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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 09:20

Enfin ! Depuis quelques jours, le texte intégral du projet de révision constitutionnelle sur la modernisation des institutions est disponible sur le site internet de Matignon. Une occasion pour en faire une lecture minutieuse.

La réforme des institutions est complètement engagée. Le texte définitif a été adopté au Conseil des ministres du 23 avril 2008 après être passé au Conseil d’État et va se trouver dans l’ordre du jour des débats parlementaires en mai et en juin 2008 avant une adoption définitive par le Congrès à Versailles prévue en début juillet 2008.

Voilà un processus qui aura mis près d’une année, alors qu’au départ, il était prévu de tout terminer avant février 2008. Un procédé ralenti à la fois par la multitude des réformes gouvernementales, la baisse de popularité de Nicolas Sarkozy à la veille des élections municipales et cantonales et par une absence (confirmée encore par le Parti socialiste) de consensus sur les grandes lignes du projet de révision.

Je vous propose de lire ensemble les principaux points de modification de la Constitutions proposés par ce projet de loi (défendu en principe par le Premier Ministre François Fillon lui-même et pas par la Ministre de la Justice Rachida Dati), et d’en faire mes commentaires personnels, qui n’engagent évidemment que moi.

Dans ce premier article (pour ne pas faire trop long), je me concentrerai sur la méthode et les justifications de la révision, puis dans un deuxième article, sur les dispositions qui ne concernent pas spécifiquement le Parlement (sur l’Exécutif et le droit des citoyens) et enfin, dans un troisième article, celles qui redonnent du pouvoir et du contrôle au Parlement.


1. La manière de réviser la Constitution

Prenons d’abord la méthode du processus choisi.

Au départ, l’élection présidentielle a été le déclencheur du processus de révision. Les trois grands candidats (Sarkozy, Royal et Bayrou) étaient tous favorables à une modification plus ou moins profonde de la Constitution (parfois même à un changement de République). François Bayrou souhaitait une révision pour septembre 2007, Ségolène Royal prévoyait un temps à durée indéterminée de ‘démocratie participative’ pour esquisser cette révision.

Finalement, Nicolas Sarkozy a été élu le 6 mai 2007, et dès le 18 juillet 2007 (décret n°2007-1108), il a nommé le Comité Balladur, composé de personnalités indépendantes représentant tous les bords politiques pour faire des propositions qui ont été publiées dans le rapport du 29 octobre 2007 dont j’avais rendu compte avec détails.

À la suite de ce rapport, le gouvernement a présenté quelques propositions qui ont été soumises à consultation auprès des dirigeants des partis politiques en décembre 2007, puis un projet de loi a été élaboré, envoyé pour avis au Conseil d’État, désormais adopté par le Conseil des ministres la semaine dernière et inscrit à l’ordre du jour des deux assemblées parlementaires pour tout finaliser en juillet 2008 par une réunion à Versailles : première quinzaine de mai 2008 à l’Assemblée Nationale, juin 2008 au Sénat.

Un long processus de consultation,
mais excluant le Parlement en tant que tel

On peut imaginer que ce long processus (la Constitution de la Ve République a été rédigée en moins de trois mois l’été 1958) ainsi que la double concertation (le Comité Balladur qui a auditionné de nombreuses personnalités politiques, le Premier Ministre qui, ensuite, a consulté les chefs de parti) était un gage de mesure et de pondération afin d’obtenir un projet de loi consensuel.

Mais ce n’est pas le cas. Comme je l’avais déjà évoqué à propos du Comité Balladur, la méthode est critiquable dans la mesure où le choix des personnalités (certes très honorables et avisées) du Comité Balladur n’émanait que d’une décision arbitraire du Président de la République et il m’aurait paru d’autant plus pertinent de faire émaner un tel comité des parlementaires eux-mêmes que la principale qualité de cette réforme visait à redonner du pouvoir au Parlement. Donc, étrange procédé.

Cela dit, dans ce projet de loi, des propositions sont incluses qui n’étaient pas suggérées par le rapport du Comité Balladur (comme la limitation du nombre de mandats présidentiels consécutifs) et d’autres propositions de ce même rapport n’ont pas été reprises. D’où peut-être la nécessité de minimiser l’influence réelle des travaux du Comité Balladur.


Le peuple (encore) absent de cette révision

Autre point contestable dans la méthode : il ne sera pas question de soumettre la réforme au référendum, mais uniquement par l’adoption par le Parlement réuni en Congrès. Or, la capacité d’obtenir la majorité des trois cinquièmes est aujourd’hui très aléatoire, et nécessite l’abstention ou l’accord de quelques parlementaires socialistes. Un moyen de finalement en rester au statu quo ? ou de débaucher de nouveaux parlementaires socialistes ?

Ce qui est clair, c’est que cette réforme remet explicitement en cause l’équilibre actuel de nos institutions : « Jamais toutefois l’équilibre général de nos institutions n’a été repensé dans une réflexion d’ensemble. » et qu’à ce titre, une ratification par le peuple français aurait été nettement plus démocratique.

Il est sûr que soumettre une telle réforme au référendum aurait été aussi complexe que celui du Traité Constitutionnel Européen : l’ensemble du projet de loi est en effet assez complexe, concerne une myriade de petites mesures qui nécessitent quelques connaissances en droit constitutionnel pour en comprendre les conséquences sur la pratique institutionnelle et, contrairement à ce qui est revendiqué, ne me semble pas doté d’une cohérence parfaite. La réforme n’est qu’une succession de souhaits présidentiels et de suggestions du Comité Balladur et reste un ‘catalogue à la Prévert’.


2. La justification de réviser la Constitution

Préserver les acquis de stabilité et d’efficacité

Le gouvernement a présenté son projet de loi constitutionnelle en rappelant d’abord que la Constitution du la Ve République, dont on va bientôt fêter le cinquantenaire, « a fait preuve de sa solidité et de son efficacité » rappelant que grâce à elle, non seulement la France « a surmonté des crises majeures » (comme la guerre d’Algérie) mais aussi a permis plusieurs alternances politiques (six au total : en 1981, 1986, 1988, 1993, 1997, 2002) et plusieurs cohabitations (trois au total : en 1986, 1993 et 1997) sans avoir connu de blocage dans le fonctionnement des institutions.

À titre, je souscris à ce préambule du gouvernement qui conclut : « avec [cette Constitution], l’autorité de l’État et la stabilité gouvernementale ont été confortées » et qui reste sur cet acquis : « en aucun cas, cet acquis ne doit être remis en cause ni même fragilisé. ».

Ensuite, le gouvernement estime nécessaire des évolutions dans le fonctionnement de la démocratie et évoque plusieurs inflexions, en particulier l’adoption du quinquennat en 2000 (voir mes deux articles sur le sujet, sur l’historique du mandat présidentiel en France et sur le quinquennat).

L’objectif de la réforme proposée est donc une « modernisation » et un « rééquilibrage des institutions » avec « un texte susceptible de recueillir un accord large ».

Pratique des hommes (ou femmes) et règles communes

Dans un vocabulaire très sarkozyen, le gouvernement scande ainsi : « Nos concitoyens aspirent profondément à une République exemplaire, à une démocratie irréprochable ».

Je ne cesserai de répéter ici que l’exemplarité et l’irréprochabilité ne sont les fruits que de la pratique individuelle des personnalités politiques et rarement le fait des institutions qui ne servent que les desseins humains.

Pour mémoire, la IIIe République avait admirablement bien fonctionné sous la Premier Guerre Mondiale, avec des renversements de gouvernement, des transformations politiques majeures (des socialistes comme Viviani qui acceptent de gouverner) et la désignation du Tigre, George Clemenceau, pour vaincre pendant la guerre.

Cette même IIIe République s’est effondrée en juin 1940, incapable de décider de maintenir la France, et s’est effacée devant un (mauvais) homme providentiel, Philippe Pétain, grâce aux manœuvres de Pierre Laval, un habitué des ministères.

La grande différence entre les deux guerres, ce n’étaient pas les institutions, exactement les mêmes, mais le personnel politique qui, à partir du début des années 1930, avait oublié l’intérêt de l’État.

André Tardieu, plus conscient que d’autres, avait tenté en vain, comme Président du Conseil, à faire réformer pour donner plus de poids à l’Exécutif.

L’argument en 2008 revient donc : le personnel politique étant ‘moins sage’ qu’en 1958 (est-ce si vrai que cela ?), il s’agit de recadrer les institutions (donc, de les rigidifier) pour encadrer plus efficacement la classe politique et empêcher les principales dérives (lesquelles ?).

Je reste convaincu que c’est une conception un peu naïve de la vie institutionnelle d’un pays, mais ne peux cependant qu’applaudir quand certaines améliorations se profilent.


Dans les deux prochains articles, nous verrons donc les principales dispositions de la révision, qui concernent quatre éléments principaux : le Président de la République, le Gouvernement, le Parlement et les Citoyens.

À suivre donc…


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (28 avril 2008)


Pour aller plus loin :

Texte intégral du Projet de loi constitutionnelle de modernisation des institutions de la Ve République.







http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39284

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080428/tot-reforme-des-institutions-1-la-method-89f340e.html


http://www.centpapiers.com/Reforme-des-institutions-en-France,3649

http://www.lepost.fr/article/2008/04/29/1187238_reforme-des-institutions-1-la-methode.html



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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 01:44

Longtemps de sept ans, la durée du mandat présidentielle fut un serpent de mer pendant une trentaine d’années avant d’être réduite à cinq ans. Une réforme très acceptée par l’opinion publique mais pas forcément très saine pour la bonne marche de notre démocratie. Suite.


J’ai proposé, dans un précédent article (aussi sur Agoravox), une petite histoire du septennat et du quinquennat. Maintenant, regardons les différents arguments.


Pourquoi fallait-il le quinquennat en 2000 ?

Le temps va de plus en plus vite de nos jours…

Le principal argument en faveur du quinquennat, plébiscité par l’opinion publique, est que le temps s’est accéléré. À tous points de vue : technologique, donc économique et forcément politique.

Prenons ne serait-ce que l’informatique : un Mitterrand ignorant ce sujet et épaté devant de très jeunes petits informaticiens, puis un Chirac ignorant ce qu’est la souris d’un ordinateur. S’il y a bien eu un changement avec la campagne présidentielle de 2007, c’est que chacun des trois principaux candidats (Sarkozy, Royal, Bayrou) savait ce qu’est un ordinateur et les ouvertures que permet internet.

Par conséquent, maintenir à sept ans le mandat présidentiel serait non seulement une aberration, mais aussi anti-démocratique dans la mesure où les électeurs changent très vite de camps. Il y a sept ans, c’était avant les attentats du 11 septembre 2001. Bref, la préhistoire. La situation était mille fois différente de celle d’aujourd’hui. Le renouvellement du mandat présidentiel, c’est aussi le renouvellement des idées, des programmes et des projets politiques. Et aussi le rajeunissement supposé de la classe politique.

C’est pour cette même idée que le Sénat a reconnu que la durée du mandat des sénateurs de neuf ans était beaucoup trop longue et a consenti de lui-même (pour éviter une réforme plus importante de l’extérieur) à sa réduction à six ans, qui est une durée assez classique pour les mandats locaux (conseillers municipaux, généraux, régionaux).


Éviter les cohabitations génératrices d’immobilisme…

L’autre argument massue présenté en 2000 fut aussi la nocivité institutionnelle de la cohabitation (nocivité reconnue désormais mais prévue dès 1984 par Raymond Barre). C’est-à-dire la coexistence d’un Président de la République d’un bord et d’une majorité parlementaire du bord opposé.

Or, le contexte de 2002 était particulièrement intéressant : le mandat des députés finissait la même année que celui du Président de la République. Une loi électorale (surtout revendiquée d’ailleurs par François Bayrou à l’époque) a donc été adoptée pour faire élire les députés après le Président de la République (alors que leur mandat se terminait en mars et celui du Président en mai).

Ceux qui contestent cette loi oublient qu’elle n’a fait que reprendre l’esprit des institutions qui veut que la prééminence revienne au Président de la République.

Cette inversion du calendrier électoral est tellement cohérente qu’elle n’a fait que formaliser ce qui se faisait en pratique par François Mitterrand, à savoir dissoudre l’Assemblée Nationale systématiquement après une élection présidentielle (comme en 1981 et en 1988).

Une pratique qu’auraient dû sans doute prendre en compte également Valéry Giscard d’Estaing en 1974 (qui fut vite prisonnier du nouveau RPR de Jacques Chirac dès 1976) et Jacques Chirac en 1995 (cohabitant avec une majorité d’origine balladurienne).

Ainsi, sur la lancée de l’élection présidentielle, les députés se font désormais systématiquement élire ou réélire.

C’est sur cette ‘opération magique’ (aux législatives, les Français ne désavoueraient pas leur vote à l’élection présidentielle) que François Bayrou a misé pour répondre à son talon d’Achille le plus discréditant pour lui : ‘s’il était élu, il ne pourrait pas obtenir de majorité à l’Assemblée’.

Dans l’optique de ce quinquennat sec, une élection de François Bayrou en mai 2007 aurait sans doute engendré des ralliements dans l’autre sens, centripète et pas centrifuge (vers l’UDF) et les candidats estampillés ‘majorité présidentielle’ (de droite ou de gauche d’ailleurs) auraient sans doute eu plus de chance d’être élus.

Nul ne peut aujourd’hui assurer que ce scénario aurait fonctionné, mais il demeurait au moins dans la logique des institutions. D’ailleurs, il suffisait d’avoir juste une majorité relative pour gouverner, comme ce fut le cas pour François Mitterrand entre 1988 et 1993.


Malgré ces deux arguments, je n’ai pas du tout été convaincu en 2000.

Par conséquent, ce 24 septembre 2000, je fis partie d’une très faible minorité d’électeurs (30,2%) à s’être déplacés pour participer au référendum visant à adopter le quinquennat et je fis partie d’une minorité encore plus faible (26,9% soit 6,8% du corps électoral, abstention comprise) à avoir voter non, c’est-à-dire, contre la réduction du mandat présidentiel de sept à cinq ans.


Pourquoi avoir voté contre le quinquennat ?

Tradition de la République française…

J’avoue que le principal argument des laudateurs du septennat fut longtemps la tradition républicaine, bref, la longévité de cette disposition.

Mais, dans mon précédent article, j’expliquais que la durée fixée à sept ans en 1873 fut le résultat d’un concours de circonstances tout à fait anecdotique et n’était pas la conséquence d’une longue réflexion constitutionnelle : il s’agissait d’attendre la mort du Comte de Chambord qui aurait mis fin aux divisions chez les monarchistes. Sept ans correspondait à un bon délai ! Dix ans aurait trop rappelé le Consulat ou le début du Second Empire.

Donc, l’argument principal est vite balayé.

Concomitance des élections présidentielle et législatives…

Reste une sorte de rigueur absolue du dogme gaullien : des personnalités aussi différentes que Raymond Barre, Christian Poncelet, Charles Pasqua ou Pierre Mazeaud (futur Président du Conseil Constitutionnel de 2004 à 2007) avaient refusé ce quinquennat couplé à une législature pour cette même allégeance au principe gaullien redit le 31 janvier 1964 par De Gaulle : « Parce que la France est ce qu’elle est, il ne faut pas que le Président soit élu simultanément avec les députés, ce qui mêlerait sa désignation à la lutte directe des partis, altérerait le caractère (…) de sa fonction de chef d’État. ».

Mais Pompidou, pourtant partisan du quinquennat, disait la même chose le 10 septembre 1973 : « Aussi est-il souhaitable de ramener le mandat présidentiel à l’avenir à cinq ans, sans pour autant lier la date des élections présidentielles à la date des élections à l’Assemblée Nationale, ce qui remettrait en cause l’esprit même des institutions et l’équilibre des pouvoirs publics. ».

Même Jacques Chirac, qui fit finalement le quinquennat, déclarait un an auparavant, le 14 juillet 1999 : « Le quinquennat conduit presque automatiquement au régime présidentiel. Moi, je suis hostile au régime présidentiel. ».

L’argument est en effet de poids. Le Général De Gaulle avait réussi à faire élire en 1958 (quelques semaines avant son élection à l’Élysée) une majorité parlementaire gaulliste. Puis, il faut attendre François Mitterrand pour refaire (dans le sens inverse du calendrier) la même chose en 1981 et en 1988.

Or, depuis 1981 (et même, depuis 1974 si on considère que les Républicains indépendants formaient un parti suffisamment puissant pour porter son leader à l’Élysée), le candidat élu à la magistrature suprême a toujours été le chef du parti majoritaire : Mitterrand premier secrétaire du PS, Chirac président du RPR et Sarkozy président de l’UMP.

Pire, l’absence de leadership dans son propre parti a handicapé considérablement des candidats comme Raymond Barre en 1988, Jacques Delors et Édouard Balladur en 1995, et évidemment, Ségolène Royal en 2007.

Contrairement à la volonté gaullienne, la Ve République a glissé progressivement dans les années 1970 vers le régimes des partis tant honni avant 1958. Par chance, les institutions ont paradoxalement permis une stabilité d’autant plus forte que le Président gardait la maîtrise de son (ex-)parti (Mitterrand avait perdu le contrôle du PS dès 1990 au congrès de Rennes et Chirac en décembre 2004 avec la conquête de l’UMP par Nicolas Sarkozy).

Cette perversion était d’ailleurs autant le fait des socialistes (qui n’avaient pas pour référence le gaullisme) que les gaullistes eux-mêmes puisqu’en décembre 1974, Jacques Chirac, alors Premier Ministre, s’empara du secrétariat général de l’UDR puis en mars 1986, redevenu Premier Ministre, Jacques Chirac voulut conserver sa présidence du RPR. Même schéma en mai 1995 quand Alain Juppé cumula Matignon et la présidence du RPR.

Au moins, François Mitterrand considérait incompatible les fonctions gouvernementales avec les fonctions de premier secrétaire du PS, fonctions qu’a ainsi abandonnées Lionel Jospin à François Hollande (au départ, il aurait préféré Daniel Vaillant, mais ce dernier était trop friand d’un ministère) lorsqu’il fut nommé Premier Ministre en juin 1997.

Cette dérive renforça la dépendance des parlementaires de la majorité vis-à-vis de l’Élysée. La pratique de la fonction présidentielle depuis mai 2007 montre encore plus clairement cette hypothèse : les parlementaires sont systématiquement écartés au profit de commissions soi-disant expertes sur les sujets les plus graves (rapport du Comité Balladur pour la réforme des institutions, rapport de Jacques Attali pour le retour à la croissance etc.).

"Assujettissement" définitif des députés de la majorité…

Mais la dérive est bien plus grave à mon sens.

S’il y a bien une motivation (compréhensible) pour un député, c’est de pouvoir être réélu député aux prochaines élections. Pour de nombreuses raisons, non seulement politiques (évidentes) et psychologiques (amour propre, besoin de reconnaissance du travail accompli etc.) mais également financières (surtout pour les non-cumulards, évidemment).

Or, les députés sont fréquemment au contact de leurs électeurs (et donc de la base), dans leurs permanences etc. Ils peuvent mieux que d’autres sentir les mesures gouvernementales qui fâchent, ou qui ne sont pas comprises, ou encore qui sont mal décidées.

Lorsqu’il y a des élections législatives en cours de mandat présidentiel, le député de la majorité aura alors forcément le courage de s’opposer au gouvernement s’il considère que ça diverge trop par rapport à l’opinion publique. Ce rôle de résistance est sain dans une démocratie. Il en va de la survie du député.

Sans élection intermédiaire, les députés ne sont élus ou réélus plus qu’avec le label du Président de la République nouvellement élu (ou en s’y opposant). Ils n’ont plus la capacité de résister, s’ils sont au sein de la majorité, car ils doivent tout au Président : leur investiture (le Président depuis près de trente ans contrôlant le parti majoritaire), leur campagne et leur élection.

Le quinquennat mettrait-il fin aux cohabitations ?

Cette concomitance a-t-elle au moins l’efficacité qu’on lui attribue ? Pas du tout.

Rien n’indique que le quinquennat sec puisse empêcher le retour de la cohabitation. Ne serait-ce que parce que le Président de la République peut très bien écourter son mandat pour diverses raisons (démission, décès, destitution selon une récente modification de la Constitution dont l’interprétation restera bien ardue) et ce dernier peut toujours, le cas échéant, prononcer la dissolution de l’Assemblée Nationale.

Le moindre écart redécalerait définitivement toutes les élections (ce qui serait une bonne chose selon moi) et rendrait possible de nouveau la cohabitation.

Le quinquennat mettrait-il fin aux mandats trop longs ?

Là encore, rien n’est moins sûr.

François Mitterrand a duré quatorze ans, Jacques Chirac douze ans. Combien de temps durera Nicolas Sarkozy ? Cinq ans ? Dix ans ? Quinze ans ? La dernière hypothèse n’est pas idiote. En 2022, Nicolas Sarkozy n’aura que 67 ans finalement, âge généralement en début de mandat (à quelques ans près) pour De Gaulle, Mitterrand et Chirac !

Au contraire, si le septennat empêchait d’envisager raisonnablement un troisième mandat, le quinquennat l’encouragerait plutôt. D’où sans doute la volonté actuelle de Nicolas Sarkozy de limiter à deux mandats consécutifs (mais serait-ce si démocratique que cela, si un ‘homme providentiel’ s’avérait indispensable sur du long terme ?).

Dans la pure pratique gaullienne, un mandat présidentiel ne se légitime pas uniquement au moment de l’élection, au début du mandat, comme un chèque en blanc, mais tout au long de ce mandat, aux échéances cruciales pour la nation : référendum (on ne déplace les électeurs que sur des sujets importants), élections législatives notamment, permettant sans arrêt de ressourcer la légitimité présidentielle à la base.

Évidemment, la pratique a changé dès les année 1970. François Mitterrand n’avait eu aucune intention de démissionner lors de ses échecs législatifs de 1986 et de 1993 et Jacques Chirac non plus lors de son échec législatif de 1997 ni lors de son échec référendaire de 2005. Valéry Giscard d’Estaing avait prévu le même schéma en cas d’échec législatif en 1978 (en se repliant à Rambouillet !).


Vers un changement caché de régime

En fait, l’institution du quinquennat a conduit très discrètement la Ve République à un véritable changement de régime. Et cela sans aucun débat national de grande envergure.

D’abord, en formalisant le fait que désormais, nous sommes bien dans un régime des partis (et particulièrement des partis majoritaires, à savoir l’UMP et le PS).

Ensuite, en insérant dans la Constitution le germe du régime présidentiel pur et dur.

Constitutionnaliste de renom, Didier Maus ne disait pas autre chose en septembre 2000 : « Si la logique du quinquennat s’impose au profit de la primauté restaurée du Président de la République, l’interprétation parlementaire de la Constitution, favorable au Premier Ministre, aura de moins en moins de chance de s’affirmer. ».

Depuis le printemps 2007, l’affaire tourne encore plus clairement avec un Président de la République qui veut décider de tout à la place de tout le monde (Premier Ministre, ministres, Parlement), avec un Premier Ministre qui accepte de n’être qu’un « collaborateur » du Président et qui est lui-même favorable au régime présidentiel et favorable à la suppression… de son propre poste, et surtout, avec cette volonté affichée de réformer les institutions (volonté également formulée par les autres candidats Ségolène Royal et François Bayrou).

Nous en parlerons dans un autre article, mais le projet de loi adopté au Conseil des ministres du 23 avril 2008 est loin d’être rassurant à ce titre : si le Parlement obtient davantage d’influence (peut-on parler de pouvoirs ?), le Président termine renforcé par une telle réforme, notamment avec la possibilité de s’exprimer formellement devant les parlementaires, revenant sur une disposition datant de 1873 pour s’opposer à l’homme providentiel Thiers (voir l’article précédent).


Boîte de Pandore ouverte

Le quinquennat a complètement déséquilibré une Constitution qui a été savamment construite il y a bientôt cinquante ans, et a ouvert la boîte de Pandore.

Maintenant, chacun s’y sert et chacun y va de sa petite idée.

Mais une Constitution, c’est une loi fondamentale. Qui doit être stable pour enrichir la nation.

Depuis 1787, la France a connu seize régimes alors que les États-Unis vivent avec une seule et même Constitution, et ce n’est pourtant pas un pays qui est en retard sur son temps (il est même plutôt à la pointe des innovations technologiques même s’il y a beaucoup à redire depuis Bush junior voire avant).

Or, tout le monde sait bien que si nos institutions sont bien sûr largement améliorables, l’oxygène dont a besoin aujourd’hui notre démocratie représentative, ce ne sont que les femmes et les hommes qui la font fonctionner qui peuvent le lui donner.

Sûrement pas la pénultième révision de la Constitution.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 avril 2008)


Pour aller plus loin :

Les 14 documents qui ont abouti au quinquennat (de 1958 à 2000).







http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39183

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080425/tot-mandat-presidentiel-2-les-derives-pa-89f340e.html


http://www.centpapiers.com/Mandat-presidentiel-en-France-2,3648

http://www.lepost.fr/article/2008/04/29/1187227_mandat-presidentiel-2-les-derives-partisanes-du-quinquennat.html



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23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 09:36

Longtemps de sept ans, la durée du mandat présidentielle fut un serpent de mer pendant une trentaine d’années avant d’être réduite à cinq ans. Une réforme très acceptée par l’opinion publique mais pas forcément très saine pour la bonne marche de notre démocratie.


Je propose, dans un premier temps, de reprendre le contexte historique du septennat et du quinquennat, puis, dans un second article, de présenter les argumentations en faveur de l’un et de l’autre.

La première fois que fut instituée la fonction présidentielle fut en 1848 sous la IIe République avec un mandat de quatre ans non renouvelable,
ce qui a encouragé le premier Président de la République élu, Louis Napoléon Bonaparte, à restaurer l’Empire.


Origine du septennat

Depuis la débâcle du IIe Empire et de Napoléon III à Sedan, Léon Gambetta et d’autres républicains proclamèrent la République, troisième du nom, le 4 septembre 1870. Une date importante et symbolique puisque c’est à cette date précisément, le 4 septembre 1958, que le Général De Gaulle présentera la nouvelle Constitution de la Ve République, dont nous fêterons prochainement le cinquantenaire.

En attendant de statuer sur la nature du régime, Adolphe Thiers fut désigné (en homme providentiel) le 17 février 1871 par la chambre des députés, réfugiée à Bordeaux et majoritairement monarchiste, « Chef du Pouvoir Exécutif de la République française ». La loi Rivet votée le 31 août 1871 lui octroya le titre de « Président de la République française » mais permettait aux députés de le révoquer.

Le 13 mars 1873, afin d’empêcher les pressions et le chantage permanent que Thiers exerçait sur les députés, Albert de Broglie fit adopter une loi qui interdisait la présence physique du Président de la République dans l’hémicycle et qui ne lui permettait de s’adresser aux parlementaires qu’au seul moyen de messages écrits lus ne donnant lieu à aucune discussion.

C’est cette disposition, reprise dans les constitutions suivantes, que l’actuel Président Nicolas Sarkozy souhaiterait bouleverser, dans le but de s’adresser directement aux parlementaires (ce qu’il fait cependant par ailleurs en les invitant à l’Élysée, à l’instar de son prédécesseur Jacques Chirac).

Devenu républicain par pragmatisme, en guerre contre une Assemblée qui encadrait trop ses interventions parlementaires, Thiers démissionna (ou plutôt, fut démis de ses fonctions) finalement le 19 mai 1873, constatant que la monarchie était impossible (les monarchistes étant très divisés sur l’identité du prétendant au trône entre légitimistes et orléanistes).

Le maréchal de Mac-Mahon, précédemment à la tête de l’armée versaillaise qui réprima dans le sang la Commune de Paris, très populaire parmi les monarchistes, fut élu le 24 mai 1873 par les députés pour succéder provisoirement à Adolphe Thiers, dans l’unique objectif de rétablir la monarchie.

La Chambre des députés fixa le 9 novembre 1873 le mandat de Mac-Mahon à sept ans, temps nécessaire, selon eux, pour que la Nature réduisît les problèmes de prétention au trône (la branche légitimiste représentée par le Henri V, Comte de Chambord, petit-fils de Charles X, n’ayant pas de descendance).

Finalement, les monarchistes restant toujours autant divisés, les lois constitutionnelles du 30 janvier 1875 furent adoptées, instaurant de fait la République, notamment par l’introduction de l’amendement proposé par Henri Wallon (et houleusement débattu) qui stipulait que le Président de la République (seule fois où le mot ‘République’ a été employé) est élu pour sept ans et rééligible.

Après 1876 et surtout, la crise du 16 mai 1877, au fil d’élections partielles, l’Assemblée Nationale devint de plus en plus républicaine, si bien qu’après la démission de Mac-Mahon le 30 janvier 1879 (face à un gouvernement républicain qui défaisait ce qu’il avait fait avec l’Ordre moral d’Albert de Broglie), ce fut un véritable républicain, Jules Grévy (qui, avec Léon Gambetta et Jules Ferry, fut parmi les trois leaders incontestables de cette République naissante) qui lui succéda.

On notera donc avec raison le caractère totalement anecdotique qui fixa la durée du mandat présidentiel pendant plus d’un siècle (de 1873 à 2002).

On notera également que c’est Jules Grévy, pourtant 3e Président de la IIIe République, qui inaugura réellement la pratique présidentielle de cette République qui avait pourtant doté son Président des mêmes pouvoirs que ceux de la future Ve République, et notamment celui de dissoudre l’Assemblée Nationale (l’expérience malheureuse de Mac-Mahon et de sa dissolution malheureuse de 1877 dissuadèrent même ses plus audacieux successeurs, en particuliers Alexandre Millerand lors de la crise de mai 1924 qui se solda par sa démission le 11 juin 1924).

Dissolution malheureuse… étrangement, un lointain successeur, Jacques Chirac, va réitérer ce type de déconvenues.


Pérennité du septennat

Sous la IIIe et plus encore sous la IVe République, le septennat était d’autant plus largement accepté par la classe politique et l’opinion publique qu’il servait une relative stabilité face à l’instabilité chronique des gouvernements (qui ne duraient parfois même pas six mois).

Michel Debré (Ministre de la Justice), Charles De Gaulle (Président du Conseil) et la quasi-majorité des partis politiques de l’époque (qui furent consultés) gardèrent le septennat pour bâtir la Ve République, à la différence près que De Gaulle avait sans doute déjà à l’esprit sa réforme du 28 octobre 1962 de rendre l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, réforme qui modifia complètement le savant équilibre institutionnel échafaudé par les constituants de 1958.

Le Général De Gaulle, si on s’en tient à ses différentes déclarations, et plus particulièrement à sa
conférence de presse du 31 janvier 1964, semble avoir toujours été partisan du septennat, qui permettait au chef de l’État d’avoir le temps, pour avoir une large vision et une large anticipation des enjeux nationaux, loin de la quotidienneté toute parlementaire et rejetant clairement la possibilité d’élire au même moment le Président et les députés (sur le modèle américain, et un peu sur le modèle français depuis 2002 voire depuis 1981, cohabitations exclues) : « Il ne faut pas que le Président soit élu simultanément avec les députés, ce qui mêlerait sa désignation à la lutte directe des partis, altérerait le caractère et abrégerait la durée de sa fonction de chef de l’État. ».

Son successeur direct, Georges Pompidou, eut une appréciation tout à fait différente. Il a même commencé un processus de révision de la Constitution pour faire adopter le quinquennat au cours d’un débat parlementaire le 6 septembre 1973 (à la suite de son message du 3 avril 1973). Un processus qui resta dans les tiroirs après le vote des deux chambres du Parlement, Pompidou craignant l’absence d’une majorité des trois cinquièmes nécessaires au Parlement réuni en Congrès pour modifier la Constitution.

Dans son esprit, le quinquennat serait un instrument supplémentaire pour renforcer les pouvoirs du Président de la République avec une majorité godillot.

Malgré cet abandon, Pompidou ne fit malheureusement qu’un quinquennat, la maladie l’ayant emporté deux ans avant la fin normal de son mandat. Sa mort laissa le texte sans suite.

Par la suite, ses trois successeurs Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac ont tous pris des positions parfois contradictoires, tout en ne voulant rien faire une fois au pouvoir.

François Mitterrand, dans ses 110 propositions pendant la campagne de l’élection présidentielle de 1981, aborda ce sujet en souhaitant réformer selon une des deux voies suivantes : ou un septennat unique, non reconductible, ou un quinquennat renouvelable une seule fois (proposition 45). On se souvient que François Mitterrand exerça finalement… deux septennats !

François Mitterrand avait cependant mis en place une commission présidée par le doyen Georges Vedel le 2 décembre 1992 qui rendit public ses
conclusions le 15 février 1993 dans un rapport où elle évoqua timidement le quinquennat. Cette commission ne déboucha que sur un statu quo.

Valéry Giscard d’Estaing, dans son livre ‘Deux Français sur Trois’ paru en 1983, proposa un mandat présidentiel de six ans, différent des députés mais réduit car sept ans, dans le monde moderne dans lequel on vit, cela fait beaucoup.

Quant à Jacques Chirac, il avait décidé, une fois à l’Élysée, de ne faire aucune réforme sur ce sujet (qui n’était pas d’actualité selon lui), refusant d’aborder une discussion constitutionnelle qui le dépasserait (boîte de Pandore rouverte en 2007 par Nicolas Sarkozy avec le
Comité Balladur) et n’ayant pas une doctrine bien définie (son pompidolisme originel ne lui étant d’aucun secours).

Cependant, la nécessité de cohabitation, parfois de longue durée en 1997, renforça le sentiment qu’une réforme devenait nécessaire.

Pour l’anecdote, alors qu’avec la première cohabitation (1986-1988) et aussi la deuxième (1993-1995), François Mitterrand avait inventé le concept de ‘septennat de cinq ans’, Jacques Chirac, avec la troisième cohabitation (1997-2002) venait de découvrir le concept de ‘septennat de …deux ans’.


L’adoption subite du quinquennat

Preuve de la volonté de ne faire aucune réforme, Jacques Chirac réitéra son refus le 14 juillet 1999 lors de son interview traditionnelle : « Le quinquennat serait une erreur, et donc je ne l’approuverai pas. ».

Et pourtant, quelques mois plus tard, le tour était joué.

Il faut dire qu’on était en pleine cohabitation. Lionel Jospin, premier réel occupant du quinquennat parlementaire (avant lui, seuls Georges Pompidou et Raymond Barre ont dirigé le gouvernement pendant toute législature complète), ne considérait pas non plus cette question essentielle.

Or, celui qui fit démarrer le processus fut …Valéry Giscard d’Estaing, dont le pouvoir d’influence a montré encore un niveau élevé 19 ans après son septennat.

Attendant astucieusement la fin de la cinquième année du septennat de Jacques Chirac (son mandat a commencé le 17 mai 1995), Valéry Giscard d’Estaing (député du Puy-de-Dôme) déposa une proposition de loi instituant un quinquennat renouvelable une seule fois et dans Le Monde du 11 mai 2000, il demanda formellement au Premier Ministre Lionel Jospin de l’inscrire au plus vite à l’ordre du jour puis d’utiliser la voie référendaire pour son adoption définitive.

L’ancien Président récidiva en posant directement la question à Lionel Jospin lors de la séance des questions au gouvernement le 16 mai 2000. Lionel Jospin, qui y vit un moyen de mettre dans l’embarras Jacques Chirac, se déclara d’accord à condition que Jacques Chirac fût aussi d’accord, et exclurait évidemment le mandat actuel de la réforme.

Le 5 juin 2000, lors d’une interview télévisée, Jacques Chirac annonça son accord (se contredisant donc) à la condition que ce quinquennat fût ‘sec’, à savoir que la ‘boîte de Pandore’ de réformes institutionnelles ne fût pas rouverte.

Les arrière-pensées de Jacques Chirac étaient assez faciles à déceler : à 67 ans, la perspective de sa réélection en mai 2002 était loin d’être évidente face à un Lionel Jospin assez populaire dans l’opinion et plus jeune (62 ans). En réduisant la durée du mandat présidentiel, Jacques Chirac comptait éviter l’effet de saturation qu’avaient déjà causé les quatorze années de la Présidence de François Mitterrand.

La réforme se concrétisa ensuite très rapidement : l’Assemblée Nationale adopta le projet de loi constitutionnelle le 20 juin 2000 avec 466 voix contre 28 et 9 abstentions et le Sénat le 29 juin 2000 avec 228 voix contre 34 et 8 abstentions.

Le 6 juillet 2000, Jacques Chirac décida au cours d’une allocution télévisée que la réforme serait soumise au référendum en septembre.

Le 14 juillet 2000, Jacques Chirac se dédisait donc en affirmant : « Les Français doivent comprendre que cette évolution de la démocratie qui suppose une plus grand participation de leur part aux décisions qui sont prises et les concernent, que cela va dans le sens d’un engagement qui les oblige en quelque sorte moralement à s’exprimer. ».

Après la dissolution malheureuse de 1997, Jacques Chirac aura eu deux expériences malheureuses du référendum, en 2000 avec une désertion complète des électeurs et l’échec du Traité Constitutionnel Européen le 29 mai 2005. Des précédents (dissolution et référendum) qui risquent bien de faire ‘jurisprudence’ dans la fonction présidentielle pour le futur (au même titre que l’expérience malheureuse de Mac-Mahon).

Le quinquennat fut donc adopté par référendum le 24 septembre 2000 par 73,2% avec une abstention massive (presque 70% !) et promulgué le 2 octobre 2000 (
loi constitutionnelle 2000-964).


La théorie et la pratique...

Bien qu’introduit dès l’élection de 2002, l’esprit du quinquennat ne fut réellement appliqué que par son successeur, Nicolas Sarkozy, qui vit dans ce mandat concomitant à celui des députés de sa majorité un moyen supplémentaire de contrôler tous les leviers du pouvoir.

Le prochain article portera donc sur la pertinence (ou non) du quinquennat.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 avril 2008)


Pour aller plus loin :

Tous les textes constitutionnels français depuis mai 1788.

Discours sur la genèse de la IIIe République.

Constitution de la Ve République.

Chronologie du quinquennat.









http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39084


http://www.centpapiers.com/Mandat-presidentiel-1-histoire-d,3647

http://www.lepost.fr/article/2008/04/29/1187210_mandat-presidentiel-1-histoire-d-une-duree-essentielle-au-fonctionnement-la-republique.html



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19 décembre 2007 3 19 /12 /décembre /2007 08:50

Le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, restera bien le maître du Kremlin pour les quatre prochaines années. Une information qui me donne l’occasion de faire quelques considérations sur le mandat présidentiel en général.

Lorsque Nicolas Sarkozy s’était présenté à la Présidence de la République, il avait fait savoir qu’il souhaitait faire quelques modifications de notre Constitution de 1958. Parmi ses idées, il y avait notamment la limitation à deux mandats présidentiels consécutifs, pour empêcher à toute personnalité politique d’occuper plus de dix ans de suite le pouvoir régalien.


En finir avec les présidences interminables

Parfois soupçonné de tentation de pouvoir absolu, Nicolas Sarkozy se montre, en revanche, très sincère lorsqu’il assure qu’il ne souhaite pas ‘durer’ au pouvoir.

Les deux dernières présidences interminables de François Mitterrand (14 ans) et Jacques Chirac (12 ans) semblent d’ailleurs un solide argument pour écourter ces longs mandats qui, par usure, incitent à l’immobilisme.

À la fin d’un éventuel second mandat (mai 2017), Nicolas Sarkozy aurait à deux années près quasiment le même âge que François Mitterrand et Jacques Chirac quand ils ont commencé leur présidence ! (Valéry Giscard d’Estaing, quant lui, lorsqu’il finissait son septennat, avait l’âge, toujours à deux ans près, de Nicolas Sarkozy commençant ce quinquennat).


Agir et réagir au lieu de durer

Par ailleurs, dans le monde actuel, fait de haute technologie à évolution très rapide et de conquêtes économiques très réactives, le temps semble s’être accéléré à tel point que redemander aux électeurs plus souvent leur avis est un gage d’efficacité dans le bon contrôle démocratique. C’était d’ailleurs l’objectif déclaré de la réduction de sept à cinq ans de la durée du mandat présidentiel adopté par référendum en septembre 2000 (auquel j’ai voté ‘non’ pour refuser la concomitance de l’élection présidentielle et des élections législatives).

Nicolas Sarkozy, lui, veut surtout agir. Et agir vite.

Je ne sais pas si ‘agir’ et ‘communiquer‘ sont synonymes pour lui, mais ce qui est clair, c’est que Nicolas Sarkozy est sans doute plus axé sur le présent que sur le passé ou le futur. Au risque d’ailleurs d’adopter les mêmes mauvais réflexes que nombre de ses contemporains : zapping, boulimie d’activités, absence de vision claire et cohérente à long terme et oubli des leçons antérieures.

Si, étrangement, cette mesure (limitation à deux mandats présidentiels consécutifs) n’a pas été reprise par le ‘Comité Balladur’, Nicolas Sarkozy l’a explicitement indiqué comme objectif dans sa lettre de mission à François Fillon du 12 novembre 2007 :

« Conformément aux engagements de la campagne présidentielle, et alors même que le comité ne l’a pas retenu, je propose que le nombre de mandats successifs d’un même Président de la République soit limité à deux. Je considère que le rôle de la Constitution est aussi d’aider les responsables politiques à agir plutôt qu’à chercher à se maintenir. ».

En ce sens, Nicolas Sarkozy est très cohérent avec ce qu’il a toujours dit sur le sujet et avec sa pratique actuelle.

Je n’ai pas encore connaissance du texte (a priori édulcoré pour obtenir la majorité des trois cinquièmes) qui a fait l’objet des récentes consultations à Matignon et qui sera présenté au Conseil d’État dans quelques jours (le texte de l’avant-projet comportant 28 articles circule depuis le 19 décembre 2007, notamment dans les rédactions du Figaro et de Libération), et donc, je ne sais pas si cette mesure sera reprise in fine, mais c’est sûrement probable puisque c’est la volonté présidentielle et qu’elle n’est soumise à aucune opposition frontale.


Limitation à deux mandats : avantage sur la démocratie

Pourtant, la capacité de renouveler les mandats présidentiels autant de fois que souhaite le peuple pourrait être une liberté qu’on pourrait ainsi lui retirer. Certes, dans une optique de meilleure redistribution de la démocratie, éviter qu’une même personne reste trop longtemps au même poste à responsabilité est sain et nous pourrions même penser que ce serait sain également dans toutes les collectivités locales où la durée est parfois, effectivement, impressionnante (trois voire quatre décennies !).

D’ailleurs, dans la pratique, le second mandat présidentiel a toujours été le dernier. Et avant la réélection de François Mitterrand en 1988, aucun Président de la République française n’avait réussi à terminer son éventuel second mandat : ni Jules Grévy rattrapé par les scandales, ni Albert Lebrun noyé dans les pleins pouvoirs à Pétain, ni même De Gaulle éconduit lors du référendum de 1969 (de toute façon, mort en novembre 1970, il n’aurait pas pu terminer son mandat jusqu’au bout, en décembre 1972).


Limitation à deux mandats : inconvénient sur l’autorité présidentielle

La raison qui me paraît plus intéressante pour conserver l’état actuel d’imprécision, c’est de préserver l’autorité présidentielle. Laisser au Président de la République, au cours de son second mandat, la possibilité de garder le leadership de ses troupes dans la perspective d’une éventuelle nouvelle candidature.

Évidemment, dit comme cela dans le contexte de l’année 2007, cela pourrait paraître risible. Car la non-candidature d’un Jacques Chirac vieillissant en 2007 n’a pas du tout été une surprise (prévisible depuis août 2005) et Dominique de Villepin en aurait même profité dans son autorité de Premier Ministre.

Et aussi, vu la manière dont Nicolas Sarkozy assume aujourd’hui sa fonction présidentielle dans une omnipotence quasi-ministérielle, on pourrait se dire que le Président n’a plus besoin de préserver son autorité, car il en a largement, voire, il en déborde institutionnellement de toutes parts.

Certes. Mais si l’un des trois grands candidats de 2007 (qui avaient à peu près le même âge) avait été élu deux fois de suite, une fois en 2007, et une autre en 2012 (mon raisonnement n’est pas valable seulement pour Nicolas Sarkozy donc), à la fin du second mandat, on pourrait penser qu’entre 62 et 65 ans, le Président pourrait encore être capable d’exercer un nouveau mandat sans craindre le ‘naufrage de la vieillesse’. D’autant plus que la réforme du quinquennat renforce la capacité de ‘zapping’ présidentiel.

Tant que l’élection présidentielle se déroule dans des conditions loyales et sans fraude, je ne vois donc pas l’intérêt d’une limitation du nombre de mandats présidentiels successifs. La précision ‘successifs’ d’ailleurs permettant constitutionnellement à un ancien Président après dix ans de mandat de se représenter cinq après la fin de son dernier mandat.

Il peut s’avérer d’ailleurs que des circonstances particulières, comme la guerre ou des crises exceptionnels rendent une personnalité plus indispensable que d’autres (dans une conjecture où les électeurs le veulent évidemment).


Et puis voici que l’actualité internationale nous donne quelques éléments pour contourner cette règle quand on veut s’accrocher au pouvoir.


En Russie

La Constitution de la Fédération de Russie du  12 décembre 1993 s’est largement inspiré du modèle américain en limitant une Présidence à deux mandats de quatre ans consécutifs.

Pour Vladimir Poutine, qui finira son second mandat à la tête de la Fédération de Russie en mars 2008 (l’élection présidentielle est prévue les 2 et 23 mars 2008), la question était en gros : comment pourra-t-il garder son pouvoir sans changer la Constitution, une réforme qui aurait une fâcheuse ressemblance avec le Venezuela de Chavez, et qui serait une sorte de coup d’État à la russe.

Comme prévu, Poutine a trouvé beaucoup mieux.

Premier acte le 14 septembre 2007, il nomme un nouveau Premier Ministre, Viktor Zoubkov, un haut fonctionnaire collaborateur de Poutine du temps de Saint-Pétersbourg (1992), économiste compétent mais sans ambition politique.

Deuxième acte, il est leader de son parti pour les élections législatives du 2 décembre 2007 (ce qui est exceptionnel dans la brève histoire de la démocratie russe).

Le troisième acte en est la conséquence : une large majorité de députés de son parti, Russie Unie, à la Douma (avec 315 sièges sur les 450, et 64% des voix), lui permet de contrôler tous les gouvernements futurs pendant les quatre prochaines années.

Quatrième acte le 10 décembre 2007, il annonce le soutien de son parti à Dimitri Medvedev à la l’élection présidentielle. Premier vice-Premier Ministre de 42 ans, Medvedev est aussi le président du conseil d’administration du géant Gazprom et ancien collaborateur de Poutine à Saint-Pétersbourg (1990 à 1995).

Enfin, cinquième acte le 17 décembre 2007, Poutine confirme qu’il acceptera d’être le Premier Ministre de Medvedev si celui est élu à la Présidence de la Fédération de Russie (Medvedev le lui avait proposé dès le 11 décembre 2007, le lendemain de sa désignation comme candidat).

Auparavant, il avait été imprudemment dit que Poutine aurait pu devenir le Président d’une sorte d’Union entre la Russie et la Biélorussie que voulait le Président biélorusse autocrate Loukachenko à la fin de l’ère Eltsine pour s’emparer de la Russie (union dont il ne veut plus vraiment depuis l’instauration d’un pouvoir fort par Poutine).

Tout est donc mis en place pour minimiser le suspens qu’aurait pu entretenir l’échéance de mars 2008.

Cette perspective donne donc à Poutine encore beaucoup de pouvoirs malgré cette limitation constitutionnelle. Il peut même espérer revenir à la Présidence pour l’élection de mars 2012 (il n’aura que 59 ans) ou même lors d’une élection anticipée en cas de démission de Medvedev.

Pour l’instant, Medvedev et Poutine semblent très complices, ce qui ne peut être autrement avant l’élection présidentielle. Toutefois, les politologues pensent que Medvedev pourrait très bien avoir des ambitions politiques et créer la surprise. Tout en restant loyal avec Poutine, il pourrait en effet prendre de plus en plus d’influence personnelle, surtout que le gouvernement a, depuis 1990, toujours été court-circuité par les conseillers présidentiels et que Poutine ne veut pas remettre en cause le pouvoir présidentiel.

Certes, la situation russe est très différente de celle de la France, les médias y sont tous muselés, le déroulement des élections parfois peu loyal (en tout cas, contesté).


Au Venezuela

Là aussi, les droits de l’opposition semblent bafoués et l’autocratisme reconnu voire revendiqué. Mais la tentative de contournement de la limitation à deux mandats s’est faite de manière un peu moins habile.

En août 2007, Hugo Chavez annonce une large réforme de la Constitution du 30 décembre 1999 (qu’il avait pourtant lui-même élaborée !) pour instaurer une république socialiste et dont l’un des éléments clefs est l’a
brogation de la limitation à deux mandats présidentiels.

Cette réforme lui permettrait ainsi de briguer un nouveau mandat. Élu le 6 décembre 1998, réélu par anticipation le 20 juillet 2000 et le 3 décembre 2006, il ne pourrait pas en effet se représenter en 2012.

Cependant, le référendum du 2 décembre 2007 fut un échec. Il est bien sûr obligé d’accepter ce verdict des urnes (comme Pinochet avait accepté le résultat du référendum du 5 octobre 1988 en renonçant à prolonger son mandat à la tête du Chili), mais apparemment, Chavez n’a pas dit son dernier mot et s’était fixé jusqu’en 2010 pour réformer la Constitution.


Et même aux États-Unis.

Heureusement, comme la France, les États-Unis, vivent dans une longue tradition démocratique et la presse est même parfois un sérieux contre-pouvoir.

Pendant très longtemps, il n’y avait pas de règles constitutionnelles sur le nombre de mandats présidentiels. Après la longue Présidence de Franklin Roosevelt (élu quatre fois de suite), un amendement (le vingt-deuxième) a été
adopté le 27 février 1951 pour limiter à deux mandats consécutifs.

Pour ce pays, un amendement est aussi précieux que le texte même de la Constitution du 17 septembre 1787 (220 ans de longévité avec 27 amendements, un record pour une constitution écrite après celle de Saint-Marin) et ne se modifie pas facilement.

Pourtant, depuis une vingtaine d’années, il semblerait quand même que cette règle commence à être contournée par famille interposée. George Bush père battu a eu sa revanche avec son fils George W. ; et maintenant, Hillary Clinton semble bien partie pour récupérer la Maison Blanche de son mari Bill. Bush, Clinton… familles régnantes… ‘à la Kennedy’… les Américains se monarchiseraient-ils ?


Une américanisation des institutions qui n’a rien d’un bonapartisme

Évidemment, chaque pays est dans une situation très différente, où les règles de la démocratie sont très diversement appliquées.

Si nous revenons à la France, le projet de limiter à deux mandats consécutifs la Présidence de la République n’est certainement pas l’élément le plus marquant de la réforme. Il concourt sans doute, avec l’éventuelle possibilité donnée au Président de la République de s’exprimer devant les parlementaires, à une américanisation symbolique de nos institutions qui ne me paraît ni utile ni souhaitable.

Mais au moins, nous pourrons dire que sur ce terrain-là, Nicolas Sarkozy s’éloigne nettement des tentations bonapartistes qui, par deux fois dans l’histoire de France, ont commencé par une Présidence (ou un Consulat) de dix ans, puis à vie.

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11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 22:31

(verbatim)


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181129-chirac.html


Allocution télévisée du Président de la République Jacques Chirac le dimanche 11 mars 2007 à 20 heures

Déclaration télévisée de M. Jacques CHIRAC, Président de la République.
Palais de l'Elysée, le dimanche 11 mars 2007

Mes chers compatriotes de métropole, d'outre-mer, de l'étranger,
Ce soir, c'est avec au cœur l'amour et la fierté de la France que je me présente devant vous.
La France est une Nation ardente et indépendante. La France, c'est une Nation engagée pour la justice et pour la paix. C'est une voix qui s'élève au-dessus des intérêts particuliers.
La France, mes chers compatriotes, je l'aime passionnément. J'ai mis tout mon cœur, toute mon énergie, toute ma force, à son service, à votre service. Servir la France, servir la paix, c'est l'engagement de toute ma vie.
J'aurais voulu, bien sûr, bousculer davantage les conservatismes et les égoïsmes, pour répondre plus vite aux difficultés que connaissent certains d'entre vous. Mais je suis fier du travail que nous avons accompli ensemble. Fier d'avoir restauré avec vous des valeurs républicaines essentielles, comme le principe de laïcité. Fier d'avoir conduit des réformes importantes, pour garantir nos retraites ou mieux aider les personnes âgées dépendantes et les personnes handicapées. Fier d'avoir combattu sans relâche l'insécurité et fait reculer la délinquance. Fier de voir les Françaises et les Français engagés sur les chemins de l'innovation et de l'avenir. Fier surtout d'avoir montré que, contre le chômage, il n'y avait pas de fatalité. Même s'il faut aller beaucoup plus loin, le chômage est au plus bas depuis un quart de siècle. La France tient son rang. La France affirme sa place dans le monde.
Tout cela, c'est grâce à vous, grâce à votre talent, grâce à votre créativité. Grâce aussi, et je le mesure bien, aux efforts considérables que vous avez consentis.

Mes chers compatriotes,
Au terme du mandat que vous m'avez confié, le moment sera venu pour moi de vous servir autrement. Je ne solliciterai pas vos suffrages pour un nouveau mandat. D'une manière différente, mais avec un enthousiasme intact et la même passion d'agir pour vous, je continuerai à mener les combats qui sont les nôtres, les combats de toute ma vie, pour la justice, pour le progrès, pour la paix, pour la grandeur de la France.

S'agissant des échéances électorales, j'aurai l'occasion d'exprimer mes choix personnels. Mais ce soir, et au nom de la confiance que vous m'avez témoignée, je voudrais vous adresser plusieurs messages.
D'abord, ne composez jamais avec l'extrémisme, le racisme, l'antisémitisme ou le rejet de l'autre. Dans notre histoire, l'extrémisme a déjà failli nous conduire à l'abîme. C'est un poison. Il divise. Il pervertit, il détruit. Tout dans l'âme de la France dit non à l'extrémisme.
Le vrai combat de la France, le beau combat de la France, c'est celui de l'unité, c'est celui de la cohésion. Oui, nos valeurs ont un sens ! Oui, la France est riche de sa diversité ! Oui, l'honneur de la politique, c'est d'agir d'abord pour l'égalité des chances ! C'est de permettre à chacun, à chaque jeune, d'avoir sa chance. Ce combat, malgré tous les obstacles, et même si je mesure le chemin qui reste à parcourir, il est désormais bien engagé. Il doit nous unir dans la durée. C'est l'une des clés de notre avenir.
Mon deuxième message, c'est que vous devez toujours croire en vous et en la France. Nous avons tant d'atouts. Nous ne devons pas craindre les évolutions du monde. Ce nouveau monde, il faut le prendre à bras-le-corps. Il faut continuer à y imprimer notre marque. Et il faut le faire sans jamais brader notre modèle français. Ce modèle, il nous ressemble. Et surtout il est profondément adapté au monde d'aujourd'hui, si bien sûr, nous savons le moderniser en permanence.
Nous devons poursuivre résolument dans la voie de la réforme, en faisant toujours le choix du travail, de l'innovation et de l'esprit d'entreprise.
Mon troisième message c'est l'Europe.
Lors du référendum, vous avez exprimé vos doutes, vos inquiétudes, vos attentes. Il est vital de poursuivre la construction européenne. Les nationalismes qui ont fait tant de mal à notre continent peuvent renaître à tout moment. Et ce n'est pas seuls que nous ferons face aux bouleversements économiques du monde. La France doit affirmer l'exigence d'une Europe puissance. D'une Europe politique. D'une Europe qui garantisse notre modèle social. C'est notre avenir qui est en jeu. Portons toujours cet idéal et cette volonté.
Mon quatrième message, c'est que la France n'est pas un pays comme les autres. Elle a des responsabilités particulières, héritées de son histoire et des valeurs universelles qu'elle a contribué à forger. Ainsi, face au risque d'un choc des civilisations, face à la montée des extrémismes notamment religieux, la France doit défendre la tolérance, le dialogue et le respect entre les hommes et entre les cultures. L'enjeu : c'est la paix, c'est la sécurité du monde.
De même, il serait immoral et dangereux de laisser, sous l'effet d'un libéralisme sans frein, se creuser le fossé entre une partie du monde de plus en plus riche et des milliards d'hommes, de femmes et d'enfants abandonnés à la misère et au désespoir. Le devoir de la France, c'est de peser de tout son poids pour que l'économie mondiale intègre la nécessité du développement pour tous.
Enfin, il y a la révolution écologique qui s'engage. Si nous ne parvenons pas à concilier les besoins de croissance de l'humanité et la souffrance d'une planète à bout de souffle, nous courons à la catastrophe. C'est une révolution dans nos esprits tout autant qu'à l'échelle mondiale qu'il faut mener. Pour concevoir un nouveau mode de relation avec la nature et inventer une autre croissance. Avec sa recherche, avec ses entreprises, avec son agriculture, avec l'avance qu'elle a prise dans le nucléaire et les choix résolus qu'elle a faits dans les énergies renouvelables, la France a tous les atouts pour relever ce défi majeur du XXIe siècle.

Mes chers compatriotes,
Vous l'imaginez, c'est avec beaucoup d'émotion que je m'adresse à vous ce soir. Pas un instant, vous n'avez cessé d'habiter mon cœur et mon esprit. Pas une minute, je n'ai cessé d'agir pour servir cette France magnifique. Cette France que j'aime autant que je vous aime. Cette France riche de sa jeunesse, forte de son histoire, de sa diversité, assoiffée de justice et d'envie d'agir. Cette France qui, croyez-moi, n'a pas fini d'étonner le monde.
Vive la République ! Vive la France !

Jacques Chirac, le 11 mars 2007 à Paris.


Source : www.elysee.fr
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20070311-allocution-chirac.html

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10 mars 2006 5 10 /03 /mars /2006 17:20

Dans Le Monde du 8 mars 2006 (4), en page débat, deux juristes de renom, Guy Carcassonne (1), ancien conseiller de Michel Rocard, et Olivier Duhamel (2), ancien député européen socialiste, tous les deux professeurs de droit constitutionnel, l’un à Nanterre (3) et l’autre à Science-Po Paris, s’inquiètent de la multiplicité de candidatures à droite comme à gauche, parmi les partis dits gouvernementaux.

À droite, les potentiels candidats sont entre autres : Nicolas Sarkozy, François Bayrou (déclaré), Dominique de Villepin, Alain Juppé (qui n’est plus inéligible et va bientôt faire sa rentrée politique), Philippe de Villiers (qui se désaxe considérablement de son électorat en adoptant les thèmes du FN), Christine Boutin... Jacques Chirac aussi pourrait figurer sur la liste, même s’il a pris un coup de vieux.

À gauche, la situation est encore plus chaotique : Ségolène Royal (reine des sondages mais haïe de ses contemporains apparatchiks), François Hollande, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, Jack Lang, Martine Aubry, Henri Emmanuelli, Arnaud Montebourg... en oubliant le retour du revenant Lionel Jospin et sans prendre en compte les alliés des socialistes tels que les Verts (Yves Cochet, Dominique Voynet, Noël Mamère, Daniel Cohn-Bendit...).

Bref, au total, il y a un gros risque que face à ces ambitions plurielles et à l’absence de personnalités qui se dégagent, il y ait deux candidats UMP (exemple : Sarkozy et De Villepin) comme ce fut le cas en 1995 (Balladur et Chirac) et deux candidats PS (exemple : Royal et Fabius).

Le risque ? oui, un gros risque pour la démocratie. Nos deux constitutionnalistes estiment en effet que le phénomène du 21 avril 2002 se renouvellerait avec plus de certitude en raison de deux risques : celui de voir arriver au second tour deux candidats ayant rassemblé leurs extrêmes (exemple : Le Pen et José Bové pour l’extrême-gauche), ou, comme en 2002, un candidat d’extrême-droite (Le Pen) et un autre candidat d’un parti gouvernemental (UMP ou PS) qui aurait un score très proche du candidat de l’autre parti gouvernemental mais arrivé seulement en troisième position.

Cette perspective, plus que probable si la disciple d’une candidature unique ne jouait ni à droite ni à gauche, aurait de quoi inquiéter, car elle mettrait en valeur les arguments démagogiques.

Au moment de la rédaction de l’actuelle Constitution, le Garde des Sceaux de l’époque, Michel Debré (père de l’actuel président de l’Assemblée Nationale) avait déjà fait la proposition (en été 1958) d’une élection à un tour, faisant élire député le candidat arrivé en tête dès le premier tour. Cette méthode appliquée à l’élection présidentielle serait désormais désastreuse, d’une part en raison du manque de légitimité (Chirac, en tête du premier tour de 2002, n’a obtenu qu’à peine 20%) et d’autre part, ce candidat en tête pourrait bien être Le Pen (qui pourrait garder son capital de 17% alors que les autres candidats se situeraient bien en dessous de 15%).

Guy Carcassonne et Olivier Duhamel ont donc trouvé une solution. Hélas, qui relève plus de l’usine à gaz très peu lisible par les gens que d’une saine réflexion sur la représentation politique.

Ils proposent en effet que si au moins deux candidats n’obtenaient pas au moins 20% des voix au premier tour, alors, il y aurait un nouveau tour électoral avec pour candidats les quatre candidats arrivés en tête, puis, un troisième tour avec les deux arrivés en tête du second tour. Ainsi, ils remettraient dans la compétition uniquement les grosses pointures sans perte de voix provenant des petits candidats (fort nombreux en 2002).

Application.

Le cas s’est produit trois fois sous la Ve République (aucun ou un seul candidat avec plus de 20% des voix).

En 2002, un nouveau tour entre Chirac, Le Pen, Jospin et Bayrou, et les deux candidats finalistes auraient été sans doute Chirac contre Jospin qui aurait alors pu gagner.

En 1995, un nouveau tour entre Chirac, Balladur, Jospin, Le Pen, et là, tout aurait été possible pour les deux finalistes, puis le finaliste.

En 1988, un nouveau tour entre Chirac, Mitterrand, Barre et Le Pen, et là, Raymond Barre pouvait reprendre un avantage sur Chirac et avoir une plus grande probabilité de battre Mitterrand.

Quand nous regardons ce dernier exemple, on comprend alors un peu le pourquoi d'une telle proposition : conseiller proche de Michel Rocard, Carcassonne s’amuse à refaire l’élection fatale de 1988. Quant à Olivier Duhamel, qui avait soutenu Jospin, ce système aurait sans doute bien aidé Jospin en 2002.

Un peu simpliste dans les arrière-pensées ? sans doute le suis-je, puisque ces deux juristes semblent regarder plutôt vers l’avenir proche : 2007.

Mais à changer sans arrêt les règles, on ne peut qu’agacer les citoyens et renforcer les extrêmes, ceux justement contre lesquels ils proposent le changement de règles.




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(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Carcassonne
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Olivier_Duhamel
(3) http://www.u-paris10.fr/78196432/0/fiche___pagelibre/
(4) http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-748326,0.html

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