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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 18:55

« Parmi les sources qui fondent la légitimité de notre assemblée dans la Ve République, on peut citer ces mots prononcés par Charles De Gaulle lors de son discours de Bayeux : "Il faut donc attribuer à une deuxième assemblée, élue et composée d’une autre manière, la fonction d’examiner publiquement ce que la première a pris en considération, de formuler des amendements, de proposer des projets. Or, si les grands courants de politique générale sont naturellement reproduits dans le sein de la Chambre des Députés, la vie locale, elle aussi, a ses tendances et ses droits". » (Gérard Larcher, le 2 octobre 2017 au Palais du Luxembourg).


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On ne pouvait pas dire qu’il y aurait une surprise à l’issue des élections sénatoriales du 24 septembre 2017, puisque le groupe majoritaire s’était renforcé, celui de Les Républicains. Le Président du Sénat sortant, Gérard Larcher (LR), n’avait donc pas beaucoup d’inquiétude pour reprendre un nouveau mandat de trois ans à la tête du Sénat, comme deuxième homme de l’État dans l’ordre protocolaire (même si ce n’est pas lui mais le Président de l’Assemblée Nationale qui préside le Parlement réuni en Congrès à Versailles). En outre, il a la fonction d’assumer l’intérim de la Présidence de la République en cas de vacance ou d’empêchement (seul Alain Poher a eu cette charge, à deux reprises en 1969 et en 1974).

Lors de la désignation du Président du Sénat, ce lundi 2 octobre 2017, ce fut donc "la" journée de Gérard Larcher. Il a en effet été élu dès le premier tour avec une large majorité, 223 voix sur 317 suffrages exprimés. 79 voix se sont portées sur la candidature de Didier Guillaume, président du groupe socialiste, et 15 voix sur Éliane Assassi, présidente du groupe communiste. Ces deux dernières candidatures ont rassemblé les seules voix de leur groupe. Le petit groupe sénatorial macroniste (LREM) a préféré, quant à lui, voté blanc ou nul (26 sénateurs ont choisi ce mode de suffrage). Il faut dire que la très grande majorité du groupe LREM faisait partie (pour les sortants) du groupe socialiste, mais ils ne pouvaient politiquement pas voter pour un parti dit d’opposition (que ce soit PS ou LR) et ne voulaient pas se compter (trop peu nombreux).

Qu’importe. Gérard Larcher, en rassemblant sept dixième des sénateurs dès le premier tour, a montré sa grande habilité et aussi sa capacité à rassembler, son sens du consensus et probablement, aujourd’hui, une véritable reconnaissance de ses qualités d’arbitre dans une atmosphère d’apaisement. Son vrai succès a été de réussir à éviter une candidature centriste, au contraire des précédents scrutins, en 2014, 2011, 2008, etc.

Rappelons que la Présidence du Sénat, jusqu’en 1998, était traditionnellement "réservée" à un centriste car le Sénat, bien avant Emmanuel Macron, n’a jamais voulu se diviser dans un clivage droite/gauche réducteur et il subsiste encore un petit groupe qui rassemble encore le centre droit et le centre gauche, le RDSE (Rassemblement démocratique social et européen qui était auparavant connu sous l’appellation de Gauche démocratique). En 1989, Charles Pasqua avait réussi à faire réélire Alain Poher (80 ans) contre un candidat centriste de renouveau, l’ancien ministre Jean Arthuis (45 ans), en attendant un renforcement de son propre groupe (RPR). Dix ans plus tard, la prédominance des gaullistes du RPR en 1998 avait permis à Christian Poncelet de remporter l’élection sur le sortant René Monory (75 ans).

Gérard Larcher a rassemblé sept dixième des sénateurs, mais on pourrait presque dire que l’unanimité est réellement en sa faveur : tous les sénateurs l’apprécient car il refuse toute posture partisane et il est avant tout le défenseur du Sénat et du bicamérisme, cette capacité essentielle de permettre à une seconde chambre d’améliorer, de perfectionner, de replacer dans la durée et dans l’histoire, les textes des députés souvent passionnels et à court terme. La nécessité de s’entendre avec les députés oblige les sénateurs à s’opposer, le cas échéant, avec modération, puisque, au final, l’Assemblée Nationale a le dernier mot (sauf pour les révisions constitutionnelles).

C’était tout le sens de l’allocution très consensuelle de Gérard Larcher à l’issue de sa réélection qui fut saluée par tous les sénateurs (enfin presque tous, car j’imagine, mais ce n’est qu’une supposition, que les deux sénateurs FN ne se sont pas levés). En tout cas, pas de sénateur France insoumise et donc, consensus plus fort autour de cette réélection : au-delà des sénateurs qui ont voté pour Gérard Larcher (LR, UDI, RDSE), même des sénateurs socialistes et communistes se sont levés pour applaudir le nouveau réélu.

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Le doyen des sénateurs qui a présidé la première séance (inaugurale) du nouveau Sénat (fortement renouvelé) était un socialiste, Philippe Madrelle dont la carrière politique ne pourra plus être imitée par ses successeurs en raison des nouvelles lois sur le cumul. À 80 ans, Philippe Madrelle, sénateur depuis octobre 1980 (élu cinq fois et son actuel mandat se termine en octobre 2020) fut élu président du conseil général de la Gironde de mars 1976 à avril 2015 sauf de mars 1985 à octobre 1988 (conseiller général de mars 1976 à avril 2015), président du conseil régional d’Aquitaine de 1981 à 1985, député de novembre 1968 à septembre 1980 et maire d’une petite commune de mars 1976 à mars 2001.

Un exemple typique de cumulard ! Quarante-neuf ans parlementaire, sans compter les autres mandats dont quarante ans à la tête d’un exécutif territorial très important (en terme budgétaire). Après avoir rappelé son long parcours, le doyen, qui est « entré très tôt dans la vie politique, où [l’]ont entraîné tant [ses] inclinations personnelles qu’une solide tradition de militantisme familial », a donc observé très lucidement : « Un tel parcours ne sera bientôt plus possible. Nous nous trouvons en effet aujourd’hui dans une période charnière et nous abordons une nouvelle époque de la vie politique. Le Sénat, comme les autres institutions, entre dans l’ère du non-cumul. Les nouvelles limitations apportées au cumul des mandats ne permettront plus d’exercer concomitamment plusieurs responsabilités comme je l’ai fait. ».

On comprend alors pourquoi Gérard Larcher a déclaré ceci : « La fin du cumul des mandats, monsieur le doyen, est un défi. Par construction, elle fragilise le lien qui unissait le sénateur aux élus locaux. C’est ce lien direct qui contribuait d’ailleurs à en faire un législateur avisé et un contrôleur vigilant. Je le dis très clairement, le sénateur d’octobre 2017 n’est plus le sénateur de juin 2017. Il va donc nous falloir exercer notre fonction de manière différente, pour prendre en compte les attentes des élus locaux avant comme après le vote de la loi et consolider le lien de proximité, les consulter davantage et, pour ce faire, mettre en place ici un outil numérique de consultation permanente des élus locaux. ».

Dans cette allocution, Gérard Larcher a expliqué de nouveau la fonction du Sénat : « Le bicamérisme est un atout pour notre démocratie (…). Le projet que je vous ai proposé repose sur deux principes qui me paraissent devoir structurer notre rôle : être garants de l’équilibre des pouvoirs, être garants de l’équilibre des territoires. ».

Et de poursuivre sur l’équilibre des institutions : « "L’horloge démocratique" de nos institutions ne peut être réduite à l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, que suit l’élection des députés, laquelle n’est, depuis la réforme du quinquennat, que la "réplique sismique" de l’élection présidentielle. L’équilibre des pouvoirs, indispensable au fonctionnement démocratique de la République, a besoin d’une voix différente : celle du Sénat. (…) Le Sénat est, à mes yeux, le stabilisateur institutionnel indispensable à une démocratie apaisée. Il protège les citoyens des lois de pulsion votées dans la précipitation, sous la pression populaire ou médiatique du moment, des excès éventuels de l’exécutif influencé par la proximité d’élections nationales ou par sa chute dans les enquêtes d’opinion. ».

Gérard Larcher a défini l’influence du Sénat ainsi : « C’est ce contre-pouvoir qu’incarne le Sénat. Un contre-pouvoir exigeant, qui n’est jamais un anti-pouvoir et qui sait s’opposer avec discernement, sans les excès des postures partisanes, qui n’ont jamais été dans sa nature. Notre ambition, ce doit être l’intérêt de la France. La force du Sénat est aussi de savoir résister aux artifices temporaires de communication ou aux effets de mode qui parfois caricaturent le passé, idéalisent le présent et feraient croire qu’on passe soit de "l’ombre à la lumière", soit de "l’ancien monde au nouveau monde" ! ».

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Sur les élus locaux, les sénateurs se sentent investis d’être leurs représentants auprès du gouvernement : « Il faut rétablir une relation de confiance entre l’exécutif et les élus locaux. C’est indispensable pour redresser notre pays. Le Sénat doit être un facilitateur, un pont, pour que confiance et respect, ce sont les mots que j’employais le 17 juillet dernier, nous permettent d’instaurer des relations apaisées, positives. ».

Mais la phrase la plus importante et la plus attendue du discours de Gérard Larcher, ce fut son attitude vis-à-vis de la réforme des institutions que voudrait faire Emmanuel Macron. Pour réussir une telle réforme, il faut l’accord du Sénat puis des trois cinquièmes des parlementaires, ou, dans le cas d’un référendum, de la majorité des suffrages exprimés.

Toujours dans son style consensuel, Gérard Larcher s’est bien gardé d’ouvrir les hostilités, au contraire, il a redit sa volonté de coopérer avec le gouvernement avec la meilleure bonne volonté, mais en imposant une condition, que le Sénat soit écouté : « En ce qui concerne la réforme constitutionnelle, qui est pour nous une responsabilité majeure, je vous proposerai d’en examiner le contenue sans parti pris ni arrière-pensées, mais, je le dis clairement, le Sénat comptera dans cette révision ! » (2 octobre 2017).

Lorsqu’il avait gagné la "primaire" sur l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, médiatiquement beaucoup plus connu, en 2008, il n’avait l’air de rien. Ministre secondaire (mais qui avait montré déjà ses talents de négociateur avec les syndicats), Gérard Larcher est hors du sérail politique habituel (il n’est pas énarque mais vétérinaire pour chevaux), et incarne à merveille, avec la corpulence tout sénatoriale, le bon sens rural et (en même temps) la finesse urbaine.

D’une fidélité à toute épreuve (notamment fidélité à François Fillon lors de l’élection présidentielle), il est sans doute l’interlocuteur le plus redoutable que Les Républicains pouvaient espérer imposer au Président Emmanuel Macron, tout en douceur mais avec une fermeté et une solidité politiques qui ont déjà étonné.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 octobre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Résultat de l’élection du Président du Sénat le 2 octobre 2017.
Allocution du Président du Sénat du 2 octobre 2017.
Édouard Philippe.
La relance de l’Europe à la Sorbonne.
Gérard Larcher.
Élection du nouveau Président du Sénat (le 2 octobre 2017).
Résultats des élections sénatoriales du 24 septembre 2017.
Sénatoriales 2017 : état des lieux.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.
La campagne des élections législatives de juin 2017.
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Emmanuel Macron.
Jean-Pierre Bel.
Christian Poncelet.
René Monory.
Alain Poher.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171002-senatoriales2017-bg.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/10/12/35757811.html


 

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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 05:35

Grande victoire de LR et de l’UDI, échec de LREM et risque de disparition du PCF.


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Les élections sénatoriales du 24 septembre 2017 visant à renouveler la moitié du Sénat français se sont déroulées sans surprise, ou plutôt, ce n'était même pas une surprise qu’il n’y eût aucune surprise.

76 000 grands électeurs, désignés par les communes le 30 juin 2017, ont en effet voté pour désigner 171 nouveaux sénateurs pour un mandat de six ans, parmi les 2 403 candidats (170 renouvelables et une élection sénatoriale partielle à la suite de la démission du sénateur de Savoie Michel Bouvard, dans un département non renouvelable). Parmi les candidats, il y a eu beaucoup de recalés des élections législatives de juin 2017 : 286, soit plus de 10%.

Cet électorat, essentiellement les délégués des communes de la moitié de la France (l’autre moitié avait voté le 28 septembre 2014), est issu directement des élections municipales de mars 2014 qui furent une grande victoire de la coalition de centre droit LR-UDI.

C’était donc assez logique que le résultat des sénatoriales du 24 septembre 2017 confirme cette victoire du centre droit et en particulier de LR et aussi de l’UDI. Parallèlement, la gauche a perdu beaucoup de plumes, les communistes ont perdu le tiers de leurs effectifs (ils peuvent tout juste conserver leur groupe politique) et les socialistes aussi ont perdu un peu des leurs (sauf en Loire-Atlantique et bien sûr à Paris dont le corps électoral est associé à la municipalité de Paris).


1. Premier revers électoral pour Emmanuel Macron

L’information répétées avec raison, c’est l’échec cinglant de La République En Marche (LREM), le parti du Président Emmanuel Macron, qui a subi son premier revers. Certes, le mode de scrutin a été déterminant dans cet échec, mais les grands électeurs sont cependant rarement "politisés" et encore moins "partisans". Souvent, ils sont issus de petites communes sans étiquette et si leur tendance générale est effectivement proche du centre droit, cela voulait dire aussi qu’ils étaient macron-compatibles.

Rappelons qu’aux élections sénatoriales du 28 septembre 2014, il y a eu une grande surprise, l’élection improbable de deux sénateurs FN (le maire de Fréjus dans le Var et un maire de secteur de Marseille dans les Bouches-du-Rhône) alors que l’arithmétique des grands électeurs ne pouvait envisager un tel résultat.

Comme l’a constaté Laurence Rossignol, ancienne ministre socialiste réélue sénatrice de l’Oise, sur Public-Sénat le 25 septembre 2017, l’ensemble des grands électeurs de ce scrutin avait majoritairement voté pour Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017 et pour des candidats LREM aux élections législatives de juin 2017 et donc, rien ne les aurait empêché, du moins idéologiquement, de voter pour des sénateurs LREM le 24 septembre 2017.

À Public-Sénat, le sénateur François Patriat (chef de file des sénateurs LREM) a bien fait sourire ses interlocuteurs le 25 septembre 2017 en indiquant que beaucoup de candidats LREM ont raté de peu leur élection, de quelques dizaines de voix ! Mais en fait, ces élections se font généralement, justement, à quelques dizaines de voix. C’était aussi l’argument utilisé par Jean-Luc Mélenchon pour dire qu’il aurait dû être au second tour de l’élection présidentielle, à quelques centaines de milliers de voix près ! (en oubliant qu’avant lui, il y avait aussi François Fillon).

Cet échec de LREM a plusieurs explications.

La première explication, c’est qu’Emmanuel Macron est novice dans la vie politique et il faut avoir une bonne connaissance, sinon expérience, de la vie politique pour comprendre et "sentir" des élections sénatoriales, en sachant que chaque département est une configuration particulière, et les situations locales sont très diverses (voir l’exemple des Hauts-de-Seine plus bas), un candidat indépendant très bien implanté peut faire mentir toutes les prévisions. Par ailleurs, l’absence de mandat électif d’Emmanuel Macron avant son élection à l’Élysée, en particulier, l’absence de mandat local, l’a handicapé dans cette compréhension subtile de la vie territoriale (Dominique de Villepin aurait probablement rencontré les mêmes difficultés).

La deuxième explication, c’est la manière quasi-masochiste du gouvernement actuel à vouloir s’aliéner le vote des grands électeurs : la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des habitants, et donc, nécessairement, la perte d’autonomie fiscale des communes, la baisse du nombre d’emplois aidés (que la droite parlementaire aurait probablement renforcée si elle avait eu le pouvoir au printemps), la réduction des dotations de l’État (là encore, la droite parlementaire aurait probablement réduit encore plus), toutes ces mesures ont suscité l’inquiétude sinon la colère des élus locaux et du tissu économique et associatif des territoires (de nombreuses associations jouant un rôle essentiel dans la vie sociale se retrouvent sans ressources).

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La troisième explication, c’est la manière de mener campagne. Certains candidats LREM ont même organisé des réunions publiques à l’occasion de cette campagne, ouvertes à tous les citoyens. Bien entendu, cette ouverture n’est pas blâmable en elle-même, au contraire, c’est sympathique d’associer une démarche électorale même à des non-grands électeurs, mais cela montre à quel point ceux-là n’ont rien compris aux élections sénatoriales. Il ne suffisait pas de poser sur une affiche avec la tête d’Emmanuel Macron pour se faire élire comme aux élections législatives. Il fallait être soit notable soit se faire connaître des élus locaux, et pour se faire connaître de ceux-ci, il n’y avait pas trente-six solutions, il fallait les rencontrer un à un, donc, faire le tour de tous les élus de toutes les communes de son département. À quatre ou cinq réunions par jour, il fallait bien deux à trois mois pour faire une campagne au moins de notoriété auprès d’eux avant de les convaincre.

Enfin, une quatrième explication, cela pourrait être l’arrogance de LREM vis-à-vis de cette échéance électorale. Quand je dis arrogance, elle est de deux types. La première est celle qui considère que les grands électeurs allaient accorder une confiance aveugle au nouveau gouvernement alors que celui-ci est en fonction depuis quatre mois avec déjà quelques résultats (moralisation de la vie politique, réforme du code du travail, etc.). La seconde est celle, en amont, d’une tentative de débauchage particulièrement malvenue de la part de LREM auprès des sénateurs sortants. À la manœuvre, François Patriat avait réussi à récupérer quelques sénateurs socialistes pour créer le 27 juin 2017 un groupe LREM au Sénat jusqu’à 29 membres (avant la mort accidentelle de Nicole Bricq).

Cette tentative de débauchage s’est poursuivie après l’élection du 24 septembre 2017 pour récupérer des nouveaux sénateurs élus, centristes, socialistes, sans étiquette, indépendants, divers droite ou divers gauche. Or, il est clair qu’on ne brusque pas un sénateur, trop fier de son indépendance politique, et aujourd’hui, ces sénateurs macron-compatibles préfèrent plutôt regarder l’action du gouvernement sans trop s’engager dans un premier temps.

Notons quand même que ces tentatives de débauchage sont classiques à l’issue d’un scrutin parlementaire, quel qu’il soit, auprès des heureux élus indépendants, notables, divers et sans étiquettes, qui n’avaient aucune investiture de parti issu des groupes politiques sortants, sans compter ceux qui, sans étiquette car dissidents, avaient déjà indiqué dans quel groupe politique ils siégeraient.

C’est la raison pour laquelle il est difficile de donner une bonne vision (parfaitement exacte) du nouveau Sénat tant que les nouveaux sénateurs ne se sont pas organisés et n’ont pas choisi leur groupe politique (ce qu’ils feront cette semaine). Ce ne sont donc que des projections, même si l’on connaît depuis le dimanche après-midi le nom de tous les élus.


2. Le Sénat sortant

Je redonne, proposé par le site du Sénat, l’état des groupes politiques au Sénat à la veille du renouvellement du 24 septembre 2017. Comme je l’ai expliqué précédemment, la loi contre le cumul des mandats s’applique maintenant aux sénateurs, et donc, certains élus ont dû choisir encore leur mandat sénatorial ou leur mandat d’exécutif local. Au contraire des députés, beaucoup de sénateurs ont alors opté pour rester au Sénat (comme le filloniste Bruno Retailleau qui préside le groupe LR). D’autres ont cependant préféré leur mandat local, ce qui fut le cas de François Baroin (maire de Troyes) et de Jean-Claude Gaudin (maire de Marseille), dans des départements qui ne renouvellent pas leurs sénateurs.

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Les sénateurs renouvelables inscrits à un groupe furent 53 LR, 47 PS, 19 UDI, 18 LREM, 16 PCF et 8 RDSE (centre gauche, essentiellement des PRG mais jusqu’en 2017, il y avait un LR, Gilbert Barbier, président du groupe). Comme on le voit, ceux qui avaient le plus à perdre étaient les macronistes et les communistes.


3. Quelques sénateurs sortants qui ne se représentaient pas

Des démissionnaires (hors renouvellement sénatorial) : Michel Bouvard, Jean-Claude Gaudin, François Baroin, Jean-Pierre Raffarin.
Un décès : Nicole Bricq.
Ne se représentaient pas (par retrait ou par cumul des mandats, ces derniers suivis d’une étoile, sauf erreur) : Bernard Saugey, Anne David, Gilbert Barbier, Christophe Béchu*, François Zocchetto*, Daniel Reiner, Évelyne Didier, Philppe Leroy*, Jean-Pierre Masseret, Gaëtan Gorce, Jacques Legendre, René Vandierendonck*, Michel Delebarre, Michelle Demessine, Daniel Percheron, Hervé Poher, Michèle André, Jean-Jacques Lasserre*, Chantal Jouanno*, Roger Madec*, Leila Aïchi, Hélène Lipietz (suppléante de Nicole Bricq), Catherine Tasca, Serge Dassault, Jean-Vincent Placé, Philippe Kaltenbach, Robert Hue, Hugues Portelli, Francis Delattre, Didier Robert, Jean-Pierre Cantegrit…


4. Le nouveau Sénat

Au-delà de l’échec de LREM, du PS et du PCF, il y a aussi deux autres échecs qu’il faut signaler : celui du Front national de Marine Le Pen (le corps électoral sénatorial a très peu varié par rapport à 2014 et le FN avait gagné deux sièges) et celui de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon qui a refusé de jouer ce jeu démocratique, alors qu’il n’a jamais été que sénateur apparatchik du PS pendant près de trente ans (de mars 1983 à juillet 2009) ! Sa proposition de supprimer le Sénat est donc plutôt une duperie intellectuelle sinon politique.

En tout, 69 sénateurs ont été réélus, soit un taux de renouvellement élevé, presque 60%.

Le groupe LR (centre droit) devrait avoir 159 membres, soit un gain de 17 sièges.
Le groupe UC (centristes de l’UDI) 50 membres, soit un gain de 8 sièges.
Le groupe PS (socialistes) 81 membres, soit une perte de 5 sièges (les socialistes limitent la "casse").
Le groupe LREM (macronistes) 28 membres, soit une perte d’un seul siège (en fait, grâce au transfert de certains sénateurs du groupe UC au groupe LREM).
Le groupe RDSE (centre gauche) 12 membres, soit une perte de 4 sièges.
Le groupe PCF (communiste) 12 membres, soit une perte de 6 sièges.


5. Quelques candidats battus

Suivi d’une étoile, sénateur non sortant.

LR : André Trillard, Alain Vasselle, Isabelle Debré, Joëlle Ceccaldi*, Éric Doligé…
UC : Christian Namy, Yves Pozzo di Borgo…
PS : Georges Labazée, Claire-Lise Campion…
LREM : Delphine Bataille, Michel Berson…
RDSE : Philippe Esnol…
Sans étiquette : Alex Türk (ex-RPR)…

L’exemple des Hauts-de-Seine est assez intéressant car la droite a été très divisée, avec cinq listes LR, ce qui lui a fait perdre un ou deux sièges dont celui d’Isabelle Debré, belle-fille de Michel Debré et belle-sœur de Jean-Louis Debré et Bernard Debré. Cela a favorisé le sénateur sortant André Gattolin (LREM) et fait élire Xavier Iacovelli (PS). Parmi les LR dissidents, la maire de Puteaux Joëlle Ceccaldi qui comptait, une fois élue sénatrice, "placer" son fils Vincent Franchi à sa place de maire (selon le conseiller municipal d’opposition Christian Grébert).


6. Quelques réélus et nouveaux élus

Suivis d’une étoile, les sénateurs sont de nouveaux élus.

LR : Michel Savin, Christophe Priou*, Philippe Bas, Philippe Nachbar, Jean-François Husson, Gérard Longuet, François Grosdidier, Marc-Philippe Daubresse*, Édouard Courtial*, Pierre Charron, Céline Boulay-Esperonnier*, Philippe Dominati, Anne Chain-Larché, Gérard Larcher, Jean-Raymond Hugonet*, Laure Darcos*, Roger Karoutchi, Philippe Dallier, Christian Cambon, Arnaud Bazin, Pierre Frogier…

UC : Joël Guerriau. Yves Détraigne, Valérie Létard, Olivier Henno*, Nathalie Goulet, Vincent Delahaye, Jocelyne Guidez*, Hervé Marseille, Vincent Capo-Canellas, Laurent Lafon*…

PS : André Vallini, Jean-Pierre Sueur, Pascal Kanner*, Laurence Rossignol, Marie-Noëlle Lienemann, Rémi Féraud*, Marie-Pierre de La Gontrie*, David Assouline, Vincent Éblé, Victorin Lurel*, Maurice Antiste, Hélène Conway-Mouret…

LREM : Didier Rambaud*, Jacqueline Gourault (la seule membre du gouvernement présente dans cette élection), Jean-Marie Vanlerenbergue (ex-UC), André Gattolin, Alain Richard…

PCF : Pierre Laurent…

Sans étiquette : Jean-Louis Masson (ex-RPR), Esther Benbassa…


7. La suite

La première session ordinaire de la XVe législature de la Ve République commence le 2 octobre 2017. Pour le Sénat, la première séance est consacrée à l’élection du nouveau Président du Sénat. En raison des résultats sans ambiguïté du 24 septembre 2017, il y a très peu de doute que Gérard Larcher soit réélu au Plateau. Il resterait alors le premier interlocuteur parlementaire d’Emmanuel Macron, notamment lorsque viendront des projets de révision constitutionnelle. Le Sénat reste une chambre parlementaire de temporisation et de pondération, corrigeant les passions peut-être parfois excessives de l’Assemblée Nationale et du gouvernement.

En revanche, le Sénat aurait tort de s’opposer frontalement à toute évolution constitutionnelle, même s’il est antirévolutionnaire par nature. En effet, s’il refusait d’accompagner une réforme, il risquerait beaucoup lors des prochaines élections et sa propre existence pourrait même être remise en cause, comme c’est déjà le cas par quelques démagogues peu respectueux de leur histoire parlementaire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 septembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élection du nouveau Président du Sénat (le 2 octobre 2017).
Résultats des élections sénatoriales du 24 septembre 2017.
Sénatoriales 2017 : état des lieux.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.
La campagne des élections législatives de juin 2017.
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Emmanuel Macron.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Bel.
Christian Poncelet.
René Monory.
Alain Poher.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170924-senatoriales2017-bf.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/senatoriales-2017-2-sans-surprise-197136

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/09/26/35711967.html



 

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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 18:19

Née le 21 octobre 1922 à Paris, la milliardaire Liliane Bettencourt fut l'unique fille du fondateur de L'Oréal, Eugène Schueller et l'épouse d'André Bettencourt, ancien ministre RI, de 1950 à la mort de celui-ci, en 2007. Elle hérita du groupe de son père à la mort de celui-ci en 1957 et dirigea le groupe avec son mari en développant le mécénat. De fait, Liliane Bettencourt fut la personnalité la plus riche de France, la femme la plus riche du monde et la onzième personnalité la plus riche du monde, avec une fortune estimée en 2016 à 36,1 milliards de dollars par le magazine "Forbes". La récente affaire Woerth-Bettencourt à partir de 2010 a montré la grande influence qu'elle avait dans la vie politique française au plus haut niveau de l'État. À partir d'octobre 2011, elle a été mise sous tutelle (après sa réconciliation avec sa fille unique le 7 décembre 2010 à la suite d'une affaire d'abus de faiblesse) en raison de "l'altération de ses facultés cognitives". En 2012, elle a reçu 360 millions d'euros de dividendes (280 millions en 2009). En raison de nombreux dons (dont un de 552 millions d'euros le 11 février 2010) en faveur de la recherche médicale, une chaire porte le nom de Liliane Bettencourt depuis 2006 au Collège de France sur l'innovation technologique.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170921-liliane-bettencourt.html


 

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 04:38

170 sièges de sénateurs sur les 348 sièges au total sont renouvelable ce 24 septembre 2017.


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Dans quelques jours, ce dimanche 24 septembre 2017, il y aura deux élections cruciales pour l’Europe. La première, très médiatisée, ce sont les élections législatives en Allemagne, et les derniers sondages donnent une forte avance à la Chancelière sortante Angela Merkel (de la CDU) face à son (unique) concurrent (du SPD) Martin Schulz, ancien Président du Parlement Européen, malgré un démarrage en fanfare de la campagne de ce dernier. En cas de nouvelle victoire, Angela Merkel entamerait son quatrième mandat et entrerait dans les livres d’histoire à l’égale de Konrad Adenauer et Helmul Kohl, récemment disparu. Il reste encore à définir les contours de la coalition gouvernementale qu’elle mènerait, serait-ce encore la grande coalition (CDU-SPD) ou une coalition moins large comme CDU-FDP-Verts (le FDP, libéraux, ce sont les centristes qui avaient disparu du Bundestag aux dernières élections de 2013).

Mais il y a des autres élections beaucoup moins médiatisées, des élections nationales en France : le 24 septembre 2017, le Sénat est renouvelé de moitié aux cours des élections sénatoriales. Élu tous les six ans, les sénateurs ont un rôle essentiel dans la fabrication des lois et dans le contrôle du gouvernement. Parce qu’ils sont moins tributaires des modes, des sondages, et qu’ils ont plus de temps, ils peuvent approfondir certains sujets et apporter une valeur ajoutée de la raison face à une Assemblée Nationale plus tributaire du court terme et des passions populaires ou partisanes. Par exemple, ce sont les sénateurs qui avaient refusé il y a une dizaine d’années l’identification par ADN des personnes immigrées en attente de régularisation.


1. Pouvoir réviser ou pas la Constitution

L’enjeu est crucial dans ces élections sénatoriales. En effet, la question est de savoir si le Président Emmanuel Macron pourra disposer ou pas de la majorité des trois cinquièmes du Parlement réuni en congrès, auquel cas, il pourra réviser "à sa guise" la Constitution.

Reprenons un peu d’arithmétique parlementaire. L’Assemblée Nationale, élue les 11 et 18 juin 2017, compte 577 députés. Le Sénat compte 348 sénateurs. En tout, il y a donc 925 parlementaires. Les trois cinquièmes (60%) correspondent à 555 parlementaires.

À l’Assemblée Nationale, si l’on ne tient pas compte de la démission d’un député boxeur (mis en examen pour coups et blessures le 30 août 2017 sur une personne placée en soins intensifs), le groupe LREM (La République En Marche) compte 313 députés.

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Au Sénat, avant le renouvellement et par l’action de l’ancien Président socialiste du conseil régional de Bourgogne François Patriat, un groupe LREM a été formé le 27 juin 2017 comprenant 29 sénateurs et présidé par François Patriat, pour la plupart, des sénateurs PS (comme Jean-Pierre Masseret, Alain Richard, Michel Berson, Jean-Claude Boulard, Bernard Cazeau, Bariza Khiari etc.). Jean-Baptiste Lemoyne (LR) en était également membre mais sans y siéger car nommé le 21 juin 2017 dans le second gouvernement d’Édouard Philippe. Enfin, l’ancienne ministre socialiste Nicole Bricq en était également membre jusqu'à son décès brutal au cours de l’été.

Au total, LREM n’a actuellement que 342 parlementaires totalement inféodés. Certes, Emmanuel Macron pourrait aussi compter sur des parlementaires du MoDem et certains centristes voire LR ou PS, mais certainement pas de manière inconditionnelle. En d’autres termes, pour atteindre 555 parlementaires LREM, ce parti devrait gagner 213 sièges… sur les 170 sièges renouvelables au Sénat ! C’est donc mission impossible. Par ailleurs, LREM ne s’attend pas à beaucoup de gains à ces élections et a minimisé leur médiatisation pour cette raison.


2. Qui sera le prochain Président du Sénat ?

Un autre enjeu, c’est le Plateau, autre nom pour la Présidence du Sénat. Le Président du Sénat est le deuxième personnage de l’État (devant le Premier Ministre) et en cas de vacance présidentielle, c’est lui qui assure l’intérim à l’Élysée (ce fut le cas pour Alain Poher). Il nomme aussi certains postes clefs (notamment au Conseil Constitutionnel et au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel).

Ah, justement, prenons le Conseil Constitutionnel. Comme l’une de ses membres, Nicole Belloubet, nommée le 14 mars 2013 par Jean-Pierre Bel, a été nommée Ministre de la Justice le 21 juin 2017, en remplacement de François Bayrou, il a fallu pour l’actuel Président du Sénat Gérard Larcher lui trouver un successeur.

Très habile manœuvrier, le gaulliste Gérard Larcher, qui fait évidemment campagne pour sa réélection à la tête du Sénat, avait choisi le 25 juillet 2017 l’ancien Ministre de la Justice Michel Mercier, grand élu du MoDem (ancien président du groupe Union centriste et ancien président du conseil général du Rhône pendant plus de vingt ans) pour l’installer au Conseil Constitutionnel.

La nomination de Michel Mercier était doublement habile. Ce centriste en effet avait fait la campagne présidentielle en faveur d’Emmanuel Macron. En le désignant, Gérard Larcher continuait de se montrer macron-compatible. L’autre objectif, c’était aussi d’empêcher Michel Mercier de se présenter contre lui à la Présidence du Sénat : il aurait pu en effet former une majorité, en rassemblant centristes, LREM, et une partie des LR, étant donné qu’il a été le dernier Garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy (du 14 novembre 2010 au 10 mai 2012).

L’habileté a toujours des limites : malgré la validation de sa nomination le 2 août 2017 et sa nomination officielle le 3 août 2017, Michel Mercier fut contraint dès le 8 août 2017 à renoncer au Conseil Constitutionnel en raison de l’ouverture simultanée d’une information judiciaire le concernant (pour "détournement de fonds publics", en fait, encore une histoire de collaborateur parlementaire).

Pour Gérard Larcher, qui semble ne pas vouloir procéder à une nouvelle nomination avant le renouvellement du Sénat, la neutralisation d’une possible candidature de Michel Mercier est restée cependant acquise, l’information judiciaire étant un empêchement politique de première importance.

Après la démission du Sénat de son seul véritable rival, Jean-Pierre Raffarin, qu’il avait déjà battu en 2008 et en 2014, Gérard Larcher peut en effet rester confiant sur les chances de se maintenir à la tête du Sénat, car les équilibres politiques ne devraient pas être bouleversés, au contraire de l’Assemblée Nationale.


3. Le mode de désignation des sénateurs

Le scrutin proportionnel pour le grand nombre donne une connotation très politique à ce qui est en général considéré comme l’élection des représentants des territoires. Or, la très grande majorité des grands électeurs émane des conseils municipaux. Les dernières élections municipales de mars 2014 avaient été une grande victoire pour LR (Les Républicains), ce qui laisse peu de place à une percée significative de LREM.

Au contraire du mois de juin 2017, le climat politique de septembre 2017 (comme prévu) est nettement moins favorable à Emmanuel Macron. De plus, sa volonté de supprimer 80% de la taxe d’habitation a été très mal comprise par la plupart des maires ; en effet, la taxe d’habitation est l’une des recettes communales dont les conseils municipaux sont maîtres. En supprimant cette taxe au profit de nouvelles dotations provenant de l’État (nationalisation de la fiscalité des communes), non seulement les recettes restent incertaines (l’État ne cessant au fil des années de réduire les dotations) mais réduisent la liberté de manœuvre des communes sur le plan fiscal. On doute donc que les représentants de communes élisent un raz-de-marée de sénateurs estampillés LREM.

En raison de son renouvellement par moitié, les mouvements de balancier pour le Sénat sont donc beaucoup plus atténués que pour l’Assemblée Nationale, d’autant plus que les extrêmes ont peu misé sur ses élections (FI et FN notamment) en raison de leur faible représentativité dans les conseils municipaux. Cela n’empêche pas quelques surprises où des grands électeurs "apolitiques" se portent sur certains candidats, comme ce fut le cas dans les Bouches-du-Rhône et dans le Var en faisant élire deux sénateurs FN en septembre 2014 (un maire de secteur à Marseille et le maire de Fréjus), ce qui fut "historique". Ce mode de désignation n’a cependant pas empêché une alternance puisqu’en septembre 2011, la gauche fut majoritaire et a élu le socialiste Jean-Pierre Bel à la Présidence du Sénat (pour seulement trois ans sans laisser un grand souvenir).


4. Points communs avec les législatives de juin 2017

Le principal point commun, c’est l’application de la loi contre le cumul des mandats portant autant sur les sénateurs que sur les députés. Beaucoup de sénateurs sortants ont donc soit renoncé à se représenter (c’est le cas de François Baroin pour rester maire de Troyes et président de l’Association des maires de France), soit démissionné de leur mandat d’exécutif local (c’est le cas de Bruno Retailleau, très proche de François Fillon, qui a quitté la présidence du conseil régional des Pays de la Loire).

Par cet effet mécanique, il y aura donc nécessairement un plus grand renouvellement que dans les précédentes élections sénatoriales, ce qui est une toujours bonne chose.

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Il est probable aussi que la future Haute Assemblée serait plus féminisée. Certes, dans les départements où la proportionnelle est la règle, les listes sont déjà paritaires, mais beaucoup de candidats aux sénatoriales avaient contourné la règle de parité : dans un même parti, il pouvait ainsi y avoir deux listes menés par des hommes, ne recueillant qu’un seul siège, au lieu d’une seule liste qui aurait recueilli deux sièges (un homme et une femme donc). L’expérience sur le terrain a montré que cette tactique assez misérable avait fait perdre des sièges à ses protagonistes locaux, car la division réduit toujours le nombre de suffrages et une seule liste pouvait au contraire recueillir trois sièges au lieu de deux. Après le désastre législatif des deux principaux partis gouvernementaux traditionnels (LR et PS), leurs listes dans les départements sont raisonnablement plus unies que dans le passé, et donc leurs élus seront "plus paritaires".


Le Sénat, chambre essentielle dans les institutions de la République

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer et contrairement aux campagnes de désinformation contre le Sénat en général (amorcées par le Général De Gaulle en 1969, même si son fils est devenu par la suite un sénateur distingué), le Sénat s’est considérablement modernisé depuis une vingtaine d’années (en particulier grâce à l’action de deux Présidents de "bon sens", René Monory et Christian Poncelet). Il est en particulier très en phase avec la société, bien plus que l’Assemblée Nationale, en se préoccupant de la science, de l’éducation, de l’innovation, des créations d’entreprises, en scellant des collaborations avec des grandes écoles, des laboratoires de recherche, et avec d’autres forces vives du pays (apprentissage, etc.).

Au-delà de cette préoccupation de proximité, les sénateurs, parce qu’ils ne sont pas sous la pression électorale, ont acquis une grande indépendance (aucun Président de la République, même s’il est de la même tendance politique, ne peut vraiment imposer des décisions aux sénateurs, au contraire des députés élus dans la foulée de l’élection présidentielle), et une grande capacité à anticiper les lois par la production de nombreuses études et rapports qui font référence pendant plusieurs décennies (l’exemple le plus flagrant est la préparation des lois sur la bioéthique au début des années 1990). C’est pour toutes ces raisons que les résultats des élections sénatoriales du 24 septembre 2017 seront un élément majeur dans la suite du quinquennat assez novateur d’Emmanuel Macron.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 septembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sénatoriales 2017 : état des lieux.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.
La campagne des élections législatives de juin 2017.
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Emmanuel Macron.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Bel.
Christian Poncelet.
René Monory.
Alain Poher.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170919-senatoriales2017-be.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/senatoriales-2017-1-etat-des-lieux-196922

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/09/19/35688714.html



 

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 21:00

À propos de l'article "Raymond Barre, un véritable homme d’État (1)".

C’est par une erreur regrettable que nous avons publié que M. Bruno Gollnisch, député européen, avait été condamné pour négationnisme. M. Gollnisch a été clairement innocenté le 23 juin 2009 par un arrêt de la Cour de cassation (n° 08-82521), rendu au fond, dont il résulte qu’il avait été poursuivi sur la base de bribes de réponse à des questions non précisées, artificiellement présentées comme une déclaration, et que, même ainsi articulés, ses propos n’enfreignaient pas la loi.

 


 

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 05:48

« À chaque saison de la mode, comme dans l'actualité sociale et politique, difficile d'échapper à la question du code vestimentaire. » (Musée des Arts décoratifs de Paris).


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La révolution est en marche ! C’est une grande victoire des insoumis. Ils n’empêcheront peut-être pas (sûrement pas) la réforme du code du travail, mais au moins, ils ont gagné le symbole de la boboïtude de la décontraction.

Cela faisait depuis trois à quatre semaines que certains députés hommes déambulaient dans l’Hémicycle sans porter de cravate. Pour beaucoup, c’est une belle preuve d’impolitesse. La représentation nationale doit être respectueuse des usages, aussi sur le plan vestimentaire. On a rappelé souvent l’obligation des députés de porter une cravate. Que faisait la garde nationale ? Pourquoi laissait-on faire ?

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Lorsque Jack Lang, qui était Ministre de la Culture, était venu devant les députés pour répondre à une question orale au gouvernement, le mercredi 17 avril 1985, il avait scandalisé bien des parlementaires. La raison ? Il portait une veste conçue par Thierry Mugler qui avait un col Mao que Jack Lang avait fermé. Pas de cravate, donc. En réalité, ces cris étaient sans objet : on ne voyait effectivement pas sa cravate, mais il en portait bien une. C’était juste une provocation malicieuse du ministre.

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Le premier député à avoir provoqué par la cravate, ce n'était ni un écologiste, ni un insoumis, mais un libéral. Il avait 32 ans à l'époque : tout juste élu député de Redon, Alain Madelin était venu en 1978 dans l'Hémicycle sans cravate. Il s'était alors fait vertement remettre en place et rappeler à l'ordre par le président de la séance qui n'était autre que ...le communiste Guy Ducoloné (1920-2008), qu'il connaissait bien pour l'avoir affronté en mars 1973 dans son bastion rouge imprenable de Malakoff et Issy-les-Moulineaux. Alain Madelin, à seulement 27 ans, avait alors obtenu 45%, ce qui était fort honorable et l'avait fait intégrer dans le staff giscardien pour l'élection présidentielle suivant (en 1974).

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Le Musée des Arts décoratifs de Paris avait consacré une exposition temporaire du 1er décembre 2016 au 23 avril 2017 sur ce thème de la tenue vestimentaire, au titre éloquent : "Tenue correcte exigée, quand le vêtement fait scandale". L'exposition a regroupé plusieurs tenues qui ont fait scandale, comme la veste de Jack Lang, mais aussi la robe de la ministre Cécile Duflot qui s'était fait siffler par quelques députés machistes le 17 juillet 2012 au Palais-Bourbon.

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Le "jeunisme" du sans-cravate a souvent été utilisé par des hommes politiques pour montrer leur "modernisme" et leur volonté de "renouvellement". Au début de leur campagne respective, Bruno Le Maire, pour la primaire LR, et Emmanuel Macron, pour l'élection présidentielle, ne portaient pas de cravate dans leurs meetings, mais cela faisait tellement démagogique qu'ils ont fini par en porter une par la suite. Beaucoup de petits candidats à l'élection présidentielle ne portaient pas de cravate, de Brice Lalonde en 1981 à Philippe Poutou en 2017.

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Le Premier Ministre grec Alexis Tsipras a toujours refusé de porter la cravate, quitte à choquer les ronds de cuir du FMI et de la BCE !... L'ancien Président du Conseil italien Matteo Renzi et aussi Pablo Iglesias Turrion, le leader de Podemos en Espagne, ne portent jamais non plus la cravate. Et le Président américain Barack Obama avait dû insister pour que son homologue français François Hollande quittât son bout de tissu noué au cou : « François, on avait dit que tu pouvais enlever la cravate ! ». C'était le 18 mai 2012 à Camp David, pour le Sommet du G8. François Hollande était le seul à porter la cravate et a répondu en anglais : « Pour ma presse ! ». Barack Obama a acquiescé : « Pour ta presse, il faut que tu présentes bien ! ».

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Mais revenons à l'actualité. Lorsque le 27 juin 2017, les députés hommes insoumis (sauf leur patron au début) sont venus s’installer par ordre alphabétique dans la salle plénière, certains ne portaient pas la cravate. Aucun cri, pas de scandale. Juste quelques sourires amusés de journalistes ayant un peu de mémoire. Le Président de l'Assemblée Nationale lui-même, qui venait d’être élu, l’écolo-breton François de Rugy, n’a rien dit parce qu’il avait lui-même, simple député, fait une proposition pour en finir avec cette obligation.

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Mais de quelle obligation s’agit-il ? De porter la cravate ? Pourtant, les femmes ont heureusement le droit de rester en décolleté. Il a fallu donc trois semaines avant de statuer sur le sujet. C’est François lui-même (celui du perchoir) qui a fait le travail. Convenons que c’était un sujet d’une urgence de dimension mondiale.

Voici l'extrait du compte-rendu de la réunion du bureau de l’Aassemblée Nationale du 19 juillet 2017, publié le lendemain : « Point 7. Questions diverses. Sur le rapport du Président, le Bureau a rappelé qu’aucune disposition réglementaire ne fixant la tenue vestimentaire des députés, il n’y a pas lieu d’obliger les hommes au port d’une veste et d’une cravate dans l’Hémicycle. ».

La réalité, c’est que c’est une véritable "révolution". Cela ne s’est jamais produit. C’est un profond changement des pratiques en France. Voilà la révolution du jour ! Le hic, c’est qu’il n’est pas question de cravate mais de code vestimentaire. Aucune contrainte ? Verra-t-on un jour un ministre en maillot de bain ? Plongeant chez les parlementaires ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les sans-cravate.
La XVe législature.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170720-sans-cravate.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-sans-cravate-195483

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/08/03/35517609.html


 

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 02:33

« Il a ressuscité tous les grands personnages de notre histoire et les lecteurs l’ont plébiscité. Max n’était pas seulement un grand écrivain, un historien pétri de culture, c’était un combattant, un orateur politique incomparable, un homme généreux qui savait parler au cœur du peuple. Il s’est détourné de la gauche à la fin de sa vie quand la gauche s’est détournée d’elle-même. Il n’avait plus qu’une seule passion, celle de la France. » (Jean-Pierre Chevènement, le 19 juillet 2017).


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L’écrivain, académicien et ancien minsitre Max Gallo est mort à 85 ans ce mardi 18 juillet 2017. Il est enterré ce vendredi 21 juillet 2017 à l'église Saint-Étienne-du-Mont, à Paris. Né le 7 janvier 1932 à Nice, agrégé d’histoire et docteur en histoire, enseignant à l’IEP Paris, après avoir été technicien de radio à l’ORTF à Antibes, auteur à succès de romans historiques, ayant à son actif plus d’une centaine d’ouvrages, sans compter les collaborations pour le compte d’autres auteurs. Il fut aussi un homme politique d’une certaine gauche souveraine, proche des chevènementistes.

Max Gallo faisait partie de ces personnalités de la littérature et de la politique : à l’évidence, comme Jean d’Ormesson, il était plus un écrivain qui a touché à la politique qu’un homme politique qui a écrit des livres, comme Jean-François Deniau. La preuve, d’ailleurs, c’est que son talent d’écriture, attirant beaucoup de lecteurs, a été couronné par son élection à l’Académie française le 31 mai 2007 pour succéder au philosophe Jean-François Revel (il a été élu contre l’éditorialiste Claude Imbert), après un premier échec le 22 juin 2000 pour succéder au philosophe Jean Guitton.

Il fut reçu sous la Coupole le 31 janvier 2008 par Alain Decaux, au fauteuil de prestigieux prédécesseurs, Colbert, La Fontaine, Marivaux, Victor de Broglie, Sully Prudhomme (le premier lauréat du Prix Nobel de Littérature en 1901), Henri Poincaré, Alfred Capus et Étienne Wolff : « Vous avez élu (…) un fils d’immigrés italiens (…). Vous avez élu le fils d’un ouvrier électricien et mon premier diplôme est un certificat d’aptitude professionnel de mécanicien-ajusteur. Vous affirmez ainsi, une nouvelle fois, que votre conception de l’unité et de l’identité nationale français, dont votre compagnie reste depuis Richelieu l’une des expressions majeures, est ouverte. En m’élisant, et je mesure avec humilité et gravité l’honneur que vous m’accordez, vous m’invitez à une communion solennelle avec la France. » (31 janvier 2008).

On peut être particulièrement impressionné par la production très féconde de l’écrivain, à savoir ses très nombreuses œuvres, ses biographies de grands hommes comme Henri IV, Louis XIV, Napoléon Ier , De Gaulle, Voltaire, Victor Hugo, Garibaldi, Jean Jaurès, Robespierre, Jules Vallès, etc., ses romans comme "Le Cortège des vainqueurs", "Une Affaire intime", "La Route Napoléon", etc., ses séries romanesques comme "La Baie des Anges", "La Machinerie humaine", "Les Patriotes", "Morts pour la France", "La Croix de l’Occident", "Les Romains", etc., et aussi ses ouvrages historiques sur Richelieu, sur l’Italie fasciste (le sujet de sa thèse de doctorat était : "Contribution à l’étude des méthodes et résultats de la propagande fasciste dans l’immédiate avant-guerre"), sur les deux guerres mondiales, sur la Révolution française, etc. À l’âge de 16 ans, il avait déjà rédigé plusieurs romans et même un essai au titre ravageur : "De Gaulle égale-t-il Bonaparte ?", mais il n’en reste rien.

Jean-Pierre Chevènement l’a comparé à un instituteur : « Par une création inlassable, Max Gallo s’est progressivement imposé dans le paysage intellectuel et politique comme le grand instituteur national qui manquait. À une France en pleine perte de repères depuis la mort du Général De Gaulle et le naufrage de l’union de la gauche, Max Gallo a fourni un substitut. En ce sens, il était devenu un repère. » (19 juillet 2017).

Max Gallo avait défini son objectif d’écrivain de cette manière : « Mon projet est de rendre vivante une personnalité. Tout en étant respectueux des apports de la recherche historique, je fais en sorte, par l’écriture, par la composition du récit, que le lecteur, peu à peu, pénètre tous ses aspects. Qu’il acquière ainsi de son sujet une connaissance presque charnelle ainsi que l’intelligence d’une période historique. ». Alain Decaux lui avait dit, lors de sa réception à l’Académie : « De vos romans historiques, l’invention ne trahit jamais la vérité et même, parfois, ajoute à nos connaissances. » (31 janvier 2008).

Ici, je me propose modestement, pour lui rendre hommage, de laisser de côté ce cœur de son existence, à savoir son œuvre littéraire et historique, et d’évoquer plutôt sa "vie politique", plutôt courte, et une partie de son action d’académicien.


Député de Nice puis membre du gouvernement

Parce qu’il était déjà un écrivain célèbre, le PS a pensé à lui pour affronter l’indéboulonnable maire de Nice Jacques Médecin (également député et président du conseil général des Alpes-Maritimes, ancien ministre). Max Gallo avait rencontré la première fois François Mitterrand en 1976 lors d’une émission "Apostrophes", présentée par Bernard Pivot (Max Gallo a fait partie des écrivains les plus souvent invités par Bernard Pivot, avec Jean d’Ormesson). Il fut élu député de la première circonscription des Alpes-Maritimes le 21 juin 1981, dans la lancée de la vague rose. Cette élection lui a donné une bonne base électorale pour se présenter aux élections municipales à Nice en mars 1983, néanmoins sans succès (la gauche a subi un revers historique à ces municipales).

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Apprécié de François Mitterrand, cet échec ne l’a pas empêché d’être nommé le 22 mars 1983 dans le troisième et dernier gouvernement (resserré pour une fois) de Pierre Mauroy (collé d’un numéro deux, Jacques Delors). Jusqu’à la démission de ce gouvernement et la nomination de Laurent Fabius à Matignon, le 17 juillet 1984, Max Gallo fut Secrétaire d’État, Porte-Parole du Gouvernement. Un ministère surtout verbal, nouveau pour la gauche (qui n’avait pas ce type de ministre pendant les deux premières années), un équivalent de Stéphane Le Foll sous François Hollande et de Christophe Castaner sous Emmanuel Macron. On imaginait bien, d’ailleurs, que Max Gallo ne devait pas être très à l’aise à l’époque : un électron libre qui devient la voie officielle de la langue de bois, c’est toujours à contre-emploi.

Car Max Gallo n’était pas seulement doué pour l’écriture, il l’était aussi à l’oral, pour exprimer des idées et participer pleinement au débat des idées. Sa très haute taille, son allure de géant pouvaient impressionner. Le grand public a ainsi pu le découvrir avec ses yeux pénétrants et ses cheveux longs et romantiques (un peu à la Chevènement). Plusieurs décennies plus tard, il ne resta plus que les yeux pénétrants, le crâne sans le cheveu, les derniers rasés de près.

Il fut d’origine communiste, d’un communisme qu’il a quitté avec l’insurrection de Budapest et la répression soviétique qui a suivi : « Je ne suis pas entré au parti communiste comme un fils de bourgeois qui a des complexes de classe, mais comme fils d’ouvrier confronté à des inégalités insupportables. Le jour est venu où j’ai trouvé absurde de rester communiste. ».

Max Gallo se sentait avant tout un "patriote" (il suffit de lire beaucoup de titres de ses œuvres qui tournent autour de ce thème), un Français fier de son pays, ancré dans sa tradition historique, autant républicaine que monarchique. Alain Decaux avait décrit son patriotisme avec ces mots : « Les questionnaires que nous remplissons sans cesse portent souvent cette interrogation : nationalité ? Et nous répondons : Français. En ce qui vous concerne, vous devriez écrire : profondément Français. À la France s’attachent toutes les fibres de votre corps, toutes les vibrations de votre esprit. Vous lui avez consacré des livres entiers comme si la France méritait, elle aussi, une biographie (…). Faut-il vous dans cette passion un nationalisme exacerbé ? Nullement. Ceux qui voudraient mettre en danger la démocratie vous font horreur. Il y a des pays que vous n’aimerez jamais, d’autres qui ont votre sympathie, parfois votre amitié, mais votre amour unique, c’est la France. À ceux qui vous comprennent mal, vous avez répondu : "Il faut bien que quelqu’un monte sur le ring et dise : Je suis fier d’être français !". Vous y êtes monté. » (31 janvier 2008).

S’il avait suivi Jean-Pierre Chevènement, au début des années 1990, dans la voie d’un certain souverainisme (qui ne va pas manquer d’être récupéré par certains), il est allé bien plus loin que la volonté de l’ancien grand ministre régalien lors de sa candidature en 2002 de réunir la droite et la gauche autour de l’amour de la France. En effet, malgré son "non" au Traité constitutionnel européen en mai 2005, il a carrément soutenu le 13 mars 2007 la candidature de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle (ce qui a fait hurler beaucoup de ses anciens "amis" politiques) et il a participé à l’une des cérémonies le jour de l’investiture le 16 mai 2007.

Sa mission gouvernementale s’est achevée juste après les élections européennes du 17 juin 1984, où il avait été élu député européen sur la liste socialiste de Lionel Jospin. Il assura ainsi deux mandats au Parlement Européen, réélu le 15 juin 1989 jusqu’en juin 1994.


Les vieilles habitudes du pouvoir

Il est intéressant de relire le témoignage de Michèle Cotta, qui, à l’époque gouvernementale de Max Gallo, n’était plus journaliste mais la très inconfortable présidente de la Haute Autorité de l’Audiovisuel (ancêtre du CSA). Le 30 avril 1983, dans ses "Cahiers secrets", elle parla en effet de "l’affaire Gallo". C’était à peine un mois après sa prise de fonction et il avait déjà pris beaucoup de temps de parole dans les médias.

Michèle Cotta raconta ainsi : « Un des hommes les plus proches, dit-on, de Mitterrand. Ce n’est pas une raison pour qu’on lui offre quatre fois, je dis bien quatre, pendant le mois d’avril, l’antenne de TF1 pour qu’il s’adresse aux Français [dans l’émission "C’est à vous"]. S’il avait parlé de littérature, passe encore. Mais non, il a répondu la plupart du temps à des questions politiques sans se rendre compte que les interventions gouvernementales sont comptabilisées, et qu’à ce titre, l’opposition peut demander un temps d’antenne compensatoire. ». C’était en effet ce qu’a demandé le (jeune) président du conseil général de Savoir, Michel Barnier (l’actuel négociateur en chef du Brexit pour l’Union Européenne), qui a ainsi envoyé un courrier à la Haute Autorité.

Michèle Cotta a poursuivi son récit : « Je m’arrête à cette histoire parce qu’elle semble significative. Max Gallo ne peut pas ne pas savoir que nous ne sommes pas dans un système africain, que le porte-parole du souverain ne peut pas s’exprimer indéfiniment sur la première chaîne de service public sans qu’un droit de réponse soit accordé à l’opposition. Il sait bien, aussi, que si la Haute Autorité existe, c’est précisément pour empêcher que le pouvoir s’empare des antennes du service public comme si elles lui appartenaient. ».

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La rage était donc palpable chez la présidente de la Haute Autorité, au point d’en perdre son vocabulaire : « Eh bien, il [Max Gallo] sait tout cela, mais semble s’en f@utre complètement : il pense pouvoir biaiser parce que l’émission est une émission en principe non politique et qu’elle est diffusée durant l’après-midi. Je passe ici sur l’agitation créée par cette affaire dont je sais déjà qu’elle me sera reprochée par l’Élysée. Le président de TF1 nous dit qu’il compte proposer quatre émissions identiques à l’opposition. Nous l’approuvons. Mais ne voilà-t-il pas qu’il va dire à Gallo, lorsque celui-ci tempête, refusant le droit de réponse de l’opposition, que ce n’est pas de sa faute, qu’il s’agit d’un oukase de la Haute Autorité ! ».


La langue française

Très à l’aise dans son habit d’académicien, Max Gallo a cependant peu participé aux travaux de la noble institution. Il a néanmoins rédigé un petit texte le 1er mars 2012 pour se scandaliser de la publicité pour une automobile de marque allemande, un texte que j’approuve complètement : « Cette publicité germanique envahissant, occupant, nos écrans de télévision afin de vanter Das Auto de marque allemande m’a fasciné. D’autant plus qu’on m’a assuré qu’elle avait été conçue par des Français. En outre, pour une voiture emblématique de l’Hexagone, on a jugé bon de faire la promotion de ce véhicule en allemand. Das Auto, durant quelques jours, est devenu ma "madeleine". ».

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Et il a abouti au Traité de Verdun signé en août 843 pour partager l’empire de Charlemagne à ses trois petits-fils : Lothaire Ier, le successeur du titre impérial, avec la Lotharingie (de la Flandre à Rome), Louis II le Germanique, pour la partie orientale (la Germanie) et Charles II le Chauve, pour la partie occidentale (la future France). J’ai beaucoup apprécié qu’il ait abouti à ce partage de l’Europe, essentiel pour comprendre l’histoire européenne et trop peu connu (ou retenu plutôt) des citoyens européens.

Pourquoi en est-il arrivé là ? Parce que, un an avant ce traité, en février 842 à Strasbourg, les deux frères Louis le Germanique et Charles le Chauve se sont alliés contre leur aîné Lothaire. Ils ont prononcé un serment d’alliance contre l’empereur. Et pour faire bonne mesure, chacun s’est engagé dans la langue de l’autre : la lingua teudisca (ancêtre de l’allemand) pour Charles le Chauve et la lingua romana rustica (ancêtre du français).

Max Gallo a alors insisté : « Ainsi, c’est un Germanique qui prononce le premier texte français connu. Et c’est un "historien" contemporain de ce IXe siècle qui le consigne en langue vulgaire. Ce texte est encore plongé (…) dans le latin. Mais il est la source de "l’ancien français". ». Et de conclure : « On s’est beaucoup querellé, récemment, à propos de l’identité nationale. La réponse est dans le serment de Strasbourg : la langue est le fondement de l’identité. Une nation qui perd sa langue disparaît avec elle. Deux frères, à Strasbourg, ont affirmé leur différence et leur union en prêtant serment dans la langue de l’autre. Quelle leçon ! Deutsche Qualität ! Qualité française ! ». Emmanuel Macron devrait ainsi se méfier de s’exprimer en anglais pour défendre la candidature de Paris aux Jeux Olympiques de 2024, comme il l’a fait le 11 juillet 2017 à Lausanne.


Le patriotisme

Comme je l’ai évoqué plus haut, Max Gallo était un patriote qui savait le prix de la guerre. Toute sa vie, son père, qui avait 20 ans à la veille de la Première Guerre mondiale, n’a cessé de lui raconter la vie de ses trois amis du même âge qui l’entouraient sur une même photo, et qui sont morts dès le mois d’août 1914, foudroyés par cette guerre.

Max Gallo, dans un discours sur la vertu qu’il a prononcé sous la Coupole le 27 novembre 2008, a rappelé les mots du maréchal Lyautey, profondément européen : « Ils sont complètements fous ! Une guerre entre Européens, c’est une guerre civile, la plus monumentale ânerie que le monde ait jamais faite ! ». Comment alors expliquer une telle "ânerie" ?

L’académicien et ancien ministre a alors proposé une explication : « Ce discours de la raison n’est pas entendu parce que, à la vertu de la lucidité, s’opposent ces vertus que sont le sens du devoir, la vertu d’enthousiasme, et cette vertu qui ces années-là rassemble toutes les autres ; la vertu patriotique. (…) C’est la vertu modeste et résolue des humbles. Celle d’un Lazare Ponticelli, le "dernier Poilu", mort cette année, engagé volontaire en 1914, à 16 ans, qui déclare : "J’ai voulu défendre la France parce qu’elle m’avait donné à manger". ».

Ce fut une hécatombe, rappela Max Gallo, 300 000 soldats tués en seulement cinq mois de guerre, et il cita le jeune lieutenant Charles De Gaulle, qui fut blessé dès le 15 août 1914 sur la Meuse : « En un clin d’œil, il apparaît que toute la vertu du monde ne prévaut point contre le feu. ». Max Gallo lui répondit en quelques sortes : « La vertu patriotique explique la résistance de ces hommes en pantalon rouge, cibles offertes dans les blés dorés. ».

Mais Max Gallo s’interrogea : « Que faire de ces morts ? Rappeler leurs jeunes vies pour vanter les vertus de la paix ? Et dénoncer les horreurs de la guerre, ce suicide collectif d’une civilisation. Pour stigmatiser ces souffrances, ces deuils, ces gueules cassées ? À l’évidence. On peut aussi, avec l’amère et sombre lucidité de Voltaire, dire que la guerre montre "les hommes tels qu’ils sont : des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue ». Pour lui, c’est largement insuffisant.

Max Gallo en est venu au patriotisme : « Les respecter [ces morts], c’est évoquer sans la glorifier, c’est rappeler sans grandiloquence cette vertu patriotique qu’aujourd’hui, on semble avoir honte de mentionner, alors que sans elle, on ne peut comprendre que des millions d’hommes aient combattu, c’est-à-dire accepté, quatre années durant, de prendre le risque de mourir et de tuer. D’être à la fois meurtrier et victime. ». Il cita un de ces soldats à Verdun : « Nous avons tout supporté, des obus, des éclats, des gaz, des liquides enflammés, des lambeaux de chair qui volent en l’air, du sang qui éclabousse. Nous tenons cependant. Comment ? C’est un miracle. Et nous nous battons. ».

Cette évocation de la Grande Guerre (où il a également cité Maurice Genevoix, Charles Péguy, Clemenceau et le maréchal Foch) a donné l’explication du patriotisme français de Max Gallo : repousser une telle vertu, ce serait, pour lui, ne pas respecter ceux qui ont donné leur vie dans ces combats si monstrueux.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le patriotisme.
Max Gallo.
Alain Decaux.
François Mitterrand.
Pierre Mauroy.
Jean-Pierre Chevènement.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170718-max-gallo.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/max-gallo-et-le-roman-national-195278

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/07/20/35493819.html


 

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 05:31

« Le vainqueur de dimanche n’aura pas le choix (…) : si c’est Emmanuel Macron, il devra transgresser. Sortir du face-à-face ancien, culturel, institutionnalisé et confortable de l’opposition droite-gauche pour constituer une majorité d’une nouveau type. Ce chemin sera étroit. Et risqué. On imagine mal le fameux système se laisser faire. » (Édouard Philippe, "Libération", le 3 mai 2017).


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Les Langoliers sont venus et ont tout rasé. Les rares rescapés se terrent dans leur parti respectif. Large majorité absolue pour Emmanuel Macron. C’est le principal enseignement du jour. Avec une abstention historique : 57,36% !

Soixante-dix-sept ans après l’appel du 18 juin 1940, ce dimanche 18 juin 2017 a lieu en France le second tour des élections législatives. Météo caniculaire qui n’aurait pas incité les électeurs à venir voter, mais franchement, la météo a bon dos (il aurait plu qu’on aurait dit la même chose avec la pluie). La très forte abstention du premier tour (record historique de toutes les républiques aux élections législatives) a été battue au second tour.

Il ne faut pas se tromper. C’est faux de dire que cette abstention traduirait une supposée désaffection des Français pour la politique ou même une défiance. Les Français sont au contraire cohérents et sont même complètement moulés dans les institutions de la Ve République dont la clef de voûte démocratique est l’élection présidentielle. Or, le taux de participation au premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017 (77,77%) était assez élevé, bien plus haut que beaucoup de "démocraties avancées".

Aux élections législatives, la plupart des Français ont considéré que la messe avait déjà été dite et que ce serait normal que le Président Emmanuel Macron puisse gouverner avec une majorité à l’Assemblée Nationale. Ceux qui se sont abstenus peuvent être en faveur d’Emmanuel Macron (pas besoin de moi puisqu’on annonce une large majorité absolue) ou, au contraire, contre lui (inutile de tenter de s’opposer face à une si forte vague). Ils n’étaient pas indifférents mais se sentaient impuissants à bouleverser le cours des événements. Il y avait peu d’enjeu au second tour sur l’émergence ou pas d’une forte majorité en faveur d’Emmanuel Macron.

Résultat, si l’on reprend les événements depuis quatorze mois, on ne peut qu’applaudir l’artiste. À chaque étape, Emmanuel Macron se voyait répondre : impossible. Avec lui, impossible est redevenu étranger au français. Créer un parti ? Pourquoi pas, s’il le veut. Démissionner du gouvernement ? Et la solidarité alors ? On ne quitte pas un navire qui coule. Être candidat à l’élection présidentielle ? Vous n’y pensez pas, il n’a même pas de parti ! Devenir un "grand candidat" ? Il faut vraiment que le PS se mette des bâtons dans les roues. Être présent au second tour ? Avec le crime contre l’humanité, vous délirez ! Être premier au premier tour ? Les affaires financières auraient donc eu un effet sur l’électorat. Être élu Président de la République à 39 ans sans jamais avoir été élu auparavant ? Pourquoi pas ? Rafler la majorité absolue à l’Assemblée Nationale ? Pourquoi pas !

En somme, les Français sont logiques avec eux-mêmes : qu’ils aient aimé ou pas Emmanuel Macron avant l’élection présidentielle, ils sont sous son charme, ils sont même devenus fiers lorsqu’il parle avec Donald Trump, Theresa May ou Vladimir Poutine. Alors, ils se disent… laissons-lui les clefs de la République et nous ferons l’état des lieux dans cinq ans. Pas de défiance, juste subjugation. Mais attention au bilan !


Historique des majorités depuis 1958

Ceux qui pensent qu’il y a eu "inflexion" du vote du second tour par rapport au premier tour des élections législatives sont peu convaincants : une majorité de 350 sièges sur 577, c’est énorme quand il suffit de 289 sièges. La seule raison de cette pure vue de l’esprit (l’analyse d’un prétendu reflux), c’est que les projections du premier tour imaginaient entre 400 et 450 sièges, mais ce n’étaient que des projections. Il y a bien eu confirmation de l’effet Macron aux législatives.

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Prenons les majorités en sièges depuis 1958 (entre parenthèses, le seuil de la majorité absolue de l’époque).

Sur 579 sièges (290) : 323 députés UNR-IPAS (gaullistes et indépendants) en novembre 1958.
Sur 482 sièges (242) : 268 députés UNR-RI (gaullistes et indépendants) en novembre 1962.
Sur 487 sièges (244) : 242 députés UDR-RI (complétés par quelques députés NI) en mars 1967 ; 354 députés UDR-RI en juin 1968 (ainsi qu’une grande partie des 33 députés centristes du PDM à partir de juin 1969).
Sur 490 sièges (246) : 268 députés UDR-RI-UC (gaullistes, indépendants et centristes) en mars 1973 (complété par 34 réformateurs à partir de juillet 1974).
Sur 491 sièges (246) : 277 députés UDR-RPR en mars 1978 ; 285 députés PS en juin 1981.
Sur 577 sièges (289) : 286 députés UDF-RPR (complétés par quelques députés NI) en mars 1986 ; 275 députés PS (complétés par d’autres députés soit PCF soit UDC) en juin 1988 ; 473 députés UDF-RPR en mars 1993 ; 319 députés PS-PCF-PRG-Verts en juin 1997 ; 365 députés UMP en juin 2002 ; 342 députés UMP-NC en juin 2007 ; 328 députés PS-PRG-EELV en juin 2012 et enfin 350 députés LREM-MoDem en juin 2017.

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Comme on le voit, il n’y a qu’en 1993 et en 2002 qu’une majorité gouvernementale fut plus forte que celle obtenue en 2017. C’est donc une majorité "historiquement" élevée, légèrement supérieure à celle dont jouissait Nicolas Sarkozy pendant son quinquennat (ce dernier serait complètement fasciné par la performance d’Emmanuel Macron en 2017).


Quelques statistiques

À l’issue du premier tour, il restait encore 573 circonscriptions nécessitant un second tour. Il n’y a eu qu’une seule triangulaire et les autres ont été des duels (sauf une circonscription après désistement d’un des deux candidats, ce qui a abouti au maintien d’une unique candidate au second tour élue à 100% dans l’Aveyron).

Au second tour, France insoumise (FI) a été présente dans 67 circonscriptions, le PCF (communistes) dans 12, le Front national (FN) dans 119, la gauche gouvernementale (PS-PRG-DVG) dans 88, La République En Marche (LREM) dans 453, le MoDem dans 62 et l’alliance Les Républicains (LR)-UDI dans 317.

La grande majorité des duels ont opposé LREM-MoDem à LR-UDI (dans 274 circonscriptions) et une très petite minorité FN à PCF-FI (dans 3 circonscriptions).

Dans les résultats officiels définitifs du Ministère de l’Intérieur, au cours de ces élections législatives, LREM a obtenu 308 sièges et le MoDem 42 sièges. LR a obtenu 113 sièges, l’UDI 18 sièges et DVD 6 sièges. Le PS a obtenu 29 sièges, le PRG 3 sièges et DVG 12 sièges. Le PCF a obtenu 10 sièges et FI 17 sièges. Enfin, le FN a obtenu 8 sièges, ce qui quadruple le résultat du 17 juin 2012. À ceux cités, il faut rajouter 12 DVG, 1 EELV, 5 régionalistes (dont corses), ainsi que Nicolas Dupont-Aignan (DLF) et Jacques Bompard (extrême droite).

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Quelques élus : Christophe Castaner, Philippe Vigier, Bruno Le Maire, Olivier Dussopt, Philippe Gosselin, Richard Ferrand, Louis Aliot, Marine Le Pen, Bertrand Pancher, Jean Lassalle, Stéphane Le Foll, François Ruffin, Thierry Robert, Annick Girardin, Éric Woerth, Alexis Corbière, Yolaine de Courson, Marc Le Fur, Olivier Marleix, Geneviève Darrieussecq, Marc Fesneau, Jean-Pierre Door, Éric Ciotti, Guillaume Garot, Charles de Courson, François Cornut-Gentille, André Chassaigne, Bernard Perrut, Sébastien Chenu, Guillaume Larrivé, Valérie Lacroute, Franck Riester, Yves Jégo, Jacques Bompard, Emmanuelle Ménard, Thierry Benoît, Gérard Collard, Sylvia Pinel, Laurence Dumont, Damien Abad, Patrice Mignola, Aude Luquet, Jean-Luc Warsmann, Boris Vallaud, Guillaume Peltier, Laurence Vichnievsky, Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain, Jean-Michel Fauvergue, Olivier Dassault, Cédric Villani, Laurence Méhaignerie, Thierry Solère, Jérôme Lambert, Christian Jacob, Barbara Pompili, Brigitte Bourguignon, Delphine Batho, Daniel Fasquelle, Serge Letchimy, Laure de La Raudière, Frédéric Barbier, Claude Goasguen, Éricka Bareigts, Sophie Auconie, Francis Vercamer, Olivier Faure, Yannick Favenec, Manuel Valls, Dominique Potier, Gérard Cherpion, Michel Zumkeller, Éric Straumann, Marie Lebec, Bruno Bonnell, Gilles Le Gendre, Typhaine Dugois, Julien Aubert, François de Rugy, Marielle de Sarnez, Pierre-Yves Bournazel, Gilles Carrez, Marie-George Buffet, Constance Le Grip, Nicolas Forissier, Philippe Folliot, Franck Marlin, Xavier Breton, Charles de La Verpillère, Éric Coquerel, Carole Grandjean, Laurent Garcia, Bernard Brochand, Aurore Bergé, Jean-Christophe Lagarde, Brigitte Kuster, François Pupponi, Mounir Mahjoubi, Luc Carvounas, Robin Reda, Valérie Rabault, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Louis Bourlanges, Bruno Bild, Olivier Falorni, George-Pau Langevin, Danièle Obono, Meyer Habib, etc.

Quelques battus : Yves Galut, Florian Philippot, Nicolas Dumont, Yves Censi, Jean Dionis de Séjour, Franck Louvrier, Jean-Jacques Urvoas, Marie-Jo Zimmermann, Jean Viard, Christian Paul, Dominque Dord, Pascal Landréat, Marisol Touraine, Louis Giscard d’Estaing, Éric Halphen, Marie Sara, Lionel Tardy, Georges Fenech, Laure Darcos, Nicolas Ameline, Sophie Montel, Marlène Martin, Danielle Simonnet, Wladimir d’Ormesson, Gérard Dezempte, Damien Philippot, Valérie Fourneyron, Hervé Novelli, Jérôme Rivière, Gérard Philippe, Najat Vallaud-Belkacem, Nathalie Kosciusko-Morizet, Philippe Doucet, Chantal Brunel, Philippe Goujon, Myriam El Khomri, Claude Greff, François Rochebloine, Serge Grouard, Alain Hunault, Jérôme Chartier, Stéphane Ravier, Jean-Frédéric Poisson, Patrick Bloche, Gilles Boyer, Francis Szpiner, Françoix-Xavier Bellamy, David Douillet, Catherine Vautrin, Valérie Laupies, Jean-François Lamour, Frédéric Lefebvre, Serge Coronado, Axelle Lemaire, Thierry Mariani, etc.


LREM

Le pari a donc été gagné par Emmanuel Macron et son mouvement politique créé de toutes pièces le 6 avril 2016. Il a la majorité absolue seul, c’est-à-dire même sans l’apport des sièges du MoDem. C’est historique dans la mesure où aucun parti venu de nulle part n’a jamais réussi à conquérir ainsi, en un an, l’Élysée, Matignon, les principaux ministères et le Palais-Bourbon.

Contrairement à ce que certains voudraient faire croire (notamment chez FI), cela démontre une très bonne santé de la Ve République : le pouvoir n’est pas réservé aux partis préétablis, même un nouveau parti peut gagner les élections. Tout est possible pour tout le monde, donc. Il n’y a pas de déterminisme électoral.

L’abstention touche aussi les électeurs d’Emmanuel Macron du premier tour de l’élection présidentielle, même au second tour des élections législatives, puisqu’il manque près d’un million d’électeurs (de 8,7 à 7,8 millions). En revanche, elle touche LREM nettement moins que les autres partis (pertes énormes de plusieurs millions d’électeurs chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen).


MoDem

Le MoDem a pris le train de la victoire dans la foulée du soutien de François Bayrou à la candidature d’Emmanuel Macron. Il a donc mieux "joué" que l’UDI alliée avec François Fillon. Le MoDem a réussi à obtenir 42 députés, parfois des militants de longue haleine souvent renvoyés auparavant dès le premier tour en raison du positionnement qui les faisait rejeter et par la droite et par la gauche.

Incroyable mais vrai : le 18 juin 2017, les candidats du MoDem ont totalisé plus de voix que les candidats du Parti socialiste (respectivement 1 100 790 et 1 032 985). Et quasiment le double des voix portées sur les candidats UDI (et près du triple du nombre de sièges remportés par l’UDI).


LR

C’est un véritable désastre pour LR avec seulement 113 sièges (136 pour la coalition LR-UDI-DVD) : jamais le parti d’origine gaulliste n’a été aussi bas depuis 1958. Mais jamais non plus dans sa version actuelle (UMP puis LR) : à chaque scrutin législatif, ce parti a chuté en nombre de sièges : 365 sièges en juin 2002, 320 sièges en juin 2007, 196 sièges en juin 2012 et 113 sièges en juin 2017. Même en juin 1981, l’alliance UDF-RPR avait obtenu 150 sièges sur 491, à comparer avec les 136 sièges de LR-UDI-DVD sur 577.

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La déclaration de François Baroin à l’issue du second tour manquait à l’évidence de puissance, mangeant ses phrases pour finir au plus vite. Manque de conviction dans une bataille perdue d’avance.

Pourtant, cet "historiquement bas" aurait pu être encore plus bas. LR-UDI a sauvé les meubles car l’alliance devient la plus forte opposition au nouveau pouvoir. De plus, l’élection de nouveaux députés, comme Pierre-Yves Bournazel et Guillaume Peltier, tout comme la réélection de Guillaume Larrivé, peuvent assurer le renouvellement des générations et préparer l’avenir.

LR garde toutefois un problème interne essentiel, son positionnement politique, oscillant entre une opposition systématique (Laurent Wauquiez, Éric Ciotti, etc.) et un travail constructif avec le gouvernement de leur ami Édouard Philippe (Thierry Solère, Christian Estrosi, NKM, etc.), avec un troisième courant d’opposition constructive (Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, etc.). Comme on le voit, beaucoup de responsables nationaux ne sont plus députés, ce qui laisserait le champ libre à ceux élus ce 18 juin 2017.


PS

Si le score de LR est un désastre, que dire de celui du PS qui n’a que 29 sièges (un quart de moins que le MoDem !). Lors de la défaite socialiste de 1993, le PS avait quand même sauvé 57 sièges. Si Stéphane Le Foll a pu conserver son siège ainsi que Manuel Valls de justesse (est-il encore comptabilisable au PS ?), de nombreux ministres du quinquennat précédent se sont fait "dégager" : Marisol Touraine (malgré l’appui tacite de LREM), Jean-Jacques Urvoas, Myriam El Khomri, etc.

Jean-Christophe Cambadélis (battu dès le premier tour), symbole terrible de l’ancien monde, a quand même dû se résoudre à démissionner de la tête du PS. Malgré ce grave revers, je pense néanmoins que le PS résistera à la tempête. Sa survie sera effectivement très difficile (surtout d’un point de vue financier) mais il résistera car il représente un courant historique que beaucoup d’adhérents ne voudraient pas perdre.


FN

Malgré le reflux électoral des législatives (le FN n’ayant recueilli que 13,2% des voix au premier tour des élections législatives), il a réussi à quadrupler le nombre de sièges avec surtout l’élection de Marine Le Pen et de son compagnon, et la réélection de Gilbert Collard malgré une forte pression médiatique dans sa circonscription.


FI

Comme Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon a réussi son implantation électorale à Marseille, ainsi que celle de nombreux de ses proches, si bien qu’il a atteint le seuil pour pouvoir créer seul un groupe parlementaire. Ce seuil est 15 sièges, il en a gagné au moins 17 (27 si l’on compte les élus communistes).

C’est donc une réussite pour Jean-Luc Mélenchon qui a assuré la pérennité de son nouveau mouvement politique avec quelques figures emblématiques comme Clémentine Autain et François Ruffin. L’élection de jeunes de moins de 30 ans lui assure également la durabilité de son mouvement sur une longue période.


La proportionnelle

Je reviendrai plus en détail sur le mode de scrutin, mais encore une fois, on en reparle pour vouloir remettre en cause le scrutin majoritaire à deux tour, le seul qui permette aux électeurs de choisir réellement leurs députés ou de rejeter ceux qu’ils ne veulent pas, et d’assurer une majorité parlementaire pour pouvoir gouverner (c’est l’objectif des élections législatives : pas représenter l’éventail de la pensée politique française particulièrement fluctuante et complexe, mais permettre d’adopter des lois, donc, d’avoir une majorité suffisante pour ne pas écarter les députés de leur premier rôle, celui de faire la loi (le second rôle étant de contrôler l’action gouvernementale et ce contrôle, lui, ne requiert en revanche aucune majorité absolue).

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L’argument de la non-représentation est battu en brèche puisque le FN et FI réussissent à obtenir suffisamment de représentation parlementaire pour qu’on en entende parler pendant cinq ans. On imagine en effet les joutes entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon qui joueront les surenchères pour être le plus opposé à Emmanuel Macron.


Repos démocratique ?

La séquence électorale amorcée en été 2016 serait-elle enfin terminée ? Pas du tout. Il y a encore une dernière élection cruciale, qui ne concerne que les "grands électeurs" (les communes vont bientôt se choisir leurs grands électeurs) : le 24 septembre 2017 auront lieu les élections sénatoriales pour le renouvellement de 170 sièges sur un total de 348. Le scrutin est important notamment en cas de volonté présidentielle de réaliser une révision de la Constitution qui nécessite, pour être approuvée, soit un référendum, soit l’adoption du Parlement réuni en congrès par une majorité des trois cinquièmes, soit 555 voix sur le total des 577 députés et 348 sénateurs. Cet été 2017, un premier noyau dur d’une trentaine sénateurs de gauche proches de LREM vont probablement se constituer en groupe parlementaire autonome pour ouvrir le bal auprès des grands électeurs en septembre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les Langoliers.
Résultats officiels du second tour des élections législatives du 18 juin 2017.
Forza Francia.
Résultats officiels du premier tour des élections législatives du 11 juin 2017.
La Ve République.
La campagne des élections législatives de juin 2017.
Liste des 7 882 candidats aux élections législatives du 11 juin 2017 (à télécharger).
Liste des 511 candidats investis par La République En Marche le 15 mai 2017 (document).
Programme LR-UDI pour les législatives présenté le 10 mai 2017 (à télécharger).
Loi de moralisation de la vie politique (1er juin 2017).
Emmanuel Macron et la fierté nouvelle d’être Français ?
Richard Ferrand, comme les autres ?
Édouard Macron : d’abord l’Europe !
Composition du premier gouvernement d’Édouard Philippe (17 mai 2017).
Édouard Philippe, nouveau Premier Ministre.
L’investiture d’Emmanuel Macron (14 mai 2017).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Macronités.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170618-legislatives2017-bb.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-langoliers-194247

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/19/35394710.html


 

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 23:55

Le Ministère de l'Intérieur a rendu publics les résultats du second tour des élections législatives françaises du 18 juin 2017.

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170618-legislatives2017-bb.html

 

France Entière

 

 

Sièges par nuance de candidats

Nuances de CandidatsNb Sieges
Extrême gauche0
Parti communiste français10
La France insoumise17
Parti socialiste29
Parti radical de gauche3
Divers gauche12
Ecologiste1
Divers3
Régionaliste5
La République en marche308
Modem42
Union des Démocrates et Indépendants18
Les Républicains113
Divers droite6
Debout la France1
Front National8
Extrême droite1

Résultats au 2d tour

Nuances de CandidatsVoix% Inscrits% ExprimésNb Sieges
Parti communiste français217 8330,461,2010
La France insoumise883 7861,874,8617
Parti socialiste1 032 9852,185,6829
Parti radical de gauche64 8600,140,363
Divers gauche263 6190,561,4511
Ecologiste23 1970,050,131
Divers100 5740,210,553
Régionaliste137 4530,290,765
La République en marche7 826 43216,5543,06306
Modem1 100 7902,336,0642
Union des Démocrates et Indépendants551 7601,173,0417
Les Républicains4 040 0168,5422,23113
Divers droite306 2400,651,686
Debout la France17 3440,040,101
Front National1 590 8583,368,758
Extrême droite19 0300,040,101


 

 Nombre% Inscrits% Votants
Inscrits47 292 967  
Abstentions27 125 53557,36 
Votants20 167 43242,64 
Blancs1 397 4962,956,93
Nuls593 1591,252,94
Exprimés18 176 77738,4390,13


 



SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170618-legislatives2017-resultats-second-tour.html

 

 

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 05:45

« Les hommes et les femmes politiques ne sont pas tous à l’affût de la bonne planque ou de la bonne soupe. Qu’on le veuille ou non, ils ont aussi des convictions, des certitudes, même s’il leur arrive de les abandonner en cours de route. L’argent n’est pas leur seule motivation, même s’il peut l’être aussi pour certains. Les idées ont leur importance dans leur détermination, et aussi les stratégies, faites de grands et parfois petits calculs, de nobles ou de moins nobles ambitions. » (Michèle Cotta, 14 novembre 2007).


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La journaliste politique Michèle Cotta fête ce 15 juin 2017 son 80e anniversaire. Mais la passion l’a emporté sur l’âge : on peut encore la voir et l’écouter dans certains médias audiovisuels commenter l’actualité politique (en particulier sur LCI). Lorsqu’elle a dû quitter France 2 pour cause de limite d’âge (à 65 ans), le 16 juin 2002 (second tour des élections législatives de 2002), elle avait trouvé cela révoltant, "incongru" : « Dieu merci, il y a des gens qui pensent que je suis assez jeune pour eux ! » ("Libération" du 14 juin 2002). Elle était alors directrice générale de France 2 depuis le 11 juin 1999.

C’est l’occasion de revenir sur une journaliste que j’apprécie beaucoup, dont j’apprécie l’indépendance, le sérieux, le talent et la neutralité malgré ses engagements personnels qui n’ont pas été neutres.

Il y a deux types de journalistes : ceux qui, durant leur carrière, se cantonnent à leur seul rôle de journaliste, comme Alain Duhamel, Philippe Alexandre, Patrick Poivre d’Arvor, etc., et ceux qui, ambition aidant, "tombent" dans le management (direction de chaînes, etc.), comme Jean-Pierre Elkabbach, Jean-Marie Cavada, Christophe Barbier, etc. Michèle Cotta fait partie de la première catégorie mais est tombée un peu par inadvertance dans la seconde lors de l’élection de François Mitterrand.

Tout au long de sa carrière, qui a commencé au milieu des années 1960, Michèle Cotta a pu côtoyer de très nombreux responsables politiques. Elle a suivi plus particulièrement deux sommités de la politique française : François Mitterrand et Jacques Chirac. Elle a eu avec eux des relations à la fois professionnelles mais aussi humaines, un attachement qu’on pourrait presque qualifier d’affectif. Si Michèle Cotta avait compris assez vite l’ambition dévorante de François Mitterrand, elle l’a vu aussi chez Jacques Chirac qu’elle a connu moins "arrivé" (jeune député) que celui qui est devenu son prédécesseur à l’Élysée. Le drame d’un enfant malade a aussi créé une certaine complicité ou empathie avec Jacques Chirac.

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Michèle Cotta n’a jamais caché sa proximité avec la gauche mais tout en faisant son travail de journaliste politique "neutre", c’est-à-dire sans parti pris, avec la plus grande objectivité possible, en fréquentant aussi bien des responsables de droite que de gauche, du centre, etc. Ses plus réguliers interlocuteurs furent très nombreux, en plus de François Mitterrand et Jacques Chirac : Maurice Faure, Edgar Faure, Roland Leroy, Valéry Giscard d’Estaing, Olivier Guichard, Claude Estier, Michel Rocard, Édith Cresson, Michel Debré, Jacques Chaban-Delmas, Michel Poniatowski, etc.

Michèle Cotta a expliqué son objectivité personnelle de cette manière : « L’objectivité absolue n’existe pas. Pas plus chez un journaliste que chez n’importe quel citoyen. Nous avons tous des parents, des professeurs, des proches engagés ou pas (…). Notre passé, notre histoire personnelle nous soufflent des attitudes, des pensées, des comportements politiques. (…) Mais le journalisme est un drôle de métier. (…) La fréquentation des acteurs de la vie politique, si convaincus, quoique si changeants, si persuadés de la justesse de leurs vues, quoique incapables de résister à l’expérience du pouvoir, si déterminés, quoique si fragiles, est de nature à ouvrir les esprits à l’analyse, y compris les plus réfractaires. Je ne le suis pas. » (14 novembre 2007).

L’une des raisons de l’ancrage à gauche de Michèle Cotta est familiale : son père Jacques Cotta (1908-1971), avocat et ancien résistant, fut engagé à la SFIO et fut élu maire de Nice de 1945 à 1947, battant un candidat communiste. En 1947, Jacques Cotta fut lui-même battu par Jean Médecin, père de Jacques Médecin. Ancrage à gauche, la gauche anticommuniste, antigaulliste, décolonisatrice, et principalement mendésiste.

Elle a adoré son père : « Il m’emmenait partout, j’ai le souvenir d’avoir parcouru l’ensemble des Alpes-Maritimes avec lui, la semaine dans des réunions politiques, le dimanche au foot. (…) Un homme m’a jeté un tract à la figure en criant : "Cotta aux chiottes !". Ma mère a engueulé mon père en lui disant qu’il n’avait pas à m’utiliser comme ça ! » (14 juin 2002). Sans doute que Michèle Cotta a trouvé dans l’expérience paternelle matière à se passionner pour la vie politique, niçoise puis nationale.

Ce ne fut donc pas un "hasard" qu’elle ait voulu travailler à "L’Express" après avoir suivi ses études à l’IEP de Paris et soutenu en 1963 sa thèse de doctorat en sciences politiques à la Fondation nationale des sciences politiques. Ses travaux furent dirigés par René Rémond et ont porté sur : "Les idéologies de la collaboration à travers la presse, à Paris entre 1940 et 1944".

Après la séparation de ses parents, elle a surtout voulu être indépendante et a commencé à faire son réseau personnel à Paris. Elle a croisé (par hasard !) Françoise Giroud dans la rue, et elle n’a pas hésité : « Elle avait une Mercedes décapotable, je me suis dit : "Il faut que je travaille avec elle" ! » (14 juin 2002). Un hasard qui n’en était donc pas un.

Elle est entrée à "L’Express" en 1963, juste après sa soutenance de thèse, et a pu ainsi se retrouver au cœur de la vie politique dans un hebdomadaire dirigé par un ambitieux journaliste, Jean-Jacques Servan-Schreiber, proche de Pierre Mendès France et voulant lancer en 1964 la candidature de Gaston Defferre à l’élection présidentielle (le fameux "Monsieur X"). Durant cette période, Michèle Cotta a noué un contact suffisamment proche avec François Mitterrand pour être très bien informée de ses ambitions, calculs, dispositions, découragements, etc.

Ce fut elle qui annonça à ses patrons dubitatifs que François Mitterrand allait déclarer sa candidature à l’élection présidentielle le 9 septembre 1965 au cours même d’une allocution du Général De Gaulle : « Dans l’après-midi, nous sommes tous devant la télévision, dans le salon du dernier étage de "L’Express", avec JJSS et Françoise Giroud. Je n’ai pas voulu trahir le scoop de la candidature de Mitterrand dès le matin. Mais, en début d’après-midi, à quelques minutes de l’événement, je veux faire la maligne : "François Mitterrand se présente aujourd’hui", dis-je à Jean-Jacques et à Françoise vers deux heures trois quarts. Jean-Jacques me regarde avec commisération : "Pendant que De Gaulle parle ? Vous n’y êtes pas ! ". (…) Vers 16 heurs 15 ou 30 (…), je quitte la pièce (…). J’attends. Et je remonte, pas peu fière, quelques minutes après, pendant que De Gaulle continue de parler, avec la dépêche AFP [annonçant la candidature de Mitterrand] (…). Jean-Jacques (…) est interloqué. Françoise, elle, instinctivement, avait eu davantage tendance à me croire lorsque je leur en avais parlé à tous deux en début d’après-midi. Elle fait meilleure figure. Je ne suis pas sûre que JJSS me pardonne d’avoir été au courant avant lui. Il risque de le prendre mal. (…) Il n’empêche : je rigole. » (Michèle Cotta).

Ces quelques mots de témoignage personnel sont au début de ses imposants "Cahiers secrets de la Ve République" (quatre tomes très épais aux éditions Fayard publiés entre 2007 et 2011) qui constituent une somme exceptionnelle d’informations, d’anecdotes, de réflexions, de confidences de son réseau sur la vie politique du pays. Écrites au jour le jour, ou plutôt, à la nuit la nuit, ces notes confirment évidemment la grande passion qu’éprouve la journaliste pour la chose politique et son effroyable capacité d’acquérir la confiance de nombreux personnages politiques qui lui ont livré humeurs et arrière-pensées sans crainte d’être trahis.

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Elle fut évidemment bien placée pour accompagner l’aventure politique de son patron, Jean-Jacques Servan-Schreiber, pas toujours couronnée de succès malgré des débuts très prometteurs (finalement, bien que considéré comme audacieux, il lui a manqué l’audace d’un Emmanuel Macron qui, lui, n’a pas hésité à ne pas attendre pour aller jusqu’au bout !).

Dans les années 1970, Michèle Cotta fut une journaliste politique très en vue, elle était à gauche ce qu’était à droite sa collègue et amie Catherine Nay.

Lors d’un entretien informel avec Valéry Giscard d’Estaing à l’Élysée, le 7 janvier 1977, la vie privée de Michèle Cotta fut sujet d’attention : « Le Président m’accueille, affable, par ces quelques mots : "Qu’est-ce que votre vie devient ?". Il lui parla du départ de "L’Express" et de sa famille : « Urbain, un peu trop, il demande des nouvelles de mon frère. Apprend avec stupeur que j’ai des enfants, comme s’il continuait de penser qu’une femme qui travaille ne pouvait pas être mariée et mère de famille ! Lorsque je lui dis que mes enfants sont aussi ceux de l’éditeur Claude Tchou, il s’extasie et m’avoue qu’il trouve les Eurasiennes bien jolies ! ». (Son frère Alain Cotta est un économiste de renom qui a cofondé l’Université Paris-Dauphine et qui a milité en faveur de la sortie de la zone euro).

"L’Express" ayant été revendu pour financer les dépenses politiques de JJSS, et Françoise Giroud, nommée ministre, ayant également quitté le journal, Michèle Cotta prit d’autres horizons après plusieurs années sous la direction de Philippe Grumbach (depuis 1971) : elle intégra la rédaction de France Inter en novembre 1976, puis celle de RTL en avril 1980 (comme rédactrice en chef).

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Michèle Cotta fut choisie par François Mitterrand pour animer le débat présidentiel qui l’a opposé à Valéry Giscard d’Estaing le 5 mai 1981, aux côtés de son collègue Jean Boissonnat. Elle n’avait alors eu aucune expérience de télévision et en était assez gênée dans sa mission : « J’ai joué ce rôle avec une trouille épouvantable : je n’ai jamais fait de télévision (…), et l’épreuve, en direct devant la France entière, me paraissait hors de portée. Bref, au début, Giscard a paru agacé par moi. (…) À la fin, pourtant, à quelques reprises, nous échangeons un sourire. Moi, c’est parce que je le sens épuisé et surtout angoissé. J’ai même, au cours du débat, eu l’impression qu’il avait perdu la partie. ».

Puis, elle a raconté l’après-débat : « André Rousselet [futur directeur de cabinet de François Mitterrand] m’a proposé de me joindre au dîner qui suivait (…). Je n’aurais peut-être pas dû y aller, mais le débat était fini, j’y étais restée une arbitre neutre de bout en bout, et il ne m’a pas semblé que c’était m’engager que de m’y rendre. ». Ont participé au dîner, notamment François Mitterrand, Jacques Delors, Jacques Attali, André Rousselet, etc.

Avec la victoire de la gauche, François Mitterrand, qui voulait "gauchiser" toutes les instances de l’audiovisuel public, lui proposa, pour succéder à Jacqueline Baudrier, la présidence de Radio France, fin juillet 1981. Elle accepta le poste : « Mauroy, qui respecte la présidente sortante, Jacqueline Baudrier, et hésitait à la débarquer de la radio, ne m’en avait pas parlé avant qu’il ne lui trouve une sortie convenable. Aujourd’hui, Jacqueline Baudrier est ambassadeur à l’Unesco. Pierre Mauroy m’appelle donc à Beauvallon où je passe mes vacances. Elles seront écourtées : j’ai hésité, puis dit oui. Autant la perspective d’appartenir à un cabinet, fût-ce celui de l’Élysée, me rebutait, car je trouvais que ce n’était pas ma place, autant Radio France me paraît intéressant, même si je ne connais rien au fonctionnement administratif de la maison ronde. Sait-on jamais pourquoi on dit oui ou non ? En tout cas, c’est fait : j’ai dit oui. » ("Cahiers secrets").

Elle le fut une année. Elle raconta que François Mitterrand, loin de l’affichage politique du "libéralisme" culturel, se préoccupait minutieusement de l’audiovisuel public, au point de lui en vouloir lorsque la présidente a dû remplacer le directeur de France Culture par son sous-directeur, en raison de la démission du directeur en titre qui avait refusé de travailler avec la gauche, car Michèle Cotta ne l’en avait pas personnellement informé !

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Un peu plus tard, après la promulgation de la loi n°82-652 du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle, Michèle Cotta tenta l’aventure d’être nommée le 15 août 1982 par François Mitterrand la première et l’unique présidente de la Haute Autorité de l’Audiovisuel (l’ancêtre du CSA) : « Le téléphone a sonné presque immédiatement, pendant le journal [de 20 heures qui lui a appris sa nomination]. C’était Mitterrand. Après un premier cafouillage, un enfant a décroché le téléphone et raccroché d’émotion en entendant que le Président de la République était au bout du fil, il me dit qu’il me souhaite bonne chance. ».

C’était la première fois qu’avait été créée une autorité de régulation indépendante du gouvernement. Elle la présida officiellement entre le 30 août 1982 et août 1986, jusqu’au retour au pouvoir de la coalition UDF-RPR dirigée par Jacques Chirac (qui l’avait boudée pendant tout ce temps).

Ces années d’actrice au lieu d’observatrice ont été difficiles pour Michèle Cotta (elle avait à l’époque 45 ans) car elle s’est retrouvée confrontée à la réalité du pouvoir, devant résister aux pressions de ses amis politiques (la gauche) et aux protestations de ses opposants politiques (la droite). C’était une position très inconfortable, beaucoup plus que de décrire la vie politique. Elle devait prendre des décisions, parfois audacieuses, aller contre le pouvoir socialiste.

L’une de ses "audaces" fut de soutenir absolument Pierre Desgraupes, président d’Antenne 2, reconduit en 1982 pour un mandat de trois ans par la Haute Autorité (et soutenu par Pierre Mauroy qui l’avait nommé en août 1981), bête noire de François Mitterrand car l’ancien journaliste l’avait accablé à l’époque du faux attentat de l’Observatoire. Le 18 décembre 1983, Pierre Desgraupes a eu 65 ans et François Mitterrand voulait donc le remplacer officiellement en raison de la limite d’âge (alors que François Mitterrand avait lui-même 67 ans !).

Michèle Cotta s’y opposa considérant que cette limite d’âge n’avait aucune raison d’être puisque le mandat s’achevait en 1985. François Mitterrand a alors fait voter une loi obligeant tous les présidents d’entreprises publiques à prendre leur retraite à 65 ans (cette limite d’âge était déjà un véritable désastre dans la recherche publique) : « À gauche, ils vous diront que non, mais moi, je sais que cette loi est passée pour ça ! » (Michèle Cotta). Daniel Karlin, également membre de la Haute Autorité de l’Audiovisuel (et proche des milieux de gauche), a confirmé que l’opposition entre François Mitterrand et Michèle Cotta fut très dure : « Mitterrand a menacé de supprimer la Haute Autorité par décret ! » ("Libération" du 14 juin 2002).

La conclusion de cet affrontement éprouvant pour Michèle Cotta (elle a finalement eu gain de cause le 19 décembre 1983) fut ainsi, en évoquant François Mitterrand : « Je ne me fais pas d’illusion : si je suis malheureuse aujourd’hui, c’est que je sais bien que je l’ai sinon trahi, du moins gravement déçu, car il n’attendait de moi aucune résistance. Il m’avait demandé de le "protéger", c’est ce que je lui ai rappelé dans ma lettre d’octobre dernier. En toute honnêteté, je suis sûre que c’est ce que je fais. Le hic, c’est qu’il pense le contraire. » (22 décembre 1983). Une nouvelle loi obligea néanmoins Pierre Desgraupes à démissionner en novembre 1984.

Après les élections du 16 mars 1986, Michèle Cotta s’est retrouvée sans emploi avec la suppression de la Haute Autorité par la nouvelle loi sur l’audiovisuel public (loi n°86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, dite loi Léotard). Valéry Giscard d’Estaing, très sensible à cette situation, lui a apporté une marque d’attention personnelle le 9 octobre 1986 : « Giscard m’envoie un billet qui me touche. En quelques lignes, il a trouvé des mots on ne peut plus délicats : il comprend très bien, m’écrit-il, parce qu’il en a fait l’expérience, la difficulté qu’il y a, lorsqu’on a occupé un poste important, à recommencer à zéro. Je suis plus que surprise. (…) Par le ton amical de sa lettre. (…) Il le fait avec une gentillesse et une simplicité dont je ne l’aurais jamais cru capable. ».

Dans sa carrière, à 49 ans, un véritable choix devait s’opérer. Certes, François Mitterrand ne l’aurait pas laissé sans revenus (il l’aurait nommée au tour extérieur d’une noble institution, comme le Conseil d’État) mais elle voulait surtout redevenir journaliste politique, se refaire un réseau d’informateurs politiques et retisser auprès de ses interlocuteurs une confiance passablement écornée par ses années "opérationnelles".

Anticipant la loi Léotard (elle fut adoptée par l’Assemblée Nationale le 13 août 1986), Michèle Cotta fut recrutée par Jean-Luc Lagardère pour faire un édito sur Europe 1. Elle a commencé le 15 septembre 1986 avec la grille de rentrée, et ce fut très difficile : « Dur, dur, ce nouveau début ! En dehors de Lagardère, je ne peux pas dire que l’accueil que m’a réservé Europe 1 a été, il y a quelques jours, débordant d’amitié. ».

En effet, le patron d’Europe 1 Jacques Lehn lui a dit qu’il la prenait à l’essai pour trois mois ! Alors qu’à 26 ans, elle avait été recrutée pas à l’essai par JJSS et Françoise Giroud : « C’est idiot : cette idée des trois mois à l’essai, que je m’efforce de prendre à la légère, me frappe, m’humilie, c’est le mot, au point que je n’ose en parler à personne. Ma réaction est disproportionnée, peut-être, mais j’ai l’impression d’avoir reçu une gifle avant même de faire mes premiers pas à la station. ».

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Quant aux journalistes de la rédaction d’Europe 1, ce n’était pas la lune de miel : « Parmi les journalistes, pour dire le vrai, seuls Catherine Nay et Ivan Levaï m’ont accueillie en amie la semaine dernière. Alain Duhamel trouve, il n’a pas tort, que je fais un inutile double emploi avec lui, mais il a la courtoisie de ne pas me le faire sentir. Pour le reste, les rapports avec Jean-Pierre Elkabbach sont d’emblée difficiles, pour ne pas dire détestables. "Tu sais, quand tu étais à la Haute Autorité, moi, le pouvoir socialiste me traînait dans la boue. Alors tu comprends…". Tels ont été, ou presque, les premiers mots que nous avons échangés. Guillaume Durand, jeune et talentueux présentateur du "8 heures", se demande tout haut dans les couloirs de la rédaction ce que mon éditorial peut bien apporter au journal. Il répond d’ailleurs, et évidemment j’en suis la première informée : rien. ».

Heureusement, sa collaboration chez Europe 1 ne dura que quelques mois. Ce fut très étonnée qu’elle fut recrutée par Étienne Mougeotte (du groupe Lagardère et débauché par Bouygues) comme directrice de l’information par TF1 le 3 mai 1987, la chaîne qui venait d’être privatisée et passant sous le contrôle de Francis Bouygues et Bernard Tapie, où elle resta pendant cinq ans : « J’ai été choisie parce que je suis diplomate. ». La voilà patronne de rédaction, cela impressionna Jean-Pierre Elkabbach ! Mais a rendu triste un ami, Hervé Bourges, qui venait d’être débarqué de la présidence de TF1 par Bouygues.

Ce fut à ce titre qu’elle anima pour la seconde fois le débat présidentiel du 28 avril 1988 entre François Mitterrand et Jacques Chirac, aux côtés d’Élie Vannier, directeur de l’information d’Antenne 2 : « Inutile pourtant de me le cacher : je suis rudement contente d’animer ce deuxième débat, sept ans après le premier ! » (26 avril 1988). Et de décrire la prestation des deux candidats : « Je pensais que, sûr de sa victoire, Mitterrand aurait tendance à lâcher du lest ; c’est tout le contraire qui s’est produit. Jamais je n’ai autant senti la rage de vaincre de Mitterrand. Il n’est tendre avec personne, certes, mais ce soir… ! Il a voulu écraser Chirac et celui-ci n’a pas osé le bousculer : le résumé le plus simple de ce qui s’est passé. » (28 avril 1988).

Elle quitta TF1 le 14 décembre 1992 lorsqu’elle proposa un peu de recul au présentateur vedette de la chaîne dans l’affaire Botton-PPDA : « Étais-je, ces derniers mois, devenue inutile : c’est-à-dire sans appuis politiques, sans valeur ajoutée au sein d’une rédaction organisée en baronnies ? La tristesse passée, je me dis qu’après tout, je n’avais plus grande envie, au bout de cinq années, de continuer à rechercher des équilibres incertains entre les ego des uns et la jalousie des autres. ». Après avoir refusé un "placard doré" proposé par Patrick Le Lay, la voici « sur le parvis de TF1 avec deux sacs poubelle pleins d’objets hétéroclites et un chèque confortable d’indemnités en poche. Voilà : l’aventure TF1 est terminée. » (15 septembre 1992). Puis, elle a été directrice générale de France 2 de 1999 à 2002 (comme évoquée plus haut) et a fait d’autres collaborations notamment avec "Le Nouvel Économiste".

Michèle Cotta est une grande dame du journalisme politique. Sa principale contribution restera certainement ses Cahiers secrets qui constituent un précieux guide, détaillé et savoureux, pour mieux comprendre les coulisses politiques de la Ve République entre 1965 et 2007 (voire plus tard encore).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Mitterrand et l’audiovisuel public.
Michèle Cotta.
Radio France.
Jacqueline Baudrier.
Jean-Luc Hees.
Philippe Val.
Claude Estier.
Philippe Alexandre.
Hannah Arendt et la doxa.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Elie Wiesel.
Jean-François Deniau.
Les cahiers secrets de Michèle Cotta.
Jean Boissonnat.
Étienne Borne.
Alain Decaux.
Pierre-Luc Séguillon.
Françoise Giroud.
Jean d’Ormesson.
André Glucksmann.
Henri Amouroux.
René Rémond.
Noël Copin.
Maurice Duverger.
Jean Lacouture.
Bernard Pivot.
Michel Polac.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170615-michele-cotta.html

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