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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 01:45

« De par le roi, laissez aller les vaillants combattants et, sous peine de la vie qu’il soit fait aucun signe de la main, du pied, de l’œil, et de la voix ou en toussant, ni autre faveur de l’un et de l’autre. ».


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Quand on me parlait de "coup de Jarnac", je ne pouvais pas m’empêcher d’y associer dans ma tête la figure manœuvrière de François Mitterrand, né et enterré à Jarnac. Mais l’expression ne vient évidemment pas de lui. Il faut remonter plusieurs siècles dans l’histoire de France. Le coup de Jarnac a eu lieu précisément il y a quatre cent soixante-dix ans, le 10 juillet 1547 (avec le changement du calendrier julien en grégorien, un peu moins, en fait) dans un pré clos devant le château de Saint-Germain-en-Laye.

Il faut en effet retourner dans les temps anciens où un déshonneur, un affront verbal, se lavait dans le sang stupide des duels. La susceptibilité ou la colère devaient s’exprimer d’une manière ou d’une autre et il n’existait pas encore de "réseaux sociaux virtuels" ou de "forum Internet" qui permettaient d’insulter son prochain en tout anonymat et sans coup férir.

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Prenons les deux protagonistes. L’offensé était Guy Chabot de Saint-Gelais, futur baron de Jarnac (ah, voilà le Jarnac). Il avait 33 ans et s’était marié sept ans auparavant avec Louise de Pisseleu, la sœur d’Anne de Pisseleu, la duchesse d’Étampes, une des maîtresses de François Ier (je devrais écrire "favorites"). Le duché d’Étampes fut spécialement créé par le roi en 1536 pour un seigneur ruiné, Jean IV de Brosse, gouverneur de Bretagne, qu’on maria avec la maîtresse en question pour qu’elle fût "quelque chose".

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Anne de Pisseleu, favorite dès l’âge de 18 ans (elle est née fin 1508) et jusqu’à la mort du roi (31 mars 1547), avait beaucoup d’influence sur François Ier. Par exemple, elle l’encouragea à disgracier le connétable de Montmorency en 1541. Elle était considérée comme « la plus savante des belles et la plus belle des savantes ». Anne de Pisseleu fut disgraciée à la mort de François Ier en raison de la grande jalousie de Diane de Poitiers, maîtresse du dauphin qui devint le nouveau roi, Henri II.

Quelques mois avant la mort de François Ier, pour soutenir Diane de Potiers contre Anne de Pisseleu, le futur Henri II fit propager une rumeur sur le proche de cette dernière qu’était Guy Chabot (il était son beau-frère), selon laquelle Guy Chabot pouvait s’habiller très élégamment parce qu’il avait les faveurs avec la seconde femme de son père.

Guy Chabot a dû alors se justifier auprès de son propre père, lui assurer qu’il n’en était rien, et voulait évidemment laver son honneur dans un duel. Mais c’était impossible d’imaginer de provoquer le dauphin du roi en duel. Pour défendre le dauphin qui était son ami, François de Vivonne, frère de Charles, seigneur de La Châtaigneraie, filleul de François Ier, 27 ans au moment du duel, se désigna comme l’auteur de ces rumeurs pour permettre le duel. François de Vivonne était un guerrier très agile et très solide, courageux et très fort en escrime, querelleur, vaniteux, frimeur...

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Cependant, François Ier n’a jamais autorisé à Guy Chabot ce duel, qu’il considérait comme futile et provoqué par de dérisoires jalousies féminines. Après la mort du roi, le successeur Henri II était au contraire tout à fait partant, trop heureux de permettre à son ami de donner une leçon à ce Chabot qui faisait partie du mauvais camp (l’une des raisons de la rivalité de Diane la catholique, c’était la religion puisque, poussé par sa femme, Chabot se fit calviniste après son duel). Il n’y avait aucun doute sur l’issue du duel : la victoire de François de Vivonne était attendue car c’était un véritable athlète.

Quand Guy Chabot demanda au nouveau roi de faire ce duel, il avait alors entre-temps fait un entraînement avec un maître d’escrime italien (le capitaine Caize) qui lui enseigna notamment un coup de revers qui n’était pas connu de son adversaire ni des Français en général à cette époque.

Le duel fut organisé avec tout le protocole le 10 juillet 1547 à Saint-Germain-en-Laye, en présence du roi Henri II et de sa cour (Henri II fut sacré roi le 26 juillet 1547). Après quelques échanges de coups, le baron de Jarnac utilisa la méthode proposée par son professeur et porta l’épée à l’arrière de la jambe de son opposant qui, blessé, s’effondra. Malgré un sursaut de résistance de son adversaire, Guy Chabot fut proclamé vainqueur par le roi, sous les applaudissements des spectateurs, et le roi en a voulu à son ami d’avoir perdu : « Vous avez fait votre devoir, Jarnac, et vous est votre honneur rendu. Qu’en enlève le seigneur de La Châtaigneraie. ».

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François de Vivonne, pourtant très réputé en escrime, avait été déstabilisé par ce "coup de Jarnac", inconnu et inattendu, se retrouva dans l’indignité de la foule et se sentit tellement humilié qu’il refusa de soigner sa plaie, ce qui fit qu’il est mort le lendemain. Ayant perdu un ami cher, Henri II a alors interdit définitivement ce genre de duel complètement stupide.

Ainsi, la définition précise de l’expression fut la suivante : « Le coup de Jarnac désigne une attaque loyale mais imprévue et décisive. ». Et aussi : « une expression synonyme d’habileté et d’ingéniosité ».

Le dictionnaire de Trévoux, publié par les Jésuites en 1771, y plaça une connotation péjorative : « Coup mortel et imprévu. (…) Ce qui se prend toujours en mauvaise part, pour un tour auquel on ne s’attend pas, qui ruine quelqu’un, ou détruit la fortune, par allusion au duel où Jarnac tua La Châtaigneraie par un coup imprévu. ».

Le Littré a rétabli la neutralité à la fin du XIXe siècle : « Ce coup fut trouvé très habile et fournit une expression proverbiale, qui a pris un sens odieux ; mais c’est un tort de l’usage, car le coup de Jarnac n’eut rien que de loyal, et le duel se passa dans toutes les règles de l’honneur. ». Le Larousse aussi.

Quant à Guy Chabot, son destin ne fut pas plus heureux que celui de son opposant. S’il a eu une belle carrière comme sénéchal du Périgord, gouverneur de La Rochelle et maire de Bordeaux, il succomba à 70 ans au cours d’un autre duel le 6 août 1584. Henri II aussi succomba de ses blessures, à 40 ans, onze jours après un tournoi contre Gabriel de Montgommery, le 10 juillet 1559 (encore un 10 juillet). Un tournoi toujours aussi stupide, puisque le roi voulait encore frimer devant les belles dames de la cour…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le coup de Jarnac.
Concini.
Henri IV.
Philippe V.
François Ier.
Louis XIV.
Lully.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170710-coup-jarnac.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/etonnant/article/le-coup-de-jarnac-pour-les-nuls-194879

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/07/10/35455491.html


 

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 06:46

« Je pardonne à tous, que tous me pardonnent ! Que mon sang prêt à couler soit répandu pour le bien du pays. Vive le Mexique ! Vive l’indépendance ! » (19 juin 1867).


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Il y a cent cinquante ans, le 19 juin 1867, Maximilien Ier, empereur du Mexique, a succombé sous les balles d’un peloton d’exécution, à Querétaro, au Mexique. Homme droit et courageux, victime du cynisme des cours européennes, il était encore jeune, à peine 35 ans (né le 6 juillet 1832 à Vienne). L’aventure napoléonienne du Mexique s’est en quelques sortes conclue de cette manière…

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Maximilien était le petit frère de François-Joseph 1er, ce dernier de deux ans son aîné (né le 18 août 1830). François-Joseph fut le grand empereur d’Autriche qui régna sur l’Europe centrale du 2 décembre 1848 au 21 novembre 1916, en pleine Première Guerre mondiale. Maximilien portait alors le titre d’archiduc d’Autriche et de prince de Hongrie. Préféré à son frère par leur mère Sophie de Bavière, il était aussi plus populaire un peu plus tard que son frère empereur parce qu’il avait épousé les idées libérales de son temps, du XIXe siècle industriel.

L’Autriche-Hongrie avait acquis la Lombardie et la Vénétie lors du Congrès de Vienne, en 1815, et donc, François-Joseph Ier fut également roi de cette région autour de Milan et de Venise, deux grands centres économiques dont la population restait opposée à la domination autrichienne.

Entre le 18 et le 22 mars 1848, les Autrichiens furent chassés de Milan et de Venise, mais les Autrichiens sont revenus à Milan le 25 juillet 1848 et à Venise le 24 août 1849. Victor-Emmanuel II se retrouva roi de Sardaigne le 28 juillet 1849 après l’abdication de son père Charles-Albert de Sardaigne qui venait d’être battu par l’Autriche.

Pour apaiser cette colère en Lombardie-Vénétie, François-Joseph Ier nomma le 2 septembre 1857 son frère Maximilien à la tête de ce territoire, avec le titre de vice-rois de Lombardie-Vénétie (il le resta jusqu’au 10 avril 1859). Maximilien venait de se marier (le 27 juillet 1857 avec Charlotte de Belgique, fille du roi des Belges), et il s’installa près de Trieste (au château de Miramar). Ses idées libérales ont permis de pacifier le climat sans pour autant empêcher une nouvelle guerre pour l’unification de l’Italie voulue par Cavour, Premier Ministre de Sardaigne (depuis le 4 novembre 1852), et par Garibaldi.

Le 21 juillet 1858 à Plombières (dans les Vosges) se sont réunis Napoléon III et Cavour pour sceller une alliance secrète entre la France et Victor-Emmanuel II qui fut ratifiée le 26 janvier 1859 à Turin. L’accord prévoyait qu’en échange de l’aide française pour protéger la Sardaigne contre une attaque autrichienne, la France recevrait la Savoie et Nice (ce qui n’a pas du tout réjoui Garibaldi, originaire de Nice).

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François-Joseph Ier précipita les événements en déclarant la guerre à la Sardaigne le 26 avril 1859. Les armées italiennes et françaises ont repoussé l’attaque et le 5 juin 1859, les Autrichiens furent évacués de Milan. Victor-Emmanuel II et Napoléon III entrèrent triomphalement à Milan le 7 juin 1859. La guerre se termina le 12 juillet 1859 avec l’annexion de la Lombardie au Royaume de Sardaigne et la cession de la Savoie et de Nice à la France, formalisées dans le Traité de Zurich le 11 novembre 1859 (l’Autriche garda la Vénétie jusqu’au 18 octobre 1866).

Napoléon III continua à impliquer les troupes françaises dans la marche vers l’unité italienne (ce que contesta notamment Victor Hugo). Le peuple autrichien était très mécontent du retrait autrichien de Milan et rendait leur empereur responsable de cet échec. Il réclamait alors son abdication en faveur du populaire Maximilien.

Peu de temps après, Maximilien allait devenir le monarque rêvé d’un Mexique en voie de décomposition politique. Très interventionniste, Napoléon III voulait profiter de la guerre de Sécession et de l’indisponibilité des troupes des États-Unis pour s’implanter au Mexique et y construire une nation industrialisée alliée à la France qui rivaliserait avec les États-Unis. Selon Eugène Rouher, c’était "la plus grande pensée du règne". Les troupes françaises furent présentes au Mexique du 8 décembre 1861 au 21 juin 1867, pour une véritable guerre de conquête qui fit des milliers de morts.

Parallèlement, l’intérêt du Mexique, pour ses conservateurs catholiques qui avaient demandé de l’aide à l’Europe, était d’instaurer une monarchie catholique pour contrebalancer la république protestante américaine. Ils voulaient ainsi placer un monarque catholique européen et Maximilien, issu de la Maison de Habsbourg-Lorraine, correspondait bien au profil souhaité. Maximilien accepta le principe de devenir l’empereur du Mexique le 10 octobre 1863 (on le lui avait proposé le 11 juillet 1863) et il accepta les conditions à Paris, en début mars 1864, en particulier celle qui le faisait renoncer définitivement à ses droits sur la couronne d’Autriche.

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Maximilien fut déclaré officiellement empereur le 10 avril 1864 et il débarqua sur les côtes mexicaines le 28 mai 1864, à Veracruz. Il fut accueilli comme un héros à Mexico le 12 juin 1864. Sans enfant, Maximilien adopta les petits-fils du seul empereur du Mexique avant lui, Augustin Ier (empereur du 19 mai 1822 au 19 mars 1823), afin d’assurer l’avenir dynastique.

Maximilien avait accepté cette curieuse couronne car il avait déjà voyagé en Amérique latine. Il aurait dû se marier avec la princesse Marie-Amélie du Brésil, qui faisait partie de sa famille et qu’il avait revue lors d’une escale au Portugal début 1852 (il servait dans la marine autrichienne), mais Marie-Amélie mourut de tuberculose avant leurs fiançailles (le père de cette malheureuse princesse était roi du Portugal et empereur du Brésil).

Une fois marié avec Charlotte, il resta très nostalgique de son premier amour et fit même en janvier 1859 le voyage au Portugal puis au Brésil : « Fidèle à ma parole, je reviens chercher sur les flots de l’océan un repos que l’Europe chancelante ne peut plus donner à mon âme agitée. Mais une mélancolie profonde me saisit quand je compare les deux époques. Il y a sept ans, je m’éveillais à la vie, et je marchais allègrement vers l’avenir ; aujourd’hui, je ressens déjà la fatigue ; mes épaules ne sont plus libres et légères, elles ont à porter le fardeau d’un amer passé. ».

Revenons à son empire mexicain. Maximilien s’inspira de l’action de l’empereur du Brésil Pierre II, le demi-frère de Marie-Amélie, qu’il considéra comme son tuteur. Après la guerre civile, le pays restait au bord de l’anarchie. Malheureusement pour lui, les décisions qu’il prenait n’étaient mises en œuvre que dans les zones occupées par les troupes françaises (dirigées par le maréchal Bazaine particulièrement brutal avec la population).

Les troupes françaises durent quitter rapidement le Mexique pour venir en aide à Napoléon III pour le défendre des Prussiens  (d’autant plus que les Autrichiens avaient été battus à Sadowa le 3 juillet 1866). Si bien que sans protection française, Maximilien n’avait plus beaucoup de puissance face aux républicains libéraux menés par Benito Juarez, lui-même Président du Mexique du 15 janvier 1858 au 17 juillet 1872, y compris lorsque Maximilien y régnait car tout le territoire mexicain n’était pas sous le contrôle impérial.

Benito Juarez avait fait adopter des lois de modernisation de l’État mexicain, notamment des lois de laïcité un peu équivalentes à celle, future, du 9 décembre 1905 en France. Le pays était très endetté et Benito Juarez a suspendu le 17 juillet 1861 le remboursement de la dette, ce qui provoqua l’expédition du Mexique par la France, le Royaume-Uni, la Belgique, l’Autriche et l’Espagne. Le gros du contingent était surtout français.

Maximilien aurait dû se méfier puisque son seul prédécesseur Augustin fut fusillé le 19 juillet 1824 (à l’âge de 40 ans) lors de son retour au Mexique après un court exil à Londres. Au lieu de retourner en Europe, se croyant populaire auprès des habitants (ce qui était faux en raison de la brutalité des forces françaises qui venaient de partir), il envoya son épouse demander un soutien financier et militaire à la France mais Napoléon III le lui refusa, ainsi que le pape Pie IX.

Les troupes des républicains, soutenues officieusement par les États-Unis (la guerre de Sécession venait de s’achever), ont reconquis progressivement tout le Mexique, laissant seulement quatre villes aux mains de l’empereur.







Le 4 mars 1867, les troupes impériales furent assiégées à Querétaro et le 15 mai 1867, probablement en raison de la dénonciation d’un proche, Maximilien, qui avait refusé d’abdiquer, fut arrêté. Son frère, le puissant empereur d’Autriche, n’a pas pu faire grand chose pour lui si ce n’est le rétablir dans ses droits successoraux. Maximilien croyait que les républicains l’auraient laissé quitter le Mexique et regagner l’Europe. C’était sans compter sur l’esprit de vengeance de Benito Juarez.

En effet, une cour martiale installée dans un théâtre l’a condamné à mort, conformément à la volonté de Benito Juarez. L’exécution a eu lieu le 19 juin 1867 vers sept heures du matin. Avant de mourir, il a fait parvenir un médaillon, qu’il avait toujours avec lui et qui représentait Marie-Amélie, à la mère de celle-ci pour lui dire qu’il a quitté la vie en contemplant l’image de celle qui aurait dû devenir sa femme.

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Trois hommes se dressèrent devant le peloton d’exécution : Maximilien et ses deux généraux Miguel Miramon et Tomas Mejia. La gravure représentant la sortie de Maximilien du couvent où il était interné pour son lieu d’exécution (issue d’une peinture de Jean-Paul Laurens datant de 1882) a fait l’objet d’une parodie récurrente par Pierre Desproges, dans son "Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis", au même titre que la célèbre peinture "Guernica" de Picasso dans son "Almanach" de 1988.

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Beaucoup de représentations de l’exécution ont été réalisées car celle-ci avait ému de nombreux artistes dont le plus illustre fut le peintre Édouard Manet qui consacra une année à réaliser plusieurs esquisses et tableaux sur ce thème. Le corps fut par la suite transféré à Vienne.

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Quant à sa femme Charlotte, qu’il avait renvoyée en Europe le 9 juillet 1866 pour chercher de l’aide, elle perdit la raison et fut internée d’abord au château de Miramar puis rapatriée en Belgique avant de mourir à 86 ans le 19 janvier 1927, bien après tous les empires centraux.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Maximilien Ier du Mexique.
Napoléon Ier.
Napoléon III.
Le Traité de Vienne.
Thiers.
Victor Hugo.
Sarajevo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170619-maximilien-mexique.html

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/maximilien-l-archidupe-execution-d-194170

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 00:19

« En dépit de leur pensée et malgré leur orgueil, je doute un peu que le sort lointain des hommes soit plus enchanteur que celui des dinosaures. C’est drôle : s’il fallait parier, je parierais plutôt sur Dieu, tombé si bas dans nos sondages, que sur les hommes si contents d’eux. » (Jean d’Ormesson, "Comme un chant d’espérance", 12 juin 2014).


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Le premier tour de l’élection présidentielle de ce dimanche 23 avril 2017 aura cette particularité que l’incertitude ne pèse pas sur deux ni trois candidats, mais sur quatre candidats. Les derniers sondages donnent en effet des indications de resserrement de vote pour les quatre principaux candidats de 2017.

Par ailleurs, les sondages sur les seconds tours réalisés avant le premier tour n’ont pas beaucoup de pertinence puisque les deux candidats du second tour ne sont pas encore connus. De plus, les dynamiques de premier tour peuvent modifier une logique très arithmétique qui pourrait influencer les personnes sondées. Ces sondages de second tour n’ont pas plus d’intérêt que des sondages de duel entre deux "petits candidats" qui, nécessairement, donneraient un vainqueur mais d’une bataille qui n’aura jamais lieu.

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Le vote populaire lèvera rapidement ce suspens dramatique. Il m’a paru intéressant de relire les derniers sondages lors des campagnes des neuf précédentes élections présidentielles depuis l’adoption du suffrage universel direct pour cette élection, à savoir depuis 1965.

J’ai répertorié ici l’historique du dernier sondage en date avant le premier tour de chaque élection présidentielle depuis 1965, et j’ai mis entre parenthèses le résultat réel du vote en % des suffrages exprimés.

Les élections de 1969 et de 1974 ont eu des campagnes très courtes (quelques semaines seulement) en raison de leur organisation anticipée. Jusqu’à il y a trois élections, la publication des sondages était interdite pendant les deux dernières semaines. Maintenant, seulement les deux derniers jours (fin de la campagne officielle). Au fil du temps, les sondages se sont multipliés, les instituts de sondages aussi, et leur méthode s’est affinée, mais pas leurs "prédictions".

Comme on le voit ci-dessous, il y a toujours eu des surprises entre ce qui était attendu des sondages et ce qui est réellement arrivé. Parfois, pas dans le sens imaginable. On peut aussi voir que certains résultats ont été parfaitement anticipés par ces "sondages".

Comme toujours, il faut rappeler qu’un sondage n’est qu’une photographie plus ou moins exacte d’un état de l’opinion. Prendre le dernier sondage avant le scrutin rapproche de la réalité électorale sans pour autant la prévoir. Il se trouve que beaucoup d’électeurs se déterminent au dernier moment (peut-être plus en 2017 qu’en 1965) et qu’il y a donc une part d’incertitude associée.


1. Premier tour du 5 décembre 1965

Sondage de référence : IFOP les 1er et 2 décembre 1965.

Charles De Gaulle : 43,0% (44,7%).
François Mitterrand : 27,0% (31,7%).
Jean Lecanuet : 20,0% (15,6%).
Jean-Louis Tixier-Vignancour : 7,0% (5,2%).

François Mitterrand avait été sous-évalué et Jean Lecanuet surévalué.


2. Premier tour du 1er juin 1969 (démission de De Gaulle)

Sondage de référence : IFOP le 27 mai 1969.

Georges Pompidou : 40,0% (44,5%).
Alain Poher : 31,0% (23,3%).
Jacques Duclos : 17,0% (21,3%).
Gaston Defferre : 7,0% (5,0%).
Michel Rocard : 3,0% (3,6%).

Alain Poher s’est effondré en fin de campagne, sur le point d’être dépassé par Jacques Duclos en pleine ascension. Georges Pompidou a été sous-évalué et Gaston Defferre (candidat officiel des socialistes, en binôme avec Pierre Mendès France) surévalué.


3. Premier tour du 5 mai 1974 (mort de Pompidou)

Sondage de référence : IFOP le 3 mai 1974.

François Mitterrand : 45,0% (43,3%).
Valéry Giscard d’Estaing : 30,0% (32,6%).
Jacques Chaban-Delmas : 15,0% (15,1%).

Sondage à peu près conforme aux résultats réels du vote. C’est le seul scrutin où il n’y a pas eu véritablement de "surprise" par rapport aux derniers sondages.

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4. Premier tour du 26 avril 1981

Sondage de référence : TNS Sofres le 24 avril 1981.

Valéry Giscard d’Estaing : 27,5% (28,3%).
François Mitterrand : 21,5% (25,9%).
Georges Marchais : 19,0% (15,3%).
Jacques Chirac : 18,5% (18,0%).

Si Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac ont été correctement évalués, François Mitterrand manifestement a été sous-évalué et Georges Marchais surévalué, perdant du terrain dans une sorte de "vote utile" en faveur de son concurrent socialiste (on ne pouvait imaginer Georges Marchais capable de gagner un second tour). Le sondage montrait une possible incertitude de présence au second tour entre Georges Marchais et François Mitterrand, et pourtant, à la fin, dans les urnes, plus de 10% les ont séparés. Il est possible que ce scénario se renouvelle le 23 avril 2017 (dans un sens que je ne connais pas encore).


5. Premier tour du 24 avril 1988

Sondage de référence : Sofres les 20 et 21 avril 1988.

François Mitterrand : 35,0% (34,1%).
Jacques Chirac : 23,5% (20,0%).
Raymond Barre : 16,5% (16,5%).
Jean-Marie Le Pen : 12,0% (14,4%).
André Lajoinie : 7,0% (6,8%).

Si François Mitterrand et Raymond Barre ont été correctement évalués, Jacques Chirac s’est effondré au profit de Jean-Marie Le Pen, le plombant d’un grand handicap pour le second tour.


6. Premier tour du 23 avril 1995

Sondage de référence : TNS Sofres les 20 et 21 avril 1995.

Jacques Chirac : 24,0% (20,8%).
Lionel Jospin : 18,0% (23,3%).
Édouard Balladur : 16,5% (18,6%).
Jean-Marie Le Pen : 14,0% (15,0%).

Lionel Jospin a été largement sous-évalué, tandis que Jacques Chirac s’est effondré au profit d’Édouard Balladur qui aurait pu, à quelques centaines de milliers de voix près, se retrouver finalement qualifié pour le second tour. Le résultat du FN est resté encore légèrement sous-évalué.


7. Premier tour du 21 avril 2002

Sondage de référence : BVA le 18 avril 2002.

Jacques Chirac : 19,0% (19,9%).
Lionel Jospin : 18,0% (16,2%).
Jean-Marie Le Pen : 14,0% (16,9%).
Arlette Laguiller : 8,0% (5,7%).
François Bayrou : 6,0% (6,8%).
Jean-Pierre Chevènement : 6,0% (5,3%).
Robert Hue : 5,0% (3,4%).

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Lionel Jospin a été légèrement surévalué, et Jean-Marie Le Pen encore légèrement sous-évalué, mais cela a suffi pour inverser l’ordre des premiers candidats (ce fut une surprise historique puisque, pour la première fois, les sondages n’avaient pas su "prédire" correctement le nom des deux candidats qualifiés pour le second tour). Robert Hue et Arlette Laguiller ont été surévalués.


8. Premier tour du 22 avril 2007

Sondage de référence :Ipsos le 20 avril 2007.

Nicolas Sarkozy : 30,0% (31,2%).
Ségolène Royal : 23,0% (25,9%).
François Bayrou : 18,0% (18,6%).
Jean-Marie Le Pen : 13,0% (10,4%).

Contrairement aux précédents scrutins, Jean-Marie Le Pen a été surévalué, alors que Ségolène Royal a été sous-évaluée. Les différences entre les candidats étaient telles que cette configuration du second tour était attendue.


9. Premier tour du 22 avril 2012

Sondage de référence : CSA le 17 avril 2012.

François Hollande : 28,0% (28,6%).
Nicolas Sarkozy : 24,0% (27,2%).
Marine Le Pen : 17,0% (17,9%).
Jean-Luc Mélenchon : 15,0% (11,1%).
François Bayrou : 11,0% (9,1%).

François Bayrou et surtout Jean-Luc Mélenchon ont été surévalués tandis que Nicolas Sarkozy a été sous-évalué, tout comme légèrement Marine Le Pen. L’ordre dans les sondages n’a cependant pas été bouleversé par les résultats du vote.


10. Premier tour du 23 avril 2017 (pour information)

Sondage de référence : IFOP rolling publié le 21 avril 2017 à 18 heures.
(Rappel : les nouveaux sondages sont interdits de publication à partir du 21 avril 2017 à minuit).

Emmanuel Macron : 24,5%.
Marine Le Pen : 22,5%.
François Fillon : 19,5%.
Jean-Luc Mélenchon : 18,5%.
Benoît Hamon : 7,0%.
Nicolas Dupont-Aignan : 4,0%.

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Les différences entre les quatre premiers candidats sont si faibles que leur ordre est probablement erroné. Impossible de commenter plus précisément avant le vote, bien sûr.


Surprise et "vote utile"

Avec ces rappels, on ne s’étonnera donc pas des surprises inévitables des résultats dans la soirée du dimanche 23 avril 2017. Des sondages continuent probablement à être diffusés en dehors du territoire français (c’est la magie d’Internet) ainsi que les estimations de sortie des urnes avant la clôture du scrutin à 20 heures. Leur impact est difficilement évaluable. La lecture quotidienne de sondages les dernières semaines d’une campagne présidentielle peut conduire les électeurs à modifier leur choix originel, passant d’un vote de conviction à un "vote utile" dont l’utilité n’a de raison d’être que par la lecture de ces sondages.

Les réactions aux sondages peuvent être très différentes d’un électeur à l’autre, et donc, peut-être finalement se compenser et s’annuler. Il est difficile de modéliser la réunion de quarante-sept millions de décisions individuelles (y compris l’abstention) dont les motivations sont très diverses et qui peuvent se comparer à un mouvement brownien.

C’est la faiblesse des démocraties représentatives : ce n’est pas la France comme entité unique qui élit son Président de la République, mais les dizaines de millions d’électeurs français. Le caractère démocratique, c’est que chaque voix compte de manière égale, celle des puissants autant que celle des plus faibles et démunis. Donc, rien ne dit qu’une "volonté collective supérieure" puisse être à l’origine d’un choix politique provenant surtout d’une situation particulièrement désordonnée et éparpillée.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 avril 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les derniers sondages des campagnes présidentielles.
L’élection présidentielle de 1965.
La surprise du 21 avril.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170422-presidentielle2017-at.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-derniers-sondages-avant-les-192222

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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 06:15

« Je ne me suis jamais servi d’autre sortilège que de mon esprit. Est-il surprenant que j’aie gouverné la reine qui n’en a pas du tout ? » (Leonora Galigaï, à ses juges qui l’avaient accusée d’avoir ensorcelé Marie de Médicis).


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Le maréchal de France Concino Concini, sorte de Raspoutine florentin de la famille royale française, a été assassiné il y a quatre cents ans, le 24 avril 1617, au Louvre, à Paris, par un proche du jeune roi Louis XIII (1601-1643). C’est l’occasion de revenir sur cette période de l’histoire de France.

Lorsque Marie de Médicis (1575-1642), la fille de François Ier de Médicis, fortement courtisée au Palais Pitti de Florence, fut sollicitée par une demande de mariage provenant du roi de France en personne, Henri IV (1553-1610), en mars 1600, la famille florentine proposa au roi une forte dot et l’annulation de la dette de la France (les Médicis avaient été en quelques sortes des banquiers pour la France).

Henri IV, roi de France depuis le 2 août 1589, voulait assurer la pérennité de sa dynastie (les Bourbons) et l’ascendance impériale de Marie la rendait possible (petite-fille de l’empereur du Saint Empire romain germanique Ferdinand Ier). Cela faisait quarante ans qu’aucun dauphin n’était né dans la famille royale.

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Le mariage a eu lieu le 5 octobre 1600 par procuration à Florence et Marie de Médicis fit ensuite le déplacement pour rejoindre son royal mari. Elle quitta Florence le 23 octobre et arriva le 3 décembre 1600 à Lyon, où elle rencontra pour la première fois son époux le 9 décembre 1600. Le 27 septembre 1601, le futur Louis XIII allait naître.

La suite de Marie de Médicis qui l’accompagna dans son périple jusqu’à Paris fut composée de deux mille Italiens. Parmi eux, sa compagne de jeu lorsqu’elle avait 11 ans, Leonora Galigaï, quelques années plus âgée, fille de sa nourrice (donc sœur de lait). Concino Concini aussi faisait partie du voyage et séduisit Leonora avant même d’arriver à Paris, dès Avignon.

Né vers 1575, issu d’une famille de petite noblesse, Concino Concini était un aventurier audacieux, ambitieux, prétentieux et arrogant, et avait réussi à convaincre la future reine de l’accompagner. On pourrait imaginer le comparer à Raspoutine, ou à Bernard Tapie, Silvio Berlusconi, Donald Trump… comparaisons historiquement très douteuses, mais qui peuvent donner une idée du pouvoir d’influence sur la politique d’un État et de l’enrichissement colossal (selon une évaluation de 1617, le couple aurait accumulé une fortune équivalente au trois quarts du budget du royaume !).

Très vite, le roi Henri IV s’est méfié de ce couple d’intrigants, Concini et Leonora, au point de refuser leur mariage et d’accepter la présence de Leonora seulement si Concini repartait en Italie. Les déboires sentimentaux du roi furent l’occasion, pour Concini, de se rendre indispensable. Il est parvenu à concilier la reine Marie à la maîtresse du roi, Henriette d’Entragues (1579-1633), follement jalouse. Leonora aussi sympathisa avec la rivale de son amie. Henri IV accepta donc finalement le mariage de ce couple infernal, union qui a eu lieu le 12 juillet 1601 à Saint-Germain-en-Laye.

Leonora et Concini ne cessèrent de manœuvrer pour leur assurer honneurs et pouvoirs, faisant du trafic d’influence et utilisant parfois de nombreux artifices (comme l’astrologie, la magie, etc.)., et leurs intrigues ont même transformé Leonora en agente pour le compte de la cour de Philippe III, le roi d’Espagne. Certains ont évoqué la responsabilité de Leonora dans l’assassinat de Henri IV le 14 mai 1610, au lendemain du couronnement de la reine à Saint-Denis (le roi avait toujours voulu repousser la cérémonie).

La volonté du roi Henri IV d’intervenir dans un conflit de succession (il soutenait les princes allemands protestants contre l’empereur catholique) provoqua beaucoup d’opposition chez les catholiques et au sein même de sa cour. L’enquête officielle a conclu à l’acte isolé d’un catholique fanatique (Ravaillac) mais la consultation de plusieurs archives laisserait entendre l’existence d’un complot.

Pendant la régence de Marie de Médicis (du 14 mai 1610 au 2 octobre 1614), Leonora en profita pour doter son époux des plus prestigieux titres, comme maréchal de France en 1613 (alors qu’il n’avait jamais combattu sur un champ de bataille). Marie de Médicis garda le pouvoir après la fin de la régence (une fois Louis XIII déclaré majeur) en devenant chef du conseil du roi de France. Sa politique (de 1610 à 1617) fut de créer en Europe un axe catholique avec le rapprochement de la France avec Philippe III d’Espagne (concrétisé par le mariage de Louis XIII avec Anne d’Autriche, contre la volonté d’Henri IV).

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Dans la cour de France, Concini, favori de la reine et surintendant de la maison de la reine, "principal Ministre d’État" du roi à partir de 1616 (l’équivalent de Premier Ministre), avait suscité beaucoup d’ennemis, dans la noblesse et dans le peuple, et en particulier, le jeune roi Louis XIII avait toutes les raisons pour l’écarter du pouvoir. Concini fut assassiné le 24 avril 1617 d’un coup de pistolet dans la cour du Louvre, résidence de la reine. L’assassinat, commis par Nicolas de l’Hospital, duc de Vitry (1581-1644), fait maréchal de France pour l’occasion, fut commandité par le roi lui-même qui voulait se libérer du pouvoir de sa mère. Le corps de Concini fut déterré et profané dans les rues de Paris quelques jours après son assassinat, pendu par les pieds au Pont Neuf, puis dépecé et les restes brûlés.

Ce fut ce 24 avril 1617 que Louis XIII prit réellement le pouvoir, exilant sa mère Marie de Médicis à Blois, honteux de sa manière de gouverner, de la corruption, de la vénalité de son entourage (Marie de Médicis parvint à s’échapper le 22 février 1619 et leva même une armée contre son fils).

Richelieu (1585-1642) venait d’être nommé ministre le 25 novembre 1616, au service de Concini, aux Affaires étrangères et à l’Armée, poste qu’il quitta le 24 avril 1617, disgracié au même titre que Marie de Médicis. Créé cardinal le 12 décembre 1622 à Lyon, il fut rappelé par Louis XIII le 29 avril 1624 comme "principal Ministre d’État" du roi, jusqu’à sa mort, sur recommandation de sa protectrice Marie de Médicis, réconciliée le 10 août 1620 avec son fils.

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Quant à la femme de Concini, Leonora, elle fut rapidement arrêtée, le 4 mai 1617, internée d’abord à la Bastille puis à la Conciergerie, jugée et condamnée à mort pour sorcellerie. Elle évita d’être brûlée vive et fut décapitée en public le 8 juillet 1617, devant une foule en silence, impressionnée par le courage et la dignité de la femme. Ses restes furent brûlés et les cendres dispersées par le vent.

La fortune du couple, dont le château de Lésigny, fut confisquée et donnée à Charles d’Albert, duc de Luynes (1578-1621), favori du roi Louis XIII, futur connétable de France (à partir du 31 mars 1621) et considéré, à cause de sa rapide ascension, comme un second Concini.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 avril 2017)
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Pour aller plus loin :
Concini.
Henri IV.
Philippe V.
François Ier.
Louis XIV.
Lully.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/concini-l-intrigant-favori-de-192194

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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 01:35

« J’ai consacré dix années de ma vie à écrire l’histoire de notre immense révolution ; je l’ai écrite sans haine, sans passion, avec un vif amour pour la grandeur de mon pays ; et quand cette révolution a triomphé dans ce qu’elle avait de bon, de juste, d’honorable, je suis venu déposer à vos pieds le tableau que j’avais essayé de tracer de ses longues vicissitudes. (…) Je vous remercie surtout, vous, hommes paisibles, heureusement étrangers pour la plupart aux troubles qui nous agitent, d’avoir discerné au milieu du tumulte des partis un disciple des lettres, passagèrement enlevé à leur culte, de lui avoir tenu compte d’une jeunesse laborieuse, consacrée à l’étude, et peut-être aussi de quelques luttes soutenues pour la cause de la raison et de la vraie liberté. Je vous remercie de m’avoir introduit dans cet asile de la pensée libre et calme. » (13 décembre 1834, discours de réception à l’Académie française).


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Le premier "vrai" chef de la République française Adolphe Thiers est né il y a deux cent vingt ans, le 15 avril 1797, à Marseille. Il était un grand homme dans un corps de petite taille (1 mètre 55), comme le fut également Napoléon Bonaparte. Grand républicain à la fin de sa vie, libéral favorable à une République conservatrice, il fut ces dernières décennies un peu malmené… J’en veux pour preuve la ville de Nancy, qui avait érigé une statue de l’illustre homme au milieu de la place qui porte son nom juste devant la gare et qui a été évacuée dans un obscur entrepôt de banlieue il y a une quarantaine d’années.

Il faut admettre que durant son existence, Thiers a reçu un grand nombre de surnoms pas très flatteurs, le plus connu est Foutriquet, et était la cible des caricaturistes car lui-même était assez caricatural (petit, agité, la voix aiguë et nasillarde).

Parmi les autres surnoms ou insultes, surtout utilisés par les futurs communards, on peut citer : le nain grotesque, Tamerlan à lunettes, cœur saignant, petit jeanfoutre, crapaud venimeux, magot de l’exécutif, Adolphe le Petit, bandit sinistre, roi des Versailleux, général Tom-Pouce, satrape de Seine-et-Oise, Myrmidon Ier, le nabot, serpent à lunettes, vieille canaille. Et j’en passe. Balzac constatait son grand narcissisme : « Monsieur Thiers n’a jamais eu qu’une seule pensée : il a toujours songé à Monsieur Thiers. » (12 mai 1836). Même Karl Marx y est allé de sa touche personnelle : « Thiers, ce nabot monstrueux, a tenu sous le charme la bourgeoisie française pendant plus d’un demi-siècle, parce qu’il est l’expression intellectuelle la plus achevée de sa propre corruption de classe. » (1871).

Comme on le voit, il y avait de l’imagination et de la diversité, si bien que les insultes qu’ont eu à subir Nicolas Sarkozy et même François Hollande étaient assez modérées, en fin de compte !

D’un caractère très volontaire, Thiers savait prendre la parole à l’assemblée, et comme il était un très mauvais lecteur de discours, assez ennuyeux, il préférait laisser de côté ses notes, au risque de faire plein de fautes de français, mais avec le talent de parler spontanément avec une force de persuasion exceptionnelle.

D’ailleurs, certains n’ont pas hésité à faire une comparaison entre Nicolas Sarkozy et Adolphe Thiers, l'ambition, le côté bling-bling, l'audace, l'énergie, la combativité, meilleure comparaison que celle avec Napoléon III, même s’il faut la pondérer car Nicolas Sarkozy n’a pas la culture ni l’érudition de Thiers.

En effet, Thiers fut de ces hommes à plusieurs facettes, l’une intellectuelle et littéraire et l’autre purement politique. Homme brillant et très rare, il a été de ces hommes d’État qui furent au sommet de la vie politique encore jeunes, et qui furent rappelés vieillards (on peut en citer d’autres dans la courte histoire de la République française : Clemenceau, De Gaulle, et même François Mitterrand et Jacques Chirac, etc.).

Il jouit auprès de certains mouvements d’extrême gauche d’une mauvaise réputation, relayée par Georges Clemenceau qui ne lui pardonna pas la répression de la Commune de Paris. Clemenceau fut un député de Paris plutôt neutre, à l’époque, et pensait sincèrement qu’il y avait une possibilité pour éviter l’effusion de sang. Clemenceau disait ainsi le 2 octobre 1927 : « J’ai pour Monsieur Thiers une exécration profonde et qu’il me rendait bien, d’ailleurs. » ou encore : « Thiers est le type de bourgeois borné et féroce, qui s’enfonce dans le sang, sans broncher. ».

Pourtant, Thiers a joué un rôle essentiel dans la construction du consensus républicain français et dans l’évolution des institutions entre 1830 et 1870. En clair, il fut l’homme de la génération née en pleine Révolution française qui a permis d’en revendiquer les bienfaits (liberté, égalité, fraternité) en éliminant ses aspects les moins admissibles pour la bourgeoisie.

Une ardente ambition doublée d’une soif de reconnaissance l’ont nourri dès son jeune âge, expliquant ses brillantes qualités de bon élève à Marseille. Il a commencé sa vie professionnelle comme avocat après des études de droit à Aix-en-Provence. Boulimique de travail, il comptait rédiger un traité de trigonométrie sphérique, une tragédie, un traité de philosophie, etc. Il réussit à se faire récompenser par l’Académie d’Aix-en-provence pour son Éloge de Vauvenargues. En septembre 1821, il quitta Marseille pour Paris afin d’y trouver prospérité, pouvoir, influence : « Je ne suis pas heureux, j’éprouve d’adents besoins et je suis pauvre. J’aimerais les femmes, la table, le jeu et je n’ai point d’or. » (novembre 1820). La vénalité et la cupidité furent sans doute des moteurs aussi forts chez lui que l’ambition politique et la reconnaissance intellectuelle.

Très rapidement, il commença son réseautage parisien et fut introduit chez le banquier Jacques Laffitte, futur premier chef du gouvernement de Louis-Philippe. Jacques Laffitte, banquier libéral, était une figure de l’opposition sous la Restauration. Thiers se transforma en journaliste, un métier beaucoup plus rémunérateur. Éclectique, il s’intéressa aux finances, à la littérature, à la politique, et aussi à l’art : il fut l’un des premiers à avoir découvert le talent d’un jeune peintre, Delacroix (le 11 mai 1822). À l’époque, il n’avait que 25 ans.

Son ambition intellectuelle fut aussi de rédiger son "Histoire de la Révolution française", dont les dix volumes, publiés entre 1823 et 1827, reçurent rapidement le succès et l’éloge de grands écrivains (comme Chateaubriand) et furent traduits en anglais et après sa mort, en espagnol. Ce succès lui apporta la richesse, la réputation et même son élection à l’Académie française le 20 juin 1833 (à l’âge de 36 ans) au fauteuil qui fut ensuite attribué à Ferdinand de Lesseps, Anatole France, Paul Valéry, Henri Mondor et François Jacob.

En tout, Thiers fut l’auteur d’une trentaine d’ouvrages parfois référence en histoire ou en littérature, et après son histoire de la Révolution, il publia également une imposante "Histoire du Consulat de l’Empire" en vingt volumes de 1845 à 1862.

Auparavant, la Révolution de 1830 qui renversa Charles X amena au pouvoir un roi libéral, Louis-Philippe Ier qui forma un premier gouvernement avec Jacques Laffitte puis un autre avec Casimir Perrier, beaucoup plus ferme contre les républicains. Casimir Périer resta le modèle de Thiers, élu député et nommé Ministre de l’Intérieur le 11 octobre 1832 (à l’âge de 35 ans) dans le gouvernement de Nicolas Soult. De là commença une rivalité politique avec un autre ministre, François Guizot qu’il retrouva ensuite à l’Académie française.

Réussissant à "séduire" le roi Louis-Philippe par ses flatteries (mais pas la reine), Thiers amorça une carrière gouvernementale qui l’a conduit au plus haut sommet de l’État : Ministre de l’Intérieur du 11 octobre 1832 au 31 décembre 1832, du 4 avril 1834 au 10 novembre 1834 et du 18 novembre 1834 au 22 février 1836, il fut aussi Ministre des Travaux publics du 31 décembre 1832 au 4 avril 1834 avant de revenir à l’Intérieur, où il fut populaire.

Partisan de l’ordre et de la fermeté, Thiers réprima sévèrement la révolte des canuts à Lyon en avril 1834, adoptant une tactique qu’il répéta contre la Commune de Paris en faisant retirer les troupes de la ville insurgée et en la reprenant de force. L’opération a coûté la vie à environ 300 personnes (peut-être plus), parfois massacrées à tort en réaction à des incidents mineurs.

Le procès des insurgés d’avril 1834 et l’attentat contre le roi du 28 juillet 1835 qui a tué onze personnes ont rendu très impopulaires les républicains notamment parmi la bourgeoisie qui avait peur d’un retour aux excès de l’époque de Robespierre.

Trois lois présentées par Victor de Broglie, le chef du gouvernement, furent adoptées par les députés (respectivement les 13, 20 et 29 août 1835) puis promulguées le 9 septembre 1835 pour consolider la Monarchie de Juillet : « La Charte établit la liberté politique, sous la forme de la monarchie constitutionnelle. Tous les partis sont libres dans l’enceinte de la monarchie constitutionnelle. Dès qu’ils en sortent, la liberté ne leur est pas due. Ils se mettent eux-mêmes hors de la loi politique. » (Victor de Broglie). La loi la plus controversée fut la troisième adoptée par 226 voix contre 163, qui a interdit toute discussion sur le roi, la dynastie et la nature du régime, beaucoup de députés considérant que les pamphlets contre le roi avaient suscité l’attentat contre lui.

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Après le renversement du gouvernement de Victor de Broglie (le premier renversement par les députés), Louis-Philippe, habile manœuvrier de la vie politique,  appela Thiers à tête du gouvernement en profitant de sa position à ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui le centre gauche. Le roi voulait faire croire à la parlementarisation du régime et a nommé celui qui pouvait émaner de l’assemblée, mais voulait en fait promouvoir Louis Mathieu Molé. À sa nomination, Thiers est parvenu à garder l’estime de Victor de Broglie qui a juste prévenu le roi qu’après avoir nommé Thiers, il ne faudrait pas le remercier sinon ce dernier se retrouverait dans le camp des républicains. En revanche, Thiers n’a pas pu éviter la rupture avec François Guizot, encouragée par le roi.

Adolphe Thiers (âgé de 38 ans, quelques mois de plus que Laurent Fabius à sa nomination à Matignon en juillet 1984) fut alors Président du Conseil des ministres du 22 février 1836 au 6 septembre 1836 puis du 1er mars 1840 au 29 octobre 1840 (il fut rappelé par Louis-Philippe le 24 février 1848 lors de la Révolution de 1848 mais n’a pas eu le temps de le former avant l’abdication du roi et la formation d’un gouvernement provisoire présidé par Charles Dupont de l’Eure).

Pendant les quelques mois où il dirigea le gouvernement de la France, il avait pris aussi le portefeuille des Affaires étrangères et s’impliqua beaucoup dans la diplomatie pour nouer une alliance contre-nature avec l’Autriche par le mariage entre le duc d’Orléans (jeune fils de 25 ans de Louis-Philippe qui cherchait une descendance dynastique pour asseoir son régime) avec une archiduchesse autrichienne (sans succès : Metternich trouvait que la Monarchie de Juillet n’avait pas assez d’avenir pour engager son pays).

Son gouvernement fut fragilisé par un nouvel attentat contre le roi le 25 juin 1836. Finalement, désavoué par le roi dès le 25 août 1836, qui était hostile à une intervention française en Espagne (en proie à la guerre civile), Thiers démissionna officiellement le 6 septembre 1836. Loin de la parlementarisation, le régime a montré que le roi gardait le contrôle dans la formation du gouvernement. Louis Mathieu Molé, très proche de Louis-Philippe, fut en effet nommé à la tête du gouvernement.

Thiers, qui avait dit avant d’être ministre la fameuse phrase : « Le roi ne gouverne pas, il règne. », aurait été insolent avec le roi en lui disant qu’il reviendrait au pouvoir malgré lui comme un homme soutenu par le peuple.

Combattant le nouveau chef du gouvernement, Louis Mathieu Molé, Thiers a été au cœur de la détestation de ses adversaires mais aussi de ses amis politiques pour son comportement très arriviste, au point d’échouer à faire élire Odilon Barrot, futur chef du gouvernement sous la Seconde République (du 20 décembre 1848 au 31 octobre 1849), à la Présidence de la Chambre des députés le 14 avril 1839 (Odilon Barrot, chef de l’opposition dynastique, ne recueillit que 193 voix contre 227 à Hippolyte Passy, candidat dissident du centre gauche).

Après la nomination du nouveau Président (Hippolyte Passy) au gouvernement de Nicolas Soult (aux Finances), Thiers échoua à se faire élire lui-même au perchoir le 14 mai 1839 (206 voix contre 213 à Paul-Jean Sauzet).

Finalement, après la chute du deuxième gouvernement de Nicolas Soult, le roi a dû se résoudre à le rappeler le 1er mars 1840 à la Présidence du Conseil (Thiers nomma Rémusat à l’Intérieur), mais il a dû démissionner le 29 octobre 1840 après les conséquences de sa politique égyptienne sur les relations de la France avec la Prusse. Thiers se remit dans l’opposition au gouvernement de François Guizot.

Selon Louis-Philippe qui l’aurait dit à Victor Hugo, Talleyrand aurait dit au roi en 1844 : « Vous ne ferez jamais rien de Thiers, qui serait pourtant un excellent instrument. Mais c’est un de ces hommes dont on ne peut se servir qu’à la condition de le satisfaire. Or il ne sera jamais satisfait. Le malheur, pour lui comme pour vous, c’est qu’il ne puisse plus être cardinal. ».

Comme on le voit, le premier Thiers politique fut assez confus sur le plan des idées, le seul fil conducteur était son ambition personnelle et sa volonté d’avoir le pouvoir pour le pouvoir. Flaubert disait de lui : « Personne n’a résumé comme lui la France. ».  Un observateur pouvait encore mieux résumer en 1869 : « Monsieur Thiers est le maître de ces farceurs libéraux, très démoc [démocrates] dans l’opposition, et très réac [réactionnaires], dès qu’ils ont pu escalader le pouvoir. ».

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Sous la Seconde République, Thiers, trop « bourgeois orléaniste chimiquement pur » (d’après l’expression de Maurice Agulhon), fut battu aux élections d’avril 1848, mais réélu en juin 1848 dans le cadre de son engagement au parti de l’Ordre : tout doucement, prenant modèle sur le caméléon Talleyrand, il s’est rangé vers la République à condition qu’elle fût conservatrice : « La République sera conservatrice ou ne sera pas ! ». Trop impopulaire pour se présenter à la première élection présidentielle au suffrage universelle direct, Thiers a soutenu Louis Napoléon Bonaparte qui fut élu le 11 décembre 1848 : « C’est un crétin qu’on mènera ! » (pensait-il à tort, selon Adrien Dansette). Le 13 février 1850, pragmatique, il a affirmé : « La République est le gouvernement qui nous divise le moins. ».

En état d’arrestation lors du coup d’État du 2 décembre 1851 (Louis Napoléon Bonaparte avait été élu seulement pour quatre ans et non rééligible immédiatement : seul, un coup d’État pouvait le maintenir plus longtemps à l’Élysée, d’abord pour dix ans puis à vie), Thiers a fui vers la Suisse puis, à son retour en France en 1852, il s’opposa au Second Empire.

Dans un second article, je continuerai sur l’autre partie de sa vie politique, celle du début de la IIIe République.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 avril 2017)
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Pour aller plus loin :
Adolphe Thiers.
Napoléon III.
Georges Clemenceau.
Victor Hugo.
L’élection présidentielle de 1848.
Le Traité de Vienne.
Napoléon Ier.
Sarajevo.
De Gaulle.

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 01:01

« Un honnête homme, lent à se persuader que l’ordre établi n’est pas forcément le parti de la vérité, qui s’engage et qui relie cet engagement à un militantisme politique. » (Gérard Chauvy, auteur d’une biographie d’Édouard Herriot, sur ses premières années lyonnaises).


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Il y a soixante ans, le 26 mars 1957 près de Lyon, à 84 ans, l’inamovible maire de Lyon Édouard Herriot, symbole du radicalisme provincial prenant des responsabilités nationales, est mort, un jour après la signature du Traité de Rome. Je propose ici d’expliquer comment Édouard Herriot est devenu maire de Lyon puis l’un des acteurs importants de la IIIe République et de la IVe République.

Né le 5 juillet 1872 à Troyes, Édouard Herriot fut le modèle du mérite républicain, faisant partie des premiers fruits des "hussards de la République" voulus par Léon Gambetta pour les classes moyennes. Il fit de brillantes études comme boursier au lycée Louis-le-Grand où il se lia d’amitié avec Maurice Barrès (qui l’aida financièrement en lui offrant un manteau pour l’hiver) et à Normale Sup. d’où il sortit agrégé de lettres à 21 ans (entré major en 1891, il en sortit également major). Sa bourse, il l’a dû à un inspecteur général de lettres qui l’avait remarqué en 1887 en classe de rhétorique, ce qui lui a permis de préparer le baccalauréat au Collège Sainte-Barbe à Paris (il a eu mention très bien). À Normale Sup., Édouard Herriot avait retrouvé Charles Péguy qu’il avait aidé à obtenir une bourse pour préparer cette école d’excellence.

Pour Édouard Herriot, cette école (Normale Sup.) était un véritable « foyer de liberté » : « L’on ne se contente pas d’y pratiquer la tolérance, forme médiocre et parfois hypocrite de la courtoisie ; l’on y prend conscience de l’infinie diversité de la pensée ; l’on s’y rend compte de l’impossibilité, pour un seul esprit, d’embrasser l’univers de la connaissance et, faisant effort pour se donner à soi-même des opinions sincères, on ne s’étonne pas si d’autres tirent de leurs expériences d’autres conclusions. Notion aussi utile dans l’ordre social que dans l’ordre purement intellectuel. Une nation, la nôtre surtout, doit assembler des idées variées, chacune avec ses nuances. En plein été, la France est un bouquet de roses mais diverses d’aspect, de couleurs, de parfums. Le normalien déteste les jugements tout faits, la synthèse prématurée qui est une des formes de la sottise, les affirmations sommaires : "L’intelligence d’un homme, disait mon maître Tournier, se mesure à ce qu’il sait ne pas comprendre". » (26 juin 1947).

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Fils d’un modeste militaire mort jeune (capitaine d’infanterie en Champagne puis en Vendée), Édouard Herriot était plutôt prédestiné à devenir militaire aussi, en passant par Saint-Cyr. Édouard Herriot n’avait aucune origine lyonnaise. Il a passé son enfance à La Roche-sur-Yon, puis après les études à Paris, passa son service militaire à Nancy (37e Régiment d’infanterie). C’est dans la caserne qu’il commença ses travaux d’écriture et sa documentation sur les auteurs latins et grecs, etc. Il fut ensuite nommé le 30 octobre 1895 professeur de lettres dans une classe de 3e (la 3e B) au lycée de Nantes (futur lycée Clemenceau) dont le proviseur, maintenu par un gouvernement anticlérical, était (étrangement) un prêtre, l’abbé Follioley, avec qui il s’est bien entendu. Néanmoins, il n’était pas vraiment heureux de cette nomination loin de Paris où il voulait préparer sa thèse de doctorat.

Il ne resta pas longtemps à Nantes. Le 31 août 1896, il fut nommé professeur de rhétorique au prestigieux lycée Ampère de Lyon (dont un collègue fut… Édouard Daladier). Sa réputation d’homme brillant et cultivé était déjà faite, à 24 ans, et ce passage à Lyon, selon lui, ne devait qu’être une étape pour une carrière universitaire à Paris.

Au début de sa vie d’adulte, comme Léon Blum, Édouard Herriot se destinait en effet surtout à une prestigieuse carrière …littéraire. La politique, il n’en était évidemment pas indifférent. Il avait pris position sur l’affaire Boulanger en janvier 1889, mais sans prendre beaucoup d’intérêt au militantisme politique. En été 1898, il s’engagea surtout pour ses idées, au sein de la Ligue des droits de l’Homme, afin de soutenir le capitaine Dreyfus. Ce fut pour ces raisons qu’il s’engagea quelques années plus tard au parti radical (créé en 1901), mais il n’assista pas, pendant les premières années, aux réunions locales.

Pragmatique de "bon sens", Édouard Herriot n’avait rien d’un idéologue et son radicalisme était ainsi décrit par Serge Bernstein, historien du XXe siècle et l’un de ses biographes : « C’est en vérité une sorte de consensus qui s’établit entre les républicains, laïques, à sensibilité de gauche, une attitude qui consiste à accepter l’héritage idéologique de la Révolution française et ce que l’on considère comme ses prolongements dans l’ordre social et politique, à affirmer la supériorité de l’individu sur la société, à faire confiance à la démocratie politique pour résoudre par un processus graduel la question sociale, à compter sur la réforme pour bâtir en France cette démocratie de petits propriétaires qui apparaît comme la promesse ultime de l’épopée révolutionnaire. ».

Bien que se définissant "de gauche" et d’ailleurs, futur chef du Cartel des gauches, Édouard Herriot n’avait rien de marxiste, était contre la théorie de la lutte des classes et était finalement un authentique "libéral" dans le sens qu’il proposait : « J’estimais sommaire et artificielle cette réduction de la société à deux éléments fatalement hostiles : bourgeoisie et prolétariat. Je me refusais à croire que le degré de civilisation d’un peuple fût dans la dépendance étroite de sa production matérielle. Il me semblait que l’histoire de notre pays révélait d’incessantes mutations dans les conditions et l’accession des plus humbles, quand les moyens d’instruction leur étaient donnés, à des fonctions de commandement. Je persistais à croire au rôle essentiel de l’individu, de la personne. ».

Pendant son "séjour" lyonnais, il se maria le 28 octobre 1899 avec Blanche Rebatel, fille du docteur Fleury Rebatel (1845-1905), médecin réputé, président du conseil général du Rhône (de 1883 à 1885 et de 1889 à 1891) et grand notable lyonnais. Cette liaison a évidemment contribué à son enracinement lyonnais : « J’entrais dans la famille la plus agréable, la plus bienveillante, la plus indulgente pour un homme jusque-là livré à lui-même encore bohème et chargé de nombreux défauts. ». Il faut indiquer que trois ans auparavant, il avait perdu sa mère retournée à Oran et n’avait donc plus de famille.

Lorsqu’il a brillamment soutenu à la Sorbonne, en février 1905, sa thèse de doctorat sur Juliette Récamier, l’érudition d’Édouard Herriot n’était déjà plus à prouver. Il avait déjà publié en 1898 un essai sur Philon le Juif qui fut couronné par l’Académie des sciences morales et politiques, puis un ouvrage sur Madame de Staël en 1904. Édouard Herriot fut encensé : « On salua de toute part l’énorme travail de compilation qu’elle représentait ; on rendit hommage à une puissante intelligence qui savait des documents faire jaillir la lumière ; on classa un talent d’écrivain appelé à laisser de grands livres. Celui-ci venait de recréer une époque et une figure, belle entre toutes. ».

Édouard Herriot était alors déjà devenu un notable lyonnais. En effet, l’année précédente, en 1904, le maire de Lyon, Victor Augagneur, élu en 1900, lui demanda de rejoindre son équipe municipale. Édouard Herriot a beaucoup hésité avant d’accepter cette proposition : « Ma carrière universitaire se développait normalement. Je pouvais espérer une nomination très prochaine à Paris, avec toutes les facultés de travail que m’ouvrirait cet avancement. ». On lui proposa la fonction d’adjoint à l’instruction, ce qui le convainquit d’accepter : « Ce qui me permettrait d’étudier certains aspects de l’enseignement que j’ignorais encore. Je finis par consentir. ».

Le 1er mai 1904, il fut élu conseiller municipal dès le premier tour par 5 229 voix. Ce jour marqua le départ d’une très longue carrière lyonnaise et nationale. Le 15 mai 1904, il fut élu 5e adjoint à l’instruction, conformément à la proposition de Victor Augagneur, par 28 voix contre 23.

Victor Augagneur (1955-1931), ancien séminariste, chirurgien réputé et professeur à la Faculté de médecine de Lyon, radical, était un homme assez brutal et autoritaire dans ses relations avec les autres, y compris ses amis politiques. Conseiller municipal depuis 1890, plein d’ambition, il avait battu à 44 ans, aux élections municipales de 1900, son ancien mentor Antoine Gailleton (1829-1904), chirurgien aussi (présent lors de l’attentat, il avait porté les premiers secours lors de l’assassinat du Président Sadi Carnot le 25 juin 1894), maire de Lyon depuis le 23 avril 1881.

Ses amis radicaux à Paris voulaient éloigner Victor Augagneur de la politique nationale et l’ont nommé gouverneur de Madagascar. Victor Augagneur démissionna alors de la mairie de Lyon le 30 octobre 1905 et poussa Édouard Herriot à prendre sa succession, considérant que ce dernier, qu’il croyait peu ambitieux pour la politique et voué à une carrière universitaire, serait un maire transitoire. Jacques Prévosto, spécialiste des maires de Lyon, expliqua : « Il n’est pas douteux qu’en favorisant ainsi l’élection d’un jeune universitaire qui semblait priser davantage une chaire à la Sorbonne qu’un fauteuil de maire de Lyon, Victor Augagneur ait cru mettre en place un intérimaire qui ne ferait pas trop de difficultés pour lui rendre la place à son retour de Madagascar. ».

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Concrètement, Édouard Herriot fut élu maire de Lyon à l’âge de 33 ans, le 3 novembre 1905, par 30 voix sur 52 contre 22 à un candidat socialiste. Il a réuni toutes les voix non socialistes du conseil municipal. C’était une répartition à l’opposé du vote en faveur de Victor Augagneur en 1900. Un autre biographe, Henri Cogoluenhe, a analysé ainsi cette élection : « Les radicaux n’avaient plus aucun motif à priver leur parti de l’occasion inattendue d’un pouvoir durable. Ayant parfaitement jaugé la valeur de leur jeune collègue, ses amis politiques n’avaient aucune prétention à le réduire à un rôle futur de personnage falot ou de faire-valoir par comparaison rétrospective. Lui-même ne se sentait guère vocation de figuration. ».

Dans les faits, très vite, Édouard Herriot a ébloui ses interlocuteurs sur le niveau intellectuel de ses interventions, sur la capacité à affronter ses opposants avec talent qui montraient une "tout autre envergure" que son prédécesseur qui, de retour de Madagascar en 1910, fut élu député et occupa quelques fauteuils ministériels avant la Première Guerre mondiale. Dès 1906, Édouard Herriot prit des responsabilités nationales au sein du parti radical et en 1909, il rédigea même son programme politique.

La carrière politique d’Édouard Herriot fut brillante mais il ne laissa pas son nom à des réalisations majeures de son siècle. Dans le détail, il fut maire de Lyon du 4 novembre 1905 à sa mort, 26 mars 1957, sauf du 20 septembre 1940 au 18 mai 1945, sous l’Occupation où il fut révoqué, sénateur de 1912 à 1919 (il devait attendre 40 ans pour se faire élire au Sénat), puis député de 1919 à 1940 et de 1945 à 1957, Président de la Chambre des députés du 22 avril 1925 au 20 juillet 1926, puis du 18 mai 1936 au 9 juillet 1940 (pendant le Front populaire jusqu’au régime de Vichy), et enfin du 21 janvier 1947 au 11 janvier 1954 (en succession de Vincent Auriol élu Président de la République). Le 14 janvier 1954, il fut élu à vie "Président d’honneur de l’Assemblée Nationale" après que certains eurent envisagé de le faire élire Président de la République après Vincent Auriol (René Coty fut finalement élu, laborieusement).

Comme maire de Lyon, il entreprit des fouilles et déclara en juin 1946 devant le théâtre romain découvert à la Fourvière : « Si j’ai ordonné ces fouilles, c’était pour vous révéler à vous-mêmes votre propre grandeur. Une grandeur qui ne s’épuisera pas avec la période romaine… ». Partout où il se trouvait (même en cure à Aix-les-bains), il n’hésitait pas à donner des conférences sur des sujets très culturels.

Président du parti radical de nombreuses fois, porté initialement à sa tête en 1919 après un conflit interne majeur, de 1919 à 1926, de 1931 à 1936, de 1948 à 1953 et de 1955 à 1957, Édouard Herriot a également mené une carrière gouvernementale prestigieuse : Ministre des Travaux publics, des Transports et du Ravitaillement du 12 décembre 1916 au 17 mars 1917 (gouvernement Aristide Briand), Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts du 23 juillet 1926 au 6 novembre 1928 (gouvernement Raymond Poincaré), et Ministre d’État du 9 février 1934 au 22 janvier 1936 (gouvernements Gaston Doumergue, Pierre-Étienne Flandrin, Fernand Bouisson et Pierre Laval).

Chef du Cartel des gauches, et précipitant la démission du Président Alexandre Millerand trop favorable au Bloc national, Édouard Herriot fut élu Président du Conseil du 14 juin 1924 au 10 avril 1925 et retrouva la direction du gouvernement très brièvement du 19 au 21 juillet 1926, puis du 3 juin 1932 au 14 décembre 1932. Il cumula cette fonction avec celle de Ministre des Affaires étrangères.

Il n’est pas ici question d’exposer ses initiatives politiques, son art de gouverner, ses grandes aptitudes à la manœuvre politique également, ses positions, sa captivité pendant la guerre, ce qui nécessiterait de longs développements.

Lorsqu’il dirigea le gouvernement en 1924, bien qu’opposé au communisme et au régime soviétique, Édouard Herriot prônait le maintien de bonnes relations diplomatiques entre la France et la Russie : « La vieille Russie est morte, morte à jamais. Pour lui dire adieu, je suis allé voir, une dernière fois, sur la place Rouge, l’église du bienheureux Basile, avec son bouquet de dômes aux couleurs violentes, ses formes paradoxales, plus étranges encore du fait des badigeonnages qui font éclater de couleur les petits carreaux de faïence. (…) Mais combien je préfère, à cette vue célèbre, celle que j’aurai sur Moscou, sur ses coupoles d’or pur, sur la rivière toute proche, à l’entrée du rouge monastère de Simonoff. ».

Comme on le lit, Édouard Herriot avait un style littéraire puissant. Finalement, malgré ses multiples activités politiques, il mena également une carrière littéraire de haut niveau, avec la publication de cinquante-deux ouvrages, souvent de référence.

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Son élection à l’Académie française le 5 décembre 1946 en fut le couronnement. Il y fut reçu le 26 juin 1947 par un ancien condisciple du Collège Sainte-Barbe, Jérôme Tharaud (1874-1953), qui lui rappela : « Votre bonne fortune voulut que souvent, pendant plusieurs années, vous revîntes passer vos étés dans la campagne champenoise, au village de Saint-Pouage, chez une grand-mère et un vieil oncle curé. À l’excellente femme, vous devez celui de vos défauts auquel vous tenez le plus : la gourmandise ; à votre oncle, vos premières émotions de botanique, cette affection pour les arbres et pour les plantes, qui vous a suivi toute la vie. Avec lui, vous alliez herboriser dans les prés ; et devant son presbytère, vous fîtes amitié avec un vieux poirier, dont l’âge avait rayé l’écorce de profondes gerçures. ».

Le huitième fauteuil avait été occupé auparavant par d'illustres personnalités comme le mathématicien Pierre-Simon Laplace, le physicien Maupertuis, Charles de Rémusat, Albert de Mun et Jules Simon. Le successeur direct d'Édouard Herriot fut Jean Rostand et le fauteuil est maintenant vacant depuis la mort de Michel Déon le 28 décembre 2016 à 97 ans.

Édouard Herriot, député-maire de Lyon jusqu’à sa mort, travailla tout au long de ses mandats jusqu’au bout, malgré la fatigue, la santé toujours fragile, la maladie et la vieillesse. Son dernier travail parlementaire fut une proposition de loi sur le placement et le reclassement des travailleurs âgés qu’il a déposée le 26 février 1957 (n°4285).

Président du parti radical, "Paris-Match" le décrivit ainsi lors du congrès du parti radical les 16 et 17 octobre 1952 à Bordeaux : « Courbé sur sa canne, soutenu par des mains trop empressées pour son orgueil. (…) La voix a de brusques éclats ; le regard est chargé d’éclairs. Et quand il est là, une sorte de fluide agit sur l’assistance qui n’éprouve plus le besoin d’aller se détendre dans les jardins de l’Alhambra réchauffés par le soleil d’automne. ».

Édouard Herriot avait présidé la séance inaugurale du Conseil de l’Europe à Strasbourg le 8 août 1949. Bien que partisan de la construction européenne dès juin 1924, il fut convaincu par les opposants à la CED (Communauté européenne de la défense) et porta le coup de grâce au cours d’un de ses derniers grands discours à l’Assemblée Nationale qui, selon Alfred Grosser, « contenait d’excellents arguments contre un traité qu’il connaissait cependant assez mal, mais était oratoirement médiocre et frisait parfois le mélodrame ».

Pierre-Olivier Lapie a décrit le vieil homme ainsi : « Le vieux mammouth promenait un air sévère et calme sur toute cette Chambre où il avait tant combattu, triomphé, peiné, présidé, lui que l’âge et la maladie reléguaient à une présidence honorifique (…). La Chambre se retourna tout entière vers cette masse affaissée. Le silence se fit. Alors s’éleva une voix que l’on n’entendait plus et que l’on ne devait plus entendre… ». Les derniers mots de son discours à propos de la CED, ce 30 août 1954, furent : « Pour nous, la Communauté européenne, laissez-moi vous dire comme je le pense au seuil de ma vie… C’est la fin de la France ! ».

Cité par le site de l’Académie française, François Mauriac écrivit de lui, bonheur des caricaturistes pendant des décennies : « En vérité, Édouard Herriot était un gros homme charmant. Son charme naissait de ce contraste entre la culture, tous les dons d’une intelligence royale et la ruse, disons la finesse, politicienne. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 mars 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Édouard Herriot et le radicalisme triomphant", biographie de Gérard Chauvy (éd. LUGD).
Édouard Herriot.
Vincent Auriol.
Le Front populaire.
René Coty.
Edgar Faure.
Gaston Defferre.
François Mitterrand.
Georges Clemenceau.
André Tardieu.
Jean Jaurès.
Joseph Caillaux.
Aristide Briand.
Léon Blum.
Pierre Laval.
Philippe Pétain.
Colonel de La Rocque.
Charles De Gaulle.
Pierre Mendès France.
Jean Zay.
Charles Péguy.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170326-edouard-herriot.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/edouard-herriot-figure-radicale-191104

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/03/26/35092882.html


 

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 06:33

« C’était un homme respectable, condamné très légalement pour un système de financement irrégulier dont tous les socialistes ont profité. Il cultivait son abord rugueux, qui traduisait des convictions fortes. Il était le parrain grognon des frondeurs. Lui aussi venait de chez Rothschild, ce qui tend à prouver que la banque mène à tout. » (Laurent Joffrin, "Libération", le 21 mars 2017).


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Sourcils très fournis de type pompidolien, une grosse voix, et surtout un caractère en acier trempé. Henri Emmanuelli est parti à 71 ans ce mardi 21 mars 2017 des suites d’une maladie évolutive particulièrement cruelle, après une hospitalisation à Bayonne depuis le 17 mars 2017, en pleine session budgétaire au conseil départemental des Landes.

Parce qu’on est en pleine campagne présidentielle, l’une des premières choses à dire est qu’il fut le mentor d’un des candidats, Benoît Hamon. Le passage de témoin a eu lieu lors du mémorable congrès de Reims, en novembre 2008. Henri Emmanuelli avait alors épaulé Benoît Hamon, l’avait encouragé à présenter une motion au nom de l’aile gauche du PS, et aussi à se présenter pour le poste de premier secrétaire, dans une bataille entre Ségolène Royal, Bertrand Delanoë et Martine Aubry. Cette dernière a gagné, comme Jean-François Copé a gagné la présidence de l’UMP quatre ans plus tard, avec le soupçon de tricherie.

Les jeux d’appareil, les luttes internes entre courants, les manœuvres d’arrière-boutique, Henri Emmanuelli les connaissait très bien, et cela ne lui interdisait pas d’exprimer des convictions fortes et de soutenir encore en janvier 2017 son poulain face aux socialistes (ex-)majoritaires de gouvernement.

Henri Emmanuelli est mort cumulard, député des Landes (il ne comptait pas se représenter en juin 2017) et président du conseil départemental des Landes. Sa carrière politique fut prestigieuse et fut au même niveau que d’autres éléphants du PS beaucoup plus connus comme Laurent Fabius, Michel Rocard, ou encore Lionel Jospin.

Après de brillantes études qui ont commencé dans une école de Gourette et fini à l’IEP de Paris, il est devenu banquier et a quitté Rothschild en mars 1978, quand il a été élu pour la première fois député des Landes, en battant un député sortant centriste. Pour sa carrière de banquier, il n’avait rien à envier à Emmanuel Macron. Ce fut François Mitterrand qui est venu le chercher pour le présenter aux législatives de mars 1973 dans le Lot-et-Garonne, sans succès, après son adhésion au Parti socialiste en 1971.

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Henri Emmanuelli se consacra à la politique lorsqu’il fut élu député à 32 ans. Il fut sans arrêt réélu député du 19 mars 1978 au 17 décembre 1997 et du 6 février 2000 au 21 mars 2017, à l’exception de sa période gouvernementale pendant cinq ans, à l’arrivée au pouvoir de la gauche, nommé à 35 ans Secrétaire d’État, d’abord au DOM-TOM du 22 mai 1981 au 22 mars 1983 (auprès du ministre Gaston Defferre) puis au Budget du 22 mars 1983 au 20 mars 1986 (auprès des ministres Jacques Delors puis Pierre Bérégovoy), dans les gouvernements de Pierre Mauroy et de Laurent Fabius. Le 7 décembre 1984, a été ajoutée la Consommation parmi ses attributions. Cette participation à l’histoire mitterrandienne fit de lui un fidèle imperturbable de François Mitterrand.

Il fut également élu et réélu président du conseil général des Landes du 22 mars 1982 (il était alors ministre) au 1er décembre 1997 et du 7 février 2000 au 21 mars 2017. Il fut en outre élu conseiller régional d’Aquitaine de 1986 à 1988, puis en mars 1992, de manière très provisoire puisque la loi sur le cumul l’empêchait de cumuler trois mandats (pour ces deux élections, mars 1986 et mars 1992, il était la tête de liste du PS).

Le "trou" entre décembre 1997 et février 2000 ? Sa condamnation définitive le 16 décembre 1997 pour complicité de trafic d’influences à dix-huit mois de prison avec sursis et deux ans de privation des droits civiques, après son inculpation le 14 septembre 1992 dans l’affaire Urba sur le financement du Parti socialiste. Pourquoi était-il poursuivi ? Parce qu’il était le trésorier du PS de 1988 à 1994.

Revenons plus précisément à ses activités politiques au début du second septennat de François Mitterrand. Au contraire du premier, il ne fut pas nommé au gouvernement. Sur le plan national, il se consacra à la fois à son parti et à son mandat parlementaire. Il succéda à Dominique Strauss-Kahn (nommé ministre) à la stratégique présidence de la commission des finances de l’Assemblée Nationale du 23 mai 1991 au 5 avril 1992, puis succédant à Pierre Méhaignerie, du 17 juin 1997 au 17 décembre 1997 (obligé de démissionner à cause de sa condamnation), et enfin, du 29 février 2000 au 18 juin 2002 (on remarquera qu’à l’époque, ses collègues socialistes n’avaient pas beaucoup de scrupules à conforter un élu condamné). Ce poste échut plus tard à Jérôme Cahuzac… Il fut également, au titre de député, le président de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations du 17 juillet 2012 au 21 mars 2017.

Cependant, le bâton de maréchal, Henri Emmanuelli l’a obtenu à 46 ans en se faisant élire Président de l’Assemblée Nationale, quatrième personnage de l’État dans l’ordre protocolaire, du 22 janvier 1992 au 1er avril 1993. Il a succédé à Laurent Fabius qui quitta le perchoir pour aller diriger le PS. Après l’échec des socialistes de 1993, il a laissé le perchoir à Philippe Séguin. L’élection d’Henri Emmanuelli n’a abouti qu’au second tour, avec 289 voix contre 225 en faveur de Jacques Chaban-Delmas et 32 en faveur d’Huguette Bouchardeau (ancienne ministre et ancienne candidate à l’élection présidentielle de 1981).

Parallèlement au Palais-Bourbon, Henri Emmanuelli s’est beaucoup impliqué dans les batailles internes de la rue de Solferino, au PS. Comme dit précédemment, il fut désigné trésorier du PS de 1988 à 1994. Au congrès de Rennes en mars 1990, il a soutenu Pierre Mauroy et Lionel Jospin pour empêcher l’arrivée, à la tête du PS, de Laurent Fabius. Ce dernier empêcha Henri Emmanuelli d’être désigné président du groupe PS à l’Assemblée Nationale le 3 octobre 1990 quand Louis Mermaz rentra au gouvernement (Jean Auroux, ancien ministre, fut finalement désigné).

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Après l’échec de la liste socialiste aux élections européennes du 12 juin 1994 et la démission de Michel Rocard, Henri Emmanuelli a obtenu un autre bâton de maréchal pour socialistes, le poste convoité de premier secrétaire du PS. D’abord désigné provisoirement au conseil national le 19 juin 1994 à la Villette grâce au soutien de Laurent Fabius par 140 voix contre 64 en faveur de Dominique Strauss-Kahn, soutenu par Lionel Jospin. Cette désignation fut confirmée par 92,1% des militants lors du congrès de Liévin le 20 novembre 1994, soutenue par l’ensemble des poids lourds du PS.

Pour l’élection présidentielle de 1995, Henri Emmanuelli, chef du PS, fut partisan de la candidature de Jacques Delors avec qui il avait travaillé au Ministère des Finances dix ans plus tôt (et cela malgré son positionnement très à gauche). Après la renonciation de Jacques Delors, le 11 décembre 1994, Henri Emmanuelli se porta naturellement candidat à la candidature socialiste, en tant que chef du PS. Il faut se rappeler qu’en début 1995, le PS avait été laminé aux législatives de mars 1993 et aux européennes de juin 1994 et que le débat présidentiel se faisait entre Jacques Chirac et Édouard Balladur, alors Premier Ministre très populaire.

Pour les socialistes, deux options étaient possibles : une candidature "morale", avec par exemple Pierre Joxe ou Robert Badinter, ou une candidature plus politique. Ce fut la seconde option qui fut prise avec une "primaire fermée" (vote des militants) pour départager Henri Emmanuelli, Lionel Jospin (tenté par l’abandon total de la vie politique après son échec aux législatives à Toulouse et son envie de reprendre sa carrière dans la diplomatie) et Jack Lang (ce dernier s’est cependant désisté juste avant le vote et a soutenu Henri Emmanuelli).

Soutenu initialement par Laurent Fabius, Henri Emmanuelli fut largement battu le 5 février 1995 avec 34,1% des militants par Lionel Jospin, qui a eu 65,9% (il faut signaler que ce fut la première primaire présidentielle de toute l’histoire française dans un grand parti de gouvernement). Les tensions entre jospinistes et fabiusiens étaient telles depuis cinq ans que Ségolène Royal, déjà tentée par une candidature, déclara le 24 janvier 1995 : « Deux trains sont lancés à toute allure l’un contre l’autre, pilotés par les mêmes acteurs du détestable congrès de Rennes. Je dis aux militants : écartez-vous des voies ! ».

La performance électorale remarquable de Lionel Jospin les 23 avril 1995 et 7 mai 1995, malgré son échec, l’a repositionné en leader naturel du PS (la logique présidentielle ayant alors pris le pas sur la logique d’appareil). Ce fut pour cette raison qu’Henri Emmanuelli lui céda le poste de premier secrétaire le 14 octobre 1995.

En raison de ses affaires politico-judiciaires, Henri Emmanuelli ne "profita" pas du retour au pouvoir rapide des socialistes le 1er juin 1997 après la dissolution de l’Assemblée Nationale, sinon pour réoccuper la présidence de la commission des finances.

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À partir du début des années 2000 et de son retour à l’éligibilité, Henri Emmanuelli n’a cessé d’être un "frondeur" en ce sens qu’il a toujours représenté l’aile gauche minoritaire du PS, créant au fil des congrès quelques mouvements ou courants aux côtés de Paul Quilès, Vincent Peillon, Jean-Luc Mélenchon, Gérard Filoche, Marc Dolez, Arnaud Montebourg, Marie-Noëlle Lienemann et Benoît Hamon. Partisan du "non" au référendum sur le TCE le 29 mai 2005, il s’opposa également au TSCG le 9 octobre 2012. Ayant lancé la carrière nationale de Benoît Hamon en 2008, ce fut donc très logiquement qu’il a défendu la candidature de ce dernier à la primaire socialiste de janvier 2017.

Henri Emmanuelli a courageusement continué ses nombreuses activités politiques malgré sa maladie détectée en 2006 qui affectait le système nerveux périphérique (nerfs moteurs et sensitifs). Il a révélé publiquement sa maladie le 30 novembre 2015 à Mugron, lors du discours d’ouverture des Journées de protection et de prise en charge de l’enfance qu’il a dû prononcer assis dans un fauteuil roulant…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 mars 2017)
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Pour aller plus loin :
Henri Emmanuelli.
Raymond Forni.
Claude Bartolone.
François Mitterrand.
Lionel Jospin.
Laurent Fabius.
François Hollande.
Benoît Hamon.

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 03:29

« Le mois prochain, ce qui va être en jeu, c’est donc la Cinquième République. Or, nous voyons, après expériences et par comparaison avec les troubles qui l’ont précédée, et avec la grande confusion qui prétend lui succéder, nous voyons qu’elle est, par ses institutions, par son esprit, par son action, le régime qu’il faut à la France, pour assurer son progrès, son indépendance et sa paix. Nous voyons qu’à mesure qu’elle dure et qu’elle s’affermit, rassemblant un nombre grandissant de citoyens de toute tendance, les profondes querelles qui, semées de drame en drame et attisées par les partisans, divisaient gravement les Français, vont désormais en s’atténuant. Bref, nous voyons que sous l’égide de la République nouvelle, notre peuple s’élève et resserre son unité. » (De Gaulle, allocution du 9 février 1967).


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Il y a cinquante ans, le dimanche 12 mars 1967, a eu lieu le second tour des élections législatives pour installer la 3e législature de la Ve République. Le clivage était pour ou contre la "République nouvelle". Le premier tour du 5 mars 1967 avait confirmé le soutien du peuple au gouvernement nommé par le Général De Gaulle, mais un retournement de tendance a eu lieu entre les deux tours et finalement, la majorité gaulliste n’a été reconduite qu’à un seul siège d’avance, ce siège pourrait même être celui de Jacques Chirac qui était allé se présenter sur une terre de mission à l’origine hostile au gaullisme, en Corrèze.

Ce furent les premières élections législatives "ordinaires" de la Ve République, en ce sens qu’elles se sont déroulées selon le calendrier électoral prévu, sans dissolution ou autre événement majeur. Elles ont eu lieu en mars alors que les précédentes élections avaient eu lieu en novembre 1962, car ce scrutin devait (jusqu’en 2002) se dérouler toujours en mars sauf en cas de dissolution. Par ailleurs, la règle électorale a modifié le seuil pour pouvoir être présent au second tour : il fallait réunir au premier tour 10% des électeurs inscrits (au lieu de 5% précédemment).

Le contexte politique de la campagne provient des résultats de l’élection présidentielle des 5 et 19 décembre 1965. Trois leçons ont été tirées de ce scrutin présidentiel : De Gaulle n’était pas indéboulonnable, puisqu’il n’a pas été élu dès le premier tour, cela signifiait qu’il y a eu une majorité du peuple français qui n’a pas voté pour lui au premier tour ; François Mitterrand a prouvé que l’union de la gauche était payante électoralement, à savoir, l’unicité de candidature des gauches, communiste et non communiste ; enfin, le bon résultat de Jean Lecanuet montrait qu’un centre indépendant pouvait vivre malgré la logique majoritaire de la Ve République.

Il n’y a eu que quatorze mois entre le scrutin présidentiel et le scrutin législatif. Georges Pompidou, Premier Ministre pendant toute la législature, a su imposer son autorité politique malgré les critiques nombreuses sur son "origine" non politique : pas élu (comme beaucoup de ses successeurs), donc pas issu du Parlement, mais issu du bon vouloir présidentiel.

L’année 1966 fut l’année des grandes manœuvres pour préparer le scrutin législatif. Les élections législatives demeuraient encore essentielles dans un régime qui laissait au Parlement une certaine marge d’action par rapport au Président de la République, au point que la législature qui se terminait était née d’une motion de censure suivie d’une dissolution (la seule motion de censure votée sous la Ve République).


Les forces politiques en présence

Du côté gaulliste, Georges Pompidou a fait le grand rassemblement entre tous les gaullistes, de gauche ou de droite, et leurs alliés, les républicains indépendants (RI), au sein d’un Comité d’action pour la Ve République dont il a pris la présidence. La règle, c’était de ne faire qu’une candidature commune dans chaque circonscription.

Valéry Giscard d’Estaing, limogé du gouvernement par De Gaulle qui tenait à y nommer Michel Debré et ce dernier voulait absolument les Finances, a nourri de l’amertume pendant ces trois années (1966-1969) où il ne fut plus ministre. Il y cultiva son indépendance tout en restant intégré à la majorité gaulliste. Ce fut la politique du "oui mais", ce qui fit dire par De Gaulle au conseil des ministres du 18 janvier 1967 : « On ne gouverne pas avec des mais. ».

Du côte de la gauche non communiste, fort de sa belle performance présidentielle du 19 décembre 1965, François Mitterrand a mis en place la Fédération de la gauche républicaine et socialiste (FGDS) réunissant la vieille SFIO de Guy Mollet (les socialistes), les radicaux (de René Billières), et quelques clubs dont François Mitterrand était issu. François Mitterrand a pris la présidence de cette fédération (dont il voulait fusionner toutes les composantes) et a même installé le 13 mars 1966 à Lyon un "shadow cabinet", sorte de contre-gouvernement qu’il présida et qu’il composa d’une manière très peu originale (Guy Mollet à la Défense et aux Affaires étrangères, René Billières à l’Éducantion, Gaston Defferre aux Affaires sociales, etc.).

Là aussi, l’essentiel était l’unicité de candidature aux législatives de 1967. Il l’a exprimé lors de sa conférence de presse du 6 octobre 1966 où il annonça que le candidat de la FGDS se maintiendrait au second tour s’il était en position d’être élu, sinon, il se désisterait pour « éliminer catégoriquement tous les candidats de la majorité actuelle ou de leurs complices ». Cependant, cette unité au sein de la gauche non communiste n’était pas évidente car lors du comité exécutif du 1er décembre 1966, la FGDS a failli éclater sur un désaccord de fond, les radicaux acceptaient de parler avec les communistes seulement en cas de début de discussion aussi avec le Centre démocrate, ce que Guy Mollet ne voulait à aucun prix.

Les communistes, en revanche, ne pouvaient se ranger dans une unité dès le premier tour, au risque de perdre leur identité : « Il n’aurait pas été possible [au PCF], sans déconcerter ses militants, de renoncer, à l’occasion des élections législatives, à l’attitude qu’il a constamment adoptée depuis plus de quarante ans, et qui consiste à être présent partout au premier tour dans toutes les consultations électorales. » (François Goguel). Mais ils ont accepté le 20 décembre 1966 l’idée du retrait réciproque, sans beaucoup de compensation. Il s’agissait d’un accord de désistement au second tour pour le candidat le mieux placé pour l’emporter, ce qui ne signifiait pas forcément le candidat de gauche ayant reçu le plus de voix.

François Goguel, dans son analyse politique, a résumé le comportement des communistes malgré la réserve de François Mitterrand de prendre la liberté, dans les circonscriptions où la gauche n’avait aucune chance, de faire voter au second tour pour un candidat centriste contre un candidat gaulliste : « En acceptant cette réserve, et en renonçant, comme il l’avait d’abord demandé, à lier l’accord de tactique électorale à la négociation d’un programme commun, le PCF avait incontestablement témoigné de sa ferme volonté d’apporter une contribution positive à la réalisation de l’accord entre partis de gauche. ». Dans les faits, le 6 mars 1967, après le premier tour, le PCF a accepté 13 des 20 exceptions demandées par François Mitterrand (retrait d’un candidat communiste ayant plus de voix au premier tour que le candidat FGDS mais n’ayant aucune chance d’être élu).

Le PSU dont Pierre Mendès France fut membre, bien qu’allié à la FGDS, voulait au moins une centaine de candidatures, parfois en concurrence avec d’autres candidats de la gauche non communiste, afin de pouvoir bénéficier du temps d’antenne pour les partis ayant présenté au moins 75 candidats selon la nouvelle législation.

Concrètement, en 1962, il y avait eu 1 116 candidats de gauche pour 465 circonscriptions, et en 1967, il y a eu seulement 986 candidats de gauche pour 470 circonscriptions : 470 du PS, 412 de la FGDS et 104 du PSU (en métropole).

Enfin, cinquième groupe politique majeur de ces élections, sur la lancée de sa candidature présidentielle de 1965, les centristes de Jean Lecanuet se sont structurés au sein du nouveau Centre démocrate, reprenant essentiellement la suite du MRP qui pourtant coexistait encore, et d’autres formations modérées. La tactique adoptée : si le candidat du Centre démocrate n’avait aucune chance de l’emporter au second tour, il se désisterait pour faire échec tant à un candidat communiste qu’à un candidat gaulliste.

Quant à l’extrême droite, elle était également représentée parmi quelques candidats, divisée par un mouvement de Jean-Louis Tixier-Vignancour (candidat à l’élection présidentielle de 1965) et par un autre de Dominique Venner.


La campagne électorale

Le Général De Gaulle, chef de l’État, a prononcé une allocution télévisée le 9 février 1967, peu avant le début de la campagne officielle, pour prendre position en faveur de la majorité sortante et pour dire que le choix était entre la continuation de la Ve République ou un nouveau régime aussi instable et partisan que la IVe République (voir citation en tête de l’article).

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Certains dans l’opposition ont protesté contre cette prise de position politique alors que le Président de la République ne devrait rester qu’un arbitre du jeu institutionnel. En ce sens, ils reprenaient l’esprit de la IIIe République d’un Président-chrysanthème qui avait abouti à la démission d’Alexandre Millerand en 1924, trop favorable au Bloc national face au Cartel des gauches.

La campagne fut courte (quelques semaines) mais très active pour chaque parti. Georges Pompidou s’est investi totalement dans cette bataille électorale, ce qui lui a donné une reconnaissance des notables de son parti. Lors du meeting gaulliste du 31 janvier 1967 à la Porte de Versailles à Paris, Michèle Cotta a noté dans ses "cahiers secrets" : « Je regarde de loin Georges Pompidou. Il n’a plus rien du professeur de lettres serein et cultivé qu’il était au début de sa vie d’adulte. Il s’est transformé. Peut-être en a-t-il eu assez qu’on dise de lui qu’il n’était pas un élu, qu’il avait été un apparatchik gaulliste, devenu, sans livrer bataille, un homme de Rothschild. À la tribune, aujourd’hui, il a de la présence, de l’épaisseur. Lorsqu’il parle de sa voix basse, éraillée de fumeur, il est bon dans la polémique. Son visage même semble être fait pour le combat électoral, avec ces yeux aigus sous des sourcils trop abondants qui le font ressembler à l’ogre du petit chaperon rouge. Il dit : "La majorité, c’est vous ! ". Succès de foule garanti. Je ne l’avais encore jamais vu dans sa dimension politique, sur une estrade face aux militants. Il est devenu un combattant. ». [Entre parenthèses, ce mot "combattant" empoyé par Michèle Cotta a justement été repris à Nîmes le 2 mars 2017 par François Fillon qui a dit aux 3 500 militants venus l'ovationner : « Vous avez devant vous un combattant. Que celles et ceux qui ont du cran se lèvent ! »].

Deux temps forts de la campagne. Georges Pompidou a participé à deux "combats" : deux débats publics un face à François Mitterrand le 22 février 1967 à Nevers et un autre face à Pierre Mendès France le 27 février 1967 à Grenoble. Les deux principaux ténors de l’opposition. À Nevers, dans la grande salle "Hiroshima mon amour", 5 000 personnes étaient présentes, très majoritairement gaullistes, venues voir un duel peut-être présidentiel (la prochaine élection présidentielle était prévue pour décembre 1972) : « Le Premier Ministre, visage d’oiseau de proie, attaque : il parle de sa voix grave, presque terne. Il dit que les différentes oppositions qui se dressent contre la Ve République conduisent les Français "non seulement vers le désordre, mais dans le noir". » (Michèle Cotta).

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Pierre Mendès France avait choisi de quitter l’Eure, son département d’origine, où il avait échoué au début de la Ve République, pour une ville de la "nouvelle gauche", celle des chercheurs, celle des "bobo" avant l’heure, celle des bâtisseurs, des jeux olympiques de 1968, d’Hubert Dubedout battant un gaulliste sortant en 1965, celle aussi des ouvriers de nombreuses usines, comme Nayrpic.

Chez les gaullistes, sous l’impulsion de Jean Charbonnel, ministre sortant, qui a gagné les municipales partielles à Brive le 2 octobre 1966 en raison d’une alliance entre la municipalité sortante de gauche (radicale mendésiste) et les communistes, des "jeunes loups" pompidoliens (dont Bernard Pons et Pierre Mazeaud) furent investis pour conquérir des circonscriptions difficiles dans le Sud-Ouest de la gauche radicale cassoulet. Seul Jacques Chirac a gagné en Corrèze, ce qui fut à l’origine d’une très riche carrière politique le menant jusqu’à l’Élysée pour une durée plus longue que la Présidence de De Gaulle (et avec le record du score électoral : plus de 82% le 5 mai 2002 !).

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Le samedi 4 mars 1967, la veille du scrutin, juste après la clôture de la campagne électorale, De Gaulle a pris la parole au cours d’une allocution télévisée au grand dam de l’opposition qui ne pouvait plus répondre : « Si les pouvoirs de l’État devaient être comme naguère paralysés par les crises, comment faire ? Si moi-même, confirmé à la tête de la République par le mandat de notre peuple, chargé comme je le suis de garantir le destin de la France, par conséquent, de conduire sa politique et de nommer son gouvernement, je trouvais au sein du parlement les partis en mesure de m’empêcher d’accomplir ma tâche et ainsi de bloquer le fonctionnement régulier des pouvoirs, sans être capables de remplacer par rien de cohérent les institutions stables et efficaces que nous avons établies. Comment faire tout ce que nous avons à faire si du coup, notre pays se voyait lui-même et se montrait à l’étranger comme voué de nouveau à d’absurdes et ruineuses secousses ? ».


Le premier tour

Le soir du premier tour, le 5 mars 1967, fut décevant pour la gauche non communiste qui n’a remporté qu’un seul siège (celui de François Mitterrand) face aux 62 gagnés dès le premier tour par les gaullistes. Pour ces derniers, l’élection était pliée. La participation était assez forte, 80,9%, soit bien plus que les 68,7% des élections de novembre 1962.

Les résultats en métropole furent ceux-ci. Les gaullistes et alliés (RI) ont recueilli 37,8% des suffrages exprimés ; les communistes 22,5% ; la FGDS 18,8% ; le Centre démocrate 13,5% ; le PSU 2,3% ; l’extrême droite 0,9%.

Les comparaisons entre le premier tour du 18 novembre 1962 et le premier tour du 5 mars 1967 donnent une très faible progression de la gauche (très très faible !) et une légère progression des gaullistes et alliés au détriment des centristes. Le PCF est passé de 21,8% à 22,5%. La FGDS et PSU (l’équivalent en 1962) de 21,0% à 21,1%. Les gaullistes et alliés de 36,3% à 38,2%. Enfin, les centristes (Centre démocrate et modérés, ex-MRP etc.) de 20,0% à 17,4%. En somme, il y a eu une incroyable stabilité du corps électoral d’une élection à l’autre, sur une période de cinq ans, ce qui était assez rare depuis la Libération. Finalement, la formation qui a le plus perdu dans ce scrutin fut le Centre démocrate qui a fait un score nettement moindre que celui de Jean Lecanuet en 1965.

François Goguel a noté ainsi : « Cette stabilité coïncide avec une très forte augmentation de la participation au vote, ce qui tend (…) à confirmer que les variations de l’abstentionnisme atteignent à peu près dans la même proportion l’électorat virtuel de tous les partis. ».


Le second tour

L’événement marquant de la campagne du second tour fut le meeting tenu par François Mitterrand le 9 mars 1967 au 18e arrondissement de Paris pour soutenir son ami Claude Estier (mort à 90 ans il y a juste un an, le 10 mars 2016), en position très difficile, et son concurrent, le député gaulliste sortant, Alexandre Sanguinetti est venu courageusement l’affronter devant plusieurs milliers personnes acquises à la cause de la gauche. Michèle Cotta a écrit le 10 mars 1967 : « Claude Estier me dit ce matin que Sanguinetti a tellement fait peur, pendant ce meeting, par son attitude martiale, que les représentants parisiens du Centre démocrate, qui étaient présents sous le préau pendant l’affrontement, lui ont remis ce matin le texte d’un appel à voter pour lui. ».

Avec les résultats du premier tour, tout était-il plié ? Erreur, rien n’est jamais décidé avant les électeurs ! Déjà à l’époque, les sondages s’étaient trompés : « Le deuxième tour a été celui d’un glissement inattendu vers les candidats de la gauche. Rien ne l’avait laissé prévoir, les derniers sondages IFOP et Sofres annonçaient au contraire une confortable victoire de la majorité sortante. » (Michèle Cotta).

La gauche a fini par l’emporter dans beaucoup de circonscriptions, pas suffisamment pour atteindre la majorité absolue, mais assez pour ébranler la majorité gaulliste qui n’a tenu qu’à un seul siège de la majorité.

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En métropole, les gaullistes et alliés n’ont obtenu que 231 sièges (non comptés 2 gaullistes dissidents), face à 237 pour l’opposition : 40 centristes (Progrès et démocratie moderne), 117 FGDS, 72 communistes, 4 PSU et 4 non-inscrits d’opposition. Heureusement pour le pouvoir sortant, les DOM-TOM, sur les 15 sièges, 10 furent gagnés par les gaullistes, si bien qu’ils ont pu garder la majorité absolue à un siège, 243 sièges sur 485 ! (sans compter les 2 gaullistes dissidents).

Avec l’élection plus tardive de deux autres députés après le 12 mars, en avril notamment, et les deux dissidents, le gouvernement gaulliste pouvait s’appuyer sur une majorité de 247 députés sur 487 contre une opposition (divisée) de 240 députés.

Il faut noter que même si le bloc gaulliste (UNR + RI) avait perdu la majorité absolue, cela n’aurait pas donné pour autant une majorité de rechange car il était impossible que les centristes pussent gouverner avec les communistes. Cela aurait alors donné une majorité relative aux gaullistes identique à la majorité relative des socialistes sortie des urnes en juin 1988 dont a bénéficié Michel Rocard.

Parmi les vainqueurs, beaucoup d’amis "conventionnels" de François Mitterrand ont été élus, parfois miraculeusement pour Claude Estier à Pairs : Roland Dumas à Brive, Louis Mermaz à Vienne, André Rousselet à Toulouse, Georges Fillioud à Romans, Georges Dayan dans le Gard, etc. En revanche, Charles Hernu a été battu à Saint-Étienne face à Lucien Neuwirth. Quatre ministres gaullistes ont été battus : Pierre Messmer, Maurice Couve de Murville, Jean Charbonnel et Alexandre Sanguinetti.

Malgré le resserrement de la majorité et les velléités supplémentaires d’indépendance des giscardiens, Georges Pompidou a formé un nouveau gouvernement et juste avant une motion de censure, De Gaulle a tenu le 16 mai 1967 une conférence de presse avec son protocole traditionnel et solennel, où il continua à faire du De Gaulle.

Cette législature fut cependant la plus courte de la Ve République. Après un mois de troubles nationaux, le 30 mai 1968, De Gaulle décida de dissoudre l’Assemblée Nationale. D’une majorité de justesse, le pouvoir gaulliste a obtenu alors quelques semaines plus tard un raz-de-marée gaulliste.

La conclusion de l’étude de François Goguel sur 1967 reste inachevée : « Peut-on y voir pour autant l’amorce d’une instauration en France d’un système bipartiste ? Le caractère décisif de l’attitude des électeurs du Centre démocrate fait naître à cet égard quelques doutes. Surtout, il manque à la France un élément fondamental du bon fonctionnement (…) : l’acceptation par les uns et les autres des "règles du jeu". L’opposition de gauche, sans doute minoritaire, peut-être pas complètement unifiée, mais puissante et dynamique, paraît être, au lendemain du scrutin de mars 1967, sensiblement plus éloignée d’un ralliement aux institutions de la Cinquième République qu’elle ne l’était, malgré la substitution de la candidature Mitterrand à la candidature Defferre, au lendemain du scrutin présidentiel de décembre 1965. ».

Ces "doutes" subsistent encore un demi-siècle plus tard, avec l’élection présidentielle de 2017 où les intentions de vote élevées pour le candidat Emmanuel Macron, centriste hors-sol soutenu par une armée de vieux briscards socialistes paniqués, bouleverse les analyses sur le système droite/gauche que la candidature de Marine Le Pen avait déjà contribué à bousculer.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 mars 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les élections législatives de mars 1967.
L’élection présidentielle de décembre 1965.
L’analyse de François Goguel sur les élections législatives de 1967 (à télécharger).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170312-legislatives-1967.html

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Histoire politique
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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 05:41

« Il est borgne, on le sait. Ce qui ne le rend pas moins louche. Et quand on dit que, peut-être, il ne voit jamais plus loin que le bout de son nez, il faut vite ajouter : et d’un seul côté seulement. » (le 9 novembre 1940 dans "Vendémiaire", hebdomadaire créé par le colonel Maurice Guillaume).


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Contrairement à la croyance populaire, François Mitterrand n’a pas été le premier socialiste à avoir été élu Président de la République française. Il fut le deuxième. Il y a soixante-dix ans, le 16 janvier 1947, les parlementaires français ont désigné le premier Président de la IVe République. A été élu Vincent Auriol, 62 ans, qui avait été élu Président des deux Assemblées Nationales Constituantes puis de l’Assemblée Nationale du 31 janvier 1946 au 20 janvier 1947.

Cette élection était le couronnement de la longue carrière politique d’un député qui fut à la croisée des principaux leaders du socialisme français : il fut l’élève de Jean Jaurès à Toulouse, le ministre de Léon Blum, et il a soutenu la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle de décembre 1965.

Né le 27 août 1884, avocat après avoir obtenu un doctorat en droit, Vincent Auriol fut l’un des hommes clefs du socialisme du Sud-Ouest pendant l’entre-deux-guerres. Adhérent à la SFIO en raison de sa proximité avec Jean Jaurès (il épousa aussi la fille d’un grand ami syndicaliste de Jean Jaurès à Carmaux), il eut une longue carrière de mandats électifs : élu sans discontinuité député de la Haute-Garonne du 10 mai 1914 (il avait 29 ans) au 31 mai 1942 (fin du prolongement du mandat des députés élus en mai 1936) et du 21 octobre 1945 au 31 décembre 1947, il fut également élu maire du Muret de 1925 à 1946 et conseiller général de Haute-Garonne de 1928 à 1946 (en octobre 1945, il fut élu président du conseil général de Haute-Garonne).

À partir du début des années 1920, Vincent Auriol est devenu le spécialiste des finances publiques de la SFIO, prenant donc une importance considérable au sein de l’appareil (c’est très difficile de donner des éléments de comparaison mais disons que Dominique Strauss-Kahn avait eu un rôle similaire au début des années 1980 au sein du PS). Ce fut donc très logique que lors de la victoire du Cartel des gauches et de l’arrivée à la tête du gouvernement du radical Édouard Herriot, Vincent Auriol fut élu président de la commission des finances à la Chambre des députés (entre 1924 et 1926).

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Vincent Auriol fut tellement proche de Léon Blum pendant une dizaine d’années jusqu’au Front populaire qu’on a même parlé de lui pour diriger le premier gouvernement socialiste en 1936 dans le cas où Léon Blum préférerait rester à la tête de la SFIO. Mais il avait au contraire encouragé Léon Blum à prendre lui-même la direction du gouvernement, car c’était dans la logique politique après la victoire du Front populaire.

Fidèle parmi les fidèles du leader socialiste, Vincent Auriol fut nommé Ministre des Finances du 4 juin 1936 au 21 juin 1937, dans le premier gouvernement de Léon Blum, aux côtés notamment d’Édouard Daladier, Paul Faure, Camille Chautemps, Roger Salengro, Marx Dormoy, Yvon Delbos, Pierre Cot, Jean Zay, Irène Joliot-Curie, Jean Perrin, Paul Ramadier, Jules Moch et Léo Lagrange. Vincent Auriol milita en faveur d’une intervention militaire française aux côtés des républicains espagnols pour lutter contre le franquisme (intervention refusée par les radicaux dont le soutien était indispensable pour le maintien du gouvernement).

Après la démission de Léon Blum en raison de l’absence de soutien des radicaux pour un autre sujet, Vincent Auriol resta dans le gouvernement dirigé par Camille Chautemps, comme Ministre de la Justice du 29 juin 1937 au 14 janvier 1938, et il se retrouva de nouveau ministre dans le deuxième gouvernement de Léon Blum du 13 mars 1938 au 10 avril 1938, à la Coordination des services ministériels à la Présidence du Conseil.

Vincent Auriol a compris rapidement le danger des accords de Munich en septembre 1938 (il s’y opposa mais paradoxalement, les ratifia comme parlementaire, par discipline de parti), et il a eu le courage (rare) de s’opposer à Philippe Pétain lors du vote du 10 juillet 1940 (il fut l’un des très rares socialistes à s’y être opposés, et a aidé Léon Blum à se protéger durant l’été 1940). Comme Léon Blum, Vincent Auriol fut arrêté par le régime de Vichy et fut emprisonné de septembre 1940 à août 1941, puis une fois libéré, il s’engagea dans la Résistance en 1942.

Le Général De Gaulle le nomma président de la commission des finances de l’Assemblée consultative d’Alger en 1944 et il fut réélu député aux deux assemblées constituantes après l’Armistice. De Gaulle l’intégra ensuite dans son gouvernement du 21 novembre 1945 au 20 janvier 1946, comme Ministre d’État représentant la SFIO, avec trois autres Ministres d’État : Francisque Gay (MRP), Louis Jacquinot (républicain indépendant) et Maurice Thorez (PCF).

Alain Peyrefitte a raconté que De Gaulle avait démenti le fait que Vincent Auriol l’aurait influencé pour ne pas s’exprimer devant les Français lors de sa démission en janvier 1946 et il aurait dit le 6 septembre 1966 devant son Ministre de l’Information : « Je ne lui avais pas demandé la permission de m’adresser aux Français le 18 juin 40. » ("C’était De Gaulle", 1994).

Après la démission de De Gaulle de Matignon, le socialiste Félix Gouin lui succéda. Félix Gouin avait été élu Président de l’Assemblée Nationale Constituante, poste qu’il abandonna donc pour diriger le gouvernement provisoire, si bien que ce fut Vincent Auriol qui fut choisi le 31 janvier 1946 pour lui succéder, puis en juin 1946, pour présider la seconde Assemblée Nationale Constituante, et enfin, le 3 décembre 1946, pour présider la première Assemblée Nationale de la IVe République. Tandis que Léon Blum fut chargé de diriger le dernier gouvernement provisoire de la République française du 16 décembre 1946 au 16 janvier 1947. Ce qui signifia que Vincent Auriol allait succéder à Léon Blum comme chef de l’État français.

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Lors de l’élection présidentielle du 16 janvier 1947, 883 parlementaires (députés et équivalents de sénateurs, "conseillers de la République") ont pris part au vote. Vincent Auriol, soutenu par la gauche, fut élu dès le premier tour avec 452 voix (soit 51,2%), face à Auguste Champetier de Ribes (MRP), son principal concurrent, premier Président du Conseil de la République (c’est-à-dire du Sénat) du 27 décembre 1946 au 6 mars 1947 (date de son décès), grand résistant et ancien ministre d’avant-guerre, qui a obtenu 242 voix (27,4%), face aussi au vieux parlementaire octogénaire Jules Gasser (radical), vice-président du Conseil de la République et ancien maire d’Oran, avec 122 voix (13,8%) et enfin, face à un député de centre droit, Michel Clemenceau, le fils de Georges Clemenceau, avec 60 voix (6,8%).

Concevant sa fonction présidentielle dans le rôle d’arbitre suprême, Vincent Auriol a dû affronter l’instabilité ministérielle récurrente de la république naissante qui donnait la part trop belle aux partis et aux groupes politiques des assemblées : pendant son septennat, il ne nomma pas moins de quinze gouvernements (en moyenne, plus de deux gouvernements par an !), dirigés par Paul Ramadier (qu’il connaissait à Toulouse durant sa jeunesse), Robert Schuman, Georges Bidault, Henri Queuille, Edgar Faure, René Mayer, André Marie, René Pleven, Antoine Pinay et Joseph Laniel.

Refusant de solliciter un second mandat présidentiel, Vincent Auriol quitta l’Élysée le 16 janvier 1954 (à l’âge de 69 ans) laissant la place à René Coty (républicain indépendant) élu très laborieusement le 23 décembre 1953. Il rédigea pendant son mandat un journal de bord ("Le Journal du Septennat") retraçant la chronologie de ses activités pendant cette période, et j’ai eu le privilège d’avoir été interrogé sur un extrait concernant l’année 1947 (et les terribles grèves de l’époque) à l’épreuve écrite d’histoire au baccalauréat.

Favorable au retour de De Gaulle en mai 1958, Vincent Auriol quitta la SFIO après un désaccord de fond avec Guy Mollet. Il participa à la création du PSA (parti socialiste autonome) d’Édouard Depreux le 11 septembre 1958, devenu ensuite, le 3 avril 1960, PSU (parti socialiste unifié) qui lança Michel Rocard en politique.

Conformément à la nouvelle Constitution de la Ve République, Vincent Auriol siégea au Conseil Constitutionnel comme membre de droit (ancien Président) du 5 mars 1959 au 1er janvier 1966 (date de son décès) mais refusa de participer aux travaux de cette haute assemblée à partir de 1962 pour s’opposer à la pratique très dirigiste des institutions par De Gaulle, fustigeant le « pouvoir personnel et arbitraire en opposition avec les principes et les règles essentiels de la démocratie ».

Comme indiqué au début de l’article, Vincent Auriol apporta son soutien au candidat François Mitterrand quelques semaines avant de mourir le 1er janvier 1966 à Paris, à l’âge de 81 ans, reliant historiquement François Mitterrand aux figures fortes du socialisme que furent Jean Jaurès et Léon Blum. À ma connaissance (mais je peux me tromper), ni François Mitterrand ni François Hollande, le troisième socialiste à avoir été élu à l’Élysée, n’ont rendu hommage à celui qui fut un acteur loyal du socialisme de gouvernement au plus haut niveau de l’État.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Vincent Auriol.
Le Front populaire.
René Coty.
Edgar Faure.
Gaston Defferre.
François Mitterrand.
Georges Clemenceau.
André Tardieu.
Jean Jaurès.
Joseph Caillaux.
Aristide Briand.
Léon Blum.
Pierre Laval.
Philippe Pétain.
Colonel de La Rocque.
Charles De Gaulle.
Pierre Mendès France.
Jean Zay.
Charles Péguy.

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 05:30

« On n’est le maître, vraiment, que lorsqu’on a si bien travaillé le fauve qu’il se couche à la voix, rentre les griffes, et qu’un regard lui sert de barreaux. » (Maurice Druon, "Les Rois maudits", 1960).


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Sans doute que noyés dans la précampagne de l’élection présidentielle, les responsables politiques français ne prendront pas le temps de se poser quelques minutes sur un événement fondateur de la nation française. Il y a exactement sept cents ans, le 9 janvier 1317, le frère le plus âgé du roi Louis X le Hutin, deuxième fils de Philipe IV le Bel, le comte Philippe de Poitiers se fit sacrer roi de France à la basilique Saint-Rémy de Reims d’une manière précipitée pour renforcer son pouvoir sur le royaume de France sous le nom de Philippe V le Long, long car il était grand.

Lorsque le roi Louis X le Hutin est mort à 26 ans, le 5 juin 1316 (certains ont parlé d’empoisonnement), il n’avait régné que dix-huit mois, prenant la lourde succession de son père Philippe IV le Bel, mort le 29 novembre 1314 à Fontainebleau après un long règne de presque trente ans sur un État qu’il avait rendu puissant et centralisé. Et c’était la première fois depuis l’avènement du roi Hugues Capet, le 3 juin 987, qu’un roi était mort sans laisser un fils. Pendant plus de trois siècles, les rois capétiens (directs) ont pu se succéder de pères en fils aînés. Rien, pourtant, n’interdisait juridiquement la succession par une fille.

Or, Louis X a laissé à sa mort deux enfants : Jeanne II (future reine de Navarre), née le 28 janvier 1311 (elle avait donc 5 ans), de son premier mariage avec Marguerite de Bourgogne, et un enfant encore à naître par sa seconde épouse enceinte, Clémence de Hongrie (Louis X l’épousa le 19 août 1315 après avoir répudié et probablement étranglé sa première épouse soupçonnée d’adultère).

Le fait que Jeanne aurait pu être le fruit d’un adultère a laissé des doutes sur sa filiation réelle avec Louis X. Le fait qu’elle fût une fille fut également une raison de plus de se tourner vers l’enfant à naître de Clémence, en espérant qu’il fût un garçon. Ce fut le frère le plus âgé de Louis X, à savoir le futur Philippe V qui prit donc la régence à l’âge de 23 ans, élu par certains notables réunis à Paris, en attendant la naissance et l’éducation de cet enfant.

Pour faire accepter cette décision, Philippe V, très influent, a su rappeler à la noblesse son lien le plus direct avec saint Louis (son arrière-grand-père) et il a aussi conclu un accord avec le duc de Bourgogne Eudes IV (qui était le beau-frère de Louis X et l’oncle de Jeanne II de Navarre). Eudes IV épousa par la suite, en 1318, Jeanne de France, la fille de Philippe V (la fille n’avait que 10 ans), ce qui en faisait donc également le gendre du roi Philippe V.

Si l’enfant de Clémence fut effectivement un garçon, né le 14 novembre 1316, il ne "régna" que cinq jours, mort dans des conditions d’ailleurs mystérieuses (certains ont accusé Philippe V ou Mahaut d’Artois, qui fut sa belle-mère, de l’avoir empoisonné). Il fut appelé Jean Ier le Posthume. Dès l’enterrement de Jean, Philippe V se fit proclamer roi de France et amorça la "tradition" de refuser toute femme dans la prétention au trône. Cette idée était plus par ambition personnelle que par misogynie puisqu’il avait réussi à obtenir pour sa fille aînée (paradoxalement) la transmission du comté de Poitiers.

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Pour asseoir son pouvoir, Philippe V se fit sacrer à Reims le 9 janvier 1317 de manière précipitée, en fermant les portes de la basilique Saint-Rémy et sous la protection de l’armée, et cela malgré l’opposition de certains notables de la cour qui voulaient assurer la défense des droits de Jeanne II (la seule enfant de Louis X). Parmi ceux qui pouvaient lui disputer son pouvoir, il y avait son oncle, le comte Charles de Valois (1270-1325), frère de Philippe IV le Bel, dont le fils Philippe est devenu finalement roi de France (voir plus loin).

Pour verrouiller le "dispositif", Philippe V convoqua des semblants d’États-généraux le 2 février 1317, pour régler définitivement la succession en proclamant qu’une femme ne pourrait jamais succéder au trône de France (mais sans préciser si les femmes pouvaient ou nom transmettre le droit à la couronne).

Les arguments avancés ne firent pas référence à la loi salique, rédigée en latin, qui n’avait pas grand chose à voir avec cet enjeu, qui datait autour du Ve siècle et qui évoquait la succession des terres au sein du royaume. On n’a évoqué la loi salique pour cette règle de succession qu’à tort quelques dizaines d’années après la prise de pouvoir de Philippe V. Maurice Druon parla ainsi de la loi salique : « Les conseillers au parlement (…) exhumèrent sans trop de foi le vieux code de coutumes des Francs saliens, antérieur à la conversion de Clovis au christianisme. Ce code ne contenait rien quant à la transmission des pouvoirs royaux. C’était un recueil de jurisprudence civile et criminelle assez grossier, et de surcroît mal compréhensible puisqu’il avait plus de huit siècles. Une indication brève stipulait que l’héritage des terres se faisait par division égale entre les héritiers mâles. C’était tout. » ("Les Rois maudits", 1957).

Enfin, le Traité de Laon signé le 27 mars 1317 par Philippe V et Eudes IV de Bourgogne énonça le renoncement des prétentions de Jeanne II de Navarre au royaume de France. À la cathédrale d’Amiens, le 29 juin 1320, Philippe V reçut la reconnaissance de sa légitimité par son beau-frère, Édouard II, roi d’Angleterre depuis le 7 juillet 1307 (il s’était marié à la sœur du roi de France, Isabelle de France, le 25 janvier 1308 à Boulogne-sur-Mer), mais son fils Édouard III (né le 13 novembre 1312), roi d’Angleterre du 25 janvier 1327 au 21 juin 1377, déclencha la Guerre de Cent ans le 7 octobre 1337 en revendiquant le royaume de France par sa mère Isabelle de France.

Lorsque Philippe V le Long est mort à 29 ans le 3 janvier 1322 après cinq mois d’agonie, il n’avait aucun héritier homme (il avait quatre filles et son seul fils, né en fin 1316, ne survécut pas plus de trois semaines). Conformément aux règles qu’il avait édictées, ce fut donc son dernier frère, Charles IV le Bel, considéré comme pas très intelligent, qui lui succéda à l’âge de 27 ans. Charles IV le Bel épousa comme son frère Philippe une fille d’Othon IV de Bourgogne. Il fut couronné à la cathédrale de Reims le 21 février 1322.

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Malade lui aussi, Charles IV est mort à 33 ans le 1er février 1328, laissant sa troisième épouse (Jeanne d’Évreux) enceinte (l’enfant à naître fut finalement une fille, Blanche). Terminant la fratrie ("mâle"), la mort de Charles IV a abouti à la fin des Capétiens directs et engendra une guerre de succession.

Le roi d’Angleterre Édouard III revendiqua le royaume de France puisque sa mère fut la sœur des trois derniers rois de France, mais ce raisonnement pêchait par le fait que si une femme pouvait transmettre la couronne sans la prendre elle-même, alors les trois frères rois Louis X, Philippe V et Charles IV avaient des filles qui auraient pu transmettre également la couronne à un héritier homme : en particulier Philippe de Bourgogne, né le 10 novembre 1323 et fils d’Eudes IV de Bourgogne et de Jeanne de France, fille de Philippe V, elle-même née le 2 mai 1308.

Le premier petit-enfant homme de Louis X, quant à lui, Charles II le Mauvais, n’est né que le 10 octobre 1332, donc bien après la mort de Charles IV et ne pouvait donc pas être un prétendant au moment de la crise de succession en 1328, mais la logique de transmission par les femmes revendiquée par Édouard III aurait alors signifié l’usurpation de Philippe V et de Charles IV et la reconnaissance ultérieure de ce futur Charles le Mauvais comme héritier du trône de France (par ailleurs, Charles II le Mauvais était aussi le fils de Philippe d’Évreux, fils de Louis d’Évreux, demi-frère de Philippe IV et de Charles de Valois et donc doublement descendant de saint Louis).

Il a donc fallu remonter à la branche de Charles de Valois, deuxième fils de Philippe III le Hardi, frère de Philippe IV le Bel, et petit-fils de saint Louis, pour trouver un nouvel héritier homme à la couronne de France, à savoir le fils de Charles de Valois (ce dernier est mort le 16 décembre 1325), Philippe VI de Valois, proclamé roi de France le 1er avril 1328 à 35 ans et sacré à Reims le 29 mai 1328. Son règne initia la branche des Valois et dura plus de vingt-deux ans.

Philippe de Valois avait été choisi par son cousin Charles IV (de son vivant) pour devenir le régent et s’occuper de l’enfant de Jeanne d’Évreux dans le cas où il aurait été un garçon. Il fut en outre soutenu par son beau-frère, Robert III d’Artois, qui fut très influent auprès de lui (après sa condamnation et son bannissement en avril 1322, Robert III d’Artois a rejoint le camp d’Édouard III et s’opposa à la cour de France).

Ce choix de Philippe VI fut essentiel dans la définition de la nation française telle qu’elle l’est devenue plusieurs siècles plus tard : en effet, le refus de reconnaître Édouard III comme héritier légitime (à savoir le plus direct des descendants de saint Louis mais en passant par une femme, sa mère) avait une raison plus politique que dynastique : il était déjà roi d’Angleterre et il n’était pas question de laisser la couronne de France à un souverain "étranger", dans le sens surtout politique (il n’existait pas encore de nationalité et Édouard III était aussi "français"dans le sens où il parlait français et où il possédait de grands domaines sur le territoire français, la Guyenne).

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Toute cette histoire dynastique a été merveilleusement racontée par Maurice Druon dans "Les Rois maudits" (roman publié de 1955 à 1977) qui fit l’objet d’une série télévisée très appréciée (avec Jean Piat et Louis Seigner notamment) diffusée du 21 décembre 1972 au 24 janvier 1973 sur la deuxième chaîne (une seconde adaptation a aussi été faite en 2005).

La règle des trois frères chez les Capétiens se répéta au total trois fois : après les règnes de Louis X, Philippe V et Charles IV, la branche des Valois s’est en effet éteinte après le règne de trois frères François II (1559-1560), Charles IX (1560-1574) et Henri III (1551-1589) laissant place aux Bourbons avec Henri IV, puis la nouvelle branche des Bourbons s’est elle-même éteinte après la Révolution française avec le règne de Louis XVI (1774-1792), Louis XVIII (1814-1824) et Charles X (1824-1830), laissant place après la proclamation de la République le 4 septembre 1870, à un unique prétendant au trône, le petit-fils de Louis-Philippe, le comte de Paris, après la mort du comte de Clermont en 1883 (la rivalité entre les deux prétendants, légitimiste et orléaniste, a rendu impossible une restauration monarchique vers 1876 alors qu’il y avait à l’assemblée une majorité de députés monarchistes).

Si la monarchie capétienne était héréditaire, il faut cependant se rappeler que les rois étaient à l’origine élus par un collège de nobles, et c’était comme cela que les Capétiens, d’abord Eudes, ont pu prendre le trône aux Carolingiens. Du vivant du roi, le fils aîné était régulièrement associé au trône devant les notables, ce qui confortait sa position de dauphin. Philippe II Auguste fut le dernier héritier associé au trône du vivant de son père en se faisant couronner le 1er novembre 1179, avant la mort de son père (18 septembre 1180).

Après Philippe Auguste, l’hérédité était devenue la règle de succession. L’hérédité était un élément de stabilité qui apportait un avantage face à l’élection de l’empereur du Saint Empire Romain Germanique, dont l’issue était généralement incertaine et le résultat jamais durable.

C’était en partie grâce à cette stabilité que la France a pu se construire malgré son émiettement originel en duchés et comtés qui, parfois, étaient plus puissants que le royaume lui-même. Le Siècle des Lumières a rendu indispensable l’écoute des peuples dans la définition de la politique nationale. L’hérédité ne donne aucune garantie sur cette nécessaire écoute. L’avènement de la République a répondu à ce principe de libre souveraineté populaire, et l’élection du Président de la République française est devenue une sorte d’oxymore : depuis 1965, le peuple français élit désormais son …monarque ! Le prochain sera élu le 7 mai 2017.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les conséquences du sacre de Philippe V le Long.
Louis XIV.
François Ier.
Henri IV.
Les Rois maudits.
Armide.
Congrès de Vienne.
Deux autres figures françaises du sens de l’État.
Vive la République !

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