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24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 04:56

« Le gestionnaire d’un service public est tenu, lorsqu’il définit ou redéfinit les règles d’organisation et de fonctionnement de ce service, de veiller au respect de la neutralité du service et notamment de l’égalité de traitement des usagers. » (Ordonnance du 21 juin 2022 du Conseil d’État).




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La décision du Conseil d’État du 21 juin 2022 revêt une importance très élevée dans l’édifice juridique français. Involontairement, le maire écologiste de Grenoble Éric Piolle a fait de cette affaire du burkini un petit laboratoire du déféré-laïcité prévu par la très récente loi n°2021-1109 du 24 août 2021 dite loi Séparatisme (c’est donc une nouvelle procédure d’urgence applicable depuis moins d’un an).

Rappelons rapidement les faits. Lors de la séance du conseil municipal de Grenoble du 16 mai 2022, Éric Piolle a fait adopter une modification du règlement intérieur des piscines municipales de Grenoble. En particulier, l’article 10 autorisait à partir du 1er juin 2022 le port du burkini dans l’enceinte des piscines, alors que ce vêtement de bain était jusque-là interdit en raison de problème d’hygiène et de sécurité (en particulier, quand le vêtement ne colle pas à la peau, un morceau de tissu peut être pris dans un des mécanismes mécaniques). Pour faire bonne mesure et éviter (en vain) de focaliser la délibération municipale sur le seul port du burkini, la modification permettait aussi aux femmes (au nom de l’égalité des sexes) d’être seins nus dans les piscines.

Dès l’ordre du jour de ce conseil municipal connu, au début du mois de mai 2022, la polémique a évidemment démarré. C’était prévisible puisque ce sujet est très sensible en France et en été 2016, la polémique avait déjà enflé. Rien dans le Coran n’oblige les femmes musulmanes à porter un burkini pour se baigner. D’autant plus que la conception de ce vêtement de bain est très récente …et très juteuse.

Les arguments donnés par le maire écologiste (qui a divisé sa majorité municipale à cette occasion, le tiers de sa majorité ayant rejeté la délibération) étaient particulièrement confus, refusant de se mettre sur le terrain religieux, de la laïcité, du respect de la femme, ou encore de l’hygiène, tout en considérant ceux qui s’opposaient comme des personnes rejetant les femmes musulmanes. La réalité est que cette délibération a été adoptée sous la pression d’une association communautariste puissante juste avant les élections législatives.

Après son adoption, sur consigne du Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, le préfet de l’Isère a déposé le 23 mai 2022 un déféré-laïcité auprès du juge des référés du tribunal administratif de Grenoble qui, par son ordonnance n°2203163 du 25 mai 2022, l’a accepté, si bien que la mesure n’était plus applicable et suspendue. Le maire de Grenoble a réagi de manière prévisible en portant le sujet par sa requête du 2 juin 2022 devant le Conseil d’État qui est l’instance administrative suprême, sans recours national (probablement qu’il pourrait y avoir un recours supplémentaire auprès de la Cour européenne des droits de l’homme).

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Quand on a observé la timidité de la réponse du Conseil d’État il y a plus de trente ans lors de l’affaire du voile à l’école (il avait renoncé à prendre position et avait invité les parlementaires à légiférer sur le sujet, ce qui a pollué la tranquillité publique pendant une quinzaine d’années), on pouvait craindre une réponse du même genre, mi-chèvre mi-chou. Eh bien, non, la décision du Conseil d’État prise par l’ordonnance n°464648 du 21 juin 2022 est parfaitement claire et fera certainement jurisprudence.

En effet, le Conseil d’État a rejeté le requête du maire de Grenoble et donc confirmé la décision du tribunal administratif de Grenoble du 25 mai 2022 qui avait suspendu la délibération du conseil municipal litigieuse. Il a repris le même raisonnement que les juges administratifs de première instance.

Ce qui est important de comprendre, c’est que ce n’est pas la mesure elle-même qui est mise en cause mais l’intention que sous-tend cette mesure, largement confirmée au fil des débats publics : cette délibération répondait à la demande d’une catégorie d’usagers et mettait en cause le principe de neutralité des services publics.

Ce principe de neutralité a été ainsi rappelé : « Lorsqu’il prend en compte pour l’organisation du service public les convictions religieuses de certains usagers, le gestionnaire de ce service ne peut procéder à des adaptations qui porteraient atteinte à l’ordre public ou qui nuiraient au bon fonctionnement du service, notamment en ce que, par leur caractère fortement dérogatoire, par rapport aux règles de droit commun et sans réelle justification, elles rendraient plus difficile le respect de ces règles par les usagers ne bénéficiant pas de la dérogation ou se traduiraient par une rupture caractérisée de l’égalité de traitement des usagers, et donc méconnaîtraient l’obligation de neutralité du service public. ».

Les juges du Palais Royal ont expliqué effectivement : « L’adaptation exprimée par l’article 10 du nouveau règlement intérieur doit être regardée comme ayant pour seul objet d’autoriser les costumes de bain communément dénommés burkinis (…). Cette dérogation à la règle commune, édictée pour des raisons d’hygiène et de sécurité, de port de tenues de bain près du corps, est destinée à satisfaire une revendication de nature religieuse. Ainsi, il apparaît que cette dérogation très ciblée répond en réalité au seul souhait de la commune de satisfaire à une demande d’une catégorie d’usages et non pas, comme elle l’affirme, de tous les usagers. ».

Et l’ordonnance poursuit : « Si (…) une telle adaptation du service public pour tenir compte de convictions religieuses n’est pas en soi contraire aux principes de laïcité et de neutralité du service public, d’une part, elle ne répond pas au motif de dérogation avancé par la commune, d’autre part, elle est, par son caractère très ciblé et fortement dérogatoire à la règle commune, réaffirmée par le règlement intérieur pour les autres tenues de bain, sans réelle justification de la différence de traitement qu’il en résulte. Il s’ensuit qu’elle est de nature à affecter tant le respect par les autres usagers de règles de droit commun trop différentes, et ainsi le bon fonctionnement du service public, que l’égalité de traitement des usagers. ».

L’expression "revendication de nature religieuse" est très forte et très claire à la fois. Cette affaire prouve la nécessité et l’intérêt de la loi Séparatisme promulguée le 24 août 2021. Cette finalité religieuse de la modification du règlement intérieur a été amplement confirmée par la municipalité elle-même dans les débats. C’est cette finalité, ce sous-entendu qui, ainsi, a mis à mal la légalité de la délibération qui, sans cela, aurait pu passer avec les mêmes mots. La diversion de la baignade les seins nus n’a pas suffi à ne pas se focaliser sur le burkini qui était l’intention originelle.

Peut-être le maire de Grenoble portera cette affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme (qui a autre chose à faire mais les recours sont les recours), pour poursuivre la polémique avec d’autres arguments, certainement celui de la liberté de porter ce qu’on veut. Pour l’heure, la loi Séparatisme semble avoir été bien rédigée pour résoudre ces conflits locaux sans remettre en cause la liberté religieuse ni l’égalité des femmes et des hommes.

Si la piste européenne ne suffit pas, le maire de Grenoble pourra toujours revenir à la charge avec un bataillon d’avocats : relire précisément les raisons sur lesquelles s’est fondé le Conseil d’État et les rendre inopérantes dans un prochain texte.

J’ai toujours trouvé stupide de se battre pour des bouts de vêtements. Ma tendance naturelle serait de laisser chacun se vêtir comme il l’entend, mais l’affaire du burkini touche à plein de sujets : le respect de la femme, l’ordre public (dès lors qu’un lieu de loisirs qui aspire au calme et à la bienveillance devient un cœur d’un combat politique ou religieux, la qualité du service public est remise en cause), et enfin, le plus important, la volonté toujours plus dévorante d’imposer à la France des normes islamistes qui n’ont pas lieu d’être. Ces tentatives d’intrusion culturelle et cultuelle doivent ainsi être combattues pour que la France reste la France. Il ne s’agit pas de fustiger une religion mais de refuser clairement le prosélytisme des plus radicalisés de cette religion qu’est l’islam.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Conseil d’État rejette définitivement le burkini à Grenoble.
Burkini, c’est fini ?
La Commission Stasi : la République, le voile islamique et le "vivre ensemble".
Burkini : la honte de Grenoble !
Éric Piolle.
Burkini à Grenoble : Laurent Wauquiez et Alain Carignon vs Éric Piolle.
Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
Le burkini dans tous ses états.
Ne nous enlevez pas les Miss France !
Alexandra Richard, coupable ou victime ?
Dégenrer les Lego.
La PMA pour toutes les femmes désormais autorisée en France.
Genrer la part du Lyon ?
L’écriture inclusive.
Femmes, je vous aime !
Parole libérée ?
L’avortement.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220621-burkini.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/le-conseil-d-etat-rejette-242345

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/06/24/39531016.html









 

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8 juin 2022 3 08 /06 /juin /2022 04:03

« Ce qui est vrai, c’est que [ce système de plafond de ressources], ça crée une situation aberrante pour les personnes en situation de handicap, donc on va le bouger. » (Emmanuel Macron, le 15 avril 2022).




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Avoir du sens politique. C’est un métier que d’être Premier Ministre. Élisabeth Borne en a fait les frais ces dernières heures avec sa première émission de radio depuis sa nomination à Matignon : une heure de grande écoute, entre 13 heures et 14 heures, ce mardi 7 juin 2022 sur les 44 antennes locales de la radio France Bleu, invitée spéciale de l’émission "Ma France" animée par Wendy Bouchard. De quoi permettre à la Première Ministre d’approfondir certains sujets (surtout le pouvoir d’achat) et de se faire connaître.

Le retour de l’émission dans les médias fut à l’origine plutôt positif, on citait surtout sa réaction régalienne au tweet de Jean-Luc Mélenchon qui évoquait la "police qui tue" : « Je trouve très choquante la façon qu’a Jean-Luc Mélenchon de s’en prendre systématiquement à la police avec des propos totalement outranciers. Je rappelle que les policiers exercent une mission difficile auprès des Français. ».

Tout en ajoutant : « Après, ce qui s’est passé ce week-end ave un décès, c’est évidemment tragique. On ne peut pas avoir, comme monsieur Mélenchon, une présomption de culpabilité vis-à-vis de la police. Les policiers, s’ils sont en légitime défense, peuvent ouvrir le feu. Je pense qu’effectivement, il y a de plus en plus de refus d’obtempérer, avec des véhicules qui peuvent foncer sur les policiers, qui peuvent les mettre en danger. Ensuite, sur chaque cas, évidemment, il faut regarder attentivement et voir quelles sont les circonstances. Ce n’est pas mon rôle, la justice est saisie et c’est la justice qui dira ce qui s’est passé. ».

Une communication sur ce sujet régalien plutôt parfaite, rappel du soutien à la police, évocation du tragique décès, et justice pour faire la part des responsabilités, en d’autres termes, pour savoir si les policiers qui ont tiré étaient ou pas en légitime défense. Une communication qui était très efficace pour ramener à la majorité présidentielle des électeurs proches d’une gauche républicaine hermétique aux "outrances" des responsables de la NUPES, mais aussi des électeurs proches de LR-UDI qui ne voudraient pas voir venir un gouvernement Mélenchon et qui pourraient envisager un "vote utile" dès le premier tour des législatives en faveur de la majorité présidentielle (Ensemble).

Hélas pour Matignon, nous sommes en pleine campagne des législatives et rien n’est laissé par ses adversaires. Élisabeth Borne a fait preuve d’une communication politique défaillante, autrement dit, d’une maladresse politique, en réagissant auprès d’une auditrice du Jura, Dolorès, en situation de handicap (elle est en fauteuil roulant). Car la Première Ministre est une très belle mécanique intellectuelle, très huilée, mais la politique, l’envie de séduire, cela tient d’un autre ressort, dont le principal est l’empathie.

Or, lorsque Dolorès lui a expliqué qu’elle n’avait pas le droit de recevoir l’allocation aux adultes handicapés (AAH) parce que son mari gagnait "trop" (1 810 euros par mois), avec pourtant un loyer à 1 000 euros (« On me dit que je n’ai le droit à rien car on dépasse les plafonds. Sans mon époux, je serais à la rue. »), Élisabeth Borne a répondu assez froidement en lui conseillant de « reprendre une activité professionnelle » en lien avec des « structures dont c’est la responsabilité ».

La réaction rationnelle d’Élisabeth Borne pouvait se justifier : au contraire, travailler lorsqu’on est en situation de handicap, c’est très important pour l’insertion sociale voire l’inclusivité, comme on dit. Mais ce sujet sur le handicap est très sensible, on se rappelle la manière dont Éric Zemmour avait perdu des pans entiers de son électorat en méprisant les enfants en situation de handicap le 14 janvier 2022.

Très sensible, en effet. Lorsqu’elle lui a répondu cela, l’auditrice, très émue, a éclaté en sanglots car ce n’était évidemment pas la réponse qu’elle attendait : « J’adore quand madame la Première Ministre dit de reprendre une vie professionnelle, vous savez quand vous arrivez en fauteuil… ». Cette condition sur le plafond des ressources du foyer est même scandaleuse si on l’analyse selon l’angle de l’autonomie du conjoint, ici de la femme par rapport à son mari. Elle est totalement dépendante financièrement de son époux alors que la solidarité nationale devrait s’appliquer sur la personne concernée elle-même. Rien n’indique que son mari lui apporte l’aide nécessaire et l’État ne doit pas se remettre à un tiers pour aider les personnes en situation difficile.

Effectivement, l’AHH a été créée par la loi n°75-534 du 30 juin 1975, complétée par la loi n°2005-102 du 11 février 2005. Elle concernait 1,1 million de bénéficiaires en 2017 et son montant est de 919,86 euros par mois au 1er avril 2022 au taux plein. Mais elle est soumise à des conditions de ressources : le plafond au 1er janvier 2022 est de 10 843 euros de revenus annuels pour une personne seule, de 19 626 euros pour un couple, augmenté de 5 422 euros par enfant à charge et en prenant en compte pour les ressources du conjoint qui ne perçoit pas l’AAH un abattement de 5 000 euros (majoré de 1 400 euros par enfant à charge). Si bien que la situation de Dolorès est en effet possible et très difficile, probablement fréquente.

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Élisabeth Borne, très à l’écoute, a compris qu’elle avait fait une boulette et a tout de suite dit que ce n’était pas sur le travail des personnes en situation de handicap qu’il fallait ici s’attarder (« Peut-être que ce n’est pas le moment de parler de cette reprise professionnelle. ») mais sur l’AAH à donner sans condition de ressources, ou plutôt, à la "déconjugaliser" : « On sait que la situation du conjoint peut avoir un impact sur l’allocation adulte handicapé. Le Président de la République l’a évoqué au cours de la campagne. Donc, on va regarder ce sujet. ». Une réponse un peu trop vague pour rassurer l’auditrice qui avait besoin d’un engagement ferme et précis.

Le vendredi 15 avril 2022, Emmanuel Macron avait en effet lui-même déclaré sur franceinfo : « On doit bouger sur ce point (…). Ce qui est vrai aujourd’hui, c’est que quelle que soit la prestation, le système fiscal et social est ainsi fait en France, ce qui est assez juste, c’est qu’on regarde votre situation familiale, on regarde la capacité à contribuer du couple. (…) Ce qui est vrai, c’est que ça crée une situation aberrante pour les personnes en situation de handicap, donc on va le bouger. Il y a plusieurs réponses, soit faire ça [déconjugaliser l’AAH], soit avoir un revenu qui permette d’accompagner, mais qui ne soit pas conditionné, qu’il n’y ait pas ce couperet qui est aujourd’hui absurde, il y a plein de personnes en situation de handicap qui l’ont. ».

Plusieurs fois, au cours de la législature qui s’achève, des propositions de loi émanant de l’opposition (en particulier de LR), avaient été déposées pour déconjugaliser l’AAH, propositions qui ont toujours été rejetées par la majorité qui préférait en maîtriser la rédaction. Nul doute que le nouveau Ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées (ex-LR) Damien Abad prendra à cœur ce projet qui semble faire l’unanimité dans toute la classe politique, FI et RN compris.

Mais, par clientélisme rageur, les mélenchonistes ont tweeté à cœur perdu sur cette maladresse. Jean-Luc Mélenchon a parlé de « Technocrate brutale. É. Borne humilie par erreur ou par goût ? (…) Ici, elle humilie une femme en fauteuil », François Ruffin a résumé ainsi la boulette en la caricaturant : « Vous êtes handicapée Madame ? Reprenez le boulot. ». Ou encore Fabien Roussel décrit Élisabeth Borne « glaciale » et « insensible ». D’autres ont continué le chamboule-tout. Olivier Faure : « C’est l’histoire d’une rencontre avec un bloc de glace. ». Ou encore Marine Le Pen : « La réaction glaciale d’Élisabeth Borne traduit la politique injuste, inhumaine et méprisante d’Emmanuel Macron. ». Pourtant, avec tact, Élisabeth Borne a vite compris qu’elle avait commis une erreur et a corrigé immédiatement le tir en confirmant la volonté présidentielle de réformer les conditions d’attribution de l’AAH. Olivier Faure représente un parti qui était au pouvoir pendant 20 ans depuis la loi du 30 juin 1975 et n’a rien fait pour changer ce mode d’attribution de l’AAH.

D’ailleurs, c’est instructif de lire les commentaires des internautes sur le site du Figaro sur cette polémique, car ils soutiennent plutôt la Première Ministre. L’un écrit ce mercredi 8 juin 2022 : « Borne a raison. Moi aussi, je suis handicapé (polio 80%). Mais je peux travailler, je l’ai fait jusqu’à la retraite. On doit d’abord faire ce qu’on peut, et seulement ensuite demander de l’aide si ça ne suffit pas. ». Un autre : « Le travail est une punition pour l’extrême gauche, alors que ce devrait être un lien social. Les entreprises ont un quota d’emplois réservés aux handicapés. Borne ne fait que le rappeler. Les sans-cœur sont ceux qui cantonnent les handicapés à leur handicap. ». Un troisième internaute : « Avoir des électeurs captifs qui vivent de subventions, c’est le fonds de commerce de la Nupes. Décréter par principe qu’une personne handicapée ne peut pas travailler, je trouve cela très choquant et méprisant. ».

C’est donc bien bas de vouloir polémiquer sur un sujet si important pour la solidarité nationale, d’autant plus que le sujet est heureusement consensuel. L’électoralisme ne doit pas permettre tout. Du reste, tellement anodine et dérisoire (bien que malheureuse pour l’auditrice), la maladresse d’Élisabeth Borne n’avait même pas été signalée dans l’article du compte-rendu de cette émission sur le site de France Bleu, citant la chef du gouvernement seulement sur son projet de réformer cette allocation. Il a fallu quelques tweets incendiaires de la NUPES pour que la polémique éclatât, faute de trouver d’autres sujets d’opposition…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élisabeth Borne, déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et maladresse politique.
Le handicap ? Parlons-en !
Éric Zemmour et les enfants en situation de handicap.
Législatives 2022 (5) : 6 293 candidats pour 577 sièges de députés.
Législatives 2022 (4) : sous la NUPES de Mélenchon.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Pour Jean-Louis Bourlanges, c’est la capitulation et la bérézina !
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220607-elisabeth-borne-aah.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elisabeth-borne-deconjugalisation-242088

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/06/08/39510030.html








 

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27 mai 2022 5 27 /05 /mai /2022 03:00

« Vous avez cédé à un groupe de pression religieux qui se cache derrière une organisation en apparence inoffensive et honorable dont la stratégie de conquête du pouvoir politique consiste à imposer progressivement les normes de leur religion et à les consacrer sur le plan juridique pour les imposer à la collectivité. (…) Le burkini clive, c’est cela qui est recherché. Le burkini est une remise en cause de la règle commune. Avec le burkini, s’exprime l’exigence d’un droit à la différence qui conduit à la différence des droits. » (Delphine Bense, conseillère municipale LREM de Grenoble, le 16 mai 2022).




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Pas sûr que le maire EELV de Grenoble Éric Piolle réussira son pari d’autoriser le port du burkini aux femmes musulmanes dans les piscines de la ville dont il est le maire à l’ouverture de la saison, le 1er juin 2022.

Pressé par un groupe de pression pour ouvrir l’accès des piscines aux femmes portant le burkini, c’est-à-dire un maillot de bain couvrant tout le corps à la conception très récente (et juteuse), l’écologiste Éric Piolle a en effet mis à l’ordre du jour du conseil municipal du 16 mai 2022 une délibération qui a modifié le règlement intérieur des piscines municipales pour permettre cette possibilité. Pour faire bonne mesure, la délibération autorisait également les seins nus dans les mêmes lieux. La délibération a été adoptée avec une très courte majorité, 29 voix contre 27 sur 59 à l’issue d’une séance interminable. La majorité municipale était donc elle-même profondément divisée.

À l’annonce du vote de la délibération, sur demande du Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et sur le fondement du cinquième alinéa de l’article L.2131-6 du code général des collectivités territoriales issu de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République (loi sur les séparatismes), le préfet de l’Isère a demandé le 23 mai 2022 aux juges des référés de suspendre l’exécution de cette délibération. Le 25 mai 2022, par son ordonnance n°2203163, le tribunal administratif de Grenoble, « au nom du peuple français », a accédé à la demande de l’État par son article 2 : « L’exécution de l’article 10 précité du règlement des piscines de Grenoble dans sa rédaction issue de la délibération du conseil municipal du 16 mai 2022 est suspendue en tant qu’elle autorise l’usage de tenues de bains non près du corps moins longues que la mi-cuisse. ». Par conséquent, « la République mande et ordonne au Ministre de l’Intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présent décision » (Cette dernière phrase n’a pas beaucoup d’intérêt mais son jargon juridique était trop savoureux pour ne pas la citer !).

En d’autres termes, les juges des référés de Grenoble ont suspendu l’exécution de cette délibération et les Grenobloises devront donc porter un maillot deux pièces ou une pièce classique pour pouvoir accéder aux piscines municipales.

Cette décision n’est pas sans conséquence sur le plan national puisque c’était la première fois que le ministère public demandait un déféré laïcité au nom de la loi contre les séparatismes. Néanmoins, je ne suis pas sûr que cet épisode soit le meilleur au nom de la laïcité, car la justification de cette suspension me paraît reposer sur une argumentation assez faible juridiquement.

Regardons effectivement de plus près les arguments utilisés par les deux parties.

Le préfet de l’Isère (en d’autres termes, le gouvernement) a considéré que cette mesure autorisant le burkini « porte une atteinte grave aux principes de laïcité et de neutralité des services publics ». En effet, « la libre expression de leurs convictions religieuses [celles des usagers] trouve sa limite dans le bon fonctionnement du service public et de l’ordre public ».

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En particulier, cette délibération « vise à reconnaître des droits particuliers à des membres d’une communauté religieuse alors qu’il n’existe aucune demande de sa part et la possibilité de se rendre à la piscine en burkini risque de se transformer en obligation ».

Autre argument du préfet, celui de la sécurité : « La commune de Grenoble crée un exception selon laquelle les tenues de bains doivent être "près du corps" pour éviter le risque de s’accrocher ou d’être happé par des appareils de filtration. ». C’est à mon sens l’argument le plus fort et qui n’implique aucune considération religieuse, donc susceptible d’aucune polémique ultérieure.

De plus, il s’est appuyé sur les manifestations organisées le jour du conseil municipal pour évoquer les risques de « graves troubles à l’ordre public » en raison d’un « détournement de pouvoir dès lors qu’il vise à favoriser une communauté religieuse particulière ».

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Représentée par deux avocats, la commune de Grenoble a de son côté voulu réduire la portée religieuse de la mesure : « Le règlement intérieur n’a pas pour objet d’autoriser une pratique religieuse mais seulement de permettre à toute personne d’accéder aux piscines, dans le respect des règles d’hygiène et de sécurité propres à ces équipements. ». Elle a rappelé en outre que « les usagers des piscines ne sont pas soumis à des exigences de neutralité religieuse » et aussi que « aucun texte législatif ou principe général du droit ne s’oppose à ce qu’un règlement intérieur de piscine n’interdise pas le port d’un burkini » (un argument donné en séance du conseil municipal, c’est que c’est déjà autorisé dans les piscines municipales de Rennes).

L’association "Alliance citoyenne", qui est le groupe de pression demandant depuis au moins trois années, au prix d’opérations commandos, l’autorisation du port du burkini, a voulu intervenir dans ce débat juridique en affirmant notamment que « la circonstance selon laquelle certaines tenues de bain, comme le burkini, pourraient être regardées comme manifestant des convictions religieuses ne saurait empêcher leur autorisation par la commune, en l’absence de dispositions légales particulières ».

Intervenant également dans ce débat, la Ligue des droits de l’Homme (favorable au burkini) a soutenu que « le maillot de bain couvrant n’est pas, par lui-même, un signe d’appartenance religieuse », que « son port ne méconnaît pas les exigences du principe de laïcité » et qu’il « n’appartient pas à l’État de s’immiscer dans le fonctionnement d’une religion et aucune pression n’a été relevée sur les femmes de la communauté musulmane ». Par ailleurs, la Ligue a insisté sur le fait que « le préfet ne peut utilement soulever un problème de sécurité dans le cadre d’un déféré-laïcité ; en tout état de cause, le risque allégué n’est pas établi ».

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Dans ce contexte, les juges des référés ont considéré : « Si les usagers du service public peuvent exprimer librement, dans les limites fixées par la loi, leur appartenance religieuse, les dispositions de l’article 1er de la Constitution interdisent à quiconque de se prévaloir de ses croyances pour s’affranchir des règles communes organisant et assurant le bon fonctionnement des services publics. ».

Ils ont aussi écrit : « Par ailleurs, l’autorité administrative doit respecter le principe de neutralité et édicter des règles concourant au maintien de l’ordre public sous ses composantes de la sécurité, de la salubrité et de la tranquillité publiques. Il ne saurait être dérogé aux règles édictées dans l’objectif d’assurer l’ordre public. ».

Le seul argument des juges des référés pour ordonner la suspension de l’exécution de la délibération est alors celui-ci : « En permettant aux usagers du service public communal des piscines de Grenoble de porter des tenues "non près du corps", sous la seule condition qu’elles soient moins longues que la mi-cuisse, comme c’est le cas notamment du vêtement de baignade appelé burkini, c’est-à-dire en dérogeant à la règle générale d’obligation de porter des tenues ajustées près du corps pour permettre à certains usagers de s’affranchir de cette règle dans un but religieux, ainsi qu’il est d’ailleurs reconnu dans les écritures de la commune, les auteurs de la délibération litigieuse ont gravement porté atteinte aux principes de neutralité du service public. ».

Il faut bien comprendre l’argument car il peut ne pas être clair. Le principe de neutralité n’est pas mis en cause par une usagère en se baignant avec un burkini, puisque les usagers ne sont pas soumis à ce principe de neutralité. C’est la commune de Grenoble elle-même qui a porté atteinte à ce principe de neutralité en autorisant une dérogation pour raison religieuse, même s’il elle n’est pas évoquée en tant que telle, c’est quand même son but réel. Les élus qui ont voté cette délibération n’étaient pas neutres, puisqu’ils voulaient favoriser une communauté religieuse par rapport à une autre communauté.

Le "gravement" est important, néanmoins, en ne se fondant que sur le "principe de neutralité", le tribunal administratif de Grenoble a rendu, à mon sens, une décision affaiblie qui pourrait être contredite. D’ailleurs, le débat administratif continue puisque le maire de Grenoble a annoncé qu’il allait faire appel (il a quinze jours pour le faire) et ce sera au Conseil d’État de statuer.

Lors de l’histoire du voile à l’école, le Conseil d’État avait botté en touche en disant que c’était au législateur de prendre ses responsabilités d’autoriser ou pas le voile à l’école et il a fallu quinze ans pour faire adopter une telle loi, après des milliers d’heures de polémiques. S’il ne voulait pas se mouiller, le Conseil d’État pourrait donc réagir de la même manière, ce que demandent déjà LR et le RN, qui veulent une loi contre le port du burkini. Rappelons d’ailleurs que le port du burkini est interdit dans la plupart des piscines en Tunisie et au Maroc.

Pourtant, la décision du tribunal administratif peut facilement être contredite en ne posant que le principe de neutralité comme base de suspension. Sa décision aurait été probablement plus solide en se basant sur les règles d’hygiène et de sécurité des usagers, moins susceptibles d’être interprétées qu’un principe de neutralité religieuse qui peut toujours prêter à discussion.

Pour autant, cette décision a bien entendu satisfait l’ensemble des opposants à la municipalité de Grenoble et en particulier à Alain Carignon, ancien maire et chef de l’opposition municipale : « Le tribunal vient de donner un coup d’arrêt aux dérives d’Éric Piolle et à son désir de favoriser l’islamisme politique. Merci à ceux qui se sont mobilisés. Le combat pour l’universalisme républicain continue face à un maire qui ne renonce pas à imposer son idéologie régressive. ». Le ministre Gérald Darmanin s’est lui aussi hautement réjoui : « Le tribunal administratif retient que le maire de Grenoble, avec cette décision autorisant le "burkini" dans les piscines municipales, a porté une atteinte grave à la laïcité. Des excuses s’imposent. ». Président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez a également exprimé sa joie par un laconique : « Le séparatisme ne gagnera pas. ».

Le candidat LR aux élections législatives Clément Chappet a parlé de « déconvenue pour Éric Piolle, recadré pour avoir voulu s’affranchir de la règle dans un but religieux ». Il reste toutefois très vigilant : « La dérive communautariste grenobloise est endiguée (…). Ne soyons pas dupes : d’une manière ou d’une autre, Éric Piolle persistera avec ses tentatives de déconstruire les valeurs et les principes qui font notre communauté nationale. ».

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Éric Piolle, qui fait partie de la NUPES, n’aide pas ses camarades de gauche à se faire élire aux élections législatives dans deux semaines. Peut-être que son pari électoral sera efficace à Grenoble, mais certainement pas dans l’ensemble du pays où les potentiels électeurs de Jean-Luc Mélenchon ont besoin de garanties sur les valeurs républicaines que défendrait sa coalition si jamais elle arrivait au pouvoir. Il ne s'agirait pas qu'elles soient bradées. En jouant à fond sur les minorités et les communautarismes, ce représentant du mélenchonisme électoral a répondu. Et pas de manière à être rassuré. À la République de se défendre et d’y secréter ses anticorps. À cet égard, la décision du Conseil d’État, qui sera également rapide, vaudra de l’or pour l’histoire des prochaines années.


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Sylvain Rakotoarison (26 mai 2022)
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Pour aller plus loin :
Burkini, c’est fini ?
La Commission Stasi : la République, le voile islamique et le "vivre ensemble".
Burkini : la honte de Grenoble !
Éric Piolle.
Burkini à Grenoble : Laurent Wauquiez et Alain Carignon vs Éric Piolle.
Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
Le burkini dans tous ses états.
Ne nous enlevez pas les Miss France !
Alexandra Richard, coupable ou victime ?
Dégenrer les Lego.
La PMA pour toutes les femmes désormais autorisée en France.
Genrer la part du Lyon ?
L’écriture inclusive.
Femmes, je vous aime !
Parole libérée ?
L’avortement.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.

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17 mai 2022 2 17 /05 /mai /2022 03:27

« Nous débattons d’un sujet sans intérêt, aussi démagogique que dangereux, votre burkini. (…) Ce jour est un jour historique, celui où vous nous demandez de voter et d’acter un renoncement sur le droit des femmes. (…) Vous sacrifiez la liberté d’une femme libre à la pudeur d’un salafiste. Votre texte n’est pas à destination des femmes mais de ceux qui les regardent. » (Émilie Chalas, députée LREM de l’Isère).




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Le dernier conseil municipal de Grenoble s’est tenu ce lundi 16 mai 2022, à partir de 15 heures. Malgré la polémique sur une délibération ou alors, à cause de cette polémique, aucun public n’a été autorisé à assister physiquement à cette séance qui était seulement accessible en direct vidéo sur le site Internet de la ville de Grenoble. Malgré la division de la majorité écologiste de gauche, le maire Éric Piolle a pu faire passer l’autorisation du port du burkini dans les piscines municipales de la ville à partir du 1er juin 2022.

Présentée laborieusement par Céline Mennetrier, la 19e adjointe chargée des sports et du quartier de l’école Alphonse-Daudet, la délibération n°4-(28744) portant nouveau règlement intérieur des piscines municipales applicable à compter du 1er juin 2022, a été votée à 19 heures 52 par 29 voix pour et 27 voix contre sur 57 présents (sur 59 élus), à l’issu de 208 minutes de débats de sourds, plus une interruption de 22 minutes et une demande rejetée de vote public par appel (voulue par 14 élus mais il en fallait 15, un quart des présents, pour l’imposer au conseil municipal ; notons que le mode de scrutin des élections municipales permet à la liste qui a obtenu la majorité absolue de détenir au moins les trois quarts des sièges).

Le résultat du vote a donc montré une profonde division de la majorité. Les élus de l’opposition ont souligné les contradictions du maire Éric Piolle, en particulier quand il a refusé de considérer que le burkini a une connotation religieuse puis en répondant à une autre question en faisant comme si le burkini équivalait à l’appartenance à une religion. Soupçonné par de plusieurs élus d’opposition d’être en collusion politique avec un groupe de pression qui avait déjà fait des opérations commandos dans des piscines pour imposer l’autorisation du port du burkini, le maire les a réfutées en parlant de fake news (sans convaincre).

En tant qu’ancien Grenoblois, je suis désolé comme beaucoup des élus d’oppositions dépités et impuissants par le vote de cette délibération qui va plomber durablement l’image et la réputation d’une ville de Grenoble qui a besoin de son rayonnement international pour vivre, se développer et s’épanouir.

Je propose ici de citer quelques extraits intéressants des interventions de plusieurs élus d’oppositions, en particulier de la députée LREM Émilie Chalas, candidate malheureuse à la mairie en 2020, et de l’ancien maire (et ancien ministre) Alain Carignon, autre candidat malheureux à la mairie en 2020, toujours sur le front sans avoir perdu son talent oratoire, malgré les années. J’ai indiqué pour ces élus l’étiquette du parti de la tête de liste même si ces élus pourraient ne pas l’avoir personnellement prise, comme une simple information sans évoquer les spécificités politiques municipales.

La première à s’exprimer, Émilie Chalas, députée LREM : « Monsieur le maire, vous faites honte aux musulmans et vous faites honte à la ville de Grenoble et à son histoire. Depuis des semaines, notre ville fait la une des journaux locaux, nationaux et parfois même internationaux. Notre ville est devenue, grâce à vous, la risée de la France. Alors même que nous connaissons une crise écologique sans précédent, alors même que la précarité augmente et inquiète (…), alors même que l’insécurité galope (…), vous faites perdre son temps à cette respectable assemblée. (…) Nous débattons d’un sujet sans intérêt, aussi démagogique que dangereux, votre burkini. (…) C’est un débat éminemment politique (…). Sa portée est immense et votre responsabilité sera considérable. (…) Ce jour est un jour historique, celui où vous nous demandez de voter et d’acter un renoncement sur le droit des femmes. Ce jour restera comme un symbole de votre déchéance politique. (…) Vous sacrifiez la liberté d’une femme libre à la pudeur d’un salafiste. Votre texte n’est pas à destination des femmes mais de ceux qui les regardent. ».

Nathalie Béranger (LR) : « Le port d’un voile est inversement proportionnel à l’émancipation des femmes. ».

Delphine Bense (LREM) : « Vous imposez par cette délibération une adaptation majeure de la vie des Grenoblois sans l’aval de votre majorité, sans débat avec les oppositions, sans concertation publique avec les Grenoblois et même pire, sans que vos électeurs ne se soient prononcés sur la question puisqu’elle n’était pas incluse dans votre programme. Le fait du prince ! Vous avez cédé à un groupe de pression minoritaire dont la méthode consiste à se victimiser en s’affrontant aux institutions. En faisant droit à cette victimisation, vous donnez l’impression que la société française rejette l’islam alors qu’elle ne fait que respecter les normes communes grâce auxquelles nous vivons en bonne intelligence. Vous avez cédé à un groupe de pression religieux qui se cache derrière une organisation en apparence inoffensive et honorable dont la stratégie de conquête du pouvoir politique consiste à imposer progressivement les normes de leur religion et de les consacrer sur le plan juridique pour les imposer à la collectivité. (…) Vous avez cédé au capitalisme et au libéralisme. Eh oui, le burkini n’est qu’un pur produit du capitalisme marchand destiné à faire de l’argent. Car voyez-vous, le burkini n’existe ni dans l’islam ni dans le Coran, il n’est qu’une récupération religieuse bien pratique dont se nourrit le libéralisme. Finalement, les sirènes du modèle américain auront eu raison de vous. Vous confondez attachement aux libertés individuelles et sujétion au modèle libéral et multiculturel anglo-saxon. (…) Le burkini clive, c’est cela qui est recherché. Le burkini est une remise en cause de la règle commune. Avec le burkini, s’exprime l’exigence d’un droit à la différence qui conduit à la différence des droits. ».

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Parmi les derniers à s’exprimer sur cette délibération, Alain Carignon (LR) : « Nous observons, comme tout le monde, impuissants pour l’instant, l’isolement de la ville (…) dans la nation. Nous nous en inquiétons (…). Nous observons, impuissants, la ville de Grenoble devenir le théâtre national de votre désir de rompre, de fait, avec le modèle universaliste républicain. Nous observons, dépités, le fait que quand même, cette grande métropole universitaire, de recherches, de technologies, de star up, d’entreprises, devient l’épicentre du retour à l’âge de pierre avec l’autorisation du burkini. ».

Alain Carignon a cru voire une opportunité du maire de Grenoble d’imposer ce débat juste avant les élections législatives pour profiter d’un vote communautariste. Je crois au contraire à sa bonne foi sur le calendrier, qu’il puisse faire adopter ce nouveau règlement pour cet été, mais je pense que c’est un acte politique complètement stupide, dangereux, et surtout contreproductif au moment où les écologistes se sont alliés avec Jean-Luc Mélenchon qui n’avait pas besoin de voir se renforcer sa réputation de communautarisme.

Beaucoup vont donc réfléchir à deux fois avant de glisser le bulletin d’un candidat NUPES aux élections législatives et en particulier en répondant à la question : suis-je d’accord avec cette autorisation du port du burkini dans les piscines et est-ce que je pense que c’est une mesure d’émancipation des femmes… ou tout le contraire ? Dans quelques semaines, se jouera l’avenir des cinq prochaines années de la France. Autant savoir à quoi les électeurs nationaux s’engagent, à défaut des électeurs grenoblois pas au courant aux élections municipales de 2020 des visées communautaristes de leur maire écologiste…


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Sylvain Rakotoarison (16 mai 2022)
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Pour aller plus loin :
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Burkini à Grenoble : Laurent Wauquiez et Alain Carignon vs Éric Piolle.
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3 mai 2022 2 03 /05 /mai /2022 03:04

« Qu’est-ce qui fait que la "lepénisation" et la "zemmourisation" des esprits sont tels qu’on regarde la façon de se vêtir, de se dévêtir, des femmes comme un sujet identitaire ? Ce n’est pas un sujet identitaire, c’est un sujet d’accès au service public. Ce règlement des piscines devrait être un non-sujet. (…) Vraiment, ce changement de règlement des piscines devrait plutôt être vu comme un progrès social. » (Éric Piolle, le 3 mai 2022 dans "20 Minutes").




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Où l’on reparle encore de piscine et de vêtements de baignade. Après la grosse polémique de l’été 2016, et quelques sporadiques retours par des opérations coups de poing, le burkini se retrouve au cœur du débat public entre deux assauts russes en Ukraine.

Il s’agit d’un nouvelle polémique à propos d’une proposition du maire écologiste de Grenoble, Éric Piolle. Ce maire EELV, le premier d’une grande agglomération urbaine (élu dès 2014, réélu en 2020), n’est pas très malin d’avoir remis ce sujet sur le devant de la scène à quelques semaines des élections législatives. Probablement que cela va faire perdre quelques sièges à cette coalition hétéroclite écolo-mélenchoniste.

De quoi s’agit-il ? Depuis quelques années, des groupes de pression (des associations qui luttent selon elles pour la liberté des femmes) font des opérations médiatiques en faisant venir des femmes portant le burkini dans des piscines municipales (à Grenoble, à Villeurbanne, etc.). En particulier, il y a eu plusieurs journées à Grenoble depuis quelques étés (23 juin 2019, 22 juillet 2021). Ces opérations ont troublé l’ordre public ainsi que le climat estival des usagers de la piscine venus se détendre et se reposer. Les organisateurs qui se font appeler les "Rosa Parks musulmanes" souhaitent que les piscines municipales accueillent les femmes musulmanes voilées, leur combat est donc principalement religieux. Le maire de la ville, Éric Piolle, a regretté ces provocations « déplorables » car ces militantes préfèrent « enfreindre le règlement intérieur plutôt que de saisir les outils pouvant aboutir à son évolution à moyen terme ».

Jusqu’à maintenant, le règlement intérieur des piscines municipales grenobloises était assez clair : « Pour des raisons d’hygiène et de salubrité, la tenue de bain obligatoire pour tous dans l’établissement est le maillot de bain une ou deux pièces propres et uniquement réservé à l’usage de la baignade. ».

Néanmoins, en France, aucune loi n’interdit de porter un burkini. Le Conseil d’État a même invalidé un arrêté municipal d’interdiction sur les plages de Villeneuve-Loubet, jugé illégal, par son ordonnance du 26 août 2016 : « Le maire ne pouvait, sans excéder ses pouvoirs de police, édicter des dispositions qui interdisent l’accès à la plage et la baignade alors qu’elles ne reposent ni sur des risques avérés de troubles à l’ordre public, ni, par ailleurs, sur des motifs d’hygiène ou de décence. ».

Malgré tout, d’autres communes l’ont aussi interdit en le justifiant soit, sur la plage, pour prévenir des risques de troubles à l’ordre public, soit, à la piscine, pour des raisons d’hygiène. Le Défenseur des droits a également émis un avis le 27 décembre 2018 qui considère discriminatoire l’interdiction d’entrée à la piscine d’une femme en burkini (et donc contraire à la loi du 27 mai 2008). En mars 2019, le Défenseur des droits a estimé dans son rapport annuel : « Le port du voile ou du burkini pour la pratique sportive ne peut être interdit sur le fondement d’une règle de neutralité. ».

Ce sujet est compliqué et très sensible, alors qu’il fait intervenir de nombreux sujets : la place de l’islam dans la société française, ou plus exactement, sa visibilité dans l’espace publique, car c’est bien de cela qu’il s’agit, mais il touche beaucoup d’autres points sensibles, comme le communautarisme, la liberté des femmes (dans les deux sens, que les femmes ne soient pas obligées de porter un burkini ou, au contraire, qu’elles puissent être libres d’en porter), la discrimination, l’égalité entre les hommes et les femmes, le communautarisme, le vivre ensemble dans un lieu de loisirs, l’hygiène et la sécurité sanitaire (point plus sensible depuis la crise du covid), sans oublier les passions politiques, manipulations et instrumentalisations des uns, provocations des autres.

Sujet en or pour l’opposition, Alain Carignon avait déjà fustigé l’attitude équivoque du maire il y a trois ans, le 23 juin 2019, sur Twitter : « Suite à la nouvelle intrusion de femmes musulmanes intégristes dans la piscine municipale, je demande à Éric Piolle de faire cesser les provocations, de faire appliquer le règlement qui s’applique à tous. Son laxisme dépasse les bornes républicaines. ».

Ce n’est donc pas étonnant si la polémique a resurgi le vendredi 29 avril 2022 par la voix du même Alain Carignon, actuel conseiller municipal d’opposition et ancienne tête de liste aux dernières élections municipales de juin 2020. L’ancien maire de Grenoble, âge maintenant de 73 ans, a alerté en effet la presse sur le fait qu’Éric Piolle voulait faire adopter une délibération à la séance du 16 mai 2022 du conseil municipal : « Aujourd’hui, Éric Piolle officialise qu’il proposera l’autorisation du burkini dans les piscines le 16 mai prochain au conseil municipal : j’appelle les Grenoblois à venir ce jour-là exiger un référendum. » (29 avril 2022).

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Menant l’opposition frontalement, Alain Carignon s’indignait : « Éric Piolle n’est pas mandaté pour soutenir l’islamisme politique ! » et espère assez mobiliser les habitants pour faire pression. Dans "Le Dauphiné Libéré" du 2 mai 2022, il poursuivait : « Il a menti en disant que la décision n’était pas prise concernant le burkini ! Elle l’est. Il a notifié aux commissions le nouveau règlement des piscines qui de fait l’autorise. Il a voulu cacher sa décision le plus longtemps possible aux Grenoblois parce qu’il veut passer en force. ».

Cette intention a été confirmée par Éric Piolle lui-même le 3 mai 2022 : « Au prochain conseil municipal, on proposera un nouveau règlement des piscines qui enlève les interdits étranges ayant été posés il y a une dizaine d’années. Donc, vous pourrez venir vous baigner dans les piscines de Grenoble seins nus. Vous pourrez venir avec un maillot couvrant pour se protéger du soleil. Vous pourrez venir avec un maillot couvrant pour d’autres raisons. C’est l’égalité d’accès au service public. Ce nouveau règlement entrera en vigueur le 1er juin, c’est-à-dire juste avant l’ouverture des piscines d’été. », a-t-il expliqué à "20 Minutes", tout en indiquant qu’il avait écrit au Président Emmanuel Macron le 29 avril 2022 pour l’inciter à se saisir de ce problème sur le plan national.

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La date n’a donc pas été choisie au hasard mais reste très maladroite politiquement, en raison des élections législatives du 12 et 19 juin 2022. Le maire de Grenoble suit donc la municipalité de Göttingen, en Allemagne, qui autorise les seins nus à partir du 1er mai 2022. Il a expliqué que la crise sanitaire avait retardé les discussions commencées en 2018 : « Nous avions (…) fait un travail autour de l’égalité femmes hommes, autour du fait qu’il n’y avait pas de raison pour que la poitrine des femmes ait un autre statut que la poitrine des hommes dans les piscines grenobloises. ».

Le problème d’Éric Piolle, c’est que sa logique s’effondre dès lors qu’il confirme que les shorts de plage resteront interdits pour des raisons d’hygiène, car le burkini pourrait être classé dans cette même catégorie de vêtement (c’est déjà ce qui, juridiquement, justifiait son interdiction antérieure).

Éric Piolle, par ailleurs, a rejeté aussi les questions de laïcité qui n’avaient pas lieu d’être pour les usagers des services publics. La neutralité n’est valable que pour les agents publics et à l’école, pas dans un espace de loisirs : « Vos pouvez vous habiller dans la rue comme vous le souhaitez. Là, vous pourrez venir vous baigner dans les piscines de Grenoble comme vos le souhaitez. ». Des villes autorisent déjà le burkini, c’est le cas de Rennes depuis 2018.

En tout cas, certains élus de gauche du conseil municipal sont opposés à cette délibération et sont désolés d’ainsi fracturer la majorité municipale. Bien sûr, les élus LR et RN s’opposent avec force.

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Montant au filet, comme s’il réapparaissait sur le devant de la scène après une désertion étrange pendant la campagne présidentielle, Laurent Wauquiez, président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, a réagi avec fermeté contre cette inacceptable soumission à l’islamisme politique. Il a fait son Joe Biden face à Éric Piolle/Vladimir Poutine, en menaçant de sanction : « M. Piolle projette d’autoriser le burkini dans les piscines municipales. Je mets le maire en garde : dans ce cas, la Région coupera toute subvention à la ville de Grenoble. Pas un centime des Auvergnats-Rhônalpins ne financera votre soumission à l’islamisme. » (le 2 mai 2022 sur Twitter).

Cette réaction est intéressante à analyser car, égal à lui-même, Laurent Wauquiez s’est investi dans ce combat contre le communautarisme, n’hésitant pas à faire ce qu’il fait généralement quand il n’est pas d’accord, menacer et intimider. Mais cette fois-ci, ces menaces et ces intimidations sont publiques et largement connues, et il serait intéressant à savoir ce qu’en pensent les juges du Conseil d’État qu’un élu, ès qualités, fasse pression sur une assemblée délibérative élue démocratiquement dans le fonctionnement normal de cette collectivité. Car il s’agit d’une instrumentalisation des institutions au profit d’une opinion partisane. Cette affaire pourrait donc aller beaucoup plus loin qu’une simple révision du règlement intérieur de piscine municipale, il s’agit aussi du fonctionnement de notre démocratie locale.

Burkini, pour ou contre ? C’est notre vieux pays qui s’échauffe désormais à chaque début des beaux jours, prompt à suivre deux injonctions paradoxales : la liberté de faire et de s’habiller comme on veut, et le refus de voir la société se transformer sous nos yeux en un pays musulman. La raison choisira la liberté, la passion l’interdiction. Et les récupérateurs de tout bord souffleront toujours sur les braises encore chaudes du populisme ou du communautarisme.


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Sylvain Rakotoarison (03 mai 2022)
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Dégenrer les Lego.
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30 avril 2022 6 30 /04 /avril /2022 03:04

« Bien sûr, ce n’est pas la Seine,
Ce n’est pas le bois de Vincennes,
Mais c’est bien joli tout de même,
À Göttingen, à Göttingen. »

(Chanson et paroles de Barbara, 1967).




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Le titre, du Molière revisité (au pluriel), qui continue ensuite par deux autres vers : « Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées ». À l’évidence, la décision de la municipalité de Göttingen, une ville universitaire de Basse-Saxe en Allemagne (112 000 habitants dont près de 30% sont étudiants et où 42 prix Nobel sont vendus enseigner) en date du 28 avril 2022 a franchi allègrement les frontières de la ville, et du pays, peut-être même du continent européen.

En effet, elle vient d’autoriser les femmes à laisser les seins nus dans les piscines municipales. Cette tolérance du topless entre en vigueur ce dimanche 1er mai 2022 jusqu’au 31 août 2022, mais seulement les week-ends. Pendant les jours de la semaine, parce que les piscines sont réservées surtout aux scolaires, les seins devront être couverts pour ne pas perturber les cours de natation, mais elles sont aussi utilisées par les nageurs professionnels dont le maillot est obligatoire dans les réglementations sportives.

Dans une France entre deux élections nationales de grande importance, dans une Europe inquiète par l’invasion russe en Ukraine et les menaces de guerre nucléaire de la Russie, ce sujet des seins nus dans les piscines publiques peut faire sourire, être dérisoire et très léger, et ce l’est, effectivement. Néanmoins, c’est aussi un sujet très sensible, paradoxalement, car il s’agit d’une règle du vivre ensemble. En été 2016, la France s’était échauffée sur un vêtement de plage, le burkini, que les femmes portaient en couvrant tout leur corps, et que certains auraient voulu interdire.

D’ailleurs, le directeur d’un centre aquatique à Göttingen expliquait qu’il fallait trouver un compromis avec des « usagers issus d’autres cultures » pour qui la nudité dérangerait. Il répondait à d’autres usagers qui avaient fustigé la décision de n’autoriser le topless que les week-ends et pas les jours de la semaine. De toute façon, il y aura toujours des mécontents.

Si c’est une première dans les piscines en Allemagne, ce pays a une approche de la nudité et de la pudeur très différente de la France. Il peut arriver qu’au Grosser Tiergarten, le plus grand parc au centre de Berlin, on puisse voir certaines personnes profiter de leur pause de midi en s’étalant au soleil de manière "intégrale" sans que cela choque. D’ailleurs, la nudité est obligatoire dans la plupart des saunas (pour des raisons d’hygiène) où la mixité est généralisée.

C’est la raison qui justifie la décision que mérite attention : cette autorisation des seins nus vient de l’égalité des femmes et des hommes, en particulier celle d’être torse nu quel que soit son sexe. La mesure a pour origine un incident en automne 2021 : un surveillant avait demandé à un baigneur de recouvrir son torse car il le considérait comme une femme, mais "il" avait refusé car il se considérait comme un homme. Dès lors que le sexe auquel on s’identifie devient différent du sexe reconnu, les différences de règles entre les deux sexes deviennent très difficiles à gérer.

La décision n’est donc pas tombée du ciel mais a fait l’objet de très vifs débats au "sein" des élus et des associations sportives de la ville. La décision paraît raisonnable dans la mesure où elle expérimente pour l’été cette possibilité et la municipalité aurait le loisir de revenir sur la décision si elle créait des problèmes insurmontables.

Mais forcément, cette décision est contestable, dans sa logique en tout cas, car on pourrait aussi imaginer le soutien-gorge ou le bikini obligatoire à tous, y compris les hommes, plutôt que le torse nu à tous (et à toutes). En tout cas, des féministes continuent de militer pour que les seins nus soient autorisés aussi les jours de la semaine, considérant qu’il n’y a pas de raison de considérer les tétons des hommes comme anodins et pas ceux des femmes placés alors comme objets sexuels.

En Suède, il s’est passé la même chose il y a six ans, avec un incident identique dans une piscine de Stockholm. Une personne transgenre a été exclue de la piscine car qu’elle se baignait torse nu alors qu’elle était considérée comme une femme. Mais la personne a saisi le médiateur chargé en Suède de la lutte contre les discriminations (un équivalent du défenseur des droits en France, ou de l’ancienne HALDE, haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité), et ce médiateur a donné raison à cette personne le 16 juin 2016 en confirmant le cas de délit constitué de discrimination sexuelle. Néanmoins, le porte-parole du médiateur a précisé : « La décision vaut pour une situation particulière, elle n’édicte pas de règle générale s’appliquant à toutes les piscines. ». Une nuance peu compréhensible car la décision a fait jurisprudence, ce qui a inquiété en particulier la directrice d’une piscine de Stockholm : « Certaine femmes se baignent en maillot intégral (…). Il y a un risque de collision avec les autres cultures et religions, mais même les personnes sans attache religieuse ou culturelle peuvent être offensées par des femmes qui se baignent torse nu. ».

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En Espagne, la même année, la maire de Madrid a créé la surprise en instituant la "Journée sans maillot" également nommée "Journée du maillot optionnel" le 24 juillet 2016 dans toutes les piscines municipales de Madrid, également valable pour les enfants s’ils sont accompagnés d’un adulte. Son promoteur, le président de l’association pour le développement du naturisme, a ainsi expliqué dans "El Pais" : « Le corps n’a rien de criminel, et la meilleure manière que nous ayons trouvée pour transmettre cette idée est de ne pas utiliser de vêtement quand cela n’est pas nécessaire. ». Mais cette initiative n’a rien à voir avec les seins nus autorisés ou interdits, qui, eux, relèvent de la discrimination entre les sexes et pas d’une certaine liberté de comportement en public.

Au Canada, il y a eu le même type d’incident (qu’en Suède) à Cornwall, une ville de près de 50 000 habitant dans l’Ontario, à 100 kilomètres d’Ottawa et 100 kilomètres de Montréal. Une femme a déposé plainte au tribunal des droits de la personne contre la ville pour discrimination, car la ville interdisait les seins nus dans les piscines municipales. Le conseil municipal s’est réuni le 10 juillet 2017 sur le sujet qui a suscité beaucoup de discussions. La maire a admis que la réglementation méritait d’être modifiée car une telle interdiction était effectivement une discrimination sexuelle. Un juriste d’Ottawa, spécialiste en droit civil, a confirmé : « C’est discriminatoire, parce que c’est une interdiction qui s’applique aux femmes et non aux hommes. C’est inconstitutionnel pour cette raison. ». La plainte devrait donc donner raison à la plaignante contre la ville.

En France, la situation est contrastée : s’il y a de très nombreuses plages carrément naturistes sur le littoral atlantique (et aussi méditerranéen) et même un espace naturiste au bois de Vincennes, près de Paris, depuis quelques années, la règle dans les piscines municipales est plutôt à l’interdiction des seins nus. En fait, les situations restent toujours compliquées.

Ainsi, un incident dans une piscine municipale de Toulouse a créé la polémique comme l’a rapporté "La Dépêche" du 5 juillet 2018 : une jeune femme de 35 ans au torse nu, installée au bord de l’eau, s’est fait réprimander par un surveillant qui lui a signifié qu’elle pouvait être seins nus allongée mais pas debout ! En fait, c’est un peu plus subtil que cela : l’article 11 du règlement intérieur des piscines municipales à Toulouse indique que « l’accès au bassin se fait uniquement en tenue correcte de bain (string et seins nus interdits) » et que « tout baigneur doit porter un vêtement de bain spécifique à la pratique d’une activité aquatique et de natation », pour les femmes « un maillot de bain une ou deux pièces traditionnels ». Donc, on peut être seins nus même debout tant qu’on n’entre pas dans le bassin pour s’y baigner. L’adjointe au maire chargée des sports en a profité pour rappeler cette règle aux surveillants : « Il relève de la liberté de chaque femme de bronzer et de s’exposer comme elles le souhaitent. (…) Mais pour se baigner, il faut se couvrir ».

Mais la jeune femme impliquée rejetait aussi cette partie du règlement : « Au nom de quoi peut-on interdire aux femmes d’être seins nus dans l’eau alors que les hommes, eux, y sont autorisés ? Sous prétexte que leur poitrine pourrait susciter le désir et qu’il est incorrect de la montrer ? Le corps de la femme ne lui appartient donc pas ? Elle en est dépossédée, réduite au statut d’objet. ».

L’IFOP a réalisé un sondage publié le 10 août 2017 pour mesurer la baisse du nombre de femmes seins nus : en 1987, 43% des femmes déclaraient qu’elles bronzaient topless et elles n’étaient plus que 22% en 2017, en raison d’une plus grande pudeur, d’un complexe sur son propre corps, et aussi d’une meilleure prévention contre le cancer. Et probablement (car on n’ose pas trop le dire), l’islamisme a pris plus d’influence chez de nombreuses femmes.

Cela dit, cette liberté de pouvoir délaisser le haut dans les lieux de baignades, à mon sens justifiée au-delà de l’acte revendicatif et d’une meilleure esthétique (les traces du maillot au bronzage), ne devrait pas s’alourdir de considérations purement féministes sur l’égalité entre l’homme et la femme, car cette logique poussée à son paroxysme pourrait rendre la vie quotidienne des citoyens complètement folle, ne serait-ce que dans l’occupation des toilettes publiques.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 avril 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
Le burkini dans tous ses états.
Ne nous enlevez pas les Miss France !
Alexandra Richard, coupable ou victime ?
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La PMA pour toutes les femmes désormais autorisée en France.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220428-piscine-topless.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/couvrez-ces-seins-que-je-ne-241257

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/04/29/39455738.html












 

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27 avril 2022 3 27 /04 /avril /2022 03:55

« Mettre à mort cette femme serait commettre un sacrilège, manquer au devoir de l’humanité et dans son cas, ajouter l’injustice au malheur social, ce qui serait contraire à l’esprit de générosité et d’humanité de l’État du Texas. » (Robert Badinter, 13 avril 2022).




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L’ancien Ministre de la Justice Robert Badinter, qui a eu 94 ans le mois dernier, ne sort pas souvent de sa réserve, mais il l’a fait deux fois en une semaine, d’abord pour soutenir Emmanuel Macron, ensuite pour soutenir, par une autre sorte de soutien, Melissa Lucio. Cette femme, d’origine hispanique ("latino-américaine" dit-on), est une mère de quatorze enfants qui va bientôt avoir 54 ans ; elle est née le 18 juillet 1968 et la question était de savoir si elle allait fêter son anniversaire. Non, la question n’est pas là, ou un peu quand même. Car en fait, ce mercredi 27 avril 2022, sa mort était programmée. Son exécution. In extremis, le lundi 25 avril 2022, la cour criminelle d’appel du Texas a suspendu son exécution. Ouf, elle a quelques moments de répit.

Cela ne veut pas dire qu’elle est sauvée définitivement, mais au moins, elle n’aura pas été exécutée cette semaine. Son avocate Vanessa Potkin, lors d’une conférence de presse, a précisé : « C’est un premier pas vers l’obtention d’un nouveau procès, mais cela ne signifie pas qu’un nouveau procès a été accordé. ».

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La situation de Melissa Lucio est tellement scandaleuse que depuis plusieurs années, une mobilisation internationale en sa faveur s’est organisée, de nombreuses personnalités sont venues aussi la soutenir (en particulier Kim Kardashian, mais aussi les anciens ministres français Robert Badinter et Christiane Taubira, etc.).

Et probablement que les soutiens les plus symptomatiques proviennent de près d’une centaine d’élus de l’État du Texas, en particulier de nombreux républicains partisans de la peine de mort, comme le sénateur (de l’État, pas fédéral) Jeff Leach qui a déclaré : « Étant moi-même un républicain conservateur, soutien de longue date de la peine de mort pour les crimes les plus atroces, je n’ai jamais vu un cas plus troublant que celui de Melissa Lucio. ».

Ce fut Jeff Leach qui a annoncé la nouvelle au téléphone. Melissa Lucio : « Mais qu’est-ce que cela veut dire ? ». Jeff Leach : « Eh bien, cela veut dire que vous allez vous réveiller jeudi matin. La décision de la cour d’appel était très forte, et il semble que vous aurez au moins un nouveau procès. (…) Nous allons tout faire pour que vous soyez libre. C’est notre objectif. ». On peut comprendre le point de vue de Jeff Leach au-delà de toute considération émotionnelle et humaine : sauver une innocente de l’exécution, c’est conforter la peine de mort aux vraiment coupables.

Effectivement, Melissa Lucio a été condamnée à mort le 12 août 2008 pour avoir tué sa fille de 2 ans, Mariah Alvarez le 17 février 2007 chez elle, à Harlingen, une ville du comté de Cameron, au Texas. L’enfant était recouvert d’ecchymoses et avait aussi plusieurs morsures dans le dos, des touffes de cheveux arrachés et un bras cassé. Lorsque les soignants des urgences sont arrivés chez elle, ils ont découvert une fillette inconsciente qui ne respirait plus et qui est morte peu de temps après son arrivée à l’hôpital. La cause du décès est une hémorragie cérébrale provoquée par un traumatisme crânien. Le rapport d’autopsie fait état d’ecchymoses aux reins, aux poumons et à la moelle épinière.

Melissa Lucio, depuis sa condamnation à mort, est détenue dans le couloir de la mort de la prison de Moutain View Unit à Gatesville, une ville du comté de Coryell, dans le Texas. Un appel du jugement a été rejeté le 14 septembre 2011 par la cour criminelle d’appel du Texas. Cependant, la Cour d’appel fédérale des États-Unis a annulé le verdict du Texas le 29 juillet 2019 car la condamnée n’a pas pu se défendre selon une procédure équitable. Mais l’État du Texas a fait appel et a réussi à faire annuler cette décision d’annulation en février 2021 par la cour d’appel du Texas par 10 voix contre 7 et la condamnation à mort est donc redevenue valide. Enfin, le 18 octobre 2021, la Cour Suprême des États-Unis a refusé de se prononcer car aucun vice de procédure n’avait été démontré.

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Melissa Lucio avait tout contre elle : hispanique, d’un milieu précaire, elle a eu une enfance faite de violences, agressée physiquement et sexuellement dès l’âge de 6 ans, mariée à 16 ans pour fuir sa famille mais son mari l’a également violentée puis abandonnée à leur cinquième enfant. Au décès de Mariah, elle avait neuf enfants et vivait avec un compagnon aussi violent, la menaçant parfois de mort, et condamné à quatre années de prison pour violence conjugale. Très pauvre, tombée dans la dépendance à la drogue, elle était en plus en train de déménager et elle était enceinte, attendant deux jumeaux.

Après sept heures d’interrogatoire sans avocat et avec la menace des armes, elle a avoué avoir battu sa fille après l’avoir nié pendant une centaine de fois (elle a lâché : « Je suppose que je l’ai fait. Je suppose que je l’ai fait. Qu’est-ce que je vais dire ? J’en suis responsable. »). Elle a expliqué plus tard qu’elle ne voulait pas que ses enfants plus âgés, chargés de s’occuper des plus petits, puissent être accusés à tort de cette mort.

Le procès fut bâclé. Le médecin urgentiste qui a ausculté l’enfant à l’hôpital comme le médecin légiste ont considéré que c’était l’un des pires cas de maltraitance d’enfant qu’ils ont connus à cause de tous les bleus. Le procureur était lui-même en cours de réélection et voulait montrer son efficacité contre les criminels. Six ans plus tard, il allait être condamné à treize ans de prison pour corruption et extorsion dans une autre affaire (il est actuellement encore en détention). Beaucoup de pièces à conviction n’ont pas été prises en compte.

Melissa Lucio a été la première femme condamnée à mort au Texas d’origine hispanique. Depuis 1976, il n’y a eu que 17 femmes qui ont été exécutées aux États-Unis, dont 6 au Texas, l’État qui exécute le plus. En effet, depuis 1976, 1 543 personnes ont été exécutées aux États-Unis dont 573 au Texas (plus d’un tiers !). Depuis 1973, au moins 186 personnes condamnées à mort aux États-Unis ont été innocentées par la suite.

La réalité de la mort de Mariah serait pourtant tout autre. Il s’agirait plutôt d’un accident. Imaginez cette mère qui, en plus de la perte d’un enfant, se voit infliger un procès, une condamnation à mort, une détention dans le couloir de la mort et la perspective d’une exécution par injection létale. Et ce calvaire dure depuis plus de quinze ans.

Les faits seraient ceux-ci : le 15 février 2007, après avoir préparé certains enfants pour l’école, le matin, Melissa Lucio a continué à préparer les cartons de son déménagement tout en surveillant sa fille de 2 ans. À cause d’un léger handicap, Mariah avait du mal à marcher et faisait souvent des chutes. Elle aurait ouvert une porte et serait tombée dans les escaliers de plus d’une douzaine de marches. Elle serait restée consciente et pleurait. Sa mère serait venue à son secours, elle a vu une lèvre qui saignait mais ne semblait pas gravement blessée. Elle ne se serait pas inquiétée.

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Probablement que ce fut l’erreur de Melissa Lucio qui aurait dû averti les urgences tout de suite, car à la suite de sa chute, Mariah a eu des lésions internes qui auraient entraîné sa mort. Deux jours plus tard, le 17 février 2007, Mariah ne mangeait plus, dormait et semblait malade. Melissa Lucio a pensé l’emmener chez un médecin mais elle aurait préféré attendre le lendemain. L’état de Mariah s’est considérablement dégradé dans la journée, elle ne respirait plus, et la famille a appelé les urgences. Les soignants n’ont pas réussi à la réanimer. Son corps était couvert d’ecchymoses à divers stades de guérison, selon un rapport. Le bras cassé l’avait été plusieurs semaines auparavant (deux à sept semaines auparavant). Il y avait aussi une trace de morsure sur le dos.

Quand Melissa Lucio a indiqué aux urgentistes que Mariah était tombée dans les escaliers deux jours plus tôt, ils ne l’ont pas crue car la résidence n’avait qu’un seul étage. Mais ils n’avaient pas saisi qu’il s’agissait de l’ancien domicile de la famille et pas du nouveau. Ce malentendu a provoqué une enquête immédiatement à charges, accusant la mère d’avoir menti et d’avoir frappé la fillette jusqu’à entraîner la mort.

Les avocats de Melissa Lucio ont plaidé pour la clémence auprès du gouverneur du Texas, Greg Abbott, demandant au moins une suspension de l’exécution pendant quatre mois afin de faire un nouveau procès et réexaminer les preuves. En effet, dans le dossier d’expertise, il est par exemple indiqué que Mariah souffrait aussi de troubles de la circulation sanguine qui provoquent des bleus à la moindre pression.

Tous les enfants de Melissa Lucio l’ont soutenue. Aucun n’a témoigné de fait de violence sur enfant. Au contraire, ils ont affirmé qu’elle n’avait jamais frappé un enfant, et lorsqu’elle se droguait, elle s’enfermait dans les toilettes pour éviter d’être vue par ses enfants. Deux enfants ont témoigné de la réalité de la chute dans les escaliers qu’ils ont vue de leurs propres yeux. Le 14 janvier 2022, lorsque la date de l’exécution a été fixée au 27 avril 2022 et qu’elle a été immédiatement confirmée, les enfants de Melissa Lucio ont été effondrés. Une fille voulait se suicider, une autre voulait partir comme sa mère, un fils a cherché à mobiliser la communauté hispanique. Les enfants ont écrit un courrier au gouverneur Greg Abbott le 7 avril 2022 pour sauver leur mère : « S’il vous plaît, permettez-nous de nous réconcilier ave la mort de Mariah et de nous souvenir d’elle sans novelle douleur, angoisse et chagrin. S’il vous plaît, épargnez la vie de notre mère. ».

Plus grave encore : cinq des douze jurés qui ont condamné à mort Melissa Lucio le 12 août 2008 ont reconnu que l’erreur judiciaire était manifeste et ont demandé un nouveau procès.

Si, finalement, au dernier moment, la cour criminelle d’appel du Texas a accepté de suspendre l’exécution prévue le 27 avril 2022, c’est grâce à une forte mobilisation non seulement nationale mais internationale. En particulier, la France s’est mobilisée pour sauver Melissa Lucio grâce au film de Sabrina Van Tassel : beaucoup d’Américains et de Français ont envoyé des courriers de soutien à Melissa Lucio alors qu’avant le film, elle n’était pas connue et personne ne l’avait encore interrogée pendant treize ans, car elle était une paria.

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En effet, la journaliste franco-américaine Sabrina Van Tassel a réalisé le un documentaire très efficace sur le sujet "The State of Texas vs. Melissa" sorti en France le 15 septembre 2021, et l’année précédente aux États-Unis. Elle a affirmé le 13 septembre 2021 : « Comme beaucoup de monde, et beaucoup d’Américains, je croyais que quelqu’un qui était condamné à la peine de mort était forcément coupable, qu’il n’était pas possible d’ordonner la mort d’une personne "pour rien". (…) Aujourd’hui, je me rends compte de l’abomination que c’est. Il faut abolir la peine de mort, quelle qu’elle soit, et même pour les coupables. ».

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Et de préciser : « J’avais l’intime conviction que cette histoire était impossible, mais même si Melissa avait été coupable, j’aurais fait ce film. Les gens qui se retrouvent ainsi piégés sont souvent complètement cabossés par la vie, ce n’est pas n’importe qui qui se retrouve dans le couloir de la mort ou à la prison. Généralement, ce sont des personnes qui portent beaucoup de stigmates, qui ont une histoire douloureuse, donc pour ces personnes-là particulièrement, la justice est un rouleau compresseur terrible. » (entretien à ECPM).

C’est cela qui est important : il faut se méfier que le combat contre la peine de mort soit livré seulement pour dénoncer d’éventuelles erreurs judiciaires. Exécuter des personnes innocentes est ce qui a de pire qu’un État puisse faire et cette simple possibilité d’erreur judiciaire devrait interdire tout peine irréversible. Mais avec la technologie actuelle, les analyses ADN par exemple, il est possible de confirmer ou d’infirmer la culpabilité d’un condamné à mort.

Or, en n’insistant que sur la (supposée) innocence d’un condamné à mort, en fin de compte, on favorise encore plus le principe de la peine de mort. Cela explique d’ailleurs pourquoi des dizaines d’élus républicains favorables à la peine de mort soutiennent Melissa Lucio, car, à l’instar de Jeff Leach, ils sont convaincus de son innocence et également des mauvaises conditions de sa défense lors du procès (le procureur en question croupit actuellement en prison).

C’est ce qu’a dit, le 17 mars 2022 à Emmanuelle Skyvington à "Télérama", l’ancienne Ministre de la Justice Christiane Taubira mais en considérant l’innocence de Melissa comme beaucoup plus porteuse : « Je suis favorable à l’abolition de la peine capitale, y compris pour une personne coupable. J’aurais donc la même position même si Melissa était coupable. Mais d’une certaine façon, c’est réconfortant de se rendre compte que la personne accusée et condamnée est innocente. On est confronté, non pas seulement à un principe ou une éthique, mais à une erreur judiciaire. Cette femme risque sa vie. C’est révoltant. ».

Et elle a expliqué la très délicate mission, lorsqu’on est ministre à l’étranger, d’intervenir sur un cas particulier : « C’est alors très exigeant et très frustrant. Il ne faut vraiment pas trébucher. On est sur un fil qui exige de prendre des précautions de langage inimaginables, de faire attention à ne pas crisper, ni brusquer nos interlocuteurs, surtout quand il y a des risques d’exécution. Parce que des vies sont en jeu, parce que des familles se désespèrent… ».

La situation de Melissa Lucio fait penser à celle du Français Serge Atlaoui et de la Philippine Mary Jane Veloso, condamnés à mort en Indonésie depuis 2005 et qui ont failli être exécutés le 29 avril 2015 (huit autres l’ont été à cette date), mais aussi, hélas, à celles de George Stinney et de Troy Davis, condamnés à mort et exécutés aux États-Unis (respectivement le 16 juin 1944 et le 21 septembre 2011).

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C’est pourquoi le combat engagé par Emmanuel Macron, lors de la cérémonie du 40e anniversaire de l’abolition de la peine de mort en France au Panthéon le 9 octobre 2021, est essentiel : il a en effet relancé le combat pour l’abolition universelle de la peine de mort, c’est-à-dire partout dans le monde, en voulant convaincre les dirigeants des pays pas encore abolitionnistes de son importance et de son urgence.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 avril 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Melissa Lucio.
Serge Atlaoui.
Mary Jane Veloso.
7 pistes de réflexion sur la peine de mort, abolie il y a 40 ans en France.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220425-melissa-lucio.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/peine-de-mort-melissa-lucio-sauvee-241190

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22 mars 2022 2 22 /03 /mars /2022 03:31

« Ce qui s’est passé ici, le 6 février 1998, ne se justifie pas, ne se plaide pas, ne s’explique pas, ce fut un assassinat, un attentat, rien de plus haut, ni de plus noble, on a tué un serviteur de la République, on a arraché un époux et un père à une femme et à deux enfants, deux infamies qui à jamais déshonorent leurs auteurs. Comme l’écrivit son ami, le poète Jean Orizet : ton assassin, cher Claude, est bien plus mort que toi. » (Emmanuel Macron, le 6 février 2018 à Ajaccio).



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Le Président Emmanuel Macron avait vu juste il y a quatre ans : l’assassin assassiné. Ce qui vient de se passer ces trois dernières semaines en Corse et un peu à côté sur le continent est d’autant plus troublant que ces événements sont principalement le résultat du hasard (du moins d’un concours de circonstances) et d’une logique shadok. Mais pour ce qui concerne la Corse, il faut toujours faire attention aux paroles car des vies humaines peuvent être en jeu (c’est une leçon que j’avais apprise du député-maire d’Issy-les-Moulineaux, André Santini).

Les faits sont les suivants. Yvan Colonna vient de mourir de ses blessures ce lundi 21 mars 2022 dans la soirée à Marseille où il était hospitalisé. Grièvement blessé le 2 mars 2022 dans sa prison à Arles par un codétenu, il a été étranglé et asphyxié pendant huit minutes, il était plongé dans le coma et demeurait entre la vie et la mort pendant ces trois semaines, certains évoquent même qu’il était déjà en mort cérébrale dès le début de son hospitalisation.

Nationaliste corse de presque 62 ans, Yvan Colonna a été condamné le 20 juin 2011 pour la troisième fois à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d’assises de Paris, reconnu coupable d’avoir tiré sur le préfet Claude Érignac, assassiné le 6 février 1998 à Ajaccio. Dénoncé par d’autres accusés, Yvan Colonna avait pris la fuite le 23 mai 1999. Longtemps recherché par la police (il vivait comme un berger caché de tous), il a été arrêté le 4 juillet 2003 à Olmeto puis jugé.

Transféré à la prison d’Arles en 2013, c’est là qu’il a croisé son futur assassin, un djihadiste particulièrement violent arrêté en Afghanistan, condamné à neuf ans de prison pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d’acte de terrorisme". Les deux hommes avaient sympathisé jusqu’à la fin de février 2022 où Yvan Colonna a probablement prononcé une parole supposée blasphématoire. Le djihadiste a alors rompu avec l’indépendantiste corse et deux ou trois jours plus tard, il l’a recroisé alors qu’ils étaient seuls tous les deux dans la salle de sports. Il en a profité pour tenter de l’assassiner (et finalement y parvenir).

Il y a eu forcément des fautes commises par l’État dans cette prison, qui devait se préoccuper, avec une surveillance accrue, de deux détenus "signalés". Pouvoir se déplacer presque librement (le djihadiste était même payé pour faire des travaux d’entretien), ne pas être dérangé pendant huit minutes dans une salle en principe sous surveillance vidéo, il y a forcément des fautifs. L’État est responsable de la vie des détenus et doit les protéger des autres codétenus.

Mais la réaction des nationalistes corses était mal venue. Les manifestations parfois violentes qui ont suivi l’agression mortelle d’Yvan Colonna peuvent paraître surréalistes. Cette agression mortelle, qui est odieuse et clairement condamnable, n’a semble-t-il (à confirmer) aucun rapport avec des considérations politiques sur le statut de la Corse. Il est victime, comme d’autres, d’un terrorisme islamique aveugle qui s’en prend (particulièrement) aux "infidèles".

À l’approche de l’élection présidentielle, cette agression mortelle a renforcé la détermination des nationalistes. Ancien avocat d’Yvan Colonna, Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, a même demandé le 10 mars 2022 au gouvernement un nouveau cycle politique. Le Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin est allé en Corse le 16 mars 2022 où il a annoncé que le gouvernement était prêt à accepter "l’autonomie" de la Corse.

Cette annonce a de quoi étonner même si le mot lui-même, "autonomie", ne signifie rien sans la définir précisément, et les négociations pour la définir seront certainement très rudes : comme en Nouvelle-Calédonie ? en Polynésie française ? Faudra-t-il réviser la Constitution pour cela ? Sujet hautement explosif avec une dérive électoraliste possible, qui a déjà fait démissionner le Ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement en désaccord avec le Premier Ministre Lionel Jospin sur la notion de "peuple corse".

Benjamin Morel, maître de conférences en droit public, a noté que c’était très risqué de parler d’autonomie pour une région comme la Corse. Car cela renforce la spirale de la violence. En effet, dans la plupart des régions qui cherchent une certaine autonomie, c’est le cas en Corse mais aussi en Écosse, en Catalogne, etc., il y a un clivage important entre les autonomistes, qui veulent rester dans le pays d’origine, et les indépendantistes, qui veulent en sortir. Or, toute avancée autonomiste renforce les rangs des indépendantistes. (On ne fera pas de parallèle avec des régions séparatistes comme les deux petites pseudo-républiques du Donbass, la Transnistrie, la Crimée, etc.).

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Ce qui reste révoltant à mon sens, ce sont les manifestations qui mettent la figure d’Yvan Colonna en héros alors qu’il est d’abord l'assassin d’un grand serviteur de l’État, que j’ai même eu l’occasion et la chance de connaître à Nancy dans les années 1990 (car il était préfet de Meurthe-et-Moselle), un homme d’une grande compréhension, courtoisie et culture qui avait dû être un interlocuteur efficace et accessible des nationalistes corses.

Tout est négociable sauf la violence, la violence faite à un homme, à une famille, la violence dans la rue. Nous sommes en démocratie et tout doit pouvoir se régler par les urnes. Les violences ne donnent aucune prédisposition pour les libertés et la démocratie, on ne le voit que trop en Ukraine.

Ce mardi 22 mars 2022 sur BFM-TV, l’ancien Premier Ministre Manuel Valls n’a pas osé aller jusqu’au bout de son parallèle avec le terroriste islamiste Mohamed Merah qui a assassiné notamment des enfants il y a dix ans (un hommage à ses victimes a eu lieu le 20 mars 2022 à Toulouse en présence d’Emmanuel Macron, François Hollande et Nicolas Sarkozy). Il voulait sans doute dire que jamais on aurait accepté des manifestations qui mettraient en héros la figure d’un assassin comme Merah.

Il en est de même pour Yvan Colonna. Il est victime d’un djihadiste comme René Bousquet a été victime d’un déséquilibré, mais il est avant tout un assassin. Hommage à Claude Érignac, personne n’oubliera son courage dans l’action ni son assassinat il y a vingt-quatre ans, pensée à sa famille, son épouse et ses deux enfants, et honte à tout ceux qui veulent encenser Yvan Colonna, mort comme vif.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Corse (rappel) : Yvan Colonna n’est pas un héros !
Manuel Valls et la Corse en 2012.
Affaire Claude Guéant.
Marie Trintignant.
Alexandra Richard, coupable ou victime ?
Jacqueline Sauvage.
Violences conjugales.
Affajre Bygmalion.
Affaire Benalla.
Affaire Tapie.
Éric de Montgolfier.
L'abolition de la peine de mort.
Les attentats de Merah en mars 2012.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
Yann Piat.
Jo Cox.
John Lennon.
Bob Kennedy.
Martin Luther King.
Rajiv Gandhi.
Mahatma Gandhi.
Indira Gandhi.
L’attentat de Peshawar.
Le Pakistan dans le chaos du terrorisme.
Nicolas II et les bolcheviks : massacre familial.
Raspoutine.
L’attentat de la basilique Notre-Dame de Nice le 29 octobre 2020.
Fête nationale : cinq ans plus tard…

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220321-yvan-colonna.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/corse-rappel-yvan-colonna-n-est-240310

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10 mars 2022 4 10 /03 /mars /2022 11:01

« Les bombes ne sont pas différentes quand elles tombent sur mes amis de Kiev que quand elles tombent sur mes amis d’Alep. » (Robert Ménard, le 9 mars 2022 sur LCI).



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Je dois reconnaître que la personnalité de Robert Ménard est intéressante. J’ai rarement les mêmes idées que lui, mais le personnage m'est sympathique et est plus nuancé qu’il n’y paraît, il dit parfois du bon sens et n’hésite pas à aller à contresens de ceux qu’il soutient. Il est libre, et cette liberté est très rafraîchissante dans un pays où la langue de bois n’égale pas bien sûr celle des régimes autocratiques (on le voit en Russie) mais reste très prévisible. En trois mots, Robert Ménard, à sa façon, est sincère, spontané et se veut honnête intellectuellement. C’est peut-être son métier de journaliste qui veut cela, une certaine rigueur déontologique. En ce sens, il se distingue de beaucoup de responsables politiques de tout bord et ce trait de caractère peut expliquer à lui seul qu’il a été élu et réélu maire de Béziers depuis 2014. Bref, personne ne voudrait lui enlever l’idée qu’il veut bien faire.

Je le dis en voulant rester le plus rationnel possible puisque beaucoup de ses prises de position, de ses soutiens, de ses convictions me heurtent l’âme, mais assurément, je pourrais avoir une discussion enrichissante avec lui : il écoute et raisonne, en dehors de tout appareil partisan.

Et ce qu’il a confessé ce mercredi 9 mars 2022 sur le plateau de David Pujadas, sur LCI, est très instructif du personnage, mais plus généralement, de la lente évolution des mentalités, celles de la France voire des pays européens. Avec l’Ukraine en guerre, "on" comprend mieux les guerres dans le monde. "On", c’est moi, c’est nous, c’est l’insaisissable "opinion publique", c’est les responsables politiques… On se disait qu’à Beyrouth, la guerre civile, les bombardements, la misère, c’était consubstantiel au pays. En Syrie, en Irak aussi. L’éloignement, seulement l’éloignement suffit à se dire cela, pour se rassurer : là-bas, c’est loin, "ils" ne sont pas encore "civilisés", "ils" se font la guerre, alors qu’ici, c’est la paix. Oui mais non : déjà parce que la France, par exemple, participe à des guerres, pour des raisons très louables, loin d’elle. Ensuite, parce qu’il n’y a plus d’éloignement avec Internet et les compagnies aériennes, tout pays est à moins d’un jour de vol. Village planétaire.

L’Ukraine en guerre a profondément ému les populations européennes, et en particulier, les Français. Je reviendrai sur l’exceptionnel élan de solidarité, spontané, rapide, intense, avec le peuple ukrainien volontairement bombardé par Vladimir Poutine. Tout le monde est choqué, traumatisé, certains n’en dorment plus. Quoi que ce dernier fasse, quel que soit l’avenir, ce sera une tache indélébile dans l’histoire de la Russie et dans la biographie de Vladimir Poutine. Un jour, cela se paiera. D’une manière ou d’une autre. Cet élan d’émotion et de solidarité, il provient d’une certitude : l’Ukraine, c’est la France. L’hôpital pour enfants bombardé à Marioupol, c’est comme si c’était là, près de chez nous. Cette fillette cyniquement sacrifiée, c’est ma fille.

Il y a bien sûr les informations qui arrivent en direct, à la minute près, qui permet de se sentir impliqué, mais pas seulement, car il y a des guerres lointaines avec les mêmes informations. Et puis il y a ce sentiment européen charnel, identitaire, et ceux qui, en France, ne l’avaient pas, sont en train de l’acquérir (merci Poutine). La plupart des Français s’identifient aux Ukrainiens. Kiev est devenu le centre de l’Europe.

Alors, évidemment, quand on entend au début de cette guerre un Éric Zemmour dire : pas question d’accueillir les immigrés ukrainiens chez nous, cela choque. Il ne recueille pas l’aval de ceux qui ne sont pourtant pas gênés de crier "les étrangers, dehors !" (ou même avec une composante raciste, du genre "les bougn…, dehors !"). Cela choque parce que c’est comme si, devant un grave accident de la route où l’on voit des hommes à terre, ensanglantés, la première réaction était : pas question que je paie la réparation de la voiture, alors qu’il faut d’abord sauver ces hommes, ces vies, tant que possible.

Ces réfugiés ukrainiens, ils sont plus de 2 millions déjà à être sortis de cet enfer, de ce massacre. On parle de 4 millions en tout, mais ce sera probablement plus. Et ceux-là se retrouvent exactement dans la même situation que les Syriens et les Irakiens qui ont dû fuir l’avance rapide des jihadistes de Deach. Certains croyaient que ces réfugiés étaient des pauvres, de la racaille, des germes à problème, certes, c’est toujours difficile de s’adapter à un nouveau pays, inconnu, mais c’est souvent le résultat de l’accueil du pays, pas de ceux qui arrivent. Sommes-nous accueillants ?

Ces réfugiés syriens, c’étaient aussi des ingénieurs, des médecins, des avocats, des commerçants, des ouvriers, des personnes qui avaient une position sociale, une famille, une célébrité locale, que sais-je ? comme chez nous, comme nous avec des réussites et des échecs. Moi, je l’avais bien compris. Il ne faut pas faire beaucoup de voyages dans le monde pour s’apercevoir que tout le monde est pareil, avec plus ou moins de chance, qu’on raisonne pareillement, qu’on est heureux pareillement. Certes, il peut y avoir des idéologies qui lessivent les cerveaux, politiques ou religieuses, mais l’humain, le terreau initial, est fait de la même chair. Nous ne sommes pas si différents.

Il suffit aussi de voir les images de la Seconde Guerre mondiale, les villes détruites par la guerre en France. C’était il y a 80 ans, pas plus. Pourtant, il y a comme un sentiment de ne pas être concerné quand la guerre se passe loin dans le temps ou loin dans l’espace. L’Ukraine, c’est tout le contraire : elle est immédiate et elle est sous nous yeux, à nos portes. C’est aussi la différence avec la guerre en ex-Yougoslavie, il y a trente ans, pourtant encore plus proche de la France : il n’y avait pas cette multiplicité de l’information immédiate et le sentiment européen était beaucoup moins développé que maintenant. L’Europe a fait un grand pas avec cette guerre en Ukraine parce que nous avons enfin conscience que ce n’est pas qu’un slogan quand l’on dit que l’Europe défend vraiment nos valeurs, la paix, le respect, la solidarité, etc. Emmanuel Macron l’a dit le 2 mars 2022 : « Notre liberté, celle de nos enfants, n’est plus un acquis. Elle est plus que jamais un système de courage, un combat de chaque instant. ».

Alors, que vient faire Robert Ménard dans tout cela ?

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D’abord, il est maire, et pour l’Ukraine, les maires ont une position cruciale : c’est à l’échelle des municipalités que la solidarité des gens s’organise pour aider le peuple ukrainien. Et lui, comme les autres maires, observe qu’il y a un énorme besoin d’aider, de se sentir solidaire. Cette question revient sans cesse : que puis-je faire pour alléger la souffrance des Ukrainiens ? Et au-delà des dons, il y a aussi les offres d’hébergement. La France n’est pas la solution idéale des réfugiés qui ne parlent pas le français : la langue est difficile, le pays est très loin et ils préfèrent rester près des frontières ukrainiennes dans l’espoir d’y retourner rapidement. Ne nous leurrons pas, le "problème humanitaire ukrainien" durera très longtemps. Même après la paix retrouvée, le retour se fera dans des conditions difficiles, des centaines de milliers de familles ont tout perdu.

Ensuite, parce qu’en soutien ordinaire de l’extrême droite, en soutien à Marine Le Pen, Robert Ménard s’est toujours prononcé contre l’immigration, contre l’entrée des réfugiés en France, on ne peut pas porter toute la misère du monde etc. Mais avec l’Ukraine en guerre, il s’est rendu compte d’un truc : ce que je disais à propos des Syriens ou des Irakiens, c’était horrible. Je n’oserais pas le dire des Ukrainiens.

Robert Ménard a avoué effectivement : « Moi, je vais plaider coupable. J’ai dit, écrit, publié à Béziers un certain nombre de choses au moment des combats en Syrie, en Irak et l’arrivée des réfugiés chez nous, que je regrette, que j’ai honte d’avoir dit et fait, parce que ce n’était pas bien. ». Honte, le mot est fort. Il n’est pas seulement "pas fier", il est "honteux".

Et il poursuit sur le plan moral : « Moralement, ce n’était pas bien. Il n’y a pas deux sortes de victimes, il n’y a pas des Européens chrétiens qu’il faudrait défendre et des gens (…) qui seraient au Moyen-Orient et musulmans qu’on aurait eu raison de ne pas accepter chez nous. (…) Je crois que cette attitude est une faute, et je me l’applique. Je crois qu’il y a une solidarité de quasiment tout le monde pour les réfugiés, même Éric Zemmour même s’il le fait avec des bémols. (…) Je pense que nous, ce courant de la droite, que moi, j’ai eu tort. ». Le fonds de commerce de l’extrême droite remis en cause ! C’est un bouleversement de paradigme.

Et d’insister comme maire de Béziers : « Aujourd’hui, moi, j’accueille tous les réfugiés qui le demandent, mais il y a trois ans, quatre ans, non, ce n’était pas bien. Les bombes ne sont pas différentes quand elles tombent sur mes amis de Kiev que quand elles tombent sur mes amis d’Alep. Ce deux poids deux mesures n’est pas glorieux pour moi, ni pour nous. Ce n’est pas une erreur, c’est une faute. ».

Robert Ménard a donc profondément regretté ses propos très dur de 2015 et son refus d’accueillir les réfugiés syriens et irakiens et a martelé qu’il ne pouvait pas y « avoir deux poids deux mesures : quand ils nous ressemblent, ils sont les bienvenus, et quand ils nous ressemblent moins, ils ne sont pas les bienvenus. ».

Parce que c’est une grande gueule de la mouvance d’extrême droite, la prise de conscience de Robert Ménard est salutaire. Le refus de l’immigration est un thème de campagne récurrent de la vie politique française depuis 1978 (utilisé systématiquement par l’extrême droite et parfois par les communistes). Cette prise de conscience qui fait simplement appel autant à la raison qu’au cœur, est une énorme inflexion dans le discours des extrêmes depuis une dizaine d’années. Les trois mois de zemmourisme enflammés dans les médias de l’automne dernier seraient peut-être mal digérés et le principe humanitaire, l’humanisme, revenir au galop par contre-réaction. La bouillie zemmourienne revomit.

Décidément, on n’en finit pas de mesurer le réveil de conscience des Français qu’auront au moins provoqué cette guerre en Ukraine et les massacres qui s’y déroulent : indifférence, refus d’accueil des réfugiés, nationalisme, anti-européanisme sont désormais très réprouvés. Nous sommes tous conscients et interdépendants et j’ai beaucoup d’émotion d’observer que cette solidarité, sur le terrain, partout en France, s’exerce quasi-unanimement. Tout le monde veut apporter sa part. Si cela n’arrête pas la guerre, c’est quand même très réconfortant sur notre capacité d’indignation et de réaction : les Ukrainiens ne sont pas seuls au monde et nous ne les oublieront pas ! Les autres peuples victimes des guerres désormais aussi, espérons-le !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
La misère du monde.
Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
Les réfugiés de Syrie et d'Irak.
François Bayrou, le parrain de Marine Le Pen.
Jean Roucas.
Éric Zemmour et l’obsession de l’immigration.
Faut-il craindre un second tour Éric Zemmour vs Marine Le Pen ?
Jean-Marie Le Pen.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Florian Philippot.
Bruno Mégret.
Jean-Frédéric Poisson.
Christine Boutin.
La création de Debout la Patrie.
Marion Maréchal.
Patrick Buisson.
Nicolas Dupont-Aignan.
Choisis ton camp, camarade !
Fais-moi peur !
Peuple et populismes.
Les valeurs de la République.
Être patriote.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220309-robert-menard.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/robert-menard-l-immigration-et-l-240054

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/03/10/39381521.html







 

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19 janvier 2022 3 19 /01 /janvier /2022 03:48

« Avec son visage hiératiquement figé, ses yeux fixant un point indéterminé de l’espace, son père n’appartenait plus tout à fait à l’humanité, il y avait décidément en lui quelque chose du spectre, mais également de l’oracle. » (Michel Houellebecq, "Anéantir", éd. Flammarion, 2022).



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Comme je l’expliquais dans un précédent article, l’écrivain Michel Houellebecq n’en est plus forcément à ruminer du noir dans l’obscurité observée de l’humanité. Dans son dernier ouvrage sorti le 7 janvier 2022, "Anéantir" (chez Flammarion), il imagine au contraire un rebond industriel de la France et même, une industrie automobile fleurissante, concurrençant voire surpassant l’industrie automobile allemande. C’est dire comme le spécialiste du pessimisme est devenu optimiste.

Si l’économiste Bernard Maris appréciait tant ses livres, c’est qu’il pensait, à mon avis à juste titre, que Michel Houellebecq pensait le mieux la société contemporaine, ressentait le mieux ses évolutions, ses aspirations, ses absurdités, ses paradoxes, et en faisait donc une description la plus lucide possible. Bien sûr, comme beaucoup de ces évolutions sont plutôt négatives, ou, du moins, inquiétantes, cela pouvait donner lieu à une narration déprimante.

Avec les quelques idées positives du dernier roman, on pourrait même croire que l’avenir de la France change de trajectoire et reviendrait au beau fixe. Bon, c’est un peu simpliste, mais comme dans toute évolution, il y a du bon et du mauvais, ressenti du reste très subjectivement, car la société est aussi "schizophrène", inquiète des délocalisations à cause du chômage et de la désindustrialisation, mais heureuse de consommer les fruits de cette délocalisation car accessibles aux moins riches et donc, au plus grand nombre, il est heureusement facile de changer de perception selon la perspective d’observateur qu’on prend.

On connaissait aussi quelques "combats" de Michel Houellebecq. L’un, retranscrit dans "Soumission" (2015), est la peur d’une société française se transformant progressivement en société musulmane, peur voire obsession qu’a reprise et amplifiée des personnalités comme Éric Zemmour. Michel Houellebecq, lui, n’a pas exprimé d’opinion politique, il n’a fait qu’imaginer cette transition (en principe pour cette élection présidentielle, ce qui ne semble pas se passer comme le livre, heureusement), et cela avec une certaine dose d’originalité.

On peut aussi parler de "combat" dans ses premiers livres, en particulier "Les Particules élémentaires" (1998), mais aussi "Extension du domaine de la lutte" (1994) et plus encore dans "Plateforme" (2001), qui serait une sorte de droit au sexe, droit plutôt décliné au masculin, car le point de la vue de la femme manquait beaucoup à l’origine, dans ses premiers romans (ce n’est plus le cas maintenant).

On trouve aussi un soutien aux agriculteurs, plutôt aux petits exploitants, dans "Sérotonine" (2019), écartelés entre l’Europe, ses aides et ses normes, les consommateurs, l’État et la concurrence extraeuropéenne, ou encore une critique de la désertification rurale qu’on ressent aussi dans "La Carte et le Territoire" (2010), couronné prix Goncourt.

Plus que dans ses précédents romans, Michel Houellebecq aborde, avec "Anéantir", les thèmes "sociétaux". En fait, je l’attendais depuis longtemps sur ces sujets-là.

On a ainsi une évocation de la GPA, on va dire, une "GPA pas heureuse", dans le sens où l’un des effets plus ou moins volontaire d’une femme qui a demandé cette GPA serat d’humilier son mari (qu’elle n’aimerait pas). Et il faut aussi l’amour des parents : « Elle avait souhaité par ce choix humilier Aurélien, faire savoir à tous dès la première seconde qu’il n’était pas, ne pouvait en aucun cas être le père véritable de l’enfant. Si telle avait été son intention, elle avait pleinement réussi. La paternité biologique n’a aucune importance, l’important c’est l’amour, du moins c’est ce qu’on affirme en général ; mais l’amour, encore faut-il qu’il y en ait, et Paul n’avait jamais eu l’impression qu’il existât une quelconque forme d’amour entre Aurélien et son fils (…). ».

Parmi les sujets de son roman "Anéantir", il y a aussi le chômage des quinquagénaires, et plus particulièrement des cadres, couplé à l’ascenseur social en panne. En effet, parmi les personnages, l’auteur décrit Hervé qui est notaire, mais la crise de l’immobilier a engendré la faillite de l’étude notariale qui l’employait et il se retrouve au chômage avec peu de chance de retrouver un emploi sinon en rebondissant dans un autre métier. Michel Houellebecq montre ainsi qu’on peut avoir fait de belles études et ne pas assurer ses fins de mois. Mais implicitement, il explique cette situation par le fait que ce personnage est fils d’ouvriers.

Cela n’empêche pas non plus le romancier de s’interroger sur l’amour, un peu pour lui-même puisqu’il a eu l’an dernier 65 ans : « Est-ce qu’on peut tomber amoureux à soixante-cinq ans ? Peut-être que oui, tant de choses existent sur cette terre. Il est certain en tout cas que Madeleine était tombée amoureuse de son père (…). Cela pouvait se comprendre, son père était à sa manière un homme impressionnant, d’ailleurs il avait toujours eu un peu peur de lui, mais pas tellement peur non plus parce que c’était un homme bon (…). ». Et cette Madeleine, la cinquantaine à peine entamée, « c’était juste une pauvre sans commentaires, et sa vie jusqu’à présent avait été parfaitement merdique, un bref mariage avec un alcoolique et c’était tout, on n’arrive pas à imaginer à quel point c’est peu de chose, en général, la vie des gens,on n’y arrive pas davantage quand on fait soi-même partie de ces "gens", et c’est toujours le cas, plus ou moins ». En d’autres termes, elle est une "qui n’est rien". On retrouve le Houellebecq un tantinet dépressif. Je pense que l’expression « une pauvre sans commentaires » fera date, au même titre que les « sans dents » de François Hollande.

De tous ces nouveaux combats, je pense qu’il y en a un qui pèse plus lourd que les autres pour Michel Houellebecq, et qui, par celui-ci, révèle un véritable humanisme, certes un peu dépressif, mais un humanisme beaucoup plus vivant que ceux qui célèbrent le culte de la mort "douce", à savoir l’euthanasie.

Michel Houellebecq a été profondément écœuré par la manière dont Vincent Lambert a été (mal)traité de 2014 à 2019, jusqu’à sa mort provoquée qui reste, à mon sens aussi, un véritable scandale de la morale publique (on peut lire une première tribune ici, et une seconde tribune là). Je ne pouvais pas imaginer que Michel Houellebecq, dans un roman ou un autre, ne s’empare pas de ce thème. Avec la "facilité" du romancier : en effet, il ne s’agit pas ici de faire un "essai", d’égrainer les arguments pour ou contre l’euthanasie, il ne fait que raconter une "histoire", et en plus, en tant que "deus ex machina", il maîtrise parfaitement tous les tenants et aboutissants de l’histoire. Il peut donc en faire un modèle à visée philosophique, mais toujours sans prétention, car il n’y a jamais vraiment de moralité dans les romans de Michel Houellebecq, et d’ailleurs, il commence toujours à dépeindre ses personnages sans beaucoup les valoriser ; ils ont tant de défauts au départ qu’ils ne peuvent pas être des modèles de comportement.

Simplement, la simple narration suffit à ensuite changer d’opinion le cas échéant, mais surtout, à connaître d’autres perspectives, à mieux comprendre un contexte qui n’est pas comme on le croyait, à confronter d’autres points de vue.

Car l’euthanasie, au fond, qu’on souhaite pour les autres, car si on veut légaliser l’euthanasie, c’est bien qu’on veut la généraliser, qu’elle soit utilisée aussi pour les autres, sans en comprendre les dangers, c’est un regard sur soi-même, c’est la peur d’affronter soi-même une échéance qui, de toute façon, suprême égalité qui élimine toute classe sociale, arrivera à chacun de nous, et elle arrivera avec de la souffrance, pour nous et pour ceux qui nous aime. Croire qu’on éliminera la souffrance (en particulier psychologique) en avançant l’échéance est un leurre et surtout une prétention immense, prométhéenne. On sait réduire la souffrance physique (c’est l’un des progrès de la médecine) et cela devrait suffire pour justement ne pas vouloir avancer l’échéance.

Alors, Michel Houellebecq ne fait que dans la narration, avec ses personnages, loin d’être parfaits et surtout, loin d’être uniformes, un athée matérialiste qui n’a pas le temps de dépenser son argent, une catho pratiquante qui vote pour l’extrême droite et qui n’a pas beaucoup d’argent, etc. Le père du personnage principal est ainsi "son" Vincent Lambert, sans la caractéristique jeunesse : il a autour de 70 ans, pas d’accident de la route, mais un accident vasculaire cérébral qui, finalement, entraîne le même désordre dans le cerveau. Coma, inquiétude, et puis, éveil, sortie de l’engagement du pronostique vital et, comme Vincent Lambert, état pauci-relationnel.

La différence entre Édouard Raison (le père en question) et Vincent Lambert, c’est qu’il a eu la chance d’être "mieux" traité médicalement, qu’on s’occupe "vraiment" de lui dans une structure spécialisée. C’est là l’invraisemblance du roman : non seulement il existe une structure prête à l’accueillir, mais celle qui est le plus proche du domicile familial a justement une place qui se libère.

Et d’ailleurs, que veut dire "une place qui se libère" ? Car moi aussi, je me suis toujours inquiété de la question : « Édouard Raison entamerait une nouvelle phase de son existence, et tout portait à croire que ce serait la dernière. Si une place s’était libérée, dans cette unité de Belleville-en-Beaujolais, si une chambre avait été vidée, puis allait être nettoyée, c’était de toute évidence qu’un autre résident était "parti", ou, pour le dire plus clairement, qu’il était mort. ».

Les caractéristiques pour pouvoir y entrer sont les suivantes : « "Votre papa y sera parfaitement soigné, j’en ai la certitude. Il n’a pas besoin de trachéotomie pour respirer, et ça c’est déjà énorme. Le point noir, par contre, c’est qu’il n’a aucun mouvement oculaire, ce sont les mouvements oculaires qui permettent de rétablir la communication, et c’est souvent la première chose qu’ils récupèrent". Elle s’abstint d’ajouter que c’était assez souvent, aussi, la dernière, elle gardait à vrai dire un souvenir plutôt angoissé de ce moment de sa visite au centre hospitalier de Belleville-en-Beaujolais (…). ». Eh oui, comme Vincent Lambert, on ne peut pas débrancher Édouard Raison, car il n’est pas branché ! Il est autonome dans la respiration, et seule, l’absence de réflexe de déglutition, qui peut revenir après un long entraînement, l’empêche d’être autonome dans son alimentation et son hydratation.

Et au programme précisé par la médecin-chef du service de réanimation qui va transférer le patient dans cet hébergement spécialisé, tout ce dont Vincent Lambert n’avait pas pu bénéficier alors que plusieurs structures avaient confirmé qu’elles seraient prêtes à l’accueillir : « Ils ont plusieurs séances hebdomadaires de kinésithérapie et d’orthophonie (…), j’ai été impressionnée quand j’y suis allée. Ils sont baignés régulièrement, et ils ont fréquemment des sorties en fauteuil roulant. Il y a un parc, enfin une espèce de petit parc, à l’intérieur de l’établissement, mais souvent ils vont plus loin, jusqu’aux berges de la Saône. ».

Complété par le directeur de l’unité lui-même : « En dehors de la parole [je n’y crois pas trop] l’orthophonie sert aussi à éduquer la déglutition, ce qui peut permettre d’abandonner la gastrostomie pour revenir à une alimentation normale. (…) Tous les aliments sont permis ; à condition de les mixer, de les réduire en purée, il pourra retrouver toutes les saveurs qu’il connaissait. (…) Ensuite (…), il y a la stimulation sensorielle en général. Toutes les semaines, pour ceux qui le souhaitent, on a une séance de musicothérapie. Et puis, là c’est plus récent, c’est une association qui gère ça, il y a les ateliers animaux domestiques (…). Et puis bien sûr on ne les laisse pas allongés toute la journée, ça c’est le plus important à mon avis. Déjà ça évite les escarres, en cinq ans je n’ai pas eu une seule escarre dans mon unité. Tous les matins ils sont levés, mis en fauteuil roulant, très important, le fauteuil roulant (…), et ils restent en fauteuil jusqu’au soir, on peut les déplacer, suivant les disponibilités des soignants bien sûr. (…) On essaie de les promener plus longtemps, on les sort tous les jours, parfois en ville, parfois sur les bords de Saône. C’est important qu’ils puissent voire d’autres choses, écouter des sons différents, sentir d’autres odeurs ; mais évidemment c’est le plus coûteux en personnel, il faut un soignant pour pousser chaque fauteuil, on procède par roulement, on s’arrange pour que chacun puisse avoir sa promenade au moins une fois par semaine. ».

C’était parmi les revendications de la mère de Vincent Lambert : qu’il puisse avoir un fauteuil roulant et ne pas rester sans stimuli allongé dans sa chambre, et qu’il puisse être transféré dans une unité spécialisée chargée de l’accompagner. Je ne saurai jamais pourquoi l’État, et en particulier le Conseil d’État, ont privilégié l’euthanasie alors qu’il existait d’autres solutions. Ou j’ai trop peur de le savoir.

Dans le roman, tous les personnages n’ont pas, non plus, la même appréhension de ce qui est bien pour Édouard Raison et c’est cet entrechoquement des conceptions qui fait aussi la subtilité âpre de l’histoire.

On peut comprendre rapidement que Michel Houellebecq s’est bien documenté sur le sujet. C’est un sujet essentiel, et passionnant, car cet état de semi-conscience, d’une personne qui peut ressentir tous les sens mais qui ne peut plus rien exprimer, plus entrer en communication, peut "s’abattre" sur n’importe qui n’importe quand. Et la société doit savoir répondre à cet enjeu, faire preuve de solidarité auprès de ces patients qui ne souffrent pas mais qui sont en situation de lourd handicap. Certains veulent y répondre par la mort, purement et simplement, j’oserais dire facilement, et, au contraire, pour près de deux mille familles, la réponse, c’est d’accompagner ces personnes avec le plus de soins, le plus d’attention, et surtout, avec le plus d’amour possible.

Oui, Michel Houellebecq, c’est aussi cette culture de la vie face à la culture de la mort. Donc, non, le noir houellebecquien est certainement plus éclairant et porteur d’espérance que bien des opinions mortifères qui se sentent majoritaires dans la société française au point de prétendre régenter celle-ci selon une morale on ne peut plus douteuse. Merci, Michel Houellebecq, d’être l’avocat de ces personnes incapables d’exprimer qu’elles sont encore bien vivantes.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les nouveaux combats de Michel Houellebecq.
Anéantir : du grand Houellebecq !
Rentrée littéraire 2022 : "Anéantir" de Michel Houellebecq.
Michel Houellebecq évoque Vincent Lambert.
Houellebecq a 65 ans.
Lecture de la lettre de Michel Houellebecq sur France Inter (fichier audio).
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
5 ans de Soumission.
Vincent Lambert au cœur de la civilisation humaine ?
Vivons tristes en attendant la mort !
"Sérotonine" de Michel Houellebecq.
Sérotonine, c’est ma copine !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220118-houellebecq-aneantir.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/les-nouveaux-combats-de-michel-238722

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/17/39309041.html










 

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