Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 03:26

« La nouveauté, selon le mot de Stravinski, ne saurait être que la recherche d’une place fraîche sur l’oreiller. La place fraîche se réchauffe vite et la place chaude retrouve sa fraîcheur. » (Jean Cocteau, 1941). Deuxième partie.



_yartiMPT2018A06

Le mariage pour tous, c’est-à-dire aussi pour les couples homosexuels, est possible depuis maintenant six ans, par la loi n°2013-404 du 17 mai 2013. Après avoir présenté les principaux arguments pour et contre, et avant des commentaires personnels, je présente quelques éléments factuels.


Historique

En France, aucun texte ne spécifiait précisément que le mariage concernait l’union de deux personnes de sexe différent, si bien que rien, à part la tradition juridique, n’empêchait l’union d’un couple homosexuel par le mariage. Pour pousser à bout ce vide juridique, certains maires ont tenté de faire des mariages de couples homosexuels, comme le 5 juin 2004 où Noël Mamère, à l’époque député-maire de Bègles, a uni deux hommes.

Le tribunal de grande instance de Bordeaux a alors annulé ce mariage le 27 juillet 2004, considérant que les textes évoquent un "mari" et une "femme" et que ce n’était pas possible de les identifier à deux hommes. La cour d’appel de Bordeaux a confirmé cette annulation le 19 avril 2005 et la Cour de cassation l’a également confirmée le 13 mars 2007, juste avant l’élection présidentielle de 2007 : « Selon la loi française, le mariage est l’union d’un homme et d’une femme. » (arrêt du 13 mars 2007 de la Cour de cassation).

Saisi le 16 novembre 2010 par la Cour de cassation pour une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), le Conseil Constitutionnel a clairement affirmé le 28 janvier 2011 qu’il était nécessaire que le législateur adoptât un texte spécifique pour permettre le mariage de deux personnes de même sexe : « Aux termes de l’article 34 de la Constitution, la loi fixe les règles concernant "l’état et la capacité des personnes, les régimes matrimoniaux, les successions et libéralités" (…). Il est à tout moment loisible au législateur, statuant dans le domaine de sa compétence, d’adopter des dispositions nouvelles dont il lui appartient d’apprécier l’opportunité et de modifier des textes antérieurs ou d’abroger ceux-ci en leur substituant, le cas échéant, d’autres dispositions, dès lors que, dans l’exercice de ce pouvoir, il ne prive pas de garanties légales des exigences de caractère constitutionnel. » (décision n°2010-92 QPC du 28 janvier 2011).

En d’autres termes, le mariage sans précision est un mariage de deux personnes de sexe différent, mais il n’est pas anticonstitutionnel de modifier cette définition juridique si le législateur le décide. Ce qu’il a fait deux ans plus tard.

_yartiMPT2018A02

Auparavant, il y a eu l’adoption du PACS (pacte civil de solidarité) par la loi n°99-944 du 15 novembre 1999 qui permet à un couple, hétérosexuel ou homosexuel, de s’unir civilement, cependant, pas devant le maire mais au greffe du tribunal d’instance. Le premier PACS a été enregistré le 18 novembre 1999 à Lille. Dans une succession, le PACS ne reconnaît pas le conjoint survivant comme héritier, ce qui pouvait, évidemment, créer des situations très difficiles et conflictuelles entre le survivant et les ayants droit.

Le Président Nicolas Sarkozy était partisan d’une union civile qui aurait donné les mêmes droits que le mariage aux couples homosexuels, mais a finalement renoncé à le présenter au cours de son quinquennat pour deux raisons : d’une part, une partie de son électorat refusait un tel projet, et d’autre part, il voulait réserver cette union civile aux seuls couples homosexuels, ce qui aurait été probablement déclaré anticonstitutionnel et aurait été invalidé par le Conseil Constitutionnel selon le principe d’égalité des citoyens devant la loi.


Adoption de la loi sur le mariage pour tous

Le Président François Hollande a bénéficié d’une fenêtre législative exceptionnelle pendant les deux premières années de son mandat : en effet, il avait une majorité de gauche dans les deux assemblées, Assemblée Nationale, mais aussi Sénat. Il en a profité seulement pour le mariage pour tous et il a perdu la majorité sénatoriale dès septembre 2014.

Le projet de loi a été présenté par la Ministre de la Justice Christiane Taubira au conseil des ministres du 7 novembre 2012. Comme pour la loi sur l’IVG avec Simone Veil, et même pour l’abolition de la peine de mort avec Robert Badinter, il n’était pas explicitement clair que cette ministre fût la défenseure de ce projet. Valéry Giscard d’Estaing n’en avait pas parlé à Simone Veil lors de sa nomination à la Santé (cela aurait dû être le Ministre de la Justice Jean Lecanuet qui aurait dû le présenter, mais pour des raisons religieuses, il avait préféré ne pas le faire). Quant à l’abolition de la peine de mort, François Mitterrand avait prévu son ami radical Maurice Faure, nommé Ministre de la Justice du 22 mai 1981 au 22 juin 1981, mais, dilettante, ce dernier a préféré se retirer dans son département du Lot à rester dans le flot parisien.

_yartiMPT2018A04

Fortement contesté par une partie de l’opposition, le projet de loi a été l’occasion de longues discussions au Palais-Bourbon. Le débat à l’Assemblée Nationale a commencé le 29 janvier 2013 et a duré 110 heures en séances publiques. Le texte a été adopté à l’Assemblée Nationale en première lecture le 12 février 2013 par 329 voix pour, 229 contre et 10  abstentions. Très majoritairement, les députés de gauche ont voté pour (sauf notamment Jérôme Lambert et Alfred Marie-Jeanne qui ont voté contre). À l’UMP, le vote contre fut très majoritaire (sauf notamment Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet, Pierre Lellouche, Nicole Ameline et Édouard Philippe qui se sont abstenus et Benoist Apparu et Franck Riester qui ont voté pour). À l’UDI, le groupe a voté majoritairement contre (sauf notamment Yves Jégo et Jean-Christophe Lagarde, qui ont voté pour, et Jean-Louis Borloo aussi aurait voulu voter pour mais par erreur, son vote fut comptabilisé parmi les contre).

Le débat commencé le 4 avril 2013, le Sénat a adopté en première lecture le projet de loi le 12 avril 2013 par un vote à main levée, avec 170 pour, 165 contre et 10 abstentions. Dans l’opposition, majoritairement défavorable au projet, Chantal Jouanno et Fabienne Keller ont notamment voté pour et Vincent Capo-Canellas, Roger Karoutchi, Alain Fouché et Alain Milon notamment se sont abstenus.

Le texte ayant été modifié par les sénateurs, les députés ont recommencé à débattre du texte du 17 au 19 avril 2013 et l’ont adopté définitivement, dans les mêmes termes que le Sénat, le 23 avril 2013 en seconde lecture, par 331 voix pour, 225 contre et 10 abstentions, avec les mêmes singularités entre groupes. L’adoption définitive a été planifiée très rapidement par le gouvernement, car la seconde lecture n’aurait dû se dérouler qu’en mai 2013 dans le calendrier parlementaire. Le gouvernement a trouvé un moyen juridique pour accélérer l’adoption alors que les "manifs pour tous" se faisaient de plus en plus importantes au fil des semaines.

_yartiMPT2018F09

François Hollande a promulgué la loi le 17 mai 2013, la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, quelques heures après la publication de l’avis conforme à la Constitution émis par le Conseil Constitutionnel. Ce sera probablement, dans les livres d’histoire des prochaines décennies, la seule réalisation qui restera du quinquennat de François Hollande. Ou plutôt, l’une des deux seules réalisations, la seconde étant la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016 sur la fin de vie.

Dans les prises de position, pendant les débats publics, hors parlementaires qui ont eu à se prononcer officiellement sur le sujet, on peut citer, parmi l’opposition, Dominique de Villepin, Monique Pelletier, Rama Yade, Roselyne Bachelot, Franck Louvrier et même Valéry Giscard d’Estaing qui étaient favorables au mariage pour tous. Dans la majorité, certaines personnalités ont au contraire exprimé réserves, doutes et réticences, ce fut le cas de Gérard Collomb et Lionel Jospin.


Situation internationale

Au 13 mai 2018, vingt-cinq pays représentant 1,1 milliard d’habitants (14,5% de la population mondiale) ont adopté une législation autorisant le mariage de couples homosexuels.

La France (17 mai 2013) est le treizième pays à avoir autorisé le mariage de couples homosexuels, après les Pays-Bas (3 avril 2001), la Belgique (1er juin 2003), l’Espagne (3 juillet 2005), le Canada (20 juillet 2005), l’Afrique du Sud (30 novembre 2006), la Norvège (1er janvier 2009), la Suède (1er mai 2009), le Portugal (5 juin 2010), l’Islande (27 juin 2010), l’Argentine (22 juillet 2010), le Danemark (15 juin 2012) et le Brésil (14 mai 2013).

Après la France, onze autres pays ont autorisé le mariage de couples homosexuels : l’Uruguay (5 août 2013), la Nouvelle-Zélande (19 août 2013), le Royaume-Uni (28 mars 2014), le Luxembourg (1er janvier 2015), les États-Unis (la Cour suprême a considéré le 26 juin 2015 qu’interdire le mariage des couples homosexuels était anticonstitutionnel), l’Irlande (16 novembre 2015), la Colombie (28 avril 2016), la Finlande (1er mars 2017), Malte (1er septembre 2017), l’Allemagne (1er octobre 2017) et l’Australie (9 décembre 2017).

_yartiMPT2018F08

Le mariage pour les couples homosexuels est prévu aussi en Autriche (au plus tard le 1er janvier 2019) et à Taiwan (au plus tard le 24 mai 2019), et il est en projet au Mexique (la plupart de ses États ont déjà cette législation, dont Mexico dès le 22 décembre 2009), en Albanie, au Chili, au Pérou, en Suisse, à Panama, au Costa Rica (la loi du 4 juillet 2013 est déjà proche de l’autorisation) et au Venezuela.

Neuf pays européens reconnaissent une union civile entre personnes de même sexe avec quasiment les mêmes droits que le mariage : la Croatie (2003), la Slovénie (2005), la République tchèque (2006), la Suisse (2007), la Hongrie (2007), l’Autriche (2010), le Liechtenstein (2011), l’Estonie (2014), Chypre (2015), la Grèce (2015) et l’Italie (2016). Quatre pays européens interdisent explicitement les couples homosexuels : la Pologne, la Bulgarie, la Lettonie et la Lituanie.


Quelques statistiques en France en 2018

Le premier mariage entre deux hommes a été célébré le 29 mai 2013 à Montpellier et les deux premiers mariages entre deux femmes ont eu lieu le 1er juin 2013 à Montpellier et à Saint-Jean-de-la-Ruelle (la circulaire détaillant la loi a été rédigée le 29 mai 2013 et publiée seulement le 31 mai 2013 dans le Bulletin officiel du Ministère de la Justice).

Il n’est pas possible de connaître à ce jour exactement le bilan statistique de l’année 2017, mais il est possible déjà de voir les grandes lignes. À partir de la troisième année de mariage pour tous, c’est-à-dire 2015, le nombre de mariage de couples homosexuels représente environ 3% du nombre total de mariages célébrés dans l’année. Au début, il y a eu ce que j’appellerais improprement un "effet d’aubaine", car beaucoup de couples homosexuels attendaient depuis longtemps cette mesure, si bien qu’ils n’ont pas attendu dès lors que la loi était promulguée. D’autres se sont également dépêchés de se marier par crainte qu’un changement de majorité revînt sur cette loi en l’abrogeant.

2013 (seulement les 7 derniers mois) : 7 367 mariages de couples du même sexe sur 245 930 mariages au total (3,1%, mais le taux ne correspond pas à la réalité sur les 7 derniers mois).
2014 : 10 522 sur 238 592 (4,4%).
2015 : 7 751 sur 236 316 (3,3%).
2016 : 7 000 sur 235 000 (3,0%).
2017 : 7 000 sur 228 000 (3,1%).

"L’Express" du 23 avril 2018 a repris des statistiques des couples issues de l’INSEE, en ajoutant mariages et PACS pour l’année 2017. Il y a eu environ 424 000 mariages et PACS, dont 53% de mariages de couples hétérosexuels, 2% de mariages de couples homosexuels, 43% de PACS de couples hétérosexuels et 2% de PACS de couples homosexuels.

En 2013, il y avait, parmi les mariages de couples homosexuels, une majorité d’hommes (58%) et en 2017, c’est devenu équilibré, autant de couples d’hommes que de couples de femmes. L’évolution du mariage de couples homosexuels vers les mêmes considérations que pour les couples hétérosexuels se trouve aussi pour l’âge du mariage. En 2013, dans les couples homosexuels, l’âge moyen des mariés hommes était de presque 50 ans et des femmes, 43 ans, et en 2017, 44 ans pour les hommes et 31 ans pour les femmes. À comparer avec l’âge des mariés dans un couple hétérosexuel en 2017 : 38 ans pour les hommes et 35 ans et demi pour les femmes (en hausse progressive depuis plusieurs décennies).

Il n’y a pas de statistiques sur les divorces de couples homosexuels, dans la mesure où la sexualité n’est pas renseignée dans les dossiers (« Le sexe des demandeurs est très mal enregistré. »). En 2016, il y a eu 128 000 divorces prononcés, soit 4 400 de plus qu’en 2015. Selon "L’Express", un divorce de couple homosexuel avait été rapporté cinq mois après la promulgation de la loi. Dans les statistiques générales, près de 9 000 mariages sur 100 000 finissent par un divorce dans les cinq premières années et 40 avant la fin de la première année.

_yartiMPT2018F02

D’après certaines associations, il n’y a eu que quelques adoptions d’enfant pour des couples homosexuels (hors l’adoption de l’enfant du conjoint). Selon l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens, il y avait en 2005 plus de 30 000 enfants qui vivaient au sein d’un foyer homoparental en France.

Ce faible nombre d’adoptions n’est pas étonnant. C’était d’ailleurs ce qu’évoquait l’avis du Conseil Constitutionnel du 17 mai 2013, que la loi n’empêchait pas que les décisions soient prises pour les adoptions toujours dans l’intérêt de l’enfant, et la plupart des décisions considèrent aujourd’hui qu’un couple stable composé d’une maman et d’un papa est préférable à un couple homosexuel, sans pour autant qu’il y ait discrimination par rapport à l’orientation sexuelle des demandeurs (car dans ce cas, on pourrait aussi parler de discrimination par rapport à l’âge, par rapport au compte en banque, etc.).


Une adaptation, pas une révolution

Si le nombre de mariages de personnes de même sexe correspond à quelques milliers de cas par an pour une population de 67 millions d’habitants, et que le nombre d’adoptions d’à peine quelques dizaines pour une période de cinq ans, on peut considérer que la loi sur le mariage pour tous est une loi "marginale", probablement nécessaire pour accompagner l’évolution de la société, mais qui ne méritait pas la dissipation de tant d’énergie ni tant de passion, dans un camp ou dans un autre, pour des conséquences finalement infinitésimales.

Cette loi n’a pas révolutionné la société ni la cellule familiale, elle a juste adapté le droit français pour se conformer à la protection des conjoints des couples homosexuels qui n’était pas assurée jusqu’en 2013. Le mariage, rappelons-le, a un double objectif, au-delà de la proclamation publique d’un couple (qui peut se faire dans d’autres cadres aujourd’hui, ne serait-ce que sur les réseaux sociaux) : il structure la cellule familiale pour l’accueil d’enfants et leur éducation et il protège juridiquement le conjoint le plus faible par rapport au plus fort (principalement, lorsqu’il y a une séparation et donc, conflit plus ou moins assumé, mais aussi lorsqu'il y a décès pour protéger le survivant dont l'intérêt peut s'opposer aux droits des héritiers).

Dans la troisième et dernière partie, j’évoquerai quelques réflexions personnelles.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport 2018 de SOS Homophobie (à télécharger).
Les 5 ans du mariage pour tous.
Bientôt la PMA ?
Christiane Taubira.
Pierre Bergé.
L’avis du Conseil Constitutionnel du 17 mai 2013 (texte intégral).
La manif pour tous.
À quand l’apaisement ?
Et si l’on pensait plutôt aux familles recomposées ?
Deux papas ?
Le premier mariage lesbien.
L’homosexualité malmenée en Afrique.
Mariage gris.
Mariage nécrophile.
Mariage annulé pour musulman.
Le coming out d’une star de la culture.

_yartiMPT2018F06



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190517-mariage-pour-tous-2.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/les-6-ans-du-mariage-pour-tous-2-204399

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/09/11/36410528.html




 

Partager cet article
Repost0
4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 03:10

« Je relisais il y a quelques jours une lettre que Baudelaire écrivait à sa mère, une nuit où il parlait de son découragement, du caractère insupportable de la vie. Et au milieu de la nuit, il décrivait ce moment, celui où souvent il se mettait à écrire de ce qu’il appelait "le ressaisissement". C’est ce qui est en train de se passer dans la société française, c’est le moment du ressaisissement. » (Emmanuel Macron, le 25 novembre 2017 à Paris).


_yartiSpanking01

Au début de l’été, il y a deux mois, le 2 juillet 2019, le Sénat a adopté la proposition de loi contre les violences éducatives. Ainsi adopté définitivement par le Parlement à la quasi-unanimité, le texte a été promulgué le 10 juillet 2019 par le Président Emmanuel Macron, devenant la loi n°2019-721 du 10 juillet 2019 relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires, signée également par Édouard Philippe, Nicole Belloubet et Agnès Buzyn.

Le texte est très court. Il est composé de trois articles mais le principal est dans le premier article. Il rajoute dans l’article 371-1 du code civil ce petit alinéa tout simple, qui est maintenant lu aux futurs époux lors de leur mariage : « L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. ».

Honnêtement et moralement, personne ne peut s’opposer à une telle phrase. Les violences physiques sont assez faciles à définir et à constater, une consultation médicale peut suffire, mais c’est déjà plus difficile de définir les violences psychologiques, comme c’est difficile aussi de constater le harcèlement moral au travail.

L’article 2 ajoute la prévention des violences éducatives ordinaires dans le code de l’action sociale et des familles, ce qui rend obligatoire la formation des assistantes maternelles sur ce thème. L’article 3 prévoit un rapport fourni par le gouvernement sur l’état des lieux des violences éducatives en France et sur l’évaluation des besoins nécessaires pour sensibiliser, accompagner et soutenir les parents. Ce rapport aurait dû être remis avant le 1er septembre 2019 mais, à ma connaissance, n’a pas dû être encore remis à ce jour (3 septembre 2019).

Cette loi est en cohérence avec la Convention internationale des droits de l’enfant que la France a ratifiée en 1990. La France est le 56e État à bannir ainsi explicitement les violences éducatives ordinaires, 26e États de l’Europe. Le code de parentalité et de tutelle en Suède interdit tout « châtiment corporel ou tout autre traitement humiliant » dès …1979 (il y a quarante ans).

Le texte ne prévoit pas de sanction car elles sont déjà prévues par les lois précédentes, le code pénal prévoit jusqu’à vingt de prison pour la maltraitance des enfants. L’article 222-13 du code pénal interdit effectivement « les violences ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours ou n’ayant entraîné aucune incapacité de travail (…) lorsqu’elles sont commises sur un mineur de quinze ans ». Précisons le vocabulaire juridique : "mineur de quinze ans" signifie un enfant de quinze ans ou moins. Mais la jurisprudence reconnaissait néanmoins un "droit à la correction" laissé à l’appréciation des familles.

Le texte est donc le moyen plus de sensibiliser que de sanctionner les parents qui "battent" leurs enfants. Battre les enfants semble être un grand mot mais pourtant, il s’agit bien de cela. Il s’agit certes de donner une claque ou de donner une fessée, mais qu’est-ce que c’est sinon des violences physiques et psychologiques (notamment par l’humiliation de la correction) ?

Ce texte était d’origine parlementaire et pas gouvernementale. Un précédent texte avait été déposé lors de la précédente législature mais n’avait pas eu le temps d’être examiné.

_yartiSpanking02

Je me méfie toujours des "modes sociétales". Certaines sont pertinentes, d’autres peuvent parfois exagérer. Sur l’éducation des enfants, il y avait ce sentiment qu’une bonne claque pourrait donner un déclic à l’enfant et montrer la fermeté des parents. J’ai d‘ailleurs toujours pensé qu’une claque était plus efficace qu’une fessée dont je n’aurais pas eu l’idée si elle n’avait pas existé (comme moyen éducatif, je précise !).

Une autre réticence plus générale, c’est que je suis toujours méfiant quand l’État s’invite dans la vie privée des gens, or, l’éducation des enfants fait partie, au-delà de l’instruction publique (la scolarité), de la vie privée des ménages, à tel point que même une personne amie aura du mal, si elle veut rester délicate, de donner des conseils éducatifs à des parents sans trop les froisser.

C’était une réticence de même nature que j’avais eue pour la loi sur le mariage pour tous. À la fin, cela signifiait qu’il fallait s’identifier avec sa sexualité, ce qui, selon moi, est un sujet que reste du domaine "sous couette" et pas du domaine public. Avant le mariage pour tous, se marier ne donnait pas forcément une indication sur sa sexualité (puisque rien n’empêchait une personne homosexuelle de se marier malgré tout). En permettant à deux personnes de même sexe de se marier l’une avec l’autre, la nature des sexes des époux donne désormais une indication immédiate sur leur type de sexualité qui de toute façon, quelle qu’elle soit, ne doit être ni une honte ni une fierté. À cela s’oppose la volonté de vivre un amour au grand jour, et cet argument est aussi la justification, après tout, des mariages des personnes hétérosexuelles.

Je me méfie surtout des lois inutiles. Et des mots inutiles, mais à la mode. Le dernier à la mode m’agace fortement même s’il recouvre une réalité qu’il s’agit de combattre férocement : "féminicide". Car ce qui compte, c’est la lutte contre les meurtres des conjoints ou ex-conjoints, pas seulement des seules femmes, même si elles sont nettement les plus nombreuses. Ce sont des homicides, aussi scandaleux que les autres homicides (pas moins, mais pas plus non plus). Tout au plus, il faudrait inventer un mot qui signifierait "conjointicide", mais en reprenant la bonne racine (latine).

Lançant à Matignon le "Grenelle" contre les violences conjugales le 3 septembre 2019, le Premier Ministre Édouard Philippe a déclaré : « Certains hommes se sont habitués à l’impunité. L’impunité de frapper leur femme ou leur compagne (…). La violenter, la terroriser et parfois la tuer parce qu’elle représente une altérité. Le propre d’une altérité, c’est d’avoir une volonté, une liberté qui ne coïncident pas toujours avec la nôtre. Et certains hommes ne le supportent pas. Je ne croyais pas avoir à dire cette phrase un jour, dans une grande démocratie comme la France, mais certains hommes n’arrivent pas encore à supporter que leur compagne existe, autrement que "pour eux". Si bien qu’aujourd’hui, dans notre pays, des femmes, nos concitoyennes, meurent étranglées, poignardées, brûlées vives, rouées de coups. Tous les deux ou trois jours. Parfois sous les yeux de leurs enfants, parfois en pleine rue. Elles meurent en se jetant par la fenêtre, en serrant leur bébé dans leurs bras, pour échapper à leur conjoint. Depuis des siècles, ces femmes sont ensevelies sous notre indifférence, notre déni, notre incurie, notre machisme séculaire, notre incapacité à regarder cette horreur en face. ». Le 3 septembre 2019 en écho au numéro d’appel 3919 qui répond aux victimes de violences conjugales et qui a reçu 53 244 appels en 2018.

Bien sûr qu’il faut lutter contre les violences conjugales, et d’ailleurs, justement, la loi contre la violence faite aux enfants n’est pas sans rapport. Lorsqu’on est violent, on l’est rarement à moitié. L’épouse, les enfants sont parfois tout aussi violentés l’une que les autres. C’est d’ailleurs cette idée qu’Édouard Philippe a voulu marteler : il est faux de dire qu’un homme violent avec sa femme peut être un bon père, ne serait-ce que parce qu’il est dans l’illégalité et qu’il ne montre pas l’exemple, et que taper sur la mère de ses enfants ne paraît pas être un signe de bonne éducation : « On conviendra qu’un père qui ne respecte ni la mère de ses enfants, ni la loi, assume au moins imparfaitement les fondamentaux que la société peut attendre d’un père. Quand un enfant retrouve sa mère inanimée, quand il la surprend pendant qu’elle essaie de camoufler un bleu, quand il entend son père la dénigrer systématiquement, on ne peut imaginer que cet enfant garde, de son père, une image intacte. ».

Et Édouard Philippe de conclure par Victor Hugo : « Certains vont essayer de relativiser l’étendue et l’horreur des violences conjugales. Certains auront peut-être l’indécence de temporiser, au lieu d’agir. Ce n’est pas notre intention. Car on ne le répétera jamais assez : l’absolue singularité des violences conjugales, c’est qu’elles se produisent à l’endroit où l’on devrait se sentir le plus en sécurité. La personne dont on est tombé amoureux, avec qui on choisit de vivre, c’est normalement la personne qui nous donne de la confiance, du souffle. Dans "Les Misérables", Victor Hugo écrit que les gens qu’on aime sont normalement "nos êtres respirables. S’ils nous manquent, l’air nous manque, nous étouffons". Mais quand le conjoint ou l’ex-conjoint rend l’air irrespirable, impunément, je suis convaincu que c’est toute la société qui est non seulement misérable, mais asphyxiée. » (3 septembre 2019).

Je me méfie aussi des grandes déclarations d’élus qui, la main sur le cœur, veulent lutter contre les violences conjugales (qui tuent environ 150 personnes par an, ce qui est beaucoup trop important) mais qui, en même temps, dans un élan de démagogie non assumée, protestent contre la limitation à 80 kilomètres par heure sur les routes à une voie tandis que cette mesure devrait épargner entre 300 et 400 vies par an, soit des centaines de drames familiaux.

Revenons à la fessée et aux claques. La manière d’éduquer les enfants reste du domaine privé, mais la violence, quelle qu’elle soit, est une affaire publique. Elle concerne toute la société. Le premier principe d’un État est d’assurer la sécurité à tous, de protéger les plus fragiles. Or, admettre qu’on peut impunément gifler un enfant, ou lui donner la fessée, même s’il la mérite (mais il la mérite selon quel article de loi ? quels critères ? et qui a condamné l’enfant à une telle sanction, un juge impartial ?), c’est laisser entendre qu’on peut battre ses enfants sans sanction.

Or, la violence est inacceptable. Certes, il y a une différence entre donner une claque tous les dix ans, en clair, "la" claque, parce que c’était nécessaire (voir le fameux film "La Gifle", réalisé par Claude Pinoteau et sorti le 23 octobre 1974, avec Lino Ventura, Isabelle Adjani et Annie Girardot), et gifler tous les jours, pour un oui ou pour un non, un enfant, ou même, parce que le parent est sous la dépendance d’alcool ou d’autres substances.

_yartiSpanking03

C’est surtout que la violence ne doit pas être une méthode éducative. C’est vrai qu’on part de loin où, même à l’école, il y a trois ou quatre générations, on n’hésitait pas à utiliser la violence physique pour faire apprendre. Heureusement, cette époque est révolue et il est même interdit de gifler des élèves (un enseignant excédé peut être poursuivi pénalement si cela arrive).

Des documents pédagogiques à destination des familles essaient d’ailleurs d’expliquer que les claques et les fessées ne font jamais du bien et engendrent chez l’enfant la peur, l’incompréhension, la haine, la souffrance et la honte, des sentiments qui ne les aident pas à grandir. Et surtout, ainsi corrigé, l’enfant comprend que le meilleur moyen de s’imposer, d’imposer ses vues, de se faire obéir, c’est de battre les autres, ce qui ne fait qu’engendrer une société de violences pourtant déjà bien développée (souvent par l’incapacité à s’exprimer autrement).

Comme indiqué plus haut, la loi interdisait déjà de maltraiter les enfants. Cette nouvelle loi permet surtout de sensibiliser les parents et futurs parents (notamment au moment du mariage) que la violence physique et psychologique n’est jamais une méthode éducative. Et d’ailleurs, quand on aime vraiment un être, surtout s’il est fragile, comment pourrait-on le frapper en toute conscience ? et pour son bien ?!


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Discours du Président Emmanuel Macron le 25 novembre 2017 à Paris (texte intégral).
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
Violences conjugales en France : quelques chiffres qui parlent.
La lutte contre la violence faite aux femmes, nouvelle cause nationale ?
Que restera-t-il du drame de Thionville ?
Marie Trintignant.
Jacqueline Sauvage.
L’Académie française et la féminisation des noms de métiers et de fonctions.
L’écriture inclusive.

_yartiSpanking04




http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190903-fessee.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/ni-claque-ni-fessee-aux-enfants-ni-217668

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/07/03/37476250.html



 

Partager cet article
Repost0
12 juillet 2019 5 12 /07 /juillet /2019 21:27

(verbatim)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200711-vincent-lambert-fdv2020cw.html



Tribune de Michel Houellebecq
dans "Le Monde" du 12 juillet 2019 sur Vincent Lambert


Ainsi, l’Etat français a réussi à faire ce à quoi s’acharnait, depuis des années, la plus grande partie de sa famille : tuer Vincent Lambert. J’avoue que lorsque la ministre « des solidarités et de la santé » (j’aime bien, en l’occurrence, les solidarités) s’est pourvue en cassation, j’en suis resté sidéré. J’étais persuadé que le gouvernement, dans cette affaire, resterait neutre. Après tout, Emmanuel Macron avait déclaré, peu de temps auparavant, qu’il ne souhaitait surtout pas s’en mêler ; je pensais, bêtement, que ses ministres seraient sur la même ligne.

J’aurais dû me méfier d’Agnès Buzyn. Je m’en méfiais un peu, à vrai dire, depuis que je l’avais entendu déclarer que la conclusion à tirer de ces tristes événements, c’est qu’il ne fallait pas oublier de rédiger ses directives anticipées (elle en parlait vraiment comme on rappelle un devoir à faire à ses enfants ; elle n’a même pas précisé dans quel sens devaient aller les directives, tant ça lui paraissait aller de soi).

Vincent Lambert n’avait rédigé aucune directive. Circonstance aggravante, il était infirmier. Il aurait dû savoir, mieux que tout autre, que l’hôpital public avait autre chose à foutre que de maintenir en vie des handicapés (aimablement requalifiés de « légumes »). L’hôpital public est sur-char-gé, s’il commence à y avoir trop de Vincent Lambert ça va coûter un pognon de dingue (on se demande pourquoi d’ailleurs : une sonde pour l’eau, une autre pour les aliments, ça ne paraît pas mettre en œuvre une technologie considérable, ça peut même se faire à domicile, c’est ce qui se pratique le plus souvent, et c’est ce que demandaient, à cor et à cri, ses parents).

Mais non, en l’occurrence, le CHU de Reims n’a pas relâché sa proie, ce qui peut surprendre. Vincent Lambert n’était nullement en proie à des souffrances insoutenables, il n’était en proie à aucune souffrance du tout. Il n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, dont le plus honnête serait de dire qu’on ne connaît à peu près rien. Il n’était pas en état de communiquer avec son entourage, ou très peu (ce qui n’a rien de franchement original ; cela se produit, pour chacun d’entre nous, à peu près toutes les nuits). Cet état (chose plus rare) semblait irréversible. J’écris « semblait » parce que j’ai rencontré pas mal de médecins, pour moi ou pour d’autres personnes (dont plusieurs agonisants) ; jamais, à aucun moment, un médecin ne m’a affirmé qu’il était certain, à 100 % certain, de ce qui allait se produire. Cela arrive peut-être ; il arrive peut-être aussi que tous les médecins consultés, sans exception, formulent un pronostic identique ; mais je n’ai jamais rencontré le cas.

Dans ces conditions, fallait-il tuer Vincent Lambert ? Et pourquoi lui, plutôt que les quelques milliers de personnes qui à l’heure actuelle, en France, partagent son état ? Il m’est difficile de me défaire de l’impression gênante que Vincent Lambert est mort d’une médiatisation excessive, d’être malgré lui devenu un symbole ; qu’il s’agissait, pour la ministre de la santé « et des solidarités », de faire un exemple. D’« ouvrir une brèche », de « faire évoluer les mentalités ». C’est fait. Une brèche a été ouverte, en tout cas. Pour les mentalités, j’ai des doutes. Personne n’a envie de mourir, personne n’a envie de souffrir : tel est, me semble-t-il, l’« état des mentalités », depuis quelques millénaires tout du moins.

Une découverte extraordinaire, qui apportait une solution élégante à un problème qui se posait depuis les origines de l’humanité, a eu lieu en 1804 : celle de la morphine. Quelques années plus tard, on a vraiment commencé à explorer les étonnantes possibilités de l’hypnose. En résumé, la souffrance n’est plus un problème, c’est ce qu’il faut répéter, sans cesse, aux 95 % de personnes qui se déclarent favorables à l’euthanasie. Moi aussi, dans certaines circonstances (heureusement peu nombreuses) de ma vie, j’ai été prêt à tout, à supplier qu’on m’achève, qu’on me pique, tout plutôt que de continuer à supporter ça. Et puis on m’a fait une piqûre (de morphine), et mon point de vue a changé radicalement, du tout au tout. En quelques minutes, presque en quelques secondes. Bénie sois-tu, sœur morphine. Comment certains médecins osent-ils refuser la morphine ? Ont-ils peur, par hasard, que les agonisants deviennent accros ? C’est tellement ridicule qu’on hésite à l’écrire. Enfin c’est ridicule, si l’on veut ; mais c’est assez dégueulasse, aussi.

Personne n’a envie de mourir, personne n’a envie de souffrir, disais-je ; une troisième exigence semble être apparue depuis peu, celle de la dignité. Le concept me paraissait à vrai dire un peu vaseux, j’avais une dignité c’est sûr, j’y pensais de temps en temps, pas souvent, enfin rien ne me paraissait justifier qu’il vienne au premier plan des préoccupations « sociétales ». Par acquit de conscience j’ai consulté Le Petit Robert (édition 2017). Il définit, assez simplement, la dignité comme le « respect que mérite quelqu’un ». Les exemples qui suivent embrouillent plutôt la question en révélant que Camus et Pascal, quoique ayant tous deux une conception de la « dignité de l’homme », ne la font pas reposer sur la même base (ce dont on pouvait se douter). Quoi qu’il en soit il paraît évident aux deux (et même à peu près à tout le monde) que la dignité (le respect qu’on vous doit), si elle peut être altérée par divers actes moralement répréhensibles, ne peut en aucun cas l’être par une dégradation, aussi catastrophique soit-elle, de son état de santé. Ou alors c’est qu’il y a eu, effectivement, une « évolution des mentalités ». Je ne pense pas qu’il y ait lieu de s’en réjouir.

Michel Houellebecq, le 12 juillet 2019 (dans "Le Monde")


Source :
https://www.lemonde.fr/sante/article/2019/07/11/michel-houellebecq-vincent-lambert-mort-pour-l-exemple_5488006_1651302.html

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190712-houellebecq-le-monde.html

 

Partager cet article
Repost0
12 juillet 2019 5 12 /07 /juillet /2019 03:55

« Je suis père d’une enfant pas comme les autres. » (Lino Ventura, le 6 décembre 1965).



_yartiVenturaLino04

C’est assez étonnant. Au-delà de la fête nationale, cette année, la journée de ce 14 juillet 2019 correspond aussi au centième anniversaire de la naissance de l’un des acteurs les plus appréciés et respectés des Français, Lino Ventura, connu pour ses rôles de "brute au grand cœur". Et pourtant, il n’y a pas beaucoup d’événements culturels ou cinématographiques à cette occasion : une exposition de plus de 70 affiches de films dans lesquels a joué l’acteur, à l’hôtel de ville de Pontarlier (mais déjà terminée, du 9 au 24 mars 2019), la sortie d’une bande dessinée biographique ("Lino Ventura et l’œil de verre" d’Arnaud Le Gouefflec et Stéphane Oiry, éd. Glénat), quelques projections spéciales organisées par certaines municipalités, quelques articles dans certains médias…

Catcheur, Lino Ventura est entré dans le monde du cinéma par la grande porte, en réclamant un cachet de star dès son premier film, pour donner la réplique au légendaire Jean Gabin dans "Touchez pas au grisbi" de Jacques Becker (1954). Il ne voulait pas jouer, ce qui expliquait son exigence pharaonique, mais le réalisateur l’a acceptée, à sa grande surprise. La "star" a tout de suite été reconnue. Un acteur assez exigeant pour les scénarios, qui a refusé de nombreux premiers rôles (il refusait la trop grande violence, les scènes de sexe ou de nudité, etc.) parce que l’homme était avant tout un pudique qui ne voulait pas s’étaler ou étaler sa vie personnelle devant le grand public.

Ce sont peut-être cette pudeur et cette discrétion qui expliquent le grand cœur. Après tout, De Gaulle lui-même, et aussi Jacques Chirac, très soucieux de la vie des personnes en situation de handicap dès le début des années 1970, ont eu cette pudeur de ne pas vouloir étaler leur vie privée, de tenter de la préserver au maximum, tout en agissant publiquement pour une cause qui les a touchés de très près : le handicap. Avoir une fille "différente", un "ange incompris", bouleverse complètement la manière de voir la société, et cela malgré la facilité de la célébrité, du pouvoir, de l’argent, selon les cas.

_yartiVenturaLino01

À partir de 1942, Lino Ventura n’a jamais eu qu’une seule épouse, Odette, et Linda, née en 1958, leur troisième et avant-dernier enfant, a été victime d’un accident cérébral à la naissance. Être parent d’un enfant en situation de handicap est un calvaire, non seulement psychologique, social et familial, mais aussi administratif, financier, etc. Il s’est vite aperçu que la société n’était pas adaptée à ces enfants et plus tard ces adultes un peu spéciaux (alors qu’à l’époque, on les appelait injustement des "enfants inadaptés"). Heureusement, depuis ce temps, la situation a évolué, même s’il y a encore de nombreuses améliorations à apporter.

Le 6 décembre 1965, Lino Ventura se força à parler de sa fille pour aider tous les parents qui, comme lui, étaient confrontés à ce drame. Un appel émouvant à l’ORTF : « Il y a plusieurs problèmes. Bien sûr, il y a d’abord le fait qu’il faut sauver ces enfants. Il y a aussi le problème de la détresse des parents (…). Il y a aussi un troisième problème, qui est le suivant : c’est qu’avant, ces enfants s’éliminaient d’eux-mêmes. Maintenant, avec les progrès de la médecine, on les soigne, ils vivent. Alors, si on les fait vivre, il faut avoir la dignité et le courage de les emmener jusqu’au bout de leur vie. C’est ce qui n’est pas le cas. (…) Il y a aussi donc ce problème majeur qui habite les nuits sans sommeil de tous les parents, qui est le suivant : quand nous ne serons plus là, que deviendront-ils ? ».

Et de proposer deux pistes pour aider ces parents. La première, avec « beaucoup de chaleur humaine », qui ne coûte rien qu’un sourire : « Lorsque vous rencontrez un enfant pas comme les autres dans la rue, il ne faut pas le regarder comme un monstre, il ne faut pas le regarder avec de la pitié. Ce n’est pas de la pitié que ces gens-là veulent, au contraire, c’est de la justice, c’est de la chaleur humaine. ».

La seconde piste, c’est d’aider financièrement pour créer des structures adaptées, de maisons d’hébergement, d’éducation, d’activités. C’est pour cette raison qu’il a créé l’association Perce-Neige en 1966 (tout en aidant les associations déjà existantes), reconnue d’utilité publique en 1976 et devenue une fondation d’utilité publique en 2016 (décret du 13 mai 2016). Lino Ventura présida cet organisme jusqu’à sa mort, puis son épouse le présida de 1987 à 1995, puis un de leurs petits-fils.





Les valeurs de Perce-Neige sont comme les traits de caractère de Lino Ventura lui-même : générosité, respect et rigueur. Son objectif est que : « les personnes handicapées trouvent leur place dans la société et soient reconnues en tant qu’individus à part entière avec les mêmes droits, la même considération accordée aux personnes dites ordinaires et qu’elles puissent disposer d’une prise en charge adaptée et de qualité afin de s’épanouir sereinement et pleinement au sein de la société. ». Sa devise dite par son fondateur : « Leur bonheur est notre récompense. ».

Perce-Neige s’est fixée trois missions : « accueillir et accompagner, de façon adaptée, les enfants et adultes touchés par une déficience mentale, un handicap physique ou psychique », « apporter un soutien aux familles touchées par le handicap et favoriser la recherche scientifique et médicale », enfin, « mettre en œuvre des actions communes avec des personnes physiques ou morales poursuivant des buts similaires ».

Comme Coluche avec les Restaurants du cœur, l’acteur s’est servi de sa popularité et de sa notoriété pour faire des réalisations concrètes et durables, et surtout, très utiles. La première "maison Perce-Neige" fut ouverte à Sèvres en 1982. Lino Ventura, fut alors interviewé par Noël Mamère et Isabelle Baechler sur Antenne 2 le 10 décembre 1982.





L’action de sensibiliser les pouvoirs publics, effectuée non seulement par Lino Ventura mais aussi ses amis comme Jean Gabin, Charles Aznavour, Pierre Tchernia, n’a pas été vaine. Ministre de la Santé à l’époque, Simone Veil a écrit dans sa biographie : « Il importait également de mener à terme les travaux amorcés par Marie-Madeleine Dienesch et poursuivis par René Lenoir, promu secrétaire d’État, pour combler le vide, de plus en plus mal ressenti, de tout statut consacrant un minimum de droits pour les handicapés. Avec le concours des associations spécialisées, et notamment de l’Unapel, l’objectif d’une loi fondatrice fut atteint dès 1975. » ("Une Vie", éd. Stock, 2007).

Cela fut la très importante loi n°75-534 du 30 juin 1975 d’orientation en faveur des personnes handicapées qui fut le point de départ d’une politique publique de protection et d’aide des personnes en situation de handicap et de ceux qui les accompagnent. La loi contenait des dispositions sur la prévention et le dépistage du handicap et sur l’obligation éducative des enfants et adolescents.

Bien plus tard, deux autres lois très importantes aussi pour la vie et les droits des personnes en situation de handicap ont été adoptées, la loi n°2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-légale, ainsi que la loi n°2005-1022 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

Il reste toujours important que la société soit adaptée à tous, et donc aussi aux plus fragiles, à ceux qui sont en situation de handicap qui ont le droit de vivre et d’avoir une vie sociale comme les autres. En cette époque terrible où Vincent Lambert, ni en fin de vie ni en souffrance, a été conduit à la mort parce qu’il était en situation de handicap très lourd, il est important de rappeler que toute vie humaine est précieuse et riche, que les personnes en situation de handicap ne font pas seulement que recevoir des autres, souvent, elles donnent aussi, notamment beaucoup d’amour à leur entourage.

Dans sa bande dessinée témoignage, le dessinateur Guy Delisle s’étonnait qu’il n’y avait aucune personne en situation de handicap dans les rues de Pyongyang, et on lui a répondu que les Coréens (du Nord) formaient un peuple parfait, en bonne santé et sans aucune personne handicapée. Ce qui est génétiquement impossible… C’est aussi l’une des manières de voir comment une société est humaine ou pas, par son action vis-à-vis des personnes en situation de handicap. Veut-elle les éliminer, ou au contraire, les considérer comme des êtres humains à part entière, avec les mêmes droits que les autres, en particulier, avec cet inaliénable droit à la vie ? Bravo donc pour cette action de générosité et de prise de conscience réalisée par Lino Ventura pendant plus de vingt ans et poursuivie depuis trente ans par sa famille, et hommage à eux à l’occasion de ce centenaire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 juillet 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Condamné car handicapé ?
Perce-Neige.
Lino Ventura.
Line Renaud.
Jean Lefebvre.
John Wayne.
Kirk Douglas.
Élie Kakou.
Jean Bouise.
Pierre Desproges.
Anémone.
Gérard Oury.
Zizi Jeanmaire.
Jean-Pierre Marielle.
"Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
Niels Arestrup.
"Acting".
"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

_yartiVenturaLino02



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190714-lino-ventura.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/lino-ventura-sa-fille-perce-neige-216572

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/07/12/37494560.html




 

Partager cet article
Repost0
11 juillet 2019 4 11 /07 /juillet /2019 07:29

« Il y a aujourd’hui un choix de civilisation très clair : soit nous considérons les êtres humains comme des robots fonctionnels qui peuvent être éliminés ou envoyés à la casse lorsqu’ils ne servent plus à rien, soit nous considérons que le propre de l’humanité se fonde, non sur l’utilité d’une vie, mais sur la qualité des relations entre les personnes qui révèlent l’amour. N’est-ce pas ainsi que cela se passe lorsqu’une maman se penche de manière élective vers celui de ses enfants qui souffre ou qui est plus fragile ? C’est le choix devant lequel nous nous trouvons. » (Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, le 20 mai 2019 à Paris).



_yartiFinDeVie2015ZF06

Vincent Lambert est mort ce matin du jeudi 11 juillet 2019. L'écrivain Michel Houellebecq, choqué, a réagi assez vivement dans une tribune publiée au journal "Le Monde" du 11 juillet 2019 : « Ainsi, l'État français a réussi à faire ce à quoi s'acharnait, depuis des années, la plus grande partie de sa famille : tuer Vincent Lambert. J'avoue que lorsque la ministre "des solidarités et de la santé" (j'aime bien, en l'occurrence, les solidarités) s'est pourvue en cassation, j'en suis resté sidéré. J'étais persuadé que le gouvernement, dans cette affaire, resterait neutre. Après tout, Emmanuel Macron avait déclaré, peu de temps auparavant, qu'il ne souhaitait surtout pas s'en mêler (...). Vincent Lambert (...) aurait dû savoir, mieux que tout autre, que l'hôpital public avait autre chose à fo*tre que de maintenir en vie des handicapés (aimablement requalifiés de "légumes"). L'hôpital public est sur-char-gé, s'il commence à y avoir trop de Vincent Lambert, ça va coûter un pognon de dingue (on se demande pourquoi d'ailleurs : une sonde pour l'eau, une autre pour les aliments, ça ne paraît pas mettre en œuvre une technologie considérable, ça peut même se faire à domicile, c'est ce qui se pratique le plus souvent, et c'est ce que demandaient, à cor et à cri, ses parents). Mais non, en l'occurrence, le CHU de Reims n'a pas relâché sa proie, ce qui peut surprendre. » ("Le Monde" du 11 juillet 2019).

Le mercredi 10 juillet 2019 dans la soirée, une veille a eu lieu à l’Église Saint-Sulpice de Paris, où plusieurs centaines de personnes furent en communion avec Vincent Lambert. Depuis le 2 juillet 2019, Vincent était en train de partir, privé d’alimentation et placé sous sédation profonde et continue. Un dernier recours a été rejeté le 3 juillet 2019 par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne pour suspendre la procédure qui va inéluctablement aboutir à la mort de Vincent Lambert. Le 2 juillet 2019, le Comité international des droits des personnes handicapées de l’ONU a redemandé pour la troisième fois à la France d’arrêter cette procédure, mais la Cour de cassation a jugé que la France avait le "droit" de s’asseoir sur ses obligations juridiques internationales.

C’est pour ces raisons que, sans espoir, la mère de Vincent Lambert a renoncé à croire encore au miracle le 8 juillet 2019. Vincent Lambert vient de partir, sans que sa volonté n’ait été clairement exprimée puisqu’il n’a jamais rédigé aucune directive anticipée lorsqu’il en avait la possibilité, avant son accident.

Précisons bien les choses : cette "affaire" qui est d’abord la vie singulière d’un homme, dans sa spécificité unique, n’aurait jamais dû être publique. Elle l’a été pour une raison simple : la division profonde de sa famille, et plus particulièrement, de ses deux plus proches membres, l’épouse et la mère. Seule, la justice pouvait les départager.

Par cette médiatisation, Vincent Lambert a été dépossédé de sa propre vie en devenant une sorte de symbole, dans un sens ou dans un autre. Pourtant, il était fait de chair et il s’agissait de lui, lui seul, et personne d’autre. Il ne devait pas être l’objet de récupération parfois immonde, j’y reviendrai peut-être mais le moment n’est pas à la polémique, il est plutôt au recueillement, pour tous les proches, car quelles qu’aient été leur "combat", tous l’ont aimé et viennent de le perdre, et cette souffrance est d’autant plus terrible que les médias s’en mêlent et en font un sinistre feuilleton de téléréalité.

Beaucoup de personnes dans la situation de conscience altérée comme Vincent ont eu des réponses à leur état dans le secret de l’intimité privée, dans un sens ou dans un autre, d’ailleurs, mais dans un consensus à la fois familial et médical. Ce qui est choquant avec cette histoire de Vincent, c’est que l’État, à grand renfort de ses corps, le Conseil d’État, la Cour de cassation, a voulu trancher en faveur de l’irréversible alors que le doute aurait dû "profiter", par prudence, au maintien en vie.

Pourquoi ceux, des proches, qui, en toute sincérité, demandaient la fin de Vincent avec des arguments qu’ils supposaient d’évidence (du genre : ce serait du sadisme qu’il continue à vivre) n’ont-ils pas pu convaincre ses parents que c’était la meilleure solution au bout de tant d’années ? Si ce n’était que justement, il n’y avait aucune évidence.

Parce qu’il souffrirait ? Personne, ou plutôt, plus personne (pour être historiquement exact) n’est partisan de l’acharnement thérapeutique. Personne ne veut voir une personne souffrir, parce qu’elle souffrirait de toute façon inutilement, il n’y a aucune souffrance utile. Mais Vincent souffrait-il ? Les experts judiciaires ont déclaré en novembre 2018 qu’il n’y avait ni obstination déraisonnable, ni acharnement thérapeutique à être maintenu en vie. Et que sa situation ne demandait aucune urgence.

Il y avait un paradoxe à dire qu’il souffrait et à vouloir abréger sa vie parce qu’il n’aurait eu plus aucune conscience et que son cerveau aurait été détruit. Il n’était pourtant pas si détruit que cela. Il vivait seul, sans appareil respiratoire ni cardiaque. Il n’était branché par aucun tuyau, si ce n’était une sonde pour pouvoir se nourrir et s’hydrater, comme des dizaines de milliers de personnes dépendantes. S’il souffrait, c’était qu’il avait un niveau de conscience suffisant pour souffrir.

Personne ne voudrait évidemment vivre la vie de Vincent Lambert après son accident, parce que tout le monde veut être en bon état, en bonne santé, vivant pleinement par toute la force de la nature. Mais lorsque le malheur s’abat, certains veulent lutter, d’autres se résignent. Moralement, les uns et les autres n’ont ni raison ni tort, car c’est leur vie et uniquement leur vie. Mais comment pouvoir déterminer cette volonté de vivre ou de mourir chez quelqu’un qui n’est plus capable de l’exprimer ? Ajoutons aussi que personne ne voudrait être à la place d'un proche de Vincent Lambert, parce que c'est épuisant psychologiquement et physiquement.

_yartiFinDeVie2015ZF03

Cécile Edel, psychologue et mère de famille, présidente de l'association Choisir le Vie, a dénoncé cette culture de la mort qui commence à devenir envahissante : « La mort, et pire aujourd’hui, la mise à mort, sont ainsi légitimées comme sources de soulagement, de libération. Une admiration morbide pour les courageux qui la souhaitent et la provoquent s’installe peu à peu… (…) L’avenir d’une société, on ne le répétera jamais assez, est fondé sur le respect de la vie et sur l’expression commune d’une confiance fondamentale en l’avenir. Notre société va mal parce qu’elle affirme dans ses lois et ses actes que la mort vaut mieux que la Vie. (…) Notre société va mal parce que l’acte de tuer comme celui de "laisser mourir" sont désormais admis pour le service du Bien, parés des vertus de l’Amour et de la charité suprême. C’est le règne de la confusion, un totalitarisme dont nous ne soupçonnons pas encore le terrible pouvoir destructeur. (…) Quand oserons-nous, en effet, regarder la vérité en face ? Dans toute l’histoire de l’humanité, nous ne tuons jamais par amour, mais bien par égoïsme. Parce que l’autre ou l’image de l’autre nous dérangent. Elles nous renvoient à nos propres imperfections, à l’immaîtrisable, à cette souffrance que nous refusons, à cette mort que nous rejetons ! » (10 juillet 2019).

Les personnes en situation de très grande dépendance, en raison de leur handicap très lourd, posent toujours implicitement cette question : qu’est-ce que la vie ? La vie, on ne la crée pas, mais si on s’en prend à elle, on commence à transformer la société. Car très rapidement, on parlera dans la définition sociale de la vie de ce que la vie peut apporter. Si on répond : rien, alors, on parlera inévitablement de l’utilité d’une vie. Une vie est précieuse pour ce qu’elle est, pas pour ce qu’elle produit. Combien de parents d’un enfant qui, à cause du handicap détecté avant la naissance, mais qui a finalement voulu naître avant toute décision, regretteraient s’ils avaient choisi de l’exclure de la vie, de leur vie ? Parce que l’amour entre les êtres peut prendre sa place même dans des situations très difficiles, par des chemins improbables et insoupçonnables.

Hors d’une ferme, un chat ne sert à rien, et pourtant, il y en a une dizaine de millions en France, pourquoi ? Même une plante ne sert à rien, la plupart du temps. Les personnes très âgées, les personnes malades, les personnes en situation de handicap… mais on pourrait élargir dans le domaine social, tous ceux qui ont besoin d’une assistance sociale (in fine, tout le monde, qui n’a pas bénéficié, un jour au moins dans son existence, d’une prestation sociale ?)… l’utilité de leur vie, de notre vie pourrait être pointée un jour du doigt, un jour où les impératifs budgétaires l’emporteraient définitivement sur l’impérieuse nécessité de respecter l’humain.

C’était la teneur du tweet du pape François du 10 juillet 2019 traduit en neuf langues : « Prions pour les malades abandonnés et qu’on laisse mourir. Une société est humaine si elle protège la vie, de son début jusqu’à sa fin naturelle, sans choisir qui est digne ou non de vivre. Que les médecins servent la vie, qu’ils ne la suppriment pas. ».

Vincent n’était pas un légume, mais il aurait eu moins le droit de vivre qu’une plante d’intérieur ? Cette procédure est choquante parce qu’il y a cette impression, j’insiste sur le mot "impression", que tout n’a pas été tenté pour favoriser l’amélioration de l’état de Vincent Lambert. Pourquoi était-il depuis plus de dix ans dans une unité de soins palliatifs dont il faut rappeler que la durée moyenne de séjour dans une unité de soins palliatifs est de seize jours ? Alors que plusieurs établissements spécialisés étaient prêts à accueillir Vincent pour lui apporter les soins adaptés à sa situation (il existe en France environ 140 unités spécialisées).

Je termine sur une réflexion essentielle de Christophe Foltzenlogel, expert juridique au ECLJ depuis 2012, publiée le 5 juillet 2019 sur le site de l'organisation. L'ECLJ est l'European Center for Law and Justice (Centre européen pour le droit et la justice), qui est une organisation internationale non gouvernementale créée en 1998 et dédiée à la promotion et la protection des droits de l'homme en Europe et dans le monde. Il est proposé une réponse à chacune des "dix affirmations courantes favorables à l'euthanasie de Vincent Lambert". Je ne propose ici que les affirmations évoquées et les réponses sont indiquées à ce lien.

1. "Sa mère n’a qu’à prendre son fils chez elle et s’en occuper elle-même !"
2. "Personne ne voudrait vivre comme ça, ce n’est pas une vie !"
3. "Il a dit qu’il ne voulait pas qu’on le maintienne dans un tel état, respectez sa volonté !"
4. "Il n’a plus conscience de lui-même, c’est un légume !"
5. "Non à l’acharnement thérapeutique !"
6. "Je suis contre l’euthanasie, mais là…"
7. "Sa mère est une catholique traditionaliste qui fait subir à son fils ses croyances, c’est ignoble !"
8. "Quels coûts pour la sécurité sociale !"
9. "L’ONU n’a rien voir dans cette affaire. Les exigences de ses comités n’ont aucune valeur en France."
10. "Toutes ces années de procédures, c’est de l’acharnement judiciaire en plus de l’acharnement médical !"

Selon Grégor Puppinck, directeur de l’ECLJ, sur la base de la jurisprudence des comités, il est certain que la France sera condamnée par l’ONU dans ces conditions. Mais c'est déjà trop tard pour sauver Vincent. Christophe Foltzenlogel est intervenu le 3 juillet 2019 à Genève devant le Comité des droits de l’homme de l’ONU à qui il a notamment déclaré : « Rappelez en urgence à la France ses engagements internationaux. C’est tout le système international des droits de l’homme qui est ici fragilisé par la France au détriment d’un homme dont la vie est menacée de manière imminente. Si Vincent Lambert est tué, alors les portes de la mort seront grandes ouvertes pour toutes les personnes vulnérables et incapables d’exprimer leur volonté. ».

Mes plus émues pensées et condoléances vont à Vincent et à ceux qui l’ont aimé et qui ont vécu ce moment très douloureusement.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 juillet 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Vincent Lambert au cœur de la civilisation humaine ?
Communiqué de Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, le 20 mai 2019 (texte intégral).
L'aller sans retour de Vincent Lambert.
Réponses à 10 affirmations courantes favorables à l'euthanasie de Vincent Lambert, par Christophe Foltzenlogel (ECLJ).
L’acharnement à laisser mourir Vincent Lambert.
Vincent Lambert, c’est nous tous !
Vincent Lambert n’est pas en fin de vie.
Vincent Lambert n’est pas encore sauvé…
François-Xavier Bellamy, la dignité et l’instrumentalisation de Vincent Lambert.
Vincent Lambert doit-il mourir ?
Déclaration de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, sur Vincent Lambert le 13 mai 2019 (texte intégral).
Réflexion du Père Bruno Saintôt, directeur du département Éthique biomédical aux facultés jésuites de Paris, sur Vincent Lambert le 13 mai 2019 (texte intégral).
Déclaration de la Conférence des évêques de France sur la fin de vie le 22 mars 2018 (texte intégral).
Vincent Lambert, sa vulnérabilité et son droit à la vie bafoué.
Le destin tronqué de Vincent Lambert.
Vincent Lambert entre la vie et la mort.
La tragédie judiciaire et médicale de Vincent Lambert.
Le retour de la peine de mort prononcée par un tribunal français.
Le livre blanc des personnes en état de conscience altérée publié par l’UNAFTC en 2018 (à télécharger).
Vincent Lambert et la dignité de tout être humain, des plus vulnérables en particulier.
Réglementation sur la procédure collégiale (décret n°2016-1066 du 3 août 2016).
Le départ programmé d’Inès.
Alfie Evans, tragédie humaine.
Pétition : soutenez Vincent !
Vers une nouvelle dictature des médecins ?
Sédation létale pour l’inutile Conseil économique, social et environnemental.
Vincent Lambert et Inès : en route vers une société eugénique ?
Le congé de proche aidant.
Stephen Hawking et la dépendance.
Le plus dur est passé.
Le réveil de conscience est possible !
On n’emporte rien dans la tombe.
Le congé de proche aidant.
Les nouvelles directives anticipées depuis le 6 août 2016.
Un fauteuil pour Vincent !
Pour se rappeler l'histoire de Vincent.
Dépendances.
Sans autonomie.
La dignité et le handicap.
Alain Minc et le coût des soins des "très vieux".
Euthanasie ou sédation ?
François Hollande et la fin de vie.
Les embryons humains, matériau de recherche ?
Texte intégral de la loi n°2016-87 du 2 février 2016.
La loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016.
La leçon du procès Bonnemaison.
Les sondages sur la fin de vie.
Les expériences de l’étranger.
Indépendance professionnelle et morale.
Fausse solution.
Autre fausse solution.
La loi du 22 avril 2005.
Chaque vie humaine compte.

_yartiFDV2019CU02



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190711-vincent-lambert-fdv2019cv.html

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/vincent-lambert-au-coeur-de-la-216531

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/07/11/37492063.html





 

Partager cet article
Repost0
7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 03:46

« Vincent n'est as en fin de vie, Vincent n'est pas un légume. Moi, je n'ai jamais vu un légume qui tourne la tête quand on l'appelle. J'ai énormément de photos, de vidéos qui montrent tout le contraire de ce qui est raconté dans la presse. (...) Ce qui m'a traumatisée (...), la veille du jour où le médecin avait décidé d'arrêter son alimentation et une partie de son hydratation, écoutez, le dimanche, nous lui rendions visite et Vincent était très ému, je lui ai dit : "mais qu'est-ce que tu as, Vincent ?" et il s'est mis à pleurer. Et ça, je peux dire que c'est un signe pour moi que Vincent a bien une conscience. (...) J'avais demandé au personnel qu'on ne lui parle de rien. J'estimais que c'étaient nous, parents, qui devions le préparer puisque nous étions confrontés à cette situation. Eh bien non ! Non, on lui en avait parlé ! Et Vincent, quand il nous a vus, le dimanche, la veille du jour où on devait arrêter l'alimentation, Vincent a pleuré. (...) Je crie tout haut que Vincent, on veut l'assassiner. C'est le vrai mot. Vincent, je l'ai vu, je lui ai donné parfois des cuillères de compote, des cuillères de crème, et Vincent déglutissait. Pourquoi ? Pourquoi ne pas nous entendre ? » (Viviane Lambert, sa mère, le 1er juillet 2019 lors de la 41e session du Conseil des droits de l'homme de l’ONU à Genève).


_yartiFinDeVie2015AG03

Hélas, il est en train de partir. Victime d'une mécanique judiciaire et médicale à visée euthanasique implacable, Vincent Lambert est en train de partir dans un monde qui, espérons-le, accepte un peu mieux qu'ici-bas les personnes fragiles en grande dépendance. Souffrance et émotion, je pense à ses parents, à son épouse, aux autres membres de sa famille, à ses amis, etc. Au-delà de ce drame individuel et singulier, il faudra conduire une réflexion sur ce nouveau paradigme, celui qui va permettre à une société, en toute légalité, contre l'avis d'une partie de la famille, d'amener à la mort un de ses citoyens les plus vulnérables.

Dans un email adressé à chacun des membres de la famille de Vincent Lambert, son médecin au CHU de Reims avait annoncé le mardi 2 juillet 2019 qu’il venait de reprendre le même jour la procédure d’arrêt des traitements. En d’autres termes, que Vincent Lambert est entré dans une période de mort programmée imminente, sans alimentation et sans hydratation. Un premier arrêt de traitements avait eu lieu le 20 mai 2019 jusqu’à ce que la cour d’appel de Paris ordonnât de suspendre la procédure quelques heures plus tard, mais la Cour de cassation a cassé cette décision le 28 juin 2019.

Rien ne peut interrompre ce processus surréaliste du laisser-mourir qui s'apparenterait plutôt à du faire-mourir. Le Comité international des droits des personnes handicapées de l'ONU a pourtant réitéré, pour la troisième fois, le 2 juillet 2019 sa demande de maintenir l'alimentation et l'hydratation de Vincent, et le 3 juillet 2019, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté un nouveau recours des avocats des parents de Vincent. En refusant d'écouter l'ONU, la France se met en violation de la convention internationale qu'elle a elle-même signée. Selon Grégor Puppinck, directeur de l'ECLJ (voir plus bas), sur la base de la jurisprudence des comités, il est certain que la France sera condamnée par l'ONU dans ces conditions. Mais ce sera trop tard pour sauver Vincent.

J’ai déjà expliqué ici que Vincent Lambert n’est pas en fin de vie mais en situation de très lourd handicap. Sept établissements spécialisés ont déjà proposé de l’accueillir pour qu’il reçoive les soins adaptés à sa situation, ce qui n’est pas le cas dans l’unité de soins palliatifs du CHU de Reims où il se trouve. J’ai expliqué aussi pourquoi les décisions judiciaires et médicales d’arrêter son alimentation et son hydratation restent incompréhensibles.

Je propose ici, pour compléter, la réflexion de deux personnalités qui sont très compétentes en matière d’éthique médicale et qui ont beaucoup réfléchi sur les problèmes que soulève "l’affaire Vincent Lambert".

Emmanuel Hirsch ne comprend pas, lui non plus, la précipitation du CHU de Reims à vouloir laisser mourir Vincent. Il est docteur en philosophie et professeur d’éthique médicale à l’Université de Paris-Saclay, par ailleurs directeur de l’Espace national de réflexion éthique sur les maladies neurodégénératives. Le 29 juin 2019, évoquant la décision de la Cour de cassation de la veille, il l’a qualifiée de « décision légale d’exclure M. Vincent Lambert de notre République exemplaire ».

Selon lui, alors que souvent, par le "syndrome du glissement", les patients tendent au contraire à vouloir mourir, « M. Vincent Lambert témoigne, résolu à vivre dans le confinement d’une chambre d’hôpital, d’un non abandon, d’un non renoncement à son existence. ». Par cet « acte de résistance », Vincent nous enseigne « à sa façon, dans son étrange présence, celle d’un frère en humanité, une leçon de dignité, une sagesse et peut-être l’idée d’une forme inédite, voire paradoxale de résistance éthique ».

Et d’ajouter : « M. Vincent Lambert est le symbole de la vulnérabilité extrême dans le handicap et la maladie, le symbole d’une médecine qui réanime en des circonstances extrêmes et doute de ses obligations lorsque la tentative déçoit les promesses. ». Emmanuel Hirsch craint une évolution de l’application des lois de bioéthique, malgré un discours toujours lénifiant, prétendument soucieux des « valeurs humaines fortes et intangibles » alors que « la position du gouvernement a été de saisir la Cour de cassation afin que, dans l’urgence, elle valide le processus de sédation profonde et continue jusqu’au décès d’une personne en situation de handicap neurologique ».

_yartiFinDeVie2015ZF06

Autre personnalité très compétente dans le domaine éthique, notamment parce qu’il a été membre du Comité consultatif national d’éthique de 1992 à 2004, le professeur Axel Kahn, généticien, qui vient d’être choisi président de la Ligue contre le cancer, a fait une déclaration importante sur ce thème dans la matinale de France Info le 2 juillet 2019.

En effet, il a posé peut-être la bonne question : « Ce que je vais dire n’est absolument pas de jeter l’opprobre sur personne, mais en théorie, ce que l’on veut éviter, c’est qu’une personne qui est ayant droit, même sans vouloir mal faire, ait des pulsions, des motivations pour envisager plutôt favorablement l’hypothèse d’une fin de vie. De ce point de vue-là, on voit bien qu’entre la mère et la femme, on peut se poser la question : qui a le moins de raisons de pouvoir avoir des motivations l’incitant à considérer que la fin de vie, pour sa propre vie à elle, est très importante. Donc, c’est un problème qui n’est absolument pas simple. ».





En clair, des deux "parties" (l’épouse qui veut la fin de vie de Vincent et la mère qui veut au contraire continuer à le soigner), qui a des motivations qui ne concernent pas seulement le bien de Vincent, mais aussi les conséquences sur sa propre vie ?

Je rapelle le cri désespéré de cette mère courageuse et complètement démunie face à cette froide procédure qui allait tuer son fils dans les prochains jours. Si le médecin a peut-être du cœur pour Vincent en choisissant la solution qui correspondrait le mieux à sa conscience, on peut se demander s’il a du cœur pour la mère de son patient en l’endeuillant, alors  qu’elle s’est battue si longtemps pour que son fils vive et soit soigné dans un établissement adapté.

Elle a fait sa déclaration dans le cadre d’un colloque à Genève, le lundi 1er juillet 2019 après-midi, au sein du Conseil des droits de l’homme de l’ONU et dont je retranscris ci-après la bande vidéo.





« Madame la vice-présidente,

Je vous adresse aujourd’hui un appel au secours. Sans votre intervention, mon fils, Vincent Lambert, sera euthanasié par un médecin, en raison de son handicap cérébral. Il est en état de conscience minimale mais il n’est pas un légume ! Il dort la nuit, se réveille le jour, me regarde quand je lui parle. Il a seulement besoin de recevoir sa nourriture par une sonde. Et c’est d’elle que son médecin veut le priver pour le faire mourir alors que les experts judiciaires ont affirmé qu’il ne subit pas d’acharnement thérapeutique.

Le 19 mai dernier, veille de sa mort programmée, il a pleuré en nous voyant, nous en sommes encore bouleversés. C’est pourquoi nous avons saisi le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU, car la Convention des droits des personnes handicapées interdit de priver une personne de nourriture et de boisson en raison de son handicap. Sinon, ce serait une discrimination.

À deux reprises, ce Comité a demandé à la France de ne pas faire mourir Vincent. Mais le gouvernement français refuse, il viole de façon éhontée ses obligations internationales. Je vous supplie d’intervenir auprès de la France pour lui rappeler son obligation de respecter les mesures conservatoires prescrites par le Comité, et de ne pas faire mourir mon fils. Au-delà de mon fils, c’est la vie des 1 700 autres personnes qui partagent son état qui est menacée. Je vous en prie, aidez-nous. Je vous remercie. » (Viviane Lambert, le 1er juillet 2019 à Genève).

Enfin, je termine sur une réflexion essentielle publiée le 5 juillet 2019 par Christophe Foltzenlogel, expert juridique au ECLJ depuis 2012, sur le site de l'organisation. L'ECLJ est l'European Center for Law and Justice (Centre européen pour le droit et la justice), qui est une organisation internationale non gouvernementale créée en 1998 et dédiée à la promotion et la protection des droits de l'homme en Europe et dans le monde. Il est proposé une réponse à chacune des "dix affirmations courantes favorables à l'euthanasie de Vincent Lambert". Je ne propose ici que les affirmations évoquées et les réponses sont indiquées à ce lien.

1. "Sa mère n’a qu’à prendre son fils chez elle et s’en occuper elle-même !"
2. "Personne ne voudrait vivre comme ça, ce n’est pas une vie !"
3. "Il a dit qu’il ne voulait pas qu’on le maintienne dans un tel état, respectez sa volonté !"
4. "Il n’a plus conscience de lui-même, c’est un légume !"
5. "Non à l’acharnement thérapeutique !"
6. "Je suis contre l’euthanasie, mais là…"
7. "Sa mère est une catholique traditionaliste qui fait subir à son fils ses croyances, c’est ignoble !"
8. "Quels coûts pour la sécurité sociale !"
9. "L’ONU n’a rien voir dans cette affaire. Les exigences de ses comités n’ont aucune valeur en France."
10. "Toutes ces années de procédures, c’est de l’acharnement judiciaire en plus de l’acharnement médical !"

Mes plus émues pensées pour Vincent et tous ceux qui l'aiment.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 juillet 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L'aller sans retour de Vincent Lambert.
Réponses à 10 affirmations courantes favorables à l'euthanasie de Vincent Lambert, par Christophe Foltzenlogel (ECLJ).
L’acharnement à laisser mourir Vincent Lambert.
Vincent Lambert, c’est nous tous !
Vincent Lambert n’est pas en fin de vie.
Vincent Lambert n’est pas encore sauvé…
François-Xavier Bellamy, la dignité et l’instrumentalisation de Vincent Lambert.
Vincent Lambert doit-il mourir ?
Déclaration de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, sur Vincent Lambert le 13 mai 2019 (texte intégral).
Réflexion du Père Bruno Saintôt, directeur du département Éthique biomédical aux facultés jésuites de Paris, sur Vincent Lambert le 13 mai 2019 (texte intégral).
Déclaration de la Conférence des évêques de France sur la fin de vie le 22 mars 2018 (texte intégral).
Vincent Lambert, sa vulnérabilité et son droit à la vie bafoué.
Le destin tronqué de Vincent Lambert.
Vincent Lambert entre la vie et la mort.
La tragédie judiciaire et médicale de Vincent Lambert.
Le retour de la peine de mort prononcée par un tribunal français.
Le livre blanc des personnes en état de conscience altérée publié par l’UNAFTC en 2018 (à télécharger).
Vincent Lambert et la dignité de tout être humain, des plus vulnérables en particulier.
Réglementation sur la procédure collégiale (décret n°2016-1066 du 3 août 2016).
Le départ programmé d’Inès.
Alfie Evans, tragédie humaine.
Pétition : soutenez Vincent !
Vers une nouvelle dictature des médecins ?
Sédation létale pour l’inutile Conseil économique, social et environnemental.
Vincent Lambert et Inès : en route vers une société eugénique ?
Le congé de proche aidant.
Stephen Hawking et la dépendance.
Le plus dur est passé.
Le réveil de conscience est possible !
On n’emporte rien dans la tombe.
Le congé de proche aidant.
Les nouvelles directives anticipées depuis le 6 août 2016.
Un fauteuil pour Vincent !
Pour se rappeler l'histoire de Vincent.
Dépendances.
Sans autonomie.
La dignité et le handicap.
Alain Minc et le coût des soins des "très vieux".
Euthanasie ou sédation ?
François Hollande et la fin de vie.
Les embryons humains, matériau de recherche ?
Texte intégral de la loi n°2016-87 du 2 février 2016.
La loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016.
La leçon du procès Bonnemaison.
Les sondages sur la fin de vie.
Les expériences de l’étranger.
Indépendance professionnelle et morale.
Fausse solution.
Autre fausse solution.
La loi du 22 avril 2005.
Chaque vie humaine compte.

_yartiFDV2019CT02



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190707-vincent-lambert-fdv2019ct.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/07/05/37479318.html



 

Partager cet article
Repost0
5 juillet 2019 5 05 /07 /juillet /2019 19:02

(verbatim)


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190702-vincent-lambert-fdv2019cs.html


Réponses à 10 affirmations courantes favorables à l'euthanasie de Vincent Lambert

1. "Sa mère n’a qu’à prendre son fils chez elle et s’en occuper elle-même !"
2. "Personne ne voudrait vivre comme ça, ce n’est pas une vie !"
3. "Il a dit qu’il ne voulait pas qu’on le maintienne dans un tel état, respectez sa volonté !"
4. "Il n’a plus conscience de lui-même, c’est un légume !"
5. "Non à l’acharnement thérapeutique !"
6. "Je suis contre l’euthanasie, mais là…"
7. "Sa mère est une catholique traditionaliste qui fait subir à son fils ses croyances, c’est ignoble !"
8. "Quels coûts pour la sécurité sociale !"
9. "L’ONU n’a rien voir dans cette affaire. Les exigences de ses comités n’ont aucune valeur en France."
10. "Toutes ces années de procédures, c’est de l’acharnement judiciaire en plus de l’acharnement médical !"


La détermination des parents de Vincent Lambert à l’égard de la vie de leur fils, malgré son très lourd handicap, suscite de l’admiration mais également beaucoup d’incompréhensions et de mépris.

À l’heure où Vincent est matériellement en train de mourir de faim et de soif, ces questions et objections, qui sont d’ordre général ou particulières au cas de Vincent Lambert, méritent des réponses.


1. « Sa mère n’a qu’à prendre son fils chez elle et s’en occuper elle-même ! »

Ses parents le souhaiteraient et plusieurs autorités médicales ont reconnu que Vincent Lambert pourrait tout à fait être hébergé chez ses parents. Ils en ont fait la demande plusieurs fois auprès des juridictions françaises et cela leur a été expressément et systématiquement refusé. C’est le premier problème fondamental et spécifique à cette affaire : Vincent Lambert n’est pas dans l’unité de soins adaptée à sa situation. Il ne devrait pas être dans un service de soins palliatifs mais dans une maison ou clinique adaptée et spécialisée pour son handicap. Certains hôpitaux et cliniques privés spécialisés pour ce genre de handicap ont proposé d’accueillir Vincent Lambert dans leurs structures. Cela fut également systématiquement refusé.

Dans une tribune collective du 18 avril 2018, 70 « médecins et professionnels spécialisés dans la prise en charge de personnes cérébro-lésées en état végétatif ou pauci-relationnel » affirment à propos de Vincent Lambert qu’« il est manifeste qu’il n’est pas en fin de vie. » La durée moyenne de séjour en unité de soins palliatifs en France est de 16 jours. Vincent vit dans une unité de soins palliatifs depuis 10 ans. Cela montre bien qu’il n’est pas en fin de vie.


2. « Personne ne voudrait vivre comme ça, ce n’est pas une vie ! »

Oui, personne ne voudrait vivre dans une telle situation. Il y a cependant un sophisme à conclure que l’on devrait euthanasier une personne vivant dans une telle situation.

En effet, ce n’est pas parce que l’on souffre d’un mal ou de plusieurs maux que l’on voudrait nécessairement mourir. Personne ne souhaite perdre un bras dans un accident de travail et se retrouver au chômage. Cependant, si une telle chose arrive, une personne ne perd pas nécessairement la volonté de vivre. La réponse d’une société empathique ne doit pas être de maintenir une personne dans sa peine en l’invitant à mettre fin à ses jours pour ne plus souffrir, mais à la soigner, et à l’aider à comprendre que la vie vaut la peine d’être vécue.

De plus, juger de la valeur d’une vie d’une personne est dangereux. Quels critères permettent de dire qu’une vie vaut la peine d’être vécue ? Sont-ils universaux et acceptés par tous ?


3. « Il a dit qu’il ne voulait pas qu’on le maintienne dans un tel état, respectez sa volonté ! »

C’est un point discuté dans cette affaire. Dans les faits, il n’a pas rédigé de directives anticipées, bien qu’il fût infirmier et informé d’une telle possibilité.

De plus, seule son épouse prétend rapporter des propos qu’il aurait tenus, ainsi qu’un frère qui prétend faire état de ses « dernières volontés ». L’ensemble de ses autres frères, sœurs, et même le demi-neveu ont affirmé que Vincent ne leur avait jamais rien exprimé à ce sujet. Ils ont cependant tous déduit cette prétendue volonté de ne pas être maintenu en vie de sa personnalité. Est-ce fiable ?

La réalité, c’est que chacun d’entre nous a déjà dit à ses proches qu’il ne voudrait pas vivre handicapé ou diminué. Cela ne signifie pas que l’on veuille être euthanasié dans ce cas-là. Même en exprimant clairement une telle volonté lorsque l’on est en bonne santé, l’expérience unanime des soignants est qu’une fois l’accident survenu, la volonté évolue car la volonté de vivre est bien souvent la plus forte.

Vincent Lambert a eu son accident de voiture en 2008. Or, ce n’est qu’en 2013, après une longue conversation avec le Dr Kariger, favorable à « un chemin de fin de vie », que Rachel Lambert va dire que telle était la volonté exprimée par son mari. Elle n’avait pas fait part publiquement de ces propos.

Sur cette base, le Dr Kariger tenta cette année-là une première euthanasie de Vincent Lambert. Le docteur continuant de l’hydrater (250-300mL/jour), Vincent Lambert a survécu à la faim pendant 31 jours. Cette résilience, qui s’est maintenue jusqu’à présent, est un indice sérieux d’une volonté personnelle de vivre. C’est ce qu’affirment tous les soignants spécialistes de ces patients et selon leur expérience, les patients comme Vincent Lambert qui ne veulent plus vivre ou « qui lâchent psychologiquement » partent en quelques jours, voire en quelques heures, sans signes avant-coureurs.


 4. « Il n’a plus conscience de lui-même, c’est un légume ! »

La question est débattue mais les divers diagnostiques établis au cours de toute la procédure judiciaire indiquent que Vincent Lambert est dans un état chronique de conscience altérée qui regroupe les états allant de « végétatif » à « pauci-relationnel ». Il respire seul, dort et se réveille. Il est alimenté par une gastrostomie. Ses mouvements et expressions faciales sont difficiles à interpréter médicalement, mais il est certain qu’il y a une interaction possible avec des personnes, aussi minimes soient-elles. Par exemple, il tourne les yeux et la tête vers sa mère quand elle l’appelle. Plusieurs vidéos prises par sa mère attestent de réactions à des sollicitations et a minima d’un éveil clair de Vincent Lambert, démontrant qu’il n’est pas un « légume. »

Si l’on considère que Vincent Lambert est dans un état végétatif tel qu’il ne pourrait rien exprimer ni même avoir conscience de son environnement – ce que contestent ses parents, alors on ne peut pas prétendre connaître sa véritable volonté à ce jour et prétendre avec certitude qu’il voudrait mourir. Cela rend l’euthanasie de Vincent Lambert d’autant plus choquante : la sagesse traditionnelle veut que « dans le doute, on s’abstient ». Ici, dans le doute, on le tue. Et si d’ailleurs Vincent Lambert n’était plus qu’un légume qui ne ressent et n’a plus conscience de rien, pourquoi vouloir le sédater pour qu’il ne souffre pas ?


5. « Non à l’acharnement thérapeutique ! »

Nous sommes entièrement d’accord. Seulement, dans le cas de Vincent Lambert, il ne s’agit pas d’un traitement médical. Il ne prend pas de médicaments, ne subit pas de pontages réguliers, n’est pas branché à une machine d’assistance respiratoire. Il n’est pas en fin de vie. Le 21 novembre 2018, les experts médicaux mandatés par la justice affirment que les « besoins fondamentaux primaires ne relèvent pas de l’acharnement thérapeutique ou d’une obstination déraisonnable » et que la situation médicale de Vincent Lambert « n’appelle aucune mesure d’urgence ».

Certes, son alimentation par gastrostomie se fait par une sonde. Le moyen d’administrer l’alimentation est bien infirmier. Mais ce qui est administré n’est pas un médicament, ni un traitement, ni un artifice : c’est de la nourriture, comme tous les êtres humains ont besoin. De plus, dans le cas précis de Vincent Lambert, il faut dire qu’il est capable de déglutir de petites quantités de nourriture. Cependant, ses médecins successifs n’ont jamais cherché à stimuler cette capacité en vue d’un recouvrement de ses facultés.

Ainsi, priver Vincent Lambert de son alimentation n’est pas le « laisser partir » ou le « laisser mourir », c’est le faire mourir. Il est erroné et gravissime de voir dans la simple alimentation assistée d’une personne handicapée « une obstination déraisonnable ». Il y a en France des milliers des personnes qui ne peuvent pas se nourrir seules, certaines sont même malades et âgées. Serait-il légitime de les laisser mourir en ne les nourrissant plus ?


6. « Je suis contre l’euthanasie, mais là… »

…Mais là, c’est bien d’une euthanasie dont il s’agit : la décision par un tiers, le Dr Sanchez, de priver délibérément d’eau et de nourriture une personne avec pour objectif final de le faire mourir. Refuser de nourrir et d’hydrater un handicapé pour provoquer sa mort car on estime que son handicap est trop grave constitue, pour un médecin, un reniement du serment d’Hippocrate.

Si l’on n’est pas ferme sur un principe moral général, alors on se place directement sur une pente glissante. Certes, la situation médicale de Vincent Lambert est terrible et difficile ; mais s’il peut faire l’objet d’une euthanasie par la volonté de sa tutrice et de son médecin, pourquoi des personnes dans le coma depuis plus de 20 ans ne devraient-elles pas, elles aussi, être accompagnées vers une fin digne ? Et pourquoi attendre 20 ans d’ailleurs ? Et si l’alimentation par sonde est un traitement, pourquoi ne pas arrêter le traitement d’autres personnes qui ne peuvent se nourrir seules ?

La direction de cette pente, c’est la Belgique, qui permet légalement aujourd’hui l’euthanasie à la demande de mineurs dépressifs.


7. « Sa mère est une catholique traditionaliste qui fait subir à son fils ses croyances, c’est ignoble ! »

Lorsque les gens disent qu’il vaut mieux l’euthanasier car « personne ne voudrait vivre dans une telle situation », ces gens prétendent eux-aussi imposer leurs convictions à Vincent. Dès lors que Vincent Lambert ne peut pas exprimer sa volonté, les actions entreprises sur lui sont nécessairement imposées, que ce soit la vie ou la mort. Pourquoi un païen qui ne croit pas en la vie après la mort serait-il plus légitime à imposer ses croyances à Vincent ? Il est tout à fait absurde que certains se moquent des croyances des parents de Vincent Lambert tout en assénant qu’une fois mort, Vincent Lambert ne souffrira plus. Qu’en savent-ils ?

À titre de rappel historique, seules les autorités catholiques s’opposèrent au programme hitlérien "Aktion T4" mis en place en 1939 dans le but d’éliminer les personnes handicapées. Selon le texte du décret du programme, le but était « d'accorder une mort miséricordieuse aux malades qui, selon les critères humains, auront été déclarés incurables après un examen critique de leur état de santé. »


8. « Quels coûts pour la sécurité sociale ! »

Oui. Mais fonder un jugement sur la vie ou la mort d’une personne sur des considérations financières est dangereux… pour tout le monde. Que dire de toutes les personnes plongées dans le coma ? Celles atteintes de cancers graves, foudroyants ou lents ? Doit-on fixer un âge au-delà duquel vivre reviendrait trop cher à la société et justifierait qu’on euthanasie une personne trop âgée ? Cela va à l'encontre du principe fondamental de notre système de sécurité sociale : contribuer à hauteur de ses moyens et être soigné en fonction de ses besoins.

Dans le cas particulier de Vincent Lambert, celui-ci ayant eu son accident de voiture sur le trajet entre son domicile et son lieu de travail, il est financièrement pris en charge par la compagnie d’assurance de son employeur, et non véritablement « par nos impôts ». De plus, les frais journaliers dans un établissement spécialisé qui lui serait adapté sont deux à trois fois moindres que dans un service de soins palliatifs. Le transfert demandé depuis des années par ses parents réduirait d'autant les coûts.


9. « L’ONU n’a rien à voir dans cette affaire. Les exigences de ses comités n’ont aucune valeur en France »

Les Nations unies sont une organisation internationale que les États ont eux-mêmes créée et acceptée en ratifiant un traité constitutif. Or, selon notre Constitution et la jurisprudence du Conseil constitutionnel, les traités internationaux ratifiés par la France s’intègrent à notre ordre légal et ont une force juridique supérieure à la loi.

En l’espèce, dès lors que la France a signé la Convention relative aux droits des personnes handicapées et son Protocole facultatif, elle s’est engagée, selon notre propre droit national, à reconnaître « que les personnes handicapées ont le droit de jouir du meilleur état de santé possible sans discrimination fondée sur le handicap » et à « Empêche[r] tout refus discriminatoire de fournir des soins ou services médicaux ou des aliments ou des liquides en raison d’un handicap. »

Dès lors que les parents de Vincent Lambert ne sont pas parvenus à faire reconnaître le droit à la vie et aux soins de leur fils handicapé en France, il était légitime pour eux de saisir le Comité des droits des personnes handicapées chargé de veiller à la bonne application de ladite convention par la France.

La France a l'obligation de respecter la demande de ce Comité de ne pas faire mourir Vincent Lambert car elle a reconnu à ce Comité le pouvoir de prescrire les « mesures conservatoires nécessaires pour éviter qu'un dommage irréparable ne soit causé aux victimes de la violation présumée ». En outre, le respect de ces mesures est une condition à l'effectivité du droit de recours individuel auprès des cette instance.


10. « Toutes ces années de procédures, c’est de l’acharnement judiciaire en plus de l’acharnement médical ! »

Personne ne s’engage dans des années de procédures judiciaires par plaisir et cela n’était ni ce qu’imaginaient, ni ce que voulaient les parents de Vincent Lambert.

Aux sources de cette volonté de protéger la vie de leur fils, il y a évidemment et en premier lieu l’amour parental ; mais il y a aussi la conviction de subir une injustice, d’œuvrer pour la protection de principes et de protéger la vie d’autres personnes qui sont dans des situations similaires à celle de Vincent Lambert.

C’est l’injustice et le scandale qui justifient moralement d’engager tous les recours possibles selon le droit français et international : voir leur fils handicapé être, pour ce motif, assoiffé et affamé jusqu’à la mort par décision d’un médecin et de la justice.

L’acharnement n’est ni thérapeutique, ni judiciaire, il est thanatologique.

Christophe Foltzenlogel, expert juridique au ECLJ, le 5 juillet 2019

Source :
https://eclj.org/euthanasia/french-institutions/reponses-a-10-affirmations-courantes-favorables-a-leuthanasie-de-vincent-lambert

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190705-vincent-lambert-reponses-eclj.html


 

Partager cet article
Repost0
2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 12:39

« Le 19 mai dernier, veille de sa mort programmée, [Vincent] a pleuré en nous voyant, nous en sommes encore bouleversés. » (Viviane Lambert, sa mère, le 1er juillet 2019 à l’ONU à Genève).


_yartiFinDeVie2015AG03

Dans un email adressé à chacun des membres de la famille de Vincent Lambert, son médecin au CHU de Reims a annoncé ce mardi 2 juillet 2019 qu’il a repris le même jour la procédure d’arrêt des traitements. En d’autres termes, Vincent Lambert est en grand danger de mort imminente, sans alimentation et sans hydratation. Un premier arrêt de traitements a eu lieu le 20 mai 2019 jusqu’à ce que la cour d’appel de Paris ordonnât de suspendre la procédure quelques heures plus tard, mais la Cour de cassation a cassé cette décision le 28 juin 2019.

J’ai déjà expliqué ici que Vincent Lambert n’est pas en fin de vie mais en situation de très lourd handicap. Sept établissements spécialisés ont déjà proposé de l’accueillir pour qu’il reçoive les soins adaptés à sa situation, ce qui n’est pas le cas dans l’unité de soins palliatifs du CHU de Reims où il se trouve. J’ai expliqué aussi pourquoi les décisions judiciaires et médicales d’arrêter son alimentation et son hydratation restent incompréhensibles.

Je propose ici la réflexion de deux personnalités qui sont très compétentes en matière d’éthique médicale et qui ont beaucoup réfléchi sur les problèmes que soulève "l’affaire Vincent Lambert".

Emmanuel Hirsch ne comprend pas, lui non plus, la précipitation du CHU de Reims à vouloir laisser mourir Vincent. Il est docteur en philosophie et professeur d’éthique médicale à l’Université de Paris-Saclay, par ailleurs directeur de l’Espace national de réflexion éthique sur les maladies neurodégénératives. Le 29 juin 2019, évoquant la décision de la Cour de cassation de la veille, il l’a qualifiée de « décision légale d’exclure M. Vincent Lambert de notre République exemplaire ».

Selon lui, alors que souvent, par le "syndrome du glissement", les patients tendent au contraire à vouloir mourir, « M. Vincent Lambert témoigne, résolu à vivre dans le confinement d’une chambre d’hôpital, d’un non abandon, d’un non renoncement à son existence. ». Par cet « acte de résistance », Vincent nous enseigne « à sa façon, dans son étrange présence, celle d’un frère en humanité, une leçon de dignité, une sagesse et peut-être l’idée d’une forme inédite, voire paradoxale de résistance éthique ».

Et d’ajouter : « M. Vincent Lambert est le symbole de la vulnérabilité extrême dans le handicap et la maladie, le symbole d’une médecine qui réanime en des circonstances extrêmes et doute de ses obligations lorsque la tentative déçoit les promesses. ». Emmanuel Hirsch craint une évolution de l’application des lois de bioéthique, malgré un discours toujours lénifiant, prétendument soucieux des « valeurs humaines fortes et intangibles » alors que « la position du gouvernement a été de saisir la Cour de cassation afin que, dans l’urgence, elle valide le processus de sédation profonde et continue jusqu’au décès d’une personne en situation de handicap neurologique ».

_yartiFinDeVie2015ZF06

Autre personnalité très compétente dans le domaine éthique, notamment parce qu’il a été membre du Comité consultatif national d’éthique de 1992 à 2004, le professeur Axel Kahn, généticien, qui vient d’être choisi président de la Ligue contre le cancer, a fait une déclaration importante sur ce thème dans la matinale de France Info le 2 juillet 2019.

En effet, il a posé peut-être la bonne question : « Ce que je vais dire n’est absolument pas de jeter l’opprobre sur personne, mais en théorie, ce que l’on veut éviter, c’est qu’une personne qui est ayant droit, même sans vouloir mal faire, ait des pulsions, des motivations pour envisager plutôt favorablement l’hypothèse d’une fin de vie. De ce point de vue-là, on voit bien qu’entre la mère et la femme, on peut se poser la question : qui a le moins de raisons de pouvoir avoir des motivations l’incitant à considérer que la fin de vie, pour sa propre vie à elle, est très importante. Donc, c’est un problème qui n’est absolument pas simple. ».





En clair, des deux "parties" (l’épouse qui veut la fin de vie de Vincent et la mère qui veut au contraire continuer à le soigner), qui a des motivations qui ne concernent pas seulement le bien de Vincent, mais aussi les conséquences sur sa propre vie ?

Je termine sur le cri désespéré de cette mère courageuse, justement, et complètement démunie face à cette froide procédure qui va tuer son fils dans les prochaines heures ou les prochains jours. Si le médecin a peut-être du cœur pour Vincent en choisissant la solution qui correspondrait le mieux à sa conscience, on peut se demander s’il a du cœur pour la mère de son patient en l’endeuillant, alors  qu’elle s’est battue si longtemps pour que son fils vive et soit soigné dans un établissement adapté.

Elle a fait sa déclaration dans le cadre d’un colloque à Genève, le lundi 1er juillet 2019 après-midi, au sein du Conseil des droits de l’homme de l’ONU et dont je retranscris ci-après la bande vidéo.





« Madame la vice-présidente,

Je vous adresse aujourd’hui un appel au secours. Sans votre intervention, mon fils, Vincent Lambert, sera euthanasié par un médecin, en raison de son handicap cérébral. Il est en état de conscience minimale mais il n’est pas un légume ! Il dort la nuit, se réveille le jour, me regarde quand je lui parle. Il a seulement besoin de recevoir sa nourriture par une sonde. Et c’est d’elle que son médecin veut le priver pour le faire mourir alors que les experts judiciaires ont affirmé qu’il ne subit pas d’acharnement thérapeutique.

Le 19 mai dernier, veille de sa mort programmée, il a pleuré en nous voyant, nous en sommes encore bouleversés. C’est pourquoi nous avons saisi le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU, car la Convention des droits des personnes handicapées interdit de priver une personne de nourriture et de boisson en raison de son handicap. Sinon, ce serait une discrimination.

À deux reprises, ce Comité a demandé à la France de ne pas faire mourir Vincent. Mais le gouvernement français refuse, il viole de façon éhontée ses obligations internationales. Je vous supplie d’intervenir auprès de la France pour lui rappeler son obligation de respecter les mesures conservatoires prescrites par le Comité, et de ne pas faire mourir mon fils. Au-delà de mon fils, c’est la vie des 1 700 autres personnes qui partagent son état qui est menacée. Je vous en prie, aidez-nous. Je vous remercie. » (Viviane Lambert, le 1er juillet 2019 à Genève).

Mes plus émues pensées pour Vincent et tous ceux qui l'aiment.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 juillet 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’acharnement à laisser mourir Vincent Lambert.
Vincent Lambert, c’est nous tous !
Vincent Lambert n’est pas en fin de vie.
Vincent Lambert n’est pas encore sauvé…
François-Xavier Bellamy, la dignité et l’instrumentalisation de Vincent Lambert.
Vincent Lambert doit-il mourir ?
Déclaration de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, sur Vincent Lambert le 13 mai 2019 (texte intégral).
Réflexion du Père Bruno Saintôt, directeur du département Éthique biomédical aux facultés jésuites de Paris, sur Vincent Lambert le 13 mai 2019 (texte intégral).
Déclaration de la Conférence des évêques de France sur la fin de vie le 22 mars 2018 (texte intégral).
Vincent Lambert, sa vulnérabilité et son droit à la vie bafoué.
Le destin tronqué de Vincent Lambert.
Vincent Lambert entre la vie et la mort.
La tragédie judiciaire et médicale de Vincent Lambert.
Le retour de la peine de mort prononcée par un tribunal français.
Le livre blanc des personnes en état de conscience altérée publié par l’UNAFTC en 2018 (à télécharger).
Vincent Lambert et la dignité de tout être humain, des plus vulnérables en particulier.
Réglementation sur la procédure collégiale (décret n°2016-1066 du 3 août 2016).
Le départ programmé d’Inès.
Alfie Evans, tragédie humaine.
Pétition : soutenez Vincent !
Vers une nouvelle dictature des médecins ?
Sédation létale pour l’inutile Conseil économique, social et environnemental.
Vincent Lambert et Inès : en route vers une société eugénique ?
Le congé de proche aidant.
Stephen Hawking et la dépendance.
Le plus dur est passé.
Le réveil de conscience est possible !
On n’emporte rien dans la tombe.
Le congé de proche aidant.
Les nouvelles directives anticipées depuis le 6 août 2016.
Un fauteuil pour Vincent !
Pour se rappeler l'histoire de Vincent.
Dépendances.
Sans autonomie.
La dignité et le handicap.
Alain Minc et le coût des soins des "très vieux".
Euthanasie ou sédation ?
François Hollande et la fin de vie.
Les embryons humains, matériau de recherche ?
Texte intégral de la loi n°2016-87 du 2 février 2016.
La loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016.
La leçon du procès Bonnemaison.
Les sondages sur la fin de vie.
Les expériences de l’étranger.
Indépendance professionnelle et morale.
Fausse solution.
Autre fausse solution.
La loi du 22 avril 2005.
Chaque vie humaine compte.


_yartiFinDeVie2015ZF03



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190702-vincent-lambert-fdv2019cs.html

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-acharnement-a-laisser-mourir-216348

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/07/02/37473643.html



 

Partager cet article
Repost0
28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 16:19

« Comment une même équipe médicale pourra-t-elle laisser une chance à un malade sans espoir apparent quand l’euthanasie de tous les patients moins désespérés sera devenue monnaie courante ? » (Le mari d’une personne en état pauci-relationnel, "Le Figaro" du 17 juin 2019).



_yartiFinDeVie2015AH03

Alors, ça y est. Pour la première fois en France, une cour suprême de justice a rendu son verdict définitif en autorisant l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation de Vincent Lambert dès maintenant (en pleine canicule). Qu’importe l’avis de l’ONU ! Qu’importe l’avis sur le fond de la Cour européenne des droits de l’homme ! Qu’importe les personnes en situation de handicap ! Il y a urgence à arrêter la vie. Le verdict est clair. Est-ce la société dans laquelle je voulais vivre ? J’en suis meurtri car je ne vois pas quel recours miraculeux pourrait encore stopper cette machinerie scandaleuse d’élimination des plus faibles. J'ai une pensée émue pour Vincent Lambert, et pour toute sa famille, aussi désunie soit-elle .

La Cour de cassation s’est en effet réunie en audience le lundi 24 juin 2019 pour statuer sur la situation de Vincent Lambert. Les pourvois du gouvernement avaient pour but de remettre en cause la décision de la cour d’appel de Paris d’ordonner la reprise de l’alimentation et de l’hydratation de Vincent Lambert le 20 mai 2019 en raison de la demande du Comité international des droits des personnes handicapées de l’ONU.

La Cour de cassation a annoncé sa décision ce vendredi 28 juin 2019 à 17 heures. Elle est importante pour au moins trois titres : pour la situation personnelle de Vincent Lambert (sa vie ou sa mort), pour ce que cela a comme conséquences pour toutes les personnes dans la même situation que Vincent Lambert et enfin, plus généralement, sur la capacité d’action du Comité international des droits des personnes handicapées et de son utilité pour protéger les citoyens des pays qui ont, comme la France, ratifié la convention internationale dont il est issu.

Je voudrais reprendre ici les arguments généralement proposés pour demander l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation de Vincent Lambert, ce qui signifie, comme pour toute personne, même en bonne santé et sans handicap, la mort inéluctable à brève échéance. Cet arrêt ne serait pas douloureux parce que l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation se ferait accompagné d’une sédation profonde et continue. Le problème n’est donc pas là, et une loi qui légaliserait l’euthanasie ne résoudrait donc pas plus ni ne simplifierait cette "affaire", parce que le problème, c'est d'abord la profonde division de la famille, et cela, aucune loi ne l'empêchera. L’enjeu est bien plus grave : "on" voudrait supprimer la vie d’une personne parmi les plus fragiles en raison de sa fragilité. Cela ouvrirait les portes à une société très menaçante pour les plus faibles, malgré ses proclamations de solidarité et de fraternité dans les grands principes qui fondent son organisation.


1. Souffrance ? Obsession déraisonnable ?

Vincent Lambert souffrirait et le fait qu’il continue à vivre, qu’il soit maintenu en vie constituerait une obsession déraisonnable (ce qu’on appelle improprement un acharnement thérapeutique). Cette idée est fausse : le rapport d’experts demandé par la justice administrative a clairement indiqué en novembre 2018, malgré une partialité évidente, que Vincent ne souffre pas et que son maintien en vie ne constitue pas une obsession déraisonnable.

De plus, Vincent n’est pas "branché" : il n’est pas intubé, il n’a pas besoin de respiration artificielle, son cœur bat tout seul, et la seule chose dont il a besoin, c’est d’une sonde gastrique pour pouvoir se nourrir et boire, sonde qu’il pourrait porter même à domicile, en dehors de tout espace médicalisé. Sa vraie souffrance, c’est qu’il est enfermé entre quatre murs, ses proches n’ont pas le droit de le promener dehors, pour le stimuler, pour lui faire voir d’autres paysages, et il n’est pas soigné au bon endroit, il n’a aucun soin kiné, etc. comme il devrait en avoir dans sa situation (voir ici).


2. Volonté de Vincent ?

Vincent Lambert aurait clairement indiqué qu’il voulait mourir dans sa situation actuelle. C’est sans doute l’argument majeur invoqué par la justice. Son épouse et son neveu soutiennent que l’arrêt de son alimentation et de son hydratation serait sa volonté. Pourtant, ce témoignage ne s’est exprimé que cinq ans après l’accident, pas immédiatement. Les parents de Vincent, qui contestent que Vincent ait exprimé cette volonté avant son accident en septembre 2008, reconnaissent cependant qu’il n’a pas exprimé la volonté contraire.

En fait, la réalité, c’est que personne ne connaît la volonté réelle de Vincent, tant avant l’accident (au cas où) qu’aujourd’hui. Le fait est qu’il a résisté à la mort et qu’il a survécu à un arrêt d’alimentation et à une réduction drastique d’hydratation pendant cinq semaines au printemps 2013, ce qui a montré à l’évidence qu’il était attaché à la vie.

Alors qu’il travaillait dans le milieu médical (il était infirmier) et donc, qu’il était particulièrement sensibilisé par la fin de vie pour cette raison, Vincent n’a rédigé aucune directive anticipée ni n’a désigné aucune personne de confiance capable, le cas échéant, d’exprimer sa volonté à sa place. Ce sont les deux seules dispositions qui permettent d’établir légalement sa volonté.


3. Son épouse est sa tutrice, peut-elle représenter Vincent ?

Parce que son épouse a été désignée le 10 mars 2016 comme la tutrice légale de Vincent Lambert, certains considèrent qu’elle est habilitée à exprimer la volonté de Vincent sur la fin de vie. C’est faux. Cette disposition ne concerne pas la fin de vie. La loi n°2016-87 du 2 février 2016, dite loi Claeys-Leonetti, est claire à ce sujet (on peut lire le texte de la loi ici).

Son article 8 affirme en effet : « Lorsqu’une personne fait l’objet d’une mesure de tutelle, au sens du chapitre II du titre XI du livre Ier du code civil, elle peut rédiger des directives anticipées avec l’autorisation du juge ou du conseil de famille s’il a été constitué. Le tuteur ne peut ni l’assister ni la représenter à cette occasion. ». Cette dernière phrase est très importante ici. Cela a fait l’objet de débats très précis et techniques au Parlement lors de sa rédaction. L’idée était que toutes les personnes devaient rester maîtresses de leur fin de vie, même celles sous tutelle. On imagine les abus qu’il pourrait y avoir si le tuteur légal s’occupait aussi de ces dispositions de fin de vie.

De même, son article 9 affirme : « Lorsqu’une personne fait l’objet d’une mesure de tutelle, au sens du chapitre II du titre XI du livre Ier du code civil, elle peut désigner une personne de confiance avec l’autorisation du juge ou du conseil de famille s’il a été constitué. Dans l’hypothèse où la personne de confiance a été désignée antérieurement à la mesure de tutelle, le conseil de famille, le cas échéant, ou le juge peut confirmer la désignation de cette personne ou la révoquer. ».

Cela signifie clairement que l’épouse, qui est tutrice, n’a aucun droit supérieur à ses parents pour affirmer légalement la volonté de Vincent. Elle n’est, pas plus que les parents, habilitée à s’exprimer à la place de Vincent à ce sujet.


4. La loi Claeys-Leonetti s’appliquerait-elle ?

Cette loi essentielle dans le droit français et adoptée à la quasi-unanimité par les parlementaires (ce qui est remarquable) explique clairement son but dans son appellation : "loi créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie". Notons que si une loi crée de nouveaux droits, a priori, elle n’en retire aucun, et donc Vincent garde toujours, comme tout le monde, son droit à la vie (droit qui, selon Robert Badinter, justifie l’abolition de la peine de mort).

_yartiFinDeVie2015AG03

Or, Vincent Lambert est-il dans les cas que la loi précise ? Non. Il n’est pas malade, il n’a aucune maladie incurable, il n’est soigné pour aucune maladie. Il n’est pas non plus en fin de vie (par l’âge par exemple). Il a au contraire une capacité à vivre encore longue. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui pourrait effrayer certains proches… et aussi le budget de la sécurité sociale. La preuve est d’ailleurs faite : s’il était en fin de vie en avril 2013, pourquoi serait-il encore vivant en juin 2019 ? Et cela malgré l’acharnement judiciaire et médical à vouloir mettre fin à sa vie depuis six ans. On voit bien que cet argument n’est pas tenable.

Vincent n’est pas en fin de vie, il est dans une situation terrible et dramatique de handicap très lourd. Mais il n’est pas en fin de vie. Par conséquent, la loi Claeys-Leonetti ne devrait pas s’appliquer pour sa situation. Sa volonté, inconnue avant son accident et maintenant, n’importe donc pas.

Imaginons qu’une personne ne soit ni malade ni en fin de vie, admettons qu’elle soit amputée d’un membre, ou diminuée d’une manière ou d’une autre sans pour autant que son pronostic vital soit engagé : si, à cause d’une baisse de moral ou par dépression, cette personne demandait à mourir, les médecins devraient-ils satisfaire sa demande ? Non ! Lorsqu’on demande à en finir, c’est qu’on a des tentations suicidaires, et il s’agit plutôt de faire accompagner la personne par un professionnel psychologue et pas l’aider à se suicider. Le sens des médecins, c’est d’aider et soigner, pas d’enfoncer et éliminer.


5. Le cerveau de Vincent est-il complètement détruit ?

Vincent Lambert aurait le cerveau complètement détruit et serait un "légume". Et ce serait irréversible. C’est faux. Du moins, faux dans son affirmation péremptoire. Vincent est en état pauci-relationnel, c’est-à-dire que sa conscience est altérée et qu’il a du mal à entrer en relation avec les autres. Son cerveau n’est pas détruit complètement, sinon, Vincent serait intubé de partout. Toutes ses fonctions physiologiques marchent. Il semble même parfois réagir à des stimuli extérieurs, mais cela peut être interprété comme des réflexes.

Non seulement on ne sait pas ce que vit réellement Vincent aujourd’hui, mais on est encore plus incapable de dire ce qu’il pourrait vivre demain. Certaines personnes dans la même situation que lui se sont "réveillées" (voir ici). Les progrès de la médecine donnent aussi quelques succès encourageants.

Ce qui est certain, c’est que les évolutions positives de Vincent ne pourraient se faire, le cas échéant, que dans un contexte où une équipe médicale l’accompagne pour le stimuler, pas pour chercher à arrêter sa vie depuis six ans.


6. Alors, pourquoi y a-t-il une "affaire Vincent Lambert" ?

C’est la terrible question que se posent les proches et familles qui accompagnent plus d’un millier et demi de personnes qui ont le drame d’être dans la même situation que Vincent Lambert. Pourquoi Vincent est-il hospitalisé alors qu’il pourrait vivre à domicile ? Pourquoi est-il en unité de soins palliatifs alors qu’il n’est pas en fin de vie et qu’il ne souffre pas ? Pourquoi ne reçoit-il aucun soin nécessaire à son état, en particulier des soins de kiné, etc. ? Pourquoi est-il "l’otage" de groupes de pression très efficaces qui prônent la culture de la mort ?


7. La division de la famille

Le plus grave, dans cette situation, c’est la profonde et durable division de la famille de Vincent. Si la famille avait été unie, dans un sens ou dans un autre, la justice n’aurait jamais été impliquée et le choix aurait été adopté et pratiqué dans le secret de l’intimité médicale. On ne peut mettre en doute ni l’amour de son épouse, ni l’amour de ses parents, et les deux "parties" agissent par cette principale (et probablement unique) motivation, mais avec une interprétation différente du bien de Vincent.

Ce qui est grave, c’est qu’en cas de division insoluble, la solution la moins irréversible devrait toujours être adoptée par principe. Si l’épouse réussissait à convaincre les parents que le meilleur pour Vincent serait d’arrêter l’alimentation et l’hydratation, alors il serait toujours temps de les arrêter, dès lors qu’entre-temps, Vincent ne souffre pas. Tandis que si Vincent était conduit à la mort, même si les parents convainquaient ultérieurement l’épouse, il ne serait plus possible de le ramener à la vie.


Vincent, c’est nous !

Comment ne peut-on donc pas considérer cette triste "affaire Vincent Lambert" comme une pression de ceux qui veulent l’euthanasie des personnes en situation de lourd handicap ? Il faut que Vincent puisse vivre le mieux possible, dans les meilleures conditions, il faut qu’il puisse intégrer une unité spécialisée pour les personnes de sa situation. Au lieu de cela, on préfère l’éliminer.

Un jour, ce serait peut-être vous, moi, nous, le prochain Vincent Lambert…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 juin 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Vincent Lambert, c’est nous tous !
Vincent Lambert n’est pas en fin de vie.
Vincent Lambert n’est pas encore sauvé…
François-Xavier Bellamy, la dignité et l’instrumentalisation de Vincent Lambert.
Vincent Lambert doit-il mourir ?
Déclaration de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, sur Vincent Lambert le 13 mai 2019 (texte intégral).
Réflexion du Père Bruno Saintôt, directeur du département Éthique biomédical aux facultés jésuites de Paris, sur Vincent Lambert le 13 mai 2019 (texte intégral).
Déclaration de la Conférence des évêques de France sur la fin de vie le 22 mars 2018 (texte intégral).
Vincent Lambert, sa vulnérabilité et son droit à la vie bafoué.
Le destin tronqué de Vincent Lambert.
Vincent Lambert entre la vie et la mort.
La tragédie judiciaire et médicale de Vincent Lambert.
Le retour de la peine de mort prononcée par un tribunal français.
Le livre blanc des personnes en état de conscience altérée publié par l’UNAFTC en 2018 (à télécharger).
Vincent Lambert et la dignité de tout être humain, des plus vulnérables en particulier.
Réglementation sur la procédure collégiale (décret n°2016-1066 du 3 août 2016).
Le départ programmé d’Inès.
Alfie Evans, tragédie humaine.
Pétition : soutenez Vincent !
Vers une nouvelle dictature des médecins ?
Sédation létale pour l’inutile Conseil économique, social et environnemental.
Vincent Lambert et Inès : en route vers une société eugénique ?
Le congé de proche aidant.
Stephen Hawking et la dépendance.
Le plus dur est passé.
Le réveil de conscience est possible !
On n’emporte rien dans la tombe.
Le congé de proche aidant.
Les nouvelles directives anticipées depuis le 6 août 2016.
Un fauteuil pour Vincent !
Pour se rappeler l'histoire de Vincent.
Dépendances.
Sans autonomie.
La dignité et le handicap.
Alain Minc et le coût des soins des "très vieux".
Euthanasie ou sédation ?
François Hollande et la fin de vie.
Les embryons humains, matériau de recherche ?
Texte intégral de la loi n°2016-87 du 2 février 2016.
La loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016.
La leçon du procès Bonnemaison.
Les sondages sur la fin de vie.
Les expériences de l’étranger.
Indépendance professionnelle et morale.
Fausse solution.
Autre fausse solution.
La loi du 22 avril 2005.
Chaque vie humaine compte.

_yartiAttentats13novembre07



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190628-vincent-lambert-fdv2019cr.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/vincent-lambert-c-est-nous-tous-216222

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/06/25/37455411.html


 

Partager cet article
Repost0
28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 03:48

« Que serait devenu ce million d’enfants juifs assassinés, encore bébés ou déjà adolescents, ici ou dans les ghettos, ou dans d’autres camps d’extermination ? Des philosophes, des artistes, de grands savants ou plus simplement d’habiles artisans ou des mères de famille ? Ce que je sais, c’est que je pleure encore chaque fois que je pense à tous ces enfants et que je ne pourrai jamais les oublier. Certains, dont les rares survivants, sont, il est vrai, entrés dans le camp, mais pour y servir d’esclaves. La plupart d’entre eux sont ensuite morts d’épuisement, de faim, de froid, d’épidémies ou, eux aussi, sélectionnés à leur tour pour la chambre à gaz, parce qu’ils ne pouvaient plus travailler. Il ne suffisait plus de détruire notre corps. Il fallait aussi nous faire perdre notre âme, notre conscience, notre humanité. Privés de notre identité, dès notre arrivée, à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n’étions plus que des stücke, des morceaux. Le tribunal de Nuremberg, en jugeant pour crimes contre l’humanité les plus hauts responsables, reconnaissait l’atteinte portée non seulement aux victimes mais à l’humanité tout entière. » (Simone Veil, le 27 janvier 2005 à Auschwitz-Birkenau, à l’occasion du 60e anniversaire de la libération du camp).



_yartiVeilSimoneH01

Selon un de ses fils, c’était son dernier mot avant de rendre l’âme : « Merci ! ». Cela fait deux ans que Simone Veil est morte, le 30 juin 2017 à Paris. C’est l’occasion de lui rendre une nouvelle fois hommage. Elle fut une femme exceptionnelle. Elle fut une ministre courageuse et déterminée, elle fut une première Présidente du Parlement Européen élu au suffrage universel direct aux convictions en acier inoxydable, elle fut aussi une membre rigoureuse du Conseil Constitutionnel, soucieuse des libertés, de la laïcité et de la lutte contre les discriminations.

Elle a montré qu’il valait mieux être une femme d’action qu’une militante féministe pour faire avancer la "cause des femmes". Elle ne s’est jamais prévalue d’être une femme, elle n’a jamais mis en avant son combat pour le droit des femmes, parce qu’il y a une certaine indécence à vouloir tout aux femmes en retirant tout aux hommes. Elle ne considérait pas la demande légitime de la reconnaissance des femmes comme une guerre contre les hommes. Elle ne concevait pas la revendication des femmes d’avoir une vie aussi libre que les hommes comme une guerre contre les hommes, mais au contraire comme un complément enrichissant aux combats menés par les hommes sur les fronts que je viens d’indiquer (en particulier, lutte contre les discriminations et construction européenne).

En ce sens, on comprend bien qu’elle ne pouvait pas être en guerre contre les hommes, car sinon, elle aurait été en guerre contre son mari Antoine Veil avec qui elle avait tissé des liens d’amour durable autant sentimentaux qu’intellectuels et politiques. D’ailleurs, n’était-ce pas une avancée pour le droit des femmes le fait que cet énarque ambitieux et plein d’idées, gourmand de la chose politique, réseautant dans les milieux sociaux-démocrates et démocrates-chrétiens, qui imaginait avoir un destin politique au moins ministériel, ait accepté de s’effacer derrière son épouse dès lors que cette femme pas encore quinquagénaire fut choisie par Jacques Chirac comme la seule ministre femme de son gouvernement, selon la volonté de Valéry Giscard d’Estaing de nommer des jeunes femmes au gouvernement ?

Pourquoi elle ? Probablement que son amie Marie-France Garaud, qu’elle a connue lors de ses missions auprès du Ministre de la Justice Jean Foyer, y fut pour quelque chose. Aussi étonnant que cela puisse paraître en raison des convictions souverainistes et anti-européennes de Marie-France Garaud, les deux dames fortes de la droite s’appréciaient tellement qu’avec leurs maris, ils dînaient ensemble toutes les semaines très discrètement, pendant des décennies, jusqu’à la mort du premier d’entre eux quatre.

Simone Veil a raconté dans son livre (voir plus loin) sa "montée en puissance" pour devenir ministre : « Pendant sa campagne, le nouveau Président [Valéry Giscard d’Estaing] avait assuré les Français qu’il appellerait des femmes au gouvernement. L’idée était d’ailleurs dans l’air du temps. Quelques mois plus tôt, à l’occasion des fêtes de fin d’année, un magazine féminin, "Marie Claire" me semble-t-il, avait publié un retentissant article sur un éventuel gouvernement de femmes. J’en avais été bombardée Premier Ministre. L’hypothèse était d’autant plus pittoresque que j’étais inconnue du grand public, que je n’avais jamais exercé le moindre mandat électoral ni assumé de fonction ministérielle. Je n’appartenais donc en rien à la sphère politico-mondaine dans laquelle les journalistes aiment généralement puiser des noms pour alimenter leurs articles de politique-fiction. Françoise Giroud figurait évidemment en bonne place sur ce podium virtuel. J’avais trouvé l’hypothèse tout à fait étonnante, et je n’étais pas la seule. (…) Survient l’élection de Giscard. Dans les jours qui suivirent, une rumeur, étayée cette fois, commença à se répandre selon laquelle, parmi d’autres femmes plus en vue que je ne l’étais moi-même, le nouvel hôte de l’Élysée songeait à moi. C’était le Premier Ministre, paraît-il, qui lui avait suggéré mon nom. (…) Pour dire vrai, je n’avais qu’une très vague idée qui m’attendait. La curiosité aidant, je n’ai guère hésité. » (31 octobre 2007).

_yartiVeilSimoneH03

Simone Veil a été honorée au-delà de tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Ce fut Jean d’Ormesson, et les anciens résistants François Jacob et Maurice Druon qui l’ont convaincue de se présenter à l’Académie française au fauteuil de Pierre Messmer et de Paul Claudel (celui de Racine !). Elle fut élue le 20 novembre 2008 avec une très large majorité, son épée lui fut remise par l’ancien Président Jacques Chirac le 16 mars 2010 au Sénat, et elle fit son entrée solennelle sous la Coupole le 18 mars 2010 en présence de trois Présidents de la République, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy dont elle a toujours apprécié l’énergie et la chaleur humaine.

Elle s’attendait peu à "exceller" dans la littérature, d’autant plus qu’elle a toujours reconnu qu’elle n’était pas une écrivaine, auteure seulement d’un livre tardif à visée autobiographique, peu littéraire, peu structuré, peu précis pour des mémoires, mais intéressant comme témoignage vivant d’une existence, intitulé "Une Vie" (sorti le 31 octobre 2007). C’étaient surtout les Immortels qui étaient les plus honorés de la présence de cette femme formidable qui a connu la souffrance et qui a su se battre pour regarder toujours l’avenir sans se morfondre dans un passé douloureux.

Elle n’était pas une sainte mais la République qui a besoin de saints l’a canonisée presque immédiatement après sa mort en transférant ses restes (ainsi que ceux de si aimé époux) au Panthéon le 1er juillet 2018 (il y a un an) dans une cérémonie présidée par le Président Emmanuel Macron. Si Simone Veil avait imaginé qu’on aurait voulu la panthéoniser, je ne doute pas un seul instant qu’elle aurait refusé un tel honneur dans ses dernières volontés. À la fin de leur existence, on pouvait les croiser en ville en couple, comme Monsieur et Madame Toutlemonde, sans protection policière, sans aréopage médiatico-journalistique, comme de simples retraités.

Elle ne pouvait imaginer le Panthéon pour elle, il fallait avoir un orgueil démesuré comme De Gaulle pour rejeter dans un testament toute panthéonisation ! Elle était allée au Panthéon le 18 janvier 2007, comme présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, pour rendre hommage aux Justes de France aux côtés du Président Jacques Chirac. Remercier tous ces Français, parfois anonymes, qui ont caché et sauvé les Juifs en France : « Il y a eu (…) tous les homes, toutes les femmes, grâce auxquels les trois quarts des Juifs de notre pays ont échappé à la traque. (…) Dans aucun pays occupé par les nazis, à l’exception du Danemark, il n’y a eu un élan de solidarité comparable à ce qui s’est passé chez nous. ».

Et d’ajouter : « Les Justes de France pensaient avoir simplement traversé l’histoire. En réalité, ils l’ont écrite. De toutes les voix de la guerre, leurs voix étaient celles que l’on entendait le moins, à peine un murmure (…). Il était temps que nous leur exprimions notre reconnaissance. Pour nous qui demeurons hantés par le souvenir de nos proches, disparus en fumée, demeurés sans sépulture, pour tous ceux qui veulent un monde meilleur, plus juste et plus fraternel, débarrassé du poison de l’antisémitisme, du racisme et de la haine, ces murs résonnerons désormais et à jamais de l’écho de vos voix, vous les Justes de France qui nous donnez des raisons d’espérer. » (18 janvier 2007).

_yartiVeilSimoneH02

Je voudrais ainsi revenir surtout sur cette horrible expérience humaine qui l’a obsédée toute son existence, ce drame qui a coûté la vie d’une grande partie de sa famille, la déportation dans les camps nazis. S’adressant au Secrétaire Général adjoint de l’ONU et à l’ensemble des représentants des États au cours d’un discours prononcé le 29 janvier 2007 à New York, Simone Veil a confié cette obsession : « Il faut que vous sachiez que, pour les anciens déportés, il n’y a pas de jour où nous ne pensions à la Shoah. Plus encore que les coups, les chiens qui nous harcelaient, l’épuisement, la faim, le froid et le sommeil, ce sont les humiliations destinées à nous priver de toute dignité humaine qui, aujourd’hui encore, demeurent le pire dans nos mémoires. Nous n’avions plus de nom, mais seulement un numéro tatoué sur le bras, servant à nous identifier, et nous étions vêtus de haillons. Ce qui nous hante avant tout, c’est le souvenir de ceux dont nous avons été brutalement séparés dès notre arrivée au camp et dont nous avons appris par les kapos, dans les heures suivantes, qu’ils avaient été directement conduits à la chambre à gaz. ».

Simone Veil était une adolescente insouciante malgré la guerre et sa clandestinité à Nice : « Je poursuivais mes cours au lycée et je n’hésitais pas à sortir en ville avec mes camarades. Disons-le sans détour : nous étions inconscients. (…) À chaque sortie, je me rassurais en me persuadant que ma fausse carte suffirait à me protéger. (…) J’ai (…) passé mes épreuves le 29 mars [1944], sans rencontrer le moindre problème et sous mon vrai nom. Le lendemain, j’avais rendez-vous avec des amies pour fêter la fin des examens. ».

Ce fut lors de cette sortie que des Allemands en civil l’ont arrêtée et ont tout de suite compris que la carte d’identité était fausse : « Le ton était aimable mais ironique. "Votre carte d’identité, on en a autant que vous voulez". Je suis restée sans voix. ». En voulant prévenir la famille, un de ses camarades non juif fut suivi et c’était ainsi que toute la famille fut arrêtée chez elle : son père et son frère furent déportés dans un camp d’extermination en Lituanie sans laisser de traces. Elle, sa mère et une de ses deux sœurs, Milou, furent déportées à Auschwitz. Elle était la plus jeune (seulement 16 ans) et sur la recommandation d’un déporté déjà là, elle a affirmé qu’elle avait plus de 18 ans. Elle a pu ainsi survivre.

Simone Veil a eu plus de chance que d’autres. Comme les autres détenus, les trois femmes furent déplacées le 18 janvier 1945, à cause de l’avancée des troupes soviétiques qui ont libéré le camp d’Auschwitz le 27 janvier 1945. Elles se sont retrouvées à Bergen-Belsen sans aucune hygiène, et avec une épidémie de typhus. Sa mère n’en a pas survécu. Simone Veil et sa sœur ont réussi à survivre. Elles ont eu plus de chance qu’une autre déportée devenue célèbre après la guerre, Anne Frank, ainsi que sa mère et sa grande sœur qui ont péri de typhus et d’épuisement. À leur retour en France, Simone Veil et sa sœur déportée ont retrouvé leur autre sœur Denise qui avait été résistante et qu’elles croyaient morte.

Pour Simone Veil, les survivants ont été marqués à vie par les camps : « Nous n’avions rien choisi. Nous n’étions que des victimes honteuses, des animaux tatoués. Il nous faut donc vivre avec ça, et que les autres l’acceptent. (…) Rien ne s’efface (…). Deux mille cinq cents survivants sur soixante-dix-huit mille Juifs français déportés. Il n’y a que la Shoah. L’atmosphère de crématoire, de fumée et de puanteur de Birkenau, je ne l’oublierai jamais. Là-bas, dans les plaines allemandes et polonaises, s’étendent désormais des espaces dénudés sur lesquels règne le silence ; c’est le poids effrayant du vide que l’oubli n’a pas le droit de combler, et que la mémoire des vivants habitera toujours. ».

Cinquante ans plus tard, après ses fonctions de Ministre d’État sous Édouard Balladur, et après le travail de la commission chargée d’étudier les spoliations dont les Juifs avaient été victimes, voulue par Jacques Chirac et présidée par Jean Mattéoli, Simone Veil fut proposée par Lionel Jospin pour présider la Fondation pour la mémoire de la Shoah, rôle qu’elle a tenu avec cœur une dizaine d’années. Elle a élargi la mémoire non seulement aux victimes juives mais aussi aux Tsiganes, eux aussi massacrés par les nazis.

Dans les recherches d’archives, on a montré un document particulièrement poignant pour Simone Veil : « Je n’oublierai jamais l’intense émotion qui m’a étreinte lorsqu’un employé m’a montré un petit carnet semblable à ceux qu’utilisaient jadis les commerçants, avec souches et reçus, et sur lequel était consignée la somme de sept cents francs prise à ma mère lors de notre arrivée à Drancy. Papier dérisoire, preuve accablante, s’il en était encore besoin, du mélange de rigueur paperassière et d’aveuglement moral de l’administration. Alors que semaine après semaine, des convois de déportés partaient pour Auschwitz, de zélés fonctionnaires remplissaient des carnets à souche et remettaient des reçus aux Juifs. ».

Atteint d’une maladie incurable et en soins palliatifs, le cardinal Jean-Marie Lustiger avait demandé à Simone Veil, avant de mourir, de prendre la parole à ses funérailles, probablement en raison du point commun d’avoir eu une mère qui a péri à Auschwitz. Elle n’a pas finalement pas eu l’autorisation de l’Église de parler dans le cadre de cette cérémonie (« ce que j’ai perçu au moins comme une hésitation dans le dialogue judéo-chrétien »).

Dans son autobiographie, Simone Veil a vivement critiqué certains films voulant évoquer cette période très trouble de l’histoire, en critiquant notamment le film "La vie est belle" (de Robert Benigni), car il n’y a jamais eu de "happy end" après les camps, le film "Le Chagrin et la Pitié" (de Marcel Ophuls) car il laissait entendre que tous les Français étaient des collabos, et même les films "La liste de Schindler", "Lacombe Lucien", "Le choix de Sophie" beaucoup trop caricaturaux selon elle.Seul a trouvé grâce auprès d’elle le téléfilm "Holocauste", qui reprend très factuellement l’histoire de bourgeois juifs allemands partis en déportation.

Pour "Le Chagrin et la Pitié", n’imaginant pas son succès populaire ultérieur, Marcel Ophuls avait demandé une subvention à l’ORTF et à l’époque, Simone Veil était membre du conseil d’administration et avait mis sa démission en balance en cas de vote de la subvention (autre déportée, Germaine Tillion avait eu la même opinion sur le film).

Toute sa vie, Simone Veil s’est battue contre le racisme, l’antisémitisme, les discriminations et tout ce qui peut être la haine de l’autre. Lorsque, dix-neuf mois après sa mort, on a observé sur les murs de Paris, des boîtes aux lettres notamment, son effigie taguée d’une croix gammée, on peut comprendre que son combat avait un sens et qu’il faut inlassablement continuer à transmettre auprès des plus jeunes, les enseignements terribles de l’histoire et les valeurs de tolérance.

Simone Veil est un symbole tellement multiple qu’elle se retrouve logiquement au centre de plusieurs haines. Parce qu’elle était Juive, et surtout, parce qu’elle a été la preuve vivante, pendant soixante-douze ans, de l’existence des chambres à gaz et des camps d’extermination que certains voudraient encore aujourd’hui nier. Parce qu’elle était une femme, une femme libre et indépendante, courageuse et travailleuse, qui dérangeait. Parce qu’elle a sauvé beaucoup de condamnés à mort indépendantistes algériens lorsqu’elle a travaillé au Ministère de la Justice. Parce qu’elle a été l’auteure de la loi qui porte son nom et qui a légalisé l’avortement. Parce qu’elle a été une partisane enthousiaste de la construction européenne.

Bref, elle concentre ce que beaucoup d’une certaine frange de la classe politique déteste. Désolé pour cette frange : le souvenir de Simone Veil restera encore longtemps vivant dans la mémoire de la République, et cela, c’est rassurant pour le peuple français. Et le peuple des humains en général. Merci Madame Veil !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 juin 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

À part indication contraire, la plupart des citations proviennent du livre "Une Vie", de Simone Veil, sorti le 31 octobre 2007 (éd. Stock).

Simone Veil, merci !
L’avortement et Simone Veil.
Anne Frank.
Marceline Loridan-Ivens.
Nathalie Loiseau, la Simone Veil d'Emmanuel Macron ?
Antoine et Simone Veil, nous vous aimons !
Discours du Président Emmanuel Macron au Panthéon le 1er juillet 2018 (texte intégral).
Enregistrement de la réception de Simone Veil à l’Académie française le 18 mars 2010 (à télécharger).
Les époux Veil honorés au Panthéon.
Antoine Veil.
Simone Veil, un destin français.
L’hommage de la République à Simone Veil.
Discours d’Emmanuel Macron en hommage à Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides (texte intégral).
Discours de Jean Veil et Pierre-François en hommage à leur mère Simone Veil le 5 juillet 2017 aux Invalides (texte intégral).
Simone Veil, une Européenne inclassable.
Simone Veil académicienne.
Discours de réception de Simone Veil à l’Académie française (18 mars 2010).
Discrimination : rien à changer.
Rapport du Comité Veil du 19 décembre 2008 (à télécharger).
Mort d'Antoine Veil.
Bernard Stasi.
Bernard Stasi et Antoine Veil.
Denise Vernay.
Ne pas confondre avec Simone Weil.

_yartiVeilSimoneH04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190630-simone-veil.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/simone-veil-merci-216201

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/06/20/37443365.html



 

Partager cet article
Repost0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).