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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 10:30

L'ancien Premier Ministre François Fillon a été interviewé par la revue "Sport Auto" du mois d'août 2013 sur sa passion pour la course automobile. Il s'explique aussi sur la politique de sécurité routière qu'il a mise en oeuvre durant le précédent quinquennat.


Cliquer sur le lien pour télécharger l'article (fichier .pdf) :
http://ddata.over-blog.com/0/22/12/54//201307_Histoires-Fillon.pdf


SR

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 07:43

Très prudent parce qu’il connaît bien les multiples retournements qui peuvent malmener la vie politique, l’ancien Premier Ministre a néanmoins esquissé les bases d’une possible future campagne présidentielle…


yartiJuppe201301Depuis plusieurs mois, une hypothèse se fait de plus en plus explicitement et les sondages actuels, plutôt favorables, pourraient lui donner corps : Alain Juppé pourrait être le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle en 2017. Personne ne lui conteste sa stature, ses compétences, son sérieux, son autorité, sa vision, sa pondération et son expérience. En clair, une sorte d’extraterrestre au sein d’une UMP ravagée par la rivalité entre François Fillon et Jean-François Copé, minée par les hypothèses de retour de Nicolas Sarkozy, éclatée par l’ambition des plus jeunes et lâchée par Dominique de Villepin.

Il est vrai qu’à presque 68 ans (il les aura le 15 août prochain ; il aura donc 71 ans à l’élection présidentielle et 76 ans à la fin du prochain quinquennat), Alain Juppé, normalien, énarque sorti inspecteur des finances, est l’une des "grosses pointures" de sa génération (sacrifiée ?) avec Laurent Fabius (qui a un an de moins) dans le paysage politique français.

Le "meilleur d’entre nous" selon l’expression du Président Jacques Chirac qui l’a considéré comme son dauphin permanent, grâce à qui, après être passé par la mairie de Parie comme adjoint aux finances (du 14 mars 1983 au 18 juin 1995), il est devenu ministre, d’abord au poste stratégique du Budget lors de la première cohabitation (20 mars 1986 au 10 mai 1988), puis aux Affaires étrangères (31 mars 1993 au 11 mai 1995), premier Premier Ministre de Jacques Chirac (17 mai 1995 au 2 juin 1997), et enfin Ministre d’État sous Nicolas Sarkozy, à l’Écologie (du 18 mai 2007 au 18 juin 2007), à la Défense (du 14 novembre 2010 au 27 février 2011) et enfin, de nouveau, aux Affaires étrangères (du 27 février 2011 au 10 mai 2012).

Comme on le voit, le Ministère de l’Écologie semble maudit puisque Alain Juppé n’y a pas fait de plus vieux os que sa successeur Nicole Bricq, mais pour une autre raison, à cause de son échec aux législatives du 17 juin 2007 face à Michèle Delaunay, l’actuelle ministre déléguée chargée des personnes âgées (depuis le 16 mai 2012).

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Le 19 juin 1995, alors nouvellement nommé à Matignon (et en même temps président du RPR), il a "repris" la mairie de Bordeaux dans la lourde succession de Jacques Chaban-Delmas (certains chiraquiens ont regretté qu’il n’ait pas plutôt "repris" la mairie de Paris, car les divisions du RPR en 2001, entre Philippe Séguin et Jean Tibéri, ont offert sur un plateau d’argent la mairie à Bertrand Delanoë qu’Alain Juppé avait battu aux législatives de juin 1988 dans le 18e arrondissement).

Mais en fait, comme pour son collègue socialiste (revenu souvent au pouvoir depuis trente ans), Laurent Fabius, qui a dû réduire à la baisse ses ambitions présidentielles pour cause d’affaire du sang contaminé, l’ambition d’Alain Juppé a surtout été handicapée par l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris : le tribunal correctionnel de Nanterre l’a condamné le 30 janvier 2004 à dix-huit mois de prison avec sursis et à dix ans d’inéligibilité, peine réduite le 1er décembre 2004 par la cour d’appel à quatorze mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité, ce qui l’a forcé à se démettre de ses deux mandats de député-maire de Bordeaux le 2 décembre 2004 (il a provoqué une nouvelle élection pour se faire réélire maire de Bordeaux le 13 octobre 2006).

Or, cette condamnation a brisé sa stratégie en vue de succéder à Jacques Chirac en créant l’UMP en 2002 dont il prit la présidence. Obligé de se retirer de l’avant-scène politique, il a ainsi laissé à Nicolas Sarkozy le terrain libre pour se présenter et gagner l’élection présidentielle de 2007. Ce dernier a pu en effet reprendre l’UMP à son compte et la transformer en parti entièrement sarkozyste (qu’elle reste encore).

C’est d’ailleurs sur ce point qu’Alain Juppé aura sans doute du mal à revenir, indépendamment de son âge avancé : non seulement il n’a plus aucun courant qui le soutient spécifiquement au sein de l’UMP, mais il peut être considéré comme la vieille garde un peu à l’instar d’un Valéry Giscard d’Estaing dans les années 1980 et 1990.

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Son objectif d’être utile à l’UMP (ce qui peut prêter à beaucoup d’interprétations) serait le moyen de redevenir un acteur essentiel de ce parti, un peu l’homme providentiel qui le réunifierait sur des bases concrètes de programme politique. Mais il a pu aussi prendre acte de sa faible influence lors de la crise de novembre et décembre 2012.

C’est un peu le message qu’Alain Juppé a délivré dans l’émission "Questions d’info" sur LCP, AFP et France Info diffusée le 3 juillet 2013 : il a souhaité en effet structurer un pôle majoritaire au sein de l’UMP qui se retrouverait sur quatre points essentiels qui pourraient bien devenir la trame d’un éventuel projet présidentiel.

Le premier point est de soutenir l’économie nationale en encourageant l’initiative et l’entreprenariat, en particulier, en renforçant la compétitivité des entreprises françaises par rapport à leurs concurrentes étrangères.

Le deuxième point est de consolider le modèle social français que quasiment tout le monde souhaite maintenir malgré les déficits qui le minent, en promouvant la solidarité mais aussi la responsabilité. Alain Juppé a pris l’exemple de la suppression du jour de carence en cas d’absence pour maladie dans la fonction publique, qui avait pourtant montré son efficacité (baisse drastique des congés maladie de courte durée), une suppression décidée par le gouvernement actuel qui n’était pas très responsable (et injuste par rapport aux salariés du privé qui ont quatre jours de carences, souvent certes financés par leur employeur).

Le troisième point est de proposer un nouvel élan dans la construction européenne, de renforcer la solidarité entre partenaires européens, de préserver l’esprit d’ouverture qui est le seul garant de retour à la croissance. Pour lui, la sortie de l’Union Européenne signifierait que tout serait possible, dans le mauvais sens, le retour aux nationalismes et à la guerre à l’intérieur de l’Europe.

Enfin, le quatrième point avec lequel il était le moins à l’aise mais qu’il a considéré aussi comme essentiel, c’est de refonder le vivre ensemble, de réfléchir sur la laïcité et les comportements qui permettent à l’ensemble de la société de vivre de nouveau en harmonie (ce qui, aujourd’hui, est loin d’être le cas), en clair, de repenser le creuset républicain.

yartiJuppe201303

Dans cette émission télévisée, Alain Juppé a également confirmé qu’il avait encore des projets pour sa ville de Bordeaux pour une dizaine d’années et qu’il les défendrait lui-même aux élections municipales de mars 2014.

Quant aux élections européennes, en raison de son mode de scrutin, il a semble-t-il déjà renoncé à l’idée de listes communes UMP-UDI, d’autant plus que l’UDI compte bien présenter des listes communes avec …le MoDem, ce qui ne surprendra pas Alain Juppé puisqu’il dirige dans sa municipalité une majorité du même type (UMP-UDI-MoDem) depuis mars 2008.

Avec cette approche mesurée et presque timide, il est loin le temps de l’arrogance, des "droit dans ses bottes" et de l’esprit de conquête ou reconquête. Cela ne l’a pas empêché d’en user encore parfois, comme en affrontant le candidat François Hollande le 26 janvier 2012.

Alors, Alain Juppé aura-t-il la possibilité de revenir sur la scène présidentielle ? Il faudra pour cela que François Fillon et Jean-François Copé renoncent à leurs ambitions présidentielles… et que Nicolas Sarkozy, plébiscité encore par les militants de l’UMP, ne soit pas en mesure de faire son retour (pour diverses raisons dont judiciaires). Beaucoup d’incertitudes planent donc, qui laissent Alain Juppé dans la position très inconfortable d’homme providentiel suppléant.

C'est même encore plus
 incertain depuis l'invalidation définitive, le 4 juillet 2013, des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy par le Conseil Constitutionnel qui a placé dans une situation nouvelle ("inédite"), à la fois l'UMP, étranglée financièrement (trou de 11 millions d'euros) et Nicolas Sarkozy qui, ayant immédiatement quitté ses fonctions de membre du Conseil Constitutionnel, sera présent à la réunion exceptionnel du bureau politique de l'UMP ce lundi 8 juillet 2013. Contrairement à beaucoup de responsables de l'UMP, Alain Juppé, qui ne sera pas présent au bureau politique de ce lundi, a refusé de critiquer, le 5 juillet 2013, cette invalidation : « Le Conseil Constitutionnel est la plus haute juridiction de notre pays et ses décisions s'imposent à tous. Je ne vais pas bien entendu commenter cette décision. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (8 juillet 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jacques Chirac.
Alain Juppé au Sénat ?
Débat Hollande vs Juppé.
Nicolas Sarkozy.
L’UMP.
François Fillon.
Jean-François Copé.
Dominique de Villepin.
Le maudit Ministère de l’Écologie…

yartiJuppe201305



http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/alain-juppe-candidat-a-la-138245

 

 

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 19:25

Le résultat de la primaire ouverte UMP pour les élections municipales de mars 2014 à Lyon (face au maire sortant Gérard Collomb PS) organisée le dimanche 2 juin 2013 de 8h00 à 20h00 par vote traditionnel (pour 1 euro) est le suivant (sur 4 345 votants) :

Michel Havard (ancien député) : 40%
Georges Fenech (député) : 35%
Emmanuel Hamelin (ancien député) : 14%
Nora Berra (ancienne ministre) : 9%
Myriam Pleynard : 1%

Un second tour départagera Michel Havard et Georges Fenech le dimanche 9 juin 2013.

SR

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 19:25

Le résultat de la primaire ouverte UMP pour les élections municipales de mars 2014 à Paris organisée du 31 mai au 3 juin 2013 par vote électronique (pour 3 euros) est le suivant :

Nathalie Kosciusko-Morizet : 58,2%
Jean-François Legaret : 20,4%
Pierre-Yves Bournazel : 10,7%
Franck Margain : 10,3%

Malgré les nombreuses campagnes contre elle, NKM a été largement choisie pour la bataille municipale et son principal opposant, Pierre-Yves Bournazel, a obtenu un résultat très faible.

SR

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 07:41

Extraterrestre du paysage politique français, loin du microcosme "germanopratin" (!), un homme détone parmi les autres…


yartiDDV201301Dans la Ve République où tout converge vers l’élection présidentielle et le choix d’un homme providentiel pour diriger la destinée du pays pendant cinq ans, le choix du candidat est évidemment essentiel. Jusqu’en 2012, il se basait essentiellement sur une sorte de droit de candidature divin. Ou plutôt, de figure d’homme providentiel. Ou de femme providentielle (le raisonnement reste le même).

Évidemment, tout le monde ne pouvait avoir la légitimité historique de De Gaulle. C’est d’ailleurs pour cela que De Gaulle avait souhaité faire élire le Président de la République française par l’ensemble des citoyens, car il avait bien compris qu’après lui, seul le sacre du suffrage universel pouvait servir de légitimité politique à ses successeurs. Servir d’onction suprême et inattaquable.

Étonnamment, le parallélisme de l’homme providentiel s’esquissa également dans l’opposition avec la candidature quasi-permanente de François Mitterrand, à tel point qu’un rival comme Michel Rocard s’est senti obligé de s’effacer à deux reprises, en 1981 et en 1988.

Cela n’empêcha pas des divisions dans les différents camps, mais elles se géraient naturellement à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle, qui servait de "primaire à la française" : les duels entre Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d’Estaing, entre ce dernier et Jacques Chirac, puis, entre Jacques Chirac et Raymond Barre puis Édouard Balladur avaient permis de sélectionner le candidat du second tour avec plus ou moins d’élégance.

Mais la mécanique s’est vite cabrée en 2002, comme elle s’était déjà cabrée en 1969, en ne permettant pas un duel camp contre camp. La candidature de droit divin, plus prosaïquement légitimée par des sondages favorables (ce fut le cas notamment d’Édouard Balladur et Ségolène Royal), avait vécu.

yartiDDV201303

On a commencé alors à s’américaniser en imaginant un mécanisme de sélection des candidats qui n’avait plus rien à voir avec l’esprit de la Ve République (une personnalité face à son peuple) et qui va alimenter le régime des partis en leur donnant la part prédominante (d’où les réflexions sur l’intérêt d’une élection présidentielle). Cela a commencé par la primaire socialiste d’octobre 2011 qui fut un succès puisqu’elle a abouti à la victoire élyséenne de François Hollande. Et par ricochet, profondément divisée, l’UMP a elle aussi emboîté le pas le 14 mai 2013 sur le principe d’une primaire tout aussi ouverte en 2016.

Le constat ?
L’absence de personnalité providentielle.

Pourtant, l’opposition parlementaire ne manque pas de personnalités expérimentées…

À ceux qui s’inquiètent des idées de Jean-François Copé.
À ceux qui s’interrogent sur la perspicacité de François Fillon.
À ceux qui regrettent le dynamisme de Jacques Chirac.
À ceux qui ne regrettent pas le dynamisme de Nicolas Sarkozy.
À ceux qui se désolent des errements de François Bayrou.
À ceux qui doutent de la volonté de Jean-Louis Borloo.
À ceux qui sourient en écoutant Jean-Pierre Raffarin.
À ceux qui oublient l’ancienne toute puissance d’Alain Juppé.
À ceux qui trouvent encore trop jeune François Baroin.
À ceux qui estiment déjà trop âgé Édouard Balladur
À ceux qui s’étonnent du chemin pris par Nicolas Dupont-Aignan.
À ceux qui veulent ressusciter Philippe Séguin.
À ceux qui croient que Valéry Giscard d’Estaing est déjà disparu.
À ceux qui pleurent avec Simone Veil.
À ceux qui voudraient réconcilier Georges Pompidou, Edgar Faure et Jean Lecanuet.
À ceux qui refusent cette marche inaltérable du temps politique...

À tous ceux-là, on pourrait leur dire : il y a un homme, silencieux et absent, ne comprenant pas grand chose à la politique politicienne, qui, pourtant, a déjà fait beaucoup pour la politique française et qui prône l’unité nationale (comme François Bayrou) : Dominique de Villepin.

yartiDDV201302

Son âge (il va avoir bientôt 60 ans), sa formation (il est de la même promotion, à l’ENA, que Ségolène Royal et François Hollande), son aisance littéraire et sa capacité lyrique à insuffler de l’historique dans le banal (un peu à la manière d’un Jack Lang), sa stature internationale… tout pourrait en faire un parfait candidat à l’élection présidentielle en 2017… si ce n’est qu’il n’a jamais été qu’un électron libre refusant de se frotter à la dure loi du milieu politique, à savoir, rassembler ses amis dans un véritable parti. Raymond Barre, qui a un peu mieux réussi dans ses visées présidentielles, avait commis la même erreur au printemps 1985 en refusant de créer un parti spécifiquement barriste.

Pourtant, Dominique de Villepin, dont le talent national fut surtout d’avoir prononcé son important discours à l’ONU contre la guerre en Irak, n’est pas prisonnier des fatalités de la pensée ; au contraire, puisqu’il fut le seul responsable politique (en tout cas, le seul audible nationalement, avec Christine Boutin) à proposer un début de revenu universel.

Ses adversaires rappelleront évidemment le désastre politique du CPE au printemps 2006 : vote de la loi, manifestations, et non application de l’une loi pourtant promulguée ; tout pour encourager la "manif pour tous" malgré la promulgation de la loi sur le mariage des couples homosexuels le 18 mai 2013, la signature de son premier décret d’application le 24 mai 2013 et la célébration du premier mariage le 29 mai 2013 à Montpellier à grand renfort de médias, à la limite de la légalité républicain puisque juridiquement, il aurait fallu compter au moins dix jours après la publication, le 28 mai 2013, du décret d'application.

Ses adversaires rappelleront également son indigence électorale : aucun mandat électif, pas même de simple conseiller municipal d’une petite commune, et surtout, un grand mépris vis-à-vis des parlementaires. Son sens de l’État est celui du service, celui du haut fonctionnaire, dans des responsabilités confiées au mérite et pas soumises aux suffrages du moins disant.

Un peu volontaire, un peu incantatoire, un peu perspicace, un peu velléitaire, Dominique de Villepin aurait pu devenir le Raymond Barre du mandat de François Hollande, capable de donner bons et mauvais points depuis sa stature du commandeur. Mais finalement, il a tout fait pour n’être même pas un Michel Debré.

Mais où est donc Dominique de Villepin ?
La réponse vient d’être trouvée dans les écrans radar.

Il aurait récemment été aperçu au Qatar, en Afghanistan, en Turquie (parlant du génocide arménien), puis au Vietnam, et aussi en Malaisie


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 juin 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Assurancetourix ?
République solidaire et le revenu universel.
Les moulins de l’UMP.
Le gaullisme politique.

yartiDDV201304 

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/mais-ou-est-donc-dominique-de-136558

 

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 07:37

Une nouvelle œuvre créationniste. Sans citer une seule fois le Président de la République, le député de Savoie a fait un bilan désastreux de la première année du quinquennat. Verbatim.


yartiDord01Il y a parfois des petits moments de saveur gratuits à l’Assemblée Nationale. Cela s’est passé ce mardi 28 mai 2013 au cours de la traditionnelle séance des questions au gouvernement.

Le député-maire UMP d’Aix-les-Bains, Dominique Dord (53 ans) a en effet fait une sortie tout à fait surprenante non sans fierté. Sans note mais à l’effet visiblement préparé, cet ancien expert en communication n’a en fait posé aucune question mais s’est amusé à pasticher la Bible, au risque de repousser son électorat chrétien, relativement important en Savoie.

Dominique Dord fut un ancien UDF-PR proche d’Alain Madelin et a commencé la politique assez tôt (il y a près de trente ans) aux côtés de Michel Barnier, ancien ministre et actuel commissaire européen, qui fut député-maire d’Albertville et aussi président du conseil général de Savoie. Conseiller régional de Rhône-Alpes en 1992, Dominique Dord a raté la mairie de Chambéry en juin 1995 face à l’ancien ministre socialiste Louis Besson à cause de la présence au second tour d’une liste du FN. Il a réussi néanmoins à se faire élire deux ans plus tard député (à 37 ans), puis maire d’Aix-les-Bains en mars 2001.

Après avoir renoncé à postuler à la présidence de l’UMP en novembre dernier (par manque de parrainages), Dominique Dord s’est positionné en faveur de l’ancien Premier Ministre François Fillon. Désigné trésorier de l’UMP le 30 août 2010 en remplacement du ministre Éric Woerth, il a démissionné avec retentissement de son poste juste après l’élection controversée du président de l’UMP du 18 novembre 2012, pour contester l’instrumentalisation de l’appareil interne en faveur de Jean-François Copé. Depuis le 3 février 2013, il est désormais secrétaire général adjoint de l’UMP dans une direction pléthorique et paritaire après la réconciliation des deux camps.

C’est clair que la tirade qu’a prononcée Dominique Dord devant ses collègues parlementaires et les membres du gouvernement n’a rien de constructif et s’expose plus dans le cadre potache de blagues de classe que de contribution décisive au débat public. Cette séance très suivie est souvent l’occasion pour des députés de base d’en rajouter dans la polémique, même pour des sujets plutôt consensuels, c’est la condition pour être bien vu de ses électeurs dans sa circonscription, en clivant artificiellement.

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Dominique Dord n’a donc pas dérogé à la règle, et contrairement à d’autres, il l’a fait avec brio.

Voici sa tirade dans son intégralité :

« Le premier jour, il est allé voir madame Merkel. Il lui a dit : "Madame Merkozy, je veux renégocier votre traité". Elle lui a dit : "Nein !". Alors, il a dit : "Au diable les Allemands, ces conservateurs égoïstes !". Et vous avez ratifié le traité.

Le deuxième jour, il a voulu casser tout ce qu’avait fait Nicolas Sarkozy. Finies, les heures supplémentaires pour 8 millions d’ouvriers et d’employés ! Il a dit : "Au diable, le pouvoir d’achat des classes moyennes !"

Le troisième jour, il a levé 30 milliards d’impôts. Tous les riches ont quitté le pays et il a dit : "Au diable les riches ! Qu’ils aillent dépenser leur argent en Angleterre !"

Le quatrième jour, il s’est fait plaisir. Il a levé 7 milliards de dépenses, en créant, par exemple, 60 000 postes dans l’éducation. Il a dit : "Je refuse de céder au diktat des 3% ! Nous serons à 3,6% !". On apprend aujourd’hui qu’il est à 3,9%. Il a dit : "Vive les déficits et vive les marchés financiers !"

Le cinquième jour, il a récompensé madame Royal : il a fait d’elle une banquière, parce qu’elle le vaut bien ! Et il a dit : "Au diable la République irréprochable !"

Le sixième jour, il a envoyé la police contre les familles qui tentaient de s’accrocher au peu de repères qu’elles avaient encore. Et il a dit : "Au diable les familles, les religions, les conservateurs et les rétrogrades ! Vive le progrès ! Vive les LGBT !"

Enfin, le dernier jour, comme le veut la tradition, il s’est reposé. Il est monté sur le mont Corrèze avec Valérie pour contempler son œuvre, et là, il a vu une France en ruine, des Français sans un sou, sans espérance, sans avenir, sans fraternité. Et il a eu cette phrase historique, il a dit : "Je sais que je tiens le bon cap". Alors, il est revenu à Paris en train, comme il l’avait promis ! »

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À chaque phrase, quelques parlementaires de la majorité et quelques ministres montraient leur indignation plus que leur sens de l’humour et à la fin de cette "question" (sans point d’interrogation), le Président de l’Assemblée Nationale Claude Bartolone s’est cru obligé de rappeler qu’on ne devait pas évoquer ainsi le Président de la République dans cette enceinte, en ces termes : « Monsieur Dord, je vous rappelle qu’il est de tradition, dans notre hémicycle, de ne pas mettre en cause le Président de la République. Cette tradition a toujours été appliquée, notamment par mon prédécesseur. ».

Un peu plus tard, le député UMP Yves Albarello venait à la rescousse de son collègue savoyard en rappelant, avant de poser sa question, ceci : « Monsieur le Président, je voudrais d’abord rappeler de façon dépassionnée que, tout au long du précédent mandat présidentiel, les membres de l’actuelle majorité n’ont eu de cesse de salir la personne de Nicolas Sarkozy ! ». Cela fait un peu "cour de récréation" (du genre "c’est celui qui le dit qui l’est").

Cela dit, Dominique Dord a quand même reçu une réponse à sa non question, prononcée par le Ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici :

« Monsieur le député, la vraie réponse vient d’être apportée par le Président de l’Assemblée Nationale.

Il ne s’agissait d’ailleurs pas d’une question, mais d’une simple parabole, d’une fable totalement polémique, comportant en outre des aspects personnels totalement indignes d’un membre de cette assemblée ! Peut-être êtes-vous tout à coup envahi par l’enthousiasme d’avoir appris à manifester, ce que vous ne saviez pas faire ! Puis vous êtes entré dans une espèce d’exubérance irrationnelle qui vous conduit à toutes les exagérations, à toutes les piques et à toutes les insultes. Ce que vous dites, en réalité, n’a aucun sens, si ce n’est peut-être que ce chemin des sept jours, c’est celui que vous avez parcouru au cours des cinq années précédentes !

Les Français vous ont mis au repos, compte tenu de l’échec retentissant de votre politique sur les déficits, le chômage, la dette, l’emploi, l’industrie et la compétitivité.

Votre question ne mérite pas d’autre réponse, si ce n’est pour dire que ce gouvernement, sous l’impulsion du Président, travaille à redresser un pays… que vous avez laissé dégradé, affaibli et divisé. Il travaille à relancer la compétitivité et l’emploi et, s’agissant de l’Europe, il travaille à redonner un sens à la construction européenne.

Monsieur Dord, la conclusion vous appartient : puisque vous êtes au septième jour, reposez-vous, car vous en avez besoin ! »

Comme on le voit, Pierre Moscovici n’a pas montré un sens particulièrement aigu de l’humour. Bien entendu, Dominique Dord n’avait rien dit de constructif, ai-je rappelé au début de ce verbatim, mais son interlocuteur du gouvernement non plus. Il n’est pas forcément stupide de s’amuser un peu entre deux épisodes de tension dans les débats parlementaires, non ?



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 mai 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Hollande.
Conférence de presse du 16 mai 2013.
Pierre Moscovici.
François Fillon.
Mariage pour les couples homosexuels.

yartiDord04 




http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-genese-selon-dominique-dord-136547

 

 

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 07:07

Voici une attaque très claire contre la dérive droitière observée ces dernières années à l’UMP. En ligne d’horizon, l’élection présidentielle de 2017 et le projet du futur candidat de l’UMP.


yartiBaroinA01Après l’accord sur l’organisation d’une primaire présidentielle ouverte prévue pour 2016 et l’acceptation "molle" de laisser Jean-François Copé présider l’UMP jusqu’en septembre 2015, les fillonistes ne désarment pas et continuent la pression sur les copéistes. Après le manque de leadership soulevé par Laurent Wauquiez le 26 mai 2013, voici qu’un autre baron du fillonisme embraie de manière très explicite sur les valeurs.

À bientôt 48 ans, le député-maire de Troyes, successeur attitré de Roger Galley, disparu le 8 juin 2012, l’un des recordmans de longévité ministérielle (entre le 30 mai 1968 et le 13 mai 1981), François Baroin a tout pour être heureux.

Au look perpétuel de Harry Potter, compagnon de la comédienne Michèle Laroque, François Baroin était avant tout le protégé du Jacques Chirac qui l’a nommé ministre lorsqu’il avait à peine 30 ans. Après avoir été sorti du gouvernement quelques mois plus tard avec les "Juppettes", François Baroin a poursuivi une carrière politique classique qui l’a ramené au gouvernement de Dominique de Villepin du 2 juin 2005 au 15 mai 2007 puis, bien que chiraquien, il fut rappelé après la défaite des régionales, le 22 mars 2010 par Nicolas Sarkozy à Bercy, d’abord au Budget puis à l’Économie et aux Finances.

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Après un passage éclair à l’Intérieur (26 mars au 15 mai 2007), François Baroin avait réussi à entrer dans la cour des grands le 29 juin 2011 en succédant à Christine Lagarde nommée directrice générale du FMI après la démission tonitruante de Dominique Strauss-Kahn. Place Beauvau et Bercy sont deux places fortes ministérielles essentielles pour les personnalités ambitieuses (qu’avait obtenues notamment Nicolas Sarkozy entre 2002 et 2007).

Partisan d’une droite modérée et d’un cordon sanitaire à l’égard du Front national, François Baroin s’était éclipsé du jeu des ego après le printemps 2012 : principal membre de la "bande à Copé", François Baroin (comme Valérie Pécresse) avait préféré rejoindre l’ancien Premier Ministre François Fillon dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017.

Refusant toute responsabilité dans une UMP entachée d’irrégularités, il a surtout voulu occuper le terrain des idées et des valeurs. Or, s’il s’est éloigné de Jean-François Copé (ce qui a été sans doute pour ce dernier le plus amer dans cette bataille interne), c’est pour une raison simple qui peut être associée aux petites phrases qui laissaient clairement entendre que Jean-François Copé voulait faire du "Sarkozy puissance dix" dans la récupération de l’électorat du FN.

Il a sonné la charge cette semaine dans une interview à l’hebdomadaire "L’Express" du 30 mai 2013 en étant parfaitement clair sur les valeurs. Il regrette la ligne Buisson depuis 2007 et souhaite avant tout revenir à l’inspiration des fondateurs de l’UMP, à savoir Jacques Chirac, Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin : « Le FN, c’est l’extrême droite, l’ennemi irréductible des gaullistes, donc de l’UMP. Il faut rétablir le barrage établi par Jacques Chirac, qui a eu pour effet de faire éclater le FN en deux [avec le MNR de Bruno Mégret en décembre 1998]. » (il faut noter le mot très fort d’ennemi alors que dans le débat politique, on parlerait plutôt d’adversaire).

Ce qui inquiète François Baroin, c’est surtout la trop grande puissance médiatique de la "Droite forte" (qui a remplacé dans les médias la "Droite populaire"), avec « beaucoup de gens à l’UMP, rémunérés, battus ou non représentatifs, qui parlent sans légitimité » pour fustiger notamment Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, mais aussi Patrick Buisson, l’ancien conseiller présidentiel de Nicolas Sarkozy, « qui n’a aucune légitimité pour parler au nom d’un peuple qu’il n’a jamais rencontré » et pour insister sur le fait que « son influence est nocive, nous devons le combattre ! ».

Mais implicitement, il s’en prend avant tout à la ligne des pains au chocolat de Jean-François Copé, et à cette doctrine du ni-ni instaurée depuis le 20 mars 2011 qui voudrait que dans un duel électoral de second tour entre un candidat du FN et un candidat socialiste, l’UMP ne choisisse personne : « Nous devons revoir cette affaire du ni-ni » même s’il admet quelques exceptions : « il sera impossible de demander à nos militants de voter pour un candidat d’extrême gauche ou un candidat qui a des casseroles, l’abstention sera donc le refuge naturel ».

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Pour François Baroin, ce sujet dresse un réel clivage au sein de l’UMP : « Il y a aujourd’hui, à la droite de l’UMP, une trop grande porosité avec les positions traditionnelles de l’extrême droite. ». Et d’observer « une vraie ligne de fracture (…) entre ceux qui veulent déplacer le centre de gravité vers la droite et ceux qui, comme Alain Juppé, François Fillon, moi-même et bien d’autres, naturellement, souhaitent conserver l’esprit du pacte des fondateurs ».

Évidemment, dans ses propos, l’ancien Ministre de l’Économie et des Finances n’a pas voulu s’en prendre directement à Nicolas Sarkozy lui-même, pourtant à l’origine de cette droitisation de l’UMP depuis 2004, et plus particulièrement une fois élu à l’Élysée, tant dans une rhétorique de stigmatisation que dans son discours de Grenoble.

François Baroin ne l’épargne cependant pas puisqu’il le presse de dire clairement, dès 2015, s’il veut ou pas revenir dans le jeu politique et se présenter à l’élection présidentielle de 2017. François Baroin, lui, semble avoir déjà choisi François Fillon dont il se verrait bien, au même titre que Valérie Pécresse, le Premier Ministre...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 mai 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le petit-fils spirituel de Jacques Chirac (mars 2007).
Retour au gouvernement (mars 2010).
Colère à Bercy (juin 2011).
Roger Galley.
Jacques Chirac.
Nicolas Sarkozy.
François Fillon.
Jean-François Copé.
L’UMP.
Peut-on récupérer l’électorat du FN ?

yartiBaroinA04

 

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/ump-francois-baroin-veut-enterrer-136505

 

 

 

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 00:53

Né le 30 novembre 1922 à Strasbourg, André Bord était issu d'une famille ouvrière et, habitant l'Alsace, a refusé l'incorporation dans l'armée allemande. Il s'est alors engagé à 19 ans dans la Résistance en 1941 en Dordogne où il fut condamné à mort par contumace. Il s'occupa d'organiser la Résistance en Alsace et en Lorraine (à Ronchampt, dans les Vosges etc.) et participa aux combats en janvier 1945 en Alsace et même en Allemagne jusqu'à la fin de la guerre.

Il entama ensuite une carrière politique en se faisant élire député UNR à quasiment 36 ans en 1958, mandat qu'il garda jusqu'en 1981. André Bord fut membre du gouvernement sans discontinuité du 8 janvier 1966 au 6 avril 1978, l'un des records de longévité, dans des postes cependant mineurs (surtout chargé des Anciens combattants). Il fut ensuite conseiller européen de Jacques Chirac en 1981 et fut un défenseur inlassable de la construction européenne et de l'amitié franco-allemande.

Il fut également un grand élu local, élu président du conseil général du Bas-Rhin de 1967 à 1979 (conseiller général depuis 1961), mais fut battu sur son canton en 1979 par le centriste Daniel Hoeffel (qui lui succéda à la présidence du conseil général). André Bord fut également le premier président du conseil régional d'Alsace le 15 décembre 1973 et fut régulièrement élu conseiller municipal de Strasbourg de mars 1959 à mars 1989. Il fut également député européen de 1961 à 1966 (non élu, délégué par le Parlement français) et de 1982 à 1984 (élu).

SR


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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 20:47

Le président de l'UMP Jean-François Copé a prononcé un discours assez combatif contre la politique du gouvernement Ayrault lors de la discussion de la motion de censure déposée par l'UMP à l'Assemblée Nationale le mercredi 20 mars 2013.


Cliquer sur le lien pour télécharger le discours (fichier .pdf) :

http://www.u-m-p.org/sites/default/files/fichiers_joints/articles/2013-03-20_-_ump_-_discours_-_jean-francois_cope_-_motion_de_censure.pdf



SR


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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 07:16

Finie la rivalité avec Jean-François Copé, finie la soumission à Nicolas Sarkozy. François Fillon a montré qu’il savait cogner dur contre le gouvernement, parfois avec une ironie mordante, et qu’il savait exprimer clairement son ambition présidentielle au service d’un projet solide. Métamorphose d’un suiveur en leader. Seconde partie.


yartiFillon2013022602Après les attaques contre le pouvoir, François Fillon a bâti ses propositions par une série de "nœuds" qu’il fallait trancher.


Puissance internationale vs puissance régionale

Il y a le nœud « qui nous fait hésiter entre le choix d’assumer la mondialisation et la tentation de la rejeter ». Pour lui, il ne faut pas d’ambiguïté et affirmer clairement vouloir que la France reste une puissance internationale en s’organisant au sein d’une Europe puissante au lieu de subir « les coups qui sont réservés aux puissances régionales ». L’Europe, c’est « un levier décisif pour le rayonnement de la France ». Cela passe selon lui par un "noyau dur politique" avec l’Allemagne, en appelant de ses vœux une « confédération entre nos deux patries ».

François Fillon s’est montré conscient des crispations sur le projet européen mais « l’euroscepticisme et le repli sur nous-mêmes sont tellement dans l’air du temps, mais l’air du temps ne fait pas l’Histoire. Il la subit ! ».

Il voit trois strates à l’organisation européenne : un espace homogène entre la France et l’Allemagne, l’Europe des 28 (il a dit 27 mais la Croatie sera membre le quatre mois), et au-delà, il souhaite « bâtir les structures d’une Europe continentale » avec une association entre l’Union Européenne et deux États essentiels, la Russie et la Turquie.


Compétitivité vs privilèges sociaux de certains

Il y a aussi le nœud « qui nous fait hésiter entre la productivité nationale et la protection de nos acquis ». C’est probablement le seul clivage qui donne encore du sens à l’opposition droite/gauche.

Rejetant le statu quo qui ferait croire à la préservation d’acquis alors que ces derniers ne sont réservés qu’à une catégorie de plus en plus restreinte de la société, François Fillon a tenu un discours de raison forcément peu populaire mais courageux : « Si la croissance et l’emploi sont véritablement notre objectif absolu, alors assumons des changements de fond ! ».

Parmi les changements de fond, la décentralisation du dialogue social, la fin des 35 heures (retour aux 39 heures), qui constitue, il faut bien le reconnaître, un serpent de mer pour la droite depuis plus de dix ans, la réorganisation de la formation professionnelle, l’intégration des universités dans le monde économique, la "vraie" refondation de l’école : « Ce n’est pas de centralisme démocratique dont l’école a besoin mais d’autonomie et de liberté. ».


Ne plus croire aux trésors cachés

Le nœud des déficits publics et sociaux est parmi les plus douloureux à traiter. François Fillon a fait ce diagnostic : « Cette schizophrénie nationale qui nous conduit à ne plus supporter les impôts mais à demander toujours plus à l’État et à la solidarité sociale ne doit plus durer. Arrêtons de croire qu’il y a des trésors cachés que l’on peut débusquer pour rester une nation fraternelle. ».

yartiFillon2013022603

Pour l’ancien Premier Ministre, la solution pour remettre sous contrôle les finances publiques est de réduire la voilure de l’État et des collectivités publiques : relever l’âge de la retraite à 65 ans (à condition que les "seniors" puissent trouver du travail !), reposer la question de la dégressivité des allocations chômage (ce qui ne me paraît pas très pertinent), réduire les effectifs (en particulier dans les collectivités locales qui ont multiplié les doublons) et simplifier le mille-feuilles territorial : « Nous n’échapperons pas (…) à la fusion des régions et des départements et à celle des communes et des communautés. ».


La sécurité, c’est nous

En parlant du nœud « qui enserre notre civisme et nos responsabilités », François Fillon a voulu évoquer les enjeux de la sécurité en affirmant que l’État devait être ferme avec les délinquants, mais aussi en considérant que c’était aussi l’affaire de tous : « La sécurité, c’est aussi nous ! (…) Avant de tout exiger de l’école, bien des familles feraient mieux de ne pas détourner leurs yeux de l’éducation de leurs propres enfants. ».

Le tonnerre d’applaudissements qui a suivi cette phrase a illustré les difficultés des enseignants à faire respecter leur autorité face à des élèves indisciplinés qui sont soutenus par leurs parents (et parfois par le chef d’établissement pour ne pas faire de vague).


Transcender nos origines

Le dernier nœud qu’a traité François Fillon est sans doute le plus intéressant et le plus original en faisant une opposition entre le patriotisme, « seule façon de transcender nos origines, nos races, nos religions » (au passage, il a commis une grossière erreur en parlant des races humaines au pluriel), et le nationalisme, mené « par un vent de démagogie et de xénophobie » et servi par un populisme européen avec une multiplicité des « voix de la radicalité ».

François Fillon, qui a observé que ce populisme s’est exprimé dans beaucoup pays d’Europe (en Italie encore la veille), n’en a pas démordu : « De l’extrême droite à l’extrême gauche, ce ne sont que des appels au protectionnisme, à l’exacerbation nationale, à la revanche sociale. Comme si la France pouvait trouver son salut dans le repli et la colère. Être populaires sans être populistes, c’est le défi des républicains que nous sommes ! ».

Au lieu de s’être jeté à corps perdu dans les abysses de la démagogie sécuritaire, c’est ce discours de bon sens, un peu plus digne sur l’unité nationale, qu’aurait dû tenir Nicolas Sarkozy pendant sa campagne présidentielle de 2012 s’il avait voulu convaincre le petit million d’électeurs qui lui ont fait défaut pour gagner.


Force républicaine

Cette ligne programmatique étant posée, François Fillon a expliqué comment il comptait arriver, en 2016, à être l’homme de la situation pour le prochain quinquennat.

En particulier, en faisant renaître son club de réflexion "France 9" qu’il a rebaptisé en "Force républicaine".

yartiFillon2013022605

Cette expression n’est pas tellement heureuse ni originale (François Bayrou avait transformé le CDS en Force démocrate le 25 novembre 1995 à Lyon ; Jean-Christophe Lagarde avait repris l’expression le 10 juillet 2012 en rajoutant "européen"), et pourrait lui procurer quelques déboires juridiques car c’est aussi la marque d’un candidat aux législatives du 10 juin 2012, dans sa propre circonscription parisienne, qui, certes, n’avait recueilli que 28 voix mais qui a déposé l’expression sémantique à l’INPI comme marque commerciale et qui exploite également le nom de domaine rattaché (François Fillon a acheté des noms de domaine approchés).

C’est là la marque d’un curieux amateurisme en communication politique (avant d’annoncer une nouvelle "marque", il vaut mieux la verrouiller juridiquement et sur Internet) et d’autant plus curieux que l’expression avait été mise en compétition avec une autre qui paraissait bien plus prometteuse : "France futur".


Doute mais détermination

Le discours de la Mutualité de ce 26 février 2013 a donc été un véritable discours fondateur qui marquera les esprits politiques (au même titre que le discours du Bourget du 22 janvier 2012 pour François Hollande). Ce n’est que le point de départ de la présidentialisation de François Fillon.

Bénéficiant d’une cote de popularité encore enviable, dépassant de loin celle de Jean-François Copé, François Fillon a donné aux sympathisants de l’opposition une nouvelle vision de l’avenir : d’une part, qu’il y avait bien une opposition contre un gouvernement brouillon et inefficace ; d’autre part, qu’il y avait un homme capable d’incarner le changement de politique.

La détermination de François Fillon a pu étonner ceux qui ne voyait en lui qu’une personnalité fade et sans aspérité. Cela ne l’a pas empêché de douter de lui, en faux modeste, pour rester prudent : « Serai-je prêt le moment venu, et les Français seront-ils au rendez-vous ? Aujourd’hui, je ne le sais pas. Mais je me lance ! ».

Cela ne lui a pas résolu son problème insoluble sur la prochaine élection du président de l’UMP en septembre 2013 : faudra-t-il y aller ou pas ? La réanimation de son club politique semble avoir parlé pour lui…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (1er mars 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Fillon n’est-il qu’un simple collaborateur ?
François Fillon, le sauveur de l’UMP ?
François Fillon à Matignon.
François Fillon, rigueur et vérité.
François Fillon candidat à la présidence de l’UMP.
L’UMP réconciliée ?
François Fillon et le syndrome Raymond Barre.
Discours de François Fillon à la Mutualité le 26 février 2013 (texte intégral).
Interview de François Fillon au journal "Le Monde" daté du 27 février 2013 (texte intégral).

yartiFillon2013022607


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-envol-presidentiel-de-francois-131668



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