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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 07:01

Le processus a été enclenché par une prise de position courageuse s’opposant aux sondages. Cela n’a pas empêché ni l’élection ni l’action : François Mitterrand restera dans l’histoire de France comme celui qui a (enfin) aboli la peine de mort. Dont acte.




yartiMitterrand1981B01Quand on regarde le chemin parcouru, on a l’impression que c’était la préhistoire de la communication politique. Et pourtant, c’était déjà une "discipline" très ancienne.


L’élection présidentielle de 1981

La campagne officielle n’avait pas encore commencé mais les différents candidats étaient déjà "en place". Il y en avait dix. C’était beaucoup déjà. Mais surtout, quatre "grands", ceux que Jean-Marie Le Pen, qui n’avait pas pu se présenter cette fois-là, avait appelés "la bande des quatre".

C’était la précampagne qui battait à plein, dans toutes les stations de radios et les chaînes de télévision : émissions politiques invitant quotidiennement un candidat, petites phrases, anecdotes… bref, le quotidien classique d’une campagne.


Le candidat François Mitterrand

De tout ce brouillard d’interventions, j’en retiens une seule pour la campagne de l’élection présidentielle de 1981 : l’émission "Cartes sur table" sur Antenne 2 de Jean-Pierre Elkabbach (le "méchant") et Alain Duhamel (le "gentil") invitait le lundi 16 mars 1981 dans la soirée l’un des deux principaux candidats, François Mitterrand. Sa première grande émission télévisée après son investiture au congrès du PS le 24 janvier 1981 à Créteil.

C’était sa troisième candidature à l’élection présidentielle. À 64 ans, l’ancien premier secrétaire du Parti socialiste qui avait réussi à conquérir le PS en 1971 au même moment qu’il y adhéra (par fusion de son groupuscule), avait tenté l’Union de la gauche en 1972 qui aurait dû le conduire au pouvoir dès 1974. Il a raté de peu, comme il a raté de peu les élections législatives de mars 1978.

L’élection présidentielle de 1981 était pour François Mitterrand sa dernière chance de rompre ce destin de continuel perdant. Malgré un bilan que Valéry Giscard d’Estaing pensait suffisamment positif, le "citoyen candidat", comme se qualifiait le Président sortant, était en perte de vitesse dans les sondages face à son concurrent de gauche.


Cartes sur table

L’atmosphère de l’émission était à la fois sobre (les décors étaient noirs et le public était silencieux) et intimiste : les trois intervenants étant très près l’un des autres.

Les deux journalistes ont donc fait leur travail, posant à tour de rôle des questions au candidat socialiste à la fois sur son programme, sur son intention de dissoudre l’Assemblée Nationale en cas d’élection, sur l’éventuelle présence de ministres communistes, et sur la campagne de ses concurrents.

L’émission se terminait. Le générique allait être lancé. Après une courte hésitation, Alain Duhamel s’est jeté à l’eau et a posé à François Mitterrand la fameuse question sur la peine de mort.

Cette question de la peine de mort revenait souvent depuis plusieurs années. Valéry Giscard d’Estaing et son Ministre de la Justice Alain Peyrefitte y étaient défavorables mais se refusaient à l’abolir dans les circonstances de l’époque faites d’insécurité.

Les sondages étaient unanimes pour condamner une éventuelle abolition de la peine de mort. Déjà en 1981 (et tout au long de la décennie des années 1970), la sécurité avait été un enjeu important de politique intérieure.


Contre la peine de mort

Une fois n’était pas coutume, François Mitterrand avait été clair et franc : « Pas plus sur cette question que sur les autres je ne cacherai ma pensée. Et je n'ai pas du tout l'intention de mener ce combat à la face du pays en faisant semblant d'être ce que je ne suis pas. Dans ma conscience profonde, qui rejoint celle des églises, l'église catholique, les églises réformées, la religion juive, la totalité des grandes associations humanitaires, internationales et nationales, dans ma conscience, dans le for de ma conscience, je suis contre la peine de mort. ».

Il ne cachait pas les sondages qui étaient hostiles à cette prise de position : « Et je n'ai pas besoin de lire les sondages, qui disent le contraire, une opinion majoritaire est pour la peine de mort. Eh bien moi, je suis candidat à la présidence de la République et je demande une majorité de suffrages aux Français et je ne la demande pas dans le secret de ma pensée. Je dis ce que je pense, ce à quoi j'adhère, ce à quoi je crois, ce à quoi se rattachent mes adhésions spirituelles, ma croyance, mon souci de la civilisation, je ne suis pas favorable à la peine de mort. ».

Ces déclarations ont été les plus percutantes de la campagne électorale de 1981. Elles montraient la vision d’un homme d’état qui refusait toute démagogie par sondages d’opinion. Elles étaient courageuses car elles pouvaient lui coûter son entrée dans l’Histoire.


Abolition

Le 10 mai 1981, l’Histoire fut finalement au rendez-vous. François Mitterrand fut investi quatrième Président de la Ve République le 21 mai 1981. Dans son discours de politique générale du 8 juillet 1981 à l’Assemblée Nationale, le nouveau Premier Ministre Pierre Mauroy déclarait : « [Le gouvernement] vous proposera de supprimer les tribunaux permanents des forces armées, d'abroger la loi du 2 février 1980 dite "sécurité et liberté" et d'abolir la peine de mort. ». Le Conseil des ministres du 26 août 1981 adopta le projet de loi abolissant la peine de mort.

Au cours d’une session extraordinaire, le 17 septembre 1981, le Ministre de la Justice Robert Badinter entama la discussion parlementaire par ces mots émouvants : « J’ai l’honneur au nom du gouvernement de la République de demander à l’Assemblée Nationale l’abolition de la peine de mort en France. ».

Et il termina son plaidoyer ainsi : « Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, pour notre honte commune, d’exécutions furtives, à l’aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées. À cet instant plus qu’à aucun autre, j’ai le sentiment d’assumer mon ministère au sens ancien, au sens noble, le plus noble qui soit, c’est-à-dire au sens de service. Demain, vous voterez l’abolition de la peine de mort. Législateur français, de tout mon cœur, je vous en remercie. ».

L’abolition de la peine de mort fut votée le 18 septembre 1981 à l’Assemblée Nationale par 369 voix (dont 21 UDF et 16 RPR parmi lesquels Jacques Chirac et Philippe Séguin) contre 113. Le 30 septembre 1981, le Sénat approuva également l’abolition malgré sa majorité UDF-RPR.

Le 10 octobre 1981, le Président François Mitterrand promulgua la loi n°81-908 portant abolition de la peine de mort : « Article premier : La peine de mort est abolie. ».

C’est sans doute l’un des rares actes historiques et remarquables qu’aura accomplis François Mitterrand au cours de ses deux très longs septennats.


Retour vers le passé

La polémique récemment initiée par la publication du livre "François Mitterrand et la guerre d’Algérie" (de Benjamin Stora et François Malye, éd. Calmann-Lévy, 2010) pourrait remettre en cause la sincérité de François Mitterrand. Il aurait en effet demandé la plus grande sévérité contre des terroristes du FLN lorsqu’il était Ministre de la Justice dans le gouvernement de Guy Mollet. Quarante-cinq personnes auraient été guillotinées alors que François Mitterrand avait recommandé au Président René Coty de ne pas user de son droit de grâce.

Concrètement la polémique est assez vaine et inutile puisque l’Histoire juge les faits, et dans les faits, c’est bien François Mitterrand qui a aboli la peine de mort, et cela contre une majorité de l’opinion publique identifiable dans les sondages.

Robert Badinter a expliqué en février 2011 que François Mitterrand n’était pas contre la peine de mort dans les années 1950 comme la plupart des hommes politiques de cette époque mais que son évolution personnelle l’a fait changer sincèrement d’idée dans les années 1970.

Pour également le "disculper" dans ce nouveau "procès", l’avocat général Philippe Bilger a une formule très belle qui pourrait être réutilisée en d’autres occasions : « Son attitude a démontré que l'audace de la vérité vaut toujours mieux que l'opportunisme de la prudence. ».

Nul doute que si l’émission du 16 mars 1981 avait été un peu plus longue et si les deux journalistes lui avaient rappelé sa position de 1957, François Mitterrand aurait su apporter une réponse habile et sincère pour expliquer son évolution.

Hélas, personne ne lui a ensuite posé la question dans les quinze années qu’il lui restait à vivre. La version historique de François Mitterrand aurait été intéressante. Bien plus qu’un mauvais procès.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 mars 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Extrait vidéo de l’émission du 16 mars 1981 sur la peine de mort (INA).
Discours de Robert Badinter du 17 septembre 1981.

Peine de mort : pour ou contre ? (guide de choix)

La loi sur l’abolition de la peine de mort (de 1981 à 2011).

Chronique de Philippe Bilger sur François Mitterrand et la peine de mort.


 

yartiMitterrand1981B02 

 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-peine-de-mort-selon-saint-90654

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-274

 

 

 

 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Histoire politique
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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 19:11

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L'intégralité du programme de François Mitterrand en 1981 : les 110 propositions pour la France


110 propositions pour la France


Élections présidentielles, avril-mai 1981.

Nous avons rassemblée ici, dans cette deuxième partie de notre manifeste, les principales propositions, tirées de l’inventaire des quelques trois cent cinquante mesures arrêtées par le Parti socialiste dans son projet de janvier 1980 et dans les textes qui ont suivi (propositions de loi, décisions du Comité directeur et du Bureau exécutif). Certaines de ces propositions ont déjà été énoncées dans l’exposé général qui précède. Nous les avons reprises cependant afin de procurer à l’opinion un document récapitulatif aussi complet que possible.
Le manifeste esquisse le programme de gouvernement qu’il appartiendra de mettre au point lors des élections législatives qui suivront la dissolution de l’Assemblée nationale dans le cas de l’élection de notre candidat. Il sera ensuite de la responsabilité du nouveau gouvernement d’engager avec l’ensemble des partenaires sociaux une négociation en vue de fixer le calendrier et les modalités de la politiques sociale à mettre en œuvre. De son côté, le Parlement, restauré dans la plénitude de ses droits constitutionnels, aura à traduire dans la loi les nouveaux droits et libertés, que revendique le manifeste socialiste pour les citoyens et les collectivités.

Plan
I. - La paix : Une France ouverte sur le monde : propositions 1 à 13
II. - l’emploi la croissance sociale par la maîtrise de l’économie : propositions 14 à 43
III. - La liberté : des femmes et des hommes responsables : propositions 44 à 104
IV. - La France : un pays libre et respecté : propositions 105 à 110

1. - La paix : Une France ouverte sur le monde.

Défense du droit et solidarité avec les peuples en lutte

1 - Exigence du retrait de troupes soviétiques de l’Afghanistan.

2 - Condamnation de l’aide apportée par les États-Unis aux dictatures d’Amérique latine.

3 - Affirmation du droit des travailleurs polonais aux libertés et au respect de l’indépendance syndicale.

4 - Paix au Moyen-Orient par la garantie de la sécurité d’Israël dans les frontières sûres et reconnues, le droit du peuple palestinien à disposer d’une patrie, l’unité du Liban.

5 - Indépendance du Tchad. Respect de la souveraineté du Cambodge. Soutien au droit à l’autodétermination de l’Erythrée et du Sahara Occidental.

Désarmement et sécurité collective

6 - Désarmement progressif et simultané en vue de la dissolution des blocs militaires dans l’équilibre préservé des forces en présence.

7 - Action internationale énergique contre la dissémination de l’arme nucléaire et pour le renforcement du contrôle des centrales nucléaires.

8 - Ouverture d’une négociation sur la sécurité collective en Europe à partir de la conférence sur la réduction des forces et des tensions proposée par les socialistes français. Retrait des fusées soviétiques SS 20 en même temps que l’abandon du plan d’installation des fusées américaines pershing sur le sol européen.

Nouvel ordre économique mondial

9 - Priorité au dialogue Nord-Sud pour la mise en place d’un nouvel ordre économique mondial. Aide publique au tiers monde portée à 0,70 % du PNB de chaque pays développé.

10 - Définition d’un nouveau système monétaire mondial par la réforme du FMI de la banque mondiale et du “ panier de monnaies ”, un moratoire et de nouvelles liquidités pour les pays pauvres du tiers monde.

Une France forte dans l’Europe indépendante

11 - Application stricte du traité de Rome. (Marché commun) : poursuite de la démocratisation de ses institutions et mise en œuvre immédiate de ses dispositions sociales. Défense de l’emploi européen par le développement de politiques industrielles communes, par la protection des secteurs menacés par l’invasion de certains produits en provenance du Japon et des États Unis, par l’élaboration du règlement communautaire sur l’activité des sociétés multinationales. Réforme profonde de la politique agricole et de la politique régionale.

12 - Avant toute adhésion à la CEE de l’Espagne et du Portugal, respect de quatre préalables (agricole, régional et sur la pèche maritime) conformes à la résolution socialiste adoptée à Montpellier en septembre 78.

13 - Création d’un Conseil des peuples méditerranéens.

II. - l’emploi la croissance sociale par la maîtrise de l’économie

La relance économique

14 - Un programme de relance économique fixera, dès la prochaine session de la législature les premières orientations : emploi, prix, développement technologique, cadre de vie.

15 - Des actions industrielles seront immédiatement lancées dans les secteurs de l’électronique, de l’énergie, des biens d’équipement, des transports et de l’automobile, de la chimie fine et de la bio-industrie, de la sidérurgie et de l’agro-alimentaire afin de reconquérir le marché intérieur et de créer des emplois.

16 - Un programme de grands travaux publics, de construction de logement sociaux et d’équipements collectifs (crèches, restaurants scolaire, maisons de l’enfance ) sera engagé dès le deuxième semestre de 1981.

17 - La recherche sera stimulée pour atteindre d’ici 1985 2,5 % du PNB. Des mesures d’aide par le crédit et d’encouragement à l’innovation seront prises en direction des PME.

18 - 150 000 emplois seront créés dans les services publics et sociaux en vue d’améliorer les conditions de travail et les capacités d’accueil au public (santé, éducation, P et T, etc…). 60000 emplois d’utilité collective seront mis à la disposition des associations et des collectivités locales.

Une nouvelle croissance

19 - Le plan, démocratisé et décentralisé, donnera un contenu au développement économique. La croissance sociale s’appuiera sur le dynamisme du secteur public, l’encouragement à l’investissement, l’augmentation des bas revenus et l’amélioration des onctions de travail.

20 - Le franc sera défendu contre les manœuvres spéculatives. Le développement industriel et agricole et les économies d’énergie rendront la croissance moins tributaire des importations. D’ici 1990, la part du commerce extérieur dans le PIB sera ramenée en-dessous de 20 %.

21 - Le secteur public sera élargi par la nationalisation des neuf groupes industriels prévus dans le Programme commun et le programme socialiste, de la sidérurgie et des activités de l’armement et de l’espace financées sur fonds publics. La nationalisation du crédit et des assurances sera achevée.

22 - Le contrat de travail à durée indéterminée redeviendra la base des relations du travail : les capacités d’intervention du syndicat dans l’entreprise seront étendues et affermies : moyens et production des délégués élus, temps consacré à l’information et à l’expression collective.

23 - La durée du travail sera progressivement réduite à 35 heures après négociation entre les partenaires sociaux. La cinquième équipe sera instaurée dans les métiers pénibles. La cinquième semaine de congés payés sera généralisée.

24 - L’ANPE sera démocratisée. Elle sera transformée en un grand service public de l’emploi (coordination de l’ensemble des moyens de coordination de l’ensemble des moyens d’information, de formation et de conversation, travail intérimaire).

25 - Une loi fixe fixera les conditions d’évolution de la révision des loyers et de la répartition des charges. En outre, des dispositions particulières seront prises en faveur des locataires des logements sociaux.

26 - L’épargne sera fortement encouragée. Un livret A par famille sera indexé sur les prix. Les taux d’intérêt des autres dépôts seront relevés. La réforme des circuits financiers permettra l’affection de l’épargne des Français aux investissements considérés comme prioritaires par le plan.

27 - Des bonifications d’intérêt ou des avantages fiscaux sur une base contractuelle, seront accordés pour contribuer à la réalisation des objectifs de la politique économique et sociale en particulier pour les industries de main-d’œuvre.

28 - Les prix des produits pour lesquels la concurrence ne joue manifestement pas seront contrôlés. Les produits de distribution seront réformés, l’implantation des grandes surfaces réglementée, les pouvoirs des consommateurs renforcés.

29 - L’artisanat et le petit commerce verront leur rôle social et humain reconnu et protégé. Le salaire fiscal sera institué pour les travailleurs non salariés.

30 - L’assiette des cotisations patronales de la Sécurité sociale sera modifiée afin de ne pas pénaliser les entreprises de main-d’œuvre.

La justice sociale

31 - Le SMIC sera relevé. Son montant sera fixé après négociations avec les organisations syndicales. La nouvelle hiérarchie des salaires inscrite dans les conventions collectives sera respectée. Les prestations familiales seront revalorisés de 50 % en deux étapes. Les indemnités de chômage seront fortement augmentées.

32 - Les taux de la TVA seront ramenés au taux zéro pour les produits de première nécessité.

33 - De nouvelles prestations familiales seront progressivement substituées au quotient familial par enfant qui sera, en attendant plafonné.

34 - Un impôt sur les grandes fortunes, selon un barème progressif, sera institué. Les droits de succession seront réformés afin d’alléger les successions modestes (en ligne directe ou non) et de surtaxer les grosses successions. Le capital des sociétés sera taxé sur la base de l’actif net réévalué.

35 - L’impôt direct sera allégé pour les petits contribuables, renforcé pur le gros revenus de manière à réduire l’éventail des revenus. L’avoir fiscal sera supprimé.

36 - Règlement des contentieux concernant les anciens combattants, application du rapport constant, retour à la proportionnalité des pensions militaires inférieure à 100 %, bénéfice de la carte de combattant aux anciens d’Algérie.

37 - Nouvelle loi d’indemnisation pour les rapatriés, prévoyant la reconstitution des patrimoines familiaux, limitée par les grosses fortunes.

L’énergie

38 - L’approvisionnement énergétique du pays sera diversifié. Le programme nucléaire sera limité aux centrales en cours de construction, en attendant que le pays, réellement informé, puisse se prononcer par référendum. Les crédits en faveur des énergies nouvelles ou des techniques nouvelles d’exploitation des énergies traditionnelles (charbon) seront très considérablement augmentés.

39 - Un vaste programme d’investissement destiné à économiser l’énergie sera entrepris. Des clubs d’économie d’énergie animés par des personnes pris en charge et formés par l’État assisteront les ménages. Une politique de normes orientera la production vers des produits, des machines u des matériaux permettant de réduire la consommation d’énergie.

40 - Une loi-cadre garantira le contrôle des citoyens et des élus sur toutes les décisions, et notamment les questions de sécurité touchant au nucléaire.

L’agriculture

41 - Le gouvernement proposera aux partenaires de la CEE, afin de revenir à l’esprit du Traité de Rome, une réforme de la Politique agricole commune. Celle-ci devra tenir compte de la nécessité de supprimer les inégalités de revenu entre les agriculteurs, la salariés de l’agriculture et l’ensemble des travailleurs. Des mesures particulières seront prises pour l’élevage, la viticulture, les fruits et légumes, jusqu’ici défavorisés. Les marchés seront organisés par des Offices par produits ou groupes de produits, chargés de mettre en œuvre des prix garantis, tenant compte des coûts de production, dans la limite de quantum par travailleur. Cette politique prendra en comte aspirations des consommateurs.

42 - Un statut de travailleuses à part entière sera reconnu aux femmes d’agriculteurs. l’installation des jeunes - et notamment l’accès à la terre - sera vivement encouragée. l’agriculture de montagne fera l’objet de mesures de soutien spécifiques.

43 - L’outil de travail - la terre - sera protégé contre la spéculation, par la création d’offices fonciers cantonaux où les représentants de la Profession seront majoritaires.

La pêche

44 - Une politique de la pêche maritime, élément d’une politique de la mer sera mise en œuvre : réorganisation des marchés, amélioration des conditions de travail et de rémunération des travailleurs de la mer, aides à l’investissement… Au plan européen le gouvernement proposera application d’une politique commune de la pêche fondée sur la garantie d’accès à la ressource, la gestion rationnelle des stocks, l’organisation et la protection du marché communautaire et l’harmonisation des régimes sociaux…

III. - La liberté : des femmes et des hommes responsables

La démocratie respectée

45 - Le mandat présidentiel sera ramené à cinq ans renouvelable une fois, ou limité à 7 ans sans possibilité d’être renouvelé.

46 - Le parlement retrouvera ses droits constitutionnels. Le recours à l’usage du vote bloqué sera limité.

47 - La représentation proportionnelle sera institué pour les élections à l’Assemblée nationale, aux assemblée régionales et aux conseils municipaux pur les communes de 9000 habitants et plus. Chaque liste comportera au moins 30% de femmes.
Février 1981

48 - La représentation parlementaire des Français de l’étranger, comprenant non seulement des sénateurs mais aussi des députés, sera assurée selon des procédures qui en garantiront le caractère démocratique.

49 - La vie publique sera moralisée : déclarations des revenus et du patrimoine des candidats aux fonctions de président de la République, de député et de sénateur ainsi que des ministres en exercice, avant et après expiration de leurs mandats.

50 - La justice sera appelée à faire toute la lumière sur les affaires dans lesquelles ont été mises en cause des personnalités publiques.

Une justice indépendante

51 - L’indépendance des magistrats sera assurée par la réforme du Conseil supérieur de la magistrature.

52 - Abrogation des procédures d’exception (cour de sûreté, tribunaux militaires en temps de paix), de la loi anti-casseurs et de la loi Peyrefitte. Le principe fondamental de présomption d’innocence sera réaffirmé.

53 - Abrogation de la peine de mort.

Des contre-pouvoirs organisés ; un état décentralisé

54 - La décentralisation de l’État sera prioritaire. Les conseils régionaux seront élus au suffrage universel et l’exécutif assuré par le président et le bureau. La corse recevra un statut particulier. Un département du Pays Basque sera crée. La fonction d’autorité des préfets sur l’administration des collectivités locales sera supprimée.
L’exécutif du département sera confié au président et au bureau du Conseil général. La réforme des finances locales sera aussitôt entreprise. La tutelle de l’État sur les décisions des collectivités locales sera supprimée.

55 - Le secret administratif sera limité et l’administration contrainte à motiver ses actes et à exécuter les décisions de justice.

56 - La promotion des identités régionale sera encouragée, les langues et cultures minoritaires respectées et enseignées.

57 - Les communes, départements, régions bénéficieront pour assumer leurs responsabilités d’une réelle répartition des ressources publiques entre l’État et les collectivités locales.
Celles-ci auront notamment la responsabilité des décisions en matière de cadre de vie : développement prioritaire des transports en commun, aménagement des rues, services sociaux, espaces verts. Elles susciteront le développement de la vie associative, contribuant ainsi à l’animation de la ville, au rayonnement de ses activités, à l’affirmation de sa personnalités.

58 - Pour les peuples de l’outre-mer français qui réclament un véritable changement, ouverture d’une ère de concertation et de dialogue à partir de la reconnaissance de leur identité et de leurs droits à réaliser leurs aspirations. Entre autres, dans les départements d’outre-mer, institution d’un conseil départemental, élu à la proportionnelle et responsable de la vie locale de chaque département avec consultation obligatoire avant tout accord international touchant à la région du monde où ils se trouvent. La loi déposée à ce sujet par le groupe parlementaire socialiste sera soumise au Parlement dès la prochaine session de la législature.

59 - Le projet de loi sur la vie associative sera également soumis au vote du Parlement dès la prochaine session. L’élu social aura un statut reconnu. Les associations d’usagers du cadre de vie verront leurs droits largement accrus et des moyens matériels mis à leur disposition.

La démocratie économique. Des droits nouveaux pour les travailleurs

60 - Le Comité d’entreprise disposera de toutes les informations nécessaires sur la marche de l’entreprise. Pour l’embauche, le licenciement, l’organisation du travail, le plan de formation, les nouvelles techniques de production, il pourra exercer un droit de veto avec recours devant un nouvelle juridiction du travail.

61 - Le comité d’hygiène et de sécurité aura le pouvoir d’arrêter un atelier ou un chantier pour des raisons de sécurité.

62 - La gestion du secteur public sera largement décentralisée. Les instances de direction des entreprises seront, soit tripartites (collectivités publiques, travailleurs, usagers), soit formées par la coexistence d’un conseil de gestion élu par les travailleurs et d’un conseil de surveillance. Les représentants des travailleurs seront élus directement à la proportionnelle et à la plus forte moyenne. Des conseils d’unité et d’atelier élus par les travailleurs seront instaurés.
Un secteur d’économie sociale fondé sur la coopération et la mutualité, expérimentera des formes nouvelles d’organisation des travailleurs.

63 - La participation effective des cadres (ITC) sera assurée et leur rôle reconnu au sein des organismes représentants de l’ensemble des salariés : comités d’entreprises, comités de groupes et de holding dans les entreprises de droit privé, Conseil d’administration tripartites, conseils d’unité ou d’atelier dans le secteur public.

Des droits égaux pour les femmes

64 - L’égalité des chances devant l’emploi sera garantie par une réelle mixité de toutes les filières de formation professionnelle (quotas minima).
Les crédits seront affectés à la formation continue en fonction du nombre et du sexe des salariés de l’entreprise dans chaque catégories. La loi supprimera la notion de “ motif légitime ” invoquée pour refuser à une femme l’accès à un emploi.

65 - L’égalité de rémunération entre hommes et femmes sera garantie - et appliquée - au terme d’une négociation des conventions collectives dans chaque branche professionnelle.

66 - Le statut de travailleuses à part entière sera reconnu aux conjointes d’agriculteurs, de commerçants et d’artisans, actuellement considérées comme sans profession.

67 - L’information sur la sexualité et la contraception sera largement diffusée dans les écoles, les entreprises, les mairies, les centres de santé et d’orthogénie, et par les médias. La contraception sera gratuite, les conditions d’obtention de l’IVG seront révisées.

68 - L’égalité devant l’emploi, pour les femmes, exige un vaste programme d’équipements collectifs : 300 000 places de crèche seront créées prioritairement.

69 - La dignité de la femme sera respectée, notamment à travers l’image qui est donnée d’elle dans les manuels scolaires, la publicité, la télévision. Les associations de défense des droits des femmes pourront se porter partie civile en cas de discrimination.

70 - Un fonds de garantie, chargé de la récupération des pensions alimentaires, viendra en aide aux femmes divorcées chefs de famille. La pension de réversion sera égale pour les deux conjoints et pourra se cumuler avec des droits propres. Une allocation sera versée aux veuves et divorcées pendant eux ans minimum moyennant leur inscription à l’ANPE ou à un stage de formation professionnelle.

La famille et l’enfant

71 un congé parental ouvert pour moitié au père et à la mère, rémunérée et assorti de garantie de réintégration dans l’emploi sera accordé aux parents d’enfants de moins de deux ans.

72 Une allocation familiale unique sera versée dès la déclaration de grossesse et dès le premier enfant.

73 Un institut de l’enfance et de la famille sera mis en place avec la participation des représentants du Parlement, des syndicats, des associations familiales et de jeunesse, de la profession médicale et des enseignants.

Le droit d’être elle-même pur la jeunesse

74 - Les jeunes seront éligibles dès 18 ans pour les élections politiques et dès 16 ans pour les élections professionnelles.

75 - La liberté de réunion dans tous les établissement scolaires sera garantie pour les parents d’élèves ainsi que pour les élèves dans les lycées et les LEP.
Les délégués de classe participeront aux conseils de classe et la gestion des foyers socio-éducatifs sans que leurs droits puissent subir de restriction.

76 - Les appelés au service national auront la liberté de réunion et d’association. L’objection de conscience sera respectée selon les termes de la loi.

77 - L’enseignement technique sous toutes ses formes recevra les moyens nécessaires et personnel et en matériel afin qu’aucun jeune, fille ou garçon, n’arrive dans le monde du travail sans qualification professionnelle.

78 - La vignette moto sera supprimée.

De nouveaux droits pour les immigrés

79 - Les discriminations frappant les travailleurs immigrés seront supprimées. Les refus de délivrance de cartes de séjour devront être motivés.

80 - L’égalité des droits des travailleurs immigrés avec les nationaux sera assurée (travail, protection sociale, aide sociale, chômage, formation continue). Droit de vote aux élections municipales après cinq ans de présence sur le territoire français. Le droit d’association leur sera reconnu.

81 Le plan fixera le nombre annuel de travailleurs étrangers admis en France . L’Office national d’immigration sera démocratisé. La lutte contre les trafics clandestins sera renforcée.

Une société solidaire

82 - Le droit à la retraite à taux plein sera ouvert aux hommes à partir de 60 ans et aux femmes à partir de 55 ans. Les retraités auront le droit de siéger dans les instances de la Sécurité sociale et les caisses de retraite. Les cotisations prélevées par le régime général de la Sécurité sociale sur les retraites seront supprimées. Une loi définissant les nouveaux droit des retraités et des personnes âgées en matière de ressources de logement, de santé et de culture, et assurant leur réelle participation à la vie sociale, sera déposée.

83 - Les handicapés auront la place qui leur est due dans la société : le travail, l’éducation, le logement, les transports, les loisirs et l’accès à la culture seront adaptés à leur contraintes particulières.

84 - Un système national de protection sociale commun à tous les assurés sera progressivement institué. L’État remboursera les charges indues et affectera des ressources fiscales au financement des dépenses d’intérêt social. Le ticket modérateur d’ordre public d’intérêt social. Le ticket modérateur d’ordre public sera abrogé.

La santé protégé

85 - Un service communautaire de la santé reposera sur le développement de la prévention, le tiers payant généralisé à terme, la création de centres de santé intégrés auxquels chaque médecin pourra adhérer s’il le souhaite. Une nouvelle conversion sera négociée. Le conseil de l’ordre des médecins sera supprimé.

86 - Les missions respectives de l’hôpital et du secteur privé seront définies. Adoption d’une nouvelle carte sanitaire. les équipements seront programmés par région et leur financement réformée (suppression du prix de la journée).

87 Une nouvelle politique du médicament sera mise en place en s’appuyant sur les grands pôles industriels nationalisés où la recherche sera intensifiée.

Droit au logement pour tous

88 - Un politique de l’Habitat social visera à mettre à la disposition des ménages des logements suffisamment grands et assortis des services à proximité (crèches, haltes-garderies, transports collectifs). Des dispositions particulières seront prises pour favoriser aussi le logement des jeunes (construction des F1 et F2).

89 - Réformes des instruments de l’intervention publique. Maîtrise du sol urbain par les collectivités locales grâce à l’instauration d’un impôt déclaratif foncier, d’un droit de préemption et de prêts bonifiés par l’État.

Une éducation de qualité

90 - Un grand service public, unifié et laïque de l’éducation nationale sera constitué. Sa mise en place sera négociée sans spoliation ni monopole. Les contrats d’association d’établissements privés, conclus par les municipalités, seront respectés. Des conseils de gestion démocratiques seront créés aux différents niveaux.

91 - L’école sera ouverte sur le monde. La pédagogie sera renouvelée pour favoriser l’expression sous toutes ses formes ainsi que l’épanouissement physique. L’enseignement de l’histoire et de la philosophie sera développé. Quel que soit le niveau d’études, chacun devra disposer en fin de scolarité d’une formation professionnelle. Les classes comprendront 25 élèves au maximum.

92 - La loi Seguin-Rufenacht sur la composition des conseils d’université et d’UER sera abrogée ainsi que les décrets modifiant la carte universitaire.

93 - Chaque travailleur disposera d’un crédit de formation de deux ans qu’il pourra utiliser tout au long de sa vie active. La gestion de l’éducation continue sera tripartite

Une information libre et pluraliste

94 - La télévision et la radio seront décentralisées et pluralistes.
Les radios locales pourront librement s’implanter dans le cadre du service public. Leur cahier des charges sera établi par les collectivités locales. Sera crée un conseil national de l’audiovisuel où les représentants de l’État seront minoritaires. La création sera encouragée. Les droits des “ cibistes “ seront pleinement reconnus.

95 - Les ordonnances de 1944 sur la presse seront appliquée. Les dispositions assurant l’indépendance des journalistes et des journaux face aux pressions du pouvoir, des groupes privés et des annonceurs seront prises. L’indépendance de l’AFP vis-à-vis de l’État sera garantie.

96 - Toute censure de l’information, y compris dans les casernes et les prisons, sera abolie.

La science et la culture

97 - La recherche fondamentale sera un objectif essentiel : d’importants crédits publics lui seront consacrés, pour son développement sur le plan régional comme sur le plan national. Les coordinations nécessaires seront réalisées.

98 - L’implantation sur l’ensemble du territoire de foyer de création d’animation et de diffusion, sera encouragée par l’État qui en assurera un financement partiel. En dehors de nos frontières, une présence active et rayonnante de la culture française sera assurée.
L’enseignement de l’art à l’école sera développé et des facilités accordées pour accéder aux grandes œuvres : extension des heures d’ouverture des musées, des bibliothèques, des monuments, grâce au recrutement du personnel nécessaire.

99 - Le soutien à la création cinématographique musicale, plastique, théâtrale, littéraire, architecturale placera la renaissance culturelle du pays au premier rang des ambitions socialistes.
Un conseil international pour la science et la culture, une école, européenne de cinéma, et un centre international pour la musique seront crées.

100 - La libération du prix du livre sera abrogée.

Les équilibres naturels

101 - Une charte de l’environnement garantissant la protection des sites naturels, espaces verts, rivages marins, forêts cours d’eau, zones de vacances et de loisirs sera élaborée et soumise au Parlement après une large consultation des associations et des collectivités locales et régionales avant la fin de l’année 1981.

102 - La lutte contre les pollutions de l’eau et de l’air sera intensifiée. Les entreprises contrevenantes seront pénalisées.

103 - Les normes de construction de machines et moteurs dangereux à manier et générateur de bruit seront révisées et strictement appliquées.

Le sport

104 - L’indépendance du mouvement sportif vis-à-vis de l’État et des puissances d’argent sera garantie. L’éducation physique et sportive deviendra une dimension essentielle des enseignements dispensés par l’Éducation nationale.

IV. - La France : un pays libre et respecté

Sa sécurité et son identité

105 - Développement d’une stratégie autonome de dissuasion et organisation nouvelle du service national réduit à six mois.

106 - Définition claire de la portée et du contenu de l’Alliance atlantique. Cohésion accrue de l’Europe.

107 - Développement des relations entre la France et l’Union Soviétique dans le respect des traités existants.

108 - Renforcement des échanges avec la Chine.

109 - Liens privilégiés avec les pays non alignées de la zone méditerranéenne et du continent africain, spécialement l’Algérie.

110 - Établissement de relations étroites avec le Québec. Création d’une académie francophone.

 

 

 

 

 

 

 

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 00:22

(verbatim)

 

 

Hommage de Jean Dutourd à Edgar Faure (14 avril 1988)

 

Hommage à M. Edgar Faure*
prononcé par M. Jean Dutourd
dans la séance du 14 avril 1988


 
Messieurs,

Si quelqu’un, dans notre Compagnie, nous paraissait invulnérable et quasiment immortel, c’était bien Edgar Faure. Il était un peu plus qu’un homme ; il était une institution. Depuis quarante ans son nom était si mêlé à notre vie nationale que nous avons l’impression, en le perdant, que Paris ne sera plus tout à fait ce qu’il était, comme si, soudain, on nous avait enlevé la Porte Saint-Martin ou les Buttes-Chaumont, ou tel lieu auquel nos yeux étaient habitués et auquel était attaché notre cœur.

La plus grande consécration pour un homme public est d’être désigné par son prénom, comme un roi, et que tout le monde sache de qui il s’agit. Entre 1920 et 1950, il y eut trois rois à Paris, qui étaient Sacha, Jean et Gaston. Puis vint Edgar, qui avait, dans son domaine, autant d’éclat qu’ils en avaient eu dans le leur. Lorsqu’on disait « Edgar » familièrement, admirativement, affectueusement, nul ne s’y trompait. Il était l’Edgar national, et en même temps qu’on entendait ce prénom illustre, on avait présent à l’esprit sa bonne humeur, son génie politique, son habileté, sa malice, son humour, sa gaieté fataliste d’homme d’État.

Raconter la vie d’Edgar nécessiterait des heures mais on peut la résumer en une phrase : il a tout eu, il a été tout. Il connaissait la France par en haut et par en bas, aussi à l’aise en Président du Conseil ou de l’Assemblée que dans la mairie de sa commune du Jura, sachant que les hommes sont partout les mêmes, dans les palais où l’on décide du destin des peuples, dans les salles où délibèrent les conseillers municipaux, et jusque dans les marchés campagnards. Il est le dernier cacique du parti radical qui fut si longtemps la grande école du pouvoir en France.

Toute carrière politique, si triomphale soit-elle, a ses éclipses. Edgar, qui avait été l’un des météores de la IVe République, se trouva un peu désorienté par la Ve. Il semblait pour la première fois que le monde lui avait échappé, que les événements l’avaient pris de court, lui qui comprenait tout avant les autres. Mais ce n’était pas là une fin pour Edgar, comme eût dit Chateaubriand. Ce qui eût été une espèce de retraite anticipée pour un politique moyen ou supérieur lui donna l’envie d’ajouter quelque chose à sa personnalité. Il écrivit un livre sur la disgrâce de Turgot et s’amusa à passer le concours le plus difficile qui soit : l’agrégation de droit. Puis le Général de Gaulle, qui le connaissait depuis Alger et qui appréciait sa finesse, le fit revenir au gouvernement.

Alain dit de Barrès député qu’il « aimait le métier ». Edgar Faure, lui aussi, aimait le métier ; j’eus l’occasion de causer avec lui lorsqu’il fut de nouveau ministre en 1966 : il ne cachait pas sa joie d’avoir retrouvé un poste où il lui était possible de montrer qu’il était toujours le grand homme de toutes les Républiques.

Une autre rencontre avec lui ne s’est jamais effacée de ma mémoire. C’était en 1978. Il venait d’être élu à l’Académie française, et j’étais candidat moi-même. « Ah ! Comme je vous plains, mon cher Jean, me dit-il de cette voix qui nous était si familière, où subsistait une trace indélébile d’accent languedocien et un léger blèsement aussi célèbre que son prénom. Moi qui ai traversé tous les scrutins possibles, le suffrage universel, la proportionnelle, les votes de l’Assemblée et du Sénat, je n’ai jamais connu d’affres semblables à celles que m’ont données trente-cinq vieux messieurs qui se demandaient s’ils voulaient ou non m’accueillir parmi eux. »

Lorsqu’un des nôtres disparaît, et que je dois parler de lui, je pense plus à ce qu’il était qu’au chagrin que nous éprouvons, et c’est autant à lui que je m’adresse, comme s’il m’écoutait, qu’à nous autres qui le regrettons. Nous n’avons d’Edgar Faure que des souvenirs heureux. Lui et moi nous nous querellions souvent à propos du Dictionnaire mais il y avait dans ces querelles lexicographiques plus de jeu, à ce qu’il me semble, que de dispute. Ou plutôt nous prenions plaisir à disputer, lui forçant sur le futurisme et moi sur le passéisme. C’est à ces petites choses et au vide que l’on ressent lorsqu’elles cessent que l’on mesure les vraies peines. Je crois que tous nous avions une affection insigne pour Edgar, et que ses saillies, son accent de Béziers, son cheveu sur la langue nous manqueront bien.

____________
* décédé le 30 mars 1988.



 

 

 

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 10:56

Philippe Séguin et François Mitterrand : deux fortes personnalités de la vie politique française, en mémoire ce week-end. Et une gagnante, l’Europe, qui se montre très efficace pour garantir les droits sociaux et les libertés en France.



yartiSeguinMitterrand01Ces deux journées, vendredi 7 et samedi 8 janvier 2011, voici le retour aux commémorations politiques : à un an de la disparition de Philippe Séguin et à quinze ans de celle de François Mitterrand (j’y reviendrai, sur François Mitterrand).


Le débat du 3 septembre 1992

Curieuse coïncidence qui fait naturellement rappeler l’étonnant débat télévisé entre François Mitterrand et Philippe Séguin en direct du grand amphi de la Sorbonne, animé par Guillaume Durand et diffusé sur TF1 le 3 septembre 1992 devant vingt millions de téléspectateurs.

Le sujet ? L’Europe, et le référendum du 20 septembre 1992 sur le Traité de Maastricht. En clair, sur la monnaie unique européenne, qui sera appelée plus tard l’euro. Ce débat a été rediffusé par LCP le 13 avril 2005 à vingt-deux heures dans le cadre de la campagne pour l’autre référendum sur l’Europe, celui du 29 mai 2005. Rediffusé également à la mort de Philippe Séguin le 7 janvier 2010 à dix-huit heures quarante-cinq.

En assénant des arguments de fond, Philippe Séguin était parvenu à rassembler autour de lui tout le petit monde de contestation contre la construction européenne, tant à droite avec Charles Pasqua (l’aile droite du RPR, lui, Philippe Séguin, représentait alors l’aile gauche) et Philippe De Villiers qu’à gauche avec Jean-Pierre Chevènement.

En face, avec la puissance colossale de tous les médias, les partisans du Traité de Maastricht n’avaient pas bougé le nez, pensant que le référendum n’était qu’une formalité évidente.

François Mitterrand avait été très fin en organisant le référendum : il a réussi ainsi à diviser le principal parti d’opposition et si Jacques Chirac, conseillé par Édouard Balladur, a finalement soutenu Maastricht, cette campagne référendaire a durablement désordonné le RPR et il n’est pas exclu que la rivalité entre Nicolas Sarkozy et Dominique De Villepin en fût l’un des derniers soubresauts. Dans le même temps, il accordait foi aux réflexions de Philippe Séguin qui lui avait demandé un référendum dès le 5 mai 1992.

En acceptant la confrontation directe devant des dizaines de millions de Français, le Président Mitterrand donnait à l’ancien ministre Séguin une place de choix dans la classe politique : une personnalité de même stature que ce vieux Président, vieux (presque soixante-seize ans) et surtout, très malade.

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Or, beaucoup des "nonistes" ne comprirent pas à l’époque pourquoi Philippe Séguin avait été si courtois et surtout si mou et si peu combatif au cours de l’unique passe d’armes officielle.

Certes, dans cette émission, Jean d’Ormesson avait osé poser à François Mitterrand la question qui tue : comme le Président avait une très faible popularité, pourquoi ne pas proposer le contraire de De Gaulle, c’est-à-dire se retirer en cas de victoire du oui, ce qui dépolluerait le thème européen de l’impopularité présidentielle ?


Le malade pas imaginé

On sait maintenant que la réalité derrière la caméra était d’un enjeu bien différent. Très affaibli par son cancer, François Mitterrand ne cessait d’endurer des souffrances physiques si intenses qu’il demanda une pause au cours de l’émission télévisée pour aller prendre quelques médicaments contre la douleur.

C’est en sortant de sa loge que Philippe Séguin a découvert qu’on soignait son contradicteur. Philippe Séguin, qui, comme les journalistes et la classe politique en général, n’avait sans doute pas eu conscience, jusqu’à ce jour, de l’étendue du mal présidentiel, ne pouvait pas, décemment, l’enfoncer politiquement. Par respect pour la personne, par déférence pour la fonction et aussi par simple empathie.

François Mitterrand avait néanmoins gardé toute sa vivacité intellectuelle en s’exprimant sans aucune note et en faisant encore preuve de grande clairvoyance. Quand Philippe Séguin lui disait que les pays d’Europe centrale et orientale devraient « attendre quelques dizaines d’années pour envisager éventuellement leur adhésion » à l’Union Européenne, François Mitterrand lui répondit : « Vous verrez, ils peuvent adhérer ». Les négociations commencèrent dès 1998 et les adhésions furent effectives le 1er mai 2004.


Postures politques

Certes, l’opposition de Philippe Séguin à Maastricht aurait été une posture pour affronter Jacques Chirac (version proposée par Charles Pasqua). Pour preuve, Philippe Séguin avait par la suite fait amende honorable et reconnu que la création de l’euro avait été une excellente innovation financière.

L’opposition de Laurent Fabius au Traité constitutionnel européen en mai 2005 pourrait être comprise également de la même manière : une posture pour se positionner à gauche du PS.

Et François Mitterrand au fait ? Sans doute a-t-il, avec Valéry Giscard d’Estaing, fait avancer l’Europe comme personne d’autre depuis 1992. Tous pays confondus.


L’Europe, protectrice efficace des Français

Pour finir, une information annoncée par Leïla de Cormarmond du journal "Les Échos" le 17 décembre 2010 mais qui n’a pas fait la une des journaux et qui fut seulement rappelée par Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, ce matin du 7 janvier 2011 sur RTL : le Comité européen des droits sociaux qui veille à l’application de la chartre des droits sociaux issue du Traité de Lisbonne (et du TCE) a tiré les oreilles à la France le 16 décembre 2010 pour la loi du 20 août 2008 sur le temps de travail car elle « n’impose pas que les conventions collectives prévoient une durée maximale [du travail], journalière et hebdomadaire », et il juge déraisonnable que des cadres puissent travailler en France jusqu’à soixante-dix-huit heures par semaine.

L’avis de ce comité n’a pas été beaucoup diffusé car il ne fait le beurre de personne : ni des pro-européens favorables à l’ultralibéralisme (qui espèrent harmoniser les lois du travail avec les lois du marché, essentiellement chinois aujourd’hui), ni des anti-européens de gauche qui devraient alors reconnaître que c’est l’Europe qui servirait de garde-fous le plus efficace pour garantir les droits sociaux (soit une réalité diamétralement contraire à ce qui avait été prétendu pendant le débat sur le Traité constitutionnel européen en 2005 et sur le Traité de Lisbonne en 2008).

Et l’Europe n’est pas seulement un garde-fous social. Elle l’est aussi pour les droits des citoyens avec la décision de la Cour européenne des droits de l’Homme du 23 novembre 2010 qui oblige la France à réformer le statuts des procureurs (la Cour de cassation en a pris acte en séance plénière le 15 décembre 2010).


L’Europe, protectrice des droits sociaux et des libertés, voici qui pourrait faire réfléchir tous ceux qui avaient montré leur scepticisme en 2005. Et faire commencer l’année 2011 sur une note constructive.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 janvier 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Philippe Séguin.

François Mitterrand.

La crise de l’euro.

L’Europe.

Le discours de Philippe Séguin du 5 mai 1992.

Le Comité européen des droits sociaux (avis du 16 décembre 2010).

La Cour européenne des droits de l’Homme (décision du 23 novembre 2010).

Traité de Lisbonne du 13 décembre 2007.


yartiSeguinMitterrand03




 

http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-debat-entre-philippe-seguin-et-86874

 

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-236

 

 

 

 

 

 

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 21:51

yartiVeilSimone12Le jeudi 18 mars 2010, Simone Veil était reçue en grande pompe à l'Académie française, en présence de Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

Simone Veil est une femme exceptionnelle et indépendante, aux fortes convictions comme sur la discrimination, mais parfois dans une haine quasi-adolescente comme son opinion sur François Bayrou.

Je ne sais pas si c'est "Le Parisien" ou Simone Veil elle-même qui a eu la mémoire très courte, mais comment laisser passer cette erreur très importante concernant Maurice Schumann ?

Je cite "Le Parisien" du 18 mars 2010 (archivé ici) qui relate l'événement :

« Avant Pierre Messmer, Maurice Schumann, un des père de l'Europe, occupait cette treizième place, a souligné la nouvelle académicienne qui fut la première femme présidente du Parlement européen en 1979. »

Maurice Schumann, ministre de De Gaulle et de Pompidou, voix de la France libre à la BBC, n'est pas Robert Schuman, Président du Conseil MRP sous la IVe République et l'un des pères de l'Europe.

Il semblerait d'après la rédaction de l'article que c'est Simone Veil, pourtant engagée dans la construction européenne comme première Présidente du Parlement européen élu au suffrage universel direct, qui aurait fait cette erreur et que le journaliste qui l'interviewait n'aurait pas eu la culture politique pour faire la rectification (pourtant un article yartiVeilSimone10écrit permet ce genre de vérifications).

Cependant, dans son discours officiel de réception, Simone Veil ne semble pas avoir fait cette erreur : « Les deux derniers titulaires du 13e fauteuil appartenaient à l’ordre prestigieux de la Libération, et l’esprit de la France libre semble planer sur ce fauteuil. Pierre Messmer et Maurice Schumann furent de ces quelques hommes qui entendirent leur nom prononcé par le chef de la France libre, accompagné de cette phrase :  "Nous vous reconnaissons comme notre compagnon, pour la libération de la France, dans l’honneur et par la Victoire." ».

C'est d'autant plus étonnant, cette confusion des patronymes que les prénoms sont différents, à la différence d'une confusion qui doit certainement agacer régulièrement Simone Veil avec son homonyme Simone Weil, la philosophe.

Sylvain Rakotoarison (21 décembre 2010)

 

 

Sur Simone Veil, lire notamment :

 

Le comité Veil sur la discrimination positive.

 

2007 : que Simone Veil faisait-elle dans cette galère ?

 



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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 02:16

Il y a quarante ans, le "chêne" est tombé. 2010 est une année De Gaulle : sa naissance, son appel du 18 juin et sa disparition sont l’occasion de commémorations. Que reste-t-il du gaullisme aujourd’hui ? Seconde partie.


yarti40DeGaulle06Dans la première partie, j’ai évoqué le gaullisme tel qu’il s’est traduit dans l’organisation des partis politiques depuis quarante ans.

Je vais tenter en seconde partie d’imaginer, plutôt qu’un programme politique qui dépendrait des circonstances historiques précises (ce qui signifie par exemple que reprendre le programme politique du Conseil national de la Résistance n’a pas beaucoup d’intérêt en 2010, soit soixante-cinq ans plus tard), les valeurs qui peuvent définir le gaullisme dans le comportement politique.


Post-gaullisme de valeurs : critères à usage actuel

J’en ai répertorié sept et ce ne sont que des suggestions personnelles que je livre ici sans ordre particulier (et sans prétention).

1. L’anticipation, la clairvoyance.

C’est certainement la faculté extraordinaire qu’a laissée De Gaulle à la France : non seulement la certitude que la victoire de l’Allemagne ne pouvait pas durer car il y avait encore les Américains, mais déjà bien avant la guerre, avec l’idée d’utiliser des régiments de blindés.

C’est l’élément le plus rare de nos jours : parce que l’économie est en crise, tout se décide pour du court terme. L’anticipation est l’un des exercices les plus difficiles aujourd’hui (gouverner, c’est pourtant prévoir). Oserais-je toutefois faire remarquer que la décision de lever un emprunt national en juin 2009 relève sans doute de cette volonté d’anticipation ? La France vit depuis trop longtemps sur ses acquis d’excellence d’il y a plusieurs décennies et il y a un réel besoin de relancer cette excellence par de nouveaux investissements de grande ampleur.

2. L’indépendance vis-à-vis des partis et de tous groupes de pression.

Cette indépendance est avant tout un courage politique. Au contraire de De Gaulle (et dans une moindre mesure, de Giscard d’Estaing dont le parti était mineur), aucun des successeurs n’a pu être élu sans le concours décisif d’un grand parti gouvernemental, jusqu’à ce qu’à partir de 1981, ce soit les propres chefs de parti qui soient élus à l’Élysée.

L’exemple de personnalités pourtant très populaires quelques mois avant l’élection présidentielle comme Raymond Barre en 1988, Édouard Balladur en 1995 et François Bayrou en 2007 montrent que sans soutien d’un grand parti, le succès présidentiel est désormais impossible.

Au PS comme à l’UMP, tous les candidats potentiels à l’élection présidentielle ont bien compris l’importance de la conquête de leur parti (ce qui a donné la cacophonie du congrès de Reims en novembre 2008 ou l’objectif défini par Jean-François Copé de diriger l’UMP en octobre 2010).

Cette caractéristique d’indépendance ne pouvait fonctionner qu’avec un homme exceptionnel à la légitimité historique reconnue. Le scrutin universel direct rend le Président de la République directement dépendant de l’ensemble des Français, et par conséquent, devrait le rendre indépendant de tous les groupes dont il aurait pu émaner à l’origine. La pratique présidentielle depuis 1981 montre cependant que cette belle théorie est concrètement mise en défaut, et plus encore à partir de 2007.

3. L'intégrité et sobriété.

Servir la France et pas se servir de la France.

De Gaulle payait lui-même ses factures d’électricité à l’Élysée et son épouse achetait au Bon Marché la vaisselle pour leurs repas privés. Tous les responsables du pouvoir politique avait une certaine sagesse afin de ne pas associer intérêt privé et responsabilité politique.

C’est à partir du début des années 1970 que les tentations furent grandes d’utiliser ses positions de pouvoir à des fins d’enrichissement personnel. Le développement urbain a favorisé ce genre de collusion entre maires et acheteurs de terrains, par exemple, d’autant plus que les campagnes électorales devenaient de plus en plus coûteuses pour relayer la communication politique.

4. L’intérêt général avant l’intérêt catégoriel.

La tentation naturelle des élus est de défendre d’abord leurs propres électeurs avant l’ensemble de la population. La responsabilité des hommes d’État est de réussir à faire émerger un intérêt général tout en ménageant chaque intérêt particulier. Le clientélisme peut être géographique, par catégories socioprofessionnelles, par âge etc. mais il nécrose la vie nationale par ce qu’il entraîne des politiques incohérentes et désordonnées (exemple : les niches fiscales).

Défendre l’intérêt général, c’est aussi un acte de courage car les sondages peuvent contester les décisions prises : que ce soit la décision sur le vaccin contre la grippe A ou la réforme des retraites, l’intérêt général nécessite cependant d’être bien expliqué et bien compris par l’ensemble de la population. Cela a été le cas pour l’abolition de la peine de mort.

5. La souveraineté de la France.

Si De Gaulle a refusé l’armistice en juin 1940, c’est avant tout qu’il voulait sauver la France, avant même les Français. En quelques années, il a incarné la France elle-même surtout malgré lui : avant de partir à Londres, De Gaulle était effondré de savoir qu’il n’y avait personne de plus important que lui, politiquement ou militairement, prêt à continuer le combat. Il s’inquiétait d’avoir une plus grande crédibilité que ce qu’il était (général à titre temporaire et ancien sous-secrétaire d’État) face au gouvernement de Churchill et face aux États-Unis.

Ce n’est donc pas un hasard si De Gaulle a amorcé la réconciliation puis l’amitié franco-allemandes et a mis en œuvre le Traité de Rome (signé avant son retour au pouvoir). Pour lui, il s’agissait de donner à la France toutes les forces de l’union face à d’autres puissances mondiales (en particulier les États-Unis).

Aujourd’hui, le schéma reste le même : face à l’émergence des deux géants économiques, la Chine et l’Inde, l’intérêt de la France passe forcément par une coordination avec ses partenaires européens. Une France qui se replierait sur elle-même, qui refermerait ses frontières, serait une France à l’agonie, qui renoncerait au combat économique qui se joue actuellement et qui deviendrait vassale des nouvelles grandes puissances.

6. Le respect des électeurs.

Le respect des électeurs est un comportement pas forcément facile à préciser.

S’il s’agit de reconnaître l’élection des candidats dans le cadre d’opérations électorales régulières (heureusement, la France est un pays pacifié depuis longtemps, au contraire d’autres pays comme la Côte d’Ivoire ou la Biélorussie), c’est une lapalissade.

S’il s’agit d’appliquer ses promesses électorales, c’est déjà plus difficile à apprécier : les circonstances peuvent changer et exiger (heureusement) un changement de point de vue.

Avec sa démocratie participative (à laquelle je ne crois pas), Ségolène Royal avait réussi, en 2007, à séduire quelques gaullistes historiques dans cette volonté de court-circuitage des corps intermédiaires.

Le respect de la parole du peuple mériterait aujourd’hui plus d’attention : comme il n’y a plus d’élections nationales intermédiaire à cause du quinquennat et de la concomitance de la présidentielle et des législatives, seul le référendum peut être une "respiration démocratique" qui empêche une totale carte blanche au Président de la République pendant cinq ans. De Gaulle avait su à plusieurs reprises prendre des décisions contre la classe politique (notamment en 1962 sur l’élection présidentielle au suffrage universel direct ou en 1969 sur la régionalisation). Respecter les électeurs, c’est aussi les rendre juges fréquemment.

7. Le pragmatisme anti-idéologie.

C’est ce qui frappe beaucoup aujourd’hui. La droite comme la gauche sont encore prisonnières d’idéologies datant du début du XXe siècle en croyant (ou laissant croire) qu’il existe une véritable lutte des classes (ouvriers contre patrons riches) alors que le développement d’une large classe moyenne casse la pertinence d’une telle analyse.

Si on peut regretter que la gauche (même au Parti socialiste) considère les entreprises comme des producteurs de richesses qu’il faut absolument taxer pour redistribuer, avant même de réfléchir sur les moyens de produire cette richesse, la droite réagit souvent dans un schéma tout aussi dépassé, considérant que la demande dépend de l’offre alors qu’il y a actuellement beaucoup trop d’offre.

Deux exemples parmi d’autres : le lundi de Pentecôte travaillé ne rapporte pas grand chose de plus aux entreprises puisque ce n’est pas en produisant plus qu’elles auraient nécessairement plus de clients ou plus de chiffre d’affaire (cela ne fait qu’une taxe supplémentaire) ; les heures supplémentaires avec le slogan "travailler plus pour gagner plus" est le résultat d’une même erreur d’analyse : le travail n’est plus forcément producteur de richesse. Pire : s’il est producteur de stocks, il coûte plus qu’il ne profite. Ces idées datent des Trente Glorieuses. Depuis trente ans, le problème provient de l’existence de producteurs à faibles coûts d’origine étrangère (essentiellement chinoise) qui inondent le marché d’offre plus grande que la demande (demande en baisse aussi par une baisse du pouvoir d’achat).

Le pragmatisme de De Gaulle était immense. Il suffit de voir les positions prises sur l’Algérie. L’Histoire aura du mal à dire si De Gaulle était partisan de l’indépendance de l’Algérie dès mai 1958 mais ce qui est sûr, c’est qu’il a adopté cette position quand il le fallait et qu’il a réussi à convaincre une large majorité des Français. L’intérêt national avant l’idéologie.


Le gaullisme toujours d’actualité

Ces sept critères me paraissent encore d’actualité pour définir un homme d’État responsable en charge de la nation. En ce sens, le gaullisme n’a aucune raison de s’éteindre en 2010, mais les forces qui, naguère, enlisèrent la IVe République et avant, la IIIe République dès 1934, sont toujours présentes au sein des institutions : à la classe politique d’adopter un comportement digne et courageux au-delà des chapelles de partis. Ce sont bien les hommes (et les femmes) et pas les institutions qui font vivre la démocratie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 novembre 2010)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

De Gaulle en 1958.
De Gaulle en 1959.


(Illustration ci-dessous : dessin de Jacques Faizant dans le "Figaro" du 10 novembre 1970)


yarti40DeGaulle02


 

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-216

 

 

 

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 07:08

Il y a quarante ans, le "chêne" est tombé. 2010 est une année De Gaulle : sa naissance, son appel du 18 juin et sa disparition sont l’occasion de commémorations. Que reste-t-il du gaullisme aujourd’hui ? Première partie.

 

yarti40DeGaulle01Le 9 novembre 1970, le Général De Gaulle attendait le journal télévisé de vingt heures en faisant comme d’habitude une partie de réussite. C’est là, dans sa retraite de Colombey-les-Deux-Églises, qu’il est mort. Après une vingtaine de minutes d’agonie et avant l’arrivée du médecin, celui qui avait été "le premier des Français" entrait dans l’Histoire de France par la grande porte.

Quarante années de post-gaullisme. Comme le disait le 25 octobre 2010 sur LCP Jean-Louis Debré, Président du Conseil Constitutionnel et fils du père de la Constitution, Michel Debré, le gaullisme est mort ce 9 novembre 1970. Reprenant l’idée du début des années 1970 de Jean-Marcel Jeanneney : « Le gaullisme sans De Gaulle, je n’y crois pas. ».

De Gaulle fait partie des grands hommes d’État qui ont marqué la République et les dernières guerres avec le destin d’une "traversée du désert" et d’un "retour au pouvoir" : avant lui, Adolphe Thiers et Georges Clemenceau pour les deux précédentes guerres (1870 et 1914-1918).

Mais De Gaulle est bien plus qu’un homme d’État car il est devenu une figure historique majeure, au même titre que Jeanne d’Arc, Napoléon Ier, Louis XIV, Henri IV, Charlemagne ou même Vercingétorix (personnage remis au goût du jour avec Jeanne d’Arc au début de la IIIe République pour avoir des héros "républicains"). À ce titre, "tout le monde" est susceptible de le "récupérer". À gauche comme à droite en passant par le centre.

Essayons de faire le point sur le post-gaullisme. Je vais distinguer le post-gaullisme politique qui s’est traduit dans l’héritage d’une formation politique particulière (l’UDR) et qui a rejoint la tendance mondiale de droite modérée du post-gaullisme de valeurs, qui, lui, pourrait être repris par tous les responsables politiques.


Post-gaullisme politique

C’est peut-être le plus facile à analyser. C’est l’héritage politique pour ne pas dire partisan de De Gaulle, c’est-à-dire celui de l’UNR puis l’UDR, puis RPR. Le parti gaulliste est actuellement décliné par l’UMP.

Très vite, cet héritage s’est scindé en deux.

D’une part, les "barons" de l’orthodoxie gaulliste, parmi lesquels on peut mettre Michel Debré, Jacques Chaban-Delmas, qui ont toujours considéré De Gaulle comme un mythe fondateur et qui le placent au centre d’une sorte d’idéal de démocratie populaire (au sens réel du terme et pas au sens soviétique). Anticommuniste et anticapitaliste, ce gaullisme historique rêve de l’inaccessible troisième voie sociale et économique où le dirigisme d’État reste un réflexe pour impulser les grands choix économiques de la nation.

D’autre part, le post-gaullisme d’efficacité et d’action, plus politique que philosophique. Il a été représenté dès le début par Georges Pompidou et s’est poursuivi par l’héritier du pompidolisme, Jacques Chirac (avec un avatar dans la candidature d’Édouard Balladur).

En soutenant la candidature de Valéry Giscard d’Estaing dès le premier tour à l’élection présidentielle de 1974, Jacques Chirac n’a pas trahi le gaullisme politique mais a fait un choix politique visant à éviter tout risque de victoire de la gauche (François Mitterrand avait bénéficié d’une véritable dynamique de l’union de la gauche et Jacques Chaban-Delmas avait conduit objectivement une mauvaise campagne électorale).

La démission spectaculaire (et inédite dans la VeRépublique) de Jacques Chirac de ses fonctions de Premier Ministre en été 1976 a permis une certaine réunion des deux familles gaullistes avec quasiment une inversion des rôles entre 1976 et 1981 : les "barons" gaullistes favorables à Valéry Giscard d’Estaing (parmi lesquels Robert Boulin figurait en bonne place) et le soutenant même dès le premier tour à l’élection présidentielle de 1981 (Alain Peyrefitte, Olivier Guichard, Robert Galley etc. ; Jacques Chaban-Delmas était même soutenu par Giscard d’Estaing pour retrouver son perchoir en mars 1978 alors que Jacques Chirac aurait voulu garder Edgar Faure) et les "chiraquiens" soutenant le dissident de la majorité, à savoir Jacques Chirac qui devint le seul "maître" des familles gaullistes et centristes à partir de l’élection de François Mitterrand (notons qu’en 1981, la famille gaulliste était extrêmement divisée puisque si le RPR soutenait la candidature de Jacques Chirac, beaucoup de "barons" ont soutenu celle de Valéry Giscard d’Estaing, Michel Debré et Marie-France Garaud ont, eux, été également candidats et des personnalités comme Jean-Marcel Jeanneney ou Michel Jobert ont soutenu la candidature de François Mitterrand).

Malgré la mainmise de l’héritage gaulliste par Jacques Chirac, incontestée à partir de 1981, le gaullisme politique s’est fondu dans une sorte de tendance libérale qui a abouti à la création de l’UMP regroupant en 2002 gaullistes, libéraux et démocrates-chrétiens dans un cartel électoral. Ce rassemblement aurait pu permettre le développement du courant porté par les résistants gaullistes démocrates-chrétiens tels que Maurice Schumann ou Edmond Michelet à la fois centristes de conviction et gaullistes de fidélité. En gros, la synthèse du MRP et du RPF. Il n’en a rien été.

Concrètement, le RPR puis l’UMP furent essentiellement une machine électorale à visées quasi-exclusivement présidentielles (en faveur de Jacques Chirac puis de Nicolas Sarkozy), beaucoup plus qu’un parti dépositaire de la philosophie gaulliste.

Le post-gaullisme politique s’est traduit dans l’héritage de Jacques Chirac au travers de quatre personnalités :

1. Alain Juppé qui représente en quelques sortes la synthèse entre Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing : excellence technocratique et tendance modérée et pragmatique.

2. Philippe Séguin, l’enfant terrible, qui a su faire resurgir un certain "gaullisme social" cher aux "barons" du début des années 1970. C’est une expression mal définie (et galvaudée) qui ne veut pas dire grand chose puisque De Gaulle était lui-même "social" et humaniste : « Il n’y a qu’une seule querelle qui vaille, celle de l’Homme. » qu’on peut rapprocher de cette formule de Simone Weil : « Seul est éternel le devoir envers l’être humain comme tel. ». Le plus célèbre héritier de ce gaullisme-là est François Fillon. Charles Pasqua pourrait aussi s’inspirer de ce type de gaullisme qu’il voulait plus populaire mais peut-être aussi plus populiste.

3. Dominique de Villepin, représente le volontarisme en politique cher aux gaullistes, mais il a participé également à des secousses institutionnelles bien dommageables (dissolution de 1997 et cohabitation de cinq ans).

4. Nicolas Sarkozy, enfin, dont la vision politique est parfois contradictoire (entre déréglementation et volontarisme) mais qui reste dans une optique très gaullienne de réforme de la société française (reste à savoir quelles réformes). En ce sens, Nicolas Sarkozy est l’héritier à la fois de Jacques Chirac et d’Édouard Balladur. La pratique présidentielle depuis 2007 n’a cependant plus rien de …"gaullien".

Bien entendu, ce "post-gaullisme politique" n’a plus beaucoup à voir avec le gaullisme des années 1960. Lentement, dès Pompidou, ce gaullisme est devenu un parti "conservateur" traditionnel, favorable à la liberté d’entreprise, à la liberté des échanges commerciaux, à la circulation des biens et des personnes qui trouvent leur traduction dans la construction de l’Union Européenne. L’homme exceptionnel qu’incarnait De Gaulle a laissé place à des personnages politiques ordinaires de la République française. Avec leurs qualités et leurs défauts.


Dans la seconde partie, j’évoquerai un "gaullisme de valeurs" qui demeure, à mon sens, universel.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (8 novembre 2010)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

De Gaulle en 1958.
De Gaulle en 1959.


(Illustration ci-dessous : dessin de Jacques Faizant dans le "Figaro" du 10 novembre 1970)

 

yarti40DeGaulle02

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-gaullisme-en-2010-1-l-heritage-84097

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-215

 

 

 

 

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 06:04

Au-delà de la réunification, l’Allemande fête sa dernière contribution aux dommages de la Première guerre mondiale. 

 

 

yartiTdV01Ce dimanche 3 octobre 2010, l’Allemagne va fêter en grandes pompes le vingtième anniversaire de sa réunification consécutive à la chute du Mur de Berlin. Une réunification impensable pendant plus de quarante ans. Berlin et l’Allemagne donnaient l’image de l’Europe coupée en deux par le Rideau de fer, entre une Europe occidentale et démocratique et une Europe centrale et orientale placée sous le joug soviétique.

Ce qu’on sait moins, c’est que ce 3 octobre 2010, c’est aussi une date économique et historique importante pour l’Allemagne non pas en raison des suites de la Seconde guerre mondiale, mais des suites de la …Première guerre mondiale.

L’information a été donnée dans le journal matinal du 29 septembre 2010 sur France Musique. C’est sûr que c’est à des années-lumière de l’info capitale du monde, à savoir le dernier lapsus d’une ancienne garde des sceaux. Elle reprend en fait un communiqué de l'AFP qui date du 2 décembre 2009 reprenant les déclarations de Boris Knapp, porte-parole de l'Agence financière allemande (qui gère le service de la dette de l'Allemagne), pour annoncer que l'Allemagne allait avoir un endettement record en 2010.

La voici : l’Allemagne termine, ce 3 octobre 2010, le paiement de sa dette due aux dommages de le Première guerre mondiale. Presque quatre-vingt-douze ans après la fin de la guerre.

Cela correspond aux intérêts sur les obligations étrangères émises entre guerres qui ont permis à l’Allemagne de récupérer de l’argent pour payer les réparations des Alliés.

Le Traité de Versailles (signé le 28 juin 1919) avait été très ferme contre l’Allemagne (ce qui a incité les Allemands à mal tourner, la suite est connue…). Les dommages de guerre avaient été estimés à deux cent vingt-six milliards de marks-or (équivalents à quatre-vingt-seize mille tonnes d’or) réduits à cent trente-deux en 1929 (dont la moitié destinée à la France).

L’effort était tel que l’Allemagne a sombré dans la crise économique après le crash de 1929. En 1931, les remboursements avaient donc été interrompus. En 1933, Hitler refusa bien sûr de les reprendre.

Entre temps, en 1932, le "moratoire Hoover" annulait les réparations mais il restait à l’Allemagne les emprunts à rembourser : trois obligations, Young émise en 1924, Dawes et Kreuger émises en 1930.

Jusqu’en 1952, l’Allemagne fédérale avait payé près d’un milliard et demi de marks aux Alliés.

En 1953 (par l’Accord de Londres), pour être plus doux qu’au Traité de Versailles, les Alliés avaient accepté d’attendre une improbable réunification avant de faire payer les intérêt qui avaient couru de 1945 à 1952 (soit cent vingt-cinq millions d’euros). Le remboursement devait se faire sur vingt ans.

À partir du 3 octobre 1990, date de la Réunification, l’Allemagne a donc remboursé ces intérêts (environ cinquante-six millions d’euros pour 2010, deux cents millions en tout entre 1990 et 2010). Jusqu’à ce 3 octobre 2010.

C’est amusant de savoir que François Mitterrand avait freiné tant que possible la Réunification allemande en 1990. Ce comportement n’était pas forcément de l’intérêt financier de la France.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (1
er octobre 2010)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Les 20 ans de la chute du Mur de Berlin.

Un livre intéressant sur le sujet : "Les réparations allemandes et la France" d’Étienne Weill-Raynal (éd. Nouvelles éditions latines, 1947, 700 pages).

Et deux articles issus de la presse allemande.

Germany closes book on World War I with final reparations payment.
(L’Allemagne tourne la page de la Première guerre mondiale avec le dernier paiement des réparations).

Deutschland zahlt noch für den Ersten Weltrkrieg.
(L’Allemagne paie encore pour la Première mondiale).



yartiTdV02
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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 23:19

L'étrange oubli du journal "Le Monde" dans sa chronologie des années 2000

C'est très étrange : le journal "Le Monde" a publié dans son édition datée du 14 janvier 2010 une chronologie des années 2000 (sauvegardée ainsi à 20:00). Rappelons entre parenthèses que la décennie des années 2000 se termine le 31 décembre 2010 et qu'elle n'a commencé que le 1er janvier 2001, au même moment que le XXIe siècle et le IIIe millénaire (car il n'existe pas d'année 0).

Mais ce qui est le plus frappant, c'est que le journal identifie une dizaine d'événements pour chaque année et pour l'année 2001, le 9 septembre 2001 est indiqué avec l'assassinat du Commandant Massoud puis... rien au 11 septembre 2001, les attentats n'ont pas été évoqués alors qu'ils constituent sans doute le seul événement essentiel de toute cette décennie.

SR (13 janvier 2010)



http://www.lepost.fr/article/2010/01/14/1885823_l-etrange-oubli-du-journal-le-monde-dans-sa-chronologie-des-annees-2000.html

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-117

http://www.centpapiers.com/letrange-oubli-du-journal-le-monde-dans-sa-chronologie-des-annees-2000/11238/

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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 07:30

La mort d’un esprit indépendant et forte tête montre que la France sait reconnaître la qualité de ses meilleurs hommes d’État. Même si c’est trop tard, c’est toujours mieux que l’oubli et l’indifférence.


yartiseguin200994La multitude des louanges, non seulement de la classe politique qui oscille entre les propos convenus et une réelle émotion mais aussi des citoyens français, ceux de la "France d’en bas", qui appréciaient Philippe Séguin, me fait revenir sur cet événement.

Car c’est un événement. L’ampleur des réactions et la quasi-unanimité ont de quoi étonner l’observateur qui constate par ailleurs que les messages simplistes et les slogans publicitaires sont les meilleures armes pour réussir en politique. Tout le contraire de Philippe Séguin.

C’est dire la probité, l’intégrité, l’honnêteté d’un tel homme politique. Ses convictions l’ont emporté sur ses ambitions. C’est peut-être dommage.

Philippe Séguin aura ainsi déçu : a-t-il été velléitaire ? sans doute pas, car sa volonté ne manquait pas. Mais pourquoi n’a-t-il finalement gouverné que deux petites années à un poste, important certes avec le problème du chômage, mais pas décisif dans la définition de la politique de la nation ?

J’ai l’impression amère d’un talent gâché, d’un homme désabusé que ne méritait pas la République. Une sorte de désamour entre la France et lui. Il l’a parfois mérité, c’est vrai. Très mauvaise campagne municipales à Paris en 2001 (pourquoi était-il entré dans cette galère ?). Mauvais comportement (colère, fougue, chantage à la démission passée à l’acte, comme Jean-Pierre Chevènement) au sein du RPR, ou pour la campagne européenne de 1999.

La raison doit sans doute se chercher dans ses relations équivoques avec Jacques Chirac. Des relations comme toujours faites d’attraction et de répulsion. Il n’avait pas de père depuis l’âge d’un an (son père est mort pendant la Seconde guerre mondiale) et Chirac aurait pu le remplacer. Le parrainer. Le mettre sous son aile. L’aider. Le favoriser.

Je me souviens de l’importance qu’avait pris le jeune député Séguin dès l’année 1981 et la victoire de la gauche socialo-communiste. Il n’avait que 38 ans mais il avait déjà droit aux grandes émissions politiques comme le "Grand Jury" sur RTL le dimanche soir.

Déjà à l’époque, Jacques Chirac s’inquiétait de sa loyauté.

Après la défaite de Chirac en 1988, il était clair que plus personne à droite et au centre ne voulait d’une nouvelle candidature de Chirac à l’élection présidentielle suivante (prévue en 1995 mais peut-être anticipée à cause de la maladie de François Mitterrand). La popularité d’Édouard Balladur a permis à cette classe politique UDF-RPR de trouver un nouveau présidentiable.

Mais dès le début des années 1990, Philippe Séguin avait compris qu’il pouvait faire cavalier seul. C’était dans sa nature tempétueuse, et surtout, c’était dans ses possibilités politiques.

Selon Jean-Marie Colombani (« bien placé pour savoir »), Philippe Séguin et Charles Pasqua ont fait campagne pour le "non" à Maastricht parce que, convaincu par Édouard Balladur que c’était une condition sine qua non pour réussir l’élection présidentielle, Jacques Chirac avait décidé de soutenir le Traité de Maastricht après bien des hésitations et beaucoup de dissidence au sein de son propre parti. Si Chirac avait soutenu le "non", il aurait été probable que Séguin eût soutenu le "oui". Mais personne ne pourra confirmer.

L’hypothèse est cependant tentante car Philippe Séguin avait besoin de "tuer" le "père", de s’attaquer à Jacques Chirac. Peut-être imaginait-il de reprendre le flambeau du RPR à cette époque ?

Bizarrement, l’éruption dans la course élyséenne d’Édouard Balladur a cassé cette belle mécanique séguiniste. Ce n’était plus Séguin contre Chirac mais Balladur contre Chirac, et là, la détestation d’Édouard Balladur et de ce qu’il représente en RPR néo-libéral l’a finalement rapproché de Jacques Chirac.

Ce soutien à Jacques Chirac n’a pas été vain puisque c’est sur les thèmes de Philippe Séguin qu’il a gagné en 1995. Thèmes de gauche. Sur la fracture sociale, sur les plus démunis, la pauvreté etc. Un observateur aguerri de la vie politique pouvait imaginer la réalité et la sincérité des discours électoraux de Jacques Chirac qui était allègrement passé de l’appel de Cochin en 1978 (critiquant « le parti de l’étranger » de Valéry Giscard d’Estaing) à ce "oui" à Maastricht, du travaillisme à la française au thatchérisme reaganien etc. Mais la sauce a bien pris puisque la jeunesse et même une certaine gauche, celle qui détestait Lionel Jospin, ont finalement cru reconnaître en Jacques Chirac un nouvel homme plus social, plus rassembleur.

La nomination d’Alain Juppé à Matignon était pourtant prévisible. Le pire moment pour Philippe Séguin eut lieu (comme le rappelle "Le Monde" du 8 janvier 2010) lors d’un meeting électoral à Strasbourg où Philippe Séguin l’appela à « montrer et ouvrir la route » et Jacques Chirac, ingrat, de répondre à côté de la plaque en félicitant Alain Juppé « probablement le meilleur d’entre nous ».

Le "père" avait encore une possibilité de se racheter. En 1997, au plus fort de l’impopularité du gouvernement d’Alain Juppé, Jacques Chirac aurait pu le nommer à Matignon pour préparer les législatives de 1998. Il en a décidé autrement. Jacques Chirac fut un Président qui ne voulait pas travailler avec des Premiers Ministres difficiles, indociles : donc, ni Philippe Séguin en 1995 ou 1997, ni Nicolas Sarkozy en 2002 ou 2005.

Le Président François Mitterrand a été, à cet égard, beaucoup plus responsable et aussi beaucoup plus malin : en nommant Michel Rocard en 1988 à Matignon, il répondait à une exigence politique (la conséquence de sa campagne d’ouverture politique) et à un impératif politicien : user Michel Rocard pour le rendre inapte à l’élection présidentielle, bref, le "rocardiser".

La présidence du RPR pour un homme hors appareil, des européennes calamiteuses qu’il délaissa en cours de route (à ne jamais faire !) et des municipales déplorables sur fond de déloyauté et de dissidence ont totalement eu raison d’une candidature potentielle de Philippe Séguin à l’élection présidentielle de 2002.

Pourtant, 2002 (il avait 59 ans) et même 2007 (il avait 64 ans) auraient pu être deux occasions d’un boulevard élyséen pour le gaulliste républicain homme d’État.

Un vrai animal politique n’est jamais hors course et peut toujours revenir : Philippe Séguin faisait partie de ces personnes-là comme Laurent Fabius aussi. Tous les deux ont profité d’un référendum sur un traité européen pour parfaire leur stratégie nationale (respectivement en 1992 et en 2005). Cela a échoué pour les deux mais qu’importe. Fabius se sait impopulaire mais y pense encore. Séguin laissait planer le doute sur un retour comme ministre (comme celui de la Justice).

Tant qu’un homme politique est en vie, il y a toujours des possibles retours.

Les cas de retour sont nombreux : Georges Clemenceau (après l’affaire de Panama), Charles De Gaulle (bien sûr), Lionel Jospin (après sa disgrâce en 1992 et l’échec de 1993), Laurent Fabius (après le scandale du sang contaminé), Martine Aubry (après son échec personnel en 2002), mais cela nécessite une bonne dose de combativité que ne semble pas avoir par exemple un Dominique Strauss-Kahn trop porté au FMI et au dilettantisme politique.

En fait, depuis quelques temps, la mort physique n’est plus nécessaire pour renoncer définitivement à toute ambition nationale.

Effectivement, il est même possible de faire de louanges bien avant la mort physique d’un homme politique. C’était assez rare il y a encore quelques décennies, mais le mouvement tend à s’imposer. Alors qu’hier, on ne pouvait être mort politiquement qu’à sa mort physique (exemple : Valéry Giscard d’Estaing qui n'a jamais digéré sa défaite de 1981, François Mitterrand que la maladie a atteint, Edgar Faure, Charles Hernu, Michel Crépeau, Gaston Defferre morts "les bottes aux pieds", etc.), aujourd’hui, il est désormais possible d’être hors course même de son vivant.

Hors course pour l’Élysée bien sûr.

Les exemples ne manquent plus : François Léotard a abandonné en 2002 (très troublé par la mort de son frère), Alain Juppé en 2004 (à cause des affaires de la ville de Paris), Édouard Balladur en 1995 (avec son échec), Lionel Jospin en 2002 (avec son échec), Michel Rocard en 1994 (après son échec aux européennes), etc. Ces hommes, à cause de l’âge, de l’impopularité ou d’autres considérations plus personnelles, il leur a fallu un travail sur eux fort délicat pour accepter de continuer à vivre en jetant cette ambition présidentielle qui leur pourrissait la vie.

Jeudi dernier, en quelque sorte, Philippe Séguin vient de rappeler son existence en partant soudainement. Sans prévenir. Sans signe avant-coureur. Le premier de sa génération.

La France l’avait un peu oublié. Elle s’en aperçoit trop tard.
Elle avait laissé passer un talent de cette envergure.

Tant pis pour elle.
En attendant, elle va pouvoir sortir les grandes pompes aux Invalides.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 janvier 2010)


Pour aller plus loin :

Philippe Séguin, un républicain inachevé.

Retransmission télévisée des obsèques aux Invalides.


yartiSeguin200993

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/seguinitude-67883

http://www.lepost.fr/article/2010/01/09/1877772_seguinitude.html

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-110

http://www.centpapiers.com/seguinitude/11176/

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