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10 juillet 2020 5 10 /07 /juillet /2020 03:05

« Vincent Lambert (…) aurait dû savoir (…) que l’hôpital public avait autre chose à fo*tre que de maintenir en vie des handicapés (aimablement requalifiés de "légumes"). L’hôpital public est sur-char-gé, s’il commence à y avoir trop de Vincent Lambert, ça va coûter un pognon de dingue (on se demande pourquoi d’ailleurs : une sonde pour l’eau, une autre pour les aliments, ça ne paraît pas mettre en œuvre une technologie considérable, ça peut même se faire à domicile, c’est ce qui se pratique le plus souvent, et c’est ce que demandaient, à cor et à cris, ses parents). Mais non, en l’occurrence, le CHU de Reims n’a pas relâché sa proie, ce qui peut surprendre. Vincent Lambert n’était nullement en proie à des souffrances insoutenables, il n’était en proie à aucune souffrance du tout. Il n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, dont le plus honnête serait de dire qu’on ne connaît à peu près rien. » (Michel Houellebecq, "Le Monde" le 11 juillet 2019).



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Il y a un an, le 11 juillet 2019, Vincent Lambert s’est éteint dans sa chambre cadenassée du CHU de Reims. On en a beaucoup parlé à l’époque, en fait, on a parlé beaucoup de "l’affaire Vincent Lambert" pendant cinq ans, avec beaucoup de désinformation, de récupération, de manipulation, et aussi beaucoup d’émotion. En mai 2019, les évêques de France étaient même "sommés" (j’exagère à peine avec ce verbe) de donner une position publique alors qu’ils n’en avaient aucune envie (Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France, a fait une déclaration très mesurée le 13 mai 2019). Dans un communiqué publié le 18 mai 2019, le groupe bioéthique de la Conférence des évêques de France s’est étonné : « Pourquoi cette précipitation pour le conduire vers la mort ? » alors que le Comité international des droits des personnes handicapées de l’ONU avait demandé le maintien de l’alimentation et hydratation de Vincent Lambert.

Oui, le drame de Vincent Lambert était d’abord un drame "privé", qui ne concernait que lui et ses proches, sa famille, ses amis. Comme pour d’autres drames, et la fin de vie en a toujours été un, il aurait mieux valu le laisser dans le secret des consciences, dans la confidence des responsabilités et des irresponsabilités. En mai 2019, le débat public en était arrivé à un tel point que c’était comme si on voulait organiser un sondage (sinon un référendum, un RIC !) pour que le peuple se prononçât : la voix du peuple voudrait-elle voter la mort d’un homme ?

Le malheureux Vincent Lambert a été la "proie" de récupérateurs de tout poils, j’en ai vu trois sortes : ceux qui étaient partisans de l’euthanasie et qui voulaient le faire mourir à tout prix dès lors que l’état de santé ne serait plus "digne" d’être vécu et qui voulaient en profiter pour légiférer sur l’euthanasie ; ceux qui, au contraire, refusaient une nouvelle législation et qui voulaient en même temps prouver l’efficacité de la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016 (la révision de la loi Leonetti du 22 avril 2005 était elle-même motivée par cette "affaire") ; enfin, ceux qui étaient fermement opposés à l’euthanasie d’une personne qui n’a pas pu exprimer clairement ses intentions et qui, de toute façon, considéraient que, comme un millier et demi d’autres personnes dans son état, il n’était pas en fin de vie.

Pour être honnête, je dirais que je faisais partie plutôt de la troisième catégorie, même si j’ai regretté les déclarations clivantes et odieuses de certains avocats, notamment lorsqu’une décision de justice leur a donné raison, momentanément raison, avec un triomphalisme qui ne pouvait qu’encourager d’autres juges à "aller plus vite". En ce sens, je me rapproche beaucoup plus de la déclaration des évêques de France, beaucoup plus prudents, bien qu’opposés sur le principe de l’euthanasie, car l’utilisation de cette affaire, pour une cause ou son contraire, était une manipulation, dans tous les cas, qui a impacté gravement sur la vie même de Vincent Lambert qui n’avait jamais rien demandé, surtout pas d’être un symbole de quelle que cause que ce soit.

J’ai commencé à m’intéresser à Vincent Lambert à une époque où personne ne voulait s’y intéresser, malgré la gravité de la situation. Mon premier article a été écrit le 16 janvier 2014, quelques heures après la décision du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne de poursuivre l’hydratation et l’alimentation de Vincent Lambert. Pendant ces cinq ans et demi de rebondissements judiciaires provenant de tous les camps cités, faisant de cette histoire de médecine et d’éthique une histoire également de justice, et donc, une histoire publique, j’ai toujours voulu soutenir Vincent Lambert, protéger sa vie et ses conditions de vie (qui étaient scandaleuses), tout en défendant fermement la loi Leonetti et sa suivante, la loi Claeys-Leonetti.

Trois raisons m’ont amené à être scandalisé par cet acharnement médico-judiciaire à vouloir laisser-mourir Vincent Lambert.

D’une part, il n’était pas en fin de vie. Il n’était pas sous acharnement thérapeutique. Il n’avait aucun respirateur artificiel mais il était dans l’incapacité de se nourrir et de s’hydrater tout seul. Il a eu un appareil qui le nourrissait automatiquement mais on pouvait aussi lui donner à manger, il montrait quelques signes de déglutition et il fallait de l’entraînement pour que ce réflexe revienne. Vincent n’a pas eu les soins qu’il aurait dû avoir, notamment des soins de kinésithérapie, et aussi, il a toujours été enfermé dans sa chambre (qui était cadenassée !), alors qu’il avait un semblant de conscience qu’il fallait stimuler en le promenant dans un parc, en lui montrant la vie, le ciel, pas seulement le plafond d’une chambre. Il n’avait même pas droit à un fauteuil roulant pour pouvoir être déplacé dans des conditions dignes. Là est la dignité, celle de porter attention à une personne fragile et dépendante. Le CHU de Reims n’avait aucune unité spécialisée pour cet état de santé, alors pourquoi avoir refusé son transfert dans une des structures spécialisées qui avaient proposé de l’accueillir ? Mystère total ! Je n’ai jamais eu de réponse.

D’autre part, Vincent, qui, pourtant, travaillait dans le milieu hospitalier avant son accident, n’a jamais déclaré aucune directive sur ce qu’il convenait de faire en pareilles occasions. Certes, le principe des directives anticipées peut prêter à caution, car on les rédige généralement lorsqu’on est en bonne santé et qu’on refuserait toute diminution de son corps, sans s’imaginer que l’instinct de vie et de survie est bien plus fort que l’imaginaire des personnes en bonne santé. Il suffit de regarder qui, en bonne santé, souhaite le principe de l’euthanasie, et qui, des patients fragiles et dépendants, proches de la mort, souhaite être euthanasiés : il y en a très peu, et souvent, parce qu’ils se sentent rejetés, exclus, abandonnés, sans amour, sans entourage, sans accompagnement, voire se culpabilisent d’être un boulet pour les autres. Les patients bien entourés de proches à la fois aidants et aimants ne réclament généralement pas l’euthanasie. Là encore, chaque cas est unique et aucun ne doit pas être traité devant une caméra de télévision. C’est dans l’intimité que cela se règle. Au-delà de l’absence des directives anticipées, Vincent n’avait pas non plus choisi de personne de confiance qui pouvait donner une priorité morale d’une personne de son proche entourage sur une autre.

Enfin, et c’est probablement la raison réelle de la médiatisation de la situation de Vincent Lambert, c’est l’absolu désaccord au sein de sa famille sur son avenir, en d’autres termes, le désaccord entre son épouse et sa mère. On imagine que sa mère refusait de voir partir son fils, mais on imagine aussi que son épouse pouvait vouloir refaire sa vie, faire son deuil (avec leur fille) mais Vincent était pourtant vivant. Cette discorde familiale géante a été la cause de tous les développements judiciaires et administratifs de cette "affaire". S’il y avait eu consensus au sein de la famille et de l’équipe médicale, la situation aurait évolué dans l’intimité des consciences et quelle que soit la décision prise, elle aurait  pu, médiatisée, scandaliser les uns ou les autres, pour une raison ou son contraire, mais sans médias, rester dans le silence lourd des cœurs proches.

Dans une tribune au journal "Le Monde" publiée le 11 juillet 2019 mais écrite avant la mort de Vincent Lambert, l’auteur de la loi sur la fin de vie, Jean Leonetti constatait amèrement : « Sa vie et sa mort, qui auraient dû rester dans le domaine de l’intime, dans le doute de la complexité et le respect de la souffrance et du deuil, se sont abîmés dans la lumière aveuglante des médias, la simplification émotionnelle, la violence des mots et l’affrontement devant la justice d’une famille déchirée. Le cas de Vincent Lambert est moins un problème médical qu’un problème familial dans lequel se mêlent le sublime de la tragédie grecque et le sordide de l’image et des formules impudiques. ». Car l’esprit de sa loi, c’était justement « le cheminement du doute qui mène au consensus ».

Justement, la fin de vie est une affaire unique, une singularité que la loi ne peut pas généraliser, la loi ne permet que d’accompagner. Or, cet accompagnement est nécessaire dans tous les cas. Le premier fondement de ces lois depuis le début des années 2000, c’est de tout faire pour éviter la douleur et, parallèlement, de ne pas faire d’acharnement thérapeutique dès lors que la fin est inéluctable. Attention, s’acharner peut avoir des justifications, des vies ont été sauvées ainsi, et les personnes vivent parfois presque normalement. Mais lorsque cet acharnement n’a pas d’objectif sinon de continuer à faire vivre "artificiellement", il est considéré comme moralement négatif. C’est pour cela qu’on parle de l’expression "obstination déraisonnable" qui essaie d’être le plus factuel possible. Pour rédiger les lois sur la fin de vie, les parlementaires ont en effet beaucoup débattu pour trouver les bons termes et les bonnes définitions. Au-delà du non acharnement, il y a la douleur à traiter, celle-ci passe par les soins palliatifs : on ne traite plus la maladie mais les souffrances qu’elle occasionne, et si cela devait abréger la vie, alors, tant pis. Là encore, ce n’est pas de l’euthanasie, mais une simple évidence : tout faire pour ne pas souffrir.

D’ailleurs, si les demandes de possibilité d’euthanasie auprès des personnes bien-portantes sont si souvent "populaires" dans les sondages, c’est parce qu’il y a eu une véritable faute de l’État à n’avoir pas développer les soins palliatifs. Un retard d’une vingtaine d’années qui mériterait d’ailleurs une véritable enquête parlementaire, car on ne peut pas ramener tout à un manque de budget. Il suffit de regarder aussi l’absence de stock de masques : même pour 1 milliard de masques, le budget était ridicule (de l’ordre de 30 millions d’euros, ce n’est rien pour l’État). Il y a d’abord un problème de mentalité, notamment chez les soignants et un problème de structure : il ne faut pas avoir un service de soins palliatifs, mais installer une structure de soins palliatifs partout où ils sont nécessaires, dans les services où c’est nécessaire. La mentalité "se soigne" aussi par la formation initiale, en imposant des "cours" de soins palliatifs à tous les futurs médecins, quels qu’ils soient. C’est ce que le législateur a demandé ces dernières années, mais avec retard.

Mon indignation qu’on ait laissé Vincent Lambert mourir était donc triple, mais elle n’était pas la manière de l’avoir laissé mourir. En effet, Vincent Lambert n’a pas souffert, et c’est toute la nuance qu’ont apportée la loi Leonetti et la loi Claeys-Leonetti : certains parlent d’hypocrisie, mais ce n’est pas une hypocrisie de refuser que les médecins donnent ouvertement la mort. Franchir cet interdit aboutit à bien des dérives (qu’on constate en Belgique : maintenant, la loi permet d’euthanasier même des enfants dépressifs, quelle honte !). Le rôle des médecins n’est pas de tuer mais d’accompagner les patients à mourir le cas échéant, dans les meilleures conditions. La loi Claeys-Leonetti a institué le droit à la "sédation profonde et continue jusqu’au décès", autrement dit, à ce que la personne en train de mourir soit endormie pour franchir le seuil de la mort le moins douloureusement possible. À ce stade de l’état du patient, manger ou boire n’a plus beaucoup d’importance.

Les "leçons" de cette terrible "affaire Vincent Lambert" (rien que parler de "leçons" m’effraie car Vincent ne demandait pas d’être un "cas" ni un "modèle" ou "contre-modèle" pour des camps opposés, il n’était qu’un être singulier, unique, et il demandait à être soigné avec la plus grande attention). Donc, les "leçons" sont deux.

La première "leçon", c’est que, contrairement à ce que veulent marteler les zélateurs de l’euthanasie, la loi Claeys-Leonetti a fonctionné parfaitement pour accompagner ce passage délicat de vie à trépas. Cela a duré quelques jours au lieu de quelques minutes ? Est-ce un problème pour la famille ? Mais les considérations sur la fin de vie doivent-elles prendre en compte les désirs, angoisses, attentes de l’entourage ? Si oui, attention aux impatiences des futurs héritiers ! Tout doit être focalisé autour du seul patient, pas de son entourage. Car en ce qui concerne le patient en fin de vie, il n’a pas souffert. Qui, de nous humains, peut se permettre de décréter le jour et l’heure de la mort d’un proche ? Qui veut se substituer à Dieu s’il existe ? Seules les justices inhumaines, avec la peine de mort, peuvent se le permettre. Et Dieu pour ceux qui y croient, mais il n’y a pas besoin de Dieu dans ces réflexions sur l’éthique de fin de vie.

Au contraire, les développements de "l’affaire Vincent Lambert" ont montré la monstruosité de ce qu’aurait été une loi sur l’euthanasie. Car rappelons-le, sur décision de justice, par deux fois, le 13 mai 2013 et le 20 mai 2019, la procédure de "laisser-mourir" Vincent a été interrompue, et même si finalement, la justice l’a confirmée, il est clair que les deux décisions de justice citées plus haut auraient été incapables d’être appliquées si on avait purement et simplement tué Vincent Lambert. Cette durée indéterminée entre le moment où l’on commence la "sédation profonde et continue" et le moment où le patient décède, peut aussi donner lieu à un retour en arrière qu’une simple injection létale ne permettrait pas (et à ceux qui disent qu’on euthanasie bien les chiens, je serais tenté de leur susurrer que justement, nous, humains, nous ne sommes pas des chiens ! nous pouvons consacrer plus de budget aux humains qu'aux chiens).

La seconde "leçon" me paraît en revanche très négative, que ce soit sur l’application de la loi Claeys-Leonetti ou même sur la jurisprudence. Soyons clairs : l’application d’une loi est toujours sujette à interprétation, et les cas de fin de vie sont aussi nombreux que le nombre de personnes qui meurent. Ce qui importe dans la réflexion, ce sont les cas limites, et pour moi, le cas limite, c’est d’être dans une situation où il est impossible physiologiquement, au patient, d’exprimer sa volonté, sa volonté présente et même, sa volonté passée, quand il était en bonne santé et qu’il pouvait s’exprimer. Pour moi, c’est l’horreur absolue.

C’est cette horreur absolue qui renforce d’ailleurs la conviction de certains à vouloir abréger une vie qui serait une prison. Mais qu’en savons-nous ? Nous ne connaissons rien des états de conscience minimale, et les témoignages de certaines personnes accidentées de la vie qui sont capables, après réveil, de répéter tout ce qui se passait autour d’eux lorsqu’ils étaient sans conscience devraient amener certaines personnes à une extrême prudence dans leurs opinions souvent péremptoires sinon intolérantes.

À l’évidence, Vincent Lambert n’a jamais exprimé à personne sa volonté d’en finir dans l’état où il était, et c’est assez normal car il est très difficile de se projeter dans une situation critique si singulière et si improbable, du moins, si imprévisible. En tout cas, cette volonté n’a jamais été établie sinon par témoignage de son épouse qui fut contredite par sa mère, qui, elle-même, aurait renoncé à toute intervention judiciaire si elle avait eu la certitude que son fils était d’accord pour partir dans cette situation-là. Le drame de Vincent Lambert, c’est deux conception de l’amour diamétralement opposées. Il illustre en outre sans finesse la possible et stupide rivalité entre une mère et sa belle-fille.

Ce que je condamne dans l’attitude de l’État, pris dans le sens large (en particulier la justice, qu’elle soit administrative, civile ou pénale), c’est qu’elle n’a pas laissé le moindre bénéfice du doute à la vie. Quand on n’est pas sûr, on s’abstient de prendre une décision qui aura une conséquence irréversible, au sens de Jankélévitch : « L’homme est tout entier devenir, et n’est que cela ; et comme le devenir lui-même est toute irréversibilité, il s’ensuit que l’homme entier est irréversibilité : l’homme est un irréversible en chair et en os ! ».

Une fois Vincent Lambert enterré, il est par ailleurs sans objet de continuer un parcours judiciaire qui n’a plus d’objectif moralement noble : plus aucune décision de justice ne lui rendra la vie, et donc, toute nouvelle action est vaine. Pourtant, la mère de Vincent a fait appel de la décision de relaxe prise par le tribunal correctionnel de Reims le 28 janvier 2020 en faveur du chef de service du CHU de Reims accusé de non assistance de personne en danger. Laissons reposer en paix Vincent…

Le 20 mai 2019, l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, avait exprimé une véritable inquiétude sur l’évolution de la société : « Il y a aujourd’hui un choix de civilisation très clair : soit nous considérons les êtres humains comme des robots fonctionnels qui peuvent être éliminés ou envoyés à la casse lorsqu’ils ne servent plus à rien, soit nous considérons que le propre de l’humanité se fonde, non sur l’utilité d’une vie, mais sur la qualité des relations entre les personnes qui révèlent l’amour. N’est-ce pas ainsi que cela se passe lorsqu’une maman se penche de manière élective vers celui de ses enfants qui souffre ou qui est plus fragile ? C’est le choix devant lequel nous nous trouvons. » (Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, le 20 mai 2019 à Paris).

Je termine avec ce tweet du pape François la veille de la mort de Vincent Lambert, le 10 juillet 2019, qui est toujours d’actualité pour toutes les personnes vulnérables et fragiles, c’est-à-dire, potentiellement, pour nous tous : « Prions pour les malades abandonnés et qu’on laisse mourir. Une société est humaine si elle protège la vie, de son début jusqu’à sa fin naturelle, sans choisir qui est digne ou non de vivre. Que les médecins servent la vie, qu’ils ne la suppriment pas. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Vincent Lambert, meurtre d’État, euthanasie, soutien aux plus fragiles…
Vincent Lambert au cœur de la civilisation humaine ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200711-vincent-lambert-fdv2020cw.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/vincent-lambert-meurtre-d-etat-225647

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/06/38415925.html




 

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2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 03:21

« Pour nous, héritiers des Lumières et de Rousseau, la liberté est un droit naturel, elle est constitutive de la définition même qu’on se fait de l’homme. C’est pourquoi l’esclavage est un crime contre l’humanité. Mais le XVIIe siècle, dans la lignée du droit romain, ne raisonne pas ainsi : pour lui, la personnalité juridique d’un individu n’est pas consubstantielle à son humanité. Il ne voit pas de contradiction à ce qu’un esclave soit en même temps une propriété et un homme. (…) La qualification comme "bien meuble" par l’article 44 ne signifie pas que le Code noir l’assimile à une chose ou à un animal (…), mais traduit qu’il peut être vendu, acheté, loué ou prêté. L’article 2 stipule que l’esclave doit être baptisé et catéchisé. Il serait absurde d’enseigner le catéchisme à un meuble (…). Le Code noir ne donne absolument pas tous les droits aux maîtres. Il les oblige même, en principe, à prendre soin de leurs esclaves. Ils sont tenus de les nourrir et de les vêtir (article 22 et 25). » (Jean-François Niort, décembre 2017).


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Incontestablement, Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) est un personnage majeur de l’histoire de France. Bras droit du roi Louis XIV quand ce dernier a pris son indépendance et son envol, successeur du puissant Mazarin, pseudo-rival de Louvois, Colbert a gouverné et organisé la France pendant plus d’une vingtaine d’années. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, son sens de l’État était incontestable et remettre en cause son importance dans l’histoire de France est aussi stupide que remettre en cause Napoléon, par exemple.

Mais la "mode" est maintenant au déboulonnage de statues. Il y a un côté dérisoire et stupide dans cette démarche. J’écris la "mode", mais c’est le fait d’une infime proportion de la population, des activistes qui, peut-être plus par provocation que réflexion, veulent faire bouger des choses. Les lacunes de plus en plus évidentes en cours d’histoire se font ainsi jour sur la place publique.

Certes, il y a parfois des justifications aux déboulonnages de statues : celles de Lénine ou Staline, celle de Saddam Hussein… partout dans les dictatures où le culte de personnalité faisait des statues des totems, les renverser, c’était symboliquement renverser ces dictatures. Mais en France, nous sommes en démocratie et en pays de libertés. Tout le monde peut s’exprimer, même pour dire qu’il ne peut pas s’exprimer !

Soyons clairs : le mouvement initié par la mort scandaleuse de George Floyd est sain en ce sens qu’il a fait prendre conscience de faits-divers qui ne doivent plus se répéter aux États-Unis. Un mouvement qui ne serait pas très éloigné, dans la forme, du mouvement MeToo, avec un combat contre le racisme au lieu du harcèlement.

En France, le débat a été préempté par des organisations identitaires qui tentent de faire de la récupération et de l’amalgame. Amalgame avec la mort tout autant regrettable d’Adama Traoré dont les circonstances seraient très différentes de celles de George Floyd, amalgame entre des actes de racisme individuels et un supposé racisme d’État dans les forces de l’ordre. Tout cela ne sent pas très bon, car à vouloir mélanger tout, on rend confus les enjeux. C’est surtout contreproductif pour une juste cause.

J’expliquais que le communautarisme est un racisme, surtout en France biberonnée à l’idéal républicain qui se fonde sur l’égalité des personnes que seul le mérite peut distinguer. Notre culture française est aux antipodes du communautarisme tel qu’il peut se pratiquer dans des pays à influence anglo-saxonne, particulièrement en Grande-Bretagne, aux États-Unis, mais aussi en Afrique du Sud voire en Inde et au Pakistan.

Vouloir transformer le combat contre le racisme en guéguerre entre "Noirs" et "Blancs" est stupide, et concourt aussi à la dégradation de la cohésion nationale (en même temps qu’à la dégradation du niveau intellectuel des débats publics). De toute façon, tout ce qui éloigne cette cohésion nationale et ce vivre ensemble est un allié au racisme, même si c’est véhiculé par des soi-disant ligues antiracistes. La paix n’a jamais été la victoire d’un "camp" contre un autre, fût-il le "camp" des "opprimés", et surtout quand il n’y a pas de "camps" à l’origine. C’est l’acceptation et le respect de tous, dans leurs différences comme dans leurs points communs.

Cela écrit, je reviens sur un acte de délinquance durant la nuit du 23 au 24 juin 2020 à Paris : la statue de Colbert trônant devant le Palais-Bourbon, en face de la Seine et de la Concorde, a été tagguée d’une peinture rouge sur son corps, représentant du sang qu’il aurait dans ses mains, et sous-titrée de la même peinture avec l’inscription "Négrophobie d’État".

Je m’étonne d’abord du terme, étant convenu que "Nègre" est une forme péjorative de "Noir" voire "Black". À quand la "bougnoulphobie" (ou "bougnoulophobie" mais c’est un peu long) ? Rien que ce terme est stupide et dérive de l’oxymore. Quant à "d’État", la vraie question est plutôt : qu’est-ce que l’État ? qui est l’État ? Colbert a eu une influence déterminante sur l’État en France mais depuis sa mort, beaucoup d’eau a coulé. Bref, parler "d’État" en 2020 et s’en prendre à Colbert, c’est une erreur de raisonnement et de discernement.

Concrètement, je trouve dérisoire ce fait-divers, même si je préfère un attentat contre une statue à un attentat contre des personnes vivantes, prises au hasard ou ciblées. Colbert est mort depuis plusieurs siècles et s’en remettra. Le problème, c’est que ce genre d’actions est stupide car cela n’impactera pas sur des supposées victimes du racisme. On ne s’occupe pas des conditions des hommes, on en est juste à de l’activisme militant sans effet réel. Sans volonté d’amélioration commune, sans recherche du bien commun.

S’en prendre à Colbert pour fait de racisme, c’est au moins l’expression d’une triple bêtise. C’est d’abord l’incapacité à contextualiser l’histoire. C’est vrai que certains disent aujourd’hui avec les connaissances d’aujourd’hui ce qu’il aurait fallu faire en mars dernier contre la pandémie. Dans les années et décennies qui viennent, nous aurons sans doute de nombreuses thèses en sociologie sur le sujet.

La contextualisation est importante. Il faut essayer de comprendre quelles étaient les idées dominantes, ou même considérées comme normales à une époque donnée. Il y a plus de retard en France dans l’attention portée aux femmes (elles n’ont voté qu’en 1945 !), que dans la lutte contre le racisme et l’esclavage (ce sont deux choses distinctes) à partir du moment où la Révolution française a considérablement fait bouger les lignes.

Colbert n’est pas la première victime mémorielle de la décontextualisation. Ainsi, Hergé a été fustigé, toujours après la mort évidemment (la lâcheté, c’est de ne pas laisser la personne se défendre), pour avoir sorti "Tintin au Congo". C’est indiscutable que la manière très paternaliste et infantilisante des rapports entre Tintin, pourtant petit jeune, et les Africains, parfois âgés, qu’il rencontre, est particulièrement écœurante avec la vision d’aujourd’hui. Hergé n’en était pas fier, et encore moins du "Tintin au pays des Soviets" dont il interdisait la réédition (trouvant sa description de l’URSS un tantinet simpliste). Il faut imaginer le double contexte : la peur des Soviétiques et aussi la jeunesse, tout simplement, de l’auteur de bande dessinée, dont la pensée n’avait probablement pas atteint la maturité souhaitable. Faut-il brûler Hergé ? Pas plus que n’importe quel auteur dont on trouvera toujours des tares par rapport à la doxa du moment.

Au-delà de la contextualisation, il y a aussi l’idée qu’une personne, dans sa complexité, est un tout (comme Clemenceau le disait de la Révolution française) et qu’il faut faire la part des choses entre le positif et le négatif. C’est le débat perpétuel de l’auteur sulfureux, son génie excuse-t-il ses dérives ? Exemple marquant : Céline.

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Mais au-delà de ces deux écueils, décontextualisation et globalité d’une personne, il peut aussi y avoir un jugement un peu hâtif sur les faits. Les avocats de Colbert pourraient se prêter au jeu et plaider non coupable. Car que lui reproche-t-on ? Le Code noir.

D’abord, il a été achevé après la mort de Colbert, l’homme d’État a donc bon dos d’en être considéré comme le responsable. Le Code noir fut le nom donné en 1718 à l’ordonnance (ou édit) de mars 1685 signée de Louis XIV. On le voit, Colbert était déjà mort (en septembre 1683) lors que ce texte fut signé en mars 1685 et appliqué d’abord en Guadeloupe, puis Martinique et ailleurs. Si effectivement Louis XIV lui a demandé le 30 avril 1681 de préparer les 60 articles qui constituent ce texte législatif, Colbert (qui avait en charge notamment la Marine et les Colonies) n’a pas eu le temps de terminer ce travail de recherche juridique et de rédaction et ce fut son fils, le marquis de Seignelay, qui lui a succédé au Ministère de la Marine et des Colonies, qui a terminé le texte.

Colbert, dans tous les cas, n’est pas à l’auteur complet du texte et il n’a fait qu’un travail technique sur une demande politique, celle du roi. Le premier responsable, c’était donc bien Louis XIV. Pourquoi préfère-t-on s’en prendre à Colbert plutôt qu’à Louis XIV ? Parce que ce serait un symbole trop fort ? Une réduction intellectuelle qui se verrait trop simpliste pour le coup ?

Ensuite, il s’agissait de structurer, d’organiser, certes une honteuse pratique, mais pour en éviter les excès, pour remplacer l’arbitraire des maîtres par la puissance de l’État et du roi. Cette démarche peut se discuter, évidemment, certains déjà à l’époque, trouvaient l’esclavage scandaleux. Colbert, lui, ne regardait que la raison d’État. Rappelons d’ailleurs sa devise : « Pour le roi, souvent. Pour la patrie, toujours. ».

C’est intéressant de lire quelques historiens. Ainsi, André Larané, centralien et journaliste scientifique, explique le 14 juin 2020 dans Herodote (site qu’il a fondé, dont il dirige la rédaction) : « Le ministre, comme la plupart de ses concitoyens, réprouve l’esclavage. Celui-ci n’est-il pas prohibé dans le royaume depuis Louis X le Hutin ? Il en va autrement dans les lointaines îles à sucre où l’esclavage s’est mis insidieusement en place au fil des décennies. Le roi Louis XIII n’a pu faire autrement que de l’autoriser comme une étape vers le baptême et l’affranchissement, ce dont les colons n’ont eu cure. ». Louis X le Hutin avait en effet signé une ordonnance le 11 juillet 1315 pour affranchir les serfs du domaine du roi moyennant finance.

Et il poursuit sur la responsabilité du ministre : « Colbert, en homme d’État responsable, choisit la solution qui lui paraît la moins mauvaise [entre trois solutions] : [1°] Le statu quo revient à autoriser tous les abus de la part des colons. [2°] Abolir l’esclavage dans les colonies est inenvisageable, sauf à se mettre à dos la riche bourgeoisie (…) et surtout à provoquer la rébellion des colons. [3°] À défaut de mieux, le ministre envisage donc de codifier cette institution ou plutôt, de réunir dans un même opus sanctifié par le sceau royal les règlements qui se sont multipliés dans les îles de façon désordonnée. » (14 juin 2020).

Spécialiste du Code noir et auteur de deux ouvrages de référence sur le sujet, l’historien Jean-François Niort évoque dans la revue "L’Histoire" numéro 442 de décembre 2017 ce texte législatif : « On l’assimile trop souvent aux textes racistes qui l’ont suivi au XVIIIe siècle, alors qu’il ne s’inscrit pas encore tout à fait dans cette logique. (…) À l’époque de Colbert, il n’existe donc que deux catégories juridiques dans les îles : soit libre, soit esclave. C’est le XVIIIe siècle, avec l’établissement d’un troisième statut, celui de "libre de couleur", qui opère un basculement racial : la couleur conditionne désormais le statut (…). Colbert souhaite profiter de ce que ces territoires sont vierges (les Amérindiens ont été chassés, massacrés ou dominés) pour y fabriquer une société très moderne, où il n’y a plus d’ordres, et pas de vénalité des charges et des offices. Mais en même temps, une société extrêmement archaïque, puisque l’esclavage y est toléré, puis légalisé. » (Propos recueillis par Lucas Chabalier).

Et de préciser la responsabilité de Colbert : « La démarche législative de Colbert (…) consiste à prendre le droit tel qu’il est, et à le transposer sous la forme d’une loi royale pour signifier la présence et la force de l’État. (…) L’édit de mars 1685 autorise certes le maître à fouetter son esclave avec des verges ou des cordes, et à l’enchaîner, mais il lui interdit formellement de le mutiler ou de le torturer (article 42). S’il le tue, il sera poursuivi criminellement (article 43), ce qui signifie qu’il encourt la peine capitale. (…) Les militants mémoriels ont érigé le Code noir en symbole des horreurs de l’esclavage. Pourtant, ce n’est pas lui qui autorise la torture et la mise à mort des esclaves par leur maître, pas plus qu’il ne les livre à l’arbitraire et à la cruauté de leurs propriétaires. (…) Ce sont d’abord et avant tout les colons qui ont infligé aux esclaves des traitements que l’édit [de 1685] lui-même tenait pour inhumains. » (décembre 2017).

En réfléchissant un peu plus profondément, on pourrait même dire que Colbert aurait pu être bonapartiste sous Napoléon et même républicain sous la République, à condition qu’il puisse toujours servir la patrie en faisant de l’État sa principale expression. C’est pour cette raison que les récentes déclarations de l’ancien Premier Ministre Jean-Marc Ayrault ont de quoi me faire bondir.

Dans une tribune publiée dans le journal "Le Monde" le 13 juin 2020, Jean-Marc Ayrault, qui a évoqué un "racisme anti-Noirs" (il n’y a ni "racisme anti-Noirs", ni "racisme anti-Blancs", il y a juste racisme, ou pas), a en effet surfé sur cette mode très malsaine : « Comment comprendre que dans les locaux de l’Assemblée Nationale, le cœur battant de notre démocratie, une salle porte encore le nom de Colbert, qu’on ne savait pas être une figure de notre vie parlementaire ni de la République. ».

Dans cette phrase, au moins trois stupidités : la première, c’est que Colbert, comme je l’écris plus haut, ne pouvait pas être républicain faute de Révolution (donc, c’est un anachronisme de dire cela) ; la deuxième, c’est qu’il s’en prend à la Salle Colbert (qui est un amphithéâtre assez coquet), alors que la statue qui trône devant l’Assemblée Nationale est quand même plus voyante et plus symbolique ; enfin, troisièmement, c’est justement la force de la République d’avoir voulu reprendre l’histoire de France au-delà de 1789 et s’approprier toute la France, y compris celle royaliste. C’était la condition pour atteindre le consensus républicain.

C’était en effet la seule solution pour rassembler une grande majorité derrière la République à une époque où celle-ci n’était pas une "évidence" pour tout le monde. Pourquoi Jean-Marc Ayrault, d’habitude si mesuré et plus inspiré, est-il tombé dans le travers communautariste ? L’âge ? la perte de tout mandat ? Mystère et boule de gomme. Lui qui a créé 30 milliards d’euros de nouvelles taxes et nouveaux impôts entre 2012 et 2014, il devrait au contraire rendre hommage au serviteur de l’État partisan d’une fiscalité rationalisée et centralisée. Rappelons ce qu’a dit Colbert non sans ironie : « L’art de l’imposition consiste à plumer l’oie pour obtenir le plus possible de plumes avant d’obtenir le moins possible de cris. ».

Il ne s’agit donc pas ici de faire l’allégorie de Colbert. Il fait partie des bâtisseurs de la France, qu’on l’aime ou qu’on le déteste, il a fait des réalisations auxquelles on peut s’opposer ou au contraire, qu’on peut louer. Et il en est ainsi de tous les grands hommes d’État, ils auront toujours des cadavres dans les placards. Certains plus que d’autres. Les bilans seront toujours contrastés. On peut reprocher à Colbert l’étatisation à outrance de la France, mais plus difficilement l’esclavage de fait qui se pratiquait hors de tout contrôle royal dans les colonies. L’action de Colbert a surtout été que le roi puisse reprendre de l’influence et c’est sans doute cette évolution qui a permis d’abolir efficacement l’esclavage un siècle puis deux siècles plus tard car l’État a pu avoir une réelle influence même dans ses territoires lointains.

Tant qu’à lutter contre l’esclavage, restons à notre siècle et luttons réellement et efficacement contre les "encore esclaves" qu’on peut trouver scandaleusement même à Paris. Ce n’est pas le vandalisme stupide d’une statue ancienne qui va améliorer leurs conditions…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 juin 2020)
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Pour aller plus loin :
Ils sont tombés par terre, c’est la faute à Colbert !
Mort d’Adama Traoré : le communautarisme identitaire est un racisme.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
Deux faces des États-Unis : George Floyd et SpaceX.

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9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 03:37

« Suite aux manifestations, le Président de la République s’est entretenu avec de nombreux élus et membres de la société civile. Le Président de la République demande au Premier Ministre et aux ministres compétents de se saisir des différentes composantes de ce sujet. » (Communiqué de l’Élysée le 7 juin 2020).


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On croit rêver quand on lit la première intervention publique (à peine en français correct) du Président Emmanuel Macron qu’on pourrait croire tout droit sortie du Pipotron ! Sur le "sujet", je n’attends pas du Président de la République qu’il énumère au peuple français une liste de mesures qu’il conviendrait de prendre, mesures construites après un lent processus de consultation. Christophe Castaner peut proposer quelques mesures, comme ce lundi 8 juin 2020. Elles peuvent avoir leur intérêt et leur sagesse, mais l’urgence politique, c’est un Président de la République, garant de l’intégrité de la République, qui rappelle immédiatement quelques valeurs, quelques principes. Il y a urgence, car le silence présidentiel dure depuis quinze jours !

Mais quel est le "sujet", justement ? L’actualité, l’événement déclencheur, c’est la mort horrible et injuste de George Floyd à Minneapolis, aux États-Unis. Les mots-clefs sont : violences policières, interpellation, plaquage ventral, discrimination, plus ou moins racisme. On peut rajouter la couleur de la peau. Cet événement ne marque pas seulement les États-Unis, il marque l’ensemble de la "communauté internationale" (jusque des pays "policiers" qui en profitent pour fustiger les États-Unis en leur donnant des leçons de démocratie !). En France, certaines personnes ont réagi, mais pour l’instant, ni Emmanuel Macron, ni Édouard Philippe. On est loin d’un Justin Trudeau qui s’est à moitié agenouillé pendant huit minutes pour rendre hommage à George Floyd.

Ce sujet a évolué en France par l’activisme d’organisations gauchistes pour certaines et communautaristes pour d’autres, en voulant transformer l’hommage à George Floyd en revendications communautaristes et en soutien à la famille d’Adama Traoré. Or, cet amalgame, sur l’autel d’une récupération odieuse de l’émotion suscitée par la mort de George Floyd, renforce la confusion des valeurs en France. Je vais m’expliquer.

D’abord, revenons à la mort tragique de George Floyd le 25 mai 2020. Tout, dans cet événement brutal, a fait que l’émotion allait être vive, car d’une part, les faits sont avérés et reconnus, d’autre part, ces faits sont particulièrement condamnables. Un homme soupçonné d’avoir acheté des cigarettes avec un faux billet de 20 dollars a été interpellé, il s’est laissé arrêter, mais le policier l’a immobilisé au sol en mettant un genou en pression sur la nuque pendant plus de huit minutes. Il appuyait encore quand George Floyd était visiblement déjà mort, asphyxié après avoir dit "Je ne peux pas respirer". Le plus choquant, c’était que la scène, filmée, montrait qu’elle s’est passée devant des dizaines de témoins, des passants, et que plusieurs d’entre eux ont averti le policier qu’il allait mourir s’il le maintenait ainsi. L’entêtement du policier a été assassin, il n’y a malheureusement pas d’autre mot. Du reste, ce n’était pas la première fois qu’il a commis des interpellations très violentes, mais il s’en était toujours tiré. Là, sa femme a immédiatement demandé le divorce, il a été révoqué de son poste puis inculpé de meurtre. Il paiera peut-être pour tous les autres, pour toutes les morts impunies.

C’est heureux que le monde entier ait réagi contre cette mort absurde, inutile. Manifestement, la vie de cet homme ne valait rien pour ce policier. Parler ici de violences policières est un fait, parler de racisme est une hypothèse fondée et probable, sinon certaine. Le fait que Donald Trump, dans sa finesse psychologique légendaire, ait dit que la baisse du chômage (imprévue) était un "grand jour" pour George Floyd (parti aux Cieux) est une récupération particulièrement odieuse, mais néanmoins, cela signifie aussi une certaine compassion, faisant de George Floyd plus un "ange" dont il rechercherait le soutien qu’un "ennemi" : il a pris fait et cause pour lui et pas pour les policiers démis de leurs fonctions (il a même demandé la priorité pour une enquête du FBI). En France, je ne doute pas que certains auraient soutenu le policier et auraient rappelé que George Floyd avait fait de la prison quelques années auparavant.

L’émotion est rassurante, aux États-Unis comme dans le reste du monde. Elle replace certaines valeurs humaines au centre de la politique, et le calendrier électoral américain est favorable à ce que la mort de George Floyd ne reste pas sans réponse efficace, car il n’était hélas pas le seul à mourir ainsi. Les élections présidentielles américaines vont encourager à réfléchir et agir pour que la mort de George Floyd ne soit plus jamais possible (on peut rêver).

Maintenant, passons en France. Ce qu’il se passe est très différent mais il se passe quelque chose. Profitant de l’émotion légitime pour George Floyd, beaucoup de militants ont voulu rappeler le sort tragique d’Adama Traoré, qui serait mort de violences "policières" lors d’une interpellation par les gendarmes le 19 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise. Disons-le aussi : la mort d’Adama Traoré est une tragédie et n’était évidemment pas méritée, car quoi qu’ait pu faire Adama Traoré, la peine de mort est abolie, donc aucun délit et même aucun crime n’est passible de la peine de mort en France.

Les manifestations sont elles aussi un événement : réagissant à l’expertise médicale du 29 mai 2020 écartant la responsabilité des gendarmes, elles ont bravé le double interdit de la préfecture de police et de la crise sanitaire (pas de rassemblement de plus de dix personnes), et surtout, elles ont rassemblé le 2 juin 2020 environ 20 000 personnes alors que généralement, ce mouvement pour que justice soit rendue à Adama Traoré ne rassemblait que quelques centaines de personnes. D’autres manifestations ont eu lieu, toutes aussi interdites, les 6 et 7 juin 2020 à Paris.

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Dans la lecture de ces événements, ce qui est inacceptable est l’amalgame. Et j’en vois au moins deux ou même plus. L’amalgame est de la manipulation politique, souvent la récupération d’une émotion pour une autre cause que celle qui l’a suscitée. Quand il s’agit de la vie de personnes, c’est un procédé scandaleux.

Premier amalgame, la France est comme les États-Unis. Ce simplisme, associé à un antiaméricanisme primaire, dont antipatriotique, est véhiculé pour s’en prendre à l’État, au gouvernement, à la police, et plus généralement aux forces de l’ordre, voire à toutes les institutions. Il expliquerait le silence du Président de la République comme la confirmation de cette équivalence.

Or, c’est très différent pour toute une série de raisons. Disons seulement que la police américaine n’a rien à voir avec la police nationale française. Aux États-Unis, elle est délocalisée et le chef de la police locale est élu par les citoyens. On comprend que si une ville a une population, disons, "raciste", le chef de la police le serait "un peu", par électoralisme, ou serait choisi justement pour cette raison. En France, au contraire, les forces de l’ordre agissent sur des territoires qu’ils ne connaissent pas (certains parlementaires le leur reprochent et voudraient territorialiser la police nationale, mais je pense justement que c’est une bonne chose de ne pas être impliqués dans le territoire, ainsi, ils agissent avec les lois et les valeurs, sans considération de sentiment ou d’émotion.

L’autre différence, c’est que la violence est beaucoup plus ordinaire aux États-Unis qu’en France. Ce genre de mort par interpellation violente est plus de dix fois plus répandu aux États-Unis qu’en France. Il y a une raison : la possession d’armes à feu fait que la police américaine a peur d’une riposte et agi comme si la personne interpellée était armée et prête à riposter. Cela dit, les comptes d’apothicaire sont peu du registre des valeurs : une seule mort injuste ou évitable suffirait à condamner.

L’autre amalgame foireux, c’est de dire qu’Adama Traoré est George Floyd. La revendication que la justice agisse pour Adama Traoré est évidemment recevable. C’est scandaleux qu’au bout de quatre ans, les faits ne soient pas clairement établis. Que fait la justice ? Pourquoi est-elle si lente ? On pourrait parler de l’organisation de la justice, au même titre qu’on a parlé du système de santé et du fonctionnement des hôpitaux pendant la crise sanitaire. On ne peut dissocier "l’affaire Adama Traoré" du volet politique qu’elle provoque, et la justice paraît parfois plus rapide quand il s’agit de barrer la route à un candidat à l’élection présidentielle.

La différence entre les deux morts tragiques est que les circonstances de celle d’Adama Traoré sont particulièrement floues et expertises et contre-expertises nourrissent la polémique. Ce qui est inadmissible est de scander que les forces de l’ordre (ici les gendarmes, pas les policiers) sont des assassins alors que la plupart des expertises leur enlèvent la responsabilité dans la mort tragique d’Adama Traoré. On ne peut pas à la fois condamner l’absence ou la lenteur de la justice, l’absence de conclusion et vouloir faire soi-même les conclusions sur la responsabilité des forces de l’ordre dans la mort d’Adama Traoré.

Cela a abouti à des slogans extrêmes. Leurs amalgames sont doubles : la police est violente et tue, et la police est raciste. La violence policière est un sujet récurrent depuis la crise des gilets jaunes, et malheureusement, elle est surtout la réaction à une violence beaucoup plus grande et surtout assumée de certains manifestants. Parler de racisme de la police est peu soutenable. Individuellement, comme dans toute communauté humaine, il y a les failles, son lot d’imbéciles, son lot de malhonnêtes, son lot de racistes, évidemment, mais parler d’une institution raciste n’a d’autant moins de sens que la "diversité" se retrouve aussi dans les forces de l’ordre. On pourrait même prouver l’absence de racisme dans les victimes des gilets jaunes des violences policières : y a-t-il eu discrimination dans les actes de violence ? Et Cédric Chouviat ?

Certes, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a fait une étude sur le nombre de contrôles d’identités portant beaucoup plus sur des "personnes issues de la diversité" que sur les "autres" (je reviens avec tous ces guillemets). On peut imaginer l’agacement et même la colère d’une personne qui est contrôlée quinze fois dans la journée, c’est-à-dire, en gros, dont l’honnêteté est mise en doute d’office, pour la simple raison de la couleur de sa peau. Mais entre cette sorte de harcèlement administratif et la mort par interpellation, il y a un fossé dans le racisme.

J’en viens au plus important, à ces mots et expression "diversité", "issu de la diversité". Un jour, Nicolas Sarkozy avait gaffé parce qu’il avait maladroitement parlé d’une "apparence musulmane". Le peuple français est à la fois un et plusieurs. C’est l’ADN d’un organe, c’est un élément spécifique du corps humain, mais en même temps, il y a dans son code tout le corps humain, le corps humain est ici le peuple français, et un organe est un des citoyens constituant le peuple français.

Disons-le clairement, il s’agit avant tout de "couleur de la peau". C’est peut-être ce qui est le plus visible avant de connaître l’histoire d’un homme. En fait, non, la taille est encore plus visible, ou la couleur des cheveux, ou des vêtements, ou la longueur du nez, ou l’existence de lunettes, ou… bref, quand on n’a qu’un aperçu visuel d’une personne qu’on croise, il n’y a pas que la couleur de la peau.

Et le pire, c’est que la couleur de la peau, il n’y en a pas deux (blanche et noire), ni quatre (je rajoute jaune, rouge), mais quasiment autant qu’il y a d’êtres humains, sept milliards ! Et elle change, c’est une dynamique, il suffit de sortir de son bureau et d’aller au ski, dans les champs ou sur les plages pour le savoir. Alors, je reste toujours étonné par ceux qui voudraient diviser l’humanité, qui voudraient la catégoriser selon la couleur de la peau. Je comprendrais qu’on voudrait la catégoriser selon c@n/pas c@n même si je ne doute pas que les définitions sont toujours aussi subjectives les unes que les autres.

Je trouve sain que des dizaines de milliers de personnes se mobilisent en France (ainsi qu’à l’étranger) pour combattre le racisme, mais si je ne doute pas de la sincérité des intentions, il faut se méfier des discours. L’antiracisme peut devenir un racisme si l’on n’y prête pas attention. Le fait de vouloir représenter, parler au nom des personnes d’une certaine couleur de peau est, pour moi, aussi raciste que le fait de faire de la discrimination selon cette même couleur de peau. Pourquoi ? Parce que c’est la vision même de la société humaine qui est en cause. En considérant qu’elle est divisée en deux sociétés distinctes, l’une "blanche" et l’autre "noire", forcément conflictuelles, elle est une vision aussi raciste que celle qui veut "casser du noir", simplement, elle est d’un autre point de vue.

C’est pour cela que toute démarche identitaire fondée sur la couleur de la peau me paraît très dangereuse. Elle alimente le racisme plus qu’elle ne le combat. L’élection de Barack Obama a même été très révélatrice. On a dit de manière inexacte qu’il était le "premier Président noir", mais en disant cela, on considère que si un seul parent est "noir", l’enfant est "noir". Il a été élevé par sa grand-mère "blanche", puis dans une belle-famille musulmane… Rien n’est simple, question identité (relire Alfred Grosser). La généralité, c’est le métissage : tout le monde, je dis bien tout le monde est le résultat génétique de métissages, parfois très anciens, mais c’est justement le principe de l’Évolution, et l’homo sapiens existe de façon très récente (30 000 ans, ce n’est rien à l’échelle de la Terre), croire en une "pureté" de "race" est doublement fautif, une faute scientifique doublée d’une faute morale.

Pudeur de gazelle : la France est très gênée par ce genre de débat car il est pollué par des racistes et des antiracistes qui sont, pour moi, dans des camps adverses mais sur le même terrain idéologique qui me paraît irrespirable car volontairement clivant.

Encore une fois, je trouve stupide cette catégorisation selon la couleur de la peau car de toute façon, personne n’y est pour rien, c’est un fait à la naissance (sauf pour Michael Jackson !!). Ce qui doit distinguer les êtres humains, ce n’est pas l’inné, c’est ce qu’ils ont fait ou pas fait, dans un environnement donné. À la limite, catégoriser la population selon la couleur du vêtement serait plus pertinent, car au moins, on choisit (ou pas) son vêtement. L’être en a une petite part de responsabilité. Ce qui n’est pas le cas de ce qu’il est à la naissance.

C’est ahurissant de parler en France de "privilège d’être blanc" (notion venue des États-Unis : "white privilege") et j’imagine que ce n’est pas ainsi qu’on éteint le racisme, on le rallume plutôt. Que peuvent penser des "gilets jaunes à peau blanche" qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts quand ils entendent qu’ils sont des "privilégiés" ? C’est absolument stupéfiant que le combat pour refuser la discrimination de personnes "à peau noire" entraîne une condamnation des personnes "à peau blanche", ou du moins, leur culpabilisation en général. C’est un racisme de voir le monde ainsi. Ce n’est pas un "racisme anti-Blancs", c’est le même racisme que le "racisme anti-Noirs", c’est de croire qu’on peut diviser l’humanité selon la couleur de la peau.

Comment le producteur Augustin Trapenard a-t-il pu accepter de lire le 4 juin 2020 à l’antenne de France Inter la lettre de Virginie Despentes ? Serait-ce lui faire trop d’honneur de l’évoquer ? La lettre commençait ainsi : « En France, nous ne sommes pas racistes mais je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. Pourtant, j’ai cinquante ans, j’en ai vu, des gouvernements. ». Elle n’a pas dû voir au bon endroit. Déjà, on serait tenté de réagir en disant que l’affirmation est complètement fausse, et en citant, pêle-mêle, Félix Houphouët-Boigny, ministre d’État de De Gaulle, excusez du peu), Christiane Taubira, Rama Yade, Roger Bambuck, etc. et même Gaston Monnerville, deuxième personnage de l’État pendant vingt ans, appelé le cas échéant à assurer l’intérim à l’Élysée, etc. Ensuite, on se dit que justement, les "racistes" les plus habiles ont toujours sous la main leur "Arabe de service", permettant de montrer que "voyez-vous, je ne suis pas raciste !". L’alibi.

Et puis, très vite, on se dit que cela devient puant, classer les ministres en fonction de leurs pigments de peau, surréaliste et surtout, c@n, très vite, on se dit qu’en répondant ainsi à coup d’arguments aussi stupides, on était tombé dans le panneau et que vouloir ainsi réagir, c’était aussi s’installer dans ce système dangereux de catégorisation selon la couleur de la peau. D’ailleurs, il y a eu des députés "à peau noire" plusieurs décennies avant que les femmes ("blanches" et "noires" confondues) n’aient eu le droit de les élire. Cela peut faire réfléchir…

Dans le débat public qui se développe depuis quelques jours, j’ai trouvé heureusement deux pépites de réflexion. Il faut insister : la pensée complexe n’est pas la plus simple à exprimer. La facilité intellectuelle se prête mieux aux jets (pour ne pas dire éjaculations) laconiques de Twitter.

J’ai ainsi beaucoup apprécié la réflexion de Caroline Fourest qui a parfois défendu des causes qui ne sont pas les miennes, mais qui a une cohérence intellectuelle qui fait du bien devant tant de confusions mentales dans le débat public. Elle explique ainsi qu’elle peut comprendre la colère de ceux qui sont discriminés car elle l’a été elle-même en raison de son orientation sexuelle, mais elle explique que la haine ne fait avancer aucune cause, aussi juste soit-elle.

Ainsi, pour soutenir la cause des LGBT, il était stupide et contreproductif de s’en prendre aux personnes hétérosexuelles. Il fallait au contraire convaincre que la reconnaissance de couples homosexuels ne gênait personne dans la société (je ne parle pas de l’adoption des enfants, c’est un autre sujet). Et c’est bien parce qu’il y a eu des personnes hétérosexuelles qui ont dépénalisé l’homosexualité que les personnes de même sexe peuvent aujourd’hui vivre ensemble en France (dans d’autres pays, on les condamne encore à mort). Toute avancée se fait sur un thème de rassemblement et pas de division. Malgré la colère.

De même, sur ce sujet de la violence policière avec suspicion de racisme, faire avancer la cause des personnes qui en seraient victimes n’est pas de fustiger les personnes "à peau blanche", mais de réfléchir sur l’interdiction ou un plus grande réglementation du plaquage au sol ou de l’utilisation des flashball, ou à imaginer un récépissé de contrôle d’identité, par exemple, ce qui serait utile à toute la population (Cédric Chouviat semblerait aussi être mort d’un plaquage ventral le 5 janvier 2020 à Paris, ainsi que Lamine Dieng le 17 juin 2007 à Paris). Unir et pas haïr. François Ruffin avait déposé une proposition de loi pour interdire le plaquage au sol, elle devait être examinée le 26 mars 2020, mais la crise sanitaire a bouleversé le calendrier parlementaire.

L’autre pépite, je n’en attendais pas moins de lui, c’est l’avocat chrétien du blog Koztoujours. Dans sa réflexion du 5 juin 2020 dont le titre est déjà largement suffisant : "Ni Blanc, ni Noirs, Français.", Koz s’indigne ainsi : « Je refuse d’être assigné moi-même à ma couleur de peau. Je refuse de m’excuser d’être ce que je suis, au-delà de ce que je choisis d’être (…). Je m’inquiète de voir les excès des uns pousser les autres à choisir un camp, sacrifiant la raison aux entreprises identitaires. Je m’inquiète car tous n’auront pas la ressource pour refuser la montée des extrêmes ou, si je ne craignais pas la référence cuistre, une forme de mimétisme girardien, déjà à l’œuvre. (…) Je n’ai pas combattu l’assignation identitaire par les uns, pour l’accepter par les autres. (…) Qui ne voit que l’identitarisme n’est que le cache-sexe du racisme ? Qui ne voit que ses promoteurs, des deux rives ou des deux faces, nous précipitent dans un conflit certain tant on serait irrémédiablement, immuablement, irrévocablement Blanc, Noir, à jamais divisés, avant que d’être Français ? ». J’y souscris totalement, évidemment…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 juin 2020)
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Pour aller plus loin :
Mort d’Adama Traoré : le communautarisme identitaire est un racisme.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
Deux faces des États-Unis : George Floyd et SpaceX.

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5 mars 2020 4 05 /03 /mars /2020 03:18

« Les Français aiment le réalisme ; ils pensent que si les comédiens sont trop beaux, le film ne ressemble pas à la réalité. Il a l’air d’un film. » (Roman Polanski, 7 mai 1997).


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Et voici qu’on reparle de Roman Polanski en ce début de décennie. La raison ? La 45e cérémonie des César du cinéma qui s’est déroulée le vendredi 28 février 2020 à la Salle Pleyel, à Paris.

Cette cérémonie est l’un des deux événements importants de la profession du cinéma français, l’autre est le Festival de Cannes. Cette année, tout commençait mal. Deux semaines avant la cérémonie, le 13 février 2020, la totalité du conseil d’administration de l’Académie des César a démissionné à la suite de protestation de professionnels sur le mode de gestion. Mais la polémique avait commencé deux semaines auparavant encore, le 29 janvier 2020, quand la liste des nominations a été publiée. Pourquoi ? Parce que le dernier film "J’accuse" de Roman Polanski a été nommé douze fois !

Cette année, c’est le film "Les Misérables" qui a remporté le titre le plus glorieux, trois César dont celui du meilleur film, mais "J’accuse" a néanmoins remporté lui aussi trois César (comme un troisième film, "La Belle Époque"), celui des meilleurs costumes (Pascaline Chavanne), celui de la meilleure adaptation d’un roman (Roman Polanski et Robert Harris, l’auteur du roman dont le film est inspiré), et enfin, et surtout, celui du meilleur réalisateur (Roman Polanski).

Roman Polanski a été donc récompensé très personnellement comme le meilleur réalisateur, et je m’en suis réjoui, comme je me serais réjoui si "J’accuse" avait été récompensé comme le meilleur film (ce qui n’a pas été le cas). Je l’ai déjà expliqué, j’ai beaucoup apprécié ce film qui a excellemment évoqué l’affaire Dreyfus par un angle détourné, un personnage moins connu (le colonel Picquart) et je suis convaincu que ce film sera "le" film qu’on fera voir aux scolaires pour parler de cet épisode pas très glorieux de l’Histoire de France.

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En raison de la polémique qui n’a cessé d’enfler contre la venue de Roman Polanski, aucune personne ayant collaboré à ce film n’est finalement venue à la soirée présidée par Sandrine Kiberlain et présentée par Florence Foresti. Roman Polanski est ainsi couronné par les Césars puisqu’il a remporté, en soixante-cinq ans de carrière, dix César (dont cinq du meilleur réalisateur). Avec Jacques Audiard, c’est le plus césarisé de toute l’histoire des César.

Autant dire que ces César multiples (je n’évoque pas les autres et nombreuses récompenses internationales), attribués de façon continue à des époques très différentes, montrent que Roman Polanski est ce qu’on pourrait appeler un "bon réalisateur", qu’on l’apprécie ou qu’on le déteste. Je salue donc ceux qui attribuent les César de n’avoir pris en compte que le caractère de l’œuvre de l’auteur sans prendre en considération d’autres éléments.

Car soyons clairs, ces autres éléments, ce qui fait polémique depuis plus d’une dizaine d’années (mais pourquoi seulement depuis dix ans et pas depuis quarante ans ?), ce sont les faits qu’on reproche à Roman Polanski et notamment d’avoir abusé d’une jeune fille de 13 ans en 1977 aux États-Unis. Il a reconnu les faits, à savoir des rapports sexuels illégaux avec une mineure, il a purgé une peine de prison pour cette raison, et la victime en question, malgré les pressions très fortes, a tourné la page depuis longtemps et son seul souhait, c’est qu’on ne parle plus de cette affaire.

Avec l’initiative MeToo, en revanche, d’autres femmes ont elles aussi déclaré qu’elles avaient été des victimes de Roman Polanski. Je n’ai aucune raison de ne pas les croire, mais les faits sont prescrits et les preuves assez inexistantes (c’est d’ailleurs le problème dans ce genre d’affaires). Je suis incapable de savoir si Roman Polanski est coupable ou pas, mais ce que je sais, c’est que ce n’est pas à un tribunal médiatique de juger ce genre d’affaires, c’est à la justice, et si la plainte repose sur des éléments solides, une instruction judiciaire est ouverte. À ma connaissance, aucune affaire judiciaire n’existe en France contre Roman Polanski.

On pourra toujours dire que c’est injuste, mais il serait encore plus injuste de laisser les réseaux sociaux ou les médias faire justice eux-mêmes. Notre pays a des lois, généralement, elles sont appliquées et souvent sévèrement (par exemple, dans l’affaire Balkany) et je ne vois pas pour quelle raison Roman Polanski bénéficierait d’une sorte d’immunité judiciaire, et cela pendant deux ou trois générations de juges.

Je ne plaindrais évidemment pas Roman Polanski même si son histoire est particulièrement horrible : sa famille exterminée dans les camps nazis (dont sa mère enceinte), sa femme enceinte et ses amis massacrés à domicile par un pseudo-gourou sanguinaire, etc. Rien ne peut en effet justifier viols ou autres actes criminels si ceux-ci ont été commis. Mais encore faut-il qu’ils eussent été commis.

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On pourra aussi se demander s’il faut séparer l’œuvre de son auteur. Flaubert avait déjà répondu à la question mais rien n’empêche non plus d’évoluer, ce fut sans doute le cas de Céline, mais aussi de Hergé (par exemple). Roman Polanski est devenu une sorte d’homme symbole, cible idéale mais injuste d’une cause pourtant juste et sincère, celle des femmes abusées sexuellement voire violées et qui ont toujours gardé le silence parce que traumatisées. Il faut que ces pratiques scandaleuses cessent, d’autant plus que les victimes sont jeunes, et il y a une lente mais heureuse progression de la société qui rejette de plus en plus ces comportements de "prédateur".

Mais pour autant, il faudrait rappeler qu’un film, ce n’est pas une œuvre individuelle, c’est le résultat d’un projet collectif auquel ont contribué des centaines de personnes. Récompenser le film "J’accuse" était mérité, et au-delà de son réalisateur, c’était récompenser aussi ces centaines de personnes, pas seulement les "têtes de gondoles" (acteurs, réalisateurs), sans lesquelles le film n’aurait rien été.

En d’autres termes, rendons à César ce qui est à César, et laissons la justice se faire par des juges et pas par des militants activistes qui peuvent parfois se tromper de combat.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 mars 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Polanski césarisé au milieu des crachats.
Michèle Morgan.
Miou-Miaou.
Juliette Gréco.
Marina Foïs.
"Le Cercle des Poètes disparus".
Robin Williams.
Suzy Delair.
Michel Piccoli.
Gérard Oury.
Pierre Arditi.
"J’accuse" de Roman Polanski.
Faut-il boycotter Roman Polanski ?
Adèle Haenel.
Michel Bouquet.
Daniel Prévost.
Coluche.
Sim.
Marie Dubois.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200228-polanski.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/polanski-cesarise-au-milieu-des-222032

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/03/04/38074971.html


 

 

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19 février 2020 3 19 /02 /février /2020 03:10

« Quand on trouble l’ordre public, sous quelque justification que ce soit, y compris religieuse, on ne peut l’accepter. » (Emmanuel Macron, le 18 février 2020 à Mulhouse).


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Au cours d’un déplacement à Mulhouse ce mardi 18 février 2020, le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé un discours très attendu sur la laïcité et les relations entre les religions et la République. En fait, il s’agissait surtout de comprendre qu’elle était la position d’Emmanuel Macron sur l’islam.

En employant depuis quelques semaines le terme "séparatisme" pour qualifier le fait de privilégier la religion sur lois de la République, Emmanuel Macron a voulu donner un signal fort mais également original dans la lutte contre le "communautarisme" : « Le problème est quand, au nom d’une religion, on veut se séparer de la République. ».

Et justement, il a préféré éviter d’employer ce terme, "communautarisme", car il ne voudrait pas être critiqué sur une lutte contre certaines communautés : « On peut appartenir à une communauté tout en étant pleinement Française et Français. ». Il a donc insisté sur une lutte contre cet esprit de clan qui soustrairait une communauté de personnes à la République.

En clair, Emmanuel Macron, arbitre suprême des citoyens (« Le sujet central, c’est celui de notre unité dans la République. »), garant autant de l'unité nationale que de la liberté de culte, ne veut pas stigmatiser une religion en particulier : « Je refuse le simplisme, la naïveté, mais aussi la stigmatisation. ».

Autant la nommer, l’islam, mais il ne s’agit pas de stigmatiser les musulmans, il s’agit de fustiger ceux qui, dans l’islam, refusent la société française, à savoir l’islamisme ou l’islam politique. En énonçant ainsi cette différence, il marche évidemment sur des œufs car les "identitaires" qui mélangent pêle-mêle les musulmans qui pratiquent leur religion sans gêner les autres et les islamistes qui voudraient à terme une république coranique (la charia en guise de Constitution) voire qui voudraient carrément massacrer des Français, vont voir dans cette différentiation subtile une faille dans la fermeté, et les islamocompatibles, ainsi que sont appelés ceux qui, à gauche surtout, toléreraient les provocations des islamistes, vont amalgamer et faire croire que ce discours stigmatise une religion.

C’est le problème de toute pensée "complexe", celui de la nuance qui peut être mal interprétée d’un côté comme de l’autre. Pourtant, il y a urgence à ne pas s’aventurer dans des pensées simplistes car c’est tout le liant de la société française qui est en cause.

L’idée de parler de séparatisme est originale et pertinente. Originale car c’est un mot qui lui est propre. Il était plutôt utilisé dans d’autres contextes et hors de France : séparatisme irlandais, séparatisme catalan, séparatisme flamand, séparatisme russe (en Ukraine, dans le Donbass), séparatisme tchétchène, etc. En utilisant ce mot pour désigner l’islamisme politique en France, Emmanuel Macron convient de la gravité du diagnostic : oui, dans certains quartiers, dans certaines zones, il y a des zones de non-droit, des zones où l’islam l’emporte sur la République : « On ne peut jamais accepter que les lois d’une religion soient supérieures à celles de la République. ».

Subtile aussi car Emmanuel Macron veut lutter efficacement contre le séparatisme islamiste. Or, il reproche à tous ceux qui en ont fait leur cheval de bataille politique, les identitaires, un trop grand simplisme et surtout, une incompétence dans sa lutte concrète.

Ainsi, il évoque l’idée de révoquer l’enseignement des écoliers pour des cours en langue arabe par des enseignants qui ne maîtrisent même pas le français et dont l’enseignement n’est même pas contrôlé par l’État français, cet enseignement en langue étrangère maternelle se fera désormais à partir des cours internationaux. C’est une disposition technique qui a pourtant une grande incidence : il faut que tous les enfants et adolescents instruits en France le soient par un programme républicain qui ne remet pas en cause la République et ses lois.

Emmanuel Macron a ainsi précisé un certain nombre de mesures concrètes pour la reconquête de la République dans certains milieux. Ceux qui imaginaient secrètement le Président de la République annoncer l’interdiction de l’islam ne seront évidemment pas satisfaits : « Un plan contre l’islam serait une faute profonde ; nous devons combattre le séparatisme islamiste. ». Heureusement : « Il ne faut pas faire de la laïcité l’instrument d’une bataille contre une religion. ». Car voici sa définition de la laïcité : « La laïcité, c’est la possibilité de croire ou de ne pas croire, mais (…) sans que cela vienne troubler le respect des lois. ».

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Emmanuel Macron prononcera encore deux autres discours sur la laïcité dans les semaines à venir. Il semble probable que ce discours de Mulhouse ne satisfera pas ceux qui, de toute façon, de part et d’autre, ne cessent de jeter de l’huile sur le feu de la cohésion nationale pourtant déjà très fragile depuis plusieurs décennies. C’est pourtant sur ce thème régalien et sur la transition écologique qu’Emmanuel Macron voudrait consacrer le restant de son quinquennat, à savoir les deux prochaines années, après les "épisodes" encore à venir de la réforme des retraites et de la PMA pour toutes les femmes. Son objectif devra être très ambitieux : celui de rassembler tous les Français autour d’une fierté nationale retrouvée.

En 2009, Nicolas Sarkozy, qui avait pressenti les enjeux, n’était pas parvenu à mener à bien son grand débat sur l’identité nationale, et son successeur François Hollande se moquait comme de sa dernière chemise de ce problème pourtant essentiel qui a permis à tous les extrémismes et à tous les populismes de prospérer sur le terreau de la crise économique.

Étrangement, on ne parle plus aujourd’hui du chômage dont le taux est redescendu à 8,1% de la population active, ce qui est un exploit pas assez répété. La transition écologique est un sujet qui pourrait avoir l’air d’être un gadget (il n’y avait quasiment rien sur ce thème dans le programme présidentiel de 2017), tandis que la cohésion républicaine est un sujet majeur qui a une incidence évidente sur le plan économique. Le jour où les Français retrouveront foi en l’avenir, ce sera le jour où ils n’auront plus peur de ne plus être ce qu’ils étaient hier, ou plutôt, ce qu’ils croyaient être hier, et cette confiance retrouvée renforcera le dynamisme économique actuellement nourri par une partie du peuple et pas son ensemble. Et pour cela, il faut que les Français se sentent soutenus par un État qui les comprend et qui comprend leurs inquiétudes. Ce sera d’ailleurs le seul moyen de redonner à la politique ses lettres de noblesse.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 février 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron le 18 février 2020 à Mulhouse (texte intégral).
Jésus-Christ et Frédéric Fromet.
5 ans de Soumission.
Mosquée de Bayonne : non assistance à peuple en danger ?
La société de vigilance.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.
Discours du Président Jacques Chirac le 17 décembre 2003 à l’Élysée sur la laïcité (texte intégral).
La Commission Stasi : la République, le voile islamique et le "vivre ensemble".
Rapport Stasi du 11 décembre 2003 sur la laïcité (à télécharger).
L’immigration, une chance pour la France : Bernard Stasi toujours d’actualité !
Pas de politique sans morale.
La laïcité depuis le 9 décembre 1905.
Le burkini en question.
L’apéro saucisson vin rouge (12 juillet 2011).
Terrorisme islamiste de Daech.
L’esprit républicain.
Le patriotisme.
Représenter le prophète ?
L’islam rouge (19 septembre 2012).
La laïcité et le voile.
La burqa et la République.
Terrorisme et islamisme.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200218-separatisme-islamiste.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/la-guerre-contre-le-separatisme-221635

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/02/18/38036547.html




 

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18 février 2020 2 18 /02 /février /2020 03:53

« Avec l’aide de Dieu, le dévouement de notre armée, qui sera toujours l’esclave de la loi, avec l’appui de tous les honnêtes gens, nous continuerons l’œuvre de la libération de notre territoire et le rétablissement de l’ordre moral de notre pays. Nous maintiendrons la paix intérieure et les principes sur lesquels repose notre société. » (Maréchal de Mac-Mahon, le 28 avril 1873).



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Connaissez-vous Albert de Broglie ? Diplomate, patron de Saint-Gobain, grand-père du Prix Nobel de Physique Louis de Broglie (qui participa à l’architecture majestueuse de la physique quantique), député monarchiste à partir du 8 février 1871, il fut nommé Président du Conseil (en fait, précisément "Vice-Président du Conseil" mais avec le rôle de chef du gouvernement) le 24 mai 1874 par le nouveau Président Patrice de Mac-Mahon. Il fut connu pour appliquer la politique de l’ordre moral.

De quoi s’agissait-il ? Après la défaite de Napoléon III à Sedan et la proclamation de la République par Gambetta, Thiers gagna les élections du 8 février 1871 avec une majorité conservatrice. Situation très étrange : nous étions alors en République, sans Constitution, et les députés démocratiquement élus (sur pression de Bismarck qui voulait négocier une paix avec des représentants français légitimes) étaient majoritairement monarchistes. En d’autres  termes, Thiers, élu Président de la République (à partir du 31 août 1871) en même temps que chef du gouvernement (à partir du 17 février 1871 : "Chef du pouvoir exécutif"), s’est converti à la République mais à une République conservatrice. Cependant, son autoritarisme le fit renvoyer par les députés le 24 mai 1873, qui lui ont préféré le vieux maréchal napoléonien monarchiste Patrice de Mac-Mahon, dont l’esprit politique était loin d’être subtil (il fit d’ailleurs l’objet de plaisanteries sur certains de ses beaux mots, comme lors d’une inondation).

L’armée d’occupation allemande quitta la France en septembre 1873 grâce aux négociations de Thiers, mais Mac-Mahon avait pour but d’attendre (d’où le septennat voté le 9 novembre 1873) que les légitimistes et les orléanistes pussent résoudre leurs problèmes afin de restaurer la monarchie (plus clairement, attendaient la mort du dernier descendant de Charles X, son petit-fils, sans descendance, afin de confier la totalité de l’héritage capétien au petit-fils de Louis-Philippe). Pour cela, Mac-Mahon constitua un gouvernement d’ordre moral dirigé par Albert de Broglie. Mais au fur et à mesure que des élections partielles ont eu lieu, puis générales, la Chambre des députés s’est progressivement républicanisée aux dépens des monarchistes jusqu’à la fameuse crise du 16 mai 1877. Entre-temps, les députés ont voté le 30 janvier 1875 "l’amendement Wallon" qui confirma la "République" seulement dans le titre du chef de l’État : "Président de la République", c’est ainsi que la Troisième République a été instituée sans avoir rédigé de Constitution.

L’entreprise de l’ordre moral n’a pas fait long feu. Après quelques gouvernements républicains (dirigés par Jules Dufaure ou Jules Simon), Mac-Mahon nomma à nouveau Albert de Broglie à la tête du gouvernement et prononça la dissolution de la Chambre des députés le 25 juin 1877. Ce fut une campagne électorale particulièrement agitée, avec la fameuse réplique de Gambetta le 15 août 1877 à Lille : « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien, Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre. ». Les élections législatives du 28 octobre 1877 confirmèrent la majorité républicaine (320 républicains contre 159 conservateurs) des élections précédentes du 5 mars 1876 (393 républicains contre 140 conservateurs). Mac-Mahon s’est alors soumis aux républicains, puis, pour protester contre le limogeage de certains généraux, a fini par démissionner le 30 janvier 1879, ouvrant l’ère de la République pleine et entière (appelée la République Grévy du nom du successeur qui inaugura les chrysanthèmes), République quasi-définitive en France (remise en cause temporairement pendant les quatre années de Pétain au pouvoir).

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Pourquoi évoquer l’ordre moral en 2020 ? À cause du retrait de Benjamin Griveaux de la campagne des élections municipales à Paris. J’ai l’impression que certains n’ont pas vraiment les mêmes priorités morales pour la société de liberté et de responsabilité.

Il est évident qu’une vie en société, le vivre ensemble, a besoin de morale. Mais cette morale est forcément évolutive. Être en couple et ne pas être mariés était un scandale en 1970, mais est très commun en 2020, en tout cas, plus commun que se marier. Précisons néanmoins que jamais la "morale publique" ni la loi n’ont accepté, même dans les années 1970, la pédophilie, contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là (seule, une infime minorité d’une élite qui se croyait progressiste croyait pouvoir la tolérer à cette époque).

Dans les commentaires sur ce retrait de Benjamin Griveaux, il y a en gros deux "camps" (si "camp" veut dire quelque chose ici) : ceux qui considèrent Benjamin Griveaux comme coupable et ceux qui le considèrent comme victime.

Évidemment, comme il est peu populaire, notamment parce qu’il a porté de manière trop arrogante une ambition qui, pourtant, n’était pas illégitime (heureusement que ceux qui s’engagent dans la vie politique portent des ambitions, pour eux-mêmes comme pour la collectivité qu’ils veulent ou prétendent vouloir servir !), certains préfèrent pilonner sur Benjamin Griveaux et sa morale personnelle qui serait "défaillante".

Mais qui sont-ils, ceux qui se permettent de juger de la morale d’un autre ? Eux-mêmes sont-ils aussi vertueux que les leçons qu’ils souhaitent donner le laissent penser ? Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ! C’était cela qui était détestable dans l’esprit de l’ordre moral d’Albert de Broglie : pas la lutte contre l’immoralité (qui serait contre ?) mais cette extrême hypocrisie de laisser penser qu’on puisse être un protecteur de la vertu. Cette posture était hypocrite.

Si la morale est nécessaire, elle ne peut pas être absolue. Chacun a sa morale et même évolue avec sa morale, parfois à cause de sa pratique ou celle de ses proches. Le seul moyen objectif et neutre de définir cette morale, c’est le droit. C’est pour cela que nous sommes dans un État de droit : notre limite à la morale, c’est la loi. C’était ce qui rendait nécessaire la religion pour Voltaire, l’intérêt que la foi était déterminée par et pour une morale publique. Le code civil, en quelques sortes, est une morale civile, mais une morale minimale (notons d’ailleurs que la faute d’adultère dans le mariage a été, il me semble, retirée du code civil, malgré l’engagement de fidélité).

Tout homme est faillible et l’on peut évidemment parler, pour Benjamin Griveaux, qui (circonstance aggravante !) était membre du gouvernement à l’époque de la vidéo, d’une suprême imprudence et même, selon le mot de Serge July, d’une grande c*nnerie de s’être jeté dans la gueule du loup. À l’évidence, il est tombé stupidement dans un piège tendu par la campagne du pseudo-artiste russe et c’était pour le moins un peu naïf. Elle était peut-être irrésistible. Qu’importe, c’est un piège courant en Russie pour disqualifier un opposant ou un rival.

On sait très bien que l’une des motivations de l’engagement (ce qui permet d’ailleurs au monde d’évoluer et de progresser), c’est la toute-puissance, celle du triangle classique : pouvoir/argent/sexe. Il fut d’ailleurs encore assez récent le temps où le fait d’avoir plusieurs maîtresses (ou plusieurs amants, mais la société était trop machiste encore pour imaginer l’autre sens) était une preuve de grande puissance et donc de grande réussite (politique, économique, artistique, etc.). Autant que le fait d’être riche (voiture, maison, vacances, etc.). Ce n’était pas ainsi que je concevais la réussite, mais d’autres la concevaient ainsi.

L’affaire Dominique Strauss-Kahn (l’ancien mentor de Benjamin Griveaux) a mis sous la lumière des projecteurs médiatiques le fait que certains prédateurs politiques étaient également des prédateurs sexuels. Mais le scandale DSK avait quand même une autre dimension : une dimension judiciaire puisqu’il était accusé de viol, ce n’était pas rien (un crime !) et une dimension politique puisqu’il était le favori pour succéder à Nicolas Sarkozy à l’Élysée (un Président de la République en puissance !). À l’évidence, en mai 2011, Dominique Strauss-Kahn n’était pas une victime mais un prévenu.

Pour la situation de Benjamin Griveaux, je considère qu’il est victime et pas coupable. A priori, il n’a commis aucune infraction à la loi. Je pense évidemment à sa famille, son épouse et ses trois enfants, dont j’imagine la surprise, la colère et la tristesse, mais qui serais-je pour vouloir donner des leçons de vertu à mes contemporains ?

Or, certains préfèrent pointer du doigt cette morale douteuse de l’ancien candidat (morale douteuse dont on ne connaît d’ailleurs pas grand-chose sinon quelques bribes lâchées dans le domaine public), plutôt que l’immoralité réelle et confirmée du pseudo-artiste russe et de sa compagne.

Car si la morale peut être relative ou évolutive, il y a un seuil minimal objectif et absolu facile à définir : le seuil minimal de la morale sociale, c’est tout simplement la loi, comme je l’ai écrit plus haut. C’est cela l’État de droit. La première immoralité, c’est de ne pas respecter la loi. Or, ici, il y a au moins un ou deux potentiels délits (j’écris "potentiels" car il faut qu’ils soient effectivement confirmés par un procès), le premier est de diffuser une vidéo à caractère pornographique susceptible d’être vue par des enfants (mais le délit n’est peut-être pas constitué à cause de l’origine de l’hébergement du site Internet), et le second est la violation de la vie privée et de données personnelles.

Or, cette violation de données personnelles est un délit très grave aujourd’hui, avec l’Internet et les réseaux sociaux, et surtout, elle ne concerne pas seulement des personnages publics comme c’était le cas quand il n’y avait que la presse papier, la radio et la télévision comme moyen de diffusion en masse : elle concerne toutes les personnes, y compris les adolescents dont certains se sont suicidés par honte d’images les mettant en scène et diffusées contre leur accord.

Ce n’est donc pas un risque pour la seule classe politique qui se réfugierait derrière le soutien de caste à Benjamin Griveaux de peur que chacun des responsables politiques subisse la même "mésaventure", c’est un risque pour tout le monde.

D’ailleurs, l’argument selon lequel Benjamin Griveaux l’a bien cherché, qu’il se serait filmé lui-même, qu’il mettait en scène publiquement sa vie de bon mari et bon père de famille, est complètement stupide. C’est le même sophisme qui pourrait justifier le viol de votre fille de 17 ans parce qu’elle aurait porté une minijupe et qu’elle aurait dit à son futur agresseur qu’elle était majeure. Votre fille aurait-elle été victime ou coupable ?

Pire : le mensonge est rarement un délit dans le droit français (il n’y a que certains cas où c’est un délit, comme une fausse déclaration fiscale ou de patrimoine). C’est la différence entre la morale et le droit.

Tous ces défenseurs de la morale, heureux du mauvais sort de Benjamin Griveaux, ont été les premiers à chercher à voir la vidéo en question. Personnellement, je ne l’ai pas regardée et surtout, je n’en éprouve aucune envie (pas plus que les vidéos gore de Daech). J’aimerais bien connaître ce qu’est la morale un tantinet voyeuriste du bon mari et bon père de famille qui a passé quelque temps à surfer sur Internet pour atteindre cette vidéo !

Je reviens d’ailleurs à ce que j’ai écrit plus haut : indépendamment des conséquences politiques, la diffusion de cette vidéo en question a été une "bonne leçon" de morale à Benjamin Griveaux. Mais qui l’a enseignée ? Un pseudo-artiste russe dont la morale est particulièrement douteuse. Qui a été condamné par la justice russe et par la justice française.

Par ailleurs, quelle devrait être la réaction de la France qui a accueilli un réfugié dont elle a accepté l’asile politique qui non seulement continue à faire de l’activisme politique, mais a été condamné à plusieurs années de prison pour avoir mis le feu à une succursale de la Banque de France ? On devrait dire bravo parce que la Banque de France, c’est caca, sale capitalisme, et gros sous ? Ou devrait-on plutôt l’expulser ?

À cet égard, le Président Emmanuel Macron a manqué de pertinence ce samedi 15 février 2020 en évoquant une intervention de la Russie dans le processus électoral en France : je doute que le pseudo-artiste en question (dont je refuse de citer le nom) soit soutenu par Vladimir Poutine qui a dû être très heureux de l’avoir refilé à l’étranger. La France serait bien inspirée de le refiler à la Russie plutôt qu’il occupe de nouveau une place si rare dans une prison française.

Benjamin Griveaux n’est d’ailleurs pas victime d’une première attaque personnelle : non seulement lui mais aussi sa famille avaient déjà reçu des lettres d’insultes voire des menaces de mort, et son ministère avait même été "forcé" (portail détruit) le 5 janvier 2019 par un transpalette électrique conduit par des gilets jaunes, ce qui fut sans précédent sous la Cinquième République. On peut lui reprocher son arrogance, on peut lui reprocher ses propositions municipales loufoques, on peut lui reprocher ce qu’il représentait, à savoir le pouvoir et son triomphalisme, rien ne justifie la violence contre lui, rien ne justifie de s’en prendre personnellement à lui. Comme le disait François Mitterrand à l’enterrement de Pierre Bérégovoy le 4 mai 1993 à Nevers : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas que l’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme (…) au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous. ».

Le retrait de Benjamin Griveaux après la diffusion d’une telle vidéo était inéluctable. Il aurait été inéluctable même sans les images, seulement si une trop grande différence entre l’affiché et le réel était établie d’une manière ou d’une autre, au même titre que François de Rugy devait partir pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le droit mais qui ont à voir avec la morale, le train de vie un peu trop luxueux et dépensier avec l’argent du contribuable.

Je maintiens que le problème de François de Rugy (comme celui de François Fillon en janvier-avril 2017), ce fut de ne pas s’être rendus compte que cela pouvait choquer les Français même si (selon eux) ils avaient respecté scrupuleusement la loi (ce qu’un procès déterminera prochainement pour François Fillon). Leur mépris affiché (je n’ai rien fait de mal, les autres font pareil, c’est dérisoire par rapport à ce que j’apporte à la terre entière, etc.) devait nécessairement entraîner leur démission ou retrait car ils ne pouvaient plus représenter les citoyens dont ils n’avaient plus aucune idée du train de vie. Il n’était pas question de train de vie pour Benjamin Griveaux mais de ridicule, ce qui a anéanti toutes ses années en politique.

Dans une élection, le ridicule est peut-être plus grave qu’une infraction à la loi, puisque les rieurs resteront toujours du côté des adversaires, ce qui est terrible lors d’une élection. Mais aussi pour son ego. Je rappelle que plusieurs jeunes adolescentes ont mis fin à leurs jours à cause d’une photographie ou d’une vidéo diffusées sur Internet, encore une fois, l’avaient-elles vraiment méritées même si c’étaient bien elles et pas des images truquées ?

Ceux qui, aujourd’hui, condamnent Benjamin Griveaux pourraient bien, un jour ou l’autre, être victimes de la même infamie (que je ne leur souhaite pas)…

« En morale, l’intention peut justifier bien des choses ; en art, les meilleures intentions ne sont bonnes qu’à paver l’enfer. » …expliquait Camille Saint-Saëns.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 février 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le retour à l’ordre moral ?
Benjamin Griveaux.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200215-ordre-moral.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/benjamin-griveaux-le-retour-a-l-221580

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/02/16/38029991.html





 

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 03:54

« Ce que je voudrais lancer aujourd’hui, c’est véritablement un appel à la mobilisation générale. Le handicap ne touche pas simplement 12 millions de Françaises et de Français, bien plus si l’on prend en compte les familles. Chacun d’entre nous peut y être confronté. Chacun d’entre nous, à un moment de sa vie, peut y être confronté de manière transitoire ou irréversible. Et donc, nous ne devons jamais être de ceux qui détournent le regard (…). Chaque jour, nous devons nous mobiliser pour construire une société pour tous, avec tous (…). C’est un sujet qui touche tous les Français, et aux personnes en situation de handicap dans cette salle et partout dans le pays, je veux ici dire très solennellement que la République sera toujours à leurs côtés et qu’à chaque fois qu’il y a une difficulté, une impasse, une épreuve, qu’ils n’ajoutent pas une forme de culpabilité à ce qu’ils vivent (…). Eux, ils ont à croire dans leurs rêves. Votre différence, ça n’est pas celle que nos regards, trop habitués aux normes, croient voir. Votre différence, c’est votre potentiel. C’est cette force d’âme qui est parfois enfouie dans chaque personne et chaque famille qui a à vivre ces situations un peu différentes et particulières et qui peut apporter aux autres, en ce qu’elles font voir différemment le quotidien de la réalité. » (Emmanuel Macron, le 11 février 2020 à Paris).



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En organisant ce mardi 11 février 2020, au Palais de l’Élysée à Paris, la cinquième Conférence nationale du handicap (elle se réunit tous les trois ans), le Président Emmanuel Macron a d’abord voulu honorer son prédécesseur, le Président Jacques Chirac qui, le 14 juillet 2002, avait placé la solidarité envers les personnes en situation de handicap parmi les quatre priorités de son second mandat, avec la sécurité routière, la lutte contre le cancer et la lutte contre les maladies neurologiques. En effet, la date était le quinzième anniversaire de la promulgation de la loi n°2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

Dans son discours à l’issue de cette conférence nationale (que l’on peut lire ici), Emmanuel Macron a aussi voulu saluer un autre prédécesseur, De Gaulle : « Le Général De Gaulle avait une fille, Anne, qui était atteinte du syndrome de Down et dans ses mémoires, il a une phrase très belle dans laquelle il disait que sans elle, il n’aurait sans doute pas fait ce qu’il a fait. Cela dit quelque chose aussi de tout ce que les blessures les plus intimes apportent mais aussi de tout ce qu’on appelle aujourd’hui la résilience, en tout cas, la capacité à faire d’une morsure du destin une chance ou une possibilité de faire différemment, peut apporter à un homme, une école, une entreprise, une nation. ».

Cette loi du 11 février 2005 fut l’une des premières lois majeures qui a voulu faire des personnes en situation de handicap des personnes comme les autres, qui doivent être aidées par la solidarité nationale, parfois par des gestes simples (ne pas détourner le regard, ne pas les considérer comme "anormales"…). Son article 2 définit d’ailleurs le mot qui pouvait prêter à confusion : « Constitue un handicap, au sens de la loi présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques ou d’un trouble de santé invalidant. ». Ce ne sont pas seulement les personnes atteintes de surdité, ou qui sont muettes, ou aveugles, ni en fauteuil roulant, mais aussi celles dont le handicap est "invisible", peu voyant, mais réel.

Tout le monde est concerné par le handicap, de près ou de loin, mais même par égoïsme : même les "bien-portants" peuvent un jour se retrouver en situation de handicap, par accident, par attentat, par une de ces déconvenues aléatoires de la vie. L’intérêt de chaque citoyen, c’est d’adapter la société aux différents handicaps, et pas le contraire. Il y a eu des progrès, mais il y a encore du chemin à parcourir. Probablement que l’une des tendances les plus importantes, dont l’enjeu est prioritaire, c’est l’espérance de vie des personnes en situation de handicap qui est de plus en plus longue, ce qui est un plus pour la société en général et pour les personnes concernées en particulier, mais qui renforce l’angoisse des parents (par exemple) sur ce que deviendrait leur enfant en situation de handicap si jamais il leur survivrait.

La société a vraiment encore beaucoup à faire. Il suffit d’un exemple. Si vous voulez vendre un appartement dans un immeuble parisien, vous vous rendez compte que les acheteurs sont très exigeants sur l’appartement dans le long terme : s’ils comptent  vieillir là, ou y faire cohabiter un parent plus âgé, etc., ils veulent un ascenseur, suffisamment grand pour permettre à une personne en fauteuil roulant de le prendre. Dans les grandes avenues, pas un commerce de proximité n’a pas ses deux ou trois marches pour atteindre le palier, dans les immeubles, pas un n’a son demi-étage avant d’atteindre l’ascenseur de toute façon trop étroit pour être adaptable. Et les transports, n’en parlons même pas : il y a toujours une marche pour entrer dans le métro, dans les bus, dans les rames de RER : bonjour l’angoisse des parents. Fauteuils roulants, mais aussi poussettes. Cette société a dû mal avec ses invisibles.

Pour ce sujet à l’enjeu de solidarité qui devrait faire l’unanimité dans la classe politique, tout le monde est a priori d’accord pour rendre la société plus accessible à tout point de vue, mais il a souvent été instrumentalisé à des fins politiciennes voire électoralistes. Soit par cynisme (voir la fausse colère de Ségolène Royal lors du débat face à Nicolas Sarkozy le 2 mai 2007), soit par naïveté et ignorance des circuits parlementaires (voir François Ruffin le 11 octobre 2018) : « J’ai fait du handicap ma carte blanche, lors de l’élection présidentielle [de 2017]. Cela n’était pas prévu (…). Et c’était en effet la question qui était posée aux deux candidats, savoir ce qui était le plus important pour eux, ce qui n’avait pas été évoqué dans le débat. Le handicap n’avait pas été évoqué dans le débat. Et depuis, je n’ai eu de cesse d’agir, d’avoir moi-même l’obsession que ces changements soient tangibles pour tous. » (Emmanuel Macron).

C’est sûr que cela dépend des handicaps, mais la société doit être plus ouverte à cette grand proportion de la population (10 à 20%). Et la différence peut même être un atout dans une vie économique où l’innovation est le maître mot. Sortir de la norme, c’est aussi sortir des vieilles recettes et imaginer de nouvelles solutions.

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Très attendu, Emmanuel Macron a ainsi présenté plusieurs mesures sur cette indispensable mise aux normes de la société pour les personnes qui se sont définitivement éloignées de la norme. Trois grands objectifs ont été exposés.


Premier objectif : chaque enfant sera scolarisé dès la rentrée prochaine

Il y avait 55 000 accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) en 2017. 11 500 accompagnants scolaires sont en train d’être recrutés jusqu’en 2022 pour accompagner les 8 000 enfants qui sont actuellement sans solution de scolarisation (ils étaient 15 000 en 2018) : « Nous ne devons jamais nous habituer à ce que des enfants en situation de handicap soient privés (…) de la chance d’aller à l’école, de la joie d’apprendre et du bonheur de tisser des liens. ».

Le forfait d’intervention précoce, aujourd’hui réservé aux enfants âgés de 0 à 6 ans, sera étendu aux enfants âgés de 6 à 12 ans, et étendu à tous les dysfonctionnements comme la dyslexie.

Emmanuel Macron propose par ailleurs d’étudier l’intégration des personnes en situation de handicap dans l’enseignement supérieur.


Deuxième objectif : ne laissez personne, ni aucune famille, au bord du chemin

Pour cela, un numéro national unique de téléphone (le 360) va être créé, en complément des 400 communautés d’accompagnement : « Faire en sorte que d’ici [à] 2021, aucune personne en situation de handicap, enfant comme adulte, ne soit laissée seule dans sa recherche de solution. ».

Aussi, le gouvernement s’engage à ce que, d’ici à 2021, aucune demande d’allocation aux adultes handicapés (AAH) ne dépasse un délai de trois mois. Et la stabilité de cette AAH (qui vient d’être augmentée de 90 euros par mois) sera garantie : « Jamais l’allocation adulte handicapé ne sera transformée, diluée, supprimée au bénéfice du revenu universel d’activité. ».

L’enfer bureaucratique : « La chose la plus terrible à vivre pour elle, ce n’est pas la trisomie de sa fille, c’est le fameux "effet Louise", c’est-à-dire le système administratif qui a transformé sa vie en une montagne de photocopies et de certificats médicaux. ». Exemple, l’application de l’instauration des droits à vie : « Avancée majeure. On a défini quatre situations de handicap. On dit quand on a des droits à vie, on va arrêter de demander aux gens de refaire des visites médicales, des certificats pour bien confirmer que de manière régulière, ils sont bien aveugles pour avoir droit… C’est ridicule. Simplement, je ne sais pas expliquer que ces droits à vie soient aujourd’hui accordés dans 2% des cas dans un département et 60% des cas dans un autre département. Et donc, il faut qu’on marie la simplicité, la proximité qu’offre la présence départementale et les acteurs locaux avec l’égalité des droits républicains dans le cadre justement de cet accord. ».

Enfin, 1 000 places vont être créées en plus des 2 500 déjà programmées pour 2021-2022 pour éviter les placements à l’étranger de personnes en situation de handicap, faute de places en France (il y avait 5 000 personnes dans ce cas en 2017, il n’en reste plus que 500 aujourd’hui).


Troisième objectif : permettre à tous d’avoir accès à une vie libre et digne

Cela signifie de défendre tous les droits des personnes en situation de handicap : vote, pacs, mariage, vie sexuelle, accès à l’emploi et plus généralement, accès à une vie sociale.

L’État seul n’est pas le seul en cause. Les entreprises sont parmi les acteurs essentiels dans cette capacité à rendre la société plus inclusive et notamment dans le domaine de l’emploi. Égalemnt les collectivités locales : « Je veux ici lancer un appel à tous les candidats [aux élections municipales] et les engager à penser, dans leur programme, la commune inclusive sans laquelle il n’y a pas de société inclusive. Je compte sur eux (…). Il faut juger les candidats sur leur capacité à apporter des réponses concrètes, tangibles, réalistes. ».


L'avenir ?

Ces mesures sont concrètes, mesurables et visent à améliorer le sort des personnes en situation de handicap. C’est la poursuite de cette évolution dans les mentalités, beaucoup trop lente pour les personnes concernées : « Toutes ces mesures surtout participent d’une philosophie nouvelle où l’on ne considère plus les personnes en situation de handicap comme des figures d’altérité, au fond une extériorité, eux, mais bien des citoyens à part entière, nous. Des citoyens qui ont droit à une vie de dignité, une vie de liberté, une vie comme les autres au milieu des autres. (…) Nous affirmons qu’il n’y a pas, d’un côté, les personnes en situation de handicap, et de l’autre, celles que le destin, l’existence aurait épargnées, simplement parce qu’il y a une nation, et c’était déjà au cœur de l’esprit de la loi de 2005 ».

Jacques Chirac a initié le mouvement, Emmanuel Macron a poursuivi ce mouvement de faire que les personnes en situation de handicap puissent vivre le plus possible, comme monsieur et madame tout-le-monde…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 février 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La 5e Conférence nationale du handicap le 11 février 2020 à Paris.
Discours du Président Emmanuel Macron à la Conférence nationale du handicap le 11 février 2020 (texte intégral).
Lino Ventura et Perce-Neige.
Marie Dubois.
Le handicap et l'école.
Proposition de loi d’Aurélien Pradié sur l’accompagnement des enfants en situation de handicap, déposée le 29 août 2018 (à télécharger).
Loi ELAN (projet déposé le 4 avril 2018 et "petite loi" définitivement adoptée le 3 octobre 2018, à télécharger).
Colère de François Ruffin sur le débat sur le handicap (le 11 octobre 2018).
Question et réponse de Jean-Michel Blanquer sur le débat sur le handicap (le 16 octobre 2018).
Le handicap, prétexte à la polémique politicienne ?
Handicap : le miraculé d’un train régional malgré l’indifférence des autres ?
Une candidate à l’élection présidentielle va toucher une auditrice en situation de handicap.
Loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées (version consolidée au 7 octobre 2021).
Un débat électoral où le handicap était prétexte à une colère politicienne.
La scolarisation des enfants en situation de handicap, où en est-on ?
Et si nous bâtissions une société accessible à tous ?
Le congé de proche aidant.
L’élimination des plus faibles ?
Intouchables : le modèle républicain en question.
Un fauteuil pour Vincent.
Stephen Hawking.
Vincent Lambert.
Monique Pelletier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200211-handicap.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/le-handicap-parlons-en-221463

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/02/11/38016081.html



 

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11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 11:27

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200211-handicap.html




Discours du Président de la République lors de la Conférence Nationale du Handicap

Mesdames, Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs les parlementaires, Mesdames, Messieurs les élus. Monsieur le président de l'Association des départements de France, Monsieur le président du Conseil national consultatif des personnes handicapées, Mesdames et Messieurs les présidents de l'Association, Mesdames et Messieurs.  Je suis ravi d'être parmi vous, très heureux d'être à vos côtés juste après une signature importante et j'y reviendrai après une matinée d'échanges.

En effet, c'est pour moi à la fois un plaisir et une fierté de vous accueillir à l'Élysée pour cette cinquième Conférence nationale du handicap. Ce rendez-vous triennal prend cette année un relief un peu particulier puisque ce 11 février marque les 15 ans d'une loi fondatrice, la Loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Et je remercie Claude CHIRAC de nous faire l'amitié de sa présence, et à travers vous, chère Claude, c'est évidemment à votre père, au Président CHIRAC et à son legs en la matière que nous rendons hommage aujourd'hui. Car oui, il y a eu un avant et un après, ce texte de loi, même si le chemin n'est pas terminé, nous le savons très bien. Et il y a tout un travail et une mobilisation de la société qui s'est construit, qui a été bousculé suite à ce texte.

J'ai fait du handicap ma carte blanche, lors de l'élection présidentielle. Ce n'était pas prévu, certains s'en souviennent peut-être ce soir. Et c'était en effet la question qui était posée aux deux candidats, savoir ce qui était le plus important pour eux, ce qui n'avait pas été évoqué dans le débat. Le handicap n'avait pas été évoqué dans le débat. Et depuis, je n'ai eu de cesse d'agir, d’avoir moi-même l'obsession que ces changements soient tangibles pour tous et le Gouvernement, et je remercie la ministre en charge et tous les ministres du Gouvernement qui, à ses côtés, sont là, d'œuvrer au quotidien sur ce sujet si essentiel.  Alors je ne m'attarderai pas sur ce qui a été annoncé ce matin, ce qui a été mis en œuvre sous l'impulsion de la ministre depuis 2 ans et demi : l'augmentation de 90 euros par mois de l'allocation adulte handicapé, la reconnaissance du droit de vote pour les majeurs protégés, l'attribution de droits à vie quand les handicaps sont irréversibles, la mise en place d'une stratégie nationale pour l'autisme et les troubles du neurodéveloppement, les engagements pris pour transformer en profondeur la société, l'école inclusive, la stratégie Osons l'emploi ou encore celle pour soutenir les proches aidants. Toutes ces mesures surtout participent d'une philosophie nouvelle où l'on ne considère plus les personnes en situation de handicap comme des figures d'altérité, au fond une extériorité, eux, mais bien des citoyens à part entière, nous. Des citoyens qui ont droit à une vie de dignité, une vie de liberté, une vie comme les autres au milieu des autres - au fond, comme des citoyens, comme diraient nos amis de l'autre côté de l'Atlantique, autrement capables. Ça ne signifie pas que la République abandonne les plus vulnérables, celles et ceux qui sont touchés par les troubles les plus profonds, bien au contraire. Je sais parfois tous les malentendus qu'il y a pu avoir de dire : on veut une société inclusive, mais il y en a, qui de toute façon, compte tenu de la complexité du cas du niveau du handicap, ne peuvent pas vivre dans l'école, au travail et autres. Et le projet auquel je crois, ce que nous poursuivons, n'est pas de ne pas s'occuper ou de moins s'occuper de ces Françaises et ces Français, au contraire. Mais nous affirmons qu'il n'y a pas d'un côté les personnes en situation de handicap et de l'autre, celles que le destin, l'existence aurait épargné, simplement parce qu'il y a une nation, et c'était déjà au cœur de l'esprit de la loi de 2005. Il y a une nation qui est faite de citoyennes et de citoyens qui, toutes et tous, ont leur vulnérabilité, leurs blessures, leurs forces et leurs faiblesses, leurs différences. Et je crois qu'une nation qui sait le reconnaître, le voir et l'accueillir, le faire vivre, est une nation plus forte. Il n’y a pas de nations fortes s'il n'y a pas cette capacité à ce que chacun y prenne sa part.

Et je le dis souvent : il suffit de voir ce qu'est une classe. Quand un enfant en situation de handicap arrive, le premier réflexe collectif : ça peut être les rires des autres, ça peut être l'incompréhension, ça peut être : « ça va être très compliqué, on n'a pas les moyens de l'accueillir. On n'y arrivera pas ». Et une fois qu'on a mis le collectif dans la situation de dire : « c'est un enfant de la nation comme les autres, on va s'organiser, on va se donner les moyens », la classe, l'accueil, la classe est plus forte. Mais tous ceux qui ont fait cette expérience l’ont vu dix fois, parce que les autres élèves construisent un regard différent sur la différence, parce que la méthode d'enseignement change un peu, parce que la bêtise collective a un peu disparu. Voilà pourquoi nous avons pensé le format de cette conférence autour du thème « tous concernés, tous mobilisés ! » Plus qu'un slogan, c'est une réalité nécessaire et enthousiasmante. Voilà pourquoi je voulais vous remercier, toutes et tous, d'être là.

Je crois que le premier combat, c'est celui de cette mobilisation et de la capacité de tous les acteurs à travailler ensemble. Je rendais hommage à la ministre et aux membres du Gouvernement. Je veux ici avoir un mot pour l'ensemble des associations. On s'est vus la semaine dernière et pour beaucoup, c'est un compagnonnage de longue date, mais je veux vous remercier pour votre travail et votre engagement. Certaines associations représentent, défendent, d'autres sont aussi, en plus des acteurs et des transformateurs du quotidien, des acteurs de la société et je veux ici leur dire toute ma gratitude. Parce que ce sont des combats qui viennent parfois de très loin. Ce sont des impatiences dont on donne parfois le sentiment qu'on n'y répond pas assez vite. Mais à côté d'eux, c'est la présence ici aussi des élus, des collectivités territoriales, j'ai cité bien entendu les départements qui jouent un rôle majeur, chère Dominique et de cette convention tripartite qui a été signée tout à l'heure et qui est, je crois, vraiment un cap nouveau et j'y reviendrai. Mais l'ensemble des élus, maires, présidents de collectivités, des médias, des entreprises, des associations, de l'ensemble des citoyens. Parce qu'en parlant du handicap, nous ne parlons pas d'une politique publique particulière, d'une cause qu'il faudrait défendre par habitude, mais nous parlons d'un projet profondément républicain de fraternité, de ce qui nous lie, nous unit, de notre capacité à innover, à s'adapter, à porter le progrès pour tous. Nous parlons de ce que nous sommes, de ce que nous voulons être.

C'est pourquoi je veux aussi que cette conférence sonne comme une mobilisation de toute la société. Nos parlementaires sont là, qui défendent aussi, à travers des textes, le suivi de ces textes, ce projet, mais c'est toute la société.  En changeant le regard que nous avons sur nous-mêmes, en traquant la volonté de ne pas voir des uns ou de continuer à ne pas voir des autres et en changeant nos habitudes. Un de mes prédécesseurs en ces lieux, le général de GAULLE, avait une fille, Anne, qui était atteinte du syndrome de « Down » et dans ses mémoires, il a une phrase très belle dans laquelle il disait que sans elle il n’aurait sans doute pas fait ce qu’il a fait. Ça dit quelque chose aussi de tout ce que les blessures les plus intimes apportent mais de tout ce qu’on appelle aujourd’hui la résilience, en tout cas la capacité à faire d’une morsure du destin une chance ou une possibilité de faire différemment peut apporter à un homme, une école, une entreprise, une nation. Et je souhaite que cette conférence nous donne à tous la force précisément de faire, de bouger les lignes, la force de nous extraire parfois aussi des pesanteurs de l’habitude.

Alors beaucoup de choses ont été dites, beaucoup de choses sont lancées, moi je voulais simplement dans ce propos revenir sur 3 objectifs à mes yeux essentiels et que j’évoquais la semaine dernière avec les associations. Parce que nous ne devons pas nous habituer, nous ne devons jamais nous habituer à ce que des enfants en situation de handicap soient privés en effet de la chance d’aller à l’école, de la joie d’apprendre, du bonheur de tisser des liens.

Pour moi le premier objectif, c’est qu’aucun enfant sans solution de scolarisation ne puisse encore exister au mois de septembre prochain. C’est le premier objectif qu’on doit se donner. Alors beaucoup a été fait mais il faut qu’on regarde où on en est de manière très précise. Un numéro d’appel dédié, Aide Handicap école, existe. Il répond à toutes les questions des familles, je le redonne : c’est le 0 800 730 123. 0 800 730 123. Et il y, a partout où nous en avons besoin, et j'y reviendrai, ce que nous allons continuer à faire, des accompagnants d'élèves en situation de handicap. Je déteste les acronymes, comme le savent ceux qui travaillent avec moi, on appelle ça des AESH. Ce sont des accompagnants, ce sont des femmes et des hommes qui permettent aux enfants d'aller à l'école. Former, recruter. Alors le vrai sujet, c'est qu’on en manque, c'est qu’il n’y en avait pas assez, qu’il n’y en a toujours pas d'ailleurs assez, et qu'on a encore trop d'enfants qui sont en situation de ne pas avoir de solution à la rentrée ou dans l'année. En 2017, il y avait 55 000 accompagnants. Il y en aura 66 000 à la fin de l'année. Donc il y a eu un effort extrêmement important, sans équivalent sur une période de temps aussi courte. On en a recréé 11 000. En même temps qu’est-ce qu'on a fait ? On a mieux formé, on les a sécurisés dans leur statut avec de vrais contrats passés avec l'Éducation nationale, parce que souvent c'était des contrats très précaires et trop courts, pour que ce soit plus durable. Est-ce qu'on a gagné cette bataille ? Non. Pourquoi ? Premièrement, parce qu'on a encore sur trop de territoires des accompagnants qui ont des contrats à temps partiel. Ça veut dire que, je les croise à chaque fois ils me disent « j'ai 22h15 de temps de travail ». Payé au SMIC, à 22h15, ça ne marche pas. Donc nous devons — État, collectivités locales — faire des vraies plateformes d'emplois pour offrir des contrats dignes à ces personnes qui accompagnent. C'est le seul moyen de continuer à les recruter et les stabiliser dans l'emploi. Sinon en cours d'année, c'est tellement dur, ils disent « 22h15, je suis payé au SMIC à 22h15 » donc ça veut dire qu’ils ont 700-800 euros par mois. Ils abandonnent ! Et donc ce sont des enfants qui se retrouvent au mois de décembre-janvier sans contrat. Donc nous on peut dire : « on a tout bien fait dans les chiffres, en vrai ».  Non, pas en vrai. Donc nous devons travailler à la stabilisation de ces personnes, c'est-à-dire à des contrats plus durables dans l'Éducation nationale et un travail avec tous les autres employeurs pour qu'on leur donne au moins 35 heures de travail. Pardon, je suis très concret, mais je me suis aperçu que sur tous ces sujets si on n’est pas concret on peut vite se payer de bonnes paroles. Alors on a des premiers résultats. Le nombre d'enfants qui étaient en attente d'un accompagnant a été divisé par près de deux entre 2018 et 2019. On est passé de 15 000 à 8 000. Donc on voit les conséquences : diviser par deux en une année, on peut s'en féliciter, c'est un formidable travail. Maintenant on doit réussir à tomber à 0. Donc, un, en stabilisant des vrais contrats, des emplois bien payés, correctement payés. Deux, on va poursuivre le recrutement. On vise le recrutement de 11 500 accompagnants supplémentaires d'ici 2022. Il faudra l'ajuster en fonction des besoins mais je veux qu'on se fixe comme horizon de ne plus avoir d'enfants sans solution à la rentrée prochaine. Les 8 000 c'est 8 000 de trop. Et cette solution elle est atteignable si on se mobilise collectivement. Elle est totalement atteignable. Ce n'est pas vrai qu'en France on ne puisse pas dire on en a eu 8 000 en septembre dernier il n'y en aura pas à la rentrée prochaine. Donc simplement il faut de la transparence, de la pression, de la mobilisation collective. Je veux que tous les enfants aient une solution.

Ensuite, la solution ce n’est pas forcément un accompagnant pour un enfant. Et c’est là où le travail se poursuit. C’est que des partenariats se nouent au niveau départemental entre l’Éducation nationale et le secteur médico-social pour progresser. Parce que parfois c’est une forme d’aménagement : ce n’est pas forcément un accompagnant pour un enfant, ça va être des services à côté, c’est du temps aménagé, ça va être du médico-social qui travaille mieux avec l’école pour que l’enfant qui n’a peut-être pas besoin d’un accompagnant à temps plein puisse aller à l’école parce qu’il y a le bon service qui a été aménagé à côté. Et c’est là aussi que le partenariat que vous avez signé ce matin est très important pour nous. Et ça veut dire aussi mieux former nos enseignants, c’est pour ça que dès la rentrée prochaine un module handicap sera intégré dans la formation initiale des professeurs des écoles et des enseignants du secondaire. Parce que ce n’est pas donné à tout le monde de savoir aussi accueillir dans une classe un enfant qui a une situation de handicap, qui a des difficultés et que si on forme mieux les enseignants on a dans certains cas pas forcément besoin d’un accompagnant à temps plein parce qu’on sait mieux s’organiser soi-même, on a été formé. Donc pas d’automatisme, mais il faut qu’on fasse mieux sur chacun de ces échelles. En tout cas, pour moi le premier objectif c’est celui-là, il est atteignable si on se mobilise et il suppose donc prise de conscience collective, les moyens à mettre, une responsabilité d’ensemble. Le 8 000 de la rentrée dernière, il doit passer à 0. Je sais que le ministre de l’Éducation nationale y est pleinement mobilisé, la ministre aussi, on va continuer, on ne va rien lâcher.

Je veux ici tout particulièrement évoquer la question de l’autisme. Parce que bien souvent ça a été l'impensé dans l’école et dans le reste de la société, et la difficulté qu’on ne voyait pas, qui était mal diagnostiquée, trop tardivement, avec des problèmes qu’on ne savait pas gérer. Pour les enfants autistes et présentant des troubles de neurodéveloppement, nous avons mis en place dans le cadre du plan autisme ce forfait diagnostic et intervention précoce. C’est un point très important, ça fait partie — je vois Claire qui est là-bas — du plan autisme jusqu’à 6 ans. C’est le début, ça se met en place, il faut maintenant qu’on aille beaucoup plus vite. Donc il faut le faire savoir partout, faut là aussi maintenant développer les choses, on n’en a fait que quelques centaines. Or ça ne correspond pas à la réalité cachée. Donc on a mis en place ce dispositif, il faut maintenant le faire vivre, là aussi mettre de la pression partout, que le réflexe soit pris, que quand des enseignants voient une situation délicate, que dans le médico-social on voit une situation délicate, que dans la famille il y a un doute, on aille vers justement le diagnostic dans les centres qui ont été mis en place. Il est sans reste à charge pour les familles et c’est le moyen le plus efficace de répondre à ce défi. Aujourd’hui, on l’a lancé. Quand je vois le nombre de diagnostics qu’on a fait ce n’est pas vrai de dire qu’on est à plein régime : 150, c’est le début. Maintenant, je veux ici en donner la pleine publicité pour y aller à fond. Parce qu’on doit aller beaucoup plus vite, beaucoup plus fort. On a 500 enfants qui pourront par cela bénéficier justement des séances de psychologues, d’ergothérapeutes, de psychomotriciens. Parce que ce qui est très important derrière, c’est non seulement, que ça permet de faire le diagnostic le plus tôt possible, mais ensuite d’ouvrir le droit à un accompagnement qui n’était pas gratuit jusqu’alors et à des professionnels qu’on n’arrivait pas à mettre autour de la table ensemble de manière aussi simple. On doit aller beaucoup plus vite, beaucoup plus fort et là il faut la mobilisation de tout le monde. Donc je compte sur vous. Et on y mettra là aussi tous les moyens qu’il faut. Parce qu’un enfant qu’on diagnostique plus tard, c’est un enfant qu’on a laissé dans une situation d’échec scolaire, dont on a laissé la famille dans une situation terrible. Et donc en plus d’un autisme qui n’est pas diagnostiqué, c’est un accompagnement qui n’est pas fait et c’est de la difficulté sociale, familiale, qu’on vient greffer justement sur l’autisme en plus. Dès le 1er janvier 2021, ce forfait diagnostic et intervention sera étendu jusqu’à 12 ans. Parce que ça ne s’arrête pas à 6 ans et que, comme on ne fait pas tout parfaitement, il se trouve que parfois les indices, les doutes, on le sait bien, arrivent après l’âge de 6 ans. Il arrive quand on est en classe primaire, et donc il faut pouvoir le faire un peu plus tard, et donc je souhaite qu’on puisse étendre ce diagnostic entre 6 et 12 ans pour qu’on ait le diagnostic, le forfait et les prestations là aussi prises en charge pour les familles de 0 à 12 ans. Et je veux aussi être très clair, je veux une deuxième extension, celle à tous les Dys. Parce qu’il y a l’autisme, mais il y a aussi toutes les différences qu’on connaît qui créent de l’échec scolaire, qui sont, si elles ne sont pas vues, diagnostiquées et accompagnées — dyslexie, dyspraxie, etc — là aussi créent de l’échec, de l’isolement et aggravent la situation. Et donc je veux que ce forfait soit ouvert à la détection de l’ensemble des troubles Dys et que ce forfait d’accompagnement soit ouvert à tous ces troubles Dys pour continuer à rattraper le retard français parce qu’en la matière, il faut bien le dire, on a un retard, on n’est pas les meilleurs de la classe, loin de là. Et nous ne sommes pas dans les meilleures pratiques. Je souhaite aussi que nous puissions créer une maison de l'autisme qui sera le lieu ressource pour les familles encore trop souvent désemparées, qui permettra là aussi à toutes les associations de se retrouver, d'avoir accès aux meilleures pratiques, d'avoir accès à la connaissance de toutes ces aides et de ces dispositifs. C'est ce que je souhaitais ajouter sur l'autisme et les Dys, parce que quand on parle d'enfants à l'école, c'est un sujet je crois là aussi essentiel qu'on avait trop souvent laissé de côté. Je suis sûr qu'en plus, on continuera à découvrir des choses essentielles sur le sujet.

Quand on parle d'école, légitimement, on peut aussi se poser la question de savoir ce qui se passe après 18 ans. Je sais que c'est la question qui angoisse beaucoup de jeunes adultes, leurs familles et là aussi, il nous faut penser les continuités. Il y en a deux que je voulais évoquer de manière très simple. D'abord, chère Michèle, il y a ce qu'on appelle l'amendement Creton - pardon de vous interpeller comme ça - qui a constitué, de ce point de vue, une avancée historique mais qui a permis que des familles ne se retrouvent pas dans cette situation pas seulement ubuesque mais atroce, qui consistait à dire : « le couperet des 18 ans arrive, on vous rend l'enfant ». J'ai reçu beaucoup de courriers sur ce sujet ces derniers temps. Il y a une angoisse qui est née, comme quoi on allait toucher à ce dispositif. Je vais être très clair. Non, l'amendement Creton, qui a été une avancée majeure, nous ne reviendrons pas dessus. Pas simplement un acquis. C'est une solution de la continuité des dispositifs qu'on a. C'est de dire : quand on parle d'accompagner des personnes dans des transitions, des changements de vie, on doit permettre de le faire dans le temps. On ne doit pas laisser nos concitoyens sans solution. Donc il ne sera pas touché. Il n'y aura pas de couperet davantage demain qu'il n'y en a aujourd'hui grâce au travail et à votre mobilisation, à 18 ans. Maintenant, après 18 ans, il y a une autre chose qui se passe, c'est qu'on sort de l'école la plupart du temps pour rentrer dans l'après-lycée et l'enseignement supérieur. Et là aussi, je souhaite qu'on puisse continuer à faire en sorte, pour ceux qui le souhaitent et le peuvent, ils sont de plus en plus nombreux, faire que l'école inclusive ne s'arrête pas au lycée et que l'enseignement supérieur le soit aussi. En 2017, il y avait 24 000 étudiants en situation de handicap. Il y en a 35 000 à ce jour. Là aussi, il y a un bon historique qui a été fait. En 2 ans de temps, on a augmenté de 50 % le nombre d'étudiants en situation de handicap. Donc ce n'est pas vrai de dire que rien n'a été fait sur ce sujet. Je mentirais même si je pousse les ministres à faire davantage. Je sais qu'on peut faire beaucoup plus, comme le propose Jérémie BOROY. Je souhaite qu'une grande réflexion nationale soit lancée autour de l'intégration et des parcours des personnes en situation de handicap dans l'enseignement supérieur parce que je suis convaincu qu'on peut faire beaucoup mieux, comme vous. Ça c'est le premier objectif : ne plus laisser aucun enfant sans solution et permettre pour tous ceux qui le veulent et le peuvent d'aller à l'école, d'être formés pour accéder à une vie normale.

Le deuxième objectif que je veux nous fixer ce matin, c'est faire en sorte que d'ici 2021, aucune personne en situation de handicap, enfants comme adultes, ne soit laissée seule dans sa recherche de solutions. Tout le monde ici, je pense connaît ce qu'on appelle l'effet Louise. L’effet Louise. C’est cet ouvrage publié par une maman qui parle de sa fille atteinte de trisomie et qui explique que le handicap, la chose la plus terrible à vivre pour elle, ce n'est pas la trisomie de sa fille, c'est le fameux « effet Louise », c'est-à-dire le système administratif qui a transformé sa vie en une montagne de photocopies et de certificats médicaux. Et c'est vrai. Et je dois dire que Brigitte, comme moi, on reçoit énormément de témoignages en ce sens. C'est qu’aux difficultés de la vie, on a en plus la montagne administrative. Et je le dis dans un paradoxe parce que nos administrations, qu'elles soient d'ailleurs d'Etat, de collectivités, enfin tout, on veut tous bien faire. On veut tous apporter une solution, cette espèce de paradoxe dans lequel on vit. Mais c'est vécu par les gens qui sont dans cette situation comme une série de contraintes terribles et la solitude face à ces contraintes est un maquis terrible. Quel numéro il faut appeler, qui il faut aller voir et on me demande un certificat médical. Là, on nous renvoie à tel endroit. Et donc, pour obtenir ce à quoi on nous dit qu'on a droit, c'est un parcours du combattant.

Alors pour ce deuxième objectif, je veux quelques principes simples. D'abord, un principe d'accès. Les familles, les personnes doivent savoir tout simplement à qui s'adresser. C'est pour ça que j'ai demandé qu'on ait un numéro unique. Moi, je crois beaucoup à ça. Je crois que ce n'est pas du tout gadget parce que d'abord, ça permet de mettre tout le monde en tension. Ça permet derrière, de mesurer, de créer de la transparence. C'est pourquoi je sais que c'est un très gros travail et que ça fait peur à tout le monde et qu'on m'a demandé quelques mois, mais que pour le 1er janvier prochain, j'ai souhaité qu'on puisse avoir un numéro d'appel national dédié à l'accompagnement et l'accès aux droits de l'ensemble des personnes en situation de handicap, enfants comme adultes. Ce sera le 360. Sinon, je l'ai dit tout à l'heure pour les enfants, je ne me souviens même plus moi, du numéro qu'il faut appeler quand on a un enfant à scolariser et on en a 10 comme ça. Et selon qu'on change parfois de département, on a évidemment un numéro qui est différent, qu'il faut appeler. Donc, il faut un numéro national unique quand on est dans cette situation, à appeler, et on s'organisera pour qu'ensuite ce soit dispatché entre les plateformes. C'est la responsabilité, l'unité qu'on se doit collectivement. Ce numéro sera relayé sur le terrain par 400 communautés d'accompagnement parce qu'il y a un très gros travail qui a été fait. Et là-dessus, les départements, les associations ont fait un très gros travail sur le terrain pour simplifier, clarifier les choses, permettre que les acteurs travaillent mieux. 400 communautés d'accompagnement réunissent l'ensemble des acteurs locaux du handicap pour mieux se coordonner, pour trouver ces solutions sur le modèle de ce qui a été expérimenté. Il y a plusieurs cas, je vous en avais parlé tout à l'heure. Je sais combien M. BUSSEREAU et tous les présidents et présidentes de département ici présents y tiennent. Il y a des bonnes pratiques. L'idée, c'est maintenant de les généraliser, d'avoir sur le territoire ces 400 plateformes. Elles travailleront avec... On va avoir 400 numéros. Donc avec un numéro unique, un numéro unique, 400 plateformes pour que tous les acteurs sur le terrain se mettent d'accord qu'on ne renvoie pas de l'un à l'autre. Et physiquement, moi, je souhaite d'ailleurs que nos fameux France Services soit partout où c'est souhaitable, le lieu d'accueil. Parce qu'il faut un lieu physique où on se met tous ensemble. Il faut, pour les personnes en situation de handicap, que l’on n'ait plus ce chemin du combattant où il faut aller de la même DPH à la CAF, parfois au Pôle emploi, ou voir le DASEN, voir ceci ou voir cela parce que quand on est une famille avec un enfant en situation de handicap ou qu'on est soi-même en situation de handicap, on est généralement le champion de l'acronyme et le recordman du nombre d'administrations ou de cases qu'il faut aller cocher. Donc un numéro unique derrière 400 plateformes sur le territoire où tous les acteurs se mettent ensemble, ils se débrouillent pour apporter des solutions, et des endroits physiques, pour que les gens puissent avoir un même endroit où aller. Et ça, c’est en fonction de la réalité locale qu’on la définira dans les prochains mois. Donc simplicité d'accès. C'est très important.

Ensuite, c'est, au-delà de sa simplicité d'accès, de travailler ensemble sur le principe d'égalité républicaine. Quel que soit le lieu où vivent les Françaises et les Français en situation de handicap, ils doivent pouvoir bénéficier du même service et des mêmes droits. Et c'est toute l'ambition de l'accord de confiance qui vient d'être signé entre l'Etat, les opérateurs et l'Association des départements de France. Et je vous en remercie collectivement. C'est très important parce qu'aujourd'hui, on a trop de différences. J'évoquais tout à l'heure l'ouverture des droits à vie. Avancée majeure. On a défini 4 situations de handicap. On dit quand on a des droits à vie, on va arrêter de demander aux gens de refaire des visites médicales, des certificats pour bien confirmer que de manière régulière, ils sont bien aveugles pour avoir droit... C'était ridicule. Simplement, je ne sais pas expliquer que ces droits à vie soient aujourd'hui accordés dans 2 % des cas dans un département et 60 % des cas dans un autre département. Et donc il faut qu'on marie la simplicité, la proximité qu'offre la présence départementale et les acteurs locaux avec l'égalité des droits républicaines dans le cadre justement de cet accord. De la même manière, dans certains départements, il faut 8 mois pour avoir l'allocation adulte handicapé, 2 mois dans d'autres. Et donc, la garantie des liens instaurés par l'accord est très importante. Et donc, ça veut dire là aussi que d'ici la fin d'année, on sera mis en situation pour qu'au 1er janvier prochain, aucune demande d'allocation adulte handicapé ne soit traitée en plus de 3 mois dans aucun endroit du territoire. Et là-dessus, les départements pourront compter sur tout le soutien de l'Etat. Je le dis parce qu’il ne faut pas, sur ces sujets, envoyer la balle. On mettra en place tous les soutiens parce que parfois, il y a des situations locales qui sont plus compliquées, où on cumule les difficultés. Il faut que l'Etat soit aussi au rendez-vous de cette solidarité républicaine. Je le dis là aussi très clairement. Donc, vous voyez, après la simplicité d'accès, l'égalité républicaine qu'on doit garantir partout.

Sur ce point, comme on parle de l'allocation adulte handicapé, je vais faire une clarification. Je la faisais en voyant l'ensemble des associations la semaine dernière. Il y a eu tout un débat entre l'allocation adulte handicapé et le revenu universel d'activité. Quand j'ai proposé de mettre en place le revenu universel d'activité, je n'ai jamais parlé de l'allocation adulte handicapé. Donc, l'objectif assigné et poursuivi n'est pas de remplacer l'allocation adulte handicapé ou de la diluer dans le revenu universel d’activité. Je vais être ici très clair : ça n’arrivera pas. Et donc l’allocation adulte handicapé, qui plus est on vient de la revaloriser, demeurera. Cela n’est pas une situation transitoire, ce n’est pas une situation d’activité. Mais il est très important ceci étant dit que l’ensemble des associations soient présentes autour de la table pour définir le revenu universel d’activité, parce qu’il touche aussi des personnes en situation de handicap qui ne sont pas forcément à l’allocation adulte handicapé mais ont une activité adaptée, partielle. Et il faut qu’on prenne en compte leur situation quand on définit le revenu universel d’activité. Donc je souhaite qu’elles reviennent à la table mais avec un principe ici posé officiellement et clairement : jamais l’allocation adulte handicapé ne sera transformée, diluée, supprimée au bénéfice du revenu universel d’activité. A ces principes simples, doivent répondre évidemment des solutions très concrètes sur le terrain. Et dans ce deuxième objectif que je fixais, je veux là aussi aller au bout de ce que nous vous devons. Je parlais tout à l'heure des cas les plus concrets et des situations, des cas pardon les plus complexes et de la réalité des situations complexes que nous vivons en France.

Actuellement, on a 500 personnes en situation de handicap qui quittent chaque année la France, la plupart du temps pour la Belgique, faute d'un nombre de places suffisant. C'est ça la réalité. Elle n'a pas commencé il y a deux ans et demi mais on ne l’a pas endiguée. On était à 5 000 quand j'ai été élu président, on est à 8 000. Le rythme se ralentit, on était à plus 1000 par an, maintenant on est tombé à 500. A chaque fois, je vais vous dire ce que je pense très profondément, d'abord ça n'est pas décent pour une nation comme la nôtre. Ensuite, ce sont des situations de vie inacceptables parce qu'on oblige des familles, on dit à des familles “votre enfant, bah oui c'était très compliqué, d'autres endroits peut-être savent l'accueillir dans une structure adaptée, pas chez nous.” Et en plus c'est la collectivité nationale qui paye parce que ce serait faux de dire qu'on le fait pour des raisons d'économie. C'est payé par l'assurance maladie et ça coûte même encore plus cher que si on savait le faire en France. Le problème qu'on a, là aussi soyons clairs, c'est qu'on a mis tellement de règles, on a tellement alourdi nos dispositifs que c'est très très long, et beaucoup plus long que chez les voisins, de créer des places adaptées. Donc moi je veux qu'on mette volontarisme avec simplification. Je vous le dis parce que je vais un peu bousculer tout le monde, parce que ce n'est pas vrai qu'on va créer des grands centres comme à l'ancienne. Faut aussi là être innovant, il faut créer des structures plus petites, il faut aller beaucoup plus vite sur les autorisations traditionnelles mais on ne peut pas rester dans cette situation. Et donc je veux absolument que nous nous mobilisions autour d'un but précis : faire que d'ici la fin de l'année 2021 il n'y ait plus aucun départ contraint de personnes handicapées vers l'étranger. C'est complètement atteignable. Et qu'on commence à baisser et répondre à toutes les personnes qui ont une situation à l'étranger et les faire progressivement revenir. Pour ce faire, 1 000 places supplémentaires seront créées d'ici 2 ans en plus des 2 500 déjà prévues, et en plus des 2 500 places dites passerelles qui sont proposées pour les personnes qui sont en situation de quitter une structure fixe mais qui ont un peu peur de retrouver une vie entre guillemets normale, ou un milieu trop ouvert, et à qui on laisse la possibilité d'avoir un sas de transition et de pouvoir revenir. Ça c'est les objectifs de moyens mais l'objectif de résultat je l’ai assigné très clairement : moi je ne veux plus de départs d'ici fin 2021 vers l'extérieur dans notre pays et je veux qu'on commence à ensuite apporter une réponse très claire pour toutes celles et ceux qui sont à l'étranger, pour leur offrir la possibilité de ramener leurs enfants ou leurs proches sur notre territoire. C'est absolument indispensable.

Ne pas nous habituer, et c'est le troisième objectif que je veux nous assigner, c'est permettre à chacune et chacun de vivre une vie digne, une vie libre. Il y a l'école, il y a l'accès au droit de manière beaucoup plus simple, beaucoup plus efficace, y compris pour les cas concrets et complexes. Et puis il y a une vie digne, une vie libre. Qu'est-ce que c'est une vie digne et libre ? C'est évidemment tout ce que je viens d'évoquer quand je parle d'école, etc. Mais c'est évidemment ce qu'on a fait pour l'allocation adulte handicapé. On peut s'en satisfaire, c'était un engagement que j'avais pris en campagne, c'est là aussi une augmentation historique. Le chemin n'est pas terminé parce qu'on reste sous le seuil de pauvreté - je le dis à tous ceux qui expliquent qu'on a été trop loin ou qu'on dépense trop d'argent pour ces allocations : on reste sous le seuil de pauvreté, qu'on ne se trompe pas. Donc c'est de continuer à aller sur le chemin de l'allocation digne pour toutes les personnes en situation de handicap. C'est l'ouverture des nouveaux droits pour les personnes en situation de handicap : le droit de se marier, de se pacser, de divorcer. C'est de progresser sur l'accès à la citoyenneté, grâce à l'ouverture du droit de vote pour 3 000 femmes et hommes qui ont pu voter aux élections européennes. C'est de continuer à progresser, comme vous le demandez, sur les éléments concrets de la citoyenneté, l'accessibilité des contenus politiques, gouvernementaux -ce qu'on va poursuivre avec là une charte d'engagement et des documents électoraux. C'est aussi pour ça que j'assume de ne pas avoir dématérialisé les documents électoraux. Ça faisait des économies mais ça accroissait l'inaccessibilité à ces documents, mais on doit améliorer leur accessibilité pour les personnes en situation de handicap. C'est tout ce qui a été lancé ces derniers jours pour le droit à une vie sexuelle, c'est de la dignité, et ça ne doit pas être un tabou dans notre société, et c'est aussi, et c'est là-dessus que je veux terminer, les sujets de l'emploi, de l'accessibilité et du fait d'être parent. Quand on parle de vie digne et libre, il y a ces trois sujets qu'on doit aborder.

L'emploi, c'est en effet pour toutes celles et ceux qui sont en âge d'accéder à un emploi, la dignité, c'est de pouvoir, de manière adaptée, dans le bon cadre, avoir accès à un emploi, c'est à dire pouvoir aussi tisser des liens, accéder à une dignité dans la vie sociale. Et je sais combien la ministre du Travail y est engagée, avec la ministre en charge, et combien, sur ce sujet, il y a déjà une mobilisation qui a été faite et nous souhaitons avancer. Les ministres ont évoqué la mobilisation aux zones emplois, détaillé les mesures juridiques et fiscales pour favoriser l'apprentissage, le travail dans les entreprises adaptées. Et là-dessus, je compte sur vous. Je disais tout à l’heure qu’il y a une variété d'acteurs, ici, qui est présente et qui montre que c'est une mobilisation nationale. Pour ça, j'ai besoin des associations, des entreprises, des collectivités, c'est-à-dire que j'ai besoin que ce ne soit pas simplement une obligation mise dans la loi, avec la possibilité de payer les pénalités si on ne le fait pas, mais le fait qu'aujourd'hui, on se dise que c'est notre responsabilité collective si le taux de chômage chez les personnes en situation de handicap reste deux fois supérieur à la moyenne nationale. Et donc en s'appuyant sur les ESAT, les entreprises adaptées, nous devons profondément transformer les choses, profondément. Et donc je souhaite que nous puissions œuvrer, avec les collectivités territoriales, sur plus d'achats inclusifs, sur plus de contractualisation avec ces structures adaptées, sur les clubs que nous avons lancé "la France, une chance", partout sur le territoire pour mobiliser les entreprises et sur le travail que le Haut commissaire à l'inclusion dans l'emploi auprès de la ministre, Monsieur GUILLUY, va mener sur ce sujet. C'est indispensable, et là aussi, ça n'est pas un texte, ça n'est pas simplement un décret, c'est une mobilisation de tous et de toutes. Je sais combien le Gouvernement y est engagé, combien a été fait sur ce sujet, il faut maintenant qu'on passe, si vous m'autorisez cette expression, à la surmultiplier. La vie digne et la vie libre, c'est ensuite l'accessibilité. Elle était au cœur de la loi de 2005 et elle n'est pas encore la règle, loin de là. On oublie trop souvent ce qui se cache derrière cette situation. Ce sont des souffrances, des humiliations quand on ne peut pas se déplacer parce que le bus n'est pas aux normes, qu'on ne peut pas entrer dans un commerce, qu'on ne peut pas avoir accès à une administration, ou un service public, où on vous demande parfois d'aller pour défendre vos propres droits ou y avoir accès. Là aussi, on doit inverser la donne. Les textes ont été pris - je ne vais pas vous dire qu'on va faire des lois, elles existent. La question, c'est comment on se met en situation collectivement de les appliquer.

Alors, je veux d'abord ici lancer un appel très solennel. Nous sommes dans un contexte, et je crois que c'est ma fonction et mon rôle de le faire, celui des élections municipales, et je veux ici lancer un appel à tous les candidats et les engager à penser, dans leur programme, la commune inclusive sans laquelle il n'y a pas de société inclusive. Je compte sur eux et nous comptons tous sur eux, et je crois que ça doit être un sujet de campagne des municipales. Il faut juger les candidats à leur capacité à apporter des réponses concrètes, tangibles, réalistes. Ça ne peut pas être un sujet qui a disparu des campagnes municipales. Ça ne peut pas être un sujet où je vois même parfois certains qui se targuent d'avoir complètement abandonné la chose et de dire : "ce n'est pas possible et moi, je ne vais pas dépenser l'argent de la commune là-dessus". C'est inadmissible, et donc ça doit être une pression citoyenne. Notre société montre aujourd'hui combien, quand elle se mobilise, elle sait faire bouger les choses, le législateur, le Gouvernement, le Président de la République. J'ai le droit d'être moi-même le lanceur d'alerte sur ce sujet. C'est parfois plus efficace que de faire des lois. Que les citoyens se saisissent de ce sujet de la commune inclusive, qu'ils aillent bousculer tous les candidats pour que les choses se fassent et on va devoir nous aussi, collectivement, se mettre en situation, je le dis très clairement, pour l'ensemble des bâtiments publics État de le faire parce que nous ne sommes pas au rendez-vous de cette l'inclusivité. J'ai demandé à ce que, non seulement un audit soit fait mais une transparence soit établie avec maintenant un calendrier concret. Et je crois beaucoup pour valoriser les bonnes pratiques, qu'au label de qualité d'usage, tel que je vous l'ai proposé monsieur le Président, parce qu'ils sont une manière aussi de valoriser les bonnes pratiques et de montrer un chemin. Mais nous devons avoir un État exemplaire, des collectivités locales exemplaires sur ce sujet. Et la vie libre et la vie digne enfin, c'est le droit d'être parent. Je refuse qu'en France, des personnes renoncent à devenir père ou mère en raison de leur handicap. C'est pourquoi je souhaite accéder à une revendication que je sais, portée depuis de nombreuses années par beaucoup d'associations et beaucoup d'entre vous. Dès le 1er janvier 2021, l'aide humaine et les aides techniques nécessaires aux parents handicapés d'enfants âgés de 0 à 7 ans sera intégrée à la prestation de compensation du handicap. Par ailleurs, il sera aussi mis fin à cette situation absurde où ceux qui assistent les personnes pour prendre leurs repas ne peuvent pas préparer leurs repas, laver leur assiette, accompagner leur vie quotidienne. Je souhaite qu'on simplifie ce qu'il y a derrière cette prestation. Et je vais être très clair, c'est l'État qui doit financer, accompagner cette transformation. Elle ne saurait, dans la charge financière qu'elle représente, être laissée aux départements ou être considérée comme appartenant à cette prestation de compensation du handicap. Sur ce sujet, nous devons prendre nos responsabilités pleine et entière.

Voilà, mesdames et messieurs, je ne serai pas plus long sur ces trois objectifs à nous asséner collectivement et de manière très pratique, très concrète et pardon d'être parfois un peu descendu dans l'arène, mais j'ai peur que vous y viviez dans l'arène. Et donc, c'est trop facile de tenir des propos d'estrade ou de proposer des textes qui valent pour l'avenir, si je ne prends pas à hauteur de ce sur quoi je peux vous rendre compte, quelques engagements concrets. Madame la ministre est revenue tout à l'heure et dans le cadre d'un travail remarquable qu'elle effectue, a reprécisé tout ce qui a été fait et aussi beaucoup d'autres décisions qui sont prises.

Et en conclusion, je veux simplement, en concluant, pardon, je veux simplement évoquer deux sujets de plus long terme qui dépassent le simple cadre de ce quinquennat ou qui font l'objet de beaucoup de débats et qui vous touchent. D'abord, le sujet des retraites. Pour assurer chacune et chacun, oui, la situation particulière des travailleurs handicapés sera bien sûr prise en compte dans le futur système, avec la possibilité de partir plus tôt sans décote. Elle est prévue dans les textes et là-dessus, je l'ai re-évoqué avec les associations. Il n’y a évidemment pas de changement sur ce sujet, au contraire, une amélioration. Et oui, les congés des proches aidants ouvriront bien sûr des droits. Et pour moi, l'un des objectifs de cette réforme de notre système de retraite et de refondation, c'est de prendre en compte justement la situation des aidants et de reconnaître la part d'activité qui est la leur dans les droits qui sont ouverts. Les députés de la majorité ont par ailleurs proposé deux évolutions : augmenter les droits des parents ayant des enfants handicapés et faciliter pour les personnes en situation de handicap la transition de l'emploi vers la retraite au travers d'un dispositif de retraite progressive, je ne veux pas préempter les votes à venir, mais je veux dire que je souscris très profondément assez à ces deux avancées. Et ensuite, il y a au-delà de ça la question du vieillissement. Je dis ça parce que beaucoup des sujets que nous avons à affronter aujourd'hui, pas simplement en la matière, mais beaucoup des sujets sociaux que nous avons à affronter, sont parfois liés au fait que notre société n'a pas voulu voir des évolutions qui étaient à l'œuvre pour anticiper. C'est ce qu'on connaît sur la dépendance. Nous aurons à y revenir dans les prochains mois. C'est ce que l'on connaît d'ailleurs sur notre enfance qui est en difficulté et là aussi, les départements gèrent, c'est que le système a bougé, a évolué ces 20 dernières années et on est en train de découvrir aujourd'hui un fait nouveau, c'est que les enfants qui sont à l’ASE d'aujourd'hui ne sont pas ceux d'il y a 20 ans. Pour revenir à notre sujet, il y a un sujet touchant le handicap qui est en train de se transformer, sur lequel je n'ai pas parlé jusque là et qu'il nous faut commencer à appréhender dans nos réflexions et y répondre, c'est le vieillissement. Il y a 30 ou 40 ans, beaucoup de personnes en situation de handicap mouraient jeunes. Et on sait ensuite que progressivement, leurs parents ont eu une angoisse et qu'ils allaient vivre sans eux et la société a commencé à accompagner. Et aujourd'hui, et c'est un formidable progrès de notre organisation collective, on va et on a déjà à vivre le vieillissement des personnes en situation de handicap. Nous ne pouvons pas faire comme si tout était prévu dans notre système pour cela. Ce n'est pas vrai. Et donc, on ne peut pas laisser notre organisation nationale faire comme si nos EHPAD d'aujourd'hui pouvait très facilement accueillir les personnes en situation de handicap. Comme si les structures, où il manque déjà des places, allaient pouvoir les garder jusqu'à la fin de la même manière. Et donc, il nous faut lancer dès aujourd'hui une réflexion profonde, très structurante sur le vieillissement des personnes en situation de handicap, adapter les modes d'accompagnement, penser les solutions médicales, sociales, aussi les innovations, mais anticiper sur les conséquences de cette révolution en la vivant comme une chance et en l'accompagnant avec humanité.

Beaucoup des défis qu'on a à vivre aujourd'hui, on les vit avec angoisse, en ne regardant pas que ces défis n'existaient pas il y a 20 ou 30 ans parce qu'on avait moins progressé. Et donc, ces défis sont une chance. Il faut simplement s'en donner les moyens et les appréhender avec humanité. Mais sur les retraites et le vieillissement, voilà les deux points que je voulais faire, permettez-moi pour conclure, de m'adresser à travers vous à toutes les Françaises et tous les Français, pour leur dire, au fond que tout ce que je viens de dire aujourd'hui, tout ce que vous faites à longueur d'année, ça les concerne tous. Ils sont tous concernés et doivent tous se mobiliser. Et ce que je voudrais lancer aujourd'hui, c'est véritablement un appel à la mobilisation nationale. Le handicap ne touche pas simplement 12 millions de Françaises et de Français, bien plus si l'on prend en compte les familles. Chacun d'entre nous peut y être confronté. Chacun d'entre nous, à un moment de sa vie, peut y être confronté de manière transitoire ou irréversible. Et donc, nous ne devons jamais être de ceux qui détournent le regard ou être de ceux qui consisteraient à dire : « qu'il s'adapte, ça n'est pas à nous de nous adapter ou de changer ». Le DuoDay favorise, accélère la nécessaire conversion des regards. J'ai retrouvé avec bonheur Jocelyn et Eugénie qui m'avaient accompagné ces 2 dernières années, mais le DuoDay, ça doit être chaque jour. Chaque jour, nous devons nous mobiliser pour construire une société pour tous, avec tous, comme vous avez été si nombreux à le faire en contribuant sur la plateforme Make.org, mais je crois très profondément que c'est un sujet qui touche tous les Français et aux personnes en situation de handicap dans cette salle et partout dans le pays, je veux ici dire très solennellement que la République sera toujours à leurs côtés et qu'à chaque fois qu'il y a une difficulté, une impasse, une épreuve, qu'il n'ajoute pas à une forme de culpabilité, à ce qu'il vive, c'est la nôtre de culpabilité, pas la leur. Eux, ils ont à croire dans leurs rêves. Votre différence, ça n'est pas celle que nos regards, trop habitués aux normes, croient voir. Votre différence, c'est votre potentiel. C'est cette force d'âme qui est parfois enfouie dans chaque personne et chaque famille qui a à vivre ces situations un peu différentes et particulières et qui peut apporter aux autres, en ce qu'elles leur font voir différemment le quotidien de la réalité, c'est ce qui fait que quand on a un enfant dont on a à s'occuper, quand on a une personne qu'on a à accueillir, ça donne aussi un sens au quotidien. Ça nous permet de continuer à innover, à changer nos vies, à grandir. Croyez dans vos talents, croyez justement dans vos rêves parce que la nation doit toujours être là pour les accompagner, accompagner les parcours, les efforts et tendre la main. Vous êtes des combattants, je le sais, mais votre combat, c'est celui de la République, très profondément. Le combat de la fraternité, c'est un combat républicain. À chaque fois qu'il est perdu, c'est une petite défaite de la République. À chaque fois qu'il est à relever, c'est à nous tous de vous aider à croire à vos rêves, de les porter, de les continuer. Et donc on le fera, croyez-moi, avec force et détermination parce que c'est ainsi que la République française est faite : solidaire, fraternelle, humaine, tout simplement. Et nous serons au rendez-vous. Vive la République et vive la France !

Emmanuel Macron, le mardi 11 février 2020 au Palais de l'Élysée à Paris.

Source : www.elysee.fr
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200211-macron-handicap.html
 

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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 14:40

« Je voudrais ici réaffirmer clairement : si dans l’Église, on détecte même un seul cas d’abus, qui représente déjà en soi une horreur, un tel cas sera affronté avec la plus grande gravité. Frères et sœurs, dans la colère légitime des personnes, l’Église voit un reflet de la colère de Dieu, trahi et frappé par ces consacrés malhonnêtes. L’écho du cri silencieux des petits, qui, au lieu de trouver en eux une paternité et des guides spirituels, ont trouvé des bourreaux, fera trembler les cœurs anesthésiés par l’hypocrisie et le pouvoir. Nous avons le devoir d’écouter attentivement ce cri silencieux étouffé. » (Le pape François, le 24 février 2019 au Vatican).



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On ne parlera plus de bouchon mais de boulet de Lyon. L’archevêque de Lyon, le cardinal Philippe Barbarin a été relaxé ce jeudi 30 janvier 2020 par la cour d’appel de Lyon dans l’affaire de non-dénonciation des agressions sexuelles sur des enfants commis par l’ex-prêtre Bernard Preynat lui-même en cours de jugement (on attend le verdict le 16 mars 2020). Le journal "Ouest France" parle d’un « nouveau coup de tonnerre dans cette affaire symbole des défaillances de l’Église face à la pédocriminalité ». Les parties civiles ont immédiatement annoncé un pourvoi en cassation.

Est-ce un hasard ? Les deux films consacrés par les nominations aux Césars (dont la 45e cérémonie se déroulera le 28 février 2020 à la Salle Pleyel de Paris), qui sont effectivement de bons films, reprennent deux des scandales récents les plus emblématiques de notre société actuelle, l’un concernant le scénario lui-même sur les abus sexuels dans l’Église (film "Grâce à Dieu" de François Ozon), et l’autre concernant le réalisateur lui-même, Roman Polanski, avec son excellent "J’accuse" (douze nominations), Roman Polanski dont on reproche également des abus sexuels et viols sur mineur.

Lorsque Mgr Barbarin avait été condamné le 7 mars 2019 par le tribunal correctionnel de Lyon à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans, j’avais écrit : « Je me réjouis de ce verdict, non pas que j’en veuille à Mgr Barbarin dont j’apprécie l’intelligence et la profondeur et qui se trouve plutôt comme une sorte de bouc émissaire de tous les reproches qu’on pourrait faire à l’Église de France sur ce sujet si brûlant et si sensible de la pédophilie des prêtres, mais cela doit être un signal, un symbole que rien ne sera oublié, rien ne sera toléré en ce qui concerne ces actes de torture qu’on appelle pédophilie. ».

Mais j’avais ajouté aussitôt que la condamnation avait été « sévère mais symbolique ». Pour moi, ce verdict du 7 mars 2019 devait être une véritable douche froide pour l’Église catholique, la protection des enfants doit absolument passer avant toute autre priorité. C’est d’ailleurs le mot d’ordre du pape François et même de ses prédécesseurs même si c’était affirmé moins clairement.

En disant cela, que cela devait être un « signal », je n’étais pas juge mais commentateur, commentateur et "fidèle", fidèle écœuré par les pratiques abominables de certains prêtres. Et heureusement, la justice réagit autrement. Heureusement car mon propos était presque injuste puisque je convenais que Mgr Barbarin avait été ferme sur le sujet, même si on peut lui reprocher, plus moralement que pénalement, qu’il aurait dû signaler à la justice ce prêtre pécheur dès qu’il l’a su, c’est-à-dire en 2007 alors que l’affaire n’est réellement sortie du silence qu’en 2016.

J’évoquais ce signal pour que la protection des enfants primât sur, d’une part, la défense (illusoire) de l’institution (ne pas parler à cette époque d’ultratransparence où le moindre citoyen est capable de fournir des preuves enregistrées en son et images à tout moment est contreproductif) et, d’autre part, sur l’organisation même de l’Église. Le prêtre en question a gardé des responsabilités encore longtemps par manque de vocations sacerdotales.

Il a quand même fallu attendre le 5 juillet 2019, c’est-à-dire après la condamnation en première instance de Mgr Barbarin, pour que Bernard Preynat fût révoqué de son état clérical par un tribunal ecclésiastique : « Au regard des faits et de leur récurrence, du grand nombre de victimes, du fait que l’abbé Bernard Preynat a abusé de l’autorité que lui conférait sa position au sein du groupe scout (…), le tribunal a décidé de lui appliquer la peine maximale prévue par le droit de l’Église dans un tel cas, à savoir le renvoi de l’état clérical. ».

Même ce retard, cette lenteur est une faute morale de l’Église, qui a réagi avec trente ans de retard ! Mais l’individu Philippe Barbarin ne peut pas être condamné par tout ce qu’on pourrait reprocher à l’Église dont il était le représentant. Un homme ne peut être confondu avec son institution.

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C’est d’ailleurs ce qu’avait conclu l’avocat général Joël Sollier lors du procès en appel en novembre 2019 en ne requérant aucune peine, considérant qu’il fallait dissocier le « cas individuel » des « fautes morales et pénales » de l’Église elle-même. L’un des avocats de Mgr Barbarin, Me Jean-Félix Luciani est satisfait en expliquant : « Cette injustice est aujourd’hui réparée (…). Le cardinal Barbarin est innocent. ». Son autre avocat, Me André Soulier, ancien adjoint au maire de Lyon, a même pleuré à l’annonce du verdict, indiquant qu’il avait commencé sa carrière par une relaxe et qu’il la terminait par une relaxe. Il a surtout évoqué la perte de son épouse l’été dernier et la manière dont le cardinal l’avait accompagné avec beaucoup d’humanité.

L’ancien évêque auxiliaire de Lyon, Mgr Jean-Pierre Balut (actuel évêque de Blois), l’ancien vicaire général de Lyon, Mgr Pierre-Yves Michel (actuel évêque de Valence) et l’ancien directeur de cabinet du cardinal, Pierre Durieux, tous les trois qui l’ont côtoyé et travaillé avec Mgr Barbarin, avaient affirmé avec force le 29 août 2018 : « Nous sommes témoins qu’il a fait adopter des mesures les plus répressives qui soient en matière de lutte contre la pédophilie, plus nettes et plus claires que celles adoptée au plan national et au plan international. » ("La Croix").

Ce verdict est donc la victoire du droit sur le ressentiment, le refus de prendre un bouc émissaire pour condamner une institution dépassée par tous ses silences qui ne pouvaient être interprétés que comme une complicité implicite. Il n’en demeure pas moins que le verdict d’il y a onze mois a eu le mérite de créer un tsunami psychologique qui aura encore de l’effet concrètement dans les esprits, même s’il a été annulé en appel.

C’est cela, l’évolution d’une Église pour être en phase avec la société, et ce n’est pas seulement valable dans les milieux religieux, mais dans tous les milieux (milieux de la politique, du cinéma, de la littérature, du sport comme le patinage artistique, etc.), que le silence soit proscrit à jamais et que les victimes parlent, et même que les bourreaux, à condition qu’il y ait des preuves tangibles, soient jugés et condamnés.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 janvier 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mgr Barbarin : le vent du boulet.
Roman Polanski.
Pédophilie dans l’Église catholique : la décision lourde de Lourdes.
David Hamilton.
Adèle Haenel.
Mgr Barbarin : une condamnation qui remet les pendules à l’heure.
Pédophilie dans l’Église : le pape François pour la tolérance zéro.
Le pape François demande pardon pour les abus sexuels dans l’Église.
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200130-philippe-barbarin.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/mgr-barbarin-le-vent-du-boulet-221138

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/01/20/37956543.html






 

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25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 03:34

« Il y a eu des mémoires et des histoires, et il fallait un nom et ce fut Yad Vashem. Ici sont conservées les traces du martyr et de l’héroïsme. La mémoire du mal radical et de cet esprit de résistance. C’est pour cela que l’Holocauste ne saurait être une histoire que nous pourrions manipuler ou utiliser ou revisiter. Non ! Il y a la justice, il y a l’histoire avec ses preuves, et il y a l’avis de nos nations. Ne les confondons pas. Au risque de collectivement replonger dans le malheur. Nul n’a le droit de convoquer ses morts pour justifier quelques divisions ou quelques haines contemporaines. Car tous ceux qui sont tombés nous obligent à la vérité, à la mémoire, au dialogue, à l’amitié. Et quel plus beau symbole que celui de nous voir ici tous rassemblés et unis. De faire œuvre utile contre le déni comme le ressentiment ou les discours de vengeance. » (Emmanuel Macron, le 23 janvier 2020 à Jérusalem).



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Depuis quelques jours, la planète entière commémore le 75e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, en Pologne occupée par les nazis jusqu’à l’arrivée des troupes soviétiques. La libération a eu lieu le 27 janvier 1945. 

Comment ne pas parler, encore aujourd’hui, de « sidération humaine » selon l’expression du Président Emmanuel Macron venu s’exprimer, devant ses homologues, à Jérusalem ce jeudi 23 janvier 2020 ? Quand on repense à toute cette histoire tragique, les larmes ne peuvent que couler encore et encore.

Certes, on a déjà beaucoup dit de cette tragédie humaine, de cette industrialisation de la mort inédite dans l’histoire de l’humanité. Ce point de singularité qui a montré que l’être humain, tout sapiens qu’il était, pouvait montrer le pire de lui-même. Peut-être pourrait-il y avoir encore pire dans l’avenir, je ne le souhaite pas mais on peut continuer à cauchemarder avec un peu d’imagination : arme nucléaire, bactériologique, chimique, etc. Il y a encore le choix pour faire pire que les nazis. Mais l’humain peut aussi montrer le meilleur de lui-même. Le pire n’est jamais sûr.

Faut-il encore commémorer la Shoah ? La question elle-même est une injure à toutes les victimes. Tous ceux qui tentent de discutailler sur le nombre exact de victimes (on ne le saura jamais exactement, car les nazis, lorsqu’ils voyaient l’Armée rouge progresser, ont partout tenté d’éliminer toutes les traces car ils en avaient honte), qui tentent de pondérer, de comparer, de contester les faits historiques ont de quoi faire peur. Oui, dans les camps d’extermination, il y a eu aussi des personnes en situation de handicap, des gens du voyage, des homosexuels, des prisonniers de guerre, et plus généralement, tous ceux que les nazis considéraient comme des rebuts de la société, mais il est incontestable que la plupart de ces victimes étaient des Juifs et qu’ils étaient là uniquement parce qu’ils étaient des Juifs. Ont péri dans les camps d’Auschwitz 960 000 Juifs sur 1,1 million de victimes. Là est la réalité des faits (établie par l’historien polonais Franciszek Piper). Là est la monstruosité d’une idéologie mécanique qui voulait donner à certains hommes le pouvoir d’un dieu prêt à sélectionner qui devait continuer à vivre et qui devait mourir.

Malgré ces millions de morts, les nazis ont échoué. Ils n’ont pas échoué seulement en perdant la guerre, mais ils ont échoué parce que l’Holocauste a été connu, parce que les rares survivants, qui ont été définitivement traumatisés par cette expérience insensée, qui se sont demandé pourquoi ils en avaient réchappé alors que tant de leurs proches y sont restés, ces survivants sont là, et ont témoigné, pour certains encore, parce qu’ils sont encore vivants soixante-quinze plus tard, ils témoignent encore, du haut de leur grand âge, dans les écoles, dans les associations, chez les éditeurs, chez les cinéastes, chez les metteurs en scène, partout…

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La liste des victimes est longue, immensément longue, mais elle est inscrite, elles ne seront pas oubliées. Parmi ceux qui ont été plongés dans cet enfer humain à Auschwitz, on peut citer Simone Veil, Anne Frank, Primo Levi, Elie Wiesel, le père Maximilien Kolbe (canonisé par Jean-Paul II pour avoir offert sa vie contre celle d’une autre personne), les parents du dessinateur Art Spiegelman (auteur de la bande dessinée "Maus"), Henri Krasucki, Édith Stein, Marceline Loridan-Ivens, Irène Némirovsky, Samuel Pisar, le ministre Pierre Masse (sénateur de l’Hérault), Marie-Claude Vaillant-Couturier, la veuve de Paul Vaillant-Couturier (qui fut résistante), etc.

Heureusement, beaucoup de rescapés ont pu et voulu témoigner. Comme l’a expliqué Simone Veil, ce n’était pas facile, beaucoup étaient jeunes (les plus forts) et voulaient d’abord construire leur avenir, et surtout, on ne les croyait pas, on ne les écoutait pas, ils étaient inaudibles et eux-mêmes avaient ce complexe de culpabilité d’avoir survécu, d’être passés entre les gouttes alors qu’ils n’étaient qu’une infime minorité, et cette question obsédante : pourquoi moi ?

Ceux qui protestent contre ces commémorations, quelles sont leurs raisons ? Je crains le pire. Les arrière-pensées les plus profondes ? Il faut commémorer car les générations passent. Plus on s’éloigne d’un événement, plus il faut le commémorer si on pense que c’est fondamental. Or, le génocide perpétré par les nazis a atteint un degré inégalé de l’horreur humaine. Les commémorations ne sont donc pas tournées vers le passé (ce qui est fait est fait), mais pour préparer l’avenir, pour éviter que cela recommence, et les tensions dans la société ou entre les pays sont suffisamment nombreuses pour qu’on y fasse attention, pour qu’on ne plonge pas une troisième fois dans un brasier mondial alors qu’au-delà de l’humain, la nature elle-même, dans ses bouleversements climatiques, est prête aussi à mettre notre survie en péril.

C’était le sens du discours du Président Emmanuel Macron à Jérusalem (qu’on peut lire ici), devant de nombreux chefs d’État et de gouvernement. Cette réunion diplomatique était une vraie réunion, une ré-unité des pays qui se rappellent l’enfer d’il n’y a pas si longtemps.

Emmanuel Macron a salué la présence de son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier  : « Quelle fierté pour moi de voir tant de pays d’Europe unis et de me retrouver aujourd’hui avec le Président de la République fédérale d’Allemagne (…) et d’être à vos côtés aujourd’hui et de pouvoir vous entendre. L’Europe doit se tenir unie. Ne jamais oublier, ne jamais se diviser. C’est aussi cela notre enseignement. Et la communauté internationale ne doit rien oublier non plus de ce que la barbarie est née de la négation de l’autre, du droit international et de la sécurité des nations ainsi bafouées. ».

Il a aussi salué son homologue russe Vladimir Poutine : « Je vous rejoins (…). Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies ont aujourd’hui une responsabilité historique, et je partage votre volonté, soixante-quinze ans plus tard, de nous rassembler tous ensemble. (…) Nous sommes, de par cette histoire et depuis la fin du deuxième conflit mondial, les garants d’un ordre international qui tient par le droit, la légalité et le respect de chacun. ».

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La Une de "Libération" du 25 janvier 2020 est dans la même tonalité : « "Si tu t’en sors, surtout, raconte…". Des survivants de moins en moins nombreux, des jeunes générations moins sensibilisées… Jusque sur les lieux de l’horreur, la mémoire de la Shoah cherche de nouvelles façons de se transmettre. ». Il n’est jamais inutile de rappeler quelques faits terribles. L’antisémitisme tue encore dans les rues de France aujourd’hui, la liste est elle aussi beaucoup trop longue dans une société en paix et en liberté : Mireille Knoll, Sarah Halimi, Ilan Halimi, etc.

Emmanuel Macron a aussi ce langage de la réalité crue : « L’antisémitisme, je le dis ici avec clarté, n’est pas seulement le problème des Juifs. Non, c’est d’abord le problème des autres car à chaque fois, dans nos histoires, il a précédé l’effondrement, il a dit notre faiblesse, la faiblesse des démocraties. Il a traduit l’incapacité à accepter le visage de l’autre. Il est toujours la première forme du rejet de l’autre, et quand l’antisémitisme apparaît, tous les racismes prolifèrent, toutes les divisions se propagent, que nul ne pense en sortir gagnant. (…) Sans doute avons-nous raté quelque chose. Il nous faut être lucides pour que tant de nos enfants puissent, aujourd’hui, croire ce qu’ils croient, replonger dans l’abjection des pires préjugés et nourrir des haines que nous pensions avoir fait disparaître. Alors, oui, le souvenir est une promesse. ».

Sur les lieux des atrocités, à Auschwitz, a été décidé de construire un musée à la mémoire des victimes. Probablement que les tas de chaussures, lunettes, cheveux des victimes qui sont exposés aux visiteurs sont les plus parlants et symptomatiques de l’effroyable horreur : chaque vêtement, chaque paire de lunettes ou de chaussures fait référence à un être humain qui a été vaporisé dans un four crématoire, ces vitrines font échos aux ossuaires du côté de Verdun, à cela près qu’il n’y avait pas une idéologie d’élimination systématique. On peut comprendre pourquoi l’installation artistique de Christian Boltanski mise en place il y a une dizaine d’années, en janvier et février 2010, dans la majestueuse nef du Grand Palais à Paris a pu si efficacement émouvoir les visiteurs (Monumenta 2010).

Partout dans le monde, ces jours-ci, des spectacles et des événements sont programmés pour continuer à honorer les victimes, pour témoigner, continuer à transmettre les valeurs de tolérance et de paix. Un exemple parmi d’autres : ce lundi 27 janvier 2020 à 20 heures, au Théâtre Antoine à Paris (14 boulevard de Strasbourg dans le 10e arrondissement), l’actrice Léa Drucker et la chanteuse Talila récitent le témoignage vivant de Simone Veil, adolescente rescapée d’Auschwitz.

Simone Veil avait accepté d’être suivie par le cinéaste David Teboul pendant une vingtaine d’années. Cela a donné une quarantaine d’heures d’entretiens et de témoignage qui ont été la matière première de "L’aube à Birkenau" où « Simone Veil s’est livrée telle qu’elle était, sans fard, digne et vibrante ». En présence de Pierre Schaffer, un autre rescapé d’Auschwitz et ami de Simone Veil qui glissa à l’oreille de David Teboul : « Promettez-moi, David, de ne pas oublier Paul, c’est un survivant, un héros aussi. Et puis, vous savez, il était amoureux d’une jeune femme à Bobrek. Cela m’avait fait tellement de bien. Paul m’avait donné l’espoir d’aimer si je sortais vivante de cet enfer. ». Oui, n’oublions pas tous ces héros malgré eux, ils ont prouvé qu’être humain n’était jamais vain.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 janvier 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Anne Frank.
Robert Merle.
Boltanski et l’émotion des camps de la mort.
Discours du Président Emmanuel Macron le 23 janvier 2020 à Jérusalem (texte intégral).
Les 75 ans de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.
Sarah Halimi, assassinée car Juive.
L’attentat de Trèbes.
La lutte contre l’antisémitisme est l’affaire de tous !
Discours du Président Emmanuel Macron au dîner du CRIF le 20 février 2019 (texte intégral).
Alain Finkielkraut, l’antisémitisme et la bêtise.
Rapport sur le racisme de la CNCDH publié le 22 mars 2018 (à télécharger).
L’agression antisémite et le besoin de transcendance.
Maréchal, vous revoilà !
Les 70 ans d’Israël.
La France du colonel Beltrame.
Éradiquer l’antisémitisme.
Marceline Loridan-Ivens.
Simone Veil.
La Shoah.
Élie Wiesel.
Germaine Tillion.
Irena Sendlerowa.
Élisabeth Eidenbenz.
Céline et sa veuve ruinée, la raison des pamphlets ?
Les pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline.
Louis-Ferdinand Céline et les banksters.
Charles Maurras.
Roger Garaudy.
Jean-Marie Le Pen et ses jeux de mots vaseux.
Antisémitisme et morale en politique : l’attentat de la rue des Rosiers.
Massacre d’enfants juifs.
Arthur, l’un des symboles stupides du sionisme.
Les aboyeurs citoyens de l’Internet.
La Passion du Christ.
Représenter le Prophète ?
Complot vs chaos : vers une nouvelle religion ?
Le cauchemar hitlérien.
Jeux olympiques : à Berlin il y a 80 ans.
Les valeurs républicaines.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200127-auschwitz.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/auschwitz-l-horreur-humaine-220961

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/01/24/37968057.html





 

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