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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 07:13

« En politique, on n’est jamais fini. Regardez-moi ! » (Alain Juppé, lauréat du 12e Grand Prix 2014 du Press Club de France, humour et politique, remis le 29 septembre 2014 à Paris pour sa petite phrase dans "Libération" du 18 novembre 2013).


yartiJuppe201401Aidé par des sondages favorables, l’ancien Premier Ministre Alain Juppé effectue un retour sur l’avant-scène politique très remarquable.

Le maire de Bordeaux et coprésident provisoire de l’UMP était l’invité de la seule grande émission politique à la télévision "Des paroles et des actes" sur France 2 le jeudi 2 octobre 2014.

Cette émission est intervenue juste après des déclarations tenues au journal "Le Figaro" par l’ancien Président de la République Jacques Chirac qui, du haut de ses presque 82 ans (dans un mois et demi) et malgré les déclarations assassines de son épouse Bernadette sur Europe 1 le 28 septembre 2014, a carrément adoubé celui qu’il a toujours considéré comme son dauphin, son héritier, son fils aîné spirituel (les deux autres étant Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy), comme "le meilleur d’entre nous" : « J’ai toujours su qu’Alain Juppé serait au rendez-vous de son destin et de celui de la France. (…) Peu de choses pouvaient me faire plus plaisir, pour moi-même, pour lui et surtout pour notre pays. » (1er octobre 2014).

Il ne manque plus que l’appel de Valéry Giscard d’Estaing, et, pourquoi pas ? d’outre-tombe, de Georges Pompidou et de Jacques Chaban-Delmas, pour compléter le tableau. Je plaisante un peu, pourtant, l’hypothèse d’Alain Juppé me paraît très sérieuse.

Dans l’offre politique actuelle, Alain Juppé représente tout ce qui manque à la France depuis le départ de Jacques Chirac en 2007 : une autorité, une capacité à rassembler, une volonté de ne plus cliver mais au contraire de pondérer les aspérités d’une société à la cohésion sociale très fragile, une compétence, une expérience. J’ajouterais même, mais rien n’est jamais acquis dans le domaine affectif, une stabilité conjugale qui devrait ne regarder certes personne mais qui permettrait quand même d’en finir avec les ragots d’alcôves présidentielles qui viennent encore de faire la risée des médias étrangers.

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La bataille de la primaire ouverte à l’UMP pour l’élection présidentielle de 2017 va être rude, car Alain Juppé ne sera pas seul : il y aura probablement en face de lui Nicolas Sarkozy, François Fillon et d’autres candidats comme Xavier Bertrand. Si son image paraît plutôt élogieuse auprès des Français sondés dans les enquêtes d’opinion, il a quelques obstacles à franchir pour convaincre qu’il pourrait faire un bon Président de la République de 2017 à 2022.

L’émission toujours autant interminable animée par David Pujadas est devenue de plus en plus une sorte de séance de psychanalyse de groupe qui n’a rien de politique. Mettre l’invité face aux critiques de ses concitoyens. Pour Alain Juppé, qui devait entendre la réaction qui ne lui était pas favorable des militants UMP venus écouter Nicolas Sarkozy à Lambersart le 25 septembre 2014, c’était un véritable exercice d’introspection où il a dû passer au peigne fin tous les handicaps qu’on lui impute.

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D’abord, c’est un élément majeur constitutif de la personnalité et c’est factuel, son âge. Il a 69 ans et à la fin de son quinquennat éventuel, il aurait 76 ans, ce qui est beaucoup dans des fonctions qui nécessitent énergie, réactivité, endurance (et être candidat, cela en nécessite même encore plus !). Alain Juppé a retourné ce défaut en avantage, en évoquant son expérience au service de l’État, et aussi, sa capacité à ne pas refaire les mêmes erreurs.

L’autre caractéristique factuelle, c’est sa condamnation judiciaire en 2004. Il a sans doute payé pour d’autres, cela lui a brisé son chemin présidentiel de l’époque, et même si c’est du passé, même si la peine a été totalement purgée, il aura du mal à convaincre de sa volonté de moralisation de la vie politique. C’est pourquoi Alain Juppé est revenu sur le sujet en renonçant à la notion d’exemplarité, mais en parlant d’honnêteté, rappelant que la cour d’appel avait attesté qu’en aucun cas, il n’y avait eu d’enrichissement personnel dans les affaires le concernant.

Ensuite, sa trajectoire politique a montré qu’il était capable de beaucoup d’arrogance, peu à l’écoute des partenaires sociaux et avec le profil du technocrate froid. Ce trait de caractère, rappelé assez méchamment par Bernardette Chirac, ne semble cependant plus d’actualité. À Bordeaux, il est au contraire un maire ouvert et rassembleur, prêt à prendre les meilleures propositions, apprécié de ses administrés. Au contraire, certains militants UMP sembleraient plutôt le taxer de "droite molle", ce qui n’a pas manqué de l’amuser avec justement son (ancienne) réputation d’autoritarisme (rappelant sa malheureuse expression « droit dans les bottes » pour résister aux dures grèves de fin 1995).

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Enfin, la difficulté réside également dans ses réseaux, qui seraient assez peu développés depuis dix ans, voire quasiment inexistants. À l’exception des anciens ministres Benoît Apparu et Hervé Gaymard, ainsi que du député-maire du Havre Édouard Philippe, aucun leader national de l’UMP ne se qualifient ouvertement de juppéistes, au risque de rimer avec passéiste. Félicitant Bruno Le Maire pour la rédaction d’une chartre pour la primaire, Alain Juppé n’a pas douté qu’il serait de convaincre de nombreux parlementaires le moment venu. En effet, comme François Hollande assez seul en 2010, les élus n’hésitent pas à aller soutenir celui que les sondages placeront en tête de liste, pour simplement être plus sûrs de gagner l’élection présidentielle.

N’étant pas à l’Assemblée Nationale, ni impliqué dans la direction de l’UMP depuis 2004, cela lui permet aussi de dire qu’il ne connaissait pas l’entreprise Bygmalion (à l’inverse de François Fillon qui, le même jour, rappelait que cette entreprise était connue à l’UMP depuis longtemps, comme prestataire du parti, cela pour mettre en défaut Nicolas Sarkozy qui affirmait ignorer jusqu’à son nom encore récemment).

Au fil de sa prestation télévisée, Alain Juppé n’a pas manqué de citer en référence quelques socialistes comme Michel Rocard et Lionel Jospin, et s’exprimé avec détail et modération sur la situation catastrophique des finances publiques (le seuil symbolique des 2 000 milliards d’euros de dette publique ayant été franchi au 2e trimestre 2014).

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Opposé à Jean-Marie Le Guen, le Secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement (le PS n’avait-il donc aucun leader politiquement plus important à lui opposer ?), Alain Juppé a expliqué avec détail que les 21 milliards d’euros d’économies présentés dans le projet de budget 2015 ne correspondaient pas à une diminution des dépenses publiques, mais à une réduction de l’augmentation des dépenses ! Le Ministre des Finances et des Comptes publics Michel Sapin a toujours adoré jongler avec les chiffres, à les tordre pour communiquer des éléments de langage rassurants. Pourtant, la réalité est là et le déficit ne sera pas maîtrisé à 3% avant 2017 dans les meilleures projections …du gouvernement.

Alain Juppé a su répondre sur le bon ton à une responsable associative qui lui avait posé une question à la limite de l’insulte, préjugeant sur ses capacités à faire reculer les discriminations, en lui opposant son action à Bordeaux où le conseil municipal venait justement de décider d’une nouvelle initiative pour lutter contre les discriminations.

Face à la députée FN Marion Maréchal-Le Pen, Alain Juppé a voulu affronter l’idéologie du FN sur l’immigration ou sur l’islam, thèmes qu’avait choisis Marion Maréchal-Le Pen dans sa prestation (des thèmes qui tournent visiblement à l’obsession, j’aurais voulu mieux connaître les positions du FN pour redresser l’économie française et réduire le chômage). Si Alain Juppé est par exemple favorable à une réforme de l’aide médicale aux étrangers, surtout pour des actes prévus à l’avance afin de ne pas encourager un tourisme médical, c’est pour que les nationaux qui cotisent puissent avoir les mêmes droits et surtout pas pour exclure les étrangers de la solidarité nationale (notamment en ce qui concerne les maladies infectieuses).

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La plupart des journalistes posant des questions à cette émission ne cherchaient pas vraiment à faire de la politique, ni à essayer de comprendre ce qu’Alain Juppé proposait aux Français, mais à lui faire dire une petite phrase pour en faire un scoop. Ainsi, beaucoup de lourdeur dans les questions pour tenter un dérapage sur ses relations avec Nicolas Sarkozy qui avait déclaré le 21 septembre 2014 qu’il l’avait rencontré à l’âge de 20 ans et qu’il aurait besoin de lui. Symétriquement, Alain Juppé a juste répondu qu’il avait rencontré pour la première Nicolas Sarkozy à l’âge de 30 ans et qu’il aurait, lui aussi, besoin de lui.

Est-ce que l’ancien Premier Ministre de Jacques Chirac a réussi à convaincre les téléspectateurs que son envie de l’Élysée était à la fois réelle et porteuse d’espoir pour l’avenir du pays ? Je le souhaite en tout cas, car c’est exactement le type de personnalité dont le pays a aujourd’hui besoin, quelqu’un à l’autorité naturelle (elle n’a jamais été remise en cause), aux compétences confirmées et reconnues, et qui a réellement changé dans son écoute avec le peuple. Bref, ni un hyperprésident, ni un président mollement normal.

Il reste que le processus de la primaire ouverte au centre droite risque de se transformer assez rapidement en "Vacances mortelles", titre du téléfilm qui était curieusement diffusé sur une autre chaîne de télévision juste après la (très longue) prestation d’Alain Juppé.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 octobre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sondages favorables à Alain Juppé.
Le projet d’Alain Juppé.
Alain Juppé, la solution pour 2017 ?
En débat avec François Hollande.
Au Sénat ?
L’UMP en 2014.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
François Fillon.
Jean-François Copé.
François Baroin.
Bruno Le Maire.
Dominique de Villepin.
Gérard Larcher.
François Bayrou.
La ligne Buisson.
Valéry Giscard d’Estaing.
Jacques Chaban-Delmas.

yartiJuppe201407
 

  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-envie-elyseenne-d-alain-juppe-l-157594

 

 

 

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 07:19

Sur fond de scandales financiers et de divisions internes, l’UMP vit des heures difficiles pour se trouver dans quelques mois un nouveau président et un candidat à l’élection présidentielle de 2017 capable de convaincre la majorité des électeurs.


yartiDebreBernard01Dans la classe politique, il est un homme, parmi d’autres, qui n’hésite pas à dire tout haut ce qu’il pense, au risque parfois de choquer et de créer quelques polémiques, comme lors de sa réaction très dure au moment de l’arrestation rocambolesque de Dominique Strauss-Kahn à New York. Il s’agit de Bernard Debré, député du 16e arrondissement de Paris, qui va fêter dans trois mois ses 70 ans.

Son indépendance de ton n’est pas nouvelle et a une raison : la politique, ce n’est pas son métier. Il est d’abord médecin, chirurgien, spécialiste en urologie, professeur des universités à 36 ans, membre du Comité d’éthique à 42 ans, chef d’un service hospitalier à 46 ans. C’est dans son service que le Président François Mitterrand fut opéré pour sa maladie. La médecine, c’est sa famille aussi. Son grand-père était le professeur Robert Debré (1882-1978), le célèbre fondateur de la pédiatrie moderne et inspirateur des CHU (centres hospitaliers universitaires).

Mais la politique, il l’a aussi dans la peau. C’est familial aussi. C’est un peu comme les Jeanneney ou les Joxe, les Debré sont de grands républicains. Son père Michel Debré (1912-1996) fut Ministre de la Justice qui rédigea la Constitution il y a cinquante-six ans et le premier Premier Ministre du Général De Gaulle. Son frère (faux) jumeau, Jean-Louis Debré, docteur en droit, ancien juge d’instruction, ancien Ministre de l’Intérieur, ancien Président de l’Assemblée Nationale, est l’actuel Président du Conseil Constitutionnel (jusqu’en février 2016). Et il a aussi une belle-sœur, Isabelle Debré, qui est sénatrice des Hauts-de-Seine depuis 2004 et adjointe à Vanves.

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Alors que Jean-Louis Debré (son frère) était un fidèle grognard de Jacques Chirac, le suivant dans la traversée du désert balladurien et récompensé par de hautes responsabilités par la suite, Bernard Debré a toujours été un peu indiscipliné, du moins, un peu dissipé.

Député d’Indre-et-Loire de mars 1986 à décembre 1994, maire d’Amboise de décembre 1992 à mars 2001 (son père l’a aussi été de 1966 à 1989), il s’est "rapatrié" à Paris, en se faisant élire député du 16e arrondissement le 27 juin 2004 à l’occasion d’une élection partielle (et réélire par la suite deux fois) et conseiller de Paris depuis mars 2008 (il avait cherché à diriger les listes UMP à Paris à la place de Françoise de Panafieu, puis a échoué également pour être maire du 16e arrondissement). Élu UMP, il avait pris l’étiquette RPR (comme son frère) puis UDF lorsqu’il s’était retrouvé en difficulté d’investiture aux législatives de 1993.

Le Premier Ministre Édouard Balladur l’avait finalement choisi comme Ministre de la Coopération du 12 novembre 1994 au 18 mai 1995 pour remplacer Michel Roussin qui allait être mis en examen dans l’affaire des HLM de la ville de Paris (qui a finalement abouti à un non-lieu).

Auteur d’une vingtaine d’essais, sur la médecine ou sur la politique, Bernard Debré a suscité une polémique en publiant le 18 octobre 2012 avec le pneumologue Philippe Even (un médecin qui avait réfuté l’idée que le tabagisme passif était dangereux avant que des études sérieuses ne prouvassent le contraire) son "Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux" (éd. Le Cherche Midi), ce qui lui a valu en 2014 une interdiction d’exercer la médecine pendant d’une année par l’Ordre des médecins.

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Peut-être d’ailleurs que son tempérament à réagir à chaud lui a fait prononcer des paroles qui ont dépassé sa pensée (c’est le problème des chaînes d’information continue en surréagissant aux réactions), ce fut le cas, comme je l’ai indiqué, lors de l’affaire DSK avec des propos qu’il avait regrettés quelques jours plus tard. Ce n’est sans doute pas pour rien qu’il est un invité régulier dans l’émission "Les Grandes Gueules" sur RMC.

La semaine dernière, il était l’invité de France 5 le mercredi 18 juin 2014 (un anniversaire particulier pour les gaullistes) dans une émission à moitié sérieuse à moitié people ("C à vous", émission animée par Anne-Sophie Lapix) et il a tenu des propos très durs pour son propre parti, l’UMP. Il est vrai que depuis un mois (et même bien avant), la marque UMP n’est pas facile à porter, notamment lorsqu’il rencontre ses électeurs.

Après les aveux de Jérôme Cahuzac en 2013, et avec la confession de Jérôme Lavrilleux le 26 mai 2014 sur BFM-TV, l’affaire Bygmalion est la seconde occasion, dans toute l’histoire politique de la France où un homme politique a reconnu des malversations financières. Il suffit de regarder toutes les affaires politico-financières, en particulier (nombreuses) depuis le début des années 1980 pour voir que les personnes mises en cause, voire condamnées, voire qui ont purgé une peine de prison, ont toujours soutenu leur innocence. Un moyen qui leur a permis, pour certains, de se faire réélire député ou maire même après une condamnation définitive, une fois la peine purgée.

Il faut dire que les déclarations du directeur de cabinet de Jean-François Copé à la présidence de l’UMP et de l’ancien directeur adjoint de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 ont eu de quoi être explosives au sein même de l’UMP.

Le député du 16e arrondissement était d’ailleurs très gêné vis-à-vis de ses proches car il avait contribué et fait contribuer en été 2013 à renflouer les caisses de l’UMP (Sarkothon) alors que c’était son propre frère qui, au Conseil Constitutionnel, avait invalidé les comptes de compagne de Nicolas Sarkozy et que l’UMP aurait payé de nombreuses factures pour le compte du candidat Nicolas Sarkozy.

Bernard Debré a évidemment constaté que tout le débat politique était pollué, inévitablement, par les affaires financières et il a donc demandé à ses collègues de l’UMP d’assainir franchement la situation : « [Il] faut aller jusqu’au bout des révélations et au bout des enquêtes. ». Et de conclure de manière assez impérative : « Ca suffit, qu’on tourne la page ! ».

En clair, il a proposé avec sa subtilité de chirurgien qu’il fallait trancher au scalpel cette affaire et enlever les « branches mortes ». En citant explicitement les personnes : selon lui, il faut que Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy, qui sont tous les deux touchés par la dernière affaire, disent tout de suite qu’ils se retirent de la politique, qu’ils n’ont plus de perspective pour 2017 pour rendre l’atmosphère de l‘UMP plus sereine et séparer une affaire financière qui va rebondir toutes les semaines des discussions politiques. Pour Nicolas Sarkozy, il a été assez clair : « [Il] ne peut pas se présenter aux primaires. ». On n’est pas très éloigné du fameux : « Qu’ils s’en aillent tous ! » de Jean-Luc Mélenchon (du titre du livre qu’il a publié le 10 octobre 2010 chez Flammarion).

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Au lendemain de la garde à vue de Jérôme Lavrilleux, Bernard Debré venait de réagir à la publication, dans Mediapart le 18 juin 2014, des détails de facturation de Bygmalion pour l’UMP et les meetings de Nicolas Sarkozy, où toute la justice devra faire la part des surfacturations (donc, enrichissement d’une manière ou d’une autre) et des fausses factures (ventilation volontairement trompeuse pour ne pas dépasser le plafond des dépenses de campagne).

Le 18 juin 2014 aussi, "Le Figaro" a reproduit un SMS de Jérôme Lavrilleux de 2012 qui indiquerait que, contrairement à ce qui était affirmé, Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy auraient bien été au courant des dépenses excessives de la campagne 2012.

Entre parenthèses, c’est aussi le même jour que "Le Canard enchaîné" a indiqué les conditions de la désignation de Jacques Toubon : pour la succession de Dominique Baudis au poste de Défenseur des droits, le Président François Hollande avait d’abord songé à Jean-Louis Borloo puis à Christiane Taubira, les deux ayant décliné l’offre, et avait aussi songé à l’ancien ministre Xavier Darcos avant de finalement l’exclure de sa réflexion, alors que l’ancienne ministre socialiste Delphine Batho y aurait bien vu Rama Yade (RFI le 19 juin 2014).

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Cette semaine, le maire de Bordeaux Alain Juppé, l’un des trois coprésidents provisoires de l’UMP avec François Fillon et Jean-Pierre Raffarin, n’a pas dit autre chose que Bernard Debré.

En effet, Alain Juppé, qui, deux jours plus tard, n’a pas exclu d’être candidat à la primaire de l’UMP pour l’élection présidentielle de 2017 (il s’est même déclaré prêt), a alerté le 23 juin 2014 à Bordeaux les membres de l’UMP de la menace qui les guettait : « Sauver l’UMP, ce n’est pas gagné. L’UMP est en danger bien entendu, en danger financier et en danger aussi politique avec l’accumulation des scandales. » et il a espéré que l’élection en novembre 2014 d’un nouveau président de l’UMP permettrait un « rebond ».

Il est clair que l’UMP à trois ans de l’élection présidentielle se retrouve dans une situation plus difficile encore que le PS en été 2009 qui avait, lui aussi, eu l’épreuve d’un congrès très difficile (à Reims). Mais à l’époque, Marine Le Pen n’avait pas encore le vent si en poupe…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 juin 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michel Debré.
Jean-Louis Debré.
L’UMP en 2012.
Jean-François Copé.
François Fillon.
Alain Juppé.
Jean-Pierre Raffarin.
Nicolas Sarkozy.
François Baroin.
Dominique de Villepin.

yartiDebreBernard03 




http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/ump-le-scalpel-tranchant-de-153799

 

 



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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 13:30

Né le 8 mars 1949 à Paris, après des études à Science Po Paris et à Paris Assas, Jean-François Probst a collaboré dans de nombreux cabinets, principalement ministériels : le cabinet de Jacques Chirac à Matignon de 1974 à 1976, celui de Jacques Monod secrétaire général du RPR de 1976 à 1978, celui de Jean François-Poncet au Quai d'Orsay de 1979 à 1982, celui du Président de la Lyonnaise des eaux, puis secrétaire général du groupe RPR au Sénat auprès de Charles Pasqua de 1983 à 1992, puis conseiller de Jean-Claude Decaux de 1992 à 1993, puis membre du cabinet de Michèle Alliot-Marie au Ministère des Sports de 1993 à 1994, puis du cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris de 1994 à 1995, puis d'Alain Juppé à Matignon de 1995 à 1997, puis chargé de la campagne de Christian Poncelet pour la Présidence du Sénat en 1998, puis chargé de la campagne de Michèle Alliot-Marie pour la présidence du RPR en 1999, puis au cabinet de Jean Tiberi à la mairie de Paris de 2000 à 2001, exclu du RPR par Michèle Alliot-Marie pour son soutien à Jean Tiberi. Fin connaisseur du milieu politique et de la Chiraquie, ce n'est qu'une fois éloigné du RPR qu'il a adopté, durant les années 2000, une certaine liberté de ton en faisant quelques révélation sur le monde de la politique, des entreprises et des pays africains qu'il continuait encore à conseiller. Il a même soutenu la candidature de François Bayrou à l'élection présidentielle de 2007. Il est mort d'un infarctus le jeudi 12 juin 2014 à Saint-Jean-de-Luz.

SR


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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 07:59

L’histoire des enregistrements de conversations privées à l’Élysée aura eu au moins un mérite : celui de renvoyer Patrick Buisson là d’où il n’aurait jamais dû sortir, aux oubliettes de la vie politique.


yartiBuisson01Décidément, les journaux manquent de lecteurs et cherchent à tout prix à sortir des "affaires d’État" (et il n’y a pas que du côté de la majorité précédente, il y a aussi le pseudo-lièvre levé par "Le Figaro" sur une taupe dans la "manif pour tous", l’Annagate). Il serait opportun, cependant, que ces confrères à sensations fortes se concertent pour ne pas sortir une grave affaire par jour parce que sinon, les lecteurs vont vite se lasser (et peut-être rester indifférents sur ce qui mériterait l’indignation).

Cette surenchère de déballages est d’autant plus malsaine que pour moi, il n’y a qu’une seule vraiment grave affaire d’État à ce jour, c’est le fait qu’il y a 5,598 millions de personnes en France (hors outremer) qui recherchent un emploi au 31 janvier 2014 (statistiques officielles de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du Ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social), soit une augmentation de près de 6% par rapport au 31 janvier 2013, et il me semble qu’après deux ans d’exercice du pouvoir, la responsabilité en incombe prioritairement au gouvernement actuel.

Cela dit, je souhaite évoquer ce qu’on appelle "l’affaire Buisson" sortie par "Le Canard enchaîné" le 4 mars 2014 après une première annonce par "Le Point" quelques jours avant. De quoi s’agit-il ? D’un conseiller politique très influent (et très coûteux) de Nicolas Sarkozy, lorsque ce dernier était à l’Élysée, qui enregistrait toutes les conversations à l’insu des protagonistes. Et d’une fuite, involontaire apparemment, de ces enregistrements vers des médias.

Le conseiller n’est pas n’importe qui puisqu’il s’agit de Patrick Buisson (63 ans), un passionné d’histoire (il est le directeur général de la chaîne "Histoire" depuis 2007), un fin analyste politique (il avait prédit la victoire du non au référendum européen du 29 mai 2005, ce qui avait "séduit" Nicolas Sarkozy), un spécialiste des sondages, mais aussi, avant tout, un militant d’extrême droite dont le but était d’insuffler les idées du Front national à l’UMP, ce qui a probablement précipité la chute de Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle du 6 mai 2012 en perdant les plusieurs centaines de milliers de voix provenant de personnes révoltées par les options sécuritaires et droitières du Président candidat devenues par nécessité électeurs de François Hollande (à l’instar de François Bayrou).

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Élevé dans le culte de Charles Maurras, directeur du journal "Minute" puis directeur du magazine "Le Crapouillot", tous les deux d’extrême droite, Patrick Buisson s’était tourné au milieu des années 1990 vers des prestations de consultant politique jusqu’à très récemment puisque Jean-François Copé avait souhaité bénéficier de ses services après l’élection présidentielle de 2012.

Je ne disserterai pas sur la méthode ni sur le contenu des enregistrements. A priori, ils n’étaient pas destinés à être rendus publics et pouvaient servir de matière première pour l’écriture d’un livre documenté sur l’histoire du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Et tout comme les photographies privées, ces enregistrements, qui n’auraient pas dû être réalisés, qui n’auraient pas dû être dérobés, ne devraient pas non plus être diffusés. Le lundi 10 mars 2014 à 14 heures, un juge parisien examinera d’ailleurs le bien-fondé de la plainte en référé du couple Sarkozy sur l’atteinte à leur vie privée.

Rappelons que Jacques Attali, conseiller spécial à l’Élysée pendant une dizaine d’années, avait profité de sa position pour écrire de nombreuses anecdotes dans "Verbatim" qui avait très désagréablement surpris le Président François Mitterrand et son entourage en 1993. Le ministre Alain Peyrefitte avait également utilisé les notes de ses nombreuses conversations en tête à tête avec le Général De Gaulle pour rédiger deux tomes d’anecdotes "C’était De Gaulle" (publiés en 1994 et 2000, bien après la mort de De Gaulle, et qu’il est donc impossible de confirmer ou d’infirmer). Même le Président Vincent Auriol a rédigé à partir de ses notes un journal du septennat (le sien, publié en 1970 après sa mort), texte dont un extrait était d’ailleurs dans une épreuve d’histoire au baccalauréat.

Je n’épiloguerai pas non plus sur le service après-vente des hiérarques du parti socialiste qui voudraient instrumentaliser cette affaire pour charger Nicolas Sarkozy sur du simple déclaratif (savent-ils qu’il a été battu il y a deux ans ?) en oubliant l’affaire Cahuzac, ou encore en ignorant les révélations sans lendemain et pourtant fracassantes de l’ancienne ministre Delphine Batho (des révélations qui allaient très loin dans le conflit d’intérêt au centre du pouvoir socialiste), et qui, bien sûr, se croient exonérés de se soucier de la situation économique et sociale désastreuse de la France.

Ce qui est d’ailleurs assez curieux, c’est que cette affaire a démarré un peu de la même manière que l’affaire Bettencourt, à savoir par des enregistrements illicites de conversations privées et par un conflit familial, pour l’une, la fille contre la mère, pour l’autre, semble-t-il, le fils contre le père.

C’est sans doute croustillant. Toutes ces conversations en plein cœur de l’Élysée, débridées, franches, ne peuvent qu’être croustillantes mais aussi anecdotiques. La masse des enregistrements est telle que trop d’information tue l’information, un peu comme si les journaux allaient se régaler à en faire une série à épisodes, pour soutenir leur audience jusqu’à la nausée. Rappelez-vous Wikileaks : la somme des télégrammes diplomatiques, vous allez vous ce que vous allez voir, et puis, finalement, tempête dans un verre d’eau. C’est d’ailleurs fréquent que cette affaire Buisson se nomme dans certains médias "Sarkoleaks". J’aurais plutôt imaginer "Buissonleaks" ou encore "Buissongate".

Car faudrait-il, comme des voyeurs de l’Élysée, écouter le contenu de tous les enregistrements qui seront diffusés ? Les paroles à peine audibles qui y sont prononcées sont-elles paroles d’Évangile ? Disent-elles la vérité ? Sont-elles si franches que ça ? Seuls, les actes comptent.

Seules, les décisions comptent. Nicolas Sarkozy en a pris des milliers. Elles sont visibles, connues de tous, on peut les discuter, on peut les soutenir ou les contester, mais seules, les décisions publiques comptent. Le reste n’est qu’impression, spéculation, interprétation, opinion et n’a pas beaucoup d’intérêt si ce n’est pour les historiens, pour mieux comprendre le quinquennat de Nicolas Sarkozy. J’ai aussi l’impression de me retrouver avant 2012, comme si l’élection n’avait pas encore eu lieu, comme si Nicolas Sarkozy était encore l’homme à abattre : non, il a été "abattu", il a perdu, François Hollande a été élu, et on en voit d’ailleurs les premiers résultats (ou non résultats) sur le déficit public et l’emploi...

yartiBuisson02

Toutes ces informations n’ont donc aucun intérêt politique, seulement, je le répète soit historique, soit anecdotique : c’est finalement assez commun à l’âme humaine, l’hypocrisie, la lâcheté, la flagornerie. C’est très répandu. Si l’on enregistrait la conversation (libre) d’un salarié dans son milieu familial, nul doute que son supérieur hiérarchique, son employeur ou encore un collègue ou un client avaleraient leur salive de travers, seraient choqués par ce qu’ils entendraient. Ce double langage n’est pas droit, pas heureux, pas moral, mais somme toute, très ordinaire, très fréquent, allant de la simple politesse à la haute trahison.

C’est d’ailleurs la trahison dont parlent essentiellement ceux qui ont côtoyé pendant cinq ans cet obscur conseiller Buisson. Ou ceux qui sont sujets de ses conversations.

C’est là le sujet intéressant, là l’élément à noter. Cette affaire des enregistrements vient mettre à jour, à nu, l’homme Patrick Buisson, et je ne peux que me réjouir qu’il soit ainsi dénoncé par la plupart des responsables de l’UMP, ses principales victimes.

Je regrette bien sûr que cette dénonciation unanime soit venue de ses seules méthodes (que certaines disent typiques de l’extrême droite), du fait qu’il a enregistré des discussions privées, du fait qu’il a montré une grande hypocrisie vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, une flatterie courtisane devant lui, une critique méprisante dans son dos.

J’aurais préféré que Patrick Buisson fût dénoncé par les responsables de l’UMP dès le début du quinquennat pour ses idées extrémistes, pour sa propension à vouloir inoculer le germe de la peur sécuritaire dans une société déjà très fragile où la cohésion sociale est en équilibre métastable, pour ses activités très lucratives qui ont coûté cher aux deniers de l’État, et donc, aux contribuables (plusieurs millions d’euros selon certains journaux).

Patrick Buisson considérait Nicolas Sarkozy plus giscardien que gaulliste, mais lui n’était pas gaulliste (il était du côté de l’OAS). Lui se revendique monarchiste ! Antirépublicain ! Nostalgique des Camelots du roi ! Au cœur même de la République ! On comprend pourquoi le discours de Grenoble a été prononcé avec une telle philosophie politique. On comprend pourquoi un Ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration a été créé au grand dam de Simone Veil (heureusement supprimé quelques années plus tard). Et si Patrick Buisson a eu de l’influence, heureusement qu’elle ne fut pas la seule sur le Président de la République. Il me semble d’ailleurs que le plus meurtri psychologiquement par cette affaire serait Henri Guaino.

Par conséquent, s’il y a bien une chose qui me réjouit en tant que républicain dans cette affaire, c’est que l’hypothèque Buisson est levée. Patrick Buisson est à jamais consumé dans ses fonctions de conseiller politique. L’UMP aura donc une chance supplémentaire de se relever de toutes ses divisions en ne cherchant définitivement plus à courir idéologiquement après le FN. C’est déjà ça. Il faut le saluer. Dommage que le réveil soit si tardif.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (8 mars 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le syndrome bleu marine.
Nicolas Sarkozy.
Stigmatisation.
Lepénisation socialiste.
Ce que prévoit le FN.
Discours de Grenoble.
Jean-François Copé.
François Fillon.

yartiBuisson04 

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-debuissonisation-de-nicolas-149025

 

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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 03:53

Archétype du haut fonctionnaire au service de l’État et de la France, défenseur d’une certaine idée du gaullisme, il est devenu, par un concours de circonstances, le dépositaire d’informations secrètes sur le supposé suicide de son ami Robert Boulin. Seconde partie.


yartiCharbonnel01L'ancien ministre Jean Charbonnel vient de mourir le 20 février 2014, peu après son "collègue" de Corrèze, René Teulade, disparu le 13 févier 2014.

Après avoir évoqué le parcours politique de Jean Charbonnel, j’ai développé sa conception personnelle du gaullisme avant de présenter son témoignage dans l’affaire Boulin.


La droitisation du gaullisme

Dans les rendez-vous manqués du gaullisme, Jean Charbonnel a cité les élections législatives de 1967, où Georges Pompidou a pris une mauvaise décision : il voulait absolument que Jean-Pierre Dannaud (1921-1995), normalien agrégé de philosophie, qui voulait s’engager en politique, eût la possibilité de conquérir une circonscription. Jean Charbonnel lui avait conseillé celle de Figeac où le député sortant SFIO était en mauvaise posture. Mais Bernard Pons (futur ministre), pourtant médecin à Cahors, avait réussi (« en utilisant certains moyens dont je ne parlerai pas mais dont je garde une certaine tristesse ») à obtenir la circonscription de Figeac (où il fut donc élu député). Du coup, Georges Pompidou a placé Jean-Pierre Dannaud à Cahors, avec pour adversaire le député radical sortant Maurice Faure, lui-même agrégé d’histoire, qui conserva avec grand succès sa circonscription. Or, à cette époque, Maurice Faure, très hésitant sur la situation à gauche, n’était pas loin de rejoindre les gaullistes sur les traces de Jacques Chaban-Delmas. Le duel que lui avait imposé Georges Pompidou avec la candidature de Jean-Pierre Dannaud (ce dernier, pourtant homme brillant, n’a eu qu’une carrière politique très médiocre) l’avait rangé définitivement dans l’opposition.

Jean Charbonnel a soutenu la candidature de Jean-Pierre Chevènement en 2002 et de Nicolas Sarkozy en 2007. Jean-Pierre Chevènement a réagi le 21 février 2014 à sa disparition : « Avec Jean Charbonnel disparaît une personnalité politique rare. Venu de la démocratie chrétienne, il avait rejoint le gaullisme, par fidélité à celui qui en 1940 avait relevé l’espoir républicain. Il n’avait cessé d’y apporter une exigence sociale inséparable pour lui de l’essor économique du pays. (...) Je salue la mémoire d’un Républicain chaleureux, qui a apporté à la France le concours de sa vive intelligence et de sa grande générosité. ».

En 2011, il avait encore quelques ennuis avec un « barrage chiraquien » pour éditer ses livres auprès des grands éditeurs (Fayard, Plon, Albin Michel) : « Cela m’a été dit de manière très claire par un des éditeurs qui est une amie : "Le mot d’ordre est passé de ne pas vous éditer." Actuellement, il y a le même barrage au "Figaro" et au "Monde". Je suis heureux de pouvoir vous le dire. ». En poursuivant : « Je soutiens que tout un courant de pensée et d’action, qui a été un élément de l’histoire de France, qui a démarré avec les compagnons de la Libération, ne peut être réduit au gaullisme dit immobilier ni aux comportements de M. Pasqua. ». Avec la mort de Jean Foyer, de Pierre Lefranc, de Maurice Herzog, Jean Charbonnel avait conscience qu’il ne restait plus beaucoup de témoins encore en vie de ce qu’était le gaullisme historique, à part Yves Guéna, Edgard Pisani et lui-même.


L’affaire Boulin

Après son retrait des affaires dans les années 1990 pour cause d’échecs électoraux, Jean Charbonnel est revenu dans l’actualité politique au début des années 2010 lorsqu’il a affirmé connaître le nom des deux responsables de ce qu’il estimait être l’assassinat de son ami et ministre Robert Boulin.

Deux ans après ses premières déclarations sur France Inter, Jean Charbonnel témoignait à nouveau le 12 février 2011 dans le journal "Sud-Ouest" : « La dernière fois que je l’ai croisé [en parlant de Robert Boulin], c’était deux mois avant sa mort, sur un trottoir de la rue de Varenne. "Comment vas-tu, Jean ? J’aurais à te parler", m’avait-il dit. Après, j’ai compris qu’il voulait probablement évoquer l’éventualité de sa nomination au poste de Premier Ministre de Valéry Giscard d’Estaing. Non seulement il était brillant, mais c’était le meilleur débatteur du groupe gaulliste. On cherchait à le déstabiliser. Il a été tué soit parce qu’il était sur le point d’entrer à Matignon, soit parce qu’il avait les moyens de confondre ceux qui cherchaient à le déstabiliser. Ou peut-être à cause de ces deux raisons à la fois. ».

Au début, Jean Charbonnel était convaincu de la version du suicide : « Vous comprenez, j’avais vu la lettre signée de Boulin parvenue chez Chaban lui annonçant son suicide. ».

Mais Alexandre Sanguinetti, qui fut son collègue du gouvernement en 1966, lui avait fait changer d’avis deux mois après la mort de Robert Boulin. Alexandre Sanguinetti était un gaulliste "forcené", secrétaire général de l’UDR d’octobre 1973 à décembre 1974, soutien de Michel Debré pour l’élection présidentielle de 1981, et il fut surtout le cofondateur du SAC (Service d’action civique), funeste organisation gaulliste chargée de "basses œuvres" qui fut dissoute en 1982 après l’insupportable tuerie d’Auriol.

yartiCharbonnel04

Deux mois après, effectivement, Jean Charbonnel et Alexandre Sanguinetti s’étaient retrouvés à Brive au cours d’un dîner débat. Alexandre Sanguinetti lui aurait alors révélé les deux noms : « Le nom du commanditaire, si c’est bien lui, est très connu. Celui de l’exécutant ne me disait rien en 1979. Depuis, je me suis renseigné. L’un comme l’autre sont encore en vie. Si la justice veut les interroger, il faut néanmoins qu’elle se presse. ». Jean Charbonnel ajoutait : « Nous devions nous revoir pour en parler. Il est mort avant. ». Alexandre Sanguinetti succomba en effet le 9 octobre 1980 d’une crise cardiaque à l’âge de 67 ans. Le domicile de sa fille Laetitia, qui fut son attachée parlementaire, fut cambriolé quelques jours après sa disparition.

Jean Charbonnel comprenait la loi du silence, car tout révéler provoquerait un tremblement de terre dans la classe politique : « Si personne n’a rien voulu voir et entendre, c’est que les répercussions auraient été trop fortes, sans doute. (…) Nous vivions une période de transition. C’était la fin du gaullisme gaullien. Mais les mœurs étaient encore violentes, à droite comme à gauche. Les réseaux issus de la guerre, de l’OAS, ceux du SAC étaient encore actifs, sans véritable chef à la tête. Les barons du gaullisme, dont certains avaient lâché Chaban en 1974, avaient créé du vide. Les meurtres de Broglie, Boulin et Fontanet ont eu ce vide pour toile de fond. ».

Il ne voulait pas créer forcément un scandale : « J’attends que les magistrats, si scrupuleux de leur indépendance et de leur dignité, fassent enfin leur travail. Je ne peux livrer les deux noms que m’avaient glissés Sanguinetti en pâture, comme cela. Je ne peux les révéler qu’à un juge. ».

Et de terminer avec malice : « Les noms du commanditaire et de l’exécutant de l’assassinat de Robert Boulin, tels qu’Alexandre Sanguinetti me les avait glissés en décembre 1979, sont déposés dans un coffre. S’il m’arrive quelque chose, on les retrouvera toujours. ».

Le 1er février 2013, Jean Charbonnel confirmait ses précédentes déclarations : « [Alexandre Sanguinetti] me dit : "Tu as bien compris qu’il a été assassiné ? C’est X et Y et je t’en dirai davantage à Paris. Il ne m’en a jamais reparlé, je n’ai pas eu l’occasion de le revoir. ». Et Jean Charbonnel proposa de rencontrer à ce sujet la Ministre de la Justice Christiane Taubira : « On verrait ensuite avec la Garde des Sceaux quelle publicité en donner. ».


Le dernier rêve

Jean Charbonnel n’a probablement pas achevé son dernier projet, celui d’écrire un livre référence sur Charles Péguy.

La messe d’enterrement de Jean Charbonnel aura lieu en l’église Saint-Pierre-du-Gros-caillou à Paris 7e le mercredi 26 février 2014 à 10h30. Il sera inhumé dans l’intimité familiale en Bretagne et la ville de Brive organisera dans les prochains jours une cérémonie pour rendre hommage à celui qui fut son maire pendant presque trois décennies. Aujourd'hui, le gaullisme est en deuil.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 février 2014)
http://www.rakotoarison.eu

La plupart des citations de Jean Charbonnel datent de janvier 2012 et proviennent de l’article "Entretien avec Jean Charbonnel" par Anne Dulphy et Christine Manigand, "Histoire et Politique, culture, société", n°17 de mai-août 2012.


Pour aller plus loin :
De Gaulle.
Le gaullisme politique.
Edmond Michelet.
Georges Pompidou.
Pierre Messmer.
Robert Boulin.
Jacques Chaban-Delmas.
Valéry Giscard d’Estaing.
Jacques Chirac.
Edgar Faure.
Jean Lecanuet.
Étienne Borne.
Jean Foyer.
Michel Debré.
Jean-Marcel Jeanneney.
Olivier Guichard.
Alain Peyrefitte.
Roger Galley.

yartiCharbonnel05


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-charbonnel-1927-2014-148400





 

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 21:55

Né le 22 avril 1927 à La Fère (Aisne), Jean Charbonnel fut un brillant élève des lycées parisiens Henri-IV puis Louis-le-Grand, puis intégra Normale Sup et fut reçu agrégé d'histoire. Il fit ensuite l'ENA en 1954 et fut nommé en 1962 à la Cour des Comptes. D'origine démocrate-chrétienne, il fut naturellement MRP jusqu'en 1947 et préféra, entre deux loyautés, choisir sa fidélité à De Gaulle avec le RPF. Elu députe gaulliste de gauche de Corrèze en 1962, il fut battu en 1967, réélu en 1968, 1973, battu en en 1978 et en 1981, réélu en 1986 et en 1988, battu en 1993 et en 1997. Il fut nommé dans deux gouvernements, Secrétaire d'Etat délégué à la Coopération de 1966 à 1967 et Ministre du Développement industriel et scientifique de 1972 à 1974. En 1967, il fit la promotion de jeunes énarques gaullistes pour renouveler les cadres de l'UNR (dont Jacques Chirac) mais fut battu par Roland Dumas. Souvent opposé au RPR et à Jacques Chirac, ce dernier a soutenu un candidat contre lui qui l'a battu en 1993 aux législatives et en 1995 aux municipales (il était maire de Brive de 1965 à 1995). Il a soutenu la candidature de Jean-Pierre Chevènement en 2002, et celle de Nicolas Sarkozy en 2007. En janvier 2011 ("Sud-Ouest" du 12 février 2011) et le 29 janvier 2013 (sur France 3), il avait affirmé savoir le nom des deux assassins de son ami Robert Boulin. Jean Charbonnel fut, à l'instar d'Edmond Michelet, l'un des gaullistes démocrates-chrétiens qui se trouvaient dans un positionnement politique très délicat entre RPR et centristes.

SR

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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 07:57

Né le 18 mai 1924 à Saint-Etienne, Lucien Neuwirth entendit l'appel du 18 juin 1940 (il avait 16 ans) à Yssingeaux et s'engagea dans la Résistance à Saint-Etienne. Il rejoignit De Gaulle à Londres en 1942, devint parachutiste, et fut arrêté en avril 1945 aux Pays-Bas où il échappa aux tirs d'un peloton d'exécution (des pièces de monnaie lui ont sauvé la vie). Après la guerre, il adhéra au RPF, s'investit dans la vie municipale de Saint-Etienne, et fut porte-parole du comité de salut public lors du putsch d'Alger en mai 1958. Il fut élu de nombreuses fois parlementaire gaulliste de la Loire, député du 9 décembre 1958 au 9 juillet 1981 (UNR, UDR, RPR), puis, après son échec aux législatives en juin 1981 par la vague rose, il s'est fait élire sénateur RPR du 25 septembre 1983 au 30 septembre 2001. Il a échoué en 1965 et en 1971 à ravir la mairie de Saint-Etienne au maire Michel Durafour et fut élu président du conseil général de la Loire de mars 1979 à mars 1994. Lucien Neuwirth est surtout connu pour avoir été à l'origine de la "loi Neuwirth" votée le 19 décembre 1967 qui légalise la contraception et qui abroge la loi du 21 juillet 1920 (loi n°67-1176 du 28 décembre 1967).

SR


http://fauriel.paris.free.fr/cr_Neuwirth_08_03_2004.htm


http://www.civismemoria.fr/contribution/?module=contrib&contrib=562

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 16:36

Né le 13 avril 1921 à Paris, Michel Cointat fut ingénieur agronome et travailla au Ministère de l'Agriculture comme directeur général de la Production et des marchés. Il fut élu député UDR puis RPR d'Ille-et-Vilaine de mars 1967 à mars 1993 où il fut battu par Marie-Thérère Boisseau (UDF). Maire de Fougères du 21 mars 1971 au 13 mars 1983 (où il fut battu par le candidat socialiste), il fut nommé deux fois ministre : Ministre de l'Agriculture du 7 janvier 1971 au 6 juillet 1972 et Ministre du Commerce extérieur du 2 octobre 1980 au 22 mai 1981. Il est l'auteur de cinq essais.

SR

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 10:27

Né le 29 janvier 1939 à Paris, Jean-Pierre Pierre-Bloch, fils d'un député et ancien ministre socialiste qui fut résistant et le fondateur de la LICRA, fut journaliste à "France Soir". Il fut collaborateur d'Alain Poher en 1974 puis dans un ministère, et fut élu député UDF de Paris (18e arrondissement) de mars 1978 à mai 1981. Il avait gagné avec quelques centaines de voix d'avance sur le député communiste sortant. En revanche, il a perdu en juin 1981 face à Lionel Jospin. Pourfendeur du FN qu'il considérait comme un parti ouvertement raciste, il fut réélu en mars 1993 mais fut invalidé et perdit la partielle qui suivit face à Daniel Vaillant. De 1983 à 2001, il fut adjoint du 18e arrondissement de Paris, proche de Jean Tiberi avec lequel il se présenta aux municipales de mars 2001 contre les listes de Philippe Séguin et de Bertrand Delanoë. Il rejoignit le Nouveau centre en 2007 lors du deuxième éclatement de l'UDF. Collaborateur du futur Président sénégalais Abdoulaye Wade, il rompit avec lui et fit en 2012 la campagne de son opposant et ancien Premier Ministre Macky Sall.

SR


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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 18:35

Né le 3 décembre 1928 à Lifou, Dick Ukeiwé fut le 21 juillet 1978 l'un des fondateurs, avec Jacques Lafleur, récemment disparu (4 décembre 2010), du Rassemblement pour la Calédone dans la République (RPCR), mouvement proche du RPR partisan des loyalistes en Nouvelle-Calédonie. Membre de l'exécutif néocalédonien dès le 22 juillet 1957, Dick Ukeiwé fut élu chef de l'exécutif de Nouvelle-Calédonie le 6 juillet 1979 mais a dû démissionner le 18 juin 1982 à la suite d'une rupture de coalition. Il retrouva la tête de l'exécutif du 23 novembre 1984 au 11 juin 1989. Parallèlement, Dick Ukeiwé fut élu sénateur le 25 septembre 1983, poste qu'il conserva pour un seul mandat jusqu'en septembre 1992, et fut également élu sur la liste de Giscard d'Estaing aux élections européennes du 15 juin 1989 (il conserva son mandat de député européen jusqu'en juin 1994). Cependant, à partir du début des années 1990, Dick Ukeiwé eut de plus en plus de désaccords avec Jacques Lafleur qu'il affronta vainement aux législatives de mars 1993 et de mai 1997 (Dick Ukeiwé a soutenu Chirac et Jacques Lafleur a soutenu Balladur en 1995), et s'opposa aux nouveaux accords avec Paris en oscillant parfois dans une posture centriste, parfois dans une posture très droitière.

SR

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Résultats officiels
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