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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 10:17

« L’art de bien vivre a moins de rapport aux exercices de la danse qu’à ceux de la lutte, en ce qu’il faut être toujours prêt à soutenir avec fermeté des coups imprévus. » (Marc Aurèle, entre 170 et 180 après J.-C.).



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Le remaniement ministériel a enfin eu lieu, ce matin du mardi 16 octobre 2018. Il a fallu attendre la fin du voyage à Erevan en Arménie (du 10 au 12 octobre 2018, pour le Sommet de la Francophonie et un hommage à Charles Aznavour) et attendre un jour supplémentaire à cause des inondations désastreuses dans l’Aude la nuit du 14 au 15 octobre 2018 (onze personnes y ont trouvé hélas la mort, selon le dernier "bilan" macabre).

Il ne faut pas exagérer les choses. Les vrais perdants de l’affaire, c’étaient les journalistes qui ont attendu et comme toujours lorsqu’on attend, il faut remplir le vide de vide (ceux qui en ont parlé ne savaient pas et ceux qui savaient n’en parlaient pas). De là à parler de crise institutionnelle, décidément, il faudrait relire les journaux sous la Quatrième République pour avoir une petite idée de ce qu’était une (vraie) crise institutionnelle.

Après tout, Nicolas Sarkozy a fait attendre six mois un remaniement qui ne venait pas. Annoncé en avril 2010 avec l’objectif de le faire après la réforme des retraites, il a été concrétisé le 14 novembre 2010. Entre temps, le Premier Ministre François Fillon s’était vendu chèrement et a évité d’être remplacé par Jean-Louis Borloo qui, du coup, a démissionné, laissant le flambeau de l’Écologie à Nathalie Kosciusko-Morizet. Six mois d’un côté, deux semaines de l’autre. Il ne faut donc pas exagérer.

Les mêmes qui critiquent l’attente auraient critiqué les nominations trop rapides, les risques de casseroles (on se souvient du premier gouvernement d’Édouard Philippe et de quatre départs le mois suivant), etc. Et finalement, le meilleur argument évoqué par l’Élysée le 10 octobre 2018, ce fut le respect des personnes : « Les ministres ne sont pas des objets que l’on pose sur une étagère. ». L’argument humaniste !

Rappelons-nous le nombre de nominations qui ont étonné même leur bénéficiaire. J’ai un exemple en tête parce que marquant : Pierre Méhaignerie, qui, pendant cinq ans, s’était préparé à devenir Ministre de l’Économie et des Finances, a découvert qu’il venait d’être nommé… Ministre de la Justice le 30 mars 1993, lors de la composition du gouvernement d’Édouard Balladur ! Et il ne pouvait pas passer inaperçu, il était l’un des quatre Ministres d’État (avec Simone Veil, François Léotard et Charles Pasqua). Il ne connaissait rien à la justice. Il est pourtant resté deux ans Place Vendôme. Plus expert en la matière, Edmond Alphandéry s’était, lui, retrouvé à l’Économie (sans les Finances).

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Revenons au remaniement du 16 octobre 2018. Ce n’est ni un "petit" remaniement, ni un remaniement "technique". Il est important et politique. C’est le quatrième remaniement depuis la nomination du second gouvernement d’Édouard Philippe le 21 juin 2017. Le premier remaniement a eu lieu le 24 novembre 2017 après la désignation de Christophe Castaner comme président de LREM (deux principaux changements : Benjamin Griveaux porte-parole du gouvernement et entrée du député socialiste Olivier Dussopt). Le deuxième a eu lieu le 4 septembre 2018 pour remplacer Nicolas Hulot par François de Rugy (ainsi que le remplacement de Laura Flessel). Le troisième le 3 octobre 2018 pour remplacer Gérard Collomb par Édouard Philippe (certains appelleraient cela plutôt un "ajustement" qu’un "remaniement"). Voici donc le quatrième remaniement (le détail ici).

Parlons rapidement des départs.

Quatre ministres quittent l’équipe gouvernementale : le Ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard qui désespérait ses collègues du gouvernement, la Ministre de la Culture Françoise Nyssen dont le départ était prévisible, le Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Stéphane Travert, supposé trop proche des "lobbies" agroalimentaires (une victoire "posthume" de Nicolas Hulot), et la Secrétaire d’État auprès du Ministre de l’Économie et des Finances Delphine Gény-Stephann, dont la notoriété est restée quasiment à plat pendant ses dix mois de fonctions (ce qui est un peu injuste mais passons).

Sept membres du gouvernement changent d’attributions ou sont promus et huit nouveaux membres du gouvernement font leur entrée. Cela signifie que le gouvernement est de moins en moins "restreint".

Dans sa globalité, le remaniement a renforcé la position du MoDem qui commençait à s’interroger sur l’intérêt de rester dans la majorité, et a réussi à faire venir deux nouvelles recrues issues des anciens partis gouvernementaux, Franck Riester (LR) et Didier Guillaume (PS), même si les deux s’étaient très nettement détachés de leur parti respectif et rapprochés de la majorité dès 2017 (Didier Guillaume avait même dû lâcher la présidence du groupe PS au Sénat à cause de cela lors du dernier renouvellement sénatorial).

Le plus important ici, c’est la nomination de Christophe Castaner au Ministère de l’Intérieur. Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont fait le choix de la prudence et de la sécurité. Christophe Castaner est un politique et un fidèle, quelqu’un d’ultra-fiable. Il est remplacé aux Relations avec le Parlement par Marc Fesneau nommé Ministre auprès du Premier Ministre. Christophe Castaner est secondé par un secrétaire d’État, Laurent Nunez. La nomination de Marc Fesneau est politiquement méritée puisqu’il avait mis en difficulté Richard Ferrand lors de l’élection au perchoir le 12 septembre 2018, en rassemblant des votes de députés du MoDem, de l’UDI-Agir mais aussi, probablement, de LREM voire de LR !

Ce double changement va entraîner sans doute des modifications dans l’organisation interne des deux partis de la majorité. On imagine mal que LREM soit encore dirigé par le Ministre de l’Intérieur. Quant au MoDem, son groupe à l’Assemblée Nationale devra trouver un remplaçant à Marc Fesneau (peut-être Marielle de Sarnez ?) et peut-être aussi un nouveau secrétaire général.

Les "bons" ministres ont été promus.

Jean-Michel Blanquer élargit sa zone de compétence avec l’Éducation nationale et la Jeunesse. Il est secondé par l’un des jeunes députés chouchous du Président, Gabriel Attal (29 ans), chargé de la Jeunesse, dont la mission sera en particulier de mettre en place le service national universel.

Jusqu’à présent sous-ministre, Jacqueline Gourault (ancienne sénatrice du MoDem) devient l’une des ministres les plus importantes du gouvernement, en charge de la Cohésion des territoires et des Relations avec les Collectivités territoriales. Ce dernier champ ministériel, inexistant précédemment (sous Emmanuel Macron), est un élément clef pour la reconquête par Emmanuel Macron des élus locaux jusqu’à maintenant malmenés. C’est donc une excellente nomination, elle qui fut une élus locale pendant plusieurs décennies. Elle est d’ailleurs secondée par un jeune espoir politique, Sébastien Lecornu, lui aussi promu (déjà au gouvernement et issu de LR).

Parmi les secrétaires d’État, Marlène Schiappa augmente elle aussi son champ ministériel en ajoutant, à l’Égalité entre les femmes et les hommes, la Lutte contre les discriminations. Cela paraît d’ailleurs logique d’élargir le "simple" enjeu de l’égalité des sexes à toutes les égalités. Mounir Mahjoubi, lui aussi, est promu et devient secrétaire d’État auprès deux ministres, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin.

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Deux nouvelles recrues très politiques ont été nommées pour élargir le spectre politique.

Ancien député LR, Franck Riester, coprésident du groupe UDI-Agir à l’Assemblée Nationale, est nommé Ministre de la Culture. Il connaît beaucoup le dossier de l’audiovisuel public qu’il travaille depuis cinq ans au moins. Il est donc chargé de mettre en place le plan dans ce domaine, en sachant qu’il avait des vues beaucoup plus "révolutionnaires" qu’Emmanuel Macron puisque le 20 décembre 2017 encore, il prônait dans le journal "Le Monde" le principe d’une BBC à la française : « Nous devons adapter les structures de l’audiovisuel public à la révolution des usages et des technologies. Il faut donc créer une BBC à la française : le regroupement des entités de l’audiovisuel public au sein d’un média global doit permettre à terme, grâce aux synergies mises en œuvre au niveau de fonctions supports, de recentrer les moyens sur les contenus. Par ailleurs, afin de le différencier réellement du secteur privé, il faut circonscrire la publicité à quelques niches comme les événements sportifs. À service public, financement public, à secteur privé, financement privé. In fine, le financement de l’audiovisuel public devra se concentrer sur une redevance universelle et sur la diversification des ressources hors publicité. ». Gageons que le nouveau ministre (qui sera chargé aussi des nombreux autres champs de la Culture) devra réduire ses ardeurs réformatrices car Emmanuel Macron ne souhaite évidemment pas provoquer de mécontentement dans un secteur au climat social très sensible (et reconstruire l’ORTF n’est peut-être pas le sens de l’histoire ?).

Quant à l’autre nouveau poids lourd politique, Didier Guillaume, ancien président du groupe PS au Sénat, qui mourait d’envie depuis septembre 2017 d’appartenir au gouvernement, il est nommé Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, domaine qu’il devrait assez bien connaître avec son passé d’élu d’un département rural (la Drôme).

Enfin, trois autres nouveaux secrétaires d’État ont été nommés pour compléter le tableau : Emmanuelle Wargon (auprès de François de Rugy), Christelle Dubos (auprès d’Agnès Buzyn) et Agnès Pannier-Runacher (auprès de Bruno Le Maire).

Globalement, ce remaniement ministériel, tant attendu (depuis le 3 octobre 2018), n’est pas le signe d’une révolution dans l’équipe gouvernementale. Celle-ci compte quatre membres de plus et la proportion de femmes a légèrement diminué (les tendances "naturelles" reviennent souvent au fil des remaniements). C’est logique de ne rien révolutionner dès lors qu’on n’a jamais cessé de marteler qu’on garderait le cap.

Mais ce remaniement apporte à l’Exécutif un peu d’oxygène politique, une meilleure cohésion et surtout, une plus forte assise politique avec l’arrivée de nouveaux ministres très politiques depuis la fin de l’été (François de Rugy, Franck Riester, Didier Guillaume, Marc Fesneau) et la promotion de ministres déjà politiques (Jacqueline Gourault, Christophe Castaner) ou qui le sont devenus (Jean-Michel Blanquer, Marlène Schiappa). Contrairement à ce qui a été dit voire répété, Emmanuel Macron a réussi encore à attirer des talents extérieurs à la majorité.

Une éventuelle mise en examen de Françoise Nyssen n’impactera donc plus sur l’image du pouvoir exécutif. Ce remaniement, annoncé par simple communiqué de l’Élysée (sans même d’annonce orale), a été réalisé sans en faire un événement majeur. Cette dédramatisation était nécessaire malgré le bouillonnement des médias depuis deux semaines. Tout le gouvernement se réunit le mercredi 17 octobre 2018 à l’Élysée pour le conseil des ministres hebdomadaire, ce qui donne une journée pour faire les différentes passations de pouvoirs.

Bref, j’aurais envie de dire "bien joué" pour cette étape qui sera décisive dans la reconquête de la confiance auprès des Français. Avec juste un bémol, je regrette qu’Amélie de Montchalin, excellente députée LR de l’Essonne, n’ait pas été nommée au gouvernement à cette occasion. Sans doute qu’en haut lieu, on considérait qu’elle serait encore très utile à l’Assemblée Nationale dans la discussion du projet de loi de finance. J’espère que ce n’est que partie remise !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu

(La photo du gouvernement correspond à celle au moment de la nomination du 2e gouvernement d’Édouard Philippe le 21 juin 2017 dont la composition a ensuite évolué quatre fois).


Pour aller plus loin :
Les nouveaux ministres dans le détail (16 octobre 2018).
Le remaniement ministériel du 16 octobre 2018.
La Cinquième République.
La réforme des institutions.
L’affaire Benalla.
La démission de Gérard Collomb.
La démission de Nicolas Hulot.
La démission de François Bayrou.
Emmanuel Macron et l’État-providence.
Emmanuel Macron assume.
Édouard Philippe, invité de "L’émission politique" sur France 2 le 27 septembre 2018.
La France conquérante d’Édouard Philippe.
Le second gouvernement d’Édouard Philippe du 21 juin 2017.
Le premier gouvernement d’Édouard Philippe du 17 mai 2017.
La relance de l’Europe à la Sorbonne.
Discours d’Emmanuel Macron au Congrès de Versailles le 3 juillet 2017.
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Pourquoi voter Bayrou ?
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181016-remaniement-ministeriel.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/remaniement-du-16-octobre-2018-les-208656

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/16/36788041.html




 

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 09:48

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181016-remaniement-ministeriel.html


Remaniement du 2e gouvernement d'Édouard Philippe du 16 octobre 2018

COMMUNIQUÉ DE LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE

Palais de l’Élysée le 16 octobre 2018

 
Sur proposition du Premier ministre, le Président de la République a mis fin aux fonctions de :

Monsieur Jacques MÉZARD, ministre de la Cohésion des territoires ;

Madame Françoise NYSSEN, ministre de la Culture ;

Monsieur Stéphane TRAVERT, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation ;

Madame Delphine GÉNY-STEPHANN, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances.


Il a nommé :

Monsieur Jean-Michel BLANQUER, ministre de l’Education Nationale et de la Jeunesse ;

Monsieur Christophe CASTANER, ministre de l’Intérieur ;

Madame Jacqueline GOURAULT, ministre de la Cohésion des Territoires et des Relations avec les Collectivités Territoriales ;

Monsieur Franck RIESTER, ministre de la Culture ;

Monsieur Didier GUILLAUME, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation ;

Monsieur Marc FESNEAU, ministre auprès du Premier Ministre, chargé des Relations avec le Parlement ;

Monsieur Sébastien LECORNU, ministre auprès de la ministre de la Cohésion des Territoires et des Relations avec les Collectivités Territoriales, chargé des collectivités territoriales ;

Monsieur Julien DENORMANDIE, ministre auprès de la ministre de la Cohésion des Territoires et des Relations avec les Collectivités Territoriales, chargé de la ville et du logement ;

Madame Marlène SCHIAPPA, secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations ;

Madame Emmanuelle WARGON, secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de la transition écologique et solidaire ;

Madame Christelle DUBOS, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé ;

Monsieur Mounir MAHJOUBI, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’économie et des finances et du ministre de l’action et des comptes publics ;

Madame Agnès PANNIER-RUNACHER, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances ;

Monsieur Gabriel ATTAL, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education Nationale et de la Jeunesse ;

Monsieur Laurent NUNEZ, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur.


Le Président de la République réunira le Conseil des Ministres, avec l’ensemble des membres du Gouvernement, ce mercredi 17 octobre 2018, à 10 heures.


Source : www.elysee.fr

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181016-communique-remaniement.html
 

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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 04:46

« Ne touchons que d’une main tremblante à des institutions qui sont le socle de la République ! » (Pierre Mazeaud, alors Président du Conseil Constitutionnel, le 3 janvier 2006).



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La Constitution de la Cinquième République a 60 ans ce jeudi 4 octobre 2018. 60 ans, c'est beaucoup en France pour un régime républicain ! Historiquement, seule la Troisième République "bat" la république actuelle, avec presque 70 ans. Dans dix ans, si les gouvernants sont raisonnables et responsables, nous battrons ce record de longévité. Pas de quoi parader : les Américains ont gardé leur Constitution depuis plus de deux cent trente ans !

Chaque campagne présidentielle a été l’occasion de taper sur les institutions. Celle de 2017 n'y a pas coupé. Tous les maux leur sont imputés : la faible qualité du débat politique, la désaffection du "système" (qui se traduisit le 23 avril 2017 par une "double 21 avril"), l’absence de transparence et de démocratie, etc.

Ce mouvement n’est pas nouveau puisque dès la fin des années 1990, Arnaud Montebourg voulait créer une VIe République, thème repris en 2017 par deux candidats qui se marquaient l’un et l’autre, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon.

Sous le vocable "VIe République", d’ailleurs, beaucoup de notions contradictoires peuvent s’y retrouver, si bien qu’il n’est pas évident qu’un consensus national puisse être véritablement trouvé sur un changement en profondeur des institutions. Comme il n’y a pas dix mille solutions, deux idées contradictoires se distinguent : l’une pour tendre vers un régime purement présidentiel (suppression de la fonction de Premier Ministre, suppression du droit de dissolution et de la motion de censure), l’autre pour tendre vers un régime purement parlementaire (suppression de l’élection du Président de la République au suffrage universel direct ou, du moins, suppression de ses pouvoirs au profit d’un Premier Ministre responsable uniquement devant le Parlement).

La première tendance était très à la mode dans les années 1990 et avait des partisans à droite comme à gauche. Au-delà de la fascination qu’inspirent les États-Unis (cette fascination, la plupart en sont revenus avec un système capable de faire élire Donald Trump), cette idée avait pour but de confirmer les prérogatives du Président de la République. Mais on voit bien que la démocratie américaine est capable de générer, bien mieux que la démocratie française, de réels contrepouvoirs puisque Donald Trump a été désavoué au moins deux fois, et probablement d’autres fois à l’avenir (décret anti-immigration et abrogation de l’Obamacare).

La seconde tendance est une sorte de redécouverte de la IVe République : reconfirmer le pouvoir des partis (alors que justement, ceux-ci sont discrédités au point qu'aucun parti gouvernemental n'a été présent au second tour de l’élection présidentielle de 2017), et redonner aux parlementaires leur pouvoir du siècle dernier. Le problème, c’est que sous la Ve République, le régime purement parlementaire a été finalement déjà pratiqué pendant neuf ans, au cours des trois "cohabitations". En on a pu observer que ce n’étaient pas les parlementaires qui avaient repris le pouvoir sur l’Élysée, mais Matignon, donc, toujours le pouvoir exécutif.


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La Ve République est un régime hybride appelé "régime semi-présidentiel" par le constitutionnaliste Maurice Duverger, ou encore "régime parlementaire rationalisé". Il est un mélange des deux tendances constitutionnelles évoquées plus haut et correspond bien à la "mentalité" du peuple français qui aspire, comme tous les peuples, à la démocratie et à la capacité de choisir lui-même ses représentants et la politique nationale, mais aussi qui est, peut-être plus que d’autres peuples, en recherche, en demande de la personne providentielle.

Pour simplifier, dans ce qui suit, je parlerai de "l’homme providentiel" mais cette expression comprend aussi bien sûr l’éventualité d’une "femme providentielle". L’homme providentiel, c’est dans la nature historique d’un pays comme la France qui s’est souvent construit à travers la volonté et la vision de quelques grands "guides" comme Philippe Auguste, Jeanne d’Arc, François Ier, Henri IV, Louis XIV, Napoléon Ier, Napoléon III, Adolphe Thiers, Georges Clemenceau, Philippe Pétain (hélas), et évidemment Charles De Gaulle.

Aujourd’hui, le mythe de l’homme providentiel peut être repris par deux candidats à l’élection présidentielle, et deux seulement : Marine Le Pen, dont la personnalité a attiré un cinquième de l’électorat, et Emmanuel Macron, dont la personnalité, jeune, habile, intelligente et sympathique, a séduit et a été son seul fonds de commerce électoral pendant la campagne présidentielle.

L’itinéraire d’Emmanuel Macron emprunte moins à John Kennedy (sans nouvelles frontières), Jean Lecanuet (dit "les-dents-blanches"), Jean-Jacques Servan-Schreiber ("L’Express" au lieu de BFM-TV), Valéry Giscard d’Estaing (avec les cheveux), François Léotard (sans période au séminaire), Jacques Delors (plus jeune), François Bayrou (en plus libéral), etc., qu’à …Napoléon Ier ou même Napoléon III. En effet, dans les faits, la méthode d’Emmanuel Macron relève plus du bonapartisme que du centrisme : l’agence de publicité et les gourous de la communication ayant pris la place de l’armée et des maréchaux d’Empire. Les premiers mois d'exercice du pouvoir ont confirmé le caractère napoléonien du nouveau Président.

L’élection présidentielle au suffrage universel direct est sans doute la consécration du mythe de l’homme providentiel. Les électeurs attendent un Superman (ou woman) capable de régler tous les problèmes du pays, et évidemment, comme il ne le réussit pas, le Président pourtant toujours "bien" élu se retrouve rapidement impopulaire (François Hollande n’a eu que quatre mois d’état de grâce). C’était aussi la faute des électeurs car ils veulent croire au Père Noël et sont donc forcément déçus au bout du compte. Emmanuel Macron a eu cette grâce jusqu'à l'affaire Benalla en juillet 2018.

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Il n’y a pas beaucoup de De Gaulle ou de Napoléon par siècle, n’en déplaise à Emmanuel Macron (et à Nicolas Sarkozy que Nadine Morano comparait aux deux premiers). Si De Gaulle a voulu l’élection présidentielle au suffrage universel direct, ce n’était pas pour lui-même dont la légitimité historique était incontestable, mais il considérait que ses successeurs n’auraient forcément pas une telle stature historique et que seule l’onction du suffrage populaire pouvait remplacer le sacre des rois et asseoir la légitimité et l’autorité des prochains Présidents de la République.

C'est donc un contre-sens total de croire que les institutions de la Cinquième République auraient été faites sur mesure pour De Gaulle. Non ! De Gaulle n'avait besoin d'aucune légitimité. Quand il a "pris" le pouvoir en août 1944, il n'y avait plus aucunes institutions. Quand il a "pris" le pouvoir en mai-juin 1958, c'était par la Quatrième République pourrie et pas par des institutions à sa grandeur. Car De Gaulle était suffisamment grand tout seul pour avoir son autorité. Mais il a imaginé le manque d'autorité de ses possibles successeurs, surtout face aux pressions des partis qui reprendraient de l'influence. Le sacre au suffrage universel direct donne au Président de la République une légitimité incontestable face aux lobbies de toutes sortes.

Et parce que l’élection présidentielle est en France l’échéance cruciale dans la respiration démocratique, elle est plébiscitée : c’est l’élection qui a le moins d’abstention, autour de 20%, ce qui est faible même dans des périodes de désaffection du politique. Il est donc impossible, politiquement, de retirer aux Français ce droit obtenu par eux grâce à De Gaulle seul face à une classe politique vieillissante, y compris parmi ses amis au point d’avoir provoqué le seul renversement de gouvernement de toute la Ve République.

En réalité, si ces institutions ne sont pas parfaites, elles sont globalement adaptées au comportement politique du peuple français fait à la fois de protestations permanentes et d’attentes quasi-candides, un peuple à la fois rebelle et légitimiste, à la fois insoumis et légaliste.

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Vouloir changer de République, au-delà de la connotation symbolique et de la grosse prétention historique de ceux qui voudraient l’initier, c’est d’abord ouvrir un chantier impossible qui mobiliserait ou plutôt immobiliserait toutes les énergies pendant cinq ans alors que le pays est déjà en difficulté sur au moins deux fronts urgents, la lutte contre le chômage et la lutte contre le terrorisme.

Comme le débat sur l’identité nationale il y a une dizaine d’années qui fut proposé par Nicolas Sarkozy et qui a pollué les priorités nationales, un débat sur une nouvelle constitution polluera les vrais enjeux de la décennie 2020, à savoir comment adapter la France à un monde ouvert, globalisé, sans renoncer ni à son identité ni à sa prospérité ? Or, changer d’institutions ne changera rien sur la capacité de la France à se battre avec des armes économiques et sociales efficaces.

Pire : je considère que la Ve République, éprouvée à plusieurs reprises (motion de censure votée en 1962, alternance en 1981, cohabitation en 1986, absence de majorité absolue en 1988), a montré sa solidité et sa force, et surtout, son efficacité quand il s’agit de permettre le gouvernement. Sous la IVe République, François Mitterrand n’aurait duré que dix-huit mois au pouvoir (soit à peu près comme Léon Blum), et François Hollande même pas dix mois (soit à peu près comme Pierre Mendès France).

Les élections présidentielle et législatives de 2017 ont achevé la démonstration. Après l'alternance (1981), après la cohabitation (1986), il pouvait y avoir l'explosion totale du paysage politique français : un parti à peine né a été capable de prendre complètement le pouvoir, tant gagner l'élection présidentielle (mais une victoire présidentielle pouvait être un "incident", un "hasard" sans lendemain) que remporter une majorité absolue à l'Assemblée Nationale (là, point de hasard, les électeurs ont bel et bien voté pour le parti d'Emmanuel Macron). En clair, cette expérience a donné raison, a posteriori, à la candidature de François Bayrou qui a tellemet fait peur sur son possible manque de majorité parlementaire en cas d'élection. La mécanique institutionnelle est implacable : il aurait eu sa majorité parlementaire. Et attention : en cas d'élection, Marine Le Pen l'aurait eue également.

Le quinquennat avait déjà réduit l’espace présidentiel de deux ans, ce qui rend désormais les décisions présidentielles trop associées aux aléas de l’actualité quotidienne, d’autant plus que les nouvelles habitudes technologiques, les réseaux sociaux, les chaînes de télévision d’information continue, etc. ont encore grossi l’importance de l’immédiateté sur l’analyse de fond sur du long terme.

Dans son blog, Hervé Torchet s’est d’ailleurs amusé à dénoncer la grande supercherie de Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle à vouloir bouleverser les institutions : « Si l’on suit bien M. Mélenchon, il est candidat à inaugurer les chrysanthèmes et expédier les affaires courantes en attendant qu’une assemblée constituante nommée par lui ou élue sur sa convocation (mais selon quel processus aujourd’hui constitutionnel ?) achève la rédaction de la constitution d’une VIe République, que l’on imagine inspirée par un mélange des Soviets et du discours de Robespierre (mais quel Robespierre ? celui d’avant le pouvoir, tout miel, ou celui du pouvoir, tout fiel et tout sang). Malgré cette modeste ambition formelle, M. Mélenchon affiche un programme économique qu’il juge cohérent, ce qui est en soi incohérent, car enfin, veut-il gouverner, ou pas ? Est-il là pour peu de temps en attendant un régime non présidentiel, ou pas ? Tout ceci sent la duperie à plein nez. C’est le brouillard. » (28 mars 2017).

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Toutes les raisons de bouleverser les institutions, parfois bonnes, pourraient trouver des réponses hors d’un tel bouleversement.

Le thème le plus éloquent est par exemple la moralisation de la vie politique. Elle ne s’obtient pas par un changement de constitution. Elle s’obtient d’abord par une classe politique honnête, bien sûr, mais aussi par des règles de déontologie qu’on pose au départ. L’incompréhension de François Fillon à propos des emplois familiaux provient du fait qu’on établit a posteriori une règle (morale puisque juridiquement, rien n’avait été encore proposé, c'est le cas maintenant) et qu’on lui reproche d’avoir fait il y a trente ans ce que toute la classe politique faisait elle aussi. D’ailleurs, François Fillon avait "arrêté" en 2013, comprenant (bien avant d’autres, suivez mon regard vers la place Beauvau pendant la campagne présidentielle, un récent ancien locataire) que cette pratique (pourtant légale) n’était plus moralement acceptable. Or, qui énonce les règles de moralisation des parlementaires ? Les parlementaires eux-mêmes : c’est le règlement de chacune des assemblées qui encadre tout ce qui peut être considéré comme abusif ou, au contraire, correct. Ces règles de déontologie doivent évidemment s’adapter aux temps, cela a déjà commencé (comme l’enveloppe des parlementaires pour leur circonscription), mais cela doit être poursuivi avec un effort de transparence supplémentaire. D'ailleurs, la loi de moralisation politique que la nouvelle majorité a adoptée en été 2017 n'a pas empêché l'éclosion de nouvelles affaires politico-financières. Quelle que soi la loi, il existera toujours des hors-la-loi !

Parmi les autres sujets qui justifieraient un supposé changement de constitution, il y en aurait deux importants.

Le premier est la capacité des citoyens à provoquer un référendum. La révision du 23 juillet 2008 a ouvert une porte qu’il faudrait sans doute élargir, mais pas trop : 450 000 (Benoît Hamon) ou 500 000 (Marine Le Pen), c’est trop peu comme seuil de déclenchement d’un référendum. La procédure doit rester peu fréquente et sur des sujets bien précis et importants, avec une question dont il faudrait définir les règles de rédaction. 500 000 signatures, cela correspondrait à 1% du corps électoral, c’est bien trop peu pour un pays qui compte près de 70 millions d’habitants. Rien n’empêche cependant d’ouvrir un peu plus la porte actuelle, en assouplissant les conditions imposées en 2008, sans pour autant changer de République.

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Le second est à mon sens le plus important, c’est la capacité de contrôle du parlement sur le gouvernement. Je l’ai expliqué plus haut, Donald Trump a beaucoup moins de pouvoirs que le Président français et il a été désapprouvé par les membres de son propre parti au Congrès. En France, on imagine que le Président est le chef suprême de tous les députés de la majorité et il leur faudrait un courage inouï (et une capacité de se faire réélire sans investiture de leur parti) pour oser s’opposer à ce chef.

Là encore, la révision du 23 juillet 2008 a ouvert une (faible) brèche sur les nominations du Président de la République qui ne doivent pas être invalidées par les commissions parlementaires. On pourrait renforcer le rôle des parlementaires dans ce sens (au lieu de ne pas être invalidées, que les nominations soient validées). Et plus généralement, renforcer la fonction de contrôle des parlementaires, leur permettre de créer des commissions d’enquête sur simple demande d’un dixième des membres et pas la moitié, etc. La proposition formulée par Raymond Barre en 1988 me paraît, elle aussi, d’actualité : faire désigner un Ministre de la Justice pour cinq ans, par vote au Parlement, lui donnant une véritable indépendance par rapport à l’Élysée, tout en ayant une légitimité démocratique car parlementaire.

La démarche du gouvernement actuel de vouloir réformer les institutions me paraît très contestable. Si l'intention de ne pas changer l'esprit des institutions reste louable, les projets du gouvernement, s'ils venaient à être adoptés, risqueraient de réduire, au lieu de renforcer, les pouvoirs du Parlement (malgré les incantations). Ce serait une très mauvaise chose pour la démocratie, et à commencer par la réduction du nombre des parlementaires, leur limitation dans le temps et la mise en place d'un mode de scrutin qui serait un vrai scandale pour la représentativité  du peupe français. Le pouvoir exécutif a toujours rêvé de restreindre ses interlocuteurs parlementaires, en avoir moins, moins expérimentés et mal élus (élus encore plus directement par le choix présidentiel), mais jamais il n'avais osé, jusqu'en 2017, projeter de réaliser un tel rêve.

Le meilleur défenseur de la Ve République a probablement été François Mitterrand qui, malgré les attaques incessantes contre De Gaulle et sa pratique supposée solitaire du pouvoir ("Le Coup d’État permanent", 1964), avait adopté la pratique de ce régime présidentialiste dès 1971 à la tête du parti socialiste avant de diriger le pays lui-même d’une main de fer bien plus solitaire que ses prédécesseurs. Le quinquennat et la concomitance des élections présidentielle et législatives ont renforcé le poids de l’Élysée dans la manière de gouverner depuis 2007.

Dans un film, les acteurs sont plus importants que la marque de la pellicule. Ce sont les acteurs qui impriment les institutions. La IIIe République avait réussi à sécréter un Père la Victoire en 1917, mais les acteurs ont failli à la guerre suivante en se jetant dans les bras de Pétain. La Ve République n’était pas taillée pour De Gaulle mais pour ce peuple français à la fois persifleur et ambitieux. Elle a même permi l’éclosion de nouveaux mouvements politiques et est suffisamment forte pour ne pas voir la souveraineté populaire trop se diluer dans ses délégations européennes.

Au lieu de vouloir ouvrir une boîte de Pandore, préservons au contraire, jalousement et précieusement, cette République qui a été la seule force de stabilité de la France depuis la fin des Trente Glorieuses et qui a permis de garder la cohésion nationale malgré la grave crise économique et morale qui l’a atteinte depuis une trentaine d’années. Cela n’empêche pas son adaptation aux temps modernes qui demandent plus de transparence et plus de contrepouvoirs, mais ces adaptations superficielles ne doivent pas immobiliser les énergies dans des discussions stériles. L’essentiel reste prioritairement de mettre toutes les forces nationales au service de l’emploi et de la sécurité des gens. Il ne faut pas un débat national sur comment changer les institutions mais comment lutter efficacement contre le chômage et contre le terrorisme. Il ne faut pas se tromper d’enjeu.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Il faut défendre les institutions de la Ve République.
Réforme Macron des institutions (6) : le mystérieux rapport sur le scrutin proportionnel.
Réforme Macron des institutions (5) : l’impossible principe de proportionnalité démographique de la représentation démocratique.
Exemplaire et inaltérable, la République ?
Réforme Macron des institutions (4) : la totalité du projet gouvernemental.
Réforme Macron des institutions (3) : réduire le Parlement ?
Réforme Macron des institutions (2) : le projet de loi constitutionnelle.
Réforme Macron des institutions (1) : les grandes lignes.
Non à la représentation proportionnelle aux élections législatives !
Non à la suppression des professions de foi !
Protégeons la Ve République !
Faut-il supprimer l’élection présidentielle au suffrage universel direct ?
50 ans de Ve République (en 2008).
160 ans d’élection présidentielle (en 2008).
10 ans de quinquennat (en 2010).
La cohabitation.
Le scrutin proportionnel.
La révision du 23 juillet 2008.
Les nominations présidentielles.
Quelques idées reçues sur le gaullisme.
Autorité et liberté.

_yartiVeRepublique08



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181004-cinquieme-republique.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/cinquieme-republique-pour-ses-60-208199

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/03/36705316.html




 

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21 septembre 2018 5 21 /09 /septembre /2018 00:25

L'ancien adjoint au chef de cabinet du Président de la République Alexandre Benalla est venu répondre aux interrogations de la commission d'enquête sénatoriale sur l'affaire Benalla le mercredi 19 septembre 2018 à 8 heures 30.

Cliquer sur le lien pour télécharger la vidéo (fichier .mp4) :
http://videos.senat.fr/senat/2018/09/encoder3_20180919074609_2_3800000_13378000.mp4

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180919-alexandre-benalla.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180919-video-benalla-senat.html


 

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18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 04:40

« Notre caractère est déterminé par l’absence de certaines expériences plus encore que par celles que l’on fait. » (Nietzsche, 1878).


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C’est à la rentrée parlementaire, le mercredi 12 septembre 2018 à 18 heures 20, que le nouveau Président de l’Assemblée Nationale a été élu par les députés en séance publique. Il s'agissait de prendre la succession de François de Rugy, nommé ministre le 4 septembre 2018 en remplacement de Nicolas Hulot. Ce petit jeu de chaises musicales a fait un heureux, l’ancien président du groupe LREM à l’Assemblée Nationale, Richard Ferrand, le candidat favori au perchoir.

Sans surprise, Richard Ferrand a été élu dès le premier tour. Mais il y a une surprise dans la non-surprise : des dizaines de députés LREM n'ont pas voulu lui faire confiance ! En effet, Richard Ferrand n'a reçu que 254 voix. C'était un peu au-dessus de la majorité absolue des suffrages exprimés (juste 11 de plus, car il y avait 484 suffrages exprimés), mais moins de la moitié du nombre total de députés. Beaucoup ont d'ailleurs boudé le scrutin. Sur le 577 députés, seulement 505 ont voté dont 21 blanc ou nul. C'est d'autant plus surprenant qu'il y aurait eu 285 députés LREM présents au scrutin sur les 312 que compte le groupe, si bien que des députés LREM ont voté pour un autre candidat.

Et c'était probablement en faveur du candidat du MoDem, Marc Fesneau, qui a obtenu (là aussi, c'était une grande surprise), 86 voix, alors que le groupe du MoDem ne compte que 46 membres. Même en comptabilisant les 31 membres du groupe UDI, cela n'atteint pas les 86 voix : des voix LREM, voire LR (qui n'a pas fait le plein) ont pu compléter. Les autres candidats étaient les suivants : Annie Genevard (LR) avec 95 voix (son groupe en compte 103), Ericka Bereigt (PS) avec 31 voix (1 de plus que l'effectif de son groupe) et enfin, Mathilde Panot (FI) avec 17 voix.

Cette mauvaise élection, du bout des lèvres, Richard Ferrand la devait probablement à sa manière de régenter, enrégimenter, caporaliser son groupe durant la première année de la législature. Mais aussi à une épée de Damoclès : son affaire judificaire a été délocalisée et il risque une mise en examen. Pas très "exemplaire". Que faire dans un tel cas ? démissionner ou se maintenir au risque d'affaiblir le pouvoir actuel et le parti majoritaire ?

Raison de plus pour rester humble dans cette fonction. Préparée à l'avance (et lisible ici dans son intégralité), l'allocution de Richard Ferrand après sa montée au perchoir fut plutôt bien tournée :  « C'est avec une profonde humilité, mêlée de gravité, que je me suis présenté à vos suffrages. (...) J'ai parfaitement conscience que mon élection est plus le fruit de réalités politiques majoritaires que l'issue d'une compétition de talents. ».

Puis, il a exprimé une véritable profession de foi politique : « La foi en l'avenir est une impérieuse nécessité face aux crispations du monde, à l'accélération des transitions et aux bouleversements qui génèrent doutes, guerres, souffrances, mais qui offrent aussi tant d'opportunités. Ce qui nous porte toutes et tous, je le sais, c'est la volonté de défendre une certaine idée de l'intérêt général et une conception du progrès et de la solidarité dans notre vie en société. Soyez certains, mes chers collègues, que je serai garant de cette pluralité de convictions et d'actions. (...) Je suis fondamentalement attaché à des valeurs simples : le travail, la loyauté, le sens de l'honneur et le respect de la parole donné. Ce sont là, à mes yeux, les traductions concrètes, effectives, dans la vie, de notre devise, liberté, égalité, fraternité (...). Notre institution est sacrée, et je veillerai de toute mon énergie à sa vigueur comme au respect qu'elle appelle, sans lesquels notre République serait mise à mal. Nos débats sont souvent passionnés, et nos comportements, généraux d'enthousiasme, disons-le ainsi. Veillons ensemble à ce que les passions légitimes qui nous animent ne dégradent pas l'idée que nos compatriotes peuvent se faire de nous collectivement. Veillons à ce que la pertinence soit toujours mieux entendue que la seule impertinence. Cherchons ensemble à éclairer plutôt qu'à briller, afin que le législateur que nous sommes trouve toujours ce qui répond le mieux à l'intérêt général. » (12 septembre 2018).

Revenons maintenant à la primaire qui a conduit à l'élection de Richard Ferrand. Auparavant, lors de leur réunion en séminaire à Tours le 10 septembre 2018, les 310 députés du groupe LREM ont désigné leur candidat. Comme ils ont la majorité absolue au Palais-Bourbon, leur choix allait être nécessairement le choix de l’ensemble des députés. Quatre candidats étaient en lice dont le favori, Richard Ferrand, qui a obtenu 187 voix sur 299 votants et 291 exprimés. Une victoire large mais, là non plus, pas un plébiscite unanime (moins des deux tiers). Si deux candidats ne représentaient qu’eux-mêmes (Philippe Folliot 4 voix et Cendra Motin 15 voix), la candidature de l’ancienne ministre écologiste Barbara Pompili, actuelle présidente de la commission pour le développement durable, a obtenu 85 voix, ce qui est notable.

Mais dès lors que la redoutable présidente de la commission des lois, Yaël Braun-Pivet, furtive candidate, a renoncé à se présenter le jour même de sa déclaration de candidature, le 6 septembre 2018, après avoir qualifié Richard Ferrand de représentant de "l’ancien monde", renoncement après un coup de téléphone de Matignon ou de l’Élysée, il n’y avait plus beaucoup de suspens.

Comme je l’ai évoqué précédemment, le pouvoir actuel a raté l’occasion d’une véritable ouverture politique, celle d’installer au perchoir une femme pour la première fois dans l’histoire de la République. Mais encore fallait-il que ce ne fût pas la seule qualité du nouveau locataire de l’Hôtel de Lassay !

Ainsi, la campagne interne de Barbara Pompili était assez désastreuse puisque son seul argument était d’être une femme. Or, si effectivement, elle est bien une femme, c’était un peu court politiquement pour oser espérer s’imposer et devenir le quatrième personnage de l’État (désolé pour le masculin).

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Et comme représentante de "l’ancien monde", Barbara Pompili était bien placée avec ses multiples retournements de veste : coprésidente du groupe des écologistes en 2012, sous-ministre socialiste en 2016 et députée En Marche en 2017, elle représente exactement ce que les électeurs détestent, l’arrivisme, ici dans sa version pseudo-écologiste comparable à celle de Jean-Vincent Placé (qui vient d'être condamné pour violences le 10 septembre 2018 à trois mois de prison avec sursis) et François de Rugy (ce dernier étant le champion puisqu’il a été candidat à la candidature socialiste à l’élection présidentielle !).

On peut regretter raisonnablement l’absence, au sein du groupe des députés LREM, de femmes d’État d’expérience qui auraient eu vocation à être Présidente de l’Assemblée Nationale, de la carrure d’une Simone Veil, d’une Michèle Alliot-Marie, d’une Ségolène Royal ou même d’une Christiane Taubira. Mais c’est la caractéristique de tout nouveau parti politique. Rien n’empêche que la fonction crée la personne qui l’occupe, si le "casting" est bon. Ce ne fut pas le cas de François de Rugy. Espérons le contraire pour Richard Ferrand.

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En ce sens, Richard Ferrand a été le choix la plus "juste" des engagements présidentiels et il a eu raison de dire le 10 septembre 2018 qu’il n’était pas un "chouchou" et qu’il a été normalement élu par des députés LREM eux aussi légitimes. Ce procès en favoritisme pourrait être fait pour quasiment tous ses prédécesseurs.

Rappelons par exemple l’élection au perchoir de 1978, au pire moment du conflit chiraco-giscardien. Edgar Faure, ancien radical et donc centriste, Président sortant (élu en 1973), a voulu se faire reconduire. Il a été activement soutenu par le RPR de Jacques Chirac (Edgar Faure avait été nommé ministre par les gaullistes). Pour éviter la victoire du RPR, les giscardiens de l’UDF centriste (parti tout nouveau) ont soutenu au contraire Jacques Chaban-Delmas, pourtant baron gaulliste (adversaire présidentiel de Valéry Giscard d’Estaing en 1974, mais "bête noire" récurrente de Jacques Chirac). Résultat, Jacques Chaban-Delmas, dont la légitimité historique était déjà acquise, fut élu à fronts renversés !

Richard Ferrand, qui n’est député (breton) que depuis juin 2012 (élu avec la photo de François Hollande sur l’affiche), est plutôt dans le cas de Bernard Accoyer. Ce dernier fut président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale lors du dernier mandat de Jacques Chirac puis Président de l’Assemblée Nationale lors du mandat de Nicolas Sarkozy (et fut désigné secrétaire général de LR après la désignation de François Fillon lors la primaire LR de novembre 2016).

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Après avoir été socialiste, Richard Ferrand a sympathisé avec Emmanuel Macron, alors Ministre de l’Économie, en étant rapporteur de la loi Macron. Richard Ferrand fut même le premier député à avoir cru en la démarche présidentielle d’Emmanuel Macron. En 2016, il fut le secrétaire général du mouvement En Marche pour organiser la campagne présidentielle et, après un court passage dans un ministère (écarté à cause d’une affaire judiciaire), il a pris en main en juin 2017 le pléthorique groupe des députés LREM, pour la plupart novices non seulement du Palais-Bourbon mais aussi de l’engagement politique en général.

Cette fonction de président du groupe LREM, actuellement vacante, va d'ailleurs faire l'objet d'un vote ce mardi 18 septembre 2018. Dix candidats sont sur les rangs (ils avaient jusqu'au soir du 13 septembre 2018 pour se déclarer) : Amélie de Montchalin, Gilles Le Gendre, Brigitte Bourguignon, Roland Lescure, Gabriel Attal, Laetitia Avia, Bruno Bonell, Jean-Charles Colas-Roy, Perrine Goulet et Rémy Rebeyrotte (Bruno Bonell et Gabriel Attal ont renoncé à leur candidature le 17 septembre 2018).

Parmi les responsabilités qu’avait assumées Richard Ferrand jusqu’à maintenant, il y avait aussi le poste déterminant de rapporteur général de la réforme des institutions. Vu la difficulté des débats parlementaires sur cette réforme très mal engagée en juillet 2018, son successeur à ce rôle essentiel aura une responsabilité très forte dans le dispositif du gouvernement actuel.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Allocution de Richard Ferrand lors de son élection au perchoir le 12 septembe 2018.
Richard Ferrand, l’adjudant-chef promu humble maréchal.
Résultat de l'élection du nouveau Président de l'Assemblée Nationale du 12 septembre 2018.
Richard Ferrand, candidat favori au perchoir.
Il faut une femme au perchoir !
Emmanuel Macron.
Édouard Philippe.
Nicolas Hulot.
Christophe Castaner.
La XVe législature.
Richard Ferrand et son affaire.
François de Rugy.
Claude Bartolone.
Patrick Ollier.
Jean-Louis Debré.
Raymond Forni.
Laurent Fabius.
Philippe Séguin.
Henri Emmanuelli.
Jacques Chaban-Delmas.
Edgar Faure.
Édouard Herriot.
Vincent Auriol.
Paul Painlevé.
Léon Gambetta.

_yartiFerrandRichardB03


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180913-richard-ferrand.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/richard-ferrand-l-adjudant-chef-207589

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/09/18/36702557.html


 

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12 septembre 2018 3 12 /09 /septembre /2018 19:01

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180913-richard-ferrand.html


Allocution de Richard Ferrand, élu Président de l'Assemblée Nationale, le 12 septembre 2018 au Palais-Bourbon à Paris (ainsi que retranscription de la séance publique associée).

Suspension et reprise de la séance

Mme la présidente. La séance est suspendue.

(La séance, suspendue à dix-sept heures trente, est reprise à dix-huit heures vingt.)

Mme la présidente. La séance est reprise.

Mes chers collègues, voici le résultat du scrutin pour l’élection du président de l’Assemblée nationale.

Nombre de votants : 505
Bulletins blancs ou nuls : 21
Nombre de suffrages exprimés : 484
Majorité absolue : 243

Ont obtenu :

M. Richard Ferrand : 254 voix (Mmes et MM. les députés du groupe LaREM se lèvent et applaudissent longuement, de même que de nombreux députés du groupe MODEM.)

M. Pierre Cordier. Pas terrible !

Mme la présidente. Mme Annie Genevard : 95 voix (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)

M. Marc Fesneau : 86 voix (Mmes et MM. les députés du groupe MODEM se lèvent et applaudissent longuement, de même que plusieurs députés du groupe LaREM. – Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir et sur quelques bancs du groupe LR.)

Mme Ericka Bareigts : 31 voix (Applaudissements sur les bancs du groupe Socialistes et sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)

Mme Mathilde Panot : 17 voix (Applaudissements sur les bancs du groupe FI, sur plusieurs bancs des groupes Socialistes et apparentés et GDR ainsi que sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)

Autre : 1 voix

M. Richard Ferrand ayant obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés, je le proclame président de l’Assemblée nationale et je l’invite à prendre place au fauteuil présidentiel. (Mmes et MM. les députés des groupes LaREM et MODEM se lèvent et applaudissent longuement. – Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LR, UDI-Agir, Socialistes et GDR.)

M. Pierre Cordier. Petite majorité ! (Nombreuses exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)

Plusieurs députés du groupe LaREM. Jaloux !

M. Jacques Marilossian. Petite réflexion surtout !

(À dix-huit heures vingt-cinq, M. Richard Ferrand remplace Mme Carole Bureau-Bonnard au fauteuil de la présidence.)
Présidence de M. Richard Ferrand

M. le président. Monsieur le Premier ministre, monsieur le secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, madame et messieurs les présidents de groupe, mes chers collègues, c’est avec une profonde humilité, mêlée de gravité, que je me suis présenté à vos suffrages. C’est avec la même émotion que je m’adresse à vous au moment où vous me faites l’honneur de me confier la charge de présider nos travaux et notre institution. Notre assemblée, première et plus ancienne institution démocratique dont s’est doté notre pays, est indissociable des principes universels des droits de l’homme fondés par les immortels de la Révolution française.

Je suis un enfant de la campagne aveyronnaise, devenu Parisien une décennie, puis Breton d’adoption, dans le sillon de Kofi Yamgnane, ancien secrétaire d’État de François Mitterrand et mon prédécesseur dans ma circonscription d’élection. Je ne savais pas alors que tout commencerait en Finistère, ce bout du monde où je me suis enraciné. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Je n’avais pas programmé de me trouver un jour dans de telles circonstances, devant vous, députés de la nation, issus de tous les territoires et de toutes les familles de pensée. Et c’est avec un égal respect que je salue Annie Genevard, Ericka Bareigts, Mathilde Panot et Marc Fesneau, en leur disant que j’ai parfaitement conscience que mon élection est plus le fruit de réalités politiques majoritaires que l’issue d’une compétition de talents. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LR, Socialistes et apparentés et GDR.)

En ce moment qui touche au plus profond le fidèle amoureux de la République que je suis, les joies comme les peines de la vie envahissent l’esprit et fabriquent une forme inédite d’émotion intérieure. Accéder au « perchoir », comme on dit, résulte d’une élection. Se hisser à la dignité et à l’exigence de la fonction relève d’un défi singulier, que je m’attacherai à relever. Là où je suis à cet instant me viennent à l’esprit la hauteur de vue de Jean-Louis Debré, le verbe ample et généreux de Philippe Séguin, la force de conviction de Louis Mermaz et d’Henri Emmanuelli, comme la passion républicaine de Claude Bartolone. Et comment ne pas saluer Laurent Fabius, qui préside au respect de notre Constitution, et François de Rugy, placé face aux enjeux vitaux de sauvegarde de notre planète ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe MODEM.)

J’ai parlé de « gravité » au commencement de mon propos parce qu’au-delà des sentiments, il y a la vie politique, qui donne à ce moment une intensité particulière. Chacune et chacun d’entre nous est ici par la confiance que le peuple français a placée en lui. Chacun, ici, représente à égalité la nation, et c’est pour moi un honneur tout particulier d’avoir reçu la confiance des représentants de la nation.

La foi en l’avenir est une impérieuse nécessité face aux crispations du monde, à l’accélération des transitions et aux bouleversements qui génèrent doutes, guerres, souffrances, mais qui offrent aussi tant d’opportunités. Ce qui nous porte toutes et tous, je le sais, c’est la volonté de défendre une certaine idée de l’intérêt général et une conception du progrès et de la solidarité dans notre vie en société. Soyez certains, mes chers collègues, que je serai garant de cette pluralité de convictions et d’actions. Ne doutez pas, madame la présidente Valérie Rabault, messieurs les présidents Christian Jacob, Marc Fesneau, Franck Riester et Jean-Christophe Lagarde, Jean-Luc Mélenchon et André Chassaigne, de mon estime personnelle et de ma détermination à faire vivre les expressions démocratiques dans cet hémicycle. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir ainsi que sur quelques bancs des groupes LR, Socialistes et apparentés et GDR.)

Je suis fondamentalement attaché à des valeurs simples : le travail, la loyauté, le sens de l’honneur et le respect de la parole donnée. Ce sont là, à mes yeux, les traductions concrètes, effectives, dans la vie, de notre devise, « Liberté, égalité, fraternité » : liberté que rien ne peut entraver et que seule la loi peut encadrer, dans le respect de notre Constitution ; égalité qui donne à chaque citoyen le droit et les moyens de réussir sa vie, égalité entre les femmes et les hommes, qui implique qu’aucun citoyen ne soit entravé du fait de son sexe ; fraternité dans le rassemblement républicain. Rappelons aussi notre indéfectible attachement à la laïcité, qui garantit cette liberté intime et intérieure de croire ou de ne pas croire, et qui garantit la liberté des consciences comme la liberté des croyances, dans le strict respect des uns et des autres. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs des groupes MODEM et UDI-Agir.)

Mme Cécile Untermaier. Très bien !

M. le président. Notre institution est sacrée, et je veillerai de toute mon énergie à sa vigueur comme au respect qu’elle appelle, sans lesquels notre République serait mise à mal. Nos débats sont souvent passionnés, et nos comportements, généreux d’enthousiasme – disons-le ainsi. (Sourires.)

M. Pierre Cordier. C’est joliment dit !

M. le président. Veillons ensemble à ce que les passions légitimes qui nous animent ne dégradent pas l’idée que nos compatriotes peuvent se faire de nous collectivement. Veillons à ce que la pertinence soit toujours mieux entendue que la seule impertinence. Cherchons ensemble à éclairer plutôt qu’à briller, afin que le législateur que nous sommes trouve toujours ce qui répond le mieux à l’intérêt général. Nous savons tous que nous devons renforcer encore la confiance de nos compatriotes dans notre assemblée, non pas en nous justifiant en permanence sur telle rumeur ou telle caricature dont on connaît la violence, mais en faisant connaître la réalité du travail effectué et partagé, et surtout sa fécondité.

Au fond, nos compatriotes veulent comprendre pourquoi un gouvernement et une majorité portent tel projet, tiennent tel cap, et pourquoi tel groupe s’y oppose, tous légitimement, au nom de leur propre conception de l’intérêt général. Loin des arguties et des ergotages, nos débats doivent mettre en lumière, précisément, les réponses différentes que peuvent apporter les parlementaires à des questions concrètes. Comment doit-on produire et consommer aujourd’hui ? Comment va-t-on pouvoir se soigner, se loger, se transporter ? Comment raffermir le pacte républicain, reconquérir la promesse républicaine qui cimente notre société ? Autant d’interrogations qui, en vérité, font notre quotidien sans que cela soit toujours véritablement perçu, tandis que polémiques enflammées et joutes oratoires donnent l’impression de prendre le pas sur la réelle profondeur des débats.

Nous devons ensemble nous attacher à mieux faire connaître et à mieux partager ce que nous faisons ici tous ensemble, en persévérant dans la modernisation de notre institution. Mieux co-construire nos politiques publiques, évaluer en amont et en aval les textes proposés puis adoptés, privilégier les débats de fond, veiller à la séparation des pouvoirs, dans le strict respect des prérogatives du Parlement, faciliter le travail des députés : ce sont là les engagements que je prends devant vous. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir, sur plusieurs bancs du groupe LR et sur quelques bancs du groupe Socialistes et apparentés.)

La rénovation de notre règlement intérieur, sans attendre l’aboutissement de la réforme constitutionnelle, sera l’un des grands chantiers auxquels je souhaite associer tous les groupes et leurs présidents.

Mes chers collègues, notre assemblée est belle. Elle est belle parce que, tous ensemble, nous sommes la diversité de la France. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LR et GDR.) Elle est belle parce que nous sommes des citoyens engagés, qui portons avec ferveur le désir de servir notre peuple et notre pays. Notre assemblée est belle quand elle se saisit de ce qui fera la vie des générations futures. Notre assemblée est belle quand elle s’engage pour l’Europe, espace de paix qui rompt avec la malédiction des siècles passés. Notre assemblée est belle quand elle débat et embrasse des sujets qui dépassent de loin le seul champ de la législation nationale. Notre assemblée est belle quand elle travaille à donner les moyens à chacun de nos compatriotes de maîtriser son destin et de ne pas subir les seules évolutions du monde ou du marché. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

Faire vivre notre devise nationale, c’est considérer qu’il n’y a pas de fatalité liée aux déterminismes sociaux – j’en porte témoignage. Je veux ici dire en particulier à tous les enseignants, à tous les professeurs de France que la République et l’Assemblée nationale les aiment et leur ont confié la plus belle des missions : émanciper par l’instruction et la bienveillance chaque enfant de France. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs des groupes MODEM, UDI-Agir et Socialistes.) Il faut qu’ils sachent, car nous ne l’exprimons que trop rarement, que tout républicain sait ce que notre pays leur doit, hier comme aujourd’hui. Ils sont les républicains en première ligne, qui permettent l’éveil des consciences, qui rendent aptes aux rencontres et aux opportunités de l’existence.

Aux enfants, aux jeunes, je veux dire que la France est terre d’espoir pour chacun d’entre eux, et que nous sommes là pour leur ouvrir les chemins qu’il leur reviendra de choisir avec l’énergie de leur jeunesse.

Plus personnellement, je veux exprimer une pensée pour tous ceux qui m’ont fidèlement accompagné dans les différentes étapes qui m’ont conduit ici. Ils se reconnaîtront, à commencer par celle qui partage ma vie et, bien sûr, mes enfants. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Ils se reconnaîtront là où ils sont, ceux qui m’ont jadis tant appris, tant donné, et ceux, toujours là, qui me donnent, encore et encore, soutien et énergie.

Permettez-moi, à ce stade, d’évoquer aussi le souvenir d’une amie, notre regrettée collègue Corinne Erhel, trop rapidement arrachée à notre affection, ainsi que le souvenir de mon compagnon de route et collaborateur Hervé Clabon, qui nous a quittés la semaine dernière. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LR, Socialistes et apparentés et GDR.)

Permettez-moi enfin de vous dire que je ne renoncerai à rien pour servir avec dévouement et détermination la responsabilité que vous m’avez confiée, pleinement conscient, comme me l’ont enseigné mes maîtres, que c’est notre honneur d’œuvrer pour une tâche dont nous ne verrons jamais le plein accomplissement. Je vous remercie. (Mmes et MM. les députés des groupes LaREM et MODEM ainsi que MM. les membres du Gouvernement se lèvent et applaudissent longuement. – Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir et sur plusieurs bancs des groupes LR, Socialistes et apparentés et GDR.)
Suspension et reprise de la séance

M. le président. La séance est suspendue.

(La séance, suspendue à dix-huit heures quarante, est reprise à dix-huit heures cinquante-cinq, sous la présidence de M. Hugues Renson.)


Source : Assemblée Nationale.

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180912-discours-richard-ferrand.html

 

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12 septembre 2018 3 12 /09 /septembre /2018 18:25

Les députés ont élu leur nouveau Président ce mercredi 12 septembre 2018.

Richard Ferrand a été élu Président de l'Assemblée Nationale le 12 septembre 2018 à 18h30.

Inscrits : 576 voix.
Votants : 
Exprimés : 484 voix.
Majorité absolue : 243 voix.

Richard Ferrand (LREM) : 254 voix (élu au premier tour)
Annie Genevard (LR) : 95 voix.
Marc Fesneau (MoDem) : 86 voix
Ericka Bareigts (PS) : 31 voix.
Mathilde Panot (FI) : 17 voix.



Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180912-richard-ferrand.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180912-resultats-election-perchoir.html

 

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12 septembre 2018 3 12 /09 /septembre /2018 04:26

« Notre caractère est déterminé par l’absence de certaines expériences plus encore que par celles que l’on fait. » (Nietzsche, 1878).


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C’est ce mercredi 12 septembre 2018 à 15 heures, pour la rentrée parlementaire, que le nouveau Président de l’Assemblée Nationale sera élu par les députés en séance publique, pour prendre la succession de François de Rugy, nommé ministre le 4 septembre 2018 en remplacement de Nicolas Hulot. Ce petit jeu de chaises musicales a fait un heureux, l’actuel président du groupe LREM à l’Assemblée Nationale, Richard Ferrand, qui a une grande probabilité d’être élu au perchoir.

En effet, lors de leur réunion en séminaire à Tours le 10 septembre 2018, les 310 députés du groupe LREM ont désigné leur candidat. Comme ils ont la majorité absolue au Palais-Bourbon, leur choix sera nécessairement le choix de l’ensemble des députés. Quatre candidats étaient en lice dont le favori, Richard Ferrand, qui a obtenu 187 voix sur 299 votants et 291 exprimés. Une victoire large mais pas un plébiscite unanime (moins des deux tiers). Si deux candidats ne représentaient qu’eux-mêmes (Philippe Folliot 4 voix et Cendra Motin 15 voix), la candidature de l’ancienne ministre écologiste Barbara Pompili, actuelle présidente de la commission pour le développement durable, a obtenu 85 voix, ce qui est notable.

Mais dès lors que la redoutable présidente de la commission des lois, Yaël Braun-Pivet, furtive candidate, a renoncé le jour même de sa candidature, le 6 septembre 2018, après avoir qualifié Richard Ferrand de représentant de "l’ancien monde", renoncement après un coup de téléphone de Matignon ou de l’Élysée, il n’y avait plus beaucoup de suspens.

Comme je l’ai évoqué précédemment, le pouvoir actuel a raté l’occasion d’une véritable ouverture politique, celle d’installer au perchoir une femme pour la première fois dans l’histoire de la République. Mais encore fallait-il que ce ne fût pas la seule qualité du prochain locataire de l’Hôtel de Lassay !

Ainsi, la campagne interne de Barbara Pompili était assez désastreuse puisque son seul argument était d’être une femme. Or, si effectivement, elle est bien une femme, c’était un peu court politiquement pour oser espérer s’imposer et devenir le quatrième personnage de l’État (désolé pour le masculin).

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Et comme représentante de "l’ancien monde", Barbara Pompili était bien placée avec ses multiples retournements de veste : coprésidente du groupe des écologistes en 2012, sous-ministre socialiste en 2016 et députée En Marche en 2017, elle représente exactement ce que les électeurs détestent, l’arrivisme, ici dans sa version pseudo-écologiste comparable à celle de Jean-Vincent Placé (qui vient d'être condamné pour violences le 10 septembre 2018 à trois mois de prison avec sursis) et François de Rugy (ce dernier étant le champion puisqu’il a été candidat à la candidature socialiste à l’élection présidentielle !).

On peut regretter raisonnablement l’absence, au sein du groupe des députés LREM, de femmes d’État d’expérience qui auraient eu vocation à être Présidente de l’Assemblée Nationale, de la carrure d’une Simone Veil, d’une Michèle Alliot-Marie, d’une Ségolène Royal ou même d’une Christiane Taubira. Mais c’est la caractéristique de tout nouveau parti politique. Rien n’empêche que la fonction crée la personne qui l’occupe, si le "casting" est bon. Ce ne fut pas le cas de François de Rugy. Espérons le contraire pour Richard Ferrand.

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En ce sens, Richard Ferrand est l’hypothèse la plus "juste" des engagements présidentiels et il a eu raison de dire qu’il n’était pas un "chouchou" et qu’il a été normalement élu par des députés eux aussi légitimes. Ce procès en favoritisme pourrait être fait pour quasiment tous ses prédécesseurs.

Rappelons par exemple l’élection au perchoir de 1978, au pire moment du conflit chiraco-giscardien. Edgar Faure, ancien radical et donc centriste, Président sortant (élu en 1973), a voulu se faire reconduire. Il a été activement soutenu par le RPR de Jacques Chirac (Edgar Faure avait été nommé ministre par les gaullistes). Pour éviter la victoire du RPR, les giscardiens de l’UDF centriste (parti tout nouveau) ont soutenu au contraire Jacques Chaban-Delmas, pourtant baron gaulliste (adversaire présidentiel de Valéry Giscard d’Estaing en 1974 et opposant récurrent de Jacques Chirac). Résultat, Jacques Chaban-Delmas, dont la légitimité historique était déjà acquise, fut élu à fronts renversés !

Richard Ferrand, qui n’est député (breton) que depuis juin 2012 (élu avec la photo de François Hollande sur l’affiche), est plutôt dans le cas de Bernard Accoyer. Ce dernier fut président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale lors du mandat de Jacques Chirac puis Président de l’Assemblée Nationale lors du mandat de Nicolas Sarkozy (et fut désigné secrétaire général de LR après la désignation de François Fillon lors la primaire LR de novembre 2016).

Après avoir été socialiste, Richard Ferrand a sympathisé avec Emmanuel Macron, alors Ministre de l’Économie, en étant rapporteur de la loi Macron. Richard Ferrand fut même le premier député à croire en la démarche présidentielle d’Emmanuel Macron. En 2016, il fut le secrétaire général du mouvement En Marche pour organiser la campagne présidentielle et, après un court passage dans un ministère (écarté à cause d’une affaire judiciaire), il a pris en main en juin 2017 le pléthorique groupe des députés LREM, pour la plupart novices non seulement du Palais-Bourbon mais aussi de l’engagement politique en général. Cette fonction de président du groupe LREM sera donc probablement vacante dans quelques heures.

Parmi les responsabilités qu’avait assumées Richard Ferrand jusqu’à maintenant, il y avait aussi le poste déterminant de rapporteur général de la réforme des institutions. Vu la difficulté des débats parlementaires sur cette réforme très mal engagée en juillet 2018, son successeur à ce rôle essentiel aura une responsabilité très forte dans le dispositif du gouvernement actuel.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Richard Ferrand, l’adjudant-chef promu maréchal.
Résultat de l'élection du nouveau Président de l'Assemblée Nationale du 12 septembre 2018.
Richard Ferrand, candidat favori au perchoir.
Il faut une femme au perchoir !
Emmanuel Macron.
Édouard Philippe.
Nicolas Hulot.
Christophe Castaner.
La XVe législature.
Richard Ferrand et son affaire.
François de Rugy.
Claude Bartolone.
Patrick Ollier.
Jean-Louis Debré.
Raymond Forni.
Laurent Fabius.
Philippe Séguin.
Henri Emmanuelli.
Jacques Chaban-Delmas.
Edgar Faure.
Édouard Herriot.
Vincent Auriol.
Paul Painlevé.
Léon Gambetta.

_yartiPerchoir2018A02



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180912-richard-ferrand.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/09/13/36696834.html



 

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4 septembre 2018 2 04 /09 /septembre /2018 13:15

« La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle doit également avoir celui de monter à la tribune. » (Olympe de Gouges, 1791).


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C’est fait, ce mardi 4 septembre 2018, peu avant 13 heures, le remaniement du second gouvernement d’Édouard Philippe tant attendu depuis sept jours a été annoncé. François de Rugy (44 ans) a été nommé Ministre d’État, Ministre de la Transition écologique et solidaire, en remplacement de Nicolas Hulot, et, surprise de dernière minute, après la démission quelques heures auparavant de la très populaire Ministre des Sports Laura Flessel, ancienne championne olympique d’escrime, c’est Roxana Maracineanu (43 ans), ancienne championne du monde de natation, qui la remplace au gouvernement. Roxana Maracineanu (diplômée de Sup de Co Paris) a été élue conseillère régionale socialiste d'Île-de-France du 21 mars 2010 au 13 décembre 2015.

Inutile de dire qu’on imagine mal François de Rugy à la hauteur du poste, si c’est pour résister face aux "lobbies" de tous poils. Stéphane Travert, le Ministre de l’Agriculture, doit se frotter les mains avec un petit sourire ; il a manifestement gagné. Sans aucune expérience internationale, alors qu’une politique écologique ne peut être efficace que mondiale, François de Rugy reçoit au moins son bâton de caporal ministériel : étrangement, malgré les multiples retournements de vestes depuis quelques années, au contraire de ses "vieux" camarades écologistes Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili, Emmanuelle Cosse, Cécile Duflot, etc., François de Rugy n’avait encore jamais été ministre. Il entre donc au conseil des ministres par la grande porte, numéro trois du gouvernement, avec range de Ministre d’État.

D’abord, quelques réflexions rapides sur ce remaniement minimaliste : Édouard Philippe voulait un remaniement plus large pour avoir une meilleure cohésion de son équipe, mais le choix présidentiel a prévalu, remplacer juste ceux qui sont partis. Élargir le remaniement, c’était prendre le risque d’ouvrir la boîte de Pandore : en effet, qui garder ?!

Ensuite, le choix du successeur de Nicolas Hulot devait se faire nécessairement sur l’aile gauche et pas sur l’aile droite déjà bien représentée individuellement et politiquement. Donc, l’hypothèse d’un retour d’un ancien mais furtif Ministre de l’Écologie, Alain Juppé, mentor du Premier Ministre, était peu envisageable. Tout comme celle de Jean-Louis Borloo, de toute façon trop amer après son rapport sur les banlieues. Parmi les hypothèses, la principale, Daniel Cohn-Bendit, fut levée dès la fin du week-end dernier, celle de Pascal Canfin, ancien ministre, dans la matinée, ainsi que d’autres personnes, comme Ségolène Royal, Barbara Pompili, Laurence Tubiana (proposée par Dany-le-Vert), etc.

La nomination de François de Rugy, faute de "mieux" (Daniel Cohn-Bendit, Pascal Canfin, etc.), semble hélas montrer une tendance au retour au "vieux monde". Bon, disons-le tout de suite, je n’ai jamais cru au "nouveau monde" et il y a une sorte de prétention extrême (typiquement pharaonique !) à croire qu’une fois qu’on arrive au pouvoir, on démarre une nouvelle période. Il faut être Bonaparte, De Gaulle ou Gambetta pour faire l’histoire républicaine (oui, même Napoléon fut un républicain en créant le Consulat).

Quelle est cette tendance au "vieux monde" ? D’une part, et je trouve cela très pertinent, nommer un animal politique et pas un inexpérimenté des joutes parlementaires et politiciennes. François de Rugy est un politique, d’ailleurs, c’est aussi sa faiblesse, il n’a jamais connu que la politique. D’autre part, vu sa personnalité qui n’a pas semblé déplacer des montagnes en 2017, sa nomination ressemble plus à une prudence qu'à une révolution. Rappelons qu’il fut candidat à la primaire du Parti socialiste et le 22 janvier 2017, il n’a même pas rassemblé 4% des voix (exactement, 3,9%) pour désigner une candidature qui, au final, n’a obtenu que 6,3% des voix le 23 avril 2017. On pourrait donc le jauger comme valant 0,2% des suffrages exprimés de l’an dernier, mais comme il a été "futé" (ou ambitieux), François de Rugy a finalement soutenu la candidature d’Emmanuel Macron et même, a adhéré à La République En Marche, lui permettant d’obtenir le perchoir, surtout grâce à son expérience de député comparativement bien plus grande que l’armée de novices qui est arrivée au Palais-Bourbon le 18 juin 2017.

Or, voici bien le risque du "vieux monde". Tous les passionnés d’écologie auront le droit d’être déçus par cette nomination : François de Rugy sera un fidèle soldat du macronisme et n’aura pas une pensée indépendante (comme pouvait l’avoir Nicolas Hulot, mais aussi Daniel Cohn-Bendit et probablement Ségolène Royal).

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Le risque, c’est que cette nomination fût avant tout motivée par le jeu des chaises musicales : le perchoir est "enfin" libre ! Or, depuis le début de la législature, il y en a un qui le "reluque" intensément : Richard Ferrand, président du groupe LREM à l’Assemblée Nationale. Il avait déjà dû quitter son ministère à cause de l’affaire le concernant, et cette affaire l’avait aussi empêché de se présenter honorablement au perchoir. Il avait même voulu que l’élection en 2017 se déroulât pour un demi-mandat, pour lui laisser le fauteuil en fin de législature, mais cette démarche était totalement anticonstitutionnelle, puisque le Président de l’Assemblée Nationale ne peut être élu que pour la totalité de la durée de la législature (cinq ans, ou moins en cas de dissolution).

Bref, la nomination de François de Rugy au gouvernement va donc éviter une confrontation avec Richard Ferrand qui a ainsi un boulevard pour atteindre le perchoir. Avec le nombre pléthorique de députés LREM (large majorité absolue) et la loyauté de ceux-ci, il y a peu de doute que c’est Richard Ferrand qui fera l’élection selon ses propres volontés.

Mais alors, l’élection de Richard Ferrand au perchoir dans les jours qui viennent (le mercredi 12 septembre 2018 à 15 heures, avant la rentrée parlementaire) est-elle incontournable ? Politiquement, et mathématiquement, oui. Mais pas forcément psychologiquement. Si une large campagne d’opinion se levait contre cela, avec l’impopularité croissante du Président de la République (plus basse que François Hollande à la même époque du quinquennat !), le "vieux monde" serait peut-être mis en difficulté.

Car enfin, c’est bien beau de vouloir la parité avec les femmes, c’est bien beau, mais jusqu’à maintenant, aucune femme Présidente de la République (et je suis heureux que ce fût ainsi, je n’aurais voulu ni Ségolène Royal en 2007 ni Marine Le Pen en 2017), aucune femme Premier Ministre (seule Édith Cresson a montré que c’était très audacieux de féminiser Matignon et ce fut presque comme un vaccin anti-femme), aucune femme Ministre d’État (notons que François Bayrou, Ministre d’État, fut remplacé par Nicole Belloubet à la Justice, mais sans le titre de Ministre d’État, au contraire du remplaçant de Nicolas Hulot), une proportion très faible de maires femmes (à l’exception de Paris avec un duel en 2014 entre Anne Hidalgo et NKM), et aussi, aucune femme au perchoir de toute l’histoire de la République française. Ségolène Royal a failli gagner le fauteuil en 2012, mais elle a été battue dans sa circonscription par un candidat socialiste dissident. Marylise Lebranchu aurait dû la remplacer mais elle avait trop envie d’être au gouvernement. Résultat, Claude Bartolone.

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Si Emmanuel Macron milite sincèrement pour la cause des femmes, voici l’occasion en or d’encourager l’élection d’une femme au perchoir. En quinze mois, parmi les députés LREM (car il ne peut s’agir que d’un membre de LREM), de nombreuses femmes ont montré leur talent, leur assiduité au travail parlementaire, leur indépendance d’esprit et même leur combativité. Que ce talent s’exprime donc au perchoir !

Des noms ? Je préfère ne pas en donner, car le risque, c’est de "consumer" trop rapidement les hypothèses. Mais se donner pour objectif de faire élire une femme au perchoir, dans une assemblée qu’on a vantée pour sa féminisation grâce au principe de parité dans les candidatures, c’est montrer, dans les faits, un véritable aspect de ce "nouveau monde" dont on voudrait tant être le chantre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Il faut une femme au perchoir !
Emmanuel Macron.
Édouard Philippe.
Nicolas Hulot.
Christophe Castaner.
La XVe législature.
Richard Ferrand.
François de Rugy.
Claude Bartolone.
Patrick Ollier.
Jean-Louis Debré.
Raymond Forni.
Laurent Fabius.
Philippe Séguin.
Henri Emmanuelli.
Jacques Chaban-Delmas.
Edgar Faure.
Édouard Herriot.
Vincent Auriol.
Paul Painlevé.
Léon Gambetta.

_yartiMacron20180709A03


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180904-perchoir.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/il-faut-une-femme-au-perchoir-207406

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/09/05/36678813.html


 

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4 septembre 2018 2 04 /09 /septembre /2018 12:59

L'annonce du remaniement ministériel a été faite ce mardi 4 septembre 2018 à 12h59 par l'Élysée.

François de Rugy est nommé Ministre l'Écologie pour succéder à Nicolas Hulot, démissionnaire le 28 août 2018, et l'ancienne championne de natation Roxana Maracineanu est nommée Ministre des Sports pour remplacer Laura Flessel qui a démissionné ce même 4 septembre 2018 pour raisons personnelles. Le conseil des ministres se réunit mercredi 5 septembre 2018 et est suivi d'un séminaire gouvernemental.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180904-remaniement-ministeriel.html

 

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