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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 06:46

« Aujourd’hui, nous sommes comme le sapeur Camember. Nous avons passé les bornes. Et quand on dépasse les bornes, il n’y a plus de limites. Tout est possible. » (9 novembre 2016, sur France Info).


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Lors des élections présidentielles américaines du 8 novembre 2016, Hillary Clinton a devancé son concurrent républicain d’environ 200 000 voix mais c’est Donald Trump qui a été élu Président des États-Unis parce qu’il a fait élire 306 grands électeurs contre 232 pour sa rivale démocrate. L’élection du milliardaire et animateur de téléréalité a provoqué un véritable tremblement de terre dans le monde.

Ceux qui se réjouissent sont ceux qui veulent tout casser, mais personne ne peut vraiment dire quelle sera la politique de Donald Trump, intérieure et extérieure, puisqu’il n’a jamais rien dit que des tweets souvent outranciers en guise de programme. Il faudra donc le juger sur les actes. Barack Obama, soucieux du processus démocratique, a d’ailleurs invité son futur successeur à la Maison-Blanche dès ce jeudi 10 novembre 2016 pour « assurer une transition en douceur ».

Invité de la matinale de France Info ce mercredi 9 novembre 2016, l’ancien Premier Ministre Dominique de Villepin a assisté en direct à la victoire de Donald Trump qu’il a eu l’occasion de rencontrer il y a longtemps, à l’époque où il vivait aux États-Unis (il avait alors rencontré le "magnat de l’immobilier"). Il était premier secrétaire à l’ambassade de France à Washington de 1984 à 1989.

Pour l’ancien Ministre des Affaires étrangères qui a dit non aux États-Unis, Donald Trump a une personnalité très complexe : « Il a trois visages. C’est à la fois l’anarchiste couronné, l’empereur fou, en même temps, c’est le clown, l’homme de spectacle qui séduit les médias. Il est capable de jouer avec le système politique. C’est aussi le winner, le gagnant, celui qui a de la chance, le milliardaire à qui tout réussit, tout sourit. Cette complexité-là fait qu’il prend la lumière plus que d’autres. (…) C’est quelqu’un dont la personnalité est assez différente de celle qu’il a montrée tout au long de la campagne. ».





Opposé à la politique agressive des États-Unis au Moyen-Orient depuis 2001, et plus particulièrement depuis les attentats du 13 novembre 2015, Dominique de Villepin reproche à la diplomatie française de trop coller à la diplomatie guerrière des États-Unis, notamment en Syrie.

L’ancien Premier Ministre craint un bouleversement des relations économiques internationales : « Ce qui est inquiétant, c’est ce qu’il va introduire dans le jeu économique international. Il veut en découdre avec la Chine, il veut en découdre sur le plan commercial et il veut que les Européens prennent leurs responsabilités en matière de défense. Cela, c’est une bonne chose ! Il est temps que nous ouvrions les yeux et que nous reprenions notre destin en main. ».

Dominique de Villepin a exprimé cependant son inquiétude sur la capacité des pays européens à réagir avec pertinence : « Peu de gens y étaient préparés. Certainement pas la diplomatie française, la plupart des chancelleries non plus, et pourtant, c’était malgré tout prévisible. ».

Son élection était-elle prévisible ? Peut-être pas, mais il y avait quelques petits signes avant-coureurs qui montraient à l’évidence qu’aucun courant favorable n’a porté la candidature d’Hillary Clinton. Dans les sondages du printemps 2016, elle perdait face à tous les candidats aux primaires républicaines excepté Donald Trump, et face à Bernie Sanders, ces candidats républicains avaient de moins bons résultats. Cela signifiait à l’évidence qu’Hillary Clinton n’était pas la représentante des Démocrates la plus efficace électoralement. Ni Donald Trump pour le camp républicain d’ailleurs.

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Au-delà de la politique intérieure américaine, Dominique de Villepin a insisté pour replacer ces élections dans un contexte historique plus global : « On sentait monter l’avertissement depuis maintenant plusieurs années. L’effondrement du mur de Berlin, l’effondrement de l’Union Soviétique. Aujourd’hui, il y a le pendant, c’est l’effritement des démocraties classiques, libérales. La crise financière de 2008, le Brexit… et nous arrivons à cette dernière étape. ».

Et il a ajouté : « On sent poindre depuis des années la montée des populismes, du mécontentement, le vote antisystème. Cet avertissement, il faut être capable de l’entendre. C’est une épreuve pour la communauté internationale, pour l’unité des États-Unis, pour l’unité de la "famille occidentale". (…) Il y a une leçon en matière d’indépendance à tirer de cette élection. ».

Ce n’est donc pas tant la personnalité de Donald Trump qui inquiète Dominique de Villepin : « C’est un homme d’affaires, il sait composer avec la réalité. Il saura donc s’adapter, évoluer, tirer les leçons, changer. ». Mais les raisons très profondes et historiques de sa victoire électorale.

Et ces raisons sont présentes aussi en France : « Il y a une souffrance, un mécontentement qui monte dans notre pays. (…) Marine Le Pen peut gagner l’élection présidentielle parce que les passions politiques dans nos démocraties sont débridées. La peur et la colère sont les premiers acteurs de la démocratie. ».

Dominique de Villepin pense que cet électrochoc, qu’est l’élection de Donald Trump, va « [introduire] une dose de réalisme et de réalité dans la vie politique française, où la vie politique politicienne a occulté la réalité de ce que vivent les Français ».

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Alors qu’il va avoir 63 ans le 14 novembre 2016, Dominique de Villepin est-il prêt à relever le défi démocratique de 2017 ? Pas vraiment. Il n’a jamais été élu, jamais été candidat (il a tenté mais n’a pas obtenu les parrainages en 2012), et il ne semble pas en avoir vraiment envie. Il comptait surtout succéder à Jacques Chirac en 2007, avec Matignon pour tremplin mais il n’en a pas eu l’occasion.

Refusant de participer à la primaire LR qu’il considère comme contraire à l’esprit des institutions gaulliennes, il a refusé aussi de se prêter au jeu des soutiens. Bruno Le Maire, qui fut son directeur de cabinet lorsqu’il était à Matignon, aurait pu en bénéficier, tout comme Alain Juppé dont il a été jaloux de la proximité chiraquienne.

À quoi peut donc aujourd’hui servir Dominique de Villepin ? À rien si ce n’est à jouer les Cassandre, ce qui est, pour une personnalité aussi talentueuse et aussi éprise de culture littéraire et historique, un véritable gâchis…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 novembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Trump élu.
Cassandre ?
Mais où est donc Dominique de Villepin ?
Assurancetourix ?
République solidaire et le revenu universel.
Les moulins de l’UMP.
Le gaullisme politique.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161109-dominique-de-villepin.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/dominique-de-villepin-craint-la-186372

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/11/10/34546604.html

 

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 10:59

« Voici que se referment les portes de la gloire. Demain, j’entrerai dans les temps ordinaires. » (Yves Guéna parlant de la démission de De Gaulle en avril 1969).


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Coïncidence ? Alors que Pierre Messmer, disparu le 29 août 2007, sera honoré par les gaullistes dans quelques jours, le 20 mars 2016 à l’occasion du centenaire de sa naissance, l’un de ses ministres les plus fidèles au gaullisme, Yves Guéna, s’est éteint à l’âge de 93 ans, ce jeudi 3 mars 2016 à Paris.

Avoir 17 ans au début de la guerre (né le 6 juillet 1922 à Brest), et s’engager sans hésitation dans la Résistance (comme Daniel Cordier), c’est ce type d’acte héroïque, un acte fondateur d’une vie au service de son pays, auquel s’est livré le jeune Yves Guéna. Dès le 19 juin 1940, il quitta sa ville de Brest pour se rendre en Angleterre et ce fut le 1er juillet 1940 qu’il s’est engagé dans les Forces Françaises Libres (FFL) pour toute la durée de la guerre. Sa première rencontre avec De Gaulle a eu lieu le 6 juillet 1940 à l’Olympia Hall à Londres.


Jeunes technocrates au service de la politique gaulliste

Sorti de l’ENA en 1947, il fut haut fonctionnaire. Contrôleur civil au Maroc en 1947 puis maître de requêtes au Conseil d’État en 1957 (conseiller d’État en 1972), il fut le directeur de cabinet de Michel Debré, alors Ministre de la Justice en 1958 et 1959 (il fut l’un des rédacteurs officieux du projet de nouvelle Constitution entre le 4 juin 1958 et le 14 juillet 1958), puis directeur de cabinet adjoint de Michel Debré à Matignon en 1959. Ambassadeur en Côte d’Ivoire le 8 août 1960, il s’engagea dans la vie politique, naturellement sous l’étiquette gaulliste, en 1962.

Il a fait partie de ces jeunes gaullistes qui sont allés aux législatives en terre de mission au centre de la France, lui en Dordogne en 1962 comme Jacques Charbonnel en Corrèze en 1962 et Jacques Chirac aussi en Corrèze en 1967.

Député de la Dordogne de novembre 1962 à mai 1981 et de mars 1986 à mai 1988, sénateur de la Dordogne de septembre 1989 à janvier 1997, maire de Périgueux de mars 1971 à janvier 1997, Yves Guéna fut Ministre des Postes et Télécommunications du 7 avril 1967 au 31 mai 1968 et du 12 juillet 1968 au 29 juin 1969, Ministre de l’Information du 31 mai 1968 au 10 juillet 1968, Ministre des Transports du 5 avril 1973 au 27 février 1974, Ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat du 1er mars 1974 au 27 mai 1974. Il fut aussi conseiller général de la Dordogne de 1970 à 1989. Secrétaire général de l’UDR en 1976 (juste avant la création du RPR), il fut également vice-président du Sénat de 1992 à 1997. Il a "offert" sur un plateau d’argent la mairie de Périgueux à Xavier Darcos qui l’a "perdue" en mars 2008.

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Il commença à être connu alors qu’il était ministre lors de la crise de mai 1968. Le Premier Ministre Georges Pompidou lui avait demandé de menacer les radios périphériques de retirer leur autorisation d’émettre si elles continuaient à parler trop favorablement des étudiants en révolte. Dans ses "Cahiers secrets de la Ve République", Michèle Cotta l’a ainsi décrit : « Il était apparu, sinistre, juste avant la grève de l’ORTF. Il n’avait franchement pas l’air d’être un gai luron. Héros de la guerre, c’est un gaulliste de la toute première heure, qui est tout sauf un extraverti. Excepté, paraît-il, à Périgueux, où il est le maître des lieux et des cérémonies. Son allure n’est pas celle du laisser-aller, certes, mais il s’exprime avec une décontraction qui me surprend, venant de sa part. » (20 février 1975).


Parmi les barons du gaullisme

Ministre sous deux Présidents de la République, Yves Guéna a pu pressentir la fin de leurs mandats. Il a raconté à Michèle Cotta en novembre 1978 l’engrenage de la défaite du référendum du 27 avril 1969 : « Ma première réunion de campagne, je l’ai faite à Mompon, près de chez moi. Il y avait peu de monde, je n’ai pas réussi à faire bouger les assistants. En sortant, je me suis dit que j’avais fait un bide. En fait, ce n’était pas moi qui en faisais un, mais le référendum ! Notre campagne était molle, même chez les militants, tandis que celle des notables contre nous était très bien faite. Quant aux milieux patronaux, ils nous ont laissés tomber ; la droite n’avait plus la trouille parce que les élections législatives [de mai 1968] s’étaient bien passées pour elle et que le recours existait : c’était Pompidou. ».

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Yves Guéna avait pris quelques notes en conseil des ministres. Lors du dernier conseil des ministres le 23 avril 1969, De Gaulle, sans illusion, avait conclu auprès de ses ministres : « En principe, à mercredi prochain. Peut-être, s’il n’en était pas ainsi, un chapitre de l’histoire de France serait terminé, mais nous avons espoir ! ».

Et de dire que la déclaration de Rome (Georges Pompidou qui a déclaré le 17 janvier 1969 à Rome : « Ce n’est, je crois, un mystère pour personne que je serai candidat à une élection à la Présidence de la République quand il y en aura une, mais je ne suis pas du tout pressé ! ») n’était pas en concertation avec De Gaulle comme Olivier Guichard voulait l’affirmer : « Je suis sûr que c’est faux ; que Pompidou a voulu provoquer le Général, au contraire. Ce vieux renard savait bien l’importance de la moindre déclaration. Peut-être que Balladur a été le premier étonné, mais , ce dont je suis certain, c’est que la déclaration a été concoctée avec Pierre Juillet… ».

À la fin du dernier conseil des ministres présidé par le Président Georges Pompidou le 27 mars 1974, Yves Guéna avait confié au journaliste Pierre-Marie de la Gorce : « Le Président va mourir cette semaine. » (cité par Michèle Cotta).

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Au milieu des années 1970, Yves Guéna avait pris une importance politique non négligeable mais restait assez hésitant sur le soutien à apporter à Jacques Chirac. Pierre Juillet et Marie-France Garaud s’amusaient à le décrire comme l’homme aux deux parapluies : « Celui qu’il porte et celui qu’il a avalé ! ».

Le 7 avril 1976, Jacques Chirac, Premier Ministre et secrétaire général de l’UDR, nouvellement nommé par Valéry Giscard d’Estaing "coordinateur de la majorité", a voulu quitter la tête de l’UDR. Il a alors convoqué à Matignon Yves Guéna, l’un des secrétaires généraux adjoints, pour lui dire qu’il avait pensé laisser la direction de l’UDR… à Albin Chalandon (voulu par Marie-France Garaud). Réaction très verte d’Yves Guéna : « Je ne lui ai pas caché que je trouvais que ce poste, d’ailleurs délicat, me revenait de droit. » (confidence lâchée le 20 avril 1976 à Michèle Cotta qui a ainsi commenté : « Cela ne m’étonne pas du tout de Guéna : derrière son franc-parler d’autant plus inattendu que son apparence physique est raide, il a une assez haute idée de lui-même, qu’il cache le plus souvent, mais qui m’a néanmoins toujours paru évidente. »). Le surlendemain, après une réunion avec Roger Frey et Olivier Guichard très réticents, Jacques Chirac convoqua de nouveau Yves Guéna et lui déclara : « Tu m’as convaincu. Ok, tu seras secrétaire général de l’UDR. ».

La suite de l’histoire, c’est que quelques mois plus tard, Jacques Chirac démissionna avec grand fracas de Matignon et le 5 décembre 1976, transforma l’UDR en RPR dont il a pris la présidence. Voici Jacques Chirac en piste pour les quatre élections présidentielles suivantes…


Commandeur des croyants

La carrière politique d’Yves Guéna, tant locale (à Périgueux) que nationale (comme parlementaire et ministre), a toujours été sous le sceau de son engagement gaulliste de la première heure. Surnommé le "commandeur des croyants" par ses amis de Dordogne, il était le prophète du Dieu De Gaullle : « Pour moi, dans l’Histoire de France, il y a Clovis, Charlemagne, Philippe Auguste, Jeanne d’Arc, Henri IV, Louis XIV, Napoléon et De Gaulle. Ils sont au même niveau. ».

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Yves Guéna a atteint le plus haut sommet de l’État le 3 janvier 1997 avec sa nomination, par René Monory, alors Président du Sénat, comme membre du Conseil Constitutionnel pour succéder à Étienne Dailly décédé le 24 décembre 1996 (nommé le 8 mars 1995). Il a prêté serment le 20 janvier 1997 et fut nommé Président du Conseil Constitutionnel le 1er mars 2000 par Jacques Chirac après la démission de Roland Dumas. Assurant l’intérim pendant un an (Roland Dumas s’était mis en congé en raison de ses tracas judiciaires), il présida en pratique la plus haute juridiction de la République du 24 mars 1999 au 9 mars 2004. C’est la première fois (et seule fois) que le Conseil Constitutionnel a été présidé par un membre qui n’a pas été nommé par le Président de la République.

Il continua ses engagements comme président de l’Institut du monde arabe (IMA) de 2004 à 2007 (avant Dominique Baudis), président de l’Institut Charles-De Gaulle de 2000 à 2006, de la Fondation Charles-De Gaulle de 2001 à 2006, de la Fondation de la France libre de 2007 à 2011 (après Pierre Messmer), etc.


Mémoire d’Outre-Gaulle

Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, tant des essais que du théâtre ou des romans, Yves Guéna écrivit notamment la biographie du Baron Louis (publiée le 19 octobre 1999) qui lui valut le prix Jacques de Fouchier de l’Académie française en 2000. Il avait aussi envisagé les cent premiers jours du retour de la droite au pouvoir au printemps 1986 (dans un ouvrage collectif publié en 1985).

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Son dernier livre était ses "Mémoires d’Outre-Gaulle" (livre sorti le 21 avril 2010). Yves Guéna n’a pu s’empêcher de se poser la question sur ce qu’aurait pensé De Gaulle sur les événements qui ont ponctué les quarante dernières années : « Qu’est-ce que vous voulez ? Lorsque vous entendiez le Général De Gaulle, il fallait quand même que ça rentre dans votre tête et que ça y reste ! Quand j’étais au gouvernement, je notais toutes ses déclarations en conseil des ministres. En principe, ce n’est pas autorisé, mais j’ai continué avec Pompidou. Mine de rien, je prenais des petites notes et je les rédigeais dès que je rentrais à mon ministère. » ("Sud Ouest", le 28 avril 2010).

Capable de parler des nombreux acteurs qui ont jalonné la vie politique française, comme Jacques Chaban-Delmas, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac (« J’ai une très grande admiration, une très grande amitié pour Chirac. C’est un grand bonhomme. »), François Mitterrand (« Il était intelligent et habile mais il n’a rien apporté à la France. »), Yves Guéna s’était bien gardé de donner une opinion sur le quinquennat de Nicolas Sarkozy qu’il avait soutenu en 2007 : « Mon livre s’arrête en 2007, vous savez. En 2007, j’ai soutenu Sarkozy sans aucune restriction. Et vous avez remarqué que j’attends d’avoir un certain recul pour parler des choses ! ». On ne saura donc rien sur ce qu’il pensait des gaullistes d’aujourd’hui


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 mars 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Qu’aurait pensé le Général De Gaulle ?
De Gaulle en 1940.
De Gaulle en 1965.
Georges Pompidou.
Le gaullisme politique.
Edmond Michelet.
Pierre Messmer.
Robert Boulin.
Jacques Chaban-Delmas.
Valéry Giscard d’Estaing.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Edgar Faure.
Maurice Faure.
René Monory.
Jean Lecanuet.
Jean Foyer.
Michel Debré.
Jean-Marcel Jeanneney.
Olivier Guichard.
Alain Peyrefitte.
Roger Galley.
Jean Charbonnel.
Pierre Bas.
Philippe Séguin.
Jacques Toubon.
Daniel Cordier.

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 06:03

« Depuis 1974, il y a eu en France trois exécutions capitales, alors que plus de cinq mille crimes, susceptibles juridiquement d’amener les criminels à l’échafaud, avaient été commis. L’affaire est entendue, la peine de mort est à l’agonie, elle est même sans doute déjà morte. Il ne manque plus que le constat officiel du décès. (…) S’il est un homme en France pour affirmer, et démontrer à l’évidence, que trois têtes coupées en cinq ans ont changé quoi que ce soit à la délinquance et à la criminalité, mon combat perd une part de son sens. Mais nul ne fera cette démonstration impossible. Tout homme de bonne foi doit se poser cette question. Et la résoudre : ces trois têtes, oui, en quoi ont-elles servi la France ? » ("Par ordre du Sultan, une tête…" publié le 24 mai 1979).


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Je voudrais rendre hommage ici à l’ancien député Pierre Bas, qui est mort à 90 ans, le mois dernier, le 18 novembre 2015, à Paris. Un hommage religieux a eu lieu le 26 novembre 2015 en l’église Saint-Germain-des-Prés, et le conseil de Paris l’a également célébré lors de sa séance du 14 décembre 2015.

En dehors du fait qu’il fut parmi les très rares élus RPR à avoir soutenu (dès 1983) la candidature de Raymond Barre à l’élection présidentielle du 24 avril 1988 (ce qui lui a fait perdre son investiture aux législatives en juin 1988 et son mandat du conseil de Paris en mars 1989), Pierre Bas fut le premier parlementaire, après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, à avoir imposé à l’Assemblée Nationale un débat sur l’abolition de la peine de mort grâce à un artifice de procédure dans la discussion sur un projet de loi de finances : il avait simplement proposé un amendement qui supprimait le salaire du bourreau !


D’abord l’Afrique…

Né le 28 juillet 1925 à Besançon d’une famille modeste, il fut résistant alors qu’il n’était qu’élève du Lycée Louis-le-Grand. Licencié en droit et en lettres, diplômé de l’École nationale de la France d’Outre-mer, Pierre Bas fut à partir de 1949 un haut fonctionnaire et administrateur civil de la France d’Outre-mer en Afrique Équatoriale française, notamment au Tchad de 1952 à 1957, au Cameroun de 1957 à 1958, sous l’autorité de Pierre Messmer, alors gouverneur général de l’Afrique occidentale.

Il travailla aussi pour le gouvernement français, comme membre du cabinet de Maurice Bayrou, Secrétaire d’État à la France d’Outre-mer du 1er mars 1955 au 6 octobre 1955 (sans rapport familial avec François Bayrou), puis à l’Élysée par l’entremise de Pierre Messmer, sous la Présidence de De Gaulle, auprès du Secrétaire Général de la Présidence de la République entre janvier 1959 et novembre 1962, après avoir accompagné De Gaulle en août 1958 dans un grand voyage en Afrique, en tant que spécialiste de l’Afrique aux côtés de Jacques Foccart.

Pierre Bas fut d’ailleurs l’un des spécialistes des civilisations préhistoriques de l’Afrique noire. Ce qui l’amena en 1983 à se faire élire membre titulaire de la première section de l’Académie des sciences d’Outre-mer, spécialisé dans différents champs de compétence : politique, Afrique centrale, équatoriale et sahélienne, christianisme, géographie, voyages et explorations,


Engagement politique chez les gaullistes

Conseiller référendaire à la Cour des Comptes en 1962, il sauta le pas de l’engagement politique (UNR, UDR puis RPR) à l’âge de 37 ans en se faisant élire député de Paris en novembre 1962. Il fut réélu député de Paris sans discontinuité du 25 novembre 1962 au 1er avril 1986, date à laquelle sa conscription fut supprimée comme toutes les autres par le scrutin proportionnel imposé par François Mitterrand.

François Mitterrand, collègue député, il l’a giflé pour avoir été calomnié par lui (François Mitterrand avait été son ministre de tutelle à la France d’Outre-mer et avait prétendu l’avoir sanctionné, ce qui était faux). Pierre Bas n’a pas été sanctionné pour sa gifle car la calomnie avait été reconnue.


Des réalisations pour Paris

Il a beaucoup agi comme élu parisien pour Paris et la région parisienne. Il fut élu conseiller de Paris de 1965 à 1989, premier adjoint au maire de Paris chargé de la culture de mars 1977 à mars 1983 (il travailla avec le compositeur Marcel Landowski), maire du 6e arrondissement de mars 1983 à mars 1989 et avait présidé le district de la Région parisienne de 1970 à 1971 avant la mise en place des conseillers régionaux. Il fut président de commission du district de la Région parisienne entre 1967 et 1976 (d’abord celle des finances puis celle des transports),et enfin vice-président du conseil régional d’Île-de-France de 1976 à 1983, sous la présidence de Michel Giraud.

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Les parisiens et les franciliens lui doivent entre autres la ligne B du RER, la prolongation des lignes de métros vers la Petite couronne, le tronçon de la ligne de métro Auber-Nation, l’appellation de l’aéroport Charles De Gaulle à Roissy, de la Place du Général De Gaulle à l’Étoile, et avait guerroyé contre Valéry Giscard d’Estaing et son candidat Michel d’Ornano à la première élection du maire de Paris, en mars 1977 en le faisant contester le 15 novembre 1976 par le groupe gaulliste qu’il présidait (contre toute attente, Jacques Chirac décida finalement de se présenter et fut élu maire de Paris de mars 1977 à juin 1995).


Un parlementaire présent sur de nombreux fronts

Ce sont ses réalisations comme député qui furent les plus intéressantes. Il a laissé son nom avec son collègue Marc Lauriol à la loi n°75-1349 du 31 décembre 1975 relative à l’emploi de la langue française qui rendait notamment obligatoire l’emploi de la langue française dans les messages publicitaires et qui fut complétée par la loi n°94-665 du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française (présentée par le Ministre de la Culture et de la Francophonie Jacques Toubon).

Parmi les plus autres centres d’intérêt du député Pierre Bas, il y a eu le Festival international de la danse de Paris qu’il présida de 1978 à 1990, le Vietnam, pour lequel il présida le Comité français de soutien pour un Vietnam libre de 1983 à 1989, et il présida également l’Union des conseillers généraux et des maires de France pour la défense de la vie de 1973 à 1986. Ce sont ses convictions en faveur de la défense de la vie qui l’ont conduit à être le premier parlementaire abolitionniste depuis la Première Guerre mondiale, bien avant François Mitterrand et Robert Badinter.


Le débat sur l’abolition de la peine de mort

L’hommage que je souhaite lui rendre porte effectivement sur la peine de mort. Président du comité parlementaire pour l’abolition de la peine de mort de 1978 à 1986, parlementaire chevronné, humaniste et catholique, il avait trouvé le moyen d’en finir concrètement avec la peine de mort sans avoir à en formaliser l’abolition complète (très impopulaire dans "l’opinion publique").

Pendant soixante-dix ans, aucun débat parlementaire sur l’abolition de la peine de mort n’avait eu lieu en France. La majorité progressiste élue à la Chambre des députés le 20 mai 1906, avec radicaux, républicains modérés et radicaux-socialistes (335 sièges sur 585), était prête à voter pour l’abolition de la peine de mort. Joseph Reinach a alors déposé une proposition de loi en ce sens le 10 juillet 1906, et finalement, Aristide Briand, le Ministre de la Justice dans le gouvernement de Georges Clemenceau, reprit le 3 juillet 1908 le projet de loi déposé par le gouvernement le 5 novembre 1906 et soutenu activement par Jean Jaurès.

Mais entre temps, un fait divers particulièrement sordide a traumatisé la population le 31 janvier 1907. Condamné à mort le 23 juillet 1907, le meurtrier fut gracié par le Président Fallières le 13 septembre 1907, ce qui scandalisa "l’opinion publique" et allait faire échouer la tentative d’abolition. Le rapporteur du texte, abolitionniste, a en effet été évincé au profit d’un anti-abolitionniste. Les débats ont commencé le 3 juillet 1908 et le 8 décembre 1908, 330 députés votèrent finalement pour le maintien de la peine de mort contre 201 en faveur de son abolition, sur 531 votants.

Il a fallu donc attendre le 24 octobre 1978 pour que la peine de mort soit redevenue un sujet de débat, grâce à l’ingéniosité de Pierre Bas. Et encore, par la petite porte !

En effet, Pierre Bas avait initialement déposé le 8 mai 1978 à l’Assemblée Nationale une proposition de loi tendant à abolir la peine de mort en France (n°215). Ce texte, cosigné également par Philippe Séguin, Bernard Stasi et Adrien Zeller, reprenait la proposition de loi présentée le 27 juillet 1962 par le député centriste Eugène Claudius-Petit (n°1890) que Pierre Bas avait lui aussi cosignée et qu’Eugène Claudius-Petit avait redéposée à chaque début de nouvelle législature.

Comme le gouvernement et la conférence des présidents (chargée de définir l’ordre du jour parlementaire) ont obstinément refusé de mettre à l’ordre du jour sa proposition de loi, Pierre Bas a adopté la même tactique parlementaire qu’en 1906 où le député Jean Cruppi (futur ministre …et grand-père de Marcel Landowski) avait réussi à faire adopter par la commission du budget la suppression immédiate des crédits pour le salaire du bourreau. Cette disposition avait été alors rejetée avec une très faible majorité avec l’appui de l’abolitionniste Joseph Reinach qui considérait « qu’une pareille réforme, une si grande réforme ne devait pas entrer dans la loi par la petite porte et qu’elle devait être discutée devant une assemblée comme la nôtre dans un esprit à la fois philosophique et politique » (séance du 3 juillet 1908).

Comme Alain Peyrefitte, Ministre de la Justice du 31 mars 1977 au 14 mai 1981, refusait tout débat, Pierre Bas a donc adopté la tactique de la petite porte : à l’occasion de l’examen des crédits de la justice en première lecture du projet de loi de finances pour 1979 (n°560), Pierre Bas présenta le 24 octobre 1978 son amendement n°1 pour l’État B – titre III visant à supprimer les crédits du bourreau.

Philippe Séguin, jeune député (c’était sa première discussion budgétaire, sa première élection a eu lieu en mars 1978), était l’un des meilleurs défenseurs de cet amendement : « En suivant notre collègue Pierre Bas, Monsieur le Garde des Sceaux, nous n’avons pas cherché, par des moyens subreptices ou clandestins, à abolir la peine de mort ; nous avons simplement souhaité en faire suspendre l’application aussi longtemps que le gouvernement n’aura pas accepté que se tienne dans cette enceinte le débat que nous attendons. » (séance du 24 octobre 1978).

Raymond Forni, député socialiste qui fut le rapporteur de la future loi sur l’abolition de la peine de mort (rapport n°316 du 10 septembre 1981), au cours de la même séance, interpella le Ministre de la Justice dans le même sens : « La question est posée de savoir si vous serez moins courageux que les jurés de la cour d’assises de l’Aube qui ont refusé de condamner Patrick Henry. La question est de savoir si vous cautionnerez les erreurs commises en notre nom à tous lorsque les jurés condamneront d’autres Christian Ranucci. » (24 octobre 1978).

Finalement, craignant qu’une majorité à l’Assemblée Nationale fût favorable à l’amendement de Pierre Bas, le gouvernement a alors préféré imposer la procédure du vote bloqué (article 44 alinéa 3 de la Constitution) pour empêcher son adoption. Les crédits de la justice furent ainsi adoptés par 271 voix contre 210.

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Persévérant, Pierre Bas déposa le 15 mars 1979 une nouvelle proposition de loi créant une peine de remplacement de la peine de mort (n°914) et a fermement protesté le 20 juin 1979 à l’occasion d’un rappel au règlement contre l’obstruction du gouvernement et de la conférence des présidents de toute inscription à l’ordre du jour des propositions abolitionnistes. Quelques jours auparavant, le 14 juin 1979, la commission des lois de l’Assemblée Nationale avait adopté le rapport de Philippe Séguin proposant l’abolition de la peine de mort.

Il faut rappeler que le gouvernement avait un contrôle total de l’ordre du jour parlementaire jusqu’à la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 voulue par Nicolas Sarkozy qui accorde désormais lors de chaque session, à chaque groupe politique, des journées consacrées à l’examen de leurs propres propositions de loi.

Lors de la discussion du projet de loi de finances pour 1980 (n°1290), Pierre Bas a de nouveau protesté le 16 novembre 1979 contre l’hypocrisie du gouvernement décidé « à ne faire aucun obstacle à l’inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée du débat sur les propositions de lois demandant l’abolition de la peine de mort » tout en verrouillant la conférence des présidents pour empêcher cette inscription à l’ordre du jour. Si bien que Pierre Bas a soutenu le même amendement que l’année précédente, supprimant les crédits du bourreau (n°3), et l’amendement fut rejeté en scrutin public avec une procédure de vote assez contestable, par 272 voix contre 215.

En janvier 1980, répondant à une question écrite de Philippe Séguin, le Ministre de la Justice Alain Peyrefitte confirma l’attentisme du gouvernement : « Pour que ses intentions soient pleinement comprises dans le pays et que sa discussion se déroule dans la sérénité souhaitable, le choix du moment est essentiel. Le gouvernement considère que de récents crimes en série, qui ont profondément ému l’esprit public, rendent inopportun dans l’immédiat le dépôt de ce texte. » ("ce texte" :  « un projet de loi sur l’échelle des peines criminelles », donc même pas l’abolition pure et simple de la peine de mort).

À l’occasion de la discussion générale en première lecture du projet de loi Sécurité et liberté (n°1681), Pierre Bas a évoqué le 12 juin 1980 une nouvelle fois la nécessité d’abolir la peine de mort, rappelant l’attitude abolitionniste de la Cour de cassation et le vœu de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, ainsi que l’isolement de la France en Europe sur cette question, et il a présenté l’amendement n°19 à rédiger avant l’article 7 du projet de loi, établissement l’abolition de la peine de mort. Cet amendement fut rejeté par 252 voix contre 102.

Pour la troisième fois consécutive, à l’occasion de l’examen du projet de loi de finances pour 1981 (n°1933), Pierre Bas a présenté le 5 novembre 1980 l’amendement n°1 visant à supprimer les crédits relatifs aux exécutions capitales. Le refus du gouvernement fut de nouveau exprimé par Alain Peyrefitte : « Le gouvernement estime que le préalable absolu est rétablissement en France d’un climat de sécurité. ». Autant dire jamais, dans ces conditions ! L’amendement de Pierre Bas fut une nouvelle fois repoussé en scrutin public par 252 voix contre 203.

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La persévérance de Pierre Bas fut sans succès durant le septennat de Valéry Giscard d’Estaing dont le refus d’abolir la peine de mort est sans doute la principale faute politique, lui qui avait su moderniser la société française par ailleurs et surtout, qui n’était pas contre le principe de l’abolition. Un abolitionniste non pratiquant.

La victoire de François Mitterrand du 10 mai 1981 et sa promesse d’abolir la peine de mort changea complètement la perspective des abolitionnistes. Comme au début du septennat de son lointain prédécesseur Armand Fallières (Président de la République de 1906 à 1913, qui, après sa grâce très impopulaire du 13 septembre 1907, laissa finalement exécuter sept condamnés en 1908, sept en 1909, onze en 1910), François Mitterrand gracia systématiquement tous les condamnés à mort et chargea Robert Badinter le 23 juin 1981 d’abolir la peine de mort. Ce qui est moins connu, c’est qu’à l’origine, François Mitterrand avait chargé le radical Maurice Faure de cette mission, nommé Ministre de la Justice dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy qui ne dura qu’un mois (du 22 mai 1981 au 23 juin 1981) mais en bon dilettante, Maurice Faure avait renoncé à la charge trop contraignante de ministre.

Pierre Bas déposa alors le 8 juillet 1981 deux propositions de loi visant à l’abolition de la peine de mort (N°40 et n°41). Ce n’est pas son texte qui servit de base au projet du gouvernement mais Pierre Bas participa activement à la discussion générale le 17 septembre 1981 en brossant un historique des tentatives pour abolir et en rappelant le retard de la France en la matière. L’abolition de la peine de mort fut définitivement instituée avec la promulgation de la loi n°81-908 du 9 octobre 1981.


Pierre Bas, à l’avant-garde de l’abolition de la peine de mort

Pierre Bas a publié plusieurs essais dont un pamphlet le 24 mai 1979 sur la peine de mort "Par ordre du Sultan, une tête…" (209 pages, éd. Hachette) et le dernier, le 25 mars 2012, ses mémoires, "Secrets, manœuvres, chocs et volte-face de Charles De Gaulle à Nicolas Sarkozy" (603 pages, éd. Alexandra de Saint-Prix).

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Comme je viens de l’expliquer, l’abolition de la peine de mort n’était pas issue d’un clivage politique partisan mais de considérations morales. Et les premiers à se battre pour l’abolition de la peine de mort, sous la Ve République, paradoxalement, n’étaient pas des socialistes mais des centristes (Eugène Claudius-Petit) et des gaullistes (Pierre Bas et Philippe Séguin). Le 18 septembre 1981, Jacques Chirac vota, lui aussi, la loi sur l’abolition de la peine de mort, quelques mois après son échec à l’élection présidentielle, sans que ce soutien fût considéré comme une collusion avec le nouveau pouvoir socialo-communiste.

Pierre Bas, qui a sacrifié une carrière politique, qui aurait pu être brillante, au profit de ses convictions les plus profondes, aurait pu reprendre à son compte cette belle réflexion de Bernard Stasi : « Pour nous, il n’y a pas de politique sans morale. Quand on fait de la politique, bien entendu, c’est pour gagner, mais pas à n’importe quel prix. » (6 septembre 1983). Hommage lui soit rendu.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 décembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pierre Bas.
De Gaulle.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Alain Peyrefitte.
Valéry Giscard d’Estaing.
Pierre Messmer.
Aristide Briand.
François Mitterrand et la peine de mort.
Raymond Forni.
Maurice Faure.
Robert Badinter.
Philippe Séguin.
Bernard Stasi.
Encore la peine de mort.
Chaque vie compte.
Serge Atlaoui.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151118-pierre-bas.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pierre-bas-1925-2015-premier-175641

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/12/21/33097638.html

 

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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 06:14

« Il faut dire les choses franchement. Oui, vous avez perdu confiance dans les politiques. C’est pourquoi chaque candidat de ma liste a signé une charte d’éthique et pris des engagements fermes pour la moralisation de la gestion régionale. » (Valérie Pécresse, novembre 2015).


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Après la victoire de ses listes avec 60 148 voix d’avance (soit 43,80% des suffrages exprimés), Valérie Pécresse sera élue présidente du conseil régional d’Île-de-France ce vendredi 18 décembre 2015. Sa majorité bénéficie d’une large assise : le conseil régional est composé en effet de 121 conseillers de l’alliance LR-UDI-MoDem, 66 conseillers du PS et alliés, et de 22 conseillers du FN. Cette élection tourne la page de plus de dix-sept ans de gestion socialo-écolo-communiste sous la houlette de Jean-Paul Huchon.

Pour se consacrer à 100% à la région, après avoir démissionné de la haute fonction publique, elle démissionne de son mandat de députée des Yvelines devançant ainsi l’obligation légale fixée à 2017. Si Xavier Bertrand l’imite (démission de la mairie de Saint-Quentin et du mandat de député), ses collègues présidents Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau gardent leur mandat de parlementaire ainsi que leurs responsabilités partisanes… et Jean-Yves Le Drian ses fonctions de Ministre de la Défense.

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Au premier tour, la région Île-de-France n’a pas suivi le mouvement général du pays. Les électeurs franciliens y avaient moins voté (seulement 45,90% des 7 087 089 électeurs franciliens avaient pris part au vote) et le FN n’était pas au niveau national même s’il a doublé quand même son score entre 2010 et 2015. La grande gagnante du premier tour du 6 décembre 2015 a été Valérie Pécresse (LR-UDI-MoDem) qui est arrivée largement en tête avec 30,51% des voix, suivie de Claude Bartolone (PS) avec 25,19%, soit un retard de plus de 5% et Wallerand de Saint Just (FN) avec 18,41%. Ces trois listes s’étaient maintenues au second tour.


Vieilles lunes socialo-écolo-communistes

Au lendemain du premier tour, le spectacle était surréaliste : Claude Bartolone, très laborieusement, lisait sa joie de fusionner avec les communistes de Pierre Laurent (au silence d’enfant de chœur) et avec les écologistes d’Emmanuelle Cosse. Pourtant, rien ne les réunit puisque cela fait plus d’un an qu’ils ne cessent de se critiquer les uns et les autres.

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Comment pourrait-on imaginer que, face aux défis majeurs que représentent les attentats de Paris ou encore la vague nationale du FN qui pourrait dévaster tout le paysage politique dans un futur proche, comment pourrait-on encore imaginer que l’alliance avec les archéo-communistes fût une réponse rassurante pour les électeurs ? Claude Bartolone a eu, à l’évidence, quarante ans de retard. Il s’est cru encore du temps du programme commun. Et comment les écologistes auraient-ils pu faire confiance au bétonneur qu’il fut à la tête de la Seine-Saint-Denis ?

Notons au passage que l’écologiste Jean-Vincent Placé, démissionnaire de son parti EELV, sénateur car élu comme premier de la liste du PS dans l’Essonne le 25 septembre 2011, deuxième vice-président du conseil régional chargé des transports à l’issue des élections régionales de mars 2010, n’était pas présent au premier tour sur la liste EELV mais sur la liste PS et a pu être élu au second tour malgré l’échec socialiste.


Absence de projet régional au PS malgré 17 ans aux commandes

L’absence de leadership assumé, disputé initialement par Jean-Paul Huchon (président sortant), Marie-Pierre de La Gontrie (première vice-présidente sortante) et Benoît Hamon (ancien ministre), a vidé de tout contenu la campagne des socialistes.

Le PS en Île-de-France tablait sur une logique arithmétique, additionner des serviettes et des torchons, en comptabilisant les 6,63% du PCF et les 8,03% de EELV, ce qui aurait donné un total supérieur à l’ensemble des électeurs de Valérie Pécresse et éventuellement de Nicolas Dupont-Aignan (qui, sagement, n’avait donné aucune consigne de vote). Mais les électeurs n’appartiennent pas aux états-majors des apparatchiks et ont démenti ces calculs d’apothicaires : et si la logique arithmétique s’appliquait aux élections, ça se saurait !

La vérité, c’est que Claude Bartolone, arrivé comme un cheveu sur la soupe régionale très récemment (ce serait difficile de parler de parachutage pour l’Île-de-France !), n’avait aucun programme et ne pouvait pas en avoir un cohérent avec cette fusion qui faisait l’alliance de la chèvre et du chou dont le seul objectif était de sauver des postes ! Le seul projet politique cohérent et rationnel a été porté par Valérie Pécresse. Cela fait plusieurs années qu’elle l’a travaillé, qu’elle l’a peaufiné, qu’elle était désormais prête.

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Une femme, jeune, dynamique, intelligente, expérimentée, grande connaisseuse des finances publiques et de l’excellence universitaire, avec une équipe tout aussi dynamique et compétente va tourner avec avantage la page de la gestion de copinage de Jean-Paul Huchon que Claude Bartolone voudrait faire perdurer dans une région où le nombre de demandeurs d’emploi franciliens a crû de 188 000 en cinq ans.

Alors, maintenant qu’elle est élue, intéressons-nous à Valérie Pécresse, son parcours et son programme, car rappelons-le aussi : en Île-de-France, ce fut la seule candidate qui a parlé de son programme régional et uniquement de son programme régional, sans se dissiper dans des considérations nationales voire internationales. Et une femme présidente de région, finalement, cela reste encore très rare (seulement trois femmes sur les treize grandes régions, aucune en outremer) dans cette France de 2015 qui se veut ouverte à la parité et aux femmes mais qui, dans les faits, est archaïque (les femmes n’ont eu le droit de voter qu’en 1945, un siècle et demi après la Révolution !).


Une personnalité brillante et dynamique

À 48 ans, Valérie Pécresse s’est totalement débridée pendant cette campagne des régionales. Elle considère qu’elle est "assez grande" pour dire crûment ce qu’elle pense sans se lier avec les supposés irremplaçables éléments de langage. Spécialiste des questions familiales et très attentive au sort des réfugiés syriens, elle avait déjà lancé un cri d’alarme dès juillet 2014 pour demander d’aider les chrétiens d’Orient qui étaient massacrés en Syrie et en Irak. C’est dans la capacité à anticiper les grands problèmes d’une époque qu’un homme ou une femme d’État peut s’affirmer. Catholique pratiquante, elle a défendu très tôt la laïcité, seule méthode possible du vivre ensemble, au point de venir soutenir le 27 octobre 2014 la crèche Baby Loup en difficultés financières.

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Elle a donné aussi des preuves de son authenticité entre ses discours et ses actes : auditrice au Conseil d’État en 1992 après un brillant parcours, elle a démissionné de la haute fonction publique en novembre 2015 pour se consacrer totalement et sans filet à la vie politique, et donc sans parachute doré (elle est l’une des très rares à l’avoir fait, avec Bruno Le Maire).


Hyper-diplômée au service de ses convictions

Très brillante élève (au point d’apprendre le russe à 15 ans dans un camp de jeunes en Crimée ; elle parle aussi le japonais), elle a fait la prépa Ginette à Versailles puis est diplômée de HEC et de l’ENA (HEC ENA, comme François Hollande !). Elle est sortie de l’ENA vice-major. Mariée et mère de trois enfants, elle a intégré le prestigieux Conseil d’État et a donné des cours de droit constitutionnel à l’IEP Paris et à HEC.

Considérée politiquement comme une "bébé Chirac" parce qu’elle est devenue conseillère à l’Élysée de juillet 1998 à juin 2002 (elle avait aussi été sollicitée dans le camp d’en face, à Matignon, par Lionel Jospin). Sa famille était liée à celle de Jacques Chirac en raison des graves problèmes de santé d’une fille du Président. Succédant au député RPR sortant Franck Borotra, Valérie Pécresse a été élue députée des Yvelines en juin 2002, réélue en juin 2007 (dès le premier tour) et en juin 2012 (en 2002, elle avait aussi pour adversaire le général Philippe Morillon, proche de François Bayrou). Elle fut élue conseillère régionale d’Île-de-France en mars 2004 sur la liste de Jean-François Copé, puis, comme tête de liste, réélue en mars 2010 et présidente du groupe de l’opposition pendant cinq ans.

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Son activité parlementaire a été tellement efficace qu’Alain Juppé, alors président de l’UMP, déclara à son propos dès 2002 : « Elle a vocation à entrer dans un gouvernement. ». Ce qui fut fait durant tout le quinquennat de Nicolas Sarkozy (après avoir attendu son tour lors de la nomination du dernier gouvernement de Jean-Pierre Raffarin et de celui de Dominique de Villepin) : elle fut Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche du 18 mai 2007 au 29 juin 2011, c’est elle qui lança le plan Campus de 5 milliards d’euros pour développer dix pôles universitaires majeurs en France, puis Ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l’État ainsi que porte-parole du gouvernement du 29 juin 2011 au 10 mai 2012.

Didier Migaud, Premier Président de la Cour des Comptes (et ancien député PS) a reconnu le 23 avril 2014 que l’année 2011 avait été la meilleure année de maîtrise de la dépense publique depuis vingt ans. C’était aussi le thème régional de prédilection de Valérie Pécresse pour ces élections régionales : ne pas augmenter les impôts  mais financer la réforme du Pass Navigo (qui coûte dans les 400 millions d’euros non financés par le conseil régional sortant) par des réductions de dépenses dans le train de vie du conseil régional.


Parmi les personnalités qui comptent réellement dans la vie politique

Sacrée par ces élections régionales, Valérie Pécresse fait donc maintenant partie des rares personnes à très grand potentiel pour les prochaines années, d’autant plus qu’elle fut l’une des rares ministres à avoir réalisé avec succès la réforme des universités (loi n°2007-1199 du 10 août 2007), l’idée étant de les rendre plus autonomes et de leur permettre d’avoir d’autres fonds que publics, en particulier par des collaborations avec des grandes entreprises et par la défiscalisation des dons. Une grande partie des universitaires était initialement très opposée pour des raisons idéologiques mais tout le monde a aujourd’hui largement accepté cette réforme qui offre un grand développement et une valorisation des atouts d’enseignement et de recherche. Le succès de cette réforme, l’une des plus réussies et abouties des réformes du quinquennat de Nicolas Sarkozy, est surtout le résultat de la détermination et ténacité de Valérie Pécresse face à la contestation.

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Lors de la bataille entre François Fillon et Jean-François Copé à la tête de l’UMP en novembre 2012, Valérie Pécresse avait soutenu ardemment le premier et était, à ce titre, candidate au poste de secrétaire générale. Elle reste toujours proche de François Fillon (c’est un autre filloniste, Jérôme Chartier, qui a été en charge du projet régional) et elle a réussi le tour de force (unique) de réunir le dimanche 27 septembre 2015, au Pavillon Baltard à Nogent-sur-Marne, tous les leaders de la droite et du centre dans un meeting commun : Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon, Jean-Christophe Lagarde, Marielle de Sarnez, Bruno Le Maire, etc. après avoir fédéré autour de son leadership l’ensemble des formations de l’opposition parlementaire.


Programme régional

S’il y a eu un élément terriblement escamoté dans ces élections, c’est la campagne électorale, interrompue après les attentats de Paris et l’état d’urgence, et polluée par des considérations nationales (en particulier sur les réfugiés et sur la sécurité) qui ne correspondaient pas aux attributions des régions (au sens de la loi n°2015-29 du 16 janvier 2015).

Pourtant, Valérie Pécresse fait partie des rares candidats, en Île-de-France, à n’avoir parlé que de ses projets pour la région. Et ses idées sont nombreuses. L’idée, ici, n’est pas de toutes les énumérer mais d’indiquer quelques points forts de ce programme qui me paraissent intéressants.

1. L’emploi

Beaucoup de mesures proposées ont montré que la nouvelle présidente comprend très bien les enjeux économiques, comme le fait de régler dès réception les factures dues par la région aux PME ; de faciliter la trésorerie des PME ; d’accompagner les chefs d’entreprise pour leur transmission ; de renforcer l’aide à la formation des demandeurs d’emploi en investissement massivement pour pourvoir aux 100 000 emplois non pourvus ; de créer un contrat d’apprentissage pour les "seniors" ; de doubler l’aide régionale aux apprentis ; de favoriser le télétravail ; et de lancer un plan 100 000 stages pour les jeunes Franciliens dans les entreprises qui ont des aides ou un marché régionaux.

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2. L’éthique

Aucune augmentation d’impôt ne devrait être subie par les Franciliens. Pour financer son programme, Valérie Pécresse veut réduire les dépenses inutiles de fonctionnement : déménager dans des locaux moins coûteux en Seine-Saint-Denis ; réduire des deux tiers le parc automobile des élus ; supprimer l’impression papier du journal de la région (aujourd’hui à 3,5 millions d’exemplaires) au bénéfice de sa version numérique ; supprimer les postes de complaisance au siège régional ; lutter plus efficacement contre la fraude dans les transports publics qui coûte 200 millions d’euros chaque année ; instaurer une taxe pour les poids lourds en transit en Île-de-France ; et aider les communes à nettoyer les dépôts d’ordures sauvages.

Le programme s’est engagé également sur l’exemplarité : « Nous interdirons aux élus de recruter les membres de leur famille au conseil régional et de les loger dans un logement social de la région. (…) Chaque élu remplira une déclaration d’intérêts consultable par tout Francilien et ses indemnités seront réduites à due concurrence de ses absences du conseil régional. ».

3. La richesse des personnes

Valérie Pécresse a proposé que la région finance des chaires d’excellence pour attirer les plus grands chercheurs du monde ainsi que des contrats de retour en France des postdoctorants pour éviter qu’ils restent expatrié ; renforce les programmes sur fonds européens trop peu exploités par l’exécutif sortant ; ouvre les établissements scolaires le soir et les jours non travaillés pour du soutien scolaire ou des activités culturelles et sportives ; construise 25 000 logements étudiants et 3 000 places d’internat (notamment d’excellence avec un retour des bourses régionales au mérite) ; soutienne enfin le plan Campus pour hisser Saclay et Condorcet (Aubervilliers) au rang mondial ; protège les enfants en situation de handicap par un accompagnement personnalisé à chaque rentrée et fasse de 2016 l’année de la cause de l’emploi des personnes en situation de handicap ; soutienne les aidants familiaux qui accompagnent les personnes dépendantes ; investisse dans de nouvelles crèches ; combatte vraiment la drogue et l’alcool dans les lycées ; et augmente de 20% le budget culturel.

4. La sécurité

Thème que Valérie Pécresse a adapté à la suite des attentats du 13 novembre 2015, la sécurité a pris beaucoup d’importance dans ce programme malgré la faiblesse des leviers régionaux : vidéoprotection dans tous les trains et les bus ; 250 agents de police régionale supplémentaires dans les transports ; éclairage et vidéoprotection du parcours entre lycée et transports publics ; descente des bus entre deux arrêts la nuit ; et clôture de sécurité dans tous les lycées.

5. Les transports

Le programme des transports a été lui aussi très ambitieux : automatisation des lignes des métros 4, 11 et 13, et des tronçons parisiens de tous les RER ; liaison ferroviaire directe entre Paris et les aéroports (il serait temps !) ; 1 000 bus supplémentaires pour la grande couronne ajustés aux horaires des trains ; 10 000 nouvelles places de parking près des gares en grande couronne ; investissements massifs pour renforcer l’infrastructure routière aujourd’hui saturée et réduire la pollution automobile ; renforcement de l’offre en transports publics la nuit et le week-end ; maintien du Pass Navigo unique à 70 euros avec tarif spécial notamment pour les familles ; un seul ticket pour tous les modes de transports (métro, train, tramway et bus) sur le même trajet ; construction de murs anti-bruit ; et construction de pistes cyclables le long de toutes les berges franciliennes. En ce sens, elle relancera le Grand Paris.


Une région réconciliée

Valérie Pécresse avait conçu un programme solide et réaliste pour rendre la région Île-de-France plus forte et plus armée face à la crise économique. Son credo devrait être celui de tous les responsables politiques : « C’est cette ambition d’une région conquérante, exemplaire et réconciliée, qui fait respecter la loi partout, récompense le travail et l’effort, protège les plus fragiles, que je vous propose de partager. ».

Elle a maintenant les moyens d’agir avec efficacité. Je lui souhaite bonne chance dans cette ambitieuse entreprise, dans l’intérêt de tous les Franciliens.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 décembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Grand Paris.
Régionales 2015 : sursaut ou sursis ?
Les enjeux du second tour des régionales de 2015.
Valérie Pécresse.
Claude Bartolone.
Résultats des élections régionales de décembre 2015.
Le premier tour des régionales du 6 décembre 2015.
Les enjeux des élections régionales de décembre 2015.
Réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 avril 2013.
Le référendum alsacien.
Élections municipales des 23 et 30 mars 2014.
Élections européennes du 25 mai 2014.
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Élections départementales des 22 et 29 mars 2015.
Les dernières élections régionales des 14 et 21 mars 2010.
Le ni-ni Doubs.
La poussée annoncée du FN.
Le vote électronique, pour ou contre ?
Le Patriot Act à la française.
Changement de paradigme.
Mathématiques militantes.
2017, tout est possible...

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151216-pecresse.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/valerie-pecresse-nouvelle-175473

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/12/17/33074506.html


 

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 06:02

« Il faut dire les choses franchement. Oui, vous avez perdu confiance dans les politiques. C’est pourquoi chaque candidat de ma liste a signé une charte d’éthique et pris des engagements fermes pour la moralisation de la gestion régionale. » (Valérie Pécresse, novembre 2015).


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On a dit souvent que les candidats n'auraient pas grand chose à proposer et penseraient plus à la répartition de leurs postes qu'à leurs électeurs et aux habitants de leur région. Il est quand même des exceptions notables.

La région Île-de-France n’a pas suivi le mouvement général du pays. Les électeurs y ont moins voté (seulement 45,90% des 7 087 089 électeurs franciliens ont pris part au vote) et le FN n’est pas au niveau national même s’il double quand même son score entre 2010 et 2015. La grande gagnante du premier tour du 6 décembre 2015 est Valérie Pécresse (LR-UDI-MoDem) qui est arrivée largement en tête avec 30,51% des voix, suivie de Claude Bartolone (PS) avec 25,19%, soit un retard de plus de 5% et Wallerand de Saint Just (FN) avec 18,41%. Ces trois listes se maintiennent donc au second tour.

La probabilité de voir la région parisienne gérée par le FN est donc quasi-nulle (j’écris "quasi" car tant que les électeurs ne se sont pas encore prononcés, tout reste toujours possible). Le débat est donc de savoir s’il y aura renouveau ou non de la région, la plus importante de l’Europe, après dix-sept années de gestion socialiste.


Vieilles lunes socialo-écolo-communistes

Au lendemain du premier tour, le spectacle était surréaliste : Claude Bartolone, à la communication digne d’un Brejnev en fin de carrière, lisait sa joie de fusionner avec les communistes de Pierre Laurent (au silence d’enfant de chœur) et les écologistes d’Emmanuelle Cosse. Pourtant, rien ne les réunit puisque cela fait plus d’un an qu’ils ne cessent de se critiquer les uns et les autres.

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Comment peut-on imaginer que, face aux défis majeurs que représentent les attentats de Paris ou encore la vague nationale du FN qui pourrait dévaster tout le paysage politique, comment peut-on encore imaginer que l’alliance avec les archéo-communistes soit une réponse rassurante pour les électeurs ? Claude Bartolone a, à l’évidence, quarante ans de retard. Il se crois encore du temps du programme commun. Et comment les écologistes peuvent-ils faire confiance au bétonneur qu’il fut à la tête de la Seine-Saint-Denis ?

Notons au passage que l’écologiste Jean-Vincent Placé, démissionnaire de son parti EELV, sénateur car élu comme premier de la liste du PS dans l’Essonne le 25 septembre 2011, deuxième vice-président du conseil régional chargé des transports à l’issue des élections régionales de mars 2010, n’était pas présent au premier tour sur la liste EELV mais sur la liste PS en position éligible même en cas d’échec.


Absence de projet régional au PS malgré 17 ans aux commandes

L’absence de leadership assumé, disputé initialement par Jean-Paul Huchon, Marie-Pierre de La Gontrie et Benoît Hamon, a vidé de tout contenu la campagne des socialistes.

Le PS en Île-de-France table sur une logique arithmétique, additionner des serviettes et des torchons, en comptabilisant les 6,63% du PCF et les 8,03% de EELV, ce qui donnerait un total supérieur à l’ensemble des électeurs de Valérie Pécresse et éventuellement de Nicolas Dupont-Aignan (qui, prudemment, n’a donné aucune consigne de vote). Mais les électeurs n’appartiennent pas aux états-majors des apparatchiks, et si la logique arithmétique s’appliquait aux élections, ça se saurait ! Et l’issue du second tour dans la PACA ou du Nord-Pas-de-Calais-Picardie ne serait d’aucun suspens dramatique non plus (même si certains sondages semblent calmer le "jeu").

La vérité, c’est que Claude Bartolone, arrivé comme un cheveu sur la soupe régionale très récemment (ce serait difficile de parler de parachutage pour l’Île-de-France !), n’a aucun programme et ne peut pas en avoir un cohérent avec cette fusion qui fait l’alliance de la chèvre et du chou dont le seul objectif est de sauver des postes ! Le seul projet politique cohérent et rationnel est porté par Valérie Pécresse. Cela fait plusieurs années qu’elle l’a travaillé, qu’elle l’a peaufiné, qu’elle est prête.

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Une femme, jeune, dynamique, intelligente, expérimentée, grande connaisseuse des finances publiques et de l’excellence universitaire, avec une équipe tout aussi dynamique et compétente tournera avec avantage la page de la gestion de copinage de Jean-Paul Huchon que Claude Bartolone voudrait faire perdurer. Toute voix qui n’irait pas sur ses listes, c’est-à-dire, toute voix perdue dans l’abstention ou le vote blanc, ou toute voix pour les listes du FN qui ne sont pas en mesure de gagner dans cette région, est une voix qui renforce le maintien de cette gestion socialiste qui a fait augmenter le nombre de demandeurs d’emploi franciliens de 188 000 en cinq ans.

Alors, intéressons-nous à Valérie Pécresse, son parcours et son programme, car rappelons-le aussi : en Île-de-France, ce fut la seule candidate qui a parlé de son programme régional et uniquement de son programme régional, sans se dissiper dans des considérations nationales voire internationales. Et une femme présidente de région, finalement, cela reste encore très rare dans cette France de 2015 qui se veut ouverte à la parité et aux femmes mais qui, dans les faits, est archaïque (les femmes n’ont eu le droit de voter qu’en 1945, un siècle et demi après la Révolution !).


Une personnalité brillante et dynamique

À 48 ans, Valérie Pécresse s’est totalement débridée pendant cette campagne des régionales. Elle considère qu’elle est "assez grande" pour dire crûment ce qu’elle pense sans se lier avec la supposée irremplaçable langue de bois. Spécialiste des questions familiales et des problèmes que rencontrent les réfugiés syriens, elle avait déjà lancé un cri d’alarme dès juillet 2014 pour aider les chrétiens d’Orient qui étaient massacrés en Syrie et en Irak. C’est dans la capacité à anticiper les grands problèmes d’une époque qu’un homme ou une femme d’État peut s’affirmer. Catholique pratiquante, elle a défendu très tôt la laïcité, seule méthode possible du vivre ensemble, au point de venir soutenir le 27 octobre 2014 la crèche Baby Loup en difficulté financière.

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Elle a donné aussi des preuves de son authenticité : auditrice au Conseil d’État en 1992, elle a démissionné de la haute fonction publique en novembre 2015 pour se consacrer à la vie politique sans parachute doré (elle est l’une des très rares à l’avoir fait, avec Bruno Le Maire). Elle démissionnera de son mandat de députée des Yvelines dès son élection à la présidence du conseil régional, devançant ainsi l’obligation légale repoussée à 2017. Il est bon de rappeler, pour la comparaison, que Claude Bartolone est aussi député et même Président de l’Assemblée Nationale et que s’il était élu à la région, il n’aurait pas du tout l’intention de démissionner de son mandat de député, même s'il a dû concéder le 9 décembre 2015 qu'il devrait quand même quitter le perchoir (Jean-Marc Ayrault piaffe d'impatience). Comprenne qui pourra.


Hyper-diplômée et au service de ses convictions

Très brillante élève (au point d’apprendre le russe à 15 ans dans un camp de jeunes en Crimée ; elle parle aussi le japonais), elle a fait la prépa Ginette à Versailles puis est diplômée de HEC et de l’ENA (HEC ENA, comme François Hollande !). Elle est sortie de l’ENA vice-major. Mariée et mère de trois enfants, elle a intégré le prestigieux Conseil d’État et a donné des cours de droit constitutionnel à l’IEP Paris et à HEC.

Considérée politiquement comme une "bébé Chirac" parce qu’elle est devenue conseillère à l’Élysée de juillet 1998 à juin 2002 (elle avait aussi été sollicitée dans le camp d’en face, à Matignon, par Lionel Jospin). Sa famille était liée à celle de Jacques Chirac en raison des graves problèmes de santé d’une fille du Président. Succédant au député RPR sortant Franck Borotra, Valérie Pécresse a été élue députée des Yvelines en juin 2002, réélue en juin 2007 (dès le premier tour) et en juin 2012 (en 2002, elle avait aussi pour adversaire le général Philippe Morillon, proche de François Bayrou). Elle fut élue conseillère régionale d’Île-de-France en mars 2004 sur la liste de Jean-François Copé, puis, comme tête de liste, réélue en mars 2010 et présidente du groupe de l’opposition pendant cinq ans.

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Son activité parlementaire a été tellement efficace qu’Alain Juppé, alors président de l’UMP, déclara à son propos dès 2002 : « Elle a vocation à entrer dans un gouvernement. ». Ce qui fut fait durant tout le quinquennat de Nicolas Sarkozy (après avoir attendu pour le dernier gouvernement de Jean-Pierre Raffarin et celui de Dominique de Villepin) : elle fut Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche du 18 mai 2007 au 29 juin 2011, c’est elle qui lança le plan Campus de 5 milliards d’euros pour développer dix pôles universitaires majeurs en France, puis Ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l’État ainsi que porte-parole du gouvernement du 29 juin 2011 au 10 mai 2012.

Didier Migaud, Premier Président de la Cour des Comptes (et ancien député PS) a reconnu le 23 avril 2014 que l’année 2011 avait été la meilleure année de maîtrise de la dépense publique depuis vingt ans. C’est aussi le thème régional de prédilection de Valérie Pécresse pour ces élections régionales : ne pas augmenter les impôts  mais financer la réforme du Pass Navigo (qui coûte dans les 400 millions d’euros non financés par le conseil régional sortant) par des réductions de dépenses dans le train de vie du conseil régional.


Parmi les femmes qui comptent réellement dans la vie politique

Valérie Pécresse fait donc maintenant partie des personnes à très grand potentiel pour les prochaines années, d’autant plus qu’elle fut l’une des rares ministres à avoir réalisé avec succès la réforme des universités (loi n°2007-1199 du 10 août 2007), l’idée étant de les rendre plus autonomes et de leur permettre d’avoir d’autres fonds que publics, en particulier par des collaborations avec des grandes entreprises et par la défiscalisation des dons. Une grande partie des universitaires était initialement très opposée pour des raisons idéologiques mais tout le monde a aujourd’hui largement accepté cette réforme qui offre un grand développement et une valorisation des atouts d’enseignement et de recherche. Le succès de cette réforme, l’une des plus réussies et abouties des réformes du quinquennat de Nicolas Sarkozy, est surtout le résultat de la détermination et ténacité de Valérie Pécresse face à la contestation.

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Lors de la bataille entre François Fillon et Jean-François Copé à la tête de l’UMP en novembre 2012, Valérie Pécresse avait soutenu ardemment le premier et était, à ce titre, candidate au poste de secrétaire générale. Elle reste toujours proche de François Fillon (c’est un autre filloniste, Jérôme Chartier, qui est aujourd’hui en charge du projet régional) et elle a réussi le tour de force (unique) de réunir le dimanche 27 septembre 2015, au Pavillon Baltard à Nogent-sur-Marne, tous les leaders de la droite et du centre dans un meeting commun : Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon, Jean-Christophe Lagarde, Marielle de Sarnez, Bruno Le Maire, etc. après avoir fédéré autour de son leadership l’ensemble des formations de l’opposition parlementaire.


Programme régional

S’il y a bien un élément escamoté terriblement dans ces élections, c’est la campagne électorale, interrompue après les attentats de Paris et l’état d’urgence, et polluée par des considérations nationales (en particulier sur les réfugiés et sur la sécurité) qui ne correspondent pas aux attributions des régions (au sens de la loi n°2015-29 du 16 janvier 2015).

Pourtant, Valérie Pécresse fait partie des rares candidats, en Île-de-France, à n’avoir parlé que de ses projets pour la région. Et ils sont nombreux. L’idée, ici, n’est pas de tous les énumérer mais d’indiquer quelques points forts de ce programme qui me paraissent intéressants.

1. L’emploi

Beaucoup de mesures proposées montrent que la candidate comprend très bien les enjeux économiques, comme le fait de régler dès réception les factures dues par la région aux PME ; de faciliter la trésorerie des PME ; d’accompagner les chefs d’entreprise pour leur transmission ; de renforcer l’aide à la formation des demandeurs d’emploi en investissement massivement pour pourvoir aux 100 000 emplois non pourvus ; de créer un contrat d’apprentissage pour les "seniors" ; de doubler l’aide régionale aux apprentis ; de favoriser le télétravail ; et de lancer un plan 100 000 stages pour les jeunes Franciliens dans les entreprises qui ont des aides ou un marché régionaux.

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2. L’éthique

Aucune augmentation d’impôt ne sera subie par les Franciliens. Pour financer son programme, Valérie Pécresse veut réduire les dépenses inutiles de fonctionnement : déménager dans des locaux moins coûteux en Seine-Saint-Denis ; réduire des deux tiers le parc automobile des élus ; supprimer l’impression papier du journal de la région (aujourd’hui à 3,5 millions d’exemplaires) au bénéfice de sa version numérique ; supprimer les postes de complaisance au siège régional ; lutter plus efficacement contre la fraude dans les transports publics qui coûte 200 millions d’euros chaque année ; instaurer une taxe pour les poids lourds en transit en Île-de-France ; et aider les communes à nettoyer les dépôts d’ordures sauvages.

Le programme s’engage également sur l’exemplarité : « Nous interdirons aux élus de recruter les membres de leur famille au conseil régional et de les loger dans un logement social de la région. (…) Chaque élu remplira une déclaration d’intérêts consultable par tout Francilien et ses indemnités seront réduites à due concurrence de ses absences du conseil régional. ».

3. La richesse des personnes

Valérie Pécresse propose que la région finance des chaires d’excellence pour attirer les plus grands chercheurs du monde ainsi que des contrats de retour en France des postdoctorants pour éviter qu’ils restent expatrié ; renforce les programmes sur fonds européens trop peu exploités par l’exécutif sortant ; ouvre les établissements scolaires le soir et les jours non travaillés pour du soutien scolaire ou des activités culturelles et sportives ; construise 25 000 logements étudiants et 3 000 places d’internat (notamment d’excellence avec un retour des bourses régionales au mérite) ; soutienne enfin le plan Campus pour hisser Saclay et Condorcet (Aubervilliers) au rang mondial ; protège les enfants en situation de handicap par un accompagnement personnalisé à chaque rentrée et fasse de 2016 l’année de la cause de l’emploi des personnes en situation de handicap ; soutienne les aidants familiaux qui accompagnent les personnes dépendantes ; investisse dans de nouvelles crèches ; combatte vraiment la drogue et l’alcool dans les lycées ; et augmente de 20% le budget culturel.

4. La sécurité

Thème que Valérie Pécresse a adapté à la suite des attentats du 13 novembre 2015, au contraire de Claude Bartolone qui n’a pas bougé d’un iota sa position malgré les 130 victimes assassinées, la sécurité a pris beaucoup d’importance dans ce programme malgré la faiblesse des leviers régionaux : vidéoprotection dans tous les trains et les bus ; 250 agents de police régionale supplémentaires dans les transports ; éclairage et vidéoprotection du parcours entre lycée et transports publics ; descente des bus entre deux arrêts la nuit ; et clôture de sécurité dans tous les lycées.

5. Les transports

Le programme des transports est très ambitieux : automatisation des lignes des métros 4, 11 et 13, et des tronçons parisiens de tous les RER ; liaison ferroviaire directe entre Paris et les aéroports (il serait temps !) ; 1 000 bus supplémentaires pour la grande couronne ajustés aux horaires des trains ; 10 000 nouvelles places de parking près des gares en grande couronne ; investissements massifs pour renforcer l’infrastructure routière aujourd’hui saturée et réduire la pollution automobile ; renforcement de l’offre en transports publics la nuit et le week-end ; maintien du Pass Navigo unique à 70 euros avec tarif spécial notamment pour les familles ; un seul ticket pour tous les modes de transports (métro, train, tramway et bus) sur le même trajet ; construction de murs anti-bruit ; et construction de pistes cyclables le long de toutes les berges franciliennes.


Une région réconciliée

Valérie Pécresse a conçu un programme solide et réaliste pour rendre la région Île-de-France plus forte et plus armée face à la crise économique. Son credo devrait être celui de tous les responsables politiques : « C’est cette ambition d’une région conquérante, exemplaire et réconciliée, qui fait respecter la loi partout, récompense le travail et l’effort, protège les plus fragiles, que je vous propose de partager. ».

Franchement, qui, mieux qu’elle, dans l’offre électorale du 13 décembre 2015 en Île-de-France, saurait réussir dans cette ambitieuse entreprise ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 décembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Valérie Pécresse.
Claude Bartolone.
Résultats des élections régionales de décembre 2015.
Le premier tour des régionales du 6 décembre 2015.
Les enjeux des élections régionales de décembre 2015.
Réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 avril 2013.
Le référendum alsacien.
Élections municipales des 23 et 30 mars 2014.
Élections européennes du 25 mai 2014.
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Élections départementales des 22 et 29 mars 2015.
Les dernières élections régionales des 14 et 21 mars 2010.
Le ni-ni Doubs.
La poussée annoncée du FN.
Le vote électronique, pour ou contre ?
Le Patriot Act à la française.
Changement de paradigme.
Mathématiques militantes.
2017, tout est possible...

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151210-valerie-pecresse.html

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/valerie-pecresse-une-presidente-175246

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/12/10/33074625.html


 

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 06:00

« Est-ce que votre méthode de gouvernement est désormais la godille, l’improvisation et le zigzag permanent ? » (Guillaume Larrivé, 4 novembre 2015 au Palais-Bourbon).


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Le gouvernement de Manuel Valls ne rate aucune occasion de réduire les dépenses de l’État ou d’augmenter les recette de l’État, ce qui, sur le principe, va dans le sens d’un assainissement des finances publiques que le début du quinquennat de François Hollande a particulièrement mises à mal. Cela n’empêche pas le pouvoir, à la fin de ce quinquennat, de plaider l’héritage du sarkozysme, héritage qui, pourtant, a laissé des finances publiques, compte tenu de la grave crise de septembre 2008, dans un état qui a reçu le "quitus" de bonne gestion de la part de la Cour des Comptes présidée par le socialiste Didier Migaud dans son rapport publié le 2 juillet 2012 commandé par Jean-Marc Ayrault.

Le tout, c’est de prendre ces mesures impopulaires dans la plus grande discrétion possible. Hélas pour ce gouvernement, parfois, ébruitées par des parlementaires pointilleux, elles génèrent une telle mousse médiatique qu’il lui faut alors faire machine arrière et trouver d’autres moyens de réduire le déficit public. Augmentation de la TVA sur les serviettes hygiéniques, réduction (scandaleuse) de l’allocation adulte handicapé (AAH), maintien pour la troisième année de la suppression de la demi-part des veuves (décidée sous la quinquennat précédent mais découverte semble-t-il seulement trois ans et demi après être arrivé au pouvoir), augmentation de la taxe diesel qui va reprendre dans une poche ce que l’impôt sur le revenu aurait généreusement laissé dans l’autre poche, réduction des dotations des collectivités locales, etc.

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Pour exprimer un tel mécontentement, la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée Nationale était sans doute la plus indiquée, parce qu’elle est la plus médiatique des séances. Un député de l’opposition a donc pris la parole pour ironiser sur cette politique fiscale incohérente, sans vision, sans horizon, sans préparation. Il faut bien admettre que ses tirades n’auront eu aucun effet, qu’elles ne sont pas très constructives, que c’était un simple jeu de rôle, mais il a pris date, il a pris marque et il a pris marque avec brio. Il s’agit du député LR de l’Yonne, Guillaume Larrivé (38 ans) qui est, à n’en pas douter, d’un grand potentiel, une graine de ministre. Une sorte d’Emmanuel Macron de l’opposition. Le député Dominique Dord s’était prêté à ce même exercice il y a deux ans et demi, le 28 mai 2013.

Présentons rapidement la personnalité : IEP, ESSEC et ENA, maître de requêtes au Conseil d’État, avocat, conseiller du ministre Nicolas Sarkozy à l’Intérieur de 2005 à 2007 puis conseiller du ministre Brice Hortefeux de 2007 à 2011, puis conseiller à l’Élysée de 2011 à 2012. Il a été élu conseiller régional de Bourgogne en mars 2010 et député de l’Yonne en juin 2012 (succédant à l’historique Jean-Pierre Soisson dont il était le suppléant) et a déjà beaucoup travaillé en multipliant les rapports parlementaires, notamment sur l’islamisme radical en prison et sur la lutte contre le cyber-djihadisme. Il a été nommé par Nicolas Sarkozy en décembre 2014 secrétaire national de l’UMP puis LR chargé de la réforme des institutions. En mars 2014, il a raté de peu (48,9%) les élections municipales à Auxerre face au maire socialiste sortant qu’il avait battu aux législatives de 2012.

Dans la séance de questions au gouvernement du 4 novembre 2015, Guillaume Larrivé s’est donc adressé directement au Premier Ministre Manuel Valls : « Permettez-moi une confidence : il est parfois assez difficile de comprendre quelle est la logique , la cohérence de votre politique économique, budgétaire et fiscale. Il y a quelques jours, vous avez vous-même déclaré que François Hollande et Jean-Marc Ayrault avaient, au début du quinquennat, provoqué des dégâts considérables. Merci de cet aveu et de ce premier éclair de lucidité. Mais depuis que vous êtes Premier Ministre, cela continue : 14 milliards d’euros d’impôts supplémentaires ont été prélevés sur les ménages en 2014 et en 2015 ; le bombardement fiscal affaiblit la France, tue les entreprises et appauvrit les classes moyennes. ».

Puis, de pointer du doigt les incohérences gouvernementales : « Nous assistons à un véritable festival budgétaire et fiscal, avec chaque jour des épisodes de plus en plus originaux. Ainsi, le Secrétaire d’État au budget, pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, demande à certains contribuables de ne pas payer les impôts qu’il a lui-même fait voter. La Ministre des Collectivités locales demande aux députés de rejeter la réforme de la dotation globale de fonctionnement qu’elle a elle-même présentée. Et, ce matin, le porte-parole du gouvernement demande que le Parlement rejette la réforme de l’allocation adulte handicapé que vous-même proposez. La vérité, monsieur le Premier Ministre, c’est que nous assistons, éberlués, à une sorte de happening permanent où ce qui est annoncé le matin est contredit l’après-midi avant d’être démenti le soir. ».

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Sa question fut donc très polémique : « Y a-t-il un pilote dans l’avion à l’Élysée ou à Matignon, ou bien est-ce que votre méthode de gouvernement est désormais la godille, l’improvisation et le zigzag permanent ? ».

Comme dans son habitude, Manuel Valls ne s’est pas dérobé et a répondu lui-même en revenant encore une fois sur le bilan du quinquennat précédent (en omettant les conséquences budgétaires de la crise de 2008) alors que les gens veulent avant tout avoir une visibilité de leur avenir, pas d’un passé impossible de toute façon à modifier. Ce passéisme est d’ailleurs très significatif de ce gouvernement aux abois, l’argument de mauvaise foi quand on n’a rien à dire sur la cohérence de sa propre politique budgétaire, sur sa propre vision du futur.

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Pour justifier ses nombreuses reculades, Manuel Valls a parlé d’écoute de la société : « Réformer n’est pas à confondre avec vitesse et précipitation ; c’est savoir écouter, et corriger si nécessaire. Nous dialoguons avec la société, avec les partenaires sociaux, avec le Parlement. (…) Notre responsabilité, celle du gouvernement et de la majorité, c’est de prendre de bonnes décisions pour préparer l’avenir du pays, et parfois pour réparer les choix politiques du passé. ». C’est à ce moment-là qu’un député LR (Michel Herbillon) lui a lancé : « Personne ne vous croit ! ».

Manuel Valls a terminé son intervention comme un écolier d’école primaire en disant en gros "c’est celui qui dit qui est" : « Ceux qui sont les amateurs l’ont prouvé quand ils gouvernaient ; ceux qui trompent et qui mentent aux Français, c’est vous, parce que vous ne leur dites pas la vérité sur votre projet. ».

On dirait que Manuel Valls a déjà pris acte qu’il serait dans l’opposition, puisqu’il apporte plus d’importance au projet de l’opposition à son propre projet de loi de finances, et considère déjà que la droite et le centre seraient au pouvoir dans un bref temps. C’est peut-être sa seule vision à peu près cohérente de l’avenir du pays…

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Dans la même séance dans l’hémicycle, Rémi Delatte (59 ans), agriculteur et député LR de la Côte-d’Or depuis juin 2007, a enfoncé le clou sur la politique fiscale : « Votre politique fiscale, faite d’un matraquage permanent et de rétropédalages récurrents n’apporte aucun résultat tangible en matière de croissance. Pire, elle ne réduit que de très peu les inégalités entre nos concitoyens, alors que c’est votre mantra, votre prétexte pour assommer toujours plus les classes moyennes. Tout cela, nous vous le disons depuis plus de trois ans, et vous le balayez d’un revers de la main. ».

Rémi Delatte a voulu lui aussi assommer avec les statistiques de l’iNSEE (publiées la veille, le 3 novembre 2015) : « D’une part, les hausses massives d’impôts que vous avez décidées depuis 2012 plombent le niveau de vie des ménages. En effet, pour 4,8 millions de ménages que vous présentez comme gagnants, ce sont 19 millions de foyers qui sont perdants. D’autre part, votre politique dite de justice sociale ne fait plus illusion : hausse de l’impôt sur le revenu et des cotisations retraite, fiscalisation des mutuelles et majoration de 10% pour charges de famille. Toutes ces attaques contre le pouvoir d’achat des ménages amplifient la colère sociale sans réduire significativement l’écart de niveau de vie entre nos compatriotes. ».

Et de décrire et fustiger l’angle de défense du gouvernement : « Face à cela, vous avez toujours la même parade, l’héritage de vos prédécesseurs. L’épisode de la découverte, en plein débat budgétaire, de milliers de petits retraités soumis aux impôts locaux en est le dernier exemple. La faute à l’ancienne majorité ? Mais qui, sinon vous, a augmenté les impôts de 50 milliards d’euros depuis 2012 ? Ces augmentations sont bien de votre fait, elles sont de votre responsabilité. (…) Quand allez-vous avoir une vision juste et cohérente de la politique fiscale dans notre pays ? ».

À ce député, c’est Christian Eckert, Secrétaire d’État chargé du Budget, qui a répondu très mollement : « Oui, des questions peuvent se poser sur les efforts qui ont pu être demandés par les uns et par les autres, nous avons souvent ce type de débats. Ce que j’observe, c’est que, depuis deux ans, nous sommes passés à une phase non pas de stabilisation de l’impôt sur le revenu, mais de redistribution (…). ».

Ce n’est pas un hasard si le Front national bénéficie aujourd’hui d’intentions de vote très flatteuses aux élections régionales dans un mois (le FN se retrouverait au premier rang dans le Nord-Picardie et en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne au premier tour). À force de prendre les contribuables français pour des vaches à lait, les électeurs français se rebiffent…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 novembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dominique Dord.
Nicolas Sarkozy.
Manuel Valls.
François Hollande.
Fais-moi peur !
Bilan du quinquennat Sarkozy.
Le monde des bisounours.
Tout est possible en 2017…
Mathématiques militantes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151104-guillaume-larrive.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/guillaume-larrive-y-a-t-il-un-173847

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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 09:37

Né le 20 mai 1942 à Pompey, près de Nancy, Hubert Haenel fut issu d'une famille nombreuse modeste, catholique et ancien scout (Sanglier fonceur). En faisant des petits boulots, il a réussi à entrer à l'École nationale de la magistrature et en sortit major/ Il fut magistrat, colonel de réserve dans la gendarmerie, administrateur de la SNCF. Il est l'auteur d'une douzaine de livres sur la justice, l'armée, la décentralisation, les transports, l'Europe, etc. Engagé dans la vie politique alsacienne, il fut élu maire de Lapoutroie de 1977 à 2001 et sénateur du Haut-Rhin de 1986 à 2010, inscrit au groupe RPR puis UMP. Favorable à la décentralisation et à la construction européenne, il fut membre de la Convention européenne présidée par Valéry Giscard d'Estaing et présida la commission des affaires européennes du Sénat de 2008 à 2010. Le 24 février 2010, il fut nommé membre du Conseil Constitutionnel, par Gérard Larcher, Président du Sénat, au même moment que Jacques Barrot.

SR
 

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 09:56

Né le 16 août 1940 à Paris, François Kosciusko-Morizet fut le fils du résistant et ambassadeur Jacques Kosciusko-Morizet et le petit-fils d'André Morizet, ancien maire de Boulogne-Billancourt. Il fut diplômé de Polytechnique, des Ponts et Chaussées et de Science Po Paris. Il fut conseiller technique dans des cabinets ministériels, auprès d'Albin Chalandon, Olivier Guichard et Roger Galley. Après divers postes à l'Équipement et à l'Industrie, il travailla pour Framatome, puis Technip (dont il fut le directeur général), puis Setec. Il fut élu maire UMP de Sèvres de 1995 à 2014, conseiller régional d'Île-de-France de 2004 à 2006, conseiller général des Hauts-de-Seine de 2006 à 2015 (vice-président du Conseil général de 2008 à 2015), vice-président de Paris Métropole. Il a eu de nombreuses autres fonctions publiques (comme commissaire du gouvernement pour les ports autonomes de la Seine). Il fut par ailleurs le père de quatre enfants, dont l'ancienne ministre Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) et de Pierre Kosciusko-Morizet, fondateur de PriceMinister. Son dernier fils Étienne se suicida en 2012 (à l'âge de 25 ans).

SR

 

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 07:07

« Certains me disaient (…) que tu avais le sens de l’État. Bigre ! Je n’irais pas jusque-là, mais disons qu’il est exact que tu savais prendre tes responsabilités. (…) Tu croyais que Balladur t’aurait nommé Premier Ministre ? Naïf que tu es. Jamais il ne l’aurait fait. Tu n’es pas de son monde. Tu lui aurais fait honte avec tes manières de soudard. (…) Il aurait été capable de t’obliger à porter ses horribles costumes trois boutons qu’il fait fabriquer en Angleterre et qui lui vont si mal. Tu t’imagines cintré dans une veste trois boutons. Je ris à l’avance de la tête que ferait le tailleur en contemplant ton ventre et tes épaules. » ("Lettre apocryphe de Jacques Chirac à Charles Pasqua" publiée dans "Les Échos" le 31 juillet 1995 et rédigée par …Nicolas Sarkozy).


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Légende sulfureuse. On ne prête jamais qu’aux riches. En insistant beaucoup sur son passé au SAC, le Service d’action civique, organisation paragaulliste chargée de protéger De Gaulle et de combattre l’OAS, qui a très mal tourné, dissoute le 3 août 1982 à la suite de la tuerie d’Auriol (six personnes d'une même famille furent assassinées le 18 juillet 1981), les contempteurs de Charles Pasqua n’ont pas hésité à cracher sur ce qui fondait son action.

Pourtant, il ne faut pas oublier un élément biographique : Charles Pasqua a quitté le SAC le 3 octobre 1969 parce que justement, il prenait trop de place politique dans l’organisation créée le 15 décembre 1959 et à laquelle il avait adhéré en fin 1962. Par ailleurs, il avait été convaincu par Georges Pompidou de se présenter aux élections législatives des 23 et 30 juin 1968 et a été élu face à un communiste. Sa vie a pris donc une direction très différente d’autres du SAC même s'il a cultivé toute sa vie des réseaux multiples parfois troubles (notamment en Afrique). Il avait coutume de dire : « On ne comprend rien de moi si l’on ne comprend pas que je suis un militant. ».

Joseph Macé-Scaron, qui a critiqué avec raison l'incohérence de la plupart des éditorialistes qui encensaient le souverainisme de Pasqua mais vouaient aux gémonies celui de Tsipras, a décrit ainsi ce Pasqua contrasté de l'ombre et de la lumière : « Charles Pasqua incarnait à merveille tous les paradoxes du gaullisme. Ce mélange de conviction, de verbe haut, de déclarations fracassantes et de coups tordus, de tractations, de traîtrises cachés dans les plis du grand drapeau tricolore frappé de la croix de Lorraine. » ("Marianne" le 3 juillet 2015).

Charles Pasqua a marqué de son empreinte et de sa voix une quarantaine d’années de la vie parlementaire et plus généralement de la vie politique française jusqu’à atteindre l’un des plus hauts niveaux de l’État, le Ministère de l’Intérieur. Très contesté pour ses lois qui réformaient le code de la nationalité, n'hésitant pas à prendre des postures que Patrick Buisson n'aurait pas désapprouvées, tous ses succeseurs ont néanmoins reconnu qu'il avait modernisé ce ministère, avec des procédures pour lutter contre le terrorisme qui montrent chaque jour leur efficacité, même si… cela n’empêche pas tous les attentats.

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Son seul Président de la République de tutelle lorsqu’il était Place Beauvau, c’était : « François Mitterrand, qui avait une certaine estime pour moi, disait que j’étais un bon républicain, comme si j’avais eu besoin d’un brevet présidentiel pour m’en convaincre ! » et de continuer : « J’éprouvais cependant pour lui [François Mitterrand] de la considération ; son intelligence, sa grande culture, ses connaissances de la histoire politique étaient incontestables. Ses capacités manœuvrières me fascinaient, les miennes ne le laissaient pas indifférent » (2008).

Et des capacités manœuvrières, indéniablement, Charles Pasqua en a eu beaucoup et les a mises au service du parti gaulliste. Des capacités d’organisation, de mobilisation aussi, et un sens intuitif de l’esprit populaire. Probablement un anti-Giscard dans sa personnalité, et aussi politiquement puisque Charles Pasqua a mobilisé toutes ses forces militantes (c’est un secret de Polichinelle maintenant) pour faire élire François Mitterrand le 10 mai 1981, ce qui garantissait à son poulain Jacques Chirac un boulevard à droite et aussi au centre (que Charles Pasqua méprisait beaucoup).

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Trois exemples qui ont montré les qualités organisationnelles extraordinaires de celui qui fut comparé pas sans flatterie à Lucien Bonaparte : la manifestation du 30 mai 1968 pour soutenir le Général De Gaulle aux Champs-Élysées (au moins 400 000 personnes, peut-être un million) qui a complètement retourné la situation et mis fin à la révolte étudiante (c’est aussi Charles Pasqua qui conseilla à De Gaulle de parler à la radio et pas à la télévision, ainsi qu’à 16 heures et pas à 20 heures, pour rendre son intervention plus dramatique). Les deux autres exemples concernent la victoire obtenue de Jacques Chirac sur les barons du gaullisme : le 14 décembre 1974 où Jacques Chirac a réussi à conquérir le secrétariat général de l’UDR, et le 5 décembre 1976 avec la fondation du RPR et Jacques Chirac désigné président. L’ouvrage était si précisément réalisé que la salle était acquise à Jacques Chirac et que les rapports de force en interne avaient été minutieusement anticipés par Charles Pasqua (expert en mathématiques militantes).

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Charles Pasqua a fait partie du trio "infernal" qui a conseillé pendant plusieurs années Jacques Chirac, avec Pierre Juillet et Marie-France Garaud. Bernadette Chirac a mis son mari le dos au mur après son échec aux élections européennes du 7 juin 1979, quand elle lui a lancé l’ultimatum de choisir entre eux et elle. Charles Pasqua fut un rescapé de Bernadette, trop indispensable à Jacques Chirac pour ses conquêtes électorales (comme la mairie de Paris en mars 1977).

Et ce qui caractérisait Charles Pasqua, c'était avant tout sa fidélité dès novembre 1942 au Général De Gaulle. Être résistant à 15 ans n’est pas très fréquent : « L'essentiel, c'est la capacité de refuser ce qui apparaît au plus grand nombre inévitable. » (France Info le 5 juin 2015),

Lorsqu’il s’est retrouvé député à la fin de la période gaullienne, il voulait soutenir activement l’homme qui serait le plus apte à prendre la relève gaulliste. Il a découvert en Jacques Chirac toutes les qualités requises. Jusqu’en 1988 et l’échec présidentiel. Une période d’une vingtaine d’années qui a fait de la relation entre Jacques Chirac et Charles Pasqua une relation pas seulement politique mais aussi très affective. Charles Pasqua était en quelque sorte le grand frère de Jacques Chirac.

Parmi les réalisations étonnantes de Charles Pasqua, il y a eu aussi le Silvio Berlusconi en version politique. C’est lui en effet qui l’aida à créer Forza Italia et à en faire un véritable parti politique. Un coach assez efficace puisque Silvio Berlusconi fut élu quatre fois à la tête du gouvernement italien au cours d’une carrière politique qui dura une vingtaine d’années malgré les nombreuses controverses qu'il a suscitées. Pour comprendre ses motivations, on peut sans doute citer l’amitié qui liait les deux hommes depuis les années 1980 (malgré la proximité de Berlusconi avec les socialistes italiens et français ; François Mitterrand lui avait offert la cinquième chaîne de téléviion le 20 novembre 1985), la satisfaction intellectuelle de continuer à influencer dans la vie politique européenne, mais aussi sa connaissance du monde économique (il a grimpé toute la hiérarchie du producteur de pastis Pernod-Ricard pour en devenir le grand directeur commercial), c’est très rare dans la classe politique française où le parcours traditonnel est plutôt d’avoir été grand commis de l’État, haut fonctionnaire passé par le moule des grandes écoles (ENA, Normale sup, X, HEC, etc.), en pantouflant le cas échéant dans une grande entreprise publique ou une banque (comme ce dernier en date).

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Après 1988, Charles Pasqua ne croyait plus aux chances de Jacques Chirac et a trouvé en Philippe Séguin le nouveau meilleur représentant du gaullisme tel qu’il l’imaginait. Mais lorsqu’il a retrouvé le Ministère de l’Intérieur, sur l’insistance de celui qu’il considérait comme son plus grand rival pour conseiller Jacques Chirac, à savoir Édouard Balladur, il a appris à  connaître ce nouveau Premier Ministre, à comprendre que lui aussi agissait selon l’intérêt de l’État, parfois avec un courage politique plus marqué que Jacques Chirac, si bien qu’il a préféré le soutenir en 1995 à faire campagne pour Jacques Chirac (promis à l'échec).

Certains de ses proches avaient même encouragé Charles Pasqua à se présenter à l’élection présidentielle de 1995. Dans un sondage qui ne fut pas publié (témoignage de William Abitbol), s’ils avaient été présents tous les trois au premier tour, Balladur aurait fait 11%, Chirac 10% et Pasqua 9%, à froid, hors campagne, et donc, une campagne présidentielle aurait été jouable. Mais Charles Pasqua avait assez d’intuition électorale pour comprendre qu’il n’était pas pertinent de se présenter, car cela aurait rendu difficile la présence d’un candidat gaulliste au second tour (au profit du FN).

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L’élection de Jacques Chirac a favorisé sa prise d’indépendance dans son combat contre l’Europe (même s’il n’a pas réussi à mobiliser beaucoup de monde contre le Traité d’Amsterdam signé le 2 octobre 1997). Le sommet de sa dissidence a été son alliance avec Philippe de Villiers aux élections européennes du 13 juin 1999 où il dépassa de plus de 41 000 voix la liste RPR dirigée par Nicolas Sarkozy (avec respectivement 13,1% et 12,8% des voix), toutes les deux arrivées derrière la liste socialiste menée par ...François Hollande (au score très faibe pour un parti au pouvoir, 21,9%), et la création le 21 novembre 1999 d’un nouveau parti, le Rassemblement pour la France (RPF), mais l’alliance De Villiers-Pasqua éclata dès l’année suivante (le 19 juillet 2000), et le mouvement a repris de l'activité le 7 septembre 2002 avec Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan. Charles Pasqua fut par ailleurs très seul dans sa campagne pour le "non" lors du référendum du 24 septembre 2000 instituant le quinquennat même s'il avait raison de douter de l'intérêt d'une accélération de la vie politique.

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Charles Pasqua a considéré que c’était à partir de sa victoire aux européennes (juin 1999) que Jacques Chirac a pris peur et a véritablement voulu l’abattre politiquement, car il devenait un danger pour la réélection en 2002. Ce serait pour cette raison qu’il n’aurait pas pu réunir assez d’élus pour parrainer sa candidature (sa campagne présidentielle fut donc très courte, du 29 janvier au 4 avril 2002). Sa candidature aurait probablement bouleverser l'ordre d'arrivée le 21 avril 2002 et permit l'élection de Lionel Jospin. Il était aussi convaincu d’avoir été victime d’un acharnement judiciaire de la part des chiraquiens (il citais Dominique de Villepin et Alain Juppé). De la dizaine d’affaires judiciaires ouvertes depuis quinze ans, pourtant seules deux ont débouché sur une condamnation définitive (une peine de prison avec sursis).

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Pasqua "facho" ? Sûrement pas ! Un ancien résistant et un républicain qui a même été fustigé par Jean-Marie Le Pen, qui disait de Charles Pasqua le 24 mai 1986 : « Matamore des salles de rédaction, Tartarin des Alpes-Maritimes… qui ne fait que brasser du vent pour impressionner les braves gens dont le réveil sera cruel. ». Charles Pasqua s’en défendait aussi parfois en créant lui-même la polémique à l’Assemblée Nationale, comme le 29 avril 1970 en s’adressant à François Mitterrand : « Quoi qu’il en soit, le peuple français sait bien de quel côté sont les fascistes et les totalitaires. » ou comme le 20 mai 1986 en s’adressant aux socialistes revenus à l’opposition : « Je suis de ceux qui ont participé à l’histoire pendant que vos amis se couchaient devant l’occupant ! ».

Dans ses mémoires, Charles Pasqua a fortement critiqué la démagogie facile de Jacques Chirac, président du RPR [le 19 juin 1991 à Orléans], et de Valéry Giscard d’Estaing, président de l’UDF [le 21 septembre 1991 dans "Le Figaro-Magazine"], à une époque où le Front national (déjà) montait en puissance, au début des années 1990 : « Sans doute soucieux de montrer qu’il était en osmose avec ses concitoyens, à moins que ce ne soit pour braconner sur les terres du Front national, Jacques Chirac crut bon de parler "du bruit et de l’odeur" apportés par les immigrés. (…) Ne voulant pas rester au second plan, Valéry Giscard d’Estaing, comparse de toujours de Jacques Chirac, préféra parler d’un "risque d’invasion". Tout cela était lamentable et ridicule. » (2008).

C’est peut-être pour ce type de réflexion que, au-delà des dissensions politiques parfois très profondes et de ses erreurs d'appréciation, sa mémoire a fait l’unanimité dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale lors de la séance du 30 juin 2015, encouragée par le Premier Ministre Manuel Valls, pourtant de l’autre bord politique, qui salua ainsi celui qui fut aussi l’un de ses prédécesseurs à son premier ministère : « Le Président de la République, plusieurs membres du gouvernement et moi-même avons salué la mémoire de Charles Pasqua. Nous avons en mémoire les mots de François Mitterrand le concernant et personne ici ne peut oublier, au-delà des différences et du parcours de Charles Pasqua, qu’il fut gaulliste, qu’il avait une certaine idée de la République et de la France et qu’il fut l’un des plus jeunes résistants de notre pays. Vous avez raison : il faut honorer la mémoire de Charles Pasqua. » (en réponse à une question de Christian Jacob, président du groupe Les Républicains).

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Ses obsèques ont eu lieu le vendredi 3 juillet 2015 dans la matinée (en absence de Nicolas Sarkozy) à la cathédrale Saint-Louis des Invalides à Paris, où le "Dio vi salve Regina" fut chanté, avant la messe d'inhumation à la cathédrale de Grasse ce mardi 7 juillet 2015 à 10 heures (en présence de Nicolas Sarkozy). Il sera enterré près de son fils unique Pierre-Philippe Pasqua, décédé le 11 février 2015, qui fut aussi l'un de ses collaborateurs et qui avait été condamné définitivement à un an de prison ferme le 24 septembre 2008 et le 8 avril 2010 dans deux affaires politico-financières (GEC-Alsthom Transports et Angolagate). Par ailleurs, dès le 30 juin 2015, Charles Pasqua avait été salué également par Jean-Pierre Chevènement, autre successeur à l’Intérieur, et autre "grande gueule" solitaire et crypto-gaulliste de la politique française…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 juillet 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Légende.
Le grognard éprouvé du postgaullisme.
La mémoire explosive de Charles Pasqua.
Pasqua, ange et démon.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Les héritiers du gaullisme.
Charles De Gaulle.
Georges Pompidou.
Philippe Séguin.
Édouard Balladur.
Alain Juppé.
Dominique de Villepin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20150703-pasqua.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pasqua-et-sa-legende-169367

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/07/07/32306087.html
 

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 06:38

« Dès lors qu’il n’y a pas dans notre Constitution de pouvoir judiciaire, mais une autorité judiciaire, le souverain est et reste le peuple ! C’est bien en son nom que la loi est votée par ses représentants au Parlement. » (novembre 2008).


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Dernière petite réjouissance de retraité, Charles Pasqua s’était donné le malin plaisir, malgré son grand âge, d’assister au dernier congrès de l’UMP le samedi 30 mai 2015 qui a vu se transformer l’ancienne UDR, devenue RPR le 5 décembre 1976 par son doigté d’apparatchik au service à l’époque de Jacques Chirac, en "Les Républicains". À la manœuvre, ce n’était plus lui depuis longtemps mais celui qui fut pendant une quarantaine d’années à la fois un ami, un filleul, un héritier mais aussi un rival, Nicolas Sarkozy.

L’homme qui vient de mourir d’un accident cardiaque ce lundi 29 juin 2015 à l’âge de 88 ans n’était certainement pas l’incarnation de la morale en politique, c’est le moins qu’on puisse dire, mais il est incontestable qu’il avait une réelle volonté de servir l’État, peut-être plus l’État que la France, d’ailleurs, avec ce qu’il y a de troublant dans les supposées "raisons d’État". Véritable colonne vertébrale de l’engagement politique au service d’idées et de fidélités.

Député de juillet 1968 à avril 1973, député européen de juillet 1999 à juillet 2004 et sénateur pendant plusieurs décennies (de septembre 1977 à septembre 2011 avec plusieurs interruptions), très influent président du groupe RPR au Sénat (de 1981 à 1993) au point d’avoir failli remporter la Présidence du Sénat le 2 octobre 1992 lors de la succession d’Alain Poher (René Monory gagna cependant la partie de quelques voix, mais ensuite, les gaullistes lui ont succédé avec Christian Poncelet et Gérard Larcher), Charles Pasqua était en 1974 l’indispensable "homme de main" et homme de nombreux réseaux de Jacques Chirac pour conquérir un parti de vieux barons, aux côtés du duo pompidolien formé par Pierre Juillet et Marie-France Garaud.

Charles Pasqua avait fait sa réputation dans des positions fermes (notamment sur l’immigration, avec ses réformes du droit d’asile et du code de la nationalité), avait voulu terroriser les terroristes, et avait martelé la tolérance zéro à la délinquance. Il fut en toute logique Ministre de l’Intérieur lors de la première cohabitation, entre le 20 mars 1986 et le 10 mai 1988, accepté par François Mitterrand qui avait pourtant mis quelques veto à la composition du gouvernement de Jacques Chirac (comme Jean Lecanuet au Quai d’Orsay). Pourquoi ce accord et même une certaine complicité ? Probablement en raison de son passé de résistant (à l’âge de 16 ans) qui faisait de lui un homme au-dessus de tout soupçon, et en tout cas, un homme de courage et d’engagement.

On a dit de lui qu’il était "l’extrémiste" du ce gouvernement, se taillant un visage intraitable de Ministre de l’Intérieur (posture reprise non seulement par Nicolas Sarkozy en mai 2002, mais aussi par Manuel Valls en mai 2012), prêt à tout pour rétablir l’ordre, mais il fut sans doute l’un des ministres les plus soucieux de ses responsabilités. Il a par exemple été parmi les premiers, au sein du gouvernement, à prôner l’abandon du projet de loi Devaquet en raison des manifestations qui risquaient de dégénérer (il y a eu un mort, Malik Oussékine), au contraire, d’ailleurs, du Ministre de l’Éducation nationale de l’époque, centriste, lui, René Monory.

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L’échec de Jacques Chirac à l’élection présidentielle du 8 mai 1988 a sonné le glas d’une longue complicité politique entre les deux hommes. Philippe Séguin, l’aile gauche, et Charles Pasqua, l’aile droite, ont formé dès 1990 un courant dissident au sein du RPR qui s’opposait à la ligne tenue à l’époque par Jacques Chirac, Édouard Balladur …et Alain Juppé, secrétaire général du RPR, ainsi que Nicolas Sarkozy, secrétaire général adjoint du RPR, ligne qu’il considérait trop centriste et trop pro-européenne : « Non, cher Jacques, cher Édouard, non, chez Alain et cher Nicolas, c’est à droite que la bataille se gagnera, et non au centre comme vous le soutenez. » (1988).

Le référendum de ratification du Traité de Maastricht le 20 septembre 1992 renforça l’axe Séguin-Pasqua et son éloignement de Jacques Chirac (il vota aussi contre le TCE le 29 mai 2005). La deuxième cohabitation distribua de nouvelles cartes où les adversaires d’hier devinrent des alliés (Balladur, Sarkozy) et réciproquement (Séguin qui soutenait la candidature de Jacques Chirac).

Le retour au pouvoir de l’alliance UDF-RPR entre le 29 mars 1993 et le 16 mai 1995 fut d’une autre nature qu’en 1986. Édouard Balladur, soucieux de mettre à contribution tous les hommes politiques ayant de l’influence, proposa de nouveau à Charles Pasqua Place Beauvau, ce qui l’a déçu car il aurait souhaité le Ministère de la Défense. Pour ne pas être étiqueté à vie de Ministre de l’Intérieur, il a imposé d’ajouter à son portefeuille l’Aménagement du Territoire ainsi que le titre honorifique de Ministre d’État, aux côtés de Simone Veil (Affaires sociales, Santé et Ville), Pierre Méhaignerie (Justice) et François Léotard (Défense). Son directeur de cabinet adjoint n’était autre que …Claude Guéant.

Mais revenons à 1983, dix ans auparavant. Nicolas Sarkozy se fit réélire conseiller municipal, au même titre que Charles Pasqua, de la commune de Neuilly-sur-Seine (il en était déjà un élu depuis mars 1977). Quelques jours plus tard, le maire, Achille Peretti, mourut (le 14 avril 1983) alors que Charles Pasqua était soigné dans un hôpital. Achille Peretti fut l’un des créateurs du Service d’action civique (SAC, organisation paramilitaire créée pour lutter contre l’OAS) avec Jacques Foccart et Charles Pasqua. Ne recevant pas le feu vert de Jacques Chirac mais pas non plus de feu rouge, Nicolas Sarkozy engagea une campagne interne au sein des conseillers de la majorité et le 29 avril 1983, il se fit élire à la surprise générale maire à 28 ans, prenant la mairie à la barbe de Charles Pasqua qui était pourtant son mentor politique et le témoin de son premier mariage (avec une nièce d’Achille Peretti).

À partir de là, Neuilly est devenue une base politique essentielle pour Nicolas Sarkozy qui fut à la fois le rival et l’héritier de Charles Pasqua. Héritier comme président du conseil général des Hauts-de-Seine bien plus tard (Pasqua le fut de mars 1988 à mars 2004), comme Ministre de l’Intérieur aussi, mais rival en d’autres circonstances, comme lorsqu’il s’est retrouvé tête de la liste RPR aux élections européennes du 13 juin 1999 après la défection de Philippe Séguin face… à une autre tête de liste, Charles Pasqua, qui mena une liste eurosceptique avec Philippe de Villiers qui a dépassé celle de Nicolas Sarkozy (avec 13,1% des voix).

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Le 13 mai 1993, la prise d’otage d’Érick Schmitt dans une classe de maternelle à Neuilly-sur-Seine a montré aussi une rivalité dans le traitement de l’affaire. Comme Ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua voulait la plus grande discrétion alors qu’au contraire, maire de la ville mais aussi Ministre du Budget du même gouvernement, Nicolas Sarkozy s’est impliqué personnellement dans cette affaire, prenant même des risques physiques que son collègue trouvait inconsidérés.

Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua, deux proches collaborateurs de Jacques Chirac, se sont pourtant retrouvés comme "complices" dans leur "trahison" en faveur de la candidature d’Édouard Balladur à l’élection présidentielle de 1995. Nicolas Sarkozy lui avait susurré dans l’oreille qu’il serait alors appelé à Matignon en cas de victoire, et qu’ensuite, ce serait lui, Nicolas Sarkozy, qui lui succéderait. Édouard Balladur ne devint jamais Président de la République, Nicolas Sarkozy jamais Premier Ministre (c’était pourtant son tour en mai 2002) mais ce dernier fut élu à l’Élysée en mai 2007.

Parmi ce qu’il restera de Charles Pasqua au niveau local, la création d’une université privée (l’Université Léonard-de-Vinci). Et au niveau politique, c’est lui qui initia le concept du "souverainisme" pour s’opposer à l’Europe.

À l’évidence, Charles Pasqua a détenu beaucoup de secrets de la face obscure de la Ve République depuis le début des années 1970. Des affaires judiciaires l’ont parfois condamné définitivement il y a quelques années, mais il n’a jamais rien révélé de ce qu’il savait. Le secret faisait partie intégrante de son sens de l’État.

Cela ne l’a pas empêché d’avoir toujours gardé son indépendance d’esprit, capable de dire crûment ce qu’il pensait quitte à déplaire même ses amis, et il l’exprimait avec une certaine bonhomie dans ses convictions, associée à une grande capacité d’écoute et d’attention auprès des personnes qui le contactaient, et même avec un grand sens de l’humour.

Je ne partageais pas ses idées sur bien des sujets, et en particulier sur la construction européenne, mais il a montré avec force qu’il avait le sens de l’État et qu’il défendait les principes républicains.

Et finalement, aujourd’hui, agir avec le sens de l’État, au-delà des intérêts clientélistes et électoraliste, c’est plutôt rare… Raison de plus pour saluer, comme toute la classe politique, y compris ses anciens adversaires politique qu’il n’avait pas ménagés, la mémoire de Charles Pasqua, du moins sa face apparente à défaut de sa face obscure, celle du républicain conscient de ses responsabilités pour défendre l’État.


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Sylvain Rakotoarison (30 juin 2015)
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Pour aller plus loin :
La mémoire explosive de Charles Pasqua.
Pasqua, ange et démon.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
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