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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 06:59

« Pendant la lutte gigantesque de quatre années menée derrière le Général De Gaulle, la flèche de notre cathédrale est demeurée notre obsession. » (Général Leclerc à la libération de Strasbourg, le 23 novembre 1944, cité par Bernard Cazeneuve le 3 octobre 2015).


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L’hebdomadaire chrétien "La Vie" a organisé à Strasbourg du 2 au 4 octobre 2015 les États généraux du christianisme auxquels il a invité un certain nombre de responsables politiques et intellectuels à s’exprimer sur le "vivre ensemble", en particulier Philippe Richert (président LR du conseil régional d’Alsace), Jean-Christophe Fromantin (député-maire UDI de Neuilly-sur-Seine), Éric Piolle (maire EELV de Grenoble), Jean-Louis Bianco (ancien ministre PS), également Chantal Delsol (philosophe) et Laurent Bouvet (de la Fondation Jean-Jaurès)… Après les attentats de janvier 2015 et une montée des extrémismes et populismes, l’idée de ce grand "colloque" a sa pertinence dans une région où le dialogue interconfessionnel n’est pas un vain mot et où la paix se mesure comme un signe de l’amitié franco-allemande.

Pour clore tous ces travaux, le Ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a prononcé un grand discours sur la laïcité et les relations entre les religions et l’État le samedi 3 octobre 2015 en fin d’après-midi. L’ancien porte-parole du candidat François Hollande était déjà intervenu le 20 septembre 2015 dans la nouvelle cathédrale de Créteil (invité pour sa dédicace : « [saisi] par une authentique émotion à l’idée que notre pays était encore capable d’édifier de tels monuments, signes visibles de l’invisible, et de prolonger ainsi le fil d’une histoire vieille d’un millénaire ») et le voici de nouveau, deux semaines plus tard, à intervenir dans la cathédrale de Strasbourg. Le but de cet article est de présenter les grandes lignes de ce discours (dont on trouvera le texte intégral ici) auquel je souscris pleinement parce qu’il dépasse largement les clivages politiques.

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Les racines chrétiennes de la devise républicaine

Dans son introduction, Bernard Cazeneuve a d’abord évoqué l’importance de la responsabilité des religions dans le débat public national : « Je crois que les chrétiens ont en effet un rôle essentiel à jouer, aux côtés des croyants d’autres confessions, dans le traitement des maux que connaît notre société anxieuse, éreintée par le chômage, inquiète des mutations du monde qui l’entoure, profondément en quête de sens. (…) Les valeurs qu’ils défendent contribuent tout particulièrement à la cohésion sociale, car elles rejoignent celles du pacte républicain. ».

En quelques mots, le ministre a déjà tout dit : les valeurs chrétiennes sont les mêmes que les valeurs républicaines. Et c’est bien normal, car la République n’est qu’un habillage civil et laïc d’une société qui a été chrétienne pendant plus de mille cinq cents ans. Le code civil et le code pénal ne sont finalement que la traduction laïque d’une grande partie des dix commandements : tu honoreras ton père et ta mère, tu ne tueras point, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne feras pas de faux témoignages, etc.

Et de décliner la devise de la République.

D’abord, la liberté : « La grande tradition chrétienne, avec saint Thomas d’Aquin notamment, avait décliné l’idée de liberté des enfants de Dieu, de l’émancipation des tyrannies, de la primauté de la loi d’amour du Christ sur les pesanteurs passées. Des figures telles que celle du pasteur Dietrich Bonhoeffer ont magnifiquement témoigné de cet amour chrétien de la liberté, acceptant de subir le martyr plutôt que d’abdiquer face à la barbarie nazie. ». Dietrich Bonhoeffer, théologien allemand, a été assassiné par les nazis au camp de concentration de Flossenbürg (en Bavière) le 9 avril 1945 (quatorze jours avant la libération du camp par les Américains) à l’âge de 39 ans pour avoir résisté à leur idéologie dès 1934.

Ensuite, l’égalité : « Quand saint Paul écrit aux Galates : "Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un", comment ne pas y voir la racine première de l’égalité républicaine de tous devant la loi ? ».

Enfin, la fraternité : « Cette fraternité, les chrétiens de tous les âges ne la vivent pas de façon abstraite. Ils constituent une communauté au service de leur prochain. Leur action (…) est animée depuis toujours par le souci de secourir les déshérités. Je veux rendre à ce titre un hommage sincère à l’action qu’ils mènent au service des sans-abri, à l’aide matérielle et spirituelle qu’ils apportent aux handicapés, aux malades, aux personnes âgées remisés aux périphéries de nos sociétés. S’il revient avant tout à l’État de lutter contre la misère, les chrétiens s’emploient au quotidien a prendre leur part de cette mission. ».

Bernard Cazeneuve a aussi rappelé l’action des chrétiens dans l’accueil des réfugiés, et je rappelle la recommandation du pape François qui avait demandé que chaque paroisse de chaque commune d’Europe prenne en charge une famille de réfugiés.


« Les valeurs républicaines sont largement celles de l’Évangile »

Pour Bernard Cazeneuve, les valeurs de l’Évangile se confondent donc avec celles de la République : « Faire vivre les valeurs républicaines, qui sont aussi largement celles de l’Évangile, constitue pour moi l’une des clefs de ce renouveau que vous appelez de vos vœux. (…) La France est historiquement un pays de tradition chrétienne. Comment donc les Français pourraient-ils faire société en négligeant cet engagement des chrétiens ? Réciproquement, comment les chrétiens français pourraient-ils vivre leur engagement sans être conscients et fiers de défendre également les valeurs de la République ? ».

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En disant ces quelques phrases, le Ministre de l’Intérieur, qui est également responsable des cultes (et en Alsace, terre encore sous Concordat, cela a une signification particulière), n’a pas craint de se retrouver au centre de critiques de partisans d’une laïcité dénaturée qui voudrait faire abstraction de toute religion. Il a rappelé la conception de la loi du 9 décembre 1905, voulue par Aristide Briand et Jean Jaurès, à savoir d’adopter une loi d’apaisement : « À leur suite, je suis convaincu que la laïcité est avant tout un principe juridique de neutralité religieuse, qui s’impose à l’État et à ses représentants. Ce principe a ainsi pour finalité de garantir à chacun le droit de croire ou de ne pas croire, ainsi que, pour le croyant, le droit d’exercer son culte dans des conditions dignes et paisibles. ».


La laïcité est au cœur du pacte républicain

Bernard Cazeneuve a aussi repris la définition que le pape Jean-Paul II avait faite de la laïcité pour la France : « La laïcité laisse à chaque institution dans la sphère qui est la sienne, la place qui lui revient, dans un dialogue loyal en vue d’une collaboration fructueuse pour le service de tous les hommes. Une séparation bien comprise entre l’Église et l’État conduit au respect de la vie religieuse et de ses symboles les plus profonds, et à une juste considération de la démarche et de la pensée religieuse. ».

Partisan du dialogue entre les religions et entre l’État et les religions, il a en particulier salué l’approche salutaire d’une unité nationale : « Il me semble que la conscience de la dureté des temps, à laquelle nous ont rappelés avec fracas les attentats du mois de janvier, donne un prix particulier à ce dialogue. Dans le malheur qui l’a frappé, notre pays a vécu en effet un moment exceptionnel d’union nationale et de fraternité. (…) De nombreux responsables religieux ont su trouver les mots justes et exprimer en notre nom les sentiments mêlés de compassion, de résolution, de cohésion que nous avons tous ressentis alors. ».

Ce qui lui donnait ainsi une raison de rester optimiste : « Sans céder à aucune forme d’irénisme, je crois qu’il y a dans ce pays une richesse humaine qui ne demande qu’à s’employer et que chaque moment de crise vient révéler. Les moments les plus sombres de l’année écoulée ont ainsi été pour moi simultanément des occasions de découvrir de magnifiques figures de la fraternité, des femmes et des hommes, qui se sont signalés par leur héroïsme tranquille, leur sens du devoir, leur générosité et leur dévouement à autrui. (..) Parmi les raisons d’espérer, il y a donc la présence parmi nous de ces héros modestes, révélés par des circonstances exceptionnelles ou par le choix d’une profession où l’on accepter d’exposer sa vie au service de la collectivité. ».


Fustiger les prédications mortifères

Dénonçant les actes de "racisme" contre les religions, en grande progression ces dernières années, Bernard Cazeneuve a prévenu ce que Manuel Valls avait déjà martelé dans son fameux discours à l’Assemblée Nationale le 13 janvier 2015 : « Jamais la République n’acceptera que l’on puisse s’attaquer aux habitants de ce pays en raison de leurs origines, de leur religion ou de leurs croyances ; sans quoi elle ne serait plus la République. ».

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Reprenant son costume politique, il a ensuite fustigé les discours de haine exprimés par des personnalités politiques : « Je suis donc inquiet lorsque je constate que certains responsables politiques, ou d’autres qui portent une parole publique et qui devraient avoir pour première ambition d’apaiser les tensions qui minent notre société, choisissent de les attiser par des propos hâtifs, haineux, ou simplement stupides, qui blessent tel ou tel groupe de nos concitoyens. (…) Je suis inquiet lorsque les pratiques du discours politique font que l’approximation l’emporte sur l’observation lucide des faits, l’amalgame sur le discernement, l’arrogance sur le respect que l’on doit aux opinions d’un adversaire. ».

Et il a ajouté plus précisément : « Je suis inquiet lorsque j’observe qu’Internet, cet extraordinaire outil d’échange et de diffusion de la connaissance, sert également à l’expression sans limite des haines, des rumeurs sans fondement, des propagandes outrancières, des prédications mortifères, des agressions et des injures lâchement anonymes. Je suis inquiet, enfin, lorsque je vois délaissée cette valeur cardinale qu’est le respect. ». Il faut reconnaître que ce constat est objectif. Il suffit de lire parfois certains forums d’opinion où la bile versée peut faire penser à d’autres périodes historiques…


Être Français selon De Gaulle… mais aujourd’hui ?

Enfonçant bien le clou de l’universalité des valeurs de la République française, Bernard Cazeneuve s’est permis à juste titre, et très habilement, de citer De Gaulle sur le qu’être Français : « La citoyenneté en France est ouverte à tous ceux qui ont la volonté de la rejoindre, qui partagent ses valeurs et vivent selon ses règles. Selon cette conception, comme l’a dit le Général De Gaulle : "Est Français quiconque souhaite que la France continue". Être Français, ce n’est donc pas forcément naître en France, ce n’est pas professer une religion plutôt qu’une autre, ce n’est pas avoir le français pour langue maternelle, ce n’est pas avoir la peau d’une certaine couleur. C’est adhérer à des valeurs, à une histoire et à un projet commun. (…) Notre société a besoin d’apaisement. Elle a besoin de fraternité. Elle a besoin de respect. Elle a besoin de vérité. Elle a besoin qu’on lui fixe une ambition dans laquelle elle sache se reconnaître, parce qu’elle respectera les valeurs qui sont celles de la France depuis des siècles. Un tel projet peut réunir tous les républicains authentiques. ».

Le malheur, aujourd’hui, c’est qu’on peine à voir un responsable politique proposer ce projet commun qui fait tant défaut au peuple français. À moins que ce projet soit défini dans la dernière citation et la dernière phrase du discours du Ministre de l’Intérieur, une parole du pape Paul VI à la fin du Concile Vatican II : « Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme. ». Formule qui n’est pas très éloignée de celle de la philosophe Simone Weil : « Seul est éternel le devoir envers l’être humain comme tel. », une conception qui rejoint aussi les philosophes Étienne Borne et Paul Ricœur.

Ce culte de l’homme devrait être au cœur de tous projets politiques et l’incarnation de la devise républicaine de liberté, d’égalité et de fraternité. Cela semble évident qu’il y a encore du chemin à parcourir avant d’atteindre cette société apaisée et fraternelle qui semble de plus en plus polarisée et rendue binaire par des vociférateurs démagogiques qui surfent sur les ravages de la crise économique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 octobre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours de Bernard Cazeneuve le 3 octobre 2015 à Strasbourg (texte intégral).
Discours de Manuel Valls le 13 janvier 2015 au Palais-Bourbon (texte intégral).
Le voile et la République.
La burqa et la République.
François Hollande et la laïcité.
Nicolas Sarkozy et l’islam.
Stigmatisation ?
Le pape François et les valeurs chrétiennes.
Chaque vie compte.
Les valeurs de la République.
Les valeurs du gaullisme.
L’esprit du 11 janvier.
Une chance pour la France.
Le vrai patriotisme.
Étienne Borne.
Simone Weil.
Paul Ricœur.
L’homodiversité.
Complot vs choas, vers une nouvelle religion ?
L’antisémitisme, selon Arthur.
Terrorisme et islamisme.
Peine de mort.
Guerre et peine.
Le Pardon.
La Passion.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151003-valeurs-republique.html

http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/les-valeurs-chretiennes-de-la-173028

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/10/16/32781479.html





 

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 06:48

« La civilisation et la barbarie s’excluent : la barbarie, c’est la guerre ; la civilisation, c’est la paix. » (Émile de Girardin, 1867).



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L’information a été donnée le dimanche 11 octobre 2015 par le "Journal du Dimanche" d’après "une source gouvernementale française en marge de la visite de Manuel Valls en Jordanie", selon laquelle des djihadistes français auraient été tués lors du bombardement français d’un camp d’entraînement islamiste près de Rakka, en Syrie dans la nuit du 8 au 9 octobre 2015, dans le cadre de l’opération Chammal lancée le 19 septembre 2015 (certaines sources parleraient de six morts, d’autres de seize morts dont trois de moins de 18 ans).

Information immédiatement mais mollement démentie par le Ministère de la Défense : « À ce stade, nous ne pouvons confirmer aucun élément précis relatif à ce bombardement. ». Et on le comprend au moment où le gouvernement essaie de faire une campagne de sensibilisation auprès des familles pour éviter le départ de nouvelles recrues vers la Syrie. Cette information, qui reviendrait à dire que l’armée française tuerait des citoyens français, a mis le feu aux médias dans la soirée du lundi 12 octobre 2015.

En tout premier lieu, il me paraît assez étrange de s’inquiéter seulement maintenant : que les victimes (supposées terroristes ou futurs terroristes) soient françaises ou pas françaises ne change rien au problème moral d’un gouvernement (quel qu’il soit). S’attacher à la nationalité des victimes laisserait entendre que certaines personnes peuvent être tuées sommairement et pas d’autres. C’est un peu aberrant comme réflexion.

D’autant plus aberrant, d’ailleurs, que les terroristes djihadistes qui ont ensanglanté la France depuis trois ans sont malheureusement des citoyens français et pas des ennemis de l’extérieur comme cela aurait été plus commode pour la réflexion.

D’ailleurs, en parlant de leur passeport, le Premier Ministre Manuel Valls n’a fait que confirmer cette "absence de discrimination" : « Notre responsabilité, c’est de frapper Daech et nous continuerons quelles que soient les nationalités (…). Les terroristes, de ce point de vue-là, n’ont pas de passeport. » (12 octobre 2015). Il l’a redit avec ces autres mots : « On frappe Daech en Syrie et tous ceux, quelles que soient leurs origines et leur nationalité, qui ont décidé de frapper la France, et donc de frapper leur propre pays. ».

Cela veut dire effectivement que la réflexion, qui, en elle-même, est intéressante, aurait pu être engagée, aurait dû être engagée bien avant ce genre d’indiscrétion gouvernementale. La question est intéressante et même essentielle sur l’art de gouverner.

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En second lieu, donc, l’idée qu’un gouvernement puisse court-circuiter toutes les procédures de la justice et de la loi pour aller tuer, par prévention, sans procès, sans débat contradictoire, sans droit à la défense, des candidats terroristes pose une véritable question de "philosophie gouvernementale". Gouverner, c’est prévoir.

La peine de mort est abolie en France depuis le 9 octobre 1981 (loi n°81-908 du 9 octobre 1981). C’est une grande avancée dans le droit français et dans les droits de l’Homme, et je rappelle que l’abolition n’a pas été seulement votée par des parlementaires socialistes, mais aussi par des personnalités comme Jacques Chirac et Philippe Séguin. L’abolitionnisme n’est tributaire d’aucun clivage partisan particulier. Il résulte d’une certaine idée de la vie et d’une certaine idée de l’humain.

Car justement, chaque vie humaine compte et en supprimer nécessite une raison impérieuse. C’est le problème de toutes les guerres. Si je ne tue pas mon ennemi, mon ennemi me tue. Mais individualiser cette réflexion n’a pas de sens, car mon choix philosophique pourrait très bien me porter à préférer mourir à avoir la mort d’une personne sur la conscience (pour dire vrai, je ne sais pas comment je me comporterais si le cas m’arrivait et j’ai l’intuition que l’un des buts serait plutôt de tout œuvrer pour éviter de me retrouver dans cette situation).

Individualiser n’est pas très raisonnable car si je considère que j’ai par exemple une famille à protéger, une femme, des enfants (je ne me place que dans la collectivité la plus réduite), qui, eux, sont incapables de se défendre (eux, les enfants, car les femmes peuvent aussi se défendre le cas échéant), alors mon choix de préférer mourir à tuer serait-il tout aussi pertinent ? Sans doute pas, sauf à avoir sur la conscience la mort également de mes proches. Ne pas tuer me ferait donc, par ricochet, tuer.

Évidemment, si j’en arrive au cercle national, à l’échelle d’un État comme la France, environ 65 millions d’habitants, la réponse est encore plus grave : si je ne repousse pas l’ennemi, l’ennemi peut nous envahir et refaire le coup de l’an 1940. Or, cette situation a sans doute été la pire des options. C’est ce qu’avaient compris de rares personnes, De Gaulle en premier lieu, mais aussi beaucoup de "petits bras" à l’instar de Daniel Cordier. Car il y a d’autres notions morales que la simple morale individuelle : il y a la raison d’État, mais celle-ci pourrait être douteuse (que recouvre-t-elle ? qui protège-t-elle ?) et il y a aussi l’intérêt général, que je préfère à l’intérêt national car il recouvre non seulement l’intérêt de la France mais aussi l’intérêt des autres pays, et notamment la Syrie dans le cas qui m’amène à parler de cette évocation morale.

Les plusieurs centaines voire plusieurs milliers de morts provoquées par l’armée française au Mali en 2013 ont une justification juridique incontestable : la France a été appelée à la rescousse par un gouvernement à peu près légitime (de transition) et sans cette intervention, Bamako aurait été pris et serait devenu un foyer de terrorisme djihadiste au même titre qu’au nord-est de la Syrie et au nord de l’Irak.

Tuer alors que la peine de mort n’est plus autorisée, on peut aussi le penser en évoquant les tirs contre des terroristes ou des preneurs d’otages en pleine action. On peut penser à Merah, Coulibaly ou Kaouchi, mais aussi à HB lors de la prise d’otages dans une école maternelle à Neuilly-sur-Seine.

Pour la Syrie, la situation est nettement plus complexe puisque le gouvernement français n’a plus de relation diplomatique avec les autorités syriennes qui, pourtant, sont la cible de Daech. La situation est d’ailleurs assez compliquée car la position de la France est de proposer aux Syriens une autre alternative que celle entre Bachar Al-Assad et le Daech, mais concrètement, le vide politique ou étatique fera le jeu des djihadistes comme c’est le cas en Libye et même en Irak. Complexité renforcée par l’implication massive de la Russie, les ambiguïtés de la Turquie et les influences majeures de deux rivaux sur le Proche-Orient, l’Iran et l’Arabie Saoudite.

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En Jordanie le 12 octobre 2015, en Arabie Saoudite le 13 octobre 2015, chaussant les bottes de vice-chef des armées (et d'agent commercial), Manuel Valls s’est d’ailleurs plu à rappeler la position française, particulièrement délicate, en faisant allusion à Vladimir Poutine : « Je le redis devant vous, comme l’a dit clairement le Président de la République : vouloir sauver le régime de Bachar Al-Assad, s’en prendre à l’insurrection modérée, c’est se tromper de cible. Ce n’est pas une politique. C’est un retour en arrière. La France ne peut pas l’accepter. » (12 octobre 2015).

La justification des frappes françaises contre Daech est donc de prévenir des éventuels attentats sur le territoire français et qu’en tant que tel, ce serait aussi du registre de la légitime défense : « La France a décidé de frapper des cibles où se préparent des attentats contre la France. Des attentats ont déjà eu lieu, il y a eu des morts. Au nom de la légitime défense, c’est une obligation de frapper Daech et nous continuerons, quelle que soit la nationalité de ceux qui sont dans ces centres qui préparent des attentats. » (Manuel Valls le 12 octobre 2015).

Ancien Ministre de la Défense qui avait démissionné pour protester contre la première guerre du Golfe, Jean-Pierre Chevènement a considéré sur Public Sénat le 12 octobre 2015 que comme la zone bombardée est sur un territoire qui n’est plus sous contrôle du gouvernement syrien, on peut estimer qu’il n’est pas infondé de pouvoir intervenir sans demande syrienne.

Son lointain successeur Jean-Yves Le Drian, qui faisait partie du voyage jordanien du Premier Ministre, a confirmé que c’est une guerre : « Ils ont choisi le camp de Daech, Daech est notre ennemi et le restera. ». Numéro deux du parti Les Républicains, Nathalie Koscusko-Morizet n’a pas dit autre chose : « Quand on s’engage dans les rangs de l’armée de Daech, on fait la guerre, donc on court les risques de la guerre. ». En tout, selon une source, les services spécialisés auraient comptabilisé 139 djihadistes morts en Syrie sur les quelques 1 700 venus de France.

Le problème, c’est que la notion de "guerre préventive" peut renvoyer à la folie américaine de la guerre en Irak. Le bombardement d’un hôpital de Médecins sans frontières le 3 octobre 2015 à Kunduz, en Afghanistan par l’armée américaine, faisant dix-neuf morts dont douze médecins et sept patients, fait froid dans le dos. Les faits ont montré que les États-Unis ont beaucoup moins de scrupules à tuer des innocents si, avec eux, des présumés assassins étaient également touchés et mis hors d’état de nuire. La question mérite donc d’être posée pour la France en Syrie. À quel point le ciblage provoquant la mort concerne-t-il à 100% des candidats au terrorisme sur sol français ?

Il ne faut pas être naïf : les personnes formées, entraînées, prêtes à agir pour assassiner des personnes en France, en Europe ou même ailleurs dans le monde, sont, de toute façon, des ennemis. Des ennemis de l’humain, des ennemis des nations. Il faut combattre le terrorisme sous toutes les formes. Le gouvernement français a en possession des renseignements qui peuvent donc l’amener à agir, à réagir, à prévenir tout attentat et je le soutiens, quel qu’il soit, en espérant qu’il n’y a pas des "bavures" qui auraient pour conséquence de renforcer le déshumanisation ou l’inhumanisme des terroristes.

J’avais fait remarquer, à l’époque de l’engagement de la France au Mali, en janvier 2013, qu’élire un Président de la République n’était pas jouer aux petits chevaux mais était un acte grave qui pouvait aboutir à la mort de certaines personnes et aussi éviter la mort d’autres personnes, grâce à une meilleure protection. Kolwezi, le Liban, l’Irak, l’Afghanistan, la Côte d’Ivoire, la Libye, le Mali, le Niger, la République centrafricaine, maintenant la Syrie, et j’en oublie, toutes les interventions militaires françaises ont été décidées par un homme seul, de son bureau de l’Élysée, qui, parfois, a hésité et qui savait que cette décision aurait des conséquences très graves sur la vie de très nombreuses personnes. On peut aussi évoquer la non participation de la France dans la guerre civile espagnole décidée par Léon Blum.

Comme on le voit, le droit régalien de vie ou de mort n’a pas été éliminé de la pratique de gouverner un État, même après l’abolition de la peine de mort. La question doit être posée car elle est éminemment morale. Elle doit se poser en dehors de considérations de nationalité qui n’ont, moralement et philosophiquement, pas lieu d’être. Mais je ne conçois pas son principe hors de la compétence d’un État dès lors qu’il s’assure que c’est indispensable à la sûreté nationale et à la protection de sa population. Le terrorisme est une guerre sans État ennemi (même si Daech se revendique État). C’est donc aussi l’occasion de rappeler l’importance et la gravité de l’acte de voter lors de l’élection présidentielle. Un Président de la République ne doit pas déterminer des vies humaines à la légère. Sa personnalité est donc essentielle.

« Être toujours en retard d’une guerre devrait nous déterminer à être parfois en avance d’une paix. » (Robert Sabatier, 1991).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 octobre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Chaque vie compte.
La peine de mort.
Valeurs républicaines.
Attentats de Daech.
Otages de Daech.
Le Mali.
La Syrie.


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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151012-syrie-daech.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/daech-en-syrie-guerre-et-peine-172951

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/10/14/32772269.html


 

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 06:29

« Redonnons un peu de fraîcheur au mot de dignité, ne réduisons pas la dignité à la dignité d’apparence. (…) La dignité est le respect dû à la personne : ne touchez pas l’Intouchable ! » (Philippe Pozzo di Borgo).


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Ce n’était pas une surprise car la rapporteure publique avait recommandé cette position lors de l’audience du 29 septembre 2015 : le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête d’arrêt des traitements de Vincent Lambert formulée par son neveu. Pour justifier cette décision, les juges administratifs ont considéré que les médecins du CHU de Reims qui s’occupent de Vincent depuis septembre 2008 avaient le droit de suspendre, comme ils l’ont fait le 23 juillet 2015, le processus d’arrêt des traitements, en vertu de leur « indépendance professionnelle et morale ».

Quelques jours auparavant, dans la matinale de France Inter le 6 octobre 2015, la Ministre des Affaires sociales Marisol Touraine avait même anticipé cette décision judiciaire en déclarant : « Aucune cour de justice n’impose à un hôpital d’arrêter des traitements. La CEDH a dit que c’était possible et l’hôpital a choisi jusqu’à maintenant de prendre un peu de temps. C’est cette situation difficile et douloureuse dans laquelle nous sommes. ». Par ailleurs, le 3 octobre 2015, le parquet de Reims a saisi un juge des tutelles pour Vincent Lambert.

Il y a depuis deux ans une certaine "ingérence" de la justice sur la médecine. Ce n’est certes pas vraiment une ingérence car heureusement, nous sommes dans un État de droit et les lois doivent s’appliquer et donc, en cas de contentieux, comme c’est le cas ici, gravement, pour la famille de Vincent, le droit doit s’appliquer et la machine judiciaire fonctionner. Mais on a toujours le tournis quand ce droit, si cher, si protecteur, en vient à demander à des juges, administratifs, d’apprécier des décisions médicales. À chacun son métier, juge et médecin, c’est très différent.

Je dis cela en sachant pertinemment qu’on pourra me répondre que le juge n’est pas non plus agent immobilier, banquier, vendeur, producteur, consommateur, etc. et pourtant, il a à juger sur de nombreux conflits dans tous les domaines. La petite différence, ici, c’est que la vie de Vincent est en jeu et est soumise à ces aléas de la justice. On pourra aussi me dire que c’est la justice qui l’a sauvé en mai 2013 lorsqu’une première procédure l’avait privé de nourriture et quasiment d’hydratation pendant un mois, ce qui a montré d’ailleurs une étonnante faculté de survie.

Le tribunal a donc statué sur le droit des médecins à interrompre une procédure d’arrêt de traitements, pas sur la pertinence, ou pas, d’arrêter les traitements. Or, l’arrêt des traitements, réclamé par le neveu en raison de je ne sais quelle idéologie de la culture de la mort, est fondé sur deux idées : l’acharnement thérapeutique et la volonté de Vincent.

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Le problème avec Vincent, c’est qu’il n’est pas sous "acharnement thérapeutique" comme beaucoup continuent encore à le proclamer de façon mensongère sans l’avoir visité (à cet égard, la vidéo réalisée par un ami de Vincent est très significative) mais qu’il est en situation d’handicap complexe et de grande dépendance (comme mille sept cents personnes en France). Il n’a pas de machine pour respirer artificiellement. Il vit sans attirail. Son seul lien médical consiste régulièrement à se nourrir et à s’hydrater de manière artificielle (avec un tube dans l’estomac, qui n’est certes pas un dispositif anodin). On imagine bien que s’il n’a plus cette hydratation et nutrition artificielles, il mourra de faim et de soif. C’est élémentaire.

Et encore, d’après ses parents, Vincent commencerait à réussir à déglutir, ce qui lui permettrait de s’affranchir de la machinerie pour boire et manger, à condition qu’il puisse rééduquer ses gestes de déglutition dans les meilleures conditions. Ce qui ne semblerait pas le cas au CHU de Reims.

En fait d’acharnement thérapeutique, Vincent fait preuve plutôt d’une forte volonté à vivre, d’un acharnement à continuer à vivre, tant en résistant à un mois de jeûne (ce qui, dans son état, a relevé de l’exploit) qu’en cherchant à progresser dans la déglutition.

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Pour ce qui est de sa volonté, il est faux de dire que Vincent a laissé une consigne particulière : en tant qu’infirmier, il connaissait l’existence des directives anticipées mais il n’en a rédigé aucune comme le propose pourtant la loi du 22 avril 2005. De même, il n’a désigné aucune personne de confiance qui aurait pu justement départager l’opposition entre son épouse et ses parents (entre parenthèses, je ne vois vraiment pas en quoi le neveu s’immisce dans ce conflit familial déjà difficile, à quel titre, celui de remettre de l’huile sur le feu ?).

Le seul fait apporté serait le témoignage de l’épouse qui affirme que Vincent lui aurait dit préférer mourir dans ce cas-là, ne pas subir d’obstination déraisonnable. Mais on permettra de douter de la sincérité d’un tel témoignage venu très tardivement, dans la mesure où, d’une part, comment prévoir un tel accident et surtout, pourquoi prévoir ce type d’accident et pas un autre ? et d’autre part, c’est le plus important à mon sens, pourquoi mettre en avant ce témoignage seulement en 2013, soit plus de quatre ans après l’accident et pourquoi avoir gardé son mari en vie pendant ces quatre années …contre sa propre volonté selon elle ? La réponse est sans doute dans la vie, très difficile, forcément, de cette épouse mais cela reste du domaine de l’intime et de la vie privée. Personne ne lui a reproché de ne plus avoir la force d’accompagner Vincent, d’autant plus que les parents sont désormais là depuis deux ans auprès de lui (ont même déménagé de la Drôme exprès pour cela).

Dans tous les cas, le doute doit se faire au bénéfice de la seule option non irréversible, à savoir, le maitien en vie qui n'a rien d'inutile parce qu'une vie, dans tous les cas, n'a aucune vocation utilitariste.

Vincent est victime d’une offensive d’idéologies croisées. Pourtant, la moindre humanité, ce n’est pas d’agiter des grandes idées, c’est de s’occuper de son sort particulier, unique, comme beaucoup d’accidentés de la vie. Personne ne répond à cette question que posent ses parents depuis plus d’un an : pourquoi Vincent ne peut-il pas être transféré dans une structure médicalisée spécialisée dans son type de handicap complexe ? L’absence de réponse ne paraît en tout cas pas être du domaine de l’humanitaire…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 octobre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Indépendance professionnelle et morale.
Fausse solution.
La loi du 22 avril 2005.
Adoption en deuxième lecture à l’Assemblée Nationale.
La fin de vie en seconde lecture.
Acharnement judiciaire.
Directives anticipées et personne de confiance.
Chaque vie humaine compte.
Sursis surprise.

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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 06:34

« Sur un sujet comme celui de la fin de vie, il n’y a pas de vérité absolue. Nul ne détient la vérité, nul ne peut prétendre imposer sa vérité aux autres, mais chacun doit pouvoir exprimer sa conviction profonde. » (Marisol Touraine, le 5 octobre 2015 dans l’hémicycle du Palais-Bourbon).


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C’est l’ancienne ministre Michèle Delaunay qui, en ouverture aux débats, pour illustrer la « sédation profonde et continue provoquant une altération de la conscience maintenue jusqu’au décès » qu’instaure le texte, a cité une partie de cette prière de Moïse rédigée par Vigny en 1822 :

« Il disait au Seigneur : Ne finirai-je pas ?
Où voulez-vous encor que je porte mes pas ?
Je vivrai donc toujours puissant et solitaire ?
Laissez-moi m’endormir du sommeil de la terre. »

Après deux journées de discussion en séance publique à l’Assemblée Nationale, la proposition de loi Claeys-Leonetti a été adoptée en deuxième lecture par les députés ce mardi 6 octobre 2015 à 18 heures 20.

Comme prévu, le texte voté le 17 mars 2015 n’a quasiment pas été retouché. Aucun des amendements discutés lors des deux premières séances du 5 octobre 2015 n’a été adopté et seulement quelques-uns, de très rares, et sur des détails, ont pu être adoptés lors de la troisième et dernière séance du 6 octobre 2015. La différence, peut-être, était l’absence de la Ministre des Affaires sociales Marisol Touraine qui était représentée par la Secrétaire d’État chargée des personnes handicapées Ségolène Neuville (notez pour le sourire qu’il y a deux Ségolène dans ce gouvernement, un vrai alignement des planètes aussi rare qu’une éclipse de super-lune).

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Le texte a donc été quasiment conservé comme le voulaient initialement à la fois les deux rapporteurs, Alain Claeys (PS) et Jean Leonetti (LR) et le gouvernement pour un retour en deuxième lecture au Sénat et une probable négociation, ensuite en commission mixte paritaire entre députés et sénateurs pour finaliser un texte final qui puisse préserver le fragile équilibre d’une large majorité parlementaire.

Cela n’a pas empêché le retour des inévitables amendements pour légaliser soit l’euthanasie active soit le suicide médicalement assisté, avec à la clef, sur demande des groupes écologistes et radicaux de gauche (régulièrement demandeurs d’euthanasie depuis une vingtaine d’années) un vote public pour trois de leurs amendements.

Les modifications mineures qui ont été adoptées parfois contre l’avis du gouvernement et de la commission des affaires sociales, sont les suivantes.


Modèle pour les directives anticipées (article 8)

Dans la version d’origine (de la deuxième lecture), les directives anticipées devaient se rédiger exclusivement sur un modèle (fourni par le Conseil d’État) : « Elles sont rédigées selon un modèle unique dont le contenu (…) ».

La modification par l’amendement n°213 (présenté par Gérard Sebaoun qui trouvait le texte trop restrictif) donne désormais : « Elles sont rédigées conformément à un modèle dont le contenu (…) ».


Désignation de la personne de confiance (article 9)

Les amendements n°378 et n°388 (présentés par Marie-Yvonne Le Dain et Jean-Louis Touraine) ont été adoptés contre l’avis du gouvernement et de la commission et proposent la nomination d’une seconde personne de confiance, suppléante et qui ne devrait pas être en opposition avec la personne de confiance titulaire puisqu’elle n’agirait qu’en cas d’empêchement de la première : « Une personne de confiance suppléante peut être désignée. Son témoignage est entendu uniquement si la personne de confiance titulaire se trouve dans l’incapacité d’exprimer la volonté du patient qui l’a désignée. ».

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En revanche, l’adoption des amendements n°409 et n°414 (présentés par Xavier Breton et Gilles Lurton) a été faite avec l’accord du gouvernement et de la commission. Elle oblige l’accord écrit de la personne de confiance désignée : « Cette désignation est faite par écrit et cosignée par la personne désignée. ».


Prérogatives de la personne de confiance (article 9)

Enfin, l’amendement n°212 (présenté par Gérard Sebaoun) adopté avec l’accord de Jean Leonetti ("à titre personnel") et du gouvernement retire à la personne de confiance la possibilité de consulter le dossier médical du patient pour qui elle témoigne, considérant qu’elle n’a pas la compétence pour en analyser les informations : « La notion de vérification implique de contrôler l’exactitude des informations fournies, voire de se documenter davantage encore. Or la personne de confiance n’a pas pour rôle d’analyser une situation médicale car elle n’en a a priori pas les compétences : celles-ci restent du domaine des praticiens. Par ailleurs, si l’interprétation de la personne qui vérifie les informations est différente de celle de l’équipe médicale, on s’acheminerait vers un risque de contentieux. » (Gérard Sebaoun).


La balle est au Sénat

La deuxième lecture a été quasiment inutile puisque le texte adopté est pratiquement le même que celui voté en première lecture (aux modifications près que je viens d’expliquer).

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Pourtant, le texte laisse encore beaucoup à désirer notamment sur trois sujets importants.

D’une part la tournure de la phrase « prolonger inutilement la vie » qui ne doit pas être comprise dans le sens de l’utilité d’une vie mais plutôt de l’inutilité d’une agonie. Aucune formulation n’a retenu l’intérêt des deux rapporteurs qui comptent sur la commission mixte paritaire pour régler ce problème sémantique.

D’autre part, le troisième cas pour la sédation profonde et continue concernant les personnes qui ne sont pas capables d’exprimer leur volonté (alinéa 5 de l’article 3) ne protège pas suffisamment ces personnes qui pourraient se retrouver en situation de sédation profonde jusqu’à la mort sans avoir exprimé leur volonté et surtout, sans être en fin de vie (beaucoup de députés ont pensé à la situation douloureuse de Vincent Lambert).

Enfin, et c’est un sujet beaucoup plus technique, il est question aussi de préciser le cas où le patient est un adulte sous tutelle ("majeur protégé") pour rendre les procédures en harmonie également avec le cadre médico-social : « Le texte de loi relatif à l’adaptation de la société au vieillissement doit également adapter cette mesure, dans un cadre médico-social et non pas sanitaire, comme dans le présent texte. Je vous propose donc de rédiger une disposition commune aux deux textes afin d’éviter toute discordance entre le médico-social et le sanitaire. » (Ségolène Neuville).

Le texte fera donc l’objet d’une discussion en séance publique pour la deuxième lecture au Sénat fixée au jeudi 29 octobre 2015.

Je reviendrai sur la discussion publique des 5 et 6 octobre 2015 à l’Assemblée Nationale en y présentant les principales interventions.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 octobre 2015)
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Pour aller plus loin :
Adoption en deuxième lecture à l’Assemblée Nationale.
La fin de vie en seconde lecture.
Acharnement judiciaire.
Directives anticipées et personne de confiance.
Chaque vie humaine compte.
Sursis surprise.

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 06:58

« Tout est noir. Je suis dans le noir. (…) J’ai beau regarder de toutes mes forces, je ne vois rien. Rien que ce noir profond. Ai-je les yeux ouverts ou fermés ? Je l’ignore. Que s’est-il passé ? Je l’ignore également. Je sais seulement que je ne suis pas seule : j’entends quelqu’un à côté de moi. (…) En fait, c’est comme si l’hôpital m’était tombé sur la dessus… C’est cela : comme s’il y avait eu un tremblement de terre, et que j’étais ensevelie sous des tonnes de décombres. » (Angèle Lieby, "Une larme m’a sauvée").


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On peut se demander ce qu’il y a dans la tête de ce neveu (que je respecte) qui va jusqu’à déposer une plainte en justice pour vouloir aussi activement la mort de son malheureux oncle, Vincent Lambert.

C’est ce qu’il a fait le 9 septembre 2015 en saisissant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne contre le CHU de Reims pour lui imposer l’arrêt des soins. Le tribunal s’est réuni le 29 septembre 2015 pour en débattre et c’est ce vendredi 9 octobre 2015 que le tribunal doit rendre publique sa décision. S’en prendre à l’hôpital, ce n’était pas très pertinent de la part du neveu puisqu’ils étaient tous les deux d’accord pour arrêter les soins. Donc, pour laisser mourir Vincent en l’abandonnant à son sort, sans le soigner, sans s’occuper de lui.

J’ai déjà abondamment évoqué la situation de lourd handicap de Vincent Lambert (notamment ici), et il faut rappeler avec insistance, au risque d’agacer les idéologues et doctrinaires de la culture de la mort, que Vincent n’est ni malade ni en fin de vie. Il est comme près de deux mille personnes en France en situation de très lourd handicap et s’il était en fin de vie, c’est-à-dire, si son pronostic vital était engagé à court terme, il faudrait alors expliquer pourquoi il vit toujours après plus de deux ans et demi de procédures pour abréger sa vie. Il est établi en outre que Vincent ne souffre pas physiquement dans son corps, car il a déjà eu l’occasion de signaler des inconforts lorsque cela s’était produit.

Aucune loi sur la fin de vie ne pourra s’appliquer à sa situation.

D’une part, parce qu’il n’est pas en fin de vie et ce n’est pas parce que le Conseil d’État a décrété le contraire le 24 juin 2014 que sa situation physiologique changerait. La fin de vie, c’était bien explicité dans les discussions sur la proposition de loi Claeys-Leonetti, c’est lorsque l’échéance est comptée en semaines, voire en jours ou en heures. Pas en années. Et il ne faut pas prendre en compte l’hydratation et la nutrition artificielles, car sinon, la plupart des malades et accidentés après réanimation seraient en fin de vie. Heureusement, on les sauve la plupart du temps !

D’autre part, Vincent n’a laissé aucune consigne, aucune directive anticipée (dont il connaissait forcément la possibilité par son métier), et aucune personne de confiance n’a la capacité de sérieusement dire ce qu’il aurait voulu parce que les deux personnes les plus proches ne sont pas du tout d’accord sur cette réflexion : l’opposition entre la mère (les parents) et l’épouse (qui ne l’est plus, d’ailleurs) laissera la situation insoluble quelle que soit la nature de la loi.

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Pourtant, Vincent est capable de vivre. Difficilement, ce n’est souhaitable pour personne et encore moins n’est souhaitable d’accompagner une personne dans un tel état. Toute personne qui accompagne ou a accompagné une personne en grande dépendance le sait : il faut du courage, du temps, de la patience et de l’endurance, et ce n’est pas donné à tout le monde.

Mais Vincent peut progresser. Il est actuellement en train de reprendre la possibilité de déglutir. C’est essentiel : cela veut dire que s’il fait des exercices qu’il faudrait, il pourrait se passer de l’hydratation et de la nutrition artificielles, et c’était le principal argument pour le laisser mourir, pour ne plus s’occuper de lui.

La tragédie de Vincent, c’est qu’il n’a pas été soigné comme il aurait fallu. Il n’a pas eu les soins de kinésithérapie dont tout patient en grande dépendance a besoin. Il n’a pas eu la chance de se trouver dans l’une des structures qui connaissent bien son lourd handicap. Aujourd’hui, plusieurs de ces structures sont prêtes à l’accueillir. Pourquoi lui refuser ce transfert ? Que cache cette volonté insensée de le garder à Reims et de vouloir le tuer ? Où est le problème réellement ?

L’autre tragédie de Vincent, c’est que sa situation a été médiatisée (nécessairement à partir du moment où la justice est intervenue) et qu’elle a été instrumentalisée de part et d’autre (je précise bien de part et d’autre). Il est devenu comme le capitaine Alfred Dreyfus, sujet de salons de thé ou de cafés du commerce, où tout le monde souhaite prendre position alors qu’il s’agit avant tout de sa vie privée et de son intimité médicale. Qui ne regarde aucun tiers extérieur.

Et cela dans un contexte particulier, la discussion de la proposition de loi Claeys-Leonetti et certains y voient une relation alors que ce sont deux enjeux très différents. L’un concerne la vie personnelle de Vincent, et là, la seule règle qui compte est l’humanité, l’autre se propose de donner un cadre général, forcément insatisfaisant pour certaines situations particulières, dans l’accompagnement des personnes en fin de vie, dans leurs derniers jours, pour qu’ils puissent vivre dans le meilleur confort, sans souffrance et sans ouvrir la brèche irrattrapable de l’autorisation légale de tuer. Répétons-le : il n’y a rien d’hypocrite à trouver une voie qui sort enfin de l’alternative simpliste, manichéenne, binaire et profondément réductrice du : ou tu soufres atrocement, ou je te tue. L’humain est bien plus complexe que ce type de simplisme.

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Il y a près de deux mille personnes en France qui vit la même situation que Vincent. Faudra-t-il aussi les tuer ? Faudra-t-il aussi blâmer tous ceux, famille, amis, personnel soignant, qui s’occupent, avec dévouement et parfois amour, de ces personnes depuis des années pour leur dire qu’il y aurait mieux à faire, que cela coûterait trop cher à la société, qu’ils auraient plus d’utilité ailleurs, qu’ils s’entêteraient pour …"rien" ?

Il y a un véritable parallèle entre la peur de voir le grand handicap, et la peur de l’autre, la peur de ceux qui ne sont pas pareils, pas normaux, étrangers, etc., bref, la peur de ceux qui sont différents. Cette peur est d’autant plus forte face au handicap que, comme pour la mort, elle met les individus en face de leurs propres angoisses : tout le monde peut se retrouver, un jour, dans la situation de Vincent ou dans la situation d’un proche de Vincent. Or, cette peur ne doit pas s’évacuer en éliminant le problème, en éliminant la personne.

L’accompagnement des plus faibles est à la base des valeurs humanistes et républicaines d’une société avancée. L’élimination de la fragilité ne doit pas se faire par l’élimination des plus fragiles. Mais par la solidarité et l’accompagnement avec humanité et réconfort d’un tronçon d’existence qu’il reste encore à vivre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 octobre 2015)
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Pour aller plus loin :
Acharnement judiciaire.
Rapport de la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale du 30 septembre 2015 (à télécharger).
La fin de vie en deuxième lecture.
Chaque vie humaine compte.
Sursis surprise.
Rejet surprise de la proposition Claeys-Leonetti par le Sénat en première lecture.
Discussion de la loi Claeys-Leonetti en commission au Sénat.
Le rapport du 27 mai 2015 du Sénat sur la loi Claeys-Leonetti (à télécharger).
Euthanasie et construction européenne.
Le modèle républicain en question.
L’arrêt de la CEDH du 5 juin 2015 sur requête n°46043/14 (à télécharger).
Société barbare ?
Débrancher ?
La Cour européenne des droits de l'Homme.
La peine de mort.
Les sondages sur la fin de vie.
Les dix ans de la loi Leonetti.
Le vote de la loi Claeys-Leonetti en première lecture.
La loi Claeys-Leonetti en débat parlementaire.
Verbatim de la proposition Claeys-Leonetti en commission.
La proposition Claeys-Leonetti modifiée en commission.
L'euthanasie, une fausse solution.
François Hollande et la fin de vie.
Commentaire sur la proposition Claeys-Leonetti.
La consultation participative du Palais-Bourbon.
La proposition de loi n°2512 (texte intégral).
Le débat sur la fin de vie à l'Assemblée Nationale du 21 janvier 2015.
Les directives anticipées.
L'impossible destin.
La proposition Massonneau.
Présentation du rapport Claeys-Leonetti (21 janvier 2015).
Le rapport Claeys-Leonetti du 12 décembre 2014 (à télécharger).
Vidéo de François Hollande du 12 décembre 2014.
Rapport du CCNE sur le débat public concernant la fin de vie du 21 octobre 2014 (à télécharger).
Le verdict du Conseil d'État et les risques de dérives.
Le risque de la GPA.
La décision du Conseil d'État du 24 juin 2014 (texte intégral de la déclaration de Jean-Marc Sauvé).
L'élimination des plus faibles ?
Vers le rétablissement de la peine de mort ?
De Michael Schumacher à Vincent Lambert.
La nouvelle culture de la mort.
La dignité et le handicap.
Communiqué de l'Académie de Médecine du 20 janvier 2014 sur la fin de vie (texte intégral).
Le destin de l'ange.
La déclaration des évêques de France sur la fin de vie du 15 janvier 2014 (à télécharger).
La mort pour tous.
Suicide assisté à cause de 18 citoyens ?
L’avis des 18 citoyens désignés par l’IFOP sur la fin de vie publié le 16 décembre 2013 (à télécharger).
Le Comité d’éthique devient-il une succursale du PS ?
Le site officiel du Comité consultatif national d’éthique.
Le CCNE refuse l’euthanasie et le suicide assisté.
François Hollande et le retour à l'esprit de Valence ?
L’avis du CCNE sur la fin de vie à télécharger (1er juillet 2013).
Sur le rapport Sicard (18 décembre 2012).
Rapport de Didier Sicard sur la fin de vie du 18 décembre 2012 (à télécharger).
Rapport de Régis Aubry sur la fin de vie du 14 février 2012 (à télécharger).
Rapport de Jean Leonetti sur la fin de vie du 28 novembre 2008 (à télécharger).
Loi Leonetti du 22 avril 2005 (à télécharger).
Embryons humains cherchent repreneurs et expérimentateurs.
Expérimenter sur la matière humaine.
La découverte révolutionnaire de nouvelles cellules souches.
Euthanasie : les leçons de l’étranger.
Euthanasie, le bilan d’un débat.
Ne pas voter Hollande pour des raisons morales.
Alain Minc et le coût des soins des très vieux.
Lettre ouverte à Chantal Sébire.
Allocation de fin de vie.

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 06:39

« Ce qui se joue dans la tendance à la substitution du capital au travail militaire, ce n’est pas seulement une perturbation des conditions du calcul politique du souverain démocratique, mais aussi, et plus fondamentalement, une automatisation sociale accrue de l’appareil d’État. » (Grégoire Chamayou, "Théorie du drone", éd. La Fabrique, 2013).


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L’une des mesures les plus spectaculaires (il faut bien admettre que rien n’était "révolutionnaire") validées par le Comité interministériel de la sécurité routière (CISR) réuni le 2 octobre 2015 est la numéro 5, à savoir : « Expérimenter l’utilisation de drones au service de la sécurité routière. Expérimenter l’utilisation des systèmes de lecture automatisée des plaques d’immatriculation pour lutter contre le défaut d’assurance des véhicules. ».

Dans la formulation, tout porte à croire au faible impact. Notamment de la première proposition. Le mot "expérimenter" (qu’il est évidemment nécessaire d’utiliser tant que le système n’est pas maîtrisé) laisse penser une part d’hésitation au moins technologique si ce n’est politique dans cette mesure. Par ailleurs, la très faible précision de la mesure (dans quels domaines les drones interviendront ? de quelle manière ? etc.) n’incite pas à sa crédibilité. Bref, l’imprécision de la mesure laisse supposer qu’elle n’est que communication pour faire croire à une action gouvernementale (la plupart des mesures annoncées le 2 octobre 2015, principales ou complémentaires, sont d’ailleurs de ce genre : sans calendrier précis, sans objectif mesurable qui permette d’en faire un bilan factuel dans le futur).

C’est pour cette raison que cette mesure ne me paraît pas concrètement très dangereuse. Néanmoins, son principe est particulièrement malsain dans une démocratie qui souhaite préserver l’un de ses points forts, à savoir la liberté de circulation.

Dans le cas où cette mesure serait généralisée dans les années à venir, la question serait alors de savoir de quelle quantité il s’agirait. Serait-ce d’une dizaine ou vingtaine de drones par département, un peu le même nombre que les contrôles policiers réalisés humainement au bord des routes ? Ou s’agirait-il d’une quantité bien plus importante, de l’ordre du millier voire de la dizaine de milliers par département ?

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La réponse serait cruciale concernant les libertés publiques. Car ces drones seront chargés de surveiller la circulation automobile, le comportement des automobilistes, et je suis très favorable à tous les moyens technologiques destinés à verbaliser les infractions graves et très accidentogènes comme le sont, par exemple, le non-respect des distances de sécurité, le maintien sur la file de gauche ou du milieu au lieu de la file de droite (sur une autoroute à trois voies de même sens), ou encore le dépassement par la droite, l’absence de clignotant, etc. qu’un radar automatique classique aura toujours beaucoup de mal à apprécier. La vidéosurveillance par drone semble à cet égard très prometteuse.

La seconde mesure incluse dans la mesure numéro 5, qui ne nécessite plus d’expérimentation car le système de lecture automatisée des plaques d’immatriculation (LAPI) a déjà fait ses preuves (le dispositif est opérationnel), est encore plus draconienne puisqu’il s’agit d’enregistrer tous les numéros de plaque des véhicules circulant à un moment donné sur une route donnée, et pas seulement les véhicules de contrevenants comme pour les radars automatiques. Or, cette mesure, destinée non seulement à lutter contre le défaut d’assurance mais certainement, dans sa version deux, à aussi intercepter des véhicules verbalisés qui n’ont pas payé un seuil d’amende (notamment des véhicules immatriculés à l’étranger), est largement en contradiction avec la liberté de circulation des personnes.

C’était d’ailleurs ce qui était le plus contestables dans le dispositif de l’écotaxe et des milliers de portiques installés sur les routes de France qui enregistraient l’ensemble des numéros d’immatriculation des véhicules passant sous ces portiques, même ceux qui n’ont pas, a priori, à payer l’écotaxe (réservée aux seuls poids lourds).

On pourra toujours objecter que la surveillance généralisée n’est pas nouvelle et que la plupart des grands axes, périphérique parisien compris, sont sous surveillance caméra et que c’est souvent un beau jeu de piste pour les séries policières de retrouver un assassin grâce à un enregistrement vidéo sur les routes ou dans un quartier en ville (pas seulement des fictions, certains terroristes ont été interpellés grâce à cette surveillance). Il en est de même pour les piétons dans les stations de métro, gares, etc.

Mais à la différence de cette vidéosurveillance, celle proposée dans la mesure numéro 5 permet le fichage systématique des numéros d’immatriculation de tous les véhicules et leur contrôle automatique avec d’autres bases de données (assureurs, infractions, impayés, etc.). C’est beaucoup plus efficace et redoutable qu’une simple image emmagasinée.

La liberté consiste aussi à préserver l’intimité de la vie privée quand (bien sûr) aucun délit ou crime n’a été commis. Ceux qui, toujours optimistes, ne sont pas gênés par cette surveillance de type Big Brother car "ils n’ont rien à se reprocher" devront toujours avoir à l’esprit que les "reproches" peuvent parfois évoluer d’une période à l’autre (en bien, en terme de libertés publiques, si l’on songe par exemple à l’illégalité de l’homosexualité il y a une quarantaine d’années ; mais cela pouvait être aussi en mal, avec le statut des Juifs adopté par le gouvernement de Philippe Pétain le 3 octobre 1940, il y a soixante-quinze ans).

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C’est pour la même raison que les compteurs électroniques de la consommation d’électricité sont d’une redoutable efficacité dans l’intrusion de la vie privée (le fournisseur est au courant des habitudes de consommation minutes après minutes de ses abonnés), au même titre, bien sûr, que toutes les opérations réalisées sur Internet, que les paiements par carte bancaire et bien d’autres gestes qui, à la fois, simplifient la vie quotidienne tout en mettant de plus en plus à mal le respect indispensable à l’intimité personnelle.

La loi sur le renseignement a fait déjà une grave entorse dans le caractère exceptionnel de la surveillance des personnes. Il faut absolument que les contrôles des infractions au code de la route ne se fassent pas au détriment des libertés élémentaires que les citoyens peuvent attendre d’une démocratie moderne.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 octobre 2015)
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Pour aller plus loin :
Drone.
La pollution selon sainte Volkswagen.
Le comité interministériel du 2 octobre 2015.
Documents à télécharger à propos du CISR du 2 octobre 2015.
Cazeneuve, le père Fouettard ?
Les vingt-six précédentes mesures du gouvernement prises le 26 janvier 2015.
Comment réduire encore le nombre de morts sur les routes ?
La sécurité routière.
La neige sur les routes franciliennes.
La vitesse, facteur de mortalité dans tous les cas.
Plaques d'immatriculation.
Frédéric Péchenard.
Circulation alternée.
L’écotaxe en question.
Ecomouv, le marché de l’écotaxe.
Du renseignement à la surveillance.

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http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/drone-de-pays-172591

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/10/06/32727974.html


 

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 06:09

« Le débat est ouvert, et je vois bien que certains sont inquiets et d’autres déçus. Dans cet hémicycle, il y a parfois des affrontements que je juge stériles, mais aussi des débats riches, respectueux, qui sont les témoins de la vie démocratique et font l’honneur de notre assemblée. La mort n’est ni de droite ni de gauche, et elle peut rassembler des hommes et des femmes de bonne volonté pour trouver le chemin de l’amélioration de la loi sur ce sujet douloureux et intime. » (Jean Leonetti, le 10 mars 2015).



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La proposition de loi dite loi Claeys-Leonetti créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie est de nouveau en discussion en séance publique à l’Assemblée Nationale ces lundi 5 et mardi 6 octobre 2015. C’est le passage en deuxième lecture.

La proposition de loi avait été adoptée par une large majorité de députés le 17 mars 2015 mais elle avait été rejetée par les sénateurs le 23 juin 2015 après avoir été dénaturée en séance publique et malgré les améliorations réalisées par la commission des affaires sociales du Sénat. Elle revient donc en deuxième lecture à l’Assemblée Nationale avec, comme base, le texte adopté par les députés.

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J’ai déjà abondamment évoqué ce texte de loi qui est très important puisqu’elle concerne tous les citoyens, car tout le monde peut être touché de près pour soi-même ou indirectement pour ses proches, par une fin de vie difficile. Je propose dans cet article la synthèse de la discussion sur le sujet lors de la réunion de la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale du 30 septembre 2015 préparant le débat public prévu au début de cette semaine (rapport complet à télécharger ici).


Choix de revenir à la case départ

Les deux rapporteurs, Alain Claeys (PS) et Jean Leonetti (LR) avaient deux options possibles. Ou ils reprenaient les modifications que la commission des affaires sociales du Sénat avait adoptées pour améliorer le texte voté le 17 mars 2015. Ce dernier texte n’était pas encore à bonne maturité et quelques précisions étaient nécessaires, comme sur l’expression "ne pas prolonger inutilement la vie" qui donne trop prise à l’interprétation non voulue qu’une vie pourrait être inutile. Ou ils décidaient de ne rien changer à la version de la première lecture pour remettre à la commission mixte paritaire le choix des améliorations possibles.

C’est cette seconde option qui a été choisie, afin de préserver le vote d’une large majorité de députés. En effet, si le texte était modifié, certains députés pourraient revenir sur leur soutien, soit parce qu’ils trouveraient que le texte n’irait pas assez loin soi parce qu’il irait trop loin, et aussi parce qu’ils auraient pu avoir des réactions d’électeurs ou d’autres personnes qui lui auraient fait grief de ce vote en première lecture. Ne pas changer le texte, c’est forcément encourager le maintien d’une large majorité mais cela n’encourage pas forcément le débat.

Pour s’en expliquer, Jean Leonetti a parlé de laisser les sénateurs faire leur travail : « Nous aurions pu reprendre les amendements du Sénat qui nous semblaient utiles, ce que certains de nos collègues ont fait, mais nous n’avons pas retenu cette solution pour deux raisons : il nous semblait incohérent de proposer de changer un texte adopté à une large majorité ; il nous paraissait un peu irrespectueux à l’égard du Sénat de faire le travail à sa place en quelque sorte, alors qu’un dialogue constructif entre les deux assemblées devrait permettre d’enrichir le texte. Pour des raisons de cohérence et d’équilibre entre les deux assemblées, nous vous proposons donc de reprendre le texte adopté en première lecture, même si la discussion sera assurément utile. » (30 septembre  2015).


Petit rappel de la procédure en cours

Je rappelle la procédure législative, peut-être un peu compliquée pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec elle. Un texte est réputé définitivement adopté seulement si les deux assemblées l’ont adopté dans les mêmes termes. Si l’une des deux adoptait un texte avec la modification d’une virgule, l’autre devrait revoter sur la nouvelle version du texte. Cela se fait ainsi sur deux lectures. Lorsque les deux assemblées maintiennent leur désaccord, une commission mixte paritaire qui réunit autant de sénateurs que de députés planche sur l’élaboration d’un texte qui pourrait mettre d’accord les deux assemblées, et les deux assemblées votent sur ce dernier texte. Mais malgré cela, l’une des deux assemblées peut le refuser, ou même la commission mixte paritaire peut aboutir à un échec, et dans ce cas, c’est la version de l’Assemblée Nationale qui a le dernier mot.

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Pour ce qui est de la proposition Claeys-Leonetti sur la fin de vie, il serait politiquement inconcevable de jouer sur la prééminence de l’Assemblée Nationale pour aboutir à un texte qui serait donc contesté par le Sénat, alors que l’objectif était un large consensus parlementaire.

Par ailleurs, le texte voté en première lecture par les députés n’était satisfaisant pour personne et nécessitait quelques approfondissements et précisions qu’en toute logique le Sénat était chargé de faire. Le texte du Sénat aurait alors pu être adopté en seconde lecture dans les mêmes termes par l’Assemblée Nationale et le texte aurait été définitivement adopté.

La commission des affaires sociales du Sénat avait alors fait son travail, en améliorant ou précisant les articles du texte qui le nécessitaient. Malheureusement, la discussion en séance publique a cassé tout l’équilibre du texte, du coup, que ce soit les ultras d’un camp ou d’un autre ou les modérés partisans du consensus, les sénateurs ont largement sabordé le texte qu’ils avaient eux-mêmes modifié et dénaturé, et qui n’avait plus beaucoup de sens politique. Donc, l’Assemblée Nationale se retrouve, le 5 octobre 2015 en seconde lecture, au même point de départ qu’en première lecture.

Cela expliqué, il faut donc bien avoir à l’esprit que si le texte n’était pas modifié en seconde lecture par les députés, il faudrait tout de même que les sénateurs fassent les améliorations nécessaires initialement prévues en première lecture. Cela signifie que dans tous les cas, l’Assemblée Nationale serait appelée à voter une nouvelle fois après passage en commission mixte paritaire.


Discussion à la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale

J’en viens à la discussion en commission préparatoire à la séance publique. Autant l’annoncer tout de suite, comme les rapporteurs ont donné la consigne de garder le même texte que celui voté le 17 mars 2015, aucun amendement n’a été approuvé en commission et le texte sans aucune modification a été adopté en commission. Reste à savoir si les députés, en séance public, suivront la même consigne et il y a fort à parier par l’affirmative.

Pourquoi une telle affirmation ? Parce que les responsables du débat des deux principaux groupes (socialistes et Les Républicains) ont annoncé dès le début de la discussion en commission leur accord avec cette stratégie des rapporteurs.

Michèle Delaunay (PS), ancienne ministre, l’a en effet confirmé : « Je vous propose d’être fidèles à notre vote précédent et cohérents avec nous-mêmes en adoptant ce texte dans sa forme initiale, celle que nous avons approuvée. ».

Quant à Jean-Pierre Door (LR), c’est la même confirmation : « Dans notre groupe, nous partageons pleinement la philosophie de la loi de 2005 et de la proposition de loi dont nous allons discuter : le refus de l’acharnement thérapeutique, de l’abandon et de la souffrance, allié à la préservation d’un interdit de tuer qui doit rester absolu. En conclusion, nous devons concrétiser ces propositions qui nous rassemblent. Notre groupe approuvera ce texte sans en modifier l’équilibre. ».


Sur le suicide assisté

Cela n’a évidemment pas empêché le débat ni les amendements, et certaines voix ont préféré revenir à la charge avec leurs idées. C’est le cas de la députée Véronique Massonneau (EELV) qui a commencé de manière assez consensuelle : « Cependant, tirant les enseignements de nos débats précédents, je ne vous proposerai pas d’amendement visant à légaliser l’euthanasie. Je n’ai pas changé d’avis mais je souhaite privilégier un débat plus apaisé. » mais qui est  finalement tombée malheureusement dans la caricature et la posture (qu’elle venait pourtant de dénoncer elle-même) en poursuivant : « Je ne défendrai que l’amendement visant à légaliser le suicide assisté. ».

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Véronique Massonneau a d’ailleurs prétendu que le suicide assisté faisait partie d’une recommandation du Comité d’éthique (CCNE). Ce qui est faux, ce qu’a rappelé l’autre rapporteur Alain Claeys : « Il se trouve que je suis membre du CCNE. Je peux vous dire avec certitude que le Comité a adopté un avis dans lequel ne figure aucune recommandation au sujet du suicide assisté. La question a été abordée au cours de la conférence citoyenne animée par le CCNE, lequel, dans un rapport de synthèse qu’il a publié mais qui ne l’engage pas, a exposé les différentes positions. ».

Sur le fond, Jean Leonetti a considéré que le sujet était différent de celui de la fin de vie : « Le débat sur le suicide assisté est un débat d’un autre type : savoir quelle vie vaut d’être vécue, et qui en décide. Cette question n’a pas sa place dans un texte inscrit dans le prolongement de la loi du 9 juin 1999 portée par les Radicaux de gauche visant à garantir le droit à l’accès aux soins palliatifs, de la loi du 4 mars 2002 portée par M. Bernard Kouchner relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé et de celle de 2005 que nous avons portée ensemble. Dans cette proposition de loi, comme précédemment, nous traitons de l’accompagnement des personnes en fin de vie. Le suicide, ce n’est pas cela mais un choix philosophique, une liberté individuelle qui existe déjà en France. Le débat sur le suicide assisté est intéressant, mais il n’a pas sa place dans le texte que nous examinons aujourd’hui. ».


Les soins palliatifs

Le sujet des soins palliatifs a été également abordé par les membres de la commission, avec un rappel, c’est que François Hollande avait annoncé dès le 17 juillet 2012 à Rueil-Malmaison le lancement d’un grand plan de développement des soins palliatifs et que ce plan est toujours attendu. Cela fait plus de trois ans qu’un tel plan est attendu mais toujours pas lancé, et que les pouvoirs publics brillent par leur immobilisme en la matière.

Pour le député Dominique Dord (LR), le débat sur la fin de vie aurait pris une autre tournure si les soins palliatifs avaient été correctement développés comme la loi du 22 avril 2005 le préconisait : « Si les soins palliatifs étaient généralisés dans notre pays, le débat sur l’euthanasie serait complètement vidé de sa substance. Telle est ma conviction. Ce débat sur l’euthanasie est en effet nourri par les souffrances physiques et psychiques insupportables de certains malades en fin de vie. (...) En ce début de deuxième lecture, j’émets une seule demande qui pourrait être partagée par tous : faisons en sorte que les soins palliatifs soient généralisés partout et pour tous dans notre pays. Si nous y parvenions, nous ferions un grand pas et nous tordrions probablement le cou à ce lancinant débat sur l’euthanasie. ».

De même, le député Fernand Siré (LR), a évoqué ce sujet : « En tant que médecin, je suis très content qu’il existe une loi qui oblige les praticiens à se former. On crée de plus en plus de spécialités mais la médecine est un tout. Le généraliste doit prenne en charge ces soins palliatifs à domicile, même s’il doit travailler avec une unité spécialisée, pour éviter d’en arriver à un système dominé par des préoccupations financières : les soins palliatifs sont confiés à des hôpitaux qui s’en servent pour le financement de certaines structures. Il ne faut pas confondre l’argent et l’affection que l’on porte à son malade. ».


L’hydratation et la nutrition artificielles, traitements ou pas ?

Parmi les phrases les plus litigieuses de la proposition de loi figure la nature de l’hydratation et de la nutrition artificielles que le texte confirme comme des traitements (confirme, car c’était déjà ainsi que le Conseil d’État avait interprété, le 24 juin 2014, la loi du 22 avril 2005).

La députée Véronique Besse (MPF) est restée cependant inquiète des conséquences d’une telle approche : « Le texte entretient (…) une grave confusion entre le traitement et le maintien en vie en définissant la nutrition et l’hydratation artificielles comme des traitements alors qu’elles n’ont pas pour objet de soigner mais de maintenir en vie. Une personne qui ne peut se nourrir n’est pas forcément malade ni en fin de vie mais simplement fragile. Si la nutrition et l’hydratation artificielles étaient considérées comme des thérapies, la loi pourrait autoriser leur arrêt non seulement pour les mourants mais aussi tout au long du parcours de soins. ».

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Ce à quoi Jean Leonetti, en tant que médecin, a répondu : « On ne peut dire que l’assistance rénale, l’assistance respiratoire ou l’assistance nutritionnelle ne sont pas des traitements. Humecter les lèvres sèches d’un malade est un soin ; maintenir une sonde stomacale installée par une opération chirurgicale est un traitement. ».


Conclusion

En conclusion, le texte adopté le 30 septembre 2015 par la commission des affaires sociales pour le débat en seconde lecture à l’Assemblée Nationale en séances publiques des 5 et 6 octobre 2015 est la version qui a été adoptée par les députés le 17 mars 2015. Il est probable que cette version soit confirmée dans l’hémicycle après les mêmes débats sur les mêmes amendements qu’en première lecture.

Si la stratégie adoptée par les deux rapporteurs est la plus sûre pour préserver le consensus parlementaire, il est néanmoins regrettable que les améliorations et précisions, qui restent de toute façon indispensables à la cohérence du texte et de l’esprit du texte, n’aient pas été abordées en commission. Car les sénateurs pourraient très bien faire capoter de nouveau le texte en deuxième lecture. Quelle sera alors la position de Jean Leonetti et d’Alain Claeys ? Tout abandonner ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (5 octobre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport de la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale du 30 septembre 2015 (à télécharger).
La fin de vie en deuxième lecture.
Chaque vie humaine compte.
Sursis surprise.
Rejet surprise de la proposition Claeys-Leonetti par le Sénat en première lecture.
Discussion de la loi Claeys-Leonetti en commission au Sénat.
Le rapport du 27 mai 2015 du Sénat sur la loi Claeys-Leonetti (à télécharger).
Euthanasie et construction européenne.
Le modèle républicain en question.
L’arrêt de la CEDH du 5 juin 2015 sur requête n°46043/14 (à télécharger).
Société barbare ?
Débrancher ?
La Cour européenne des droits de l'Homme.
La peine de mort.
Les sondages sur la fin de vie.
Les dix ans de la loi Leonetti.
Le vote de la loi Claeys-Leonetti en première lecture.
La loi Claeys-Leonetti en débat parlementaire.
Verbatim de la proposition Claeys-Leonetti en commission.
La proposition Claeys-Leonetti modifiée en commission.
L'euthanasie, une fausse solution.
François Hollande et la fin de vie.
Commentaire sur la proposition Claeys-Leonetti.
La consultation participative du Palais-Bourbon.
La proposition de loi n°2512 (texte intégral).
Le débat sur la fin de vie à l'Assemblée Nationale du 21 janvier 2015.
Les directives anticipées.
L'impossible destin.
La proposition Massonneau.
Présentation du rapport Claeys-Leonetti (21 janvier 2015).
Le rapport Claeys-Leonetti du 12 décembre 2014 (à télécharger).
Vidéo de François Hollande du 12 décembre 2014.
Rapport du CCNE sur le débat public concernant la fin de vie du 21 octobre 2014 (à télécharger).
Le verdict du Conseil d'État et les risques de dérives.
Le risque de la GPA.
La décision du Conseil d'État du 24 juin 2014 (texte intégral de la déclaration de Jean-Marc Sauvé).
L'élimination des plus faibles ?
Vers le rétablissement de la peine de mort ?
De Michael Schumacher à Vincent Lambert.
La nouvelle culture de la mort.
La dignité et le handicap.
Communiqué de l'Académie de Médecine du 20 janvier 2014 sur la fin de vie (texte intégral).
Le destin de l'ange.
La déclaration des évêques de France sur la fin de vie du 15 janvier 2014 (à télécharger).
La mort pour tous.
Suicide assisté à cause de 18 citoyens ?
L’avis des 18 citoyens désignés par l’IFOP sur la fin de vie publié le 16 décembre 2013 (à télécharger).
Le Comité d’éthique devient-il une succursale du PS ?
Le site officiel du Comité consultatif national d’éthique.
Le CCNE refuse l’euthanasie et le suicide assisté.
François Hollande et le retour à l'esprit de Valence ?
L’avis du CCNE sur la fin de vie à télécharger (1er juillet 2013).
Sur le rapport Sicard (18 décembre 2012).
Rapport de Didier Sicard sur la fin de vie du 18 décembre 2012 (à télécharger).
Rapport de Régis Aubry sur la fin de vie du 14 février 2012 (à télécharger).
Rapport de Jean Leonetti sur la fin de vie du 28 novembre 2008 (à télécharger).
Loi Leonetti du 22 avril 2005 (à télécharger).
Embryons humains cherchent repreneurs et expérimentateurs.
Expérimenter sur la matière humaine.
La découverte révolutionnaire de nouvelles cellules souches.
Euthanasie : les leçons de l’étranger.
Euthanasie, le bilan d’un débat.
Ne pas voter Hollande pour des raisons morales.
Alain Minc et le coût des soins des très vieux.
Lettre ouverte à Chantal Sébire.
Allocation de fin de vie.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151005-loi-claeys-leonetti-2015AU.html

http://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/la-fin-de-vie-en-seconde-lecture-172560

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/10/05/32722634.html


 

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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 23:00

(verbatim)


Discours complet de M. Bernard Cazeneuve du 3 octobre 2015 à la cathédrale de Strasbourg
 

Monsieur le Préfet,
 Monsieur l’archevêque de Strasbourg,
 Mesdames Messieurs,

Je tiens à remercier La Vie pour cette invitation qui me permet de contribuer aux « Etats généraux du Christianisme » et qui m’offre l’occasion de m’exprimer pour la deuxième fois en deux semaines, dans l’enceinte même d’une cathédrale.

Le 20 septembre dernier en effet, le diocèse de Créteil m’a fait l’honneur et l’amitié de me convier à la dédicace de sa cathédrale, la première du XXIème siècle dans notre pays. J’ai éprouvé la sérénité de ce lieu. J’ai admiré la beauté de sa voute contemporaine se dressant dans le ciel d’Ile-de-France. J’ai senti ce jour-là notre assemblée, où se mélangeaient pourtant les clercs, les laïcs, les croyants de toutes les confessions mais aussi les incroyants, saisie par une authentique émotion à l’idée que notre pays était encore capable d’édifier de tels monuments, signes visibles de l’invisible, et de prolonger ainsi le fil d’une histoire vieille d’un millénaire.

Me voici donc placé aujourd’hui à l’autre extrémité de cette histoire, en quelque sorte, au sein de cet édifice grandiose, qui incarne depuis mille ans le destin tourmenté de l’Alsace, de la France et de l’Europe, leurs prouesses comme leurs épreuves. Aucun Français ne peut contempler sa flèche sans se souvenir du « serment de Koufra » que Leclerc fit prêter aux soldats de l’armée d’Afrique, ni de la « Proclamation aux habitants de Strasbourg » qu’il adressa au lendemain de la libération de cette ville, le 23 novembre 1944 : « Pendant la lutte gigantesque de quatre années menée derrière le générale de Gaulle, la flèche de notre cathédrale est demeurée notre obsession. »

Pourtant, ce lieu par excellence de notre mémoire nationale porte aussi la marque d’autres histoires, la trace d’autres rites. C’est ici que l’empereur Frédéric Barberousse reçut en 1187 les légats de Grégoire VIII chargés de recruter les croisés. C’est ici que Goethe eut la révélation de ce qui constituait à ses yeux, de la façon la plus caractéristique, le génie de l’art allemand. Eglise-mère des catholiques d’Alsace, cette cathédrale devint une église luthérienne sous la Réforme, pendant près d’un siècle, et fut même temple de la déesse Raison sous la Révolution française. Durant l’annexion nazie, elle fut désaffectée pour devenir le panthéon de divinités germaniques. Elle est désormais l’incarnation de la réconciliation franco-allemande avec le fameux vitrail de la paix qui orne l’abside et fut offert par le Conseil de l’Europe en 1956.

Il est donc impossible de s’exprimer en ce lieu sans ressentir une vive émotion, sans percevoir le souffle de l’histoire. Une telle disposition d’esprit n’est pas mauvaise, dès lors que nous nous attachons, comme vous m’y invitez, à mesurer nos responsabilités collectives face aux enjeux du moment. Il me semble du reste que le thème du « vivre-ensemble », que vous avez placé au cœur de vos réflexions, constitue dans la période troublée que connaît notre pays une interrogation et un défi qui s’adressent aussi bien aux Eglises qu’aux responsables politiques.

Années après années, vous réfléchissez à la juste place des chrétiens dans la société, à leurs engagements dans le monde d’aujourd’hui.

Permettez-moi de commencer par vous dire à mon tour que je crois que les chrétiens ont en effet un rôle essentiel à jouer, aux côtés des croyants d’autres confessions, dans le traitement des maux que connaît notre société anxieuse, éreintée par le chômage, inquiète des mutations du monde qui l’entoure, profondément en quête de sens. A mes yeux, les valeurs qu’ils défendent contribuent tout particulièrement à la cohésion sociale, car elles rejoignent celles du pacte républicain.

Cette proximité spirituelle entre la République et l’Eglise, paradoxale au premier abord, avait bien été soulignée par le pape Jean-Paul II dans sa célèbre homélie au Bourget en 1980 : «On sait la place que l’idée de liberté, d’égalité et de fraternité tient dans votre culture, dans votre histoire. Au fond, observait Jean-Paul II, ce sont-là des idées chrétiennes. Je le dis tout en ayant bien conscience que ceux qui ont formulé ainsi, les premiers, cet idéal, ne se référaient pas à l’alliance de l’homme avec la sagesse éternelle. Mais ils voulaient agir pour l’homme. »

Certes, notre histoire contemporaine, tout au long du 19ème siècle notamment, a pu témoigner des difficultés éprouvées par les catholiques français à embrasser sans réserve l’héritage révolutionnaire, tant les séquelles de la constitution civile du clergé et le souvenir des années qui ont suivi restèrent vivaces. La République elle-même ne fit pas toujours preuve de tolérance à l’égard d’une Eglise perçue comme un redoutable adversaire, plutôt que comme une source d’inspiration dans la recherche du bien public.

L’histoire politique ne doit cependant pas nous dissimuler  la réalité de certaines filiations. Certes, notre devise républicaine s’adresse à ceux qui croient au ciel, comme ceux à qui n’y croient pas. Pour autant, comme le relevait Jean-Paul II, notre devise nationale, « liberté, égalité, fraternité » rejoint bien à certains égards le message évangélique.

Pour prendre le premier membre de notre devise nationale, il est bon de rappeler que sous la Révolution française on pouvait lire à Strasbourg sur le pont qui enjambe le Rhin : « Ici commence le pays de la liberté ». Or la grande tradition chrétienne, avec St Thomas d’Aquin notamment, avait décliné l’idée de la liberté des enfants de Dieu, de l’émancipation des tyrannies, de la primauté de la loi d’amour du Christ sur les pesanteurs passées. Des figures telles que celle du Pasteur Dietrich BONHOEFFER ont magnifiquement témoigné de cet amour chrétien de la liberté, acceptant de subir le martyre plutôt que d’abdiquer face à la barbarie nazie.

De même, quand Saint Paul écrit aux Galates : « Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un », comment ne pas y voir la racine première de l’égalité républicaine de tous devant la loi ?

Quant à la fraternité républicaine, elle est l’expression politique de la grande question biblique “Qu’as-tu fait de ton frère?”.

Cette fraternité, les chrétiens de tous les âges ne la vivent pas de façon abstraite. Ils constituent une communauté au service de leur prochain. Leur action, celle des Eglises et des associations qu’elles inspirent, est animée depuis toujours par le souci de secourir les déshérités. Je veux rendre à ce titre un hommage sincère à l’action qu’ils mènent au service des sans-abri, à l’aide matérielle et spirituelle qu’ils apportent aux handicapés, aux malades, aux personnes âgées remisés aux périphéries de nos sociétés. S’il revient avant tout à l’Etat de lutter contre la misère, les chrétiens s’emploient au quotidien à prendre leur part de cette mission.

Je pense également, bien entendu, à l’engagement qu’ont manifesté catholiques et protestants dans l’accueil des migrants depuis plusieurs mois. Ils se sont situés dans la tradition du christianisme social, défenseur des plus pauvres et des plus faibles et ont répondu aux exhortations du pape FRANCOIS, appelant l’Eglise et les chrétiens à se rapprocher des « périphéries existentielles ».

Faire vivre les valeurs républicaines, qui sont aussi largement celles de l’évangile, constitue pour moi l’une des clés de ce renouveau que vous appelez de vos vœux. Même si elle est marquée par la sécularisation comme tous les pays occidentaux, même si elle a accueilli sur son sol les croyants de toutes confessions, qui contribuent eux aussi à sa richesse culturelle, la France est historiquement un pays de tradition chrétienne. Comment donc les Français pourraient-ils faire société en négligeant cet engagement des chrétiens ? Réciproquement, comment les chrétiens français pourraient-ils vivre leur engagement sans être conscients et fiers de défendre également les valeurs de la République ?

Je n’ignore pas qu’en tenant de tels propos, je m’expose aux critiques de ceux qui estiment que la laïcité consiste pour l’Etat et ses représentants à ignorer l’existence du fait religieux, à redouter ses effets ou même à restreindre son expression dans l’espace public.

Telle n’est pas ma conception. Telle n’était pas non plus la conception des inspirateurs de la loi de 1905, je pense à Aristide BRIAND ou à Jean JAURES, qui désiraient une loi d’apaisement. A leur suite, je suis convaincu que la laïcité est avant tout un principe juridique de neutralité religieuse, qui s’impose à l’Etat et à ses représentants. Ce principe a ainsi pour finalité de garantir à chacun le droit de croire ou de ne pas croire, ainsi que, pour le croyant, le droit d’exercer son culte dans des conditions dignes et paisibles. « La Laïcité, comme l’a très bien dit Emile POULAT, c’est une société qui donne place à tous. »

Je suis donc également convaincu que l’Etat n’a pas à ériger la laïcité en hostilité contre la religion. Pour ne citer que quelques exemples récents, je suis préoccupé par l’attitude de certains élus locaux qui s’efforcent d’empêcher l’ouverture des lieux de culte, lorsque la religion que l’on y professe n’est pas de leur goût, et qui multiplient les manœuvres dilatoires pour faire obstacle à l’exercice d’un droit protégé par la constitution : la liberté de culte. Je n’ai pas non plus de bienveillance pour les élus qui invoquent la laïcité pour pénaliser certains Français en raison de leur religion,  qui voudraient interdire à des femmes portant un simple foulard l’accès à des plages publiques, ou à des enfants de pouvoir bénéficier de menus de substitution dans les cantines scolaires. Enfin, je me suis bien entendu indigné lorsque le principe de laïcité a été invoqué, de façon inepte, pour interdire une campagne faisant la publicité d’un concert au profit des Chrétiens d’Orient en danger.

Je ne vous surprendrai donc pas en vous disant que la laïcité républicaine, telle qu’elle figure dans nos textes, telle qu’elle est déclinée concrètement par nos juridictions, n’est pas à mes yeux très éloignée de la définition qu’en donnait Jean-Paul II, en parlant de la France : « La laïcité laisse à chaque institution, dans la sphère qui est la sienne, la place qui lui revient, dans un dialogue loyal en vue d’une collaboration fructueuse pour le service de tous les hommes. Une séparation bien comprise entre l’Église et l’État conduit au respect de la vie religieuse et de ses symboles les plus profonds, et à une juste considération de la démarche et de la pensée religieuse ».

La laïcité n’interdit ni le dialogue, ni le respect mutuel entre l’Etat et les responsables des cultes. Je suis personnellement très attaché à ce dialogue, dont la forme la plus simple réside dans les visites qu’un ministre de la République peut rendre aux fidèles des diverses confessions dans des moments de fête ou de recueillement. C’est ainsi que je me suis rendu la semaine passée à la synagogue, à l’occasion de Yom Kippour, et le lendemain à la Moquée de Cherbourg pour la fête de l’Aïd-El-Kebir. Tout comme j’ai pu assister à l’office protestant qui est célébré chaque été sous les châtaigniers lors de l’Assemblée du désert à Mialet, dans le Gard ; et à la messe de Noël de la paroisse syro-chaldéenne de Saint-Thomas l’Apôtre, à Sarcelles, au moment où notre pays exprimait sa solidarité à l’égard des chrétiens d’Irak victimes de terribles persécutions. L’évocation des camisards, qui fait aujourd’hui écho à d’autres persécutions, nous rappelle que le combat pour la liberté de conscience et la liberté religieuse doit être mené de manière inlassable.

Naturellement, ce dialogue peut aussi prendre des formes plus institutionnelles. Une instance de dialogue très utile existe ainsi entre l’Etat et l’Eglise de France, depuis 2000, et j’ai souhaité plus récemment créer, sous une forme un peu différente, un forum d’échange régulier avec l’Islam de France. Ces rencontres sont l’occasion d’examiner les problèmes très concrets que peut poser aujourd’hui l’exercice du culte dans le cadre de la laïcité, mais aussi d’échanger sur des sujets philosophiques ou sociaux. Chacun, je crois, en retire un réel bénéfice.

De façon plus exceptionnelle, à l’été 2014, le Président de la République a réuni la conférence des responsables des cultes de France – qui réunit les églises chrétiennes, mais aussi les cultes israélite, musulman et bouddhiste - à la suite des graves incidents antisémites qui avaient marqué certaines manifestations, pour examiner avec eux les moyens de faire cesser l’expression de cette haine insupportable. Plus récemment, j’ai invité les mêmes responsables à me retrouver place Beauvau pour évoquer la crise migratoire que connaît notre pays, ainsi que d’autres pays d’Europe, et pour répondre au mieux aux généreuses propositions d’accueil des réfugiés émanant des fidèles des différentes confessions et de leurs organisations caritatives.

Il me semble que la conscience de la dureté des temps, à laquelle nous ont  rappelés avec fracas les attentats du mois de janvier, donne un prix particulier à ce dialogue. Dans le malheur qui l’a frappé, notre pays a vécu en effet un moment exceptionnel d’union nationale et de fraternité. Toutes les forces spirituelles et morales se sont mobilisées. De nombreux responsables religieux ont su trouver les mots justes et exprimer en notre nom les sentiments mêlés de compassion, de résolution, de cohésion que nous avons tous ressentis alors.

Les terroristes qui nous menacent ont la volonté obstinée de susciter en Europe des guerres de religion, à la mesure de celles qu’ils livrent avec une cruauté inouïe au Proche-Orient. Il est donc essentiel que les Eglises puissent dans cette circonstance faire entendre leur message de tolérance et de paix. Elles ont l’autorité morale nécessaire pour dénoncer simultanément les crimes de DAESH et les tentatives odieuses qui sont à l’œuvre pour faire porter le soupçon sur nos compatriotes musulmans. Leurs voix doivent porter, car elles apportent la preuve que le combat que nous livrons n’est pas « une guerre entre les civilisations », mais le combat de toutes les civilisations, autrement dit  de la civilisation humaine, contre la barbarie.

Je ne vous cacherai pas, cependant, que l’état de notre société, y compris dans la relation qu’elle entretient avec la religion, m’inspire des sujets d’inquiétude. Vous les partagez sans doute.

C’est pourquoi je suis mobilisé, bien évidemment, lorsque je vois que de jeunes Français, de toutes conditions, de toutes origines, élevés dans les écoles de la République, se laissent séduire par l’idéologie barbare et mortifère de DAESH et s’engagent en Syrie et en Irak dans un combat sans issue, mené au nom d’une conception dévoyée de la religion. Et je suis mobilisé également, lorsque d’autres jeunes Français choisissent de s’exclure délibérément de la société pour pratiquer leur religion dans des conditions telles qu’elle les amène à rejeter les valeurs de la République : la tolérance à l’égard des convictions d’autrui, l’égalité homme-femme, le respect des lois et de la justice. Je suis vigilant et déterminé lorsque des prédicateurs enseignent à de jeunes enfants la détestation de la musique.

Je suis aussi résolument engagé lorsque je constate les ravages nés de l’intolérance, du racisme, de l’antisémitisme, de la haine de l’autre. Depuis que j’ai pris mes fonctions, j’ai été frappé en effet par la progression très forte et continue depuis plusieurs années des actes visant les lieux de culte et parfois les fidèles, de toutes confessions. Le nombre des actes antisémites a ainsi doublé en France au cours de l’année 2014 et représente plus de la moitié des actes de haine raciale ou religieuse constatés. Les actes antimusulmans ont connu une poussée sans précédent au mois de janvier dernier et demeurent à un niveau tristement élevé. Cinquante actions ont visé des mosquées depuis lors, parfois de façon extrêmement violente : la mosquée d’Auch a ainsi été détruite par un incendie d’origine criminelle. Cela n’est pas supportable.

Cette violence n’épargne pas le christianisme. La grande majorité des dégradations commises contre des édifices religieux concerne des églises et des cimetières chrétiens, ne serait-ce que parce notre histoire fait qu’ils sont de très loin les plus nombreux. Mais au-delà de ces faits tristement récurrents, il y a une haine qui monte, de nature différente. Le projet d’attentat qui a été déjoué à Villejuif il y a peu visait précisément des églises, démontrant que celles-ci pouvaient être la cible de DAESH en Europe – et non pas seulement en Syrie et en Irak.

Face à ces tensions et à ces menaces, nous agissons chaque jour par une mobilisation exceptionnelle de l’Etat et de ses forces de sécurité. Vous savez que le Gouvernement fait protéger depuis le mois janvier des milliers de mosquées, de synagogues et d’églises, ainsi que des écoles confessionnelles et des centres communautaires. Des crédits ont été prévus afin de financer des équipements de sécurité pour ces sites sensibles de toutes confessions. C’est également pourquoi le Gouvernement a lancé un plan triennal, doté de 100M€, afin de lutter contre le racisme et l’antisémitisme. J’ai pour ma part donné instruction aux préfets de saisir systématiquement les procureurs de la République de tous les actes racistes, antisémites, antimusulmans, antichrétiens, dont ils auraient connaissance. Jamais la République n’acceptera que l’on puisse s’attaquer aux habitants de ce pays en raison de leurs origines, de leurs religions ou de leurs croyances ; sans quoi, elle ne serait plus la République.

Mais comment réagir lorsque les tensions naissent des propos et des attitudes de ceux-là mêmes qui devraient veiller à faire prévaloir la concorde et l’unité des citoyens ? Certes, notre pays a connu par le passé des périodes de tensions autour de la question religieuse. Sans remonter aux guerres de religion, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la question des inventaires en particulier, a engendré des désordres et des violences. Pourtant, face aux drames qui ont accompagné cette période, CLEMENCEAU disait sagement : « Nous trouvons que la question de savoir si l’on comptera ou ne comptera pas les chandeliers dans une église ne vaut pas la mort d’un homme. »

Je suis donc inquiet lorsque je constate que certains responsables politiques, ou d’autres qui portent une parole publique et  qui devraient avoir pour première ambition d’apaiser les tensions qui minent notre société, choisissent de les attiser par des propos hâtifs, haineux ou simplement stupides, qui blessent tel ou tel groupe de nos concitoyens. Je suis inquiet lorsque des maires déclarent qu’ils n’accueilleront des réfugiés dans leurs communes qu’après avoir fait le tri parmi eux, selon qu’ils pratiquent une bonne ou une mauvaise religion. Je suis inquiet lorsque les pratiques du discours politique font que l’approximation l’emporte sur l’observation lucide des faits, l’amalgame sur le  discernement, l’arrogance sur le respect que l’on doit aux opinions d’un adversaire. Je suis inquiet lorsque j’observe qu’Internet, cet extraordinaire outil d’échange et de diffusion de la connaissance, sert également à l’expression sans limite des haines, des rumeurs sans fondement, des propagandes outrancières, des prédications mortifères, des agressions et des injures lâchement anonymes.

Je suis inquiet, enfin, lorsque je vois délaissée cette valeur cardinale qu’est le respect.

Dans cette cathédrale qui est l’un des cœurs vivants de l’âme alsacienne, je ne veux pourtant pas poursuivre mon propos sans vous dire qu’il  est également des raisons d’espérer et de croire en ce « renouveau » que vous appelez de vos vœux.

Cette cathédrale est en effet un lieu propice à l’espoir. En raison de son histoire, elle est un symbole extrêmement fort de paix et de fraternité, une leçon silencieuse et vivante pour tous. Elle nous montre que la tolérance et la concorde finissent par prévaloir sur la barbarie et sur la folie des hommes.

La Fraternité est ici un mot qui prend tout son sens et le modèle alsacien montre que la fraternité passe par le dialogue. La République laïque, si elle n’a pas à connaître des débats théologiques entre les croyants, s’intéresse au dialogue inter-religieux, en tant qu’il favorise la concorde et la paix civile. L’Alsace en est un terreau fécond. On sait l’ardeur déployée par les évêques alsaciens, qui furent des acteurs engagés et décisifs du concile Vatican II, dont on célèbre le cinquantième anniversaire cette année. Mgr Jean-Julien WEBER et Mgr Léon-Arthur ELCHINGER ont beaucoup œuvré au rapprochement œcuménique avec les protestants, au dialogue judéo-chrétien. Je sais la qualité ici du dialogue entre responsables juifs et musulmans. Je souhaite qu’il puisse gagner tout le territoire national.

Mais la fraternité peut naturellement prendre d’autres formes. Sans céder à aucune forme d’irénisme, je crois qu’il y a dans ce pays une richesse humaine qui ne demande qu’à s’employer et que chaque moment de crise vient révéler. Les moments les plus sombres de l’année écoulée ont ainsi été pour moi simultanément des occasions de découvrir de magnifiques figures de la fraternité, des femmes et d’hommes, qui se sont signalés par leur héroïsme tranquille, leur sens du devoir, leur générosité et leur dévouement à autrui.

Comment ne pas mentionner les noms de Frank BRINSOLARO, d’Ahmed MERABET, de Clarissa JEAN-PHILIPPE ? Trois policiers tombés victimes du devoir les 7 et 8 janvier, sous les balles des terroristes. Un descendant d’immigré italien, mort les armes à la main en tentant de protéger les journalistes de Charlie-Hebdo, qui étaient devenus ses amis. Un policier franco-algérien, dont toute l’ambition avait été de rejoindre la police nationale pour assurer la protection de ses concitoyens et qui est mort en tentant, seul, d’empêcher la fuite des tueurs. Une policière municipale, stagiaire, venue des Antilles pour effectuer sa formation en région parisienne, qui aspirait elle aussi à aider les autres, froidement abattue. Ils étaient le visage de la France.

Comment ne pas évoquer également le nom de Lassana BATHILY, employé malien du magasin « Hyper Cacher », qui a réussi le 9 janvier à faire échapper au terroriste qui les avaient pris en otages une partie des clients menacés ? Interrogé par les journalistes, qui s’étonnaient parfois un peu naïvement de la présence d’un employé musulman au sein d’un magasin cacher, c’est à la fraternité humaine qu’il en a appelé pour expliquer son geste spontané : « On est des frères. Ce n’est pas une question de juifs, de chrétiens ou de musulmans. Il fallait qu’on s’aide pour sortir de cette crise. » Et comment ne pas citer son ami et collègue de travail Yohan COHEN, mort à vingt ans pour s’être comporté en héros ce jour-là, abattu par Amédy COULIBALY au moment où il tentait de s’emparer de l’arme du tueur ?

Parmi les raisons d’espérer, il y a donc la présence parmi nous de ces héros modestes, révélés par des circonstances exceptionnelles ou par le choix d’une profession où l’on accepte d’exposer sa vie au service de la collectivité : les militaires, les policiers, les gendarmes, les sapeurs-pompiers.

Mais il y a aussi, de façon quotidienne, les manifestations de générosité et de civisme qui sont le fait de tant de nos concitoyens anonymes. Il y a, par exemple, les offres spontanées d’hébergement que reçoivent les mairies et des préfectures de la part de Français qui sont pris de compassion face au drame des migrants qui cherchent l’asile sur notre sol et qui veulent contribuer à leur porter secours. Il y a les centaines de communes qui se sont portées volontaires pour les accueillir et que j’ai réunies à Paris voici deux semaines. Il y a tout le réseau des associations, d’inspiration religieuse aussi bien que laïques, qui se mobilisent face à l’urgence.

Au nombre des raisons de croire à la vitalité de notre société, je compterai également le grand nombre des étrangers, vivant parmi nous, qui souhaitent chaque année rejoindre la communauté nationale, par la naturalisation ou par mariage. Ils étaient 77 000 l’an passé. Car la citoyenneté en France est ouverte à tous ceux qui ont la volonté de la rejoindre, qui partagent ses valeurs et vivent selon ses règles.  Selon cette conception, comme l’a dit le général de Gaulle : « Est Français quiconque souhaite que la France continue.»

Etre Français, ce n’est donc pas forcément naître en France, ce n’est pas professer une religion plutôt qu’une autre, ce n’est pas avoir le français pour langue maternelle, ce n’est pas avoir la peau d’une certaine couleur. C’est adhérer à des valeurs, à une histoire et à un projet commun. Mais vous le savez mieux que personne, ici, à Strasbourg, dans cette ville et dans cette région dont les habitants furent autrefois séparés de force de la France au nom d’une conception racialiste de la communauté.  Comme le disait déjà Renan avec force : En dehors des caractères anthropologiques, il y  la raison, la justice, le vrai, le beau, qui sont les mêmes pour tous. »

Parvenu, au terme de ce propos, vous aurez compris quelle réflexion m’inspire l’état de notre pays. La France n’est pas à mes yeux ce pays exsangue, divisé, désorienté, tournant le dos à son passé, dont trop de commentateurs nous décrivent paresseusement, ouvrage après ouvrage, le déclin.

Au mois de janvier dernier, la réponse qu’a apportée la société française aux défis du terrorisme et la résolution qu’elle a mise à défendre ses libertés menacées, n’ont pas seulement démontré sa vitalité, elles ont forcé l’admiration du monde entier.

Je crois donc profondément que notre société recèle en son sein des trésors de dynamisme et de générosité, à l’image des héros du quotidien dont j’ai voulu tracer le portrait. Elle est, à bien des égards, très en avance sur nombre de ceux qui aspirent à diriger son destin mais qui négligent les exigences de vérité et de rigueur que les Français sont en droit d’attendre d’eux.
  Mais notre société a besoin d’apaisement. Elle a besoin de fraternité. Elle a besoin de respect. Elle a besoin de vérité. Elle a besoin qu’on lui fixe une ambition dans laquelle elle sache se reconnaître, parce qu’elle respectera les valeurs qui sont celles de la France depuis des siècles.

Un tel projet peut réunir tous les républicains authentiques. Il peut aussi rejoindre, me semble-t-il, les aspirations des chrétiens et des principales familles spirituelles de notre pays, également engagées dans la construction du bien commun.  Paul VI ne proclamait-il pas, à l’issue du Concile dont nous célébrons le cinquantième anniversaire : « Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme » ?

Je vous remercie.
  
Bernard Cazeneuve, Ministre de l'Intérieur
03 octobre 2015 à Strasbourg

 

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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 23:11

Les députés français sont amenés à débattre en seconde lecture de la proposition de loi Claeys-Leonetti sur la fin de vie les 5 et 6 octobre 2015. La commission des affaires sociales s'est réunie le 30 septembre 2015 à ce sujet. Le rapport de cette commission est donc disponible sur Internet.

Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport ainsi que ses deux annexes (fichiers .pdf) :
http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rapports/r3091.pdf
http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/ta-commission/r3091-a0.pdf
http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rapports/r3091-a1.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151005-loi-claeys-leonetti-2015AU.html

SR


 

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5 septembre 2015 6 05 /09 /septembre /2015 12:44

« Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits, tiennent à la nature de l’homme. (...) On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer. Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle. Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe-t-il plus ? Pourquoi sommes-nous des vaincus ? (...) Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier. France, patrie bien aimée France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs. » (lettre de Mgr Jules-Géraud Saliège, archevêque de Toulouse, le 23 août 1942).


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Nous sommes dans une société de communication où l’image vaut plus que toutes les dissertations. Il a fallu donc une photo particulièrement émouvante prise par une journaliste d’une agence de presse turque au petit matin du 2 septembre 2015 sur une plage turque, près de Bodrum, pour commencer à secouer le monde, et en particulier l’Europe. La Turquie a accueilli sur son sol déjà environ deux millions de réfugiés.

Une famille décimée venant d’une embarcation pour parcourir trois miles et atteindre une île grecque, sésame d’une nouvelle vie. Le vent l’a fait échouer et Aylan (3 ans), son frère (5 ans) et leur mère (27 ans) ont péri noyés. Tous les trois ont été enterrés ce vendredi 4 septembre 2015 par leur père à leur ville d’origine, Kobané, qu’ils avaient fuie. Douze personnes en tout sont mortes sur leur bateau et quatre passeurs ont été arrêtés (le capitaine avait déserté la barre).

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La photo met juste une image à ce qu’on sait depuis plusieurs années, à savoir les dizaines, peut-être centaines de milliers de morts noyés dans la Méditerranée au cours de leur traversée. Aylan ne serait pas un enfant, ne serait pas un Syrien, ne serait qu’un migrant économique que cela ne changerait pas fondamentalement les choses.

Ce que j’expliquais en début de semaine, c’est que c’est au nom des valeurs de l’Europe qu’il faut aider ces réfugiés à sauver leur vie, à protéger leur vie, leur être. Et c’est paradoxal que ce soit ceux qui ont peur de perdre leur identité, et donc, de perdre ces valeurs, qui refuseraient l’hospitalité. J’invite les lecteurs à lire l’appel de l’excellent blogueur Koztoujours à sauver "l’âme française".

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Je passe sur la spécificité des médias français par rapport aux autres du monde, qui préféraient mettre en une le blocage routier des agriculteurs à Paris plutôt que la mort du petit Aylan (j’en ai moi-même été affecté, mais comment oser mettre en parallèle les problèmes, réels des agriculteurs, même la gène des automobilistes franciliens, avec la fragilité de tant de vies humaines, parfois des bébés ?).

Sur iTélé, le journaliste Jospeh Macé-Scaron expliquait le 3 septembre 2015 que beaucoup de journalistes étaient en overdose d’images et de vidéos choquantes (lui-même affirme devoir visionner toutes les vidéos glauques et infectes du Daech pour faire son métier) et que cette photo d’Aylan ne leur paraissait pas plus choquante qu’une autre. Daniel Schneidermann l’a très bien résumé : « Cette incapacité à saisir, quand il passe, l’instant décisif, cette hantise de tout journaliste : et si je m’étais trouvé place de la Bastille, le 14 juillet 1789, aurais-je moi-même pris immédiatement la mesure de l’événement, et immédiatement distingué cette journée révolutionnaire de toutes celles qui, depuis plusieurs semaines, l’avaient précédée ? » (4 septembre 2015). On pourrait aussi citer le début des révolutions arabes en décembre 2010 en Tunisie, et l’aveuglément d’une ministre française encore deux mois après.

La France, généreuse de tradition, est devenue frileuse depuis que le FN fait des scores à deux chiffres aux élections nationales. Tous les responsables politiques craignent le FN et son discours haineux contre l’immigration, au lieu de faire confiance avant tout à leurs valeurs, leurs valeurs fondamentales.

L’Allemagne a donné l’exemple en prenant en charge 800 000 réfugiés syriens. La Grande-Bretagne de David Cameron a suivi et va accepter des milliers de réfugiés supplémentaires. Enfin, la France bouge aussi. Je salue la décision de François Hollande le 3 septembre 2015 de proposer, en commun avec Angela Merkel, un "mécanisme permanent et obligatoire" d’accueil des réfugiés et de répartition équitable de la charge sur tout le territoire européen. Honte aux déclarations xénophobes et haineuses de certains responsables hongrois qui considèrent les réfugiés comme du bétail avarié dont ils ne sauraient pas quoi faire.

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Oui, c’est à la fois déprimant et prometteur. Déprimant qu’il faut une image choc pour faire agiter les consciences. Ce n’est pas nouveau. Les enfants affamés du Biafra en 1970, ou encore, Kim Phuc, la petite fille dénudée par une bombe au napalm ont, eux aussi, heurté la conscience collective. Prometteur, car c’est à l’échelle du monde village : cette diffusion spontanée dans les réseaux sociaux (sous la légende, en turc : "L’humanité échouée"), cette émotion spontanée propagée partout sur la planète est capable de faire plier les plus timorés, les plus hésitants, de faire bouger les indifférents et même les hostiles.

La France, très timide sur le droit d’asile, ne pouvait donc plus fermer les yeux car son "opinion publique" prompte certes à râler est capable aussi de s’émouvoir et d’être généreuse. Les manifestations spontanées à la suite des attentas de "Charlie Hebdo" l’ont montré.

L’événement, c’est donc bien cette photo, qu’elle a fait le tour du monde, qu’elle a éveillé les consciences les plus réticentes à l’ouverture. Or, cette prise de conscience des peuples, dans ce qu’ils ont de plus cher, c’est essentiel pour que leurs gouvernements fassent quelque chose et ne jouent pas à l’autruche en attendant que cela se calme.

C’est pour cela que j’ai trouvé François Hollande bon ce 3 septembre 2015, dans sa  déclaration d’autant plus pesée qu’il a insisté aussi pour rendre hommage aux victimes qui ne sont jamais photographiées, histoire de ne pas se focaliser sur une seule victime parmi des milliers.

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Or, son immobilisme depuis l’automne 2013 était particulièrement déconcertant. Son attentisme, encouragé par un Premier Ministre qui ne veut pas montrer de faiblesse sur le dossier de l’immigration, commençait à peser sur les consciences, au point que c’est Angela Merkel qui a dû, elle-même, elle, la responsable d’un pays qui a eu des soucis avec sa conscience morale il n’y a pas très longtemps, faire la leçon à la France, rappeler les valeurs humaines qui guidaient l’esprit européen et qui ont toujours inspiré tous les précurseurs d’une union européenne (à commencer par Victor Hugo).

L’hésitation de François Hollande ne relevait certes pas d’un problème idéologique (même si parfois, il a commis de réelles maladresses, comme dans sa décision au sujet de Leonarda), mais d’un enjeu électoraliste. Ce qui se joue aujourd’hui en France, c’est la bataille de "l’opinion publique". Jusqu’à cette photo, François Hollande n’avait pas osé engager le combat. Ce n’est plus cas aujourd’hui.

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Pour "Charlie Hebdo", il avait cru l’avoir gagnée, cette bataille, et en fait, il l’a finalement perdue. Là, l’enjeu est plus grave encore. C’est presque un véritable choix de société : acceptons-nous d’accueillir à court terme environ 120 000 réfugiés supplémentaires sur le territoire national sans donner sur un plateau d’argent la majorité absolue au FN dans un an et demi ? Car c’est cela, la vraie question, et l’Élysée y pense tout autant que l’opposition parlementaire.

La photo d’Aylan, bien malgré lui, sans oublier bien sûr sa tragique existence elle-même, devient alors un instrument efficace, presque une divine surprise, pour retourner l’opinion et convaincre que refuser l’accueil en urgence de ces milliers de réfugiés ne sera de toute façon pas de notre intérêt. Car qui sait si un jour, ce ne seront pas des Français eux-mêmes qui devront se réfugier ailleurs, en raison de perturbations climatiques ? Nul n’est vraiment à l’abri.

Il faut prendre cette image comme un détonateur, comme un catalyseur, comme une nécessaire gifle chez les timorés qui ont eu peur d’agir et de prendre des décisions rapides et peut-être impopulaires alors qu’ils sont au pouvoir. Il ne s’agit pas de savoir qui est responsable de cette situation. Il s’agit simplement d’aider immédiatement des personnes en danger de mort. La générosité publique semble s’activer au même titre que lors du tsunami de fin décembre 2004 par exemple.

Bref, Aylan, bien malgré lui, a réussi par sa présence même, par son absence plutôt, à devenir le symbole de l’horreur et un début de réponse. Aujourd’hui, l’accueil d’urgence semble être une donnée nouvelle que les gouvernements devront prendre en compte dans le court terme.

La question pratique, c’est : comment le gouvernement, les collectivités, associations et citoyens peuvent-ils aider concrètement ? Un site Internet propose déjà aux réfugiés des places dans des chambres d’ami inoccupées.

Ensuite, il restera encore à Aylan de se rendre lui-même au Conseil de sécurité des Nations Unies, comme le montre ce photomontage poignant, pour amorcer la réponse dans le long terme de cette catastrophe humaine, à savoir une intervention militaire internationale contre les troupes du Daech. Ce sera alors une guerre totale mais est-elle évitable alors qu’elle sévit déjà ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (5 septembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L'humanité échouée.
L'exemple allemand.
Aylan invité au Conseil de sécurité de l'ONU.
Lettre de Mgr Saliège le 23 août 1942 sur la personne humaine (texte intégral).
Les Français sont-ils vraiment eurosceptiques ?
Chaque vie humaine compte.
Rouge de honte.
Les drames de Lampedusa.
L’Europe doit faire quelque chose.
L’humain d’abord.
L’immigration en Hollandie.
Une chance pour l‘Europe.
Les valeurs de la République.
Le gaullisme, c’est d’abord des valeurs.
Valeurs républicaines et patriotisme.

_yartiMigrants2015A05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20150905-refugies-2015B.html

http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/l-humanite-echouee-le-choc-de-la-171457

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/09/05/32579828.html

 

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