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8 juillet 2021 4 08 /07 /juillet /2021 03:06

« Honteux comme un renard qu’une poule aurait pris,
Serrant la queue, et portant bas l’oreille.
Trompeurs, c’est pour vous que j’écris ;
Attendez-vous à la pareille. »
(La Fontaine, "Le Renard et la Cigogne").



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Le fabuliste Jean de La Fontaine est né il y a exactement 400 ans, le 8 juillet 1621, à Château-Thierry. Le Président Emmanuel Macron avait fait le déplacement dans sa ville natale le 17 juin 2021, peu avant le premier tour des élections régionales, dans une région où se présentait probablement son adversaire le plus sérieux de la prochaine élection présidentielle, Xavier Bertrand. À cette occasion, il avait rencontré des écoliers et surtout l’acteur agaçant Fabrice Luchini qui a lu quelques fables (j’apprécie cet acteur mais il est parfois agaçant).

L’avantage, quand on évoque Jean de La Fontaine, c’est que tout le monde le connaît. C’est le point de passage obligé de la culture française. Son nom même résonne la culture française. Même s’il avait rédigé beaucoup d’autres œuvres auparavant, il fut un auteur connu tardif, ses premières fables ont été publiées quand il avait déjà 47 ans (en 1668). En tout, il en a écrit 240. Sa méthode est connue et très populaire : prendre (souvent) des animaux pour parler des humains, et terminer par une morale (ou commencer par une morale).

C’est ce côté moraliste qui a été très apprécié des pouvoirs politiques. Récupérées tant par les jésuites que, plus tard, par les républicains, les fables de La Fontaine sont ainsi aux programmes scolaires depuis longtemps. L’évocation des animaux est d’ailleurs une excellente source d’intérêt pour tous les enfants. Cet enseignement permet aussi un exercice simple de mémorisation en apprenant par cœur les fables, dont la longueur convient bien à ce genre d’exercice, la "récitation".

Apprendre par cœur a toujours été en débat pédagogique. Citée par la neurologue lyonnaise Catherine Thomas-Antérion le 31 mai 2021 sur le site de l’Observatoire BV2 des mémoires, une publication d’Yvan Abernot, Jacques Audran et Éric Penso évoquait en 2011 la problématique : « Alain Lieury (2004) affine les rapports de la mémoire et de la réussite scolaire, montrant au chapitre "Faut-il abolir l’apprentissage par cœur" que le facteur R (l’intelligence inductive) n’est pas seul à expliquer la réussite de l’élève mais que la mémoire, y compris encyclopédique, est aussi très impliquée. Rappelons que corrélation n’est pas cause, mais admettons avec l’auteur, qu’à tout le moins, des liens de confortations réciproques existent entre réussite scolaire et apprentissage par cœur. » (hal-01180323). Et cette neurologue lyonnaise insistait sur cette caractéristique de La Fontaine : « Pour chacun d’entre nous, le nom de La Fontaine permet d’évoquer immédiatement une sentence entrée dans le langage commun (…). Dans nos représentations, les fables sont le prototype de l’apprentissage par cœur. ».

Cette utilisation pédagogique de La Fontaine peut se faire à tout âge, école primaire, collège et même lycée. Je me souviens d’un professeur de français qui avait mis en difficulté un camarade qui ne connaissait pas le sens du mot "ramage", mot qu’il connaissait pourtant depuis tout petit avec la célèbre fable "Le Corbeau et le Renard". Sans en connaître la signification.

Une évocation qui me faisait alors penser irrésistiblement à un "Dingodossier" du talentueux et hilarant Gotlib qui imaginait un monde extraterrestre où le Terrien, venu saluer l’autochtone visiblement féminine, lui répéter du La Fontaine : « Que vous êtes jolie ! que vous me semblez belle ! Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le phénix des hôtes de ces bois ! ». Et la mignonne extraterrestre, indignée, de balancer une claque magistrale à notre humain voyageur intergalactique un tantinet dragueur en lui disant : goujat ! Et l’image qui suit montre un oiseau dans cette planète bizarre qui porte des plumages très moches et qui crie comme une casserole ! "Le Corbeau et le Renard" ne marche pas à tous les coups !

L’idée de prendre des animaux comme personnages n’était pas nouvelle, et La Fontaine reconnaissait aisément son inspiration des fables d’Ésope (notamment dans "La Mort et le Malheureux"). Beaucoup ont utilisé cette idée, sans même forcément avoir les mêmes buts. On peut penser facilement aux personnages de Walt Disney (des canards, des souris, des chiens, etc.), ou à des romans comme "La Ferme des animaux", des dessins animés (la plupart en général, mais je pense en particulier à "Chicken Run"), ou encore des bandes dessinées plus "graves" comme l’excellent "Maus" d’Art Spiegelman, qui raconte la Shoah avec des souris pour représenter les Juifs, des chats pour les nazis (en tant qu’adorateur des chats, je proteste !), des cochons pour les Polonais (là, les Polonais protestent), etc. (La propagande nazie assimilait les Juifs à des souris, les prenant pour des nuisibles).

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Ces morales infusées discrètement dans ces fables, chacun peut y prendre son compte. Alors, très modestement, voici quelques morales pour nos futurs (éventuels) candidats à la prochaine élection présidentielle.

Emmanuel Macron veut encore réformer le pays avant la fin de son mandat : « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. » ("Le Lion et le Rat").

Marine Le Pen, en tête du premier tour dans les sondages : « Il ne faut pas vendre la peau de l’ours qu’on ne l’ait mis par terre. » ("L’Ours et les deux Compagnons").

Après l’échec des régionales, tout reste possible à la présidente réélue du RN : « L’avarice perd tout en voulant tout gagner. » ("La Poule aux œufs d’or").

Les écolos, anticapitalistes comme les autres gauchistes : « Ce n’est pas sur l’habit que la diversité me plaît ; c’est dans l’esprit. » ("Le Singe et le Léopard").

Guillaume Peltier soutient la candidature de Xavier Bertrand : « Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. » ("Le Corbeau et le Renard").

Laurent Wauquiez n’est pas en reste et veut aussi concourir : « Nous n’écoutons d’instincts que ceux qui sont les nôtres, et ne croyons le mal que quand il est venu. » ("L’Hirondelle et les petits Oiseaux").

Selon "Paris Match", Éric Zemmour est prêt à partir : « Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde : on a souvent besoin d’un plus petit que soi. » ("Le Lion et le Rat").

Jean-Luc Mélenchon est déjà candidat : « Le trépas vient tout guérir ; mais ne bougeons d’où nous sommes : plutôt souffrir que mourir, c’est la devise des hommes. » ("La Mort et le Bûcheron").

Hégémonie du parti présidentiel (quel qu’il soit) : « Prit pour lui la première [part] en qualité de sire. Elle doit être à moi, dit-il ; et la raison, c’est que je m’appelle lion. À cela l’on n’a rien à dire. La seconde par droit me doit échoir encor : ce droit, vous le savez, c’est le droit du plus fort. Comme le plus vaillant, je prétends la troisième. Si quelqu’un de vous touche à la quatrième, je l’étranglerai tout d’abord. » ("La Génisse, la Chèvre et la Brebis, en société avec le Lyon").

Jean Castex n’est pas candidat, mais il (sur)veille au gouvernement : « La raison du plus fort est toujours la meilleure. » ("Le Loup et l’Agneau").

Arlette Laguiller reste à la retraite, elle ne se présentera plus : « Il est bon de parler, et meilleur de se taire. » ("L’Ours et l’Amateur des jardins").

Nicolas Dupont-Aignan est candidat, toujours indépendant : « "Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas où vous voulez ? (…) Il importe si bien que de tous vos repas, je ne veux en aucune sorte, et ne voudrais même pas à ce prix un trésor". Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor’. » ("Le Loup et le Chien").

Anne Hidalgo veut être la représentante d’un parti en phase terminale : « Il a dit quelque part : qu’on me rende impotent, cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu’en somme, je vive, c’est assez, je suis plus que content. Ne viens jamais, ô Mort ! on t’en dit tout autant. » ("La Mort et le Malheureux").

Philippe Poutou renonce à une nouvelle candidature : « Il n’est pas toujours bon d’avoir un haut emploi. » ("Les Deux Mulets").

En négociation, la candidature d’un gilet jaune : « Hélas ! on voit que de tout temps, les petits ont pâti des sottises des grands. » ("Les Deux Taureaux et une Grenouille").

Et terminons par la valse des François !

François Fillon ne sera pas candidat : « La méfiance est mère de la sûreté. » ("Le Chat et un Vieux Rat").

François Baroin ne sera pas candidat à une nouvelle primaire LR : « Vous chantiez, j’en suis fort aise ! Eh bien, dansez, maintenant ! » ("La Cigale et la Fourmi").

François Asselineau, encore candidat : « D’un magistrat ignorant, c’est la robe qu’on salue. » ("L’Âne portant des reliques").

François Hollande, tenté par une nouvelle candidature : « C’est souvent du hasard que naît l’opinion, et c’est l’opinion qui fait toujours la vogue. » ("Les Devineresses").

François Bayrou, également tenté : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » ("Les Animaux malades de la peste").

Du haut du ciel, François Mitterrand, dit Dieu, hésite à reprendre le combat : « Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs, tout petit prince a des ambassadeurs, tout marquis veut avoir des pages. » ("La Grenouille qui veut faire aussi grosse que le bœuf").


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Amélie Nothomb.
Jean de La Fontaine.
Edgar Morin.
Frédéric Dard.
Alfred Sauvy.
George Steiner.
Françoise Sagan.
Jean d’Ormesson.
Les 90 ans de Jean d’O.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210708-jean-de-la-fontaine.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-fontaine-a-la-sauce-234093

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/02/39040220.html









 

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28 juin 2021 1 28 /06 /juin /2021 03:42

« Les nuages roses me montent à la tête… Bon, il faut que je file, je vais vraimet le rater ! » (Sophie Tal Men, "Les Yeux couleur de pluie", éd. Albin Michel, 2016).




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Les résultats du second tour des élections régionales de ce dimanche 27 juin 2021 ont un invariant intéressant : toutes les équipes sortantes ont été réélues ! J’évoque principalement les régions en métropole hors la Corse qui est un univers politique très particulier (Gille Simeoni a même progressé avec 40,6%).

Exprimée comme ça, on résume finalement assez simplement la situation. Mais les commentateurs préfèrent dire que c’est une victoire de LR et du PS, et un échec du RN et de LREM. Voyez la différence : la conclusion sur l’extrapolation vers l’élection présidentielle est totalement différente selon ces manières. D’un côté, on dit que le futur candidat LR a une chance de l’emporter en 2022 (encore faudra-t-il le désigner et ce n’est pas une mince affaire, sur quels critères ? et doit-il être LR d’ailleurs ?). De l’autre côté, si on donnait la prime aux sortants, loin d’avoir perdu en 2021, le Président Emmanuel Macron pourrait au contraire être un grand bénéficiaire, comme je l’avais présenté avant le second tour.

Le plus drôle est cette mécanique incessante des sondages. À croire que ça peut tourner à vide en permanence. À peine a-t-on quitté un scrutin qu’on commence fort avec de nouveaux sondages. Xavier Bertrand ? Oui, il semble être le candidat LR favori de… des sympathisants LR ? des sondés ? des électeurs des Hauts-de-France ? On ne sait pas trop bien, mais en tout cas, Xavier Bertrand s’y croit : à peine réélu à la tête de sa région, le voici qui délaisse ses électeurs pour viser plus haut. Mais Valérie Pécresse n’est pas en reste avec son équipe de France, ni Laurent Wauquiez, bien réélus respectivement à 45,9% et à 55,2%.

Et si finalement Renaud Muselier était le candidat LR ? Après tout, si les régionales, c’est le critère, à ce jour, c’est le candidat LR le mieux réélu de France, non ? En fait, la mécanique des sondages est une discipline qui n’a pas peur de montrer ses défaillances. Par exemple, les sondages prédisaient un score très serré entre Renaud Muselier et Thierry Muselier en région PACA, un 51%-49% et probablement une longue soirée électorale en perspective. Eh bien, pas du tout : au moins 57% (57,3% à cette heure) des électeurs ont voté pour Renaud Muselier. Comme on dit, il n’y a pas photo, et pourtant, les sondages osent remontrer leur nez sur d’autres questions dont les réponses, sinon les questions, sont toutes aussi hors sol que ce supposé score serré.

Alors, qu’en est-il vraiment ?

D’abord, revenons sur la participation et la grande surprise, c’est qu’elle est à peine améliorée. Bref, on ne s’est pas plus déplacé. Pourtant, pas de fête des pères, et dans mon coin, pas vraiment du soleil pour une balade bucolique. On peut dire sans crainte de se tromper, après une semaine électorale particulièrement médiatique, que les abstentionnistes ne sont pas allés voter en toute conscience. Au premier tour, on pouvait ne pas savoir, oublier, ne pas comprendre, au second tour, c’est clair, on ne voulait pas. La forte abstention est donc confirmée, mais à mon sens, il ne faut pas la surinterpréter, sinon en considérant que les électeurs avaient mieux à faire que comprendre des enjeux qui ne les intéressent pas.

Dans mon bureau de vote, c’est amusant : certains assesseurs n’ont même pas voté ! Et certains électeurs qui n’avaient pas voté au premier tour sont allés voter au second tour. Mais il y a eu aussi l’inverse, certains électeurs du premier tour ne sont pas allés au second tour. Ou alors ont voté clairement avec un vote blanc (enveloppe vide) ou nul (les deux bulletins des deux candidats restants aux élections départementales : c’est vrai que par chez moi, le binôme sortant avait obtenu plus de 53% au premier tour, mais n’avait pas eu assez de voix pour être élus au premier tour, des trois candidats du premier tour, seulement les deux premiers sont restés au second tour, il manquait le binôme du RN qui a suscité ces votes blancs ou nuls, facilement décelables puisqu’un de ces bulletins était écrit à la main "rassemblement national").

Mais je m’égare car je parle des élections régionales. C’est clair qu’il y a eu compensation entre un surcroît d’électeurs voyant un enjeu politique et une démobilisation d’autres électeurs n’ayant plus la possibilité de choisir la liste choisie au premier tour.

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Comme je l’ai expliqué, si les listes LREM ont fait un mauvais score, c’était très prévisible, c’est parce qu’Emmanuel Macron ne s’est jamais investi politiquement dans les élections locales. Toutes les listes LREM restées au second tour, autour de 11%, ont même perdu quelques plumes, sur l’autel du vote utile. Seule, la liste du ministre MoDem Marc Fesneau a fait un score honorable, de l’ordre de 16% et il est probable que la prochaine fois pourrait lui permettre plus d’espoir. Marc Fesneau est un élu local de longue haleine et il sera d’ailleurs probablement un excellent héritier de François Bayrou. La liste de la ministre Brigitte Klinkert a aussi amélioré sa performance en passant de 10,8% à 12,2% dans le Grand Est (où Jean Rottner est réélu avec 40,3%). Ce qu’on n’a peut-être pas vraiment compris, c’est que, par leur maintien, les listes LREM ont ainsi pu gagner des élus dans les conseils régionaux. Ils n’y étaient pas présents précédemment. C’est ainsi le germe de futures autres trajectoires politiques, plus implantées dans les territoires.

Ce score très faible de LREM n’augure évidemment rien d’un premier tour d’élection présidentielle avec Emmanuel Macron qui reste populaire. Souvent, les personnalités LREM présentes aux élections régionales étaient peu connues, tant sur le plan national que sur le plan régional. Emmanuel Macron, cela n’a rien à voir, on l’aime ou on le déteste, mais au moins, on le connaît !

Du reste, je pourrais dire la même chose de Marine Le Pen. Oui, le score de Xavier Bertrand est très beau, 52,4%… mais il ne faut pas oublier qu’il bataillait contre deux personnalités assez dérisoires de la vie politique nationale : Sébastien Chenu (25,6%) et Karima Delli (22,0%). L’adversaire, ce n’était pas Marine Le Pen qui aurait sans doute obtenu un bien meilleur score pour le RN (42,3% le 13 décembre 2015 !). On le voit aux élections départementales où elle a été élue conseillère départementale au scrutin majoritaire en binôme avec Steeve Briois à Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais avec 59,7%.

Néanmoins, il est incontestable que ces élections montrent les limites de la stratégie de Marine Le Pen. Déjà, le maire de Béziers Robert Ménard, l’éditorialiste Éric Zemmour et d’autres se pressent au portillon pour envisager une autre solution "nationaliste". Je vois au moins trois échecs pour le RN.

Le premier, c’est que la volonté de vouloir être un parti comme les autres ne fonctionne pas : le RN n’a jamais bien attiré les électeurs que s’il était provocateur, transgressif. Tant qu’à replonger dans la tiédeur de la cuisine politicienne classique, autant revenir aux maîtres de cette cuisine (reprendre le vieux slogan de Jean-Marie Le Pen à son détriment : vaut mieux l’original à la copie).

Le deuxième échec qui provient du premier, c’est que mettre en avant des transfuges du LR en tête de pont RN ne fonctionne pas. En d’autres termes, les électeurs LR "durs" préfèrent quand même un candidat LR à un candidat supposé traître à sa famille politique (d’autant plus que les programmes sont diamétralement opposés, ne serait-ce que sur les retraites). Thierry Mariani (autour de 42%) et Jean-Paul Garraud (24,0%) n’ont plus qu’à aller se rhabiller. On voit mal la poursuite des transfuges de LR vers RN pour 2022 : le RN est devenu has been, ringard, loser, perdant.

Le troisième échec est en revanche bien plus problématique pour Marine Le Pen : malgré une stratégie de simple droite dure sans transgression, le RN subit quand même de plein fouet un front républicain toujours aussi efficace (à ma grande surprise). Je le pensais désuet, sans effet et il est clair que non : en région PACA, de nombreux électeurs de gauche ont voté pour Renaud Muselier pour empêcher la victoire du RN. En d’autres termes, cela signifie que les électeurs de gauche sont capables de se mobiliser encore en faveur de candidats de droite pour faire barrage à l’extrême droite. Cette perspective de front républicain intéresse évidemment Emmanuel Macron dans une optique de second tour présidentiel. Cela encourage aussi les anciens soutiens de Marine Le Pen à vouloir choisir une autre représentante qui ne subirait pas un tel front républicain, mais qui, alors que les transfuges de LR seront les premiers rejetés ?

L’échec est tellement patent pour le RN qu’en Bourgogne-Franche-Comté, par exemple, malgré la quadrangulaire, le RN (23,8%) a rétrogradé de la deuxième à la troisième place au profit de la liste LR (24,8%).

Passons maintenant à gauche. D’un point de vue national, évidemment que Julien Bayou a gagné un pari, celui d’avoir réussi à faire l’union à gauche, mais alors, pourquoi ne pas l’avoir fait dès le premier tour ? En tout cas, il a une longueur d’avance sur Anne Hidalgo qui a complètement échoué avec la candidature de la pauvre Audrey Pulvar à qui je recommanderai sincèrement d’arrêter la politique car ce n’est vraiment pas son truc. Cependant, sur le plan régional, Julien Bayou, avec 33,7%, n’a pas réussi à vraiment inquiéter Valérie Pécresse même si celle-ci a dramatisé le second tour pour mobiliser ses soutiens.

Allons plus loin à gauche. Chaque fois que la gauche a été unie (PS, FI, EELV), ce fut l’échec, en particulier dans les Pays de la Loire où la gauche réunie de Matthieu Orphelin et Guilaume Garot n'a pas atteint le total des deux listes du premier tour (34,9%) tandis que la présidente sortante Christelle Morançais a fait un bond de 34,3% à 46,5% (le RN a reculé en une semaine de 12,5% à 10,5% et François de Rugy aussi de 12,0% à 8,2%). Même chose en Normandie où la gauche n'a obtenu que 26,2% face au centriste Hervé Morin réélu ave 44,3%.

En revanche, lorsque le PS est sortant, généralement, le candidat sortant refuse de faire une alliance avec d’autres partenaires de gauche et a persévéré à se présenter seul, sur son seul bilan… et cela a fonctionné : excellemment en Occitanie (Carole Delga semble être la mieux réélue de France avec 57,8%), mais aussi, malgré des scores assez faibles mais en tête, en Nouvelle Aquitaine (Alain Rousset à 39,5%) et même en Bretagne (Loïg Chesnais-Girard à 29,8%) alors que la liste écologiste (20,2%) n’était pas loin de faire basculer la région à droite au premier tour (Isabelle de Callennec a obtenu 22,0% au second tour). Seule exception, Marie-Guite Dufay en Bourgogne-Franche-Comté qui a été réélue avec 42,2% avec une alliance écolo.

Là encore, la leçon est claire : les électeurs sont prêts à faire confiance à une social-démocratie de gestion, mais pas du tout à une sorte de retour anachronique à l’union de la gauche mâtinée de couleur écologiste. Dans ces listes d’union de la gauche, on ne contente personne. D’ailleurs, en Île-de-France, Julien Bayou n’a même pas retrouvé le total du premier tour des trois listes qu’il prétendait réunir. Il a perdu des électeurs en route, mécontents d’un des partenaires du deal. En Île-de-France, le RN (13,1% à 10,8%) et LREM (11,8% à 9,6%) ont aussi chuté entre les deux tours.

En conclusion, on voit surtout qu’il serait très imprudent d’interpréter les élections régionales comme un tour de chauffe de la prochaine élection présidentielle. Au contraire, ce sont des situations locales qui ont favorisé les sortants parce qu’ils étaient les seuls connus, et leur action au service de la région, quelle que soit l’étiquette politique arborée, s’est montrée convaincante. Il faut préciser aussi que le non cumul des mandats a favorisé ce genre de choses : le président à la tête de la région, qui n’a que ce mandat, sans mandat parlementaire ou autre, peut se consacrer totalement à sa région, ce qui, ici, est un atout pour cette collectivité.

Ceux qui voulaient du changement et du renouveau en seront pour leurs frais : en métropole, pas un conseil régional ne replacera à sa tête un autre que son président sortant. Une telle unanimité dans les réélections est à ma connaissance très rare historiquement. Un phénomène qui ne doit finalement pas tant déplaire que ça l’actuel locataire de l’Élysée…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Régionales 2021 (7) : tous les sortants restent !
Régionales 2021 (6) : Emmanuel Macron et le qui perd gagne.
Régionales 2021 (5) : vous avez dit front républicain ?
Suppression des professions de foi lors des élections (28 septembre 2016).
Régionales 2021 (4) : l’abstention, c’est grave, docteur ?
Régionales 2021 (3) : le premier tour, déconfiture ?
Régionales et départementales 2021 (2) : les enjeux.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Les Républicains et la tentation populiste.
Rapport de Jean-Louis Debré du 13 novembre 2020 (à télécharger).
Avis du Conseil scientifique sur la tenue des élections du 29 mars 2021 (à télécharger).
Régionales et départementales 2021 (1) : à propos de leurs dates et de l’âge du capitaine.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Municipales 2020 (4) : bientôt, la fin d’un suspense.
Municipales 2020 (3) : et le second tour arriva…
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Municipales 2020 (1) : retour vers l’ancien monde ?
Régionales 2015 : sursaut ou sursis ?
Les enjeux du second tour des régionales de 2015.
Le premier tour des régionales du 6 décembre 2015.
Les enjeux des élections régionales de décembre 2015.
Les départementales 2015 au second tour.
Les départementales 2015 avant le second tour.
Départementales 2015 : le pire n'est jamais sûr.
Les 4 enjeux nationaux des élections départementales de mars 2015.
La réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 mai 2013.
Le référendum alsacien.
Le vote par anticipation.
Le vote proportionnel.
Le vote obligatoire.
Le vote électronique.
Vive la Cinquième République !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210627-regionales-2021g.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/regionales-2021-7-tous-les-233990

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/06/24/39029246.html










 

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24 juin 2021 4 24 /06 /juin /2021 03:36

« Il y avait là toute l’ironie du monde, songeait-il : à suivre aveuglément la lumière, on finit plongé dans le pire des ténèbres. » (Maxime Chattam, "Que ta volonté soit faite", éd. Albin Michel, 2015).



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Cet article a pour but de présenter les rapports de force peu avant le second tour des élections régionales ce dimanche 27 juin 2021 : pour ceux qui n’auraient pas percuté, il y a encore un second tour (aussi pour les élections départementales) et donc, ce n’est pas interdit d’imaginer un sursaut de participation de ceux qui n’avaient alors pas compris que des élections avaient lieu en ce moment.

C’est clair que quoi qu’on en dise, quoi qu’en pensent les (trop rares) électeurs, il y a une évidente "nationalisation" du scrutin régional (pas départemental beaucoup plus délicat à interpréter politiquement) car c’est le dernier scrutin avant le désert… avant la prochaine élection présidentielle, c’est-à-dire que les rapports de force vont se figer jusqu’au nouveau bouleversement politique, comme la France en connaît à chaque nouveau quinquennat (même en cas de réélection).

Le premier constat est qu’il est très difficile de donner une idée très claire des rapports de force en raison des stratégies électorales parfois très différentes des uns et des autres dans les régions. À part les listes du RN relativement claires (sans alliance), tous les autres partis ont fait parfois des alliances, parfois des listes autonomes. Même LREM qui, en dehors de l’exemple flagrant de la région PACA où ce parti n’était même pas présent au premier tour, mais soutient la liste LR de Renaud Muselier, LREM, donc, est souvent avec le MoDem (en tant que majorité présidentielle) mais parfois aussi avec l’UDI, le MR, c’est-à-dire le Mouvement radical (ou pas, ces partis centristes pouvant aussi être en alliance avec LR, comme dans le Grand Est, en PACA, etc.).

Le plus compliqué concerne la gauche, qui est désormais représentée par trois grands courants : la gauche traditionnelle, celle de l’ancienne union de la gauche, incluant le PS et souvent le PCF (plus les radicaux de gauche qui, en principe, étaient "fondus" dans le Mouvement radical mais dont le courant s’est recréé par ailleurs), les écologistes (étiquetés EELV, il y a plein d’autres partis écolos d’appellation non contrôlée et complètement mineurs électoralement, souvent des coquilles vides de certaines personnalités), enfin des listes FI (insoumis) qui sont souvent partie seules, parfois avec les communistes, etc. Et parfois, il y a des listes qui ont regroupé ces trois courants.

Les journalistes de l’hebdomadaire "Le Point" ont cependant réussi le 21 juin 2021 à calculer un semblant de rapport de force en prenant l’étiquette des têtes de liste. Et cela donne ceci : LR et alliés centristes (UDI notamment) : 28,4% ; RN : 19,25% ; PS : 15,8% ; EELV : 13,0% ; LREM et MoDem : 10,6% ; enfin, FI : 5,2%. J’insiste sur le fait que ces données ne sont qu’une estimation et une interprétation des résultats du Ministère de l’Intérieur qui, eux, sont bien plus compliqués car ils prennent en compte les listes d’union partielle ou globale à droite, au centre et à gauche.

Néanmoins, cela donne une bonne vision du paysage électoral, du moins du paysage électoral partiel puisque seulement un électeur sur trois a voté. Précisons qu’il faudra attendre longtemps avant d’avoir les conclusions d’études qui ne manqueront pas de démarrer sur le sujet, mais dans le cas d’autres précédents scrutins avec une abstention forte, des études électorales ont montré que l’abstention n’avantageait aucun parti en particulier car la répartition des affinités électorales restait à peu près la même entre les abstentionnistes et les électeurs votants. Cela reste à démontrer évidemment pour ce scrutin des régionales.

Précisons enfin que les rapports de force ne peuvent être étudiés qu’au premier tour, car le second tour est pollué par le jeu des alliances ou les désistements sans fusion qui donnent un aspect fictif de la réalité électorale au second tour dont l’objectif est de gagner et pas de se compter. Par exemple, il serait intéressant à calculer le total des voix du premier tour de l’ensemble des listes présentes au second tour. Cela donne une idée de la représentativité électorale des combattants du second tour.

La première réflexion, c’est de dire que les partis de l’ancien monde ont gagné (LR et alliés et PS et alliés) tandis que les partis du monde post-2017 ont perdu, à savoir LREM et alliés, RN et FI. J’exclus en revanche EELV qui se situe à la marge entre ancien et nouveau monde et c’est sans doute là la vraie performance : malgré un scrutin qui privilégie les sortants, donc l’ancien monde, EELV a gardé son niveau assez élevé des élections européennes de 2019. Cela ne préjuge de rien pour 2022, vu que la situation de 2019 était l’inverse de 2021 : LR et PS coulés, RN et LREM très forts. Seule constante de 2019 et 2021 en dehors de EELV : FI coulé. Probablement en raison des déclarations de plus en plus affligeantes de son leader Jean-Luc Mélenchon. Ce naufrage n’est donc pas politique mais plutôt personnel.

À ce propos, on ne s’étonnera pas qu’un nouveau parti soit exclusivement affilié à son leader (FI, LREM, RN), tandis que les partis traditionnels (ou pas) qui sont les héritiers de courants philosophiques existent en dehors de leur leader (PS, LR, UDI, MR, EELV), au risque d’ailleurs de ne plus avoir de leader ou d’en avoir trop, ce qui revient au même (ce qui est nouveau pour le mouvement gaulliste qui avait généralement un seul chef malgré les divisions internes qui ont toujours existé).

On pourrait évidemment rappeler prudemment que chaque région est un univers politique particulier, ce qui est vrai. Néanmoins, il y a les invariants qui sont nationaux : ceux qui ont réussi à mobiliser étaient les équipes des exécutifs sortants, de droite comme de gauche. Certains peuvent dire qu’il y a eu des divisions à droite et au centre, mais sans beaucoup de conséquences idéologiques, tandis que la gauche, très divisée idéologiquement, a parfois été capable de faire l’union, au second tour mais aussi au premier tour.

Comme j’indiquais précédemment, les listes LR dans les régions où LR était aux commandes, ont été particulièrement fortes. Il faut cependant bien se garder de surinterpréter les résultats. Par exemple, dans les Hauts-de-France, où la gauche était traditionnellement très forte, le score de Xavier Bertrand (41,4%) ne signifie pas que c’est le potentiel électoral de LR. Il est possible (et même probable) que des électeurs de gauche aient voté dès le premier tour pour Xavier Bertrand car sa liste était la plus capable de battre la liste RN. Cela s’est déjà observé en 2015. Le score très faible de 19,0% de la liste d’union de la gauche de Karima Delli est l’une des conséquences de ce probable vote utile (voter à gauche serait alors considéré comme un vote inutile).

Avant le premier tour, certaines régions pouvaient être gagnées par le RN. C’était déjà le cas en décembre 2015 (dans quatre régions : PACA, Hauts-de-France et Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté). Cependant, dans la configuration du deuxième tour en 2021, seule la région PACA pourrait être gagnée par le RN. Dans les autres, la liste RN est nettement devancée par la liste de l’équipe sortante, du moins en comptant les listes qui ont fusionné.

La stratégie générale est ainsi la suivante, avec parfois quelques exceptions à gauche. À gauche, les listes de gauche se réunissent pour se retrouver unies face à la droite et au centre, et aussi face au RN. Les listes LR ont refusé toute fusion avec d’éventuels autres partenaires (en particulier LREM). Les listes RN et LREM restent au second tour quand elles le peuvent, sans aucune union supplémentaire au second tour.

On comprend bien l’intérêt électoral des listes fusionnées. LR a voulu montrer de la clarté politique, d’où aucune fusion de listes LR avec d’autres listes entre les deux tours, au contraire de la gauche. D’un côté, un programme déterminé, de l’autre, des marchands de tapis qui veulent se répartir les postes mais qui ne sont en accord sur rien sinon se partager le gâteau électoral.

Rappelons la règle du jeu (on peut lire le tableau en fin d’article) : une liste qui a obtenu au moins 10% des suffrages exprimés peut se maintenir au second tour et une liste qui a obtenu au moins 5% peut fusionner avec une autre liste qui peut se maintenir au second tour. La position d’une liste qui a obtenu entre 5 et 10% est donc délicate puisqu’elle ne peut plus gêner les listes du second tour. En revanche, une liste qui fait entre 10 et 15% peut se maintenir et rendre plus difficile l’élection d’une autre liste susceptible de gagner, puisque la majorité relative suffit.

L’un des principes électoraux doit être pris en compte : il n’y a pas de logique arithmétique qui tienne dans les élections. La fusion de deux listes ne fait pas automatiquement venir la somme des électeurs de ces deux listes. Pour trois raisons. La première, c’est l’abstention, si elle est différente (moins ou plus, sursaut ou chute de participation), alors les calculs du premier tour son caducs. La deuxième raison, c’est que l’union de plusieurs listes, lorsqu’elle est portée par un sentiment populaire, fait plus que la somme des listes. Mais paradoxalement, quand il n’y a pas d’élan populaire (ce qui semble être le cas partout pour ce scrutin), alors, la liste unifiée a des risques de rassembler moins que l’ensemble des listes prises individuellement.

Je m’explique plus précisément, car cela concerne la gauche. Il s’agit ici de la constitution de listes d’union de la gauche totalement artificielle puisqu’ils ne sont en accord sur rien. Le PS, le PCF, EELV et FI. Inutile de dire qu’il y a au moins deux gauches irréconciliables (dans compter les deux ailes de EELV et du PS). Or, l’union, au lieu de rassembler, pourrait mécontenter tous les électeurs : la gauche sociale-démocrate ne pourra jamais voter pour une liste soutenue par Jean-Luc Mélenchon ou par des écologistes dogmatiques. Et réciproquement.

Cela conduit à un autre principe électoral : les électeurs respectent rarement les consignes de vote. Même s’ils votent comme les consignes, ce n’est pas par ces consignes qu’ils auront fait leur choix, mais selon leur propre raisonnement. Ce qui est heureux, chacun doit avoir son libre-arbitre. Là,c ‘est du côté des électeurs. Du côté des candidats ou des responsables politiques, évidemment qu’il faut qu’ils prennent leurs responsabilités et prennent position. Même si cela a peu d’influence électorale.

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Un exemple, l’Île-de-France où les trois listes de gauche Bayou (12,9%), Pulvar (11,1%) et Autain (10,2%) ont fusionné sous la direction de Julien Bayou qui, de toute façon, aura gagné beaucoup en notoriété et leadership au sein de EELV (face à Yannick Jadot et Éric Piolle, par exemple). Valérie Pécresse garde encore une avance mais insiste sur un score serré afin de mobiliser son électorat, tandis que les deux autres têtes de liste, Jordan Bardella (RN) et Laurent Saint-Martin (LREM) ont déjà déclaré forfait en disant par avance que Valérie Pécresse sera réélue. Inutile de dire qu’un tel discours de candidats perdus d’avance, qui ne croient pas en leurs chances, est très démobilisateur. Valérie Pécresse a même reçu le soutien inattendu du socialiste Jean-Paul Huchon, ancien président du conseil régional d'Île-de-France et ancien collaborateur de Michel Rocard, qui considère que la liste de gauche ne correspond plus aux idées traditionnelles du PS et est trop à gauche pour lui.

Certaines listes LREM n’ont pas franchi la ligne de 10%, pour les listes LR concurrentes, c’est autant de potentiel de voix qui ne coûtent rien, c’est-à-dire, qui ne se négocient pas puisque ces listes ne peuvent pas se maintenir et que la décision claire de refuser toute fusion évacue tout idée de marchandage.

Et il y a le cas de la région PACA où, après bien des hésitations, et sommé par les états-majors parisiens, Jean-Laurent Félizia, tête de la liste d’union de la gauche, a finalement annoncé son retrait et son vote sans condition pour la liste LR de Renaud Muselier afin de faire barrage à la liste RN de Thierry Mariani. Au nom du "front républicain".

Attardons-nous sur le front républicain. On en parle souvent depuis 1983. L’expression historique exacte est l’alliance entre les radicaux et les socialistes face à une coalition de centre droit, en janvier 1956. Ce front républicain a été mené par Pierre Mendès France, il a gagné les élections législatives de janvier 1956, mais le Président de la République a nommé Guy Mollet, chef du plus grand parti de la majorité (SFIO) à la tête du gouvernement. On voit bien que cela n’a aucun rapport avec le barrage contre le RN.

L’expression front républicain provient en fait de la tradition de la "discipline républicaine" à une époque où les conservateurs étaient monarchistes. Il s’agissait, au début de la Troisième République, du désistement mutuel au second tour des candidats républicains au profit du candidat républicain ayant obtenu le plus de voix. À partir du milieu des années 1920, avec l’arrivée du Cartel des gauches puis du Front populaire, la discipline républicaine s’est transformée en désistement au profit d’un candidat de gauche unique (radicaux, SFIO, PCF). Une pratique qui s’est poursuivie avec le programme commun de la gauche à partir de 1972 à une époque où la SFIO revenait d’une longue période anticommuniste (les socialistes préféraient l’élection d’un candidat centriste à celle d’un candidat communiste ; c’est François Mitterrand qui a rompu avec cet atavisme pour adapter le PS aux institutions de la Cinquième République).

Dans notre cas de barrage au RN, je crois qu’il faut prendre la pratique originelle où étaient incluses toutes les formations politiques républicaines, et pas seulement la gauche même si cela s’appelait la gauche républicaine à l’époque, par exemple, le parti de Raymond Poincaré (Alliance républicaine, d’abord située à gauche puis au centre droit de l’échiquier politique). Il n’est donc pas scandaleux, historiquement, que des formations dites républicaines fassent barrage à un mouvement qu’elles ne considéreraient pas républicain (là est d’ailleurs sujet à discussion). Mais dans tous les cas, les jeux d’alliance, de désistements, de soutiens sont libres et n’ont pas forcément à se justifier, si ce n’est par les urnes.

Le retrait de la liste Félizia entraîne-t-il la victoire inéluctable de la liste de Renaud Muselier ? La réponse est clairement non. D’ailleurs, un sondage publié le 23 juin 2021 le donne gagnant avec …51% contre 49% à Thierry Mariani. Autant dire que ce n’est pas significatif quand l’erreur est de l’ordre de 4%. Des électeurs de gauche pourraient en effet voter pour Renaud Muselier pour ne pas faire élire une liste RN, mais d’autres électeurs pourraient s’abstenir (on ne les distinguera pas avec ce climat d’abstention massive), ou encore voter pour la liste RN qui a récupéré beaucoup de votes ouvriers (mais peut-être pas en PACA où le RN ratisse surtout dans la droite dure et peu à gauche comme dans le nord de la France).

Réciproquement, le maintien d’une troisième liste (de gauche) n’avantagerait pas forcément une liste RN face à une liste LR. L’exemple du Grand Est en 2015 est assez clair : malgré les nombreux appels de l’appareil du PS, la tête de liste socialiste Jean-Pierre Masseret (PS), président du conseil régional sortant de Lorraine, sénateur et ancien ministre, a refusé de se désister, considérant que l’absence totale d’élu socialiste serait pire qu’une éventuelle victoire de Florian Philippot. Donc, il a maintenu sa liste au second tour …mais ses électeurs ne l’ont pas suivi et ont en partie voté pour la liste LR de Philippe Richert. Jean-Pierre Masseret est passé de 16,1% au premier tour à 15,5% au second tour, et Philippe Richert l’a largement emporté avec 48,4% face à Florian Philippot 36,1%.

Très curieusement, une autre région est sous les radars, la Bourgogne-Franche-Comté. Le RN y est très implanté. Déjà à l’élection législative partielle de la 4e circonscription du Doubs les 1er et 8 février 2015, le FN avait montré une forte audience électorale au point d’être en capacité de remporter la circonscription. Aux élections régionales des 6 et 13 décembre 2015, le scrutin était très serré. Au premier tour, trois listes étaient dans la compétition : 31,5% à la liste FN de Sophie Montel (elle a quitté le FN depuis, dans le sillage de Florian Philippot), 24,0% à la liste UDI-LR de l’ancien ministre centriste François Sauvadet et 23,0% à la liste PS de Marie-Guite Dufay. En quatrième position, il faut ajouter la liste Debout la France (DLF) qui a fait 5,2%. Au second tour, Marie-Guite Dufay a gagné avec 34,7% contre 32,9% à François Sauvadet et 32,4% à Sophie Montel. On voit à quel point le scrutin était serré.

On peut comprendre donc qu’en 2021, la tête de liste LR ait fait alliance dès le premier tour avec DLF, le parti de Nicolas Dupont-Aignan. Cela n’a pas suffi à être en tête et quatre listes se disputent la victoire (en fait, trois seulement) : la liste PS-PCF de Marie-Guite Dufay avec 26,5%, la liste RN de Julien Oudol avec 23,2%, la liste LR-UDI-DLF de Gilles Platret avec 21,0%, enfin la liste LREM-MoDem-MR de Denis Thuriot avec 11,7%. Pour le second tour, ces quatre listes restent présentes, avec une fusion dans la liste de Marie-Guite Dufay de la liste EELV de Stéphanie Modde qui a obtenu 10,3%. Cette liste de gauche a aussi une réserve de voix avec la liste FI de Bastien Faudot qui n’a obtenu que 4,5% (sans possibilité de fusion). Notons que certains centristes ont refusé l’alliance LR-DLF et ont préféré rejoindre la liste LREM.

Comme on le voit, avant fusion de liste, il y avait un risque de victoire de la liste RN qui pouvait repasser devant la liste PS. Mais avec 15% de réserves supplémentaires de voix, ce qui ferait 18 points d’avance sur la liste RN, le risque d’une victoire du RN est donc désormais écarté. Cela explique le maintien des deux autres listes (LR et LREM).

Or, cette région a été le prétexte de faire de la récupération politicienne de la part de deux anciens partis, LR et PS, et cela dès le soir du 20 juin 2021 et encore les jours suivants, y compris après la fusion de la liste de gauche avec la liste écolo.

D’un côté, très solennellement, Christian Jacob, le président de LR, a mis sur le même pied d’égalité le front républicain contre le RN et un front contre une gouvernance avec l’extrême gauche, notamment FI. Et il a fustigé LREM de s’être maintenu avec ses 11,7%. Dans l’esprit de Christian Jacob, les électeurs LREM se reporteraient sur la liste LR-DLF qui pourrait arriver en tête et battre la liste de gauche (ce qui paraît impossible en fait, car en comptant LR et LREM, cela ne ferait encore que 31,7%, nettement insuffisant pour atteindre la première place). Christian Jacob a aussi appelé au retrait de la liste LREM de François de Rugy pour faire gagner le centre droit.

De l’autre côté, avec une encore plus grande mauvaise foi, le PS (par la voix d’Olivier Faure) a appelé au retrait de la liste LREM pour éviter la victoire du RN. Or, cela ne trompe que ceux qui n’ont pas une idée précise de la situation électorale en Bourgogne-Franche-Comté. En effet, comme je l’ai indiqué plus haut, à partir du moment où la liste écolo qui a fait 10,3% a fusionné avec la liste PS, il y a peu de risque pour une victoire du RN dans cette région. Mais ce qui est étonnant dans la formulation, c’est que le PS demande le retrait de la liste LREM et pas le retrait de la liste LR, ce qui aurait été bien plus efficace pour éviter la victoire du RN. Surtout que le PS a fait la chose inverse en PACA au profit de la liste LR.

Cette demande socialiste est clairement du matraquage électoral pour le seul but de nuire à Emmanuel Macron dans l’optique de l’élection présidentielle de 2022. Pourquoi s’en prendre à la liste LREM et pas à la liste LR, si l’objectif est un front républicain et un barrage au RN ? C’est avec ce genre d’arguments fallacieux que l’on dégoûte les électeurs et qu’on encourage l’abstention. Honte au PS de jouer sur cette corde-là !

Le PS a le droit de dire que le front républicain est toujours dans le même sens, c’est-à-dire le retrait d’une liste de gauche au profit d’une liste de centre droit pour faire barrage à une liste RN. Il a même raison, c’est ce qui se produit généralement. Mais à qui la faute ? Certainement pas à la liste qui est le plus apte à battre le RN ! La responsabilité incombe à la liste de gauche qui a été incapable de convaincre les électeurs et de se placer en position, sinon de favorite, au moins d’adversaire principal. Après tout, si la liste de gauche est si bas dans les urnes, c’est peut-être que le problème se situe au sein de la gauche, pas de ses adversaires ou concurrents.

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Je termine mon article par un (autre) coup de gueule contre tous les éditocrates qui commentent sans jamais travailler leurs sujets. Le café du commerce est accessible à tout le monde, on peut commenter sans rien connaître, seulement en ronchonnant contre des choses qui choquent et contrarient. Mais le travail d’un journaliste, c’est d’aller plus loin, de chercher les raisons pour lesquelles tel ou tel choix a été fait par ceux qui l’ont fait.

Je veux évoquer ici les problèmes de distribution des professions de foi électorales des candidats, certains électeurs (dans une proportion à déterminer) n’ont pas reçu ces documents électoraux (à temps), qui auraient pu leur avertir qu’il y avait deux scrutins les 20 et 27 juin 2021. Or, la distribution a été réalisée par deux entreprises choisies à la suite d’un appel d’offre. C’est donc une délégation de service public, et beaucoup de commentateurs de café du commerce ont pesté sur le fait que l’État ait fait appel à des entreprises extérieures (privées ou publiques, car l’une des deux est La Poste) au lieu de le faire lui-même.

Et d’imaginer que c’est encore l’illustration du supposé ultralibéralisme du Président Emmanuel Macron (j’insiste sur "supposé" car lorsqu’on injecte plus de 120 milliards d’euros d’argent public dans l’économie, je n’appelle pas cela du libéralisme, c’est même une politique encore plus étatique que celle proposée par Jean-Luc Mélenchon lors de la dernière campagne présidentielle !).

Si les commentateurs avaient été un peu plus perspicaces et pris soin de bosser leur sujet, ils auraient compris que c’était devenu une obligation légale pour l’État, dans le cadre de la loi n°2005-516 du 20 mai 2005 relative à la régulation des activités postales. Une loi adoptée sous la Présidence de Jacques Chirac et signée également des membres du gouvernement suivants : Jean-Pierre Raffarin (Premier Ministre), Dominique Perben (Justice), Thierry Breton (Économie, Finances et Industrie) et Patrick Devedjian (Industrie). On pourra toujours discuter de l’origine de la loi (dérégulation européenne et réduction des dépenses publiques), mais à ce jour, à ma connaissance, aucun (grand) parti n’a proposé de la modifier, et si oui, il l’a fait très discrètement.

Certes, on ne peut pas connaître toutes les lois, mais alors, on aurait pu écouter un peu les questions au gouvernement de la séance très attendue (après une élection) du mardi 22 juin 2021 sur ce problème important pour la démocratie. Répondant au président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde, le Premier Ministre Jean Castex a déclaré : « Monsieur le Président Lagarde, votre question met en lumière un dysfonctionnement particulièrement regrettable. Permettez-moi de rappeler à la représentation nationale que le système de distribution de la propagande électorale est organisé conformément à la loi de 2005 relative à la régulation des activités postales qui impose, ainsi que vous l’avez rappelé, la mise en concurrence de cette prestation, ce que l’État a déjà fait à plusieurs reprises depuis la promulgation de la loi, à laquelle il se conforme. ». Jean-Christophe Lagarde avait déclaré dans sa question : « Alors qu’habituellement, l’État parvient à assurer dans de bonnes conditions la distribution de cette information, je n’ai jamais vu cela en trente-cinq ans d’engagement militant. ».

On pourrait aussi relire la réponse qu’a faite le Ministère de l’Intérieur le 13 mai 2021 à la question écrite n°22471 du sénateur Jean-Louis Masson publiée au journal officiel du 22 avril 2021 : « L’administration organise l’acheminement des enveloppes électorales aux électeurs du département concerné avec l’opérateur postal. L’acheminement de la propagande électorale est une opération désormais complexe qui fait intervenir une multiplicité d‘acteurs avec de nombreuses ruptures de charge dans des délais fortement contraints. La loi n°2005-517 du 20 mai 2005 relative à la régulation des activités postales et la loi n°2010-123 du 9 février 2010 relative à l’entreprise publique Le Poste et aux activités postales visent à concilier l’existence et la viabilité du service universel postal avec l’introduction graduelle de la concurrence sur le marché des envois de correspondance. Il semblerait totalement anachronique d’empêcher l’État d’externaliser la distribution de la propagande jusqu’aux boîtes aux lettres des électeurs, secteur qui est aujourd’hui ouvert à la concurrence, alors que l’État s’efforce d’optimiser ses ressources dans le cadre d’une politique générale de meilleure gestion des deniers publics. ».

Une simple attention portée au sujet pouvait éviter de faire de gros raccourcis et de réels contresens sur le supposé libéralisme d’Emmanuel Macron. Le gouvernement n’a fait que respecter la loi, et probablement qu’en matière de marchés publics, le degré d’exigence n’était pas au rendez-vous. Là est sa responsabilité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Régionales 2021 (5) : vous avez dit front républicain ?
Suppression des professions de foi lors des élections (28 septembre 2016).
Régionales 2021 (4) : l’abstention, c’est grave, docteur ?
Régionales 2021 (3) : le premier tour, déconfiture ?
Régionales et départementales 2021 (2) : les enjeux.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Les Républicains et la tentation populiste.
Rapport de Jean-Louis Debré du 13 novembre 2020 (à télécharger).
Avis du Conseil scientifique sur la tenue des élections du 29 mars 2021 (à télécharger).
Régionales et départementales 2021 (1) : à propos de leurs dates et de l’âge du capitaine.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Municipales 2020 (4) : bientôt, la fin d’un suspense.
Municipales 2020 (3) : et le second tour arriva…
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Municipales 2020 (1) : retour vers l’ancien monde ?
Régionales 2015 : sursaut ou sursis ?
Les enjeux du second tour des régionales de 2015.
Le premier tour des régionales du 6 décembre 2015.
Les enjeux des élections régionales de décembre 2015.
Les départementales 2015 au second tour.
Les départementales 2015 avant le second tour.
Départementales 2015 : le pire n'est jamais sûr.
Les 4 enjeux nationaux des élections départementales de mars 2015.
La réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 mai 2013.
Le référendum alsacien.
Le vote par anticipation.
Le vote proportionnel.
Le vote obligatoire.
Le vote électronique.
Vive la Cinquième République !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210623-regionales-2021e.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/regionales-2021-5-vous-avez-dit-233888

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/06/22/39026463.html









 

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23 juin 2021 3 23 /06 /juin /2021 03:53

« Il nous appartient à toutes et à tous, qui que nous soyons, d’appeler à un sursaut démocratique et de veiller à ce que le maximum d’électrices et d’électeurs se rendent aux urnes. C’est notre devoir collectif, et ce taux d’abstention particulièrement élevé nous interpelle toutes et tous. Dire que c’est la faute du gouvernement est beaucoup trop facile et vous savez que cela ne correspond pas à la réalité. (…) L’abstention s’adresse à nous tous, car elle signifie que les sortants n’ont pas su drainer les foules vers les urnes. Elle doit tous nous conduire à l’humilité : commencez par vous appliquer ce principe ! » (Jean Castex s’adressant d’abord à Patrick Mignola, puis à Damien Abad, le 22 juin 2021 dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale).



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Inimaginable avant ce premier tour des élections régionales du 20 juin 2021, et encore plus au début de la campagne de vaccination il y a six mois, il y a nettement plus de personnes qui se font vacciner que de personnes qui votent en France. Alors, comme c’était l’un des sujets électoraux du début de semaine, je reviens sur la très forte abstention, 66,7% des électeurs inscrits.

En ouvrant la séance des questions au gouvernement ce mardi 22 juin 2021, le Président de l’Assemblée Nationale Richard Ferrand a déclaré : « Mes chers collègues, je voudrais vous faire part de mon trouble et, pourquoi ne pas le dire ?, de mon inquiétude. Jamais une élection, sous la Cinquième République, n’a connu un niveau de participation aussi faible que dimanche dernier. Les causes de l’abstention sont multiples. Ce phénomène n’est ni récent ni limité aux élections politiques, mais il atteint des proportions telles que nous ne pouvons pas nous en tenir à des raisons conjoncturelles. Nous ne pouvons ignorer cette réalité. ».

En fait, ce n’est pas tout à fait exact. Il y a eu des scrutins pires que celui du 20 juin 2021 en termes d’abstention. Par exemple, au référendum du 24 septembre 2000 sur l’adoption du quinquennat, le taux d’abstention fut encore plus fort, 69,8% ! L’abstention lors du référendum du 6 novembre 1988 sur l’autodétermination en Nouvelle-Calédonie était à peine meilleure, 63,1%.

Je veux y revenir parce qu’à mon sens, on surinterprète beaucoup trop ce taux d’abstention. Ce taux élevé, naturellement, m’attriste car je crois en la démocratie, j’y ai toujours cru et ce n’est pas maintenant que je ne vais plus y croire, et je connais trop la situation de certains pays étrangers dont les peuples nous envient, envient cette possibilité de donner la parole aux citoyens. Non seulement je suis un électeur actif et régulier (je crois que je n’ai jamais raté une élection, sauf peut-être une fois pour une raison de problème matériel imprévu insoluble, mais je ne m’en souviens plus), et cela fait depuis des décennies (j’insiste) que je suis régulièrement assesseur, c’est-à-dire que je suis aussi de l’autre côté du comptoir : je vote et aussi je fais voter. Autant dire que dimanche dernier, j’avais le temps de papoter avec mes collègues.

Donc, tout cela pour dire que voter, pour moi, est un acte sacré et l’abstention est pour moi, l’un des actes les plus incompréhensibles dans une démocratie. Mais avec le temps, l’idéal a pris un peu de poussière et le pragmatisme l’a emporté : j’ai appris qu’il valait mieux un électeur abstentionniste qu’un électeur qui donnerait sa voix au diable. Attention, je n’ai pas dit qui était le diable, mais chacun en a dans son esprit une idée bien particulière.

D’ailleurs, depuis très longtemps, il y a plus de démons que d’anges dans les urnes : on vote maintenant plutôt par défaut, parce qu’on ne veut pas qu’untel soit élu plutôt qu’on vote par adhésion à un candidat qu’on adorerait. C’est une question d’exigence. Avant, l’électeur était moins regardant. Moins informé aussi. Si bien que maintenant, c’est plus dur de berner l’électeur. C’est un progrès pour la démocratie, les candidats doivent être plus exemplaires, plus honnêtes intellectuellement, plus sincères. Et plus travailleurs aussi (leurs ignorances se voient plus aisément, de nos jours).

Revenons à ces élections régionales. J’évacue les élections départementales car elles ne sont même plus sur les radars. Le conseil départemental est pourtant une instance essentielle dans notre modèle français : c’est là que sont attribuées les aides sociales décidées par l’État. Les différentes allocations, les futures aides pour la dépendance (j’attends avec impatience cette loi depuis dix ans, pourtant urgente, ce serait, à mon avis, la seule réforme qui vaille et qui aille que le Président Emmanuel Macron devrait faire avant la prochaine élection présidentielle), leur guichet est au département.

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Je suis agacé par les commentaires sur l’abstention parce que les analyses politiques qui se développent sont phagocytées pour ne pas dire empoisonnées par le phénomène des sondages, et ce n’est pas un phénomène récent. Vous avez remarqué ? On invite plus aisément un dirigeant d’un institut de sondage qu’un universitaire en science politique. Pourtant, je suis sûr que ce dernier est moins cher à inviter que le premier. Et l’on continue à réfléchir avec les sondages alors que ces sondages se sont encore une fois plantés. Ce qui est normal : les sondages ne font que confirmer une tendance ancienne, rarement prédit une tendance nouvelle.

Alors, la question qui nous préoccupe ici est : mais pourquoi donc une telle abstention ? Question subsidiaire : pourquoi surtout les jeunes (plus de 80%) ? Les plus âgés sont plutôt à 50% d’abstention. Diable : on aurait donc la même distribution des âges qu’avec la vaccination ?

Rappelons-nous le taux d’abstention au premier tour des précédentes élections régionales le 6 décembre 2015 : il était de 50,1%. Il y a donc un écart de 16,6 points en cinq ans et demi. Je considérais que la crise sanitaire était l’une des causes majeures de cette abstention.

Les sondagologues patentés disent que non. Ils ont sondé et ils ont trouvé (pour certains) que seulement 8% ne seraient pas allés voter par peur d’attraper le covid-19. 8% seulement.

Alors, commentons ce résultat : je le trouve faible, mais fiable. À ceux qui pensent que les gens ont eu peur du covid-19, on peut dire qu’aujourd’hui, c’est très peu le cas, seulement un douzième de la population, donc très peu. En fait, c’est beaucoup par rapport au risque encouru : les procédures sanitaires sont telles qu’il serait difficile d’attraper le covid-19 dans un bureau de vote.

Et soit dit en passant pour ceux qui s’interrogent sur certains déménagements de bureaux de vote : le double scrutin plus les distances de sécurité nécessaires ont rendu beaucoup de bureaux de vote très étroits et il a fallu trouver d’autres lieux publics fermés plus spacieux. C’est à chaque fois par une autorisation du préfet. Tout est très réglementé (et après les opérations électorales, tout est désinfectés, notamment dans les écoles, mais aussi dans tous les autres lieux publics). Notons aussi qu’il est possible que certains lieux sont utilisés comme centres de vaccination et ne peuvent donc pas être utilisés pour les opérations de vote (je ne sais pas si le cas s’est posé, en tout cas, pas à ma connaissance).

Maintenant, interprétons ces 8% dans le sondage en question (dont je n’ai plus l’origine mais qu’importe, c’est l’ordre de grandeur qui intéresse ici). Les analystes politiques donc les sondagologues en concluent que la crise sanitaire influe très peu sur l’abstention. Or, c’est une erreur de conclure cela.

La crise sanitaire, ce n’est pas seulement l’impact sur l’acte de voter. C’est aussi l’impact sur le contexte et l’impact sur la campagne électorale.

Sur le contexte, personne ne pourra nier le fait que ces deux ou trois derniers week-ends sont des week-ends de soulagement, de rencontres, de retour à une vie normale, de balades, etc. Pour moi, ce n’est pas incompatible avec le fait de voter, mais je conçois que l’esprit peut être largement ailleurs quand on a été semi-confinés depuis le mois d’octobre 2020 : on se libère, et le vote passe après. D’autant plus que c’était la fête des pères et peut-être l’occasion de revoir le père ou le grand-père qui était éloigné, distancié depuis si longtemps, etc. Ce relâchement, en plus, n’est pas fautif comme on aurait pu le craindre : l’épidémie est en décrue durable et c’est heureux. Il faut même en profiter, on ne sait pas ce qu’on aura en automne, si le variant delta (indien) l’emportera sur l’immunité par la vaccination ou le contraire.

Mais plus grave est l’impact sur la campagne électorale. Alors, certes, les candidats ont pu faire campagne sur Internet ou à la télévision. Elle a eu lieu, elle était réelle, mais incontestablement, ceux qui les écoutent chez eux, sur Internet ou à la télévision, ce sont déjà des personnes intéressées, curieuses, passionnées, bref, des personnes qui n’avaient sans doute pas l’intention de s’abstenir.

Non, une campagne électorale, ça n’a pas changé, c’était la même chose il y a un siècle et demi, c’est rencontrer les gens en direct, c’est-à-dire physiquement, par des meetings, certes, mais là encore, ceux qui viennent sont surtout des convaincus, mais par des rencontres spontanées sur les lieux publics, sur les lieux de vie, les marchés, les rues marchandes, les gares, etc. Et il faut bien avouer que la campagne électorale a commencé quand la France était en plein confinement et l’épidémie au plus haut de la troisième vague. C’était limite dangereux voire mortel d’aller pseudo-serrer les mains dans les marchés au mois d’avril.

Donc, la plupart des candidats n’ont pas fait de réelle campagne. Et une campagne électorale est toujours nécessaire et utile, c’est le seul moyen pour faire connaître les candidats, leur programme, mais aussi la tenue d’une élection. Qui savait samedi qu’il y avait une élection (deux mêmes !) dimanche ? C’est le genre de sondage qui m’aurait intéressé. Pas étonnant, dans ce contexte, qu’il y ait eu une prime aux exécutifs sortants : ceux qui sont en responsabilité depuis cinq ans sont nécessairement plus connus que les postulants. Certains candidats ne sont connus qu’après l’élection, c’est ballot (je pense entre autres à Jean-Laurent Félizia, j’y reviendrai dans un autre article).

Dans la campagne électorale, il faut aussi s’intéresser aux envois des "professions de foi électorales". Personnellement, j’ai reçu celles des deux scrutins, mais j’étais étonné qu’elles fussent enveloppées dans du plastique (pas très écolo) et pas dans les grandes enveloppes kraft de la préfecture (j’ai compris la sous-traitance au privé car la loi de 2005 oblige un appel d’ofre). Donc, je ne peux pas me plaindre mais la question dont je n’ai pas la réponse actuellement (mais on va le savoir), c’est quelle a été l’ampleur des erreurs, c’est-à-dire, combien d’électeurs inscrits n’ont-ils pas reçu ces professions de foi électorales ?

En tout cas, cette affaire de professions de foi non reçues me rassure : en 2016, dans le cadre de la modernisation, de la simplification et surtout de la réduction des coûts, il avait été pressenti de supprimer ces professions de foi papier pour faire des sites Internet dédiés. J’ai toujours dit qu’on devait maintenir ces envois de professions de foi papier (papier recyclé évidemment) parce que c’est le seul moyen de toucher ceux qui ne s’y intéressaient pas, par distraction, ignorance, refus, etc. Seuls ceux qui sont intéressés iraient rechercher par eux-mêmes les informations, et il y en a beaucoup, chaque candidat a son site dédié, donc, l’info, on la trouve, mais il faut la chercher. Recevoir les infos avec sa facture d’électricité, une pub de l’hypermarché du coin et la carte postale de la belle-sœur, c’est mieux, car c’est spontané et immédiat. On range soigneusement le document pour le samedi d’avant élection.

J’espère cette leçon suffisamment instructive et les protestations suffisamment nombreuses pour que l’idée d’une suppression de ces documents soit à jamais abandonnée. Je ferai peut-être un article sur le sujet, mais il ne faut pas croire que je sois ultraconservateur dans ces procédures électorales, c’est simplement que le vote libre, secret, sincère, cela se traduit par des procédures essentielles dont il ne faut pas vider le sens.

Alors, je reprends l’abstention de 2015 : 50,1%, je rajoute les 8% des trouillards du coronavirus (je les appelle ainsi car le risque est très faible) et il manque en gros 8% qui pourraient largement être mis au crédit d’une non campagne électorale pour cause de covid-19.

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Un autre sondage évoquait trois autres raisons dont la précision laisse un peu à désirer. La première, estimée à 26%, serait "congés ou week-end". Un quart des abstentionnistes aurait autre chose à faire. C’est ce que je proposais plus haut, après une période d’enfermement très longue et bientôt des vacances d’été qui se profilent, il ne reste plus beaucoup de week-ends pour refaire du liant social ou familial. Je le répète, à mon sens, cela ne justifie pas l’abstention car voter ne dure qu’une dizaine de minutes et lorsqu’on est en déplacement, on peut faire une procuration pour qu’un mandataire vote à sa place, mais cette première raison montre bien qu’il est stupide de surinterpréter politiquement cette forte abstention. Le vrai message politique, c’est qu’on veut cuire tranquillement les saucisses sur le barbecue du jardin !

La troisième raison, estimée à 12%, serait : "Manifeste ainsi contre le gouvernement actuel". C’est peut-être vrai dans l’intention, mais pas très pertinent dans les faits. Il est plus sûr et plus efficace de voter pour des candidats opposés au gouvernement si on veut manifester son opposition au gouvernement. Et s’il n’y a aucune offre de remplacement convenable, alors finalement, le gouvernement n’est pas si mauvais que cela. Et du coup, on ne manifeste plus son opposition. C’est donc un raisonnement un peu paradoxal.

J’ai gardé la deuxième raison pour la fin car elle me paraît très importante. Estimée à 22%, ce qui n’est pas rien, elle serait : "Ne se sent pas concerné". Alors, évidemment, ce sont bien les candidats les fautifs, c’était leur rôle d’expliquer aux électeurs les enjeux et l’importance des régions. Ce sont des budgets de plusieurs milliards d’euros : d’un côté, on râle contre le gaspillage de l’argent public, de l’autre côté, on refuse de choisir ceux qui vont gérer l’argent public, n’y a-t-il pas un paradoxe ?

Mais "ne se sent pas concerné" est bien pire que cela. C’est l’échelon même de la région qui, à mon sens, est mis en cause. On a une identité nationale voire européenne, on a une identité urbaine quand on habite dans une agglomération urbaine, c’est une identité forcément, mais l’identité départementale, l’identité régionale sont beaucoup moins évidentes.

Surtout depuis la concentration de grandes régions qui n’ont aucune communauté économique, culturelle ni démographique. L’exemple flagrant est la région "Grand Est" (rien que le nom est stupide, comme la grande région Nord du reste, les "Hauts-de-France"), n’a aucune unicité de population. Les Alsaciens qui ont une identité forte, avec des relations particulières avec l’Allemagne et la Suisse, ne se sentent absolument ni Lorrains ni Ardennais (de plus, la rivalité entre Nancy et Strasbourg est bien plus forte que la rivalité entre Nancy et Metz, sans doute aussi parce que toute l’élite strasbourgeoise a émigré à Nancy en 1870 lors de l’annexion de l’Alsace-Moselle). Quel point commun historique ou géographique entre un habitant de Mulhouse et un habitant de Nogent-sur-Seine ? ou entre un habitant de Charleville-Mézières et un habitant de Saint-Dié ? Curieusement, c’est justement la région Grand Est qui a le plus grand taux d’abstention, avec 70,4%.

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En revanche, la région Corse a une très forte identité culturelle et le taux d’abstention est le plus bas, 42,9%. En écrivant cela, j’utilise cependant un biais, car il n’y a pas que l’identité régionale qui compte, il y a aussi les enjeux et l’enjeu corse reste important (je ne refais pas toute l’histoire institutionnelle corse des vingt dernières années).

Certes, en dehors de la Corse, la différenciation de l’abstention par le sentiment d’identité régionale porte sur quelques points, entre 64% et 70%, mais elle n’est pas négligeable. 64,2% pour la Bretagne à fort sentiment identitaire, tandis que 69,3% pour les Pays de la Loire dont les habitants ne comprennent toujours pas pourquoi la capitale du duché de Bretagne ne se trouve pas en Bretagne (Nantes). Pourquoi ne pas avoir rassemblé les deux régions en Bretagne-Loire qui aurait pu avoir un sens culturel et même géographique. La raison est toute politicienne : le président du conseil régional de Bretagne était le Ministre de la Défense…

L’un des ouvriers de cette réforme territoriale, Thierry Mandon, vient de reconnaître : on s’est planté ! Cela n’a pas simplifié, cela n’a pas fait des économies… et le pire, c’est qu’on va garder ce schéma stupide de grandes régions qui ne signifient plus rien pour les habitants encore longtemps ? Une nouvelle réforme semble donc essentielle et probablement par référendum pour qu’un vrai débat public s’instaure, c’est la seule vraie voie pour réduire l’abstention. Faire de la vraie politique.

Car sinon, que propose-t-on pour réduire l’abstention ? Là aussi, tous les exégètes les plus spécialistes les uns que les autres y sont allés de leurs grandes réformes.

La première proposition est le vote obligatoire : quelle stupidité ! La Belgique a-t-elle une meilleure classe politique, elle qui a été sans gouvernement pendant un an et demi faute de majorité, parce qu’elle a le vote obligatoire ? Sait-on que l’une des sanctions, c’est d’interdire de voter ?! Hilarant ! Moi, quand j’entends le mot "obligation", je sors mon revolver. Encore plus quand on invoque la démocratie. La démocratie, c’est une liberté, le vote est libre. Le rendre obligatoire serait une négation de la démocratie. J’ai toujours voté mais si on rendait le vote obligatoire, je serais vraiment tenté de ne pas voter, par pur esprit de contradiction, et pour manifester mon opposition à cette éventuelle mesure.

D’autres mesures sont avancées. Par exemple, on dit qu’il faut revivifier la démocratie et pour cela, instaurer la proportionnelle. Mais ceux qui la proposent dans ce cadre-là sont-ils autant stupides qu’ils ne le montrent ? Il faut rappeler que les élections régionales sont justement à la proportionnelle, et manifestement, cela n’aide pas à la participation, au contraire, le taux d’abstention pour ces élections régionales est pire que pour les élections législatives de juin 2017.

Il y a aussi la reconnaissance du vote blanc. Mais il est déjà reconnu : depuis 2013, une loi, à l’initiative du groupe UDI, oblige à différencier le vote blanc du vote nul. Le vote blanc, c’est soit une enveloppe vide, soit une enveloppe contenant une feuille blanche. Le reste (graffitis, insultes, bulletins barrés, etc.), c’est le vote nul. Cette différenciation rend encore un peu plus difficile la tâche de ceux qui dépouillent en soirée. Et cela ne fait pas avancer le schmilblick : s’il s’agit juste de faire un autre calcul, cela n’a aucune incidence sur la réalité de l’élection : on élit un homme ou une femme, bref, une personne physique réelle, pas un papier blanc (et pourquoi pas noir, d’ailleurs ?!).

Parmi les mesures imaginées, je pourrais cependant retenir une proposition de François Bayrou, pas vraiment pour réduire l’abstention (même si Patrick Mignola, président du groupe MoDem à l’Assemblée Nationale, l’a évoquée dans sa question au gouvernement le 22 juin 2021), mais pour éviter les affaires politico-financières : créer une banque française pour la vie politique ou quelque chose comme cela (une "banque de la démocratie") qui aurait pour mission de financer les campagnes électorales de candidats susceptibles d’atteindre un minimum de pourcentage leur permettant d’être remboursés par l’État. Il s’agit donc d’une banque qui avancerait l’argent avant remboursement. Le risque est faible si on est sûr que le candidat représente un peu plus que lui et sa famille. Pourquoi cette mesure aurait-elle une influence sur l’abstention ? Parce que l’abstention est due en partie au fait qu’il n’y a pas l’offre souhaitée. Dans ce cas, il faut se présenter soi-même et proposer cette offre manquante. Or, souvent, ce sont des raisons financières qui dissuadent le dépôt de candidature, éliminons cet obstacle et l’on augmentera l’offre.

En conclusion, j’insiste sur le fait qu’il ne faut absolument pas culpabiliser les abstentionnistes : la défaillance vient des candidats, pas des électeurs. Ce sont les candidats qui ont failli, qui n’ont pas su mobiliser les électeurs. C’était d’ailleurs presque drôle d’entendre Marine Le Pen engueuler ses électeurs qui n’étaient pas venus voter pour les listes RN. Eh non, les électeurs, ce sont des clients, il faut les choyer, les ménager, ce sont les candidats qui n’ont pas fait leur boulot, les commerciaux, qui n’ont pas parlé de région, qui n’ont pas parlé des enjeux régionaux, et qui ont simplement, beaucoup trop simplement repris des thèmes nationaux bateaux que les régions sont incapables de régler car ce n’est pas dans leurs attributions : l’immigration, la santé, la sécurité… des thèmes qui ont leur place dans une campagne nationale, certainement pas régionale. Pas étonnant que les sortants aient eu une prime : c’étaient les seuls à parler de la région, des projets qu’ils ont mis en place, des perspectives à venir, etc. Les autres ne savent même pas ce qu’est une région.

De plus, il ne s’agit pas de prendre à la va-vite des mesures pour prétendument moderniser l’opération de voter sous prétexte de lutter contre une abstention massive, et qui risquent fort, au contraire, de déstabiliser une démocratie représentative très fragile et  très sensible. J’y reviendrai et repréciserai certaines choses sur le sujet. Le besoin d’affichage politique entraîne cette notion d’action/réaction qui empoissonne de plus en plus l’action publique.

Comme après un fait-divers émouvant (combien de nouvelle loi d’affichage sur la sécurité sans résultat au bout ?), le gouvernement se sent dans l’obligation de réagir en vitrine pour avoir l’air d’agir. En matière de démocratie, il faut se hâter lentement : pas question de prendre des mesures comme François Hollande a pris cette décision de concentrer les régions quelques semaines après sa défaite aux élections municipales de 2014. Le temps démocratique n’est pas le même que le temps médiatique. Pour fortifier la démocratie, laissons passer les lourdingues de la politique et gardons notre pudeur de gazelle, elle est bonne conseillère.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Suppression des professions de foi lors des élections (28 septembre 2016).
Régionales 2021 (4) : l’abstention, c’est grave, docteur ?
Régionales 2021 (3) : le premier tour, déconfiture ?
Régionales et départementales 2021 (2) : les enjeux.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Les Républicains et la tentation populiste.
Rapport de Jean-Louis Debré du 13 novembre 2020 (à télécharger).
Avis du Conseil scientifique sur la tenue des élections du 29 mars 2021 (à télécharger).
Régionales et départementales 2021 (1) : à propos de leurs dates et de l’âge du capitaine.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Municipales 2020 (4) : bientôt, la fin d’un suspense.
Municipales 2020 (3) : et le second tour arriva…
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Municipales 2020 (1) : retour vers l’ancien monde ?
Régionales 2015 : sursaut ou sursis ?
Les enjeux du second tour des régionales de 2015.
Le premier tour des régionales du 6 décembre 2015.
Les enjeux des élections régionales de décembre 2015.
Les départementales 2015 au second tour.
Les départementales 2015 avant le second tour.
Départementales 2015 : le pire n'est jamais sûr.
Les 4 enjeux nationaux des élections départementales de mars 2015.
La réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 mai 2013.
Le référendum alsacien.
Le vote par anticipation.
Le vote proportionnel.
Le vote obligatoire.
Le vote électronique.
Vive la Cinquième République !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210622-regionales-2021d.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/regionales-2021-4-l-abstention-c-233887

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/06/22/39026464.html






 

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22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 02:23

« Il y avait là toute l’ironie du monde, songeait-il : à suivre aveuglément la lumière, on finit plongé dans le pire des ténèbres. » (Maxime Chattam, "Que ta volonté soit faite", éd. Albin Michel, 2015).



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Cet article a pour but de présenter les rapports de force peu avant le second tour des élections régionales ce dimanche 27 juin 2021 : pour ceux qui n’auraient pas percuté, il y a encore un second tour (aussi pour les élections départementales) et donc, ce n’est pas interdit d’imaginer un sursaut de participation de ceux qui n’avaient alors pas compris que des élections avaient lieu en ce moment.

C’est clair que quoi qu’on en dise, quoi qu’en pensent les (trop rares) électeurs, il y a une évidente "nationalisation" du scrutin régional (pas départemental beaucoup plus délicat à interpréter politiquement) car c’est le dernier scrutin avant le désert… avant la prochaine élection présidentielle, c’est-à-dire que les rapports de force vont se figer jusqu’au nouveau bouleversement politique, comme la France en connaît à chaque nouveau quinquennat (même en cas de réélection).

Le premier constat est qu’il est très difficile de donner une idée très claire des rapports de force en raison des stratégies électorales parfois très différentes des uns et des autres dans les régions. À part les listes du RN relativement claires (sans alliance), tous les autres partis ont fait parfois des alliances, parfois des listes autonomes. Même LREM qui, en dehors de l’exemple flagrant de la région PACA où ce parti n’était même pas présent au premier tour, mais soutient la liste LR de Renaud Muselier, LREM, donc, est souvent avec le MoDem (en tant que majorité présidentielle) mais parfois aussi avec l’UDI, le MR, c’est-à-dire le Mouvement radical (ou pas, ces partis centristes pouvant aussi être en alliance avec LR, comme dans le Grand Est, en PACA, etc.).

Le plus compliqué concerne la gauche, qui est désormais représentée par trois grands courants : la gauche traditionnelle, celle de l’ancienne union de la gauche, incluant le PS et souvent le PCF (plus les radicaux de gauche qui, en principe, étaient "fondus" dans le Mouvement radical mais dont le courant s’est recréé par ailleurs), les écologistes (étiquetés EELV, il y a plein d’autres partis écolos d’appellation non contrôlée et complètement mineurs électoralement, souvent des coquilles vides de certaines personnalités), enfin des listes FI (insoumis) qui sont souvent partie seules, parfois avec les communistes, etc. Et parfois, il y a des listes qui ont regroupé ces trois courants.

Les journalistes de l’hebdomadaire "Le Point" ont cependant réussi le 21 juin 2021 à calculer un semblant de rapport de force en prenant l’étiquette des têtes de liste. Et cela donne ceci : LR et alliés centristes (UDI notamment) : 28,4% ; RN : 19,25% ; PS : 15,8% ; EELV : 13,0% ; LREM et MoDem : 10,6% ; enfin, FI : 5,2%. J’insiste sur le fait que ces données ne sont qu’une estimation et une interprétation des résultats du Ministère de l’Intérieur qui, eux, sont bien plus compliqués car ils prennent en compte les listes d’union partielle ou globale à droite, au centre et à gauche.

Néanmoins, cela donne une bonne vision du paysage électoral, du moins du paysage électoral partiel puisque seulement un électeur sur trois a voté. Précisons qu’il faudra attendre longtemps avant d’avoir les conclusions d’études qui ne manqueront pas de démarrer sur le sujet, mais dans le cas d’autres précédents scrutins avec une abstention forte, des études électorales ont montré que l’abstention n’avantageait aucun parti en particulier car la répartition des affinités électorales restait à peu près la même entre les abstentionnistes et les électeurs votants. Cela reste à démontrer évidemment pour ce scrutin des régionales.

Précisons enfin que les rapports de force ne peuvent être étudiés qu’au premier tour, car le second tour est pollué par le jeu des alliances ou les désistements sans fusion qui donnent un aspect fictif de la réalité électorale au second tour dont l’objectif est de gagner et pas de se compter. Par exemple, il serait intéressant à calculer le total des voix du premier tour de l’ensemble des listes présentes au second tour. Cela donne une idée de la représentativité électorale des combattants du second tour.

La première réflexion, c’est de dire que les partis de l’ancien monde ont gagné (LR et alliés et PS et alliés) tandis que les partis du monde post-2017 ont perdu, à savoir LREM et alliés, RN et FI. J’exclus en revanche EELV qui se situe à la marge entre ancien et nouveau monde et c’est sans doute là la vraie performance : malgré un scrutin qui privilégie les sortants, donc l’ancien monde, EELV a gardé son niveau assez élevé des élections européennes de 2019. Cela ne préjuge de rien pour 2022, vu que la situation de 2019 était l’inverse de 2021 : LR et PS coulés, RN et LREM très forts. Seule constante de 2019 et 2021 en dehors de EELV : FI coulé. Probablement en raison des déclarations de plus en plus affligeantes de son leader Jean-Luc Mélenchon. Ce naufrage n’est donc pas politique mais plutôt personnel.

À ce propos, on ne s’étonnera pas qu’un nouveau parti soit exclusivement affilié à son leader (FI, LREM, RN), tandis que les partis traditionnels (ou pas) qui sont les héritiers de courants philosophiques existent en dehors de leur leader (PS, LR, UDI, MR, EELV), au risque d’ailleurs de ne plus avoir de leader ou d’en avoir trop, ce qui revient au même (ce qui est nouveau pour le mouvement gaulliste qui avait généralement un seul chef malgré les divisions internes qui ont toujours existé).

On pourrait évidemment rappeler prudemment que chaque région est un univers politique particulier, ce qui est vrai. Néanmoins, il y a les invariants qui sont nationaux : ceux qui ont réussi à mobiliser étaient les équipes des exécutifs sortants, de droite comme de gauche. Certains peuvent dire qu’il y a eu des divisions à droite et au centre, mais sans beaucoup de conséquences idéologiques, tandis que la gauche, très divisée idéologiquement, a parfois été capable de faire l’union, au second tour mais aussi au premier tour.

Comme j’indiquais précédemment, les listes LR dans les régions où LR était aux commandes, ont été particulièrement fortes. Il faut cependant bien se garder de surinterpréter les résultats. Par exemple, dans les Hauts-de-France, où la gauche était traditionnellement très forte, le score de Xavier Bertrand (41,4%) ne signifie pas que c’est le potentiel électoral de LR. Il est possible (et même probable) que des électeurs de gauche aient voté dès le premier tour pour Xavier Bertrand car sa liste était la plus capable de battre la liste RN. Cela s’est déjà observé en 2015. Le score très faible de 19,0% de la liste d’union de la gauche de Karima Delli est l’une des conséquences de ce probable vote utile (voter à gauche serait alors considéré comme un vote inutile).

Avant le premier tour, certaines régions pouvaient être gagnées par le RN. C’était déjà le cas en décembre 2015 (dans quatre régions : PACA, Hauts-de-France et Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté). Cependant, dans la configuration du deuxième tour en 2021, seule la région PACA pourrait être gagnée par le RN. Dans les autres, la liste RN est nettement devancée par la liste de l’équipe sortante, du moins en comptant les listes qui ont fusionné.

La stratégie générale est ainsi la suivante, avec parfois quelques exceptions à gauche. À gauche, les listes de gauche se réunissent pour se retrouver unies face à la droite et au centre, et aussi face au RN. Les listes LR ont refusé toute fusion avec d’éventuels autres partenaires (en particulier LREM). Les listes RN et LREM restent au second tour quand elles le peuvent, sans aucune union supplémentaire au second tour.

On comprend bien l’intérêt électoral des listes fusionnées. LR a voulu montrer de la clarté politique, d’où aucune fusion de listes LR avec d’autres listes entre les deux tours, au contraire de la gauche. D’un côté, un programme déterminé, de l’autre, des marchands de tapis qui veulent se répartir les postes mais qui ne sont en accord sur rien sinon se partager le gâteau électoral.

Rappelons la règle du jeu (on peut lire le tableau en fin d’article) : une liste qui a obtenu au moins 10% des suffrages exprimés peut se maintenir au second tour et une liste qui a obtenu au moins 5% peut fusionner avec une autre liste qui peut se maintenir au second tour. La position d’une liste qui a obtenu entre 5 et 10% est donc délicate puisqu’elle ne peut plus gêner les listes du second tour. En revanche, une liste qui fait entre 10 et 15% peut se maintenir et rendre plus difficile l’élection d’une autre liste susceptible de gagner, puisque la majorité relative suffit.

L’un des principes électoraux doit être pris en compte : il n’y a pas de logique arithmétique qui tienne dans les élections. La fusion de deux listes ne fait pas automatiquement venir la somme des électeurs de ces deux listes. Pour trois raisons. La première, c’est l’abstention, si elle est différente (moins ou plus, sursaut ou chute de participation), alors les calculs du premier tour son caducs. La deuxième raison, c’est que l’union de plusieurs listes, lorsqu’elle est portée par un sentiment populaire, fait plus que la somme des listes. Mais paradoxalement, quand il n’y a pas d’élan populaire (ce qui semble être le cas partout pour ce scrutin), alors, la liste unifiée a des risques de rassembler moins que l’ensemble des listes prises individuellement.

Je m’explique plus précisément, car cela concerne la gauche. Il s’agit ici de la constitution de listes d’union de la gauche totalement artificielle puisqu’ils ne sont en accord sur rien. Le PS, le PCF, EELV et FI. Inutile de dire qu’il y a au moins deux gauches irréconciliables (dans compter les deux ailes de EELV et du PS). Or, l’union, au lieu de rassembler, pourrait mécontenter tous les électeurs : la gauche sociale-démocrate ne pourra jamais voter pour une liste soutenue par Jean-Luc Mélenchon ou par des écologistes dogmatiques. Et réciproquement.

Cela conduit à un autre principe électoral : les électeurs respectent rarement les consignes de vote. Même s’ils votent comme les consignes, ce n’est pas par ces consignes qu’ils auront fait leur choix, mais selon leur propre raisonnement. Ce qui est heureux, chacun doit avoir son libre-arbitre. Là,c ‘est du côté des électeurs. Du côté des candidats ou des responsables politiques, évidemment qu’il faut qu’ils prennent leurs responsabilités et prennent position. Même si cela a peu d’influence électorale.

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Un exemple, l’Île-de-France où les trois listes de gauche Bayou (12,9%), Pulvar (11,1%) et Autain (10,2%) ont fusionné sous la direction de Julien Bayou qui, de toute façon, aura gagné beaucoup en notoriété et leadership au sein de EELV (face à Yannick Jadot et Éric Piolle, par exemple). Valérie Pécresse garde encore une avance mais insiste sur un score serré afin de mobiliser son électorat, tandis que les deux autres têtes de liste, Jordan Bardella (RN) et Laurent Saint-Martin (LREM) ont déjà déclaré forfait en disant par avance que Valérie Pécresse sera réélue. Inutile de dire qu’un tel discours de candidats perdus d’avance, qui ne croient pas en leurs chances, est très démobilisateur. Valérie Pécresse a même reçu le soutien inattendu du socialiste Jean-Paul Huchon, ancien président du conseil régional d'Île-de-France et ancien collaborateur de Michel Rocard, qui considère que la liste de gauche ne correspond plus aux idées traditionnelles du PS et est trop à gauche pour lui.

Certaines listes LREM n’ont pas franchi la ligne de 10%, pour les listes LR concurrentes, c’est autant de potentiel de voix qui ne coûtent rien, c’est-à-dire, qui ne se négocient pas puisque ces listes ne peuvent pas se maintenir et que la décision claire de refuser toute fusion évacue tout idée de marchandage.

Et il y a le cas de la région PACA où, après bien des hésitations, et sommé par les états-majors parisiens, Jean-Laurent Félizia, tête de la liste d’union de la gauche, a finalement annoncé son retrait et son vote sans condition pour la liste LR de Renaud Muselier afin de faire barrage à la liste RN de Thierry Mariani. Au nom du "front républicain".

Attardons-nous sur le front républicain. On en parle souvent depuis 1983. L’expression historique exacte est l’alliance entre les radicaux et les socialistes face à une coalition de centre droit, en janvier 1956. Ce front républicain a été mené par Pierre Mendès France, il a gagné les élections législatives de janvier 1956, mais le Président de la République a nommé Guy Mollet, chef du plus grand parti de la majorité (SFIO) à la tête du gouvernement. On voit bien que cela n’a aucun rapport avec le barrage contre le RN.

L’expression front républicain provient en fait de la tradition de la "discipline républicaine" à une époque où les conservateurs étaient monarchistes. Il s’agissait, au début de la Troisième République, du désistement mutuel au second tour des candidats républicains au profit du candidat républicain ayant obtenu le plus de voix. À partir du milieu des années 1920, avec l’arrivée du Cartel des gauches puis du Front populaire, la discipline républicaine s’est transformée en désistement au profit d’un candidat de gauche unique (radicaux, SFIO, PCF). Une pratique qui s’est poursuivie avec le programme commun de la gauche à partir de 1972 à une époque où la SFIO revenait d’une longue période anticommuniste (les socialistes préféraient l’élection d’un candidat centriste à celle d’un candidat communiste ; c’est François Mitterrand qui a rompu avec cet atavisme pour adapter le PS aux institutions de la Cinquième République).

Dans notre cas de barrage au RN, je crois qu’il faut prendre la pratique originelle où étaient incluses toutes les formations politiques républicaines, et pas seulement la gauche même si cela s’appelait la gauche républicaine à l’époque, par exemple, le parti de Raymond Poincaré (Alliance républicaine, d’abord située à gauche puis au centre droit de l’échiquier politique). Il n’est donc pas scandaleux, historiquement, que des formations dites républicaines fassent barrage à un mouvement qu’elles ne considéreraient pas républicain (là est d’ailleurs sujet à discussion). Mais dans tous les cas, les jeux d’alliance, de désistements, de soutiens sont libres et n’ont pas forcément à se justifier, si ce n’est par les urnes.

Le retrait de la liste Félizia entraîne-t-il la victoire inéluctable de la liste de Renaud Muselier ? La réponse est clairement non. D’ailleurs, un sondage publié le 23 juin 2021 le donne gagnant avec …51% contre 49% à Thierry Mariani. Autant dire que ce n’est pas significatif quand l’erreur est de l’ordre de 4%. Des électeurs de gauche pourraient en effet voter pour Renaud Muselier pour ne pas faire élire une liste RN, mais d’autres électeurs pourraient s’abstenir (on ne les distinguera pas avec ce climat d’abstention massive), ou encore voter pour la liste RN qui a récupéré beaucoup de votes ouvriers (mais peut-être pas en PACA où le RN ratisse surtout dans la droite dure et peu à gauche comme dans le nord de la France).

Réciproquement, le maintien d’une troisième liste (de gauche) n’avantagerait pas forcément une liste RN face à une liste LR. L’exemple du Grand Est en 2015 est assez clair : malgré les nombreux appels de l’appareil du PS, la tête de liste socialiste Jean-Pierre Masseret (PS), président du conseil régional sortant de Lorraine, sénateur et ancien ministre, a refusé de se désister, considérant que l’absence totale d’élu socialiste serait pire qu’une éventuelle victoire de Florian Philippot. Donc, il a maintenu sa liste au second tour …mais ses électeurs ne l’ont pas suivi et ont en partie voté pour la liste LR de Philippe Richert. Jean-Pierre Masseret est passé de 16,1% au premier tour à 15,5% au second tour, et Philippe Richert l’a largement emporté avec 48,4% face à Florian Philippot 36,1%.

Très curieusement, une autre région est sous les radars, la Bourgogne-Franche-Comté. Le RN y est très implanté. Déjà à l’élection législative partielle de la 4e circonscription du Doubs les 1er et 8 février 2015, le FN avait montré une forte audience électorale au point d’être en capacité de remporter la circonscription. Aux élections régionales des 6 et 13 décembre 2015, le scrutin était très serré. Au premier tour, trois listes étaient dans la compétition : 31,5% à la liste FN de Sophie Montel (elle a quitté le FN depuis, dans le sillage de Florian Philippot), 24,0% à la liste UDI-LR de l’ancien ministre centriste François Sauvadet et 23,0% à la liste PS de Marie-Guite Dufay. En quatrième position, il faut ajouter la liste Debout la France (DLF) qui a fait 5,2%. Au second tour, Marie-Guite Dufay a gagné avec 34,7% contre 32,9% à François Sauvadet et 32,4% à Sophie Montel. On voit à quel point le scrutin était serré.

On peut comprendre donc qu’en 2021, la tête de liste LR ait fait alliance dès le premier tour avec DLF, le parti de Nicolas Dupont-Aignan. Cela n’a pas suffi à être en tête et quatre listes se disputent la victoire (en fait, trois seulement) : la liste PS-PCF de Marie-Guite Dufay avec 26,5%, la liste RN de Julien Oudol avec 23,2%, la liste LR-UDI-DLF de Gilles Platret avec 21,0%, enfin la liste LREM-MoDem-MR de Denis Thuriot avec 11,7%. Pour le second tour, ces quatre listes restent présentes, avec une fusion dans la liste de Marie-Guite Dufay de la liste EELV de Stéphanie Modde qui a obtenu 10,3%. Cette liste de gauche a aussi une réserve de voix avec la liste FI de Bastien Faudot qui n’a obtenu que 4,5% (sans possibilité de fusion). Notons que certains centristes ont refusé l’alliance LR-DLF et ont préféré rejoindre la liste LREM.

Comme on le voit, avant fusion de liste, il y avait un risque de victoire de la liste RN qui pouvait repasser devant la liste PS. Mais avec 15% de réserves supplémentaires de voix, ce qui ferait 18 points d’avance sur la liste RN, le risque d’une victoire du RN est donc désormais écarté. Cela explique le maintien des deux autres listes (LR et LREM).

Or, cette région a été le prétexte de faire de la récupération politicienne de la part de deux anciens partis, LR et PS, et cela dès le soir du 20 juin 2021 et encore les jours suivants, y compris après la fusion de la liste de gauche avec la liste écolo.

D’un côté, très solennellement, Christian Jacob, le président de LR, a mis sur le même pied d’égalité le front républicain contre le RN et un front contre une gouvernance avec l’extrême gauche, notamment FI. Et il a fustigé LREM de s’être maintenu avec ses 11,7%. Dans l’esprit de Christian Jacob, les électeurs LREM se reporteraient sur la liste LR-DLF qui pourrait arriver en tête et battre la liste de gauche (ce qui paraît impossible en fait, car en comptant LR et LREM, cela ne ferait encore que 31,7%, nettement insuffisant pour atteindre la première place). Christian Jacob a aussi appelé au retrait de la liste LREM de François de Rugy pour faire gagner le centre droit.

De l’autre côté, avec une encore plus grande mauvaise foi, le PS (par la voix d’Olivier Faure) a appelé au retrait de la liste LREM pour éviter la victoire du RN. Or, cela ne trompe que ceux qui n’ont pas une idée précise de la situation électorale en Bourgogne-Franche-Comté. En effet, comme je l’ai indiqué plus haut, à partir du moment où la liste écolo qui a fait 10,3% a fusionné avec la liste PS, il y a peu de risque pour une victoire du RN dans cette région. Mais ce qui est étonnant dans la formulation, c’est que le PS demande le retrait de la liste LREM et pas le retrait de la liste LR, ce qui aurait été bien plus efficace pour éviter la victoire du RN. Surtout que le PS a fait la chose inverse en PACA au profit de la liste LR.

Cette demande socialiste est clairement du matraquage électoral pour le seul but de nuire à Emmanuel Macron dans l’optique de l’élection présidentielle de 2022. Pourquoi s’en prendre à la liste LREM et pas à la liste LR, si l’objectif est un front républicain et un barrage au RN ? C’est avec ce genre d’arguments fallacieux que l’on dégoûte les électeurs et qu’on encourage l’abstention. Honte au PS de jouer sur cette corde-là !

Le PS a le droit de dire que le front républicain est toujours dans le même sens, c’est-à-dire le retrait d’une liste de gauche au profit d’une liste de centre droit pour faire barrage à une liste RN. Il a même raison, c’est ce qui se produit généralement. Mais à qui la faute ? Certainement pas à la liste qui est le plus apte à battre le RN ! La responsabilité incombe à la liste de gauche qui a été incapable de convaincre les électeurs et de se placer en position, sinon de favorite, au moins d’adversaire principal. Après tout, si la liste de gauche est si bas dans les urnes, c’est peut-être que le problème se situe au sein de la gauche, pas de ses adversaires ou concurrents.

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Je termine mon article par un (autre) coup de gueule contre tous les éditocrates qui commentent sans jamais travailler leurs sujets. Le café du commerce est accessible à tout le monde, on peut commenter sans rien connaître, seulement en ronchonnant contre des choses qui choquent et contrarient. Mais le travail d’un journaliste, c’est d’aller plus loin, de chercher les raisons pour lesquelles tel ou tel choix a été fait par ceux qui l’ont fait.

Je veux évoquer ici les problèmes de distribution des professions de foi électorales des candidats, certains électeurs (dans une proportion à déterminer) n’ont pas reçu ces documents électoraux (à temps), qui auraient pu leur avertir qu’il y avait deux scrutins les 20 et 27 juin 2021. Or, la distribution a été réalisée par deux entreprises choisies à la suite d’un appel d’offre. C’est donc une délégation de service public, et beaucoup de commentateurs de café du commerce ont pesté sur le fait que l’État ait fait appel à des entreprises extérieures (privées ou publiques, car l’une des deux est La Poste) au lieu de le faire lui-même.

Et d’imaginer que c’est encore l’illustration du supposé ultralibéralisme du Président Emmanuel Macron (j’insiste sur "supposé" car lorsqu’on injecte plus de 120 milliards d’euros d’argent public dans l’économie, je n’appelle pas cela du libéralisme, c’est même une politique encore plus étatique que celle proposée par Jean-Luc Mélenchon lors de la dernière campagne présidentielle !).

Si les commentateurs avaient été un peu plus perspicaces et pris soin de bosser leur sujet, ils auraient compris que c’était devenu une obligation légale pour l’État, dans le cadre de la loi n°2005-516 du 20 mai 2005 relative à la régulation des activités postales. Une loi adoptée sous la Présidence de Jacques Chirac et signée également des membres du gouvernement suivants : Jean-Pierre Raffarin (Premier Ministre), Dominique Perben (Justice), Thierry Breton (Économie, Finances et Industrie) et Patrick Devedjian (Industrie). On pourra toujours discuter de l’origine de la loi (dérégulation européenne et réduction des dépenses publiques), mais à ce jour, à ma connaissance, aucun (grand) parti n’a proposé de la modifier, et si oui, il l’a fait très discrètement.

Certes, on ne peut pas connaître toutes les lois, mais alors, on aurait pu écouter un peu les questions au gouvernement de la séance très attendue (après une élection) du mardi 22 juin 2021 sur ce problème important pour la démocratie. Répondant au président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde, le Premier Ministre Jean Castex a déclaré : « Monsieur le Président Lagarde, votre question met en lumière un dysfonctionnement particulièrement regrettable. Permettez-moi de rappeler à la représentation nationale que le système de distribution de la propagande électorale est organisé conformément à la loi de 2005 relative à la régulation des activités postales qui impose, ainsi que vous l’avez rappelé, la mise en concurrence de cette prestation, ce que l’État a déjà fait à plusieurs reprises depuis la promulgation de la loi, à laquelle il se conforme. ». Jean-Christophe Lagarde avait déclaré dans sa question : « Alors qu’habituellement, l’État parvient à assurer dans de bonnes conditions la distribution de cette information, je n’ai jamais vu cela en trente-cinq ans d’engagement militant. ».

On pourrait aussi relire la réponse qu’a faite le Ministère de l’Intérieur le 13 mai 2021 à la question écrite n°22471 du sénateur Jean-Louis Masson publiée au journal officiel du 22 avril 2021 : « L’administration organise l’acheminement des enveloppes électorales aux électeurs du département concerné avec l’opérateur postal. L’acheminement de la propagande électorale est une opération désormais complexe qui fait intervenir une multiplicité d‘acteurs avec de nombreuses ruptures de charge dans des délais fortement contraints. La loi n°2005-517 du 20 mai 2005 relative à la régulation des activités postales et la loi n°2010-123 du 9 février 2010 relative à l’entreprise publique Le Poste et aux activités postales visent à concilier l’existence et la viabilité du service universel postal avec l’introduction graduelle de la concurrence sur le marché des envois de correspondance. Il semblerait totalement anachronique d’empêcher l’État d’externaliser la distribution de la propagande jusqu’aux boîtes aux lettres des électeurs, secteur qui est aujourd’hui ouvert à la concurrence, alors que l’État s’efforce d’optimiser ses ressources dans le cadre d’une politique générale de meilleure gestion des deniers publics. ».

Une simple attention portée au sujet pouvait éviter de faire de gros raccourcis et de réels contresens sur le supposé libéralisme d’Emmanuel Macron. Le gouvernement n’a fait que respecter la loi, et probablement qu’en matière de marchés publics, le degré d’exigence n’était pas au rendez-vous. Là est sa responsabilité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Régionales 2021 (5) : vous avez dit front républicain ?
Suppression des professions de foi lors des élections (28 septembre 2016).
Régionales 2021 (4) : l’abstention, c’est grave, docteur ?
Régionales 2021 (3) : le premier tour, déconfiture ?
Régionales et départementales 2021 (2) : les enjeux.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Les Républicains et la tentation populiste.
Rapport de Jean-Louis Debré du 13 novembre 2020 (à télécharger).
Avis du Conseil scientifique sur la tenue des élections du 29 mars 2021 (à télécharger).
Régionales et départementales 2021 (1) : à propos de leurs dates et de l’âge du capitaine.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Municipales 2020 (4) : bientôt, la fin d’un suspense.
Municipales 2020 (3) : et le second tour arriva…
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Municipales 2020 (1) : retour vers l’ancien monde ?
Régionales 2015 : sursaut ou sursis ?
Les enjeux du second tour des régionales de 2015.
Le premier tour des régionales du 6 décembre 2015.
Les enjeux des élections régionales de décembre 2015.
Les départementales 2015 au second tour.
Les départementales 2015 avant le second tour.
Départementales 2015 : le pire n'est jamais sûr.
Les 4 enjeux nationaux des élections départementales de mars 2015.
La réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 mai 2013.
Le référendum alsacien.
Le vote par anticipation.
Le vote proportionnel.
Le vote obligatoire.
Le vote électronique.
Vive la Cinquième République !

_yartiRegionales2021A04



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210623-front-republicain.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/06/25/39030042.html



 

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17 juin 2021 4 17 /06 /juin /2021 03:43

« Il ne faut pas faire du Rassemblement national le sujet unique des élections. » (François Bayrou, le 16 juin 2021).



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Le maire de Pau, président du MoDem et surtout Haut Commissaire au Plan François Bayrou a raison : invité de la matinale de LCI ce mercredi 16 juin 2021, il voulait ne pas focaliser l’enjeu des élections régionales et départementales exclusivement sur le score du RN, à moins de vouloir en faire explicitement sa promotion publicitaire. Mais néanmoins, le RN est quand même une partie des enjeux.

On vote dimanche prochain, et l’on vote deux fois ! Dernières élections avant l’élection présidentielle de 2022, elles donneront des rapports de force qui seront donc auscultés avec minutie pour comprendre l’électorat, son évolution, ses attentes, ses regrets, ses déceptions, ses rejets, mais aussi ses adhésions, les thèmes porteurs, les thèmes d’avenir.

Au point d'en finir avec le port du masque à l'extérieur le 17 juin 2021 et avec le couvre-feu le 20 juin 2021, la très impressionnante décrue épidémique en France (moins de 3 500 nouveaux cas détectés par jour en moyenne sur les sept derniers jours), probablement grâce à la vaccination massive (plus de 30,8 millions de personnes vaccinées, soit plus de 46% de la population totale ; ce mouvement s’observe aussi en Israël, aux États-Unis, en Allemagne, en Italie, etc., sauf au Royaume-Uni à cause du variant indien) justifie a posteriori le maintien de ces élections avant la période des vacances estivales. Mais rien n’était "joué" d’avance le 13 avril 2021, à une époque où la France se trouvait au pic de la troisième vague.

On va d’abord en finir avec la tarte à la crème des médias, le speech sur l’abstention prévue très importante, sur la perte de confiance dans la démocratie, sur le discrédit de la classe politique, etc. Il y a plein de raisons pour que l’abstention soit énorme, mais ce qui est sûr, c’est qu’à l’élection présidentielle, comme bizarrement, tous les cinq ans, les électeurs viennent en masse pour choisir leur Président de la République. Le discrédit est donc très relatif.

L’abstention n’en est toutefois pas moins inquiétante. Je constate même dans ma commune que non seulement, on risque l’abstention massive (une commune qui participe beaucoup plus que la moyenne nationale), mais en plus, on a du mal à trouver des assesseurs à seulement quatre jours du scrutin, ce qui est plutôt navrant (il faut par bureau de vote environ treize assesseurs, y compris son président et un bureau de vote regroupe environ mille électeurs inscrits). Je n’ose imaginer le recrutement (sur le tas) des bonnes âmes pour dépouiller le soir (et malgré l’abstention prévisible, le dépouillement sera long et laborieux à cause de deux scrutins et d’un grand nombre de listes ; en Île-de-France, par exemple, il y a onze listes !).

Cette abstention est souvent associée à la nature de ces scrutins locaux : les citoyens ont plus une identité nationale (voire européenne) et communale qu’une identité départementale ou régionale. De plus, le regroupement des régions en 2014, réalisé de manière incohérente et sans intérêt économique, a renforcé cette absence d’identité régionale (comment imaginer qu’un Alsacien puisse avoir la même identité régionale qu’un habitant de Nogent-sur-Seine, par exemple ?). Les élections régionales et départementales sont les scrutins où l’abstention est traditionnellement très élevée.

À cela, il faut rajouter : la pandémie de covid-19 (certains électeurs, malgré la vaccination, malgré la chute du nombre de nouveaux cas, peuvent avoir encore peur de se faire contaminer) ; la météo, soleil et  temps estival qui ne donne pas forcément envie de rater des week-ends de détente, d’autant plus que c’est après une très longue période de semi-confinement et de limitation des déplacements ; enfin, l’absence d’enjeux vraiment compréhensibles pour les électeurs.

On ne peut pas dire que les médias ne parlent pas de la campagne électorale. Au contraire, je trouve que beaucoup de débats ont été organisés, France 3 sur ses antennes locales, même des chaînes comme LCI ont consacré des soirées spécifiquement à certaines régions, etc.

Mais il faut bien le reconnaître, ces élections régionales et départementales ont d’abord des enjeux internes à la classe politique : c’est le moment où des postes sont gagnables, des rémunérations aussi, pour faire de la politique, du militantisme, des tremplins pour d’autres mandats. Autant les élections municipales font intervenir surtout des bénévoles (la rémunération des élus municipaux, quand il y en a, est très faible compte tenu du temps passé), autant celle des membres des conseils régionaux ou départementaux permet au moins de continuer à faire de la politique exclusivement. L’enjeu premier est donc là : garder tout un vivier de militants rémunérés et en capacité d’être expérimentés sur la gestion de collectivités publiques.

L’enjeu politique associé, c’est la pérennité de "l’ancien monde", c’est-à-dire la prédominance des "anciens" partis de gouvernement (principalement PS et LR, et leurs alliés) sur la gestion des régions et des départements, comme cela semble s’envisager malgré leurs grosses pertes au niveau national (pertes électorales et financières à l’élection présidentielle, aux législatives et aux européennes, mais aussi perte de leadership et même de leaders tout simplement). À cet égard, tous ces partis suivent la même évolution que le parti radical à partir de la fin des années 1950 et le parti communiste français à partir de la fin des années 1980.

Car les deux principaux partis restent dans les esprits LREM et le RN. Il est assez stupide, d’ailleurs, de vouloir calquer les élections régionales (plus politisées que les élections départementales) à la future élection présidentielle pour la raison simple que le parti présidentiel, LREM, est pratiquement absent des régionales, absent des listes susceptibles de gagner véritablement une région (métropolitaine). Or, la faiblesse de LREM aux régionales n’a rien à voir avec la capacité du Président Emmanuel Macron à gagner la future élection présidentielle (les sondages sont plutôt flatteurs pour une fin de mandat). Ainsi LREM et LR semblent très complémentaires : LREM a un candidat présidentiable indiscutable et LR a des candidats locaux indiscutables et expérimentés.

Donc, s’il devait y avoir un enjeu qui puisse avoir un sens pour la future élection présidentielle, c’est évidemment les résultats du RN et surtout, le nombre de conseillers départementaux RN (élus au scrutin majoritaire) et le nombre de régions gagnées éventuellement par le RN. Attention aux fausses significations : la ville de Perpignan a été gagnée par le RN en juin 2020 et cela ne signifie pas que Marine Le Pen va gagner en 2022.

D’ailleurs, si on a une analyse détaillée de la situation, souvent, là où le RN peut gagner, il y a des considérations très fortes sur un passé électoral très marqué. C’est le cas de la PACA (lire plus loin).

Je vais justement en venir à certaines régions importantes (toutes le sont mais certaines sont plus significatives que d’autres). Mais avant, je voudrais énumérer quelques "leaders" politiques dans les régions que je ne détaillerai pas ici. En particulier, je propose de bien se rappeler la candidature de François de Rugy (LREM) à la région Pays de la Loire (Édouard Philippe est allé le soutenir à Guérande le 12 juin 2021) face à Christelle Moançais (LR), présidente sortante, Matthieu Orphelin (EELV-FI, ex-LREM) et Guillaume Garot (PS), de Marc Fesneau (MoDem) à la région Centre-Val de Loire, de Julien Odoul (RN) à la région Bourgogne-Franche-Comté (le jeune homme créateur de polémiques inutiles qui ne font qu’exacerber les sentiments haineux), d’Isabelle Le Callennec (LR) à la région Bretagne, d’Hervé Morin (LC) à la région Normandie (président sortant), face à Nicolas Bay (RN) et Sébastien Jumel (PCF), d’Alain Rousset (PS) à la région Nouvelle-Aquitaine (président sortant) face à Nicolas Florian (LR) et Geneviève Darrieussecq (ministre MoDem), enfin, de Carole Delga (PS) à la région Occitanie (présidente sortante) face à Aurélien Pradié (LR) et Jean-Paul Garraud (RN, ex-UMP).

Et indiquer que la stratégie des partis et des alliances peuvent varier d’une région à l’autre. Par exemple, l’UDI généralement fait équipe avec LR, mais pas systématiquement et dans certaines régions, avec LREM et le MoDem, tandis que LC (Les Centristes d’Hervé Morin) fait toujours équipe avec LR. La gauche fait parfois l’union, parfois pas, et souvent, il y a des listes PS et alliés face à des listes de gauche dure (PCF, FI, etc.). Certaines fois, les écologistes font équipe avec la gauche, plus ou moins molle, ou pas. Et le RN recycle parfois d’anciens UMP (c’est le cas dans trois régions au moins) comme habiles chevaux de Troie. Quant à LREM, généralement, il y a une liste LREM mais pas toujours. Après, si les électeurs y comprennent quelque chose, ma foi, c’est qu’ils sont hyper-intelligents, hyper-attentifs (bien plus que les journalistes) et à mon sens, ils mériteraient de se présenter eux-mêmes et d’être élus !

Venons-en maintenant à cinq régions tests. J’évoque plus en détail cinq régions parce que je ne peux pas toutes les évoquer en détail et parce que ces régions ont une importance politique nationale (à mon sens).


L’Île-de-France

L’Île-de-France est une région très spécifique pour la vie électorale. Par exemple, il est impensable que le RN puisse conquérir cette région qui favorise plutôt la gauche radicale et les centristes (ainsi que les écologistes). C’est pour cela que la position de la présidente sortante Valérie Pécresse, qui a quitté son parti d’origine LR et qui s’est interdit d’évoquer l’élection présidentielle avant la fin des élections régionales, est très solide. Cette solidité est renforcée par son bilan particulièrement positif qui a montré l’efficacité de l’ancienne ministre dans de nombreux domaines. Elle a, de plus, une bonne équipe, avec des têtes de liste départementale particulièrement efficaces, j’en citerai quelques-unes : Philippe Juvin (92), médecin médiatisé par la crise sanitaire, Robin Reda (91), Valérie Lacroute (77), Florence Portelli (95), Bruno Beschizza (93) et Frédéric Péchenard (75).

Face à Valérie Pécresse, la grande favorite du scrutin, la principale opposition aurait dû être socialiste (le PS occupe la mairie de Paris). Pourtant, le choix d’y mettre l’ancienne journaliste Audrey Pulvar a été une grande erreur. Certes, elle est connue, mais gérer une grande région et surtout, convaincre les électeurs, c’est autre chose que savoir lire les prompteurs et créer d’inutiles polémiques sur divers sujets qui n’ont rien à voir avec les élections et qui ont pollué la plupart de ses messages. Dans son équipe, elle ne peut vraiment se reposer que sur Jérôme Guedj, ancien député, énarque et ancien président du conseil général de l’Essonne, qui tient la route en matière politique et électorale (je l’écris bien que j’apprécie très peu ses choix politiques).

Alors, évidemment, avec de telles carences, les socialistes pourraient se faire distancer par une candidate qui a la politique dans la peau, qui passe très bien à la télévision même si je suis opposé à peu près à toutes ses idées mais dont j’admire la combativité et aussi la bonne foi, à savoir Clémentine Autain, qui mène les listes de la gauche radicale (FI, PCF, etc.). À noter que parmi les têtes de listes dans les départements, il y a Sophia Chikirou (75) qui sera donc probablement élue. Ou pas.

Autre concurrent sérieux à gauche, les listes écologistes de Julien Bayou, qui, si j’ose le calembour, ne manque pas d’air pour être centriste (comprenne qui pourra), qui passe plutôt bien, a un look ni arrogant ni démago, avec une communication très efficace. Lui pourrait créer la surprise. Dans les sondages, Pulvar, Autain et Bayou seraient en parts égales autour de 10% d’intentions de vote. Si l’un convainquait les électeurs des deux autres qu’il serait le mieux à même de représenter la gauche, un glissement de voix de derrière minute pourrait le favoriser, et Julien Bayou est certainement le mieux placé pour ce déplacement de voix.

Le parti présidentiel LREM est mené par Laurent Saint-Martin. Ce député est le rapporteur général du budget, c’est l’une des plus importantes fonctions au Palais-Bourbon, en revanche, dans les débats, sa communication est très mauvaise, on dirait qu’il vendrait un baril de lessive que cela serait le même exercice, on ne sent pas d’incarnation d’un discours politique, au contraire de deux de ses colistières, qui ont bien appris de la politique, Marlène Schiappa (75) et Amélie de Montchalin (91). L’objectif de LREM serait d’arriver devant le RN au premier tour et de se présenter comme une solution alternative crédible face à Valérie Pécresse, mais cette dernière, modérée, a déjà largement séduit sinon convaincu un électorat centriste et même macroniste.

Le RN, quant à lui, est mené par Jordan Bardella, qui fut tête de liste RN aux élections européennes de 2019, liste arrivée en tête au niveau national. Vice-président du RN, il est donc un grand espoir du RN et un bon débatteur, posé, très loin de l’image du FN version Stirbois qui était beaucoup plus facile de combattre par ses excès.

Parmi les "petits candidats", citons la liste LO de Nathalie Arthaud, l’insubmersible Nathalie Arthaud, notre Arlette Laguiller contemporaine, dont l’expression verbale qui insiste toujours sur son dégoût de la société actuelle n’incite pas beaucoup à lui faire confiance même si je ne doute pas qu’elle a des faces cachées particulièrement riches (et agréables).


Le Grand Est (Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes)

Le président sortant du conseil régional du Grand Est est Jean Rottner (LR) qui a été sur le front de la crise sanitaire, à la fois médecin urgentiste (qui a repris son stéthoscope) et président de la région d’où est partie la première vague (Colmar). Sa réélection serait méritée et est probable. Dans le cadre d’une large union regroupant LR, mais aussi l’UDI et le Mouvement radical dont le président est l’ancien ministre et ancien maire de Nancy Laurent Hénart, Jean Rottner peut s’appuyer sur une base solide d’élus locaux ou de parlementaires, dont ses têtes de liste départementale, en particulier Arnaud Robinet (51), Valérie Debord (54), François Grosdidier (57) et Daniel Gremillet (88). Jean Rottner a refusé la présence sur sa liste de Nadine Morano, ce qui était déjà le cas avec son prédécesseur Philippe Richert.

La majorité sortante est concurrencée par LREM mené par l’actuelle ministre Brigitte Klinkert (qui fut élue présidente LR du conseil départemental du Haut-Rhin pour remplacer Éric Straumann, député touché par le cumul et devenu l’actuel maire LR de Colmar). La ministre est donc politiquement très proche de la majorité régionale sortante.

À leur droite, deux listes s’opposent. Celle de Florian Philippot (ancienne tête de liste FN en 2015) qui a de grande probabilité de faire un score microscopique (comme aux européennes), soutenu par le microparti de Jean-Frédéric Poisson, et celle du RN dirigée par Laurent Jacobelli, porte-parole du RN et un peu instable (candidat DLF aux départementales en Essonne en 2015, candidat FN aux législatives aux Bouches-du-Rhône en 2017, etc.). À noter que deux élus anciennement LR ou UMP sont des têtes de liste RN dans le Grand Est : le sénateur Jean-Louis Masson (57) et Philippe Morenvillier (54), ancien suppléant de Nadine Morano et devenu député quand elle a été nommée ministre et ancien maire de Velaine-en-Haie.

À gauche, une surprise, l’ancienne ministre socialiste (devenue romancière) Aurélie Filippetti est …tête de liste FI pour le Grand Est et s’oppose à la candidate EELV, PS, PCF Éliane Romani.


L’Auvergne-Rhône-Alpes

La situation semble être assez proche de l’Île-de-France : un candidat LR à sa réélection qui serait le favori mais un risque d’une surprise écologiste, en sachant que dans cette région, Lyon, Grenoble et Annecy sont dirigés par des maires écologistes. Les sondages aussi sont peu éloignés de ceux de l’Île-de-France : LR et alliés sortant très loin devant, puis RN assez fort, LREM très solide, et la gauche divisée et en perte de représentativité.

À la différence des Hauts-de-France et de l’Île-de-France, le président sortant de cette région, l’ancien président LR Laurent Wauquiez, ne semble pas, à l'heure actuelle, candidat à la candidature LR à l’élection présidentielle, ce qui lui permet de se focaliser sur les seules questions d’ordre régional (à moins qu'une bonne performance ne le remette en situation pour 2022). Il bénéficie du soutien de LR, mais aussi de l’UDI.

À gauche, celle qui voudrait être l’opposante numéro une est l’ancienne ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem, qui doit néanmoins concurrencer deux autres listes de gauche, celle de FI et du PCF menée par la communiste Cécile Cukierman et celle de EELV menée par Fabienne Grébert.

Tête de liste LREM, le député Bruno Bonnell, qui a créé l’un des premiers fournisseurs d’accès Internet français, Infonie, avait très largement battu Najat Vallaud-Belkacem aux élections législatives de 2017 à Villeurbanne. Ce proche de Gérard Collomb a adhéré au Mouvement radical en 2019 et est soutenu aussi par le MoDem, Agir, le microparti de Jean-Yves Le Drian et le microparti de Barbara Pompili.

J’ai gardé les deux dernières régions pour la fin… Ce sont les deux régions dont on dit régulièrement qu’elles pourraient basculer en faveur du RN, c’était déjà le cas en décembre 2015.


Les Hauts-de-France

La situation politique du président sortant Xavier Bertrand, ancien ministre UMP qui a quitté son parti pour être plus libre, est assez compliquée. D’une part, en 2015, il a obtenu le désistement de la liste de gauche (qui n’a eu aucun élu pendant cinq ans et demi, donc) et c’était le seul moyen, pour lui, de gagner la région. D’autre part, il a entremêlé régionales et présidentielle, et à mon sens, à contretemps. En gros, il dit : si je suis réélu à la tête de la région, je me présente à la présidentielle (et j’oublie la région), et si je suis battu aux régionales, je quitte la vie politique (c’est le cas aussi de Valérie Pécresse), et donc, adieu la présidentielle. Dans les deux cas, il montre peu de respect à ses électeurs régionaux et confirme que sa région n’est qu’un tremplin et pas une vocation.

Xavier Bertrand a pourtant bien géré la région, avec une réelle démarche pragmatique qui vise à clarifier les problèmes et à rechercher efficacement des solutions, une méthode plutôt appréciée de tous. Il jouit d’ailleurs d’une bonne image à gauche et les sondages montrent que les électeurs de gauche sont prêts à voter pour lui dès le premier tour pour éviter la victoire du RN. La liste menée par Xavier Bertrand est soutenue par LR, l’UDI et le Mouvement radical. Il s’est entouré notamment de deux femmes maires, Brigitte Fouré (UDI) à Amiens et Natacha Bouchart (LR) à Calais.

En face de lui, faisant jeu égal dans les sondages, se dresse le RN mené par Sébastien Chenu, porte-parole du RN, un apparatchik élu député. Il n’a pas la notoriété de Marine Le Pen mais a déjà une grande expérience politique. Ancien encarté du parti républicain (PR) puis de l’UMP (il a même travaillé dans le cabinet de Christine Lagarde à Bercy), Sébastien Chenu a la capacité d’attirer l’électorat populaire qui était originellement favorable à la gauche.

Et cette gauche a réussi à s’unifier autour de la députée européenne EELV Karima Delli, soutenu par EELV, le PS, le PCF, FI, etc. Elle est quand même en retard sur les deux précédentes équipes. Rappelons que cette région au nord de la France (en haut de la carte) était un bastion historique de la gauche.

En quatrième position, avec un véritable questionnement sur sa stratégie régionale, LREM est mené par le ministre Laurent Pietraszewski, ancien DRH chez Auchan et celui qui, au gouvernement, s’est occupé de la réforme des retraites. À moins d‘un miracle, sa liste n’a aucune chance de gagner et pourtant, il y a des ministres qui se battent. Ainsi, le bruyant Ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti est la tête de liste pour le Pas-de-Calais. Pourquoi ne pas l’avoir mis en têts de liste régionale alors qu’il a une notoriété mille fois supérieure à Laurent Pietraszewski et un talent de communication sans égal ? Mystère.

L’autre contradiction, c’est que le combat (sincère) d’Éric Dupond-Moretti est de lutter contre l’extrême droite de toutes les manières. Or, en mettant son talent en concurrence avec le seul candidat capable d’éviter la conquête de la région par le RN, à savoir Xavier Bertrand, il va à l’encontre de l’efficacité de son combat moral. À moins qu’il soit en mission spéciale pour éviter à tout prix que Xavier Bertrand devienne un adversaire un peu trop encombrant en 2022 ? Ces deux incohérences laissent entrevoir une défaite inéluctable et cinglante.de LREM dans cette région.


La Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA)

La PACA est sans doute la région qui a le plus probabilité de passer au RN. Avant de justifier cette phrase, prenons les (principales) listes en présence. Je n’évoque pas des petites listes, comme celle du sympathique "écologiste centriste" niçois Jean-Marc Governatori (ancien membre de l’UDF). Trois principales listes s’affrontent : LR (majorité sortante), RN et la gauche.

La liste de gauche est menée par Jean-Laurent Félizia (EELV) et soutenue par EELV, le PS et le PCF. Au contraire de la liste socialiste menée par Christophe Castaner en 2015, Jean-Laurent Félizia a refusé de dire s’il se retirerait s’il était très loin de la victoire afin d’éviter l’élection d’un RN à la tête d’une région. Il considère que la gauche doit avoir des élus et donc se maintenir.

Le président sortant du conseil régional est le gaulliste Renaud Muselier. Il est bien connu de la vie politique marseillaise : cet ancien ministre a été longtemps le dauphin de Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille. L’actualité a provoqué des polémiques lorsque le Premier Ministre Jean Castex a accepté le 1er mai 2021 un accord entre Renaud Muselier et LREM qui, donc, s’est retiré (normalement, la ministre Sophie Cluzel aurait dû mener la liste LREM). Résultat, Renaud Muselier, après un psychodrame un peu trop ridicule pour le conter, est soutenu par LR, LREM, l’UDI, le MoDem, le Mouvement radical, etc. Christian Estrosi (qui a claqué la porte de LR comme Hubert Falco, respectivement maire de Nice et maire de Toulon), fait encore partie de l’aventure à la tête du département des Alpes-Maritimes.

Son principal adversaire est l’ancien ministre Thierry Mariani qui mène la liste RN (où est placé à la tête du département du Var le maire de Fréjus David Rachline). La principale caractéristique, c’est qu’il est un transfuge de LR et il a quitté LR pour RN le jour où Marine Le Pen lui a offert un siège de député européen en 2019. La haine entre Thierry Mariani et Renaud Muselier est assez palpable et va bien au-delà des considérations politiques. Les deux sont de la même génération, ils se sont connus à 20 ans en voisins régionaux, l’un était délégué des jeunes RPR du Vaucluse (Thierry Mariani) pendant que l’autre était délégué des jeunes RPR des Bouches-du-Rhône (Renaud Muselier).

Renaud Muselier n’a jamais gagné une élection régionale sous sa direction. S’il est président sortant aujourd’hui, c’est parce que Christian Estrosi, qui a mené la liste LR en 2015, a quitté la présidence le 15 mai 2017 pour reprendre la mairie de Nice après le terrible attentat du 14 juillet 2016. Par ailleurs, il suffisait d’assister au débat télévisé du 16 juin 2021 sur LCI pour se rendre compte de la légèreté de Renaud Muselier. Je suis désolé de l’exprimer ainsi si crûment, et son alliance LR-LREM ne m’a pas paru moralement inepte (même si je doute de son efficacité électorale), mais les arguments développés contre son adversaire étaient largement stupides, et probablement contreproductifs.

Pour comprendre la guéguerre entre Muselier et Mariani, je crois qu’il faut revenir très loin dans l’histoire des élections régionales en PACA. En mars 1986, Jean-Claude Gaudin a gagné le conseil régional sur les socialistes Michel Pezet (président sortant) et (son rival) Gaston Defferre, l’inébranlable maire de Marseille qui allait succomber quelques jours après la défaite socialiste. Jean-Claude Gaudin, dynamique parlementaire, a gardé la région durant deux mandats (réélu en 1992) mais le cumul l’a obligé à ne pas solliciter le renouvellement de son mandat : il venait d’être élu maire de Marseille en 1995 et avec son mandat de sénateur, c’était plus qu’assez (légalement).

Ont suivi alors trois mandats du socialiste Michel Vauzelle, entre 1998 et 2015, ancien ministre et surtout, ancien proche de François Mitterrand. Pour quelle raison ? Un problème de candidats à droite et au centre ? Non, simplement parce qu’au second tour, avec un FN très fort, la triangulaire s’est toujours terminée à l’avantage du PS, malgré une majorité …à droite et à l’extrême droite.

En mars 1998, ce fut François Léotard qui a représenté l’UDF-RPR : il a obtenu 30,1%, jeu égal (avec quelques voix de retard) avec la liste FN menée par Jean-Marie Le Pen (30,1%), coiffés tous les deux par le PS et alliés, menés par Michel Vauzelle (39,8%). À l’époque, il n’y avait qu’un seul tour (proportionnelle intégrale). En mars 2004, avec deux tours (et prime majoritaire), même problème : ce fut Renaud Muselier qui a représenté l’UMP et l’UDF, il a eu 26,1% au premier tour et 33,8% au second tour, plombé par la liste du FN qui a fait 22,9% au premier tour et 21,0% au second tour. Michel Vauzelle, en tête avec 150 000 voix d’avance au premier tour, a été réélu (35,0% au premier tour, 45,2% au second tour).

En mars 2010, nouvelle situation : ce fut Thierry Mariani qui a représenté l’UMP et le NC (il y a une liste MoDem mais négligeable). Lui non plus n’a pas réussi à vaincre : 26,6% au premier tour et 33,0% au second tour. Plombé par la liste FN de Jean-Marie Le Pen, 20,3% au premier tour et 22,9% au second tour. La gauche s’est présenté divisée au premier tour, Michel Vauzelle n’a obtenu que 25,8% (Laurence Vichnievsky, pour les Verts, a obtenu 10,9%, elle fut par la suite élue députée MoDem). Au second tour, Michel Vauzelle a emporté une nouvelle fois l’élection avec 44,1%.

En mars 2015, la situation fut troublée par l’effondrement des socialistes. Christophe Castaner (16,6% au premier tour) a renoncé à rester au second tour, Christian Estrosi (26,5% au premier tour) a su trouver les mots pour rassembler autour de son nom également les électeurs de gauche (ce qui a montré une grande part d’habileté politique), et Marion Maréchal a échoué finalement à conquérir la région malgré sa très grande avance du premier tour à 40,6% (au second tour 45,2% contre 54,8% à Christian Estrosi).

Comme on le constate, la gauche n’a jamais gagné parce qu’elle était majoritaire, elle ne représentait que 45% de l’électorat, mais parce que la droite et le centre étaient plombés par le FN/RN. Or, et c’est la grande malice de Marine Le Pen, en plaçant Thierry Mariani en tête de liste RN, nécessairement, elle peut réussir à attirer des électeurs de droite modérée qui avait déjà voté pour Thierry Mariani en 2010. On peut même se demander si tous les futurs électeurs de Thierry Mariani savent qu’il a quitté LR pour RN. En quelque sorte, Thierry Mariani arrive à point nommé pour faire ce que les électeurs de "droite dure" rêvent depuis longtemps, la synthèse entre LR et RN.

Et cette proximité d’origine de Thierry Mariani et Renaud Muselier encourage les candidats de gauche à ne pas se désister au second tour et à dire simplement : c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Du reste, rien n’empêchera Thierry Mariani d’atteindre la majorité absolue (50%) même dans le cas d’une triangulaire, tant je trouve l’argumentation de Renaud Muselier très déplacée.


Dans trois jours…

Pour conclure sur ces enjeux des élections régionales et départementales, il faut être clair, les élections départementales seront très transparentes, on ne parlera que des régionales aux soirs des deux prochains dimanches. Il y aura inévitablement une part de participation/abstention spécifiquement due au covid-19 et à la crise sanitaire, comme cela a été le cas aux élections municipales de 2020. Or, les sondages qui laissent entendre des résultats plus ou moins assurés (sauf pour PACA), à mon sens, ont une forte probabilité de se tromper car ils sont incapables d’imaginer la sociologie des abstentionnistes ou des électeurs qui vont aller voter ; cela ne peut pas être modélisable car singulier.

Or, on l’a bien vu en juin 2020, cette incertitude rend tous les possibles réellement possibles, au contraire des précédents scrutins plus "ordinaires" car sans crise sanitaire. Ainsi, en juin 2020, la vague de conquêtes des mairies des grandes villes par les écologistes ne signifiait pas nécessairement une vague verte en faveur de ce courant politique, mais simplement une meilleure capacité à mobiliser leurs électeurs, ce qui n’étaient pas le cas pour les autres partis (et en particulier auprès des personnes âgées, particulièrement vulnérables au covid-19). La situation très rassurante de l’épidémie et la vaccination massive font que le modèle de juin 2020 ne pourra pas se renouveler en juin 2021, situation sanitaire complètement différente.

Tout cela pour en venir à dire quoi ? Qu’une vague écologiste au niveau régional pourrait surprendre de nouveau les observateurs politiques, surtout dans des régions favorables aux écologistes (l’Île-de-France par exemple) et dans des régions où les candidats sont plutôt habiles avec un bon "ton". Je ne le souhaite pas pour les régions car on voit déjà les dégâts ans les grandes villes et j’espère que cela suffira à "vacciner" les électeurs de toute nouvelle tentation écologisante.

Pour terminer, je ne peux pas m’empêcher de recommander à revoir l’excellente série télévisée française "Fais pas ci, fais pas ça" qui, avant 2017, prévoyait, avec un humour irrésistible, l’élection de Nicolas Hulot en 2022 à la Présidence de la République et les loures contraintes qui en ont suivi, comme l’obligation d’avoir dix poubelles de recyclage différentes ! Les scénaristes n’avaient pas imaginé que l’ancien animateur de télévision serait nommé ministre dès 2017, pour une durée relativement courte et que maintenant, il est tombé dans les oubliettes de la vie politique…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Régionales et départementales 2021 (2) : les enjeux.
Marine Le Pen et l’effet majoritaire.
Les Républicains et la tentation populiste.
Rapport de Jean-Louis Debré du 13 novembre 2020 (à télécharger).
Avis du Conseil scientifique sur la tenue des élections du 29 mars 2021 (à télécharger).
Régionales et départementales 2021 (1) : à propos de leurs dates et de l’âge du capitaine.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Municipales 2020 (4) : bientôt, la fin d’un suspense.
Municipales 2020 (3) : et le second tour arriva…
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Municipales 2020 (1) : retour vers l’ancien monde ?
Régionales 2015 : sursaut ou sursis ?
Les enjeux du second tour des régionales de 2015.
Le premier tour des régionales du 6 décembre 2015.
Les enjeux des élections régionales de décembre 2015.
Les départementales 2015 au second tour.
Les départementales 2015 avant le second tour.
Départementales 2015 : le pire n'est jamais sûr.
Les 4 enjeux nationaux des élections départementales de mars 2015.
La réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 mai 2013.
Le référendum alsacien.
Le vote par anticipation.
Le vote proportionnel.
Le vote obligatoire.
Le vote électronique.
Vive la Cinquième République !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210616-regionales-2021b.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/regionales-et-departementales-2021-233708

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/06/13/39013276.html









 

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9 juin 2021 3 09 /06 /juin /2021 17:56

« À la veille de la réouverture des salles de cafés et restaurants, le Président de la République Emmanuel Macron s’est rendu dans la Drôme. Il a commencé par se rendre au lycée hôtelier de Tain-l’Hermitage où il a rencontré lycéens, apprentis et leurs encadrants. Il a assuré son soutien à l’ensemble de la profession et a rappelé que plus de 110 000 emplois dans le secteur sont à pourvoir. » (Communiqué de l’Élysée, 8 juin 2021).



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Ma question est un peu provocatrice puisque la réponse est évidemment non : personne ne mérite d’être baffé ! Ni le Président de la République, ni un citoyen lambda. En tout cas, dans une démocratie parfaite. Si Emmanuel Macron a été giflé, c’est d’abord parce qu’il n’a pas eu peur de prendre des coups, au sens propre comme au sens figuré. Il était à portée de baffe.

Et le service de sécurité est-il incompétent ? faut-il y voir l’absence de monsieur Alexandre Benalla ? Je réponds à la première question (la seconde n’est qu’une boutade) en donnant la réflexion en 2017 d’Emmanuel Macron sur la sécurité de son prédécesseur : « Les mecs de la sécurité, c’est pas eux qu’il faut écouter. Je ne serai jamais en sécurité, parce que le pays est comme ça aujourd’hui. Donc, faut prendre le risque, faut aller dans le cœur de la bête à chaque fois. (…) Parce que si vous écoutez les mecs de la sécurité, vous finissez comme Hollande. Peut-être que vous êtes en sécurité, mais vous êtes mort. ».

Toute la classe politique a été scandalisée par cette gifle au Président de la République, donnée ce mardi 8 juin 2021 lors d’un déplacement à Tain-l’Hermitage, dans la Drôme. Même Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont exprimé leur solidarité avec Emmanuel Macron. On pourrait leur prêter une certaine hypocrisie, mais c’est bien les institutions et la classe politique, au-delà du Président de la République, qui ont été visées et cela aurait pu leur arriver comme cela est arrivé aussi à certains élus locaux, des maires notamment.

L’indignité et le déshonneur, ils ne sont certainement pas pour la victime, ou alors, c’est l’inversion des valeurs dans une agression. Cette situation de violence, Emmanuel Macron a même parlé d’ultraviolence, a de quoi inquiéter, évidemment, car il y a des digues qui s’effondrent au fil du temps. Oser gifler un Président de la République, c’est quoi ? un acte bête et méchant ? un acte de courageux rebelle ? pour quelle finalité ? À cette heure, l’auteur de la gifle n’a pas su expliquer son geste. Pour tout dire, qu’importe qui est-il : moins de publicité possible pour l’individu, et qu’importe aussi ses motivations, ce qui est sûr, c’est qu’il ne représente ni le peuple ni un catégorie d’individus, il ne représente qui lui-même.

S’il y en a un, parmi les protagonistes, qui représente le peuple français, c’est bien Emmanuel Macron. Faut-il le rappeler même si cela fâche visiblement des électeurs à la mémoire de moineau ?  Emmanuel Macron a été élu Président de la République le 7 mai 2017 avec 20 743 128 voix, soit 66,1% des suffrages exprimés et 43,6% des électeurs inscrits. En absolu, aucun Président n’a été élu avec autant de voix, sauf le 5 mai 2002, second tour très spécial (Jacques Chirac a eu 25 537 956 voix). Pour rappel, le 19 décembre 1965, De Gaulle n’a recueilli que 13 083 699 voix, soit 55,3% des suffrages exprimés et 45,3% des électeurs inscrits. Même la proportion des élections inscrits, l’élection d’Emmanuel Macron vaut celle de De Gaulle. Alors, il faut arrêter avec le peuple : si, en France, il y a UN citoyen qui peut se targuer de représenter le peuple, c’est Emmanuel Macron, et personne d’autre, et certainement un baffeur venu d’on-ne-sait-où.

Du reste, cette violence n’est pas nouvelle. Les Présidents de la République ont reçu régulièrement des insultes ou des impolitesses qui n’étaient pas non plus destinées à la concorde nationale. Le 14 juillet 2002, Jacques Chirac a même failli trépasser avec un jeune d’extrême droite (oublions son nom) qui voulait le tuer avec une arme à feu.

Au-delà des locataires de l’Élysée, on peut aussi se rappeler les coups de poignard ou de couteau dont furent victimes deux grands élus nationaux, le maire de Paris Bertrand Delanoë dans la nuit du 5 au 6 octobre 2002 et le maire de Lourdes et Ministre de la Culture Philippe Douste-Blazy le soir du 2 mai 1997.

Je pense qu’il faut éviter de faire de cette gifle le seul événement à commenter car ce n’est qu’un épiphénomène, il y a plus important dans la vie politique nationale qu’un caca nerveux d’un individu apparemment immature pour qui les prochains mois vont être très compliqués (il est jugé en comparution immédiate ce jeudi 10 juin 2021). J’ai même hésité moi-même à commenter pour ne pas en rajouter, mais quand je lis certaines réactions, je m’aperçois que certains n’affichent pas les valeurs de la République, ces valeurs de liberté, d’égalité et, appuyons, de fraternité. Comme si une baffe pouvait résoudre quoi que ce soit !

En effet, au-delà des déclarations de principe, il existe cependant un bruit de fond très différent dans certains réseaux sociaux ou même chez certaines personnalités médiatiques ou politiques. Par exemple, l’ancien député UMP Christian Vanneste dont la proximité avec le RN n’est plus à rappeler s’est interrogé dans son blog le 8 juin 2021 : « Qui sème le mépris récolte une juste colère. Gifler le monarque est hautement symbolique, mais si l’altitude institutionnelle de la cible appelle une sanction proportionnée, la signification du geste est lourde de sens car elle signale que sa véritable hauteur, ressentie par le peuple est réduite à néant. ».

On voit tout de suite la tentative de manipulation intellectuelle : "ressentie par le peuple", mais monsieur Vanneste, le peuple, c’est Emmanuel Macron, ce n’est pas le baffeur, voir plus haut. C’est comme dire que les gilets jaunes, c’est le peuple. Je fais partie du peuple, je ne suis pas gilets jaunes. Les gilets jaunes se sont présenté aux élections européennes, ils ont recueilli moins de 1% des voix. Moi, la liste que j’ai choisie, elle a eu plus de 20%, c’est autre chose, le peuple, le peuple, c’est le chef de l’État qui l’incarne, qu’on le veuille ou pas : tous les autres, ceux qui se croient le peuple, ou encore la République, ce sont des menteurs, simplement des menteurs. Le meilleur représentant du peuple, c’est l’élu, pas les losers, pas ceux qui perdent, et parfois, qui perdent depuis sept élections successives et que le peuple rejette avec une belle continuité…

Car c’est bien cette interrogation qu’on entend, et même, au-delà de l’interrogation, la réponse : il l’aurait bien méritée ! Comme je l’ai écrit en début, aucune personne ne mérite de recevoir une baffe. À tel point que la législation a maintenant interdit que les parents puissent donner une gifle à leurs enfants …même s’ils la méritaient. La première des sécurités est la sécurité de son intégrité physique. On peut ne pas être d’accord avec un responsable politique, alors on explique en quoi l’on n’est pas d’accord, pourquoi, le cas échéant, on est en colère, mais on ne frappe pas, on n’est pas violent.

Du reste, c’est très contreproductif et les complotistes, au lieu d’applaudir stupidement (il l’a bien méritée), devraient plutôt imaginer un scénario de style l’Observatoire (le faux attentat foireux de François Mitterrand pour relancer sa carrière politique) : dans cette affaire, pour le prix d’une joue rougie, Emmanuel Macron va grimper dans les sondages, il a  déjà gagné 7 points dans un sondage avant la gifle (il est déjà à 50% d’opinion positive !). Le baffeur serait-il payé par des "potes à Macron" ?! Rappelons aussi que le candidat François Bayrou avait décollé dans les sondages d’intentions de vote pour l’élection présidentielle de 2002 le jour où il a lui-même donné une gifle à un jeune voleur de portefeuille.

En fait, ceux qui disent, discrètement ou tout haut, qu’Emmanuel Macron l’a bien méritée n’ont rien compris à nos valeurs, à notre République, et même à la vie en société. Ils fustigent la violence conjugale, ils ne veulent pas qu’un conjoint gifle sa femme (ce qui est plus fréquent que l’inverse) mais ils accepteraient la gifle au Président de la République ? Ils fustigent les sauvageons des quartiers difficiles …et ils applaudissent l’acte de délinquance stupide d’un même sauvageon ? Mal élevé et mal léché, peut-être incapable de sortir trois phrases pour s’exprimer ? Souvent, la violence dérive d’une incapacité à s’exprimer clairement.

Je ne doute pas que de nombreux opposants haineux d’Emmanuel Macron ont rêvé de le gifler, alors, leur lâcheté applaudit, évidemment, puisqu’ils ont été incapables de le faire eux-mêmes (c’est difficile d’être résistant en charentaises, d’être rebelle le derrière collé dans un fauteuil). Mais les opposants politiques à Jacques Chirac se seraient-ils pour autant identifiés à celui qui a tiré un coup de feu dans la foule du 14 juillet pour atteindre le Président de la République ? Bien sûr que non.

La réaction à chaud d’Emmanuel Macron a été plutôt courageuse, c’était de dire qu’il ne fallait pas s’attarder à cet incident et poursuivre son déplacement, car la politique doit prendre le dessus sur les actes de grande incivilité voire de délinquance : « Il y a de la bêtise, et quand la bêtise s’allie à la violence, elle est inacceptable. Les gens expriment leur colère, parfois leur désaccord, je suis toujours là. Parfois, j’ai la réponse, d’autres fois, je ne l’ai pas. J’essaie de la bâtir. Parfois je me trompe, d’autres fois, j’y arrive. Ça, c’est de la colère légitime. Et on sera toujours là pour y répondre. La bêtise et la violence, non. Pas en démocratie. Il ne faut rien céder à la violence, et en particulier à la violence contre tous les représentants de la chose publique. En démocratie, il n’y a pas de place pour la haine et la violence. ».

Dans "Le Dauphiné libéré", il a déclaré : « Il faut respecter les fonctions dans la République et je ne lâcherai jamais ce combat. (…) Ne laissons pas des individus ultraviolents prendre possession du débat public. Ils ne le méritent pas. ». C’est cela l’essentiel : ne laissons pas les délinquants accaparer le débat public !

Alors, évidemment que je me sens solidaire d’Emmanuel Macron comme de tous les élus qui ont été, dans l’exercice de leur mandat, agressés par des sauvageons et des délinquants qui ne méritent aucune publicité dans l’espace public. Et je lui dis bravo pour son sang-froid et son courage physique. À ce rythme-là, il va être réélu dès le premier tour !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron a-t-il mérité d’être baffé ?
Emmanuel Macron au Rwanda : pas de repentance mais des responsabilités.
Napoléon Bonaparte selon Emmanuel Macron.
Du haut de ce Président, quatre ans vous contemplent.
Napoléon, De Gaulle et Macron.
Emmanuel Macron, deux ans après.
Emmanuel Macron et les 5 ans d’En Marche.
Le "chemin d’espoir" d’Emmanuel Macron.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 mars 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron sera-t-il un Président réformateur ?

_yartiMacron2021060803




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210608-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-a-t-il-merite-d-233612

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 03:02

« Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Ça a été Merah en 2012 (…). Tout ça, c’est écrit d’avance. » (Jean-Luc Mélenchon, le 6 juin 2021 sur France Inter).



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Le non-pouvoir rend-il fou ? On savait que le pouvoir rendait fou, mais celui qui s’imaginait élu, qui était sûr d’être élu en 2017, un peu à l’instar d’un Donald Trump sûr d’être réélu en 2020, comme si on lui avait confisqué son élection en 2017, et pourtant, il n’était pas deuxième, il n’était pas troisième, il était quatrième… Jean-Luc Mélenchon n’en finit pas de dériver et d’illustrer la célèbre formule de De Gaulle dans ses mémoires sur la vieillesse qui est un naufrage (et je ne veux pas dire ici à qui il pensait).

Même les capacités de calendrier lui font défaut : le 1er mai 2021 à Lille, à l’occasion d’une manifestation de la fête du travail, Jean-Luc Mélenchon se voyait déjà Président de la République le 1er mai 2022. Comment dire une énormité sinon croire qu’il serait élu dès le premier tour ?! Le second tour de la prochaine élection présidentielle devrait avoir lieu en effet seulement après le 1er mai (probablement le dimanche 8 mai 2022), comme dans toutes les élections présidentielles depuis 1969 (en mai 1969, Jean-Luc Mélenchon avait 17 ans, donc il n’a jamais voté à un second tour d’élection présidentielle avant un 1er mai !).

Mais ayons l’honnêteté intellectuelle de rappeler que tout homme est faillible, que toute personnalité politique peut dire des conneries, et il en dira d’autant plus qu’il parle beaucoup en public, voire en privé. L’erreur est humaine et tout le monde a le droit à la "rédemption" (un sacré terme qui mériterait d’être développé, mais pas ici !). Quand on va trop loin, on fait marche arrière, ce n’est pas agréable pour l’ego mais c’est agréable le matin quand on se regarde dans le miroir.

Jean-Luc Mélenchon, absolument pas : il avance, et plus il avance dans le mur, plus le mur l’enfonce. Sorte d’univers kafkaïen, parallèle. Dans l’émission "Questions politiques" diffusé ce dimanche 6 juin 2021 sur France Inter et la chaîne franceinfo:, Jean-Luc Mélenchon a sorti une énormité scandaleuse au détour d’une démonstration : j’ai placé la phrase litigieuse en début d’article. En gros, il dit tout simplement que les attentats qui ont eu lieu juste avant les deux dernières élections présidentielles, en mars 2012 et en avril 2017, les assassinats par Merah (7 morts les 11, 15 et 19 mars 2012 dont trois enfants) et l’assassinat de Xavier Jugelé (le 20 avril 2017) dont les complices sont actuellement en jugement, ne seraient que des "incidents" destinés à mettre la sécurité dans les thèmes de campagne. C’est dégueulasse, abject, terriblement odieux.

C’est du triple délire au moins. Je m’épargne (et vous épargne par la même occasion) mon commentaire sur les journalistes présents dans cette émission politique qui n’ont pas fait leur boulot en ne réagissant pas à une telle phrase, mon but ici n’est pas de parler des médias, mais de politique.

Je n’ose même pas imaginer comment pourrait réagir la famille de la petite fille de 8 ans plaquée au sol assassinée à bout portant dans son école maternelle à Toulouse. Je n’ai pas de vocabulaire pour qualifier cela. Jean-Luc Mélenchon ne nourrit pas un simple complotisme, il est complotiste puissance mille ! Dans son énumération, il aurait pu aussi citer le massacre au conseil municipal de Nanterre quelques semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2002 (8 morts le 27 mars 2002), à moins qu’il garde quand même encore quelques prévenances heureuses et respectueuses pour ses amis communistes ?

Bon, c’est sûr que c’est une grosse boulette, mais encore faut-il en prendre conscience, et il est peut-être là le naufrage : ne pas rattraper l’énorme faute politique et morale. Jean-Luc Mélenchon aime bien parler et s’écouter parler et il parle en roue libre, mais il n’y a plus de brides, plus de barrières, tout le flot se déverse sans penser aux dérives, sans aucun respect aux êtres humains (ah, il était beau, le slogan creux : "L’humain d’abord" pour sa campagne de 2012).

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Le lendemain, lundi 7 juin 2021, aurait pu être le jour de l’amende honorable, tout le monde fait des boulettes et on présente ses excuses pour le tort fait, la parole est allée au-delà de la pensée et closons l’incident médiatique (là, c’est vraiment un incident, au contraire d’assassiner à bout portant des fillettes à l’école).

L’ancienne sous-ministre socialiste Juliette Méadel, que j’apprécie généralement malgré son engagement politique, a dit une chose que j’ai encore plus appréciée que d’habitude : elle dit que la France est victime des attentats terroristes islamistes et que la phrase de Jean-Luc Mélenchon n’a pas seulement affecté tous les proches des victimes de ces attentats, mais aussi la France et les tous les Français attaqués parce qu’ils sont français.

Et donc, elle demandait que Jean-Luc Mélenchon présentât ses excuses non seulement aux familles des victimes mais aussi à tous les Français en général. Juliette Méadel a une petite qualification pour parler des victimes d’attentat : elle a été Secrétaire d’État chargée de l’aide aux victimes du 11 février 2016 au 10 mai 2017 et l’une des premières actrices du fait que l’État puisse reconnaître le tort fait aux victimes et leur besoin d’aide et d’accompagnement.

Au lieu d’excuses, Jean-Luc Mélenchon s’est enfoncé encore plus, quelle honte pitoyable ! En effet, au cours d’une conférence de presse retransmise en direct à la télévision vers 15 heures le 7 juin 2021, j’insiste sur les circonstances car cela signifie qu’il y a eu plusieurs millions d’auditeurs, Jean-Luc Mélenchon n’a pas demandé d’excuses mais a fustigé une vidéo sur Youtube (je crois) d’individus qui ont appelé à tuer les militants de FI.

Inutile de dire que cet appel à tuer est scandaleux, bête et méchant, mais ce n’était qu’une réaction à l’horreur qu’il avait dite la veille. Cela n’en excuse pas les auteurs mais ce n’était que conséquence de ses propres errements et, disons-le clairement, quand j’ai lu les propos de Jean-Luc Mélenchon, je peux comprendre que même des non-violents pourraient avoir des envies violentes tellement ces propos étaient scandaleux.

Mais le pire, c’est que, il l’a même dit, cette vidéo stupide et violente ne faisait que 100 000 vues quand il en a parlé à des millions de téléspectateurs ! Merci monsieur Mélenchon d’avoir été l’attaché de presse gratuit de ces individus violents, pourraient-ils dire : j’imagine que maintenant (je n’ai pas voulu aller voir), cette vidéo doit se compter en millions de vues ! Belle tête de champion, ce Mélenchon !

Ce n’est pas tout (comme on dit dans les documentaires où il n’y a rien d’intéressant à apprendre) : Jean-Luc Mélenchon croit savoir (je n’en sais rien et je ne suis pas allé voir, je n’en ai aucune envie) que cette vidéo serait liée, amie, proche, recommandée (je n’en sais rien, j’insiste), bref, qu’il y aurait un semblant lien de proximité entre cette vidéo et l’éditorialiste Éric Zemmour. Je n’en sais rien mais si j’étais Éric Zemmour, je me frotterais les mains : voici encore un bon coup médiatique pour le promouvoir gratuitement.

En effet, Éric Zemmour pourra toujours se draper dans le rôle de la victime (je doute que la vidéo provienne de lui) et se faire de nouveaux amis, tous ceux qui sont choqués par les propos de Jean-Luc Mélenchon, c’est-à-dire tous les Français. Et cela au moment même où l’éditorialiste pense sérieusement à se présenter à l’élection présidentielle (un sondage lui a même attribué 13% d’intentions de vote, ce n’est pas rien). Merci Mélenchon ! pourrait dire l'éditocandidat.

Quelle honte, ce Mélenchon, d’exister ainsi dans le paysage politique français. Car quelle est la conséquence d’une telle polémique ? Avez-vous écouté Marine Le Pen qui tenait une conférence de presse le  même 7 juin 2021 pour soutenir un de ses candidats RN ? Je l’ai trouvée …bonne. Je m’en veux de dire cela, cela m'écorche de dire cela, mais c’est la réalité. Elle était modérée, posée, elle tenait son rôle avec stature.

Alors, je le dis tout net, et là, je rembraie sur l’indifférence par coupable négligence des journalistes qui étaient autour de Jean-Luc Mélenchon quand il a sorti son horreur : continuez ainsi, gardez votre indifférence devant l'innommable, et Marine Le Pen, ce n’est pas 51% qu’elle va avoir mais 55% car au lieu de faire peur, elle va rassurer. Est-ce cela que veut Jean-Luc Mélenchon ? Peut-être, finalement, puisqu’il ne semble pas vraiment aimer la France et les Français…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’insupportable complotisme de Mélenchon.
Jean-Luc Mélenchon : un peu de décence, taisez-vous !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210607-melenchon.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-insupportable-complotisme-de-233563

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/06/07/39005871.html








 

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6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 03:57

« Si la gloire connaît un revers causé par la maladie, les Français se distinguent (…) en ne tirant pas sur les ambulances. Ce n’est pas un sport national qu’ils aiment pratiquer et c’est une qualité, nous n’avons pas comme dans beaucoup d’autres pays, le culte de la personnalité sauf… après la mort. » (Bernard Tapie).


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Du battant des années 1980 au combattant des années plus sombres. Très étrange vie que celle de Bernard Tapie. En le regardant répondre aux questions de Gilles Bouleau au journal télévisé de 20 heures le lundi 26 avril 2021 sur TF1, j’avais une impression de gêne. Comme d’assister au dernier épisode d’une série télévisée, avec une sorte de voyeurisme mal dégrossi. Comme si cet entretien, qui a bénéficié d’une indécente publicité avant, pendant et après, était un maillon d’une téléréalité dont on connaît la malheureuse fin, un peu comme dans les épisodes de Columbo, où l’on connaît le coupable dès les premières minutes mais on ne sait pas comment il va se faire pincer.

La maladie, mais aussi la vieillesse. Après tout, il a déjà 78 ans, ce qui est déjà un âge très respectable et beaucoup d’ancienne "célébrités" de cet âge, très visibles il y a quelques décennies, mais qui vivent une retraite discrète, ne montrent pas une telle énergie. L’âge et la maladie n’arrangent rien, évidemment, mais malgré tout, il y a ce dynamisme. Malgré une agression très violente chez lui le 4 avril 2021.

Je l’ai déjà exprimé précédemment dans ses épisodes économico-judiciaires. Je ne suis pas juge et je suis convaincu que l’homme n’est pas un saint, mais à bien se documenter, on arrive cependant à conclure provisoirement que dans l’affaire Adidas, Bernard Tapie serait plutôt l’arnaqué que l’arnaqueur. Le problème, c’est que l’arnaqueur n’était pas un artisan qui voulait devenir plus gros que le bœuf, c’était un gros, un immensément gros.

Donc, je l’ai déjà exprimé, j’ai un petit faible pour Bernard Tapie. Objectivement, il coche probablement toutes les cases pour me déplaire, son côté grande gueule est horripilant (même si elle peut être d’une efficacité redoutable pour soutenir des causes que je peux faire miennes), son côté m’as-tu-vu, lourd, assommant… m’assommait souvent, mais les patrons discrets, les patrons invisibles du champ médiatique, il faut savoir qu’ils sont dévorés sans doute par le cynisme encore plus redoutable, et le cynisme se nourrit nettement mieux de la discrétion que de l’exhibitionnisme. Mais il y a une certitude : au risque d’être naïf (d’où sa chute politico-financière), cet homme est sincère.

Voici un homme qui a tout fait : origine modeste, chanteur, acteur, comédien, animateur de télévision, repreneur d’équipe de cyclisme, de football, traversée de l’Atlantique à voile (oui, c’est un vrai sportif, qui est capable de risquer sa vie), entrepreneur, Wonder, Adidas, repreneur de groupe de presse ("La Provence"), et aussi (ce qui l’a fait chuter), député, ministre, conseiller général, député européen et même tête de liste aux élections européennes, et il n’était pas loin d’être un candidat l’élection présidentielle… Et enfin taulard ! (Certaines mauvaises langues diraient que c’était la suite logique de l’engagement politique, mais c’est faux, bien sûr !).

Immanquablement, tant de diversité d’activités fascine, étonne, mais aussi le rend suspect d’incompétence. Comment faire bien autant de choses différences ? En tout cas, ce qui est observable, c’est que tout ce que Bernard Tapie touche, il le transforme en or… puis ça se transforme en merde. C’est là son problème.

Et puis arrive le double cancer… qui dure depuis quatre ans. Et c’est encore plus fascinant. Non, l’homme ne demande pas la pitié, il n’en a rien à faire, et je m’imagine à sa place : cela m’agacerait qu’on me dise courageux. Bernard Tapie est courageux face à la maladie. Vrai ? Mais ce n’est pas cela, le courage. La maladie te tombe sur la tête sans crier gare et tu fais ce que tu peux avec ce que tu as, avec ton caractère. Il n’y a pas de courage là-dedans. Juste une succession d’événements médicaux plus ou moins malheureux. Le courage, ce serait par exemple, si c’était possible, de prendre le cancer d’un enfant pour qu’il ne l’ait plus. Hélas, cela ne marche pas comme ça. Hélas ou tant mieux, car cela éviterait des culpabilisations inutiles.

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Non, Bernard Tapie n’est pas courageux, il est combatif, et pour le cancer, c’est exceptionnel. Car on pressent bien que la manière d’aborder la maladie a une action plus ou moins vraie sur la maladie. Ceux qui renoncent à combattre ne durent pas longtemps. Bernard Tapie ne fait pas partie de ceux-là : il continue à combattre, il veut combattre, il n’a jamais été qu’un combattant. Il suffit de se rappeler la manière dont il a mouché Jean-Marie Le Pen dans un débat télévisé, le vieux menhir, tout retourné, a même eu peur physiquement de cette autre grande gueule.

Et là, tout s’éclaire : François Mitterrand ne pouvait que comprendre Bernard Tapie. Les socialistes ont toujours été sidérés par cette affinité un peu spéciale. Bernard Tapie, le symbole même des années 1980, celui des années fric, celui qui a perverti la société en lui inoculant définitivement le virus de l’argent. Bernard Tapie n’avait rien de socialiste, pour eux. Rappelons qu’au même moment, Silvio Berlusconi était aidé par un gouvernement socialiste en Italie dans sa construction télévisuelle.

Est-ce dire que François Mitterrand était fasciné par l’argent ? Sans doute, mais pour Bernard Tapie, c’est un autre ressort. François Mitterrand était lui-même malade du cancer. En novembre 1981, on ne lui donnait que quelques années ! Son second septennat doit être compris comme une thérapie. Pas une thérapie pour guérir, mais pour ralentir, soigner le mieux possible (une thérapie sur le dos des Français, mais il n’était pas à ça près). Et il a tenu deux septennats avec une force incroyable : face au cancer, François Mitterrand n’était pas courageux, il était combatif.

Bien sûr, François Mitterrand ne savait pas que Bernard Tapie aurait lui aussi cette maladie et encore moins comment il réagirait, mais il pressentait sans doute qu’ils étaient tous les deux de cette famille d’hommes à l’énergie débordante, à l’ambition dévorante et à la combativité éclatante, cherchant presque les ennuis pour mieux rebondir. Pour information, son médecin, celui qui l’a opéré, est mort récemment (le 11 avril 2021), le professeur Adolphe Steg, ancien résistant, membre de l’Académie de médecine et du CESE, urologue à Cochin (son chef de service aussi, le professeur Bernard Debré).

Les deux hommes sont des combattants de la vie, et c’était pour cela que la plupart de leurs coups de bluff, politiques pour l’un (en 1971 : je suis socialiste), économique pour l’autre (je suis un bon manager qui redresse les entreprises) ont fonctionné, parce qu’ils y mettaient un si grand talent de persuasion qu’on ne pouvait pas les imaginer faussaires (ce qui n’ôte rien à la sincérité et la naïveté de Bernard Tapie qui, dans le milieu politique, n’avait pas les épaules assez larges, ni les réseaux pour le protéger).

Certes, on imagine aussi que François Mitterrand s’est servi très habilement de l’ambition de Bernard Tapie pour détruire les velléités présidentielles de Michel Rocard. Cette haine de Michel Rocard est similaire à la haine de Jacques Chaban-Delmas du clan Chirac. En 1993, Bernard Tapie laissait dire qu’il serait candidat à l’élection présidentielle si Michel Rocard se présentait mais que jamais il ne gênerait la candidature de Jacques Delors, le cas échéant.

L’une des dernières initiatives politiques de Bernard Tapie, ce fut d’aider à la constitution d’une liste des gilets jaunes aux élections européennes de mai 2019 menée par Ingrid Levavasseur, mais cette dernière y a renoncé rapidement sous la pression d’autres gilets jaunes. On ne réussit pas à tous les coups. À l’Élysée, il n’y avait plus de François Mitterrand… mais Emmanuel Macron.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 mai 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le combattant Bernard Tapie.
Bernard Tapie : faut-il encore s’acharner sur cet homme ?
Aquarius : 630 vies humaines et les sales eaux.
Grandeur et décadence de Bernard Tapie.
"Un jour, un destin" rediffusée le 4 janvier 2011 sur France 2.
Bernard Tapie, victime ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210426-bernard-tapie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-combattant-bernard-tapie-232841

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/05/03/38953780.html







 

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24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 07:36

Le haut-commissaire au Plan François Bayrou a été l'invité de Jean-Michel Aphatie le mercredi 24 mars 2021 à 08h15.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'interview (fichier .mp3) :
https://stitch.api.soundcast.fm/v1/audiomeans.mp3?soundcastId=600ea55c900d9&podcastUrl=https://audio.audiomeans.fr/file/gAyjLxlmqx/c60d94ea-1ba1-4d01-a765-2d6202ff095e.mp3?_=1616577140

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210324-bayrou.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210324-bayrou-lci.html


 

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