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19 janvier 2022 3 19 /01 /janvier /2022 03:48

« Avec son visage hiératiquement figé, ses yeux fixant un point indéterminé de l’espace, son père n’appartenait plus tout à fait à l’humanité, il y avait décidément en lui quelque chose du spectre, mais également de l’oracle. » (Michel Houellebecq, "Anéantir", éd. Flammarion, 2022).



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Comme je l’expliquais dans un précédent article, l’écrivain Michel Houellebecq n’en est plus forcément à ruminer du noir dans l’obscurité observée de l’humanité. Dans son dernier ouvrage sorti le 7 janvier 2022, "Anéantir" (chez Flammarion), il imagine au contraire un rebond industriel de la France et même, une industrie automobile fleurissante, concurrençant voire surpassant l’industrie automobile allemande. C’est dire comme le spécialiste du pessimisme est devenu optimiste.

Si l’économiste Bernard Maris appréciait tant ses livres, c’est qu’il pensait, à mon avis à juste titre, que Michel Houellebecq pensait le mieux la société contemporaine, ressentait le mieux ses évolutions, ses aspirations, ses absurdités, ses paradoxes, et en faisait donc une description la plus lucide possible. Bien sûr, comme beaucoup de ces évolutions sont plutôt négatives, ou, du moins, inquiétantes, cela pouvait donner lieu à une narration déprimante.

Avec les quelques idées positives du dernier roman, on pourrait même croire que l’avenir de la France change de trajectoire et reviendrait au beau fixe. Bon, c’est un peu simpliste, mais comme dans toute évolution, il y a du bon et du mauvais, ressenti du reste très subjectivement, car la société est aussi "schizophrène", inquiète des délocalisations à cause du chômage et de la désindustrialisation, mais heureuse de consommer les fruits de cette délocalisation car accessibles aux moins riches et donc, au plus grand nombre, il est heureusement facile de changer de perception selon la perspective d’observateur qu’on prend.

On connaissait aussi quelques "combats" de Michel Houellebecq. L’un, retranscrit dans "Soumission" (2015), est la peur d’une société française se transformant progressivement en société musulmane, peur voire obsession qu’a reprise et amplifiée des personnalités comme Éric Zemmour. Michel Houellebecq, lui, n’a pas exprimé d’opinion politique, il n’a fait qu’imaginer cette transition (en principe pour cette élection présidentielle, ce qui ne semble pas se passer comme le livre, heureusement), et cela avec une certaine dose d’originalité.

On peut aussi parler de "combat" dans ses premiers livres, en particulier "Les Particules élémentaires" (1998), mais aussi "Extension du domaine de la lutte" (1994) et plus encore dans "Plateforme" (2001), qui serait une sorte de droit au sexe, droit plutôt décliné au masculin, car le point de la vue de la femme manquait beaucoup à l’origine, dans ses premiers romans (ce n’est plus le cas maintenant).

On trouve aussi un soutien aux agriculteurs, plutôt aux petits exploitants, dans "Sérotonine" (2019), écartelés entre l’Europe, ses aides et ses normes, les consommateurs, l’État et la concurrence extraeuropéenne, ou encore une critique de la désertification rurale qu’on ressent aussi dans "La Carte et le Territoire" (2010), couronné prix Goncourt.

Plus que dans ses précédents romans, Michel Houellebecq aborde, avec "Anéantir", les thèmes "sociétaux". En fait, je l’attendais depuis longtemps sur ces sujets-là.

On a ainsi une évocation de la GPA, on va dire, une "GPA pas heureuse", dans le sens où l’un des effets plus ou moins volontaire d’une femme qui a demandé cette GPA serat d’humilier son mari (qu’elle n’aimerait pas). Et il faut aussi l’amour des parents : « Elle avait souhaité par ce choix humilier Aurélien, faire savoir à tous dès la première seconde qu’il n’était pas, ne pouvait en aucun cas être le père véritable de l’enfant. Si telle avait été son intention, elle avait pleinement réussi. La paternité biologique n’a aucune importance, l’important c’est l’amour, du moins c’est ce qu’on affirme en général ; mais l’amour, encore faut-il qu’il y en ait, et Paul n’avait jamais eu l’impression qu’il existât une quelconque forme d’amour entre Aurélien et son fils (…). ».

Parmi les sujets de son roman "Anéantir", il y a aussi le chômage des quinquagénaires, et plus particulièrement des cadres, couplé à l’ascenseur social en panne. En effet, parmi les personnages, l’auteur décrit Hervé qui est notaire, mais la crise de l’immobilier a engendré la faillite de l’étude notariale qui l’employait et il se retrouve au chômage avec peu de chance de retrouver un emploi sinon en rebondissant dans un autre métier. Michel Houellebecq montre ainsi qu’on peut avoir fait de belles études et ne pas assurer ses fins de mois. Mais implicitement, il explique cette situation par le fait que ce personnage est fils d’ouvriers.

Cela n’empêche pas non plus le romancier de s’interroger sur l’amour, un peu pour lui-même puisqu’il a eu l’an dernier 65 ans : « Est-ce qu’on peut tomber amoureux à soixante-cinq ans ? Peut-être que oui, tant de choses existent sur cette terre. Il est certain en tout cas que Madeleine était tombée amoureuse de son père (…). Cela pouvait se comprendre, son père était à sa manière un homme impressionnant, d’ailleurs il avait toujours eu un peu peur de lui, mais pas tellement peur non plus parce que c’était un homme bon (…). ». Et cette Madeleine, la cinquantaine à peine entamée, « c’était juste une pauvre sans commentaires, et sa vie jusqu’à présent avait été parfaitement merdique, un bref mariage avec un alcoolique et c’était tout, on n’arrive pas à imaginer à quel point c’est peu de chose, en général, la vie des gens,on n’y arrive pas davantage quand on fait soi-même partie de ces "gens", et c’est toujours le cas, plus ou moins ». En d’autres termes, elle est une "qui n’est rien". On retrouve le Houellebecq un tantinet dépressif. Je pense que l’expression « une pauvre sans commentaires » fera date, au même titre que les « sans dents » de François Hollande.

De tous ces nouveaux combats, je pense qu’il y en a un qui pèse plus lourd que les autres pour Michel Houellebecq, et qui, par celui-ci, révèle un véritable humanisme, certes un peu dépressif, mais un humanisme beaucoup plus vivant que ceux qui célèbrent le culte de la mort "douce", à savoir l’euthanasie.

Michel Houellebecq a été profondément écœuré par la manière dont Vincent Lambert a été (mal)traité de 2014 à 2019, jusqu’à sa mort provoquée qui reste, à mon sens aussi, un véritable scandale de la morale publique (on peut lire une première tribune ici, et une seconde tribune là). Je ne pouvais pas imaginer que Michel Houellebecq, dans un roman ou un autre, ne s’empare pas de ce thème. Avec la "facilité" du romancier : en effet, il ne s’agit pas ici de faire un "essai", d’égrainer les arguments pour ou contre l’euthanasie, il ne fait que raconter une "histoire", et en plus, en tant que "deus ex machina", il maîtrise parfaitement tous les tenants et aboutissants de l’histoire. Il peut donc en faire un modèle à visée philosophique, mais toujours sans prétention, car il n’y a jamais vraiment de moralité dans les romans de Michel Houellebecq, et d’ailleurs, il commence toujours à dépeindre ses personnages sans beaucoup les valoriser ; ils ont tant de défauts au départ qu’ils ne peuvent pas être des modèles de comportement.

Simplement, la simple narration suffit à ensuite changer d’opinion le cas échéant, mais surtout, à connaître d’autres perspectives, à mieux comprendre un contexte qui n’est pas comme on le croyait, à confronter d’autres points de vue.

Car l’euthanasie, au fond, qu’on souhaite pour les autres, car si on veut légaliser l’euthanasie, c’est bien qu’on veut la généraliser, qu’elle soit utilisée aussi pour les autres, sans en comprendre les dangers, c’est un regard sur soi-même, c’est la peur d’affronter soi-même une échéance qui, de toute façon, suprême égalité qui élimine toute classe sociale, arrivera à chacun de nous, et elle arrivera avec de la souffrance, pour nous et pour ceux qui nous aime. Croire qu’on éliminera la souffrance (en particulier psychologique) en avançant l’échéance est un leurre et surtout une prétention immense, prométhéenne. On sait réduire la souffrance physique (c’est l’un des progrès de la médecine) et cela devrait suffire pour justement ne pas vouloir avancer l’échéance.

Alors, Michel Houellebecq ne fait que dans la narration, avec ses personnages, loin d’être parfaits et surtout, loin d’être uniformes, un athée matérialiste qui n’a pas le temps de dépenser son argent, une catho pratiquante qui vote pour l’extrême droite et qui n’a pas beaucoup d’argent, etc. Le père du personnage principal est ainsi "son" Vincent Lambert, sans la caractéristique jeunesse : il a autour de 70 ans, pas d’accident de la route, mais un accident vasculaire cérébral qui, finalement, entraîne le même désordre dans le cerveau. Coma, inquiétude, et puis, éveil, sortie de l’engagement du pronostique vital et, comme Vincent Lambert, état pauci-relationnel.

La différence entre Édouard Raison (le père en question) et Vincent Lambert, c’est qu’il a eu la chance d’être "mieux" traité médicalement, qu’on s’occupe "vraiment" de lui dans une structure spécialisée. C’est là l’invraisemblance du roman : non seulement il existe une structure prête à l’accueillir, mais celle qui est le plus proche du domicile familial a justement une place qui se libère.

Et d’ailleurs, que veut dire "une place qui se libère" ? Car moi aussi, je me suis toujours inquiété de la question : « Édouard Raison entamerait une nouvelle phase de son existence, et tout portait à croire que ce serait la dernière. Si une place s’était libérée, dans cette unité de Belleville-en-Beaujolais, si une chambre avait été vidée, puis allait être nettoyée, c’était de toute évidence qu’un autre résident était "parti", ou, pour le dire plus clairement, qu’il était mort. ».

Les caractéristiques pour pouvoir y entrer sont les suivantes : « "Votre papa y sera parfaitement soigné, j’en ai la certitude. Il n’a pas besoin de trachéotomie pour respirer, et ça c’est déjà énorme. Le point noir, par contre, c’est qu’il n’a aucun mouvement oculaire, ce sont les mouvements oculaires qui permettent de rétablir la communication, et c’est souvent la première chose qu’ils récupèrent". Elle s’abstint d’ajouter que c’était assez souvent, aussi, la dernière, elle gardait à vrai dire un souvenir plutôt angoissé de ce moment de sa visite au centre hospitalier de Belleville-en-Beaujolais (…). ». Eh oui, comme Vincent Lambert, on ne peut pas débrancher Édouard Raison, car il n’est pas branché ! Il est autonome dans la respiration, et seule, l’absence de réflexe de déglutition, qui peut revenir après un long entraînement, l’empêche d’être autonome dans son alimentation et son hydratation.

Et au programme précisé par la médecin-chef du service de réanimation qui va transférer le patient dans cet hébergement spécialisé, tout ce dont Vincent Lambert n’avait pas pu bénéficier alors que plusieurs structures avaient confirmé qu’elles seraient prêtes à l’accueillir : « Ils ont plusieurs séances hebdomadaires de kinésithérapie et d’orthophonie (…), j’ai été impressionnée quand j’y suis allée. Ils sont baignés régulièrement, et ils ont fréquemment des sorties en fauteuil roulant. Il y a un parc, enfin une espèce de petit parc, à l’intérieur de l’établissement, mais souvent ils vont plus loin, jusqu’aux berges de la Saône. ».

Complété par le directeur de l’unité lui-même : « En dehors de la parole [je n’y crois pas trop] l’orthophonie sert aussi à éduquer la déglutition, ce qui peut permettre d’abandonner la gastrostomie pour revenir à une alimentation normale. (…) Tous les aliments sont permis ; à condition de les mixer, de les réduire en purée, il pourra retrouver toutes les saveurs qu’il connaissait. (…) Ensuite (…), il y a la stimulation sensorielle en général. Toutes les semaines, pour ceux qui le souhaitent, on a une séance de musicothérapie. Et puis, là c’est plus récent, c’est une association qui gère ça, il y a les ateliers animaux domestiques (…). Et puis bien sûr on ne les laisse pas allongés toute la journée, ça c’est le plus important à mon avis. Déjà ça évite les escarres, en cinq ans je n’ai pas eu une seule escarre dans mon unité. Tous les matins ils sont levés, mis en fauteuil roulant, très important, le fauteuil roulant (…), et ils restent en fauteuil jusqu’au soir, on peut les déplacer, suivant les disponibilités des soignants bien sûr. (…) On essaie de les promener plus longtemps, on les sort tous les jours, parfois en ville, parfois sur les bords de Saône. C’est important qu’ils puissent voire d’autres choses, écouter des sons différents, sentir d’autres odeurs ; mais évidemment c’est le plus coûteux en personnel, il faut un soignant pour pousser chaque fauteuil, on procède par roulement, on s’arrange pour que chacun puisse avoir sa promenade au moins une fois par semaine. ».

C’était parmi les revendications de la mère de Vincent Lambert : qu’il puisse avoir un fauteuil roulant et ne pas rester sans stimuli allongé dans sa chambre, et qu’il puisse être transféré dans une unité spécialisée chargée de l’accompagner. Je ne saurai jamais pourquoi l’État, et en particulier le Conseil d’État, ont privilégié l’euthanasie alors qu’il existait d’autres solutions. Ou j’ai trop peur de le savoir.

Dans le roman, tous les personnages n’ont pas, non plus, la même appréhension de ce qui est bien pour Édouard Raison et c’est cet entrechoquement des conceptions qui fait aussi la subtilité âpre de l’histoire.

On peut comprendre rapidement que Michel Houellebecq s’est bien documenté sur le sujet. C’est un sujet essentiel, et passionnant, car cet état de semi-conscience, d’une personne qui peut ressentir tous les sens mais qui ne peut plus rien exprimer, plus entrer en communication, peut "s’abattre" sur n’importe qui n’importe quand. Et la société doit savoir répondre à cet enjeu, faire preuve de solidarité auprès de ces patients qui ne souffrent pas mais qui sont en situation de lourd handicap. Certains veulent y répondre par la mort, purement et simplement, j’oserais dire facilement, et, au contraire, pour près de deux mille familles, la réponse, c’est d’accompagner ces personnes avec le plus de soins, le plus d’attention, et surtout, avec le plus d’amour possible.

Oui, Michel Houellebecq, c’est aussi cette culture de la vie face à la culture de la mort. Donc, non, le noir houellebecquien est certainement plus éclairant et porteur d’espérance que bien des opinions mortifères qui se sentent majoritaires dans la société française au point de prétendre régenter celle-ci selon une morale on ne peut plus douteuse. Merci, Michel Houellebecq, d’être l’avocat de ces personnes incapables d’exprimer qu’elles sont encore bien vivantes.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les nouveaux combats de Michel Houellebecq.
Anéantir : du grand Houellebecq !
Rentrée littéraire 2022 : "Anéantir" de Michel Houellebecq.
Michel Houellebecq évoque Vincent Lambert.
Houellebecq a 65 ans.
Lecture de la lettre de Michel Houellebecq sur France Inter (fichier audio).
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
5 ans de Soumission.
Vincent Lambert au cœur de la civilisation humaine ?
Vivons tristes en attendant la mort !
"Sérotonine" de Michel Houellebecq.
Sérotonine, c’est ma copine !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220118-houellebecq-aneantir.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/les-nouveaux-combats-de-michel-238722

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/01/17/39309041.html










 

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17 janvier 2022 1 17 /01 /janvier /2022 03:57

« Je pense que l’obsession de l’inclusion est une mauvaise manière faite aux enfants et à ces enfants-là qui sont, les pauvres, complètement dépassés par les autres enfants, et aux enseignants. » (Éric Zemmour, le 14 janvier 2022).




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Le candidat Éric Zemmour a créé une nouvelle polémique ce vendredi 14 janvier 2022. Il a dû s’autojustifier, revenir sur ses propos, parfois solennellement devant une caméra pendant tout le week-end où il pédalait dans la semoule, mais à chaque explication, il s’enfonçait encore un peu plus, le fond de sa pensée réelle se dévoilant, ouverte à tout vent, plutôt odieux.

À chaque fois, je m’interroge toujours sur l’intérêt de réagir à ces gros pavés dans la mare, comme c’était le cas pour les prénoms, mais le sujet me tient à cœur et je vais donc aborder ce sujet avec une profonde révolte sur la pensée du polémiste Zemmour qui, je veux bien le croire, n’a pas voulu faire dans la provocation, ce qui me paraît d’ailleurs pire.

Dans la classe politique, les réactions étaient unanimes, de l’extrême droite à l’extrême gauche, ce qui, pour Éric Zemmour, invité le 16 janvier 2022 sur France 3, serait le signe qu’il aurait raison (!). Même Marine Le Pen a été choquée, et elle l’est régulièrement avec la candidature de l’éditorialiste, si bien que dans ses interventions, elle se montre plus consensuelle, voire plus présidentielle que précédemment (mais elle n’a rien changé sur le fond). Éric Zemmour serait "l’idiot utile" de Marine Le Pen que cela ne m’étonnerait pas, mais je connais trop l’importance des ego pour que ce soit réellement le cas, en tout cas de manière concertée.

De quoi s’agit-il ? De l’inclusion des enfants en situation de handicap à l’école. Le mot "inclusion" est un gros mot pour Éric Zemmour, donc, il vaut mieux l’éviter. Il s’agit de considérer qu’une personne en situation de handicap, le plus important, dans l’expression, c’est "personne" et pas "handicap". C’est pour cela que je déteste qu’on parle des "handicapés" car cela réduit les personnes à leur seul handicap alors qu’elles sont beaucoup plus riches que cela. Elles sont d’abord des personnes, et doivent être respectées de la même manière que les autres.

Maintenant, les enfants, c’est encore plus important : les enfants en situation de handicap doivent être respectés comme des personnes, mais plus encore doivent être protégés et aidés, comme tous les enfants. Ils sont riches du devenir. Ils sont une promesse, ils sont plus un avenir qu’ils ont un avenir. C’est cela, la République. Dans la phrase qui a suscité tant de réactions, mise en début d’article et mille fois amendée, justifiée, modifiée par son auteur lui-même, en s’enfonçant, je l’ai dit, au point même d’en donner un aspect même pécuniaire… le candidat polémiste (qui n’a pas volé cette caractéristique) a au fond divisé la société, les enfants, en deux catégories, les "enfants", c’est-à-dire, sous-entendu, les "enfants normaux", et "ces enfants-là", c’est-à-dire, les enfants en situation de handicap, je remarque qu’il en parle avec un "respect" qui en dit long.

C’est important d’introduire la notion de "normalité" avec Éric Zemmour, car tout son problème est là : la normalité a évolué depuis les années 1950 (car il s’est à peu près figé à la décennie de sa naissance, peut-être parce qu’il l’a magnifiée, idéalisée dans l’adolescence ou un peu plus tard ?), et ce qui n’était "pas normal" n’est aujourd’hui peut-être pas devenu "normal", mais "banal". Plein de choses de la société : le divorce, l’homosexualité, le non-mariage, le mariage gay, etc.

Faut-il définir le handicap comme une "non-normalité" ? Peut-être. Mais il y a une certitude : autour de 7% voire 10% des personnes ont une "anomalie" génétique à la naissance, et sans doute autant ont, par accident, maladie, etc., acquis un handicap au cours de leur vie, sans compter ceux qui ont eu un handicap temporaire (une jambe cassée par exemple). Cela en fait beaucoup.

Le handicap inné paraît émané d’une statistique irréductible des espèces vivantes. L’anomalie génétique est même le seul moyen pour permettre l’évolution des espèces, au sens darwinien du terme (Darwin a été très visionnaire, puisqu’à l’époque, il ne savait pas que chaque être avait son empreinte génétique, l’ADN). Le handicap acquis provient plutôt du type de la société dans laquelle on évolue. Une société avec peu d’automobiles comporte des personnes handicapées par un accident de la route en moins grand nombre qu’une société très mécanisée, etc.

Dans une bande dessinée de Guy Deslile qui raconte son séjour en Corée du Nord, le dessinateur observateur évoque une discussion avec son guide. Il ne comprend pas pourquoi il ne voit aucune personne en fauteuil roulant dans les rues de Pyongyang. Son accompagnateur gouvernemental lui explique : c’est parce qu’en Corée du Nord, tout le monde naît parfaitement, sans handicap, parce que tout le monde a une vie saine.

C’est évidemment faux, mais la question, une véritable question de société, c’est de savoir si on accepte de "les montrer" ou pas, pas les montrer comme des phénomènes de foire, bien entendu, mais que les personnes en situation de handicap puissent vivre aussi dehors, comme les autres, avec les autres. Il faut évidemment pour cela que les équipements urbains soient adaptés, ce qui était le cas en Suède il y a déjà cinquante ans : mettre les accès au métro à la même hauteur que le quai, faire un petit bruit différent pour indiquer si le feu est rouge ou vert (c’est le cas aux Pays-Bas), installer les notices de musée en braille, etc. Regardez les rues de Paris, regardez le nombre d’entrées dans les habitations surélevées, avec une ou deux marches pour atteindre le hall, c’est pratiquement 100%. C’est systématique. Et dans les vieux immeuble, inutile de dire que l’ascenseur, pas prévu à l’origine, est trop étroit pour les fauteuils roulants.

Bref, veut-on accepter que la société française soit aussi celle des 12 millions de Français qui sont touchés par un handicap ? ainsi que celle de leurs familles, et je pourrais même élargir aux bébés dans les poussettes et même, car je ne sais pas si elles sont considérées comme en situation de handicap, les personnes très âgées en bonne santé mais qui ont besoin d’un déambulateur pour faire leurs courses (quand j’habitais à Paris, je croisais souvent un homme très âgé, très lent à marcher pour faire ses courses, et j’admirais son courage, sa persévérance et son dynamisme ; pas sûr que dans ces conditions, je fasse une sortie moi-même).

Dans un documentaire qui a été diffusé par France 3 il y a huit ans qui retraçait les débuts politiques de Jacques Chirac en Corrèze, il montrait un Chirac adorable, consensuel, apprécié même des communistes en Corrèze alors qu’il était le jeune loup mordant et tueur à Paris, et on le voyait visiter une ferme corrézienne, il quittait ses hôtes pour aller au fond de la grande salle de vie, un peu à l’ombre, il y avait là le fiston dans un fauteuil roulant, il lui a pris la main avec beaucoup de chaleur humaine et a dit à ses parents qu’il fallait le mettre à la lumière, il avait droit à une vie sociale comme un autre.

Ce n’est donc pas étonnant que Jacques Chirac a été sans doute celui qui a le plus fait pour les personnes en situation de handicap, pour que la société s’ouvre, les accepte et les aide comme les autres, avec la solidarité nationale que sous-tend la devise de la République. Le 14 juillet 2002, il en avait fait l’une des priorités concrètes de son second mandat, ce qui a abouti à la loi n°2005-102 du 11 février 2005 qui a été une avancée sociétale très forte, tant dans les choses concrètes que dans la philosophie politique de rendre solidaire toute la société.

La société a toujours évolué très lentement, et si le mot "inclusion" fait peur car préempté par des mouvements vaguement "wokistes" qui anéantissent la raison par leur idéologie, l’insertion des personnes en situation de handicap dans la vie sociale a été une avancée essentielle des vingt dernières années. Et il faut bien insister : tout le monde peut être touché par le handicap, tout le monde peut devenir en situation de handicap, et du jour au lendemain, il "suffit" d’un accident de la route, ou de faire naître un enfant avec des "anomalies".

Bref, se préoccuper des personnes en situation de handicap, ce n’est pas seulement de la solidarité, de la justice sociale, de la générosité, la main sur le cœur, c’est aussi l’intérêt de chacun, c’est aussi l’intérêt égoïste bien compris de chacun, même des "bien portants", des soi-disant personnes "normales", car cette situation peut changer (comme un jeune devient âgé, un salarié peut devenir demandeur d’emploi, une personne en bonne santé peut devenir malade, etc.).

Alors, comme pour d’autres sujets, Éric Zemmour clive, il y a les "bons" et les "méchants", ou les "à protéger" ("à encourager") et les "ceux qui ennuient" (à "laisser de côté"). En gros, Éric Zemmour affirme que les enfants "normaux" sont ennuyés, freinés, plombés, par les enfants en situation de handicap lorsqu’ils partagent la même classe à l’école. L’élitiste voudrait que les enfants parfaits soient dans des classes parfaites pour aller au sommet de leur "perfectude". Et les autres, ma foi, tant pis, ce sont des laissés pour compte de la société zemmourienne, ce sont des "pas d’chance".

Éric Zemmour parle et pense en idéologue. Il considère que les enfants en situation de handicap sont un frein à son élitisme et que mélanger les genres, ça va deux minutes, mais il faut être sérieux, laissez les "normaux" tranquilles, en gros. Et il insiste sur le fait que c’est l’idéologie de l’Éducation nationale qui veut que les enfants en situation de handicap soient dans les classes "normales".

Ce qui est évidemment n’importe quoi. D’ailleurs, si on parle d’une idéologie du genre pédagogisme, il faudrait dire qu’il y a autant d’idéologies que d’enseignants, c’est-à-dire autour de 2 millions ! Et ce n’est pas du tout l’Éducation nationale qui a été à l’initiative de la démarche, c’est la loi qui l’a contrainte. La plupart des enseignants seraient même plutôt contre, s’ils exprimaient discrètement le fond de leur pensée, théoriquement d’accord mais pas pour eux, car en pratique, c’est très compliqué et il y a un manque de moyens, de personnel, ce qui est vrai.

La démarche, au-delà de la loi, elle provient des parents eux-mêmes qui veulent assurer à leurs enfants un apprentissage comme aux autres, tant que c’est possible. Il y a effectivement des handicaps trop lourds qui ne peuvent pas être en "immersion" dans la vie sociale "normale" et qui nécessitent des structures spécialisées, mais beaucoup d’autres enfants peuvent l’éviter d’être "traités" à part.

Un enfant en situation de handicap voit évidemment sa condition s’améliorer s’il est intégré dans une classe ordinaire à l’école. Car il a besoin de l’apprentissage d’une vie sociale, du contact avec les autres, de l’ouverture par les relations. Mais les enfants qui ne sont pas en situation de handicap sont aussi enrichis par ce contact de quelqu’un de différent. Ils apprennent beaucoup à son contact. Bien sûr, au début, ce sera "l’enfant au fauteuil roulant". Mais ensuite, si celui-ci sait mieux les maths qu’un autre camarade, ce sera plutôt celui qui l’aide en maths, ou celui qui plaisante de la prof avec lui, ou plein d’autres choses, de complicités, de ce qui fait la camaraderie, bref, de la banalisation du handicap qui n’est plus l’unique identité, mais l’une parmi d’autres (ce handicap n’est évidemment pas nié, ne serait-ce que parce que pour vivre, ce n’est pas possible de le nier, il faut des personnes aidant à côté de l’enseignant).

Cet enrichissement, même De Gaulle l’a vécu de manière charnelle très fort. Le Président Emmanuel Macron l’a rappelé lors de la 5e Conférence nationale du handicap le 11 février 2020 : « Le Général De Gaulle avait une fille, Anne, qui était atteinte du syndrome de Down et dans ses mémoires, il a un phrase très belle dans laquelle il disait que sans elle, il n’aurait sans doute pas fait ce qu’il a fait. Cela dit quelque chose aussi de tout ce que les blessures les plus intimes apportent mais aussi de tout ce qu’on appelle aujourd’hui la résilience, en tout cas, la capacité à faire d’une morsure du destin une chance ou une possibilité de faire différemment, peut apporter à un homme, une école, une entreprise, une Nation. ».

Toujours est-il que les zélateurs d’Éric Zemmour pourraient toujours affirmer avec leur mauvaise foi habituelle qu’au moins, leur candidat met les pieds dans le plat et aborde ce sujet essentiel. C’est oublier un peu vite qu’on ne l’a pas attendu pour se préoccuper des enfants en situation de handicap. Heureusement pour ces enfants !

En particulier, le Président Emmanuel Macron qui a impulsé, le 11 février 2020 à l’occasion de cette 5e Conférence nationale du handicap, déjà évoquée, une véritable relance de cette politique d’insertion avec trois objectifs à la clef : que chaque enfant en situation de handicap soit scolarisé ; qu’aucun enfant, qu’aucune famille, qu’aucune personne ne soit oublié ; que tous les personnes en situation de handicap puissent avoir accès à une vie libre et digne, et ici, le mot dignité ne signifie pas euthanasie, évidemment.

Le bilan du quinquennat n’est pas mince en la matière, même s’il y a encore beaucoup à faire, et toutes les familles concernées le savent bien : 400 000 enfants en situation de handicap sont scolarisés, selon la députée Coralie Dubost, présidente déléguée du groupe LREM à l’Assemblée Nationale, soit une augmentation de 35%. Le gouvernement a en outre recruté 11 500 accompagnants scolaires supplémentaires (AESH : accompagnants d’élèves en situation de handicap), soit plus de 20% en plus, ainsi qu’a consolidé leur statut et augmenté leur salaire.

Le principe d’Emmanuel Macron est celui-ci : « Nous ne devons jamais nous habituer à ce que des enfants en situation de handicap soient privés (…) de la chance d’aller à l’école, de la joie d’apprendre et du bonheur de tisser des liens. ». C’était le même principe porteur de Jacques Chirac.

Nul doute qu’entre un candidat nostalgique qui souhaite détricoter toutes les solidarités nationales et les innovations sociales et un futur candidat qui, lui, au lieu de polémiquer, agit, et agit efficacement, il n’y a pas vraiment photo sur ce sujet de l’insertion des enfants en situation de handicap. Un candidat nostalgique et qui va probablement être condamné le lundi 17 janvier 2022 sur des propos haineux concernant les mineurs isolés. Décidément, les enfants ne lui vont pas.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 janvier 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Le handicap ? Parlons-en !
Éric Zemmour et les enfants en situation de handicap : la mauvaise conscience ?
Le débat Éric Zemmour vs Bruno Le Maire : victoire de la raison !
Bruno Le Maire.
Éric Zemmour, l’imposture permanente ?
Le Théâtre de Villepinte.
Éric Zemmour, l’adolescent retardé.
Faut-il craindre un second tour Éric Zemmour vs Marine Le Pen ?
Jean-Marie Le Pen.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Radio Kaboul dans les sondages : Éric Zemmour au second tour !
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Les prénoms d’Éric Zemmour.
Le virus Zemmour.
Le chevalier Zemmour.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220114-zemmour.html

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28 novembre 2021 7 28 /11 /novembre /2021 03:08

« Elle devient très vite un symbole d’émancipation, en acceptant de danser nue. » (Angélique de Saint-Exupéry, qui a racheté le château des Milandes, sur France Culture le 26 novembre 2021).



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Le mardi 30 novembre 2021 à 17 heures 30 commencera une cérémonie qui durera environ une heure trente, la panthéonisation de Joséphine Baker. La "panthéonisation" est un grand mot car dans le cercueil, qui ne sera pas un cercueil mais un cénotaphe puisqu’il sera vide, il n’y aura que de la terre. La famille a refusé de transférer son corps qui repose aujourd’hui à Monaco. Son amie Grace Kelly  l’a accueillie en 1969 à Monaco lorsqu’elle était ruinée et expulsée, après son entreprise d’animation au château des Milandes (en Dordogne). Le choix de la date correspond au quatre-vingt-quatrième anniversaire de son mariage avec un Français qui a eu pour effet immédiat sa naturalisation comme Française.

On peut se poser la question : pourquoi de nombreux médias se sentent obligés de parler de la "première femme noire" à entrer (plus ou moins) au Panthéon ? Pourrait-on dire la première blonde ? ou rousse ? etc. Quel est l’intérêt d’évoquer la couleur de la peau et pas celle des ongles, des cheveux, des yeux, etc. ? Faut-il réduire une personne par sa seule couleur de peau ? Faut-il croire qu’elle entre au Panthéon pour cette raison ?

En revanche, parler de la sixième femme à entrer au Panthéon, oui, cela a un sens. Car elles sont trop peu nombreuses. La première femme n’a été inhumée au Panthéon le 25 mars 1907 que pour accompagner son mari : Sophie Berthelot, la femme de Marcellin Berthelot, l’un des représentants les plus typiques de l’élite de la Troisième République, chimiste renommé et homme politique influent. Les deux étaient morts le même jour. L’ont suivie très tardivement Marie Curie (avec Pierre Curie) le 20 avril 1995, ensuite Germaine Tillion et Geneviève Anthonioz-De Gaulle le 27 mai 2015, enfin, Simone Veil le 1er juillet 2018 (également avec son mari Antoine Veil, toujours ce clin d’œil aux Berthelot).

C’est le 22 août 2021 que l’Élysée a annoncé cette cérémonie. Le premier à avoir proposé l’idée de la panthéonisation de Joséphine Baker a été l’écrivain Régis Debray le 18 décembre 2013 : « Cette sirène des rues pourrait bien nous aider à dégeler les urnes et les statues, à mettre un peu de turbulences et de soleil de cette crypte froide et tristement guindée (…). Légèreté peut rimer avec liberté. ». Il a été suivi bien plus tard par une pétition intitulée de la fameuse chanson d’Alain Bashung "Osez Joséphine" mise en ligne le 8 mai 2021 pour demander la panthéonisation de la star du music-hall des années 1930.

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Joséphine Baker (1906-1975) est venue en France en 1925 et a brillé comme la pépite des années folles à Paris. Sa vie, qu’il ne s’agit pas de rappeler ici, a été d’une richesse colossale. Elle était une Américaine d’origines afro-américaine, espagnole et amérindienne, le résultat d’un métissage complexe, et elle ne se sentait pas libre aux États-Unis, si bien que son arrivée en France a été pour elle une délivrance tant sociale qu’artistique. Initialement objet de curiosité exotique, elle est devenue chanteuse, danseuse (son déhanché est mondialement célèbre), meneuse de revue, actrice… elle a explosé de charisme et de succès pendant cet entre-deux-guerres, elle rivalisait même Mistinguett, elle était la mieux payée des artistes de Paris. Elle a aussi contribué à la promotion de la haute couture à une période où il n’y avait pas de budget publicitaire pour ce domaine (parce qu’elle était l’amie de Christian Dior).

Naturalisée (car mariée) en 1937, elle fut résistante pendant la guerre, elle a répondu à l’appel du 18 juin 1940, elle s’est engagée dans l’armée de l’air et était agente de renseignement (Croix de guerre, Médaille de la Résistance, Volontaire de la France libre, etc.). Elle continuait à faire des tournées, les Allemands lui demandaient des autographes et elle cachait des messages codés dans ses partitions. C’est dès 1939 qu’elle a fait savoir à un haut officier qu’elle devait tout à la France et qu’il pouvait disposer d’elle (elle avait 33 ans).

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Après la guerre, elle a été à l’avant-garde des droits civiques aux États-Unis, elle fut d’ailleurs à la seule femme à avoir prononcé un discours aux côtés de Martin Luther King lors de la Marche sur Washington, le 27 août 1963, où elle portait sa veste militaire avec toutes ses décorations militaires françaises. Elle a aussi fait une conférence à La Havane où elle a sympathisé avec Fidel Castro, et elle a poursuivi ses combats antiracistes un peu partout dans le monde.

Diva aux relations affectives tumultueuses (marié cinq fois, elle aurait été, entre autres, l’amante de Colette et de Frida Kahlo), elle n’était pas forcément appréciée dans la "communauté afro-américaine" car on lui reprochait de reprendre des clichés racistes (comme sa ceinture de bananes), alors qu’au contraire, elle venait les désamorcer par son humour et sa légèreté.

 Dans l’impossibilité de faire des enfants, elle a adopté avec son mari de l’époque (elle en a eu cinq) douze enfants d’origines diverses et a fait du château des Milandes le foyer d’une famille cosmopolite qu’elle appelait sa "tribu arc-en-ciel" aux origines : françaises, marocaine, coréenne, japonaise, colombienne, finlandaise, algérienne, ivoirienne et vénézuélienne (onze de ses douze enfants adoptés sont encore vivants aujourd’hui).

Toutes les facettes de son existence sont intéressantes même si les plus connues suffisaient à l’apprécier, sa capacité à divertir, son corps si remuant, sa beauté très en adéquation avec les canons parisiens de l’époque (on parlait de "négrophilie"), son visage qui inspirait tant la bonne humeur que le bon humour, avec ses grands yeux expressifs (un jour, elle a dansé en louchant, inspirée par le moment, ce qui est devenu très célèbre), une bouche également très expressive, joyeuse, simplement joyeuse. Elle aimait la vie et est passée dans le siècle comme une comète qui soutenait les peuples.

Alors, évidemment, la décision du Président Emmanuel Macron n’est pas anodine. Elle pourrait être politique, elle l’est d’ailleurs car dans tous les cas, on projettera sur cette panthéonisation les arrière-pensées politiques de son organisateur. On pourra au moins lui faire grâce de l’hypothèse d’une éventuelle réponse aux nombreux propos choquants du polémiste Éric Zemmour puisque son envolée dans les sondages a eu lieu après la décision présidentielle.

Joséphine Baker est un exemple plus-que-parfait de la richesse de l’immigration. Elle a apporté mille fois plus à la France qu’elle n’a coûté. Bien qu’étrangère à l’origine, elle a contribué à la culture nationale, à la culture française. Mais aussi à sa défense, à sa Libération. Elle a montré, par son engagement auprès de De Gaulle, dans les FFL, qu’elle a mis sa vie en danger pour son pays d’adoption et en ce sens, elle a été beaucoup plus utile, elle a été beaucoup plus patriote que bien des Français qui sont restés chez eux à attendre en pantoufles que la guerre se terminât.

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Mais probablement que le message le plus important de Joséphine Baker à faire passer à l’occasion de sa panthéonisation, c’est son idée très républicaine, très française, plus française qu’américaine en tout cas, son message principal qui, dans les années 1960, était très moderne, c’était qu’il n’existe qu’une seule race humaine et que le racisme n’a donc que des préjugés aux prémices fausses. La science confirma par la suite cette vérité intuitivement plus sociale que génétique : on ne peut pas distinguer un humain d’un autre par sa seule identité génétique. Probablement que son meilleur déterminant est la culture.

À l’heure où le contraire de l’esprit de Joséphine Baker règne dans les débats politiques, où l’on rejette la fraternité, où le xénophobie est élevée au rang de valeur suprême, où l’immigration est devenue un phénomène à combattre par principe idéologique, la panthéonisation sera peut-être l’occasion de remettre les points sur les i et de reprendre les fondamentaux de l’esprit républicain. Le Président de la République est le gardien de la Constitution et donc, aussi de la République, c’est aussi son rôle de rappeler ces fondamentaux. Près de cinquante ans après sa mort, elle décoiffera encore les aigris et les guindés et c’est tant mieux : Osez Joséphine !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 novembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Joséphine Baker.
L’unicité de l’espèce humaine.
Noëlla Rouget.
Thierry Le Luron.
Jean Amadou.
Frédéric Fromet.
Sim.
Georges Brassens.
Yves Montand.
Nicole Croisille.
Philippe Léotard.
Jean-Jacques Goldman.
Marthe Mercadier.
Mylène Farmer.
Louis Armstrong.
Jim Morrison.
Jimmy Somerville.
Ella Fitzgerald.
Serge Gainsbourg.
Fernandel.
Eddie Barclay.
Daniel Balavoine.
Jean Ferrat.
John Lennon.
Kim Wilde.

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21 novembre 2021 7 21 /11 /novembre /2021 03:10

« Pour que vous puissiez prier pour moi, ainsi que ma chère Noëlla, je suis mort en chrétien, avec l’espoir de vous retrouver, peut-être un jour, dans un au-delà très beau, très pur. » (Adrien Tigeot, le 13 décembre 1943 à Angers).


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L’ancienne résistante et déportée française Noëlla Rouget est morte à Genève il y a un an, le 22 novembre 2020, deux jours après un autre résistant, Daniel Cordier. Elle allait avoir 101 ans le mois suivant, née le 25 décembre 1919 à Saumur. Son histoire est commune à plusieurs centaines ou milliers de jeunes femmes françaises sous l’Occupation, elle n’en est pas moins chaque fois un exploit, une tragédie du passé et une chance pour l’avenir.

Toujours cette génération des 20 ans en 1940. Sa famille était de classe moyenne et catholique pratiquante (son grand frère était prêtre). Elle a passé son enfance à Angers dans un pensionnat et a fait du scoutisme. Elle voulait faire des études de lettres quand la guerre est survenue. En attendant, elle était institutrice quand la France s’est effondrée, à la Débâcle.

Elle a entendu parler de l’appel du 18 juin quelques jours plus tard à Angers par un garçon qui distribuait des tracts appelant à la Résistance. Tout de suite, le courant était passé, Noëlla Rouget s’est engagée dans la résistance, d’abord avec une activité de militante (dactylographie, distribution de tracts). Petit à petit, elle prenait des responsabilités comme agente de liaison, elle transportait des valises sans en connaître le contenu (entre autres, des armes). Les femmes étaient souvent utilisées pour ce genre d’action car les nazis ne les pensaient pas capables d’actes de résistance. À Angers, son réseau Honneur et Patrie était très bien implanté avec un grand nombre de femmes. En 1942, Noëlla Rouget fit partie aussi d’un réseau de résistance anglais, la double appartenance était assez fréquente.

Son contact à Angers était René Brossard. Comme tous les jeunes gens qui résistaient, leur groupe était parfois imprudent et certains avaient même dans leurs affaires la liste de leurs contacts. Beaucoup d’entre eux ont été arrêtés et incarcérés à la prison d’Angers. René Brossard était un jeune instituteur qui fut arrêté et torturé, tué le 23 octobre 1943.

Un de ses collègues Adrien Tigeot, 20 ans, qui aurait bien voulu poursuivre ses études en ethnologie, a été arrêté le 7 juin 1943. On a retrouvé des tracts communistes chez lui, il avait cambriolé avec d’autres les mairies du coin (pour fabriquer des faux papiers d’identité), il avait une arme et s’est enfui de l’école dès qu’il a vu qu’on était venu le chercher (mais il fut arrêté quelques minutes après). Il est mort fusillé le 13 décembre 1943 avec d’autres camarades, après un pseudo-procès expéditif. Peu avant son exécution, Adrien Tigeot avait eu la possibilité de rédiger une lettre à sa famille. À la fin de la lettre, il évoquait Noëlla : « Donnez la lettre à Noëlla seulement quand elle sortira de prison. Merci. Recevez-la comme si elle était ma petite femme adorée, mais laissez-la vivre, m’oublier, aimer… ».

Car effectivement, Noëlla Peaudeau (c’était son nom de naissance) avait été également arrêtée, le 23 juin 1943 et emprisonnée à Angers. Elle était la fiancée d’Adrien et ils avaient même déjà publié les bans. Les derniers mots d’Adrien Tigeot sont très émouvants car tragiques et passionnément amoureux : laissez-la vivre, m’oublier, aimer. Ces drames humains furent très nombreux pendant cette période.

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Elle, au même moment, n’était de toute façon plus à Angers. Elle avait été transférée à Compiègne le 9 novembre 1943, puis, le 31 janvier 1944, elle a quitté Compiègne pour le camp de Ravensbrück (à une centaine de kilomètres au nord de Berlin). C’était un camp d’extermination conçu pour les femmes et les enfants. Noëlla Rouget a mis trois jours pour faire le voyage dans des conditions terrifiantes.

Le séjour à Ravensbrück fut tout aussi terrifiant. Elle a dû travailler dans des conditions très difficiles et au moins deux fois, épuisée, elle a échappé à la chambre à gaz grâce à la solidarité d’autres déportées. À cette occasion, elle a fait la connaissance de Denise Vernay (qui était la grande sœur de Simone Veil), elle était résistante au Plateau des Glières, elle a fait aussi la connaissance de Geneviève Anthonioz-De Gaulle (la nièce du Général De Gaulle) et Germaine Tillion (qui fut panthéonisée le 27 mai 2015, seulement un cercueil vide car la famille s’était opposée au transfert du corps, et qui fait l’objet d’un procès en canonisation). Ces quatre femmes sont devenues des amies avec des liens très profonds, évidemment, après la guerre. Elles avaient vu, entre autres, la mère Germaine, Émilie Tillion partir vers la chambre à gaz. Sans jamais en revenir.

Noëlla Rouget a eu un peu de chance dans son malheur car elle n’a pas attendu la capitulation allemande pour être libérée. Elle a fait partie des 300 femmes françaises qui furent libérées dans le cadre d’un échange de prisonniers. Elle a quitté le camp de Ravensbrück le 5 avril 1945. Après un long voyage qui l’a fait passer par Kreuzlingen en Suisse le 9 avril 1945 et Annemasse le 11 avril 1945, elle est arrivée à la gare de Lyon à Paris le 14 avril 1945 où les attendait, sur le quai de gare, De Gaulle particulièrement ému. Elle a retrouvé sa famille à Angers le 16 avril 1945 après un an et demi d’absence, heureuse que sa famille n’ait pas été touchée par les bombardements.

Profondément malade (elle a eu la tuberculose à Ravensbrück), Noëlla Rouget est partie dans le canton de Vaud, en Suisse, en montagne, le 3 septembre 1945, pour reprendre des forces. Il y avait là aussi d’autres déportées. Elles ont créé l‘Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR). Elle a séjourné trois mois au chalet La Gumfluh à Château-d’Œx où elle a inauguré une plaque commémorative bien plus tard, le 15 juin 2016, pour rendre hommage aux anciennes déportées venues se poser dans ce chalet et aux personnes qui les ont accueillies et aidées. André Rouget, de Genève, l’a rencontrée et ils se sont mariés en 1947. Dès lors, pour Noëlla, la vie fut basée à Genève (pendant tout le restant de sa vie) et elle s’est occupée de leurs deux enfants.

Comme Simone Veil qui l’expliquait très bien dans son autobiographie, et comme la plupart des anciens déportés, Noëlla Rouget n’avait aucune envie de parler de ce qui s’est passé dans son camp d’extermination. Le côté incroyable, sidérant, faisait qu’ils risquaient de ne pas être crus. Ils préféraient regarder l’avenir, sans oublier, mais ne pas rester dans le passé. D’ailleurs, rien que la présenter comme ancienne résistante et déportée laisse entendre qu’après 1945, elle n’a plus jamais rien fait. En fait, elle a vécu surtout à partir de 1945, mais sa vie devenait alors ordinaire.

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Une vingtaine d’années après, les mauvais souvenirs sont revenus en surface à cause de l’arrestation en 1962 et du procès en 1965 de celui qui les avait fait arrêter et avait fait fusiller son fiancé André Tigeot, à savoir Jacques Vasseur, le chef de la gestapo à Angers. Après la guerre, il vivait clandestinement à Lille. Noëlla Rouget avait toutes les raisons d’en vouloir à cet homme qui a doublement détruit sa vie, et pourtant, elle a fait preuve d’une extrême générosité. La cour de sûreté de l’État a condamné à mort Jacques Vasseur, sans surprise puisqu’il avait déjà été condamné à mort par contumace.

Noëlla Rouget a en effet écrit au Président de la République, qui n’était autre que De Gaulle, pour lui demander grâce. Auparavant, elle avait écrit au président du tribunal : « Dans quelques jours, commencera la phase finale du procès : le réquisitoire et la condamnation. Cette condamnation risque d‘être, je le crains, la peine capitale. Devant une telle éventualité, je me sens tenue, en conscience, de vous exprimer ma pensée. Les horreurs vécues sous le régime concentrationnaire m’ont sensibilisée à jamais à tout ce qui peut porter atteinte à l’intégrité tant physique que morale de l’homme et j’ai rejoint les rangs de ceux (…) qui font campagne pour l’abolition de a peine de mort. ». C’est l’un des plus beaux plaidoyers contre la peine de mort. Elle a été écoutée. La grâce a finalement été accordée par De Gaulle, qui était venue l’accueillir à sa libération.

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À partir de 1986, soit plus de quarante après la fin de la guerre, Noëlla Rouget s’est engagée dans une entreprise de présentation de la Shoah aux jeunes générations. C’est à partir des années 1980 que le mouvement négationniste s’est développé, en France mais aussi en Suisse et ailleurs. C’était redoutable lorsqu’il s’agissait d’enseignants négationnistes. Alors, Noëlla Rouget a pris son bâton de pèlerin et a commencé à rencontrer dans les écoles les enfants et les adolescents pour leur expliquer ce qui s’est passé dans les camps d’extermination. Son champ géographique était autour de Genève, y compris en Haute-Savoie et dans l’Ain. Elle est allée aussi dans les paroisses. Elle a ainsi passé trente années de sa vie à témoigner, à faire des conférences, à tout faire pour que cette tragédie ne soit pas oubliée par les jeunes générations.





À son enterrement le 9 décembre 2020 en l’église Sainte-Thérèse de Genève, le gouvernement français était représenté pour honorer la mémoire de Noëlla Rouget, en les personnes de Geneviève Darrieussecq, Ministre déléguée chargée de la Mémoire et des Anciens combattants ainsi que du consul de France à Genève. Quelques mois auparavant, le 7 février 2020 à Genève, le général Benoît Puga lui avait remis les insignes de Grand-croix du l’Ordre national du Mérite. Méditons son exemple et louons sa bravoure et son courage.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 novembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Noëlla Rouget.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Daniel Cordier.
Témoignage : mon 11 novembre, le songe de l’histoire.
Lazare Ponticelli, le dernier Poilu.
Chasseur alpin, courageux jusqu’au bout de la vie.
Les joyeux drilles de l’escadrille.
10 et 11 novembre 2018 : la paix, cent ans plus tard.
La Grande Guerre, cent ans plus tard.
Hubert Germain, le dernier Compagnon.
La Libération de Paris.
Fête nationale : cinq ans plus tard…
Les 75 ans de la Victoire sur le nazisme.
La Fête de l'Europe.

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20 novembre 2021 6 20 /11 /novembre /2021 03:14

« J’ai consacré beaucoup de temps et de soins à traquer la vérité (…) pour évoquer le parcours du jeune garçon d’extrême droite que j’étais, qui, sous l’étreinte des circonstances, devient un homme de gauche. La vérité est parfois atroce. » (Daniel Cordier, 2009).



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Résistant du début, à l’origine, maurrassien mais ne comprenant pas qu’un nationaliste puisse s’abandonner aux mains de l’ennemi, Daniel Cordier, l’un des derniers héros de la Résistance avec quelques autres, est mort il y a un an, le 20 novembre 2020 à l’âge de 100 ans. Résistant à 19 ans, mort à 100 ans, et pendant 77 ans en état d’effondrement psychologique. Il l’a expliqué dans son autobiographie "Alias Caracalla" publiée en 2009 chez Gallimard, la tragédie de sa vie fut la mort de son patron Jean Moulin, dont il était le fidèle, efficace et discret secrétaire. Il a fallu d’ailleurs attendre la fin de la guerre pour qu’il connût le nom véritable de son chef appelé Rex.

Le 23 juin 1943, il a dîné à Paris avec Georges Bidault, qui a pris la succession de son patron : « En le voyant, je suis au bord des larmes. Sa présence souligne irréversiblement l’absence de Rex. (…) Grâce à lui, je ne suis plus seul pour apprivoiser la catastrophe. Afin d’être fidèle à mon patron, je vais accomplir simplement mon devoir : expédier les affaires courantes. Cette tâche sans gloire masquera au regard des autres la tragédie de ma vie, rivée à la solitude depuis l’effondrement de la France, en juin 1940. ».

Le Président Emmanuel Macron avait souvent rencontré Daniel Cordier les dernières années de sa vie. Le courant passait bien. Ils pouvaient parler de la Résistance mais aussi d’art. Daniel Cordier revendiquait d’être de gauche, mais contrairement à de nombreux résistants de sa génération, il n’avait pas voulu s’engager dans la vie politique. Au contraire, il voulait définitivement tourner la page et voir l’avenir d’un garçon de 25 ans autrement que celui d’un ancien combattant. Il ne voulait pas être comme son père, qui lui faisait des leçons de morale tous les jours en rappelant les combats de la Première Guerre mondiale. Lui ne serait pas son père pour la Seconde Guerre mondiale. Il n’a pas eu d’enfant.

Le métier dans lequel Daniel Cordier s’est épanoui fut galeriste. Il a acquis de nombreuses œuvres d’art, parfois d’artistes pas très connus mais qui le sont devenus par la suite. Il a légué sa grande collection au Centre Pompidou dont il fut l’un des conseillers initiaux. J’ai eu la chance de voir des œuvres de la collection Cordier à Rodez et à Colmar. Il y en avait de peintres contemporains très jeunes, souvent torturés, parfois qui sont morts jeunes. Il avait le goût de trouver les bons artistes et cette passion de l’art contemporain, il la devait bien sûr à Jean Moulin dont le métier de couverture était galeriste à Lyon. Jean Moulin l’a initié à l’art alors qu’il ne connaissait même pas l’existence de Picasso (qui était déjà très connu, depuis les années 1920).

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Ce n’est qu’à la fin des années 1970 que Daniel Cordier a refait surface, ou plutôt, a fait surface dans le débat public. Henri Frenay avait accusé Jean Moulin des pires rumeurs (d’être un agent soviétique) et Daniel Cordier s’est mis au travail pour défendre son ancien patron. Pas par le témoignage, mais par un travail scrupuleux d’historien. Il convenait que les simples souvenirs altéraient la réalité, la rendaient plus noire ou plus rose. Il voulait se documenter, apporter des preuves et c’est sur le tas, à l’approche de la soixantaine, sans formation préalable mais avec une énergie folle et une motivation de dingue qu’il est devenu un véritable historien de la Résistance, reconnu par les universitaires. On lui doit ainsi plusieurs livres sur Jean Moulin, puis son autobiographie déjà citée qu’il avait écrite avec la prudence des risques d’altération. Ce livre fut un grand succès en librairie, a fait l’objet d’une adaptation à la télévision (pas très réussie car elle collait trop au texte), et lui a donné l’occasion de venir dans les médias pour témoigner, témoigner et témoigner.

Avant-dernier Compagnon de la Libération à avoir été en vie, il ne voulait absolument pas être le dernier qui devait, selon la promesse de De Gaulle, être inhumé dans la crypte du Mont-Valérien, une dernière place lui était réservée. Son autre Compagnon, Hubert Germain, lui, avait accepté puisque c’était ainsi. Le destin les a aidés, Hubert est parti après Daniel.

L’an dernier, Emmanuel Macron a présidé l’hommage national à Daniel Cordier le 26 novembre 2020 dans la cour d’honneur des Invalides : « Lui qui traversa les plus sombres chapitres du siècle dernier (…) ne s’était jamais départi d’une lumineuse légèreté, d’une élégante pudeur quand les honneurs lui étaient rendus. Il nous aurait regardé avec ce sourire d’éternel enfant, aurait prononcé quelques mots dans un souffle et aurait pris congé, sans doute en riant, simplement. À 20 ans en 1940, il fit partie des résistants de la première heure, de ceux qui restèrent debout quand tout s’effondrait, prêts à tous les sacrifices pour que la France restât à la France. ».

Puis, le Président a évoqué le galeriste : « Les plus beaux espoirs et les futurs grands noms de la peinture abstraite se côtoient dans les galeries qu’il ouvre à Paris, à Francfort, à New York. Il voyage, explore le monde, organise des expositions, participe à a Fondation du Centre Pompidou, dont il étoffe les collections par ses conseils et par ses dons. ».

Et se tournant vers Hubert Germain qui assistait à l’hommage dans son fauteuil roulant, tous ses sens bien en alerte, lui qui occupait une chambre aux Invalides, Emmanuel Macron lui dit : « Et aujourd’hui, en cette cour d’honneur des Invalides, il n’en reste qu’un, à qui les braises ardente sont rendues. C’est vous, Hubert Germain. Mon lieutenant, je compte sur vous, et vous le savez, vous ne serez jamais seul. Daniel Cordier a rejoint Jean Moulin et tous vos camarades ; et leur souffle, leur bravoure sont intactes qui vous porteront un jour. ».

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Revenant au secrétaire de Rex : « Daniel Cordier a toujours agi par amour. L’amour de la patrie où se mêlent le passé, la terre et le goût de l’universel ; l’amour de la liberté qui justifie de prendre tous les risques ; l’amour du beau qui le conduisit à révéler tant d’artistes ; l’amour de la vérité qui lui fit écrire l’histoire. ».

À peine onze mois plus tard s’est éteint Hubert Germain. Le 15 octobre 2021, le Président de la République lui a aussi rendu un hommage dans la même cour d’honneur des Invalides : « Mon lieutenant, ces derniers mois, vous avez livré votre ultime combat, votre courage et votre dignité face à la mort furent une leçon pour nombre d’entre nous. L’humilité et les doutes vous ont accompagné et vous êtes devenu chaque jour un peu plus l’incarnation de tous vos compagnons, vibrant de cette flamme première, celle de l’amour de la France et du service de la patrie. Alors, en ce jour, le silence millénaire de l’esprit de résistance et de l’acharnement français vous accompagne. C’est cette cohorte chevaleresque qui vient du font des âges (…). Notre tâche sera de poursuivre avec la même ardeur ce combat. Nous le ferons. ».

Un mois plus tard, à la cérémonie du 11 novembre 2021, Emmanuel Macron a prononcé un autre discours pour honorer la mémoire d’Hubert Germain dont les restes allaient être transférés l’après-midi au Mont-Valérien : « Certaines nations sont faites de frontières partagées, d’hérédités de sang. La France s’est construite sur ses terres par une histoire, une langue, un État, par une volonté. La France vit, survit, surmontant les épreuves des temps grâce à des femmes et des hommes qui, unis par un amour pour sa terre, ses idéaux et ses valeurs, acceptent de risquer jusqu’à leur vie pour une cause plus grande qu’eux. La France est liberté. La France est transmission. Elle vit, survit et surmonte ses épreuves parce que de génération en génération, des femmes et des hommes se transmettent le flambeau de l’idéal. (…) Alors oui, oui, leurs braises ardentes [celles de Compagnons de la Libération] sont dans nos mains. Et quand viendra le jour, quand sonnera l’heure, nous saurons les raviver de ce souffle qui fit lever tous ceux qui nous précédent et qui nous ont fait libres Français et sans lesquels nous ne serions pas là. ».

Après Daniel Cordier et Hubert Germain, après Pierre Simonet et Edgard Tupët-Thomé, après tant d’autres, nous, citoyens, sommes tous dépositaires de cette larme de bravoure, de cette petite flamme qu’il ne faut jamais éteindre, même par temps de forte tempête.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 novembre 2021)
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Pour aller plus loin :
Daniel Cordier est mort.
Comment devenir résistant ?
Premier de Cordier.
Cordier, ni juge ni flic.
La collection Cordier.
Jean Moulin.
Pierre Simonet.
Edgard Tupët-Thomé.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Daniel Cordier : « C’est la guerre, que diable, le temps de tous les risques ! À quoi bon les précautions ? Il faut foncer. ».
Témoignage : mon 11 novembre, le songe de l’histoire.
Lazare Ponticelli, le dernier Poilu.
Chasseur alpin, courageux jusqu’au bout de la vie.
Les joyeux drilles de l’escadrille.
10 et 11 novembre 2018 : la paix, cent ans plus tard.
La Grande Guerre, cent ans plus tard.
Hubert Germain, le dernier Compagnon.
La Libération de Paris.
Fête nationale : cinq ans plus tard…
Les 75 ans de la Victoire sur le nazisme.
La Fête de l'Europe.


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19 novembre 2021 5 19 /11 /novembre /2021 03:27

« L’Ordre [des Compagnons de la Libération], surtout, vivra. Protégé par le chef de l’État, gardien de la mémoire de ces femmes et de ces hommes qui, un jour, se sont hissés au-delà d’eux-mêmes pour la liberté de tous. Il fera des compagnons de la liberté, une source éternelle d’inspiration pour tous les enfants de France, toujours unis. » (Emmanuel Macron, le 11 novembre 2021).



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Quand j’étais enfant, j’ai eu la chance de pouvoir discuter avec mon arrière-grand-mère. Elle m’avait attendu avant de disparaître. Et je lui demandais pas mal de trucs sur l’histoire. Par exemple : qui était Président avant De Gaulle ? Elle me disait Coty, mais elle en savait beaucoup plus. C’est bizarre, à 8 ans, on se pose des questions et on ne va pas plus loin ; je ne lui ai pas demandé qui était Président avant Coty. Pourtant, j’étais du genre endurant, pourquoi ? ... pourquoi ? … pourquoi ? etc. qui font aller très loin les parents. Je devais être focalisé sur De Gaulle. Elle en savait beaucoup plus parce qu’elle était née dans les débuts de la Troisième République. M’imaginer contemporain de Jules Ferry, Clemenceau, Poincaré, etc.

Mais c’étaient les mathématiques qui m’avaient le plus impressionné. J’avais 8 ans et elle, au début de la Première Guerre mondiale, elle était déjà vieille ! J’avais calculé et recalculé, je retrouvais toujours la même chose : mon arrière-grand-mère avait déjà 30 ans au début de la guerre. Ses deux premières filles, elle les a eues pendant la guerre (tardivement donc). 30 ans déjà alors qu’elle était de l’autre côté du siècle : je n’en revenais pas. Et si cela se trouve, demain, je croiserai un enfant qui sera centenaire et vivra jusqu’en 2120 ! Un seul intermédiaire, et deux siècles un tiers déjà de balayé, c’est impressionnant ! Et encore, je n’ai pas 100 ans !

J’ai fait cette longue introduction parce que j’ai le songe de l’histoire, du temps lointain qui n’est pas si lointain, le temps d’ancêtres que j’ai pu embrasser moi-même. Mais comme cela paraît loin aux enfants d’aujourd’hui. L’équivalent avec moi, c’est Napoléon III. C’est aussi lointain que Napoléon III l’était pour l’enfant que j’étais. À "mon" époque, il y avait encore des Poilus (en fait, il y en a eu jusqu’en 2008). Ce sont maintenant les combattants de la Seconde Guerre mondiale qui se raréfient. La France a inhumé son dernier Compagnon de la Libération le 11 novembre 2021 au Mont-Valérien.

Parlons-en du 11 novembre. De mon 11 novembre. Il y avait une joie presque unanime de célébrer ce 11 novembre-là, en 2021. L’année précédente, il n’y a pas eu de cérémonie, pour cause de covid-19 et de confinement. Trois ou quatre personnes seulement étaient venues se recueillir, pas plus. Alors quand nous nous sommes retrouvés, plus d’une centaine, peut-être cent cinquante pour quelques milliers d’habitants, sur la place centrale, c’était la joie qui se lisait sur les visages. Joie aussi parce qu’il y avait un soleil radieux. Ce genre de temps inespéré en novembre. Un soleil froid, ciel bleu.

C’est à 11 heures que cela a commencé. Une marche silencieuse avec les porte-drapeaux, des anciens combattants et il y avait aussi deux polytechniciens, dont un grand longiligne, des étudiants portant l’uniforme, et le bicorne, et un jeune gendarme. Le policier municipal roulait au pas devant nous, mettant son gyrophare silencieux pour alerter. Une quinzaine d’enfants ouvraient la marche, tous munis de leur écharpe tricolore du conseil municipal des enfants.

Nous sommes arrivés au monument aux morts à 11 heures 11, exactement à la fin de la guerre. Comme c’est stupide de tomber cette matinée-là du 11 novembre 1918, à quelques heures, quelques minutes près. L’accord avait été négocié dans la nuit. Il n’y avait plus de raison de tuer, de mourir, tout était plié.

Je n’étais pas loin du maire.  Pour lui, c’était un peu spécial. Sa première cérémonie du 11 novembre. L’an dernier, il n’était pas là. Il était un peu hésitant. Il s’en est très bien sorti. Tout le monde entourait le monument aux morts. Ah, une précision, le monument aux morts est situé au milieu du cimetière. Cela donnait une ambiance particulière. Il y a un monument aux morts dans chaque village de France. Pas un village n’a été épargné. Toujours des noms, des noms gravés dans le marbre. Remember ! Se souvenir.

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J’avais le soleil en pleine face. Agréable mais difficile de voir, avec le contre-jour. Qu’importe ! Il y avait quatre gerbes à déposer. La première du conseil municipal. Le maire est allé la déposer avec deux enfants. Il les a ceinturé de chaque côté avec ses bras et les a invités à se recueillir.

J’ai ressenti une immense émotion. Presque stupide mais oui, j’ai ressenti cette émotion. Heureusement, masque et lunettes de soleil me cachaient. Aucun de ces présents n’ont connu ces hommes qui sont morts pour notre liberté. Qui ont donné leur vie. J’avais cette émotion que plus de cent années après, nous ne les oublions pas, nous ne les oublierons jamais et qu’il fallait absolument transmettre. J’ai repensé à mon émotion devant la tombe de Tom Morel, sur le Plateau des Glières. 29 ans. Sacrifié pour ma liberté.

Cette émotion, je la ressentais en voyant ces enfants de 10 ans à peine, appliqués, qui se recueillaient, qui avaient pris leur matinée, sur un jour férié, un jour de congé. Ils auraient pu jouer, faire leurs devoirs, faire du sport, rester avec leurs parents, faire la grasse matinée (rare à cet âge)… Non, ils sont allés avec les grands, ou les vieux (?), à porter drapeaux et gerbes. Oui, j’étais fier de ma commune et fier de mon pays, capable de transmettre ces impératifs du souvenir, ces valeurs républicaines. Eux-mêmes, lorsqu’ils seront adultes, transmettrons à leur tour, et ainsi de suite.

Il y a eu quatre gerbes en tout. La deuxième était la gerbe du conseil municipal des enfants et ils l’ont déposée seuls. Il ne faut pas croire que ce n’était rien. Le conseil municipal des enfants reçoit chaque année une dotation et cette somme, ils en font ce qu’ils veulent, dans l’intérêt général bien sûr, décidée à la majorité absolue. Il y a eu ensuite la gerbe des anciens combattants, avec un ancien combattant et toujours deux enfants venus l’aider. Et enfin, la gerbe du député du coin, que le maire et deux autres enfants ont déposée. Le député du coin, absent (il y a plus d’une commune dans sa circonscription !), je ne vais pas dire qui c’est même s’il a une notoriété nationale, on pourra toujours dire qu’il fait campagne (renouvellement dans sept mois), mais c’était d’abord une marque d’attention qui avait son poids, sa valeur.

Les quatre gerbes étaient déposées. Le policier municipal a appuyé sur un bouton. La Marseillaise. Là aussi, forte émotion. Non, on ne peut pas se moquer des anciens combattants. Ils sont là pour rappeler d’où nous venons. Des jeunes, presque des gamins, qui se faisait tuer, parfois des têtes brûlées. Du hasard. Des bombardements. De la bravoure.

Le maire a dit alors "Fermez le ban". Il a lu un message du Ministre de l’Intérieur. Tout un speech sur Hubert Germain qu’on enterrait ce matin, au même moment, dans la crypte du Mont-Valérien. L’une des dernières volontés de De Gaulle. Le hasard a voulu qu’il fût aussi un ministre de Georges Pompidou, un proche de Pierre Messmer. Messmer et lui ont fait des batailles héroïques ensemble. Le soleil commençait à chauffer le ciel. Les enfants étaient silencieux, les adultes aussi, le silence planait.

Ensuite, un enfant, de 9-10 ans, a lu un discours. Il s’exprimait bien. Sans hésitation. Il a même su tenir son micro. Il était tout près de moi, sur ma gauche. J’imaginais qu’il avait répété plusieurs fois. Une vingtaine de minutes plus tard, à la sortie du cimetière, les parents avaient rejoint leur enfant et se sont excusés car ils avaient des invités pour le déjeuner, ils devaient partir. Je n’ai pas pu m’empêcher de remercier l’enfant, de le féliciter, il avait été extra pour la lecture.

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Le contenu de cette cérémonie était millimétré. Il a juste manqué l’homélie. Le maire me glissa dans l’oreille un peu plus tard qu’il ne savait pas qu’il pouvait aussi prononcer un discours personnel. On lui avait dit que ce n’était pas l’occasion, mais en fait, si, bien sûr que si que le maire pouvait donner son commentaire. Exactement comme dans un mariage.

J’étais venu le matin avec l’un de ses sympathiques prédécesseurs, un nonagénaire maintenant mais un cœur toujours aussi vif et jeune, qui m’expliquait qu’effectivement, tous les 11 novembre, il faisait aussi ses propres discours. Il le préparait longuement, il s’y prenait au moins quinze jours à l’avance, le retravaillait, le changeait et il demandait à son assistante de le corriger.

Homélie, lecture, recueillement, communion, chants, enfants de chœur, saints… cela ne vous pique pas les yeux ? Évidemment que la République a sa propre liturgie, le maire est le prêtre, et tout tourne autour de la transcendance, de la mort, du sacrifice. C’est incroyable comme il y a des rites républicains qui collent aux rites religieux (je dirais ici chrétiens). La foi en la patrie en guise d’espérance. Pas étonnant que Charles Péguy ait eu autant de lecteurs.

Le maire, à ma connaissance, n’est pas chrétien, il serait même anticlérical, au moins pour une raison non avouable : le chef de l’opposition municipale s’était investi dans l’association paroissiale (il ne connaissait pas la ville, cela lui a fait des amis, on manque toujours de bonne volonté dans ces lieux). Eh bien, à la fin de la célébration, il a proposé de faire un tour dans le cimetière. Lui aussi aime bien la fréquentation des cimetières.

Il faut savoir que le maire a deux obligations intangibles qu’il doit à tout prix respecter sous peine d’être dessaisi par le préfet, tout le reste est négociable, en termes d’équipement : les écoles primaires et les cimetières, avec une importance directement proportionnelle au nombre d’habitants. Nous avons de la place maintenant, on avait repoussé le terrain de football il y a quelques années et le cimetière a presque triplé de surface.

Dans cette seconde partie du cimetière, très peu de places sont occupées, mais malgré tout, petit à petit, il se remplit. Nous y avons même vu la tombe d’une adolescente. 12 ans, c’est bien jeune pour mourir. Un peu auparavant, nous nous sommes arrêtés sur la tombe d’un ancien maire récemment disparu et qui avait marqué énormément l’histoire récente de la ville. Notre petit cortège était toujours introduit par les porte-drapeaux et les enfants.

Derrière moi, une mémoire de la ville (pas si âgée que cela !) racontait à un petit-fils (je crois) où était enterrée son arrière-grand-mère, ainsi qu’une autre tante. L’enfant découvrait, ou redécouvrait. Les cimetières ne semblaient pas être fréquentés souvent. Les discussions étaient nombreuses. Après l’émotion et la tension, la détente et la convivialité.

Après notre petit tour, nous sommes sortis du cimetière sous les drapeaux, autour des enfants, et là, il y a eu dispersion. Le maire a invité l’assistance à venir boire le verre de l’amitié à la mairie. La salle venait d’être restaurée. C’était le premier pot public depuis le début de la crise sanitaire. Il n’y a pas eu de vérification du passe sanitaire, mais personne ne savait s’il était nécessaire ou pas (après recherche, apparemment, il le fallait pour un rassemblement de plus de 50 personnes, mais pour un rassemblement sans masque, puisqu’il fallait ôter le masque pour boire, il aurait fallu le passe même à moins de 50). J’y ai découvert une nouvelle plaque en verre, sur laquelle était inscrite la liste des maires de la ville depuis la Révolution. Il manquait un nom, le maire actuel, qui n’a, semble-t-il, pas voulu y figurer avec une date manquante.

Le sujet de discussion au pot ? Les projets d’avenir, un aménagement urbain, peut-être une nouvelle ville dans quelques années, sous la direction de l’État, de quoi échauffer bien des esprits. Nous étions déjà ancrés dans l’avenir après nous êtes recueillis dans le passé. Racines et modernité sont deux éléments indispensables à la vie : le progrès ancré dans son terroir. C’est l’enjeu des prochaines années, et les morts de 1914-1918 n’en sont pas moins absents… du moins dans les consciences. Émues. Le soleil au zénith l’a emporté sur le froid. Le maire a refermé la mairie et est rentré rejoindre sa famille.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Témoignage : mon 11 novembre, le songe de l’histoire.
Lazare Ponticelli, le dernier Poilu.
Chasseur alpin, courageux jusqu’au bout de la vie.
Les joyeux drilles de l’escadrille.
10 et 11 novembre 2018 : la paix, cent ans plus tard.
La Grande Guerre, cent ans plus tard.
Hubert Germain, le dernier Compagnon.
La Libération de Paris.
Fête nationale : cinq ans plus tard…
Les 75 ans de la Victoire sur le nazisme.
La Fête de l'Europe.

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5 novembre 2021 5 05 /11 /novembre /2021 03:05

« Ça continue toute sa vie en fait, c’est comme Tchernobyl, on met ça sous un sarcophage, mais cela continue. » (témoignage d’une victime, rapport Sauvé, 5 octobre 2021).



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Je ne sais pas si c’est la proximité de la Toussaint, mais depuis quelques semaines est diffusé à la télévision un spot publicitaire assez court et succinct. L’ambiance est première communion, la musique va bien avec l’image d’une flamme qui est transmise de bougie à bougie. Le style est un peu image de première communion. Cette publicité m’indigne et me scandalise. Certes, il y a d’autres sujets d’indignation, mais tout ce qui touche à l’Église est important pour un croyant.

Pour être honnête, j’ai déjà vu ce spot il y a quelques années, et j’ai même l’impression que c’était sans aucun changement, ce qui est probablement une part de mon désarroi. Je crois qu’il a été diffusé également l’an dernier, et cela avait choqué quelques tweeters pour d’autres raisons.

Le message ? Très compréhensible. L’émetteur est l’Église catholique, cela peut être une association diocésaine, en tout cas française, même si le contact indiqué est une adresse internet générique. Le destinataire : plutôt des personnes âgées, mais plus généralement, ceux qui laisseront quelque chose après leur décès. Ceux qui vont mourir donc (et qui saluent), mais qui n’ont pas d’enfants ou de petits-enfants, bref, pas de descendants directs, d’héritiers directs. Des croyants aussi. Le message s’adresse aux croyants. Le message propose alors de faire un legs à l’Église catholique, voire de la désigner comme légataire universelle.

L’idée est simple et se base sur un dispositif fiscal. Une association catholique, au même titre que d’autres associations reconnues d’utilité publique, dans n’importe quel domaine, n’est pas soumise à l’impôt sur les successions. Ainsi, l’organisme peut hériter sans avoir à payer des droits de succession. Ce dispositif permet quand même de transmettre son patrimoine à ses neveux par exemple, mais en donnant également une partie à l’Église, sans léser ces neveux car à la fin, ils auront hérité de la même somme (les neveux sont imposés à 55% !).

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Ce dispositif est valable pour d’autres œuvres, comme une fondation contre le cancer ou n’importe quel autre activité reconnue d’utilité publique. Bien sûr, les bouffe-curés y ont vu un financement public de la religion, mais c’est prendre par le mauvais bout tout le secteur des dons en général. Plus généralement, c’est un dispositif incitatif à être généreux, et par la même occasion, c’est un dispositif qui encourage, par l’État, l’initiative privée pour le bien public. On évalue à 600 millions d’euros le montant des legs annuels au bénéfice des organisations d’intérêt général.

Que l’Église, au même titre que des organismes de recherche etc., puisse en bénéficier ne me choque pas, évidemment. Le fait qu’un tel spot ait été également diffusé l’an dernier en pleine vague épidémique, à une époque où les décès étaient nombreux, ne me choque pas, au contraire de certains internautes. Car dans ce cas, la moindre publicité de pompes funèbres, voire d’assurance décès aussi pourrait choquer dans une période de forte mortalité. Il faut bien que la vie continue, et quand on commence à limiter sa communication parce qu’il y a beaucoup de morts, il faut avoir ensuite le courage d’aller jusqu’au bout et de dire à partir de combien de morts c’est scandaleux.

Non, tout cela ne me choque pas. Moi, ce qui me choque, précisément maintenant, précisément en fin octobre ou début novembre 2021, c’est que l’Église catholique, avec un spot un peu neuneu (mais je ne veux pas juger de la qualité du spot), n’a pour communication payante que ce message-là, alors qu’elle doit d’abord avoir un message beaucoup plus pertinent.

Je ne comprends pas comment un émetteur puisse ne pas imaginer comment réagissent ceux qui le reçoivent. Ne pas se mettre à leur place. Et pourtant, la religion, le prêtre, l’évêque, la "bonne nouvelle", c’est un "métier" de transmission, où il faut s’assurer que le message est bien transmis, qu’il y ait un accusé réception, au même titre qu’un enseignant, qu’un journaliste, qu’un responsable politique. Comment être aussi "autiste" ? Comment ne pas imaginer l’émotion, l’impression d’abandon, la réaction qui, parfois, et je ne parle pas seulement des victimes et de leurs proches, pourrait être violente ?

En effet, depuis la publication du rapport Sauvé qui fait état d’une tragédie à grande échelle d’abus sexuels sur mineurs, couverts par le silence sinon commis par la hiérarchie catholique, il y avait un besoin de communication évident avant de venir quémander un legs ou un don. Beaucoup de catholiques ont été effondrés par l’ampleur de la catastrophe humaine et cette publicité me paraît, dans ce calendrier, une aberration de communication, une indécence. En tout état de cause, une réelle maladresse.

Avant de venir solliciter la générosité des fidèles, il faut d’abord prendre le temps d’expliquer, de présenter la situation, de convaincre en quoi cette catastrophe ne se reproduira pas, car pour le moment, tout se passe comme si le donateur venait à financer un processus qui favorise les abus sexuels. Avant donc d’en appeler à la générosité, il est indispensable de renouer la confiance. La confiance pour ne pas inspirer l’indécence.

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Alors que les évêques de France se réunissent depuis le 2 novembre 2021 en assemblée plénière, je ne doute pas de leur sincérité et de leur volonté de bien faire. Mais le tsunami provoqué par le rapport Sauvé, qui a confirmé ce qu’on imaginait implicitement mais pas dans cette démesure de gravité inouïe, nécessite qu’il faille retrouver la voie de la confiance, et celle-ci ne se reconstruit pas en trois jours.

Lorsque les évêques avaient envisagé d’indemniser les victimes, ce qui n’était pas pour absoudre l’Église des fautes commises mais surtout pour les reconnaître explicitement dans leur situation de victimes, ils avaient insisté pour dire que les dons des fidèles ne serviraient pas à financer ces indemnisations. J’imagine d’ailleurs que la situation des dons à l’Église catholique subit en ce moment la même chute vertigineuse que les dons à l’ARC, l’association de la recherche contre le cancer, après le scandale. J’imagine la situation grave que subit ainsi l’Église dans son ensemble, dans son institution, qui n’y pouvait rien des crimes et des délits sexuels, mais qui n’a rien fait de très efficace pour les prévenir.

Lorsqu’une institution aussi importante, aussi imposante, aussi ancienne, aussi universelle que l’Église catholique est touchée par un si grand scandale, la moindre des choses, c’est de ne pas faire comme auparavant. La moindre des choses, c’est de se poser, de réfléchir, de demander pardon, de recréer le lien, ce lien de confiance, ce contrat de confiance pour assurer que cette institution, désormais, elle ne me violera pas, elle ne violera pas mes enfants, elle ne violera pas mes petits-enfants…

Cette demande de pardon, c’est d’ailleurs la première chose qui a été faite. Par les évêques français par la voix de Mgr Éric de Moulin-Beaufort, par la voix du pape François. Mais ce n’est pas suffisant, ce message, il n’est pas passé partout, et il faut inlassablement le répéter, le marteler : regretter et montrer que cela ne se reproduira pas, avec la création de structures indépendantes d’écoute, de contrôle, et d’alerte. Pas des structures de sanction, nous sommes en République, ce sont les lois de la République qui s’appliquent, avec ses tribunaux, mais une structure d’alerte, d’alerte du procureur de la République. D’ailleurs, on ne peut pas ignorer la bonne volonté des autorités catholiques, toutes veulent s’attaquer à ce problème et trouver des réponses convaincantes. Sinon, elles n’auraient pas voulu qu’un tel rapport, lucide et indépendant, qu’elles ont elles-mêmes financé, fût rédigé et publié.

Mais il faut aller au bout. Le spot publicitaire sur les legs, aussi dérisoire soit-il, aussi nunuche soit-il, est une insulte à tous les catholiques qui ont été meurtris, moralement sinon physiquement, par les conclusions de ce rapport sinon par les prédateurs qui ont peuplé cette Église. Il faut d’abord chercher à les reconquérir en leur donnant des garanties. Le temps du retour à la demande de dons et legs est pour plus tard. C’est trop tôt. C’est surtout très contreproductif. Tant qu’à émettre un message aux catholiques par voie hertzienne, il faut d’abord parler de ce sujet, l’unique sujet du moment pour l’Église, ne pas faire comme si, mettre tout à plat, et donner les pistes d’un retour à la confiance. On ne donne jamais quand on n’a pas confiance. C’est la condition de base.

Cette campagne publicitaire, pas plus stupide qu’une autre, est dans ces temps troublés une machine à donner la nausée. Pour un résultat insignifiant : une bouteille dans un océan asséché. Il faudra du temps et de la patience pour reprendre le fil. Heureusement, l’Église est toujours vivante, elle est composée d’une multitude de bonnes âmes enthousiastes et volontaires. Mais il ne faut pas les décourager. Il ne faut pas refermer le sarcophage...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Legs et indécence.
Il y a un an, l’attentat de la basilique Notre-Dame de Nice le 29 octobre 2020.
Aider les chrétiens d’Orient sur France Inter : l’hypersensibilité de la laïcité.
Les messes à l’épreuve du covid-19.
Pâques 2020, le coronavirus et Dieu…
Secret de la confession et lois de la République.
Mgr Éric de Moulins-Beaufort.
Abus sexuels dans l’Église : honte, effroi et pardon !
Rapport de Jean-Marc Sauvé remis le 5 octobre 2021 sur la pédocriminalité dans l’Église (à télécharger).
Présentation du rapport Sauvé le 5 octobre 2021 (vidéo).
Discours du pape François le 24 février 2019 au Vatican (texte intégral).
La protection des mineurs dans l’Église.
Protection des mineurs (2) : pas d’imprescriptibilité pour la pédocriminalité.
Protection des mineurs (1) : 15 ans, âge minimal du consentement sexuel ?
Richard Berry et l’immonde.
Olivier Duhamel et le scandaleux secret de famille de Camille Kouchner.
La faute de Mgr Jacques Gaillot.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Mgr Barbarin : le vent du boulet.
Polanski césarisé au milieu des crachats.
Faut-il boycotter Roman Polanski ?
Pédophilie dans l’Église catholique : la décision lourde de Lourdes.
David Hamilton.
Adèle Haenel.
Mgr Barbarin : une condamnation qui remet les pendules à l’heure.
Pédophilie dans l’Église : le pape François pour la tolérance zéro.
Le pape François demande pardon pour les abus sexuels dans l’Église.
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.

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29 octobre 2021 5 29 /10 /octobre /2021 03:17

« Le terroriste qui est venu pour y semer la mort n’a pas uniquement profané un lieu de culte, il a aussi profané cet esprit d’accueil et d’hospitalité dont la ville de Nice a fait un idéal. Le terrorisme s’en prend à ce que nous sommes, à ce qui fait notre identité, à notre liberté, à notre culture et enfin, à nos vies. L’ennemi, nous le connaissons. Non seulement il est identifié, mais il a un nom, c’est l’islamisme radical. Une idéologie politique qui défigure la religion musulmane en détournant ses textes, ses dogmes et ses commandements pour imposer sa domination par l’obscurantisme et la haine. » (Jean Castex, le 7 novembre 2020 à Nice).


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Il y a un an, le 29 octobre 2020 en début de matinée, a été commis l'attentat terroriste à la basilique Notre-Dame l’Assomption de Nice. Trois victimes, qui était présentes dans la basilique, ont été assassinées par l’assaillant islamiste, un Tunisien du 21 ans qui a été blessé, arrêté et hospitalisé. Une messe du souvenir est prévue à 19 heures dans la basilique.

C’était la seconde fois que la ville de Nice a été ainsi traumatisée par un attentat terroriste, après l’attentat du 14 juillet 2016. C’était aussi la seconde fois que l’Église catholique a été touchée par un tel drame après l’assassinat du père Jacques Hamel le 26 juillet 2016.

L’assassin était venu en France, à Nice, clandestinement le 27 octobre 2020, probablement par train depuis Rome après avoir traversé la Méditerranée, rescapé à Lampedusa le 20 septembre 2020 par la Croix-Rouge italienne, amené à Bari le 9 octobre 2020 avec une obligation de quitter le territoire italien (mais laissé libre). Il a été mis en examen et écroué le 7 décembre 2020 après son hospitalisation.

Quelques heures après ce triple assassinat, le parquet national antiterroriste s’est saisi de l’affaire pour "assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste" et pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle". Dans les jours qui ont suivi, six hommes ont été arrêtés qui étaient en contact avec l’assassin ou entre eux (et que les caméras de vidéoprotection ont repérés la veille de l’attentat sur les lieux, ainsi que le terroriste lui-même qui faisait des repérages). Le 30 octobre 2020, le Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a affirmé à "La Voix du Nord" que l’assassin était venu en France « manifestement pour tuer ». L’enquête semble encore en instruction judiciaire.

Les réactions étaient évidemment unanimes pour condamner fermement cet attentat, y compris celle du Conseil français du culte musulman (CFCM) qui a appelé au recueillement et à la fermeture des mosquées. La cloche des défunts a retenti partout en France à 15 heures le jour même de l’attentat. Les sénateurs et les députés, en séances publiques, ont observé une minute de silence dès la connaissance du triple assassinat. Le plan Vigipirate a été renforcé et 4 000 militaires supplémentaires ont été déployés partout en France.

Le même jour, un terroriste a été tué après l’échec d’une tentative d’attentat à Avignon, un autre attentat a eu lieu également le 29 octobre 2020 contre le consulat français à Djeddah en Arabie Saoudite. Le surlendemain, un prêtre orthodoxe a été blessé par balle à Lyon (mais la piste terroriste n’est peut-être pas confirmée, l’assaillant a pris la fuite). Le 2 novembre 2020, un attentat islamiste à Vienne, en Autriche, a tué quatre personnes. Quelques jours auparavant, Samuel Paty avait été assassiné le 16 octobre 2020 à Éragny, près de son collège de Conflans-Sainte-Honorine.

Par ailleurs, la situation en France était déjà très tendue car Emmanuel Macron venait de s’exprimer au cours d’une allocution télévisée la veille au soir pour annoncer le deuxième confinement pour cause de pandémie de covid-19.

Accompagné par le Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et le Ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti, le Président de la République Emmanuel Macron s’est rendu l’après-midi du 29 octobre 2020 devant la basilique Notre-Dame de Nice pour apporter le soutien de la République aux proches des victimes. Dans une courte déclaration (qu’on peut lire ici dans son intégralité), Emmanuel Macron a affirmé : « Très clairement, c’est la France qui est attaquée. (…) C’est une nouvelle fois les catholiques qui sont attaqués dans notre pays, menacés avant les fêtes de la Toussaint. La Nation toute entière se tient à leurs côtés et se tiendra pour que la religion puisse continuer de s’exercer librement dans notre pays, car notre pays sait cela. Ce sont nos valeurs, que chacun puisse croire ou ne pas croire, mais que chaque religion puisse s’exercer. Aujourd’hui, la Nation toute entière se tient aux côtés de nos concitoyens catholiques. ».

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Emmanuel Macron a tenu à rassembler dans l’unité nationale : « En France, il n’y a qu’une communauté, c’est la communauté nationale. Je veux dire à tous les concitoyens, quelle que soit leur religion, qu’ils croient d’ailleurs ou qu’ils ne croient pas, que nous devons dans ces moments nous unir et ne rien céder à l’esprit de division. Je sais que tous nos concitoyens sont aujourd’hui profondément choqués, bouleversés de ce qui vient une fois encore de se passer. J’appelle à l’unité de tous. ».

Accueillant Emmanuel Macron à Nice, le maire de Nice Christian Estrosi a affirmé : « Trop, c’est trop. Il est temps maintenant que la France s’exonère des lois de la paix pour anéantir définitivement l’islamo-fascisme de notre territoire. ». Député de Nice, et actuellement candidat à l’investiture LR pour l’élection présidentielle de 2022, Éric Ciotti a, quant à lui, déclaré : « Pour la première fois depuis l’Occupation, la France n’est plus libre ! Notre pays est en guerre, nous sommes en guerre ! Pensées pour les victimes de ce nouvel attentat qui touche au cœur notre ville de Nice. ».

De nombreux chefs d’État et de gouvernement ont exprimé leur solidarité et leur soutien aux Français à l’occasion de cette tragédie, en particulier Angela Merkel (Allemagne), Boris Johnson (Royaume-Uni), Giuseppe Conte (Italie), Pedro Sanchez (Espagne), Ursula von der Leyen (Commission Européenne), le pape François, Justin Trudeau (Canada)… et même Donald Trump (États-Unis) qui a tweeté : « Nous sommes de tout cœur avec le peuple français. L’Amérique se tient aux côtés de son plus vieil allié dans ce combat. Ces attaques terroristes islamiques radicales doivent cesser immédiatement. Aucun pays, que ce soit la France ou un autre, ne peut le supporter plus longtemps ! ».

Un hommage national a été rendu aux trois victimes le samedi 7 novembre 2020 sur la colline du Château, qui surplombe la Baie des Anges à Nice, sous la présidence du Premier Ministre Jean Castex et en présence notamment de l’ancien Président Nicolas Sarkozy, de l’évêque de Nice Mgr André Marceau, de Gérard Larcher (Président du Sénat), du Prince Albert de Monaco, de Renaud Muselier (président du conseil régional de PACA), du violoncelliste Gautier Capuçon (qui a joué pendant la cérémonie), etc.

À cette occasion, Jean Castex a déclaré : « Les prières d’une mère de famille ne condamnent pas à mort. Des cierges allumés au petit matin ne condamnent pas à mort. L’humble travail d’un sacristain ne condamne pas à mort. Et pourtant (…), trois personnes ont été assassinées parce qu’elles pratiquaient paisiblement leur religion (…). Ces trois personnes avaient un nom, une vie, une famille, et aujourd’hui, elles sont dans le cœur de tous les Français. Ces noms, je suis venu ici les honorer. Ces vies, je suis venu ici pour dire qu’elles avaient une valeur incommensurable, celle de toute vie humaine, unique par définition. Ces familles, je suis venu leur apporter les condoléances de la Nation toute entière. (…) Un terroriste a volé trois vies au cœur d’une église. ».

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Alors, pour leur mémoire, rappelons-nous ces trois victimes. Ne les oublions pas !

Nadine Devillers (60 ans) était une fidèle très régulière de la basilique et habitait à proximité. En recherche d’emploi, elle adorait le théâtre, jouait Shakespeare, Tchekhov et Fassbinder, et écrivait en secret dans l’espoir d’être publiée. La diffusion de "L’Indifférence", une chanson de Gilbert Bécaud, a accompagné son hommage.

Vincent Loquès (55 ans le lendemain de son assassinat), père de deux enfants et ancien maçon, était le sacristain de la basilique, la faisait vivre, la personnifiait, il savait faire la crèche de Noël, il était connu et apprécié de tout le quartier. La lecture du poème poignant de Victor Hugo qui venait de perdre sa fille Léopoldine "Demain, dès l’aube" a accompagné son hommage.

Simone Barreto Silva (44 ans), mère de trois enfants et auxiliaire de vie, a été une héroïne en plus d’une victime, puisque blessée, elle a réussi courageusement à se traîner jusqu’à un bar près de la basilique pour donner l’alerte et sauver probablement d’autres vies, avant hélas de mourir sur place. La diffusion de "Toda menina baiana" de Gilberto Gil a accompagné son hommage. La victime était franco-brésilienne ; elle était venue en France en 1996 pour faire des études et allait prier avant de prendre son travail.

Rappelant que Romain Gary, futur Compagnon de la Libération, était arrivé en France à Nice dont il fréquentait assidûment la basilique Notre-Dame de l’Assomption, où il « s’était de son propre aveu, simplement converti à la France », Jean Castex a terminé son hommage par : « Je ne vois pas, aujourd’hui, de plus belle image pour dessiner, ici à Nice, le véritable visage de la France. C’est cette France-là, ouverte, diverse et accueillante que l’islamisme radical cherche à abattre. La France que nous aimons et que nous ne laisserons pas défigurer par ceux qui, le 29 octobre [2020], ont ensanglanté La Promesse de l’aube. ».

Que la mémoire de ces trois victimes, comme celle de toutes les autres victimes du terrorisme, puisse perdurer au fond des âges afin de mettre en échec ces épouvantables producteurs de mort et de désolation.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Il y a un an, l’attentat de la basilique Notre-Dame de Nice le 29 octobre 2020.
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 7 novembre 2020 à Nice en hommage aux victimes de l’attentat du 29 octobre 2020 (texte intégral).
Déclaration du Président Emmanuel Macron le 29 octobre 2020 à Nice (vidéo et texte intégral).
Le maire de Nice.
Samuel Paty : faire des républicains.
Les attentats du 11 septembre 2001 et la naissance du complotisme 2.0.
Les attentats du 11 septembre 2001.
Complot vs chaos : vers une nouvelle religion ?
Nouveau monde.
Qu’aviez-vous fait le 11 septembre 2001 ?
11 septembre, complot ?
Les théories du complot décortiquées sur Internet.
Ben Laden, DSK, même complot ?
L'attentat de Kaboul du 26 août 2021.
Jacques Hamel, martyr de la République autant que de l’Église.
Fête nationale : cinq ans plus tard…

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211029-attentat-basilique-nice-2020.html

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/il-y-a-un-an-l-attentat-de-la-236835

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/29/39196900.html






 

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26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 03:52

« Pierre Simonet était bien un héros : il avait beau refuser ce titre, il en possédait tous les attributs, le courage, la force morale, le sens du devoir. Le Président de la République salue la vie de cet homme animé du souffle de la liberté qui, par-delà les risques et les frontières, fut toujours guidé par son immense amour de la France. » (Communiqué de l’Élysée, le 5 novembre 2020).



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L’un des trois derniers Compagnons de la Libération Pierre Simonet est né il y a 100 ans, le 27 octobre 1921 à Hanoi où son père polytechnicien avait été mobilisé. Il avait donc 18 ans le 17 juin1940, quand il a refusé l’armistice. Il fut le plus jeune des trois derniers et celui qui est parti en premier, le 5 novembre 2020 à Toulon, peu après son 99e anniversaire. À cause de la deuxième vague du covid-19, aucun hommage solennel n’a pu avoir lieu aux Invalides en son honneur pendant cette période, au contraire de Daniel Cordier le 26 novembre 2020 puis Hubert Germain le 15 octobre 2021.

Juste avant la guerre, Pierre Simonet était revenu d’Indochine et sa famille s’était installée à Bordeaux. Il avait 17 ans au début de la Seconde Guerre mondiale, trop jeune pour être mobilisé, il était en classe de "maths spé" au lycée Montaigne de Bordeaux. Dans un communiqué le 5 novembre 2020, le Président Emmanuel Macron a rappelé l’adolescent : « [Il] poursuivait alors ses études de mathématiques, mais cette année 1939-1940 fut surtout celle de l’éveil à la ferveur patriotique : le jour, il défilait avec ses camarades de classe pour manifester leur soutien aux Alliés ; le soir, il aidait à l’hôpital où affluaient les blessés. Lui qui avait aimé cette patrie de loin [d’Hanoi], qui l’aimait plus encore de près, refusait de la voir tomber aux mains d‘une puissance étrangère. On est parfois sérieux quand on a 17 ans. ».

Coïncidence, Hubert Germain, qui vient de mourir, avait fréquenté le même lycée que Pierre Simonet à Hanoi, puis à Bordeaux, et ils ont eu la même réaction, partir le 24 juin 1940 depuis Saint-Jean-de-Luz vers Londres via Liverpool pour rejoindre De Gaulle. Par la suite, ils ont combattu ensemble au sein des FFL dans les mêmes batailles (en particulier celles de Bir Hakeim et d’El Alamein en 1942 sous le commandement du général Pierre Kœnig).

Pierre Simonet a été opérationnel dès le 29 août 1940, envoyé à Sénégal, puis au Cameroun, puis en Syrie, en Libye, en Égypte, etc. En avril 1944, il a participé à la campagne d’Italie, contribuant à libérer Rome et Sienne, puis au débarquement en Provence et à la campagne d’Alsace. Le 27 décembre 1945, son héroïsme pour la France fut reconnue par De Gaulle qui l’a fait Compagnon de la Libération.

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Responsable des transmissions et de l’observation notamment aérienne (durant toute la guerre, il a fait 250 heures de vol et 137 missions de guerre), Pierre Simonet a été un véritable héros, agissant toujours avec courage et bravoure. Dans le même communiqué d’hommage du 5 novembre 2020, Emmanuel Macron a raconté sa périlleuse journée du 16 mars 1942 : « Alors qu’une dizaine de chars allemands approchait à pleine vitesse et que le capitaine avait donné l’ordre de décrocher, il débrancha les fils, attrapa son central téléphonique et, lesté de cinq kilos de matériel, se mit à courir vers son véhicule. À découvert sous les tirs des mitrailleuses allemandes, il put rejoindre la colonne et rentrer indemne au camp. À 21 ans, il avait déjà connu la soif, frôlé la mort, vécu l’enfer des combats, et reçu ses deux premières citations. ». En tout, il en a eu sept, de citations.

Après la guerre, comme Daniel Cordier, Pierre Simonet n’a pas amorcé une carrière politique. Au contraire, il a continué ses études au sein de l’École nationale de la France d‘Outre-mer et de 1948 à 1985, il a eu une carrière de haut fonctionnaire. Comme administrateur de la France d’Outre-mer, il a travaillé un peu partout dans le monde, notamment pour des organisations internationales comme la FAO, l’ONU, l’OCDE et le FMI. Il s’est installé à Toulon pour sa retraite.

Peu avant de mourir, Pierre Simonet a reçu le 20 janvier 2020 les insignes de Grand-croix de la Légion d’honneur, et le 7 juillet 2020, les insignes de l’ordre de l’Empire britannique, une manière qu’a eue le Premier Ministre britannique Boris Johnson de rendre hommage aux résistants français à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de l’appel du 18 juin 1940, en honorant les quatre derniers survivants des Compagnons de la Libération (le quatrième était Edgard Tupët-Thorné, parti quelques semaines avant Pierre Simonet, le 9 septembre 2020).

Parti en pleine vague épidémique, Pierre Simonet a été enterré discrètement le 13 novembre 2020 dans le cimetière d’un petit village de la Drôme où l’attendaient sous terre sa femme et un de ses cinq enfants.

Lorsque le Président Emmanuel Macron a rendu un hommage national au dernier Compagnon de la Libération Hubert Germain, le 15 octobre 2021 aux Invalides, il parlait aussi pour tous ses compagnons d’arme, tous ces résistants qui ont risqué leur vie pour que je puisse aujourd’hui m’exprimer librement et durablement. En particulier : « Avec les 1 037 Compagnons de la Libération qui, voilà 80 ans, ont relevé la France de l’abîme, il forma un ordre fraternel, une phalange de l’idéal. À l’aube comme au crépuscule, il fut le dernier à rendre les armes. Résistant de la première heure et ultime héros de ce cercle de combattant désormais disparu. ».

Conformément à la promesse ultime, Hubert Germain, le dernier des Compagnons de la Libération, sera inhumé le jeudi 11 novembre 2021 au Mont-Valérien, représentant Pierre Simonet et tant d’autres dans la Résistance : « Dernier chancelier d’honneur de l’Ordre de la Libération, [Hubert Germain] en a attisé les braises ardentes jusqu’à son dernier souffle. Elles ne s’éteindront pas avec lui. Hubert Germain reposera dans la crypte du Mont-Valérien, scellant ainsi l’histoire des 1 038 compagnons. Nous avons des convictions philosophiques, politiques et religieuses différentes, voire opposées, mais nous avons su nous rassembler pour la cause sacrée de la liberté de notre patrie. Tels étaient ses mots. Alors, oui, l’Ordre de la Libération lui survivra, indépendant et fidèle à son histoire. J’en fais ici le serment. » (Emmanuel Macron, le 15 octobre 2021).

Ne les oublions jamais et ne brisons pas leur rêve, ils sont nos exemples !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pierre Simonet.
Hommage national rendu à Hubert Germain le 15 octobre 2021 aux Invalides (texte intégral et vidéo).
Hubert Germain.
De Gaulle.
Daniel Cordier.
La France, 50 ans après De Gaulle : 5 idées fausses.
Edgard Tupët-Thomé.
Seconde Guerre mondiale.
Le courage exceptionnel de deux centenaires.
Libération de Paris.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211027-pierre-simonet.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/n-oublions-pas-le-heros-pierre-236752

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/25/39191498.html








 

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15 octobre 2021 5 15 /10 /octobre /2021 17:34

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Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211012-hubert-germain.html







Discours du Président Emmanuel Macron le 15 octobre 2021 aux Invalides à Paris
HOMMAGE NATIONAL à HUBERT GERMAIN






DISCOURS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE LORS DE L’HOMMAGE NATIONAL À HUBERT GERMAIN


Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président du Sénat,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Madame et Messieurs les Premiers ministres,
Madame l'Ambassadrice,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Grand Chancelier de la Légion d'Honneur,
Monsieur le Délégué National,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de l'Ordre de la Libération,
Monsieur le Chef d'État major des armées,
Officiers, Sous-officiers, Officiers mariniers, Soldats, Quartiers maîtres et Matelots, Aviateurs,

Mesdames et Messieurs en vos degrés et qualités,
Mesdames et Messieurs,

La vie d'Hubert Germain est une anthologie d'engagements et de courage. Avec les 1 037 Compagnons de la Libération, qui voilà 80 ans, ont relevé la France de l'abîme. Il forma un ordre fraternel, une phalange de l'idéal. A l'aube comme au crépuscule, il fut le dernier à rendre les armes. Résistant de la première heure et ultime héros de ce cercle de combattant désormais disparu. Déraciné par les pérégrinations d'un père général en Syrie et en Indochine, Hubert Germain n’aimait rien tant que de retrouver ses terres de la Drôme et passa sa jeunesse à chercher la France partout, dans les livres, dans ses rêves. Adolescent, ses frasques inquiétaient sa famille. Il était indiscipliné en tout, d'une insoumission farouche, qui ne se connaissait qu'une fidélité, la patrie. Tout commence au printemps 1940, alors que Pétain vient de signer l'armistice, il passe le concours de l'Ecole navale et tandis qu'il compose sur la table d'examen, une révélation, réussir le conduirait à servir une armée aux ordres de l'Allemagne nazie. Alors, le voilà qui se lève, refuse d'achever son travail et déclare : « je pars faire la guerre » . La fougue d'Hubert Germain, heureusement, en rencontre d'autres. Car s’il quitte ses amis, sa famille, il trouve en Angleterre d'autres amis, une autre famille qui ont répondu comme lui à l'appel du général de Gaulle. A Londres, ils sont quelques centaines, une guilde de l'honneur prête à tout pour une cause qui les dépasse.

La France libre. Paysans, artisans, instituteurs, soldats. Ils deviennent camarades pour la vie. Ils sont aujourd'hui compagnons d'éternité. À l'été londonien succèdent pour Hubert Germain les printemps levantins. Lui qui brûle de se battre est d'abord envoyé sur le front de Syrie. Et à l'été 1942, c'est en Libye qu'il se couvre de gloire. De Gaulle demande à ses soldats de ralentir l'avancée des troupes de Rommel vers l'Egypte en tenant le verrou de Bir-Hakeim. “Toute la France vous regarde, vous êtes son orgueil”, leur dit-il. La chaleur est harassante. Le vent charrie le sable. Hubert Germain et ses compagnons de la 13e demi-brigade de Légion étrangère érigent malgré tout sur la route de l'ennemi un barrage impénétrable. 1 contre 10, peu importe. Durant 16 jours, ils résistent à tous les assauts du ciel et de la terre lancés contre eux. Miracle de la volonté, prodige du patriotisme. Soirée féerique car dans la nuit du 10 au 11 juin 1942, le bouclier impénétrable se mue en une colonne d'irréductibles qui finit par briser l'encerclement ennemi.

Et c'est Hubert Germain, enflammé de courage, qui prend la tête des troupes en cette nuit d'apocalypse. Il est alors pour eux une torche dans l'obscurité. Sa détermination est plus incandescente que les fusées qui zèbrent le ciel au milieu des lignes allemandes. L'épopée de la France libre ne s'arrête pas là et le mène ensuite au pied des pyramides d'Égypte, en Tunisie, en Italie. Il voit mourir sous ses yeux tant de frères d'armes qui ne quittèrent jamais son esprit, et les blessés à l'approche de Monte Cassino, mais continue malgré tout, toujours, pour se voir accroché tout près du cœur des mains mêmes du général De Gaulle la croix qui le fait Compagnon dans l'Ordre de la Libération, l'honneur et la mission d'une vie. Hubert Germain sait qu'il doit s'en montrer digne à jamais. Enfin vient le jour, sonne l'heure de retrouver son pays. Le 15 août 1944, Hubert Germain débarque sur les plages de Provence. Ce jour-là, son premier geste est de s'agenouiller pour prendre un peu de la terre de France dans ses mains, la sentir, la toucher. Retrouvailles charnelles après quatre ans de combat et d'exil. Il se relève encore et sa patrie avec lui, remonte le Rhône, rejoint le Rhin, libère l'Alsace, gagne Berlin avant enfin de revenir. Quelques années à peine après avoir quitté les théâtres militaires Hubert Germain entrera dans l'arène politique en devenant maire de Saint-Girons, petit bourg de l'Essonne qui ourle les rives de l'Orne. Fidèle de De Gaulle et proche de Messmer, il porte leurs idées, les siennes, jusqu'à l'Assemblée nationale, d'abord dans les rangs du gouvernement, ensuite ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones, puis ministre chargé des Relations avec le Parlement sous la présidence de Georges Pompidou.

Avec ses frères d'armes, il avait défendu la liberté. Avec ses frères d’âmes, toutes celles et ceux qui se reconnaissent comme tels, il allait désormais rebâtir la fraternité. Quête inlassable d'une vie de résistance et d'espérance. Ces dernières années, Hubert Germain était devenu le gardien du flambeau qu'avait allumé le général De Gaulle. Ultime reconnaissance de ses frères d'armes, il avait été fait caporal-chef d'honneur de la Légion étrangère il y a quelques semaines. Dernier chancelier d'honneur de l'Ordre de la Libération, il en a attisé les braises ardentes jusqu'à son dernier souffle. Elles ne s'éteindront pas avec lui. Hubert Germain reposera dans la crypte du mont Valérien, scellant ainsi l'histoire des 1038 compagnons. Nous avions des convictions philosophiques, politiques et religieuses différentes, voire opposées, mais nous avons su nous rassembler pour la cause sacrée de la liberté de notre patrie. Tels étaient ses mots. Alors oui, l'ordre de la Libération lui survivra, indépendant et fidèle à son histoire. J'en fais ici le serment.

Mon lieutenant, ces derniers mois, vous avez livré votre ultime combat, votre courage et votre dignité face à la mort furent une leçon pour nombre d'entre nous. L'humilité et les doutes vous ont accompagnés et vous êtes devenus chaque jour un peu plus l'incarnation même de tous vos compagnons, vibrants de cette flamme première, celle de l'amour de la France et du service de la patrie. Alors, en ce jour, le silence millénaire de l'esprit de résistance et de l'acharnement français vous accompagne. C'est cette cohorte chevaleresque qui vient du fond des âges, de Reims, d'Arcole et du Chemin des Dames, de la Garde impériale à Koufra, d'Orléans à Bir-Hakeim, qui se tient à vos côtés et nous rappelle cette irrésistible résolution de la France : « Ne rien céder de la liberté, de la patrie et de son âme ». Vous les rejoignez, mon lieutenant, et notre tâche sera de poursuivre avec la même ardeur ce combat. Nous le ferons.

Vive la République, vive la France !


Emmanuel Macron, le 15 octobre 2021 dans la cour d'honneur des Invalides à Paris.



Source : www.elysee.fr/

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20211015-discours-macron-hubert-germain.html

 

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