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21 juin 2022 2 21 /06 /juin /2022 04:33

« Puis le plaisir gratuit de jouer un rôle, au double sens d’agir sur les événements, et d’incarner un personnage ; l’amusement ironique, semi-amer, de tirer les ficelles des pantins, et de constater que c’est en somme assez facile. » (Jules Romains, "Les Hommes de bonne volonté", 1946).



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Il est très difficile d’analyser les résultats des élections législatives des 12 et 19 juin 2022. Certes, le parti présidentiel n’a plus la majorité absolue à l’Assemblée Nationale et cette seule donnée peut faire admettre la gifle que lui ont donnée les électeurs, mais ce n’est pourtant pas une défaite comme l’UMP l’avait vécue en juin 2012 ou le PS en juin 2017. Au contraire, en lui laissant la majorité relative, les électeurs ont laissé l’initiative au Président réélu Emmanuel Macron.

Ce qui est confirmé, c’est l’aspect du paysage politique connu dès le 10 avril 2022 et confirmé lors des trois scrutins suivants : les trois pôles, d’importance électorale sensiblement identique, le macronisme, le RN et la Nupes. Et l’extinction des deux anciennes forces dominantes, le PS et LR. Avec le scrutin majoritaire, Ensemble a bénéficié d’un léger avantage qui l’a conduit à avoir le groupe le plus important, mais ce n’est pas suffisant pour gouverner comme auparavant.

Dès le lundi 20 juin 2022, Emmanuel Macron a déjeuné à l’Élysée avec Élisabeth Borne, François Bayrou et Édouard Philippe (exit Richard Ferrand et Christophe Castaner, battus). Parallèlement, les appétits s’expriment : Éric Woerth a annoncé son intention d’être candidat au perchoir. Le perchoir est acquis à la majorité présidentielle puisque, après deux tours infructueux, le troisième tour ne demanderait que la majorité relative. À moins de faire un cadeau à un éventuel nouveau partenaire… La réponse le 28 juin 2022, à l’ouverture de cette nouvelle législature.

Depuis trois jours, en tout cas, le pouvoir s’active pour apporter sa grille d’analyse et ses initiatives. Conformément à la tradition républicaine après des élections législatives, la Première Ministre Élisabeth Borne a présenté le 21 juin 2022 sa démission au Président de la République mais ce dernier l’a refusée. Loin d’être une marque de confiance, c’est plutôt une marque de défiance différée, puisque Emmanuel Macron ne l’a donc pas reconduite à Matignon. Dans la matinale de France Inter le 22 juin 2022, le président du MoDem François Bayrou y est même allé à la sulfateuse : pour lui, la situation exigerait un (ou une) chef du gouvernement politique et pas technique. Je pense qu’il a raison même si je ne doute pas qu’il pense à lui-même. Il faut un politique expérimenté capable de montrer que le pouvoir a compris le message des électeurs, et même, les messages.

Alors qu’Élisabeth Borne a réuni son gouvernement en conseil de cabinet à Matignon, afin de montrer que ses ministres travaillaient, Emmanuel Macron, lui, a reçu tous les chefs de parti. Cela paraît normal, dans une situation parlementaire inédite, de consulter l’ensemble des partis parlementaires pour connaître leurs intentions, leur état d’esprit. Il a rencontré notamment Christian Jacob, Fabien Roussel, François Bayrou, Marine Le Pen, Olivier Faure, Stanislas Guérini, Franck Riester, Adrien Quatennens, Édouard Philippe, Julien Bayou, etc.

Dans les résultats, il faut remarquer une chose simple : si Ensemble faisait une alliance avec LR (64 sièges avec ses alliés centristes), alors, il y aurait une majorité absolue, durable et stable. C’est ce que souhaitent des personnalités LR comme Jean-François Copé, ou encore Christelle Morançais (présidente du conseil régionale des Pays-de-la-Loire), avec un contrat de coalition (où la barre serait haute). Certains imaginent même le nouveau député LR Philippe Juvin nommé Ministre de la Santé.

Toutefois, ceux des LR qui prônent une telle démarche sont ultraminoritaires et Christian Jacob, président épuisé de LR, qui n’a pas voulu se représenter aux législatives et qui quittera la vie politique dans quelques mois (quand son successeur sera choisi), a redit son opposition ferme et stricte de toute compromission avec Emmanuel Macron. Pourquoi, alors qu’ils ne sont pas si éloignés que cela du fond ? Parce qu’ils ne font pas confiance à Emmanuel Macron pour jouer honnêtement le jeu. En effet, en acceptant une démarche de coalition, alors que les députés LR ont été élus en opposition à Emmanuel Macron, ils se renieraient vis-à-vis de leurs électeurs. À terme, cela signifierait la mort définitive de LR, se répartissant soit à Ensemble (comme Horizons, Agir, etc.), soit au Rassemblement national pour une opposition frontale. Donc, il est clair que la position de LR n’est pas dictée par l’intérêt général (il faut gouverner la France) mais par sa seule préoccupation partisane (sauve qui peut !). Il est plus confortable de rester dans l’opposition et de compter les points, de critiquer que de s’engager dans l’action.

Emmanuel Macron, au contraire, veut prendre à témoin le peuple des partis de bonne volonté et des autres. Et là, stupeur ! Les deux partis les plus responsables sont le Parti communiste français et le RN. Fabien Roussel a dit clairement l’urgence des mesures pour le pouvoir d’achat. Quant à Marine Le Pen, elle ne veut pas faire de bruit, elle veut que ses 89 députés RN montrent aux Français leur esprit de responsabilité, prêts à gouverner aux prochaines échéances. Elle cherche avant tout la respectabilité et son respect pour les institutions.

Toutefois, il paraît à peu près acté que la majorité présidentielle ne ferait aucune alliance avec les deux groupes extrémistes, FI et RN. Elle préférerait rechercher des majorités d’idée avec les députés LR, les députés PS et les députés EELV.

Ce qui est à noter, c’est que le total Nupes + RN fait moins que le total Ensemble, et donc, bien moins que la majorité absolue. Très clairement, FI s’est montré le plus opposé à Emmanuel Macron. Avant même d’écouter le discours de politique générale planifié le 5 juillet 2022, FI entend déposer une motion de censure. Dans le jeu de poker menteur, il y a des personnes de bonne volonté et d’autres de moins bonne volonté. Le naturel est d’ailleurs revenu au galop avec Jean-Luc Mélenchon qui a réclamé sans succès de construire un groupe unique de la Nupes, au contraire des accords électoraux avec le PCF, le PS et EELV. Évidemment, on comprend l’arnaque : avec un seul groupe, Jean-Luc Mélenchon achèverait définitivement le PS et toute velléité d’indépendance (à FI) de la gauche. Le putsch hégémoniste de FI n’a cependant pas pris. C’était trop gros.

Autre constat qui a aussi son importance historique : les centristes restés dans l’alliance traditionnels avec LR sont très fortement réduits, laminés, voire anéantis, en particulier l’UDI qui a subi un désastre électoral, notamment avec la défaite de son président Jean-Christophe Lagarde face à la médiatique Raquel Garrido. À mon sens, c’est très logique : les électeurs ne comprennent pas pourquoi ces centristes ont soutenu Valérie Pécresse qui cherchait (mal) à faire de la surenchère avec Éric Zemmour dans une fuite en avant vers l’extrême droite (d’où les 89 élus RN). La logique était qu’ils soutinssent Emmanuel Macron, le seul candidat véritablement favorable à la construction européenne. Cette incompréhension s’est soldée par un tsunami électoral (à petite échelle car c’était un petit parti, mais il faut vraiment insister, c’était un tsunami). Il n’y a d’avenir du centre (européen, social, démocrate) qu’au sein de la majorité macronienne.

Les groupes commencent à s’organiser au Palais-Bourbon. Le 21 juin 2022, Mathilde Panot a été réélue présidente du groupe FI. Le 22 juin 2022, Aurore Bergé a été élue présidente du groupe Renaissance (LREM), poste qu’elle convoitait depuis longtemps, tandis qu’André Chassaigne a été réélu président du groupe communiste (qui survit grâce à des députés ultramarins).

Emmanuel Macron devrait s’exprimer aux Français ce mercredi 22 juin 2022 à 20 heures avant sa "séquence" internationale qui va lui prendre une dizaine de jours : Conseil Européen, Sommet des G7 et Sommet de l’OTAN.

Je termine pour citer quelques noms connus des élus, réélus et battus, liste non exhaustive bien entendu. L’Assemblée Nationale s’est renouvelée à 52% après déjà un renouvellement de 77% en 2017.


I.1. Les battus du premier tour :

Ensemble : Jean-Michel Blanquer, Emmanuelle Wargon, Nathalie Élimas, M’jid El Guerrab, Manuel Valls.
LR : Julien Aubert, Guillaume Larrivé, Sébastien Huyghe, Philippe Benassaya, Jean-Pierre Lecoq.
UDI : Valérie Six, Michel Zumkeller, Agnès Thill.
Reconquête : Éric Zemmour, Guillaume Peltier, Marion Maréchal (candidate suppléante).
PS : Jérôme Lambert.
Divers : Martine Wonner, Joachim Son-Forget, Quitterie de Villepin.
PRG : Sylvia Pinel.


I.2. Les 5 élus du premier tour :

Ensemble : Yannick Favennec.
Nupes-FI : Sophia Chikirou, Danièle Obono, Alexis Corbière, Sarah Legrain.


II.1. Les battus du second tour :

Ensemble : Richard Ferrand, Christophe Castaner, Amélie de Montchalin, Justine Bénin, Brigitte Bourguignon, Pierre-Yves Bournazel, Élisabeth Moreno, Roxana Maracineanu, Patrick Mignola, Laetitia Avia, Émilie Chalas, Isabelle Florennes, Bérangère Abba, Laurent Pietraszewski.
RN : Philippe Morenvillier.
Nupes : Cédric Villani.
LR : Brigitte Kuster.


II.2. Les élus du second tour :

Ensemble : Élisabeth Borne, Gérald Darmanin, Marie Lebec, Sarah El Hairy, Aurore Bergé, Gabriel Attal, Clément Beaune, Olivier Véran, Barbara Pompili, Geneviève Darrieussecq, Brigitte Klinkert, Paul Midy, Thierry Benoît, Philippe Vigier, Éric Woerth, Damien Abad, Jean-Noël Barrot, Olivier Becht, Hervé Berville, Jean-Louis Bourlanges, Yaël Braun-Pivet, Céline Calvez, Frédéric Descrozaille, Olivier Dussopt, Olivier Falorni, Marc Fesneau, Anne Genetet, Joël Giraud, Carole Grandjean, Olivia Grégoire, Stanislas Guérini, Sacha Houlié, Cyrille Isaac-Sibille, Luc Lamirault, Aude Luquet, Gilles Le Gendre, Frédéric Valletoux, Roland Lescure, Sylvain Maillard, Laurence Maillart-Méhaignerie, Bruno Millienne, Karl Olive, Bertrand Pancher, Richard Ramos, Robin Reda, Franck Riester, Prisca Thevenot, Stéphane Travert, Laurence Vichnievsky, Patrick Vignal.

RN : Marine Le Pen, Edwige Diaz, Bruno Bilde, Sébastien Chenu, Anaïs Sabatini, Philippe Ballard, Laurent Jacobelli, Laure Lavalette, Thomas Ménagé, Emmanuelle Ménard (proche RN), Julien Odoul.

Nupes-FI : Clémentine Autain, Mathilde Panot, Bastien Lachaud, Aurélie Trouvé, Éric Coquerel, Clémence Guetté, Danielle Simonnet, Manuel Bompard, François Ruffin, Bénédicte Taurine, Adrien Quatennens, Ugo Bernalicis, Louis Boyard, Aymeric Caron, Caroline Fiat, Raquel Garrido, Rachel Keke, Antoine Léaument, Michel Sala.

Nupes-PCF : Fabien Roussel, Stéphane Peu, Elsa Faucillon, André Chassaigne, Sébastien Jumel, Pierre Dharréville.

Nupes-EELV : Julien Bayou, Sandrine Rousseau, Eva Sas, Sandra Régol, Delphine Batho, Marie Pochon.

Nupes-PS : Valérie Rabault, Olivier Faure, Jérôme Guedj, Guillaume Garot, Boris Vallaud, Gérard Leseul, David Habib, Dominique Potier.

Nupes (divers) : Aurélien Taché (ex-LREM).

LR : Aurélien Pradié, Fabien Di Filippo, Annie Genevard, Marc Le Fur, Philippe Gosselin, Jean-Pierre Vigier, Pierre Cordier, Thibault Bazin, Xavier Breton, Éric Ciotti, Pierre-Henri Dumont, Victor Habert-Dassault, Michel Herbillon, Patrick Hetzel, Philippe Juvin, Constance Le Grip, Olivier Marleix, Pierre Morel à L’Huissier, Marie-Agnès Poussier-Winsback, Raphaël Schellenberger, Vincent Seitlinger, Michèle Tabarot.

UDI et Les Centristes : Charles de Courson, Meyer Habib, Jean-Luc Warsmann.

DLF : Nicolas Dupont-Aignan.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Allocution du Président Emmanuel Macron le 22 juin 2022 (texte intégral et vidéo).
Législatives 2022 (11) : la vie politique n’est pas un long fleuve tranquille.
La marque Le Pen fonctionne toujours aussi bien.
Législatives 2022 (10) : un train peut en cacher un autre.
Résultats du second tour des élections législatives du 19 juin 2022 (Ministère de l’Intérieur).
TVA : Mélenchon, champion du monde de la mauvaise foi.
Législatives 2022 (9) : procès d’intention, soupçons, fake-news, calomnie : le complotisme mélenchonien.
Législatives 2022 (8) : aucune voix ne doit manquer à la République !
Allocution du Président Emmanuel Macron le 14 juin 2022 à Orly (texte intégral et vidéo).
Législatives 2022 (7) : Liberté, Égalité, Choucroute.
Résultats du premier tour des élections législatives du 12 juin 2022 (Ministère de l’Intérieur).
Législatives 2022 (4) : sous la NUPES de Mélenchon.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Pour Jean-Louis Bourlanges, c’est la capitulation et la bérézina !
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !

_yartiLegislatives2022K02







https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220621-legislatives-2022k.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2022-11-la-vie-242344

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/06/20/39526790.html








 

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19 juin 2022 7 19 /06 /juin /2022 22:14

Le train de la Nupes a été doublé par le train du RN. Toutefois, le train Ensemble était déjà arrivé en gare. Mais avec beaucoup de retard.





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Plus de 48 millions et demi d’électeurs français étaient appelés à voter ce dimanche 19 juin 2022 pour le second tour des élections législatives. C’est le quatrième et dernier scrutin d’une série de quatre qui visent à renouveler toutes les instances politiques nationales.

L’enjeu institutionnel était fort puisqu’il s’agissait de donner une majorité parlementaire au Président réélu Emmanuel Macron. La complexité des situations locales et nationale va probablement demander beaucoup de recul pour être analysée. Je propose un commentaire à chaud, avant d’avoir tous les résultats définitifs de cette élection très surprenante.

Selon les décomptes du Ministère de l’Intérieur, la majorité présidentielle (Ensemble) a obtenu 245 sièges sur 577, la Nupes 131 sièges, le RN 89 sièges, LR 61 sièges, à ceux-ci il faut rajouter 22 sièges à divers gauche, 10 aux régionalistes, 4 à divers centre, 10 à divers droite, 3 à l’UDI, 1 à la droite souverainiste et 1 divers.

La majorité présidentielle aura la majorité relative mais pas la majorité absolue, et de loin (il manquerait 44 sièges). Cela signifie qu’on entre dans une période nouvelle de la Cinquième République car contrairement à la situation de juin 1988, il n’existe plus la possibilité d’utiliser l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour tous les textes (il est maintenant limité à un texte par session, ce qui sera peu).

Insistons sur les deux faces de cette situation : 1° Ensemble a gagné les élections législatives contrairement à ce qu’on entend en commentaires. Ce sera le groupe le plus important de l’Assemblée Nationale, loin devant ses deux opposants extrémistes, le RN et la Nupes. 2° En revanche, ce sera difficile de gouverner dans un tel cadre. Rappelons qu’une seconde dissolution ne pourrait pas se faire avant un an après une première dissolution : l’idée d’une rapide dissolution n’aurait donc pas d’intérêt, et risquerait au contraire de donner une majorité à l’opposition (et pas forcément à celle qu’on croit).

Il en ressort un élément majeur : je doute que la Première Ministre Élisabeth Borne soit la plus adaptée à cette situation où il va falloir connaître excellemment les procédures parlementaires et avoir la combativité pour défendre ses textes. Mais il n’y a pas énormément de personnes capables d’avoir ce rôle, si ce n’est un vieux routier de la politique (et là, un nom s’impose, probablement rejeté immédiatement).

Dans tous les cas, cela va rendre nécessaire un véritable débat parlementaire. Comme je doute qu’il soit constructif, il est probable que nous aurons de nombreux blocages, à moins de conclure un accord Ensemble/LR en bonne et due forme auquel cas la nouvelle majorité deviendrait absolue.

Pourquoi y a-t-il eu ce manque de majorité absolue ? Il n’y a pas eu un rejet d’Emmanuel Macron mais un manque de mobilisation de ses électeurs, manifestement. La raison, c’est l’absence de campagne. Emmanuel Macron était ailleurs, il était ailleurs pendant la campagne présidentielle et cela a failli lui coûter très cher. Il était encore plus loin ailleurs pendant la campagne des législatives, et finalement, c’est rassurant. Pour être élu, il faut faire campagne, et si Les Républicains ont su résister à la vague qui devait les immerger, c’est principalement parce que nombreux de ses candidats ont fait campagne et sont bien implantés localement.

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On pensait que la première opposition viendrait de la Nupes car Jean-Luc Mélenchon est celui qui a le plus hurlé, et finalement, le danger est arrivé par la droite pour la première fois de l’histoire, non seulement le RN aura un groupe mais il sera le premier de l’opposition, devant celui de FI et de LR. Pour donner une idée de la mesure, deux députés RN ont été élus en Île-de-France, pourtant terre de mission pour l’extrême droite (dont un dans l’ancienne circonscription de Jean-François Copé à Meaux).

Cela confirme une conviction que j’ai toujours eue : si Marine Le Pen avait été élue Présidente de la République, elle aurait obtenu une majorité absolue à l’Assemblée Nationale. Cela fait dix ans (depuis 2012) que j’essaie d’expliquer cela, que la logique des institutions est implacable. Mais pourquoi alors Emmanuel Macron ne l’a pas obtenue ? Parce qu’il n’a pas fait campagne.

En corollaire, cela signifie qu’il n‘y a aucun intérêt pour faire une réforme du mode de scrutin qui va éloigner encore plus l’électeur des élus avec la proportionnelle : les résultats en sièges ne sont jamais dépendants du mode de scrutin, mais de l’offre électorale et de la réaction de l’électorat. C’est très clair en 2022.

Et la Nupes ? Bien sûr, elle gagne beaucoup de sièges. Notez simplement que c’est surtout la France insoumise qui a gagné. Surtout dans les grandes ville et aussi en Seine-Saint-Denis, où, par exemple, Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, a été battu par Raquel Garrido. Les écologistes aussi ont été récompensés par l’alliance avec Jean-Luc Mélenchon, notamment avec l’élection de Sandrine Rousseau et de Julien Bayou. En revanche, ni les socialistes ni les communistes n’ont bénéficié d’un effet de la Nupes, ne serait-ce que parce qu’ils n’avaient pas obtenu beaucoup d’investitures. Eux, ils ont tout perdu, et d’abord leur honneur.

Même si elle perd des plumes, la majorité réussit pourtant à bien résister en région parisienne, notamment avec Gabriel Attal, Clément Beaune et même Stanislas Guérini. En revanche, des figures très fortes ont été battues : le Président de l’Assemblée Nationale Richard Ferrand, le président du groupe LREM Christophe Castaner, la ministre Amélie de Montchalin face à l’ancien député socialiste Jérôme Guedj, également la Ministre de la Santé Brigitte Bourguignon. Nul doute que le fait d’être très connus comme symboles de la Macronie a été un élément mobilisateur pour leurs opposants.

La situation nationale est donc plus nuancée que jamais et peut être représentée par la situation étonnante de la 5e circonscription de l’Essonne. Le député sortant Cédric Villani, élu avec l’étiquette LREM et qui s’est présenté cette année avec la Nupes comme un écologiste, a été battu par le candidat LREM Paul Midy, entrepreneur et très proche d’Emmanuel Macron avec… 19 voix d’écart, ce qui est très faible. C’est une surprise car Cédric Villani aurait pu capitaliser partout : chez les écologistes (la circonscription a une fibre écolo), à gauche (car la circonscription était à gauche avant 2017), et même chez ses anciens électeurs LREM qui pouvaient penser qu’il était encore macroniste. Son concurrent a fait une bonne campagne sur le terrain qui semble avoir suffisamment mobilisé ses soutiens pour faire jeu égal et redresser la situation.

Quoi qu’on en dise, Jean-Luc Mélenchon a perdu son pari, celui d’être appelé à Matignon, parce qu’on ne dirige pas un gouvernement qui serait soutenu seulement par moins d’un quart des députés. Mais il a gagné le pari de rendre FI l’élément central et même exclusif de la gauche, et cela grâce à la collaboration historique de ses partenaires soumis (PS, PCF, EELV). Certaines figures tutélaires FI ont été élues, comme Rachel Keke (femme de chambre dans un hôtel) face à l’ancienne ministre Roxana Maracineanu, ou Aymeric Caron, l’agaçant défenseur de la cause antispéciste, face à Pierre-Yves Bournazel.

La grande gagnante, dans l’opposition, est Marine Le Pen qui sera à la tête du premier groupe d’opposition. Elle pourra donc montrer toute sa combativité au Parlement. Contrairement à ce qu’affirme Jérôme Guedj, Emmanuel Macron, qui voulait être le meilleur rempart contre l’extrême droite en 2017, l’est effectivement. Certes, le nombre de députés a décuplé, l’écart en nombre de voix au second tour de la présidentielle a diminué, mais en 2022, Emmanuel Macron reste effectivement le meilleur rempart contre l’extrême droite. Je ne ferai pas l’injure à ce socialiste de rappeler qu’une Anne Hidalgo avec 1,7% a été encore moins le rempart de l’extrême droite. Certains devraient donc commencer par l’humilité avant de dire n’importe quoi.

Lorsque la surprise s’évaporera et qu’on comptera tous les députés, la balle sera dans le camp du Président de la République qui gardera l’initiative politique. Devra-t-il changer de Premier Ministre ? Je considère que la réponse est oui car Élisabeth Borne a été incapable de mobiliser ses troupes et sera probablement incapable de réunir des majorités d’idées. Mais elle restera à Matignon parce que sa victoire dans sa circonscription oblige Emmanuel Macron à ne pas se renier lui-même.

Au final, c’est peut-être la politique qui gagnera en intensité et en crédit. Dès lors qu’il n’y a plus de majorité possible à l’Assemblée, comment Emmanuel Macron pourra réformer la France ? La question ne cesse d’être posée depuis dimanche soir. Pas sûr que la réponse arrive avant une ou deux semaines. Mais elle est urgente après un réel flottement depuis l’élection présidentielle.

Souhaite-t-il un gouvernement minoritaire comme entre 1988 et 1993 ? ou encore une alliance Ensemble/LR qui aurait les moyens d’agir en toute efficacité ? ou encore débaucher des députés de gauche (les 22 divers gauche) et quelques députés LR ? La position de l’ancien Ministre de la Santé Olivier Véran, réélu confortablement à Grenoble, a aujourd’hui, comme Ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement, une position stratégique. Un ministère qui mériterait d’être "plein".

Comme en 2017, le cru 2022 de l’Assemblée Nationale aura une saveur toute particulière : beaucoup de renouvellement, beaucoup d’extrêmes et un risque d’impuissance politique qui va éprouver nos institutions. Qui a dit que la France était une dictature ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 juin 2022)
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Pour aller plus loin :
Législatives 2022 (10) : un train peut en cacher un autre.
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Législatives 2022 (9) : procès d’intention, soupçons, fake-news, calomnie : le complotisme mélenchonien.
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Législatives 2022 (7) : Liberté, Égalité, Choucroute.
Résultats du premier tour des élections législatives du 12 juin 2022 (Ministère de l’Intérieur).
Législatives 2022 (4) : sous la NUPES de Mélenchon.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Pour Jean-Louis Bourlanges, c’est la capitulation et la bérézina !
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !

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19 juin 2022 7 19 /06 /juin /2022 21:51

Les résultats du second tour des élections législatives du 19 juin 2022 en France sont les suivants au 19 juin 2022 sur la base de 100% des électeurs inscrits dépouillés :
 

France Entière

 

 
Sièges par nuance de candidats
Nuances de Candidats Nb Sieges
Divers extrême gauche 0
Parti radical de gauche 0
Nouvelle union populaire écologique et sociale 131
Divers gauche 22
Ecologistes 0
Divers 1
Régionaliste 10
Ensemble ! (Majorité présidentielle) 245
Divers centre 4
Union des Démocrates et des Indépendants 3
Les Républicains 61
Divers droite 10
Droite souverainiste 1
Reconquête ! 0
Rassemblement National 89
Divers extrême droite 0
Résultats au 2d tour
 
Nuances de Candidats Voix % Inscrits % Exprimés Nb Sieges
Divers extrême gauche 11 229 0,02 0,05  
Nouvelle union populaire écologique et sociale 6 556 681 13,49 31,60 127
Divers gauche 443 282 0,91 2,14 22
Divers 18 295 0,04 0,09 1
Régionaliste 264 780 0,54 1,28 10
Ensemble ! (Majorité présidentielle) 8 003 240 16,47 38,57 244
Divers centre 99 145 0,20 0,48 4
Union des Démocrates et des Indépendants 64 443 0,13 0,31 3
Les Républicains 1 447 838 2,98 6,98 61
Divers droite 231 071 0,48 1,11 10
Droite souverainiste 19 306 0,04 0,09 1
Rassemblement National 3 589 465 7,39 17,30 89


 

  Nombre % Inscrits % Votants
Inscrits 48 589 371    
Abstentions 26 124 404 53,77  
Votants 22 464 967 46,23  
Blancs 1 235 310 2,54 5,50
Nuls 480 882 0,99 2,14
Exprimés 20 748 775 42,70 92,36


En raison des arrondis à la deuxième décimale, la somme des pourcentages peut ne pas être égale à 100%.


 

France Entière

 

Résultats incomplets calculés sur la base de 97% des électeurs inscrits
 
Résultats au 2d tour
 
Nuances de Candidats Voix % Inscrits % Exprimés Nb Sieges
Divers extrême gauche 11 229 0,02 0,06  
Nouvelle union populaire écologique et sociale 6 406 409 13,60 31,43 119
Divers gauche 443 282 0,94 2,18 22
Divers 18 295 0,04 0,09 1
Régionaliste 264 780 0,56 1,30 10
Ensemble ! (Majorité présidentielle) 7 807 888 16,58 38,31 226
Divers centre 84 305 0,18 0,41 3
Union des Démocrates et des Indépendants 55 973 0,12 0,27 2
Les Républicains 1 447 838 3,07 7,10 61
Divers droite 231 071 0,49 1,13 10
Droite souverainiste 19 306 0,04 0,09 1
Rassemblement National 3 589 511 7,62 17,61 89


 

  Nombre % Inscrits % Votants
Inscrits 47 092 122    
Abstentions 25 013 129 53,12  
Votants 22 078 993 46,88  
Blancs 1 219 366 2,59 5,52
Nuls 479 740 1,02 2,17
Exprimés 20 379 887 43,28 92,30


En raison des arrondis à la deuxième décimale, la somme des pourcentages peut ne pas être égale à 100%.

 

France Entière

 

Résultats incomplets calculés sur la base de 86% des électeurs inscrits
 
Résultats au 2d tour
 
Nuances de Candidats Voix % Inscrits % Exprimés Nb Sieges
Divers extrême gauche 11 229 0,03 0,06  
Nouvelle union populaire écologique et sociale 5 279 068 12,63 29,35 69
Divers gauche 428 373 1,02 2,38 21
Divers 18 295 0,04 0,10 1
Régionaliste 264 780 0,63 1,47 10
Ensemble ! (Majorité présidentielle) 6 729 199 16,10 37,41 178
Divers centre 84 251 0,20 0,47 3
Union des Démocrates et des Indépendants 46 689 0,11 0,26 2
Les Républicains 1 354 394 3,24 7,53 54
Divers droite 231 071 0,55 1,28 10
Droite souverainiste 8 468 0,02 0,05  
Rassemblement National 3 531 325 8,45 19,63 78


 

  Nombre % Inscrits % Votants
Inscrits 41 800 083    
Abstentions 22 245 882 53,22  
Votants 19 554 201 46,78  
Blancs 1 122 604 2,69 5,74
Nuls 444 455 1,06 2,27
Exprimés 17 987 142 43,03 91,99


En raison des arrondis à la deuxième décimale, la somme des pourcentages peut ne pas être égale à 100%.




Source : Ministère de l'Intérieur


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220619-legislatives-2022j.html


SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20220619-resultat-legislatives.html

 

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17 juin 2022 5 17 /06 /juin /2022 09:15

« Ah ben, si un raisonnement n’est pas une preuve… En effet, il n’y a rien qui vaille. Depuis Descartes, ça s’appelle le doute méthodique… Arrêtez de dégrader le niveau politique. La politique, ce n’est pas forcément mentir. » (Jean-Luc Mélenchon, le 17 juin 2022 sur BFM-TV).




_yartiMelenchon2022061701

Comment dire n’importe quoi et passer à une heure de grande écoute à la télévision ? Tiens, encore une autre formule : « Lundi matin, je serai chez moi à attendre le coup de téléphone du Président. ». C’est ça, la réalité alternative. Le sujet est plongé dans un autre monde, celui de ses caprices et de ses songes. Quand, dans ses Mémoires, De Gaulle parlait de la vieillesse, qui est un naufrage, il ne pensait pas à Jean-Luc Mélenchon mais à Pétain. Pourtant, à quelques semaines de ses 71 ans, on peut quand même vraiment y penser pour le lider maximo de la Nupes tant ses délires politiques sont désormais mis en plein jour. Le fait-il exprès ou pas ?

Le délire mélenchonesque de la semaine, c’est le supposé projet caché du gouvernement d’augmenter la TVA pour engranger 80 milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires afin d’atteindre 3% du PIB de déficit en 2027. Cela pourrait être vrai, ce ne serait pas la première fois qu’un pouvoir cacherait quelques mauvais destins, mais l’attitude du Président Emmanuel Macron a toujours été claire et il n’a jamais rien caché de ses intentions, au risque de perdre des voix ; pour preuve, il a confirmé une semaine avant le scrutin que la réforme des retraites s’appliquerait dès l’été 2023. Pour la TVA, c’est surtout ne rien comprendre à la logique du gouvernement.

Dès le soir du premier tour, Jean-Luc Mélenchon a lancé gratuitement, j’insiste sur le "gratuitement", la rumeur d’augmentation de la TVA qui serait voulue par le gouvernement. Il n’est pas fou, Jean-Luc Mélenchon, il sait que c’est un sujet très sensible pour les ménages, surtout en période inflationniste (où la TVA a d’ailleurs un meilleur rendement puisqu’elle est proportionnelle au prix). Il sait qu’en juin 2007, à cause d’une maladresse entre les deux tours des législatives sur le sujet du Ministre de l’Économie et des Finances d’alors, Jean-Louis Borloo (qui ne dura pas longtemps à Bercy, remplacé après les élections par Christine Lagarde), le tout nouveau Président Nicolas Sarkozy a perdu une cinquantaine de sièges. On peut aussi dire que ce même Nicolas Sarkozy a sans doute perdu sa réélection pour avoir augmenté la TVA à deux mois et demi de l’élection présidentielle de 2012 (pour transférer les cotisations sociales sur les prix à la consommation). Donc, Jean-Luc Mélenchon, qui connaît très bien l’histoire politique du pays (il était lui-même sénateur en 2007), veut répéter l’idée et comme le gouvernement ne fait pas dans la maladresse sur ce sujet, il y va avec ses procès d’intentions.

La réaction outrée du Ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a été ferme : il répète et martèle depuis le début de la semaine qu’il n’est pas question d’augmenter les impôts, ni directs ni indirects, ni des ménages, ni des entreprises (au contraire de la Nupes !). Il a même évoqué le 15 juin 2022 sur LCI le comportement complotiste de Jean-Luc Mélenchon visant à insinuer le doute et le soupçon en calomniant gratuitement. Une méthode qui donne une idée de ce que serait un gouvernement Mélenchon si par malheur il arrivait au pouvoir (Robespierre est toujours vivant).

Même les journalistes en économie des grands médias étaient dans la stupéfaction avec cette affaire. Car Jean-Luc Mélenchon aurait pu retrouver dans une poubelle un brouillon d’une idée possible d’un commencement de suggestion d’une telle mesure, mais non, à la connaissance de ces journalistes, rien, strictement aucun projet allant dans ce sens. Le seul projet connu à propos de la TVA, ce serait même de la faire baisser pour les produits pétroliers pendant une période inflationniste.

Donc, ce procès d’intention provient simplement de l’imagination très créative de Jean-Luc Mélenchon qui accuse la majorité d’une proposition qu’elle n’a jamais formulée et jamais voulue. C’est donc n’importe quoi et montre une idée du niveau de la vie politique en France (il a l’audace de retourner cette critique à son profit alors que c’est lui qui dégrade considérablement le niveau intellectuel et politique du débat public). Je pensais que le gourou de la Nupes allait donc s’arrêter sur cette désinformation grossière, vu qu’elle ne fonctionnait pas.

Eh bien non. Invité par Apolline de Malherbe à la matinale de BFM-TV ce vendredi 17 juin 2022, il est revenu à la charge devant une journaliste complètement médusée par une telle assurance dans la fake-news. Car bien évidemment, Jean-Luc Mélenchon n’a apporté aucun nouveau fait confirmant cette supposée volonté du gouvernement d’augmenter la TVA et ce n’est pas en martelant "c’est un fait" que la mesure est là (il disait "c’est un fait" pour des choses qui n’avait rien à voir).

Alors, il a redit son raisonnement, car Jean-Luc Mélenchon est un garçon qui se veut très rationnel, il sait lire la pensée des autres et il sait ainsi projeter plein de choses invisibles. Il n’est pas gourou pour rien, ce n’est pas donné à tout le monde. Les 80 milliards d’euros, ça vient de la différence entre le déficit public actuel en 2022 et le déficit cible en 2027 (3% du PIB). Donc ce chiffre est un chiffre de Jean-Luc Mélenchon qui a regardé dans le programme de la majorité présidentielle que 40 milliards d’euros seraient économisés d’une manière ou d’une autre (c’est notamment le rôle de la réforme des retraites). Bref, pour lui, il manque encore 40 milliards d’euros.

Et là, il a sorti des recommandations de la Commission Européenne. Ce n’est pas parce que la Commission Européenne dit une chose que c’est le programme d’Emmanuel Macron : alors que Jean-Luc Mélenchon veut carrément "désobéir" aux Traités européens (le terme est d’ailleurs amusant, serait-il un petit enfant dans madame l’Europe ?), un gouvernement national n’est pas encore censé obéir à la Commission Européenne, surtout quand elle exprime une "recommandation". La souveraineté nationale existe toujours, il faut parfois le rappeler.

_yartiMelenchon2022061702

Je regrette le manque de réactivité d’Apolline de Malherbe qui pourtant voulait coincer intellectuellement Jean-Luc Mélenchon sur cette mesure. Jean-Luc Mélenchon déduit de plusieurs recommandations depuis une dizaine d’années de la Commission Européenne demandant une augmentation de la TVA (ce qui reste à vérifier) pour conclure qu’Emmanuel Macron va augmenter la TVA. Sauf qu’en expliquant que la Commission Européenne avait déjà plusieurs fois recommandé une telle augmentation (il a même cité des dates, mais il ne semblait pas très assuré), il venait de prouver lui-même que les gouvernements français s’en moquaient, de telles recommandations, puisque aucun d’eux ne l’avait proposé à sa majorité depuis 2012 (François Hollande ayant défait l’augmentation de Nicolas Sarkozy dès juillet 2012).

Mais la mauvaise foi n’étouffait pas Jean-Luc Mélenchon quand il expliquait que déjà en 2017, Emmanuel Macron avait promis qu’il n’augmenterait aucun impôt et que finalement, il a mis en place la taxe carbone qui a engendré la crise des gilets jaunes. Là encore, foutage de gueule et réécriture de l’histoire. La taxe carbone était un impôt mis en place sous le quinquennat de François Hollande et probablement que l’erreur d’Emmanuel Macron était d’avoir laissé cette disposition s’appliquer au jour dit sans voir ses conséquences sociales à une époque où les écologistes et aussi les mélenchonistes le pressaient pour faire la transition écologique. Les mesures de la Nupes engendraient bien plus de colère des gilets jaunes qu'en 2018.

D’ailleurs, notons aussi la mauvaise foi de Jean-Luc Mélenchon qui a reproché à la majorité d’avoir laissé courir la taxe carbone et dire en même temps qu’elle ne faisait pas assez pour la lutte contre le réchauffement climatique (il n’est pas à une contradiction près). Du reste, pendant toute cette semaine, les zélateurs du centralisme mélenchonique tentaient de récupérer électoralement la canicule pour donner une raison supplémentaire de voter pour eux ! (le risque serait plutôt qu’ils encouragent les abstentionnistes à rester chez eux pour se protéger de la grande chaleur !).

Prenons le verbatim exact : « Je redis : monsieur Le Maire a avoué qu’il veut retirer 40 milliards du budget de l’État. Comment fait-il ? Ou bien il nous dit où il l’enlève, ou bien il nous dit où il prend. Mais cela ne peut pas être les deux en même temps et dire : je ne prends rien et je n’enlève rien. Donc monsieur Le Maire, dans cette situation, a un problème avec la vérité. La vérité, c’est qu’il a prévu des diminutions de prestations sociales, il a prévu de continuer dans la santé et l’éducation les coupes claires auxquelles il procède. ». J’aime bien le verbe "avouer", avec Jean-Luc Mélenchon, l’Inquisition n’est jamais loin. Quant à la TVA, étrangement, elle est sorti des propos. Là, il parlait de "coupes claires".

Cette citation montre à quel point Jean-Luc Mélenchon n’a rien compris à l’économie et fait dans le simplisme démagogique (du genre : les riches doivent payer en oubliant qu’avant de la redistribuer, il faut d’abord créer la richesse). Le ministre parlait de déficit et pas de retirer 40 milliards du budget de l’État, c’est-à-dire qu’on peut équilibrer un budget autrement qu’en prenant ou en enlevant.

Réponse par les propos du Président Emmanuel Macron dans son allocution du 14 juin 2022 : « Cette indépendance, nous ne la ferons pas par plus d’impôts, au contraire, nous continuerons de les baisser, ni par plus de dette, nous devons la réduire, ni par la décroissance, nous la combattons. Nous le ferons par le travail. Travailler tous en atteignant le plein emploi qui est à portée de mains. Travailler mieux, en améliorant les rémunérations et les conditions de travail. Travailler plus pour gagner, par notre effort collectif, en force économique. ».

En résumé, Jean-Luc Mélenchon, dont le programme va coûter à la France 300 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires, avec un choc fiscal de 160 milliards d’euros dont 50 des poches des ménages, n’a pas manqué de culot pour fustiger une proposition que n’a jamais formulée la majorité et que la majorité dément formellement car la philosophie générale de la majorité présidentielle, c’est au contraire de libérer les énergies, de desserrer l’étau fiscal pour augmenter l’activité économique et favoriser la croissance (il faut répéter que Jean-Luc Mélenchon est nul en économie, comme son mentor François Mitterrand).

Bref, persister dans ce procès d’intention, persister dans cette fake-news démontre au moins une chose : c’est que le programme de la majorité présidentielle n’est pas si condamnable que cela puisque le leader suprême de la Nupes doit inventer des mesures fantaisistes pour le condamner. Il se rend bien compte que dans les circonscriptions où le duel s’est transformé en affrontement entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, les électeurs, partisans de l’ordre et de la prospérité, refusant le chaos qu’un potentat vieillissant jusqu’au naufrage et ne comprenant rien à la société française entraînerait dans sa déroute, sauront choisir selon l’intérêt de la France, je n’en doute pas. Quant à ceux qui se sont embarqués dans le Titanic-Mélenchon, je leur souhaite bien du plaisir à assumer politiquement l’après-Nupes dans honte de leurs prochains électeurs…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Résultats du second tour des élections législatives du 19 juin 2022 (Ministère de l’Intérieur). À venir.
TVA : Mélenchon, champion du monde de la mauvaise foi.
Procès d’intention, soupçons, fake-news, calomnie : le complotisme mélenchonien.
Législatives 2022 (8) : aucune voix ne doit manquer à la République !
Allocution du Président Emmanuel Macron le 14 juin 2022 à Orly (texte intégral et vidéo).
Législatives 2022 (7) : Liberté, Égalité, Choucroute.
Résultats du premier tour des élections législatives du 12 juin 2022 (Ministère de l’Intérieur).
Législatives 2022 (4) : sous la NUPES de Mélenchon.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Pour Jean-Louis Bourlanges, c’est la capitulation et la bérézina !
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !

_yartiMelenchon2022061703






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220617-melenchon.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/tva-melenchon-champion-du-monde-de-242269

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/06/17/39521849.html










 

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14 juin 2022 2 14 /06 /juin /2022 16:42

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220614-macron.html







Allocution du Président Emmanuel Macron le mardi 14 juin 2022 à Orly


DECLARATION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE A ORLY AVANT SON DEPLACEMENT AUX COTES DES TROUPES FRANÇAISES DEPLOYEES EN ROUMANIE DANS LE CADRE DE LA PRESENCE AVANCEE DE L’OTAN


Françaises, Français,
Mes chers compatriotes,

Je serai ce soir en Roumanie pour soutenir en votre nom nos soldats qui y sont déployés depuis plusieurs mois. C’était l’engagement que j’avais pris à leur égard. La France est en effet mobilisée depuis plusieurs mois, dans le cadre de l’OTAN, pour protéger notre frontière à l’est de l’Union européenne et éviter une extension de la guerre, aujourd’hui en Ukraine.

Mais, quelques jours avant le second tour des élections législatives et avant de quitter le sol national, je tenais à m’adresser à vous.

Car il s’agit d’un moment historique et nous vivons des temps historiques.

La guerre en Ukraine, en effet, que la France a tout fait pour éviter et qu’avec l’Europe, nous nous employons à arrêter, sème partout le désordre.

Désordre géopolitique, avec pour la première fois une guerre de haute intensité impliquant sur notre continent une puissance nucléaire. 

Désordre économique, avec le dérèglement de l’économie mondiale et la menace dans les mois à venir, entre autres, de crises alimentaires au sud et à l’est de la Méditerranée.

Désordre dans nos vies quotidiennes. Car malgré les mesures exceptionnelles prises par le Gouvernement, vous payez déjà plus cher votre gaz, votre essence, vos courses. Et les mois à venir seront difficiles.

Dans ces temps troublés, le choix que vous aurez à faire ce dimanche 19 juin est plus crucial que jamais.

Lors du premier tour, vous avez placé en tête la majorité présidentielle et je vous en remercie chaleureusement. Vous avez été plus nombreux encore à faire part de vos doutes, vos angoisses, vos peurs, soit en vous abstenant, soit en choisissant d’autres candidats. J’entends les inquiétudes et les difficultés qui se sont exprimées et je respecte chaque voix, chaque sensibilité. Mais parce qu’il en va de l’intérêt supérieur de la Nation, je veux aujourd’hui vous convaincre, de donner dimanche prochain une majorité solide au pays.

Nous avons besoin d’une majorité solide pour assurer l’ordre, à l’extérieur comme à l’intérieur de nos frontières. Rien ne serait pire que d’ajouter un désordre français au désordre mondial. Il nous faut au contraire porter avec force et fermeté la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité. Il nous faut défendre nos institutions face à tous ceux qui les contestent et les fragilisent. Il nous faut porter les choix historiques qui, en matière de Défense comme d’Europe, sont ceux de la France.

Nous avons besoin d’une majorité solide pour défendre notre économie et vos économies.

Nous avons besoin d’une majorité solide pour continuer de porter les grandes ambitions du pays. Face aux urgences du siècle, climatique, économique et sociale, face aux crises, qui ne manqueront pas de survenir, rien ne serait pire que de nous perdre dans l’immobilisme, dans le blocage et dans les postures. Il nous faut au contraire investir pour bâtir un avenir sans pétrole, sans gaz, sans charbon et donc sans carbone ; pour faire de la France le pays des technologies de 2030. Investir pour transformer nos services publics, notre école, notre santé et tenir enfin la promesse républicaine de l’ascension sociale.

Nous avons pour cela, besoin d’une majorité solide pour garantir notre indépendance. Cette indépendance, nous ne la ferons par plus d’impôts – au contraire, nous continuerons de les baisser, ni par plus de dette – nous devons la réduire, ni par la décroissance – nous la combattons. Nous le ferons par le travail. Travailler tous en atteignant le plein emploi, qui est à portée de mains. Travailler mieux, en améliorant les rémunérations et les conditions de travail. Travailler plus pour gagner, par notre effort collectif, en force économique.

Mes chers compatriotes, vous l’avez compris, nous sommes à l’heure des choix et les grands choix ne se font jamais par l’abstention. J’en appelle donc à votre bon sens et au sursaut républicain.

Ni abstention, ni confusion mais clarification : dimanche, aucune voix ne doit manquer à la République.

Dimanche, je compte sur vous pour doter le pays d’une majorité solide afin d’affronter tous les défis de l’époque et de bâtir l’espoir.

Vive la République,
Vive la France.


Emmanuel Macron, le mardi 14 juin 2022 à Orly avant son départ pour la Roumanie.

Source : www.elysee.fr

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20220614-discours-macron-orly.html



 

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13 juin 2022 1 13 /06 /juin /2022 04:41

« On se bat pour la majorité absolue. La France a besoin de cette majorité forte et claire. » (Élisabeth Borne, le 12 juin 2022).




_yartiLegislatives2022G01

Le génial Jean Yanne aurait-il aimé l'humour de Jean-Luc Mélenchon qui se voit en nouveau maître des horloges ? Le premier tour des élections législatives a eu lieu ce dimanche 12 juin 2022 en France. À la fois unique bataille nationale et multiples batailles locales dans les 577 circonscriptions, ces élections ont une importance cruciale non seulement pour l’avenir de la politique nationale (qui fera les lois ?) mais aussi dans la vie démocratique des partis au moyen du finance public des partis politiques selon le nombre de voix et de sièges recueillis.

De plus, les résultats très nombreux sont à mettre dans deux catégories : l’une en voix, l’autre en sièges. Les leçons politiques sont à chercher dans le nombre de voix, les leçons parlementaires dans le nombre de sièges.

Dans les chiffres qui suivent, mes pourcentages en voix sont issus du décompte du Ministère de l’Intérieur. La Nupes souhaite polémiquer avec l’Intérieur sur ces résultats à propos de prise en compte de certains candidats en Outre-mer. Je considère plus fiable le Ministère de l’Intérieur à vocation de neutralité de l’État qu’un parti politique engagé dans ces élections nécessairement partisan (c’est sa définition !). Le Conseil d’État pourrait donc "retoquer" certains résultats avant la proclamation définitive de ceux-ci. Les chiffres concernant les nombres de sièges proviennent du décompte de FranceInfo. La carte est issue du "Télégramme".

L’abstention a été de 52,49%, soit un nouveau record dans une élection nationale, le précédent étant aux législatives de juin 2017 avec 51,30%. Au-delà du fait que les Français considèrent l’élection présidentielle comme la seule élection majeure (ce qui est une erreur à mon avis), il y a une part de responsabilité des médias qui ont très peu parlé de ces élections législatives (la guerre en Ukraine occupait la plupart des unes). Néanmoins, à 1 point près, elle est du même ordre de grandeur qu’il y a cinq ans, c’est désolant mais pas catastrophique.

Comme toujours dans des élections, les commentaires dépendent du côté où l’on se place. Plus encore pour un premier tour où rien n’est joué, ni dans un sens, ni dans l’autre, et le second tour pourrait être une confirmation du premier tour, ou au contraire, une correction du premier tour.

Bref, tout est possible et pour l’instant, les seuls gagnants sont ceux qui ont été élus dès le premier tour et les seuls perdants ceux qui ont été éliminés dès le premier tour. Rappelons que la règle pour participer au second tour est d’autant plus difficile que l’abstention est forte puisqu’il faut au moins 12,5% des inscrits, soit, lorsqu’il y a 50% d’abstention, au moins 25% des suffrages exprimés, ce qui est déjà beaucoup (sauf si le candidat se retrouve en deuxième position, auquel cas il participe quand même au second tour). Quant à être élu dès le premier tour, il faut obtenir bien sûr 50% des suffrages exprimés plus une fois, mais aussi 25% des inscrits, ce qui signifie que pour Marine Le Pen et Adrien Quatennens, par exemple, qui ont fait plus de 50% des exprimés (ce sont de très belles performances), il leur faut quand même repasser un second tour.

En tout, seulement 5 députés ont été élus ce dimanche 12 juin 2022 dès le premier tour. C’est plus que le 11 juin 2017 où seulement 4 députés avaient été élus (2 LREM, 1 UDI et 1 DVD). Ce dimanche, ces 5 députés sont 1 Ensemble-Horizons (Yannick Favennec) et 4 Nupes-FI (Danièle Obono, Alexis Corbière, Sophia Chikirou et Sarah Legrain).

Parmi les (nombreux) perdants, c’est-à-dire éliminés dès le premier tour, on peut citer Manuel Valls (déjà connu il y a une semaine), Jean-Michel Blanquer (à quelques voix près, 189 exactement), Julien Aubert (dans le Vaucluse, c’est une surprise pour celui qui s’apprêtait à conquérir la présidence de son parti, LR), Éric Zemmour, Marion Maréchal (qui était candidate suppléante), Guillaume Peltier, etc.

Le scrutin répondait d’abord à une logique nationale et pas locale. Certes, des candidats bien implantés localement pouvaient se voir renforcés, mais les principaux mouvements sont nationaux. Un exemple symbolique pour la 5e circonscription de l’Essonne (Orsay, Gif, Les Ulis), une circonscription qui a historiquement souvent alterné à droite et à gauche. Le député sortant, Cédric Villani, parachuté et élu avec l’étiquette LREM en juin 2017, s’est représenté sous l’étiquette de la Nupes et est issu de Génération écologie (groupuscule conduit par l’ancienne ministre socialiste Delphine Batho), qui a dû convaincre ses électeurs de gauche qu’il ne les avait pas trahis en 2017 (il s’était présenté contre la députée sortante socialiste et maire des Ulis). Avec 38,2%, il est arrivé en tête avec un ballottage plutôt favorable. Face à lui, le candidat de LREM Paul Midy, lui aussi parachuté, a obtenu 30,5% des voix. En troisième position seulement, le candidat LR Michel Bournat, hyperbien implanté localement, puisqu’il est maire de Gif et premier vice-président du conseil départemental, il a consacré une trentaine d’années de sa vie à la politique locale, n’a obtenu que 16,0%. Le plus dur pour lui, c’est qu’il est troisième même dans sa propre commune de Gif avec seulement 27,1%. Autre exemple, Guillaume Peltier, député sortant qui a une grande capacité de campagne mais il a perdu parce qu’il avait l’étiquette Reconquête qui est massivement rejetée même dans son électorat.

L’autre enseignement, c’est que les sondages ne se sont pas trompés. En pourcentages, c’est exactement ce qui était à peu près prévu par les sondages, à savoir trois pôles, un du centre et deux d’extrêmes, un d’extrême gauche mené par Jean-Luc Mélenchon et un autre d’extrême droite mené par Marine Le Pen, à la différence près que le pôle d’extrême droite est divisé par le RN et par Reconquête. Cela donne ainsi : 25,75% à Ensemble (majorité présidentielle) ; 25,66% à la Nupes ; 18,68% au RN ; 10,42% à LR ; 4,24% à Reconquête. Le reste s’est réparti sur des candidatures diverses, en particulier 3,14% à des divers gauche dont des socialistes dissidents qui ont refusé l’accord avec la Nupes (notons qu’ils représentent très peu d’électeurs sur le plan national).

Comme je l’écrivais, les commentaires dépendent de la perspective. Est-ce une victoire pour la Nupes ? Ce serait curieux d’imaginer que dans la France qui s’est complètement polarisée à droite voire à l’extrême droite, une assemblée émanerait de l’ultragauche.

_yartiLegislatives2022G03

En fait, ce n’est pas parce que des militants FI hurlent leur victoire qu’il y a victoire. Pour l’instant, je le répète, seulement 4 députés FI ont été élus, c’est loin du compte pour avoir une majorité de 289 députés. Si on regarde les résultats du 11 juin 2017 et qu’on totalise les voix de FI, PCF, PS et EELV, on obtient 25,49%, et à cela, il faudrait rajouter des DVG et PRG non comptabilisés. En gros, la Nupes révèle une gauche très stable, statique même, un quart de l’électorat. Donc, il n’y a pas vraiment de signe de victoire nationale ni de dynamique particulière. Si on regarde les résultats de l’élection présidentielle, au premier tour le 10 avril 2022, c’est même une baisse de l’audience (le total Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, Yannick Jadot et Anne Hidalgo) : 30,61% ! (au premier tour le 23 avril 2017, le total gauche Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, il n’y avait ni EELV ni PCF, faisait : 25,94%).

Pourtant, malgré cette stabilité électorale, il y a un réel effet optique de victoire pour la Nupes. Pourquoi ? Parce que le génie de Jean-Luc Mélenchon a été de préempter tout ce qui était à gauche et cette fausse union et vraie hégémonie de FI permet ainsi d’être présent au second tour dans 380 circonscriptions, ce qui est une très belle performance. Pourtant, il faut pondérer cette réalité : la Nupes n’a aucune réserve de voix au second tour, si ce n’est parmi les abstentionnistes, or en juin 2017, il y avait plus d’abstention au second tour (57,36%) qu’au premier tour (51,30%).

Pour la majorité présidentielle, la situation aurait pu être meilleure, mais elle aurait pu être aussi pire. Au-delà de la première place en voix (contestée par FI), Ensemble sera présent au second tour dans 417 circonscriptions et sa position "médiane" fera que la majorité pourra être l’arbitre des élégances. En effet, dans un duel Ensemble vs RN ou Ensemble vs Nupes, selon les candidats impliqués, Ensemble pourra bénéficier d’un front anti-extrémisme très fort. En tout, Ensemble a des réserves de voix, celles portées sur le candidat LR ou UDI éliminé, et celles des autres partis éliminés dès le premier tour.

Néanmoins, il faut reconnaître que la performance est très médiocre si on la compare à celle du 11 juin 2017 où LREM et le Modem avaient recueilli 32,33% des voix, bien plus que les moins de 26% du 12 juin 2022. De plus, l’élimination de plusieurs candidats symptomatiques (Valls, Blanquer) et les ballottages difficiles de certaines personnalités importantes de LREM (Amélie de Montchalin face à Jérôme Guedj, Clément Beaune, Richard Ferrand, Stanislas Guérini, etc.) n’aident pas à la réjouissance de la majorité présidentielle qui paie aussi le faible implication du Président Emmanuel Macron dans la campagne (et il sera en Roumanie et en Moldavie entre les deux tours).

Au RN, il y a de quoi se réjouir. Marine Le Pen avait fait très peu campagne et avait déjà acté son échec national dans une élection qui la défavorisait. Alors qu’en 2017, le FN était passé de 21,30% à la présidentielle à 13,20% aux législatives, en 2022, le RN a subi très peu de perte de voix de la présidentielle aux législatives : de 23,15% à 18,68%, avec en plus une concurrence zemmourienne. Le RN peut se réjouir de dominer le Nord et l’Est de la France, ce qui reste toujours stupéfiant (mais maintenant traditionnel). Un candidat RN sera présent au second tour dans 208 circonscriptions, ce qui est très important et semble indiquer que l’existence d’une groupe RN à l’Assemblée Nationale est maintenant bien plus qu’une hypothèse.

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Chez LR-UDI, on continue tranquillement dans la catastrophe… Alors que l’alliance LR-UDI avait obtenu 18,80% des voix le 11 juin 2017, elle n’a eu ce dimanche que 11,29%, soit près de la moitié de moins. L’effet désastreux de la présidentielle s’est fait sentir. LR sera présent au second tour dans seulement 91 circonscriptions (c’était plus de trois fois plus en 2017). On ne savait même pas qui menait la campagne de LR, qui se proposerait Premier Ministre en cas de victoire de LR, parce que celle-ci était absolument pas concevable. C'est plutôt sauve qui peut ! C’est une disparition progressive du paysage politique, et pourtant, l’importance du groupe LR pourrait être très élevée si Ensemble n’obtient pas de majorité absolue. Comme groupe pivot, LR pourrait imposer ses choix plus qu’entre 2017 et 2022 où il étai beaucoup plus nombreux.

Enfin, le compte n’y serait pas si j’oubliais Reconquête. Était-ce un échec pour Éric Zemmour ? Probablement que le polémiste a été très déçu (il tenait vraiment à être député) et être éliminé dès le premier tour a été très dur pour son ego. Il se sentait indispensable à la politique française et les urnes lui ont dit le contraire. Même si tous les principaux leaders de Reconquête ont été éliminés, même le député sortant Guillaume Peltier, il ne faut pas sous-estimer l’élément financier et local : Reconquête a bénéficié d’une excellente implantation locale, presque chaque circonscription avait son candidat Reconquête et avec son résultat, il pourra compter sur environ 1,6 million d’euros par an pendant cinq ans (selon mes calculs) au titre du financement public des partis politiques, ce qui permettra d’assurer un minimum de subsistance pour une structure à faire durer lorsque les premiers adhérents se lasseront de son échec récurrent.

Pour le second tour, les combats seront très diversifiés. Ainsi, il y aura 272 duels Ensemble vs Nupes, 113 duels Ensemble vs RN et 58 duels RN vs Nupes. Il y aura encore 8 triangulaires Ensemble-Nupes-RN et dans 91 circonscriptions, la présence d’un candidat LR. La question se pose donc pour la majorité présidentielle de savoir sa position dans le cas d’un duel RN vs Nupes. La réponse de la Première Ministre Élisabeth Borne est qu’aucune voix ne doit aller au RN et plus généralement, aucune voix ne doit aller aux extrémismes. Selon l’identité du candidat Nupes en face, Ensemble appellera alors à voter pour lui ou à voter blanc. Le chef du parti communiste Fabien Roussel, en duel contre un candidat RN, qui a montré son adhésion aux valeurs de la République, bénéficie ainsi dès maintenant du soutien d’Ensemble au second tour.

Ce qui est clair, c’est que le processus de décomposition/recomposition du paysage politique de 2017 est confirmé et renforcé. LREM confirme son implantation nationale et devient le parti majeur de la vie politique. Il représente principalement (si on regarde les circonscriptions où il arrive en tête) l’ancien centre droit traditionnel. La Nupes et principalement FI a remplacé définitivement le PS comme représentant hégémonique de la gauche. Enfin, malgré la concurrence zemmourienne, le RN confirme aussi son implantation nationale comme la formation d’un troisième pôle politique. Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, qui ne seront pas présents dans l’hémicycle (au contraire de Marine Le Pen) et qui ne pourront pas se représenter à l’élection présidentielle de 2027 (au contraire de Marine Le Pen), vont s'affronter pendant cinq ans et pourraient donc laisser au RN une fenêtre d’opportunité électorale extraordinaire dans cinq ans.

C’est pour cela que la législature qui s’ouvrira à l’issue du second tour du 19 juin 2022 sera cruciale dans l’histoire de la vie politique française. Il est donc important que les citoyens français se sentent partie prenante dans ce fait historique qui pourrait se dérouler en dehors d’eux. Toutes les traditions politiques sont balayées et c’est maintenant que se solidifiera le prochain paysage politique, probablement pour une longue période, comme cela avait été le cas entre 1958 et 2017…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Législatives 2022 (7) : Liberté, Égalité, Choucroute.
Résultats du premier tour des élections législatives du 12 juin 2022 (Ministère de l’Intérieur).
Législatives 2022 (4) : sous la NUPES de Mélenchon.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Pour Jean-Louis Bourlanges, c’est la capitulation et la bérézina !
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220612-legislatives-2022g.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2022-7-liberte-242181

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/06/08/39511044.html







 

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12 juin 2022 7 12 /06 /juin /2022 22:20

Les résultats du premier tour des élections législatives du 12 juin 2022 en France sont les suivants :
 

12 et 19 juin 2022
France Entière
Résultats au 1er tour
 
Nuances de Candidats Voix % Inscrits % Exprimés Nb Sieges
Divers extrême gauche 266 371 0,54 1,17  
Parti radical de gauche 126 707 0,26 0,56  
Nouvelle union populaire écologique et sociale 5 836 202 11,92 25,66 4
Divers gauche 713 641 1,46 3,14  
Ecologistes 608 179 1,24 2,67  
Divers 192 630 0,39 0,85  
Régionaliste 291 392 0,60 1,28  
Ensemble ! (Majorité présidentielle) 5 857 561 11,97 25,75 1
Divers centre 283 613 0,58 1,25  
Union des Démocrates et des Indépendants 198 055 0,40 0,87  
Les Républicains 2 370 811 4,84 10,42  
Divers droite 530 775 1,08 2,33  
Droite souverainiste 249 610 0,51 1,10  
Reconquête ! 964 868 1,97 4,24  
Rassemblement National 4 248 626 8,68 18,68  
Divers extrême droite 6 457 0,01 0,03  

  Nombre % Inscrits % Votants
Inscrits 48 953 984    
Abstentions 25 696 476 52,49  
Votants 23 257 508 47,51  
Blancs 360 844 0,74 1,55
Nuls 151 166 0,31 0,65
Exprimés 22 745 498 46,46 97,80

En raison des arrondis à la deuxième décimale, la somme des pourcentages peut ne pas être égale à 100%.





Au 12 juin 2022 sur la base de 99% des électeurs inscrits dépouillés
Résultats incomplets calculés sur la base de 99% des électeurs inscrits
Résultats au 1er tour
 
Nuances de Candidats Voix % Inscrits % Exprimés Nb Sieges
Divers extrême gauche 265 987 0,55 1,17  
Parti radical de gauche 126 707 0,26 0,56  
Nouvelle union populaire écologique et sociale 5 812 947 11,91 25,65 1
Divers gauche 713 193 1,46 3,15  
Ecologistes 609 667 1,25 2,69  
Divers 192 497 0,39 0,85  
Régionaliste 291 398 0,60 1,29  
Ensemble ! (Majorité présidentielle) 5 823 057 11,93 25,70 1
Divers centre 283 232 0,58 1,25  
Union des Démocrates et des Indépendants 195 683 0,40 0,86  
Les Républicains 2 363 867 4,84 10,43  
Divers droite 524 813 1,08 2,32  
Droite souverainiste 249 678 0,51 1,10  
Reconquête ! 958 985 1,97 4,23  
Rassemblement National 4 243 853 8,70 18,73  
Divers extrême droite 6 457 0,01 0,03  
 
  Nombre % Inscrits % Votants
Inscrits 48 799 830    
Abstentions 25 627 102 52,51  
Votants 23 172 728 47,49  
Blancs 359 784 0,74 1,55
Nuls 150 923 0,31 0,65
Exprimés 22 662 021 46,44 97,80

En raison des arrondis à la deuxième décimale, la somme des pourcentages peut ne pas être égale à 100%.


Source : Ministère de l'Intérieur


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220612-legislatives-2022g.html


SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20220612-resultat-legislatives.html

 

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10 juin 2022 5 10 /06 /juin /2022 03:05

« Quand j’entends des voix qui s’élèvent, et dans ces périodes électorales, il est normal que des sensibilités s’expriment, que la vie démocratique vive, qu’on puisse exprimer des convictions différentes pour que les citoyens puissent faire leur choix. Mais il y a des choses que, de là où je suis, je ne peux accepter, c’est qu’on insulte celles et ceux qui risquent leur vie pour protéger la nôtre. Et donc, oui, pour qu’une Nation soit unie, et que la République soit debout, nous devons absolument défendre nos gendarmes comme nos policiers, et je voulais aujourd’hui, avec vous, assurer (…) l’ensemble des forces de sécurité intérieure de ma fidèle reconnaissance et de celle de toute la Nation. » (Emmanuel Macron, le 9 juin 2022 à Puycelsi).




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À la veille du premier tour des élections législatives du 12 juin 2022, le paysage électoral semble le même qu’à l’élection présidentielle ; ce qui prime, c’est la "bande des 3M", "bande" comme disait Jean-Marie Le Pen dans les années 1980 avec la "bande des quatre" dont il était exclu. Maintenant, son parti fait partie de cette bande des quatre réduite à trois : M comme Macron, M comme Mélenchon et aussi M comme Marine Le Pen.

Paradoxalement, alors que Marine Le Pen avait gagné dans beaucoup de territoires à l’élection présidentielle, son parti RN a renoncé à espérer la victoire aux élections législatives. Elle connaît trop la logique institutionnelle implacable pour nourrir cet espoir et a réduit son ambition à la seule création d’un groupe RN à l’Assemblée Nationale, ce qui serait historique avec le scrutin majoritaire à deux tours.

Au contraire, Jean-Luc Mélenchon, pourtant arrivé troisième à la présidentielle, croit que son heure est venue. Ne soyons pas Nupes, il fait croire que son heure serait venue alors que, évidemment, ce n’est pas le cas. Pourtant, en enclenchant l’union de la gauche, une union arrogante qui humilie ses partenaires socialistes et écologistes (Olivier Faure et Julien Bayou seront un jour comptables de cette dérive idéologique pour quelques plats de lentilles), Jean-Luc Mélenchon a enclenché une dynamique tout à fait inédite pour des élections législatives consécutives à l’élection présidentielle.

Profitant d’un flottement palpable du côté de la majorité présidentielle mais aussi du côté de ses rivaux d’extrême populisme, le RN, FI veut croire à une victoire qui serait de même nature que celle de Lionel Jospin en juin 1997. Heureusement, les responsables de la majorité présidentielle ont réagi, certes tardivement, et le Président de la République Emmanuel Macron lui-même, dans un discours ce jeudi 9 juin 2022 à Puycelsi, dans le Tarn, a réagi vertement aux tweets odieux de Jean-Luc Mélenchon qui associaient la police à des tueurs ("la police tue"). La réalité, c’est que le gourou de la Nupes a apporté de l’eau au moulin d’Emmanuel Macron en montrant que la majorité est sensible aux thèmes régaliens et défend les forces de l’ordre, ce qui est pour le gouvernement une divine surprise après les incidents violents au Stade de France.

Dans les sondages, s’il y a trois blocs, le bloc d’extrême droite est trop divisé pour représenter une alternative (division qui risque à Éric Zemmour d’être battu dans le Var, ce qui serait mérité pour ce parachutage très politicien). Ensemble (LREM, MoDem, Horizons, etc.) représenterait environ 25%-27% des intentions de vote, la Nupes à peu près l’équivalent, le RN autour de 20%, LR autour de 12% et Reconquête autour de 5% des intentions de vote.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, et comme à l’élection présidentielle, le paysage électoral n’est pas éclaté, ni dispersé, mais il est notable que les partis de gouvernement sont très mal représentés à l’exception du macronisme actuel : face à lui, deux gros blocs d’extrémisme, dont l’un s’est constitué avec des partis de gouvernement qui se sont politiquement suicidés (il faut insister sur le fait que ni les responsables du PS ni ceux d’EELV n’ont condamné le tweet de Jean-Luc Mélenchon sur la police : il faudra s’en souvenir à l’avenir).

L’enjeu est ainsi, toujours aussi paradoxal alors que les Français sont très axés à droite voire à l’extrême droite, poussé vers la gauche et même l’ultra-gauche, avec le clivage : Macron ou Mélenchon, la majorité ou la Nupes. Et toujours aussi paradoxalement après une élection présidentielle qui avait répondu à la question : pour ou contre Emmanuel Macron ?, les élections législatives ne vont pas continuer à répondre à cette question pourtant légitime (pour donner une majorité au Président réélu), mais à cette question nouvelle, inédite : pour ou contre Jean-Luc Mélenchon ?

Selon ce que vous répondrez, vous aurez un comportement électoral qui favorisera ou défavorisera l’accession possible même si très improbable de Jean-Luc Mélenchon à Matignon. Et là, comme au premier tour de l’élection présidentielle, le vote utile a son intérêt car c’est au premier tour que tout se décidera : la forte abstention annoncée (plus de 50% des inscrits), comme en juin 2017, ne laissera pas beaucoup de place aux triangulaires voire aux quadrangulaires au second tour des élections législatives. Le clivage étant ce qu’il est, le vote utile restera pour la majorité ou pour Mélenchon. En se dispersant, les voix anti-mélenchonistes feront nécessairement le jeu de la Nupes.

Cela signifie que pour Les Républicains et leurs alliés centristes (UDI et Les Centristes), cela sera aussi compliqué qu’à la présidentielle, car toute voix LR va mettre en difficulté la majorité présidentielle face à la Nupes. Cela signifie que c’est également compliqué pour le RN, qui garde encore une forte audience dans les sondages, car toute voix pour le RN bénéficiera finalement à la Nupes.

Le maire incontrôlable de Béziers Robert Ménard (qui votera pour sa femme Emmanuelle Ménard, députée sortante indépendante) a d’ailleurs déjà annoncé la couleur dans une tribune publiée dans "Le Figaro" le 10 mai 2022 (il y a un mois) au titre très évocateur : « Une majorité pour Macron, moindre mal face au danger que représente Mélenchon » et qui commence ainsi : « Jean-Luc Mélenchon a raison : nous vivons un moment politique décisif. Sous nos yeux, la gauche française est en train de s’unir sous l’égide d’un parti clairement antieuropéen et ouvertement communautariste. Anachronique, dramatique, suicidaire. L’événement est considérable. Le danger est palpable. Car la dynamique est du côté de la France insoumise et de ses alliés. La comparaison avec une droite en ruines et sans véritable projet est très inquiétante. Ne prenons surtout pas à la légère cette nouvelle force dirigée par le verbe néfaste mais talentueux du tribun aux hologrammes. Face à cette situation, il y a urgence. Urgence à faire bloc. Les sociaux-démocrates, les centristes, les droites, toutes les droites responsables, les élus indépendants attachés à nos libertés doivent s’unir. ».

Une chose que Robert Ménard a du mal à encaisser, c’est que dans le programme de la Nupes, rien n’est analysé à propos de la guerre en Ukraine qui a pourtant remis en cause tout l’équilibre de la paix en Europe. Mais il a aussi critique durement Marine Le Pen et Éric Zemmour qui ne sont pas plus clairs sur le sujet : « Nous ne voulons pas non plus d’un pays dirigé par ces patriotes de pacotille qui fantasment sur Poutine ou sur Pétain. Car cette droite confite de nostalgie est un repoussoir qui n’a aucune chance de remporter un jour la majorité des suffrages. Une impasse idéologique. Un désastre politique. ».

La Nupes et Ensemble seraient donc au coude à coude. Un sondage alarmant a fait frémir les responsables de la majorité, il s’agit du sondage de l’IFOP Fiducial pour LCI publié le 8 juin 2022 qui donnait des indications en sièges à l’issue du second tour et dont la conclusion laisse entendre qu’Emmanuel Macron aurait de grands risques de ne pas retrouver de majorité absolue. Celle-ci est de 289 (sur 577 sièges). Les estimations de l’IFOP sont les suivantes : seulement 250 à 290 sièges à la majorité présidentielle, 195 à 230 sièges à la Nupes, 40 à 55 sièges à LR, 20 à 45 sièges au RN.

Ne pas avoir de majorité absolue n’est pas une situation nouvelle : en juin 1988, François Mitterrand n’avait pas eu non plus de majorité absolue. Mais avec un seul siège manquant : Michel Rocard a dû ainsi négocié le soutien de quelques députés pour différents projets et surtout, a pu utiliser 28 fois l’article 49 alinéa 3 de la Constitution, alors que maintenant, son emploi est limité à une fois par session (plus le budget). Dans une pareille situation, l’affaire serait donc beaucoup plus compliquée pour le pouvoir.

C’est pour cela que cela a encouragé le Président Emmanuel Macron à prendre la parole juste avant les élections législatives, ce jeudi 9 juin 2022 à Puycelsi. Il n’a pas hésité, à l’instar de ses prédécesseurs, et notamment de Valéry Giscard d’Estaing, à mobiliser les électeurs et à leur demander de faire le bon choix : « C’est la mise en œuvre du projet que j’ai défendu durant la campagne présidentielle et qui nécessite, comme le commandent nos institutions, une majorité forte et claire à l’Assemblée Nationale, majorité qui doit refléter parfois des différences, mais qui doit permettre au pays que ce projet soit mis en œuvre. C’est pourquoi (…) je veux alerter aussi les Françaises et les Français sur l’importance du choix qu’ils ont devant eux dès le 12 juin prochain. Si l’élection du Président de la République est cruciale, l’élection des députés est décisive. (…) Les semaines qui viennent sont un instant grave que nous traversons et qui n’a rien à voir avec des temps ordinaires qui pourraient en quelque sorte justifier une forme d’indifférence., de relativisme, oserais-je dire d’aquabonisme, comme j’entends parfois. ».

Et d’enfoncer le clou sur le projet des partis extrémistes : « Alors, je vais être clair avec vous. Face à ce contexte hanté par l’incertitude, les extrêmes, aujourd’hui, proposent d’ajouter la crise à la crise en revenant sur les grands choix historiques de notre Nation. Revenir sur les alliances qui, comme l’OTAN, assurent la sécurité collective et protègent les peuples, en proposant, de quelques extrêmes qu’il s’agisse, de mener des alliances, je dois le confier, quelque peu baroques dans le moment où je parle, avec la Russie qui massacre les civils en Ukraine. Remettre en cause l’Europe, elle, qui nous a protégés pendant la covid. L’Europe, sans laquelle nous n’aurions pas eu de vaccins, nous qui n’en produisions pas alors sur notre sol. Notre Europe qui assure la paix dans cette partie du continent, qui contribue à nous protéger de ce grand dérèglement. Les extrêmes proposent quoi ? Pour les uns, de ne plus appliquer les traités et donc de considérer que ce serait en quelque sorte une association dans laquelle on choisit ses règles. Pour les autres, de ne plus en payer les cotisations. (…) Dans les deux cas, c’est une sortie de l’Europe. Ils proposent, les uns et les autres, les deux extrêmes, de remettre en cause nos institutions qui, face à la covid comme face à la guerre, ont démontré leur efficacité. Ils proposent, les uns et les autres, de fragiliser l’unité du pays qui nous a permis de faire face aux crises et nous permettra de tenir. Il faudrait préférer ou l’affrontement classe contre classe, ou religion contre religion, ou origine contre origine, alors que la force de notre pays, c’est celle de la République. Citoyennes, citoyens, avec des différences d’origine, de classe, de philosophie, certains qui croient et d’autres qui ne croient pas, mais des droits et des devoirs à tenir et un commun qui nous lie. Et les mêmes, les deux extrêmes, dans une confusion inédite dans notre histoire politique, remettent en cause la liberté d’entreprendre, le soutien à l’investissement, la compétitivité et l’attractivité, au fond, le choix même de notre indépendance agricole, économique et énergétique, quand on parle de renoncement des uns au nucléaire ou de la sortie complète des renouvelables chez les autres. ».

Et d’embrayer sur la politique économique qu’il entend mettre en œuvre dans son second quinquennat. Après avoir cité Jean Jaurès, élu du Tarn : « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire, c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho de notre âme, de notre bouche et de nos mains, aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. », Emmanuel Macron a poursuivi son discours ainsi : « Je suis convaincu que nous sommes un peuple courageux. Les Français courageux, et donc aimant la vérité et sachant qu’on ne bâtit aucun idéal sans partir du réel, les Français ne céderont rien à l’extrémisme, d’où qu’ils viennent. Rien à ceux qui, par leurs déclarations, leurs contestations parfois de la légitimité de l’élection, s’éloignent du champ républicain. Je suis convaincu que face à ceux qui veulent opposer et diviser, cliver, les Français choisiront l’unité et le rassemblement, qu’ils choisiront ce dépassement des clivages que je défends depuis le premier jour. ».

Et de conclure : « C’est pourquoi, à mes yeux, dès le 12 juin, il faut suivre la voie de la cohérence, de la compétence et de la confiance. Dès le 12 juin, faisons, en conscience, le choix solide de la clarté républicaine sans concession, sans rien retrancher. Dès le 12 juin, faisons le choix de l’avenir, de la bienveillance et de l’ambition. Au fond, de l’espoir. Parce que la République qui nous protège et nous a tant protégés, aujourd’hui, c’est à nous de protéger et de la choisir. ».

Ce discours présidentiel, à quelques heures de la fin de la campagne électorale, était ainsi très combatif et très efficace. Sur le fond, le Président de la République ne s’écarte pas de ses prédécesseurs pour demander le "bon choix" avec le clivage "moi ou le chaos". Et en juin 2022, le chaos a un nom, il s’appelle Jean-Luc Mélenchon…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Législatives 2022 (6) : l’enjeu, pour ou contre M… ?
Discours du Président Emmanuel Macron le 9 juin 2022 à Puycelsi, dans le Tarn (texte intégral et vidéo).
Élisabeth Borne, déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et maladresse politique.
Législatives 2022 (5) : 6 293 candidats pour 577 sièges de députés.
Législatives 2022 (4) : sous la NUPES de Mélenchon.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Pour Jean-Louis Bourlanges, c’est la capitulation et la bérézina !
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !

_yartiLegislatives2022E01







https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220609-macron-melenchon.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2022-6-l-enjeu-pour-242137

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/06/07/39509737.html











 

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8 juin 2022 3 08 /06 /juin /2022 03:05

« Tout Bleu peut en cacher un Rouge et vice-versa, gare, ne vous reposez pas à l’aveuglette sur des vues de l’esprit. » (Fred Vargas, 2003).




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Nous sommes à quelques jours du premier tour des élections législatives (dimanche prochain !) et imperturbablement, les médias sont à autre chose, la guerre en Ukraine, l’augmentation de l’essence, les violences au Stade de France, le drame avec des policiers, etc. Certes, quelques postures politiques ont des finalités électorales, mais comme pour l’élection présidentielle, peu de débats ont eu lieu, peu de sujets ont été débattus à cette occasion électorale. Les restrictions de l’égalité du temps de parole sont telles que les médias préfèrent ne plus rien faire.

Il est vraisemblable que le Président Emmanuel Macron n’a pas cherché à aller vite ni dans la formation du gouvernement, ni dans le début de la campagne électorale. En affirmant le 4 juin 2022 dans la presse régionale qu’il comptait bien rendre applicable dès l’été 2023 la réforme des retraites, probablement qu’il a perdu quelques dizaines de sièges de députés. C’est donc courageux d’annoncer clairement la couleur, mais il peut ne pas obtenir de majorité à cause de cela.

Pendant des semaines, tout le terrain politique a été laissé à Jean-Luc Mélenchon : Marine Le Pen s’est même payé le luxe de prendre deux semaines de vacances, et reste convaincue que le RN n’aura pas de majorité, tandis que le gourou bolivarien de FI a réussi un coup de bluff incroyable, celui de créer une alliance électorale improbable et artificielle avec le PS, EELV, le PCF et quelques autres groupuscules de gauche. Si bien que la création de la NUPES est la seule nouveauté politique depuis l’élection présidentielle. Même la nomination de la nouvelle Première Ministre Élisabeth Borne ainsi que de son gouvernement n’a pas eu le même écho médiatique.

Déjà, certains résultats ont eu lieu dans les circonscriptions des Français de l’étranger car le premier tour s’y est déroulé avec une semaine d’avance, le 5 juin 2022 (pour permettre de faire campagne entre les deux tours, en raison des déplacements à faire, l’électorat étant très dispersé géographiquement). Ainsi, on a appris que l’ancien Premier Ministre Manuel Valls (avec l’étiquette LREM) a été éliminé dès le premier tour dans la 5e circonscription, à savoir le Portugal, l’Espagne et Monaco. Arrivé en troisième position, il a été très largement devancé par le candidat de la NUPES et le député LREM sortant.

Malgré l’explosion du paysage politique, ce sont des blocs politiques qui s’affrontent à ces élections législatives. Le bloc de la majorité présidentielle Ensemble rassemble LREM (devenu Renaissance), le MoDem, Horizons, Agir, le parti radical, ainsi que les deux mouvements macronistes de gauche, Territoires de progrès et En commun. La NUPES est l’alliance de gauche radicalisée à laquelle se sont soumis EELV et le PS. L’union de la droite et du centre regroupe LR, l’UDI et Les Centristes. Enfin, il y a les partis d’extrême droite, le RN ainsi que Reconquête, du polémiste Éric Zemmour. On peut noter aussi que Les Patriotes et Debout la France sont présents et unis dans les circonscriptions, sur le thème dépassé de la crise sanitaire.

Si le RN et Reconquête étaient unifiés, les trois pôles de la vie politique seraient de nouveau valorisés par les sondages puisque Ensemble, la NUPES et RN+R font autour du quart de l’électorat chacun, avec donc un handicap pour le RN qui, seul, ne fait qu’autour de 21% d’intentions de vote. En fait, ces données sont trompeuses car le parti de Marine Le Pen conserve globalement son électorat du premier tour de la présidentielle, ce qui est inédit dans l’histoire électorale. En 2017, le FN avait obtenu à peine plus que la moitié des voix de la présidentielle. De plus, un sondage donnerait Marine Le Pen gagnante dès le premier tour dans sa circonscription avec 51%, mais c’est sans compter sur la probable forte abstention.

La NUPES devançait Ensemble au mois de mai, mais l’écart s’est resserré voire inversé à une semaine du premier tour. Même devant Ensemble, la NUPES ne devrait en principe pas obtenir la majorité absolue. En revanche, Jean-Luc Mélenchon aura réussi à dominer toute la gauche par la tendance communautariste qui acte le suicide de la gauche de gouvernement. Son récent tweet "La police tue" provoquera sans doute un léger déplacement de voix en faveur de la majorité présidentielle.

Passons rapidement sur le mode de scrutin : le scrutin actuel a permis l’arrivée de nouveaux mouvements dans la vie politique, à tel point que les deux principaux (PS et LR) vont être ultraminoritaires dans la prochaine législature et que les trois pôles sont très récents au Parlement. L’idée d’instaurer un scrutin proportionnel avec prime majoritaire ne serait pas favorable à Emmanuel Macron : en effet, si la NUPES devançait même de quelques voix Ensemble, la prime majoritaire lui permettrait d’avoir la majorité absolue alors qu’elle ne représenterait que le quart de l’électorat.

Plus généralement, le scrutin actuel permet à la France d’être gouvernée, même avec une majorité relative. Les mélenchonistes qui justifient la demande d’un scrutin proportionnel au nom de la disproportion entre pourcentages de voix et nombres de sièges sont les mêmes qui jugeraient légitime Jean-Luc Mélenchon à Matignon si ce rapport de forces favorisait la NUPES. Certes, LREM et le MoDem ont obtenu à eux deux, au premier tour du 11 juin 2017, 32,3% des suffrages exprimés (soit 15,4% des inscrits) et 350 sièges sur 577 (soit 60,7% des sièges), mais aucun mélenchoniste n’a considéré illégitime l’élection de Jean-Luc Mélenchon dans la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône où il n’avait obtenu que 14,2% des inscrits au premier tour (34,3% des exprimés) et 20,0% des inscrits au second tour (59,8% des exprimés). Les procès en illégitimité sont donc à variation de principe selon qu’ils concernent les FI ou pas.

Sur le plan des candidats, regardons quelques statistiques. 6 293 personnes sont candidates dans les 577 circonscriptions, soit une moyenne de 11 candidats par circonscription. En zone urbaine, ce nombre est donc plus proche de 15 que de 10. Pourquoi un tel nombre alors que la plupart n’ont absolument aucune chance d’obtenir un siège ? Pour certains, bien sûr, ce sont des candidatures de témoignage, comme Lutte ouvrière toujours très militante, ou encore, plus novateur, le parti animaliste qui tend à s’implanter un peu partout sur le territoire national (si j’ai bien compris son affiche électorale, c’est un canard qui est candidat).

Mais pour la plupart des micro-partis, c’est bien l’appât du gain qui motive les candidatures. Quand j’écris appât du gain, disons l’appât d’avoir des moyens pour payer une permanence et des administratifs pour faire vivre un parti au niveau au moins national. En effet, si un mouvement réussit à obtenir au moins 1% dans au moins 50 circonscriptions (il faut donc au moins 50 candidats), alors il pourra bénéficier du financement public des partis politiques, à savoir 1,64 euro par voix obtenue et par an pendant cinq ans. En d’autres termes, chaque électeur vaut 8 euros 20 pour le parti choisi par lui, et il faudrait rajouter, si d’aventure des candidats étaient élus, 37 400 euros par an et par siège gagné (à condition d’avoir 49 autres candidats avec au moins 1% des voix par ailleurs). C’est par un calcul d’apothicaire (que je crois mal analysé) que le parti socialiste a vendu son âme à FI pour quelques plats de lentilles.

Parmi ces candidats, 5 ont été candidats à l’élection présidentielle de 2022 : Fabien Roussel, Marine Le Pen, Éric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan et Nathalie Arthaud. Il y a aussi 15 ministres en exercice : Élisabeth Borne, Gérald Darmanin, Amélie de Montchalin, Brigitte Bourguignon, Olivier Dussopt, Damien Abad, Marc Fesneau, Stanislas Guérini, Yaël Braun-Pivet, Olivier Véran, Gabriel Attal, Franck Riester, Clément Beaune, Olivia Grégoire et Justine Benin ; et 15 anciens ministres du premier mandat d’Emmanuel Macron : Jean-Michel Blanquer, Barbara Pompili, Emmanuelle Wargon, Geneviève Darrieussecq, Brigitte Klinkert, Christophe Castaner, Nathalie Élimas, Sarah El Haïry, Bérangère Abba, Laurent Pietraszewski, Stéphane Travert, Joël Giraud, Élisabeth Moreno, Roxana Maracineanu et Nadia Hai.

De même, ne sont pas candidats notamment les députés élus en 2017 ou sortants (en exercice à ce jour) suivants : Jean-Luc Mélenchon, Marie-George Buffet, François de Rugy, Jean Lassalle, Christian Jacob, Brune Poirson, Bruno Bonnell, Serge Letchimy, Benjamin Griveaux, Francis Chouat, Christelle Dubos, Jean-Michel Fauvergue, Mounir Mahjoubi, Hugues Renson, Jean-Louis Touraine, Alain Tourret, Pacôme Rupin, Albane Gaillot, Matthieu Orphelin, M’jid El Guerrab, Bruno Joncour, Gilles Carrez, Gérard Cherpion, Jean-Pierre Door, Charles de La Verpillière, Guy Tessier, Jean-Luc Reitzer, Laëtitia Remeiro Dias, Thierry Solère, Rémi Delatte, Régis Juanico, François-Michel Lambert, Sébastien Nadot ; ni notamment les ministres en exercice suivants : Bruno Le Maire, Éric Dupond-Moretti, Sébastien Lecornu, Agnès Pannier-Runacher et Christophe Béchu.

L’enjeu principal est de savoir si la majorité présidentielle pourra renouveler la performance de 2017, à savoir conserver la majorité absolue à l’Assemblée Nationale. Les projections laissent entendre que oui, même si la possibilité d’une majorité relative n’est pas à exclure, ce qui n’est pas nouveau dans le fonctionnement des institutions. Cela s’était déjà passé en juin 1988. Il est vrai qu’entre-temps, depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, le nombre de 49 alinéa 3 est désormais limité au vote du budget et à un autre texte par session parlementaire (Michel Rocard avait été le recordman de l’utilisation du 49 alinéa 3, 28 fois, entre 1988 et 1991).

En sachant que les cas de triangulaires seront très rares à cause de l’abstention, le vote utile devrait également faire son apparition pour ce scrutin au premier tour : ceux qui ne veulent ni d’un extrémisme de droite de repli sur soi ni d’un extrémisme de gauche irresponsable et communautariste n’auront donc pas beaucoup de choix s’ils veulent voire leur vote compter. L’effet de tripolarisation du paysage politique apparu au premier tour de l’élection présidentielle de 2022 devrait donc certainement se poursuivre aux élections législatives.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Législatives 2022 (5) : 6 293 candidats pour 577 sièges de députés.
Législatives 2022 (4) : sous la NUPES de Mélenchon.
Élysée 2022 (53) : la composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Pour Jean-Louis Bourlanges, c’est la capitulation et la bérézina !
Législatives 2022 (3) : Valérie Pécresse mènera-t-elle Les Républicains aux législatives ?
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Élysée 2022 (49) : vers une quatrième cohabitation ?
Élysée 2022 (44) : la consécration du mélenchonisme électoral.
Élysée 2022 (43) : le sursaut républicain !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220607-legislatives-2022e.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2022-5-6-293-242074

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/06/07/39509699.html









 

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1 juin 2022 3 01 /06 /juin /2022 08:18

« L’objectif, c’est que Jean-Luc Mélenchon va de nouveau dire qu’il n’a pas pu l’emporter comme il l’a fait le soir du premier tour et que donc, il faut regarder vers l’élection présidentielle de 2027. Alors que le programme de la NUPES est le problème principal. » (François Hollande le 1er juin 2022 sur BFM-TV).



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Ah, François Hollande, quel malheur que d’être un ancien Président de la République et de vouloir encore peser dans le débat politique. Son grade lui ouvre tous les médias, et c’est heureux, mais pour dire quoi ? Il reste enfermé à jamais dans l’échec de son quinquennat, même pas capable de tenter de se faire réélire. À ce titre, il est complètement différent de tous ses prédécesseurs et successeur de la Cinquième République. Alors, que vaut sa parole politique ? Rien, mais personne ne le lui dit, par politesse.

Il n’est même pas candidat aux élections législatives, comme il en avait esquissé l’envie. En fait, il avait l’envie de reprendre du service, un peu comme Valéry Giscard d’Estaing qui, après 1981, a refait toute une carrière politique sans arriver néanmoins à reconquérir l’Élysée ou à officier à Matignon comme il l’aurait rêvé (renouveler le mythe de Raymond Poincaré), mais aussi en reprenant la présidence de l’UDF, ce qu’avait fait aussi en 2015 son prédécesseur direct Nicolas Sarkozy redevenu président de l’UMP puis de LR. François Hollande, il rêvait de redevenir premier secrétaire du PS, le sauveur d’un PS aujourd’hui transformé de friches industrielles, ce navire en ruine qui a échoué en dehors de Paris. Mais même cette coquille vide lui a échappé, se donnant à Frère Méluche.

Sa réponse à sa non-candidature en 2017, c’est de dire qu’il ne voulait pas la désunion de la gauche. Terrible aveu car sa candidature aurait donc divisé : lui, le Président de la République en exercice, il aurait divisé son camp ! Quel manque d’esprit politique. Au final, en 2017, il a lâché son parti tant aimé, qu’il a tant chéri et tant dirigé, le parti socialiste, en déliquescence (nommée Benoît Hamon puis Anne Hidalgo), laissant le terrain libre à Jean-Luc Mélenchon qui l’a occupé prestement, en 2017 et plus encore, idéologiquement en 2022. On n’ose même pas connaître les sentiments qui agitent l’ancien locataire de l’Élysée lorsqu’il pense à Olivier Faure !

Ce matin du mercredi 1er juin 2022 sur BFM-TV et RMC, François Hollande était l’invité d’Apolline de Malherbe et est revenu sur l’accord du PS avec FI : selon lui, le programme de la NUPES n’est pas applicable, il a chiffré son coût à plus de 300 milliards d’euros. Pour lui, ce n’est pas sérieux et c’est un leurre. Jean-Luc Mélenchon n’a aucune intention de gouverner. Il sait qu’il ne gagnera pas les élections législatives, qu’il ne voulait pas de majorité (sinon, il n’aurait pas placé dans 350 circonscriptions un candidat FI pour représenter la NUPES). Il voudrait juste se préparer pour encore 2027, préempter l’espace à gauche.

François Hollande soutient donc les candidats socialistes dissidents qui se présentent et qui refusent le programme de la NUPES. En particulier, dans sa circonscription. Mais perspicace, la journaliste lui a demandé ce qu’il ferait s’il n’y avait pas de candidat socialiste dissident, qui aurait-il soutenu, le candidat NUPES ou le candidat LREM ? Et sans très clairement le dire, François Hollande a admis qu’il voterait pour le candidat de la NUPES, afin qu’il y ait une opposition, alors qu’il venait de dire que son programme était catastrophique : « Quand on est de gauche, on vote à gauche. Il y a quand même l’union qui doit être forcément choyée [ou soignée ?]. ».

Je ne comprends pas très bien le message, d’autant que la NUPES voudrait détricoter ce qu’il avait lui-même fait durant son quinquennat (loi Travail, CICE, etc.) alors que tous ses amis ont fait le choix de soutenir clairement Emmanuel Macron qui lui-même était son conseiller économique, secrétaire général adjoint de l’Élysée puis Ministre de l’Économie et des Finances : son Premier Ministre Manuel Valls, ses ministres Jean-Yves Le Drian, Marisol Touraine, ses amis Bertrand Delanoë, Jean-Pierre Chevènement, tous ont fait le choix du macronisme face au populisme mélenchonien. Seule, pour des raisons d’obscurs mais vains calculs, Ségolène Royal a fait le choix inverse.

Heureusement, son expérience élyséenne lui permettait de se hisser hors des eaux troubles de la mare politicienne pour s’élever sur des sujets internationaux, et en particulier sur la guerre en Ukraine. BFM-TV arbore depuis lundi 30 mai 2022 un petit bandeau noir en signe de deuil, car leur journaliste Frédéric Leclerc-Imhoff (32 ans) a été tué à la suite d’un bombardement près de Lysichansk, alors qu’il était dans un convoi humanitaire. Les Russes ont réagi cyniquement en l’accusant d’avoir été un mercenaire.

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François Hollande s’est donc permis de faire la leçon au Président Emmanuel Macron en le pressant d’aller à Kiev. Emmanuel Macron, qui a rappelé encore la vieille à Cherbourg qu’il s’y rendrait seulement si c’était utile. L’ancien Président considère que la France y est attendue et que le temps presse. En fait, si les Ukrainiens souhaitent recevoir Emmanuel Macron avant le 30 juin 2022, ce n’est pas seulement pour recevoir la France mais aussi l’Union Européenne dont la France préside le Conseil. Cependant, en période électorale, Emmanuel Macron n’a pas voulu s’y rendre pendant la campagne présidentielle et à quelques jours des élections législatives, on pourrait encore reprocher ce qui apparaîtrait comme un électoralisme.

Le plus intéressant était évidemment son analyse de la situation en Ukraine et en Russie. Selon lui, Vladimir Poutine a testé les démocraties occidentales avant d’envahir la Crimée. Il a insisté sur les mensonges de Vladimir Poutine, tant sur ce journaliste tué et les populations civiles ukrainiennes tuées que sur les crimes commis en Syrie. En effet, il avait alerté la "communauté internationale" sur la ligne rouge franchie par Bachar Al-Assad en employant du gaz contre ses opposants en septembre 2013. Il voulait donc une intervention internationale mais le Président américain Barack Obama avait refusé de s’impliquer, et finalement, on a laissé faire.

Ainsi, Vladimir Poutine a compris que les États-Unis ne lèveraient pas le petit doigt s’il annexait la Crimée, ce qu’il a fait dès mars 2014. Pour François Hollande, le lien de causalité est évident : « Il faut arrêter les dictateurs au moment où ils craignent pour leur propre pérennité. En l’occurrence, là, en 2013, Vladimir Poutine était en position de faiblesse. Bachar Al-Assad pouvait tomber. Le fait qu’il y ait eu des armes chimiques était la preuve de cette faiblesse. Eh bien, la non-réaction, je voulais, au nom de la France, frapper la Syrie, pas la Syrie en tant que nation ou la population syrienne, mais le régime syrien, le fait que Barack Obama s’y soit opposé, ait préféré finalement admettre qu’une ligne rouge pouvait être franchie. La conséquence, cela a été, un an plus tard, l’intervention de Vladimir Poutine en Ukraine, en 2014. ».

Et d’expliquer cette causalité : « Vladimir Poutine ne connaît que le rapport de force. Donc, il a interprété cette non-réaction comme une faiblesse, ce qui est d’ailleurs vrai, et à partir de là, cela lui permettait de violer le droit international. ». Il a ainsi prôné l’Europe de la défense, mais en complément de l’OTAN : « Pour être respecté, pour avoir une parole politique forte, il faut avoir des moyens militaires. ».

Actuellement, François Hollande s’ennuie. Emmanuel Macron devrait donc lui trouver du boulot… Pourquoi pas émissaire de paix en Ukraine ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Hollande : si j’étais Président…
Julie Gayet.
Ségolène Royal.
Élysée 2022 (26) : François Hollande candidat ?
François Hollande veut américaniser les institutions françaises.
Législatives 2022 (4) : sous la NUPES de Mélenchon.
Pour Jean-Louis Bourlanges, c’est la capitulation et la bérézina !
Olivier Faure.
Législatives 2022 (2) : la mort du parti socialiste ?
Législatives 2022 (1) : le pari écolo-gauchiste de Julien Bayou.
Jean-luc Mélenchon.
Michel Delebarre.
Jean-Pierre Bel.
Bernard Tapie.
Daniel Mayer.
Léon Blum.
Jacques Delors.
Bertrand Delanoë.
Manuel Valls.
Jean-Pierre Chevènement.
Christiane Taubira.
Anne Hidalgo.
Paul Quilès.
André Chandernagor.
Michel Jobert.
Arnaud Montebourg.
Roland Dumas.
Laurent Fabius.
Louis Mermaz.
Marie-Noëlle Lienemann.
Danièle Obono.
François Ruffin.
François Mitterrand.
François de Grossouvre.
Le congrès de la SFIO à Tours du 25 au 30 décembre 1920.
Le congrès du PS à Épinay-sur-Seine du 11 au 13 juin 1971.
Le congrès du PS à Metz du 6 au 8 avril 1979.
Le congrès du PS à Rennes du 15 au 18 mars 1990.
Le congrès du PS à Reims du 14 au 16 novembre 2008.
Édith Cresson.
Pierre Joxe.
Patrick Roy.
Raymond Forni.
Georges Frêche.
Le technotable de Dunkerque.
Pierre Moscovici.

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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-hollande-si-j-etais-241910

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