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23 novembre 2020 1 23 /11 /novembre /2020 03:03

« Les Éditions du Square, société gérante des titres "Hara-Kiri" et "L’Hebdo Hara-Kiri" et propriétaire du journal mensuel "Charlie", décide, devant le désastre financier que représente pour elle l’interdiction de "L’Hebdo Hara-Kiri", de créer un supplément hebdomadaire au mensuel "Charlie" afin de pouvoir continuer à faire face à ses engagements financiers et de permettre aux collaborateurs de l’ex-"Hebdo Hara-Kiri" ainsi qu’aux autres employés de la Société de ne pas perdre leurs moyens d’existence. » ("Charlie Hebdo" numéro 1 du 23 novembre 1970).



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Il y a exactement 50 ans, le lundi 23 novembre 1970, est paru le premier numéro de l’hebdomadaire satirique "Charlie Hebdo" qu’on pouvait se procurer chez son marchand de journaux préféré pour la modique somme de 2 francs (il est aujourd’hui à 3 euros). Parmi les signatures, des grands : Cabu, Reiser, Wolinski, Willem, le professeur Choron, Gébé, Delfeil de Ton… et bien sûr François Cavanna.

À l’origine, "Charlie" était d’abord un mensuel, "Charlie Mensuel", fondé en février 1969 par Delfeil de Ton comme revue de bandes dessinées (en concurrence notamment avec "Pilote" avec lequel il a fusionné en mars 1986). Le nom "Charlie" provient de Charlie Brown, le garçon des "Peanuts" que publiait le journal (et ne provient pas de Charles De Gaulle). Après la création de son "supplément" hebdomadaire, "Charlie Hebdo", "Charlie Mensuel" a continué à paraître jusqu’en février 1986 alors que "Charlie Hebdo" a fini de paraître en 1982, englouti par l’arrivée de la gauche au pouvoir (manque de lecteurs) et a repris ensuite surface en juillet 1992 sous la direction de Philippe Val (directeur jusqu’en 2009).

De son côté, "Hara-Kiri", journal "bête et méchant", était un magazine satirique mensuel fondé par Cavanna et Choron en septembre 1960 (il a duré jusqu’en octobre 1989) avec Cabu, Gébé, Roland Topor, Wolinski, etc. En février 1969, a été créé, en parallèle, "Hara-Kiri Hebdo" puis (en mai 1969) "L’Hebdo Hara-Kiri" pour mieux coller à l’actualité. Les deux périodiques ont eu parfois des difficultés financières (dépôt de bilan en 1967 par exemple), souvent en raison d’interdictions à cause de certains articles ou dessins.

Comme l’indique le dessinateur Riss (et directeur de la rédaction de "Charlie Hebdo" depuis les attentats de janvier 2015) dans un dessin récent, le Général De Gaulle fut le véritable inventeur de "Charlie Hebdo", certes bien involontairement (et à titre posthume !). La mort de De Gaulle a eu lieu le 9 novembre 1970 en début de soirée mais la famille ne l’a annoncée publiquement que le lendemain.

Dans le numéro 94 sorti le 16 novembre 1970, le premier après l’annonce de la mort de De Gaulle, "L’Hebdo Hara-Kiri" a titré en une la formule-choc qui a fait date : « Bal tragique à Colombey : 1 mort ». C’était la manière du journal satirique de faire son "deuil" du chef de la France libre (pendant toute la période gaullienne, le journal de sensibilité de gauche libertaire était dans l’opposition).

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L’humour était particulièrement caustique puisqu’il faisait référence, au-delà de la mort de De Gaulle, à la mort des 146 jeunes personnes (moyenne d’âge 20 ans) qui ont péri brûlées vif dans la boîte de nuit "5-7" à Saint-Laurent-du-Pont (entre Grenoble et Chambéry par l’ouest), dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1970. C’était une catastrophe qui a particulièrement choqué et ému les Français (et à partir de laquelle une réglementation plus stricte a été adoptée pour prévenir les incendies dans les lieux accueillant le public, même si l’une des causes a été le non respect de la réglementation de l’époque, notamment par le verrouillage insensé des sorties de secours pour éviter des resquilleurs).

J’imagine que si j’avais été l’un des parents de ces jeunes qui sont morts dans cet incendie, j’aurais réagi vivement au titre de "Hara-Kiri". Mais le principe de la satire, c’est de faire de la provocation, de faire réagir, de mettre mal à l’aise, et il faut bien avouer que la formule a été bien trouvée, tellement bien trouvée que beaucoup de monde, depuis cinquante ans, l’a pastichée, parodiée selon les circonstances.

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L’imitation la plus forte, la plus émouvante aussi, une formule satirique qui est revenue comme un boomerang sanguinaire, a été utilisée par certains journaux juste après l’assassinat des douze personnes lors de l’attentat terroriste au siège de "Charlie Hebdo" le 7 janvier 2015 : « Balles tragiques à Charlie Hebdo : 12 morts ».

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Dès le 17 novembre 1970, le Ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin lui-même aurait pris la décision d’interdire de parution de "L’Hebdo Hara-Kiri" pour sanctionner ce manque de respect aux victimes de l’incendie du "5-7".

"Charlie Hebdo" a donc pris la relève au pied levé dès la semaine suivante, afin de contourner l’interdiction administrative qui aurait pu avoir des conséquences économiques très graves sans cette idée. N’hésitant pas à amuser la galerie avec ce sujet, le journal mentionnait : « "L’Hebdo Hara-Kiri est mort. Lisez "Charlie Hebdo", le journal qui profite du malheur des autres. », ou encore : « Comme l’avait signalé notre malheureux confrère "L’Hebdo Hara-Kiri", dont nous déplorons la disparition (…) ».

L’ADN de ces publications ("Hara-Kiri", "Charlie Hebdo"), c’est la liberté de la presse et le droit de se moquer notamment de leurs cibles favorites, à savoir l’extrême droite et les intégrismes religieux, et sur ce dernier point, il faut bien avouer que l’Église catholique a été beaucoup plus "moquée" et tournée en dérision que l’islam.

Quand Philippe Val a décidé de publier le 8 février 2006, dans "Charlie Hebdo", les caricatures de Mahomet du journal danois "Jyllands-Posten", il pensait que toute la presse française allait faire de même par solidarité pour la liberté de la presse. Mais seulement "France-Soir" les avait publiées (dès le 1er février 2006). À cette époque, le dessinateur Charb, le futur successeur de Philippe Val et future victime des attentats, indiquait : « À "Charlie", avant qu’on soit embêtés par les musulmans intégristes, on a eu affaire à l’extrême droite catholique. Ça s’est terminé normalement devant les tribunaux, ils ont perdu et voilà. Ils attaquent pour tester en espérant gagner et que la législation change. ».

Les vives polémiques ont donc commencé à cette date. Le 1er mars 2006 dans "Charlie Hebdo", un manifeste fut publié pour condamner l’islamisme politique que les signataires, parmi lesquels Salman Rushdie, Taslima Nasreen, Philippe Val, Bernard-Henri Lévy, Caroline Fourest, ont considéré comme un nouveau totalitarisme menaçant la démocratie, le comparant au nazisme et au stalinisme. La riposte est provenue de la Ligue des droits de l’homme qui a dénoncé la stigmatisation des musulmans dans "Libération" du 16 mai 2006.

"Charlie Hebdo" a aussi fait un numéro spécial Mahomet le 2 novembre 2011 qui avait été annoncé quelques jours auparavant, ce qui a provoqué un incendie criminel qui a dévasté son siège dans la nuit du 1er au 2 novembre 2011. Voici la différence avec ses précédentes cibles : l’islamisme politique ne contre-attaque pas avec des procès, il attaque tout court. Hélas, on a pu s’en rendre compte le 7 janvier 2015 avec l’attentat qui a visé toute la rédaction du journal. Douze personnes y sont mortes.

Et cela a continué puisque Samuel Paty, le professeur d’histoire qui a utilisé des caricatures publiées dans "Charlie Hebdo"  comme outil pédagogique, a été, lui aussi, horriblement assassiné à la sortie de son collège de Conflans-Sainte-Honorine le 16 octobre 2020.

Depuis 2006, "l’affaire" des caricatures a montré qu’on pouvait mourir de pouvoir dire ce qu’on veut des religions. Jusqu’en janvier 2015, on pouvait ne pas le comprendre, s’interroger sur la motivation de ce qu’on pourrait appeler une "provocation" même si, pour un journal satirique, la provocation est un fonds de commerce consubstantiel. On pouvait même soupçonner le journal de vouloir faire remonter ses ventes en berne depuis quelque temps.

Mais après de tels assassinats, tant en 2015 qu’en 2020, le fameux slogan "Je suis Charlie" a pris un sens très particulier. Il ne s’agit pas d’approuver toutes les provocations parfois obscènes du journal satirique. D’ailleurs, en ce qui me concerne, très peu de dessins me faisaient sourire. Mais il s’agit simplement de militer pour que ce journal, comme d’autres, ait le droit de publier ce qu’il veut, dès lors qu’il reste dans le cadre légal des publications de presse (pas d’appel à la haine, etc.).

Et l’on peut s’interroger sur le "scandale" avec "Charlie Hebdo". Si des journaux généralistes, comme "Le Figaro" ou "Le Monde" avaient publié des caricatures particulièrement provocantes, le scandale aurait pu encore se concevoir car le lectorat était très large. Mais pour "Charlie Hebdo", ceux qui le lisent, ceux qui l’achètent, c’est parce qu’ils veulent lire du satirique, ils veulent lire du provocant. C’est comme être choqué du sexe en se rendant dans un sex-shop. Au lieu d’être choqué, il suffit de ne pas ouvrir un numéro de "Charlie Hebdo". Il y a un certain masochisme à vouloir se faire mal si les dessins font mal. Pourquoi interdire de les publier alors qu’il suffirait de ne pas les lire ?

Qu’est-ce que cela peut bien me faire que des personnes que je ne connais pas pensent différemment de moi et même, se moque de mes propres pensées, de ma foi, de mes opinions ? Ce serait important si ces personnes m’étaient chères. Mais des inconnus ? Dont c’est le métier de tout tourner en dérision ? À partir du moment où l’on peut considérer qu’un large panel de foi  (ou non foi), d’opinions, etc. puisse exister, voire coexister, pourquoi irais-je imposer la mienne ? Il est là le totalitarisme.

Car avec des risques d’attentat, quel va être le comportement des moins courageux, des moins militants, ou plutôt, des plus prudents, ceux qui pensent à leur famille, à leur conjoint, à leurs enfants ? L’autocensure. Tout faire pour éviter de déclencher un acte retour particulièrement horrible. De déclencher la fureur de "fous d’Allah". L’assassinat de Samuel Paty en est une très triste illustration.

Le Président Emmanuel Macron a affirmé avec force le droit au blasphème dans son discours au Panthéon commémorant les 150 ans de la naissance de la Troisième République le 4 septembre 2020. C’était la première fois qu’un Président de la République a eu le courage de le proclamer. Il n’y avait pourtant rien d’exceptionnel ni rien de nouveau : on a le droit de critiquer toute religion dès lors qu’on ne s’en prend pas personnellement à certains fidèles. Au risque de laisser croire à une stigmatisation, l’idée est de refuser toute avancée de l’islamisme politique dans le projet de société est diamétralement opposé à la tradition française et aux valeurs républicaines.

Très inquiétantes ont été, pour moi, certaines réactions provenant de la hiérarchie catholique sur ces dessins de "Charlie Hebdo". Elles sont d’autant plus incompréhensibles que l’Église catholique fait partie très clairement des cibles des terroristes islamistes : l’assassinat du père Jacques Hamel le 26 juillet 2016 dans l’église Saint-Étienne de Saint-Étienne-du-Rouvray (près de Rouen) et l’assassinat de trois fidèles, Nadine Devillers, Vincent Loquès et Simone Barreto  Silva, le 29 octobre 2020 dans la basilique Notre-Dame de l’Assomption à Nice l’ont démontré. En ce sens, l’Église catholique est dans le même navire que "Charlie Hebdo" et que d’autres, en clair, que tous les Français, cible potentielle des tueurs islamistes. Il devrait y avoir une solidarité de fait.

Ainsi, juste après le second attentat de Nice, celui du 29 octobre 2020, l’évêque de Nice a tenu à se désolidariser de "Charlie Hebdo" dans un entretien à "Nice-Matin" : « Non, je ne suis pas Charlie, je suis André Marceau (…). Certes, la liberté d’expression est sacrée en France, mais que chacun s’assume. Il y a des identités qu’on ne peut pas trop bafouer à la légère. ». En tant que catholique, ces propos m’horrifient. C’est comme si l’on disait que telle jeune fille violée a été responsable de son viol parce que décidément, elle s’était habillée un peu trop légèrement. Non, le responsable, c’est le violeur, pas la victime. Si un dessinateur doit systématiquement se demander si son dessin satirique (donc, jamais "gentil") pouvait vexer des personnes au point d’en être violenté, il ne pourra plus dessiner un seul dessin et il n’y aura plus d’autre son de cloche qu’un courant de pensée qui ne gênerait personne, c’est-à-dire un courant de non-pensée.

Pires à mon sens, les déclarations de l’archevêque de Toulouse, Mgr Robert Le Gall le même jour sur France Bleu Occitanie : « On ne se moque pas impunément des religions (…). La liberté d’expression atteint ses limites (…). On jette de l’huile sur le feu. ». Non ! Il ne faut pas être "puni" pour s’être moqué des religions, surtout provenant de non-fidèles (à moins de vouloir imposer une religion à tout le monde). Non ! ce n’est pas jeter de l’huile sur le feu, c’est pointer qu’il y a là le symptôme d’un réel problème sociétal : si des dessins provoquent la mort de dizaines de personnes, c’est qu’il y a un problème qui ne peut pas être résolu par l’autocensure des dessinateurs. Le mal est profond et il fallait en prendre conscience.

Se focalisant plus sur la forme, l’archevêque d’Albi, Mgr Jean Legrez s’est posé la question : « Comment croire que la quintessence de l’esprit français réside dans la vulgarité et la malveillance ? ». Réponse : depuis qu’on tue des dessinateurs français pour leurs dessins, et des enseignants français pour les avoir montrés à leurs élèves.

Je crois rêver quand je lis le texte publié sur le site de son diocèse de l’évêque d’Avignon Mgr Jean-Pierre Cattenoz qui a remis en cause le droit au blasphème et qui s’est senti blessé en voyant des caricatures : « Les caricatures blasphématoires sont[-elles] un droit en démocratie [?] ». Il est « resté sans voix devant les déclarations du Président de la République [lorsqu’il] a justifié au nom même de la démocratie la liberté de dire et de publier tout et n’importe quoi, la liberté au blasphème sous toutes es formes. Je croyais rêver ! ».

Dans une dépêche publiée par Orange le 8 novembre 2020, le sociologue des religions Jean-Louis Schlegel, ancien directeur de la rédaction de la revue "Esprit", expliquait que ces évêques « n’ont pas intégré le fait que la séparation des Églises et de l’État impliquait cette liberté d’aller très loin dans la caricature ou l’insulte anti-religieuse (…). Ils considèrent que le blasphème ne devrait pas être libre dans nos sociétés. ». Et d’ajouter concernant les fidèles : « Ils ne peuvent pas ne pas reconnaître que c’est une liberté fondamentale (…). [Mais ils] ne vont pas applaudir des caricatures que généralement ils trouvent grossières, avec des dessins très vulgaires. ».

Cependant, des fidèles peuvent aussi faire la part des choses, comme cette catholique pratiquante parisienne : « "Charlie Hebdo", ce n’est pas ma revue préférée. [Mais] il ne faut pas que ça renverse notre hiérarchie des valeurs : on ne tue pas des gens pour une caricature ! (…) La liberté d’expression est un peu plus en danger que la protection du sacré des religions. ».

Heureusement, d’autres évêques "repêchent" les précédents. Ainsi, le discours de clôture de l’Assemblée plénière des évêques (en visioconférence) de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France, a su, le 8 novembre 2020, remettre les pendules à l’heure sur le blasphème. Et cela, notamment en trois points.

1° : « Le blasphème consiste surtout à faire maudire le nom de Dieu. Est donc coupable de blasphème qui use du nom de Dieu pour justifier sa violence ou ses injustices. ». En clair, c’est plus celui qui tue et celui qui l’a armé qui sont blasphématoires que leur victime.

2° : « La dérision, la moquerie, me paraît d’un autre ordre. Les convictions fortes en suscitent forcément, parce que l’humanité cherche à se protéger, à esquiver d’avoir à donner à sa vie une portée qui lui paraît trop grande. C’est un gage de maturité que de ne pas s’en laisser démonter. (…) Nous savons, nous, que le Dieu vivant n’a pas craint d’être bafoué. En prenant chair de notre chair, il n’a pas craint d’être méprisé, ni même torturé. Il n’a pas craint non plus, et c’est vertigineux, d’être trahi par les siens. ». Bref, ce ne sont pas quelques dessins inconséquents qui pourraient ébranler Dieu lui-même.

3° : « Le blasphème contre l’Esprit est plus encore le fait de ceux qui usent du pouvoir spirituel reçu du Christ pour établir leur propre pouvoir et, pire encore, assouvir leurs pulsions. Les prêtres coupables d’actes d’agressions sexuelles sur des mineurs ou d’abus de pouvoir sur des jeunes adultes souillent le saint nom de Dieu. ». En d’autres termes, et c’est important que cela provienne d’un évêque, les blasphémateurs, ce sont plutôt les prêtres qui abusent d’enfants que des dessinateurs en mal de provocation.

Le blogueur catholique Koztoujours a commenté cette saine et sage prise de position épiscopale le 9 novembre 2020 : « Il faut reconnaître voire soutenir par principe le droit de blasphémer, celui de critiquer toute religion, et jusqu’au droit de la tourner en dérision. Car Dieu, je le crois, n’attend pas qu’on le respecte par obligation, qu’on l’aime du bout des lèvres tandis qu’on l’ignore dans nos cœurs. Dieu est même prêt à entendre notre rage contre lui et a vu sans colère bien des poings dressés vers le ciel. Il n’attend pas que nous nous abstenions de blasphémer seulement parce que ce serait interdit. Car sans liberté de blasphémer, il n’est pas de louange sincère. ».

Et parlant de l‘obscénité de certaines caricatures : « Ce n’est pas parce que la loi permet un comportement qu’il est nécessairement bon, mais tout ce qui n’est pas bon ne doit pas non plus nécessairement être interdit. L’inverse nous garantirait un régime totalitaire. C’est dans cet espace de liberté entre le légal et le bien que s’exerce le discernement de chacun. ».

Alors, non, je n’apprécie pas spécialement les dessins de "Charlie Hebdo", surtout les plus obscènes, même si je suis prêt à sourire et même à rire quand le jeu de mots est (vraiment) drôle, le dessin en situation, les faits en interconnexion (même odieusement, comme pour le bal tragique). Mais je rends hommage au journal satirique d’avoir pointé du doigt l’une des fragilités sociales des temps actuels, au prix involontaire mais douloureux de plusieurs vies humaines, que des éléments de notre société, pas forcément venus de l’extérieur (cela peut être le cas, mais pas toujours) sont capables de mettre au péril cette liberté de presse.

La Ligue des droits de l’homme qui, en 2006, dénonçait le risque de stigmatisation de l’islam, j’espère qu’en 2020, et plus exactement, que depuis 2015, elle a bien conscience qu’il existe un islamisme politique particulièrement offensif qui veut faire progresser sa cause au détriment des valeurs de notre République et de notre démocratie. Et cet islamisme avance (masqué) depuis l’affaire du voile au lycée en 1989. C’est à la République, portée par les forces politiques, toutes les forces politiques unanimement, de réaffirmer avec constance et fermeté que ces valeurs-là, elles ne sont absolument pas négociables. Bon demi-siècle, "Charlie Hebdo" !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
50 ans après Charlie Hebdo, toujours la liberté de la presse en question.
Samuel Paty : faire des républicains.
Samuel Paty : les enseignants sont nos héros.
Discours du Président Emmanuel Macron le 2 octobre 2020 aux Mureaux sur le séparatisme (texte intégral et vidéo).
Polémiques indécentes sur la libération de Sophie Pétronin.
10 ans après la loi anti-burqa, la loi masque-obligatoire.
Charlie Hebdo : mortelle indifférence.
Charlie Hebdo en 2015.
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
5 ans de Soumission.
Mosquée de Bayonne : non assistance à peuple en danger ?
La société de vigilance.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201123-charlie-hebdo.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/50-ans-apres-charlie-hebdo-228910

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/22/38665813.html






 

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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 18:49

« Il était inimaginable de devenir à mon tour un ancien combattant. Alors, quand la guerre est terminée, elle a été terminée pour moi aussi. J’avais quel âge, déjà, en 1945 ? 25 ans… Eh bien, à 25 ans, voyez-vous, je ne voulais pas vivre dans le passé. À cet âge-là, c’est l’avenir qui m’intéressait. J’avais trop souffert d’être "prisonnier" de la guerre de 1914 pour vouloir reproduire ça après 1945. » (Daniel Cordier, "Le Monde" du 9 mai 2018).


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Immense peine cette après-midi, une peine qui lie la personne et l’Histoire. L’ancien secrétaire de Jean Moulin et ancien résistant Daniel Cordier, chancelier d’honneur de l’Ordre de la Libération, vient de s’éteindre ce vendredi 20 novembre 2020 à l’âge de 100 ans. Le Président Emmanuel Macron, qui l’avait rencontré plusieurs fois, a annoncé qu’un hommage national lui sera rendu. S’il y a bien une personne, de notre communauté nationale, qui mériterait le Panthéon, ce serait bien Daniel Cordier, mais une telle décision irait assurément à l’encontre de sa modestie et de son humilité.

Depuis plusieurs années, il n’y avait plus beaucoup de Compagnons de la Libération encore en vie, et son angoisse était d’être le dernier, car il a été dit que le dernier Compagnon de la Libération serait enterré dans la crypte du Mont-Valérien, en hommage à tous les résistants qui ont fait vivre la France libre entre 1940  et 1943. Pierre Simonet, le plus jeune survivant, est mort le 5 novembre 2020 (j’y reviendrai). Depuis quinze jours, il n’en restait alors plus que deux et ce fut encore le plus jeune qui vient de partir. La France n’aura pas à se poser la question entre l’histoire et l’humilité des dernières volontés. Il reste aujourd’hui Hubert Germain, à peine plus âgé (de quatre jours), 100 ans donc, et je ne sais pas quelles sont ses volontés car maintenant, il le sait, c’est lui, et son état ne semble pas très fort.

Daniel Cordier fut une personne qui est mal née puisqu’il avait 19 ans pendant la Débâcle. Le pire, c’est qu’il était maurassien. Enfin, le pire, ce n’est pas d’être maurassien, c’est d’être maurassien, partisan du leader du nationalisme français, Charles Maurras, celui qui plaçait la nation française avant toute autre considération, et qui, en même temps, ce qui fut un choc pour le jeune militant enthousiaste, a soutenu Pétain et l’armistice, bref, a soutenu le fait que la France ne devait plus combattre et accepter sa défaite face à l’ennemi. Comment cela a-t-il pu se passer ?

Certains à sa place auraient peut-être choisi de suivre Maurras, penser que l’homme était plus important que ses choix, quitte à aller jusqu’à l’effondrement de ce qu’il préconisait (c’est assez courant dans la vie politique "ordinaire"). Mais pour Daniel Cordier, il n’était pas question de se coucher devant l’ennemi. Si un leader change d’orientation, il faut changer de "leader".

Pour être franc, Daniel Cordier ne connaissait pas le Général De Gaulle. Il a juste su qu’il cherchait à résister depuis Londres. Il s’y est rendu avec des amis, ils sont partis le 21 juin 1940 de la côte basque, mais tous ses amis ne les ont pas suivis, certains sont restés …et sont devenus pétainistes. Daniel Cordier ne connaissait rien à l’art de la guerre, il s’est retrouvé loin de toutes ses références, loin de sa famille, loin de son pays. Seuls, quelques amis étaient avec lui.

Il a donc rejoint l’Angleterre le 25 juin 1940. Sa première rencontre avec De Gaulle a eu lieu le 6 juillet 1940 à l’Olympia Hall à Londres. Une rencontre très froide : « Je demeure sur place, abasourdi. Désormais, mon chef est cet homme froid, distant, impénétrable, plutôt antipathique. ». Quelques minutes auparavant, l’homme distant lui avait dit, à lui et à ses compagnons : « Je ne vous féliciterai pas d’être venus : vous avez fait votre devoir. (…) Ce sera long, ce sera dur, mais à la fin, nous vaincrons. ». Il fallait vraiment être motivé ! Daniel Cordier l’était, assurément.

Par les "hasards" (?) des affectations, il s’est retrouvé parachuté comme secrétaire de Jean Moulin. Il n’est pas resté longtemps auprès du jeune préfet car Jean Moulin a été arrêté, torturé et tué par la Gestapo sur dénonciation. Daniel Cordier avait un avis bien tranché dans ce mystère de cette brèche historique. Tous les acteurs sont maintenant morts et la question est : faut-il connaître la vérité ? L’histoire de la clandestinité a toujours été émaillée de trahisons, souvent involontaires (la torture fait parler), et c’était le risque de tous les résistants aux postes d’organisation. Il a poursuivi son travail avec le remplaçant, mais les liens n’étaient pas les mêmes.

Jean Moulin avait fait de Daniel Cordier plus que son secrétaire (dont l’étymologie dit bien ce que cela veut dire, homme du secret), son bras droit, sur qui il pouvait se reposer, avec une confiance qui permettait à Daniel Cordier de prendre certaines décisions lui-même à la place du chef de la Résistance.

Je ne me suis "intéressé" à Daniel Cordier, et pour le dire franchement, je n’ai été fasciné par Daniel Cordier qu’il y a onze ans (il était déjà très âgé), lorsqu’il a sorti sa fameuse autobiographie "Alias Caracalla" dont je recommande très vivement la lecture (une nouvelle fois). À cette occasion, Pierre Assouline et Régis Debray auraient voulu lui attribuer le Prix Goncourt mais celui-ci reste réservé à un roman.

Ce livre a même été adapté en un téléfilm (du reste assez médiocre car trop démonstratif et sans épaisseur psychologique). Daniel Cordier avait quitté tout ce "milieu" des anciens combattants pendant longtemps jusque dans les années 1980 où des attaques contre son ancien patron, Jean Moulin, l’ont conduit à devenir historien de la Résistance, avec des ouvrages maintenant de référence pour cette période.

J’ai pu aussi voir (admirer) l’autre face de Daniel Cordier, son métier, et sa vocation dont il est facile de connaître l’origine : Jean Moulin. En effet, la couverture de Jean Moulin à Lyon était galeriste et marchand d’art, mais à l’époque où il travaillait avec lui, Daniel Cordier ne connaissait rien à l’art, encore moins à l’art contemporain, il a été initié par Jean Moulin qui lui avait promis de visiter avec lui, à la fin de la guerre, le Prado, à Madrid. Cela ne s’est pas fait, hélas.

Cette autre face, donc, je l’ai découverte un peu par hasard lors d’un bref passage à Rodez. J’y étais allé pour admirer les vitraux de la cathédrale et surtout, pour visiter le nouveau musée Soulages (100 ans aussi, bientôt 101 même dans un mois), et à l’époque, le musée de Rodez proposait par ailleurs une exposition temporaire d'une très petite partie de la collection Cordier. J'en ai vu aussi à Colmar, aux étages supérieurs du fameux musée Unterlinden, rénové et agrandi. Daniel Cordier a effectivement fait de nombreuses acquisitions après la guerre, d’auteurs (peintres, sculpteurs, etc.) à l’époque peu connus mais qui sont devenus, par la suite, très célèbres (pas tous). On pouvait dire qu’il avait eu "du nez" (lui disait qu’il avait "l’œil sauvage"). Si bien qu’il participa à la constitution de la collection permanente du futur Centre Pompidou d’arts contemporains au début des années 1970 et, comme il n’a pas d’héritier, il a légué toutes ses collections au Centre Pompidou.

Au-delà de la connaissance de certains peintres contemporains que je ne connaissais pas, l’intérêt d’une telle exposition était dans les notices explicatives de chacune des œuvres puisque Daniel Cordier y détaillait les raisons qui l’avaient amené à les avoir acquises.

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Dans une édition spéciale à 18 heures, ce 20 novembre 2020, consacré à l’ancien héros de la France libre, la radio France Inter a invité notamment Jean Lebrun qui l’avait interviewé (le 18 juin 2018 dans "La Marche de l’Histoire" sur France Inter), Marc Voinchet (également intervieweur) et Régis Debray (qui avait fait un documentaire avec lui sur Jean Moulin). Marc Voinchet, actuel directeur de France Musique, était un ami de Daniel Cordier (il avait assisté à son dernier anniversaire) et a raconté que Daniel Cordier l’avait entraîné sur un coup de tête dans un musée néerlandais pour lui montrer les œuvres d’un peintre flamand. Ces trois invités qui l’ont bien connu ont parlé de lui plus avec joie que dans la tristesse, parce que tout sa vie, et il a bien vécu, Daniel Cordier était joie et convivialité, avec ce petit œil malicieux qui l’a gardé jeune si longtemps.

Marc Voinchet l’avait aussi interviewé le 8 mai 2013 à l’occasion de la fête de la victoire. Daniel Cordier avait tenu à rectifier en disant : « Je n’étais pas un résistant, surtout pas. Je suis un Français libre. ». Et de regretter de ne même pas avoir été un combattant : « Pour moi, c’était fini depuis longtemps, la guerre. La guerre, c’était la bataille, c’était le risque. (…) Au fond, je n’ai jamais fait la guerre que je souhaitais. Je voulais tuer des Boches, je n’en avais pas tué un seul. Et ça, c’est affreux. J’avais les moyens, j’ai appris, j’étais un bon tireur. (…) Il y a une suite de circonstances qui m’ont toujours tenu en dehors des combats. Et je ne m’en suis jamais remis, parce que je n’ai jamais fait la guerre. ».

Je recommande aussi d’écouter la série de cinq émissions de "À voix nue" diffusées sur France Culture du 27 au 31 mai 2013, Daniel Cordier interviewé par Jérôme Clément. Dans cette série, il racontait ce qu’il évoquait déjà dans son autobiographie, à savoir sa vie entre 1940 et 1945 et en particulier cet instant décisif qui lui a fait comprendre toute l’horreur du nazisme et de l’antisémitisme : « J’aperçois sur le pardessus la grande étoile jaune, je n’en avais jamais vu. En vrai, vous n’imaginez pas ce que c’est. ».

Enfin, je recommande la lecture de l’article biographique très complet de Philippe-Jean Catinchi publié cette après-midi du 20 novembre 2020 dans le journal "Le Monde", qui rappelle qu’à la fin de la guerre, Daniel Cordier avait été affecté aux services secrets : « À la Direction générale des études et recherches, dont Jacques Soustelle prend la tête en novembre 1944, Cordier découvre le monde des espions et des agents secrets. Il est même envoyé en Espagne évaluer la solidité du régime de Franco pour De Gaulle. Un rapport qu’il conservera comme un trésor. Mais ce milieu n’est pas pour lui. Pas plus que l’autocélébration des anciens résistants à l’heure du retour à la paix. ».

Il a finalement donné sa démission après la démission de De Gaulle de la Présidence du Gouvernement provisoire en janvier 1946. C’est intéressant à noter que le dernier voyage à l’étranger de De Gaulle, en juin 1970, fut de traverser toute l’Espagne (le couple a parcouru 10 000 kilomètres) et ce voyage a fait scandale car il l’a ponctué d’un déjeuner avec le général Franco. Daniel Cordier n’a donc pas dû être beaucoup scandalisé par ce déjeuner, vingt-cinq ans plus tard, puisqu’il savait que l’Espagne avait accepté la traversée de résistants français pour rejoindre l’Angleterre pendant la guerre.

Dans son hommage, l’Élysée a insisté sur le héros mais aussi sur la mémoire qu’était Daniel Cordier : « Avec lui, c’est la mémoire vivante de la Résistance qui s’éteint. Il avait traversé ce que notre histoire a de plus brûlant, de plus douloureux, mais aussi de plus héroïque, et il en avait livré les témoignages les plus exacts et les plus poignants. Toute la vie de Daniel Cordier a été mue par un goût inouï de la liberté, une bravoure impétueuse, une curiosité insatiable, et, par-dessus tout, par un immense amour de la France. (…) Mu par un nouvel amour, celui de l’histoire, Cordier prouva alors qu’il était la mémoire même de la France libre. (…) Aujourd’hui, les ombres glorieuses de la France libre, "l’humble garde solennelle" qu’évoquait Malraux lors de son hommage à Jean Moulin en 1964, semble lui faire escorte. Le Président de la République s’incline avec respect, émotion et affection, devant la mémoire de cet homme dont la vie entière aura conjugué l’amour de la France et la passion de la liberté, le goût du beau et le souci du vrai. » (20 novembre 2020).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Comment devenir résistant ?
Premier de Cordier.
Cordier, ni juge ni flic.
La collection Cordier.
Jean Moulin.
Hubert Germain.
La France, 50 ans après De Gaulle : 5 idées fausses.
Daniel Cordier.
Pierre Simonet.
La France, 50 ans après De Gaulle : 5 idées fausses.
Edgard Tupët-Thomé.
Seconde Guerre mondiale.
Le courage exceptionnel de deux centenaires, Hubert Germain et Daniel Cordier.
Libération de Paris.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201120-daniel-cordier.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/daniel-cordier-un-homme-dans-l-228846

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/20/38662548.html













 

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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 15:13

« Une fois de plus, le remords me ronge : si je m’étais engagé dès septembre 1939, la France aurait gagné. Malgré mon départ, cette mauvaise conscience persiste : je dois me "racheter". L’exil incarne le premier acte de ma pénitence. » (23 juin 1940).


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Daniel Cordier vient de mourir à 100 ans. Retour sur son 99e anniversaire... Quatre jours après Hubert Germain, ce samedi 10 août 2019, l’ancien résistant Daniel Cordier fête aussi son 99e anniversaire. Il est l’un des quatre derniers survivants des Compagnons de la Libération. L’histoire de Daniel Cordier est extraordinaire.

Très politisé à 17 ans, il était un militant actif de l’Action française et ne jurait que par Charles Maurras. Lorsque Pétain a pris le pouvoir et a voulu l’armistice, lorsque Maurras, nationaliste, a accepté sans broncher la défaite de la France au point d’accepter de collaborer avec l’ennemi (en fait, il n’a lui-même jamais collaboré mais a encouragé la collaboration dans ses écrits), Daniel Cordier, lui, n’a pas compris et s’est trouvé en porte-à-faux entre une personnalité qu’il admirait et des idées qui s’en éloignaient.

Daniel Cordier n’a pas hésité, et a tout fait pour continuer le combat, pensant trouver dans l’Afrique du Nord des armées encore prêtes à lutter, et finalement, il a embarqué dans un bateau qui l’a amené à l’Olympia Hall de Londres, aux côtés de deux mille très jeunes comme lui, engagés dans la France libre, présentés à un De Gaulle impassible, ne les remerciant pas (vous n’avez fait que votre devoir). Daniel Cordier fut envoyé à Lyon pour devenir le secrétaire de Jean Moulin, il fut chargé notamment d’organiser les réunions secrètes, des échanges de courrier secret, etc.

Contrairement à beaucoup de résistants, Daniel Cordier ne s’est pas senti à l’aise avec l’engagement politique après la guerre. Peut-être que son maurrasisme originel l’a refroidi, puisqu’il a évolué après la guerre vers des positions plutôt socialistes. L’activité de couverture de Jean Moulin était l’art contemporain. Ainsi, Daniel Cordier fut rapidement sensibilisé à l’art contemporain et en a fait son métier. Il a cherché à réaliser quelques œuvres mais il a été surtout un dénicheur d’artistes, notamment lorsqu’il a tenu une galerie d’art.

Sa collection de peintures contemporaines est très riche et il y a déjà quelques décennies, n’ayant pas de descendance, il a fait don à l’État de celle-ci. Il fut d’ailleurs l’un des membres du Centre Pompidou, avant même son ouverture, pour sélectionner les œuvres contemporaines. C’est aussi le Centre Pompidou qui a reçu la collection Cordier.

De la guerre ? de la Résistance ? Peut-être pour être tranquille, Daniel Cordier ne voulait pas vraiment en parler. C’était du passé, il n’avait pas l’esprit "ancien combattant" (le pauvre, le voici l’un des anciens combattants les plus honorés de France et les plus connus aussi !), et lui, il était toujours tourné vers l’avenir, il n’avait que 25 ans après la guerre, il fallait qu’il se trouvât une situation, qu’il vécût.

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Ce fut seulement dans les années 1970 qu’il fut en colère contre des remises en cause concernant Jean Moulin, son ancien patron. Certains anciens résistants (Henri Frenay) l’ont même soupçonné d’avoir été un agent communiste. Ces contrevérités ont fait réagir Daniel Cordier d’une manière très heureuse. Il fallait qu’il témoignât.

Mais en fait, non. Un témoignage n’a jamais été objectif. Au contraire, c’était trop subjectif. C’était normal qu’il défendît son patron. Il fallait qu’il parlât de cette période de la Résistance, mais pas comme témoin, comme historien. Historien sur le tas. Il avait déjà plus d’une cinquantaine d’années, mais il était prêt à faire ce chemin. Il fut contesté par ses camarades car il prenait position. Il exprimait aussi ses soupçons sur qui avait livré Jean Moulin. Remuer un brasier encore chaud, cela pouvait susciter des tensions.

Sans diplôme mais reconnu par la plupart des universitaires, Daniel Cordier fut un historien pragmatique. Sa mémoire pouvait faillir. Il ne voulait rien affirmer sans prouver. Prouver par des documents administratifs, par toutes sortes d’éléments factuels. Il a été un rat de bibliothèque et de salles d’archives. Il a rassemblé de nombreuses informations sur Jean Moulin, ce qui a donné lieu à la publication d’un premier ouvrage sur Jean Moulin en 1983. Il a par la suite, entre 1989 et 1999, publier quatre autres ouvrages sur Jean Moulin.

L’historien était né, et il était très honoré. Sa modestie, son besoin de vérité ont fait de lui un "conteur" écouté et lu. Son chef-d’œuvre fut plus tard, en 2009, avec "Alias Caracalla" (chez Gallimard), qui est la première partie de son autobiographie, entre 1940 et 1943. Son style est fluide, l’histoire est poignante, cela a même déjà fait l’objet d’une adaptation à la télévision, et pour cet ouvrage, son auteur reçut le Prix littéraire de la Résistance et le Prix Renaudot de l’essai. Il a écrit une suite, et a publié en 2014 "Les Feux de Saint-Elme" (chez Gallimard) où il parle (notamment) de son homosexualité.

Je souhaite ici m’arrêter aux premières pages de "Alias Caracalla", au moment où Daniel Cordier a décidé de quitter sa famille pour s’engager dans la France libre. Pour lui, c’était une évidence : on ne pouvait pas rester sans rien faire avec la défaite, avec une France allemande. Ce qui était moins une évidence et même une souffrance intellectuelle et politique pour lui, c’était que son "maître à penser" était de l’avis contraire, il était pour l’arrêt des combats et la collaboration. Toutes les citations ici proviennent de ce livre.

Dans ce livre, Daniel Cordier évoque évidemment son militantisme mais aussi les liens forts d’amitié qui l’unissaient à des camarades qui pouvaient ne pas avoir les mêmes opinions que lui. Cela l’intriguait d’ailleurs : « Existe-t-il entre les êtres un lien plus fort que leurs opinions ? Je me suis déjà posé la question à l’égard d’André Marmissolle, que j’admire. Avec lui, rien ne peut être plus fort que l’amitié. Mais avec cet inconnu ? ».

Peu avant, il expliquait : « À l’exception d’André Marmissolle, je n’ai fréquenté aucun marxiste. Que ce garçon quitte la France pour lutter contre les Boches me surprend. Pourquoi veut-il défendre son pays, puisque l’Internationale exige la ruine des patries ? ». Ce qui est très intéressant dans ce livre, c’est que Daniel Cordier explique le cheminement intellectuel du jeune homme très vindicatif qu’il était. Pour lui, nationaliste, et donc anticommuniste, la première chose à combattre, c’était le communisme, mais aussi le nazisme, car il a défait la France. C’est cette double injonction qu’a saluée plus tard l’écrivain (et académicien) Jacques Laurent dans ce qu’il a appris de Maurras, sauf que Maurras est tombé dans le piège nazi.

L’opinion est en pleine construction par la discussion : « J’écoute sa réponse avec intérêt : il souhaite combattre les fascistes et les nazis, tueurs de liberté (…)."Notre seul espoir, dit-il, est de les détruire". Je suis moi aussi contre Hitler et le nazisme, mais en dépit de la "trahison" de Mussolini (qui a déclaré la guerre à la France en pleine déroute, le 10 juin 1940), je suis en désaccord avec Laborde sur sa condamnation du fascisme. J’écoute toutefois ce garçon sympathique (…) défendre sa cause avec une conviction forgée par l’expérience de la vie. (…) En l’écoutant, il me semble mieux comprendre la révolte des "misérables". Avec Laborde, elle s’incarne dans une présence criant l’injustice de la condition ouvrière. Avec André Marmissolle, l’intelligence la transforme en algèbre d’un futur scintillant, mais glacé. (…) Grâce à eux, l’humanité opprimée sera libérée de l’esclavage de l’argent. La doctrine de l’Action française dit-elle autre chose ? ».

Daniel Cordier, ce 22 juin 1940, s’est posé aussi la question de la trahison de Pétain : « Un point demeure obscur, cependant : Pourquoi Pétain, sauveur de la patrie en 1917, acclamé par Maurras au mois d’avril [1940] pour gagner la guerre, a-t-il changé de camp en acceptant la défaite ? (…) Instinctivement, je suis sûr qu’il a trahi. Mais avant lui, le grand coupable n’est-il pas le Front populaire, qui a désarmé la France ? ».

C’est intéressant de lire ce raisonnement car finalement, "la défaite de la France, c’est à cause de Léon Blum", c’est un argument qui revenait presque à continuer l’antisémitisme même dans le combat contre les nazis. C’était un raisonnement souvent pensé encore dans les années 1980. Il y a eu le même raisonnement en Allemagne après la défaite de 1918, en considérant que la défaite ne provenait pas de l'armée impériale mais des Juifs et des communistes.

La lecture du témoignage d’Hubert Germain, par exemple, permet sans doute de mieux comprendre la situation : par son père général, il avait participé, adolescent, à de nombreuses conversations avec d’autres officiers supérieurs, entre 1934 et 1939, et il avait bien compris qu’aucun ne souhaitait retourner à la guerre, tous étaient des "mous", la défaite fut d’abord une défaite du mental. Personne ne voulait combattre.

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Mais à l’époque, l’anticommunisme prenait le dessus chez Daniel Cordier qui avait noté cette citation de Maurras : « Ou nous abjurerons ces fables menteuses, démolirons ces réalités dangereuses, révélerons la vérité politique et rétablirons la monarchie nationale, ou nous avons de sûres et tristes chances de devoir nous dire avant peu les derniers des Français. ». Intéressante phrase de Maurras qui résonne en 2019 : combien d’extrémistes croient aujourd’hui que la France ne sera plus la France à cause que quelques pourcents d’immigrés en plus ?

Le Daniel Cordier de 17 ans était encore moins dans la nuance, en réagissant à cette phrase de Maurras : « Il a raison : Blum, Cot et Pétain doivent être fusillés sans procès. Responsables de la mort de la France, ils ne peuvent que subir un châtiment à la mesure de leurs crimes. ». Qu’ont donc dit d’autres certains gilets jaunes extrémistes lorsque, sur des ronds-points, ils arboraient odieusement une guillotine à l’intention du Président Emmanuel Macron ?

En réponse à cette réflexion, celle de son camarade Marmissolle, très réaliste : « Tu penses trop à la politique. C’est quand même Gamelin qui était le chef des armées. Il a perdu en quinze jours une guerre qu’il prépare depuis dix ans. Il n’y a pas que les traîtres, il y a aussi les vieux c@ns. ».

Je termine avec cette observation. Le 22 juin 1940, Daniel Cordier était donc en traversée de l’Atlantique. À un moment, lui et ses compagnons ont croisé une barque qui dérivait : « Le cargo s’approche lentement. Lorsque nous la surplombons, j’aperçois un homme mort, gisant nu au fond de la barque. Son corps, gonflé comme une baudruche, exhibe un sexe raidi et noir de mazout, comme ses membres, à l’exception du visage. Je n’ai jamais vu de cadavre. Cette apparition grotesque m’impose l’image des désastres d’une guerre que je fuis. Elle illustre aussi un danger que masquent le temps radieux et l’immensité de la mer. Un long silence nous étreint (…). ».

Pour cet anniversaire, mes vœux de bonne santé vont à Daniel Cordier !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 août 2019)
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Pour aller plus loin :
Hubert Germain.
Daniel Cordier.
Le programme du Conseil National de la Résistance (CNR).
Stéphane Hessel.
Daniel Mayer.
Roland Leroy.
Antoine de Saint-Exupéry.
Joseph Kessel.
Premier de Cordier.
Daniel Cordier, ni juge ni flic.
La collection Cordier.
Georges Mandel.
Jean Zay.
Simone Veil.
Antisémitisme.
Maurice Druon.
Général De Gaulle.
Joseph Joffo.
Anne Frank.
Robert Merle.
L’amiral François Flohic.
Jean Moulin.
André Malraux.
Edmond Michelet.
Loïc Bouvard.
Germaine Tillion.
Alain Savary.
Être patriote.
Charles Maurras.
Philippe Pétain.
L’appel du 18 juin.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Raymond Sabot.
François Jacob.
Pierre Messmer.
Maurice Schumann.
Jacques Chaban-Delmas.
Yves Guéna.
Général Leclerc.

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 03:59

« Il y a tellement de souffrance, de déception et d’oppression que l’on peut supporter… La frontière entre raison et folie se rétrécit. » (Rosa Parks).


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Comme l’a décrite France Culture : « symbole de la féminité noire vertueuse et silencieuse ». Dans la ville de Détroit, dans le Michigan, il y a quinze ans, le 24 octobre 2005, s'est éteinte une dame exceptionnelle, Rosa Parks, à l’âge de 92 ans (née le 4 février 1913 dans l’Alabama). À sa mort, cette citoyenne américaine a eu droit à un honneur très rare aux États-Unis, tellement rare qu’elle fut la première femme à l’avoir reçu : sa dépouille fut exposée au centre de la Rotonde du Capitole à Washington pendant deux jours sur décision du Président George W. Bush (fils de son père)  qui a fait une allocution télévisée pour lui rendre hommage. Elle était l’égale d’un Ronald Reagan dans la mémoire collective américaine. Des centaines de milliers d’Américains sont venus lui rendre hommage du 31 octobre 2005 au 2 novembre 2005, jour des funérailles à Détroit auxquelles a participé la chanteuse Aretha Franklin.

Car Rosa Parks, en 2005, était déjà dans les livres de l’histoire américaine depuis longtemps. Elle fut surnommée la mère du mouvement des droits civiques, autrement dit, celle qui, par un geste fondateur, a fait évoluer la société américaine en supprimant la ségrégation basée sur la couleur de la peau. Critère assez futile s’il en est.

En effet, il y a près de soixante-cinq ans, le 1er décembre 1955, à Montgomery (la capitale de l’Alabama), Rosa Parks a refusé de céder sa place à un passager de couleur de peau blanche dans un autobus. Elle fut arrêtée par la police et sommée de payer une amende : « Au moment où je suis arrêtée, je n’ai aucune idée de comment vont tourner les choses. C’était un jour comme un autre, ce qui l’a rendu important, c’est le fait que de nombreuses personnes se sont jointes à moi. ».

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Elle refusa de payer et au bout de quelques jours, un grand mouvement s’est développé, autour d’elle et d’un jeune pasteur, sociologue, Martin Luther King, qui a consisté en un boycott de la compagnie de bus et a abouti à la décision de la Cour Suprême des États-Unis du 13 novembre 1956 abrogeant les lois ségrégationnistes dans les bus, considérées comme anticonstitutionnelles. Le 20 décembre 1956, la Cour Suprême obligea l’Alabama à supprimer la ségrégation dans les bus (le boycott des bus s’est alors arrêté le lendemain). Cela a abouti aussi à la signature, le 6 août 1965 par le Président Lyndon Johnson, du Voting Rights Act qui a renforcé le 15e amendement de la Constitution des États-Unis en interdisant les discriminations raciales lors des élections.

Le code urbain de Montgomery de 1905, modifié en 1938 et encore en vigueur en 1955, disait très explicitement (cité par France Culture le 6 septembre 2020) : « Toute personne opérant sur une ligne de bus dans la ville devra fournir des services égaux mais séparés aux personnes blanches et aux Nègres sur les bus, en exigeant des employés en charge de ces services d’attribuer les sièges de passagers sur leur véhicule de manière à séparer les personnes blanches des Nègres, quand il y a simultanément des Blancs et des Nègres dans la même voiture. ».

Cette idée de boycott avait germé dans la communauté baptiste et méthodiste noire dès les années 1940 car beaucoup de femmes de couleur de peau noire devaient prendre le bus pour aller au travail. Avant Rosa Parks, deux femmes s’étaient déjà distinguées. Le 2 mars 1955, Claudette Colvin, une adolescente de 15 ans, a refusé de céder sa place dans le bus et s’est même débattue lorsque des policiers sont venues la chercher, mais elle était enceinte et donc "peu présentable" comme égérie des droits civiques.

Le 21 octobre 1955, Mary Louise Smith, une jeune femme de 18 ans, fut elle aussi arrêtée pour la même raison, mais là encore, sa "respectabilité" n’était pas établie (certains journalistes ont évoqué, trente ans plus tard, des rumeurs sur l’alcoolisme de son père, démenties par Mary Louise Smith).

Au contraire de Rosa Parks qui, en décembre 1955, avait déjà 42 ans, couturière, femme mariée, éduquée et femme militante. Caroline Diamond, professeure d’histoire des États-Unis à l’Université Paris-Nanterre et qui dirige actuellement deux thèses sur les femmes afro-américaines, a expliqué : « Sa profession de couturière la rangeait du côté de la classe ouvrière ou de la petite classe moyenne, sa foi notoire, son comportement moral et son hygiène de vie exemplaires faisaient d’elle quelqu’un derrière qui la bourgeoisie noire et les pasteurs de la ville pouvaient aisément se mobiliser. ». Ainsi, inattaquable dans sa vie personnelle, Rosa Parks est devenue le symbole des luttes pour les droits civiques avec Martin Luther King, 26 ans : « Il arrive un moment, mes amis, où les gens en ont marre d’être plongés dans l’abysse de l’humiliation où ils connaissent la désolation d’un désespoir lancinant. ».

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Dans son autobiographie, Rosa Parks a rapporté plus tard : « Les gens racontent que j’ai refusé de céder mon siège parce que j’étais fatiguée, mais ce n’est pas vrai. Je n’étais pas fatiguée physiquement, ou pas plus que d’habitude à la fin d’une journée de travail. Je n’étais pas vieille, alors que certains donnent de moi l’image d’une vieille. J’avais 42 ans. Non, la seule fatigue que j’avais était celle de céder. » (1958).

Au-delà de cet épisode courageux du bus (on a dit souvent qu’elle est restée debout dans sa dignité en restant assise dans le bus), Rosa Parks n’a pas cessé de militer en faveur des droits civiques et de l’égalité des citoyens américains. Elle a été régulièrement honorée de son vivant, notamment par le Président Bill Clinton, et fait désormais partie du mythe américain. À sa mort, le pasteur Jesse Jackson, ancien candidat à l’élection présidentielle, a déclaré le 25 octobre 2005 : « Elle s’est assise pour que nous puissions nous lever. Paradoxalement, son emprisonnement a ouvert les portes de notre longue marche vers la liberté. ». Le bus où elle avait refusé de céder la place est devenu une pièce de musée et à la mort de Rosa Parks, toujours la même formule : « La société de bus RTA rend hommage à la femme qui s’est tenue debout en restant assise. ».

Jeanne Theoharis, professeure émérite de sciences politiques à l’Université de Brooklyn et l’une des biographes de Rosa Parks, a insisté pour ne pas la réduire à l’épisode du bus : « Nous lui rendons hommage, mais nous ne rendons pas justice à la portée politique de son combat. C’est la construction d’une fable, celle de l’autocongratulation. Cette femme qui a été humiliée en 1955, regardez ! Elle a sa statue au Capitole. C’est la seule personne de la société civile en 2013, c’est un immense honneur ! Mais c’est en dépit de ce en quoi Rosa Parks croyait, elle raconte juste la fabrique du récit progressiste américain. » (citée par France Culture).

Quatre États américains ont institué un Rosa Parks Day (Journée Rosa Parks) pour lui rendre hommage, la Californie le 4 février (pour son anniversaire), l’Alabama, l’Oregon et l’Ohio le 1er décembre (pour son geste et son arrestation de 1955). Quant à Claudette Colvin et Mary Louise Smith, octogénaires, elles sont toujours vivantes et vivent retraitées aux États-Unis.

Laissons à Rosa Parks les deux mots de la fin : « Jusqu’à présent, je crois que nous sommes sur la planète Terre pour vivre, nous épanouir et faire notre possible pour rendre ce monde meilleur afin que tout le monde puisse jouir de la liberté. ». Et celui-ci, à méditer : « Chaque personne doit vivre sa vie comme un modèle pour les autres. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Site sur Rosa Parks.
Rosa Parks.
Comment salir Danièle Obono ?
Ils sont tombés par terre, c’est la faute à Colbert !
Mort d’Adama Traoré : le communautarisme identitaire est un racisme.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
Deux faces des États-Unis : George Floyd et SpaceX.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201024-rosa-parks.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/rosa-parks-la-madone-de-montgomery-228014

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22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 03:35

« Samuel Paty fut tué parce que les islamistes veulent notre futur et qu’ils savent qu’avec des héros tranquilles tels que lui, ils ne l’auront jamais. Eux séparent les fidèles des mécréants. Samuel Paty ne connaissait que des citoyens. Eux se repaissent de l’ignorance. Lui croyait dans le savoir. Eux cultivent la haine de l’autre. Lui voulait sans cesse en voir le visage, découvrir l’altérité. Samuel Paty fut la victime de la conspiration funeste de la bêtise, du mensonge, de l’amalgame, de la haine de l’autre, de la haine de ce que profondément, existentiellement, nous sommes. » (Emmanuel Macron, le 21 octobre 2020 à Paris).



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La République française a rendu un hommage national ce mercredi 21 octobre 2020 à la Sorbonne, cœur des Lumières, à l’un de ses hussards, Samuel Paty, tombé sur le champ d’honneur de l’enseignement de ses valeurs. Si une cérémonie ne remplacera jamais la vie, il était important pour les proches qu’il fût honoré comme il se devait. Devenu à titre posthume (ce qui, je le répète, ne lui rendra jamais la vie) commandeur des palmes académiques et chevalier de la légion d’honneur, Samuel Paty était de ces profs qui vous marquaient à vie dans une scolarité.

Regardez la vôtre, combien de profs sont restés, ont été essentiels dans votre développement, dans votre maturité, dans votre cheminement intellectuel et moral ? Il a marqué de son vivant des générations d’élèves parce qu’il voulait leur enseigner quelques valeurs essentielles du vivre ensemble.

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C’est la raison de cette lecture de la lettre très émue du grand écrivain à son instituteur, lorsqu’il a reçu son Prix Nobel de Littérature. L’alpha et l’oméga. L’origine du monde, ou plutôt, l’origine de son monde, l’origine de ce qu’il a été et de ce qu’il est devenu. Albert Camus avait de la reconnaissance pour cet enseignant et je suis sûr que chacun, aussi loin que cela puisse paraître pour certains, a en tête un ou deux noms, peut-être même plus, d’enseignant qui était indispensable, qui a fait faire des connexions, qui a rendu intelligible une partie du monde si compliqué auquel on se préparait. Un peu comme dans Le Cercle des Poètes disparus. Ou cette institutrice

En disant : « Samuel Paty est devenu vendredi le visage de la République. », le Président de la République Emmanuel Macron a voulu, dans un discours assez sobre, saluer une personnalité hors du commun et pourtant si ordinaire, car tous ces enseignants qui se dévouent, cœur et âme, qui sont les vecteurs de cette transmission fondamentale de génération en génération de ce qu’est notre Nation, ils sont nombreux, nombreux, ces héros humbles et inconnus à, chaque jour, tenter de "faire des républicains".

Emmanuel Macron a toujours réfléchi à voix haute. Parce qu’il a été longtemps novice en politique, il a souvent appris sur le tas. Mais il apprend vite. Ce soir, il a reconnu qu’une prise de conscience s’était faite dans son esprit : « Vendredi soir, j’ai d’abord cru à la folie aléatoire, à l’arbitraire absurde : une victime de plus du terrorisme gratuit. ». Mais cela fait plus de huit ans et demi que ce terrorisme-là est loin d’être aveugle :il n’y a pas de hiérarchie dans l’horreur, mais que dire des cibles de cet islamisme radical qui en veut à nos valeurs ? Enfants juifs, militaires musulmans, policiers, dessinateurs satiriques, glandeurs qui se prélassent sur la terrasse d’un café, spectateurs d’un concert, touristes sur le bord de mer, prêtre catholique, etc. et maintenant enseignant d’éducation civique. La liste est longue. Il n’y a rien d’aléatoire.

En fait, cela fait plus de trente et un ans que l’islamisme radical souhaite conquérir nos campagnes, nos esprits, nos institutions. Chaque fois, il a eu quelques petites victoires, quelques petites avancées, au nom de la tolérance, au nom du respect des religions, au nom de la neutralité des pouvoirs publics. Des failles dans le système démocratique. L’histoire du voile à l’école a mis quinze ans à être résolu, par une simple loi, une loi simple, mais quinze ans où le débat public était intense, passionné, parfois haineux. Chaque fois un détail, mais quand on accumule tous les détails, cela fait un mode de vie, un mode de vie différent du nôtre, de celui de la France.

Cette prise de conscience présidentielle est prometteuse. En tout cas salutaire. Les intentions sont maintenant les suivantes : « notre volonté de briser les terroristes, de réduire les islamistes, de vivre comme une communauté de citoyens libres dans notre pays », et aussi : « notre détermination à comprendre, à apprendre, à continuer d’enseigner, à être libres ».

Le programme n’est pas seulement guerrier, il est intellectuel, n’hésitant pas à évoquer les polémiques concernant la pandémie du covid-19 : « Nous aimerons de toutes nos forces le débat, les arguments raisonnables, les persuasions aimables. Nous aimerons la science et ses controverses. ». Il a poursuivi : « Comme vous, nous cultiverons la tolérance. Comme vous, nous chercherons à comprendre, sans relâche, et à comprendre encore davantage ceux-là qu’on voudrait éloigner de nous. Nous apprendrons l’humour, la distance. Nous rappellerons que nos libertés ne tiennent que par la fin de la haine et de la violence, par le respect de l’autre. ».

Les phrases font penser un peu aux "Nourritures terrestres" d’André Gide. Nul doute qu’Emmanuel Macron a été très touché par l’assassinat de Samuel Paty car il sait bien ce qu’est un enseignant. En ponctuant ses phrases par « Nous continuerons, professeur ! », il a affirmé haut et fort que la France ne se coucherait pas devant les islamistes politiques.

Le tout est de ne pas réagir en faisant des gesticulations mais en s’attaquant au vrai problème, au bon endroit : ni démagogie ni affichage, il faut de l’efficacité et l’on ne pourra le juger que sur le temps.

Il y a peut-être une spécificité propre à cet attentat dégueulasse : c’est que l’enquête saura certainement déterminer toutes les circonstances, tous les liens de cause à effet, tous les maillons qui, d’un incident particulièrement banal, une fronde injustifiée de parents d’élève de mauvaise foi, on a pu en arriver à cet assassinat insupportable. Avec toutes les chaînes de responsabilité plus ou moins volontaire. Avec les réseaux sociaux, c’est même assez facile de retracer les choses heure par heure, minute par minute, de retrouver l’origine des contacts, des rencontres, des besoins.

De ce parent d’élève vindicatif, absolument odieux, qui a traité Samuel Paty de "voyou" et qu’il voulait faire radier de la fonction publique, quel est son sentiment aujourd’hui ? Est-il heureux de l’assassinat ? l’assume-t-il même ? ou au contraire, est-il effondré, parce qu’il n’imaginait pas jusqu’où cela irait ? Je n’ai pas la réponse, peut-être qu’elle a déjà été donnée, peut-être qu’on ne la connaîtra jamais dans son écrin de pureté de sincérité.

Peut-être que des personnes proches de l’islamisme radical, mais incapables d’aller jusqu’au passage à l’acte, refusant d’aller au passage à l’acte, vont-elles comprendre que leurs mots, leurs paroles, ont un effet, du moins pour une infime partie de la population, mais il suffit d’une seule personne pour commettre l’irrémédiable, l’irréparable ? Peut-être vont-elles, elles aussi, pas seulement ceux qui les craignent, mais elles aussi, peut-être vont-elles s’autocensurer pour ne pas se rendre complices du terrorisme le plus abject ? Par précaution juridique sinon morale ?

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"Faire des républicains", Emmanuel Macron a eu raison d’insister sur finalement l’objectif pédagogique général de Samuel Paty qui est la mission de l’Éducation nationale. Construire des citoyens libres et autonomes, capables de penser par eux-mêmes, prêts à refuser toute autorité lorsque celle-ci s’érige en violence, haine, terrorisme. Emmanuel Macron a opportunément cité Ferdinand Buisson : « Pour faire un républicain, il faut prendre l’être humain, si petit et si humble qu’il soit (…), et lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi, ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite d’un maître, d’un directeur, d’un chef, quel qu’il soit. ».

Dans tous les cas, cet hommage national, c’est aussi le meilleur hommage fait par un Président de la République au corps enseignant, à l’ensemble des professeurs, un hommage à leur vocation de transmission qu’Albert Camus avait lui-même traduit le 19 novembre 1957 : « Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. (…) Vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève. ».

À son tour, la République est reconnaissante de ses héros, Samuel Paty aujourd’hui, comme Arnaud Beltrame hier. Et son cœur continuera toujours à battre et à faire battre leur souvenir dans la mémoire nationale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Samuel Paty : faire des républicains.
Discours du Président Emmanuel Macron le 21 octobre 2020 à la Sorbonne en hommage à Samuel Paty (texte intégral et vidéo).
Samuel Paty : les enseignants sont nos héros.
Déclaration du Président Emmanuel Macron le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine sur l’assassinat de Samuel Paty (texte intégral et vidéo).
Discours du Président Emmanuel Macron le 2 octobre 2020 aux Mureaux sur le séparatisme (texte intégral et vidéo).
Polémiques indécentes sur la libération de Sophie Pétronin.
10 ans après la loi anti-burqa, la loi masque-obligatoire.
Charlie Hebdo : mortelle indifférence.
Charlie Hebdo en 2015.
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
5 ans de Soumission.
Mosquée de Bayonne : non assistance à peuple en danger ?
La société de vigilance.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201021-samuel-paty.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/samuel-paty-faire-des-republicains-227989

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/10/21/38602043.html




 

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 03:53

« Ce n’était pas juste un prof ! Il s’appelait Samuel Paty, il avait 47 ans, assassiné sur le sol français ce 16 octobre 2020, parce qu’il enseignait, parce qu’il apprenait à nos enfants la liberté d’expression, la liberté de croire et de ne  pas croire. Au revoir professeur. » (Un message parmi plein d’autres sur Facebook).



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L’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie au collège à Conflans-Sainte-Honorine (la ville de Michel Rocard) ce vendredi 16 octobre 2020 a de quoi émouvoir et rendre stupéfait. Oui, ce message dans les réseaux sociaux a le mérite d’en finir avec la plupart des titres des médias qui réduit cet homme, père de famille, professeur depuis vingt-trois ans apprécié de ses élèves pour sa tolérance et son ouverture. Il ne doit pas être réduit aux seuls derniers moments horribles de son existence. J’adresse à sa famille, ses proches, ses élèves, collègues mes plus vives condoléances.

L’assassinat de Samuel Paty est un nouveau cran franchi dans l’horreur du terrorisme islamiste. Quand le Président de la République Emmanuel Macron est venu le soir même sur les lieux de l’assassinat, accompagné des ministres Gérald Darmanin et Jean-Michel Blanquer, il a dit les choses crûment, clairement, sans pirouette, sans refuser la lucidité : « Notre compatriote a été lâchement attaqué, a été la victime d’un attentat terroriste islamiste caractérisé. ».

Et il a ajouté très justement : « Il n’y a pas de hasard si ce soir, c’est un enseignant que ce terroriste a abattu, parce qu’il a voulu abattre la République dans ses valeurs, les Lumières, la possibilité de faire de nos enfants d’où qu’ils viennent, qu’ils croient ou qu’ils ne croient pas, quelle que soit leur religion, d’en faire des citoyens libres. Cette bataille, c’est la nôtre, et elle est existentielle. (…) Ils ne passeront pas. L’obscurantisme et la violence qui l’accompagne ne gagneront pas. Ils ne nous diviseront pas. C’est ce qu’ils cherchent, et nous devons nous tenir tous ensemble, citoyennes et citoyens. ».

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Jamais encore l’islamisme radical, à ma connaissance, ne s’en était pris à un enseignant en France. Beaucoup de Français ont compris le rôle souvent ingrat des enseignants. Lors du confinement, ils ont pu se rendre compte à quel point instruire les enfants et les adolescents n’était pas une mince affaire, ni une affaire facile et naturelle. Les parents ont dû un peu suppléer à leurs tâches à cause de la crise sanitaire. Les profs ont ce rôle essentiel d’être la devanture de la société que les élève voient en premier dans leur jeune âge. Au-delà de la cellule familiale (ou de son absence), ils apportent la première sociabilisation des futurs citoyens. Ils ont un rôle essentiel dans l’avenir du pays, rôle qu’avait bien conscience Gambetta lorsqu’il tentait de convaincre les campagnes de voter républicain : l’instruction permet la rationalité et évite l’exploitation. Cette idée a donné les lois de Jules Ferry sur l’école obligatoire et gratuite.

Les caricatures publiées par "Charlie Hebdo" n’en finissent pas de provoquer la colère des islamistes radicaux qui ne supportent pas les valeurs de notre société et de notre République. Le droit au blasphème est un droit inaliénable, dès lors qu’on n’appelle pas à l’haine ni qu’on s’en prenne aux personnes qui croient.

Ceux qui refusent de s’afficher "Je suis Samuel" comme ils refusaient hier de s’afficher "Je suis Charlie" refusent la solidarité entre les citoyens et refusent surtout de défendre en commun nos valeurs républicaines, ils font le jeu de ceux qui veulent nous diviser. Mais on ne peut pas s’arrêter à la seule indignation devenue hélas ordinaire et au seul avertissement de ne pas stigmatiser une religion, de ne pas faire d’amalgame. Aujourd’hui, ceux qui sont stigmatisés jusqu’à en perdre la tête, ce ne sont pas les musulmans, même les pacifiques, qui sont probablement encore la majorité (j’ose le croire) et qui sont aussi révoltés par cet assassinat que les autres parce qu’ils sont Français avant tout, parce qu’ils sont humains avant tout. Il faut aller quand même plus loin, quitte à ne pas faire plaisir à une certaine "gauche bien-pensante".

En perdre la tête, hélas, c’est la seconde fois dans un attentat en France, la première fois le 26 juin 2015 dans une usine de la région lyonnaise. Peut-être faudrait-il suivre cette piste pour comprendre les mystérieuses mutilations de chevaux ou d’animaux d’élevage un peu partout en France ?

Cette indignation collective reste évidemment indispensable et cela fait chaud au cœur de voir tous ces rassemblements spontanés, malgré la crise sanitaire, ce dimanche 18 octobre 2020, le plus important place de la République à Paris auquel ont assisté notamment le Premier Ministre Jean Castex et les ministres Jean-Michel Blanquer et Marlène Schiappa. Beaucoup d’autres personnalités politiques y ont évidemment participé, mais il était important que le gouvernement fût présent (et à ma connaissance, silencieux dans ces circonstances).

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On retrouve l’émotion consécutive au massacre de "Charlie Hebdo" en janvier 2015. Même si ce n’était pas la première fois (il y a eu les massacres de Merah à Toulouse et Montauban en mars 2012), c’était sans doute la première fois, en janvier 2015, que l’ensemble du pays a pris conscience du réel danger. Les terroristes islamistes ont tué des enfants juifs, ils ont tué des dessinateurs de caricatures et des journalistes, ils ont tué des policiers. Ils viennent de tuer un enseignant d’histoire en tant que tel.

Oui, l’assassinat de Samuel Paty est un cran supplémentaire dans l’horreur. C’était évidemment scandaleux d’avoir assassiné une grande partie de la rédaction de "Charlie Hebdo" et cette rédaction a même été l’honneur de la presse d’avoir eu le courage de publier ces caricatures, mais cela résultait d’une politique éditoriale ponctuelle, qui lui était propre. Des journalistes libres. S’en prendre à un prof, comme l’a rappelé Emmanuel Macron, c’est s’attaquer au cœur de la République, aux programmes de l’enseignement, aux valeurs républicaines. C’est totalement inacceptable. Quel va être le comportement des autres profs ? Témérité ou crainte ? Enseigner va-t-il être un exercice aussi délicat, aussi périlleux, qu’éditorialiste ?

Il ne faut pas lâcher les valeurs de la République, j’approuve l’idée d’un hommage national à Samuel Paty (Emmanuel Macron a reçu sa famille ce 19 octobre 2020 à l’Élysée pour son organisation). L’enseignant avait utilisé les caricatures de "Charlie Hebdo" dans un cours d’éducation civique sur la liberté d’expression le 5 octobre 2020. L’enquête le confirmera mais d’après ce qu’il en ressort, plusieurs élèves et parents d’élèves auraient facilité, au moins en donnant des informations, l’horrible conclusion de la polémique déclenchée au sein du collège par des islamistes radicaux.

On s’interrogera aussi sur la nationalité tchétchène de l’assassin. On ne peut que rappeler que le 13 juin 2020, cent soixante-dix Tchétchènes avaient fait une opération commando dans le quartier des Grésilles à Dijon et le même week-end, des dizaines de Tchétchènes étaient intervenus au quartier de l’Ariane à Nice.

L’assassin du 16 octobre avait 18 ans et est arrivé en France il y a dix ans, c’est-à-dire qu’il avait 8 ans. On ne peut pas franchement dire qu’à 8 ans, il était susceptible d’être un terroriste. Pourtant, il est devenu un assassin. Il a été formé au sein de notre propre pays. C’est cela qui est insupportable. Il est insupportable qu’il y ait en France, partout en France, dans de nombreux recoins, un terreau qui forme un gamin de 8 ans à devenir un assassin dix ans plus tard.

Les propos de Jean-Luc Mélenchon sont assez nouveaux et il faut le souligner. Ils semblent montrer un certain réveil sur la réalité du pays. Même si lui, si naïf dans sa façon de voir la situation de l’islam en France et de l’immigration en général, commence à se poser des questions très lucides, cela signifie peut-être une prise de conscience plus générale. Cela fait plus de trente ans que la République a cédé du terrain face aux germes d’islamisme radical. Cela fait trente ans que la démocratie a permis l’expression des ennemis de la démocratie et cela fait trente ans que la République.a permis l’expression des ennemis de la République.

C’est malheureux à dire mais je pense qu’il ne faut plus aborder ce problème par le droit mais par la politique. Il ne faut plus s’accrocher à une volonté absolue de définir des droits au détriment des résultats politiques. Or, comme l’a dit Emmanuel Macron, c’est une bataille existentielle, elle n’est pas anodine : c’est l’existence même de la France républicaine qui est en jeu, avec ses valeurs de liberté et de laïcité. Michel Houellebecq a donné un avant-goût cauchemardesque de ce qui pourrait arriver avec "Soumission". Le droit doit passer après notre existence. Je l’écris de manière provocatrice et trop polémique : bien sûr que nous devons rester dans un État de droit et qu’il n’est pas question de créer je ne sais quelle nouvelle dictature de la pensée pour empêcher l’émergence d’une autre dictature de la pensée. Mais les considérations juridiques doivent passer après les considérations politiques. Les juristes ont toujours eu de grands talents de création et d’imagination pour rendre compatibles des nécessités politiques avec du cadre juridique protecteur.

Il ne faut pas rester dans la simple autosatisfaction, comme l’a fait, sur France Inter ce lundi 19 octobre 2020, l’ancien Premier Ministre Bernard Cazeneuve, pourtant l’un des meilleurs ministres de l’intérieur depuis une trentaine d’années. Oui, beaucoup a été fait dans la lutte contre le terrorisme, cela de manière professionnelle, rigoureuse, excellente même, on a pu empêcher des dizaine d’attentats, mais ce n’est pas normal qu’un prof ait pu être assassiné à sa sortie de son collège. On a fait beaucoup, mais on n’a pas fait encore assez, à l’évidence.

Le conseil de défense du 18 octobre 2020 a pris quelques mesures qui, je l’espère, auront leur effet, mais je crains que la société française soit profondément divisée entre ceux qui considèrent que les valeurs républicaines ne sont pas négociables, et les autres, ennemis de la France (parfois intérieurs) et ceux qui, implicitement ou explicitement, les soutiennent, parfois involontairement par leur comportement trop "tolérant".

Peut-être parce qu’on a reproché à Emmanuel Macron de ne pas avoir pris la mesure du danger qui guette la survie de notre République, peut-être parce qu’on lui a reproché d’avoir pris trop de temps sur ce sujet, il sera le mieux placé pour prendre des décisions fermes qui soient en rupture avec les demi-mesures des gouvernements précédents depuis trente ans.

Aux Mureaux, le 2 octobre 2020, Emmanuel Macron avait déjà tenu un discours clair : « Je veux qu’il n’y ait aucune confusion ni aucun amalgame. Aucune de ces réalités ne doit être écrasée l’une sur l’autre. Mais force est de constater qu’il y a un islamisme radical qui conduit à nier les lois de la République, qui conduit à banaliser la violence et qui a conduit certains de nos citoyens, de nos enfants, à choisir le pire ou à considérer que le pire était devenu naturel, et donc à créer des conditions de dérives politiques mais aussi de dérives violentes, celles du terrorisme islamiste. Ce qui est aujourd’hui notre défi, c’est de lutter contre la dérive de certains au nom de la religion en veillant à ce que ne soient pas visés ceux qui veulent croire en l’islam et sont pleinement citoyens de notre République. Et au fond, depuis des années, nous sommes encombrés par cette réalité. ».

Ce sera l’un des deux défis de la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron : la lutte contre le séparatisme parallèlement à la lutte contre l’épidémie de covid-19. Les deux fléaux sont meurtriers, provoquent la peur, bouleversent complètement la nature de nos relations humaines et mettent en danger la cohésion sociale voire nationale. Mais l’un se réglera par des considérations politiques tandis que l’autre par des considérations scientifiques.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 octobre 2020)
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Pour aller plus loin :
Samuel Paty : les enseignants sont nos héros.
Déclaration du Président Emmanuel Macron le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine sur l’assassinat de Samuel Paty (texte intégral et vidéo).
Discours du Président Emmanuel Macron le 2 octobre 2020 aux Mureaux sur le séparatisme (texte intégral et vidéo).
Polémiques indécentes sur la libération de Sophie Pétronin.
10 ans après la loi anti-burqa, la loi masque-obligatoire.
Charlie Hebdo : mortelle indifférence.
Charlie Hebdo en 2015.
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
5 ans de Soumission.
Mosquée de Bayonne : non assistance à peuple en danger ?
La société de vigilance.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 03:03

« Sophie Pétronin est libre. Retenue en otage depuis près de quatre ans au Mali, sa libération est un immense soulagement. À sa famille, à ses proches, j’adresse un message de sympathie. Aux autorités maliennes, merci. Le combat contre le terrorisme au Sahel se poursuit. » (Emmanuel Macron, le 8 octobre 2020 sur Twitter).


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Tout le monde ne peut que se réjouir de la libération de Sophie Pétronin (convertie à l’islam, elle se fait maintenant appeler Mariam). Elle fut libérée ce jeudi 8 octobre 2020 et a pu regagner la France le lendemain, reçu à l’aéroport de Villacoublay par le Président de la République Emmanuel Macron et le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Sophie Pétronin fut libérée en même temps que l’ancien ministre malien Soumaïla Cissé (ancien candidat à la Présidence de la République en 2002, en 2013 et en 2018, et président de l’Union pour la République et la démocratie), enlevé le 25 mars 2020, ainsi que de deux otages italiens.

Cette femme de 75 ans a l’air d’avoir un solide caractère et des valeurs inoxydables. Le courage ne lui a pas manqué lorsque, depuis Bordeaux, elle s’est aventurée dans le don de soi et le travail humanitaire au Mali. Nutritionniste, elle a atteint Gao en 1996 et y est restée jusqu’à son enlèvement le 24 décembre 2016, et elle voudrait maintenant y retourner : « Je vais aller en France, en Suisse, et après, je vais revenir voir un peu ce qui se passe ici (…). J’ai pris l’engagement pour les enfants, ça fait presque quatre ans que je n’ai pas vu comment se déroulent les programmes (…). Il faut quand même que j’aille jeter un œil et les saluer parce que j’ai pris cet engagement. Si vous prenez un engagement, allez au bout de votre engagement sinon vous aurez perdu votre raison d’être sur cette terre. ». Mais son fils, qui, en 2018, a voulu trouver lui-même le moyen de la faire sortir de ce guêpier et présent à Bamako dès le 6 octobre 2020, entend bien "cadrer" un tel retour : « Attends que je cadre certaines choses, tu n’iras pas là où tu veux. ». Oui à Bamako, non à Gao, car c’est trop dangereux.

Les déclarations de Sophie Pétronin depuis sa libération ont de quoi déconcerter puisqu’elle a affirmé n’avoir aucune colère contre ses ravisseurs et qu’elle a toujours été respectée. À Bamako, elle a en effet affirmé : « J’ai transformé la détention, si on peut dire, en retraite spirituelle (…). J’étais dans l’acceptation de ce qui m’arrivait et je n’ai pas résisté, et puis voilà, je m’en suis sortie (…). L’air était sain, bon (…). Je me suis accrochée, j’ai tenu, j’ai beaucoup prié parce que j’avais beaucoup de temps, je me suis promenée, j’ai bien mangé, j’ai bien bu, de l’eau fraîche hein ! ». Plus tard sur TF1 : « Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je vais bien (…). J’ai toujours été respectée, ils ont toujours pris soin de moi (…). J’étais hors du temps et de l’espace, entre le ciel et la terre (…). On a même quitté le Mali (…). J’ai continué de prier, particulièrement le soir, faire de la relaxation (…). Pendant trois ans et neuf mois, j’ai très bien dormi. ».

Des mauvaises langues pourraient parler du syndrome de Stockholm qui laisse entendre que les otages deviennent souvent favorables à leurs ravisseurs : « Appelez-les comme vous voulez, moi, je dirais que ce sont des groupes d’opposition armés au régime. ». Mais je pense que c’est bien plus complexe. Cette femme a la foi et elle semble avoir une foi en l’espérance qui dépasse ce qu’une personne ordinaire peut imaginer. Elle reste focalisée sur son monde à secourir et se préoccupe bien peu de son devenir même si cela ne lui est évidemment pas indifférent, pour elle, mais aussi pour les enfants qu’elle veut continuer à aider.

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"Là-bas", elle a en effet aidé de nombreux enfants atteints de malnutrition. Elle y a créé plusieurs organisations non gouvernementales (ONG), l’Association d’entraide Nord Gao (AENG) en 1998, puis l’Association d’aide à Gao en 2004. Elle a déjà failli se faire enlever par des djihadistes en 2012 et elle a averti dans un rapport de ce risque d’enlèvement et d’attentat au Mali, ce qui fait qu’elle est restée aider les enfants maliens en toute conscience du danger auquel elle était exposée.

Enlevée le 24 décembre 2016 à Gao, elle a fait l’objet de très nombreuses inquiétudes sur sa santé et même sa vie. Sans nouvelles d’elle pendant de longs mois, les autorités françaises ont pu en avoir seulement le 1er juillet 2017 (elle était présente dans une vidéo avec d’autres otages). Elle est réapparue dans d’autres vidéos le 1er mars 2018 et le 13 juin 2018, et en novembre 2018, il était même question de sa libération prochaine.

Encouragé par Ingrid Betancourt, otage en Colombie, son fils a d’ailleurs montré beaucoup d’incompréhension vis-à-vis de l’exécutif qui ne semblait pas, de son point de vue, comprendre l’urgence de libérer Sophie Pétronin et semblait au contraire l’avoir abandonnée à son triste sort. Emmanuel Macron a réagi en affirmant, le 14 décembre 2018 : « L’État continue d’agir sans relâche pour retrouver notre compatriote. Une telle démarche pour réussir exige le professionnalisme et la discrétion. ». Lors de l’hommage national le 14 mai 2019 aux deux soldats morts au Burkina Faso pour libérer deux otages français, Emmanuel Macron a d’ailleurs rappelé : « Je pense à Sophie Pétronin aux mains de ses ravisseurs. Nous ne l’oublions pas ! ».

Ingrid Betancourt a aussi témoigné à propos de son propre enlèvement et de sa propre libération il y a douze ans, en évoquant Nicolas Sarkozy : « J’ai su plus tard qu’il appelait tous les  jours [en Colombie] pour faire pression. ». Néanmoins, Sébastien Chabaud-Pétronin (le fils de l’otage) n’a pas été très rassuré (ce qui peut se comprendre) et regrettait le manque de transparence des autorités françaises.

C’est sur ce point que je voudrais m’attarder. Voici justement un domaine où la transparence est foncièrement mauvaise. On dit que les secrets sont gardés souvent pour raison d’État, mais libérer une otage, réussir à la récupérer vivante, c’est une raison d’État largement suffisante. Il y a deux ans, le fils de l’otage semblait être persuadé que la France, refusant de négocier avec les djihadistes, laissait volontairement Sophie Pétronin à son triste sort pour ne pas hypothéquer son combat contre les djihadistes, mais l’histoire vient de montrer le contraire. La France n’abandonne jamais ses ressortissants.

S’il y a un point dont il ne faut absolument pas parler en public, ce sont les conditions dans lesquelles un otage a pu être libéré. C’est facile à comprendre : dès lors qu’on connaît le prix d’un otage, des organisations mafieuses ou (et) terroristes pourraient en profiter pour multiplier les prises d’otages. Et même dire publiquement, comme c’est le cas, que Sophie Pétronin était la dernière otage française, c’est dire son prix très élevé et donner de mauvaises idées à des organisations qui détestent la France.

C’est avec cette clef de compréhension qu’il faut fermement condamner la réaction de la présidente du RN Marine Le Pen, visiblement déjà en pleine campagne électorale et malheureusement, sur les traces de son père en ce qui concerne le contenu de ses déclarations. Une occasion perdue de se taire.

Dans un tweet le 9 octobre 2020, Marine Le Pen a en effet déclaré : « Nos soldats combattent au Mali depuis de longues années. Certains de leurs camarades sont mort au combat. Jamais on ne devrait transiger avec l’islamisme et permettre la libération de djihadistes, au risque d’exposer plus encore nos armées déjà durement éprouvées. ». En clair, elle aurait préféré que la France abandonnât Sophie Pétronin.

Cette prise de position totalement irresponsable (c’est-à-dire, qui pourrait coûter la vie à d’éventuels futurs otages français dans l’avenir) de la candidate permanente du RN se basait sur des rumeurs persistantes provenant de responsables maliens sous couvert d’anonymat selon lesquelles des dizaines de prisonniers djihadistes auraient été libérés entre le 4 et le 6 octobre 2020.

Et pourquoi ne pas renvoyer Sophie Pétronin chez ses ravisseurs ? Bingo, l’assistant d’un député européen RN l’a lâché ! Damien Rieu, collaborateur de Philippe Olivier (RN), conseiller de Marine Le Pen, a en effet balancé sur Twitter le même jour : « On a libéré 200 criminels jihadistes qui vont repartir tirer sur nos soldats et dépensé 10 millions pour elle mais elle se convertie [sic !] à l’Islam et veut retourner au Mali… Rendez Sophie Pétronin à ses ravisseurs ! » (9 octobre 2020). Ce militant d’extrême droite aurait-il le cran de le dire en face de cette femme courageuse, yeux dans les yeux et pas dans son petit fauteuil douillet à Bruxelles ? D’autant plus qu’aucune confirmation n’a eu lieu (et n’aura lieu, évidemment) sur ce possible échange de prisonniers ni sur leur nombre et l’identité des personnes libérées (nul doute que le coup d’État du 18 août 2020 et l’éviction du Président Ibrahim Boubacar Keïta a fait bouger les choses).

Ces déclarations (qui n’ont pas beaucoup moussé le week-end) montrent au moins deux choses concernant la candidate RN de 2022 : d’une part, elle est incapable de sens de l’État car s’il y a bien un secret d’État à préserver pour l’intérêt national, c’est bien sur les négociations pour la libération des otages (professionnalisme et discrétion, comme le rappelaient l’Élysée et le Quai d’Orsay) ; d’autre part, il y a des Français pour lesquels on peut risquer la vie de soldats pour les libérer, et d’autres non, en particulier s’ils sont musulmans. Bonjour la devise républicaine ! C’est la preuve que Marine Le Pen se moque de l’intérêt national et n’a donc rien d’une patriote, comme elle voudrait le laisser croire, elle préfère la posture et la polémique politiciennes, quand bien même cela pourrait mettre en danger la vie d’éventuels futurs otages français…

Inutile par ailleurs de faire la publicité des réactions totalement hors sol de Florian Philippot, l’ancien proche de Marine Le Pen, ou de sites comme Ripostes laïques qui répondent bien à la formule selon laquelle l’excessif est insignifiant.

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Pour Emmanuel Macron, contrairement à ces déclarations à l’emporte-pièce de l’extrême droite, c’est au contraire un grand succès diplomatique de la France que cette libération de Sophie Pétronin qui a été très longue à négocier.

Enseignant à l’IEP de Paris et spécialiste des prises d’otages, Étienne Dignat a insisté, dans une interview à "20 Minutes" le 9 octobre 2020, sur l’union nationale et sur les raisons de la libération des prisonniers : « Il est important que ce moment d’union nationale soit respecté, vis-à-vis de Sophie Pétronin et de ses proches. Pour ce qui est du terrain, il faut rappeler que c’est l’État malien qui a relâché ces djihadistes, afin d’obtenir la libération de Soumaïla Cissé, figure éminente de la vie politique du pays. L’échange aurait par conséquent eu lieu d’une manière ou d’une autre et devient une victoire quand il engendre des scènes de liesse au Mali, à l’image de la nuit dernière. ».

Pour cet expert, la libération éventuelle des djihadistes ne renforcerait pas significativement leurs positions sur le terrain car la France a déjà remporté des succès tactiques sur place. La libération de Sophie Pétronin est aussi un succès français : « Une libération est en soi un succès diplomatique puisqu’elle démontre une connaissance fine du terrain et une capacité à mener à bien une négociation d’une extrême complexité. Dans le cas présent, la France a su s’adresser aux bons interlocuteurs et mobiliser son allié malien pour mener conjointement l’échange. ».

Je termine néanmoins par la fin de l’interview d’Étienne Dignat qui mérite de s’y arrêter et de nourrir la réflexion : « La crise sanitaire n’a fait que renforcer l’attachement à la sacralité de la vie humaine dans les sociétés occidentales et le rôle attribué à l’État dans la gestion de la vie de ses citoyens. La libération de Sophie Pétronin ne fait que confirmer la disposition de notre société à sacrifier une partie de sa liberté, de sa sécurité ou de ses ressources pour l’un de ses membres. Un bref calcul permet d’esquisser un parallèle : le gouvernement estime que le confinement a causé une perte de 120 milliards d’euros et qu’il aurait permis de sauver 60 000 vies, soit 2 millions d’euros par vie humaine. Une somme finalement assez proche des rançons généralement demandées pour la libération d’un otage. » ("20 Minutes", le 9 octobre 2020).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Interview d’Étienne Dignat dans "20 Minutes" du 9 octobre 2020 sur la libération de Sophie Pétronin.

Sophie Pétronin.
Ingrid Betancourt.
Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
Pourquoi mourir au Mali ?
L’engagement militaire de la France au Mali le 11 janvier 2013.
Daech.
Commando Hubert : la France dans l’unité nationale autour de ses deux héros.
Bénin : le courage et le sacrifice de deux vies pour en sauver d’autres.
Niger : le prix d’un message.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Nos soldats à Beyrouth, il y a trente-cinq ans…
Hommage des quatre soldats tués le 24 janvier 2012 en Afghanistan.
Ils ne sont pas des numéros.
Chasseurs alpins en Afghanistan.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201008-sophie-petronin.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/polemiques-indecentes-sur-la-227747

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/10/11/38583978.html









 

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11 octobre 2020 7 11 /10 /octobre /2020 03:56

« Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage. » (Parlement français, 11 octobre 2010).



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Il y a dix ans, le 11 octobre 2010, la loi n°2010-1192 du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public a été promulguée par le Président Nicolas Sarkozy. Initié par Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, et soutenu par Robert Badinter, sénateur PS des Hauts-de-Seine, ce texte, qui ne voulait stigmatiser aucune religion en particulier, avait pour but d’éviter que des femmes musulmanes ne circulent dans les rues d’une ville recouvertes complètement d’une burqa ou niqab.

Dix ans sont passés, et la France, comme le reste du monde, est en pleine pandémie de covid-19. L’un des moyens pour protéger les autres du coronavirus SARS-CoV-2, c’est le port du masque. Prenant le contre-pied de la loi du 11 octobre 2010, a été promulguée il y a trois mois la loi n°2020-856 du 9 juillet 2020 organisant la sortie de l’état d’urgence sanitaire qui a permis le décret n°2020-860 du 10 juillet 2020, base légale des arrêtés préfectoraux imposant le port du masque dans certains territoires. Depuis le 20 juillet 2020, le port du masque est obligatoire dans les espaces publics confinés, et depuis le mois d’août, beaucoup de communes ont fait adopter l’obligation du port du masque même à l’extérieur, parfois dans tout le territoire de la commune (en accord avec le préfet, puisqu’il s’agit avant tout d’une décision préfectorale).

Le 30 juillet 2020, j’avais rédigé un article sur le port du masque où j’avais évoqué, entre autres, l’éventuelle contradiction entre le port obligatoire du masque et l’obligation de ne pas dissimuler le visage dans les espaces publics. Partie que je repropose ici et que je veux ensuite compléter.

Pour empêcher une certaine "islamisation des rues françaises" ou, si l’on prend le phénomène par un autre bout, pour "protéger les femmes dans leur intégrité vestimentaire", les parlementaires ont légiféré il y a dix ans pour interdire le port de la burqa dans les espaces publics. Évidemment, la motivation officielle n’a pas pu être formulée de manière si crue, si bien qu’il a fallu trouver des termes législatifs pour ne pas stigmatiser une religion.

En effet, la loi n°2010-1192 du 11 octobre 2010 "interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public" a su trouver les termes neutres pour empêcher le port de la burqa : la dissimulation du visage. Et il faut vraiment ne pas avoir l’esprit perspicace pour ne pas penser aujourd’hui au port obligatoire du masque.

Heureusement, le législateur est sage et astucieux, et a pensé à (quasiment) tous les cas de figure. La loi n’interdisait déjà pas le port du casque de moto ou mobylette qui dissimule aussi le visage, ni non plus le port de masque de carnaval quand il s’agit d’une fête de même nom (j’imagine qu’à Halloween aussi, on a le droit de se déguiser en grosse citrouille, mais le décret d’application précise qu’il faut que ce soit une fête "traditionnelle", est-ce valable pour Halloween ?).

Si l’article 1er est très court et très clair : « Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage. », il est suivi d’autres articles pour en limiter la portée. Mais déjà dans la formulation même (très judicieuse) de cette phrase, il y a beaucoup de finesse : "une tenue destinée à dissimuler le visage" n’est pas "une tenue dissimulant le visage", et le masque chirurgical peut donc déjà être autorisé puisqu’il ne vise pas à dissimuler le visage mais à protéger les autres de la pandémie de covid-19.

Dès le deuxième alinéa de l’article 2 de la loi du 11 octobre 2010 (dans le premier aliéna, on définit ce qu’est un "espace public"), le cas d’une pandémie est imaginé : « L’interdiction prévu à l’article 1er ne s’applique pas si la tenue est prescrite ou autorisée par des dispositions législatives ou réglementaires, si elle est justifiée par des raisons de santé ou des motifs professionnels, ou si elle s’inscrit dans le cadre de pratiques sportives, de fêtes ou de manifestations artistiques ou traditionnelles. ». On sent que le législateur a tenu à imaginer tous les cas, le masque à souder en pleine rue, le masque des escrimeurs dans une compétition publique, le carnaval, etc.

D’ailleurs, aujourd’hui, c’est moins coûteux de porter la burqa qui est interdite que de ne pas porter un masque là où c’est obligatoire, vu que l’amende prévue est seulement celle d’une contravention de deuxième classe (au lieu de quatrième classe). Mais il faut donc bien insister sur le fait qu’il n’y a aucune incohérence, ni incompatibilité ni opposition entre la mesure du port du masque obligatoire et cette loi de 2010 contre la dissimulation du visage dans l’espace public.

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Insistons aussi sur le fait que la loi s’occupe des crimes et des délits et que le décret s’occupe des contraventions. Les mesures sur le port du masque sont donc d’ordre réglementaire et pas législatif.

Dans un article mis en ligne le 18 avril 2020 et mis à jour le 17 septembre 2020 sur le site d’actualités juridiques Village de la Justice, Pascal Boisliveau, docteur en droit de l’Université de Nantes, cite le deuxième alinéa de l’article 122-4 du code pénal qui dispose : « N’est pas pénalement responsable la personne qui accomplit un acte commandé par l’autorité légitime, sauf si cet acte est manifestement illégal. ». Ainsi, lorsque les forces de l’ordre imposent le port du masque dans un espace public, la personne qui doit mettre le masque est réputée non pénalement responsable en cas d’éventuelles incompatibilités législatives ou réglementaires.

Ce juriste cite également la circulaire du 2 mars 2011 qui précise les "éléments constitutifs de la dissimulation du visage dans l’espace public". Et il explique : « La difficulté de ce texte est qu’il souligne d’un côté l’absence de nécessité d’une intention de dissimulation, de l’autre la destination de la tenue, ayant pour objet de rendre impossible l’identification de la personne. Cela se résout par la simple constatation par les forces de l’ordre du résultat du port de la tenue : si la personne peut être identifiée, l’infraction n’est pas caractérisée. ». Dans cette circulaire, il est également dit : « Dès lors que l’infraction est une contravention, l’existence d’une intention est indifférente : il suffit que la tenue soit destinée à dissimuler le visage. ».

Pascal Boisliveau remet en cause l’exception de "raisons de santé" inscrite dans la loi du 11 octobre 2010 : « Étonnamment, la circulaire de 2011 est muette sur ce point. Qu’est-ce donc que ces "raisons de santé" ? Une pandémie mondiale constitue-t-elle une telle "raison" ? Sauf avis officiel du gouvernement, le problème de pandémie reste en droit une situation générale, abstraite ; alors que l’interdiction, et sa répression pénale, impose une analyse concrète de la situation, à l’instant de la constatation par l’agent contrôleur. ».

Mais apparemment, Pascal Boisliveau, certainement excellent juriste, n’a pas connaissance de l’intérêt du port du masque, car il poursuit ainsi : « Cette approche concrète impose alors que l’individu qui veut se dissimuler le visage (ce à quoi aboutit le port du masque) établisse en quoi sa santé le contraigne à cela. Tous les individus sains n’auraient alors aucun motif concret pour s’appliquer cette exception, si ce n’est celui d’être vivant, situation trop générale pour nécessiter un document, ubuesque, en ce sens. ». Eh non, justement ! Le masque, répétons-le, n’est pas pour protéger celui qui le porte, mais les autres, ceux qui sont dans son entourage. Par conséquent, la santé de chacun nécessite que les autres, dans l’entourage, portent un masque. De toute façon, je ne vois pas en quoi l’existence de la pandémie, ce qui signifie un besoin de prendre des mesures de santé publique, donc collective, ne serait pas une "raison de santé" suffisante au sens de la loi du 11 octobre 2010.

Dans tous les cas, s’il considère que la loi n°2020-290 du 23 mars 2020 d’urgence pour faire face à l’épidémie de covid-19 n’était pas suffisante pour exclure le port du masque des dissimulations au sens de la loi de 2010 (ce qui est fort discutable), la loi n°2020-856 du 9 juillet 2020 résout les éventuelles contestations juridiques sur ce plan-là. La responsabilité du gouvernement est de reprendre les prérogatives de l’État régalien, à savoir la protection et la sécurité des citoyens, et dans ce cadre, ces mesures sanitaires peuvent être prises. Ne pas les prendre serait d’ailleurs aussi illégal que le contraire, en tout cas, une faute de bonne gouvernance !

Du reste, dans la seule journée du 10 octobre 2020, 26 896 personnes ont été dépistées positives au covid-19 en France, ce qui a fait exploser les précédents records quotidiens. Loin de s’essouffler, hélas, et comme on pouvait le craindre dès le milieu du mois de juillet 2020, l’épidémie poursuit sa macabre odyssée. Même si, heureusement, la plupart des cas positifs sont asymptomatiques ou développent une forme légère de la maladie, on sait malheureusement qu’une part de ces nouveaux cas ira en service de réanimation, et qu’une partie d’entre eux va en mourir.

Alors, il ne s’agit ni de posture politique ni de liberté, ni de droit, ou plutôt, simplement du droit à vivre ou à survivre, de la liberté de vivre. Porter le masque, c’est l’un des gestes qui, à moindres frais, permet de freiner la circulation du virus et d’éviter cette stratégie stupide de l’immunité collective hors vaccin qui signifierait plusieurs centaines de milliers de morts en France. Sans compter les dégâts humains collatéraux : le 10 octobre 2020, le professeur Axel Khan a évalué à 4 500 le nombre de personnes atteintes du cancer, qui seront mal soignées (opérations retardées, dépistages retardés, etc.) à cause de la recrudescence de l’épidémie et en décéderont alors que leur décès aurait pu être évité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
10 ans après la loi anti-burqa, la loi masque-obligatoire.
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201011-loi-burqa.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/10-ans-apres-la-loi-anti-burqa-la-227702

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/20/38544336.html








 

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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 03:13

« Le risque d’origine sunnite demeure la principale menace à laquelle est confronté notre pays. » (Gérald Darmanin, le 31 août 2020 à Paris).



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L’exfiltration d’urgence de chez elle, le matin du 22 septembre 2020, de l’actuelle DRH du journal "Charlie Hebdo" (il vaut mieux ne pas citer son nom, elle n’est pas un personnage public et a droit à la tranquillité) n’était pas une mesure paranoïaque. En effet, deux personnes ont été très gravement blessées à l’arme blanche par un ou deux terroristes islamistes ce vendredi 25 septembre 2020 parce qu’elles travaillaient (me semble-t-il) dans le même immeuble que l’ancien siège de "Charlie Hebdo".

On pourra toujours polémiquer sur : aurait-on pu éviter cet attentat ? Il est clair que les terroristes sont comme ces hackers capables de contourner les protections informatiques : quelqu’un prêt à perdre sa vie en voulant entraîner dans son trip infernal le maximum d’autres vies humaines, évidemment innocentes, pourra toujours trouver la petite fenêtre des possibilités, puisqu’il est impossible de protéger chaque citoyen par un représentant des forces de l’ordre, protection qui aurait d’ailleurs le goût amer d’une surveillance d’État et d’une restriction des libertés publiques. On se rappelle notamment l’attentat qui a coûté la vie à un policier en pleins Champs-Élysées le 20 avril 2017, juste avant le premier tour de la dernière élection présidentielle.

La médaille de la réaction la plus inadaptée revient (sans surprise) à Marine Le Pen qui, comme un robot du web, avant même de connaître les circonstances exactes de l’attentat, a immédiatement fustigé la politique d’immigration du gouvernement, en se demandant honteusement combien de morts auraient été évitées si on avait fermé les frontières. Quel manque de respect pour les victimes, aucune compassion à un moment où leur pronostic vital était encore engagé. Déconnectée, et discrédité car n’apportant aucune solution dans l’intérêt des Français. Juste de la posture politicienne et électoraliste prévisible dans la perspective de 2022.

Ce qui est clair, c’est que les cellules anti-terroristes en France ne sont pas inactives et Gérald Darmanin l’avait déjà annoncé dans son discours sur l’état de la menace terroriste le 31 août 2020 au siège de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure).

Il disait notamment : « Depuis 2013, 61 attentats ont été déjoués, dont 32 depuis 2017 ; au début de l’année encore, un projet d’ampleur a été déjoué (…). Depuis 2017, ce sont 10 attaques qui ont abouti, sur le territoire national, à la mort de 20 personnes. ».

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Et le ministre a ajouté : « La menace représentée par des individus adeptes d’un islam radical, sensibles à la propagande, mais non nécessairement liés à un groupe constitué, devient un défi croissant pour les services de renseignement qui assurent aujourd’hui le suivi de 8 132 individus inscrits au fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). (…) À ce jour, 505 détenus terroristes islamistes en lien avec la mouvance islamiste [sont recensés et] 702 détenus de droit commun [sont] susceptibles de radicalisation (…). Le défi sécuritaire est majeur pour les services de renseignement. En 2020, les prévisions de libération sont évaluées à 45 détenus condamnés pour des faits d’association de malfaiteurs terroristes (…). Ce chiffre connaîtra une nouvelle hausse en 2021 avec la sortie prévisionnelle de 63 terroristes islamistes condamnés. ».

En outre, la loi n°2017-1510 du 30 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme a permis la mise en place de 532 périmètres de protection, la fermeture de 7 lieux de culte, la notification de 312 mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance, dont 65 encore actives, et la réalisation de 170 visites domiciliaires, dont plus d’un tiers a eu des suites judiciaires. En revanche, cette loi est expérimentale et ne devrait plus s’appliquer à partir du 31 décembre 2020.

L’attentat du 25 septembre 2020 n’est donc pas anodin, il n’est que la surface d’une véritable bulle submergée du terrorisme islamique qui, aujourd’hui, continue de cibler le journal "Charlie Hebdo". Depuis le 2 septembre 2020 se déroule le procès des auteurs de l’attentat de "Charlie Hebdo" ou plutôt, des attentats de janvier 2015 qui ont fait dix-sept victimes.

Citons-les : Frédéric Boisseau, Cabu, Charb, Tignous, Honoré, Wolinski, Bernard Maris, Elsa Cayat, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet, Clarissa Jean-Philippe, Yohan Cohen, Philippe Braham, François-Michel Saada et Yoav Hattab. Souvenons-nous d’eux, dont certains ont eu des gestes ultimes d’héroïsme.

Prenant l’occasion de ce procès, "Charlie Hebdo" a republié des caricatures de Mahomet le 2 septembre 2020 ("Tout ça pour ça"). Encore pour ce numéro, il y a eu des déclarations très violentes dans le monde musulman, notamment des dirigeants pakistanais qui se sont associés aux expressions de haine et de délires d’une foule enflammée contre la France. On ne s’étonnera donc pas que, d’après le Ministre de l’Intérieur, l’un des assaillants au hachoir serait de nationalité pakistanaise.

J’ai envie de rappeler cette tirade du "Mariage de Figaro" : « Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu’ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! Je lui dirais… que les sottises imprimées n’ont d’importance qu’aux lieux où l’on en gêne le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ; et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. ». Ce texte de Beaumarchais date de 1778, toujours d’actualité.

À la même époque, Voltaire disait un peu la même chose dans "Questions sur l’Encyclopédie" : « Paraît-il parmi vous quelque livre nouveau dont les idées choquent un peu les vôtres (supposé que vous ayez des idées), ou dont l’auteur soit d’un parti contraire à votre faction, ou, qui pis est, dont l’auteur ne soit d’aucun parti : alors vous criez au feu ; c’est un bruit, un scandale, un vacarme universel dans votre petit coin de terre. (…) Un livre vous déplaît-il, réfutez-le ; vous ennuie-t-il, ne le lisez pas. ». Ce texte date de 1772.

Ce monde d’islamisme radical est "fou". En quoi un "obscur" journal qui n’est probablement pas proposé dans les kiosques au Pakistan peut-il gêner un musulman pakistanais ? Faudrait-il brûler tous les journaux qui publieraient un article qui détesterait ce que j’aime ou qui aimerait ce que je déteste ? Monde de "fous" mais esprit bien sur terre pour organiser le combat terroriste notamment en France.

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Je répète ce que j’ai déjà écrit auparavant : je n’ai pas du tout l’esprit de ce journal satirique qui tire sur tout ce qui bouge, mais c’est son style et c’est sa manière d’exister. Ils ont publié par exemple des caricatures qui ont été odieuses pour les catholiques, ou la religion catholique en général, mais jamais je ne me sentirais blessé par des attaques éditoriales qui ont bien le droit d’exister si elles ont un public, dès lors qu’elles restent dans le cadre de la loi (notamment, pas d’incitation à la haine). Qu’un bouffe-curé bouffe du curé ne me paraît pas vraiment étonnant et encore moins scandaleux, c’est même dans l’ordre des choses, mais cela ne m’engagerait pas à le lire ni à apprécier prose ou dessins. Je serais plutôt blessé par un proche ou par une personne qui compte dans le "domaine" attaqué (on parle de religion mais on peut aussi de profession, de nationalité, etc.).

En revanche, je ne peux que me sentir "Charlie" ("Je suis Charlie") quand je vois que la rédaction a été massacrée pour avoir publié des caricatures de Mahomet. En balance, finalement, l’inconfort intellectuel de dessins qui dérangent ou la solidarité avec des membres d’une rédaction qui ont payé de leur vie pour faire vivre le flambeau de la liberté d’expression ?

S’il y a bien une personne dont la réflexion sur les attentats de "Charlie Hebdo" est utile et instructive, c’est bien Philippe Val, qui fut très longtemps le directeur de la rédaction de "Charlie Hebdo" et qui fut aussi directeur de France Inter par la suite. C’est lui qui a décidé de publier les caricatures de Mahomet, et son but était de ne pas se laisser intimider par les menaces des islamistes. Il avait cru qu’il serait suivi par tous ses collègues français. Or, à part un hebdomadaire, "Charlie Hebdo" fut le seul à avoir eu le courage de publier ces caricatures et ce manque de solidarité dans la presse française a transformé les journalistes de la rédaction de "Charlie Hebdo"en cibles permanentes. Pas seulement les journalistes, d’ailleurs, tous ceux qui travaillent pour ce journal.

En ce moment, Philippe Val est souvent dans les médias. Son message est souvent le même : il veut le marteler pour qu’il soit compris, pour qu’il soit entendu. Par exemple, sur France 5, dans "C à vous" le 2 septembre 2020, Philippe Val a insisté sur le manque de solidarité de ses confrères. Il aurait fallu, selon lui, que toute la presse française publiât ces caricatures de Mahomet, et il y aurait eu une solidarité de fait entre toutes les rédactions face à l’islamisme radical. De même, il considérait que le procès des auteurs des attentats devait être un procès politique, qu’on fasse le procès politique de l’islamisme politique.

Entre autres interventions sur les plateaux de télévision, il était aussi chez David Pujadas le 22 septembre 2020 sur LCI, un plateau où il est un invité récurrent. Il a expliqué que les menaces de mort faisaient maintenant partie de sa vie, il est en permanence sous protection policière et cela a pu lui arriver qu’être en alerte, c’était alors une dizaine de policiers qui étaient chargés d’assurer sa protection et celle de sa famille. Le confinement avait à peine changé sa vie quotidienne. Et il a clairement indiqué d’où venaient les menaces : d’Al-Qaïda au Yémen. C’était d’ailleurs ce groupe terroriste qui avait revendiqué les attentats de janvier 2015.

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Mais Philippe Val va beaucoup plus loin dans sa critique du manque de solidarité, même si ce manque de solidarité a finalement été démenti, certes tardivement, par la publication simultanée, le 23 septembre 2020, par une centaine de médias, d’une lettre ouverte à nos concitoyens : "Ensemble, défendons notre Liberté d’expression" pour soutenir "Charlie Hebdo".

En effet, Philippe Val a fustigé le principe de l’autocensure, que les intellectuels, aujourd’hui, en France, préfèrent se brider pour éviter de se mettre en danger. Que finalement, les terroristes avaient gagné la partie car ils ont insufflé la terreur parmi ceux qui analysent et réfléchissent, ceux qui devraient avoir l’esprit lucide et critique.

Et il a pointé du doigt ce qu’il considère comme une imposture intellectuelle : le principe de l’islamophobie. Selon lui, ce mot provient des mollahs iraniens lorsqu’ils ont condamné Salman Rushdie pour faire habilement diversion. L’idée effectivement est de faire l’amalgame entre l’islam et l’islamisme et de crier à l’islamophobie quand on ose critiquer l’islamisme politique. Philippe Val n’est ainsi pas tendre avec une certaine partie de la gauche française qui n’hésite pas à mélanger les deux, probablement en considérant que les Français musulmans seraient le nouveau prolétariat à défendre, ce qui n’a rien à voir. En clair, mais sans dire je crois le mot, Philippe Val a fustigé l’islamo-gauchisme.

Ce qui est frappant, mais ce n’est pas une nouveauté, c’est le traitement de l’information pour cet attentat du 25 septembre 2020. Description gore, détail presque clownesque (un assaillant aurait été interpellé parce qu’il portait des baskets rouges, comment imagine-t-on préparer minutieusement un attentat et porter des chaussures rouges qui distinguent des autres ? quelle impréparation).

Et on a pu entendre, dans le flux ininterrompu des réactions et surréactions, des propos parfois révoltants, comme, sur le plateau de "C dans l’air" sur France 5, cet intervenant (dont je tais le nom par charité chrétienne) qui a osé faire une différence de gravité entre ceux qui sont assassinés parce qu’ils sont Juifs et ceux qui sont assassinés parce qu’ils ont dessiné Mahomet (le pire, à mon sens, c’est que personne n’a réagi autour de lui). Pourquoi scandaleux ? Parce que, avec cette logique, ceux qui ont caricaturé Mahomet auraient pu ne pas le faire et être épargnés ? C’est n’avoir rien compris au terrorisme islamique. Et ceux qui se détendaient sur une terrasse de café aussi auraient mieux fait de ne pas le faire ? C’est dire "ils l’ont bien cherché" qui n’est pas moins scandaleux que lorsqu’on explique le viol par "elle l’a bien cherché" ("elle aurait pu porter une tenue décente, vraiment !"). Pour dire : "ils auraient pu respecter un peu mieux une religion". Non, la France, c’est de pouvoir choquer les autres si c’est fait sans appel à la haine. C’est cela, être Charlie.

Le 25 septembre 2020 toujours sur LCI, Philippe Val a réagi à l’attentat en disant que le risque pesait sur tout le monde, pas seulement les journalistes de "Charlie" : « C’est la France qui est visée, et les États de droit », en soulignant que les islamistes radicaux étaient en guerre politique contre "nous", contre les États de droit qui sont en cette période fragile avec la crise économique et sanitaire, il y a une volonté politique de faire vaciller les démocraties.

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Le quinquennat de François Hollande a mis un temps fou à associer islamisme politique et terrorisme. Emmanuel Macron, au contraire, n’hésite pas même à employer l’expression s’il préfère sans doute le mot séparatisme (ou séparatismes, au pluriel). En tout cas, il l’a dit clairement, il a défendu le droit au blasphème. Tout comme Gérald Darmanin encore au journal télévisé de France 2 le 25 septembre 2020 où il a déclaré que certains dessins de "Charlie Hebdo" pouvaient le choquer personnellement mais que le journal avait la liberté de choquer s’il le voulait.

Ce qui tue la liberté, c’est d’abord cette indifférence diffuse. Et la question, qui va continuer à être posée, c’est : à chaque attentat islamiste, et hélas, il y en aura probablement encore dans le futur, faut-il d’abord s’inquiéter d’un regain d’une supposée islamophobie ou pleurer les vies blessées ou massacrées des victimes ?

Au moins, la rédaction de "Charlie Hebdo" a déjà répondu à la question en ne se laissant pas intimider : « Loin de nous terroriser, de tels événements doivent nous rendre encore plus combatifs dans la défense de nos valeurs. Il n’est pas question de céder quoi que ce soit à la logique mortifère et criminelle des idéologies qui motivent ces actes. ». L’essentiel est dit. Je reste Charlie !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


(Les trois dessins proviennent de "Charlie Hebdo").


Pour aller plus loin :
Charlie Hebdo : mortelle indifférence.
Charlie Hebdo en 2015.
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
5 ans de Soumission.
Mosquée de Bayonne : non assistance à peuple en danger ?
La société de vigilance.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200925-charlie-hebdo.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/charlie-hebdo-mortelle-227351

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/03/38513356.html







 

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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 03:16

« Maryam Pougetoux ne peut pas ignorer que le hijab a désormais une signification politique, même si cette signification ne correspond pas forcément aux convictions de toutes les femmes qui le portent. Déléguée de l’Unef, ayant choisi d’exercer des fonctions politiques et publiques, elle ne peut pas faire abstraction de cette signification. Ce n’est peut-être pas le sens qu’elle-même donne à ce symbole, c’est néanmoins celui qu’il a pour la plupart des gens, y compris des musulmans de sa génération, il suffit de lire les argumentaires qu’ils développement pour ou contre le port du voile pour s’en convaincre. Sachant tout cela, le choix de Maryam Pougetoux d’arborer un hijab dans le cadre de son mandat n’est pas neutre, et ne relève pas uniquement de sa foi et de son for intérieur. » (Aurélien Marq, "Causeur", le 23 mai 2018).



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Ce qu’expliquait il y a deux ans cette réflexion dans "Causeur" reste toujours valable. Il évoquait la figure de Maryam Pougetoux, responsable de l’Unef de l’Université Paris-4 et par ailleurs, vice-présidente nationale de l’Unef, portant en permanence le hijab. Son portrait, réalisé par Aida Alimi et diffusé par la chaîne M6 le 12 mai 2018 (à l’époque, elle avait 18 ans), avait suscité quelques remous, notamment sur la compatibilité entre un engagement syndical et politique et le port "ostentatoire" d’un signe religieux qui signifie l’islam politique (en tout cas, comme le rappelle Aurélien Marq, interprété comme tel). Le Ministre de l’Intérieur Gérard Collomb avait même réagi, à l’époque, ainsi que la Secrétaire d’État chargée de l’égalité homme-femme Marlène Schiappa, aujourd’hui chargée de la citoyenneté auprès du ministre Gérald Darmanin.

Tout le monde a le droit d’avoir la religion qu’il veut, mais il est des cadres institutionnels où l’afficher ne paraît pas indiqué. Ce qui vient de se passer dans les locaux de l’Assemblée Nationale ce jeudi 17 septembre 2020 remet dans l’actualité l’un des flous du Président Emmanuel Macron dont le parti, LREM, s’est montré ici particulièrement divisé. Rappelons en introduction que le 15 avril 2018, Emmanuel Macron avait déclaré : « Ce voile n’est pas conforme à la civilité qu’il y a dans notre pays. C’est-à-dire au rapport qu’il y a entre les hommes et les femmes dans notre pays. ».

Jamais aucun texte n’a exigé des femmes musulmanes de porter le voile qui était avant tout un vêtement de circonstance. En revanche, le voile est, au-delà de toute considération religieuse, une insulte à la dignité des femmes. Un enfermement, qu’il soit volontaire (comme cela semble le cas ici) ou imposé par des proches (père, grand frère, mari).

Le Parlement est en session extraordinaire depuis ce mardi 15 septembre 2020 et travaille à nouveau après la courte période estivale. Parmi les nouveautés, la création, à l’Assemblée Nationale, de la commission d’enquête pour mesurer et prévenir les effets de la crise du covid-19 sur les enfants et la jeunesse. Constituée le 8 septembre 2020, elle est présidée par la députée LREM de Haute-Garonne Sandrine Mörch, et a commencé ses séances d’audition ce jeudi 17 septembre 2020. Parmi les invités à écouter l’après-midi, des représentantes de l’Unef, et en particulier Maryam Pougetoux, portant le voile (ainsi que le masque, comme c’est obligatoire dans l’enceinte du Parlement).

Après l’introduction des syndicalistes étudiants auditionnés, le député LR du Pas-de-Calais Pierre-Henri Dumont a pris la parole pour un rappel au règlement et a exprimé son indignation qu’une personne invitée porte le voile au sein même de l’Assemblée Nationale, considérant que c’était un « acte communautariste délibéré ». Il a annoncé que tous les députés LR de la commission allaient donc quitter immédiatement la salle en signe de protestation.

Encore plus courageuse, la députée LREM de Paris Anne-Christine Lang, par ailleurs l’une des vice-présidente de cette commission, a également exprimé son refus d’écouter une personne voilée : « Je vais (…) quitter cette réunion. En effet, je ne peux accepter qu’au sein de l’Assemblée Nationale, le cœur battant de la démocratie, où règnent les valeurs fondatrices de la République, dont la laïcité, nous acceptions qu’une personne se présente en hijab devant une commission d’enquête. ». Elle a quitté la salle très émue, sous la réponse sèche et méprisante d’une pourtant "amie politique" LREM présidente de la commission, Sandrine Mörch, considérant (à tort) que ce n’était pas le sujet et que c’était un « mauvais procès ».

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Cet incident a marqué les médias qui, bien sûr, ne manqueront pas de le rediffuser fréquemment le lendemain pour évoquer le sujet ultrasensible qu’est le port du voile à l’Assemblée Nationale. Beaucoup de collègues députés non membres de cette commission ont exprimé dans la soirée leur solidarité vis-à-vis de leurs collègues pour cette indignation, en particulier (et à titre personnel) le député LREM Sylvain Maillard par ailleurs porte-parole du groupe LREM. Leur nouveau président de groupe, Christophe Castaner, va avoir du mal à maintenir dans la cohésion un groupe aussi hétérogène, d’autant plus que ces dissensions concernent les valeurs et pas les projets.

Il ne s’agit pas d’en faire une nouvelle "affaire du voile" comme la France aime bien s’en créer depuis trente et un ans, mais il s’agit cependant de dénoncer ce que l’islam politique, progressivement, est en train de faire. D’ailleurs, dans cette affaire, qui est un bon marqueur, il est intéressant à écouter les réactions de tous les responsables politiques et éditoriaux, et immanquablement, on retrouvera l’islamo-gauchisme se diffusant auprès de personnalités qui vous expliqueront gentiment qu’on a bien le droit d’être musulman (oui, évidemment) et que le leur refuser serait de l’islamophobie. En clair, il faut être tolérant avec les musulmans, ce qui, à mon sens, n’est pas le problème. La laïcité ne saurait stigmatiser aucune religion.

Ces islamo-gauchistes, on les retrouve à gauche de l’échiquier politique, évidemment, mais aussi parmi les écologistes, mais c’est moins voyant, à moins que vert, c’est vert… Ainsi, le nouveau maire de Bordeaux a posé la première pierre d’une mosquée, mais refuse d’installer le sapin de Noël qui fait la joie des enfants chaque année, sous des prétextes peu convaincants : on doit respecter l’islam, on n’a plus le droit de respecter le christianisme, si tenté que soit le fait que le sapin de Noël représente le christianisme. Bref, cette "tolérance" est toujours dans le même sens. Ou plutôt, à sens unique, dans l’esprit de ces idéologues.

Même relativisme avec la liberté d’expression. Ainsi, après le portrait de Maryam Pougetoux sur M6 en 2018, l’ancien candidat du NPA à l’élection présidentielle Olivier Besancenot s’était indigné le 25 mai 2018 sur RTL de la caricature en une du "Charlie Hebdo" du 23 mai 2018 représentant Maryam Pougetoux sous la légende : "Parcoursup c’est la m*rde… Ils m’ont prise pour diriger l’Unef" (à 18 ans, j’aurais trouvé cela au contraire très flatteur d’être caricaturé et affiché en une d’un journal satirique).

Choqué, Olivier Besancenot : « La une Charlie, elle m’a pas plu, elle m’a pas fait rire, c’est pas la première fois. Quant à ceux qui sont là à demander à tout le monde de prononcer le mot "laïcité", moi, le mot "laïcité", je peux le prononcer, mais le mot "islamophobie", je peux aussi le prononcer. ». On ne pouvait être plus clair : pour ces gens-là, la laïcité, c’est moins important qu’aider l’islam politique à se développer en France. C’est là le danger, pas les croyants, mais les politiques. L’hebdomadaire "Marianne" commentait ces déclarations : « C’est d’ailleurs le mouvement d’Olivier Besancenot qui est à l’origine du tournant communautariste de l’Unef : (…) à partir de 2012, c’est bien la tendance du syndicat étudiant issue du NPA qui a promu l’instauration de réunions "non mixtes" réservées aux femmes, puis "non mixtes racisées", c’est-à-dire interdites aux Blancs. ».

Attention à ne pas se méprendre. L’affaire de la commission parlementaire n’a rien à voir au microscandale provoqué par un élu RN du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté en mal de notoriété, qui avait protesté le 11 octobre 2019 contre une accompagnatrice scolaire qui portait un voile. Elle était venu accompagner des enfants pour assister à une séance du conseil régional. La femme était discrète, n’était pas intervenue et ne dérangeait personne, ce qui est bien différent d’une personnalité convoquée officiellement par une commission d’enquête avec expression publique.

Du reste, des personnalités venues à des auditions de commissions parlementaires ont pu venir avec des signes ostentatoires de leur religion …quand elles étaient invitées ès qualités : un rabbin, un prêtre, un pasteur, un imam, venus donner le point de vue de leur religion sur un sujet particulier (notamment dans le domaine de la bioéthique), s’exprimaient au nom de leur religion. C’est moins normal pour une syndicaliste étudiante qui, en principe, représente des étudiants et pas une communauté religieuse particulière (j’imagine qu’il y a des chrétiens, des athées, etc. à l’Unef).

D’un point de vue "juridique", c’est-à-dire, à la question de savoir si on a le droit ou pas de porter le voile quand on est auditionné par une commission d’enquête parlementaire, il faut se référer au règlement intérieur de l’assemblée en question, et, a priori, il n’y a rien qui l’interdit. Interrogé par France Inter, un administrateur de l’Assemblée Nationale a confirmé : « Aucune règle n’existe et n’empêche d’auditionner une femme voilée (…). Rien dans le règlement ne fait obstacle à une quelconque tenue pour une audition. ». Mais rien n’interdit les députés de compléter le règlement intérieur.

Bravo à la députée Anne-Christine Lang qui a été courageuse et dont l’indignation a rendu plus symbolique cette affaire, car si c’étaient seulement les députés LR qui s’étaient indignés, on aurait pu les accuser d’une manœuvre politicienne. Au moins, la protestation de cette députée LREM, qui embarrasse tout son groupe, ne peut être que sincère et grave.

Mais la députée va plus loin, et alors que le 25 mai 2018, le relativiste Olivier Besancenot insistait pour trouver un "équilibre" entre "laïcité", "droits des femmes" et "islamophobie", Anne-Christine Lang considère que ce n’est pas seulement une atteinte à la laïcité, le plus grave est une atteinte à la dignité de la femme. Dans un tweeet quelques heures plus tard, elle a en effet expliqué : « En tant que députée et féministe, attachée aux valeurs républicaines, à la laïcité et aux droits des femmes, je ne peux accepter qu’une personne vienne participer à nos travaux à l’Assemblée Nationale en hijab, qui reste pour moi une marque de soumission. J’ai donc quitté cette audition. ».

Elle a tout à fait raison. Je connais plusieurs amis musulmans pour qui les droits des femmes, la laïcité, et plus généralement les valeurs de la République et aussi, bien sûr, les lois de la République ne posent pas de problème, en ce sens qu’il n’y a aucune incompatibilité à suivre les règles institutionnelles tout en cultivant leur foi. Ceux pour qui cela semble incompatible (au point que ceux qui défendent les valeurs de laïcité et droits des femmes deviennent des "islamophobes") sont clairement des soutiens plus ou moins implicites de l’islam politique. Et de cela pour mon pays, je n’en veux pas ! Au groupe majoritaire (LREM) de prendre ses responsabilités et de prendre l’initiative de réviser le règlement intérieur en ce sens !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
Au Panthéon de la République, Emmanuel Macron défend le droit au blasphème.
Une collusion tacite des secours humanitaires avec les passeurs criminels ?
Comment salir Danièle Obono ?
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La Commission Stasi : la République, le voile islamique et le "vivre ensemble".
Rapport Stasi du 11 décembre 2003 sur la laïcité (à télécharger).
L’immigration, une chance pour la France : Bernard Stasi toujours d’actualité !
La laïcité depuis le 9 décembre 1905.
Le burkini réseau en question.
L’apéro saucisson vin rouge (12 juillet 2011).
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L’esprit républicain.
Le patriotisme.
Représenter le prophète ?
L’islam rouge (19 septembre 2012).
La laïcité et le voile.
La burqa et la République.
Terrorisme et islamisme.

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