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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 01:03

« Depuis que la naissance ne joue plus un grand rôle, les chemins sont variés qui mènent au pouvoir : la force des armes, la faveur de l’opinion, l’intrigue. Mais les hommes d’État sont jugés sur l’usage qu’ils en font, surtout dans les épreuves qui, tôt ou tard, frappent les nations et même une grande partie de l’humanité : catastrophes naturelles, crises économiques, guerres, révolutions. La France en a souffert plusieurs en ce vingtième siècle ; nos pères et nous-mêmes les avons vécues. Deux guerres mondiales, des guerres de décolonisation, mais aussi une élévation du niveau de vie, des progrès scientifiques et techniques fabuleux, au point que tout le monde en a été bouleversé. » (Pierre Messmer, le 10 février 2000 à Paris).


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Ce dimanche 20 mars 2016 a lieu le centenaire de la naissance de Pierre Messmer.

Disparu il y a plus de huit ans (le 29 août 2007), Pierre Messmer aurait pu devenir Président de la République à la mort de Georges Pompidou. Premier Ministre, il voulait être le candidat du rassemblement de la majorité qui allait s’éparpiller autour de trois candidatures : Jacques Chaban-Delmas, Valéry Giscard d’Estaing et Edgar Faure : « Devant la situation créée par plusieurs candidatures de la majorité de Georges Pompidou, en raison du risque que cela fait courir à la France, je me suis résolu à me présenter aux suffrages des Français si ces candidats se retirent. Je le leur demande. ». Edgar Faure renonça mais pas les deux autres.

La candidature de Pierre Messmer n’a duré que quelques heures dans la journée du 9 avril 1974 : « Les conditions n’étant pas réunies, j’ai décidé de ne pas poser ma candidature à la Présidence de la République. Ma décision est irrévocable. ». Il expliqua plus tard, très humblement : « Depuis le début de ma vie active, j’avais toujours eu conscience de dominer ma fonction, grande ou petite, donc d’être capable de l’assumer au mieux, ce qui me donnait assurance et autorité. Pour la première fois, depuis mon entrée à Matignon, je n’étais plus sûr de moi et je devais me poser la question : serais-je capable d’être Président de la République ? La réponse n’était pas évidente. ».

François Jacob commenta cette réflexion le 10 février 2000 ainsi : « Pour moi, ces lignes sont le signe d’une véritable grandeur. Je ne vois guère d’hommes politiques, parvenus à ce niveau de responsabilité, susceptibles de se poser ainsi une telle question et surtout de l’avouer. Eussiez-vous décidé de vous présenter à cette élection, l’évolution de notre République eût été profondément différente. ».


Le jeune résistant

Ce n’est ni l’homme politique (il fut notamment Ministre des Armées du 5 février 1960 au 22 juin 1969 et Premier Ministre du 5 juillet 1972 au 27 mai 1974, à l’origine de l’indépendance nucléaire de la France tant militaire que civile) ni son métier d’administrateur de la France d’Outre-mer (il fut diplômé de l’École nationale de la France d’Outre-mer, de l’École des langues orientales et docteur en droit), mais le jeune militaire engagé dans la Résistance, sur lequel je voudrais revenir à cette occasion du centenaire.

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Et avec les témoignages de ses collègues de "fin de vie", à savoir, de l’Académie française qui l’a élu le 25 mars 1999 au siège de Maurice Schumann, autre résistant historique.

Pierre Messmer, Maurice Schumann, Jacques Chaban-Delmas, Yves Guéna, Daniel Cordier et quelques autres, ils ne furent pas nombreux à tout quitter au moment de la débâcle et à rejoindre le Général De Gaulle à Londres. Ces hommes ont été l’honneur de la France et surtout, ont été des héros car ils ont agi au péril de leur vie et au service d’une certaine idée de leur patrie.

Pierre Messmer était un peu plus vieux que Yves Guéna et Daniel Cordier lorsqu’il a entendu Philippe Pétain le 17 juin 1940 demander de déposer les armes (« C’est le cœur serré que je vous aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. »). À 24 ans, Pierre Messmer avait été mobilisé pour son service miliaire en octobre 1937, après ses études, et ne fut démobilisé qu’en novembre 1945.

Comme l’expliqua Simone Veil le 18 mars 2010, « né à Vincennes au creux de la Première Guerre mondiale, Pierre Messmer était lesté d’un patriotisme familial venu de l’Alsace-Lorraine, cette province qui fut longtemps la pomme de discorde entre la France et l’Allemagne ».

Alors sous-lieutenant (au 12e régiment de tirailleurs sénégalais) posté dans l’Allier, Pierre Messmer décida dès l’après-midi du 17 juin 1940 de partir résister. Il quitta sa caserne avec son camarade Jean Simon (1912-2003), lieutenant à l’époque et futur général d’armée, devenant des déserteurs pour leur hiérarchie, quittèrent leur uniforme, et dérobèrent une moto pour descendre vers le sud. La moto en panne, ils firent du stop jusqu’à Tarascon, puis prirent le train à Beaucaire pour arriver à Marseille où ils se firent embaucher comme dockers, histoire d’avoir accès à un bateau.

François Jacob, autre académicien ancien résistant, rappelait le caractère de Pierre Messmer le 10 février 2000 : « Vous n’êtes pas homme à faire les choses à moitié. Vous travaillez donc dur [comme docker]. Au point de recevoir une sévère admonestation de votre délégué syndical. Vous avez le tort d’améliorer inutilement le rendement de votre équipe, donc de gâcher le métier. ».

Le 20 juin 1940, ils rencontrèrent un capitaine prêt à détourner son navire italien (le "Capo Olmo") vers l’Angleterre, alors qu’ils lurent le même jour l’appel du 18 juin de De Gaulle ("Le Petit Provençal" avait mal orthographié De Gaulle, avec un seul l). Malgré la présence d’un convoi (dont un torpilleur), le cargo qui devait se rendre à Oran réussit à simuler une avarie le 23 juin 1940 pour bifurquer vers Gibraltar le 27 juin 1940 puis Liverpool le 16 juillet 1940 après avoir vendu toute la cargaison du cargo, apportant ainsi les premières recettes à la France libre.

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Pierre Messmer écrivit plus tard : « Pas un instant, nous ne nous sommes interrogés pour savoir si nous devions suivre les mouvements de notre cœur plutôt que les ordres de nos chefs ; aucun doute n’a assailli notre esprit ; aucun doute n’y entrera jamais au cours des années suivantes. ».

Petites parenthèses : Jean Simon fut chancelier de l’Ordre de la Libération du 21 septembre 1978 au 26 septembre 2002, Pierre Messmer le fut du 6 juin 2006 au 29 août 2007 et François Jacob du 12 octobre 2007 au 11 octobre 2011.


Le légionnaire

Pierre Messmer et Jean Simon furent reçus pendant quelques minutes dans le petit bureau de De Gaulle lors de leur arrivée à Londres, sans remerciement ni compliment car De Gaulle considérait que leur venue était normale. Mais comme ils avaient apporté les premiers fonds à la France libre, De Gaulle leur demanda dans quel corps ils souhaitaient servir. Les deux dirent immédiatement : à la Légion étrangère. Pourquoi ? Pierre Messmer s’en est expliqué : « Parce que je voulais faire la guerre avec des gens sérieux ! ».

La 13e demi-brigade de la Légion étrangères venait de battre les Allemands à Narvik le 27 mai 1940 (en Norvège). Elle était commandée par le colonel Ralph Monclar, de son vrai nom Raoul Magrin-Vernerey (1892-1964), qui avait rejoint Londres dès le 21 juin 1940, et qui avait adopté la devise : « More majorum » qui veut dire : "à l’exemple des Anciens", et qui est devenue la devise de la brigade (13e DBLE).

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Pierre Messmer servit à la 13e DBLE comme lieutenant puis capitaine commandant de compagnie (à partir de 1941) à Dakar, Libreville, puis en Érythrée, en Libye, en Tunisie, et combattit à Keren, Massava, Kissoué, Damas, Bir Hakeim, El Alamein. Il débarqua en Normandie en juin 1944 et arriva à Paris en août 1944. La vie parisienne ne lui convenait pas : « J’avais l’illusion que pour être propre, il suffisait que je risque ma vie. ».

Il continua donc de servir dans la Légion étrangère après la guerre en se faisant parachuter en Indochine en août 1945 avec un capitaine pharmacien et un sergent-chef radio, fut fait prisonnier par le Vietminh et s’évada au bout de deux mois en traversant une rivière à la nage puis en marchant dans un marais, pour rejoindre Hanoi en octobre 1945.

Sa première vie venait de s’achever et deux autres s’ouvraient à lui : le haut fonctionnaire dans les colonies (il fut le directeur de cabinet de Gaston Defferre, Ministre de la France d’Outre-mer en 1956), puis le ministre fidèle gaulliste qui a gravi jusqu’aux marches de Matignon, tout en assumant quelques mandats locaux (député-maire de Sarrebourg et même président du conseil régional de Lorraine).

C’est ainsi que démarra une véritable fidélité à la Légion étrangère que Pierre Messmer exprima même le jour de sa réception à l’Académie française le 10 février 2000 quand il rendit hommage aux légionnaires morts pour la France : « Qu’il me soit seulement permis d’observer que vous n’avez jamais fait large place à ces hommes d’action un peu aventureux que sont les coloniaux et, en particulier, les légionnaires. Puisque je suis le premier officier de Légion appelé à siéger sous cette Coupole, je veux saluer le sacrifice des 35 000 étrangers morts pour la France dans les rangs de la Légion étrangères, dont 20 000 depuis 1940. ».

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Ce n’est pas étonnant puisque une autre devise régulièrement adoptée par les légionnaires, c’était : "Honneur et Fidélité". Ce qui caractérisa Pierre Messmer notamment vis-à-vis du Général De Gaulle. Ce fut sans doute une incompatibilité à gagner politiquement face à des personnalités politiques assoiffées d’ambition comme le furent …Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac. Simone Veil qualifia Pierre Messmer de « passionné et raisonnable », en faisant référence au discours de De Gaulle le 18 juin 1942 au Royal Albert Hall de Londres : « "Les raisonnables ont duré. Les passionnés ont vécu" [Chamfort]. Pendant ces deux années, nous avons beaucoup vécu, car nous sommes des passionnés. Mais aussi nous avons duré. Ah que nous sommes raisonnables ! ».


Le contrat de la seconde chance

Lorsqu’elle rendit hommage à Pierre Messmer, le 18 mars 2010, Simone Veil rappela aussi le fonctionnement de la Légion étrangère, et ses paroles prennent aujourd’hui un sens tout particulier avec l’arrivée des nombreux réfugiés syriens et irakiens sur le sol européen.

En faisant référence à un hommage fait à Pierre Messmer en 2005 par de jeunes légionnaires de la 13e DBLE à l’Académie française, elle a notamment dit : « Les légionnaires présents sous la Coupole en 2005 ne venaient pas d’Espagne ou d’Allemagne comme ceux que le lieutenant Messmer avait eus sous ses ordres, mais plus probablement d’Ukraine, de Roumanie ou du Brésil. Pourtant, une commune envie de servir les animait. (…) Ils étaient, à leur manière, les ambassadeurs de la langue française, ayant renoncé à leur passé, à leur nom peut-être, pour se couler dans un nouvel uniforme, apprendre une nouvelle langue, adopter un nouveau pays, épouser une nouvelle histoire. Ce renoncement à soi-même, c’est l’effort que la Légion étrangère demande à ceux qui la rejoignent. Au terme de cinq années de services "avec honneur et fidélité", un passeport leur est accordé. Pareil contrat moral passé entre la France et de jeunes étrangers doit être salué. Il honore une société désireuse de donner aux hommes une second chance. (…) Chacun sait le rôle prioritaire qui demeure le sien dans toute intervention sous nos couleurs. » (18 mars 2010).

Je termine ce modeste hommage à Pierre Messmer le légionnaire par cette question qui taraude les hommes d’État : « Il y a des guerres justes mais il n’y a pas de guerre propre et, dans les grandes crises, nul ne gouverne innocemment. Pour le bien et le repos de la patrie, doit-on prendre le risque de perdre son âme ? » (10 février 2000). C’est à cela que l’électeur doit songer lorsqu’il devra choisir son candidat à la prochaine élection présidentielle…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 mars 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pierre Messmer le légionnaire.
François Jacob.
Simone Veil.
Yves Guéna.
Qu’aurait pensé le Général De Gaulle ?
De Gaulle en 1940.
De Gaulle en 1965.
Georges Pompidou.
Le gaullisme politique.
Edmond Michelet.
Pierre Messmer.
Robert Boulin.
Jacques Chaban-Delmas.
Valéry Giscard d’Estaing.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Edgar Faure.
Maurice Faure.
René Monory.
Jean Lecanuet.
Jean Foyer.
Michel Debré.
Jean-Marcel Jeanneney.
Olivier Guichard.
Alain Peyrefitte.
Roger Galley.
Jean Charbonnel.
Pierre Bas.
Philippe Séguin.
Jacques Toubon.
Daniel Cordier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160320-pierre-messmer.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pierre-messmer-legionnaire-1916-178986

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 06:41

« Je ne suis pas le Premier Ministre et vous n’êtes pas le Président de la République, nous sommes deux candidats, à égalité, et qui se soumettent au jugement des Français. » (Jacques Chirac à François Mitterrand le 28 avril 1988). Seconde partie.


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Les élections législatives du 16 mars 1986 ont apporté une majorité parlementaire opposée au Président de la République. Ce fut une configuration inédite sous la Ve République. Malgré la réticence de certaines personnalités, la cohabitation s’ouvrait dans un contexte de rivalité présidentielle entre les deux têtes de l’exécutif.


Le second gouvernement Chirac et premier gouvernement de la cohabitation

Ce fut assez rapidement, dès son allocution télévisée du 17 mars 1986, que François Mitterrand nomma Jacques Chirac à Matignon. Sans surprise et sans manigance, selon la tradition républicaine du chef du parti le plus important qui avait déjà prévalu chez René Coty en préférant le 1er février 1956 Guy Mollet à Pierre Mendès France comme Président du Conseil lors de la victoire du Front républicain le 2 janvier 1957.

Pendant la formation du gouvernement, les journalistes étaient installés en nombre sur le perron de l’Élysée, attendant au froid l’annonce du Secrétaire Général de l’Élysée, et à un moment, François Mitterrand est venu lui-même leur servir un café chaud pour bien montrer qu’il n’était pas du tout impliqué dans ce gouvernement qui fut finalement nommé le 20 mars 1986 (on oublia de nommer un Ministre de la Santé, d’où de nouvelles nominations le 25 mars 1986).

Jacques Chirac bénéficia de la très courte majorité UDF-RPR : il a ainsi réussi à caporaliser toute sa majorité, considérant que si un parlementaire faisait défaut, ce serait François Mitterrand qui en bénéficierait.

La première conséquence, c’est que Raymond Barre n’a pas formé de groupe parlementaire et laissa ses partisans au sein du groupe UDF (ce fut une erreur stratégique qui lui coûta l’Élysée). Cela signifiait aussi qu’aucun barriste ne ferait barrage à un gouvernement de cohabitation. De nombreux barristes y furent nommés, dans des postes essentiellement techniques : Pierre Méhaignerie, président du CDS, à l’Équipement, au Logement, à l’Aménagement du Territoire et aux Transports ; René Monory à l’Éducation nationale ; Georges Chavanes au Commerce, à l’Artisanat et aux Services ; Bernard Bosson aux Collectivités locales puis aux Affaires européennes ; Adrien Zeller à la Sécurité sociale ; Jean Arthuis à la Consommation et à la Concurrence ; et Ambroise Guellec à la Mer.

La deuxième conséquence, c’est que Jacques Chirac pouvait jouer sur le veto de François Mitterrand pour refuser certaines nominations : ainsi, Étienne Dailly ne fut pas nommé à la Justice (à la place, Albin Chalandon) ; ni Jean Lecanuet aux Affaires étrangères (à la place, Jean-Bernard Raimond, qui vient de mourir, le 7 mars 2016) ; ni non plus François Léotard à la Défense (à la place, André Giraud ; François Léotard, qui a eu la Culture en 1986, fut finalement plus tard nommé à la Défense dans le deuxième gouvernement de la cohabitation en 1993) : ni même Valéry Giscard d’Estaing au Redressement national (qui aurait couvert l’Économie et l’Emploi). La nomination de Charles Pasqua à l'Intérieur n'a posé aucun problème à François Mitterrand en raison de l'estime réciproque qu'ils nourrissaient l'un pour l'autre et du passé de résistant de Charles Pasqua.

Les autres ministres du gouvernement furent : Édouard Balladur, en véritable vice-vizir, à l’Économie et aux Finances, chargé de réaliser les privatisations ; Bernard Pons aux Dom-tom ; Philippe Séguin aux Affaires sociales et à l’Emploi ; Alain Madelin à l’Industrie ; François Guillaume, président de la FNSEA, à l’Agriculture ; Michel Aurillac à la Coopération ; André Rossinot aux Relations avec le Parlement.

Enfin, parmi les sous-ministres, on peut citer en particulier : Alain Juppé au poste stratégique du Budget, Hervé de Charette, Michel Noir, Robert Pandraud, Jacques Douffiagues, Alain Carignon, Alain Devaquet, Michèle Barzach, Yves Galland, Gérard Longuet, André Santini, Claude Malhuret, Philippe de Villiers, Didier Bariani, Gaston Flosse et Michèle Alliot-Marie.

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Lors du premier conseil des ministres réuni à l’Élysée le 22 mars 1986, l’atmosphère fut glaciale et tendue. François Mitterrand est apparu en sphinx froid et distant, à la limite de l’impolitesse, ne saluant aucun des ministres et refusant de figurer sur la traditionnelle photographie du gouvernement sur le perron de l’Élysée. Jacques Chirac avait d’ailleurs demandé à ses ministres de ne jamais discuter des projets politiques devant le Président de la République, réservant le temps du débat aux conseils de cabinet qu’il allait organiser à Matignon.


Le long fleuve pas tranquille de la cohabitation

Cette première cohabitation a innové une nouvelle pratique des institutions : le pouvoir s’est déplacé de l’Élysée à Matignon, mais n’a pas pour autant renforcer l’influence du Parlement. Au contraire, sous prétexte de contexte institutionnel délicat (cohabitation et majorité très courte), Jacques Chirac a pu imposer la discipline au sein de sa majorité. Ce fut le cas aussi dans d’autres cohabitations, même lorsque la majorité était large (comme sous Édouard Balladur).

Jacques Chirac a tenté de déconstruire tout ce que le pouvoir socialo-communiste avait bâti les cinq années précédentes, et en particulier en suppriment l’impôt sur les grandes fortunes, en rétablissement le scrutin majoritaire à deux tours pour les élections législatives, en privatisant les entreprises qui ont été nationalisées par la gauche et en réformant l’audiovisuel public.

Mais, en embuscade, François Mitterrand a réussi à faire valoir son autorité présidentielle en refusant de signer les ordonnances pour le scrutin majoritaire, les privatisations et l’audiovisuel public. Il l’a annoncé le 14 juillet 1986 en pleine garden-party, et cela a failli faire exploser la cohabitation. Jacques Chirac n’a toutefois pas voulu s’enliser dans un débat constitutionnel (le Président de la République a-t-il le droit de refuser de promulguer des ordonnances ?) et a pris un peu plus de temps en passant par la voie de la loi (c’était juste une manœuvre de François Mitterrand puisque ce dernier avait admis qu’il ne pourrait pas refuser de promulguer les lois, même celles qui ne lui plaisaient pas).

Au-delà des attentats terroristes d’Action directe (notamment l’assassinat de Georges Besse le 17 novembre 1986 commis entre autres par Jean-Marc Rouillan, qui avait été remis en liberté en 1981 par une loi d’amnistie voulue par François Mitterrand, et qui s’est permis dans une interview le 23 février 2016 à Radio Grenouille de faire l’apologie des lâches terroristes des attentats du 13 novembre 2015 à Paris) et du conflit en Nouvelle-Calédonie (avec la prise d’otages dans la grotte d’Ouvéa qui a été "réglée" entre les deux tours de l’élection présidentielle), il y a eu aussi les manifestations contre le projet de loi réformant les universités et porté par Alain Devaquet, qui fut retiré après la mort de Malik Oussekine le 6 décembre 1986.

Dans les conférences internationales, Jacques Chirac a imposé sa présence aux côtés de François Mitterrand et cela, au détriment du Ministre des Affaires étrangères. Y compris lors des conférences de presse ponctuant la conférence internationale.

Ce fut donc une cohabitation conflictuelle qui termina très mal puisque les deux têtes de l’État furent candidates à l’élection présidentielle de 1988 (entretenant le suspens, François Mitterrand ne s’était déclaré que le 22 mars 1988) et elles ont été qualifiées au second tour.

Pour préparer le débat télévisé entre les deux tours, le 28 avril 1988, François Mitterrand avait porté le niveau de machiavélisme et de mesquinerie à son comble en imposant la largeur de la table qui allait séparer les deux protagonistes : elle fut de la même largeur que celle du conseil des ministres, pour mettre Jacques Chirac en état de subordination et pas au même niveau d’égalité.

Du coup, il y a eu ce fameux échange où Jacques Chirac a lancé : « Permettez-moi de vous dire que ce soir, je ne suis pas le Premier Ministre et vous n’êtes pas le Président de la République, nous sommes deux candidats, à égalité, et qui se soumettent au jugement des Français, le seul qui compte. Vous me permettrez donc de vous appeler "Monsieur Mitterrand". », et François Mitterrand de répondre très goguenard : « Mais vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier Ministre ! ».


Issue de la première cohabitation et les suivantes

Jacques Chirac fut largement battu par François Mitterrand au second tour de l’élection présidentielle du 8 mai 1988, avec seulement 46,0% des voix (près de 2,5 millions de voix les séparèrent, plus de quatre millions au premier tour !).

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Échaudé par cette mauvaise expérience, lorsque la coalition UDF-RPR retrouva le pouvoir à l’issue des élections législatives du 28 mars 1993, Jacques Chirac, bien que chef du parti le plus important, refusa de retourner une troisième fois à Matignon et laissa son vice-vizir faire le job de la deuxième cohabitation… au point que ce dernier, Édouard Balladur, se trouva des ailes pour loucher vers l’Élysée.

Jacques Chirac finit par être élu Président de la République le 7 mai 1995 après avoir battu son "ami de trente ans" Édouard Balladur au premier tour le 23 avril 1995.

Une troisième cohabitation fut pratiquée, très différente des deux premières, où Jacques Chirac prit le rôle de Président de la République avec un Premier Ministre issu de l’opposition, Lionel Jospin (son concurrent du second tour à la présidentielle). Cette cohabitation est survenue après les élections législatives du 1er juin 1997 qui ont été anticipées par Jacques Chirac lui-même avec la dissolution de l’Assemblée Nationale décidée le 21 avril 1997 (Patrick Devedjian : « On était dans un appartement avec une fuite de gaz. Chirac a craqué une allumette pour y voir clair ! »).

Cette cohabitation dura cinq années au lieu des deux années habituelles, jusqu’à l’élection présidentielle de 2002. Le pire était évidemment que c’était Jacques Chirac lui-même qui se précipita dans cette cohabitation alors que les élections n’étaient prévues que pour mars 1998. Cette idée, provenant de Dominique de Villepin (Secrétaire Général de l’Élysée) et approuvée par Alain Juppé (Premier Ministre), pourrait être à l’origine de la fin de la pratique de dissolution, les successeurs ayant trop peur de renouveler cette fâcheuse mésaventure.

C’est ce qui a fait circuler cette petit blague : François Mitterrand a inventé le septennat de cinq ans (1981 à 1986 et 1988 à 1993), tandis que Jacques Chirac a inventé le septennat de …deux ans ! (1995 à 1997).

Néanmoins, Jacques Chirac gagna l’élection présidentielle qui ponctua cette troisième cohabitation, largement avec plus de 82% des suffrages exprimés, Lionel Jospin ayant été éliminé dès le premier tour.

L’expérience historique a montré qu’un Premier Ministre en exercice avait très peu de chance de gagner l’élection présidentielle, surtout en période de cohabitation : Jacques Chirac en 1988, Édouard Balladur en 1995 et Lionel Jospin en 2002 l’ont appris à leurs dépens.


La cohabitation est-elle encore possible ?

Ce fut le principal argument présenté pour faire la réforme du quinquennat. Là encore, j’étais parmi les ultra-minoritaires à avoir voté contre le quinquennat lors du référendum du 24 septembre 2000 (je faisais partie des rares 2,7 millions d’électeurs ayant voté non, soit seulement 6,8% des électeurs inscrits).

Il était ainsi avancé qu’en faisant élire le Président de la République tous les cinq ans et en faisant élire les députés tous les cinq ans un mois après, on éviterait la cohabitation.

En fait, rien n’est évident. Cette réforme a surtout enrégimenté encore un peu plus la majorité parlementaire puisque les députés sont encore plus tributaires de l’élection de leur champion à l’Élysée. Et donc plus godillots. Qu’on ne se méprenne pas avec les prétendus "fraudeurs" du PS aujourd’hui : aucune motion de censure ne sera votée d’ici 2017, alors que la motion de censure est le seul réel pouvoir des députés, et seul moyen d’exprimer son opposition quand on s’oppose …vraiment aux projets du gouvernement ! Le reste n’est que posture, et ce n’est pas nouveau, le RPR n’a cessé de faire une guerre de position aux gouvernements de Raymond Barre entre 1976 et 1981 mais n’a jamais voté de motion de censure contre eux.

Rien n’est évident car rien n’empêche en effet qu’un Président de la République soit élu début mai, en raison de sa personnalité, et qu’une majorité de députés qui soient opposés à ce Président soit choisie par les électeurs en mi-juin. Dans un tel cas, la cohabitation serait directement liée au mandat présidentiel et le Président de la République aurait sa légitimité contestée dès sa prise de fonction.

D’ailleurs, le principe même de cohabitation repose sur un postulat de moins en moins prouvé aujourd’hui : sur la bipolarisation du paysage politique. Or, avec l’irruption du Front national dans le débat politique au plus haut niveau électoral, la tripolarisation du paysage politique rend la cohabitation encore plus probable puisqu’il renforce les hypothèses de non-concordance de tendance politique entre l’Élysée et le Palais-Bourbon…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 mars 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Mitterrand.
Jacques Chirac.
Le scrutin proportionnel.
Valéry Giscard d’Estaing.
Raymond Barre.
Édouard Balladur.
Jacques Chaban-Delmas.
Alain Peyrefitte.
Jean Lecanuet.
René Monory.
Laurent Fabius.
Lionel Jospin.
Pierre Mauroy.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160316-cohabitation-2.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/cohabitation-dans-une-france-en-178789

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/03/17/33501705.html



 

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 06:33

« Je ne suis pas le Premier Ministre et vous n’êtes pas le Président de la République, nous sommes deux candidats, à égalité, et qui se soumettent au jugement des Français. » (Jacques Chirac à François Mitterrand le 28 avril 1988). Première partie.


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Il y a exactement trente ans se tenaient en France les élections législatives du 16 mars 1986. Premières et uniques élections législatives au scrutin proportionnel intégral, voulu par François Mitterrand pour empêcher la coalition de centre droit UDF-RPR à obtenir la majorité absolue, elles ont conclu la première période d’alternance sous la Ve République. Je dis "période" et pas "expérience" comme on avait parlé de l’expérience du Front populaire avec Léon Blum en 1936, parce que les institutions avaient donné à celui qui les avait tant critiquées en 1964 ("Le Coup d’État permanent") un trésor très précieux : la durée.

Mais ces élections ont donné lieu à deux autres innovations politiques. La première, l’arrivée massive de députés du FN à l’Assemblée Nationale ; la seconde, la cohabitation.

Grâce à l’effet proportionnel, avec 9,6% des voix, le Front national de Jean-Marie Le Pen est entré effectivement en nombre au Palais-Bourbon avec 35 sièges, de quoi faire un groupe (de même importance que le groupe communiste). On notera d’ailleurs que ces députés n’ont jamais montré aucune volonté constructive dans leurs travaux parlementaires (pendant la durée de cette législature).

François Mitterrand, allié tacite du FN, ce n’est plus un secret d’État, c’est la confirmation d’une stratégie politicienne qui n’a pas pour horizon l’intérêt du peuple français mais la préservation des intérêts de son clan face à la concurrence UDF-RPR.

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(Schéma Wikipédia)

Avec 31,0%, le PS a pu ainsi se maintenir à un niveau assez élevé malgré la grande impopularité des gouvernements de Pierre Mauroy et du gouvernement de Laurent Fabius (ce score donne quelques espoirs à François Hollande). Le parti mitterrandiste a ainsi pu sauver les meubles en faisant élire 212 députés socialistes soit 73 seulement de moins qu’aux précédentes élections législatives du 21 juin 1981 (mais avec un total de siège augmenté de 86).

L’opération n’a cependant pas fonctionné puisque la coalition UDF-RPR a obtenu de justesse la majorité absolue des sièges, avec 286 députés (155 RPR et 131 UDF) complétés par quelques députés parmi les 9 non-inscrits. Jacques Chirac avait fait campagne sur le thème "Libres et responsables".

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Cela a abouti à une configuration institutionnelle totalement inédite, un Président de la République d’une tendance politique et une majorité parlementaire d’une tendance opposée.

C’est en effet le point critique des institutions, avec la double légitimité populaire du Premier Ministre et de son gouvernement : nommés par le Président de la République élu par tous les Français et soutenus par l’Assemblée Nationale élue, elle aussi, par tous les Français.

Depuis 1983, beaucoup de responsables politiques avaient déjà évoqué ce cas de cohabitation avec trois possibilités : la première, c’est la démission de Président de la République, considérant qu’il a été désavoué par les électeurs ; la deuxième, c’est la nomination d’un gouvernement minoritaire de la tendance du Président de la République mais en confrontation directe avec une majorité parlementaire prête à le censurer ; enfin la troisième possibilité, c’était la cohabitation véritablement, à savoir, la coexistence d’un gouvernement issu de la majorité parlementaire avec un Président d’une tendance opposée.

Dans tous les cas, la décision revient au Président de la République qui garde l’initiative sur le choix à faire. Mais la majorité parlementaire (ici menée par Jacques Chirac) aurait pu aussi imposer ses propres choix, comme lors de la crise du 16 mai 1877 (Léon Gambetta contre le Maréchal de Mac-Mahon : « Il faut se soumettre ou se démettre ! ») ou encore en 1924 contre le Président Alexandre Millerand, en faisant une grève des Premiers Ministres par exemple et en censurant tout gouvernement émanant du Président de la République désavoué.


1. La démission du Président de la République

C’était la position très gaullienne de l’ancien Premier Ministre Raymond Barre. Comment un Président de la République pourrait-il rester en place alors qu’il aurait été largement désavoué par les électeurs ? C’est par cette position gaullienne que j’ai tout de suite voulu soutenir la candidature de Raymond Barre à l’élection présidentielle et je reste convaincu qu’élu, il aurait su préparer la France aux enjeux économiques et sociaux d’aujourd’hui, alors que la France est enlisée dans un immobilisme inquiétant précisément depuis une trentaine d’années.

Raymond Barre n’hésitait pas à se référer au comportement même du Général De Gaulle qui, désavoué par les électeurs lors du référendum du 27 avril 1969, avait quitté de lui-même le pouvoir, n’imaginant pas une seule seconde que le contrat du 19 décembre 1965 (mandat de sept ans) était encore valable.

Cet esprit des institutions avait été confirmé par quelques gaullistes, historiques ou pas, comme Michel Debré, ou encore Charles Pasqua. Mais cette position gênait la marche au pouvoir de Jacques Chirac qui avait clairement misé sur Matignon en 1986 comme tremplin pour l’Élysée en 1988 (en ce sens, Charles Pasqua était pour le maintien du septennat mais n'a jamais été officiellement contre la cohabitation, seule période où fut ministre).

Paradoxalement, Raymond Barre était essentiellement soutenu par les centristes du CDS (Centre des démocrates sociaux) qui auraient été les plus susceptibles de proposer des majorités plus arrangeantes avec un François Mitterrand à l’Élysée.

Concrètement, sauf par un coup d’État, personne ne pouvait imposer à François Mitterrand de démissionner, et ce dernier, bien trop amoureux du pouvoir, avait laissé entendre qu’il n’entendrait en aucun cas quitter l’Élysée.

Position qu’avait prise également le Président Valéry Giscard d’Estaing le 27 janvier 1978, alors que dans les sondages, la gauche était sur le point de remporter les élections législatives de mars 1978. À Verdun-sur-le-Doubs, il avait annoncé qu’il resterait Président de la République, qu’il nommerait François Mitterrand à Matignon et qu’il se retirerait à Rambouillet pour s’éloigner des affaires politiques : « Nul n’est en droit de me dicter ma conduite. J’agis en tant que chef de l’État et selon ma conscience, et ma conscience me dit ceci : Le Président de la République n’est pas un partisan, il n’est pas un chef de parti mais il ne peut pas rester non plus indifférent au sort de la France. (…) Vous pouvez choisir l’application du programme commun. C’est votre droit. Mais si vous le choisissez, il sera appliqué. Ne croyez pas que le Président de la République ait, dans la Constitution, les moyens de s’y opposer. J’aurais manqué à mon devoir si je ne vous avais pas mis en garde. ».

Et il avait ajouté ceci qui reste encore d’actualité près de quarante ans plus tard : « Il m’a toujours semblé que le sort de la France hésitait entre deux directions. Tantôt, quand elle s’organise, c’est un pays courageux, volontaire, efficace, capable de faire face au pire, et capable d’aller loin. Tantôt, quand elle se laisse aller, un pays qui glisse vers la facilité, la confusion, l’égoïsme, le désordre. La force et la faiblesse de la France, c’est que son sort n’est jamais définitivement fixé entre la grandeur et le risque de médiocrité. (…) Si au fond de moi-même, je vous fais confiance, c’est parce que je suis sûr qu’au moment de choisir, oubliant tout à coup les rancunes, les tentations, les appétits, vous penserez qu’il s’agit d’autre chose, et que, qui que vous soyez, inconnu ou célèbre, faible ou puissant, vous détenez une part égale du destin de notre pays. Et alors, comme vous l’avez toujours fait, vous ferez le bon choix pour la France ! ». Cette hypothèse n’a finalement pas été confirmée en 1978 en raison de la victoire inattendue de la majorité sortante (oserais-je encore dire : cela donne là aussi quelques espoirs à François Hollande ?).


2. Un gouvernement minoritaire contre la majorité parlementaire

Une telle situation créerait une véritable crise institutionnelle qui serait sévèrement condamnée par les électeurs. En effet, avec le droit de dissolution et la motion de censure, l’Élysée et le Palais-Bourbon pourraient s’envoyer des scuds nucléaires à un coup sans pour autant réussir à mettre en place un gouvernement stable. Ce serait la politique de la terre brûlé, chacun se paralysant avec ses armes de dissuasion.

Cette hypothèse avait pourtant été évoquée parmi les éléments de réflexion de François Mitterrand, avec par exemple un Premier Ministre Jean-Louis Bianco (qui était à l’époque Secrétaire Général de l’Élysée) mais elle n’était pas politiquement réaliste.

Du reste, l’histoire de France avait déjà donné une telle configuration lorsque le Cartel des gauches, qui avait gagné les élections législatives du 25 mai 1924, refusa de gouverner avec le Président Alexandre Millerand qui avait soutenu le Bloc national (sortant) pendant la campagne, lors de son discours d’Évreux le 14 octobre 1923. Ce dernier a alors nommé son fidèle Ministre des Finances Frédéric François-Marsal à la tête du gouvernement du 8 juin 1924 au …10 juin 1924. L’objectif était de permettre à Alexandre Millerand d’adresser un message aux parlementaires qui fut lu par Frédéric François-Marsal le 10 juin 1924 : « S’il était entendu désormais que l’arbitraire d’une majorité peut obliger le Président de la République à se retirer pour des motifs politiques, le Président de la République ne serait plus qu’un jouet aux mains des partis. ». Le gouvernement fut logiquement renversé le jour même et Alexandre Millerand démissionna finalement le 11 juin 1924. Gaston Doumergue lui succéda le 13 juin 1924 (le mathématicien Paul Painlevé, le candidat du Cartel des gauches, échoua) et Édouard Herriot, chef des radicaux et du Cartel des gauches, fut (enfin) nommé Président du Conseil le 14 juin 1924.


3. La cohabitation

S’il était particulièrement contesté par Raymond Barre à partir de 1984, à l’époque très populaire et favori de l’élection présidentielle de 1988, le principe de la cohabitation avait été théorisé dès 1983 par Édouard Balladur. Et la cohabitation était donc l’hypothèse la plus probable de l’après-mars 1986.

Le supposé machiavélisme de François Mitterrand laissait entrevoir des scénarios particulièrement savoureux. En particulier dans le choix du Premier Ministre, figure déterminante pour cette innovation de la pratique constitutionnelle.

Jacques Chirac, président du RPR, parti le plus fort de la majorité parlementaire, et donc chef de la majorité, était en principe l’homme incontournable pour Matignon mais François Mitterrand restait maître de ses prérogatives.

Parmi les noms qui circulaient, il y avait Jacques Chaban-Delmas dont l’amitié avec François Mitterrand aurait pu faire une "cohabitation douce", mais Jacques Chirac lui aurait alors annoncé qu’il le censurerait (la majorité était bien verrouillée). Les autres hypothèses étaient encore plus farfelues, comme Alain Peyrefitte qui avait publié le 25 septembre 1985 un livre programme destiné à cette hypothèse ("Encore un effort Monsieur le Président", éd. Jean-Claude Lattès), ou Valéry Giscard d’Estaing, ce qui aurait été cocasse dans la salle du conseil des ministres après deux duels présidentiels sans complaisance. René Monory et Simone Veil (très populaire) auraient pu être sur la ligne de départ si l’UDF avait obtenu plus de sièges que le RPR.

Dans un prochain article, j’évoquerai la formation du premier gouvernement de la cohabitation.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 mars 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Mitterrand.
Jacques Chirac.
Le scrutin proportionnel.
Valéry Giscard d’Estaing.
Raymond Barre.
Édouard Balladur.
Jacques Chaban-Delmas.
Alain Peyrefitte.
Jean Lecanuet.
René Monory.
Laurent Fabius.
Lionel Jospin.
Pierre Mauroy.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160316-cohabitation.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/cohabitation-dans-une-france-en-178787

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 06:00

« Ils sont tombés silencieux sous le choc, comme une muraille. » (inscription sur le mausolée du lieutenant-colonel Émile Driant et de ses chausseurs tués pour la défense de Verdun les 21 et 22 février 1916 au Bois des Caures). Seconde partie.


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Dans l’article précédent, j’avais évoqué l’horreur de la Bataille de Verdun et la nécessité d’apprendre les leçons de l’histoire, et notamment à propos du projet sur la déchéance de la nationalité.

Pour finir sur Verdun, je voudrais en citer une figure marquante qui est morte il y a juste cent ans ce lundi 22 février 2016. J’aurais certes aimé citer Charles Péguy qui a préféré aller au casse-pipe alors qu’il avait eu la possibilité de rester bien au chaud chez lui. Il fut l’une des premières victimes de la Première Guerre mondiale, le 5 septembre 1914, mais ce n’était pas à Verdun mais près de Meaux.
Pour la Bataille de Verdun, je voudrais plutôt évoquer le colonel Émile Driant. Il se trouve qu’il y a une rue du Colonel-Driant juste en face de la Banque de la France dans le 1er arrondissement à Paris et cela m’avait frappé car je connaissais aussi la place du Colonel-Driant à Nancy, pas loin de la cathédrale, au centre ville.


Un brillant militaire mais trop bavard

Né le 11 septembre 1855, Émile Driant fut un militaire particulièrement brillant et fut nommé chef de bataillon puis chef de corps. Gendre du général Georges Boulanger (il avait été sous ses ordres de 1884 à 1897, tant en Tunisie qu’au sein même du Ministère de la Guerre), il fut plusieurs fois sanctionné par l’armée pour ses prises de position publiques, sur le général Boulanger dont il a défendu la mémoire (après le suicide de celui-ci le 30 septembre 1891), sur l’histoire des fiches que le ministre du moment avait faites pour éviter de promouvoir les militaires catholiques, etc. si bien que dans l’impossibilité d’être promu, il a fini par démissionner de l’armée le 31 décembre 1905 (à 50 ans).


Un député défenseur de l’armée

Démarrant une carrière politique, Émile Driant fut élu député de Nancy en 1910 et réélu en 1914, membre du groupe parlementaire Action libérale populaire qu’il est difficile de rattacher à la partition politique actuelle. Il faisait partie de ces "catholiques sociaux" qui avaient rejoint la République sur les encouragements du pape Léon XIII, et sous la direction de personnalités comme Albert de Mun.

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Ami de Paul Déroulède et de Maurice Barrès (ce dernier était lui aussi élu lorrain), Émile Driant fut l’un des plus ardents défenseurs de l’armée dans les débats parlementaires, en particulier lorsqu’il a fallu rallonger la durée du service militaire à trois ans (un texte qui fit beaucoup polémique à l’époque) et il s’opposa très fermement aux vues pacifistes d’Aristide Briand et de Jean Jaurès.


Un romancier à succès

Parallèlement à ses activités de militaire puis de député, sous le pseudonyme de Capitaine Danrit, il écrivit et publia, entre 1892 et 1913, une trentaine de romans d’anticipation qui ont connu beaucoup de succès où il racontait des voyages fantastiques, décrivait les progrès de la technique et proposait quelques idées de stratégie militaire (dont certaines ont eu l’allure prémonitoire, comme à propos de Pearl Harbor).

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Son activité littéraire était un si grand succès (ses ouvrages étaient offerts lors de la distribution des prix dans les écoles) qu’en décembre 1915, il décida de postuler à l’Académie française, au fauteuil d’Albert de Mun (mort le 6 octobre 1914).


Engagé volontaire pour la guerre

Malgré son âge avancé (58 ans) et ses fonctions parlementaires, le lieutenant-colonel Émile Driant voulut absolument reprendre du service après la déclaration de guerre et le 14 août 1914, il fut nommé commandant des 56e et 59e bataillons de chasseurs à pieds. Il s’est retrouvé à défendre Verdun en fin 1915 et avertit jusqu’au Président de la République Raymond Poincaré de la très grande insuffisance des moyens de défense dans sa zone.

Le Ministre de la Défense de l’époque (du 29 octobre 1915 au 16 mars 1916), le général Joseph Gallieni, qui soutenait la requête d’Émile Driant, fut désavoué par le Président du Conseil Aristide Briand, et a finalement dû démissionner tandis que le général Joseph Joffre fut confirmé dans sa stratégie de désarmer la Meuse pour préparer la Bataille de la Somme (qui a eu lieu du 1er juillet 1916 au 18 novembre 1916 et coûta aussi très cher en vies humaines, près de 450 000 morts !). Joseph Joffre était le généralissime commandant en chef des opérations du 2 août 1914 au 26 décembre 1916, avait beaucoup d’influence auprès des politiques et, agacé, était prêt à arrêter Émile Driant pour son intervention auprès du gouvernement.

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La veille du déclenchement de l’offensive de Verdun par les Allemands, Émile Driant avait écrit ceci à son épouse : « La visite de Joffre, hier [19 février 1916], prouvent que l’heure est proche et au fond, j’éprouve une satisfaction à voir que je ne me suis pas trompé en annonçant il y a un mois ce qui arrive, par l’ordre du bataillon que je t’ai envoyé. À la grâce de Dieu ! Vois-tu, je ferai de mon mieux et je me sens très calme. J’ai toujours eu une telle chance que j’y crois encore pour cette fois. Leur assaut peut avoir lieu cette nuit comme il peut encore reculer de plusieurs jours. Mais il est certain. Notre bois [des Caures] aura ses premières tranchées prises dès les premières minutes, car ils y emploieront flammes et gaz. Nous le savons, par un prisonnier de ce matin. Mes pauvres bataillons si épargnés jusqu’ici ! Enfin, eux aussi ont eu de la chance jusqu’à présent… Qui sait ? Mais comme on se sent peu de choses à ces heures-là ! » (lettre du 20 février 1916).

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La Bataille de Verdun commença le lendemain matin, le 21 février 1916 à 7 heures 15, par l’invasion de la 5e armée allemande qui fut d’une redoutable violence, les obus éclatant sans répit jusqu’à la fin de l’après-midi. Les deux bataillons dirigés par Émile Driant furent décimés (90% des hommes y perdirent leur vie). La neige n’aida pas non plus à arrêter l’offensive. Le lendemain, le 22 février 1916 dans l’après-midi, en situation de repli vers le sud-ouest avec les derniers survivants, Émile Driant fut atteint à la tempe d’une balle de mitrailleuse alors qu’il venait de soigner l’un de ses hommes blessés. La résistance héroïque et désespérée de ces soldats pendant deux jours a permis de freiner l’arrivée des troupes allemandes et d’organiser le renfort de Verdun.


Un hommage national à sa gloire

La mort d’Émile Driant a bouleversé la classe politique mais aussi la jeunesse française friande de ses romans. Le 7 avril 1916, ce fut Paul Deschanel (en tant que Président de la Chambre des députés) qui prononça son éloge funèbre dans l’Hémicycle. Son ami et collègue député Maurice Barrès écrivit alors dans "L’Écho de Paris" : « Le lieutenant-colonel Driant, député de Nancy, demeure allongé sur la terre lorraine, baignée de son sang. » (8 avril 1916) puis : « Il respire, il agit, il crée : il est l’exemple vivant. » (9 avril 1916). Une cérémonie a lieu chaque 21 février devant le monument du Bois des Caures. C’en est le centenaire ce dimanche.

Émile Driant fut honoré après la guerre comme héros patriotique de la nation au même titre que Joseph Joffre, Ferdinand Foch, Joseph Gallieni …et Philippe Pétain qui, lui, connut une "fin de vie" catastrophique (le naufrage de la vieillesse, selon De Gaulle)…

Par ailleurs, pour la simple anecdote, l’arrière-petite-fille d’Émile Driant, Laure Driant, s’est mariée le 10 avril 1999 avec Xavier Darcos, ancien ministre et actuel membre de l’Académie française, et a été élue conseillère départementale LR de l’Essonne le 29 mars 2015 sur le canton de Gif-sur-Yvette. Elle est également l’arrière-arrière-petite-fille du général Boulanger.

Je trouve que le colonel Driant est une figure bien plus symbolique de la Bataille de Verdun et plus généralement, de la Grande Guerre, que cette poignée de main plus ou moins spontanée entre Helmut Kohl et François Mitterrand le 22 septembre 1984...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 février 2016)
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Pour aller plus loin :
Le symbole de Verdun.
La déchéance de nationalité.
1914.
Sarajevo.
La Bataille de Verdun.
Charles Péguy.
Jean Jaurès.
Joseph Caillaux.
Philippe Pétain.
Émile Driant.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160222-emile-driant.html


 

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 06:09

« Ils sont tombés silencieux sous le choc, comme une muraille. » (inscription sur le mausolée du lieutenant-colonel Émile Driant et de ses chausseurs tués pour la défense de Verdun les 21 et 22 février 1916 au Bois des Caures). Première partie.


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Il y a précisément cent ans, ce dimanche 21 février 2016, la Bataille de Verdun avait commencé. Elle fut l’une des plus meurtrières de la Première Guerre mondiale et la plus longue puisqu’elle dura jusqu’au 19 décembre 1916. Elle a été décidée par les Allemands et les Français se sont vaillamment défendus au point de reprendre les quelques bouts de champs conquis au début par l’ennemi. En tout, 306 000 soldats sont morts dans cette bataille, 163 000 Français et 143 000 Allemands. 70% des Poilus ont connu cette bataille car le turn-over était très grand tant les conditions de vie durant la bataille furent infernales.


La visite de Verdun

Parce que j’étais lorrain, j’ai eu l’occasion deux fois, enfant, une fois avec l’école et une fois en famille, de visiter les forts de Douaumont et de Vaux. Sur la plaine de Meuse. Des champs, des villages complètement détruits. À l’époque où j’y étais allé, des paysans m’avaient raconté qu’ils trouvaient dans leurs champs encore des bouts d’os, des restes de munitions, et qu’il faudrait probablement plusieurs siècles pour en venir à bout.

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On m’avait fait visiter les deux forts. Les couloirs où les soldats étaient stationnés, immobilisés pour se défendre. Il faisait obscur, froid et humide. Le guide avait alors allumé un pétard qu’il a balancé au bout du couloir. Le bruit fut assourdissant. Or, durant la bataille, le bruit d’un pétard n’était rien par rapport à celui des armes et des obus, explosant en permanence. Si le soldat n’était pas tué, de toute façon, il était devenu sourd et surtout, fou. On ne pouvait pas ressortir indemne de ces trous de vie. L’état psychologique ne pouvait rester intact.

J’avais notamment visité l’ossuaire très impressionnant de Douaumont et je conseille vivement aux personnes qui habitent dans la région ou qui y passent de s’y arrêter une journée. Des tas d’os, de soldats anonymes, inconnus, ramassés et entassés dans un grand cube en verre, transparent. L’image ne peut être que marquante. Il faut se souvenir. Il faut toujours se souvenir, malgré les années, les décennies, les siècles qui passent.

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C’est vrai qu’en 1916, on n’imaginait pas la suite, on ne savait pas qu’il y aurait Auschwitz et d’autres camps d’extermination par les nazis. C’est vrai aussi que le XXe siècle ne faisait que commencer, avec ses atrocités, ses cruautés, idéologiques (nazisme, communisme) ou même sans idéologie, que les dictateurs parmi les plus inhumains de l’histoire du monde ont pu garder le pouvoir, pendant parfois une période très longue, sur des peuples opprimés, oppressés.

Quand les peuples d’Europe centrale et orientale se sont enfin libérés du joug soviétique après la chute du mur de Berlin, j’avais beaucoup écrit sur cette Première Guerre mondiale, en disant notamment que tous ces jeunes soldats, souvent d’une vingtaine d’années, qui sont tombés durant ces deux guerres mondiales, avaient sacrifié leur vie pour que moi, bien confortablement assis dans un pays désormais en paix, je puisse choisir librement le destin commun de notre nation par mon vote. Ceux qui crachent sur la démocratie française, et plus généralement européenne, n’ont visiblement rien compris à l’histoire de ce si poignant XXe siècle. Ils crachent aussi sur tous ces jeunes combattants morts et sur la paix.


La leçon du XXe siècle ?

Si la leçon de la Première Guerre mondiale n’a pas pu être entendue par la classe politique des années 1930, cette leçon que cette guerre serait la "der des der", il serait bon qu’elle le soit enfin aujourd’hui, cent ans plus tard.

Et pourtant, est-ce si sûr ?

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Prenons la déchéance de la nationalité. Ce n’était pas le régime de Pétain qui a promulgué la loi permettant cette déchéance. Non, c’était la IIIe République. Ce fut le gouvernement d’Édouard Daladier qui a instauré la déchéance de nationalité pour actes de trahison contre la France par le décret-loi du 12 novembre 1938 relatif à la situation et à la police des étrangers, comme le rappelle très opportunément Hervé Torchet le 26 décembre 2015 dans son excellent blog, juste après les Accords de Munich (signés le 29 septembre 1938). Le décret-loi du 9 septembre 1939 permettait même de déchoir de sa nationalité, à titre exceptionnel, un Français de naissance sans avoir une autre nationalité s’il se comportait en ressortissant d’une puissance étrangère (décret-loi qui toucha deux députés communistes dont Maurice Thorez le 17 février 1940 en raison du Pacte germano-soviétique).

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Cette disposition des deux décrets-lois du 12 novembre 1938 et du 9 septembre 1939 n’a pas été appliquée par le gouvernement d’Édouard Daladier (à l’exception de deux députés communistes) mais par Philippe Pétain un an et demi plus tard, et notamment le 8 décembre 1940 contre la personne du Général De Gaulle : « On s’en est servi aussi pour annuler la naturalisation de très nombreux Juifs allemands que l’Allemagne avait rendus apatrides et qui avaient cru pouvoir se ranger sous la protection de la France. Pétain avait promis de protéger les Juifs français contre les nazis. Sa prétendue protection ne s’étendait pas aux naturalisés, dont beaucoup, rendus à l’Allemagne, finirent dans les camps de la mort. On comprend que, depuis cette époque, la déchéance de nationalité ait fait figure de spectre dans le droit français et, compte tenu de ce précédent épouvantable, c’était bien le moins. » (Hervé Torchet).

En effet, l’acte du 22 juillet 1940 a remis en cause toutes les naturalisations survenues depuis le vote de la loi du 10 août 1927 sur la nationalité française. Entre juin 1940 et mai 1944, 15 600 personnes perdirent leur nationalité française (des milliers de Juifs et quelques centaines gaullistes Français de naissance considérés comme des terroristes) sans compter les 110 000 Juifs algériens qui perdirent en octobre 1940 leur citoyenneté française (obtenue par le décret Crémieux, décret n°136 du 24 octobre 1870 « qui déclare citoyens français les Israélites indigènes de l’Algérie »).

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C’était l’inquiétude exprimée par l’ancienne ministre Delphine Batho lors de la discussion à l’Assemblée Nationale : « Je suis obligée de regarder cette proposition de révision de la loi fondamentale de la République avec une certaine inquiétude pour l’avenir. Parce que c’est la loi fondamentale que nous mettons entre les mains des majorités futures, avec peut-être le meilleur mais aussi, peut-être, le pire. Or je ne souhaite pas que la loi fondamentale de la République puisse autoriser la déchéance de nationalité de Français de naissance, par une loi simple modifiant le code pénal. » (9 février 2016).

Ce que disait d’ailleurs plus crûment Hervé Torchet : « Une fois que la brèche sera ouverte, nos dirigeants pourront se vautrer tout à fait dans la fange, et étendre à leur guise la "déchéance" pour pouvoir en faire ce qu’ils veulent. » (26 décembre 2015).

Nul doute que comme le gouvernement Daladier, le gouvernement actuel ne se servirait pas du tout, ou uniquement avec une extrême parcimonie, de cette nouvelle disposition constitutionnelle si elle était adoptée par les parlementaires, mais rien ne garantirait qu’un gouvernement futur n’en abuserait pas pour assouvir une colère issue d’une idéologie particulièrement nauséabonde. Exactement comme en fin 1938 et début 1939…


Dans le prochain article, j’évoquerai une figure marquante de cette infernale Bataille de Verdun.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 février 2016)
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Pour aller plus loin :
La déchéance de nationalité.
1914.
Sarajevo.
La Bataille de Verdun.
Charles Péguy.
Jean Jaurès.
Joseph Caillaux.
Philippe Pétain.
Émile Driant.

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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 06:27

« Mitterrand, c’est le type du politichien. Il n’a absolument rien pour lui que l’ambition, le désir de prendre la place le jour où il le pourrait. » (Charles De Gaulle, 22 septembre 1965).


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Les nostalgiques des années Mitterrand vont être servi cette année 2016 avec le vingtième anniversaire de la mort de François Mitterrand ce vendredi 8 janvier 2016 et le centenaire de sa naissance le 26 octobre 2016. D’ailleurs, les documentaires et autres articles concernant l’ancien Président de la République ont fleuri depuis le début décembre 2015, tant dans la presse que dans l’audiovisuel.

Pourfendeur de la Ve République, François Mitterrand s’est moulé dans les institutions comme un roi, bien mieux que De Gaulle. Au point d’avoir atteint le record de longévité d’un Président de la République française avec quatorze ans de règne. Un record qui ne pourra plus jamais être égalé, en tout cas quatorze années successives, à cause de la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 qui limite cette longévité à deux mandats consécutifs de cinq ans. Il faut remonter à Napoléon III pour retrouver une telle longévité pour un chef d’État.

Mais à part la longévité et le livre des records, que reste-t-il de François Mitterrand ? Pas grand chose sinon son cynisme. À son actif, soyons honnête quand même, il a été un ardent défenseur de la construction européenne et à ce titre, il est sans doute le dernier Président français à avoir cru en l’Europe. Comme Valéry Giscard d’Estaing. Leurs successeurs n’ont fait que gérer des situations de fait sans initiative particulièrement marquante pour renforcer l’intégration européenne. À son passif, il a laissé un bébé grandir qui, aujourd’hui, a atteint sa pleine maturité électorale : le Front national et la famille Le Pen.

Je profite donc de cet anniversaire pour évoquer François Mitterrand et l’extrême droite.


Entre 1934 et 1945

Son passé est maintenant connu même si, durant sa Présidence, il avait tout fait pour réduire au silence toute information le concernant (le livre de Pierre Péan de 1994, "Une Jeunesse française. François Mitterrand, 1934-1947" est un document très fouillé sur cette période).

Issu d’une famille nombreuse de la bourgeoisie provinciale catholique, François Mitterrand est parti faire des études à Paris, dans le futur IEP de Paris et à la faculté de lettres et de droit pour devenir avocat. Il fut adhérent en novembre 1934 des Croix-de-feu dirigées par le colonel François de La Roque, qui est un militant de droite nationaliste, mais républicain, chrétien social, et qui fut par la suite résistant et déporté sous l’Occupation. En 1936, après la dissolution des Croix-de-feu, François Mitterrand fréquentait des amis issus de La Cagoule, un groupuscule armé d’extrême droite, sans y appartenir lui-même.

En particulier, c’est Eugène Schueller, fondateur de L’Oréal, père de Liliane Bettencourt et ami d’Eugène Deloncle (dirigeant de la Cagoule que l’homme d’affaires avait financée), qui lui trouva un emploi après la guerre (comme directeur de "Votre Beauté") et qui l’encouragea à s’implanter électoralement dans la Nièvre (parce qu’Eugène Schueller était un ami de Patrice Flynn, l’évêque de Nevers).

Rédigeant des articles dans un journal proche du Parti social français (le successeur des Croix-de-feu), François Mitterrand écrivit quelques pamphlets contre les étrangers, en particulier : « Désormais, le Quartier Latin est ce complexe de couleurs et de sons si désaccordés qu’on a l’impression de retrouver cette tour de Babel à laquelle nous ne voulions pas croire. ». Des photographies publiées dans la presse d’extrême droite de l’époque attestent aussi de sa présence lors de la manifestation "anti-métèques" du 1er févier 1935 organisée par l’extrême droite.

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Pendant la guerre, après avoir été fait prisonnier par les Allemands en juin 1940 et s’être évadé en janvier 1942, François Mitterrand a été recruté dans l’administration à Vichy. Dans une lettre datée du 22 avril 1942, il a écrit que le retour de Pierre Laval ne lui faisait pas beaucoup peur, et il rencontra Philippe Pétain le 15 octobre 1942 comme l’un des responsables du comité d’entraide aux prisonniers rapatriés de l’Allier. Il entra dans la Résistance vers mars 1943 mais fut décoré de l’ordre de la Francisque par Pétain eu printemps 1943 (n°2202) au titre des prisonniers de guerre. Il rompit toute relation avec Vichy en fin mai 1943. Pour beaucoup de gaullistes,  François Mitterrand avait été encouragé à recevoir la Francisque car c’était une couverture idéale.

François Mitterrand était donc, jusqu’au milieu de la guerre, dans des milieux certes nationalistes et pétainistes mais il n’était en aucun cas fasciste ni antisémite (De La Rocque avait contesté le statut des Juifs). Ce qu’on peut lui reprocher, c’est d’avoir fait une OPA des mouvements de prisonniers à partir de 1943, grâce à la "reconversion" gaulliste de son pétainisme, et que cette démarche a été la base de sa légitimité politique après la guerre au sein de petits partis politiques de centre gauche (UDSR, puis CIR).


Entre 1945 et 1981

C’est pendant cette période de fin de la guerre que François Mitterrand se lia d’amitié avec René Bousquet, le terrible secrétaire général de la police de Vichy du 18 avril 1942 au 31 décembre 1943, organisateur de la rafle du Vel’ d’hiv’. Blanchi étonnamment par la justice, René Bousquet tenta sans succès une carrière politique en se présentant aux élections législatives du 23 novembre 1958, sous l’étique UDSR, le parti de François Mitterrand.

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Devenu un banquier influent et un homme de presse (assurant la succession de Jean Baylet à "La Dépêche du Midi"), il a soutenu la campagne présidentielle de François Mitterrand en 1965. François Mitterrand continua à voir René Bousquet ainsi que son collaborateur Jean-Paul Martin jusqu’en 1986, les invitant à Latché et même à l’Élysée (Jean-Paul Martin est mort en 1986 et des accusations contre René Bousquet s’intensifièrent à partir de cette même année). Selon Georges-Marc Benhamou, il aurait lâché : « Une carrière ainsi brisée à 35 ans, et ce n’est pas supportable. (…) Bousquet en souffrait cruellement. Imaginez cette cassure, cette carrière foudroyée. ».

François Mitterrand a aussi reçu pour le second tour de l’élection présidentielle du 19 décembre 1965 le soutien du candidat d’extrême droite Jean-Louis Tixier-Vignancour. Là encore, les voix n’ont pas d’odeur et il avait bénéficié de l’antigaullisme de Jean-Louis Tixier-Vignancour et de son directeur de campagne Jean-Marie Le Pen qui en voulaient à De Gaulle d’avoir fait accéder l’Algérie à l’indépendance. De plus, au cours d’un témoignage judiciaire, François Mitterrand avait soutenu le général Raoul Salan le 17 mai 1962 lors du procès de ce dernier, défendu par …Jean-Louis Tixier-Vignancour.

Ce qui a fait dire à De Gaulle le 24 novembre 1965 : « Mitterrand et Bousquet, ce sont les fantômes qui reviennent : le fantôme de l’anti-gaullisme issu du plus profond de la collaboration. Que Mitterrand soit un arriviste et un impudent, je ne vous ai pas attendu pour le penser. Mitterrand est une arsouille. » (discussion avec Alain Peyrefitte).

Bien plus tard, un de ses pourtant partisans, peu de temps avant sa mort, n’a pas hésité à le balancer aussi : « François Mitterrand, vous savez, je l’ai toujours servi loyalement mais je n’ai jamais été mitterrandiste. C’était un homme qui venait de l’extrême droite et qui a toujours été à l’extrême droite. » (Georges Frêche, en 2009). Georges Frêche, ancien député-maire de Montpellier et président du conseil régional de Midi-Pyrénées, n’a jamais été nommé ministre (ni par François Mitterrand, ni par Lionel Jospin).

Pendant la période d’opposition de l’union de la gauche, tout au long des années 1970, François Mitterrand a réussi à mettre hors de compétition le Parti communiste français, faisant du PS la première force à gauche. Son élection le 10 mai 1981 a marqué la réussite de sa patiente stratégie d’union de la gauche alors qu’il n’avait jamais montré dans sa jeunesse une passion débordante pour le marxisme.


Entre 1981 et 1996

Le "maréchalisme" de François Mitterrand a été très mal ressenti par ses plus proches soutiens. Entre 1984 et 1991, François Mitterrand fit déposer chaque année une gerbe de fleurs sur la tombe de Philippe Pétain. Ses prédécesseurs ne l’avaient fait qu’une seule fois au cours de leur mandat (en novembre 1968, en février 1973 et en novembre 1978). Il arrêta cette pratique en 1992 lorsque la polémique s’est enflée.

Devenu très impopulaire à partir de 1983, en particulier sur les sujets économiques mais aussi sociétaux, comme l’enseignement (en juin 1984, plus d’un million de personnes ont défilé en faveur de l’école libre et contre le projet Savari), François Mitterrand a cherché, à défaut de gagner les élections législatives de mars 1986, d’empêcher l’alliance UDF-RPR d’obtenir la majorité absolue. Pour cela, il a profité d’un appel d’air aux thèses du Front national à Dreux en septembre 1983 (17% lors des élections municipales partielles) et il a modifié en avril 1985 le scrutin électoral en instituant la proportionnelle intégrale (sur la base des analyses électorales des élections cantonales de mars 1985).

Pour faire mûrir le FN, François Mitterrand a encouragé les chaînes de télévision publiques à inviter dans leurs émissions politiques le leader du FN, à savoir Jean-Marie Le Pen. Le directeur adjoint du cabinet à l’Élysée de l’époque a confirmé ces consignes qui se voulaient des ordres, notamment auprès de François-Marie de Virieu, l’animateur de "L’Heure de vérité".

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De fait, Jean-Marie Le Pen a fait un tabac lors de sa première apparition comme invité de "L’Heure de vérité" le 13 février 1984 sur Antenne 2. Aux élections européennes du 17 juin 1984, le FN a grimpé jusqu’à 10,9%, à 0,2% du PCF. Fondé formellement en 1972, le FN venait d’être "regénéré" médiatiquement en 1984 grâce à François Mitterrand.

La stratégie électorale de François Mitterrand ne fut pas couronnée de succès car l’alliance UDF-RPR a finalement obtenu de justesse la majorité absolue de l’Assemblée Nationale le 16 mars 1986, à quelques sièges près (deux), assurant au futur Premier Ministre Jacques Chirac une discipline majoritaire très ferme, tandis que trente-cinq députés FN (avec 9,6%) ont fait leur entrée au Palais-Bourbon.

En début avril 1988, pour continuer dans sa stratégie d’encouragement du FN, François Mitterrand, candidat à sa réélection, renouvela sa position en faveur du droit de vote des étrangers tout en indiquant qu’il ne le réaliserait pas. Des propos inutilement polémiques visant à encourager la colère des moins modérés et à renforcer la candidature de Jean-Marie Le Pen qui a réussi à obtenir 14,4% des suffrages exprimés au premier tour de l’élection présidentielle du 24 avril 1988. François Mitterrand a été réélu sans beaucoup de difficulté après un entre-deux tours particulièrement âpre.


Hollande et Valls sur les pas de Mitterrand

Ce cadeau empoisonné à la droite, la gauche a eu plus tard l’amère surprise d’en être la principale victime avec l’élimination de Lionel Jospin du second tour de l’élection présidentielle de 2002.

Depuis 2011, les niveaux électoraux très élevés du FN marquent une nouvelle étape au point de se demander si François Hollande et Manuel Valls ne jouent pas avec le feu pour 2017 (notamment en réalisant le programme du FN sur la déchéance de la nationalité), car la seule possibilité de gagner l’élection présidentielle prochaine est de se retrouver dans un second tour face à Marine Le Pen qu’il a donc fallu favoriser dans les médias et dans le débat public en général en en faisant sa principale interlocutrice.

François Mitterrand, à titre posthume, est devenu une sorte de …docteur Frankenstein, ne maîtrisant plus la créature qu’il a contribué à faire croître dans le plus redoutable des cynismes, et ses héritiers socialistes en jouent et abusent de manière plus que menaçante.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (8 janvier 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Mitterrand, l’homme du 10 mai 1981.
François Mitterrand et la peine de mort.
François Mitterrand et le Traité de Maastricht.
François Mitterrand et l’extrême droite.
François Mitterrand et l’audiovisuel public.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160108-mitterrand.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-mitterrand-le-politicien-175948

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/01/08/33137659.html

 

 

 

 

 

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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 06:11

« En elle-même toute idée est neutre, ou devrait l’être ; mais l’homme l’anime, y projette ses flammes et ses démences : impure, transformée en croyance, elle s’insère dans le temps, prend figure d’événement ; le passage de la logique à l’épilepsie est consommée… Ainsi naissent les mythologies, les doctrines, et les farces sanglantes. » (Emil Cioran dans "Précis de décomposition", 1949, cité dans "L’œil de Vichy", 1993). Sur Pierre Laval, troisième et dernière partie.



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Après avoir évoqué le passé politique plutôt prestigieux de Pierre Laval juste avant l’arrivée au pouvoir de Pétain, puis la politique de collaboration qu’il a menée pendant ses deux à trois années au pouvoir sous le régime de Vichy, on en arrive au jugement de l’Histoire, et d’abord, au jugement de ses contemporains. Personne, à par son épouse, sa fille et son gendre, ne pleura l’exécution de Pierre Laval le 15 octobre 1945, il y a exactement soixante-dix ans.


Rebondir une nouvelle fois ?

Avec l’arrivée de la Première armée aux portes de Paris, Pierre Laval, voyant que l’Allemagne allait s’effondrer, a tenté de négocier un nouveau retournement en début août 1944 pour rétablir la IIIe République et empêcher De Gaulle de prendre le pouvoir. Il voulait réunir les parlementaires à Paris sous la présidence d’Édouard Herriot et de Jules Jeanneney, respectivement, en juillet 1940, Président de la Chambre des Députés et Président du Sénat. Édouard Herriot, détenu à l’hôpital de Maréville, à Laxou, dans la banlieue de Nancy, accepta d’être ramené à Paris mais Jules Jeanneney refusa de répondre à la demande de Pierre Laval.

Finalement, Édouard Herriot refusa cette manœuvre politicienne désespérée et les Allemands s’y opposèrent aussi et l’arrêtèrent. Pierre Laval et Philippe Pétain furent arrêtés et transférés à Sigmaringen les 17 et 20 août 1944 puis ont tenté de fuir après l’arrivée de la Première armée en février 1945. Pierre Laval trouva asile à Barcelone le 2 mai 1945 mais Franco le remit à De Gaulle le 2 août 1945.

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À noter aussi, pour l’anecdote, qu’Albert Lebrun, Président de la République depuis le 10 mai 1932 et réélu le 5 avril 1939 pour un second mandat de sept ans, avait tenté, en vain, de négocier avec De Gaulle son retour à l’Élysée jusqu’en 1947. De Gaulle considérait au contraire qu’il fallait une nouvelle Constitution, approuvée par le peuple, et de nouveaux acteurs de la vie politique, Albert Lebrun étant particulièrement l’exemple de l’ectoplasme en politique, sous la Présidence duquel il y a eu les émeutes fascistes du 6 février 1934, le gouvernement du Front populaire …et le gouvernement Pétain qui scella sa propre perte.


En procès

Arrêté et inculpé de haute trahison, Pierre Laval fut entendu pendant trois heures comme témoin le 3 août 1945 lors du procès de Pétain. Cette intervention fut historiquement importante puisqu’il apportait sa vision de sa propres politique, suivie pendant les années du régime de Vichy.

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Jaques Isorni, l’un des avocats de Pétain, l’a décrit ainsi : « Qui oubliera l’entrée de cet homme ravagé, les cheveux blanchis, au teint plus marron que jaune, le cou décharné, les yeux battus sous les paupières lourdes, avec le costume pauvre et fripé de quelqu’un qui a dormi tout habillé la nuit entière, dans un compartiment de troisième classe. Il y avait en lui de la misère et de l’inquiétude. On le regardait. On suivait chacun de ses pas, chacun de ses gestes. Il serrait contre sa poitrine une serviette toute plate qui ne devait pas contenir grand-chose, comme s’il avait tenu là des documents sauveurs et les secrets de sa politique. Au milieu des éclairs de magnésium [flashs photos], il s’avançait hésitant, cherchant peut-être une tête aimée. Il était seul… ».

Pierre Laval expliqua ainsi la rencontre Pétain-Hitler à Montoire : « Je voudrais que chacun mette les pieds sur la terre solide. Au mois d’octobre 1940, où était l’Angleterre ? L’Amérique n’était pas entrée dans la guerre. Les Russes étaient aux côtés des Allemands… Croyez-vous qu’en 1940, un homme de bon sens pouvait imaginer autre chose que la victoire de l’Allemagne ? [Protestations] En octobre 1940, je vous dis… [Protestations] J’entends bien… Je m’excuse si je dis quelque chose qui vous blesse, je parle avec les faits du moment… (…) Je sais bien que ce que je dis peut choquer ou blesser, mais je voudrais tout de même qu’on juge avec l’impression non pas du mois d’août 1945, mais du mois d’octobre 1940. L’intérêt de la France à ce moment-là eut été d’évidence de trouver avec l’Allemagne une formule qui nous fasse échapper aux conséquences de la défaite. Qu’est-ce que nous désirions ? Qu’est-ce que je voulais ? Qu’est-ce que voulait le maréchal ? Ne pas perdre un mètre carré de notre territoire. Pouvions-nous le prétendre ? Oui, Monsieur le Président, parce que l’Allemagne était impuissante à faire l’Europe sans le concours actif de la France. (…) Le prestige de la France en Europe centrale, en Europe orientale, partout, me faisait croire, à moi, que la politique que je faisais n’était pas dangereuse car j’étais sûr que, le jour où l’Allemagne aurait mis bas les armes, la France retrouverait sa place. Voilà la position que j’ai prise et voilà pourquoi je l’ai prise. ». Tout son système de défense était d’avoir évité le pire. Il chargea cependant Pétain : « Il n’en reste pas moins que le maréchal était au courant de tout ce que je faisais d’important. J’avais avec lui des contacts tous les matins, que je lui rendais compte. Dans la mesure où je pouvais, je tenais compte de ses avis. Mais le maréchal était naturellement au courant. ».

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Le propre procès de Pierre Laval a eu lieu le 5 octobre 1945 devant la Haute Cour de justice. Pierre Laval pensait déjà à sa vie politique après ce procès qu’il considérait comme une simple instance où il avait juste à s’expliquer. Le procès fut cependant bâclé, les jurés l’insultant, et lui décida de ne plus y assister ni de se défendre.

De Gaulle refusa un second procès  même si son Ministre de la Justice de l’époque, Pierre-Henri Teitgen (MRP), admit que le procès fut déplorable : « L’affaire Laval a été abominable, abominable en ce sens que l’instruction a été bâclée au vrai sens du mot. Le procès a été mal conduit. Il n’a pas disposé des garanties nécessaires : je suis le premier à le reconnaître. Mais cela ne veut pas dire que Laval était un innocent. Si on disposait maintenant du temps nécessaire, fût-ce un an, deux ans, trois ans, pour réexaminer un à un tous les arguments et tous les moyens de défense de Laval, on arriverait à la même condamnation, la seule qui s’imposait : la mort ! » (1945).


Le jugement de l’Histoire

Pour terminer, je propose l’appréciation de De Gaulle qui jugea l’arrivisme et l’opportunisme sans foi de ce petit dictateur ainsi : « Porté de nature, accoutumé par le régime, à aborder les affaires par le bas, Laval tenait que, quoi qu’il arrive, il importe d’être au pouvoir, qu’un certain degré d’astuce maîtrise toujours la conjoncture, qu’il n’est point d’événement qui ne se puisse tourner, d’hommes qui ne soient maniables. Il avait, dans le cataclysme, ressenti le malheur du pays mais aussi l’occasion de prendre les rênes et d’appliquer sur une vaste échelle la capacité qu’il avait de composer avec n’importe quoi. (…) Il jugea qu’il était possible de tirer parti du pire, d’utiliser jusqu’à la servitude, de s’associer même à l’envahisseur, de se faire un atout de la plus affreuse répression. Pour mener sa politique, il renonça à l’honneur du pays, à l’indépendance de l’État, à la fierté national. (…) Laval avait joué. Il avait perdu. Il eut le courage d’admettre qu’il répondait des conséquences. » ("Mémoire de guerre", tome 2).

Mais je laisse le mot de la conclusion à Primo Levi : « Sauf exceptions, ils n’étaient pas des monstres : ils avaient notre visage. »… et à cet extrait du discours de Jacques Chirac le 16 juillet 1995 : « Quand souffle l’esprit de haine, avivé ici par les intégrismes, alimenté là par la peur et l’exclusion. Quand à nos portes, ici même, certains groupuscules, certaines publications, certains enseignements, certains partis politiques se révèlent porteurs, de manière plus ou moins ouverte, d’une idéologie raciste et antisémite, alors cet esprit de vigilance (…) qui nous anime doit se manifester avec plus de force que jamais. En la matière, rien n’est insignifiant, rien n’est banal, rien n’est indissociable. Les crimes racistes, la défense de thèses révisionnistes, les provocations en tout genre, les petites phrases, les bons mots, puisent aux mêmes sources. (…) Sachons tirer les leçons de l’Histoire. N’acceptons d’être les témoins passifs, ou les complices de l’inacceptable. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 octobre 2015)
http://www.rakotoarison.eu

Je conseille de lire la biographie par le gendre de Pierre Laval, René de Chambrun : "Pierre Laval devant l’Histoire" (éd. France-Empire, 1983).


Pour aller plus loin :
De Gaulle.
Pierre Laval.
Pétain.
Hitler.
La Shoah.
Mai et juin 1940.
Daniel Cordier.
Jean Zay.
Germaine Tillion.
Stéphane Hessel.
Irina Sendler.
Élisabeth Eidenbenz.
Céline.
Charles Péguy.
Jacques Chirac.
Le mythe gaullien de la rafle du Vel’ d’Hiv’.
Discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995 (texte intégral).
Discours de François Hollande du 22 juillet 2012 (texte intégral).
L’Europe, c’est la paix.
Ce qu’est le patriotisme.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151015-pierre-laval-3.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pierre-laval-de-l-arrivisme-172764

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/12/28/32748654.html


 

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 06:24

« En elle-même toute idée est neutre, ou devrait l’être ; mais l’homme l’anime, y projette ses flammes et ses démences : impure, transformée en croyance, elle s’insère dans le temps, prend figure d’événement ; le passage de la logique à l’épilepsie est consommée… Ainsi naissent les mythologies, les doctrines, et les farces sanglantes. » (Emil Cioran dans "Précis de décomposition", 1949, cité dans "L’œil de Vichy", 1993). Sur Pierre Laval, deuxième partie.


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Pierre Laval était une personnalité politique très classique de la IIIe République. Et le voici qui a viré à l’autocrate traître et sanguinaire.


Laval et Vichy

Le régime de Vichy était ainsi né : « L’Assemblée Nationale donne tout pouvoir au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à l’effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle Constitution de l’État français. Cette Constitution devra garantir les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie. Elle sera ratifiée par la Nation et appliquée par les Assemblées qu’elle aura créées. La présente loi constitutionnelle, délibérée et adoptée par l’Assemblée Nationale, sera exécutée comme loi de l’État. » (signé par Albert Lebrun et Philippe Pétain, à Vichy le 10 juillet 1940). Il n’y a eu aucune ratification par le peuple des actes constitutionnels que Pétain a promulgués dans la plus grande autocratie.

Ce régime, qui remit en cause sans le dire explicitement à la fois la République et la démocratie, dura quatre années parallèlement à l’Occupation nazie. Il s’effondra avec la Libération de la France et très formellement avec l’ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement de la légalité républicaine sur le territoire continental promulguée à Alger par De Gaulle.

Cette ordonnance, inspirée des thèses constitutionnelles de René Cassin, proclamait que le régime de Vichy ("autorité de fait") n’avait jamais représenté la France qui était donc toujours demeurée républicaine : « La forme du gouvernement est et demeure la République. En droit, celle-ci n’a pas cessé d’être [article 1]. Sont en conséquence nuls et de nul effet tous les actes (…) promulgués sur le territoire continental postérieurement au 16 juin 1940 et jusqu’au rétablissement du Gouvernement provisoire de la République française [article 2]. ».

C’est pourquoi De Gaulle a toujours refusé de rétablir la République comme lui demandait notamment Georges Bidault, le président du Conseil national de la Résistance (CNR) : « La République n’a jamais cessé d’être. La France libre, la France combattante, le Comité français de libération nationale l’ont tour à tour incorporée. Vichy fut toujours et demeure nul et non avenu. Moi-même suis le Président du Gouvernement de la République. Pourquoi irais-je la proclamer ? ».

Cette doctrine très gaulliste (déjà proclamée dans le manifeste de Brazzaville le 27 octobre 1940 : « L’organisme sis à Vichy et qui prétend porter ce nom est inconstitutionnel et soumis à l’envahisseur. ») fut néanmoins battue en brèche sans être explicitement remise en cause par Jacques Chirac lorsqu’il a reconnu la responsabilité de l’État dans la rafle du Vel’ d’Hiv’ le 16 juillet 1995 (voir plus loin). On ne pouvait cependant ignorer que le pouvoir en France continentale était aux mains de Pétain…


La politique de collaboration

Philippe Pétain resta officiellement Président du Conseil avec le titre de Chef de l’État mais le gouvernement était désormais dirigé par un Vice-Président du Conseil avec la nomination de Pierre Laval le 12 juillet 1940, bombardé comme le successeur désigné de Pétain en cas de vacance du pouvoir, et cumulant à partir du 28 octobre 1940 le Ministère des Affaires étrangères, mais il a été congédié sans ménagement le 13 décembre 1940 au profit de Pierre-Étienne Flandin puis de l’amiral François Darlan. Il fut rappelé par Pétain sur forte insistance des nazis le 18 avril 1942 avec le titre de Président du Conseil jusqu’à la Libération (formellement le 19 août 1944), période où il a cumulé également les titres de Ministre de l’Information, des Affaires étrangères et de l’Intérieur.

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Toute la politique de Pierre Laval, en 1940 et de 1942 à 1944, a été de montrer la sincérité d’une alliance entre la France et l’Allemagne, ce qui nécessitait d’être plus zélé que les nazis. Il considérait que le Royaume-Uni perdrait un jour ou l’autre la guerre et qu’il fallait montrer des gages de bonne volonté aux Allemands pour préserver au maximum les intérêts de la France. Toute une propagande s’est développée autour de Pétain, des valeurs du travail, de la famille et de la patrie, autour de l’effort et de la noblesse des paysans, de la période précédente qui était laxiste, immorale et dégénérée. Je conseille à cet égard de regarder l’excellent film "L’œil de Vichy" réalisé par Claude Chabrol en partenariat avec Robert Paxton et Jean-Pierre Azéma, et sorti le 10 mars 1993.

Se moquant de la "Révolution nationale" voulue par Pétain et peu "préoccupé" par le statut des Juifs institué dès le 3 octobre 1940 (qu’il signa), Pierre Laval a tout fait pour favoriser la collaboration avec les nazis. Après sa rencontre avec Hitler à Montoire, Laval a convaincu Pétain de le rencontrer aussi le 24 octobre 1940. La poignée de main eut un terrible retentissement symbolique.

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De retour au pouvoir (après la disgrâce de Darlan), Pierre Laval redoubla les signes de collaboration avec les nazis, pensant (à tort) que Hitler serait plus clément avec la France dans le cadre d’une réorganisation de l’Europe. Au point de se faire humilier lors d’une autre rencontre avec Hitler à Munich le jour même de l’invasion de la zone libre par les nazis. Pierre Laval rencontra Hitler au moins trois fois pendant la guerre.


« Je souhaite la victoire de l’Allemagne… »

Le 22 juin 1942, à l’occasion du premier anniversaire de l’attaque de l’Allemagne contre l’Union Soviétique, Pierre Laval prononça à la radio ce qui le fit condamner pour haute trahison. Il donna cette alternative : « Ou bien nous intégrer, notre honneur et nos intérêts vitaux étant respectés, dans une Europe nouvelle et pacifiée ; ou bien nous résigner à voir disparaître notre civilisation. (…) J’ai la volonté de rétablir avec l’Allemagne et l’Italie des relations normales et confiantes. De cette guerre surgira inévitablement une nouvelle Europe. (…) Pour construire cette Europe, l’Allemagne est en train de livrer des combats gigantesques. (…) On parle souvent d’Europe. C’est un mot auquel, en France, on n’est pas encore très habitué. On aime son pays parce qu’on aime son village. Pour moi, Français, je voudrais que demain, nous puissions aimer une Europe dans laquelle la France aura une place qui sera digne d’elle. ».

On notera que les mots employés avaient perdus de toute signification : "Europe pacifiée" (par les ravages du nazisme), "civilisation" (déjà disparue avec Auschwitz), "digne d’elle" (en collaborant avec l’occupant). Un peu comme après la Libération les "républiques démocratiques" ou "populaires" qui n’avaient rien de démocratique et rien de populaire. Alors que la Communauté Économique Européenne (CEE) puis l’Union Européenne (UE) ont été réellement porteuses de paix sur le continent européen (et même Prix Nobel de la Paix).

Et dans un détour d’argumentation, Pierre Laval lâcha cette phrase qui choqua tous les Français, même ses plus proches collaborateurs : « Je souhaite la victoire de l’Allemagne parce que, sans elle, le bolchévisme demain s’installerait partout. ». Il avait initialement prévu de dire « Je crois en la victoire de l’Allemagne et je la souhaite parce que… » mais Pétain lui avait fait corriger : « Non, vous n’avez pas le droit de dire "je crois", vous n’êtes pas militaire, donc vous ne pouvez pas faire de pronostic sur l’issue du conflit, vous n’en savez rien. ». Lors de son procès, Pétain rejeta toute la responsabilité de la phrase sur Pierre Laval : « Quand je l’ai entendu à la radio, je croyais que c’était fait, qu’il avait arrangé l’affaire, quand j’ai entendu que cette phrase était répétée à la radio, j’ai bondi. Je ne me suis pas rendu compte. Je croyais que c’était supprimé et je suis navré qu’elle soit restée. » (3 août 1945).

Maurice Schumann, représentant de De Gaulle à la BBC à Londres, a réagi le soir même : « L’homme qui ose souhaiter la victoire de l’Allemagne s’est exclu de la France, il s’est condamné à mort. [Il est] un Judas doublé d’un maître-chanteur et triplé d’un négrier. (…) Pour forcer les ouvriers français à mener dans les usines bombardées du Reich une existence pire que celle des coolies [ouvriers agricoles d’origine asiatique], il a commencé par fermer mille trois cents usines, de manière à synchroniser la création du chômage avec l’invitation au voyage. » (22 juin 1942).


La répression antisémite

La répression des Juifs se renforça et ce fut Pierre Laval qui proposa le concours de la police française dans les arrestations. Plus de dix mille Juifs, surtout des femmes et des enfants, furent arrêtés par la police française (dirigée par René Bousquet) lors de la rafle du Vel’ d’Hiv’ les 16 et 17 juillet 1942.

Il a fallu attendre le 16 juillet 1995 avec l’élection de Jacques Chirac pour que le Président de la République française reconnût la responsabilité de l’État dans cette cruelle ignominie : « La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. » en ajoutant plus positivement : « Je veux me souvenir que cet été 1942, qui révèle le vrai visage de la "collaboration", dont le caractère raciste, après les lois anti-juives de 1940, ne fait plus de doute, sera, pour beaucoup de nos compatriotes, celui du sursaut, le point de départ d’un vaste mouvement de résistance. Je veux me souvenir de toutes les familles juives traquées, soustraites aux recherches impitoyables de l’occupant et de la milice, par l’action héroïque et fraternelle de nombreuses famille françaises. J’aime à penser qu’un mois plus tôt, à Bir Hakeim, les Français libres de Kœnig avait héroïquement tenu, deux semaines durant, face aux divisions allemandes et italiennes. (…) Cette France n’a jamais été à Vichy. Elle n’est plus, et depuis longtemps, à Paris. Elle est dans les sables libyens et partout où se battent les Français libres. Elle est à Londres, incarnée par le Général De Gaulle. Elle est présente, une et indivisible, dans le cœur de ces Français, ces "Justes parmi les nations" qui, au plus noir de la tourmente, en sauvant au péril de leur vie (…) les trois quarts de la communauté juive résidant en France, ont donné vie à ce qu’elle a de meilleur. Les valeurs humanistes, les valeurs de liberté, de justice, de tolérance qui fondent l’identité français et nous obligent pour l’avenir. » (16 juillet 1995). Ce discours est d’ailleurs toujours d’actualité avec la crise des réfugiés syriens.

Son successeur François Hollande confirma cette interprétation historique le 22 juillet 2012 : « La vérité, c'est que la police française, sur la base des listes qu'elle avait elle-même établies, s'est chargée d'arrêter les milliers d'innocents pris au piège le 16 juillet 1942. C'est que la gendarmerie française les a escortés jusqu'aux camps d'internement. La vérité, c'est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l'ensemble de l'opération. La vérité, c'est que ce crime fut commis en France, par la France. ».

En tout, plus de soixante-seize mille Juifs furent arrêtés par la police française entre 1942 et 1944, puis déportés et massacrés à Auschwitz. La justification de Pierre Laval était terrifiante : « Le seul moyen de conjurer le péril juif était le rapatriement de ces individus dans l’Est de l’Europe, leur pays d’origine. » (30 septembre 1942, télégramme aux ambassadeurs français).

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Pierre Laval institua aussi le STO (Service de travail obligatoire) qui apporta une main d’œuvre de 600 000 ouvriers français dans les usines allemandes de juin 1942 à août 1943 (le STO a encouragé l’entrée en Résistance de jeunes qui refusaient de partir en Allemagne).

À partir du 26 novembre 1942, Pierre Laval a concentré tous les pouvoirs avec la bénédiction de Pétain (il n’avait plus besoin de la signature du vieux maréchal). Il accentua la répression contre les résistants, les maquisards, tous les opposants au régime ou à l’occupant, et intégra même dans son gouvernement des militants carrément fascistes comme Joseph Darnand (1er janvier 1944), Philippe Henriot (6 janvier 1944) et Marcel Déat (16 mars 1944). À Marseille, un milicien fut même nommé préfet.

Dans le prochain article, la déchéance de Pierre Laval, dont personne ne demanda la réhabilitation.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 octobre 2015)
http://www.rakotoarison.eu

Je conseille de lire la biographie par le gendre de Pierre Laval, René de Chambrun : "Pierre Laval devant l’Histoire" (éd. France-Empire, 1983).


Pour aller plus loin :
De Gaulle.
Pierre Laval.
Pétain.
Hitler.
La Shoah.
Mai et juin 1940.
Daniel Cordier.
Jean Zay.
Germaine Tillion.
Stéphane Hessel.
Irina Sendler.
Élisabeth Eidenbenz.
Céline.
Charles Péguy.
Jacques Chirac.
Le mythe gaullien de la rafle du Vel’ d’Hiv’.
Discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995 (texte intégral).
Discours de François Hollande du 22 juillet 2012 (texte intégral).
L’Europe, c’est la paix.
Ce qu’est le patriotisme.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151015-pierre-laval-2.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pierre-laval-de-l-arrivisme-172763

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 06:27

« Pour que le Président puisse porter et exercer effectivement une charge pareille, il lui faut la confiance explicite de la Nation. Permettez-moi de dire qu’en reprenant la tête de l’État en 1958, je pensais que pour moi-même et à cet égard, les événements de l’histoire avaient déjà fait le nécessaire. (…) Il y a entre vous, Françaises et Français, et moi-même, un lien exceptionnel qui m’investit et qui m’oblige. Je n’ai donc pas attaché alors une importance particulière aux modalités qui allaient entourer ma désignation, puisque celles-ci étaient d’avance prononcées par la force des choses. D’autre part, tenant compte de susceptibilités politiques dont certaines étaient respectables, j’ai préféré à ce moment-là qu’il n’y eût pas à mon sujet une sorte de plébiscite formel. (…) Il n’en serait pas de même pour ceux qui, n’y ayant pas reçu les événements à la même marque nationale, viendront après moi, tour à tour, prendre le poste que j’occupe. Cela pour qu’il soit entièrement en mesure et complètement obligé de porter la charge suprême et qu’ainsi notre République ait une bonne chance de rester cohérente, populaire et efficace en dépit des démons de nos divisions. Cela, dis-je, il faut qu’il en reçoive mission de l’ensemble des citoyens (…). Mais pour maintenir et pour affermir dans l’avenir nos institutions face à toutes les entreprises factieuses, de quelque côté qu’elles viennent. Et aussi aux manœuvres de ceux qui, de bonne ou mauvaise foi, voudraient nous ramener au funeste système d’antan. Je crois devoir faire au pays la proposition que voici. Quand sera terminé mon propre septennat, ou, si la mort ou la maladie l’interrompait avant le terme, le Président de la République sera dorénavant élu au suffrage universel [direct]. » (allocution télévisée du 20 septembre 1962).



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Il y a cinquante ans, le 19 décembre 1965, le Général De Gaulle fut réélu Président de la République française, et pour la première fois, élu au suffrage universel direct. Les électeurs français n’ont revoté par la suite au mois de décembre que cette année pour les élections régionales.


De Gaulle, candidat comme les autres

Après une période d’incertitude qui avait mis en difficulté la majorité gaulliste et incité l’humoriste Pierre Dac à se présenter, De Gaulle avait annoncé sa candidature le 4 novembre 1965 (à la Saint-Charles) au cours d’une allocution télévisée : « Que l’adhésion franche et massive des citoyens m’engage à rester en fonctions, l’avenir de la République nouvelle sera décidément assuré. Sinon, personne ne peut douter qu’elle s’écroulera aussitôt et que la France devra subir, mais cette fois sans recours possible, une confusion de l’État plus désastreuse encore que celle qu’elle connut autrefois.. ». Son directeur de campagne, Pierre Lefranc, a expliqué plus tard que l’hésitation à se représenter était réelle, Tante Yvonne (son épouse) y était opposée et De Gaulle lui-même songeait à terminer de rédiger ses mémoires avant de mourir.

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Par orgueil, il avait alors refusé de faire campagne, d’utiliser pleinement son temps de parole à la télévision, considérant que son nom, son passé glorieux, ses actes auraient suffi à le faire réélire (il ne parla que le 30 novembre 1965 et le 3 décembre 1965). Le ballottage infligé à lui au premier tour le 5 décembre 1965 (il n’a eu que 44,7% des suffrages exprimés, soit seulement 37,5% des inscrits) a été ressenti par De Gaulle à la fois comme une humiliation et comme une ingratitude des Français au point d’envisager de se désister et de s’en aller.

Finalement, pour éviter l’élection de François Mitterrand (31,7% au premier tour) ou de Jean Lecanuet (15,6%), sa combativité reprit le dessus ; il fit alors activement campagne pour le second tour.

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Pendant son temps de parole, il accepta d’être interviewé trois fois par le journaliste Michel Droit. C’était la premier fois qu’il s’est prêté au jeu et a lâché à la fin des enregistrements à son directeur de cabinet Georges Galichon : « Vous m’avez fait mettre en pyjama devant les Français ! » (13 décembre 1965).

Dans ces prestations, il s’est montré goguenard, débonnaire, affable et émouvant : « Les Français découvrent, sur leurs petits écrans, un De Gaulle qu’ils ne soupçonnent pas, allègre, bonasse, plein d’alacrité, l’œil et le style pétillants, redoutable dans sa rouerie malicieuse. Un numéro éblouissant, diaboliquement exécuté. » (Joseph Poli et Pierre Sainderichin, dans "Histoire secrète d’une élection", éd. Plon en 1966, cité par Aude Vassallo).

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Le 14 décembre 1965, il fustigeait ceux qui sautaient comme des cabris pour vouloir l’Europe. Le lendemain, il sermonnait : « La ménagère veut le progrès, mais elle ne veut pas la pagaille. Eh bien, c’est vrai aussi pour la France ! Il faut le progrès, il faut le progrès, il ne faut pas la pagaille ! ». Il fut réélu avec une confortable avance (55,2%) mais ce ne fut pas, néanmoins, un triomphe, d’autant moins qu’en comptant par rapport aux inscrits, seulement 45,3%, même pas la majorité absolue des citoyens français, lui avaient fait confiance.

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Rappelons par ailleurs que le candidat de l’extrême droite, Jean-Louis Tixier-Vignancour (5,2%), avocat du général Raoul Salan et de Louis-Ferdinand Céline, et dont la campagne fut dirigée par Jean-Marie Le Pen, avait soutenu activement au second tour la candidature de François Mitterrand pour faire barrage …au Général De Gaulle (la récupération de De Gaulle par la famille Le Pen est donc historiquement une grossière arnaque intellectuelle).


La peur de la monarchie élective

C’était la première élection directe pour De Gaulle, mais pas pour les Français. Le seul précédent avait eu lieu, aussi en décembre, le 10 décembre 1848, qui a fait élire Louis Napoléon Bonaparte, jeune neveu de Napoléon Ier (il avait 40 ans) à un poste nouveau, taillé sur mesure par les conservateurs afin de le circonscrire à un rôle purement honorifique. L’histoire a alors montré que la légitimité populaire l’emporterait sur les intentions juridiques des constituants. Thiers avait soutenu le futur Napoléon III en confiant à ses amis cette idée finalement erronée : « C’est un crétin qu’on mènera ! ».

Cette amère expérience qui fit naître presque naturellement le Second Empire (qui fut une période assez contrastée sur le plan politique et économique) a alors convaincu les républicains de la IIIIe République, surtout après l’élection un peu particulière d’Adolphe Thiers, de ne surtout pas instituer une élection directe et d’éviter l’élection à la tête de l’État d’une personnalité trop forte, ce que Georges Clemenceau a encouragé pendant une très longue période (Clemenceau fut lui-même victime de cette logique lors de son échec à l’élection présidentielle du 17 janvier 1920, et celui à l’origine de cette défaite, Aristide Briand, en fut  également une victime lors de l’élection présidentielle du 13 mai 1931).

À deux exception près, Jean Casimir-Périer et Alexandre Millerand (qui finalement démissionnèrent pour protester contre l’impuissance de leurs fonctions), tous les successeurs de Thiers jusqu’à De Gaulle furent des Présidents potiches, bons à inaugurer les chrysanthème, et si Raymond Poincaré est resté dans les livres d’Histoire, ce fut surtout en tant que Président du Conseil et pas comme Président de la République.


La République des écuries présidentielles

Cette première campagne présidentielle de 1965 a véritablement modernisé la communication politique puisque, pour assurer l’égalité des candidats, il a fallu donner à l’opposition du temps d’antenne (ce qui était rare à l’époque), le même qu’à la majorité. À partir de la réforme constitutionnelle approuvée par le référendum du 28 octobre 1962 qui a institué l’élection au suffrage universel direct du Président de la République (loi n°62-1292 du 6 novembre 1962), la vie politique s’est transformée progressivement en faisant des ambitions présidentielles le point d’orgue du débat public, et faisant des partis politiques des simples écuries présidentielles.

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Le premier à s’être moulé parfaitement dans cette nouvelle donne fut Valéry Giscard d’Estaing dès 1965 (toutes ses prises de position étaient motivées par ses convictions certes, mais aussi par cette ambition de devenir un continuateur rassurant mais moderne du gaullisme) tandis que des personnalités comme Antoine Pinay, Pierre Mendès France, Gaston Defferre et plus tard, Simone Veil, Jacques Delors, Martine Aubry, Jean-Louis Borloo, Dominique de Villepin, Daniel Cohn-Bendit et Nicolas Hulot (entre autres) n’ont pas su se mouler dans cette logique très contraignante de la communication personnelle et, il faut bien le dire, du nombrilisme institutionnalisé (il faut à la fois être le manager d’une armée de dévoués et quasiment créer un culte de la personnalité !).

Depuis lors, l’obsession présidentielle (que j’appellerais "présidentialite aiguë") a atteint de nombreuses personnalités politiques, et les principales sont : François Mitterrand, Jacques Chirac, Laurent Fabius, Jean-Marie Le Pen, Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou, François Hollande, et l’on pourrait valablement rajouter Manuel Valls et Marine Le Pen, obsédés par l’élection présidentielle depuis au moins 2011, et peut-être aussi Bruno Le Maire, Marion Maréchal-Le Pen et Laurent Wauquiez.

Certaines personnalités ont été focalisées par leur ambition présidentielle mais sans y avoir mis tous les moyens, tels que le développement d’une écurie, la prudence et la ténacité, comme Jacques Chaban-Delmas, Michel Rocard, Philippe Séguin, Lionel Jospin et on pourrait aussi y inclure Dominique Strauss-Kahn et Jean-François Copé, tandis que d’autres personnalités n’ont été que les "ambitieux" d’une seule élection, comme Georges Pompidou, Raymond Barre, François Léotard, Édouard Balladur, Jean-Luc Mélenchon, et pour celle de 2017, François Fillon, Alain Juppé et Cécile Duflot.


D’autres personnalités politiques sont probablement, elles aussi, "obsédées" par l’élection présidentielle, mais leur audience, dans l’état actuel des rapports de force, ne semble pas les conforter dans une position de candidates à court terme (je pense à Xavier Bertrand, qui vient de renoncer à sa candidature, mais il y en a aussi à gauche comme Arnaud Montebourg).

Depuis au moins une vingtaine d’années, peut-être parce que depuis la chute du mur de Berlin, la fidélité à une certaine tradition politique est de moins en moins prégnante, le choix de la personnalité des candidats semble compter bien plus que le choix de leur programme politique, dans une élection présidentielle. Cela a sans doute expliqué l’élection de François Hollande pour "lâcher" Nicolas Sarkozy et il y a une grande probabilité pour qu’en 2017, le rejet de François Hollande motivera plus d’un de ses anciens électeurs dans leur choix.

Or, si, jusqu’à maintenant, la droite et le centre comptaient nettement plus de personnalités atteintes de "présidentialite aiguë" (voir ma liste ci-avant), il se trouve que le champion Nicolas Sarkozy a maintenant face à lui deux "obsédés" qui l’ont largement dépassé sur le front de la communication politique et qui sont nettement plus jeunes que lui : Manuel Valls et Marine Le Pen. L’absence, dans cette génération, de bulldozer du même type (à l’exception notable de Jean-François Copé qui est en période de convalescence sinon d’évanescence) risque bien d’handicaper pour une longue durée les partis de la droite et du centre… (à moins que j’en oublie un ?).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 décembre 2015)
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Pour aller plus loin :
Le calendrier de la campagne présidentielle de 1965 (par Aude Vassallo).
L’ambition en politique.
De Gaulle réélu.
Halte à la récupération de De Gaulle !
La première élection présidentielle française.
Faut-il supprimer l’élection présidentielle ?
L’élection présidentielle de 2012.
Le quinquennat.
La Ve République.
De Gaulle face à l’Histoire.
L’appel du 18 juin.
De Gaulle Président.
Les valeurs du gaullisme.
L’héritage du gaullisme.
Péguy.
Le Comité Rueff.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151219-de-gaulle.html

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 06:02

« Il est certain qu’à la longue, la vérité et la justice s’ouvriront leur chemin, mais pour ouvrir ce chemin, il est indispensable que la vérité se décante et se purifie dans l’intimité des consciences, qu’elle s’aiguise sous la lime d’un jugement indépendant et que la lumière se fasse avec le soutien et l’assurance de la responsabilité. (…) Pour surmonter cette difficulté [pour que chacun apporte son grain de sable à la formation de l’opinion], on recommandera surtout, à titre d’hygiène morale, la pratique quotidienne d’actes de courage civique, moins dangereux que les actes de courage du combattant sur le champ de bataille, mais pas moins nécessaires à la conservation et au salut de la République. » (Manuel Azana, Président de la République espagnole du 11 mai 1936 au 27 février 1939, discours du 18 juillet 1938 à Barcelone).



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Il y a quarante ans, le général Francisco Franco, chef suprême de l’Espagne, est mort après une lente agonie. C’était le 20 novembre 1975. Parmi les très rares chefs d’État à assister à son enterrement, un fervent admirateur, le général Augusto Pinochet, chef suprême du Chili, qui est né il y a cent ans, le 25 novembre 1915.

La proximité de ces deux anniversaires qui n’ont pas dû être célébrés par beaucoup de personnes dans ce monde, même s’il doit rester quelques fidèles des deux hommes, me donne l’occasion d’évoquer ces deux sinistres dictateurs. Sinistres ? Pas vraiment, en fait, si l’on tient compte de l’étymologie du mot "sinistre" qui veut dire avant tout gauche (en grec). Non, au contraire, ces deux dictateurs étaient dit de droite, et même d’extrême droite, et il était courant pendant les années 1970, dans les conversations de comptoir en France, de se lancer en invectives gauche/droite d’un côté des Pinochet et Franco et de l’autre côté des Brejnev, Staline, Mao et Pol Pot. Ce n’était pas très constructif mais il fallait l’élection de François Mitterrand à l’Élysée et surtout la première alternance pour retrouver un débat …un peu plus subtil et serein !

D’ailleurs, Pinochet était-il de droite ? Il a débuté surtout en servant fidèlement le Président socialiste Salvador Allende, au point même d’avoir été l’aide de camp personnel de Fidel Castro lorsque ce dernier fut en déplacement officiel au Chili. C’est plus l’appât du pouvoir qu’une idéologie particulière qui a finalement convaincu ce terne militaire à faire partie du complot qui a abouti au coup d’État du 11 septembre 1973 (l’autre 11 septembre) et au suicide de Salvador Allende, et à finalement prendre le dessus de la junte militaire en s’arrogeant tous les pouvoirs constitutionnels pendant près de vingt ans.

Franco était-il de droite ? Pas sûr non plus. Il était plutôt monarchiste mais il n’a jamais rétabli la monarchie, il était plutôt conservateur mais il a servi loyalement les républicains au début de la Seconde République espagnole, comme Pinochet avait servi loyalement le gouvernement socialiste chilien. Franco et Pinochet étaient motivés sans aucun doute par un anticommunisme viscéral et la peur qu’un gouvernement communiste dans leur pays le fît bousculer dans le giron soviétique.

Les deux étaient des militaires qui avaient voulu servir fidèlement le pouvoir, mais le pouvoir était de plus en plus éloigné de leurs vues. Ils n’ont pas initié les complots militaires mais ont finalement accepté d’en faire partie et ont eu l’habileté à ensuite en prendre la tête. Ils n’avaient pas d’opinion politique particulière sinon de maintenir leur propre pouvoir personnel au prix de la répression la plus écœurante, d’exécutions sommaires, d’internements, de disparitions et d’actes de torture. À la différence de Pinochet, Franco était un militaire particulièrement méritant qui avait su former toute une génération d’officiers qui furent les cadres fidèles de son régime autoritaire.

À la différence des dictatures communistes (que ce soit soviétique ou chinoise), les dictatures de Pinochet et de Franco se sont achevées avec la fin de l’exercice du pouvoir de ces deux dictateurs. Et même, l’on pourrait dire que Pinochet et Franco ont mêle organisé la "démocratie" pour leur succession en donnant les clefs juridiques d’une transition démocratique.

L’ancienne Première Ministre britannique Margaret Thatcher avait même donné à Pinochet un sauf-conduit honorable : « Je suis bien consciente que vous êtes celui qui a amené la démocratie au Chili, vous avez établi une Constitution appropriée à la démocratie, vous l’avez mise en œuvre, des élections ont été tenues, et enfin, conformément aux résultats, vous avez quitté le pouvoir. » (déclaration du 26 mars 1999 à la BBC). La date de cette déclaration laisse penser qu’elle n’était pas encore atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Et c’est un fait que Franco a permis à Juan Carlos de rétablir la monarchie espagnole et instaurer une démocratie qui fut mise à rude épreuve jusqu’en 1980 (attentats, putsch, etc.). Et c’est un fait aussi que Pinochet a quitté le pouvoir, progressivement, en laissant la démocratie chilienne s’installer tout en manœuvrant pour éviter de rendre des comptes à la justice des hommes.


Franco (1892-1975)

Né le 4 décembre 1892 au Ferrol, fils de militaire, Francisco Franco a fait des études militaires à Tolède puis fut affecté au Ferrol et au Maroc où il s’est fait remarquer le 12 octobre 1913. En 1920, il commanda un nouveau bataillon d’élite à Ceuta. Sa réputation fut telle qu’il s’est fait appeler "le caudillo" dès 1923.

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Promu plus jeune général d’Europe à 33 ans, en février 1926, Franco fut consacré par le général Miguel Primo de Rivera, Président du Conseil des ministres du 15 septembre 1923 au 28 janvier 1930 (venu au pouvoir à la suite du coup d’État du 13 septembre 1923 à Barcelone), qui lui confia le 4 janvier 1928 le commandant de l’Académie générale de Saragosse, l’école d’excellence des officiers. Franco y recruta tous les futurs cadres de son régime dictatorial, jusqu’au 14 juillet 1931 où l’école fut dissoute par le nouveau Ministre de la Guerre Manuel Azana, issu du gouvernement républicain provisoire de Niceto Alcala Zamora venu au pouvoir après le départ du roi Alphonse XIII le 14 avril 1931 (qui s’exila à Avon, près de Fontainebleau, jusqu’en 1934 puis à Rome jusqu’à sa mort le 28 février 1941).

Manuel Azana fut ensuite chef du gouvernement républicain du 14 octobre 1931 au 12 septembre 1933, puis du 19 février 1936 au 10 mai 1936, avant d’être élu Président de la République du 11 mai 1936 au 27 février 1939 (Manuel Azana est mort le 3 novembre 1940 en exil en France et fut enterré à Montauban).

Franco refusa de rejoindre le général le plus populaire de l’Espagne, José Sanjurjo, dans son coup d’État à Séville le 10 août 1932 pour s’opposer aux républicains alliés aux socialistes. Le putsch (appelé la "Sanjurjada") échoua faute d’être suivi par d’autres officiers et en raison d’une grève générale lancée par les communistes. Franco eut des mots très cyniques contre Sanjurjo : « Je ne vous défendrai pas. Vous méritez la peine de mort, non pas parce que vous vous êtes soulevé, mais parce que vous avez échoué. ». Sanjurjo fut effectivement condamné à mort puis finalement exilé au Portugal.

Après les élections législatives du 16 février 1936 qui donnèrent la victoire au Front populaire espagnol (coalition des républicains, des socialistes et des communistes), peu de temps avant la victoire électorale de l’équivalent français (le 3 mai 1936), José Sanjurjo se retrouva le 8 mars 1936 à la tête du complot fomenté par six autres généraux dont Franco hésitant et Emilio Mola. Le soulèvement des généraux contre le gouvernement républicain eut lieu le 17 juillet 1936 en réponse à l’assassinat du monarchiste José Calvo Sotelo, ancien Ministre des Finances du 3 décembre 1925 au 21 janvier 1930 (cet assassinat a convaincu Franco qu’il fallait ce putsch). Ce fut le début de la guerre civile espagnole, encourageant également des initiatives révolutionnaires dans certaines régions. Trois jours plus tard, Sanjurjo se tua dans un accident d’avion lors de son retour en Espagne. Le général Mola, véritable cerveau du putsch, se tua lui aussi dans un accident d’avion le 3 juin 1937, laissant tout le pouvoir de leur camp à Franco qui fut proclamé chef d’État dès le 28 septembre 1936.

La guerre civile dura presque trois ans, ruinant le pays : « La tragédie espagnole est un charnier. Toutes les erreurs dont l’Europe achève de mourir et qu’elle essaie de dégorger dans d’incroyables convulsions viennent y pourrir ensemble. (…) Un tel cloaque, image de ce que sera demain le monde. » (Georges Bernanos, "Les Grands Cimetières sous la lune", 1938).

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Les forces nationalistes ne contrôlaient au début que la moitié du pays, le nord du Maroc, Séville, la Galice, la Castille-Leon, la Navarre, et devaient faire face à la forte opposition des républicains à Madrid, en Catalogne, dans l’Andalousie, à Valence, au Pays basque, dans les Asturies, etc. Les armées franquistes se firent remarquer par leur cruauté, massacrant plusieurs milliers de prisonniers de guerre le 14 août 1936 à Badajoz, etc. mais le camp d’en face n’était pas moins cruel, massacrant aussi plus de trois mille de prêtres, treize évêques ; une quinzaine de milliers de personnes auraient été fusillées sommairement à Madrid, à Malaga, etc., des anciens ministres et des députés furent aussi assassinés en août 1936, plusieurs milliers de personnes furent tuées en début novembre 1936 à Paracuellos et Torrejon de Ardoz, par les républicains.

Les nazis allemands et les fascistes italiens ont aidé Franco, les nazis bombardèrent notamment Guernica le 26 avril 1937, les Italiens Barcelone en mars 1938, mais les socialistes français au pouvoir avec Léon Blum refusèrent d’intervenir aux côtés des républicains pour que la France et le Royaume-Uni pussent avoir une position commune (proposition du 1er août 1936). Franco et Mussolini étaient très opposés de personnalité, l’un catholique et conservateur, l’autre athée et révolutionnaire socialiste. La guerre s’acheva au bénéfice des nationalistes le 1er avril 1939 après la victoire de la Catalogne. Le bilan humain fut éprouvant avec plus de 636 000 morts et 500 000 personnes en exil.

Franco consolida son pouvoir sur toute l’Espagne pendant une quarantaine d’années, jusqu’à sa mort, le 20 novembre 1975. Au cours de sa dictature, la répression contre les opposants aurait engendré la mort d’au moins 200 000 personnes.

Malgré ses affinités nationalistes avec les nazis et les fascistes, Franco refusa d’engager l’Espagne aux côtés des forces de l’Axe et resta neutre, ce qui a profité notamment aux Français qui voulaient fuir la France complètement occupée par les nazis. Certains ont évalué à entre 25 et 60 000 le nombre de Juifs sauvés grâce à cette neutralité.

Devenant un rempart contre le communisme durant la guerre froide, Franco bénéficia du soutien implicite des Américains et des Britanniques. À la fin de sa vie, rongé par la maladie, Franco organisa sa succession en nommant prince héritier le 22 juillet 1969 le prince Juan Carlos, le petit-fils du dernier roi Alphonse XIII, et aussi en désignant un Président du Gouvernement, l’amiral Louis Carrero Blanco le 9 juin 1973, puis, après l’assassinat de ce dernier le 20 décembre 1973, Carlos Arias Navarro le 3 janvier 1974. Maintenu artificiellement en vie pendant plusieurs semaines, Franco est mort à 82 ans le 20 novembre 1975 à Madrid.

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Après la mort de Franco, Juan Carlos Ier fut proclamé roi d’Espagne le 22 novembre 1975 (il le fut jusqu’à son abdication le 18 juin 2014) et rétablit la démocratie en quelques années. Le premier gouvernement postfranquiste fut celui d’un de ses fidèles, Adolfo Suarez (1932-2014) du 3 juillet 1976 au 25 février 1981 qui fit adopter la nouvelle Constitution du 29 décembre 1978 (approuvée par 88,5% des voix lors du référendum du 6 décembre 1978), et le premier gouvernement socialiste après la guerre civile fut dirigé par Felipe Gonzalez du 1er décembre 1982 au 4 mai 1996. La démocratie espagnole fut consolidée, d’une part, par le comportement exemplaire et héroïque du roi Juan Carlos qui affronta les troupes du lieutenant-colonel Antonio Tejero pour s’opposer à leur coup d’État du 23 février 1981, d’autre part, lors de l’adhésion de l’Espagne aux traités européens le 1er janvier 1986.


Pinochet (1915-2006)

Originaire d’une famille bretonne (basée à Lamballe), Augusto Pinochet est né le 25 novembre 1915 à Valparaiso et a poursuivi des études militaires dans une école d’officiers. Au fil de sa carrière, il s’est retrouvé en 1963 à enseigner la géopolitique à l’école militaire de Santiago qu’il dirigeait et quelques années plus tard, promu colonel puis général, il a été affecté à la direction d’une division.

Après l’élection de Salvador Allende le 4 novembre 1970, et malgré les mouvements sociaux nombreux, Pinochet resta du côté du pouvoir, avec l’objectif de préserver l’ordre public. Le 23 août 1973, il fut même nommé commandant en chef de l’armée chilienne par Salvador Allende. Finalement, Pinochet accepta de rejoindre le commandant en chef de l’armée de terre et celui de la marine dans le coup d’État du 11 septembre 1973 : Salvador Allende se suicida dans son palais présidentiel, et les putschistes installèrent au pouvoir une junte militaire dont Pinochet a capté la Présidence.

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Chef de l’État aux pouvoirs étendus du 11 septembre 1973 au 11 mars 1990 (Président de la République à partir du 17 décembre 1974) et commandant en chef des forces armées jusqu’au 11 mars 1998, Pinochet installa le Chili dans une période de répressions sans concession, au même titre que d’autres dictatures d’Amérique du Sud à la même époque (en particulier en Argentine, au Brésil, Paraguay, Uruguay, Bolivie). Le Chili a pu cependant jouir d’une période de croissance économique élevée durant cette période, sauf au début des années 1980 où le PIB chuta singulièrement, ce qui permettait aux partisans de Pinochet de justifier le régime autoritaire par cette embellie économique qui aurait sauvé le pays du chaos communiste.

Parmi les assassinats politiques, il y a eu l’assassinat de l’ancien ministre Carlos Prats, le prédécesseur direct de Pinochet à la tête de l’armée chilienne, le 30 septembre 1974 à Buenos Aires, et l’ancien ministre Orlando Letelier le 21 septembre 1976 à Washington. Le nombre de victimes du régime Pinochet est toujours très difficile à estimer précisément. Selon certains historiens, le nombre de personnes tuées, exécutées sommairement ou disparues serait supérieur à 3 000, et à environ 400 000 arrestations et cas de torture perpétrés parfois par d’anciens nazis (notamment Paul Schäfer qui a été par la suite condamné pour de nombreux actes de pédophilie en plus des actes de torture et des assassinats). Entre 500 000 et un million de personnes ont fui le Chili, pourchassés, et ont émigré, en Europe, en particulier en France et c’est ainsi que j’ai eu l’honneur de me faire des amis chiliens à cette époque, parce qu’ils étaient mes voisins.

La Constitution approuvée par le plébiscite du 11 septembre 1980 avec 69,0% des suffrages (aux résultats contestés), entrée en vigueur le 11 mars 1981 (et plusieurs fois modifiée jusqu’à sa dernière révision le 15 février 2014) prévoyait la désignation du chef de l’État et sa ratification par référendum. C’est ainsi que fut organisé le référendum du 5 octobre 1988 qui devait confirmer le renouvellement du mandat de Pinochet après le rétablissement des libertés politiques (sauf pour les communistes) le 23 mars 1987. Les "non" soutenus par l’opposition l’emportèrent avec 56,0% des suffrages et avec une très forte participation, 97,5%. Pinochet abandonna donc ses pouvoirs politiques le 11 mars 1990 à Patricio Aylwin (97 ans le 26 novembre 2015), élu le 14 décembre 1989 dès le premier tour avec 57% des voix.

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Augusto Pinochet ne quitta pas complètement le pouvoir car il resta commandant en chef de l’armée chilienne encore huit ans, du 11 mars 1990 au 11 mars 1998 (il avait alors 82 ans). Son rôle pendant cette transition fut plutôt salué par les démocrates car il a en effet temporisé la rancœur des officiers inquiets d’être mis en accusation pour les crimes commis durant la dictature. Pinochet fut ensuite sénateur "à vie" de 1998 à 2002.

Pinochet fut arrêté à Londres le 16 octobre 1998 sur un mandat international délivré par un juge espagnol. Il fut placé en résidence surveillée jusqu’au 2 mars 2000. Cette arrestation engendra des querelles judiciaires, politiques et diplomatiques. Le Chili demandait la libération de Pinochet tandis que l’assignation à résidence a eu lieu en pleine campagne présidentielle et que le candidat qui fut élu le 16 janvier 2000 et qui prit ses fonctions le 11 mars 2000, Ricardo Lagos, le premier socialiste depuis Salvador Allende, voulait dépolitiser l’affaire judiciaire et la mener jusqu’au bout.

De retour au Chili, Pinochet a vu son immunité levée une première fois le 23 mai 2000 et fut inculpé le 1er décembre 2000 pour l’assassinat de 75 opposants (poursuites définitivement abandonnée le 1er juillet 2002), une deuxième fois le 26 août 2004 pour sa participation à l’opération Condor (relaxé définitivement le 15 septembre 2005), une troisième fois le 14 septembre 2005 pour sa complicité dans l’exécution de 119 opposants, une quatrième fois le 19 octobre 2005 pour fraudes fiscales et détournements de fonds (Pinochet s’était énormément enrichi pendant sa dictature), une cinquième fois en mai 2006 pour l’assassinat d’un militaire, une sixième fois le 26 octobre 2006 pour trafic de lingots d’or, enfin une septième fois le 30 octobre 2006 pour les assassinats et tortures commises dans la Villa Grimaldi dirigée par le colonel Manuel Contreras, chef de la DINA, la police politique (l’actuelle Présidente chilienne Michelle Bachelet y fut détenue), ce qui a valu à Pinochet une nouvelle assignation à résidence le 27 novembre 2006.

Mais aucune de ces affaires judiciaires n’a pu aboutir en raison de la mort de Pinochet le 10 décembre 2006 à Santiago après une semaine d’hospitalisation. Pinochet non seulement n’a jamais regretté aucun acte qu’il avait commis durant sa dictature mais a assumé pleinement toutes ses actions, encore à l’occasion de ses 91 ans, deux semaines avant de mourir.

Si Manuel Contreras est mort très récemment, le 7 août 2015, après avoir été condamné à deux cents ans de prison pour ses exactions, Michael Townley (73 ans), agent de la CIA travaillant pour Pinochet, Pedro Espinoza (82 ans),colonel de la DINA, Raül Iturriaga (77 ans), général de la DINA, Luis Posada Carriles (87 ans), terroriste cubain anti-castriste, tous impliqués dans des assassinats pour le compte de Pinochet, sont toujours vivants et ont été condamnés à plusieurs reprises pour leurs exactions.


Dictature = désastre humain

Les deux dictatures ont provoqué des exodes massifs de population avec de grandes vagues d’émigration de plusieurs centaines de milliers de réfugiés. Comme pour les protestants français, comme pour les Irlandais, heureusement que des pays les ont accueillis, en Europe ou en Amérique du Nord (en fin janvier 1939, après la prise de la Catalogne par les nationalistes, 450 000 se réfugièrent en France dans des camps).

Franco et Pinochet n’avaient pas beaucoup de compétences en politique mais uniquement des compétences militaires qu’ils ont su utiliser à leur profit pour récupérer les mouvements comploteurs. La forte polarisation politique, tant en Espagne entre républicains et franquistes qu’au Chili entre socialistes et nationalistes, avait plongé ces deux pays dans le chaos politique et social, à la fin des années 1930 pour le premier et au début des années 1970 pour le second. Aucune justification politique (la peur du communisme) ne pourrait être cependant acceptable pour expliquer les centaines de milliers de victimes que ces deux régimes dictatoriaux ont engendrées.

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Si aujourd’hui, certains gardent encore une image idyllique de ces dictateurs, plus rien de l’État, en Espagne comme au Chili, ne leur rend hommage, ce qui fut d’ailleurs très tardif pour l’Espagne (la loi sur la mémoire historique, adoptée par le gouvernement le 28 juillet 2006, fut votée par les députés le 31 octobre 2007 et par les sénateurs le 10 décembre 2007).

Pour avoir une idée du sens de l’intérêt général d’un dirigeant d’un État, il faut avant tout compter combien de vies humaines ont été (inutilement) fauchées par le régime. Ce décompte est un travail d’historien sans doute encore inachevé, tant pour l’Espagne franquiste que pour le Chili de Pinochet, mais il laisse entrevoir effectivement, que la démocratie est le pire des régimes …à l’exception de tous les autres déjà expérimentés dans l’Histoire (et on peut penser aussi à Staline, Hitler et Mao), comme s’était amusé à le déclamer Winston Churchill le 11 novembre 1947 à la Chambre des Communes : « Democracy is the worst form of Governement except all those other forms that have been tried from time to time. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 novembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Adolfo Suarez.
Élisabeth Eidenbenz.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151120-franco-pinochet.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/franco-et-pinochet-deux-dictateurs-174557

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/11/24/32972490.html


 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Histoire politique
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