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5 février 2023 7 05 /02 /février /2023 04:45

« Ce geste impardonnable n'est pas celui de la Corse, ce geste impardonnable n'est pas celui des Corses, c'est celui d'hommes perdus qui ont abandonné toute valeur si tant est qu'ils n'en aient jamais eu et qui sont l'inverse de ce qu'est la civilisation. La Corse ne doit pas oublier cet acte odieux, ne doit pas oublier le sang de ce grand républicain qui a été versé sur son sol. Le temps ne doit pas effacer, le temps ne doit pas minorer cet acte qui a été une insulte lancée au visage des Corses. » (Nicolas Sarkozy, le 6 février 2008 à Paris).



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Il y a vingt-cinq ans, le 6 février 1998, en début de soirée, le préfet de la région Corse Claude Érignac a été assassiné à Ajaccio, par des activistes indépendantistes corses, alors qu'il se rendait seul à pied au théâtre après y avoir déposé sa femme et garé la voiture. Il avait 60 ans et laissait dans le chagrin infini son épouse Dominique et ses deux enfants Marie-Christophine et Charles-Antoine (à l'époque 24 ans et 20 ans). C'était la première fois qu'en période de paix, un préfet était assassiné en France, et la première fois qu'un haut fonctionnaire de l'État était assassiné en Corse.

Lorsqu'il a appris sa promotion en janvier 1996 (il a pris ses fonctions le 5 février 1996), Claude Érignac avait écrit dans son journal, qui a été retrouvé par son fils et lu publiquement le 16 novembre 2007 devant la cour d'assise spéciale de Paris, sa réticence : « J'ai clairement conscience de partir vers une mission impossible, faite de contradictions éclatantes entre le discours public du gouvernement, les négociations plus ou moins secrètes, les intentions réelles des uns et des autres. (…) Je m'accroche à l'idée que cela peut être pour 18 mois seulement, moyenne approximative de mes prédécesseurs. ». Son objectif ? Très ambitieux : le retour à la légalité républicaine dans l'île dans les cinq à dix ans.

Préfet de la région Corse et de la Corse-du-Sud depuis déjà deux ans, Claude Érignac aurait voulu changer de fonction depuis plusieurs mois et quitter Ajaccio. Bien que pas énarque, Claude Érignac a été ce qu'on pourrait appeler un haut fonctionnaire modèle, avec une belle carrière préfectorale. Son père déjà, René Érignac (1909-2002), a été préfet (sous-préfet dans le Cantal, en Guadeloupe, dans la Meuse, en Saône-et-Loire, en Algérie et en Seine-et-Oise, puis préfet de la Guyane, de la Creuse, de la Haute-Saône et du Vaucluse).

Claude Érignac a été effectivement à la fois membre de cabinets ministériels et sous-préfet et préfet. Il a travaillé pour les ministres Jean Charbonnel (en 1966), Jean Chamant (de 1967 à 1969), Henri Rey (de 1969 à 1971), Olivier Stirn (de 1973 à 1974) et Jacques Pelletier (de 1988 à 1989). Il a été secrétaire général de la Martinique de 1971 à 1973 (où est née sa fille), de la Nouvelle-Calédonie de 1974 à 1978 (où est né son fils), puis sous-préfet d'Avesnes-sur-Helpe (Nord) de 1978 à 1981, puis de Roanne (Loire) de 1981 à 1984 (au moment où son maire, Jean Auroux, était Ministre du Travail et a fait adopter les fameuses lois Auroux), préfet du Gers de 1984 à 1986, de Meurthe-et-Moselle de 1989 à 1993, des Yvelines de 1993 à 1996, enfin préfet de région en Corse de 1996 à son assassinat.

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Claude Érignac était de la tradition des grands serviteurs de l'État. Il était certes proche du parti socialiste, ami de Lionel Jospin qui était son camarade de promotion à Science Po Paris (et aussi, bien que pas pratiquants, ils partageaient leur origine religieuse protestante), mais il avait servi avec efficacité sous les gouvernements de droite qui le respectaient beaucoup. Il personnifiait la neutralité de l'État. Du reste, ce fut le maire RPR du Havre Antoine Rufenacht, ancien et futur directeur de la campagne présidentielle de Jacques Chirac en 1995 et 2002, qui présida l'Association Claude-Érignac pendant ses dix premières années, de 2000 à 2010.

Quand j'ai appris l'assassinat du préfet Claude Érignac, en plus du choc légitime d'un citoyen qui apprenait l'assassinat d'un représentant de l'État, j'ai eu une double émotion. Claude Érignac était préfet de Meurthe-et-Moselle du 30 octobre 1989 au 1er juin 1993, et en tant qu'élu dans une commune de l'agglomération de Nancy, j'ai eu l'occasion de le rencontrer plusieurs fois. Il était très apprécié en Lorraine, même dans des communes bien ancrées à droite. L'émotion n'était pas seulement théorique mais incarnée : apprendre qu'un homme bien venait d'être assassiné donnait à cette émotion l'impression d'un acte dégueulasse et d'un immense gâchis.

L'autre émotion, c'était parce que me revenaient à l'esprit ces propos du député-maire d'Issy-les-Moulineaux André Santini. Ancien ministre, connu pour ses fréquentes petites phrases assassines et son sens de l'humour, il suit très précisément tout ce qui se passe en Corse dont sa famille était originaire, et je me souvenais que lors d'une réunion centriste, c'était peut-être dans le cadre du conseil national de Force démocrate le 22 juin 1996, en petit comité (quelques dizaines), il expliquait avec conviction, comme un prédicateur, que selon ses informations, selon ses "capteurs", malheureusement, il allait y avoir des attentats graves en Corse (et il disait que le gouvernement était bien sûr au courant).

Et effectivement, dès l'été 1996, probablement en réponse au volontarisme républicain du nouveau préfet, il y a eu une série d'attentats, dont celui du 20 août 1996 contre le domicile de l'ancien Ministre de l'Industrie José Rossi, par ailleurs président du conseil général de Corse-du-Sud (je me souviens avoir rencontré José Rossi, accueilli par Olivier Guichard à l'université d'été de l'UDF à La Baule au début de septembre 1996, considéré comme un miraculé). Un an et demi plus tard, l'assassinat d'un préfet me paraissait le sommet de cette violence politique en Corse.

Heureusement, la réaction des Français mais également, parmi eux, des Corses eux-mêmes était rassurante puisqu'ils étaient du côté de la famille et manifestaient contre cet horrible attentat. Le mouvement séparatiste avait alors pris du plomb dans l'aile. Les réactions politiques à l'époque étaient également unanimes, alors qu'on était en pleine cohabitation.

Le Président de la République Jacques Chirac s'est beaucoup investi à cette occasion. Réagissant à chaud le 6 février 1998, il a assuré : « Ce grand serviteur de l'État avait mis toute son énergie, sa compétence, et sa chaleur humaine au service de nos compatriotes corses. (…) Je donne au peuple français l'assurance que la police et la justice feront tout ce qui est nécessaire pour retrouver et punir les assassins de Claude Érignac. Je veillerai à ce que l'autorité de l'État soit respectée. ». Il l'a répété le lendemain, 7 février 1998 : « L'assassinat du représentant de l'État en Corse est un acte barbare, d'une extrême gravité et sans précédent dans notre histoire. (…) J'ai été en contact, à plusieurs reprises, avec le Premier Ministre qui doit se rendre dans l'île dès ce matin. Je souhaite que toute la lumière soit faite, le plus rapidement possible, par les services chargés de l'enquête et que la justice puisse punir les responsables de ce crime odieux. ».

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Puis, se rendant à Ajaccio, sur le lieu de l'assassinat, Jacques Chirac a rendu hommage au préfet : « C'est l'émotion et la tristesse qui nous rassemblent aujourd'hui. Mais c'est aussi l'indignation et le refus. Un homme est mort, vendredi soir, lâchement assassiné. Cet homme, le préfet Claude Érignac, nombreux ici sont celles et ceux qui l'ont connu, qui l'ont aimé. Personnellement, je lui portais la plus grande estime. Qui était-il ? D'abord, un homme de cœur et de conviction. Ensuite, un homme de contact, attentif à tout et à tous. Enfin et surtout un serviteur de l'État, auquel il a consacré toute sa vie. (…) Cévenol, grand sportif, homme de culture et curieux de toutes les cultures, Claude Érignac était un exemple. Il aurait sans doute dit qu'il n'avait fait que son devoir dans les différents postes qu'il avait occupés avec maîtrise et talent, et c'est vrai. Mais faire son devoir en étant toujours estimé, apprécié, obéi, c'est, tout simplement, accomplir un parcours exemplaire. C'est pourquoi l'émotion est si forte et la tristesse si lourde. (…) À travers Claude Érignac, c'est l'autorité de l'État et l'intégrité de la France que certains ont voulu attaquer et mettre en cause. La folie meurtrière, la politique du pire, la dérive mafieuse, ont armé le bras de quelques-uns contre ce que représentait le préfet Claude Érignac, c'est-à-dire l'État dont il était l'incarnation et le symbole. Nous ne le tolérerons pas. Et je l'affirme ici, en présence du chef du gouvernement, au nom de l'ensemble des pouvoirs publics et au nom de tous les Français, de Corse comme du continent. Non, nous ne le tolérerons pas. Les assassins seront punis car ce sont les assassins d'un homme mais aussi les ennemis de la République. C'est la France unanime, c'est la France debout, par delà les différences, par delà les clivages politiques, que nous représentons ici. ».

Le Premier Ministre Lionel Jospin était sous le choc, il venait de perdre un ami : « Cet acte inqualifiable et abject en frappant le représentant de l'État atteint la nation toute entière. ». Le Ministre de l'Intérieur aussi était très affecté : Jean-Pierre Chevènement suivait très minutieusement la situation en Corse dès son arrivée place Beauvau le 4 juin 1997 et c'est sur la "question corse" qu'il a démissionné le 29 août 2000 (refusant la notion de "peuple corse").

Plus tard, les successeurs de Jacques Chirac allaient se recueillir à l'occasion d'un anniversaire de cet assassinat. Ainsi, le Président Nicolas Sarkozy a rendu hommage le 6 février 2008 à Claude Érignac : « Comme son père, il avait choisi le corps préfectoral, ce corps qui assure la continuité de l'État. Avec cette tradition ancrée en lui, il était devenu l'un des meilleurs défenseurs de ces valeurs républicaines et avait su, par le dialogue et la confiance, instaurer entre la population, les élus et l'État une autre relation et ce, dans tous les départements où il a eu l'honneur de servir. En Corse, dont il était le préfet de la région, il avait mené une action inlassable pour soutenir l'économie locale, pour affirmer l'identité culturelle corse et pour lutter contre la violence. Il avait su nouer une relation particulière avec les Corses auxquels il vouait un profond attachement. Il remplissait avec abnégation cette mission difficile dans un contexte de tensions et de violences d'une minorité contre la grande majorité des femmes et des hommes de l'île. Au lendemain du 6 février 1998, la Corse et le continent se sont réveillés profondément choqués par ce drame. La population a dénoncé ce geste atroce, et a manifesté son dégoût pour la violence. La République avait le devoir de poursuivre et de trouver les coupables de ce lâche assassinat et de les déférer à la justice. ».

La détermination de Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l'Intérieur, à arrêter tous les auteurs de l'attentat, et en particulier Yvan Colonna, a prouvé qu'il se sentait très concerné par la Corse et ce drame. Pendant plusieurs années, Yvan Colonna était soutenu par les indépendantistes corses qui n'hésitaient pas à dissuader les autorités de le poursuivre. Le 3 août 2003, la plaque rendant hommage à Claude Érignac à Ajaccio a été détruite après des manifestations violentes. Nicolas Sarkozy est venu inaugurer une nouvelle plaque le 16 octobre 2003. Par ailleurs, une "Place du préfet Claude Érignac" a été inaugurée le 7 février 2004 par Pierre-Christian Taittinger (maire du seizième arrondissement), Bertrand Delanoë (maire de Paris) et Nicolas Sarkozy (Ministre de l'Intérieur).

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Plus généralement, des dizaines de lieux ont été nommés "Claude Érignac" en France, à l'instar de la "Rue Préfet Claude Érignac" en plein centre-ville de Nancy, en prolongement de la rue Maurice-Barrès, entre la place Stanislas et la rue Lyautey, le long de la préfecture de Meurthe-et-Moselle dont il fut le patron, inaugurée le 14 juillet 1999 par l'ancien ministre André Rossinot (maire de Nancy) et Dominique Érignac dont une citation du défunt mari est gravée sur une plaque : « La première des solidarités est celle qui lie les citoyens entre eux au travers de l'État. C'est la solidarité nationale. L'administration, qui la met en œuvre, est faite pour servir. ». Tous les 6 février y est honorée la mémoire de Claude Érignac par la ville de Nancy.

Plus tard, le 6 février 2018 pour le vingtième anniversaire, le Président Emmanuel Macron a baptisé aussi de son nom la place même où le préfet a été assassiné : « Le soir du 6 février 1998 alors qu’il se rendait au Théâtre Kalliste non loin d’ici à pied, sans protection selon son souhait, le préfet Claude Érignac était lâchement assassiné de trois balles dans la tête, tirées par derrière à bout portant. Ce fut le premier préfet à tomber en temps de paix, geste sans précédent, sans équivalent. On vit alors la nation se lever, faire bloc autour de cet homme, autour de cette figure de la République, autour de sa famille. (…) Le 11 février 1998, cinq jours après l'assassinat du préfet, partout en Corse, des dizaines de milliers d'hommes et de femmes ont exprimé leur effroi et leur indignation lors des plus grandes manifestations que l’île n’ait jamais connues. On compta jusqu'à 40 000 personnes bravant les intimidations, surmontant la peur qu'inspire toute barbarie. Ses compatriotes se sont levés pour dire leur colère, leur dégoût, sans banderole, sans discours, dans le silence d'un deuil profond. Certains d'entre vous, parmi les militants de l'identité corse, vous êtes révoltés devant le dévoiement d'une cause déshonorée par la lâcheté, le sang et la mort. (…) Je veux saluer ici la mobilisation engagée par Jean-Pierre Chevènement, des services d'enquête qui, sous la conduite des magistrats, ont permis, quelques années plus tard, lorsque Nicolas Sarkozy était Ministre de l'Intérieur, et je veux saluer ici sa détermination extrême d'arrêter, de mettre à disposition de la justice, et de faire condamner les auteurs et complices de cet assassinat. (…) Claude Érignac s'était vu confier en 1996 une triple mission : rétablir l'autorité de l'État, contribuer au dialogue républicain, et faire avancer les dossiers économiques, sociaux et culturels. Il s'était engagé dans la lutte contre la violence, la criminalité et le terrorisme avec courage et abnégation. Il œuvrait d'arrache-pied à soutenir l'économie insulaire et son agriculture, la cohésion sociale, l'affirmation de l'identité culturelle de l'île, originaire lui-même d'une terre rude, la Lozère où aujourd'hui il repose. Il avait trouvé avec la population, le chemin d'un dialogue sans artifice. Il avait gagné la confiance de tous et à tous il donnait l'exemple d'une République juste et attentive. Son assassinat a fait de Claude Érignac, un de ces martyrs laïcs, qui tombe parce qu'ils ont cru à leur mission, parce qu'ils ont été fidèles à leur vocation. Cette mort inacceptable a résonné si fort qu'elle a pris valeur de symbole, elle aura eu cet effet d'éloigner la tentation de la violence et du sang, elle aura ranimé l'exigence du droit et du dialogue démocratique. ». Emmanuel Macron venait d'avoir 20 ans quand Claude Érignac a été assassiné.

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Après bien des épisodes policiers et judiciaires, les auteurs de l'assassinat ont été jugés et condamnés. Ainsi neuf hommes ont été condamnés par la justice, dans deux affaires (Yvan Colonna a été jugé indépendamment à cause de sa fuite dans la clandestinité). Les trois principaux auteurs ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Alain Ferrandi et Pierre Alessandri ont été condamnés le 11 juillet 2003 par la cour d'assises spéciale de Paris à la réclusion criminelle à perpétuité avec dix-huit ans de sûreté.

Dénoncé par l'un des prévenus pour avoir tiré les trois coups de feu, Yvan Colonna a été mis en état d'arrestation à partir du 23 mai 1999 mais il a fui et a vécu dans la clandestinité jusqu'à son arrestation le 4 juillet 2003 (berger et militant indépendantiste corse, il était le fils d'un ancien député socialiste des Alpes-Maritimes Jean-Hugues Colonna qui a demandé pardon à la veuve Érignac le 28 mai 1999). La cour d'assises spéciale de Paris a condamné Yvan Colonna le 13 décembre 2007 à la réclusion criminelle à perpétuité, confirmée en appel le 22 mars 2009, puis, après cassation le 30 juin 2010, de nouveau condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 20 juin 2011, peine définitive avec le rejet du pourvoi en cassation le 11 juillet 2012 et le rejet d'une requête auprès de la Cour européenne des droits de l'homme le 15 novembre 2016.

Comme une sorte de retour de la violence du destin, Yvan Colanna a été lui-même assassiné dans sa prison à Arles. Alors qu'il était seul dans une salle de sports le 2 mars 2022, un détenu condamné pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme" qui avait été arrêté en Afghanistan comme djihadiste et particulièrement violent, a tenté de l'asphyxier. Dans le coma, l'assassin corse a été transféré à l'hôpital de Marseille où il est finalement mort le 21 mars 2022. Le rapport de l'inspection générale de la justice sur cet assassinat a été remis à la Première Ministre Élisabeth Borne le 28 juillet 2022 et a souligné la responsabilité de l'ancienne directrice et du surveillant qui n'ont pas su protéger leurs détenus.

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À la suite de l'assassinat d'Yvan Colonna, dans une mesure d'apaisement du Premier Ministre Jean Castex, les deux autres auteurs encore incarcérés pour l'assassinat de Claude Érignac, Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, détenus à Poissy, ont été transférés le 11 avril 2022 à la prison de Borgo comme le demandaient leurs familles. La prison de Borgo est pourtant, selon plusieurs rapports, un « établissement à la gestion pénitentiaire relâchée et aux normes sécuritaires très insuffisantes » qui n'a pas encore eu le temps d'être modernisé (notamment avec l'implantation des quatre cents caméras de surveillance).

Le lundi 13 février 2023, une semaine après ce sinistre vingt-cinquième anniversaire, Pierre Alessandri (64 ans) pourra quitter la prison, bénéficiant d'une « mesure de semi-liberté probatoire à une libération conditionnelle pour une durée d'une année » annoncée le 31 janvier 2023 par la cour d'appel de Paris, pouvant déboucher sur un « régime de libération conditionnelle pour une durée de dix années ». Bien que condamné à perpétuité, Pierre Alessandri est libérable depuis 2017 (dix-huit ans de sûreté) et avait déjà essuyé trois rejets de la cour d'appel en raison des « risques de troubles à l'ordre public » et de « l'atteinte grave à la nation ». Il bénéficie de cette mesure parce qu'il a un projet professionnel au sein d'une entreprise spécialisée dans l'aménagement de l'espace rural à Ponte-Novo, en Haute-Corse.

Quant à Alain Ferrandi (62 ans), qui compte se réinsérer dans une entreprise agricole, il sera fixé sur son sort le 23 février 2023, date du délibéré de la séance du 25 janvier 2023 au cours de laquelle le tribunal d'application des peines antiterroristes a examiné une nouvelle demande d'aménagement de peine, jugement qui pourra être confirmé ou infirmé une nouvelle fois en appel quelques semaines ou mois plus tard.

Les proches de Claude Érignac, eux, n'attendront aucun jugement ni aménagement de peine. Ils auront toujours cette peine infinie, cette douleur infinie, et leurs yeux pour pleurer...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (04 février 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Claude Érignac.
Yvan Colonna.
Manuel Valls et la Corse en 2012.
Napoléon Bonaparte.
Prison à Nancy.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230206-claude-erignac.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-assassinat-du-prefet-claude-246094

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/02/03/39801899.html







 

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30 janvier 2023 1 30 /01 /janvier /2023 04:38

« Elle n'est pas indulgente mais elle critique sans bassesse. » (Alain Duhamel, en décembre 1984, à propos du livre "Le Rouge et le Noir" de Catherine Nay).



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Ses mots sont comme des flèches, elle tire juste mais les flèches ne sont pas (trop) empoisonnées. L'éditorialiste politique Catherine Nay fête son 80e anniversaire en même temps que l'année, le 1er janvier 2023. J'apprécie beaucoup les avis de Catherine Nay qui a commencé sa vie professionnelle dans le journalisme politique au milieu des années 1960. Elle est maintenant devenue une mémoire dense de la vie politique sous la Cinquième République, par son observation minutieuse, plus particulièrement du côté du gaullisme triomphant puis de la droite républicaine.

"Haut perchée", la jeune fille qu'elle était n'était pas très à l'aise avec ses longues jambes. En revanche, elle impressionnait, et impression encore, non seulement physiquement mais aussi par son ton, ses remarques sur la vie politique, souvent bien vues mais vaches, corrosives quand il le faut. Sa réputation d'éditorialiste de droite a été confirmée avec la victoire de François Mitterrand, mais elle n'a été plus complaisante avec la droite qu'avec la gauche.

Sa vie affective n'était pas sans importance pour son métier : coup de foudre pour un (alors) ministre Albin Chalandon lors des assises (équivalent de congrès) de l'UNR (le parti gaulliste) du 24 au 26 novembre 1967 à Lille. À partir de 1968, Catherine Nay était la compagne d'Albin Chalandon jusqu'à la mort de celui-ci en été 2020 (ils ne se sont mariés qu'en 2016, après le décès de l'épouse officielle d'Albin Chalandon qui préférait ne pas divorcer malgré leur séparation). Cette intimité avec celui qui a été aussi bien ministre de De Gaulle que ministre de Jacques Chirac (à la première cohabitation), également chef d'une grande entreprise nationale (Elf Aquitaine), lui donnait une perspective complémentaire dans son analyse politique (et aussi dans les réflexions sur la Résistance).

Catherine Nay a démarré au service politique de "L'Express" qui fut une excellente école de journalisme avec Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber. Elle y rencontra Michèle Cotta qui est devenue une grande amie, de quelques années son aînée. Michèle Cotta était plutôt affectée au parti socialiste tandis que Catherine Nay au parti gaulliste. (Pour JJSS, en recrutant des jeunes femmes, c'était aussi le moyen détourné d'approcher plus facilement des personnalités politiques plus attentionnées à la gent féminine). C'est en travaillant pour "L'Express" que Catherine Nay a acquis sa réputation et heureusement, elle en est partie en 1975, peu avant que JJSS ne se ruinât pour faire de la politique et ne revendît le magazine.

Le nouvel employeur de Catherine Nay était alors la station de radio Europe 1 où elle resta fidèle pendant plus d'une quarantaine d'années, malgré parfois des patrons difficiles (heureusement, elle était la protégée du propriétaire Jean-Luc Lagardère). En plus de ses chroniques radiophoniques, elle faisait régulièrement des interviews politiques pour "Jour de France" (à la demande de Marcel Dassault, fournisseur de l'État), et a travaillé aussi pour le "Journal du dimanche" et "Valeurs actuelles". Elle est encore parfois l'invitée de certains plateaux de télévision pour apporter son commentaire politique.

Petit témoignage sur la période de la fin des années 1970 (elle a refusé de retourner à "L'Express" et préférait rester à la radio) : « Je ne détestais qu'une chose : couvrir la sortie du conseil des ministres avec le Nagra sur l'épaule qui me meurtrissait le dos pour tendre le micro aux excellences qui descendaient le perron de l'Élysée. Vu ma taille, j'avais l'impression de leur donner la becquée. Pour ne plus avoir à subir cette corvée, j'aurais pu avoir l'ambition de diriger un service. Je me disais plutôt : "Si j'écris un livre et s'il marche, après, on me laissera tranquille". ».

Si effectivement elle n'a jamais eu ni voulu de responsabilités managériales (elle n'a jamais rien dirigé, aucune rédaction ni média), elle a en revanche beaucoup publié de livres (à l'instar de son collègue d'Europe 1, Alain Duhamel). Son premier essai fut pour la rivalité entre Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac ("La Double Méprise" sorti le 22 octobre 1980 chez Grasset).

Mais c'est son deuxième essai qui lui donna la reconnaissance générale avec un grand succès éditorial et commercial, "Le Noir et le Rouge" (sorti le 1er décembre 1984 chez Grasset), n'hésitant pas à pasticher le titre de Stendhal pour décrire l'ascension politique de François Mitterrand. Elle a mis plus d'un an après s'être retirée de la vie quotidienne de la radio, pour faire son enquête approfondie sur le nouveau Président de la République. Elle l'a interviewé une seule fois et après la parution de cet essai, Catherine Nay n'a plus jamais rencontré François Mitterrand, blessé par cet ouvrage (et son entourage à l'Élysée regrettait qu'elle ne fût plus invitée par le palais). Catherine Nay a écrit un autre essai sur François Mitterrand à la fin du premier septennat, "Les Sept Mitterrand ou les Métamorphoses d'un septennat" (sorti le 13 janvier 1988 chez Grasset).

C'est probablement la sortie de son livre "Le Noir et le Rouge" qui l'a placée définitivement parmi les éditorialistes de droite (alors qu'elle avait beaucoup ménagé le Président : elle s'était bien gardée de révéler l'existence de Mazarine et le financement de la famille cachée par les contribuables), mais cela ne l'a pas empêchée de tirer aussi sur des personnalités de droite avec une ironie très efficace. Elle a notamment beaucoup suivi aussi la carrière politique de Jacques Chirac, de 1968 à 2019, n'hésitant pas à décrire ses faiblesses comme ses forces.

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Fascinée par Nicolas Sarkozy, elle lui a consacré aussi deux essais, "Un pouvoir nommé désir" (sorti le 17 janvier 2007 chez Grasset) pour décrire celui qui n'était encore que candidat à l'élection présidentielle, puis, en bilan de son quinquennat, "L'impétueux : tourments, tourmentes, crises et tempêtes" (sorti le 7 mars 2012 chez Grasset), épatée par le volontarisme du Président en temps de crise.

Depuis quelques années, l'âge aidant, Catherine Nay est revenue sur ce qu'elle avait appris pendant toute sa carrière. Cela a pour l'instant donné deux livres de souvenirs, le premier tome "Souvenirs, souvenirs..." (sorti le 7 novembre 2019 chez Robert Laffont) et le deuxième tome "Tu le sais bien, le temps passe" (sorti le 25 novembre 2021 chez Bouquins).

Je les ai lus tous les deux et j'ai été un peu déçu par eux, car ils ne sont pas la même richesse documentaire que les "Cahiers secrets" de Michèle Cotta qui, quotidiennement, écrivait dans son journal personnel ce qu'elle ne pouvait pas dire publiquement à l'époque. Là, ce sont juste des souvenirs, c'est-à-dire des retours sur des événements anciens avec le regard d'aujourd'hui (et les failles de la mémoire), et si Catherine Nay est une incontestable littéraire (il suffit de lire les titres de ses livres), elle ne semble pas en harmonie avec les chiffres ou les dates, j'ai pu lire quelques dizaines d'erreurs (qui m'étonnent d'avoir échappé à la sagacité des éditeurs) qui n'ôtent rien à la saveur de ses écrits mais qui enlèvent ce qui aurait pu leur donner un caractère de référence. J'en reprendrai néanmoins certains éléments comme matériaux pour d'éventuels articles ultérieurs.

Dans son deuxième tome de souvenirs, elle évoque les mandats de trois Présidents de la République : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Et elle a été très dure avec Alain Juppé, Premier Ministre du début de la période (entre 1995 et 1997), à qui elle aurait préféré Philippe Séguin.

Deux exemples parmi d'autres : François Baroin, son ancien collègue sur Europe 1, et le bouclier fiscal.

François Baroin a été viré du gouvernement en même temps que de nombreuses femmes ministres seulement six mois après leur nomination, craignant qu'en s'exprimant publiquement sur tous les sujets (il était porte-parole du gouvernement), il ne prît sa place de Premier Ministre. Rappel douloureux (et drôle) de Catherine Nay : « C'est peu dire qu'il était révolté contre Alain Juppé, car il lui infligeait une double peine. Non seulement il le virait du gouvernement, mais il l'empêchait de reprendre son siège de député. La démission du suppléant n'étant pas alors automatique, il fallait passer par une élection partielle. Alain Juppé craignait qu'il soit battu. Il y avait un risque, le climat politique était très incandescent. (…) Dans "Le Monde", Plantu avait caricaturé drôlement l'éviction des "Juppettes" et de François Baroin. Huit femmes se jetaient à l'eau depuis un bateau, accompagnées d'un bébé en barboteuse, avec cette légende : "Juppé : les femmes et les enfants d'abord !" ».

Quand il est arrivé à Matignon, Alain Juppé avait découvert que les finances publiques étaient loin d'avoir été assainies par le gouvernement précédent (dont il faisait partie) : « Une situation économique "calamiteuse", selon ses dires. Un tacle aux balladuriens qui l'avaient très mal pris. Le trou de la Sécurité sociale était abyssal : deux cent cinquante mille milliards de francs (soit quarante milliards d'euros). Une remise en ordre des finances s'imposait. » [Une erreur parmi d'autres, comme indiqué plus haut, pourtant pas à la première édition : il s'agit bien sûr de deux cent cinquante milliards de francs, pas deux cent cinquante mille milliards !].

Donc, des mesures pour réduire les déficits : « Pour redresser les comptes, Alain Juppé n'y était pas allé de main morte. Matignon devenait le quartier général de la rigueur. Les recettes fiscales étant décevantes, il fallait faire entrer de l'argent, cent milliards d'impôts nouveaux : réduction des dépenses militaires, augmentation de 2% de la TVA, réduction des aides aux entreprises, augmentation de l'impôt sur les sociétés et, pour faire bon poids, de l'impôt sur la fortune dit de solidarité. (…) Créé en 1981 par la gauche, avec un plafond à 85%, supprimé par Édouard Balladur en 1986, l'impôt sur la fortune avait été rétabli par Michel Rocard en 1988, avec un plafonnement à 70%. Ainsi, l'État ne pouvait pas prendre aux riches plus de 70% de leurs revenus. ».

Et le paragraphe qui tue (politiquement), en d'autres mots, Alain Juppé aura été plus calamiteux que les socialo-communistes pour garder les capitaux : « En 1981, des milliers de Français avaient quitté leur pays pour s'établir à Genève, Londres ou Bruxelles, où la fiscalité est plus clémente. Ils ne sont jamais revenus. Les Suisses, les Belges, les Anglais s'étaient réjouis de l'aubaine. Ces gens aisés faisaient marcher les commerces et créaient des emplois. Mal conseillé par Bercy, Alain Juppé allait faire encore plus fort que les socialistes en faisant sauter le plafonnement. Conséquence : des contribuables se voyaient taxer à plus de 200% de leurs revenus. Cela s'appelle de la spoliation. Vendre leur patrimoine, souvent dans les plus mauvaises conditions, ou partir ? Le dilemme avait été vite tranché, il n'y avait pas d'autre choix que l'exil fiscal, faisant ainsi la fortune de leurs conseillers financiers. ».

Au téléphone, depuis l'Élysée, Jacques Chirac s'inquiétait de cette politique auprès d'Alain Juppé en lui lisant une note, avec François Pinault à l'écouteur : « Chaque fois, en réponse, Alain Juppé émettait une sorte de grognement dubitatif pour conclure, à la fin de la lecture : "Des Pinault, il n'y en a pas plus de dix en France. Eh bien, ils partiront, tant pis !" La légende raconte qu'il aurait même dit : "Dix connards". On imagine la réaction de Pinault. Les dégâts n'allaient pas tarder à se faire sentir. Trois milliards de francs quittaient le territoire, plus qu'en 1981. Des centaines de millionnaires s'étaient fait la malle. Au même moment, l'Allemagne supprimait l'impôt sur le patrimoine avec l'accord de tous les grands partis. (…) "J'ai eu l'idée funeste de supprimer le plafonnement, c'était une bêtise", voudra bien reconnaître le maire de Bordeaux, candidat à la primaire de la droite à l'automne 2016... vingt ans plus tard. ».

Dans ce livre, Catherine Nay, à la suite de Philippe Alexandre, a fustigé aussi la gauche plurielle, celle de Lionel Jospin qui a fait les 35 heures : « Vingt ans plus tard, les économistes en sont (presque) arrivés à ce consensus : les trente-cinq heures n'ont pas créé d'emplois, ont accéléré la désindustrialisation de la France, les délocalisations, et surtout changé le rapport des Français au travail, en les incitant à travailler moins. Aucun pays n'a jamais songé à nous imiter. ». On pourrait en dire autant sur l'âge de la retraite.

Quel est le responsable politique des 35 heures ? À l'origine, ce serait Dominique Strauss-Kahn qui aurait écrit cette proposition sur la nappe en papier d'un restaurant en avril 1997, cherchant une mesure phare de gauche. Martine Aubry, qui connaissait les réalités économiques pour avoir travaillé dans une grande entreprise, l'aurait alors rejetée en estimant que cela ne pourrait jamais réduire le chômage. Mais Lionel Jospin l'a gardée car il voulait garder tout le mythe de la gauche : le politique primait sur l'économique (les chômeurs licenciés à cause des délocalisations le remercieront a posteriori). Mais finalement, Martine Aubry l'a instrumentalisée à son profit, se donnant une réputation à gauche au détriment de l'intérêt général.

L'éditorialiste a ainsi rappelé le jour du vote de confiance du gouvernement Jospin. Martine Aubry a appris que les 35 heures étaient au programme au moment où elle devait lire le discours de politique générale au Sénat : « Ce jour-là, Martine Aubry, numéro deux du gouvernement (elle avait beaucoup insisté pour l'être), devait lire le discours du Premier Ministre devant les sénateurs. (…) Ravalant sa rage, Martine Aubry fut bien obligée de faire bonne figure devant les sénateurs. Mais ce jour-là, elle n'était pas la seule à tenter de freiner. Juste avant le discours, Dominique Strauss-Kahn arrive à Matignon. Il vient fureter dans le secrétariat de Jean-Pierre Jouyet pour mettre la main sur le discours de Jospin. Il veut le lire, espérant que Jospin ne parle pas des trente-cinq heures. Hélas si. Après un silence, il lâche, dépité, devant Jouyet : "L'important sera d'arrêter la machine infernale". Quand il apparaîtra que cette machine roule inexorablement, DSK en fera porter l'entière responsabilité sur les épaules de Martine Aubry. (…) De son côté, Aubry ne cessait de proférer des jugements cruels sur DSK, qu'elle niait ensuite avoir tenus. ».

Mais la ministre socialiste a fini par y voir son intérêt : « Martine Aubry a en effet très vite tourné casaque sur les trente-cinq heures. Explication de Jean-Pierre Jouyet : "Grâce à cette mesure, elle a réalisé qu'elle était devenue une icône à gauche. Elle y a vu un levier pour servir son ambition politique. Être un jour candidate de la gauche à la présidentielle. Elle y a longtemps songé". Mais de là à imposer avec autant d'assurance, de culot, d'intransigeance, de violence aux patrons (85% y étaient hostiles) une réforme qu'elle savait inopérante pour créer des emplois et qui serait nocive pour le pays... Je m'interrogeais. Comment une fille élevée au biberon du respect des partenaires sociaux, par son père Jacques Delors, l'inventeur de la politique contractuelle, a-t-elle pu les piétiner à ce point ? Un cas d'école qui relevait presque de la psychanalyse. (…) Martine Aubry mettant en œuvre les trente-cinq heures qu'elle réprouve, je voyais dans ce paradoxe un parallèle étrange avec son père qui, lui aussi, m'avait beaucoup étonnée en 1981. À la grande surprise des socialistes, il acceptait de devenir ministre de l'Économie et des Finances de François Mitterrand. ».

Alain Juppé et Martine Aubry, deux présidentiables de haut niveau dans la politique française, victimes de ce qu'on pourrait appeler la "langue de vipère" de Catherine Nay. Bien entendu, ils ne furent pas les seules victimes, et Catherine Nay n'a jamais hésité à critiquer à droite si elle faisait n'importe quoi (l'exemple de la dissolution de 1997 est très instructif) et c'est finalement sa liberté de ton qui lui vaut cette belle réputation d'éditorialiste indépendante, d'autant plus qu'en plongeant dans ses souvenirs, les protagonistes ne risquent plus d'échouer dans leurs entreprises, parfois ils sont même déjà morts. Consécration éditoriale : quatre de ses ouvrages sont édités dans la fameuse collection Bouquins des éditions Robert Laffont. Catherine Nay ? C'est un classique pour les prochains étudiants en sciences politiques.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (31 décembre 2022)
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Pour aller plus loin :
Daniel Schneidermann.
Catherine Nay.
Serge July.
La BBC fête son centenaire.
Philippe Alexandre.
Alain Duhamel.

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/catherine-nay-dans-les-coulisses-245618

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21 janvier 2023 6 21 /01 /janvier /2023 04:15

« Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi (…). La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n'est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d'y placer d'autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l'espace. On le voit bien avec l'interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général De Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu'on attend du Président de la République, c'est qu'il occupe cette fonction. Tout s'est construit sur ce malentendu. » (Emmanuel Macron, le 8 juillet 2015).




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Il y a 230 ans, le 21 janvier 1793 dans la matinée, le roi Louis XVI est mort guillotiné en public à l'âge de 38 ans, exécuté par les révolutionnaires. Une date qui fait partie de l'Histoire de France, pas la plus belle, mais qui, avec les autres nombreuses victimes de la Terreur, constitue une sorte de péché originel d'une République qui s'est bâtie sur du sang.

La réflexion de celui qui n'était pas encore Président de la République, Emmanuel Macron, sur cette figure du roi absente des institutions, n'est pas nouvelle et a été aussi très étudiée par De Gaulle face à un régime parlementaire très insatisfaisant. Il avait résolu le problème en proposant comme sacre du chef de l'État la consécration électorale du suffrage universel direct, seule légitimité populaire acceptable dans une démocratie républicaine.

On a souvent comparé les Présidents de la Cinquième République à des monarques républicains, ce qui est faux en ce sens que l'État de droit existe dans sa permanence et les contre-pouvoirs également (pour s'en convaincre, il suffit d'observer que deux anciens Présidents de la République ont été condamnés par la justice de leur pays). Mais l'imaginaire collectif est celui-là, celui d'un chef qui peut tout, qu'on élit puis qu'on conspue, au point, lors de la crise des gilets jaunes, que certains auraient voulu recommencer cette funeste journée du 21 janvier 1793.

Revenons à cet épisode de l'Histoire, dont le souvenir se poursuit chaque année par une messe à laquelle assiste ce qu'il reste de monarchistes en France.

Après la fuite du roi et son arrestation à Varennes le 21 juin 1791, la monarchie s'est discréditée. La Constitution du 3 septembre 1791 proposait une monarchie constitutionnelle. Le 13 septembre 1791, Louis XVI est passé de roi de France à roi des Français. Après les émeutes du 10 août 1792 (pendant lesquelles Louis XVI a gardé un incroyable sang-froid : « La force ne fera rien sur moi, je suis au-dessus de la terreur. »), la famille royale fut transférée le 13 août 1792 au prieuré du Temple, tandis que les émeutiers parisiens réclamaient la fin de la monarchie et la convocation d'une Convention nationale qui fut élue entre le 2 et 6 septembre 1792 dans un climat de massacres en France et de guerre avec les autres puissances européennes. La victoire décisive des révolutionnaires à Valmy le 20 septembre 1792 a galvanisé les députés de la Convention nationale qui s'est réunie pour la première fois le lendemain pour abolir la monarchie et proclamer l'An I de la République française. Louis XVI devenait Louis Capet et fut transféré le 29 septembre 1792 à la Tour du Temple.

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Dès le 1er octobre 1792, la Convention a débattu sur l'idée de juger le roi déchu et la manière de le faire. Saint-Just était contre un procès et souhaitait le 13 novembre 1792 son exécution sans procès puisqu'il était l'ennemi du peuple. Le 3 décembre 1792, Robespierre, qui avait pourtant été contre la peine de mort, voulait également la mort rapide du roi : « Louis doit mourir parce qu'il faut que la patrie vive. ». Le 6 décembre 1792 a été décidé la tenue d'un procès dont les débats seraient menés par les conventionnels eux-mêmes.

Présidé par Bertrand Barère, le Président de la Convention, le procès de Louis XVI a eu lieu du 11 au 26 décembre 1792 à la Salle du Manège, aux Tuileries, lieu habituel des débats parlementaires pendant la Révolution. Parmi les trente-trois chefs d'accusation, Louis XVI était accusé d'avoir conclu des alliances avec des puissances étrangères et d'avoir donné l'ordre de tirer sur le peuple. L'ancien roi, défendu par trois avocats, a répondu à chaque point en réfutant sa responsabilité dans les massacres. Toutefois, ce procès était faussé par l'idée de Saint-Just : ce n'était pas le roi que jugeaient les révolutionnaires, mais la monarchie.

Du 15 au 19 janvier 1793, les députés ont été amenés à répondre nominalement à quatre questions : d'abord une série de deux questions, sur la culpabilité de Louis XVI (est-il coupable de conspiration contre la liberté publique et d'attentats contre la sûreté de l'État ?) et sur la ratification du jugement par le peuple ; ensuite, sur la peine elle-même ; enfin, une quatrième question a été ajoutée sur un éventuel sursis de la peine (certains députés souhaitant voter pour la mort mais avec sursis).

Si les réponses sur la culpabilité ont été sans ambiguïté (oui, Louis Capet était coupable), les conséquences de cette culpabilité ont laissé les députés très partagés. La Convention était composée de 749 députés dont certains étaient absents pour diverses raisons.

À la première question sur la culpabilité, 673 sur 708 votants ont répondu oui. À la deuxième question sur la ratification du jugement par le peuple, 423 sur 709 votants ont répondu non et 286 ont voté oui. À la troisième question sur la peine à infliger au roi déchu, la question la plus importante, 361 sur 721 ont répondu la mort sans condition, 26 la mort avec l'idée de débattre sur un éventuel sursis, 44 la mort avec sursis, 290 d'autres peines, en général, la peine la plus grave après la peine de mort. 361 était le nombre minimal pour atteindre la majorité absolue, mais pour comptabiliser les députés qui ont voté la mort sans sursis, il faut aussi ajouter les 26 qui voulaient débattre de cette question du sursis sans pour autant être favorables au sursis, ce qui fait une un peu plus large majorité de 387 régicides sur 721. Parmi ceux, Philippe-Égalité, près du futur roi des Français Louis-Philippe. Enfin, à la quatrième question sur le sursis, 380 députés sur 692 ont répondu non et 310 ont répondu oui. Là encore, les conventionnels étaient très divisés sur la question.

Le vote des conventionnels sur la mort du roi sera un grand marqueur politique mais aussi historique de ces parlementaires, qu'ils auront dû assumer tout au long de leur existence et pour la postérité, tout comme le fut le vote des plein pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940.

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Le 20 janvier 1793, apprenant le résultat des votes de la Convention, Louis XVI a rédigé une demande pour avoir trois jours afin de se préparer à se présenter devant Dieu. Il ne les a pas obtenus. Le lundi 21 janvier 1793 à 10 heures 22, sa tête était tranchée par le bourreau Charles-Henri Sanson à ce qui est maintenant la Place de la Concorde à Paris, et fut montrée au peuple, puis les restent furent enterrés au cimetière de la Madeleine, puis transférés le 21 janvier 1815 par son frère Louis XVIII à la basilique Saint-Denis.

Quelques minutes avant son exécution, Louis XVI avait fait cette déclaration : « Citoyens, je meurs innocent de tous les crimes qu'on m'impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France ! ». Il n'a pas pu poursuivre à cause du bruit des tambours. Sa mort fut accueillie par la foule par des cris de joie : « Vice la Nation ! Vive la République ! Vive la liberté ! ».

S'il a fait preuve de beaucoup de courage personnel, Louis XVI n'était pas, à l'évidence, l'homme de la situation. Il a fait des concessions et n'était pas un autocrate sanguinaire. Mais il n'avait sans doute pas, dans ces circonstances historiques exceptionnelles, la personnalité taillée pour orienter le sens de l'histoire, pas plus que, bien après lui, Paul Reynaud n'était capable de diriger une Résistance qui l'aurait complètement dépassé psychologiquement. N'est pas Jeanne d'Arc qui veut.

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Madame de Staël a commenté les dernières heures de l'ancien roi dans un essai publié après sa mort en 1818 : « Cet homme qui manqua de la force nécessaire pour préserver son pouvoir, et fit douter de son courage tant qu’il en eut besoin pour repousser ses ennemis ; cet homme dont l’esprit naturellement timide ne sut ni croire à ses propres idées, ni même adopter celles d’un autre, s’est montré tout à fait capable de la plus étonnante des résolutions, celle de souffrir et de mourir. ».

Louis XVI a été en quelque sorte une victime collatérale des belles idées de la Révolution que furent la liberté, la démocratie, l'égalité, et surtout, l'État de droit. Il aurait pu les mettre en œuvre lui-même dans le cadre d'une régime de concorde tel que se définissait la Constitution du 3 septembre 1791. Il aura été plus simplement le symbole d'une monarchie capétienne millénaire qu'il fallait à tout prix renverser. Et selon le mot de Clemenceau, avec ses horreurs de la décapitation à outrance, l'Histoire a fait de cette Révolution un bloc, qu'il faut devoir prendre globalement. Napoléon Bonaparte, quelques années plus tard, par ses conquêtes, allait faire de ces concepts les valeurs universelles d'une Europe qui allait devoir encore guerroyer un siècle et demi avant de commencer enfin à s'unir.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (21 janvier 2023)
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Pour aller plus loin :
Saint-Just.
Louis XVI.
Henri VI, comte de Paris, ou l’impossible retour du roi.
Henri VII : le roi de France est mort un 21 janvier.
Louis XIV.
François Ier.
Philippe V.
Colbert.
Lully.
Révocation de l'Édit de Nantes.
Napoléon Bonaparte.
Napoléon III.
Jeanne d’Arc.
Le coup de Jarnac.
Concini.
Congrès de Vienne.
Benoît XVI.
Guillaume II.
Siméon II de Bulgarie.
Nicolas II.
Otto de Habsbourg-Lorraine.
Michel Ier  de Roumanie.
Dynasty.
Élisabeth II.
Constantin II de Grèce.
Victoria, mamie Europa.
Maximilien Ier du Mexique.

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13 janvier 2023 5 13 /01 /janvier /2023 04:38

« Parmi les nombreux personnages de la vie politique que j’ai croisés, il reste un homme exceptionnel, hors du commun. Une des rares personnalités qui émergent des soixante dernières années, notamment parce qu’il était, avant tout, un homme de conviction. » (Simone Veil, le 24 mai 2003).



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L'ancien résistant, député de Dinan et chef du gouvernement René Pleven est mort à Paris il y a trente ans le 13 janvier 1993 pas loin de ses 92 ans (il est né le 15 avril 1901 à Rennes). Homme d'État très indépendant, il a fait partie de ces hommes politiques particulièrement brillants qui ont fait la Quatrième République.

C'est d'ailleurs un mystère qu'un régime politique ait pu être aussi mauvais (les institutions) avec un personnel politique aussi brillant, tel que, outre René Pleven, Edgar Faure, Antoine Pinay, Pierre Mendès France, Félix Gaillard, Pierre Pflimlin, Robert Schuman, etc. René Pleven a même fait partie des rares hommes de la Quatrième République à continuer à exister politiquement sous la Cinquième République, à l'instar de Pierre Mendès France, Jacques Chaban-Delmas, François Mitterrand, Edgar Faure, Antoine Pinay et Gaston Defferre.

Sur les photos, on peut aussi être troublé par les deux René Pleven : l'un, plutôt jeune, assez froid, technocrate responsable, homme d'État avec une vision bien claire de la France et de l'Europe, dès les années 1920, et l'autre, plus âgé, très affable, souriant, proche des gens, le Breton plus que le technocrate. En fait, René Pleven était un peu l'homme politique typique de cette époque, à la fois intellectuel et convivial, à la fois rigoureux et chaleureux.

Son père militaire était chargé d'accompagner le capitaine Alfred Dreyfus lors de son procès en révision, tandis qu'une arrière-petite-fille, Jeanne Lazarus, sociologue et présidente du conseil de l'IEP Paris, est la compagne du Ministre de l'Éducation nationale actuel, à savoir Pap Ndiaye. Ainsi l'évocation de René Pleven engloberait l'ensemble des républiques françaises sur un siècle et demi. Lui-même était un enfant du Vingtième siècle.

Étudiant à ce qui est devenu l'IEP Paris, René Pleven y côtoyait des personnalités comme Georges Bidault. En 1919, il était proche des idées d'Aristide Briand en raison de son action en faveur de la paix en Europe. René Pleven a eu un parcours politique très étonnant : sur le fond de ses idées, et en accord avec son origine bretonne, il était ce qu'on dirait démocrate-chrétien et centriste, mais il a toujours été opposé à intégrer le parti issu de la démocrate-chrétienne (à savoir, le MRP). De plus, il était gaulliste par les faits de résistance sans vouloir s'enfermer dans un mouvement gaulliste.

Avant la guerre, René Pleven a passé son service militaire à faire de la documentation pour un livre de Philippe Pétain, ce qui l'a amené à connaître Charles De Gaulle, à l'époque capitaine, collaborateur de Pétain et professeur à Saint-Cyr. Vingt ans avant la guerre suivante, il en connaissait déjà les principaux protagonistes politiques (Pétain, De Gaulle, Bidault).

René Pleven prépara en parallèle sa thèse de doctorat en droit sur la politique du Premier Ministre britannique David Lloyd George, ce qui contribua à sa bonne connaissance du Royaume-Uni. En 1925, il a travaillé pour Jean Monnet dans le secteur bancaire et industriel et pendant une quinzaine d'années, il est resté dans le secteur privé tout en ayant une connaissance très importante de la vie politique et diplomatique : il se prononçait pour une intervention militaire en Espagne pour venir en aide aux républicains et contre les Accords de Munich qui, selon lui, ne garantissaient pas du tout la paix.

Au début de la Seconde Guerre mondiale (1939-1940), René Pleven a été chargé par le Président du Conseil Édouard Daladier d'aller acheter avec plus ou moins de succès des armes auprès du Président américain Franklin Delano Roosevelt. En mai-juin 1940, il était à Londres avec Jean Monnet en train de confectionner la fusion du Royaume-Uni et de la France en négociation avec Winston Churchill et De Gaulle, qui représentait le gouvernement de Paul Reynaud. Churchill et De Gaulle s'étaient mis d'accord pour unir les deux pays momentanément, ce qui éviterait une capitulation de la France. La démission précipitée de Paul Reynaud et son remplacement par Pétain ont fait capoter ce projet hautement audacieux et habile, dont fut nostalgique Guy Mollet plus tard.

René Pleven a dû faire un choix en juin 1940 : où irait-il ? Avec Jean Monnet reparti aux États-Unis, ou à Londres avec De Gaulle ? Tout en lui, sa formation initiale, son caractère loyaliste, le conduisait à rester discipliné vis-à-vis des autorités, et pourtant, il s'opposait vivement à Pétain. Si bien que le légaliste s'est laissé dépasser par le résistant en juillet 1940 et De Gaulle l'a chargé d'assister René Cassin dans les négociations avec Churchill pour la formation de la France libre. Son autre mission était d'aller retrouver Félix Éboué et de convaincre les forces françaises stationnées en Afrique équatoriale française de rejoindre la France libre. Dès 1942, il est devenu un homme incontournable au service de De Gaulle, un bras droit, premier de ses commissaires (ministres). Il faut rappeler qu'il était déjà quadragénaire et souvent, les résistants avaient dix ou quinze ans de moins, ce qui le mettait plus facilement, avec son expérience et sa maturité, en position d'autorité reconnue.

À la Libération, il a fait donc partie des premiers responsables politiques à faire renaître la France : Ministre des Colonies de 26 août 1944 au 16 novembre 1944, puis, à la suite de l'accident mortel du Ministre des Finances Aimé Leperq, il l'a remplacé jusqu'à la démission du gouvernement De Gaulle le 26 janvier 1946, en promouvant l'emprunt de la Libération pour financer la reconstruction. À cette époque, il s'était opposé sur la politique économique à Pierre Mendès France qui, déçu par De Gaulle, a rendu son tablier dès le 6 avril 1945.

Ainsi a démarré la carrière politique très dense et riche de René Pleven. Comme je l'indiquais plus haut, il n'a pas rejoint le MRP, mouvement des résistants démocrates-chrétiens, alors qu'il avait toutes les caractéristiques : favorable à la construction européenne, libéral sur le plan des Colonies, et régionaliste (en Bretagne). Il a créé l'UDSR le 25 juin 1945, l'Union démocratique et socialiste de la Résistance, issue principalement du Mouvement de libération national, un mouvement de résistance. 31 députés ont été élus sous cette bannière en 1945.

Au sein de l'UDSR se sont retrouvés, outre René Pleven, devenu président de l'UDSR entre 1947 et 1953, Jacques Kosciusko-Morizet (grand-père de NKM), Eugène Claudius-Petit, et surtout François Mitterrand qui phagocyta l'UDSR en s'emparant de la présidence en 1953, ce qui a conduit René Pleven à s'en aller en 1958 après le désaccord majeur sur le soutien ou l'opposition au retour au pouvoir de De Gaulle. L'UDSR après 1958 est devenue l'ossature de la Convention des institutions républicaines (CIR) dans les années 1960 avant de se fondre au futur parti socialiste. Mais à l'origine, l'UDSR devait être le parti travailliste à la française, finalement, il est devenu un parti crucial pendant la Troisième force, entre le MRP et la SFIO, s'alliant électoralement avec les radicaux au sein du Rassemblement des gauches républicaines (RGR). L'une des réussites de l'UDSR a été d'attirer en son sein le RDA (Rassemblement démocratique africain), initialement proche du parti communiste français. Après 1958, René Pleven s'est retrouvé au groupe du Centre démocratique unissant des députés du MRP et des députés du CNIP puis au CDP en 1969 (centristes pompidoliens).

D'un point de vue électoral, René Pleven a eu une très belle carrière : il s'est fait élire pour la première fois député des Côtes-du-Nord (futures Côtes-d'Armor) en 1945 et constamment réélu jusqu'à son échec de mars 1973 (où, dans la circonscription de Dinan, le candidat socialiste l'a battu avec 51 voix d'avance au second tour, soit 50,05% !, Charles Josselin, à 34 ans, futur ministre dans les gouvernements de Laurent Fabius, Pierre Bérégovoy et Lionel Jospin). Localement, René Pleven a été élu président du conseil général des Côtes-du-Nord de 1948 à 1976 (son successeur fut son adversaire socialiste Charles Josselin qui a conquis la majorité départementale), et président du conseil régional de Bretagne de 1974 à 1977.

René Pleven a laissé un grand souvenir en Bretagne. Il a fondé et présidé le Comité d'étude et de liaisons des intérêts bretons (CELIB) qui a été l'initiateur du découpage régional et la préfiguration des conseils régionaux, groupement d'élus et de militants qui a réussi par exemple à obtenir le plan routier breton à la fin des années 1960, la construction de routes deux fois deux voies pour désenclaver la Bretagne. Dix ans après sa mort, Simone Veil est venue le 24 mai 2003 à Dinan pour commémorer l'homme d'État au cours d'un colloque qu'elle a présidé et clos à la bibliothèque municipale de la ville.

Bien sûr, c'est l'action nationale de René Pleven qui fut la plus importante. Homme d'expérience très écouté sous la Quatrième République, il a été membre de nombreux gouvernements : Ministre de la Défense nationale du 29 octobre 1949 au 12 juillet 1950 et du 8 mars 1952 au 19 juin 1954 (gouvernements de Georges Bidault, Henri Queuille, Antoine Pinay, René Mayer et Joseph Laniel), Vice-Président du Conseil du 10 mars 1951 au 11 août 1951 (gouvernement d'Henri Queuille), Ministre des Affaires étrangères du 14 mai 1958 au 1er juin 1958 (gouvernement de Pierre Pflimlin). Mais le plus important pour lui a été que les parlementaires lui ont confié deux fois le pouvoir, la Présidence du Conseil.

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Son premier gouvernement a existé du 12 juillet 1950 au 10 mars 1951. Il est venu à la suite de la chute du deuxième gouvernement d'Henri Queuille. Son équipe gouvernementale était une sorte de dream team façon Quatrième République : deux ministres d'État, un du MRP et un de la SFIO (Guy Mollet, chargé du Conseil de l'Europe), et comme ministres, notamment René Mayer à la Justice, Robert Schuman aux Affaires étrangères (préparation de la construction européenne après sa déclaration), Henri Queuille à l'Intérieur, Jules Moch à la Défense nationale, François Mitterrand à la France d'outre-mer, Maurice Petsche aux Finances et Affaires économiques, Edgar Faure au Budget, Antoine Pinay aux Travaux publics, Transports et Tourisme, Pierre Pflimlin à l'Agriculture, Paul Bacon au Travail et Sécurité sociale, Louis Jacquinot aux Anciens combattants et Victimes de guerre, Pierre Schneiter à la Santé publique et Population, Eugène Claudius-Petit à la Reconstruction et Urbanisme, Gaston Defferre à la Marine marchande, Albert Gazier à l'Information, et parmi les secrétaires d'État, notamment : Maurice Bourgès-Maunoury, Max Lejeune, Robert Buron, André Morice, Paul Antier et Jules Catoire. Son gouvernement a fait adopter le 30 novembre 1950 une loi qui fixe à 18 mois la durée du service militaire avec une présélection pendant trois jours (les fameux "trois jours"). Après sa chute le 28 février 1951, Henri Queuille a formé son troisième gouvernement.

Après la chute de ce dernier, René Pleven a été réinvesti Président du Conseil une seconde fois du 11 août 1951 au 29 janvier 1952. Son second gouvernement a connu deux drames parmi ses membres : un secrétaire d'État, Pierre Chevallier a été assassiné par son épouse le 12 août 1951 (juste après sa nomination) et le Ministre d'État Maurice Petsche est mort le 16 septembre 1951, remplacé par Joseph Laniel. Dans sa composition, il y avait deux Vice-Présidents du Conseil, Georges Bidault (Défense nationale) et René Mayer (Finances et Affaires économiques) et trois ministres d'État dont Henri Queuille. Parmi les ministres : Edgar Faure à la Justice, Robert Schuman aux Affaires étrangères, André Marie à l'Éducation nationale, Antoine Pinay aux Travaux publics, Transports et Tourisme, Pierre Pflimlin au Commerce et Relations économiques extérieures, Louis Jacquinot à la France d'outre-mer, Paul Bacon au Travail et Sécurité sociale, Eugène Claudius-Petit à la Reconstruction et Urbanisme, André Morice à la Marine marchande et Robert Buron à l'Information. Parmi les secrétaires d'État : Félix Gaillard, Pierre de Chevigné, Maurice Schumann et André Colin. René Pleven a été renversé une seconde fois le 7 janvier 1952 en même temps que la Troisième force s'est dissoute à cause de la loi Marie-Barangé du 21 septembre 1951 qui aidait l'enseignement privé (ce qui a entraîné le retrait du soutien sans participation de la SFIO et la mise en minorité du gouvernement).

Ce second gouvernement Pleven a été crucial pour la France et pour l'Europe puisque René Pleven a lancé les projets de Communauté européenne de défense (CED) et de Communauté européen du charbon et de l'acier (CECA). Si la CED n'a finalement pas vu le jour, le projet de CECA a été ratifié à cette époque, ce qui préfigurait le Traité de Rome, la CEE et l'Union Européenne. À ce tire, René Pleven pourrait être l'un des pères non reconnus (ou oubliés) de l'Europe.

À la chute du gouvernement de Guy Mollet, le Président René Coty a confié à René Pleven la mission de former un troisième gouvernement en rassemblant de Mollet à Pinay, mais le député de Dinan ne pressentait rien de favorable et a renoncé à redevenir chef du gouvernement. En revanche, René Pleven a accepté de revenir au gouvernement aux Affaires étrangères, conscient de tous les dangers pour la République : Pierre Pflimlin fut investi le 13 mai 1958 grâce à l'abstention des députés communistes, et sous la pression du putsch à Alger.

Rallié à De Gaulle le 27 mai 1958, et favorable à la nouvelle Constitution de la Cinquième République, René Pleven, bien qu'écarté par De Gaulle du pouvoir, s'est rapproché de la droite alors qu'il pouvait être considéré auparavant comme faisant partie du centre gauche.

Néanmoins, son soutien à De Gaulle n'a pas été récompensé par le Général qui l'a laissé éloigné du pouvoir pendant tout le temps de sa Présidence. Si René Pleven a obtenu auprès de Georges Pompidou toutes les demandes des Bretons (plan routier par exemple), c'était parce que ce dernier, encore à Matignon, se préparait à être candidat et voulait rassembler les gaullistes et les centristes. René Pleven était une excellente recrue pour le futur candidat et l'ancien Président du Conseil l'a, en quelque sorte, aidé en faisant campagne pour le non au référendum de 1969.

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Favorable à Georges Pompidou, René Pleven a donc fait un grand retour au gouvernement à l'élection de ce dernier à l'Élysée. Il a ainsi été nommé Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, du 22 juin 1969 au 15 mars 1973, dans les gouvernements de Jacques Chaban-Delmas et Pierre Messmer. Simone Veil a été l'une de ses conseillères techniques. Il a été obligé de quitter son ministère après sa défaite très serrée aux élections législatives.

Pendant son dernier ministère, René Pleven a fait adopter deux lois importantes : la loi anti-casseurs (loi n°70-480 du 8 juin 1970 tendant à réprimer certaines formes nouvelles de délinquance), une des premières lois visant à s'attaquer à la délinquance à la suite de mai 68, ainsi que la loi Pleven (loi 72-546 du 1er juillet 1972 modifiant la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse) qui a introduit le délit de provocation publique à la haine par des propos ou des écrits tenus en public, passible d'au plus un an d'emprisonnement et.ou 45 000 euros d'amende (montant réactualisé), ce qui est valable pour des incitations à la haine raciste (qui provoque à la discrimination ou à la violence). En d'autres termes, grâce à René Pleven, le racisme n'est plus une opinion mais un délit.

Exclu du débat national par son échec aux législatives, René Pleven s'est replié sur sa base bretonne pour terminer une carrière politique prestigieuse. Même s'il est célébré localement (à Dinan par exemple et en Bretagne en général), René Pleven n'a sans doute pas la postérité qu'il aurait mérité.

Thomas Perrono s'est en effet interrogé sur cette absence de postérité en présentant la biographie de Christian Bougeard "René Pleven, un Français libre en politique" parue peu après sa disparition aux Presses Universitaires de Rennes. Il a évoqué notamment son indépendance politique qui en faisait un électron libre inclassable que ne pouvaient revendiquer ni les gaullistes ni les centristes : « Pleven a été en effet un acteur politique incontournable durant quatre décennies, à l’échelle nationale, comme régionale mais, curieusement, rares sont aujourd’hui ceux qui se revendiquent de lui. (…) Peu d’entre eux peuvent se prévaloir d’une carrière aussi riche tant sur le plan national que régional. Pourtant, malgré des convictions fortes auxquelles il est toujours resté fidèle, son manque d’engagement au sein d’une formation politique dominante semble rendre plus difficile la revendication de son héritage politique en ce début du XXIsiècle. ».


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (08 janvier 2023)
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Pour aller plus loin :
René Pleven.
Pierre Mendès France.
Léon Blum.
La création du RPF.
De Gaulle.
Germaine Tillion.
François Mitterrand.
Pierre Pflimlin.
Henri Queuille.
Robert Schuman.
Antoine Pinay.
Félix Gaillard.
Les radicaux.
Joseph Laniel.
Georges Bidault.
Débarquement en Normandie.
Libération de Paris.
Général Leclerc.
Jean Moulin.
Daniel Cordier.
Le programme du Conseil National de la Résistance (CNR).
Jean Monnet.
Joseph Kessel.
Maurice Druon.
André Malraux.
Maurice Schumann.
Jacques Chaban-Delmas.
Daniel Mayer.
Edmond Michelet.
Alain Savary.
Édouard Herriot.
Vincent Auriol.
René Coty.
Maurice Faure.
Gaston Defferre.
Edgar Faure.
René Cassin.
Édouard Bonnefous.

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28 décembre 2022 3 28 /12 /décembre /2022 04:32

« Car n'allez pas croire qu'il est impatient de reprendre le flambeau après douze années de retraite. Il sait ce qui l'attend. » (Philippe De Gaulle, sur son père, 2003).




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L'amiral Philippe De Gaulle, le fils du Général Charles De Gaulle, fête son 101e anniversaire ce mercredi 28 décembre 2022. C'est l'occasion de revenir sur certains de ses témoignages. S'il a eu une action politique relativement modeste, il a été sénateur de Paris de 1996 à 2004 après sa mise en retraite de l'armée, où il a occupé le poste d'inspecteur général des forces maritimes et aéronavales du 1er novembre 1980 au 28 décembre 1982, il a été évidemment un témoin privilégié de l'action de son père, avec qui il entretenait des relations de confiance et d'intimité très particulières.

La grande part de son témoignage a été publié dans les deux tomes du livre "De Gaulle, mon père" composé d'entretiens avec le journaliste Michel Tauriac (chez Plon). L'un des sujets intéressants reste le retour au pouvoir de De Gaulle : attendait-il une revanche pour revenir au pouvoir ou avait-il définitivement mis une croix sur cette idée politique en voulant rester tranquillement dans sa retraite.

Pour Georges Pompidou, qui fut son directeur de cabinet à l'époque du RPF, cela ne faisait aucun doute que De Gaulle attendait le moment adéquat pour revenir au pouvoir. Philippe De Gaulle, au contraire, invalide cette version. Il raconte ainsi qu'à partir du milieu du mois d'avril 1958, il fut très sollicité : « Tous lui demandent de revenir. Qui pourrait sauver la situation sinon lui ? Qui pourrait refaire démarrer les institutions, redonner à la France sa place parmi les grandes puissances et la sortir du guêpier algérien ? Impatient de revenir aux affaires, mon père ? Allons donc ! ».

Et Philippe De Gaulle explique à Michel Tauriac que son père était dans le même esprit que sa mère Yvonne qui ne voulait absolument pas entendre parler d'un retour au pouvoir, elle faisait même de la "résistance" ! Dès qu'elle voyait le Général soucieux, elle lui assénait : « Ils vous ont laissé tomber en 1946, vous ne leur devez rien ! Alors, maintenant, ils viennent vous chercher ! Trop tard ! ».

Dans son équation personnelle, De Gaulle prenait en compte aussi son âge, 67 ans : « Soixante-sept ans ! À cet âge-là, les généraux ne vont plus à la bataille. Ils ne sont plus capable de rien. ». Probablement que lorsqu'il lâchait cette boutade, il pensait à Pétain qui était pourtant beaucoup plus jeune lorsqu'il fut rappelé lors de la Première Guerre mondiale (il avait été rappelé de sa retraite à 58 ans pour devenir général en août 1914). Un autre moment, il se confiait ainsi à son fils : « Bon, j'ai 67 ans. J'ai donc dix ans de trop et il va me falloir dénouer une crise sans précédent... ». Et cet âge le taraudait tant qu'il a balancé cette fameuse phrase culte à sa conférence de presse du 19 mai 1958 au Palais d'Orsay : « Est-ce que j'ai jamais attenté aux libertés publiques fondamentales ? Je les ai rétablies. Et y ai-je une seconde attenté jamais ? Pourquoi voulez-vous qu'à 67 ans, je commence une carrière de dictateur ? ».

Philippe De Gaulle affirme d'ailleurs qu'au début, il était de l'avis de son père, au même titre que son oncle Jacques Vendroux et son beau-frère Alain de Boissieu : « Il ne voit pas très bien ce qu'il pourrait faire avec les institutions de la Quatrième République dans une situation aussi complexe. On l'appuie quand il répond à toutes les instances qui veulent le rencontrer, jusqu'à ses plus féroces adversaires (…). Nous redoutions de le voir se jeter dans une mêlée sans moyens, sans alliés, sans pouvoir réel. Et puis, il y a ses Mémoires. Deux tomes sur trois lui restent à finir. N'est-ce pas plus important que tout autre chose ? Peut-il disparaître un jour sans avoir relaté aux Français tout ce qu'il a fait pour eux et leur pays ? C'est son obsession : "Si je pouvais rallonger les jours pour pouvoir écrire davantage !". Notre premier réflexe est donc de l'encourager dans son refus. Et ma mère est heureuse que nous soyons en bonne intelligence avec elle. ». Mais l'amiral rajoute la phrase qui tue : « Jusqu'au jour où nous comprenons que les événements sont tels qu'ils ont rattrapé mon père. ».

Et les trois conseillers intimes ont émis ce nouveau conseil à De Gaulle : « Vous avez peut-être raison, mais vous ne pouvez plus demeurer sans rien faire, parce que vous apparaissez comme le recours et le seul. Si vous ne répondez pas à leur attente, les Français ne vous le pardonneront pas. Historiquement, vous ne pouvez pas refuser. ». La parole a été donnée dans la bibliothèque de La Boisserie : « Un chien aboie au loin. Des bruits de verres entrechoqués nous parviennent de la pièce à côté : Charlotte est en train de mettre le couvert. Nous attendons que mon père reprenne la parole. Mais il ne s'y décide pas. ».

Yvonne, présente à la bibliothèque, était alors ulcérée par le revirement de son fils. Elle passa à la contre-attaque : « Mais Charles, vous ne trouvez pas que ça suffit comme ça ? Vous allez recommencer ? On n'aura que des embarras ! ». L'homme providentiel est finalement resté silencieux sur ce sujet encore deux ou trois jours, imperméable à toutes les réactions.

Si De Gaulle a finalement accepté de revenir au pouvoir, c'était sur la base des renseignements que ses informateurs lui apportaient, ainsi que sur une nécessité historique qu'il développa à son fils de cette manière : « Le régime était à l'agonie et la France à la merci d'aventures incontrôlables. Intervenir ? Le devoir m'y obligeait contre mon gré. Mais comment n'être l'otage de personne ? ».

Dans sa détermination, il y avait aussi les massacres de soldats français par les rebelles algériens qui l'avaient scandalisé, le 11 janvier 1958 et le 10 mai 1958. Le 13 mai 1958, c'était le soulèvement à Alger. De Gaulle a suivi les événements avec angoisse à la radio. Le 15 mai 1958, il a publié son fameux communiqué, se déclarant « prêt à assumer les pouvoirs de la République ». Philippe De Gaulle précise alors : « Contrairement à ce que l'on a pu affirmer par la suite, il n'est pas très enthousiaste. Il n'a jamais cherché à avoir le pouvoir. En 1940, en 1958, c'est la nécessité qui le lui a donné. Il n'appartient plus à personne. Certes, il avait le goût du commandement, mais comme il me l'a fait remarquer justement à ce moment-là, "on n'est pas au pouvoir pour en avoir la place et le plaisir d'y être, mais pour agir". Et il savait que la bataille serait très pénible. ».

Après la conférence de presse du 19 mai 1958, c'était plié, De Gaulle reviendrait au pouvoir, c'était politiquement certain. Yvonne avait échoué : « Dans quoi allez-vous vous fourrer une nouvelle fois ? ». Ou encore : « Ils vont encore l'embringuer ! ». Soucieux des réactions à ses déclarations, De Gaulle était particulièrement triste de celle de Pierre Mendès France, qui pensait qu'il avait lui-même supervisé le 13 mai : « Après la Libération, [Mendès France] n'a cessé de me décevoir. Bien qu'issu du cabinet de Léon Blum avant la guerre, il aurait dû devenir gaulliste. Mais malgré tout ce qui s'est passé et qu'il a pu constater, il est resté socialiste, c'est-à-dire contraint à la démagogie. Guy Mollet a fait plus de progrès que lui. ».

Après la venue d'Antoine Pinay le 22 mai 1958 à La Boisserie, effrayé par la perspective d'un putsch militaire, Yvonne, raconté par son fils, a fini par se faire une raison : « Ma mère se reproche discrètement de ne pas avoir réussi à le dissuader de s'engager dans cette nouvelle bataille. "Mais comment arrêter une locomotive ?" soupire-t-elle. ». Effectivement, on n'arrête pas une locomotive quand elle est lancée.

Présent en ces moments cruciaux à La Boisserie, sachant exactement qui téléphonait à qui, Philippe De Gaulle a démenti formellement toute approbation, de près ou de loin, de la part du Général, d'une opération militaire visant à mettre son père au pouvoir : « Pendant cette période, j'étais au fait de ce qui se passait et se racontait. (…) Jamais il n'a cautionné cette affaire qui ressemblait ni plus ni moins à un coup de force, même si, d'après ce que l'on a su plus tard, son impréparation l'assimilait plutôt à du bricolage ou à un canular. Parlant de ce projet, Massu a d'ailleurs assuré lui-même dans ses Mémoires, je le cite : "En vérité, je pensais bien qu'on n'aurait pas à la mettre en pratique. Je me disais que le Général De Gaulle était suffisamment fort pour s'en tirer sans nous. Et surtout, je ne le voyais pas revenir au pouvoir à la faveur d'une action militaire. Il était profondément démocrate et républicain, il l'avait toujours prouvé". ».

En revanche, l'idée d'un possible putsch à Paris, s'il n'a pas influencé De Gaulle, a conduit la classe politique de prendre conscience de la gravité de la situation : « Il pensait que la rébellion des gens d'Alger avait été un catalyseur. C'est ce qu'il m'a répondu à ma propre question. "En provoquant la peur, m'a-t-il expliqué, la réaction de l'armée a contraint les politiciens à comprendre que la Quatrième République était vraiment morte et que rien ne la réveillerait plus. Que rien ne renaît jamais d'un cadavre". Il admettait donc bien sûr que cette réaction avait joué dans l'histoire, comme l'a écrit Massu. Mais il ajoutait que c'était à la suite d'une longue réflexion, comme je l'ai rapporté, qu'il avait décidé de lui-même de sortir de sa retraite et non pas poussé dans le dos par des militaires en mal de pronunciamiento. Il savait en outre qu'il était déjà assuré de la réussite du processus politique en cours quand il a appris l'imminence de l'exécution du plan "Résurrection". C'est, je crois, ce qu'il répondra au général Massu plus tard, quand ce dernier lui fera amèrement remarquer, au cours d'une visite orageuse à l'Élysée, qu'il attendait toujours d'être remercié pour lui avoir permis de retourner au pouvoir en 1958 ! ».

Toujours est-il que De Gaulle est revenu au pouvoir au cours d'un processus complètement démocratique, à la demande de la classe politique, et comme De Gaulle ne voulait pas être instrumentalisé par eux, ne servir qu'à calmer l'armée puis à être remercié, il voulait les plein pouvoirs pour pouvoir agir en toute indépendance, en dehors de ce régime des partis qui a ruiné la France.

Et Philippe De Gaulle de conclure : « Immuable dans sa sérénité et sa confiance en son destin, il nous apparaissait égal à lui-même. "Les choses n'ont que l'importance qu'on leur donne", écrivait-il dans son carnet de notes en 1916. Il avait alors 26 ans. Rien ne le fera jamais changer d'avis jusqu'à ce soir pluvieux de novembre 1970 où il a quitté ce monde. ».


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (17 décembre 2022)
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Pour aller plus loin :
Entre père et mer.
L'autre De Gaulle.
La mort du père.
Philippe De Gaulle.
De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Daniel Cordier.
Le songe de l’histoire.
Vive la Cinquième République !
De Gaulle et son discours de Bayeux.
Napoléon, De Gaulle et Macron.
Pourquoi De Gaulle a-t-il ménagé François Mitterrand ?
Deux ou trois choses encore sur De Gaulle.
La France, 50 ans après De Gaulle : 5 idées fausses.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221228-philippe-de-gaulle.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/philippe-de-gaulle-et-le-theoreme-245611

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20 décembre 2022 2 20 /12 /décembre /2022 04:57

« Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi (…). La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n'est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d'y placer d'autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l'espace. On le voit bien avec l'interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général De Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu'on attend du Président de la République, c'est qu'il occupe cette fonction. Tout s'est construit sur ce malentendu. » (Emmanuel Macron, le 8 juillet 2015).





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Le locataire de l'Élysée Emmanuel Macron fête son 45e anniversaire ce mercredi 21 décembre 2022. Si ce jeune âge est un exploit pour ce Président de la République, il est aussi une source inépuisable de haine et de jalousie pour nombre de ses opposants "un peu plus âgés". Il faut quand même saluer l'exploit.


C'est vrai, il n'est pas nouveau. Avoir été élu Président de la République à 39 ans en 2017 a été le véritable exploit. C'est le record de jeunesse de toutes les Républiques. Il était tenu par le premier des Présidents de la République française, élu comme aujourd'hui au suffrage universel direct. Louis Napoléon Bonaparte avait 40 ans au moment de son élection. Mais parce qu'il avait été élu pour un mandat de quatre ans non reconductible immédiatement après, il a fait le coup d'État du 2 décembre 1851, avec la proclamation d'une Présidence de dix ans, puis à vie, puis sa transformation en empereur des Français, héréditaire, comme son oncle, et ce régime autoritaire a duré jusqu'au 4 septembre 1870, date de la proclamation de la République par Gambetta sur le parvis de l'hôtel de ville de Paris, conséquence de la défaite de Sedan et de la victoire des Prussiens.

On comprend qu'il a fallu la crise algérienne et un acteur dont la légitimité historique fut incontestable, De Gaulle, sauveur de la France par son appel du 18 juin 1940 à la BBC, pour pouvoir reproposer l'élection du Président de la République au scrutin universel direct... et encore, De Gaulle l'a fait de manière progressive, par étapes, d'abord une élection par un collège un peu plus fourni que les seuls parlementaires, représentants des collectivités locales, plusieurs dizaines de milliers de grands électeurs, des notables aurait-on pu dire, puis, quatre ans plus tard, après un attentat qui aurait pu sérieusement endeuiller la France, profitant judicieusement de l'émotion suscitée, une élection par l'ensemble du peuple français.

Si, pour l'instant, l'exemple de Louis Napoléon Bonaparte ne s'est pas répété, heureusement, la mœurs politiques ont cependant été profondément modifiées par cette élection présidentielle, clef de voûte de nos institutions à partir de laquelle tout se détermine désormais. Qu'on s'en lamente ou qu'on s'en réjouisse, cette évolution est irréversible car retirer aux citoyens français le droit de choisir leur Président de la République, c'est leur retirer le véritable pouvoir politique en France. La démocratie ne pourrait accepter la confiscation d'un tel vote.

Pour la petite histoire, De Gaulle se moquait complètement d'être élu par le peuple français, il se considérait comme l'envoyé de la France, plus que des Français, un peu comme Jeanne d'Arc. Ses réactions sur les humeurs électorales donnaient une tonalité moins noble de la conception de la démocratie de De Gaulle : son ballottage le 5 décembre 1965 l'obligeant à subir un second tour, comme son échec au référendum du 27 avril 1969 ont été ressentis par lui comme une profonde humiliation de la part des Français qu'il traitait souvent de "veaux" parce qu'ils ne se prononçaient pas comme lui le voulait.

En fait, s'il a voulu faire évoluer le Président de la République avec le sacre de la légitimité populaire, c'est justement parce qu'il imaginait que ses successeurs, nécessairement, n'aurait pas sa propre légitimité historique, et donc, pour avoir l'autorité et la légitimité nationale, il fallait ce choix de l'ensemble des Français, ce sacre du suffrage direct. Donc, on émet régulièrement un contre-sens quand on croit savoir que De Gaulle a façonné une Constitution à sa stature : c'est au contraire parce qu'il imaginait que ses successeurs auraient une moins grande stature que la sienne qu'il voulait cette élection au suffrage universel direct. Lui n'en avait pas besoin, il était déjà entré dans l'Histoire.

De fait, elle a permis à quelques talents d'y "arriver" assez vite, comme Valéry Giscard d'Estaing qui avait 48 ans à son élection en 1974, ce qui était déjà un exploit. Mais 48 ans, c'est vieux en comparaison à Emmanuel Macron. Il n'avait pas 45 ans qu'il a été réélu Président de la République au suffrage universel direct, et si l'on ne compte pas De Gaulle (qui n'avait pas été élu au suffrage universel direct en 1958 ni les deux plus longs Présidents François Mitterrand et Jacques Chirac qui ont été réélus en 1988 et en 2002 en tant que chefs de l'opposition et pas en tant que responsables de la politique de la nation, en raison des cohabitations), Emmanuel Macron est bien le premier à avoir été ainsi réélu, et c'est un exploit.

A-t-il été mal réélu ? Certainement pas.

Déjà, il suffit de comparer l'élection de 2022 avec celle de 2017 et prendre le premier tour, qui est le scrutin où on vote par adhésion (tandis qu'au second tour, on peut effectivement voter par défaut, par opposition à l'autre candidat). En 2017, Emmanuel Macron a obtenu 24,0% des suffrages exprimés tandis qu'en 2022, il a reçu 27,9% des suffrages exprimés, soit un gain de plus d'un million d'électeurs, ce qui est remarquable au bout d'un quinquennat, d'autant plus qu'il n'a fait quasiment aucune campagne, trop occupé à présider l'Union Européenne et à initier des ponts diplomatiques après l'impensable et inacceptable invasion russe de l'Ukraine. Il s'est déclaré très tardivement, sous une forme épistolaire très peu "sexy" et n'a participé qu'à un seul meeting national (à La Défense le samedi 2 avril 2022).

Réunir plus de voix dès le premier tour après l'exercice d'un mandat complet, c'est un exploit que n'ont pas réussi à la fin de leur mandat respectif ni Valéry Giscard d'Estaing en 1981 ni Nicolas Sarkozy en 2012, les deux seuls exemples comparables à l'élection de 2022.

Au second tour, même s'il a perdu des voix entre ses deux élections (en dirigeant le pays, il a forcément déçu des électeurs), Emmanuel Macron a quand même réuni 58,6% des suffrages exprimés, moins que les 66,1% de sa première élection, mais quand même nettement plus que tous ses prédécesseurs, à l'exception de Jacques Chirac en 2002, dépassant entre autres les scores de De Gaulle en 1965 (55,2%) et de Georges Pompidou en 1969 (58,2%).

Par ailleurs, ceux qui remettent en cause la légitimité du Président de la République en comptant ses voix par rapport aux électeurs inscrits, imaginant que les abstentionnistes auraient dû déterminer l'élection, ont doublement torts en plus d'être mauvais joueurs car ils refusent les règles pourtant très rigoureusement définies au préalable.

D'une part, ils considèrent que les abstentionnistes ou les électeurs qui ont voté blanc ou nul seraient plus portés vers l'opposition que vers le Président élu, ce qui est faux, sinon, ils auraient voté pour le candidat concurrent, peut-être au point de le faire élire le cas échéant. C'est le jeu démocratique : ceux qui refusent de se prononcer dans un choix très sélectifs de candidats, se mettent en retrait de l'élection et ce sont les autres qui décident à leur place. On sait bien que c'est une erreur de considérer l'abstention comme une parole politique, puisque les motivations de ne pas participer à l'élection sont multiples et sont parfois très en-dehors de toutes raisons politiques (des problèmes personnels, de santé, etc.).

D'autre part, c'est factuellement faux de considérer qu'Emmanuel Macron a été mal réélu en ne tenant compte que de ses voix par rapports aux électeurs inscrits. Dans l'histoire des élections présidentielles depuis 1965, la première ainsi, il se situe dans une bonne moyenne, qu'on regarde sous l'angle du premier tour comme sous l'angle du second tour. Ainsi, au premier tour, avec 20,1% des électeurs inscrits, Emmanuel Macron est arrivé largement au-dessus de Jacques Chirac, tant en 1995 (15,9% des inscrits) qu'en 2002 (13,8% des inscrits), et est peu éloigné du score de François Mitterrand en 1981 (20,6% des inscrits). À ma connaissance, on n'a jamais contesté la légitimité de ces deux Présidents en raison de leurs résultats électoraux. Au second tour, avec 38,5% des électeurs inscrits, Emmanuel Macron a été mieux élu que Georges Pompidou en 1969 (37,5% des inscrits), et avec un score équivalent à ceux de François Hollande en 2012 (39,1% des inscrits) et de Jacques Chirac en 1995 (39,4%).

Ainsi, l'idée de vouloir prendre la part des électeurs inscrits classe automatiquement les abstentionnistes et les votants blanc ou nul parmi les opposants au candidat élu, ce qu'ils ne sont pas, et même si on les considérait ainsi, Emmanuel Macron n'aurait pas de déficit de légitimité comparé à la plupart de ses prédécesseurs. Si on prend les pourcentages par rapport aux suffrages exprimés, ce pour quoi l'élection est jouée, Emmanuel Macron fait figure de champion, dépassant même De Gaulle. Seul Jacques Chirac a fait mieux au second tour en 2002 avec 82,2%, dans un contexte très particulier (et qui ne s'est pas renouvelé) contre Jean-Marie Le Pen.

Quant aux élections législatives des 12 et 19 juin 2022, Emmanuel Macron n'a quasiment fait aucune campagne, ni le gouvernement dirigé par la nouvelle Première Ministre Élisabeth Borne, il ne s'agissait pas d'une élection pour ou contre Emmanuel Macron, mais pour ou contre la majorité parlementaire sortante. Il n'a fait qu'une courte allocution, bâclée, sur le tarmac de l'aéroport d'Orly le 14 juin 2022, avant de partir vers la Roumanie pour s'acheminer vers Kiev en compagnie de Mario Draghi et Olaf Scholz, ce qui était très largement insuffisant. Le fait d'avoir malgré tout une majorité relative, avec si peu de publicité politique, est donc un exploit en lui-même et aussi une belle leçon de démocratie : faire campagne, c'est ne pas se moquer de ses électeurs, et s'il avait eu un peu plus d'attention portée à eux, la majorité absolue aurait été atteinte sans problème (de nombreux députés de l'opposition ont en effet été élus face à des candidats de la majorité avec seulement quelques centaines de voix d'avance).


Chef de l'État ou chef d'entreprise, la question peut se poser à celui qui se considère comme le manager de la maison France, et en particulier dans les vestiaires du stade de Doha. Après la défaite des Bleus à la finale de la coupe du monde de football, le 18 décembre 2022, Emmanuel Macron a tenu à les féliciter malgré tout et à exprimer sa fierté d'avoir dans son pays une telle équipe.





La veille, le samedi 17 décembre 2022, les projets de loi de finances de 2023 et de financement de la sécurité sociale de 2023 ont été définitivement adopté par le Parlement mais avec l'utilisation, dix fois, de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution. On voit bien qu'une majorité relative est une situation délicate pour pouvoir gouverner. Grâce à la Constitution, le budget de l'État a été voté car il y a les outils institutionnels qui le permettaient. En revanche, ce sera beaucoup plus difficile de faire adopter les réformes du quinquennat.

En particulier, la réforme des retraites. Emmanuel Macron va devoir s'investir plus profondément dans la vie politique intérieure s'il ne veut pas rendre inutile son deuxième quinquennat. Pour cela, il devra convaincre les députés un à un de l'intérêt de sa réforme. Et l'objectif, c'est principalement de convaincre suffisamment de députés LR et LIOT de la pertinence d'un rallongement de l'âge légal de la retraite pour atteindre une majorité absolue. Élément positif pour la majorité : ce rallongement était dans tous les programmes politiques de LR depuis une dizaine d'années, en particulier lors de la campagne de François Fillon en 2017 et de Valérie Pécresse en 2022. La position du groupe LR, très divisé sur la question, sera déterminante pour l'avenir d'une telle réforme.

Pendant ce temps, les oppositions populistes s'opposent stérilement. C'est leur rôle d'être irresponsables et de faire la politique du pire. Qui leur en voudrait pour cela ? Mais convenons que ce n'est pas très constructif et cela n'aide pas à l'intérêt national. Emmanuel Macron a été réinvesti de la légitimité populaire il y a quelques mois, et ces oppositions ne le supportent pas. Comme on pourrait paraphraser une parole du Général, le problème de ces oppositions populistes, au fond, c'est le peuple, car il a reconduit souverainement leur adversaire commun. Une chose inadmissible pour elles !


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (18 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron a 45 ans.
Emmanuel Macron aux États-Unis : vers des relations apaisées ?
Emmanuel Macron : climat, industrie et souveraineté ...et colère contre le cynisme de l'ultragauche.

Emmanuel Macron s'exprime sur l'Ukraine et sur la pénurie d'essence : nous devons nous serrer les coudes !
Emmanuel Macron et la menace de la dissolution.
Le point chaud de la rentrée d’Emmanuel Macron : l’énergie.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221221-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-un-president-reelu-245581

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/12/07/39737138.html





 

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2 décembre 2022 5 02 /12 /décembre /2022 04:38

« On jubilait d'apprendre que le dédaigneux Giscard d'Estaing avait reçu des diamants d'un potentat africain soupçonné de conserver les cadavres de ses ennemis dans son congélateurs. » (Annie Ernaux, "Les Années", 2008, éd. Gallimard).



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Il y a une énigme Valéry Giscard d'Estaing. Comment un homme politique aussi moderne, aux idées aussi novatrices, connu pour avoir dynamisé la communication politique, aimant s'identifier au Kennedy français, intelligent au point de cérébraliser des combats passionnels souvent du camp adverse (loi sur l'avortement, abaissement de la majorité à 18 ans, etc.)... Comment a-t-il pu être haï comme le conservateur en chef, comme l'aristocrate éloigné des Français, comme le roi à renverser ?

L'ancien Président de la République est mort il y a exactement deux ans, le 2 décembre 2020, à Authon, dans la propriété familiale de sa femme, pas loin de ses 95 ans (à deux mois près), des suites du covid-19. Comme d'autres Français (et d'autres étrangers), il est la victime malheureuse de la pandémie de covid-19 à quelques semaines de la distribution du nouveau vaccin. Une contamination qui est arrivée un ou deux mois trop tôt, victime du "pas d'chance" alors que jusqu'en 1981, tout lui avait souri, tout.

L'écrivaine Annie Ernaux, Prix Nobel 2022, dans son livre "Les Années", a écrit quelques mots sur son septennat. À l'origine, il représentait la classe des possédants, opposé par nature à ce qu'elle imaginait le peuple de gauche (elle était issue d'une famille communiste). Et pourtant, si son élection en 1974 n'a pas été voulue, VGE a troublé ceux qui étaient parmi ses opposants : « Même nous, qui avions tourné le bouton de la télé le soir de l'élection aussitôt après avoir entendu que Giscard lâcher un "je vous salue mon compétiteur" comme une série de prouts avec sa bouche en cul-de-poule, nous étions ébranlés par le vote à dix-huit ans, le divorce par consentement mutuel, la mise en débat de la loi sur l'avortement, avions failli pleurer de rage en voyant Simone Veil se défendre seule à l'Assemblée contre les hommes déchaînés de son propre camp et l'avions mise dans notre panthéon à côté de l'autre Simone, de Beauvoir (…). ». Simone Veil repose depuis quelques années au Panthéon.

Mais la lune de miel était temporaire : « Nous rompions définitivement avec ce Président élégant quand il refusait la grâce de Ranucci, condamné à mort au milieu d'un été sans une goutte de pluie, brûlant, le premier depuis si longtemps. ». C'est vrai que Valéry Giscard d'Estaing a "raté" l'abolition de la peine de mort en France, qu'il aurait accepté philosophiquement s'il n'avait pas pris en compte aussi des considérations électoralistes dans sa réflexion. C'est pourtant bien VGE qui a fait entrer la France dans ce que j'appellerais le "sociétal moderne", la place des femmes dans la société, les droits de la jeunesse, la libéralisation de l'audiovisuel public (on oublie un peu vite qu'en cassant l'ORTF, Valéry Giscard d'Estaing perdait un moyen de contrôle unique sur les médias publics), etc., la traduction législative, au fond, des passions de mai 68.

Jeune homme bien sous tout rapport, Valéry Giscard d'Estaing a gagné l'élection présidentielle de 1974 avec le titre de plus jeune élu de toutes les républiques à l'exception de Louis Napoléon Bonaparte en 1848. Issu d'un parti qui ne représentait pas lourd en nombre de militants et colleurs d'affiches (les républicains indépendants n'ont jamais été qu'un parti d'élus et de cadres au contraire de l'UDR, du PCF et même du PS, qui, tous les trois, à l'époque, bénéficiaient d'une implantation locale et d'une base populaire très efficace sur le terrain). Plus tard, en 2017, Emmanuel Macron allait battre le record de jeunesse, y compris celui de l'empereur Napoléon III, en se faisant élire Président de la République français à l'âge de 39 ans !

Il y a de nombreuses similitudes entre Valéry Giscard d'Estaing et Emmanuel Macron, tous les deux sont bosseurs, très cultivés, jouissent d'une intelligence aiguë et du sentiment peut-être justifié qu'ils ont toujours raison, même si cette arrogance se traduit différemment selon la personnalité, pour l'un avec une distanciation typiquement aristocratique qui rend involontairement condescendante toute démarche d'approche, pour l'autre avec une sorte d'autisme incompréhensible où l'on ne comprend pas que le Président ne puisse pas comprendre les choses simples et difficiles que vivent les gens.

Dans son livre sur les petites phrases (chez Armand Colin), l'historien Jean-Baptiste Pattier rappelle en 2022 une évidence qui mérite d'être répétée : « Très souvent moqué, Valéry Giscard d'Estaing fut tout de même le seul Président de la République élu au suffrage universel direct à avoir dirigé la France pendant sept ans sans aucune cohabitation. ». Et en plus dans un contexte économique très difficile. Cet auteur veut dire : sept ans sans discontinuer, puisque les deux successeurs directs, François Mitterrand et Jacques Chirac, ont gouverné avec une majorité absolue respectivement dix ans et sept ans, mais de manière discontinue.

Effectivement, même De Gaulle ne l'a pas fait autant, sachant qu'en 1958, il n'avait pas été élu du suffrage universel direct (seulement indirect par de grands électeurs). Là encore, Emmanuel Macron, par sa réélection de 2022, va sans doute "détrôner" Valéry Giscard d'Estaing de cette particularité à partir de 2024 puisqu'il est censé, a priori, diriger la France jusqu'en 2027. J'écris "sans doute" car je ne suis pas madame soleil et l'avenir n'est jamais acquis. Ce que veut dire Jean-Baptiste Pattier, c'est que pendant sept ans, Valéry Giscard d'Estaing a pu gouverner (avec difficulté pendant la dernière moitié en raison du comportement dissipé de son partenaire RPR), c'est-à-dire qu'il avait gagné les élections législatives durant son mandat présidentiel, chose qu'Emmanuel Macron aurait plus de mal à revendiquer en n'ayant obtenu qu'une majorité relative aux législatives de juin 2022.

Le début de la carrière politique de Valéry Giscard d'Estaing est intéressant. À l'époque, sous la Quatrième République, une Assemblée sans majorité claire, seuls les partis faisaient et défaisaient les gouvernements, le clivage politique était en gros entre Pierre Mendès France (au centre gauche) et Antoine Pinay (au centre droit). Au milieu de tout cela, un ministre, Edgar Faure, du même parti que Pierre Mendès France (radical) mais plus proche d'Antoine Pinay que du premier pour le contenu politique et économique.

On aurait pu penser que le jeune Valéry Giscard d'Estaing, futur leader des républicains indépendants, héritiers du CNIP, se fût engagé auprès d'Antoine Pinay du Centre national des indépendants et paysans), personnalité qu'il avait encouragée à se présenter à l'élection présidentielle de 1969 tablant sur un mandat écourté en raison de son grand (Pinay avait alors 78 ans !). En fait, en 1954, son mentor politique était plutôt Edgar Faure dont il est devenu le directeur adjoint de cabinet en juin 1955, choisi par le directeur de cabinet Jacques Duhamel (le futur ministre centriste), tandis que son ami Michel Poniatowski était le directeur de cabinet du ministre centriste Pierre Pflimlin.

C'est Valéry Giscard d'Estaing qui conseilla à Edgar Faure de dissoudre l'Assemblée à la fin de 1955, initiative aussi malheureuse que la dissolution de 1997 par Jacques Chirac conseillée par Dominique de Villepin, puisque le front républicain a gagné et Guy Mollet fut appelé à Matignon. Du reste, cette malheureuse expérience peut expliquer pourquoi VGE Président a toujours voulu respecter les échéances électorales et a absolument refusé de dissoudre l'Assemblée en 1974, comme certains proches lui conseillaient pour avoir une véritable majorité giscardienne.

En janvier 1956, Edgar Faure a sauté, donc Valéry Giscard d'Estaing a dû quitter Matignon, mais comme il s'est fait élire député du Puy-de-Dôme (soutenu par Antoine Pinay qui allait le recommander auprès de De Gaulle pour le nommer au gouvernement quelques années plus tard), il n'a eu qu'à traverser quelques rues pour atteindre la Palais-Bourbon, et a commencé sa nouvelle vie dans la cour des grands à 29 ans.

Avec le Traité de Rome qu'il a voté, il prônait déjà la construction européenne qui fut l'une de ses passions sous son septennat, avec l'élection du Parlement Européen au suffrage universel direct, l'institution des Conseils Européens et le Serpent monétaire européen, préfiguration de l'euro, jusqu'à devenir Président de la Convention sur l'avenir de l'Europe qui rédigea le texte du Traité établissant une Constitution pour l'Europe que les Français ont refusé de ratifier le 29 mai 2005.

Ce qui était notable lorsque l'ancien énarque major de Polytechnique est arrivé à l'Élysée, c'est qu'il avait compris qu'il fallait réduire la distance entre le Président et le peuple, mais, selon un mot de De Gaulle, le peuple, c'était justement son problème. En gros, dans toutes ses tentatives de communication moderne, l'intention était louable, mais son exécution était laborieuse voire désastreuse et ridicule. Il faut rappeler qu'il a été le premier candidat à l'élection présidentielle à impliquer un enfant dans sa campagne, en l'occurrence sa fille adolescente qui a accepté de poser sur une de ses affiches pour montrer que le candidat pensait à l'avenir, se souciait des jeunes.

On a dit à la fois qu'il avait modernisé la fonction présidentielle mais qu'il l'avait ridiculisée, ce qu'on pourrait dire aussi de ses successeurs. Il se voulait "décontracté", c'est le même mot qui revient sous la plume d'Annie Ernaux pour décrire son époque : « La nouvelle façon d'être au monde était "la décontraction", à l'aise dans ses baskets, mélange d'assurance de soi et d'indifférence aux autres. ».

Ainsi, VGE a remisé au placard son bel habit à queue de pie lors de son investiture à l'Élysée, ne portant plus le grand cordon de la Légion d'honneur comme tous ses prédécesseurs. La photographie officielle, bien que prise par un très grand professionnel, fut l'objet de quolibets : il la voulait sobre, on n'a eu qu'une tête mal cadrée devant un drapeau mal placé au point qu'il a fallu rajouter la couleur rouge qui n'était pas sur la photographie.

Valéry Giscard d'Estaing voulait réduire le fossé entre les gouvernants et les gouvernés. Il voulait passer Noël avec les éboueurs qu'il a invités à l'Élysée pour prendre le petit-déjeuner, il se faisait aussi inviter par "les Français" chaque mois, un foyer était choisi parmi les nombreux "candidats" qui invitaient le Président et sa femme. Christian Binet, le créateur des Bidochon, retransmet fidèlement cette idée dans ses deux albums de "Monsieur le Ministre". Non seulement ces initiatives ne réduisaient pas la distance, mais j'aurais tendance à dire qu'elles la rallongeaient, et en tout cas, elles ne cachaient pas le ridicule d'une obsession du paraître sur l'être.

Même huit ans après sa défaite, malgré sa haute taille et tous les éléments factuels pour dire qu'il était supérieur à vous en plein de domaines (taille physique, diplômes, mandats, etc.), il pouvait quand même, lors d'une rencontre, vous toiser pour bien insister sur sa supériorité, signe finalement d'un très grand manque de confiance en son excellence.

Les vœux du Président amenaient ainsi à faire des erreurs géantes de communication, incompréhensibles tellement elles montraient le ridicule. Le sommet fut pour les vœux de l'année 1976 lors desquels Valéry a voulu associer Anne-Aymone, son épouse, se disant qu'il voulait que ce fût plus familial, avec plus de proximité, comme une famille qui souhaite la bonne année à une autre famille. Devant la cheminée, le Président céda alors la parole à sa femme qui, d'une voix hyperglaciale sans doute par timidité, prétendait dire le contraire en souhaitant des vœux... « très chaleureux ». Il n'y a pas eu de seconde expérience !


 




Anne-Aymone Giscard d'Estaing, pourtant, a le sens de la répartie et beaucoup d'humour. Patrice Duhamel raconte, dans son livre sur le Palais de l'Élysée qu'il a coécrit avec Jacques Santamaria (chez Plon), cette anecdote : « À l'époque où son mari était jeune secrétaire d'État, elle répondit un jour au général De Gaulle qui lui demanda, au début d'un dîner officiel, combien elle avait d'enfants : "Quatre, Général". À la fin du repas, le Président, peu prolixe, sans grande imagination et plutôt réservé avec les femmes, lui repose la même question. La réponse fuse, spontanée : "Toujours quatre, Général !". L'anecdote amusa beaucoup au Palais. ».

Patrice Duhamel poursuit sur l'état d'esprit de VGE : « Dès son accession à l'Élysée, Giscard se défend pourtant d'être un personnage hautain. Il n'est pas que cette phénoménale mécanique intellectuelle. Au fond, il cherche à apparaître tel qu'il se sent : un homme moderne, jeune et en bonne santé. ».

C'est le mystère de Giscard d'avoir voulu banaliser la parole présidentielle en la rendant encore plus condescendante dans les faits (involontairement). Au fil des années, Valéry Giscard d'Estaing s'est perdu dans le protocole, se réservant systématiquement la première place au prix d'une naturelle galanterie (que De Gaulle pourtant respectait lui-même), n'hésitant pas à apparaître monarchique jusque dans les caprices des menus de l'Élysée qu'il annotait chaque matin ou dans le rythme de la Marseillaise qu'il avait curieusement ralenti.

Autant d'intelligence de communication si mal servie, c'est étonnant. On peut continuer le parallèle avec Emmanuel Macron dont on dit à juste titre qu'il maîtrise excellemment la communication, il parle bien, on le critique même en le réduisant uniquement comme un beau parleur. Et "en même temps", il a fait des erreurs de communication monumentale que même un élu rural n'aurait pas faites, comme (il y a plein d'exemples) le "pognon de dingue" dépensé pour le social, la "rue en face à traverser" pour trouver un emploi, le "j'ai envie d'emmerder" ceux des Français qui refusaient de se faire vacciner, etc., tout cela était à la fois peu habile, manifestement stupide, et surtout inutilement arrogant, preuve soit d'une immaturité, soit d'une inexpérience d'élu local.

Mais le guindage de VGE comme ces phrases étonnantes d'Emmanuel Macron, finalement, c'est le naturel qui revient au galop dans une communication pourtant supposée savamment maîtrisée mais à côté de la plaque. Et tous les deux, malgré ces défauts, ont été élus, et c'est cela qui est remarquable.

La seconde moitié du septennat, les velléités de communication populaire se sont évaporées au profit du naturel. Patrice Duhamel le décrit : « apparaissant au mieux lointain, au pire inaccessible ». Les diamants de Bokassa (une affaire qui aurait pu être désamorcée très vite s'il n'avait pas réagi avec un orgueil démesuré), ainsi que des morts suspectes, Jean de Broglie et Joseph Fontanet assassinés, Robert Boulin, probablement assassiné aussi, ont eu raison des bonnes intentions de début de mandat. "Le Nouvel Observateur" le mettait en couverture comme un nouveau Louis XV, suggérant chez ses lecteurs (tous de gauche) que 1981 pourrait être un nouveau 1789 !

L'aventure élyséenne s'est terminée pour Valéry Giscard d'Estaing le 19 mai 1981, deux jours avant de céder la place à François Mitterrand qui l'avait battu le 10 mai 1981, par une allocution télévisée absolument inédite, jamais renouvelée : « Et dans ces temps difficiles où le mal rôde et frappe dans le monde, je souhaite que la Providence veille sur la France pour son bonheur, pour son bien et pour sa grandeur. ».

L'allocution s'est terminée par son célèbre et obséquieux « au revoir » puis son silence, quelques longues secondes, avant de quitter la pièce, laissant aux caméras encore en action un fauteuil vide, comme pour marquer le début d'une vacance de la République, ce qui était d'un très mauvais goût.





Jean-Baptise Pattier a tenté une explication sur l'énigme giscardienne de cette communication à contresens : « À vouloir mettre en scène le pouvoir et ses prises de paroles, organiser un décorum, créer un lien direct, réel, supposé ou fantasmé avec les Français, Valéry Giscard d'Estaing se serait-il caricaturé lui-même ? Lui, l'énarque et le polytechnicien, l'homme cultivé, fils de bonne famille, avait-il besoin de faire du cinéma ? Une personne de son entourage a-t-elle osé lui dire qu'être acteur est un talent à part entière ? ».

Et de conclure : « Même s'il faut savoir jouer la comédie en politique, attention de ne pas trop en faire et surtout, de jouer juste, la plus grande difficulté pour tout comédien. Et en politique, la moindre fausse note peut se payer cher. Le manque de sincérité ou les maladresses peuvent coûter une élection ou rester à jamais dans l'histoire. Au point d'effacer un bilan, de monopoliser l'héritage de l'exercice du pouvoir et la transmission de l'image d'un Président. ».

Gageons toutefois que l'histoire lui rendra ce que ses contemporains ont refusé de lui attribuer de son vivant (trente-neuf ans et demi de statut d'ancien Président !) : l'image d'un grand Président réformateur qui a modernisé profondément et durablement la société française ...et aussi la communauté européenne qui vit encore de ses avancées.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (27 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Valéry Giscard d’Estaing et son problème, le peuple !
Michel Poniatowski, le bras droit sacrifié de Giscard.
Valéry Giscard d’Estaing, le rêveur d’Europe.
Hommage européen à Valéry Giscard d’Estaing le 2 décembre 2021 au Parlement Européen à Strasbourg (texte intégral et vidéos).
VGE en mai (1968).
Michel Debré aurait-il pu succéder à VGE ?
Le fantôme du Louvre.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron d’hommage à VGE le 3 décembre 2020 (texte intégral et vidéo).
Le Destin de Giscard.
Giscard l’enchanteur.
Valéry Giscard d’Estaing et les diamants de Bokassa.
Valéry Giscard d’Estaing et sa pratique des institutions républicaines.
VGE, splendeur de l’excellence française.
Propositions de VGE pour l’Europe.
Le septennat de Valéry Giscard d’Estaing (1).
Le septennat de Valéry Giscard d’Estaing (2).
Loi n°73-7 du 3 janvier 1973.
La Cinquième République.
Bouleverser les institutions ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221202-vge.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/valery-giscard-d-estaing-et-son-245246

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27 novembre 2022 7 27 /11 /novembre /2022 04:56

« En poésie ou en politique, nul ne peut ignorer la faculté magique des mots. » (Jean-Baptiste Pattier, "Vous avez dit, Monsieur le Président ?", éd. Armand Colin, 2022).



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L'ancien Président de la République Jacques Chirac est né il y a 90 ans, le 29 novembre 1932. C'est l'occasion de revenir sur ce Président qui a été beaucoup aimé, aussi beaucoup haï, mais dont tout le monde a reconnu les grandes qualités humaines. Il était aussi cynique que les autres, aussi technocrate que les autres, aussi élitiste et érudit que les autres, mais il offrait au public une facette de sa personnalité plus populaire, plus triviale, plus représentative du peuple français. Bref, plus humaine que les autres.

Comme d'autres personnalités politiques qui ont passé un demi-siècle sous les projecteurs de la vie publique, Jacques Chirac a laissé dans la mémoire collective beaucoup de mots, expressions, phrases, malheureux (ses propos sur le bruit et l'odeur le 19 juin 1991) ou géniaux (son discours sur le Vel' d'hiv le 16 juillet 1995), avant ou pendant, ou même après sa Présidence (son vague soutien à François Hollande qui a fort déplu à Nicolas Sarkozy), que la petite histoire, plus que la grande, a retenus et que, par divertissement, certaines émissions repassent inlassablement.

À l'issue du premier tour de l'élection présidentielle qui l'a hissé jusqu'à l'Élysée, le 23 avril 1995, Jacques Chirac s'est fait voler la vedette sémantique par son rival gaulliste Édouard Balladur qui, en prononçant son nom ainsi que celui de Lionel Jospin devant des militants déboussolés navrés par leur défaite, a entendu des huées qu'il ne supportait pas et qui lui firent cette tirade répétée devenue célèbre : « Je vous demande de vous arrêter ! ».

Et Jacques Chirac a même été capable de faire un beau mot par une phrase on ne peut plus ordinaire et même ennuyeuse, le 21 avril 1997, lorsqu'il s'est laissé convaincre par Alain Juppé et Dominique de Villepin qu'il fallait précipiter les élections législatives pour convenance personnelle : « J'ai décidé de dissoudre l'Assemblée Nationale. ». Prononcée par d'autres Présidents, cette phrase aurait été entendue le plus sérieusement du monde, mais depuis sa défaite électorale en juin 1997 et le début de la troisième cohabitation, une cohabitation qui a duré cinq ans avec le socialiste Lionel Jospin, la phrase de Jacques Chirac a révélé un ressort comique inimaginable.

Ce qui a permis d'ailleurs de faire d'autres beaux mots à l'occasion, comme dire que François Mitterrand avait inventé le septennat de cinq ans (puisque, pendant deux fois de suite, ses mandats se sont terminés par deux ans de cohabitation), et que Jacques Chirac était allé encore plus loin dans le concept puisqu'il avait inventé le septennat de deux ans (avec une cohabitation de cinq ans). L'adoption du quinquennat aurait dû empêcher d'autres dissolutions, mais la situation actuelle pourrait remettre en cause cette ancienne certitude.

Toutefois, probablement que le meilleur beau mot de Jacques Chirac fut l'un des mots les plus long du dictionnaire, prononcé, en toute conscience, en guise de pirouette cacahuète lors d'un entretien télévisé le 21 septembre 2000. À l'époque, il était en Charente pour faire la campagne du "oui" au référendum sur le quinquennat. Mais le journal "Le Monde" venait de sortir un scoop avec les accusations posthumes de Jean-Claude Méry, ancien membre du comité central du RPR, qui aurait versé de l'argent liquide en 1986 au directeur de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris, en présence de Jacques Chirac. Mort en 1999, le supposé financier occulte du RPR avait confié à un journaliste en 1996 qu'il avait ainsi versé cinq millions de francs. On se rappelle d'ailleurs que les cassettes de l'enregistrement de cette surprenante confession ont été étrangement retrouvées... dans le bureau du ministre Dominique Strauss-Kahn, qui aurait juste signalé qu'il ne les avait pas écoutées et les avait posées dans une étagère ou une armoire !

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C'était donc à un moment extrêmement tendu de scandale politique en germe (à un an et demi de l'élection présidentielle) que Jacques Chirac devait répondre aux questions de la rédaction nationale du "19/20" de France 3, dans le studio régional à Angoulême. À la journaliste Élice Lucet, au regard médusé, le Président de la République a balancé : « Ma réaction ? Je suis indigné. Indigné par le procédé. Indigné par le mensonge. Indigné par l'outrance. Madame Lucet, il doit y avoir des limites à la calomnie ? Hier, on faisait circuler une rumeur fantaisiste sur une grave maladie qui m'aurait atteint, sous-entendu, je ne serais plus capable d'assumer mes fonctions. Aujourd'hui, on rapporte une histoire abracadabrantesque. On fait parler un homme mort il y a plus d'un an ! ».

Lâché, le mot : "abracadabrantesque". On peut vérifier dans le dictionnaire, il y est. Et il est suffisamment singulier pour que ce mot efface tout le reste de la mémoire collective, Jean-Claude Méry, ses accusations posthumes, mais aussi le référendum sur le quinquennat qui a subi une très forte abstention. L'objectif présidentiel était atteint : on ne parlait plus des cinq millions de franc, mais du joli mot abracadabrantesque. Aucun néologisme puisque le Larousse explique doctement : « Une affirmation abracadabrantesque suscite l'incrédulité par son caractère improbable ou incohérent. ». "Le Monde" a réagi au mot présidentiel en diffusant l'interview posthume du disparu. Mais l'affaire n'a pas pris. Le mot était bien senti.

Journaliste et historien, Jean-Baptiste Pattier a évoqué l'utilisation de ce mot dans son ouvrage sur les petites phrases des huit (premiers) Présidents de la Cinquième République ("Vous avez dit, Monsieur le Président ?", éd. Armand Colin, sorti en février 2022) et en a déterminé l'origine : « Cette idée serait venue de Dominique de Villepin, secrétaire général de l'Élysée et grand admirateur du poète Arthur Rimbaud. ». Et effectivement, dans son poème "Le Cœur supplicié", Rimbaud a utilisé avec précocité ce drôle de mot sans imaginer ce qu'il aurait comme destinée future :

« Ô flots abracadabrantesques,
Prenez mon cœur, qu'il soit sauvé !
Ithyphalliques et pioupiesques,
Leurs insultes l'ont dépravé ! »
.

Avis aux personnalités politiques. Dans ces vers, deux autres mots singuliers ont été écrits par le poète romantique sans encore avoir été repris par vous : saurez-vous les réutiliser dans une phrase adéquate pour vous sauver d'une indélicate question ?

(Pour une autre affaire, des voyages à l'étranger payés en liquide à des proches collaborateurs, Jacques Chirac allait répondre à Élise Lucet et Patrick Poivre d'Arvor, à l'interview traditionnelle du 14 juillet 2001, une nouvelle phrase pour désamorcer les critiques : « C'est pas qu'elles se dégonflent [PPDA venait de lui demander : "Pour vous, les sommes se dégonflent"]... C'est que... Elles font pschiiiiittt ! ». Après instruction, la justice a aussi classé cette affaire-là).


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Sylvain Rakotoarison (26 novembre 2022)
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Pour aller plus loin :
Jacques Chirac et sa Présidence abracadabrantesque !
Le testament de Jacques Chirac.
Bernard Pons, la main de Chirac.
Jacques Chirac, l'ami de Bill Clinton.
Quand Jacques Chirac sauva le Tour de France…
Chirac, l’humanisme sanitaire en pratique.
HiroChirac mon amour.
On a tous quelque chose de Chirac.
Le dernier bain de foule de Jacques Chirac, l’universaliste.
Chirac au Panthéon ?
À l’heure où Jacques Chirac entre dans l’Histoire…
Jacques Chirac a 86 ans : comment va-t-il ?
Allocution télévisée de Jacques Chirac le 11 mars 2007 (texte intégral).
Discours de Jacques Chirac le 16 juillet 1995.
Présidence Chirac (1) : les huit dates heureuses.
Présidence Chirac (2) : les huit dates malheureuses.
Jacques Chirac contre toutes les formes d'extrême droite.
Jacques Chirac et la paix au Proche-Orient.
Sur les décombres de l'UMP, Jacques Chirac octogénaire.
Jacques Chirac fut-il un grand Président ?
Une fondation en guise de retraite.
L’héritier du gaulllisme.
…et du pompidolisme.

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1 novembre 2022 2 01 /11 /novembre /2022 14:01

« La politique est un abrégé de la comédie-tragédie humaine. Elle conjugue les arts de la guerre, du spectacle, du discours et aussi du mensonge. Les hommes et les femmes qui en font profession ne sont pas plus malhonnêtes et pas plus vertueux que la moyenne des Français. Même s’ils ne traduisent pas la diversité de la population et la totalité des couches sociales, ils sont bien à l’image de ceux qu’ils représentent. "Tous pourris !" est une imprécation injuste, infâme. » (Philippe Alexandre, 2011).




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L'éditorialiste politique Philippe Alexandre est mort à l'âge de 90 ans la veille de la Toussaint, ce lundi 31 octobre 2022 au Touquet où il devait habiter (je le suppose car il a toujours été très avare d'informations personnelles). Selon le journal "Ouest France", « "Philippe Alexandre s’est éteint ce matin paisiblement", a précisé l’une de ses deux filles, Agnès Alexandre-Collier, dans un message transmis à l’AFP avec l’accord de sa sœur et sa belle-mère, la journaliste et écrivaine Béatrix de l’Aulnoit ».

Comme beaucoup de monde, je le considérais comme le meilleure éditorialiste politique pour une raison simple : il n'a jamais eu d'allégeance avec aucun pouvoir, au contraire, tous les pouvoirs l'ont craint un jour ou l'autre et ont cherché, d'une manière ou d'une autre, à le faire taire, mais heureusement, le redouté avait la chance d'avoir un employeur politiquement indépendant et solide, qui le soutenait et riait même des multiples tentatives de déstabilisation des pouvoirs en place (de droite ou de gauche).

Cet employeur, c'était la station de radio RTL, pour qui il faisait la très attendue chronique politique chaque matin à 7 heures 45, tous les jours de la semaine d'avril 1969 à juin 1996, une trentaine d'années pendant lesquelles il délivrait des informations politiques de première fraîcheur et qui n'avaient probablement pas vocation à être dévoilées, la classe politique la craignait en général.

Du reste, Philippe Alexandre devait être le seul éditorialiste politique, ou l'un des très rares éditorialistes, à refuser tous les dîners en ville, ou les déjeuners en ville avec des responsables politiques, méthode relativement facile pour avoir des contacts et des infos mais qui a la mauvaise conséquence de copiner avec la classe politique avec le risque de ne plus être totalement objectif et surtout indépendant. D'ailleurs, il se couchait tôt puisqu'il travaillait dès la première heure du journal le matin. L'une de ses fiertés était aussi que personne n'aurait été capable de dire pour qui il votait à chaque élection, ce qui n'était pas forcément le cas de tous ses collègues !

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Avec le mordant, la voix française très grave, et l'air de rien du paisible mais perspicace lieutenant Columbo, Philippe Alexandre était, selon Serge July, ancien patron et fondateur de "Libération", le « pionnier du poil à gratter radiophonique et du trait à la pointe sèche ». Il assumait cependant que certaines chroniques pussent aller trop loin et il reconnaissait ainsi dans "Le Figaro" le 7 janvier 2016 : « [Mes] éditoriaux ont été écrits dans la fournaise de l’actualité de l’époque. Bien sûr, quelques-uns peuvent traduire des humeurs, de la mauvaise foi, des excès, mais n’est-ce pas le propre de la fonction d’éditorialiste ? ».

Tous les pouvoirs ont cherché à l'écarter du micro parce que toutes les vérités n'étaient pas forcément bonnes à dire pour ceux qui voulaient la voiler. Le pouvoir gaulliste était très remonté contre lui mais l'arrivée d'un gouvernement socialo-communiste lui a donné encore plus de grains à moudre pour mettre face à leurs réalités et contradictions des pouvoirs généralement cyniques et parfois incompétents. Il avait commencé ses chroniques à la radio à la suite de son ouvrage sur les événements de mai 68 ("L'Élysée en péril : les coulisses de mai 68" chez Fayard) qui avait eu un grand succès (au grand dam des gouvernements de l'époque).

Plutôt homme d'écriture qu'homme d'audiovisuel, avec le sens de la formule-qui-tue, Philippe Alexandre avait commencé en 1951 à la rédaction du journal "Combat" puis d'autres revues, en particulier "Jours de France" et "Le Figaro littéraire". Il a fait une échappée télévisée dans les années 1990, alors que c'était rarement son trip d'aller sur les plateaux de télévision (on ne le voyait guère aux soirées électorales à la télévision, par exemple, alors que ses collègues, si, comme Alain Duhamel, par exemple).

Ainsi, entre 1989 et 1992, il a participé à un talk-show politique hebdomadaire, pour commenter l'actualité politique de la semaine, avec Michèle Cotta et Serge July, sur TF1, puis, entre 1992 et 1994, cette émission a été diffusée sur France 3 ("À la une sur la 3" puis "Dimanche soir", en deuxième partie de soirée chaque dimanche), avec toujours son compère Serge July, et cette fois-ci, animée par Christine Ockrent. Cela lui a apporté une notoriété auprès du grand public (seule la classe politique le connaissait bien), jusqu'à la consécration d'avoir sa propre marionnette dans la série des "Guignols de l'Info" qui insistait sur la petite poire (ou prune, j'ai un doute, je ne me souviens plus) ainsi que sur les "cahuètes" qu'offrait la reine Christine à ses deux invités éditorialistes. Je me permets cependant de préciser que si les analyses de Serge July m'ont toujours paru vides et creuses (désolé de l'écrire, il a pris l'habitude de parler pour ne rien dire), celles de Philippe Alexandre m'ont toujours paru, au contraire, très denses et intéressantes, au contraire de l'image que les "Guignols de l'Info" ont voulu lui coller à la peau.

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Parallèlement à son métier de chroniqueur politique, il écrivait, au début surtout sur des sujets politiques, l'un de ses ouvrages politiques les plus intéressants était "Paysage de campagne" (chez Grasset en 1988), qui reprenait ses chroniques sur la campagne de l'élection présidentielle de 1988. Et bien sûr, le plus connu et le plus emblématique fut, en coécriture avec Béatrix de L'Aulnoit, "La Dame des 35 heures" (chez Robert Laffont en 2002), un pamphlet persifleur très dur contre Martine Aubry qui l'a trouvé fort injuste et l'a pris comme une attaque personnelle plus que politique, une dureté qui a toujours été dans le "logiciel" (comme on dit, on pourrait dire aussi "dans l'ADN") de l'éditorialiste, mais là, il avait quand même fait très fort, ce qui a engendré un énorme succès éditorial.

Au début de sa carrière, il avait aussi écrit sur Gaston Defferre (c'était son premier essai chez Solar, en 1964), à une époque où l'hebdomadaire de JJSS "L'Express" l'avait poussé ("Monsieur X") à se présenter contre De Gaulle à l'élection présidentielle de décembre 1965. Il a écrit des essais très durs aussi contre les gaullistes, contre François Mitterrand (il a rassemblée deux septennats de chroniques dans "Notre dernier monarque", chez Robert Laffont en 2016, en collaboration avec sa fille Agnès Alexandre-Collier), et plus généralement, contre la classe politique, ce qui ne l'a pas empêché toutefois d'être l'auteur du "Dictionnaire amoureux de la politique", chez Plon, en 2011.

Après ses chroniques à la radio (en 1996, il avait 64 ans, il avait démissionné de RTL pour s'opposer à la fusion du groupe CLT avec le groupe Bertelsmann), il a fait des chroniques politiques sur BFMTV et sur France:3, puis il a pris sa retraite de l'activité quotidienne mais ne s'est pas arrêté à écrire. Au contraire, il en a profité pour écrire avec sa compagne Béatrix de L'Aulnoit des essais historiques, en particulier sur la reine Victoria (chez Robert Laffont en 2000), sur la mère de Louis XIV (chez Robert Laffont en 2009), sur l'épouse de Winston Churchill (chez Tallandier en 2015) et sur le premier voyagiste Thomas Cook (chez Robert Laffont en 2018). En 2017, il a sorti également une quasi-autobiographie très remarquée, beaucoup plus intimiste et personnelle que d'habitude ("Ma tribu plus que française", chez Laffont), où il expliquait l'origine juive de sa famille, son ascension sociale depuis deux siècles et le martyr de beaucoup des membres de sa famille, victimes la Shoah.

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Philippe Alexandre sera enterré le 5 novembre 2022 au cimetière du Touquet, qu'il y repose en paix.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (01er novembre 2022)
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Pour aller plus loin :
Indépendant et caustique.
L'art vache de Philippe Alexandre.
Philippe Alexandre.
Sempé.
Jean-Pierre Elkabbach.
Patrick Poivre d’Arvor.
Nicolas Hulot.

Ci-gît la redevance à la papa.
Daria Douguina.
Michel Drucker.
Michèle Cotta.
Ivan Levaï.
Jacqueline Baudrier.
La déplorable attention du journalisme à sa grande dame.
Aider les chrétiens d’Orient.
Thierry Le Luron.
David Sassoli.
Jean Roucas.
Jean Amadou.
Philippe Labro.
Romain Goupil.
Pierre Vidal-Naquet.
Éric Zemmour.
Dominique Jamet.
Olivier Duhamel.
Patrice Duhamel.
André Bercoff.
Jean-Louis Servan-Schreiber.
Alfred Sauvy.
Claude Weill.
Irina Slavina.
Anna Politkovskaïa.
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

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18 octobre 2022 2 18 /10 /octobre /2022 05:22

« Devoir, vérité, confiance, nul moment ne résuma mieux ce triptyque que l’attitude de Mendès France face à la guerre d’Algérie. Il refusa d’appeler à la désertion les soldats qui combattaient là-bas. Il reconnut la vérité sur la torture et démissionna du gouvernement Mollet. Il garda cependant confiance dans le dialogue et la raison. À chaque fois, Mendès agit en conscience. » (Communiqué de l'Élysée le 18 octobre 2022).



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Et le communiqué de poursuivre : « C’est l’autorité de cette conscience qui lui valut très vite l’admiration de toute une génération d’intellectuels et de hauts-fonctionnaires. (…) Les leçons de Mendès France sont toujours vivantes. Face à la haine, à l’antisémitisme et au racisme, ne rien céder des valeurs forgées en 1789. Face à l’adversité, demeurer une Nation unie par un contrat de vérité. Face à un monde tenaillé par les conflits, dresser une France indépendante, puissance d’équilibre dans une Europe souveraine, et qui a toujours un idéal universel à formuler pour le monde. Cette conscience, qui le conduisait à se juger sans faiblesse, à agir avec courage, à convaincre sans jamais se lasser, est un legs qui nous accompagne encore. ».

La France, et en particulier l'Assemblée Nationale, célèbrent ce mardi 18 octobre 2022 la mémoire de l'ancien Président du Conseil Pierre Mendès France mort il y a quarante ans le 18 octobre 1982 à l'âge de 75 ans (il est né le 11 janvier 1907).

Enterré avec une cérémonie présidée par le Président François Mitterrand, Pierre Mendès France n'avait pourtant aucun atome crochu avec celui qui venait de gagner un combat de la gauche : l'un était arriviste, avide de pouvoir, ambitieux, l'autre était avant tout une conscience morale et refusait de se compromettre avec les manœuvres politiciennes. Moderne, jeune talent des années 1930 (il a été élu député à l'âge de 25 ans en 1932, ministre de Léon Blum à 31 ans en 1938), il a combattu le nazisme et l'Occupation, fut condamné dans un procès inique sous Pétain, et est devenu, après la Libération, l'un des hommes politiques les plus importants de la Quatrième République.

Le Président de la République Emmanuel Macron a lui aussi, à son niveau, célébré cette date anniversaire en organisant un déjeuner au salon des ambassadeurs, à l'Élysée, avec une partie de la famille Mendès France (dont son petit-fils Tristan), l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, le Ministre des Armées Sébastien Lecornu (qui est son lointain successeur comme président du conseil départemental de l'Eure), l'ancien ministre socialiste François Loncle, qui est le président de l'Institut Pierre Mendès France, le magnat de la presse Claude Perdriel (qui va avoir 96 ans le 25 octobre), qui fut proche de Pierre Mendès France dans les années 1950 et 1960, également la journaliste Anne Sinclair... (Élisabeth et Robert Badinter ont été aussi invités mais se sont fait excuser).

La présence d'Anne Sinclair n'étonne pas ceux qui connaissent ses convictions politiques ainsi que l'une de ses premières présentations d'émission en tant que journaliste. En effet, sur le plateau de FR3, Anne Sinclair a présenté le 15 mai 1977 l'émission "L'homme en question" avec pour invité principal Pierre Mendès France et les autres invités étaient Roger-Gérard Schwartzenberg, alors délégué général du Mouvement des radicaux de gauche, l'éditorialiste Jean Daniel, Alexandre Sanguinetti (ancien secrétaire général de l'UDR), et aussi Jean-Louis Bourlanges, jeune étudiant de l'ENA à l'époque (aujourd'hui président de la commission des affaires étrangères depuis janvier 2021), qui a posé sans doute la question la plus pertinente (et audacieuse) de l'émission, qui a ému l'ancien chef du gouvernement et qui l'a conduit à discuter avec l'étudiant pendant encore une trentaine de minutes après l'émission : Jean-Louis Bourlanges lui avait demandé en quelques sortes s'il n'avait pas eu peur de faire de la politique et de gouverner.

Paradoxalement, l'importance politique de Pierre Mendès France était inversement proportionnelle au nombre de mois (on ne peut même pas parler d'années) où il a gouverné, un peu à l'instar de Jean Jaurès. Furtif ministre du trésor en 1938, un peu plus long ministre de l'économie et des finances sous De Gaulle entre novembre 1943 et avril 1945, Pierre Mendès France n'a vraiment gouverné que sept mois, comme Président du Conseil et Ministre des Affaires étrangères entre le 18 juin 1954 et le 5 février 1955 sur un contrat clair : apporter la paix en Indochine et l'autonomie en Tunisie.

Mais son discours le plus manquant a été prononcé un an auparavant. La démission du gouvernement de René Mayer le 21 mai 1953 a effectivement installé la France dans une des nombreuses crises politiques de la Quatrième République. Après les échecs de Guy Mollet, André Diethelm et Paul Reynaud pour former le nouveau gouvernement, le Président de la République Vincent Auriol a fait appel à lui, enfin !, Pierre Mendès France.


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Son discours d'investiture devant les députés le 3 juin 1953 a marqué durablement la vie politique française par sa célèbre formule "gouverner, c'est prévoir" : « C'est ma conviction que les principaux problèmes français doivent être considérés comme un tout, que leur solution est une. (…) La cause fondamentale des maux qui accablent le pays, c'est la multiplicité et le poids des tâches qu'il entend assumer à la fois : reconstruction, modernisation et équipement, développement des pays d'outre-mer, amélioration du niveau de vie et réformes sociales, exportations, guerre en Indochine, grande et puissante armée en Europe, etc. Or, l'événement a confirmé ce que la réflexion permettait de prévoir : on ne peut pas tout faire à la fois. Gouverner, c'est choisir, si difficiles que soient les choix. Choisir, cela ne veut pas dire forcément éliminer ceci ou cela, mais réduire ici et parfois augmenter ; en d'autres termes, fixer des rangs de priorité. ».

Ainsi, deux priorités économiques pour lui, renforcer la productivité et assurer la justice sociale : « La réforme fiscale associée à une politique sélective du crédit fournira les moyens d'une action visant le double objectif de la justice et de la productivité. (…) Il n'y a pas de remise en ordre valable sans remise au travail, pas d'équilibre concevable sans expansion. Il est assurément singulier qu'à l'heure actuelle, en même temps que couve et menace l'inflation, dont il faut nous défendre, l'activité se soit ralentie dans de larges secteurs de notre économie. (…) Je m'interdis de faire aux travailleurs des promesses que je ne pourrai pas tenir. Si notre production demeurait au niveau actuel, une plus équitable répartition des revenus serait le seul moyen d'améliorer leur sort. Le spectacle d'inégalités criantes nous fait un devoir d'y recourir ; mais, ce que ces corrections de répartition peuvent donner est forcément très insuffisant lorsque l'on évoque les besoins. Il faut donc accroître la masse des biens à répartir. Le sous-emploi des ressources et de la main-d'œuvre est un défi à la raison et un défi à la souffrance humaine. ».

L'importance de bien gérer financièrement la France : « La rigueur financière est donc la condition de l'expansion économique. Elle l'est aussi bien d'une politique sociale efficace. (…) Pour ranimer l'économie, pour atteindre le plein emploi, nous aurons principalement recours à deux moyens : le développement des exportations, d'une part, celui de la construction, d'autre part. (…) En dehors de ces deux grands stimulants, dont l'un servira l'indépendance nationale, dont l'autre servira la paix sociale, nous réserverons aux investissements productifs, ceux des particuliers comme ceux de l'État, une place importante. L'investissement n'est pas seulement la condition nécessaire du développement de la production, il est le gage de l'avenir de la France qui ne saurait piétiner sans déchoir, tandis que ses concurrents et ses rivaux marchent à pas de géant. ».

La France, un pays difficile à réformer en tout temps : « Je ne me dissimule pas, et je ne vous dissimule pas la difficulté de réaliser des réformes. Ce n'est pas un hasard si, dans l'histoire, les réformes ont toujours été si difficiles que d'aucuns estiment qu'il faut une révolution pour y parvenir. Ce n'est pas mon sentiment. Un pays démocratique où la majorité doit avoir la prépondérance peut réaliser pacifiquement et dans l'ordre ce qui est dans l'intérêt du plus grand nombre, dans l'intérêt de la Nation. ».

Le besoin du gouvernement d'avoir les plein pouvoirs : « Le succès du programme d'action économique et sociale que j'ai défini dépend de l'adoption d'un ensemble de mesures étroitement coordonnées et rapidement prises. (…) Ces mesures, je vous demande de les réaliser par décrets. Ceux-ci ne deviendront définitifs qu'après leur ratification par le Parlement. Ils seront, en attendant, provisoirement exécutoires. (…) Une Conférence internationale, d'une extrême importance, aura lieu dans peu de semaines. Il n'est pas concevable qu'un gouvernement constitué demain, soit renversé d'ici là. Si l'Assemblée nationale m'investit, elle s'oblige par là même à m'accorder, dans les jours qui viennent, les pouvoirs étendus que je lui demanderai. ».

L'indépendance nationale : « La solidarité morale, la communauté d'idéal, la reconnaissance que nous conservons à l'égard de ceux qui ont combattu pour notre Libération et en particulier, des États-Unis, ne doivent plus être entachés d'une dépendance à laquelle il est de l'intérêt de mettre fin. ».

Réduire le nombre d'objectifs et s'y tenir : « La France doit limiter ses objectifs, mais les atteindre ; fixer sa politique, peut-être moins ambitieuse que certains le désireraient, mais s'y tenir. Notre but ne doit pas être de donner l'illusion de la grandeur, mais de refaire une Nation dont la parole soit entendue et respectée. ».

Pierre Mendès France a pensé qu'une armée européenne dans laquelle participerait les Allemands serait mieux qu'un réarmement de l'Allemagne, tandis qu'un réarmement de l'Europe occidentale était indispensable face aux forces armées du bloc communiste à l'Est.

La CED (Communauté européenne de défense), sans menace de dissolution : « Le Parlement se prononcera sur l'armée européenne en toute liberté. Nous entrons dans une période constitutionnelle nouvelle dans laquelle une crise ministérielle implique, pour l'exécutif, le droit de demander la dissolution de l'Assemblée Nationale. Le respect de la dignité de l'Assemblée exige que le gouvernement s'interdise d'user d'un moyen de pression intolérable dans ce cas, parce que susceptible de fausser la décision. Si le gouvernement que je formerais avec votre assentiment, venait à se trouver en désaccord avec l'Assemblée sur l'armée européenne et s'il était renversé, il ne se prévaudrait pas, j'en prends l'engagement sans réserve, des droits constitutionnels qui lui permettraient de demander la dissolution de l'Assemblée. Cette dernière se prononcera donc dans la plénitude d'une totale indépendance. ».

Les optimistes et les pessimistes : « D'aucuns assureront qu'il y a, pour s'y rendre, d'autres sentiers, ombragés et faciles ; en d'autres termes que, dans mon programme, on peut laisser de côté ce qui est dur pour ne retenir que ce qui est agréable. Ils ne font confiance ni au bon sens, ni à l'énergie, ni au courage de la Nation. Ce sont des pessimistes. Parler le langage de la vérité, c'est le propre des véritables optimistes, et je suis optimiste, moi qui pense que ce pays accepte la vérité, qu'il est prêt à prendre la résolution inflexible de guérir, et qu'alors il guérira. ».

Gouverner avec tous les moyens, ça passe ou ça casse : « Mais comment le ferait-il si nous-mêmes nous ne faisons pas notre devoir, tout notre devoir ? Et c'est bien pourquoi il me faut votre collaboration complète et durable. Cette collaboration entre Parlement et gouvernement exclut que, de part et d'autre, on finasse, on dissimule. Je n'ai pas rusé avec la difficulté, ni fardé ce que je crois être la vérité. Réciproquement, j'ai le droit de vous demander autre chose qu'une demi-adhésion ou une demi-décision. La politique que j'ai décrite constitue un bloc. En accepter une partie, en refuser une autre c'est rendre le tout inefficace, c'est rendre inutile la part de discipline et d'effort à laquelle on consent. Il vaut mieux repousser le tout dès aujourd'hui, ouvertement, que de se contenter, une fois encore, d'une tentative partielle et, par conséquent, inutile et démoralisante. ».

L'admiration pour trois hommes d'État, Raymond Poincaré, Léon Blum et Charles De Gaulle : « Mesdames, Messieurs, permettez-moi d'exprimer ici un sentiment personnel. Depuis que je m'intéresse à la vie publique, trois hommes ont laissé une place ineffaçable dans ma pensée. Tout jeune, j'admirais en Raymond Poincaré l'homme d'État, digne de la France qu'il gouvernait. Député, j'étais appelé par Léon Blum à faire partie de son second ministère ; une vague d'enthousiasme populaire exaltait sa générosité et son intelligence. Et cinq ans plus tard, c'est le Général De Gaulle, symbole de la continuité française et animateur de la Résistance, qui, ordonnant ma mutation, m'appelait auprès de lui, au gouvernement d'Alger. Pourquoi suis-je amené à associer, à cette heure émouvante pour moi, les noms de ces hommes si différents ? C'est sans doute parce que, sous le signe de l'amour de la patrie, leur exemple signifiait le dévouement au bien public el le sens de l'État. ».

Finalement, ce discours fut un échec. Pierre Mendès France ne recueillit que 301 voix, il lui a manqué 13 députés pour être investi. Joseph Laniel obtint l'investiture quelques jours plus tard, le 27 juin 1953. Mais Pierre Mendès France lui a succédé un an plus tard (à 47 ans) et nomma dans son gouvernement, entre autres, François Mitterrand, Jacques Chaban-Delmas, Edgar Faure, le général Kœnig, Maurice Bourgès-Maunoury, Jean Berthoin, Robert Buron, Eugène Claudius-Petit, Christian Fouchet, André Bettencourt, René Billères, Henri Cavaillet, Raymond Mondon et Jean Raffarin (le père de Jean-Pierre Raffarin).

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Sous la Cinquième République, Pierre Mendès France n'a plus été un acteur politique, juste une référence politique sinon une conscience morale. Certes, il a remporté une victoire aux législatives de mars 1967 à Grenoble, après un débat mémorable à la patinoire de Grenoble (qui allait accueillir les jeux olympiques d'hiver en février 1968) en affrontant médiatiquement le Premier Ministre Georges Pompidou, circonscription qu'il a aussitôt reperdue, avec un très faible écart, en juin 1968 au bénéfice d'un grand ministre gaullien et mendésiste, Jean-Marcel Jeanneney, qui avait enseigné à Grenoble et était inquiet de la tournure de mai 68 (dont c'était la première candidature).

Enfin, au printemps 1969, Pierre Mendès France a montré qu'il ne comprenait rien à la logique des nouvelles institutions en proposant un ticket avec Gaston Defferre, lui à Matignon, et le député-maire de Marseille à l'Élysée, comme si le pouvoir résidait encore à Matignon.

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De Pierre Mendès France, il reste en fait deux sortes d'héritage politique encore très actuels de nos jours. Il y a d'abord le fond, une politique pragmatique résolument tournée sur l'efficacité économiques (il faut produire...) mais aussi la justice sociale (…pour redistribuer les richesses), que de nombreux responsables politiques après lui ont pu adopter : Jean Lecanuet, Maurice Faure, Gaston Defferre, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Raymond Barre, Edmond Maire, Pierre Méhaignerie, Laurent Fabius, Michel Rocard, Pierre Bérégovoy, Jacques Delors, Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn, François Bayrou, François Hollande, Manuel Valls, Emmanuel Macron, Édouard Philippe, Élisabeth Borne, etc. pourraient être de ceux-là, avec sans doute un plus pour Michel Rocard dont l'importance politique était telle à gauche qu'il était capable de fédérer durablement ce courant de cette seconde gauche si insaisissable.

Mais il y a aussi ce second héritage politique, celui du comportement et de la morale, celui qui fait renoncer à gouverner tant que toutes les conditions morales ne sont pas réunies pour ne pas se compromettre, l'avidité du pouvoir étant trop faible sur le besoin d'excellence intellectuelle dans un idéal politique. Et cet héritage, évidemment, peu l'ont porté, diamétralement opposé à un François Mitterrand mais aussi à un Emmanuel Macron dont l'ambition s'accommoderait mal d'un perfectionnisme des situations. Peut-être pouvons-nous le retrouver chez Bernard Stasi, peut-être Simone Veil, Jean-Louis Borloo et Bertrand Delanoë, et bien sûr Jacques Delors.

Pierre Mendès France était trop jaloux de sa liberté intellectuelle pour soutenir clairement tant De Gaulle que François Mitterrand. Si la victoire de François Mitterrand en 1981, à la fin de sa vie, l'a un peu réconcilié avec la gauche archaïque, celle de l'alliance électorale socialo-communiste, la seule semblait-il capable de gagner, le fossé n'a jamais été réduit entre l'homme du 18 juin et celui de la paix en Indochine.

De Gaulle, qui l'avait soutenu lors que son investiture en juin 1954, a toujours amèrement regretté l'opposition frontale qu'il a subie de Pierre Mendès France lors de son retour au pouvoir en 1958, car il le considérait comme l'un des rares véritables hommes d'État de la Quatrième République. La coopération entre les deux hommes auraient sans doute eu la belle perspective d'une réconciliation politique entre les deux France, celle qu'a finalement réalisée en 2017 Emmanuel Macron à un moment où un autre clivage s'est installé dans le pays qu'on pourrait résumer par une opposition entre les optimistes et les pessimistes, selon la définition mendésienne de ces termes.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (18 octobre 2022)
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Pour aller plus loin :
Une exigence morale en politique.
Pierre Mendès France.
Léon Blum.
La création du RPF.
De Gaulle.
Germaine Tillion.
François Mitterrand.
Pierre Pflimlin.
Henri Queuille.
Robert Schuman.
Antoine Pinay.
Félix Gaillard.
Les radicaux.
Joseph Laniel.
Georges Bidault.
Débarquement en Normandie.
Libération de Paris.
Général Leclerc.
Jean Moulin.
Daniel Cordier.
Le programme du Conseil National de la Résistance (CNR).
Jean Monnet.
Joseph Kessel.
Maurice Druon.
André Malraux.
Maurice Schumann.
Jacques Chaban-Delmas.
Daniel Mayer.
Edmond Michelet.
Alain Savary.
Édouard Herriot.
Vincent Auriol.
René Coty.
Maurice Faure.
Gaston Defferre.
Edgar Faure.
René Cassin.
Édouard Bonnefous.

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