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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 07:35

La bataille de l’UMP fait rage. Copé versus Fillon. Habituée aux rivalités de personnes, la droite retrouve sa tradition querelleuse. Pourtant, il ne s’agit pas d’un clivage idéologique. Il s’agit surtout de configurer le paysage politique français pour les cinq voire les dix prochaines années. Deuxième partie.


yartiUMPA02Après avoir évoqué l’importance du congrès de l’UMP qui se tiendra le 18 novembre 2012, je passe en revue les deux candidats, Jean-François Copé et François Fillon.


François Fillon (58 ans)

Contrairement à sa réputation, François Fillon est loin d’être un "mou". Déjà, il a réussi à tenir cinq ans à Matignon (record de longévité derrière Georges Pompidou), ce qui nécessite de la solidité à rude épreuve, surtout sous Nicolas Sarkozy (alors qu’on évoquait déjà sa démission dès l’automne 2007, remplacement également évoquée aujourd’hui pour Jean-Marc Ayrault).

Ensuite, il n’est pas le "peureux" qu’on décrivait, soi-disant incapable de prendre des risques. Au contraire, dès le 30 juin 2012, il fut le premier à se déclarer officiellement candidat à la présidence de l’UMP, ce qui a démarré les "hostilités" (il l’avait déjà annoncé informellement le 23 mai 2012). Le risque, il l’avait pris aussi bien plus tôt avec la tentative des rénovateurs en suivant en avril 1989 son mentor Philippe Séguin.

Enfin, il n’est pas le "grand baron" (note sémantique : le "baron" est chez les gaullistes ce que l’éléphant est chez les socialistes) éloigné des militants, produit des médias et des sondages et distant du "peuple". Pour preuve ses quarante-cinq mille parrainages revendiqués qui ont donné un coup de massue à l’équipe de Jean-François Copé qui n’en revendiquait que trente mille (près de quarante mille depuis "Questions d’info" sur LCP le 19 septembre 2012). Donc, Jean-François Copé n’a même pas l’avantage numérique de l’appareil qu’il contrôle pourtant depuis deux ans.

Député à 27 ans, ministre à 39 ans. De nombreuses fois ministre depuis 1993 (pendant plus de douze ans : à l’Enseignement supérieur et à la Recherche du 30 mars 1993 au 11 mai 1995, à la Poste du 19 mai 1995 au 2 juin 1997, aux Affaires sociales et au Travail du 7 mai 2002 au 30 mars 2004, ) l’Éducation nationale, Enseignement supérieur et Recherche du 31 mars 2004 au 31 mai 2005, à enfin Matignon du 17 mai 2007 au 10 mai 2012), il fut en particulier chargé de la réforme des retraites en 2003, ce qui lui fera dire un peu énervé de son éviction du gouvernement en 2005, par un « accès de colère et de vanité », en parlant de la Présidence de Jacques Chirac : « On ne se souviendra de rien, sauf de mes réformes. » ("Le Monde" du 4 juin 2005) avant de remarquer : « Il y a ceux qui se font mousser devant les caméras tous les soirs, et puis il y a ceux qui font des réformes dont on parlera encore dans vingt ans. » ("Les Échos" du 18 mai 2007).

François Fillon n’a plus de preuves à fournir concernant les affaires de l’État : stature, responsabilité, discernement. En revanche, son caractère réservé, sa personnalité d’apparence effacée (mais caractère bien trempé malgré tout) sont pour lui des handicaps s’il s’agit de chercher les suffrages du peuple. C’est un point faible comme pour Lionel Jospin (et Dominique Strauss-Kahn). Sa réserve n’exclut pas quelques excentricités puisque s’il n’a pas passé ses vacances au bord d’un yacht ni roulé en Porsche, il a tout de même était surpris en accident de scooter (des mers ?) le 30 juillet 2012 dans la villa illégale du patron de Ferrari, Luca di Montezemolo, à Capri et il n’hésite pas à piloter régulièrement des voitures courses (sa passion).

Aujourd’hui, il peut se présenter comme l’homme raisonnable, clairvoyant (ne disait-il pas même avant la crise de 2008 que l’État était en faillite ?), perspicace et surtout, celui qui disait la vérité aux Français (titre d’un de ses bouquins : "La France peut supporter la vérité", 2006) face à un pouvoir socialiste incapable de prendre les bonnes décisions et plombé par les promesses irréalistes. Il est le côté acceptable du sarkozysme politique et pour certains élus de l’UMP, le garant du retour à la "normalité".

Désormais député de Paris, initialement pour reprendre la mairie de Paris délaissée en mars 2014 par Bertrand Delanoë (et Anne Hidalgo ne semble pas avoir les reins assez solides pour assurer la succession), François Fillon n’a jamais caché qu’il pourrait être le bon candidat pour l’élection présidentielle 2017. Il aura cependant déjà 63 ans, à peu près l’âge de Jacques Chirac ou de François Mitterrand à leur première élection.


Jean-François Copé (48 ans)

Si sa candidature ne fait aucun doute, elle ne fut officialisée que le 26 août 2012 à Châteaurenard « pour rassembler tous les talents de [sa] famille politique, dans sa diversité ; pour construire une opposition tonique contre la gauche ; et pour conduire l’UMP à la victoire en 2014, à l’occasion des prochaines élections municipales. (…) Préparer cette reconquête des territoires perdus est la mission numéro un du prochain président de l’UMP. ».

Le ténor UMP plus éloigné du sarkozysme en 2007 (oublié, même, dans la composition du gouvernement) est aujourd’hui celui qui se revendique le plus de Nicolas Sarkozy, n’hésitant pas à marteler le thème de la droite décomplexée (titre de son récent bouquin : "Manifeste pour une droite décomplexée", 2012) et de l’impératif sécuritaire. Jouant sur les mêmes peurs que Nicolas Sarkozy, il a récemment réussi à occuper le terrain médiatique pourtant fort encombré avec son "racisme anti-blanc" et son "pain au chocolat" d’autant moins pertinent que le Ramadan a eu lieu cette année pendant les grandes vacances scolaires. Jean-François Copé se verrait bien comme le premier enfant d’un couple composé de deux hommes, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. L’intelligence de Juppé et l’audace de Sarkozy.

Car c’est cela qui choque d’un premier abord dans les débats télévisés : Jean-François Copé ne manie pas la langue de bois, il manie la mauvaise foi, tellement bluffante que son interlocuteur peut rester silencieux de stupéfaction. Très intelligent, il sait se faire candide et pose les questions aux journalistes à la mode très sarkozyenne. C’est d’une efficacité redoutable. Esprit brillant, il sait aussi tisser tout un réseau d’amitiés sur du long terme (il n’avait que la présidence du groupe à l’Assemblée Nationale, il en a profité pour prendre en charge tous les nouveaux députés UMP en 2007).

Député à 31 ans, ministre à 38 ans. Contrairement à François Hollande, Jean-François Copé a déjà eu une expérience ministérielle convaincante (le poste crucial du Budget du 7 mai 2002 au 15 mai 2007, sauf quand il fut délégué à l’Intérieur du 31 mars 2004 au 29 novembre 2004, et pendant ces cinq ans, porte-parole du gouvernement) mais il lui manque incontestablement un grand ministère régalien pour se mettre en stature présidentielle. En ce sens, il est bien en retard de stature par rapport à son concurrent François Fillon. Même face à Manuel Valls (celui de sa génération qui a le plus de chance d’hériter du PS), il est en retard d’expérience régalienne. Il a sans doute raté le "coche" de novembre 2010 en refusant obstinément le Ministère de l’Intérieur pour garder le secrétariat général de l’UMP (il affirmait aussi à l’époque qu’il préférerait garder la tête de l’UMP à être nommé à Matignon). Son refus de responsabilités ministérielles serait cependant validé s’il était élu président de l’UMP le 18 novembre 2012. Sinon, il aurait beaucoup de mal, à part sa dynamique personnelle (aussi forte que celle de Nicolas Sarkozy), à rattraper, dans l’opposition, son retard de "stature" avant 2017.

Il y a même une sorte de malaise dans la situation actuelle où l’arrogance verbale ne cohabite pas aisément avec le statut d’outsider des médias. Car contrairement à ce qu’il pourrait faire croire, il a peu de chance de réussir son pari. La popularité de François Fillon est en effet très élevée tandis que la sienne est d’autant plus faible qu’il est détesté par une certaine partie des électeurs (on peut justement lui reprocher son "culot" et son ambition clairement affichée). Là où Jean-François Copé est clivant, François Fillon est rassembleur. Si les sondages ne sont pas en capacité d’évaluer l’état réel de l’opinion parmi les seuls adhérents de l’UMP (et donc, il faut rester très prudent sur l’issue du duel, la victoire d’Eva Joly sur Nicolas Hulot le 12 juillet 2011 a montré que les sondages des sympathisants pouvaient ne pas refléter la réalité), il peut y avoir chez les adhérents de l’UMP le même phénomène que pendant la primaire du PS, à savoir choisir la personnalité la plus populaire.

Les propos provocateurs de Jean-François Copé ne sont pas très significatifs : Jean-François Copé était jusqu’à l’élection de 2012 un "second couteau" et comme "lieutenant" d’un leader, il devait faire les tâches salissantes, le sale boulot, aller au charbon tous les jours et lancer invectives et remarques désobligeantes à ses adversaires. Jacques Chirac faisait de même au début de sa carrière dans les années 1970, tout comme Alain Juppé et Nicolas Sarkozy dans les années 1980-1990. Nicolas Sarkozy n’était pas non plus très populaire dans les années 1990 et il affichait également une ambition démesurée et cela ne l’a pas empêché de susciter une future popularité et d’imposer sa future candidature. Probablement qu’en position de leader unique de l’UMP, Jean-François Copé prendrait de la hauteur et laisserait à ses proches amis le soin de dégommer ses opposants pour son compte.

Justement, ses amis sont éclatés et je pense que c’est là ce qu’il a le plus perdu de son pari de 2010. Au fil des mois, il avait réussi à installer dans l’opinion publique l’idée qu’il avait regroupé "la bande à Copé" comme il y a eu la "bande à Léo" dans les années 1980 (François Léotard, Alain Madelin, Gérard Longuet et Philippe de Villiers). Et que c’était un tour de force car tous ceux de "sa bande", précisément, étaient des personnalités très ambitieuses : François Baroin, Bruno Le Maire, Luc Chatel, Valérie Pécresse, etc.

Aujourd’hui, cette bande de quadragénaires a éclaté. Certains sont encore derrière lui (Luc Chatel) mais d’autres sont clairement derrière François Fillon (Valérie Pécresse) ou encore à leur compte, comme Bruno Le Maire etc. Jean-François Copé a visiblement eu beaucoup d’amertume au lâchage de François Baroin. Et enfin, de sa génération (mais pas de "sa bande"), il y a aussi NKM (la plus ambitieuse) ainsi que Laurent Wauquiez (très entreprenant contre l’asistanat). Comme Jean-François Copé n’a pas réussi à fédérer cette génération derrière son nom, il perd ainsi un avantage décisif, celui du changement de génération, même s’il garde l’avantage de sa relative jeunesse (il aura 53 ans en 2017 et pourrait se représenter plusieurs fois à l’élection présidentielle).


Et les autres ?

Parmi les autres dont on n’entend plus beaucoup parler, il y a bien sûr Nicolas Sarkozy, silencieux dans la vie politique française (mais pas auprès des Brésiliens) mais qui, selon certains proches, observe avec beaucoup d’attention ce qu’il se passe à l’UMP et qui sourit des déboires de son successeur à l’Élysée en laissant entendre qu’il était décidément meilleur Président que lui (un sondage affirmait que 44% des sondés pensaient que Nicolas Sarkozy ferait mieux que François Hollande en mi-septembre 2012 !). Probablement sera-t-il tenté de laisser courir la rumeur d’un possible retour sur le devant de la scène politique (les circonstances !), histoire de prendre une revanche que son unique prédécesseur qui a lui aussi échoué à une réélection, Valéry Giscard d’Estaing, n’avait jamais réussi à prendre ? Probable aussi que la roue tourne et que Nicolas Sarkozy sera d’autant plus apprécié qu’il se taira (le contraire de Valéry Giscard d’Estaing après 1981). En mai 2017, il aura 62 ans.

Il y a aussi Alain Juppé, la "malheureuse" victime des affaires de Paris, qui l’ont mis hors-jeu dès 2004 (tout comme Laurent Fabius avait été mis présidentiellement hors-jeu en 1995 à cause du sang contaminé). Le premier président et fondateur de l’UMP, non seulement n’a pas pu empêcher ce duel fratricide, mais il n’a semble-t-il plus beaucoup d’influence parmi des cadres ambitieux qui préfèrent des locomotives bien plus rapides. Il est clair qu’il ne représente pas l’avenir ni du pays ni de son parti. En mai 2017, il aura 71 ans !

Enfin, il y a les autres, ceux qui ont compris avec la primaire socialiste de 2011 et les candidatures d’Arnaud Montebourg et de Manuel Valls que prendre date, se marquer, se placer pouvait donner un petit coup d’accélérateur à leur trajectoire.


Conséquence de deux mois de rivalité personnelle

Certains pensent que la lutte acharnée pour la présidence de l’UMP laissera des séquelles profondes et qu’il y a risque de sécession. Je pense que le risque était plus grand en été 2010 lorsqu’il y a eu le fameux discours de Grenoble. À l’époque, d’ailleurs, loin de s’opposer à la parole présidentielle, Jean-Louis Borloo se préparait à occuper Matignon pour incarner le tournant social du quinquennat.

Ce dernier a donc raison de penser aujourd’hui que la querelle Copé/Fillon n’est pas idéologique et que l’UMP restera l’UMP quelle que soit l’issue de la désignation interne. Il pourrait évidemment y avoir du manque d’enthousiasme et ce sera au président élu d’avoir l’intelligence de donner une activité honorable au perdant.

Si Jean-François Copé gagne, il aura beau jeu de proposer à François Fillon la conquête de la mairie de Paris (que semble aussi envisager Jean-Louis Borloo). Mais dans le cas contraire, si François Fillon gagne, il faudra bien trouver à Jean-François Copé une responsabilité au sein de l’UMP où il s’épanouira, car sinon, il s’épanouira à l’extérieur (et il ne lâchera pas son ambition présidentielle pour autant). Je le verrais donc bien dans le rôle de construire un nouveau projet présidentiel, d’autant plus qu’il a déjà son réservoir à idées avec son think tank Génération France.

La création de l’UDI le 21 octobre 2012 pourrait aussi remettre en cause le leadership naturel de l’UMP dans l’opposition. Ce n’est pas un hasard si à la fois Alain Juppé, François Fillon et Jean-François Copé ont mis en garde contre des risques de division. On se rappelle que c’est l’argument massue utilisée depuis quarante ans (déjà à l’époque de Jacques Chaban-Delmas !) par les gaullistes pour assurer leur hégémonie. S’ils ont réagi si promptement, c’est que le danger est réel et pris au sérieux. Jean-Louis Borloo n’a pas tort de vouloir reconquérir cet électorat du centre droit laissé en jachère depuis la période Sarkozy.


Un pouvoir en proie aux doutes

François Hollande a de quoi s’inquiéter pour sa réélection. Ne même pas être capable de garder un semblant de popularité à peine quatre mois après son arrivée, c’est très fort ! Et la manière dont il s’y prend pour juguler le déficit public (en augmentant les impôts alors qu’il faudrait réduire les dépenses, pire, il augmente même les dépenses, avec 40 000 postes supplémentaires dès 2013 à l’Éducation nationale) risque fort bien de faire stagner la croissance et faire monter encore le chômage.

Le vainqueur du 18 novembre 2012 à l’UMP aura donc gagné une étape décisive dans la marche présidentielle de 2017. Quoi, déjà la future élection de 2017 ? Il n'aurait pas fallu voter pour le quinquennat. Et puis, oui, quatre ans, ce n’est pas trop pour préparer un nouveau Président de la République. Ségolène Royal n’a mis que six mois et on voit ce que cela a donné…


Débat télévisé sans précédent

Ce jeudi 25 octobre 2012 à 20h30, les deux compétiteurs François Fillon et Jean-François Copé s’affronteront dans un débat télévisé sur France 2. Si ce genre de débat interne a déjà eu lieu à gauche, c’est une première historique à droite. L’exercice de communication politique sera donc périlleux mais intéressant à observer : prendre avantage sur l’autre sans rien exclure pour l’avenir. Une mission impossible que Martine Aubry et François Hollande avaient su, malgré tout, remplir le 12 octobre 2011.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 octobre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Fillon.
Jean-François Copé.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Un sérieux rival pour l’UMP ?

 
yartiUMPA03

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-congres-2012-de-l-ump-la-124748

 

 

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 06:40

La bataille de l’UMP fait rage. Copé versus Fillon. Habituée aux rivalités de personnes, la droite retrouve sa tradition querelleuse. Pourtant, il ne s’agit pas d’un clivage idéologique. Il s’agit surtout de configurer le paysage politique français pour les cinq voire les dix prochaines années. Première partie.


yartiUMPA01Le dimanche 18 novembre 2012 aura lieu l’un des événements cruciaux du quinquennat de François Hollande, à savoir l’élection, par ses adhérents, du nouveau président de l’UMP. Fait "historique" dont il s’agit de bien mesurer l’ampleur puisque des changements de leadership à droite ne sont finalement pas si fréquents que cela dans la vie de la Ve République et pèsent pendant longtemps sur l’avenir politique. Le dernier changement remonte à huit ans quand Nicolas Sarkozy a succédé à Alain Juppé à la présidence de l’UMP.


Chirac aux commandes pendant 30 ans !

En effet, le leadership de Jacques Chirac sur le grand parti gouvernemental positionné à droite et au centre droit, que ce soit l’UDR, le RPR ou l’UMP, fut quasiment incontesté de décembre 1974 à mai 2005 (soit plus de trente ans !). Bien sûr, il y a eu quand même des contestations, des guerres intestines, des grosses rivalités parfois fatales contre Valéry Giscard d’Estaing (il en eut fini en mai 1981) et contre Édouard Balladur (1993-1995), aussi quelques petites querelles contre Philippe Séguin, Charles Pasqua et plus récemment, Nicolas Sarkozy (de 1998 à 2005), mais globalement, il a réussi à surnager d’un siècle à l’autre sans perdre ni sa légitimité politique ni sa stature et en dominant parfois avec arrogance majorité ou opposition selon les cas.

Plus dur fut de lui trouver un successeur et les rivalités minaient déjà le RPR, entre Alain Juppé et Philippe Séguin (cause de la défaite du 1er juin 1997), puis entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin (de mai 2002 à mai 2012). Finalement, c’est sans l’onction ni l’autorisation du leader ni de son dauphin présumé que Nicolas Sarkozy s’est emparé de l’UMP le 28 novembre 2004. Sa conquête n’avait rien d’imprévisible et dès mai 2002 voire dès 1999 (l’élection de Michèle Alliot-Marie à la présidence du RPR), cette succession était imaginable.


L’héritage de Sarkozy

Bien qu’élu Président de la République, Nicolas Sarkozy resta tacitement président de l’UMP (ce qui a choqué dans l'esprit de nos institutions) au contraire de Jacques Chirac qui laissa à son Premier Ministre Alain Juppé le soin de présider le RPR en 1995. Plus précisément, la fonction de président de l’UMP fut mise entre parenthèses pour le temps du quinquennat. Le "patron" opérationnel en devenait le secrétaire général, poste laissé d’abord à Patrick Devedjian le 22 mai 2007, puis, à Xavier Bertrand le 8 décembre 2008, puis, enfin, à Jean-François Copé le 17 novembre 2010.

Ce dernier avait bien compris que la légitimité au sein de l’UMP passait par ce poste stratégique : au contact avec tous les militants, les fédérations départementales, les investitures aux élections locales, après avoir présidé le groupe UMP à l’Assemblée Nationale et avoir tissé pendant trois ans et demi des fidélités amicales chez les parlementaires. Pendant quelques années, la rivalité a porté sur ces seconds couteaux, entre Xavier Bertrand et Jean-François Copé. Xavier Bertrand a finalement renoncé le 16 septembre 2012 à la bataille de l’UMP, se justifiant par la volonté d’être candidat à la candidature présidentielle en 2016.

Héritier récalcitrant, c’est un peu le rôle qu’avait adopté Jean-François Copé pendant ce dernier quinquennat vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, le même que ce dernier vis-à-vis de Jacques Chirac pendant le quinquennat précédent. Indépendance, ambition, mais malgré tout, loyauté apparente. Équilibre fragile. Après tout, Jacques Chirac avait agi pareillement vis-à-vis de Valéry Giscard d’Estaing entre 1976 et 1981.

L’échec de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle du 6 mai 2012 remettait logiquement à plat toute l’organisation interne de l’UMP. Cela fait huit ans que l’UMP avait le même leader, une UMP initialement fondée pour accompagner Alain Juppé jusqu’à l’Élysée…


Différences entre 2002 au PS et 2012 à l’UMP

Les nombreuses ambitions qui pouvaient s’exprimer bien avant 2012 au sein de l’UMP auraient pu aboutir à une sorte de statu quo, comme au PS en 2002 après l’échec brutal de Lionel Jospin. À ceci près qu’il n’y avait pas de François Hollande de service. Au PS, la règle était à celui qui n’exprimerait pas le premier son ambition présidentielle, considérant que le premier serait "mort", ce qui est une erreur dans la conquête du pouvoir puisque en général, c’est le premier et celui qui crie le plus fort qui obtient gain de cause (Nicolas Sarkozy a martelé sa candidature de 2007 dès 2002 et Jean-François Copé l’a imité très rapidement, dès 2007, pour parler de 2017, pour que cela devienne une "évidence" et que ce soit "naturel"). Au PS, tous les éléphants classiques (et Dominique Strauss-Kahn avait un boulevard à l’époque) se sont fait prendre de vitesse par une candidate imprévue (et imprévisible), Ségolène Royal.

Autre différence entre l’UMP et le PS, c’est qu’au PS, depuis sa création le 11 juillet 1969, il y a des "courants" qui sont à la fois des ailes idéologiques mais aussi des écuries présidentielles. À ceux-ci, il faudrait d’ailleurs ajouter les candidatures à la primaire de 2011. À l’UMP, les choses sont un peu différentes. Initialement, lorsque ce mouvement rassemblant le RPR et une partie de l’UDF fut créé en 2002, il était aussi question de faire des "courants" mais la tradition monolithique des gaullistes l’a emporté d’autant plus facilement que celui qui était initialement contre le principe de l’UMP l’a conquise deux ans plus tard.

Maintenant, en 2012, la situation change : Jean-François Copé, au contraire, a mis en place des "mouvements" ("courants" en langage UMP) pour bénéficier du soutien actif de Jean-Pierre Raffarin. Inversement, François Fillon est peu partisan de ces "mouvements" car pour lui, ce ne sont pas des vecteurs de diversité mais des futures causes de division, et l’exemple du PS est là pour le prouver. Mais Jean-François Copé a réussi pour l’instant à déconnecter les "mouvements" des écuries présidentielles puisque la motion, par exemple, soutenu par Jean-Pierre Raffarin est soutenue à la fois par des copéistes et des fillonistes.


Le couperet des 8 000 parrainages

Le 18 septembre 2012, la première étape a été franchie : il s’agissait de recueillir 7 924 parrainages d’adhérents à jour de cotisation au 30 juin 2012 pour pouvoir se présenter à l’élection prévue deux mois plus tard. Ce sont les "petits" candidats qui auraient subi les conséquences de cette très forte contrainte : Nathalie Koscisko-Morizet, Bruno Le Maire, Henri Guaino, Christian Estrosi, Dominique Dord et Xavier Bertrand ont dû renoncer faute de parrainages suffisants ou faute de soutien dans les sondages (la plupart de ces ex-candidats ont d’ailleurs revendiqué avoir recueilli assez de parrainages ou presque assez). En effet, rien n’est vraiment sûr dans leurs affirmations et peut-être leur faible audience leur permettait de quitter cette compétition sur la pointe des pieds avec le moins de déshonneur possible.

Donc, comme prévu, il n’y aura que deux candidats pour la présidence de l’UMP : l’ancien Premier Ministre François Fillon et le secrétaire général sortant Jean-François Copé. Comme ce fut envisagé depuis la fin 2010, mais finalement, on aurait pu le prévoir dès la fin 2007. Les deux personnalités sont des "animaux politiques" (comme on dit), des personnes qui se sont engagées très jeunes et qui ont pris très rapidement des responsabilités.

Petite suspicion émise par Jean-Claude Gaudin lui-même, très bon connaisseur des affaires politiques et qui s’est étonné de la forte proportion de parrainages de part et d’autres. En comptabilisant tous les parrainages, y compris ceux des petites candidatures avortées, on peut facilement arriver à …près de cent dix mille parrainages pour un parti qui doit compter dans les cent quatre-vingt mille adhérents, ce qui reviendrait à dire qu’il y aurait eu dans les 60% de mobilisation pour non pas voter mais parrainer, ce qui est un acte fort d’engagement. La participation du 18 novembre 2012 sera donc un indicateur intéressant de la véracité de ces parrainages, car s’il s’avérait qu’il y ait plus de parrainages émis que de votes exprimés, cela poserait un gros problème sur la sincérité de cette compétition (tout comme l’élection de Martine Aubry comme première secrétaire du PS le 25 novembre 2008).


Préfiguration du paysage de 2017

Contrairement à ce que soutient surtout Jean-François Copé, et c’est pourquoi ce choix est historique, l’élection interne du 18 novembre 2012 ne désigne pas le gestionnaire d’un parti politique d’opposition pendant trois ans : elle désigne celui qui sera le chef de l’opposition à François Hollande, et, par ricochet, celui qui sera le mieux placé, le plus "naturel", pour se présenter à l’élection présidentielle de 2017.

Contrairement aussi à ce que certains aimeraient affirmer, la bataille Fillon-Copé n’est pas une bataille idéologique, pas plus que ne l’était la bataille Chirac-Balladur. Car il n’y a rien, sur le fond, qui sépare les deux hommes, pas même sur la sécurité ou sur les positions vis-à-vis du Front national, puisque François Fillon a choisi pour directeur de campagne Éric Ciotti, le député de Nice membre de la Droite populaire.

D’ailleurs, les soutiens aux deux candidats sont très peu clivants idéologiquement puisque qu’il y a de tout chez les deux. L’ultra-sarkozysme se retrouve à la fois chez François Fillon avec Claude Guéant, Christian Estrosi, Charles Pasqua, et chez Jean-François Copé avec Brice Hortefeux, Henri Guaino. Le chiraquisme et les positions modérées plus proches du centre sont également répartis, chez François Fillon avec François Baroin, Valérie Pécresse, Jean Léonetti, et chez Jean-François Copé avec Jean-Pierre Raffarin, Jean-Claude Gaudin, Dominique de Villepin. Une petite parenthèse à propos de Dominique de Villepin : il a connu Jean-François Copé au budget et porte-parole du gouvernement tandis qu’un différent s’est établi entre lui et François Fillon lors de sa nomination à Matignon le 31 mai 2005 (François Fillon a été exclu du gouvernement et s’est "jeté dans les bras" de Nicolas Sarkozy).


L’autre enjeu du congrès du 18 novembre 2012

Au-delà de la présidence de l’UMP, un autre enjeu très important est la répartition des votes sur les différentes motions soutenant les "mouvements". Il est fort probable que cette première existence de ces courants détermine également la direction de l’UMP pour les années à venir.

Six "motions" (terme exact : "déclarations de principe") ont ainsi été validées (parrainées par au moins dix parlementaires) pour ce congrès :

"France moderne et humaniste" qui regroupe essentiellement des anciens UDF, sous la houlette de Jean-Pierre Raffarin, Luc Chatel et Jean Léonetti (on y retrouve Christophe Béchu, Claude Goasguen, Olivier Dassault, Dominique Bussereau, Marc Laffineur, Marc-Philippe Daubresse, Alain Lamassoure, Hervé Mariton, Hubert Falco, Franck Riester, Philippe Nachbar, Arnaud Robinet etc.) et qui a pour ambition d’arriver en tête des motions.

"La Boîte à idée, la motion anti-divisions" qui est déposée par Bruno Le Maire avec notamment Hervé Gaymard, Benoist Apparu, Gilles Carrez, Édouard Philippe et Thierry Solère.

"La Droite forte – Génération France forte 2017" qui est issue des jeunes de l’UMP, Geoffroy Didier et Guillaume Peltier avec entre autres Édouard Courtial, Philippe Briand, Alain Moyne-Bressand, Brice Hortefeux et Alain Marleix.

"La Droite populaire" qui est chapeautée par Thierry Mariani et soutenue notamment par Lionnel Luca, Philippe Marini, Alain Marsaud et Patrick Labaune.

"La Droite sociale" de Laurent Wauquiez (épaulé aussi par Valérie Boyer, Bernard Debré, François Grosdidier, Pierre Hérisson, David Douillet, François Vannson…).

"La Gaullisme, une voie d’avenir pour la France" déposée par Michèle Alliot-Marie, Patrick Ollier, Henri Guaino, Roger Karoutchi et soutenue notamment par Gérard Larcher, Bernard Accoyer, Serge Dassault, Serge Grouard, Claude Greff, Philippe Leroy, Jacques Legendre, Catherine Vautrin).


Dans l’article suivant, je ferai le point sur les deux candidatures (Copé et Fillon) qui seront en débat télévisé sur France 2 ce jeudi 25 octobre 2012.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 octobre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Fillon.
Jean-François Copé.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Un sérieux rival pour l’UMP ?

 yartiUMPA03




http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-congres-2012-de-l-ump-la-124747

 

 

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 00:25

Né le 25 janvier 1923, Jean Taittinger a été un patron d'industrie grâce à sa famille et à celle de son épouse (en particulier, Taittinger, et aussi la cristallerie Baccart, la Société du Louvre etc.), mais il a également fait de la politique. Il fut élu maire de Reims de mars 1959 à mars 1977 (date à laquelle il s'est retiré de la politique) et député UDR du 9 décembre 1958 au 1er avril 1973. Il fut nommé ministre à plusieurs reprises sous Pompidou, en particulier Secrétaire d'État chargé du Budget du 7 janvier 1971 au 28 mars 1973 et Ministre de la Justice du 5 avril 1973 au 28 mai 1974 (avec le rang de Ministre d'État le 1er mars 1974). Il était le demi-frère de Pierre-Christian Taittinger (1926-2009), ancien sénateur (RI) de Paris et ancien maire (UMP) du 16e arrondissement de Paris.

SR

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 19:09

Né le 28 septembre 1926 à Paris, Michel Caldaguès fut élu député de Paris dans la circonscription d'Édouard Frédéric-Dupont du 30 juin 1968 au 1er avril 1973 puis fut élu sénateur RPR de Paris du 25 septembre 1977 au 30 septembre 2002. Maire du 1er arrondissement de Paris de 1983 à 2000, il fut auparavant élu président du conseil municipal de Paris de 1967 à 1968.

SR

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 22:28

Je viens d'apprendre que la candidate du MoDem de la 4e circonscription de l'Essonne a appelé à voter pour le candidat PS et contre Nathalie Kosciusko-Morizet. Je tiens à faire savoir qu'en ce qui me concerne et à titre personnel, je souhaite la victoire de NKM dimanche prochain et je lui apporte sans aucune réserve tout mon soutien. Une personnalité de son envergure a toute sa place à l'Assemblée Nationale et son échec serait non seulement une perte pour la vie parlementaire mais aussi une victoire personnelle de Marine Le Pen.

Je considère que c'est une profonde faute politique et morale de la part de la candidate MoDem, Brigitte Nguyen (1,86%), de donner cette consigne de vote contre l'ancienne ministre, cible déjà privilégiée du Front national. J'ai honte pour le MoDem.

Sylvain Rakotoarison (14 juin 2012)



Lire le tract du FN soutenant l'adversaire de NKM :

http://0z.fr/39mcg

 

 

Rajout du 15 juin 2012 :


La direction du MoDem soutient NKM - Figaro.fr (15 juin 2012)

La direction du MoDem a appelé aujourd'hui à voter pour Nathalie Kosciusko-Morizet (UMP) dans l'Essonne en raison de sa mise à l'index par le FN, alors que sa candidate locale s'était prononcée pour le PS et la fédération départementale pour le "ni-ni".

"Compte tenu du contexte local, de la façon dont NKM est traitée par le Front national, le MoDem appelle à voter pour elle, car nous n'acceptons pas la constitution de listes noires quelles qu'elles soient", a expliqué le secrétaire général du MoDem Marc Fesneau, reconnaissant un problème de communication de son parti dans cette circonscription.


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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 19:46

Né 11 janvier 1921 à Paris, Robert Galley fut d'abord un résistant avant d'avoir été ministre gaulliste pendant treize ans sans discontinuer de 1968 à 1981. Député-maire de Troyes, il s'est éteint à Troyes le 8 juin 2012 à 91 ans.

Lire (bientôt) :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-106627406.html


SR

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 11:24

Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) aurait annoncé ce mercredi 16 mai 2012 dans la matinée qu'elle avait l'intention d'être candidate à l'élection présidentielle de 2017. En revanche, elle ne chercherait pas à prendre la tête de l'UMP en congrès en automne 2012. Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, a lui aussi déjà fait part (depuis longtemps, avant 2007) de son intention d'être candidat à l'élection présidentielle de 2017. Pour le moment, son principal rival interne reste François Fillon qui est resté très populaire parmi les députés UMP. Alain Juppé pourrait cependant être une solution d'apaisement pour éviter une trop grande division de l'UMP. Jean-François Copé a prévu de faire une conférence de presse à 11h30 ce matin.

Sur NKM :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-61150805.html


Sur Jean-François Copé :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-52051832.html


SR




Note du 26 mai 2012 : cette indiscrétion a été démentie par l'intéressée.


NKM dément, Copé aquiesce
L'Express le 26 mai 2012


NKM a profité du comité stratégique et du bureau politique de l'UMP pour remettre les pendules à l'heure: démentir la rumeur de sa candidature à la présidentielle 2017 qu'a répandu Jean-François Copé. Le comité stratégique et le bureau politique de l'UMP ont été l'occasion d'une série de règlements de comptes, le 16 mai. Nathalie Kosciusko-Morizet a immédiatement pris la parole : "J'ai passé une partie de ma matinée à démentir" un écho paru le jour même dans Le Figaro. Celui-ci racontait un coup de fil qu'elle aurait passé à Jean-François Copé pour l'assurer de son intention d'être, "quoi qu'il en soit", candidate à la présidentielle de 2017.

"On a passé la campagne dans la tranchée, je comprends que je puisse prendre une balle dans le front de la part de mes adversaires, mais pas une balle dans le dos de mes soi-disant amis." "Tu as raison, Nathalie !" a répondu Jean-François Copé, qui était directement visé par la sortie de NKM...

 

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 11:19

(dépêche-blog)



Une autre stratégie était, et reste, possible à droite

Koztoujours, tu m'intéresses !
Posted: 11 May 2012 02:32 AM PDT


Le pistolet à un coup a encore tiré. En vain, par définition. L’échec à la présidentielle vient s’ajouter à la liste continue des échecs électoraux successifs de la droite depuis 2007.

Pas un seul scrutin remporté depuis lors et pourtant, aujourd’hui, les Buisson, les Peltier et leurs soutiens martèlent, avec fureur parfois, qu’il n’y a pas d’autre stratégie possible. Avouez qu’il y a de quoi rester perplexe.

En jeu ? Pas une petite revanche post-électorale mais l’orientation de l’UMP et d’une part de la société française. Pas un règlement de comptes mais une conception de la politique.
Une seule stratégie possible : celle qui conduit à l’échec ?

Quand je dis que la droite n’a pas remporté un seul scrutin depuis 2007, j’omets une élection : les européennes. Les européennes, le seul scrutin qui ne se soit pas déroulé sur fond de polémique sur l’identité nationale, les minarets, la burqa ou la laïcité. Au lieu de cela, ce scrutin s’est déroulé sur la base de l’incontestable réussite de la présidence de l’Union Européenne et il a été mené, en première ligne, par Michel Barnier, un homme politique aux antipodes des personnalités clivantes chéries par l’ »école Buissonnière ». 2009, c’était aussi l’époque où, après la crise financière, on entendait Barnier et Fillon parler d’une économie de la sobriété… Et c’est, répétons-le, l’unique scrutin qui a été remporté par la droite. Les municipales ont été perdues, les régionales ont été perdues, les cantonales ont été perdues, les sénatoriales ont été perdues. Et l’homme qui aurait pensé la « stratégie », avec une telle constance dans l’échec que ce mot fait tristement sourire, explique sans ciller qu’il n’y en avait pas d’autre possible. Il n’y a qu’une stratégie possible, elle ne mène qu’à l’échec. Alors, dira-t-on, quitte à perdre, autant que ce soit sur nos idées, non ? Comme l’a déclaré Jean-René Lecerf, trop tôt peut-être,

    « Si c’est pour perdre il vaut mieux perdre les armes à la main. J’aurais préféré que le combat se fasse sur les valeurs qui sont les nôtres. »

Mais à ma droite, on persiste, pensez donc : l’occasion est unique de droitiser définitivement l’UMP. Alors, on poursuit la politique sondagière, et la relecture à base de graphiques d’apparence rigoureuse.
La stratégie Buissonière a plombé Sarko pendant cinq ans

De façon symptomatique et révélatrice, le si Buissonnier Salon Beige m’interpelle. Son attention pour l’avenir de l’UMP est touchante, lui qui diffuse habituellement plutôt les bulletins de santé de Bruno Mégret, Carl Lang ou Bruno Gollnisch… Le Salon Beige produit un graphique. A l’école de Peltier et de Buisson, les voilà analystes de l’opinion. Il faudrait comprendre en somme que Nicolas Sarkozy a perdu du terrain chaque fois qu’il s’est écartée de leur ligne. En premier lieu, l’épisode du Traité de Lisbonne serait responsable de la plongée de Nicolas Sarkozy dans la tourmente. Il est possible qu’il ait eu un impact. Mais les rédacteurs oublient opportunément le « bouclier fiscal », instauré par la loi TEPA adoptée le 21 août 2007. Il est trop facile d’attribuer une évolution à un fait unique. Mais il ne sera pas dit que nous ne sommes pas joueurs. L’examen de l’évolution de la cote de confiance (Sofres, mais les autres instituts ne montrent pas une évolution différente) de Nicolas Sarkozy depuis 2007 illustre qu’après ce premier et impressionnant décroché, il s’en produit un autre.

Entre octobre 2009 et avril 2010, Nicolas Sarkozy perd pas moins de 9 points. 39% de Français lui faisaient confiance en octobre 2009, ils ne sont plus que 29% en avril 2010. Que s’est-il passé à cette époque ? C’est le dramatique épisodedu si mal mené débat sur l’identité nationale. Discuté dès le mois d’octobre, il s’ouvre en novembre, se clôt en avril… Débat sur l’identité nationale : -9.

Le mois de mai 2010 dessine une légère embellie. Pensez donc : la cote de confiance passe à 30%. C’est l’éclate, 30%. Las, elle rechute immédiatement de 4  points et s’établit à 26% en juillet 2010. Mai, juin, juillet 2010 ? C’est le débat sur la burqa. Au mois de mai 2010, l’Assemblée vote la résolution sur la burqa. En juillet 2010, elle vote la loi d’interdiction.  Juin 2010, c’est aussi l’affaire du saucisson-pinard… Débat sur la burqa : – 4.

Un autre exemple ? En avril 2011, l’UMP tient un débat sur la laïcité que d’aucuns qualifient de débat sur l’islam. En avril, la cote de confiance de Nicolas Sarkozy est à 23%. En mai, elle est à 20%. Au plus bas de tout le quinquennat… Débat sur la laïcité : -3.

Il est trop facile d’attribuer une évolution à un fait unique, disais-je. Mais la répétition interpelle. On comprend à tout le moins que les bénéfices de la stratégie droitière sont au minimum incertains.

A l’inverse, la cote de popularité de Nicolas Sarkozy bondit de 10 points en juin 2009. Effet du succès des européennes, probablement. La seule élection qui ne se soit pas jouée sur fond de dénonciation de l’islam.

Et lorsqu’elle bondit encore de 6 points, en novembre 2011, ce n’est pas parce que Nicolas Sarkozy a lancé quelque débat sur la taille des babouches, mais très vraisemblablement pour son rôle international dans la tourmente des finances publiques.

Les Buissoniers oublient aussi que la ligne droitière compte pour beaucoup dans l’antisarkozysme, et que ce dernier a servi de ciment à la campagne de Hollande. À force de vouloir être clivant, il a suffi à François Hollande de jouer les passe-murailles. Démonstration vivante qu’une présidentielle ne se joue pas nécessairement sur le clivage, les Français ont élu un candidat pour lequel la transparence a tenu lieu de stratégie. Depuis dimanche, Nicolas Sarkozy fournit un contre-exemple de ce qu’on lui a reproché : il affiche sérénité, panache, stature et capacité de rassemblement. Vrai ou faux, combien de fois ai-je lu et entendu, depuis dimanche, par certains de ses détracteurs que les choses auraient pu être différentes s’il avait plus souvent montré ce visage-là ? On me dira que la popularité ne fait pas un vote, mais l’impopularité non plus.

L’efficacité même de la stratégie droitière sur les reports de voix entre les deux tours est douteuse, comme le relève Dominique Reynié sur France Culture, alors pourtant que Nicolas Sarkozy n’a pas laissé l’ambiguïté planer.
Une seule stratégie peut-être… quand on a carbonisé toutes les autres

Alors non, décidément non, il n’y a pas qu’une seule stratégie possible pour la droite. Ou alors une seule stratégie possible pour Nicolas Sarkozy, après ce quinquennat.

Une fois encore : le « curseur » ne s’est pas déplacé, on l’a déplacé. L’électorat ne s’est pas droitisé, on l’a droitisé.

Vous pouvez déjà le constater dans votre entourage. Pour un peu plus de sérieux, vous vous reporterez à ce débat sur France Culture, repris par Mediapart ((vous connaissez l’expression : « ce n’est pas parce que Mediapart dit que le ciel est bleu que je vais dire le contraire »)) : les politologues Nonna Meyer et Stéphane Rozès le soulignent. Ce dernier signale même le changement d’attitude des électeurs UMP à l’égard du FN, directement induit par le discours de Grenoble :

    « Avant le discours de Grenoble, un tiers d’entre eux voulaient une alliance avec le FN. Entre le discours de Grenoble et la présidentielle, environ la moitié, au moment du premier tour jusque 60 %, et aujourd’hui 66 %. »

L’électorat de droite n’est pas plus moutonnier qu’un autre, mais on le mène où l’on veut, lui aussi. Et on en subit les conséquences. Car, comme le souligne cet autre politologue, Pierre Martin, Nicolas Sarkozy s’est « enfermé dans un piège« . Il s’est mis lui-même dans un corner. Toujours contraint de surenchérir, parce que l’électeur s’habitue à tout, il s’est placé d’office dans l’incapacité de parler à un autre électorat que l’électorat FN. A supposer qu’il n’y ait plus eu qu’une stratégie possible, ce n’est pas en raison d’une quelconque fatalité, mais parce qu’ils ont saboté toutes les autres.

S’il ne pouvait plus parler qu’à l’extrême-droite, c’est qu’il s’était lui-même irrémédiablement coupé de tout espace au centre.
Pas de fatalité pour la droite

Il n’y a pas de fatalité, pas de destin. L’UMP – la droite – n’est pas condamnée à aller chercher ses thématiques dans le programme du FN. Cela ne signifie pas non plus qu’elle devrait ignorer les questions d’immigration et de sécurité. Gare au piège rhétorique grossier de ceux qui vous répondent : « Donc, on ne parle plus d’immigration ? D’insécurité ? ». On peut traiter un sujet sans en faire son horizon.

Il ne doit pas y avoir de fascination non plus. A titre d’exemple, lorsque Jean-Paul Garraud déclare, dans un propos teinté de défaitisme et de soumission,  que « la dynamique est sur le FN depuis 2002« , il ne s’agit pas d’une donnée factuelle mais d’un souhait personnel d’alliance. Il n’y a aucune illusion à avoir sur les raisons qui poussent les uns et les autres, sous couvert de sondages et de courbes de popularité, à prôner une stratégie droitière. Ils ne font que valider leur pente de toujours.

Comme illustré précédemment, on peut faire dire aux chiffres une chose et son contraire.

Restent les convictions, et la conception que l’on se fait de la politique : faut-il suivre les tendances ou les imprimer ?

Koztoujours, le 11 mai 2012


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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 05:41

Petit historique du quinquennat de Nicolas Sarkozy sur son impopularité et les "élections intermédiaires".


yartiSarkoImpo01À la veille du second tour de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy ne semble pas le favori des sondages. Bien pire pour lui, il paraît avoir concentré contre lui une certaine détestation de la personne qui vont bien au-delà des clivages politiques.

Pourtant, l’impopularité qu’il subit n’était pas inéluctable. Rappelez-vous, lors de son élection, quasiment tous les médias avaient fait allégeance au nouveau Président de la République et même si la première critique d’un pouvoir monarchique avait été timidement émise par Laurent Joffrin lors de vœux présidentiels en janvier 2008, il n’y a pas eu beaucoup de journaux qui excellaient dans la contestation. Au contraire de maintenant, où, depuis plusieurs mois, les médias ont "acté" qu’il valait mieux changer de lumière et s’en remettre à François Hollande, même David Pujadas le 26 avril 2012 était prêt à mettre Nicolas Sarkozy le nez dans le déni de réalité, ce qui fut chose assez étonnante.

Ce phénomène médiatique est bien connue. En fait, les médias ne suivent que les courbes de popularité qu’ils croient parallèle à l’audience que pourraient avoir leurs journaux. En clair, ils ne songent pas électeurs mais lecteurs, auditeurs, téléspectateurs. Ce n’est pas nouveau, et on peut se rappeler à quel point les médias étaient pour Édouard Balladur entre 1993 et 1995 et à quel point… ils s’étaient finalement trompés.

Le quinquennat de Nicolas Sarkozy avait pourtant mal débuté. Une soirée provocante au Fouquet’s, une "retraite" qui n’était pas en Chartreuse mais sur le yacht d’un ami industriel au large de Malte, cela donnait déjà le ton de cette droite décomplexée, américanisée, fière de sa réussite sociale (alors qu’il a reçu un mandat du peuple). Insolente insouciance de communication renforcée par l’apathie des médias. Pas question pour eux de guerroyer pendant cinq ans contre le pouvoir en place qui intimidait.

Quelques mois plus tard, c’était un Président qui adoptait le langage de charretier, tant auprès des pêcheurs qu’au Salon de l’Agriculture qui commença à perturber la bienveillance d’origine des médias. Il faut dire aussi que les nouveaux moyens de communication (smartphones qui peuvent filmer à l’improviste, facebook, twitter etc.) sont des relais redoutables et exigeants qui nécessitent la plus grande vigilance (celle de François Fillon par exemple).

On a dit que l’UMP, le parti présidentiel, avait perdu toutes les élections intermédiaires entre 2007 et 2012, mais c’est complètement faux.

Revenons aux cinq élections au suffrage universel direct dont quatre furent des élections locales et donc dépendantes aussi des contextes locaux et personnels particuliers.

Il y a d’abord eu les municipales des 9 et 16 mars 2008 où l’UMP et ses alliés ont fait 44,4% des voix au premier tour et 40,7% aux cantonales le même jour, ce qui est plutôt honorable (le 11 mars 2001, c’était aussi 40,7%) même si cela s’est traduit par la perte de six présidences de conseils généraux.

Il y a ensuite eu les européennes du 7 juin 2009 qui furent un grand succès électoral pour l’UMP (eh oui) malgré une abstention record (59,4%) avec 27,9% (+11,2% par rapport au 12  juin 2004 !), gagnant 12 sièges (de 17 à 29) tandis que le PS a sombré à 16,5% (perdant 17 sièges), rejoints par Europe Écologie qui, avec 16,3%, ont obtenu le même nombre de sièges que leur partenaire socialiste. Le FN a lui été très médiocre avec 6,3% avec seulement 3 sièges rescapés (sur les 7 sortants). Il faut rappeler qu’entre 2004 et 2009, il y a eu 6 sièges en moins dans le nombre total de sièges réservés à la France (78 à 72).

Tout s’est véritablement gâté à partir de l’été 2009. Il y a d’abord l’effet de la crise financière de septembre 2008 avec ses conséquences terribles sur l’économie, sur le chômage et la précarité. À partir de cette époque, la plupart des dirigeants européens ont échoué dans leur réélection.

Mais il y a aussi des causes intérieures très franco-française.

Il y a eu l’affaire Polanski en septembre 2009 qui s’est enlisée en affaire Frédéric Mitterrand en faisant resurgir le dernier livre du Ministre de la Culture vieux de plusieurs années où il a reconnu son attirance pour les jeunes hommes.

Il y a eu quelques semaines après cette première polémique l’affaire de Jean Sarkozy, fils du Président, qui voulait devenir président de l’EPAD (l’établissement de La Défense) en tant que conseiller général de Neuilly (élu en mars 2008) qui a considérablement choqué les "honnêtes gens" ainsi que les postulants surdiplômés à des emplois à responsabilités bien plus réduites.

Les élections régionales des 14 et 21 mars 2010 ont été un calvaire pour l’UMP dont l’étiquette est devenue contreproductive (encore aujourd’hui). L’UMP et ses alliés n’ont réussi à reconquérir aucune région et n’ont totalisé que 27,2% (avec 53,7% d’abstention), soit le plus mauvais score depuis le début de la Ve République et une baisse de 6,5% par rapport au 21 mars 2004. Europe Écologie a perdu des plumes avec 12,2% et le FN a été en progression avec 11,4%.

À l’issue de ces élections, le processus de la réforme des retraites a été enclenchée sous la houlette du nouveau Ministre du Travail, Éric Woerth, ancien Ministre du Budget, et très vite, l’affaire Bettencourt éclatait puis de nombreuses manifestations obscurcirent le ciel de l’automne 2010, ce qui allait le conduire à démissionner après la mise en place de la réforme, en mars 2011, et l’affaire Bettencourt mine toujours l’entourage présidentiel.

Les élections cantonales des 20 et 27 mars 2011 ont été un désastre pour l’UMP et ses alliés avec seulement 31,7% au premier tour et une forte fièvre du FN monté à 15,1%, profitant d’une abstention massive (55,7%) et même si l’UMP et ses alliés n’avaient guère fait pire que le 21 mars 2004, où ils avaient obtenu 32,4%, cela s’est traduit par la perte de trois présidences supplémentaires de conseils généraux.

Peu après, une nouvelle bombe est survenue avec l’affaire Karachi et de possibles financements occultes de la campagne d’Édouard Balladur en 1995 puis de celle de Nicolas Sarkozy en 2007 dont les retombées sont encore très mal appréciées actuellement.

Finalement, il est clair que les seulement 500 000 voix d’écart entre François Hollande et Nicolas Sarkozy sont presque un exploit pour le Président sortant avec une telle désolation tant médiatique qu’électorale dans la dernière moitié de son quinquennat.

Le tout est de savoir comment les électeurs hésitants du second tour de l’élection présidentielle vont interpréter la forte hausse du chômage, l’aggravation de la dette de l’État et le déficit monstrueux de la balance commerciale : comme la simple conséquence d’une politique inapproprié du Président Nicolas Sarkozy… ou comme la conséquence directe des crises mondiales qui secouent la France depuis quatre ans et dont le Président Nicolas Sarkozy a tenté tant bien que mal à amoindrir les effets néfastes ?

La réponse va vite arriver.

Et il est probable que, quel que soit l’élu du 6 mai 2012, il sera impopulaire dès la fin de l’année. Et qu’il y aura autant de déçus qu’avant l’élection. Un bon terreau pour un certain parti


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 avril 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le bilan Sarkozy.
Élections municipales 2008.
Élections européennes 2009.
Élections régionales 2010.
Élections cantonales 2011.
Premier tour de l’élection présidentielle 2012.

yartiSarko2012042201


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-impopularite-du-president-115804

 

 

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 06:51

Parmi les candidats qui ont réussi à réunir les cinq cents parrainages pour participer à l’élection présidentielle, il y a Nicolas Dupont-Aignan depuis le 13 mars 2012.


yartiNDA03Voici un homme politique classique et modéré qui paraît très sympathique.

Un look d'enfant de chœur, pourtant, Nicolas Dupont-Aignan n'a pas hésité à confier au "Figaro Magazine" du 10 mars 2012 qu'il pourrait prendre Marine Le Pen comme Premier Ministre s'il était élu, ou encore, à "Libération" le 12 mars 2012, qu'il pourrait nommer Arnaud Montebourg à Matignon. Il s'en est expliqué dans cette interview publiée le 13 mars 2012 : « Pour redresser la France, il faut rassembler tous les patriotes qui ont voté "non" en 2005. C'est la clé. La question qui se pose, et ce n'est qu'un début, c'est de savoir si ces patriotes se rassembleront autour d'un patriotisme de repli et d'exclusion, nourri par la faillite de la pensée unique, ou si on arrivera à bâtir un patriotisme républicain serein et de rassemblement. Tout mon combat depuis quinze ans, avec Philippe Séguin et d'une certaine manière avec Jean-Pierre Chevènement, a consisté à dire aux partis existant qu'il sont en train de plonger la France dans une régression sociale qui va alimenter des tentations de rejet et de nationalisme. ».

À peine adolescent, Nicolas Dupont-Aignan s’était passionné pour la vie politique. On a ça dans la peau ou pas. D’autres, c’est le football ou les chanteurs à voix de casseroles. Lui, la politique. Jacques Chaban-Delmas même. Sa première campagne date donc de l’âge de 13 ans.

Il aurait pu être le Dupont-Lajoie de la politique, mais pas du tout. À bientôt 51 ans, l’homme est au contraire très lisse. Maire de Yerres depuis dix-sept ans, parlementaire depuis quinze ans, il a conquis la mairie à un socialiste et la circonscription à un président de Conseil général socialiste au moment de la dernière victoire nationale des socialistes (en 1997). C’est sans doute l’un des rares gains de son parti à cette époque très dissolue. Depuis ces conquêtes, il a toujours été réélu largement dès le premier tour.

Bref, il est un conquérant et pas un héritier. On ne lui a pas mâché le travail. Pourtant, il aurait pu faire dans la facilité.

yartiNDA01Il a fêté le Bicentenaire de la Révolution avec en poche le diplôme de la plus haute école de la République, aux côtés de quelques futurs ministres comme Jean-François Copé et Renaud Dutreil. Rang de sous-préfet de Paris. Il a d’ailleurs travaillé dans des cabinets avec des supérieurs très diversifiés politiquement : un futur ministre socialiste d’abord (préfet de la région parisienne) puis à l’Éducation nationale avec François Bayrou, et enfin, à l’Environnement avec Michel Barnier.

Son premier acte fondateur, c’est le 3 février 1999. Tout en restant au RPR, il a créé Debout la République, un mouvement assez hétéroclite qui a d’abord refusé le Traité d’Amsterdam, puis, par la suite, le TCE. Il est donc devenu l’un des mouvements politiques qui revendique l’héritage gaulliste.

Pendant trois ans, ses approches ont été un peu confuses : d’abord auprès de Charles Pasqua, puis de Philippe Séguin, il fut séduit par la candidature de Jean-Pierre Chevènement. Le choc du 21 avril 2002 l’a ramené à l’UMP dont il fut candidat à la présidence le 17 novembre 2002 contre Alain Juppé (15%) et le 28 novembre 2004 contre Nicolas Sarkozy (10%). Ce qui ne manquait ni de panache ni de courage.

Le 13 janvier 2007, c’est-à-dire la veille du "sacre" de Nicolas Sarkozy par l’UMP, il a quitté officiellement l’UMP dans la perspective de se présenter à l’élection présidentielle. Il n’a pas eu assez de signatures et resta très discret sur sa position en 2007 même s’il est réélu député sans concurrent interne dès le premier tour (comme en 2002).

Il se lança ensuite dans l’aventure électorale solitaire en juin 2009 aux européennes (2%) et en mars 2010 aux régionales (4% en Île-de-France).

Depuis lors, il veut se distinguer complètement de la majorité actuelle et travaille pour avoir cette fois-ci ses signatures (annonce du 21 novembre 2010). Il veut incarner le courant gaulliste social et souverainiste sans avoir un seul soupçon d’extrémisme xénophobe.

En ce sens, il est très différent du schisme de Philippe de Villiers et également de celui de Charles Pasqua (et bien sûr des théories fumeuses de Marine Le Pen). Il est un souverainiste soft, gentillet.

Certes, depuis plusieurs mois, il lâche dans les médias ses arguments qui n’en sont pas vraiment. Il fait dans le "populisme" poli, reprenant à son compte les humeurs d’Internet. Sans beaucoup de logique ni de cohérence intellectuelle, ce qui est dommage car il paraît à la fois intelligent et convivial. Il mériterait mieux que le rôle d’amuseur public.

yartiNDA02Il souhaite la création d’un eurofranc, qui serait le retour du franc sans supprimer l’euro. Pas très bien compris l’intérêt ni en quoi cela va réindustrialiser le pays. Il s’oppose à la construction européenne, jusqu’à prôner une sorte de protectionnisme antiéconomique.

Invité de "On n’est pas couché", l’émission de Laurent Ruquier, sur France 2 le 21 janvier 2012, NDA (comme on l’appelle) a rejeté les sondages lui donnant à peine un demi pourcent en demandant si Jeanne d’Arc (oui oui, Jeanne d’Arc) ou De Gaulle auraient écouté les sondages avant de partir à l’aventure.

Il n’a pas tort, les sondages ne font que suivre alors que le politique devrait au contraire initier, tirer, amener, conduire.

Mais a-t-il vraiment raison lorsqu’il dit, à la fin, comme un sursaut de dégoût de sa propre caste : « Ils ne veulent plus de cette bande de nuls, c’est la vérité. » ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 mars 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jacques Chaban-Delmas.
François Bayrou.
Philippe Séguin.
Nicolas Sarkozy.
Charles Pasqua.
Attention aux thèmes protectionnistes…
La construction européenne.

yartiNDA04


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