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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 23:12

Né le 31 mars 1920 à Salses, Arthur Conte a fait ses études secondaires à Perpignan (au lycée François Arago) et ses études supérieures en lettres à Montpellier. Il fut journaliste notamment au "Quotidien de Paris", à "Paris Match", au "Figaro", aux "Nouvelles littéraires", à "France-Soir" et à "Jours de France", puis historien et avait également eu des engagements politiques. Maire de Salses (en 1947), il fut député radical de 1951 à 1962 puis gaulliste de 1968 à 1973. Il fut président de l'Union de l'Europe occidentale de 1961 à 1963 après avoir été Secrétaire d'Etat chargé de l'Industrie et du Commerce du 17 juin 1957 au 30 septembre 1957 dans le gouvernement Bourgès-Maunoury. Il fut aussi nommé président de l'ORTF de 1972 à 1973. Parmi ses ouvrages références en histoire politique, il a écrit "Les Premiers Ministres de la Ve République" (1986).

SR

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 11:35

« Je n’ai pas plus tôt détaché le glaçon [pour boire], qu’un grand et gros gaillard qui faisait les cent pas dehors vient à moi et me l’arrache brutalement. "Warum ?", dis-je dans mon allemand hésitant. "Hier ist kein warum" [Ici, il n’y a pas de pourquoi]. » (Primo Levi, "Si c’est un homme").


yartiShoahA01Le moment ne donne pas vraiment le "moral" : le typhon Haiyan, aux Philippines, se charge de charger les cœurs. Pourtant, justement, les catastrophes naturelles sont plus difficilement évitables que les catastrophes provenant des hommes eux-mêmes.

Catastrophe, le mot est trop doux, trop usuel pour en parler. En fait, il faudrait presque ne pas en parler. Indicible. Pourtant, il faut transmettre. Transmettre.

C’est ce que le film "Shoah", sorti le 30 avril 1985, réalisé par Claude Lanzmann, a eu pour (folle) ambition de faire. Transmettre.

Aujourd’hui, ou plutôt, cette nuit du 12 au 13 novembre 2013, quelques mois avant les nombreuses cérémonies du centenaire de la Grande Guerre, Arte a décidé de rediffuser ce très long film (près de dix heures). Dix heures de sélection sur les plus de trois cent cinquante heures d’interviews que le réalisateur a filmées en présence de certains témoins de 1974 à 1981. À ma connaissance, la dernière rediffusion date d’il y a près de quatre ans.

Shoah, c’est peut-être le seul mot admissible pour décrire l’horreur nazie. Une extermination industrielle, méthodique, systématique, non seulement d’êtres humains mais aussi de leur propre humanité.

Indicible ? C’était un peu ce qu’exprimait Primo Levi (1919-1987) dans "Si c’est un homme" (1947). On ne peut imaginer. Même ceux qui s’en sont sortis n’osaient pas raconter. Tellement c’était inimaginable. Primo Levi était parmi les rares à décrire l’horreur quelques mois après la fin de la guerre.

Heureusement, des témoignages pour l’histoire ont été réalisés.
"Shoah" est sans doute le plus précieux de ces témoignages historiques.
Avec "Nuit et Brouillard" d’Alain Resnais (1955).

Le passage à la télévision est toujours un peu contrasté. Ce n’est pas un film de divertissement ni un match de football. Ce sera difficile de regarder en dînant, en respirant légèrement. L’atmosphère est tout de suite lourde.

Le mieux est plutôt de l’enregistrer pour se préparer, pour le regarder par petits morceaux, pour s’éviter l’overdose, car les cœurs sont sensibles, car l’âme est fragile, car tout ne peut être digéré d’un seul trait.

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Il ne s’agit pas de rejeter la légèreté.
Ni le superflu, le facultatif, le superficiel, l’artificiel.

Mais parfois, il est sain de revenir aux fondamentaux.
De voir d’où l’Europe revient, il y a à peine deux générations.
Jusqu’à quelle extrémité on peut arriver après un cheminement logique d’événements censés n’être que chaotiques et aléatoires.

La Grande Guerre devait être la "der des der" il y a tout juste quatre-vingt-dix-neuf ans. Le Traité de Versailles ne fut que le prélude à une guerre encore plus effroyable, stoppée avec une technologie encore plus apocalyptique qu’on n’aurait jamais pu imaginer à l’époque.

Les nations souhaitent toujours progresser, se niveler par le haut, s’améliorer, améliorer la vie des personnes, leur confort, mais aussi, avant, assurer leur survie.

On pourrait donc craindre que regarder en arrière, prendre en pleine figure cette expression devenue galvaudée, à savoir les "heures les plus noires de l’histoire du monde", serait un nivellement par le bas, serait un moyen de s’aveugler des défauts de nos sociétés d’aujourd’hui, un moyen d’oublier leurs imperfections, les grosses lacunes.

Pourtant, les historiens savent bien qu’une nation qui ne connaît pas son histoire, toujours tragique, est une nation en danger. Le futur n’est que la continuation mécanique du passé.

De nombreux extraits de ce film "Shoah" ont été diffusés dans les écoles, et j’espère que cela continuera. Il ne faut pas faiblir. Pas faillir dans la mémoire collective. Se souvenir, transmettre. Il n’y a plus de témoin de la Grande Guerre, mais déjà, les témoins de la Seconde guerre mondiale sont de moins en moins nombreux, de plus en plus âgés, de moins en moins en état de témoigner, et parmi eux, ceux qui ont vu les camps d’extermination sont encore moins nombreux.

Non seulement il faut être imprégné par ces faits historiques (que certains aventuriers ont même l’odieuse audace de vouloir remettre en cause, ce qui est actuellement illégal en France) mais il faut se donner pour objectif de le retransmettre aux générations suivantes. Parce que leur monde est différent du mien (du "nôtre" ?) : parce que la légèreté a encore progressé, parce que l’absence d’esprit critique a encore progressé, parce que les packages tout cuits de la pensée évitent de se poser certaines questions, parce que pour un jeune de 20 ou 30 ans, la paix est une évidence, est une permanence.

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On oublie trop souvent que lorsqu’on vote, on décide de qui va mourir. Aucun pouvoir en France n’a pas eu, un jour, à prendre la décision d’intervenir militairement dans un endroit du monde. En toute conscience. Avec ses conséquences sur les vies humaines.

On ne vote pas pour le plus beau (la plus belle), pour celui qui parle le mieux, qui soulage les consciences en colère ou en détresse. On vote pour celui qui, déjà, fera le moins de casse possible, à défaut de construire une société heureuse.

Aujourd’hui, avec l’informatique, Internet, l’ADN, la géolocalisation satellitaire, la téléphonie mobile, et d’autres nouvelles technologies, je dois bien comprendre que la situation de 1940 serait bien pire transposée en 2013 : la Résistance serait incapable de s’organiser, aucun faux papier ne serait possible à cause des puces électroniques à distance, la moindre trace ADN (cheveux, trace de salive sur le bord d’un verre, coupure d’ongle, etc.) trahirait (revoir le film "Bienvenue à Gattaca", 1997), les caméras de surveillance, sur les routes, dans le métro, dans les rues, dans les magasins, traceraient, traqueraient les dissidents, le moindre fichier serait comparé aux fichiers publics (fisc, sécurité sociale, liste électorale, etc.).

Heureusement, tout est basé sur le fait qu’il ne soit plus possible d’en arriver à la situation de 1940. Déjà, en pérennisant la démocratie, et en la pérennisant aussi par la construction européenne ("l’Europe, c’est la paix", c’est une réalité, même si aujourd’hui, la guerre ayant été perdue de vue, la phrase semble devenue seulement un slogan creux), et ensuite, justement, par ce travail de mémoire auprès des peuples d’aujourd’hui.

Cela n’a pas empêché d’autres massacres, comme dans les goulags staliniensau Cambodge (le 13 novembre 2013, c’est le centenaire de la naissance du général Lon Nol), au Rwanda et ailleurs. Mais cette inlassable transmission de la Shoah est le meilleur garant pour nous préserver de la barbarie.

L’humain peut le meilleur comme le pire. Aux peuples d’être vigilants, et aux citoyens d’en avoir conscience, gravement conscience, lorsqu’ils vont dans l’isoloir pour mettre leur bulletin de vote dans l’enveloppe, quand ils en ont la possibilité.

Le film "Shoah" est diffusé à partir de 20h50 le mardi 12 novembre 2013 sur la chaîne Arte, pendant près d’une dizaine d’heures.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 novembre 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’Europe, c’est la paix.
Les goulags.
Le Cambodge.
La France pendant les deux dernières guerres.


yartiShoahA04

 

http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/nuit-de-la-shoah-sur-arte-143577

 

 

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 00:06

Le bourreau nazi appelé "le boucher de Lyon" Klaus Barbie aurait 100 ans ce 25 octobre 2013. Membre des SS depuis 1935, il fut le chef de la Gastapo du secteur de Lyon à partir de février 1943 (à 29 ans). C'est à ce titre qu'il procéda à la torture puis à l'assassinat de Jean Moulin et d'autres résistants. Il arrêta le Président de la République Albert Lebrun ainsi qu'André François-Poncet. Il fut à l'origine de nombreux assassinats et déportations vers Auschwitz (dont les enfants d'Izieu). C'est lui qui envoya le dernier convoi de déportés le 11 août 1944. En fuite en Argentine puis en Bolivie à partir de 1951 après avoir travaillé pour la CIA, Klaus Barbie fut arrêté et extradé en France en février 1983. Son procès a commencé à Lyon le 11 mai 1987 et fut le premier procès entièrement filmé (pour l'Histoire). Barbie fut défendu par Jacques Vergès. Le 4 jullet 1987, Klaus Barbie fut condamné à la prison à perpétuité pour crime contre l'humanité, et succomba d'une leucémie et d'un cancer de la prostate le 25 septembre 1991 à 77 ans.

SR

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 00:15

Né le 19 avril 1936, Wilfried Martens fut docteur en droit dans la Belgique flamande. Le 4 mars 1972, il conquit la présidence du CVP, le parti démocrate chrétien flamand (centre droit). Elu député en 1974, il fut élu Premier Ministre belge sans avoir occupé un seul ministère du 3 mars 1979 au 7 mars 1992, pendant plus de douze ans, avec une interruption de quelques mois du 31 mars 1981 au 17 décembre 1981. Il fut également président du Parti populaire européen (PPE) du 10 mai 1990 au 8 octobre 2013.

SR

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 00:05

Né en 1933, Jean-Marie Mayeur fut un historien français très important, professeur à la Sorbonne. Il fut spécialiste de l'histoire religieuse et a publié de nombreux ouvrages pour le grand public notamment sur la démocratie chrétienne, sur la laïcité, et aussi sur l'histoire politique de la France contemporaine (notamment la Troisième République).

SR

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 15:09

(verbatim)


Hommage à Jean Moulin et au Conseil national de la Résistance
par Claude Bartolone, Président de l'Asemblée Nationale, le 28 mai 2013 à Paris.


M. le président. Mesdames et messieurs les ministres, mes chers collègues, le Bureau de l’Assemblée nationale m’a donné mandat de vous lire la déclaration suivante.

Il y a soixante-dix ans, le 27 mai 1943, dans un appartement parisien du 48 rue du Four, les représentants de huit mouvements de Résistance, six partis politiques et deux syndicats, décidèrent d’unir leurs forces pour lutter contre l’occupant nazi et, au-delà, pour préparer les réformes qui donneront corps à la France libérée de l’après-guerre.

À l’unanimité, ils adoptèrent une motion affirmant que le futur gouvernement provisoire devait être confié au général de Gaulle qui « fut l’âme de la Résistance aux jours les plus sombres et qui n’a cessé, depuis le 18 juin 1940, de préparer en pleine lucidité et en pleine indépendance la renaissance de la patrie détruite, comme des libertés républicaines déchirées ».

Ainsi était né sous la présidence de Jean Moulin le Conseil de la Résistance, noyau du futur Conseil national de la Résistance.

Le Conseil national de la Résistance, c’est d’abord la grande et noble figure de Jean Moulin.

Jean Moulin, ce préfet républicain de sensibilité radicale, ami de Pierre Cot et serviteur du Front Populaire.

Jean Moulin, ce républicain passionné, antifasciste et antimunichois viscéral, qui préfère tenter de se donner la mort à Chartres dans sa préfecture d’Eure-et-Loir en juin 1940 plutôt que de signer un texte infamant pour l’armée française et de mettre en cause le comportement de soldats issus de ce que l’on appelait alors les troupes coloniales.

Jean Moulin qui, révoqué par Vichy en novembre 1940, prend immédiatement contact avec les premiers mouvements de Résistance intérieure.

Jean Moulin, qui gagne Londres en octobre 1941 et se met au service du Général de Gaulle, dont il devient en 1942 le représentant dans la zone sud avec pour but d’unifier les mouvements de Résistance.

Jean Moulin, traqué par l’Occupant, qui écrit le 17 mai 1943 au Général de Gaulle : « Je suis bien décidé à tenir le plus longtemps possible ».

Jean Moulin, qui sera arrêté au premier jour de l’été 1943, le 21 juin, à Caluire, et qui, atrocement torturé par Barbie, mourra sans avoir parlé.

Jean Moulin, qui a rejoint notre Panthéon républicain.

Jean Moulin dont tant d’avenues, de lycées, de places portent le nom et dont le souvenir sera à jamais gravé dans nos cœurs et dans nos mémoires de militants de la République et d’amoureux de la France.

La République et la France s’incarnent ainsi régulièrement dans des femmes et des hommes d’exception, Jean Moulin fut l’un d’eux.

Le Conseil national de la Résistance, c’est aussi l’aspiration à l’unité et au rassemblement aux heures les plus sombres de la Nation.

Rassemblement des mouvements de Résistance, à travers les trois principaux mouvements de la zone Sud et les cinq plus importants de la zone Nord.

Rassemblement des forces politiques : s’y retrouvent, de la gauche à la droite, le Parti communiste, les socialistes de la SFIO, les radicaux, la démocratie chrétienne, la Fédération républicaine et l’Alliance démocratique.

Rassemblement syndical aussi, avec la CGT et la CFTC.

Reconnaissant l’autorité du Comité français de la libération nationale, le Conseil national de la Résistance consacre enfin l’unité de combat des deux branches de la Résistance, celle de l’intérieur et celle de l’extérieur.

La démocratie ne vit que dans la diversité. Mais nous devons nous souvenir que, lorsque l’essentiel est en cause, c’est par l’unité et le rassemblement de toutes les forces démocratiques que le sursaut est possible.

Le Conseil national de la Résistance, ce sont, enfin et toujours, les fondements de la démocratie politique, économique et sociale qui a fait la France d’après-guerre et qui reste le socle moderne de notre vivre ensemble.

Rétablissement de la démocratie politique, du suffrage universel et de la liberté de la presse, « retour à la nation des moyens de production », « plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence » : le programme d’action de la Résistance, adopté à l’unanimité le 15 mars 1944, préfigure les grandes réformes économiques et sociales de l’après-guerre et, inspirant une partie du préambule de notre Constitution, est toujours porteur des valeurs de notre société.

Alors que plusieurs grandes figures de la Résistance nous ont quittés, encore très récemment hélas – je pense notamment à Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, François Jacob ou encore Lise London – c’est à nous, élus de la République, qu’il appartient de faire vivre l’héritage de la Résistance et de son idéal de démocratie économique, sociale et culturelle.

En souvenir des membres du Conseil national de la Résistance et de tous les résistants morts pour la France, je vous invite à observer une minute de silence.

(Mmes et MM. les députés et membres du Gouvernement se lèvent et observent une minute de silence.)

M. le président. Je vous remercie.


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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 07:46

Seulement 80 ans nous séparent de l’amorce du processus de l’horreur absolue, l’Holocauste, soit à peine trois générations. Petit retour sur les circonstances et réflexions sur l’avenir…


yarti1933Jan01Il y a un autre anniversaire que le cinquantième anniversaire de l’amitié franco-allemande (le Traité de l’Élysée du 22 janvier 1963) dont l’Allemagne aurait pu se souvenir, un anniversaire de sinistre mémoire, mais une mémoire dont l’inaltérable permanence devrait garantir la paix pour l’avenir. Les heures les plus sombres de l’histoire, comme l’on dit.

En effet, il y a exactement quatre-vingts ans, le 30 janvier 1933 vers midi, le vieux maréchal Hindenburg (85 ans) désigna sur un malentendu le leader populiste de la NSDAP, Adolf Hitler (43 ans), à la Chancellerie de la République allemande.

Hitler. Il n’y a sans doute aucun autre nom de personnages historiques qui n’a incarné aussi cruellement, et même dans l’esprit des enfants d’aujourd’hui, l’ultime frontière qu’a pu franchir l’atrocité humaine. Pourtant, dans l’histoire du monde, il y en a eu des mégalomanes sanglants. Mais la Shoah a été une sorte d’industrialisation de la terreur qui forme la singularité du XXe siècle qui a connu deux guerres mondiales épouvantables et deux idéologies qui ont massacré des dizaines de millions d’être humains un peu partout dans le monde.

L’histoire aurait pu s’écrire autrement. Cette nomination de Hitler aurait pu être évitée. Elle paraît le résultat de la même absence de clairvoyance que la désignation, en France, le 16 juin 1940 du vieux maréchal Pétain (84 ans) à la Présidence du Conseil par le Président Albert Lebrun.


Hitler, le petit caporal

Par son talent d’harangueur de foule, il avait réussi le 29 juillet 1921 à conquérir définitivement la direction du NSDAP (parti national-socialiste des travailleurs allemands), un groupuscule extrémiste dont il a su accroître l’audience par sa fougue. Si son positionnement était évidemment à l’extrême droite (notamment pour son nationalisme pangermanique, son antisémitisme et son opposition à l’immigration), son parti soutenait un programme économique plutôt de gauche (25 points de la NSDAP du 24 février 1920) : « Nous exigeons la nationalisation de toutes les entreprises appartenant aujourd’hui à des trusts. » (point 13), « la remise immédiate des grands magasins à l’administration communale » (point 16), « une réforme agraire (…) permettant l’expropriation, sans indemnité, de terrains à des fins d’utilité publique » (point 17), etc.

yarti1933Jan02

Voulant imiter la marche sur Rome de Mussolini (le 28 octobre 1922), Adolf Hitler avait tenté un coup d’État dans la nuit du 8 au 9 novembre 1923 à Munich (avec Himmler, Göring, Hess, Röhm) qui se solda par un échec retentissant et quatorze mois de prison pour son instigateur. C’est après cette tentative qu’une conquête démocratique du pouvoir s’est imposée à lui. Pour cela, il a nettement profité des conséquences désastreuses de la crise de 1929 sur l’économie allemande, engendrant des millions de chômeurs (jusqu’à 30% de la population active) et une inflation galopante.


Une importance politique croissante

Les élections législatives qui se succédèrent dans la période furent sans appel. Le 20 mai 1928, le NSDAP n’a eu que 2,6% (12 sièges sur 491). Il s’est envolé à 18,3% le 14 septembre 1930 (107 sièges sur 577). Et cela allait continuer à progresser.

Le Zentrum a alors essayé d’associer Hitler au pouvoir pour canaliser ses troupes de plus en plus violentes. Hindenburg le rencontra le 10 octobre 1931 pour l’inclure dans le gouvernement mais Hitler refusa. Son objectif était de conquérir le pouvoir totalement.

yarti1933Jan07

Hitler fut le principal rival de Hindenburg lors de la dernière élection présidentielle sous la République de Weimar, le 10 avril 1932 (il n’avait obtenu la nationalité allemande que le 25 février 1932 !). Soutenu par la droite modérée et la gauche rassurée sur sa personnalité, Paul von Hindenburg a été réélu Président du Reich au second tour avec 53,1% face au futur Führer qui a recueilli 36,7%.

Hindenburg était un indépendant (monarchiste) et il avait été élu pour la première fois le 26 avril 1925 un peu contre son gré au second tour avec 48,3% face à Wilhelm Marx, un ancien (et futur) chancelier représentant le Zentrum (parti catholique social qui fut dissous le 5 juillet 1933) et soutenu par les sociaux-démocrates, ce qui lui avait fait recueillir 45,3% des voix.

Hindenburg n’avait pas été candidat au premier tour et c’était les partisans de la droite allemande qui, pour barrer la route au social-démocrate Otto Braun (à la tête de la Prusse entre 1920 et 1932), le poussèrent à se présenter au second tour, candidature qu’avait entérinée l’ancien empereur Guillaume II. On pourrait faire l’analogie avec en France le maréchal Patrice de Mac Mahon, deuxième Président de la IIIe République française, élu le 24 mai 1873 par les parlementaires monarchistes dans l’attente d’un accord entre orléanistes et légitimistes.

Après une campagne électorale très violente (et meurtrière), le NSDAP grimpa jusqu’à 37,4% aux élections législatives du 30 juillet 1932, emportant 230 sièges sur 608 et surtout, devenant le premier parti du pays. Le chancelier Franz von Papen (Zentrum) proposa des ministères au NSDAP mais Hitler revendiqua la chancellerie. Il a finalement réussi à imposer Von Papen la dissolution et de nouvelles élections.


La responsabilité historique des industriels et du Zentrum

Le 6 novembre 1932, après une campagne toujours aussi violente et marquée de thèmes anticapitalistes, le parti de Hitler a subi un recul de deux millions voix, ramené à 33,1% (196 sièges sur 584) et la gauche s’est radicalisée en rééquilibrant le rapport de forces des communistes sur les sociaux-démocrates. Écarté du pouvoir par le chancelier Kurt von Schleicher, Von Papen rencontra Hitler les 4 et 18 janvier 1933 pour revenir au gouvernement par l’intermédiaire de Hitler (il fut nommé vice-chancelier le 30 janvier 1933).

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Incapable de rassembler une majorité au Reichstag (d’autant plus que la gauche était très divisée), le chancelier Schleicher demanda à Hindenburg le 23 janvier 1933 l’état d’urgence et la dissolution qui lui furent refusés. Schleicher démissionna le 28 janvier et Hindenburg reprit à son compte la stratégie de Von Papen en nommant deux nazis au gouvernement, dont Hitler comme chancelier, très encadré par Von Papen et des ministres conservateurs qui envisageaient d’évincer Hitler du gouvernement le plus rapidement possible.

Dans l’accord, Hitler avait obtenu l’organisation de nouvelles élections. La dissolution fut décidée par Hindenburg le 1er février pour des élections le 5 mars 1933.


La fonction crée l’organe

Hitler a très vite pris l’ascendant sur le reste du gouvernement. Göring remplaça très rapidement Von Papen à la tête de la Prusse (dans les faits puis formellement le 10 avril 1933). Disposant de moyens considérables, Hitler a fait une propagande très agressive, dont le point d’orgue fut le meeting au Palais des Sports de Berlin le 10 février 1933.

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Hitler a en particulier profité de l’incendie du Reichstag dans la nuit du 27 au 28 février 1933 (à peine un mois après son arrivée au pouvoir) pour pourchasser les communistes (accusés d’en être les auteurs alors que Hitler aurait pu l’avoir commandité).

Dès le 28 février 1933, Hindenburg signa un décret supprimant les principales libertés publiques. Conséquence du populisme jetant le discrédit contre les communistes et favorable à l’idée de la grandeur de la nation allemande, le 5 mars 1933, les dernières élections législatives donnèrent à Hitler 43,9% des voix (288 sièges sur 647). Le score fut le plus haut mais insuffisant encore pour s’assurer d’une majorité des deux tiers au Reichstag. Surtout, d'un point de vue symbolique, malgré la multiplication des moyens, jamais Hitler n'a obtenu la faveur d'une majorité absolue de citoyens allemands. 

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Après son discours d’ouverture de la nouvelle législature le 21 mars dans une église de Potsdam, près du tombeau de Frédéric II de Prusse, en présence de Hindenburg, Hitler a réussi à convaincre le Zentrum de le soutenir et à faire adopter dès le 23 mars 1933 (moins de deux mois !) les pleins pouvoirs (444 pour, 94 contre) qui lui permettait ensuite de se passer du Reichstag. Ces pleins pouvoirs furent promulgués le 24 mars et applicables à partir du 27 mars.

Les pleins pouvoirs donnaient ainsi une base constitutionnelle à la dictature de Hitler. Théoriquement valables seulement pour quatre ans, ils furent reconduits en 1937, en 1939 et en 1943. Ces pleins pouvoirs ont été abrogés par la loi n°1 du Conseil de contrôle allié du 20 septembre 1945 portant abrogation du droit nazi et l’abrogation a été confirmée dans la constitution de la République fédérale d’Allemagne, à l’article 123 de sa Loi fondamentale du 23 mai 1949, et à l’article 144 de la Constitution de la République démocratique allemande (Allemagne de l’Est) du 7 octobre 1949.


Mise en place des outils totalitaires

Au printemps et été 1933, les principaux partis furent interdits : le KPD (communistes) le 7 avril 1933, le DNVP (les alliés nationalistes qui ont permis à Hitler d’avoir la majorité au Reichstag) le 26 juin, le Zentrum (catholiques sociaux) le 5 juillet, le SPD (sociaux-démocrates) le 14 juillet 1933. Des milliers de prisonniers politiques furent internés au camp de concentration de Dachau (ouvert le 21 mars 1933). De nombreux députés et hommes politiques (surtout communistes et socialistes, mais aussi des autres tendances, y compris les SA de Röhm) ont été assassinés (un mémorial est discrètement visible à l’entrée du Reichstag), en particulier Schleicher (et sa femme) lors de la nuit des longs couteaux (le 30 juin 1934). Von Papen, après quelques jours d’arrestation, démissionna le 7 août 1934 mais fut ensuite nommé ambassadeur à Vienne puis à Ankara.

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Le 31 mars 1933 a été décrété l’alignement des Länder avec l’État mettant fin au fédéralisme. Les premières lois antisémites furent imposées le 7 avril 1933. Göring fonda la Gestapo le 26 avril 1933. Les syndicats furent supprimés le 2 mai 1933. L’autodafé de Berlin a eu lieu le 10 mai 1933 (livres de Freud, Marx, Kant etc.). Le NSDAP fut formellement proclamé parti unique le 14 juillet 1933. Le Reichstag fut "renouvelé" le 12 novembre 1933 par des nominations de députés acquis. La confusion des fonctions du NSDAP et de l’État fut consacrée le 1er décembre 1933. La restauration du Reich a été décidée le 30 janvier 1934. Par ailleurs, le 14 février 1934 a été prononcée la dissolution du Reichsrat (l’équivalent du Sénat français).

Enfin, le 1er août 1934, Hitler n’attendit même pas la mort de Hindenburg (seulement le lendemain) pour décider de fusionner les fonctions de Président du Reich et de chancelier : "Führer und Reichskanzler" (approuvé par un plébiscite le 19 août 1934 avec 89% des voix). Il le resta jusqu’à son suicide à Berlin le 30 avril 1945.


Hypnotiseur de foules et habile manœuvrier dans la scène politique

En un an, Hitler est parvenu à prendre le pouvoir absolu en Allemagne. Sa réussite est venue de ses talents pour manœuvrer les foules et l’opinion publique par un travail à la fois de sape intellectuelle et de violences physiques en profitant de la crise économique et de la perte de repères. Mais pas seulement : aussi de sa grande capacité de négociation avec ses partenaires politiques (nationalistes, indépendants, Zentrum etc.) qu’il a pu rouler dans la farine de la même manière qu’il a trompé ses interlocuteurs européens quelques années plus tard avec les Accords de Munich.

La tragédie de la période hitlérienne qui s’est déroulée dans le monde entier (entre 1933 et 1945) nécessite de bien comprendre l’enchaînement des faits qui n’étaient pas inéluctables.


Et l’avenir ?

Tout ce cauchemar semble définitivement fini. Un Mémorial de l’Holocauste à quelques dizaines de mètres de la Porte de Brandebourg, une nouvelle synagogue, des hommages aux Juifs allemands etc. émaillent la capitale allemande. Lieu de mémoire mais l’esprit est ailleurs.

yarti1933Jan05

Je me promenais dans les rues de Berlin dimanche dernier, il y a trois jours, à la Porte de Brandebourg et aussi devant le Reichstag dont la Coupole (construite en 1999) était fermée à cause de la neige. J’ai marché également du côté de l’Ostbahnhof où subsiste encore un kilomètre de Mur de Berlin avant d’être probablement rasé par des promoteurs impatients. Car pour une partie de la population allemande, non seulement elle a dû endurer douze ans de dictature nazie, mais également une quarantaine d’années de dictature communiste.

Depuis la Réunification le 1er octobre 1990, une génération est passée. Les jeunes allemands n’ont connu ni le nazisme ni le communisme. Tout cela semble être de la vieille histoire. Aujourd’hui, l’économie paraît primer sur tout le reste. Certains craignent (à l’instar d’Emmanuel Todd) le retour à une nouvelle sorte de nationalisme allemand. D’autres pensent au contraire que l’ancrage de l’Allemagne dans la démocratie, dans le fédéralisme, dans l’Union Européenne, dans l’amitié franco-allemande (déclinée dans de très nombreux domaines, comme la carte d’étudiant franco-allemande), constitue une base solide de stabilité pour la paix et les libertés des peuples.

La question qu’on pourrait se poser, ce serait de s’interroger sur ce processus qui a fait passer une démocratie (en mauvais état) vers la dictature. La France a connu avec la défaite de juin 1940 le même phénomène, moins maîtrisé, certes, mais tout aussi redoutable dans la perte des libertés fondamentales (pourtant, la guerre n’avait pas empêché la démocratie entre 1914 et 1918).

Aujourd’hui, serait-il possible qu’un parti politique voire un groupuscule politique puisse prendre le pouvoir de manière démocratique pour répandre son totalitarisme ? C’est la principale raison évoquée par les Suisses pour garder leur droit d’avoir des armes.

Deux inquiétudes pointent à l’horizon : d’une part, la permanence d’une crise économique dont on va "fêter" le quarantième anniversaire (premier choc pétrolier) qui a fait baisser d’un point par décennie la croissance moyenne en Europe et qui a fait accroître de quasiment un million par décennie le nombre de chômeurs, ce qui rend plus audibles les discours simplistes, populistes, démagogiques, ceux qui prônent notamment l’exclusion et la division ; d’autre part, les moyens technologiques actuels qui rendraient toute résistance impossible : passeport à puce électronique, carte bancaire, téléphone mobile, adresse IP d’ordinateur, réseau Internet, informatisation des fichiers de la sécurité sociale et des impôts, vidéosurveillance des villes etc.

Mais un espoir aussi : quoi qu’on puisse en penser sur ses carences économiques ; sur ses lacunes institutionnelles, l’Union Européenne est une fondation originale qui a permis au continent européen de rester en paix au sein de ses membres : l’adhésion de la Croatie le 1er juillet 2013 après celle de la Slovénie le 1er mai 2004 donne même à cette année le symbole que la page de la guerre en ex-Yougoslavie est définitivement tournée. Et quoi qu’on pense de l’intérêt d’un Prix Nobel de la Paix, le fait que celui de 2012 a été attribué à l’Union Européenne permet de rappeler la finalité de ses pères fondateurs :

Plus jamais ça et remember !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 janvier 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’Union Européenne, championne de la paix.
Amitié franco-allemande.
Mur de Berlin.
Réunification allemande.
Philippe Pétain.
La Croatie.

yarti1933Jan08 

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/30-janvier-1933-le-debut-du-129860

 

 

 

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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 13:06

Trente ans et l'antisémitisme comme prétexte pour créer sa propre cellule antiterroriste, à l'abri des lois et au mépris de la morale publique...


yartiRosiers01Il y a tout juste trente ans, le 9 août 1982 à 13h10, a eu lieu au restaurant Jo Goldenberg, au 7 rue des Rosiers à Paris 4e (quartier du Marais) une fusillade, précédée de l'explosion d'une grenade. Il y avait une cinquantaine de clients pour le déjeuner. Les terroristes se sont ensuite enfuis en tirant sur la foule dans la rue. Ce fut un odieux attentat antisémite, qui a fait six morts et vingt-deux blessés, et dont les auteurs n'ont encore jamais été punis. Le Président de la République française a alors aussitôt visité la synagogue pour rendre hommage aux victimes mais a été violemment sifflé par la foule.


François Mitterrand, peu scrupuleux avec la morale et l'éthique, a diligenté sa propre enquête par sa cellule antiterroriste dirigée par Christian Prouteau (directeur du GIGN) et Paul Barril. Cet attentat fut d'ailleurs à l'origine de la création de cette cellule qui permit par la suite des écoutes téléphoniques de plusieurs centaines de personnalités pour cacher au grand public l'existence de sa fille Mazarine Pingeot. Le 29 août 1982, l'affaire des Irlandais de Vincennes a commencé par l'arrestation de personnes suspectées d'avoir commis l'attentat. En fait, le pouvoir socialiste avait cherché à désigner artificiellement des coupables (les faux accusés ont été relâchés en mars 1983). Dès le début de son premier septennat, François Mitterrand avait montré ainsi son peu de goût à la morale républicaine.

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En 2010, le restaurant Goldenberg a laissé place à un magasin de vêtements. En novembre 2011, la justice française, par son juge Marc Trévidic, a identifié les deux tireurs comme faisant partie du groupe palestinien dissident d'Abou Nidal (Fatah-Conseil révolutionnaire) et habitant actuellement en Jordanie sans aucune possibilité d'extradition.

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L'attentat de la rue des rosiers fut non seulement un acte odieux où l'antisémitisme, d'une part, et l'importation du conflit israélo-palestinien, d'autre part, ont coûté la vie à des personnes sur le sol français, mais aussi l'illustration du profond cynisme de François Mitterrand, ne reculant devant aucune illégalité ni aucune récupération pour assouvir sa soif de puissance.

Les six victimes de ce 9 août 1982 furent Mohamed Benemmon, André Hezkia Niego, Grace Cuter, Anne Van Zanien, Denise Guerche Rossignol et Georges Demeter. Hommage à elles et à leurs familles.


Aussi sur le blog

Sylvain Rakotoarison (9 août 2012)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
François Mitterrand.

yartiRosiers04



http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/antisemitisme-et-morale-en-121018

 

 

 

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 06:53

Prise de la Bastille ou fête de la Fédération : en fait, le 14 juillet commémore les deux, et c’est cette ambivalence, également ambiguïté, qui permet l’unité nationale. Petit retour historique.


yarti14juillet01Le 14 juillet 1795, la Convention décida que "La Marseillaise" serait désormais l’hymne national de la République française. Mais le 14 juillet, c’est tout autre chose

Le mercredi 11 juillet 2012, France 3 diffusait dans la soirée un documentaire sur la date du 14 juillet, avec des historiens comme Claude Quétel, Jean-Christian Petitfils, Jean-Pierre Bois et Guillaume Mazeau (dans la série "L’Ombre d’un doute").

Pour la plupart des Français, la Fête nationale commémore la prise de la Bastille mais en fait, lorsque Léon Gambetta a fait adopter la date du 14 juillet par les députés le 8 juin 1880 sur une proposition du 21 mai 1880 de Benjamin Raspail, député-maire d’Arcueil et fils du chimiste qui a donné son nom au célèbre boulevard parisien (la loi fut votée par les sénateurs le 29 juin et promulguée le 6 juillet 1880), il était plutôt question du 14 juillet 1790, qui a été la fête de la Fédération, la nation française rassemblée autour du roi Louis XVI et des révolutionnaires dans une sorte de symbiose de l’idée patriotique, tout en réconciliation, autour aussi de Lafayette et même de Talleyrand qui présida la messe avec des centaines de prêtres.

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Si l’historien Jean Favier est catégorique sur la référence de 1790, en fait, la réalité est un peu plus subtile : en effet, Gambetta avait eu l’idée de faire référence à 1790 pour ne pas froisser les "honnêtes gens" effrayés par le sang coulé en 1789. L’hymne national avait déjà beaucoup de références au sang (impur).

Ainsi, Christian Amalvi explique : « C’est une date bicéphale qui renvoie simultanément à la prise de la Bastille et à la fête de la Fédération : le second événement permet de conjurer, par son aspect national et œcuménique, le caractère violent du premier, et de rassurer à bon compte les modérés. Cependant, pour les vrais républicains, c’est d’abord et avant tout au 14 juillet 1789, en dépit des excès sanglants commis par le peuple ce jour-là, que la fête nationale rend hommage. ».

Dans la discussion au Sénat, dans la séance du 29 juin 1880, il est en effet dit par le rapporteur du texte : « N’oubliez pas qu’après la journée du 14 juillet 1789, il y a eu la journée du 14 juillet 1790. Cette journée-là, vous ne lui reprocherez pas d’avoir versé une goutte de sang, d’avoir jeté la division à un degré quelconque dans le pays. Elle a été la consécration de l’unité de la France. Oui, elle a consacré ce que l’ancienne royauté avait préparé. L’ancienne royauté avait fait pour ainsi dire le corps de la France, et nous ne l’avons pas oublié ; la Révolution, ce jour-là, le 14 juillet 1790, a fait, je ne veux pas dire l’âme e la France, personne que Dieu n’a fait l’âme de la France, mais la Révolution a donné à la France conscience d’elle-même ; elle a révélée à elle-même l’âme de la France . (…) Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jours-là, a signifié unité volontaire. ».

Penchons-nous donc sur cette prise de la Bastille. Une vieille forteresse de huit tours qui cassait la perspective avec le faubourg Saint-Antoine, quartier populaire et ouvrier, et réputée imprenable. Prison synonyme de l’absolutisme de la monarchie et de l’arbitraire des souverains, la Bastille n’avait qu’une portée symbolique puisque seulement sept prisonniers y furent trouvés (et encore, on les avait oubliés).

L’étincelle qui fit tout exploser, c’est le renvoi par le roi de Jacques Necker, très populaire Ministre des Finances, le 12 juillet 1789. Ce qui intéressait avant tout les révolutionnaires, c’était la réserve de munitions. Ils avaient pu s’emparer le matin du 14 juillet 1789 de dizaines de milliers de fusils aux Invalides mais ils n’avaient pas de poudre.

Le directeur de l’établissement, le marquis Bernard-René Jordan de Launay, n’était pas un mauvais bougre. Au contraire, il a même accepté de parlementer avec les gens de la commune de Paris (les élus parisiens) et si la Bastille aurait pu être bien défendue grâce à ses troupes, il ne souhaitait pas un bain de sang entre Français et n’a donc donné aucun ordre ni de tirer ni de ne pas tirer. Après quatre tentatives de négociations, la situation n’évoluait pas et restait très tendue.

Finalement, les révolutionnaires parvinrent à s’emparer de la forteresse et le chef des troupes révolutionnaires, Pierre-Augustin Hulin (30 ans), futur général napoléonien, avait décidé d’accompagner et de protéger De Launay jusqu’à l’Hôtel de Ville mais la foule, comme hystérique, l’a finalement lynché en chemin et lui a coupé la tête mise sur une pique. Première victime de la Révolution française. Il y en aura des dizaines de milliers d’autres. Début d’une véritable boucherie qui sera à son apogée sous la Terreur de Robespierre.

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Quelques jours avant, le ministre responsable de la défense nationale, le maréchal Victor-François de Broglie, qui avait été nommé le 11 juillet 1789 par Louis XVI (le roi avait bien compris qu’il fallait lâcher un peu de lest et ne pas écouter les ultras du comte d’Artois) avait rédigé un mémoire pour mettre en garde le roi contre la situation insurrectionnelle qui risquerait de ne plus être maîtrisée, et au détour d’une phrase, il a eu cette sublime expression : « La France [risque d’être] livrée à la démocratie absolue. ». Succulente expression, que cette "démocratie absolue" ! À l’époque, le mot "démocratie" semblait donc avec une connotation péjorative.

Dès le soir de la prise de la Bastille, c’est Palloy, un commerçant, très doué pour le marketing commercial, qui fut chargé (par lui-même !) de détruire le bâtiment, de construire le monument encore aujourd’hui dressé sur la place et surtout, de mobiliser toutes les idées pour vendre la Bastille, notamment en vendant plein d’objets fabriqués dans des matériaux de la Bastille (pierre, métal, bois) et distribués un peu partout en France, ce qui a rendu très célèbre cet événement (on appellerait maintenant un "buzz").

C’était d’ailleurs à celui qui pouvait visiter les lieux, même la nuit, parfois avec du trafic de passeports d’autorisation à être sur le chantier. Chacun voulait y aller avec son piolet pour prendre un petit morceau de pierre de la Bastille, exactement comme deux siècles plus tard, beaucoup d’Européens ont cherché à se rendre à Berlin pour emporter avec eux un petit bout du mur effondré le 9 novembre 1989.

Le chantier d’ailleurs a coûté très cher car le but était de faire travailler plein de monde même si cela ne servait pas à grand chose. C’était le prix d’un bon climat social. La Bastille a représenté une énorme réserve de pierres pour les constructions futures et par exemple, on marche sur beaucoup de pierres de la Bastille lorsqu’on traverse la Seine par le Pont de la Concorde, reliant la place (autrefois appelée Louis XV) et le Palais-Bourbon (l’Assemblée nationale). Avant la Révolution, Louis XVI avait déjà eu l’idée de détruire la Bastille pour aménager la place qui aurait porté son nom (trop tard).

Autre point intéressant : il y a eu tout un trafic pour se réclamer de la prise de la Bastille (comme en 1944 pour se réclamer de la Résistance). Chacun se revendiquait ainsi, de manière très anarchique, si bien que pour mettre fin aux autoproclamations, les élus de Paris ont institué un certificat de "vainqueur de la Bastille" et l’ont attribué à moins d’un millier de révolutionnaires, après avoir enquêté pour être sûrs que ces personnes étaient sur les lieux. Ce papier a permis de formuler des revendications encore en 1830 et Louis-Philippe (le dernier roi), pour éviter toute protestation, leur a tout de suite accordé une rente de cinq cents francs !

Il est connu d’ailleurs que dans son petit journal personnel, Louis XVI avait noté "rien" pour le 14 juillet 1789. Mais c’était surtout pour dire qu’il était revenu bredouille de sa chasse. Le roi avait suffisamment compris la situation très tendue pour rappeler Necker dès le 16 juillet 1789.

Voici ce qu’un témoin privilégié a pu écrire sur l’événement : « De Launay, arraché de sa cachette, après avoir subi mille outrages, est assommé sur les marches de l’Hôtel de Ville ; le prévôt des marchands, Flesselles, a la tête cassée d’un coup de pistolet ; c’est ce spectacle que des béats sans cœur trouvaient si beau. Au milieu de ces meurtres, on se livrait à des orgies, comme dans les troubles de Rome, sous Othon et Vitellius. On promenait dans des fiacres les vainqueurs de la Bastille, ivrognes heureux, déclarés conquérants au cabaret ; des prostituées et des sans-culottes commençaient à régner, et leur faisaient escorte. Les passants se découvraient avec le respect de la peur, devant ces héros, dont quelques-uns moururent de fatigue au milieu de leur triomphe. Les clefs de la Bastille se multiplièrent ; on en envoya à tous les niais d’importance dans les quatre parties du monde. Que de fois j’ai manqué ma fortune ! Si moi, spectateur, je me fusse inscrit sur le registre des vainqueurs, j’aurais une pension aujourd’hui. ».

Ce témoin, c’était Chateaubriand, dans ses "Mémoires d’outre-tombe" (1848)

De Launay, gouverneur bien terne de la Bastille, fut décrit sans complaisance par un de ses hommes : « (…) J’ai appris à connaître cet homme (…) par son inquiétude continuelle et son irrésolution, je vis clairement que nous serions bien mal commandés si nous étions attaqués. Il était tellement frappé de terreur que la nuit, il prenait pour des ennemis les ombres des arbres et des autres objets environnants. ».

Comme souvent, la petite histoire a fondé la grande histoire. L’exaspération de la foule parisienne, la maladresse de certaines autorités, la mauvaise incompréhension du camp adverse, tout a fait basculer le pays de l’anecdotique à la gravité. Clemenceau parlait d’un bloc pour la Révolution, avec ses lumières et sa face sanglante. Au regard des deux dernières séries de révolutions (empire soviétique et Printemps arabe), il n’est pas sûr que la Révolution française fût la moins meurtrière…

Il reste à en conserver l’élément essentiel qui a motivé le législateur de 1880 : l’unité nationale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juillet 2012)
http://www.rakotoarison.eu

(Source : essentiellement, "L'Ombre d'un doute" et le site de l'Assemblée Nationale).

 

 





Pour aller plus loin :
Émission sur France 3 du 11 juillet 2012 ("L’Ombre d’un doute").
Faut-il modifier les jours fériés ?
Unité nationale.


(Illustrations : 1° Monet et la fête nationale du 30 juin 1878 ; 2° Fête de la Fédération ; 3° De Launay et Flesselles sur des piques ; 4° Prise de la Bastille).

yarti14juillet04


http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/14-juillet-le-risque-de-la-119924

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 02:58

Né le 31 juillet 1914, Raymond Aubrac fut avec sa femme Lucie Aubrac un couple de résistants dans la région lyonnaise. Après la guerre, les deux se sont impliqués pour apporter leur témoignage auprès des plus jeunes. Née le 29 juin 1912, Lucie Aubrac est morte le 14 mars 2007.

SR

 

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