Paris (un de ses fils est devenu par la suite énarque), mais des études de droit à Assas, où il ferraillait avec l’extrême droite (Occident) aux côtés d’Alain Madelin, Gérard Longuet, etc., une erreur de jeunesse qu’il a assumée mais regrettée, comme ses autres compagnons qui, comme lui, sont devenus de respectables ministres de la République.

Le tournant des années 1970 a été celui de la respectabilité. Trentenaire, Patrick Devedjian est devenu un redoutable avocat parisien (il fut l’avocat de Jacques Chirac et de Charles Pasqua dont il était un proche) et s’est inscrit à l’UDR puis a participé à la fondation du RPR en 1976 (il corédigea les statuts du RPR avec Charles Pasqua).

En clair, il était un des jeunes loups du RPR, mécanique politicienne très huilée des Hauts-de-Seine, prêts à conquérir le pays, qu’on pouvait appeler les "Pasqua boys" aux côtés de Patrick Balkany à Levallois-Perret, Nicolas Sarkozy, etc. Il n’a cependant pas réussi à se faire élire dans les années 1970 : ni maire d’Antony en mars 1977, ni député en mars 1978, ni député en juin 1981, ni conseiller général en mars 1982, ni maire d’Antony en mars 1983…

Cependant, l’invalidation des élections municipales d’Antony de mars 1983 lui a donné sa première victoire électorale, Patrick Devedjian fut ainsi élu et réélu maire d’Antony du 16 octobre 1983 au 30 mai 2002, jusqu’à la démission pour raison de non-cumul (il resta second adjoint et président de la communauté d’agglomération des Hauts de Bièvres jusqu’au 27 octobre 2005). Rappelons d’ailleurs que parmi ses adjoints à Antony, Patrick Devedjian avait nommé Jean-Yves Le Gallou, un énarque membre du cabinet d’Alain Griotteray, à l’époque encarté au PR (le parti de Valéry Giscard d’Estaing et François Léotard) et qu’il l’a limogé en 1985 lorsque l’adjoint a rejoint le FN.

Au même moment, Nicolas Sarkozy avait réussi à capter la mairie de Neuilly-sur-Seine le 29 avril 1983 au nez et à la barbe de Charles Pasqua (à la mort d’Achille Peretti), et Patrick Balkany a été élu maire de Levallois-Perret le 14 mars 1983. Ce furent la première "vague" du sarkozysme naissant. Et tout au long des décennies suivantes, Patrick Devedjian fut un très proche de Nicolas Sarkozy.

Parallèlement, il fut élu député des Hauts-de-Seine la première fois le 16 mars 1986 (au scrutin proportionnel) et fut réélu sans discontinuité dans la circonscription de Bourg-la-Reine, Sceaux, Châtenay-Malabry et Antony jusqu’en juin 2017 où il renonça à sa candidature pour des raisons de non-cumul. Limité aussi par le cumul, il ne fut élu conseiller général de Bourg-la-Reine qu’en mars 2004 jusqu’à sa mort (conseiller départemental à partir de mars 2015), d’abord vice-président du conseil général puis, à partir de 2007, président du conseil général des Hauts-de-Seine (successeur de Nicolas Sarkozy et auparavant, de Charles Pasqua). Il fut à ce titre président de l’Établissement public pour l’aménagement de la région de La Défense (EPAD) du 27 septembre 2007 au 4 décembre 2009. Puis de l’institution qui lui a succédé (Defacto) de 2010 à 2018.

Malgré la proximité avec Jacques Chirac (dont il fut l’avocat dans les années 1970), Patrick Devedjian a choisi de soutenir Édouard Balladur à l’élection présidentielle de 1995 comme Nicolas Sarkozy, ce qui lui a valu la même disgrâce que son mentor.

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La réélection de Jacques Chirac en mai 2002 sur des thèmes sécuritaires a placé Nicolas Sarkozy en position incontournable au sein du nouveau parti majoritaire UMP (fusion entre l’UDF et le RPR). Très logiquement, Nicolas Sarkozy retourna au gouvernement en position de force avec quelques fidèles auprès de lui, dont Patrick Devedjian qui fut membre des trois gouvernements de Jean-Pierre Raffarin.

Ainsi, lorsque Nicolas Sarkozy était à l’Intérieur, Patrick Devedjian fut nommé Ministre délégué auprès de Nicolas Sarkozy chargé des Libertés locales, du 7 mai 2002 au 30 mars 2004, puis, il a suivi Nicolas Sarkozy à Bercy comme Ministre délégué auprès de Nicolas Sarkozy chargé de l’Industrie du 31 mars 2004 au 31 mai 2005. L’arrivée de Dominique de Villepin à Matignon l’a exclu du gouvernement suivant. Entre-temps, Nicolas Sarkozy s’était fait élire président de l’UMP le 28 novembre 2004, et devenait le candidat évident de l’UMP à la succession de Jacques Chirac.

L’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République le 6 mai 2007 aurait donc dû être, pour Patrick Devedjian, la consécration de sa carrière politique. Il s’imaginait être son Garde des Sceaux, Ministre de la Justice. Des responsabilités que le nouveau Président lui aurait promises. Rachida Dati fut nommée place Vendôme.

À la place de cela, il a hérité de la tête de l’UMP, c’était une responsabilité assez limitée dans une configuration où l’Élysée contrôlait tout. Patrick Devedjian fut ainsi désigné secrétaire général de l’UMP du 25 septembre 2007 au 5 décembre 2008.

Dès la formation du premier gouvernement de François Fillon, en mai 2007, Patrick Devedjian pestait et rouspétait. Il ne comprenait pas pourquoi Nicolas Sarkozy voulait l’ouvrir à des personnalités qui avaient voté contre lui à l’élection présidentielle, comme Bernard Kouchner et quelques autres. C’était l’ouverture sarkozyenne. Ayant un certain talent dans l’humour, Patrick Devedjian avait alors lâché une phrase qui a fait date à cette occasion : « Je suis pour un gouvernement d’ouverture, y compris aux sarkozystes, c’est tout dire ! », ce qui lui a valu d’être lauréat du Prix Press Club humour et politique le 8 février 2008.

Néanmoins, Patrick Devedjian fut quand même appelé au gouvernement après la grave crise financière de 2008. Il fut nommé Ministre auprès du Premier Ministre chargé de la Mise en œuvre du plan de relance, du 5 décembre 2008 au 14 novembre 2010. Un poste unique qui convenait à ses compétences (il avait déjà été ministre de l’Industrie) mais cette nomination pouvait être un moyen, pour Nicolas Sarkozy, de le faire sortir du secrétariat général de l’UMP (il fut remplacé par Xavier Bertrand).

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Donc, l’élection de Nicolas Sarkozy, loin de l’avoir hissé dans une sorte d’aristocratie élyséenne, l’a ramené au bord du chemin politique. Tant pis pour les fonctions nationales, et concentration sur ce qui l’a motivé les douze dernières années de sa vie : la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine (rappelons que le département est particulièrement riche et cette fonction a donc un fort enjeu financier, social, industruel et politique). Nicolas Sarkozy ne pouvait pas ne pas lui laisser cette présidence dès lors qu’il ne l’avait pas intégré dans le gouvernement. Mais probablement qu’il le regretta par la suite.

En effet, un an après son élection, Patrick Devedjian déclara à "L’Express" le 17 juillet 2008 : « Dans la continuité de ce qu’avait engagé Nicolas Sarkozy, je suis amené à nettoyer les écuries d’Augias. ». Rappelons que l’attaque était portée contre Charles Pasqua, qui fut le seigneur des Hauts-de-Seine du 5 octobre 1973 au 30 mars 1976 et du 7 octobre 1988 au 14 mai 2004. En clair, une telle déclaration le mettait en difficulté avec de nombreux conseils généraux de sa majorité ayant participé à l’épopée Pasqua.

En fait, dès les élections cantonales de mars 2008, son premier renouvellement, les difficultés arrivaient pour Patrick Devedjian. D’abord, le fils de Nicolas Sarkozy, Jean Sarkozy, étudiant de 21 ans, s’est fait élire conseiller général de Neuilly-Sud. Il s’est même fait élire président du groupe UMP au conseil général des Hauts-de-Seine. Difficile d’être plus surveillé. En automne 2009, Jean Sarkozy a cherché à lui prendre la présidence de l’EPAD (La Défense) et finalement, les protestations de toutes parts l’ont fait renoncer.

Ensuite, lors du renouvellement de mars 2011, les Balkany ont cherché à le remplacer à la tête du département (Isabelle Balkany voulait lui succéder). La lutte fut féroce. Patrick Balkany expliquait dans le "Journal du dimanche" du 5 février 2011 : « Sur le fond, Patrick Devedjian dit des c@nneries. Nous n’avons jamais eu le moindre problème e remboursement avec qui que ce soit, les propos de Patrick Devedjian ne sont que des âneries. (…) Il n’est aujourd’hui plus crédible. Tout ce qui sort de sa bouche est du fiel, de la haine. » [Patrick Devedjian avait évoqué l’immense endettement de la ville de Levallois-Perret]. Finalement, Patrick Devedjian fut réélu conseiller général, mais certains sortants sarkozystes furent battus, dont la prétendante Isabelle Balkany. Pas de bataille au sommet, donc. Patrick Devedjian fut ainsi réélu président du conseil général le 31 mars 2011, puis réélu encore en mars 2015.

Patrick Devedjian fut par ailleurs élu président de Paris Métropole du 19 décembre 2014 à décembre 2015 (syndicat d’études à ne pas confondre avec la Métropole du Grand Paris).

Après l’élection présidentielle de 2012 et l’échec de Nicolas Sarkozy, Patrick Devedjian avait soutenu la candidature de François Fillon à la présidence de l’UMP (contre celle de Jean-François Copé) puis la candidature d’Alain Juppé à la primaire LR. Il faisait partie des barons du parti LR, courtois avec la nouvelle majorité dirigée par Emmanuel Macron.

D’une grande culture, passionné par les arts, vice-président des Amis du Louvre, Patrick Devedjian a succombé au covid-19 qui est une saleté en forme de grande loterie : alors, protégeons-nous, restons chez nous !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 mars 2020)
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Pour aller plus loin :
Patrick Devedjian.
Jacques Chirac.
François Baroin.
François Fillon.
Rachida Dati.
Nicolas Sarkozy.
Patrick Balkany.
Christian Jacob.
Européennes 2019 : les six surprises françaises du scrutin du 26 mai 2019.
François-Xavier Bellamy.
Guillaume Larrivé.
Édouard Philippe.
Alain Juppé.
Jean-Louis Debré.
Dominique de Villepin.
Christian Estrosi.
La fondation de Les Républicains le 1er juin 2015.
Les Républicains en ordre de marche ?
Laurent Wauquiez.
Résultats détaillés de l’élection du président de LR le 10 décembre 2017.
L’élection du président de l’UMP le 29 novembre 2014.
Le retour aux listes nationales pour les européennes.
Mathématiques militantes.
Rapport de refondation de la droite du 7 novembre 2017 (à télécharger).
Les Républicains en pleine introspection.
Les Républicains, parti des expulsions.
La primaire LR de novembre 2016.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Raffarin.
Xavier Bertrand.
Valérie Pécresse.
Jean-François Copé.
Nathalie Kosciusko-Morizet.
Bruno Le Maire.
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
Michel Barnier.
Bernard Debré.
Dominique Dord.
Virginie Calmels.
Michèle Alliot-Marie.
Patrick Ollier.
Charles Pasqua.
Marie-France Garaud.
Édouard Balladur.
Cinquième République.

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19 octobre 2019 6 19 /10 /octobre /2019 03:28

« Ne composez jamais avec l’extrémisme, le racisme, l’antisémitisme ou le rejet de l’autre. Dans notre histoire, l’extrémisme a déjà failli nous conduire à l’abîme. C’est un poison. Il divise, il pervertit, il détruit. Tout dans l’âme de la France dit non à l’extrémisme. » (Jacques Chirac, le 11 mars 2007).



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L’ancien Président de la République Jacques Chirac est mort il y a deux mois, le 26 septembre 2019, et est né il y a quatre-vingt-sept ans, le 29 novembre 1932. Retour sur un géant de la politique française amoureux de la culture japonaise dont la nouvelle de la mort a fait l’effet d’une déflagration thermonucléaire dans le paysage politico-médiatique de la France.

C’était prévisible et c’est le cas dans tout phénomène d’ébullition médiatique, que ce fussent les attentats de "Charlie Hebdo" (le fameux Je suis Charlie), la mort de Johnny Hallyday, le mariage de Megan et Harry, etc., et récemment la mort de Jacques Chirac. Il y a toujours des courants repoussoirs, qui contestent l’écho médiatique supposé surdimensionné à l’événement ou la supposée "pensée unique" qui en découlerait.

Le télescopage médiatique avec l’effroyable incendie de l’usine Lubrizol à Rouen ne signifie rien sur la considération portée aux habitants normands : avant l’annonce de la mort de Chirac, les chaînes d’information continue avaient même surmédiatisé la catastrophe industrielle depuis le début de la matinée. Dire que les médias ont ignoré la pollution atmosphérique à Rouen à cause de Chirac est donc faux dans les faits. Et si les autorités sont éventuellement critiquables d’en avoir sous-estimé les conséquences, elles n’en auraient pas moins sous-estimé les conséquences sans le décès de l’ancien Président de la République.

Tout flux de grande marée a son reflux. Par esprit prétendument original, par besoin de se distinguer, par convictions plus ou moins sincères, certains aiment toujours s’opposer aux matraquages médiatiques parfois excessifs (il est vrai) de l’actualité, avec ce sentiment "on ne me la fait pas à moi", histoire de montrer implicitement, sans oser le dire bien sûr, qu’ils sont un peu plus intelligents que "les autres" qu’ils nomment alors "les moutons". Ou "les veaux", dans un registre sémantique un peu plus gaullien.

C’est vrai que la sincérité de la première vague est souvent sujette à caution. On a pu voir ainsi un grand éditocrate et biographe de Jacques Chirac terminer son blabla sur une chaîne de télévision en parodiant Johnny Hallyday qu’il venait d’évoquer, pour dire : "On a tous quelque de chose de Chirac". Une fois prononcée cette phrase quasi-définitive, la caméra est restée sur le journaliste devenu silencieux pendant quelques secondes : on le voyait très content de lui, un brin suffisant, le petit sourire satisfait aux lèvres, les yeux malicieux regardant autour de lui l’effet escompté. Visiblement, ce n’était pas l’émotion du deuil qui l’étouffait mais plutôt le petit plaisir égotique de placer un beau mot pourtant peu original puisque je l’avais entendu peu avant d’une autre bouche, d’un autre bel esprit.

La mousse du deuil sert parfois à faire mousser certains beaux esprits, c’est sûr, c’est commun et inévitable, et c’est valable dans tout événement, même les pires catastrophes. On rapporte ainsi (je ne sais pas si c’est vrai) qu’un futur présentateur vedette du 20 heures s’était réjoui avec les attentats du 11 septembre 2001… Business as usual.

Parler de Jacques Chirac est un peu spécial pour le peuple français. Pour au moins trois raisons. D’une part, c’était un animal politique, un animal politique clivant (beaucoup de Français ont détesté Chirac, beaucoup l’ont adoré, parfois, c’étaient les mêmes ! un peu comme pour De Gaulle). D’autre part, c’était un animal de longue durée, politiquement, il a existé de 1967 à 2011 (2011, à peu près la fin de ses apparitions publiques, du moins de ses déclarations publiques, même s’il a encore continué quelques années à se montrer), soit quarante-trois ans, ce qui signifie que quatre ou cinq générations de personnes l’ont "connu", "apprécié", "détesté", bref, ne sont pas restées indifférentes à son égard. Enfin, il a été le Président de la République, dans une France d’esprit encore monarchique, qui attend (toujours) beaucoup de son "chef", et pas n’importe quel Président, un qui a été élu par 25, 5 millions de Français le 5 mai 2002, soit 82,21% des suffrages exprimés et 62,0% des inscrits.

J’insiste sur ce dernier fait, six électeurs inscrits sur dix ont voté pour Jacques Chirac qui a probablement reçu, d’ailleurs, plus de votes provenant de personnes dites de gauche que de personnes dites de droite. Martelons : il y a dix-sept ans, plus de 25 millions de Français ont glissé son bulletin dans l’enveloppe, certes, parfois en se bouchant le nez, mais ils l’ont fait. Ils ont aujourd’hui au moins trente-cinq ans, certains sont morts entre-temps, mais une bonne partie de ces électeurs sont toujours vivants aujourd’hui. Qui pourra prétendre rassembler autant les Français dans une élection libre, sincère et pluraliste ? Même De Gaulle a été loin du compte.

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Certes, ces électeurs non chiraquiens qui ont voté pour Chirac ont été les premiers déçus dès le lendemain. L’élection d’une majorité à l’Assemblée Nationale dominée par l’UMP, qui venait d’être fondée sur une sorte de modèle de parti unique, a fait comme s’il y avait eu une simple alternance. Ce fut une erreur évidemment : Jacques Chirac a rassemblé, au second tour, avant tout les républicains, et il aurait été bien inspiré de proposer un gouvernement qui reflétât une telle sociologie en faisant monter dans le train gouvernemental tous ceux qui ont toujours voulu lutter contre l’extrémisme.

Car Jacques Chirac, à cause de la longueur de sa carrière politique, des contextes très différents de chaque élection, de l’évolution incontestable d’une société qui s’est libéralisée dans les mœurs mais raidie dans son économie, a toujours été connu pour son manque de convictions et sa puissance pour les défendre (je paraphrase un mot de Clemenceau sur son ancien collaborateur Georges Mandel). Marie-France Garaud, une ancienne conseillère politique devenue opposante au point de se présenter à l’élection présidentielle de 1981 contre lui, n’a jamais eu de mots assez durs pour critiquer son gaullisme "rad soc" (radical-socialiste) qui convenait bien à l’électorat corrézien, au point qu'on a vu Chirac en grande complicité avec Lula pour créer une nouvelle taxe et Chirac parmi les plus engagés des dirigeants du monde dans la préservation de la planète.

Pourtant, il y a bien une chose pour laquelle Jacques Chirac avait des convictions, et même, avait une certaine forme d’intransigeance et de courage : il était viscéralement opposé à toute concession avec l’extrême droite, celle qui a fait naître le nazisme et Hitler, il était opposé à toute forme d’antisémitisme. Au prix sans doute de sa défaite de 1988, Jacques Chirac avait refusé obstinément toute alliance avec le Front national (malgré les pressions de Charles Pasqua) et il a eu raison puisque son avant-dernier combat, ce fut justement contre Jean-Marie Le Pen qu’il l’a engagé. Le dernier combat fut sans doute moins héroïque puisqu’il a combattu sa propre incompréhension d’une société qui s’éloignait de lui avec le "non" au référendum sur le TCE le 29 mai 2005.

Il est toujours difficile d’imaginer la postérité des personnalités politiques, tout autant que la postérité des dits "grands écrivains" contemporains. L’expérience, le recul du temps, ont montré que des écrivains très lus de leur temps sont aujourd’hui complètement oubliés, tandis que des écrivains confidentiels de leur vivant sont devenus majeurs au fil du décennies et des siècles. Il en est de même pour tous les arts en général, et par exemple, la redécouverte, juste après la dernière guerre, des tableaux de Gustave Caillebotte, plus connu comme mécène que comme artiste, en est un exemple (à ce propos, bravo à l’ancien maire de Yerres pour avoir contribué aussi à redécouvrir ce grand peintre, le nom de ce maire est aujourd’hui assez connu).

D’un ancien Président de la République, la postérité se confondra avec ses actes, sa personnalité et aussi, avec l’époque où il fut aux responsabilités. Un peu comme on parle de fauteuil Louis-Philippe, on parlera des années De Gaulle (l’ambition industrielle et indépendance nationale), des années Pompidou (le tout-automobile, l’art contemporain), les années Giscard (les réformes sociétales : majorité à 18 ans, l’IVG, libéralisation de l’audiovisuel public, etc.), les années Mitterrand (le chemin européen résolument choisi), les années Chirac, les années… Plus on se rapproche d’aujourd’hui, moins il est facile de qualifier les présidences, car la nostalgie n’a pas encore fait le deuil de la réalité.

On peut juste dire que sous De Gaulle et encore sous Valéry Giscard d’Estaing, les polytechniciens étaient au pouvoir et que depuis François Mitterrand, les normaliens sont revenus au pouvoir (ils l’étaient aussi sous la Troisième République). Rappelons que Giscard d’Estaing est un polytechnicien, Alain Juppé un normalien et que l’actuel Président Emmanuel Macron n’est pas normalien (ni polytechnicien), mais quand même énarque. D’ailleurs, c’est peut-être les diplômes qui peuvent donner une signification. À part Georges Pompidou et François Mitterrand, deux littéraires, et Nicolas Sarkozy, un juriste (François Mitterrand était aussi un juriste), j’exclus bien sûr le héros militaire De Gaulle, tous les autres Présidents furent ou sont des énarques, certains scientifiques (Giscard), d’autres même "commerciaux" (François Hollande a fait aussi HEC).

On peut constater d’ailleurs que la formation initiale n’influe pas forcément sur les considérations politiques voire politiciennes, sur les postures politiques. Par exemple, comment François Hollande, un ancien élève de HEC, qui plus est, a été affecté, comme énarque dans la botte, à la (prestigieuse et exigeante) Cour des Comptes, a-t-il pu mener une politique aussi anti-économique avec un déficit budgétaire si élevé, si ce n’était pas pour amadouer (inefficacement !) un électorat dit de gauche 

Parfois, cette formation a pu jouer. Ainsi, l’avocat Nicolas Sarkozy proposant (sans heureusement aller jusqu’au bout) la suppression des juges d’instruction, ou encore l’ingénieur Valéry Giscard d’Estaing mettant en place le programme nucléaire civil qui nous permet, aujourd’hui, de bénéficier d’une énergie à faible prix, indépendante des soubresauts des producteurs pétroliers et surtout, émettant très peu de CO2 par rapport aux énergies dites fossiles.

On aurait pu croire qu’Emmanuel Macron avait bien compris les principes économiques, ce qui semble être le cas, mais dans leurs applications pratiques, sur le plan politique, il lui manquait un élément majeur, que peuvent même avoir acquis les maires des plus petites communes : on ne décide jamais durablement sans le consentement de ses "administrés". Au-delà du fond (contestable ou pas) de ses réformes, il lui a manqué la méthode pour les faire aboutir et accepter, en dehors de cette méthode à l’arraché qui a pourtant bien fonctionné en 2017-2018.

La postérité d’un mandat présidentiel se mesure-t-elle avec les actes ? Je n’en suis pas sûr. On a complètement et injustement oublié les très nombreuses réformes du septennat de Valéry Giscard d’Estaing, oubli d’autant plus injuste que l’intéressé est toujours vivant et peut donc encore témoigner et expliciter (certains journalistes heureusement continuent à le solliciter), mais peut-être que la personnalité de Valéry Giscard d’Estaing n’inspire pas le souvenir ? Je le dis très crûment, mais l’image d’une personne condescendante, plus condescendante qu’arrogante d’ailleurs, sûr de sa (haute) valeur mais convaincu qu’il faut s’abaisser pour parler aux petites gens, cette image continue encore à saboter le souvenir de son septennat. Alors que le prince de l’immobilisme, le théoricien du ni-ni, reste encore dans les esprits, parfois soutenu par des nostalgiques de l’union de la gauche, du temps où ils avaient 30 ans (comme Jean-Luc Mélenchon).

À mon sens, la raison de ces paradoxes réside dans le fait que la postérité est nourrie de la personne et pas de ses actes. Après tout, lorsqu’un manager recrute un collaborateur, il se fiche assez vite des compétences du candidat, les compétences, cela peut s’acquérir, en revanche, il est très soucieux de ses motivations, de sa personnalité, de ses aptitudes à évoluer (ou pas), de son enthousiasme à donner le meilleur de lui-même. Après tout, techniquement, sur le papier, Albert Lebrun était peut-être plus compétent que René Coty pour présider la République, mais dans les faits, Albert Lebrun a mis au pouvoir Pétain, après avoir nommé Léon Blum (avec la même Assemblée !), avec un esprit visiblement dépassé, défaitiste et falot, tandis que René Coty, très modeste et lucide sur ses (faibles) capacités politiques, a fait revenir au pouvoir De Gaulle, car il avait compris que c’était la seule chose à faire dans ce contexte. Petites mains de l’histoire de France, Albert Lebrun et René Coty, mais si d’autres avaient occupé leur place, en 1940 et en 1958, probablement que cette histoire de France en aurait été tout autre.

Pourquoi, à mon avis, le bilan des mandats présidentiels importe peu dans la postérité ? Parce que les programmes politiques sont rarement de long terme, ils répondent à des préoccupations électorales du moment (mieux que ceux des adversaires puisqu’ils ont été choisis). Mais au fil des décennies, l’importance stratégique s’estompe sauf quelques décisions symboliques. Ainsi, il est quasi-certain que la seule chose qu’il restera dans plusieurs décennies du quinquennat de François Hollande est le mariage pour tous. Ce fut probablement l’une des raisons pour ne pas céder à la rue.

De Jacques Chirac, il ne restera pas beaucoup de mesures phares (le PACS est jospinien). Si ce n’est les radars automatiques. On n’a rien sans rien. Face négative : les PV sans moyen de les faire sauter (râlement attendu du chauffard). Face positive : la mortalité routière a chuté de moitié (c’est insuffisant, mais quel progrès, des dizaines de milliers de vies déjà sauvées en seize ans).

De Jacques Chirac, les mauvaises langues (nombreuses) se plairont à rappeler les échecs : les grèves de 1995 (les dernières grandes grèves au point d’être une référence pour le 5 décembre 2019), la dissolution de 1997, le référendum de 2005, les émeutes des banlieues en 2005, le CIP en 2006, etc.

Mais Jacques Chirac jouit du même avantage que François Mitterrand : ce sont deux personnages de roman, et comme tout personnage de roman, on peut les aimer hors de toute rationalité, parce que l’humain est complexe, nuancé, particulier. Et la personnalité de Chirac est d’autant plus riche qu’il a tout fait pour l’appauvrir et ressembler à ses contemporains moyens.

Aussi, il reste une sorte de testament politique qui compte énormément encore aujourd’hui, et qui est d’ailleurs beaucoup plus utile aujourd’hui qu’hier. Ce testament, c’est un hymne à la tolérance, celle de pouvoir vivre en paix dans la diversité. Il n’est pas une capitulation face aux ennemis de la république, ceux qui voudraient même imposer la charia ou une chose qui s’y rapproche (rappelons que la loi sur le voile a été votée à son initiative, première fois, avec quinze ans de polémiques, que l’État a pris ce "sujet" à bras le corps), mais qu’il faut pouvoir trouver le moyen pour que tout le monde puisse vivre dans la liberté et dans la sécurité. Et c’est cet équilibre à trouver qui est l’enjeu des quinquennats actuel et futurs.

Alors, en a-t-on fait trop pour Chirac il y a deux mois ? Assurément non, et d’ailleurs, on n’en fait plus rien pour lui maintenant, mais qu’une nation entière puisse prendre, le temps du deuil, une pause dans les luttes politiciennes futiles, ne m’a pas paru scandaleux, et même, paraît plutôt rassurant. Et puis, franchement, à ceux qui critiquent le supposé immobilisme de Jacques Chirac qui a passé plus d’un demi-siècle au service de ses contemporains, je serais tenté de leur demander : et vous, dans votre vie personnelle, qu’avez-vous fait pour la France et les Français ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 novembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
HiroChirac mon amour.
On a tous quelque chose de Chirac.
Le dernier bain de foule de Jacques Chirac, l’universaliste.
Chirac au Panthéon ?
À l’heure où Jacques Chirac entre dans l’Histoire…
Jacques Chirac a 86 ans : comment va-t-il ?
Présidence Chirac (1) : les huit dates heureuses.
Présidence Chirac (2) : les huit dates malheureuses.
Jacques Chirac contre toutes les formes d'extrême droite.
Jacques Chirac et la paix au Proche-Orient.
Sur les décombres de l'UMP, Jacques Chirac octogénaire.
Jacques Chirac fut-il un grand Président ?
Une fondation en guise de retraite.
L’héritier du gaulllisme.
…et du pompidolisme.
Jérôme Monod.
Un bébé Chirac.
Allocution télévisée de Jacques Chirac le 11 mars 2007 (texte intégral).
Discours de Jacques Chirac le 16 juillet 1995.

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16 octobre 2019 3 16 /10 /octobre /2019 03:11

« La décadence d’une société commence quand l’homme se demande : "Que va-t-il arriver ?" au lieu de se demander : "Que puis-je faire ?". » (Denis de Rougement, 1977).



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Il a même eu les applaudissements de l’ensemble des députés lors de la séance du mardi 15 octobre 2019, quand le Président de l’Assemblée Nationale, Richard Ferrand, l’a félicité de sa brillante élection. Des élections internes ont en effet eu lieu le week-end dernier, les 12 et 13 octobre 2019, à l’issue desquelles Christian Jacob a été élu président du parti Les Républicains au premier tour avec 62,6% des voix, et avec une participation de 47,4%.

Reprenons le fil. Le parti Les Républicains a réalisé une très mauvaise performance aux élections européennes du 26 mai 2019 avec la liste de François-Xavier Bellamy qui n’a obtenu que 8,5% de voix, perdant les trois cinquièmes de ses sièges de 2014. Fort de cette pression, le président de LR Laurent Wauquiez a dû remettre sa démission le 2 juin 2019, laissant vacante une présidence qui est devenue de moins en moins "intéressante". En attendant l’élection des adhérents, l’ancien ministre radical Jean Leonetti, vice-président, a assuré l’intérim de la direction.

Les hypothèses de leadership durable de la droite républicaine s’effacent de plus en plus rapidement : Jean-François Copé, Laurent Wauquiez… ne sont décidément ni Jacques Chirac, ni Nicolas Sarkozy ! Alors qu’en 2017, c’était la fuite des cerveaux de LR, 2019 reste le non-retour des cerveaux (le 13 octobre 2019, l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin a confirmé sur LCI qu’il n’était plus LR). Pour autant, LR n’est pas (encore) une coquille vide.

Au contraire de 2012 et de 2017, le scrutin interne de 2019 fut à la fois hors d’une division irrattrapable (rivalité entre François Fillon et Jean-François Copé), mais pas sans réel débat sur la ligne générale du parti.

Christian Jacob s’est présenté à la présidence de LR le 21 juin 2019 un peu par défaut. Président du groupe LR à l’Assemblée Nationale depuis le 23 novembre 2010, il était poussé par la plupart des notables, barons, grands élus de LR pour gérer la maison au moins jusqu’aux prochaines élections municipales où LR a beaucoup à perdre (car ce parti a beaucoup gagné en mars 2014) et même jusqu’à la prochaine élection présidentielle de 2022.

En face de lui, Guillaume Larrivé, député d’Auxerre, plein d’ambition, s’est présenté le 28 juin 2019, tandis que le député électron libre du Vaucluse Julien Aubert s’est déclaré le 29 juin 2019. Les deux ont manqué de notoriété même s’ils sont connus des cadres depuis quelque temps. Guillaume Larrivé a voulu surfer sur la vague Wauquiez en poursuivant la droitisation de LR (démarche sans intérêt en raison du modèle préféré à la copie…), tandis que Julien Aubert, qui tient un excellent blog depuis quelques années, défend plutôt des positions souverainistes et se réfère à Philippe Séguin (attention, le Philippe Séguin de l’époque Maastricht en 1992, pas celui qui était en faveur du TCE en 2005 !).

L’élection de Christian Jacob n’a pas été un déshonneur. Certes, il n’y a eu que 131 514 adhérents inscrits (au lieu de 234 556 en 2017, montrant la grande efficacité de la présidence de Laurent Wauquiez en un an et demi), mais il y a eu presque la moitié de participation, exactement 47,44% (au lieu de 42,46% en 2017), ce qui, pour le contexte défavorable, était plutôt encourageant. Christian Jacob a obtenu 62,58% des voix (soit 38 712 votes), face à Julien Aubert avec 21,28% et Guillaume Larrivé avec 16,14%.

Le seul intérêt d’une hypothèse Guillaume Larrivé (qui a fait un très mauvais score), c’était de mettre LR dans les rails d’une nouvelle et durable ambition personnelle mais c’était forcément trop tôt (qui est Guillaume Larrivé ? quelles sont ses réussites ?). Sans doute que Guillaume Peltier, qui est très bien implanté au sein des militants LR, se mord aujourd’hui les doigts de ne pas avoir voulu tenter l’aventure, il aurait pu créer la surprise. 2019 aurait pu être l’appel d’air pour initier un nouveau leader, mais ce n’est pas donné à tout le monde d’être un jeune Jacques Chirac dans sa version de 1967 !

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Rappelons que le 10 décembre 2017, Laurent Wauquiez a été élu président de LR avec 74,64% des voix (soit 73 554 votes). Bien que désavoué par Nicolas Sarkozy, on pourrait dire qu’il représentait l’extrasarkozysme (extra comme extraterrestre), étant donné qu’il voulait aller dans une sorte de comportement sarkozyen. En face de lui, il y avait Florence Portelli (maire de Taverny), avec 16,11% des voix, et Maël de Calan, avec 9,25%. Florence Portelli représentait le courant filloniste et a quitté LR depuis le 5 juin 2019, adhérant dès novembre 2017 au mouvement de Valérie Pécresse, tandis que Maël de Calan représentait Alain Juppé (qui a quitté LR également).

En élisant Christian Jacob, les adhérents de LR ont choisi le statu quo : on gèle l’affaire. On évite les aventures (à la Wauquiez, à la Larrivé), on se concentre sur les "territoires", on se replie sur les collectivités locales, les mairies, les communautés d’agglomération, et évidemment, on prépare les municipales de mars 2020 en particulier, et enfin, on réfléchit sur 2022. Chose acquise : Christian Jacob ne sera pas le candidat LR à l’élection présidentielle de 2022. C’était évident et il l’a répété le 14 octobre 2019 sur France Inter.

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Ceux qui en douteraient auraient tort d’en douter : s’il y a une chose dont Christian Jacob a hérité de son origine de syndicaliste agricole, c’est la lucidité et le réalisme. Il sait qu’il n’est pas un énarque ni un intellectuel, qu’il n’a pas la stature pour devenir Président de la République, et qu’il n’aurait aucune envie de devenir candidat. En revanche, il pourrait être un excellent président gestionnaire de LR. Pourquoi ? Parce que justement, ses actions ne seront pas viciées par son ambition personnelle. Il pourrait éviter les passions personnelles, rationaliser les initiatives.

Christian Jacob a déjà une belle expérience politique alors qu’il va avoir 60 ans dans un mois et demi, le 4 décembre 2019 : il a d’abord été le président du Centre national des jeunes agriculteurs de 1992 à 1994. Repéré au RPR, il fut élu député européen de juin 1994 à juin 1997, sur la liste UDF-RPR de Dominique Baudis. Puis, il fut élu député de Seine-et-Marne et constamment réélu depuis juin 1997. Élu maire de Provins de mars 2001 à juin 2017(sauf quand il était ministre), successeur ainsi de l’ancien ministre académicien Alain Peyrefitte (dont il n’a pas beaucoup le profil), il est très implanté dans le seul département rural de la région parisienne.

Surtout, Christian Jacob ne doit rien à Nicolas Sarkozy qu’il a soutenu à la primaire LR de novembre 2016. Il est chiraquien et fut nommé ministre pendant toute la durée du second mandat présidentiel de Jacques Chirac, du 17 juin 2002 au 15 mai 2007, d’abord à la Famille, puis, le 31 mars 2004 aux PME, enfin le 2 juin 2005, à la Fonction publique.

Il a noué des relations de rivalité et de complicité avec Jean-François Copé, lui aussi chiraquien et pas sarkozyste. En Seine-et-Marne, les deux ont été en concurrence pour le leadership politique du département (qui devait être le patron de l’UMP77 ?). Mais de rivaux, ils sont devenus alliés lorsque le 17 juillet 2010, Jean-François Copé s’est vu confier par Nicolas Sarkozy les clefs de l’UMP en devenant secrétaire général, laissant la présidence du groupe UMP à l’Assemblée Nationale à Christian Jacob.

En fait, obtenir cette présidence du groupe UMP (puis du groupe LR) n’était pas forcément une formalité. Le 23 novembre 2010, Christian Jacob a été élu au second tour par 182 voix contre 109 voix à Jean Leonetti. Le 20 juin 2012, il fut réélu au premier tour par 117 voix contre 63 voix à Xavier Bertrand et 17 voix à Hervé Gaymard (en pleine rivalité Copé vs Fillon, François Fillon avait refusé de soutenir Xavier Bertrand). Enfin, le 21 juin 2017, il fut réélu par 62 voix contre 32 voix à Damien Abad (ancien NC et ancien proche de Bruno Le Maire).

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Christian Jacob a de nombreuses qualités, qui sont en particulier la loyauté, la fidélité, le bon sens (paysan) et le talent de négociateur (qu’il avait déjà comme syndicaliste agricole). Il n’a certainement pas la capacité à innover, à trouver des solutions nouvelles et originales, et ses premières positions politiques de président de LR (sur le voile par exemple) non seulement montrent un grand conformisme mais ne sortent pas de l’esprit démagogique sécuritaire insufflé dans ce parti depuis juillet 2010 par Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé et Laurent Wauquiez.

Le gros handicap de LR depuis 2017, c’est la disparition de ses leaders, soit parce qu’ils ont définitivement quitté la scène politique (Nicolas Sarkozy, François Fillon, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin), soit parce qu’ils sont en réserve, à l’intérieur du parti (François Baroin, Gérard Larcher, Bruno Retailleau), ou à l’extérieur (Xavier Bertrand, Valérie Pécresse), sans compter ceux qui se sont brûlé les ailes (Jean-François Copé, Laurent Wauquiez).

Au soir des élections européennes du 26 mai 2019, beaucoup ont prédit la disparition de LR. Je n’en crois rien. La disparition du PS est prévisible, car les socialistes n’ont plus d’argent (ils ont vendu leur siège rue Solferino) et ils sont profondément et durablement divisés avec des forces centrifuges vers FI et LREM. Les Républicains, en revanche, ont encore beaucoup de parlementaires, ils sont la seule véritable force d’opposition à l’Assemblée Nationale et ils ont la majorité au Sénat, ce qui est loin d’être anodin. De plus, ils sont très implantés localement, sur les "territoires" et les élections municipales de mars 2020 ne doivent pas être analysées avec les performances électorales des élections européennes de 2019, ces deux scrutins n’ont rien à voir.

L’échec de LR aux élections européennes est réel (moins de 10%), et laisse augurer un paysage national dominé par le clivage entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Cependant, c’est trompeur.

D’une part, il n’y a jamais eu de conséquence politique des résultats des élections européennes dans l’histoire des quarante dernières années : la grande victoire de Simone Veil de 1979 n’a pas empêché la défaite de Valéry Giscard d’Estaing en 1981. L’irruption de Bernard Tapie en 1994 n’a pas été suivie, ni celle des écologistes menés par Daniel Cohn-Bendit en 2009, qui faisaient jeu égal avec le PS, et qui ont eu un score ridiculement bas avec Eva Joly en 2012. La liste menée par Charles Pasqua en 1999 n’a pas eu non plus de suite dans la vie nationale et la recomposition du paysage politique. Bref, les surprises des européennes n’ont jamais été confirmées dans d’autres scrutins (aux écologistes de démentir ce constat !).

D’autre part, ce clivage entre LREM et RN est assez artificiel. Il existe en raison des véritables carences de LR et du PS, mais pas grâce à LREM et au RN. En d’autres termes, ce clivage est par défaut et sera remplacé dès que de nouvelles solutions alternatives viendront sur le marché électoral. Après tout, François Fillon, malgré son "affaire", a quand même rassemblé 20% des voix en 2017. En 2019, le problème a surtout été que la plupart des électeurs LR ont voté pour LREM.

Et c’est aussi là qu’il faut casser une idée reçue : il est évidemment faux de dire qu’il n’y a plus d’espace politique entre LREM et le RN, à moins de vouloir réduire à sa plus simple expression, c’est-à-dire à un manichéisme simplificateur, le débat public. C’est d’ailleurs l’une des raisons d’être aujourd’hui de LR : en cas d’effondrement de LREM, qui serait lié exclusivement à Emmanuel Macron, il faudrait nécessairement un réceptacle, et cela ne pourrait être qu’un parti centriste (UDI, Mouvement radical, Les Centristes, Agir) ou LR. Les électeurs ont horreur du vide.

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Cela dit, Les Républicains ont deux gros problèmes, et Christian Jacob devra trouver des solutions pour répondre à ces deux enjeux.

Le premier, c’est ce que j’appelais la fuite des cerveaux. Là encore, il est faux de dire qu’ils fuient vers LREM et vers le RN. Ils ne fuient que vers LREM. Ceux qui ont franchi le pas vers le RN sont ultraminoritaires, comme l’ancien ministre sarkozyste Thierry Mariani dont les motivations étaient aussi pour avoir un mandat parlementaire. Le "cordon sanitaire" entre RN et LR mis en place par Jacques Chirac dès septembre 1983 reste toujours très solide, trente-six ans plus tard. La plupart des fuites se font vers LREM ou des structures proches de LREM : Édouard Philippe (juppéiste), Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu, Jean-Baptiste Lemoyne, Franck Riester, Thierry Solère, sans compter la sympathie macro-compatible de Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé.

Mais il y a aussi des fuites vers l’intérieur même de LR. J’en veux pour preuve Bruno Retailleau, proche de François Fillon et très influent président du groupe LR au Sénat, qui a repris la présidence de l’association filloniste Force républicaine, toujours en service (une nouvelle convention consacrée à la souveraine numérique a été planifiée le 6 novembre 2019). Ou encore Xavier Bertrand (dont les attaques contre Emmanuel Macron dans le "Journal du dimanche" du 13 octobre 2019 sur la lutte contre le terrorisme n’a rien à envier à la ligne Wauquiez) et Valérie Pécresse (elle aussi qui se place résolument dans l’opposition) sont à côté de LR sans en être vraiment très éloignés.

Et c’est là le second défi de Christian Jacob. Rassembler toutes ces chapelles de LR pour reformer un parti uni n’a aucun sens sans une finalité présidentielle. L’histoire a rendu très contestable le principe de la primaire ouverte (Christian Jacob a redit son opposition à ce principe qui divise au lieu d’unifier). Comment choisir un unique présidentiable pour dans deux ans ? La mission est quasiment impossible. On peut croire qu’il y a un trop plein, mais en fait, il y a plutôt un trop vide. Les têtes d’affiche sont déjà du passé et l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée a rendu beaucoup de présidentiables hors-sol.

La manière dont Emmanuel Macron a réussi à se rétablir auprès de "l’opinion publique" après la crise des gilets jaunes montre que, contrairement à Nicolas Sarkozy et à François Hollande, une nouvelle candidature présidentielle et une nouvelle victoire présidentielle sont possibles et même probables (sinon souhaitables pour la France). Pour LR, un succès présidentiel dès 2022 est donc peu probable. Il s’agirait alors plutôt de faire bonne figure, un peu à l’instar du PS à l’élection présidentielle en 1995.

Après la défaite historique du PS aux élections législatives de mars 1993, Lionel Jospin avait réussi à étonner tout le monde en se retrouvant en tête du premier tour de l’élection présidentielle de 1995. Il n’a évidemment pas gagné, mais deux années après, il se retrouvait Premier Ministre de cohabitation, au pouvoir pendant cinq ans. Le contexte est différent avec le quinquennat, mais les retours électoraux, pour ne pas dire revers électoraux, sont possibles et même prévisibles. Si Lionel Jospin a pu en bénéficier, c’était parce qu’il avait tout fait pour être en capacité de saisir l’improbable chance… À Christian Jacob de saisir aussi l’improbable main du destin !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 octobre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Christian Jacob.
Européennes 2019 : les six surprises françaises du scrutin du 26 mai 2019.
François-Xavier Bellamy.
Guillaume Larrivé.
Jacques Chirac.
Nicolas Sarkozy.
Édouard Philippe.
Alain Juppé.
Jean-Louis Debré.
Dominique de Villepin.
Patrick Balkany.
Christian Estrosi.
La fondation de Les Républicains le 1er juin 2015.
Les Républicains en ordre de marche ?
Laurent Wauquiez.
Résultats détaillés de l’élection du président de LR le 10 décembre 2017.
L’élection du président de l’UMP le 29 novembre 2014.
Le retour aux listes nationales pour les européennes.
Mathématiques militantes.
Rapport de refondation de la droite du 7 novembre 2017 (à télécharger).
Les Républicains en pleine introspection.
Les Républicains, parti des expulsions.
La primaire LR de novembre 2016.
François Fillon.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Raffarin.
Xavier Bertrand.
Valérie Pécresse.
Jean-François Copé.
Nathalie Kosciusko-Morizet.
Bruno Le Maire.
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
Michel Barnier.
Bernard Debré.
Dominique Dord.
Virginie Calmels.
Michèle Alliot-Marie.
Patrick Ollier.
Charles Pasqua.
Édouard Balladur.
Cinquième République.

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/christian-jacob-syndic-de-faillite-218594

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28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 17:33

« Des grands patrons comme lui, il n’y en aura plus. Déterminé, très attachant, un peu roublard. » (Laurence Parisot, le 28 mai 2018 sur Twitter).



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Très attachant… C’était peut-être une caractéristique étonnante pour ceux qui lui projetaient plus de pouvoir qu’il n’en avait réellement dans la vie politique. On avait demandé à Nicolas Sarkozy, qui venait de reprendre la présidence de l’UMP en décembre 2015, pourquoi il avait nommé l’avionneur au poste de …secrétaire national chargé de la participation. Un poste de "secrétaire national", il avait dû en avoir distribué une cinquantaine, cela ne mangeait pas de pain et cela faisait bien sur une carte de visite. Et l’ancien Président de la République avait répondu qu’il était pathétique mais également sympathique. Être dans l’organigramme de son parti, c’était une sorte d’honneur pour celui qui n’avait jamais apprécié Jacques Chirac.

La disparition de Serge Dassault, survenue à l’âge de 93 ans ce lundi 28 mai 2018 à son bureau du rond-point qui porte le nom de son père, à Paris, va beaucoup faire parler de lui, en bien ou en mal, car c’était un homme qui comptait triplement : dans l’industrie française (et pas seulement aéronautique avec Dassault Systèmes), dans la vie politique et dans la vie médiatique. Il a commencé sa carrière de capitaine d'industrie à l'âge où certains prenaient déjà leur retraite, à 61 ans.

Il y a quelques mois, j’avais regardé un excellent documentaire de Jean-Christophe Klotz "Les Dassault, une affaire de famille", diffusé le 14 décembre 2017 en fin de soirée sur France 3. Un documentaire qui ne manquera pas d’être rediffusé pour l’occasion et que je recommande vivement car, d’une part, c’est un documentaire qui est sérieux, respecte ceux qui le regardent (pas de pseudo-fiction, pas de rythme comme une série policière, beaucoup de témoignages dont ceux de Philippe Alexandre et Jacques Attali), et d’autre part, il montre assez bien, de manière nuancée, sans a priori, les ombres et lumières de Marcel et de Serge Dassault dont le destin a toujours évolué en lien avec l’histoire de la France d’après-guerre.

Dans ce documentaire, on y apprend que le père de Serge Dassault, Marcel Dassault, l’avait toujours méprisé, ne l’a jamais félicité, n’avait pas cherché à en faire son successeur pour son empire industriel (Marcel Dassault est mort le 17 avril 1986 à 94 ans). Marcel Dassault choyait plutôt Jacques Chirac, dont il a aidé à démarrer la carrière politique (en le recommandant auprès de Georges Pompidou et en finançant ses premières campagnes électorales), ce qui pouvait expliquer une certaine jalousie de Serge Dassault vis-à-vis de Jacques Chirac, l’enfant qu’aurait probablement voulu avoir son père.

Cela peut expliquer aussi à quel point Serge a collé au destin de Marcel Dassault qui ne lui a jamais reconnu aucun mérite. Polytechnicien, Sup’Aéro et HEC, donc, surdiplômé (son père lui avait dit qu'il ne recrutait que des X), après s’être occupé de l’exportation (son père n’y croyait pas), Serge Dassault a déjà réussi le tour de force de reprendre la succession, en prenant de vitesse tous les autres candidats potentiels. Héritier, donc, certes, car il n’a pas créé le groupe Dassault, mais dans un monde qui a tant bougé et évolué depuis trente ans, il est clair que maintenir le groupe et le faire prospérer était également très méritoire. Il a d’ailleurs triplé la fortune de son père. Comme son père, il avait mille idées et beaucoup d’intuitions technologiques, et il savait que seule, l’innovation pouvait faire durer son industrie.

Marcel Bloch, devenu Dassault, avait été déporté le 17 août 1944 au camp de Buchenwald parce qu’il avait refusé de collaborer avec Messerschmitt. Ce furent des communistes qui l’aidèrent à survivre avant d’être libéré. C’est donc sous cet angle qu’il faut voir toute la capacité de Serge Dassault à choisir toujours l’avenir, car l’une de ses dernières décisions avant sa mort a été effectivement de conclure un partenariat avec l’industrie allemande, considérant que l’union faisait la force dans un monde globalisé, malgré tout le lourd passif familial avec l’Allemagne.

Les éloges ont afflué. Le Président Emmanuel Macron : « La France perd un homme qui a consacré sa vie à développer un fleuron de l’industrie française. ». Son prédécesseur Nicolas Sarkozy : « Il était un visionnaire capable d’anticiper le monde à venir. » (Twitter). Même Marine Le Pen y est allée de son petit mot !

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Dès qu’il a pu, il a cherché à faire comme son père, mieux que son père, en rachetant le journal "Le Figaro" le 8 juillet 2004. Patron de presse (la Socpresse regroupe 70 titres), il en rêvait, son père possédait "Jours de France". Il a voulu aussi faire de la politique, son père avait été élu député de 1951 à 1955 et de 1958 jusqu’à sa mort, et sénateur de 1957 à 1958. Si son fils, Olivier Dassault, a repris la circonscription de Marcel Dassault dans l’Oise, en se faisant élire et réélire député de juin 1988 à juin 1997 et depuis juin 2002, Serge Dassault a eu beaucoup plus de difficulté à remporter un siège parlementaire ou municipal (échouant régulièrement dans ses tentatives électorales en 1977, 1978, 1981, 1983, 1985, 1986, etc.).

Et pourquoi ? Parce que Serge Dassault n’avait pas voulu se réfugier dans une circonscription ou une ville bourgeoise imperdable, mais voulait convaincre un électorat plutôt peu aisé et parfois socialement en difficulté, acquis au parti communiste depuis plusieurs décennies ! Son premier mandat fut celui de conseiller municipal d’opposition à Corbeil-Essonnes en mars 1983, grâce à la gauche qui avait permis une représentation de l’opposition dans les conseils municipaux. Pourquoi s'est-il acharné pendant dix-huit ans à conquérir cette ville ? Parce qu'un préfet lui avait dit : "Vous, les gaullistes, vous n'aurez jamais des villes ouvrières comme Corbeil-Essonnes !". Du coup, Serge Dassault a relevé le défi et a fait de cette ville son troisième amour, après son épouse et son groupe industriel !

Serge Dassault a donc réussi vraiment à percer en politique (sous l’étiquette RPR) en conquérant finalement la mairie tant convoitée de Corbeil-Essonnes (tout près d’Évry) et en restant maire de cette commune de juin 1995 à juin 2009 (où il a dû démissionner à cause d’une condamnation judiciaire). Il a dû attendre septembre 2004 pour se faire élire sénateur de l’Essonne et a été réélu jusqu’en septembre 2017. À cette occasion, par voisinage, il a sympathisé avec Jean-Luc Mélenchon, lui aussi sénateur de l’Essonne jusqu’en juin 2009. Serge Dassault a eu d’autres mandats électoraux, en particulier conseiller régional d’Île-de-France de mars 1986 à juin 1995, conseiller général de l’Essonne d’octobre 1988 à octobre 2004, puis conseiller départemental de l’Essonne de mars 2015 jusqu’à sa mort.

Les mauvaises langues expliqueront qu’il appréciait se faire élire et réélire au Sénat surtout pour son immunité parlementaire et empêcher l’instruction des affaires judiciaires à son encontre (le Sénat a cependant levé son immunité le 12 février 2014). Il y a sans doute du vrai mais il n’était pas inerte au Sénat et il n’hésitait pas à faire de nombreuses propositions fiscales (notamment sur la participation, en bon patron paternaliste), qui n’ont jamais eu beaucoup de succès auprès de ses collègues du même parti, l’UMP. Beaucoup de responsables UMP ont d’ailleurs attesté que Serge Dassault, passionné par la politique, assistait aux nombreuses réunions politiques, ce qui pose quand même la question d’emploi du temps : comment faisait-il pour tout concilier ?

Si la plupart des responsables politiques de l’UMP lisaient fébrilement "Le Figaro" pour savoir si leur propre personne était fustigée ou au contrarie louée, Serge Dassault n’aurait jamais vraiment imposé ses caprices politiques en laissant une certaine autonomie à la rédaction. Ce devait être différent lorsqu’il était question d’affaires judiciaires ou de stratégies industrielles (on a parlé de certaines pressions sur la rédaction en août 2004 et en octobre 20008). Serge Dassault se permettait surtout de publier des éditoriaux souvent politiquement incorrects pour donner son grain de sel. Ses déclarations étaient souvent à l’emporte-pièce, et pouvait laisser penser à un certain simplisme.

Fidèle soutien de la candidature de François Fillon à l’élection présidentielle de 2017, Serge Dassault aurait même demandé par sms (sans succès), trois jours avant le premier tour, à Nicolas Dupont-Aignan de s’effacer en faveur de François Fillon. Il fut néanmoins rassuré de l’élection d’Emmanuel Macron au second tour : « La France a vu avec surprise l’élection d’un nouveau Président de la République, jeune et dynamique, que personne n’attendait. Il était quasiment inconnu ; il n’avait pour l’appuyer ni parti politique ni réseau d’élus ; et pourtant, fort de sa devise "ni de gauche ni de droite mais pour tous les Français", il s’est imposé sans coup férir, évitant à notre pays ce cauchemar qu’eût été un duel entre Le Pen et Mélenchon. » (1er janvier 2018).

Revenons à sa personnalité. Christian Schoettl, le maire de Janvry et ancien conseiller général, l’a longtemps côtoyé au conseil général de l’Essonne et même s’il a été parfois victime de la rancune tenace de Serge Dassault, il refuse de le caricaturer et a pour lui une forme d’attendrissement : « Il était tout sauf une caricature et j’ai aussi peu d’estime pour ceux qui étaient ses courtisans avec des yeux chargés d’euros que ceux qui le vomissaient par principe. (…) Il y a quelque chose chez lui qui me touche, m’attendrit. (…). J’ai une faiblesse pour ce personnage de roman. » (28 mai 2018).

Dans son blog, Christian Schoettl a cherché à mieux le comprendre : « Si j’ai souvent été consterné par les propos de Serge Dassault, à la fois outranciers mais aussi à côté de la plaque, je ne les ai jamais attribués à une forme de bêtise ou d’intelligence limitée, seulement à une forme d’égocentrisme partial qui balaie tout ce qui dérange. (…) Serge Dassault, c’est pour moi une forme de premier degré permanent, ahurissant mais aussi filou et malin. (…) Je suis attendri par ce bonhomme parce qu’il a cru que le monde était binaire, parce qu’il s’est entouré d’obligés dont la principale nature est l’ingratitude. ». Il expliquait que Serge Dassault réglait la plupart des problèmes avec de l’argent, il achetait tout, ne connaissait aucune sincérité ni aucun désintéressement de la part de ses interlocuteurs.

Christian Schoettl a été impressionné que ce multimilliardaire, qui n’a jamais tapé dans la caisse d’une collectivité locale (c’était plutôt lui qui subventionnait plein de choses), se passionnait pour le pavement d’une rue de sa ville de Corbeil-Essonnes qu’il était fier de montrer. Et de raconter : « On lui dit qu’il y a un problème avec les acheteurs russes d’Altis (la plus grosse boîte de Corbeil et de l’Essonne). Il répond : "Appelez-moi Poutine !". Et on appelle Poutine, il joint Poutine, lui explique qu’il a  besoin de le voir. Il file au Bourget, et rejoint Poutine dans sa datcha à côté de Moscou. Cela donnera lieu à un célèbre et confidentiel selfie. (…) Qui peut appeler au téléphone un des hommes les plus puissants du monde, le voir sur l’instant, et se passionner pour la taille des pavés d’une rue de Corbeil ? C’est cela qui me passionne. ».

Comme je l’ai indiqué, Serge Dassault aimait publier dans "Le Figaro" quelques éditoriaux très personnels et décapants qui pouvaient casser les codes, et en particulier, il le faisait le 1er janvier de chaque année. Je termine sur son dernier édito du 1er janvier qui fut même remarqué par …Laurent Joffrin, le directeur de "Libération" !

Ce jour-là, Serge Dassault a proposé la "flat tax" à la française : « Si [Emmanuel Macron] veut vraiment redresser la France, rendre le pays réellement dynamique et attractif, il devra faire preuve de davantage d’audace encore et opter résolument pour un impôt sur le revenu moderne, universel, proportionnel, simple et efficace : la flat tax. ».

Et d’expliquer : « Pourquoi ? Le système actuel, marqué par un impôt sur le revenu à taux progressif (il s’alourdit au fur et à mesure que les revenus augmentent), n’est ni juste ni efficace. Trop concentré sur quelques-uns, il décourage l’initiative et bride l’activité. À tel point que l’État, particularité bien française, s’est retrouvé dans l’obligation de créer 100 milliards [d’euros] de dispositifs fiscaux, les fameuses "niches", pour redonner d’une main aux Français ce qu’il leur prend de l’autre ! C’est le serpent qui se mord la queue. Il est temps de réformer ce système absurde et d’opter résolument pour une fiscalité modérée à taux constant. L’assiette devrait être celle de la CSG, pour financer à la fois la sécurité sociale et le budget. ».

L’éditorialiste industriel a décrit plus précisément sa proposition : « Alors que dans beaucoup de pays, une flat tax unique est en vigueur (13% en Russie, 15% à Singapour et à Hongkong), on pourrait appliquer en France trois taux, ce qui permettrait à tous les contribuables, et pas seulement aux plus riches, d’être bénéficiaires. Par exemple. Zéro impôt pour les contribuables gagnants jusqu’à 1 500 euros nets par mois (ils seraient dès lors libérés de tout impôt sur le revenu comme de la CSG). 13%, y compris la CSG, pour tous les revenus compris entre 1 500 et 4 000 euros (c’est le niveau de l’impôt déjà acquitté par un salaire de 1 500 euros net). Et enfin, 25% pour tous les revenus supérieurs à 4 000 euros net. L’État n’y perdrait rien côté recettes, car il pourrait récupérer une grande partie des 100 milliards consacrés aujourd’hui aux niches fiscales, devenues sans objet du fait de la baisse du taux moyen d’imposition. Au total, ce sont 50 à 80 milliards de recettes fiscales supplémentaires qui pourraient rentrer dans ses caisses, pour compenser la baisse des différents impôts sur les particuliers et les entreprises et rétablir enfin l’équilibre budgétaire. ».

Serge Dassault y voyait alors des conséquences heureuses : « Une telle réforme relancerait immédiatement le pouvoir d’achat pour tous, la croissance et l’emploi. A contrario, si le Président de la République ne met pas en place l’impôt à taux constants, s’il conserve en l’état la fiscalité actuelle, quelles que soient les décisions qu’il prendra par ailleurs, il échouera comme ses prédécesseurs à redresser notre économie. Ce serait gravement dommageable pour la France, et pour lui. » ("Le Figaro", le 1er janvier 2018).

Comme on le voit, Serge Dassault n’avait pas peur de choquer ou de surprendre, mais dans ce qu’il dit, il y a peut-être un peu de vérité. D’ailleurs, dans le programme du gouvernement italien avorté de l’alliance M5S-Ligue, n’y avait-il pas justement l’instauration d’une flat tax au taux général de 15% ?…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Serge Dassault.
La flat tax à la française.
La SNCF.
L’industrie de l’énergie en France.
La France est-elle un pays libéral ?
La concurrence internationale.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180528-serge-dassault.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/serge-dassault-milliardaire-204738

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/05/29/36441922.html
 

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22 janvier 2018 1 22 /01 /janvier /2018 03:54

« Alerter, dire qu’il nous est encore possible, pour un temps, de construire une Université et une Recherche à la mesure du talent des enseignants et chercheurs qui les peuples, du sérieux des étudiants qui les fréquentent, du rayonnement d’une France qui les nourrit. » (Alain Devaquet, le 1er février 1988 dans "L’Amibe et l’étudiant : Université et Recherche, l’état d’urgence", éd. Odile Jacob).


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Il avait fêté, le 4 octobre 2017, son 75e anniversaire (né à Raon-l’Étape, au sud-est de Nancy) : l’ancien ministre Alain Devaquet s’est éteint le 19 janvier 2018 des suites de la maladie. Il sera enterré le vendredi 26 janvier 2018 dans le 17e arrondissement. Si la carrière politique de ce scientifique à la pipe fut remarquable, on peut néanmoins imaginer que ce fut un immense gâchis. Le jeune talent préféré de Jacques Chirac n’a pas su imprimer ses idées dans l’action politique. Son nom a été injustement associé à un projet de loi qui n’était pas le sien et qui a très mal fini.

Après des études à Nancy, Alain Devaquet fut d’abord un brillant chimiste : normalien, agrégé de chimie en 1966, attaché de recherches au CNRS en 1967, docteur ès sciences en 1970, chargé de recherches au CNRS en 1970 et chercheur associé à l’Université Cornell (USA) et à l’Université Western Ontario (Canada), et en 1974 (à 32 ans), professeur de chimie à la faculté des sciences de Paris et à Polytechnique.

Ce fut fort de ce "statut" d’universitaire qu’il s’engagea en 1977 en politique. Il faut noter qu’il est assez rare qu’un scientifique s’engage ainsi en politique (et encore plus de ce côté-ci de l’échiquier). En effet, Alain Devaquet s’engagea au RPR, par adhésion à l’homme Jacques Chirac qui, le 25 mars 1977, a conquis la mairie de Paris contre les espérances giscardiennes.

L’engagement d’Alain Devaquet se concrétisa de deux manières complémentaires : implantation électorale à Paris et responsabilité au sein de l’appareil du RPR. À partir de 1978, il fut membre du conseil politique et membre du comité central du RPR (en février 1990, il fut membre du bureau politique du RPR).

En mars 1978 (à 35 ans), il fut élu député de Paris, jusqu’en juin 1981 où il fut battu par le socialiste Georges Sarre (qui a obtenu 54,2% contre 45,8% à Alain Devaquet). En 1979, Alain Devaquet a succédé brièvement à Jérôme Monod comme secrétaire général du RPR (présidé par Jacques Chirac) avant de céder la place à Bernard Pons. Après son échec aux élections législatives de juin 1981, il fut chargé de mission auprès du maire de Paris entre 1981 et 1983. Ensuite, il fut élu conseiller de Paris à partir de mars 1983, adjoint au maire de Paris, maire du 11e arrondissement de Paris de mars 1983 à juin 1995 et aussi vice-président du conseil régional d’Île-de-France.en charge des affaires scolaires et universitaires de la région. Il fut également le conseiller scientifique de Jacques Chirac pendant une longue période.

Dans le programme du RPR pour les élections législatives du 16 mars 1986, intitulé "Libre et responsable" et reprenant le courant néolibéral en vogue aux États-Unis et au Royaume-Uni, Jacques Chirac avait annoncé aux Français une grande réforme des universités en leur promettant plus d’autonomie. C’était donc assez logique que cette réforme fût attribuée à un universitaire qui connaissait bien ce milieu.

Le 20 mars 1986, Alain Devaquet fut donc nommé dans le premier gouvernement de la cohabitation, une cohabitation très conflictuelle entre François Mitterrand et Jacques Chirac, comme Ministre délégué auprès du Ministre de l’Éducation nationale chargé des Universités et de la Recherche. Son ministre de tutelle était donc le centriste René Monory qui ne connaissait pas beaucoup le milieu universitaire. Cependant, Alain Devaquet n’aurait voulu être que Ministre de la Recherche et l’organisation du système universitaire n’était pas sa passion.

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L’objectif de la nouvelle majorité fut d’abroger la loi n°84-52 du 26 janvier 1984 sur l’enseignement supérieur (loi Savary). Le Premier Ministre Jacques Chirac avait fixé les lignes générales dans son discours de politique générale le 9 avril 1986 devant les députés : « Dans l’enseignement supérieur, le principe d’autonomie doit être définitivement concrétisé tant à l’entrée, au moment de la sélection des étudiants, qu’à la sortie, au moment de la délivrance des diplômes. L’autonomie doit aller de paire avec un allègement des structures universitaires (…). Cette rénovation de l’université suppose l’engagement sans réticences de tous les enseignants et chercheurs de l’enseignement supérieur. ». En oubliant de mentionner les IATOS (autre personnel de l’université) et les étudiants…

L’autonomie et la sélection, deux mots qui allaient forcément faire réagir les syndicats étudiants de gauche (UNEF-SE et surtout, UNEF-ID). Au contraire, l’UNI (de droite) n’a cessé de vouloir peser pour renforcer ces deux principes.

Le gouvernement allait nécessairement à l’affrontement mais très peu d’observateurs l’ont imaginé. Ainsi, excellente et expérimentée observatrice de la vie politique, Michèle Cotta a avoué dans ses Cahiers qu’elle n’avait pas du tout anticipé les mouvements étudiants de l’automne 1986 : « Pour Chirac, le danger arrive d’où on ne l’a pas vu venir. Au milieu des attentats, dans l’atmosphère suspicieuse de la cohabitation, la réforme des universités présentée par Alain Devaquet était jusqu’à présent passée inaperçue. Son approbation par le conseil des ministres [du 11 juillet 1986] n’avait pas suscité de commentaires. (…) Et puis, d’un coup, voilà les étudiants dans la rue, contre le gouvernement, contre René Monory (…), et contre (…) Alain Devaquet. » (24 novembre 1986).

La rédaction du projet de loi fut ballottée entre, d’une part, les "ultras" qui trouvaient que le texte n’allait pas assez loin, en particulier l’ancien ministre Jean Foyer (1921-2008) et surtout, le recteur Yves Durand (1932-2004), conseiller à Matignon pour l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche entre 1986 et 1988 et dirigeant de l’UNI, et, d’autre part, les "modérés" qui voyaient venir les ennuis politiques et l’affrontement. Non seulement le projet remettait en cause la loi Savary mais aussi la loi n°68-978 du 12 novembre 1968 sur l’enseignement supérieur (loi Faure) qui avait été précisément adoptée à l’initiative du ministre Edgar Faure à la suite du mouvement de Mai 1968.

Le texte proposait trois grandes "révolutions" : d’abord, il laissait l’autonomie des universités notamment sur le montant des frais de scolarité (encadré) ; ensuite, l’accès au premier cycle restait ouvert aux bacheliers mais avec des conditions d’accès fixées par les universités elles-mêmes ; enfin, l’autonomie portait aussi sur la pédagogie et les diplômes des universités, rompant avec le principe des diplômes nationaux. Peu libre du contenu de son projet de loi et conscient de la réaction des étudiants, Alain Devaquet a tenté de négocier en affirmant que les décrets d’application adopteraient une interprétation douce du texte final.

Concrètement, les étudiants ont commencé rapidement à réagir et à s’organiser dès la rentrée universitaire de 1986. Leur cible, Alain Devaquet, protégé de Jacques Chirac. Cela a donné des slogans comme : "Devaquet, si tu savais…". De nombreux militants étudiants ont ensuite entamé une carrière politique au sein du PS, comme Philippe Darriulat, Isabelle Thomas, ou encore David Assouline, devenu sénateur en septembre 2004, qui a raconté qu’il avait "affronté" Alain Devaquet lors d’une émission "Apostrophes", en 1987 : « Au cours du débat, Devaquet m’a nommé deux fois David Oussekine, à deux reprises. Il était réellement très affecté. » ("Libération" du 21 juillet 1999).

La première grande manifestation a eu lieu le 23 novembre 1986 à Paris après un appel à la grève générale lancée à la Sorbonne la veille. 200 000 étudiants y ont participé. L’écho médiatique fut très important et a amorcé des manifestations partout en France les jours qui ont suivi. Une autre journée de mobilisation le 27 novembre 1986 a impliqué près d’un million d’étudiants dans tout le pays. Jacques Chirac n’a pas voulu fléchir et a poursuivi la procédure législative du texte (discussion au Palais-Bourbon après adoption au Sénat).

Une nouvelle journée de grande mobilisation a eu lieu le 4 décembre 1986, avec de la violence provenant tant de certains manifestants que de la police (notamment sur l’Esplanade des Invalides à Paris). Plusieurs dizaines de blessés furent à déplorer. Le lendemain, René Monory a décidé de reprendre l’initiative du texte, Alain Devaquet ayant été totalement dépassé depuis plusieurs jours. C’était clair que le mouvement étudiant était initié par des militants politiques proches du PS et qu’ils avaient des objectifs de récupération politique. En face, ce n’était pas mieux et les expressions malheureuses étaient également lancées, comme le "sida mental" balancé par Louis Pauwels dans "Le Figaro Magazine".

Une nouvelle manifestation s’est déroulée le 5 décembre 1986. Là encore, des affrontements entre casseurs et forces de l’ordre ont eu lieu. Dans la nuit, Malik Oussekine, un étudiant de 22 ans qui n’avait rien à voir avec ce mouvement (il sortait d’un club de jazz), s’est fait poursuivre par des policiers voltigeurs qui l’ont ensuite roué de coups dans un hall d’immeuble de la rue Monsieur-le-Prince jusqu’à en mourir.

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La mort d’un étudiant donna une tournure nouvelle tant du projet Devaquet que de la cohabitation. Effondré, Alain Devaquet a immédiatement donné sa démission. Le 6 puis le 7 décembre 1986, des manifestations silencieuses en hommage à Malik Oussekine furent organisées, avec plusieurs centaines de milliers de personnes. À son enterrement aussi le 10 décembre 1986. En face, le Ministre délégué à la Sécurité Robert Pandraud (1928-2010) a réagi de manière odieuse dans "Le Monde" : « La mort d’un jeune homme est toujours regrettable, mais je suis père de famille, et si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais de faire le c@n la nuit. » (7 décembre 1986).

Au sein du gouvernement, les positions furent assez tendues. Le Ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, soucieux de l’ordre public, était plutôt favorable à la négociation avec les étudiants pour désamorcer la tension (mais ne voulait pas un retrait du texte, quitte à dénaturer complètement le texte en le vidant). René Monory, au contraire, voulait maintenir le texte, considérant que la loi ne devait pas être dictée par la rue. Quant à François Léotard, pourtant favorable au principe énoncé dans le texte, il proposait carrément le retrait du texte dès lors qu’il divisait trop profondément les Français.

Après deux jours de tergiversations et encouragé par Édouard Balladur (selon Michèle Cotta qui le considérait comme un véritable "Premier Ministre bis"), Jacques Chirac décida le 8 décembre 1986 de retirer le projet Devaquet. Jacques Valade succéda à Alain Devaquet au gouvernement. Le bataillon des voltigeurs fut rapidement dissous. Les deux voltigeurs auteurs des coups ayant entraîné la mort de Malik Oussekine n’ont été condamnés le 27 janvier 1990 qu’à quelques années de prison avec sursis et à des sanctions disciplinaires.

Le Président François Mitterrand profita de cet échec pour enfoncer le clou dès le 9 décembre 1986 sur Europe 1, exprimant sa proximité avec les préoccupations des étudiants. Le drame hypothéqua sérieusement les chances de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1988 face à François Mitterrand, en raison d’un affrontement beaucoup plus large, tant idéologique (notamment contre la réforme du code de nationalité) que sociologique (le gouvernement était perçu contre "les jeunes").

Alain Devaquet continua discrètement sa carrière politique parisienne, en se faisant réélire maire du 11e arrondissement en mars 1989. Il fut battu au second tour des élections municipales du 18 juin 1995 dans le 11e arrondissement par Georges Sarre qui a obtenu 54,2% contre 45,8% à Alain Devaquet qui, devenu simple conseiller de Paris, fut nommé adjoint au maire de Paris chargé des droits de l’homme jusqu’en mars 2001. Il fut par ailleurs réélu député de Paris de mai 1988 à juin 1997 et laissa sa circonscription à Corinne Lepage (qui fut battue le 1er juin 1997 par le socialiste Patrick Bloche). Alain Devaquet fut ensuite nommé par Jacques Chirac chargé de mission à l’Élysée entre 1997 et 2002.

Un article d’Alain Auffray a décrit l’activité politique d’Alain Devaquet après sa démission, dans "Libération" le 21 juillet 1999 : « L’éphémère ministre délégué (….) a disparu de la scène politique. Il trouve que c’est très bien ainsi. À l’   Élysée, [il] conseille le Président sur la recherche et les nouvelles technologies. ». Cet article a relaté la réflexion d’un élu parisien à son sujet : « Il est de ceux qui aiment laisser entendre que les clivages politiques sont artificiels. Il aime que les gens de gauche l’apprécient. » (à une époque où Jean Tiberi était maire de Paris et le Premier Ministre Lionel Jospin).

L’épilogue, ce fut l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy qui, dès les premières semaines de son quinquennat, s’est attelé à faire la réforme des universités menée par la ministre Valérie Pécresse, la loi n°2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités (loi Pécresse), leur donnant une autonomie financière qui leur a permis de se réoxygéner et que personne n’a voulu remettre en cause par la suite (pas même François Hollande). Alain Devaquet avait au moins vingt ans d’avance, mais n’était visiblement pas taillé pour le rude combat politique (par exemple, juste avant la manifestation du 27 novembre 1986, il avait dit qu’il attendait de voir l’ampleur de la manifestation pour prendre sa décision de continuer ou pas son projet !).

Sur ces lointaines traces, le Président Emmanuel Macron pose maintenant ses propres pas pour en finir avec ce qu’est devenu le système universitaire au premier cycle, à savoir une véritable loterie nationale, donnant l’accès de certaines filières à des étudiants qui ne continueraient pas et le refusant à d’autres plus méritants, pour de stupides raisons …de hasard. Le sujet reste cependant ultra-sensible, même si les générations ont changé, et Jean-Luc Mélenchon, après la réforme du code du travail, a flairé un bon thème de remobilisation des contestataires…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 janvier 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alain Devaquet.
Jacques Chirac.
Jérôme Monod.
Le premier gouvernement de la cohabitation.
René Monory.
Édouard Balladur.
Charles Pasqua.
François Léotard.
La France est-elle un pays libéral ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180119-alain-devaquet.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/alain-devaquet-vingt-ans-d-avance-200864

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14 décembre 2017 4 14 /12 /décembre /2017 04:36

« [À l’UMP], il a déjà repéré son prochain poulain. Il n’a pas quarante ans, une ambition dévorante, un goût de la provocation qui se lit sur son visage. Il s’appelle Laurent Wauquiez. (…) Le garçon a déjà une belle carrière derrière lui (…). Mais il veut davantage, aller plus vite, rejoindre le cercle fermé des présidentiables. (…) Laurent Wauquiez choisit de se vouer corps et âme à ce "nouveau populisme chrétien" que Patrick Buisson encense dans les colonnes du "Monde". » (Ariane Chemin et Vanessa Schneider, "Le mauvais génie de Nicolas Sarkozy", éd. Fayard, paru le 18 mars 2015).


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L’ancien ministre Laurent Wauquiez n’a jamais été ma tasse de thé, à cause de son arrivisme, de son carriérisme, de ses retournements de veste idéologiques, de son extrémisme contre la protection sociale ou contre l’immigration, son populisme anti-élite alors qu’il fait partie lui-même de l’élite, de son illisibilité sur la politique européenne, et je crois pouvoir dire que sauf situation exceptionnelle (je ne sais pas ce que l’avenir réservera aux Français), je ne serais jamais tenté de voter pour lui dans une élection nationale. Je pourrais ajouter prudemment "le cas échéant", c’est-à-dire, dans le cas où Laurent Wauquiez serait candidat à une élection nationale, mais cette perspective paraît presque certaine.

Encore plus certaine depuis ce dimanche 10 décembre 2017 vers 20 heures. Je n’apprécie pas Laurent Wauquiez, mais il faut reconnaître que son élection à la présidence du parti Les Républicains dès le premier tour a été un grand succès. Ce succès pourrait n’être que provisoire, mais il est un bon départ pour relancer la "machine".

Pourquoi ? Parce que le problème de Laurent Wauquiez, c’était de montrer qu’il était "bien" élu. Or, face à des candidats nains médiatiques (mais peut-être plein d’avenir malgré tout), Laurent Wauquiez était considéré comme inéluctablement vainqueur sans combat et le risque était évidemment la démobilisation. Il n’en a rien été.

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En effet, près 100 000 adhérents de LR ont pris part au vote (électronique). Sur ces exactement 99 597 votants, 73 554 se sont reportés sur la candidature de Laurent Wauquiez, soit 74,6% des suffrages exprimés. Cela signifie trois choses : 1° la mobilisation a eu lieu, et une mobilisation plutôt du côté de l’opposition que de la bienveillance par rapport au gouvernement actuel, 2° l’élection de Laurent Wauquiez est large (trois quarts des votants environ), plus large que l’élection de Nicolas Sarkozy le 29 novembre 2014 (64,5%), mais 3° pas trop large non plus.

Rien à voir avec les dictatures communistes du siècle dernier. Il n’a pas fait 90%, ce qui était pourtant possible, car ses deux adversaires, courageux et combatifs, ont mené une bonne campagne : Maël de Calan sur les idées, a obtenu 9,3%. Florence Portelli sur le militantisme en général, a gagné la deuxième place avec 16,1%. Ces deux scores sont très honorables. Des deux, il est probable que Maël de Calan ira le plus loin car il a tout du leader politique, des convictions et de l’ambition, mais il est peu probable que son épanouissement politique passe par ce parti LR.

Pour un parti effondré, dévasté par les défaites, que 100 000 de ses membres se mobilisent est un grand succès. Pour un parti en décomposition, la décomposition reste encore assez marginale. On pourrait toujours reporter ce nombre aux 234 556 adhérents à jour de cotisation, c’est-à-dire 42,5% de participation, mais c’est très élevé déjà en temps normal. Il suffit de se tourner vers le PS pour définir ce qu’est un parti en lambeaux : avant l’explosion nucléaire de la primaire de janvier 2017, il y avait à peine autant d’adhérents au PS que d’électeurs réels de Laurent Wauquiez.

Et les comparaisons sont toujours mortifères. À La République En Marche (LREM), il n’y a eu que 800 "électeurs" du conseil national (une grande majorité de cooptés et les autres tirés au sort ; 800 ou 80 000, cela n’aurait rien changé au caractère non démocratique) pour désigner à main levée (caractéristique hautement antidémocratique !) l’unique candidat Christophe Castaner à sa tête. Un seul candidat aussi pour la présidence du MoDem, l’autre parti de la majorité, où François Bayrou "rempile" pour un nouveau mandat, au congrès des 16 et 17 décembre 2017.

Quant au Front national ou à France insoumise, les deux leaders Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon se sont autodésignés avec une démocratie interne fortement discutable (au point que Florian Philippot, pour l’un, l’a quitté). Pas sûr qu’un adversaire masochiste viendrait s’opposer à l’ancienne candidate à l’élection présidentielle lors du prochain congrès du FN.

Déjà, certains responsables ou cadres locaux de LR, pourtant pas particulièrement épris de Laurent Wauquiez, ont avalé leur salive et pensent pouvoir repartir avec ce dernier pour reconquérir le pouvoir. Laurent Wauquiez pourrait en effet se dire que même s’il est clivant, même s’il n’est pas apprécié par les "anciens", même s’il est très changeant sur le plan des idées (c’est la caractéristique des "leaders" au long cours), il a franchi la première étape : première étape de relance du parti LR comme force d’opposition, et surtout, première étape de sa propre ambition désormais dans la cour des grands. Il l’avait d’ailleurs largement évoqué pendant sa campagne interne, son seul adversaire, c’est Emmanuel Macron lui-même !

Laurent Wauquiez ne manque pas d’atouts. Son expérience, son intelligence et son jeune âge (débutant la quarantaine alors que ses plus grands concurrents ont déjà bien entamé la cinquantaine) sont une évidence. Son parti qu’il contrôle désormais totalement est aussi un parti de renouvellement : beaucoup de nouveaux jeunes élus, non seulement locaux, mais aussi parlementaires (certains élus en juin 2017 n’ont pas 30 ans !). Ce vivier est "vierge" de toute fidélité : ce sera la génération Wauquiez. Il va se choisir une direction LR à sa couleur, parmi ces jeunes pousses. Le renouvellement va donc être très fort, à mesure que les "vieux" leaders désertent leur parti voire la vie politique elle-même (il y en a tellement qu’il serait laborieux de les énumérer).

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Après Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, voici donc Laurent Wauquiez, pour encore deux ou trois décennies. C’est en tout cas ce qu’il doit se dire. Et pourtant, il a aussi des handicaps. Le premier, c’est son absence de conviction. Passer de la démocratie-chrétienne à une sorte de protectionnisme national, c’est un grand écart élastique. Pourtant, les deux leaders cités en comparaison ont eu aussi ce même genre d’élasticité, mais ils ont aussi montré dans certaines conditions leur colonne vertébrale idéologique : refus total de l’extrême droite pour l’un, libéralisation de l’économie pour l’autre.

Le deuxième handicap, c’est que, contrairement aux deux précédents, Laurent Wauquiez n’a pas le même liant : ni l’amour des gens de Chirac, ni l’humour convivial de Sarkozy qui permettaient à leurs opposants internes de les rejoindre malgré tout. D’une certaine manière, Jean-François Copé est beaucoup plus liant que Laurent Wauquiez (Jean-François Copé qui aurait rencontré discrètement Emmanuel Macron en novembre 2017 !). Son ton est souvent dur, et ses méthodes sont brutales et autocratiques, souvent basées sur la contrainte, le chantage, le rapport de forces. Charisme très faible.

Le troisième handicap est le principal, car les deux autres sont évolutifs : on peut se doter de vraies convictions sur le tard et se trouver un comportement plus rassembleur humainement (c’était le cas de François Mitterrand). Ce troisième handicap, c’est de maintenir la cohésion de LR dans une époque folle où près de deux sympathisants LR sur trois avoueraient dans les sondages être satisfaits de Président Emmanuel Macron et du Premier Ministre Édouard Philippe qui vient de LR. C’est cela le paradoxe : le pouvoir actuel fait du LR sans LR ! Même Nicolas Sarkozy est fasciné par Emmanuel Macron.

Du coup, le succès du dimanche a été éclipsé dès le lendemain. Alors que Laurent Wauquiez était l’invité du journal de 20 heures sur TF1 le 11 décembre 2017, au même moment, sur la chaîne concurrente, sur France 2, le président du conseil régional des Hauts-de-France Xavier Bertrand a annoncé qu’il quittait "définitivement" Les Républicains parce que Laurent Wauquiez ne correspondait pas à ses idées.

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Partir sur l’arrivée d’une personne à sa tête n’est pas très pertinent : ils ont cohabité dans le même parti depuis quinze ans, et dans le même gouvernement pendant plusieurs années. Il aurait été plus judicieux de claquer la porte de LR sur des faits, sur des actes, sur des prises de position sur l’Europe par exemple, et pas seulement sur un "délit de sale gueule". Xavier Bertrand n’a jamais caché sa volonté d’être candidat à l’élection présidentielle de 2022 coûte que coûte, mais il l’avait déjà dit pour 2017. Velléitaire ?

Reste à savoir ce que feront Valérie Pécresse et Christian Estrosi (que certains journalistes qualifient maintenant de "centriste", en oubliant les déclarations sur la "cinquième colonne" !). Et aussi Alain Juppé qui aurait une grande difficulté de quitter formellement LR alors qu’il en a été le seul réel fondateur (un peu comme si Jean-Marie Le Pen était hors du FN… ah ben si, en fait !). Certains évoquent déjà le transfuge de Maël de Calan vers LREM dont les talents seraient de toute façon nettement mieux exploités. Jean-Pierre Raffarin a déclaré le 11 décembre 2017 qu’il serait vigilant avec Laurent Wauquiez (on se demande pourquoi il n’a pas quitté LR dès 2008 !), et Gérard Larcher a déclaré le 12 décembre 2017 qu’il a fait le choix de rester à LR mais il s’était posé la question. On voit bien qu’il y a un trou énorme entre LREM et LR et cela ne risque pas d’être comblé par Agir (le pseudo-parti des LR macronistes).

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Il sera intéressant à scruter la composition du nouveau secrétariat national de LR, qui, comme le bureau politique, sera entièrement renouvelé. Le secrétaire général sortant, Bernard Accoyer, ancien Président de l’Assemblée Nationale, a déjà déclaré sur LCP le 12 décembre 2017 qu’il quitterait l’équipe pour laisser place aux plus jeunes.

Ce mercredi 13 décembre 2017 au siège de LR, avec son ton saccadé habituel, Laurent Wauquiez a présenté à la presse son nouveau bureau politique, composé de 15 membres d'une moyenne d'âge de 43 ans. La première vice-présidente est Virginie Calmels. Guillaume Peltier et Damien Abad sont les deux autres vice-présidents. Annie Genevard (secrétaire générale adjointe sortante) est nommée secrétaire générale de LR, Geoffroy Didier secrétaire général délégué à la communication, et il y a six secrétaires généraux adjoints dont Julien Aubert et Valérie Boyer, et trois porte-parole. Daniel Fasquelle reste trésorier.





Parmi les futurs leaders, on peut imaginer l'influence par exemple de Guillaume Larrivé (au nom prédestiné !), très ambitieux, et bien sûr, le nouveau bras droit (je n’ai pas su féminiser l’expression !) de Laurent Wauquiez, "pêché" à Bordeaux, Virginie Calmels dont l’inexpérience politique pourrait d’ailleurs lui être très dommageable.

La dernière bourde de Virginie Calmels le 11 décembre 2017, c’était sa déclaration pour dire que « pour le moment », il n’était pas question d’alliance avec le FN. Le "pour le moment" est terrible car ce lapsus confirme inconsciemment l’arrière-pensée qu’on imagine aisément chez Laurent Wauquiez : il n’y a jamais eu d’alliance avec le FN et en disant "pour le moment", elle a laissé entendre que dans le futur, il y en aurait peut-être. Ce point est essentiel pour la cohésion de LR : au moindre doute, la plupart des "anciens" leaders quitteraient LR.

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Tout l’avenir de ce parti dépendra bien entendu du "corpus" idéologique et programmatique qui habillera LR à la sauce Wauquiez, avec deux options.

Ou Laurent Wauquiez, fort de sa légitimité incontestable, se recentrera pour retrouver la position habituelle de l’ancienne UMP, avec le problème de la concurrence de LREM, mais cela préservera la cohésion d’un parti qui se dit encore "de droite et du centre" (alors que Laurent Wauquiez ne cesse, encore ce 10 décembre 2017, de parler de droite, de droite, de droite). Et dans ce cas, Laurent Wauquiez adoptera une stratégie pour gagner un second tour à l’élection présidentielle (misant sur l’échec du quinquennat d’Emmanuel Macron).

Ou Laurent Wauquiez, fidèle à ses déclarations depuis plusieurs années, continuera à mener LR dans une idéologie de droite musclée, brutale, extrême, dans le seul but de "voler" les électeurs du FN. Ce repli identitaire, souhaité par Patrick Buisson, le rendra plus crédible et plus acceptable que Marine Le Pen, enlisée dans ses propres incompétences, et lui permettra sans doute d’atteindre le second tour d’une élection présidentielle. Ce sera alors une stratégie de premier tour d’élection présidentielle, mais avec un fort risque d’être dans l’incapacité de rassembler une majorité absolue de Français au second tour. Et aussi avec le risque de faire de LR qu’un simple groupuscule de droite identitaire.

Dans tous les cas, Laurent Wauquiez aura besoin d’un baptême du feu national. Et quel meilleur baptême que la tête de liste aux élections européennes de mai 2019, avec le retour aux listes nationales ? Mais pour cela, il va lui falloir proposer clairement aux Français son projet européen. Pour l'instant, son adversaire a un temps d'avance


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 décembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les Républicains en ordre de marche ?
Résultats détaillés de l’élection du président de LR le 10 décembre 2017.
L’élection du président de l’UMP le 29 novembre 2014.
Le retour aux listes nationales pour les européennes.
Mathématiques militantes.
Laurent Wauquiez.
Rapport de refondation de la droite du 7 novembre 2017 (à télécharger).
Les Républicains en pleine introspection.
Les Républicains, parti des expulsions.
La primaire LR de novembre 2016.
François Fillon.
Alain Juppé.
Nicolas Sarkozy.
François Baroin.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Raffarin.
Xavier Bertrand.
Valérie Pécresse.
Jean-François Copé.
Nathalie Kosciusko-Morizet.
Bruno Le Maire.
Édouard Philippe.
La relance de l’Europe à la Sorbonne.
Emmanuel Macron.
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.


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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171210-les-republicains.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-republicains-en-ordre-de-199658

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/12/14/35953808.html




 

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10 décembre 2017 7 10 /12 /décembre /2017 19:33

Lors du premier tour de l'élection internet à la présidence du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez a obtenu 73 554 voix soit 74,64% des adhérents (élu) contre 15 876 voix soit 16,11% à Florence Portelli (filloniste) et 9 113 voix soit 9,25% à Maël de Calan (juppéiste). La participation fut plutôt élevée avec 99 597 votants, soit 42,46% des 234 556 adhérents LR à jour de cotisation. Il y a eu 1 054 bulletins blancs et donc 98 543 suffrages exprimés.

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170526-wauquiez.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20171210-election-presidence-lr.html

 

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Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


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