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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 03:13

« Le risque d’origine sunnite demeure la principale menace à laquelle est confronté notre pays. » (Gérald Darmanin, le 31 août 2020 à Paris).



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L’exfiltration d’urgence de chez elle, le matin du 22 septembre 2020, de l’actuelle DRH du journal "Charlie Hebdo" (il vaut mieux ne pas citer son nom, elle n’est pas un personnage public et a droit à la tranquillité) n’était pas une mesure paranoïaque. En effet, deux personnes ont été très gravement blessées à l’arme blanche par un ou deux terroristes islamistes ce vendredi 25 septembre 2020 parce qu’elles travaillaient (me semble-t-il) dans le même immeuble que l’ancien siège de "Charlie Hebdo".

On pourra toujours polémiquer sur : aurait-on pu éviter cet attentat ? Il est clair que les terroristes sont comme ces hackers capables de contourner les protections informatiques : quelqu’un prêt à perdre sa vie en voulant entraîner dans son trip infernal le maximum d’autres vies humaines, évidemment innocentes, pourra toujours trouver la petite fenêtre des possibilités, puisqu’il est impossible de protéger chaque citoyen par un représentant des forces de l’ordre, protection qui aurait d’ailleurs le goût amer d’une surveillance d’État et d’une restriction des libertés publiques. On se rappelle notamment l’attentat qui a coûté la vie à un policier en pleins Champs-Élysées le 20 avril 2017, juste avant le premier tour de la dernière élection présidentielle.

La médaille de la réaction la plus inadaptée revient (sans surprise) à Marine Le Pen qui, comme un robot du web, avant même de connaître les circonstances exactes de l’attentat, a immédiatement fustigé la politique d’immigration du gouvernement, en se demandant honteusement combien de morts auraient été évitées si on avait fermé les frontières. Quel manque de respect pour les victimes, aucune compassion à un moment où leur pronostic vital était encore engagé. Déconnectée, et discrédité car n’apportant aucune solution dans l’intérêt des Français. Juste de la posture politicienne et électoraliste prévisible dans la perspective de 2022.

Ce qui est clair, c’est que les cellules anti-terroristes en France ne sont pas inactives et Gérald Darmanin l’avait déjà annoncé dans son discours sur l’état de la menace terroriste le 31 août 2020 au siège de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure).

Il disait notamment : « Depuis 2013, 61 attentats ont été déjoués, dont 32 depuis 2017 ; au début de l’année encore, un projet d’ampleur a été déjoué (…). Depuis 2017, ce sont 10 attaques qui ont abouti, sur le territoire national, à la mort de 20 personnes. ».

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Et le ministre a ajouté : « La menace représentée par des individus adeptes d’un islam radical, sensibles à la propagande, mais non nécessairement liés à un groupe constitué, devient un défi croissant pour les services de renseignement qui assurent aujourd’hui le suivi de 8 132 individus inscrits au fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). (…) À ce jour, 505 détenus terroristes islamistes en lien avec la mouvance islamiste [sont recensés et] 702 détenus de droit commun [sont] susceptibles de radicalisation (…). Le défi sécuritaire est majeur pour les services de renseignement. En 2020, les prévisions de libération sont évaluées à 45 détenus condamnés pour des faits d’association de malfaiteurs terroristes (…). Ce chiffre connaîtra une nouvelle hausse en 2021 avec la sortie prévisionnelle de 63 terroristes islamistes condamnés. ».

En outre, la loi n°2017-1510 du 30 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme a permis la mise en place de 532 périmètres de protection, la fermeture de 7 lieux de culte, la notification de 312 mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance, dont 65 encore actives, et la réalisation de 170 visites domiciliaires, dont plus d’un tiers a eu des suites judiciaires. En revanche, cette loi est expérimentale et ne devrait plus s’appliquer à partir du 31 décembre 2020.

L’attentat du 25 septembre 2020 n’est donc pas anodin, il n’est que la surface d’une véritable bulle submergée du terrorisme islamique qui, aujourd’hui, continue de cibler le journal "Charlie Hebdo". Depuis le 2 septembre 2020 se déroule le procès des auteurs de l’attentat de "Charlie Hebdo" ou plutôt, des attentats de janvier 2015 qui ont fait dix-sept victimes.

Citons-les : Frédéric Boisseau, Cabu, Charb, Tignous, Honoré, Wolinski, Bernard Maris, Elsa Cayat, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet, Clarissa Jean-Philippe, Yohan Cohen, Philippe Braham, François-Michel Saada et Yoav Hattab. Souvenons-nous d’eux, dont certains ont eu des gestes ultimes d’héroïsme.

Prenant l’occasion de ce procès, "Charlie Hebdo" a republié des caricatures de Mahomet le 2 septembre 2020 ("Tout ça pour ça"). Encore pour ce numéro, il y a eu des déclarations très violentes dans le monde musulman, notamment des dirigeants pakistanais qui se sont associés aux expressions de haine et de délires d’une foule enflammée contre la France. On ne s’étonnera donc pas que, d’après le Ministre de l’Intérieur, l’un des assaillants au hachoir serait de nationalité pakistanaise.

J’ai envie de rappeler cette tirade du "Mariage de Figaro" : « Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu’ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! Je lui dirais… que les sottises imprimées n’ont d’importance qu’aux lieux où l’on en gêne le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ; et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. ». Ce texte de Beaumarchais date de 1778, toujours d’actualité.

À la même époque, Voltaire disait un peu la même chose dans "Questions sur l’Encyclopédie" : « Paraît-il parmi vous quelque livre nouveau dont les idées choquent un peu les vôtres (supposé que vous ayez des idées), ou dont l’auteur soit d’un parti contraire à votre faction, ou, qui pis est, dont l’auteur ne soit d’aucun parti : alors vous criez au feu ; c’est un bruit, un scandale, un vacarme universel dans votre petit coin de terre. (…) Un livre vous déplaît-il, réfutez-le ; vous ennuie-t-il, ne le lisez pas. ». Ce texte date de 1772.

Ce monde d’islamisme radical est "fou". En quoi un "obscur" journal qui n’est probablement pas proposé dans les kiosques au Pakistan peut-il gêner un musulman pakistanais ? Faudrait-il brûler tous les journaux qui publieraient un article qui détesterait ce que j’aime ou qui aimerait ce que je déteste ? Monde de "fous" mais esprit bien sur terre pour organiser le combat terroriste notamment en France.

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Je répète ce que j’ai déjà écrit auparavant : je n’ai pas du tout l’esprit de ce journal satirique qui tire sur tout ce qui bouge, mais c’est son style et c’est sa manière d’exister. Ils ont publié par exemple des caricatures qui ont été odieuses pour les catholiques, ou la religion catholique en général, mais jamais je ne me sentirais blessé par des attaques éditoriales qui ont bien le droit d’exister si elles ont un public, dès lors qu’elles restent dans le cadre de la loi (notamment, pas d’incitation à la haine). Qu’un bouffe-curé bouffe du curé ne me paraît pas vraiment étonnant et encore moins scandaleux, c’est même dans l’ordre des choses, mais cela ne m’engagerait pas à le lire ni à apprécier prose ou dessins. Je serais plutôt blessé par un proche ou par une personne qui compte dans le "domaine" attaqué (on parle de religion mais on peut aussi de profession, de nationalité, etc.).

En revanche, je ne peux que me sentir "Charlie" ("Je suis Charlie") quand je vois que la rédaction a été massacrée pour avoir publié des caricatures de Mahomet. En balance, finalement, l’inconfort intellectuel de dessins qui dérangent ou la solidarité avec des membres d’une rédaction qui ont payé de leur vie pour faire vivre le flambeau de la liberté d’expression ?

S’il y a bien une personne dont la réflexion sur les attentats de "Charlie Hebdo" est utile et instructive, c’est bien Philippe Val, qui fut très longtemps le directeur de la rédaction de "Charlie Hebdo" et qui fut aussi directeur de France Inter par la suite. C’est lui qui a décidé de publier les caricatures de Mahomet, et son but était de ne pas se laisser intimider par les menaces des islamistes. Il avait cru qu’il serait suivi par tous ses collègues français. Or, à part un hebdomadaire, "Charlie Hebdo" fut le seul à avoir eu le courage de publier ces caricatures et ce manque de solidarité dans la presse française a transformé les journalistes de la rédaction de "Charlie Hebdo"en cibles permanentes. Pas seulement les journalistes, d’ailleurs, tous ceux qui travaillent pour ce journal.

En ce moment, Philippe Val est souvent dans les médias. Son message est souvent le même : il veut le marteler pour qu’il soit compris, pour qu’il soit entendu. Par exemple, sur France 5, dans "C à vous" le 2 septembre 2020, Philippe Val a insisté sur le manque de solidarité de ses confrères. Il aurait fallu, selon lui, que toute la presse française publiât ces caricatures de Mahomet, et il y aurait eu une solidarité de fait entre toutes les rédactions face à l’islamisme radical. De même, il considérait que le procès des auteurs des attentats devait être un procès politique, qu’on fasse le procès politique de l’islamisme politique.

Entre autres interventions sur les plateaux de télévision, il était aussi chez David Pujadas le 22 septembre 2020 sur LCI, un plateau où il est un invité récurrent. Il a expliqué que les menaces de mort faisaient maintenant partie de sa vie, il est en permanence sous protection policière et cela a pu lui arriver qu’être en alerte, c’était alors une dizaine de policiers qui étaient chargés d’assurer sa protection et celle de sa famille. Le confinement avait à peine changé sa vie quotidienne. Et il a clairement indiqué d’où venaient les menaces : d’Al-Qaïda au Yémen. C’était d’ailleurs ce groupe terroriste qui avait revendiqué les attentats de janvier 2015.

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Mais Philippe Val va beaucoup plus loin dans sa critique du manque de solidarité, même si ce manque de solidarité a finalement été démenti, certes tardivement, par la publication simultanée, le 23 septembre 2020, par une centaine de médias, d’une lettre ouverte à nos concitoyens : "Ensemble, défendons notre Liberté d’expression" pour soutenir "Charlie Hebdo".

En effet, Philippe Val a fustigé le principe de l’autocensure, que les intellectuels, aujourd’hui, en France, préfèrent se brider pour éviter de se mettre en danger. Que finalement, les terroristes avaient gagné la partie car ils ont insufflé la terreur parmi ceux qui analysent et réfléchissent, ceux qui devraient avoir l’esprit lucide et critique.

Et il a pointé du doigt ce qu’il considère comme une imposture intellectuelle : le principe de l’islamophobie. Selon lui, ce mot provient des mollahs iraniens lorsqu’ils ont condamné Salman Rushdie pour faire habilement diversion. L’idée effectivement est de faire l’amalgame entre l’islam et l’islamisme et de crier à l’islamophobie quand on ose critiquer l’islamisme politique. Philippe Val n’est ainsi pas tendre avec une certaine partie de la gauche française qui n’hésite pas à mélanger les deux, probablement en considérant que les Français musulmans seraient le nouveau prolétariat à défendre, ce qui n’a rien à voir. En clair, mais sans dire je crois le mot, Philippe Val a fustigé l’islamo-gauchisme.

Ce qui est frappant, mais ce n’est pas une nouveauté, c’est le traitement de l’information pour cet attentat du 25 septembre 2020. Description gore, détail presque clownesque (un assaillant aurait été interpellé parce qu’il portait des baskets rouges, comment imagine-t-on préparer minutieusement un attentat et porter des chaussures rouges qui distinguent des autres ? quelle impréparation).

Et on a pu entendre, dans le flux ininterrompu des réactions et surréactions, des propos parfois révoltants, comme, sur le plateau de "C dans l’air" sur France 5, cet intervenant (dont je tais le nom par charité chrétienne) qui a osé faire une différence de gravité entre ceux qui sont assassinés parce qu’ils sont Juifs et ceux qui sont assassinés parce qu’ils ont dessiné Mahomet (le pire, à mon sens, c’est que personne n’a réagi autour de lui). Pourquoi scandaleux ? Parce que, avec cette logique, ceux qui ont caricaturé Mahomet auraient pu ne pas le faire et être épargnés ? C’est n’avoir rien compris au terrorisme islamique. Et ceux qui se détendaient sur une terrasse de café aussi auraient mieux fait de ne pas le faire ? C’est dire "ils l’ont bien cherché" qui n’est pas moins scandaleux que lorsqu’on explique le viol par "elle l’a bien cherché" ("elle aurait pu porter une tenue décente, vraiment !"). Pour dire : "ils auraient pu respecter un peu mieux une religion". Non, la France, c’est de pouvoir choquer les autres si c’est fait sans appel à la haine. C’est cela, être Charlie.

Le 25 septembre 2020 toujours sur LCI, Philippe Val a réagi à l’attentat en disant que le risque pesait sur tout le monde, pas seulement les journalistes de "Charlie" : « C’est la France qui est visée, et les États de droit », en soulignant que les islamistes radicaux étaient en guerre politique contre "nous", contre les États de droit qui sont en cette période fragile avec la crise économique et sanitaire, il y a une volonté politique de faire vaciller les démocraties.

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Le quinquennat de François Hollande a mis un temps fou à associer islamisme politique et terrorisme. Emmanuel Macron, au contraire, n’hésite pas même à employer l’expression s’il préfère sans doute le mot séparatisme (ou séparatismes, au pluriel). En tout cas, il l’a dit clairement, il a défendu le droit au blasphème. Tout comme Gérald Darmanin encore au journal télévisé de France 2 le 25 septembre 2020 où il a déclaré que certains dessins de "Charlie Hebdo" pouvaient le choquer personnellement mais que le journal avait la liberté de choquer s’il le voulait.

Ce qui tue la liberté, c’est d’abord cette indifférence diffuse. Et la question, qui va continuer à être posée, c’est : à chaque attentat islamiste, et hélas, il y en aura probablement encore dans le futur, faut-il d’abord s’inquiéter d’un regain d’une supposée islamophobie ou pleurer les vies blessées ou massacrées des victimes ?

Au moins, la rédaction de "Charlie Hebdo" a déjà répondu à la question en ne se laissant pas intimider : « Loin de nous terroriser, de tels événements doivent nous rendre encore plus combatifs dans la défense de nos valeurs. Il n’est pas question de céder quoi que ce soit à la logique mortifère et criminelle des idéologies qui motivent ces actes. ». L’essentiel est dit. Je reste Charlie !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


(Les trois dessins proviennent de "Charlie Hebdo").


Pour aller plus loin :
Charlie Hebdo : mortelle indifférence.
Charlie Hebdo en 2015.
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
5 ans de Soumission.
Mosquée de Bayonne : non assistance à peuple en danger ?
La société de vigilance.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200925-charlie-hebdo.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/charlie-hebdo-mortelle-227351

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/03/38513356.html







 

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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 03:16

« Maryam Pougetoux ne peut pas ignorer que le hijab a désormais une signification politique, même si cette signification ne correspond pas forcément aux convictions de toutes les femmes qui le portent. Déléguée de l’Unef, ayant choisi d’exercer des fonctions politiques et publiques, elle ne peut pas faire abstraction de cette signification. Ce n’est peut-être pas le sens qu’elle-même donne à ce symbole, c’est néanmoins celui qu’il a pour la plupart des gens, y compris des musulmans de sa génération, il suffit de lire les argumentaires qu’ils développement pour ou contre le port du voile pour s’en convaincre. Sachant tout cela, le choix de Maryam Pougetoux d’arborer un hijab dans le cadre de son mandat n’est pas neutre, et ne relève pas uniquement de sa foi et de son for intérieur. » (Aurélien Marq, "Causeur", le 23 mai 2018).



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Ce qu’expliquait il y a deux ans cette réflexion dans "Causeur" reste toujours valable. Il évoquait la figure de Maryam Pougetoux, responsable de l’Unef de l’Université Paris-4 et par ailleurs, vice-présidente nationale de l’Unef, portant en permanence le hijab. Son portrait, réalisé par Aida Alimi et diffusé par la chaîne M6 le 12 mai 2018 (à l’époque, elle avait 18 ans), avait suscité quelques remous, notamment sur la compatibilité entre un engagement syndical et politique et le port "ostentatoire" d’un signe religieux qui signifie l’islam politique (en tout cas, comme le rappelle Aurélien Marq, interprété comme tel). Le Ministre de l’Intérieur Gérard Collomb avait même réagi, à l’époque, ainsi que la Secrétaire d’État chargée de l’égalité homme-femme Marlène Schiappa, aujourd’hui chargée de la citoyenneté auprès du ministre Gérald Darmanin.

Tout le monde a le droit d’avoir la religion qu’il veut, mais il est des cadres institutionnels où l’afficher ne paraît pas indiqué. Ce qui vient de se passer dans les locaux de l’Assemblée Nationale ce jeudi 17 septembre 2020 remet dans l’actualité l’un des flous du Président Emmanuel Macron dont le parti, LREM, s’est montré ici particulièrement divisé. Rappelons en introduction que le 15 avril 2018, Emmanuel Macron avait déclaré : « Ce voile n’est pas conforme à la civilité qu’il y a dans notre pays. C’est-à-dire au rapport qu’il y a entre les hommes et les femmes dans notre pays. ».

Jamais aucun texte n’a exigé des femmes musulmanes de porter le voile qui était avant tout un vêtement de circonstance. En revanche, le voile est, au-delà de toute considération religieuse, une insulte à la dignité des femmes. Un enfermement, qu’il soit volontaire (comme cela semble le cas ici) ou imposé par des proches (père, grand frère, mari).

Le Parlement est en session extraordinaire depuis ce mardi 15 septembre 2020 et travaille à nouveau après la courte période estivale. Parmi les nouveautés, la création, à l’Assemblée Nationale, de la commission d’enquête pour mesurer et prévenir les effets de la crise du covid-19 sur les enfants et la jeunesse. Constituée le 8 septembre 2020, elle est présidée par la députée LREM de Haute-Garonne Sandrine Mörch, et a commencé ses séances d’audition ce jeudi 17 septembre 2020. Parmi les invités à écouter l’après-midi, des représentantes de l’Unef, et en particulier Maryam Pougetoux, portant le voile (ainsi que le masque, comme c’est obligatoire dans l’enceinte du Parlement).

Après l’introduction des syndicalistes étudiants auditionnés, le député LR du Pas-de-Calais Pierre-Henri Dumont a pris la parole pour un rappel au règlement et a exprimé son indignation qu’une personne invitée porte le voile au sein même de l’Assemblée Nationale, considérant que c’était un « acte communautariste délibéré ». Il a annoncé que tous les députés LR de la commission allaient donc quitter immédiatement la salle en signe de protestation.

Encore plus courageuse, la députée LREM de Paris Anne-Christine Lang, par ailleurs l’une des vice-présidente de cette commission, a également exprimé son refus d’écouter une personne voilée : « Je vais (…) quitter cette réunion. En effet, je ne peux accepter qu’au sein de l’Assemblée Nationale, le cœur battant de la démocratie, où règnent les valeurs fondatrices de la République, dont la laïcité, nous acceptions qu’une personne se présente en hijab devant une commission d’enquête. ». Elle a quitté la salle très émue, sous la réponse sèche et méprisante d’une pourtant "amie politique" LREM présidente de la commission, Sandrine Mörch, considérant (à tort) que ce n’était pas le sujet et que c’était un « mauvais procès ».

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Cet incident a marqué les médias qui, bien sûr, ne manqueront pas de le rediffuser fréquemment le lendemain pour évoquer le sujet ultrasensible qu’est le port du voile à l’Assemblée Nationale. Beaucoup de collègues députés non membres de cette commission ont exprimé dans la soirée leur solidarité vis-à-vis de leurs collègues pour cette indignation, en particulier (et à titre personnel) le député LREM Sylvain Maillard par ailleurs porte-parole du groupe LREM. Leur nouveau président de groupe, Christophe Castaner, va avoir du mal à maintenir dans la cohésion un groupe aussi hétérogène, d’autant plus que ces dissensions concernent les valeurs et pas les projets.

Il ne s’agit pas d’en faire une nouvelle "affaire du voile" comme la France aime bien s’en créer depuis trente et un ans, mais il s’agit cependant de dénoncer ce que l’islam politique, progressivement, est en train de faire. D’ailleurs, dans cette affaire, qui est un bon marqueur, il est intéressant à écouter les réactions de tous les responsables politiques et éditoriaux, et immanquablement, on retrouvera l’islamo-gauchisme se diffusant auprès de personnalités qui vous expliqueront gentiment qu’on a bien le droit d’être musulman (oui, évidemment) et que le leur refuser serait de l’islamophobie. En clair, il faut être tolérant avec les musulmans, ce qui, à mon sens, n’est pas le problème. La laïcité ne saurait stigmatiser aucune religion.

Ces islamo-gauchistes, on les retrouve à gauche de l’échiquier politique, évidemment, mais aussi parmi les écologistes, mais c’est moins voyant, à moins que vert, c’est vert… Ainsi, le nouveau maire de Bordeaux a posé la première pierre d’une mosquée, mais refuse d’installer le sapin de Noël qui fait la joie des enfants chaque année, sous des prétextes peu convaincants : on doit respecter l’islam, on n’a plus le droit de respecter le christianisme, si tenté que soit le fait que le sapin de Noël représente le christianisme. Bref, cette "tolérance" est toujours dans le même sens. Ou plutôt, à sens unique, dans l’esprit de ces idéologues.

Même relativisme avec la liberté d’expression. Ainsi, après le portrait de Maryam Pougetoux sur M6 en 2018, l’ancien candidat du NPA à l’élection présidentielle Olivier Besancenot s’était indigné le 25 mai 2018 sur RTL de la caricature en une du "Charlie Hebdo" du 23 mai 2018 représentant Maryam Pougetoux sous la légende : "Parcoursup c’est la m*rde… Ils m’ont prise pour diriger l’Unef" (à 18 ans, j’aurais trouvé cela au contraire très flatteur d’être caricaturé et affiché en une d’un journal satirique).

Choqué, Olivier Besancenot : « La une Charlie, elle m’a pas plu, elle m’a pas fait rire, c’est pas la première fois. Quant à ceux qui sont là à demander à tout le monde de prononcer le mot "laïcité", moi, le mot "laïcité", je peux le prononcer, mais le mot "islamophobie", je peux aussi le prononcer. ». On ne pouvait être plus clair : pour ces gens-là, la laïcité, c’est moins important qu’aider l’islam politique à se développer en France. C’est là le danger, pas les croyants, mais les politiques. L’hebdomadaire "Marianne" commentait ces déclarations : « C’est d’ailleurs le mouvement d’Olivier Besancenot qui est à l’origine du tournant communautariste de l’Unef : (…) à partir de 2012, c’est bien la tendance du syndicat étudiant issue du NPA qui a promu l’instauration de réunions "non mixtes" réservées aux femmes, puis "non mixtes racisées", c’est-à-dire interdites aux Blancs. ».

Attention à ne pas se méprendre. L’affaire de la commission parlementaire n’a rien à voir au microscandale provoqué par un élu RN du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté en mal de notoriété, qui avait protesté le 11 octobre 2019 contre une accompagnatrice scolaire qui portait un voile. Elle était venu accompagner des enfants pour assister à une séance du conseil régional. La femme était discrète, n’était pas intervenue et ne dérangeait personne, ce qui est bien différent d’une personnalité convoquée officiellement par une commission d’enquête avec expression publique.

Du reste, des personnalités venues à des auditions de commissions parlementaires ont pu venir avec des signes ostentatoires de leur religion …quand elles étaient invitées ès qualités : un rabbin, un prêtre, un pasteur, un imam, venus donner le point de vue de leur religion sur un sujet particulier (notamment dans le domaine de la bioéthique), s’exprimaient au nom de leur religion. C’est moins normal pour une syndicaliste étudiante qui, en principe, représente des étudiants et pas une communauté religieuse particulière (j’imagine qu’il y a des chrétiens, des athées, etc. à l’Unef).

D’un point de vue "juridique", c’est-à-dire, à la question de savoir si on a le droit ou pas de porter le voile quand on est auditionné par une commission d’enquête parlementaire, il faut se référer au règlement intérieur de l’assemblée en question, et, a priori, il n’y a rien qui l’interdit. Interrogé par France Inter, un administrateur de l’Assemblée Nationale a confirmé : « Aucune règle n’existe et n’empêche d’auditionner une femme voilée (…). Rien dans le règlement ne fait obstacle à une quelconque tenue pour une audition. ». Mais rien n’interdit les députés de compléter le règlement intérieur.

Bravo à la députée Anne-Christine Lang qui a été courageuse et dont l’indignation a rendu plus symbolique cette affaire, car si c’étaient seulement les députés LR qui s’étaient indignés, on aurait pu les accuser d’une manœuvre politicienne. Au moins, la protestation de cette députée LREM, qui embarrasse tout son groupe, ne peut être que sincère et grave.

Mais la députée va plus loin, et alors que le 25 mai 2018, le relativiste Olivier Besancenot insistait pour trouver un "équilibre" entre "laïcité", "droits des femmes" et "islamophobie", Anne-Christine Lang considère que ce n’est pas seulement une atteinte à la laïcité, le plus grave est une atteinte à la dignité de la femme. Dans un tweeet quelques heures plus tard, elle a en effet expliqué : « En tant que députée et féministe, attachée aux valeurs républicaines, à la laïcité et aux droits des femmes, je ne peux accepter qu’une personne vienne participer à nos travaux à l’Assemblée Nationale en hijab, qui reste pour moi une marque de soumission. J’ai donc quitté cette audition. ».

Elle a tout à fait raison. Je connais plusieurs amis musulmans pour qui les droits des femmes, la laïcité, et plus généralement les valeurs de la République et aussi, bien sûr, les lois de la République ne posent pas de problème, en ce sens qu’il n’y a aucune incompatibilité à suivre les règles institutionnelles tout en cultivant leur foi. Ceux pour qui cela semble incompatible (au point que ceux qui défendent les valeurs de laïcité et droits des femmes deviennent des "islamophobes") sont clairement des soutiens plus ou moins implicites de l’islam politique. Et de cela pour mon pays, je n’en veux pas ! Au groupe majoritaire (LREM) de prendre ses responsabilités et de prendre l’initiative de réviser le règlement intérieur en ce sens !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
Au Panthéon de la République, Emmanuel Macron défend le droit au blasphème.
Une collusion tacite des secours humanitaires avec les passeurs criminels ?
Comment salir Danièle Obono ?
Ils sont tombés par terre, c’est la faute à Colbert !
Mort d’Adama Traoré : le communautarisme identitaire est un racisme.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
Deux faces des États-Unis : George Floyd et SpaceX.
5 ans de Soumission.
Mosquée de Bayonne : non assistance à peuple en danger ?
La société de vigilance.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
La Commission Stasi : la République, le voile islamique et le "vivre ensemble".
Rapport Stasi du 11 décembre 2003 sur la laïcité (à télécharger).
L’immigration, une chance pour la France : Bernard Stasi toujours d’actualité !
La laïcité depuis le 9 décembre 1905.
Le burkini réseau en question.
L’apéro saucisson vin rouge (12 juillet 2011).
Terrorisme islamiste de Daech.
L’esprit républicain.
Le patriotisme.
Représenter le prophète ?
L’islam rouge (19 septembre 2012).
La laïcité et le voile.
La burqa et la République.
Terrorisme et islamisme.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200917-voile-assemblee-nationale.html

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11 septembre 2020 5 11 /09 /septembre /2020 03:23

« Le ministère des Armées se souviendra de son audace au combat, de son patriotisme ardent, de sa modestie dans la Victoire. Edgard Tupët-Thomé reste un modèle d‘engagement, un exemple du service désintéressé au nom d’un idéal. (…) À l’instar de ses 1 038 frères d’armes, il personnifia l’honneur de la France et la participation de notre pays à la Victoire. » (Communiqué, le 9 septembre 2020).



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Les héros s’éteignent, c’est hélas dans l’ordre des choses avec ce satané temps qui ne fait rien que d’avancer. Le doyen des compagnons de la Libération (décret du 17 novembre 1945) est parti ce mercredi 9 septembre 2020 à Paris, aux Invalides où il habitait après avoir longtemps vécu à Bicnic, près de Saint-Brieuc. Un hommage dans la cour d’honneur des Invalides est prévu le 17 septembre 2020. Veuf depuis deux ans, il a atteint les 100 ans le 19 avril 2020. Par le décret du Président Emmanuel Macron en date du 31 décembre 2019, le colonel Edgard Tupët-Thomé a reçu les insignes de Grand-croix de la Légion d’honneur (le grade le plus élevé) le 28 janvier 2020 des mains de son alter ego, Hubert Germain, compagnon de la Libération, devenu comme lui centenaire et séjournant comme lui aux Invalides.

En outre, l’ambassadeur du Royaume-Uni en France, Sir Ed Llewellyn, lui a remis le 2 juillet 2020 chez lui, aux Invalides, les insignes de membre honoraire de l’Ordre de l’Empire britannique après la décision du Premier Ministre britannique Boris Johnson, annoncée le 18 juin 2020, d’honorer ainsi les quatre derniers compagnons de la Libération. C’était une réponse diplomatique au choix du gouvernement français d’attribuer la Légion d’honneur à la Ville de Londres le 18 juin 2020. Les trois autres compagnons de la Libération sont Hubert Germain (né le 6 août 1920), Daniel Cordier (né le 10 août 1920) et Pierre Simonet (né le 27 octobre 1921). À l’intérieur de la crypte du mémorial érigé au Mont Valérien, un dix-septième caveau reste vide et est réservé au dernier survivant des compagnons de la Libération. Daniel Cordier a déjà pris les devants en refusant cet honneur si cet honneur devait lui échoir. Ce ne sera en tout cas pas Edgard Tupët-Thomé.

Comment peut-on encore imaginer l’été 1940 en été 2020 ? Les témoins sont de plus en plus rares, et la disparition de ce héros si moderne, si actuel, qui a risqué de nombreuses fois sa vie en si peu de temps, mais qui, finalement, l’a poussée très loin (nul n’est vraiment maître de sa destinée), est l’occasion, une fois encore, au-delà de l’émotion indicible des proches et entre les lignes des communiqués officiels, de rappeler, surtout pour les générations les plus jeunes, ce qu’est être patriote, ce qu’est aimer son pays au point de s’y consacrer, de s’y risquer, parfois de s’y perdre.

On est tellement dans la mode du "France bashing", par les Français eux-mêmes, qui n’ont plus besoin d’ennemis, une mode qui ne fait voir que les défauts de son propre pays, sans pour autant y voir ses atouts, son rayonnement, sa richesse, même plongé dans une crise profonde tant économique que sanitaire, que je me demande bien comment, aujourd’hui, on pourrait encore mobiliser des résistants pour sauver notre pays. Des "résistants", je dis bien, au sens de De Gaulle, au sens de l’été 1940, pas au sens des crypto-militants anti-masques qui, croyant être insoumis à un pouvoir supposé dictatorial (mais paradoxalement issu des urnes), jouant aux faux héros égoïstes et hypocrites dans leur salon, mettrant peut-être en danger un membre de leur famille par négligence, insouciance, inconscience, voire insolence.

Impossible donc de faire le parallèle entre notre situation actuelle, difficile, et cela va hélas continuer dans les mois à venir, et cette situation absolument effroyable de la débâcle en mai et juin 1940. L’impression qu’une si grande puissance, au sommet de la "communauté internationale" lors du Traité de Versailles, vingt et une petites années auparavant (c’est quoi, vingt et un ans en arrière ? c’est l’été1999, l’éclipse du soleil en août !), s’est écroulée comme un château de cartes, avec des responsabilités dans l’impréparation, l’absence d’anticipation des stratèges militaires et surtout, l’absence d’envergure des dirigeants politiques (en ce sens, De Gaulle est né trop tard et Clemenceau trop tôt !).

Emmanuel Macron a évoqué dans un communiqué le 9 septembre 2020 le « résistant de la première heure, qui fut jusqu’à son dernier souffle un homme engagé, prêt à opposer aux mauvais vents de l’histoire le souffle de l’idéal ».

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Selon le site de l’Ordre de la Libération, après des velléités d’études de théologie, Edgard Tupët-Thomé s’est engagé dans l’armée en octobre 1938 en devançant son appel. Devancer son service juste avant la Seconde Guerre mondiale. Il n’a jamais quitté l’armée jusqu’en 1945. Envoyé aux combats en Lorraine en septembre 1939 et en Belgique en mai 1940, il s’est retrouvé à Dunkerque du 26 mai au 3 juin 1940, fut pris par l’armée allemande le lendemain mais a réussi à s’évader une semaine plus tard. Il refusa la défaite et l’armistice mais n’est pas parvenu à rejoindre Londres.

Quelques mois plus tard, il a intégré un réseau de résistance à Clermont-Ferrand, où il avait trouvé un emploi, et ce réseau fut en connexion avec De Gaulle dès mars 1941. Parmi les cinq premiers membres des FFL, Egard Tupët-Thomé s’est rendu à Londres en août 191 pour suivre un entraînement de parachutisme et a fait partie de l’état-major particulier de De Gaulle. Il fut parachuté à Châteauroux le 9 décembre 1941, il s’y blessa la tête, a poursuivi malgré tout ses missions puis fut exfiltré en Angleterre le 29 mai 1942 pour se faire soigner. Il quitta Londres en novembre 1942 pour d’autres missions FFL, à Saint-Pierre-et-Miquelon, puis en février 1943, dans les Antilles, puis en août 1943, retourna en Grande-Bretagne pour se préparer à ses prochaines missions de parachutisme. Plus tard, il a décrit son entraînement au sein du 4e Bataillon d’Infanterie de l’Air : « La formation militaire que nous avons reçue là-bas était très poussée. Nous étions surentraînés. Et il régnait un professionnalisme et un état d’esprit qui m’ont poussé. ».

Trois missions héroïques. Au début du mois d’août 1944 dans le Finistère, il libéra Daoulas (à 12 contre 60) et Landerneau : « La liberté qui était la mienne me permettait de jouer sur l’effet de surprise chez l’adversaire. Ainsi, nous avons franchi le poste de contrôle ennemi à Daoulas dans un véhicule de commandement allemand, sans être remarqués. Notre action dans l’opération Derry est d’ailleurs toujours citée en exemple à l’école militaire de Saint-Cyr. ».

Puis, deuxième mission, le 27 août 1944 dans le Doubs (il se blessa) pour renforcer les résistants du maquis du Lomont, près de la frontière suisse. Il libéra Clerval, où il a tué beaucoup de soldats allemands. Rejoignant l’armée américaine, il a sauvé, au péril de sa vie, un soldat américain et a ramené le corps d’un camarade tué le 23 septembre 1944 à Arches en Moselle.

Enfin, il est parachuté une troisième fois le 7 avril 1945 aux Pays-Bas pour des opérations elles aussi réussies, pour repousser l’armée allemande. Il fut d’ailleurs décoré aussi bien par les Pays-Bas que par le Royaume-Uni comme un soldat exemplaire et héroïque (en Angleterre, il a même été reçu par la reine mère !).

Après la guerre, il a travaillé comme viticulteur en Tunisie puis éleveur au Canada, puis, il a repris des études et est devenu ingénieur, d’abord dans un groupe industriel d’équipement ménager, puis dans un laboratoire pharmaceutique, enfin chez un constructeur automobile avant de terminer sa carrière professionnelle à la tête d’une agence de tourisme.

Pendant très longtemps, il était toujours présent aux cérémonies, tant à Bicnic qu’à Paris pour le 18 juin, le 8 mai , etc. mais cette année était un peu spéciale à cause de la crise sanitaire, il n’a pas participé à la cérémonie du Mont Valérien. Sa fierté la plus grande, ce fut : « avoir eu peu de pertes et ne pas avoir causé de dégâts aux civils. ».

Dans son livre de témoignage sorti en 1981 chez Grasset (et réédité aux éditions Atlante), Edgard Tupët-Thomé évoquait sa « nostalgie pour une époque où nous avons eu la chance rarissime de vivre loin des imposteurs, des tricheurs et des "habiles", entre hommes de bonne volonté ».

Car ce qui caractérisait le plus ce combattant, c’était la grande modestie : après la guerre, comme du reste Daniel Cordier entre autres, il ne s’est jamais prévalu de ses nombreux actes courageux commis pendant la guerre, alors qu’il aurait pu le faire à l’instar d’un François Mitterrand, âgé de seulement trois ans et demi de plus que lui. Interrogé par Marie-Claudine Chaupitre dans "Ouest-France" le 2 janvier 2020, un proche qui le connaissait bien, à Bicnic, Bernard Le Néel, a pu témoigner de cette discrétion et humilité : « Il ne voulait pas être considéré comme un héros. Il disait : "C’est le hasard, et puis, quand nous nous battions, nous avions l’avantage d’être des professionnels bien formés". ».

Hasard ou pas hasard, le courage, ce n’est pas forcément naturel, le vrai courage, celui qui fait risquer sa vie pour libérer celle des autres. Qu’Edgard Tupët-Thomé soit remercié par la nation française tout entière de cet héroïsme, il est un modèle, un exemple et une leçon pour tous les vrais patriotes. Souvenir et condoléances.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Edgard Tupët-Thomé.
Seconde Guerre mondiale.
Charles Denner.
Jacques François.
Le courage exceptionnel de deux centenaires.
Libération de Paris.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Hubert Germain.
Daniel Cordier.
Le programme du Conseil National de la Résistance (CNR).
Stéphane Hessel.
Daniel Mayer.
Roland Leroy.
Antoine de Saint-Exupéry.
Joseph Kessel.
Georges Mandel.
Jean Zay.
Simone Veil.
Antisémitisme.
Maurice Druon.
Joseph Joffo.
Anne Frank.
Robert Merle.
L’amiral François Flohic.
Jean Moulin.
André Malraux.
Edmond Michelet.
Loïc Bouvard.
Germaine Tillion.
Alain Savary.
Être patriote.
Charles Maurras.
Philippe Pétain.
L’appel du 18 juin.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Raymond Sabot.
François Jacob.
Pierre Messmer.
Maurice Schumann.
Jacques Chaban-Delmas.
Yves Guéna.
Général Leclerc.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200909-edgard-tupet-thome.html

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http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/10/38525874.html








 

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8 septembre 2020 2 08 /09 /septembre /2020 03:47

« Si nous contestons fermement les accusations dont nos contempteurs nous accablent, nous avons suffisamment de clairvoyance pour comprendre que la principale intéressée, madame Danièle Obono, ait pu se sentir personnellement blessée par cette fiction. Nous le regrettons et lui présentons nos excuses. À l’avenir nous maintiendrons la vigilance absolue dont doit faire preuve un journal comme "Valeurs actuelles", attaqué quotidiennement. » (Communiqué de "Valeurs actuelles", le 29 août 2020).


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Même le journal reconnaît la faute morale ! Mais c’est trop tard, le mal est fait. La députée FI Danièle Obono a été l’objet d’une caricature odieuse au cœur d’une fiction dessinée dans le numéro de "Valeurs actuelles" du 29 août 2020. Comme la vie politique française aime bien depuis plusieurs années, une polémique est née de cette fiction parce qu’elle représentait Danièle Obono enchaînée en esclave. Une représentation qui a de quoi scandaliser unanimement toute la classe politique. Une telle unanimité est assez rare dans ce genre de polémique.

À qui profite la forte polémique ? On aurait pu imaginer aux deux parties, c’est-à-dire au journal "Valeurs actuelles" qui, par cette provocation, s’est fait un grand coup de publicité, et Danièle Obono, sa victime, qui a reçu des soutiens bien au-delà de ses frontières politiques habituelles.

"Valeurs actuelles" est un journal qui se situe généralement à droite de l’échiquier politique, et quand j’écris "à droite", il faut comprendre "bien à droite", c’est-à-dire "très à droite", principalement proche de Marion Maréchal. Les thèmes sécuritaires, les thèmes anti-élites sont généralement le miel de ce journal qui essaie en général de surfer sur l’électorat LR tenté par le RN. Mais avec cette polémique, le voici projeté encore plus à droite : car le RN, avec son trésorier et un vice-président, a rejoint les cohortes de l’indignation de ceux qui, pour l’occasion, soutiennent Danièle Obono.

Grâce à "Valeurs actuelles", le Rassemblement national devient un parti modéré, mesuré, le cœur sur la main, et prêt, à l’occasion, à soutenir une parlementaire qui pourtant faisait partie de ses pires adversaires, encore que l’histoire, même récente, a montré, à de très nombreuses reprises, des collusions évidentes (dans les  thèmes de campagne) entre extrême droite et extrême gauche. Mais ici, Danièle Obono n’est pas une représentante de l’extrême gauche, elle est plutôt la représentante du "camp du bien" face au "camp du mal".

Les idées et même la personnalité de Danièle Obono ne sont pas "ma tasse de thé", ou plutôt, pour être clair, je me sens très éloigné des idées politiques de Danièle Obono et sa personnalité ne m’attire pas beaucoup parce que je l’ai souvent entendu plonger dans de nombreuses polémiques souvent inutiles, souvent contreproductives avec les causes qu’elle défend (qui, parfois, pourraient être justifiées), mais il peut aussi y avoir une forme de maladresse (par exemple, ses réflexions à propos des "Indigènes de la République" sont peu claires car partagées entre un sentiment de "lutte commune" et des propos particulièrement scandaleux des dits militants en question). Proche de José Bové, ancienne membre de la direction nationale du NPA, Danièle Obono a rejoint Jean-Luc Mélenchon en 2012 à l’occasion de sa première campagne présidentielle.

En revanche, j’apprécie la combativité de Danièle Obono. D’autres, dans la même situation qu’elle, sont beaucoup moins combatifs et même, beaucoup moins actifs. Le 21 décembre 2017, le magazine "Capital" a classé Danièle Obono en 6e position parmi les députés les plus actifs ! Au moins, elle participe très activement au débat national et qu’on soit pour, contre, sans opinion, elle concourt un peu à ce qu’on pourrait dire la lente progression de la conscience collective. On ne peut pas en dire autant de tous les députés !

Et pourtant, Danièle Obono a été élue de façon plutôt surprenante, personne, pas même Jean-Luc Mélenchon, n’avait probablement imaginé l’élection de cette jeune bibliothécaire parisienne de 36 ans  le 18 juin 2017, de justesse au second tour, avec 50,7% des voix face à la candidate LREM donnée favorite.

Dans cette 17e circonscription de Paris (une partie des 18e et 19e arrondissements de Paris), plutôt de "gauche modérée", et terre électorale de Daniel Vaillant, ancien Ministre de l’Intérieur et député PS sortant (qui n’a fait que 6,6% au premier tour du 11 juin 2017 alors qu’il avait été réélu le 17 juin 2012 avec 72,8%), Danièle Obono n’a recueilli que 17,0% au premier tour, contre 31,0% pour sa concurrente LREM, soit le double. La gauche était particulièrement explosée dans la circonscription puisqu’il y avait un candidat communiste (assez connu) Ian Brossat (10,4%), une candidate avec l’investiture du PS et alliés (9,0%) mangeant sur l’électorat de Daniel Vaillant (6,6% donc) sans oublier les écolos EELV (6,3%) et de nombreux très petits candidats qui se réclamaient de la gauche ou de l’écologisme qui ont pris quelques %. À ces candidats, il faut aussi ajouter la candidate LR (6,5%) et la candidate FN (4,8%), tandis qu’en juin 2012, une autre candidate LR faisait quand même 18,3% et 27,2%, respectivement au premier et au second tours.

On voit clairement que les élections législatives ont suivi la logique présidentielle avec l’explosion des duels habituels LR vs PS en duels soit LREM vs FI, soit LREM vs RN. Il faudra d’ailleurs vérifier si cette évolution est pérenne et se renouvellera en juin 2022, même si, évidemment, il ne faut pas oublier la forte abstention en juin 2017 ni que les résultats de l’élection présidentielle de 2022 auront une grande influence sur les élections législatives (je reviendrai sans doute sur les velléités  de changement de mode de scrutin qu’on entend en ce moment).

Tout cela pour dire que l’élection de Danièle Obono n’avait rien d’une évidence, car si le bon score de son adversaire LREM était imaginable (mordant sur l’électorat du PS et de LR), en face de cette candidate, Ian Brossat (dont Danièle Obono avait été la candidate suppléante en 2012) avait beaucoup plus de probabilité pour récupérer la mise du vote "gauche de la gauche". D’autant plus que Danièle Obono n’avait pas eu une très forte influence électorale jusqu’à ce scrutin : elle a mené la liste Front de gauche dans le 2e arrondissement de Paris aux élections municipales de mars 2014 et n’avait recueilli que… 2,8% ! (certes, ce n’était pas le même terreau électoral parisien).

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Mais revenons à la polémique avec "Valeurs actuelles". Je ne sais pas si l’opération de la revue a été positive pour elle, probablement en vente ou en audience, mais peut-être pas en réputation : le directeur de la rédaction Geoffroy Lejeune, dont j’apprécie le talent de débatteur, souvent avec des arguments réfléchis qui méritent de s’y attarder même si on n’a pas les mêmes convictions, a été débarqué de LCI, du groupe TF1, parce que le groupe de télévision ne voulait pas voir sa propre réputation être salie comme "Valeurs actuelles". En outre, un autre journaliste de cette revue a quitté le navire pour rejoindre la station Europe 1 (mais cette transhumance peut évidemment ne pas être liée, elles sont courantes à chaque rentrée).

On peut bien sûr, comme c’est le cas des "lynchages" médiatiques quasi-unanimes, avoir un doute et surtout, refuser d’en rajouter. Après tout, l’idée de "Valeurs actuelles", qui était, à chaque nouvelle publication pendant l’été, de proposer à ses lecteurs une bande dessinée mettant en situation une personnalité politique connue dans une autre époque pour peut-être la confronter à ses propres idées, était intéressante en elle-même. Ainsi, Danièle Obono n’a pas été la première "victime" de "Valeurs actuelles" qui a aussi mis en scène Éric Zemmour, Didier Raoult, François Fillon, sans que ceux-ci ne s’en aient ému.

Des vraies fictions (présentées comme telles, donc, il n’y a pas d’ambiguïté sur cela) mettant en scène des vraies personnalités politiques, c’est même monnaie courante chez les romanciers et chez les éditorialistes politiques. J’ai par exemple le souvenir d’un livre d’anticipation de Christine Clerc qui imaginait le premier gouvernement de la cohabitation en mars 1986, plusieurs mois avant ces élections. Ce sont souvent des livres sans lendemain, car quand on connaît la suite, quel intérêt, sinon pour des historiens sociologues en manque de sujet d’études, d’avoir à relire des hypothèses d’école (c’est même un grand risque que prend l’auteur, si les événements ne lui donnent pas raison ; en revanche, un jackpot de réputation et crédibilité dans le cas contraire).

Des bandes dessinées qui mettent en scène des vrais personnages politiques, il y en a beaucoup aussi, tous les Présidents de la République, aussi les candidats, Marine Le Pen en a été la cible dans plusieurs d’entre elles, etc. Et cela est tout à fait admissible dès lors qu’on explique ou fait comprendre que c’est une fiction (c’est le problème des sites d’humour comme le Gorafi ou autres qui sont parfois repris au premier degré par des complotistes n’ayant pas compris que c’était de l’humour, notamment à propos de cette affaire faisant intervenir Danièle Obono).

C’est pour cette raison que je ne pense pas que l’ouvrage de "Valeurs actuelles" pourrait être condamné par la justice car il relève de la liberté d’expression. Dès lors qu’une personne est publique, et aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, tout le monde est susceptible d’être une personne publique, elle peut être "utilisée" en étendard, en cible, en objet de fiction, etc. Le regard des autres n’appartient plus aux personnes concernées, et heureusement, car c’est le signe d’une bonne santé démocratique.

Pourtant, je comprends l’indignation collective contre ces dessins et cette fiction représentant Danièle Obono enchaînée et je me joins à cette indignation car je trouve sa représentation très violente. Le Président Emmanuel Macron, qu’on ne peut franchement pas dire adulé par Danièle Obono, l’a appelée au téléphone pour lui assurer de son soutien, au même titre qu’il l’avait fait avec Alain Finkielkraut et Éric Zemmour lorsque chacun d’eux a été agressé, là physiquement, dans la rue, près de chez lui. Je trouve ce coup de fil tout à fait raisonnable et rassurant, même si, à ce rythme, le Président de la République risque de devoir téléphoner à tous les journalistes et tous les responsables et élus politiques, à tel point ces derniers peuvent être "bousculés" par d’indélicats contempteurs.

Car de quoi s’agit-il vraiment ? Pas de droit, car je pense que "Valeurs actuelles" utilisent la liberté d’expression et que la mention de fiction devrait éviter tout risque de calomnie. Il ne s’agit pas non plus de politique. Certes, l’idée sous-jacente et lourdement démonstrative de "Valeurs actuelles", c’est de dire que les Africains aussi ont été des négriers et de tenter, maladroitement, de dire que les Européens n’y étaient pas pour grand-chose. Une thèse discutable mais qui ajoute à un débat qui, de toute façon, ne sera jamais clos, mais qui relève plus de l’histoire que de la politique. J’ai d’ailleurs toujours trouvé stupide de s’exprimer ou d’agir en tant que "descendant d’esclave",car c’est de l’imposture intellectuelle.

On peut agir en tant qu’enfant, petit-enfant, voire arrière-petit-enfant d’une personne qu’on a connue ou dont on a entendu parler par un parent, mais descendant au cinquième, dixième degré n’a aucun sens, car d’une part, on n’est pas 100% le un sur deux puissance le degré de génération, on est aussi tout le reste, et si cela se trouve, parmi les ascendants, on peut aussi avoir les contraires. Et d’autre part, c’est l’essentiel, on n’a pas besoin d’être descendant d’esclave pour lutter fermement et efficacement contre toute forme d’esclavage (même moderne, cela existe même encore dans des maisons bourgeoises de Paris), et heureusement, sinon, l’esclavage existerait toujours !

Ce n’est pas du droit, ce n’est pas de la politique, je pense que ce qu’a commis "Valeurs actuelles" est une faute morale. Or, la morale, rarement elle est condamnable devant les tribunaux. Heureusement, sinon, on risquerait d’être sous une emprise d’une dictature de l’ordre moral (à définir).

Mais c’est bien de morale qu’il s’agit. Il ne s’agit pas de racisme, car il ne faut pas trouver du racisme dans toute intervention désagréable, c’est un côté victimaire, qui ne me paraît pas pertinent, d’y voir du racisme ou du sexisme dans toute attaque personnelle (puisque, ici, Danièle Obono est à la fois femme et à peau noire), même s’il y a une part de vérité dans cette réalité du racisme, en le dénonçant comme tel, on ne fait que l’alimenter, il vaut mieux l’ignorer.

Cette réflexion est discutable puisque le procureur de Paris a lui-même ouvert le 31 août 2020 une enquête préliminaire pour « injures à caractère raciste » (le titre de la bande dessinée était : "Obono l’Africaine") et Danièle Obono, de son côté, a déposé une plainte le 2 septembre 2020. Un article de Mediapart cite l’essayiste Albert Memmi (mort le 22 mai 2020) sur la définition du racisme qui conviendrait appliquée à cette fiction : « La valorisation, généralisée et définitive, de différences, réelles et imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de justifier ses privilèges ou son agression. ».

De son côté, "Valeurs actuelles" a rejeté toutes les accusations de racisme : « Notre texte n’a rien de raciste. Sans quoi nous n’en aurions pas publié une ligne. Évidemment. Il est commode pour nos adversaires de nous imputer cette accusation, que rien n’étaie dans le contenu. Chacun pourra juger par lui-même de l’opportunité d’une telle fiction, mais personne n’y trouvera une banalisation de l’esclavage ou une quelconque stigmatisation. Évidemment. ». Dans son communiqué, le journal reconnaît toutefois la violence des images : « Les images néanmoins, et d’autant plus quand elles sont isolées sur les réseaux sociaux, renforcent la cruauté inhérente au sujet même. Il s’agit de dessins accompagnant cette fiction, et tout comme l’esclavage lui-même, les images de l’esclavage sont d’une ignominie sans nom. ».

Pour moi, il ne s’agit pas d’abord de racisme (rappelons que le racisme n’est pas une opinion mais un délit), mais il s’agit plus généralement de morale. Représenter un personnage public, même homme à la couleur de peau blanche, enchaîné pareillement, n’aurait pas été moins scandaleux.

Représenter une personnalité politique en dessin pour la fustiger, c’est chose courante. Toutes les caricatures y concourent et souvent pour le plus grand plaisir des lecteurs et même, parfois, des cibles (on peut aussi avoir le sens de l’humour jusqu’à l’autodérision). C’est ce que fait notamment "Charlie Hebdo" en sachant que le principe même du journal est d’être "audacieux" pour ne pas dire "grossier" voire "ordurier". Représenter Danièle Obono enchaînée en esclave aurait peut-être pu mieux passer, sans doute, dans un journal satirique car c’est l’objet même du journal, celui de transgresser les "bonnes mœurs".

"Valeur actuelles" a plutôt l’objectif d’être un magazine d’information générale de référence, pas un journal satirique. On peut donc plus s’étonner de dessins "orduriers" dans un tel journal, mais pourquoi finalement ? Ce qui choque en premier, c’est la représentation dégradante.

En effet, c’est une faute morale parce que c’est une humiliation, en plus, une humiliation inutile. J’ai l’impression qu’elle était le fruit d’un fantasme de l’auteur de la bande dessinée en question, du reste, auteur anonyme (courage, fuyons !). Ceux qui ne sont pas choqués devraient imaginer leur fille, leur femme voire leur mère (s’ils n’ont ni la première ni la deuxième) dessinée, caricaturée en tant qu’elle, ressemblante, nue dans une position érotique dégradante, quelle serait alors tout de suite leur réaction ?

Être représenté(e) en état de soumission totale donne une image particulièrement dégradante de la personne visée. C’est cela qui est méprisable dans le procédé de "Valeurs actuelles". Assouvir les plus bas instincts, les plus bas fantasmes d’un certain nombre de leurs lecteurs (j’imagine) pour attaquer la personne hors de tout raisonnement politique (parce que les débats sur le colonialisme et l’esclave  méritent beaucoup mieux que cette polémique qui n’a fait rien avancer).

Cette représentation est du même niveau que Christiane Taubira représentée en singe dans un réseau social, image là franchement raciste mais c’était dans la fachosphère, ce n’était pas dans un journal reconnu, réputé et établi. J’ai vu d’ailleurs que Christiane Taubira restait encore une référence importante puisque Marine Le Pen a dit à Fréjus le 6 septembre 2020 que l’actuel ministre de la justice Éric Dupond-Moretti était pire qu’elle !

Cette polémique m’a fait comprendre au moins une chose : c’est que le Rassemblement national a rejoint les chœurs de lamentation de l’antiracisme ordinaire. Je ne sais pas si c’est un bien ou un mal, mais c’est clair que pour la plupart des sujets de société ou de politique (et je ne parle pas d’économie), le Rassemblement national propose de moins en moins de valeur ajoutée, même si à l’origine, je considère que spécificité ne signifie pas valeur ajoutée et que je n’ai jamais entendu de ce parti que des idées réchauffées et reconditionnées…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Comment salir Danièle Obono ?
Ils sont tombés par terre, c’est la faute à Colbert !
Mort d’Adama Traoré : le communautarisme identitaire est un racisme.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
Deux faces des États-Unis : George Floyd et SpaceX.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200829-obono.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/comment-salir-daniele-obono-226963

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/03/38513332.html









 

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5 septembre 2020 6 05 /09 /septembre /2020 03:17

« La liberté dans notre République est un bloc. (…) C’est la liberté de conscience, et en particulier, la laïcité, ce régime unique au monde qui garantit la liberté de croire ou de ne pas croire, mais qui n’est pas séparable d’une liberté d’expression allant jusqu’au droit au blasphème. (…) Être Français, c’est défendre le droit de faire rire, la liberté de railler, de moquer, de caricaturer, dont Voltaire soutenait qu’elle était la source de toutes les autres. Être Français, c’est être toujours du côté des combattants de la liberté. » (Emmanuel Macron, le 4 septembre 2020 au Panthéon).



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À l’occasion du 150e anniversaire de la proclamation de la Troisième République par Gambetta (le 4 septembre 1870), le Président de la République française Emmanuel Macron a prononcé ce vendredi 4 septembre 2020 un discours assez attendu dans l’enceinte même du Panthéon, à Paris, où est honorée la mémoire de grandes personnalités qui ont fait la France (dont on peut lire ou écouter l’intégralité ici).

Ce fut l’occasion, au-delà d’attribuer la nationalité française à six nouveaux Français, de donner les mots sans faux-semblants et sans hypocrisie, à un moment clef de la nation française puisque depuis quelques jours, a lieu le procès des auteurs des attentats islamistes de janvier 2015. Le point le plus fort, c’est d’avoir défendu le droit au blasphème ; c’est la première fois qu’un Président de la République, depuis la loi du 9 décembre 1905 sur la laïcité, l’a explicitement dit, avec ce mot si fort, pour qu’il n’y ait plus aucune ambiguïté, même si, pour être précis, on ne peut parler de "blasphème" que lorsqu’on est soi-même croyant.

Le discours d’Emmanuel Macron a donc zigzagué entre le présent direct, la montée des séparatismes, la cohésion républicaine en question, la naturalisation de nouveaux citoyens, et les leçons de l’histoire, des cent cinquante ans d’histoire de notre République, en citant de grands noms : Voltaire, Léon Gambetta, Marie Curie, Joséphine Baker, Félix Éboué, Gisèle Halimi, disparue récemment et qui va prochainement être honorée à la cour des Invalides, Charles De Gaulle, Victor Schœlcher, Charles Péguy, Jean Jaurès, Léon Blum, Pierre Mendès France, Marc Bloch, Albert Camus, Victor Hugo, Alexandre Dumas, Émile Zola, André Malraux, Aimé Césaire, François Mauriac, l’abbé Grégoire, Jean Bodin, Condorcet, Jean-Jacques Rousseau. D’autres figures ont été associées à cette cérémonie : Adolphe Crémieux, Maria Deraismes, Georges Clemenceau, Germaines Poinso-Chapuis, Jacques Chaban-Delmas, Germaine Tillion...

Emmanuel Macron a défini ce qu’est devenir puis être Français, notamment : « Devenir Français, c’est avoir ancré en soi-même la conscience que parce que la République est toujours fragile, toujours précaire, elle doit être un combat de chaque aube, une conquête de chaque jour, un patriotisme républicain de chaque instant. La République n’est pas donnée, jamais acquise, et je le dis ici aussi pour nos jeunes. C’est une conquête. Elle est toujours à protéger ou à reconquérir. ». En somme, la République est une création permanente.

Il a décliné la devise française. La liberté, notamment la liberté d’expression (voir plus haut). L’égalité : « Cette idée simple au fond : chaque citoyen, quel que soit le lieu où il vit, le milieu d’où il vient, doit pouvoir construire sa vie par son travail, par son mérite. Nous sommes encore loin, trop loin de cet idéal. Combien encore d’enfants de France sont discriminés pour leur couleur de peau, leur nom ? Combien de portes fermées à de jeunes femmes, de jeunes hommes, parce qu’ils n’avaient pas les bons codes, n’étaient pas au bon endroit ? L’égalité des chances n’est pas encore effective aujourd’hui dans notre République. C’est pourquoi elle est plus que jamais une priorité de ce quinquennat. ».

Cette égalité, elle est aussi pour tous, face aux lois de la République : « L’égalité devant la loi implique ainsi que les lois de la République sont toujours supérieures aux règles particulières. C’est pourquoi il n’y aura jamais de place en France pour ceux qui, souvent au nom d’un Dieu, parfois avec l’aide de puissances étrangères, entendent imposer la loi d’un groupe. Non, la République, parce qu’elle est indivisible, n’admet aucune aventure séparatiste. ». Ce mot "séparatisme" reprend la notion d’islamisme politique mais aussi d’aide des puissances étrangères qui est une accusation très forte.

Enfin, la fraternité : « Notre Nation a ceci de singulier qu’elle a développé un État providence, un modèle de protection sociale qui ne laisse personne au bord du chemin. Or, ce système unique au monde ne tient que par les liens toujours fragiles qui unissent nos concitoyens, liens du respect et de la civilité qu’à tout moment, la violence et la haine peuvent briser. C’est pour cela qu’en République, les policiers, les gendarmes, les magistrats, les maires, les élus de la République, plus largement, toutes celles qui luttent contre la violence, contre le racisme et l’antisémitisme jouent un rôle déterminant, et que, par symétrie, ceux qui s’en prennent à eux doivent être lourdement condamnés. ».

Ce sont des références communes qui peuvent lier les Français : « Le partage d’un commun est décisif et je ne peux en effet consentir des sacrifices pour mes compatriotes que si je me sens lié à eux non seulement par un contrat social, mais par des références, une culture, une histoire commune, des valeurs communes, un destin commun dans lequel nous sommes engagés. C’est cela, la République. ».

C’est pour cette raison qu’il ne faut pas déboulonner les statues, comme celle de Colbert : « Entrer en République française. Aimer nos paysages, notre histoire, notre culture en bloc, toujours. Le Sacre de Reims et la Fête d la Fédération, c’est pour cela que la République ne déboulonne pas de statues, ne choisit pas simplement une part de son histoire, car on ne choisit jamais une part de la France, on choisit la France. La République commence, vous l’avez compris, bien avant la République elle-même, car ses valeurs sont enracinées dans notre histoire. Et devenir Français, c’est l’épouser tout entière et c’est aussi épouser une langue qui ne s’arrête pas à nos frontière (…), mais qui fut aussi l’un des ciments de notre Nation. ».

Emmanuel Macron a voulu remettre la République et la citoyenneté dans son contexte historique, certes, mais aussi dans le réel d’aujourd’hui qui n’est pas "rose" : « La République, c’est une transmission. La République est une volonté jamais achevée, toujours à reconquérir. Et si elle tient depuis la Révolution, c’est parce qu’entre ceux qui l’ont rêvée,ceux qui l’ont fait advenir, ceux qui l’ont défendue parfois dans les heures les plus tragiques de notre histoire, ceux qui l’ont renouvelée dans le projet européen, entre toutes ces femmes et tous ces hommes s’est nouée une scène des temps qui a traversé les siècles. Et en ce jour anniversaire, ce n’est pas tant la joie qui domine, je dois bien l’avouer, qu’une forme de gravité lucide, face aux menaces qui pèsent sur elle. ».

Cette gravité, ce sont les multiples événements, parfois symboliques (les militants qui déboulonnent Colbert, les malfrats qui taguent le musée d’Oradour-sur-Glane, les menaces de dirigeants pakistanais contre "Charlie Hebdo", etc.), et parfois dramatiques (le chauffeur du bus assassiné pour non port du masque, le maire assassiné dans l’exercice de ses fonctions, les attentats islamistes, ceux commis et les plusieurs dizaines de tentatives déjouées depuis quelques années seulement, etc.).

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Emmanuel Macron, dans un environnement quasi-religieux (les lieux résonnaient comme dans une église, ce qu’était le Panthéon à l’origine), a toujours su manier les mots : « Être Français n’est jamais seulement une identité. C’est une citoyenneté. Ce sont des droits qui vont avec. Ce sont aussi ses devoirs, c’est-à-dire l’adhésion à ses valeurs, à une histoire, à une langue, à une exigence qui tient la République debout, car elle dépend de chacune et de chacun d’entre nous à chaque instant. ».

On pourra reprocher au Président de la République de n’avoir rien fait d’autre que marquer un petit pas, que commenter une actualité très bouillonnante où la cohésion nationale a atteint un équilibre très fragile et toujours instable. On pourra regretter que la référence historique, la seule qui tenait en cet anniversaire, la proclamation de la République, n’ait pas été exploitée assez profondément, il aurait fallu rappeler que cette Troisième République si oubliée désormais était nos racines dans les valeurs républicaines, la liberté de la presse, la liberté d’association, la laïcité sont toutes issues de cette révolution pacifique que fut la chute du Second Empire.

Et bien entendu, la révolution par l’instruction. L’école obligatoire et gratuite fut une singularité dans l’histoire nationale. Elle provient d’une réflexion de Gambetta et d’autres républicains qui faisaient campagne dans les campagnes et qui voyaient que les non instruits s’en remettaient plus aisément aux monarchistes. Par une éducation éclairée, ils pourraient au contraire choisir la République et les libertés. Après un siècle d’horribles cafouillages institutionnels et sociaux (le pire étant la Terreur, à mon sens), la France s’est trouvé, avec la République, son système permettant enfin de mettre en pratique l’esprit des Lumières, celui de Voltaire et Montesquieu.

Ce discours du 4 septembre 2020 au Panthéon ne sera donc pas un grand discours référence sur la République et la laïcité, sur l’ordre et la justice. Il n’est qu’un petit jalon, parmi les sept ou huit autres, qu’Emmanuel Macron a posé pour bâtir une stratégie régalienne dont Gérald Darmanin (plus qu’Éric Dupond-Moretti) est sans doute la pièce maîtresse.

Malgré ces réserves que je viens de formuler, ce discours aura peut-être un effet salutaire : Emmanuel Macron a nommé un droit qu’il fallait nommer dans le contexte actuel, le droit au blasphème. Cette expression est malheureuse car le blasphème ne concerne que les croyants, mais la liberté de se moquer des religions, tout en respectant la dignité de ceux qui ont la foi, est un élément majeur du vivre ensemble. Pas étonnant qu’Emmanuel Macron, sans tradition politique historique clairement identifiée, puisse prendre siennes les quelques belles phrases de Marc Bloch qu’il a rappelées dans son discours : « La France est la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur. J’ai bu aux sources de sa culture. J’ai fait mien son passé. Je ne respire bien que sous son ciel et je me suis efforcé à mon tour de la défendre de mon mieux. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours du Président Emmanuel Macron le 4 septembre 2020 au Panthéon à Paris (texte intégral et vidéo).
Au Panthéon de la République, Emmanuel Macron défend le droit au blasphème.
150 ans de traditions républicaines françaises.
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 3 septembre 2020 à Paris (texte intégral).
France Relance, 100 milliards d’euros pour redresser la confiance française.
Jean Castex et France Relance.
Roselyne Bachelot, la culture gaie.
Éric Dupond-Moretti, le ténor intimidé.
Barbara Pompili, "l’écolo" de service.
François Bayrou sera-t-il le Jean Monnet du XXIsiècle ?
Secrétaires d’État du gouvernement Castex : des nouveaux et des partants.
Nomination des secrétaires d’État du gouvernement Castex I.
Gérald Darmanin, cible des hypocrisies ambiantes.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 16 juillet 2020 au Sénat (texte intégral).
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale (texte intégral).
La déclaration de politique générale de Jean Castex le 15 juillet 2020.
Interview du Président Emmanuel Macron le 14 juillet 2020 par Léa Salamé et Gilles Bouleau (retranscription intégrale).
Emmanuel Macron face aux passions tristes.
L'enfant terrible de la Macronie.
Composition du gouvernement Castex I.
Le gouvernement Castex I nommé le 6 juillet 2020.
Jean Castex, le Premier Ministre du déconfinement d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat le 29 juin 2020 à l’Élysée (texte intégral).
Après-covid-19 : écologie citoyenne, retraites, PMA, assurance-chômage ?
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
Retraites : Discours de la non-méthode.
La réforme de l’assurance-chômage.
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.

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https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/au-pantheon-de-la-republique-226886

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1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 03:14

« Le risque d’origine sunnite demeure la principale menace à laquelle est confronté notre pays. » (Gérald Darmanin, le 31 août 2020 à Paris).



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L’exfiltration d’urgence de chez elle, le matin du 22 septembre 2020, de l’actuelle DRH du journal "Charlie Hebdo" (il vaut mieux ne pas citer son nom, elle n’est pas un personnage public et a droit à la tranquillité) n’était pas une mesure paranoïaque. En effet, deux personnes ont été très gravement blessées à l’arme blanche par un ou deux terroristes islamistes ce vendredi 25 septembre 2020 parce qu’elles travaillaient (me semble-t-il) dans le même immeuble que l’ancien siège de "Charlie Hebdo".

On pourra toujours polémiquer sur : aurait-on pu éviter cet attentat ? Il est clair que les terroristes sont comme ces hackers capables de contourner les protections informatiques : quelqu’un prêt à perdre sa vie en voulant entraîner dans son trip infernal le maximum d’autres vies humaines, évidemment innocentes, pourra toujours trouver la petite fenêtre des possibilités, puisqu’il est impossible de protéger chaque citoyen par un représentant des forces de l’ordre, protection qui aurait d’ailleurs le goût amer d’une surveillance d’État et d’une restriction des libertés publiques. On se rappelle notamment l’attentat qui a coûté la vie à un policier en pleins Champs-Élysées le 20 avril 2017, juste avant le premier tour de la dernière élection présidentielle.

La médaille de la réaction la plus inadaptée revient (sans surprise) à Marine Le Pen qui, comme un robot du web, avant même de connaître les circonstances exactes de l’attentat, a immédiatement fustigé la politique d’immigration du gouvernement, en se demandant honteusement combien de morts auraient été évitées si on avait fermé les frontières. Quel manque de respect pour les victimes, aucune compassion à un moment où leur pronostic vital était encore engagé. Déconnectée, et discrédité car n’apportant aucune solution dans l’intérêt des Français. Juste de la posture politicienne et électoraliste prévisible dans la perspective de 2022.

Ce qui est clair, c’est que les cellules anti-terroristes en France ne sont pas inactives et Gérald Darmanin l’avait déjà annoncé dans son discours sur l’état de la menace terroriste le 31 août 2020 au siège de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure).

Il disait notamment : « Depuis 2013, 61 attentats ont été déjoués, dont 32 depuis 2017 ; au début de l’année encore, un projet d’ampleur a été déjoué (…). Depuis 2017, ce sont 10 attaques qui ont abouti, sur le territoire national, à la mort de 20 personnes. ».

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Et le ministre a ajouté : « La menace représentée par des individus adeptes d’un islam radical, sensibles à la propagande, mais non nécessairement liés à un groupe constitué, devient un défi croissant pour les services de renseignement qui assurent aujourd’hui le suivi de 8 132 individus inscrits au fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). (…) À ce jour, 505 détenus terroristes islamistes en lien avec la mouvance islamiste [sont recensés et] 702 détenus de droit commun [sont] susceptibles de radicalisation (…). Le défi sécuritaire est majeur pour les services de renseignement. En 2020, les prévisions de libération sont évaluées à 45 détenus condamnés pour des faits d’association de malfaiteurs terroristes (…). Ce chiffre connaîtra une nouvelle hausse en 2021 avec la sortie prévisionnelle de 63 terroristes islamistes condamnés. ».

En outre, la loi n°2017-1510 du 30 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme a permis la mise en place de 532 périmètres de protection, la fermeture de 7 lieux de culte, la notification de 312 mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance, dont 65 encore actives, et la réalisation de 170 visites domiciliaires, dont plus d’un tiers a eu des suites judiciaires. En revanche, cette loi est expérimentale et ne devrait plus s’appliquer à partir du 31 décembre 2020.

L’attentat du 25 septembre 2020 n’est donc pas anodin, il n’est que la surface d’une véritable bulle submergée du terrorisme islamique qui, aujourd’hui, continue de cibler le journal "Charlie Hebdo". Depuis le 2 septembre 2020 se déroule le procès des auteurs de l’attentat de "Charlie Hebdo" ou plutôt, des attentats de janvier 2015 qui ont fait dix-sept victimes.

Citons-les : Frédéric Boisseau, Cabu, Charb, Tignous, Honoré, Wolinski, Bernard Maris, Elsa Cayat, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet, Clarissa Jean-Philippe, Yohan Cohen, Philippe Braham, François-Michel Saada et Yoav Hattab. Souvenons-nous d’eux, dont certains ont eu des gestes ultimes d’héroïsme.

Prenant l’occasion de ce procès, "Charlie Hebdo" a republié des caricatures de Mahomet le 2 septembre 2020 ("Tout ça pour ça"). Encore pour ce numéro, il y a eu des déclarations très violentes dans le monde musulman, notamment des dirigeants pakistanais qui se sont associés aux expressions de haine et de délires d’une foule enflammée contre la France. On ne s’étonnera donc pas que, d’après le Ministre de l’Intérieur, l’un des assaillants au hachoir serait de nationalité pakistanaise.

J’ai envie de rappeler cette tirade du "Mariage de Figaro" : « Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu’ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! Je lui dirais… que les sottises imprimées n’ont d’importance qu’aux lieux où l’on en gêne le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ; et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. ». Ce texte de Beaumarchais date de 1778, toujours d’actualité.

À la même époque, Voltaire disait un peu la même chose dans "Questions sur l’Encyclopédie" : « Paraît-il parmi vous quelque livre nouveau dont les idées choquent un peu les vôtres (supposé que vous ayez des idées), ou dont l’auteur soit d’un parti contraire à votre faction, ou, qui pis est, dont l’auteur ne soit d’aucun parti : alors vous criez au feu ; c’est un bruit, un scandale, un vacarme universel dans votre petit coin de terre. (…) Un livre vous déplaît-il, réfutez-le ; vous ennuie-t-il, ne le lisez pas. ». Ce texte date de 1772.

Ce monde d’islamisme radical est "fou". En quoi un "obscur" journal qui n’est probablement pas proposé dans les kiosques au Pakistan peut-il gêner un musulman pakistanais ? Faudrait-il brûler tous les journaux qui publieraient un article qui détesterait ce que j’aime ou qui aimerait ce que je déteste ? Monde de "fous" mais esprit bien sur terre pour organiser le combat terroriste notamment en France.

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Je répète ce que j’ai déjà écrit auparavant : je n’ai pas du tout l’esprit de ce journal satirique qui tire sur tout ce qui bouge, mais c’est son style et c’est sa manière d’exister. Ils ont publié par exemple des caricatures qui ont été odieuses pour les catholiques, ou la religion catholique en général, mais jamais je ne me sentirais blessé par des attaques éditoriales qui ont bien le droit d’exister si elles ont un public, dès lors qu’elles restent dans le cadre de la loi (notamment, pas d’incitation à la haine). Qu’un bouffe-curé bouffe du curé ne me paraît pas vraiment étonnant et encore moins scandaleux, c’est même dans l’ordre des choses, mais cela ne m’engagerait pas à le lire ni à apprécier prose ou dessins. Je serais plutôt blessé par un proche ou par une personne qui compte dans le "domaine" attaqué (on parle de religion mais on peut aussi de profession, de nationalité, etc.).

En revanche, je ne peux que me sentir "Charlie" ("Je suis Charlie") quand je vois que la rédaction a été massacrée pour avoir publié des caricatures de Mahomet. En balance, finalement, l’inconfort intellectuel de dessins qui dérangent ou la solidarité avec des membres d’une rédaction qui ont payé de leur vie pour faire vivre le flambeau de la liberté d’expression ?

S’il y a bien une personne dont la réflexion sur les attentats de "Charlie Hebdo" est utile et instructive, c’est bien Philippe Val, qui fut très longtemps le directeur de la rédaction de "Charlie Hebdo" et qui fut aussi directeur de France Inter par la suite. C’est lui qui a décidé de publier les caricatures de Mahomet, et son but était de ne pas se laisser intimider par les menaces des islamistes. Il avait cru qu’il serait suivi par tous ses collègues français. Or, à part un hebdomadaire, "Charlie Hebdo" fut le seul à avoir eu le courage de publier ces caricatures et ce manque de solidarité dans la presse française a transformé les journalistes de la rédaction de "Charlie Hebdo"en cibles permanentes. Pas seulement les journalistes, d’ailleurs, tous ceux qui travaillent pour ce journal.

En ce moment, Philippe Val est souvent dans les médias. Son message est souvent le même : il veut le marteler pour qu’il soit compris, pour qu’il soit entendu. Par exemple, sur France 5, dans "C à vous" le 2 septembre 2020, Philippe Val a insisté sur le manque de solidarité de ses confrères. Il aurait fallu, selon lui, que toute la presse française publiât ces caricatures de Mahomet, et il y aurait eu une solidarité de fait entre toutes les rédactions face à l’islamisme radical. De même, il considérait que le procès des auteurs des attentats devait être un procès politique, qu’on fasse le procès politique de l’islamisme politique.

Entre autres interventions sur les plateaux de télévision, il était aussi chez David Pujadas le 22 septembre 2020 sur LCI, un plateau où il est un invité récurrent. Il a expliqué que les menaces de mort faisaient maintenant partie de sa vie, il est en permanence sous protection policière et cela a pu lui arriver qu’être en alerte, c’était alors une dizaine de policiers qui étaient chargés d’assurer sa protection et celle de sa famille. Le confinement avait à peine changé sa vie quotidienne. Et il a clairement indiqué d’où venaient les menaces : d’Al-Qaïda au Yémen. C’était d’ailleurs ce groupe terroriste qui avait revendiqué les attentats de janvier 2015.

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Mais Philippe Val va beaucoup plus loin dans sa critique du manque de solidarité, même si ce manque de solidarité a finalement été démenti, certes tardivement, par la publication simultanée, le 23 septembre 2020, par une centaine de médias, d’une lettre ouverte à nos concitoyens : "Ensemble, défendons notre Liberté d’expression" pour soutenir "Charlie Hebdo".

En effet, Philippe Val a fustigé le principe de l’autocensure, que les intellectuels, aujourd’hui, en France, préfèrent se brider pour éviter de se mettre en danger. Que finalement, les terroristes avaient gagné la partie car ils ont insufflé la terreur parmi ceux qui analysent et réfléchissent, ceux qui devraient avoir l’esprit lucide et critique.

Et il a pointé du doigt ce qu’il considère comme une imposture intellectuelle : le principe de l’islamophobie. Selon lui, ce mot provient des mollahs iraniens lorsqu’ils ont condamné Salman Rushdie pour faire habilement diversion. L’idée effectivement est de faire l’amalgame entre l’islam et l’islamisme et de crier à l’islamophobie quand on ose critiquer l’islamisme politique. Philippe Val n’est ainsi pas tendre avec une certaine partie de la gauche française qui n’hésite pas à mélanger les deux, probablement en considérant que les Français musulmans seraient le nouveau prolétariat à défendre, ce qui n’a rien à voir. En clair, mais sans dire je crois le mot, Philippe Val a fustigé l’islamo-gauchisme.

Ce qui est frappant, mais ce n’est pas une nouveauté, c’est le traitement de l’information pour cet attentat du 25 septembre 2020. Description gore, détail presque clownesque (un assaillant aurait été interpellé parce qu’il portait des baskets rouges, comment imagine-t-on préparer minutieusement un attentat et porter des chaussures rouges qui distinguent des autres ? quelle impréparation).

Et on a pu entendre, dans le flux ininterrompu des réactions et surréactions, des propos parfois révoltants, comme, sur le plateau de "C dans l’air" sur France 5, cet intervenant (dont je tais le nom par charité chrétienne) qui a osé faire une différence de gravité entre ceux qui sont assassinés parce qu’ils sont Juifs et ceux qui sont assassinés parce qu’ils ont dessiné Mahomet (le pire, à mon sens, c’est que personne n’a réagi autour de lui). Pourquoi scandaleux ? Parce que, avec cette logique, ceux qui ont caricaturé Mahomet auraient pu ne pas le faire et être épargnés ? C’est n’avoir rien compris au terrorisme islamique. Et ceux qui se détendaient sur une terrasse de café aussi auraient mieux fait de ne pas le faire ? C’est dire "ils l’ont bien cherché" qui n’est pas moins scandaleux que lorsqu’on explique le viol par "elle l’a bien cherché" ("elle aurait pu porter une tenue décente, vraiment !"). Pour dire : "ils auraient pu respecter un peu mieux une religion". Non, la France, c’est de pouvoir choquer les autres si c’est fait sans appel à la haine. C’est cela, être Charlie.

Le 25 septembre 2020 toujours sur LCI, Philippe Val a réagi à l’attentat en disant que le risque pesait sur tout le monde, pas seulement les journalistes de "Charlie" : « C’est la France qui est visée, et les États de droit », en soulignant que les islamistes radicaux étaient en guerre politique contre "nous", contre les États de droit qui sont en cette période fragile avec la crise économique et sanitaire, il y a une volonté politique de faire vaciller les démocraties.

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Le quinquennat de François Hollande a mis un temps fou à associer islamisme politique et terrorisme. Emmanuel Macron, au contraire, n’hésite pas même à employer l’expression s’il préfère sans doute le mot séparatisme (ou séparatismes, au pluriel). En tout cas, il l’a dit clairement, il a défendu le droit au blasphème. Tout comme Gérald Darmanin encore au journal télévisé de France 2 le 25 septembre 2020 où il a déclaré que certains dessins de "Charlie Hebdo" pouvaient le choquer personnellement mais que le journal avait la liberté de choquer s’il le voulait.

Ce qui tue la liberté, c’est d’abord cette indifférence diffuse. Et la question, qui va continuer à être posée, c’est : à chaque attentat islamiste, et hélas, il y en aura probablement encore dans le futur, faut-il d’abord s’inquiéter d’un regain d’une supposée islamophobie ou pleurer les vies blessées ou massacrées des victimes ?

Au moins, la rédaction de "Charlie Hebdo" a déjà répondu à la question en ne se laissant pas intimider : « Loin de nous terroriser, de tels événements doivent nous rendre encore plus combatifs dans la défense de nos valeurs. Il n’est pas question de céder quoi que ce soit à la logique mortifère et criminelle des idéologies qui motivent ces actes. ». L’essentiel est dit. Je reste Charlie !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


(Les trois dessins proviennent de "Charlie Hebdo").


Pour aller plus loin :
Charlie Hebdo : mortelle indifférence.
Charlie Hebdo en 2015.
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
5 ans de Soumission.
Mosquée de Bayonne : non assistance à peuple en danger ?
La société de vigilance.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.

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28 août 2020 5 28 /08 /août /2020 05:53

« Sur ma carte d’identité, rien ne dit mon identité, mais plusieurs appartenances. » (Michel Serres, "Libération", le 19 novembre 2009).


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Le philosophe Michel Serres, qui s’est éteint le 1er juin 2019, est né il y a 90 ans, le 1er septembre 1930. C’est l’occasion de revenir sur ce courtois et regretté académicien, très prévenant, aussi courtois et prévenant que médiatique. Il a fait partie des penseurs de notre temps, indépendant, brillant, pédagogue, capable de dire ce qu’il pense, capable de s’échapper des modes ambiantes, des conformismes de la pensée, mais dont le charisme, le charme même, lui faisait ouvrir tous les médias possibles.

Parmi les nombreuses réflexions dont il a pu faire part dans sa longue carrière de chercheur, il y en a une que je souhaite souligner car le sujet est toujours aussi sensible et aussi actuel. Il s’agit de l’identité. Michel Serres a voulu réagir au débat ambiant sur l’identité nationale voulue par le Président Nicolas Sarkozy, il y a plus d’une dizaine d’années, qui a provoqué sur l’Internet un flux d’expressions particulièrement haineuses et agressives. Il a alors publié une courte tribune très intéressante le 19 novembre 2009 dans le journal "Libération".

Son propos est assez simple : il ne faut pas confondre identité et appartenances. Il reprend le concept d’identité développé par exemple par Alfred Grosser. Se définir par l’identité est une méthode particulièrement exclusive, tandis que se définir par ses appartenances donne un ensemble parfois contrasté, en tout cas, toujours nuancé, de ce qu’on est réellement. Et d’ailleurs, qui sait vraiment qui on est soi-même ?

Au début de son petit texte, Michel Serres prend justement l’exemple de la carte d’identité qui se nomme mal car elle n’indique que des appartenances, celle de plusieurs groupes ou "communautés", celui de ceux qui s’appellent "Michel Serres" (il y en a plus d’un millier), celui de ceux qui sont nés à Agen, celui de ceux qui mesurent 1,80 mètres, etc. et évidemment, celui de ceux qui ont la nationalité française.

Et le faux "immortel" de bien distinguer ces deux notions, avec le concours des mathématiques (la théorie des ensembles) : « Confondre l’identité et l’appartenance est une faute de logique réglée par les mathématiques. Ou vous dites A est A, je suis je, et voilà l’identité ; ou vous dites A appartient à telle collection, et voilà l’appartenance. Cette erreur expose à dire n’importe quoi. ».

Cette erreur, pour lui, est cruciale car elle permet tout : « Mais elle se double d’un crime politique : le racisme. Dire, en effet, de tel ou tel, qu’il est "noir" ou juif ou femme est une phrase raciste parce qu’elle confond l’appartenance et l’identité. ».

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C’est de cette réduction de l’identité que Michel Serres parle : « Réduire quelqu’un à une seule de ses appartenances peut le condamner à la persécution. ». Le sommet a été sans doute atteint avec la Shoah. Être massacré parce que Juif, qu’importe les autres "appartenances". C’était cette difficulté que Barack Obama a exprimée dans son grand discours de Philadelphie le 18 mars 2008, la difficulté de devoir choisir d’être "noir" ou d’être "blanc" alors qu’il est métis, et finalement, n’est-ce pas plutôt son appartenance à l’élite intellectuelle de son pays qui a le plus caractérisé le Président Obama ?

Cette erreur de réduction est très commune : « Or cette erreur, or cette injure, nous les commettons quand nous disons : identité religieuse, culturelle, nationale. Non, il s’agit d’appartenances. ».

Et cette réduction identitaire a beaucoup plus de conséquences philosophiques que l’on ne pourrait le croire. En effet, réduire une personne à une seule appartenance n’est jamais un signe d’intelligence dans un monde si complexe (par exemples, réduire Louis Aragon à son engagement au parti communiste, est-ce pertinent alors qu’il était un poète génial ? réduire Salvador Dali à ses provocations monarchistes, n’est-ce pas oublier le peintre génial qu’il fut ? etc.).

Cette réduction est philosophiquement très grave car elle empêche toute évolution des personnes : faudrait-il rejeter Edgar Morin parce qu’il a été très brièvement communiste, alors qu’il a quitté le parti communiste très tôt et qu’il a au contraire refusé tout esprit partisan dans ses très nombreuses années de vie ultérieures ? (j’écris "rejeter" mais je pourrais écrire "aduler", le raisonnement tiendrait tout autant, bien sûr).

Michel Serres apporte ainsi la clef de l’identité, elle n’est jamais stable, elle est toujours en devenir, en avenir : « Qui suis-je, alors ? Je suis je, voilà tout ; je suis aussi la somme de mes appartenances que je ne connaîtrai qu’à ma mort, car tout progrès consiste à entrer dans un nouveau groupe : ceux qui parlent turc, si j’apprends cette langue, ceux qui savent réparer une mobylette ou cuire les œufs durs, etc. ». Quelque part, le réseau social Facebook montre l’importance sociale de l’appartenance à des "communautés", groupes et sous-groupes humains, mais la fiche de profil de Facebook est-elle réellement la personne citée ?

En somme, pour Michel Serres, réduire l’identité d’une personne à une seule de ses appartenances, et même, à toutes ses appartenances présentes et passées, c’est faire fi de ses appartenances futures, c’est rejeter toute idée de progrès humain. C’est une position philosophique, elle est respectable, mais il faut alors savoir l’assumer, au lieu de seulement crier au repli identitaire, d'une manière ou d'une autre, à la moindre occasion…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 août 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les jeunes filles égyptiennes et leur petite vertu.
Michel Serres : ne confondons pas identité et appartenance !
Paul Valéry.
François Jacob.
Edgar Morin, le dernier intellectuel ?
Michel Droit.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Vladimir Jankélévitch.
Marc Sangnier.
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
Jean-Paul Sartre.
Pierre Teilhard de Chardin.
Boris Vian.
Jean Daniel.
Claire Bretécher.
George Steiner.
Françoise Sagan.
Jean d’Ormesson.
Les 90 ans de Jean d’O.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200901-michel-serres.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/michel-serres-ne-confondons-pas-226671

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/08/25/38497650.html





 

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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 03:35

« Nous étions des braises, la flamme était en nous, elle a jailli. » (Hubert Germain).



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Quand on cherche des modèles, des exemples de vie, on peut facilement les trouver, car il y en a. Hubert Germain et Daniel Cordier font partie de ces personnalités que j’admire pour une simple raison, le courage, le courage qui a laissé une trace dans l’histoire, pas la petite, la grande histoire de France. Ils atteignent maintenant le seuil exceptionnel de 100 ans d’âge, respectivement ce jeudi 6 août 2020 et le lundi 10 août 2020. Mais devenir centenaire n’est qu’un exploit involontaire, conséquence peut-être de choix de vie, mais plus probablement du hasard, de la chance. Surtout que dans les choix de vie, ils auraient au contraire eu tendance à écourter leur vie. À 20 ans.

Avoir 20 ans en 1940, cela nécessitait quelques réflexions : eux, ils ont réfléchi, mais surtout agi. Ils se sont engagés dans la Résistance et ils sont maintenant parmi les très rares survivants des Compagnons de la Libération qui ne se comptent même plus sur tous les doigts d’une main. Ils sont encore quatre, le doyen est Edgard Tupët-Thomé qui est centenaire depuis le 19 avril 2020, et le p’tit jeune, c’est Pierre Simonet, seulement 98 ans (il aura les 99 ans le 27 octobre 2020).

Deux résistants et deux vies très différentes, par la suite, mais la même communauté de vue : lorsque la France est en danger (j’insiste sur le sujet, "la France" et pas "la patrie" qui semblait être une notion bien trop abstraite pour Hubert Germain, voir plus loin), il faut réagir. Quand je vois que certains aujourd’hui osent se prendre pour des "résistants" parce qu’ils refusent de porter un masque obligatoire, douillets et capricieux comme ils sont, sans se rendre compte qu’ils contribuent (involontairement) à la circulation du coronavirus (déjà plus de 700 000 décès et la courbe n’est hélas pas encore à son sommet), je me demande ce que serait l’Occupation nazie aujourd’hui. Ce sont peut-être les mêmes qui refusent de mettre des préservatifs pour un premier rapport, même s’ils ont le sida ? ou qui refusent de mettre la ceinture de sécurité, même celle de leurs enfants, pour leurs trajets de vacances ? Résistance, mot galvaudé par des honteux sans amour et sans humanisme. Retournons aux sources !

J’ai déjà évoqué l’année dernière la vie de ces deux honorables résistants Hubert Germain et Daniel Cordier. Dès la défaite de la France, dès l’arrivée de Pétain qui s’est couché devant la défaite et les nazis, les deux n’ont pas hésité, ils sont allés rejoindre De Gaulle à Londres dès juin 1940. Ils furent affectés selon les besoins de la France libre.

Hubert Germain a eu ensuite une vie politique dans la période gaullo-pompidolienne. Proche de Pierre Messmer, un autre remarquable résistant, Hubert Germain fut élu député gaulliste de Paris et fut même ministre dans les gouvernements qui furent dirigés par son mentor en politique, Pierre Messmer. Il était à la tête de l’antique ministère des PTT (Postes et Télécommunications) à une époque, entre 1972 et 1974, où la demande d’avoir sa ligne particulière avait explosé (il fallait à l’époque plusieurs semaines pour en avoir une, et souvent grâce au piston).

Dans un documentaire réalisé par Frédéric Roumeguère sur Bir Hakeim en 2012, Hubert Germain a confié : « Si vous demandez une définition de la Patrie, personne ne vous la donnera. Nous avons chacun une définition de la Patrie. Je suis allé il y a  deux ans à une promotion à Saint-Cyr de Pierre Messmer, les jeunes étaient là ainsi que leurs parents. On sentait bien qu’ils ne savaient plus ce que c’était. J’ai été amené à intervenir et je leur ai dit : Je vais vous donner ce qu’est ma définition de la Patrie. Lorsque nous avons débarqué sur les côtes de Provence, j’étais là en attente sur un bateau hollandais (…). Au moment de débarquer, nous avons plongé dans les landing-craft, et nous nous sommes dirigés vers la côte, moi-même j’étais en tête du bateau. La trappe s’abaisse, l’officier de marine qui commandait le landing-craft nous dit "Go !", nous nous sommes précipités et tout d’un coup, je me suis dit : mais qu’est-ce qui se passe ? Mes jambes ont fléchi, je suis tombé à genoux. Il y avait l’odeur des pins, le bruit des cigales… un peu affolées les cigales, quand même, et j’ai pleuré. La Patrie, c’était une odeur retrouvée, la Patrie, à ce moment-là, c’était aussi une chanson, le chant des cigales. ».

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Quant à Daniel Cordier, après la guerre, il a complètement "zappé" son rôle dans la Résistance (j’y reviens juste après), pour devenir un galeriste, marchand d’art et même artiste lui-même (mais il n’a pas beaucoup insisté dans ce registre). Il fut donc collectionneur d’art et fut même, dans les années 1970, l’un des conseillers références du Centre Pompidou lors de la constitution de la collection permanente du musée. Ce n’est que par la suite qu’après des déclarations de certains résistants qui insultaient la mémoire de Jean Moulin que Daniel Cordier a commencé un véritable travail d’historien sur le tas, spécialisé dans la vie et l’action de Jean Moulin pendant la guerre. Il avait quelques raisons d’en savoir plus que les autres puisqu’il a été son secrétaire particulier et à ce titre, son bras droit, son homme de confiance, qui le rencontrait parfois plusieurs fois par jour. Jean Moulin lui a aussi donné le goût de l’art contemporain dont il ne comprenait alors rien. Jean Moulin, lui-même dessinateur talentueux, était même un galeriste dans sa fonction couverture à Lyon.

En ce moment (cet été), la chaîne parlementaire LCP rediffuse souvent le téléfilm "Alias Caracalla, au cœur de la Résistance" de 180 minutes, diffusé la première fois sur France 3 les 25 et 26 mai 2013, réalisé par Alain Tasma avec quelques acteurs connus comme Éric Caravaca (Jean Moulin), Julie Gayet (Marguerite Moret), Laurent Stocker (Pierre Brossolette), etc. On ne peut pas dire que ce téléfilm soit du grand art (il manque notamment les émotions) mais c’est un peu à cause du genre, un peu trop démonstratif, celui d’adapter une biographie à l’écran, celle de Daniel Cordier, "Alias Caracalla" sortie chez Gallimard le 15 mai 2009.

Dans ce livre référence de ce qu’a vécu Daniel Cordier le résistant au jour le jour, on peut y lire ainsi son éducation artistique. Le 8 mai 1943, par exemple, au détour d’une réunion, Jean Moulin n’hésitait pas à en parler : « Il m’interroge à haute voix sur les expositions à Paris et me livre l’intérêt provoqué à Lyon par certains artistes modernes et contemporains dont les noms et les œuvres me sont inconnus. La plupart du temps, j’écoute en perdant pied rapidement, faute d’images pour me repérer. Pour la première fois, il évoque les expositions qu’il souhaite visiter à Paris. Je ne suis encore jamais entré dans une galerie et, surtout, je n’ai guère de temps à gaspiller dans ce qui m’apparaît comme une farce pour des "oreilles" ennemies. ».

Mais ce n’était pas vraiment du divertissement : « Selon Rex [Jean Moulin], je me trompe : "Pour authentifier vos fonctions, visitez des galeries lorsque vous êtes dans le quartier des Beaux-arts". Perçoit-il ma réprobation muette ? Il ajoute : "Achetze ‘Comœdia’. Vous y trouverez des comptes-rendus d’expositions. Cela vous permettra de faire semblant". Il est vrai qu’à Lyon, ces conversations sur des sujets fictifs faisaient partie de la couverture enseignée en Angleterre pour protéger notre clandestinité. Elles ne m’avaient pas étonné et m’avaient même diverti. Aujourd’hui, même si cette fiction reste sans doute protectrice, je n’ai pas une minute à lui consacrer au cours de journées déjà trop courtes. Paris est une ville démesurée, et nous sommes tous épuisés par les heures de métro et de galopades aux quatre coins de la capitale. J’accepte toutefois son conseil sans broncher. ».

"Ces galopades aux quatre coins de la capitale" comme aux quatre coins de Lyon, c’était le job de Daniel Cordier : il prenait ainsi mille risques par jour d’être arrêté et torturé par la Gestapo, pour récupérer un courrier, envoyer un télégramme, convoquer un membre d’une réunion, financer des actions clandestines, etc. Pour lui, sortir dans les rues, c’était comme sortir dans les rues en période de confinement où le risque épidémique est majeur, sauf que le virus-là était mortel à 100%, et il touchait surtout les plus jeunes.

Revenons à l’art. Dans la soirée du 27 mai 1943 (voir plus loin), Jean Moulin a poursuivi l’éducation artistique de Daniel Cordier. Il faut bien comprendre que Daniel Cordier n’était même pas au courant de la couverture de Jean Moulin (marchand d’art) : « Après avoir tant de leçons sur l’art moderne, je suis confronté à Vassily Kandinsky, l’un des artistes qu’il évoque parfois, avec passion. La galerie expose un ensemble de ses gouaches. Ce sont les premières œuvres d’un artiste moderne que je vois. (…) L’ensemble me paraît enfantin. N’étant jamais entré dans un musée, je ne connais rien à la peinture. Je reviens vers Rex : "Alors ?" me demande-t-il, les yeux brillants. J’ai si peur de le décevoir en lui disant la vérité que je réponds à côté : "C’est plaisant" (…). J’ai rarement vu Rex aussi détendu. Cela me rappelle notre première soirée à Lyon. "Kandinsky est un vieux peintre russe. C’est l’inventeur de l’art abstrait. Il a quitté la Russie après la Révolution pour s’installer à Munich, puis à Paris, où il vit encore. D’autres peintres sont venus à l’abstraction par d’autres voies, comme Piet Mondrian, qui fut d’abord cubiste. Kandinsky a transfiguré la réalité en signes abstraits. Il a le mérite d’être le premier". Je ne comprends rien à son exposé. ».

Daniel Cordier a apporté un éclairage intéressant bien que subjectif de cette partie d’histoire de France qu’est la France libre, qu’il différencie de la Résistance : « Après avoir quitté Rex au rond-point, je repense à cette boutade et je m’étonne d’avoir défendu avec passion la Résistance. Comme les autres Free French, je ne confonds pas la Résistance et la France libre. De même, il existe pour nous deux résistances : celle des militants et celle des chefs. L’une est faite des équipes de filles et de garçons qui nous entourent et qui accomplissent, avec bonne humeur et dévouement, les tâches les plus ingrates. À l’inverse, nous nous moquons des chefs, qui ne ressemblent en rien à nos supérieurs dans l’armée que nous admirons. Il est vrai qu’il s’agit d’une frange minime de la Résistance. Curieusement, Rex, en dépit de son irritation permanente, est plus indulgent à leur égard, cependant qu’il réserve sa sévérité aux services de la France libre, dont il dépend techniquement. » (18 mai 1943).

Dans son livre, il est également intéressant à lire le témoignage de Daniel Cordier sur la principale "œuvre" de Jean Moulin, à savoir le Conseil National de la Résistance, dont l’objectif, fixé par De Gaulle à Londres, était de réunir toute la classe politique d’avant-guerre ainsi que les mouvements de résistance pour avoir un organe représentatif de la France libre. C’était difficile car la plupart des mouvements de résistance refusaient d’inclure dans cet organe les représentants des vieux partis qui ont failli et qui n’ont pas forcément réagi à la première heure. Mais Jean Moulin, habile politique (c’était un brillant préfet, avant la guerre), avait compris que l’objectif de De Gaulle n’était pas négociable et a dû donc trouver des représentants de ces "vieux" partis qui ne "déméritaient" pas.

Le 17 mai 1943, Jean Moulin devait encore convaincre deux représentants de partis de centre droit, Joseph Laniel (futur Président du Conseil) et Louis Marin (député de Nancy) : « Depuis son retour à Paris, Rex multiplie les négociations avec les mouvements, les partis et les syndicats. Le grand jour approche, maintenant qu’il a  réduit les obstacles majeurs. Presque tous les représentants sont désignés, à l’exception de ceux de l’Alliance démocratique et de la Fédération républicaine, bien que leurs partis en aient accepté le principe. Rex me demande d’organiser un rendez-vous avec Joseph Laniel pour le premier et Louis Marin pour le second. ».

Joseph Laniel : « Dès l’armistice, Laniel a participé au travail du groupe clandestin créé à Lyon par Paul Bastid. C’est par son intermédiaire que j’organise le rendez-vous avec Rex, à la sortie du métro Rue du Bac, au carrefour des boulevards Raspail et Saint-Germain. Ils traversent tous les deux le boulevard Saint-Germain et entrent dans le premier bistrot de la rue du Bac. Après explication de Rex, Laniel donne son adhésion sans réserve au projet de Conseil et accepte d’y représenter son parti. ».

Louis Marin : « Le dernier rendez-vous est avec Louis Marin. Bien qu’il ait décliné à plusieurs reprises l’offre du Général d’aller à Londres, il a accepté le principe du Conseil de la Résistance. Mais il y a quelques jours, il a refusé in extremis d’y siéger, sous prétexte qu’il était trop vieux, et a recommandé le marquis de Moustiers pour le remplacer. Malheureusement, Rex ignore la façon de le joindre. On le dit en Belgique. Aurons-nous le temps de le trouver et de le faire venir à Paris pour la réunion ? C’est un représentant d’autant plus précieux qu’il a été l’un des rares membres des partis à avoir voté contre Pétain en juillet 1940. ».

Problèmes le 22 mai 1943 : « Parmi les lettres que j’apporte, il y a deux mauvaises nouvelles : l’une révèle que Laniel a voté en faveur de Pétain en juillet 1940. Rex l’ignorait. Il ne comprend pas que personne ne l’ait averti : "Quel cadeau pour les communistes ! Pourquoi ne m’a-t-on pas mis en garde ? Bastid m’a assuré qu’il était le seul présentable à l’Alliance démocratique. Que doivent être les autres ?". L’autre message annonce que Moustiers vit en effet en Belgique et qu’il refuse de se déplacer. "Évidemment, dit Rex, quand il y a du danger… Il faudra attendre la Libération pour assister à la bousculade !" ».

Finalement, Joseph Laniel resta membre du CNR et, le 26 mai 1943, Jacques Debû-Bridel a remplacé Louis Marin et le marquis de Moustiers au CNR.

Heureusement, une bonne nouvelle : « J’ai gardé pour la fin le message tant attendu du Général De Gaulle. (…) La mauvaise humeur de Rex se dissipe. Le manifeste de De Gaulle est rédigé sur son papier à lettres à l’en-tête du 5 Carlton Garden. (…) Durant la lecture, son attention est extrême. "C’est parfait, dit-il. Comme toujours, il va à l’essentiel". Puis, semblant se raviser : "Peut-être aurait-il pu insister sur la réforme des partis". Finalement, il rayonne et répète : "C’est parfait !" (…). Rentré chez moi, je ne résiste pas à la curiosité de lire le message de De Gaulle. Évidemment, tout y est : "La formation du Conseil de la Résistance, organe essentiel de la France qui combat, est un événement capital". Je suis heureux de cet hommage à Rex qui en est l’inventeur et le réalisateur. Comme toujours, j’admire la prose du Général (…). Je suis séduit par ce texte du Général, si présent au combat que nous menons. J’en retiens surtout deux mots, qui représentent notre but à tous : "colossale révolution". ».

Sur l’habileté politique de De Gaulle [confronté à la rivalité avec le Général Giraud] : « Ayant suivi au jour le jour l’évolution du projet de Rex, j’admire la conclusion du Général, sa manière de récupérer la caution de ces chefs qui dénoncent chaque jour sa politique "annexionniste" et refusent en fait son autorité. C’est une leçon de tactique politique, qui le sacre chef authentique de la Résistance. Par un formidable tour de passe-passe, il leur assigne une place majeure dans des institutions qu’ils refusent de créer… » (22 mai 1943).

Le 23 mai 1943, Daniel Cordier a retranscrit la pensée de Jean Moulin sur la première réunion du CNR : « Cette séance doit consacrer la légitimité républicaine du Général. C’est la première réunion d’une assemblée représentative de la France résistante, la première également depuis la trahison de l’Assemblée nationale le 10 juillet 1940. C’est une date fondatrice pour la Quatrième République. Tous les représentants des anciens partis doivent être physiquement présents, comme le seront ceux des mouvements et des syndicats. (…) Depuis Vichy, nous ne leur avons rien demandé. Aujourd’hui, ils doivent faire leurs preuves. Avant-guerre, la pratique a souffert, entre autres, de l’absentéisme et des votes par procuration. Si nous voulons refaire une République militante, il nous faut être intraitable sur son fonctionnement. Les ouvriers sont tous les jours à l’usine, pourquoi les parlementaires ne sont-il pas à l’Assemblée ? ».

La première réunion du CNR s’est finalement tenue le jeudi 27 mai 1943 à 14 heures au 47 rue du Four à Paris, dans la plus grande clandestinité. C’était Daniel Cordier qui a joué le rôle d’agent immobilier pour trouver, en toute discrétion, l’appartement servant à accueillir la réunion historique. Cependant, les conditions de sécurité n’étaient pas vraiment acquises : « Morlaix a signalé à Rex que la cuisine ouvrait sur le toit d’une cour intérieure, d’où l’on pouvait s’enfuir. Mais il n’y a pas d’issue sur une autre rue. Comme toujours, nos mesures de sécurité sont en trompe-l’œil. ».

Cette réunion capitale a été la grande œuvre de Jean Moulin, mais aussi, celle de Daniel Cordier, car elle donnait les bases de la légitimité politique de De Gaulle. Quelques jours plus tard, le 21 juin 1943, lors d’une réunion à Caluire, Jean Moulin, probablement trahi, fut arrêté par la Gestapo, il fut ensuite torturé à mort…

Tous mes vœux de bonne santé accompagnent ces deux jeunes centenaires exceptionnels, Hubert Germain et Daniel Cordier, qui sont la fierté de tous les Français libres d’aujourd’hui. J’ai bien conscience que sans eux, ma propre vie aurait été très différente et je leur en suis reconnaissant…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 août 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le courage exceptionnel de deux centenaires.
Libération de Paris.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Hubert Germain.
Daniel Cordier.
Le programme du Conseil National de la Résistance (CNR).
Stéphane Hessel.
Daniel Mayer.
Roland Leroy.
Antoine de Saint-Exupéry.
Joseph Kessel.
Premier de Cordier.
Daniel Cordier, ni juge ni flic.
La collection Cordier.
Georges Mandel.
Jean Zay.
Simone Veil.
Antisémitisme.
Maurice Druon.
Général De Gaulle.
Joseph Joffo.
Anne Frank.
Robert Merle.
L’amiral François Flohic.
Jean Moulin.
André Malraux.
Edmond Michelet.
Loïc Bouvard.
Germaine Tillion.
Alain Savary.
Être patriote.
Charles Maurras.
Philippe Pétain.
L’appel du 18 juin.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Raymond Sabot.
François Jacob.
Pierre Messmer.
Maurice Schumann.
Jacques Chaban-Delmas.
Yves Guéna.
Général Leclerc.

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4 août 2020 2 04 /08 /août /2020 03:04

« Nous arrivons au terme de nos débats. Il est trois heures du matin (…).  Nous sommes le 1er août et nous terminons l’examen d’un texte dont l’histoire retiendra qu’il s’est déroulé dans des conditions particulièrement rocambolesques. Nous l’avons dit et redit : on nous prive, sur un sujet aussi important, d’un vote solennel. Ce débat intervient au cœur de l’été, alors que nos concitoyens ont d’autres préoccupations, que la maladie menace notre pays, que la situation économique est celle que l’on connaît et que la difficulté s’accroît chaque jour. Ce débat en plein été, nous le devons à un décret de convocation du Président de la République ; ce sera retenu ! Seul le Président de la République peut fixer l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale en cette période de session extraordinaire. » (Marc Le Fur, député LR, le 1er août 2020 dans l’Hémicycle).




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La troisième séance de l’Assemblée Nationale du vendredi 31 juillet 2020 a donc été levée le samedi 1er août 2020 à 3 heures 40 du matin. Ce fut en effet à cette heure très tardive que l’ensemble du projet de loi de bioéthique a été adopté en seconde lecture par l’Assemblée Nationale par 60 voix contre 37 sur 101 votants, avec 4 abstentions. Autant dire en catimini quand tout le monde dormait !…

J’ai déjà évoqué ce projet de loi, mais je n’ai pas évoqué les dernières discussions, celles qui ont eu lieu pendant la nuit, et pourtant, elles concernaient des articles très importants.

Les médias résumeront, et d’ailleurs, ont déjà résumé, cette adoption comme l’adoption de la PMA élargie à toutes les femmes. Hélas, ce projet de loi contient beaucoup plus que cela, des mesures particulièrement honteuses sur le statut juridique des cellules souches provenant d’embryons humains, sur la facilitation accrue de faire des manipulations sur ces cellules sans plus aucune contrainte a priori de cette recherche scientifique.


Quelques explications de vote 

Avant de rendre compte notamment des articles 19 et suivants (19 bis, 19 ter, 19 quater), je propose quelques extraits des explications de vote de l’ensemble du projet de loi, qui me paraissent bien appréhender les vrais enjeux de ce vote parlementaire. J’insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas ici de faire un compte-rendu objectif et neutre, mon propos est de signaler certains dangers de ce projet de loi. J’éviterai donc les propos laudateurs sur le "progrès" qui sont d’autant plus sans intérêt qu’ils sont biaisés.

Marc Le Fur : « Il me semble important de noter qu’un certain nombre d’articles a donné lieu à des dérives importantes. Ainsi, l’article 17 a introduit cette transgression que constituent à mes yeux les chimères et la transgenèse des embryons. Cela présente de vrais risques pour aujourd’hui, mais surtout pour demain. Nous craignons d’avoir dépassé plusieurs bornes, nous vous l’avons dit et redit. Je regrette que, dans des conditions un peu surprenantes, un simple amendement intervenu au milieu d’un débat, nous ayons élargi les condition de l’interruption médicale de grossesse. Le débat fut très bref et je crains que l’adoption de cette mesure n’ait amené des évolutions considérables. ».

Patrick Hetzel : « J’ai le regret de constater qu’une série de lignes rouges ont été franchies, comme je le craignais. (…) Les mesures adoptées résultent en un moins-disant éthique en matière de recherche (…). Je regrette également l’ouverture à la marchandisation avec l’autoconservation des ovocytes sans raison médicale. ».

Xavier Breton : « Je regrette (…) les conditions formelles du débat. Tout d’abord, ce sujet n’est pas la priorité de notre pays : nous sommes face à une recrudescence de la crise sanitaire ; la crise économique s’annonce terrible ; il est dommage de nous diviser, même, en l’occurrence, pour de bonnes raisons, alors que nous devrions nous rassembler pour viser la cohésion économique et sociale. La preuve du caractère secondaire du sujet : le Président de la République n’en a pas dit un mot dans son intervention télévisée du 14 juillet, pas plus que le nouveau Premier Ministre dans sa déclaration de politique générale. On constate donc une sorte de silence honteux de l’exécutif sur la question. Deuxième point : nous avons été davantage dans une opposition frontale que dans une logique de discussion (…). On peut regretter qu’il n’y ait pas eu cette recherche d’équilibre, chère à des collègues tels que Jean Leonetti ou Alain Claeys. ».

Emmanuelle Ménard : « Que dire de cette étrange conception de la nature humaine où des embryons humains sont manipulés comme s’ils n’étaient qu’un tas de cellules ? (…) On se souviendra de cette loi, non parce qu’elle élève notre nation mais parce qu’elle enclenche une terrible décadence éthique où finalement aucun principe ne peut être fondateur puisqu’à vos yeux, ils sont tous relatifs. ».

Thibault Bazin : « Il n’y a eu aucune recherche de consensus de la part de la majorité. C’est dommage. La version de l’Assemblée Nationale en seconde lecture est même pire que la version gouvernementale initiale. Elle contient de nouvelles dérives marchandes : l’extension, à titre expérimental, aux centres à but lucratif de la gestion des gamètes (…). Elle contient de nouvelles dérives transhumanistes : la possibilité confirmée de créer bientôt des embryons transgéniques, des gamètes artificiels à des fins de recherche, des embryons chimériques. Enfin, le ministre de la santé a tenu un discours ambigu sur les possibilités d’étendre la DPI-A en fonction des avancées du PHRC. De nouvelles dérives eugéniques ne sont pas totalement exclues. ». (Voir plus loin ce que signifient DPI-A et PHRC).

Valérie Six : « En l’absence de vote solennel, nous avons demandé, en dernier recours, un scrutin public : il permettra d’éclairer nos concitoyens sur l’expression de l’ensemble des groupes politiques. À l’issue de l’examen en séance publique, nous nous réjouissons tout particulièrement de la suppression du DPI-A. Il s’agit d’un projet dangereux et contradictoire avec nos politiques en faveur d’une plus grande inclusion. Sur la mesure phare du projet de loi, l’extension des techniques de PMA (…), nous y sommes fondamentalement opposés et craignons le glissement inexorable que l’ouverture de la PMA ne manquera pas d’entraîner. Nous déplorons, enfin, l’ajout de cette évolution sociétale dans le projet de loi. Ce choix, purement politique, a accaparé l’essentiel des débats, alors que le reste du texte comprend des sujets majeurs au regard de nos principes éthiques, tels que l’intelligence artificielle en santé, l’imagerie cérébrale, la recherche sur l’embryon ou la création de chimère, pour ne citer que certains d’entre eux. Ces mesures soulèvent des interrogations vertigineuses, sur lesquelles il faut légiférer avec une extrême prudence : ainsi de l’allongement des délais de recherche sur l’embryon ou de la création de chimères homme-animal. Gardons-nous, en ce sens, d’une démarche technicienne qui évacuerait toute réflexion éthique. (…) Notre groupe [UDI], enfin, regrette la précipitation de nos débats contradictoires eu égard à la nécessité de consensus qui s’attache aux sujets de bioéthique. Là où il fallait s’atteler à la recherche d’un équilibre, la majorité a souvent préféré avancer à marche forcée, en oubliant la place de l’enfant. ».

Pierre Dharréville : « À la lumière des débats, peut-être aurait-il fallu regarder en face les enjeux du transhumanisme et de la marchandisation. Sur le premier point, on a parfois semblé se demander pourquoi se priver de ce qui est possible, sans en interroger suffisamment les fins et les conséquences. Or travailler sur les fins suppose de se poser des questions sur les moyens, car le genre humain et son devenir y sont en cause. Sur le second point, une décision a été prise qui est grave à nos yeux : elle autorise des centres à but lucratif à pratiquer le recueil et la conservation de gamètes. Pour nous, elle abîme le projet de loi et trouble la conception de l’AMP qu’il reflète : cela pose un véritable problème. (…) Il s’agit pour nous d’une ligne rouge : on ne peut pas marchandiser ainsi des produits du corps humain qui nous sont si précieux. ».

Comme le dernier orateur cité, certains ont émis des critiques importantes (Pierre Dharréville parlait de "ligne rouge") pour expliquer ensuite qu’ils allaient quand même voter le texte. Allez comprendre que lorsqu’une disposition est grave, cela n’empêche pas de l’adopter dans sa globalité en raison d’une idéologie, celle d’étendre la PMA à toutes les femmes. Alors que la conséquence logique pour un projet de bioéthique, c’est que si une seule mesure dépassait la ligne rouge (c’est-à-dire, allait à l’encontre de ce qu’on croit être le genre humain), alors il faudrait rejeter tout le texte en bloc lors du vote définitif. Je reste donc très dubitatif sur la sincérité de ces critiques auprès de certains groupes.

Maintenant, je propose d’aborder quelques sujets, pas encore abordés dans mes précédents articles, sur certaines dispositions de ce projet de loi, adoptées (ou pas) en seconde lecture.


Le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies (DPI-A)

Ici, je suis (momentanément) rassuré par le texte adopté car une partie adoptée par la commission spéciale a finalement été heureusement supprimée par les députés en séance publique. Il s’agissait de l’article 19 bis.

Actuellement, le diagnostic préimplantatoire (diagnostic réalisé par prélèvement et caractérisation d’une cellule d’un embryon obtenu par fécondation in vitro pour PMA) est régi selon l’article L2131-4 du code de la santé publique, selon les articles 21 et 23 de la loi n°2011-814 du 7 juillet 2011 (la précédente loi de bioéthique). Il « n’est autorisé qu’à titre exceptionnel » dans certaines conditions bien précises, en particulier quand il y a une forte probabilité que l’embryon soit atteint d’une maladie génétique héréditaire.

Et que disait l’article 19 bis adopté par la commission spéciale le 3 juillet 2020 ? Il donnait clairement le passeport d’un futur tri d’embryons lors de la PMA : « À titre expérimental et pour une durée de trois ans, l’État peut autoriser deux établissements parmi ceux autorisés par l’Agence de la biomédecine au titre de l’article L2131-4 du code de la santé publique à étendre le diagnostic mentionné au même article L2131-4 à la numération des autosomes. ».

Pour comprendre, un autosome est un chromosome non sexuel. En clair, l’article proposait ni plus ni moins de savoir s’il y avait une trisomie (en particulier 21) dans l’embryon humain avant implantation dans l’utérus. On parle d’aneuploïdie qui signifie qu’une cellule ne possède pas le nombre normal de chromosomes (c’est le cas pour une trisomie 21).

Cela pose de graves problèmes, notamment celui du handicap : les personnes trisomiques 21 ainsi que leurs parents pourraient être particulièrement stigmatisés par cette mesure, d’autant plus que, par ailleurs, la législation tend à favoriser ce qu’on appelle la "société inclusive", c’est-à-dire tend à permettre aux personnes en situation de handicap de pouvoir vivre dans la société dans les meilleures conditions possibles.

Un tel diagnostic préimplantatoire dirait aux parents ou même à l’enfant trisomique : vous êtes stupides, avec le DPI, vous pouviez éviter de commencer le processus visant à la naissance de cet enfant trisomique. Pourtant, malgré les difficultés, des familles ont réussi à vivre heureuses, avec amour, même si la vie est loin d’être facile tous les jours. Il y a un côté utilitariste de ce genre de conception de DPI qui voudrait aboutir à un "enfant sans défaut".

Aude Bono-Vandorme a fait part de son étonnement : « La commission spéciale [a] cru bon revenir sur des dispositions que nous avions repoussées en première lecture. La question nous est donc posée à nouveau : faut-il permettre un diagnostic préimplantatoire avec recherche d’aneuploïdies visant à trier les embryons ayant des anomalies du nombre de chromosomes ? ».

La députée a alors cité l'ancienne ministre Agnès Buzyn lors de l’examen en première lecture : « On aboutit ainsi au mythe de l’enfant "sain". (…) L’étape suivante, le glissement naturel, c’est d’aller chercher d’autres maladies génétiques fréquentes. ». Et la députée de poursuivre : « Elle concluait (…) en soulignant qu’il ne fallait pas faire croire aux parents qu’on réglerait tous les problèmes avec ces tests. Concrètement, quelles seraient les maladies à rechercher, et qui en déciderait ? Pour elle, il y avait là, éthiquement, "une dérive eugénique claire", l’analyse génétique des embryons devant aboutir à une société qui n’aura pas décidé d’être eugéniste, mais au sein de laquelle tout le monde voudra demander un enfant sain. Les couples qui procréent naturellement pourraient donc s’en trouver désavantagés et être amenés à demander une PMA. Or, qui voudrait implanter un embryon atteint de trisomie 21 ? Nous glisserions vers le tri d’embryons. "C’est horrible, une société eugéniste", ajoutait Mme Buzyn, précisant qu’il s’agissait d’une "dérive (…) qu’on ne verra même pas venir". Alors, pourquoi rouvrir le débat ? ».

Et probablement qu’Aude Bono-Vandorme a donné le meilleur argument : « J’ai entendu prononcer à de nombreuses reprises dans cette enceinte le mot "amour" pour défendre ce texte. Autoriser le tri d’embryons est un message d’intolérance et de rejet des personnes différentes. Ce n’est en rien de l’amour. Mes valeurs sont celles d’une société inclusive qui accepte les différences : j’ai la certitude que l’on peut grandir avec elles. L’humanité ne se construit pas dans les laboratoires. ».

Le Ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, qui avait voté pour cet article 19 bis en première lecture (en tant que député), a répondu ainsi : « La question du DPI-A, ou diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies, est très compliquée d’un point de vue éthique et, surtout, d’un point de vue scientifique et médical. En tant que toubib, médecin qui veut faire progresser la recherche et reculer les problèmes de santé quels qu’ils soient, j’ai tendance à l’approuver, sur le principe, la démarche qui consiste à autoriser le diagnostic préimplantatoire à la recherche d’une aneuploïdie pour éliminer les risques de malformations et d’anomalies chromosomiques susceptibles d’entraîner une fausse-couche ou l’apparition de problèmes de santé graves pour un enfant. ».

De plus, Olivier Véran  ne croit pas à une dérive eugéniste : « Je ne crois pas à l’argument de l’eugénisme. Je considère que ni les parents engagés dans une démarche de DPI-A ni les médecins désireux que soient pratiqués ces diagnostics n’ont une vision eugéniste de la société ou l’intention d’éliminer un enfant parce qu’il serait porteur d’une anomalie chromosomique. Je n’y crois pas. ». En ce sens, Agnès Buzyn était plus méfiante puisqu’elle expliquait que cette société eugéniste se ferait sans qu’on n’en ait conscience. Apparemment, le ministre actuel n’aurait pas la même vigilance.

Cependant, Olivier Véran a proposé la suppression de l’article 19 bis pour que la recherche se fasse dans le cadre de programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) sur trois ans (au lieu d’être inscrite dans la loi).

Thibault Bazin est lui aussi opposé à l’article 19 bis : « Si on légalise le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies en créant un droit de trier les embryons ab initio en fonction du génome, avec des embryons qu’on pourrait qualifier d’imparfaits, on crée une tentation et on permet finalement une forme de dérive potentielle, le recours à la PMA devant permettre d’être certain, même sans problème de fertilité, d’avoir un enfant génétiquement correct. (…) Derrière cette question, il y a celle de l’acceptation des personnes différentes et vulnérables, et de notre rapport au handicap. Notre société acceptera-t-elle, demain, l’existence de personnes atteintes d’un handicap ? Par cohérence avec la volonté de rendre la société de plus en plus inclusive, il ne faudrait pas initier des démarches qui iraient en sens inverse.  ».

La députée Blandine Brocard s’est, elle aussi, interrogée : « Pouvez-vous, par exemple, m’expliquer pourquoi ceux-là mêmes d’entre vous qui fustigent le tout business et le tout commercial sont parmi les premiers à appeler de leurs vœux l’autorisation et la généralisation de techniques impliquant forcément le développement de nouveaux marchés économiques au détriment de la fragilité et de l’âme même de notre humanité ? ». Autre question : « À l’heure où l’écologie tient le devant de la scène et pèse dans toutes les décisions que nous sommes amenés à prendre, à l’heure où nous constatons les dramatiques méfaits de l’action de l’homme sur la nature et les limites du tout technologique sur notre environnement et sur notre humanité même, comment pouvons-nous encore décider d’être, envers et contre tout, maîtres et possesseurs de la nature ? ».

Et de conclure : « Quelle société voulons-nous ? Une société qui refuse tout signe de faiblesse et de vulnérabilité ? Ou bien une société qui prend soin des plus faibles et des plus vulnérables ? Oui, notre humanité est fragile et c’est ce qui fait sa beauté. La rationaliser à tout prix, à n’importe quel prix, c’est lui faire perdre son âme. Soyons imparfaits, acceptons de ne pas tout maîtriser et contrôler pour, au contraire, préserver notre humanité, dans son environnement naturel. Nous allons vers un monde uniforme où le différent est éradiqué, à l’opposé d’une société inclusive que l’on prétend vouloir construire avec les personnes fragiles. Comment peut-on aller vers une société inclusive si l’on commence par dire que ces personnes ne doivent pas exister ? C’est de notre humanité profonde qu’il est question, de notre relation à l’altérité, à la différence, à la fragilité. N’est-ce pas ce qu’on appelle fraternité ? ».

Marie Tamarelle-Verhaeghe est également intervenue dans le même sens : « Certains avancent que le diagnostic de la trisomie 21 permettrait d’éviter une interruption médicale de grossesse en empêchant l’implantation d’embryons atteints. Mais cet argument interroge sur la finalité du DPI-A : éviter les fausses couches ou éviter l’implantation d’embryons susceptibles de présenter des anomalies chromosomiques ? L’article 19 bis est perçu de façon très douloureuse par nombre d’associations et de parents d’enfants touchés par le handicap, qui y voient une intention d’éliminer les enfants qui pourraient être porteurs de cette anomalie, et donc, comme une négation de leurs enfants ou comme une violence qui leur est faite. ».

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Aurore Bergé a soutenu aussi la suppression de ce dispositif : « Sur ce sujet, je n’ai pas varié depuis la première lecture : je persiste à penser que nous franchirons l’une des bornes éthiques que ce texte entend défendre si nous inscrivions l’accès au DPI-A dans la loi. Ce texte de révision de lois de bioéthique, par sa nature, doit créer des droits nouveaux comme la PMA pour toutes, mais aussi poser des interdits, et le DPI-A doit rester  un interdit majeur. (…) Le DPI-A ne doit pas intégrer notre droit. ».

Agnès Thill a repris l’argument de l’amour utilisé par ses contradicteurs : « Accepter d’avoir un enfant, c’est accepter un mystère ; c’est accepter de ne pas savoir comment il sera ; c’est accepter ce qu’il sera. Le moment est venu de réfléchir véritablement à cet amour dont vous parliez : de quel amour s’agit-il ? Pour aimer un enfant, faut-il qu’il soit comme on veut qu’il soit ? Est-ce vraiment aimer quelqu’un que de l’aimer comme on veut qu’il soit ? Ce serait trop facile. Aucun enfant n’est comme on veut et c’est tant mieux. Je ne veux pas d’un monde qui ferait l’être humain comme on le veut ! ».

De même, dans son unique intervention dans ce débat, Dominique Potier, qui a été très actif dans le passé sur la bioéthique, a exprimé son point de vue très clairement : « Je l’ai dit en première lecture, le texte [de l’article 19 bis] suscite en moi une opposition radicale, pour des raisons philosophiques et anthropologiques. (…) La manière dont vous en avez énoncé les termes n’est pas satisfaisante, monsieur le ministre. Je tiens à dire d’emblée que l’idée même d’un ordre naturel ou ancien comme seul justificatif du bien commun m’est totalement étrangère. Je crois profondément à la République comme cadre et creuset où s’affrontent et se cherchent des options intellectuelles et spirituelles en vue de construire une vérité toujours inachevée. Dès lors, le clivage entre progressistes et conservateurs est totalement désuet ; c’est même une supercherie intellectuelle. Il n’y a ni progressistes ni conservateurs, mais des chercheurs de vérité qui se respectent, s’écoutent et peuvent partager une quête humaniste dont nous devons leur faire crédit. Le pire consisterait à considérer, comme on n’a cessé de le faire à propos de ce projet de loi, que la modernité et l’évolution de la société s’imposent à la manière d’un absolutisme nouveau. L’archaïsme, c’est la modernité présentée comme un absolu. Il faut combattre cette idée, politiquement et philosophiquement. Puisque la science et la technique nous permettent de dépasser des limites anciennes, ce qui importe n’est pas d’être modernes ou anciens, mais de savoir ce qui nous humanise ou non. ».

Concrètement, sur le texte, Dominique Potier était plus que dubitatif : « Nous ne sommes pas des poissons isolés dans l’océan, nous nageons en banc : chaque fois que l’un de nous agit, cela retentit jusqu’au bout du monde et sur l’ensemble de la société. Je le dis au nom d’une valeur de la gauche qui n’est pas libertaire, qui peut sembler conservatrice, mais que je revendique. J’avoue un sentiment de vertige à l’idée que l’on entérine une filiation lacunaire, un droit à concevoir seul, que l’on interroge ainsi les principes mêmes qui fondent la médecine et la sécurité sociale. Incidemment, prend corps l’idée même d’une conception sur mesure réduisant l’être humain à sa matérialité. ».

Et de terminer ainsi : « Mes questions, sans réponse évidente, portent sur les conséquences pour l’enfant comme personne, mais également pour la société dans le temps long. Mon alerte la plus vive, qui justifie à elle seule que je n’aie pas voté le projet de loi en première lecture et que je m’apprête à nouveau à ne pas le faire, est le risque d’une marchandisation accrue du vivant, non délibérée, par une dérive de l’individualisme libéral. En nous affranchissant de certaines limites, nous consentirons ainsi à une nouvelle servitude. Pour paraphraser Camus, chaque génération a la responsabilité d’engendrer la suivante. Rappelons-nous avec lui (…) que l’on peut attacher de la valeur à l’idée que notre humanité se grandit moins dans la manifestation de sa toute-puissance que dans son attention au fragile. ».

Marc Delatte a évoqué aussi les faibles connaissances finalement qu’on a actuellement : « Peut-être certains d’entre nous, moi le premier, car je n’ai pas fait de test ADN récréatif, sont-ils porteurs sans le savoir d’une anomalie génétique, qui ne s’est simplement pas exprimée. Pour ce qui est du mosaïcisme, une équipe de recherche de l’Université de l’Oregon, à Portland, a mené une étude dont les résultats suggèrent que les embryons mosaïques sont capables, notamment à un stade très précoce, d’empêcher le développement de certaines cellules dites anormales. (…) L’implantation d’un embryon en mosaïque pourrait ainsi déboucher sur une grossesse tout à fait normale et sur la naissance d’un enfant tout à fait sain. Tout ceci pour souligner que nos connaissances scientifiques en la matière sont loin d’être abouties. C’est ce que disent les membres du Comité consultatif national d’éthique, dont je fais partie : le sort d’une personne est loin d’être scellé dans ses gènes. ».

Comme on le voit, le débat à propos du DPI-A a été très riche et soutenu. Notons aussi que le corapporteur Philippe Berta a pris la défense du DPI-A avec beaucoup de conviction et d’humanité, son argumentation se basant sur la capacité à faire que les embryons implantés soient viables et puissent aller jusqu’au terme de la grossesse : « Le but n’est donc pas de sélectionner, puisque le tri est fait en fonction de la pathologie : il s’agit de choisir un embryon viable. ». En dehors de la trisomie 21, la plupart des autres trisomies engendrent généralement des fausses couches et empêchent le projet parental.

À 23 heures 50, une très large majorité s’est dégagée pour la suppression de cette possibilité de DPI-A : 78 voix contre 24 et 6 abstentions. C’est une bonne nouvelle, une digue de l’éthique n’a pas été franchie, celle, grave, du tri d’embryons.


L’interruption médicale de grossesse (IMG)

En revanche, une disposition concernant l’interruption médicale de grossesse (IMG) a été adoptée de façon très rapide et de manière imprévue, par ce qu’on appelle un cavalier législatif (c’est-à-dire, un amendement qui profite d’un projet de loi pour être inscrit dans la loi sans en être réellement l’objet).

L’amendement 524 soutenu par Marie-Noëlle Battistel et par la délégation aux droits des femmes vise à préciser (à inclure) "ce péril pouvant résulter d’une détresse psycho-sociale" dans le 3e alinéa de l’article 20 sur l’IMG : « Lorsque l’interruption de grossesse est envisagée au motif que la poursuite de la grossesse met en péril grave la santé de la femme, ce péril pouvant résulter d’une détresse psycho-sociale, l’équipe pluridisciplinaire chargée d’examiner la demande de la femme comprend au moins… etc. ».

Le corapporteur Jean-François Eliaou était opposé à cet amendement car sur le fond, la détresse psycho-sociale de la femme est déjà prise en compte en cas de demande d’IMG, d’autre part : « Le problème n’est pas le droit, mais la pratique. (…) Oui, l’IMG constitue une possibilité, et la santé de la femme doit être prise dans sa globalité, dont fait partie la santé mentale. Toutefois, le préciser dans ce texte me gêne. Puisque cette possibilité existe déjà dans la loi, pourquoi la rappeler ? (…) Enfin, je crains qu’on n’envoie, en inscrivant cette précision dans la loi, un signal complexe sur la frontière entre IVG et IMG. ».

L’enjeu fut donc donné crûment : en évoquant les considérations psychosociales, ce qui reste très flou, on peut effectivement transformer l’IVG en IMG. Or, la grande différence entre les deux, c’est que l’IVG doit se faire avant les 12 semaines de grossesse, tandis que l’IMG peut être effectuée à tout moment, même au-delà des 12 semaines légales. On imagine aisément qu’une femme qui souhaiterait faire une iVG mais qui s’y prendrait trop tard pourrait ainsi demander une IMG sans qu’on puisse réellement s’y opposer, si l’amendement 524 était adopté.

La position du secrétaire d’État Adrien Taquet, le seul représentant de l’État, a semblé s’en laver les mains, comme Ponce Pilate : « Je suis sensible à l’argument du rapporteur : pourquoi introduire dans la loi un seul motif, à l’exclusion de tous les autres, d’autant qu’il est difficile de décrire la détresse psychosociale d’une femme ? Cependant, parce qu’il comprend et partage votre objectif, le gouvernement s’en remet à la sagesse de l’Assemblée. ».

L’amendement a été adopté avec un très court débat contradictoire et sans vote public alors qu’il est très important et grave. Il semblerait que l’opposition n’ait pas percuté sur les conséquences de cet amendement qui pourrait transformer une IVG en IMG sans limitation dans le temps. Cela va à l’encontre totale de l’esprit de la loi que Simone Veil avait défendue il y a plus de quarante-cinq ans.


Révision des lois de bioéthique : fréquence de révision

La fréquence est actuellement de tous les sept ans, mais il est vrai que le monde va beaucoup plus vite, notamment le monde de la technologie. La majorité voulait ainsi augmenter la fréquence de révision de ces lois, tous les cinq ans (article 32 du texte).

Cependant, je trouve qu’un tel rythme est beaucoup trop fréquent car avant de faire de nouvelles lois, il faut avoir le temps d’évaluer les anciennes. La bioéthique est un temps long, pas un temps court, et en donnant une fréquence tous les cinq ans, cela signifie que chaque Président de la République pourrait faire son "petit caprice" avec la bioéthique, comme chaque Président de la République voudrait faire son "petit caprice" avec les institutions en cherchant à les réformer. Mais la différence, c’est qu’on ne peut pas réviser la Constitution sans l’accord à la fois de l’Assemblée Nationale et du Sénat, et éventuellement du Congrès ou du peuple français.

Réduire la durée entre deux lois de bioéthique me paraît donc participer à l’instabilité législative sur des sujets ultrasensibles. L’amendement 1429 défendu par Pierre Dharréville vise ainsi à conserver la durée à sept ans (au lieu de cinq ans voulus par la commission spéciale). La corapporteure Laëtitia Romeiro Dias a pour sa part émis un avis défavorable à cette fréquence tous les sept ans pour en rester à la version de la commission spéciale : tous les cinq ans. Quant au gouvernement, il n’a pas d’avis sur la question (ce qui est très étrange !!!).

À la surprise générale, l’amendement 1429 a été finalement adopté contre l’avis de la commission spéciale. Je m’en réjouis. De quoi faire dire à Thibault Bazin : « On sent un certain flottement ! ».

En fait, à mon sens, le plus pertinent serait de constitutionnaliser les lois de bioéthique. Pourquoi ? Parce que, comme cela a été dit par des orateurs opposés au vote final du projet de loi de bioéthique, une loi de bioéthique doit faire le consensus dans la représentation nationale. Les sujets touchent à la conscience individuelle et rarement à des postures politiques, les sujets sont ultrasensibles et le pays doit prendre des décisions dans ces domaines avec un relatif consensus.

Or, l’expérience de ce projet de loi de bioéthique, c’est que la majorité a refusé le principe du choix consensuel. Au contraire, la commission spéciale a voulu mener la danse sous la houlette d’un "ultra", Jean-Louis Touraine, rapporteur général du projet de loi, et cela d’autant plus que la majorité était très divisée sur certains sujets. Donc, l’idée d’écouter l’opposition était assez éloignée des préoccupations gouvernementales, dans la mesure où le gouvernement voulait en revenir à la version adoptée en première lecture.

En donnant une valeur constitutionnelle aux lois de bioéthique, on obligerait le législateur à trouver, à construire un réel consensus, et pas seulement un texte simplement majoritaire et de circonstance (dictée par les sondages).

Le processus législatif suit son cours. Le texte adopté ce samedi 1er août 2020 à 3 heures 40 du matin va être déposé sur le bureau du Sénat pour un examen au Sénat. Cela ne se fera pas immédiatement, puisque, pour l’heure, le Sénat est pleinement absorbé par son renouvellement de moitié pour dans un mois et demi…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 août 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bioéthique 2020 (8) : diagnostic préimplantatoire (DPI) et interruption médicale de grossesse (IMG).
Bioéthique 2020 (7) : l’inquiétante instrumentalisation du vivant.
Document : le rapport approuvé le 3 juillet 2020 de la commission spéciale de l’Assemblée Nationale sur la bioéthique (à télécharger).
Bioéthique 2020 (6) : attention, un train peut en cacher un autre !
Vincent Lambert.
La Charte de déontologie des métiers de la recherche (à télécharger).
Claude Huriet.
Document : le rapport approuvé le 8 janvier 2020 de la commission spéciale du Sénat sur la bioéthique (à télécharger).
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
La PMA et ses sept enjeux éthiques.
Les 20 ans du PACS.
Harcèlement sexuel.
Pédophilie dans l’Église catholique.
Le projet de loi sur la bioéthique adopté par les députés le 15 octobre 2019.
Texte du projet de loi sur la bioéthique adopté le 15 octobre 2019 par l’Assemblée Nationale (à télécharger).
Quel député a voté quoi pour la loi sur la bioéthique ? Analyse du scrutin du 15 octobre 2019.
Attention, les embryons humains ne sont pas que des "amas de cellules" !
La découverte révolutionnaire de nouvelles cellules souches.
Embryons humains cherchent repreneurs et expérimentateurs.
Expérimenter sur la matière humaine.
Chaque vie humaine compte.
L’embryon puis le fœtus est-il une personne humaine ?
La PMA.
Le mariage pour tous.
L’avortement.
La peine de mort.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
Jacques Testart.
Simone Veil.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200801-bioethique.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/bioethique-2020-8-diagnostic-226168

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/08/02/38461734.html







 

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1 août 2020 6 01 /08 /août /2020 03:46

« Votre souci de répondre au désir de femmes très minoritaires, d’accéder à la PMA sans père, justifie-t-elle de bouleverser la filiation, de créer des gamètes artificiels, des embryons transgéniques ou chimériques ? N’y aura-t-il plus aucune limite à la toute-puissance de la volonté des adultes ? Notre société n’est-elle plus capable de répondre négativement aux demandes d’accès à la technique, si celles-ci ne sont pas humainement souhaitables ? (…) On ne commande pas des enfants : ils ne sont pas un bien, une marchandise, un dû. » (Thibault Bazin, le 27 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale).



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Le 28 juillet 2020, Jean Castex a déclaré dans l’Hémicycle : « J’écoute, dans la fonction qui est désormais la mienne, les évolutions de la société. Je m’inscris, avec la majorité parlementaire, dans une démarche de progrès. J’affermis l’autorité de l’État et la laïcité de la République. Je construis le dialogue social et la libération des territoires. ». Étrange fin de réponse (hors sujet) du Premier Ministre à une question posée sur …la bioéthique : « C’est du bla-bla », scanda alors en réponse le député Pierre Cordier.

Comme je l’expliquais dernièrement, le projet de loi sur la bioéthique dont la seconde lecture était en discussion à l’Assemblée Nationale du 27 au 31 juillet 2020, ne porte pas seulement sur toute la problématique de la PMA élargie à toutes les femmes, mais également sur beaucoup de mesures très inquiétantes concernant l’expérimentation sur les embryons humains.

L’opposition LR à l’Assemblée Nationale a souhaité en faire un combat politique pour s’opposer à la fois au fond (multiple) du texte mais aussi à la forme, vouloir "en catimini" faire adopter un texte majeur dans la torpeur estivale en plein milieu d’une double crise sanitaire et économique. Il suffit de voir la très faible "couverture" médiatique des débats… Même la Chaîne parlementaire (LCP) semble s’en moquer puisqu’elle ne retransmet pas les débats à la télévision, du moins en direct.

Si plusieurs députés LR ont fait front, il faut cependant remarquer que le groupe LR lui-même est très partagé et la direction de LR a laissé la liberté "absolue" de vote pour un texte sociétal où la position est plus de l’ordre de la conscience individuelle que de la posture politique. Ainsi, seulement une partie du groupe s’est opposée à l’introduction de la PMA pour toutes, votée le mercredi 29 juillet 2020 dans la soirée.

Il me paraît très incertain que le texte complet soit adopté avant la fin de la session extraordinaire, avant la pause du mois d’août et ce sera bienheureux. Il est nécessaire de prendre du temps, et si le gouvernement explique que ce temps a déjà été pris (le texte a été déposé au bureau de la Présidence de l’Assemblée Nationale il y a un an, le 24 juillet 2019), il suffit de faire un petit sondage sur 1° la connaissance de toutes les mesures contenues dans le texte (hors PMA, seule mesure qui a reçu une publicité médiatique), 2° quelles sont les enjeux que sous-tendent ces mesures ? 3° quelle est votre avis ? La dernière question est très compliquée car il faut comprendre de quoi on parle et que veut faire passer en force le gouvernement ou sa majorité qui semble plus "radicale" à ce sujet.

En outre, le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran n’a quasiment pas pris part aux travaux de la commission spéciale pour préparer l’examen du texte en seconde lecture, ce qui ne montre pas un respect très éclatant pour la représentation nationale. Si la raison, c’était que le ministre avait beaucoup d’autres fronts (la pandémie du covid-19 n’est pas terminée), alors, pourquoi le gouvernement s’obstinerait-il tant à aller si vite que ses ministres ne suivent pas ?

Dès le 21 juillet 2020 aux questions au gouvernement, le groupe LR a protesté car ni le Président de la République Emmanuel Macron dans son interview du 14 juillet 2020 ni le Premier Ministre Jean Castex dans sa déclaration de politique générale le 15 juillet 2020, n’avaient ne serait-ce qu’évoquer le projet de loi de bioéthique, et c’est pourtant le premier texte de loi significatif qui passe à la discussion quelques jours après la nomination du nouveau gouvernement. Là, on n’est plus avec l’attentisme concernant la réforme des retraites, mais c’est vrai que les embryons humains n’ont pas la capacité de se mobiliser et de faire la grève comme ce fut le cas pour de nombreux salariés avant la crise sanitaire.

Ainsi, Annie Genevard (LR), par ailleurs vice-présidente de l’Assemblée, a interpellé le gouvernement : « C’est au cœur de l’été, en pleine crise économique, que vous avez voulu présenter en catimini la seconde lecture du texte bioéthique. Le 14 juillet, le Président de la République n’a pas dit un mot sur le sujet. Pas un mot non plus dans votre déclaration de politique générale, monsieur le Premier Ministre. C’est pourtant l’un des premiers textes que le gouvernement que vous dirigez soumet au Parlement. Personne ne comprendrait que vous restiez silencieux sur un texte aussi fondamental, à moins de vouloir vous dérober. » (21 juillet 2020).

Jean Castex n’a pas répondu à la question (Olivier Véran a répondu) et il a fallu attendre la séance de questions du 28 juillet 2020 pour qu’il daignât enfin se manifester sur le sujet. Deux fois même.

La première fois, répondant à une députée de la majorité (présidente de la commission spéciale, Agnès Firmin Le Bodo) : « Sur le fond, à l’initiative du gouvernement dirigé par mon prédécesseur et dans le cadre des engagements pris devant la nation par le Président de la République, on a abouti à un texte représentant une avancée considérable pour les familles, pour les patients et pour la recherche. Il s’agit bien sûr (…) des dispositions relatives à la PMA et à ses conséquences sur le droit à la filiation et à l’accès aux origines. Derrière tout cela, il y a parfois des drames mais aussi beaucoup d’espoirs, autant de situations humaines que nous allons alléger sinon régler. Et nous pouvons tous en être fiers. Comme nous pouvons être fiers des autres dispositions qui vont permettre d’importants progrès en matière de recherche scientifique, de dons d’organe et de thérapies ; je pense également aux avancées en matière d’éthique et d’encadrement de certaines pratiques, dont le traitement de données issues de l’intelligence artificielle pour les actes de soins. Oui, mesdames, messieurs les députés, je parle d’avancées très significatives et d’un équilibre qui a su être trouvé, sans drame sur des sujets dont je n’ignore pas la grande sensibilité, qui font miroir aux évolutions de notre société et interpellent le plus profond de nos consciences. (…) La GPA demeure notre ligne rouge ! D’autres sujets viendront légitimement en débat, telle la réservation des ovocytes pour le partenaire, la PMA postmoderne, ou encore le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdes [DPI-A] ou les tests génétiques en population générale : ils ne recueilleront pas plus qu’avant l’approbation du gouvernement ! Ce projet de loi, dans sa version équilibrée correspondant parfaitement à la pensée du Président de la République et de moi-même, va constituer une avancée majeure ».

C’est clair que cette première prise de parole de Jean Castex sur le sujet n’est pas convaincante : il ne fait que suivre des consignes extérieures (l’Élysée) et n’a pas une vision personnelle du texte, n’en a présenté aucun enjeu, ce qui a fait dire par un député LR (Philippe Gosselin) : « Ce n’est pas du niveau d’un Premier Ministre ! ». En somme, j’ai l’impression que Jean Castex se fiche comme de l’an 40 de cette loi de bioéthique et qu’il la fait passer car on lui a demandé de la faire passer, mais visiblement, le texte le dépasse largement. On n’apprend pas la bioéthique à l’ENA…

Je trouve par ailleurs scandaleux qu’il ose parler d’une avancée pour la recherche scientifique sans parler de l’expérimentation sur des embryons humains vivants ! Ce texte de loi, loin d’être équilibré, a définitivement fait admettre par l’État la réification du vivant. C’est une bride qui a éclaté et cela aura des conséquences ultérieures particulièrement fâcheuses (prenons date aujourd’hui).

La seconde fois où Jean Castex s’est exprimé sur le sujet, c’était quelques minutes plus tard quand Damien Abad a pris la parole. Damien Abad est une personnalité qui monde au sein de LR, élu président du groupe LR quand Christian Jacob a été élu président de LR. Damien Abad n’était évidemment pas satisfait par la réponse du Premier Ministre : « On voit combien vous êtes embarrassé, à tel point que vous avez préféré répondre à la majorité plutôt qu’à l’opposition sur un thème pourtant fondamental. ».

Damien Abad a évoqué alors l’inquiétude de certains parents : « À l’image des parents de la jeune Adélaïde, que j’ai rencontrés ce week-end en Ardèche. Ces derniers, qui sont tout simplement fiers et heureux de voir leur fille pleine de vie, s’interrogent et ne comprennent pas pourquoi votre majorité s’obstine à vouloir maintenir l’article 19 sur le diagnostic préimplantatoire et la détection systématique des aneuploïdes. Accepter un tel diagnostic pour toutes les trisomies, et surtout la trisomie 21, c’est faire un premier pas vers le tri des embryons (…). Mes chers collègues, vous ne pouvez pas jouer à la roulette russe avec les embryons. Vous ne pouvez pas jouer aux apprentis sorciers sur des questions aussi fondamentales que la vie humaine. (…) Dites la vérité : allez-vous retirer cette mesure potentiellement dangereuse et particulièrement offensante pour les familles d’enfants atteints de trisomie ? ».

La question avait le mérite de poser le vrai problème du gouvernement, car Jean Castex venait justement de dire son opposition à la mesure décriée par Damien Abad (donc, sur le fond, les deux hommes sont en accord). Mais c’est le groupe LREM qui est divisé car beaucoup voudraient pousser le texte bien plus loin que le point dit d’équilibre selon Jean Castex qui voudrait conserver le texte voté en première lecture : « Le texte a fait l’objet d’une longue concertation et a été amplement débattu. Ce processus, et j’en félicite toutes celles et ceux qui y ont contribué, a permis de progresser par rapport au texte gouvernemental, en prenant en considération différentes contributions, y compris venant des bancs de la droite. C’est un texte équilibré, je le répète, et je vous invite à ne pas remettre en cause cet équilibre. La majorité, j’en suis persuadé, partagera cette volonté. Nous faisons face à la nécessité de comprendre les évolutions de notre société et de l’apaiser. ».

Évidemment, la réponse du Premier Ministre n’a pas semblé rassurer Damien Abad : « Monsieur le Premier Ministre, je vous entends. Mais votre majorité est favorable à cet article [article 19], votre ministre des solidarités et de la santé a voté pour en première lecture [Olivier Véran était encore député], comme quasiment tous vos rapporteurs. La question centrale qui se pose est la suivante : est-on aujourd’hui sûr et certain que cela ne nous mènera pas à cette dérive dont les Français ne veulent pas et qui serait terrible pour notre société ? Au-delà de ce point, et puisqu’il est question de chimères, la bioéthique mérite mieux que des slogans. ».

Dans la discussion générale, le député LR Thibault Bazin, le 27 juillet 2020, laissa exprimer son inquiétude et sa colère : « Nous regrettons ce calendrier imposé : le texte est examiné alors que la session extraordinaire devait déjà se terminer la semaine dernière, en pleine période estivale pour que nos concitoyens ne puissent se mobiliser ni être informés de sa nouvelle version, bien pire que les précédentes. Nous déplorons aussi la manière dont s’est déroulé l’examen en commission spéciale, dans un temps contraint, à marche forcée, avec la présence du gouvernement pour un seul article sur une trentaine. Cela a permis le débordement du texte et le franchissement de nouvelles lignes rouges, comme sur la ROPA. Dans un contexte de difficultés économiques, sociales et sécuritaires profondes, que l’actualité récente nous a cruellement rappelées, n’est-ce pas une manière pour le gouvernement de faire diversion ? En tout cas, c’est faire fausse route pour répondre aux attentes des Français car, selon un récent sondage, l’inscription de la bioéthique à l’ordre du jour ne fait pas partie de leurs préoccupations et ce projet de loi divise profondément la société française. ».

Pour information, la ROPA est la réception de l’ovocyte par le partenaire, une disposition qui avait été adoptée par la commission spéciale pour la seconde lecture, qui permet le don d’ovocytes au sein d’un couple de femmes, ce qui fait que le dispositif s’apparenterait plutôt à une GPA, la mère porteuse était la partenaire féminine de la mère biologique. Cette disposition n’a finalement pas été retenue par les députés le 29 juillet 2020, ni non plus la PMA post mortem.

Thibault Bazin s’est "insurgé" sur le fond du texte : « Cette révision des lois bioéthiques, qui ne se résume pas à la PMA, tant s’en faut, prétend répondre aux progrès de la science et aux évolutions de notre société. Mais il faut nous interroger : la science évolue, mais est-ce toujours un progrès ? Le techniquement possible est-il toujours humainement souhaitable ? Ne peut-on craindre les effets de l’intelligence artificielle, de la médecine prédictive, de la neuromodulation ? Ne va-t-on pas vers l’homme augmenté ? La génomique, le séquençage, le ciseau moléculaire CRISPR-Cas9, et même aujourd’hui CRISPR-Cas13, nous conduisent-ils vers plus d’éthique ? ».

CRISPR signifie "Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats" qui signifie : "Courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées", et ce sont des séquences répétées dans l’ADN. Le CRISPR-Cas9 permet d’introduire des modifications locales du génome (c’est un outil du génie génétique, une sorte de ciseau à ADN). Dans le même principe, le CRISPR-Cas13 cible l’ARN qu’il peut modifier localement au lieu de l’ADN. Le CRISPR-Cas13 peut être un outil de diagnostic très efficace et rapide (de maladies infectieuses et de maladies génétiques).

Poursuivant : « De surcroît, l’artificialisation de ces procréations nous fait courir des risques importants, tel que le droit à l’enfant parfait. Deux dispositifs adoptés en commission spéciale veulent nous y conduire : le DPI-A, qui revient à trier les embryons en fonction de leur génome, et l’élargissement du diagnostic prénatal. Imaginez-vous la dérive eugénique ? La pression de certains laboratoires est forte car les intérêts sont énormes, même si la fiabilité de ces dispositifs est faible et leurs résultats scientifiques contestés. Mais l’une de leurs motivations non avouées est le refus systématique de certains handicaps comme la trisomie 21. On nous parle de société inclusive, on va même visiter un Café Joyeux. En même temps, on autoriserait un tri des enfants à naître… Stop aux faux-semblants ! En bioéthique aussi, un peu de cohérence ne ferait pas de mal. Quel signal donne-t-on aux personnes handicapées et à leurs parents ? Où est l’accueil des plus vulnérables ? Le coût de ces examens est très élevé. Gardons plutôt ces ressources pour la recherche afin de soigner ces maladies et l’infertilité. ».

Thibault Bazin a fini son discours par le plus important : « La dérive transhumaniste est aussi présente dans ce texte : création de gamètes artificiels à partir de cellules IPS [cellules souches pluripotentes] ; création d’embryons transgéniques certes destinés, pour le moment, uniquement à la recherche ; création d’embryons chimériques avec l’insertion de cellules souches embryonnaires humaines dans un embryon animal que l’on insère dans la femelle. Cette manipulation transgresse la frontière entre les espèces. Est-il anodin de détruire des embryons pour faire de la recherche ? Sinon, pourquoi toujours assouplir les démarches jusqu’à les réduire à une simple déclaration comme le prévoit votre projet ? Les embryons ne sont-ils pas des êtres en devenir ? Chacun de nous n’a-t-il pas été embryon ? Il convient de respecter l’intégrité de l’embryon humain. La pression des commerces de la reproduction ne doit pas nous conduire à franchir toutes ces barrières éthiques. La fin ne justifie pas les moyens. Le respect de la nature humaine, de l’écologie humaine et le principe de précaution devraient primer. Pourquoi ces principes valables pour notre planète ne le seraient-ils pas pour l’homme ? L’écologie, à laquelle les Français accordent de plus en plus d’importance, devrait respecter la nature et la dignité de l’homme dès sa conception. Mes chers collègues, je suis très inquiet des conséquences des transgressions éthiques contenues dans ce projet. Avec un Président de la République et une majorité hors sol, allez-vous faire de l’humain hors sol par chimérisme ou transgenèse jusqu’à faire croire à un nouveau monde où l’humain serait parfait grâce à un tri préalable ? Je ne veux pas de ce nouveau monde profondément inhumain. Comme la grande majorité des Français, je suis contre ce texte qui signifie la fin de la bioéthique à la française. ».

Je cite souvent le député Thibault Bazin sur les enjeux d’éthique car il nourrit une réflexion très pertinente, avec beaucoup de recul, loin des modes, en allant à l’essentiel, pour se prévaloir de deux principes : "l’éthique de la vulnérabilité" et "le respect inconditionnel de la personne", valeurs qui devraient être partagées par tous.

Certaines craintes de Thibault Bazin ont finalement été excessives puisque les dispositions les plus inquiétantes prises par la commission spéciale ont été écartées en séance publique (ROPA et PMA post mortem).

J’avais évoqué particulièrement deux articles du texte qui me paraissaient inquiétants. L’article 14 et l’article 19 (et suivants). L’article 14 a été débattu et adopté lors de la deuxième séance du 31 juillet 2020, qui vise à créer un statut juridique nouveau pour les cellules souches embryonnaires humaines à distinguer des embryons humains. L’article 19 a été débattu lors de la troisième séance du 31 juillet 2020 (séance de nuit) dont je n’ai pas encore l’issue.

Intéressons-nous à l’article 14 et aux arguments évoqués par des députés LR, Thibault Bazin, Annie Genevard, Patrick Hetzel, et par la majorité, le corapporteur Philippe Berta et la Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal.

Thibault Bazin : « L’article 14 vise à distinguer subtilement les recherches sur les embryons humains et les recherches sur les cellules souches embryonnaires, comme si le législateur allait oublier que ces dernières émanent des embryons humains et que leur prélèvement en provoque la destruction. (…) Tout à votre transition écologique, vous en oubliez le respect dû à la dignité humaine. ».

Annie Genevard : « Alors qu’en 1994, le législateur avait interdit ces recherches, à partir de 2004, un régime dérogatoire a été défini, autorisant, en l’absence de tout autre solution, celles qui avaient une finalité thérapeutique majeure. Malheureusement, cet équilibre a été rompu sous le gouvernement socialiste [loi du 6 août 2013]. Nous souhaitons en revenir à un haut niveau de protection (…). C’est pourquoi l’article 14 (…) nous paraît constituer un très mauvais signal et un pas de plus vers la réification de l’embryon. ».

Philippe Berta : « Une cellule souche embryonnaire n’a aucune capacité à donner un embryon. Quand on travaille sur de telles cellules, on est même très loin de l’embryon. ». En outre, le corapporteur a expliqué que la recherche sur les cellules souches pluripotentes induites (IPS) a besoin aussi de cellules souches embryonnaires considérées comme étalons pour faire des comparaisons.

Frédérique Vidal : « Si les cellules souches embryonnaires étaient soumises au même régime d’utilisation en recherche que les embryons, c’est parce que, pour obtenir des cellules souches embryonnaires, il fallait partir d’un embryon. Or, ce n’est plus le cas : dans certains laboratoires qui travaillent avec des cellules souches embryonnaires, personne n’a jamais vu d’embryon ! C’est pourquoi nous entendons instaurer un régime déclaratif. ».

Les réponses apportées à cette objection de l’opposition ne me conviennent pas car elles ne tiennent pas compte de cet argument évoqué : les cellules souches embryonnaires proviennent d’embryons humains qui sont ainsi détruits pour la recherche. Que ces cellules souches embryonnaires n’engendrent aucun embryon et même aucun embryon viable n’est pas un argument, on évoque ici les conséquences alors qu’il faut prendre en compte les origines. Or, ce n’est pas parce que certaines cellules souches embryonnaires peuvent être aujourd’hui obtenues sans prélèvement et destruction d’un embryon humain que toutes ces cellules ont cette origine. Il s’agit donc bien d’une évolution très négative du respect de ce qu’est un embryon humain.

Thibault Bazin : « Il s’agit donc bien de substituer une déclaration à une autorisation, donc d’alléger les exigences. La représentation nationale est en droit de se demander si cet allègement est opportun. (…) Tout cela n’est pas sans rapport avec l’embryon, mais il faut tout de même que nous nous disions la vérité : vous êtes un certain nombre à avoir siégé au sein de la majorité précédente, et ce texte vise justement à régulariser des dispositions adoptées par les socialistes en dehors de toute révision des lois de bioéthique et qui constituent autant de dérives. (…) Ce régime de recherche médicale en AMP, créé en 2016 en catimini, était censé réhabiliter le régime d’études de l’embryon déjà établi par la loi du 6 août 2013, adoptée, déjà, en dehors de toute révision des lois de bioéthique. ».

Et de préciser : « Quand la disposition a été votée en 2016, dans le cadre de la loi de modernisation de notre système de santé, ce régime de recherche devait concerner des recherches biomédicales non interventionnelles, plus précisément observationnelles. Mais dès le 4 mars 2016, le décret d’application a étendu cette possibilité aux recherches interventionnelles qui permettent des interventions à risque. Cette modification est contraire à l’esprit et à la lettre de la loi du 26 janvier 2016, et implique des enjeux graves. ». Pour Frédérique Vidal, l’intervention dont il s’agit dans ce cas est un diagnostic préimplantatoire, ce qui n’est pas plus rassurant.

Patrick Hetzel : « Vous nous dites, madame la ministre, d’être tranquilles : même s’il s’agit d’une simple déclaration, il y a des règles à respecter. Mais la situation va complètement s’inverser : ce sont les acteurs de la société civile qui seront obligés d’assigner des chercheurs devant les tribunaux pour essayer de vérifier s’ils respectent les critères éthiques, alors qu’actuellement, l’Agence de la biomédecine effectue un contrôle a priori. Supprimer ce contrôle a priori, c’est aller vers le moins-disant éthique. Je ne vois pas comment vous pouvez affirmer que vous ne changez rien ; d’ailleurs, si c’était vrai, vous ne toucheriez pas à la loi. ».

Annie Genevard à propos de la durée de conservation d’un embryon (actuellement sept jours, le gouvernement veut quatorze jours et certains députés LREM veulent même vingt et un jours : « Je rappelle tout de même que l’article 16 du code civil consacre le principe du respect de l’être humain dès le commencement de la vie. ».

Un peu plus tard, Annie Genevard a déclaré l’impression générale de ce débat parlementaire : « J’éprouve le sentiment désagréable qu’au fur et à mesure que ce débat avance, la science prend le pas sur l’éthique. ».

À l’heure de la fin de cet article (31 juillet 2020 dans la soirée), je n’ai pas une connaissance exacte de l’évolution des débats. L’article 19 a été discuté lors de la troisième séance (séance de nuit) de ce vendredi 31 juillet 2020. Je n’en ai pas encore l’issue. À suivre…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bioéthique 2020 (7) : l’inquiétante instrumentalisation du vivant.
Document : le rapport approuvé le 3 juillet 2020 de la commission spéciale de l’Assemblée Nationale sur la bioéthique (à télécharger).
Bioéthique 2020 (6) : attention, un train peut en cacher un autre !
Vincent Lambert.
La Charte de déontologie des métiers de la recherche (à télécharger).
Claude Huriet.
Document : le rapport approuvé le 8 janvier 2020 de la commission spéciale du Sénat sur la bioéthique (à télécharger).
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
La PMA et ses sept enjeux éthiques.
Les 20 ans du PACS.
Harcèlement sexuel.
Pédophilie dans l’Église catholique.
Le projet de loi sur la bioéthique adopté par les députés le 15 octobre 2019.
Texte du projet de loi sur la bioéthique adopté le 15 octobre 2019 par l’Assemblée Nationale (à télécharger).
Quel député a voté quoi pour la loi sur la bioéthique ? Analyse du scrutin du 15 octobre 2019.
Attention, les embryons humains ne sont pas que des "amas de cellules" !
La découverte révolutionnaire de nouvelles cellules souches.
Embryons humains cherchent repreneurs et expérimentateurs.
Expérimenter sur la matière humaine.
Chaque vie humaine compte.
L’embryon puis le fœtus est-il une personne humaine ?
La PMA.
Le mariage pour tous.
L’avortement.
La peine de mort.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
Jacques Testart.
Simone Veil.

_yartiBioethique2020AE01



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200731-bioethique.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/bioethique-2020-7-l-inquietante-226120

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/28/38454227.html





 

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