Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 décembre 2017 7 10 /12 /décembre /2017 19:33

Lors du premier tour de l'élection internet à la présidence du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez a obtenu 73 554 voix soit 74,64% des adhérents (élu) contre 15 876 voix soit 16,11% à Florence Portelli (filloniste) et 9 113 voix soit 9,25% à Maël de Calan (juppéiste). La participation fut plutôt élevée avec 99 597 votants, soit 42,46% des 234 556 adhérents LR à jour de cotisation. Il y a eu 1 054 bulletins blancs et donc 98 543 suffrages exprimés.

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170526-wauquiez.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20171210-election-presidence-lr.html

 

Partager cet article
Repost0
8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 03:50

« L’ancien ministre promène sa parka rouge, bien visible pour les caméras de télévision, de défilé et en défilé. Le conseiller salue la performance. Entre ces deux-là, une alliance est scellée, pleine de doubles fonds et d’arrière-pensées, comme toujours avec Patrick Buisson. » (Ariane Chemin et Vanessa Schneider, "Le mauvais génie de Nicolas Sarkozy", éd. Fayard, paru le 18 mars 2015).


_yartiWauquiez2017A01

L’actuel président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez se présente à la présidence de son parti Les Républicains (LR), et probablement, il sera élu dès le premier tour ce dimanche 10 décembre 2017, car il est très populaire parmi les militants LR. Adepte d’une droite dure, refusant obstinément d’appeler clairement à voter pour Emmanuel Macron contre Marine Le Pen (au contraire du candidat François Fillon), Laurent Wauquiez rêve avant tout de lui, rêve d’atteindre le Graal de la politique française, l’Élysée.

Certes, l’élection d’Emmanuel Macron, à 39 ans, lui a donné un petit coup de vieux, lui qui a déjà 42 ans (donc 47 ans en 2022), mais il est sans doute le plus en mesure d’être le rescapé de cette vague de "dégagisme" qui a emporté la grande majorité de la classe politique d’avant 2017 : tous ses concurrents sont bien plus âgés que lui. De plus, en devenant le président d’une des régions les plus prospères de France, il est un élu majeur des "territoires".

Revenons à son ascension exceptionnelle. D’abord, il a suivi de très brillantes études : le lycée Louis-le-Grand, puis le lycée Henri-IV à Paris, Normale Sup., premier à l’agrégation d’histoire (1997), après une maîtrise d’histoire (mémoire sur "Le Flambleau des Mille et une nuits et l’Orient des Lumières, 1704-1798"), puis l’IEP Paris (1998), un DEA de droit public (1999) et enfin, l’ENA, sorti major en 2001 (promo Mandela !) et choisissant le Conseil d’État. Bref, un parcours typique de la méritocratie républicaine sous la Ve République, avec un petit côté cracheur dans la soupe lorsque qu’on s’en prend aux "zélites".

Son parcours politique est aussi brillant que ses études. Il a commencé dès 1997 en faisant un stage auprès du maire d’Yssingeaux, président du conseil général de Haute-Loire et Ministre des Affaires sociales, le centriste Jacques Barrot, élu député depuis longtemps dans ces terres près du Puy-en-Velay. Peut-être par ce premier contact avec la politique par la voie centriste, le jeune Laurent Wauquiez s’est montré centriste et soucieux des questions sociales.

Au début de sa carrière politique, il a même essayé de se présenter dans une sorte de parrainage avec Sœur Emmanuelle, parce qu’il avait passé son stage de l’ENA à l’ambassade de France au Caire. Le centrisme, il l’a aussi "pratiqué" dans l’un de ses premiers travaux de haut fonctionnaire (auditeur au Conseil d’État) à sa sortie de l’ENA, en 2003, comme l’un des rapporteurs de la Commission sur la laïcité présidée par le centriste Bernard Stasi qui a conclu à la nécessité d’interdire le voile islamique et tout autre objet pouvant faire penser à la religion dans le milieu scolaire.

Dès juin 2002, Jacques Barrot en a fait son "dauphin" en le plaçant comme suppléant dans sa circonscription qu’il a conquise de nouveau aux élections législatives de 2002. Jacques Barrot était encore loin de renoncer à son siège de député puisqu’il venait d’obtenir son bâton de maréchal en compensation à son ralliement à l’UMP : président du très pléthorique groupe UMP à l’Assemblée Nationale, plus nombreux que le groupe LREM en 2017 (365 sièges contre 308).

À l’issue des élections européennes du 13 juin 2004 et de la nomination d’une nouvelle Commission Européenne, Jacques Barrot a dû démissionner de son siège de député car il fut nommé Vice-Président de la Commission Européenne (chargé des transports puis de la justice) le 22 novembre 2004 par le Président Jacques Chirac (jusqu’au 31 octobre 2009).

Contrairement à ce qu’on a pu imaginer, Laurent Wauquiez n’est pas devenu député par cette simple démission. Il a fallu organiser une élection législative partielle et il fut élu député de Haute-Loire le 4 juillet 2004 au second tour avec 62,4% des voix, à l’âge de 29 ans. Il commença alors son implantation locale au Puy, dans le cadre d’un parachutage réussi, grâce à cette consécration électorale.

Constamment réélu dans d’excellentes conditions (58,1% dès le premier tour le 10 juin 2007 et 64,0% au second tour le 17 juin 2012), il resta député de Haute-Loire jusqu’au 19 juillet 2017 (il renonça à se représenter en juin 2017 à cause du cumul des mandats), il fut élu maire du Puy-en-Velay du 14 mars 2008 au 29 janvier 2016 et surtout, fut élu président du conseil régional de la nouvelle grande région Auvergne-Rhône-Alpes depuis 4 janvier 2016. C’est ce dernier mandat (local) qui lui assure paradoxalement une légitimité nationale, comme un grand ministre-président de Land allemand. À la tête de la région qu’il dirige d’une manière fort autocratique, selon certains témoignages, Laurent Wauquiez se voudrait le défenseur du peuple contre l’État, quitte à réduire les aides des demandeurs d’emploi en refusant des aides de l’État pour la formation professionnelle.

_yartiWauquiez2017A02

Politiquement, ses préoccupations sociales ne furent que du vent. Son obsession, c’est sa carrière. Naturellement, Laurent Wauquiez s’est donc rapproché dès 2005 de Nicolas Sarkozy (devenu président de l’UMP) dans l’optique de l’élection présidentielle de 2007. Il a travaillé en 2004 pour François Fillon, alors Ministre de l’Éducation nationale, dans une mission parlementaire sur l’attribution des bourses pour les étudiants. François Fillon fut ensuite le responsable du programme présidentiel de Nicolas Sarkozy.

Dès 2005, Laurent Wauquiez fut affecté par Nicolas Sarkozy, au sein de l’UMP, auprès de Brice Hortefeux (un élu aussi d’Auvergne), alors secrétaire général délégué de l’UMP. Et dès le 21 septembre 2006, Laurent Wauquiez a sorti un livre de témoignage du jeune député arrivant au Palais-Bourbon ("Un Huron à l’Assemblée Nationale") : « Le Huron est un personnage inventé par Voltaire. Il arrive en France avec un œil neuf et amène le lecteur à remettre en question ses idées reçues. (…) Il a voulu secouer la poussière en détaillant, avec le regard décapant d’un jeune élu, le fonctionnement de la vie politique française avec ses absurdités, ses moments déconcertants et ses aspects attachants. Avec le style d’une autopsie, plein d’humour et d’anecdotes, il raconte pour la première fois la vie quotidienne d’un député. » (éditeur Privé).

Après l’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République, Laurent Wauquiez fut nommé membre des gouvernements de François Fillon dès l’âge de 32 ans, entre le 18 juin 2007 et 10 mai 2012 (pour l’anecdote, pendant ce temps, ce fut son suppléant, Jean-Pierre Marcon qui l’a remplacé à l’Assemblée Nationale, et qui est l’actuel président du conseil départemental de la Haute-Loire, depuis le 20 juin 2014).

Comme Porte-parole du gouvernement (du 18 juin 2007 au 18 mars 2008), Laurent Wauquiez a innové et a proposé la diffusion de sa conférence de compte-rendu du conseil des ministres, ce qui a accru sa notoriété. Rappelons que le Premier Ministre sortant Dominique de Villepin avait auparavant proposé que les séances du conseil des ministres fussent filmées et diffusées à la télévision (ce qu’aucun Président de la République n’aurait jamais accepté !).

Laurent Wauquiez a sans cesse "grimpé" dans la Sarkosie : Secrétaire d’État auprès de Christine Lagarde chargé de l’Emploi du 18 mars 2008 au 13 novembre 2010, Ministre délégué auprès de Michèle Alliot-Marie chargé des Affaires européennes du 14 novembre 2010 au 23 juin 2011, enfin, remplaçant Valérie Pécresse appelée au Budget, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche du 29 juin 2011 au 10 mai 2012. À l’Emploi, il a réalisé la fusion de l’ANPE et de l’ASSEDIC en créant Pôle Emploi en janvier 2009.

Parallèlement, son influence au sein de l’UMP n’a cessé de grandir. En mars 2010, il fut chargé avec NKM du projet de l’UMP pour l’élection présidentielle de 2012, mais il fut remplacé par Bruno Le Maire lorsque Jean-François Copé fut désigné secrétaire général de l’UMP en 2010.

Après avoir créé en 2008 son micro-parti (Nouvel oxygène), Laurent Wauquiez a créé en avril 2010 un courant au sein de l’UMP appelé "La Droite sociale" (qui a regroupé une cinquantaine de parlementaires UMP), qui n’a de "social" que le mot (visiblement, il est un adepte de la méthode Coué). Laurent Wauquiez a voulu bâtir sa notoriété sur ses préoccupations sociales alors qu’il a toujours exprimé des propos volontairement antisociaux.

Ainsi, Laurent Wauquiez a fustigé les « dérives de l’assistanat » considéré comme « le cancer de la société française » le 8 mai 2011 sur BFM-TV, provoquant la polémique. Or, cette polémique lui a été favorable, peut-être pas sur le fond (car le modèle social français jouit d’un relatif consensus national) mais sur la forme : on sait que les provocations ont toujours le but de faire accroître la notoriété.

Après l’échec de l’UMP de 2012, "La Droite sociale" a réussi un beau score lors du congrès du 18 novembre 2012 sur fond de déchirures entre copéistes et fillonistes, avec sa motion qui a recueilli 21,7% des militants de l’UMP, soit en deuxième place derrière "La Droite forte". Dans le duel fratricide de l’UMP, il ne s’est pas beaucoup "mouillé", même s’il a soutenu François Fillon au point d’être son éventuel vice-président en cas d’élection (aux côtés de Valérie Pécresse candidate au poste de secrétaire générale). Malgré l’échec de François Fillon et la victoire autoproclamée de Jean-François Copé, il fut finalement désigné vice-président de l’UMP en janvier 2013.

Sur le fond, la stratégie de Laurent Wauquiez est assez simple à comprendre : il veut obtenir l’adhésion des classes moyennes (ce qui a fait cruellement défaut à Nicolas Sarkozy en 2012), et cela en fustigeant non pas les plus riches, mais paradoxalement les plus pauvres, ceux qui ne travaillent pas et qui reçoivent des aides sociales !

Ainsi, malgré son soutien au TCE en 2005, il s’est montré de plus en plus eurosceptique et a défendu l’idée d’un protectionnisme européen (fermer les frontières économiques hors de l’Europe). Dans le cadre de la campagne des élections européennes de 2014, Laurent Wauquiez a réclamé la sortie de la France de l’Espace de Schengen et le retour à une Europe des Six (dans son livre très démagogique "Europe, il faut tout changer" publié le 3 avril 2014).

Laurent Wauquiez considèrait que taper sur l’Europe est un moyen de gagner l’adhésion des classes moyennes. Quelques mois avant sa mort, son ancien mentor Jacques Barrot, chaud partisan de la construction européenne et pleurant même d'émotion lors de l’attribution du Prix Nobel de la Paix le 12 octobre 2012 à l’Union Européenne, fut scandalisé par tant de simplifications : « L’Union Européenne mérite mieux que ce livre inspiré par je ne sais quel populisme en cours aujourd’hui. On y trouve tous les ingrédients qui nous renvoient au siècle dernier avec un protectionnisme qui a montré ses limites en attisant la peur de l’autre. » ("Les Échos").

Parallèlement, Laurent Wauquiez a fortifié son image de "droite dure" en s’opposant frontalement en 2013 au mariage homosexuel et en prenant la tête des défenseurs des racines chrétiennes de la France, combat d’autant plus crédible qu’il était maire du Puy-en-Velay (réélu triomphalement avec 69,8% dès le premier tour le 23 mars 2014), l’une des villes de départ du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Ce n’est donc pas un hasard si, après sa déception au sujet de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson a trouvé en Laurent Wauquiez un nouvel espoir pour incarner sa propre idéologie de droite extrême : « [À l’UMP], il a déjà repéré son prochain poulain. Il n’a pas quarante ans, une ambition dévorante, un goût de la provocation qui se lit sur son visage. Il s’appelle Laurent Wauquiez. (…) Le garçon a déjà une belle carrière derrière lui (…). Mais il veut davantage, aller plus vite, rejoindre le cercle fermé des présidentiables. (…) Laurent Wauquiez choisit de se vouer corps et âme à ce "nouveau populisme chrétien" que Patrick Buisson encense dans les colonnes du "Monde". » (Ariane Chemin et Vanessa Schneider, "Le mauvais génie de Nicolas Sarkozy", éd. Fayard, paru le 18 mars 2015).

Nathalie Kosciusko-Morizet a aussi des mots très durs contre lui, le 5 décembre 2014 sur RTL : « On ne lutte pas contre le Front national sur le terrain du Front national. (…) Je pense que c’est une faute morale et politique de vouloir courir après. ».

_yartiWauquiez2017A03

En septembre 2014, le retour politique de Nicolas Sarkozy lui a donné un atout formidable. En effet, face aux autres barons de l’UMP (François Fillon, Alain Juppé, Gérard Larcher, Valérie Pécresse, Bruno Le Maire, Jean-François Copé, Jean-Pierre Raffarin, Xavier Bertrand, François Baroin, etc.), Laurent Wauquiez ne faisait pas le poids : trop jeune (au point de se teindre les cheveux en blanc !), pas assez expérimenté (pas de poste ministériel régalien), et surtout, trop agaçant (sans liant ni convivialité, au contraire d’un Nicolas Sarkozy ou d’un Jean-François Copé capables de cliver mais capables aussi de rassembler, d’encourager, de remercier, de solliciter, etc.). Avec Nicolas Sarkozy comme protecteur, le voici propulsé, encouragé et aidé.

En effet, après la victoire interne de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP, Laurent Wauquiez fut d’abord nommé secrétaire général de l’UMP (puis de LR) le 5 décembre, jusqu’au 15 décembre 2015, en binôme avec Nathalie Kosciusko-Morizet, elle nommée à la vice-présidence déléguée. On voit bien que le "casting" de Nicolas Sarkozy était assez clair : un pas à droite et un pas à gauche, seul moyen de marcher.

Or, en raison des propos trop "indépendants" de NKM (préparant sa candidature à la primaire LR de novembre 2016), Nicolas Sarkozy s’est séparé de NKM le 15 décembre 2015 et l’a remplacée par Laurent Wauquiez devenu vice-président délégué (seul) puis (à partir du 29 novembre 2016) premier vice-président de LR. Laurent Wauquiez fut même président par intérim de LR du 23 août 2016 au 29 novembre 2016 lors de la campagne de la primaire LR, car Nicolas Sarkozy, candidat, a démissionné de la présidence de LR (poste qui est resté vacant depuis un an, jusqu’à cette élection interne de décembre 2017).

Soutenant Nicolas Sarkozy à la primaire LR, Laurent Wauquiez a pu ainsi être de plus en plus considéré comme son héritier politique et son dauphin. Ayant en charge la gestion de LR depuis trois ans, évidemment, il connaît donc très bien les cadres et les militants de ce parti, mieux que ses concurrents. Cela ne lui a pas fait que des amis puisque la plupart des autres dirigeants de LR ou de ses collègues au conseil régional sont très sévères contre son arrivisme en le traitant de nombreux qualificatifs : "Judas", "Tueur", "narcissique obsessionnel", "monarque napoléonien", "clientéliste", et même "Laval aux petits pieds" !

Bruno Le Maire a affirmé en juillet 2016 : « Laurent Wauquiez règne par la terreur ! ». Ce qui est au moins vrai au conseil régional où les élus même de la majorité le craignent pour ses chantages à la subvention. On le voit aussi dans sa manière de gérer la région en déléguant la protection de la nature aux associations de chasseurs au lieu d’aider la Fédération Rhône-Alpes de la protection de la nature, ou encore en voulant « fermer les formations fantaisistes comme celles des métiers du cirque et des marionnettistes », ce qui a montré une ignorance incroyable de l’importance des métiers culturels et du spectacle en France dans l’économie nationale.

Depuis l’échec très rude de LR à l’élection présidentielle et aux élections législatives de 2017, Laurent Wauquiez fait figure à la fois de renouvellement et d’espoir pour une partie de la droite française cassée en deux entre la tentation FN et la tentation LREM. Lors de sa cinquantaine de déplacements en France durant la campagne interne en automne 2017, Laurent Wauquiez n’a cessé de parler de la "droite" (en sautant comme un cabri) et cela en oubliant le "centre" alors que LR et l’UMP étaient à l’origine un rassemblement "de la droite et du centre".

Du reste, l’un de leader du centre, François Bayrou, n’a pas hésité à dire sur LCP le 7 décembre 2017 (dans "Question d’info") qu’il trouvait très sain que Laurent Wauquiez exprimât aussi franchement sa droite dure dans le paysage politique, car cela permettait une véritable clarification dans le paysage politique.

Celui qui n’a jamais caché des convergences idéologiques avec Marion Maréchal-Le Pen a toujours refusé, entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2017, d’appeler explicitement ) à voter pour le candidat Emmanuel Macron, en ne faisant que demander de voter contre Marine Le Pen. C’est ce refus de se positionner clairement et sans ambiguïté qui a scandalisé Valérie Pécresse (ce qu’elle a dit dans une longue interview publiée par "Le Monde" le 27 novembre 2017).

Dans "Libération", Laurent Joffrin avait raison lorsqu’il a écrit le 21 novembre 2017 : « Laurent Wauquiez récuse toute alliance avec Marine Le Pen. Il vient de répliquer vertement, par un non clair et net aux appels du pied effectués par la cheffe du Front national. S’il reprend les thèmes du FN, on l’aura remarqué, ce n’est pas pour rejoindre le FN. C’est pour lui piquer ses électeurs. Nuance… » (Lettre quotidienne).

En effet, il ne sert à rien de refuser une alliance entre LR et le FN si LR reprend systématiquement les idées du FN avec le risque que "l’original soit meilleur que la copie" (selon le bon mot de Jean-Marie Le Pen). C’est ce disque rayé de l’ultra-droite, déjà produit par Nicolas Sarkozy en début 2012 puis par Jean-François Copé en fin 2012, sous influence, eux aussi, de Patrick Buisson, qui mènera nécessairement "Les Républicains" dans une niche sans issue, en devenant un petit parti politique identitaire, comme le PS est en train de le devenir en 2017.

Ce dimanche 10 décembre 2017, après avoir rallié autour de lui Éric Woerth, Éric Ciotti, Brice Hortefeux mais aussi l’ex-juppéiste Virginie Calmels, Laurent Wauquiez aura face à lui Maël de Calan, proche du maire de Bordeaux Alain Juppé, et Florence Portelli, ancienne porte-parole du candidat François Fillon. Le suspens est à son comble…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 décembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Laurent Wauquiez.
Laurent Wauquiez et Marion Maréchal-Le Pen, même combat ?
Patrick Buisson.
Rapport de refondation de la droite du 7 novembre 2017 (à télécharger).
Les Républicains en pleine introspection.
Les Républicains, parti des expulsions.
La primaire LR de novembre 2016.
François Fillon.
Alain Juppé.
Nicolas Sarkozy.
François Baroin.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Raffarin.
Xavier Bertrand.
Valérie Pécresse.
Jean-François Copé.
Nathalie Kosciusko-Morizet.
Bruno Le Maire.
Édouard Philippe.
La relance de l’Europe à la Sorbonne.
Emmanuel Macron.
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.


_yartiWauquiez2017A04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170526-wauquiez.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/laurent-wauquiez-le-disque-raye-de-199482

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/12/08/35939452.html




 

Partager cet article
Repost0
29 novembre 2017 3 29 /11 /novembre /2017 01:35

« M. Chirac est fascinant non par ce qu’il a de compliqué, mais par ce qu’il a de simple. Il est ambitieux. C’est tout. Sa vie, son travail, ses jeux, son argent, ses rêves, tout s’ordonne autour de cet objectif unique : réussir. Et, comme il a de la méthode, qu’il est raisonnablement intelligent et qu’il a le goût du travail, il va son chemin d’un pas élastique. » (Georges Suffert, "L’Express" du 11 janvier 1971, cité par Pierre Péan).


_yartiChirac85A01

Jamais il n’y a eu autant d’anciens Présidents de la Ve République que depuis mai 2017 : quatre. Parmi eux, il y en a un qui a quitté probablement "définitivement", sauf à de très rares exceptions, la vie publique : Jacques Chirac. Il a symbolisé pendant quarante ans (entre 1967 et 2007) la vie politique folle, au rythme accéléré, mais depuis une dizaine d’années, l’âge et la santé l’ont rattrapé, alors que le rythme de la vie politique est encore plus soutenu avec l’immédiateté des réseaux sociaux et de l’information continue. Ce mercredi 29 novembre 2017, le Président Jacques Chirac fête ses 85 ans. L’occasion de lui souhaiter un joyeux anniversaire.

Comme François Mitterrand, et plus que Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac est un personnage de roman politique. Durant toute sa vie politique, il s’est fait aimer ou détester, ou les deux à la fois. Il a commis des erreurs, beaucoup d’erreurs, mais il a eu aussi des coups de génie, il a fait aussi de grandes choses. La personnalité de son successeur direct l’a fait regretter alors qu’il sortait d’une grande impopularité. Aujourd’hui, il doit être probablement parmi les Présidents les plus appréciés des Français, peut-être parce qui lui-même a toujours aimé les Français (je précise que lorsque j’écris "les Français", il va sans dire que cela signifie "les Françaises et les Français", mais ici, ce n’est pas un discours).

Je propose à cette occasion une (pseudo-) "révélation" (déjà connue) et une "anecdote" (elle aussi déjà connue). Les livres mémoires sont souvent utiles à la compréhension du passé. Le passé lisse les faits, les glorifie ou au contraire les enlaidit, mais les témoignages multiples permettent de reconstituer les pièces du puzzle, parfois éparses.

_yartiChirac85A02

Lorsque le dimanche 21 avril 2002 à 20 heures, la France a appris que Jean-Marie Le Pen serait présent au second tour de l’élection présidentielle, certains, à droite, s’en sont réjouis : ils estimaient en effet que la victoire était désormais acquise alors qu’un second tour avec Lionel Jospin aurait été très difficile. Pourtant, le premier intéressé, Jacques Chirac, a été loin d’être dans la joie. Au contraire, il était effondré. Effondré à l’idée que l’extrême droite fût à un si haut niveau dans l’électorat français.

Cette réaction, elle aurait pu être feinte, être "proposée" aux médias pour montrer une certaine éthique, une certaine dignité du Président sortant prochainement réélu. Un témoignage tend au contraire à en garantir la sincérité. Il vient d’un personnage qui a eu peu d’estime, du moins politique, pour Jacques Chirac. Il s’agit de Patrick Buisson, qui fut le conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Élysée.

Dans son livre "La Cause du peuple" (éd. Perrin) sorti le 28 septembre 2016, Patrick Buisson a en effet rapporté qu’en 2002, François Baroin, fidèle chiraquien, aurait été chargé par Jacques Chirac de collecter les cinq cents parrainages nécessaires pour permettre la candidature de Bruno Mégret à l’élection présidentielle.

Bruno Mégret avait été longtemps le numéro deux du Front national, mais avait compris que Jean-Marie Le Pen, multipliant ses provocations oratoires, ne souhaitait pas conquérir le pouvoir (sa réaction spontanée, filmée par la caméra de Serge Moati, le 21 avril 2002, a montré son désappointement et sa stupeur !). Or, Bruno Mégret, délégué général du FN plein d’ambition, voulait au contraire bâtir une stratégie de conquête électorale du pouvoir. En décembre 1998, il a ainsi créé une scission, emmenant avec lui plus de la moitié des cadres et des élus du FN au sein de son Mouvement national républicain (MNR).

Pour la classe politique, la division Le Pen père/Mégret était une divine surprise pour en finir "définitivement" avec l’extrême droite en France. On a vu qu’à peine trois ans et demi plus tard, il n’en a rien été. Jacques Chirac, qui a toujours combattu l’extrême droite (l’un de ses rares combats sincères et constants), était inquiet de la possibilité d’une second tour avec Jean-Marie Le Pen et avait donc agi de manière à ce que l’extrême droite fût le plus possible divisée lors de l’élection présidentielle. Cela n’a pas suffi.

Cette volonté de combattre l’extrême droite était d’autant plus sincère qu’elle ne servait pas forcément ses intérêts électoraux. En effet, dans l’hypothèse d’un second tour entre lui et Lionel Jospin, les sondages donnaient son concurrent largement favori. Vouloir réduire l’audience du FN, c’était donc risquer de perdre le second tour. Certes, le calcul pouvait aussi d’éviter d’être écarté lui-même du second tour (ce qui aurait été possible, puisqu’il n’a pas eu une très grande avance au premier tour).

On est ainsi très loin de l’image du "Chirac facho" que les médias véhiculaient, en raison de son ambition, de sa fougue et de son cynisme entre 1976 et 1981 pour préparer sa première aventure présidentielle. On aurait pu dire qu’il a peut-être changé, mais en fait, non. Car Jacques Chirac, loin d’être un homme simple, comme il aurait aimé être perçu (et le grand éditorialiste Georges Suffert est tombé dans ce piège en 1971), a été au contraire un personnage complexe, souvent contrasté, partagé entre le cynisme pur (très répandu au sein de la classe politique) et la sincérité véritable (et désintéressée).

_yartiChirac85A03

Une anecdote intéressante a été livrée par Pierre Péan dans son livre biographique "L’Autre Chirac" (éd. Fayard), paru le 26 octobre 2016 (qui est une reprise de son "Chirac, l’Inconnu de l’Élysée", paru le 14 février 2007 chez Fayard). Elle concerne les relations entre Jacques Chirac et l’Afrique du Sud.

Pendant les années 1970, Jacques Chirac a toujours combattu l’apartheid. Alors que de nombreux ministres français étaient invités, voire sollicités avec pression, par le gouvernement sud-africain qui avait besoin de reconnaissance internationale, lui, Jacques Chirac, a toujours refusé de tels honneurs tant que l’apartheid était en vigueur.

Lors d’un dîner à Pretoria (à l’ambassade de France) en l’honneur du Président sud-africain Nelson Mandela, le 25 juin 1998, son homologue français Jacques Chirac lui déclara : « Depuis bientôt quarante ans, mes pas m’ont mené partout. Jamais pourtant je n’étais venu chez vous. Précisément parce que vous n’étiez pas encore ici chez vous. Parce que, sur la terre de vos pères, on vous refusait, à vous et à tant d’autres, la qualité de citoyen et d’homme. Parce qu’ici, vouloir avancer debout demeurait un combat. ».

La réalité, ce fut qu’au lieu de faire le jeu des dirigeants sud-africains qui maintenaient l’apartheid, Jacques Chirac a soutenu financièrement, et très discrètement (donc de manière électoralement désintéressée), l’organisation de Nelson Mandela (qui était alors en prison), l’ANC (African National Congress) depuis la fin des années 1960. C’était le roi du Maroc Hassan II qui le lui avait demandé et il avait accepté : « [Hassan II] avait constitué un réseau de gens qui aidaient au financement de l’ANC. Il m’avait choisi pour cela. » (Entretien avec Pierre Péan).

Pour finir, je propose une petite anecdote sur un sujet très sensible, l’exploitation des terres en Afrique, qui est encore très sensible aujourd’hui, au moment où Robert Mugabe a été éjecté du pouvoir au Zimbabwe (démissionnaire le 21 novembre 2017) et remplacé par Emmerson Mnangagwa (investi le 24 novembre 2017).

Le 22 juillet 2006, Jacques Chirac a confié à Pierre Péan cette petite histoire que lui a racontée le Prix Nobel de la Paix Desmond Tutu (qu’il a décoré au Cap le 25 juin 1998, le promouvant grand officier de la Légion d’honneur). Voici ce que l’archevêque anglican lui a dit, avec le "nous" africain et le "vous" européen : « Je vais te raconter une histoire. Quand vous êtes arrivés chez nous, vous aviez la Bible en main et nous, nous avions la terre. Vous nous avez dit : "Fermez les yeux et priez". On a fermé les yeux et on a prié. Quand on a rouvert les yeux, nous avions la Bible et vous aviez la terre… ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 novembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Chirac a 85 ans.
Chirac a 84 ans.
Chirac a 80 ans.
Chirac fut-il un grand Président ?
Une fondation en guise de retraite.
L’héritier du gaulllisme.
…et du pompidolisme.
Jérôme Monod.
Un bébé Chirac.
Discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995.

_yartiChirac85A04


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171129-chirac.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jacques-chirac-contre-toutes-les-199045

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/11/29/35897427.html


 

Partager cet article
Repost0
11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 03:28

« Si vous n’avez que les idées, vous risquez d’être prof. Si vous n’avez que l’incarnation, vous risquez d’être petit chef. Comment rassembler les deux ? Il faut une part de grâce. » (Mathieu Bock-Côté, sociologue participant à l’atelier du 11 octobre 2017).


_yartiLR2017B01

L’un des partis "traditionnels" en pleine déconfiture, c’est "Les Républicains" (LR). Double échec électoral au printemps (présidentielle et législatives), un désastre électoral sans précédent avec l’absence de candidat au second tour de l’élection présidentielle. Certes, avec une centaine de députés élus, LR vit encore et ne mourra pas cette fois-ci (c’est moins sûr pour le Parti socialiste). C’est même le parti "traditionnel" finalement qui a le mieux résisté au choc macroniste. Parmi les nouveaux députés LR, des dizaines de jeunes députés, des trentenaires, qui n’ont rien à envier à la jeunesse et au dynamisme de l’armée des députés LREM ("La République En Marche", macronistes). Et le très dense réseau d’élus locaux LR (communes, intercommunalités, départements, régions, des sièges acquis aux élections locales de 2014 et 2015) laisse entendre que ce parti a encore un avenir.

La vraie question, c’est quel avenir ? Deviendra-t-il une simple écurie présidentielle au service d’une seule ambition personnelle ? Ou un syndicat d’élus pour se faire réélire ? Ou veut-il redevenir un véritable parti de gouvernement ?

On pourrait mettre assez rapidement l’échec des élections législatives sur le compte de l’échec de l’élection présidentielle, et l’échec de François Fillon à l’élection présidentielle sur le compte de son "affaire" qui a gangrené toute sa campagne. Pourtant, "l’affaire" n’a pas fait tout : déjà avant son éclatement public, en janvier 2017, la popularité de François Fillon avait chuté car son programme était mis en lumière et recevait beaucoup d’appréciations négatives dans les médias souvent avec des éléments de désinformation et de polémique (bradage de la fonction publique, privatisation de la sécurité sociale, etc.).

Les responsabilités sont évidemment partagées : pourquoi avoir délibérément laissé leur candidat foncer dans le mur inévitable en début mars 2017 ? La réponse mettra beaucoup de temps à parvenir.

_yartiLR2017B02

L’essentiel des forces de ce parti se consacre maintenant à la désignation de son prochain président, qui sera élu par les quelque 235 000 adhérents qui ont été enregistrés pour ce scrutin, les 10 et 17 décembre 2017 parmi trois candidats, un favori Laurent Wauquiez et deux faire-valoir, le juppéiste Maël de Calan et la filloniste Florence Portelli, ces deux derniers n’auront pas à rougir ni de leur campagne ni même de leur courage de concourir avec peu de chance de gagner.

Le secrétaire général de LR actuel, installé à l’issue de la primaire LR de novembre 2016, à savoir Bernard Accoyer (ancien Président de l’Assemblée Nationale), ainsi que la directrice des études de LR Nelly Garnier ont voulu faire une sorte d’état des lieux de leur parti, une sorte d’audit interne pour essayer de redéfinir ses valeurs, ses priorités et ses perspectives. Cela a abouti à la publication du "Rapport de la refondation de la droite et du centre" le 7 novembre 2017 (82 pages), qu’on peut télécharger ici. Le mot "centre" est juste pour la vitrine puisque cela fait déjà bien longtemps que les centristes ont quitté le navire LR et même UMP (depuis environ 2010), et ceux "d’origine centriste" qui y sont restés ne le sont plus depuis belle lurette, mais qu’importe.

_yartiLR2017B03

Déjà, un avertissement. Je vais être assez critique avec ce rapport mais reconnaissons-lui un mérite, celui d’exister. Après l’échec de 2012, il n’y a eu aucune introspection. Donc, c’est déjà mieux que rien. Toutefois, il ne me paraît pas être en mesure d’atteindre ses objectifs, celui notamment de redonner un corpus idéologique cohérent alors même que le rapport reconnaît que l’électorat LR est partagé à peu près en deux moitiés identiques face à la politique du Président Emmanuel Macron.

Ce type d’étude ne sert pas à grand-chose si les responsables politiques de la campagne 2017 (de l’échec) ne sont pas impliqués et n’interviennent pas. Cela ne sert à rien avant la désignation d’une nouvelle direction. C’est en principe au prochain président d’amorcer la nouvelle définition des idées et d’un projet politique.

Par ailleurs, il y a un petit côté insolent de l’abandon qu’on pouvait ressentir après la défaite de Lionel Jospin au sein du PS en 2002 : celui par qui est passé le cataclysme, François Fillon, a digéré l’échec et a tourné la page, a quitté la vie politique. En quelques sortes, il a quitté le bateau, mais l’a laissé à la dérive.

Remarquons au passage qu’un autre candidat, en revanche, n’a toujours pas digéré sa défaite à la primaire, c’est Alain Juppé, le favori de l’élection présidentielle de 2017. Quant à Nicolas Sarkozy, qui était à Metz et à Nancy le 10 novembre 2017, il doit en ce moment jubiler, trop épaté par les performances politiques d’Emmanuel Macron. L’échec de 2017 montre aussi qu’il a été le seul de sa génération à avoir été capable de porter les idées de son courant politique à l’Élysée.

Une fois ces préventions dites, constatons seulement que ce rapport est donc un outil de communication de la base vers le haut et pas l’inverse. Cela ne mange pas de pain, mais c’est, comme je l’ai précédemment écrit, mieux que rien.

Parlons de la méthodologie. Elle était assez "solide". L’opération, pilotée par des trentenaires, s’est déroulée pendant quatre mois, entre le 5 juillet 2017 et le 7 novembre 2017. Il y a eu 40 912 questionnaires qui ont été remplis par les adhérents LR, 450 contributions écrites, parfois très étayées, et huit ateliers nationaux : le 5 juillet 2017 à Paris, le 26 août 2017 au Touquet, le 2 septembre 2017 à La Baule et à Lyon, le 20 septembre 2017 à Paris, le 27 septembre 2017 à Paris, le 7 octobre 2017 à Paris et le 11 octobre 2017 à Paris.

De plus, une vingtaine d’experts ont été mobilisés pour animer les ateliers. On peut citer notamment : Jean-Daniel Levy, Guillaume Perrault, François-Xavier Bellamy, Denis Tillinac, Nicolas Bouzou, Jérôme Sainte-Marie, Arnaud Tessier, Agnès Verdier-Molinié, Dominique Reynié, Dominique Schnapper et Éric Brunet.

Au-delà des ateliers et des questionnaires qui ont fait intervenir essentiellement des adhérents, des cadres et des élus de Les Républicains, le travail a été complété par un sondage pour mieux connaître les attentes et ressentis de l’électorat LR.

_yartiLR2017B06

Donc, je le répète, ce travail est loin d’être anodin. Beaucoup ont participé, beaucoup ont travaillé pour ce rapport, ont pris sur leur temps libre, sur leurs vacances estivales pour contribuer à ce document. L’action même de l’étude a créé probablement de nouvelles convivialités, de nouvelles solidarités, de nouveaux réseaux. Mais il y a peu de chance que ce travail trouve une utilité politique puisque l’action politique n’interviendra qu’après décembre avec le nouveau "président élu".

La nature des intervenants extérieurs (je pense particulièrement à Agnès Verdier-Molinié) fait qu’on ne s’étonnera pas de certains constats comme celui que les électeurs de droite ne s’y retrouvent pas quand le parti de droite (LR) est au pouvoir car les gouvernements LR ont peu réduit la dépense publique (ce que compte faire le gouvernement actuel, d’ailleurs) : « Vous dites que la gauche serait dépensière et la droite serait bonne gestionnaire. Est-ce que la droite a vraiment été meilleure gestionnaire que la gauche quand elle était au pouvoir ? (…) Est-ce que l’on a baissé la dépense publique ? Est-ce que l’on a baissé les prélèvements obligatoires ? Le problème, c’est que, comme tout réformateur, il y a deux façons de réformer : soit on réforme en profondeur, soit on dit que l’on réforme et on ne réforme pas vraiment. Je ne dis pas que c’est l’apanage de la droite, je pense que c’est très difficile de réformer. » (Agnès Verdier-Molinié).

En gros, comme je l’ai dit en préambule, l’électorat LR est séparé en deux parties, une, ouverte et favorable à la mondialisation, qui considère qu’il faut libéraliser l’économie et soutient donc l’action d’Emmanuel Macron qui fait pour l’instant mieux que les autres ; une autre, plus identitaire et repliée sur la notion de nation, qui se préoccupe plus de la place de l’État régalien dans la République, et qui serait prête à voter FN le cas échéant. Cela signifie une hémorragie dans son corps lui-même, clivé par le second tour de l’élection présidentielle.

Un autre enseignement : François Fillon a incarné un véritable courant politique qu’il a su entraîner sur son sillage, à la fois sur le fond et sur la forme. Après tout, recueillir 20% sur un tel fond d’affaire, ce n’était pas si mal (il a fait plus que Jacques Chirac en 1981, 1988 et 2002, Édouard Balladur en 1995, Jacques Chaban-Delmas en 1974, etc.). Sur le fond, en prônant à la fois le retour à l’histoire et aux valeurs et la libéralisation de l’économie (sur ces deux thèmes, Emmanuel Macron s’en sort bien pour l’instant, tant sur le plan diplomatique que sur le plan économique et social, il faudra voir comment il réagira face aux pressions pour faire des réformes sociétales).

Sur la forme aussi, la démarche de François Fillon a plu, même à ceux qui n’étaient pas forcément d’accord avec lui sur le fond. Ainsi, la méthodologie d’aller à la rencontre des Français pendant plus de trois ans (de février 2013 à août 2016), de consulter des milliers de compétences sur le terrain sur tous les sujets pour bâtir un programme politique basé sur le réel et pas sur l’idéologie théorique, est une façon particulièrement appréciée de faire de la politique, une manière moderne et collective. Et surtout, cela permet d’arriver au pouvoir de manière préparée (pas comme les socialistes en 2012, pourtant dix ans dans l’opposition).

François Bouvard, qui fut le responsable du projet de François Fillon, a expliqué la démarche qui avait été adoptée : « Nous voulions monter un programme de manière différente en partant de trois constats. Quand un projet est fait uniquement par des politiques, cela ne permet pas une bonne appropriation par la société civile. Quand le programme est fait par les hauts fonctionnaires, ces derniers se focalisent sur ce qui est impossible, trop compliqué à changer. Quand il est fait par la société civile seule, il ne prend pas en compte les contraintes de la gestion de l’État qui sont telles qu’on ne peut pas dupliquer à 100% les méthodes du privé. Nous avons donc défini une trentaine de thèmes et, pour chacun de ces thèmes, mobilisé une équipe d’une dizaine de personnes composées pour un tiers de la société civile, pour un tiers d’élus et de parlementaires et pour le dernier tiers de hauts fonctionnaires. ».

Le véritable problème de LR, actuellement, c’est de pouvoir remobiliser son électorat populaire, celui qui a fait élire Nicolas Sarkozy sur la base de la valeur travail.

Le rapport est composé de trois parties.


1. Le droit d’inventaire

La première partie concerne le "droit d’inventaire". Dans celle-ci, il est question de rendre responsable la difficulté de faire adhérer aux thèses de la droite par une supposée "pensée de gauche dominante". C’est en tout cas comme cela que c’est perçu dans son électorat, mais il est certainement possible de constater que des personnes "de gauche" trouveraient au contraire que la pensée dominante est "de droite" (dans le sens libéral, un terme qui pourtant a toujours placé ses élus vers la gauche sous la Restauration).

Dominique Reynié (qui a tenté une brève incursion dans la vie politique aux élections régionales de 2015) a eu un constat très réaliste : « La victoire n’est rien. Ce n’est pas le but, c’est le moyen. Ce qui a fatigué l’alternance, c’est cette idée que la défaite de la gauche n’allait pas mettre au pouvoir une droite capable de convaincre le pays de sa capacité à aller de l’avant. Quand on ne sait plus quoi faire, quand on ne sait plus comment s’y prendre, s’ouvre un vide d’où peut surgir absolument n’importe quoi. N’oublions pas que nous avons échappé en réalité d’assez peu à un second tour entre Mélenchon et Le Pen. ».

Sur le principe des primaires ouvertes, l’ancien député Hervé Mariton a remarqué : « La primaire n’est pas un mauvais système en tant que tel. Mais une primaire nous recentre sur notre base de sympathisants et, au final, une primaire à gauche et une primaire à droite libèrent un espace au centre. ».

Selon le sondage du rapport, les trois valeurs qui doivent être défendues prioritairement par le parti LR sont le travail (43%), la sécurité (39%) et l’exemplarité (38%). Les affaires financières démotivent donc énormément les sympathisants de ce parti, en raison du manque d’exemplarité : « Le personnel politique est jugé responsable de la dégradation de la situation de la France car trop occupé à gérer des luttes intestines et à défendre ses intérêts plutôt qu’à envisager la France ans sa multiplicité et sa complexité. » (Jean-Daniel Levy).


2. L’idéologie de LR

La deuxième partie du rapport est la plus importante et la moins opérante, cela concerne le "corpus idéologique à clarifier". La question est de positionner LR entre LREM et le FN et de savoir quelles sont les éléments d’unité et les éléments de division, et la capacité ou pas à en faire la synthèse (sans synthèse, à quoi cela rimerait pour ces courants différents de rester dans un même parti ?).

L’historien Arnaud Teyssier a qualifié le parti LR de « conglomérat de forces politiques et d’idées souvent très contradictoires sur la centralisation et la décentralisation, ou sur l’Europe », ce qui a pour résultat : « Il n’y a plus d’unité parce qu’il faut retrouver des positions claires et cohérentes. On ne peut pas vivre en permanence dans une sorte de compromis de groupe parlementaire de la Troisième République. ».

Dominique Reynié a mis en garde contre la tentation du repli identitaire : « Il y a beaucoup de raisons de penser que nous avons quitté un monde que nous ne retrouverons plus. Vouloir restaurer ce qui a été perdu ne serait pas une bonne idée et, si j’avais une recommandation à faire, ce serait de ne pas aller chercher de ce côté-là. ».

Même tonalité pour la sociologue Dominique Schnapper qui a prôné un discours de prospective pour imaginer la France de demain : « Nous ne sommes pas maîtres du monde dans lequel nous vivons et ne pouvons pas refuser les transformations mondiales. Cela n’aurait pas de sens d’enfermer les personnes dans leur rôle de victimes. Il faut au contraire montrer que l’économie peut être à la fois locale et mondialisée. ».

Dans la réflexion, a été étudiée la redéfinition de nouveaux clivages, au-delà du clivage droite/gauche qui reste cependant très ancré malgré la victoire d’Emmanuel Macron. Ainsi, le philosophe François-Xavier Bellamy a replacé le clivage de cette manière : « Voulons-nous reconnaître que quelque chose nous précède, qui mérite d’être reçu et d’être transmis ou bien voulons-nous céder à une sorte de constructivisme, qui nous dit que l’État peut tout ou que l’individu peut tout. » (2 septembre 2017).

Hervé Mariton a bien compris que l’un des atouts d’Emmanuel Macron fut son optimisme : « Il fait se réapproprier l’optimisme et le progressisme. Il faut réinventer ces mots. Il faut que le parti assume de redonner de la fraîcheur. ».

Au-delà du clivage optimisme (véhiculé par la gauche qui croit à un sens de l’histoire) et pessimisme (le réalisme de la droite ne fait pas rêver), le géographe Jean Spiri, conseiller régional d’Île-de-France (et président du centre régional d’information et de prévention en matière de santé), a perçu un autre clivage, celui de la ville et des campagnes : « Nous n’avons pas parlé à la France urbaine, et de nombreuses figures des Républicains, dans leur expression publique, ont donné l’impression de mépriser l’électorat urbain. La réduction à la figure du bobo est un argument classique pour couper court au débat d’idées dans notre famille politique : telle position, telle thématique, n’intéresserait que des urbains coupés de la majorité du pays et qui seraient majoritairement de gauche. Au-delà de la facilité, il s’agit malheureusement d’une incompréhension totale de l’évolution de la sociologie de notre propre électorat en milieu urbain. », rappelant que dans les vingt premières villes de France (dont sept avec des maires de droite), regroupant 7 millions d’habitants, sur les soixante députés qui y sont élus, seulement dix candidats LR ont été élus, dont quatre sans adversaire LREM et trois qui ont choisi d’être membres du groupe des Constructifs.

Jean Spiri a insisté sur cet électorat : « Individualistes, [ils] veulent un projet économique libéral, tout en souhaitant une approche pro-européenne, soucieux d’écologie, bien dans leur temps, ouverts sur les questions de société. Entre la gauche et la droite, ils voteront à droite. Mais si une offre nouvelle qui concilie le libéralisme économique et des valeurs dont ils se sentent plus proches se présente, ils la choisiront. C’est ce qui s’est passé. Pourtant, l’autorité, l’éducation ou encore, la sécurité les préoccupent aussi de plus en plus. Ce n’est donc certainement pas à un électorat à abandonner, d’autant plus que son poids numérique et sa capacité d’influence ne doivent pas être sous-estimés. ».

Mais LR doit aussi parler à l’autre électorat, une droite plus populaire, en attente de réassurance, inquiète des nouvelles technologies, de la mondialisation et de la perte de l’influence de la France dans le monde. Le journaliste Alexandre Devecchio, responsable de FigaroVox, a apporté un élément pour comprendre la défaite : « Ce qui manquait dans le discours de François Fillon, c’est le mot "protection". Je crois que les Français ont besoin de protection sur le plan culturel, mais aussi économique. ».

L’ancien responsable des jeunes de l’UMP et juppéiste Guillaume Labbez a rajouté ceci : « Il faut une Europe des valeurs si nous voulons peser avec des puissances qui affirment de leur côté leur identité culturelle et leur vision du monde. C’est le gaullisme d’aujourd’hui auquel pensaient sans aucun doute Charles De Gaulle et Konrad Adenauer dans la cathédrale de Reims en 1962. ».

Malgré ces différences idéologiques, le filloniste Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, a estimé que le projet présidentiel de François Fillon était une sorte de synthèse de cette diversité : « Il répondait au désir de liberté, notamment liberté d’entreprendre, des orléanistes. Il rappelait que c’est l’État qui fait la nation et était en cela bonapartiste. Enfin, il faisait écho à un certain pessimisme français, cette crainte d’être étranger chez soi, cette demande de continuité historique héritée du légitimisme. La droite arrive à se retrouver autour de ce point d’équilibre. En ce sens, notre socle électoral est plus uni qu’on ne le pense. ».

_yartiLR2017B04

Je termine sur cette partie avec un "focus" titré "Peut-on parler de l’islam ?" et qui évoque « les questions religieuses, et particulièrement celle de l’islam, dans le débat public ». Pourquoi ce sujet a-t-il eu droit à deux pages sur cette question alors que plein d’autres thèmes pourtant cruciaux sont à peine évoqués en quelques lignes ? Je frémis en me rappelant que dans les années 1930, les journaux parlaient régulièrement de …"la question juive". Du reste, la conclusion de ce texte met paradoxalement en opposition absence de simplisme et vérité : « Une réflexion très approfondie sur ces questions s’avère donc nécessaire, en se gardant de tout discours simpliste, mais avec lucidité et vérité. Ne pas dire loyalement la réalité des choses, c’est s’exposer à un réveil brutal. ».


3. L’organisation de LR

Enfin, la troisième partie du rapport étudie les moyens de "se remettre en mouvement". La mission prioritaire pour les militants reste le débat d’idées. Et au-delà de produire les idées, il faut aussi les imposer dans le débat public. Ces deux considérations montrent à quel point ce parti n’a plus d’idée et qu’il n’est plus capable d’imposer aucun thème dans le débat public. C’est vrai que le macronisme a complètement déstabilisé le débat politique et ce qui est valable pour LR est valable aussi pour tous les autres partis… y compris LREM complètement inexistant dans le débat public (tant le parti que le groupe parlementaire).

_yartiLR2017B08

Le rapport se termine d’ailleurs sur la manière de détecter les talents, de les former et de les encourager dans leur future carrière d’élus. L’idée est de recréer une école des cadres qui existait à l’époque du RPR dans les années 1970.


L’alibi du droit d’inventaire

Il y a fort à parier que ce rapport n’aura pas beaucoup de suite si ce n’est pour le brandir chaque fois qu’il faudra rappeler le droit d’inventaire. Mais en fait de droit d’inventaire, il n’y a eu aucune réflexion sur les responsabilités politiques des échecs électoraux, et peu de réflexion sur la manière de pouvoir désigner un prochain candidat à l’élection présidentielle et la possibilité d’en sortir en cas d’événements graves, par exemple, des attaques médiatiques puis judiciaires qui vont électoralement assommer le candidat, comme c’était le cas au printemps 2017.

Ce qu’il ressort de ces ateliers, en négatif, c’est qu’il n’y a plus de doctrine politique sur les sujets nationaux et internationaux, ou, plus exactement, il n’y en a plus eu depuis la création de l’UMP qui a gommé de manière très artificielle les différences idéologiques. C’est sur ce vide programmatique, ajouté au vide des ambitions personnelles (à part Laurent Wauquiez, où sont les grands ténors ?), déroutant quand on sait que le péché originel de la droite postgaullienne a toujours été le trop plein et pas le vide, que la campagne présidentielle du candidat Emmanuel Macron a tant prospéré.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 novembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport de refondation de la droite du 7 novembre 2017 (à télécharger).
Les Républicains en pleine introspection.
Les Républicains, parti des expulsions.
La primaire LR de novembre 2016.
François Fillon.
Alain Juppé.
Nicolas Sarkozy.
François Baroin.
Laurent Wauquiez.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Raffarin.
Xavier Bertrand.
Valérie Pécresse.
Jean-François Copé.
Nathalie Kosciusko-Morizet.
Bruno Le Maire.
Édouard Philippe.
La relance de l’Europe à la Sorbonne.
Emmanuel Macron.
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.

_yartiLR2017B05


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171107-les-republicains.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-republicains-en-pleine-198603

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/11/11/35856386.html

 

 

 

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2017 2 07 /11 /novembre /2017 22:36

Le parti "Les Républicains" a publié ce mardi 7 novembre 2017 le "Rapport de la refondation de la droite et du centre" sur un diagnostic de l'état de ce parti après son échec électoral du printemps 2017. Ce rapport contient 82 pages qu'on peut lire..

Cliquer sur le lien pour télécharger ce rapport (fichier pdf) :
https://d3n8a8pro7vhmx.cloudfront.net/republicains/pages/9626/attachments/original/1509996550/Rapport_de_la_Refondation_de_la_Droite_et_du_Centre.pdf?1509996550

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171107-les-republicains.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20171107-rapport-lr-refondation-droite.html



 

Partager cet article
Repost0
18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 05:00

« La politique m’a pris sans que je la cherche. »



_yartiMonodJerome01

L’ancien proche du Président Jacques Chirac et haut fonctionnaire Jérôme Monod est mort il y a un an, le 18 août 2016, pas loin de ses 86 ans (né le 7 septembre 1930). Sans avoir vraiment été un acteur de la vie politique sauf pendant trois ans, il a été l’éminence grise de l’un de ceux qui ont dominé la vie politique de la Ve République, et à ce titre, un témoin privilégié des praticiens de la politique.

Jérôme Monod faisait partie d’une grande et ancienne famille protestante. Il fut un cousin éloigné du biologiste Jacques Monod (1910-1976), ancien résistant, Prix Nobel de Médecine 1965 et auteur du célèbre essai "Le Hasard ou la Nécessité" (1970), et de l’explorateur humaniste Théodore Monod (1902-2000), spécialiste des déserts et membre de l’Académie des sciences, ainsi que le cousin germain du cinéaste Jean-Luc Godard. À 33 ans, il a épousé la petite-fille de l’ancien Président du Conseil Henri Queuille, élu de la Corrèze, le futur département de Jacques Chirac (dont il présida plus tard le conseil général). Sa famille éloignée a été également liée à Albert Schweitzer, Jean-Paul Sartre et Jean-Marcel Jeanneney.

Après de brillantes études au lycée Henri-IV à Paris et à l’iEP Paris, il fut admis en 1955 à l’ENA après avoir poursuivi une année d’étude aux États-Unis et bien classé à la sortie, il a choisi la Cour des Comptes comme Jacques Chirac (qui intégra l’ENA deux ans plus tard). Il était de la même promotion que Pierre Verbrugghe, Édouard Balladur, Jacques Calvet et Jean Dromer.

Après son service militaire en Algérie, il fut conseiller technique dans le cabinet de Michel Debré à Matignon, de 1959 à 1962, puis directeur adjoint de cabinet du ministre Maurice Schumann de 1962 à 1963. Michel Debré a dit plus tard (dans les années 1980) tout le bien qu’il pensait de lui (témoignage de Michèle Cotta) : « Michel Debré m’a dit un jour que parmi tous les hauts fonctionnaires dont il admirait, alors qu’ils étaient encore jeunes, le discernement et le sens de l’État, il retenait deux noms : ceux [de Jean-Yves] Haberer et de Jérôme Monod. » (11 avril 1989).

En 1963, il travailla pour Olivier Guichard à la DATAR (aménagement du territoire) dont il est devenu le délégué adjoint en 1966, puis le délégué de 1968 à 1975. Il y a appris la nécessité de décentraliser les implantations industrielles sur tout le territoire national. Il a favorisé par exemple l’installation, annoncée le 26 août 1970, d’une usine Ford à Bordeaux, celle où travaille Philippe Poutou).

Jacques Monod était probablement plus intéressé par l’économie que par la politique. Proche de Jacques Chirac, il entra complètement dans la vie politique car nommé directeur de cabinet du Premier Ministre Jacques Chirac d’août 1975 à août 1976. Après la démission fracassante de Matignon de Jacques Chirac, il conseilla ce dernier lors de la fondation du RPR le 5 décembre 1976. S’exposant publiquement, il fut le premier secrétaire général du RPR (présidé par Jacques Chirac) de décembre 1976 à janvier 1979. « Comment résister à un tigre ? » expliquait Jérôme Monod à ses visiteurs pour justifier son engagement auprès de Jacques Chirac.

_yartiMonodJerome02

Dans ses "Cahiers secrets", le 2 juin 1977, Michèle Cotta évoqua Jérôme Monod, « cet homme au parler sec, sans fioriture et sans sourire » dans sa fonction de secrétaire général du RPR, une « fonction purement politique qui ne lui va pas comme un gant ». Le 1er juin 2009, un autre journaliste François d’Orcival a noté : « protestant discret et austère, dur au travail, implacable et même rosse à ses heures ». Le 20 août 2016, Béatrice Gurrey l’a décrit ainsi : « Un petit homme sec, au regard bleu glaçant, qui maniait l’ironie comme une lame, son visage aquilin alors éclairé d’un mince sourire. Souvent drôle, mais la plupart du temps, incisif, autoritaire, doué d’une capacité d’organisation et de travail hors normes, il respectait ces deux qualités chez ses adversaires. » ("Le Monde").

Cette incursion dans la vie politique fut de courte durée. L’omniprésence de Marie-France Garaud et de Pierre Juillet auprès de Jacques Chirac l’a conduit à se retirer et à prendre les commandes d’une grande entreprise publique.

En octobre 1979, Jérôme Monod a en effet rejoint la Lyonnaise des Eaux et fut désigné président-directeur général de cette entreprise importante (très implantée sur tout le territoire et en lien direct avec les élus locaux) de 1980 à 1997. Parmi ses réalisations, il a internationalisé le groupe et l’acquisition de Dumez puis la fusion dans le groupe Suez (en 1997) en ont fait un groupe de dimension mondiale dont il présida le conseil de surveillance de 1997 à 2000.

Durant la présidence de la Lyonnaise des Eaux, Jérôme Monod fut confronté au scandale de l’affaire Alain Carignon en 1994 sur une accusation de corruption entre le maire RPR de Grenoble et le groupe industriel pour obtenir le marché municipal de l’eau. Jérôme Monod aurait en effet participé à un déjeuner le 3 octobre 1987 avec Alain Carignon (qui était également président du conseil général de l’Isère et ministre) qui aurait "formalisé" ce "pacte" illégal.

Néanmoins, Jérôme Monod ne fut jamais mis personnellement en cause par le juge Philippe Courroye et a compris que son groupe devait vite s’adapter pour éviter tout soupçon provenant de comportements politiques inadéquats. Il a fait adopter dès octobre 1994 au sein de son entreprise une charte d’éthique pour refuser tout financement politique, devançant la loi Balladur (loi n°95-65 du 19 janvier 1995 relative au financement de la vie politique) et cela en pleine préparation des élections municipales de juin 1995, Le gouvernement d’Édouard Balladur avait été très touché en 1994 par les "affaires politico-financières" qui ont conduit trois ministres à donner leur démission avant leur mise en examen.

Pendant cette période entrepreneuriale, Jérôme Monod est toujours resté proche de Jacques Chirac. À partir de début janvier 1994, alors que la plupart des leaders du RPR faisaient acte d’allégeance auprès d’Édouard Balladur, Jérôme Monod faisait partie du cercle très restreint des chiraquiens fidèles, aux côtés de Maurice Ulrich, Jean-Louis Debré, Alain Juppé, Jacques Toubon, François Baroin (ainsi que Philippe Séguin, Alain Madelin, Hervé de Charette et Charles Million), dans la perspective de l’élection présidentielle de 1995.

Dans la salle des Pas-Perdus, au Palais-Bourbon, le 12 novembre 1996, alors que le Premier Ministre Alain Juppé était très impopulaire et qu’on imaginait un nouveau Premier Ministre en janvier 1997 (les élections législatives étaient alors prévues pour mars 1998), Michèle Cotta testa le nom de Jérôme Monod auprès de Bernard Pons (alors ministre) qui lui répondit : « Ce serait bien, s’il n’avait pas, en ce moment, les casseroles de la Lyonnaise des Eaux. ».

Pour sa "retraite", Jérôme Monod a rejoint Jacques Chirac à l’Élysée, comme conseiller politique, de 2000 à 2007 (dans le prestigieux bureau où Napoléon Ier abdiqua et Félix Faure perdit sa "connaissance"), avec, pour mission, la préparation de l’élection présidentielle de 2002 et la fondation de l’UMP (fusion du RPR et de l’UDF). Le conseil qu’il a donné à Jacques Chirac à propos de l’UMP : « Ne donne jamais l’UMP à Sarkozy ! ».

_yartiMonodJerome04

L’une des dernières missions de Jérôme Monod, confiée en 2002 par le Secrétaire Général de l’ONU Kofi Annan, sur proposition du Président Jacques Chirac, fut de contribuer à mettre en place un "pacte mondial" auquel les entreprises du monde entier pourraient volontairement adhérer sous réserve de s’engager sur dix principes essentiels concernant l’éthique d’entreprise (notamment pour agir contre la corruption sous toutes ses formes). En 2008, près de 6 000 entreprises dans 120 pays ont adhéré à ce pacte.

Par ailleurs, Jérôme Monod a créé le 14 avril 2004 la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), initialement proche de l’UMP (jusqu’à ce que Nicolas Sarkozy présidât l’UMP), se revendiquant libérale, progressiste et européenne et ayant pour mission de participer à la réflexion politique et de prévoir les évolutions du monde de demain, dans quatre domaines en particulier : l’écologie, les valeurs, le numérique et surtout, la croissance économique.

Jérôme Monod en fut le premier président du conseil de surveillance jusqu’au 13 octobre 2004, laissant la place à Francis Mer. Depuis le 23 janvier 2009, l’actuel président est Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet du Premier Ministre Édouard Balladur, associé-gérant de la banque Rothschild & Cie et directeur général du Groupe Arnault. Son directeur général est le politologue Dominique Reynié depuis 2008. Laurence Parisot préside le conseil scientifique, dont sont membres notamment Alain-Gérard Slama, Stéphane Courtois, Pascal Perrineau, Emmanuel Goldstein, etc. Laure Darcos et Pierre Giacometti font notamment partie du conseil de surveillance. Parmi les anciens dirigeants ou membres du conseil de surveillance, on peut citer Jean-Claude Paye, Charles Beigbeder, Karl Lamers, Bronislaw Geremek, Jean de Boishue, etc.

Favorable à la construction européenne, Jérôme Monod a publié le 23 octobre 1999, en collaboration avec le psychanalyste Ali Lagoudi, un "Manifeste pour une Europe souveraine ou Comment les nations européennes retrouveront ensemble leur liberté" (éd. Odile Jacob). Quant à ses souvenirs sur la vie politique qu’il a pu observer pendant une cinquantaine d’années, il les a rassemblés le 29 avril 2009 dans ce livre "Les Vagues du temps" (éd. Fayard).

_yartiMonodJerome03

Il y a brossé quelques portraits politiques savoureux. J’en cite quelques-uns. Alain Juppé : « Normalien, inspecteur des finances, très doué pour l’écriture, d’une intelligence qui lui faisait saisir la complexité des problèmes en un instant, intelligence beaucoup plus humaine et riche que l’ordinateur auquel certains le comparaient. Il cultivait l’humour, y compris à son endroit. Il supportait mal les échecs, mais savait rebondir. ». François Bayrou : « Il percevait clairement sa mission et son destin, les difficultés qu’il rencontrerait. Il pensait correspondre plus que les autres leaders aux besoins du pays tel qu’il le sentait. Il irait jusqu’au bout, même seul. ». Marielle de Sarnez : « D’une élégance fausse jeune, désinvolte et négligée, elle était chaussée de tongs, vêtue d’un blue-jeans et d’un tee-shirt fripé. Elle me surprit plus qu’elle ne me fit impression. ». Jean-François Copé : « Un homme de qualité, parfois déroutant, et irritant aux yeux de plus d’un. Mais quelle capacité de travail, quelle intelligence et quelle ambition ! ». Xavier Bertrand : « C’est un bourreau de travail. Il a beaucoup d’ambition, dont il modère l’expression extérieure. Il est compétent, fiable, fidèle à ses amis personnels, et de relation agréable. Il progresse méthodiquement, sans états d’âme, soucieux de dépasser peu à peu ses compagnons de route dans la marche vers le sommet. ». Enfin, Nathalie Kosciusko-Morizet, une valeure sûre : « Un peu narcissique, ambitieuse, sûre d’elle-même, brillante, politique avec une tendance marquée à l’opportunisme, bonne camarade pour qui fait partie de son clan, elle représente la compétence même, ce qui est agaçant pour les autres, mais précieux pour le pays. ».

Et puisqu’il parlait de concurrence entre responsables politiques, terminons avec sa définition très crûe de la politique : « La politique, c’est tout de même se frayer un chemin à coups de machette dans la jungle. »


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jérôme Monod.
Jacques Chirac.
Michel Debré.
Maurice Schumann.
Olivier Guichard.
Les animaux politiques.

_yartiMonodJerome05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160818-jerome-monod.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jerome-monod-l-ombre-de-jacques-195265

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/08/18/35492185.html


 

Partager cet article
Repost0
29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 05:59

« En politique, le problème n’est pas de briller, mais de durer. » (JDD, le 25 juin 2017).



_yartiBertrandXavier2017A01

Dans le "Journal du dimanche" du 25 juin 2017, le président du conseil régional des Hauts-de-France (c’est-à-dire du Nord-Pas-de-Calais-Picardie) Xavier Bertrand a annoncé qu’il ne se présenterait pas à la présidence de son parti Les Républicains (LR) dont l’élection interne est prévue en novembre 2017. On pourrait dire qu’il n’est pas "fou" car il a vu ce qu’avait donné l’élection interne de novembre 2012 à l’UMP.

Et justement, Xavier Bertrand semble renoncer systématiquement à toutes les batailles politiques à l’intérieur de son parti. Il était pourtant considéré comme premier-ministrable dès novembre 2010. Il a volontairement refusé toutes les batailles, et peut-être a-t-il eu raison puisqu’en définitive, ces batailles ont été perdues pour son parti.

Ainsi, il a refusé d’être candidat à l’élection du président de l’UMP en novembre 2012, laissant François Fillon et Jean-François Copé s’entre-déchirer. Jean-François Copé était son rival depuis longtemps : Xavier Bertrand "tenait la boutique" comme secrétaire général de l’UMP du 5 décembre 2008 au 17 novembre 2010, et à ce moment-là, Jean-François Copé avait lâché perfidement à Nicolas Sarkozy : « Tu as prévu de filer les clefs de l’UMP à Xavier Bertrand : tu devrais en garder un double. » (Prix Humour et Politique 2009).

En fait, cette remarque pouvait s’appliquer à Jean-François Copé lui-même qui lui a succédé comme secrétaire général de l’UMP du 17 novembre 2010 au 19 novembre 2012 puis comme président de l’UMP du 19 novembre 2012 au 10 juin 2014. Xavier Bertrand était plutôt enclin à soutenir François Fillon mais ce dernier l’a très mollement soutenu lors de l’élection du président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale le 20 juin 2012, face à Christian Jacob qui fut réélu (Christian Jacob, proche de Jean-François Copé, a obtenu 117 voix, Xavier Bertrand 63 voix et Hervé Gaymard 17 voix).

Les deux hommes, Xavier Bertrand et Jean-François Copé sont de la même génération, ont dix mois d’écart (le premier a 52 ans, le second 53 ans) et étaient en position de rivalité interne pendant tout le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Néanmoins, Xavier Bertrand a toujours refusé la confrontation directe.

_yartiBertrandXavier2017A02

Il a ainsi refusé de batailler lors du retour de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP en automne 2014 (au contraire des seuls Bruno Le Maire et Hervé Mariton), et a aussi refusé de se présenter à la "primaire de la droite et du centre" en novembre 2016 (contrairement à ses intentions de départ). Alors qu’il s’était dit non-aligné en 2012, Xavier Bertrand a failli soutenir Alain Juppé… mais s’est retrouvé prudemment absent du dernier meeting de premier tour à Lille le 18 novembre 2016, comprenant que François Fillon allait gagner.

Cependant, il fut également peu présent durant la campagne présidentielle, surtout à cause de l’affaire Fillon. En revanche, Xavier Bertrand s’est pleinement engagé avec François Baroin durant la campagne des élections législatives, sans être candidat lui-même, préférant rester au conseil régional.

Xavier Bertrand est un "rigolo", un vrai rigolo, à l’esprit potache, n’hésitant pas à faire des plaisanterie vaguement douteuse à ses camarades (comme appeler un collègue député UMP sur son smartphone quand ce dernier s’exprime à la tribune de l’Assemblée Nationale). Il aime bien le principe du bizutage pour ses nouveaux collègues.

Provenant de la "société civile", agent d’assurance, Xavier Bertrand a plongé très tôt dans la cuisine politique, dès 1981 au sein du RPR. Attaché parlementaire d’un sénateur RPR de 1987 à 1992, il est élu conseiller municipal de Saint-Quentin depuis mars 1989, adjoint au maire de Saint-Quentin de juin 1995 à octobre 2010, puis maire de Saint-Quentin d’octobre 2010 à janvier 2016, Il a franchi les étapes classiques pour se hisser à la politique nationale : conseiller général de l’Aisne de mars 1998 à juillet 2002, il fut élu député de l’Aisne à l’âge de 37 ans (gagnant contre une députée PS sortante) de juin 2002 à janvier 2016 (sauf quand il était ministre).

Très vite, son influence politique a dépassé l’Aisne car il fut chargé de l’explication de la réforme des retraites de 2003 (rapporteur du projet de loi porté par François Fillon). Fidèle à Jean-Pierre Raffarin et Jacques Chirac, Xavier Bertrand fit son entrée au gouvernement à la suite des élections régionales de 2004 : Secrétaire d’État chargé de l’Assurance maladie de Jean-Pierre Raffarin du 31 mars 2004 au 31 mai 2005, puis Ministre de la Santé et des Solidarités de Dominique de Villepin du 2 juin 2005 au 26 mars 2007, puis Ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité de François Fillon, du 18 mai 2007 au 19 janvier 2009 (avec la Famille à partir du 18 mars 2008), et enfin Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé toujours de François Fillon du 14 novembre 2010 au 10 mai 2012.

En mai 2005, il fit campagne en faveur du oui au référendum sur le TCE (alors qu’il avait fait la campagne du non au référendum sur le Traité de Maastricht en septembre 1992). En mars 2007, il a quitté le gouvernement pour se consacrer à la campagne présidentielle comme porte-parole de Nicolas Sarkozy. Enfin, en novembre 2010, lors de son retour au gouvernement, il aurait souhaité sans doute obtenir un ministère régalien (comme la Défense), après son passage à la tête de l’UMP. Ses fonctions ministérielles sont donc restées cantonnées aux relations sociales, travail, santé…

_yartiBertrandXavier2017A03

Il a annoncé très tôt (dès 2012) son intention d’être candidat à la primaire LR de novembre 2016. Mais entre-temps, il s’est porté candidat à la tête de la nouvelle grande région Hauts-de-France en décembre 2015 et ce fut un épouvantable premier tour le 6 décembre 2015 : ses listes LR-UDI sont arrivées au deuxième rang avec seulement 25,0% face aux listes FN de Marine Le Pen qui ont obtenu 40,6%. Le retard a semblé irrattrapable et cela malgré le désistement des listes PS qui pouvaient se maintenir (à 18,1%), leur empêchant d’obtenir le moindre siège dans le futur conseil régional.

Ce fut sans doute cette date-là qui fut fondatrice pour Xavier Bertrand, autant que Christian Estrosi en Provence-Alpes-Côte-d’Azur où il fut confronté aux listes FN de Marion Maréchal-Le Pen. Le FN était favori dans ces deux grandes régions et leur basculement dans un exécutif d’extrême droite aurait été un sérieux handicap dans la campagne présidentielle de 2017. Xavier Bertrand a finalement réussi à gagner au second tour le 13 décembre 2015, avec 57,8% des voix, mais les listes FN ont réussi quand même à gagner plus de 100 000 voix par rapport au premier tour.

Ce fut comme une grâce, pour lui. Comme s’il venait de réchapper au malheur suprême. Ce fut pour cette raison qu’il renonça à sa candidature à la primaire LR (tout comme Christian Estrosi) et qu’il a voulu se consacrer totalement à sa grande région. C’est pour cette raison qu’il vient de renoncer à batailler pour la présidence de LR en novembre 2017 : « J’ai pris un engagement vis-à-vis des habitants des Hauts-de-France et j’ai l’intention de le tenir. ». Xavier Bertrand et Christian Estrosi furent des rescapés de la fin du clivage gauche/droite, élus par des voix de gauche contre l’extrême droite. Christian Estrosi, lui, a finalement quitté le conseil régional de PACA pour reprendre la mairie de Nice, trop contesté par les élus LR de la région pour sa proximité nouvelle avec LREM.

Xavier Bertrand a, par ailleurs, affirmé qu’il aurait été approché par des proches du Président Emmanuel Macron après le premier tour de l’élection présidentielle pour devenir son Premier Ministre. Il aurait alors refusé l’offre (au contraire de son proche collègue Édouard Philippe). Il a fait toute la campagne des élections législatives en fustigeant la hausse de la CSG que proposait LREM, ce qui réduirait le pouvoir d’achat des retraités.

Xavier Bertrand a refusé de faire partie des "constructifs" menés par Thierry Solère et qui devraient apporter un soutien mesuré au gouvernement actuel. Il est plutôt pour une opposition constructive et surtout, pour en finir avec la dérive droitière de LR amorcée avec Nicolas Sarkozy et confirmée avec Jean-François Copé, qui pourrait s’incarner aujourd’hui par Laurent Wauquiez : « Pour gagner, la droite et le centre doivent rassembler, et pas cliver, se réinventer, renouer avec la France populaire, parler à la fois à l’ouvrier et au chef d’entreprise, à l’infirmière et au chirurgien, à l’agriculteur et au fonctionnaire, au rural et à l’urbain. » (25 juin 2017), un objectif qu’a atteint Emmanuel Macron avec son mouvement En Marche.

Renonçant à s’opposer frontalement à Laurent Wauquiez (coqueluche des militants LR et des vieux caciques du sarkozysme comme Brice Hortefeux), Xavier Bertrand a passé le relais à sa collègue présidente du conseil régional d’Île-de-France Valérie Pécresse, qu’il soutiendrait si elle se présentait, mais rien n’indique que celle-ci souhaite plus que lui une confrontation somme toute perdue d’avance. Kamikaze, ça demande à en avoir la vocation !

D’ailleurs, Xavier Bertrand ne croit plus du tout à l’intérêt d’un parti comme LR, fondé sur des malentendus qui reposent sur trop de désaccords pour avoir un avenir durable : « En réalité, il n’y a plus grand-chose de commun entre nous. Nous continuons à vivre ensemble, mais ça fait bien longtemps qu’on ne s’aime plus. Et on n’a peut-être plus grand-chose à faire ensemble. » (25 juin 2017). Au moins, cela a le mérite d’être clair. Xavier Bertrand attend la défaite des "modérés" en novembre 2017 pour quitter (enfin) ce parti devenu la succursale des futurs ralliés au lepénisme qui se voudrait triomphant.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Xavier Bertrand.
Élections régionales de décembre 2015.
Valérie Pécresse.
Laurent Wauquiez.
François Baroin.
François Fillon.
Marine Le Pen.
Emmanuel Macron.
François de Rugy.
Jean-François Copé.
Nicolas Sarkozy.

_yartiBertrandXavier2017A04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170525-xavier-bertrand.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/xavier-bertrand-candidat-a-rien-194571

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/29/35429035.html

 

Partager cet article
Repost0
26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 05:55

« Les premières semaines de l’alternance seront décisives. Il ne pourra y avoir la moindre place pour l’improvisation. Avec une équipe resserrée, il faudra engager un programme de réformes exigeant dès l’été (…). Après François Hollande, nous ne pouvons plus nous permettre un quinquennat pour rien. Nous voulons en face du nouveau Président, une nouvelle majorité pour la France. » (Programme LR-UDI, 10 mai 2017).



_yartiBaroin2017A01

Le sénateur-maire de Troyes, président de l’Association des maires de France, François Baroin se retrouve depuis quelques semaines dans une position très particulière. Au bureau politique de LR du 2 mai 2017, il a été désigné à l’unanimité "chef de file" de LR pour la campagne des élections législatives, ce qui est assez étrange pour un sénateur, de superviser l’élection des députés de son parti. C’est surtout une "fonction" qui n’a jamais existé et qui fait plutôt penser à la politique intérieure britannique ou allemande. Même Édouard Balladur n’avait pas été le "chef de file" aux élections législatives de mars 1993.

François Baroin a un parcours assez spécial. Il fut journaliste sur Europe 1 de 1988 à 1992 (recruté par Jean-Pierre Elkabbach) mais d’abord, il fut le fils de son père, et en ce sens, un "bébé Chirac". Dire qu’il fut un héritier n’a rien d’infamant quand c’est la réalité. L’essentiel est de savoir s’il a su saisir les opportunités, et ce fut le cas jusqu’à aujourd’hui concourir pour le poste le plus épuisant du pays, Premier Ministre (de cohabitation).

Son père, Michel Baroin, fut un homme très influent en France, plutôt considéré "de gauche". Grand ami de Jacques Chirac (né exactement deux ans après lui), il fut apprécié également de François Mitterrand qui le nomma en 1986 (en pleine cohabitation) président de la mission de l’imposante commémoration du Bicentenaire de la Révolution française.

IEP Paris et doctorat en science politique, Michel Baroin fut haut fonctionnaire, commissaire de police en Algérie et à Lille, puis agent des renseignements généraux, puis de la DST. Sous-préfet de Nogent-sur-Seine au début des années 1960 (il fut élu maire de la même ville en 1983), il fut chef de cabinet des présidents de l’Assemblée Nationale Achille Peretti et Edgar Faure au début des années 1970, grand maître du Grand Orient de France de 1977 à 1978, puis occupa des fonctions managériales : président des assurances GMF à partir de 1974 et président de la FNAC à partir de 1985, fonctions qu’il garda jusqu’à sa mort soudaine.

Michel Baroin fut en effet tué le 5 février 1987 à l’âge de 56 ans dans un accident d’avion au décollage de Brazzaville, après avoir rencontré le Président congolais Denis Sassou-Nguesso. Quelques heures auparavant, il avait présenté son projet de reprise de TF1 (en cours de privatisation) dans le journal "Le Monde" du 5 février 1987 (ce fut finalement Francis Bouygues qui emporta l’appel d’offre). Edgar Faure lui succéda à la tête de la mission sur le Bicentenaire, mais il est mort un an plus tard, fonction devenue malédiction jusqu’à la nomination de Jean-Noël Jeanneney.

En moins d’un an, François Baroin a perdu sa sœur et son père. Il est alors devenu le protégé de Jacques Chirac. Conseiller municipal de Nogent-sur-Seine en mars 1989, il fut élu député de l’Aube en mars 1993 (à l’âge de 27 ans) et maire de Troyes en juin 1995 en assurant la lourde succession de Robert Galley (il lui succéda aussi à la présidence de la communauté d’agglomération de Troyes, mais seulement à partir de mars 2001). Peu avant son élection à Troyes, il fut nommé à 29 ans membre du premier gouvernement d’Alain Juppé, comme porte-parole du gouvernement du 18 mai 1995 au 7 novembre 1995. Il faisait partie du cercle des rares fidèles chiraquiens en pleine Balladurie triomphante, et était, avec Philippe Séguin, au staff (clairsemé) de Jacques Chirac pendant la campagne présidentielle de 1995.

L’année 1995 fut donc le début d’une riche carrière politique, locale et nationale. S’il fut épaulé par Jacques Chirac, ce dernier ne s’opposa pas à son limogeage, aux côtés de huit "Juppettes" (des ministres femmes mises en devanture en mai mais remerciée dès novembre 1995) par Alain Juppé qui le trouvait incompétent (dans son rôle de porte-parole). Il faut bien noter que les deux hommes, François Baroin et Alain Juppé, ont été tous les deux des chiraquiens fidèles, hommes modérés, gaullistes, européens, et de génération différente (l’un étant vingt ans moins âgé que l’autre) ; ils avaient donc tout pour s’entendre. Cette éviction peu courtoise suscita finalement de la rancœur et de l'incompréhension entre les deux hommes. Jacques Chirac l’a "repêché" dans son cabinet à l’Élysée entre 1995 et 1997, le temps qu’il retrouvât son siège de député.

Localement, il fut élu également président de l’Association des maires de l’Aube en 1995 et président de l’influente Association des maires de France en novembre 2014. C’est à ce dernier titre qu’il préconisa le retrait des crèches dans les mairies au nom du principe de la laïcité, même si les décorations de Noël sont plus du ressort de la culture et de la tradition que de la religion à proprement parler.

Sur le plan national, François Baroin fut député RPR puis UMP de l’Aube de mars 1993 à septembre 2014, sauf pendant sa présence dans un gouvernement ou au cabinet du Président de la République. Après l’amère expérience sous le gouvernement d’Alain Juppé, François Baroin fut rappelé dix ans plus tard au gouvernement par le Premier Ministre Dominique de Villepin comme Ministre de l’Outre-Mer du 2 juin 2005 au 26 mars 2007. Il prit la succession de Nicolas Sarkozy, démissionnaire pour se consacrer totalement à sa campagne présidentielle, au Ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire, du 26 mars 2007 au 15 mai 2007, un séjour Place Beauvau aussi bref que l’avant-dernier ministre, Matthias Fekl, du 21 mars 2017 au 10 mai 2017.

Écarté en mai 2007 du gouvernement par Nicolas Sarkozy, ce dernier l’appela néanmoins trois ans plus tard, ayant besoin d’un poids lourd supplémentaire au gouvernement au moment où il amorça sa réforme des retraites qu’il voulait confier à Éric Woerth (alors en charge du Budget). François Baroin fut alors nommé Ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l’État du 22 mars 2010 au 29 juin 2011 dans les gouvernements de François Fillon, rajoutant la Fonction publique dans ses attributions à partir du 14 novembre 2010. Enfin, après la démission de Christine Lagarde nommée directrice générale du FMI (à la suite de la démission de Dominique Strauss-Kahn), François Baroin est parvenu à supplanter Bruno Le Maire, pourtant pressenti, pour devenir Ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, du 29 juin 2011 au 15 mai 2012. En automne 2012, François Baroin a soutenu François Fillon contre Jean-François Copé au congrès suicidaire de l’UMP et a fait partie des députés UMP dissidents qui ont intégré le groupe R-UMP de François Fillon pendant sa brève existence.

_yartiBaroin2017A05

Revenons maintenant sur le passé récent. Nicolas Sarkozy, redevenu président de l’UMP, a décidé de se présenter à la primaire LR. Pour gommer sa réputation de droite dure, il a laissé entendre dès l’été 2016 que s’il était élu Président de la République en mai 2017, il nommerait le "modéré" François Baroin à Matignon. L’idée, pour l’ancien Président de la République, était de rassurer l’électorat LR modéré tenté par Alain Juppé voire par Emmanuel Macron.

Ce tandem, comme tous les tandems électoraux sous la Ve République, n’a pas fonctionné, sans doute par manque d’authenticité. La logique chiraquienne aurait voulu que François Baroin soutînt Alain Juppé. Après l’échec de Nicolas Sarkozy au premier tour, il a soutenu au contraire François Fillon au second tour, qui a gagné.

Dès les premiers jours de l’affaire Fillon (dès le 31 janvier 2017), le nom de François Baroin était cité comme possible "plan B" pour remplacer le candidat François Fillon au début de février 2017. Les sarkozystes avaient cité son nom pour éviter qu’Alain Juppé ne fût le candidat de remplacement (Nicolas Sarkozy avait beaucoup manœuvré en ce sens le 15 février 2017, ayant rencontré François Baroin après avoir déjeuné avec François Fillon).

Pourtant, François Baroin n’avait aucune légitimité à devenir, au détour d’un conciliabule, le candidat "de la droite et du centre" car d’une part, il était imaginé plutôt pour Matignon, et d’autre part, il n’avait pas été candidat à la primaire, donc n’avait pas un programme propre à lui, n’avait pas fait campagne sur son nom. Il avait toutefois un atout, celui de l’âge et du renouvellement de la classe politique, à un moment de la campagne où Emmanuel Macron atteignait déjà les 20% dans les intentions de vote.

Le 1er mars 2017, quand la mise en examen de François Fillon devenait inéluctable, ce fut lui, François Baroin, qui empêcha l’éviction du candidat, en participant de façon très voyante, le 5 mars 2017, au meeting du Trocadéro, ce qui fit renoncer définitivement Alain Juppé le lendemain. François Baroin venait de devenir le Premier Ministre du Président François Fillon. En cas d’élection, bien sûr (au risque d’une overdose de François). Ce fut même confirmé par François Fillon le 3 avril 2017 sur RMC au micro de Jean-Jacques Bourdin.

_yartiBaroin2017A03

Le 15 février 2017, François Baroin avait aussi sorti un livre, à tout hasard : "Un Chemin français" (chez Jean-Claude Lattès) et avait montré son indéfectible loyauté dès les premiers jours de l’affaire, notamment en recevant François Fillon à Romilly puis à Troyes le 7 février 2017. Concrètement, François Baroin fut le meilleur soutien de François Fillon pendant la dernière partie de la campagne présidentielle (de mi-février à mi-avril 2017), et il s’est beaucoup dépensé, en multipliant les meetings de soutien, en particulier à Toulouse le 16 février 2017, à Angers le 6 avril 2017, à Limoges le 13 avril 2017, et même au Havre le 18 avril 2017.

Après l’échec de François Fillon dès le premier tour, François Baroin n’hésita pas une minute à appeler clairement à voter Emmanuel Macron pour s’opposer à Marine Le Pen au second tour, à l’instar de François Fillon, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy eux-mêmes.

Très imprudemment entre les deux tours de l’élection présidentielle, François Baroin s’est imposé comme le leader LR pour les élections législatives. Dès le 26 avril 2017 sur CNews (ex-iTélé), François Baroin s’est déclaré prêt à devenir le Premier Ministre de cohabitation d’Emmanuel Macron (pas encore élu). Il fut officiellement désigné chef de file de l’alliance LR-UDI le 2 mai 2017 et a démarré la campagne LR le 20 mai 2017 au parc floral de Vincennes, après avoir présenté le programme LR-UDI pour les législatives au cours d’une conférence de presse le 10 mai 2017 (aux côtés d’Éric Woerth, responsable du projet politique de LR).

Malgré la multiplication des meetings, à Bordeaux le 18 mai 2017 avec Alain Juppé, à Limours le 22 mai 2017, à Jonage le 23 mai 2017 avec Laurent Wauquiez, Christian Jacob et Bernard Accoyer, à Annecy le 23 mai 2017, à Toulon le 24 mai 2017 avec Xavier Bertrand et Hubert Falco, la campagne reste poussive et les sondages donnent plus de 10% d’avance en intentions de vote à La République En Marche sur LR-UDI.

Comme on le voit, François Baroin a déjà eu une brillante carrière politique, très précoce (le plus jeune député, le plus jeune ministre, etc.), a eu la responsabilité gouvernementale des deux ministères clefs, l’Intérieur et les Finances. Son allure physique lui donne également un air d’éternelle jeunesse (le Harry Potter de la politique). Pourtant, il vieillit.

En effet, l’élection du Président Emmanuel Macron, 39 ans, l’a considérablement vieilli, notamment parce que François Baroin réagit encore avec les pratiques "anciennes". De "jeune" prétendant (dix ans de moins que les "leaders"), il a pris soudain treize ans de plus que la tête de l’Exécutif !

En quittant le Palais-Bourbon et en se faisant élire sénateur en septembre 2014, François Baroin a semblé abandonner toute ambition nationale si ce n’est de présider l’Association des maires de France. Selon certains, il n’aspirerait qu’à retrouver cette responsabilité qu’il a mise en veilleuse pour ne pas politiser l’association pendant cette période électorale. Il a d’ailleurs rappelé qu’il n’avait aucune ambition sur son parti, qu’il ne serait pas candidat à la présidence de LR comme certains le voudraient. Comme si le "jeune loup" aux dents longues s’était métamorphosé en vieux routard de la politique qui vivrait de ses acquis de jeunesse.

_yartiBaroin2017A02

François Baroin aura dans quelques jours 52 ans. C’est l’âge qu’avaient Raymond Barre ou Manuel Valls lorsqu’ils furent nommés à Matignon. L’âge qu’avait Alain Juppé lorsqu’il a quitté Matignon. François Baroin se retrouve pendant ces quelques semaines de campagne des législatives avec pour principal adversaire …Édouard Philippe, un ami du même parti, LR, juppéiste, et député-maire du Havre, en quelques sortes, un "jeune loup" comme lui, six ans plus jeune et l’ENA en plus.

Pour François Baroin, c’est très difficile d’expliquer qu’il faut voter contre le gouvernement actuel. Certes, en plus du Premier Ministre, il n’y a que deux membres LR, dans ce gouvernement, mais pas des moindres dans des responsabilités économiques et budgétaires essentielles : un jeune sarkozyste, là encore député-maire de grande ville, Tourcoing, Gérald Darmanin, proche aussi de Xavier Bertrand à la région, et Bruno Le Maire, qui réussit à se faire nommer par Emmanuel Macron à Bercy, là où il fut recalé par Nicolas Sarkozy six ans plus tôt.

La nomination du gouvernement a été effectivement ajustée pour démolir au maximum la solidarité au sein de LR. Même François Baroin peut avoir des failles. Par exemple, comment pourrait-il s’opposer au nouveau Ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, son ami de trente ans du Collège Stanislas qui resta très proche de lui, comme un frère. Jean-Michel Blanquer, IEP Paris, doctorat de droit et agrégé de droit, rédigea même une biographie de son père Michel Baroin en 1992.

Le 23 mai 2017 à Jonage, François Baroin s’est voulu mesuré et a dit qu’il ne souhaitait pas mettre toutes ses forces à s’opposer à Emmanuel Macron : « Le plus utile pour le pays, ce n’est pas un affrontement avec le Président de la République, que nous respectons. Nous saurons pouvoir travailler à ses côtés pour le bien de la France, mais nous saurons aussi mener à bien avec beaucoup de détermination la politique qui nous semble la mieux à même de redresser le pays. ».

En d’autres termes, Thierry Solère, qui s’est désolidarisé de François Fillon dès le 3 mars 2017, a résumé l’état d’esprit général chez LR le 25 mai 2017 sur Europe 1 : « Je ne suis pas En Marche, mais j’ai envie que ça marche dans le pays. », en ajoutant : « Si Les Républicains n’ont pas de majorité, il faut qu’on soit constructifs. (…) Je voterai toutes les mesures proposées, d’où qu’elles viennent, si c’est des baisses de charges, de la fluidité dans le marché du travail… Tout ce qui ira dans le bon sens, il faudra voter pour. (…) Moi, je préférerai toujours mon pays à mon parti. ». Cela a le mérite de la clarté.

Entre le Premier Ministre Édouard Philippe, qui a introduit le principe du "compromis historique" (alliance entre gaullistes et socialistes), et le futur candidat à la présidence de LR Laurent Wauquiez, qui veut maintenir une opposition ferme au Président Emmanuel Macron, François Baroin hésite sur la ligne à tenir, celle qui ne ferait pas exploser Les Républicains et qui penserait avant tout à l’intérêt du pays : mener à bien les réformes indispensables pour redresser la France, quitte à ce qu’ils n’en aient pas la totale maîtrise…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Baroin, Premier Ministre très très virtuel (mai 2017).
Programme LR-UDI pour les législatives présenté le 10 mai 2017 (à télécharger).
Enterrer la ligne Buisson (mai 2013).
Le petit-fils adoptif de Jacques Chirac (mars 2007).
Retour au gouvernement (mars 2010).
Colère à Bercy (juin 2011).
Robert Galley.

_yartiBaroin2017A04


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170524-baroin.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-baroin-premier-ministre-193532

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/26/35322107.html

 

Partager cet article
Repost0
10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 06:46

« Aujourd’hui, nous sommes comme le sapeur Camember. Nous avons passé les bornes. Et quand on dépasse les bornes, il n’y a plus de limites. Tout est possible. » (9 novembre 2016, sur France Info).


_yartiDDVE01

Lors des élections présidentielles américaines du 8 novembre 2016, Hillary Clinton a devancé son concurrent républicain d’environ 200 000 voix mais c’est Donald Trump qui a été élu Président des États-Unis parce qu’il a fait élire 306 grands électeurs contre 232 pour sa rivale démocrate. L’élection du milliardaire et animateur de téléréalité a provoqué un véritable tremblement de terre dans le monde.

Ceux qui se réjouissent sont ceux qui veulent tout casser, mais personne ne peut vraiment dire quelle sera la politique de Donald Trump, intérieure et extérieure, puisqu’il n’a jamais rien dit que des tweets souvent outranciers en guise de programme. Il faudra donc le juger sur les actes. Barack Obama, soucieux du processus démocratique, a d’ailleurs invité son futur successeur à la Maison-Blanche dès ce jeudi 10 novembre 2016 pour « assurer une transition en douceur ».

Invité de la matinale de France Info ce mercredi 9 novembre 2016, l’ancien Premier Ministre Dominique de Villepin a assisté en direct à la victoire de Donald Trump qu’il a eu l’occasion de rencontrer il y a longtemps, à l’époque où il vivait aux États-Unis (il avait alors rencontré le "magnat de l’immobilier"). Il était premier secrétaire à l’ambassade de France à Washington de 1984 à 1989.

Pour l’ancien Ministre des Affaires étrangères qui a dit non aux États-Unis, Donald Trump a une personnalité très complexe : « Il a trois visages. C’est à la fois l’anarchiste couronné, l’empereur fou, en même temps, c’est le clown, l’homme de spectacle qui séduit les médias. Il est capable de jouer avec le système politique. C’est aussi le winner, le gagnant, celui qui a de la chance, le milliardaire à qui tout réussit, tout sourit. Cette complexité-là fait qu’il prend la lumière plus que d’autres. (…) C’est quelqu’un dont la personnalité est assez différente de celle qu’il a montrée tout au long de la campagne. ».





Opposé à la politique agressive des États-Unis au Moyen-Orient depuis 2001, et plus particulièrement depuis les attentats du 13 novembre 2015, Dominique de Villepin reproche à la diplomatie française de trop coller à la diplomatie guerrière des États-Unis, notamment en Syrie.

L’ancien Premier Ministre craint un bouleversement des relations économiques internationales : « Ce qui est inquiétant, c’est ce qu’il va introduire dans le jeu économique international. Il veut en découdre avec la Chine, il veut en découdre sur le plan commercial et il veut que les Européens prennent leurs responsabilités en matière de défense. Cela, c’est une bonne chose ! Il est temps que nous ouvrions les yeux et que nous reprenions notre destin en main. ».

Dominique de Villepin a exprimé cependant son inquiétude sur la capacité des pays européens à réagir avec pertinence : « Peu de gens y étaient préparés. Certainement pas la diplomatie française, la plupart des chancelleries non plus, et pourtant, c’était malgré tout prévisible. ».

Son élection était-elle prévisible ? Peut-être pas, mais il y avait quelques petits signes avant-coureurs qui montraient à l’évidence qu’aucun courant favorable n’a porté la candidature d’Hillary Clinton. Dans les sondages du printemps 2016, elle perdait face à tous les candidats aux primaires républicaines excepté Donald Trump, et face à Bernie Sanders, ces candidats républicains avaient de moins bons résultats. Cela signifiait à l’évidence qu’Hillary Clinton n’était pas la représentante des Démocrates la plus efficace électoralement. Ni Donald Trump pour le camp républicain d’ailleurs.

_yartiDDVE02

Au-delà de la politique intérieure américaine, Dominique de Villepin a insisté pour replacer ces élections dans un contexte historique plus global : « On sentait monter l’avertissement depuis maintenant plusieurs années. L’effondrement du mur de Berlin, l’effondrement de l’Union Soviétique. Aujourd’hui, il y a le pendant, c’est l’effritement des démocraties classiques, libérales. La crise financière de 2008, le Brexit… et nous arrivons à cette dernière étape. ».

Et il a ajouté : « On sent poindre depuis des années la montée des populismes, du mécontentement, le vote antisystème. Cet avertissement, il faut être capable de l’entendre. C’est une épreuve pour la communauté internationale, pour l’unité des États-Unis, pour l’unité de la "famille occidentale". (…) Il y a une leçon en matière d’indépendance à tirer de cette élection. ».

Ce n’est donc pas tant la personnalité de Donald Trump qui inquiète Dominique de Villepin : « C’est un homme d’affaires, il sait composer avec la réalité. Il saura donc s’adapter, évoluer, tirer les leçons, changer. ». Mais les raisons très profondes et historiques de sa victoire électorale.

Et ces raisons sont présentes aussi en France : « Il y a une souffrance, un mécontentement qui monte dans notre pays. (…) Marine Le Pen peut gagner l’élection présidentielle parce que les passions politiques dans nos démocraties sont débridées. La peur et la colère sont les premiers acteurs de la démocratie. ».

Dominique de Villepin pense que cet électrochoc, qu’est l’élection de Donald Trump, va « [introduire] une dose de réalisme et de réalité dans la vie politique française, où la vie politique politicienne a occulté la réalité de ce que vivent les Français ».

_yartiDDVE03

Alors qu’il va avoir 63 ans le 14 novembre 2016, Dominique de Villepin est-il prêt à relever le défi démocratique de 2017 ? Pas vraiment. Il n’a jamais été élu, jamais été candidat (il a tenté mais n’a pas obtenu les parrainages en 2012), et il ne semble pas en avoir vraiment envie. Il comptait surtout succéder à Jacques Chirac en 2007, avec Matignon pour tremplin mais il n’en a pas eu l’occasion.

Refusant de participer à la primaire LR qu’il considère comme contraire à l’esprit des institutions gaulliennes, il a refusé aussi de se prêter au jeu des soutiens. Bruno Le Maire, qui fut son directeur de cabinet lorsqu’il était à Matignon, aurait pu en bénéficier, tout comme Alain Juppé dont il a été jaloux de la proximité chiraquienne.

À quoi peut donc aujourd’hui servir Dominique de Villepin ? À rien si ce n’est à jouer les Cassandre, ce qui est, pour une personnalité aussi talentueuse et aussi éprise de culture littéraire et historique, un véritable gâchis…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 novembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Trump élu.
Cassandre ?
Mais où est donc Dominique de Villepin ?
Assurancetourix ?
République solidaire et le revenu universel.
Les moulins de l’UMP.
Le gaullisme politique.

_yartiDDVE04


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161109-dominique-de-villepin.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/dominique-de-villepin-craint-la-186372

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/11/10/34546604.html

 

Partager cet article
Repost0
3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 10:59

« Voici que se referment les portes de la gloire. Demain, j’entrerai dans les temps ordinaires. » (Yves Guéna parlant de la démission de De Gaulle en avril 1969).


_yartiGuenaYves01

Coïncidence ? Alors que Pierre Messmer, disparu le 29 août 2007, sera honoré par les gaullistes dans quelques jours, le 20 mars 2016 à l’occasion du centenaire de sa naissance, l’un de ses ministres les plus fidèles au gaullisme, Yves Guéna, s’est éteint à l’âge de 93 ans, ce jeudi 3 mars 2016 à Paris.

Avoir 17 ans au début de la guerre (né le 6 juillet 1922 à Brest), et s’engager sans hésitation dans la Résistance (comme Daniel Cordier), c’est ce type d’acte héroïque, un acte fondateur d’une vie au service de son pays, auquel s’est livré le jeune Yves Guéna. Dès le 19 juin 1940, il quitta sa ville de Brest pour se rendre en Angleterre et ce fut le 1er juillet 1940 qu’il s’est engagé dans les Forces Françaises Libres (FFL) pour toute la durée de la guerre. Sa première rencontre avec De Gaulle a eu lieu le 6 juillet 1940 à l’Olympia Hall à Londres.


Jeunes technocrates au service de la politique gaulliste

Sorti de l’ENA en 1947, il fut haut fonctionnaire. Contrôleur civil au Maroc en 1947 puis maître de requêtes au Conseil d’État en 1957 (conseiller d’État en 1972), il fut le directeur de cabinet de Michel Debré, alors Ministre de la Justice en 1958 et 1959 (il fut l’un des rédacteurs officieux du projet de nouvelle Constitution entre le 4 juin 1958 et le 14 juillet 1958), puis directeur de cabinet adjoint de Michel Debré à Matignon en 1959. Ambassadeur en Côte d’Ivoire le 8 août 1960, il s’engagea dans la vie politique, naturellement sous l’étiquette gaulliste, en 1962.

Il a fait partie de ces jeunes gaullistes qui sont allés aux législatives en terre de mission au centre de la France, lui en Dordogne en 1962 comme Jacques Charbonnel en Corrèze en 1962 et Jacques Chirac aussi en Corrèze en 1967.

Député de la Dordogne de novembre 1962 à mai 1981 et de mars 1986 à mai 1988, sénateur de la Dordogne de septembre 1989 à janvier 1997, maire de Périgueux de mars 1971 à janvier 1997, Yves Guéna fut Ministre des Postes et Télécommunications du 7 avril 1967 au 31 mai 1968 et du 12 juillet 1968 au 29 juin 1969, Ministre de l’Information du 31 mai 1968 au 10 juillet 1968, Ministre des Transports du 5 avril 1973 au 27 février 1974, Ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat du 1er mars 1974 au 27 mai 1974. Il fut aussi conseiller général de la Dordogne de 1970 à 1989. Secrétaire général de l’UDR en 1976 (juste avant la création du RPR), il fut également vice-président du Sénat de 1992 à 1997. Il a "offert" sur un plateau d’argent la mairie de Périgueux à Xavier Darcos qui l’a "perdue" en mars 2008.

_yartiGuenaYves05

Il commença à être connu alors qu’il était ministre lors de la crise de mai 1968. Le Premier Ministre Georges Pompidou lui avait demandé de menacer les radios périphériques de retirer leur autorisation d’émettre si elles continuaient à parler trop favorablement des étudiants en révolte. Dans ses "Cahiers secrets de la Ve République", Michèle Cotta l’a ainsi décrit : « Il était apparu, sinistre, juste avant la grève de l’ORTF. Il n’avait franchement pas l’air d’être un gai luron. Héros de la guerre, c’est un gaulliste de la toute première heure, qui est tout sauf un extraverti. Excepté, paraît-il, à Périgueux, où il est le maître des lieux et des cérémonies. Son allure n’est pas celle du laisser-aller, certes, mais il s’exprime avec une décontraction qui me surprend, venant de sa part. » (20 février 1975).


Parmi les barons du gaullisme

Ministre sous deux Présidents de la République, Yves Guéna a pu pressentir la fin de leurs mandats. Il a raconté à Michèle Cotta en novembre 1978 l’engrenage de la défaite du référendum du 27 avril 1969 : « Ma première réunion de campagne, je l’ai faite à Mompon, près de chez moi. Il y avait peu de monde, je n’ai pas réussi à faire bouger les assistants. En sortant, je me suis dit que j’avais fait un bide. En fait, ce n’était pas moi qui en faisais un, mais le référendum ! Notre campagne était molle, même chez les militants, tandis que celle des notables contre nous était très bien faite. Quant aux milieux patronaux, ils nous ont laissés tomber ; la droite n’avait plus la trouille parce que les élections législatives [de mai 1968] s’étaient bien passées pour elle et que le recours existait : c’était Pompidou. ».

_yartiGuenaYves03

Yves Guéna avait pris quelques notes en conseil des ministres. Lors du dernier conseil des ministres le 23 avril 1969, De Gaulle, sans illusion, avait conclu auprès de ses ministres : « En principe, à mercredi prochain. Peut-être, s’il n’en était pas ainsi, un chapitre de l’histoire de France serait terminé, mais nous avons espoir ! ».

Et de dire que la déclaration de Rome (Georges Pompidou qui a déclaré le 17 janvier 1969 à Rome : « Ce n’est, je crois, un mystère pour personne que je serai candidat à une élection à la Présidence de la République quand il y en aura une, mais je ne suis pas du tout pressé ! ») n’était pas en concertation avec De Gaulle comme Olivier Guichard voulait l’affirmer : « Je suis sûr que c’est faux ; que Pompidou a voulu provoquer le Général, au contraire. Ce vieux renard savait bien l’importance de la moindre déclaration. Peut-être que Balladur a été le premier étonné, mais , ce dont je suis certain, c’est que la déclaration a été concoctée avec Pierre Juillet… ».

À la fin du dernier conseil des ministres présidé par le Président Georges Pompidou le 27 mars 1974, Yves Guéna avait confié au journaliste Pierre-Marie de la Gorce : « Le Président va mourir cette semaine. » (cité par Michèle Cotta).

_yartiGuenaYves07

Au milieu des années 1970, Yves Guéna avait pris une importance politique non négligeable mais restait assez hésitant sur le soutien à apporter à Jacques Chirac. Pierre Juillet et Marie-France Garaud s’amusaient à le décrire comme l’homme aux deux parapluies : « Celui qu’il porte et celui qu’il a avalé ! ».

Le 7 avril 1976, Jacques Chirac, Premier Ministre et secrétaire général de l’UDR, nouvellement nommé par Valéry Giscard d’Estaing "coordinateur de la majorité", a voulu quitter la tête de l’UDR. Il a alors convoqué à Matignon Yves Guéna, l’un des secrétaires généraux adjoints, pour lui dire qu’il avait pensé laisser la direction de l’UDR… à Albin Chalandon (voulu par Marie-France Garaud). Réaction très verte d’Yves Guéna : « Je ne lui ai pas caché que je trouvais que ce poste, d’ailleurs délicat, me revenait de droit. » (confidence lâchée le 20 avril 1976 à Michèle Cotta qui a ainsi commenté : « Cela ne m’étonne pas du tout de Guéna : derrière son franc-parler d’autant plus inattendu que son apparence physique est raide, il a une assez haute idée de lui-même, qu’il cache le plus souvent, mais qui m’a néanmoins toujours paru évidente. »). Le surlendemain, après une réunion avec Roger Frey et Olivier Guichard très réticents, Jacques Chirac convoqua de nouveau Yves Guéna et lui déclara : « Tu m’as convaincu. Ok, tu seras secrétaire général de l’UDR. ».

La suite de l’histoire, c’est que quelques mois plus tard, Jacques Chirac démissionna avec grand fracas de Matignon et le 5 décembre 1976, transforma l’UDR en RPR dont il a pris la présidence. Voici Jacques Chirac en piste pour les quatre élections présidentielles suivantes…


Commandeur des croyants

La carrière politique d’Yves Guéna, tant locale (à Périgueux) que nationale (comme parlementaire et ministre), a toujours été sous le sceau de son engagement gaulliste de la première heure. Surnommé le "commandeur des croyants" par ses amis de Dordogne, il était le prophète du Dieu De Gaullle : « Pour moi, dans l’Histoire de France, il y a Clovis, Charlemagne, Philippe Auguste, Jeanne d’Arc, Henri IV, Louis XIV, Napoléon et De Gaulle. Ils sont au même niveau. ».

_yartiGuenaYves04

Yves Guéna a atteint le plus haut sommet de l’État le 3 janvier 1997 avec sa nomination, par René Monory, alors Président du Sénat, comme membre du Conseil Constitutionnel pour succéder à Étienne Dailly décédé le 24 décembre 1996 (nommé le 8 mars 1995). Il a prêté serment le 20 janvier 1997 et fut nommé Président du Conseil Constitutionnel le 1er mars 2000 par Jacques Chirac après la démission de Roland Dumas. Assurant l’intérim pendant un an (Roland Dumas s’était mis en congé en raison de ses tracas judiciaires), il présida en pratique la plus haute juridiction de la République du 24 mars 1999 au 9 mars 2004. C’est la première fois (et seule fois) que le Conseil Constitutionnel a été présidé par un membre qui n’a pas été nommé par le Président de la République.

Il continua ses engagements comme président de l’Institut du monde arabe (IMA) de 2004 à 2007 (avant Dominique Baudis), président de l’Institut Charles-De Gaulle de 2000 à 2006, de la Fondation Charles-De Gaulle de 2001 à 2006, de la Fondation de la France libre de 2007 à 2011 (après Pierre Messmer), etc.


Mémoire d’Outre-Gaulle

Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, tant des essais que du théâtre ou des romans, Yves Guéna écrivit notamment la biographie du Baron Louis (publiée le 19 octobre 1999) qui lui valut le prix Jacques de Fouchier de l’Académie française en 2000. Il avait aussi envisagé les cent premiers jours du retour de la droite au pouvoir au printemps 1986 (dans un ouvrage collectif publié en 1985).

_yartiGuenaYves02

Son dernier livre était ses "Mémoires d’Outre-Gaulle" (livre sorti le 21 avril 2010). Yves Guéna n’a pu s’empêcher de se poser la question sur ce qu’aurait pensé De Gaulle sur les événements qui ont ponctué les quarante dernières années : « Qu’est-ce que vous voulez ? Lorsque vous entendiez le Général De Gaulle, il fallait quand même que ça rentre dans votre tête et que ça y reste ! Quand j’étais au gouvernement, je notais toutes ses déclarations en conseil des ministres. En principe, ce n’est pas autorisé, mais j’ai continué avec Pompidou. Mine de rien, je prenais des petites notes et je les rédigeais dès que je rentrais à mon ministère. » ("Sud Ouest", le 28 avril 2010).

Capable de parler des nombreux acteurs qui ont jalonné la vie politique française, comme Jacques Chaban-Delmas, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac (« J’ai une très grande admiration, une très grande amitié pour Chirac. C’est un grand bonhomme. »), François Mitterrand (« Il était intelligent et habile mais il n’a rien apporté à la France. »), Yves Guéna s’était bien gardé de donner une opinion sur le quinquennat de Nicolas Sarkozy qu’il avait soutenu en 2007 : « Mon livre s’arrête en 2007, vous savez. En 2007, j’ai soutenu Sarkozy sans aucune restriction. Et vous avez remarqué que j’attends d’avoir un certain recul pour parler des choses ! ». On ne saura donc rien sur ce qu’il pensait des gaullistes d’aujourd’hui


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 mars 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Qu’aurait pensé le Général De Gaulle ?
De Gaulle en 1940.
De Gaulle en 1965.
Georges Pompidou.
Le gaullisme politique.
Edmond Michelet.
Pierre Messmer.
Robert Boulin.
Jacques Chaban-Delmas.
Valéry Giscard d’Estaing.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Edgar Faure.
Maurice Faure.
René Monory.
Jean Lecanuet.
Jean Foyer.
Michel Debré.
Jean-Marcel Jeanneney.
Olivier Guichard.
Alain Peyrefitte.
Robert Galley.
Jean Charbonnel.
Pierre Bas.
Philippe Séguin.
Jacques Toubon.
Daniel Cordier.

_yartiGuenaYves06


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160303-yves-guena.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/yves-guena-l-un-des-derniers-178415

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/03/03/33458989.html


 

Partager cet article
Repost0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).