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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 16:49

(verbatim)


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170717-macron.html


Discours du Président Emmanuel Macron à la Conférence nationale des territoires le 17 juillet 2017 au Sénat



Merci beaucoup, Monsieur le Président du Sénat.
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Monsieur le Président du Conseil économique, social et environnemental,
Mesdames, Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités,

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui parce que vous venez de le rappeler par vos propos, ce dont nous allons parler, c’est au fond de la vie quotidienne des Français et de leur avenir et pas d’autre chose. En vérité, on choisit le terme de « territoire » faute de mieux. Les Français parlent assez peu de territoire, c’est un mot dont nous nous parlons mais les Français parlent de leur campagne, de leur montagne, de leur forêt, de la mer, de leur ville, de leur village, leur plaine, de leur banlieue, de la diversité qui fait leur quotidien. Et c’est au fond le coeur du sujet qui nous est ainsi posé.

Nous sommes dans un pays qui s’est construit par la norme, par la langue, par l’Etat, par l’impôt, il faut bien le dire aussi, son administration, et dont les grands vecteurs en quelque sorte d’homogénéité ont été imposés d’en haut. Or, notre pays est fait de géographies multiples, nous restons éminemment un pays de terroirs et de géographes et dans une mondialisation qui tend à tout homogénéiser, l’attachement de nos concitoyens à leur quotidien à la réalité de leur territoire est encore plus grand chaque jour.

Le défi qui est le nôtre n’est pas d’aujourd’hui mais il est chaque jour un peu plus fort, c’est de conjuguer l’unité de la République qui nous a faits, cette mondialisation qui parfois bouscule des grands équilibres et dans laquelle nous avons à avancer, et la diversité de ces territoires qui est constitutif de nos identités, de notre identité profonde. Et c’est tout le défi qui est le nôtre, parce que cette pluralité de situations, nos concitoyens la vivent dans leur quotidien, et ils n’ont pas le même quotidien selon qu’ils habitent un territoire très rural, une banlieue métropolitaine, une ville moyenne de province ou qu’ils soient dans un territoire ultramarin ou une zone de montagne et nous le savons bien.

Les tentations des extrêmes que vous avez évoquées sont alimentées par le sentiment chaque jour documenté, il faut bien le dire, que notre approche est monolithique, unilatérale, univoque et au principe d’égalité sur lequel notre République s’est construite, nous devons bien aujourd’hui considérer en quelque sorte une forme d’attention toute particulière à une égalité des chances des territoires car l’égalité qui crée de l’uniformité n’assure plus l’égalité des chances sur la totalité de notre territoire aujourd’hui.

C’est cette sensibilité qui nourrit les inquiétudes, les incertitudes que je sais nombreuses et – c’est mon souhait profond – que notre action collective dans les prochaines années doit permettre de résoudre.

Cette sensibilité territoriale, c’est justement cette faculté d’écouter les millions de voix qui chaque jour s’expriment partout en métropole et en Outre-mer, cette démocratie vivante et exigeante qui tisse ce commun. Je veux rendre ici un hommage aux fonctionnaires de l’Etat et des collectivités territoriales ainsi qu’aux acteurs locaux sans qui rien ne serait possible à ce titre. Et je veux aussi remercier tout particulièrement, vous l’avez rappelé dans votre propos liminaire, les élus locaux parce qu’ils ont pour une très large majorité d’entre eux une activité quasi bénévole et pour la totalité d’entre eux décidé de consacrer une partie significative de leur vie à l'intérêt général, sans compter leurs heures quand il s'agit d'écouter, d'agir, de retisser ce lien en prenant des risques, et là-dessus, vous l'avez rappelé, je souhaite en effet que nous puissions faire aboutir cette réflexion déjà commencée sur le statut de l'élu local et en particulier leurs responsabilités pour pouvoir répondre à ce qui fait aujourd'hui le quotidien de ces élus.

Si nous sommes ensemble aujourd’hui, ce n'est pas pour ajuster une nouvelle fois les lois de décentralisation aux réalités contemporaines ou pour chercher à expliquer aux Français en quelque sorte que leur vie devrait se plier à nos organisations administratives et institutionnelles. Ca fait trop longtemps qu'on raisonne ainsi ; je crois d'ailleurs que nos concitoyens n’en voient plus le bout, nous-mêmes nous sommes confrontés à l'insatisfaction en quelque sorte de ce travail sans fin en tout cas à portée de vue et à ce titre, la philosophie qui sous-tend cette Conférence nationale des territoires, c'est bien plutôt de refonder le rôle de l'Etat et des collectivités territoriales dans la vie quotidienne des Françaises et des Français et d'adapter ce rôle aux transitions que notre pays doit affronter.

Pour ce faire, il faut repenser en profondeur l'interaction entre l'Etat et lesdites collectivités ; nous connaissons parfaitement les analyses et nous les partageons mais ce que nous installons aujourd'hui avec cette Conférence, c'est une instance d'échange, de concertation et de décision.

Cette conférence, elle se réunira tous les 6 mois sous la présidence du Premier ministre, elle est composée de membres du gouvernement, de représentants des collectivités territoriales, des présidents des organismes de concertation existants et de représentants du Parlement ; elle se saisira d'un certain nombre de thèmes transversaux ou territoriaux qui seront traités dans la durée, elle ne doit en a aucun cas conduire à re-centraliser des sujets qui relèvent du dialogue quotidien entre les représentants de l'Etat et les collectivités dans les territoires mais de ces négociations, émergera un pacte de confiance entre l'Etat et les territoires définissant pour les cinq prochaines années, les engagements respectif que nous devons prendre.

Au coeur de ce projet, je place notre volonté que chaque réforme, chaque plan, chaque démarche initiée par le gouvernement pour mettre en oeuvre des politiques publiques, dont la responsabilité est partagée entre l'Etat et les territoires, associe en amont les collectivités territoriales concernées. Cette conférence, pour toutes ces raisons, Monsieur le président du Sénat, ne pouvait pour sa première réunion se tenir ailleurs qu'ici au Sénat qui au titre de l'article 24 de notre Constitution, que vous avez rappelé, assure la représentation des collectivités territoriales de la République. C'était mon souhait et je vous remercie de l'avoir accepté et de nous avoir parfaitement accueillis.

La volonté de mettre en place cette Conférence tient à une réalité simple qui structurera mon propos. Nous avons des transitions inédites à vivre, elles imposent de repenser en profondeur le rôle de l'Etat ; elles imposent de reconsidérer la méthode entre l'Etat et les collectivités territoriales et elles conduisent immanquablement à repenser aussi la méthode et les réalités de nos relations financières.

**

Notre temps c'est, en effet, celui des transitions. C'est le défi qui est au coeur de toutes les politiques publiques que nous avons à conduire, la relation des Français avec le travail, l'école, l'environnement, la famille, la mobilité, les loisirs est en train de changer profondément et cela sous l'effet de l'évolution des mentalités, des savoirs, des comportements et des technologies, et donc nous ne pouvons pas garder les organisations, les réflexes, parfois le rythme qui était celui d'un monde qui précédaient ces changements. Nous ferions une erreur de diagnostic historique si nous pensions que ces transitions sont d'ailleurs les mêmes partout et pour tous ; au contraire, elles adoptent selon le lieu, la géographie, les tranches d'âge des dynamiques territoriales et sociales qui sont profondément différentes et dont les conséquences sont profondément différentes mais pour chacune de ces transitions, nous devons penser cette égalité des chances que j'évoquais et sortir des cadres de pensée qui ont parfois été les nôtres.

Ce que demande la ruralité, ça n'est pas l'aumône, ça n'est pas d'être compensé ; c'est d'avoir les mêmes chances de réussir ; c'est d'avoir les mêmes chances de réussir que d'autres territoires de la République là où ça n'est pas le cas aujourd'hui, parce qu'elles n’ont plus les infrastructures essentielles de la réussite dans ce monde en changement et la réalité des services publics utiles dans leur quotidien.

Les défis sont ainsi profondément différents selon les territoires, mais avec des exigences qui sont communes à tous ces territoires, cette égalité des chances territoriales et les transitions que nous sommes en train de vivre ont cela de caractéristique qu'elles sont en train d'accroître l'individualisation et la différenciation par territoire qu'il s'agisse du numérique, de la transition environnementale, elles renforcent ces tendances qui sont déjà à l'oeuvre.

Prenez la transition énergétique : elle renforce la production locale, la déconcentration profonde des organisations là où nous étions organisés aujourd'hui dans un modèle très étatique avec une production hyper centralisée.

Prenez la transition numérique : elle donne la capacité à reproduire sur le terrain de manière très différenciée ; elle permet de redéployer des perspectives de travail sur le territoire, de télétravail mais aussi de télétravail 2.0 qui va complètement changer les phénomènes de congestion si on va au bout des équipements nécessaires, de la capacité à faire de l'impression 3D ou tous les modes de production additive et justement de permettre à tous les territoires de relever ces défis. L'industrie du futur émerge dans tous vos territoires brisant d'ailleurs la distinction qui s'était faite entre l'industrie et les services. C'est fini ce temps où des territoires entiers en quelque sorte étaient condamnés à se construire dans un avenir de service, là où les industries les avaient désertés.

C’est faux ! Le numérique est en train de retisser des liens entre justement l'industrie et les services de permettre à nouveau des productions industrielles au plus près du terrain, si on s'en donne les moyens.

Tout ça pour dire que les repères dans lesquels nous avons construit jusqu'alors l'action publique ont profondément changé et nous conduisent à repenser en profondeur les défis de notre territoire, mais en même temps, ils ont très profondément accru aussi la disparité de situations et de conditions de départ.

Je ne serai pas exhaustif mais on le voit bien, les défis sont profondément différents selon les types de territoires.

Les territoires ruraux enclavés de plaine comme de montagne ont un défi d'accès aux infrastructures essentielles qu'il s'agisse des infrastructures routières ou ferroviaires comme des infrastructures du numérique, et ont à se battre face à la désertification des services publics.

Nos littoraux et nos montagnes connaissent des conflits d'usage croissants entre des potentialités de développement économique, les souhaits de certains acteurs touristiques ou économiques et le souhait de leurs habitants. Et les mêmes parfois d'ailleurs qui disent qu'ils souhaitent un avenir radieux pour leur territoire sont les premiers à s'opposer à certains projets quand leurs habitants y voient, au réel de leur quotidien, ledit conflit d'usage.

Les territoires touchés par les transformations économiques et les chocs liés à la mondialisation des vingt dernières années ont à relever le défi de l'affaissement de notre empreinte industrielle et avec elle, de l'accumulation des difficultés économiques et sociales et ont un besoin d'Etat, d'aide, de redistribution bien différent d'autres régions de la République.

Les villes moyennes ont, quant à elles, à inventer un nouveau modèle de croissance hors des métropoles, s'appuyant sur les avantages sectoriels à un niveau qu'elles peuvent établir mais aussi à construire en lien avec d'autres villes moyennes une politique culturelle, économique, éducative différente. Ainsi, elles construiront une attractivité renouvelée.

Les métropoles, enfin, ne sont évidemment pas à l'écart de ces grandes transitions ; elles sont même en leur coeur, elles sont aujourd'hui à beaucoup d'égards les gagnantes de cette mondialisation qui favorise l’effet de centralité et de métropolisation mais elles ont à gérer des problèmes essentiels de pollution, de congestion des espaces, qui imposent là aussi de travailler sur des investissements nouveaux, l’organisation de la ville de demain.

Comment ne pas évoquer les territoires d’Outre-mer qui sont confrontés souvent au cumul de nombre de difficultés que je viens d’évoquer mais avec une extrême diversité car sous ce dénominateur commun où en quelque sorte on les enferme fréquemment qu’y a-t-il de commun entre Mayotte, la Guyane, la Guadeloupe et La Réunion ? Un éloignement peut-être par rapport à l’Hexagone mais des réalités économiques, industrielles, de tensions géographiques et parfois migratoires profondément différents entre ces dits territoires. C’est ce qui a d’ailleurs conduit à ce que le gouvernement organise des assises de l’Outre-mer à l’automne qui permettront de poser un diagnostic partagé et une feuille de route territoire par territoire pour conduire à des actions concrètes.

Vous l’avez compris, à travers cette diversité de situations je veux manifester ainsi que ces grandes transitions que nous avons à vivre imposent à l’Etat non plus de garantir l’égalité parfaite, elle est impossible, l’uniformité rêvée, elle peut se transformer en cauchemar, mais bien plutôt de tenir son rôle et d’assurer une égalité des possibles et des chances et de permettre à chacun des territoires compte tenu de ses contraintes de départ de réussir les transitions qui sont à l’oeuvre et font le monde contemporain dans lequel nous avons à évoluer.

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C’est pourquoi l’Etat doit lui-même réinventer son rôle face à cette transition, l’Etat doit désormais agir de façon différenciée en tenant compte justement de ces réalités territoriales et autrement dit c’est de se tenir aussi près qu’il est possible des besoins et des attentes locales, de ne pas craindre de donner plus à ceux qui ont moins, de redessiner des libertés concrètes dont nous avons besoin.

C’est d’ailleurs pourquoi dès les premiers mois de mon mandat j’ai souhaité que nous puissions avec pragmatisme revisiter plusieurs politiques publiques afin d’y injecter davantage de liberté pour les territoires en laissant aux collectivités locales la liberté de définir les rythmes scolaires pertinents dans leur territoire et en investissant dans l'école avec le dédoublement des classes de CP et CE1 en zone REP et REP+, réforme qui se déploiera pour une large partie dès cette rentrée. C’est une politique de différenciation territoriale et les acteurs locaux en ont la responsabilité.

C'est avec le même esprit que l'Etat investira davantage dans les transports du quotidien afin de permettre aux Français enclavés de retrouver la mobilité physique sans laquelle il n’est pas de mobilité sociale. Sur ce point il est en particulier essentiel de créer le lien entre les principales agglomérations et leurs territoires environnants notamment entre les métropoles et les territoires ruraux excentrés car c’est là que se construit la première des fractures territoriales et non plus en promettant des grands plans uniformes qui consistent à sommer en quelque sorte toutes les promesses tenues sur tous les territoires et qui ne sont jamais financées mais plutôt pour construire par une méthode participative, ce qui sera un vrai plan de mobilité pensé au contact des territoires et qui permettra justement de répondre aux besoins du quotidien.

C‘est cette méthode qui a été retenue, dès la fin de l'été la ministre des Transports lancera les travaux préparatoires à une loi d'orientation des mobilités qui offrira une programmation précise année par année financée sur cinq ans. Un Conseil d’orientation des infrastructures de transport, instance d'expertise et de dialogue entre toutes les parties prenantes suivra la mise en oeuvre de cette programmation auprès de la ministre des Transports et vous y serez bien entendu associés.

Mais cette méthode conduit à quoi ? A avoir un discours de vérité sur les infrastructures de transport et à prendre en compte cette diversité des territoires. Il y aura un temps de dialogue, on regardera les besoins, et il y aura des décisions sous la supervision du Premier ministre parce qu’on ne peut pas promettre des lignes de TGV et des aéroports de proximité à la France entière. Cela pourrait aujourd’hui me faire à coup sûr un succès d’estrade, simplement je reviendrai dans quelques années devant vous et le même succès d’estrade se terminera en reproche légitime, et j’ai peur au demeurant qu’on l’ait beaucoup fait. Donc ce qui sera décidé au terme de cette concertation c’est une loi qui associera à chaque projet son financement.

C’est avec le même état d’esprit enfin que je me suis engagé à la couverture intégrale pour tous les Français en très haut débit. Je souhaite encore accélérer ce calendrier afin de parvenir à une couverture en haut et très haut débit d’ici la fin de l’année 2020. Sur ce sujet avec nombre d’entre vous durant la mandature précédente nous avons construit des solutions pour essayer de couvrir les manques, de rattraper les retards, de pousser les opérateurs, c’est la première chose qui nourrit les extrêmes, la première chose. Je dis fin 2020, je vous confirme et plus 2022, vous avez bien entendu, parce que si je vous dis 2022 je ne suis pas sûr que je serai en situation parfaite de pouvoir en répondre. Si je vous dis fin 2020 je sais que j’aurai encore l’année 2021 pour pouvoir rattraper les retards.

Parce que nous avons appris collectivement avec le temps. D’abord on a promis de couvrir les centre-bourgs, rapidement on s’est aperçu que la couverture du centre-bourg ne valait pas couverture de la commune grâce d’ailleurs en particulier au Sénat, je m’en souviens, des amendements ont été pris qui ont permis de déployer des antennes-relais et donc de conduire les opérateurs à avoir des contraintes supplémentaires. Est-ce encore suffisant ? Pas totalement les déploiements ne sont pas assez rapides, les opérateurs aujourd’hui rechignent encore dans les endroits qui sont les moins rentables, nous devons donc d’ici à la fin de l’année prendre des dispositions nouvelles d’incitation et de contrainte à l’égard des opérateurs de téléphonie.

Ensuite, regarder également la nature du plan qui a été pensé par l’Etat pour envisager les complémentarités technologiques. Il est impossible de tenir la promesse de tirer de la fibre dans tous les logements de la République, ça n’est pas vrai, cette promesse est intenable technologiquement et financièrement. Par contre, nous devons et nous pouvons jouer sur les complémentarités entre la fibre et le mobile et en particulier l’Internet mobile. Nous pouvons déployer des cellules dites cellules Femto et nous pouvons jouer sur la complémentarité avec le déploiement satellite qui est au coeur d’ailleurs de la stratégie de l’Etat en la matière. C’est donc aussi cette reconfiguration technologique qui doit être portée. Enfin, l’Etat affectera une part du grand plan d’investissement à cette priorité pour là où c’est nécessaire, là où des carences seront constatées se substituer aux opérateurs défaillants.

Agir de façon différenciée c’est aussi se concentrer sur certaines priorités par territoire. Ainsi, nous veillerons à ce que l’évolution des services publics en milieu rural ne conduise pas à augmenter la fracture territoriale. J‘ai notamment demandé à ce que l’enseignement primaire en milieu rural soit rendu plus attractif, par exemple en amplifiant des expérimentations locales très prometteuses autour d’internats et c’est ce que le ministre de l’Education nationale aura à présenter dans les prochains mois. Nous devons faire plus pour l'égalité d'accès au savoir et à l'excellence.

De même, je me suis engagé, et nous le ferons, à doubler le nombre de maisons de santé dans les territoires ruraux pour garantir l'accès aux soins et nous travaillerons là à la mise en place d'une stratégie territoriale d'accès aux soins permettant de garantir une accessibilité renforcée par des moyens novateurs, je pense notamment au déploiement de la télémédecine. Madame la ministre des Solidarités et de la Santé sera tout particulièrement en charge de ce projet, en même temps que les réformes structurelles, mais qui prendront du temps, seront prises pour rouvrir les numerus clausus qui ont construit, on le sait bien, cette rareté aujourd'hui du personnel médical sur les territoires.

En matière d'école et de santé, je ne souhaite pas qu'on revienne en arrière ou qu’on reconstruise ce qui a parfois été détricoté, je souhaite aller à la fois vers plus d'innovation et proposer une évaluation partagée des besoins. Cette évaluation doit être conduite d'ici à la fin de l'année afin de construire un plan d'action conjoint entre l'Etat et les territoires. Ce qui est sûr c'est que les territoires en particulier les plus ruraux ne peuvent plus être la variable d'ajustement d'économie. C'est pourquoi d'ici là en particulier il n'y aura plus de fermeture de classes dans les écoles primaires.

En matière d'environnement les collectivités sont aussi des partenaires incontournables de la mise en oeuvre du plan Climat récemment annoncé et notre objectif sera de déployer dans les prochains mois tous les territoires à énergie positive dans une logique partenariale avec l'ensemble des territoires qui les portent.

Pour l'Etat, vous l'avez compris, dans ce contexte que je viens de décrire, le premier enjeu est la lutte contre la fracture territoriale, l'Etat et les collectivités territoriales doivent travailler de concert afin de construire cette cohésion des territoires, Monsieur le Ministre, de favoriser leur complémentarité et d'organiser les solidarités. Les régions, départements, métropoles, communes doivent prendre toute leur part dans la construction de cette alliance entre territoires pour favoriser leur meilleure complémentarité.

C'est parce que je suis conscient de certains défis de la situation de déclassement des villes moyennes et de leur ruralité que je veux justement que nous puissions nous inspirer de ce qui a été fait en d'autres temps de manière fort à propos pour les villes avec l'ANRU. Cette idée a été portée par d'autres que moi en particulier dans les temps récents de campagne et je pense que c'est une bonne idée de considérer l'opportunité d'une Agence nationale de la cohésion des territoires. Cette agence aurait vocation à travailler en lien direct avec les régions parce qu'il ne s'agit pas de recentraliser ce qui a été donné à certaines collectivités et donc ce doit être une agence là aussi d'un type nouveau qui travaille en lien direct avec les régions, qui pense l'appui en particulier en ingénierie publique indispensable dans le rural et dans les territoires les plus périphériques et qui crée une logique de guichet unique et de simplification de projets pour les territoires ruraux, les villes moyennes en difficulté.

Cette agence aurait vocation à simplifier pour l'ensemble de celles et ceux élus ou porteurs de projets sur le territoire qui veulent conduire à bien ses projets et qui se trouvent confrontés aujourd'hui à notre propre complexité administrative, à la multiplication des guichets, parfois il faut bien le dire à nos propres incohérences. Je souhaite donc qu’en lien direct avec vous et sous l'autorité du Premier ministre une réflexion très précise soit conduite pour que cette agence voit le jour, qui permettra de répondre de manière très efficace et en lien direct avec le ministre de la Cohésion territoriale et sous son autorité à ces défis. Nous avons besoin d'une logique d'agence parce que c'est une logique de projets que porte aujourd'hui cette France rurale, cette France des villes moyennes qui veut réussir et pour qui la lenteur et la complexité est presque encore plus insoutenable que pour les grandes villes et les métropoles.

Pour les villes moyennes la priorité est de redonner vie aux centres-villes, je souhaite à ce titre que le gouvernement engage une action renforcée et transversale pour relancer l'emploi, le commerce, le logement et remettre des centres-villes au coeur de leur territoire. Pour cela il faut instituer une politique globale d'intervention en lien avec la région, les financements dont l'Etat dispose sont aujourd'hui trop émiettés, ont fait l'objet, on le sait bien, de coupes successives, ils doivent être largement délégués aux régions et l'Etat doit venir en appui à ces dernières pour là aussi avoir une approche beaucoup plus globale de l'ensemble des outils qui sont mis à disposition qu'il s'agisse des quartiers prioritaires, des villes moyennes. Le panel d'outils pour répondre à leurs difficultés en matière d'éducation, d'emploi, de commerce, de transport, de numérique, de culture doit être simplifié, regroupé. Et il sera demandé aux préfets de nommer à leurs côtés des personnalités locales, entrepreneurs, dirigeants associatifs, responsables culturels, fonctionnaires capable d'entraîner ce mouvement en lien direct avec les élus locaux. Cette mobilisation des acteurs locaux en appui des élus autour de projets concrets et l‘apport par l'Etat des outils nécessaires à l'émancipation de ces territoires donnera lieu à une contractualisation sur une durée minimale de cinq ans.

Enfin, dans les métropoles, l'Etat soutiendra les projets d'innovation et de recherche dont le développement est indispensable à l'économie et au rayonnement de la France. Il sera en appui en particulier de tous les projets de transition numérique et environnementale aujourd'hui portés par les métropoles et sur lesquels l'Etat sera particulièrement présent à travers le grand plan d'investissement. C'est aussi en matière de transport et de logement bien évidemment dans les métropoles que l'Etat a à repenser sa politique. Je l’ai l'évoqué tout à l'heure pour ce qui est des transports avec une volonté de concentrer nos financements sur les infrastructures du quotidien, ce qui signifie les travaux de rénovation indispensables dans toutes les métropoles où les investissements n'ont pas été conduits depuis plusieurs années conduisant des problèmes qui de congestion urbaine, qui parfois d'insécurité pour les usagers.

Pour ce qui est du logement là aussi c'est une réponse différenciée que nous devons apporter. Nous le savons bien, les politiques qui consistent à inciter à la construction de logements partout sur le territoire avec des outils fiscaux extrêmement chers ne fonctionnent plus. L'Etat français est l'un de ceux qui dépensent le plus en matière de logement, simplement comme bien souvent nous avons une politique de subvention de la demande et pas une politique d'offre, nous dépensons deux points de produit intérieur brut sur les politiques de logement. Pour assumer quoi ? Accompagner l'augmentation des prix et solvabiliser les ménages qui sinon n'auraient pas accès à ces politiques.

Le coeur du problème, il est – on le sait – dans deux-trois zones métropolitaines en France : le Grand Paris, Lyon et la frontière suisse et la métropole Aix Marseille principalement, où les prix ont beaucoup augmenté ces dernières années. Sur ces territoires, nous devons faciliter fortement la création de logements nouveaux, accompagner les métropoles qui conduisent ces politiques, libérer nos terrains beaucoup plus rapidement que nous ne l’avons fait, sans chercher à faire des plus-values et mettre en place une limitation des procédures de recours et de tous les délais qui sont autant de coûts supplémentaires.

 

C’est pourquoi à l’automne, un projet de loi sera porté par le Gouvernement qui permettra, dans toutes ces zones tendues, de créer un choc d’offre qui permettra – je l’espère, en deuxtrois ans, c’est en tout cas l’objectif qui doit être le nôtre – de baisser fortement le coût du logement dans ces territoires.

Nous renforcerons également – je m’y étais engagé – les crédits de l’ANRU pour aider les quartiers les plus en difficulté.

Sur ce point, permettez-moi un mot tout particulier sur le Grand Paris. Je ne veux pas ici exposer des conclusions hâtives, je verrai chacune et chacun. Nous avons commencé ce travail avec le Premier ministre. Dès cet automne, après une concertation approfondie avec les acteurs concernés, je proposerai les bases du Grand Paris qui aujourd’hui – je dois vous le dire de manière honnête – est au milieu du gué, en raison d’une structuration trop complexe.

L’idée du Grand Paris mérite mieux que ce que nous en avons collectivement fait – il faut bien le dire – de part et d’autre, pour des raisons politiques et pour des équilibres incertains. Mais si nous voulons que le Grand Paris réussisse à l’échelle de ce qu’est la compétition internationale, si nous voulons produire la richesse pour ensuite pouvoir la répartir harmonieusement sur le territoire, nous avons besoin de simplifier drastiquement les structures. Je réunirai à ce titre une Conférence territoriale du Grand Paris qui devra se refonder autour d’un projet ambitieux de développement de la première métropole française, au sein de la région Capitale et aboutir à une organisation institutionnelle stabilisée et efficace.

Enfin, pour ce qui est du rôle de l’Etat – vous l’avez évoqué – je souhaite que nous renforcions la déconcentration et que nous donnions aux représentants locaux de l’Etat plus de marges de manoeuvre, notamment en matière budgétaire et de ressources humaines, mais aussi dans le dialogue quotidien avec les collectivités territoriales, pour adapter les politiques de l’Etat aux besoins des territoires et à ceux de nos concitoyens.

Ce sera la responsabilité du Premier ministre dans les prochains mois de porter ce projet. Mais il est fondamental. Vous avez parlé d’inflation législative, à juste titre. Mais nous en sommes les coproducteurs. Pourquoi ? J’ai, dans une vie antérieure, été ministre. Combien d’entre vous font passer aux ministres du gouvernement tel ou tel mot, de manière totalement justifiée et à bon escient, parce qu’un problème local n’est pas réglé par le préfet. On porte un amendement législatif pour régler le problème dans tel département, parce qu’il n’y a pas d’autre voie que d’aller la régler avec le ministre. Créant ainsi, six mois plus tard, le même problème, mais à l’envers, dans le département voisin, qui conduira à un amendement à peu près symétrique, revenant sur le premier, d’un autre élu tout aussi bien inspiré.

Cette chorégraphie qui conduit à un balbutiement certain, nous la connaissons par coeur. Parce que nous avons progressivement dépossédé les fonctionnaires de terrain du pouvoir légitime qui doit être le leur. Parce que nous avons dépossédé les préfets, les services sur le terrain de ce pouvoir d’appréciation et de dialogue avec les élus locaux. Quand on ne modifie pas la norme, ce sont alors des délais. Combien, instruisant un dossier que vous leur avez donné, vous dites je le remonte à Paris, ça va prendre six mois.

Je veux que nous sortions de cette fascination de la politique de la circulaire pour avoir une politique de la stratégie au niveau central, quand les stratégies sont claires, elles n’ont pas besoin de regarder le moindre tour de vis dans chaque département de notre pays.

Ensuite, il doit y avoir un contrôle a posteriori, légitime, capacité d’appel, nos administrations centrales doivent vivre un peu cette réforme et cette transformation profonde. Il y a trop de fonctionnaires des circulaires et pas assez de fonctionnaires qui aident sur le terrain.

Donc, cette déconcentration sera conduite, les préfets pourront ainsi en particulier – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, indépendamment de cette déconcentration – disposer d’un pouvoir d’adaptation locale des règlements, en particulier à l’issue du projet de loi Simplification et Droit à l’erreur qui sera présenté dans les prochaines semaines par le Gouvernement.

**

Tout cela, l’Etat peut et doit le faire. C’est pourquoi il doit consentir à un changement de paradigme complet. Mais au-delà de ce rôle de l’Etat, je crois profondément que dans la très grande majorité des cas, les territoires en réalité savent mieux l’organisation qui est la plus pertinente pour eux. Il faut donc construire ce pacte girondin, que j’évoquais il y a quelques semaines, qui, sans briser l’unité nationale, redonnera aux territoires les moyens d’agir dans une responsabilité partagée.

Après des années de réformes nombreuses et parfois contradictoires – je vous rassure, Monsieur le Président, j’ai entendu que vous l’appeliez de vos voeux – il ne s’agit pas pour moi de refaire un grand soir institutionnel. Nous perdrions du temps, de l’énergie et j’ai peur qu’en la matière d’ailleurs, le schéma parfait n’existe pas vraiment. Cela signifie qu'il n'y aura donc pas de nouvelles grandes réformes des institutions ou des collectivités et des niveaux de collectivités. Mais je suis ouvert aux adaptations législatives qui permettront de corriger les éléments d'aberrations qui remontent du terrain, sur l'eau, je vous ai entendu, sur les transports scolaires, j'ai cru entendre certains d'entre vous. Sur tous ces sujets, nous procèderons de manière pragmatique aux adaptations nécessaires.

Par contre, je souhaite que nous puissions, à partir de logiques de terrain, procéder à des réorganisations nécessaires. La réforme conduite a permis de clarifier des niveaux de compétence, c'est un fait. Elle a recomposé des territoires et une cartographie que vous connaissez parfaitement. Mais elle n'est pas allée au bout des éléments de simplification qui sont pourtant nécessaires, si nous voulons avoir une action publique plus rapide et moins coûteuse. Là encore, je souhaite que nous puissions ensemble simplifier les choses.

L'Etat prendra ses responsabilités en rationalisant ses services et les agences déconcentrées pour accroître l'efficacité de son action. Je souhaite que l'ensemble des collectivités puisse faire de même. Là où des collectivités territoriales le souhaiteront et si les regroupements sont conformes à l'intérêt général, nous les accompagnerons. Nous n'imposerons pas, mais nous offrirons des libertés, je pense notamment à la création – si c’est souhaité – de communes nouvelles, aux regroupements qui sont portés par les collectivités, aux volontés de rapprochement de certains départements, s'ils sont souhaités par ces derniers, avec cette conviction, c'est que quand la logique est portée par les territoires et qu'elle correspond à la simplification de l'organisation territoriale, aux dynamiques de bassins de vie, d'emploi, de bassin économique, elle est pertinente.

Mais cette liberté d'organisation ne doit pas se traduire par une augmentation des fractures territoriales et elle ne doit pas se traduire non plus par une augmentation de notre propre complexité. C'est pourquoi sur ce sujet, j'aurai des lignes rouges simples. Si on accroît les inégalités et les déséquilibres, en proposant des rapprochements entre des territoires qui constitueraient un îlot de richesse, dans des régions, des bassins de vie qui sont déjà profondément déséquilibrés, ce n'est pas une bonne chose pour l'intérêt général. Si on considère que le sens de l'Histoire, c'est alors qu'on a créé des grandes régions, de rouvrir des maisons départementales de la région, j'ai peur que nous n'allions pas vers des économies pertinentes.

Donc, sur ces points-là, j'en appellerai au pragmatisme collectif et l'Etat regardera avec beaucoup d'attention tout ce qui ne viendra pas accroître les inégalités et les déséquilibres et tout ce qui ne viendra pas rajouter de la multiplication des structures et des redondances. Partout où des grandes régions voudront contractualiser avec des départements ou des métropoles pour partager des compétences au plus près du terrain, s'il leur semble pertinent d'être au plus près du terrain, nous les aiderons, nous les accompagnons. Partout où elles recréeront des structures administratives pour se déployer elles-mêmes en concurrence avec d'autres territoires, il me semble que nous créerions immanquablement ensemble de nouveaux coûts.

Vous l'avez compris, je souhaite accompagner, encourager les initiatives, supprimer les verrous encore trop nombreux qui contraignent les territoires dans leur souhait de s'organiser mieux, en vue d'une action publique plus efficace. Cette liberté sera laissée aux élus locaux, en lien avec les représentants de l'Etat aussi, pour expérimenter de nouvelles politiques publiques, de nouvelles organisations des services publics, mais aussi pour innover en matière d'aménagement du territoire, d'urbanisme et pour définir notre territoire de demain.

Le droit à l'expérimentation, à ce titre, sera simplifié. Nous lèverons notamment l'actuelle obligation d'une généralisation de ces expérimentations sur tout le territoire au bout de deux années – qui est un verrou terrible pour permettre celle-ci – et la différenciation de l'action publique dans les territoires doit être désormais acceptée, parce que c'est le prix de cette égalité des chances.

Si c'est nécessaire, sur ce sujet, je suis prêt à proposer, dans le cadre de ce que j'ai annoncé au Congrès, une révision de la Constitution pour faciliter ces évolutions et libérer les énergies.

Je suis également disposé à ce que l'Etat délègue, en tant que de besoin, ses compétences en matière économique, sociale ou d'aménagement, si l'intérêt local le justifie. Je souhaite notamment que le Gouvernement poursuive le partenariat privilégié engagé avec les régions en 2016 en matière de développement économique et d'emploi. Je suis prêt, dans ce cadre, à envisager de nouvelles délégations de compétences ou des transferts de structures aux régions qui le souhaitent.

Cette délégation pourra s'accompagner aussi d'un transfert du pouvoir réglementaire d'adaptation des normes juridiques aux réalités locales – vous l’avez évoqué – je pense que c'est une évolution que nous devons suivre, regarder et accompagner, si elle est souhaitée.

A ce titre, les collectivités Outre-Mer ont ouvert la voie à ces réflexions, du fait même de leur statut constitutionnel spécifique. Je sais que certaines d'entre elles, pour ce qui est des collectivités ultramarines, souhaitent revoir les amendements constitutionnels passés que nous connaissons parfaitement, j’y suis parfaitement disposé. Au-delà, je souhaite que nous puissions envisager également en métropole, dans le respect du principe d'égalité, de telles adaptations.

Je demande au Gouvernement aussi d'expertiser avec vous tous les moyens pour simplifier et moderniser la gestion de la fonction publique territoriale, dans le dialogue indispensable avec les syndicats de fonctionnaires, afin de mieux répondre à leurs besoins qui sont différents de ceux de l'Etat. Avec une volonté simple : avoir une fonction publique territoriale qui nous permette collectivement de relever les défis que je suis en train d'évoquer. Il n'est pas normal, lorsqu'on cherche à augmenter par exemple le point de la fonction publique hospitalière, que toutes les fonctions publiques soient entrainées dans le même mouvement. Nous devons avoir une gestion différenciée des fonctions publiques, parce que leur réalité est différente, parce que les contraintes de gestion qu’on fait ensuite peser de manière mécanique sur les collectivités locales sont peu soutenables.

Il faudra également que toutes nos responsabilités soient prises en la matière. Je connais par coeur la chorégraphie de dupes qui existe entre nous sur ce sujet. Quelqu'un doit prendre la responsabilité de dire la vérité. La Cour des comptes l'a dit. Les heures travaillées ne sont pas totalement en conformité avec ce qui est prévu pour l'ensemble de la fonction publique ou ce qui est le cadre privé. Nous devons mettre fin à cette situation. Parce que c'est insupportable pour nos concitoyens qui ne sont pas fonctionnaires publics territoriaux et parce qu'on ne rend pas service à la fonction publique territoriale en protégeant des archaïsmes. Je vous le dis en toute franchise.

Il faudra également – j’en ai la conviction – engager une réduction du nombre d'élus locaux, comme j'ai indiqué souhaiter le faire pour les élus parlementaires. Nos concitoyens ne comprendraient pas sinon un tel traitement différencié. Moins d'élus, mais des élus plus protégés, mieux rémunérés et plus libres de leur action.

Enfin, l'Etat doit se garder – vous l’avez dit, Monsieur le Président du Sénat – de l'inflation des normes. Alors, je prends acte de votre avertissement initial et je ne me risquerai pas à la promesse du moratoire. Puisque vous l'avez dit vous-même, c’est en quelque sorte en la matière « l’heotontimoroumenos », c'est celui qui a le couteau qui est en même temps l’appelé et nous ne sortons jamais de ce jeu infernal.

Par contre, je suis favorable à ce que nous puissions conduire en effet une revue générale des normes. Je suis favorable à ce que nous puissions appliquer et que le Gouvernement s'en charge, le principe du deux pour un : pour toute nouvelle norme pesant sur les collectivités territoriales, deux autres devront être supprimées.

Je souhaite à ce titre que nous renforcions le rôle du Conseil national d'évaluation des normes, qui doit être associé beaucoup plus en amont à l'analyse des lois et des décrets concernant les collectivités territoriales.

C'est sur ce sujet, le Premier ministre, à ses côtés, le secrétaire général du Gouvernement, qui sera chargé de s'assurer que tous les textes sont soumis à ce tamis. Je demande, par ailleurs, au Gouvernement que l'on arrête à l’avenir les transferts de compétences sournois, je pense par exemple au transfert de la responsabilité de la délivrance des titres d'identité aux communes ou aux surcoûts liés à l'application de normes environnementales ou d'accessibilité, qui n'étant pas pris en compte initialement, ne font l'objet d'aucune compensation.

Le législateur doit prendre en compte, à chaque fois qu'il établit une norme obligatoire, son impact administratif et financier sur les collectivités territoriales. L'une des finalités de ces conférences semestrielles sera de rétablir la transparence et la confiance sur ce sujet, pour que l'analyse des coûts induits puisse être observée, mesurée, constatée et retranscrite dans nos relations financières.

Je souhaite enfin que nous ne surtransposions pas les normes européennes et que nous visions, chaque fois qu'une norme européenne est claire et précise, à son application directe. A cet égard, que nous puissions examiner systématiquement, dans les régions transfrontalières en particulier, les normes en vigueur chez nos voisins européens, afin d'évaluer l'efficacité de nos propres normes et la nature des applications.

Vous l'avez compris, la liberté que j'entends redonner aux territoires, celle de s'organiser, de fonctionner, elle est inséparable de la confiance mutuelle que nous devons nous faire. Elle repose aussi sur une responsabilité partagée qu'impose la situation financière du pays. C’est là-dessus que je souhaite terminer mon propos, sur cette responsabilité financière partagée. Tout ce que je viens d'évoquer, ce sont des libertés nouvelles qui vous seront données, une capacité à vous organiser différemment, à trouver des latitudes et donc aussi des organisations, des économies plus intelligentes.

***

Mais il faut disons les choses, là aussi, en vérité. Nous partageons la même responsabilité visà- vis de nos partenaires européens comme de nos concitoyens. Celle de la soutenabilité de nos finances publiques. Il en va ainsi de la part gouvernementale sociale et locale de cette dépense. Or, nous le savons, le niveau de nos dépenses publiques est trop élevé, le niveau de nos prélèvements obligatoires l'est tout autant. Donc, nous devons procéder à une double désintoxication.

A ce titre, cela n’empêche pas de préparer l’avenir. C’est pourquoi la stratégie que le Premier ministre a exposée il y a quelques semaines d’économies substantielles en matière de fonctionnement s'accompagnera aussi d'un plan d'investissement qui permettra sur les priorités d'investir et en particulier avec 10 milliards d'euros du grand plan d'investissement que nous lancerons à l'automne qui seront consacrés au soutien à vos projets et avec aussi la volonté de mobiliser davantage les crédits de la Banque européenne d'Investissement dans le cadre des projets portés par les territoires.

Mais nous avons besoin de partager cette contrainte. Alors quelle est-elle ? Le Premier ministre l’a évoqué ce matin, l'Etat doit faire des économies substantielles pour baisser durant ce quinquennat de 3 points de produit intérieur brut la dépense publique. C’est l'engagement pris, nous serions encore au dessus de la moyenne de la zone euro mais c'est un engagement qui me semble soutenable et qui, en tout cas, est celui qui nous permet de retrouver de la souveraineté financière, ce qui, compte tenu justement de nos parts réciproques, conduirait les collectivités territoriales à participer à la baisse du déficit des administrations publiques à hauteur de 13 milliards d'euros sur le quinquennat.

C'est plus élevé que ce que nous avions anticipé parce que la situation trouvée était plus dégradée que ce que nous pensions mais c'est une part qui correspond à la part des collectivités territoriales dans l'ensemble de la dépense publique.

Pour permettre cette amélioration du solde des administrations publiques, nous ne procéderons pas par baisse brutale de dotation, je m'y étais engagé mais c'est un pari que nous faisons ensemble et, comme disait le philosophe LEVINAS, la confiance, c'est le problème de l'autre. Moi, je vous fais confiance. La logique budgétaire, c'est de couper les dotations en 2018, nous ne le ferons pas, mais avec un pari, c'est que les collectivités locales dans toutes leurs composantes sauront prendre pour 2018 la part de ce qui leur revient en baisse de dépenses de fonctionnement et d'investissement bien comprises sans que nous ayons à passer par les dotations, considérant que la dotation, c'est justement ce qui donne de la visibilité, ce qui permet d'accompagner les changements intelligents, ce qui permet d'avoir de la visibilité et de l'efficacité. Mais cela suppose que, utilisant tous les leviers que je viens d'évoquer, de suppression de niveau inutile de collectivités, de flexibilité nouvelle en termes réglementaires, en termes de fonction publique territoriale, vous puissiez produire des économies intelligentes à votre main.

Mais moi, je veux sortir de ce jeu de dupes qui nous unit dans une espèce de tango infernal qui nous mènera ensemble au sinistre !

Par contre, pour celles et ceux qui ne joueront pas le jeu, il y aura un mécanisme de correction l'année d'après, je vous le dis tout de suite parce que sinon, ce serait un jeu qui favorise le passager clandestin mais je crois à la logique de confiance ; je crois donc à la capacité que nous avons à procéder à ces économies intelligentes.

Ensuite, je ne mésestime pas les points importants et structurants de la dépense publique qui sont aujourd'hui devenus insoutenables et créent des déséquilibres profonds.

Le premier, le financement des allocations individuelles de solidarité qui pèse aujourd'hui sur les départements de manière inégale et met certains en situation de fortes tensions financières. Je pense notamment au financement du RSA qui atteint aujourd'hui ses limites, il y a une alternative sur ce sujet qui s'offre à nous : soit une recentralisation du financement avec justement la reprise en main par l'Etat ; soit une amélioration de la compensation avec tout un débat que vous avez déjà eu par le passé sur l'année de référence mais avec immanquablement aussi le renforcement de la péréquation horizontale. Je souhaite que ce sujet, dans le cadre de ces conférences, soit débattu.

Ma préférence, je vous le dis tout de go, irait plutôt à la première option. Pourquoi ? Parce que je considère que le RSA doit relever d'un continuum des politiques d'emploi quitte ensuite à conventionner avec des régions qui souhaiteraient avoir cette politique d'emploi mais je pense que sortir le RSA de la cohérence des politiques d'emploi n'est pas la logique dans laquelle nous nous inscrivons plus largement, mais je souhaite que vous ayez ce débat à plein et que vos travaux puissent trancher d'ici le printemps prochain pour que le PLF 2019 reflète les décisions prises. D'ici là, les situations d'urgence pour certains départements seront bien évidemment prises en compte par le gouvernement.

Deuxième point sur ce sujet des finances locales, c'est évidemment, vous l'avez évoqué, Monsieur le président du Sénat, la taxe d'habitation. Là aussi disons-nous les choses, la taxe d'habitation est-elle un bon impôt ? Non, c'est un impôt qui ne regarde pas les capacités contributives des citoyens pas parce qu'il est local ou pas local, il est comme ça ; il ne regarde pas la capacité contributive de nos citoyens, il est donc injuste socialement plus que tous les autres et il est injuste territorialement parce qu'il se trouve qu'il est plus élevé dans les villes périphériques ou les centres bourgs de province que dans les grandes villes. C'est la vérité qui est ainsi mesurée, je vous invite à tous le constater. Donc il accroît l'injustice sociale et territoriale que j'évoquais tout à l'heure. Donc, ça n'est pas un bon impôt et ça, ce n’est pas parce qu'il est territorial, on ne va pas se mettre à faire en quelque sorte camp contre camp sur les impôts. Là, il y a une chose qui devrait nous rassembler, c’est chercher quand même à les baisser collectivement en faisant de la dépense plus intelligente. Donc cet impôt n’est pas bon !

Ensuite, j'entends votre argument qui consiste à me dire : c'est bon d'avoir un impôt qui reste en contact avec le citoyen. Oui, mais enfin j'ai une mauvaise nouvelle pour vous, ça fait bien des années que cet impôt pour une part non négligeable de notre population, ce lien n'existe plus ; c'est aussi la vérité qui d’ailleurs accroît la visibilité pour les communes les plus en difficulté qui concentrent les difficultés et les populations les plus pauvres qui a affaibli ce lien. Donc maladies au carré si je puis dire. Alors, j’entends la promesse de revoir les valeurs locatives cadastrales. J’ai peur que certains l’aient déjà essayé pour être honnête avec vous, j’ai cru comprendre que cette réforme était portée depuis une quarantaine d’années, que même peut-être certains d’entre vous dans cette salle s’étaient essayés à la voter, avaient commencé à faire les simulations et s’étaient aperçus qu’il y avait un tiers des communes qui y perdaient, et avaient donc préféré ne pas l’appliquer.

C'est la vérité, donc je vous propose qu'on gagne collectivement du temps en n’essayant pas de refaire des batailles qui ont déjà été conduites, déjà perdues et qui objectivement ne permettent pas de répondre aux défis de nos concitoyens.

Donc à court terme dès la rentrée prochaine, il y aura en tranches successives une suppression pour 80% comme je m’y suis engagé de la taxe d'habitation pour nos concitoyens sur trois ans avec un mécanisme de dégrèvement qui permet la compensation financière pour les collectivités sans leur faire perdre la liberté de taux. Ce sera fait progressivement, ces Conférences permettront d'ailleurs de partager l'information financière tous les 6 mois et de bien s'assurer que les évolutions dans cette période de la base et donc les habitants nouveaux que vous auriez sont bien compensés dans ladite évolution puisque je suis conscient de vos craintes légitimes sur le sujet, instruit par le passé.

Mon souhait, c'est que nous allions plus loin parce que oui, un impôt qui serait in fine payé par 20% de la population, ce n'est pas un bon impôt mais je ne souhaite pas en quelque sorte comme on l'a fait depuis des décennies, renvoyer à nos concitoyens la charge de la preuve. Je nous la renvoie à nous ; donc en même temps que nous ferons ça et ce, dès maintenant, je souhaite que nous ouvrions dans le cadre d'une commission de travail qui doit vous associer et pas être une commission simplement administrative, une réflexion profonde de la refonte de la fiscalité locale et en particulier, en substitution de la taxe d'habitation avec des principes simples, qu’on puisse arriver au même résultat financier in fine , qu'on maintienne l'autonomie fiscale tout particulièrement des communes, qu'on garde le lien pour justement la vertu civique que vous évoquiez entre les habitants et la commune et que donc on réfléchisse éventuellement à une part d'impôt national qui pourrait être attribuée aux communes, une part de CSG ou de CRDS qui est un impôt au moins proportionnel, qui est plus intelligent que ne l'est aujourd'hui l'actuelle taxe d'habitation.

Mais prenons le temps de reposer cette refonte de la fiscalité locale, donnons-nous jusqu'au printemps prochain, dans le cas de cette commission, pour mener cet exercice en profondeur qui est indispensable mais je souhaite, d'une part, qu’on tienne l'engagement pris parce qu'il est nécessaire en termes de pouvoir d'achat et de justice territoriale et je souhaite que nous menions cette refonte en profondeur de la fiscalité locale qui l'est tout autant.

***

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je souhaitais partager avec vous aujourd'hui. Je ne suis pas exhaustif mais j'ai déjà été long parce que le sujet est vaste et la tâche qui nous attend est vaste, vous l'avez compris ; c'est pourquoi je souhaitais en ce début de mandat venir avec le Premier ministre, plusieurs membres éminents du gouvernement vous exposer ces vues et cette volonté de méthode.

Je crois dans la confiance. On a trop essayé la défiance dans le pays et on a vu que ça ne marchait pas, donc nous ne prenons pas grand risque. Je crois dans l'ambition des réformes profondes que nous devons porter. Je veux les porter pour l'Etat à travers ce à quoi je me suis engagé, j'attends de vous que vous ne les portiez pour les collectivités, c'est essentiel. Ceux qui pensent que le statu quo les protégerait se trompent, croyez-moi ! Il ne les protégera pas des changements qui de toute façon adviendront et ne les protégera pas davantage de la colère parce que les gens sont lucides.

Je crois au respect, au respect partagé. La transparence que nous mettrons entre nous permettra de l'assurer à chaque instant, mais je souhaite, vous l'avez compris, que à travers cette confiance, cette responsabilité partagée entre nous, nous puissions relever ensemble les défis.

Chacun des défis que vous portez, c'est un bout du mien. Je ne me défausserai jamais sur vous en disant : c'est telle commune. C'est un jeu, les gens n'y croient plus, c'est la même chose : nous sommes tous et toutes dans la même galère pour nos concitoyens, nous réussissons ou pas et donc vos problèmes, ce sont les miens à chaque instant, mais croyez bien que mes problèmes, ce sont un peu des vôtres aussi ! Je voudrais que vous en soyez convaincus ! Pour toutes ces raisons, pour réussir ces transitions nos ambitions doivent être considérables.

C'est pourquoi je souhaite, Mesdames Messieurs, que nous soyons collectivement à la hauteur du projet que nous portons et je souhaite que cette Conférence nationale des Territoires puisse nous permettre de réussir ce pari de la confiance, de l'efficacité, du respect pour que notre action commune qui est l'action publique ainsi partagée permette au pays de réussir, permette de donner aux Français ce qu'ils méritent.

Vive la République et vive la France !


Emmanuel Macron, le 17 juillet 2017 au Sénat, à Paris.

Source : www.elysee.fr/

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170717-discours-macron-territoires.html

 

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 19:31

« Nous savons désormais ce que coûte la liberté. » (Nice, le 14 juillet 2017).



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Beau ciel bleu, grand soleil pour ce vendredi 14 juillet 2017 à Paris comme à Nice. Décidément, tout sourit au Président de la République française !

Ce qu’on retiendra des deux journées des 13 et 14 juillet 2017, c’est une maîtrise très rigoureuse de la diplomatie française par le Président Emmanuel Macron. Point considéré comme faible lors de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait déjà surpris dans ses précédentes "séquences" diplomatiques. Il a enfin remis la France dans la perspective de l’histoire. Alors que son prédécesseur François Hollande, trop prisonnier de l’immédiateté des événements, boudait tous les dirigeants étrangers dont la tête ne lui revenait pas (parfois avec des raisons justifiées), pour le résultat diplomatique nul que l’on sait, Emmanuel Macron a misé sur une extrême courtoisie de la forme couplée à une grande fermeté sur le fond. En clair, le contraire de la pratique de son prédécesseur.

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On se souvient que lorsque le Président russe Vladimir Poutine voulait venir le 19 octobre 2016 à Paris pour inaugurer la nouvelle cathédrale orthodoxe de la Sainte-Trinité (du même nom que la cathédrale américaine anglicane parisienne !), née d’un accord avec Nicolas Sarkozy le 7 juin 2007 à Heiligendamm, François Hollande s’était demandé publiquement s’il devait venir le saluer ou pas (à cause du veto russe du 8 octobre 2016 au Conseil de sécurité de l’ONU sur la Syrie). Finalement, Vladimir Poutine avait annulé le 11 octobre 2016 son voyage pour éviter tout incident diplomatique.

Emmanuel Macron, au contraire, a invité Vladimir Poutine sur les pas du tsar Pierre le Grand le 29 mai 2017 dans le prestigieux château de Versailles. Comment un Président français pouvait-il hésiter à saluer le Président russe en déplacement en France ? Vladimir Poutine a profité du voyage pour visiter enfin la nouvelle cathédrale orthodoxe. Cela ne fait que deux mois qu’Emmanuel Macron a pris ses fonctions mais on a l’impression qu’on est à des décennies de la pratique hollandienne de la fonction présidentielle.

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Quand Emmanuel Macron a lancé le 27 juin 2017 son invitation au Président américain Donald Trump à venir assister au défilé du 14 juillet 2017 sur les Champs-Élysées, il avait pris un certain risque, celui d’un refus. Mais Donald Trump, contesté dans son propre pays (son fils ayant reconnu avoir eu des contacts avec des Russes pour pourrir la campagne de l’ancienne candidate Hillary Clinton ; le 13 juillet 2017, un parlementaire démocrate a même déposé une demande d’impeachment contre Donald Trump), pouvait-il vraiment refuser le prestige français malgré tout le mal qu’il avait pu dire de la France et aussi de Paris ? Évidemment non. Dès le lendemain, le Président américain accepta l’invitation. Ce fut un honneur important de venir au défilé : le dernier Président américain en date à y être invité fut George HW Bush Sr en 1989, à l’occasion du Bicentenaire de la Révolution française (et il n’était pas le seul chef d’État à y être invité).

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Le jour même de son arrivée à Paris, ce jeudi 13 juillet 2017 (autoroutes coupées pour l’acheminer de l’aéroport à l’ambassade américaine), la Chancelière allemande Angela Merkel était, elle aussi, présente à Paris, reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron et participant au 19e conseil des ministres franco-allemand. En début d’après-midi, Angela Merkel a tenu une conférence de presse commune avec Emmanuel Macron mais a quitté Paris sans croiser Donald Trump, qui partagea plus tard une conférence de presse avec le Président français.

Après avoir quitté Angela Merkel, Emmanuel Macron a eu juste le temps d’aller aux Invalides pour accueillir le Président américain qu’il rencontrait donc pour la quatrième fois, après Bruxelles (Sommet de l’OTAN) le 25 mai 2017, Taormina (Sommet du G7) les 26 et 27 mai 2017 et Hambourg (Sommet du G20) les 7 et 8 juillet 2017 (toujours sur le seul européen). Et ce fut le faste historique de la France qui a accueilli le Président ex-business-man inculte assumé. Napoléon Ier et le maréchal Ferdinand Foch ont pris le relais de Pierre le Grand pour impressionner Donald Trump très attiré par le protocole militaire. Emmanuel Macron et Donald Trump, ainsi que leurs épouses, ont commencé à nouer des relations personnelles voire affectives qui n’ont rien de politiques mais qui pourront être une garantie de non rupture dans le futur.

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Il faut dire que Donald Trump et Emmanuel Macron, qui n’ont pas beaucoup de points communs dans leur personnalité, cultivent au moins deux similarités : la première, c’est qu’ils savent l’importance de l’esprit d’entreprise pour relancer l’économie d’un pays, et la seconde, c’est que personne, aucun observateur n’aurait misé un seul centime sur les chances des deux candidats de gagner l’élection présidentielle dans leur pays.

Ajoutons à cela un élément majeur de complicité : Emmanuel Macron parle anglais et peut donc discuter avec son homologue américain en dehors de toute formalité et protocole. À cet égard, on regrettera sans doute que le Président français parlât en anglais le 11 juillet 2017 à Lausanne pour soutenir avec Anne Hidalgo la candidature de Paris pour l’organisation des jeux olympiques en 2024 alors que le français était historiquement "la" langue olympique par excellence.

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Pendant que les épouses visitèrent la si emblématique cathédrale Notre-Dame-de-Paris avec le cardinal André Vingt-Trois (précisons que malgré les impératifs de sécurité, la cathédrale n’a pas été fermée à cette occasion et les touristes pouvaient donc toujours continuer à la visiter), puis embarquèrent dans une vedette pour voir la ville depuis la Seine, Emmanuel Macron et Donald Trump se sont retrouvés à l’Élysée pour le seul moment vraiment concret et sérieux des deux journées, un entretien seuls puis avec des représentants de la sécurité des deux pays. Le dîner au Jules-Verne, au deuxième étage de la Tour Eiffel, continuait l’entreprise de séduction auprès des époux Trump.

Enfin, le lendemain, c’était la totale avec le défilé du 14 juillet au cœur de la capitale française. Il a bien fallu trouver un prétexte à l’invitation française et à la participation américaine et ce fut le centenaire de l’engagement américain aux côtés des Français et des Britanniques dans la Première Guerre mondiale. Donald Trump pouvait être difficilement plus honoré au monde que ce 14 juillet 2017, place de la Concorde à Paris. Dans sa courte allocution après le défilé (c’est nouveau dans le déroulement de la journée du 14 juillet), Emmanuel Macron a surtout insisté sur l’amitié franco-américaine qui résisterait à tous les aléas diplomatiques éventuels. Au contraire de l’Allemagne ou du Royaume-Uni, les États-Unis n’ont jamais été en guerre contre la France.

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À la fin de la cérémonie parisienne, Emmanuel Macron a pris le temps de saluer et d’écouter les pupilles de la nation qui étaient invitées aux Champs-Élysées. Ce fut probablement l’élément décisif de sa victoire présidentielle : Emmanuel Macron, homme tactile, sait prendre le temps et écouter sincèrement ceux qui s’adressent à lui.

À peine Donald Trump fut-il parti qu’Emmanuel Macron s’est envolé vers Nice pour honorer de sa présence (et de la présence de nombreux ministres et autres officiels comme Gérard Larcher, François de Rugy, Jacques Toubon, et aussi les locaux Christian Estrosi, Éric Ciotti, Renaud Muselier, etc.) la cérémonie d’hommage aux 86 victimes de l’attentat de Nice du 14 juillet 2016. Parmi les présents, il y avait aussi au premier rang le prince Albert II de Monaco et les deux anciens Présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande. En début de soirée, Emmanuel Macron a voulu rappeler que certains ont payé de leur vie le droit de vivre en démocratie et en paix : « Nous savons désormais ce que coûte la liberté. ».

On pourra toujours sourire ou même fustiger ce genre de cérémonie avec musique militaire, honneurs militaires, décorations, etc. Au-delà de la reconnaissance des autorités nationales, du besoin évident de faire le deuil de la part des proches des victimes, il y a aussi ce rituel républicain finalement à la fois nécessaire et attendu (si l’on croit les audiences des chaînes de télévision qui ont retransmis ces cérémonies, tant à Paris qu’à Nice), et Emmanuel Macron a montré qu’il s’y sentait très à l’aise, capable d’incarner, sans doute mieux que ses anciens concurrents (je songe notamment à François Fillon), la permanence de la France, de sa grandeur, dans l’histoire républicaine et, surtout, dans l’histoire du monde.

Ce sceau de l’histoire va conduire Emmanuel Macron à un autre devoir. Après avoir honoré Vladimir Poutine et Donald Trump, il serait bien inspiré d’honorer de la même manière, dans un autre cadre encore, Xi Jinping, le Président de la République populaire de Chine, même si ce dernier est déjà venu plusieurs fois à Paris, honoré notamment le 26 mars 2014 par François Hollande (qui a eu parfois de bonnes intuitions diplomatiques) d’un accueil similaire aux Invalides, et cela aussi malgré la mort du dissident chinois Liu Xiaobo, Prix Nobel de la Paix 2010, le 13 juillet 2017, sans avoir pu sortir de Chine, ni pour recevoir son Prix Nobel, ni pour se soigner.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sous le regard de l’histoire.
Hommage d’Emmanuel Macron à Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides.
Hommage d’Emmanuel Macron à Helmut Kohl le 1er juillet 2017 à Strasbourg.
Discours de politique générale d’Édouard Philippe le 4 juillet 2017.
Discours d’Emmanuel Macron au Congrès de Versailles le 3 juillet 2017.
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Portrait officiel du maître des horloges.
François de Rugy au perchoir.
François Bayrou sycophanté.
Édouard Macron II : bientôt la fin de l’indétermination quantique.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.
La campagne des élections législatives de juin 2017.
Loi de moralisation de la vie politique (1er juin 2017).
Emmanuel Macron et la fierté nouvelle d’être Français ?
Richard Ferrand, comme les autres ?
Édouard Macron : d’abord l’Europe !
Édouard Philippe, nouveau Premier Ministre.
L’investiture d’Emmanuel Macron (14 mai 2017).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Macronités.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170714-macron.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-sous-le-sceau-de-l-195100

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/07/14/35477308.html



 

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 05:32

« Redonner sa place à l’intelligence française, c’est faire de notre pays le centre d’un nouveau projet humaniste pour le monde, le lieu où l’on concevra, créera une société qui retrouve ses équilibres : la production et la distribution plutôt que l’accumulation par quelques-uns, l’alimentation saine et durable, la finance équitable, le numérique au service de l’homme, la fin de l’exploitation des énergies fossiles et la réduction des émissions de polluants. Et nous le ferons non pas parce que c’est à la mode ou pour faire plaisir à quelques-uns, mais parce que c’est ce niveau d’ambition qui a toujours été le nôtre. C’est précisément quand le quotidien est difficile, quand il faut réconcilier tant de contraires et que les égoïsmes court-termistes incitent à l’inaction que nous devons aller de l’avant, définir un cap, le tenir, et inviter le monde à le suivre, car telle est la vocation de la France. » (Emmanuel Macron, le 3 juillet 2017 à Versailles).



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Le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé un très long discours (une heure trente) devant le Parlement réuni en congrès à Versailles ce lundi 3 juillet 2017 à 15 heures, après une minute de silence en hommage à Simone Veil. La séance fut présidée par le nouveau Président de l’Assemblée Nationale François de Rugy et a réuni les députés, les sénateurs et les membres du gouvernement.

L’annonce de cet événement, qui devrait ponctuer tous les ans le quinquennat d’Emmanuel Macron, a eu lieu le 28 juin 2017 et a été l’occasion d’une polémique sur le rôle du Président de la République et du Premier Ministre. Les députés proches de Jean-Luc Mélenchon et les parlementaires communistes ont refusé d’y assister.

Cette possibilité du Président de la République de s’adresser directement aux parlementaires a été donnée par la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 alors qu’elle était exclue depuis le départ du Président Adolphe Thiers en 1873 pour renforcer la séparation des pouvoirs. C’est la troisième fois que cet article 18 de la Constitution est mis en pratique, après Nicolas Sarkozy qui s’était exprimé sur le grand emprunt le 22 juin 2009 et François Hollande sur les attentats de Paris le 16 novembre 2015.

Ce type de discours est limité à un par an dans un cadre très solennel et sans qu’un débat puisse s’établir entre les parlementaires et le Président de la République qui quitte l’hémicycle de Versailles avant la réponse des groupes parlementaires.

Je propose ici d’évoquer les critiques et réticences d’avant et d’après discours, de faire un rapide "débriefing" de ce long discours et de conclure. Les lecteurs assidus pourront se plonger dans le texte intégral de ce discours ici.


Un grand discours

Auparavant, je veux juste indiquer que, comme beaucoup d’observateurs, "j’attendais de voir" (ou plutôt, d’écouter) ce discours avant d’avoir une opinion préconçue. Comme beaucoup aussi, je trouvais un peu cavalier de se coller juste avant le Premier Ministre Édouard Philippe pour créer l’événement alors que cette semaine aurait dû être la semaine du gouvernement.

Néanmoins, j’ai été surpris en bien. Bien qu’un peu long, j’ai trouvé ce discours indispensable, et qu’il manquait depuis …1981 ! Parce qu’il n’a apporté aucune proposition concrète, il s’est inséré dans une complémentarité avec le discours de politique générale du lendemain. Le but était de fixer la philosophie générale du quinquennat Macron, de montrer le cap, de montrer les principes qui guident le Président de la République. Bref, d’avoir une véritable vision de là où Emmanuel Macron veut mener la France.

Seuls De Gaulle, Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing avaient adopté ce genre de discours de la vision. Tous leurs successeurs, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ne se sont retrouvés à l’Élysée que par leur ambition de vouloir le pouvoir pour le pouvoir et pas pour agir précisément dans le cadre d’une vision globale de l’avenir de la France et du monde qui l’entourait.


Critiques d’avant discours

J’ai formulé précédemment la principale critique, en évoquant mes réticences personnelles, le risque d’une hyperprésidentialisation et d’un manque de considération du Premier Ministre. Mais c’est toujours une pure vue de l’esprit, un problème de perspective : pas un Président de la Ve République n’a considéré son Premier Ministre autrement que son "collaborateur". Et c’est bien normal dès lors que le Président de la République est élu au suffrage universel direct : on ne mobilise pas près de 50 millions d’électeurs pour élire quelqu’un qui ne ferait qu’inaugurer les chrysanthèmes.

De Gaulle avait tellement peu de considération pour la fonction qu’il l’a appelé "Premier Ministre" (il n’est que le premier des ministres) au lieu de Président du Conseil des ministres (qu’il était dans les deux Républiques précédentes) et il demandait même à ses Premiers Ministres de lui signer une démission sans date pour pouvoir les renvoyer quand il le voudrait (ce que la Constitution ne lui permet pas).

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Sur LCI le matin du 3 juillet 2017, Jean-Louis Debré, devenu très macroniste, a rappelé qu’à partir du moment où la Constitution permet au Président de la République de s’exprimer devant le Parlement réuni en congrès, il n’y a aucune raison d’être scandalisé s’il le fait, ce n’est que l’application de la Constitution.

D’ailleurs, avant que cette possibilité ne fût offerte par la révision de 2008, les Présidents de la République communiquaient formellement avec les parlementaires par le moyen de messages lus par les présidents des assemblée, et cela se faisait parfois juste avant un discours de politique générale du Premier Ministre. Il n’y a donc rien de vraiment nouveau ni de choquant dans les relations entre Élysée et Matignon.

Comme l’a dit François de Rugy, c’est effectivement une marque de respect et d’honneur adressée aux parlementaires de la part du Président de la République de leur réserver son premier discours politique d’après sa prise de fonction il y a un mois et demi, et s’adressant à eux, il s’est adressé au peuple français.

L’autre critique souvent formulée avant et encore après ce discours, c’était que cela apportait une marque monarchique à Emmanuel Macron, on parle de Louis XIV quand on ne parle pas de Jupiter, on parle de Roi-Soleil, on parle de majesté…

Les journalistes pourraient quand même avoir quelques notions historiques un peu plus étoffées, tout comme les parlementaires récalcitrants qui se targuent d’avoir un peu de culture française : Versailles n’est pas seulement le symbole de la monarchie absolue, c’est aussi le symbole de la République qui s’est créée.

C’était précisément à Versailles le 20 juin 1789 que l’Assemblée Nationale est née, avec le Serment du Jeu de Paume. De plus, tous les Présidents de la IIIe République et de la IVe République ont été élu à Versailles par les parlementaires réunis en congrès. Versailles a donc une tradition républicaine séculaire qui n’a rien à envier au Palais-Bourbon ou au Palais du Luxembourg.


Critiques d’après discours

J’ai eu l’impression que beaucoup de commentateurs (politiques ou journalistes) ont exprimé leurs réactions sans avoir écouté le même discours que moi, ou alors, en les ayant écrites avant le discours !

Je reviens sur l’aspect monarchique : Emmanuel Macron, qui, certes, a fait du théâtre et cela s’est vu surtout lorsqu’il a parlé de son amour pour l’Europe, à la fin, a parlé comme il a toujours parlé. Je voudrais qu’on m’explique comment, sur la forme, Emmanuel Macron aurait pu s’exprimer "plus républicainement" ou moins "monarchiquement". Chaque Président et même chaque orateur politique a son style, sa manière de parler, c’est justement leur spécificité, leur particularité qui apporte la richesse à la vie politique.

Donc, je n’ai pas trouvé Emmanuel Macron plus monarchique qu’un autre. C’est sûr qu’il a voulu prendre de la hauteur, et c’est justement ce qu’attendaient les Français depuis deux quinquennats. C’était plutôt la carence de communication de François Hollande, petit frimeur devant des journalistes alléchés par des anecdotes croustillantes, qui n’avait rien de républicain.

Après cela, j’ai entendu deux autres critiques qui sont à peu près à même finalité : cela aurait été un discours long et creux, et un discours sans actes, sans proposition. Cela me fait un peu sourire car on voit bien ici que le but reste de critiquer, dans un sens ou dans un autre.

Si Emmanuel Macron avait énuméré tous les projets du gouvernement, on n’aurait pas manqué de dire qu’il aurait volé le travail d’Édouard Philippe (critique d’avant discours) et on l’aurait blâmé. Au contraire, ici, il s’agissait de donner un cadre à l’action concrète, un cadre politique voire historique et philosophique.

Emmanuel Macron a été très intellectuel. Il a cité Georges Bataille, Fernand Braudel, Simone Weil (la philosophe), même Mirabeau et Sieyès pour critiquer l’absence des méluchistes : « Tous les ans, je reviendrai donc devant vous pour vous rendre compte. Si la considération et la bienveillance que cela traduit à l’égard du parlement apparaissent à certains comme une dérive condamnable, c’est sans doute qu’ils ont de leur rôle de parlementaire et du rôle du Président de la République une conception vague qui masquent mal l’arrogance doctrinaire ou le sectarisme. Il est toujours préoccupant que des représentants du peuple se soustraient aux règles de la Constitution qui les a fait élire. Sieyès et Mirabeau ne désertèrent pas si promptement, je crois, le mandat que leur avait confié le peuple. ».

Cela m’a fait sourire d’entendre Nicolas Dupont-Aignan dire qu’on perdait du temps et qu’il faut que le gouvernement se mette enfin au travail : l’agenda ne pouvait pas être plus serré. On avait reproché à Emmanuel Macron de s’être exprimé au congrès la même semaine que le discours de politique général. C’était justement pour aller au plus vite dans l’action.

Les nouveaux députés ont été élus le 18 juin 2017, ils ont pris leurs fonctions du 19 au 26 juin, la XVe Législature s’est ouverte le 27 juin 2017, le bureau et les commissions ont fini d’être nommés le 29 juin 2017. C’était un jeudi. Lundi qui a suivi, c’était ce discours au congrès, le lendemain, mardi 4 juillet, le discours de politique générale, et le lendemain encore, mercredi 5 juillet, la première séance de questions au gouvernement : franchement, comment aurait-on pu aller plus vite ?

Oui, on pouvait critiquer la méthode du Premier Ministre Lionel Jospin élu début juin 1997 et qui n’a bossé qu’à la fin de l’été, perdant trois précieux mois d’état de grâce. Mais pour 2017, on ne pouvait pas aller plus vite. En raison de la "séquence" électorale de l’élection présidentielle et des élections législatives. Il fallait bien prendre le temps d’installer les nouveaux députés (et les élire auparavant !). C’est le calendrier démocratique qui veut cela.

Là où j’ai encore plus souri en écoutant la réaction de Nicolas Dupont-Aignan (je le cite car il a repris les critiques fréquemment entendues après le discours), c’est lorsqu’il a dit que c’était bien joli d’entendre des phrases générales et creuses avec lesquelles tout le monde peut être d’accord, mais on aimerait avoir des actes maintenant. Cela me faisait alors plaisir de savoir que Nicolas Dupont-Aignan s’était enfin converti à l’Europe.

Car voici des phrases que je ne considère pas creuses ni plates et qui me paraissent essentielles à tenir, que peu de Président de la République française avaient tenu dans le passé car peu étaient vraiment partisans de la construction européenne : « Pour réussir à tenir ce cap, nous avons besoin d’une Europe plus forte et refondée. Plus que jamais nous avons besoin de l’Europe ; or, là aussi, plus que jamais, elle est affaiblie par les divisions et par le doute qui s’est installé dans notre peuple. Pourtant, l’Europe est chez nous autant que nous sommes en Europe, parce qu’il est impossible de penser notre destinée continentale autrement qu’au travers du projet européen. L’Europe, c’est nous ; c’est un projet de paix, de liberté, de progrès, qui a été pensé et mis en œuvre avec courage par des générations qui nous ont précédés et ont vécu la guerre. Et nous voudrions aujourd’hui oublier tout cela, considérer que, face aux divisions, face au Brexit et à tant de soubresauts de l’histoire, la réponse résiderait dans une diminution encore plus grande, dans une forme d’abandon, dans un bégaiement de l’histoire. ».

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Et la suite est encore plus forte : « Négliger l’Europe, s’habituer à la conchier, à en faire le coupable de tous nos maux, c’est trahir ces générations qui nous ont précédées, c’est trahir ce qui fait qu’aujourd’hui, là où nous sommes, nous pouvons librement débattre de l’Europe, pour l’aimer ou pas. Mais négliger l’Europe, s’habituer à n’en faire qu’un objet de négociations techniques, c’est aussi, en quelque sorte, abdiquer notre histoire et diminuer la France. ».

Si ces paroles sont convenues et consensuelles, alors je m’en réjouis ! Cela veut dire que beaucoup de souverainistes et déclinistes ont fait un pas essentiel dans l’acceptation de la réalité et l’amour de leur patrie

De toute façon, il faut savoir critiquer avec cohérence : soit Emmanuel Macron vole la place de son Premier Ministre, et dans ce cas, c’est un discours d’action ; soit il ne la vole pas, et forcément, le discours intervient sur un autre registre, en prenant de la hauteur. Et c’était effectivement le cas. C’était un discours très dense, très intellectuel (de quoi rendre jaloux Jean-Luc Mélenchon !), et si "intello" signifie dans la tête de certains "ennuyeux", eh bien, vas-y pour ennuyeux !

Autres réactions, certains journalistes disent qu’Emmanuel Macron est revenu aux fondamentaux de la Ve République. Ben non ! De Gaulle n’a jamais parlé aux parlementaires en tant que Président de la République. Je crois au contraire qu’Emmanuel Macron a cherché à "innover" dans le sens que jusqu’à maintenant, les Présidents de la République n’ont pas vraiment "réfléchi" à leur pratique institutionnelle depuis 2000 et l’adoption du quinquennat, complétée par la révision de 2008 qui donne plus de pouvoirs au parlement et modernise la fonction présidentielle.

La pratique Macron fera donc peut-être date comme une pratique étudiée pour préserver les équilibres institutionnels tant au sein de l’exécutif qu’entre l’exécutif et le législatif. Mais c’est encore un peu tôt pour en parler, il faudra plutôt y revenir à la fin du quinquennat.


Rapide "débriefing" du discours

J’ai apprécié le discours du congrès sur le fond car il a donné un cadre intellectuel à l’action. Or, il vaut toujours mieux réfléchir avant d’agir, mais à condition évidemment d’agir, et ce sera le rôle du gouvernement.

Si François Hollande s’était contraint à cet exercice (pas forcément devant le congrès, cela aurait pu être à la télévision mais en tout cas, adressé aux Français, pas aux journalistes), peut-être qu’il y aurait eu une meilleure compréhension de son action. Le problème de François Hollande, c’est que lui-même n’en avait pas une bonne compréhension, de son action, car il n’avait aucune vision, il était toujours dans la gestion à court terme, sans prendre de la hauteur. Nicolas Sarkozy, c’était un peu différent, car s’il était aussi sur de la gestion quotidienne, il a pris à deux reprises de la hauteur, lorsqu’il a initié en 2007 le Traité de Lisbonne (indispensable pour éviter l’enlisement irrémédiable de l’Europe élargie) et lorsqu’il a réagi à la grave crise financière mondiale de septembre 2008.

Mais revenons à Emmanuel Macron.


1. Trois éthiques

Emmanuel Macron a proposé trois éthiques dans l’action qu’il entendait prendre en compte systématiquement : l’efficacité, la représentativité et la responsabilité.

Le seul domaine où il a été assez précis (et encore !) était dans ses intentions de réforme institutionnelle qui vont de la simple modification du règlement des assemblées à la révision constitutionnelle qu’il serait prêt à mener jusqu’au référendum en cas de désaccord avec les parlementaires (il lui faut une majorité des trois cinquièmes, ce qui rappelle l’importance stratégique des élections sénatoriales du 24 septembre 2017). Je me permettrais de donner également mon point de vue, le cas échéant.


1.1. Efficacité

L’objectif, c’est la priorité aux résultats. On peut le critiquer dans le sens où cet objectif est plus celui d’un chef d’entreprise que d’un chef d’État, mais la France se meurt d’avoir été présidée par de bons candidats qui savaient faire de belles campagnes électorales mais ne savaient plus quoi faire une fois élus ! La culture du résultat rehaussera nécessairement la considération que les Français portent sur leur classe politique.

Emmanuel Macron a proposé que des lois consensuelles (qui ne font pas débat) puissent être adoptées seulement en commission et sans besoin de vote en séance plénière : je trouve cela un peu hasardeux que des députés qui ne sont pas membres de la commission ne puissent pas se prononcer sur une loi qui peut être importante pour eux malgré tout (on ne peut pas être membre de toutes les commissions !).

Il a très justement fustigé la prolifération législative qui affaiblit la loi (trop de lois tuent la loi, pourrais-je ajouter !). C’était l’un des combats de Jean-Louis Debré lorsqu’il était au perchoir. Faire moins de lois mais mieux, c’est-à-dire, surtout, en faire des évaluations après deux ans de pratique (il n’y a jamais aucune évaluation faite en général, à part des cas très spécifiques et rares, comme la loi Leonetti). Emmanuel Macron veut donc instaurer un contrôle systématique des (grandes) lois deux ans après leur adoption : cela me paraît très pertinent.

Toujours pour l’efficacité, il veut réduire d’un tiers le nombre de députés, de sénateurs (et également de membres du Conseil Économique, Social et Environnemental, le CESE). L’idée est de donner plus de moyens matériels et humains à chaque député.

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Sur ce sujet, je suis doublement dubitatif : c’est une mesure très populiste, du moins très populaire (mais de toute façon, pour certains, il y aura toujours trop de députés), populaire aussi dans la classe politique (étrangement mais tant mieux dans ce cas-là, cela dénote que certains parlementaires ont des idées qui ne vont pas forcément dans le sens de leur propre intérêt), mais surtout, je doute que ce soit le meilleur moyen de renforcer la fonction de contrôle des parlementaires, qui nécessite beaucoup de temps et d’investissement personnel.

Beaucoup évoque l’exemple des États-Unis où il y a très peu de parlementaires nationaux (il y a l’histoire qui voulait cela) mais personne ne propose cependant d’avoir des institutions américaines (la mode est plutôt à l’antiaméricanisme, d’ailleurs), et personne non plus n’évoque par exemple le Royaume-Uni malgré la proximité des élections législatives (britanniques et françaises), ce pays qui a à peu près la même population que la France compte …650 "députés", donc, plus nombreux qu’en France.

Le nombre de parlementaires n’est évidemment pas écrit sur le marbre et peut évoluer. Si l’on en est à 577 députés, c’est à cause de la réforme de François Mitterrand en avril 1985 qui avait augmenté de 86 le nombre de députés (dans sa lancée politicienne), nombre qui est resté après le changement de scrutin mené par Jacques Chirac après les élections du 16 mars 1986. Au début de la Ve République, il y avait d’ailleurs bien plus de députés que maintenant en raison des représentants de l’Algérie et des autres colonies françaises.

La réduction du nombre de députés risque aussi de rendre difficile la représentation de la population des territoires peu peuplés (c’est le principal argument formulé par les parlementaires qui sont opposés à cette réduction du nombre).

L’efficacité, c’est aussi dans la pratique, sans besoin de loi ou de révision : ainsi, réduire le nombre de collaborateurs dans les cabinets ministériels (à dix), mais changer les directeurs des administrations centrales pour que les administrations soient en accord avec la politique du gouvernement et directement opérationnelles. Là aussi, pourquoi pas ? Mais il faut avoir conscience que c’est une américanisation de notre pratique gouvernementale (le partage des dépouilles).


1.2. Représentativité

Emmanuel Macron propose aussi d’introduire une "dose" de proportionnelle. Je suis absolument contre cette mesure, je l’avais déjà évoqué précédemment et j’en reparlerai dans quelque temps. On sait ce qu’advient le mot "dose". Chez François Mitterrand, c’était devenu "intégral". Ce serait une erreur institutionnelle fondamentale. Je ne m’étends pas trop sur le sujet ici pour ne pas alourdir le "débriefing" mais je remarque seulement avec surprise que des anciens responsables LR opposé à la proportionnelle se retrouvent favorables parce qu’ils sont passés dans la majorité En Marche. Étonnante transformation des convictions…

Autre mesure pour une meilleure représentativité : la limitation du mandat parlementaire dans le temps. Comme pour la réduction du nombre de parlementaires, on serait tenté de dire : pourquoi pas ? Mais je doute que cela en fasse du renouvellement sociologique pour autant.

L’idée est concevable : on n’est pas député pour en faire un métier, pour avoir une carrière, mais pour agir, pour faire quelque chose, et au bout de X mandats (ce serait probablement trois), on n’aurait plus grand chose à faire de nouveau… C’est valable à la tête d’un exécutif local (mairie etc.) mais comme parlementaire, c’est différent, c’est surtout le gouvernement qui agit, pas les parlementaires. Un député qui sera toujours dans l’opposition ne pourra jamais réaliser ses projets politiques même au bout de vingt mandats, pour des raisons politiques, pas pour des raisons de personnes.

Emmanuel Macron veut aussi réformer en profondeur le CESE (Conseil Économique, Social et Environnemental). Jean-Louis Debré avait proposé de le supprimer car il est inutile, c’est juste un palais doré pour recaser d’anciens députés et autres courtisans. C’est le premier Président de la République qui évoque le CESE. Normal, sa proximité avec un ancien président, Jean-Paul Delevoye (chargé des investitures LREM aux législatives et donc principal directeur des ressources humaines du PDG Macron), peut l’expliquer.

Le Président de la République voudrait faire du CESE un forum démocratique moderne, une chambre du futur, le carrefour des consultations publiques. Car pour élaborer les lois, il y a parfois besoin de la création de comité pour certains sujets. Emmanuel Macron voudrait ainsi que le CESE soit l’instance unique de consultations publiques. Là aussi, je reste dubitatif : il n’y aura pas au sein du CESE, surtout si l’on réduit d’un tiers ses membres, des représentants qualifiés pour aider à l’élaboration de certaines lois très techniques (je pense en particulier à la bioéthique). Il m’aurait paru plus pertinent de carrément supprimer le CESE (comme le propose Jean-Louis Debra) et de proposer un cadre rigoureux de comités pour consultation publique selon certains thèmes, comités qui seraient systématiquement limités dans le temps (trop de comités résistent au temps et coûtent cher).

Enfin, toujours pour renforcer la représentativité, Emmanuel Macron souhaite réformer le droit de pétition (qui oblige les parlementaires à se saisir d’un sujet) pour qu’il soit plus facilement applicable. C’est une bonne chose de renforcer l’action des citoyens.


1.3. Responsabilité

Il propose ce que beaucoup proposent déjà, la suppression de la Cour de Justice de la République, seule habilitée à juger des ministres (composée de parlementaires). Là aussi, il me paraît pertinent d’étudier en profondeur les risques que cela pourrait encourir sur la responsabilité des ministres qui pourraient ainsi être mis en cause sans justification et ne seraient plus protégés dans l’exercice de leurs fonctions.

Autre déclinaison de responsabilité : revenir tous les ans au congrès pour faire le bilan de l’année passée et la perspective de l’année suivante. C’est très entrepreneurial comme méthode mais pertinent, car c’est du domaine de la culture du résultat. De même, chaque ministre sera évalué en fonction des objectifs qu’il a atteints, ou pas. Nicolas Sarkozy avait tenté d’initier cette pratique annoncée dès le 29 mai 2007, mais c’était resté lettre morte…

Emmanuel Macron demandera aux présidents des deux assemblées de faire leurs propositions sur ce qu’il vient d’exposer en matière de réforme institutionnelle pour septembre 2017 et l’objectif est de finaliser la réforme en un an.



2. Quatre principes d’action

Ensuite, Emmanuel Macron a évoqué les quatre principes qui gouverneraient son action sur le fond : le principe de liberté (ne pas subir sa vie), où il inclut la sécurité (lever l’état d’urgence mais adopter une loi renforçant les moyens d’investigation pour prévenir de nouveaux attentats terroristes), le principe de fraternité (la solidarité), le troisième principe formulé ainsi : « redonner toute sa place à l’intelligence française », qui comprend la recherche, la culture et l’éducation, et enfin, le quatrième principe : « construire la paix » (diplomatie, défense et refondation de l’Europe).

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L’intelligence. l en a profité pour chanter un véritable hymne aux scientifiques : « Par intelligence, j’entends évidemment les grandes découvertes, les chercheurs, nos grands physiciens, nos grands médecins, les inventeurs, les innovateurs, tout ce qui et a fait et fait encore la fierté de notre pays. (…) Il nous faut la reconnaître, la montrer ; il nous faut savoir la célébrer là où trop de fois nous avons préféré jalouser. Je pense aux écrivains, aux philosophes, aux historiens, aux cinéastes qui continuent d’apporter au monde ce regard libre de préjugés qui fait notre force ; je pense aux peintres et aux musiciens qui remettent, au fond, la politique à sa juste place en nous faisant entrevoir un au-delà de l’existence immédiate qui rend à la condition humaine sa grandeur, sa beauté, souvent son tragique. ».

La paix. Emmanuel Macron a donné ainsi la clef de sa politique extérieure : « Partout où les libertés ne sont pas respectées, nous œuvrerons, à travers notre diplomatie et nos actions de développement, afin d’aider les minorités ; nous travaillerons au service des sociétés pour le respect des droits. Cela suppose un travail exigeant, parfois long et ingrat, qui impose de replacer la France au cœur du dialogue entre les nations. (…) La France doit partout contribuer à bâtir ou rebâtir des équilibres multiples, même si parfois ils demeurent fragiles. ».


3. Respecter les Français

Enfin, je finis sur cette réflexion essentielle : pour Emmanuel Macron, le principal est de respecter les Français. C’est le seul moyen pour qu’ils acceptent les réformes indispensables.

Il l’a dit lorsqu’il a exposé son "libéralisme" : « C’est comprendre que les Français sont, précisément, assez intelligents pour faire leur chemin tout seuls. Il faudrait désintoxiquer de l’interventionnisme public non pas les Français, mais l’État lui-même. Il faut évidemment protéger les plus faibles, en particulier dans le droit du travail. Il faut bien entendu reconnaître la part essentielle de nos services publics et de tous nos fonctionnaires qui, jour et nuit, sans ménager leur énergie, font justement la force de notre pays. Mais protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’État, de ses mécanismes de vérification et de contrôle. C’est au contraire leur redonner les moyens de peser efficacement, et seuls, sur leur destin. ».

Il l’a redit lorsqu’il a reconnu que la France était un pays qui est difficile à réformer : « La France est un pays qui résiste aussi longtemps qu’il est possible de ne pas réformer, un pays qui se cabre quand on lui parle mal, quand on ne lui explique pas, quand on ne le respecte pas, quand on ne parle pas à sa dignité et à son intelligence. Mais c’est un pays qui, face à chacun des défis qui auraient dû l’abattre, s’est profondément transformé, a su trouver en lui-même ce sens de l’histoire de l’humanité qu’il l’a fait. Tel est aujourd’hui votre défi, notre défi. ».

Enfin, sa dernière phrase aussi est symbole de grand respect : « Nous resterons fidèles à cette promesse de nos commencements, cette promesse que nous tiendrons parce qu’elle est la plus grande, la plus belle qui soit : faire à l’homme, enfin, un pays digne de lui. ». Reste à savoir ce qu’il y a dans le "nous", est-ce un nous olympien ou un nous d’équipe, ou encore un nous du peuple français ?


La complémentarité institutionnelle

Ce qui m’a frappé dans ce discours au congrès, c’est la complémentarité du Président Emmanuel Macron et du Premier Ministre Édouard Philippe. L’un apporte un cadre quasi-philosophique, la réflexion avant l’action, et l’autre donne le programme d’activité. C’est une complémentarité très réfléchie, très étudiée, qui résulte de ce qu’Emmanuel Macron avait observé lorsqu’il avait travaillé à l’Élysée auprès de François Hollande : le Président de la République ne doit pas s’occuper des actes du gouvernement, des arbitrages parfois sur des enjeux mineurs, mais doit brosser une perspective, doit donner un cadre, doit structurer la politique de la nation.

Emmanuel Macron l’a exprimé très clairement : « Le Président de la République doit fixer le sens du quinquennat ; c’est ce que je suis venu faire devant vous. Il revient au Premier Ministre, qui dirige l’action du gouvernement, de lui donner corps. C’est à lui qu’incombe la lourde tâche d’assurer la cohérence des actions, de conduire les transformations, de rendre les arbitrages et, avec les ministres, de vous les présenter. Je souhaite que cette responsabilité ait un sens. C’est pourquoi je demanderai au Premier Ministre d’assigner à chacun des objectifs clairs dont, annuellement, il lui rendra compte. ».

Nous verrons donc quel sera le discours de politique générale d’Édouard Philippe ce mardi 4 juillet 2017, car ce sera son grand oral, la première occasion de montrer son autorité tant face aux Français qu’aux députés de sa majorité et notamment face à l’imposant président du groupe LREM Richard Ferrand, groupe dont il n’est pas lui-même issu.

Mais le meilleur institutionnel n’est pas à exclure : comme la tentation médiatique est très maîtrisée, tout est pour l’instant sous contrôle dans ce couple de l’exécutif qui pourrait donner le modèle d’une pratique institutionnelle nouvelle et raisonnable depuis l’adoption du quinquennat. À moins qu’Édouard Philippe, comme tout Premier Ministre un peu ambitieux, ne considère qu’il devrait avoir lui-même …un destin national !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 3 juillet 2017 à Versailles (document).
Discours de politique générale d’Édouard Philippe le 4 juillet 2017.
Discours d’Emmanuel Macron au Congrès de Versailles le 3 juillet 2017.
Discours de François Hollande au Congrès de Versailles le 16 novembre 2015.
Discours de Nicolas Sarkozy au Congrès de Versailles le 22 juin 2009.
La révision constitutionnelle du 23 juillet 2008.
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Portrait officiel du maître des horloges.
François de Rugy au perchoir.
François Bayrou sycophanté.
Édouard Macron II : bientôt la fin de l’indétermination quantique.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.
La campagne des élections législatives de juin 2017.
Loi de moralisation de la vie politique (1er juin 2017).
Emmanuel Macron et la fierté nouvelle d’être Français ?
Richard Ferrand, comme les autres ?
Édouard Macron : d’abord l’Europe !
Édouard Philippe, nouveau Premier Ministre.
L’investiture d’Emmanuel Macron (14 mai 2017).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Macronités.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170703-macron.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/versailles-a-l-heure-de-la-194742

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170703-macron.html


Déclaration du Président de la République Emmanuel Macron devant le Parlement réuni en congrès à Versailles le 3 juillet 2017

Première séance du lundi 03 juillet 2017
Présidence de M. François de Rugy


M. le président. Avant de vous donner la parole, monsieur le Président de la République, je voudrais évoquer un exemple, un symbole, une référence.

Simone Veil occupe désormais une place particulière dans notre mémoire nationale. Survivante de la Shoah, elle a su puiser, dans les drames qui ont défiguré notre continent et avili l’humanité, une force qui a fait d’elle une actrice déterminante de l’engagement européen de la France.

Elle a joué, au terme d’un combat législatif concret, difficile et victorieux, un rôle considérable pour l’émancipation des femmes. Elle a toujours agi pour la protection des plus fragiles. La vie de Simone Veil témoigne plus que toute autre du prix de la liberté, de la difficulté du combat pour l’égalité, de l’impérieuse nécessité de la fraternité. Observons en sa mémoire une minute de silence. (M. le Président de la République, Mmes et MM. les membres du Congrès et les membres du Gouvernement observent une minute de silence.)

M. le président. Monsieur le Président de la République, vous avez la parole.

M. Emmanuel Macron, Président de la République. Monsieur le président du Congrès, monsieur le président du Sénat, monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, mesdames et messieurs les députés, mesdames et messieurs les sénateurs, en son article 18, la Constitution permet au Président de la République de prendre la parole devant le Parlement réuni à cet effet en Congrès.

Il est des heures qui, de cette possibilité, font une nécessité. Les heures que nous vivons sont de celles-là.

Le 7 mai dernier, les Français m’ont confié un mandat clair. Le 18 juin, ils en ont amplifié la force en élisant à l’Assemblée nationale une large majorité parlementaire. Je veux aujourd’hui vous parler du mandat que le peuple nous a donné, des institutions que je veux changer et des principes d’action que j’entends suivre.

Ce sont mille chemins différents qui nous ont conduits ici aujourd’hui, vous et moi, animés par le même désir de servir. Et même si ce désir n’a pas le même visage, pas la même forme, même s’il n’emporte pas les mêmes conséquences, nous en connaissons vous et moi la source : ce simple amour de la patrie.

Certains font de la politique depuis longtemps. Pour d’autres, au nombre desquels je me range, ce n’est pas le cas. Vous soutiendrez ou vous combattrez selon vos convictions le gouvernement que j’ai nommé, mais à la fin, nous savons tous que quelque chose de très profond nous réunit, nous anime et nous engage : oui, le simple amour de la patrie, que celle-ci s’incarne dans la solitude des collines de Haute-Provence ou des Ardennes, dans la tristesse des grands ensembles où une partie de notre jeunesse s’abîme, dans la campagne parfois dure à vivre et à travailler, dans les déserts industriels, mais aussi dans la gaîté surprenante des commencements.

De cet amour, nous tirons tous, je crois, la même impatience, qui est une impatience d’agir. Elle prend parfois les traits de l’optimisme volontaire, d’autres fois ceux d’une colère sincère. Toujours elle découle de cette même origine.

Nous avons, vous et moi, reçu le mandat du peuple. Qu’il nous ait été donné par la nation entière ou par les électeurs d’une circonscription ne change rien à sa force. Qu’il ait été porté par le suffrage direct ou par le suffrage indirect ne change rien à sa nature. Qu’il ait été obtenu voici un certain temps déjà ou bien récemment, à l’issue d’une campagne où toutes les opinions ont pu s’exprimer dans leur diversité, et que vous incarniez ces opinions différentes ici, aujourd’hui, ne change rien à l’obligation collective qui pèse sur nous.

Cette obligation est celle d’une transformation résolue et profonde, tranchant avec les années immobiles ou les années agitées, toutes au résultat également décevant. C’est par cette voie que nous retrouverons ce qui nous a tant manqué : la confiance en nous, la force nécessaire pour réaliser nos idéaux. Ce qui nous est demandé par le peuple, c’est de renouer avec l’esprit de conquête qui l’a fait, pour enfin le réconcilier avec lui-même.

En vous élisant, dans votre nouveauté radicale, à l’Assemblée nationale, le peuple français a montré son impatience à l’égard d’un monde politique trop souvent fait de querelles ou d’ambitions creuses, où nous avions vécu jusqu’alors. C’est aussi à une manière de voir la politique qu’il a donné congé.

En accordant leur confiance à des femmes et des hommes ici réunis, les Français ont exprimé une impérieuse attente, la volonté d’une alternance profonde, et je suis sûr que vous en êtes, ici, tous aussi conscients que moi. Et je sais bien aussi que les sénateurs en ont une pleine conscience, bien que leur élection soit plus ancienne, parce qu’ils ont perçu, eux si attentifs par nature aux mouvements du temps, les espoirs nouveaux que l’expression du suffrage universel direct a fait naître.

Être fidèle à ce que le peuple français a voulu suppose donc une certaine forme d’ascèse, une exigence renforcée, une dignité particulière, et sans doute plus encore aujourd’hui qu’hier.

Les mauvaises habitudes reviennent vite, marquées par une époque de cynisme, de découragement et – j’ose le dire – de platitude. Nombreux encore sont ceux qui spéculent sur un échec qui justifierait leur scepticisme. Il vous appartiendra, il nous appartiendra de les démentir ; et il nous appartiendra aussi de convaincre tous ceux qui attendent, qui nous font confiance du bout des lèvres, tous ceux qui n’ont pas voté, tous ceux aussi que la colère et le dégoût devant l’inefficacité, notre inefficacité bien souvent, ont conduits vers des choix extrêmes, d’un bord ou de l’autre de l’échiquier politique, et qui sont des choix dont la France, dans sa grandeur comme dans son bonheur, n’a rien à attendre.

Ce mandat du peuple, que nous avons reçu, quel est-il exactement ?

Pour le savoir, il faut sortir de ce climat de faux procès dans lequel le débat public nous a enfermés trop longtemps. Il nous faut retrouver de l’air, de la sérénité, de l’allant. Il y faut un effort, parce que ces faux procès sont nombreux.

S’agit-il de réformer le droit du travail pour libérer, dynamiser l’emploi au bénéfice d’abord de ceux qui n’en ont pas ? On nous dira qu’il s’agit d’adapter la France aux cruautés de l’univers mondialisé ou de satisfaire au diktat de Bruxelles.

S’agit-il de réduire nos dépenses publiques pour éviter à nos enfants de payer le prix de nos renoncements ? On nous dira que nous remettons en cause notre modèle social.

S’agit-il de sortir de l’état d’urgence ? On nous dira d’un côté que nous laissons la France sans défense face au terrorisme, et de l’autre que nous bradons nos libertés.

Eh bien, rien, rien de tout cela n’est vrai.

Derrière tous ces faux procès, on trouve le même vice, le vice qui empoisonne depuis trop longtemps le débat public : le déni de réalité, le refus de voir le réel en face dans sa complexité et ses contraintes, l’aveuglement face à un état d’urgence qui est autant économique et social que sécuritaire.

Là-dessus, j’ai toujours considéré que le peuple français était plus sage et plus avisé que beaucoup ne le croient. Si bien que je pense profondément que le mandat que nous avons reçu du peuple est un mandat à la fois exigeant et profondément réaliste, et que pour l’accomplir nous devons nous placer au-delà de la stérilité de ces oppositions purement théoriques et qui, si elles garantissent de beaux succès de tribune, n’apportent rien.

Notre premier devoir est tout à la fois de retrouver le sens et la force d’un projet ambitieux de transformation de notre pays et de rester arrimés au réel, de ne rien céder au principe de plaisir, aux mots faciles, aux illusions, pour regarder en face la réalité de notre pays sous toutes ses formes.

Ce mandat du peuple français, donc, quel est-il ?

C’est d’abord le mandat de la souveraineté de la nation. C’est de pouvoir disposer de soi-même, malgré les contraintes et les dérèglements du monde.

Voyons la réalité en face. Les forces de l’aliénation sont extrêmement puissantes.

Aliénation à la nouvelle division du travail, qui s’esquisse dans un univers en transformation profonde, où le numérique recompose des secteurs entiers de l’économie, bouscule des équilibres et des emplois.

Aliénation à la misère, à la pauvreté, si nous ne permettons pas à chacun de trouver un travail qui lui corresponde et qu’il soit heureux d’accomplir, une place et une dignité qui soient les siennes dans la société.

Aliénation à la contrainte financière, si nous ne rétablissons pas notre budget, si nous ne réduisons pas notre dette publique.

Aliénation à la volonté d’autres pays, dans l’Europe comme au sein de nos alliances, si nous ne remettons pas nos affaires en ordre.

Aliénation à la terreur islamiste, si nous ne trouvons pas le moyen de la détruire sans rien lui céder de nos valeurs, de nos principes.

Aliénation de notre avenir, si nous ne parvenons pas à organiser la transition écologique, à protéger la planète.

Aliénation de notre vie dans ce qu’elle a de plus quotidien, si les aliments que nous mangeons, l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons nous sont imposés, et pour le pire, par les seules forces d’une compétition internationale devenue anarchique.

Je crois fermement que, sur tous ces points, le peuple nous a donné le mandat de lui rendre sa pleine souveraineté.

Mais c’est aussi le mandat du projet progressiste, d’un projet de transformation et de changement profonds, qui nous est donné. Nos concitoyens ont fait le choix d’un pays qui reparte de l’avant, qui retrouve l’optimisme et l’espoir. Ils l’ont fait parce qu’ils savent bien, parce que nous savons bien que, dans un monde bouleversé par des changements profonds, sans ce mouvement, sans cette énergie créatrice, la France n’est pas la France. Ils savent, parce que cela a été notre expérience commune de ces dernières années, qu’une France arrêtée s’affaisse, se divise, qu’une France apeurée, recroquevillée et victime, s’épuise en querelles stériles et ne produit que du malheur, malheur individuel et malheur collectif.

Elle est là, notre mission historique. Cette mission, la mienne, celle du Gouvernement, la vôtre, n’est pas dévolue à un petit nombre. Elle est dévolue à tous, car chacun y a sa part. La France possède des trésors de créativité, des ressources inépuisables. Mais je ne pense pas simplement là à tous nos talents, je pense à chaque Française, à chaque Français, soucieux de bien faire et de mener une vie digne de lui.

Elle est là, la vraie richesse d’un pays et le mandat qui nous est donné, c’est de créer de l’unité où il y avait de la division, de redonner à ceux qui sont exclus la simple dignité de l’existence, leur juste place dans le projet national, de permettre à ceux qui créent, inventent, innovent, entreprennent, de réaliser leurs projets, de rendre le pouvoir à ceux qui veulent faire – et font. Le mandat du peuple, ce n’est pas d’instaurer le gouvernement d’une élite pour elle-même, c’est de rendre au peuple cette dignité collective qui ne s’accompagne d’aucune exclusion.

Seulement voilà : jusqu’ici, trop souvent, nous avons fait fausse route. Nous avons préféré les procédures aux résultats, le règlement à l’initiative, la société de la rente à la société de la justice. Et je crois profondément que, par ses choix récents, notre peuple nous demande d’emprunter une voie radicalement nouvelle.

Je refuse pour ma part de choisir entre l’ambition et l’esprit de justice. Je refuse ce dogme selon lequel, pour bâtir l’égalité, il faudrait renoncer à l’excellence, pas plus que, pour réussir, il ne faut renoncer à donner une place à chacun. Le sel même de notre République est de savoir conjuguer ces exigences, oui, de faire tout cela, en quelque sorte, en même temps.

Cette voie désoriente, je l’entends bien, tous ceux qui s’étaient habitués à faire carrière sur les schémas anciens. Il en est ainsi à chaque période, lorsque le renouveau s’impose et que l’inquiétude, à certains endroits, peut naître. Mais nous avons à prendre la mesure des efforts que va nous imposer cette formidable soif de renouvellement dont nous sommes, vous et moi, les porteurs.

Le mandat du peuple, c’est aussi le mandat de la confiance et de la transparence. Nous sommes un vieux peuple politique. La politique est importante pour nos concitoyens. On lui demande tout, parfois trop ; on lui en veut souvent, parfois trop aussi. Et c’est parce qu’elle est essentielle à ce point que les Français avaient fini par s’exaspérer de voir l’espérance confisquée. Mais vous êtes ici, tous et toutes, les dépositaires de ce désir de changement qu’il nous est interdit de trahir. Et ce changement doit aussi porter sur les comportements. Il ne peut y avoir de réforme sans confiance. Il ne peut y avoir de confiance si le monde politique continue d’apparaître, même si c’est la plupart du temps injuste, comme le monde des petits arrangements, à mille lieues des préoccupations des Français. La loi que le Gouvernement proposera à vos suffrages n’a pas d’autre but.


Nous avons déjà changé depuis plusieurs années, et nous avons changé en bien. Nous avons cessé de supporter ce qui semblait presque normal autrefois – l’opacité, le clientélisme, les conflits d’intérêts, tout ce qui relève d’une forme de corruption ordinaire, presque impalpable. Pour autant, nul n’est irréprochable. Car si l’exigence doit être constante, si nous sommes tous dépositaires de la dignité qui sied à nos fonctions et chaque jour nous oblige, la perfection n’existe pas.

Oui, nous voulons une société de confiance, et pour cela, une loi ne suffit pas. C’est un comportement de chaque jour. Mais nous voulons aussi cette confiance parce que la société de la délation et du soupçon généralisés, qui était jusque-là la conséquence de l’impunité de quelques puissants, ne nous plaît pas davantage. La loi du Gouvernement sera votée, je n’en doute pas. Mais après qu’elle l’aura été, j’appelle à la retenue, j’appelle à en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec le viol permanent de la présomption d’innocence, avec cette chasse à l’homme où parfois les réputations sont détruites, et où la reconnaissance de l’innocence, des mois, des années plus tard, ne fait pas le dixième du bruit qu’avait fait la mise en accusation initiale. Cette frénésie, qui a touché tous les camps depuis tant de mois et parfois tant d’années, est indigne de nous et des principes de la République.

Le mandat du peuple, c’est enfin le mandat de la fidélité historique. Les Français demandent à leur gouvernement de rester fidèle à l’histoire de la France. Encore faut-il s’entendre sur le sens que l’on donne à ces mots. Ces dernières années, l’histoire a été prise en otage par le débat politique. Nous avons vu fleurir l’histoire pro-coloniale et celle de la repentance, l’histoire identitaire et l’histoire multiculturelle, l’histoire fermée et l’histoire ouverte. Il n’appartient pas aux pouvoirs, exécutif ou législatif, de décréter le roman national, que l’on veuille lui donner une forme « réactionnaire » ou une forme « progressiste ».

Cela ne signifie pas que l’histoire de France n’existe pas ; qu’il ne faut pas en être fier, tout en regardant lucidement ses parts d’ombre, ses bassesses. Mais pour nous, elle doit prendre la forme, non d’un commentaire, non d’une revendication ou d’une transformation, mais d’une action résolue en faveur du meilleur. Parce que c’est dans cette action que nous pouvons retrouver les grands exemples du passé, nous en nourrir et les prolonger. Et à la fin, nous aussi, nous aussi nous aurons fait l’histoire, sans nous être réclamés abusivement de ce qu’elle pourrait être, mais en regardant le réel et en gardant nos esprits et nos volontés tendus vers le meilleur.

C’est ce que nous appelons le progressisme. Ce n’est pas de penser que toute nouveauté est forcément bonne. Ce n’est pas d’épouser toutes les modes du temps. C’est, à chaque moment, pas après pas, de discerner ce qui doit être corrigé, amendé, rectifié, ce qui, à certains endroits, doit être plus profondément refondé, ce qui manque à la société pour devenir plus juste et plus efficace ou, plus exactement, plus juste parce que plus efficace, plus efficace parce que plus juste. C’est une éthique de l’action et de la responsabilité partagée. C’est la fidélité à notre histoire et à notre projet républicain en acte. Car la République, ce n’est pas des lois figées, des principes abstraits ; c’est un idéal de liberté, d’égalité, de fraternité, chaque jour resculpté et repensé à l’épreuve du réel.

L’action politique n’a de sens que si elle est précisément accomplie au nom d’une certaine idée de l’homme, de son destin, de sa valeur indépassable et de sa grandeur. Cette idée, la France la porte depuis longtemps. Rien d’autre ne doit compter à nos yeux. Ce n’est pas la société des entrepreneurs que nous voulons, ou la société de l’équilibre des finances publiques, ou la société de l’innovation. Tout cela est bien, tout cela est utile. Mais ce ne sont que des instruments au service de la seule cause qui vaille, une cause à laquelle le nom de la France est attaché depuis bien longtemps. Et cette cause est la cause de l’homme. Nous différons entre nous, et ici même, sur les moyens. Mais je suis sûr que nous ne différons pas sur ce but, et le savoir, et nous le rappeler sans cesse, parfois dans les pires moments, devrait rendre à notre débat public cette dignité, cette grandeur qui, sur fond de tant d’abandons et d’échecs collectifs, lui ont cruellement manqué ces dernières années.

C’est à l’aune de ce mandat du peuple que nous avons à construire notre politique pour les cinq ans qui viennent. Vous l’aurez compris, et vous le savez déjà, intimement, nous n’avons pas devant nous cinq ans d’ajustements et de demi-mesures. Les Français sont animés non pas par une curiosité patiente, mais par une exigence intransigeante. C’est la transformation profonde qu’ils attendent. Qu’ils espèrent. Qu’ils exigent. Ne la redoutons pas. Embrassons-la, bien au contraire. La charte de notre action a été fixée durant la campagne et vous en connaissez les jalons, sur lesquels je ne reviendrai pas. Les engagements seront tenus. Les réformes et ces transformations profondes auxquelles je me suis engagé seront conduites. Le Premier ministre, Édouard Philippe, que j’ai nommé afin qu’il soit le dépositaire, à la tête du Gouvernement, de ces engagements, en présentera la mise en œuvre dans son discours de politique générale.

Mais tout cela ne sera possible que si nous avons une République forte, et il n’est pas de République forte sans institutions puissantes. Nées de temps troublés, nos institutions sont résistantes aux crises et aux turbulences. Elles ont démontré leur solidité. Mais comme toutes les institutions, elles sont aussi ce que les hommes en font. Depuis plusieurs décennies maintenant, l’esprit qui les a fait naître s’est abîmé au gré des renoncements et des mauvaises habitudes.

En tant que garant du bon fonctionnement des pouvoirs publics, j’agirai en suivant trois principes : l’efficacité, la représentativité et la responsabilité.

L’efficacité d’abord. Il nous faut du temps pour penser la loi. Du temps pour la concevoir, la discuter et la voter. Du temps aussi pour s’assurer des bonnes conditions de son application. Souhaiter que nos institutions soient plus efficaces, ce n’est donc pas sacrifier au culte de la vitesse, c’est rendre la priorité au résultat.

Sachons mettre un terme à la prolifération législative. Cette maladie, nous la connaissons : elle a été tant et tant nommée, et je crains moi-même, dans une vie antérieure, d’y avoir participé. Elle affaiblit la loi, qui perd dans l’accumulation des textes une part de sa vigueur et, certainement, de son sens. Telles circonstances, tel imprévu, telle nouveauté ne sauraient dicter le travail du législateur. Car la loi n’est pas faite pour accompagner servilement les petits pas de la vie de notre pays. Elle est faite pour en encadrer les tendances profondes, les évolutions importantes, les débats essentiels, et pour donner un cap. Elle accompagne de manière évidente les débuts d’un mandat, mais légiférer moins ensuite, c’est consacrer plus d’attention aux textes fondamentaux, à ces lois venant répondre à un vide juridique, venant éclairer une situation inédite. C’est cela, le rôle du Parlement.

Légiférer moins, c’est mieux allouer le temps parlementaire. C’est, en particulier, réserver de ce temps au contrôle et à l’évaluation. Je sais que nombre d’entre vous y ont déjà beaucoup réfléchi, et je ne mésestime pas les progrès faits ces dernières années en la matière, mais nous devons aller plus loin encore, car voter la loi ne saurait être le premier et le dernier geste du Parlement.

Nos sociétés sont devenues trop complexes et trop rapides pour qu’un texte de loi produise ses pleins effets sans se heurter lui-même au principe de réalité. La voix des citoyens concernés par les textes que vous votez ne saurait être perçue comme attentatoire à la dignité du législateur. Elle est la vie, elle est le réel. Elle est ce pour quoi vous œuvrez, nous œuvrons. C’est pourquoi bien suivre l’application d’une loi, s’assurer de sa pertinence dans la durée, de ses effets dans le temps pour la corriger ou y revenir est aujourd’hui devenu une ardente obligation.

Pour toutes ces raisons, je souhaite qu’une évaluation complète de tous les textes importants, comme aujourd’hui celles sur le dialogue social ou encore sur la lutte contre le terrorisme, dont nous avons récemment jeté les bases, soit menée dans les deux ans suivant leur mise en application.

Il est même souhaitable qu’on évalue l’utilité des lois plus anciennes afin d’ouvrir la possibilité d’abroger des lois qui auraient par le passé été trop vite adoptées, mal construites, ou dont l’existence aujourd’hui représenterait un frein à la bonne marche de la société française.

Enfin, le rythme de conception des lois doit savoir répondre aux besoins de la société. Il est des situations d’urgence que le rythme propre au travail parlementaire ne permet pas de traiter suffisamment vite. Songez à l’encadrement des pratiques issues du numérique en matière de protection des droits d’auteur, de la vie privée de nos concitoyens ou de la sécurité nationale. Notre temps collectif est aujourd’hui trop lent. Il faut qu’au temps long du travail législatif, que je viens d’évoquer, soit ajoutée la faculté d’agir vite. Ainsi, la navette pourrait être simplifiée. Je pense même que vous devriez pouvoir, dans les cas les plus simples, voter la loi en commission. Tout cela, vous y avez pour nombre d’entre vous beaucoup travaillé ; tout cela doit être sérieusement étudié, mais pour désormais le faire.

Je n’ignore rien des contraintes qui pèsent sur vous. Le manque de moyens, le manque d’équipes, le manque d’espace contrarient en partie les impératifs d’efficacité que je vous soumets. Pour cela, il est une mesure depuis longtemps souhaitée par nos compatriotes qu’il me semble indispensable de mettre en œuvre : la réduction du nombre de parlementaires.

Un Parlement moins nombreux, mais renforcé dans ses moyens, c’est un Parlement où le travail devient plus fluide, où les parlementaires peuvent s’entourer de collaborateurs mieux formés, plus nombreux. C’est un Parlement qui travaille mieux.

C’est pourquoi je proposerai une réduction d’un tiers du nombre de membres des trois assemblées constitutionnelles. Je suis convaincu que cette mesure aura des effets favorables sur la qualité générale du travail parlementaire. Les Français, pour leur majeure partie, en sont également certains. Cette réforme indispensable, qui devra être conduite en veillant à la juste représentation de tous les territoires de la République – hexagonaux et ultramarins – n’a pas pour but de nourrir l’antiparlementarisme ambiant, bien au contraire. Elle vise à donner aux élus de la République plus de moyens et plus de poids.

Le devoir d’efficacité ne saurait peser seulement sur le Parlement. L’exécutif doit en prendre sa part. Et d’abord, précisément, vis-à-vis du Parlement. C’est pourquoi, mesdames et messieurs les parlementaires, j’ai voulu vous réserver, et à travers vous, aux Français, ma première expression politique depuis mon élection.

Trop de mes prédécesseurs se sont vu reprocher de n’avoir pas fait la pédagogie de leur action ni d’avoir exposé le sens et le cap de leur mandat. Trop d’entre eux, aussi, ont pris des initiatives dont le Parlement n’était que secondairement informé, pour que je me satisfasse d’en reconduire la méthode. Tous les ans, je reviendrai donc devant vous pour vous rendre compte.

Si la considération et la bienveillance que cela traduit à l’égard du Parlement apparaissent à certains comme une dérive condamnable, c’est sans doute qu’ils ont de leur rôle de parlementaire et du rôle du Président de la République une conception vague que masquent mal l’arrogance doctrinaire ou le sectarisme. Il est toujours préoccupant que des représentants du peuple se soustraient aux règles de la constitution qui les a fait élire. Sieyès et Mirabeau ne désertèrent pas si promptement, je crois, le mandat que leur avait confié le peuple.

Le Président de la République doit fixer le sens du quinquennat ; c’est ce que je suis venu faire devant vous. Il revient au Premier ministre, qui dirige l’action du Gouvernement, de lui donner corps. C’est à lui qu’incombe la lourde tâche d’assurer la cohérence des actions, de conduire les transformations, de rendre les arbitrages et, avec les ministres, de vous les présenter. Je souhaite que cette responsabilité ait un sens. C’est pourquoi je demanderai au Premier ministre d’assigner à chacun des objectifs clairs dont, annuellement, il lui rendra compte.

De même, l’efficacité commande que les ministres soient au cœur de l’action publique et retrouvent avec leur administration un contact plus direct. La réduction, que j’ai voulue à dix, du nombre de collaborateurs de cabinet, comme le renouvellement de l’ensemble des directeurs d’administration centrale répondent à cette priorité. Il s’agit de rendre aux directeurs d’administration disposant de la pleine confiance du Gouvernement la connaissance directe de la politique qu’ils auront à mettre en œuvre, et de partager, au sein du Gouvernement et de toute l’administration, cette responsabilité dont le peuple nous a fixé le cap. Soumis eux-mêmes à l’obligation de résultat par la feuille de route qui les lie au Premier ministre, les ministres ne perdront pas de vue pour autant les conditions de mise en œuvre de leur politique.

À cet effet, je veux une administration plus déconcentrée, qui conseille plus qu’elle ne sanctionne, qui innove et expérimente plus qu’elle ne contraigne. Tel est le cercle vertueux de l’efficacité. C’est cette administration qui doit redonner à tous les territoires les moyens d’agir et de réussir. Car, à la fin, notre démocratie ne se nourrit que de l’action et de notre capacité à changer le quotidien et le réel.

Le souci d’efficacité ne suffira pas à rendre à notre démocratie l’oxygène dont, trop longtemps, elle fut privée. S’il faut en finir avec la République inefficace, il faut en finir aussi bien avec la République du souffle court, des petits calculs, de la routine. Nous ne retrouverons la respiration profonde de la démocratie que dans le renouement avec la variété du réel, avec la diversité de cette société française à l’écart de laquelle nos institutions se sont trop soigneusement tenues, n’admettant le changement que pour les autres, mais pas pour elles. La réalité est plurielle ; la vie est plurielle. Le pluralisme s’impose à nos institutions, qui s’affaiblissent dans l’entre-soi.

Nous avons fait entrer ici la grande diversité française. Elle est sociale, professionnelle, géographique, de genre et d’origine, d’âge et d’expériences, de croyances et d’engagements. Elle constitue un alliage inédit de compétences et de destins, dont vous êtes aujourd’hui les visages. Nous ne l’avons pas composée comme un nuancier savant : nous avons simplement ouvert les portes aux citoyens auxquels le monde politique refusait l’accès.

Je souhaite que ce renouvellement scelle le retour du débat que n’aveuglent pas les dogmes, du partage d’idées que ne dénature pas le caporalisme. C’est aussi pour cela que je crois à la vertu du pluralisme, au respect plein et entier des oppositions. Non parce qu’il s’agirait d’un usage, mais parce que c’est la dignité du débat démocratique. Cela sera notre ardente responsabilité.

La représentativité reste toutefois un combat inachevé dans notre pays. Je souhaite le mener avec vous résolument. Je proposerai ainsi que le Parlement soit élu avec une dose de proportionnelle pour que toutes les sensibilités y soient justement représentées.

C’est à cette même fin que nous limiterons le cumul des mandats dans le temps pour les parlementaires. Il s’agit là de la clef de voûte d’un renouvellement qui ne se produira pas sous la pression de l’exaspération citoyenne mais deviendra le rythme normal de la respiration démocratique. Les parlementaires eux-mêmes verront dans leur mandat une chance de faire avancer le pays et non plus la clef d’un cursus à vie.

Il est d’autres institutions de la République que le temps a figées dans les situations acquises, quand le sens véritable de leur mission eût été d’incarner le mouvement vivant de la société française. Le Conseil économique, social et environnemental est de celles-là. Sa mission était de créer entre la société civile et les instances politiques un trait d’union, fait de dialogue constructif et de propositions suivies d’effets.

Cette intention fondatrice s’est un peu perdue. Je souhaite que l’on renoue avec elle. Le Conseil économique, social et environnemental doit devenir la Chambre du futur, où circuleront toutes les forces vives de la nation. Pour cela, nous devons, tout en réduisant le nombre de ses membres d’un tiers, revoir de fond en comble les règles de sa représentativité.

Celle-ci étant acquise, nous ferons de cette assemblée le carrefour des consultations publiques, et le seul. L’État ne travaille pas, ne réforme pas sans consulter. C’est bien normal. Mais les instances de consultation se sont multipliées, au point que nous ne savons même plus les dénombrer. Elles ont toutes leur justification, elles représentent une part vibrante de la société civile. Mais c’était le rôle initial du Conseil économique, social et environnemental. En le réformant, nous en ferons l’instance unique de consultation prévue par tous nos textes. Cela sera un élément d’une plus grande représentativité de notre société civile, et dans le même temps, un élément de simplification de nos procédures, de simplification de la fabrique de la loi.

Ce conseil doit pouvoir devenir le forum de notre République, réunir toutes les sensibilités et toutes les compétences et donner un lieu à l’expression de toutes les sensibilités du monde de l’entreprise et du travail – des entrepreneurs comme des syndicats, des salariés comme des indépendants –, mais aussi des associations et des organisations non gouvernementales.

Dans le même temps, je souhaite que le droit de pétition soit revu afin que l’expression directe de nos concitoyens soit mieux prise en compte et que les propositions des Français puissent être présentées, dans un cadre défini et construit, à la représentation nationale. Là aussi, il y va de la représentativité de notre démocratie. Une représentativité qui vivrait, non pas seulement une fois tous les cinq ans, mais au quotidien, dans l’action du législateur.



 


Fondé sur une représentativité plus grande, animé par le souci d’efficacité, le débat démocratique, et plus particulièrement le débat parlementaire, retrouvera, j’en suis sûr, sa vitalité. Le désir d’agir et de faire avancer la société reprendra son rang premier au sein de nos institutions et il rejoindra cet autre principe souverain dont trop souvent nous nous sommes départis, celui de responsabilité.

Une activité parlementaire revivifiée par un cap clair, des débats mieux construits, c’est un Parlement plus apte à exercer sa mission de contrôle, sans laquelle la responsabilité de l’exécutif ne vit pas, est affaiblie. Je souhaite qu’au Parlement la majorité comme les oppositions puissent avoir encore davantage de moyens pour donner un contour et une exigence à la responsabilité politique de l’exécutif.

Les ministres eux-mêmes doivent devenir comptables des actes accomplis dans leurs fonctions ordinaires. C’est pour cette raison que je souhaite la suppression de la Cour de justice de la République. Il faudra trouver la bonne organisation, mais nos concitoyens ne comprennent plus pourquoi seuls les ministres pourraient encore disposer d’une juridiction d’exception.

Faire vivre la responsabilité partout dans nos institutions, c’est aussi assurer l’indépendance pleine et entière de la justice. C’est une ambition qui doit demeurer, malgré les impasses et les demi-échecs rencontrés dans le passé. Je souhaite que nous accomplissions enfin cette séparation de l’exécutif et du judiciaire, en renforçant le rôle du Conseil supérieur de la magistrature, et en limitant l’intervention de l’exécutif dans les nominations des magistrats du parquet. À tout le moins, le Conseil supérieur de la magistrature devrait donner un avis conforme pour chacune des nominations de ces magistrats.

C’est un changement profond des pratiques et des règles que j’appelle de mes vœux. Je ne méconnais pas l’évolution institutionnelle et constitutionnelle que cela requiert. C’est pourquoi je demanderai à Mme la garde des sceaux et aux ministres compétents, ainsi qu’aux présidents des deux chambres, de me faire, pour l’automne, des propositions concrètes permettant d’atteindre cet objectif.

Je souhaite que la totalité des transformations profondes que je viens de détailler et dont nos institutions ont cruellement besoin soit parachevée d’ici un an et que l’on se garde des demi-mesures et des aménagements cosmétiques. Ces réformes seront soumises à votre vote mais, si cela est nécessaire, je recourrai au vote de nos concitoyens par voie de référendum.

Car il s’agit ici de rien moins que retisser entre les Français et la République le rapport qui s’est dissous dans l’exercice mécanique du pouvoir. Je veux réveiller avec vous le sens du pacte civique. Je veux que l’efficacité, la représentativité et la responsabilité fassent émerger clairement et fortement une République contractuelle. La confiance accordée y va de pair avec les comptes qu’on rend. L’action s’y déploie dans un cadre partagé entre le mandataire et le mandant, et non au fil des circonstances. C’est cela, le sens de ce contrat social qui fonde la République.

Ce que nous ferons pour les institutions de la République, je souhaite le faire aussi pour nos territoires. Ne redoutons pas de nouer avec les territoires des accords de confiance.

Nous savons tous combien notre France est diverse et combien est importante l’intimité des décideurs publics avec le terrain de leur action. La centralisation jacobine traduit trop souvent la peur élémentaire de perdre une part de son pouvoir. Conjurons-la. Osons expérimenter et déconcentrer, c’est indispensable pour les territoires ruraux comme pour les quartiers difficiles. Osons conclure avec nos territoires et nos élus de vrais pactes girondins, fondés sur la confiance et la responsabilité.

La Conférence des territoires, qui sera bientôt lancée et sera conduite par le Premier ministre, répond à cette préoccupation. Il ne s’agira pas uniquement d’une conférence budgétaire ou financière, mais aussi de trouver ensemble les moyens d’adapter nos politiques aux réalités locales – je pense en particulier aux collectivités d’outre-mer, qui doivent avoir tous les moyens pour réussir.

C’est ce même esprit de confiance qui fonde cette République contractuelle que, d’ores et déjà, nous faisons avancer dans la société et le monde du travail en donnant à celles et ceux qui sont au plus près de la réalité de l’entreprise une capacité plus grande à en réguler le quotidien, non dans le rapport de forces, mais dans un cadre convenu et partagé.

Nous savons tous et toutes que la confiance exige un soin plus grand que l’usage unilatéral de l’autorité. Nous savons aussi qu’elle produit de plus grands résultats et qu’elle suscite cette concorde sans laquelle il n’est pas de vie civile supportable. La France a vécu assez d’épreuves et connu assez de grandeurs pour n’être pas ce peuple-enfant que l’on berce d’illusions. Chaque Français a sa part de responsabilité et son rôle à jouer dans la conquête à venir. En retrouvant l’esprit de nos institutions, nous redonnerons à la nation tout entière le sentiment de retrouver la maîtrise de son destin et la fierté de reprendre en main le fil de son histoire. C’est la condition même de la réconciliation de notre pays.

Pour être au rendez-vous que le peuple nous a donné, il ne nous est pas permis d’attendre. C’est pourquoi j’aurai besoin, pour notre République, de la mobilisation de tous autour de quelques grands principes d’action. Il ne s’agit pas ici, pour moi, de décliner l’action du Gouvernement, comme certains se plaisent à le craindre ou à le souhaiter. C’est la tâche du Premier ministre, c’est le sens même et la force de nos institutions. Et je n’égrènerai pas non plus, ici, tous les secteurs, les métiers et les territoires. Que chacun sache néanmoins que ces grands principes valent pour tous.

Le premier principe doit être la recherche d’une liberté forte. En matière économique, sociale, territoriale, culturelle, notre devoir est d’émanciper nos concitoyens, c’est-à-dire de leur permettre de ne pas subir leur vie mais bien d’être en situation de la choisir, de pouvoir « faire » là où, trop souvent, nos règles entravent au prétexte de protéger.

Je crois à cet esprit des Lumières qui fait que notre objectif, à la fin, est bien l’autonomie de l’homme libre, conscient et critique. Trop de nos concitoyens aujourd’hui se sentent encore prisonniers de leurs origines sociales, de leur condition, d’une trajectoire qu’ils subissent. Or l’enclavement, l’isolement, l’absence d’accès aux transports et à toutes les formes de nécessité de ce siècle nouveau assignent à résidence des millions de nos compatriotes. La liberté forte que nous avons à bâtir, c’est ce combat pour toutes les mobilités, ce combat pour les accès, ce combat pour que nul de nos concitoyens ne soit exclu des voies du progrès, du droit de faire, d’essayer, pour échouer peut-être, ou pour réussir. C’est le combat de la mobilité économique et sociale par le travail et par l’effort pour tous nos concitoyens, quels que soient leur quartier, leur prénom et leur origine. C’est le combat pour l’égalité pleine entre les femmes et les hommes, ce beau combat dont notre pays a perdu, il y a quelques jours à peine, une figure essentielle en Mme Simone Veil.

La liberté forte, c’est la liberté de choisir sa vie. Car la liberté est ce qui réconcilie, précisément, la justice et l’efficacité, la possibilité de faire et l’égalité vraie, la liberté d’expérimenter, de se tromper et d’essayer encore. On n’embarque plus dans son existence pour un voyage au long cours. Nos vies sont explorations, tentatives, recherche. Sachons inventer cette liberté-là avec les nouvelles protections individuelles qui l’accompagnent, en assurant l’éducation, la formation et les sécurités utiles aux grandes étapes de la vie, précisément pour construire une existence.

C’est tout le sens des transformations économiques et sociales profondes que le Gouvernement aura à conduire dans les prochains mois : libérer et protéger, permettre d’innover en construisant une place pour chacun. Et je souhaite qu’il ne cède rien aux fausses promesses, ni à celle d’une liberté qui oublierait toutes les sécurités individuelles car, à la fin, elle promet le malheur, ni à la société des statuts, qui, au nom des règles acquises, prétend protéger, quand tant et tant sont au bord de la route, quand le chômage est au niveau que l’on connaît et l’exclusion là où elle est. Vouloir la liberté forte, c’est tout cela.

En ces temps de terrorisme, vouloir la liberté forte, c’est assurer la sécurité de chacun et garantir le plein respect des libertés individuelles. Je veux ici vous parler avec franchise de ce que, trop souvent, on n’ose pas nommer : le terrorisme islamiste et les moyens de le combattre.

Que devons-nous aux victimes ? Que devons-nous à nos compatriotes qui sont morts ? Que devons-nous à la France endeuillée par ces assassinats marqués du sceau de la lâcheté, de la bêtise, de l’aveuglement ? Certainement pas de nous limiter à l’esprit victimaire ou à la seule commémoration. Nous leur devons la fidélité à nous-mêmes, à nos valeurs, à nos principes. Renoncer, c’est concéder au nihilisme des assassins sa plus belle victoire.

D’un côté, je rétablirai les libertés des Français en levant l’état d’urgence à l’automne, parce que ces libertés sont la condition de l’existence d’une démocratie forte. Parce que les abandonner, c’est apporter à nos adversaires une confirmation que nous devons leur refuser. De tout temps, les adversaires de la démocratie ont prétendu qu’elle était faible et que, si elle voulait combattre, il lui faudrait bien abandonner ses grands principes. C’est exactement le contraire qui est vrai. Le code pénal tel qu’il est, les pouvoirs des magistrats tels qu’ils sont, peuvent, si le système est bien ordonné, bien organisé, nous permettre d’anéantir nos adversaires. Donner en revanche à l’administration des pouvoirs illimités sur la vie des personnes, sans aucune discrimination, n’a aucun sens, ni en termes de principes, ni en termes d’efficacité.

Mais, d’un autre côté, je souhaite que le Parlement puisse voter ces dispositions nouvelles qui nous renforceront encore dans notre lutte. Elles devront viser explicitement les terroristes, à l’exclusion de tous les autres Français. Elles comporteront des mesures renforcées, mais qui seront placées sous la surveillance du juge, dans le respect intégral et permanent de nos exigences constitutionnelles et de nos traditions de liberté.

La démocratie n’a pas été conçue simplement pour les temps calmes. Elle vaut surtout pour les moments d’épreuve. Il est là, le chemin de l’efficacité, et c’est le même chemin que celui des valeurs. Un pays rassemblé, uni autour de ses principes, une société pleinement consciente de ce qui la fonde sont invincibles. Tel est exactement le sens profond des textes que vous aurez à examiner. Ils visent à nous libérer de la peur, de l’aliénation à la volonté de nos adversaires. Nous travaillerons à prévenir tout nouvel attentat, et nous travaillerons à les réprimer, sans pitié, sans remords, sans faiblesse, avec d’autant plus de force que nous n’aurons cédé sur rien de ce qui nous constitue. J’en prends ici l’engagement devant vous et, au-delà, devant le peuple français.

Répondre aux terroristes, ce n’est pas changer notre Constitution chaque matin, ce n’est pas renoncer aux principes de notre République. Parce que, rappelons-le, c’est au plus fort de la guerre d’Algérie qu’a été construite, écrite et votée cette disposition de notre Constitution qui prévoit, précisément, que l’autorité judiciaire est la gardienne de nos libertés. Alors montrons-nous dignes, aujourd’hui, de la fermeté d’âme de ceux qui nous ont précédés dans les épreuves.

Enfin, la liberté forte, c’est toujours, en France, la liberté de conscience, c’est-à-dire la liberté intellectuelle, morale, spirituelle. De cette liberté, la France doit être l’indispensable havre. L’éducation et la culture en sont les clés. Elles sont au cœur de notre action car, en cette matière, rien n’est jamais acquis. Les progrès de l’obscurantisme nous rappellent ainsi à l’idéal des Lumières. La laïcité en est l’indispensable corollaire. À ces principes et à ces ambitions, la République a su ne rien céder car ils sont la condition même de l’autonomie de nos concitoyens.

De cette culture libérale, ouverte, généreuse, nous devons refaire ensemble la singularité de la France, car c’est par là que toujours elle sut rayonner. Au sein de la culture mondialisée et dont on observe la prolifération parfois inquiétante, la voix de la France et de la culture française doivent occuper une place éminente, associant tous les Français de métropole et d’outre-mer.

Mais cette liberté ne se tiendrait pas si notre deuxième principe d’action n’était de retrouver le socle de notre fraternité. Notre peuple n’est pas formé d’un peu plus de soixante millions d’individus qui cohabiteraient. Il est indivisible, précisément parce que ce qui le tient est plus fort que de simples règles ou des organisations. C’est un engagement chaque jour répété qui fait que notre citoyenneté n’est jamais abstraite et froide, mais qu’elle est pleine et entière par ce lien fraternel qui nous unit et dont nous devons retrouver la vigueur.

L’un des drames de notre pays, c’est que cet engagement est tout simplement impossible pour ceux que les dysfonctionnements de nos systèmes sclérosés rejettent en permanence à ses marges. Il nous reviendra, au cours de ce quinquennat, de prendre la vraie mesure de cette question, de redéfinir nos moyens d’action, sans nous laisser arrêter par de vieilles habitudes, en associant l’État, les collectivités, les associations, les fondations, l’ensemble des Françaises et des Français engagés – bien souvent bénévoles –, et toutes les entités qui, privées ou publiques, œuvrent à l’intérêt général et pour la dignité des personnes. Nous devons substituer à l’idée d’aide sociale, à la charité publique, aux dispositifs parcellaires, une vraie politique de l’inclusion de tous. La représentation nationale y trouvera un enjeu, un défi à sa mesure.

Ne vous y trompez pas : cette question est sans doute la plus profonde, la plus sérieuse qui soit. Parce que notre société est aujourd’hui divisée entre, d’un côté, les égoïsmes tentés par les sirènes de la mondialisation, qui voudraient faire croire que l’on peut réussir à quelques-uns, que les nomades, en quelque sorte, dicteraient leur loi, et, de l’autre côté, les donneurs de leçons, les tenants d’une morale sans bras, qui voudraient que l’on oublie toutes les contraintes du réel pour s’occuper d’une partie de la société.

Il n’y aura pas de réussite française si chacune, chacun n’a pas sa place, si toutes celles et ceux qui vivent dans la pauvreté – pour mettre un nom sur cette réalité –, dans la misère, dans l’exclusion, qui sont privés de cette route auguste que peuvent emprunter quelques-uns n’ont pas aussi leur place. C’est notre devoir. Cela passera par des réformes économiques et sociales profondes sur lesquelles vous aurez à prendre des décisions et que vous aurez à voter. Elles sont indispensables, et elles permettront de raviver cette énergie sans laquelle notre société n’est rien. Mais il faudra aussi savoir trouver, pour ce que Georges Bataille appelait notre « part maudite », une place, une considération, une vraie réponse, enfin. (Applaudissements.)

Car le sentiment d’appartenance, en définitive, existe moins qu’auparavant. Nos sociétés modernes ont tendance à se fractionner au gré des intérêts, des égoïsmes, des idées de chacun. Là encore, il nous revient, dans l’action publique, de résister aux forces de division, aux effets de dislocation qui sont à l’œuvre et qui ne sont aucunement invincibles pour peu qu’on s’en donne les moyens. Aussi notre solidarité doit-elle retrouver des formes concrètes.

L’école en est le premier creuset ; notre université, ensuite ; nos familles, également ; notre culture. La langue, l’accès au savoir, l’ouverture à des possibles qui nous rassemblent forgent un peuple. Ces solidarités organiques, que nous avons mésestimées, sont aussi ce qui tient notre société. Face à la crise morale et de civilisation que nous vivons, nous devons savoir forger à nouveau ces solidarités profondes et un imaginaire puissant et désirable où chacun trouvera sa place. Telle est aussi la réponse que nous devons apporter à ce qui corrompt la société.

Je parlais tout à l’heure du terrorisme islamiste. Il faut bien sûr y apporter une réponse sécuritaire, mais celle-ci ne servira à rien, elle ne sera qu’une poursuite de chaque jour, si par l’éducation, la culture, la morale profonde – au sens plein du terme – qui doit infuser notre société, notre imaginaire collectif et nos solidarités, à nouveau, nous ne décidons pas de rebâtir ce qui nous tient comme un peuple un, ce peuple dont l’histoire constitue l’énergie profonde, ce grâce à quoi il s’est relevé de tant et tant de drames, sans jamais s’affaisser.

La réponse à tout ce que nous vivons, ce ne sont ni des lois ni des règlements ; c’est cette dignité collective retrouvée, c’est cette volonté de faire à chaque instant. C’est cette responsabilité de chacune et chacun, dans la société, de redonner du sens, de savoir qui nous sommes, pourquoi nous sommes là, ce qui nous tient, d’avoir à chaque instant en tête la nature du défi qui est le nôtre et de ne rien céder à la lèpre de l’esprit du moment, l’esprit de la division, de l’accusation. C’est tout cela qui durera : ce qui nous dépasse, ce qui nous a faits, ce qui nous a forgés.

Le troisième principe d’action de notre mobilisation sera de redonner place à l’intelligence française.

Par intelligence, j’entends évidemment les grandes découvertes, les chercheurs, nos grands physiciens, nos grands médecins, les inventeurs, les innovateurs, tout ce qui et a fait et fait encore la fierté de notre pays. Elle est là, encore présente, forte, dans tous les territoires. Il nous faut la reconnaître, la montrer ; il nous faut savoir la célébrer là où trop de fois nous avons préféré jalouser.

Je pense aux écrivains, aux philosophes, aux historiens, aux cinéastes qui continuent d’apporter au monde ce regard libre de préjugés qui fait notre force ; je pense aux peintres et aux musiciens qui remettent, au fond, la politique à sa juste place en nous faisant entrevoir un au-delà de l’existence immédiate qui rend à la condition humaine sa grandeur, sa beauté, souvent son tragique.

Redonner toute sa place à l’intelligence française, c’est aussi se refuser à toutes ces incohérences qui nous minent. Et nous n’y parviendrons qu’au prix d’un véritable effort de réflexion collective. Nous ne pouvons pas, par exemple, continuer d’affirmer hautement notre attachement aux principes de l’asile tout en nous abstenant de réformer en profondeur un système qui, débordé de toutes parts, ne permet pas un traitement humain et juste des demandes de protection émanant d’hommes et de femmes menacés par la guerre et la persécution – ceux qu’on appelait en 1946 les « combattants de la liberté ».

Redonner sa place à l’intelligence française, c’est faire de notre pays le centre d’un nouveau projet humaniste pour le monde, le lieu où l’on concevra, créera une société qui retrouve ses équilibres : la production et la distribution plutôt que l’accumulation par quelques-uns, l’alimentation saine et durable, la finance équitable, le numérique au service de l’homme, la fin de l’exploitation des énergies fossiles et la réduction des émissions de polluants. Et nous le ferons non pas parce que c’est à la mode ou pour faire plaisir à quelques-uns, mais parce que c’est ce niveau d’ambition qui a toujours été le nôtre. C’est précisément quand le quotidien est difficile, quand il faut réconcilier tant de contraires et que les égoïsmes court-termistes incitent à l’inaction que nous devons aller de l’avant, définir un cap, le tenir, et inviter le monde à le suivre, car telle est la vocation de la France.

La France n’est pas un pays qui se réforme ; il serait faux de l’affirmer. Pardonnez-moi, monsieur le Premier ministre, de vous annoncer aujourd’hui, devant le Congrès, cette mauvaise nouvelle. (Sourires.)

La France est un pays qui résiste aussi longtemps qu’il est possible de ne pas réformer, un pays qui se cabre quand on lui parle mal, quand on ne lui explique pas, quand on ne le respecte pas, quand on ne parle pas à sa dignité et à son intelligence. Mais c’est un pays qui, face à chacun des défis qui auraient dû l’abattre, s’est profondément transformé, a su trouver en lui-même ce sens de l’histoire de l’humanité qui l’a fait. Tel est aujourd’hui votre défi, notre défi.

Vous passerez, nous passerons sans doute des jours et des nuits sur des sujets qui touchent le quotidien de nos concitoyens et qui auront chacun leur importance. Ce sera néanmoins chaque fois ce cap, cet horizon que nous devrons avoir à l’esprit.

Redonner sa place à l’intelligence française, enfin, c’est comprendre que les Français sont, précisément, assez intelligents pour faire leur chemin tout seuls. Il faudrait désintoxiquer de l’interventionnisme public non pas les Français, mais l’État lui-même. Il faut évidemment protéger les plus faibles, en particulier dans le droit du travail. Il faut bien entendu reconnaître la part essentielle de nos services publics et de tous nos fonctionnaires qui, jour et nuit, sans ménager leur énergie, font justement la force de notre pays. Mais protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’État, de ses mécanismes de vérification et de contrôle. C’est au contraire leur redonner les moyens de peser efficacement – et seuls – sur leur destin. Tout sera fait pour rendre aux Français cette autonomie qu’on leur a disputée puis confisquée. Redonner sa place à l’intelligence française, c’est permettre à chacun, à chaque territoire, de réussir, de s’engager.

J’en viens à présent au dernier principe de l’action que j’entends mener : construire la paix.

Nous le savons, ce monde dans lequel nous dessinons pour la France un chemin à la fois neuf et fidèle à sa vocation ancienne est un monde dangereux. Notre environnement, y compris notre environnement proche, se caractérise par l’accumulation des menaces. C’est bien l’ombre de la guerre qui, à chaque nouvelle crise, se profile.

La déflagration mondiale n’est plus le spectre que seuls les pessimistes brandissent : elle est pour les réalistes une hypothèse sérieuse. Les affirmations de puissance reviennent ou émergent. Les mouvements terroristes se développent dans de multiples régions, avec des moyens qui augmentent leur capacité de nuisance. Ils sont là, au sein même de nos sociétés. Les guerres régionales atteignent des degrés nouveaux de barbarie. Les alliances d’hier s’effritent, l’ordre multilatéral doute de lui-même, et les régimes autoritaires ou les démocraties illibérales fleurissent. L’espace cybernétique propage et amplifie les instruments de ces guerres du tout contre tous. La dérive du monde impose son rythme erratique, ses excès en tous genres, détruisant l’homme, le déracinant, effaçant sa mémoire, bousculant son imaginaire.

Tel est le monde dans lequel aujourd’hui nous vivons. Il ne s’agit pas de l’appréhender avec un pessimisme défait. Non, cet état nous impose plutôt des devoirs – les plus graves, sans doute, qu’une nation ait à assumer –, en particulier celui de maintenir ouverte partout la voie de la négociation, du dialogue et de la paix face aux entreprises les plus sinistres.

La vocation de la France, sa fidélité à son histoire, est de savoir construire la paix et promouvoir la dignité des personnes. C’est pourquoi, partout, nous devons agir d’abord pour protéger nos intérêts et, au premier chef, notre sécurité. C’est ce qui m’a conduit à réaffirmer notre engagement au Sahel comme au Levant, pour lutter contre le terrorisme et contre tous les fanatismes, dans notre intérêt comme dans celui des peuples concernés. Et je sais l’engagement de nos armées chaque jour depuis tant de mois.

Une telle action ne peut cependant être efficace que si elle s’inscrit dans la durée, si elle vise, donc, à construire les solutions politiques permettant la sortie de crise. Cela suppose de savoir, dans toutes ces régions, parler avec toutes les puissances, y compris celles qui ne partagent pas nos buts ou nos valeurs, afin de trouver une issue et la construire. Je ne vous proposerai pas de nous substituer à d’autres peuples, au prétexte d’imposer ailleurs nos principes ou nos valeurs, car je ne veux pas qu’apparaissent de nouveaux États faillis.

Toujours la France doit respecter, en même temps qu’elle lutte contre le terrorisme et tous les excès, en même temps qu’elle protège sa propre sécurité et ses valeurs, la souveraineté des peuples. Mais partout où les libertés ne sont pas respectées nous œuvrerons, à travers notre diplomatie et nos actions de développement, afin d’aider les minorités ; nous travaillerons au service des sociétés pour le respect des droits.

Cela suppose un travail exigeant, parfois long et ingrat, qui impose de replacer la France au cœur du dialogue entre les nations. C’est depuis plusieurs semaines ce que je m’emploie à faire, du Mali à l’Ukraine et à la Syrie, en passant par le Golfe, en échangeant en profondeur avec tous les dirigeants du monde. La France doit partout contribuer à bâtir ou rebâtir des équilibres multiples, même si parfois ils demeurent fragiles.

Notre outil militaire, dans ce contexte, revêt une importance majeure. J’ai déjà ordonné une revue stratégique de défense et de sécurité. Avec comme fils directeurs les principes d’indépendance et d’autonomie de décision, nos armées assureront les missions que je leur ai confiées : la dissuasion, clé de voûte de notre sécurité ; la protection de nos concitoyens et de nos intérêts ; l’intervention là où le respect du droit et la stabilité internationale sont menacés. La prévention des crises et leur résolution seront gérées de manière globale, en n’oubliant jamais que seuls la stabilisation et le développement permettent de créer les conditions d’une paix durable. Nos forces armées sont les conditions de cette capacité de dialogue, de cette crédibilité française et de cette capacité, partout, à construire la paix.

Cette indépendance que j’appelle de mes vœux ne veut pas dire pour autant solitude. La France sera fidèle à toutes ses alliances. Les prochaines années seront pour nos armées celles d’un renouvellement stratégique et tactique. Je sais qu’elles y sont prêtes car elles sont aux avant-postes du monde tel qu’il va, avec cette vigilance et cet engagement qui font honneur à notre pays.

Vous le voyez, les menaces n’ont jamais été si grandes, et l’ordre multilatéral est sans doute plus fragilisé qu’il ne l’a jamais été, divisé, bousculé, alors qu’il est plus que jamais nécessaire. Dans les années à venir, le rôle de la France sera de défendre la sécurité, l’égalité face aux excès, les libertés, la planète face au réchauffement climatique, tout ce qui constitue notre bien commun universel et qui aujourd’hui, dans trop d’endroits, est remis en cause.

Touchez du doigt le moment inédit que nous vivons. Nous nous sommes bâtis, depuis le XVIIIe siècle, sur un équilibre que nous pensions de toute éternité, entre des démocraties fondées sur des valeurs libérales, sur nos libertés, une économie de marché qui permettait le progrès des classes moyennes. Tout cela est aujourd’hui profondément bousculé, transformé, menacé. Des régimes autoritaires réussissent dans l’économie de marché, tandis que des démocraties, que nous croyions hier des alliées de toujours, menacent l’ordre international, se mettent à douter de leurs propres règles. Notre vocation, notre rôle aujourd’hui, c’est précisément, plus encore qu’hier, de les rappeler, de les porter, de les faire, de les tenir. Ce sera cela, mon cap, notre cap, et aucun autre.

Ce cours du monde vient en quelque sorte éprouver notre résistance et notre cohérence. C’est, à titre d’exemple, ce que nous vivons avec les grandes crises migratoires qui traversent aujourd’hui l’Afrique, la Méditerranée, et à nouveau l’Europe. Les mois prochains, nous aurons des décisions difficiles à prendre. Nous devons mieux prévenir ces crises, par une politique de sécurité et de développement ambitieuse dans toutes les zones de fragilités et de conflits – nous devons réexpliquer et agir, dans toutes les régions que la guerre, mais aussi le réchauffement climatique déstabilisent –, mais nous devons aussi mieux endiguer ces grandes migrations par une politique de contrôle et de lutte contre les trafics de personnes. Il faut pour cela, de manière coordonnée en Europe, mener une action efficace et humaine qui nous permette d’accueillir les réfugiés politiques courant un risque réel – car ce sont là nos valeurs –, sans les confondre avec les migrants économiques et sans abandonner l’indispensable maîtrise de nos frontières.

Pour réussir à tenir ce cap, nous avons besoin d’une Europe plus forte et refondée. Plus que jamais nous avons besoin de l’Europe ; or, là aussi, plus que jamais, sans doute, elle est affaiblie par les divisions et par le doute qui s’est installé dans notre peuple. Pourtant, l’Europe est chez nous autant que nous sommes en Europe, parce qu’il est impossible de penser notre destinée continentale autrement qu’au travers du projet européen.

L’Europe, c’est nous ; c’est un projet de paix, de liberté, de progrès, qui a été pensé et mis en œuvre avec courage par des générations qui nous ont précédés et ont vécu la guerre. Et nous voudrions aujourd’hui oublier tout cela, considérer que, face aux divisions, face au Brexit et à tant de soubresauts de l’histoire, la réponse résiderait dans une diminution encore plus grande, dans une forme d’abandon, dans un bégaiement de l’histoire. Négliger l’Europe, s’habituer à la conchier, à en faire le coupable de tous nos maux, c’est trahir ces générations qui nous ont précédés, c’est trahir ce qui fait qu’aujourd’hui, là où nous sommes, nous pouvons librement débattre de l’Europe, pour l’aimer ou pas. Mais négliger l’Europe, s’habituer à n’en faire qu’un objet de négociations techniques, c’est aussi, en quelque sorte, abdiquer notre histoire et diminuer la France. La construction européenne est aujourd’hui également – force est de le constater –, fragilisée par la prolifération bureaucratique, par le scepticisme croissant qui en découle. Je crois fermement à l’Europe, mais je ne trouve pas toujours ce scepticisme injustifié.

C’est pourquoi je vous propose de reprendre de la hauteur, de sortir de la tyrannie des agendas et des calendriers, des méandres de la technique. La décennie qui vient de s’achever a été pour l’Europe une décennie cruelle. Nous avons géré des crises mais nous avons perdu le cap. C’est pourquoi il revient à une génération nouvelle de dirigeants de reprendre l’idée européenne à son origine, qui est politique dans son essence : une association volontaire, réaliste et ambitieuse d’États décidés à faire prévaloir des politiques utiles en matière de circulation des personnes – s’agissant notamment de la jeunesse – et des biens, en matière de sécurité, en matière monétaire et fiscale mais aussi politique et culturelle. Les pays de l’Europe, pour lesquels celle-ci ne se réduit pas au marché mais dessine un espace où une certaine idée de la valeur de l’homme, de l’exigence de justice sociale, est reconnue comme prééminente, doivent se ressaisir d’un projet décisif et s’organiser en conséquence, fût-ce au prix d’un examen sans complaisance de notre fonctionnement actuel.

Nous avons une tâche au quotidien à mener, humblement – je l’ai commencée grâce au mandat du peuple : avoir une Europe qui protège davantage, procéder aux réformes indispensables, porter l’ambition européenne dans de nombreux domaines qui font notre quotidien. Mais cela ne suffira pas. Il revient à la France de prendre l’initiative. Je souhaite le faire dans les prochains mois, grâce et par le travail étroit que j’ai d’ores et déjà engagé, en particulier avec la chancelière d’Allemagne. D’ici à la fin de l’année, sur ces bases, partout en Europe, nous lancerons des conventions démocratiques pour refonder l’Europe, précisément sur ce projet politique premier, sur cette ambition première, qui unit les hommes. Libre à chacun ensuite d’y souscrire ou non. Mais le temps n’est plus aux raccommodages.

Il faut reprendre l’Europe à son début, si je puis dire à son origine même, et faire par là revivre le désir d’Europe, en ne laissant pas le monopole du peuple et des idées aux démagogues ou aux extrémistes, en ne faisant pas non plus de l’Europe un syndic de gestion de crise, qui cherche chaque jour à allonger son règlement intérieur parce que les voisins ne se font plus confiance. Nous devons retrouver le souffle premier de l’engagement européen, cette certitude où furent les visionnaires des siècles passés et les pères fondateurs de l’Europe que la plus belle part de nos histoires, de nos cultures s’exprimerait non dans la rivalité, encore moins dans la guerre, mais dans l’union des forces, non dans l’hégémonie de l’un ou l’autre mais dans un équilibre respectueux qui nous fera tous et toutes réussir. C’est cette union dont notre temps a besoin, parce qu’elle seule permettra de relever les défis de la modernité, parce que c’est bien dans cette Europe que nous partageons une vision commune du monde et de l’homme, une vision trempée aux mêmes sources, forgée par les mêmes épreuves de l’Histoire.

Ces défis, ce sont la transition écologique, qui refonde le rapport de l’homme et de la nature ; la transition numérique, qui réécrit les règles sociales et nous oblige à réinventer ce droit continental où, depuis tant de siècles, nous avons voulu que la norme respecte l’homme ; c’est enfin le défi de l’humanisme contemporain face aux dangers du fanatisme, du terrorisme, de la guerre, auquel nous répondrons par une défense plus européenne en cours d’édification, mais aussi par une Europe de la culture et de l’innovation. (Vifs applaudissements.) La paix n’est pas seulement le socle de l’Europe, elle en est en l’idéal, toujours à promouvoir, et seule l’Europe – et la France en Europe, aujourd’hui – peut y parvenir.

Alors oui, nous romprons avec les facilités que nous nous étions données au cours des années précédentes, pour être à la hauteur de ce que le moment exige de nous. Fernand Braudel le disait, « L’Europe ne sera pas si elle ne s’appuie sur ces vieilles forces qui l’ont faite, qui la travaillent encore profondément, d’un mot si l’on néglige tous ses humanismes vivants. » Ne les négligeons plus.

Mesdames et messieurs les parlementaires, nous connaissons à présent l’enthousiasme des commencements, mais la gravité des circonstances nous empêche d’en ressentir aucune ivresse. Le terrorisme n’a pas désarmé. Nos équilibres financiers sont dégradés, notre dette est considérable. L’investissement productif est encore trop faible, le chômage est toujours insupportable. La dureté de la vie est là, pour tant et tant de nos concitoyens. Mais le peuple français nous a fait connaître ses volontés, et nous en serons les serviteurs. Il y aura de l’imprévu, des oppositions, des moments difficiles, mais nous ne laisserons pas un instant tous ces aléas nous décourager. Devant chaque difficulté, au lieu de baisser les bras, nous en reviendrons à l’essentiel et nous y puiserons une énergie plus grande encore. J’y suis prêt. Je suis sûr que vous l’êtes aussi. Car par notre engagement, les Françaises et les Français retrouvent leur fierté. De fait, nul, ici, n’a intérêt à ce que la France échoue ou n’avance pas suffisamment vite.

Le peuple français ne nous demande pas seulement de l’efficacité. L’efficacité est un instrument, et on peut être tout à fait efficace au service d’une mauvaise cause. Il nous demande ce que la philosophe Simone Weil appelait « l’effectivité », c’est-à-dire l’application concrète, tangible, visible des principes qui nous guident, le refus d’être pris en défaut et de clamer des principes dont nous ne poursuivons pas sans relâche l’application. Le principe d’effectivité, c’est pour vous, pour moi, pour le Gouvernement, de ne jamais cesser de se demander si nous sommes en pratique fidèles à nos principes, c’est-à-dire d’abord à la liberté, l’égalité, la fraternité.

Ce que nous avons à accomplir, c’est une véritable révolution. Nous sommes ici, vous et moi, pour renouer avec ce courage français qui ne se laisse pas distraire par ceux qui, n’ayant su aller nulle part, sont en quelque sorte revenus de tout. Nous devons, à chaque instant, être à la hauteur de cet espoir français par l’engagement de tous. Car, ne vous y trompez pas, les forces adverses continuent d’être puissantes, non pas tant au Parlement, où les oppositions légitimes s’expriment, non pas tant dans la rue, que, tout simplement, dans les têtes. En chacun de nous, il y a un cynique qui sommeille. Et c’est en chacun de nous qu’il faut le faire taire, jour après jour, en lui rappelant sans cesse le devoir qui est le nôtre, en lui rappelant sans cesse le moment que traverse notre pays. Et cela se verra. Alors nous serons crus. Alors nous rendrons le service que le peuple français attend de nous, avec humilité. Alors nous resterons fidèles à cette promesse de nos commencements, cette promesse que nous tiendrons parce qu’elle est la plus grande, la plus belle qui soit : faire à l’homme, enfin, un pays digne de lui. Vive la République, vive la France ! (Mmes et MM. les membres du Congrès et les membres du Gouvernement se lèvent et applaudissent longuement.)

(La séance, suspendue quelques instants, est immédiatement reprise.)



Source : assemblee-nationale.fr

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170703-discours-macron-versailles.html

 

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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 05:52

Exercice récurrent des nouveaux Présidents de la République…


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Il a fallu attendre quarante-six jours avant de connaître le portrait officiel du nouveau Président de la République Emmanuel Macron qui l’a publié ce jeudi 29 juin 2017 à 12 heures 38 sur son compte Twitter. Pour mémoire, Nicolas Sarkozy l’avait rendu public le 23 mai 2007 et François Hollande le 4 juin 2012.

Le portrait officiel du Président de la République est une représentation à la fois de la personne, mais aussi de la fonction présidentielle. Il est affiché dans toutes les mairies, les institutions, les ambassades, etc. et représente la souveraineté nationale, ou plus exactement, en représente l’incarnation.

Dès qu’elle a été connue, cette photographie a fait l’objet de nombreux pastiches et parodies sur Internet. J’en expose deux trouvés sur le net (Emmanuel Hollande en photo et, profitant de la fenêtre ouverte, Jean-Vincent Placé cherchant à retrouver un ministère par tous les moyens), et un dernier que je propose très humblement, en fin d’article.

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La photographie a été réalisée par Soazig de La Moissonnière (35 ans), également l’auteure des photographies des affiches de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron et elle fut aussi la photographe officielle de François Bayrou lors de sa campagne présidentielle de 2012. Elle a été prise à partir d’un appareil Canon EOS 6D Mark IV le samedi 24 juin 2017 dans le Salon doré, le bureau de De Gaulle mais pas adopté par Emmanuel Macron. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas eu le souci du détail puisque le presse-papier surmonté d’une petite statuette de coq posée sur le bureau se reflète opportunément sur l’un des deux smartphones (probablement des iPhone) posés également sur le bureau.

Cependant, je la trouve plutôt décevante. On imaginait l’incarnation d’un pouvoir régalien et on a l’impression d’une sorte d’étudiant brillant qui a réussi son examen. Ou plutôt, son concours. Il ne manquerait plus que la bouteille de champagne.

À sa décharge, il faut aussi admettre qu’il a voulu innover, et innover en la matière est très difficile. Le plus grand innovateur dans le genre, ce fut Valéry Giscard d’Estaing, photographie particulièrement ratée (malgré la valeur incontestable du photographe), puisqu’il n’y avait que le buste et un (mauvais) drapeau tricolore (mauvais car il a fallu rajouter artificiellement une couleur qui n’était pas parvenue jusqu’au cadre !).

L’autre innovateur, ce fut Jacques Chirac qui est sorti de ses salles dorées pour mettre un peu de verdure rassurante dans la composition. Cela lui a fait une petite allure de guide de musée fier de montrer son musée. François Hollande a adopté aussi l’allure champêtre, tandis que François Mitterrand et Nicolas Sarkozy ont préféré la traditionnelle pose devant les livres de la bibliothèque de l’Élysée, chacun avec ses innovations, François Mitterrand était resté assis (ouvrant un livre), et Nicolas Sarkozy avait installé les drapeaux, deux, le national et l’européen.

Fort de sa volonté de synthétiser tous les courants politiques et tous ses prédécesseurs, Emmanuel Macron a cherché donc une manière d’être à la fois dedans et dehors, à la fois debout et assis, à la fois chauvin et mondialiste…

Tout cela est bien compréhensible et largement respectable, même admirable. Néanmoins, il se dégage deux impressions assez désagréables.

La première sur le comportement : en s’appuyant légèrement sur le bureau, Emmanuel Macron semble manquer de respect à ses interlocuteurs, c’est-à-dire, à tous les Français. Il n’a pas une posture d’honneur et de dignité. Il s’est voulu décontracté, cool, jeune, mais cela fait un peu négligé (que n’est pas son costume) et donne le sentiment d’un peu de laisser-aller. Est-ce pour symboliser la génération Y, à la fois cool et clean ? Et pourquoi ne pas avoir mis ses mains dans les poches, tant qu’on y est ? En revanche, le rictus assez gêné du personnage dément la décontraction affichée.

On se souvient par exemple que lors d’une interview du Président François Mitterrand, le dimanche 28 avril 1985 sur TF1 ("Ca m’intéresse Monsieur le Président"), le journaliste Yves Mourousi avait scandalisé une grande partie des téléspectateurs en ayant posé son séant sur le bout du bureau présidentiel, montrant une décontraction qui était peu en rapport avec l’importance de la fonction présidentielle. À la limite de l’impolitesse.

Le modèle serait plutôt américain, avec le portrait officiel du Président Barack Obama.

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La seconde impression désagréable est esthétique. La composition de la photographie est trop lourde. Il y a une impression de surcharge pour en rajouter dans la symbolique et les clins d’œil. Les éléments se déchaînent, s’entrechoquent à l’œil. Le personnage semble étriqué, enfermé dans une case. Il y a les drapeaux qui viennent l’encadrer, l’oppresser, voire l’emprisonner, comme deux gros matons. Même le feuillage des arbres est trop lourd, on dirait presque une chevelure de clown à moitié chauve, la tête venant au point de perspective des arbres. L’éclairage aussi laisse à désirer, avec l’ombre très marquée du menton.

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À la fois dedans et dehors : Emmanuel Macron a astucieusement résolu le problème du choix entre Jacques Chirac et François Mitterrand. Il a choisi un bureau et a ouvert la fenêtre donnant sur le jardin. Ainsi, il est à l’intérieur mais on voit la verdure reposante. Le problème, c’est que la fenêtre ouverte vient surajouter une lourdeur bien inutile, d’autant plus qu’on déconseille généralement de mettre des verticales sur une photographie de personne, car cela casse le visage. Celui qui refusait de se ranger dans une étiquette existante du système politique, au point d’avoir créé un parti politique, est mis là dans une sorte de case dessinée par les battants de la fenêtre et le bureau.

Dans cette double approche audacieuse, il a ainsi réussi à mettre dans la composition à la fois les deux drapeaux et la verdure, ce qui n’était pas évident. Parmi les nombreux détails, on remarque évidemment les trois livres sur le bureau, "Le Rouge et le noir" de Stendhal, "Mémoires de guerre" de De Gaulle (c’est le livre qui est ouvert), et "Les Nourritures terrestres" du génial André Gide, dans leur collection "La Pléiade" de Gallimard, ainsi que la statuette de coq évoquée plus haut. On peut aussi s’étonner que le bureau est complètement vide, aucun dossier, aucun stylo, rien pour travailler, seulement ces quelques objets se voulant symbolique (ce bureau de style Louis-XV n’est pas le bureau présidentiel). Seuls deux smartphones donnent l’idée du travail présidentiel et donne la nature mondialiste et technologique du nouveau Président de la République. On peut aussi s’étonner de l’absence d’un livre de sa grand-mère ou d’un livre de Paul Ricœur.

Évidemment, tout le monde aura aperçu l’horloge qui est celle de la salle du conseil des ministres, un objet classique et traditionnel qui remet en mémoire la fameuse expression de "maître des horloges" qu’il revendiquait être dans sa campagne électorale.

Enfin, on peut aussi observer le ciel, un ciel nuageux (mais pas pluvieux), alors que la canicule récente aurait permis de prendre un ciel parfaitement bleu, celui du bleu optimiste que l’on peut voir également sur la cravate, tandis que la discrète légion d’honneur fait office de petite bouée rouge dans un tableau de Turner.

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Pour finir, je reviens sur la porte ouverte. On imagine sans mal la symbolique exprimée : le Président est ouvert sur le monde, sauf que dans le cas présent, l’ouverture est du côté jardin, dans l’entre-soi.

Bien sûr, toute photographie est critiquable, et sera critiquée notamment par les détracteurs du Président, c’est bien naturel. Il faut donc saluer l’audace d’une nouvelle composition, et exprimer le regret d’une décontraction à la limite du respect (un manque de solennité), et enfin, la joie de la confirmation de l’ancrage européen de la France (avant la campagne présidentielle de 2017, cette idée n’était pas gagnée d’avance).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Portrait officiel du maître des horloges.
Portrait officiel de François Hollande.
Photographie officielle du Président Macron.
Photographie officielle du Président Sarkozy.
Louis Napoléon Bonaparte.
Adolphe Thiers.
Vincent Auriol.
René Coty.
Charles De Gaulle.
Georges Pompidou.
Valéry Giscard d’Estaing.
François Mitterrand.
Jacques Chirac.
Nicolas Sarkozy.
François Hollande.
Emmanuel Macron.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170629-photo-officielle-macron.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/portrait-officiel-du-maitre-des-194631

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/29/35433344.html


 

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 17:31

Cette photographie a été prise dans le bureau du Président de la République le samedi 24 juin 2017. Elle sera affichée dans toutes les mairies et lieux institutionnels de France pour le quinquennat d'Emmanuel Macron de 2017 à 2022.

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 05:43

« Je tenterai de m’inspirer de mes prédécesseurs dans cette fonction que vous me confiez aujourd’hui : la bienveillance qui n’empêchait pas la rigueur de Jacques Chaban-Delmas ou de Claude Bartolone, la volonté de réformer de Jean-Louis Debré ou de Laurent Fabius, la fidélité au projet présidentiel de Louis Mermaz, ou encore l’humanité si particulière de Philippe Séguin ou d’Henri Emmanuelli. Oui, de tout cela je tenterai de m’inspirer, parce que nous savons tous qu’il n’y a pas d’imagination sans mémoire. » (27 juin 2017).



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Ce ne sera pas François Bayrou, ni François Baroin, ni évidemment François Fillon, encore moins François Hollande, mais il n'y aura bien quand même un François qui sera honoré dans la République Macron.

Ce fut peu avant 17 heures ce mardi 27 juin 2017 que le doyen d’âge des députés, Bernard Brochand (79 ans), ancien maire de Cannes, a annoncé l’élection de François de Rugy à la Présidence de l’Assemblée Nationale, après avoir ouvert la XVe Législature à 15 heures.

À l’Hôtel de Lassay, ce dernier devient donc le quatrième personnage de l’État, après Emmanuel Macron (Élysée), Gérard Larcher (Petit-Luxembourg) et Édouard Philippe (Matignon). Il n’a que 43 ans et 6 mois, mais il n’est pas le plus jeune à avoir été élu à cette fonction. Contrairement aux commentateurs qui n’ont d’histoire politique que les dépêches AFP, ce ne fut pas Laurent Fabius qui fut le plus jeune Président de l’Assemblée Nationale depuis le début de notre tradition républicaine, élu à 41 ans et 10 mois le 23 juin 1988 après la réélection de François Mitterrand à la Présidence de la République, mais Léon Gambetta, qui avait seulement 40 ans et 10 mois lors de son élection au perchoir le 31 janvier 1879 (qu’il quitta le 27 octobre 1881 pour diriger le gouvernement).

François de Rugy a été élu dès le premier tour avec 353 voix, face aux 94 voix pour Jean-Charles Taugourdeau (LR), 34 voix pour Laure de La Raudière (UDI-LR-Les constructifs), 32 voix pour Laurence Dumont (PS) et 30 voix pour Caroline Fiat (FI), avec 24 blancs ou nuls (567 députés ont voté sur 577 : entre autres, les députés nommés ministres n’ont pas voté et leurs suppléants doivent attendre un mois avant de siéger). Il fallait une majorité de 272 pour être élu, qu’il a largement dépassée.

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François de Rugy avait été désigné le matin même lors de la réunion du groupe ultra-majoritaire LREM, là aussi dès le premier tour, avec 153 voix sur 301 votants, face aux 59 voix pour Sophie Ferrante (ex-PS), 54 voix pour Brigitte Bourguignon (ex-PS ex-hamoniste) et 32 voix pour Philippe Folliot (ex-UDI).

La première remarque, c’est que la parité et l’attention portée aux femmes ne sont valables que pour les postes subalternes : aucune femme à Matignon, pas même de Ministre d’État (deux hommes ; le premier gouvernement, trois hommes), aucune femme présidente de groupe (cela ne dépend évidemment pas que d’Emmanuel Macron) et enfin, aucune femme au perchoir. C’était l’occasion historique pour réaliser cette première fois (après l’occasion manquée de juin 2012, avec l’échec électoral de Ségolène Royal, le refus de Marylise Lebranchu, qui préférait redevenir ministre, et le rejet d’Élisabeth Guigou). Il y avait pourtant des femmes compétentes et expérimentées, au moins trois : Brigitte Bourguignon, Laure de La Raudière et Sophie Ferrante (on conçoit qu’une telle femme devait provenir du groupe LREM).

La deuxième remarque provient de la conférence de presse de Richard Ferrand, le président du groupe LREM, en milieu de journée du 27 juin 2017, entre la primaire LREM et l’élection officielle au perchoir, en assurant que François de Rugy ne serait élu que pour trente mois. C’est une affirmation anticonstitutionnelle et personne, aucun député, n’a le droit de faire pression sur un Président de l’Assemblée Nationale élu régulièrement pour la durée de la législature et pas la moitié de la durée. Pour les autres responsabilités (commissions, bureau), c’est différent puisque c’est régulièrement renouvelé à chaque nouvelle session.

Il est vrai que la préoccupation démocratique n’a pas dû dominer non plus l’élection de ce même Richard Ferrand à la présidence du groupe LREM le 24 juin 2017 car il a été élu "par acclamation" (à main levée), par 306 des 308 membres (deux abstentionnistes). Or, la désignation des personnes devrait toujours se faire par vote secret pour éviter toute pression personnelle (ce qui explique que la procédure du vote au perchoir demande plus d’une heure).

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La troisième remarque, c’est que le changement des usages attendra dans les actes. Si c’est cela, le renouvellement en marche, alors il y a probablement tromperie sur les actes. Car François de Rugy est l’exemple type du responsable politique de l’ancien monde, celui qui n’a jamais vécu que par et pour la politique, un professionnel habile qui a réussi un coup de maître en se hissant au perchoir alors qu’il ne représentait que 3,8% des électeurs de la primaire socialiste de janvier 2017.

Comme son prédécesseur Claude Bartolone, François de Rugy a toujours été un apparatchik de la politique. Il a été nommé secrétaire général du groupe des radicaux de gauche à l’Assemblée Nationale en 1997, après son échec aux législatives dans la circonscription de Jean-Marc Ayrault. C’est là qu’il a rencontré Jean-Vincent Placé qui était l’attaché parlementaire de Michel Crépeau, le président de ce groupe. En 2007, il fut l'un des rares candidats écologistes à avoir reçu le soutien du PS, d'où son élection à Nantes.

François de Rugy n’a d’ailleurs pas hésité à retourner sa veste quand c’était nécessaire pour aider ses ambitions : d’abord inscrit à Génération Écologie, il a longtemps été membre des Verts puis d’Europe Écologie (EELV), a même coprésidé le premier groupe écologiste à l’Assemblée Nationale, puis en 2015, a finalement rejoint le groupe socialiste en espérant faire partie des nouveaux ministres (ce furent Barbara Pompili et Jean-Vincent Placé), après la première déception de ne pas avoir été nommé ministre en 2012 par Jean-Marc Ayrault, dont il avait été l’adjoint à la mairie de Nantes (entre 2001 et 2008).

Son départ d’Europe Écologie en 2016 a même été consommé par sa candidature à la primaire socialiste de janvier 2017 (il n’a obtenu que 3,8%, je le répète !), mais a encore effectué un nouveau retournement de veste : avant Manuel Valls, il a rejoint finalement la candidature du futur Président Emmanuel Macron (reniant son engagement de soutenir le candidat officiel du PS) et s’est fait réélire député à Nantes le 18 juin 2017 sous l’étiquette En Marche.

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De tous les candidats ou candidats à la candidature au perchoir en 2017, il faut bien reconnaître que François de Rugy a été le seul à faire vraiment campagne, bien avant le 18 juin 2017, également au cours de la campagne des élections législatives, aidant parfois des candidats à se faire élire ou réélire (comme le jeune neurologue Olivier Véran à Grenoble, suppléant de l’ancienne ministre Geneviève Fioraso).

De plus, il est indéniable qu’il a acquis l’expérience nécessaire pour comprendre les us et coutumes du Palais-Bourbon, élu député depuis juin 2007 (c’est son troisième mandat, en 2007, il était parmi les benjamins de l’Assemblée Nationale, à 33 ans), président de groupe politique de 2012 à 2015 (coprésident en alternance avec Barbara Pompili) puis vice-président de l’Assemblée Nationale de mai 2016 à février 2017 (succédant à Denis Baupin, démissionnaire après une affaire de harcèlement).

Les idées qu’il a développées lors de son premier discours, lu laborieusement comme à son habitude, aussi scolaire qu’un collégien sans assurance, montrent une vision déjà réfléchie de la modernisation de l’institution parlementaire qu’il entend engager pour les années à venir, notamment en ce qui concerne les privilèges des députés (retraite, chômage, notes de frais, etc.), l’ouverture vers le monde réel (il proposera des "conférences parlementaires de territoires" organisées par les préfets et voudra utiliser le numérique pour faire plus participer les citoyens) et les moyens supplémentaires pour contrôler l’exécutif (notamment l’accès à tous les documents administratifs). Ces idées, qui sont dans l’air du temps, méritent d’être consensuelles dans l’opinion publique, mais peut-être pas chez les parlementaires…

Dans son allocution à l'issue de la proclamation de son élection, François de Rugy, au-delà du programme de modernisation des pratiques parlementaires, a évoqué notamment trois sujets importants.

La forte abstention aux élections législatives : « Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, nous avons été collectivement choisis par une minorité de Françaises et de Français. Cela n’entame en rien notre légitimité, votre légitimité à agir et à légiférer, car nul ne peut prétendre représenter ou porter la voix de celles et ceux qui n’ont pas participé aux dernières élections législatives. Mais cela vous confère, nous confère, une responsabilité particulière, celle de reconquérir une confiance que des décennies de crises économique et sociale et de crise de la représentation démocratique ont érodée. »

Le besoin de ne plus se comporter comme des enfants dans une cour de récréation (surtout devant les caméras) : « Pour être plus démocratique, l’Assemblée devra être en premier lieu une enceinte dans laquelle on ne se contente pas de parler, mais où l’on apprend à s’écouter. Cet hémicycle ne doit pas être un lieu de provocations et d’anathèmes, ni un théâtre d’excès et de caricatures. Il faut de la sérénité, de la bienveillance, un esprit constructif et du respect dans les débats. L’Assemblée ne sera respectée que si elle est respectable dans ses comportements. ».

Le drapeau européen accroché à côté du drapeau national dans l'hémicycle : « En ce moment si particulier dans une vie publique, j’ai aussi une pensée pour les miens, pour les valeurs que m’ont transmises mes parents et mes grands-parents. Directement victimes de la Seconde Guerre mondiale, ils m’ont transmis un engagement européen profond qui me rend fier de siéger, face à vous, devant ce drapeau européen. Le Président Accoyer avait eu la judicieuse idée d’installer ce symbole d’une paix durable dans notre hémicycle : il y a toute sa place, aux côtés de nos couleurs nationales. ».

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Politiquement, si l’on peut parler de pragmatisme très élastique (il était contre la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes mais a soutenu le respect de la décision des électeurs de la consultation locale du 26 juin 2016), il fait partie de ces libéraux-libertaires jusqu’à la caricature : partisan de la légalisation du cannabis, de la PMA pour tous (le Comité d’éthique lui a donné raison le jour même de son élection au perchoir), de la GPA pour tous (on retrouve la philosophie de Pierre Bergé pour qui un bras ou un utérus sont la même chose, ouvriers et mères porteuses, même combat), mais ce libertarisme n’est pas sans contradiction car il a quand même voté la loi sur le renseignement qui réduit considérablement les libertés individuelles.

Assis, à cause du hasard de l’ordre alphabétique, à côté de François Ruffin, François de Rugy n’est donc pas un "usurpateur" dans cette fonction très élevée de la République. Il est au contraire dans la tradition de cette institution qui demande de l’expérience politique et un certain talent à la manœuvre politicienne. Il n’y aura donc pas de changement d’usages comme le préconisait Emmanuel Macron dont il était le candidat (dit-on).

Dans cette tradition républicaine, presque théorisée par son lointain prédécesseur Jean-Louis Debré, le Président de l’Assemblée Nationale est le représentant de tous les députés et pas seulement des députés de la majorité, et à ce titre, son devoir est de préserver les droits de l’opposition. C’est pourquoi il était très mal venu de la part des deux populistes colériques de service, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, ce dernier assis à côté de la nouvelle députée FN Emmanuelle Ménard (femme du maire de Béziers), de ne pas se lever ni applaudir l’élection de "leur" nouveau Président. En ce sens, ils rompent la continuité républicaine, mais c’était finalement très prévisible…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François de Rugy.
Allocution de François de Rugy lors de son élection au perchoir (27 juin 2017).
Premier tour de la primaire socialiste du 22 janvier 2017.
Troisième débat de la primaire socialiste du 19 janvier 2017.
Deuxième débat de la primaire socialiste du 15 janvier 2017.
Premier débat de la primaire socialiste du 12 janvier 2017.
Programme de François de Rugy (à télécharger).
La primaire EELV de 2016 (premier tour).
Jean-Louis Debré.
François Bayrou sycophanté.
Édouard Macron II : bientôt la fin de l’indétermination quantique.
Composition du second gouvernement d’Édouard Philippe (21 juin 2017).
Les Langoliers.
Résultats officiels du second tour des élections législatives du 18 juin 2017.
Forza Francia.
Résultats officiels du premier tour des élections législatives du 11 juin 2017.
La Ve République.
La campagne des élections législatives de juin 2017.
Liste des 7 882 candidats aux élections législatives du 11 juin 2017 (à télécharger).
Liste des 511 candidats investis par La République En Marche le 15 mai 2017 (document).
Programme LR-UDI pour les législatives présenté le 10 mai 2017 (à télécharger).
Loi de moralisation de la vie politique (1er juin 2017).
Emmanuel Macron et la fierté nouvelle d’être Français ?
Richard Ferrand, comme les autres ?
Édouard Macron : d’abord l’Europe !
Composition du premier gouvernement d’Édouard Philippe (17 mai 2017).
Édouard Philippe, nouveau Premier Ministre.
L’investiture d’Emmanuel Macron (14 mai 2017).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Macronités.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170627-francois-de-rugy.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-de-rugy-et-le-baton-de-194554

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/28/35422454.html


 

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 17:52

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170627-francois-de-rugy.html



Présidence de M. François de Rugy
Allocution de M. le Président


M. le Président. Monsieur le secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, monsieur le doyen, mes chers collègues, je sais que beaucoup parmi vous partagent une émotion particulière, que j’ai éprouvée pour ma part il y a dix ans. Elle est de ces émotions que l’on n’oublie pas, celle de députés qui siègent pour la première fois dans cet hémicycle.

Ici se sont écrites des pages essentielles de notre histoire ; ici se sont déroulés des débats passionnés ; ici ont résonné de grandes voix qui ont fait la démocratie française ; ici ont été prises des décisions qui ont forgé la France, son dynamisme économique, son système de solidarité, ses libertés publiques. Sachons nous inspirer du meilleur de ces lieux !

Mais ne nous arrêtons pas à ces lieux. L’Assemblée nationale est plus riche de celles et ceux qui représentent la Nation que du cadre même de leurs travaux.

Nous sommes, vous êtes, dans votre diversité de parcours, d’engagements, et de convictions, vous êtes ensemble la représentation nationale.

En me portant à la présidence de notre Assemblée, vous ne me faites pas seulement un honneur insigne ; vous me confiez une responsabilité dont je mesure la charge et que je souhaite exercer parmi vous, avec vous.

Car nous ne pouvons pas ignorer le défi particulier que nous devons relever. Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, nous avons été collectivement choisis par une minorité de Françaises et de Français. Cela n’entame en rien notre légitimité, votre légitimité à agir et à légiférer, car nul ne peut prétendre représenter ou porter la voix de celles et ceux qui n’ont pas participé aux dernières élections législatives. Mais cela vous confère, nous confère, une responsabilité particulière, celle de reconquérir une confiance que des décennies de crises économique et sociale et de crise de la représentation démocratique ont érodée.

Restaurer la confiance dans l’efficacité de l’action et de la parole publiques : ce sera, en premier lieu, le rôle de la majorité qui devra mettre en œuvre le projet qu’elle a porté, tout en conservant en toutes circonstances le respect des oppositions et la volonté de construire des majorités plus larges pour avancer.

Dans cet hémicycle profondément renouvelé – dans ses visages comme dans sa géographie politique –, la vérité ne siégera ni d’un côté ni de l’autre. Elle naîtra du débat et de la volonté d’agir pour les Françaises et les Français.

Redonner confiance, ce sera obtenir des résultats. Mais ce sera également rétablir la confiance dans nos institutions, dans notre institution.

Ma candidature reposait sur un projet que j’ai publiquement exposé. Ce projet, c’est celui d’une Assemblée nationale plus démocratique, plus efficace, plus moderne.

Pour être plus démocratique, l’Assemblée devra être en premier lieu une enceinte dans laquelle on ne se contente pas de parler, mais où l’on apprend à s’écouter.

Cet hémicycle ne doit pas être un lieu de provocations et d’anathèmes, ni un théâtre d’excès et de caricatures. Il faut de la sérénité, de la bienveillance, un esprit constructif et du respect dans les débats.

L’Assemblée ne sera respectée que si elle est respectable dans ses comportements.

Cette législature doit être aussi celle de la concrétisation de réformes démocratiques profondes, trop longtemps repoussées. Réduction du nombre de députés, introduction de la proportionnelle : ces engagements du projet présidentiel doivent être tenus.

Ces réformes seront évidemment portées conjointement avec le Gouvernement d’Édouard Philippe, mais elles rencontreront un écho plus fort, et seront mieux comprises, si elles s’appuient sur une forte mobilisation des parlementaires. Pour les réaliser, il faudra une collaboration constructive entre le Gouvernement, le Sénat, et, ici, la majorité et les oppositions, afin de réunir le consensus le plus large possible.

Il faut une Assemblée plus démocratique, mais aussi plus efficace.

Les Français que nous rencontrons nous le disent souvent : ils ont le sentiment que le Parlement parle beaucoup, mais agit peu.

Agir mieux, c’est d’abord agir plus vite. J’appelle donc tous les groupes de cette assemblée nouvelle à travailler à des modifications indispensables de la procédure parlementaire. Aujourd’hui, la procédure encourage l’enlisement et l’obstruction. Il faut favoriser la construction, garantir la concrétisation des réformes validées par les Françaises et les Français, mais aussi faciliter l’aboutissement d’initiatives parlementaires, qu’elles viennent de la majorité ou de l’opposition.

Si certaines réformes nécessitent une révision de la Constitution – et le Président de la République s’y est engagé –, il est possible pour notre Assemblée de moderniser de son propre chef un certain nombre de procédures obsolètes : faisons-le !

Mais les députés ne sont pas là seulement pour faire la loi. Ils ont pour rôle essentiel de contrôler l’action de l’État et du Gouvernement. Le Président de la République l’a souvent rappelé pendant ces derniers mois : il faut un Parlement qui contrôle vraiment.

Contrôler efficacement, cela demandera notamment de conquérir de nouveaux pouvoirs d’enquête et d’accès aux documents administratifs et aux rapports d’inspection de l’administration. Cela exigera plus de moyens pour évaluer sur le terrain les politiques publiques.

Fixons-nous l’objectif que chaque exercice d’évaluation donne lieu à des recommandations précises de modifications réglementaires ou législatives auxquelles le Gouvernement ou les commissions concernées seraient tenus de répondre.

L’efficacité tiendra enfin à notre capacité à nous inspirer d’innovations mises en œuvre dans des parlements étrangers : facilitons les échanges de bonnes pratiques et les coopérations avec les parlements des pays membres de l’Union européenne.

Nous avons tout à gagner à cette ouverture. Nos pratiques, mais aussi nos politiques pourront en bénéficier.

Pour être plus démocratique et plus efficace, l’Assemblée devra enfin être plus moderne.

Pour nos concitoyens, l’Assemblée est trop souvent le symbole de l’opacité, du secret et du règne de pratiques exceptionnelles ou dérogatoires. Il faut que notre institution entre pleinement dans la règle commune. Cette législature devra permettre d’instaurer l’égalité entre les citoyens et les parlementaires.

Le projet de loi du Gouvernement va dans le bon sens et apporte des réponses trop longtemps différées. Mais il faudra aussi des décisions de notre Assemblée sur ses propres pratiques : retraite des parlementaires, protection sociale en fin de mandat, notes de frais, règles d’emploi et statut des collaborateurs parlementaires, immunité parlementaire… Remettons tout sur la table et garantissons l’égalité et la transparence.

Avec vous, j’agirai pour conforter le rôle du déontologue de notre assemblée ; ses moyens de contrôle et son indépendance devront être renforcés. Cela éloignera le soupçon, et cela nous sécurisera, vous sécurisera, car des règles insuffisamment claires compliquent l’exercice du mandat et ouvrent la voie aux fantasmes et à l’antiparlementarisme.

La modernité se trouvera aussi dans l’ouverture sur la société. D’abord en menant à bien, ici, la révolution numérique : c’est un enjeu essentiel pour permettre aux citoyens d’intervenir dans la fabrique de la loi, de suivre les débats, d’inspirer des propositions de lois, et d’enrichir le contrôle et l’évaluation des politiques publiques.

Mais si le numérique peut apporter beaucoup, il n’est pas tout. Il faudra également que notre institution aille à la rencontre des citoyens, au travers de conférences parlementaires de territoires, associant les députés locaux, des présidents de commissions et le président de l’Assemblée nationale. Ces conférences pourraient s’étaler sur toute la durée de la législature afin de couvrir l’ensemble des territoires, de métropole et des outre-mer.

Notre ambition ne doit pas seulement être de rendre notre institution plus transparente. Elle doit être également de la faire rayonner et de la rendre attractive.

La modernité passe enfin par la mise en œuvre des principes du développement durable dans le fonctionnement et la gestion de l’Assemblée nationale.

Mes chers collègues, cette législature est celle du renouvellement profond des députés. Je le constate en parcourant des yeux les travées : tant de nouveaux visages, qui disent la féminisation, le rajeunissement, la diversité…

Cette législature est également celle d’une recomposition politique radicale – nous le constaterons lorsque vous siégerez sur ces bancs au sein de vos groupes respectifs.

Mais cette législature doit être celle de la préparation d’une autre révolution, aussi indispensable que les deux précédentes, celle d’une meilleure représentativité sociologique. Nous devrons donc, ensemble, avancer dans l’élaboration d’un statut de l’élu qui facilite l’accès de chacune et de chacun, quelle que soit sa classe sociale, à la fonction de député.

Voilà, mes chers collègues, en quelques mots, le projet que j’ai présenté d’abord à mes collègues du groupe majoritaire. C’est ce projet qui me conduit ici aujourd’hui, c’est ce projet qui m’engage, c’est ce projet que je partage désormais avec vous, et que j’entends mener à bien avec vous.

Je parlais tout à l’heure de la mémoire des lieux. Il y a aussi celle des hommes. Je tenterai de m’inspirer de mes prédécesseurs dans cette fonction que vous me confiez aujourd’hui : la bienveillance qui n’empêchait pas la rigueur de Jacques Chaban-Delmas ou de Claude Bartolone, la volonté de réformer de Jean-Louis Debré ou de Laurent Fabius, la fidélité au projet présidentiel de Louis Mermaz, ou encore l’humanité si particulière de Philippe Séguin ou d’Henri Emmanuelli. Oui, de tout cela je tenterai de m’inspirer, parce que nous savons tous qu’il n’y a pas d’imagination sans mémoire.

C’est précisément à la mémoire que je voudrais consacrer mes derniers mots, plus personnels si vous le voulez bien.

Tout d’abord, je tiens à saluer la mémoire de Corinne Erhel qui aurait pu, qui aurait dû, siéger dans notre assemblée si elle n’avait été foudroyée, en pleine campagne électorale, en mai dernier. J’étais à ses côtés, et je pense à elle, comme beaucoup d’entre vous.

En ce moment si particulier dans une vie publique, j’ai aussi une pensée pour les miens, pour les valeurs que m’ont transmises mes parents et mes grands-parents. Directement victimes de la Seconde Guerre mondiale, ils m’ont transmis un engagement européen profond qui me rend fier de siéger, face à vous, devant ce drapeau européen.

Le président Accoyer avait eu la judicieuse idée d’installer ce symbole d’une paix durable dans notre hémicycle : il y a toute sa place, aux côtés de nos couleurs nationales. (Applaudissements.)

Je n’oublie pas le goût pour la diversité régionale que mes parents m’ont transmis. De la Bretagne à la Lorraine, de la Corse à l’Alsace…

Un député. Bravo !

M. le président. ...de la métropole aux outre-mer (Applaudissements), nous sommes ici les représentants de cette diversité qui fait la richesse de la France.

Je pense enfin, comme, je l’imagine, beaucoup d’entre vous, à mes enfants. C’est finalement pour eux, pour l’avenir des générations qui viennent, que nous sommes toutes et tous ici engagés.

Puissions-nous leur transmettre, à notre tour, une République préservée, une démocratie vivante et respectueuse d’autrui, et une Assemblée nationale renouvelée dans ses pratiques.

Vive la République ! Vive la France ! (Mmes et MM. les députés et M. le secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement se lèvent et applaudissent longuement.)

François de Rugy, 27 juin 2017.

Source : assemblee-nationale.fr

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170627-allocution-de-rugy.html

 

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 05:14

« Il semblerait que l’ambition de Jean-Louis Debré ne soit pas de faire gagner son camp mais de monter en grade dans la machine à faire perdre. » (Christian Estrosi, "Le Nouvel Obs" du 16 octobre 2008).


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L’ouverture de la XVe législature de la Ve République a lieu ce mardi 27 juin 2017. Le premier acte des députés élus les 11 et 18 juin 2017 est d’élire leur nouveau Président de l’Assemblée Nationale, quatrième personnage de l’État. Son rôle est de diriger les travaux de cette assemblée et de la représenter. Si la figure tutélaire de Jacques Chaban-Delmas, longtemps élu au perchoir (pendant quinze ans), reste dans toutes les mémoires, deux Présidents ont particulièrement marqué l’histoire récente, par leur volonté de moderniser l’institution, Philippe Séguin, du 2 avril 1993 au 21 avril 1997, et Jean-Louis Debré, du 25 juin 2002 au 4 mars 2007.

J’ai un petit "faible" pour Jean-Louis Debré (72 ans). Je n’appréciais pas vraiment le second couteau assez lourdingue chargé de protéger le Jacques Chirac des années 1990, celui en recherche encore de l’Élysée et encore moins le premier flic de France qui faisait hélas rire tous les terroristes, corses, ou pas. Il faut dire que mettre un juge à l’Intérieur est plus insensé que mettre un policier à la Justice. Et pourtant, le problème de Jean-Louis Debré, c’était un problème de casting : au perchoir et à la rue de Montpensier, il était en revanche totalement dans son rôle institutionnel et il est ainsi devenu un baron de la République très honorable et honoré (bien qu’il ait refusé toutes les décorations sauf le Mérite agricole).

Il y a peut-être un côté sentimental, plus encore que familial, dans les relations entre Jean-Louis Debré et la République. Je me souviens avoir vu, il y a déjà très longtemps, un documentaire sur lui qui le montrait jeune, la trentaine, chercher laborieusement ses électeurs à chaque porte des maisons, aux élections législatives de mars 1978. Il avait beau être un Debré, il n’avait pas été élu. Il a fallu attendre le scrutin proportionnel et la protection rapprochée de Jacques Chirac pour qu’il fût enfin élu député de l’Eure en mars 1986, puis réélu dans la 1e circonscription en juin 1988 sans discontinuité jusqu’en mars 2007.

Oui, Jean-Louis Debré est "un" Debré, et il faut dire que, comme la famille Jeanneney, la famille Joxe, et bien d’autres, les Debré sont une famille de la République, bien ancrée dans la vie politique, dans la médecine et dans l’art également. Jean-Louis Debré est le fils de Michel Debré, ancien premier Premier Ministre du Général De Gaulle, le petit-fils de Robert Debré, grand médecin qui a donné son nom à des hôpitaux, neveu du peintre Olivier Debré, père du journaliste Guillaume Debré et frère (faux) jumeau de l’urologue Bernard Debré qui fut député et ministre également (il a d’autres frères).

Encouragé par Pierre Mazeaud (ami de la famille), Jean-Louis Debré a fait des études de droit public et de sciences politiques qui l’ont mené jusqu’au doctorat en droit avec une thèse consacrée aux idées constitutionnelles du Général De Gaulle. Parallèlement à quelques vacations à la faculté de droit de Paris, il s’intégra dans la vie politique par la petite porte, comme membre de cabinets ministériels auprès de Jacques Chirac de 1973 à 1976 (à l’Agriculture, à l’Intérieur puis à Matignon). Il l’a fait alors qu’il soutenait la candidature de Jacques Chaban-Delmas à l’élection présidentielle de 1974 tandis que Jacques Chirac avait soutenu Valéry Giscard d’Estaing. Il fut aussi chef de cabinet du Ministre du Budget, alors Maurice Papon, entre 1978 et 1979.

Le lien de fidélité et de loyauté entre Jean-Louis Debré et Jacques Chirac ne s’est jamais brisé malgré les nombreux retournements de l’histoire politique, et cela même quand Michel Debré, son père, incontrôlable dans une colère permanente expression d’une exaltation personnelle, était encore en "politique active", au point de se présenter à l’élection présidentielle contre Jacques Chirac en 1981.

Ces premières années politiques n’ont pas particulièrement fasciné Jean-Louis Debré, et l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 a d’ailleurs empêché toute nouvelle collaboration ministérielle. Qu’importe, car il était devenu juge d’instruction, s’occupant de quelques affaires parfois très sensibles (comme celle de Virgil Tanase ou celle du terroriste Carlos).

Son engagement politique total a eu lieu en mars 1986 en se faisant élire député RPR de l’Eure, mandat qu’il conserva pendant vingt et un ans. Il s’est aussi impliqué dans la bataille municipale à Évreux, ville communiste, avec un échec en mars 1989 et une victoire en mars 2001 (il fut donc maire d’Évreux entre mars 2001 et mars 2007). Entre-temps, il accepta d’être élu adjoint au maire de Paris, Jean Tibéri, entre juin 1995 et mars 2001. Par ailleurs, il a été conseiller général de l’Eure de mars 1992 à mars 2001 (vice-président du conseil général de 1998 à 2001).

À partir de 1986, Jean-Louis Debré fut un grognard du chiraquisme, et resta fidèle même après la lourde défaite présidentielle de mai 1988 (Charles Pasqua et Philippe Séguin s’étaient alors émancipés). Entrant en 1988 au secrétariat national du RPR (chargé de la justice et de la sécurité), il fut désigné secrétaire général adjoint du RPR de 1993 à 1995 (sous la houlette de Jacques Chirac et Alain Juppé), l’une des personnalités restées encore fiables malgré la mode Édouard Balladur (à laquelle avaient succombé Nicolas Sarkozy, mais aussi Bernard Debré, deux de ses ministres).

Si sa nomination comme Ministre de l’Intérieur du 18 mai 1995 au 2 juin 1997 n’a pas été un franc succès, car il aurait sans doute été meilleur comme Ministre de la Justice, ayant eu du mal à succéder à Charles Pasqua et à terroriser les terroristes aussi efficacement que ce dernier, contournant l’omnipotence de Dominique de Villepin à l’Élysée, Jean-Louis Debré fut néanmoins une pièce maîtresse de la Chiraquie en période de cohabitation jospinienne : il fut élu président du groupe RPR à l’Assemblée Nationale du 12 juin 1997 au 18 juin 2002, devenant le défenseur principal d’un Président de la République réduit au minium institutionnel pendant cinq ans.

Lorsque Jean-Louis Debré décida de se présenter au perchoir après les élections législatives de juin 2002, il avait réussi à écarter Alain Juppé mais avait encore contre lui Édouard Balladur (qui, après Matignon, avait cherché en vain à reconquérir une nouvelle responsabilité politique : président du conseil régional d’Île-de-France en 1998, maire de Paris en 2001, et enfin, le perchoir en 2002).

Président de l’Assemblée Nationale du 25 juin 2002 au 4 mars 2007, Jean-Louis Debré fut alors dans un nettement meilleur rôle, s’épanouissement dans la défense du parlement, en raison de sa fascination et de sa passion pour l’histoire politique. Sa proximité avec Jacques Chirac ne l’a pas empêché de lui exprimer ses oppositions : il était très réticent lors de la nomination de Jean-Pierre Raffarin à Matignon en mai 2002 (il songeait peut-être à occuper le poste), et s’était auparavant opposé à l’adoption du quinquennat, en bon gardien de la Constitution que fut son père aussi. Surtout, il ne cessa de militer contre Nicolas Sarkozy et sa candidature à l’élection présidentielle pourtant de plus en plus inéluctable.

Parmi ses dernières décisions présidentielles, Jacques Chirac nomma le 23 février 2007 son fidèle écuyer Président du Conseil Constitutionnel, poste suprême de la défense de la République, ce qui engendra de nombreuses protestations chez les sarkozystes. La citation indiquée au début de cet article date de cette époque, celle où Christian Estrosi était un second couteau sarkozyste sans état d’âme, et il était heureux que Jean-Louis Debré, à la tête de l’institution qui arbitre les conflits constitutionnels, ne demeurât pas partial et ne cherchât pas à "faire gagner son camp".

L’Assemblée Nationale avait achevé ses travaux en février 2007, comme à chaque fin de quinquennat, et la nouvelle législature commençait en juin 2007. Mais en quittant l’Hôtel de Lassay (la résidence du Président de l’Assemblée Nationale), Jean-Louis Debré avait provoqué une nouvelle élection : il était en effet nécessaire de désigner son successeur au perchoir pour quelques semaines, ce qui n’était qu’un titre honorifique. Pierre Méhaignerie et Claude Gaillard (député de Nancy qui ne se représentait pas) furent candidats à ce furtif poste mais ce fut le gaulliste Patrick Ollier (compagnon de Michèle Alliot-Marie et futur président de la Métropole de Paris) qui fut élu au perchoir du 7 mars 2007 au 19 juin 2007, seul Président de chambre à n’avoir jamais présidé aucune séance à l’Hémicycle (autre que celle de son élection).

Succédant au vieil ami Pierre Mazeaud, Jean-Louis Debré présida le Conseil Constitutionnel du 5 mars 2007 au 5 mars 2016, un mandat très long de neuf ans, englobant trois quinquennats. Il a eu donc à accueillir dans son conseil, hormis Valéry Giscard d’Estaing qui avait décidé de venir siéger à partir de 2004 (il était membre de droit depuis mai 1981), deux autres anciens Présidents de la République membres de droit, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, eux-mêmes qui renoncèrent à siéger après quelques années de présence (pour des raisons diverses : procès et maladie pour Jacques Chirac ; retour à l’engagement politique et mise en cause pour le financement de sa campagne présidentielle de 2012 pour Nicolas Sarkozy).

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Au-delà de cet élargissement du nombre de ses membres, il a surtout dû faire face à une révision capitale de la Constitution décidée par Nicolas Sarkozy, celle du 23 juillet 2008, qui a trait à la question prioritaire de constitutionnalité, tout justiciable étant capable de remettre en cause une loi déjà promulguée, ce qui a profondément bouleversé les travaux da l’institution, avec un manque de moyens patent (on donne plus de pouvoirs sans augmenter le budget de fonctionnement).

En entrant rue de Montpensier (une aile du Palais-Royal), Jean-Louis Debré ne pouvait pas ne pas ressentir une forte émotion, car son père a été le père de la Constitution du 4 octobre 1958. D’ailleurs, le Président Georges Pompidou avait proposé à Michel Debré (alors ministre) de le nommer Président du Conseil Constitutionnel et ce dernier lui avait refusé, car il voulait encore faire de la politique et essayer d’avoir une influence sur le cours des événements, dans les années 1970 (ce n’était pas son caractère de vouloir prendre une retraite anticipée et occuper un placard doré).

À la fin de son mandat de neuf ans (remplacé par Laurent Fabius), Jean-Louis Debré est donc redevenu un homme libre, sans droit de réserve (qu’il avait pourtant un peu malmené) et a sorti dès le 21 avril 2016 un livre mémoire "Ce que je ne pouvais pas dire" chez Robert Laffont où il pouvait "se lâcher" (livre qui a eu un grand succès commercial pendant l’été 2016).

S’il a gardé un pied dans les institutions, comme président du Conseil supérieur des archives (succédant à l’historienne Georgette Elgey et au politologue René Rémond), nommé par la Ministre de la Culture et de la Communication Audrey Azoulay le 5 mars 2016, fonction bénévole (a-t-il tenu à préciser), Jean-Louis Debré, décontracté (sans cravate), a décidé de changer de métier (comme Roselyne Bachelot) en se transformant en chroniqueur de télévision (Paris Première) et de radio (Europe 1).

Jean-Louis Debré a pu ainsi révéler certaines décisions personnelles. Ainsi, malgré son ancienne appartenance à l’UMP, il a déclaré que depuis 1995, il s’était toujours opposé à Nicolas Sarkozy car ce dernier combattait Jacques Chirac. Interviewé par Jean-Michel Aphatie à la matinale de France Info le mardi 15 novembre 2016, Jean-Louis Debré a confié qu’il avait agi comme François Bayrou, à savoir qu’il avait voté pour François Hollande au second tour de l’élection présidentielle du 6 mai 2012 (contre Nicolas Sarkozy) : « Pour moi, qu’on soit à droite ou à gauche, l’important, c’est d’être républicain. J’ai déjà voté à gauche. ».

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Au même moment, il hésitait à soutenir à la primaire LR entre la candidature d’Alain Juppé et celle de son "poulain" Bruno Le Maire qu’il avait "installé" dans sa circonscription de l’Eure (il a soutenu finalement Alain Juppé), avant d’être déçu par la victoire de François Fillon : « La France doit se reprendre. (…) Nous avons besoin d’un Président qui rassemble, qui redonne à l’État une autorité qu’il a perdue. Et je pense qu’aujourd’hui, dans le panorama de ceux qui se présentent, à droite comme à gauche, à gauche, on ne sait pas encore, c’est Alain Juppé qui a le meilleur profil, l’autorité, la dignité, l’expérience pour remettre la France dans le droit chemin. » (15 novembre 2016).

Finalement, Jean-Louis Debré a confié au maire de Lyon, Gérard Collomb, futur Ministre de l’Intérieur (son dernier successeur Place Beauvau), qu’il voterait pour Emmanuel Macron aux deux tours de l’élection présidentielle de 2017 (et Bruno Le Maire fut ensuite nommé Ministre de l’Économie et des Finances par Emmanuel Macron) : « Je ne peux pas voter pour François Fillon. Je voterai pour Emmanuel Macron. » (selon "L’Opinion" du 12 avril 2017). Il l’a donc fait au même titre que François Bayrou, Dominique Perben, Dominique de Villepin et d’autres chiraquiens…

Probablement que l’élection de Laurent Wauquiez à la tête de LR, le cas échéant, éloignerait définitivement Jean-Louis Debré de la famille résiduelle du gaullisme politique, au profit d’un nouvel ordre présidentiel incarné par …Emmanuel Macron.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Louis Debré.
Bernard Debré.
Michel Debré.
Jacques Chirac.
Vincent Auriol.
Édouard Herriot.
Jacques Chaban-Delmas.
Edgar Faure.
Laurent Fabius.
Henri Emmanuelli.
Philippe Séguin.
Raymond Forni.
Patrick Ollier.
Claude Bartolone.
Daniel Mayer.
Robert Badinter.
Roland Dumas.
Yves Guéna.

_yartiDebreJL04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161115-jean-louis-debre.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-louis-debre-haut-perche-194505

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/27/35422144.html


 

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 05:20

« On n’a jamais vu un orchestre, surtout un orchestre symphonique, composé avec les mêmes instruments. » (Édouard Philippe, le 20 juin 2017 sur BFM-TV/RMC).



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La Fête de la musique pour fêter l’arrivée de l’été …et l’arrivée du second gouvernement d’Édouard Philippe. Le premier gouvernement a démissionné normalement le 19 juin 2017 à l’issue des élections législatives des 11 et 18 juin 2017.


L’avant-nomination

Quatre poids lourds politiques du gouvernement sortant ont annoncé successivement leur refus de rester au gouvernement : Richard Ferrand (le 19 juin 2017), Sylvie Goulard (le 20 juin 2017) et François Bayrou et Marielle de Sarnez (le 21 juin 2017). Ce ne sont pas des démissions puisque le gouvernement en entier était déjà démissionnaire.

Quel que soit l’emballage de ces abandons, la raison est celle invoquée par Sylvie Goulard : leur implication, d’une manière ou d’une autre, dans une affaire judiciaire, les incitait à renoncer à leurs responsabilités ministérielles.

Mépris du Parlement ? Ce qui ne convenait pas au gouvernement serait-il acceptable pour des postes à grandes responsabilités à l’Assemblée Nationale ? Richard Ferrand serait amené à présider l’imposant groupe de la majorité La République En Marche tandis que Marielle de Sarnez à présider le groupe MoDem (le premier de l’histoire du MoDem).

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François Bayrou, qui avait habilement retardé sa démission de la mairie de Pau (prévue à la fin du mois) va donc rester maire et gardera donc son entière liberté d’expression comme il l’a répété dans sa conférence de presse du 21 juin 2017. François Bayrou a tenu aussi à préciser que son retrait n’a pas été engendré par celui de Sylvie Goulard et qu’il en avait déjà parlé à Emmanuel Macron le 9 juin 2017, lorsqu’une enquête préliminaire a été ouverte sur l’affaire des attachés parlementaires du MoDem.

Invité du journal télévisé de 20 heures le 21 juin 2017 sur TF1, le Premier Ministre Édouard Philippe a insisté pour dire qu’il n’y aurait pas de jurisprudence Bayrou : seule, la mise en examen provoquerait la démission d’un ministre du gouvernement. Une jurisprudence déjà adoptée à l’époque de Pierre Bérégovoy (avec Bernard Tapie le 23 mai 1992), Édouard Balladur (avec Alain Carignon le 19 juillet 1994, Gérard Longuet  le 14 octobre 1994, Michel Roussin le 12 novembre 1994) et Lionel Jospin (avec Dominique Strauss-Kahn le 2 novembre 1999).

Par ailleurs, rien n’empêchera ces quatre anciens ministres de revenir au gouvernement si la justice les innocente dans les procédures actuellement engagées.


Les supputations

Elles ont été nombreuses, comme à chaque changement de gouvernement ou à chaque remaniement. Contrairement à prévu, il ne s’est pas agi d’un simple remaniement technique mais d’un changement politique important.

À la justice furent annoncés René Dosière ou Bertrand Delanoë. À la Défense, Jean-Pierre Raffarin ou encore Nathalie Kosciusko-Morizet (malgré son échec aux élections législatives). On a parlé aussi de Thierry Solère, Pierre-Yves Bournazel, Franck Riester, Jean-Louis Bourlanges, etc.


La composition du nouveau gouvernement

Comme le 17 mai 2017, les journalistes ont été surpris à l’annonce des nouveaux ministres, n’en connaissant même pas le nom de certains.

Plusieurs remarques sur les nouveautés de cette composition (lisible ici).

1. Le gouvernement est de moins en moins "resserré" avec 29 membres (on est loin des 15 annoncés à l’élection présidentielle !). Comme d’habitude…

2. Aucun poids lourd politique n’a remplacé ceux qui sont partis. Ils auront donc leur existence politique directement liée au nouveau pouvoir et pas leur existence propre (comme c’était le cas avec François Bayrou et Richard Ferrand).

3. Il y a un rééquilibrage politique avec plus de ministres issus du PS (notamment Florence Parly, ancienne sous-ministre de Lionel Jospin et Nicole Belloubet), d’autres responsables issus de LREM (Stéphane Travert, Benjamin Griveaux, Julien Denormandie et Brune Poirson), et l’arrivée d’autres ministres MoDem (Jacqueline Gourault et Geneviève Darrieussecq).

4. À droite, c’est les proches de Bruno Le Maire qui l’ont emporté avec l’arrivée de Sébastien Lecornu, un jeune talent précoce (plus jeune président de conseil départemental) et celle de Jean-Baptiste Lemoyne. La probable désignation de Thierry Solère comme président du groupe LR "constructifs" et UDI qui devrait compter une quarantaine de députés (autant que le MoDem) donnera au Premier Ministre Édouard Philippe son propre groupe parlementaire.

5. L’arrivée de nombreux ministres issus des "territoires" compense la réputation de gouvernement trop urbain collée au précédent : Stéphane Travers, Geneviève Darrieussecq, Jacqueline Gourault, etc. connaissent mieux les zones rurales, et bien sûr Jacques Mézard, qui passe de l’Agriculture à la Cohésion des Territoires.

6. Bravo à la diplomate Nathalie Loiseau, directrice de l’ENA depuis le 3 octobre 2012, choisie pour s’occuper des Affaires européennes. Ce n’est peut-être pas très connu, mais l’ENA a depuis une dizaine d’années une action très forte en faveur de la construction européenne, en tissant des relations avec les autres pays européens. Son siège à Strasbourg n’y est pas d’ailleurs un hasard et a favorisé ce genre d’action (décidé par Édith Cresson).

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7. Enfin, tout le processus montre que c'était Emmanuel Macron qui était en première ligne pour choisir le nouveau gouvernement. Il est clair que le Premier Ministre va devoir prendre du pouvoir d'initiative pour montrer qu'il n'est pas qu'un simple collaborateur présidentiel...


La suite : la "réduction du paquet d’ondes" !

Alain Juppé aurait passablement apprécié que le rouleau compresseur LREM ait massacré ses propres candidats en Gironde ou même au niveau national, comme son ancien directeur de campagne Gilles Boyer. Il reprocherait à son ancien poulain Édouard Philippe d’avoir sauté le pas avant les élections législatives, ce à quoi a répondu l’intéressé sur TF1 ce 21 juin 2017 en expliquant qu’il était plus sain de faire cet audacieux saut avant les élections législatives pour rester transparent et clair avec la nouvelle majorité élue sur cette base-là.

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La nouvelle Assemblée va être particulièrement divisée : au-delà d’un groupe pléthorique de LREM et du groupe MoDem, on devrait compter le groupe LR "canal historique" (dans l’opposition), un groupe LR-UDI "constructifs" favorable au nouveau gouvernement, un groupe PS, un groupe FI, un groupe PCF (s’il trouve assez de députés, il leur en manque 5), sans compter les 8 députés du FN (Manuel Valls a également tenté de former un groupe au centre gauche, apparemment sans succès).

Jean-Luc Mélenchon a prévenu que la condition pour commencer un dialogue à gauche, ce serait de voter contre la confiance. Et en effet, tout va se jouer le 4 juillet 2017, lors du vote de confiance au gouvernement.

Ceux qui la voteront seront considérés comme faisant partie de la majorité, et réciproquement, ceux qui voteront contre dans l’une des oppositions multiples. Ce sera la fin de l’indétermination quantique qui a commencé le 6 avril 2016 avec la création du mouvement En Marche qui acceptait la double appartenance avec un ancien parti traditionnel (LR, UDI, PS, PRG, etc.).

Le jour du vote de confiance, chaque député sera mis devant ses responsabilités politiques : et ce vote va structurer non seulement le quinquennat du Président Emmanuel Macron mais probablement l’avenir du paysage politique français pour les prochaines décennies…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Édouard Macron II : bientôt la fin de l’indétermination quantique.
Composition du second gouvernement d’Édouard Philippe (21 juin 2017).
Les Langoliers.
Résultats officiels du second tour des élections législatives du 18 juin 2017.
Forza Francia.
Résultats officiels du premier tour des élections législatives du 11 juin 2017.
La Ve République.
La campagne des élections législatives de juin 2017.
Liste des 7 882 candidats aux élections législatives du 11 juin 2017 (à télécharger).
Liste des 511 candidats investis par La République En Marche le 15 mai 2017 (document).
Programme LR-UDI pour les législatives présenté le 10 mai 2017 (à télécharger).
Loi de moralisation de la vie politique (1er juin 2017).
Emmanuel Macron et la fierté nouvelle d’être Français ?
Richard Ferrand, comme les autres ?
Édouard Macron : d’abord l’Europe !
Composition du premier gouvernement d’Édouard Philippe (17 mai 2017).
Édouard Philippe, nouveau Premier Ministre.
L’investiture d’Emmanuel Macron (14 mai 2017).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Macronités.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170621-gouvernement-edouard-philippe-ii.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/edouard-macron-ii-bientot-la-fin-194351

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/22/35407275.html

 

 

 

 

 

 

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