Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 20:06

« De l’hôpital à la politique, Bernard Debré fut toute sa vie un homme d’action. Les Français perdent un engagé qui, en héritier du gaullisme, n’hésitait jamais à sortir des cadres et à dire le vrai dès qu’il s’agissait de l’intérêt du pays. Pensées à sa famille et à ses proches. » (Emmanuel Macron, le 13 septembre 2020 sur Twitter).


_yartiDebreBernardB01

Médecin et parlementaire, mais plus médecin que parlementaire, car il n’a jamais eu de "langue de bois", son parler crû pouvait d’ailleurs lui nuire, du moins politiquement, et paradoxalement, il fut ministre avant son frère qui était beaucoup plus politique que lui. L’ancien ministre et urologue réputé, le professeur Bernard Debré, qui vient de mourir ce dimanche 13 septembre 2020 d’une sale maladie à quelques jours de ses 76 ans (il est né le 30 septembre 1944 à Toulouse), était issu d’une grande famille républicaine qui a donné quelques figures marquantes.

Lui-même médecin et homme politique fut à la croisée des chemins de son père Michel Debré (1912-1996), premier Premier Ministre de De Gaulle comme ce dernier aimait le clamer, et auteur de la Constitution de la Cinquième République, et de son grand-père, le professeur Robert Debré (1882-1978), grand médecin qui a été le pionnier de la pédiatrie moderne. Son frère jumeau (faux jumeau) Jean-Louis Debré a eu lui-même une grande carrière politique comme Ministre de l’Intérieur, Président de l’Assemblée Nationale et Président du Conseil Constitutionnel ("gardien du temple de papa"). À eux, on peut aussi ajouter leurs oncles Claude Debré (1913-2015), médecin, et Olivier Debré (1920-1999), peintre réputé (connu pour ses œuvres relevant de l’abstraction lyrique) et dont un fils Patrice est aussi un médecin (immunologiste).

Mais il y aurait une vraie injustice à vouloir présenter Bernard Debré d’abord comme le fils de son père, voire le petit-fils de son grand-père, et même, le frère de son frère. Il l’est, certes, mais il est d’abord lui, avec son mérite personnel et sa personnalité bien trempée.

La carrière universitaire du professeur Bernard Debré fut prestigieuse, il était ce qu’on appelle encore aujourd’hui un mandarin, il était à la fois médecin (praticien), universitaire (enseignant) et chercheur, spécialisé dans l’urologie, et par conséquent, également chirurgien. Il fut chef du service d’urologie à l’hôpital Cochin et à ce titre, il a supervisé les opérations de la prostate du Président François Mitterrand atteint d’un cancer (il n’a pas lui-même opéré). On pouvait être membre de l’opposition et tout faire pour que son "adversaire suprême" fût le mieux soigné possible, bien sûr.

_yartiDebreBernardB03

Bernard Debré aurait d’ailleurs conseillé à François Mitterrand d’aller jusqu’au bout de son second septennat. Dans son livre "Un homme d’action" (éd. Stock) sorti le 29 octobre 2015, il a en effet affirmé qu’après la seconde opération le 16 juillet 1994, François Mitterrand lui a dit : « Je suis fatigué, j’en ai assez, je n’en peux plus. Je vais démissionner. ». Mais Bernard Debré lui a répondu : « Ne faites surtout pas ça ! Si vous arrêtez de travailler, vous allez mourir ! Continuez à faire de la politique, à nous ennuyer, nous, votre opposition ! C’est ce qui vous maintiendra en forme… ». Je me souviens qu’à l’époque, il y avait de fortes rumeurs de démission et René Monory, le Président du Sénat, se préparait à assurer l’intérim présidentiel.

Pour ses qualités de médecin, Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy l’ont nommé membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) de 1986 à 1988, puis de mars 2008 à sa mort. Selon Matthieu Deprieck de "L’Express" le 12 octobre 2013 : « Seul Bernard Debré, député UMP de Paris et urologue reconnu, se vante d’avoir opéré des collègues parlementaires, "une cinquantaine, de droite comme de gauche". ».

La vie politique de Bernard Debré a été un peu plus chaotique. Il a commencé sa carrière politique en étant élu député RPR en mars 1986 au scrutin proportionnel dans le département d’Indre-et-Loire où son père, Michel Debré, par ailleurs député de La Réunion, fut maire d’Ambroise de juillet 1966 à mars 1989. Ainsi, entre mars 1986 et mai 1988, trois Debré furent élus députés : Michel et ses deux fils Jean-Louis et Bernard pour lesquels ce fut le premier mandat.

_yartiDebreBernardB02

En juin 1988, Bernard Debré chercha donc à s’implanter localement dans la circonscription Tours-Amboise en Indre-et-Loire. Il fut réélu ainsi député le 12 juin 1988, mais de justesse, avec 51,0%, et encore réélu le 28 mars 1993 avec 59,5%, sur son nom (et prénom), au scrutin majoritaire.

Parallèlement, en mars 1989, il se présenta aux municipales d’Amboise, fut élu conseiller municipal d’opposition, puis, fut élu maire d’Amboise en décembre 1992, réélu en juin 1995, jusqu’en mars 2001. En décembre 1992, le maire DVG a en effet dû démissionner après l’implosion de sa majorité en raison d’un projet municipal suscitant de fortes résistances, ce qui a provoqué une élection municipale partielle qui profita à Bernard Debré, devenu le patron de la fédération du RPR d’Indre-et-Loire et soutenu par son père (évidemment) mais aussi par Philippe de Villiers, qui a failli être élu dès le premier tour (avec 48,7% suivi par un autre conseiller général se disant gaulliste avec 28,7%). En mars 2001, en revanche, Bernard Debré fut battu par la liste DVG de Christian Guyon au second tour (au premier tour, il n’avait fait que 38,2%). Bernard Debré fut aussi élu conseiller général de mars 1992 à mars 1994, ainsi que vice-président du conseil général d’Indre-et-Loire, il a succédé dans le canton d’Amboise à son père.

Au-delà de ces péripéties locales, Bernard Debré fut nommé par le Premier Ministre de cohabitation Édouard Balladur dans son gouvernement comme Ministre de la Coopération du 12 novembre 1994 au 11 mai 1995, succédant à Michel Roussin contraint de démissionner pour cause d’affaire judiciaire. Pendant la campagne présidentielle, Bernard Debré a soutenu activement la candidature d’Édouard Balladur tandis que son frère Jean-Louis Debré est resté fidèle à Jacques Chirac. On peut imaginer l’idée curieuse que le chef du service d’un important hôpital parisien qui soignait le Président de la République soit devenu son ministre …et adversaire politique.

Après l’échec à l’élection présidentielle, ce fut sans surprise que Bernard Debré ne fût pas reconduit au gouvernement. En demandant à son suppléant de démissionner de son mandat de député, il a ainsi provoqué une élection législative partielle pour reconquérir son siège (beaucoup de membres du gouvernement sortant ont fait de même), mais il fut battu au second tour le 24 septembre 1995 par le candidat socialiste (49,5% contre 50,5%). Au premier tour le 17 septembre 1995, Bernard Debré n’avait recueilli que 42,8% face à 34,5% au candidat socialiste.

Bernard Debré a été victime, probablement, d’un effondrement de la popularité du nouveau gouvernement dirigé par Alain Juppé. Néanmoins, pas seulement, car ceux des autres candidats à ces élections partielles qui avaient une bonne implantation locale furent largement réélus (Nicolas Sarkozy à Neuilly-sur-Seine, Bernard Bosson à Annecy, Édouard Balladur à Paris, etc.), ce qui montrait la mauvaise implantation locale de Bernard Debré sur une terre pourtant "familiale" (mais comment peut-on être à la fois à l’hôpital, au ministère, dans sa mairie et dans sa circonscription ?).

En juin 1997, Bernard Debré se présenta de nouveau dans sa circonscription d’Indre-et-Loire, mais fut de nouveau battu par le député socialiste sortant avec 47,6% contre 52,4%. Battu deux fois en septembre 1995 et juin 1997 aux législatives, une fois en mars 2001 aux municipales à Amboise, c’est clair que son implantation locale n’a jamais été acquise.

Bernard Debré tenta de faire un "come-back" à Paris même. Et cela en deux temps : il a d’abord cherché à retrouver un mandat de député à Paris, en profitant de la retraite d’un député UDF en fin de parcours. Ensuite, il est parti à la reconquête de la mairie de Paris.

Élu sans discontinuité député du nord du 16e arrondissement de Paris depuis juin 1975, Gilbert Gantier (1924-2011) a démissionné en avril 2004 pour prendre sa retraite. En juin 2002, lors de sa dernière réélection, Gilbert Gantier avait obtenu 53,1% avec l’investiture de l’UDF face à Laurent Dominati, fils de Jacques Dominati (un élu parisien de longue date), investi par l’UMP. Rappelons que l’UMP (fusion du RPR et d’une partie de l’UDF) a été réalisée en avril 2002 et que Gilbert Gantier comme Jacques Dominati, tous les deux adjoints au maire de Paris Jacques Chirac, étaient à l’origine des giscardiens (RI puis PR). Le soutien de l’UDF à partir de 2002 signifiait avant tout le soutien de François Bayrou (candidat à l’élection présidentielle en 2002).

Bernard Debré s’est donc présenté à l’élection législative partielle pour remplacer Gilbert Gantier en candidat "dissident" : Bernard Debré, initialement RPR, fut soutenu par Gilbert Gantier, par l’UDF et par François Bayrou, tandis que son concurrent Laurent Dominati avait l’investiture de l’UMP. Au premier tour le 20 juin 2004, Bernard Debré a réussi son parachutage parisien avec 59,0% des voix contre 20,4% à Laurent Dominati, mais à cause d’une très faible participation (30,6%), il a fallu un second tour qui n’était qu’une formalité. Notons pour l’anecdote qu’à ce premier tour, un candidat se prétendait issu de l’UDF mais n’avait pas le soutien de l’UDF, Marc Stehlin, qui devait être probablement de la famille du général Paul Stehlin (1907-1975), député de la circonscription de juin 1968 jusqu’à sa mort le 22 juin 1975, et son suppléant Gilbert Gantier lui avait ensuite succédé…

Après son élection, Bernard Debré s’est inscrit apparenté au groupe UDF, puisque soutenu par l’UDF et ayant battu un candidat UMP. Cependant, il quitta l’UDF pour rejoindre le groupe UMP en juillet 2005, après la motion de censure votée par François Bayrou contre le gouvernement de Dominique de Villepin. Aux législatives de juin 2007 et de juin 2012, Bernard Debré fut réélu député UMP et ne s’est pas représenté aux élections législatives de juin 2017, permettant à Brigitte Kuster, qui avait été sa concurrente UMP dissidente en 2012 (23,0% au premier tour contre 45,1% à Bernard Debré) d’être élue députée UMP au second tour avec 51,5% contre 48,5% à la candidate LREM (alors qu’au premier tour, la candidate LREM avait eu 46,0% et Brigitte Kuster seulement 36,4%).

En juin 2012, sa circonscription s’est agrandie d’une partie du 17e arrondissement, en plus du nord du 16e arrondissement. Bernard Debré, soutenu par Claude Goasguen et par le suppléant de Françoise de Panafieu, avait présenté sa candidature aux législatives de 2012 dès le 17 juin 2010 sur les terres de Françoise de Panafieu (députée du 17e arrondissement, mais les deux circonscriptions n’en font plus qu’une à partir de juin 2012 !). Lors d’un meeting le 16 juin 2010, Alain Minc, soutien de Françoise de Panafieu, lâchait d’aileurs : « À la grossièreté, Bernard Debré ajoute la bêtise ! ».

En 2004, Bernard Debré avait en outre annoncé qu’il serait candidat à la mairie de Paris (qui avait été conquise par le socialiste Bertrand Delanoë en mars 2001, en battant Philippe Séguin). Non seulement il était candidat, mais il refusait de s’inscrire dans le processus de désignation du candidat UMP qui a abouti à l’investiture de Françoise de Panafieu pour les élections municipales de mars 2008. En fait, Bernard Debré a négocié avec Françoise de Panafieu (qui était députée-maire du 17e arrondissement) pour retirer sa candidature et obtenir en compensation d’être le troisième de liste pour la mairie du 16e arrondissement. Il fut donc élu conseiller de Paris en mars 2008 et le resta jusqu’en juin 2020 (réélu en mars 2014, mais voir plus loin).

Réduisant ses ardeurs, Bernard Debré avait l’ambition d’être maire du 16e arrondissement puisque Pierre-Christian Taittinger avait décidé de prendre sa retraite. Mais l’autre député du 16e arrondissement, Claude Goasguen (1945-2020), voyait les choses autrement puisqu’il fut maire du 16e de mars 2008 à juillet 2017. Voyant le 16e arrondissement "pris", Bernard Debré annonça le 5 novembre 2012 sa volonté d’être élu maire …du 17e arrondissement aux élections municipales de mars 2014. Mais la maire du 17e arrondissement était Brigitte Kuster, sa concurrente aux législatives, depuis mars 2008 (et le resta jusqu’en juillet 2017). Finalement, il s’est retrouvé en deuxième de liste de Brigitte Kuster, si bien qu’il fut réélu conseiller de Paris en mars 2014, mais sur le 17e et plus le 16e arrondissement !

Au-delà du médecin, au-delà du politique, Bernard Debré fut aussi un homme des médias, très présent dans le paysage audiovisuel français, et même dans la presse et aussi dans l’édition (il a publié une vingtaine d’essais ainsi qu’un traité d’urologie en quatre tomes), pour commenter l’actualité, apporter ses idées, alerter sur certaines informations (notamment, avec le pneumologue Philippe Even, le très polémique "Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux", éd. Le Cherche Midi en 2012, qui a valu quelques déboires aux auteurs par l’ordre des médecins).

Ainsi on pouvait l’entendre ou le lire sur RMC ("Les grandes gueules"), à "Valeurs actuelles", sur France 3. Parmi ses sujets, le génocide rwandais, lui qui fut Ministre de la Coopération peu après ce massacre. Les chaînes adoraient l’inviter sur les plateaux de télévision car il ne laissait pas sa langue dans sa poche. Son franc-parler créait toujours quelques remous dans son entourage. Pour terminer cette petite esquisse de Bernard Debré, je propose donc quelques-unes de ses "saillies"…

Le 15 juin 2012, dans une lettre ouverte à Valérie Trierweiller : « En France, l’amour est roi et les nouveaux couples qui se forment, surtout en politique, attirent plutôt la bienveillance. (…) Vous n’avez, Madame, aucune existence légale d’autant plus que vous n’êtes ni mariée, ni pacsée. Que dirait-on d’un Président de la République qui accumulerait les "premières dames" comme on accumule des amies ou des flirts ? (…) Au nom de quoi l’État doit-il s’occuper de votre secrétariat pléthorique ? (…) Il semblerait qu’à la Bastille, lorsque François Hollande a "claqué la bise" sur les deux joues de Ségolène Royal, vous avez exigé qu’il vous embrasse sur la bouche pour montrer la différence de statut ! Cet acte était sinon puéril du moins cruel. Voici maintenant qu’en femme moderne, vous tweetez. Vous avez réussi, par vos bavardages, à ébranler la compagne électorale et à ridiculiser la France. (…) Taraudée par la jalousie. (…) Ce petit tweet de rien du tout a été le révélateur, Madame, d’un malaise que les Français n’osaient pas admettre, qui mélange la faiblesse du Président de la République et la méchanceté de sa compagne. ».

Le 27 juin 2014 sur Sud Radio, à propos du budget de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy de 2012 : « C’est un homme qui est pétulant, plein de vigueur. C’est ça qui donne le danger. Quand il a fait campagne, on lui disait "mais attends Nicolas, Nicolas, on dépasse !". "M’en fous, quoi ! Qu’est que ça veut dire ? Quand je serai élu, quand je serai élu ! Tu veux que je sois pas élu, tu veux que je sois battu ?" (…) Bon, c’était impossible de gérer, donc il était au courant, c’est de sa faute, bien sûr. ».

Au lendemain de la désignation de François Fillon à la primaire LR, dont il était un chaud partisan, Bernard Debré a déclaré le 28 novembre 2016 sur iTélé, à propos de l’appel du candidat Emmanuel Macron à François Bayrou : « C’est un peu pitoyable. Macron, on a l’impression que c’est un peu une sangsue. C’est-à-dire que quand il y avait le premier tour [de la primaire LR], il est apparu quasiment le jour ou la veille en disant : "Je suis là ! je suis là !". Maintenant qu’il y a le deuxième tour, il dit : "Je suis là, ne m’oubliez pas !" (…). Lui, il est tout seul, alors il essaie désespérément d’aller soudoyer, j’allais dire, récupérer quelques voix. C’est un peu triste. ».

Dans "La Nouvelle République" du 4 octobre 2018 (à l’occasion du 60e anniversaire de la Constitution), Bernard Debré a donné son sentiment sur les institutions actuelles : « Modifier la Constitution, c’est un travers français. Dans les autres pays comme les États-Unis ou la Grande-Bretagne, ça ne change jamais. (…) Il faut que cette Constitution reste un socle, un élément de stabilité. (…) Nous l’avons vue progressivement se transformer, puisqu’elle a subi vingt-quatre modifications depuis 1958 dont certaines totalement stupides, comme le passage au quinquennat. Faire coïncider l’élection présidentielle avec les législatives, ça engendre des raz-de-marée pour le parti du Président élu, ça lui donne encore plus de pouvoirs et on se retrouve souvent avec des députés godillots à l’Assemblée. Ce n’est pas ça, l’esprit de la Cinquième !! ».

Et je termine sur un sujet très grave et très récent, la fin de vie, qu’il vient lui-même, hélas, d’expérimenter dans la souffrance et la maladie. Dans une interview à Atlantico le 8 septembre 2020, Bernard Debré a évoqué l’appel d’Alain Cocq du 4 septembre 2020 qui a cessé cependant sa grève de la faim et de tout traitement la veille (j’y reviendrai peut-être plus tard). Le député de Paris a commenté les pressions sur l’euthanasie : « Les militants de l’euthanasie feignent de ne pas voir ce qui existe déjà pour aider les patients en fin de vie. ».

Il a expliqué : « Ce que l’on a aujourd’hui comme matériel ou possibilité est largement suffisant, lorsque l’on a quelqu’un qui souffre, il faut l’empêcher de souffrir. S’il souffre très fort, il faut augmenter les doses même si cela abrège la vie. Il y a  une finalité qui est d’abord l’antalgique. ».

Et de mettre les points sur les i : « Ici, nous sommes dans l’émotionnel, et nous n’allons pas mettre fin à la vie de tous les Alzheimer. (…) Quand quelqu’un est en fin de vie, il faut qu’il puisse rentrer dans un coma artificiel et la loi Leonetti [précisément, la loi Claeys-Leonetti] autorise parfaitement l’administration de produits extrêmement fort allant abréger la vie. Il faut faire extrêmement attention à ce genre de réflexion. Quelqu’un qui a des troubles psychiatriques et affirme vouloir se suicider est une situation extrêmement dangereuse qui ne doit pas être gérée par les médecins. Nous avons fait la loi Leonetti qui est une loi équilibrée qui permet de soulager les douleurs même si cela abrège la vie. (…) Mais la volonté initiale n’est pas de tuer. ».

Et de terminer ainsi : « Le politique n’a pas à se mêler de cela (…). Si cet homme souffre trop, on va lui donner des antalgiques à base de morphine et on va augmenter les doses jusqu’à ce qu’il ne souffre plus, même si cela abrège la vie. Quand quelqu’un est dans un état comateux et qu’il n’y a rien à faire, on le fait rentrer dans un coma profond. ».

On ne pourra pas dire que ses dernières déclarations n’étaient pas mûrement réfléchies. Bernard Debré est mort du cancer le 13 septembre 2020. RIP.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


NB du 14 septembre 2020 : Son frère, le journaliste François Debré, né le 3 avril 1942 à Toulouse, est mort le lendemain matin, ce lundi 14 septembre 2020 en Touraine (à l'âge de 78 ans), après avoir lutté plusieurs mois contre la maladie.


Pour aller plus loin :
UMP : le scalpel tranchant de Bernard Debré.
Jean-Louis Debré.
Michel Debré.
Bernard Debré.
Christian Poncelet.
Patrick Devedjian.

_yartiDebreBernardB04




http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200913-bernard-debre.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/bernard-debre-le-franc-parler-du-227078

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/13/38532469.html






 

Partager cet article
Repost0
11 septembre 2020 5 11 /09 /septembre /2020 10:38

« Marqué par sa rencontre avec Pierre Mendès France en 1953, Christian Poncelet s’est revendiqué comme un gaulliste de gauche, toujours soucieux de concilier les exigences du développement économique avec celles de l’harmonie sociale. » (Gérard Larcher, communiqué du 11 septembre 2020).


_yartiPonceletChristianB01

L’ancien Président du Sénat Christian Poncelet est mort ce vendredi 11 septembre 2020 à l’âge de 92 ans à l’hôpital de Remiremont (il est né le 24 mars 1928 dans les Ardennes). S’il fallait résumer en deux mots sa très longue et dense carrière politique, on pourrait dire : les Vosges et le Sénat. Il était l’un des derniers grands hommes politiques comme "on" n’en "ferait" plus aujourd’hui, déjà parce que les lois sur le cumul des mandats sont passées par là, ensuite parce que l’accélération de la vie politique ne laissera plus les barons locaux et nationaux en place pour une si longue durée.

Contrairement à ce que certains journalistes ont dit à l’annonce de sa mort, Christian Poncelet n’a jamais été un "baron du gaullisme", tout simplement parce qu’il était trop jeune, même si, homme de pouvoir et de réseaux, il a beaucoup compter en influence au sein de sa famille politique (voir notamment lorsqu’il était au Sénat, et pas seulement à la Présidence).

Veuf depuis l’an dernier après soixante-dix ans de mariage (et deux enfants), Christian Poncelet n’était pas un énarque ni un haut fonctionnaire, il en était fier et peut-être fut-ce la raison pour laquelle il a toujours eu les pieds sur terre, avec des idées concrètes et un bon sens sur le développement économique (voir notamment son action au Sénat). Issu d’une famille modeste, Christian Poncelet a commencé sa vie professionnelle aux PTT, comme contrôleur des télécommunications de 1953 à 1962. Mais ce furent ses responsabilités syndicales qui l’ont amené à la politique, engagé à la CFTC (syndicat réformiste chrétien).

J’aurais pu titrer l’article : "Christian Poncelet et ses mille et un mandats électoraux".

Son premier mandat fut celui de député. On le dit assez peu alors que, d’habitude, une carrière politique, surtout aussi longue et multiple que celle de Christian Poncelet (selon "Le Monde" du 2013, il aurait été l’élu le plus cumulard, avec 147 années de mandats au compteur !), commence par un mandat local. Là, c’était différent. Après la dissolution de 1962 pour des raisons institutionnelles, mais les accords d’Évian étaient encore en plein cœur des débats publics, le député UNR sortant Jean-Marie Grenier (1906-1964), ancien résistant et ancien sénateur MRP des Vosges, ainsi que maire de Remiremont depuis 1945 et conseiller général, ne se représenta pas, probablement pour des raisons de santé (c’est une supposition personnelle).

Christian Poncelet fut ainsi élu député des Vosges (la circonscription de Gérardmer Remiremont) en novembre 1962, à l’âge de 34 ans. S’est ouvert alors pour lui une vaste carrière électorale, avec une spécificité, c’est qu’au-delà du nombre de mandats et de leur longévité, il n’a jamais été battu dans une élection ! Comme indiqué plus haut, il se considérait comme "gaulliste de gauche", ce qui n’a pas forcément une signification très claire, puisque, contrairement à beaucoup de gaullistes de gauche de l’époque (dont René Capitant), il a toujours continué à appartenir au parti gaulliste du moment : UNR, UDR, RPR et UMP (en revanche, lui et Jacques Chirac n’ont jamais été vraiment en bons termes).

_yartiPonceletChristianB03

Christian Poncelet a été élu et réélu député des Vosges sans discontinuer de 1962 à 1973, y compris aux élections de 1973 même s’il n’a pas exercé son mandat pour cause de responsabilités ministérielles (voir plus loin). C’était surtout par son implantation locale qu’il a voulu s’imposer dans la vie politique (on peut noter que la plupart des députés LREM ont commencé leur vie politique en se faisant élire députés, mais ont rarement réussi leur implantation locale).

Ainsi, en 1963, il a pris la succession du député-maire de Remiremont, Jean-Marie Grenier, dans son canton : Christian Poncelet fut élu et réélu conseiller général des Vosges de 1963 à 2015, et fut président du conseil général des Vosges pendant presque quatre décennies, de mars 1976 à mars 2015. Il a su faire bénéficier les Vosges de sa grande influence nationale, notamment en faisant venir le TGV jusqu’à Remiremont, Épinal et Saint-Dié, en faisant construire trois routes rapides (l’autoroute A31 à l’ouest du département, du côté de Neufchâteau), une route deux fois deux voies (N57) allant de Nancy à Besançon via Épinal au centre du département et une autre route deux fois deux voies (N59) allant de Nancy à Saint-Dié via Lunéville à l’est du département. Certes, il a fallu du temps pour que ces routes fussent en deux fois deux voies, mais il n’y aurait pas un si grand maillage de voies rapides au sud de Nancy sans l’influence de Christian Poncelet.

En mars 1965, Christian Poncelet fut élu conseiller municipal de Remiremont et il y resta jusqu’en mars 2001. En revanche, il ne fut pas immédiatement maire : il fut d’abord conseiller en charge du budget en 1965, puis premier adjoint au maire de 1971 à 1983 et ne fut maire "que" dix-huit ans plus tard, de mars 1983 à mars 2001. Pour ajouter au cumul, il fut aussi élu conseiller régional de Lorraine, de mars 1977 à mars 1988 et en mars 1992, et président de la commission des finances de l’instance régionale de mars 1982 à mars 1988 (à l’époque où le conseil régional était présidé par Jean-Marie Rausch, le maire centriste de Metz).

Avant de passer à la partie "nationale" de sa carrière, précisons qu’il fut véritablement le "maître" des Vosges pendant ces quarante années, au point qu’un poids lourd politique du RPR, venu se parachuter à Épinal dont il fut élu député-maire pendant longtemps, Philippe Séguin, n’a jamais eu aucune influence départementale (du reste, on peut retrouver ce type d’arrangements locaux dans d’autres départements ; le très imposant député-maire de Fréjus, François Léotard, n’a jamais eu d’influence sur le département du Var dirigé par Maurice Arreckx, sénateur et ancien maire de Toulon).

De même, il a su éviter le renversement à gauche du département malgré la présence d’un (futur ou ancien) ministre rocardien, Christian Pierret, maire de Saint-Dié, et a su également écarter tout parachutage de personnalités nationales pouvant lui faire de l’ombre, comme Lionel Stoléru, brillant polytechnicien et ministre giscardien puis rocardien, qui fut battu deux fois par Christian Pierret aux législatives en 1978 et en 1981 (Lionel Stoléru ne fut élu qu’une fois conseiller général des Vosges en 1979 et fut battu lors de son renouvellement).

Inversement, Christian Poncelet n’a pas cherché à avoir une influence régionale au-delà de la commission des finances, le conseil régional de Lorraine (qui fut présidé entre 1976 et 1978 par JJSS, alors député de Nancy), étant plutôt la "chasse gardée" d’élus nationaux comme Pierre Messmer (Sarrebourg), Jean-Marie Rausch (Metz), Gérard Longuet (Meuse) et éventuellement André Rossinot (Nancy). Ce dernier fut tête de liste départemental en mars 1986, mais, contrairement aux trois cités précédemment, n’a jamais présidé le conseil régional.

Lorsque le Premier Ministre Pierre Messmer, en voisin, est venu proposer au député Christian Poncelet d’entrer dans son gouvernement, il était, à l’âge de 44 ans, un élu local déjà bien implanté, même s’il n’avait encore reçu aucun mandat de chef d’un exécutif. Si Christian Poncelet n’a pas eu des postes ministériels de grande importance, seulement secrétaire d’État, il fut cependant membre de gouvernement sans discontinuer entre juillet 1972 et septembre 1977 (plus de cinq ans), sous deux Présidents de la République, Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing.

Christian Poncelet fut d’abord nommé aux Affaires sociales du 6 juillet 1972 au 5 avril 1973, puis au Travail, à l’Emploi et à la Population du 12 avril 1973 au 1er mars 1974 et à la Fonction publique du 1er mars 1974 au 27 mai 1974 dans les trois gouvernements de Pierre Messmer. Il fut ensuite nommé au Budget (poste néanmoins stratégique) du 8 juin 1974 au 30 mars 1977 dans le (premier) gouvernement de Jacques Chirac et dans le premier gouvernement de Raymond Barre. Il faut souligner qu'il fut le dernier ministre en charge du Budget à avoir présenté aux parlementaires un projet de loi de finances à l'équilibre ! Enfin, il fut nommé aux Relations avec le Parlement du 1er avril 1977 au 26 septembre 1977 dans le deuxième gouvernement Barre.

Après la grande victoire du PS et de la gauche unifiée aux élections municipales de mars 1977, les prévisions électorales pour les élections législatives de mars 1978 étaient plutôt pessimistes pour la majorité. Cela a sans doute convaincu Christian Poncelet de quitter le gouvernement pour conquérir un siège de sénateur aux élections sénatoriales de septembre 1977. Une autre raison aussi de vouloir un mandat sénatorial, c’était qu’il venait d’être élu président du conseil général l’année précédente, et généralement, les deux mandats étaient complémentaires (l’un confortant le renouvellement de l’autre).

Le Sénat fut donc la nouvelle "affaire" de sa vie : élu et réélu sénateur des Vosges de septembre 1977 (il avait alors 49 ans) à septembre 2014 (soit trente-sept ans de mandat sénatorial au total, bénéficiant même, pour son dernier mandat, d’un mandat de dix ans avant d’être réduit à six ans pour ses successeurs). Pour "parfaire" ses cumuls, il s’est fait également élire député européen sur la liste de Jacques Chirac de juin 1979 à septembre 1980 et il fut représentant français à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe de janvier 1981 à janvier 1984.

Au Sénat, Christian Poncelet a beaucoup travaillé et il était loin de l’image très négative d’un sénateur prenant sa retraite, image surtout véhiculée par Alain Poher qui n’était pas très médiatique ni très présent dans le débat public pendant ces années-là. Au contraire, et il le confirma par la suite, Christian Poncelet fut de ceux qui ont ancré le Sénat aux réalités économiques du pays, bien mieux, d’ailleurs, que l’Assemblée Nationale bien trop dépendant des postures politiciennes et des consignes partisanes pour pouvoir étudier le pays en profondeur. Après s’être intéressé de très près, comme rapporteur d’une commission d’enquête en janvier 1981, à l’effondrement de l’industrie textile (l’économie de son département en fut l’une des victimes, avec la liquidation du groupe Boussac Saint-Frères qui faisait vivre 25 000 familles vosgiennes dans 65 usines dans les années 1970), il se préoccupa de la mise en œuvre de la décentralisation en 1983.

Ensuite, d’octobre 1986 à octobre 1998, pendant douze ans, il fut président de la commission des finances du Sénat, et à ce titre, parmi les sénateurs les plus importants. En particulier, en tant que président de la commission des finances, c’était lui qui distribuait aux sénateurs la "réserve parlementaire", ce qui lui donnait un pouvoir d’influence non négligeable au sein du Sénat. Depuis 1989 et les velléités de succession d’Alain Poher, Christian Poncelet faisait partie des "présidentiables" du Sénat, au même titre que d’autres présidents de commissions ou de groupes (Charles Pasqua était son concurrent direct au RPR).

_yartiPonceletChristianB02

Le 1er octobre 1998, Christian Poncelet est parvenu à faire un "coup" improbable. René Monory avait succédé à Alain Poher à la Présidence du Sénat en octobre 1992 et a été réélu en octobre 1995 (le renouvellement du Sénat est triennal). René Monory a sollicité un troisième mandat, probablement un mandat de trop. Depuis la guerre, le Sénat (ou Conseil de la République) a toujours été présidé par un centriste (ou un radical), mais petit à petit, le groupe gaulliste ainsi que le groupe socialiste se renforçaient à chaque renouvellement. Au contraire des accords généralement établis entre le RPR et l’UDF, Christian Poncelet s’est présenté contre René Monory …et a gagné !

L’élection fut assez chaotique. Au premier tour, à 17 heures 55, Christian Poncelet a recueilli le plus de voix avec 118 voix sur 309, contre 102 à René Monory (centriste), 72 à Claude Estier (PS) et 17 à Hélène Luc (PCF), avec 10 abstentions. Nombreuses suspensions de séance pour permettre aux groupes de l’UDF (ils étaient trois) de se mettre d’accord sur un candidat de remplacement, René Monory ayant immédiatement jeté l’éponge. Au deuxième tour, à 23 heures 25, aucun candidat n’a encore obtenu la majorité absolue : Christian Poncelet est resté en tête avec 125 voix face au centriste alsacien Daniel Hoeffel 109 voix (plus de voix que René Monory !) et Claude Estier 83 voix (et 3 blancs ou nuls). Daniel Hoeffel s’est finalement retiré. Au troisième tour, à 23 heures 55, Christian Poncelet fut élu avec 189 voix sur 283 suffrages exprimés, contre 93 à Claude Estier, 1 à Hélène Luc (non candidate) et 37 blancs ou nuls.

Dans son allocution d’élection, Christian Poncelet n’a adressé aucun mot pour René Monory, mais un remerciement à Daniel Hoeffel de s’être désisté en sa faveur : « Vous imaginez aisément, mes chers collègues, l’émotion particulièrement intense qui m’étreint en cet instant. À cette émotion, teintée d’une joie immense, se mêlent un sentiment de reconnaissance et une attitude d’humilité. (…) Merci de m’avoir accordé votre confiance ! Je suis maintenant le président de tous les sénateurs, quelle que soit leur sensibilité. ».

Dans sa campagne interne, il avait d’ailleurs annoncé qu’il ne ferait pas plus de deux mandats (soit six ans). Finalement, il en a fait trois, dont un qui a duré quatre ans, soit dix ans au total, du 2 octobre 1998 au 30 septembre 2008.

En effet, le 1er octobre 2001, Christian Poncelet fut réélu dès le premier tour avec 201 voix sur 306 contre 105 à Claude Estier et 12 blancs ou nuls, cela quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001 : « Nos pensées vont vers toutes ces victimes. Mais la vie continue et la monstruosité des attentats perpétrés contre le peuple américain aura sans doute, espérons-le, des conséquences positives. Je pense au retour de l’État et du politique après des décennies de "tout entreprise", à la redécouverte de la Russie comme partenaire des démocraties occidentales et à la prise de conscience européenne d’un indispensable renforcement de la coopération policière et judiciaire. (…) Mon mentor en politique, j’ai nommé le regretté président Edgar Faure, disait volontiers qu’une première élection pouvait être le fruit du hasard et des circonstances, mais qu’une deuxième élection, il ne disait pas "seconde", ne l’était jamais… Je veux donc voir dans vos suffrages, au risque de vous apparaître immodeste, une approbation du bilan de mon premier triennat placé sous le signe de la rénovation du Sénat. Au cours de ces années (…), nous n’avons ni les uns ni les autres ménagé notre peine (…) pour affirmer notre "bonus constitutionnel" de représentant des collectivités territoriales, au travers notamment les États généraux et de nos initiatives législatives, pour accentuer notre fonction de contrôleur, pour développer notre mission de prospective, et pour multiplier les passerelles avec le monde de l’entreprise. ».

_yartiPonceletChristianB06

Le 1er octobre 2004, Christian Poncelet a eu un nouveau quitus pour un troisième mandat, réélu dès le premier tour avec 191 voix sur 308, contre 116 à Jean-Pierre Bel, 1 à Robert Badinter (non candidat), et 17 blancs ou nuls. Notons que ce fut l’ancien Premier Ministre Pierre Mauroy, devenu sénateur, qui a présenté la candidature de Jean-Pierre Bel, président du groupe socialiste, et que ce dernier fut élu Président du Sénat en octobre 2011, première fois qu’un socialiste fut élu à ce poste (en 2014, Jean-Pierre Bel ne se représenta même pas au renouvellement de son mandat de sénateur). Dans une allocution peu différente de la précédente, Christian Poncelet termina : « Je voudrais, mes chers collègues, vous assurer d’une double ambition. La première tient à ma volonté, chevillée au corps, d’être le président de tous les sénateurs, car, au-delà de nos légitimes différences de sensibilité politique, nous avons tous en commun d’être viscéralement attachés à notre institution. (…) Ma seconde ambition, c’est d’être le Président d’un Sénat moderne, dynamique et utile, où chacun d’entre vous, femme, homme, ancienne, ancien, nouvelle, nouveau, trouve sa place, toute sa place, au service de notre République, une République apaisée, une République ressourcée, une République revivifiée. ».

Je ne sais pas très bien comment il faisait pour, au moment le plus "fort", gérer la mairie de Remiremont, le conseil général des Vosges et présider le Sénat, ce qui lui conférait la deuxième place de l’État selon le protocole républicain, et appelé éventuellement à assurer l’intérim de la Présidence de la République. D’autant plus que, contrairement à Alain Poher, Christian Poncelet fut un Président du Sénat très actif. Il a multiplié les rencontres annuelles avec les "forces vives" du pays, en particulier, car c’était un domaine qui l’intéressait, avec les entrepreneurs, avec les chercheurs et avec les enseignants.

L’une des réalisations concrètes et utiles de Christian Poncelet comme Président du Sénat, ce fut le concours Tremplin Entreprises commencé dès l’année 1999 (quelques mois après son arrivée), en partenariat avec l’ESSEC (école de commerce), qui récompensait et aidait chaque année des porteurs de projets d’entreprises innovantes. Parmi d’autres réalisations, les Rendez-vous citoyens, une journée aussi sur l’apprentissage, la création de la chaîne de télévision Public-Sénat, la promotion du Musée du Luxembourg et l’affichage de photographies sur les grilles du jardin du Luxembourg, etc. Sa volonté était que le Sénat fût partie prenante de la société d’aujourd’hui.

Parallèlement à la modernisation du Sénat, Christian Poncelet a eu quelques actions diplomatiques notamment avec Israël, la Russie et la Chine populaire. Dans ses prises de position, il fut parmi les rares (avec Raymond Barre et Charles Pasqua) à s’être opposé au quinquennat lors du référendum de 2000 en proposant un septennat non renouvelable immédiatement.

Christian Poncelet a également été élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques le 27 janvier 2003 contre …Yves Guéna, gaulliste comme lui et Président du Conseil Constitutionnel. On ne peut pas dire qu’il a beaucoup travaillé dans cette auguste académie, mais il avait déjà planché avant d’y être coopté pour une conférence le 21 mars 2000 sur un thème un peu rébarbatif : "L’État et les collectivités locales". Il y posait d’ailleurs une question qui intéresse toujours aujourd’hui les élus locaux : « Les actes des collectivités locales sont donc, juridiquement, "mortels", c’est-à-dire qu’ils peuvent être contestés et annulés. C’est, en quelque sorte, la rançon de la liberté. Faut-il pour autant accepter la progression de l’insécurité juridique qui entoure l’action publique locale et dont on sait qu’elle est une des causes majeures de l’hémorragie des vocations à exercer des mandats électifs locaux ? ».

Il y répondait ainsi : « À l’évidence non ! Bien au contraire, cette tendance doit être combattue en recherchant notamment une clarification des législations applicables dans un certain nombre de domaines ainsi qu’une modernisation de la conception du contrôle exercé par l’État sur les actes des collectivités locales. ».

Et il terminait son long exposé ainsi : « En définitive, l’enjeu me paraît simple : il s’agit de savoir quelle décentralisation nous voulons pour la France. (…) Pour ma part, je n’oublie pas cette phrase du Général De Gaulle qui écrivait dans "Vers l’armée de métier" : "La seule voie qui conduise à l’esprit d’entreprise, c’est la décentralisation". La naissance d’une République territoriale, fondée à la fois sur un État réformé et un véritable gouvernement local, est au cœur d’une démarche volontariste : rapprocher, pour ne pas dire réconcilier, nos concitoyens avec la chose publique. Tel est le sens de mon action à la Présidence du Sénat, pour une France moderne, dynamique et solidaire. ».

_yartiPonceletChristianB04

À plus de 80 ans, Christian Poncelet ne s’est pas représenté au Plateau pour un quatrième mandat. La succession se transforma en duel entre l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin et son ancien Ministre du Travail Gérard Larcher. Ce dernier fut élu en octobre 2008, puis battu en octobre 2011 par un socialiste (Jean-Pierre Bel), puis Gérard Larcher fut réélu en octobre 2014 et octobre 2017 (et compte bien l’être une nouvelle fois dans quelques jours).

Il est toujours difficile de lâcher prise, surtout quand on a eu autant de pouvoir aussi longtemps. En octobre 2004, Christian Poncelet s’était quand même présenté pour un ultime mandat sénatorial (de dix ans), et il a poursuivi sa tâche de président du conseil général jusqu’en mars 2015 ! En mars 2011, il a vu sentir le vent du boulet : une fronde parmi les conseillers généraux dont certains lui proposaient de prendre sa retraite a fait qu’il s’est retrouvé ex æquo avec un concurrent, Philippe Faivre. Il fut élu uniquement au bénéfice de l’âge (là, il était imbattable !).

Progressivement, il quitta ses mandats électoraux : le Sénat en septembre 2014 et le conseil général des Vosges en mars 2015 (il avait déjà 87 ans !), il avait quitté la mairie de Remiremont dès mars 2001 en raison de la loi sur le cumul des mandats. Il y a probablement une ivresse de l’activité politique, des réseaux, de l’influence, du pouvoir, de la reconnaissance des électeurs qui fait qu’on peut difficilement se retirer, car n’imaginant pas le moment d’une retraite pourtant bien méritée.

Alors Président de la République, François Hollande a remis à Christian Poncelet, en même temps qu'à Françoise Gaspard (ex-députée-maire de Dreux) et Robert Namias (journaliste), le 30 septembre 2015 en fin d'après-midi, dans les salons dorés de l'Élysée, les insignes d'officier de la Légion d'honneur dont il était fier : « Vous êtes un grand élu de la République. (...) Vous n'avez jamais perdu une élection et cumulé 147 années de mandats publics. Il n'y a qu'à la Présidence de la République où vous n'avez pas été élu. Mais bon, c'est juste parce que vous ne vous êtes pas présenté ! ». Nul doute que le Sénat et la République honoreront sa mémoire dans les prochains jours à la hauteur de l’importance qu’il avait prise dans la classe politique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Christian Poncelet.
Jean-François Deniau.
Lionel Stoléru.
La succession de Christian Poncelet en 2008.
Antoine Rufenacht.
Christian Estrosi.
François Baroin.
Frédéric Péchenard.
Christine Lagarde.
Michel Noir.
Henry Chabert.
Francisque Collomb.
Hervé Morin.
François Fillon.
Alain Juppé.
Albin Chalandon.
Jean Castex.
Franck Riester.
Roselyne Bachelot.
Gérald Darmanin.
Édouard Philippe.
François Léotard.
Cohabitation.
Alain Carignon.
Jérôme Monod.
De Gaulle.
Nicolas Dupont-Aignan.
Luc Ferry.
Claude Malhuret.
Claude Goasguen.
Philippe Séguin.
Jacques Toubon.
Pierre-Christian Taittinger.
Jacques Chirac.
Patrick Devedjian.

_yartiPonceletChristianB05




http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200911-christian-poncelet.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/christian-poncelet-roi-des-vosges-227043

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/11/38528141.html






 

Partager cet article
Repost0
29 mai 2020 5 29 /05 /mai /2020 03:27

« Claude Goasguen vient de partir, emporté par cette saloperie. Qu’importe ce que la politique peut en dire, il était mon ami et j’étais le sien, depuis nos vingt ans. Et tous les deux nous le savions. » (François Bayrou, le 28 mai 2020 sur Twitter).



_yartiGoasguenClaude01

Parti ce jeudi 28 mai 2020 (le même jour que l’humoriste Guy Bedos) à l’âge de 75 ans (il est né le 12 mars 1945 à Toulon) des suites du covid-19 (il était hospitalisé depuis le 24 mars 2020), le député LR de Paris Claude Goasguen fait hélas partie, comme Patrick Devedjian et quelques autres élus ou anciens élus, des centaines de milliers de victimes de cette saleté de pandémie qui n’en finit pas de meurtrir l’ensemble de l’humanité. Il avait participé à un meeting électoral pour soutenir Rachida Dati aux municipales à Paris le 9 mars 2020, mais rien ne prouve que ce fût la cause de sa contamination.

Pendant longtemps, membre du CDS (Centre des démocrates sociaux), le parti centriste de Jean Lecanuet, Pierre Méhaignerie et François Bayrou, Claude Goasguen détonnait un peu dans l’ambiance feutrée et pondérée des congrès centristes. Maître de conférences à Paris-Villetaneuse, avec son imposante carrure, Claude Goasguen n’hésitait pas à marteler, sans doute fut-il le premier à le faire, que dans certains quartiers, juste de l’autre côté des murs de l’université, lui qui y enseignait le droit, il voyait des zones de non-droit et que c’était inacceptable pour la République. C’était dans les années 1990. On imagine ce que cela signifiait comme position sur l’immigration, par exemple, il n’était pas loin de penser que seule la fermeté devait primer pour préserver l’ordre et le droit pour le respect des valeurs républicaines.

En l’écoutant, je m’étais toujours demandé ce qu’il faisait au CDS, d’autant plus qu’il en fut même, entre 1995 et 1998, le secrétaire général (numéro deux), quand le CDS a opéré sa mue en Force démocrate et, en même temps, secrétaire général de l’UDF. Quand son ami François Bayrou, succédant à François Léotard, a pris la présidence de l’UDF en 1998, il était question d’en finir avec la structure confédérale de chapelles et de procéder à la fusion de toutes les composantes.

Alain Madelin, connu pour ses options libérales et adversaire de François Bayrou à la présidence de l’UDF, refusa cette fusion pour préserver la spécificité du courant libéral en France, et créa Démocrate libérale (DL) et s’est posé en parti indépendant du reste de la constellation centriste, jusqu’à, ensuite, rejoindre le RPR au sein de l’UMP lors de sa fondation en 2002. Claude Goasguen, ami depuis toujours d’Alain Madelin, a alors quitté la nouvelle UDF en 1998 et a rejoint DL à sa création (et en fut le vice-président). Claude Goasguen, à l’UMP puis LR, est devenu par la suite une figure marquante de la droite classique parisienne.

_yartiGoasguenClaude02

Il me semble d’ailleurs que, comme Alain Madelin, Gérard Longuet et Patrick Devedjian, Claude Goasguen a commencé son engagement politique, président de la corpo de droit à Assas, à la fin des années 1960, du côté de l’extrême droite (Occident : « une erreur de jeunesse »), mais par convictions libérales, il a ensuite adhéré aux Républicains indépendants de Valéry Giscard d’Estaing (comme Alain Madelin) pendant les années 1970. Docteur en droit en 1976, il se destinait à une carrière universitaire : il a enseigné le droit à l’Université de Paris-Villetaneuse de 1969 à 1986, et fut doyen de la faculté de droit de 1982 à 1984. Dans les années 2000, il a enseigné le droit à HEC et fut également par la suite avocat au barreau de Paris.

Il est entré dans le monde politique avec la nomination de René Monory au Ministère de l’Éducation nationale en mars 1986, dans la première cohabitation. Claude Goasguen fut son conseiller technique chargé des relations avec les entreprises et avec les acteurs de la formation professionnelle. Ce parcours expliquait le choix du CDS : René Monory était l’un des grands notables du CDS et Claude Goasguen est rentré par cette porte dans la vie politique. Il est souvent des choix dictés plus par les relations que par les traditions politiques.

Claude Goasguen a vu ainsi sa carrière bondir : dès 1987, il fut nommé inspecteur général de l’éducation nationale, puis recteur d’académie, directeur du CNED (Centre national d’enseignement à distance) de décembre 1987 à janvier 1991, parallèlement à un début de carrière politique. En effet, à partir de mars 1983, Claude Goasguen fut élu et réélu conseiller de Paris (jusqu’à sa mort), également conseiller de la métropole du Grand Paris depuis le 21 janvier 2016, et conseiller régional d’Île-de-France de mars 1986 à mai 1993.

Claude Goasguen fut élu adjoint au maire de Paris du 20 mars 1989 au 18 mars 2001 (adjoint de Jacques Chirac chargé des affaires étrangères, puis adjoint de Jean Tiberi chargé des affaires scolaires et universitaires). Mais hostile à la poursuite du mandat de Jean Tiberi, et encouragé par Jacques Toubon, le 6 mars 1998, Claude Goasguen fonda et présida un groupe dissident regroupant un tiers des élus UDF-RPR pour demander à Jean Tiberi de démissionner (il faut noter que la démission d’un tiers de l’ensemble d’un conseil municipal entraîne l’élection d’un nouveau conseil municipal, mais Claude Goasguen n’a pas réussi à réunir suffisamment de conseillers de Paris pour menacer le maire d’une telle perspective).

Puis, après l’échec de Philippe Séguin aux municipales de Paris de mars 2001, il fut dans l’opposition municipale, présidant même le groupe UMP au Conseil de Paris du 11 octobre 2002 (après la démission de Philippe Séguin) au 25 septembre 2006, laissant ensuite la présidence (il est devenu vice-président) à Françoise de Panafieu arrivée en tête au premier tour de la primaire UMP organisée en septembre 2006 pour les municipales de mars 2008 (initialement prévues en mars 2007). À cette primaire, Claude Goasguen était arrivé en deuxième place (devant Pierre Lellouche et Jean Tiberi), mais a renoncé à poursuivre le processus électoral dans un souci d’unité et s’est désisté en faveur de sa concurrente entre les deux tours.

Ce fut la deuxième cohabitation qui l’a hissé sur la scène nationale : suppléant du député Jacques Toubon, lorsque ce dernier fut nommé Ministre de la Culture, Claude Goasguen l’a remplacé au Palais-Bourbon. Il fut ainsi député du 13e arrondissement de mai 1993 à mai 1995. Comme beaucoup de personnalités parisiennes, Claude Goasguen a soutenu la candidature de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1995, malgré son appartenance à l’UDF qui soutenait très majoritairement la candidature du Premier Ministre Édouard Balladur.

Cette fidélité chiraquienne lui a valu une nomination au sein du premier gouvernement du nouveau Premier Ministre Alain Juppé, comme Ministre de la Réforme de l’État, de la Décentralisation et de la Citoyenneté, un portefeuille nouveau créé à sa mesure, du 18 mai 1995 au 7 novembre 1995. Il est entré au gouvernement sur le quota du CDS, comme UDF-chiracocompatible, et avec la nomination d’Alain Madelin, qui avait soutenu, lui aussi, la candidature de Jacques Chirac (ils étaient rares), au Ministère de l’Économie et des Finances, une consécration, mais de courte durée puisque le chef du courant libéral français a été évincé du gouvernement dès le 26 août 1995 après une erreur de communication (ce qui l’a conduit à se présenter à l’élection présidentielle de 2002).

Comme François Baroin, et surtout, comme de nombreuses "Juppettes", Claude Goasguen a été débarqué du gouvernement le 7 novembre 1995 et ne fut jamais rappelé par aucun autre Président de la République ni Premier Ministre. De quoi ressentir un peu d’amertume, car ce n’est pas en cinq mois qu’on peut faire quelque chose dans un ministère. Une sorte de gâchis ministériel. Qu’importe : il lui restait Paris et le ministère du verbe qu’il a su utiliser à merveilles.

_yartiGoasguenClaude03

Contrairement aux "héritiers", Claude Goasguen s’est implanté électoralement dans le 16e arrondissement de Paris en s’attaquant à des sortants qui étaient des proches en politique. C’était vrai qu’il lui fallait une circonscription parisienne pour redevenir député et sa première circonscription n’était pas la sienne mais celle de Jacques Toubon.

Claude Goasguen fut parmi les rares personnalités de la majorité présidentielle à avoir "profité" de la dissolution de 1997 : en effet, il a conquis la circonscription de l’indéboulonnable Georges Mesmin (1926-2019), député CDS du 16e arrondissement depuis mars 1973. Claude Goasguen, avec l’investiture de l’UDF et du CDS, a battu Georges Mesmin au second tour le 1er juin 1997 avec 65,3% (au premier tour, il était arrivé en tête avec 40,8% suivi de Georges Mesmin 20,8%). Il fut ainsi élu et réélu député du 16e arrondissement de mai 1997 jusqu’à sa mort, parmi les députés les mieux élus de France, dès le premier tour le 9 juin 2002 (avec 61,2%), le 10 juin 2007 (avec 65,8%) et le 10 juin 2012 (avec 58,1%), et en raison du bouleversement macronien, il gagna, de justesse cette fois-ci, le second tour le 18 juin 2017 avec 52,4%, après un ballottage très défavorable (38,0% contre 44,2% à la candidate LREM).

C’était avec le même esprit de conquête qu’il s’est "emparé" de la mairie du 16e arrondissement de Paris. En effet, le maire sortant, Pierre-Christian Taittinger (1926-2009), sénateur et ancien ministre, conseiller de Paris depuis 1953, était maire depuis le 19 mars 1989 (succédant à Georges Mesmin), et à la surprise générale, il fut battu lors de la séance inaugurale, le 29 mars 2008, par Claude Goasguen, qui resta maire du 16e arrondissement jusqu’au 11 juillet 2017 (il a dû démissionner pour rester député tout en restant en conformité avec les dispositions législatives contre le cumul des mandats).

Intégré complètement à l’UMP en 2002, Claude Goasguen en fut, en 2005, le délégué général chargé des universités et de la recherche, puis, en 2014, le secrétaire national chargé du Grand Paris. Parmi ses prises de position internes, Claude Goasguen a soutenu la candidature de Jean-François Copé à la présidence de l’UMP en automne 2002 (contre François Fillon), puis a soutenu celle de Nicolas Sarkozy à la primaire LR de 2016 (contre Alain Juppé et François Fillon), puis celle du juppéiste Maël de Calan pour la présidence de LR en décembre 2017 (contre Laurent Wauquiez), celle de Julien Aubert pour la présidence de LR en octobre 2019 (contre Christian Jacob et Guillaume Larrivé), et enfin celle de Rachida Dati aux municipales de Paris en 2020 (Claude Gosguen était toutefois prêt à une grande alliance LR-LREM pour tout faire pour battre la maire sortante Anne Hidalgo). Dans ses choix politiques, il a également annoncé son soutien à Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle de 2017 (contre Marine Le Pen).

Ne mâchant jamais ses mots, Claude Goasguen a adopté souvent les idées d’une droite musclée sur l’immigration, la sécurité, les questions de société, etc. tout en soutenant les options libérales sur le plan économique et fiscal.

L’Élysée a fait savoir ce 28 mai 2020 qu’Emmanuel Macron adressait ses condoléances respectueuses à la famille de Claude Goasguen, fils d’un marin breton : « Forte tête, cet ancien joueur de rugby qui aimait les mêlées était aussi dans l’arène du Palais-Bourbon un bretteur impétueux et érudit. Passionnément libéral, pourfendeur de l’antisémitisme, soutien d’Israël, défenseur des Chrétiens d’Orient, amoureux des belles lettres et du septième art, il aura soutenu tous les combats qui lui tenaient à cœur avec l’éloquence d’un puissant orateur et la rigueur d’un brillant juriste, le verbe haut et la pensée claire. Le Président de la République salue une grande voix politique qui manquera au débat républicain. ».

Requiescat in pace.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Claude Goasguen.
Philippe Séguin.
Jacques Toubon.
Pierre-Christian Taittinger.
Jacques Chirac.
Christian Poncelet.
Patrick Devedjian.

_yartiGoasguenClaude04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200528-claude-goasguen.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/claude-goasguen-un-centriste-qui-n-224766

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/05/28/38328638.html






 

Partager cet article
Repost0
31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 03:44

« J’ai rassemblé des gens qui m’étaient hostiles. » (Patrick Devedjian, le 31 mars 2011 lors de sa réélection à la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine).


_yartiDevedjian01

La nouvelle a ému toute la classe politique parce qu’il en faisait partie, avec sa singularité et son importance. Probablement qu’il lui a manqué "les" responsabilités dans lesquelles il se serait épanoui, sans nul doute le Ministère de la Justice.

Patrick Devedjian, alors président du conseil départemental des Hauts-de-Seine depuis le 1er juin 2007, succédant à Nicolas Sarkozy, est mort ce dimanche 29 mars 2020 à l’hôpital d’Antony de cette saleté de covid-19, en pleine pandémie. Il avait officiellement annoncé qu’il avait été contaminé le 26 mars 2020 et tout le monde pensait qu’il était en voie de guérison (il était fatiguée mais remontait la pente, avait-il affirmé), mais son état s’est rapidement dégradé. Il avait 75 ans, né le lendemain de la Libération de Paris, le 26 août 1944 à Fontainebleau, d’un père arménien.

Je dois avouer que les comportements politiques de Patrick Devedjian m’ont longtemps irrité car son engagement faisait de lui un lieutenant snipper peu scrupuleux sur la nécessaire bonne foi en politique (il fut porte-parole du RPR entre 1999 et 2001, mais surtout, proche de Nicolas Sarkozy pendant trente ans, c’est-à-dire son porte-flingue). Or, il s’est véritablement révélé (et j’ai commencé à l’apprécier vraiment) lorsqu’il s’est dégagé, par nécessité, de la tutelle de Nicolas Sarkozy. N’ayant plus besoin de protéger son mentor (devant même se protéger de lui !), Patrick Devedjian s’était alors émancipé et devenait lui-même, un homme raisonnable et finalement, très efficace en politique, avec son propre style. Sa disparition en a été ainsi plus troublante et brutale.

Un échec à l’IEP Paris (un de ses fils est devenu par la suite énarque), mais des études de droit à Assas, où il ferraillait avec l’extrême droite (Occident) aux côtés d’Alain Madelin, Gérard Longuet, etc., une erreur de jeunesse qu’il a assumée mais regrettée, comme ses autres compagnons qui, comme lui, sont devenus de respectables ministres de la République.

Le tournant des années 1970 a été celui de la respectabilité. Trentenaire, Patrick Devedjian est devenu un redoutable avocat parisien (il fut l’avocat de Jacques Chirac et de Charles Pasqua dont il était un proche) et s’est inscrit à l’UDR puis a participé à la fondation du RPR en 1976 (il corédigea les statuts du RPR avec Charles Pasqua).

En clair, il était un des jeunes loups du RPR, mécanique politicienne très huilée des Hauts-de-Seine, prêts à conquérir le pays, qu’on pouvait appeler les "Pasqua boys" aux côtés de Patrick Balkany à Levallois-Perret, Nicolas Sarkozy, etc. Il n’a cependant pas réussi à se faire élire dans les années 1970 : ni maire d’Antony en mars 1977, ni député en mars 1978, ni député en juin 1981, ni conseiller général en mars 1982, ni maire d’Antony en mars 1983…

Cependant, l’invalidation des élections municipales d’Antony de mars 1983 lui a donné sa première victoire électorale, Patrick Devedjian fut ainsi élu et réélu maire d’Antony du 16 octobre 1983 au 30 mai 2002, jusqu’à la démission pour raison de non-cumul (il resta second adjoint et président de la communauté d’agglomération des Hauts de Bièvres jusqu’au 27 octobre 2005). Rappelons d’ailleurs que parmi ses adjoints à Antony, Patrick Devedjian avait nommé Jean-Yves Le Gallou, un énarque membre du cabinet d’Alain Griotteray, à l’époque encarté au PR (le parti de Valéry Giscard d’Estaing et François Léotard) et qu’il l’a limogé en 1985 lorsque l’adjoint a rejoint le FN.

Au même moment, Nicolas Sarkozy avait réussi à capter la mairie de Neuilly-sur-Seine le 29 avril 1983 au nez et à la barbe de Charles Pasqua (à la mort d’Achille Peretti), et Patrick Balkany a été élu maire de Levallois-Perret le 14 mars 1983. Ce furent la première "vague" du sarkozysme naissant. Et tout au long des décennies suivantes, Patrick Devedjian fut un très proche de Nicolas Sarkozy.

Parallèlement, il fut élu député des Hauts-de-Seine la première fois le 16 mars 1986 (au scrutin proportionnel) et fut réélu sans discontinuité dans la circonscription de Bourg-la-Reine, Sceaux, Châtenay-Malabry et Antony jusqu’en juin 2017 où il renonça à sa candidature pour des raisons de non-cumul. Limité aussi par le cumul, il ne fut élu conseiller général de Bourg-la-Reine qu’en mars 2004 jusqu’à sa mort (conseiller départemental à partir de mars 2015), d’abord vice-président du conseil général puis, à partir de 2007, président du conseil général des Hauts-de-Seine (successeur de Nicolas Sarkozy et auparavant, de Charles Pasqua). Il fut à ce titre président de l’Établissement public pour l’aménagement de la région de La Défense (EPAD) du 27 septembre 2007 au 4 décembre 2009. Puis de l’institution qui lui a succédé (Defacto) de 2010 à 2018.

Malgré la proximité avec Jacques Chirac (dont il fut l’avocat dans les années 1970), Patrick Devedjian a choisi de soutenir Édouard Balladur à l’élection présidentielle de 1995 comme Nicolas Sarkozy, ce qui lui a valu la même disgrâce que son mentor.

_yartiDevedjian03

La réélection de Jacques Chirac en mai 2002 sur des thèmes sécuritaires a placé Nicolas Sarkozy en position incontournable au sein du nouveau parti majoritaire UMP (fusion entre l’UDF et le RPR). Très logiquement, Nicolas Sarkozy retourna au gouvernement en position de force avec quelques fidèles auprès de lui, dont Patrick Devedjian qui fut membre des trois gouvernements de Jean-Pierre Raffarin.

Ainsi, lorsque Nicolas Sarkozy était à l’Intérieur, Patrick Devedjian fut nommé Ministre délégué auprès de Nicolas Sarkozy chargé des Libertés locales, du 7 mai 2002 au 30 mars 2004, puis, il a suivi Nicolas Sarkozy à Bercy comme Ministre délégué auprès de Nicolas Sarkozy chargé de l’Industrie du 31 mars 2004 au 31 mai 2005. L’arrivée de Dominique de Villepin à Matignon l’a exclu du gouvernement suivant. Entre-temps, Nicolas Sarkozy s’était fait élire président de l’UMP le 28 novembre 2004, et devenait le candidat évident de l’UMP à la succession de Jacques Chirac.

L’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République le 6 mai 2007 aurait donc dû être, pour Patrick Devedjian, la consécration de sa carrière politique. Il s’imaginait être son Garde des Sceaux, Ministre de la Justice. Des responsabilités que le nouveau Président lui aurait promises. Rachida Dati fut nommée place Vendôme.

À la place de cela, il a hérité de la tête de l’UMP, c’était une responsabilité assez limitée dans une configuration où l’Élysée contrôlait tout. Patrick Devedjian fut ainsi désigné secrétaire général de l’UMP du 25 septembre 2007 au 5 décembre 2008.

Dès la formation du premier gouvernement de François Fillon, en mai 2007, Patrick Devedjian pestait et rouspétait. Il ne comprenait pas pourquoi Nicolas Sarkozy voulait l’ouvrir à des personnalités qui avaient voté contre lui à l’élection présidentielle, comme Bernard Kouchner et quelques autres. C’était l’ouverture sarkozyenne. Ayant un certain talent dans l’humour, Patrick Devedjian avait alors lâché une phrase qui a fait date à cette occasion : « Je suis pour un gouvernement d’ouverture, y compris aux sarkozystes, c’est tout dire ! », ce qui lui a valu d’être lauréat du Prix Press Club humour et politique le 8 février 2008.

Néanmoins, Patrick Devedjian fut quand même appelé au gouvernement après la grave crise financière de 2008. Il fut nommé Ministre auprès du Premier Ministre chargé de la Mise en œuvre du plan de relance, du 5 décembre 2008 au 14 novembre 2010. Un poste unique qui convenait à ses compétences (il avait déjà été ministre de l’Industrie) mais cette nomination pouvait être un moyen, pour Nicolas Sarkozy, de le faire sortir du secrétariat général de l’UMP (il fut remplacé par Xavier Bertrand).

_yartiDevedjian02

Donc, l’élection de Nicolas Sarkozy, loin de l’avoir hissé dans une sorte d’aristocratie élyséenne, l’a ramené au bord du chemin politique. Tant pis pour les fonctions nationales, et concentration sur ce qui l’a motivé les douze dernières années de sa vie : la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine (rappelons que le département est particulièrement riche et cette fonction a donc un fort enjeu financier, social, industruel et politique). Nicolas Sarkozy ne pouvait pas ne pas lui laisser cette présidence dès lors qu’il ne l’avait pas intégré dans le gouvernement. Mais probablement qu’il le regretta par la suite.

En effet, un an après son élection, Patrick Devedjian déclara à "L’Express" le 17 juillet 2008 : « Dans la continuité de ce qu’avait engagé Nicolas Sarkozy, je suis amené à nettoyer les écuries d’Augias. ». Rappelons que l’attaque était portée contre Charles Pasqua, qui fut le seigneur des Hauts-de-Seine du 5 octobre 1973 au 30 mars 1976 et du 7 octobre 1988 au 14 mai 2004. En clair, une telle déclaration le mettait en difficulté avec de nombreux conseils généraux de sa majorité ayant participé à l’épopée Pasqua.

En fait, dès les élections cantonales de mars 2008, son premier renouvellement, les difficultés arrivaient pour Patrick Devedjian. D’abord, le fils de Nicolas Sarkozy, Jean Sarkozy, étudiant de 21 ans, s’est fait élire conseiller général de Neuilly-Sud. Il s’est même fait élire président du groupe UMP au conseil général des Hauts-de-Seine. Difficile d’être plus surveillé. En automne 2009, Jean Sarkozy a cherché à lui prendre la présidence de l’EPAD (La Défense) et finalement, les protestations de toutes parts l’ont fait renoncer.

Ensuite, lors du renouvellement de mars 2011, les Balkany ont cherché à le remplacer à la tête du département (Isabelle Balkany voulait lui succéder). La lutte fut féroce. Patrick Balkany expliquait dans le "Journal du dimanche" du 5 février 2011 : « Sur le fond, Patrick Devedjian dit des c@nneries. Nous n’avons jamais eu le moindre problème e remboursement avec qui que ce soit, les propos de Patrick Devedjian ne sont que des âneries. (…) Il n’est aujourd’hui plus crédible. Tout ce qui sort de sa bouche est du fiel, de la haine. » [Patrick Devedjian avait évoqué l’immense endettement de la ville de Levallois-Perret]. Finalement, Patrick Devedjian fut réélu conseiller général, mais certains sortants sarkozystes furent battus, dont la prétendante Isabelle Balkany. Pas de bataille au sommet, donc. Patrick Devedjian fut ainsi réélu président du conseil général le 31 mars 2011, puis réélu encore en mars 2015.

Patrick Devedjian fut par ailleurs élu président de Paris Métropole du 19 décembre 2014 à décembre 2015 (syndicat d’études à ne pas confondre avec la Métropole du Grand Paris).

Après l’élection présidentielle de 2012 et l’échec de Nicolas Sarkozy, Patrick Devedjian avait soutenu la candidature de François Fillon à la présidence de l’UMP (contre celle de Jean-François Copé) puis la candidature d’Alain Juppé à la primaire LR. Il faisait partie des barons du parti LR, courtois avec la nouvelle majorité dirigée par Emmanuel Macron.

D’une grande culture, passionné par les arts, vice-président des Amis du Louvre, Patrick Devedjian a succombé au covid-19 qui est une saleté en forme de grande loterie : alors, protégeons-nous, restons chez nous !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 mars 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Patrick Devedjian.
Jacques Chirac.
François Baroin.
François Fillon.
Rachida Dati.
Nicolas Sarkozy.
Patrick Balkany.
Christian Jacob.
Européennes 2019 : les six surprises françaises du scrutin du 26 mai 2019.
François-Xavier Bellamy.
Guillaume Larrivé.
Édouard Philippe.
Alain Juppé.
Jean-Louis Debré.
Dominique de Villepin.
Christian Estrosi.
La fondation de Les Républicains le 1er juin 2015.
Les Républicains en ordre de marche ?
Laurent Wauquiez.
Résultats détaillés de l’élection du président de LR le 10 décembre 2017.
L’élection du président de l’UMP le 29 novembre 2014.
Le retour aux listes nationales pour les européennes.
Mathématiques militantes.
Rapport de refondation de la droite du 7 novembre 2017 (à télécharger).
Les Républicains en pleine introspection.
Les Républicains, parti des expulsions.
La primaire LR de novembre 2016.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Raffarin.
Xavier Bertrand.
Valérie Pécresse.
Jean-François Copé.
Nathalie Kosciusko-Morizet.
Bruno Le Maire.
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
Michel Barnier.
Bernard Debré.
Dominique Dord.
Virginie Calmels.
Michèle Alliot-Marie.
Patrick Ollier.
Charles Pasqua.
Marie-France Garaud.
Édouard Balladur.
Cinquième République.

_yartiDevedjian04


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200329-devedjian.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/patrick-devedjian-le-sarkozyste-222813

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/03/30/38149349.html





 

Partager cet article
Repost0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).