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10 décembre 2022 6 10 /12 /décembre /2022 19:10

« Nous n'avons plus de grand homme, mais des petits qui grenouillent et sautillent de droite et de gauche avec une sérénité dans l'incompétence qui force le respect. » (Pierre Desproges).




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Ce week-end des 10 et 11 décembre 2022, les adhérents du parti Les Républicains départageaient les deux candidats arrivés au second tour pour la présidence de leur parti, Éric Ciotti et Bruno Retailleau. Cette élection s'est déroulée dans l'indifférence générale des médias et de la classe politique, comme si LR était devenu un petit parti politique, ce qu'il est devenu réellement depuis le 10 avril 2022 avec sa candidate Valérie Pécresse qui n'a même pas recueilli 5% des suffrages exprimés au premier tour de l'élection présidentielle.

Pourtant, les adhérents de LR s'étaient plutôt bien mobilisés, avec 72,7% de participation au premier tour le week-end précédent et 70,0% ce week-end. Arrivé en tête du premier tour avec 42,7%, c'est sans surprise que le député de Nice Éric Ciotti a franchi la barre des 50% pour se faire sacrer président de LR. Cela a été annoncé vers 18 heures 30 (avec une panne de lumière !) : Éric Ciotti a obtenu 53,7% parmi les adhérents de LR (soit 33 609 voix).

L'incertitude était plutôt au premier tour, la question de savoir si les militants acceptaient de changer radicalement le discours de LR par des attentions plus sociales et des innovations politiques, en suivant le jeune député Aurélien Pradié. Avec seulement 22,3%, éliminé de la compétition, Aurélien Pradié n'a pas su convaincre les adhérents acquis à la cause d'une certaine droite à la fois sécuritaire et libérale. En outre, ne sachant départager ses deux rivaux (qui pensent la même chose), il n'a pas donné de consigne de vote à ses électeurs.

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Bruno Retailleau n'a pas su impulser un nouveau souffle chez Les Républicains, ce qui était prévisible, étant donné qu'il ne proposait somme toute que l'immobilisme pour son parti, le refus de trancher sur des thèmes qui divisent profondément ce parti, même si les centristes de LR sont quasiment inexistants, partis depuis longtemps vers d'autres cieux plus favorables (et plus macroniens).

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La question de savoir comment Éric Ciotti va soutenir Laurent Wauquiez sera intéressante. En effet, comment peut-on être présidentiable quand on se terre dans sa collectivité (la région Auvergne-Rhône-Alpes), qu'on reste silencieux sur tous les sujets, en particulier les plus importants, et (disons-le) qu'on s'est fait oublier par beaucoup de ses propres électeurs ? L'avènement d'Éric Ciotti va donc être délicat à négocier avec Laurent Wauquiez. Car si Éric Ciotti s'est toujours voulu fidèle et loyal, désormais, il sera le chef, et dans tous les cas, il carbure seul, il est autonome intellectuellement et politiquement (la preuve, son élection).

Ainsi, les convictions d'Éric Ciotti peuvent se résumer à trois points qui, tous les trois, sont plutôt attractifs pour la plupart des électeurs, et pas seulement ceux de LR réduits à peau de chagrin. Premièrement, des propositions pour renforcer l'aspect sécuritaire, qui, à mon sens, ne seront pas plus efficaces que les mesures qui ont été mises en place depuis cinquante ans pour tous les gouvernements, mais qui sont très demandés dans les sondages, presque plébiscitées. Deuxièmement, une baisse des impôts et taxes, et même si l'on croit à l'État providence, aux services publics, somme toute, voire ses avis d'impôts diminuer est toujours souhaité (sinon souhaitable), ce genre de mesure ne peut pas attirer de répulsion sauf si elle est dans une volonté béante de démagogie (comme dans le cas de la candidate Anne Hidalgo qui proposait de doubler le salaire des enseignants), alors que dans le cas d'Éric Ciotti, cette proposition d'alléger drastiquement la fiscalité provient d'un raisonnement idéologique cohérent et limpide (réduire toutes les contraintes de l'État). Enfin, troisièmement, on l'avait oublié et l'unique débat de la présidence de LR le 21 novembre 2022 l'avait mis en lumière : Éric Ciotti est moderne et favorable aux mesures sociétales, c'est-à-dire que loin d'être un réactionnaire, il accepte de suivre la société quand celle-ci réclame certains aménagements, et cela, quoi qu'il en soit, reste plutôt à apporter à son crédit qu'à son débit intellectuel.

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En ce sens, Éric Ciotti est le contraire de François Baroin. Probablement celui qui avait le plus de capacité à être le candidat LR en 2022, François Baroin a brillé par son manque d'ambition et d'intérêt pour l'élection présidentielle. Face au vide absolu au sein de son parti, Éric Ciotti, au contraire, est prêt à relever tous les défis pour mener ses idées au pouvoir. Quitte à conquérir l'Élysée lui-même.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (11 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Éric Ciotti sacré meilleur communicant du parti Les Républicains !
Éric Ciotti.

La sagesse de Nicolas Sarkozy.
Présidence de LR : Ciotti vs Retailleau au cœur du système.
Présidence de LR : trois têtes pour un fauteuil.
Trois candidats et un enterrement ?
Lucien Neuwirth.

Bruno Le Maire.
Patrick Balkany.
Claude Malhuret.
Xavier Bertrand.
Bruno Retailleau.
Caroline Cayeux.
Christophe Béchu.
Aurélien Pradié.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.






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http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/12/11/39742283.html


 

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5 décembre 2022 1 05 /12 /décembre /2022 04:47

« Qui sauvera Les Républicains et sur quelle ligne ? (…) Laminé à la présidentielle, LR doit se réinventer pour exister. Un duel se profile pour diriger le parti, en décembre, entre les très droitiers Éric Ciotti et Bruno Retailleau. » (Rémi Clément, "L'Express" le 11 septembre 2022).



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Ce week-end des 3 et 4 décembre 2022 a eu lieu le premier tour du vote interne au sein des 91 110 adhérents du parti Les Républicains pour désigner leur prochain président de parti.

Incontestablement, cette élection interne n'a pas passionné les Français, ni les médias. Un débat télévisé a eu lieu le 21 novembre 2022 sur LCI et cela s'est arrêté là. Il faut toutefois observer qu'il y a une dizaine d'années, les élections internes dans les partis restaient toujours "souterraines" et qu'aucun débat contradictoire n'était étalé sur la place publique au risque de donner des arguments nouveaux aux adversaires.

Le premier constat est la participation, que je trouve importante : près de 73% des adhérents ont pris part au vote (exactement 66 216 adhérents), ce qui n'est pas négligeable. Avec cette faible mobilisation médiatique, on aurait pu imaginer qu'elle fût inférieure à 50%. En fait, ce n'est pas étonnant. L'enjeu est crucial pour ce parti puisqu'il s'agit de son existence même dans le paysage politique qui est en jeu.

Ce parti, qui comptait près de 300 000 militants à l'époque faste du sarkozysme triomphant sous l'étiquette UMP, qui, rappelons-le, pouvait rassembler au premier tour plus de 40% des suffrages exprimés au niveau national lors des élections à l'époque où il se divisait en deux partis, l'UDF et le RPR parfois réunis dès le premier tour (la liste UDF-RPR conduite par Simone Veil aux élections européennes de juin 1984, par exemple). Depuis 2017, ce parti n'a pas été capable d'amener son candidat à un second tour d'élection présidentielle, et en 2022, avec la candidature de Valérie Pécresse, d'atteindre les 5%, seuil fatidique pour le remboursement d'une partie des frais de campagne.

Le débat du 21 novembre 2022 a montré sans ambages les lignes de fracture du parti. Et a fait connaître les trois candidats qu'on pourrait résumer très simplement ainsi. Le favori est incontestablement Éric Ciotti, arrivé au premier tour à la primaire fermée de 2021 ; le challenger est Bruno Retailleau ; l'outsider est Aurélien Pradié.

Ce que l'observateur politique a aussi appris de ce débat, c'est qu'il n'y avait pas de ligne de division sur un sujet qui compte beaucoup pour un parti politique qui se revendique prêt à gouverner : le nom de son candidat à la prochaine élection présidentielle, prévue en 2027. Les trois candidats admettent qu'il n'y a qu'un seul homme providentiel pour Les Républicains, et il s'appelle Laurent Wauquiez qui reste très discret dans le débat public national depuis 2019 et l'effondrement électoral aux dernières élections européennes. Le seul clivage, c'est de savoir quand il faudrait le désigner officiellement champion, tout de suite selon Éric Ciotti qui semble se montrer le plus wauquieziste (mais justement, j'y reviendrai plus loin), après les élections européennes de 2024 pour les deux autres candidats, pour lui éviter les conséquences politiques d'un éventuel échec à ces élections européennes (on voit le grand optimisme qui prévaut dans cette enceinte !).

Celui qui pouvait apporter une ligne politique claire et surtout nouvelle, innovante, a été éliminé ce dimanche 4 décembre 2022, ayant été celui des trois qui a obtenu le moins de voix, 14 765 adhérents, soit seulement 22,3% des votants. En effet, Aurélien Pradié voulait entraîner son parti, par sa jeunesse, son dynamisme et sa créativité, vers un terrain beaucoup plus social et beaucoup moins sécuritaire, au point qu'il était le seul à affirmer abruptement qu'à l'Assemblée Nationale, non seulement il voterait contre un allongement de l'âge légal pour prendre sa retraite mais qu'il déposerait une motion de censure contre le gouvernement s'il avait l'impression que le gouvernement voudrait escamoter le débat. Ses deux concurrents, en revanche, étant favorables à cet allongement, avaient annoncé qu'ils voteraient cette réforme selon certaines conditions que les sénateurs LR, présidés par Bruno Retailleau, ont déjà fait entendre à la majorité présidentielle.

Il faut dire qu'Aurélien Pradié n'a pas été aidé par ses amis putatifs. Le principal aurait pu être Xavier Bertrand, qui se voudrait plus "droite sociale" que ses rivaux. "Malheureusement", comme Aurélien Pradié a diagnostiqué que seul, Laurent Wauquiez pourrait être le candidat de LR pour la prochaine élection présidentielle, on comprend que Xavier Bertrand, qui est en dedans et en dehors, un pied dans sa tombe politique et l'autre pied pas loin, n'a pas souhaité lui apporter un soutien très appuyé. C'est dommage, car vu la forte participation (trois quarts), et la nouveauté que proposait Aurélien Pradié, il aurait pu avoir plus qu'un score de témoignage s'il avait bénéficié de meilleurs relais internes au parti dont il est pourtant l'actuel secrétaire général depuis trois ans.

Aurélien Pradié au second tour, cela aurait créé la surprise, et sans doute, une impulsion nouvelle pour un élan nouveau dont aurait besoin Les Républicains. Il y aura bien un second tour (le second vote aura lieu les 10 et 11 décembre 2022, le week-end prochain), avec le risque, quand il y a deux tours, d'une division supplémentaire entre les militants.

Sans surprise, chouchou des adhérents, Éric Ciotti est en tête avec 28 297 voix, soit 42,8% des votants, et il est en avance de plus de 5 000 voix par par rapport à son concurrent du second tour Bruno Retailleau, qui n'a rassemblé que 22 815 voix, soit 34,5% des votants.

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Il faut le dire, le match Ciotti vs Retailleau n'est pas un duel sur le fond programmatique de ce parti. Les deux candidats se rejoignent sur la plupart des points politiques, la différence est plus dans la forme. L'un, Éric Ciotti, est un audacieux, qui risque de renforcer les clivages mais qui montre un plus grand volontarisme, notamment pour deux sujets qu'il considère comme cruciaux, la fiscalité (baisse drastique des impôts et taxes) et la sécurité et l'immigration (avec des propositions qui contraignent encore plus, comme cela n'a pas arrêté d'être voté depuis plus de cinquante ans à l'époque de Raymond Marcellin avec le succès qu'on observe). L'autre, Bruno Retailleau, est beaucoup plus mesuré, réservé, voire fatigué, il représente le conservatisme discret, plus soucieux de faire moins de bruit pour assurer l'essentiel que de partir l'épée au vent conquérir de nouveaux territoires. Pourtant, sans conquête, sans reconquête, Les Républicains resterait dans les oubliettes du jeu politique national. En résumé, l'un est le candidat de la fidélité gaulliste, RPR, UMP, LR (Bruno Retailleau était dans le parti de Philippe de Villiers avant de rejoindre l'UMP) ; l'autre est le candidat de Gérard Larcher, le Président du Sénat.

Le clivage interne est d'ailleurs assez frappant : Éric Ciotti est le candidat des militants, de la base, de la vox populi ; Bruno Retailleau est le candidat des élus, des cadres, du sommet de la pyramide. C'est pour cela que je ne donne pas cher de la candidature de Bruno Retailleau au second tour.

D'une part, sur le plan philosophique, il n'y a aucune raison que les adhérents qui ont opté pour Aurélien Pradié au premier tour préfèrent Bruno Retailleau à Éric Ciotti (sur l'inscription du droit à l'avortement dans la Constitution, par exemple, Aurélien Pradié rejoint même Éric Ciotti contre Bruno Retailleau qui s'y oppose), car il n'y a pas de différence de fond entre les deux finalistes.

D'autre part, Bruno Retailleau est au fond le représentant du statu quo chez LR, même s'il est plus bruyant pour souhaiter un changement d'appellation (la marque LR a fait son temps, datant pourtant seulement du printemps 2015). Toutes les poussières du parti, son truc à lui, c'est de les pousser sous le tapis et d'atteindre voir venir tandis que ses deux concurrents préféraient au contraire trancher et clarifier les positions de LR.

Si Bruno Retailleau gagnait la présidence de LR, il paraît donc assez prévisible qu'en 2026, la direction de LR se réveillerait comme ce fut le cas en 2021 et se dirait : "flûte, on n'a pas de candidat, on n'a pas de programme, vite ! Préparons l'élection présidentielle !". On a vu ce que cela a donné en 2021-2022 : moins de 5%.

La candidature de François Fillon, en 2017, avait été très mûrement préparée, François Fillon travaillait sur son programme dès février 2013 et a rencontré de nombreuses personnes qualifiées sur tous les domaines pendant quatre ans pour affiner ses propositions. Il était sans doute le mieux préparer l'élection de 2017, en revanche, pas préparé pour un sou à se défendre en cas d'attaque ou d'affaire personnelles, et, à mon avis, pas préparé non plus à réagir à des crises majeures imprévisibles (gilets jaunes, pandémie de covid-19, invasion russe de l'Ukraine, etc.).

On pourrait penser qu'en 2027, comme c'était le cas en 2017, ce serait le tour du candidat de LR : en 2017, on se disait qu'après le discrédit de la gauche sublimé par l'impossibilité politique de François Hollande à solliciter le renouveler son mandat, le candidat LR serait forcément élu. En 2027, le Président Emmanuel Macron ne pourra pas se représenter pour un troisième mandat, et donc, dans l'état actuel des forces politiques, c'est une fenêtre d'opportunité pour Les Républicains : le candidat LR pourrait être le remplaçant. Sauf que pour l'instant, il y aura du travail, car on ne remonte pas la pente de 4% à 51% sans effort et sans réflexion.

Et le gros problème de LR, c'est que gagner l'élection présidentielle de 2027, c'est être, d'une manière ou d'une autre, l'héritier du macronisme, pas son opposant, car ce seraient les mêmes électeurs qui voteraient pour le candidat LR que ceux qui avaient voté pour Emmanuel Macron en 2022, face aux deux grands pôles d'opposition populiste que sont le Rassemblement national et France insoumise, eux-mêmes dotés de candidats inexpugnables, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Et paradoxalement, s'il veut attirer à lui de nouveaux électeurs, ce parti devra se différencier du macronisme, et donc, jouer à l'opposant le plus résolu (face au gouvernement actuel) et aussi le plus rassurant (face au RN et à FI). Sans perdre sa capacité de rassembler les électeurs macronistes au second tour. Autant dire que la feuille de route est délicate. On est loin de l'hégémonisme de l'UMP fondée par Jacques Chirac et Alain Juppé en avril 2002.

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L'élection d'Éric Ciotti à la tête de LR ferait incontestablement bouger les lignes. Plus d'hésitante position face au gouvernement et opposition frontale. Probablement qu'elle ferait perdre des adhérents en route, en particulier ceux qui ne sont pas pour une révolution fiscale drastique (à la Reagan). En revanche, elle aurait le potentiel pour attirer d'autres électeurs, parmi ceux qui ne sont pas ou plus engagés, désabusés de l'évolution du paysage politique, ou ceux, pour la partie sécuritaire, qui se sont noyés dans l'extrême droite de manière très stérile puisque celle-ci n'est pas parvenue aux responsabilités.

Ce qui me fait sourire, c'est qu'on dit qu'Éric Ciotti est le plus proche de Laurent Wauquiez (des trois candidats). Mais je serais Laurent Wauquiez, je me méfierais de mes plus proches amis ! En souhaitant désigner Laurent Wauquiez dès l'année prochaine, 2023, Éric Ciotti pourrait facilement brûler cette hypothèse en cas d'intempéries fortes sur LR avant 2026 (je pense aux élections européennes de 2024). Et lui ouvrir un boulevard pour sa propre candidature à l'élection présidentielle de 2027. Après tout, il voulait déjà être ce candidat en décembre 2021, et même s'il ne la met pas en avant, son ambition présidentielle est bien réelle, probablement pour faire gagner ses convictions avant tout, mais en tout cas, face au vide de l'offre politique sur ce secteur de la vie politique, Éric Ciotti n'est pas le moins déméritant. Je serais Laurent Wauquiez, je choisirais pour le statu quo, qui me garderait bien au chaud mon statut de candidat putatif pendant tout ce quinquennat.

Le journaliste Paul Chaulet a publié un article dans "L'Express" le 28 septembre 2022 dont le titre est très éloquent : « Et si Éric Ciotti manipulait Laurent Wauquiez ? ». En évoquant les talents de marketing du député des Alpes-Maritimes, l'article explique : « Autant prendre un peu de sa lumière. Pour Éric Ciotti, la carte Wauquiez est une manière de briser un plafond de verre. Arrivé en tête au premier tour du congrès de 2021, il n'avait pas réussi à franchir la barre des 40% au second tour. Trop clivant. Ses concurrents s'étaient précipités dans les bras de Valérie Pécresse. ». Il a en tout cas franchi ce seuil de 40% le 4 décembre 2022.

Certes, le journaliste admet aussi : « Éric Ciotti ne s'imagine pas porter les couleurs de LR dans cinq ans. L'homme a conscience de ne pas boxer dans la même catégorie que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Il juge Laurent Wauquiez d'un niveau supérieur à ses rivaux, comme Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse. ».

Mais en politique, il est des transformations rapides, qui font d'un responsable politique ordinaire, voire médiocre, une incarnation populaire très forte d'un courant politique.

L'exemple de Ségolène Royal est très instructif : rien n'était favorable à elle face aux poids-lourds de la politique qu'étaient, au sein du parti socialiste, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry. Et pourtant, elle les a pris tous de court en 2006 grâce à une bonne dose de marketing et de communication, et même si elle a échoué face à Nicolas Sarkozy en 2007 (la dernière victoire présidentielle de LR !), elle a fait toutefois un score très honorable qui pouvait la conduire au leadership de l'opposition (ce ne fut finalement pas le cas). François Hollande aussi, en 2011, n'avait aucune stature par rapport aux autres éléphants du PS, il n'avait même jamais eu de responsabilité ministérielle (comme aujourd'hui Éric Ciotti), et il a quand même gagné, non seulement la primaire socialiste mais également l'élection présidentielle de 2012.

C'est pourquoi cette élection du prochain président de LR est passionnante, car de celle-ci s'articulera sans doute toute l'évolution des pôles des partis de gouvernement dans les cinq prochaines années en France.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (04 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Présidence de LR : Ciotti vs Retailleau au cœur du système.
Présidence de LR : trois têtes pour un fauteuil.
Trois candidats et un enterrement ?
Lucien Neuwirth.

Bruno Le Maire.
Patrick Balkany.
Claude Malhuret.
Xavier Bertrand.
Bruno Retailleau.
Caroline Cayeux.
Christophe Béchu.
Aurélien Pradié.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221204-les-republicains.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/presidence-de-lr-ciotti-vs-245347

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22 novembre 2022 2 22 /11 /novembre /2022 04:57

« Je ne ferai pas la courte échelle à Emmanuel Macron sur la réforme des retraites (…). C'est peut-être le moment de ne pas lui servir la soupe. » (Aurélien Pradié, le 21 novembre 2022 sur LCI).




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Le 4 décembre 2022 aura lieu le premier tour dématérialisé pour désigner le prochain président du parti Les Républicains (un éventuel second tour est prévu le 11 décembre 2022 si besoin). Son précédent président, Christian Jacob, avait en effet démissionné le 30 juin 2022 à la suite de l'épouvantable épreuve des élections du printemps, moins de 5% pour la candidate LR Valérie Pécresse en avril 2022 et une érosion de la moitié du nombre de députés LR élus en juin 2022 par rapport à juin 2017.

Trois candidats se sont déclarés dans les conditions demandées par les statuts et se disputent le rôle de leader futur du parti : Éric Ciotti (57 ans), député de Nice, ancien président du conseil général des Alpes-Maritimes et ancien candidat à la primaire fermée de LR en décembre 2021, Aurélien Pradié (36 ans), jeune député du Lot depuis 2017 et secrétaire général actuel de LR, enfin, Bruno Retailleau (62 ans), président très apprécié du groupe LR au Sénat, ancien président du conseil régional des Pays-de-la-Loire et ancien président du conseil général de la Vendée, ancien dauphin de Philippe de Villiers.

Un seul débat télévisé a été organisé pour participer à leur campagne interne. Il a duré un peu moins de deux heures, diffusé en direct par la chaîne LCI ce lundi 21 novembre 2022 à partir de 20 heures 30, animé par Ruth Elkrief et Adrien Gindre.

Je propose ici d'exposer l'impression générale et les différenciations politiques.

L'impression générale de la compétition d'abord : à l'évidence, les trois candidats sont des "seconds couteaux", très loin de la notoriété des Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon. Et encore plus loin de la stature des Jacques Chirac, Édouard Balladur, Valéry Giscard d'Estaing et Raymond Barre. Depuis l'élection du Président Emmanuel Macron en 2017 flotte une impression de vide de leadership qui est à la fois étonnant (ce parti est l'héritier du mouvement gaulliste première formation historique pour la présidentialisation du débat politique et l'incarnation par un chef politique fort) et inquiétant (face aux autres partis qui ont, eux, un leader fort et bien identifié : Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et bien sûr, Emmanuel Macron). Depuis 2017, LR subit aussi une lente érosion de ses cadres et élus rejoignant la majorité présidentielle (Édouard Philippe, Jean-Pierre Raffarin, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Christophe Béchu, Sébastien Lecornu, Christian Estrosi, Hubert Falco, Renaud Muselier, Éric Woerth, Damien Abad, Roselyne Bachelot, Caroline Cayeux, etc.).

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Éric Ciotti est depuis décembre 2021 le chouchou des militants, ayant des convictions très fortes sur au moins deux thèmes, l'immigration et la fiscalité, ce qui lui apporte des adhésions très fortes à sa personne mais aussi certaines répulsions très fortes (plutôt externes) car l'expression claire de ses convictions fortes clive nécessairement. Pour les commentateurs politique, Éric Ciotti est le favori de cette élection interne.

Bruno Retailleau est supposé prendre le rôle du sage, le candidat des élus (il a recueilli le plus grand nombre de parrainages de parlementaires LR), très apprécié au Sénat pour son action de rassemblement et de proposition (le 12 novembre 2022, il a fait adopter au Sénat, dont la majorité est LR et alliés, un amendement sur la retraite à 64 ans avec quarante-trois annuités au détour de l'examen du projet de loi sur le financement de la sécurité sociale, sans conséquence puisque le gouvernement fera passer le texte par un cinquième emploi de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution). Son credo est l'unité, avec le risque de laisser LR dans une position politique ambiguë qui a fait son effondrement depuis 2017.

Enfin, Aurélien Pradié est ce qu'on appelle un "jeune espoir" de LR qui a pris suffisamment d'envergure pour vouloir conduire son parti lui-même. Il bouscule les vieux caciques et il apporte du sang neuf, doublement, par sa jeunesse et nouveauté d'abord, et par l'originalité de ses thèmes, ensuite, puisqu'il refuse de se laisser piéger par les thèmes classiques de l'extrême droite (immigration, sécurité) pour aller sur le terrain d'un électorat populaire que LR a perdu depuis 2012.

Notons qu'aucun des trois candidats n'est énarque et que les deux premiers ont commencé leur carrière politique sous l'ombre d'une autre personnalité politique (Christian Estrosi pour le premier et Philippe de Villiers pour le deuxième). Quant à Aurélien Pradié, il a été vite "adopté" par Christian Jacob qui l'a bombardé au secrétariat général, à savoir, un poste opérationnel qui permet de connaître parfaitement l'organisation interne du parti, les fédérations locales, etc.

En d'autres termes, pour résumer, Aurélien Pradié est l'outsider qui aurait a priori peu de chance de gagner mais qui pourrait créer des surprises, avec une volonté de relance de LR particulièrement novatrice et de long terme (il est évident qu'il nourrit une ambition présidentielle mais il se garde bien de l'exprimer déjà et il est encore jeune), une modernité qui est adaptée à la situation des autres partis (RN, FI et Renaissance qui ont beaucoup de parlementaires jeunes). Éric Ciotti est le favori des militants et Bruno Retailleau est le favori des cadres et des élus.

Maintenant, venons-en à l'impression générale du débat télévisé.

Sans surprise, Éric Ciotti a le ton clair, la parole déterminée, il a une communication qui porte, même s'il dit n'importe quoi, il a un degré de conviction très fort, le plus fort de tous les trois. Il a par ailleurs taclé souvent son concurrent Bruno Retailleau qu'il a considéré comme son principal adversaire (alors qu'à mon avis, il aurait dû aussi contrer Aurélien Pradié qui pourrait faire bouger les lignes et contre lequel il se contentait de sourire !).

Bruno Retailleau, en revanche, a été souvent en retrait, vieilli par sa courtoisie d'un autre siècle qui laisse entendre une faible détermination, il est même apparu fatigué, sans enthousiasme, comme si sa candidature était une candidature de devoir auprès de ses amis grands élus (en particulier le Président du Sénat Gérard Larcher).

Enfin, incontestablement, Aurélien Pradié a largement survolé ce débat, n'hésitant pas à donner des rôles à ses contradicteurs en se mettant déjà à la place du futur président de LR, proposant à Bruno Retailleau de rester à la présidence stratégique du groupe LR au Sénat, et à Éric Ciotti d'aller conquérir la mairie de Nice en 2026 et de prendre le secrétariat général de LR. Ses deux concurrents ont souri mais ont peu protesté ! Aurélien Pradié est un audacieux et il sait bien qu'en politique, le bluff finit toujours par payer : Jacques Chirac en 1976 et Nicolas Sarkozy en 2002 le savent bien.

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Passons au fond.

Éric Ciotti n'a donc pas étonné sur ses convictions qu'il avait déjà eu l'occasion de développer lors de la campagne interne de 2021 pour désigner le candidat LR à la dernière élection présidentielle. Une plus grande fermeté pour éviter l'arrivée de réfugiés par la Méditerranée en supprimant les "pompes aspirantes" que sont les généreux droits sociaux en France (il se trompe complètement : les candidats à une nouvelle vie se moquent complètement de l'état des droits sociaux, ils ont juste l'intuition générale, probablement trompeuse, que leur vie sera meilleure dans tous les cas en Europe et, de toute façon, ils ne suivent pas l'actualité législative de ces pays). Et surtout, une politique fiscale très audacieuse : baisse ou suppression de nombreux impôts, notamment l'impôt sur les successions (« impôt sur la mort », a-t-il dit) et les taxes sur les taxes pétrolières.

Les trois candidats ont fustigé avec force le Président de la République Emmanuel Macron, allant jusqu'à considérer que LR était aussi opposé à la majorité actuelle qu'au Rassemblement national et qu'à la Nupes. Les trois candidats ont aussi fustigé Nicolas Sarkozy qui s'était écarté de LR en soutenant Emmanuel Macron en 2022, même si Éric Ciotti et Aurélien Pradié ont rappelé qu'ils ont commencé leur carrière politique en collant des affiches de Nicolas Sarkozy (Éric Ciotti ne veut pas être wokiste dans son parti en reniant Nicolas Sarkozy !). Tous sont aussi partisans de changer d'appellation, mais c'est surtout Bruno Retailleau qui l'a exprimé le plus clairement, en constatant que la marque Les Républicains était pourrie et qu'il fallait redonner un nouvel élan à ce parti.

Ce qui était intéressant, c'est que les clivages politiques ne sont pas venus là où l'on aurait pu le croire. Ainsi, il n'y a pas eu de clivage ni sur le besoin de fermeté face à l'immigration (en disant : « Il faut stopper l’invasion migratoire. », Éric Ciotti s'est référé à Valéry Giscard d'Estaing qui évoquait dans un quotidien en 1991 l'invasion migratoire dans un autre contexte, à l'époque, cela avait créé la polémique). Aurélien Pradié, qui a aussi insisté sur le fait qu'il y avait trop d'immigration, est allé dans le sens de ses deux concurrents en proposant surtout de faire adopter le nouveau concept de crime de passeurs, et de l'internationaliser (« le crime de passeur comme un crime relevant de la cour pénale internationale »), ce qui permettrait de mobiliser plus de forces pour empêcher l'activité de ces passeurs et les traduire en justice. De plus, pour lui, Frontex doit être le seul à pouvoir faire des sauvetages en mer : « Frontex serait cantonné aux sauvetages, déposerait les passagers dans des zones tampons et ne les ferait pas entrer sur nos territoires. ».

En revanche, le clivage a été net sur la réforme des retraites. En effet, Bruno Retailleau, qui a été au Sénat parmi les partisans d'encourager le gouvernement à adopter les conditions LR est pour la retraite à 64 ans. Donc, il a annoncé qu'il voterait la réforme des retraites si certaines conditions étaient contenues dans le projet, se montrant paradoxalement le plus macronien des trois. Éric Ciotti, lui aussi, veut cette réforme des retraites (à 65 ans), et la voterait sous condition également. Tandis qu'Aurélien Pradié a été très clair et est contre un allongement de l'âge de la retraite. Il a cité son jeune frère boulanger qui travaille tous les jours à 2 heures du matin et à qui il n'est pas la peine de lui expliquer ce qu'est la valeur travail. Il a souvent insisté le besoin pour LR de retrouver un électorat populaire (à l'écouter sur le vocabulaire, il pourrait ainsi refonder le MRP : mouvement républicain populaire !).

Autre clivage intéressant : Éric Ciotti veut baisser les impôts immédiatement. Aurélien Pradié et Bruno Retailleau lui ont répondu que ce n'était pas sérieux. Mais c'est Aurélien Pradié qui a été le plus convaincant en proposant d'abord de réduire les dépenses de l'État, puis, seulement ensuite, de réduire les impôts. Éric Ciotti pense au contraire qu'il faut faire un choc fiscal qui ferait rentrer plus d'argent dans les caisses de l'État. Aurélien Pradié veut faire voter chaque année, après la loi de finances et la loi de financement de la sécurité sociale, une « loi de finance et de gestion de la dette »). Dans ce débat, Bruno Retailleau a été dépassé par son orthodoxie sans aspérité en voulant réduire la dette publique, et donc en recherchant d'abord des comptes équilibrés : « Il faut être sérieux. On ne peut pas faire une baisse massive des impôts sans commencer aussi par récupérer de l’argent de l’État. ».

Reprenant un engagement de François Fillon en 2017, Aurélien Pradié a tenté de rallier les adhérents les plus conservateurs de LR en se disant favorable à l'uniforme à l'école et aussi à cette tenue unique à l'université.

Autre thème étonnant de clivage, l'IVG et la proposition ou le projet d'intégrer le principe du droit à l'avortement dans la Constitution, un engagement d'Emmanuel Macron soutenu très fortement par l'ultragauche. Pour Bruno Retailleau, pas question de le faire car c'est inutile ; aucun parti politique ne propose la remise en cause de la loi sur l'IVG et le Conseil Constitutionnel a même considéré que l'avortement faisait partie des acquis constitutionnels (comme la laïcité de 1905 seulement régie par une simple loi mais qui a été considérée à valeur constitutionnelle par le Conseil Constitutionnel il y a déjà quelque temps). En d'autres termes, il refuse de rentrer dans un débat américain qui n'a aucun sens en France.

Mais les deux autres n'ont pas du tout la même position. Éric Ciotti, sans développer, voterait cette constitutionnalisation en affirmant que la droite devait être ouverte, que ce sont les gaullistes qui ont autorisé le droit de vote aux femmes (De Gaulle en 1945), la contraception (Lucien Neuwirth en 1967) et l'avortement (Simone Veil en 1974). Et qu'il ne fallait pas laisser ces thèmes à une ultragauche féministe qui voudrait remettre tout en cause. Quant à Aurélien Pradié, le plus construit sur ce sujet, il a rappelé qu'il s'était engagé à l'UMP aussi avec cet héritage essentiel de Simone Veil et qu'il voterait l'inscription dans la Constitution du principe de la loi Veil.

En ce sens, Bruno Retailleau a montré ce qu'il était, un conservateur au sens classique du terme, tandis qu'Éric Ciotti a montré qu'il était plutôt un libéral dans le sens très réformiste du terme, un peu à l'instar d'Alain Madelin qui, sur les thèmes de société, a toujours été libéral. La position d'Aurélien Pradié est moins surprenante dans la mesure où il revendique la représentation de l'aile sociale de LR.

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Inversement, un thème politique crucial, facteur récurrent de divisions pour LR, a rassemblé les trois candidats : aucun ne souhaite être candidat à l'élection présidentielle de 2027 et tous les trois ont admis que le meilleur candidat possible de LR actuellement était Laurent Wauquiez. Éric Ciotti a expliqué qu'il souhaitait que Laurent Wauquiez soit désigné par LR explicitement candidat le plus tôt possible pour pouvoir être une incarnation des Républicains pendant tout le second quinquennat d'Emmanuel Macron. Bruno Retailleau et Aurélien Pradié sont opposés à une désignation trop rapide afin de protéger Laurent Wauquiez d'aléas électoraux, en repoussant la désignation à après les élections européennes de 2024 (mais Éric Ciotti connaît trop son parti et a répliqué qu'après 2024, on dirait alors qu'il y a les élections municipales et sénatoriales, en 2026 et on repousserait encore jusqu'à trop tard). En tout cas, l'idée de désigner le candidat LR par une primaire, fermée ou ouverte, est exclue, ainsi que l'agenda, à quelques mois de l'échéance. Aurélien Pradié voudrait revenir aux pratiques autocratiques du RPR, où le bureau politique désignait unanimement son leader comme candidat à l'élection présidentielle, avec ratification des militants. Bruno Retailleau semble le plus prudent dans ce thème, plus collectif, souhaitant éviter de montrer un cynisme trop ouvertement explicite !

Enfin, à la fin de l'émission, alors que ses deux autres compétiteurs n'ont pas été aussi clairs, Aurélien Pradié a sans doute été, paradoxalement, le champion le plus opposé à Emmanuel Macron, en déclarant clairement que, lui président de LR, Les Républicains déposeraient une motion de censure dans deux cas : la volonté du gouvernement d'adopter rapidement la réforme des retraites sans débat, et la régularisation massive des personnes immigrées sur le sol français. Or, seule une motion de censure déposée par le groupe LR peut avoir des chances d'être adoptée par une majorité absolue de députés, puisque le RN et la Nupes pourraient la voter, alors que LR ne voterait jamais une motion de censure déposée par la Nupes ou par le RN. Sur le thème des retraites, le groupe LR est très divisé sur la position à prendre puisque sur le principe, la majorité des élus LR est d'accord avec le gouvernement, et sur le thème des régularisations massives, il serait étonnant que la Nupes rejoignent LR et le RN en contredisant ses propres positions. Donc, le gouvernement a encore peu de chance d'être renversé, mais la phrase claire d'Aurélien Pradié l'a placé en premier opposant d'Emmanuel Macron.

En conclusion, je pense que le débat, s'il a été regardé par les adhérents de LR, pourrait faire bouger les lignes. Le moins connu en interne était sans doute Aurélien Pradié qui a montré de la pugnacité (il a souvent rembarré les journalistes voulant l'interrompre), de la vision politique avec des propositions concrètes et parfois originales, en tout cas, novatrices, et un indéniable sens du leadership. De plus, il a rassuré les partisans de Laurent Wauquiez puisque sa candidature pour 2027 n'est plus en discussion. De son côté, Bruno Retailleau a montré un évident coup de vieux, un manque de punch, et surtout, un grand manque d'originalité pour proposer de nouvelles solutions. Quant à Éric Ciotti, excellent comme d'habitude en communication (esprit clair aux idées exprimées clairement), ses idées sont les plus clivantes, ce qui a pour effet un bon score au premier tour mais peut-être un mauvais à l'éventuel second tour, comme lors du congrès de décembre 2021.

À l'évidence, cette élection interne reste très ouverte, et va juger surtout la capacité du candidat président de parti à redresser LR, à le remettre en ordre de marche pour l'élection présidentielle de 2027. En s'exonérant de manière salutaire d'un débat sur l'identité d'un futur candidat qui semble déjà connue...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (21 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Présidence de LR : trois têtes pour un fauteuil.
Trois candidats et un enterrement ?
Lucien Neuwirth.

Bruno Le Maire.
Patrick Balkany.
Claude Malhuret.
Xavier Bertrand.
Bruno Retailleau.
Caroline Cayeux.
Christophe Béchu.
Aurélien Pradié.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.







https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221121-debat-lr.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/presidence-de-lr-trois-tetes-pour-245098

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/11/20/39716345.html






 

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8 octobre 2022 6 08 /10 /octobre /2022 05:46

« La France ne peut plus être gérée de loin par quelques-uns. Dans la République des territoires qui va naître, l'emploi ou l'écologie se décideront au plus près et par ceux qui y vivent. » (Vision de Nous France).



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Ça y est, le velléitaire Xavier Bertrand a fondé son parti, le énième micro-parti écurie personnelle à objectif vaguement élyséen. Xavier Bertrand a en effet rassemblé un certain nombre de militants (un millier selon lui) au Théâtre Jean-Vilar dans sa ville de Saint-Quentin le samedi 1er octobre 2022. Une journée de séminaire, de tables rondes, pour marquer la création de la structure "Nous France" dont l'appellation vide de sens n'apporte aucune indication sur ses choix politiques si ce n'est que c'est l'une des mille coquilles vides de pseudo-présidentiables. Ce qui surprend quand on regarde la vidéo de ce meeting (ci-après), c'est que Xavier Bertrand est l'une des seules personnalités politiques qui fait des meetings électoraux après et pas avant une élection !

Xavier Bertrand n'est pas un homme politique comme les autres : depuis 2010, il a fait partie de premiers-ministrables de Nicolas Sarkozy et, après la défaite de ce dernier en 2012, régulièrement, il annonçait son intention d'être candidat à l'élection présidentielle. C'est un peu le sens de mon adjectif "velléitaire", il est déterminé... mais il se ravise souvent. Ainsi, à la primaire LR de novembre 2016, il avait renoncé à se présenter.

Le plus éloquent fut pour l'élection présidentielle de 2022. Ayant démissionné de son parti Les Républicains en 2017 après l'arrivée à sa tête de Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand n'a jamais cessé d'annoncer sa candidature déterminée tout en tentant de se démarquer tant de son ancien parti LR qui utilise des thèmes trop sécuritaires à son goût que du Président Emmanuel Macron dont il est pourtant idéologiquement compatible (il a d'ailleurs récemment annoncé son approbation de la réforme des retraites).

Malgré cette détermination, Xavier Bertrand s'est rangé finalement avec beaucoup de discipline dans la logique du congrès de LR en décembre 2021, reprenant sa carte d'adhésion pour concourir à la primaire fermée. Rude coup qu'il a pris là puisqu'il est arrivé en dernière position parmi les quatre candidats politiques importants, derrière Éric Ciotti, Valérie Pécresse et Michel Barnier.

Le 3 décembre 2021, Xavier Bertrand avait annoncé qu'il renonçait à toute ambition présidentielle et qu'il irait retravailler dans sa région, appelée stupidement les Hauts-de-France (Picardie et Nord-Pas-de-Calais), dont il est le président du conseil régional depuis janvier 2016 (réélu en juin 2021).

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Alors, pourquoi a-t-il créé cette écurie présidentielle pour 2027, seulement un an après ? Invité de BFMTV le 2 octobre 2022, Xavier Bertrand a tenté sans convaincre d'expliquer son ambition : quand il avait annoncé son retrait définitif, il croyait que Valérie Pécresse, désignée candidate LR, allait gagner et que sous sa Présidence, cela n'aurait eu aucun sens de se retrouver en position de rival présidentiel.

Certes, Valérie Pécresse avait détonné en décembre 2021 dans les sondages où elle bondissait jusqu'à laisser entrevoir la possibilité d'un second tour Pécresse vs Macron (ce qui était peu crédible dans l'état de "l'opinion publique" de l'époque hystérisée par les déclarations du polémiste Éric Zemmour). Mais sa très médiocre campagne l'a fait effondrer en dessous des 5% des suffrages. Xavier Bertrand aujourd'hui est convaincu qu'il aurait fait mieux qu'elle à l'élection présidentielle, mais quand on n'est même pas capable de rassembler un quart des militants de son propre parti, comment aurait-il pu rassembler les Français ?

Cette ambiguïté est toujours présente. Il y a cet automne 2022 une bataille qui fait rage pour la présidence de LR. Cette bataille a un enjeu crucial puisqu'il s'agit de la mettre l'organisation en ordre de marche pour l'élection présidentielle de 2027. Les clivages sont importants, entre un Éric Ciotti pas très loin d'une alliance avec l'extrême droite qui ferait le jeu de Laurent Wauquiez (on va dire : à l'italienne) et un Aurélien Pradié, une nouvelle génération, plus sociale, plus inventive, plus humanitaire et beaucoup moins sécuritaire. Les barons espèrent la victoire de Bruno Retailleau dont l'intérêt serait de garder toutes ces grandes différences idéologiques sous le couvercle de la marmite en attendant des jours meilleurs (et de ce fait, en reportant le problème dans le choix du futur candidat).

Alors, si Xavier Bertrand n'a pas convaincu de sa sincérité lorsqu'il explique qu'il se remet à penser à l'élection présidentielle en raison de l'effondrement de Valérie Pécresse (après tout, l'élection est ouverte à tous les citoyens, y compris à ceux qui disent y avoir renoncé), il n'a en revanche pas expliqué pourquoi, en pleine bataille interne de LR dont il est encore membre, il vient de créer un nouveau parti politique sans intérêt sinon rassembler ses réseaux et pourquoi lui-même ne s'est pas porté candidat à la présidence de LR. Il a répondu qu'il a déjà donné comme chef de l'UMP entre décembre 2008 et novembre 2010, mais ce n'était pas président, juste secrétaire général avec un vrai chef qui était le Président de la République d'alors.

Bien entendu, on comprend pourquoi il n'est pas candidat à la présidence de LR, parce qu'il n'aurait pas plus les suffrages des militants qu'il ne les a obtenus en décembre 2021 pour la primaire fermée. C'est cet entre-deux-portes qui peut étonner voire choquer (c'est le cas d'Éric Ciotti qui a immédiatement twitté la chanson de Claude François : ça revient et ça repart !). Mais alors, pourquoi est-il encore membre de LR ?

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Pourtant, Xavier Bertrand n'est pas sans atout dans cette course présidentielle qui se dessine dans une perspective d'autant plus ouverte que le Président sortant Emmanuel Macron n'aura plus le droit de concourir : plusieurs fois ministre et pas des moindres (Santé, Travail, Emploi, etc.) pendant six ans et demi, ancien député-maire de Saint-Quentin et président d'une grande région de France, il ne manque ni de qualifications, ni d'expérience, ni même d'idées même si celles-ci n'ont rien d'emballant et d'original : en gros, s'écartant de la tradition gaulliste, il veut une "république des territoires", donc, une décentralisation à outrance, une "régionalisation" à outrance (il a d'ailleurs rappelé le référendum perdu de De Gaulle en 1969 sur cette question), ce qui est logique venant d'un roitelet régional (mais alors, pourquoi veut-il être Président de la République ?).

Ce qui est curieux, c'est de croire que la France et les Français l'attendaient dans la vie politique, pour sauver le pays d'on ne sait quelle misère, et la fin de la profession de foi de son parti est très pompeuse : « L'union nous donnera la force indestructible de reconstruire ce beau pays que nous léguerons à nos enfants. Ensemble, retrouvons-nous, retrouvons la France. ». En parlant de reconstruire, il donne raison à tous les complotistes qui disent que la France est détruite alors qu'au contraire, Emmanuel Macron est en train de la préparer pour la transition énergétique.

Le discours de Xavier Bertrand aura du mal à passer car il joue faussement la gravité dans son ton qui a agacé plus d'un lorsqu'il était dans la compétition l'année dernière. Il aurait intérêt à adopter un ton plus authentique et sincère (d'autant plus qu'il a un vrai sens de l'humour), et surtout, à ne pas hésiter à prendre des risques, car aujourd'hui, il est aussi connu pour ne jamais se mouiller. Par exemple, qui soutiendra-t-il au prochain congrès de LR ? Qu'attend-il pour donner sa position s'il veut que son candidat gagne ? Son désintérêt du congrès LR lui sera forcément reproché au moment crucial où il devra se lancer dans la bataille présidentielle...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (02 octobre 2022)
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Pour aller plus loin :
Xavier Bertrand.
Bruno Retailleau.
Caroline Cayeux.
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Aurélien Pradié.
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25 juillet 2022 1 25 /07 /juillet /2022 05:23

« Si je fais de la politique, c’est parce que je crois en cette capacité à améliorer nos vies. (…) Je crois que la politique peut devenir une chance, porter à nouveau une espérance et transformer positivement nos vies. Opposer écologie et développement humain est absurde. La nature est notre bien le plus précieux. L’homme doit la respecter et la préserver pour assurer son propre développement. Cet équilibre, nous pouvons et nous devons le trouver. Sans sombrer dans l’extrémisme de l’écologie qui punit ou la bêtise de ceux qui nient le réchauffement de notre planète. » (Aurélien Pradié, "Paris Match" le 9 juillet 2020).




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Le parti Les Républicains vit un tournant historique. Il est méconnaissable : il était à l’origine le grand rassemblement non seulement des gaullistes (UNR puis UDR et RPR) mais aussi des indépendants et des centristes qui s’étaient fédérés dans l’UDF à l’époque giscardienne. À partir de 2002 avec l’UMP, il était devenu un parti hégémonique régi par un chef, Jacques Chirac à l’origine mais dès 2004, Nicolas Sarkozy en a pris le leadership. Et depuis 2012, de défaites en défaites, Les Républicains non seulement n’a plus de "chef", mais également plus de candidat "naturel" à l’élection présidentielle.

Certes, les primaires LR de novembre 2016 ont différé la chute du leadership avec une confrontation entre trois leaders de l’ex-RPR dont la stature présidentielle était incontestable : Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon. Cette rivalité n’était pas la première et relevait d’une compétition naturelle qui était déjà ancienne chez les gaullistes : Georges Pompidou vs Michel Debré, Jacques Chaban-Delmas vs Jacques Chirac, Édouard Balladur vs Jacques Chirac, Philippe Séguin vs Alain Juppé, Nicolas Sarkozy vs Dominique de Villepin.

Les résultats électoraux de LR du printemps 2017, même s’ils étaient très décevants pour eux puisqu’ils n’ont pas réussi à reprendre le pouvoir alors qu’ils étaient les favoris, étaient néanmoins fort honorables, tant à l’élection présidentielle, avec 20%, qu’aux élections législatives avec une centaine de députés, le premier groupe de l’opposition. Ils se croyaient immunisés d’un effondrement comme celui qu’a connu les socialistes (6% à la présidentielle, une trentaine de députés).

Le problème de ce parti, c’est qu’il n’a rien fait pendant le dernier quinquennat, sinon se polariser entre partisans d’un rapprochement vers le Président Emmanuel Macron et, au contraire, son opposition très ferme, au point de prendre des postures proches de l’extrême droite. Pire, malgré cinq ans devant eux, les dirigeants de LR n’ont pas été capables de se doter d’une direction opérationnelle dynamique (ils ont choisi seulement un syndic de faillite, Christian Jacob, qui en a eu marre du boulot, il s’en va donc et ne s’est pas non plus représenté aux législatives), encore moins d’un candidat indiscutable et absolument pas d’un programme digne de ce nom, original, cohérent, déterminé, efficace, comme François Fillon avait su en rédiger un pendant quatre ans en rencontrant toutes les forces vives du pays après 2012.

La débandade républicaine n’a pas eu lieu en 2017 comme avec les socialistes, mais en 2022 : petit groupe de députés (une soixantaine, quatrième groupe de l’Assemblée au lieu de deuxième, derrière FI et le RN), et surtout, un score à la présidentielle lilliputien (moins de 5% pour Valérie Pécresse, pire que Benoît Hamon, mais quand même trois fois le score de la rivale socialiste du moment Anne Hidalgo !).

Si beaucoup d’élus LR modérés ont rejoint LREM et Emmanuel Macron, en revanche, peu ont quitté LR pour aller vers l’extrême droite, à l’exception notable de Thierry Mariani et Jean-Paul Garraud qui se sont vendus au RN pour un mandat de parlementaire européen en 2019 et Guillaume Peltier pour revenir à ses anciennes amours en 2021 auprès du polémiste Éric Zemmour.

C’est donc tout le logiciel de LR qu’il faut refaire pour 2027. Une reprogrammation complète, un repositionnement, avec une aubaine : Emmanuel Macron ne pourra pas se représenter en 2027, et son éventuel héritier sera nécessairement moins talentueux que lui. La question sera : où iront les électeurs d’Emmanuel Macron, maintiendront-ils un pôle central, européen, progressiste durable ou se polariseront-ils entre les deux forces extrêmes d’opposition, en clair, entre le RN et FI ? Et LR, dans tout cela, à part une destinée de petit parti centriste destiné seulement à devenir une force d’appoint, un supplétif, quelle pourrait être son avenir alors qu’il est un rouage désormais indispensable à la majorité présidentielle dans le processus législatif ?

Le 30 juin 2022, Christian Jacob a officiellement démissionné de la présidence de LR. En tant que vice-présidente, Annie Genevard (ancienne vice-présidente de l’Assemblée Nationale) assure l’intérim. Le 11 juillet 2022, la haute autorité du mouvement LR, élue par le bureau politique du 21 juin 2022 et dont la composition a été ratifiée par le conseil national du 19 juillet 2022, a pris la décision que l’élection du prochain président de LR aurait lieu pour le premier tour les 3 et 4 décembre 2022 et, éventuellement, pour le second tour les 10 et 11 décembre 2022. La date limite de réception des candidatures ainsi que des formulaires de parrainage a été fixée au 2 octobre 2022 à 18 heures. La liste officielle des candidats sera publiée au plus tard le 17 octobre 2022.

Ce qui est étonnant, c’est le vide parmi les candidats. Car la seule personnalité qui était encore restée à LR, qui avait beaucoup d’idées politiques, des réseaux, une réelle ambition présidentielle et une notoriété, c’est Laurent Wauquiez, le président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes. Or, le 17 juillet 2022 sur Facebook, il a annoncé qu’il renonçait à être candidat à la présidence de son parti : « Ce choix, je le fais parce que je crois qu’il faut consacrer toute son énergie à cette refondation à laquelle aspire notre pays. Une telle exigence ne supporte aucune dispersion. Il faut s’y donner totalement : il faut prendre de la distance avec le combat politicien. ».

L’abandon de Laurent Wauquiez, qui avait été évincé de la présidence de LR le 2 juin 2019, peu après l’échec sévère des élections européennes de mai 2019, peu apprécié par ses positions clivantes et par des propos malveillants, est pourtant une mauvaise nouvelle pour LR. Car son retour à la présidence de LR, avec une nouvelle légitimité des adhérents, aurait pu régler également la question de la candidature LR à l’élection présidentielle de 2027. Dès qu’il a accédé à la présidence de LR, le 13 octobre 2019, Christian Jacob a prévenu qu’il excluait absolument toute candidature à l’élection présidentielle de 2022. Cette perspective a cassé toute démarche présidentielle.

Mais sa désignation s’était faite de manière peu ouverte : beaucoup de candidats ont été priés de laisser Christian Jacob gagner ! Au final, deux jeunes députés énarques ont été les seuls adversaires de Christian Jacob : Julien Aubert et Guillaume Larrivé, qui ont recueilli respectivement 21,3% et 16,1% le 13 octobre 2019. Le vide s’insinue même chez les "petits candidats ultra-ambitieux" : Julien Aubert et Guillaume Larrivé ne seront certainement pas candidats à cette élection interne car les deux ont été battus aux élections législatives, éliminés dès le premier tour, ce qui leur empêche toute initiative politique à court terme. Ce qui est d’ailleurs marquant, c’est que Guillaume Larrivé avait été pressenti pour devenir sous-ministre lors de la formation du gouvernement de Jean Castex en juillet 2020, mais le Président de la République a dû y voir plus d’inconvénients que d’avantages.

Quant aux poids lourds dont on ne sait plus trop bien s’ils sont à l’intérieur ou à l’extérieur de ce parti, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, ils ont été discrédités lors de l’élection présidentielle. Des personnalités ont déjà fait savoir qu’elles étaient "intéressées" par cette élection interne : en particulier François-Xavier Bellamy (dont l’échec aux européennes ne lui donne pas un grand espoir de l’emporter), Michel Barnier (qui a montré ses limites lors de la précampagne de l’élection présidentielle), Rachida Dati, candidate à tout pour imposer sa présence politique et surtout focalisée sur la mairie de Paris. Éric Ciotti, très apprécié par les adhérents, pourrait sortir du bois, tandis que Bruno Retailleau, qui en meurt d’envie, hésite beaucoup car son rôle au Sénat est stratégique : en effet, président du groupe LR, majoritaire, il peut imposer les conditions du compromis avec le parti présidentiel, et s’il quittait cette responsabilité, il pourrait imaginer que le Président du Sénat Gérard Larcher prendrait une plus grande influence dans cette recherche du compromis, et aurait moins d’exigences politiques.

Une sixième personnalité serait également candidate à la présidence de LR : Aurélien Pradié, actuel numéro trois de LR. Je pense qu’il a tout pour redresser Les Républicains d’un effondrement durable. Dans ces situations de crise, cela peut être un accélérateur à des transformations majeures. On l’a vu pour l’UDR avec la conquête à la hussarde en décembre 1974 par Jacques Chirac contre les vieux barons du gaullisme. De même, Nicolas Sarkozy a saisi sa chance quand Alain Juppé, président fondateur de l’UMP, a été condamné par la justice. En revanche, François Fillon a raté son OPA sur l’UMP en novembre 2012 et ce parti paie encore les profondes fractures que son affrontement avec Jean-François Copé a créées.

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Qui est Aurélien Pradié ? D’abord, même si ce n’est pas une valeur absolue, elle est juste relative, c’est un jeune. Il a 36 ans, il est né deux jours avant les élections législatives du 16 mars 1986. Avec lui, c’est une toute nouvelle génération qui arriverait au pouvoir, celle aussi de LREM (beaucoup de parlementaires LREM sont nés dans les années 1980, comme lui).

La première caractéristique, c’est qu’à 36 ans, il a déjà beaucoup d’expérience politique à son actif : il n’a jamais fait que la politique, et de la politique enracinée localement, dans un territoire de la France profonde, dans le Lot (il est né à Cahors). Dès mars 2008, engagé à l’UMP, Aurélien Pradié est élu conseiller général du Lot, ce qui en fait le vice-benjamin des conseillers généraux à 21 ans (juste après Jean Sarkozy dans les Hauts-de-Seine). Au même moment, il est élu conseiller municipal de Vaillac. En mars 2014, il est élu maire de Labastide-Murat (et d’un ensemble de communes après leur fusion), jusqu’en 2018 où il est redevenu simple conseiller municipal.

Conseiller régional d’Occitanie de décembre 2015 à janvier 2018 et depuis juin 2021, Aurélien Pradié doit sa notoriété nationale à son élection de député en juin 2017, élu avec 51,3% contre un candidat de LREM, tandis que la députée radicale de gauche sortante qui l’avait battu en juin 2012 avec 59,9% a dégringolé à 12,2%, éliminée dès le premier tour. Son élection n’était pas naturelle, car la circonscription était généralement radicale de gauche : pendant longtemps, Bernard Charles, maire de Cahors, en a été l’élu (de 1983 à 2002) en héritant de Maurice Faure, radical historique qui a été lui aussi député-maire de Cahors pendant des décennies (de 1951 à 1983 pour le Palais-Bourbon) avant d’aller siéger au Sénat. Une terre radicale de gauche avec une députée sortante radicale de gauche et un concurrent LREM de centre gauche a néanmoins choisi un jeune candidat LR (31 ans). Enfin, Aurélien Pradié a été triomphalement réélu en juin 2022 avec 64,6% contre une candidate FI (à noter qu’en 2022, il n’y a pas eu de candidat LREM).

Une fois élu à l’Assemblée Nationale, Aurélien Pradié a été parmi les députés les plus actifs de la législature (précédente). Et l’un de ses centres d’intérêt, c’est le handicap, les personnes en situation de handicap. C’est lui par exemple qui a bataillé longtemps pour déconjugaliser l’allocation adulte handicapé (AAH) qui vient d’être acceptée par le gouvernement il y a quelques jours. Il a déposé à plusieurs reprises des propositions de loi allant dans ce sens. Son histoire personnelle l’a motivé sur ce thème : son père, victime d’un AVC, s’est retrouvé paraplégique et a conduit Aurélien Pradié à s’engager dans la politique pour améliorer les conditions des personnes en situation de handicap.

En automne 2017, Aurélien Pradié a soutenu Laurent Wauquiez à la présidence de LR, puis Xavier Bertrand en automne 2021 pour la candidature LR à l’élection présidentielle de 2022. Il est bombardé secrétaire général de LR le 23 octobre 2019, nommé par Christian Jacob. À ce titre, il connaît très bien l’organisation interne de LR. Il a pris par ailleurs une nouvelle dimension politique en allant défier Carole Delga à la présidence du conseil régional d’Occitanie en juin 2021 (il a fait un score très faible, 18,2% en raison des listes PS et RN qui ont fait de bons scores).

Parmi les candidats à la présidence de LR, Aurélien Pradié est sans doute celui qui a quelque chose à dire, quelque chose à faire. Il considère que c’est une erreur de vouloir sans arrêt s’obséder par les questions de sécurité et d’immigration, car la surenchère bénéficiera toujours au RN. Il souhaite au contraire que LR s’occupe du social, du pouvoir d’achat, des classes moyennes, etc. : « Pour moi, le premier sujet, c’est l’ascenseur social, ce qui passe par une vraie révolution de l’école afin de casser la reproduction sociale. ». Des thèmes qui remobiliseraient les abstentionnistes.

Mais il est aussi dans la tradition gaulliste en reprenant la fibre sociale de Jacques Chirac qui l’inspire. À la mort de ce dernier, Aurélien Pradié évoquait sa figure historique dans "L’Opinion" le 29 septembre 2019 : « En politique, celles et ceux que l’on peut résumer à une simple étiquette sont souvent ceux qui laissent le moins de souvenir dans notre histoire. Ce ne sera pas le cas de Chirac. Pour garder cette liberté intime, il faut une grande détermination et un courage peu ordinaire. En politique, le courage n’est pas d’entrer dans une case. Jacques Chirac avait ce courage enraciné. (…) Cet homme était habité d’une conviction inébranlable : l’humanité. Il croyait en l’humanité. Il était obsédé par nos origines. Il portait un respect intransigeant pour les croyances, les coutumes, les rites de toutes les civilisations. L’humanité était sa colonne vertébrale. Bien plus immense, bien moins secondaire que toutes les petites étiquettes. ». L’homme qui veut remettre un peu d’humanité chez Les Républicains, cela pourrait bien être Aurélien Pradié.

Son ambition est donc claire : délaisser les positionnements anciens et archaïques, et refonder complètement Les Républicains pour sortir du marasme actuel et proposer une nouvelle aventure, radicalement moderne. Car s’il est élu président de LR en décembre 2022, je ne doute pas qu’il ne s’arrêtera pas au milieu du chemin, sa détermination à représenter LR à la prochaine élection présidentielle sera irrésistible.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2022)
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Pour aller plus loin :
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Xavier Bertrand.
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Frédéric Péchenard.
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Gérald Darmanin.
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Édouard Philippe.
Jean Castex.
Bruno Le Maire.
Jean-Paul Delevoye.
Thierry Breton.
Franck Riester.
Claude Malhuret.
Christian Estrosi.
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Éric Woerth.
Hervé Morin.
Nicolas Sarkozy.
Jean-Louis Borloo.
Philippe De Gaulle.
De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
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Le naufrage du parti Les Républicains.
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13 mai 2022 5 13 /05 /mai /2022 03:53

« Je me reconnais toujours en Nicolas Sarkozy, dans sa vision de la France et de l’international. » (Nadine Morano, le 10 mai 2022 sur BFM-TV).




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La députée européenne LR Nadine Morano était l’invitée d’Apolline de Malherbe le matin du 10 mai 2022 en direct sur BFM-TV et sur RMC. De ce qu’elle a dit donnait une idée de la manière dont LR ferait campagne pour les élections législatives.

J’ai une relation particulière avec Nadine Morano : malgré des campagnes communes que nous avons passées ensemble il y a très longtemps (plus d’une trentaine d’années, à une époque où elle était responsable des jeunes RPR à Nancy), je n’ai plus grand-chose de commun avec elle, tant sur les convictions politiques, la stratégie électorale, que même sur les valeurs. Mais je lui concède au moins une grande qualité (elle en a d’autres) : c’est une femme politique et elle fait son boulot de militante même dans l’adversité.

Loin de l’ENA et d’autres lieux de réseautage classique du pouvoir, elle s’est faite "toute seule", en ce sens où ce sont ses convictions, sa combativité et son militantisme qui lui ont permis d’avoir cette carrière politique plutôt prestigieuse pour une habitante du Haut-du-Lièvre (à Nancy) : être parlementaire et ancienne ministre, et peut-être plus que cela, être une tête médiatique, je dirais même une forte tête médiatique, et donc, être depuis une quinzaine d’années en mesure de faire passer des messages, des idées, des convictions qu’elle-même, trente ans auparavant, n’aurait jamais été capable de faire passer avec autant d’efficacité et d’écho.

Et ce n’est pas facile car elle est clivante. Elle n’a pas sa langue dans sa poche (c’est un caractère), et elle dit ce qu’elle pense, parfois bien, parfois maladroitement. Consécration de son statut de star télévisuelle, elle a même eu sa marionnette dans "Les Guignols de l’Info" sur Canal+ entre 2011 et 2018, marionnette qu’elle a jugée « moche, bête et ridée ». Mais au lieu d’être mécontente, elle aurait dû s’en réjouir. Elle ne peut de toute façon pas plaire à tout le monde, c’est ordinaire pour la politique.

Elle se met donc en danger, forcément quand on s’expose, quand on se met en avant, c’est le rôle des politiques, mais c’est brave, c’est courageux de leur part, aussi de celle de leurs proches, parce qu’elle peut être autant détestée que soutenue, et maintenant, avec les réseaux sociaux, le flot de haine peut aussi noyer même les plus forts tempéraments, c’est pourquoi je me garderais de réagir trop à chaud quand je considère qu’elle sort des phrases particulièrement… maladroites (j’emploie ce mot par euphémisme) qui lui ont coûté notamment la place de tête de liste aux régionales en 2015 pour la Meurthe-et-Moselle.

Mais justement, malgré certaines polémiques, Nadine Morano n’a jamais franchi la ligne rouge et a soutenu loyalement Valérie Pécresse (dont elle a été conseillère politique pendant la campagne présidentielle), au contraire, par exemple, de son ancien suppléant qui l’a remplacée au Palais-Bourbon et dans sa circonscription de Toul quand elle était au gouvernement, et qui, lui, en juin 2021, a franchi le pas en se faisant élire conseiller régional de Lorraine sur la liste RN. Et si je ne suis pas forcément souvent d’accord avec elle dans ce qu’elle a dit à Apolline de Malherbe, elle l’a dit sans choquer, sans phrase assassine, même s’il y a chez elle une irrésistible langue de bois inhérente au militantisme classique. Un exemple de franchise couplée à la mauvaise foi.

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Je rappelle rapidement sa trajectoire personnelle. À 58 ans, elle a déjà vingt ans de "vie nationale" : élue députée de Meurthe-et-Moselle (à Toul) en juin 2002 (avec 56,3% des voix) et réélue en juin 2007 (avec 52,8% voix), connue pour son sarkozysme précoce et son franc-parler qui a fait le bonheur des médias. Elle est entrée au gouvernement de François Fillon le 18 mars 2008 (elle avait été l’oubliée de "la politique d’ouverture" de Nicolas Sarkozy en 2007), et elle y est restée jusqu’à la fin du quinquennat, d’abord comme Secrétaire d’État chargée de la Famille (et de la Solidarité à partir du 23 juin 2009), puis, du 14 novembre 2010 au 10 mai 2012, comme Ministre déléguée chargée de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle.

Elle a été également élue deux fois conseillère régionale de Lorraine, pour les deux mandats allant de mars 2004 à décembre 2015 et n’a pas pu se représenter en 2015 pour cause de phrase politiquement très incorrecte (inutile de revenir sur cette polémique). Après l’échec de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2012, elle a été sévèrement battue aux législatives en juin 2012 (elle a obtenu seulement 44,3% des voix). La circonscription de Toul changeait régulièrement de camp électoral, et elle était retombée à gauche avec la victoire de François Hollande. Nadine Morano a trouvé un point de chute finalement au Parlement Européen, en se faisant élire députée européenne en mai 2014 et réélire en mai 2019. Cela fait donc huit ans qu’elle est députée européenne.

Par ailleurs, elle a tenté sans succès de conquérir la mairie de Toul (belle ville épiscopale et sous-préfecture) avant d’avoir été ministre, aux élections municipales de mars 2008, où elle est arrivée en troisième position au second tour avec seulement 26,3% des voix, battue par la maire sortante PS Nicole Feidt (qu’elle avait battue aux législatives en 2002) avec 43,7%, suivie de Jacques Gossot, l’ancien maire RPR pendant trente ans, avec 30,0%.

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Venons-en à la prestation de Nadine Morano sur BFM-TV et RMC. Encore une fois, je pense que LR se trompe de combat et commet la même erreur aux élections législatives qu’à l’élection présidentielle. En prenant Emmanuel Macron pour principale cible, Nadine Morano aide les opposants extrémistes sans pour autant conforter les candidats LR. On l’a vu à l’élection présidentielle avec le désastre du score de Valérie Pécresse que Nadine Morano a déclaré vouloir aider financièrement, car les candidatures ne doivent pas être des questions d’argent.

Quand Apolline de Malherbe lui a demandé exactement ce qu’elle reprochait à Emmanuel Macron, Nadine Morano n’a pas su être vraiment convaincante car elle n’avait pas beaucoup d’arguments valides.

Elle en a proposé trois. Premièrement, le revirement de la politique nucléaire, après avoir voulu fermer des centrales nucléaires, Emmanuel Macron a lancé un nouveau programme nucléaire (donc, en réalité, même si elle critiquait l’aspect tardif, elle approuvait l’actuelle politique énergétique). Deuxièmement, la sécurité, sans rien préciser, considérer que l’insécurité est croissante, ce qui peut être contesté, mais c’est la tarte à la crème qui existait déjà dans la campagne des élections législatives de mars 1973 ! Enfin, troisièmement, la loi contre le séparatisme n’a été adoptée qu’en fin de mandat. Là encore, elle critiquait l’aspect tardif, mais elle approuvait la politique contre le séparatisme, donc, en fait, ses oppositions restent de façade.

Un peu plus tard dans l’interview, elle a redit que la gestion de la crise sanitaire a été catastrophique sans argumenter (ce que je réfute, au contraire, nous avons eu la chance d’une telle politique, en particulier le "quoi qu’il en coûte" et le passe vaccinal), elle a aussi fustigé le déficit abyssal (mais elle-même a participé à un gouvernement qui avait augmenté de moitié la dette publique à cause de la crise de 2008 ; du reste, hors covid, le déficit a été considérablement réduit sous Emmanuel Macron et elle n’a pas pris acte de la baisse continue du chômage).

Bref, aucun argument majeur sinon des ressentis qui, certes, pourraient être efficaces au niveau électoral, mais le peuple a déjà tranché à l’élection présidentielle. La vraie question sur le devenir de LR aux élections législatives (une centaine de députés sortants), c’est quel est l’effet qui dominera : le levier majoritaire avec la logique nationale, auquel cas les 4,8% de la présidentielle seraient un boulet très lourd à porter, ou la bonne implantation locale de la plupart des sortants ou des candidats élus locaux par ailleurs, auquel cas LR sauverait ses meubles ?

Amusant aussi de l’entendre à propos de Nicolas Sarkozy. Nadine Morano l’a toujours soutenu, à une époque où il n’était pas forcément très apprécié de ses amis (en 1995), et elle le soutient toujours, en oubliant de constater que Nicolas Sarkozy a soutenu Emmanuel Macron (au second tour) et n’a pas soutenu Valérie Pécresse (au premier tour). Nadine Morano aurait surtout voulu que le Président de la République confiât plus de missions diplomatiques à son ancien mentor, en particulier à propos de la guerre en Ukraine.

En revanche, Nadine Morano a été beaucoup plus véhémente et plus convaincante pour condamner l’alliance hétéroclite de la gauche, l’union des mélenchonistes. Elle a d’ailleurs salué des députés socialistes sortants qui ont refusé de se faire vassaliser par Jean-Luc Mélenchon. Elle a employé beaucoup d’arguments de bon sens que je n’explicite pas ici. Ce qui reste que l’opposition frontale contre Emmanuel Macron qu’a adoptée LR est une posture, et une posture peu crédible car il n’y a plus d’espace politique entre l’extrémisme mélenchoniste, l’extrêmisme lepéniste et la majorité présidentielle.

Enfin, députée européenne, Nadine Morano a été interrogée sur l’Europe et en particulier sur le discours du Président français à Strasbourg la veille. Nadine Morano s’est montrée particulièrement mauvaise sur ce sujet, d’autant plus que c’est un sujet qu’elle devrait connaître parfaitement, après huit ans de mandat.

Par exemple, elle a rouspété sur le fait qu’elle n’avait pas reçu d’invitation à venir et en a profité pour dire qu’Emmanuel Macron n’aimait pas la démocratie et n’aimait pas dialoguer avec les élus. Elle devrait quand même s’informer un peu avant de parler, il ne s’agissait pas du Parlement Européen en tant qu’institution mais de la Conférence sur l’avenir de l’Europe qui est composée de représentants du Parlement Européen (donc, elle n’en était pas), de représentants des parlements nationaux, de représentants de ministres et aussi d’un panel de citoyens (ce dernier peut toujours être sujet à discussion). De plus, cela lui a peut-être échappé, mais Emmanuel Macron était venu le 19 janvier 2022 devant tous les députés européens pour donner sa vision de l’Europe en tant que Président du Conseil de l'Union Européenne et répondre aux questions des parlementaires européens.

Mais le plus intéressant car le plus symptomatique de ceux qui traînent les pieds sans vraiment s’opposer à l’Europe tout en s’opposant à toute évolution des institutions européennes. Nadine Morano s’est déclarée opposée à la proposition d’Emmanuel Macron d’élargir les cas de vote à la majorité qualifiée. C’est un sujet important, délicat, crucial, qui engage, et elle a évidemment tout à fait le droit de s’y opposer. D’ailleurs, elle n’est pas la seule puisque De Gaulle lui-même au printemps 1962 s’y était opposé (il l’avait dit et redit, il ne voyait pas pourquoi un pays accepterait que des étrangers lui imposeraient des lois qui seraient contraire à ses propres intérêts).

Pourtant, à la question suivante de la journaliste, Nadine Morano s’est déclarée opposée à tout élargissement de l’Union Européenne (à des pays de l’ex-Yougoslavie, à l’Ukraine, à la Moldavie etc.), et là encore, c’est son droit et le sujet est très délicat, dans la situation d’instabilité actuelle, l’attentisme est peut-être plus prudent (je ne le pense pas mais le penser ne me paraît pas délirant). À une petite argumentation près, car les logiques pouvaient s’entrechoquer. Elle expliquait qu’elle était contre l’élargissement car en l’état, on ne pourrait pas raisonnablement augmenter le nombre de partenaires, déjà à vingt-sept, c’est difficile de prendre des décisions, alors à trente, ou trente-deux, ce serait impossible. Bref, Nadine Morano expliquait : pas d’élargissement sans réformer d’abord les institutions européennes. Et là, je suis tout à fait d’accord !

Car le problème justement d’élargir sans réformer, c’est d’avoir une Europe paralysée, embolisée. Or, le sens des réformes, ce serait de passer de l’unanimité (possible à Six, impossible à Trente) à la majorité qualifiée ! Ce que propose justement Emmanuel Macron. Or, justement, elle indiquait précédemment qu’elle était contre la majorité qualifiée. Donc, avec elle, on tourne en rond sans avoir d’argument valable puisque chaque argument contrebalance l’autre.

C’est comme en 1979, lorsque les représentants du même parti (RPR) vous expliquaient qu’ils étaient contre l’Europe car antidémocratique mais dès qu’on leur a proposé l’élection des députés européens au suffrage universel direct, donc, dès qu’on leur a proposé plus de démocratie, ils s’y sont vivement opposés car c’était la voie de la supranationalité.

À moins d’être de mauvaise foi, il faudrait donc trier un peu mieux les arguments anti-européens car certains, au contraire, consolident effectivement ce besoin d’une plus grande efficacité et d’une plus grande démocratie. Cela dit, cette absence de logique n’a pas effleuré son intervieweuse non plus. Dans tous les cas, ce sera au peuple de trancher dans un mois et je ne doute pas de son bon sens.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nadine Morano.
De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (48) : qui sera le prochain Premier Ministre d’Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (47) : la victoire historique d’Emmanuel Macron.
Bernard Pons.
Élysée 2022 (45) : le naufrage du parti Les Républicains.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.







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5 mai 2022 4 05 /05 /mai /2022 03:47

« Une nouvelle époque s’annonce. Elle nécessitera des changements profonds. Il faudra sortir des habitudes et des réflexes partisans. Le contexte international et la situation financière sont graves et imposeront des décisions difficiles et urgentes. Ils exigeront des choix qui engageront la France pour les cinq années à venir. » (Nicolas Sarkozy, le 12 avril 2022).





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La question : Valérie Pécresse mènera-t-elle le parti Les Républicains dans la campagne des élections législatives des 12 et 19 juin 2022 ? était pertinente avant le premier tour de l’élection présidentielle du 10 avril 2022. Même si la candidate LR n’allait pas être élue, elle avait réussi à prendre le leadership d’un parti profondément divisé et en panne de leadership, un peu comme le parti socialiste en 1995 où l’échec présidentiel de Lionel Jospin lui a ouvert les portes de Matignon deux ans plus tard. On pouvait alors imaginer que fort de sa participation à l’élection présidentielle, elle aurait les coudées franches pour mener LR aux législatives, dont l’enjeu n’est pas négligeable car il s’agit, d’une part, de sauver la centaine de sièges des députés LR sortants, d’autre part, plus optimiste, de proposer la seule alternative à une majorité macronienne (si on oublie le songe de Jean-Luc Mélenchon), et plus généralement, il s’agit de définir avec pertinence et visibilité les relations entre LR et la majorité présidentielle.

Mais c’était avant le 10 avril 2022. Car après le désastre du premier tour, Valérie Pécresse n’a plus qu’une seule voie, se replier au conseil régional d’Île-de-France qu’elle préside et attendre des jours meilleurs, un peu comme Anne Hidalgo à la mairie de Paris. Elle avait commencé sa campagne contre Emmanuel Macron par un mauvais procès, il aurait « cramé la caisse » de l’État (pour éviter des dizaines de milliers de faillites et des centaines de milliers de licenciements) et puis, le sort est cruel, il fait se retourner à ses vérités, et c’est elle-même qui a cramé sa caisse, n’ayant plus le remboursement de ses frais de campagne par l’État (elle a cependant refusé et retourné le chèque de 2 000 euros de Nicolas Sarkozy).

Valérie Pécresse n’a pourtant pas démérité, mais personne n’a jamais dit que les élections sont justes. En 2007 ont participé trois excellents candidats, quand j’écris "excellents", c’est pour leur capacité à mobiliser, mobiliser leur électorat mais aussi des personnes qui ne s’étaient jamais engagées, aussi des abstentionnistes, des déboussolés : chacun à sa manière, Nicolas Sarkozy (et l’UMP), Ségolène Royal (et Désirs d’avenir) et François Bayrou (et le futur MoDem) ont nourri une très forte espérance et ont redoré la vie politique. C’était le changement de génération, des candidats nés après la guerre (ce qui était rare auparavant, et jamais arrivé pour des candidats sérieux), une nouvelle vague en somme, un nouvel air.

Mais les trois candidats ne pouvaient pas être élus en même temps, tous les trois, l’un a gagné, et les autres, qui n’avaient pas démérité, ont perdu, et perdu définitivement, car les petites fenêtres de succès potentiel se referment très vite ensuite (Ségolène Royal en octobre 2011 et François Bayrou en avril 2012 l’ont amèrement expérimenté). L’élection, ce n’est pas un examen mais un concours. Le meilleur gagne. La concurrence importe autant que le candidat lui-même.

Alors, évidemment, Valérie Pécresse n’a pas démérité dans sa campagne, elle a sillonné la France, labouré les territoires, elle a fait le job de candidate comme un grand parti gaulliste a toujours su le faire, à la Jacques Chirac, mais son meeting du 13 février 2022 a montré, hélas pour elle, une vérité : elle n’était pas faite pour incarner une force politique transcendant l’histoire, elle est faite pour gérer, sérieusement, intelligemment, un monde complexe. Assurer la technique (pas donnée à tous les responsables politiques) plus que soulever des montagnes, impulser un enthousiasme.

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Son choix stratégique de campagne, celui d’attaquer Emmanuel Macron et de faire des surenchères avec l’extrême droite, était une double erreur : erreur politique car ce n’est pas en encourageant les idées extrémistes et simplistes qu’un parti qui prétend gouverner renforce sa crédibilité politique, mais aussi erreur de communication car Valérie Pécresse n’était pas convaincante dans ce rôle, Éric Ciotti l’aurait été bien plus et de manière plus naturelle.

Encore ce jeudi 5 mai 2022, dans un message à ses soutiens, Valérie Pécresse a reconnu sa "cruelle défaite" : « Une cruelle défaite était au rendez-vous de cette élection qui s'est déroulée dans un contexte inédit. (...) Je prends, en responsabilité, toute ma part dans cette défaite, accentuée dans les derniers jours par la peur d'un second tour Mélenchon/Le Pen qui a suscité chez nos électeurs un réflexe de vote utile en faveur d'Emmanuel Macron. ».

Les électeurs perdus de LR reviendront-ils ? Peut-être, mais je ne crois pas que Valérie Pécresse ait été victime du "vote utile" en dernière semaine de campagne. Je crois qu’elle a été victime de son choix stratégique. Pourquoi ? Parce qu’Emmanuel Macron ne lui a pris aucun électeur, ceux des siens qui auraient pu voter pour la candidate LR en début décembre 2021 en ont été dissuadés avant Noël. D’ailleurs, Emmanuel Macron n’a pas obtenu plus que ce que les sondages lui attribuaient depuis la guerre en Ukraine, à savoir entre 28% et 30% d’intentions de vote. C’était pourtant un ciblage électoral en or avec une campagne du genre de celle de Valéry Giscard d’Estaing, le changement dans la continuité.

Au lieu de cela, elle a fait du pâle Éric Zemmour qui, lui-même, a été phagocyté par le vote utile pour Marine Le Pen (qui a disparu des écrans radars : tiens, où est-elle ? Ah ben, elle est en vacances ! C’est d’un sérieux, avant des élections cruciales !). Valérie Pécresse ne pouvait pas gagner. Elle s’est retrouvée comme Benoît Hamon, c’est-à-dire, au lieu d’être une candidate à potentiel gouvernemental, elle a été perçue comme une candidate à la marge (en plus, du mauvais côté des 5%). L’évolution de LR est donc très semblable à celle du PS avec une élection présidentielle de décalage. 1% en 2027 ?

Certes, comme le PS, LR a un confortable vivier d’élus locaux très fiables et prometteurs, qui ne profitent pour l’instant que de l’incapacité des proches de LREM à s’implanter dans les territoires, mais les responsables Les Républicains resteront à la marge de toute élection nationale tant qu’ils n’auront pas fait un travail de fond, inexistant depuis la construction du programme de François Fillon : Quelle est la vision de la société de LR ? Où ce parti veut-il amener la France ? Quelle est sa valeur ajoutée par rapport aux autres grands partis que sont LREM et le RN ?

Ce travail de fond aurait dû être fait dès 2017 et l’échec de François Fillon. En novembre 2012, il y a eu tout de suite une élection interne majeure qui apportait des perspectives pour 2017. Mais rien en 2017, une préemption du parti par Laurent Waquiez puis, après le désastre européen de 2019 pourtant annonciateur, une sorte de mise sous cloche par Christian Jacob. Tant que ce travail de fond ne se met pas en place, ce qui se résume par des responsables, une équipe, un candidat (ou une candidate) désigné tôt, et de la réflexion, dès avant la fin de cette année, il y a peu à imaginer une vague LR porteuse dans le pays.

Quelle sera la part de Valérie Pécresse dans cette "renaissance" ? Elle l'a dit dans son message du 5 mai 2022 : « Je continuerai, à la place qui est la mienne, à la tête de ma région, de porter la parole de cette droite indépendante et d'agir concrètement pour les Français. J'ai la certitude que notre projet de société basé sur l'autorité, la liberté, la dignité et une certaine idée de la France, rétablir l'ordre, réformer, revaloriser le travail, réparer les fractures, innover et réindustrialiser, réinventer l'Europe pour qu'elle nous protège, reste le meilleur pour redresser la France et lui rendre sa force et son rayonnement. ».

Aux élections législatives de juin 2022, plutôt qu’une illusoire course à l’échalote à la sauce Mélenchon, LR va d’abord et surtout sauver les meubles : son financement, son groupe parlementaire, ses circonscriptions, et le plus dur sera probablement l’étiquette, que les actuels députés LR ne soient pas débauchés par Emmanuel Macron pour servir de base à la future majorité parlementaire. Pourtant, que peut bien proposer aux députés de base pleins de potentiel un parti comme LR alors que le temps avance et que les ambitions déçues patinent depuis dix ans ?

La décision de refuser toute alliance électorale avec la majorité présidentielle me paraît particulièrement suicidaire. Bien sûr, il ne s’agit pas de se fondre dans une sorte d’ectoplasme majoritaire (certains parlent déjà de "parti unique" oubliant que l’UMP l’était à une époque, et oubliant aussi qu’il existe autour de très nombreux partis, trop on pourrait même dire), mais la question cruciale est : existe-t-il une place électorale spécifique à LR hors de LREM et alliés, hors du RN et comparses et hors de la gauche ? La réponse électorale, aujourd’hui, semble négative.

Par conséquent, ce parti qui a été si souvent et si longtemps hégémonique et arrogant, doit aujourd’hui se positionner comme un parti centriste, comme les radicaux de gauche (à gauche), le parti radical (au centre droit), l’UDI (au centre droit mais plus à droite), etc., à savoir comme des supplétifs, indispensables d’un point de vue politique mais facultatifs d’un point de vue électoral. En d’autres termes, Les Républicains devra faire l’apprentissage de l’humilité en politique…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (48) : qui sera le prochain Premier Ministre d’Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (47) : la victoire historique d’Emmanuel Macron.
Bernard Pons.
Élysée 2022 (45) : le naufrage du parti Les Républicains.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.




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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220502-pecresse.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2022-3-valerie-241284

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/03/39461476.html












 

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15 décembre 2021 3 15 /12 /décembre /2021 03:56

« Le cynisme, c’est connaître le prix de tout, et la valeur de rien ! » (Oscar Wilde).



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L’information s’est diffusée lentement dans les médias mais elle a été rarement commentée : l’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy et ancien ministre Claude Guéant a été placé en détention le lundi 13 décembre 2021 au matin à la prison de la Santé, à Paris. On ne peut pas dire qu’il a reçu beaucoup de soutien de la part de ses "amis politiques". C’est, il me semble, une première pour un ancien Ministre de l’Intérieur (j’écris "il me semble" car dans certaines époques troublées, on pouvait incarcérer pour des raisons politiques), en tout cas, c’est une première pour un délit de droit commun. Sur décision du parquet de Paris, en effet, Claude Guéant est incarcéré pour une durée de neuf mois à partir du 13 décembre 2021, pour non-paiement de ses dettes à l’État. Il ne passera donc pas Noël 2021 ni Pâques 2022 libre.

Poursuivi dans plusieurs affaires judiciaires, Claude Guéant est en prison pour sa condamnation définitive le 23 janvier 2017 par la cour d’appel de Paris à deux ans de prison dont un ferme, assortis d’une amende de 75 000 euros et d’une interdiction d’exercer tout fonction publique pendant cinq ans, condamnation confirmée le 16 janvier 2019 après le rejet de son pourvoi en cassation par la Cour de cassation. À cette date, il a été déchu de toutes ses décorations nationales (chevalier de la Légion d’honneur et Commandeur de l’ordre national du Mérite) et est interdit de porter des décorations étrangères sur territoire national. Il devait en outre rembourser 105 000 euros de dommages et intérêts.

Cela concernait une affaire de détournement de fonds publics par des "primes de cabinet" reçus en espèces et sans déclaration à une époque où il n’y avait déjà plus de fonds secrets dans les ministères (il était alors directeur de cabinet du Ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy de 2002 à 2004 et de 2005 à 2007). Selon un rapport de l’inspection générale de la police nationale de juin 2013, il aurait "pioché" des espèces dans le budget destiné aux frais d’enquête et de surveillance de la police, à raison d’environ 10 000 euros par mois de l’été 2002 à l’été 2004, soit un "détournement" de 210 000 euros.

Selon son avocat Philippe Bouchez El Ghozi, Claude Guéant aurait eu des difficultés à payer les 180 000 euros qu’il doit à l’État, et a eu un plan d’échelonnement de 3 000 euros par mois prélevés sur sa retraite de 4 622 euros. Mais il n’a pas indiqué ses autres revenus, obtenus notamment dans le privé, ainsi que la vente, selon une enquête de Mediapart publiée le 2 décembre 2021, d’une montre à 6 100 euros (offert par l’intermédiaire Alexandre Djouhri), d’une pièce en or à 40 000euros (offerte par un sénateur russe) et du rachat partiel d’une assurance-vie de 130 000 euros.

Personne ne trouve plaisir à voir une personne en prison, même une personnalité politique qui a pris des positions suffisamment "clivantes" (c’est une litote) pour rester détestée par de nombreux opposants politiques (notamment sur l’immigration). Mais visiblement, son incarcération n’a pas ému beaucoup de monde. Selon un mot de Smaïn, "chacun sa m…".

Claude Guéant aura 77 ans dans un mois. Selon son avocat : « C’est quelqu’un qui est dans une situation médicale extrêmement fragilisée. ». Énarque, préfet des Hautes-Alpes en 1991, il a été nommé par Charles Pasqua en 1994 directeur général de la police nationale. Il a été ensuite préfet de Franche-Comté en 1998, préfet de Bretagne en 2000, puis directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy de 2002 à 2004 et de 2005 à 2007. Le Président Jacques Chirac a refusé de le nommer préfet de police de Paris.

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Élu Président de la République, Nicolas Sarkozy en a fait son bras droit incontournable, comme Secrétaire Général de l’Élysée du 16 mai 2007 au 27 février 2011. Pendant cette période, il était une sorte de fondé de pouvoirs du Président de la République, avec un rôle d’influence déterminant, d’éminence grise. On l’a appelé ainsi "Vice-Président", "Premier Ministre bis" mais c’est surtout "Cardinal" qui fut le plus approprié. Il inspirait la crainte voire la terreur même parmi les ministres. Il aurait imposé aussi des recrutements dans les cabinets ministériels.

À la fin du quinquennat, il a souhaité traverser l’autre côté des coulisses, en devenant Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration dans le gouvernement de François Fillon, du 27 février 2011 au 10 mai 2012. Il a pris un certain nombre de mesure contre l’immigration, en particulier une circulaire particulièrement stupide contre les étudiants étrangers (la circulaire Guéant).

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Après l’échec de Nicolas Sarkozy en mai 2012, au contraire de l’autre conseiller influent Henri Guaino qui s’est fait élire député dans les Yvelines, Claude Guéant a échoué à se faire élire député à Boulogne-Billancourt, battu de justesse par le candidat UMP dissident Thierry Solère (lui-même réélu en 2017). Il a par la suite travaillé pour le privé tout en soutenant François Fillon dans sa conquête de l'UMP en novembre 2012.

Entre autres positions, celle-ci, prononcée au cours d’un colloque le 4 février 2012 (il était ministre), très controversée et très paradoxale car la défense de l’humanité devrait lui donner, au contraire, une position beaucoup ouverte sur l’immigration : « Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethniques. Et tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation. » (avec un "nous" qu’il serait bien compliqué de préciser car certains à l’UMP ont protesté à la suite de cette déclaration). Du reste, parler de civilisations au pluriel dans ce monde globalisé n’a plus beaucoup de sens.

Ou alors celle déclaration-ci, juste après sa nomination de ministre, chez Jean-Pierre Elkabbach le 17 mars 2011 sur Europe 1, dans une obsession contre l’immigration aussi grande que celle du candidat polémiste Éric Zemmour : « Ça veut dire tout simplement [sa phrase : "les Français veulent que la France reste la France", un slogan repris par Éric Ciotti il y a quelques semaines] que les Français, à force d’immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques (…) qui s’imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La circulaire Guéant dans le reliquaire (06 juin 2012).
Claude Guéant.
Valérie Pécresse.
Éric Ciotti.
Renaud Muselier.
Philippe Juvin.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/claude-gueant-en-prison-pour-noel-237923

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4 décembre 2021 6 04 /12 /décembre /2021 13:24

« La droite est de retour ! » (Valérie Pécresse, le 4 décembre 2021).



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Dernier round du congrès de LR ce samedi 4 décembre 2021, le résultat du second tour du choix des adhérents LR pour leur candidat à l’élection présidentielle : Valérie Pécresse a gagné, sans surprise cette fois-ci, recueillant 69 326 voix (soit 60,95%) contre 44 412 voix (39,05%) à son concurrent Éric Ciotti. C’est Christian Jacob qui a annoncé le résultat un peu avant 14 heures 30 dans un climat de forte euphorie.

L’entre deux tours était très court (la soirée du 2 décembre 2021). Valérie Pécresse a recueilli le soutien de tous les candidats recalés, Xavier Bertrand, Michel Barnier et Philippe Juvin, ainsi que de Jean-François Copé. Deux débats télévisés improvisés ont eu lieu, sur LCI à 21 heures puis sur BFM-TV à 22 heures. Éric Ciotti a fait campagne jusqu’au bout, insistant sur la différence de stratégie entre les deux candidats : lui veut rassembler les électeurs de la droite et de l’ultradroite, alors que Valérie Pécresse veut rassembler les électeurs du centre droit et de la droite.

La stratégie de Valérie Pécresse est gagnante au second tour de l’élection présidentielle, mais celle d‘Éric Ciotti est plus efficace pour le premier tour, où les vrais concurrents du candidat LR ne sont pas Emmanuel Macron mais Éric Zemmour et Marine Le Pen.

Même si Valérie Pécresse n’a pas obtenu le total arithmétique de ses soutiens (elle aurait dû avoir dans les 74%), malgré un très léger surplus de participation, sa victoire est nette, claire et le plus heureux semblait même Éric Ciotti, le plus souriant, heureux de ce congrès qui, malgré sa défaite, a montré qu’il était maintenant reconnu parmi les plus importants dirigeants du parti.

Valérie Pécresse a décidé de ne pas faire comme François Fillon en novembre 2016, qui s’était reposé jusqu’en janvier. Elle a annoncé qu’elle repartait au combat dès la fin du week-end, elle fera un meeting sur la terre natale d’Éric Ciotti près de Nice lundi 6 décembre 2021, puis participera au meeting prévu de longue date à Paris le samedi 11 décembre 2021, à la différence près qu’il ne devrait pas avoir lieu au parc des expositions de la Porte de Versailles pour cause de covid-19, mais peut-être en visioconférence, ce qui serait très différent. Par ailleurs, même si la loi ne l’oblige pas, Valérie Pécresse a demandé et imposé la possession et le contrôle du passe sanitaire dans tous ses meetings, refusant d’être une source de contaminations, sans doute un clin d’œil à Éric Zemmour qui va réunir des milliers de disciples à Villepinte le 5 décembre 2021, sans aucune protection sanitaire (probablement que le lendemain, le gouvernement restaurera le principe d’une jauge dans les lieux fermés).

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Valérie Pécresse pouvait être perçue comme une professionnelle, avec un directeur de campagne très expérimenté et costaud intellectuellement, Patrick Stefanini, alors qu’Éric Ciotti était un petit artisan, qui faisait son programme et sa communication, sans les avantages de la grande entreprise. Valérie Pécresse a utilisé pour sa campagne interne une représentation graphique qui pourrait l’assimiler à une nouvelle Marianne de la République. De même, l’une est l’énarque techno et l’autre le militant qui ne s’est vraiment construit sur le terrain.

Il n’y a pas d’équivalent de cette primaire sur l’échiquier politique français. L’esprit très collectif, Éric Ciotti sera évidemment derrière Valérie Pécresse sans aucune amertume et avec son dynamisme. Michel Barnier et Xavier Bertrand feront aussi campagne pour Valérie Pécresse même si leur échec est beaucoup plus amer, surtout pour Xavier Bertrand qui aurait dû accepter le principe d’une primaire ouverte qui l’aurait largement avantagé.

Mais dans cette procédure qui aboutit au meilleur rêvé chez Les Républicains, c’est bien sûr Christian Jacob et son talent jamais démenti de négociateur chevronné qui sont à saluer : il y a trois mois, on n’imaginait pas une telle réussite, ils envisageaient même le pire avec deux candidats issus de la droite républicaine. Tout le monde y a gagné car finalement, c’est la synthèse qui l’a emporté : la candidate la plus modérée l’a emporté, Valérie Pécresse, mais sur le programme le plus droitier, puisque les cinq candidats avaient surenchéri sur les thèmes sécuritaires.

Gérard Larcher était présent au moment du résultat. Il n’avait pas voulu prendre parti pour assurer la relève dans l’éventualité d’une débâcle politique (par exemple, une division profonde du parti). Finalement, c’est probablement sa candidate de cœur qui a gagné dans les meilleures conditions, avec l’unité retrouvée. Absent et ayant mollement félicité la gagnante sur Twitter, Laurent Wauquiez a de quoi regretter son renoncement à être candidat : il est probablement le vrai perdant, avec Xavier Bertrand, de ce "congrès pour la France", car s’il avait été candidat, dans le cadre de cette primaire fermée, il aurait eu toutes ses chances, vu la victoire des thèses les plus droitières et ses réseaux de militants très structurés.

Maintenant, la question se pose pour la suite de la campagne. À peu près tous les candidats sont identifiés, à l’exception du principal, le Président de la République dont la candidature paraît quasi-certaine. Les journalistes veulent toujours raisonner avec les sondages, mais les sondages ne sont que les conséquences des faits politiques. Ils ne les préfigurent pas. Or, la désignation de Valérie Pécresse est un fait politique important qui remet tout en cause du côté de la droite (et même de la gauche).

Valérie Pécresse serait-elle capable de reprendre les voix perdues des sympathisants LR qui ont rejoint Emmanuel Macron ? Peut-être, mais à la condition d’abandonner son programme très droitier. Valérie Pécresse, avec ce même programme, est capable en revanche de convaincre qu’avec elle, la droite musclée pourra revenir au pouvoir, mais sans les outrances et avec les valeurs républicaines.

Enfin, elle l’a signalé dans son discours de remerciement, oui, il fallait de l’audace pour choisir une femme comme candidate à l’élection présidentielle. Ne pas laisser à Marine Le Pen le monopole de cette caractéristique, également partagée avec Anne Hidalgo et Nathalie Arthaud, mais ces deux dernières sont peu susceptibles d’atteindre le second tour.

À mon avis, la désignation de Valérie Pécresse va évidemment redonner un peu d’audience à LR, mais le déplacement de voix ne se fera probablement pas du candidat Macron vers la candidate Pécresse, mais du candidat Zemmour vers elle, simplement parce que le polémiste a profité du désert politique de LR pendant de nombreux mois. Maintenant que l’heure est aux choses sérieuses, maintenant que le terrain est de nouveau occupé par une candidate solide, connue et reconnue, les errances électorales des nouveaux adeptes d’Éric Zemmour pourraient s’arrêter et eux revenir rassurés au bercail, il y a désormais un nouveau chef à LR, chose qui n’était pas arrivé depuis …mai 2012 !

Car l’enjeu n’est pas que l’élection présidentielle. Gagner en 2022 pour Valérie Pécresse, ce sera très difficile, pas impossible mais très difficile. Sa carrière, dans tous les cas, ne s’arrêtera pas le 24 avril 2022. Même perdante, même si elle perdait dès le premier tour, Valérie Pécresse aura marqué Les Républicains et pourra durablement conserver le leadership du parti : il y aura d’autres compétitions, les élections législatives en juin 2022, puis l’élection présidentielle suivante en 2027, et Valérie Pécresse sera incontournable, tant pour Matignon que pour l’Élysée, exactement comme le fut Lionel Jospin en 1995. Rappelons d’ailleurs qu’elle n’a conquis le conseil régional d’Île-de-France qu’après une première tentative malheureuse.

Enfin, terminons par les Franciliens qui, avec cette élection présidentielle, voient disparaître, pour le temps de la campagne au moins, leurs deux principaux élus : la maire de Paris et la présidente du conseil régionale d’Île-de-France. Comme quoi, la rivalité entre la capitale et les provinces n’est peut-être plus aussi réelle que dans les temps anciens.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (18) : Valérie Pécresse, naissance d’une leader.
Second tour du congrès du parti Les Républicains le 4 décembre 2021.
Élysée 2022 (16) : ce sera le duel Ciotti-Pécresse.
Élysée 2022 (15) : le quatrième et ultime débat des candidats LR.
Élysée 2022 (14) : L’envol d’Éric Ciotti ?
Renaud Muselier.
Philippe Juvin.
Élysée 2022 (13) : troisième débat LR, bis repetita.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes pendant le deuxième débat LR.
Élysée 2022 (11) : Michel Barnier succédera-t-il à Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211204-congres-lr-second-tour.html

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16 novembre 2021 2 16 /11 /novembre /2021 03:19

« Il est possible que la ligne directrice du débat à la présidentielle évolue… » (15 novembre 2021).




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Le maire de Meaux et ancien patron de l’UMP (devenue LR) Jean-François Copé n’est plus un responsable politique de premier plan. Pourtant, s’il y avait une seule personnalité politique ambitieuse en France, c’était bien lui qui est monté très vite, maire de Meaux, député, ministre… et dans son calendrier personnel, il comptait se présenter (et se faire élire) à l’élection présidentielle de 2017.

Mais aller trop vite peut rendre jaloux (on le voit pour Emmanuel Macron) et surtout, peut faire rater des choses, comme la volonté sincère de rassembler les Français. Jean-François Copé a toujours été une très belle mécanique intellectuelle et politique. Mais il lui a manqué un certain esprit de réconciliation.

Oui, mécanique intellectuelle. Énarque, Ministre du Budget, il jongle avec les finances publiques et pas beaucoup de monde sait le faire avec brio, il est de l’espèce des Edgar Faure, des Valéry Giscard d’Estaing, des Jacques Chirac, des Laurent Fabius, des Alain Juppé, et même bien avant les guerres, des Joseph Caillaux, qui ont tous été crânes d’œuf et affectés au budget de l’État. On peut même y ajouter Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire même s’ils ne sont pas crânes d’œuf. Un grand politique vise généralement le Budget et l’Intérieur. Non seulement cela donne beaucoup d’informations, mais ces ministères permettent des actions concrètes qui influencent l’avenir du pays.

Mécanique politique, tout le monde le sait. Il a commencé, comme Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, dans le rôle d’un second couteau clivant, il a fait son nom en se faisant plus droitier qu’il ne l’est… et puis tout a commencé à dégringoler. Mal élu président de l’UMP face à François Fillon en novembre 2012, puis devant démissionner en 2014 à la suite de l’affaire Bygmalion pour laquelle la justice l’a innocenté, mais bien tardivement. Son score à la primaire LR de novembre 2016 fut microcosmique (0,3%), mais il le savait déjà, depuis 2014, il est en-dehors du coup, enfoncé injustement pour une affaire qui ne le concernait pas mais qui a servi d’exutoire politique.

On aurait pu penser qu’il allait se préparer pour 2022, puisque cette belle mécanique n’avait pas encore servi. Mais il a laissé filer son ambition présidentielle, un peu comme Michel Rocard en été 1994. Il s’est replié à la mairie de Meaux, l’interdiction du cumul lui évite de fréquenter le Parlement, et il bosse surtout pour son métier d’avocat.

Ainsi, Jean-François Copé n’a plus que sa langue (et sa plume) pour influer sur l’avenir de son parti et de son pays. Alors qu’on parlait de dérive droitière lorsqu’il dirigeait l’UMP, il était néanmoins vigilant sur les limites à ne pas franchir, exactement comme Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy : pas de relations avec le FN/RN. Or, avec l’arrivée de Laurent Wauquiez, les digues se sont rompues, ce qui a fait partir Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. Le deuxième débat LR du 14 novembre 2021 a renforcé ce sentiment : le RN a complètement phagocyté idéologiquement Les Républicains.

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C’est donc en sage que Jean-François Copé s’est reconverti, et ma foi, de manière très pertinente. Pour s’en rendre compte, il suffit de lire son interview recueillie par Pierre-Alain Furbury parue dans "Les Échos" du lundi 15 novembre 2021, titrée : "La droite doit aussi incarner le camp du progrès".

Comme je l’ai indiqué dans un précédent article, Jean-François Copé met le doigt sur un point sensible. Nicolas Sarkozy faisait le droitier mais encensait Jean Jaurès. Il a toujours réussi à rester dans l’ambivalence. À faire la synthèse. À marcher sur deux jambes. Tomber dans un seul côté retirerait toute la spécificité de LR et justifierait alors le vote Marine Le Pen ou Éric Zemmour. Il a notamment souhaité : « Il faut aussi parler politique internationale, environnement, politique industrielle, progrès scientifique. Qu'il n'y ait absolument rien là-dessus est un problème. La force de la droite doit être de parler de tous les sujets et pas seulement de l'immigration, qui ne couvre qu'une partie des problèmes français. Il faut aussi incarner le camp du progrès. ».

Mais il n’y a pas que la dérive populiste qu’il dénonce. Jean-François Copé regrette aussi que le besoin d’une rigueur budgétaire se traduise par un assèchement de l’énergie créatrice : « Le vrai sujet, c'est de faire la démonstration qu'on peut utiliser plus efficacement les impôts des Français. C'est ce discours qu'il faut construire, en le présentant intelligemment, et non pas, comme François Fillon a fait l'erreur de le faire, comme un programme de souffrance. On n'est pas là pour donner des leçons de morale. ».

Critiquant la politique régalienne du gouvernement ainsi que le manque de rigueur budgétaire, le maire de Meaux a considéré que pilonner Emmanuel Macron serait « contre-productif » : « Il y a un certain nombre de domaines dans lequel je considère qu'Emmanuel Macron a fait des choses positives. Je pense en particulier à la gestion économique de la crise du covid, et nous aurions d'ailleurs sans doute fait à peu de chose près la même chose. ».

Il redit ainsi la recette du succès de LR : « La droite a un boulevard, si le gagnant ou la gagnante de la primaire sait tenir fermement la barre sur les deux piliers que sont l'autorité et le progrès. Le pays est majoritairement en attente d'une politique de droite assumée et moderne. Emmanuel Macron incarne le progrès mais pas le retour de l'autorité. Quant à Marine Le Pen et Éric Zemmour, ils voient dans le progrès un danger et font de l'autorité un simple slogan. ».

Jean-François Copé l’avait déjà dit il y a deux ans, juste avant les élections européennes, dans "Challenge" le 24 mars 2019 (à l’occasion d’un entretien avec Rémi Cément). Il critiquait Laurent Wauquiez, alors président de LR, sur ses dérives droitières : « Sa ligne politique est trop brouillonne, voire ambiguë vis-à-vis de l’Europe ou même de l’extrême droite. Lorsque j’étais à la tête des Républicains, le cordon sanitaire était total. Aujourd’hui [en mars 2019], il n’y en a plus. (…) On laisse partir les centristes mais on garde les jeunes cadres LR qui prennent ostensiblement des pots dans les bars avec les jeunes RN. À mon époque, ils auraient eu droit à un sévère rappel à l’ordre. De toute façon, si un jour, une telle "union des droites" devait arriver, on n’y survivra pas car il n’y a pas une voix à récupérer. C’est une stratégie mortifère pour une raison simple : le clivage se fait aujourd’hui entre partis de gouvernement et partis extrémistes, pas entre la gauche et la droite. ».

Refusant de faire de LR une molle copie des opposants du second tour d’Emmanuel Macron (à savoir l’extrême droite), Jean-François Copé veut un recentrage de son parti pour lui faire garder sa spécificité : à la fois l’autorité et le progrès. De là à franchir le Rubicond macronien, il n’y a qu’un pas, que Jean-François Copé n’a pas du tout envie de faire, mais qu’a déjà fait un autre droitier de la droite, Christian Estrosi


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-François Copé.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes.
Michel Barnier.
Éric Ciotti.
Hubert Germain.
Édouard Philippe.
Éric Zemmour au second tour !
Christian Estrosi.
Jean Castex.
Jean-Louis Borloo.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Lucette Michaux-Chevry.
Michel Jobert.
Pierre Mazeaud.
Michel Debré.
Bernard Pons.
Pierre Juillet.
Philippe Mestre.
Henry Chabert.
Olivier Dassault.
Éric Raoult.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

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