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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 03:51

La rentrée 2014 a été particulièrement éprouvante pour le pouvoir socialiste, qui, chaque jour, fait grimper le crédit des sirènes du populisme à la bourse du chômage et du déficit. Retour sur le casting hollandien (suite).


yartiRentree201456Après avoir évoqué les nouveaux ministres, revenons aux ministres qui ont quitté le gouvernement.


Les ministres qui partent

Menaçant souvent de démissionner, Arnaud Montebourg (51 ans) a quitté le gouvernement contre sa volonté puisqu’il souhaitait y rester en assurant de sa loyauté mais aussi de sa liberté. Fort de son petit capital électoral acquis durement lors de la primaire socialiste en 2011, il voudrait sans doute rassembler toute l’aile gauche du PS pour tenter de rebondir politiquement. Cependant, toutes les tentatives antérieures de ce type, que ce soit Jean-Pierre Chevènement ou Jean-Luc Mélenchon, ont été vouées à l’échec. Par ailleurs, sa présence au gouvernement pendant les deux premières années du quinquennat Hollande, en particulier au sein du gouvernement Valls I, ainsi que son soutien à François Hollande au second tour de la primaire socialiste ne lui laissent pas beaucoup de crédibilité ni d’espace politique. Au contraire d’une Martine Aubry plus apte, grâce à sa passivité et à son silence depuis deux ans, à prendre la tête des députés PS "frondeurs" pour proposer une autre voie socialiste avant 2017.

Le suivant dans la disgrâce, Benoît Hamon (47 ans) a également vu sa crédibilité s’effondrer depuis deux ans. Celui qui se voulait l’héritier de Henri Emmanuelli à l’aile gauche du PS avait obtenu ses lettres de noblesse en présentant sa propre motion au fameux congrès de Reims. Mais dès la "victoire" de Martine Aubry, il s’est intégré le 6 décembre 2008 à la ligne majoritaire qui ont fait disparaître toutes les zones d’aspérité. Ce fut encore plus marquant au sein du gouvernement où il avala la pilule hollandienne pour être d’abord Ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire et à la Consommation, puis Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche prenant la succession de Vincent Peillon. Les déclarations de Frangy-en-Bresse n’ont pas beaucoup apporté à son courant au sein du PS, sinon maintenant une liberté retrouvée.

Aurélie Filippetti (41 ans), elle aussi, a quitté le gouvernement après deux ans passés rue de Valois, et la raison a été esquissée dans "Paris-Match" dès le 10 septembre 2014 qui a laissé entendre qu’il y aurait une liaison affective entre elle et l’ancien Ministre du Redressement productif. Politiquement, le départ d’Aurélie Filippetti risquerait bien d’être aussi conséquent que celui de Delphine Batho il y a un an. Aurélie Filippetti évoquait ainsi ses motivations personnelles : « Il y a un devoir de solidarité, mais il y a aussi un devoir de responsabilité vis-à-vis de ceux qui nous ont fait ce que nous sommes. Je choisis pour ma part la loyauté à mes idéaux. Je ne serai donc pas, cher François, candidate à un nouveau poste ministériel. » ("Le Monde" du 25 août 2014).

Enfin, quatrième à partir de l’équipe gouvernementale, Frédéric Cuvillier (45 ans), député-maire de Boulogne-sur-mer, maître de conférence en droit public, était chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche depuis le début du quinquennat, et avait hésité à rester en poste dans le gouvernement Valls I car il craignait une tutelle trop autoritaire de la ministre Ségolène Royal. Il a donc profité de ce remaniement pour s’éloigner d’une politique gouvernementale jugée trop libérale.

Les quatre cités ont retrouvé leur siège de député le 27 septembre 2014 sans nécessiter de recourir à une élection partielle aux résultats aléatoires …grâce à Nicolas Sarkozy et à sa révision constitutionnelle du 23 juillet 2008.


Les boulettes ministérielles

Le coup d’éclat du 25 août 2014 de Manuel Valls pour régimenter les ministres n’a pas semblé suffisant pour arrêter le désordre gouvernemental. Trois incidents graves de communication ont eu lieu depuis la fin de l’été montrant l’inorganisation et l’impréparation, pour ne pas dire parfois la méconnaissance des dossiers de certains ministres.

Le 2 septembre 2014 sur iTélé, le Ministre du Travail François Rebsamen, l’un des amis très proches de François Hollande, a ainsi annoncé à la surprise générale un contrôle accru des demandeurs d’emploi en laissant croire que le chômage serait voulu par des chômeurs paresseux : « Il y a 300 000 postes non pourvus. Les Français ne comprennent pas. Il faut plus de convocations, de vérifications. Sinon, on est radié. Il faut œuvrer pour un état d’esprit différent. ». Entendre ainsi un ministre si peu au courant de la réalité sociale et économique est assez déconcertant.

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François Rebsamen a aussi cherché à dépublier une interview mise en ligne le 3 octobre 2014 du "Miroir Mag", magazine local en Bourgogne, où il s’affirmait clairement libéral : « Le parti socialiste est en pleine mue idéologique. Moi, je l’ai effectuée depuis longtemps. Il faut donc expliquer. Il est très grave de voir des socialistes siffler un ministre lorsqu’il dit qu’il aime l’entreprise. (…) Ah bon, certains socialistes doutent que ce soit l’entreprise qui crée des richesses ? (…) Je ne suis pas un ennemi de l’entreprise, je ne suis pas pour l’économie administrée ni pour les pays communistes. Je me bats depuis longtemps pour une vision libérale de l’économie, de la vie de l’entreprise. ».

Le 17 septembre 2014 sur Europe 1, le Ministre de l’Économie Emmanuel Macron a commis une grosse maladresse en évoquant les travailleurs des abattoirs bretons Gad : « Il y a dans cette société une majorité de femmes, pour beaucoup illettrées. ». Dès l’après-midi au Palais-Bourbon, lors d’une question d’un député, Emmanuel Macron a présenté ses excuses : « Mes excuses les plus plates vont à l’égard des salariés que j’ai pu blesser, que j’ai blessés, et je ne m’en excuserai jamais assez ! ».

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Le tort était cependant fait, renforçant la distance que peut avoir le pouvoir avec les personnes les plus précaires, déjà émise par le mépris affiché des "Sans-dents" décrit par Valérie Trierweiler, même si ce constat avait déjà été exprimé par Michel Sapin le 18 février 2014 devant les sénateurs, de manière beaucoup discrète : « En Bretagne, j’ai discuté avec des gars de Gad. Pas facile, certains sont illettrés… ».

Le 27 août 2014, le magazine "Le Point" révélait également un entretien d’Emmanuel Macron datant du 24 août, juste avant sa nomination (donc ne représentant pas le gouvernement), qui avait imprudemment remis en cause la durée légale du travail à 35 heures en se disant favorable à des dérogation à ce plafond hebdomadaire en cas d’accord syndical, ce qui a nécessité une mise au point ferme de la part de Matignon : « C’est déjà possible pour les entreprises en difficulté. Pourquoi ne pas étendre à toutes les entreprises, à condition qu’il y ait un accord majoritaire avec les salariés ? » et cela pour « sortir de ce piège où l’accumulation des droits donnés aux travailleurs se transforme en autant de handicaps pour ceux qui ne travaillent pas ».

Dans le prochain article, j’évoquerai l’affaire Thévenoud.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 octobre 2014)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
François Hollande.
Manuel Valls.
Le couple Hollande-Valls.
Martine Aubry.
Arnaud Montebourg.
Aurélie Filippetti.
Benoît Hamon.
Pierre Moscovici.
Jean-Pierre Bel.
François Rebsamen.
Valérie Trierweiler.
Les sondages désastreux de la rentrée 2014.

yartiRentree201406



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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 07:30

La rentrée 2014 a été particulièrement éprouvante pour le pouvoir socialiste, qui, chaque jour, fait grimper le crédit des sirènes du populisme à la bourse du chômage et du déficit. Retour sur le casting hollandien.


yartiRentree201405Le couple de l’exécutif a bien du mal à surnager dans les eaux profondes et mouvantes de l’impopularité. La rentrée 2014 a été particulièrement éprouvante pour lui, avec des sondages désastreux, la perte d’un Sénat qui devient désormais accessible au Front national, et un nouveau gouvernement.

Je voudrais revenir sur le choix des hommes et l’incapacité du pouvoir socialiste à choisir les meilleures personnalités.


La goutte de Frangy qui a fait déborder la vase

Le changement du gouvernement a surpris beaucoup les observateurs. À peine à la fin des vacances, après seulement quatre mois seulement d’exercice, le Premier Ministre Manuel Valls a réalisé une véritable petite révolution de palais en présentant la démission de son gouvernement le lundi 25 août 2014.

En cause, les propos à la Fête de la Rose de Frangy-en-Bresse, le 24 août 2014, de deux ministres importants de son gouvernement, le Ministre de l’Économie Arnaud Montebourg et le Ministre de l’Éducation nationale Benoît Hamon, s’opposant à la politique économique choisie par le gouvernement.

Ambiance. Arnaud Montebourg : « Le Ministre de l’Économie que je suis a le devoir de ne pas se taire et de proposer des solutions alternatives. (…) La France est un pays libre qui n’a pas vocation à s’aligner sur les obsessions de la droite allemande. (…) J’ai demandé solennellement au Président de la République et au Premier Ministre une inflexion majeure de notre politique économique. » pour terminer par cette ironie assez méprisante : « Je vais lui envoyer une bonne bouteille de la Cuvée du redressement, au Président, hein ! ».

Benoît Hamon, en mauvais français malgré son rôle d’éducateur national : « Les Français attendent de nous que l’on fasse ce que l’on a dit qu’on ferait. (…) Il est temps de mettre en œuvre une politique équilibrée. ».

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Deux réflexions à ce sujet.

La première, c’est se poser une question : pourquoi les deux ministres, qui savaient très bien quelle était la politique du gouvernement (elle a été définie dès le 14 janvier 2014 par le Président François Hollande, elle n’a pas changé depuis ce temps-là), se sont sentis obligés seulement sept mois plus tard de la critiquer ? Et cela d’autant plus qu’un nouveau gouvernement a été formé le 2 avril 2014, avec à la clef un discours de politique générale relativement clair sur les intentions affichées du gouvernement. C’est d’autant plus étonnant qu’Arnaud Montebourg était justement le Ministre de l’Économie, et donc, le premier concerné dans la définition de cette politique : ou il ne servait à rien, ou il avait un comportement schizophrène. Comme disait Raymond Barre, il y a des discours d’après-banquets.

La seconde concerne la méthode. En démissionnant brusquement, Manuel Valls a mis dos au mur l’ensemble des parlementaires et des ministres socialistes, plus généralement de sa majorité, mais aussi le Président de la République François Hollande qui voulait encore continuer à ménager la chèvre Valls et le chou Montebourg. En ce sens, c’est une nouvelle preuve que celui qui décide est bien Manuel Valls, non élu, seulement 5% à la primaire socialiste en 2011, et pas François Hollande, seul Président élu en 2012.

C’est aussi un bon moyen pour impressionner les ministres, leur montrer que le Premier Ministre est capable de s’autodétruire, et avec lui, ses ministres, en cas de désordre patent. Ce n’est pas faire preuve d’autorité mais d’autoritarisme que d’agir ainsi, évidemment.


Nouveau gouvernement

En définitive, le nouveau gouvernement Vall II est composé de 34 membres, soit seulement quatre de moins que le gouvernement Ayrault II (et deux de plus que le gouvernement Valls I). Le gouvernement "resserré", "de combat" déjà évoqué en début avril 2014 n’a jamais été autre chose qu’un slogan publicitaire très virtuel (du reste très fréquent à chaque changement de gouvernement).

La démission d’un gouvernement à froid, c’est-à-dire sans raison d’échéances électorales (qui ponctuent généralement les changements ministériels) ni parlementaires (motion de censure), n’est pourtant pas unique dans l’histoire républicaine récente.

En effet, le 5 juillet 1972, le Président Georges Pompidou avait renvoyé le Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas, et cela malgré le vote de la confiance des parlementaires.

Le 27 février 1974, son successeur Pierre Messmer a également présenté la démission de son nouveau gouvernement pour en nommer un nouveau qui dura seulement trois mois à cause de la mort prématurée de Georges Pompidou (c’était l’occasion de nommer Jacques Chirac à l’Intérieur, un poste clef pour l’élection présidentielle).

Le 25 août 1976, Jacques Chirac a également remis la démission de son gouvernement, mais c’était pour s’opposer au Président Valéry Giscard d’Estaing, la seule fois dans ces conditions, où un chef du gouvernement claque la porte.

Comme pour Jacques Chaban-Delmas, le Président François Mitterrand a renvoyé pour convenance personnelle le 15 mai 1991 le Premier Ministre Michel Rocard pourtant assez populaire (trop ?) pour le remplacer par Édith Cresson.

Alain Juppé a également remis la démission de son gouvernement le 7 novembre 1995 pour en nommer un nouveau plus efficace face aux dures grèves qui s’annonçaient. Ce fut à cette occasion qu’après à peine six mois de bons et loyaux services, la plupart des "Juppettes" furent remerciées.

Enfin, là aussi à froid, François Fillon a remis la démission de son gouvernement le 13 novembre 2010 pour en renommer un nouveau sous sa direction. À l’époque, les rumeurs de remaniement avaient démarré dès le printemps 2010, semant la terreur chez les ministres et laissant entendre que Jean-Louis Borloo irait à Matignon.

Comme on le voit, la démission du gouvernement Vall I est la sixième depuis 1958 qui se fait sans raison apparente, sinon pour restructurer ou reformater (en 1972 et en 1976) une majorité en péril. La méthode qui devient de plus en plus fréquente (trois fois dans les vingt dernières années) a pour effet de rendre les ministres encore plus précaires, et donc, de forcer leur allégeance envers la tête de l’exécutif.


Les changements dans les ministères

Le gouvernement Vall II nommé le 26 août 2014 a finalement peu de différence avec le précédent. Selon la communication de Matignon, le Premier Ministre aurait reçu chaque ministre pour s’assurer de l’accord avec la politique gouvernementale (moi, dans ma naïveté originelle, je pensais que lorsqu’on était nommé ministre, on était, par définition, en accord avec la politique gouvernementale, mais en Hollandie, apparemment, ce n’était pas automatique, c’était juste optionnel).

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Quatre principaux changements se sont donc opérés.

Le premier, politiquement important, c’est la grande promotion de Najat Vallaud-Belkacem (36 ans) qui accède (pour la première fois pour une femme) au prestigieux Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Elle devient ainsi la plus importante ministre après les deux éléphants Laurent Fabius et Ségolène Royal, et a fait dès sa nomination un bond dans les sondages. Elle est très appréciée à gauche, comme Christiane Taubira, mais assez détestée à droite.

Le deuxième, c’est la nomination d’un banquier et conseiller présidentiel médiatiquement inconnu mais très brillant, Emmanuel Macron (36 ans), au stratégique Ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique. Son CV est impressionnant : assistant du philosophe Paul Ricœur, d’abord proche de Jean-Pierre Chevènement puis de Jean-Pierre Jouyet, IEP Paris et ENA, membre de la Fondation Jaurès, il a fait partie des Gracques, ce groupe de hauts fonctionnaires socialistes qui avaient appelé à voter pour François Bayrou en 2007 : « François Bayrou a démontré la vitalité d’un courant social-démocrate autonome vis-à-vis de la droite. Sa force réunie à celles de la gauche ouvrait la voie à la victoire. Mais le PS n’a pas osé. » (7 mai 2007, au lendemain de la défaite de Ségolène Royal).

Inspecteur des finances, Emmanuel Macron fut le rapporteur de la Commission Attali pour la libération de la croissance française après l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, puis travailla pour la banque Rothschild de septembre 2008 à mai 2012, poste grâce auquel il est devenu plurimillionnaire. Il fut ensuite Secrétaire général adjoint de l’Élysée du 15 mai 2012 au 30 août 2014 pour s’occuper des questions économiques : il a notamment cuisiné deux outils hollandiens, le "pacte de responsabilité" et le "crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi". Ne payant plus sa cotisation au PS depuis cinq ans, Emmanuel Macron est un bon pianiste et fait de la boxe française.

Le troisième concerne la Culture et la Communication dont hérite Fleur Pellerin (41 ans) quasiment en cadeau d’anniversaire (le 29 août). Chargée pendant deux ans des PME, de l’Innovation et de l’Économie numérique puis du Commerce extérieur, du Développement du tourisme et des Français de l’étranger, diplômée ESSEC, IEP Paris et ENA, elle avait montré sa bonne connaissance de la vie économique (l’une des rares sous le gouvernement Ayrault I) et aurait pu au contraire être choisie à l’Économie plutôt qu’à la Culture où elle ne connaît pas grand chose (elle a gardé le même directeur de cabinet).

Le quatrième changement concerne le Secrétariat d’État chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche confié à Alain Vidalies (63 ans), avocat de droit social et député de Mont-de-Marsan depuis 1988, exclu du gouvernement Vall I et ancien Ministre délégué aux Relations avec le Parlement du 16 mai 2012 au 31 mars 2014.

Les autres changements sont de moindre importance : Patrick Kanner (57 ans), adjoint à Lille et président du Conseil général du Nord depuis le 31 mars 2011, est nommé Ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports ; Thomas Thévenoud (40 ans), député de Solutré depuis 2012, Secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, du Développement du tourisme et des Français de l’étranger (j’y reviendrai) ; Myriam El Khomri (36 ans), adjointe à Paris, Secrétaire d’État chargée de la Politique de la ville ; enfin Pascale Boistard (43 ans), ancienne collaboratrice de Jean-Luc Mélenchon et députée d’Abbeville depuis 2012, Secrétaire d’État chargée des Droits des femmes. Tous ces nouveaux entrants sont principalement des anciens apparatchiks du Parti socialiste.

Dans le prochain article, je reviendrai sur les ministres sortants et sur la poursuite des couacs.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 octobre 2014)
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Pour aller plus loin :
François Hollande.
Manuel Valls.
Le couple Hollande-Valls.
Martine Aubry.
Arnaud Montebourg.
Aurélie Filippetti.
Benoît Hamon.
Pierre Moscovici.
Jean-Pierre Bel.
François Rebsamen.
Valérie Trierweiler.
Les sondages désastreux de la rentrée 2014.

yartiRentree201404



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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 19:43

Face à Gérard Larcher, Jean-Pierre Raffarin a échoué de nouveau dans sa tentative de prendre les rênes du Sénat (le Plateau). Petite analyse sur les raisons de cet échec.


yartiPlateau2014B05C’est sans surprise que le gaulliste Gérard Larcher a été élu Président du Sénat ce mercredi 1er octobre 2014 vers 19h40 au second tour. Il retrouve ainsi le Plateau qu’il avait occupé du 1er octobre 2008 au 1er octobre 2011, date à laquelle le socialiste Jean-Pierre Bel lui avait succédé. En cas de démission du Président de la République François Hollande, c’est lui qui serait chargé d’assurer l’intérim à l’Élysée et d’organiser une élection présidentielle anticipée, comme ce fut le cas deux fois pour Alain Poher, en 1969 et en 1974.

Dès le 30 septembre 2014, Gérard Larcher avait insisté pour dire que le Sénat « ne serait pas une annexe de l’UMP » et surtout que « le Sénat doit reconquérir son image dans l’opinion ». Pour le nouveau Président, le Sénat devra rester « une institution autonome ».

À 65 ans, Gérard Larcher est sénateur depuis vingt-huit ans, maire de Rambouillet depuis trente et un ans. Il a été ministre du 31 mars 2004 au 15 mai 2007 dans les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin et de Dominique de Villepin, sous la tutelle du ministre Jean-Louis Borloo, chargé du Travail. Sans beaucoup d’arrogance politique, il est l’archétype de l’élu "sympa", labourant sur le terrain ses réseaux, cherchant avant tout à comprendre les problèmes des élus et à chercher à les résoudre.

Les humoristes pourront reprendre leurs beaux mots en évoquant par exemple que Gérard Larcher a plusieurs cordes à son arc, ou encore en disant qu’il est un sénateur de poids dans la nouvelle assemblée.


La primaire au sein de l’UMP

L’essentiel avait été accompli la veille. L’UMP étant le groupe le plus important de la nouvelle majorité sénatoriale avec 143 membre (la majorité absolue est 175), elle avait organisé une primaire en son sein le 30 septembre 2014. Trois candidats s’étaient présentés, les mêmes qu’en automne 2008, à savoir Gérard Larcher, Jean-Pierre Raffarin et Philippe Marini, le président sortant de la commission des finances qui voudrait conserver cette responsabilité mais celle-ci devrait échoir à un sénateur socialiste.

Jean-Pierre Raffarin avait cru qu’il réussirait ce qu’il n’avait pas obtenu il y a trois ans. Son discours visait à politiser l’assemblée des sages pour en faire une chambre d’opposition face à un pouvoir socialiste déconsidéré dans l’opinion publique. De plus, sa candidature aurait été soutenue par Nicolas Sarkozy. Or, il est rarement productif de forcer la main des sénateurs.

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De son côté, Gérard Larcher montrait un profil beaucoup plus consensuel, moins médiatique mais beaucoup plus à l’écoute des sénateurs, refusant les clivages stériles (comme ceux concernant la prochaine élection présidentielle) et cherchant avant tout à mettre en place un dispositif d’opposition constructive, voulant faire du Sénat une boîte à propositions constructives. Sa proximité avec François Fillon ne semble pas non plus avoir joué : les enjeux au sein des sénateurs ne correspondent pas aux écuries présidentielles mais plutôt à des préférences surtout très personnelles. D’ailleurs, les candidats à la présidence du groupe UMP ont tous promis qu’ils ne prendraient pas partie dans la future primaire de l’UMP pour l’élection présidentielle de 2017.

En 2008, Gérard Larcher avait obtenu 78 voix contre 56 à Jean-Pierre Raffarin et 17 à Philippe Marini. En 2014, Gérard Larcher a gardé le même rapport de forces, malgré l’arrivée de 45 nouveaux sénateurs UMP, avec 80 voix en sa faveur, 56 pour Jean-Pierre Raffarin et 7 pour Philippe Marini.


Les candidats et le vote solennel

Parce que le groupe centriste (UDI) n’a pas été invité à la primaire organisée par le groupe UMP, le président du groupe UDI François Zocchetto a présenté sa candidature au premier tour. L’UDI, qui est sans ambiguïté dans un processus de gouvernance commune avec l’UMP, est le groupe qui a le plus profité des élections sénatoriales du 28 septembre 2014, passant de 31 à 43 membres (+39%) dont plus de jeunes et plus de femmes.

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Pour le panache, les groupes de gauche ont présenté chacun leur président : Didier Guillaume pour les socialistes, Jacques Mézard pour le RDSE, Jean-Vincent Placé pour les écologistes et Éliane Assassi pour les communistes.

Au premier tour, chacun a rassemblé (à peu près) les élus de son groupe. Gérard Larcher (UMP) a recueilli 145 voix, Didier Guillaume (PS) 112 voix, François Zocchetto (UDI) 45 voix, Éliane Assassi (PCF) 18 voix, Jacques Mézard (RDSE) 13 voix, Jean-Vincent Placé (EELV) 10 voix et Nathalie Goulet (UDI) 1 voix.

Nathalie Goulet (UDI), qui avait envisagé une candidature indépendante il y a deux jours avait retiré sa candidature lors de la décision de présenter la candidature de François Zocchetto. Le scrutin montre que le groupe UDI est le troisième du Sénat et est un groupe décisif pour construire une majorité stable. Entre les deux tours, les groupes UMP et UDI se sont réunis pour négocier la répartition des autres responsabilités.

Le candidat centriste s'étant désisté après le premier tour, le second tour n'a eu aucune surprise : Gérard Larcher (UMP) a recueilli 194 voix, soit plus que le cumul UMP et UDI, Didier Guillaume (PS) 124 voix (les écologistes se sont désistés en sa faveur) et Éliane Assassi (PCF) a eu 18 voix. Gérard Larcher a donc été proclamé Président du Sénat vers 19h40 par le doyen d'âge, Paul Vergès (89 ans), et a cité le Général De Gaulle à la fin de sa brève allocution aux sénateurs avant sa passation des pouvoirs avec son prédécesseur Jean-Pierre Bel.


L’échec de Jean-Pierre Raffarin

Revenons à la situation du rival malheureux au sein de l’UMP, Jean-Pierre Raffarin, dont le poids politique, comme ancien Premier Ministre, n’est pas négligeable, et qui fait de lui actuellement l’un des trois coprésidents provisoires de l’UMP.

Issu du Parti républicain et de l’UDF, Jean-Pierre Raffarin est un modéré, libéral, européen et social. Il est sans doute l’un des rares à croire encore à l’union de la droite et du centre dans une seule formation politique (ce que propose de refaire Nicolas Sarkozy), et donc, à croire au concept originel de l’UMP de 2002. Pourtant, les candidatures présidentielles de François Bayrou et des listes centristes aux élections européennes ont régulièrement montré que les électeurs refusaient que le courant centriste, européen et social fût confondu sinon "fondu" au sein d’un parti de droite, surtout lorsqu’il a été autant décomplexé comme entre 2004 et 2014.

Jean-Pierre Raffarin défend théoriquement les mêmes valeurs que le centre politique, présentant même un courant humaniste au sein de l’UMP. Cet humanisme, pourtant, se traduit politiquement par un silence sur les excès de ces dernières années concernant justement le manque d’humanisme dans les prises de position d’un certain nombre de responsables de l’UMP.

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Jean-Pierre Raffarin était sans doute celui qui pouvait le mieux s’opposer politiquement à certaines dérives provenant de la ligne Buisson. Dans les faits, il a toujours soutenu des personnalités qui, au contraire, cherchaient à copier idéologiquement les thématiques du FN : Jean-François Copé en 2012, Nicolas Sarkozy en 2014.

Cette stratégie avait un horizon, la Présidence du Sénat. Or, en pensant être loyal et fidèle au cœur du militantisme de base de l’UMP, Jean-Pierre Raffarin s’est éloigné des sénateurs UMP qui sont dans une autre problématique, moins partiale, plus locale, plus pragmatique.


L’organisation du nouveau Sénat continue

Le nouveau bureau du Sénat sera élu le mercredi 8 octobre 2014 et les sénateurs feront leur photographie collective avant la séance du jeudi 9 octobre 2014.

Parmi les décisions que le Sénat doit prendre dans les heures qui viennent, la question de confier ou pas à un socialiste la présidence de la commission des finances, la désignation du rapporteur général du budget, et l’élection, prévue le jeudi 2 octobre 2014, du nouveau président du groupe UMP, précédemment dirigé par Gérard Longuet puis Jean-Claude Gaudin. Soutenu par Nicolas Sarkozy, l’ancien ministre Roger Karoutchi est candidat face à un candidat de renouvellement soutenu par certains nouveaux sénateurs, Bruno Retailleau, sénateur de Vendée.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (1er octobre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Sénat rebascule au centre droit (28 septembre 2014).
Alain Poher.
René Monory.
Christian Poncelet.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Bel.
Jean-Pierre Raffarin.

yartiPlateau2014B06
 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/gerard-larcher-nouveau-poids-lourd-157520

 



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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 17:48

Le premier tour de l'élection du Président du Sénat a été dépouillé ce 1er octobre 2014.

Nombre de sénateurs : 348.
Majorité absolue : 175.

Gérard Larcher (UMP) : 145.
Didier Guillaume (PS) : 112.
François Zocchetto (UDI) : 45.
Eliane Assassi (PCF) : 18.
Jacques Mézard (RDSE) : 13.
Jean-Vincent Placé (EELV) : 10.
Nathalie Goulet (UDI), non candidate : 1.
Votes blancs : 4.

Un second tour est nécessaire et aura lieu dans les minutes qui suivent.
Les groupes UMP et UDI se sont réunis pour construire une majorité.

SR


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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 16:56

Gérard Larcher a été désigné dès le premier tour par son groupe UMP candidat à la Présidence du Sénat. La primaire s'était déroulé au sein du groupe pour départager les candidatures de Gérard Larcher, Jean-Pierre Raffarin et Philippe Marini.

SR

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 19:01

Très peu de changement (finalement) dans la nomination du nouveau gouvernement en dehors de l'éviction d'Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti. Les principaux ministres restent en place et les deux principales nouveautés sont Najat Vallaud-Belkacem au poste de Benoît Hamon (les enseignants vont être servis) et la ministre plein d'avenir Fleur Pellerin à la Culture et à la Communication.

Plus de détails pour l'instant à ce lien :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gouvernement_Manuel_Valls_(2)



SR


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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 09:35

Après un entretien d'une heure à l'Élysée, le Premier Ministre Manuel Valls a présenté la démission de son gouvernement à François Hollande. Ce dernier l'a chargé d'en former un nouveau d'ici au mardi 26 août 2014. Il est probable que les récentes déclarations de Benoît Hamon et d'Arnaud Montebourg soient la cause de ce remaniement. Selon certains, Manuel Valls recevraient individuellement chaque ministre et leur demanderait d'approuver la position du Président de la République et du Premier Ministre. Au-delà d'Arnaud Montebourg et de Benoît Hamon, certains annonceraient le départ également d'Aurélie Filippetti et de Christiane Taubira. Ce remaniement constitue à l'évidence une nouvelle avancée du pouvoir de Manuel Valls sur François Hollande.


SR

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 08:26

Très inattendue, cette nomination consacre une personnalité politique brillante qui a eu quelques déboires électoraux ou médiatiques depuis une vingtaine d’années.


yartiToubon01L’Élysée a communiqué cette information dans la soirée du mercredi 11 juin 2014. Le Président de la République François Hollande a désigné l’ancien Ministre de la Justice Jacques Toubon à la succession de Dominique Baudis au poste de Défenseur des droits. Des rumeurs persistantes donnaient pourtant favorite l’actuelle Ministre de la Justice Christiane Taubira qui ne semblerait plus s’épanouir place Vendôme. D’autres évoquaient également l’actuel président de l’Institut du monde arabe Jack Lang.

La désignation de Jacques Toubon n’est pas définitive puisqu’il devra être "auditionné" par une commission parlementaire et pour être validé, celle-ci ne devra pas réunir une majorité de blocage à son encontre.

Le choix de cet ancien dirigeant du RPR peut paraître surprenant de la part de François Hollande et pour faire bonne mesure, il a nommé en même temps l’ancienne maire PS de Reims (de 2008 à 2014) Adeline Hazan (58 ans), magistrate, au poste de Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté. Juge des enfants, présidente du Syndicat de la magistrature de 1986 à 1989, Adeline Hazan fut élue députée européenne de 1999 à 2008 et a échoué à sa réélection aux dernières municipales face au jeune député UMP Arnaud Robinet. Sa nomination sera définitive également après son audition auprès des parlementaires.


Grognard du chiraquisme conquérant

Jacques Toubon a été avant tout un chiraquien très fidèle. Dans deux semaines, il aura 73 ans, ce qui semble assez âgé pour une responsabilité qui nécessite énergie et dynamisme. Cependant, de punch, Jacques Toubon n’en manque pas et a toujours su montrer sa passion et son ardeur dans les tâches qu’il a entreprises.

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"Le Parisien" de ce jeudi 12 juin 2014 le décrit ainsi : « En dépit d’une calvitie accentuée, Jacques Toubon porte allègrement ses 72 ans, avec son visage rond, son regard clair et sa fougue presque juvénile souvent brocardés par les humoristes. ».

Spécialiste du droit public et énarque dans la même promotion que Jean-Pierre Chevènement, Lionel Jospin, Yves Cannac (ancien collaborateur du Président Valéry Giscard d’Estaing), Alain Gomez, Josselin de Rohan ou encore Ernest-Antoine Seillière, Jacques Toubon a commencé dans une carrière préfectorale (il est devenu conseiller d’État par la suite) avant de collaborer dans plusieurs cabinets ministériels à partir de 1968, jusqu’à devenir conseiller technique de Jacques Chirac lorsque ce dernier était Premier Ministre entre 1974 et 1976. Il l’avait rejoint dès 1971 aux Relations avec le Parlement.

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Jacques Toubon a pris rapidement des responsabilités au sein du RPR qu’il a contribué à fonder en décembre 1976, d’abord comme délégué national, puis dans l’important poste de secrétaire général chargé des élections (1978 à 1981). Il fut élu député de Paris en juin 1981, en pleine vague rose, siège qu’il conserva jusqu’en juin 1997 où il fut battu par le socialiste Serge Blisko. Il fut l’un des ténors du RPR, parmi les plus actifs voire vindicatifs des députés de l’opposition contre le pouvoir socialo-communiste entre 1981 et 1986.


La séance du 1er février 1984 à l’Assemblée Nationale

Jacques Toubon fut notamment condamné par le Président de l’Assemblée Nationale Louis Mermaz (PS) le jeudi 2 février 1984 aux côtés d’Alain Madelin (PR) et de François d’Aubert (PR) à la privation d’un mois d’indemnité parlementaire (procédure de "censure simple") pour avoir fait, la veille, au cours du débat sur la réforme de la presse, une très vague allusion sur François Mitterrand pendant la guerre : « Il est d’une extrême gravité, il est inadmissible, de mettre en cause, sous forme d’insinuation calomnieuse, le passé de résistant de monsieur François Mitterrand. Le Président de la République incarne l’unité du pays. Nous devons respecter l’homme et la fonction à travers la diversité de nos opinions et de nos choix politiques. » (Louis Mermaz).

Député RPR et ami d’enfance de François Mitterrand, Pierre de Benouville avait alors voulu minimiser la fougue de ses collègues : « Mes jeunes camarades de l’opposition, pleins de talents et de chaleur, on a mal interprété leurs propos. Je crois qu’ils parlaient d’autre chose. » (séance du 2 février 1984).

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Dans la même séance, le député RPR Emmanuel Hamel expliquait l’énervement des jeunes députés par des insinuations faites par Raymond Forni durant la même séance du 1er février 1984 (qui était présidée par Philippe Séguin) : « Lorsqu’on relit dans le détail le compte-rendu analytique, on s’aperçoit que notre collègue monsieur Forni, président de la commissions des Lois, mais sans doute était-il aussi fatigué, car il est le plus souvent d’une grande correction, s’est laissé aller à dire, nous désignant : "Mieux vaut le parti des ralliés que celui des collaborateurs". N’était-ce pas aviver dans cet hémicycle des souvenirs détestables, et n’est-il pas inadmissible que le président d’une commission du Parlement de la République, désignant de jeunes collègues qui n’étaient pas nés à cette époque, puisse laisser supposer que ceux qui siègent sur ces bancs-ci auraient été des collaborateurs ? (…) Qu’ont dit hier nos jeunes collègues ? Alors que l’on évoquait l’après-guerre, monsieur d’Aubert : "Et monsieur Mitterrand ?", monsieur Madelin : "Et monsieur Mitterrand ?", monsieur d’Aubert : "Mitterrand a un passé", Jacques Toubon : "Eh oui !". (…) Il ne faudrait pas, monsieur le Président, que deux interpellations (…) donnent l’occasion d’une opération politique qui déconsidérerait le Parlement. Car il n’était pas dans l’intention de nos collègues de mettre en cause le passé de résistant du Président de la République. ».

Pour se dédouaner, Jacques Toubon avait conditionné le retrait de son interpellation au retrait des insultes qu’ils avaient reçue auparavant de certains députés socialistes et communistes : « La dignité de chacun d’entre nous en tant que personne est, je le suppose, considérée comme égale. Je suis pour ma part tout à fait disposé à répondre à l’invitation que vous m’avez faite il y a un instant [retirer ses propos] si, dans le même temps, trois de nos collègues de la majorité veulent bien retirer la lettre et l’esprit des propos qu’ils ont tenus hier soir à notre endroit. ».

Tandis que François d’Aubert avait justifié l’emploi du mot "passé" par les activités d’éditeur de François Mitterrand alors que les députés révisaient la loi sur la presse de 1944 : « J’ai dit "Monsieur Mitterrand a un passé". Si, monsieur le Président, monsieur [Pierre] Joxe [président du groupe PS] ou quelqu’un d’autre pense que ces phrases sont inconvenantes, je suis prêt à les retirer. Je retire : "Monsieur Mitterrand a un passé". Ceux qui liront ensuite ce texte en déduiront que monsieur Mitterrand n’a donc pas de passé… mais je retire bien volontiers cette phrase, considérant que monsieur Mitterrand a commencé à exister le 10 mai 1981 ! ».

Quant à Alain Madelin, il avait confirmé l’interprétation de ses collègues : « Lorsque, pour ma part, j’ai évoqué le nom de monsieur Mitterrand, j’ai précisé : "au lendemain de la guerre". Les choses sont claires (…). Il est clair que dans mon esprit, c’est donc monsieur Mitterrand éditeur, homme de presse, qui était évoqué au travers de cette intervention et que, bien évidemment, à aucun moment, dans mon esprit ou dans mes propos, je n’ai pensé évoquer l’attitude de François Mitterrand pendant la guerre. Si telle devait être votre interprétation, en tout état de cause éclairé par cette précision, je retirerais volontiers mes propos, à la condition toutefois, évoquée par notre collègue Jacques Toubon qu’un certain nombre de propos provocateurs et diffamatoires à notre égard soient également retirés. ».

Juste avant d’avoir été censuré (c’est le terme) par Louis Mermaz et la majorité socialo-communiste, Jacques Toubon avait rappelé : « Monsieur le Président, vous avez pris votre responsabilité. Pour ma part, j’ai pris les miennes, depuis que je suis dans cette assemblée, jour après jour, séance après séance, et hier encore. J’ai fait de même aujourd’hui. (…) C’est pour cela, monsieur le Président, que je considère que prononcer le mot censure et faire la chose, alors que nous sommes en train de débattre de la liberté de la presse, c’est vraiment ce que notre démocratie pouvait attendre de pire ! ».

Alain Madelin, également censuré, avait rappelé que le ministre justement chargé de ce débat, Georges Fillioud, avait, comme député, très violemment attaqué le Président Valéry Giscard d’Estaing lors de la séance du 12 novembre 1980 en l’accusant de "crime" et de "forfaiture" sans pour autant qu’il fût censuré par la majorité de l’époque.

Et François d’Aubert à l’adresse de Louis Mermaz : « Monsieur le Président, ce soir, nous n’avons pas l’impression d’être à l’Assemblée Nationale, mais devant un tribunal politique, dont vous êtes le procureur. Je crois que c’est malheureux pour la France et pour la démocratie, malheureux pour la démocratie parlementaire. (…) Il a fallu que ce soit cette majorité-là qui utilise, pour la première fois, la censure sous la Ve République. (…) Ce soir, nous assistons à un procès. (…) Un procès en bonne et due forme fait par la majorité à l’opposition, un procès politique destiné à bâillonner, à faire taire l’opposition… ».

J’ai précisé aussi longuement cet incident de séance pour donner la mesure de l’énergie mise au service de l’opposition par le député Jacques Toubon mais aussi par le temps perdu par les parlementaires à se préoccuper d’eux-mêmes quelques mois avant la montée du FN au même niveau que le PCF.


Chef du RPR

Jacques Toubon emporta également la mairie du 13e arrondissement de Paris en mars 1983 qu’il garda jusqu’à la victoire de Bertrand Delanoë en 2001 (battu par Serge Blisko). Il fut également adjoint au maire de Paris de 1983 à 1998. En 1995 et en 2001, on évoquait son nom comme candidat soit à la mairie de Paris, soit à la mairie de Nice (après la condamnation de Jacques Médecin), ville qui le vit naître le 29 juin 1941.

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En 1984, fort de la médiatisation de son activité parlementaire militante depuis trois ans contre le gouvernement, et dans le souci de rajeunir les cadres du RPR, Jacques Toubon fut nommé secrétaire général du RPR par Jacques Chirac (le PR et le CDS, autres partis d’opposition, étaient dirigés par des quadragénaires). Il fut ainsi le véritable patron opérationnel du RPR au cours de la campagne des élections législatives du 16 mars 1986 et de l’élection présidentielle de 1988. Absent du premier gouvernement de la cohabitation, il fut président de la commission des Lois pendant deux ans (entre 1986 et 1988).


Rue de Valois

Après la défaite de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1988, Alain Juppé a repris le secrétariat général du RPR. Jacques Toubon a alors commencé à beaucoup s’investir dans le monde de la culture et de la communication. Après la victoire de l'UDF et du RPR aux élections législatives de mars 1993, il est nommé Ministre de la Culture et de la Francophonie du 31 mars 1993 au 11 mai 1995 dans le gouvernement d’Édouard Balladur : « L’État, sous toutes ses formes, est au service des citoyens. La culture donc que nous avons à encourager, à promouvoir, à faire renaître, c’est une culture qui fait de l’homme un citoyen responsable. » (Amiens, le 9 octobre 1993).

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Parmi ses réalisations à la Culture, deux choses importantes sont à évoquer : d’une part, la mise en place de structures juridiques nouvelles pour de nombreux établissements culturels (comme le Louvre, la Bibliothèque national de France etc.) ; d’autre part, la loi n°94-665 du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française, dite loi Toubon, qui a eu pour effet d’apporter des contraintes (notamment dans les activités scientifiques) pour protéger la langue française, d’où le surnom de "Mister All-good".


Garde des Sceaux

Après la victoire de Jacques Chirac à l’élection présidentielle du 7 mai 1995, Jacques Toubon fut nommé Ministre de la Justice et des Libertés du 18 mai 1995 au 2 juin 1997.

S
on action place Vendôme n’a pas bénéficié d’une postérité très marquante et toute sa crédibilité ministérielle fut entachée par un épisode rocambolesque dans l’affaire Xavière Tibéri.

Pour empêcher que le premier procureur adjoint d’Évry Hubert Dujardin ouvrît une instruction judiciaire concernant le rapport de Xavière Tiberi (femme du maire de Paris) sur la francophonie commandée par le Conseil général de l’Essonne, le ministre aurait fait affréter le 1er novembre 1996 un hélicoptère (un Écureuil de la Nepali Airways) à Katmandou pour rapatrier d’urgence le supérieur hiérarchique, le procureur d’Évry Laurent Davenas, qui était en vacances dans l’Himalaya depuis le 26 octobre 1996. Parti gravir l’Island Peak, au Népal, il fut néanmoins introuvable (cela a coûté trois mille dollars aux autorités françaises). Finalement, le procureur adjoint a ouvert l’instruction le 6 novembre 1996 : « Laurent Davenas et moi avons souvent des appréciations différentes sur la manière de gérer les dossiers. J’admets volontiers avoir profité de son absence pour prendre des décisions qu’il n’aurait peut-être pas prises. ». Quand son supérieur apprit l’histoire de l’hélicoptère, il n’en crut pas ses oreilles. Les deux magistrats ne s’appréciaient pas beaucoup. Laurent Davenas retourna finalement en France le 12 novembre 1996 et, après une longue procédure, les poursuites furent annulées par la cour d’appel de Paris le 15 janvier 2001.

Une autre anecdote ne l’a pas non plus grandi dans son autorité ministérielle, mais elle fut racontée bien plus tard dans un livre "Dans le secret du conseil des ministres" de Bérengère Bonte, publié le 10 octobre 2013 (éd. du Moment).

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Très souvent en retard dans ses rendez-vous, Jacques Toubon était arrivé juste après l’entrée du Président de la République dans la salle du conseil des ministres. Dominique de Villepin, alors Secrétaire Général de l’Élysée, glissa contrarié : « Ce n’est plus possible ! La prochaine fois, ne le laissez pas entrer ! ». C’est ce qu’il s’est produit le mercredi suivant où le Ministre de la Justice trouva la porte fermée et a dû attendre dans le couloir. L’huissier entra cependant après quelques moments mais Jacques Chirac refusa qu’il entrât au salon Murat. Son collègue de l’Intérieur, Jean-Louis Debré, raconta avec le sourire qu’au conseil des ministres suivant, Jacques Toubon arriva avec une demi-heure d’avance : « Il voulait être sûr de ne pas louper le début, cette fois ! ».


Une fin de vie politique assez chaotique

Après l’échec électoral du 1er juin 1997, le sien comme celui de son parti, Jacques Toubon resta quelques mois au service de Jacques Chirac comme conseiller à l’Élysée, jusqu’à sa dissidence contre Jean Tiberi à la mairie de Paris en mars 1998 qui ne dura pas longtemps (deux mois) car il n’était soutenu par personne. Député européen de 2004 à 2009 (travaillant avec assiduité et présent à la plupart des sessions), il resta conseiller de Paris jusqu’en 2008.

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Depuis le 25 février 2005, Jacques Toubon assure la présidence de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, reconduit une nouvelle fois en mars 2013 pour trois ans. Il fut également secrétaire général du cinquantenaire des indépendances africaines entre juin 2009 et janvier 2011, membre de la mission "Création et Internet" d’août 2009 à janvier 2010, et membre de la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (HADOPI) depuis le 23 décembre 2009.


Contestation à gauche

La nomination de Jacques Toubon comme Défenseur des droits risque de faire grincer les dents de certains parlementaires socialistes. Deux députés PS ont déjà exprimé leur désaccord, Yann Gallut et Alexis Bachelay.

Ils se fondent notamment sur le fait que Jacques Toubon, comme député, n’aurait pas voté l’abolition de la peine de mort. En fait, s’il n’a pas approuvé le projet de loi dans son ensemble, il a voté pour son article 1er : « La peine de mort est abolie. », expliquant : « Par conviction intime, je suis favorable à l’abolition de la peine de mort. ». Il avait souhaité toutefois réviser l’échelle des peines, ce qui n’avait pas été le cas dans ce projet de loi.

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L’autre argument est que Jacques Toubon se serait « prononcé contre la dépénalisation de l’homosexualité » alors que précisément, il avait voté en 1981 contre l’abrogation des peines correctionnelles encourues pour les actes "impudiques ou contre nature" commis avec un mineur de même sexe.

Après le pacte de responsabilité, cette désignation sera sans doute une nouvelle couleuvre à faire avaler à l’aile gauche du groupe socialiste… à moins que les parlementaires se rebellent contre l'autorité élyséenne.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 juin 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dominique Baudis.
Le Défenseur des droits.
Les nominations par le Président de la République.
François Hollande.
Jacques Chirac.
Philippe Séguin.
La défense de la langue française.

yartiToubon05


 http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jacques-toubon-peut-etre-nouveau-153195 
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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 17:51

La Secrétaire d'État au Commerce Valérie Fourneyron a démissionné du gouvernement ce mardi 3 juin 2014. La députée de Haute-Garonne Carole Delga (PS) la remplace. Par ailleurs, le député de l'Essonne Thierry Mandon (PS) est nommé Secrétaire d'État auprès du Premier Ministre chargé de la Réforme de l'État et de la Simplification.

SR

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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 07:07

Le mille-feuilles territorial en France, c’est-à-dire, le trop grand nombre de strates de décisions locales, est une tarte à la crème de la vie politique française depuis plusieurs décennies. La nécessité de réformer ne doit pas amener à faire n’importe quoi. C’est pourtant la méthode de François Hollande.


yartiRegionsA01Les communes, les intercommunalités, les départements, les régions, l’État… dans la gouvernance publique, il y a manifestement des échelons en trop. La France républicaine des territoires, initialement administrée par les départements et les communes, va petit à petit être administrée par les régions et les intercommunalités. Ce mouvement progressif est évidemment souhaitable.

Il est tout aussi souhaitable de supprimer les conseil généraux pour n’avoir qu’un seul intermédiaire de gestion territoriale entre les intercommunalités et l’État.

La motivation soudaine, depuis le début de l’année, de réformer réellement le mille-feuilles territorial du Président François Hollande est donc, en elle-même, une bonne nouvelle pour l’intérêt national. Le problème, comme souvent avec lui, c’est la méthode.

Les derniers arbitrages auraient été finalisés à l’Élysée lundi 2 juin 2014 à 20h00 et le site Internet de l’Élysée a mis en ligne quelques minutes plus tard la tribune de François Hollande publiée ce mardi matin dans la presse quotidienne régionale (et qu'on peut lire ici).

Deux projets de loi devraient être présentés au conseil des ministres le 18 juin 2014 avant d’être débattus par le Sénat et l’Assemblée Nationale. Le Premier Ministre Manuel Valls a semblé exclure, ce 3 juin 2014, le référendum qui pourtant, serait le seul moyen de faire accepter une réforme qui bouleverse tant le statu quo : « Face à une question d’intérêt général, on répondrait à une autre question, on verrait l’addition des contraires. (…) C’est au Président, au gouvernement et au Parlement de faire valoir l’intérêt général. » (BFM-TV).


La méthode

Prenons la méthode. Comme sa politique économique, la politique territoriale de François Hollande est complètement illisible et surtout, très mouvante. Sa ministre en charge du dossier, Marylise Lebranchu, était partie sur une tout autre réforme, beaucoup plus douce, et il est étrange que le changement singulier d’horizon la laisse encore maîtresse d’un sujet qu’elle ne maîtrise visiblement plus, même si je ne doute pas que c’est son ministre délégué, le très compétent et pertinent André Vallini, qui mettra en œuvre la réflexion et le changement dans ce domaine.

La suppression des départements, prévue pour 2020 est effectivement souhaitable et le temps nécessaire pour aboutir ne me paraît pas non plus trop long, avec les 270 000 fonctionnaires des conseils généraux à réaffecter soit dans les régions soit dans les intercommunalités (Manuel Valls a estimé sur BFM-TV ce 3 mai 2014 qu’il fallait trois ans pour faire l’opération dans de bonnes conditions).

En attendant, les transferts de compétences se feront progressivement entre les différentes institutions territoriales. Notons donc que la réforme territoriale réalisée par Nicolas Sarkozy qui proposait de n’élire (dès mars 2014) qu’une seule sorte d’élus, les conseillers territoriaux qui seraient présents à la fois dans les conseils généraux et dans les conseils régionaux, réforme qui avait suscité beaucoup de rancœur chez les élus locaux et qui avait précipité le basculement du Sénat à gauche le 25 septembre 2011, avait été abrogée très rapidement par le nouveau pouvoir socialiste pour finalement revenir deux ans plus tard à son principe originel. Encore deux ans perdus !

Ce mode de gouvernance hollandien typiquement Shadok, on efface le sarkozysme pour refaire du sarkozysme mais sans le dire, on l’a déjà connu dans beaucoup de domaines, comme l’augmentation de la TVA, le TSCG, les internats d’excellence, le statut de l’autoentrepreneur, la réforme des retraites, etc.

On pourrait aussi s’interroger sur la pertinence de réduire de moitié le nombre des régions alors qu’on supprime déjà les départements. Cette réduction ne répond à aucune logique réelle, sinon à une seule visibilité : le gouvernement agit. Mais la taille des régions françaises n’est pas en cause (ce serait plutôt la taille des communes qui devrait être révisée pour éviter de maintenir quelques 36 700 communes), car elles sont déjà à peu près à la même taille que les autres régions en Europe.

Pourquoi donc ce besoin de réduire le nombre de régions ? Mystère car ce n’est pas cela non plus qui ferait réduire les dépenses publiques (lire plus bas). Serait-ce pour éviter que le FN n’en contrôle un exécutif ? Le 25 mai 2014, le FN était en tête dans 70 départements.

On aurait pu imaginer juste une rationalisation des limites territoriales des régions, certaines n’ayant pas beaucoup de réalité économique ou historique (comme les deux Normandie provenant de la rivalité entre Rouen et Caen) alors que d’autres, au contraire, ont une forte identité et réputation.

Toujours dans la méthode, et c’est tellement transparent que cela en devient presque impudique, il est clair que les frontières proposées par l’Élysée ne répondent pas à l’intérêt national mais sont l’aboutissement de discussions auprès des seuls barons socialistes ou de leurs proches qui dirigent les régions, notamment auprès de Martine Aubry (Nord-Pas-de-Calais), Jean-Yves Le Drian (Bretagne), Jean-Marc Ayrault (Pays de la Loire), Ségolène Royal (Poitou-Charentes), Alain Rousset (Aquitaine), etc. Cependant, Jean-Marc Ayrault n’a pas du tout été écouté puisqu’il était partisan de la fusion pure et simple des Pays-de-la-Loire avec la Bretagne.

Enfin, la réforme est toujours proposée d’en haut alors qu’elle aurait dû faire l’objet de grande concertation avec des gens du terrain, des géographes, des personnes qui s’occupent des implantations économiques dans les régions, etc. On voit bien, avec le découpage proposé, malgré les déclarations affichées, qu’aucune considération ni économique ni historique ni même culturelle n’a été prise en compte et que finalement, seule, la politique politicienne a pris le dessus sur toute autre considération. C’est évidemment le meilleur moyen de faire échouer une réforme d’envergure.

Patrick Devedjian (UMP) a été très virulent sur Twitter : « L’étendue du pouvoir personnel du Président de la République a atteint ses limites. Ses décisions solitaires sans suite rappellent Louis XVI. ». Dominique Bussereau (UMP) n’est pas moins dur, également sur Twitter : « Tristesse pour la France avec une annonce improvisée et sans concertation. Tout est fait pour conduire à l’échec. ».


Regrouper les régions

Il est souhaitable de rationaliser le territoire français mais en le faisant de manière équilibrée et intelligente.

Or, en ne proposant que des fusions par blocs de régions déjà existantes (pour éviter une révision constitutionnelle sur ce sujet-là, semble-t-il), on fait dans le grand ubuesque. Il aurait fallu au moins découper certaines régions, parfois artificielles, en mettant certains départements dans un ensemble et d’autres dans un autre, sans forcément les garder attachés simplement parce qu’ils étaient dans la même région d’origine. Cela n’a parfois aucun sens.

Cette volonté de ne pas passer par une révision constitutionnelle (obligatoire pour la suppression des conseils généraux) montre à l’évidence que le gouvernement veut faire adopter la réforme à l’arraché sans chercher un large consensus au sein de la classe politique et de l’opinion publique qui la rendrait pérenne. Nul doute que si l’UMP n’était pas associée au projet, ce qui est le cas, elle aurait toutes les raisons de l’abroger une fois de retour au pouvoir. C’est aussi la raison pour laquelle François Hollande veut aller vite et faire élire les premiers élus de ces nouvelles régions dès octobre 2015, avant la fin de son quinquennat, pour rendre sa réforme irréversible.

Prenons régions après régions.

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Ce petit tour est évidemment subjectif et n’ayant pas la science infuse, je le donne en simple indication ; il est probable que chaque citoyen français a sa petite idée, parfois très éloignée, sur le sujet.

L’Île-de-France n’a pas été modifiée et cela paraît sage, dans le contexte du Grand Paris.

En revanche, ne pas modifier la Bretagne ni les Pays de la Loire paraît assez étonnant. Il aurait fallu au moins inclure la Loire-Atlantique (Nantes) dans la nouvelle Bretagne et, comme le propose Jean-Marc Ayrault, on pourrait même imaginer d’y inclure la quasi-totalité des Pays de la Loire, notamment la Mayenne (Laval) et le Maine-et-Loire (Angers). La Vendée (La Roche-sur-Yon) pourrait être rattachée à ce qui resterait de Poitou et la Sarthe (Le Mans) au Val-de-Loire.

Même réflexion pour l’Aquitaine qui pourrait intégrer les deux Charentes (Angoulême et La Rochelle) pour englober tout l’estuaire de la Garonne.

Le plus incohérent dans le charcutage proposé est de regrouper les régions Poitou-Charentes, Limousin et Centre. En gros, c’est mettre ensemble tout un résiduel qui n’allait nulle part ailleurs sans prendre en compte la grande hétérogénéité de ces territoires. Imaginer que Dreux serait dans le même espace régional que Saintes et Brive-la-Gaillarde paraît complètement farfelu. C’est vraiment n’importe quoi !

C’est pourquoi il serait plus intéressant d’éliminer les Pays de la Loire, de créer deux régions au lieu d’une dans ce grand espace qu’on voudrait unifier. Avoir une première région Val-de-Loire qui reprendrait la plupart par des départements de la région Centre, le Loiret (Orléans), le Loir-et-Cher (Blois), l’Indre-et-Loire (Tours), le Cher (Bourges), l’Indre (Châteauroux), en incluant la Sarthe (Le Mans) et en excluant l’Eure-et-Loir (Chartres) qui pourrait rejoindre les deux Normandie. Et avoir une seconde région avec le Poitou restant, la Vienne (Poitiers), les Deux-Sèvres (Niort), complété par la Vendée, et attaché au Limousin éventuellement augmenté du Cantal (Aurillac).

Le regroupement de la région Midi-Pyrénées et du Languedoc-Roussillon ne semblerait pas inopportune, même si la cohabitation Toulouse-Montpellier sera aussi difficile qu’une cohabitation Nantes-Rennes, mais à condition de ne pas inclure le Gard (Nîmes) qui est généralement tourné vers la région PACA (Provence-Alpes-Côte-d’Azur) qui elle, étrangement, n’est pas modifiée alors qu’elle pourrait inclure également la Corse qui est un territoire assez pauvre et qui pourrait bénéficier de la richesse de Marseille et de Nice.

Le regroupement, envisagé par les présidents des conseils régionaux respectifs, de la Bourgogne et de la Franche-Comté paraît porteur de dynamisme et avoir un sens même si un collectif s’est déjà formé à Besançon pour "ne pas être mangé" par Dijon. On pourrait même y rajouter l’Aube (Troyes) et l’Allier (Moulins).

La région Rhône-Alpes, déjà très étendue (pas en superficie mais en durée de transport en raison du relief) et très riche (Lyon, Grenoble, Saint-Étienne, Savoie) aurait pu ne pas être modifiée mais inclure une partie de l’Auvergne resterait cependant cohérent dans une optique économique puisque le Puy-de-Dôme (Clermont-Ferrand) et la Haute-Loire (Le Puy) sont déjà tournés vers Lyon.

Le découpage proposé du Nord et de l’Est de la France ne me paraît, en revanche, pas du tout pertinent. Proposer de regrouper la Picardie et la Champagne-Ardenne n’a aucun sens, rassembler Langres et Abbeville ! C’est la même aberration que le regroupement résiduel du Centre-Poitou-Limousin proposé. La Picardie pourrait aisément fusionner avec la région Nord-Pas-de-Calais, et cela aurait un sens économique.

Enfin, envisager le regroupement de l’Alsace et de la Lorraine serait une grossière erreur économique, pour deux raisons.

D’une part, l’Alsace, qui a raté sa fusion complète, a une identité très forte et très particulière, et est une entité économique à part entière. On pourrait éventuellement y inclure le Territoire de Belfort qui en avait été exclu depuis 1870.

D’autre part, la Lorraine est déjà intégrée dans un grand bassin économique qui s’appelle Sarlorlux, avec la Sarre allemande, le Luxembourg (pays) et le Luxembourg belge, qui n’a pas grand chose à voir avec l’Alsace plus attirée par la partie rhénane de l’Allemagne.

L’idée de François Hollande de créer des régions « de taille européenne et capables de bâtir des stratégies territoriales » est bonne, mais très mal appliquée ici puisque la Lorraine et l’Alsace, indépendamment l’une de l’autre, ne l’ont pas attendu pour développer une stratégie territoriale mais qui n’est pas commune, donc, regrouper l’Alsace et la Lorraine serait mettre une trentaine d’années de travail en l’air !

La Lorraine pourrait intégrer, en revanche, la plupart des départements de la Champagne-Ardenne sans que cela ne choquerait particulièrement, la Marne (Reims et Châlons-en-Champagne), les Ardennes (Charleville-Mézières), et éventuellement la Haute-Marne (Chaumont) qui pourrait aussi être intégrée à la Bourgogne-Franche-Comté comme l’Aube.

Comme on le voit par ce petit tour de France,les découpages proposés ne tiennent compte d’aucune logique de réalité, réalité culturelle, réalité historique ou réalité économique. Il est choquant que ces regroupements soient le fait de technocrates parisiens qui ne connaissent rien aux réalités des territoires.


Les dangers de faire n’importe quoi

Sur i-Télé, le journaliste Joseph Macé-Scaron, pourtant plutôt proche des idées du pouvoir, s’était insurgé avec véhémence ce 2 juin 2014 contre ce projet de fusion de régions. Pour lui, il y a un réel danger de remettre en cause l’identité très forte de certaines régions dans un contexte où l’identité est un paramètre très sensible. Le score élevé du FN aux européennes peut s’expliquer aussi par un repli identitaire très fort, or, bouleverser ainsi les régions, c’est rajouter un nouveau problème national alors qu’il n’y en avait aucun dans ce domaine-là.

Il ne faut pas négliger que l’identité est ce qui reste quand on retire tout. Les "bonnets rouges" revendiquent ainsi une identité bretonne forte (et demandent le rattachement de Nantes), et il est sûr que les Alsaciens sont, eux, beaucoup plus favorables à l’écotaxe que les Bretons car leur territoire est sans cesse pollué par le flux routier qui passe chez eux.

Mais il n’y a pas que dans le ressort psychologique que ce charcutage territorial pourrait causer du tort à la France. L’attractivité économique de certaines régions est basée parfois sur une "marque" forte, avec une identité internationale très forte. C’est le cas  notamment de Rhône-Alpes ou de l’Alsace. Leur changer de nom serait anéantir tout leur travail de communication vis-à-vis des entreprises étrangères depuis plusieurs décennies.


Réduire les coûts ?

Dans ce nouveau jeu de Légo dont les citoyens se passeraient bien, plus soucieux du chômage qui ne cesse encore de croître à un rythme affolant (500 demandeurs d’emploi supplémentaires chaque jour !), la question ultime reste son objectif.

Or, il n’y a qu’un seul objectif admissible pour tout chambouler : c’est celui de réduire les dépenses publiques.

Selon Alain Rousset, le président du Conseil régional d’Aquitaine et président de l’association des régions, dans un entretien au journal "Le Monde" du 2 juin 2014, cela ne ferait faire aucune économie : « Nous ne ferons pas d’économie sur les régions. Au contraire, il faudra égaliser vers le haut les salaires des fonctionnaires territoriaux et cela entraînera un coût supplémentaire en fonctionnement. C’est sur le couple commune et intercommunalité qu’il existe des marges. ».


Hollande, la mauvaise foi, encore une fois à l’œuvre

Dans sa tribune du 2 juin 2014, François Hollande veut accroître la pression sur les parlementaires : « Il faut aller vite car il ne nous est pas permis de tergiverser sur un sujet aussi important pour l’avenir du pays » en mettant les élus le dos au mur face à l’opinion publique. Pourtant, les bras m’en tombent quand je lis cela ! Le seul qui a tergiversé au sujet de la réforme territoriale, c’est bien François Hollande lui-même ! Une troisième réforme en deux ans ! Il a recréé toute une batterie d’élus en supprimant les conseillers territoriaux, et maintenant, il parle d’urgence.

Bref, dans ce projet de réforme territorial, rien n’est cohérent, tout est n’importe quoi : la méthode est n’importe quoi puisqu’en deux ans, on a proposé tout et son contraire ; la concertation est n’importe quoi puisque seuls comptent les apparatchiks du PS et leur féodalité ; la fusion est n’importe quoi car il faut adapter le regroupement des territoires à une certaine cohérence de bassins de vie ; l’objectif est n’importe quoi car le projet va enflammer la classe politique et sans doute le peuple qui a d’autre préoccupation sans pour autant réduire le déficit public.

Comment peut-on aussi mal gouverner la France ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 juin 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Tribune de François Hollande dans la PQR datée du 3 juin 2014 (texte intégral).
François Hollande.
Manuel Valls.
L’Alsace.
Les dernières régionales (mars 2010).
Réforme du mode de scrutin aux élections locales.
Élections municipales 2014.
Élections européennes 2014.
The Day After.

yartiRegionsA02 



 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/charcutage-regional-c-est-n-152823

Une d'Agoravox du 3 juin 2014
 

 

 

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