Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 14:39

« C’était un congrès tendu. Nous sommes parvenus à un accord de gouvernance globale qui intègre à la fois la majorité et la minorité. Nous avons prévu de nous voir une fois par semaine en recherchant le consensus. Chacun s’engage à respecter la ligne politique définie pour préserver et la cohérence et la solidarité. » (Olivier Faure, le 28 janvier 2023 à Marseille).



_yartiPS2023E01

Psychodrame chez les éléphanteaux en Provence. C'est terrible comme des tragédies pour les acteurs deviennent des comédies pour les observateurs. "Nuit d'épouvante au PS", c'est un film qu'on pourrait aussi titrer "Le laborieux destin d'Olivier Faure". Ce week-end, c'était la crise au parti socialiste à Marseille. Lors de son 80e congrès, les socialistes, comme d'habitude (voir Metz en 1979, Rennes en 1990, Reims en 2008), se chamaillent. Si au congrès de Metz, la bataille valait le coup (l'Élysée était à portée de main), aujourd'hui en 2023, avec un PS à la présidentielle complètement démonétisé (1,7% !), la bataille pour conquérir le PS paraît assez stérile et anachronique.

Le 19 janvier 2023 se jouait la bataille du second tour pour le poste de premier secrétaire. Les résultats, confirmés par la commission de récolement, ont proclamé Olivier Faure, le premier secrétaire sortant, vainqueur d'une courte tête face à son adversaire Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen.

Malheureusement pour la quiétude de l'appareil, le candidat battu, émanation rouennaise de Laurent Fabius, a refusé de s'incliner devant les quelques centaines de voix d'avance, alors qu'il sait que « les fraudes et irrégularités » sont en vogue dans ce parti depuis longtemps (avant lui, Ségolène Royal les avait dénoncées en 2008). Nicolas Mayer-Rossignol était même prêt à attaquer la direction socialiste en justice pour avoir gain de cause, ce qui rappelle le congrès de l'UMP en novembre 2012 avec la querelle entre Jean-François Copé et François Fillon.

_yartiPS2023E06

L'enjeu de ces querelles intestines était purement et simplement l'existence même du parti socialiste, car il ne survivrait pas à une éventuelle scission (1,7% divisé par deux...). Pendant la première nuit du congrès à Marseille, ce fut un échec total : les négociations n'ont pas abouti, si bien que l'hôte des lieux (cela se passait au Palais du Pharo), par ailleurs maire PS de Marseille, Benoît Payan, s'est bien gardé de prononcer son discours de bienvenue, ne sachant que dire devant un tel désastre.

L'agenda a été bouleversé pour laisser place à de nouvelles négociations dans la matinée de ce samedi 28 janvier 2023, jusqu'à l'accord dont le protocole a été rapidement validé par les 186 délégués du congrès, quasiment à l'unanimité (à bulletin secret, le vote par acclamation étant depuis longtemps proscrit pour éviter toute opposabilité). La réconciliation a eu lieu à 14 heures 30 dans un amphithéâtre pas vraiment rempli. Des journalistes ont parlé de fumée blanche, mais qui donc peut sérieusement comparer Olivier Faure à un pape ?

Résultat : tout le monde est chef, si bien que personne n'est chef. Plus une instance est nombreuse, moins elle décide (c'est une règle de management politique ; j'avais pu observer il y a une vingtaine d'années à quel point François Bayrou faisait grossir le bureau politique de l'UDF qu'il présidait, ce qui satisfaisait beaucoup de monde, et lui en premier car ce n'est évidemment pas dans un gros comité qu'on est opérationnel et qu'on prend des décisions).

_yartiPS2023E03

L'accord prend acte de la collégialité de la direction du PS. Olivier Faure sauve laborieusement son titre de premier secrétaire, mais se voit entourer de deux "premiers secrétaires délégués" (qui n'existent pas dans les statuts, mais qu'importe, les statuts ne les interdisent pas non plus !), qui ont les mêmes prérogatives que le premier secrétaire, qui sont Nicolas Mayer-Rossignol, son adversaire, et Johanna Rolland, la maire de Nantes, proche d'Olivier Faure. Trois premiers secrétaires, il va falloir réapprendre à compter !

On sait cependant ce que vaut un tel titre, "délégué", c'est-à-dire, pas grand-chose. Dans un autre parti et dans un autre temps, au Centre des démocrates sociaux (CDS), composante démocrate-chrétienne de l'UDF, le congrès d'Angoulême en octobre 1991 était promis à un quasi-putsh : Dominique Baudis allait renverser la table et prendre le pouvoir dans ce parti. Le président sortant Pierre Méhaignerie, très habile politique, a réussi à finalement éviter la confrontation et à l'intégrer à la direction comme "président délégué". Extrait du journal "Le Monde" le 13 octobre 1991 : « Par 448 contre 372, les militants du CDS tenant jusqu'à dimanche leur huitième congrès à Angoulême ont ratifié une motion instituant de fait une double présidence, "afin, précise ce texte, d'assurer au CDS sa pleine efficacité à la veille d'événements politiques majeurs et de donner concrètement l'exemple de l'union". Les centristes ont refusé l'affrontement entre M. Pierre Méhaignerie et M. Dominique Baudis. ». Rien n'a alors changé jusqu'à la conquête du CDS par François Bayrou en décembre 1994 à Vincennes.

_yartiPS2023E05

Johanna Rolland aurait dû montrer plus de neutralité et elle aurait pu être nommée unique première secrétaire, afin de désamorcer la bataille de coquelets entre Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol. Au lieu de cela, elle ne sera qu'une faire-valoir d'Olivier Faure et une caution féminine du PS.

Dans son discours de clôture du congrès, le dimanche 29 janvier 2023, Olivier Faure a déclaré, intimiste, à l'adresse de son rival : « Il y a eu des mots blessants, des désaccords surjoués, et une dernière semaine où de nombreux militants se sont sentis insultés, pas respectés (…). Mais, toi et moi, nous avons fait un choix. Celui de dépasser ces moments [et] faire ensemble plutôt que les uns contre les autres (…). Toi et moi, nous allons faire mieux. À partir de demain, apportons-en la démonstration claire. ».


_yartiPS2023E02

Tandis qu'Olivier Faure avait refusé initialement toute collégialité, Nicolas Mayer-Rossignol aurait voulu faire nommer trois premiers secrétaires délégués, la troisième aurait été Hélène Geoffroy, la maire de Vaulx-en-Velin, farouchement opposée à l'intégration du PS dans la Nupes (le vrai sujet de divergence des protagonistes), concurrente des deux autres, qui a échoué dès le premier tour le 12 janvier 2023. Celle-ci, finalement, se retrouve présidente du conseil national (l'équivalent du parlement du parti), poste avait occupé bien avant elle une certaine... Ségolène Royal (pour la faire patienter).

Si Nicolas Mayer-Rossignol a réussi à mettre le pied dans la porte de la direction du PS, il n'a en revanche pas résolu le problème de gouvernance du PS. En rendant obligatoire le consensus dans les décisions, le protocole d'accord contraint le parti socialiste à l'immobilisme permanent. Celui qui se frotte les mains, bien entendu, c'est un ancien apparatchik du PS qui l'a quitté depuis quatorze ans, Jean-Luc Mélenchon. Nicolas Mayer-Rossignol, lui, ne cesse de répéter comme un mantra : « Il faut que le PS retrouve des couleurs, de l’énergie, de l’enthousiasme ! ». Pour cela, le PS devra d'abord quitter le service des soins intensifs (au risque d'être transféré au service des soins palliatifs).


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (29 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nuit d'épouvante au PS.
Le laborieux destin d'Olivier Faure.

PS : ça bouge encore !
Éléphants vs Nupes, la confusion totale.
Le leadershit du plus faure.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Anne Hidalgo.
Le socialisme à Dunkerque.
Pierre Moscovici.

_yartiPS2023E04




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230129-olivier-faure.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/01/29/39795973.html




 

Partager cet article
Repost0
20 janvier 2023 5 20 /01 /janvier /2023 03:45

« Les militants ont donc reconduit Olivier Faure à la tête du parti socialiste. Les résultats définitifs seront proclamés à l’issue du vote des délégués du congrès de Marseille. » (Communiqué du PS du 20 janvier 2023).




_yartiPS2023C02

Le congrès du PS à Marseille en janvier 2023 sera-t-il comme le congrès du PS à Reims en novembre 2008, lorsque Ségolène Royal revendiquait sa victoire face à Martine Aubry ? Probablement pas, car en 2008, il y avait un enjeu majeur, celui d'affronter en 2012 le Président sortant Nicolas Sarkozy avec des chances non négligeables de l'emporter au second tour (à l'époque, c'était Bertrand Delanoë qui avait le vent en poupe parmi les éléphants). En 2023, rien de tout cela, même si la confusion reste similaire. Dans la nuit du 19 au 20 janvier 2023, les deux concurrents socialistes ont en effet revendiqué leur victoire.

La situation ne pouvait donc pas être pire au parti socialiste au lendemain du second tour du vote de la motion et du premier secrétaire qui y est associé. Les 42 365 adhérents du PS étaient appelés ce jeudi 19 janvier 2023, de 17 heures à 22 heures, à départager le premier secrétaire sortant Olivier Faure, par ailleurs député de Seine-et-Marne, et le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol, proche de Laurent Fabius.

Au-delà des personnes, c'était bien une vision de l'avenir, plus morose que rose, du parti à la rose qui s'affrontait : d'un côté, la soumission totale au chef des insoumis Jean-Luc Mélenchon (qui a gagné provisoirement son OPA sur la gauche en 2022) ; de l'autre côté, le retour des éléphants dans l'indécision, l'immobilisme et l'absence d'horizon politique à moyen terme. Il est sûr que c'était difficile pour les rares socialistes qui étaient restés fidèles à leur parti après les tremblements de terre de 2017 et de 2022.

Ce second tour a mobilisé à peine plus d'adhérents qu'au premier tour du 12 janvier 2023, à savoir un peu plus de 800 suffrages exprimés de plus que la semaine précédente (je ne peux évoquer que les suffrages exprimés car d'après les résultats officiels publiés actuellement par le PS, il n'y aurait eu aucun vote blanc ou nul pour ce second tour, au contraire des 241 au premier tour, ce qui peut d'ailleurs intriguer). Cela reste très faible, à savoir seulement 56,1% des inscrits (à comparer aux 54,2% du premier tour).

Le scrutin fut très serré, moins de 600 voix séparent les deux candidats. Olivier Faure a gagné avec 12 076 voix, soit 50,8% tandis que Nicolas Mayer-Rossignol, qui pensait être victorieux pendant le dépouillement nocturne, n'a obtenu que 11 683 voix, soit 49,2% des suffrages exprimés. C'est donc Jean-Luc Mélenchon qui doit se frotter les mains ce 20 janvier 2023 car son opération visant à phagocyter définitivement son ancien parti va pouvoir se poursuivre jusqu'à son achèvement. Ce n'est un secret pour personne de rappeler qu'Olivier Faure rêverait de succéder à Jean-Luc Mélenchon comme leader de la Nupes, mais il est bien le seul à rêver ainsi ; la dynamique présidentielle, c'est plutôt de faire un rêve collectif.

_yartiPS2023A02

Quant aux éléphants, très déçus, dont on devine la proximité avec l'ancien Président François Hollande qui, ces derniers jours, s'épanchait sur tout et sur rien dans les médias, ils ont raté leur opération visant à reconquérir le parti socialiste pour redonner sa place de parti gouvernemental et responsable dans la perspective d'une élection présidentielle en 2027 très ouverte par l'impossibilité de nouvelle candidature du Président actuel Emmanuel Macron.

Le congrès qui entérinera ce vote, quatre-vingtième du nom depuis la création de la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) le 25 avril 1905 dans une salle du boulevard de Strasbourg, à Paris, par la fusion du parti de Jean Jaurès et de celui de Jules Guesde, aura lieu la semaine prochaine, du 27 au 29 janvier 2023 à Marseille, ville que le PS a reconquise en juin 2020 sur la droite républicaine après vingt-cinq ans d'échecs électoraux.

La motion soutenue par Nicolas Mayer-Rossignol reconnaissait avec lucidité l'avenir sombre de ce parti : « Sans débat sur le fond, sans clarification politique, notre parti se divisera encore et, de départs en scissions, achèvera de se dessécher. (…) Notre tâche est de dégager un horizon réparateur et d’apporter des réponses à la colère, pas seulement de l’accompagner surtout quand elle est dévoyée et se trompe de cible. ». Tout y était dit.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (20 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
PS : Éléphants vs Nupes, la confusion totale.
Olivier Faure.
Le leadershit du plus faure.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Anne Hidalgo.
Le socialisme à Dunkerque.
Pierre Moscovici.

_yartiPS2022A02




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230120-olivier-faure.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/01/20/39786215.html





 

Partager cet article
Repost0
3 janvier 2023 2 03 /01 /janvier /2023 02:36

« Engagée pour l'égalité, la municipalité de la ville de Pantin souhaite renforcer son action avec un symbole fort : l'ajout de la lettre "e" au nom de la ville pour toute l'année 2023. "Pantine", pour renforcer son engagement en faveur de l'égalité femmes-hommes. » (Site de la Ville de Pantin).



_yartiPantine04

Lorsqu'il y a provocation en bonne et due forme, il y a toujours cette interrogation sur l'idée d'en parler ou pas. En parler, c'est tomber dans le piège de la provocation puisqu'on provoque justement pour en faire parler. Mais ne pas en parler, c'est aussi laisser les autres commenter. Alors, j'en parle. Le 3 janvier 2023, la carte de vœux du maire de Pantin, le socialiste Bertrand Kern, était cette année assez particulière : elle annonçait que la ville ne s'appellerait plus Pantin mais Pantine et cet ajout du "e" serait pour contribuer au combat pour l'égalité entre les hommes et les femmes.

En fait, la polémique a mis un certain temps à démarrer puisque l'idée du maire était déjà publiée dès le 22 décembre 2022 sur le site Internet de sa ville. Et ce n'est pas la première initiative de "déconstruction" puisqu'en avril 2022, le maire avait débaptisé la piscine Leclerc en piscine Alice Milliat, du nom de la nageuse, rameuse et hockeyeuse française.

Présentons les acteurs. Pantin est une ville de 60 000 habitants, limitrophe de Paris, au nord-est. Longtemps communiste, elle est devenue socialiste avec le maire actuel. Bertrand Kern (60 ans), conseiller municipal de Pantin depuis mars 1989, adjoint aux finances en juin 1995, a été élu et réélu maire de Pantin depuis mars 2001. Il a été en outre conseiller général du canton de Pantin-Ouest de 1998 à 2021 (à partir de 2015, conseiller départemental du canton de Pantin), et également député entre mai 1998 à juin 2002, en tant que suppléant de Claude Bartolone, nommé au gouvernement de Lionel Jospin pendant cette période, par ailleurs conseiller général de Pantin-Est et président du conseil général de Seine-Saint-Denis de 2008 à 2012 (puis Président de l'Assemblée Nationale de 2012 à 2017). Bertrand Kern a activement soutenu la candidature de Benoît Hamon en 2017. Il est un vieux routard du parti socialiste depuis environ trente-cinq ans.

L'idée saugrenue du maire (visiblement, les lubies des maires sont souvent saugrenues, on l'a vu pour les grandes villes conquises par des maires écologistes en juin 2020), c'est de croire qu'en rajoutant un "e" au nom de sa ville, la municipalité s'engagerait pour l'égalité entre hommes et femmes. Autant dire clairement que c'est du grand n'importe quoi ! C'est prendre les habitants pour des demeurés.

Qu'il me dise que c'est de la provoc à deux balles pour faire réagir, je veux bien, mais qu'il pense que les femmes seraient mieux traitées en changeant (de manière illégale) le nom de la commune pendant une année (et pourquoi pas dix ans ?), et en dépensant inutilement de l'argent en communication, etc., cela devient carrément stupide et ridicule (et coûteux pour le contribuable). C'est une escroquerie intellectuelle.

Cloé Geffroy précisait sur France Inter : « Au programme, pas de nouveaux panneaux d'entrée de ville ni de modification dans les courriers officiels, confirme à l'AFP le service communication de la ville. En réalité, un changement de la sorte demanderait d'établir un dossier auprès du ministère des Collectivités territoriales, soumis ensuite à examen par des experts de la toponymie française. Le seul changement concerne les lettres géantes formant le nom "Pantin", positionnées place de la Pointe le long du canal de l'Ourcq. Pendant un an, les passants verront bel et bien un "e" supplémentaire. ». Geoffrey Carvalhinho, élu de l'opposition à Pantin et conseiller régional LR, se disait scandalisé : « Le changement de nom de la ville de Pantin pour l'année 2023 n'a pas été voté en conseil municipal. ».

Comme je l'écrivais à propos de l'écriture inclusive dans mon article sur la féminisation des noms de métiers, cela « ne soutient en rien la cause des femmes, l’égalité des sexes (notamment salariale), la parité dans les fonctions exécutives politiques, économiques, culturelles, etc., car la grammaire n’est pas la société elle-même, le genre d’un nom n’est pas un sexe. ».

Du reste, le maire n'est pas dupe mais serait adepte des mots qui accrochent et qui "interpellent" : « Ajouter la lettre "e" au nom de la ville peut paraître anecdotique, mais ce petit "e" accroche le regard, questionne, interpelle. ». En fait, Pantine, ça ne questionne rien du tour, c'est juste du grand délire de n'importe quoi. Et Paris ? Et Marseille, déjà le "e" ? Et Lyon, Lyonne ? RIDICULE ! Lubie de maire en mal de publicité (à laquelle je viens contribuer involontairement, j'en suis bien conscient).

_yartiPantine02

Le message va quand même très loin (alors que le maire était visiblement très fier de son manifeste qu'il a rédigé lui-même) : « Et si Pantin formulait de ses vœux le "e", symbole de l’égalité des droits dans l’espace public et permettait ainsi de valoriser l’indispensable mixité dans tous ses champs d’actions municipaux. Et si Pantin devenait ce modèle de territoire qui propose cette juste égalité entre femmes et hommes, dans tous les domaines de la vie de la cité. ».

Cela devient une véritable dictature sémantique que de vouloir mener un mauvais combat alors que les femmes méritent mieux. J'espère que cette initiative ne fera pas école, ne sera pas un modèle, comme c'en est l'ambition du maire. Le genre des noms n'a rien à voir avec le sexe, je le répète ! Les mots ne sont pas sexués, ils sont ce que l'histoire les a amenés jusque-là, avec leurs évolutions sociales et surtout, leur usage.

_yartiPantine03

Sans nul doute que d'autres verront dans cette campagne de publicité aussi d'autres discriminations, je les laisserais voir. D'autres imagineront sans doute qu'il y aurait une nécessité à rappeler la parité et l'égalité hommes femmes dans une population dont la confession de certains nierait une telle égalité.

Ce qui choque, au fond, c'est que les femmes n'ont rien gagné avec une telle polémique. Elles seraient mieux respectées à Pantin si... leur maire cédait son siège à une femme. C'est le minimum qu'il n'appliquera pas parce qu'on affiche qu'on aime les femmes, mais pas jusqu'au point de les amener au sommet à son propre détriment. La nomination de la Première Ministre Élisabeth Borne à Matignon et l'élection de Yaël Braun-Pivet au perchoir sont à cet égard bien plus efficaces pour rappeler que les femmes pouvaient être des ...hommes de pouvoir !


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (03 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


(Toutes les illustrations sont issues du site officiel de la Ville de Pantin).


Pour aller plus loin :
Bertrand Kern.
Pantine : la provocation à la sauce wokiste.

Ils sont tombés par terre, c’est la faute à Colbert !
Mort d’Adama Traoré : le communautarisme identitaire est un racisme.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
La sécurité des personnes.
8 milliards de Terriens, et moi, et moi, et moi...
Lola, les meurtriers et les récupérateurs.
Violences conjugales et ogre politique.
La vérité nous rendra libres.
La protection des mineurs dans l’Église.
Protection des mineurs : pas d’imprescriptibilité pour la pédocriminalité.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Femmes, je vous aime !
Les femmes iraniennes et la mollahrchie.
Le burkini définitivement rejeté à Grenoble.
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
Simone Veil, l’avortement, hier et aujourd’hui…
Ne nous enlevez pas les Miss France !
PMA : la levée de l’anonymat du donneur.
La PMA en France depuis le 29 septembre 2021.
Les embryons humains protestent !
Coupable ou victime ?
Les violences conjugales aux USA ?
Dégenrer les Lego.
Genrer la part du Lyon ?
L’écriture inclusive.
L’Académie française et la féminisation des noms de métiers et de fonctions.
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.

_yartiPantine01





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230103-bertrand-kern.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/01/05/39768649.html







 

Partager cet article
Repost0
31 décembre 2022 6 31 /12 /décembre /2022 04:51

« Le critère de l’amour. Par expérience, il avait reconnu que le désir est la racine de toute vraie vie spirituelle et, en même temps, le lieu de sa contrefaçon. » (pape François, le 28 décembre 2022).




_yarti2023NouvelAn01

Célébrant dans une lettre apostolique, le 28 décembre 2022, le quatrième centenaire de la mort, à Lyon (à l'âge de 55 ans), de saint François de Sales (évêque théorique de Genève à partir du 17 septembre 1602 ; saint patron des journalistes), le pape François a poursuivi : « C’est pourquoi, en recueillant largement la tradition spirituelle qui l’avait précédé, il avait compris l’importance de mettre constamment le désir à l’épreuve par un continuel exercice de discernement. Il avait retrouvé dans l’amour le critère ultime de son évaluation. Toujours lors de son dernier séjour à Lyon, en la fête de saint Étienne, deux jours avant sa mort, il avait déclaré : "C’est l’amour qui donne la perfection à nos œuvres. Je vous dis bien plus : voilà une personne qui souffre le martyre pour Dieu avec une once d’amour, elle mérite beaucoup, on ne saurait donner davantage que sa vie ; mais une autre personne qui ne souffrira qu’une chiquenaude avec deux onces d’amour aura beaucoup plus de mérite, parce que c’est la charité et l’amour qui donne le prix à nos œuvres". De manière concrète et surprenante, il avait poursuivi en illustrant la relation difficile entre contemplation et action (…). C’est la vraie question qui surpasse toute rigidité inutile ou repli sur soi : se demander à chaque instant, pour chaque choix, dans chaque circonstance de la vie, où se trouve le plus grand amour. Ce n’est pas un hasard si saint François de Sales a été appelé par saint Jean-Paul II "le Docteur de l’amour divin", non seulement parce qu’il en a écrit un puissant Traité, mais surtout parce qu’il en a été témoin. Par ailleurs, ses écrits ne peuvent pas être considérés comme une théorie rédigée sur le papier, loin des préoccupations de l’homme ordinaire, car son enseignement est né d’une observation attentive de l’expérience. Il n’a fait que transformer en doctrine ce qu’il vivait et déchiffrait avec acuité, éclairé par l’Esprit, dans son action pastorale singulière et novatrice. ».

Nul doute que le moment des vœux pour la nouvelle année 2023 est propice au rappel de la parole de l'Évangile qui se réduit finalement à l'essentiel : Aime ton prochain comme toi-même ! C'est sûr que dans ce monde déréférencé, déspiritualisé, déchristianisé, l'amour est une notion qui a des connotations autres, qui peuvent évoquer les pervers sexuels comme les harceleurs machistes. Certes, le mot "amour" en français est susceptible d'entretenir la confusion entre ses trois formes : l'amour sensuel ou passionnel (éros), l'amour platonique ou amical (philia) et l'amour charité, celui du plaisir d'offrir (agapè), mais je serais aussi tenté de créer un mot spécial pour chaque relation que j'entretiens avec une personne différente, tant cette relation, précieuse, est toujours unique, spécifique, particulière, avec sa propre histoire.

Et bien sûr, la première chose qu'on souhaite aux personnes qu'on aime, c'est qu'elles gardent une bonne santé ou, du moins, que celle-ci ne se dégrade pas trop dans l'année qui suit. Or, cela fait depuis 2020 que la santé est devenue un sujet majeur des actualités. Pour la première fois depuis 2020, la fin d'année et le nouvel an ne sont plus abordés sous le sceau de l'inquiétude sanitaire du covid-19. Malgré une pandémie qui continue à sévir (nous sommes actuellement à un pic pour les décès avec 115 décès par jour), malgré donc ces nombreux morts (passés sous silence dans les médias), on commence à vivre avec le covid-19 tant bien que mal, sans une catastrophe sanitaire majeure (malgré l'état des hôpitaux surtout impacté par l'épidémie saisonnière de grippe), grâce à une vaccination massive depuis un an (près de 95% des personnes de 12 ans et plus ont été vaccinées) qui apporte un certaine immunité collective (à ce titre, la France tient mieux que l'Allemagne face aux différentes "vagues").

Certes, les pessimistes voient arriver un nouveau variant de Chine, pays qu'on a cru louer pour sa politique zéro covid et qui s'est montré le plus irresponsable de tous vis-à-vis de sa population par le refus politique d'utiliser des vaccins à ARN messager (les plus performants contre le covid-19). Des prévisions d'un milliard de personnes contaminées dans les trois prochains mois laissent entendre l'arrivée d'un nouveau variant qui pourrait être très différent de l'actuel omicron. Notons d'ailleurs que si l'Italie de Giorgia Meloni a su prendre très rapidement des mesures à ses frontières (test négatif au dépistage du covid aux aéroports), l'Europe cherche encore une harmonisation globale pour sa propre sécurité sanitaire (au 29 décembre 2022). Cela écrit, le pire n'est heureusement jamais certain, la planète a déjà donné depuis près de trois ans, et il faut imaginer que cette pandémie de covid-19 se transforme en maladie endémique qui rebondira régulièrement trois ou quatre fois chaque année, deux ou trois fois plus souvent que la grippe, sans pour autant empêcher le monde de vivre.

_yarti2023NouvelAn03

Faut-il alors être optimiste ou pessimiste pour 2023 ? La question n'a aucun sens et à moins de vouloir prendre la place de madame soleil, il est difficile d'imaginer ce qui va dominer l'année 2023 quand on regarde l'année 2020 et l'année 2022, deux années dont le 1er janvier laissait dans l'ignorance totale l'horreur qui allait surgir, la pandémie de covid-19 pour la première, la tentative d'invasion russe de l'Ukraine pour la seconde. On peut se douter que le conflit en Ukraine ne s'arrêtera pas de sitôt et que les morts, hélas, continueront à s'accumuler (ainsi que les désinformations ouvertement antipatriotiques et antifrançaises venues du Kremlin).

Le fond de l'air effraie, tenterais-je en une réponse maladroite : la guerre à nos portes, la menace nucléaire, la crise énergétique, le bouleversement climatique et les mesures peut-être mal conçues pour tenter d'y répondre, sont des sujets durablement anxiogènes, probablement qu'il faudra une génération pour se permettre à nouveau l'insouciance si la planète y survit (ce que je crois !), comme le chômage et le risque de paupérisation ont été pendant trente ans la principale source d'angoisse des jeunes et moins jeunes générations.

En France, l'année 2023 ne sera pas électorale. À moins d'une dissolution ou d'un référendum, le calendrier ne prévoit aucune élection au niveau national voire local (sauf éventuel particularisme d'outre-mer). L'année 2022 fut l'année d'un choix politique, le choix crucial du Président de la République, date essentielle tous les cinq ans, et il a été clairement porté sur la réélection du Président Emmanuel Macron. Cela énerve toutes les oppositions populistes, qu'elles soient d'extrême droite ou d'extrême gauche, elles qui n'avaient même pas voulu croire qu'il finirait son premier quinquennat, mais il faut dire qu'Emmanuel Macron, qui n'a quasiment pas fait campagne, ce qui était casse-cou de sa part, a bénéficié, face à lui, d'une absence d'offre politique sérieuse et crédible absolument inédite sous la Cinquième République. Heureusement, le peuple français, que ces oppositions maltraitent en les insultant avec condescendance (au mieux) de veaux ou de moutons, a été raisonnable et responsable et a rejeté tous ces délires politico-égotiques étalés sur le marché.


2022 fut une année favorable aux femmes, en France et en Europe. Certes, la reine du Royaume-Uni Élisabeth II a pris le large, et sa Première Ministre Liz Truss fut très brève, mais Élisabeth Borne a été nommée Première Ministre en France (pour probablement une longue durée), Giorgia Meloni aussi a été investie Présidente du Conseil des ministres en Italie avec une majorité absolue au parlement italien, et, toujours en France, Yaël Braun-Pivet a été élue première Présidente de l'Assemblée Nationale. Et saluons une fois encore Annie Ernaux Prix Nobel de Littérature 2022. Et profitons-en, c'est un homme, pour saluer également le Prix Nobel de Physique 2022, le Français Alain Aspect.

2023 n'aura donc probablement pas d'élections, mais la France ne s'épargnera pas des débats qui se présentent déjà très chauds. L'assurance-chômage peut-être, la réforme des retraites, présentée dès le 10 janvier 2023, certainement. Aurons-nous des grèves et des manifestations à répétition comme en hiver 2019-2020 ou y aura-t-il une certaine lassitude de la revendication et de la contestation ? Je n'ai aucune réponse à cette question, mais l'idée de travailler plus n'est plus en débat dans toutes les grandes démocraties qui nous entourent. La France a été financièrement et politiquement plombée pendant quarante ans par le programme de François Mitterrand de 1981 (les fameuses 110 propositions) qui a fait passer l'âge légal de la retraite de 65 à 60 ans, à contre-sens total de l'histoire où le taux d'actifs (qui ne sont pas au chômage et qui cotisent pleinement) sur retraités se réduisait de plus en plus. Bien sûr, des mesures supposées écologiques seront encore au rendez-vous avec un double danger, celui d'en faire trop (et sans efficacité sur la planète) ou celui de n'en faire pas assez (ce que les jusqu'au-boutistes à la sauce Greta Thunberg diront toujours quoi qu'il en soit).

Au-delà de ces débats socio-économiques, je sens qu'un débat va revenir auquel je ne suis pas revenu depuis plusieurs mois, mais qui est en fait déjà commencé ; il est sur la fin de vie. Je sens que ce sujet va être très maltraité, comme souvent dans les médias, et que les facilités de langage l'emporteront sur l'intelligence collective. La culture de la vie doit absolument être préservée sur la culture de la mort et nul doute que j'y reviendrai fréquemment au cours de l'année, avec malheureusement la même amertume que Michel Houellebecq qui a lâché devant Michel Onfray (dans sa revue) : « L'euthanasie, je sens que c'est un sujet sur lequel il va falloir que je m'exprime prochainement dans les médias. Vu tout ce que j'ai déjà dit, vu le projet de loi en préparation, je suis quasiment obligé d'y aller. Ce qui me déprime, car c'est un combat perdu d'avance. Je sais que ça va me tomber dessus et que je vais le perdre. ». En dehors de la trop forte personnalisation (contre-productive à mon sens) que l'écrivain voudrait faire du débat, je le trouve toutefois trop pessimiste, ce qui nuit au débat, et je crois encore à la raison au-delà de la mode et des pressions habituelles de certains lobbies (de la culture de la mort).

Je souhaite à toutes et tous que l'optimisme et la foi en l'avenir l'emportent quand même, malgré tout, sur toutes les pesanteurs des angoisses justifiées mais qui doivent être sublimées par l'action efficace et la joie, comme l'a exprimé saint François de Sales cité par le pape.

En effet, François a affirmé en particulier : « Tout cela a conduit le saint évêque à considérer la vie chrétienne dans son ensemble comme "l’extase de l’œuvre et de la vie". Celle-ci ne doit cependant pas être confondue avec une fuite facile ou un retrait dans l’intimité, et encore moins avec une obéissance triste et grise. Nous savons que ce danger est toujours présent dans la vie de foi. En effet, "il y a des chrétiens qui semblent avoir un air de Carême sans Pâques. (…) Je comprends les personnes qui deviennent tristes à cause des graves difficultés qu’elles doivent supporter, cependant peu à peu, il faut permettre à la joie de la foi de commencer à s’éveiller, comme une confiance secrète mais ferme, même au milieu des pires soucis". ».

Alors, souriez donc et passez une excellente année, avec l'esprit d'espérance et de confiance, le monde n'en sera que plus beau !


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (31 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
2023.
2022.
2021.
2020.
2019.
2018.
2017.
2016.
2015.
2014.
2012.
2010.

_yarti2023NouvelAn02




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230101-nouvel-an.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/sante-et-amour-pour-2023-245613

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/12/12/39743904.html








 

Partager cet article
Repost0
16 décembre 2022 5 16 /12 /décembre /2022 04:10

« L’article unique énonce (…) que tous les échelons électifs, maires, conseiller.es municipaux, président.es ou conseiller.es départementaux ou régionaux, conseiller.es territoriaux, mais aussi parlementaires et Président.e de la République puissent être soumis à un référendum révocatoire, à partir du tiers de leur mandat et avant la dernière année de celui-ci, si une pétition référendaire réunit un pourcentage suffisant du corps électoral d’origine. » (Proposition de loi n°4751 de la XVe législature).



_yartiQuatennensAdrienD01

Il est toujours utile de revoir ce pour quoi les députés ont été élus. Ainsi, le 1er décembre 2021, il y a un an, c'est encore récent, le député Adrien Quatennens a présenté, avec ses camarades insoumis, une proposition de loi constitutionnelle visant à instaurer un droit de révocation des élus (proposition de loi n°4751).

Dans une langue illisible (l'exposé des motifs utilisent la détestable écriture inclusive, sans même de cohérence puisqu'il aurait dû aussi y avoir "soumis.es"), la proposition de loi souhaite ainsi remettre systématiquement en cause l'élection de tous les élus, du plus petit (conseiller municipal) au plus grand (Président de la République) par simple pétition et référendum révocatoire (c'est-à-dire dès que l'élu est impopulaire). Il faut insister sur le fait que cette idée saugrenue est non seulement complètement stupide (comme s'il n'y avait pas assez d'élections alors que les mandats sont déjà très courts), mais elle serait désastreuse pour l'exercice de la démocratie et surtout, pour l'efficacité de l'action des élus qui ne chercheraient plus à prendre leurs responsabilités pour l'intérêt général et le bien commun et n'auraient de cesse de surfer sur une simpliste démagogie de court terme pour se maintenir.

Mais ce n'était pas étonnant de la part du (encore) dauphin de Jean-Luc Mélenchon, puisque cette lubie est mélenchonnienne depuis deux ou trois campagnes présidentielles. Entre parenthèses, on oserait suggérer qu'au lieu de psychoter sur le genre des mots avec l'illisible écriture inclusive, on ferait mieux déjà de ne pas donner de gifle à sa femme, ce serait plus efficace comme action concrète en faveur des femmes, du respect qu'on leur doit, et de la protection qu'elles méritent d'avoir, en particulier de la part de leur époux. Oui, je sais, c'est facile, mais c'est l'agacement qui m'amène vers cette facilité, celui que provoquent les donneurs de leçon de morale qui, en permanence, se donnent un (faux) rôle de gardien de la moralité et qui, finalement, mais qui en aurait douté ?, n'ont pas plus de morale que monsieur tout le monde, avec ses vertus et ses failles.

La question se pose car on l'entendait défendre les femmes et vouloir s'attaquer aux "féminicides" le 11 octobre 2019 le plus sérieusement possible (et on y croyait) : « Parmi les 118 femmes tuées par leur conjoint ou ex, une proportion significative avait porté plainte ou déposé une main courante. Combien de ces cas aurions-nous pu éviter ? Combien de ces cas étaient prévisibles mais n’ont pas été prévenus ? Nous devons combler les failles. ». Apparemment, il n'a pas comblé toutes les failles.

Le texte de cette proposition de loi, rapportée par Alexis Corbière, a finalement été rejeté par l'Assemblée Nationale en séance publique le 13 janvier 2022. Par ailleurs, la mesure n'a plus fait partie du programme législatif de la Nupes en juin 2022.

Dans le cas concret qui se pose aujourd'hui à Adrien Quatennens lui-même, condamné le 13 décembre 2022 par le tribunal de Lille à quatre mois de prison avec sursis pour "violences sans incapacité commise sur conjoint", on serait donc tenté de lui dire : chiche, appliquez-vous cette fameuse mesure révocatoire ! Demandez à vos électeurs s'ils approuvent d'avoir un député qui aura perdu toute crédibilité lorsqu'il défendra les mesures en faveur des femmes, lorsqu'il louera la non-violence, lorsqu'il fera l'apologie du calme et du dialogue comme mode de communication.

Olivier Faure, le premier secrétaire de ce qu'il reste du PS, n'est pas un de ses électeurs, mais un de ses partenaires les plus importants (et les plus dociles), mais il est absolument ferme sur sa position, le retour sur les bancs de l'Assemblée d'Adrien Quatennens serait "impossible". Il voulait sans doute dire impensable. Le groupe FI du député du Nord, lui, ne l'a radié que temporairement (le groupe a adopté la durée de sa peine, quatre mois), en espérant qu'en avril 2023, tout serait oublié. Évidemment que non ! Rien ne serait oublié.

Pourtant, Adrien Quatennens, qui était en congé maladie et qui n'a plus rien fait depuis le mois de septembre 2022, début de son "affaire", aurait l'intention de revenir travailler à l'Assemblée au mois de janvier 2023... mais qui irait le saluer, travailler avec lui après une telle condamnation ? Comment un député, représentant et faiseur de loi, peut-il garder un minimum de crédit en étant lui-même condamné ? La question est réelle, et s'est déjà posée de très nombreuses fois depuis des décennies, mais il y a le cadre juridique (sans contestation, Adrien Quatennens peut rester député puisqu'il n'a pas été condamné à l'inéligibilité), et il y a le cadre politique voire moral, très différent.

Succombant à la tentation de la communication (pour s'expliquer ? Il n'y a rien à expliquer de la part d'un homme qui gifle son épouse), Adrien Quatennens a accepté de se faire interviewer par Bruce Toussaint sur BFMTV le 14 décembre 2022. Sans doute a-t-il eu tort car il s'est franchement enfoncé dans ses auto-justifications.

_yartiQuatennensAdrienD02

Probablement que le pire a été lorsqu'il a évoqué son épouse (en instance de divorce) : « Depuis qu'il y a cette affaire, [elle] a un sentiment de pleine puissance et de plein pouvoir. ». Quelle bêtise que d'avoir sorti une telle tirade ! Quelle indécence si on se met à la place de son épouse ! Au moins, cela a l'avantage de la sincérité, peut-être aussi de la spontanéité, parce qu'il n'y a aucun intérêt à la dire. Elle signifie qu'Adrien Quatennens, au moins, est plus attentionné à sa petite personne et à son petit destin de petit député, qu'aux souffrances qu'il aurait infligées à son épouse, au calvaire, selon elle, qu'elle aurait enduré tant à ses côtés qu'après, quand elle a cherché à se séparer de lui. Un égoïsme très macho, l'homme dans tout sa vireur, j'oserais dire bien qu'homme, dans toute la splendeur de l'homme ne voyant que lui.

Dans sa chronique le lendemain, Daniel Schneidermann évoquait "l'entité masculine parfaite" : « Il accepte sa sanction judiciaire (…). Il accepte sa sanction politique, calquée sur le jugement. À l'Assemblée, il restera sagement, pendant quatre mois, seul à son banc, avec les non-inscrits, à l'écart de ses camarades insoumis. Il les évitera dans les couloirs, à la cafète. Il suivra un stage sur les violences sexistes et sexuelles par des organisations féministes. Il prendra des notes. Il s'achètera un cahier neuf. Il fera tout ce qu'on lui demande, sauf une chose : se retirer pour de bon. Disparaître. Et il ne comprend pas pourquoi on le lui demande. (…) Tout son être résiste. ».

Et l'éditorialiste d'Arrêt sur Images de pointer ce qui faisait mal : « Quant au combat féministe, autre entité détachable de sa personne, c'est "un combat juste, auquel je crois même personnellement". Tout est dans le "même". Comme toujours dans ces cas-là, chaque mot l'enfonce. Il avance un argument raisonnable, parfaitement entendable : la gradation des peines. Si on exige sa mort politique, à lui, pour une gifle, comment punira-t-on un "vrai" violent ? Il ne précise pas où passe exactement la frontière entre une gifle et un "vrai" violent. Deux, trois, dix gifles ? Bruce Toussaint ne le lui demande d'ailleurs pas. ».

L'interview peut être regardée sur la chaîne Youtube. Quand on regarde vaguement les multiples réactions, elles sont plutôt en faveur d'Adrien Quatennens, minimisant la gifle (la colère peut arriver à tout le monde, c'est vrai) et surtout, dénonçant le comportement très hostile du journaliste (à tel point que je subodore une action concertée de tous les militants de FI pour soutenir l'un des leurs en cassant du BFMTV, comme c'est facile).

Il y a cependant des internautes qui remettent l'église au milieu du village, comme on dit, comme celui-ci : « Quatennens ne fait pas d'explications de son erreur, mais cherche à utiliser sa femme comme bouc émissaire en la chargeant. Pas mieux... très lâche comme façon d'agir. ». Un autre rappelle opportunément une parole de maître Jean-Luc Mélenchon adressé au candidat François Fillon en 2017 : « Toute personne condamnée par la justice doit être inéligible à vie ! ». La formule exacte serait plutôt : « Quiconque est condamné une seule fois est inéligible à vie ! », exprimée par le chef de France insoumise le 20 mars 2017 sur le plateau de TF1.

Le problème du positionnement d'Adrien Quatennens, c'est sa volonté d'apparaître la victime, victime des médias, victime d'un "lynchage" médiatique, et même, ce qui est fort de café, victime de son épouse. Un internaute le comprend même en évoquant un argument très machiste de l'auto-justification de la violence : « Qu'est-ce qui est plus condamnable ? Que le conjoint l'empêche de rentrer chez lui alors qu'il paye le loyer, l'autorise à ne voir sa fille que sur un parking, le menace de mettre fin à sa carrière après qu'il l'ait soutenu pendant plusieurs années, profite de son absence pour lui demander le divorce par texto et garder l'enfant... ou la gifle qu'il lui a rendue ? ». Ou un autre : « Oui la gifle est largement moins grave et il y a des millions de femmes en France qui se prennent des gifles chaque semaines ou chaque mois par leurs conjoints ou leurs petits amis, donc normalement les tribunaux français devraient être surdébordés et s’occuper de gifles conjugales alors qu’il y a des agressions beaucoup plus graves, des viols des meurtres, etc. [Cela] signifie qu’il y a un gros problème mental et psychologique dans la société, la justice et le gouvernement français ! ». Un autre internaute, en revanche, s'agace des mauvais arguments : « Toutes les mains courantes ne sont pas suivies systématiquement de plainte. Pour AQ, il y a eu plainte et il a plaidé sa culpabilité en catimini à huis-clos . Qu'il débarrasse le plancher au lieu de se pavaner a la TV ! ».

Sa grande naïveté, je le répète, c'est d'avoir avoué sa faute. En reconnaissant (honnêtement ?) avoir giflé sa femme, Adrien Quatennens a voulu être sincère et passer à autre chose. Le problème, c'est qu'il s'est auto-culpabilisé alors qu'en le niant, il aurait permis à ses proches politiques de le soutenir encore, dans le bénéfice du doute, dans un clivage parole contre parole. Il est tombé dans un piège qu'il ne pourra pas ressortir.

Car il n'est pas difficile de savoir comment cela va se terminer. Aidé par ses faux amis de la Nupes, Adrien Quatennens sera conduit à démissionner de son mandat dans quelques semaines, acculé politiquement parce qu'il n'aura plus la possibilité concrète d'exercer son mandat de député, tous ses interlocuteurs lui reprojetant cette triste gifle. C'est peut-être (et même sûrement) injuste dans l'échelle des peines, mais n'oublions pas que François de Rugy, qui a complètement disparu de la circulation, avait dû quitter un Ministère d'État qui était bien plus important que le mandat d'un député du Nord, uniquement sur le coût de homards qu'il n'avait même pas été foutu d'avaler. À ce jour et à ma connaissance, il n'aurait jamais giflé sa femme.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (14 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Et si le peuple révoquait Adrien Quatennens ?
La justice harcèle-t-elle la classe politique ?
Le député Adrien Quatennens doit-il démissionner de l'Assemblée Nationale ?
Mais où est donc passé Adrien Quatennens ?
Clémentine Autain.
Éric Coquerel.
Jean-Luc Mélenchon.
Danièle Obono.
François Ruffin.
Sandrine Rousseau.
Pour ou contre M… ?
Sous la NUPES de Mélenchon.
La consécration du mélenchonisme électoral.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221214-adrien-quatennens.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/et-si-le-peuple-revoquait-adrien-245513

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/12/16/39747518.html









 

Partager cet article
Repost0
14 décembre 2022 3 14 /12 /décembre /2022 04:41

« La justice, la bonne foi, et la droiture doivent être le fondement de la politique. » (Tite-Live).




_yartiJusticePolitique01

Par les hasards de l'actualité, deux personnalités politiques très différentes en tout point de vue ont été réunies ce mardi 13 décembre 2022 : l'ancien Président de la République Nicolas Sarkozy et le député du Nord Adrien Quatennens. Et pas n'importe quelle actualité, l'actualité judiciaire, et c'est pour cette raison que je ne pouvais pas écrire que ces deux personnalités ont été mises à l'honneur. Parce qu'elles ont été condamnées toutes les deux.

À la suite de son procès commencé le 5 décembre 2022, Nicolas Sarkozy a été reconnu coupable de corruption active et de trafic d'influence ce mardi 13 décembre 2022 par la cour d'appel de Paris et condamné à trois ans de prison avec sursis, dans l'affaire dite des écoutes téléphoniques. Il avait été condamné en première instance le 1er mars 2021 à trois ans de prison dont un an ferme par la 32e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris. On restera donc sur une certaine faim pour connaître la vérité : s'il y avait eu effectivement corruption, la peine serait bien trop faible ; la peine pourrait cependant paraître bien sévère en absence de preuve concrète.

Quant à Adrien Quatennens, le tribunal de Lille l'a condamné le 13 décembre 2022 à quatre mois de prison avec sursis et à 2 000 euros de dommages et intérêts pour préjudice moral, pour "violences sans incapacité commises par conjoint" entre octobre et décembre 2021 et pour "envoi régulier et malveillant de messages" entre août et septembre 2022, sans que ces messages n'aient de "caractère ni harcelant, ni malveillant, ni menaçant". Une décision qui devrait être définitive en raison de l'accord de l'intéressé dans une procédure de comparution de reconnaissance préalable de culpabilité. Là encore, pour une simple gifle, cela pourrait sembler coûter cher (mais la sanction exemplaire est un signal intéressant donnée aux conjoints violents).

Tandis que son groupe parlementaire de France insoumise s'est contenté de l'exclure pendant quatre mois, Adrien Quatennens, qui entend bien rester député et continuer à exercer la plénitude de son mandat, a demandé que cessent le harcèlement dont il faisait l'objet. De quel harcèlement parlait-il ? Celui des journalistes et de ses adversaires politiques ou celui de la justice ?


Et nous revoici dans cette réflexion déjà ancienne sur les différences entre la loi, la politique et la morale. En d'autres termes, peut-on encore exercer des responsabilités politiques lorsqu'on a été condamné par la justice ?

Certes, la gravité des accusations et des peines est très différente, mais le contexte aussi. Nicolas Sarkozy est condamné plus gravement mais cela n'a plus d'impact politique, ni pour la vie politique (il est retiré de la vie politique depuis six ans), ni pour la vie de son parti dont il n'est plus membre. Tandis que pour Adrien Quatennens, sa peine est beaucoup légère, mais elle impactera nécessairement sur la vie politique, car il est toujours député et rien ne l'oblige à démissionner (sinon peut-être une certaine décence), et elle impactera bien sûr sur la vie de son parti dont il était le "coordinateur" (c'est-à-dire le grand chef), héritier de Jean-Luc Mélenchon qui a dû trouver précipitamment un remplaçant (Manuel Bompard) dans des conditions si peu démocratiques que plusieurs députés FI les ont contestées.

_yartiSarkozy2022B03

Pour Nicolas Sarkozy, qui a d'autres affaires en cours de jugement et qui est encore sous le coup d'une condamnation à un an de prison ferme (le 30 septembre 2021 dans l'affaire Bygmalion), le combat sera principalement son honneur. Il est un combat solitaire qui vise à préserver la postérité. Jacques Chirac a déjà ouvert la voie des Présidents de la République condamnés par la justice, mais Nicolas Sarkozy voudrait éviter la prison ferme, même aménagée par un bracelet électronique. Il n'attend plus rien de la politique, sinon peut-être, en sourdine, dans ses rêves les plus fous, qu'on vienne le chercher en sauveur à la prochaine élection présidentielle ou à l'occasion d'une prochaine profonde crise. Son actualité judiciaire est ainsi complètement découplée de l'actualité politique. Pas son actualité onirique.

Pour Adrien Quatennens, c'est totalement différent. Voilà un parlementaire, c'est-à-dire un homme qui rédige la loi, qui fait la loi, qui, lui-même, a été en infraction à la loi, et en plus, pour une affaire de violence faite aux femmes. Il aura des difficultés à convaincre ses électeurs de la sincérité de ses actions en faveur des femmes, de leur protection. Il n'est probablement pas violent mais il a violenté dans un excès de colère. C'est justement l'exemple de l'honnête homme, bon père de famille, bien sous tout rapport, qui a fait une "boulette" (le mot n'est pas assez fort, il faut penser à la victime). En d'autres termes, sa crédibilité politique sera proche de zéro, et cela, tant au moins qu'il n'ait pas refait confirmer son mandat parlementaire par ses électeurs qui peuvent s'être sentis floués, dupés, parce qu'ils l'avaient choisi sans avoir su qu'il serait plus tard condamné pour violence conjugale.

La suite, on la connaît même si elle peut présenter deux chemins diamétralement opposés. Ou le harcèlement dont il est la cible se renforcera et, acculé, dégoûté, écœuré par l'étalement de sa vie privée (une séparation affective n'est jamais joyeuse), il jettera l'éponge lorsqu'il en aura marre et fera autre chose. Ou, au contraire, il se maintiendra coûte que coûte, dur comme un roc, parce qu'il n'a jamais su quoi faire d'autre que la politique (comme Nicolas Sarkozy), quitte à pratiquer un cynisme démesuré... sous le regard désolé et dépité de son ancienne compagne et encore actuelle épouse. Et dans l'espoir qu'un jour, médias et électeurs oublieront.

Au fait, et la question du titre, alors ? La justice harcèle-t-elle la classe politique ? C'est depuis la fin des années 1980 qu'on pourrait le dire et pourtant, c'est faux. La justice ne ferait que son travail, selon l'acceptation citadine classique, mais il faut bien admettre que certaines cibles sont irrésistibles.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (13 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La justice harcèle-t-elle la classe politique ?
Nicolas Sarkozy.
Adrien Quatennens.
François Fillon.
Patrick Balkany.
Claude Guéant.
Alexandre Benalla.
Jérôme Cahuzac.
Éric de Montgolfier.

_yartiQuatennensAdrien02




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221213-sarkozy-quatennens.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nicolas-sarkozy-et-adrien-245494

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/12/13/39744925.html





 

Partager cet article
Repost0
13 décembre 2022 2 13 /12 /décembre /2022 04:48

« La France est aujourd’hui majoritairement du côté du parti de l’autorité, de la fermeté, de la liberté. Appelez cela centre droit, centre, droite républicaine, peu importe : l’axe stratégique du pays se trouve ­clairement là. » (Nicolas Sarkozy, "Journal du dimanche", le 22 octobre 2022).



_yartiSarkozy2022B01

C'était sa fête le 6 décembre. Depuis lundi 5 décembre 2022 se déroule son procès en appel sur l'affaire des écoutes téléphoniques et la suspicion de corruption. Si l'ancien Président de la République Nicolas Sarkozy défraie plutôt la chronique judiciaire actuellement, il n'en reste pas moins présent sur le plan politique alors que son (ancien) parti est en train de se chercher un nouveau président. Retour sur sa longue interview au "Journal du dimanche" publiée le 22 octobre 2022.

C'est vrai que Nicolas Sarkozy, qui a définitivement quitté l'avant-scène de la vie politique depuis son échec dès le premier tour à la primaire ouverte de LR en novembre 2016, ne peut pas s'empêcher d'être un observateur passionné de cette vie politique qui l'a si longtemps tenu en haleine. Depuis 2017, il nourrit une sorte de fascination, un mélange d'admiration et de jalousie, vis-à-vis du Président réélu Emmanuel Macron. Bluffé par son audace, son volontarisme. Bien sûr aussi par son exploit de se faire élire Président de la République à 39 ans, alors que lui a dû attendre 52 ans, et pourtant, on ne pouvait pas dire que son ambition et son impatience n'étaient pas de mise (maire de Neuilly-sur-Seine à 28 ans). En connaisseur, il a salué la performance. Plus encore après la réélection.

La campagne présidentielle de 2022 a été très étrange pour Nicolas Sarkozy : son objectif était de ne pas mettre de bâtons dans les roues de son ancien parti, mais pourtant, il ne pouvait pas soutenir sa candidate officielle Valérie Pécresse, une de ses meilleures ministres pendant son quinquennat, plus perspicace qu'on pourrait le croire, qui avait réussi à réformer les universités de manière magistrale, sujet généralement très sensible (se souvenir du projet Devaquet).


Au contraire, Nicolas Sarkozy a choisi de voter pour Emmanuel Macron dès le premier tour en avril 2022. Il ne l'avait pas annoncé publiquement mais dans le JDD, il l'a finalement confirmé : « Comme chacun le sait, puisque j’ai été très transparent pendant la campagne présidentielle, je l’ai soutenu. Et si c’était à refaire, je le referais. ». Au second tour, ce fut publiquement qu'il a soutenu le Président sortant, au risque d'être critiqué pour une sorte de corporatisme d'anciens Présidents de la République.

C'est probablement ces petites phrases qui ont conduit les trois candidats à la présidence de LR à se démarquer de l'ancien Président de la République, certes avec courtoisie mais aussi avec fermeté. C'était même le concours du plus antisarkozyste ! Ce qui est assez incroyable quand on sait que LR et l'UMP, c'était Nicolas Sarkozy depuis 2004. Que c'était Nicolas Sarkozy qui a transformé le nom en Les Républicains en 2015. Et que, pour de nombreux sympathisants et électeurs, Nicolas Sarkozy reste le dernier leader identifié de cette famille politique, faute d'avoir des successeurs (chefs de parti, candidats) à la hauteur des enjeux.

Nicolas Sarkozy a expliqué son vote du premier tour en insistant sur le fait qu'un vote, ce n'est pas forcément voter pour ses préférences, mais c'est aussi empêcher un cauchemar pour la France, comme, par exemple, se retrouver avec un second tour présidentiel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon : « La politique n’est jamais un choix de valeur absolue, toujours un choix de valeur relative. C’est la différence entre les intellectuels et les praticiens, entre les idéologues et les politiques. On prend la meilleure des possibilités. Je ne voulais pas de M. Mélenchon ni de Mme Le Pen. Dans l’intérêt de la France, la meilleure décision possible était donc d’aider le Président Macron. ».

Parce que dans les sondages, seuls Emmanuel Macron pouvait atteindre le second tour, et en votant pour Valérie Pécresse, on l'aurait handicapé et on aurait risqué de l'en empêcher. L'ancien Président n'en était ainsi pas moins dur pour son ancienne ministre : « Pour pouvoir choisir un candidat au second tour, encore fallait-il qu’il y soit qualifié. Ou qu’il ait une chance crédible de l’être. ».

Du reste, Nicolas Sarkozy n'a pas été le seul de LR à faire la même d'analyse puisque de nombreux élus ou anciens élus de LR ont fait de même, alors qu'ils étaient restés à LR en 2017 : Jean-Pierre Raffarin, Éric Woerth, Christian Estrosi, Renaud Muselier, Hubert Falco, Christophe Béchu, Damien Abad, etc. ont, eux aussi, franchi la frontière de la majorité présidentielle parce qu'ils ont compris que le paysage politique avait été profondément et durablement modifié en trois pôles : extrême droite populiste, extrême gauche populiste et centre modéré. Pour eux, il n'y aurait plus de place pour LR, phagocyté électoralement par Renaissance.

Certes, Nicolas Sarkozy est resté prudent dans son analyse en s'écartant d'un soutien sans faille : « Est-ce à dire que je suis d’accord avec tout, ou satisfait de tout ? C’est une autre histoire. ». Mais il a surtout songé à l'intérêt national dans ces temps troublés : « J’ai toujours pensé que, face à un pays qui a démontré, à travers son histoire, ses capacités éruptives, avoir un Président calme, modéré, refusant toute forme d’excès, était la meilleure solution. On ne répond pas à une situation éruptive en étant éruptif soi-même : il faut du sang-froid, de la mesure et de l’expérience. Il me semble que le Président Macron possède ces qualités. (…) Le Président a des intuitions et une expérience incontestables. ».

La dureté de Nicolas Sarkozy à l'égard de Valérie Pécresse se ressentait implicitement dans son analyse : en gros, le pays est de centre droit, mais sa représentante est incapable de l'incarner. Si bien qu'il faut se contenter d'Emmanuel Macron : « Je me suis toujours méfié des donneurs de leçons. Mais si j’avais un souhait, c’est que la matrice politique du Président se rapproche davantage de la matrice du pays telle que je la ressens. (…) J’observe qu’il peut parfois avoir la tentation de s’arrêter au milieu du gué. Ce sont les inconvénients du "en même temps". ».

En outre, il a observé que l'absence de majorité absolue à l'Assemblée Nationale va handicaper grandement le Président de la République pour faire adopter des réformes essentielles. Lui-même avait initié la dernière révision constitutionnelle, celle du 23 juillet 2008 qui avait drastiquement limité l'usage de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, ce qui, pour cette législature, va devenir dramatique : « Il est dans la position d’un chasseur qui n’a pas une ressource infinie de munitions. Emmanuel Macron n’est pas faible parce qu’il utilise le 49-3 : il est affaibli parce qu’il n’a pas eu la majorité absolue. ».

_yartiSarkozy2022B02

La proposition de Nicolas Sarkozy est donc simple : au lieu de continuer à gouverner avec une majorité relative très aléatoire (la soirée du 24 novembre 2022 a été très instructive à ce sujet), alors changeons cet état de fait et construisons une majorité absolue. Comment ? Il n'y a pas trente-six solutions : en faisant une alliance entre la majorité présidentielle (Renaissance, MoDem et Horizons) et Les Républicains. Arithmétiquement, la majorité absolue serait atteinte.

Pour Nicolas Sarkozy, il ne s'agirait pas à LR de se soumettre au macronisme, mais de négocier un contrat de réformes à faire durant le quinquennat (retraites, fiscalité, etc.). C'est politiquement possible puisque des personnalités comme Éric Woerth, en charge de la politique budgétaire de la France chez LR pendant un long moment, sont désormais députés Renaissance. Et les deux pièces maîtresses du gouvernement sont elles-mêmes d'origine LR : Bruno Le Maire qui pilote l'Économie et les Finances et Gérald Darmanin qui pilote l'Intérieur.

En somme, l'ancien président de LR a suggéré de faire comme en Allemagne quand une coalition n'arrivait pas à atteindre une majorité absolue des sièges : « Le 49-3 n’est pas la seule solution. Il pourrait également chercher à faire un accord politique en bonne et due forme avec toutes les bonnes volontés prêtes à constituer une majorité dans l’intérêt supérieur du pays. On ne se renie jamais lorsqu’on fait le choix de l’intérêt général. ».

Cette idée était d'ailleurs celle du Président Emmanuel Macron lui-même dès le soir du second tour des élections législatives. Il était prêt à négocier un accord pour élargir sa majorité parlementaire, et LR semblait un meilleur partenaire que la Nupes complètement mélenchonisée et, évidemment, que le Rassemblement national toujours lepénisé.

Le problème de la proposition de Nicolas Sarkozy, c'est que LR ne le souhaite absolument pas. Dès le 23 octobre 2022 sur Radio J, le pourtant très mesuré président du groupe LR à l'Assemblée Nationale Olivier Marleix a lâché : « [Quand il] dote Emmanuel Macron des vertus de calme et de modération, ce n'est pas le même Emmanuel Macron que nous fréquentons. ».

La réalité, c'est que les députés du groupe Les Républicains savent qu'ils jouent leur existence durant ce second quinquennat. Pour eux, l'impossibilité de se représenter d'Emmanuel Macron en 2027 leur ouvre une fenêtre d'opportunité qui les conduirait à renouer avec le succès et avec l'Élysée. Pour cela, pas question de faire partie de la majorité au risque de se retrouver aussi usés que ceux de la majorité présidentielle qui seraient alors au pouvoir depuis dix ans, voire, pour certains, depuis quinze ans. Et cela, quel que soit un éventuel accord de gouvernement à négocier (Emmanuel Macron accepterait sans doute les conditions de LR pour capter ce groupe parlementaire).

Les dirigeants et futurs dirigeants de LR veulent convaincre les électeurs que leur parti reste un pôle indépendant d'alternance au macronisme, hors des extrémismes populistes, tant de droite que de gauche. En renonçant à cette stratégie et en collant leur destin à celui de la majorité présidentielle, ils feraient, selon eux, le jeu du RN et de la Nupes en leur apportant sur un plateau d'argent un clivage cauchemardesque que beaucoup de Français rejetteraient pourtant.

Toutefois, cette irresponsabilité qui est à la fois cynique et calculatrice apparaît aussi comme un refus de servir l'intérêt national au profit d'intérêts de parti, ce qui a ainsi convaincu beaucoup d'élus et de cadres de LR à rejoindre Emmanuel Macron en 2022, faute d'avoir proposé une alternative audible, crédible et sérieuse.

C'est tout le dilemme de LR qui ne se dissipera pas le week-end prochain avec l'élection du nouveau président de LR. Plus que s'engager dans la voie de la reconquête, les prochaines positions des hiérarques archaïques de LR confirmeront sans doute, et involontairement, que, décidément, la marque est périmée et que Nicolas Sarkozy avait raison en avril 2022.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (06 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La sagesse de Nicolas Sarkozy.
Pour qui votera Nicolas Sarkozy au premier tour ?
Injustice pour Nicolas Sarkozy ?
Sarko et ses frères...

_yartiSarkozy2022B03





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221022-sarkozy.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-sagesse-de-nicolas-sarkozy-244538

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/10/29/39688583.html







 

Partager cet article
Repost0
11 décembre 2022 7 11 /12 /décembre /2022 18:32

« Nous n'avons plus de grand homme, mais des petits qui grenouillent et sautillent de droite et de gauche avec une sérénité dans l'incompétence qui force le respect. » (Pierre Desproges).




_yartiLRcongres2022B01

Ce week-end des 10 et 11 décembre 2022, les adhérents du parti Les Républicains départageaient les deux candidats arrivés au second tour pour la présidence de leur parti, Éric Ciotti et Bruno Retailleau. Cette élection s'est déroulée dans l'indifférence générale des médias et de la classe politique, comme si LR était devenu un petit parti politique, ce qu'il est devenu réellement depuis le 10 avril 2022 avec sa candidate Valérie Pécresse qui n'a même pas recueilli 5% des suffrages exprimés au premier tour de l'élection présidentielle.

Pourtant, les adhérents de LR s'étaient plutôt bien mobilisés, avec 72,7% de participation au premier tour le week-end précédent et 70,0% ce week-end. Arrivé en tête du premier tour avec 42,7%, c'est sans surprise que le député de Nice Éric Ciotti a franchi la barre des 50% pour se faire sacrer président de LR. Cela a été annoncé vers 18 heures 30 (avec une panne de lumière !) : Éric Ciotti a obtenu 53,7% parmi les adhérents de LR (soit 33 609 voix).

L'incertitude était plutôt au premier tour, la question de savoir si les militants acceptaient de changer radicalement le discours de LR par des attentions plus sociales et des innovations politiques, en suivant le jeune député Aurélien Pradié. Avec seulement 22,3%, éliminé de la compétition, Aurélien Pradié n'a pas su convaincre les adhérents acquis à la cause d'une certaine droite à la fois sécuritaire et libérale. En outre, ne sachant départager ses deux rivaux (qui pensent la même chose), il n'a pas donné de consigne de vote à ses électeurs.

_yartiLRcongres2022B03

Bruno Retailleau n'a pas su impulser un nouveau souffle chez Les Républicains, ce qui était prévisible, étant donné qu'il ne proposait somme toute que l'immobilisme pour son parti, le refus de trancher sur des thèmes qui divisent profondément ce parti, même si les centristes de LR sont quasiment inexistants, partis depuis longtemps vers d'autres cieux plus favorables (et plus macroniens).

_yartiLRcongres2022B04

La question de savoir comment Éric Ciotti va soutenir Laurent Wauquiez sera intéressante. En effet, comment peut-on être présidentiable quand on se terre dans sa collectivité (la région Auvergne-Rhône-Alpes), qu'on reste silencieux sur tous les sujets, en particulier les plus importants, et (disons-le) qu'on s'est fait oublier par beaucoup de ses propres électeurs ? L'avènement d'Éric Ciotti va donc être délicat à négocier avec Laurent Wauquiez. Car si Éric Ciotti s'est toujours voulu fidèle et loyal, désormais, il sera le chef, et dans tous les cas, il carbure seul, il est autonome intellectuellement et politiquement (la preuve, son élection).

Ainsi, les convictions d'Éric Ciotti peuvent se résumer à trois points qui, tous les trois, sont plutôt attractifs pour la plupart des électeurs, et pas seulement ceux de LR réduits à peau de chagrin. Premièrement, des propositions pour renforcer l'aspect sécuritaire, qui, à mon sens, ne seront pas plus efficaces que les mesures qui ont été mises en place depuis cinquante ans pour tous les gouvernements, mais qui sont très demandés dans les sondages, presque plébiscitées. Deuxièmement, une baisse des impôts et taxes, et même si l'on croit à l'État providence, aux services publics, somme toute, voire ses avis d'impôts diminuer est toujours souhaité (sinon souhaitable), ce genre de mesure ne peut pas attirer de répulsion sauf si elle est dans une volonté béante de démagogie (comme dans le cas de la candidate Anne Hidalgo qui proposait de doubler le salaire des enseignants), alors que dans le cas d'Éric Ciotti, cette proposition d'alléger drastiquement la fiscalité provient d'un raisonnement idéologique cohérent et limpide (réduire toutes les contraintes de l'État). Enfin, troisièmement, on l'avait oublié et l'unique débat de la présidence de LR le 21 novembre 2022 l'avait mis en lumière : Éric Ciotti est moderne et favorable aux mesures sociétales, c'est-à-dire que loin d'être un réactionnaire, il accepte de suivre la société quand celle-ci réclame certains aménagements, et cela, quoi qu'il en soit, reste plutôt à apporter à son crédit qu'à son débit intellectuel.

_yartiLRcongres2022B02

En ce sens, Éric Ciotti est le contraire de François Baroin. Probablement celui qui avait le plus de capacité à être le candidat LR en 2022, François Baroin a brillé par son manque d'ambition et d'intérêt pour l'élection présidentielle. Face au vide absolu au sein de son parti, Éric Ciotti, au contraire, est prêt à relever tous les défis pour mener ses idées au pouvoir. Quitte à conquérir l'Élysée lui-même.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (11 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Éric Ciotti sacré meilleur communicant du parti Les Républicains !
Éric Ciotti.

La sagesse de Nicolas Sarkozy.
Présidence de LR : Ciotti vs Retailleau au cœur du système.
Présidence de LR : trois têtes pour un fauteuil.
Trois candidats et un enterrement ?
Lucien Neuwirth.

Bruno Le Maire.
Patrick Balkany.
Claude Malhuret.
Xavier Bertrand.
Bruno Retailleau.
Caroline Cayeux.
Christophe Béchu.
Aurélien Pradié.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221211-les-republicains.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/eric-ciotti-sacre-meilleur-245461

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/12/07/39737367.html






 

Partager cet article
Repost0
21 novembre 2022 1 21 /11 /novembre /2022 22:01

« Je ne ferai pas la courte échelle à Emmanuel Macron sur la réforme des retraites (…). C'est peut-être le moment de ne pas lui servir la soupe. » (Aurélien Pradié, le 21 novembre 2022 sur LCI).



_yartiDebatLR20221121LCI01

Le 4 décembre 2022 aura lieu le premier tour dématérialisé pour désigner le prochain président du parti Les Républicains (un éventuel second tour est prévu le 11 décembre 2022 si besoin). Son précédent président, Christian Jacob, avait en effet démissionné le 30 juin 2022 à la suite de l'épouvantable épreuve des élections du printemps, moins de 5% pour la candidate LR Valérie Pécresse en avril 2022 et une érosion de la moitié du nombre de députés LR élus en juin 2022 par rapport à juin 2017.

Trois candidats se sont déclarés dans les conditions demandées par les statuts et se disputent le rôle de leader futur du parti : Éric Ciotti (57 ans), député de Nice, ancien président du conseil général des Alpes-Maritimes et ancien candidat à la primaire fermée de LR en décembre 2021, Aurélien Pradié (36 ans), jeune député du Lot depuis 2017 et secrétaire général actuel de LR, enfin, Bruno Retailleau (62 ans), président très apprécié du groupe LR au Sénat, ancien président du conseil régional des Pays-de-la-Loire et ancien président du conseil général de la Vendée, ancien dauphin de Philippe de Villiers.

Un seul débat télévisé a été organisé pour participer à leur campagne interne. Il a duré un peu moins de deux heures, diffusé en direct par la chaîne LCI ce lundi 21 novembre 2022 à partir de 20 heures 30, animé par Ruth Elkrief et Adrien Gindre.

Je propose ici d'exposer l'impression générale et les différenciations politiques.

L'impression générale de la compétition d'abord : à l'évidence, les trois candidats sont des "seconds couteaux", très loin de la notoriété des Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon. Et encore plus loin de la stature des Jacques Chirac, Édouard Balladur, Valéry Giscard d'Estaing et Raymond Barre. Depuis l'élection du Président Emmanuel Macron en 2017 flotte une impression de vide de leadership qui est à la fois étonnant (ce parti est l'héritier du mouvement gaulliste première formation historique pour la présidentialisation du débat politique et l'incarnation par un chef politique fort) et inquiétant (face aux autres partis qui ont, eux, un leader fort et bien identifié : Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et bien sûr, Emmanuel Macron). Depuis 2017, LR subit aussi une lente érosion de ses cadres et élus rejoignant la majorité présidentielle (Édouard Philippe, Jean-Pierre Raffarin, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Christophe Béchu, Sébastien Lecornu, Christian Estrosi, Hubert Falco, Renaud Muselier, Éric Woerth, Damien Abad, Roselyne Bachelot, Caroline Cayeux, etc.).

_yartiDebatLR20221121LCI04

Éric Ciotti est depuis décembre 2021 le chouchou des militants, ayant des convictions très fortes sur au moins deux thèmes, l'immigration et la fiscalité, ce qui lui apporte des adhésions très fortes à sa personne mais aussi certaines répulsions très fortes (plutôt externes) car l'expression claire de ses convictions fortes clive nécessairement. Pour les commentateurs politique, Éric Ciotti est le favori de cette élection interne.

Bruno Retailleau est supposé prendre le rôle du sage, le candidat des élus (il a recueilli le plus grand nombre de parrainages de parlementaires LR), très apprécié au Sénat pour son action de rassemblement et de proposition (le 12 novembre 2022, il a fait adopter au Sénat, dont la majorité est LR et alliés, un amendement sur la retraite à 64 ans avec quarante-trois annuités au détour de l'examen du projet de loi sur le financement de la sécurité sociale, sans conséquence puisque le gouvernement fera passer le texte par un cinquième emploi de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution). Son credo est l'unité, avec le risque de laisser LR dans une position politique ambiguë qui a fait son effondrement depuis 2017.

Enfin, Aurélien Pradié est ce qu'on appelle un "jeune espoir" de LR qui a pris suffisamment d'envergure pour vouloir conduire son parti lui-même. Il bouscule les vieux caciques et il apporte du sang neuf, doublement, par sa jeunesse et nouveauté d'abord, et par l'originalité de ses thèmes, ensuite, puisqu'il refuse de se laisser piéger par les thèmes classiques de l'extrême droite (immigration, sécurité) pour aller sur le terrain d'un électorat populaire que LR a perdu depuis 2012.

Notons qu'aucun des trois candidats n'est énarque et que les deux premiers ont commencé leur carrière politique sous l'ombre d'une autre personnalité politique (Christian Estrosi pour le premier et Philippe de Villiers pour le deuxième). Quant à Aurélien Pradié, il a été vite "adopté" par Christian Jacob qui l'a bombardé au secrétariat général, à savoir, un poste opérationnel qui permet de connaître parfaitement l'organisation interne du parti, les fédérations locales, etc.

En d'autres termes, pour résumer, Aurélien Pradié est l'outsider qui aurait a priori peu de chance de gagner mais qui pourrait créer des surprises, avec une volonté de relance de LR particulièrement novatrice et de long terme (il est évident qu'il nourrit une ambition présidentielle mais il se garde bien de l'exprimer déjà et il est encore jeune), une modernité qui est adaptée à la situation des autres partis (RN, FI et Renaissance qui ont beaucoup de parlementaires jeunes). Éric Ciotti est le favori des militants et Bruno Retailleau est le favori des cadres et des élus.

Maintenant, venons-en à l'impression générale du débat télévisé.

Sans surprise, Éric Ciotti a le ton clair, la parole déterminée, il a une communication qui porte, même s'il dit n'importe quoi, il a un degré de conviction très fort, le plus fort de tous les trois. Il a par ailleurs taclé souvent son concurrent Bruno Retailleau qu'il a considéré comme son principal adversaire (alors qu'à mon avis, il aurait dû aussi contrer Aurélien Pradié qui pourrait faire bouger les lignes et contre lequel il se contentait de sourire !).

Bruno Retailleau, en revanche, a été souvent en retrait, vieilli par sa courtoisie d'un autre siècle qui laisse entendre une faible détermination, il est même apparu fatigué, sans enthousiasme, comme si sa candidature était une candidature de devoir auprès de ses amis grands élus (en particulier le Président du Sénat Gérard Larcher).

Enfin, incontestablement, Aurélien Pradié a largement survolé ce débat, n'hésitant pas à donner des rôles à ses contradicteurs en se mettant déjà à la place du futur président de LR, proposant à Bruno Retailleau de rester à la présidence stratégique du groupe LR au Sénat, et à Éric Ciotti d'aller conquérir la mairie de Nice en 2026 et de prendre le secrétariat général de LR. Ses deux concurrents ont souri mais ont peu protesté ! Aurélien Pradié est un audacieux et il sait bien qu'en politique, le bluff finit toujours par payer : Jacques Chirac en 1976 et Nicolas Sarkozy en 2002 le savent bien.

_yartiDebatLR20221121LCI02

Passons au fond.

Éric Ciotti n'a donc pas étonné sur ses convictions qu'il avait déjà eu l'occasion de développer lors de la campagne interne de 2021 pour désigner le candidat LR à la dernière élection présidentielle. Une plus grande fermeté pour éviter l'arrivée de réfugiés par la Méditerranée en supprimant les "pompes aspirantes" que sont les généreux droits sociaux en France (il se trompe complètement : les candidats à une nouvelle vie se moquent complètement de l'état des droits sociaux, ils ont juste l'intuition générale, probablement trompeuse, que leur vie sera meilleure dans tous les cas en Europe et, de toute façon, ils ne suivent pas l'actualité législative de ces pays). Et surtout, une politique fiscale très audacieuse : baisse ou suppression de nombreux impôts, notamment l'impôt sur les successions (« impôt sur la mort », a-t-il dit) et les taxes sur les taxes pétrolières.

Les trois candidats ont fustigé avec force le Président de la République Emmanuel Macron, allant jusqu'à considérer que LR était aussi opposé à la majorité actuelle qu'au Rassemblement national et qu'à la Nupes. Les trois candidats ont aussi fustigé Nicolas Sarkozy qui s'était écarté de LR en soutenant Emmanuel Macron en 2022, même si Éric Ciotti et Aurélien Pradié ont rappelé qu'ils ont commencé leur carrière politique en collant des affiches de Nicolas Sarkozy (Éric Ciotti ne veut pas être wokiste dans son parti en reniant Nicolas Sarkozy !). Tous sont aussi partisans de changer d'appellation, mais c'est surtout Bruno Retailleau qui l'a exprimé le plus clairement, en constatant que la marque Les Républicains était pourrie et qu'il fallait redonner un nouvel élan à ce parti.

Ce qui était intéressant, c'est que les clivages politiques ne sont pas venus là où l'on aurait pu le croire. Ainsi, il n'y a pas eu de clivage ni sur le besoin de fermeté face à l'immigration (en disant : « Il faut stopper l’invasion migratoire. », Éric Ciotti s'est référé à Valéry Giscard d'Estaing qui évoquait dans un quotidien en 1991 l'invasion migratoire dans un autre contexte, à l'époque, cela avait créé la polémique). Aurélien Pradié, qui a aussi insisté sur le fait qu'il y avait trop d'immigration, est allé dans le sens de ses deux concurrents en proposant surtout de faire adopter le nouveau concept de crime de passeurs, et de l'internationaliser (« le crime de passeur comme un crime relevant de la cour pénale internationale »), ce qui permettrait de mobiliser plus de forces pour empêcher l'activité de ces passeurs et les traduire en justice. De plus, pour lui, Frontex doit être le seul à pouvoir faire des sauvetages en mer : « Frontex serait cantonné aux sauvetages, déposerait les passagers dans des zones tampons et ne les ferait pas entrer sur nos territoires. ».

En revanche, le clivage a été net sur la réforme des retraites. En effet, Bruno Retailleau, qui a été au Sénat parmi les partisans d'encourager le gouvernement à adopter les conditions LR est pour la retraite à 64 ans. Donc, il a annoncé qu'il voterait la réforme des retraites si certaines conditions étaient contenues dans le projet, se montrant paradoxalement le plus macronien des trois. Éric Ciotti, lui aussi, veut cette réforme des retraites (à 65 ans), et la voterait sous condition également. Tandis qu'Aurélien Pradié a été très clair et est contre un allongement de l'âge de la retraite. Il a cité son jeune frère boulanger qui travaille tous les jours à 2 heures du matin et à qui il n'est pas la peine de lui expliquer ce qu'est la valeur travail. Il a souvent insisté le besoin pour LR de retrouver un électorat populaire (à l'écouter sur le vocabulaire, il pourrait ainsi refonder le MRP : mouvement républicain populaire !).

Autre clivage intéressant : Éric Ciotti veut baisser les impôts immédiatement. Aurélien Pradié et Bruno Retailleau lui ont répondu que ce n'était pas sérieux. Mais c'est Aurélien Pradié qui a été le plus convaincant en proposant d'abord de réduire les dépenses de l'État, puis, seulement ensuite, de réduire les impôts. Éric Ciotti pense au contraire qu'il faut faire un choc fiscal qui ferait rentrer plus d'argent dans les caisses de l'État. Aurélien Pradié veut faire voter chaque année, après la loi de finances et la loi de financement de la sécurité sociale, une « loi de finance et de gestion de la dette »). Dans ce débat, Bruno Retailleau a été dépassé par son orthodoxie sans aspérité en voulant réduire la dette publique, et donc en recherchant d'abord des comptes équilibrés : « Il faut être sérieux. On ne peut pas faire une baisse massive des impôts sans commencer aussi par récupérer de l’argent de l’État. ».

Reprenant un engagement de François Fillon en 2017, Aurélien Pradié a tenté de rallier les adhérents les plus conservateurs de LR en se disant favorable à l'uniforme à l'école et aussi à cette tenue unique à l'université.

Autre thème étonnant de clivage, l'IVG et la proposition ou le projet d'intégrer le principe du droit à l'avortement dans la Constitution, un engagement d'Emmanuel Macron soutenu très fortement par l'ultragauche. Pour Bruno Retailleau, pas question de le faire car c'est inutile ; aucun parti politique ne propose la remise en cause de la loi sur l'IVG et le Conseil Constitutionnel a même considéré que l'avortement faisait partie des acquis constitutionnels (comme la laïcité de 1905 seulement régie par une simple loi mais qui a été considérée à valeur constitutionnelle par le Conseil Constitutionnel il y a déjà quelque temps). En d'autres termes, il refuse de rentrer dans un débat américain qui n'a aucun sens en France.

Mais les deux autres n'ont pas du tout la même position. Éric Ciotti, sans développer, voterait cette constitutionnalisation en affirmant que la droite devait être ouverte, que ce sont les gaullistes qui ont autorisé le droit de vote aux femmes (De Gaulle en 1945), la contraception (Lucien Neuwirth en 1967) et l'avortement (Simone Veil en 1974). Et qu'il ne fallait pas laisser ces thèmes à une ultragauche féministe qui voudrait remettre tout en cause. Quant à Aurélien Pradié, le plus construit sur ce sujet, il a rappelé qu'il s'était engagé à l'UMP aussi avec cet héritage essentiel de Simone Veil et qu'il voterait l'inscription dans la Constitution du principe de la loi Veil.

En ce sens, Bruno Retailleau a montré ce qu'il était, un conservateur au sens classique du terme, tandis qu'Éric Ciotti a montré qu'il était plutôt un libéral dans le sens très réformiste du terme, un peu à l'instar d'Alain Madelin qui, sur les thèmes de société, a toujours été libéral. La position d'Aurélien Pradié est moins surprenante dans la mesure où il revendique la représentation de l'aile sociale de LR.

_yartiDebatLR20221121LCI03

Inversement, un thème politique crucial, facteur récurrent de divisions pour LR, a rassemblé les trois candidats : aucun ne souhaite être candidat à l'élection présidentielle de 2027 et tous les trois ont admis que le meilleur candidat possible de LR actuellement était Laurent Wauquiez. Éric Ciotti a expliqué qu'il souhaitait que Laurent Wauquiez soit désigné par LR explicitement candidat le plus tôt possible pour pouvoir être une incarnation des Républicains pendant tout le second quinquennat d'Emmanuel Macron. Bruno Retailleau et Aurélien Pradié sont opposés à une désignation trop rapide afin de protéger Laurent Wauquiez d'aléas électoraux, en repoussant la désignation à après les élections européennes de 2024 (mais Éric Ciotti connaît trop son parti et a répliqué qu'après 2024, on dirait alors qu'il y a les élections municipales et sénatoriales, en 2026 et on repousserait encore jusqu'à trop tard). En tout cas, l'idée de désigner le candidat LR par une primaire, fermée ou ouverte, est exclue, ainsi que l'agenda, à quelques mois de l'échéance. Aurélien Pradié voudrait revenir aux pratiques autocratiques du RPR, où le bureau politique désignait unanimement son leader comme candidat à l'élection présidentielle, avec ratification des militants. Bruno Retailleau semble le plus prudent dans ce thème, plus collectif, souhaitant éviter de montrer un cynisme trop ouvertement explicite !

Enfin, à la fin de l'émission, alors que ses deux autres compétiteurs n'ont pas été aussi clairs, Aurélien Pradié a sans doute été, paradoxalement, le champion le plus opposé à Emmanuel Macron, en déclarant clairement que, lui président de LR, Les Républicains déposeraient une motion de censure dans deux cas : la volonté du gouvernement d'adopter rapidement la réforme des retraites sans débat, et la régularisation massive des personnes immigrées sur le sol français. Or, seule une motion de censure déposée par le groupe LR peut avoir des chances d'être adoptée par une majorité absolue de députés, puisque le RN et la Nupes pourraient la voter, alors que LR ne voterait jamais une motion de censure déposée par la Nupes ou par le RN. Sur le thème des retraites, le groupe LR est très divisé sur la position à prendre puisque sur le principe, la majorité des élus LR est d'accord avec le gouvernement, et sur le thème des régularisations massives, il serait étonnant que la Nupes rejoignent LR et le RN en contredisant ses propres positions. Donc, le gouvernement a encore peu de chance d'être renversé, mais la phrase claire d'Aurélien Pradié l'a placé en premier opposant d'Emmanuel Macron.

En conclusion, je pense que le débat, s'il a été regardé par les adhérents de LR, pourrait faire bouger les lignes. Le moins connu en interne était sans doute Aurélien Pradié qui a montré de la pugnacité (il a souvent rembarré les journalistes voulant l'interrompre), de la vision politique avec des propositions concrètes et parfois originales, en tout cas, novatrices, et un indéniable sens du leadership. De plus, il a rassuré les partisans de Laurent Wauquiez puisque sa candidature pour 2027 n'est plus en discussion. De son côté, Bruno Retailleau a montré un évident coup de vieux, un manque de punch, et surtout, un grand manque d'originalité pour proposer de nouvelles solutions. Quant à Éric Ciotti, excellent comme d'habitude en communication (esprit clair aux idées exprimées clairement), ses idées sont les plus clivantes, ce qui a pour effet un bon score au premier tour mais peut-être un mauvais à l'éventuel second tour, comme lors du congrès de décembre 2021.

À l'évidence, cette élection interne reste très ouverte, et va juger surtout la capacité du candidat président de parti à redresser LR, à le remettre en ordre de marche pour l'élection présidentielle de 2027. En s'exonérant de manière salutaire d'un débat sur l'identité d'un futur candidat qui semble déjà connue...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (21 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Présidence de LR : trois têtes pour un fauteuil.
Trois candidats et un enterrement ?
Lucien Neuwirth.

Bruno Le Maire.
Patrick Balkany.
Claude Malhuret.
Xavier Bertrand.
Bruno Retailleau.
Caroline Cayeux.
Christophe Béchu.
Aurélien Pradié.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.








https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221121-ciotti-retailleau-pradie.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/11/22/39718691.html






 

Partager cet article
Repost0
6 novembre 2022 7 06 /11 /novembre /2022 04:25

« Je ne peux qu’y voir un rabougrissement, et j’espère que le Rassemblement national (…) n’est pas en train de céder au grand "compromis nationaliste", cette stratégie d’union des droites radicales, qui a échoué à la présidentielle, plutôt que de l’ensemble des patriotes de droite comme de gauche. (…) Il n'y a pas que l'immigration et l'identité, il faut parler des problèmes du quotidien et des problèmes sociaux. » (Steve Briois, le 5 novembre 2022).




_yartiRNcongresXVIII01

L'accélération des procédures a été une catastrophe médiatique pour le Rassemblement national qui tenait son 18e congrès ce samedi 5 novembre 2022 à la Mutualité de Paris. En effet, alors que cette journée devait être la consécration de la respectabilité du parti fondé par Jean-Marie Le Pen il y a cinquante ans, l'un des ses plus importants députés Grégoire de Fournas a été très sévèrement sanctionné par le bureau de l'Assemblée Nationale puis par l'ensemble de la représentation nationale la veille, le 4 novembre 2022 (j'y reviendrai).

La respectabilité, c'est juste un vernis sur une idéologie extrémiste qui n'a au fond jamais varié depuis un demi-siècle : le bouc émissaire de tous nos maux sont les étrangers, immigrés, extra-européens, et il n'y a pas loin entre la xénophobie et le racisme (car à ma connaissance, les immigrés suédois n'ont jamais été fustigés par ce parti). Dans le cas de cette polémique parlementaire, celui qui a été lourdement sanctionné Grégoire de Fournas aurait dû être nommé porte-parole du RN de Jordan Bardella, dont la victoire ne faisait aucun doute, dans la nouvelle direction du parti. Pour le RN, c'était donc un soulagement que le député ait fait cette embardée avant d'être nommé, car ainsi, il ne représentait pas ès qualités le RN (même si le groupe RN s'est complètement solidarisé).

Revenons donc à ce congrès très politique. Marine Le Pen, réélue présidente du RN au précédent congrès le 3 juillet 2021 à Perpignan et qui avait succédé à son père le 16 janvier 2011 à Tours (face à Bruno Gollnisch), avait démissionné temporairement de cette présidence le 13 septembre 2021 pour se consacrer pleinement à la campagne présidentielle. En tant que premier vice-président, Jordan Bardella avait assuré l'intérim, et le 21 juin 2022, Marine Le Pen a confirmé qu'elle démissionnait définitivement de la présidence du parti pour se consacrer pleinement à la présidence du groupe des 89 députés RN à l'Assemblée Nationale. Et cela lui permet aussi d'être moins tributaire des petites bricoles partisanes.

Le congrès avait donc un enjeu pas ordinaire : qui sera le successeur de Marine Le Pen, et par conséquent, le successeur de Jean-Marie Le Pen ? Deux candidats se sont présentés : Louis Aliot et Jordan Bardella. L'un proclamait : "Tout commence", tandis que l'autre se réjouissait : "On continue". Pour Louis Aliot, il était évident qu'il fallait laisser la présidence à celui qui, dans ce parti, avait réussi à se faire élire au poste d'exécutif le plus important de l'histoire du parti, la mairie de Perpignan en juin 2021.

_yartiRNcongresXVIII02

Louis Aliot, à 53 ans, a déjà un long passé de militant du FN/RN auquel il a adhéré en 1990 (à l'âge de 21 ans). Son accent du Sud-Ouest le fait présenter comme un représentant de la France provinciale, celle des territoires, en opposition avec la France de Paris et de la région parisienne que Jordan Bardella pourrait symboliser d'autant plus que ce dernier est lisse et le premier rugueux. Il a été secrétaire général du FN de 2005 à 2011, vice-président du FN de 2011 à 2018 et depuis 2021 (premier vice-président dans les années 2010). Conseiller régional de 1998 à 2015, il a été élu député européen de mai 2014 à juillet 2017, puis député national de juin 2017 à août 2020 (à ce titre, il a joué au rugby avec Alexis Corbière), enfin maire de Perpignan depuis juillet 2020. Par ailleurs, ancien directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen en 1999 et 2000, ancien collaborateur parlementaire de Marine Le Pen en 2011, il fut également son compagnon entre 2009 et 2019 selon Wikipédia.

Jordan Bardella est beaucoup plus jeune que Louis Aliot, il est carrément de la génération d'en dessous (il pourrait être son fils). À 27 ans, il a également déjà une longue vie de militant, adhérant à 17 ans au FN. Conseiller régional d'Île-de-France depuis décembre 2015, il a mené la liste nationale du RN aux élections européennes de mai 2019, qui a obtenu la première place avec 23,3% juste devant celle de Renaissance, et est ainsi élu député européen. Tête de liste aux élections régionales de juin 2021 en Île-de-France, il a fait un score médiocre (10,8% au second tour). Battu aux élections départementales à Tremblay-en-France en mars 2015, il a par ailleurs été candidat aux élections législatives en juin 2017 en Seine-Saint-Denis et a été éliminé dès le premier tour. Au sein du FN/RN, il a rapidement gravi les marches : collaborateur parlementaire de Jean-François Jalkh en 2015, il a été nommé porte-parole du FN en septembre 2017, puis directeur national du mouvement des jeunes FN entre mars 2018 et juillet 2021. Après avoir été choisi par Marine Le Pen pour mener la campagne des européennes en 2019, il a été bombardé vice-président du RN en juillet 2019, premier vice-président en juillet 2021 et président par intérim à partir de septembre 2021.

_yartiRNcongresXVIII03

Marine Le Pen a annoncé les résultats du vote qui a été clos le 3 novembre 2022. Sur 36 673 adhérents inscrits, 26 218 ont participé au vote, soit 71,5%. Sans surprise, Jordan Bardella a gagné, avec 22 130 voix, soit 84,8% contre 3 955 voix (15,2%) à Louis Aliot. Marine Le Pen a donc accueilli son successeur comme président du RN, Jordan Bardella. Est-ce à dire qu'il n'y a plus de Le Pen à la tête du RN ? C'est un peu rapide en conclusion, car c'est bien encore le clan Le Pen qui est à la tête du RN même si c'est une génération plus jeune. En effet, après avoir fréquenté la fille de Frédéric Chatillon, ancien président du GUD (mouvement d'extrême droite) et très proche de Marine Le Pen, il est depuis 2020, toujours selon Wikipédia, le compagnon de la nièce de Marine Le Pen, à savoir, la fille de Marie-Caroline Le Pen (la sœur aîné, qui avait suivi Bruno Mégret lors de la sécession en 1998) et de son ancien conjoint Philippe Olivier qui est député européen depuis 2019 et tenant de la ligne identitaire du parti, comme du reste Jordan Bardella.

Au-delà du président, c'est toute la direction du RN qui a été renouvelée. 100 membres du conseil national ont été élus ou réélus, en particulier : Sébastien Chenu, David Rachline, Marie-Caroline Le Pen, Steve Briois, Julien Odoul, Edwige Diaz, Laurent Jacobelli, Philippe Ballard, Jean-Lin Lacapelle, Julien Sanchez, Bruno Gollnisch, Wallerand de Saint-Just, Hélène Laporte, Laure Lavalette, Bruno Bilde, Ludovic Pajot, Philippe Olivier, José Gonzalez, Emma Minot, etc. 20 autres membres ont été nommés par Jordan Bardella, en particulier : Jean-Paul Garraud, Thierry Mariani et Jean-Philippe Tanguy.

Un bureau national a été choisi par le président mais sans beaucoup de pouvoirs. La vraie instance directive est le bureau exécutif qui est ainsi composé notamment de Jordan Bardella (président), Louis Aliot (premier vice-président), David Rachline, Hélène Laporte, Edwige Diaz et Julien Sanchez (quatre autres vice-présidents), et parmi les membres, Marine Le Pen, Jean-Paul Garraud, Sébastien Chenu, Philippe Olivier, etc.

_yartiRNcongresXVIII06

Je m'arrête sur une caractéristique intéressante qui est observable dès 2017 chez LREM/Renaissance et chez FI/Nupes et qui est aujourd'hui aussi observable au RN : la capacité à des militants très jeunes trentenaires (voire avant) de devenir députés et aussi responsables nationaux dans leur parti. Ces trois partis autour desquels le jeu politique et présidentiel tourne depuis 2017 (avec Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, chacun représentant une génération, années 1970, années 1960 et années 1950), ont apporté un vent de renouvellement indéniable en renversant le paysage politique qui a prévalu pendant au moins quarante ans si ce n'est depuis le début de la Cinquième République, à savoir l'UDF/RPR-UMP-LR et leurs alliés d'une part, et le PS et leurs alliés d'autres part. Certes, il y a eu aussi du renouvellement dans ces anciens partis gouvernementaux, en confiant des investitures parfois à des très jeunes (je pense à Robin Reda par exemple chez LR en 2017), mais c'est relativement rare et plutôt l'exception alors qu'il y a de très nombreux députés très jeunes chez LREM/Renaissance, FI/Nupes et FN/RN. Notons d'ailleurs qu'avant septembre dernier, trois jeunes parlementaires se sont fait remarquer par leur ambition d'être un jour les dauphins : Aurore Bergé à Renaissance, Adrien Quatennens à FI et Jordan Bardella au RN. Adrien Quatennens a visiblement des empêchements, et Jordan Bardella est désormais le chef du RN (quant à Aurore Bergé, elle préside le groupe Renaissance, ce qui n'est pas une mince affaire quand on a une majorité relative). Le saut à la génération des années 1990 va faire vieillir ceux de la génération des années 1970 et des années 1980 qui espèrent encore nourrir une ambition nationale.

_yartiRNcongresXVIII04

Au moment où ces annonces sur les organes de direction ont été faites, en fin de matinée du 5 novembre 2022, Steve Briois, quatrième mieux élu du RN, maire d'Hénin-Beaumont, a exprimé sa grande amertume contre la victoire de Jordan Bardella, en raison de son éviction du bureau exécutif et de la vice-présidence, alors qu'il a été premier vice-président, secrétaire général (la fonction a été supprimée) et même président par intérim. Steve Briois est apparu comme un frondeur, ainsi que Martin Bilde, tous les deux souhaitant conserver la ligne ni droite ni gauche du FN des années 2010, rejetant le "rabougrissement" d'une éventuelle alliance des droites radicales qui ne marcherait pas.

La colère était palpable : « Alors que depuis de nombreux mois je tire la sonnette d’alarme sur une potentielle re-radicalisation, je ne peux voir dans mon éviction qu’une sanction pour avoir voulu sensibiliser sur un phénomène que les faits confirment, depuis les ronds de jambe faits à certains intégristes, jusqu’à l’adoption de positions droitardes, contraires à mon sens au "ni droite, ni gauche" qui a prévalu pendant des décennies au Front national. Certaines outrances me donnent encore raison. ». Les outrances font référence à Grégoire de Fournas.

Les mots sont durs, très amers, et montrent un véritable clivage au sein du parti, entre ceux qui, comme Jordan Bardella, souhaiteraient se rapprocher de l'extrême droite identitaire et tenter de faire revenir ceux qui sont partis chez Éric Zemmour, et ceux qui veulent absolument séduire une partie de la gauche désabusée (à l'instar de Florian Philippot qui a quitté la maison). Du reste, Jordan Bardella continue de voir régulièrement Marion Maréchal malgré son éloignement politique.

L'effondrement de la respectabilité avec l'incident à l'Assemblée Nationale et la sanction disciplinaire qui a suivi, la plus dure prise (seulement un autre député a été sanctionné aussi sévèrement depuis 1958 !), renforcé par la prise de pouvoir de la tendance clairement identitaire et extrémiste de droite, va sans doute engendrer d'autres mouvements d'humeur que celui de Steve Briois, peut-être de nouvelles scissions comme cela se passe dans ce parti dès qu'une ligne semble être sortie d'une certaine ambiguïté idéologique.

Pour Marine Le Pen, quitter la présidence du RN lui permet de s'attacher une image plus consensuelle et moins autoritaire, d'autant plus que les convictions très fortes de Jordan Bardella pourrait faire l'office de l'outrance d'Éric Zemmour pendant la campagne présidentielle ou de celle des députés de la Nupes depuis le début de l'été, à savoir un recentrage relatif de Marine Le Pen, élément capital si elle veut un jour séduire au moins 50% des Français. Il restera avant la présidentielle de 2027 l'épreuve des européennes de 2024 où il faudra au moins récidiver l'exploit de 2019 pour s'élancer dans la future campagne présidentielle.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (05 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Louis Aliot.
Jordan Bardella.
Marine Le Pen.

Le congrès du RN.
Grégoire de Fournas.
Incident raciste : 89 nuances de haine à la veille du congrès du RN ?
Le Front national des Le Pen, 50 ans plus tard...

_yartiRNcongresXVIII05





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221105-rassemblement-national.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/rn-le-sacre-du-chouchou-en-pleine-244803

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/10/31/39691687.html








 

Partager cet article
Repost0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF : Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).