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28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 17:33

« Des grands patrons comme lui, il n’y en aura plus. Déterminé, très attachant, un peu roublard. » (Laurence Parisot, le 28 mai 2018 sur Twitter).



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Très attachant… C’était peut-être une caractéristique étonnante pour ceux qui lui projetaient plus de pouvoir qu’il n’en avait réellement dans la vie politique. On avait demandé à Nicolas Sarkozy, qui venait de reprendre la présidence de l’UMP en décembre 2015, pourquoi il avait nommé l’avionneur au poste de …secrétaire national chargé de la participation. Un poste de "secrétaire national", il avait dû en avoir distribué une cinquantaine, cela ne mangeait pas de pain et cela faisait bien sur une carte de visite. Et l’ancien Président de la République avait répondu qu’il était pathétique mais également sympathique. Être dans l’organigramme de son parti, c’était une sorte d’honneur pour celui qui n’avait jamais apprécié Jacques Chirac.

La disparition de Serge Dassault, survenue à l’âge de 93 ans ce lundi 28 mai 2018 à son bureau du rond-point qui porte le nom de son père, à Paris, va beaucoup faire parler de lui, en bien ou en mal, car c’était un homme qui comptait triplement : dans l’industrie française (et pas seulement aéronautique avec Dassault Systèmes), dans la vie politique et dans la vie médiatique. Il a commencé sa carrière de capitaine d'industrie à l'âge où certains prenaient déjà leur retraite, à 61 ans.

Il y a quelques mois, j’avais regardé un excellent documentaire de Jean-Christophe Klotz "Les Dassault, une affaire de famille", diffusé le 14 décembre 2017 en fin de soirée sur France 3. Un documentaire qui ne manquera pas d’être rediffusé pour l’occasion et que je recommande vivement car, d’une part, c’est un documentaire qui est sérieux, respecte ceux qui le regardent (pas de pseudo-fiction, pas de rythme comme une série policière, beaucoup de témoignages dont ceux de Philippe Alexandre et Jacques Attali), et d’autre part, il montre assez bien, de manière nuancée, sans a priori, les ombres et lumières de Marcel et de Serge Dassault dont le destin a toujours évolué en lien avec l’histoire de la France d’après-guerre.

Dans ce documentaire, on y apprend que le père de Serge Dassault, Marcel Dassault, l’avait toujours méprisé, ne l’a jamais félicité, n’avait pas cherché à en faire son successeur pour son empire industriel (Marcel Dassault est mort le 17 avril 1986 à 94 ans). Marcel Dassault choyait plutôt Jacques Chirac, dont il a aidé à démarrer la carrière politique (en le recommandant auprès de Georges Pompidou et en finançant ses premières campagnes électorales), ce qui pouvait expliquer une certaine jalousie de Serge Dassault vis-à-vis de Jacques Chirac, l’enfant qu’aurait probablement voulu avoir son père.

Cela peut expliquer aussi à quel point Serge a collé au destin de Marcel Dassault qui ne lui a jamais reconnu aucun mérite. Polytechnicien, Sup’Aéro et HEC, donc, surdiplômé (son père lui avait dit qu'il ne recrutait que des X), après s’être occupé de l’exportation (son père n’y croyait pas), Serge Dassault a déjà réussi le tour de force de reprendre la succession, en prenant de vitesse tous les autres candidats potentiels. Héritier, donc, certes, car il n’a pas créé le groupe Dassault, mais dans un monde qui a tant bougé et évolué depuis trente ans, il est clair que maintenir le groupe et le faire prospérer était également très méritoire. Il a d’ailleurs triplé la fortune de son père. Comme son père, il avait mille idées et beaucoup d’intuitions technologiques, et il savait que seule, l’innovation pouvait faire durer son industrie.

Marcel Bloch, devenu Dassault, avait été déporté le 17 août 1944 au camp de Buchenwald parce qu’il avait refusé de collaborer avec Messerschmitt. Ce furent des communistes qui l’aidèrent à survivre avant d’être libéré. C’est donc sous cet angle qu’il faut voir toute la capacité de Serge Dassault à choisir toujours l’avenir, car l’une de ses dernières décisions avant sa mort a été effectivement de conclure un partenariat avec l’industrie allemande, considérant que l’union faisait la force dans un monde globalisé, malgré tout le lourd passif familial avec l’Allemagne.

Les éloges ont afflué. Le Président Emmanuel Macron : « La France perd un homme qui a consacré sa vie à développer un fleuron de l’industrie française. ». Son prédécesseur Nicolas Sarkozy : « Il était un visionnaire capable d’anticiper le monde à venir. » (Twitter). Même Marine Le Pen y est allée de son petit mot !

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Dès qu’il a pu, il a cherché à faire comme son père, mieux que son père, en rachetant le journal "Le Figaro" le 8 juillet 2004. Patron de presse (la Socpresse regroupe 70 titres), il en rêvait, son père possédait "Jours de France". Il a voulu aussi faire de la politique, son père avait été élu député de 1951 à 1955 et de 1958 jusqu’à sa mort, et sénateur de 1957 à 1958. Si son fils, Olivier Dassault, a repris la circonscription de Marcel Dassault dans l’Oise, en se faisant élire et réélire député de juin 1988 à juin 1997 et depuis juin 2002, Serge Dassault a eu beaucoup plus de difficulté à remporter un siège parlementaire ou municipal (échouant régulièrement dans ses tentatives électorales en 1977, 1978, 1981, 1983, 1985, 1986, etc.).

Et pourquoi ? Parce que Serge Dassault n’avait pas voulu se réfugier dans une circonscription ou une ville bourgeoise imperdable, mais voulait convaincre un électorat plutôt peu aisé et parfois socialement en difficulté, acquis au parti communiste depuis plusieurs décennies ! Son premier mandat fut celui de conseiller municipal d’opposition à Corbeil-Essonnes en mars 1983, grâce à la gauche qui avait permis une représentation de l’opposition dans les conseils municipaux. Pourquoi s'est-il acharné pendant dix-huit ans à conquérir cette ville ? Parce qu'un préfet lui avait dit : "Vous, les gaullistes, vous n'aurez jamais des villes ouvrières comme Corbeil-Essonnes !". Du coup, Serge Dassault a relevé le défi et a fait de cette ville son troisième amour, après son épouse et son groupe industriel !

Serge Dassault a donc réussi vraiment à percer en politique (sous l’étiquette RPR) en conquérant finalement la mairie tant convoitée de Corbeil-Essonnes (tout près d’Évry) et en restant maire de cette commune de juin 1995 à juin 2009 (où il a dû démissionner à cause d’une condamnation judiciaire). Il a dû attendre septembre 2004 pour se faire élire sénateur de l’Essonne et a été réélu jusqu’en septembre 2017. À cette occasion, par voisinage, il a sympathisé avec Jean-Luc Mélenchon, lui aussi sénateur de l’Essonne jusqu’en juin 2009. Serge Dassault a eu d’autres mandats électoraux, en particulier conseiller régional d’Île-de-France de mars 1986 à juin 1995, conseiller général de l’Essonne d’octobre 1988 à octobre 2004, puis conseiller départemental de l’Essonne de mars 2015 jusqu’à sa mort.

Les mauvaises langues expliqueront qu’il appréciait se faire élire et réélire au Sénat surtout pour son immunité parlementaire et empêcher l’instruction des affaires judiciaires à son encontre (le Sénat a cependant levé son immunité le 12 février 2014). Il y a sans doute du vrai mais il n’était pas inerte au Sénat et il n’hésitait pas à faire de nombreuses propositions fiscales (notamment sur la participation, en bon patron paternaliste), qui n’ont jamais eu beaucoup de succès auprès de ses collègues du même parti, l’UMP. Beaucoup de responsables UMP ont d’ailleurs attesté que Serge Dassault, passionné par la politique, assistait aux nombreuses réunions politiques, ce qui pose quand même la question d’emploi du temps : comment faisait-il pour tout concilier ?

Si la plupart des responsables politiques de l’UMP lisaient fébrilement "Le Figaro" pour savoir si leur propre personne était fustigée ou au contrarie louée, Serge Dassault n’aurait jamais vraiment imposé ses caprices politiques en laissant une certaine autonomie à la rédaction. Ce devait être différent lorsqu’il était question d’affaires judiciaires ou de stratégies industrielles (on a parlé de certaines pressions sur la rédaction en août 2004 et en octobre 20008). Serge Dassault se permettait surtout de publier des éditoriaux souvent politiquement incorrects pour donner son grain de sel. Ses déclarations étaient souvent à l’emporte-pièce, et pouvait laisser penser à un certain simplisme.

Fidèle soutien de la candidature de François Fillon à l’élection présidentielle de 2017, Serge Dassault aurait même demandé par sms (sans succès), trois jours avant le premier tour, à Nicolas Dupont-Aignan de s’effacer en faveur de François Fillon. Il fut néanmoins rassuré de l’élection d’Emmanuel Macron au second tour : « La France a vu avec surprise l’élection d’un nouveau Président de la République, jeune et dynamique, que personne n’attendait. Il était quasiment inconnu ; il n’avait pour l’appuyer ni parti politique ni réseau d’élus ; et pourtant, fort de sa devise "ni de gauche ni de droite mais pour tous les Français", il s’est imposé sans coup férir, évitant à notre pays ce cauchemar qu’eût été un duel entre Le Pen et Mélenchon. » (1er janvier 2018).

Revenons à sa personnalité. Christian Schoettl, le maire de Janvry et ancien conseiller général, l’a longtemps côtoyé au conseil général de l’Essonne et même s’il a été parfois victime de la rancune tenace de Serge Dassault, il refuse de le caricaturer et a pour lui une forme d’attendrissement : « Il était tout sauf une caricature et j’ai aussi peu d’estime pour ceux qui étaient ses courtisans avec des yeux chargés d’euros que ceux qui le vomissaient par principe. (…) Il y a quelque chose chez lui qui me touche, m’attendrit. (…). J’ai une faiblesse pour ce personnage de roman. » (28 mai 2018).

Dans son blog, Christian Schoettl a cherché à mieux le comprendre : « Si j’ai souvent été consterné par les propos de Serge Dassault, à la fois outranciers mais aussi à côté de la plaque, je ne les ai jamais attribués à une forme de bêtise ou d’intelligence limitée, seulement à une forme d’égocentrisme partial qui balaie tout ce qui dérange. (…) Serge Dassault, c’est pour moi une forme de premier degré permanent, ahurissant mais aussi filou et malin. (…) Je suis attendri par ce bonhomme parce qu’il a cru que le monde était binaire, parce qu’il s’est entouré d’obligés dont la principale nature est l’ingratitude. ». Il expliquait que Serge Dassault réglait la plupart des problèmes avec de l’argent, il achetait tout, ne connaissait aucune sincérité ni aucun désintéressement de la part de ses interlocuteurs.

Christian Schoettl a été impressionné que ce multimilliardaire, qui n’a jamais tapé dans la caisse d’une collectivité locale (c’était plutôt lui qui subventionnait plein de choses), se passionnait pour le pavement d’une rue de sa ville de Corbeil-Essonnes qu’il était fier de montrer. Et de raconter : « On lui dit qu’il y a un problème avec les acheteurs russes d’Altis (la plus grosse boîte de Corbeil et de l’Essonne). Il répond : "Appelez-moi Poutine !". Et on appelle Poutine, il joint Poutine, lui explique qu’il a  besoin de le voir. Il file au Bourget, et rejoint Poutine dans sa datcha à côté de Moscou. Cela donnera lieu à un célèbre et confidentiel selfie. (…) Qui peut appeler au téléphone un des hommes les plus puissants du monde, le voir sur l’instant, et se passionner pour la taille des pavés d’une rue de Corbeil ? C’est cela qui me passionne. ».

Comme je l’ai indiqué, Serge Dassault aimait publier dans "Le Figaro" quelques éditoriaux très personnels et décapants qui pouvaient casser les codes, et en particulier, il le faisait le 1er janvier de chaque année. Je termine sur son dernier édito du 1er janvier qui fut même remarqué par …Laurent Joffrin, le directeur de "Libération" !

Ce jour-là, Serge Dassault a proposé la "flat tax" à la française : « Si [Emmanuel Macron] veut vraiment redresser la France, rendre le pays réellement dynamique et attractif, il devra faire preuve de davantage d’audace encore et opter résolument pour un impôt sur le revenu moderne, universel, proportionnel, simple et efficace : la flat tax. ».

Et d’expliquer : « Pourquoi ? Le système actuel, marqué par un impôt sur le revenu à taux progressif (il s’alourdit au fur et à mesure que les revenus augmentent), n’est ni juste ni efficace. Trop concentré sur quelques-uns, il décourage l’initiative et bride l’activité. À tel point que l’État, particularité bien française, s’est retrouvé dans l’obligation de créer 100 milliards [d’euros] de dispositifs fiscaux, les fameuses "niches", pour redonner d’une main aux Français ce qu’il leur prend de l’autre ! C’est le serpent qui se mord la queue. Il est temps de réformer ce système absurde et d’opter résolument pour une fiscalité modérée à taux constant. L’assiette devrait être celle de la CSG, pour financer à la fois la sécurité sociale et le budget. ».

L’éditorialiste industriel a décrit plus précisément sa proposition : « Alors que dans beaucoup de pays, une flat tax unique est en vigueur (13% en Russie, 15% à Singapour et à Hongkong), on pourrait appliquer en France trois taux, ce qui permettrait à tous les contribuables, et pas seulement aux plus riches, d’être bénéficiaires. Par exemple. Zéro impôt pour les contribuables gagnants jusqu’à 1 500 euros nets par mois (ils seraient dès lors libérés de tout impôt sur le revenu comme de la CSG). 13%, y compris la CSG, pour tous les revenus compris entre 1 500 et 4 000 euros (c’est le niveau de l’impôt déjà acquitté par un salaire de 1 500 euros net). Et enfin, 25% pour tous les revenus supérieurs à 4 000 euros net. L’État n’y perdrait rien côté recettes, car il pourrait récupérer une grande partie des 100 milliards consacrés aujourd’hui aux niches fiscales, devenues sans objet du fait de la baisse du taux moyen d’imposition. Au total, ce sont 50 à 80 milliards de recettes fiscales supplémentaires qui pourraient rentrer dans ses caisses, pour compenser la baisse des différents impôts sur les particuliers et les entreprises et rétablir enfin l’équilibre budgétaire. ».

Serge Dassault y voyait alors des conséquences heureuses : « Une telle réforme relancerait immédiatement le pouvoir d’achat pour tous, la croissance et l’emploi. A contrario, si le Président de la République ne met pas en place l’impôt à taux constants, s’il conserve en l’état la fiscalité actuelle, quelles que soient les décisions qu’il prendra par ailleurs, il échouera comme ses prédécesseurs à redresser notre économie. Ce serait gravement dommageable pour la France, et pour lui. » ("Le Figaro", le 1er janvier 2018).

Comme on le voit, Serge Dassault n’avait pas peur de choquer ou de surprendre, mais dans ce qu’il dit, il y a peut-être un peu de vérité. D’ailleurs, dans le programme du gouvernement italien avorté de l’alliance M5S-Ligue, n’y avait-il pas justement l’instauration d’une flat tax au taux général de 15% ?…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Serge Dassault.
La flat tax à la française.
La SNCF.
L’industrie de l’énergie en France.
La France est-elle un pays libéral ?
La concurrence internationale.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180528-serge-dassault.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/serge-dassault-milliardaire-204738

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/05/29/36441922.html
 

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22 janvier 2018 1 22 /01 /janvier /2018 03:54

« Alerter, dire qu’il nous est encore possible, pour un temps, de construire une Université et une Recherche à la mesure du talent des enseignants et chercheurs qui les peuples, du sérieux des étudiants qui les fréquentent, du rayonnement d’une France qui les nourrit. » (Alain Devaquet, le 1er février 1988 dans "L’Amibe et l’étudiant : Université et Recherche, l’état d’urgence", éd. Odile Jacob).


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Il avait fêté, le 4 octobre 2017, son 75e anniversaire (né à Raon-l’Étape, au sud-est de Nancy) : l’ancien ministre Alain Devaquet s’est éteint le 19 janvier 2018 des suites de la maladie. Il sera enterré le vendredi 26 janvier 2018 dans le 17e arrondissement. Si la carrière politique de ce scientifique à la pipe fut remarquable, on peut néanmoins imaginer que ce fut un immense gâchis. Le jeune talent préféré de Jacques Chirac n’a pas su imprimer ses idées dans l’action politique. Son nom a été injustement associé à un projet de loi qui n’était pas le sien et qui a très mal fini.

Après des études à Nancy, Alain Devaquet fut d’abord un brillant chimiste : normalien, agrégé de chimie en 1966, attaché de recherches au CNRS en 1967, docteur ès sciences en 1970, chargé de recherches au CNRS en 1970 et chercheur associé à l’Université Cornell (USA) et à l’Université Western Ontario (Canada), et en 1974 (à 32 ans), professeur de chimie à la faculté des sciences de Paris et à Polytechnique.

Ce fut fort de ce "statut" d’universitaire qu’il s’engagea en 1977 en politique. Il faut noter qu’il est assez rare qu’un scientifique s’engage ainsi en politique (et encore plus de ce côté-ci de l’échiquier). En effet, Alain Devaquet s’engagea au RPR, par adhésion à l’homme Jacques Chirac qui, le 25 mars 1977, a conquis la mairie de Paris contre les espérances giscardiennes.

L’engagement d’Alain Devaquet se concrétisa de deux manières complémentaires : implantation électorale à Paris et responsabilité au sein de l’appareil du RPR. À partir de 1978, il fut membre du conseil politique et membre du comité central du RPR (en février 1990, il fut membre du bureau politique du RPR).

En mars 1978 (à 35 ans), il fut élu député de Paris, jusqu’en juin 1981 où il fut battu par le socialiste Georges Sarre (qui a obtenu 54,2% contre 45,8% à Alain Devaquet). En 1979, Alain Devaquet a succédé brièvement à Jérôme Monod comme secrétaire général du RPR (présidé par Jacques Chirac) avant de céder la place à Bernard Pons. Après son échec aux élections législatives de juin 1981, il fut chargé de mission auprès du maire de Paris entre 1981 et 1983. Ensuite, il fut élu conseiller de Paris à partir de mars 1983, adjoint au maire de Paris, maire du 11e arrondissement de Paris de mars 1983 à juin 1995 et aussi vice-président du conseil régional d’Île-de-France.en charge des affaires scolaires et universitaires de la région. Il fut également le conseiller scientifique de Jacques Chirac pendant une longue période.

Dans le programme du RPR pour les élections législatives du 16 mars 1986, intitulé "Libre et responsable" et reprenant le courant néolibéral en vogue aux États-Unis et au Royaume-Uni, Jacques Chirac avait annoncé aux Français une grande réforme des universités en leur promettant plus d’autonomie. C’était donc assez logique que cette réforme fût attribuée à un universitaire qui connaissait bien ce milieu.

Le 20 mars 1986, Alain Devaquet fut donc nommé dans le premier gouvernement de la cohabitation, une cohabitation très conflictuelle entre François Mitterrand et Jacques Chirac, comme Ministre délégué auprès du Ministre de l’Éducation nationale chargé des Universités et de la Recherche. Son ministre de tutelle était donc le centriste René Monory qui ne connaissait pas beaucoup le milieu universitaire. Cependant, Alain Devaquet n’aurait voulu être que Ministre de la Recherche et l’organisation du système universitaire n’était pas sa passion.

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L’objectif de la nouvelle majorité fut d’abroger la loi n°84-52 du 26 janvier 1984 sur l’enseignement supérieur (loi Savary). Le Premier Ministre Jacques Chirac avait fixé les lignes générales dans son discours de politique générale le 9 avril 1986 devant les députés : « Dans l’enseignement supérieur, le principe d’autonomie doit être définitivement concrétisé tant à l’entrée, au moment de la sélection des étudiants, qu’à la sortie, au moment de la délivrance des diplômes. L’autonomie doit aller de paire avec un allègement des structures universitaires (…). Cette rénovation de l’université suppose l’engagement sans réticences de tous les enseignants et chercheurs de l’enseignement supérieur. ». En oubliant de mentionner les IATOS (autre personnel de l’université) et les étudiants…

L’autonomie et la sélection, deux mots qui allaient forcément faire réagir les syndicats étudiants de gauche (UNEF-SE et surtout, UNEF-ID). Au contraire, l’UNI (de droite) n’a cessé de vouloir peser pour renforcer ces deux principes.

Le gouvernement allait nécessairement à l’affrontement mais très peu d’observateurs l’ont imaginé. Ainsi, excellente et expérimentée observatrice de la vie politique, Michèle Cotta a avoué dans ses Cahiers qu’elle n’avait pas du tout anticipé les mouvements étudiants de l’automne 1986 : « Pour Chirac, le danger arrive d’où on ne l’a pas vu venir. Au milieu des attentats, dans l’atmosphère suspicieuse de la cohabitation, la réforme des universités présentée par Alain Devaquet était jusqu’à présent passée inaperçue. Son approbation par le conseil des ministres [du 11 juillet 1986] n’avait pas suscité de commentaires. (…) Et puis, d’un coup, voilà les étudiants dans la rue, contre le gouvernement, contre René Monory (…), et contre (…) Alain Devaquet. » (24 novembre 1986).

La rédaction du projet de loi fut ballottée entre, d’une part, les "ultras" qui trouvaient que le texte n’allait pas assez loin, en particulier l’ancien ministre Jean Foyer (1921-2008) et surtout, le recteur Yves Durand (1932-2004), conseiller à Matignon pour l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche entre 1986 et 1988 et dirigeant de l’UNI, et, d’autre part, les "modérés" qui voyaient venir les ennuis politiques et l’affrontement. Non seulement le projet remettait en cause la loi Savary mais aussi la loi n°68-978 du 12 novembre 1968 sur l’enseignement supérieur (loi Faure) qui avait été précisément adoptée à l’initiative du ministre Edgar Faure à la suite du mouvement de Mai 1968.

Le texte proposait trois grandes "révolutions" : d’abord, il laissait l’autonomie des universités notamment sur le montant des frais de scolarité (encadré) ; ensuite, l’accès au premier cycle restait ouvert aux bacheliers mais avec des conditions d’accès fixées par les universités elles-mêmes ; enfin, l’autonomie portait aussi sur la pédagogie et les diplômes des universités, rompant avec le principe des diplômes nationaux. Peu libre du contenu de son projet de loi et conscient de la réaction des étudiants, Alain Devaquet a tenté de négocier en affirmant que les décrets d’application adopteraient une interprétation douce du texte final.

Concrètement, les étudiants ont commencé rapidement à réagir et à s’organiser dès la rentrée universitaire de 1986. Leur cible, Alain Devaquet, protégé de Jacques Chirac. Cela a donné des slogans comme : "Devaquet, si tu savais…". De nombreux militants étudiants ont ensuite entamé une carrière politique au sein du PS, comme Philippe Darriulat, Isabelle Thomas, ou encore David Assouline, devenu sénateur en septembre 2004, qui a raconté qu’il avait "affronté" Alain Devaquet lors d’une émission "Apostrophes", en 1987 : « Au cours du débat, Devaquet m’a nommé deux fois David Oussekine, à deux reprises. Il était réellement très affecté. » ("Libération" du 21 juillet 1999).

La première grande manifestation a eu lieu le 23 novembre 1986 à Paris après un appel à la grève générale lancée à la Sorbonne la veille. 200 000 étudiants y ont participé. L’écho médiatique fut très important et a amorcé des manifestations partout en France les jours qui ont suivi. Une autre journée de mobilisation le 27 novembre 1986 a impliqué près d’un million d’étudiants dans tout le pays. Jacques Chirac n’a pas voulu fléchir et a poursuivi la procédure législative du texte (discussion au Palais-Bourbon après adoption au Sénat).

Une nouvelle journée de grande mobilisation a eu lieu le 4 décembre 1986, avec de la violence provenant tant de certains manifestants que de la police (notamment sur l’Esplanade des Invalides à Paris). Plusieurs dizaines de blessés furent à déplorer. Le lendemain, René Monory a décidé de reprendre l’initiative du texte, Alain Devaquet ayant été totalement dépassé depuis plusieurs jours. C’était clair que le mouvement étudiant était initié par des militants politiques proches du PS et qu’ils avaient des objectifs de récupération politique. En face, ce n’était pas mieux et les expressions malheureuses étaient également lancées, comme le "sida mental" balancé par Louis Pauwels dans "Le Figaro Magazine".

Une nouvelle manifestation s’est déroulée le 5 décembre 1986. Là encore, des affrontements entre casseurs et forces de l’ordre ont eu lieu. Dans la nuit, Malik Oussekine, un étudiant de 22 ans qui n’avait rien à voir avec ce mouvement (il sortait d’un club de jazz), s’est fait poursuivre par des policiers voltigeurs qui l’ont ensuite roué de coups dans un hall d’immeuble de la rue Monsieur-le-Prince jusqu’à en mourir.

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La mort d’un étudiant donna une tournure nouvelle tant du projet Devaquet que de la cohabitation. Effondré, Alain Devaquet a immédiatement donné sa démission. Le 6 puis le 7 décembre 1986, des manifestations silencieuses en hommage à Malik Oussekine furent organisées, avec plusieurs centaines de milliers de personnes. À son enterrement aussi le 10 décembre 1986. En face, le Ministre délégué à la Sécurité Robert Pandraud (1928-2010) a réagi de manière odieuse dans "Le Monde" : « La mort d’un jeune homme est toujours regrettable, mais je suis père de famille, et si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais de faire le c@n la nuit. » (7 décembre 1986).

Au sein du gouvernement, les positions furent assez tendues. Le Ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, soucieux de l’ordre public, était plutôt favorable à la négociation avec les étudiants pour désamorcer la tension (mais ne voulait pas un retrait du texte, quitte à dénaturer complètement le texte en le vidant). René Monory, au contraire, voulait maintenir le texte, considérant que la loi ne devait pas être dictée par la rue. Quant à François Léotard, pourtant favorable au principe énoncé dans le texte, il proposait carrément le retrait du texte dès lors qu’il divisait trop profondément les Français.

Après deux jours de tergiversations et encouragé par Édouard Balladur (selon Michèle Cotta qui le considérait comme un véritable "Premier Ministre bis"), Jacques Chirac décida le 8 décembre 1986 de retirer le projet Devaquet. Jacques Valade succéda à Alain Devaquet au gouvernement. Le bataillon des voltigeurs fut rapidement dissous. Les deux voltigeurs auteurs des coups ayant entraîné la mort de Malik Oussekine n’ont été condamnés le 27 janvier 1990 qu’à quelques années de prison avec sursis et à des sanctions disciplinaires.

Le Président François Mitterrand profita de cet échec pour enfoncer le clou dès le 9 décembre 1986 sur Europe 1, exprimant sa proximité avec les préoccupations des étudiants. Le drame hypothéqua sérieusement les chances de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1988 face à François Mitterrand, en raison d’un affrontement beaucoup plus large, tant idéologique (notamment contre la réforme du code de nationalité) que sociologique (le gouvernement était perçu contre "les jeunes").

Alain Devaquet continua discrètement sa carrière politique parisienne, en se faisant réélire maire du 11e arrondissement en mars 1989. Il fut battu au second tour des élections municipales du 18 juin 1995 dans le 11e arrondissement par Georges Sarre qui a obtenu 54,2% contre 45,8% à Alain Devaquet qui, devenu simple conseiller de Paris, fut nommé adjoint au maire de Paris chargé des droits de l’homme jusqu’en mars 2001. Il fut par ailleurs réélu député de Paris de mai 1988 à juin 1997 et laissa sa circonscription à Corinne Lepage (qui fut battue le 1er juin 1997 par le socialiste Patrick Bloche). Alain Devaquet fut ensuite nommé par Jacques Chirac chargé de mission à l’Élysée entre 1997 et 2002.

Un article d’Alain Auffray a décrit l’activité politique d’Alain Devaquet après sa démission, dans "Libération" le 21 juillet 1999 : « L’éphémère ministre délégué (….) a disparu de la scène politique. Il trouve que c’est très bien ainsi. À l’   Élysée, [il] conseille le Président sur la recherche et les nouvelles technologies. ». Cet article a relaté la réflexion d’un élu parisien à son sujet : « Il est de ceux qui aiment laisser entendre que les clivages politiques sont artificiels. Il aime que les gens de gauche l’apprécient. » (à une époque où Jean Tiberi était maire de Paris et le Premier Ministre Lionel Jospin).

L’épilogue, ce fut l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy qui, dès les premières semaines de son quinquennat, s’est attelé à faire la réforme des universités menée par la ministre Valérie Pécresse, la loi n°2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités (loi Pécresse), leur donnant une autonomie financière qui leur a permis de se réoxygéner et que personne n’a voulu remettre en cause par la suite (pas même François Hollande). Alain Devaquet avait au moins vingt ans d’avance, mais n’était visiblement pas taillé pour le rude combat politique (par exemple, juste avant la manifestation du 27 novembre 1986, il avait dit qu’il attendait de voir l’ampleur de la manifestation pour prendre sa décision de continuer ou pas son projet !).

Sur ces lointaines traces, le Président Emmanuel Macron pose maintenant ses propres pas pour en finir avec ce qu’est devenu le système universitaire au premier cycle, à savoir une véritable loterie nationale, donnant l’accès de certaines filières à des étudiants qui ne continueraient pas et le refusant à d’autres plus méritants, pour de stupides raisons …de hasard. Le sujet reste cependant ultra-sensible, même si les générations ont changé, et Jean-Luc Mélenchon, après la réforme du code du travail, a flairé un bon thème de remobilisation des contestataires…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 janvier 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alain Devaquet.
Jacques Chirac.
Jérôme Monod.
Le premier gouvernement de la cohabitation.
René Monory.
Édouard Balladur.
Charles Pasqua.
François Léotard.
La France est-elle un pays libéral ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180119-alain-devaquet.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/alain-devaquet-vingt-ans-d-avance-200864

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/01/22/36069643.html



 

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14 décembre 2017 4 14 /12 /décembre /2017 04:36

« [À l’UMP], il a déjà repéré son prochain poulain. Il n’a pas quarante ans, une ambition dévorante, un goût de la provocation qui se lit sur son visage. Il s’appelle Laurent Wauquiez. (…) Le garçon a déjà une belle carrière derrière lui (…). Mais il veut davantage, aller plus vite, rejoindre le cercle fermé des présidentiables. (…) Laurent Wauquiez choisit de se vouer corps et âme à ce "nouveau populisme chrétien" que Patrick Buisson encense dans les colonnes du "Monde". » (Ariane Chemin et Vanessa Schneider, "Le mauvais génie de Nicolas Sarkozy", éd. Fayard, paru le 18 mars 2015).


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L’ancien ministre Laurent Wauquiez n’a jamais été ma tasse de thé, à cause de son arrivisme, de son carriérisme, de ses retournements de veste idéologiques, de son extrémisme contre la protection sociale ou contre l’immigration, son populisme anti-élite alors qu’il fait partie lui-même de l’élite, de son illisibilité sur la politique européenne, et je crois pouvoir dire que sauf situation exceptionnelle (je ne sais pas ce que l’avenir réservera aux Français), je ne serais jamais tenté de voter pour lui dans une élection nationale. Je pourrais ajouter prudemment "le cas échéant", c’est-à-dire, dans le cas où Laurent Wauquiez serait candidat à une élection nationale, mais cette perspective paraît presque certaine.

Encore plus certaine depuis ce dimanche 10 décembre 2017 vers 20 heures. Je n’apprécie pas Laurent Wauquiez, mais il faut reconnaître que son élection à la présidence du parti Les Républicains dès le premier tour a été un grand succès. Ce succès pourrait n’être que provisoire, mais il est un bon départ pour relancer la "machine".

Pourquoi ? Parce que le problème de Laurent Wauquiez, c’était de montrer qu’il était "bien" élu. Or, face à des candidats nains médiatiques (mais peut-être plein d’avenir malgré tout), Laurent Wauquiez était considéré comme inéluctablement vainqueur sans combat et le risque était évidemment la démobilisation. Il n’en a rien été.

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En effet, près 100 000 adhérents de LR ont pris part au vote (électronique). Sur ces exactement 99 597 votants, 73 554 se sont reportés sur la candidature de Laurent Wauquiez, soit 74,6% des suffrages exprimés. Cela signifie trois choses : 1° la mobilisation a eu lieu, et une mobilisation plutôt du côté de l’opposition que de la bienveillance par rapport au gouvernement actuel, 2° l’élection de Laurent Wauquiez est large (trois quarts des votants environ), plus large que l’élection de Nicolas Sarkozy le 29 novembre 2014 (64,5%), mais 3° pas trop large non plus.

Rien à voir avec les dictatures communistes du siècle dernier. Il n’a pas fait 90%, ce qui était pourtant possible, car ses deux adversaires, courageux et combatifs, ont mené une bonne campagne : Maël de Calan sur les idées, a obtenu 9,3%. Florence Portelli sur le militantisme en général, a gagné la deuxième place avec 16,1%. Ces deux scores sont très honorables. Des deux, il est probable que Maël de Calan ira le plus loin car il a tout du leader politique, des convictions et de l’ambition, mais il est peu probable que son épanouissement politique passe par ce parti LR.

Pour un parti effondré, dévasté par les défaites, que 100 000 de ses membres se mobilisent est un grand succès. Pour un parti en décomposition, la décomposition reste encore assez marginale. On pourrait toujours reporter ce nombre aux 234 556 adhérents à jour de cotisation, c’est-à-dire 42,5% de participation, mais c’est très élevé déjà en temps normal. Il suffit de se tourner vers le PS pour définir ce qu’est un parti en lambeaux : avant l’explosion nucléaire de la primaire de janvier 2017, il y avait à peine autant d’adhérents au PS que d’électeurs réels de Laurent Wauquiez.

Et les comparaisons sont toujours mortifères. À La République En Marche (LREM), il n’y a eu que 800 "électeurs" du conseil national (une grande majorité de cooptés et les autres tirés au sort ; 800 ou 80 000, cela n’aurait rien changé au caractère non démocratique) pour désigner à main levée (caractéristique hautement antidémocratique !) l’unique candidat Christophe Castaner à sa tête. Un seul candidat aussi pour la présidence du MoDem, l’autre parti de la majorité, où François Bayrou "rempile" pour un nouveau mandat, au congrès des 16 et 17 décembre 2017.

Quant au Front national ou à France insoumise, les deux leaders Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon se sont autodésignés avec une démocratie interne fortement discutable (au point que Florian Philippot, pour l’un, l’a quitté). Pas sûr qu’un adversaire masochiste viendrait s’opposer à l’ancienne candidate à l’élection présidentielle lors du prochain congrès du FN.

Déjà, certains responsables ou cadres locaux de LR, pourtant pas particulièrement épris de Laurent Wauquiez, ont avalé leur salive et pensent pouvoir repartir avec ce dernier pour reconquérir le pouvoir. Laurent Wauquiez pourrait en effet se dire que même s’il est clivant, même s’il n’est pas apprécié par les "anciens", même s’il est très changeant sur le plan des idées (c’est la caractéristique des "leaders" au long cours), il a franchi la première étape : première étape de relance du parti LR comme force d’opposition, et surtout, première étape de sa propre ambition désormais dans la cour des grands. Il l’avait d’ailleurs largement évoqué pendant sa campagne interne, son seul adversaire, c’est Emmanuel Macron lui-même !

Laurent Wauquiez ne manque pas d’atouts. Son expérience, son intelligence et son jeune âge (débutant la quarantaine alors que ses plus grands concurrents ont déjà bien entamé la cinquantaine) sont une évidence. Son parti qu’il contrôle désormais totalement est aussi un parti de renouvellement : beaucoup de nouveaux jeunes élus, non seulement locaux, mais aussi parlementaires (certains élus en juin 2017 n’ont pas 30 ans !). Ce vivier est "vierge" de toute fidélité : ce sera la génération Wauquiez. Il va se choisir une direction LR à sa couleur, parmi ces jeunes pousses. Le renouvellement va donc être très fort, à mesure que les "vieux" leaders désertent leur parti voire la vie politique elle-même (il y en a tellement qu’il serait laborieux de les énumérer).

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Après Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, voici donc Laurent Wauquiez, pour encore deux ou trois décennies. C’est en tout cas ce qu’il doit se dire. Et pourtant, il a aussi des handicaps. Le premier, c’est son absence de conviction. Passer de la démocratie-chrétienne à une sorte de protectionnisme national, c’est un grand écart élastique. Pourtant, les deux leaders cités en comparaison ont eu aussi ce même genre d’élasticité, mais ils ont aussi montré dans certaines conditions leur colonne vertébrale idéologique : refus total de l’extrême droite pour l’un, libéralisation de l’économie pour l’autre.

Le deuxième handicap, c’est que, contrairement aux deux précédents, Laurent Wauquiez n’a pas le même liant : ni l’amour des gens de Chirac, ni l’humour convivial de Sarkozy qui permettaient à leurs opposants internes de les rejoindre malgré tout. D’une certaine manière, Jean-François Copé est beaucoup plus liant que Laurent Wauquiez (Jean-François Copé qui aurait rencontré discrètement Emmanuel Macron en novembre 2017 !). Son ton est souvent dur, et ses méthodes sont brutales et autocratiques, souvent basées sur la contrainte, le chantage, le rapport de forces. Charisme très faible.

Le troisième handicap est le principal, car les deux autres sont évolutifs : on peut se doter de vraies convictions sur le tard et se trouver un comportement plus rassembleur humainement (c’était le cas de François Mitterrand). Ce troisième handicap, c’est de maintenir la cohésion de LR dans une époque folle où près de deux sympathisants LR sur trois avoueraient dans les sondages être satisfaits de Président Emmanuel Macron et du Premier Ministre Édouard Philippe qui vient de LR. C’est cela le paradoxe : le pouvoir actuel fait du LR sans LR ! Même Nicolas Sarkozy est fasciné par Emmanuel Macron.

Du coup, le succès du dimanche a été éclipsé dès le lendemain. Alors que Laurent Wauquiez était l’invité du journal de 20 heures sur TF1 le 11 décembre 2017, au même moment, sur la chaîne concurrente, sur France 2, le président du conseil régional des Hauts-de-France Xavier Bertrand a annoncé qu’il quittait "définitivement" Les Républicains parce que Laurent Wauquiez ne correspondait pas à ses idées.

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Partir sur l’arrivée d’une personne à sa tête n’est pas très pertinent : ils ont cohabité dans le même parti depuis quinze ans, et dans le même gouvernement pendant plusieurs années. Il aurait été plus judicieux de claquer la porte de LR sur des faits, sur des actes, sur des prises de position sur l’Europe par exemple, et pas seulement sur un "délit de sale gueule". Xavier Bertrand n’a jamais caché sa volonté d’être candidat à l’élection présidentielle de 2022 coûte que coûte, mais il l’avait déjà dit pour 2017. Velléitaire ?

Reste à savoir ce que feront Valérie Pécresse et Christian Estrosi (que certains journalistes qualifient maintenant de "centriste", en oubliant les déclarations sur la "cinquième colonne" !). Et aussi Alain Juppé qui aurait une grande difficulté de quitter formellement LR alors qu’il en a été le seul réel fondateur (un peu comme si Jean-Marie Le Pen était hors du FN… ah ben si, en fait !). Certains évoquent déjà le transfuge de Maël de Calan vers LREM dont les talents seraient de toute façon nettement mieux exploités. Jean-Pierre Raffarin a déclaré le 11 décembre 2017 qu’il serait vigilant avec Laurent Wauquiez (on se demande pourquoi il n’a pas quitté LR dès 2008 !), et Gérard Larcher a déclaré le 12 décembre 2017 qu’il a fait le choix de rester à LR mais il s’était posé la question. On voit bien qu’il y a un trou énorme entre LREM et LR et cela ne risque pas d’être comblé par Agir (le pseudo-parti des LR macronistes).

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Il sera intéressant à scruter la composition du nouveau secrétariat national de LR, qui, comme le bureau politique, sera entièrement renouvelé. Le secrétaire général sortant, Bernard Accoyer, ancien Président de l’Assemblée Nationale, a déjà déclaré sur LCP le 12 décembre 2017 qu’il quitterait l’équipe pour laisser place aux plus jeunes.

Ce mercredi 13 décembre 2017 au siège de LR, avec son ton saccadé habituel, Laurent Wauquiez a présenté à la presse son nouveau bureau politique, composé de 15 membres d'une moyenne d'âge de 43 ans. La première vice-présidente est Virginie Calmels. Guillaume Peltier et Damien Abad sont les deux autres vice-présidents. Annie Genevard (secrétaire générale adjointe sortante) est nommée secrétaire générale de LR, Geoffroy Didier secrétaire général délégué à la communication, et il y a six secrétaires généraux adjoints dont Julien Aubert et Valérie Boyer, et trois porte-parole. Daniel Fasquelle reste trésorier.





Parmi les futurs leaders, on peut imaginer l'influence par exemple de Guillaume Larrivé (au nom prédestiné !), très ambitieux, et bien sûr, le nouveau bras droit (je n’ai pas su féminiser l’expression !) de Laurent Wauquiez, "pêché" à Bordeaux, Virginie Calmels dont l’inexpérience politique pourrait d’ailleurs lui être très dommageable.

La dernière bourde de Virginie Calmels le 11 décembre 2017, c’était sa déclaration pour dire que « pour le moment », il n’était pas question d’alliance avec le FN. Le "pour le moment" est terrible car ce lapsus confirme inconsciemment l’arrière-pensée qu’on imagine aisément chez Laurent Wauquiez : il n’y a jamais eu d’alliance avec le FN et en disant "pour le moment", elle a laissé entendre que dans le futur, il y en aurait peut-être. Ce point est essentiel pour la cohésion de LR : au moindre doute, la plupart des "anciens" leaders quitteraient LR.

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Tout l’avenir de ce parti dépendra bien entendu du "corpus" idéologique et programmatique qui habillera LR à la sauce Wauquiez, avec deux options.

Ou Laurent Wauquiez, fort de sa légitimité incontestable, se recentrera pour retrouver la position habituelle de l’ancienne UMP, avec le problème de la concurrence de LREM, mais cela préservera la cohésion d’un parti qui se dit encore "de droite et du centre" (alors que Laurent Wauquiez ne cesse, encore ce 10 décembre 2017, de parler de droite, de droite, de droite). Et dans ce cas, Laurent Wauquiez adoptera une stratégie pour gagner un second tour à l’élection présidentielle (misant sur l’échec du quinquennat d’Emmanuel Macron).

Ou Laurent Wauquiez, fidèle à ses déclarations depuis plusieurs années, continuera à mener LR dans une idéologie de droite musclée, brutale, extrême, dans le seul but de "voler" les électeurs du FN. Ce repli identitaire, souhaité par Patrick Buisson, le rendra plus crédible et plus acceptable que Marine Le Pen, enlisée dans ses propres incompétences, et lui permettra sans doute d’atteindre le second tour d’une élection présidentielle. Ce sera alors une stratégie de premier tour d’élection présidentielle, mais avec un fort risque d’être dans l’incapacité de rassembler une majorité absolue de Français au second tour. Et aussi avec le risque de faire de LR qu’un simple groupuscule de droite identitaire.

Dans tous les cas, Laurent Wauquiez aura besoin d’un baptême du feu national. Et quel meilleur baptême que la tête de liste aux élections européennes de mai 2019, avec le retour aux listes nationales ? Mais pour cela, il va lui falloir proposer clairement aux Français son projet européen. Pour l'instant, son adversaire a un temps d'avance


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 décembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les Républicains en ordre de marche ?
Résultats détaillés de l’élection du président de LR le 10 décembre 2017.
L’élection du président de l’UMP le 29 novembre 2014.
Le retour aux listes nationales pour les européennes.
Mathématiques militantes.
Laurent Wauquiez.
Rapport de refondation de la droite du 7 novembre 2017 (à télécharger).
Les Républicains en pleine introspection.
Les Républicains, parti des expulsions.
La primaire LR de novembre 2016.
François Fillon.
Alain Juppé.
Nicolas Sarkozy.
François Baroin.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Raffarin.
Xavier Bertrand.
Valérie Pécresse.
Jean-François Copé.
Nathalie Kosciusko-Morizet.
Bruno Le Maire.
Édouard Philippe.
La relance de l’Europe à la Sorbonne.
Emmanuel Macron.
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.


_yartiLR2017B01





http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171210-les-republicains.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-republicains-en-ordre-de-199658

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/12/14/35953808.html




 

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10 décembre 2017 7 10 /12 /décembre /2017 19:33

Lors du premier tour de l'élection internet à la présidence du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez a obtenu 73 554 voix soit 74,64% des adhérents (élu) contre 15 876 voix soit 16,11% à Florence Portelli (filloniste) et 9 113 voix soit 9,25% à Maël de Calan (juppéiste). La participation fut plutôt élevée avec 99 597 votants, soit 42,46% des 234 556 adhérents LR à jour de cotisation. Il y a eu 1 054 bulletins blancs et donc 98 543 suffrages exprimés.

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170526-wauquiez.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20171210-election-presidence-lr.html

 

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8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 03:50

« L’ancien ministre promène sa parka rouge, bien visible pour les caméras de télévision, de défilé et en défilé. Le conseiller salue la performance. Entre ces deux-là, une alliance est scellée, pleine de doubles fonds et d’arrière-pensées, comme toujours avec Patrick Buisson. » (Ariane Chemin et Vanessa Schneider, "Le mauvais génie de Nicolas Sarkozy", éd. Fayard, paru le 18 mars 2015).


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L’actuel président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez se présente à la présidence de son parti Les Républicains (LR), et probablement, il sera élu dès le premier tour ce dimanche 10 décembre 2017, car il est très populaire parmi les militants LR. Adepte d’une droite dure, refusant obstinément d’appeler clairement à voter pour Emmanuel Macron contre Marine Le Pen (au contraire du candidat François Fillon), Laurent Wauquiez rêve avant tout de lui, rêve d’atteindre le Graal de la politique française, l’Élysée.

Certes, l’élection d’Emmanuel Macron, à 39 ans, lui a donné un petit coup de vieux, lui qui a déjà 42 ans (donc 47 ans en 2022), mais il est sans doute le plus en mesure d’être le rescapé de cette vague de "dégagisme" qui a emporté la grande majorité de la classe politique d’avant 2017 : tous ses concurrents sont bien plus âgés que lui. De plus, en devenant le président d’une des régions les plus prospères de France, il est un élu majeur des "territoires".

Revenons à son ascension exceptionnelle. D’abord, il a suivi de très brillantes études : le lycée Louis-le-Grand, puis le lycée Henri-IV à Paris, Normale Sup., premier à l’agrégation d’histoire (1997), après une maîtrise d’histoire (mémoire sur "Le Flambleau des Mille et une nuits et l’Orient des Lumières, 1704-1798"), puis l’IEP Paris (1998), un DEA de droit public (1999) et enfin, l’ENA, sorti major en 2001 (promo Mandela !) et choisissant le Conseil d’État. Bref, un parcours typique de la méritocratie républicaine sous la Ve République, avec un petit côté cracheur dans la soupe lorsque qu’on s’en prend aux "zélites".

Son parcours politique est aussi brillant que ses études. Il a commencé dès 1997 en faisant un stage auprès du maire d’Yssingeaux, président du conseil général de Haute-Loire et Ministre des Affaires sociales, le centriste Jacques Barrot, élu député depuis longtemps dans ces terres près du Puy-en-Velay. Peut-être par ce premier contact avec la politique par la voie centriste, le jeune Laurent Wauquiez s’est montré centriste et soucieux des questions sociales.

Au début de sa carrière politique, il a même essayé de se présenter dans une sorte de parrainage avec Sœur Emmanuelle, parce qu’il avait passé son stage de l’ENA à l’ambassade de France au Caire. Le centrisme, il l’a aussi "pratiqué" dans l’un de ses premiers travaux de haut fonctionnaire (auditeur au Conseil d’État) à sa sortie de l’ENA, en 2003, comme l’un des rapporteurs de la Commission sur la laïcité présidée par le centriste Bernard Stasi qui a conclu à la nécessité d’interdire le voile islamique et tout autre objet pouvant faire penser à la religion dans le milieu scolaire.

Dès juin 2002, Jacques Barrot en a fait son "dauphin" en le plaçant comme suppléant dans sa circonscription qu’il a conquise de nouveau aux élections législatives de 2002. Jacques Barrot était encore loin de renoncer à son siège de député puisqu’il venait d’obtenir son bâton de maréchal en compensation à son ralliement à l’UMP : président du très pléthorique groupe UMP à l’Assemblée Nationale, plus nombreux que le groupe LREM en 2017 (365 sièges contre 308).

À l’issue des élections européennes du 13 juin 2004 et de la nomination d’une nouvelle Commission Européenne, Jacques Barrot a dû démissionner de son siège de député car il fut nommé Vice-Président de la Commission Européenne (chargé des transports puis de la justice) le 22 novembre 2004 par le Président Jacques Chirac (jusqu’au 31 octobre 2009).

Contrairement à ce qu’on a pu imaginer, Laurent Wauquiez n’est pas devenu député par cette simple démission. Il a fallu organiser une élection législative partielle et il fut élu député de Haute-Loire le 4 juillet 2004 au second tour avec 62,4% des voix, à l’âge de 29 ans. Il commença alors son implantation locale au Puy, dans le cadre d’un parachutage réussi, grâce à cette consécration électorale.

Constamment réélu dans d’excellentes conditions (58,1% dès le premier tour le 10 juin 2007 et 64,0% au second tour le 17 juin 2012), il resta député de Haute-Loire jusqu’au 19 juillet 2017 (il renonça à se représenter en juin 2017 à cause du cumul des mandats), il fut élu maire du Puy-en-Velay du 14 mars 2008 au 29 janvier 2016 et surtout, fut élu président du conseil régional de la nouvelle grande région Auvergne-Rhône-Alpes depuis 4 janvier 2016. C’est ce dernier mandat (local) qui lui assure paradoxalement une légitimité nationale, comme un grand ministre-président de Land allemand. À la tête de la région qu’il dirige d’une manière fort autocratique, selon certains témoignages, Laurent Wauquiez se voudrait le défenseur du peuple contre l’État, quitte à réduire les aides des demandeurs d’emploi en refusant des aides de l’État pour la formation professionnelle.

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Politiquement, ses préoccupations sociales ne furent que du vent. Son obsession, c’est sa carrière. Naturellement, Laurent Wauquiez s’est donc rapproché dès 2005 de Nicolas Sarkozy (devenu président de l’UMP) dans l’optique de l’élection présidentielle de 2007. Il a travaillé en 2004 pour François Fillon, alors Ministre de l’Éducation nationale, dans une mission parlementaire sur l’attribution des bourses pour les étudiants. François Fillon fut ensuite le responsable du programme présidentiel de Nicolas Sarkozy.

Dès 2005, Laurent Wauquiez fut affecté par Nicolas Sarkozy, au sein de l’UMP, auprès de Brice Hortefeux (un élu aussi d’Auvergne), alors secrétaire général délégué de l’UMP. Et dès le 21 septembre 2006, Laurent Wauquiez a sorti un livre de témoignage du jeune député arrivant au Palais-Bourbon ("Un Huron à l’Assemblée Nationale") : « Le Huron est un personnage inventé par Voltaire. Il arrive en France avec un œil neuf et amène le lecteur à remettre en question ses idées reçues. (…) Il a voulu secouer la poussière en détaillant, avec le regard décapant d’un jeune élu, le fonctionnement de la vie politique française avec ses absurdités, ses moments déconcertants et ses aspects attachants. Avec le style d’une autopsie, plein d’humour et d’anecdotes, il raconte pour la première fois la vie quotidienne d’un député. » (éditeur Privé).

Après l’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République, Laurent Wauquiez fut nommé membre des gouvernements de François Fillon dès l’âge de 32 ans, entre le 18 juin 2007 et 10 mai 2012 (pour l’anecdote, pendant ce temps, ce fut son suppléant, Jean-Pierre Marcon qui l’a remplacé à l’Assemblée Nationale, et qui est l’actuel président du conseil départemental de la Haute-Loire, depuis le 20 juin 2014).

Comme Porte-parole du gouvernement (du 18 juin 2007 au 18 mars 2008), Laurent Wauquiez a innové et a proposé la diffusion de sa conférence de compte-rendu du conseil des ministres, ce qui a accru sa notoriété. Rappelons que le Premier Ministre sortant Dominique de Villepin avait auparavant proposé que les séances du conseil des ministres fussent filmées et diffusées à la télévision (ce qu’aucun Président de la République n’aurait jamais accepté !).

Laurent Wauquiez a sans cesse "grimpé" dans la Sarkosie : Secrétaire d’État auprès de Christine Lagarde chargé de l’Emploi du 18 mars 2008 au 13 novembre 2010, Ministre délégué auprès de Michèle Alliot-Marie chargé des Affaires européennes du 14 novembre 2010 au 23 juin 2011, enfin, remplaçant Valérie Pécresse appelée au Budget, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche du 29 juin 2011 au 10 mai 2012. À l’Emploi, il a réalisé la fusion de l’ANPE et de l’ASSEDIC en créant Pôle Emploi en janvier 2009.

Parallèlement, son influence au sein de l’UMP n’a cessé de grandir. En mars 2010, il fut chargé avec NKM du projet de l’UMP pour l’élection présidentielle de 2012, mais il fut remplacé par Bruno Le Maire lorsque Jean-François Copé fut désigné secrétaire général de l’UMP en 2010.

Après avoir créé en 2008 son micro-parti (Nouvel oxygène), Laurent Wauquiez a créé en avril 2010 un courant au sein de l’UMP appelé "La Droite sociale" (qui a regroupé une cinquantaine de parlementaires UMP), qui n’a de "social" que le mot (visiblement, il est un adepte de la méthode Coué). Laurent Wauquiez a voulu bâtir sa notoriété sur ses préoccupations sociales alors qu’il a toujours exprimé des propos volontairement antisociaux.

Ainsi, Laurent Wauquiez a fustigé les « dérives de l’assistanat » considéré comme « le cancer de la société française » le 8 mai 2011 sur BFM-TV, provoquant la polémique. Or, cette polémique lui a été favorable, peut-être pas sur le fond (car le modèle social français jouit d’un relatif consensus national) mais sur la forme : on sait que les provocations ont toujours le but de faire accroître la notoriété.

Après l’échec de l’UMP de 2012, "La Droite sociale" a réussi un beau score lors du congrès du 18 novembre 2012 sur fond de déchirures entre copéistes et fillonistes, avec sa motion qui a recueilli 21,7% des militants de l’UMP, soit en deuxième place derrière "La Droite forte". Dans le duel fratricide de l’UMP, il ne s’est pas beaucoup "mouillé", même s’il a soutenu François Fillon au point d’être son éventuel vice-président en cas d’élection (aux côtés de Valérie Pécresse candidate au poste de secrétaire générale). Malgré l’échec de François Fillon et la victoire autoproclamée de Jean-François Copé, il fut finalement désigné vice-président de l’UMP en janvier 2013.

Sur le fond, la stratégie de Laurent Wauquiez est assez simple à comprendre : il veut obtenir l’adhésion des classes moyennes (ce qui a fait cruellement défaut à Nicolas Sarkozy en 2012), et cela en fustigeant non pas les plus riches, mais paradoxalement les plus pauvres, ceux qui ne travaillent pas et qui reçoivent des aides sociales !

Ainsi, malgré son soutien au TCE en 2005, il s’est montré de plus en plus eurosceptique et a défendu l’idée d’un protectionnisme européen (fermer les frontières économiques hors de l’Europe). Dans le cadre de la campagne des élections européennes de 2014, Laurent Wauquiez a réclamé la sortie de la France de l’Espace de Schengen et le retour à une Europe des Six (dans son livre très démagogique "Europe, il faut tout changer" publié le 3 avril 2014).

Laurent Wauquiez considèrait que taper sur l’Europe est un moyen de gagner l’adhésion des classes moyennes. Quelques mois avant sa mort, son ancien mentor Jacques Barrot, chaud partisan de la construction européenne et pleurant même d'émotion lors de l’attribution du Prix Nobel de la Paix le 12 octobre 2012 à l’Union Européenne, fut scandalisé par tant de simplifications : « L’Union Européenne mérite mieux que ce livre inspiré par je ne sais quel populisme en cours aujourd’hui. On y trouve tous les ingrédients qui nous renvoient au siècle dernier avec un protectionnisme qui a montré ses limites en attisant la peur de l’autre. » ("Les Échos").

Parallèlement, Laurent Wauquiez a fortifié son image de "droite dure" en s’opposant frontalement en 2013 au mariage homosexuel et en prenant la tête des défenseurs des racines chrétiennes de la France, combat d’autant plus crédible qu’il était maire du Puy-en-Velay (réélu triomphalement avec 69,8% dès le premier tour le 23 mars 2014), l’une des villes de départ du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Ce n’est donc pas un hasard si, après sa déception au sujet de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson a trouvé en Laurent Wauquiez un nouvel espoir pour incarner sa propre idéologie de droite extrême : « [À l’UMP], il a déjà repéré son prochain poulain. Il n’a pas quarante ans, une ambition dévorante, un goût de la provocation qui se lit sur son visage. Il s’appelle Laurent Wauquiez. (…) Le garçon a déjà une belle carrière derrière lui (…). Mais il veut davantage, aller plus vite, rejoindre le cercle fermé des présidentiables. (…) Laurent Wauquiez choisit de se vouer corps et âme à ce "nouveau populisme chrétien" que Patrick Buisson encense dans les colonnes du "Monde". » (Ariane Chemin et Vanessa Schneider, "Le mauvais génie de Nicolas Sarkozy", éd. Fayard, paru le 18 mars 2015).

Nathalie Kosciusko-Morizet a aussi des mots très durs contre lui, le 5 décembre 2014 sur RTL : « On ne lutte pas contre le Front national sur le terrain du Front national. (…) Je pense que c’est une faute morale et politique de vouloir courir après. ».

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En septembre 2014, le retour politique de Nicolas Sarkozy lui a donné un atout formidable. En effet, face aux autres barons de l’UMP (François Fillon, Alain Juppé, Gérard Larcher, Valérie Pécresse, Bruno Le Maire, Jean-François Copé, Jean-Pierre Raffarin, Xavier Bertrand, François Baroin, etc.), Laurent Wauquiez ne faisait pas le poids : trop jeune (au point de se teindre les cheveux en blanc !), pas assez expérimenté (pas de poste ministériel régalien), et surtout, trop agaçant (sans liant ni convivialité, au contraire d’un Nicolas Sarkozy ou d’un Jean-François Copé capables de cliver mais capables aussi de rassembler, d’encourager, de remercier, de solliciter, etc.). Avec Nicolas Sarkozy comme protecteur, le voici propulsé, encouragé et aidé.

En effet, après la victoire interne de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP, Laurent Wauquiez fut d’abord nommé secrétaire général de l’UMP (puis de LR) le 5 décembre, jusqu’au 15 décembre 2015, en binôme avec Nathalie Kosciusko-Morizet, elle nommée à la vice-présidence déléguée. On voit bien que le "casting" de Nicolas Sarkozy était assez clair : un pas à droite et un pas à gauche, seul moyen de marcher.

Or, en raison des propos trop "indépendants" de NKM (préparant sa candidature à la primaire LR de novembre 2016), Nicolas Sarkozy s’est séparé de NKM le 15 décembre 2015 et l’a remplacée par Laurent Wauquiez devenu vice-président délégué (seul) puis (à partir du 29 novembre 2016) premier vice-président de LR. Laurent Wauquiez fut même président par intérim de LR du 23 août 2016 au 29 novembre 2016 lors de la campagne de la primaire LR, car Nicolas Sarkozy, candidat, a démissionné de la présidence de LR (poste qui est resté vacant depuis un an, jusqu’à cette élection interne de décembre 2017).

Soutenant Nicolas Sarkozy à la primaire LR, Laurent Wauquiez a pu ainsi être de plus en plus considéré comme son héritier politique et son dauphin. Ayant en charge la gestion de LR depuis trois ans, évidemment, il connaît donc très bien les cadres et les militants de ce parti, mieux que ses concurrents. Cela ne lui a pas fait que des amis puisque la plupart des autres dirigeants de LR ou de ses collègues au conseil régional sont très sévères contre son arrivisme en le traitant de nombreux qualificatifs : "Judas", "Tueur", "narcissique obsessionnel", "monarque napoléonien", "clientéliste", et même "Laval aux petits pieds" !

Bruno Le Maire a affirmé en juillet 2016 : « Laurent Wauquiez règne par la terreur ! ». Ce qui est au moins vrai au conseil régional où les élus même de la majorité le craignent pour ses chantages à la subvention. On le voit aussi dans sa manière de gérer la région en déléguant la protection de la nature aux associations de chasseurs au lieu d’aider la Fédération Rhône-Alpes de la protection de la nature, ou encore en voulant « fermer les formations fantaisistes comme celles des métiers du cirque et des marionnettistes », ce qui a montré une ignorance incroyable de l’importance des métiers culturels et du spectacle en France dans l’économie nationale.

Depuis l’échec très rude de LR à l’élection présidentielle et aux élections législatives de 2017, Laurent Wauquiez fait figure à la fois de renouvellement et d’espoir pour une partie de la droite française cassée en deux entre la tentation FN et la tentation LREM. Lors de sa cinquantaine de déplacements en France durant la campagne interne en automne 2017, Laurent Wauquiez n’a cessé de parler de la "droite" (en sautant comme un cabri) et cela en oubliant le "centre" alors que LR et l’UMP étaient à l’origine un rassemblement "de la droite et du centre".

Du reste, l’un de leader du centre, François Bayrou, n’a pas hésité à dire sur LCP le 7 décembre 2017 (dans "Question d’info") qu’il trouvait très sain que Laurent Wauquiez exprimât aussi franchement sa droite dure dans le paysage politique, car cela permettait une véritable clarification dans le paysage politique.

Celui qui n’a jamais caché des convergences idéologiques avec Marion Maréchal-Le Pen a toujours refusé, entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2017, d’appeler explicitement ) à voter pour le candidat Emmanuel Macron, en ne faisant que demander de voter contre Marine Le Pen. C’est ce refus de se positionner clairement et sans ambiguïté qui a scandalisé Valérie Pécresse (ce qu’elle a dit dans une longue interview publiée par "Le Monde" le 27 novembre 2017).

Dans "Libération", Laurent Joffrin avait raison lorsqu’il a écrit le 21 novembre 2017 : « Laurent Wauquiez récuse toute alliance avec Marine Le Pen. Il vient de répliquer vertement, par un non clair et net aux appels du pied effectués par la cheffe du Front national. S’il reprend les thèmes du FN, on l’aura remarqué, ce n’est pas pour rejoindre le FN. C’est pour lui piquer ses électeurs. Nuance… » (Lettre quotidienne).

En effet, il ne sert à rien de refuser une alliance entre LR et le FN si LR reprend systématiquement les idées du FN avec le risque que "l’original soit meilleur que la copie" (selon le bon mot de Jean-Marie Le Pen). C’est ce disque rayé de l’ultra-droite, déjà produit par Nicolas Sarkozy en début 2012 puis par Jean-François Copé en fin 2012, sous influence, eux aussi, de Patrick Buisson, qui mènera nécessairement "Les Républicains" dans une niche sans issue, en devenant un petit parti politique identitaire, comme le PS est en train de le devenir en 2017.

Ce dimanche 10 décembre 2017, après avoir rallié autour de lui Éric Woerth, Éric Ciotti, Brice Hortefeux mais aussi l’ex-juppéiste Virginie Calmels, Laurent Wauquiez aura face à lui Maël de Calan, proche du maire de Bordeaux Alain Juppé, et Florence Portelli, ancienne porte-parole du candidat François Fillon. Le suspens est à son comble…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 décembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Laurent Wauquiez.
Laurent Wauquiez et Marion Maréchal-Le Pen, même combat ?
Patrick Buisson.
Rapport de refondation de la droite du 7 novembre 2017 (à télécharger).
Les Républicains en pleine introspection.
Les Républicains, parti des expulsions.
La primaire LR de novembre 2016.
François Fillon.
Alain Juppé.
Nicolas Sarkozy.
François Baroin.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Raffarin.
Xavier Bertrand.
Valérie Pécresse.
Jean-François Copé.
Nathalie Kosciusko-Morizet.
Bruno Le Maire.
Édouard Philippe.
La relance de l’Europe à la Sorbonne.
Emmanuel Macron.
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.


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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170526-wauquiez.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/laurent-wauquiez-le-disque-raye-de-199482

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/12/08/35939452.html




 

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29 novembre 2017 3 29 /11 /novembre /2017 01:35

« M. Chirac est fascinant non par ce qu’il a de compliqué, mais par ce qu’il a de simple. Il est ambitieux. C’est tout. Sa vie, son travail, ses jeux, son argent, ses rêves, tout s’ordonne autour de cet objectif unique : réussir. Et, comme il a de la méthode, qu’il est raisonnablement intelligent et qu’il a le goût du travail, il va son chemin d’un pas élastique. » (Georges Suffert, "L’Express" du 11 janvier 1971, cité par Pierre Péan).


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Jamais il n’y a eu autant d’anciens Présidents de la Ve République que depuis mai 2017 : quatre. Parmi eux, il y en a un qui a quitté probablement "définitivement", sauf à de très rares exceptions, la vie publique : Jacques Chirac. Il a symbolisé pendant quarante ans (entre 1967 et 2007) la vie politique folle, au rythme accéléré, mais depuis une dizaine d’années, l’âge et la santé l’ont rattrapé, alors que le rythme de la vie politique est encore plus soutenu avec l’immédiateté des réseaux sociaux et de l’information continue. Ce mercredi 29 novembre 2017, le Président Jacques Chirac fête ses 85 ans. L’occasion de lui souhaiter un joyeux anniversaire.

Comme François Mitterrand, et plus que Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac est un personnage de roman politique. Durant toute sa vie politique, il s’est fait aimer ou détester, ou les deux à la fois. Il a commis des erreurs, beaucoup d’erreurs, mais il a eu aussi des coups de génie, il a fait aussi de grandes choses. La personnalité de son successeur direct l’a fait regretter alors qu’il sortait d’une grande impopularité. Aujourd’hui, il doit être probablement parmi les Présidents les plus appréciés des Français, peut-être parce qui lui-même a toujours aimé les Français (je précise que lorsque j’écris "les Français", il va sans dire que cela signifie "les Françaises et les Français", mais ici, ce n’est pas un discours).

Je propose à cette occasion une (pseudo-) "révélation" (déjà connue) et une "anecdote" (elle aussi déjà connue). Les livres mémoires sont souvent utiles à la compréhension du passé. Le passé lisse les faits, les glorifie ou au contraire les enlaidit, mais les témoignages multiples permettent de reconstituer les pièces du puzzle, parfois éparses.

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Lorsque le dimanche 21 avril 2002 à 20 heures, la France a appris que Jean-Marie Le Pen serait présent au second tour de l’élection présidentielle, certains, à droite, s’en sont réjouis : ils estimaient en effet que la victoire était désormais acquise alors qu’un second tour avec Lionel Jospin aurait été très difficile. Pourtant, le premier intéressé, Jacques Chirac, a été loin d’être dans la joie. Au contraire, il était effondré. Effondré à l’idée que l’extrême droite fût à un si haut niveau dans l’électorat français.

Cette réaction, elle aurait pu être feinte, être "proposée" aux médias pour montrer une certaine éthique, une certaine dignité du Président sortant prochainement réélu. Un témoignage tend au contraire à en garantir la sincérité. Il vient d’un personnage qui a eu peu d’estime, du moins politique, pour Jacques Chirac. Il s’agit de Patrick Buisson, qui fut le conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Élysée.

Dans son livre "La Cause du peuple" (éd. Perrin) sorti le 28 septembre 2016, Patrick Buisson a en effet rapporté qu’en 2002, François Baroin, fidèle chiraquien, aurait été chargé par Jacques Chirac de collecter les cinq cents parrainages nécessaires pour permettre la candidature de Bruno Mégret à l’élection présidentielle.

Bruno Mégret avait été longtemps le numéro deux du Front national, mais avait compris que Jean-Marie Le Pen, multipliant ses provocations oratoires, ne souhaitait pas conquérir le pouvoir (sa réaction spontanée, filmée par la caméra de Serge Moati, le 21 avril 2002, a montré son désappointement et sa stupeur !). Or, Bruno Mégret, délégué général du FN plein d’ambition, voulait au contraire bâtir une stratégie de conquête électorale du pouvoir. En décembre 1998, il a ainsi créé une scission, emmenant avec lui plus de la moitié des cadres et des élus du FN au sein de son Mouvement national républicain (MNR).

Pour la classe politique, la division Le Pen père/Mégret était une divine surprise pour en finir "définitivement" avec l’extrême droite en France. On a vu qu’à peine trois ans et demi plus tard, il n’en a rien été. Jacques Chirac, qui a toujours combattu l’extrême droite (l’un de ses rares combats sincères et constants), était inquiet de la possibilité d’une second tour avec Jean-Marie Le Pen et avait donc agi de manière à ce que l’extrême droite fût le plus possible divisée lors de l’élection présidentielle. Cela n’a pas suffi.

Cette volonté de combattre l’extrême droite était d’autant plus sincère qu’elle ne servait pas forcément ses intérêts électoraux. En effet, dans l’hypothèse d’un second tour entre lui et Lionel Jospin, les sondages donnaient son concurrent largement favori. Vouloir réduire l’audience du FN, c’était donc risquer de perdre le second tour. Certes, le calcul pouvait aussi d’éviter d’être écarté lui-même du second tour (ce qui aurait été possible, puisqu’il n’a pas eu une très grande avance au premier tour).

On est ainsi très loin de l’image du "Chirac facho" que les médias véhiculaient, en raison de son ambition, de sa fougue et de son cynisme entre 1976 et 1981 pour préparer sa première aventure présidentielle. On aurait pu dire qu’il a peut-être changé, mais en fait, non. Car Jacques Chirac, loin d’être un homme simple, comme il aurait aimé être perçu (et le grand éditorialiste Georges Suffert est tombé dans ce piège en 1971), a été au contraire un personnage complexe, souvent contrasté, partagé entre le cynisme pur (très répandu au sein de la classe politique) et la sincérité véritable (et désintéressée).

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Une anecdote intéressante a été livrée par Pierre Péan dans son livre biographique "L’Autre Chirac" (éd. Fayard), paru le 26 octobre 2016 (qui est une reprise de son "Chirac, l’Inconnu de l’Élysée", paru le 14 février 2007 chez Fayard). Elle concerne les relations entre Jacques Chirac et l’Afrique du Sud.

Pendant les années 1970, Jacques Chirac a toujours combattu l’apartheid. Alors que de nombreux ministres français étaient invités, voire sollicités avec pression, par le gouvernement sud-africain qui avait besoin de reconnaissance internationale, lui, Jacques Chirac, a toujours refusé de tels honneurs tant que l’apartheid était en vigueur.

Lors d’un dîner à Pretoria (à l’ambassade de France) en l’honneur du Président sud-africain Nelson Mandela, le 25 juin 1998, son homologue français Jacques Chirac lui déclara : « Depuis bientôt quarante ans, mes pas m’ont mené partout. Jamais pourtant je n’étais venu chez vous. Précisément parce que vous n’étiez pas encore ici chez vous. Parce que, sur la terre de vos pères, on vous refusait, à vous et à tant d’autres, la qualité de citoyen et d’homme. Parce qu’ici, vouloir avancer debout demeurait un combat. ».

La réalité, ce fut qu’au lieu de faire le jeu des dirigeants sud-africains qui maintenaient l’apartheid, Jacques Chirac a soutenu financièrement, et très discrètement (donc de manière électoralement désintéressée), l’organisation de Nelson Mandela (qui était alors en prison), l’ANC (African National Congress) depuis la fin des années 1960. C’était le roi du Maroc Hassan II qui le lui avait demandé et il avait accepté : « [Hassan II] avait constitué un réseau de gens qui aidaient au financement de l’ANC. Il m’avait choisi pour cela. » (Entretien avec Pierre Péan).

Pour finir, je propose une petite anecdote sur un sujet très sensible, l’exploitation des terres en Afrique, qui est encore très sensible aujourd’hui, au moment où Robert Mugabe a été éjecté du pouvoir au Zimbabwe (démissionnaire le 21 novembre 2017) et remplacé par Emmerson Mnangagwa (investi le 24 novembre 2017).

Le 22 juillet 2006, Jacques Chirac a confié à Pierre Péan cette petite histoire que lui a racontée le Prix Nobel de la Paix Desmond Tutu (qu’il a décoré au Cap le 25 juin 1998, le promouvant grand officier de la Légion d’honneur). Voici ce que l’archevêque anglican lui a dit, avec le "nous" africain et le "vous" européen : « Je vais te raconter une histoire. Quand vous êtes arrivés chez nous, vous aviez la Bible en main et nous, nous avions la terre. Vous nous avez dit : "Fermez les yeux et priez". On a fermé les yeux et on a prié. Quand on a rouvert les yeux, nous avions la Bible et vous aviez la terre… ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 novembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Chirac a 85 ans.
Chirac a 84 ans.
Chirac a 80 ans.
Chirac fut-il un grand Président ?
Une fondation en guise de retraite.
L’héritier du gaulllisme.
…et du pompidolisme.
Jérôme Monod.
Un bébé Chirac.
Discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171129-chirac.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jacques-chirac-contre-toutes-les-199045

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/11/29/35897427.html


 

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11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 03:28

« Si vous n’avez que les idées, vous risquez d’être prof. Si vous n’avez que l’incarnation, vous risquez d’être petit chef. Comment rassembler les deux ? Il faut une part de grâce. » (Mathieu Bock-Côté, sociologue participant à l’atelier du 11 octobre 2017).


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L’un des partis "traditionnels" en pleine déconfiture, c’est "Les Républicains" (LR). Double échec électoral au printemps (présidentielle et législatives), un désastre électoral sans précédent avec l’absence de candidat au second tour de l’élection présidentielle. Certes, avec une centaine de députés élus, LR vit encore et ne mourra pas cette fois-ci (c’est moins sûr pour le Parti socialiste). C’est même le parti "traditionnel" finalement qui a le mieux résisté au choc macroniste. Parmi les nouveaux députés LR, des dizaines de jeunes députés, des trentenaires, qui n’ont rien à envier à la jeunesse et au dynamisme de l’armée des députés LREM ("La République En Marche", macronistes). Et le très dense réseau d’élus locaux LR (communes, intercommunalités, départements, régions, des sièges acquis aux élections locales de 2014 et 2015) laisse entendre que ce parti a encore un avenir.

La vraie question, c’est quel avenir ? Deviendra-t-il une simple écurie présidentielle au service d’une seule ambition personnelle ? Ou un syndicat d’élus pour se faire réélire ? Ou veut-il redevenir un véritable parti de gouvernement ?

On pourrait mettre assez rapidement l’échec des élections législatives sur le compte de l’échec de l’élection présidentielle, et l’échec de François Fillon à l’élection présidentielle sur le compte de son "affaire" qui a gangrené toute sa campagne. Pourtant, "l’affaire" n’a pas fait tout : déjà avant son éclatement public, en janvier 2017, la popularité de François Fillon avait chuté car son programme était mis en lumière et recevait beaucoup d’appréciations négatives dans les médias souvent avec des éléments de désinformation et de polémique (bradage de la fonction publique, privatisation de la sécurité sociale, etc.).

Les responsabilités sont évidemment partagées : pourquoi avoir délibérément laissé leur candidat foncer dans le mur inévitable en début mars 2017 ? La réponse mettra beaucoup de temps à parvenir.

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L’essentiel des forces de ce parti se consacre maintenant à la désignation de son prochain président, qui sera élu par les quelque 235 000 adhérents qui ont été enregistrés pour ce scrutin, les 10 et 17 décembre 2017 parmi trois candidats, un favori Laurent Wauquiez et deux faire-valoir, le juppéiste Maël de Calan et la filloniste Florence Portelli, ces deux derniers n’auront pas à rougir ni de leur campagne ni même de leur courage de concourir avec peu de chance de gagner.

Le secrétaire général de LR actuel, installé à l’issue de la primaire LR de novembre 2016, à savoir Bernard Accoyer (ancien Président de l’Assemblée Nationale), ainsi que la directrice des études de LR Nelly Garnier ont voulu faire une sorte d’état des lieux de leur parti, une sorte d’audit interne pour essayer de redéfinir ses valeurs, ses priorités et ses perspectives. Cela a abouti à la publication du "Rapport de la refondation de la droite et du centre" le 7 novembre 2017 (82 pages), qu’on peut télécharger ici. Le mot "centre" est juste pour la vitrine puisque cela fait déjà bien longtemps que les centristes ont quitté le navire LR et même UMP (depuis environ 2010), et ceux "d’origine centriste" qui y sont restés ne le sont plus depuis belle lurette, mais qu’importe.

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Déjà, un avertissement. Je vais être assez critique avec ce rapport mais reconnaissons-lui un mérite, celui d’exister. Après l’échec de 2012, il n’y a eu aucune introspection. Donc, c’est déjà mieux que rien. Toutefois, il ne me paraît pas être en mesure d’atteindre ses objectifs, celui notamment de redonner un corpus idéologique cohérent alors même que le rapport reconnaît que l’électorat LR est partagé à peu près en deux moitiés identiques face à la politique du Président Emmanuel Macron.

Ce type d’étude ne sert pas à grand-chose si les responsables politiques de la campagne 2017 (de l’échec) ne sont pas impliqués et n’interviennent pas. Cela ne sert à rien avant la désignation d’une nouvelle direction. C’est en principe au prochain président d’amorcer la nouvelle définition des idées et d’un projet politique.

Par ailleurs, il y a un petit côté insolent de l’abandon qu’on pouvait ressentir après la défaite de Lionel Jospin au sein du PS en 2002 : celui par qui est passé le cataclysme, François Fillon, a digéré l’échec et a tourné la page, a quitté la vie politique. En quelques sortes, il a quitté le bateau, mais l’a laissé à la dérive.

Remarquons au passage qu’un autre candidat, en revanche, n’a toujours pas digéré sa défaite à la primaire, c’est Alain Juppé, le favori de l’élection présidentielle de 2017. Quant à Nicolas Sarkozy, qui était à Metz et à Nancy le 10 novembre 2017, il doit en ce moment jubiler, trop épaté par les performances politiques d’Emmanuel Macron. L’échec de 2017 montre aussi qu’il a été le seul de sa génération à avoir été capable de porter les idées de son courant politique à l’Élysée.

Une fois ces préventions dites, constatons seulement que ce rapport est donc un outil de communication de la base vers le haut et pas l’inverse. Cela ne mange pas de pain, mais c’est, comme je l’ai précédemment écrit, mieux que rien.

Parlons de la méthodologie. Elle était assez "solide". L’opération, pilotée par des trentenaires, s’est déroulée pendant quatre mois, entre le 5 juillet 2017 et le 7 novembre 2017. Il y a eu 40 912 questionnaires qui ont été remplis par les adhérents LR, 450 contributions écrites, parfois très étayées, et huit ateliers nationaux : le 5 juillet 2017 à Paris, le 26 août 2017 au Touquet, le 2 septembre 2017 à La Baule et à Lyon, le 20 septembre 2017 à Paris, le 27 septembre 2017 à Paris, le 7 octobre 2017 à Paris et le 11 octobre 2017 à Paris.

De plus, une vingtaine d’experts ont été mobilisés pour animer les ateliers. On peut citer notamment : Jean-Daniel Levy, Guillaume Perrault, François-Xavier Bellamy, Denis Tillinac, Nicolas Bouzou, Jérôme Sainte-Marie, Arnaud Tessier, Agnès Verdier-Molinié, Dominique Reynié, Dominique Schnapper et Éric Brunet.

Au-delà des ateliers et des questionnaires qui ont fait intervenir essentiellement des adhérents, des cadres et des élus de Les Républicains, le travail a été complété par un sondage pour mieux connaître les attentes et ressentis de l’électorat LR.

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Donc, je le répète, ce travail est loin d’être anodin. Beaucoup ont participé, beaucoup ont travaillé pour ce rapport, ont pris sur leur temps libre, sur leurs vacances estivales pour contribuer à ce document. L’action même de l’étude a créé probablement de nouvelles convivialités, de nouvelles solidarités, de nouveaux réseaux. Mais il y a peu de chance que ce travail trouve une utilité politique puisque l’action politique n’interviendra qu’après décembre avec le nouveau "président élu".

La nature des intervenants extérieurs (je pense particulièrement à Agnès Verdier-Molinié) fait qu’on ne s’étonnera pas de certains constats comme celui que les électeurs de droite ne s’y retrouvent pas quand le parti de droite (LR) est au pouvoir car les gouvernements LR ont peu réduit la dépense publique (ce que compte faire le gouvernement actuel, d’ailleurs) : « Vous dites que la gauche serait dépensière et la droite serait bonne gestionnaire. Est-ce que la droite a vraiment été meilleure gestionnaire que la gauche quand elle était au pouvoir ? (…) Est-ce que l’on a baissé la dépense publique ? Est-ce que l’on a baissé les prélèvements obligatoires ? Le problème, c’est que, comme tout réformateur, il y a deux façons de réformer : soit on réforme en profondeur, soit on dit que l’on réforme et on ne réforme pas vraiment. Je ne dis pas que c’est l’apanage de la droite, je pense que c’est très difficile de réformer. » (Agnès Verdier-Molinié).

En gros, comme je l’ai dit en préambule, l’électorat LR est séparé en deux parties, une, ouverte et favorable à la mondialisation, qui considère qu’il faut libéraliser l’économie et soutient donc l’action d’Emmanuel Macron qui fait pour l’instant mieux que les autres ; une autre, plus identitaire et repliée sur la notion de nation, qui se préoccupe plus de la place de l’État régalien dans la République, et qui serait prête à voter FN le cas échéant. Cela signifie une hémorragie dans son corps lui-même, clivé par le second tour de l’élection présidentielle.

Un autre enseignement : François Fillon a incarné un véritable courant politique qu’il a su entraîner sur son sillage, à la fois sur le fond et sur la forme. Après tout, recueillir 20% sur un tel fond d’affaire, ce n’était pas si mal (il a fait plus que Jacques Chirac en 1981, 1988 et 2002, Édouard Balladur en 1995, Jacques Chaban-Delmas en 1974, etc.). Sur le fond, en prônant à la fois le retour à l’histoire et aux valeurs et la libéralisation de l’économie (sur ces deux thèmes, Emmanuel Macron s’en sort bien pour l’instant, tant sur le plan diplomatique que sur le plan économique et social, il faudra voir comment il réagira face aux pressions pour faire des réformes sociétales).

Sur la forme aussi, la démarche de François Fillon a plu, même à ceux qui n’étaient pas forcément d’accord avec lui sur le fond. Ainsi, la méthodologie d’aller à la rencontre des Français pendant plus de trois ans (de février 2013 à août 2016), de consulter des milliers de compétences sur le terrain sur tous les sujets pour bâtir un programme politique basé sur le réel et pas sur l’idéologie théorique, est une façon particulièrement appréciée de faire de la politique, une manière moderne et collective. Et surtout, cela permet d’arriver au pouvoir de manière préparée (pas comme les socialistes en 2012, pourtant dix ans dans l’opposition).

François Bouvard, qui fut le responsable du projet de François Fillon, a expliqué la démarche qui avait été adoptée : « Nous voulions monter un programme de manière différente en partant de trois constats. Quand un projet est fait uniquement par des politiques, cela ne permet pas une bonne appropriation par la société civile. Quand le programme est fait par les hauts fonctionnaires, ces derniers se focalisent sur ce qui est impossible, trop compliqué à changer. Quand il est fait par la société civile seule, il ne prend pas en compte les contraintes de la gestion de l’État qui sont telles qu’on ne peut pas dupliquer à 100% les méthodes du privé. Nous avons donc défini une trentaine de thèmes et, pour chacun de ces thèmes, mobilisé une équipe d’une dizaine de personnes composées pour un tiers de la société civile, pour un tiers d’élus et de parlementaires et pour le dernier tiers de hauts fonctionnaires. ».

Le véritable problème de LR, actuellement, c’est de pouvoir remobiliser son électorat populaire, celui qui a fait élire Nicolas Sarkozy sur la base de la valeur travail.

Le rapport est composé de trois parties.


1. Le droit d’inventaire

La première partie concerne le "droit d’inventaire". Dans celle-ci, il est question de rendre responsable la difficulté de faire adhérer aux thèses de la droite par une supposée "pensée de gauche dominante". C’est en tout cas comme cela que c’est perçu dans son électorat, mais il est certainement possible de constater que des personnes "de gauche" trouveraient au contraire que la pensée dominante est "de droite" (dans le sens libéral, un terme qui pourtant a toujours placé ses élus vers la gauche sous la Restauration).

Dominique Reynié (qui a tenté une brève incursion dans la vie politique aux élections régionales de 2015) a eu un constat très réaliste : « La victoire n’est rien. Ce n’est pas le but, c’est le moyen. Ce qui a fatigué l’alternance, c’est cette idée que la défaite de la gauche n’allait pas mettre au pouvoir une droite capable de convaincre le pays de sa capacité à aller de l’avant. Quand on ne sait plus quoi faire, quand on ne sait plus comment s’y prendre, s’ouvre un vide d’où peut surgir absolument n’importe quoi. N’oublions pas que nous avons échappé en réalité d’assez peu à un second tour entre Mélenchon et Le Pen. ».

Sur le principe des primaires ouvertes, l’ancien député Hervé Mariton a remarqué : « La primaire n’est pas un mauvais système en tant que tel. Mais une primaire nous recentre sur notre base de sympathisants et, au final, une primaire à gauche et une primaire à droite libèrent un espace au centre. ».

Selon le sondage du rapport, les trois valeurs qui doivent être défendues prioritairement par le parti LR sont le travail (43%), la sécurité (39%) et l’exemplarité (38%). Les affaires financières démotivent donc énormément les sympathisants de ce parti, en raison du manque d’exemplarité : « Le personnel politique est jugé responsable de la dégradation de la situation de la France car trop occupé à gérer des luttes intestines et à défendre ses intérêts plutôt qu’à envisager la France ans sa multiplicité et sa complexité. » (Jean-Daniel Levy).


2. L’idéologie de LR

La deuxième partie du rapport est la plus importante et la moins opérante, cela concerne le "corpus idéologique à clarifier". La question est de positionner LR entre LREM et le FN et de savoir quelles sont les éléments d’unité et les éléments de division, et la capacité ou pas à en faire la synthèse (sans synthèse, à quoi cela rimerait pour ces courants différents de rester dans un même parti ?).

L’historien Arnaud Teyssier a qualifié le parti LR de « conglomérat de forces politiques et d’idées souvent très contradictoires sur la centralisation et la décentralisation, ou sur l’Europe », ce qui a pour résultat : « Il n’y a plus d’unité parce qu’il faut retrouver des positions claires et cohérentes. On ne peut pas vivre en permanence dans une sorte de compromis de groupe parlementaire de la Troisième République. ».

Dominique Reynié a mis en garde contre la tentation du repli identitaire : « Il y a beaucoup de raisons de penser que nous avons quitté un monde que nous ne retrouverons plus. Vouloir restaurer ce qui a été perdu ne serait pas une bonne idée et, si j’avais une recommandation à faire, ce serait de ne pas aller chercher de ce côté-là. ».

Même tonalité pour la sociologue Dominique Schnapper qui a prôné un discours de prospective pour imaginer la France de demain : « Nous ne sommes pas maîtres du monde dans lequel nous vivons et ne pouvons pas refuser les transformations mondiales. Cela n’aurait pas de sens d’enfermer les personnes dans leur rôle de victimes. Il faut au contraire montrer que l’économie peut être à la fois locale et mondialisée. ».

Dans la réflexion, a été étudiée la redéfinition de nouveaux clivages, au-delà du clivage droite/gauche qui reste cependant très ancré malgré la victoire d’Emmanuel Macron. Ainsi, le philosophe François-Xavier Bellamy a replacé le clivage de cette manière : « Voulons-nous reconnaître que quelque chose nous précède, qui mérite d’être reçu et d’être transmis ou bien voulons-nous céder à une sorte de constructivisme, qui nous dit que l’État peut tout ou que l’individu peut tout. » (2 septembre 2017).

Hervé Mariton a bien compris que l’un des atouts d’Emmanuel Macron fut son optimisme : « Il fait se réapproprier l’optimisme et le progressisme. Il faut réinventer ces mots. Il faut que le parti assume de redonner de la fraîcheur. ».

Au-delà du clivage optimisme (véhiculé par la gauche qui croit à un sens de l’histoire) et pessimisme (le réalisme de la droite ne fait pas rêver), le géographe Jean Spiri, conseiller régional d’Île-de-France (et président du centre régional d’information et de prévention en matière de santé), a perçu un autre clivage, celui de la ville et des campagnes : « Nous n’avons pas parlé à la France urbaine, et de nombreuses figures des Républicains, dans leur expression publique, ont donné l’impression de mépriser l’électorat urbain. La réduction à la figure du bobo est un argument classique pour couper court au débat d’idées dans notre famille politique : telle position, telle thématique, n’intéresserait que des urbains coupés de la majorité du pays et qui seraient majoritairement de gauche. Au-delà de la facilité, il s’agit malheureusement d’une incompréhension totale de l’évolution de la sociologie de notre propre électorat en milieu urbain. », rappelant que dans les vingt premières villes de France (dont sept avec des maires de droite), regroupant 7 millions d’habitants, sur les soixante députés qui y sont élus, seulement dix candidats LR ont été élus, dont quatre sans adversaire LREM et trois qui ont choisi d’être membres du groupe des Constructifs.

Jean Spiri a insisté sur cet électorat : « Individualistes, [ils] veulent un projet économique libéral, tout en souhaitant une approche pro-européenne, soucieux d’écologie, bien dans leur temps, ouverts sur les questions de société. Entre la gauche et la droite, ils voteront à droite. Mais si une offre nouvelle qui concilie le libéralisme économique et des valeurs dont ils se sentent plus proches se présente, ils la choisiront. C’est ce qui s’est passé. Pourtant, l’autorité, l’éducation ou encore, la sécurité les préoccupent aussi de plus en plus. Ce n’est donc certainement pas à un électorat à abandonner, d’autant plus que son poids numérique et sa capacité d’influence ne doivent pas être sous-estimés. ».

Mais LR doit aussi parler à l’autre électorat, une droite plus populaire, en attente de réassurance, inquiète des nouvelles technologies, de la mondialisation et de la perte de l’influence de la France dans le monde. Le journaliste Alexandre Devecchio, responsable de FigaroVox, a apporté un élément pour comprendre la défaite : « Ce qui manquait dans le discours de François Fillon, c’est le mot "protection". Je crois que les Français ont besoin de protection sur le plan culturel, mais aussi économique. ».

L’ancien responsable des jeunes de l’UMP et juppéiste Guillaume Labbez a rajouté ceci : « Il faut une Europe des valeurs si nous voulons peser avec des puissances qui affirment de leur côté leur identité culturelle et leur vision du monde. C’est le gaullisme d’aujourd’hui auquel pensaient sans aucun doute Charles De Gaulle et Konrad Adenauer dans la cathédrale de Reims en 1962. ».

Malgré ces différences idéologiques, le filloniste Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, a estimé que le projet présidentiel de François Fillon était une sorte de synthèse de cette diversité : « Il répondait au désir de liberté, notamment liberté d’entreprendre, des orléanistes. Il rappelait que c’est l’État qui fait la nation et était en cela bonapartiste. Enfin, il faisait écho à un certain pessimisme français, cette crainte d’être étranger chez soi, cette demande de continuité historique héritée du légitimisme. La droite arrive à se retrouver autour de ce point d’équilibre. En ce sens, notre socle électoral est plus uni qu’on ne le pense. ».

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Je termine sur cette partie avec un "focus" titré "Peut-on parler de l’islam ?" et qui évoque « les questions religieuses, et particulièrement celle de l’islam, dans le débat public ». Pourquoi ce sujet a-t-il eu droit à deux pages sur cette question alors que plein d’autres thèmes pourtant cruciaux sont à peine évoqués en quelques lignes ? Je frémis en me rappelant que dans les années 1930, les journaux parlaient régulièrement de …"la question juive". Du reste, la conclusion de ce texte met paradoxalement en opposition absence de simplisme et vérité : « Une réflexion très approfondie sur ces questions s’avère donc nécessaire, en se gardant de tout discours simpliste, mais avec lucidité et vérité. Ne pas dire loyalement la réalité des choses, c’est s’exposer à un réveil brutal. ».


3. L’organisation de LR

Enfin, la troisième partie du rapport étudie les moyens de "se remettre en mouvement". La mission prioritaire pour les militants reste le débat d’idées. Et au-delà de produire les idées, il faut aussi les imposer dans le débat public. Ces deux considérations montrent à quel point ce parti n’a plus d’idée et qu’il n’est plus capable d’imposer aucun thème dans le débat public. C’est vrai que le macronisme a complètement déstabilisé le débat politique et ce qui est valable pour LR est valable aussi pour tous les autres partis… y compris LREM complètement inexistant dans le débat public (tant le parti que le groupe parlementaire).

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Le rapport se termine d’ailleurs sur la manière de détecter les talents, de les former et de les encourager dans leur future carrière d’élus. L’idée est de recréer une école des cadres qui existait à l’époque du RPR dans les années 1970.


L’alibi du droit d’inventaire

Il y a fort à parier que ce rapport n’aura pas beaucoup de suite si ce n’est pour le brandir chaque fois qu’il faudra rappeler le droit d’inventaire. Mais en fait de droit d’inventaire, il n’y a eu aucune réflexion sur les responsabilités politiques des échecs électoraux, et peu de réflexion sur la manière de pouvoir désigner un prochain candidat à l’élection présidentielle et la possibilité d’en sortir en cas d’événements graves, par exemple, des attaques médiatiques puis judiciaires qui vont électoralement assommer le candidat, comme c’était le cas au printemps 2017.

Ce qu’il ressort de ces ateliers, en négatif, c’est qu’il n’y a plus de doctrine politique sur les sujets nationaux et internationaux, ou, plus exactement, il n’y en a plus eu depuis la création de l’UMP qui a gommé de manière très artificielle les différences idéologiques. C’est sur ce vide programmatique, ajouté au vide des ambitions personnelles (à part Laurent Wauquiez, où sont les grands ténors ?), déroutant quand on sait que le péché originel de la droite postgaullienne a toujours été le trop plein et pas le vide, que la campagne présidentielle du candidat Emmanuel Macron a tant prospéré.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 novembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport de refondation de la droite du 7 novembre 2017 (à télécharger).
Les Républicains en pleine introspection.
Les Républicains, parti des expulsions.
La primaire LR de novembre 2016.
François Fillon.
Alain Juppé.
Nicolas Sarkozy.
François Baroin.
Laurent Wauquiez.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Raffarin.
Xavier Bertrand.
Valérie Pécresse.
Jean-François Copé.
Nathalie Kosciusko-Morizet.
Bruno Le Maire.
Édouard Philippe.
La relance de l’Europe à la Sorbonne.
Emmanuel Macron.
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.

_yartiLR2017B05


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171107-les-republicains.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-republicains-en-pleine-198603

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/11/11/35856386.html

 

 

 

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7 novembre 2017 2 07 /11 /novembre /2017 22:36

Le parti "Les Républicains" a publié ce mardi 7 novembre 2017 le "Rapport de la refondation de la droite et du centre" sur un diagnostic de l'état de ce parti après son échec électoral du printemps 2017. Ce rapport contient 82 pages qu'on peut lire..

Cliquer sur le lien pour télécharger ce rapport (fichier pdf) :
https://d3n8a8pro7vhmx.cloudfront.net/republicains/pages/9626/attachments/original/1509996550/Rapport_de_la_Refondation_de_la_Droite_et_du_Centre.pdf?1509996550

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171107-les-republicains.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20171107-rapport-lr-refondation-droite.html



 

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 05:00

« La politique m’a pris sans que je la cherche. »



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L’ancien proche du Président Jacques Chirac et haut fonctionnaire Jérôme Monod est mort il y a un an, le 18 août 2016, pas loin de ses 86 ans (né le 7 septembre 1930). Sans avoir vraiment été un acteur de la vie politique sauf pendant trois ans, il a été l’éminence grise de l’un de ceux qui ont dominé la vie politique de la Ve République, et à ce titre, un témoin privilégié des praticiens de la politique.

Jérôme Monod faisait partie d’une grande et ancienne famille protestante. Il fut un cousin éloigné du biologiste Jacques Monod (1910-1976), ancien résistant, Prix Nobel de Médecine 1965 et auteur du célèbre essai "Le Hasard ou la Nécessité" (1970), et de l’explorateur humaniste Théodore Monod (1902-2000), spécialiste des déserts et membre de l’Académie des sciences, ainsi que le cousin germain du cinéaste Jean-Luc Godard. À 33 ans, il a épousé la petite-fille de l’ancien Président du Conseil Henri Queuille, élu de la Corrèze, le futur département de Jacques Chirac (dont il présida plus tard le conseil général). Sa famille éloignée a été également liée à Albert Schweitzer, Jean-Paul Sartre et Jean-Marcel Jeanneney.

Après de brillantes études au lycée Henri-IV à Paris et à l’iEP Paris, il fut admis en 1955 à l’ENA après avoir poursuivi une année d’étude aux États-Unis et bien classé à la sortie, il a choisi la Cour des Comptes comme Jacques Chirac (qui intégra l’ENA deux ans plus tard). Il était de la même promotion que Pierre Verbrugghe, Édouard Balladur, Jacques Calvet et Jean Dromer.

Après son service militaire en Algérie, il fut conseiller technique dans le cabinet de Michel Debré à Matignon, de 1959 à 1962, puis directeur adjoint de cabinet du ministre Maurice Schumann de 1962 à 1963. Michel Debré a dit plus tard (dans les années 1980) tout le bien qu’il pensait de lui (témoignage de Michèle Cotta) : « Michel Debré m’a dit un jour que parmi tous les hauts fonctionnaires dont il admirait, alors qu’ils étaient encore jeunes, le discernement et le sens de l’État, il retenait deux noms : ceux [de Jean-Yves] Haberer et de Jérôme Monod. » (11 avril 1989).

En 1963, il travailla pour Olivier Guichard à la DATAR (aménagement du territoire) dont il est devenu le délégué adjoint en 1966, puis le délégué de 1968 à 1975. Il y a appris la nécessité de décentraliser les implantations industrielles sur tout le territoire national. Il a favorisé par exemple l’installation, annoncée le 26 août 1970, d’une usine Ford à Bordeaux, celle où travaille Philippe Poutou).

Jacques Monod était probablement plus intéressé par l’économie que par la politique. Proche de Jacques Chirac, il entra complètement dans la vie politique car nommé directeur de cabinet du Premier Ministre Jacques Chirac d’août 1975 à août 1976. Après la démission fracassante de Matignon de Jacques Chirac, il conseilla ce dernier lors de la fondation du RPR le 5 décembre 1976. S’exposant publiquement, il fut le premier secrétaire général du RPR (présidé par Jacques Chirac) de décembre 1976 à janvier 1979. « Comment résister à un tigre ? » expliquait Jérôme Monod à ses visiteurs pour justifier son engagement auprès de Jacques Chirac.

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Dans ses "Cahiers secrets", le 2 juin 1977, Michèle Cotta évoqua Jérôme Monod, « cet homme au parler sec, sans fioriture et sans sourire » dans sa fonction de secrétaire général du RPR, une « fonction purement politique qui ne lui va pas comme un gant ». Le 1er juin 2009, un autre journaliste François d’Orcival a noté : « protestant discret et austère, dur au travail, implacable et même rosse à ses heures ». Le 20 août 2016, Béatrice Gurrey l’a décrit ainsi : « Un petit homme sec, au regard bleu glaçant, qui maniait l’ironie comme une lame, son visage aquilin alors éclairé d’un mince sourire. Souvent drôle, mais la plupart du temps, incisif, autoritaire, doué d’une capacité d’organisation et de travail hors normes, il respectait ces deux qualités chez ses adversaires. » ("Le Monde").

Cette incursion dans la vie politique fut de courte durée. L’omniprésence de Marie-France Garaud et de Pierre Juillet auprès de Jacques Chirac l’a conduit à se retirer et à prendre les commandes d’une grande entreprise publique.

En octobre 1979, Jérôme Monod a en effet rejoint la Lyonnaise des Eaux et fut désigné président-directeur général de cette entreprise importante (très implantée sur tout le territoire et en lien direct avec les élus locaux) de 1980 à 1997. Parmi ses réalisations, il a internationalisé le groupe et l’acquisition de Dumez puis la fusion dans le groupe Suez (en 1997) en ont fait un groupe de dimension mondiale dont il présida le conseil de surveillance de 1997 à 2000.

Durant la présidence de la Lyonnaise des Eaux, Jérôme Monod fut confronté au scandale de l’affaire Alain Carignon en 1994 sur une accusation de corruption entre le maire RPR de Grenoble et le groupe industriel pour obtenir le marché municipal de l’eau. Jérôme Monod aurait en effet participé à un déjeuner le 3 octobre 1987 avec Alain Carignon (qui était également président du conseil général de l’Isère et ministre) qui aurait "formalisé" ce "pacte" illégal.

Néanmoins, Jérôme Monod ne fut jamais mis personnellement en cause par le juge Philippe Courroye et a compris que son groupe devait vite s’adapter pour éviter tout soupçon provenant de comportements politiques inadéquats. Il a fait adopter dès octobre 1994 au sein de son entreprise une charte d’éthique pour refuser tout financement politique, devançant la loi Balladur (loi n°95-65 du 19 janvier 1995 relative au financement de la vie politique) et cela en pleine préparation des élections municipales de juin 1995, Le gouvernement d’Édouard Balladur avait été très touché en 1994 par les "affaires politico-financières" qui ont conduit trois ministres à donner leur démission avant leur mise en examen.

Pendant cette période entrepreneuriale, Jérôme Monod est toujours resté proche de Jacques Chirac. À partir de début janvier 1994, alors que la plupart des leaders du RPR faisaient acte d’allégeance auprès d’Édouard Balladur, Jérôme Monod faisait partie du cercle très restreint des chiraquiens fidèles, aux côtés de Maurice Ulrich, Jean-Louis Debré, Alain Juppé, Jacques Toubon, François Baroin (ainsi que Philippe Séguin, Alain Madelin, Hervé de Charette et Charles Million), dans la perspective de l’élection présidentielle de 1995.

Dans la salle des Pas-Perdus, au Palais-Bourbon, le 12 novembre 1996, alors que le Premier Ministre Alain Juppé était très impopulaire et qu’on imaginait un nouveau Premier Ministre en janvier 1997 (les élections législatives étaient alors prévues pour mars 1998), Michèle Cotta testa le nom de Jérôme Monod auprès de Bernard Pons (alors ministre) qui lui répondit : « Ce serait bien, s’il n’avait pas, en ce moment, les casseroles de la Lyonnaise des Eaux. ».

Pour sa "retraite", Jérôme Monod a rejoint Jacques Chirac à l’Élysée, comme conseiller politique, de 2000 à 2007 (dans le prestigieux bureau où Napoléon Ier abdiqua et Félix Faure perdit sa "connaissance"), avec, pour mission, la préparation de l’élection présidentielle de 2002 et la fondation de l’UMP (fusion du RPR et de l’UDF). Le conseil qu’il a donné à Jacques Chirac à propos de l’UMP : « Ne donne jamais l’UMP à Sarkozy ! ».

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L’une des dernières missions de Jérôme Monod, confiée en 2002 par le Secrétaire Général de l’ONU Kofi Annan, sur proposition du Président Jacques Chirac, fut de contribuer à mettre en place un "pacte mondial" auquel les entreprises du monde entier pourraient volontairement adhérer sous réserve de s’engager sur dix principes essentiels concernant l’éthique d’entreprise (notamment pour agir contre la corruption sous toutes ses formes). En 2008, près de 6 000 entreprises dans 120 pays ont adhéré à ce pacte.

Par ailleurs, Jérôme Monod a créé le 14 avril 2004 la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), initialement proche de l’UMP (jusqu’à ce que Nicolas Sarkozy présidât l’UMP), se revendiquant libérale, progressiste et européenne et ayant pour mission de participer à la réflexion politique et de prévoir les évolutions du monde de demain, dans quatre domaines en particulier : l’écologie, les valeurs, le numérique et surtout, la croissance économique.

Jérôme Monod en fut le premier président du conseil de surveillance jusqu’au 13 octobre 2004, laissant la place à Francis Mer. Depuis le 23 janvier 2009, l’actuel président est Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet du Premier Ministre Édouard Balladur, associé-gérant de la banque Rothschild & Cie et directeur général du Groupe Arnault. Son directeur général est le politologue Dominique Reynié depuis 2008. Laurence Parisot préside le conseil scientifique, dont sont membres notamment Alain-Gérard Slama, Stéphane Courtois, Pascal Perrineau, Emmanuel Goldstein, etc. Laure Darcos et Pierre Giacometti font notamment partie du conseil de surveillance. Parmi les anciens dirigeants ou membres du conseil de surveillance, on peut citer Jean-Claude Paye, Charles Beigbeder, Karl Lamers, Bronislaw Geremek, Jean de Boishue, etc.

Favorable à la construction européenne, Jérôme Monod a publié le 23 octobre 1999, en collaboration avec le psychanalyste Ali Lagoudi, un "Manifeste pour une Europe souveraine ou Comment les nations européennes retrouveront ensemble leur liberté" (éd. Odile Jacob). Quant à ses souvenirs sur la vie politique qu’il a pu observer pendant une cinquantaine d’années, il les a rassemblés le 29 avril 2009 dans ce livre "Les Vagues du temps" (éd. Fayard).

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Il y a brossé quelques portraits politiques savoureux. J’en cite quelques-uns. Alain Juppé : « Normalien, inspecteur des finances, très doué pour l’écriture, d’une intelligence qui lui faisait saisir la complexité des problèmes en un instant, intelligence beaucoup plus humaine et riche que l’ordinateur auquel certains le comparaient. Il cultivait l’humour, y compris à son endroit. Il supportait mal les échecs, mais savait rebondir. ». François Bayrou : « Il percevait clairement sa mission et son destin, les difficultés qu’il rencontrerait. Il pensait correspondre plus que les autres leaders aux besoins du pays tel qu’il le sentait. Il irait jusqu’au bout, même seul. ». Marielle de Sarnez : « D’une élégance fausse jeune, désinvolte et négligée, elle était chaussée de tongs, vêtue d’un blue-jeans et d’un tee-shirt fripé. Elle me surprit plus qu’elle ne me fit impression. ». Jean-François Copé : « Un homme de qualité, parfois déroutant, et irritant aux yeux de plus d’un. Mais quelle capacité de travail, quelle intelligence et quelle ambition ! ». Xavier Bertrand : « C’est un bourreau de travail. Il a beaucoup d’ambition, dont il modère l’expression extérieure. Il est compétent, fiable, fidèle à ses amis personnels, et de relation agréable. Il progresse méthodiquement, sans états d’âme, soucieux de dépasser peu à peu ses compagnons de route dans la marche vers le sommet. ». Enfin, Nathalie Kosciusko-Morizet, une valeure sûre : « Un peu narcissique, ambitieuse, sûre d’elle-même, brillante, politique avec une tendance marquée à l’opportunisme, bonne camarade pour qui fait partie de son clan, elle représente la compétence même, ce qui est agaçant pour les autres, mais précieux pour le pays. ».

Et puisqu’il parlait de concurrence entre responsables politiques, terminons avec sa définition très crûe de la politique : « La politique, c’est tout de même se frayer un chemin à coups de machette dans la jungle. »


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jérôme Monod.
Jacques Chirac.
Michel Debré.
Maurice Schumann.
Olivier Guichard.
Les animaux politiques.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160818-jerome-monod.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jerome-monod-l-ombre-de-jacques-195265

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/08/18/35492185.html


 

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 05:59

« En politique, le problème n’est pas de briller, mais de durer. » (JDD, le 25 juin 2017).



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Dans le "Journal du dimanche" du 25 juin 2017, le président du conseil régional des Hauts-de-France (c’est-à-dire du Nord-Pas-de-Calais-Picardie) Xavier Bertrand a annoncé qu’il ne se présenterait pas à la présidence de son parti Les Républicains (LR) dont l’élection interne est prévue en novembre 2017. On pourrait dire qu’il n’est pas "fou" car il a vu ce qu’avait donné l’élection interne de novembre 2012 à l’UMP.

Et justement, Xavier Bertrand semble renoncer systématiquement à toutes les batailles politiques à l’intérieur de son parti. Il était pourtant considéré comme premier-ministrable dès novembre 2010. Il a volontairement refusé toutes les batailles, et peut-être a-t-il eu raison puisqu’en définitive, ces batailles ont été perdues pour son parti.

Ainsi, il a refusé d’être candidat à l’élection du président de l’UMP en novembre 2012, laissant François Fillon et Jean-François Copé s’entre-déchirer. Jean-François Copé était son rival depuis longtemps : Xavier Bertrand "tenait la boutique" comme secrétaire général de l’UMP du 5 décembre 2008 au 17 novembre 2010, et à ce moment-là, Jean-François Copé avait lâché perfidement à Nicolas Sarkozy : « Tu as prévu de filer les clefs de l’UMP à Xavier Bertrand : tu devrais en garder un double. » (Prix Humour et Politique 2009).

En fait, cette remarque pouvait s’appliquer à Jean-François Copé lui-même qui lui a succédé comme secrétaire général de l’UMP du 17 novembre 2010 au 19 novembre 2012 puis comme président de l’UMP du 19 novembre 2012 au 10 juin 2014. Xavier Bertrand était plutôt enclin à soutenir François Fillon mais ce dernier l’a très mollement soutenu lors de l’élection du président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale le 20 juin 2012, face à Christian Jacob qui fut réélu (Christian Jacob, proche de Jean-François Copé, a obtenu 117 voix, Xavier Bertrand 63 voix et Hervé Gaymard 17 voix).

Les deux hommes, Xavier Bertrand et Jean-François Copé sont de la même génération, ont dix mois d’écart (le premier a 52 ans, le second 53 ans) et étaient en position de rivalité interne pendant tout le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Néanmoins, Xavier Bertrand a toujours refusé la confrontation directe.

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Il a ainsi refusé de batailler lors du retour de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP en automne 2014 (au contraire des seuls Bruno Le Maire et Hervé Mariton), et a aussi refusé de se présenter à la "primaire de la droite et du centre" en novembre 2016 (contrairement à ses intentions de départ). Alors qu’il s’était dit non-aligné en 2012, Xavier Bertrand a failli soutenir Alain Juppé… mais s’est retrouvé prudemment absent du dernier meeting de premier tour à Lille le 18 novembre 2016, comprenant que François Fillon allait gagner.

Cependant, il fut également peu présent durant la campagne présidentielle, surtout à cause de l’affaire Fillon. En revanche, Xavier Bertrand s’est pleinement engagé avec François Baroin durant la campagne des élections législatives, sans être candidat lui-même, préférant rester au conseil régional.

Xavier Bertrand est un "rigolo", un vrai rigolo, à l’esprit potache, n’hésitant pas à faire des plaisanterie vaguement douteuse à ses camarades (comme appeler un collègue député UMP sur son smartphone quand ce dernier s’exprime à la tribune de l’Assemblée Nationale). Il aime bien le principe du bizutage pour ses nouveaux collègues.

Provenant de la "société civile", agent d’assurance, Xavier Bertrand a plongé très tôt dans la cuisine politique, dès 1981 au sein du RPR. Attaché parlementaire d’un sénateur RPR de 1987 à 1992, il est élu conseiller municipal de Saint-Quentin depuis mars 1989, adjoint au maire de Saint-Quentin de juin 1995 à octobre 2010, puis maire de Saint-Quentin d’octobre 2010 à janvier 2016, Il a franchi les étapes classiques pour se hisser à la politique nationale : conseiller général de l’Aisne de mars 1998 à juillet 2002, il fut élu député de l’Aisne à l’âge de 37 ans (gagnant contre une députée PS sortante) de juin 2002 à janvier 2016 (sauf quand il était ministre).

Très vite, son influence politique a dépassé l’Aisne car il fut chargé de l’explication de la réforme des retraites de 2003 (rapporteur du projet de loi porté par François Fillon). Fidèle à Jean-Pierre Raffarin et Jacques Chirac, Xavier Bertrand fit son entrée au gouvernement à la suite des élections régionales de 2004 : Secrétaire d’État chargé de l’Assurance maladie de Jean-Pierre Raffarin du 31 mars 2004 au 31 mai 2005, puis Ministre de la Santé et des Solidarités de Dominique de Villepin du 2 juin 2005 au 26 mars 2007, puis Ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité de François Fillon, du 18 mai 2007 au 19 janvier 2009 (avec la Famille à partir du 18 mars 2008), et enfin Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé toujours de François Fillon du 14 novembre 2010 au 10 mai 2012.

En mai 2005, il fit campagne en faveur du oui au référendum sur le TCE (alors qu’il avait fait la campagne du non au référendum sur le Traité de Maastricht en septembre 1992). En mars 2007, il a quitté le gouvernement pour se consacrer à la campagne présidentielle comme porte-parole de Nicolas Sarkozy. Enfin, en novembre 2010, lors de son retour au gouvernement, il aurait souhaité sans doute obtenir un ministère régalien (comme la Défense), après son passage à la tête de l’UMP. Ses fonctions ministérielles sont donc restées cantonnées aux relations sociales, travail, santé…

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Il a annoncé très tôt (dès 2012) son intention d’être candidat à la primaire LR de novembre 2016. Mais entre-temps, il s’est porté candidat à la tête de la nouvelle grande région Hauts-de-France en décembre 2015 et ce fut un épouvantable premier tour le 6 décembre 2015 : ses listes LR-UDI sont arrivées au deuxième rang avec seulement 25,0% face aux listes FN de Marine Le Pen qui ont obtenu 40,6%. Le retard a semblé irrattrapable et cela malgré le désistement des listes PS qui pouvaient se maintenir (à 18,1%), leur empêchant d’obtenir le moindre siège dans le futur conseil régional.

Ce fut sans doute cette date-là qui fut fondatrice pour Xavier Bertrand, autant que Christian Estrosi en Provence-Alpes-Côte-d’Azur où il fut confronté aux listes FN de Marion Maréchal-Le Pen. Le FN était favori dans ces deux grandes régions et leur basculement dans un exécutif d’extrême droite aurait été un sérieux handicap dans la campagne présidentielle de 2017. Xavier Bertrand a finalement réussi à gagner au second tour le 13 décembre 2015, avec 57,8% des voix, mais les listes FN ont réussi quand même à gagner plus de 100 000 voix par rapport au premier tour.

Ce fut comme une grâce, pour lui. Comme s’il venait de réchapper au malheur suprême. Ce fut pour cette raison qu’il renonça à sa candidature à la primaire LR (tout comme Christian Estrosi) et qu’il a voulu se consacrer totalement à sa grande région. C’est pour cette raison qu’il vient de renoncer à batailler pour la présidence de LR en novembre 2017 : « J’ai pris un engagement vis-à-vis des habitants des Hauts-de-France et j’ai l’intention de le tenir. ». Xavier Bertrand et Christian Estrosi furent des rescapés de la fin du clivage gauche/droite, élus par des voix de gauche contre l’extrême droite. Christian Estrosi, lui, a finalement quitté le conseil régional de PACA pour reprendre la mairie de Nice, trop contesté par les élus LR de la région pour sa proximité nouvelle avec LREM.

Xavier Bertrand a, par ailleurs, affirmé qu’il aurait été approché par des proches du Président Emmanuel Macron après le premier tour de l’élection présidentielle pour devenir son Premier Ministre. Il aurait alors refusé l’offre (au contraire de son proche collègue Édouard Philippe). Il a fait toute la campagne des élections législatives en fustigeant la hausse de la CSG que proposait LREM, ce qui réduirait le pouvoir d’achat des retraités.

Xavier Bertrand a refusé de faire partie des "constructifs" menés par Thierry Solère et qui devraient apporter un soutien mesuré au gouvernement actuel. Il est plutôt pour une opposition constructive et surtout, pour en finir avec la dérive droitière de LR amorcée avec Nicolas Sarkozy et confirmée avec Jean-François Copé, qui pourrait s’incarner aujourd’hui par Laurent Wauquiez : « Pour gagner, la droite et le centre doivent rassembler, et pas cliver, se réinventer, renouer avec la France populaire, parler à la fois à l’ouvrier et au chef d’entreprise, à l’infirmière et au chirurgien, à l’agriculteur et au fonctionnaire, au rural et à l’urbain. » (25 juin 2017), un objectif qu’a atteint Emmanuel Macron avec son mouvement En Marche.

Renonçant à s’opposer frontalement à Laurent Wauquiez (coqueluche des militants LR et des vieux caciques du sarkozysme comme Brice Hortefeux), Xavier Bertrand a passé le relais à sa collègue présidente du conseil régional d’Île-de-France Valérie Pécresse, qu’il soutiendrait si elle se présentait, mais rien n’indique que celle-ci souhaite plus que lui une confrontation somme toute perdue d’avance. Kamikaze, ça demande à en avoir la vocation !

D’ailleurs, Xavier Bertrand ne croit plus du tout à l’intérêt d’un parti comme LR, fondé sur des malentendus qui reposent sur trop de désaccords pour avoir un avenir durable : « En réalité, il n’y a plus grand-chose de commun entre nous. Nous continuons à vivre ensemble, mais ça fait bien longtemps qu’on ne s’aime plus. Et on n’a peut-être plus grand-chose à faire ensemble. » (25 juin 2017). Au moins, cela a le mérite d’être clair. Xavier Bertrand attend la défaite des "modérés" en novembre 2017 pour quitter (enfin) ce parti devenu la succursale des futurs ralliés au lepénisme qui se voudrait triomphant.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Xavier Bertrand.
Élections régionales de décembre 2015.
Valérie Pécresse.
Laurent Wauquiez.
François Baroin.
François Fillon.
Marine Le Pen.
Emmanuel Macron.
François de Rugy.
Jean-François Copé.
Nicolas Sarkozy.

_yartiBertrandXavier2017A04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170525-xavier-bertrand.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/xavier-bertrand-candidat-a-rien-194571

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/29/35429035.html

 

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