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23 janvier 2023 1 23 /01 /janvier /2023 04:45

« Kevin, 10 ans, Dimitri, 8 ans, Jonathan, 6 ans et Dylan, 4 ans, les garçons de la famille Delay, ont été placés en famille d'accueil en raison d'épisodes de violence de la part de leur père. En sécurité auprès de leur "tata", ils révèlent que leurs parents, ainsi que des habitants de la Tour du Renard à Outreau, abusent régulièrement d'eux. » (Début du résumé de la série).




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La semaine dernière, le mardi 17 janvier 2023 sur France 2, ont été diffusés les deux premiers épisodes d'une série documentaire très particulière, réalisée par Olivier Ayache-Vidal et Agnès Pizzini. La suite, les deux derniers épisodes, sont diffusés ce mardi 24 janvier 2023 sur France 2 également. Cette nouvelle série télévisée, intitulée sobrement "L'Affaire d'Outreau", revient sur un véritable fiasco judiciaire, aussi terrible que l'Affaire Grégory une quinzaine d'années plus tôt : la justice et la presse ont fait un travail de sape.

Car l'affaire d'Outreau a révélé deux scandales absolument abominables : le premier scandale, c'est que plusieurs adultes (quatre ont été reconnus coupables) dans une cité de la banlieue de Boulogne-sur-mer ont abusé sexuellement d'enfants parfois en très bas âge (douze enfants au total) ; le second scandale, c'est que treize personnes ont été accusées à tort et incarcérées pendant trois ans dans cette affaire alors qu'elles étaient innocentes. Le 5 décembre 2005, quelques jours après leur acquittement (le dernier verdict a été prononcé le 1er décembre 2005), le Président de la République Jacques Chirac a présenté les excuses de la France pour cette insupportable erreur judiciaire. Une commission parlementaire allait ensuite enquêter pour comprendre les causes de ce fiasco, sur le fonctionnement de la justice mais aussi sur la trop grande importance apportée aux "experts".

Placés dans une famille d'accueil à partir du 25 février 2000 en raison des violences commises par leur père et dénoncées par leur mère, les quatre enfants cités plus haut ont dénoncé leurs parents d'incestes et de violences sexuelles le 5 décembre 2000 (leur mot était : "ils nous font des manières"). À partir de ces premiers témoignages, la machine judiciaire mais aussi médiatique s'est emballée.

Principal mis en cause, le juge Fabrice Burgaud, qui avait 29 ans à l'époque de l'affaire, désigné le 22 février 2001, a mené l'instruction sans écoute réelle, même de ses collègues (on parlait de photocopieuse en panne ou d'assistante en congé pour empêcher de transmettre le dossier de l'instruction), restant dans sa tour d'ivoire et voyant l'affaire du siècle.

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La principale accusatrice était la mère des enfants qui a commencé à mettre en cause de nombreuses personnes parmi ses voisins, pensant que c'était ce que le juge attendait d'elle pour obtenir sa clémence. Ces délires accusatoires n'ont été étayés par aucunes preuves, la police n'a même pas fait d'enquête de voisinage près des lieux supposés de ces violences sexuelles, etc. La mère des enfants a attendu son procès en appel le 18 novembre 2005 pour enfin le reconnaître : « Rien n’est vrai. Je suis une malade et une menteuse ! ».

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Parallèlement, les médias se sont emparés de l'affaire, et, dans la présentation qu'en fait France Inter de la série, il est souligné : « Hervé Arduin de France 3 évoque par exemple un détail qui a eu une importance capitale : l'utilisation du terme "notables" pour évoquer les personnes inculpées. L'expression de notables laissait penser qu'il y avait un réseau. Cette idée a infusé l'opinion publique. En quelques semaines, ce qui était initialement une affaire d’inceste se transforme alors en réseau pédophile international. ».

La forme du documentaire est très originale et fera sans doute date pour ce genre de sujet très difficile à traiter. Il ne s'agit pas d'une simple fiction avec des acteurs. Il ne s'agit pas non plus d'un documentaire malgré des images d'archives et des interviews récentes de certains protagonistes. Il s'agit d'un mélange des deux, mais sans volonté de tromper comme c'est beaucoup trop le cas maintenant dans de nombreuses docu-fiction où l'on ne sait plus où est le vrai et le faux.

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Pour cette série, au contraire, le choix a été délibérément de montrer les comédiens et leurs modèles, les personnages réels. Dans un immense plateau de télévision, on voit les différentes salles (interrogatoires, tribunal, prison), on voit même les perches pour le son, les caméras pour la prise d'images... On voit surtout certains comédiens qui discutent dans leur loge avec leur personnage réel pour tenter de jouer au mieux leur rôle...

A priori, ce choix pourrait étonner mais il est très efficace : l'émotion arrive tout de suite. Car l'enfant qui joue le rôle d'un des enfants accusateurs... se retrouve face à un homme d'environ 25 ans maintenant, et c'est là où le vertige arrive. Car ces enfants ont été complètement traumatisés et le restent encore vingt ans plus tard, non seulement d'avoir été abusés sexuellement mais aussi d'avoir été mis dans une situation de mensonge. Ou alors, des enfants de personnes accusées à tort, qui ont subi la vindicte partout, à l'école, dans leur quartier, etc. alors que leurs parents n'avaient rien fait de mal, que leur famille était paisible et qu'ils avaient de bonnes notes à l'école.

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La chronique de France Inter explique ce choix de réalisation : « Un procédé théâtrale, inédit et bouleversant. Bouleversant parce que l’affaire tout à coup nous éclate au visage. Nous sommes plus que spectateurs. Nous vivons l’événement. Jamais un tel procédé n’avait été mis en place dans un documentaire. Ce n’est pas un gadget, ou un effet de style. Il s’agit de se servir du faux, de la fiction, pour approcher au mieux une vérité. Voilà l’ambition de cet objet hybride, fruit d’une enquête magistrale. ».

Cette affaire a entraîné la mort d'une des personnes mises en cause. François Mourmand (ferrailleur de 32 ans), interpellé le 6 mars 2001 pour avoir participé au supposé viol d'une petite fille belge (qui n'a jamais existé), s'est suicidé d'une overdose de médicaments le 9 juin 2002 dans sa cellule de la maison d'arrêt de Douai (un non-lieu a clos le 11 juin 2003 l'instruction d'une autre affaire concernant une petite fille morte qui n'avait jamais existé).

Une commission d'enquête parlementaire présidée par le socialiste André Vallini et rapportée par l'UMP Phlippe Houillon a passé plus de 200 heures en auditions du 10 janvier au 12 avril 2006, pour la plupart retransmises en direct à la télévision pour tirer au clair les dysfonctionnements. En particulier l'audition du juge Fabrice Burgaud le 8 février 2006 (pendant plus de sept heures) a laissé un goût très froid de l'idée qu'il se faisait de son métier, sans avoir présenté d'excuses ni de regrets, se contentant d'affirmer sans avoir convaincu qu'il avait « effectué honnêtement son travail sans aucun parti pris d'aucune sorte ».

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Il n'a eu que la plus faible des sanctions, une "réprimande avec inscription au dossier" le 24 avril 2009 par le Conseil supérieur de la magistrature (décision devenue définitive le 13 juillet 2009), mais il a poursuivi sa carrière sans accroc, jusqu'à être promu le 21 décembre 2017 avocat général référendaire à la Cour de cassation, affecté à la troisième chambre civile, ce qui a provoqué certaines critiques sur le fonctionnement de l'institution judiciaire refusant d'admettre ses erreurs.

Quant à la commission d'enquête, elle a proposé, dans un rapport remis le 6 juin 2006, un certain nombre de mesures pour éviter à l'avenir le renouvellement de ce genre de fiasco judiciaire, comme des procédures particulières pour recueillir la parole des enfants, accéder au dossier d'instruction, rendre collective les décisions judiciaires pendant l'instruction, etc. L'ambition de la réforme que les parlementaires proposait avait ce but : « Il faut réfléchir à une sorte de partenariat entre défense d’une part, et accusation, instruction et jugement d’autre part, plus qu’à une situation d’affrontement ou de rapport de force qui prévaut dans notre système actuel non rénové. ».

Les troisième et quatrième épisodes de la série "L'Affaire d'Outreau" sont diffusés le mardi 24 janvier 2023 sur France 2 en première partie de soirée.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (21 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L'Affaire d'Outreau (documentaire télévisé).
Lycée Toulouse-Lautrec (série télévisée).
À votre écoute, coûte que coûte !

C'est pas sérieux.
Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
Ci-gît la redevance à la papa.
La BBC fête son centenaire.
Franck Riester : France Médias ne sera absolument pas l’ORTF.
Publiphobie hésitante chez les députés (17 décembre 2008).
Pub à la télé : la révolution silencieuse (2 septembre 2008).
L’inexactitude de Nicolas Sarkozy sur l’audiovisuel public.
Les Shadoks.
Casimir et l'île aux enfants.
Ne nous enlevez pas les Miss France !
Combien valez-vous ?
Loft Story.
Abus d'autorité (1).
Abus d'autorité (2).
Maître Capello.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230117-affaire-outreau.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/l-affaire-d-outreau-mise-en-scene-246145

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/01/18/39783660.html







 

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22 janvier 2023 7 22 /01 /janvier /2023 04:08

« Je m'estime extrêmement chanceuse d'avoir vécu cette expérience et j'avais très envie de la partager. J'avais cette envie, peut-être utopique, de faire changer le regard sur le handicap. Tout ce qu'on ne connaît pas effraie. » (Fanny Riedberger, le 22 décembre 2022 sur RTBF).




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Je suis tombé par hasard, le lundi 16 janvier 2023, sur le quatrième épisode d'une nouvelle série télévisée intitulée "Lycée Toulouse-Lautrec". Il s'agit d'histoires d'adolescents en milieu scolaire (le lycée). Tout aurait pu faire de cette fiction de la moraline à bon compte : on parle de la vie difficile des adolescents, de leur transformation en adultes, des débuts dans la vie amoureuse, du handicap et beaucoup d'autres sujets de société très à la mode, comme le harcèlement en milieu scolaire et aussi l'homosexualité. Plus globalement, cela parle d'inclusivité.

La RTBF, qui a diffusé cette série pour la Belgique, a présenté cette fiction le 22 décembre 2022 ainsi : « Une série surprenante et touchante, inspirée d'une histoire vraie. (…) Ce qui surprend (…), c'est son ton léger et… drôle. Les élèves se moquent l'un l'autre de leurs handicaps respectifs, les blagues fusent et les dialogues ne manquent pas d'ironie. Un parti-pris présent dès l'écriture du scénario. » (Noémie Jadoulle). Explication de l'inspiratrice, coréalisatrice et coscénariste : « L’humour c’est leur survie et leur philosophie de vie. Ils se chambrent en permanence, donc c’était important que la série soit fidèle à ce que j’ai vécu. ».

Si on résume le scénario très rapidement, c'est l'histoire d'une adolescente qui a dû quitter son lycée pour un autre à cause du divorce de ses parents. Comme son frère est en situation de handicap, elle se retrouve dans un lycée qui prend en charge de nombreux lycéens en situation de handicap. Mais il est aussi ouvert à des lycéens valides qui deviennent des référents d'un élève en situation de handicap. Victoire n'a aucune envie de s'intégrer dans ce nouveau lycée (parce qu'elle a dû quitter son ancien monde de force) mais l'extraordinaire se produit : dans ce lycée qui accueille beaucoup de lycéens en situation de handicap, c'est elle, la lycéenne valide, qui est l'anormale !

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Victoire, qui arrive dans ce nouveau lycée, est chargée d'accompagner Marie-Antoinette, une adolescente qui est en fauteuil roulant. Cette dernière cherche à créer des liens affectifs avec un garçon par l'intermédiaire d'un site Internet mais aussi d'une (autre) copine qui assure les contacts directs avec le garçon pour ne pas montrer son handicap. Par ailleurs, Victoire était victime de harcèlement de la part de ses camarades du précédent lycée et ceux-ci continuent à la harceler dans les réseaux sociaux.

Écrit comme cela, on imagine les ficelles pour émouvoir le téléspectateur, puisque c'est le principe même des séries qui se veulent des chroniques sociales sous forme de comédies, parler de sujets sociétaux avec une finalité moralisatrice. Comme souvent dans ce genre de fiction.

Et pourtant, ce n'est pas du tout ce que j'ai ressenti en regardant cet épisode. En tout, il y a six épisodes pour cette série dont la diffusion a commencé le lundi 9 janvier 2023 avec deux numéros chaque fois, continué le lundi 16 janvier 2023 et se termine ce lundi 23 janvier 2023 sur TF1 en première partie de soirée. Car avant toute chose, ce qui crie à l'écran, c'est la fraîcheur, c'est l'authenticité des vies. Le téléspectateur est happé par la vie réelle, par les enjeux, par la complexité des choses. Ce qui pourrait troubler (le handicap, l'anormalité) n'est plus qu'un décor donné pour des situations personnelles difficiles comme le sont celles de tous les ados. Le handicap n'est pas tout. La vie passe avant.

Cette illumination de la vie est logique quand on connaît un peu les conditions de réalisation de cette série télévisée. Elle a été réalisée par Fanny Riedberger, Nicolas Cuche et Stéphanie Murat sur une idée de Fanny Riedberger et Justine Planchon. C'est une production franco-belge (les téléspectateurs belges l'ont découverte un peu plus tôt sur la RTBF).

Deux éléments fondateurs expliquent cette authenticité criante. D'une part, la créatrice Fanny Riedberger s'est basée sur sa propre expérience. En clair, l'histoire de Victoire est son histoire : « Cette jeune fille totalement réfractaire à étudier là-bas et dépasser ses propres a priori, c'est moi. J'ai étudié trois ans au lycée Toulouse-Lautrec. ». Inutile de dire qu'il n'y a donc pas de filtre d'interprétation puisqu'elle est aux commandes. Elle a su donner le ton qui convenait.

D'autre part, le choix des acteurs, surtout parmi les adolescents : quasiment tous des amateurs, leur premier rôle la plupart des cas, et surtout, les adolescents qui jouent des adolescents en situation de handicap sont réellement en situation de handicap, cela aide pour l'authenticité. En d'autres termes, les problèmes rencontrés lors du tournage sont du même ordre que ceux filmés.

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Certes, il y a des comédiens déjà connus, les deux principaux sont Stéphane De Groodt qui joue le proviseur du lycée et Valérie Karsenti son adjointe (cette comédienne joue aussi dans la série très populaire "Scènes de ménages", la femme du maire). Il y a aussi Charlie Bruneau (qui joue dans "En Famille" le rôle de Roxanne), une maman d'élève (celle de Charlie), Bruno Salomone (le médecin), Rayane Bensetti (un surveillant), Aure Atika (la mère de Victoire), Joséphine Draï (la psychologue), etc. À propos de la série, Stéphane De Groodt est enthousiaste : « Ça désacralise le handicap au profit de l’humanité, de ce qu’ils sont véritablement. Le handicap, c’est la forme, mais à un moment donné, on ne le voit plus et on ne voit plus qu'eux. » (RTBF).

En particulier, les rôles des deux principales adolescentes sont tenus par des comédiennes sensationnelles : elles crèvent l'écran, en particulier Ness Merad, dans le rôle de Marie-Antoinette. On ne voit plus le fauteuil roulant avec elle, mais sa personnalité, son intelligence, son esprit de conquête et même sa beauté malgré ce petit corps si replié. Dans la "vraie vie", Ness Merad est tétraplégique à cause d'une dystrophie musculaire congénitale. Elle est étudiante en BTS Communication et influenceuse sur Instagram et TikTok. Elle a confié après le tournage : « Je ne retiens que du bon de cette expérience, même si c’était très dur, car mon personnage et les scènes qu’on a filmées sont très proches de ma réalité. Mais ça valait le coup. ». Elle avait pourtant beaucoup hésité à passer le casting.

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Quant à l'héroïne, Victoire, c'est Chine Thybaud qui l'interprète avec beaucoup de fraîcheur et de réalisme. Elle avait passé le casting pour un autre personnage et on lui a proposé le rôle de Victoire alors qu'elle ne savait pas que c'était le principal rôle. Ancienne étudiante en sciences politiques à Dauphine et actuellement en master à l'École normale supérieure en partenariat avec l'INA, Chine Thybaud, démarre une carrière de comédienne avec deux rôles avant celui-ci (dans le film "Tout nous sourit" et dans la série Netflix "Endless night"). Elle connaissait bien le sujet car le frère de sa belle-mère est en situation de handicap moteur : « Donc cette espèce de mini-malaise que tous les êtres humains ont quand ils rencontrent de la différence pour la première fois, je ne l'ai pas eu. » a-t-elle confié à RTBF. Son problème d'actrice a été au contraire de faire semblant qu'elle avait ce malaise face à ces situations de handicap au début de la série, plutôt que de ne pas avoir ce malaise.

D'autres adolescents aussi crient d'authenticité, comme Max Baissette de Malglaive (rescapé d'une leucémie, il a déjà tourné dans vingt-deux autres films ou téléfilms depuis 2008) qui joue Corto, un garçon qui a une spécificité, il est homosexuel, et lorsqu'il fait son coming out, les autres camarades s'en désintéressent, personne ne le trouve anormal pour cela. Ou encore Juliette Halloy, qui fait Charlie, la fille qui a une tumeur au cerveau. Ou encore Nolann Duriez qui joue Hugo, une scène étonnante à la piscine où il regrette à voix haute que ce qui l'ennuie le plus avec son handicap, c'est qu'il ne connaîtra jamais l'orgasme. Plus généralement, tous les adolescents sont éclatants de vérité. C'est presque un film documentaire sur la vie dans ce lycée, sauf qu'il n'y a pas les biais habituels pour ce genre de documentaire.

Le lycée Toulouse-Lautrec existe réellement à Vaucresson et c'est un lieu unique en France qui permet de scolariser des adolescents en situation de handicap pendant plusieurs années, tous suivis médicalement. Dans le dossier de presse de la série télévisée, l'actrice principale a indiqué : « Pendant tout le tournage, le lycée était en fonctionnement. La quasi-totalité des figurants sont des élèves ou d’anciens élèves. Certains personnels soignants ont également participé à la série. (…) Cette immersion dans le réel se ressent dans la série. L'établissement Toulouse-Lautrec est unique en France et montré comme il est au quotidien. ».

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Pour Allociné, Jérémie Dunand a interrogé Chine Thybayd le 15 janvier 2023. En voici quelques fragments.

De nouveaux amis : « Cet effet de bande s’est vraiment retrouvé sur le tournage. J’avais soif de cette aventure en fait et cela m’a permis de découvrir des expériences de vie que je ne connaissais pas. Donc c’est avant tout l’expérience humaine et cette cohésion de groupe qui m’ont plu. J’avais envie de faire partie de cette petite colo. ».

L'histoire elle-même : « C’est une fiction mais on est uniquement dans le vrai. Fanny parle de ce qu’elle a ressenti. Donc avoir son point de vue et ses conseils, c’était précieux. ».

Dédramatiser le handicap pour mieux l'aborder dans la société : « Ces ados vivent leur handicap et leur vie avec humour. Ça se vanne entre les cours, la différence n’est pas un tabou. Donc oui, je suis ravie qu’il y ait autant d’humour dans la série, et tant mieux si ça peut changer le regard qu’on porte sur les personnes en situation de handicap. Il n’y a pas assez de représentation à la télévision. Et ce manque de considération est également valable dans l’espace public. Dans le rue il n’y a que des marches partout, dans mon lycée public il n’y avait pas d’ascenseur. Il y a encore tellement à faire en termes d’accessibilité. ».

Au Festival de la fiction TV de La Rochelle, le jury présidé par Sandrine Bonnaire a décerné le 18 septembre 2022 le prix de la meilleure mini-série de 52 ou 90 minutes à cette série télévisée ; cela paraît amplement mérité. Le premier jour de sa diffusion sur TF1 (9 janvier 2023), la série s'est placée au premier rang en part de marché (18,7%) avec 3,7 millions de téléspectateurs. Le deuxième jour (16 janvier 2023), au deuxième rang en part de marché (16,1%) avec 3,1 millions de téléspectateurs. Les deux derniers épisodes de la première saison sont diffusés le 23 janvier 2023. Vu le succès de la série, une seconde saison sera très probablement en préparation.

Au fait, c'est quoi l'inclusivité ? Le site cuissoh.com a proposé le 9 mars 2022 une définition intéressante : « L’inclusivité, c’est le fait d’accepter, de favoriser et de défendre les personnes qui ne rentrent pas dans les cases. ». C'est le même esprit que le pape François qui fait la guerre aux étiquettes. Ne pas faire de la situation de handicap d'une personne son unique identité en fait partie. Ne pas réduire une personne à son handicap ; elle est d'abord une personne. En revanche, il ne faut pas aller trop loin (comme le fait le site cité) en promouvant inutilement l'écriture inclusive qui n'inclut aucune catégorie de personnes, mais exclut des gens comme moi qui n'ont pas le cerveau adapté pour lire ce genre d'illisibilités.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (21 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH).
Le handicap ? Parlons-en !
Les enfants en situation de handicap entrent en campagne.
L'Affaire d'Outreau (documentaire télévisé).
Lycée Toulouse-Lautrec (série télévisée).
À votre écoute, coûte que coûte !

C'est pas sérieux.
Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
Ci-gît la redevance à la papa.
La BBC fête son centenaire.
Franck Riester : France Médias ne sera absolument pas l’ORTF.
Publiphobie hésitante chez les députés (17 décembre 2008).
Pub à la télé : la révolution silencieuse (2 septembre 2008).
L’inexactitude de Nicolas Sarkozy sur l’audiovisuel public.
Les Shadoks.
Casimir et l'île aux enfants.
Ne nous enlevez pas les Miss France !
Combien valez-vous ?
Loft Story.
Abus d'autorité (1).
Abus d'autorité (2).
Maître Capello.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230116-lycee-toulouse-lautrec.html

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5 janvier 2023 4 05 /01 /janvier /2023 04:28

« Engagée pour l'égalité, la municipalité de la ville de Pantin souhaite renforcer son action avec un symbole fort : l'ajout de la lettre "e" au nom de la ville pour toute l'année 2023. "Pantine", pour renforcer son engagement en faveur de l'égalité femmes-hommes. » (Site de la Ville de Pantin).



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Lorsqu'il y a provocation en bonne et due forme, il y a toujours cette interrogation sur l'idée d'en parler ou pas. En parler, c'est tomber dans le piège de la provocation puisqu'on provoque justement pour en faire parler. Mais ne pas en parler, c'est aussi laisser les autres commenter. Alors, j'en parle. Le 3 janvier 2023, la carte de vœux du maire de Pantin, le socialiste Bertrand Kern, était cette année assez particulière : elle annonçait que la ville ne s'appellerait plus Pantin mais Pantine et cet ajout du "e" serait pour contribuer au combat pour l'égalité entre les hommes et les femmes.

En fait, la polémique a mis un certain temps à démarrer puisque l'idée du maire était déjà publiée dès le 22 décembre 2022 sur le site Internet de sa ville. Et ce n'est pas la première initiative de "déconstruction" puisqu'en avril 2022, le maire avait débaptisé la piscine Leclerc en piscine Alice Milliat, du nom de la nageuse, rameuse et hockeyeuse française.

Présentons les acteurs. Pantin est une ville de 60 000 habitants, limitrophe de Paris, au nord-est. Longtemps communiste, elle est devenue socialiste avec le maire actuel. Bertrand Kern (60 ans), conseiller municipal de Pantin depuis mars 1989, adjoint aux finances en juin 1995, a été élu et réélu maire de Pantin depuis mars 2001. Il a été en outre conseiller général du canton de Pantin-Ouest de 1998 à 2021 (à partir de 2015, conseiller départemental du canton de Pantin), et également député entre mai 1998 à juin 2002, en tant que suppléant de Claude Bartolone, nommé au gouvernement de Lionel Jospin pendant cette période, par ailleurs conseiller général de Pantin-Est et président du conseil général de Seine-Saint-Denis de 2008 à 2012 (puis Président de l'Assemblée Nationale de 2012 à 2017). Bertrand Kern a activement soutenu la candidature de Benoît Hamon en 2017. Il est un vieux routard du parti socialiste depuis environ trente-cinq ans.

L'idée saugrenue du maire (visiblement, les lubies des maires sont souvent saugrenues, on l'a vu pour les grandes villes conquises par des maires écologistes en juin 2020), c'est de croire qu'en rajoutant un "e" au nom de sa ville, la municipalité s'engagerait pour l'égalité entre hommes et femmes. Autant dire clairement que c'est du grand n'importe quoi ! C'est prendre les habitants pour des demeurés.

Qu'il me dise que c'est de la provoc à deux balles pour faire réagir, je veux bien, mais qu'il pense que les femmes seraient mieux traitées en changeant (de manière illégale) le nom de la commune pendant une année (et pourquoi pas dix ans ?), et en dépensant inutilement de l'argent en communication, etc., cela devient carrément stupide et ridicule (et coûteux pour le contribuable). C'est une escroquerie intellectuelle.

Cloé Geffroy précisait sur France Inter : « Au programme, pas de nouveaux panneaux d'entrée de ville ni de modification dans les courriers officiels, confirme à l'AFP le service communication de la ville. En réalité, un changement de la sorte demanderait d'établir un dossier auprès du ministère des Collectivités territoriales, soumis ensuite à examen par des experts de la toponymie française. Le seul changement concerne les lettres géantes formant le nom "Pantin", positionnées place de la Pointe le long du canal de l'Ourcq. Pendant un an, les passants verront bel et bien un "e" supplémentaire. ». Geoffrey Carvalhinho, élu de l'opposition à Pantin et conseiller régional LR, se disait scandalisé : « Le changement de nom de la ville de Pantin pour l'année 2023 n'a pas été voté en conseil municipal. ».

Comme je l'écrivais à propos de l'écriture inclusive dans mon article sur la féminisation des noms de métiers, cela « ne soutient en rien la cause des femmes, l’égalité des sexes (notamment salariale), la parité dans les fonctions exécutives politiques, économiques, culturelles, etc., car la grammaire n’est pas la société elle-même, le genre d’un nom n’est pas un sexe. ».

Du reste, le maire n'est pas dupe mais serait adepte des mots qui accrochent et qui "interpellent" : « Ajouter la lettre "e" au nom de la ville peut paraître anecdotique, mais ce petit "e" accroche le regard, questionne, interpelle. ». En fait, Pantine, ça ne questionne rien du tour, c'est juste du grand délire de n'importe quoi. Et Paris ? Et Marseille, déjà le "e" ? Et Lyon, Lyonne ? RIDICULE ! Lubie de maire en mal de publicité (à laquelle je viens contribuer involontairement, j'en suis bien conscient).

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Le message va quand même très loin (alors que le maire était visiblement très fier de son manifeste qu'il a rédigé lui-même) : « Et si Pantin formulait de ses vœux le "e", symbole de l’égalité des droits dans l’espace public et permettait ainsi de valoriser l’indispensable mixité dans tous ses champs d’actions municipaux. Et si Pantin devenait ce modèle de territoire qui propose cette juste égalité entre femmes et hommes, dans tous les domaines de la vie de la cité. ».

Cela devient une véritable dictature sémantique que de vouloir mener un mauvais combat alors que les femmes méritent mieux. J'espère que cette initiative ne fera pas école, ne sera pas un modèle, comme c'en est l'ambition du maire. Le genre des noms n'a rien à voir avec le sexe, je le répète ! Les mots ne sont pas sexués, ils sont ce que l'histoire les a amenés jusque-là, avec leurs évolutions sociales et surtout, leur usage.

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Sans nul doute que d'autres verront dans cette campagne de publicité aussi d'autres discriminations, je les laisserais voir. D'autres imagineront sans doute qu'il y aurait une nécessité à rappeler la parité et l'égalité hommes femmes dans une population dont la confession de certains nierait une telle égalité.

Ce qui choque, au fond, c'est que les femmes n'ont rien gagné avec une telle polémique. Elles seraient mieux respectées à Pantin si... leur maire cédait son siège à une femme. C'est le minimum qu'il n'appliquera pas parce qu'on affiche qu'on aime les femmes, mais pas jusqu'au point de les amener au sommet à son propre détriment. La nomination de la Première Ministre Élisabeth Borne à Matignon et l'élection de Yaël Braun-Pivet au perchoir sont à cet égard bien plus efficaces pour rappeler que les femmes pouvaient être des ...hommes de pouvoir !


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (03 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


(Toutes les illustrations sont issues du site officiel de la Ville de Pantin).


Pour aller plus loin :
Bertrand Kern.
Pantine : la provocation à la sauce wokiste.

Ils sont tombés par terre, c’est la faute à Colbert !
Mort d’Adama Traoré : le communautarisme identitaire est un racisme.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
La sécurité des personnes.
8 milliards de Terriens, et moi, et moi, et moi...
Lola, les meurtriers et les récupérateurs.
Violences conjugales et ogre politique.
La vérité nous rendra libres.
La protection des mineurs dans l’Église.
Protection des mineurs : pas d’imprescriptibilité pour la pédocriminalité.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Femmes, je vous aime !
Les femmes iraniennes et la mollahrchie.
Le burkini définitivement rejeté à Grenoble.
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
Simone Veil, l’avortement, hier et aujourd’hui…
Ne nous enlevez pas les Miss France !
PMA : la levée de l’anonymat du donneur.
La PMA en France depuis le 29 septembre 2021.
Les embryons humains protestent !
Coupable ou victime ?
Les violences conjugales aux USA ?
Dégenrer les Lego.
Genrer la part du Lyon ?
L’écriture inclusive.
L’Académie française et la féminisation des noms de métiers et de fonctions.
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230103-pantine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/pantine-la-provocation-a-la-sauce-245829

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12 décembre 2022 1 12 /12 /décembre /2022 04:03

« Pour moi, je n’ai connu que le sport d’équipe au temps de ma jeunesse, cette sensation puissante d’espoir et de solidarité qui accompagnent les longues journées d’entraînement jusqu’au jour du match victorieux ou perdu. Vraiment, le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités. » (Albert Camus).



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Elle est belle, la noble position, la main sur le cœur, de refus de regarder les matchs de la coupe du monde de football au Qatar pour de nombreuses raisons éthiques très justifiées (beaucoup de maires, dont Anne Hidalgo, la maire de Paris, ont refusé de retransmettre les matchs sur écran géant dans leur commune). Et puis, on apprend que le match de quart de finale France vs Angleterre de ce samedi 10 décembre 2022 retransmis en direct sur TF1 (qui a l'exclusivité des matchs) a été regardé en France par ...17,7 millions de téléspectateurs, c'est-à-dire en gros plus d'un quart de la population française, bébés compris !

Les plus de 6 750 ouvriers qui ont péri dans les chantiers en dix ans, oubliés ! Les conditions de travail à 50°C voire 60°C, oubliées ! La législation qui punit l'homosexualité, oubliée ! Les délirantes conditions environnementales des stades climatisés, des supporters embarqués en avion tous les matins et tous les soirs, oubliées ! Et même l'interdiction de la consommation d'alcool pour les supporters sur place, oubliée, on a compris qu'on pouvait faire la fête sans forcément se prendre une cuite !

Oubliées aussi, les quatre personnes arrêtées pourtant récemment, ce vendredi 9 décembre 2022, soupçonnées de corruption en faveur du Qatar, dont une vice-présidente du Parlement Européen, toutes les quatre placées en détention provisoire le dimanche !

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C'est sûr, les conditions des droits de l'homme, les libertés, les valeurs démocratiques, de l'intégrité financière ont été souvent passées à l'as lorsqu'il s'agissait de négocier un contrat commercial, un accord économique, ou même, une combine diplomatique, etc. avec des pays pas franchement démocratiques, comme la Chine (entre autres). C'est habituel : business as usual. C'est d'ailleurs pour cela que beaucoup de proches de Vladimir Poutine n'ont pas compris les sanctions économiques contre la Russie depuis que celle-ci a tenté d'envahir l'Ukraine, parce qu'ils pensaient que le cynisme l'emporterait sur les valeurs et la bonne conscience (parfois, c'est donc faux, les valeurs l'emportent).

Le sport, qui est un secteur économique comme un autre, ne déroge pas au cynisme habituel. La victoire de l'équipe de France en quart de finale renoue une fois encore avec la légende et toutes les considérations philosophiques sont balayées devant cette évidence : le soutien aux Bleus. Du reste, la demi-finale entre la France et le Maroc le 14 décembre prochain risque même d'être un point crucial de cette coupe, le Maroc étant la dernière équipe "arabe" et sa victoire (ce serait la première) à la coupe du monde pourrait bien justifier qu'elle fût organisée par le Qatar. A posteriori.

Maintenant, les considérations éthiques sont bien faibles face aux enjeux d'une victoire de l'équipe de France. Ces enjeux sont d'abord sportifs, des athlètes super-entraînés qui souhaitent enrichir leur carrière par une jolie victoire, mais aussi des enjeux politiques, comme en 2018, comme en 1998 : la victoire des Bleus rejaillira sur le moral des Français d'une manière ou d'une autre. Et toujours cette idée, comme je l'avais développée avec la remise de deux Prix Nobel à Stockholm le même jour (10 décembre 2022) à deux Français, Annie Ernaux (Littérature) et Alain Aspect (Physique), qui prouve que nous sommes, nous, les Français, malgré tous les défaitismes, une nation capable encore d'excellence, d'être parmi les premières. D'ailleurs, même avec un échec aux demi-finales et finales, atteindre une demi-finale est déjà un exploit.

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Reste à savoir ce que fera le gouvernement. Le Président de la République Emmanuel Macron, la Ministre des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques Amélie Oudéa-Castéra, peut-être la Première Ministre Élisabeth Borne, peut-être d'autres ministres passionnés, vont avoir envie d'assister aux deux derniers matchs de l'équipe de France le 14 et 18 décembre 2022. Les belles âmes le leur reprocheront forcément et s'ils n'y allaient pas, on leur reprocherait tout autant de ne pas soutenir la France et de se moquer de ses succès et de ses talents.

Ce qui est troublant, c'est cette capacité qu'on a de s'indigner et puis, de tourner radicalement la page et de s'en moquer complètement. Au moins, le gouvernement est cohérent. Le 15 novembre 2022, Amélie Oudéa-Castéra avait répondu à une question au gouvernement en affirmant : « Le Mondial de foot démarre dimanche, et nos joueurs, avec lesquels j’étais hier soir, se préparent de longue date pour le réussir. La France, pas plus qu’aucun de ses partenaires, ne boycottera cette coupe du monde. J’irai, en effet, soutenir l’équipe de France si elle avance dans la compétition. C’est mon rôle de ministre des sports. ».

Peut-être que l'indignation est une résultante du défaitisme : on s'indigne, faute se savoir gagner. Mais lorsqu'on gagne, alors, c'est tout autre chose, plus rien d'autre ne compte !...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (11 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Qatar 2022 : vive la France, vive le football (et le reste, tant pis) !
Après la COP27, la coupe au Qatar : le double scandale...
Vincent Lindon contre la coupe au Qatar.
Neil Armstrong.
Pas de burkini dans les piscines à Grenoble.
Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
Roland Garros.
Novak Djokovic.
Novax Djocovid.
Jean-Pierre Adams.
Bernard Tapie.
Kylian Mbappé.
Pierre Mazeaud.
Usain Bolt.

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8 décembre 2022 4 08 /12 /décembre /2022 15:03

« Dans une situation où les tensions s'exaspèrent, le cynisme et les calculs politiciens décrédibilisent la parole politique et la puissance publique. Quand l'État devient à ce point incohérent, la société se morcelle et le débat tourne à la confusion. » (Jean-Pierre Le Goff, le 24 octobre 2013, "Le Monde").


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Dans la fureur de l'actualité, certains événements prennent le dessus sur d'autres, agitant le bocal médiatique et politique pendant quelques jours, puis, la tension baisse et le sujet tombe dans les oubliettes de l'histoire. Pourtant, souvent, il y a des suites. C'est le cas de l'adolescente Leonarda. Enfin, ancienne adolescente. Elle avait 15 ans en octobre 2013. Elle a maintenant 24 ans.

L'émission "Affaires sensibles", diffusée sur France 2 ce mercredi 7 décembre 2022 (et présentée par Fabrice Drouelle), a passé un documentaire intitulé "Leonarda, l’adolescente qui a défié le Président". Sa réalisatrice Marine Haah a rencontré longuement Leonarda qui vit désormais en Croatie.

Rappelons très succinctement les faits et la polémique. Leonarda fait partie d'une famille de six enfants, arrivée en France quatre ans auparavant. On a refusé à ses parents le 19 juin 2013 un titre de séjour en France. Sous le coup d'une mesure d'expulsion, la famille est assignée à résidence depuis le 22 août 2013 dans le Doubs. Elle habite à Levier. Le père a déjà été expulsé auparavant, au Kosovo, le 21 août 2013, après un séjour au centre de rétention administrative de Geispolsheim, dans le Bas-Rhin.

Le mercredi 9 octobre 2013, la police a interpellé tôt le matin la famille dans sa résidence. Mais il manquait un enfant, Leonarda, élève du collège André-Malraux de Pontarlier, qui était partie tôt en car scolaire pour une sortie scolaire à Sochaux. Le car s'est finalement arrêté dans un collège à proximité et Leonarda a été récupérée par la police, venue après le car sur place, discrètement, à l'abri de la vue de ses camarades. Tout s'est fait sans violence, mais son interpellation a traumatisé l'adolescente (qui en cauchemarde encore aujourd'hui) car elle s'était demandé ce qu'elle avait fait de mal.

La famille réunie fut alors conduite à Lyon où un avion les attendait en fin de matinée pour le Kosovo. Une expulsion qui a été menée sans violence malgré la présence d'un comité de soutien à la famille. Considérée comme sensible car il y avait des enfants, cette expulsion a été décidée et supervisée par le préfet du Doubs avec son secrétaire général.

Le premier problème a été que la famille ne provenait pas du Kosovo sauf le père qui y est né et qui a évoqué cette origine seulement pour obtenir plus facilement l'asile en France, après avoir demandé l'asile en Italie : « J'ai brûlé mon permis de séjour en Italie et celui de ma femme. J'avais demandé la nationalité italienne pour mes enfants, mais on m'a répondu qu'il fallait attendre qu'ils aient 18 ans. ». Leonarda, comme sa mère et ses frères et sœurs, sont nés en Italie et n'ont jamais connu le Kosovo !

Comme souvent dans le cas d'enfants scolarisés expulsés, les enseignants ont protesté, ont fait des lettres ouvertes, des pétitions. En effet, les enseignants qui ont eu Leonarda comme élève ont tenté de l'insérer au mieux, de l'aider au mieux et tout ce travail (long et délicat) a été réduit à néant par son inutilité en raison de son expulsion (elle vivait en France depuis quatre ans).

Ce fut le 14 octobre 2013 que la polémique s'est développée, à l'occasion d'un article sur un blog de Mediapart. Très vite, la situation s'est enflammée, chez les lycéens et les étudiants, scandalisés par l'interpellation dans un cadre scolaire, supposé devant les camarades de classe (ce qui n'était pas exact). Le 17 octobre 2013, à l'appel du syndicat lycéen FIDL, vingt-quatre lycées étaient bloqués, le 18 octobre 2013, une cinquantaine de lycées étaient bloqués. Le Ministre de l'Intérieur Manuel Valls était mis en cause, alors qu'il était en déplacement pour un voyage long aux Antilles qu'il a dû raccourcir pour revenir en catastrophe le 18 octobre 2013 et y lire le rapport de l'inspection générale de l'administration sur les conditions d'éloignement de Leonarda.

Ce rapport, instruit et rédigé en deux jours, a conclu que tout avait été fait selon la réglementation en vigueur et qu'aucune contrainte physique n'a eu lieu, mais que les forces de l'ordre ont manqué de discernement en opérant en temps scolaire et a recommandé de « proscrire plus explicitement toute intervention dans les espaces et le temps scolaires et périscolaires ». Il a rappelé aussi que le séjour a été refusé par les autorités françaises par le manque de bonne volonté d'intégration de la famille, en particulier du père mais aussi de Leonarda, qui ont posé plusieurs soucis aux autorités italiennes, puisqu'ils venaient d'Italie. En particulier, le père refusait la scolarisation de ses enfants en bas âge afin de les amener mendier dans les rues. De plus, il aurait été violent sur deux de ses enfants, dont Leonarda (qui aurait démenti ce fait).

La polémique a enflé sur le plan politique. Une certaine gauche était indignée et considérait que la politique de François Hollande était similaire à celle de Nicolas Sarkozy sur l'immigration (ce qui était en partie vraie). Parfois, les réactions ont été très violentes et complètement disproportionnées, au point d'insulter les victimes de la Shoah. Ainsi, la sénatrice écologiste Esther Benbassa a manqué de se taire en balançant : « Moi qui pensais que la France n'avait pas perdu la mémoire de sa sombre histoire, j'étais loin d'imaginer qu'en 2013, en tant que parlementaire, élue du peuple, je serais témoin d'une rafle. » (17 octobre 2013).

Mais c'était aussi sur fond de profondes divisions politiques au sein même du gouvernement, avec un Ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, qui prônait la fermeté et qui voulait Matignon, face à Premier Ministre Jean-Marc Ayrault sans colonne vertébrale et un Ministre de l'Éducation nationale Vincent Peillon électron libre, qui, tous les deux, se révoltaient d'une expulsion en milieu scolaire (notez bien que pour eux, c'étaient les conditions de l'interpellation qui étaient en cause et pas la nature même de l'expulsion).

Tout a pris des proportions démesurées. Manuel Valls n'était bien sûr pas au courant de l'expulsion de Leonarda, c'était de la responsabilité du préfet du Doubs. Même s'il voulait se montrer ferme, aucun des ministres n'était impliqué dans cette affaire mais chacun voulait y montrait ses convictions. Le plus troublant, évidemment, a été le comportement du Président de la République François Hollande. Lui n'a jamais été à l'aise avec les problèmes de société, et j'aurais tendance à dire qu'il est "sans morale", c'est-à-dire, "amoral", pas "immoral", en clair, qu'il n'a jamais senti ce qui était de l'ordre moral ou pas (il est toujours resté sur un registre très politique pour ne pas dire politicien : que disent les sondages ? qu'en pensent mes amis ? etc.). On l'observa également plus tard, avec la déchéance de la nationalité.

Or, voici que François Hollande a convoqué Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls et Vincent Peillon, trois parmi les plus influents ministres du gouvernement, à son bureau de l'Élysée le samedi 19 octobre 2013, pour une affaire de sous-préfet ! À l'évidence, malgré un an et demi d'ancienneté, François Hollande ne s'était encore pas coulé dans ses fonctions de Président de la République. Il fallait une réaction du gouvernement, et refusant de laisser l'un ou l'autre ministre s'exprimer sur le sujet, afin de ne pas trancher, de ne pas donner raison à l'un ni désavouer l'autre, il a décidé de communiquer lui-même, et dans la forme la plus stupide et la plus inappropriée, une allocution télévisée en direct le samedi en milieu de journée.

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Dans son allocution, à la surprise de tous, il a proposé à Leonarda de l'accueillir en France... mais seule, sans sa famille ! Ses mots exacts : « Si elle le demande, un accueil lui sera réservé, et à elle seule. ». Parallèlement, une équipe de BFMTV était sur place, à Mitrovica, au Kosovo, qui a filmé Leonarda et la famille en train d'écouter l'allocution de François Hollande. La réaction de Leonarda, en direct, a été de refuser la proposition, considérant (avec raison) qu'elle ne pouvait pas revenir en France seule, à 15 ans, sans sa famille, ni ses frères et sœurs à scolariser. Et en ajoutant qu'il n'avait pas de cœur et qu'elle n'était pas un chien !

François Hollande s'est pris ainsi un râteau en direct et cette affaire a plombé, jusqu'à la fin, son quinquennat, mettant en lumière son indécision, son incompétence, son manque d'autorité, et surtout, son "amoralisme". Non seulement l'ancien Président a été la risée de tout le monde en France, mais aussi des médias étrangers, à l'instar de la Deutsche Welle qui dénonçait le 22 octobre 2013 cette « décision qui choque tout le monde et ne satisfait personne ».

Il faut noter que ce qui a été principalement reproché à François Hollande fut sa communication présidentielle désastreuse, se faire répondre par une adolescente expulsée pour sa situation irrégulière (dont elle n'était bien sûr pas responsable, à cause de ses parents) ; cela valait largement la tirade "casse-toi-pauvr-con" tant moquée de son prédécesseur adressée à un agriculteur hostile au Salon de l'Agriculture.

À part quelques bonnes âmes, on a moins critiqué ce qui était l'absolue scandale moral de vouloir accueillir une adolescente de 15 ans sans sa famille ! Rappelons que les forces de l'ordre qui étaient chargées d'interpeller et d'expulser la famille avaient pour consigne de le faire la famille unie et l'absence de Leonarda au domicile faisait que l'opération risquait d'être remise à un autre jour pour ne pas séparer l'un des enfants à la famille. François Hollande, allègrement, violait ce principe élémentaire de ne pas séparer la famille. Pourtant, il est le père de quatre enfants, il n'a pas dû s'en occuper beaucoup pour sortir une telle ineptie. Je n'ai d'ailleurs jamais entendu la réaction de Ségolène Royal.

Et c'était aussi un scandale juridique, alors que le Président de la République est le magistrat suprême et le garant de notre État de droit, puisque l'article 9 de la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France, précise : « Les États parties veillent à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré. ».

Parmi les critiques les plus dures, on peut retenir celle du sociologue Jean-Pierre Le Goff, publiée le 24 octobre 2013 dans "Le Monde" : « Ce qu'on appelle l'affaire Leonarda a fait apparaître une nouvelle fois l'opposition qui existe depuis longtemps entre une gauche politique et sociale et un gauchisme sociétal qui s'est approprié le magistère de la morale. Ce dernier accentue la coupure de la gauche avec les couches populaires et mine sa crédibilité. En refusant de rompre clairement avec ce courant, la gauche au pouvoir récolte les fruits amers de ce qu'elle a semé. Des représentants du gauchisme sociétal appellent les lycéens à reprendre la lutte, multiplient les leçons de morale envers le gouvernement et un peuple considéré comme des "beaufs" fascisants. Par un paradoxe historique et la grâce électorale du parti socialiste, certains, toujours prompts à jouer la société contre l'État, à considérer l'idée de nation comme xénophobe et ringarde, se retrouvent ministres et représentants de la nation. De nouveaux moralistes au pouvoir entendent éradiquer les mauvaises pensées et comportements en changeant les mentalités par la loi. Ils sont relayés par des militants et des associations qui pratiquent la délation, le lynchage médiatique et multiplient les plaintes en justice. La France vit dans un climat délétère où l'on n'en finit pas de remettre en scène les schémas du passé : "lutter contre le fascisme" toujours renaissant, "faire payer les riches" en se présentant comme les porte-parole attitrés des pauvres, des exclus et des opprimés de tous les pays du monde, en développant un chantage sentimental et victimaire contre la raison. ».

Et que devient aujourd'hui cette ancienne adolescente ? Leonarda ne parle plus le français par manque de pratique. Elle vit de petits boulots dans l'hôtellerie et habite en Croatie, mariée depuis cinq ans avec un Croate. Elle regrette de ne pas avoir continué ses études en France alors qu'elle aurait voulu être avocate (après son expulsion, elle n'a plus suivi d'études). Elle a montré à Marine Haag son passeport croate et ne désespère pas retourner en France.

Elle en aura bientôt la possibilité légale puisque les ministres de l'intérieur de l'Union Européenne ont effectivement donné ce jeudi 8 décembre 2022 leur quitus pour autoriser la Croatie, membre de l'Union Européenne depuis le 1er juillet 2013, à entrer le 1er janvier 2023 dans l'Espace de Schengen (ce qui n'a pas été le cas pour la Bulgarie et la Roumanie à cause du veto autrichien). Cela signifiera que la désormais Croate Leonarda pourra se déplacer comme elle le voudra en Europe, en particulier en France où elle ne sera plus en situation irrégulière. La Croatie, par ailleurs, entrera dans la zone euro ce même 1er janvier 2023.

Quant à François Hollande, il n'a plus jamais voulu reparler de cette triste affaire, même avec ses plus proches amis, et celle-ci a pris une part non négligeable dans sa réflexion lorsqu'il a décidé de ne pas solliciter le renouvellement de son mandat.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (08 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Leonarda, expulsée sous François Hollande, va retourner en France !
L'Ocean Viking et la défense de la patrie.
Les turbulences du droit de vote des étrangers.
François Hollande : si j’étais Président…
Jusqu'où descendra-t-il ?
Leonarda : la lepénisation de François Hollande.
Rapport du 18 octobre 2013 sur l'expulsion de Leonarda (à télécharger).
La dignité humaine n’est pas une variable d’ajustement.
Le Kosovo a bon dos.
Le jugement de Salomon.
Message de Benoît XVI pour la journée mondiale des migrants et des réfugiés (12 octobre 2012).
Koztoujours sur Leonarda (18 octobre 2013).
Dominique Quinio sur Leonarda ("La Croix" du 16 octobre 2013).
Le candidat François Hollande et les "Roms" (27 mars 2012).
Les valeurs de la République à Grenoble (30 juillet 2010).
Hollande et Sarkozy, même combat (23 avril 2012).
Le syndrome bleu marine.
Lampedusa (3 octobre 2013).
La gauche dans le piège (Gérard Grunberg le 22 octobre 2013).

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221207-leonarda.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/leonarda-expulsee-sous-francois-245402

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16 novembre 2022 3 16 /11 /novembre /2022 04:00

« Un être humain s'habitue à tout, surtout s'il a cessé d'être humain. » (José Saramago, "L'Aveuglement", 1995).




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Je reviens sur le sauvetage de 234 réfugiés par l'Ocean Viking qui a été autorisé par la France à accoster au port militaire de Toulon le 11 novembre 2022. Il faut d'abord savoir que ces 234 migrants n'ont pas été tous accueillis par la France puisqu'une grande partie d'entre eux vont être accueillis par dix autres pays européens. Mais même si cela n'avait pas été le cas, comment l'accueil de 234 personnes pourraient déstabiliser un grand pays de près de 68 millions d'habitants comme la France ?

On parle alors d'un "signal" qui encouragerait les candidats à l'immigration à venir en France sous prétexte que la France, dans son esprit humaniste, a voulu sauver la vie de 234 personnes. Il faut arrêter avec cet argument qui n'est qu'un alibi à la xénophobie, à l'égoïsme et à l'indifférence mortifère, et qui est un point de vue strictement égocentré. Les vrais signaux, si les supposés bien informés candidats migrants devaient les connaître, ceux qui font le plus de bruits, ce devraient être plutôt les sondages, ce devraient être les sentiments nombreux, exprimés jusque dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale, ce devraient être les fortes audiences électorales et médiatiques de l'extrême droite et de ses supplétifs intellectuels ou électoraux qui devraient décourager depuis quarante ans ces personnes de traverser la mer au péril de leur vie. Mais cela ne se passe pas comme ça. Il y en a toujours qui tentent et retentent leur chance.

Prenons un autre exemple. Au Pas-de-Calais, une scène quasi-quotidienne pour la traversée de la Manche (notez bien que dans ce cas-là, ces migrants veulent fuir la France pour rejoindre l'Angleterre) : un pêcheur français
(Olivier Folcke, je crois) a ainsi sauvé le dimanche 13 novembre 2022 trois réfugiés de la noyade et de l'hypothermie qui avaient été jetés dans la mer parce qu'il n'y avait plus de place sur un bateau pour la traversée : « Ils ont pris trois migrants et ils les ont jetés à l'eau. Alors je suis arrivé assez vite sur eux. Ils étaient en train limite de se noyer. ». Les courants marins ainsi que la température auraient eu raison de ces candidats à la traversée, même s'ils étaient très bon nageurs. Rien que du 11 au 13 novembre 2022, 142 migrants ont été sauvés d'une mort certaine des eaux de la Manche. Les côtes britanniques sont à une trentaine de kilomètres. De nombreux candidats veulent traverser dans des embarcations de fortune malgré le grand danger en raison du trafic maritime, plus de 400 navires de commerce y circulent chaque jour.

Du reste, face à ces 40 000 personnes (selon la BBC) qui tentent chaque année de traverser la Manche au péril de leur vie, les Ministres de l'Intérieur français et britannique, Gérald Darmanin et Suella Braverman ont signé un nouvel accord ce lundi 14 novembre 2022 pour empêcher ces traversées illégales, principalement engager plus de moyens du côté de la France avec une plus grande aide budgétaire britannique.

Dans le reportage sur BFMTV, le pêcheur ne se sentait pas un héros. Pas d'exploit pour lui, mais peut-être quand même un sentiment de devoir accompli, presque une joie d'avoir sauvé des êtres humains, et, implicitement, une colère contre les passeurs, contre ceux qui savent très bien que les traversées sont périlleuses, et qui, pour certains, criminels, jettent délibérément des personnes à la mer. Les trois candidats à l'immigration sur les côtes britanniques ont été pris en charge par les secours sur la côte près de Calais, ils ont été réchauffés, soignés. Un journaliste a interrogé l'un d'eux qui revenait donc de loin, il était promis à une mort assurée et il en est revenu grâce au pêcheur. Malgré cela, dans un anglais approximatif, le migrant a réussi à faire comprendre au journaliste qu'il recommencerait à la prochaine occasion, que ce risque de mort, ce danger de mort n'était pas une raison pour ne pas retenter sa chance, pour ne pas retenter une nouvelle vie.

Dans le livre déjà cité la semaine dernière visant à soutenir SOS Méditerranée, Éric Fottorino parle d'une femme venue le voir qui avait rencontré un "ancien" migrant : « La mer représentait pour lui un danger mortel en même temps qu'un sésame d'espérance. (…) Il s'était dit que cette mer avait tous les pouvoirs. Qu'elle était capable d'effacer toute sa vie passée, ou d'effacer toute sa vie future. Il n'a rien ajouté, et tant d'années après ce périple dont il garde en lui les traces douloureuses, elle sait les risques insensés qu'un réfugié a dû affronter pour être là. ». Il parle aussi de la mort de trois Algériens sur la ligne de chemin de fer pour Saint-Jean-de-Luz : « J'avais entendu parler de ces trois victimes endormies près d'une voie ferrée, qu'un TER avait percutées dans leur sommeil. Un phénomène devenu fréquent que ces migrants qui suivent les rails à pied pour déjouer les contrôles de police sans cesse renforcés. Plus les conditions d'entrée sur notre territoire sont durcies, plus ils empruntent des voies dangereuses au péril de leur vie. ».

La romancière Marie Darrieussecq, quant à elle, propose la devise éloquente d'un réfugié irakien : « Notre passé est tragique, notre présent est insupportable, heureusement, nous n'avons pas d'avenir. ». Mer ou désert, les dangers sont bel et bien pris en compte dans la balance. L'écrivaine est allée au Niger en 2014 : « Le désert est un obstacle massif, mais tous ceux qui ont bien voulu m'en parler m'ont dit l'avoir moins craint que la mer. Pourtant, ils me racontaient aussi que quand un camion tombe en panne, les passeurs trouvent souvent moins cher d'abandonner la cargaison humaine que d'aller chercher des secours. Un humain mort occasionne moins de frais qu'un humain vivant. Les cigarettes sont moins pénibles à transporter, et la cocaïne est plus rentable. (…) Niamey était (…) le point de non-retour des "refoulés". En 2014, c'est là que la Libye et l'Algérie déportaient les "illégaux", suite à la politique européenne de blocage des frontières de Frontex. (…) Ceux qui s'appelaient eux-mêmes "les échoués" n'avaient rien. (…) Piégés dans la nasse du Niger, ils n'avaient pas les [50 euros] pour rentrer chez eux par les lignes de bus (…). Certains (…) n'avaient plus aucune existence légale nulle part sur la planète, faute d'état-civil pour se prouver d'un pays. ».

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Il est là, le nœud du problème : les candidats aux traversées maritimes savent très bien qu'ils risquent leur vie, ils l'ont intégré dans leur acte presque fou d'avoir une nouvelle vie. Leur vie actuelle est tellement misérable (pour différentes raisons, les deux principales : économique, pays pauvre, ou politique, pays en guerre ou répression) que leur détermination est quasi-suicidaire, puisque le spectacle désolant, scandaleux, des morts dans les mers ne suffit pas et ne suffiront jamais à les dissuader. Aut Caesar aut nihil, en version revisitée.

De plus, ces candidats à l'asile sont loin d'être au courant des déclarations des gouvernements, des lois, des décrets de chaque pays européen, ils n'ont pas forcément (certains oui, mais pas tous) l'instruction nécessaire pour connaître précisément la situation juridique dans nos différents pays. Ils ont juste l'idée vague, extraordinaire, idéaliste que l'Europe est un eldorado, les États-Unis aussi mais c'est beaucoup trop loin pour eux, le principal eldorado est d'ailleurs la Grande-Bretagne, pas la France, et l'Allemagne aussi passe avant la France. Après tout, combien de générations de militants communistes sincères en France ont cru que l'URSS était un eldorado ? Un paradis sur Terre ? Cette vision fantasmée de nos pays, personne ne leur ôtera, pas même en laissant dans la mer d'autres naufragés promis à la mort certaine. D'ailleurs, la politique anti-immigrationniste de Boris Johnson entre 2019 et 2022 n'a pas dissuadé les candidats à la traversée de la Manche qui sont chaque année de plus en plus nombreux. Où sont les signaux ? Quels signaux ?!

Donc, tous les discours visant à dire : il ne faut pas donner de signal de l'accueil généralisé des migrants, ce sont discours démagogiques qui sont destinés simplement à récupérer un électorat troublé, inquiet, angoissé. Ce sont des discours dégueulasses car ils nient l'humanité de ces migrants naufragés, ils nient leur propre caractère humain, qui ne seraient plus que des choses au service d'une récupération politique.

Or, tous ces patriotes, je le répète encore aujourd'hui, qui assurent la main sur le cœur leur amour de la France, voire de l'Europe (comprendre : la civilisation européenne chrétienne, pas les zorribles zeurocrates de Bruxelles), au prix de laisser mourir tous les autres habitants de la Terre tentant péniblement d'aborder nos rives, ces patriotes de pacotille devraient se rappeler que notre belle France, notre belle patrie, elle n'est pas seulement un territoire, elle est aussi des valeurs, et nos valeurs nous commandent de ne pas réfléchir, quand il y a des êtres humains en danger de mort, il faut venir les sauver si on en est capable. Sinon, on est délibérément des meurtriers, et cela fait partie de nos valeurs de la France éternelle sans lesquelles la France ne serait jamais la France, même fantasmée, cette fois-ci, par ces nationalistes d'opérette.

Au-delà des idéologies et des postures politiciennes, le patriotisme, ce n'est pas seulement la défense de notre territoire, qui, aujourd'hui, n'est envahi par personne, personne ! C'est aussi la défense de nos valeurs, qui, elles, sont envahies matin midi et soir par cette idéologie paranoïaque qui place stupidement chaque personne étrangère au centre de tous nos malheurs.

Mais avant les opinions, il y a d'abord la loi. Dans le livre déjà cité, la romancière Maylis de Kerangal (née justement à Toulon), rappelle opportunément que depuis 2004, le droit maritime impose aux navires qui ont secouru des migrants de les débarquer "en lieu sûr". Et la définition de l'ONU est très précise : « Un lieu sûr est un emplacement où les opérations de sauvetage sont censées prendre fin. C'est aussi un endroit où la vie des survivants n'est plus menacée, et où l'on peut subvenir à leurs besoins fondamentaux (tel que des vivres, un abri et des soins médicaux). De plus, c'est un endroit à partir duquel peut s'organiser le transports des survivants vers leur prochaine destination ou leur destination finale. ».

Et l'écrivaine de commenter : « Une définition qui met à mal les politiques migratoires des États européens : au-delà du repas chaud et de la couverture, au-delà de la visite médicale et de la prise en charges des traumas physiques ou psychologiques, elle rappelle alors que le "lieu sûr" est d'abord un lieu où la vie n'est plus menacée, et localise un point d'où l'on pourra repartir, continuer. Où quelque chose est censé se poursuivre. (…) Le port sûr serait donc la fin de la peur. La peur d'être battu, dépouillé, violé, enfermé, torturé, la peur d'être arrêté, contrôlé, et renvoyé au point de départ. Il signerait la fin de l'affolement, du qui-vive, les muscles qui se rétractent sous la peau et la respiration qui se dérègle, la disparition du sommeil, et de cette sensation d'être pris de vitesse, le cerveau subitement court-circuité par la panique. ».

Enfin, je termine sur un retour aux sources bretonnes du sauvetage en mer. L'humoriste François Morel a retrouvé une excellente chanson du poète et marin breton Yves-Marie Le Guilvinec qui est né à Trigavou entre Dinan et Dinard et qui a péri en mer à l'âge de 30 ans en 1900 (son père, également pêcheur, avait aussi péri en mer). Ce Breton serait d'ailleurs inexistant selon certains, sa page Wikipédia a été supprimée le 28 septembre 2017 car considérée comme un canular. Pourtant, François Morel a découvert par hasard dans un vide-grenier de Saint-Lunaire, en Ille-et-Vilaine, de vieilles revues dont "La Cancalaise" de 1894 où était reproduit le texte de douze chansons, originales et singulières, d'Yves-Marie Le Guilvinec que le chroniqueur de France Inter a ressuscitées et revisitées dans un spectacle.

Parmi les chansons redécouvertes, le fromager des Deschiens a ressorti "Quand un homme" qui commence ainsi :

« Quand un homme tombe à la mer
Si tu es marin
Si tu es humain
Comme à un frangin
Tu lui tends la main
Tu le ramènes sur la terre

Celui qui est tombé dans la mer
Quand un homme va se noyer
Si tu es marin
Simplement humain
Il faut s'employer à le repêcher
Pas le moment de discuter

Quand un homme va se noyer
Faut pas lui demander
S'il a des papiers »
.

Et elle se termine ainsi :

« Et honte sur toi
S'il te vient l'idée
De les laisser crever »
.
(Le pronom "les" reprend "les gars" à sauver "de leur enfer").

Et François Morel de constater brièvement : « Quand on la chantait autour des années 1890-1895, la chanson ne faisait aucunement polémique. Elle rappelait simplement le code de bonne conduite des marins qui avaient à cœur de ne pas laisser mourir des naufragés. Aujourd'hui, les défenseurs du "C'était mieux avant" accuseraient ces sauveteurs d'être des complices de la gauche immigrationniste, de la mafia des bien-pensants... ». Histoire de dire que vouloir sauver des personnes à la mer, c'est juste faire preuve ...d'un peu d'humanité.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (14 novembre 2022)
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Pour aller plus loin :
L'Ocean Viking et la défense de la patrie.
Mehran Karimi Nasseri.
Le drame de l'Ocean Viking : bravo à la France et à Emmanuel Macron !
Incident à l'Assemblée : la sanction disciplinaire la plus lourde de la Ve République !
Incident raciste : 89 nuances de haine à la veille du congrès du RN ?

Les turbulences du droit de vote des étrangers.
Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
La misère du monde.
Éric Zemmour et l’obsession de l’immigration.
François Bayrou et la préservation du modèle sociale français.
Migration : la faute aux secours ? (blog de Koz du 18 juin 2018).
Documentation sur les sauvetages de migrants dans la mer Méditerranée depuis 2014.
Une collusion tacite des secours humanitaires avec les passeurs criminels ?
Le radeau Aquarius.
Aymen Latrous.
L’affaire Leonarda.
Mamoudou Gassama.
Donner sa vie.
L’esprit républicain.
Ce qu’est le patriotisme.
L'horreur en pleine mer : rien n'a changé.
Une politique d’immigration ratée.

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11 novembre 2022 5 11 /11 /novembre /2022 18:37

« Le métier d'être humain est certes ardu, mais la responsabilité nous enjoint collectivement au sérieux précisément parce que c'est notre propre humanité qui est en question. » (Abd Al Malik, le 4 novembre 2022).



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Le bateau Ocean Viking est un navire de sauvetage en mer des rescapés de la traversée de la Méditerranée à l'initiative de l'association SOS Méditerranée. On a pu observer à quel point cette question est sensible puisque cela a valu une polémique et une sanction lourde à l'Assemblée Nationale, dans un clivage entre l'extrême droite et le reste de la classe politique, y compris le groupe LR.

À son bord, l'Ocean Viking a secouru 234 rescapés d'un naufrage et depuis une vingtaine de jours, il cherchait en urgence à accoster à un port. L'Italie, dirigée désormais par la Première Ministre d'extrême droite Giorgia Meloni (j'insiste sur le qualificatif de l'extrême droite puisque, malgré ce qu'elle revendique, il y a les actes, ou les non-actes qui font foi), a refusé d'accueillir ce navire sur les côtes siciliennes (tandis que l'Italie a déjà accueilli 90 000 réfugiés).

Ce vendredi 11 novembre 2022 dans la matinée, au port militaire de Toulon, la France a accueilli finalement l'Ocean Viking dans un contexte d'urgence humanitaire, et les 234 réfugiés vont être répartis dans onze pays européens, en particulier l'Allemagne, la Roumanie, le Portugal, la Croatie, la Bulgarie, l'Irlande, la Lituanie, la Finlande et la Norvège (mais pas l'Italie avec qui la France est désormais en froid diplomatique).

La décision a été prise la veille, et le Ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a déclaré le 10 novembre 2022 : « J'ai bien précisé, à la demande du Président de la République, que c'est à titre exceptionnel que nous accueillons ce bateau, au vu des quinze jours d'attente en mer que les autorités italiennes ont fait subir aux passagers. ». En outre, au journal de 20 heures de TF1 le 10 novembre 2022, il a tenu à ajouter : « Les personnes ne relevant pas du droit au séjour et de l'asile sur notre territoire feront l'objet de procédure d'éloignement sans délais. ».

La France a, en outre, évacué de l'Ocean Viking et secouru en Corse, dès le 10 novembre 2022, trois passagers en situation très grave qui ne pouvaient pas attendre l'arrivée à Toulon. L'évacuation sanitaire a eu lieu à l'hôpital de Bastia où une cellule d'urgence médico-psychologique a été ouverte.

Sophie Beau, la directrice de SOS Méditerranée, s'est dit soulagée de la décision française mais a regretté auprès de l'AFP la situation qui a été un calvaire pour de nombreux rescapés à bord, qui avaient besoin d'être soignés. Selon elle, « la situation de l'Ocean Viking montre qu'il est urgent que les États européens mettent en place un mécanisme de répartition pérenne ».

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En France, l'extrême droite a réagi avec un stupide réflexe pavlovien, c'est son fonds de commerce, en condamnant la mesure humanitaire du gouvernement. Pour Marine Le Pen, dans un tweet, « Emmanuel Macron lance un signal dramatique de laxisme. », tandis que l'ancien candidat Éric Zemmour a dénoncé « un terrible signal [envoyé] aux passeurs ». Bruno Retailleau, candidat à la présidence de LR, a aussi dénoncé la mesure en considérant que c'était le port le plus proche qui devait accueillir l'Ocean Viking, à savoir, selon lui, un port tunisien ou libyen.

À ces cyniques sans cœur, sans aucune humanité, je rappellerai une seule chose : dans cette affaire de l'Ocean Viking, il n'était pas question d'immigration mais de sauvetage de vies humaines qui étaient en danger absolu. Quand vous marchez sur un trottoir, en ville, et qu'un passant tombe près de vous d'une crise cardiaque, vous ne lui demandez pas sa carte d'identité ni sa nationalité, vous tentez avant tout de la sauver, de le secourir. C'est un acte humanitaire, de solidarité humaine basique et ne pas le faire serait même un délit (non assistance à personne en danger). En mer, le droit européen est même plus contraignant puisqu'il y a obligation à secourir un navire en détresse. Et méfiez-vous de cette extrême droite qui se revendique catholique, elle n'est catholique que pour des raisons identitaires, pour mieux revendiquer des racines anciennes mythiques. Mais être catholique, c'est d'abord être solidaire des autres humains, le pape François l'a souvent répété, la Parole de Dieu, c'est de l'amour, ce n'est pas de la haine.

Dans un petit livre de soutien à l'association SOS Méditerranée chez Gallimard, sorti le 4 novembre 2022 et imprimé dès le 3 octobre 2022 (dont tous les bénéfices seront reversés à l'association humanitaire), parmi les artistes qui y ont participé, Abd Al Malik propose deux observations. La première est que l'extrême droite est sans arrêt en progression en France et en Europe, et l'élection de 89 députés RN en est une impressionnante illustration, et ce contexte électoral entraîne une certaine indifférence de la classe politique en général : « Quelle attitude adopter, alors, face au furieux désintérêt, au silence vil et honteux du pays de droits de l'homme et de l'Europe de la solidarité, valeur fondatrice de l'Union, devant l'obscène récurrence des tragédies qui ont lieu au large de nos côtes depuis 2015 ? ».

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La seconde observation, c'est qu'il y a bien une solidarité à deux vitesses, puisque la France et l'Europe n'ont pas hésité à trouver rapidement des solutions d'accueil aux réfugiés ukrainiens : « Si on était cohérents avec nous-mêmes, me suis-je dit, si la France et l'Europe ne s'égaraient pas dans ce cynisme incompréhensible, absurde, et voulaient véritablement sauver ces femmes, ces enfants et ces hommes qui meurent en Méditerranée, les protéger vraiment, cela aurait été fait de multiples manières, et depuis longtemps. Il n'y a, pour s'en convaincre, qu'à voir la façon dont, précisément, et à juste titre, sont traités les réfugiés ukrainiens. (…) C'est bien l'absurdité en acte, ou la solidarité européenne à la carte, qui met en mouvement une politique toujours plus lâche et inhumaine, trop souvent en parfaite harmonie avec une idéologie si rance (…) qu'on ne sait plus vraiment pourquoi ni comment on doit la combattre (…). ». Entre autre idéologie si rance, la qu'il-retourne-en-Afrique : « Ici, la parole servait moins à exposer la pensée qu'à compenser son absence. ».

Abd Al Malik ainsi dénonce l'amalgame savamment répété sur les réfugiés qui seraient criminels, encore observé lors du terrible meurtre de Lola : « Au fond, l'absurde de cette situation, c'est d'abord la construction d'un récit. L'entêtement d'un récit. Un récit dans lequel des exilés et des réfugiés fuyant guerres et dictatures sont représentés comme des criminels de droit commun alors que les législations européenne et internationale sont censées les mettre sous la protection de la Convention de Genève. Un récit dans lequel Françaises et Européennes, Français et Européens, sont, dans les inconscients et les imaginaires collectifs, caractérisés par une certaine couleur de peau, l'appartenance à une religion ou à une culture religieuse immémoriale. Un récit dans lequel le monde occidental est peu ou prou le seul et unique vecteur de civilisation et d'universel. Un récit binaire, finalement, dans lequel il y a toujours "nous" et "eux"... ».

Le chanteur amoureux de Jacques Brel et Albert Camus dénonce enfin « cette croyance en l'extrême droite comme solution crédible de sortie de crise » : « L'absurde est donc cette hallucination collective phénoménale par laquelle une partie grandissante de l'Occident en est arrivée à prendre cette idéologie folle, ayant déjà par le passé prouvé de la manière la plus vive son caractère éminemment mortifère, pour une force positive de changement. ».

Une soirée de lecture au Théâtre du Rond-Point, à Paris, est organisée le lundi 19 décembre 2022 à 19 heures 30, en soutien à SOS Méditerranée. Il n'y a pas besoin d'être engagé politiquement pour soutenir les actions humanitaires, pour sauver des vies, il suffit juste d'être humain.


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Sylvain Rakotoarison (11 novembre 2022)
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Le drame de l'Ocean Viking : bravo à la France et à Emmanuel Macron !
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Incident raciste : 89 nuances de haine à la veille du congrès du RN ?

Les turbulences du droit de vote des étrangers.
Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
La misère du monde.
Éric Zemmour et l’obsession de l’immigration.
François Bayrou et la préservation du modèle sociale français.
Migration : la faute aux secours ? (blog de Koz du 18 juin 2018).
Documentation sur les sauvetages de migrants dans la mer Méditerranée depuis 2014.
Une collusion tacite des secours humanitaires avec les passeurs criminels ?
Le radeau Aquarius.
Aymen Latrous.
L’affaire Leonarda.
Mamoudou Gassama.
Donner sa vie.
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4 novembre 2022 5 04 /11 /novembre /2022 04:10

« Qu'il retourne en Afrique ! » (Grégoire de Fournas, le 3 novembre 2022 dans l'hémicycle).



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La nature profonde revient toujours au galop, d'une manière ou d'une autre, malgré les mots d'ordre policés de respectabilité et de responsabilité. Le Rassemblement national qui se réunit en congrès ce samedi 5 novembre 2022 pour départager qui, de Jordan Bardella, le chouchou de Marine Le Pen, ou de Louis Aliot, l'ex de Marine Le Pen, sera le président du RN pendant que Marine Le Pen continuera à présider le groupe des 89 députés RN élus à l'Assemblée Nationale en juin 2022.

Incontestablement, sa stratégie de respectabilité se heurte à la nature profonde de ce parti dont l'histoire demi-centenaire est éloquente. Lors de la séance des questions au gouvernement le jeudi 3 novembre 2022 à l'Assemblée Nationale, peu avant 17 heures, un député RN a interrompu un orateur en exprimant un sentiment présumé raciste qui a scandalisé l'ensemble des autres groupes de l'hémicycle.

Il s'agissait d'une question posée par le député FI Carlos Martens Bilongo sur les difficultés que rencontre l'Ocean Viking qui a secouru 234 candidats migrants rescapés d'un naufrage en Méditerranée. Ceux-ci sont bloqués sur le pont du bateau depuis une douzaine jours.

Certes, au-delà de la question légitime sur le sort de ces naufragés et de son volet humanitaire, le jeune député FI n'avait pas omis le côté volontiers provocateur de sa question puisqu'au-delà du gouvernement, il s'adressait aussi à ses collègues du RN : « J’aimerais dire à la collègue du Rassemblement national qui, du haut du perchoir de l’Assemblée Nationale, croit pouvoir organiser les opérations de sauvetage en Méditerranée, avec la plus grande désinvolture et sans autre mérite que d’être née dans un pays en paix : ne vous en déplaise, leurs vies comptent ! ».

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Revenant au sort des rescapés, Carlos Martens Bilongo a poursuivi : « L’Ocean Viking a adressé aujourd’hui sa septième demande d’assistance aux autorités maritimes italiennes. L’île de Malte, tout aussi proche, n’a tout simplement pas répondu aux trois demandes qui lui ont été adressées. Le blocage de ces personnes est une violation grave du droit de la mer. L’évaluation du statut et de la nationalité des personnes secourues ne doit pas retarder le débarquement des survivants. Je ne peux que partager l’inquiétude de ces migrants, à l’heure où la nouvelle Première Ministre italienne s’est engagée à bloquer l’arrivée des immigrants en provenance d’Afrique. Quelle sera l’action du gouvernement français sur le sujet ? Quelle forme la coopération avec l’Italie prendra-t-elle ? Allez-vous vous saisir, avec les autres pays européens, de la question de la répartition des migrants ? Malte ne répond plus aux demandes de coordination de sauvetage. ».

En clair, le député FI demandait au gouvernement de s'activer pour les aider, auprès des autorités italiennes et maltaises, et plus généralement, de coordonner les politiques européennes. Et puis, il a commencé une phrase qu'il n'a jamais pu achever : « Les personnes secourues se trouvent dans une situation d’urgence absolue et les prévisions météo indiquent une détérioration significative du climat… ».

Ses propos ont été coupés par le député RN Grégoire de Fournas qui a crié dans l'hémicycle : « Qu'il retourne en Afrique ! ». Tollé général dans l'assistance. Beaucoup de députés se sont levés et ont demandé une sanction immédiate auprès de la présidente de séance, Yaël Braun-Pivet. Pour de nombreux députés, et pas seulement de gauche, cette saillie est tout simplement du racisme. Le sens en restait confus car personne ne connaît l'intention, si c'était de dire au député d'origines congolaise et angolaise de retourner en Afrique (mais il est né à Villiers-le-Bel), auquel cas ce serait une injure raciste très forte, ou si c'était de dire que le bateau doit retourner en Afrique, ce qui serait stupide car le besoin d'être secouru impose que le port le plus proche l'accueille (il y a obligation de sauvetage), et cette indifférence au sort de ces personnes en danger de mort est également contraires aux plus élémentaires des valeurs humanitaires.

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Dans un chahut inaudible, après avoir demandé quel député avait sorti cette idiotie, Yaël Braun-Pivet a été obligée de suspendre la séance de cinq minutes pour la reprendre très temporairement et pour dire : « Chers collègues, pouvez-vous me laisser parler, s’il vous plaît ? Compte tenu de l’événement grave qui vient de se dérouler, je vous propose d’en confier le traitement à la prochaine réunion du bureau de l’Assemblée, prévue mercredi prochain. Cette instance est la plus à même, selon moi, de déterminer si les faits qui ont été commis à l’instant sont passibles d’une sanction et de quelle sanction. Je vous propose donc, chers collègues, de porter ce point à l’ordre du jour de la prochaine réunion du bureau. ».

Une députée insoumise a alors réclamé une sanction immédiate, mais la présidente a expliqué : « Chère collègue, l’article 74 de notre règlement prévoit que les peines disciplinaires applicables aux membres de l’Assemblée sont : le rappel à l’ordre, le rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal, la censure et la censure avec exclusion temporaire. Ces deux dernières sanctions ne peuvent être prononcées que par le bureau. Si vous voulez que je prononce une sanction immédiate, ce sera donc un simple rappel à l’ordre ou un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal. Compte tenu de la gravité des faits, je préfère renvoyer la question au bureau. Une réunion du bureau est prévue mercredi prochain. Le bureau de l’Assemblée est l’organe pluraliste compétent pour se prononcer sur ce qui vient de se passer dans l’hémicycle. ».

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En fin de compte, le gouvernement n'a pas pu répondre à la question car, à cause de l'état d'excitation de l'hémicycle, Yaël Braun-Pivet a finalement clos la séance jusqu'au lendemain : « Étant donné l’émotion légitime qui s’est emparée des membres de l’Assemblée et du Gouvernement, je lève la séance des questions au gouvernement. Nous nous retrouverons demain à quinze heures trente, pour la discussion de la motion de censure, ainsi qu’en a décidé la conférence des présidents. ».

Le député Grégoire de Fournas, qui gère un domaine familial de viticulture dans le Médoc, favorable aux chasseurs et contre les éoliennes, avait déjà montré sur les réseaux sociaux sa grande tolérance des opinions qui frisaient le racisme. Il prétend qu'il a voulu parler du bateau et pas de l'orateur, mais au fond, ce n'est pas là l'essentiel. L'essentiel, c'est que ce député se moque bien du sort des centaines de personnes qui périssent dans la Méditerranée au nom d'une idéologie qui place l'immigration comme la raison de tous les malheurs du pays.

Alors que celle-ci est généralisée partout sur la planète et que nul n'est capable de savoir quel peuple aura besoin de quel autre peuple, car les hypothèses alarmantes sur les futurs migrations climatiques sont catastrophiques par rapport à ce qu'on vit actuellement. Or, on ne pourra jamais donner une réponse simpliste à un problème particulièrement compliqué et humain (le besoin de fuir son pays au point de mettre en danger sa propre vie).

Évidemment, le groupe FI était particulièrement satisfait d'avoir piégé ainsi un député RN, et cela juste deux jours avant le congrès de Rassemblement national qui aurait dû donner un nouvel élan, plus moderne et moins extrémiste. C'est donc peine perdue, la nature, comme je l'ai écrit, revient au galop. Il faut rappeler, insister, qu'exprimer du racisme n'est pas une opinion mais un délit. Le bureau de l'Assemblée Nationale va statuer pour savoir si l'interpellation du député était raciste ou pas et si des sanctions disciplinaires, voire avec des suites judiciaires, devront être prises.

Marine Le Pen n'est bien sûr pas sur cette longueur d'onde et jamais elle n'a émis ne serait-ce une parole ambiguë qui pourrait l'associer à du racisme. Ce n'est pas dans sa nature et son ambition est justement de se montrer au-delà de ces stupidités. Mais dans cet incident, elle a pris la défense de Grégoire de Fournas tandis que de nombreux députés lui demandent au contraire de l'exclure du groupe RN ou alors, cela signifierait que le groupe RN validerait les déclarations intempestives (imprudentes et inutilement haineuses) de Grégoire de Fournas.

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Le Ministre de l'Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin a tweeté dans la soirée : « Racisme d'un député à l'Assemblée Nationale : du FN au RN, le nom change mais les références hideuses et les habitudes ignobles restent. Quelle honte. ». Le Président de la République Emmanuel Macron a également été choqué par cet incident parlementaire. L'un de ses proches, le député européen Stéphane Séjourné a tweeté : « Ce qui s'est passé cet après-midi est d'une gravité exceptionnelle : cela implique des sanctions exceptionnelles. Nul ne peut ceindre l'écharpe tricolore après avoir tenu de tels propos : Marine Le Pen doit exiger sa démission sans délai. Indéfectible soutien à Carlos Martens Bilongo. ».

Pour le gouvernement aussi, et même surtout, c'est une opportunité de revenir aux fondamentaux : le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a ainsi réagi vers 22 heures sur LCI pour demander solennellement à Marine Le Pen de se désolidariser de ce député : « Madame Le Pen, si vous ne voulez pas que vos 89 députés soient associés à 89 nuances de haine, demandez sa démission ! ». Mais les propos d'Olivier Véran sont aussi politiques que moraux, lorsqu'il s'est adressé aux groupes de la Nupes pour leur dire de ne pas voter la même motion de censure que le groupe RN, comme cela a été déjà le cas les 24 et 31 octobre 2022, et probablement ce vendredi 4 novembre 2022, parce que le RN n'a pas du tout les mêmes valeurs républicaines que cette ultragauche d'opposition systématique.

Pour le coup, on voit que le mot d'ordre de respectabilité, du port de la cravate, de sérieux dans le travail parlementaire imposé par Marine Le Pen connaît ses limites. Et au plus mauvais moment. Finalement, elle n'a plus besoin de son père Jean-Marie Le Pen pour avoir des petites phrases assassines, ses troupes lui suffisent amplement...


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Sylvain Rakotoarison (03 novembre 2022)
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Pour aller plus loin :
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Le Front national des Le Pen, 50 ans plus tard...

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19 octobre 2022 3 19 /10 /octobre /2022 05:40

« Pour le reste, voici le fond de ma pensée : faire de la petite politique, de la petite "poloche", se servir du cercueil d'une gamine de 12 ans comme on se sert d'un marchepied, c'est une honte, monsieur le député. À l'atrocité la plus absolue, n'ajoutez pas le commerce indigne de la démagogie. Mais j'imagine que le meilleur reste à venir, dans quelques instants, car vous êtes toujours au rendez-vous du malheur, dont, depuis des années, vous faites votre miel. » (Éric Dupond-Moretti, le 18 octobre 2022 dans l'hémicycle, en réponse à la question d'un député LR).




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L'horreur absolue : le vendredi 14 octobre 2022 dans la cour d'un immeuble du 19e arrondissement de Paris, vers 23 heures 30, on a retrouvé dans une malle le corps sans vie et ligoté d'une jeune préadolescente de 12 ans, Lola, disparue depuis 15 heures 20, dernière fois où elle a été vue, filmée par une caméra de vidéoprotection. Après un début d'enquête rapide et efficace, six personnes ont été placées en garde-à-vue, dont deux ont été relâchées, et une information judiciaire a été ouverte le lundi 17 octobre 2022 pour « meurtre sur mineure de 15 ans en lien avec un viol commis avec actes de torture et de barbarie, viol sur mineur de 15 ans avec actes de torture et de barbarie et recel de cadavre » ("mineur de 15 ans" signifie que la personne mineure a moins de 15 ans). Selon l'autopsie, elle serait décédée d'asphyxie et aurait encore reçu des coups après son décès.

L'annonce de ce meurtre a ému non seulement la France entière mais une bonne partie du monde dont les journaux en ont fait aussi un titre à la une. Tout le monde pense à la famille, aux deux parents, mais aussi à ses camarades de classe, à tous ceux qui la connaissaient et qui peuvent difficilement comprendre comment à 12 ans, en toute innocence de la sortie de l'enfance, on puisse être victime d'un meurtre particulièrement glauque et sordide. Tout le monde peut l'imaginer comme sa fille ou sa petite sœur.

La police judiciaire a enquêté assez efficacement et il semblerait qu'elle ait arrêté la principale suspecte, vue en compagnie de Lola par une caméra de vidéoprotection, elle serait la sœur d'une résidente de l'immeuble et après être entrée légalement en France en 2016, elle avait été considérée comme personne étrangère sans titre de séjour valide en août 2021, sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF) dans un délai de trente jours.

Néanmoins, la femme en question a probablement eu un ou plusieurs complices et le mobile du meurtre n'a pas été élucidé. Plus généralement, malgré quelques bribes sorties dans les journaux, l'enquête judiciaire n'est pas terminée et pourrait avoir des rebondissements. Dans tous les cas, la seule vraie décence, dans un tel moment, est la compassion, le recueillement et surtout, le silence, le silence avant de généraliser, d'amalgamer, de récupérer, et surtout, avant de comprendre. Il faut comprendre ce qui s'est passé si on veut éventuellement en tirer quelques leçons pour l'avenir.

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Mais la tentation était trop forte. Comme d'habitude, les forces populistes et démagogiques se sont emparées de ce sujet d'actualité émouvant, et jouant sur l'émotion, jouant sur la peur, sur la colère, sur la tristesse, elles en ont fait une récupération politique particulièrement indécente, scandaleusement indécente.

Le premier fut sans doute Éric Zemmour qui a rapidement acheté une quarantaine de noms de domaine sur Internet en relation avec Lola. Cette précipitation montre à quel point sont obsession est hystérique sur le sujet. La séance des questions au gouvernement de ce mardi 18 octobre 2022 fut l'occasion pour le Rassemblement national, mais aussi pour une partie des députés LR, de jouer à fond sur cette récupération politique, oubliant la tristesse des parents pour ne vouloir que profiter politiquement de cet horrible fait-divers.

Deux questions ont été posées à cette séance, la première par un député LR, Éric Pauget, particulièrement odieuse, et la seconde par la présidente du groupe RN elle-même, Marine Le Pen.

Le député Éric Pauget n'a pas hésité, en effet, à rendre le gouvernement responsable de la mort de la petite Lola, ce qui était assez bourrin. L'argument peut être efficace puisque, à l'instar des élus d'extrême droite, il considère que la supposée auteure des faits (ce qui n'a pas vraiment été confirmé) était sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français depuis un an et que cette obligation n'a pas été appliquée.

Même si, effectivement, il peut y avoir un problème sur l'application des obligation de quitter le territoire, le rapport avec le meurtre n'est pas vraiment assuré puisqu'on ne connaît ni les motifs ni les complices. Mais pour ce député et d'autres de LR qui, décidément, n'ont encore pas compris qu'en prenant les mêmes positions que l'extrême droite, ils servent la gamelle du RN sans en retirer aucun bénéfice politique pour eux-mêmes, à l'instar de ce qui s'est passé en Italie, il n'y a aucun doute, ils ont déjà tout instruit de l'affaire et sont capables de refaire le match : quelle honte ! C'est aussi stupide que si on accusait directement Nicolas Sarkozy, à l'Élysée à l'époque, d'avoir tué les victimes de Merah parce qu'il y a eu des dysfonctionnements dans les services de renseignement.

Éric Pauget dans ses mots déplorables : « Par le laxisme de votre politique d’immigration, cette enfant a été martyrisée, violée, tuée par une clandestine qui faisait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Le défaut d’exécution de telles décisions de justice rend votre ministère responsable de ces drames. (…) Lola a perdu la vie parce que vous n’avez pas procédé à l’expulsion de cette ressortissante qui n’avait plus rien à faire ici. Telle est la lourde conséquence de votre inaction. (…) L’expulsion des délinquants étrangers doit être obligatoire et automatique car, une fois de plus, le lien entre l’immigration incontrôlée et la criminalité est évident. ».

C'est cette dernière phrase (de la citation et de la question qui n'en était pas une, d'ailleurs, dans la formulation) qui a été reprise par Marine Le Pen dans son intervention ultérieure. Elle est, de plus, inexacte comme l'affirment les statistiques (voir plus loin).

Le Ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti, mis en cause, a répondu avec fermeté, alors que de nombreux députés de la majorité mais aussi de gauche et du centre droit ont été scandalisés par les propos d'Éric Pauget, tant sur l'aspect technique des reconduites aux frontières que sur la récupération politique absolument abjecte (parlant d'instrumentaliser le "cerceuil" de Lola, voir en tête d'article). Sur le plan technique, évoquant la principale suspecte : « Une OQTF lui a été délivrée le 22 août, sans obligation de quitter immédiatement le territoire national ; il s'agit d'un départ volontaire. Il n'y avait aucune raison qu'il en soit autrement. Telles sont nos règles, et nous ignorons, au moment où je vous parle, si un recours a été intenté par l’avocat de cette jeune femme. ».

Plus habilement, c'est-à-dire, sans rendre le gouvernement directement responsable de la mort de Lola, Marine Le Pen a embrayé dans la même argumentation qui amalgame tout : « Une fois de plus, la suspecte de cet acte barbare n’aurait pas dû se trouver sur notre territoire, et ce depuis plus de trois ans. Une fois de trop ! Vous ne pourrez pas évacuer le sujet, comme vous le faites systématiquement et comme vient de le faire monsieur le ministre de l’injustice, en criant à la récupération et en attaquant par cet argument éculé ceux qui s’en scandalisent. Trop de crimes et de délits sont commis par des immigrés clandestins qu’on n’a pas voulu ou pas su renvoyer chez eux. Didier Lallement, l’ancien préfet de police de Paris, l’écrit lui-même dans son livre "L’ordre nécessaire" : "À Paris, un délit sur deux est commis par un étranger, souvent en situation irrégulière". Cent fois nous vous avons interpellés au sujet de ce laxisme migratoire. ».

Pendant son intervention, plusieurs députés ont protesté. Le député François Cormier-Bouligeon a constaté : « Décidément, le FN n'a pas changé en cinquante ans ! ». Quant au député Erwan Balanant, il était écœuré : « Vous nous faites honte ! Pensez à la famille, pensez à sa souffrance, plutôt qu'à vos intérêt politiques ! ».

Car les parents de Lola, reçus à l'Élysée par le Président de la République Emmanuel Macron le mardi 18 octobre 2022, ont effectivement été eux-mêmes révulsés par la récupération du meurtre terrible de leur fille que faisait l'extrême droite et d'une certaine partie de la droite. Un peu de décence : c'est ce qu'a demandé la Première Ministre Élisabeth Borne qui a répondu à l'ancienne candidate à l'élection présidentielle, la perpétuelle loser (comme son père) depuis trois élections.

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Ses mots ont été très politiques autant que compassionnels : « Un peu de décence, madame Le Pen ! Respectez donc la douleur de la famille. Bien sûr, les mots ne sauraient exprimer la douleur d’une famille face à la perte d’un enfant. Le Président de la République a reçu ce matin les parents de Lola. Il leur a exprimé toute l’émotion et toute la solidarité de la Nation. Je souhaite devant vous, au nom du gouvernement, et, je pense, en notre nom à tous, m’associer à leur peine. Cette peine est d’autant plus forte que les circonstances du crime sont dramatiques et, en effet, madame Le Pen, horribles. Mais voyez-vous, face à un tel drame, il convient d’abord de respecter la douleur de la famille et de laisser la police et la justice faire leur travail. Elles font leur travail, et elles le font vite ! C’est ce qui a permis d’identifier, d’interpeller et de déférer la prévenue devant la justice. Notre responsabilité commune consiste à laisser celle-ci punir ce crime comme il le mérite. Je vous rappelle qu’en France, madame Le Pen, s’applique une loi fondamentale qui dispose la séparation des pouvoirs : respectons-la ! Respectons la douleur de la famille et la mémoire de Lola. ».

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À la fin de sa prestation, Élisabeth Borne a été ovationnée, beaucoup de députés de la majorité se sont levés pour saluer la réponse de la Première Ministre.

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Pendant la réponse d'Élisabeth Borne, Marine Le Pen n'a pas cessé de rire ou sourire, montrant à l'évidence que son émotion pour le meurtre de Lola n'était que de façade et que sa volonté de récupération exclusivement son objectif. La Première Ministre n'a pas voulu pourtant pointer du doigt les amalgames de l'extrême droite.

Car lorsqu'en citant l'ancien préfet de police de Paris, la présidente du groupe RN a évoqué que la moitié des délits à Paris seraient commis par un étranger, "souvent" en situation irrégulière, en plus du fait que la situation irrégulière n'est pas forcément le cas (il n'y a pas de statistiques, "souvent" ne signifie rien factuellement), elle confond intentionnellement crimes et délits : il s'agit des délits. Mais il en est différent des meurtres qui sont principalement commis par des nationaux.

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En effet, le nombre d'homicides s'est stabilisé depuis une quinzaine d'années, avec un taux oscillant entre 1,2 et 1,4 pour 100 000 habitants par an, après une baisse qui a divisé ce taux par deux au moins entre 1989 et 2009. Parmi les personnes mises en cause par la gendarmerie ou la police pour les 845 homicides de l'année 2018, 84% sont de nationalité française (et 9% proviennent de l'Afrique). L'amalgame qui veut assimiler un meurtre à un délit pour faire croire que la moitié des meurtres commis en France sont le fait de personnes étrangères trompe donc volontairement ses éventuels électeurs.

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L'amalgame plus général qui voudrait cette équivalence politiquement stupide bien qu'efficace électoralement : immigration égale délinquance est d'autant plus répugnante que pour le sujet du meurtre de Lola, il ne s'agit pas de délinquance mais de criminalité. Vouloir croire qu'un immigré (à définir) ou qu'une personne d'origine étrangère récemment (récemment, car tout le monde en France est d'origine étrangère, vu que l'homo sapiens à commercé à vivre en Afrique), est forcément un criminel ou un délinquant en puissance, ce n'est rien d'autre qu'une idée purement xénophobe. Depuis longtemps, les sociologues ont démontré que la délinquance dépendait du niveau d'études et du niveau de revenus, et probablement que chez les personnes immigrées récentes, leur niveau de vie est plus bas que celui de bien des Français installés.

Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de problème ni qu'il n'y a rien à faire. D'ailleurs, le Ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin s'étonnait, durant la même séance de questions au gouvernement, que le RN refuse sa réforme : « Vous ne pouvez pas plus nous expliquer que le taux d’élucidation est trop bas, qu’il n’y a pas assez d’arrestations de délinquants, que nous ne luttons pas assez contre les violences, et refuser les réformes proposées par le gouvernement qui nécessitent, il est vrai, du courage. ».

Au fond, la question de Marine Le Pen n'était pas étonnante. L'immigration et l'insécurité ont toujours été amalgamées par la famille Le Pen depuis cinquante ans. C'est dommage pour son besoin de respectabilité, car elle a commis là une faute, mais il est vrai qu'au bout d'un certain temps, le naturel revient toujours au galop. Nous en avons ici la tragique confirmation sur le dos d'une famille effondrée par le chagrin infini de la perte d'un enfant dans des conditions glauques.

Ce qui est plus étonnant, c'est que les députés LR, faute d'avoir des différences sur le plan économique et social avec le gouvernement, se sont aussi mis dans cette brèche de la démagogie la plus honteuse et la plus odieuse, en imitant la position d'une Nadine Morano dont la prestation sur BFMTV le soir du 18 octobre 2022 a montré à quel point son obsession passionnée était contre-productive. Ce parti, maintenant en lambeaux, qui avait rassemblé le RPR de Jacques Chirac et l'UDF de Valéry Giscard d'Estaing, n'est devenu, au fil des années, qu'un groupuscule aux idées d'extrême droite qui va bientôt passer les plats à la seule personne capable de l'incarner, à savoir Marine Le Pen.

Au moins, c'est clair. Heureusement qu'Emmanuel Macron existe et puisse sauver ce qui reste de cette classe politique en ruine morale et idéologique...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (18 octobre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Meurtre de Lola : l'indécence absolue de l'extrême droite et d'une certaine droite.
Le massacre d’Uvalde.
Melissa Lucio.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
Florence Rey.
La dissolution du SAC (service d’action civique).
Affaire Yvan Colonna.
Affaire Claude Guéant.
Marie Trintignant.
Alexandra Richard.
Jacqueline Sauvage.
Violences conjugales.
Affajre Bygmalion.
Affaire Benalla.
Affaire Tapie.
Éric de Montgolfier.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221018-meurtre-lola.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/meurtre-de-lola-l-indecence-244421

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/10/19/39674333.html









 

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16 septembre 2022 5 16 /09 /septembre /2022 05:39

« Faut vous dire, Monsieur,
Que chez ces gens-là,
On n’cause pas, Monsieur,
On n’cause pas,
On compte. »

(Jacques Brel, le 6 novembre 1965).




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C'était il y a deux mois. Chronologie d’une polémique comme la société française sait en créer. Depuis sa nomination au gouvernement le 4 juillet 2022 comme Ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales, la maire de Beauvais, ancienne sénatrice LR de l’Oise, Caroline Cayeux est sur la sellette. À la différence d’autres ministres contestés dans des gouvernements antérieurs, Caroline Cayeux subit une opposition également au sein même du gouvernement, et si la Première Ministre Élisabeth Borne n’a fait que la soutenir dans les polémiques, elle reste cependant dans une position très instable.

Elle n’a jamais défilé à la Manif pour tous, elle n’a jamais refusé d’appliquer la loi dans sa mairie, elle est aussi favorable à la PMA votée l’an dernier, elle est pour l’égalité des droits, elle est contre les discriminations, mais elle semble peu audible, peu crue, en particulier en raison de ses maladresses de communication.

Et surtout, sa position d’il y a une dizaine d’années l’accompagne au point d’avoir été mise au pilori dès la semaine suivant sa nomination par plusieurs députés d’extrême gauche (dont Ugo Bernalicis, Bastien Lachaud, Danièle Obono, Mathilde Panot, Adrien Quatennens, Sandra Regol et Danielle Simonnet) dans une pétition parue dans le journal "Têtu" le 11 juillet 2022 qui fustige trois ministres (Christophe Béchu, Gérald Darmanin et Caroline Cayeux dont ils réclament la démission) avec des arguments peu convaincants car leur refusant le droit d’avoir une opinion différente de la leur.

Comme pour Catherine Vautrin, présidente du Grand Reims depuis 2014, pressentie pour Matignon après la réélection du Président Emmanuel Macron et finalement écartée après des fortes pressions des "macronistes de gauche" car elle s’était opposée au mariage pour tous, Caroline Cayeux n’a pas non plus été tendre à l’époque du débat parlementaire sur le mariage pour tous.

Alors sénatrice, elle avait déclaré dans l’enceinte du Sénat le 8 avril 2013 : « Pour ma part, je pense ne pas être trop rétrograde. Ainsi, je crois que les lois qui régissent la vie des hommes ne doivent pas avoir comme unique déterminant les lois naturelles. (…) Cependant (…), il nous faut, une nouvelle fois, nous poser les bonnes questions. (…) J’ai retrouvé les propos de la philosophe Chantal Delsol selon qui "c’est dans notre nature de dépasser la nature, et nous sommes vraiment humains quand nous le faisons ; mais c’est notre devoir de nous poser la question des limites, et nous sommes irresponsables et insensés si nous ne le faisons pas". C‘est justement de ces limites, je crois, qu’il convient de parler. Avec cette excellente philosophe, je pense que "l’exigence du mariage homosexuel, et l’adoption des enfants qui va avec", n’est pas simplement un dessein "qui va contre la nature". C’est plus grave, parce que l’on ne débat pas sur "la question des limites : tout ce que je veux, et tout de suite, et qu’elles qu’en soient plus tard les conséquences". On remplace donc des valeurs morales par l’unique critère de la souffrance ou du désir individuels, selon lequel empêcher deux homosexuels de se marier serait inhumain, car, enfin, ils souffrent ! Pourquoi les en empêcher, puisqu’ils s’aiment ? Mes chers collègues, lorsque plus rien n’arrête le désir, ni la religion, ni la tradition, ni les valeurs, ni aucune sagesse plus haute, alors les dégâts ne sont pas loin. ».

À cette époque, beaucoup de parlementaires s’inquiétaient de la désintégration de la cellule familiale, l’une des dernières institutions encore en état de fonctionnement, voire s’inquiétaient de la désintégration de notre civilisation. Leurs peurs étaient légitimes, même si aujourd’hui, elles paraissent excessives. La société a beaucoup évolué en dix ans.

J’en veux pour preuve cet épisode de l’excellente série télévisée (française) "Fais pas ci, fais pas ça" (créée par Anne Giafferi et Thierry Bizot). Effectivement, cette comédie qui se veut chronique sociale en suivant la vie quotidienne de deux familles nombreuses montre à quel point, même au deuxième ou troisième degré, l’idée d’une relation homosexuelle n’était pas "ordinaire" il y a dix ans. Ainsi, dans l’épisode 6 ("Aimez-vous Chopin ?") de la saison 3 diffusé le 28 juin 2010 sur France 2 (on n’imaginait pas encore que le mariage pour tous serait voté trois ans plus tard), le couple Lepic s’inquiètent d’une suspicion d’homosexualité chez leur fille aînée Soline, au point que la mère se rend dans un bar de lesbiennes pour essayer de comprendre (en fait, c’est une erreur d’interprétation, et bien plus tard, c’est en fait la petite sœur Charlotte qui vivra avec une autre fille).

Par conséquent, reprendre des paroles définitives d’il y a dix ans avec le regard d’aujourd’hui paraît être un très mauvais procès (dont le but, on le sait car FI ne cesse de le proclamer, est de mettre le désordre dans les institutions). Une fois écrit cela, on peut toutefois s’interroger sur la manière dont la ministre a réagi, à mon sens très mal. Et c’est cette réaction qui est critiquable, assurément.

Caroline Cayeux s’est d’abord défendue dans un entretien à la matinale de Public-Sénat le lendemain, le 12 juillet 2022, où elle entendait dire qu’elle ne reniait rien de ce qu’elle disait en 2013 mais que l’époque était différente : « Je maintiens évidemment mes propos, mais j’ai toujours dit que la loi, si elle était votée, je l’appliquerais. ». Et d’ajouter : « Franchement, c’est un mauvais procès qu’on me fait et ça m’a beaucoup contrarié (…). Je n’ai jamais fait partie de La Manif pour tous, je n’ai jamais défilé, que les choses soient claires. » (notons au passage que Simone Veil a elle-même défilé contre le mariage pour tous).





Son tort, énorme, a été de lâcher, dans ses justifications, sans doute avec trop de spontanéité : « Et puis, je vais vous dire, quand même, que j’ai beaucoup d’amis parmi tous ces gens-là ! ». L’expression a été balancée dans la place publique, "ces gens-là", et le lynchage dans les réseaux sociaux s’est enclenché. Le mot est très malheureux car justement, la phrase semble sincère, authentique. Elle est l’illustration parfaite d’un racisme qui s’ignore, j’évoque le mot racisme dans un sens élargi, une distinction entre deux catégories de personnes, quelle qu’en soit leur nature (ethnique, religieuse, d’orientation sexuelle, sociale, etc.). Cela me rappelle une phrase de Jean-Marie Le Pen, dans les années 1980, au verbe provocateur et jamais bridé, qui disait en substance qu’il ne haïssait pas les arabes, la preuve, ma bonne est maghrébine (ou : mon voisin est arabe et me prête volontiers du beurre quand je n’en ai plus).

C’est une expression malheureuse qui dénote un certain état d’esprit, probablement rétrograde (contrairement à ce qu’elle affirmait au Sénat le 8 avril 2013), mais qui ne justifie pas les attaques personnelles dont elle a été la cible. Il est sûr que cela a choqué jusque dans les rangs du gouvernement, puisque Clément Beaune, son collègue chargé des Transports, s’est senti insulté par cette expression (sur LCI, il a déclaré faire, lui aussi, « partie de ces gens-là »).

Au début de l’après-midi du 12 juillet 2022, Caroline Cayeux a alors dû ramer sur Twitter pour regretter ses propos du matin : « Depuis ce matin, je lis et entends vos messages. Mes propos ont blessé nombre d’entre vous. Je les regrette profondément, ils étaient naturellement inappropriés. L’égalité des droits doit toujours être une priorité de notre action. ».

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Mais le mal est fait et cela n’a pas suffi à faire éteindre la polémique qui s’est propagée comme un feu de forêt en pleine canicule. En clair, la ministre a fait une boulette, et elle a présenté ses excuses pour celle-ci, l’affaire devrait donc être close. C’est ainsi que l’entendait sa collègue Olivia Grégoire le lendemain matin, le 13 juillet 2022 sur LCI : « Elle s’est excusée. Errare humanum est, perseverare diabolicum. On a le droit à l’erreur une fois. Ce qui est important, c’est qu’elle ait évolué, qu’elle ait surtout compris qu’elle était membre d’un gouvernement extrêmement progressiste sur ces questions-là, et qu’elle soit aujourd’hui en ligne avec la position du gouvernement. Je ne cautionne pas l’expression. Je cautionne l’excuse de la ministre. ».

Porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, à la sortie du conseil des ministres du 13 juillet 2022, a voulu l’apaisement : « L’heure n’est plus aux propos anachroniques, mais à la reconnaissance pleine et entière des nouveaux droits accordés. Le débat est désormais clos ! ».

En fait, il n’est pas clos car des associations ont décidé de déposer plainte pour « injure publique envers un groupe de personnes en raison de leur orientation sexuelle par une personne dépositaire de l’autorité publique ». Ainsi, le 13 juillet 2022, le secrétaire général de Stop Homophobie a déclaré sur franceinfo : « On ne peut pas avoir un gouvernement qui prétend lutter contre les discriminations que nous subissons et une ministre qui s’autorise à dire ça. ».

Ce même Olivier Véran avait répondu à une question de la députée écologiste Marie-Charlotte Garin sur le sujet à la séance de questions au gouvernement du 12 juillet 2022. Il avait rappelé qu’il avait bataillé dans l’hémicycle en 2013 pour faire adopter la loi sur le mariage pour tous : « J’en garde un souvenir ému parce que ce texte a fait progresser la société et que des parlementaires, siégeant sur d’autres bancs et animés d’autres convictions, avaient eu des mots blessants. (…) Nous avons fait face avec conviction parce que nous savions que nous avions raison ; nous défendions tout simplement le droit à l’indifférence. ».

Et de poursuivre : « Certains [opposants au mariage pour tous] étaient parfois virulents et certains d’entre eux sont d’ailleurs toujours là. Avec dix ans de recul et dix ans de bonheur pour des milliers de familles et d’enfants, les positions des députés opposés à cette loi ont bien évolué car, face au bonheur, ils ne peuvent que constater leur erreur d’avoir voulu s’y opposer. Oui, certains mots peuvent faire mal et peuvent blesser et heurter : nous devons nous garder de les employer et, plus encore, de les penser. (…) Nous avons en commun la volonté farouche de faire évoluer notre société pour qu’elle reflète toute sa diversité, toute sa richesse et toute sa capacité à accueillir ce qui est beau. Qui pourrait encore nier qu’il y a bien des manières d’aimer et qu’aucune n’est supérieure à l’autre ? Il n’y a pas de "ces gens-là", il y a des femmes et des hommes qui ne demandent rien d’autre que le respect. ».

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Dans "Le Parisien" du 14 juillet 2022, Caroline Cayeux a renouvelé ses excuses, cette fois-ci beaucoup plus clairement et sans ambiguïté : « Je tiens ici à renouveler toutes mes excuses les plus sincères car ils ne reflètent pas du tout ma pensée. (…) Les propos mentionnés remontent à dix ans. Et si je ne peux nier les avoir tenus, évidemment que je ne les utiliserais plus et les regrette. Je comprends que ces propos maladroits aient pu autant blesser. ». En outre, elle a écrit un courrier d’excuses à plusieurs associations : « Je veux qu’elles sachent qu’elles me trouveront toujours à leurs côtés dans les combats qu’elles mènent contre les discriminations et pour l’égalité des droits. ». Par ailleurs, sur "ces gens-là", elle a mesuré « combien cette expression a été choquante et douloureuse pour de nombreuses personnes ».

Pour tenter d’éteindre le feu à la fin de la semaine, au cours d’un déplacement dans le Calvados le 16 juillet 2022, la Première Ministre Élisabeth Borne a voulu conclure : « Caroline Cayeux a tenu il y a plusieurs années des propos qui étaient naturellement choquants. Quand elle a voulu s’en expliquer, elle a manifestement tenu des propos maladroits. (…) Je pense qu’elle a eu l’occasion de s’expliquer dans une interview pour présenter ses excuses aux personnes qui ont pu être choquées. (…) [Elle a pu] réaffirmer qu’elle partageait totalement les valeurs progressistes que porte le Président, que je porte et que porte mon gouvernement, et qu’elle sera très vigilante à l’avenir au soutien qui peut être apporté à toutes les associations qui luttent contre les discriminations, et notamment contre l’homophobie. ». Et elle a mis le point final : « Je pense que les choses sont désormais claires et Caroline Cayeux, comme le reste du gouvernement, est au travail et concentrée sur sa mission. ».

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Mais le soir même du 16 juillet 2022, une centaine de personnalités, dont Manuel Valls, Jack Lang, l’ancien ministre radical Joël Giraud (le prédécesseur de Caroline Cayeux dans le gouvernement de Jean Castex), Michèle Rubirola, Delphine Burkli, Sylvain Fort (ancien conseiller à l’Élysée), Isabelle Froment-Meurice, Yann Wehrling, Irène Théry, Boris Cyrulnik, Mathieu Gallet, Jean-Pierre Lecoq, Philippe Besson, Jean-Luc Romero, Nelson Monfort, etc. ont cosigné une tribune dans le "Journal du dimanche" en remettant en cause la présence de Caroline Cayeux au sein du gouvernement : « Comment accepter qu’un membre de l’exécutif, dont le premier rôle est d’assurer l’application des lois, puisse appeler "ces gens-là" des citoyens français ? Comment ne pas voir que, dans son esprit, ils ne relèvent pas de la même catégorie de citoyens ? (…) La question est de savoir si le gouvernement, dans son devoir de solidarité, valide la position d’un de ses membres, et si la majorité souscrit à son attitude. Il s’agit de défendre non pas telle ou telle communauté, mais bien le respect du principe d’égalité et de légalité par un membre du gouvernement. Nous savons que l’exemplarité est plus que jamais nécessaire pour maintenir un débat démocratique apaisé et constructif. ».

Et de revenir aux principes qui doivent guider les élus : « Ses propos meurtrissent personnellement beaucoup d’entre nous, mais surtout ils mettent à mal nos efforts quotidiens pour faire respecter les principes républicains dans nos territoires. Alors que les partis extrémistes et populistes mettent le pays, par leur alliance objective, dans une situation de tension sociale permanente, il revient aux élus qui se retrouvent dans les valeurs de la République d’œuvrer encore plus pour rassembler, et non diviser. Les paroles d’une ministre (…) ont une force symbolique qui dépasse souvent la force légale : ses regrets auraient eu un véritable impact s’ils avaient eu a minima la force de la sincérité. ». La tribune rappelle également que l’homosexualité n’est plus un délit seulement depuis le 4 août 1982.

La polémique a débordé largement sur la semaine suivante. On pouvait ainsi entendre le soir du 19 juillet 2022 sur CNews le "philosophe et spécialiste en géopolitique" Jean-Loup Bonnamy commenter "ces gens-là" de Caroline Cayeux en tombant dans la même maladresse sémantique, en parlant allègrement de "ces populations-là" pour désigner les habitants des "quartiers" de Seine-Saint-Denis.

Ce qui est curieux, c’est de revenir près de vingt ans en arrière. Caroline Cayeux était déjà maire de Beauvais ; elle a été élue en mars 2001 dans une triangulaire en battant le maire socialiste sortant Walter Amsallem grâce à son directeur de campagne, un ancien directeur de cabinet de Jean-François Copé, et elle s’était présentée en candidate dissidente de l’UMP aux élections législatives de juin 2002 sur la circonscription du député Olivier Dassault qui fut élu (réélu mais pas directement car ce dernier avait été battu en 1997).

À 54 ans, Caroline Cayeux était surnommée la « nouvelle madone des homosexuels » dans le journal "Oise Hebdo" du 26 mars 2003 : « Ils sont comme ça, les homosexuels. Ils ont le béguin pour les jolies femmes. Surtout quand celles-ci ont le courage de s’affirmer à la face des hommes avec un sacré caractère. Mais pas des jeunettes. Celles qui ne font pas leur âge (comme Caroline) et qui paraissent éternellement jeunes à force de rembarrer leurs congénères du sexe masculin. (…) Oh naturellement, Sébastien (…) n’est sûrement pas attiré par le côté "Bécassine, c’est ma cousine". Ce qui le "botte", certainement, chez Caroline Cayeux, c’est, outre sa force d’âme, cette tolérance innée (mais sans faiblesse), cette intelligence des situations, son anti-snobisme légendaire, cette aptitude à ne pas s’arrêter aux apparences, sa générosité. ». On notera que la formule du journaliste "ils sont comme ça, les homosexuels" est à peine plus respectueuse que "ces gens-là" dans la généralisation d'une catégorie de personnes, alors que le ton se voulait léger et humoristique.

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Ce Sébastien, qui avait prévu de se pacser avec un autre homme, avait, à grand renfort de communication, fait comme si la mairie de Beauvais allait célébrer un mariage homosexuel dix ans avant l’heure. Les relations cordiales ne sont pas restées longtemps car la maire de Beauvais a fait savoir qu’il n’en était pas question car c’était contraire à la loi du 15 novembre 1999. À l’époque, on soupçonnait donc Caroline Cayeux d’en faire trop plutôt que pas assez pour les droits des personnes homosexuelles.

Après tout, on pourrait dire aussi qu’elle a passé son examen de passage, une sorte de bizutage, et si elle a le cuir suffisamment épais, elle restera, fort du soutien de ses collègues. La maladresse a porté sur un sujet extrêmement sensible : la discrimination, et cette vive réaction, au-delà des postures politiciennes, a montré à quel point la société a évolué. Et la ministre avec elle, toute confuse en excuses.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juillet 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Caroline Cayeux.
L’avortement, hier et aujourd’hui.
La PMA pour toutes les femmes.
Le mariage pour tous.
Aurore Bergé.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220712-caroline-cayeux.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/ces-gens-la-nouvelle-version-de-242900

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/07/23/39568773.html






 


 


 

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