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17 avril 2021 6 17 /04 /avril /2021 03:10

« Que préfère-t-on : la matraque ou le dialogue ? En respectant la coutume des palabres, elle favorise l’apaisement. »



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L’électron libre, considéré par ses proches comme un "homme rond à l’allure joviale", a été récompensé le 17 mars 2009 "pour l’ensemble de son œuvre" par le prix principal des "Y’a bon Awards" qui sélectionne les petites phrases les plus xénophobes de l’année. Cette récompense a été créée par l’association des Indivisibles, présidée par Rokhaya Diallo, et a honoré cette année-là un ancien ministre qui trouvait « logique et bienvenue » que Rama Yade eût voulu dialoguer avec des squatteurs d’origine africaine.

L’ancien ministre Éric Raoult est mort à l’hôpital de Saint-Denis ce vendredi 16 avril 2021 à l’âge de 65 ans (il est né à Paris le 19 juin 1955). Son parcours politique très typique d’un militant "de base" étonne par sa rapide ascension (député à 30 ans, ministre à 40 ans), mais aussi par sa encore plus rapide descente électorale.

Son épouse qui, le 22 juin 2012, l’avait accusé de violences conjugales (il s’était retrouvé en garde-à-vue le 10 octobre 2012, et fut relaxé le 21 février 2014 par le tribunal correctionnel de Bobigny), a évoqué sa disparition comme une conséquence de la trahison politique de ses anciens amis : « Son état s’est aggravé subitement ce matin. Il n’est pas mort du covid, mais de ses soucis de santé. Son cœur a lâché, d’épuisement. Il est mort d’avoir été trahi, d’avoir été mis de côté par tous ceux qu’il avait mis en selle, puis qui ne l’ont pas été. J’ai été la seule derrière lui. ». Son état de santé avait en fait décliné dès 2012 où il a été hospitalisé dans un état "semi-comateux" après son échec aux élections législatives.

Ce qui est très significatif, c’est que les deux premières personnalités politiques à lui rendres hommage se caractérisent plutôt par un engagement très marqué à droite : Thierry Mariani, ancien député et ministre UMP qui a rejoint le RN en 2019 pour se faire élire député européen et actuelle tête de liste RN aux régionales de 2021 en PACA (devançant dans les sondages la liste LR menée par Renaud Muselier) : « C’était un homme profondément généreux et bon… rare en politique (…). Je perds un ami avec qui nous avions lancé La Droite populaire. ». Et Éric Ciotti, député LR et ancien président du conseil départemental des Alpes-Maritimes : « Compagnon gaulliste (…), il était animé par une certaine idée de la France. Éric n’a jamais renié ses convictions. ». Son enterrement a lieu le 21 avril 2021 au Raincy.

Éric Raoult a adhéré au parti gaulliste (à l’époque UDR puis RPR) à l’âge de 19 ans. Il fut un militant du RPR à une époque où le RPR n’était pas au pouvoir, ou du moins, ne contrôlait pas le pouvoir. Il a commencé par des études à Assas dont il fut le responsable de l’UNI, syndicat de la droite "musclée" dans une université particulièrement à droite (l’UNI n’était pas le syndicat étudiant le plus à droite). Il fut diplômé en 1981 de l’IEP Paris.

Dès mars 1977, il fut élu adjoint au maire du Raincy, une commune de Seine-Saint-Denis, un département qui fut dirigé par les communistes pendant très longtemps. Il fut élu municipal du Raincy de 1977 à 2020. En mars 1983, il fut élu premier adjoint, puis, en mars 1995, maire pendant trois mandats. En 1983, il fut aussi responsable national des jeunes du RPR.

Il fut des militants qui combattaient durement la gauche, en raison de ses idées "musclées" et de son implantation locale dans un département "très à gauche". C’était peut-être cette caractéristique qui lui a permis de gravir rapidement les marches électives. La Seine-Saint-Denis était une terre de mission pour le RPR, ce qui faisait qu’il avait peu de "rivaux" internes.

Jeune espoir de la droite d’opposition, il fut élu député de Seine-Saint-Denis à l’âge de 30 ans en mars 1986, grâce au scrutin proportionnel. Son véritable exploit a été d’avoir été réélu député de Seine-Saint-Denis en juin 1988, avec 52,2% dans la 12e circonscription (Livry-Gargan, Montfermeil, Le Raincy), dans un duel au second tour l’opposant à Isabelle Thomas (PS), l’égérie du mouvement étudiant contre le projet de loi Devaquet. Et il fut ensuite réélu en mars 1993 avec 68,2%, puis battu dans une triangulaire avec le FN par Alain Calmat, un ancien ministre socialiste, en juin 1997 (battu avec 40,6% contre 44,0% au PS). Il a pris sa revanche en juin 2002 en battant Alain Calmat avec 52,8%, réélu en juin 2007 avec 53,8% mais encore battu par le candidat socialiste en juin 2012 avec seulement 45,9% (avec pour suppléant l’avocat Francis Szpiner). En juin 2017, c’est le candidat de LREM qui a gagné avec 53,0% contre le candidat UDI soutenu par LR (au premier tour, il y avait pour le FN Jordan Bardella 15,1% et pour FI Juan Branco 13,9%).

Pendant ces cinq mandats parlementaires, il fut un parlementaire plutôt actif. Encore à la fin de son dernier mandat, le 12 juin 2012, il a posé sept questions écrites au nouveau gouvernement socialiste. Vice-président de l’Assemblée Nationale en 2004-2005, ferme promoteur du débat sur l’identité nationale en 2009, Éric Raoult a été plutôt "modéré" sur le voile intégral.

En effet, il fut l’un des deux rapporteurs de la mission d’information créée le 23 juin 2009 sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national qui a fait l’objet d’un rapport déposé le 26 janvier 2010. Dans la conclusion de ce rapport, il a expliqué : « Une loi d’interdiction générale et absolue du port du voile intégral dans l’espace public est-elle possible et souhaitable ? Peut-on interdire le niqab dans l’espace public, au motif que le port du voile intégral est contraire à la dignité humaine ou à la conception que la France se fait de la condition de la femme ? Ce serait sans doute, au fond, la meilleure traduction de ce que nous, républicains, pensons. Mais si j’en crois les juristes, un tel fondement juridique ne serait pas exempt de fragilités. Une telle interdiction pourrait être analysée (…) comme une restriction à la liberté de manifester ses convictions. ».

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Lors d’une question au gouvernement le 21 mai 2009, Éric Raoult s’était par ailleurs inquiété des violences qui voulaient imposer un boycott de produits fabriqués en Israël : « Depuis plusieurs mois, des intrusions violentes de groupes d’extrême gauche accompagnés parfois d’élus, notamment Verts, se multiplient dans les centres commerciaux, dans le but d’appeler au boycott de produits israéliens. (…) Ces agissements anti-israéliens ont un fort relent d’antisémitisme. Ils sont inadmissibles et ont ému et inquiété la communauté juive de France, notamment en banlieue. ».

De l’aile droite du RPR, Éric Raoult prônait dans les années 1980 une alliance entre le RPR et le FN pour éviter à tout prix les victoires électorales de la gauche. Il faut insister sur le fait que le FN avait (et garde) une forte audience dans son département. Pendant longtemps, dans les années 1990 et 2000, la droite et le centre en Seine-Saint-Denis étaient dirigés par Éric Raoult (pour le RPR) et Jean-Christophe Lagarde (pour l’UDF), qui lui fut élu député à partir de 2002 (il l’est resté jusqu’à maintenant), dans une circonscription longtemps occupée par les communistes et avec parfois des seconds tours entre un candidat PCF et un candidat FN. Dans la première moitié des années 1990, il s’est spécialisé dans les questions sur la politique de la ville et des quartiers dits "difficiles".

Raoult sectaire ? Peut-être pas si l’on en juge par sa première épouse, pendant une douzaine d’années (1990 à 2002), qu’il a connue comme collaboratrice d’un député européen, mais qui fut surtout une personne engagée à l’UDF, élue d’arrondissement à Paris pendant vingt-trois ans (de 1983 à 2007), ancienne collaboratrice (dès 1977) de ministres (Jacques Dominati, Yves Galland) ou de députés (Gérard Longuet, Charles Millon). Elle a réussi à entrer à l’ENA par le tour extérieur, collabora ensuite dans les cabinets d’autres ministres (Charles Pasqua, Jean-Louis Debré, Dominique Bussereau), Elle a même géré la prévention de la grippe aviaire de septembre 2005 à avril 2006, et fut ensuite nommée préfète de 2007 à 2020 (à Dignes, puis Périgueux, La Rochelle, Angers et Melun)…

La consécration d’Éric Raoult a eu lieu en 1995 avec la victoire de Jacques Chirac à la Présidence de la République. Il fut nommé Ministre chargé de l’Intégration et de la Lutte contre l’exclusion du 17 mai 1995 au 7 novembre 1995, puis Ministre délégué à la Ville et à l’Intégration (auprès du ministre Jean-Claude Gaudin) du 7 novembre 1995 au 2 juin 1997 dans les gouvernements dirigés par Alain Juppé. Proche de Nicolas Sarkozy (avec qui il avait passé son service militaire en 1978), Éric Raoult n’est pas revenu, cependant, au gouvernement. 

Parallèlement à ses fonctions de ministre, il fut élu maire du Raincy en juin 1995, réélu en mars 2001 et mars 2008 (jusqu’en mars 2014). Il a fait de sa ville un petit oasis en plein Seine-Saint-Denis, mais n’a pas respecté la loi SRU qui impose aux communes de réserver 20% de ses logements (maintenant 25%) en logements sociaux. Il a même lancé, pour ceux qui ne respectaient pas la loi SRU : « Et pourquoi pas la castration chimique pour les maires hors-la-loi ? » (plus sérieusement, son collègue député-maire de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, proposait plutôt l’inéligibilité des maires qui ne respectaient pas ce taux, ce qui serait beaucoup plus efficace que des sanctions financières que les habitants pourraient être prêts à payer pour éviter trop de logements sociaux).

Pendant longtemps, Éric Raoult n’a pas hésité à prendre des positions tranchées, provoquant parfois des polémiques : il a cosigné une proposition de loi rétablissant la peine de mort pour les terroristes (le 8 avril 2004) ; il a soutenu la politique du Premier Ministre israélien Ariel Sharon en 2004 ; il a été le seul maire à décréter le couvre-feu lors des émeutes de novembre 2005 (sa commune était pourtant épargnée par les violences, a précisé "Le Monde" dans sa biographie) ; il a soutenu le Président tunisien Ben Ali en 2009, puis en 2011 après son renversement ; il a aussi critiqué la liberté d’expression pour les lauréats du Prix Goncourt en évoquant un fantaisiste "droit de réserve" pour les artistes ; il a proposé en 2013 la candidature de Nicolas Sarkozy au Prix Nobel de la Paix pour que soit reconnue « la part essentielle de [son] action internationale durant son quinquennat ».

L’année 2012 fut le commencement de son éviction de tous les mandats ou fonctions politiques qu’il exerçait. Il était en effet député de Seine-Saint-Denis, maire du Raincy et président de la fédération de l’UMP de Seine-Saint-Denis. Petit à petit, il les a perdus en moins de deux ans. Il fut battu aux législatives en juin 2012 et en mars 2014, il fut "victime" d’une révolution de palais au sein même de la municipalité du Raincy, ses anciens adjoints ont fait une liste contre lui, contestant sa manière autocratique de gérer la ville.

Cette perte de confiance s’est fait également dans un contexte personnel difficile, des pépins de santé (AVC), un procès pour violences conjugales (il fut relaxé quelques jours avant l’élection mais cela lui a fait une très mauvaise publicité), une histoire de harcèlement par une ancienne agente de la ville. Résultat, il fut battu et a perdu sa mairie. Enfin le 10 avril 2014, il fut évincé de la présidence de la fédération de l’UMP de Seine-Saint-Denis et remplacé par le sénateur Philippe Dallier et par Bruno Beschizza.

Aux élections municipales au Raincy en 2014, ce fut la descente aux enfers pour Éric Raoult. Si, au premier tour du 23 mars 2014, sa liste a eu la première place avec 32,9%, ce ne fut qu’avec 43 voix d’avance sur une liste divers droite qui a finalement remporté l’élection au second tour du 30 mars 2014 avec 54,4% dans une triangulaire (en présence de la liste socialiste), grâce au ralliement d’une liste menée par un ancien adjoint d’Éric Raoult qui avait obtenu 20,8% au premier tour. La liste d’Éric Raoult n’a fait que 35,9%. Le soir de sa défaite, le maire sortant a fait une tentative de suicide.

Douze jours après cette défaite cinglante, l’ancien ministre avouait au journal "Le Parisien" : « Aujourd’hui, j’essaie de me reconstruire. J’espère sortir à la fin du mois [il était dans une maison de repos]. Il faut aussi que j’aille m’inscrire à Pôle Emploi car je n’ai plus aucune ressources. ». Le conseil départemental des Hauts-de-Seine (présidé par Patrick Devedjian) l’a "repêché" comme chargé de mission sur les écoles de la seconde chance (à partir de septembre 2014).

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Depuis ses défaites électorales ou internes à son parti, Éric Raoult n’a jamais cessé de rêver d’une revanche. Le 31 janvier 2016, il fut battu pour être le délégué LR de sa circonscription (au profit d’un proche collaborateur de Bruno Beschizza), ce qui l’a empêché d’être candidat aux élections législatives de juin 2017. En revanche, il s’est présenté le 24 septembre 2017 aux élections sénatoriales en Seine-Saint-Denis, menant la liste "Fidélité et amitié pour le 93 d’abord, pour un Sénat aux couleurs de la France. Indépendance et République" (son épouse était à la sixième place sur huit). Nouvelle gifle électorale car il n’a obtenu que 19 voix de grands électeurs, soit seulement 0,9%. Pourquoi il s’était présenté : « Cela n’a d’autre sens et d’ambition, que celui d’être utile, de par mon expérience d’élu local et national, non seulement pour les élus locaux (…), mais également pour tous les habitants du département. ».

Malgré ces échecs à répétition, Éric Raoult s’est présenté une nouvelle fois aux élections municipales de 2020. Au premier tour du 15 mars 2020, la liste d’Éric Raoult n’a obtenu que 12,2% avec une forte abstention (61,4%). Cette liste a fusionné avec la lise LR qui avait obtenu 15,2% (Éric Raoult était alors en cinquième place), mais cette liste n’a eu que 2 sièges avec seulement 13,5% au second tour du 30 juin 2020 (moins qu’au premier tour) avec une abstention de 61,8%. (À noter que dans ce scrutin, même au premier tour, la gauche était absente).

« La politique, ce n’est pas une science exacte, c’est une science humaine. »


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Éric Raoult.
Nicolas Sarkozy.
Droite populaire.
Alain Devaquet.
Olivier Dassault.
Philippe Douste-Blazy.
Gilles de Robien.
Alain Madelin.
Jean-Louis Borloo.
Michel d’Ornano.
Louis Joxe.
Serge Dassault.
Gérard Longuet.
Olivier Stirn.
Édouard Philippe.
Jean Castex.
Jacques Chirac.
Bernard Debré.
Christian Poncelet.
Patrick Devedjian.
Philippe De Gaulle.
Charles De Gaulle.
Valéry Giscard d'Estaing.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210416-eric-raoult.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/raoult-disparition-d-un-militant-232404

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/16/38923956.html










 

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6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 03:35

« Les supplétifs débarqués en métropole, en dehors du plan général, seront en principe renvoyés en Algérie (…). Je n’ignore pas ce que ce renvoi peut être interprété par les propagandistes de la sédition, comme un refus d’assurer l’avenir de ceux qui nous sont demeurés fidèles. Il conviendra donc d‘éviter de donner la moindre publicité à cette mesure (…). » (Louis Joxe, le 16 mai 1962).



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L’ancien ministre Louis Joxe est mort à Paris il y a trente ans, le 6 avril 1991, peu avant ses 90 ans (il est né à Bourg-la-Reine le 16 septembre 1901). Gaulliste de gauche, Louis Joxe fut un compagnon du Général De Gaulle exemplaire, ancien résistant, haut fonctionnaire assurant la transition administrative à la Libération et ministre au long cours (pendant près de dix ans). Parfois, le scandale rattrape la postérité. C’est le cas de Louis Joxe à qui de nombreux historiens ont reproché d’avoir abandonné à leur triste sort les Harkis (ces "supplétifs de l’armée française").

Ce qui met en cause en particulier Louis Joxe, alors Ministre d’État chargé des Affaires algériennes, l’un des négociateurs des Accords d’Évian (signés le 18 mars 1962) qui ont abouti au référendum d’autodétermination en Algérie le 1er juillet 1962 puis à son indépendance le 3 juillet 1962, c’est le télégramme du 16 mai 1962 envoyé au Haut commissaire de la République en Algérie sous le sceau du secret ("très secret, priorité absolue"). Il confirme que le gouvernement français a lâchement oublié les Harkis, ces combattants algériens dévoués à la cause française qui, après le refus d’être protégés par la France, ont été considérés comme des traîtres par les Algériens et, pour beaucoup, ont été massacrés.

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En fait, dès le 12 mai 1962, le Ministre des Armées Pierre Messmer a donné des instructions claires pour empêcher l’arrivée des Harkis en métropole. Et dans le télégramme ci-dessus du 16 mai 1962, Louis Joxe est allé plus loin puisqu’il a demandé des sanctions contre ceux qui aidaient les Harkis à rejoindre la métropole pour éviter ainsi de devoir les renvoyer sur le sol algérien. Environ 42 500 Harkis (et leurs familles) ont été autorisés à s’installer en métropole (avec le statut de réfugiés et pas de rapatriés comme pour les Pieds-noirs), sur environ 200 000 à 250 000 Harkis au total. Entre 50 000 et 60 000 Harkis auraient été massacrés en Algérie pendant la première année d’indépendance, et des dizaines de milliers restèrent en prison parfois jusqu’à la fin des années 1960.

On pourrait comprendre la position du gouvernement français qui ne voulait pas un afflux massif de migrants (en plus de l’arrivée des Pieds-noirs), dont l’accueil et l’insertion dans la société auraient pu présenter des sources préoccupations politiques importantes. Mais on aurait plus de mal de comprendre la naïveté du même gouvernement français à croire au respect des engagements d’amnistie, de non représailles et de réconciliation de la part du gouvernement algérien dès lors que les troupes françaises (présentes sur le territoire algérien encore jusqu’en juin 1964) ne pouvaient plus intervenir sans l’accord du gouvernement algérien.

Il n’y a pas seulement des historiens (souvent "classés de gauche") qui ont dénoncé cette lâcheté française (rappelons cependant que ce n’est pas le gouvernement français qui a massacré les Harkis mais bien des militaires algériens). Il y a aussi la sociologue Dominique Schnapper (fille de Raymond Aron), le Prix Nobel Maurice Allais, et même un autre gaulliste, devenu Président de la République, Jacques Chirac, qui, le 23 septembre 2001, a reconnu : « La France n’a pas su sauver ses enfants de la barbarie. ».

Le 5 décembre 2002, Jacques Chirac a affirmé également : « Notre premier devoir, c’est la vérité. Les anciens des forces supplétives, les Harkis et leurs familles, ont été les victimes d’une terrible tragédie. Les massacres commis en 1962, frappant les militaires comme les civils, les femmes comme les enfants, laisseront pour toujours l’empreinte irréparable de la barbarie. Ils doivent être reconnus. La France, en quittant le sol algérien, n’a pas su les empêcher. Elle n’a pas su sauver ses enfants. Les Harkis ne sauraient demeurer les oubliés d’une histoire enfouie. Ils doivent désormais prendre toute leur place dans notre mémoire. La mission des historiens doit se poursuivre. Elle doit être menée avec conscience et impartialité. La connaissance du passé, parce qu’elle permet de rendre justice aux victimes de l’histoire, ne peut que servir l’approfondissement de notre concorde nationale. Ce devoir de vérité trouve son prolongement naturel dans un devoir de reconnaissance. ».

Plus tard, le Président Nicolas Sarkozy a déclaré le 12 avril 2012 à Rivesaltes (où se trouvait un ancien camp de réfugiés harkis), près de Perpignan : « La France se devait de protéger les Harkis de l’Histoire, elle ne l’a pas fait. La France porte cette responsabilité devant l’Histoire. ». Le Président François Hollande est allé encore plus loin dans la reconnaissance de la responsabilité française, le 25 septembre 2016 aux Invalides à Paris : « Je reconnais les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des Harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférer en France. (…) La reconnaissance de la responsabilité de la France est un acte symbolique qui fait avancer la paix des mémoires, de toutes les mémoires de la guerre d’Algérie, de ses mémoires blessées. ».

Les Harkis n’ont été reconnus dans leur statut d’anciens combattants qu’à partir du 9 décembre 1974 s’ils habitaient en France et à partir du 23 juillet 20210 s’ils habitaient en Algérie. C’est une des taches peu glorieuses de l’histoire de la France.

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Revenons à Louis Joxe, qui était-il ? Agrégé d’histoire géographie en 1925 (il fut devancé par le major, Georges Bidault), après un bref temps d’enseignement à Metz puis du journalisme, Louis Joxe a été en 1932 le collaborateur du ministre Pierre Cot sous la Troisième République, ce qui lui a permis de visiter l’URSS en septembre 1933. Après cette incursion ministérielle, il intégra en 1935 la plus grande agence de presse française (l’agence Havas, future AFP) et se spécialisa dans les relations internationales.

Après un engagement militaire dans l’armée de l’air puis à l’information au début de la Seconde Guerre mondiale, Louis Joxe fut renvoyé de son emploi par le régime de Pétain, mais a réussi à réintégrer l’Éducation nationale avec un poste d’enseignant à Alger. Ce fut à partir de là qu’il est devenu résistant et qu’il a travaillé avec De Gaulle, qui a fait de lui le secrétaire général du futur gouvernement provisoire de la République française d’octobre 1943 à janvier 1946, d’abord à Alger puis à Paris. Il a réalisé ainsi la transition administrative après l’Occupation.

Louis Joxe a continué ensuite comme diplomate dans diverses instances (dont l’UNESCO) puis fut nommé ambassadeur de France en URSS en 1952 et en Allemagne de l’Ouest en 1955, secrétaire général du Quai d’Orsay en 1956. Après le retour au pouvoir de De Gaulle, Louis Joxe fut parmi les grands commis de l’État qui constituèrent l’ossature de ses gouvernements.

Ainsi, Louis Joxe a été ministre sans discontinuer dans les gouvernements de Michel Debré et de Georges Pompidou : Secrétaire d’État chargé de la Fonction publique le 24 juillet 1959, puis Ministre de l’Éducation nationale le 15 janvier 1960, puis Ministre d’État chargé des Affaires algériennes le 22 novembre 1960, puis Ministre d’État chargé de la Réforme administrative le 7 décembre 1962, enfin Ministre de la Justice le 7 avril 1967 jusqu’au 31 mai 1968. Il fut aussi une seconde fois Ministre de l’Éducation du 15 octobre 1962 au 7 décembre 1962. Arrivé aux Affaires algériennes peu avant le "putsch des généraux" du 21 avril 1961, il a décrété l’état d’urgence avec les décrets n°61-395 et n°61-398 du 22 avril 1961. À la Réforme administrative, il a notamment travaillé sur l’intercommunalité en faisant adopter la loi du 31 décembre 1966 qui a amorcé la coopération intercommunale.

Le 28 avril 1969, après la démission de De Gaulle et la candidature de Georges Pompidou pour lui succéder, Louis Joxe a fait partie d’un petit groupe de députés gaullistes (avec Jean Charbonnel, Paul Granet, etc.) à vouloir soutenir Georges Pompidou à la condition qu’il nommât Edgar Faure Premier Ministre (cette démarche n’a eu aucune suite).

Ministre "technicien", Louis Joxe se fit consacrer par l’onction du suffrage universel aux élections législatives de mars 1967 : il fut élu et réélu député de Lyon de mars 1967 à novembre 1977, date à laquelle qui démissionna du Palais-Bourbon car nommé membre du Conseil Constitutionnel du 4 novembre 1977 au 28 février 1989, d’abord par Edgar Faure, Président de l’Assemblée Nationale, le 22 octobre 1977 pour terminer le mandat d’un membre décédé (Henri Rey), puis confirmé par Jacques Chaban-Delmas, Président de l’Assemblée Nationale, le 12 février 1980 pour un mandat complet (unique). Louis Joxe fut ainsi l’un des rares membres du Conseil Constitutionnel à y avoir été présent plus de neuf ans (en dehors des anciens Présidents de la République).

Père notamment d’un autre ministre important de la Cinquième République, Pierre Joxe (Intérieur, puis Défense), Louis Joxe est mort le 6 avril 1991 et repose désormais à Jouy-en-Josas où résidait un certain Léon Blum.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Louis Joxe.
Jacques Chirac.
Valéry Giscard d'Estaing.
Pourquoi De Gaulle a-t-il ménagé François Mitterrand ?
Philippe De Gaulle.
Deux ou trois choses encore sur De Gaulle.
La France, 50 ans après De Gaulle : 5 idées fausses.
Daniel Cordier.
Jacques Chaban-Delmas.
Hubert Germain.
Edmond Michelet.
Alexandre Sanguinetti.
Bernard Debré.
Christian Poncelet.
Albin Chalandon.
Jacques Soustelle.
Raymond Barre.
Simone Veil.
La Cinquième République.
Olivier Guichard.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Philippe Séguin.
Michel Droit.
René Capitant.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210406-louis-joxe.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/louis-joxe-et-les-harkis-232042

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/01/38897515.html












 

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5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 03:42

« J’ai décidé qu’on allait créer un mouvement politique nouveau. » (Emmanuel Macron, le 6 avril 2016 à Amiens).



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Il y a exactement 5 ans, le 6 avril 2016, Emmanuel Macron, alors Ministre de l’Économie et des Finances du gouvernement de Manuel Valls, sous le quinquennat de l’oublié François Hollande, est allé à Amiens, sa ville natale, pour fonder, autour de 200 fidèles, le parti politique En Marche, avec ses propres initiales, devenu un an plus tard La République En Marche (LREM) : « À chaque fois que notre pays a traversé une période de peur et de doute, la condition pour sortir de cette situation fut la même : rebattre largement les cartes. ».

Les principes généraux de ce nouveau mouvement étaient alors : « l’attachement au travail, au progrès et au risque, une égale passion pour la liberté et la justice, un attachement européen profond et exigeant, une croyance inébranlable dans l’énergie de notre pays, pour lui redonner confiance. ». Dans sa charte des valeurs, Emmanuel Macron a émis ce postulat intéressant : « Nous préférons l’innovation à tous les conservatismes. Nous refusons de penser qu’il n’y a de salut que dans un retour vers le passé et pensons au contraire que l’avenir de la France nécessite de renouer avec l’idée de progrès. ». La promotion d’une certaine idée du respect personnel : « Nous sommes attachés à ce que chacun (…) respecte les lois de la République, ainsi que les règles élémentaires de la courtoisie, du respect d’autrui, de l’honnêteté et de la probité. Nous condamnons de manière générale tous les actes et tous les propos qui jugeraient une personne pour ce qu’elle est. ». Une démarche un peu à l’instar de la Nouvelle Société de Jacques Chaban-Delmas.

L’étoile Macron scintillait déjà le 12 mars 2015, à l’issue de la (longue) émission politique sur France 2 : « Le modèle français a un avenir (…). La clef pour l’économie française, c’est de réussir dans la mondialisation pour [continuer] ce modèle. ». Ce premier grand oral télévisuel avait révélé auprès des Français un homme jeune, plein d’idées, à l’aise dans le débat et très volontaire, bref, quasiment l’inverse du Président de la République de l’époque. Dès février 2016, François Hollande avait d’ailleurs envisagé de nommer Emmanuel Macron à Matignon. Avec cette idée, il aurait fait coup double : d’une part, il aurait éloigné du pouvoir le trop influent Manuel Valls, d’autre part, il aurait contrôlé son jeune ministre. Mais dans la tête de François Hollande, il valait mieux contrôler encore Manuel Valls. Erreur fatale.

La création d’En Marche fut le point de départ d’une démarche qui allait inévitablement aboutir à la candidature d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle. Le 8 mai 2016, Emmanuel Macron a pris une position régalienne étonnante, célébrant Jeanne d’Arc à Orléans, reprenant ainsi un thème que l’extrême droite avait préempté pendant une trentaine d’années : « Nul ne peut l’enfermer ; tant l’ont pourtant convoquée ou récupérée. Ils l’ont trahie en ne la méritant pas. Ils l’ont trahie en la confisquant au profit de la division nationale. Manipulation des uns, mais aussi faiblesse des autres, car Jeanne d’Arc (…), [c’est] notre histoire commune. ».

L’occasion de donner son sentiment politique : « Notre temps n’est pas celui de la quiétude et de l’insouciance. Il ne doit pas non plus être celui du cynisme ou du défaitisme. Nous devons nous confronter aux défis qui sont les nôtres sans rien céder à la peur et nous devons le faire en sachant qui nous sommes et d’où nous venons. ». Il ne se doutait pas qu’il aurait à gérer une crise sanitaire mondiale.

Le 12 juillet 2016, il organisa son premier meeting à la Mutualité à Paris, où plusieurs milliers de sympathisants sont venus l’ovationner. À deux jours de l’entretien présidentiel traditionnel du 14 juillet, c’était une marque d’insolence évidente si ce n’est de défiance : « Ce mouvement, personne ne l’arrêtera. Nous le porterons ensemble jusqu’en 2017 et jusqu’à la victoire ! ». Les jalons étaient posés.

Fort de ce succès, il aurait dû alors démissionner du gouvernement et déclarer sa candidature quelques jours plus tard, mais l’attentat de Nice deux jours plus tard l’a fait remettre à plus tard, par décence. Finalement, il a démissionné du gouvernement le 30 août 2016 : « Mon choix est un choix pour être libre. Être libre de dire, de proposer, d’agir. Être responsable d’une nouvelle offre qui doit construire un nouvel espoir. C’est une nouvelle étape qui commence, pour laquelle j’aurai besoin de toutes les bonnes volontés. ».

Emmanuel Macron a annoncé officiellement sa candidature à l’élection présidentielle le 16 novembre 2016 à Bobigny. Le 10 décembre 2016, le meeting à la Porte de Versailles enclencha une véritable montée en puissance. Devant 15 000 sympathisants, Emmanuel Macron cria d’une voix cassée : « Ce que je veux, c’est que vous, partout, vous alliez le faire gagner ! Parce que c’est notre projet ! Vive la République et vive la France ! ». Les drapeaux européens s’agitaient au milieu des drapeaux français : le projet d’Emmanuel Macron était un projet pleinement, résolument européen, et assumé comme tel.

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La suite, on la connaît, Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron a été élu Président de la République à l’âge de 39 ans, le plus jeune de toute l’histoire de la République, très largement, avec 66,1% des suffrages exprimés (20,7 millions de voix) : « Une nouvelle page de notre longue histoire s’ouvre ce soir. Je veux que ce soit celle de l’espoir et de la confiance retrouvés. ». Au premier tour du 23 avril 2017, premier de la cordée : 24,0% des suffrages exprimés (8,7 millions de voix).

Transformant son parti en La République En Marche, se rapprochant de l’appellation d’un parti opposant, Les Républicains, sur la méthode de Valéry Giscard d’Estaing qui avait rassemblé les partis du centre droit dans l’UDF (Union pour la démocratie française), reprenant, pour attirer l’électorat gaulliste, un sigle proche de l’ancienne UDR (Union des démocrates pour la République).

Son parti a obtenu la majorité absolue en juin 2017, conquérant 309 sièges sur 577 à l’Assemblée Nationale, avec 28,2% des voix au premier tour. Aux élections européennes du 26 mai 2019, la liste LREM a obtenu la deuxième place avec 22,4%, gagnant 23 sièges du Parlement Européen sur les 74 attribués à la France.

Malgré ces victoires éclairs, il faut évidemment pondérer les affirmations. Ces années ont montré que LREM n’a jamais été qu’une écurie présidentielle au service de son fondateur et reste très loin d’un parti politique au sens historique du terme, à savoir, un mouvement ayant une tradition philosophique ancienne et un encadrement suffisamment fort pour qu’il subsiste en dehors de son fondateur. Les élections sénatoriales de septembre 2017 et de septembre 2020, ainsi que les élections municipales de 2020, ont montré que LREM n’était pas un parti assez implanté localement pour ne pas dire impliqué localement. La plupart des nouveaux députés LREM ont rarement su faire "fructifier" leur élection par une implantation locale leur permettant de "s’installer" dans la vie politique locale.

Or, ce problème d’implantation locale n’a rien à voir avec la nouveauté du parti : quelques mois après la création du RPF (Rassemblement du peuple français), beaucoup de candidats RPF ont conquis des mairies de grandes villes et ont pu s’implanter indépendamment d’une "locomotive" nationale (parfois pour de très nombreuses décennies). L’UNR également, créée de toutes pièces par les fidèles du Général De Gaulle, ont su créer une tradition politique qui s’est ancrée bien au-delà des mandats de De Gaulle et même de son successeur direct. Rien n’indique aujourd’hui que LREM survivrait à la Présidence d’Emmanuel Macron.

Cinq ans, c’est peu, mais en fait, c’est treize mois qu’il faut prendre en compte, Treize mois pour gagner. Ce n’est donc pas tant le parti En Marche que le futur candidat Emmanuel Macron qui a montré un exceptionnel sens politique. On peut comprendre le nombre de jaloux qui ont vu ce trentenaire conquérir l’Élysée après seulement deux ans d’exercice ministériel (François Hollande, quant à lui, n’avait jamais été ministre avant d’avoir été élu), alors que la pratique en France, c’est de gagner seulement après trente, quarante ans de vie politique et élective.

Emmanuel Macron a été exceptionnel dans l’histoire politique, parce qu’il a été courageux, déterminé, habile et joueur.

Courageux car sa grande popularité aurait dû lui conseiller d’être en retrait, d’attendre son tour en 2017 (élection réservée en principe à Alain Juppé dans les sondages) et arriver en 2022 comme le sauveur ou le dauphin (il aurait alors 44 ans, bien en dessous de Valéry Giscard d’Estaing en 1974), et même s’il ratait en 2022, il aurait encore le temps pour retenter sa chance une, deux, voire trois fois, c’était dans la pratique de nombreux candidats depuis quarante ans.

Courageux aussi car il n’a pas attendu le résultat des deux tours de la primaire LR (les 20 et 27 novembre 2016) pour se mouiller, alors que la désignation d’Alain Juppé aurait été pour lui très ennuyeuse. Il n’a pas attendu le renoncement de François Hollande (le 1er décembre 2016) qui aurait donc pu devenir un autre concurrent sérieux. Il n’a pas attendu la non désignation de Manuel Valls comme candidat socialiste qui aurait également ciblé le même électoral "social-libéral". Enfin, il n’a pas attendu de négocier avec François Bayrou (qui ne le lui proposa que le 22 février 2017) ni sa non candidature pour s’engager dans une stratégie très centriste et très bayroutiste "pas à droite et pas à gauche".

Déterminé, parce qu’il a construit LREM comme une sorte de mouvement illuminé avec des fidèles qui n’avaient jamais milité en politique auparavant, en dehors de toute tradition militante classique. Il ne prenait rien aux autres partis et il a créé un espoir qu’on pourrait assimiler au triple espoir suscité par la campagne présidentielle de 2007 : UMP avec Nicolas Sarkozy, Désirs d’avenir avec Ségolène Royal et UDF avec François Bayrou. On peut aussi l’associer à la campagne américaine de Barack Obama de 2008, Yes We Can ! Il a fait son bonhomme de chemin en dehors de toute contingence politicienne, en totale liberté par rapport aux autres partis. Ce qui avait de quoi mettre en colère les apparatchiks du PS.

Habile, car il a su saisir au mieux toutes les occasions qui l’ont porté. On ne peut pas dire qu’Emmanuel Macron était parti favori ni dans les sondages ni parmi les analystes politiques, mais il a su utiliser tous les défauts de ses rivaux. Rivaux sur le segment électoral : éliminées d’une manière ou d’une autre les candidatures de François Hollande, Alain Juppé, François Bayrou. Quant aux candidatures d’un autre segment électoral, l’affaire qui a plombé la candidature de François Fillon, l’incompétence manifeste de Marine Le Pen et l’égocentrisme de Jean-Luc Mélenchon ont beaucoup aidé Emmanuel Macron à tel point qu’après coup, on se demanderait comment il aurait pu ne pas être élu.

Joueur, car Emmanuel Macron n’était pas un animal politique même s’il a bien appris. Emmanuel Macron était en quelque sorte un joueur. Technocrate, haut fonctionnaire, inspecteur des finances, il s’ennuyait. Il a joué au banquier chez Rothschild et il a gagné son premier million au bout d’un ou deux ans, mais si l’argent était son horizon, il serait resté dans le secteur privé. Non, il a voulu toucher à autre chose, connaître les rouages du pouvoir à l’Élysée (comme Secrétaire Général adjoint) puis à Bercy comme ministre. Il comptait faire plutôt de la littérature avant d’être nommé ministre (en ce sens, c’est le comportement de son prédécesseur Arnaud Montebourg qui l’a fait venir dans le cercle restreint des présidentiables). Sa candidature à l’élection présidentielle était comme un nouveau défi personnel, il pouvait perdre, il serait passé à autre chose au lieu de s’accrocher pendant quarante ans à retenter sa chance.

Bref, Emmanuel Macron a pris des risques. C’est ce qu’on demande aux entrepreneurs, aux chefs d’entreprise, aux créateurs d’entreprise. La culture du risque est trop faiblement encouragée en France parce qu’on est dans une culture du perfectionnisme. Or, le risque, c’est supposer possible l’échec, ce qui est absolument impensable ou infamant. Emmanuel Macron n’a eu qu’à ramasser à la petite cuillère un paysage politique en pleine décomposition.

Donc, évidemment, il faut saluer la performance qui est historique. Jamais un candidat crédible à une élection présidentielle depuis qu’il y a le suffrage universel direct (1965) n’a été aussi novice qu’Emmanuel Macron, novice dans le sens de connaisseur et praticien de la vie politique. C’est exceptionnel car les Français sont par défaut conservateurs, donc, quitter les traditions républicaines impliquait de pouvoir les rassurer sur ses capacités à être Président de la République.

L’autre raison de saluer la performance, c’est aussi de prouver la solidité des institutions de la Cinquième République et leur capacité à renouveler la classe politique, et le paysage politique. Un nouveau parti est capable, s’il est proche des citoyens, de concurrencer et même de supplanter les grands partis dominant la vie politique depuis plusieurs décennies. Cela aussi, c’est rassurant d’un point de vue démocratique.

Mais le message du 6 avril 2016 devient encore plus éclatant le 6 avril 2021. Il y a le même temps de préparation avant l’élection présidentielle qu’il y a cinq ans, et cela avec des bouleversements non négligeables (crise sanitaire, etc.). Pour qu’il y ait un nouvel acteur qui puisse devenir un candidat crédible à l’élection présidentielle de 2022, il va donc falloir quelqu’un d’encore plus brillant, d’encore plus habile, d’encore plus déterminé, d’encore pius courageux qu’Emmanuel Macron en 2016.

Autant dire que cette personnalité ne s'est pas encore fait connaître. Le "jeu" présidentiel risque donc, très naturellement, faute de l’avoir préparé en amont, au "jeu" précédent de 2017, avec Emmanuel Macron pour sa réélection éventuelle, Marine Le Pen qui, préférant les chats à l’économie, va quand même faire le job de candidate le temps d’une nouvelle campagne d’incompétence populiste, Jean-Luc Mélenchon qui, malgré l’âge, se croit indispensable dans une gauche largement et irréversiblement divisée, sans compter quelques autres personnalités dont certaines écologistes qui voudraient bénéficier du petit capital de sympathie acquis en 2019 et qui risque fort de se dilapider avant même l’élection présidentielle (les maires doctrinaires de Lyon, Bordeaux, Poitiers, etc. contribuent beaucoup à cette érosion électorale).

Dans cette société de liberté et de démocratie, c’est sans doute la grande leçon de 2017 qui reviendra en 2022 : c’est le meilleur qui gagnera !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron et les 5 ans d’En Marche.
Emmanuel Macron.
François Bayrou.
Jean Castex.
Agnès Buzyn.
Olivier Véran.
Emmanuel Macron sera-t-il un Président réformateur ?
Édouard Philippe.
Anne-Christine Lang.
Roselyne Bachelot.
Éric Dupond-Moretti.
Barbara Pompili.
François Bayrou.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Secrétaires d’État du gouvernement Castex : des nouveaux et des partants.
Gérald Darmanin.
Le gouvernement Castex I nommé le 6 juillet 2020.
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Cédric Villani.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210406-en-marche.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-et-les-5-ans-d-en-232114

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/03/38900949.html









 

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26 mars 2021 5 26 /03 /mars /2021 03:41

« Comme le dit la sagesse fiscale, ce n’est pas parce que vous mettez un impôt sur les vaches que ce sont les vaches qui paient l’impôt ! » (Alain Madelin, le 3 janvier 2012 dans "Le Point").



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L’ancien ministre Alain Madelin fête ses 75 ans ce vendredi 26 mars 2021. Même s’il a définitivement quitté l’arène politique depuis de nombreuses années, il est régulièrement présent dans les médias pour commenter l’actualité. Avec le nez cassé du boxeur, la voix rassurante d’un médecin de l’économie, Alain Madelin s’est distingué comme le "chantre" de l’idée libérale en France, et cela après une jeunesse mouvementée mais assumée dans des mouvements nationalistes. Par la force de ses idées et sa combativité politique, il est devenu l’un des acteurs majeurs de la vie politique entre 1981 et 2002.

La cohérence politique d’Alain Madelin est à mettre à son actif. Libéral, il l’a toujours été dans sa vie d’élu national, libéral non seulement économiquement mais aussi socialement voire "sociétalement". Cohérent, ses convictions ont toujours porté vers plus de liberté, en particulier en refusant de s’opposer, au contraire de ses collègues de l’opposition, au PACS en 1999.

Je dois dire que, membre de l’UDF comme lui, dans les années 1980-1990, je me sentais assez éloigné de ses idées. Le libéralisme économique est une expression, en France, à connotation négative qui a été complètement polluée par des projections de militants issus plutôt du gauchisme pour s’inquiéter de l’ultralibéralisme, du capitalisme des "oligarques" voire, tout simplement, du grand capital. Mais Alain Madelin n’est pas le défenseur du "grand capital", si tant il existe, mais plutôt le défenseur des petits patrons, des entrepreneurs, de tous ceux qui ont voulu créer des activités économiques et s’il fallait ne retenir qu’une seule chose de sa longue trajectoire politique, c’est qu’il a doté les indépendants d’une véritable couverture sociale, ce qui n’était pas le cas auparavant.

Au sein de l’UDF, j’étais plutôt dans le courant démocrate-chrétien, et il faut bien dire que ce courant connaît mieux les impératifs de la justice sociale (c’est-à-dire la solidarité nationale par la redistribution partielle des richesses) que des moyens pour la créer (l’argent et le christianisme ne font pas vraiment bon ménage, à chacun son Dieu). Mais est-ce moi, et une certaine maturité économique ? ou est-ce lui, Alain Madelin, et une certaine évolution politique ? toujours est-il que j’apprécie beaucoup cet homme pour au moins deux raisons.

La première, c’est qu’il est un homme qui carbure avec les idées, qui réfléchit et qui se crée lui-même des convictions. Comme Philippe Séguin, mais surtout, comme Jean-Pierre Chevènement, chacun dans son genre, Alain Madelin est une personnalité politique de premier plan capable de défendre ses idées, ses convictions très fortes, au détriment de son propre destin personnel. Cela n’en fait pas pour autant un intellectuel, Alain Madelin était au contact avec la réalité politique et la réalité économique (c’est très rare de prendre la mesure des deux en même temps), et, comme les deux autres personnalités citées, ses idées sont d’une grande cohérence intellectuelle. C’est pour cela que l’écouter apporte toujours un élément supplémentaire de compréhension du monde, que l’on soit d’accord ou pas avec lui.

La seconde, c’est que ses idées et ses convictions ne l’ont jamais empêché d’agir en homme politique classique, c’est-à-dire, avec sa part de mauvaise foi, d’éléments de langage, de batailles parfois vaines, d’affichage électoral, etc. Cela pourrait être plutôt un défaut (bah, il fait de la politique !) mais je considère que c’est très rare d’avoir des convictions très fortes et, en même temps, d’accepter le jeu politique parfois trivial et au ras de pâquerettes. Refuser le jeu politique, c’est refuser de faire triompher ses idées, ou alors, n’être qu’un "influenceur", alors qu’Alain Madelin est un homme d’action. En ce sens, il n’était pas très éloigné de François Bayrou, tous les deux étaient de jeunes députés ambitieux, qui ont eu le courage de leurs idées, capables de mettre en jeu leur "carrière" pour tant leurs idées que leurs stratégies. Ce n’est pas un hasard si les deux se sont présentés à l’élection présidentielle de 2002, pourtant une élection préemptée encore par la vieille génération (Jacques Chirac, Lionel Jospin, Jean-Marie Le Pen, etc.).

François Bayrou et Alain Madelin étaient d’ailleurs de réels rivaux politiques dans la Nouvelle UDF, celle de l’après-présidence (de l’UDF) de Valéry Giscard d’Estaing (après 1996) : le divorce a eu lieu aux élections régionales de mars 1998. Alain Madelin considérait que faire une alliance tacite (pas formalisée) avec le FN était possible pour conserver des présidences de région et éviter de les "sacrifier" aux socialistes. François Bayrou et François Léotard, comme Jacques Chirac et Alain Juppé au RPR du reste, refusaient toute idée d’alliance, de près ou de loin.

En 1996, Alain Madelin s’est présenté à la présidence de l’UDF contre François Léotard qui, soutenu par François Bayrou, a été élu. Alain Madelin a repris alors le PR laissé par François Léotard et l’a transformé. En effet, Alain Madelin a créé et présidé, du 24 juin 1997 au 17 novembre 2002, Démocratie libérale (DL) pour remplacer le Parti républicain de François Léotard (ex-Républicains indépendants de VGE, originaire du mouvement de Paul Reynaud, Antoine Pinay et Joseph Laniel), dissout dans la Nouvelle UDF. Ce parti, qui a quitté l’UDF en 1998 (quand François Bayrou est devenu président de l’UDF), s’est ensuite autodissout dans l’UMP en 2002.

Pour DL en mars 1998, les régions Rhône-Alpes (Charles Millon) et Languedoc-Roussillon (Jacques Blanc) étaient en cause dans les polémiques intra-UDF. On peut essayer de comprendre la position "tolérante" d’Alain Madelin par son passé à l’extrême droite (même si Gérard Longuet, au même passé, a préféré rester à l’UDF, comme François Léotard).

La cohérence d’Alain Madelin est intéressante à observer car elle ne tient pas compte des positionnements politiques du moment, ce qui en a fait une personnalité très indépendante de la politique, parfois isolée et souvent minoritaire. Il lança son propre club de réflexion Idées Action en octobre 1994 qui proposa une baisse des prélèvements obligatoires, une distanciation par rapport à l’orthodoxie financière (notamment monétaire), et un retour de l’ascenseur social en panne depuis longtemps.

Un exemple assez éloquent entre les deux tours des élections législatives de juin 2007, qui a coûté des dizaines de circonscriptions à l’UMP : Jean-Louis Borloo, alors Ministre de l’Économie et des Finances (il le fut moins longtemps qu’Alain Madelin), avait eu le malheur d’introduire dans la campagne électorale l’idée de la TVA sociale. On aurait pu croire qu’Alain Madelin y était favorable. En fait, pas du tout. Certes, faire payer les cotisations sociales sur une part de TVA au lieu de les faire payer sur les salaires français, c’est intéressant pour les produits d’importation (fabriqué avec de la main d’œuvre moins taxée socialement), pouvait partir d’une bonne intention. Mais concrètement, cela ne réduirait pas les importations, cela ne taxerait pas les producteurs étrangers, cela taxerait simplement (une fois de plus) les consommateurs français.

Alain Madelin, ainsi, essaie d’avoir une réflexion cohérente et aboutie, au-delà du jeu politique voire électoral, et surtout, au-delà des modes intellectuelles de certaines mesures pourtant pas si innovantes que cela.

Dans le même ordre d’idée, la primaire LR de novembre 2016 s’est retrouvée à fronts renversés. François Fillon, dont le mentor était le gaulliste Philippe Séguin, qui s’est un peu écarté de son parti d’origine par souverainisme, était loin d’être le candidat LR le plus souverainiste même si l’on sentait bien qu’il prônait le retour au régalien et une nouvelle approche des relations franco-russes. Les militants de gauche ont au contraire fustigé le programme de François Fillon (après sa désignation par les électeurs de la primaire, car auparavant, il était sous les radars), considéré comme ultralibéral, ce qui est un peu le contraire de son souverainisme supposé (cela dit, ces critiques se sont à peine développées en raison de "l’affaire Fillon").

Or, le "libéral de service" qu’était Alain Madelin était loin de soutenir le programme de François Fillon. Pourquoi ? Parce qu’il n’était pas "libéral" au sens où il l’entendait. C’est très intéressant à relire l’interview qu’Alain Madelin a accordée à l’hebdomadaire "Le Point" le 26 mai 2016. Voici ce qu’il disait de François Fillon : « Si François Fillon passe pour le plus libéral, c’est hélas parce que son programme est assurément, en matière de purge, le plus abouti. Voilà qui plaît à certains patrons et même à quelques-uns de mes amis libéraux. Voilà qui prête aussi le plus à la caricature d’un libéralisme antisocial. ».

Alain Madelin allait même plus loin puisqu’il donnait quelques clefs sur son favori : « Alain Juppé a un positionnement politique intelligent. Il veut largement rassembler aujourd’hui pour pouvoir réformer demain. Et son côté sérieux lui donne un avantage sur les matamores dont les Français ont appris à se méfier. Il a compris que, si le candidat de la droite devait être élu par défaut au second tour face à Marine Le Pen, il lui faudrait savoir rassembler pour élargir sa légitimité, afin de vraiment réformer. ». Bien sûr, il n’avait pas encore anticipé l’élection du ministre Emmanuel Macron, qui venait de lancer son mouvement En Marche le 6 avril 2016. Après l’échec d’Alain Juppé, il se rapprocha du programme d’Emmanuel Macron.

Cette position plutôt favorable à Alain Juppé était d’autant plus étonnante qu’il pouvait avoir gardé encore de la rancœur contre son éviction brutale du gouvernement d’Alain Juppé le 26 août 1995 à la suite d’une annonce intempestive du ministre.

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Revenons à son parcours et à son évolution. Issu d’une famille modeste et avec des études d’une filière professionnelle, il s’est retrouvé étudiant en droit à Assas et a milité entre 1963 et 1968 dans des mouvements d’extrême droite, en particulier Occident, comme Patrick Devedjian (entre autres) en réaction contre le communisme et le maoïsme très à la mode dans les universités (il fut même condamné par la justice ; par la suite, il n’a pas regretté cet engagement car, selon lui, c’était le seul moyen d’agir contre le communisme). Il a fait la campagne de Jean-Louis Tixier-Vignancour en 1965, dont le directeur de campagne était Jean-Marie Le Pen.

Néanmoins, après la crise de mai 1968, Alain Madelin a rompu avec son engagement d’extrême droite, en considérant que le meilleur moyen de se confronter au communisme, c’était de prôner le libéralisme et les valeurs démocratiques, ce qui l’a fait rejoindre aux Républicains indépendants de VGE avant de devenir avocat. En mars 1973, il fut candidat de la majorité aux élections législatives contre le député communiste sortant Guy Ducoloné qui fut réélu.

Après avoir participé activement à la campagne de Valéry Giscard d’Estaing en 1974, Alain Madelin est entré en mars 1977 dans le cabinet ministériel d’un Secrétaire d’État (à l’Industrie), Claude Coulais, qui venait d’être élu maire de Nancy. Sa carrière électorale a commencé en mars 1978 où il fut élu député UDF d’Ille-et-Vilaine (à l’âge de 32 ans) avec d’autres futurs jeunes loups de la politique (Gérard Longuet, François Léotard, Philippe Séguin, etc.). Alain Madelin fut réélu député sans discontinuité jusqu’en juin 2007 où il s’est mis en retrait (son siège a été conquis par le candidat socialiste battant le candidat UMP). Alain Madelin a été élu également député européen en juin 1989 (brièvement), puis en juin 1999 (il y est resté jusqu’en 2002).

Au niveau local, Alain Madelin a été élu conseiller général d’Ille-et-Vilaine de mars 1994 à octobre 1995, conseiller régional de Bretagne de mars 1986 à mars 1998 (vice-président du conseil régional de mars 1992 à mars 1998), et enfin, maire de Redon de mars 1995 à mars 2001 (il n’a pas sollicité le renouvellement de son mandat de maire).

L’échec de VGE en 1981 a placé Alain Madelin en première ligne dans l’opposition frontale au gouvernement socio-communiste, notamment lors du débat sur les nationalisations de grandes entreprises. Son combat parlementaire a été féroce au point d’avoir été condamné par le Président de l’Assemblée Nationale avec deux autres députés de l’opposition, François d’Aubert (PR) et Jacques Toubon (RPR) pour avoir offensé le Président de la République dans l’hémicycle (ils ont rappelé le passé trouble de François Mitterrand sous l’Occupation).

Parallèlement, Alain Madelin a fait partie de la "bande à Léo" avec François Léotard, Gérard Longuet, Philippe de Villiers, Jacques Douffiagues, etc. qui ont renouvelé le Parti républicain au début des années 1980 avec une philosophie libérale affirmée (Alain Madelin fut secrétaire général du PR en 1988, puis vice-président, et ne fut le président qu’en 1997). Cette "bande" n’a pas duré très longtemps après le renoncement de François Léotard à ses ambitions présidentielles.

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Lors de la victoire de l’UDF-RPR le 16 mars 1986, il était logique qu’il fît partie du nouveau gouvernement. Il fut ainsi membre trois fois du gouvernement, après un nouveau passage dans l’opposition entre 1988 et 1993, chaque fois avec des portefeuilles sur l’économie et les entreprises. Ainsi, il fut nommé Ministre de l’Industrie, des Postes et Télécommunication, et du Tourisme du 20 mars 1986 au 10 mai 1988, puis Ministre des Entreprises et du Développement économique, des PME, du Commerce et de l’Artisanat du 30 mars 1993 au 11 mai 1995, enfin Ministre de l’Économie et des Finances du 18 mai 1995 au 26 août 1995.

Comme je l’avais indiqué plus haut, Alain Madelin a beaucoup agi, comme ministre, en faveur des entrepreneurs, en particulier en facilitant la création d’entreprise (en réduisant la complexité administrative, sans doute insuffisamment), en créant le statut d’entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) qui est une SARL à un associé, enfin et surtout, en mettant en place une retraite par capitalisation pour les travailleurs indépendants (non salariés), appelée "retraite Madelin".

Refusant de soutenir Édouard Balladur, alors Premier Ministre quand il était ministre, à l’élection présidentielle de 1995, Alain Madelin fut l’un des rares leaders nationaux à soutenir très fermement la candidature de Jacques Chirac, avec Philippe Séguin, Alain Juppé, Charles Millon, Jean-Louis Debré et Hervé de Charrette. La caractéristique de ces soutiens politiques, du moins des trois principaux Philippe Séguin, Alain Juppé et Alain Madelin, c’était qu’ils étaient très hétérogènes, très différents tant sur le plan des idées que des personnalités.

La victoire de Jacques Chirac a apporté à Alain Madelin son bâton de maréchal : le voici, lui le libéral affirmé, apprécié des milieux économiques, devenu le Ministre de l’Économie et des Finances. Les déclarations imprudentes annonçant sa volonté de réformer les retraites en alignant le public au privé et en supprimant les régimes spéciaux ont encouragé le Premier Ministre Alain Juppé à se séparer de lui trois mois après son installation. Il n’est jamais revenu au gouvernement.

Cette disgrâce soudaine (et injuste selon lui car il faut l’un des pivots de l’élection de Jacques Chirac en 1995), ainsi que la victoire de la gauche en 1997 et la troisième cohabitation très longue, tout comme les élections régionales de 1998 qui l’ont détaché de l’UDF, ont conduit Alain Madelin à faire bande à part avec la majorité et à se présenter à l’élection présidentielle de 2002. Candidature de témoignage n’ayant pas beaucoup de crédit éditorial (une candidature "purement" libérale paraît avant tout exotique en France), elle était l’occasion de présenter les idées libérales directement aux électeurs français. Alain Madelin n’a finalement recueilli que 1,1 million de voix, soit 3,9%, en dixième position sur les seize candidats, juste au-dessus de Robert Hue, mais derrière le candidat de Chasse, pêche, nature et traditions (Jean Saint-Josse) et le candidat de la LCR Olivier Besancenot. Il a donc contribué à la déperdition des voix des deux grands courants majoritaire (UMP et PS) au bénéfice du candidat du FN. Durant la législature 2002-2007, il s’opposa à Jacques Chirac en soutenant l’intervention militaire américaine en Irak.

Après ne pas avoir sollicité le renouvellement de son mandat de député en 2007, Alain Madelin s’est tourné vers le monde économique et a créé un fonds d’investissement en juillet 2011 qui a racheté des filiales de Veolia.

Pour résumer son parcours et montrer qu’il reste toujours partisan d’une réduction de l’influence de l’État sur la vie quotidienne des gens, voici ce qu’il aurait dit, non sans humour et d’autodérision : « Ne comptez pas sur les hommes politiques pour résoudre vos problèmes car ce sont eux qui vous les créent. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mars 2021)
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Pour aller plus loin :
La France est-elle un pays libéral ?
Benjamin Constant.
Alain Madelin.
Les douze rénovateurs de 1989.
Michel d’Ornano.
Gérard Longuet.
Jacques Douffiagues.
Jean François-Poncet.
Claude Goasguen.
Jean-François Deniau.
René Haby.
Charles Millon.
Pascal Clément.
Claude Malhuret.
Pierre-Christian Taittinger.
Yann Piat.
François Léotard.
Valéry Giscard d'Estaing.
Antoine Pinay.
Joseph Laniel.

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17 mars 2021 3 17 /03 /mars /2021 03:38

« C’est la République elle-même triomphante, République, certes conservatrice ou opportuniste, qui cherche à oublier le meurtre rituel qui est à ses origines, la manière dont elle s’est imposée dans le chaos de la défaite de Sedan. Curieux oubli, par les plus hautes figures de la République, de cet épisode sombre et sanglant, de cette "curée froide" oùs la République fut, avant tout, la défense de l’ordre. » (Christian Poncelet, le 4 juin 2003).



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Ce n’est pas un homme de gauche qui a prononcé ce discours de commémoration, mais bien un ancien ministre gaulliste. Il y a une étrangeté toute française à observer que l’on commémore plus facilement le 150e anniversaire de la Commune de Paris, qui a commencé par l’insurrection parisienne du 18 mars 1871, que le 150e anniversaire de la proclamation de la Troisième République par Gambetta, le 4 septembre 1870, pourtant date fondamentale dans notre histoire moderne. À l’exception de la période sous l’Occupation (juillet 1940 à août 1944), la République, après bien de laborieuses tentatives pendant près d’un siècle (juin 1789 à septembre 1871), est parvenue finalement à s’imposer. C’était loin d’être acquis. Le Président Emmanuel Macron a heureusement honoré la date du 4 septembre par un discours important sur les valeurs républicaines au Panthéon.

La maire de Paris Anne Hidalgo a ainsi prévu de participer à une cérémonie le 18 mars 2021 au square Louise-Michel (dans le 18e arrondissement de Paris) pour marquer le coup et la mairie de Paris a organisé une cinquantaine d’événements pendant soixante-douze jours (on ne se croirait pas en pleine crise sanitaire). Les événements ont eu lieu du 18 mars 1871 au 28 mai 1871. Je ne suis pas sûr (je suis sûr du contraire) que la mairie de Paris ait fait autant pour honorer la Troisième République.

Alors, évidemment, beaucoup de militants de la gauche archaïque se réfèrent encore aujourd’hui à cet épisode de la Commune de Paris. Épisode raté mais surtout épisode cruel, noir ou plutôt rouge comme le sang plus que comme l’étendard. Je pense que c’est une erreur d’imaginer cette "séquence" (selon l’expression journalistique moderne) comme une "séquence" uniquement "de gauche".

Car l’histoire est plus compliquée que ce simplisme politicien. Une évidence que cette complexité. Ainsi, le gaulliste Christian Poncelet, Président du Sénat, a inauguré le 4 juin 2003 la plaque commémorative des fusillés de la Commune, dans le jardin du Luxembourg, prouvant ainsi que l’ensemble de la classe politique assumait cette période tragique de l’histoire, de la droite à la gauche. La mémoire n’appartient à personne.

Son discours était d’ailleurs assez consensuel : « En même temps, sans doute, pas de République sans Commune de Paris. Si le peuple de Paris n’avait pas, avec violence, pris les armes, fait sentir qu’il grondait toujours, qui sait si les partisans de la restauration monarchique ne se seraient pas sentis plus libres et assurés dans leurs projets ? C’est grâce à la Commune de Paris, peut-être, que Thiers, et d’autres après lui, sont arrivés à la conclusion que la République était le régime qui divisait le moins, le seul contre lequel le peuple dangereux ne se lèverait pas un jour en armes. ».

C’est étrange à quel point même Christian Poncelet parlait de "peuple de Paris" pour parler des insurgés de 1871 (voir plus loin sur la représentativité réelle des communards). Cela confirme en tout cas que l’événement a durablement marqué le destin national.

En effet, la Commune est avant tout une "séquence" de l’histoire de France, pas la plus belle et sûrement pas la plus constructive si ce n’est qu’elle a construit un imaginaire dont on est encore prisonnier aujourd’hui dans les rapports sociaux, ce qui est peut-être le principal handicap français dans l’activité économique par rapport à des partenaires comparables. Au-delà de l’histoire, l’influence culturelle (plus que politique) de la Commune de Paris a aussi débordé les frontières nationales et a été marquante parmi les nations (ne serait-ce que par le nom de baptême d’un groupe de musique comme Les Communards, le groupe britannique de Jimmy Somerville, mais pas seulement, évidemment). Aux États-Unis, les citoyens étaient informés au jour le jour de l’évolution des événements et ce fut même parmi les plus grands événements de 1871 pour la presse américaine.

Le marxisme a tenté de récupérer le mouvement et y a probablement réussi, mais à l’origine, Karl Marx n’était pas très chaud pour ce mouvement désordonné et anarchiste qui oubliait d’être patriotique : « Une partie de la gauche derrière Marx n’a que peu de considération pour ce soulèvement peu scientifique, mal organisé, si spontané, si éloigné de la révolution théorique, aussi éloigné que les spartakistes pouvaient l’être des bolcheviks. Une sorte de mépris des professionnels pour les amateurs. » (Christian Poncelet).

La récupération de la Commune de Paris par l’ultragauche a toutefois été faite très rapidement sous la Troisième République, en semblant croire que cet épisode a marqué le clivage entre la gauche et la droite, entre le "peuple" et les "Versaillais" (en oubliant que les Versaillais font partie du peuple autant que les "autres") et évidemment, entre le prolétariat et le grand capital, manichéisme simplificateur complètement anachronique en désormais plein Vingt et unième siècle.

Pourtant, ce manichéisme reste encore très présent. Par des petites mesquineries stupides. Par exemple, le classement de la basilique du Sacré-Cœur de Paris comme monument historique. Les écologistes de Paris ont réclamé il y a quelques semaines de reporter ce classement prévu en été 2021 par le préfet d’Île-de-France. Et ce classement sera effectivement reporté après 2022 malgré le soutien de la Ministre de la Culture Roselyne Bachelot à ce classement.

L’épisode de la Commune de Paris a façonné les institutions républicaines à la façon d’un négatif photographique.

Ainsi, depuis la Constitution du 27 octobre 1946 (Quatrième et Cinquième Républiques), les premiers mots sont pour dire clairement : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. ». C’est très instructif d’y voir accoler en premier le mot "indivisible". Cela provenait de cette tentative de sécession de la Commune de Paris. Rappelons qu’il n’y a pas de texte constitutionnel très affirmé pour la Troisième République, juste des lois constitutionnelles les 24 et 25 février 1875 et 16 juillet 1875 qui n’abordent pas la nature du régime politique sauf dans l’unique mention du Président de la République, si bien que la phrase citée sur l’indivisibilité de la République ne pouvait être inscrite en 1875 (à une époque où la restauration monarchique était encore le plus probable du devenir national).

Autre conséquence, la suppression de la fonction de "maire de Paris" entre 1871 et 1977, fonction trop importante qui a été rétablie, malgré de nombreuses réticences et oppositions (notamment des gaullistes, ironie du destin !), par le Président Valéry Giscard d’Estaing (son principal rival Jacques Chirac en a profité pour l’occuper dès 1977 et cela a été un formidable tremplin politique et électoral).

Le 4 juin 2003 toujours, Christian Poncelet reliait la Commune de Paris, l’indépendance nationale et l’influence de la France ainsi : « Les insurgés de la Commune de Paris envoyaient aussi un message à l’Europe, celle qui ne s’était jamais habituée à la Révolution française, à la République, aux prétentions de la Grande Nation, à la laïcité, à l’idée même de Nation que nous avons inoculée à tout le continent, bref à une Europe qui ne s’était pas habituée aux ingrédients de notre exception culturelle. Ils faisaient entendre aux autres pays d’Europe que le peuple de France, quoique humilié par la défaite, ne se laisserait pas imposer un régime par l’extérieur. ».

Et de terminer ainsi : « Oui, le sacrifice de dizaines de milliers d’insurgés de la Commune, massacrés avec une sauvagerie stupéfiante par leurs compatriotes, oubliés par l’histoire officielle, parfois mal considérés jusque dans les rangs des théoriciens du mouvement ouvrier, n’a pas été inutile. Oui, le sacrifice des misérables, guidés par des Blanqui ou des Louise Michel, qui furent plus des anti-héros que des héros, des perdants sublimes à la postérité fragile, oui, ce sacrifice n’a pas été inutile. ».

Le bilan humain fut désastreux, effroyables, dans les deux camps. Les insurgés ont assassiné des centaines d’otages, surtout des religieux, comme Mgr Georges Darboy, l’archevêque de Paris, arrêté le 4 avril 1871 et assassiné le 24 mai 1871 avec l’abbé Gaspard Deguerry, curé de la Madeleine, et Louis-Bernard Bonjean, premier président de la Cour de Cassation, également des officiers (dès le début de l’insurrection), et toutes personnes soupçonnées d’être des traîtres ou des espions (régime de Terreur de l’époque robespierriste). Mais ce furent les communards qui ont payé le tribut le plus lourd avec plusieurs dizaines de milliers de victimes, souvent exécutées sans procès. Les estimations vont de 5 000 à 30 000 morts, parmi les fédérés, environ 1 000 morts parmi les Versaillais.

Rappelons très succinctement les faits. Et avant, disons-le clairement : il est faux de parler d’une collusion entre Thiers et Bismarck. Vouloir comparer cette période (février-mars 1871) à celle de l’Occupation (juin-juillet 1940) serait un contresens historique : Thiers n’est pas Pétain et Bismarck n’est pas Hitler. S’il fallait faire des comparaisons, il faudrait plutôt comparer Thiers à Talleyrand en 1815.

L’armée de Napoléon III était en déroute et les troupes prussiennes étaient aux portes de Paris. Le Second Empire s’était délité et Gambetta a proclamé la République le 4 septembre 1870. A pris le pouvoir un gouvernement de Défense nationale (présidé par le général Trochu, dont Victor Hugo a dit que c’était le participe passé de trop choir !). En déroute, le gouvernement a quitté Paris et s’est installé à Bordeaux. Bismarck a proposé une paix négociée, ce qui a été accepté par le gouvernement républicain. L’armistice franco-allemand a été signé le 28 janvier 1871 à Versailles par Bismarck et Jules Favre, Ministre des Affaires étrangères (Gambetta voulait continuer le combat).

Cependant, Bismarck, homme d’État responsable et soucieux d’une paix durable, a souhaité que son interlocuteur fût un gouvernement français légitime et pas un gouvernement provisoire sans légitimité. Des élections législatives ont donc été organisées (précipitamment) pour former un gouvernement démocratique. Les électeurs se sont choisi une assemblée à majorité monarchiste et celle-ci, réunie à Bordeaux et présidée par Jules Grévy, a proposé le 16 février 1871 à Thiers de diriger le gouvernement et surtout, par son expérience et son autorité internationale et intellectuelle, de négocier les conditions de la paix avec les Allemands. Thiers était un orléaniste libéral, classé au centre gauche avant Napoléon III, et dans l’opposition sous l’empire.

Donc, insistons lourdement sur ce point : Thiers n’était pas un dictateur, il n’était pas un conservateur dans le sens actuel que l’on donne à ce mot. Thiers a été démocratiquement désigné à la tête du gouvernement, et s’il est conservateur, c’est simplement par sa formule (ultérieure) où il a renoncé à la monarchie (qu’il soutenait originellement) pour encourager une "République conservatrice". Cette expression était un oxymore puisque être républicain, à cette époque, était être minoritaire, être révolutionnaire (ou quasiment) et évidemment, être "de gauche".

Thiers a donc été désigné comme sauveur de la patrie en 1871 au même titre que Clemenceau en 1917, que De Gaulle en 1944 et en 1958. Un homme providentiel, soutenu par la plupart des forces politiques parce qu’il avait la stature de représenter la France devant l'Histoire.

L’accord passé entre Thiers et Bismarck n’était donc pas une collusion politique (les forces conservatrices contre les ouvriers, c’est absurde de l’imaginer), mais un accord de paix "classique" entre deux pays, l’Allemagne (unifiée) et la France, avec un pays vainqueur et un pays vaincu (d’où les dettes, et surtout, la perte de l’Alsace-Moselle). Le traité de paix définitif fut signé le 10 mai 1871 à Francfort par Thiers et Bismarck après la ratification du préprojet par les députés français le 1er mars 1871 par 546 voix pour, 170 contre et 23 abstentions.

Pendant le temps des négociations, et même avant, les troupes prussiennes avaient assiégé durement la ville de Paris pendant quatre mois et l’armistice devait permettre à ces troupes, avant de repartir, de parader le 1er mars 1871 dans les rues de Paris. Or, les Parisiens, qui avaient combattu fièrement l’ennemi, ne voulaient pas ce triomphe et se sont sentis humiliés.

Le 18 mars 1871, Thiers, voulant faire revenir le gouvernement de Bordeaux à Paris, a décidé de confisquer les 227 canons présents à Belleville, dans le 18e arrondissement. Une décision que n’ont pas comprise les Parisiens qui, pour certains, les avaient payés eux-mêmes par souscription et les considéraient comme les leurs. Cette date a donc marqué l’insurrection de ce qui est devenu la Commune de Paris. Les insurgés ont alors dressé des barricades pour défendre la ville.

Évaluant les forces en présence, Thiers et son gouvernement ont prudemment quitté Paris et se sont installés à Versailles. Les insurgés, qui ont tué deux officiers retenus en otages le jour même, ont rejeté la légitimité nationale. C’est important de rappeler, pour bien comprendre, qu’il s’agissait là d’une véritable sécession faisant opposition à un gouvernement démocratiquement élu. Pendant deux mois et demi.

Livrés à eux-mêmes, les émeutiers parisiens s’en sont remis à une trentaine de militants (des jacobins nostalgiques, des utopistes, des socialistes, des anarchistes) qui se sont retrouvés à l’Hôtel de Ville en plein désordre et qui ont décidé de faire des élections municipales. Rappelons qu’être anarchiste à cette époque ne signifiait pas être pacifiste ni non-violent, au contraire : quelques années plus tard, un Président de la République fut assassiné par un anarchiste, et un autre anarchiste a même posé une bombe au Palais-Bourbon. Les mœurs politiques étaient beaucoup violentes qu’aujourd’hui.

Le gouvernement s’est adressé le 20 mars 1871 aux Parisiens ainsi : « Des hommes malintentionnés, sous prétexte de résister contre les Prussiens, qui ne sont plus dans vos murs, se sont constitués les maîtres d‘une partie de la ville. ».

Un comité central de la Garde nationale dirigeait la ville jusqu’à l’installation, le 28 mars 1871, du conseil de la Commune. Les insurgés ont organisé de premières élections des 92 membres du conseil de la Commune le 26 mars 1871, mais elles sont très peu suivies. Il y a eu une forte abstention, seulement 229 167 votants sur 484 569 (soit 47,3% de participation). À la suite de désistements, démissions et autres, des élections complémentaires ont eu lieu le 16 avril 1871 pour élire 32 nouvaux conseillers, avec seulement 20% de participation. Finalement, malgré ces dernières élections, seulement 85 personnes ont siégé à ce conseil, très favorables aux insurgés. Une commission exécutive fut installée le 29 mars 1871, puis remplacée par un comité de salut public le 1er mai 1871, à l’appellation rappelant la sinistre mémoire de la Terreur.

Le 19 avril 1871, dans une déclaration solennelle au peuple français, le conseil de la Commune a présenté sa philosophie politique : « L’unité politique, telle que la veut Paris, c’est l’association volontaire de toutes les initiatives locales, le concours spontané et libre de toutes les énergies individuelles en vue d’un but commun, le bien-être, la liberté et la sécurité de tous. ». Qui n’approuverait pas une telle déclaration de principe ?

De nombreux bâtiments furent incendiés et détruits par les communards durant cette insurrection, en particulier : l’hôtel particulier de Thiers (place Saint-Georges), l’Hôtel de Ville, le Palais des Tuilerie (siège de l’empereur), la Bibliothèque impériale à l’aile nord du Louvre, le Palais de Justice, la Conciergerie, le Palais d’Orsay, le Palais-Royal, le Ministère des Finances (rue de Rivoli), le Palais de la Légion d’honneur, la colonne de la place Vendôme, la maison de Prosper Mérimée (rue de Lille), la maison de Jules Michelet (rue d’Assas), le musée de la Manufacture des Gobelins, les Magasins-Réunis, l’église Saint-Eustache, le Théâtre du Bataclan, le Théâtre du Châtelet, le Théâtre lyrique, les docks de la Villette, etc.

Les troupes versaillaises ont commencé la reconquête de la capitale à partir du Mont-Valérien qu’elles ont occupé à partir du 21 mars 1871, bénéficiant d’un vide dans la stratégie de la Garde nationale (insurgés). Elles ont assiégé la ville de Paris. Sortant à peine du premier siège par les Prussiens, ce second siège était très difficile à vivre, on mangeait les rats, la nourriture et l’eau devenaient très rares, etc.

Le 8 mai 1871, Thiers a fait afficher dans tout Paris cet avertissement : « Nous avons écouté toutes les délégations qui nous ont été envoyées, et pas une ne nous a offert une condition qui ne fût l’abaissement de la souveraineté nationale devant la révolte. (…) Le gouvernement qui vous parle aurait désiré que vous puissiez vous affranchir vous-mêmes… Puisque vous ne le pouvez pas, il faut bien qu’il s’en charge, et c’est pour cela qu’il a réuni une armée sous vos murs… (…) Si vous ne réagissez pas, le gouvernement sera obligé de prendre, pour vous délivrer, les moyens les plus prompts et les plus sûrs. Il le doit à vous, mais il le doit surtout à la France. ».

Thiers a tenu à avoir le soutien, dans son action répressive, des "grands" républicains de l’Assemblée, en particulier Gambetta, Jules Favre, Jules Grévy, Jules Ferry, qui, comme Thiers, craignaient que la Commune menaçât la République face à une assemblée majoritairement monarchiste.

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L’aventure des insurgés s’est finalement terminée par l’assaut des Versaillais, lors de la "Semaine sanglante" du 21 au 28 mai 1871 qui fut particulièrement meurtrière. Thiers déclara le 15 mai 1871 : « Paris sera soumis à la puissance de l’État comme un hameau de cent habitants. ». Courageuse, Louise Michel demandait sa part : « Puisqu’il semble que tout cœur qui bat pour la liberté n’ait droit qu’à un peu de plomb, j’en réclame ma part, moi ! Si vous n’êtes pas des lâches, tuez-moi ! ». Déportée en Nouvelle-Calédonie, elle a survécu trente-trois ans à cette tuerie. Les derniers combats ont eu lieu dans le cimetière du Père-Lachaise.

Il est intéressant à se focaliser sur quelques personnalités républicaines pendant cette période trouble. Ainsi, Victor Hugo n’a pas participé à la Commune, il était un éphémère député de Paris élu le 8 février 1871, arrivé presque en tête des mieux élus des quarante-trois députés de Paris, juste après Louis Blanc mais avant Gambetta, Garibaldi, Thiers, etc. Victor Hugo démissionna de son mandat de député le 8 mars 1871 pour protester contre l’Assemblée qui n’avait pas respecté Garibaldi. Victor Hugo était au Père-Lachaise le 18 mars 1871, jour de l’insurrection, pour enterrer son fils Charles (mort d’une apoplexie fulgurante), où il rencontra Gustave Courbet qui fit partie de futurs dirigeants de la Commune (une sorte de ministre de l’éucation).

18 mars 1871 : « Au cimetière, dans la foule, j’ai reconnu Millière [qui fut fusillé par les Versaillais], très pâle et très ému, qui m’a salué (…). Une large main s’est tendue vers moi et m’a dit : "Je suis Courbet" (…). J’ai vu une face énergique et cordiale, qui me souriait avec une larme dans les yeux (…). C’est la première fois que je vois Courbet. ». 28 mai 1871 : « Gustave Courbet, prisonnier, s’est empoisonné. Il est mort (…). Je regrette Courbet. ». 5 juin 1871 : « Cissey, général, a fusillé à lui seul plus de six mille insurgés prisonniers. ». 14 juin 1871 : « Bonne nouvelle. Courbet n’est pas mort. ».

Victor Hugo ne fut pas candidat aux élections municipales du 26 mars 1871 ni du 16 avril 1871. Réfugié à Bruxelles (à la rue des Barricades !), il en fut expulsé parce qu’il avait annoncé qu’il accueillerait tout réfugié communard. Il s’exila alors à Luxembourg et a recueilli Marie Mercier qui lui a raconté la répression à Paris et l’a inspiré pour écrire certains poèmes de "L’Année terrible" publié en 1872. Il inspira la loi d’amnistie votée bien plus tard.

Intéressant aussi fut le comportement politique de Clemenceau pendant la Commune. Considéré comme de l’extrême gauche (républicain rédical), il était le maire du 18e arrondissement et fut élu député de Paris le 8 février 1871. Le 1er mars 1871, il a demandé à ses compatriotes d’éviter tout violence lors de l’entrée de l’armée prussienne à Paris. Lors de l’insurrection du 18 mars 1871, Clemenceau fut neutre, et faisait office de médiateur entre Thiers et les insurgés, leur suppliant (en vain) de ne pas assassiner les deux officiers retenus en otages.

Clemenceau fut détesté par les insurgés, ces derniers l’ont limogé de son poste de maire du 18e arrondissement le 22 mars 1871. Aux élections municipales du 26 mars 1871, Clemenceau fut balayé en recueillant seulement 752 voix sur 17 443 votants ! Il démissionna de ses mandats de conseiller municipal et de député de Paris le 27 mars 1871, puis quitta Paris le 10 mai 1871, puis, poursuivi par Thiers, il s’est fait oublier en Vendée et, en passant par l’Alsace, retourna à Paris le 15 juin 1871, après la chute de la Commune. Battu aux élections du 2 juillet 1871, il fut élu conseiller municipal de Paris le 30 juillet 1871, réélu le 29 novembre 1874, et fut élu président du conseil municipal de Paris du 29 novembre 1875 au 24 avril 1876.

Les suites de cette insurrection furent judiciaires et politiques.

D’une part, des dizaines de milliers d’insurgés furent jugés et condamnés par des conseils de guerre créés par la loi du 7 août 1871. Selon le rapport du général Félix Antoine Appert déposé le 20 juillet 1875 par le Ministre de la Guerre, le général de Cissey, « 46 835 individus [ont été] jugés par les conseils de guerre : 23 737 personnes ont bénéficié d’une ordonnance de non-lieu pour des raisons humanitaires ; ils en ont condamné 11 450 ; ils ont prononcé 2 445 acquittements et 7 213 refus d’informer. Les 13 450 condamnations se répartissent de la façon suivante : 10 137 à la suite de jugements contradictoires et 3 313 par contumace. Sur les 10 137 jugements contradictoires, il y a eu 95 condamnations à la peine de mort (finalement seules 23 personnes furent fusillées après examens des recours par la commission des grâces constituée au sein de l’Assemblée Nationale [loi du 17 juin 1871]) ; 251 aux travaux forcés ; 1 169 à la déportation dans une enceinte fortifiée ; 3 417 à la déportation en Algérie ou en Nouvelle-Calédonie ; 4 692 à la réclusion ou à l’emprisonnement ; 332 bannissements ; 117 à la surveillance de la haute police ; 9 à l’amende et 55 enfants de moins de 16 ans furent envoyés dans une maison de correction. ».

D’autre part, après bien des tentatives parlementaires infructueuses, une loi d’amnistie très attendue par de nombreux députés républicains comme Henri Brisson, Clemenceau, Charles Floquet, Alfred Naquet, François-Vincent Raspail, etc., fut enfin adoptée le 11 juillet 1880 par 312 voix pour et 136 voix contre, grâce au soutien de Gambetta (qui occupait alors le perchoir).

Au-delà de la mémoire de très nombreuses personnes qui ont péri pendant ces soixante-douze jours de sécession (insurgés, otages, Versaillais), c’est "l’expérience politique de la Commune" qui a marqué les esprits et la mémoire collective, une "expérience" comme le fut plus tard le Front populaire. À la différence près qu’il n’y a eu aucun reste politique de la Commune de Paris même si elle a été le précurseur dans bien des domaines : dans la démocratie directe (mais cela nécessiterait un très long développement, disons pour simplifier que cela pourrait anticiper un gouvernement direct des citoyens sur Internet), l’égalité entre les hommes et les femmes (point très important et positif avec le droit de vote des femmes, l’interdiction de la prostitution, l’égalité salariale, etc.), la reconnaissance de l’union libre, la séparation des Églises et de l’État (reprise en 1905), la réquisition des logements vacants, la remise des loyers depuis l’automne 1870, le droit de vote des étrangers, la lutte contre le travail clandestin, la création de coopératives, etc.

Ce fut aussi une période de bouillonnement politique et intellectuel, également éditorial avec la création de nombreux journaux politiques, certains très influents, en particulier : "Le Cri du peuple" de Jules Vallès, "Le Mot d’ordre" d’Henri Rochefort, "Le Père Duchêne" d’Eugène Vermersch, "Le Vengeur" de Félix Pyat, etc. Cela dit, la liberté de la presse était très relative sous la Commune et fut restreinte dès le 18 avril 1871, avec l’interdiction de publier des articles favorables à Thiers (vingt-trois journaux furent interdits de publication) : la notion de démocratie directe s’est ainsi fracassée concrètement contre le mur de la pluralité des opinions !

Parce qu’elle a échoué, parce qu’elle s’est trompée de siècle, parce qu’elle a eu un siècle de retard sur la manière et un siècle d’avance sur le fond, la Commune de Paris n’est plus qu’une période symbolique, au lieu d’être une période fondatrice comme les insurgés auraient voulu qu’elle le fût. Elle ne pouvait être stable dans la mesure où ce fut Paris contre la France.

Certains ont tenté de comparer les gilets jaunes aux communards. Force est de constater que les communards étaient nettement mieux organisés et beaucoup plus déterminés que les gilets jaunes dont le seul leitmotiv était de contester pour contester, sans rien proposer de constructif, ni mouvement politique, ni même de politique de fond. En ce sens, la Commune de Paris reste une sorte de singularité hors du temps dans l’histoire de France, ce qui ne peut qu’accentuer son caractère… romantique sinon mythique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rosa Luxemburg.
La Commune de Paris.
Le Front populaire.
Le congrès de Tours.
Georges Mandel.
Les Accords de Munich.
Édouard Daladier.
Clemenceau.
150 ans de traditions républicaines françaises.

_yartiCommuneDeParis03




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7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 03:47

« Tout Deauville et tous les giscardiens étaient là. Pas beaucoup de chiraquiens, moins encore de socialistes à l’exception des élus locaux. » (Michèle Cotta, le 12 mars 1991).


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Dans ses "Cahiers secrets", Michèle Cotta évoquait ainsi les obsèques d’un grand baron du giscardisme. Michel d’Ornano est mort il y a trente ans, le 8 mars 1991 d’un banal accident de la circulation. Alors qu’il sortait d’un café et bureau de tabac à Saint-Cloud, une camionnette l’a heurté. Avec lui, c’était l’un des plus fidèles et des plus loyaux lieutenants de Valéry Giscard d’Estaing qui a disparu à une époque où VGE comptait reprendre de l’influence dans le paysage politique français. Il avait 66 ans (né le 12 juillet 1924 à Paris).

À l’époque, Valéry Giscard d’Estaing était le président de l’UDF depuis juin 1988 et souhaitait préparer une revanche pour 1995 (sans succès). Michel d’Ornano était son collaborateur le plus proche, comme secrétaire général de l’UDF. À la mort accidentelle de ce dernier, le secrétaire général adjoint de l’UDF le remplaça auprès de VGE, un certain …François Bayrou.

Mais revenons à la figure de Michel d’Ornano souvent appelé le "duc de Normandie" (en fait de Basse-Normandie, vu qu’à l’époque, il y en avait deux) mais au-delà de ce seigneur politique régional, il s’était caractérisé comme l’un des plus proches de Valéry Giscard d’Estaing. Être au service d’un grand leader qui est devenu le Président de la République, c’était aussi gagner dans son sillage des responsabilités nationales.

Michèle Cotta a noté le 25 avril 1974, en pleine campagne présidentielle, une confidence d’André Mousset, le porte-parole du candidat VGE : « Il m’explique qu’il y a des degrés dans les confidences de Giscard. Une confidence de premier degré, il peut la faire à d’Ornano et à quelques proches. Mais, s’il a un doute sur lui-même, il n’en parle qu’à Michel Poniatowski. ». Mais cela n’était plus valable quand Ponia fut exfiltré du nouveau gouvernement en 1977, au même titre que Jean Lecanuet et Olivier Guichard. Plus généralement, Michel d’Ornano a toujours fait partie du petit noyau dur du giscardisme fidèle, de "républicains indépendants", avant, pendant et après le septennat de leur mentor : Ponia, Michel d’Ornano, Jean-Pierre Soisson, Jean-François Deniau, Roger Chinaud, et dans une moindre mesure (car moins fiable), Jacques Dominati.

D’une famille d’industriels dans le parfum, Michel d’Ornano a commencé sa grande et dense carrière d’élu en se faisant élire maire de Deauville en 1962, et il le resta, réélu constamment, jusqu’en mars 1977 où il a renoncé à ce mandat pour une raison politique impérieuse (voir plus loin), et l’a "cédé" à son épouse Anne d’Ornano qui fut la continuatrice, maire de Deauville de mars 1977 à mars 2001 (conseillère municipale jusqu’en 2014). Michel d’Ornano fut élu député RI puis UDF-PR du Calvados de mars 1967 jusqu’à sa mort en mars 1991. À sa mort, sa suppléante Nicole Ameline lui succéda et fut réélue sans discontinuité députée du Calvados jusqu’en juin 2017 où elle fut battue par un candidat LREM (elle fut ministre dans les gouvernements d’Alain Juppé et de Jean-Pierre Raffarin, puis ambassadrice).

Comme maire de Deauville, Michel d’Ornano contribua à la création du Festival du cinéma américain de Deauville, fondé par Lionel Chouchan et André Halimi, pour lequel sa femme, Anne d’Ornano (appelée pour l’occasion "Queen Anne") travailla beaucoup en raison de son activité professionnelle franco-américaine.

Michel d’Ornano fut également élu conseiller général de Trouville-sur-Mer de 1979 à sa mort, et élu président du conseil général du Calvados de 1979 à sa mort. Sa femme Anne d’Ornano lui succéda également de 1991 à 2014 comme élue du canton et de 1991 à 2011 comme présidente du conseil général. Enfin, représentant de cette époque (années 1970 et 1980) où le cumul des mandats était synonyme de grande puissance politique, Michel d’Ornano fut également élu président du conseil régional de Basse-Normandie en 1974 (juste avant sa nomination de ministre) et de 1983 à 1986. À cause de la première limitation du cumul des mandats, il abandonna la présidence du conseil régional en 1986 et l’a "transmise" à l’un de ses "poulains", René Garrec (un futur adversaire de l’ancien et futur ministre Olivier Stirn).

L’action de Michel d’Ornano dans sa région a été très importante. La ville de Caen, chef-lieu de la région Basse-Normandie, a beaucoup profité de son influence politique et ministérielle (voir plus loin). Grande ville universitaire et scientifique (en particulier dans la physique des matériaux), Caen a été choisi pour accueillir le grand accélérateur national d’ions lourds (GANIL), composé de deux cyclotrons isochrones placés en série, géré par le CNRS et le CEA, mis en service en 1983 (le projet a commencé en 1973 et les décisions politiques ont été prises en 1975). C’est aussi grâce à Michel d’Ornano que la région a obtenu des infrastructures de liaison : l’autoroute de Normandie A13 Paris-Rouen-Caen. Il fut aussi à l’origine de la ligne de turbotrain Mantes-la-Jolie-Caen-Cherbourg (quittant la ligne Paris-Rouen-Le Havre).

Directeur de campagne du candidat VGE en 1974, Michel d’Ornano lui avait conseillé de démissionner de ses fonctions de Ministre de l’Économie et des Finances pour se consacrer complètement à sa candidature. VGE refusa et préféra écouter Michel Poniatowski qui lui disait de rester aux commandes et de ne pas quitter le navire. Le documentaire de Raymond Depardon sur la campagne giscardienne de 1974 était intéressant à regarder notamment sur les rapports entre VGE et Michel d’Ornano. Ce fut peut-être même la raison d’avoir tant tardé à accepter la diffusion publique du film, après le décès de Michel d’Ornano et de Michel Poniatowski (mort en janvier 2002) qui étaient humainement peu respectés par le futur Président. Par exemple, lorsqu’il a vu la présence de Michel d’Ornano sur les plateaux de télévision pendant la soirée électorale, c’était tout juste si VGE, agacé, ne le traitait pas d’andouille pour dire qu’il fallait plutôt se taire à s’épancher à la télévision. On pouvait même ressentir une sorte d’agacement de grand propriétaire contre ses domestiques.

Après la belle victoire présidentielle, Michel d’Ornano fut de tous les gouvernements du septennat de Valéry Giscard d’Estaing : il fut nommé Ministre de l’Industrie et de la Recherche du 28 mai 1974 au 29 mars 1977, puis Ministre de la Culture et de l’Environnement du 29 mars 1977 au 31 mars 1978 (et du 4 mars 1981 au 22 mai 1981), enfin Ministre de l’Environnement et du Cadre de vie du 31 mars 1978 au 22 mai 1978.

Juste avant la démission de Jacques Chirac de Matignon, en mai 1976, il était question de nommer un nouveau Ministre de l’Information et le nom faisait l’objet d’un conflit entre l’Élysée et Matignon. Michèle Cotta l’a écrit le 18 mai 1976 : « On parle de Michel d’Ornano, que propose Giscard et dont Chirac ne veut à aucun prix. ».

Parmi les réalisations de Michel d’Ornano, comme dit précédemment, il y a le GANIL à Caen, mais plus généralement, il a lancé la France dans la modernisation scientifique, en particulier, il a lancé le plan de construction du parc de centrales nucléaires pour répondre aux besoins énergétiques de la France après le premier choc pétrolier qui permet de préserver l’indépendance énergétique du pays.

Mais le "leadership" ministériel de Michel d’Ornano sur ce sujet n’était pas évident. Rapporté par Michèle Cotta, un déjeuner fut organisé le 11 mars 1976 entre Michel d’Ornano, Ministre de l’Industrie et de la Recherche, Robert Galley (RPR), Ministre de l’Équipement, André Fosset (CDS), Ministre de la Qualité de la vie, et Paul Granet (RPR), Secrétaire d’État à l’Environnement : « Au bout de quelques instants de conversation, d’Ornano éclate sur le thème : Vous êtes tous des rigolos, le responsable du nucléaire en France, c’est moi ! Tout le monde m’emm@rde, vous m’emm@rdez tous, spécialement les membres de vos cabinets respectifs, etc. Le conseiller technique de Fosset voit rouge et, sans demander l’avis de son ministre, quitte le déjeuner en claquant la porte. Pendant que d’Ornano continue à se disputer avec Fosset, le directeur de cabinet de ce dernier dit à Paul Granet, qui commence à trouver la fête assez désagréable : "Ne t’en mêle pas, ce sont deux républicains indépendants qui se bagarrent, laissons-les faire !" » [André Fosset n’était toutefois pas républicain indépendant, mais centriste].

Comme Ministre de la Culture, Michel d’Ornano a renforcé les dotations des musées et a lancé la construction du Musée d’Orsay dans l’ancienne gare d’Orsay. C’était d’ailleurs l’un des projets dont Valéry Giscard d’Estaing était le plus fier et espérait, à sa mort, qu’on le reconnût (pourquoi pas en le baptisant de son nom, comme on a baptisé le Centre Pompidou à Beaubourg, la Bibliothèque François-Mitterrand et le Musée Jacques-Chirac du quai Branly ?). Il lança également la Cité des sciences et de l’industrie le 15 septembre 1980 dans les anciens abattoirs de La Villette, mêlant ainsi ses deux ministères, Industrie et Recherche et Culture. Ce fut, là aussi, une grande réussite "giscardienne" dont la paternité de VGE n’est que très rarement reconnue.

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La grande affaire politique de Michel d’Ornano fut l’élection du premier maire de Paris en mars 1977. À l’origine, le RPR refusait le principe d’un maire de Paris (il n’y avait jusqu’alors qu’un président du conseil municipal) pour la même raison qu’il n’y en a pas eu pendant près de deux siècles : la peur qu’il prenne trop de puissance politique face au gouvernement. Olivier Guichard, numéro deux du gouvernement, était officiellement chargé par VGE de trouver le candidat de la majorité, pour éviter la candidature de Pierre-Christian Taittinger puis de Jacques Dominati. En fait, la plupart des chefs des partis de la majorité avaient proposé le 9 novembre 1976 un nom, celui de Simone Veil qui avait même accepté la proposition de se présenter aux élections municipales à Paris (même Yves Guéna, secrétaire général du RPR, y était favorable malgré également l’hypothèse de Roger Frey).

Mais ce qu’Olivier Guichard ne savait pas (ni le Premier Ministre Raymond Barre), c’était que depuis le 2 novembre 1976, Valéry Giscard d’Estaing avait déjà son candidat, Michel d’Ornano, fidèle parmi les fidèles (lâchant Deauville), ce qui était un casus belli contre le RPR de Jacques Chirac qui, dans un premier temps, le 12 novembre 1976, présenta la candidature du député de Paris Christian de La Malène, proche de Michel Debré, puis, dans un second temps, le 19 janvier 1977 sur TF1, sa propre candidature, voyant tout l’intérêt politique d’une telle bataille politique à un an des élections législatives de mars 1978. Michèle Cotta sur Jacques Chirac : « La première fois qu’il a pensé à se présenter, m’assure Yves Guéna, c’est fin novembre-début décembre 1976, lorsqu’il lui est apparu que la majorité, avec d’Ornano, irait à la catastrophe dans la capitale. Mais, à l’époque, en y réfléchissant, il avait rejeté cette solution. (…) Je n’exclus pas que ce soit paradoxalement Giscard, en insistant dans sa conférence de presse sur la personnalisation nécessaire du maire de Paris, qui lui ait donné l’idée, cette dernière semaine, de déclarer sa propre candidature. ».

Deux jours auparavant, effectivement, lors de sa conférence de presse du 17 janvier 1977, le Président Giscard d’Estaing a présenté l’enjeu de ces élections municipales : « Il poursuit sa démonstration : l’élection du maire de Paris revêt une importance essentielle ; le maire de Paris gère un budget de 7 milliards de francs. "Il y a donc, insiste Giscard, une chose qui n’est pas possible : de mettre les Parisiens dans la situation de voter aux municipales sans savoir qui sera le maire de Paris". Voilà pourquoi le nom de Michel d’Ornano a été jeté en pâture aux électeurs en novembre dernier. Et de quelle abrupte façon ! » (Michèle Cotta).

Le 26 janvier 1977, VGE a chargé Raymond Barre de tenter une médiation pour avoir une candidature commune de la majorité à Paris, sans succès. Au fil de la campagne, la candidature de Michel d’Ornano semblait avoir de moins en moins de chance tandis que celle de Jacques Chirac était de plus en plus prise au sérieux. Au second tour des élections municipales du 21 mars 1977, le verdict fut annoncé : dans un climat de forte victoire des listes d’union de la gauche dans tout le pays, la victoire de Jacques Chirac à Paris a renforcé le sentiment que VGE avait tout perdu. Pire, Michel d’Ornano, qui s’était présenté dans le 18e arrondissement au lieu du 17e comme prévu, a même été tellement battu par la liste d’union de la gauche menée par un communiste et composée notamment de Lionel Jospin et Claude Estier, qu’il n’a même été pas élu au conseil de Paris ! Camouflet sur toute la ligne.

Néanmoins, avec la refondation du Parti républicain au congrès de Fréjus le 19 mai 1977 et avec la création de l’UDF (composée des partis non gaullistes de la majorité, PR, CDS, radicaux) le 1er février 1978, VGE a finalement réussi à gagner les élections législatives de mars 1978… mais pas l’élection présidentielle de 1981.

En octobre 1982, le Parti républicain s’est doté d’une nouvelle direction plus jeune et dynamique avec l’arrivée aux commandes de François Léotard, "poulain" de VGE. L’influence des membres fondateurs, en particulier Michel d’Ornano et Jean-Pierre Soisson, s’est alors considérablement réduite.

Après son grand échec parisien en 1977, Michel d’Ornano fut d’autant plus antichiraquien que Jacques Chirac ne cessait pas de s’opposer aux initiatives du gouvernement de Raymond Barre et fut même considéré comme le responsable de la défaite de Valéry Giscard d’Estaing face à François Mitterrand le 10 mai 1981. Cette animosité contre le président du RPR lui fit renoncer à un nouveau ministère lors de la victoire de la coalition UDF-RPR le 16 mars 1986. En effet, formant le premier gouvernement de la cohabitation, Jacques Chirac proposa à Michel d’Ornano, homme qui comptait encore localement dans la vie politique, le Ministère de la Justice. Jacques Chirac avait initialement proposé ce ministère à Valéry Giscard d’Estaing lui-même qui n’acceptait de revenir au gouvernement après l’Élysée que s’il obtenait un grand Ministre de l’Économie, des Finances et du Redressement national.

Michel d’Ornano refusa la Justice pour plusieurs raisons qu’il aurait dites au nouveau Premier Ministre : « Je ne veux pas de compensation au fait que Giscard ne rentre pas dans le gouvernement. Et je sais bien qu’il n’y aura pas de partage des responsabilités dans ce gouvernement, puisque tu as pris pour ton parti, le RPR, les Finances, l’Intérieur, les Affaires étrangères, c’est-à-dire les trois postes de commande, ce qui ne s’est jamais vu sous la droite au cours de la Ve République. » (selon l’historien Pierre Favier). En fin de compte, un autre gaulliste, Albin Chalandon fut nommé à la Justice.

Depuis l’échec de l’élection présidentielle de 1988, Michel d’Ornano travaillait donc aux côtés de VGE pour la reconquête de son électorat avec l’horizon des élections législatives de 1993 et l’élection présidentielle de 1995. Le destin, parfois stupide toujours cruel, l’a empêché d’aller jusqu’au bout…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michel d’Ornano.
Gérard Longuet.
Jacques Douffiagues.
Jean François-Poncet.
Claude Goasguen.
Jean-François Deniau.
René Haby.
Charles Millon.
Pascal Clément.
Claude Malhuret.
Pierre-Christian Taittinger.
Yann Piat.
François Léotard.
Valéry Giscard d'Estaing.
Antoine Pinay.
Joseph Laniel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210308-michel-d-ornano.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/michel-d-ornano-loyaute-231463

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/05/38849741.html






 

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24 février 2021 3 24 /02 /février /2021 03:53

« Je me situe résolument à l’extrême centre. Pour moi, la solution, c’est un centre musclé, volontariste, courageux. Bref, une social-démocratie à la française. » (Olivier Stirn, 1981).



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L’ancien ministre Olivier Stirn a 85 ans ce mercredi 24 février 2021. J’aurais pu intituler cet article "L’Andouille qui Vire" pour parler de celui qui fut député-maire de Vire, avec un portefeuille multicartes, gaulliste sous De Gaulle, pompidolien sous Pompidou, giscardien sous Giscard, mitterrandiste sous Mitterrand, chiraquien sous Chirac et même sarkozyste sous Sarkozy ! Mais mon fond de démocrate-chrétien renâcle à basher trop sévèrement des responsables politiques qui ont quand même eu un certain mérite (on l’a dit très bon orateur et bon mobilisateur à ses débuts) même s’ils ont pu décevoir certains voire se tromper (mais selon quelle grille de lecture ?).

Olivier Stirn a été élu six fois député, la première fois à 32 ans, nommé huit fois ministre, la première fois à 37 ans, cumulant plus de dix ans d’exercice au gouvernement, ce qui fait partie des plus "longs" ministres. Mais il a aussi collectionné les étiquettes politiques (j’en ai recensé au moins onze, parfois très divergentes !).

Mais selon l’adage qu’on ne tire jamais sur une ambulance, il est intéressant à visionner un peu plus en détail la carrière politique d’Olivier Stirn. Malgré ses changements incessants de parti, de camp, Oivier Stirn a quand même eu une ou deux idées fortes, qui, par son comportement politiquement instable, ne furent pas servies très efficacement : l’existence d’un centre fort en France et la construction européenne. J’y reviendrai plus loin.

Le sommet du ridicule fut le mardi 3 juillet 1990, cette date a marqué l’arrêt définitif de son crédit politique même si depuis la moitié des années 1970, celui-ci avait été déjà passablement érodé. En effet, ministre d’ouverture, pour complaire à ses nouveaux alliés socialistes, il avait payé des figurants pour remplir la salle d’un colloque qu’il avait organisé. Tout se serait bien passé si le colloque en question n’avait pas pris du retard. Les auditeurs payés, en effet, sont partis à 18 heures, comme c’était convenu et les rares hiérarques socialistes présents se sont retrouvés tout seuls : l’information a flambé les médias le lendemain et il a dû démissionner. Ce fut sans doute la seule postérité, en tout cas, la seule notoriété pour ceux, déjà d’un certain âge, qui se souviennent encore de lui. Une journée qui fait effondrer des décennies de travail. Je reviendrai sur cet épisode peu glorieux un peu plus loin.

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Issu d’une famille nombreuse de hauts fonctionnaires (fils et petit-fils de préfet) et de philosophes (deux frères), arrière-petit-neveu du capitaine Alfred Dreyfus, Olivier Stirn fut lui-même un haut fonctionnaire, après de brillantes études au lycée Janson-de-Sailly, puis à Science Po Paris (1958). D’abord sous-préfet, ensuite chef de cabinets ministériels, Louis Jacquinot, Ministre d’État aux DOM-TOM de 1965 à 1966, Jean Charbonnel, Secrétaire d’État à la Coopération de 1966 à 1967 et Jacques Chirac, Secrétaire d’État à l’Emploi de 1967 à 1968.

Sa carrière a basculé dans l’engagement politique en juin 1968 où il s’est fait élire député du Calvados sous l’étique UDR (gaulliste), réélu en mars 1973, en mars 1978 et en mars 1981 (jusqu’en mars 1986). A commencé alors une très longue et très diversifiée trajectoire politique, tant en termes de mandats que d’étiquettes. Une valse des étiquettes.

Localement, dans le Calvados, Olivier Stirn fut élu conseiller général du Calvados de 1970 à 1988 et de 1994 à 2001, maire de Vire de mars 1971 à mars 1989. Dans les années 1980, il était également conseiller régional de Basse-Normandie.

Olivier Stirn a été très actif comme parlementaire. Par exemple, dans ses "Cahiers secrets", Michèle Cotta a rappelé le débat à l’Assemblée Nationale sur la confiance au gouvernement, qui a suivi la déclaration de politique générale du Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas le 23 mai 1972. Un député communiste a créé un incident en faisant dans son intervention allusion aux "affaires". Michèle Cotta a écrit : « L’ensemble des députés de la majorité, excités par Olivier Stirn et un député du Loiret, Charrier, se lèvent. ».

Faisant partie des députés qui étaient les plus actifs, Olivier Stirn fut nommé dans les gouvernements six fois en huit ans, sans discontinuer entre 1973 et 1981. Secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement du 5 avril 1973 au 27 mai 1974.

Après la mort de Georges Pompidou, Olivier Stirn a fait partie des "43" UDR (quatre ministres et trente-neuf députés), menés par Jacques Chirac, à s’être engagés le 13 avril 1974 en faveur de Valéry Giscard d’Estaing (pour torpiller la candidature de Jacques Chaban-Delmas). Les quatre ministres furent : Jacques Chirac, Jean-Philippe Lecat, Olivier Stirn et Jean Taittinger ; parmi les députés, il y avait Paul Granet, René Tomasini, Henri de Gastines, Jean Desanlis, Xavier Deniau, Maurice Herzog, André Jarrot, Jean Seitlinger et Hector Rolland. Michèle Cotta a raconté son déjeuner avec Valéry Giscard d’Estaing le 16 avril 1974 et sa réaction sur ce divin soutien : « Chirac est avec lui. Il dit : "Les meilleurs ministres du gouvernement actuel sont de mon côté. Les jeunes surtout : Chirac est le meilleur. Lecat et Stirn aussi". ».

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Cette prise de position lui a permis d’être de tous les gouvernements du septennat de VGE : Secrétaire d’État aux DOM-TOM du 28 mai 1974 au 31 mars 1978, puis Secrétaire d’État aux Affaires étrangères du 31 mars 1978 au 22 mai 1981. Olivier Stirn a réalisé l’indépendance des Comores (sauf Mayotte) et de Djibouti, et proposa la départementalisation de certains territoires d’outre-mer, il ne l’a réalisée que pour Saint-Pierre-et-Miquelon (Mayotte fut départementalisée que bien plus tard, le 31 mars 2011).

La perspective des élections législatives de mars 1978 a fait évoluer l’engagement partisan d’Olivier Stirn, en raison du combat mené par Jacques Chirac contre Valéry Giscard d’Estaing, en particulier à partir de janvier 1977 en se lançant dans la conquête de la mairie de Paris. Cette réticence à soutenir la rébellion de Jacques Chirac se sentait dès la démission de ce dernier de Matignon. Le 31 août 1976, quelques jours après cette démission, Michèle Cotta a rencontré Yves Guéna, secrétaire général de l’UDR : « Il me confirme qu’il aurait pu faire voter, s’il l’avait voulu, une motion de félicitations à Jacques Chirac par la quasi-totalité des fédérations UDR (sauf celle de l’Orne, la fédération d’Olivier Stirn). » [petite erreur de la journaliste car Olivier Stirn était de la fédération du Calvados].

Refusant ainsi de se désolidariser du Président de la République, Olivier Stirn quitta le parti gaulliste devenu RPR et créa notamment avec Lionel Stoléru, René Lenoir et Didier Schuller le Mouvement des sociaux-libéraux (MSL) le 10 février 1977 puis le Carrefour social-démocrate (CSD) le 7 juillet 1977 (avec aussi Edgar Faure, Max Lejeune, Loïc Bouvard, Jean-Marie Daillet, etc.). Finalement, ces mouvements se sont intégrés dans le Parti radical le 20 juillet 1977, ce qui faisait qu’Olivier Stirn était devenu officiellement UDF (fédération des partis du centre droit non gaulliste créée en 1978 pour les élections législatives), sur l’étiquette de laquelle il fut réélu député en mars 1978. En tant que ministre, il fut vice-président du Parti radical.

Une fois dans l’opposition (à partir de 1981), Olivier Stirn voyait les choses en grand en imaginant être à la tête d’un très grand parti social-démocrate (à l’allemande). Sans craindre le ridicule, il a ainsi affirmé en 1981 (voir plus loin) : « Jamais je ne serai le Premier Ministre de M. Mitterrand., qui représente une tendance du socialisme très dogmatique. Je ne crois pas du tout à une évolution social-démocrate du régime, mais au contraire à sa radicalisation. Vous savez, les communistes quitteront le gouvernement quand le mécontentement sera devenu trop fort. Ils diront que Mitterrand a trahi la gauche, Mitterrand devra alors se durcir pour garder les voix qu’il leur a prises. De plus, en se montrant ouvert aux idées sociales-démocrates, il ferait le jeu de Rocard. ».

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Cherchant à conquérir le Parti radical, Olivier Stirn s’est présenté le 26 novembre 1983 à la présidence du parti contre le député-maire de Nancy, André Rossinot, qui fut élu (en juin 1981, André Rossinot et Olivier Stirn étaient les deux rescapés du Parti radical aux législatives). Un peu comme Rama Yade qui, le 22 juin 2014, avait échoué face à Laurent Hénart, Olivier Stirn quitta le parti radical et se chercha une autre chapelle. Il créa en mars 1984 l’Union centriste et radicale (UCR), coquille personnelle vide, qui se transforma en Union centriste et républicaine en décembre 1984. Il fallait bien avoir une étiquette pour une opération marketing de grande ampleur aux élections européennes de juin 1984 où il fut tête de liste, aux côtés de Brice Lalonde, ancien candidat écologiste à l’élection présidentielle, et François Doubin, président du MRG, de la liste ERE (Entente radicale écologiste pour les États-Unis d’Europe). Cette liste n’a obtenu aucun siège car n’a pas franchi le seuil des 5% (seulement 3,3%).

La mue s’est poursuivie avec un énorme changement de paradigme. Quitter l’UDR pour l’UDF (ou le RPR pour le Parti radical), c’est-à-dire quitter le pompidolisme pour le giscardisme après 1974, cela restait encore compréhensible car c’était du même "camp". Mais quitter l’opposition UDF-RPR pour se rapprocher des socialistes était plus audacieux. Devenir mitterrandiste en 1986. Faudrait-il y voir de l’arrivisme ? ou de la sincérité ? Le mystère restera à l’évidence : « Ni l’argent ni le pouvoir ne m’intéressent vraiment. Je ne désire qu’une chose : faire triompher les idées auxquelles je crois. Mon ambition est de susciter un grand mouvement centriste n’est pas un objectif personnel, vous savez. Bien sûr, il faudra un homme pour symboliser ce mouvement d’idées. Notamment aux présidentielles. » ("Les Nouvelles Littéraires", voir plus loin).

Toujours est-il qu’Olivier Stirn a quitté son département, le Calvados, pour rejoindre la Manche et se présenter sous l’étiquette du PS dans un département très peu socialiste. Le scrutin proportionnel aidant, Olivier Stirn est parvenu à faire élire deux députés sur sa liste, ce qui était historique, modérant la colère des militants socialistes locaux qui ne comprenaient pas pourquoi il fallait s’incliner devant un double parachuté, de l’étiquette et des lieux. C’était à ce moment-là que l’on parlait de l’Andouille de Vire. En juin 1988, Olivier Stirn s’est fait réélire député de la Manche dans une circonscription socialiste (circonscription de Cherbourg). D’ailleurs, depuis mars 1986, Olivier Stirn était inscrit au groupe socialiste.

La volonté d’ouverture du Président François Mitterrand et du Premier Ministre Michel Rocard a rendu possible le retour au gouvernement d’Olivier Stirn, un retour incroyable car il revenait de loin, avec une étiquette giscardienne (les trois de la liste ERE ont ainsi figuré dans le gouvernement : Olivier Stirn, Brice Lalonde et François Doubin). Olivier Stirn fut donc nommé Ministre délégué aux DOM-TOM du 10 mai 1988 au 22 juin 1988 (un ministère qu’il connaissait bien), puis Ministre délégué au Tourisme du 22 juin 1988 au 5 juillet 1990. Confirmant son déménagement départemental, Olivier Stirn s’engagea aussi aux élections municipales en mars 1989 et fut élu président de la Communauté urbaine de Cherbourg de mars 1989 à l’été 1990.

Sa carrière ministérielle s’est fracassée contre le mur des faux-semblants : le scandale du paiement de figurants pour remplir la salle du colloque sur l’avenir de la gauche organisé le 3 juillet 1990 par Olivier Stirn a emporté ses dernières espérances ministérielles. Il y avait, parmi les orateurs de cette rencontre, Michel Durafour, Jack Lang, Jean-Pierre Chevènement, etc. Michèle Cotta a écrit le 8 juillet 1990 dans ses "Cahiers" : « Le lendemain, émotion considérable dans la presse : les organisateurs du colloque, de peur qu’il n’y ait pas assez de monde, ont fait la retape de gens qui passaient dans la rue ou d’étudiants en quête de quelques sous. De sorte que le colloque a eu lieu devant des figurants ! Pas de quoi fouetter un chat ? Peut-être bien. Chacun imagine que ce n’est pas Olivier Stirn lui-même qui est allé démarcher les passants ! L’effet produit est néanmoins catastrophique pour lui ! Il paraît qu’il songe à démissionner. En politique, le ridicule tue. ».

Repéché par François Mitterrand qui l’a nommé ambassadeur de France auprès du Conseil de l’Europe de 1991 à 1993, Olivier Stirn a tenté de survivre politiquement en renouant avec son département d’origine, le Calvados. Il n’a cependant pas réussi la renaissance car il fut battu par le député PR sortant René Garrec aux élections législatives de mars 1993. Il a réussi cependant à se faire réélire conseiller général du Calvados en mars 1994. Olivier Stirn a ensuite rejoint, en 1994, le Mouvement des réformateurs fondé en 1992 et présidé par Jean-Pierre Soisson pour rassembler les ministres d’ouverture, en particulier Michel Durafour, Jacques Pelletier, Thierry de Beaucé.

Peut-être l’une de ses dernières fréquentations de la planète de la gauche a eu lieu aux Assises de la transformation sociale organisée le 6 février 1994 par Lionel Jospin dans le cadre de la future candidature de Michel Rocard à l’élection présidentielle de 1995. Olivier Stirn y évoluait allègrement aux côtés des communistes André Lajoinie, Claude Poperen, des socialistes Jean Guidoni, Harlem Désir, Henri Emmanuelli, Louis Mermaz, Henri Weber, Jean-Louis Bianco, Marie-Noëlle Lienemann, Michel Rocard, de l’écologiste Yves Cochet, et aussi de Lionel Stoléru, François Doubin, etc.

Telle la girouette, Olivier Stirn apporta finalement son soutien à la candidature de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1995. Inutile de dire que Jacques Chirac n’en voulait pas, et considérait ce soutien contreproductif. Michèle Cotta a rencontré Jacques Chirac le 3 avril 1995 en allant avec lui à son meeting à Nice. Voici ce qu’elle a retranscrit de sa conversation : « [Chirac a raconté] avoir lui-même reçu une lettre d’un haut dignitaire balladurien (il ne dit pas lequel) : "Je me suis trompé, écrivait ledit dignitaire, je me suis déterminé d’après les sondages. Tout le monde peut se tromper. J’espère que tu n’en tiendras pas compte". Chirac en rit encore et fait un commentaire bien dans sa manière en citant un proverbe africain que lui avait appris Félix Houphouët-Boigny : "Les antilopes qui s’éloignent de leur mère finissent toujours sur le tam-tam" (…). Pourtant, il n’a jamais cherché, m’explique-t-il, des ralliements publics. (…) Les ralliements publics, ça fait magouille, les Français n’aiment pas ça. "Les soutiens, dans cette élection, ne sont d’aucune utilité, au contraire. Quand Jean-Pierre Soisson s’est rallié à moi, je ne lui avais rien demandé, et cela ne m’a rien rapporté. Il s’était, il est vrai, rallié auparavant à beaucoup de monde. J’ai eu toutes les peines du monde à empêcher Olivier Stirn de le faire publiquement, je lui ai même envoyé Romani pour le dissuader. J’avais le souvenir de Stirn, ancien chef de mon cabinet, allant demander une entrevue à François Mitterrand, en 1980-1981. Il a attendu en vain, dans le vestibule, jusqu’à ce que la secrétaire de Mitterrand le reconduise vers la sortie en lui disant : on ferme ! J’ai fait la même chose avec lui". ».

Après l’échec de la coalition UDF-RPR aux élections législatives de juin 1997, Olivier Stirn s’est présenté sans succès avec Corinne Lepage, ancienne Ministre de l’Environnement d’Alain Juppé, aux élections régionales de mars 1998 en Basse-Normandie, sur une liste dissidente contre le président du conseil régional sortant, également député, son adversaire René Garrec.

En 2002, à l’instar de Jean-Pierre Soisson, Olivier Stirn a intégré …l’UMP (tout cela pour ça !) et fut nommé conseiller à l’Élysée du Président Jacques Chirac. En 2004, il apporta son soutien à Nicolas Sarkozy, futur candidat à l’élection présidentielle de 2007. Une fois élu, Nicolas Sarkozy le nomma en 2009 conseiller chargé de l’Union pour la Méditerranée (UPM, projet qui a capoté avec les révolutions arabes), et fut en 2010 désigné secrétaire national de l’UMP chargé de la diversité. Enfin, aux élections législatives de juin 2017, Olivier Stirn a soutenu son épouse Évelyne Stirn, investie par Les Républicains, dans son ancienne circonscription du Calvados. Elle n’a obtenu que 3,9% des voix au premier tour tandis que le député sortant Alain Tourret, radical de gauche et LREM, fut réélu face à un candidat du FN après avoir éliminé au premier tour un candidat UDI.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Olivier Stirn était encore dans les allées du pouvoir au début des années 2010, incroyable et discret. Une telle valse des étiquettes donne le tournis, UDR (qu’Olivier Stirn a opportunément corrigé en "gaulliste de gauche"), RPR, UDF, Parti radical, PS, UMP, si l’on ne tient pas compte des micropartis qui n’avaient aucun espoir électoral. Mais cette valse sera oubliée comme tout le reste, sauf ce fameux colloque de l’été 1990 où il a voulu tromper l’aréopage socialiste sur ses capacités de mobilisation militante.

Pourtant, l’homme a des convictions, l’idée du centre, il a même écrit "Une certaine idée du centre" chez Albin Michel (sorti en juin 1985), en fait partie, la construction européenne en fait aussi partie. Ces deux idées fortes font nécessairement qu’Olivier Stirn s’y retrouve dans la politique du Président Emmanuel Macron : faudrait-il l’ajouter aux six autres Présidents dont il se sentait proche, macronien sous Macron ? En tout cas, il applaudit très vivement l’initiative de la Chancelière allemande Angela Merkel et d’Emmanuel Macron sur le plan de relance européenne.

Olivier Stirn l’a redit sa foi européenne dans une vidéo que l’on peut regarder ici. Elle a été sollicitée par le site "Opinion internationale" et diffusée le 30 janvier 2021.

En voici la transcription : « Mon vœu, pour l’année qui vient, c’est de continuer à renforcer la construction européenne. La terrible pandémie du covid-19, la profonde crise économique mondiale qui en découle, la fulgurante volonté de la Chine de dominer l’économie planétaire, les tensions géopolitiques de l’Iran qui a décidé finalement de continuer à acquérir l’arme nucléaire, l’impératif absolu aussi de la transition écologique, tous ces facteurs démontrent avec évidence que l’Europe doit se structurer, unifier sa production industrielle, avoir une politique commune de défense, promouvoir une politique étrangère solidaire, afin de devenir une puissance de premier plan comme les États-Unis ou la Chine. Seule en effet, une Europe forte, consciente de cet objectif fédérateur, sera à même de disposer des atouts nécessaires pour peser dans les décisions majeures que peuvent prendre le G20, le G7, le FMI, l’OTAN, la Banque mondiale. Seule une Europe unie aura l’autorité qui lui permettra de défendre ces valeurs de démocratie, de libre-échange, de liberté, d’égalité, de fraternité entre tous les humains et entre tous les peuples. Seule une Europe consciente de sa puissance économique, de sa puissance financière, culturelle, spirituelle, permettra aux générations qui viennent de continuer d’écrire la grande histoire du pays que nous aimons tous, la France. Une France ouverte dans un échange serein et équitable, fière de son appartenance au continent européen. Je forme le vœu que cette année 2021 permette de faire avancer encore la très belle cause de la construction européenne. Celle qui est une chance, qui est un avenir pour chacun des vingt-sept pays qui la composent. Je note d’ailleurs avec satisfaction que ces derniers mois, sous l’impulsion à la fois d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron, des hommes et des femmes résolus ont permis à de nombreux pays européens de surmonter la crise économique : Charles Michel, qui est le Président de l’Union, Ursula von der Leyen, qui est la Présidente de la Commission, et Christine Lagarde, qui est la présidente de la Banque centrale européenne. Un vent d’optimisme, me semble-t-il, peut donc se lever ! ».

Je termine sur la première idée forte, celle d’un centre fort et indépendant. J’ai retrouvé sur Internet un long entretien d’Olivier Stirn interrogé par Thierry Ardisson et Jean-Luc Maître pour "Les Nouvelles Littéraires" dont je n’ai pas réussi à trouver la date exacte, mais je le situe au second semestre de l’année 1981. Avec son petit parti (voir plus haut), Olivier Stirn faisait l’apologie du social-libéralisme et de la social-démocratie : « La social-démocratie, la collaboration de classes, est la seule solution courageuse. Car comprendre, c’est plus difficile que de combattre ou de dominer. Le vrai courage, c’est d’être ensemble. (…) Seule une social-démocratie adaptée au continent européen permettra de faire progresser notre société. Malheureusement, la coalition socialo-communiste va ralentir les progrès de l’Europe. ».

Ce qu’Olivier Stirn racontait là est certes intéressant mais il y a une chose qui me frappe à sa lecture : pourquoi n’a-t-il pas tout simplement adhéré au CDS (Centre des démocrates sociaux) qui, justement, défendait les options qu’il proposait : « Cela exige de préserver l’économie de marché, seul moyen d’avoir une économie qui marche. Cela implique une lutte constante contre les inégalités de culture, de pouvoir, de revenus. Cela ne va pas sans concertation. Dans les pays sociaux-démocrates, toutes les décisions sont discutées à tous les niveaux, de l’entreprise à l’État. Ça évite les erreurs d’interprétations comme les arrière-pensées (…).Ça permet des rapports sociaux nouveaux. ».

Effectivement, il a décelé les "erreurs" du centre : « Les Français ont boudé les tentatives du centre parce qu’ils n’avaient pas essayé la gauche depuis longtemps. C’était devenu un mythe. Avant la fin du septennat [en 1988], ce mythe n’existera plus. Les centristes ont en plus commis l’erreur de gouverner avec la droite. Je ne suis pas déçu par Giscard mais, voyez-vous, il n’a pas su se donner les moyens de promouvoir une politique du centre. (…) Pour réussir, les centristes doivent être majoritaires. (…) Déjà certains dirigeants socialistes sont proches de nos idées : M. Delors dit qu’il est social-démocrate, M. Rocard a des raisonnements sociaux-démocrates (…). Évidemment, c’est sur les classes moyennes que s’appuiera notre mouvement. Ce sont elles les cocues du duel gauche-droite. Quand on croit à la lutte des classes (…), ce sont toujours les classes moyennes qui font les frais de l’opération. ».

Justement, il avait bien vu en termes stratégiques, le besoin d’un centre fort qui rendait indispensable une candidature centriste crédible à l’élection présidentielle. Alors, pourquoi n’a-t-il donc pas soutenu la candidature de François Bayrou en 2002, 2007 et 2012 (j’aurais tendance à dire : surtout en 2007, où la victoire était possible), alors que le centre indépendant et fort pouvait enfin électoralement s’incarner ? Ce qui du reste s’est incarné avec Emmanuel Macron.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Brice Lalonde.
Vœux 2021 d’Olivier Stirn (vidéo à télécharger).
Olivier Stirn.
Lionel Stoléru.
Jacques Pelletier.
Édouard Bonnefous.
Bernard Tapie.
Michel Durafour.
François Doubin.
Clemenceau.
Édouard Daladier.
Félix Gaillard.
Georges Mandel.
André Rossinot.
Les Radicaux en marche vers l’Europe.
Laurent Hénart en 2019.
Le Manifeste européen du Mouvement radical adopté le 6 février 2019 (à télécharger).
L’unité des radicaux.
La famille centriste.
La défense de la laïcité.
Laurent Hénart en 2014.
Jean-Louis Borloo.
Programme de Sylvia Pinel.
Jean-Michel Baylet.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Françoise Giroud.
Robert Fabre.
Jean Moulin.
Maurice Faure.
Edgar Faure.
Édouard Herriot.
Pierre Mendès France.
Jean Zay.
Jules Jeanneney.
René Cassin.
Joseph Caillaux.
Jean-François Hory.
Évelyne Baylet.
Yves Jégo.
Rama Yade.
Christiane Taubira.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210224-olivier-stirn.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/olivier-stirn-les-girouettes-ne-231192

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/02/17/38821076.html






 

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23 février 2021 2 23 /02 /février /2021 03:40

« Certes, le Rwanda n’est pas le principal sujet français, mais l’Histoire de notre pays ne doit subir aucune concession à la mauvaise foi. C’est l’hommage que nous devons à nos armées. Et c’est pourquoi il ne faut laisser aucun doute et défendre l’honneur de nos soldats injustement attaqués. Une France sans fierté n’a pas d’avenir. Avant la repentance, la connaissance des faits. Et les faits au Rwanda, militent pour l’honneur du pays. » (Gérard Longuet, juillet 2014).


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L’ancien ministre Gérard Longuet atteint ses 75 ans ce mercredi 24 février 2021. Il est toujours sénateur et a eu une carrière politique assez brillante, plus d’une quarantaine d’années au service de ses concitoyens. Oui, quel que soit son parti, lorsqu’on se consacre à la politique, aux choses de la cité, on renonce à la vie tranquille et égoïste pour investir son énergie pour les autres. Brillante mais discontinue. Gérard Longuet n’a pas eu ce qu’on appellerait une carrière linéaire. Il a eu quelques "stop and go" et sans doute que sa nomination tardive au Ministère de la Défense a été son bâton de maréchal tant attendu.

Et malgré ce poste d’homme d’État qu’il a été, parmi les hommes les plus importants du pays il y a une dizaine d’années, Gérard Longuet pouvait passer quasiment inaperçu, lorsqu’il revenait à Paris en TGV depuis la capitale des ducs de Lorraine (comme en mars 2012). Il avait beau avoir été l’un des présidents du conseil régional de la région, il se fondait dans la masse, choisissant tranquillement ses journaux dans un Relais H avant son voyage, seulement approché par un citoyen qui l’avait reconnu et qui n’était pas en accord avec l’une de ses mille et une décisions de ministre. Allait-il se le farcir pendant tout le trajet ? L’histoire ne l’a pas dit.

Le visage est anguleux, la mâchoire carrée, celle de la fermeté. Pas étonnant qu’on lui rappelle son passé à l’extrême droite. Pas son passé, mais sa jeunesse. Il n’était d’ailleurs pas le seul, de la classe politique, à avoir milité dans des mouvements d’extrême droite dans les années 1960 et début des années 1970, il y avait aussi Alain Madelin, Patrick Devedjian, Claude Goasguen… Il y avait peut-être un environnement propice (Assas), peut-être aussi un besoin d’agir et de s’opposer activement aux militantismes d’extrême gauche. Leur engagement datait de bien avant mai 1968. Une sorte d’anti-68, à mi-chemin entre les rancœurs post-algériennes et l’exaltation d’un nationalisme extrémiste.

De ce passé de militant d’Occident, du GUD, d’Ordre nouveau, il a même rédigé la première mouture du programme électoral du Front national, Gérard Longuet l’assume sans le cacher mais sans s’en vanter, reconnaît une erreur de jeunesse (la même probablement, mais dans un autre sens, que certains étudiants maoïstes qui se sont bien embourgeoisés depuis le temps). Et, à l’occasion, il redit son sentiment centriste d’un pays plus libéral et plus décentralisé, d’une Europe puissante capable de faire le poids face aux grands ensembles du nouveau siècle (États-Unis, Chine, Inde, etc.). Centriste mais réaliste, ce qui l’a toujours positionné au centre droit dans une alliance avec les gaullistes.

Résurgence de cette jeunesse exaltée ? Gérard Longuet est connu pour faire quelques boulettes dans ses propos, qui ont pour conséquence quelques polémiques souvent inutiles. Par exemple, il a contesté la nomination de Malek Boutih (ancien président de SOS Racisme et futur député socialiste) à la présidence de la HALDE le 10 mars 2010, pour une raison que plusieurs responsables de son parti ont trouvée regrettable sinon maladroite : « Parce qu’il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l’accueil de tous nos compatriotes. Si vous voulez, les vieux Bretons et les vieux Lorrains, qui sont d’ailleurs en général italiens ou marocains, doivent faire l’effort sur eux-mêmes de s’ouvrir à l’extérieur (…). Si vous mettez quelqu’un de symbolique, extérieur, vous risquez de rater l’opération. ». Réaction immédiate et hélas justifiée d’un autre ancien président de SOS Racisme et futur premier secrétaire du PS, Harlem Désir : « Cette hiérarchisation délirante des Français selon leurs origines est d’une gravité extrême et ne peut être tolérée de la part d’un parlementaire, président de groupe d’un grand parti au Sénat (…). En assimilant les Français d’origine étrangère à des citoyens de second rang, Gérard Longuet tient un discours intolérable, aux relents racistes et qui justifie et légitime les discriminations. ».

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Son CV est éloquent. Brillantes études au lycée Henri-IV, puis à l’Université Panthéon-Assas, Science Po Paris en 1966 (même promotion que Michèle Cotta), et l’ENA en 1973 (même promotion que François Léotard, Laurent Fabius, Philippe Jaffré, Élisabeth Huppert, François Froment-Meurice, Daniel Bouton, Yvan Blot, Michel Cicurel, Didier Maus, etc.).

C’est à partir de cette date qu’il a eu une véritable conscience politique. L’engagement à l’extrême droite avait cette volonté d’en découdre avec l’extrême gauche, mais l’engagement sérieux, l’engagement constructif, positif, celui qui permettait d’agir, d’avoir prise sur le réel, a commencé avec ses fonctions de haut fonctionnaire : sous-préfet, il a commencé à "plonger" dans la vie politique comme directeur de cabinet de Jacques Dominati, secrétaire d’État dans le gouvernement de Raymond Barre, de 1977 à 1978.

La carrière politique à proprement parler a commencé en mars 1978 quand il a battu le député socialiste sortant, maire de Bar-le-Duc, aux élections législatives dans la première circonscription de la Meuse (celle de Bar-le-Duc), dont le siège, avant 1973, revenait généralement aux républicains indépendants. Le voici propulsé député à l’âge de 32 ans, engagé au Parti républicain, le parti de Valéry Giscard d’Estaing et faisait partie de ces jeunes députés UDF-PR, comme Alain Madelin et François Léotard, vivier du futur gouvernement lorsque VGE aura été réélu…

En attendant l’hypothétique second septennat giscardien, Gérard Longuet s’est considérablement implanté dans la Meuse : il fut élu conseiller général de la Meuse de mars 1979 à mars 1992 et de mars 1998 à octobre 2001 (vice-président du conseil général de 1979 à 1982 et de 1998 à 2001), conseiller régional de Lorraine de mars 1992 à mars 2010 (voir plus loin). Il s’est aussi beaucoup investi dans son parti, le PR, composante de l’UDF, dont il est devenu le trésorier de 1982 à 1986 quand François Léotard a été porté à la tête du parti, puis il fut secrétaire général du PR de 1986 à 1990 pour finalement présider le PR de 1990 à 1995.

La victoire des socialistes a été un échec aussi pour lui, battu aux élections législatives de juin 1981 par celui qu’il avait battu en 1978, le maire socialiste de Bar-le-Duc qu’il n’a pas pu non plus délogé de la mairie de Bar-le-Duc aux élections municipales de mars 1983. Il fut néanmoins élu député européen en juin 1984 sur la liste de Simone Veil, mandat qu’il a gardé jusqu’au premier gouvernement de la cohabitation.

En effet, il fut choisi par Jacques Chirac comme Ministre délégué chargé des Postes et Télécommunications du 20 mars 1986 au 10 mai 1988 (avant le 19 août 1986, il n’avait rang que de secrétaire d’État), et à cette fonction, il a modernisé la très archaïque administration des PTT en deux sociétés autonomes, La Poste et France Télécom.(dont la dérive ultérieure ne fut pas de sa responsabilité).

Politiquement, la période entre 1986 et 1988 fut l’essor d’une ambition, celle de François Léotard et de "sa bande", la "bande à Léo", du PR, avec Alain Madelin, Gérard Longuet, Jacques Douffiagues, Philippe de Villiers… L’idée était de sortir de la rivalité entre Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac pour proposer une nouvelle génération. Curieusement, au printemps 1989, aucun d’eux n’a voulu s’impliquer dans le coup politique sans lendemain des Douze Rénovateurs (à l’exception de Philippe de Villiers qui avait repris son autonomie politique), car ils ont préféré rester du côté des caciques et des apparatchiks de l’opposition.

Le 3 décembre 1991, en tant que président du PR, au même titre que les autres chefs de parti, Gérard Longuet a été reçu par le Président François Mitterrand à l’Élysée dans le cadre de ses consultations, juste avant la tenue de l’important Conseil Européen à Maastricht qui s’est conclu par l’adoption de la monnaie unique européenne.

Après la défaite présidentielle de 1988, Gérard Longuet a pu se faire réélire député de la Meuse en juin 1988 puis en mars 1993, ce qui l’a conduit à être présent dans le gouvernement du Premier Ministre Édouard Balladur, à peu près au même poste mais avec un rang de ministre : Ministre de l’Industrie, des Postes et Télécommunications et du Commerce extérieur du 30 mars 1993 au 14 octobre 1994. Parmi ses décisions les plus importantes, celle de faire entrer un troisième acteur dans le marché national de la téléphonie mobile jusque-là réservé à Itineris (France Telecom) et SFR, troisième licence qui a été attribuée, après procédure, à Bouygues Telecom.

À ce moment de la carrière, Gérard Longuet était à un sommet de son influence politique car entre-temps, il avait réussi à se faire élire président du conseil régional de Lorraine de mars 1992 à mars 2004 (il fut même élu président de l’Association des régions de France de 2002 à 2004 pour remplacer Jean-Pierre Raffarin nommé Premier Ministre).

Gérard Longuet a en effet succédé le 30 mars 1992 à Jean-Marie Rausch à la tête de la Lorraine dans des conditions particulières. Jean-Marie Rausch était président du conseil régional depuis mars 1982. Sénateur-maire CDS de Metz depuis de longues années, ce dernier fut nommé ministre d’ouverture par François Mitterrand en juin 1988 (et considéré comme "traître" par le centre droit). À la suite des élections régionales de mars 1992, Jean-Marie Rausch s’est fait réélire à la tête de la région grâce à l’apport de voix d’élus du FN, tout comme un autre ministre d’ouverture, Jean-Pierre Soisson, en Auvergne (encore la conséquence désastreuse du scrutin proportionnel).

Scandale dans la classe politique. François Mitterrand a renvoyé du gouvernement Jean-Pierre Soisson qui préférait de toute façon retrouver son fief en attendant des jours meilleurs, tandis que le Président de la République souhaitait absolument garder Jean-Marie Rausch qui, pour éviter la polémique, a démissionné de la présidence du conseil régional, ce qui a permis l’élection de Gérard Longuet sur des bases claires, sans apport de voix du FN. Jean-Marie Rausch fut nommé Ministre du Commerce et de l’Artisanat le 2 avril 1992 dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy, mais démissionna le 2 octobre 1992 pour retrouver son siège de sénateur de Moselle qu’il venait de reconquire quelques jours auparavant.

Duc de Lorraine, patron de l’un des partis les plus puissants de la majorité, Gérard Longuet avait une influence considérable et son soutien à Édouard Balladur lors de l’élection présidentielle de 1995 pouvait lui laisser espérer d’être, par exemple, son Ministre de l’Intérieur.

Ce soutien du PR n’était pas automatique. Édouard Balladur a beaucoup travaillé dans la séduction de ses alliés UDF. L’objectif était de rallier les principaux leaders du PR. François Léotard lui était acquis, Alain Madelin s’est éloigné de ce dernier (il a soutenu Jacques Chirac) et venu saluer les députés UDF aux Journées parlementaires de l’UDF le 30 septembre 1994 à Vittel, Édouard Balladur a soutenu Gérard Longuet mis en cause par le juge Van Ruymbeke. Tension au sein du gouvernement. En soutenant ainsi le président du PR, Édouard Balladur a réussi à mettre à mal le souhait de Valéry Giscard d’Estaing et de Charles Millon de présenter un candidat issu de l’UDF à l’élection présidentielle de 1995.

Et effectivement, la carrière de Gérard Longuet a été interrompue brutalement par une série d’affaires judiciaires qui l’ont obligé à démissionner du gouvernement le 14 octobre 1994 (ainsi que de la présidence du PR, mais pas de la présidence du conseil régional de Lorraine), avant sa mise en examen quelques mois plus tard. Deux affaires l’ont concerné : d’une part, une histoire de financement occulte du parti qu’il présidait, d’autre part, conséquences de ces investigations judiciaires, des affaires plus personnelles de prise illégale d’intérêt, etc. D’autres affaires sont arrivées par la suite. Contexte difficile pour Édouard Balladur qui a vu ainsi trois de ses ministres démissionner pour cause d’affaires judiciaires (Alain Carignon, Gérard Longuet, Michel Roussin).

Je n’entre pas dans les détails qui n’ont aucun intérêt si ce n’est qu’il a été relaxé dans toutes ces affaires, mais très tardivement, l’une en novembre 1998, une autre en octobre 2005, enfin, l’histoire du financement du PR a fini par un non-lieu en mars 2010, c’est-à-dire plus d’une quinzaine d’années plus tard. À ma connaissance, Gérard Longuet n’a été condamné à ce jour dans aucune affaire politico-financière.

Cela pose une réelle question sur le préjudice des responsables politiques accusés mais pas condamnés par la justice, au contraire, blanchis par la justice et pourtant, condamnés  par les médias et souvent par les électeurs. D’un côté, il est très sain qu’il n’y ait aucune impunité et qu’un ministre, par exemple, soit insoupçonnable, mais de l’autre côté, si la personne mise en cause est blanchie, personne ne lui fera rattraper la perte de confiance et l’arrêt brutal de ses responsabilités politiques.

Je n’ai pas de solution concrète pour empêcher cette situation qui pourrait paraît injuste, injuste si le responsable politique n’est pas un justiciable comme les autres, mais injuste aussi si, hors de cause, il reste considéré comme condamné par le tribunal médiatique. Les deux exemples les plus marquants, qui ont bouleversé l’issue d’une élection présidentielle, furent la mise en cause judiciaire (et médiatique) de Dominique Strauss-Kahn en mai 2011 et de François Fillon en janvier 2017, tous les deux étant les favoris du scrutin présidentiel suivant.

L’épisode judiciaire de Gérard Longuet a eu deux conséquences : le soutien sans faille du PR à la candidature présidentielle d’Édouard Balladur, et une rancœur vis-à-vis de son collègue du gouvernement et de l’UDF, Pierre Méhaignerie, Ministre de la Justice et président du CDS, qui a laissé faire la justice (également contre lui-même puisqu’une enquête sur le financement du CDS a été également ouverte sous son ministère). Les deux responsables UDF se sont retrouvés quelques années plus tard, en 2002, au sein du même parti, l’UMP, dont Pierre Méhaignerie fut le secrétaire général de novembre 2004 à septembre 2007.

Cette "disgrâce" temporaire n’a pas empêché Gérard Longuet d’être réélu à la tête de la Lorraine en mars 1998 dans un contexte où des barons de son parti, le PR, se sont permis quelques souplesses pour préserver leurs fiefs régionaux avec le soutien passif d’élus du FN (c’était le cas notamment en Rhône-Alpes avec Charles Millon, mais aussi dans le Languedoc-Roussillon). Gérard Longuet refusait toute alliance avec le FN et a refusé de suivre Alain Madelin qui, en créant et présidant Démocratie libérale, a quitté l’UDF alors présidée par François Bayrou.

Ce choix ferme de refus d’une alliance avec le FN au prix d’une rupture avec son parti d’origine qui avait vaguement toléré quelques dérives montre à quel point est stupide l’idée de croire que Gérard Longuet serait un élément clef de la conquête au pouvoir de Marine Le Pen comme peuvent l’avoir imaginé, pour l’élection de 2017, deux historiens (de gauche !), François Durpaire qui le voit comme son Premier Ministre dans une bande dessinée avec Farid Boudjellal ("La Présidente", éd. Les Arènes, 2015), et Michel Wieviorka qui le voit comme son Ministre des Affaires étrangères dans un roman fiction ("Le Séisme", éd. Robert Laffont, 2016).

Ces deux historiens auraient voulu diaboliser le centre droit qu’ils n’auraient pas fait plus, alors qu’aujourd’hui, c’est justement le centre droit le meilleur rempart contre l’extrême droite, c’est ce que les élections présidentielles de 2002 et 2017 ont démontré en tout cas. L’âge et les actes de Gérard Longuet vont à l’encontre de cette idée de collusion, sans compter l’absence totale d’anticipation de la candidature du centriste Emmanuel Macron (les deux livres sont handicapés par des schémas politiques largement dépassés).

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Revenons à 1998. Gérard Longuet a représenté avec Gilles de Robien, Alain Lamassoure et François Léotard, le pôle libéral de l’UDF (PRIL, pôle républicain indépendant et libéral) qui a fusionné dans la Nouvelle UDF en novembre 1998. En 1998, alors que Claude Goasguen a quitté François Bayrou (UDF) pour rejoindre Alain Madelin (DL), son ancien camarade d’erreur de jeunesse (j’appelle cela comme cela !), Gérard Longuet, a au contraire fait le chemin inverse, soutenant même François Bayrou dans sa candidature à l’élection présidentielle de 2002.

Cette option très centriste de Gérard Longuet, entre 1998 à 2002, n’a pas duré très longtemps car en septembre 2001, il s’est fait élire sénateur de la Meuse, mandat qu’il a renouvelé en septembre 2011 et en septembre 2017, et qu’il exerce encore à ce jour. Cela lui imposait de réunir tout son électorat. Lors de la création de l’UMP, Gérard Longuet a donc fait le choix de  nombreux élus UDF de rejoindre le RPR dans ce parti dirigé par Alain Juppé, quittant ainsi François Bayrou dans son évolution autonome. Gérard Longuet a notamment présidé le groupe UMP au Sénat du 7 juillet 2009 au 7 mars 2011, fonction importante puisque l’UMP était au pouvoir. Gérard Longuet fut aussi chargé d’une mission sur la famille le 13 janvier 2004 (son rapport a été rendu public le 15 mars 2004 afin de préparer la conférence de la famille 2004). Il est par ailleurs président du groupe France-Russie et vice-président de la commission spéciale sur le projet de loi relatif à la bioéthique.

Comme sénateur, il a aussi été désigné dans une fonction très importante, qu’il a assumée du 9 novembre 2017 au 22 octobre 2020 : président de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, fonction qu’il a laissée le 22 octobre 2020 au député ex-LREM Cédric Villani en devenant premier vice-président (dans le conseil scientifique jusqu’en 2022, il y a notamment Alain Aspect, Claudie Haigneré, Frédérick Bordry, Sophie Ugolini, etc.).

Mis hors de cause dans le financement du PR, Gérard Longuet a fait partie des "ministrables" dans le troisième gouvernement de François Fillon, en novembre 2010, au même titre que le maire de Bordeaux Alain Juppé lui, qui fut nommé à la Défense. Mais Gérard Longuet a dû attendre l’énorme boulette de Michèle Alliot-Marie, Ministre des Affaires étrangères, qui a mal su réagir lors de la révolution tunisienne et qui a été amenée à démissionner. Alain Juppé la remplaçant, par jeu de chaises musicales, Gérard Longuet fut nommé pour remplacer Alain Juppé et rééquilibrer le gouvernement après le départ de Jean-Louis Borloo et de Bernard Kouchner : le voici Ministre de la Défense et des Anciens Combattants du 27 février 2011 au 10 mai 2012.

De nouveau dans l’opposition après la défaite de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2012, Gérard Longuet fut désigné vice-président de l’UMP du 15 janvier 2013 au 4 décembre 2014 parmi de nombreux autres, afin de rassembler les partisans de Jean-François Copé et de François Fillon. Lors de la primaire LR de 2016 et de l’élection présidentielle de 2017, Gérard Longuet a soutenu la candidature de François Fillon. Alors, Longuet extrémiste ? À vous de juger…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 février 2021)
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Pour aller plus loin :
Gérard Longuet.
Jacques Douffiagues.
Jean François-Poncet.
Claude Goasguen.
Jean-François Deniau.
René Haby.
Charles Millon.
Pascal Clément.
Claude Malhuret.
Pierre-Christian Taittinger.
Yann Piat.
François Léotard.
Valéry Giscard d'Estaing.
Antoine Pinay.
Joseph Laniel.

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/gerard-longuet-sueur-en-dent-de-231167

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22 février 2021 1 22 /02 /février /2021 03:46

« Son visage rond, à 38 ans, évoque pour moi, comme pour d’autres, avec sa mèche bouclée sur le front, son nez court, presque retroussé, celui du Tintin d’Hergé. » (Michèle Cotta, 26 avril 1968).



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Ce lundi 22 février 2021, l’ancien député communiste Pierre Juquin fête ses 91 ans. Connu comme parmi les jeunes dirigeants du PCF plein d’avenir de 1967 à 1985, il en fut exclu après avoir souhaité le rénover de l’intérieur et le grand public a pu le connaître à l’occasion de la campagne de l’élection présidentielle de 1988 à laquelle il s’est présenté.

À l’instar de Roland Leroy, Pierre Juquin était alors considéré l’un des intellos du parti communiste français. J’ai toujours été un opposant aux communistes, même si maintenant, je ne les considère plus très dangereux (d’autres forces politiques me paraissent beaucoup plus dangereuses maintenant), mais j’ai toujours eu un petit air de sympathie à l’égard de Pierre Juquin. Sa personnalité plutôt sympathique ? Son idéalisme fou qui voulait réformer le PCF de l’intérieur ? Quel doux rêveur ! Je ne sais pas pourquoi j’ai cette part de sympathie, je pense qu’il y a une prime de sympathie aux conquérants de l’inutile, aux combattants des causes virtuelles, aux anachronismes désuets.

Depuis 1991, Pierre Juquin est membre du parti écologiste, appelé désormais EELV (Europe Écologie Les Verts). Je trouve qu’il serait le candidat idéal à l’élection présidentielle de 2022 pour rassembler une gauche vaguement socialiste et vaguement écologiste. Après tout, l’âge n’est pas un problème tant qu’il y a toute la tête, et l’expérience d’une candidature n’est pas négligeable non plus : imagine-t-on Éric Piolle ? Olivier Faure ? Fabien Roussel ? Jean-Luc Mélenchon ? (ah flûte, si ce dernier).

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Bon, boutade évidemment que cette idée saugrenue. Intello, ce fils de cheminot l’était nécessairement, Pierre Juquin, normalien (parmi ses camarades, l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie) et agrégé d’allemand, professeur à Saint-Germain-en-Laye puis à Sceaux, avant de s’engager très sérieusement dans la vie politique à l’âge de 23 ans. Il a rencontré Georges Marchais dès 1959 et il est entré au comité central du PCF dès mai 1964 (comme suppléant). Il était chargé des relations avec les étudiants et justement, les étudiants communistes étaient en "fronde" contre la ligne du parti (Pierre Juquin, lui, défendait la ligne du parti, évidemment). Pierre Juquin a participé aussi au noyautage du SNES, l’un des grands syndicats d’enseignants, par le PCF.

En mars 1967, Pierre Juquin, qui n’avait alors que 36 ans, s’est fait élire député de l’Essonne, dans la circonscription de Dourdan-Brétigny-sur-Orge. Il l’est resté jusqu’en juin 1981, sauf entre juin 1968 et mars 1973 (battu par un candidat UDR), et il fut battu en juin 1981 par un candidat PS (le maire de Massy de l’époque).

Considéré comme la jeune garde de Waldeck Rochet (le successeur de Maurice Thorez et prédécesseur de Georges Marchais à la tête du PCF), Pierre Juquin a eu une action importante au début de la crise de mai 1968, en tant que responsable de l’enseignement au sein du PCF. En effet, voulant nouer des relations avec les étudiants "rebelles", il a voulu tenir une conférence le 26 avril 1968 à Nanterre. Il fut accueilli par Daniel Cohn-Bendit mais rapidement exfiltré par lui après la véhémence des étudiants qui considéraient le PCF comme un défenseur de l’ordre établi. Le Premier Ministre Georges Pompidou était assez satisfait de cette réaction, car cela rangeait les communistes dans les rangs du pouvoir contre les étudiants révoltés qui, d’ailleurs, eux-mêmes, ne savaient pas ce qu’ils voulaient sinon protester (un peu comme les gilets jaunes).

Dans ses "Cahiers secrets", Michèle Cotta a noté le 26 avril 1968 : « Les communistes, comme les catholiques, ne supportent pas d’être exclus du milieu étudiant, où ils ont été les plus forts pendant des années. Depuis le début de l’année, le PC redoute les dérives gauchistes des jeunes. Aujourd’hui, Pierre Juquin a voulu se rendre sur le campus de Nanterre pour une réunion extraordinaire avec les animateurs du mouvement du 22-Mars, et notamment avec Daniel Cohn-Bendit, inconnu il y a quelques semaines à peine. Celui-ci veut bien d’une discussion, mais pas les groupes qui ont occupé la salle pour empêcher le débat. Debout, le micro à la main, Juquin est bientôt cerné par une meute qui menace de lui casser la figure. Il quitte l’amphi par la porte de derrière. (…) J’ai du mal à imaginer que des étudiants dits de gauche ou d’extrême gauche en soient parvenus à ce degré de violence vis-à-vis des communistes ! ».

Le Ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Alain Peyrefitte, a donné une version légèrement différente de cette journée du 26 avril 1968 dans son monumental "C’était De Gaulle" : « Dans l’après-midi, à Nanterre, Cohn-Bendit empêche la tenue d’une conférence du député communiste Juquin, dans un amphithéâtre où 150 étudiants se sont réunis, mais où les communistes orthodoxes sont minoritaires. Cohn-Bendit a accueilli Juquin qui lui a serré la main : "Quel événement, un communiste qui serre la main d’un homme de gauche". Juquin a répondu : "Je ne serre pas la main d’un homme de gauche, mais d’un étudiant". Il n’a pas pu parler et a dû quitter les lieux, blanc de rage, en disant aux journalistes : "Je reviendrai, je vous l’assure". ».

Puis, Alain Peyrefitte a transcrit son dialogue téléphonique, quelques jours plus tard, le 1er mai 1968, avec Georges Pompidou qui lui a dit : « Ne reculez pas ! J’ai des informations très précises, vous voyez ce que je veux dire, sur l’attitude des communistes à leur égard. Ils ne pardonnent pas à Cohn-Bendit d’avoir empêché Juquin de parler et de l’avoir chassé de l’amphithéâtre de Nanterre (…). Les "enragés" ont commis là deux fautes majeures. Le PC est décidé à les matraquer. (…) Alors, c’est le moment d’être ferme. Quand les communistes sont avec nous, nous n’avons rien à craindre. ». Toutefois, on connaît la suite de l’histoire…

Bien plus tard, notamment dans une interview à "La Montagne" le 1er juin 2018, Pierre Juquin a regretté l’incompréhension qu’a eue le PCF sur le mouvement de mai 1968 : « Chaque matin, j’avais un entretien en tête-à-tête avec le secrétaire général du PCF, Waldeck Rochet. Nous ne parlions pas de Paris en premier mais du Printemps de Prague. Quelque chose bougeait. On se révoltait contre les caciques, les appareils, la domination… (…) En France, il y avait un certain bouillonnement depuis déjà deux ou trois ans, une grande lassitude de la politique gaulliste. (…) Nous ne pouvions plus nous contenter d’être l’opposition permanente. Il fallait ouvrir la voie pour avoir une action positive, y compris en entrant au gouvernement. (…) Trois semaines avant le début des événements, on avait eu une réunion avec Georges Séguy. On s’est dit qu’il se passait quelque chose et qu’il fallait qu’on y aille. Mais le mouvement était piloté par une série de petits groupes politiques qui nous étaient hostiles. Le PC était confondu avec le stalinisme par les étudiants. (…) Nous n’avons pas suffisamment senti ce qu’il y avait de porteur, de choses nouvelles dans ce mouvement. C’est un très grand ratage historique dans lequel les responsabilités sont partagées. On ne s’est pas compris, ni eux, ni nous. » (propos recueillis par Pauline Mareix).

Revenant sur la journée du 26 avril 1968 : « Daniel Cohn-Bendit était d’accord, il voulait ce débat. Il y avait deux tendances : ceux qui suivaient Cohn-Bendit et les maoïstes très violents et opposés au débat. On est tous les deux montés à la tribune, on s’est serré la main sous les hurlements des "mao". J’ai dû partir. Le lendemain, toute la presse en parlait. Georges Marchais est rentré dans une colère terrible : "Ils veulent nous chasser. Nous devons riposter", disait-il. ».

Au fil des années, Pierre Juquin est "monté" progressivement dans la direction du PCF, membre titulaire du comité central en janvier 1967, membre suppléant du bureau politique en mai 1979, puis membre titulaire en février 1982, aux côtés notamment de Maxime Gremetz, Guy Hermier, Philippe Herzog, Henri Krasucki, André Lajoinie, Paul Laurent, Francette Lazard, Gisèle Moreau, Gaston Plissonnier, Jean-Claude Gayssot, Louis Viannet, Claude  Poperen, etc., à une période charnière où le PCF avait quatre ministres au sein du gouvernement (entre juin 1981 et juillet 1984).

Après l’échec de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1974, Pierre Juquin voulait rester ferme vis-à-vis du PS dans l’union de la gauche. Pour lui, sans un PCF fort, les socialistes se rapprocheraient immanquablement des centristes : « Le PS serait tenté d’aller de concession en concession vers le centre si le parti communiste n’était pas puissant. ».

Michèle Cotta a alors interrogé Pierre Juquin le 29 octobre 1974 sur ses relations avec les socialistes : « Il leur pose trois questions qui montrent à quel point il a choisi aujourd’hui de douter d’eux après avoir été pourtant favorable à la candidature unique de la gauche. ». Et d’évoquer la langue de bois de Pierre Juquin : « Du grand classique dans le registre de l’amalgame, auquel s’ajoute un gros soupçon de mauvaise foi et une forte dose de suspicion envers les socialistes bourgeois. (…) Pour la première fois, Juquin me cite des propos attribués à François Mitterrand au congrès de l’Internationale socialiste, à Vienne, il y a quelques mois. Il y aurait dit (c’est vrai, mais Juquin s’en tient au conditionnel) : le parti socialiste ramènera les communistes en France à 15%. ». Ce qui fut fait dès 1981.

Et Pierre Juquin a dit à Michèle Cotta ce jour-là : « Nous voulons l’union et nous y croyons vraiment, nous voulons aller au gouvernement avec la gauche. Pendant quarante ans, les gens ont dit : les communistes plumeront la volaille socialiste. Aujourd’hui, il ne faudrait pas que ce soit le contraire ! ».

Pendant le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, le député Pierre Juquin fut de beaucoup de batailles parlementaires, en particulier, le 14 juin 1977, lorsque le Premier Ministre Raymond Barre a engagé la responsabilité de son gouvernement sur le projet de l’élection du Parlement Européen au suffrage universel direct. Les communistes se sont retrouvés aux côtés de certains gaullistes (dont Michel Debré) pour s’opposer à ce qu’ils considéraient comme une brèche au supranationalisme. Au début du débat, il y a eu une joute entre le Président de l’Assemblée Nationale Edgar Faure et Pierre Juquin qui soutenait que les parlementaires pouvaient amender un projet de ratification d’un traité international, afin de modifier l’accord européen proposé.

Entre 1981 et 1985, Pierre Juquin fut porte-parole et chargé de l’information et de l’audiovisuel au sein du PCF. Il a montré sa capacité à faire subir des pressions particulièrement insoutenables au sein des institutions de la République.

Dans ses "Cahiers", Michèle Cotta a donné deux exemples qui montrent le climat de l’époque. Présidente de Radio France nommée en 1981, Michèle Cotta a dû faire face aux pressions de Pierre Juquin qui voulait imposer sur France Inter le journaliste communiste François Helvaing. Elle a refusé en nommant un autre communiste, Michel Cardoze. Finalement, le 12 octobre 1981, Michèle Cotta a rencontré Pierre Juquin « pour enterrer la hache de guerre Cardoze ».

Un an plus tard, Michèle Cotta a dû quitter Radio France car elle a été nommée présidente de la Haute Autorité de l’audiovisuel. En principe, c’était cette nouvelle instance de régulation (ancêtre du CSA actuel) qui était chargée de nommer, en toute indépendance, les présidents des sociétés de l’audiovisuel public. La réalité était tout autre : elle était sans arrêt soumise à des pressions politiques du pouvoir.

Là encore, Michèle Cotta s’est retrouvée soumise aux pressions de Pierre Juquin qui voulait imposer les nouveaux présidents de Radio France et de TF1 le 16 septembre 1982 : « Le plus grave est (…) le conflit qui m’oppose d’emblée aux communistes. Pierre Juquin, toujours lui, exige la nomination de Michel Cardoze à Radio France, et du réalisateur communiste Mauric Failevic à la présidence de TF1. Au téléphone, il me menace de tous les maux : il parle de rompre la solidarité gouvernementale, quelques mois, naturellement, avant les municipales [en mars 1983], ou d’organiser un vrai désordre dans toutes les sociétés de l’audiovisuel. Pour un baptême du feu, c’est un baptême du feu ! Les propos de Juquin sont graves, d’abord parce qu’ils dépassent la seule Haute Autorité en mettant en cause la cohésion gouvernementale. Et puis, aussi et surtout, parce qu’ils semblent entendre que la Haute Autorité n’est que l’émanation du pouvoir socialiste dans l’audiovisuel au moment où elle est là justement pour prouver le contraire. ».

François Mitterrand pouvait alors soutenir à bon compte l’indépendance de l’instance : « Il ne me donne pas de consigne : moins d’un mois après sa création, la Haute Autorité fait la démonstration que la "rupture du cordon ombilical" entre l’État et l’audiovisuel est une bonne chose. Je sors du conflit avec Pierre Juquin en l’envoyant aux pelotes, ce que le gouvernement n’aurait pas pu faire. Et cela se termine en eau de boudin. ».

Dès le comité central du PCF du 27 juin 1984, Pierre Juquin a demandé la modernisation du parti communiste. Mais c’était à contre-emploi. Après le désastre électoral de la gauche aux élections européennes de juin 1984 et les manifestations monstres en faveur de l’enseignement libre et contre le projet Savary, le gouvernement de Pierre Mauroy, déstabilisé, allait bientôt démissionner. La question qui se posait chez les communistes, c’était plutôt : leur fallait-il reconduire une alliance socialo-communiste de plus en plus difficile à tenir au sein du gouvernement ? La réponse fut non lors la nomination de Laurent Fabius à Matignon quelques jours plus tard, l’occasion rêvée, le prétexte rêvé des communistes pour quitter le navire.

Pour Pierre Juquin, le 25e congrès du PCF qui s’est tenu à Saint-Ouen du 6 au 10 février 1985 a été sans doute aussi important que son échec aux élections législatives de juin 1981. Ce congrès fut une reprise en main des "orthodoxes" sous la conduite de Georges Marchais, qui a cherché à exclure tous ceux qui voulaient rénover ce parti vieillissant.

Pierre Juquin fut ainsi exclu du bureau politique en 1985, mais resta membre du comité central et a pu s’occuper du désarmement et de la paix dans le monde, une activité qui ne mettait pas beaucoup en danger la direction politique. Cependant, peu écouté au sein du PCF, Pierre Juquin s’est lancé dans une bataille perdue d’avance, celle de vouloir créer un nouveau parti de gauche entre le PS et le PCF, ce qui a abouti à son exclusion du PCF en octobre 1987 lorsqu’il a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle où il a reçu le soutien de la LCR (qui est devenue plus tard le NPA), le PSU et d’une minorité de SOS-Racisme.

Dans sa première intervention de campagne à la télévision, le 11 avril 1988, Pierre Juquin a proposé le droit de vote pour les immigrés (proposition stupide qui a amplifié le vote contestataire en faveur de Jean-Marie Le Pen), la mise à plat des questions de défense nationale et la remise en cause du pouvoir économique (ces deux dernières propositions brillaient par leur flou artistique), et il ajoutait, pour justifier de voter pour lui : « Plus j’aurai de voix au premier tour, plus nous serons forts à gauche afin de faire bouger toute la société française ! », ce qui relevait plutôt de la méthode Coué.





Le 24 avril 1988, Pierre Juquin a recueilli seulement 639 084 électeurs, soit 2,1%, sous l’étiquette de "communiste rénovateur", faisant concurrence au candidat officiel du PCF André Lajoinie (6,8%) et dépassant d’une trentaine de milliers de voix Arlette Laguiller (2,0%). Après son échec, il a continué à militer pour un mouvement communiste rénovateur et écologiste (il a contribué à la création d’un mouvement écologiste, autogestionnaire et socialiste, l’AREV, Alternative rouge et verte), avant de rejoindre Les Verts en 1991 qui se sont transformés en EELV en 2010. En 2006, il apporta cependant son soutien à la candidature de Laurent Fabius lors de la primaire socialiste, mais refusa de soutenir Ségolène Royal finalement choisie.

Pierre Juquin est-il resté un incorrigible utopiste ? Probablement si l’on en juge par ses propos tenus à Jérôme Pilleyre pour "La Montagne" le 1er novembre 2015 : « De fait, avant de s’effondrer sous le poids de ses erreurs, le communisme a sauvé… le capitalisme. (…) À preuve, depuis 1990, la mondialisation, en l’absence de contre-modèle social, tire tout le monde vers le bas ! (…) L’idéal communiste précède et excède le communisme historique. Je pense que la Russie soviétique a sombré parce qu’elle n’était ni assez ni vraiment communiste. Lénine ne pouvait pas ne pas prendre le pouvoir, mais c’était trop tôt. Et c’est à marche forcée que Staline a essayé de combler ce retard en dépit des vicissitudes du siècle. Et, cependant, l’URSS a résisté 70 ans quand, en 1871, la Commune de Paris a tenu 70 jours… ».

Et il a proposé : « Quatre parties, quatre "R" pour résister, c’est-à-dire empêcher que la roue de l’histoire tourne à rebours des conquêtes sociales ; réfléchir sur les causes des erreurs et des crimes du communisme historique ; reconstruire l’utopie ; rassembler, enfin, les expériences, les philosophies, les visions du monde, des marxistes aux croyants, chrétiens ou musulmans progressistes. ».

Commentaire personnel : cette idée que l’URSS n’était pas vraiment communiste est une tarte à la crème. Le fait est que dans tous les pays où des forces communistes ont voulu prendre le pouvoir et ont voulu appliquer le communisme, chaque fois, ce fut un désastre humain. Pourquoi ne pas simplement reconnaître que le communisme est un totalitarisme dépassé et qu’il faut désormais passer à autre chose ? C’était pourtant ce qu’a fait Pierre Juquin en rejoignant le mouvement écologiste il y a une trentaine d’années : « Seule l’écologie paraît porteuse d’avenir. Or celle-ci est objectivement anticapitaliste car elle remet en cause la propriété de l’homme sur la nature et pointe les limites des économies productivistes. ». Toujours cette vision du monde particulièrement anachronique à coup de productivisme, capitalisme, etc.

Un peu plus tard, Pierre Juquin a beaucoup travaillé sur un auteur (communiste) qui a contribué à son éveil intellectuel, le grand poète Louis Aragon, qu’il a bien connu (ils étaient amis depuis 1957). Le 29 novembre 2012 sur France Info, il expliquait : « Aragon a joué un rôle positif depuis mon adolescence. ». Dans une interview pour "Le Nouvel Obs", le 28 novembre 2012, Pierre Juquin a notamment évoqué Louis Aragon médecin militaire de la Première Guerre mondiale : « Il m’a dit : "La chose la plus horrible ? Tu es assis dans la tranchée, et les boyaux du type qui garde cette tranchée tombent dans ta gamelle". Il a tenu des cœurs dans ses mains de médecin. Il a montré un courage prodigieux qui lui a valu la croix de guerre. Il demande à aller en première ligne. Il court pour ramener des blessés dans les lignes. Il est à la fois le chevalier héroïque et le révolté. Car, ce qui l’horrifiait par-dessous tout, c’étaient les mensonges de la propagande. » (propos recueillis par Fabrice Pliskin).

Beaucoup travaillé au point de sortir une biographie remarquable ("Aragon, un destin français", éd. La Martinière, 2012) et de tenir plusieurs conférences, comme celle-ci, sur "Aragon dans la Résistance", le 13 juin 2018 à l’hôtel de ville de Paris.





La vieillesse utile, c’est comme cela qu’il conçoit sa retraite. Dans un article pour honorer un ami disparu, le 12 septembre 2017, Pierre Juquin a terminé ainsi : « Sa disparition a changé quelque chose dans ma vie. (…) Il faut encore se lever, boire et manger, lire et écrire, agir, parler. Travailler. Travailler surtout. Pour être un peu utile. » (sur le site louisaragon-elsatriolet.org).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pierre Juquin.
Le congrès de Tours.
Trotski.
Le Pacte germano-soviétique.
Liliane Marchais.
Georges Marchais.
Fais les valises, on rentre à Paris !
Gaston Plissonnier.
Jean Ferrat.
Roland Leroy.
Georges Séguy.
Le communisme peut-il être démocratique ?
Karl Marx.
Claude Cabanes.
Michel Naudy.
Paul Vaillant-Couturier.
La Révolution russe de 1917.
Jacques Duclos.
Staline.
Front populaire.
Jean Jaurès.
Léon Blum.

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16 février 2021 2 16 /02 /février /2021 03:14

« Tout cela m’emmène en terrain inconnu, là où sont, je crois, mes plus grandes faiblesses romanesques : il aurait fallu accéder à la psychologie du personnage, au code source de ma page Wikipédia, et expliquer pourquoi, malgré son enfantin désir de faire corps avec l’histoire, d’en être une puissance océanique, on assiste plutôt, chez ce rêveur incorrigible qui crut voir passer Bonaparte là où il n’y avait que Dupont-Aignan, à la répétition d’une structure mentale : mon personnage se représenterait le monde comme un échiquier et quand il verrait un coup à jouer, une case vide, il foncerait en se disant que s’il tient sa position, il n’est plus qu’à deux ou trois coups du pouvoir absolu. Mais à chaque fois, il oublie de vérifier qu’il n’est pas sur la trajectoire d’un fou plus rectiligne que lui, et qui viendrait immanquablement lui manger le pion. » (Aurélien Bellanger, le 27 janvier 2020 sur France Culture).



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Ce mardi 16 février 2021, l’éditorialiste politique inclassable Dominique Jamet fête ses 85 ans (il est né à Poitiers). Cet âge très avancé ne semble pas l’empêcher de poursuivre ses activités de commentateur passionné de la vie politique. On peut encore le "rencontrer" sur certains plateaux de télévision (notamment sur LCI) et probablement qu’il a encore en préparation quelques ouvrages bien troussés sur des faits historiques ou des idées politiques.

Contrairement à Aurélien Bellanger, producteur radio et écrivain, qui est "un peu" plus jeune que moi, j’ai "connu" Dominique Jamet (pas personnellement) il y a déjà très longtemps. Au début des années 1980, il était dans mon "triumvirat" d’éditorialistes politiques du matin (en semaine) sur les trois grandes radios : Dominique Jamet faisait sa chronique politique sur France Inter vers 7 heures 10, ensuite, Alain Duhamel sur Europe 1 vers 7 heures 25 (on en entendait le sourire), enfin, pour bien être en retard le matin, l’incommode Philippe Alexandre sur RTL vers 7 heures 45. Je l’ai connu donc surtout par la voix, une voix très reconnaissable, un peu cassée, sérieuse, plutôt peu "autoritaire".

Il n’est pas resté très longtemps sur France Inter. Quand j’écris "au début des années 1980", c’était bien sûr juste après la victoire de François Mitterrand et l’arrivée de la gauche socialo-communiste au pouvoir. À l’époque, j’étais persuadé que Dominique Jamet était "socialiste", du moins, soutenait François Mitterrand, ce qui, il faut bien me l’avouer, coïncidait mal avec ce qu’on pouvait connaître de Dominique Jamet plus récemment, à partir des années 2000, une pensée souverainiste, eurosceptique, certes intelligente et cultivée, car ces deux caractéristiques ne lui ont jamais fait défaut et au contraire d’Éric Zemmour, lui aussi intelligent et cultivé, Dominique Jamet n’a jamais été (à ma connaissance) de mauvaise foi, il n’a jamais été un provocateur pour simplement augmenter les ventes de ses bouquins, et d’ailleurs, à cet égard, on peut même dire que la passion de Dominique Jamet a fait un peu oublié ses intérêts propres, quand on regarde sa carrière de journaliste.

Et effectivement, Dominique Jamet a soutenu et voté François Mitterrand tant en 1981 qu’en 1988. Cela lui a valu d’ailleurs d’être renvoyé du "Quotidien de Paris" après son appel à la candidature de François Mitterrand en décembre 1987 (à l’époque, François Mitterrand semblait encore hésiter à solliciter le renouvellement de son premier septennat).

Cela ne coïncidait pas trop car par la suite, il s’est quand même retrouvé vice-président de Debout La République puis Debout la France (DLF) du 16 novembre 2013 au 28 avril 2017, candidat tête de liste DLF en Île-de-France aux élections européennes de mai 2014 (3,8% des voix). Il a quitté Debout la France le 28 avril 2017 pour s’opposer fermement au soutien de Nicolas Dupont-Aignan, président de DLF, à la candidature de Marine Le Pen entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2017.

Comme le disait Aurélien Bellanger : « (…) Avec une boussole morale encore en état de marche : s’il a joué, incontestablement, beaucoup de positions simultanées sur l’échiquier politique, il semble avoir placé sur les extrêmes de celui-ci des rebords insurmontables. ». La morale a primé en effet sur le calcul politicien chez Dominique Jamet, c’est probablement la raison pour laquelle il n’a jamais réussi à devenir ministre, comme il en aurait eu (peut-être) envie, lui qui a été collaborateur (secrétaire) d’un Secrétaire d’État à la Défens nationale du 20 juin 1969 au 5 juillet 1972, André Fanton, l’un des rares anciens ministres de Georges Pompidou encore vivant aujourd’hui.

La passion de la politique, à l’évidence, Dominique Jamet l’a et il suffit de l’écouter commenter l’actualité à la télévision. Un exemple parmi d’autres, le 15 novembre 2016 sur LCI, peu avant le premier tour de la primaire LR de 2016, Dominique Jamet restait ainsi très sceptique sur la victoire du maire de Bordeaux Alain Juppé, soulignant une remontée exceptionnelle dans les sondages de François Fillon.





Dans sa chronique du 27 janvier 2020 sur France Culture (intitulée un peu facilement : "Il ne faut jamais dire Jamet : l’improbable itinéraire politique d’un personnage romanesque", Aurélien Bellanger s’étonnait surtout des positions politiques très divergentes que Dominique Jamet, qualifié pour l’occasion d’un "intriguant caméléon de la politique", a eu l’occasion de prendre au cours de sa vie : « C’est le type de personnalité dont les engagements successifs, en couvrant la quasi-totalité du spectre politique, ressemble à des transits complets sur le zodiaque, remplis de chimères et de monstres de la vie politique française. ».

Le soutien qu’il a apporté à François Mitterrand ne l’a pas empêché de s’engager dans la bataille électorale aux élections municipales de Châtellerault en mars 1983 : candidat apolitique au premier tour, il a fusionné avec la liste du maire sortant centriste Jean-Pierre Abelin qui a finalement été battue par la ministre socialiste Édith Cresson au second tour (Dominique Jamet fut alors conseiller municipal d’opposition pendant six ans).

Dominique Jamet a toutefois soutenu la liste PS de Laurent Fabius aux élections européennes de juin 1989. Il a soutenu aussi le "oui" au Traité de Maastricht au référendum de septembre 1992. En revanche, il s’est opposé à la guerre du Golfe en 1991 ainsi qu’à l’intervention de l’OTAN en ex-Yougoslavie en 1999. Il a soutenu ensuite Jean-Pierre Chevènement à l’élection présidentielle de 2002 puis a rejoint Nicolas Dupont-Aignan en juillet 2012. C’est un parcours assez peu lisible.

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Est-ce le milieu familial que voulait cette valse des étiquettes ? Sa mère est morte d’un cancer quand il avait 5 ans. Son père Claude Jamet, romancier et essayiste de renom, avait prôné la collaboration par pacifisme sous l’Occupation et fut membre de la SFIO avant la guerre (proche de Léon Blum). Son grand frère Alain Jamet, ancien conseiller régional FN  et ami de jeunesse de Jean-Marie Le Pen, fut le premier vice-président du FN entre 2011 et 2014. Son fils Marc-Antoine Jamet, actuellement conseiller régional et maire PS, secrétaire général du groupe LVMH depuis 2001, président du Jardin d’acclimatation à Paris-Boulogne depuis 2004, président du CNED depuis 2011, fut le directeur cabinet d’Henri Emmanuelli premier secrétaire du PS entre 1994 et 1995 et directeur de cabinet de Laurent Fabius président du groupe PS à l’Assemblée Nationale entre 1995 et 1997. Enfin, sa nièce France Jamet, ancienne élue de Montpellier, conseillère régionale FN et amie d’enfance de Marine Le Pen, est députée européenne FN depuis 2017.

Dominique Jamet, soucieux de son indépendance intellectuelle, a toujours refusé de quémander des postes de la République, notamment à l’époque de la Mitterrandie triomphante. La seule fonction réellement officielle qu’a occupée Dominique Jamet, ce fut celle de président de l’établissement public de la Bibliothèque de France, du 24 novembre 1989 au 21 janvier 1994, nommé par décret du Président de la République François Mitterrand et du Premier Ministre Michel Rocard.

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On peut d’ailleurs écouter une (longue) interview passionnante de 1997 dans laquelle Dominique Jamet racontait son aventure personnelle de la Très Grande Bibliothèque à Tolbiac.





Ancien élève du lycée Louis-le-Grand à Paris, Dominique Jamet a collaboré avec beaucoup de journaux et revues de la presse écrite, notamment "Combat", "Journal des arts", "France-Soir", "Le Figaro", "L’Aurore", "Le Quotidien de Paris", "L’Esprit libre", "Marianne", "Le Bien public", également "Backchich Hebdo" et il a contribué à fonder le site Boulevard Voltaire dont il fut le directeur de publication et qu’il a rapidement quitté en raison de la ligne éditoriale.

Écrivain, il a publié une vingtaine d’ouvrages, souvent des essais politiques et des essais historiques (sur Jean Jaurès par exemple), également une autobiographie. Ces livres (dont certains furent récompensés par un prix par l’Académie française et par France Télévisions notamment) montrent son goût pour l’histoire de France (la passion pour la politique n’est que la conséquence de la passion pour l’histoire) et un style assez plaisant à lire avec le sens de la formule.

Le message est souvent clair dans son récit, comme ceci : « À l’usage, il m’apparut que cet intarissable bavard, faussement jovial, ne parlait jamais au hasard, et ne disait que ce qu’il voulait bien dire, qu’il distillât au compte-gouttes de rares confidences ou qu’il se lançât au contraire dans d’interminables récits à mi-voix, alléchant, appâtant, provoquant, prêchant le faux pour savoir le vrai. » ("Passage du témoin", éd. Flammarion, 1993). Il a aussi la formule heureuse : « S’il suffisait pour être Victor Hugo de courir après tout ce qui porte jupon, le Panthéon aurait affiché complet bien avant 1885. » ("Notre après-guerre : Comment notre père nous a tués, 1945-1954", éd. Flammarion, 2003).

Son excellent livre sur "La Chute du Président Caillaux", chez Pygmalion (2013), est très intéressant à lire pour tous ceux qui veulent bien comprendre le début du Vingtième siècle.

Sur l’impréparation à la guerre : « La crise franco-allemande de 1911, heureusement dénouée par Caillaux, avait ouvert les yeux aux responsables civils et militaires sur l’exceptionnel état d’impréparation de notre armée. Bien que le monde entier fût censé nous envier notre incomparable corps d’officiers et nos prodigieux sous-officiers à nuls autres pareils, les dernières manœuvres, en 1912, avaient confirmé et mis en lumière, en présence des observateurs professionnels délégués par tous les pays intéressés, outre les lacunes de notre armement et les insuffisances de notre entraînement, la médiocrité, pour ne pas dire plus, de notre encadrement, du haut en bas de l’échelle de commandement. Notre ceinture de forteresses, notre artillerie lourde, notre marine, tout était à moderniser, à renforcer, à revoir. ».

Sur la "supposée instabilité" de la Troisième République : « L’incohérence, le désordre, la discontinuité sont plus apparents que réels. Ne pas confondre la IIIe République en son âge d’or avec la IIIe agonisante des années trente, et moins encore avec la IVe, congénitalement sujette à la danse de saint Guy. Entre 1900 et 1914, les gouvernements se suivent, mais les gouvernants demeurent. C’est la continuité dans le changement, la stabilité dans l’instabilité. Sur la période considérée, quinze ministères se sont succédé, ce qui donnerait un peu moins d’un an par gouvernement. Mais si l’on tient compte que Briand a quatre fois formé et dirigé un gouvernement, on tombe à douze Présidents du Conseil. Si l’on considère que Clemenceau était le véritable chef du gouvernement Sarrien, que Monis puis Doumergue n’ont été que les prête-noms de Caillaux, que Poincaré a été lee marionnettiste, Barthou et Viviani ses marionnettes, on ne trouve plus que six Premiers Ministres effectifs en quatorze ans, sois Waldeck-Rousseau pendant trois ans, Combes trois ans, Clemenceau plus de trois ans (dont six mois de Présidence nominale pour Sarrien), Poincaré deux ans (dont Barthou neuf mois et Viviani trois mois), Briand vingt et un mois, et Caillaux dix-huit mois (dont Monis trois mois et Doumergue sept mois), ce qui aboutit à relativiser sérieusement la supposée instabilité du régime. ».

Sur la tentative de putsch à l’enterrement de Félix Faure : « Au lendemain de la mort accidentelle de Félix Faure, disparu en action, comme disent les Américains, le désordre est dans les esprits et dans la rue. Au nez et à la barbe d’un gouvernement tétanisé, sous l’œil paterne de la police et le regard bienveillant de la caste militaire, nationalistes, plébiscitaires, ligueurs, arrogants et impunis, tiennent le haut du pavé. Déroulède, dangereux farfelu, et d’autant plus dangereux qu’il est sincère, saisit l’occasion des obsèques solennelles du Président défunt pour prendre par la bride le cheval du général commandant les troupes mobilisées par la pompe funèbre, enjoint à ce général de marcher sur l’Élysée, et ce général hésite un moment avant de résister à l’ordre donné par le poète factieux ! Trois mois plus tard, le 4 juin 1899, sur l’hippodrome de Longchamp, un énergumène en jaquette et haut-de-forme, suivi d’une petite bande de voyous élégants et titrés, tous membres du Jockey Club ou du Cercle de l’Union, force l’entrée de la tribune officielle et abat sa canne sur le chapeau du nouveau chef de l’État, le Président Émile Loubet, avant que le service d’ordre se décide à intervenir. ».

Je termine par ce passage du "Passage du témoin" déjà cité : « Non seulement la justice et l’opinion nous condamneraient, mais nous nous sentirions coupables. Nous nous autocensurons, nous cherchons des compensations, des satisfactions, des victoires au lit, au jeu, dans la vie professionnelle. Et puis, de temps à autre, l’un d’entre nous se laisse aller, et il a toute la société sur le dos. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Dominique Jamet.
Olivier Duhamel.
Patrice Duhamel.
André Bercoff.
Jean-Louis Servan-Schreiber.
Alfred Sauvy.
Claude Weill.
Irina Slavina.
Anna Politkovskaïa.
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210216-dominique-jamet.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-mystere-dominique-jamet-230979

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/02/02/38793811.html







 

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