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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 05:31

« Le vainqueur de dimanche n’aura pas le choix (…) : si c’est Emmanuel Macron, il devra transgresser. Sortir du face-à-face ancien, culturel, institutionnalisé et confortable de l’opposition droite-gauche pour constituer une majorité d’une nouveau type. Ce chemin sera étroit. Et risqué. On imagine mal le fameux système se laisser faire. » (Édouard Philippe, "Libération", le 3 mai 2017).


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Les Langoliers sont venus et ont tout rasé. Les rares rescapés se terrent dans leur parti respectif. Large majorité absolue pour Emmanuel Macron. C’est le principal enseignement du jour. Avec une abstention historique : 57,36% !

Soixante-dix-sept ans après l’appel du 18 juin 1940, ce dimanche 18 juin 2017 a lieu en France le second tour des élections législatives. Météo caniculaire qui n’aurait pas incité les électeurs à venir voter, mais franchement, la météo a bon dos (il aurait plu qu’on aurait dit la même chose avec la pluie). La très forte abstention du premier tour (record historique de toutes les républiques aux élections législatives) a été battue au second tour.

Il ne faut pas se tromper. C’est faux de dire que cette abstention traduirait une supposée désaffection des Français pour la politique ou même une défiance. Les Français sont au contraire cohérents et sont même complètement moulés dans les institutions de la Ve République dont la clef de voûte démocratique est l’élection présidentielle. Or, le taux de participation au premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017 (77,77%) était assez élevé, bien plus haut que beaucoup de "démocraties avancées".

Aux élections législatives, la plupart des Français ont considéré que la messe avait déjà été dite et que ce serait normal que le Président Emmanuel Macron puisse gouverner avec une majorité à l’Assemblée Nationale. Ceux qui se sont abstenus peuvent être en faveur d’Emmanuel Macron (pas besoin de moi puisqu’on annonce une large majorité absolue) ou, au contraire, contre lui (inutile de tenter de s’opposer face à une si forte vague). Ils n’étaient pas indifférents mais se sentaient impuissants à bouleverser le cours des événements. Il y avait peu d’enjeu au second tour sur l’émergence ou pas d’une forte majorité en faveur d’Emmanuel Macron.

Résultat, si l’on reprend les événements depuis quatorze mois, on ne peut qu’applaudir l’artiste. À chaque étape, Emmanuel Macron se voyait répondre : impossible. Avec lui, impossible est redevenu étranger au français. Créer un parti ? Pourquoi pas, s’il le veut. Démissionner du gouvernement ? Et la solidarité alors ? On ne quitte pas un navire qui coule. Être candidat à l’élection présidentielle ? Vous n’y pensez pas, il n’a même pas de parti ! Devenir un "grand candidat" ? Il faut vraiment que le PS se mette des bâtons dans les roues. Être présent au second tour ? Avec le crime contre l’humanité, vous délirez ! Être premier au premier tour ? Les affaires financières auraient donc eu un effet sur l’électorat. Être élu Président de la République à 39 ans sans jamais avoir été élu auparavant ? Pourquoi pas ? Rafler la majorité absolue à l’Assemblée Nationale ? Pourquoi pas !

En somme, les Français sont logiques avec eux-mêmes : qu’ils aient aimé ou pas Emmanuel Macron avant l’élection présidentielle, ils sont sous son charme, ils sont même devenus fiers lorsqu’il parle avec Donald Trump, Theresa May ou Vladimir Poutine. Alors, ils se disent… laissons-lui les clefs de la République et nous ferons l’état des lieux dans cinq ans. Pas de défiance, juste subjugation. Mais attention au bilan !


Historique des majorités depuis 1958

Ceux qui pensent qu’il y a eu "inflexion" du vote du second tour par rapport au premier tour des élections législatives sont peu convaincants : une majorité de 350 sièges sur 577, c’est énorme quand il suffit de 289 sièges. La seule raison de cette pure vue de l’esprit (l’analyse d’un prétendu reflux), c’est que les projections du premier tour imaginaient entre 400 et 450 sièges, mais ce n’étaient que des projections. Il y a bien eu confirmation de l’effet Macron aux législatives.

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Prenons les majorités en sièges depuis 1958 (entre parenthèses, le seuil de la majorité absolue de l’époque).

Sur 579 sièges (290) : 323 députés UNR-IPAS (gaullistes et indépendants) en novembre 1958.
Sur 482 sièges (242) : 268 députés UNR-RI (gaullistes et indépendants) en novembre 1962.
Sur 487 sièges (244) : 242 députés UDR-RI (complétés par quelques députés NI) en mars 1967 ; 354 députés UDR-RI en juin 1968 (ainsi qu’une grande partie des 33 députés centristes du PDM à partir de juin 1969).
Sur 490 sièges (246) : 268 députés UDR-RI-UC (gaullistes, indépendants et centristes) en mars 1973 (complété par 34 réformateurs à partir de juillet 1974).
Sur 491 sièges (246) : 277 députés UDR-RPR en mars 1978 ; 285 députés PS en juin 1981.
Sur 577 sièges (289) : 286 députés UDF-RPR (complétés par quelques députés NI) en mars 1986 ; 275 députés PS (complétés par d’autres députés soit PCF soit UDC) en juin 1988 ; 473 députés UDF-RPR en mars 1993 ; 319 députés PS-PCF-PRG-Verts en juin 1997 ; 365 députés UMP en juin 2002 ; 342 députés UMP-NC en juin 2007 ; 328 députés PS-PRG-EELV en juin 2012 et enfin 350 députés LREM-MoDem en juin 2017.

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Comme on le voit, il n’y a qu’en 1993 et en 2002 qu’une majorité gouvernementale fut plus forte que celle obtenue en 2017. C’est donc une majorité "historiquement" élevée, légèrement supérieure à celle dont jouissait Nicolas Sarkozy pendant son quinquennat (ce dernier serait complètement fasciné par la performance d’Emmanuel Macron en 2017).


Quelques statistiques

À l’issue du premier tour, il restait encore 573 circonscriptions nécessitant un second tour. Il n’y a eu qu’une seule triangulaire et les autres ont été des duels (sauf une circonscription après désistement d’un des deux candidats, ce qui a abouti au maintien d’une unique candidate au second tour élue à 100% dans l’Aveyron).

Au second tour, France insoumise (FI) a été présente dans 67 circonscriptions, le PCF (communistes) dans 12, le Front national (FN) dans 119, la gauche gouvernementale (PS-PRG-DVG) dans 88, La République En Marche (LREM) dans 453, le MoDem dans 62 et l’alliance Les Républicains (LR)-UDI dans 317.

La grande majorité des duels ont opposé LREM-MoDem à LR-UDI (dans 274 circonscriptions) et une très petite minorité FN à PCF-FI (dans 3 circonscriptions).

Dans les résultats officiels définitifs du Ministère de l’Intérieur, au cours de ces élections législatives, LREM a obtenu 308 sièges et le MoDem 42 sièges. LR a obtenu 113 sièges, l’UDI 18 sièges et DVD 6 sièges. Le PS a obtenu 29 sièges, le PRG 3 sièges et DVG 12 sièges. Le PCF a obtenu 10 sièges et FI 17 sièges. Enfin, le FN a obtenu 8 sièges, ce qui quadruple le résultat du 17 juin 2012. À ceux cités, il faut rajouter 12 DVG, 1 EELV, 5 régionalistes (dont corses), ainsi que Nicolas Dupont-Aignan (DLF) et Jacques Bompard (extrême droite).

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Quelques élus : Christophe Castaner, Philippe Vigier, Bruno Le Maire, Olivier Dussopt, Philippe Gosselin, Richard Ferrand, Louis Aliot, Marine Le Pen, Bertrand Pancher, Jean Lassalle, Stéphane Le Foll, François Ruffin, Thierry Robert, Annick Girardin, Éric Woerth, Alexis Corbière, Yolaine de Courson, Marc Le Fur, Olivier Marleix, Geneviève Darrieussecq, Marc Fesneau, Jean-Pierre Door, Éric Ciotti, Guillaume Garot, Charles de Courson, François Cornut-Gentille, André Chassaigne, Bernard Perrut, Sébastien Chenu, Guillaume Larrivé, Valérie Lacroute, Franck Riester, Yves Jégo, Jacques Bompard, Emmanuelle Ménard, Thierry Benoît, Gérard Collard, Sylvia Pinel, Laurence Dumont, Damien Abad, Patrice Mignola, Aude Luquet, Jean-Luc Warsmann, Boris Vallaud, Guillaume Peltier, Laurence Vichnievsky, Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain, Jean-Michel Fauvergue, Olivier Dassault, Cédric Villani, Laurence Méhaignerie, Thierry Solère, Jérôme Lambert, Christian Jacob, Barbara Pompili, Brigitte Bourguignon, Delphine Batho, Daniel Fasquelle, Serge Letchimy, Laure de La Raudière, Frédéric Barbier, Claude Goasguen, Éricka Bareigts, Sophie Auconie, Francis Vercamer, Olivier Faure, Yannick Favenec, Manuel Valls, Dominique Potier, Gérard Cherpion, Michel Zumkeller, Éric Straumann, Marie Lebec, Bruno Bonnell, Gilles Le Gendre, Typhaine Dugois, Julien Aubert, François de Rugy, Marielle de Sarnez, Pierre-Yves Bournazel, Gilles Carrez, Marie-George Buffet, Constance Le Grip, Nicolas Forissier, Philippe Folliot, Franck Marlin, Xavier Breton, Charles de La Verpillère, Éric Coquerel, Carole Grandjean, Laurent Garcia, Bernard Brochand, Aurore Bergé, Jean-Christophe Lagarde, Brigitte Kuster, François Pupponi, Mounir Mahjoubi, Luc Carvounas, Robin Reda, Valérie Rabault, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Louis Bourlanges, Bruno Bild, Olivier Falorni, George-Pau Langevin, Danièle Obono, Meyer Habib, etc.

Quelques battus : Yves Galut, Florian Philippot, Nicolas Dumont, Yves Censi, Jean Dionis de Séjour, Franck Louvrier, Jean-Jacques Urvoas, Marie-Jo Zimmermann, Jean Viard, Christian Paul, Dominque Dord, Pascal Landréat, Marisol Touraine, Louis Giscard d’Estaing, Éric Halphen, Marie Sara, Lionel Tardy, Georges Fenech, Laure Darcos, Nicolas Ameline, Sophie Montel, Marlène Martin, Danielle Simonnet, Wladimir d’Ormesson, Gérard Dezempte, Damien Philippot, Valérie Fourneyron, Hervé Novelli, Jérôme Rivière, Gérard Philippe, Najat Vallaud-Belkacem, Nathalie Kosciusko-Morizet, Philippe Doucet, Chantal Brunel, Philippe Goujon, Myriam El Khomri, Claude Greff, François Rochebloine, Serge Grouard, Alain Hunault, Jérôme Chartier, Stéphane Ravier, Jean-Frédéric Poisson, Patrick Bloche, Gilles Boyer, Francis Szpiner, Françoix-Xavier Bellamy, David Douillet, Catherine Vautrin, Valérie Laupies, Jean-François Lamour, Frédéric Lefebvre, Serge Coronado, Axelle Lemaire, Thierry Mariani, etc.


LREM

Le pari a donc été gagné par Emmanuel Macron et son mouvement politique créé de toutes pièces le 6 avril 2016. Il a la majorité absolue seul, c’est-à-dire même sans l’apport des sièges du MoDem. C’est historique dans la mesure où aucun parti venu de nulle part n’a jamais réussi à conquérir ainsi, en un an, l’Élysée, Matignon, les principaux ministères et le Palais-Bourbon.

Contrairement à ce que certains voudraient faire croire (notamment chez FI), cela démontre une très bonne santé de la Ve République : le pouvoir n’est pas réservé aux partis préétablis, même un nouveau parti peut gagner les élections. Tout est possible pour tout le monde, donc. Il n’y a pas de déterminisme électoral.

L’abstention touche aussi les électeurs d’Emmanuel Macron du premier tour de l’élection présidentielle, même au second tour des élections législatives, puisqu’il manque près d’un million d’électeurs (de 8,7 à 7,8 millions). En revanche, elle touche LREM nettement moins que les autres partis (pertes énormes de plusieurs millions d’électeurs chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen).


MoDem

Le MoDem a pris le train de la victoire dans la foulée du soutien de François Bayrou à la candidature d’Emmanuel Macron. Il a donc mieux "joué" que l’UDI alliée avec François Fillon. Le MoDem a réussi à obtenir 42 députés, parfois des militants de longue haleine souvent renvoyés auparavant dès le premier tour en raison du positionnement qui les faisait rejeter et par la droite et par la gauche.

Incroyable mais vrai : le 18 juin 2017, les candidats du MoDem ont totalisé plus de voix que les candidats du Parti socialiste (respectivement 1 100 790 et 1 032 985). Et quasiment le double des voix portées sur les candidats UDI (et près du triple du nombre de sièges remportés par l’UDI).


LR

C’est un véritable désastre pour LR avec seulement 113 sièges (136 pour la coalition LR-UDI-DVD) : jamais le parti d’origine gaulliste n’a été aussi bas depuis 1958. Mais jamais non plus dans sa version actuelle (UMP puis LR) : à chaque scrutin législatif, ce parti a chuté en nombre de sièges : 365 sièges en juin 2002, 320 sièges en juin 2007, 196 sièges en juin 2012 et 113 sièges en juin 2017. Même en juin 1981, l’alliance UDF-RPR avait obtenu 150 sièges sur 491, à comparer avec les 136 sièges de LR-UDI-DVD sur 577.

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La déclaration de François Baroin à l’issue du second tour manquait à l’évidence de puissance, mangeant ses phrases pour finir au plus vite. Manque de conviction dans une bataille perdue d’avance.

Pourtant, cet "historiquement bas" aurait pu être encore plus bas. LR-UDI a sauvé les meubles car l’alliance devient la plus forte opposition au nouveau pouvoir. De plus, l’élection de nouveaux députés, comme Pierre-Yves Bournazel et Guillaume Peltier, tout comme la réélection de Guillaume Larrivé, peuvent assurer le renouvellement des générations et préparer l’avenir.

LR garde toutefois un problème interne essentiel, son positionnement politique, oscillant entre une opposition systématique (Laurent Wauquiez, Éric Ciotti, etc.) et un travail constructif avec le gouvernement de leur ami Édouard Philippe (Thierry Solère, Christian Estrosi, NKM, etc.), avec un troisième courant d’opposition constructive (Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, etc.). Comme on le voit, beaucoup de responsables nationaux ne sont plus députés, ce qui laisserait le champ libre à ceux élus ce 18 juin 2017.


PS

Si le score de LR est un désastre, que dire de celui du PS qui n’a que 29 sièges (un quart de moins que le MoDem !). Lors de la défaite socialiste de 1993, le PS avait quand même sauvé 57 sièges. Si Stéphane Le Foll a pu conserver son siège ainsi que Manuel Valls de justesse (est-il encore comptabilisable au PS ?), de nombreux ministres du quinquennat précédent se sont fait "dégager" : Marisol Touraine (malgré l’appui tacite de LREM), Jean-Jacques Urvoas, Myriam El Khomri, etc.

Jean-Christophe Cambadélis (battu dès le premier tour), symbole terrible de l’ancien monde, a quand même dû se résoudre à démissionner de la tête du PS. Malgré ce grave revers, je pense néanmoins que le PS résistera à la tempête. Sa survie sera effectivement très difficile (surtout d’un point de vue financier) mais il résistera car il représente un courant historique que beaucoup d’adhérents ne voudraient pas perdre.


FN

Malgré le reflux électoral des législatives (le FN n’ayant recueilli que 13,2% des voix au premier tour des élections législatives), il a réussi à quadrupler le nombre de sièges avec surtout l’élection de Marine Le Pen et de son compagnon, et la réélection de Gilbert Collard malgré une forte pression médiatique dans sa circonscription.


FI

Comme Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon a réussi son implantation électorale à Marseille, ainsi que celle de nombreux de ses proches, si bien qu’il a atteint le seuil pour pouvoir créer seul un groupe parlementaire. Ce seuil est 15 sièges, il en a gagné au moins 17 (27 si l’on compte les élus communistes).

C’est donc une réussite pour Jean-Luc Mélenchon qui a assuré la pérennité de son nouveau mouvement politique avec quelques figures emblématiques comme Clémentine Autain et François Ruffin. L’élection de jeunes de moins de 30 ans lui assure également la durabilité de son mouvement sur une longue période.


La proportionnelle

Je reviendrai plus en détail sur le mode de scrutin, mais encore une fois, on en reparle pour vouloir remettre en cause le scrutin majoritaire à deux tour, le seul qui permette aux électeurs de choisir réellement leurs députés ou de rejeter ceux qu’ils ne veulent pas, et d’assurer une majorité parlementaire pour pouvoir gouverner (c’est l’objectif des élections législatives : pas représenter l’éventail de la pensée politique française particulièrement fluctuante et complexe, mais permettre d’adopter des lois, donc, d’avoir une majorité suffisante pour ne pas écarter les députés de leur premier rôle, celui de faire la loi (le second rôle étant de contrôler l’action gouvernementale et ce contrôle, lui, ne requiert en revanche aucune majorité absolue).

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L’argument de la non-représentation est battu en brèche puisque le FN et FI réussissent à obtenir suffisamment de représentation parlementaire pour qu’on en entende parler pendant cinq ans. On imagine en effet les joutes entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon qui joueront les surenchères pour être le plus opposé à Emmanuel Macron.


Repos démocratique ?

La séquence électorale amorcée en été 2016 serait-elle enfin terminée ? Pas du tout. Il y a encore une dernière élection cruciale, qui ne concerne que les "grands électeurs" (les communes vont bientôt se choisir leurs grands électeurs) : le 24 septembre 2017 auront lieu les élections sénatoriales pour le renouvellement de 170 sièges sur un total de 348. Le scrutin est important notamment en cas de volonté présidentielle de réaliser une révision de la Constitution qui nécessite, pour être approuvée, soit un référendum, soit l’adoption du Parlement réuni en congrès par une majorité des trois cinquièmes, soit 555 voix sur le total des 577 députés et 348 sénateurs. Cet été 2017, un premier noyau dur d’une trentaine sénateurs de gauche proches de LREM vont probablement se constituer en groupe parlementaire autonome pour ouvrir le bal auprès des grands électeurs en septembre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les Langoliers.
Résultats officiels du second tour des élections législatives du 18 juin 2017.
Forza Francia.
Résultats officiels du premier tour des élections législatives du 11 juin 2017.
La Ve République.
La campagne des élections législatives de juin 2017.
Liste des 7 882 candidats aux élections législatives du 11 juin 2017 (à télécharger).
Liste des 511 candidats investis par La République En Marche le 15 mai 2017 (document).
Programme LR-UDI pour les législatives présenté le 10 mai 2017 (à télécharger).
Loi de moralisation de la vie politique (1er juin 2017).
Emmanuel Macron et la fierté nouvelle d’être Français ?
Richard Ferrand, comme les autres ?
Édouard Macron : d’abord l’Europe !
Composition du premier gouvernement d’Édouard Philippe (17 mai 2017).
Édouard Philippe, nouveau Premier Ministre.
L’investiture d’Emmanuel Macron (14 mai 2017).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Macronités.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.

_yartiLegislatives2017BB02



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170618-legislatives2017-bb.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-langoliers-194247

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/19/35394710.html


 

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 23:55

Le Ministère de l'Intérieur a rendu publics les résultats du second tour des élections législatives françaises du 18 juin 2017.

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170618-legislatives2017-bb.html

 

France Entière

 

 

Sièges par nuance de candidats

Nuances de CandidatsNb Sieges
Extrême gauche0
Parti communiste français10
La France insoumise17
Parti socialiste29
Parti radical de gauche3
Divers gauche12
Ecologiste1
Divers3
Régionaliste5
La République en marche308
Modem42
Union des Démocrates et Indépendants18
Les Républicains113
Divers droite6
Debout la France1
Front National8
Extrême droite1

Résultats au 2d tour

Nuances de CandidatsVoix% Inscrits% ExprimésNb Sieges
Parti communiste français217 8330,461,2010
La France insoumise883 7861,874,8617
Parti socialiste1 032 9852,185,6829
Parti radical de gauche64 8600,140,363
Divers gauche263 6190,561,4511
Ecologiste23 1970,050,131
Divers100 5740,210,553
Régionaliste137 4530,290,765
La République en marche7 826 43216,5543,06306
Modem1 100 7902,336,0642
Union des Démocrates et Indépendants551 7601,173,0417
Les Républicains4 040 0168,5422,23113
Divers droite306 2400,651,686
Debout la France17 3440,040,101
Front National1 590 8583,368,758
Extrême droite19 0300,040,101


 

 Nombre% Inscrits% Votants
Inscrits47 292 967  
Abstentions27 125 53557,36 
Votants20 167 43242,64 
Blancs1 397 4962,956,93
Nuls593 1591,252,94
Exprimés18 176 77738,4390,13


 



SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170618-legislatives2017-resultats-second-tour.html

 

 

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 05:45

« Les hommes et les femmes politiques ne sont pas tous à l’affût de la bonne planque ou de la bonne soupe. Qu’on le veuille ou non, ils ont aussi des convictions, des certitudes, même s’il leur arrive de les abandonner en cours de route. L’argent n’est pas leur seule motivation, même s’il peut l’être aussi pour certains. Les idées ont leur importance dans leur détermination, et aussi les stratégies, faites de grands et parfois petits calculs, de nobles ou de moins nobles ambitions. » (Michèle Cotta, 14 novembre 2007).


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La journaliste politique Michèle Cotta fête ce 15 juin 2017 son 80e anniversaire. Mais la passion l’a emporté sur l’âge : on peut encore la voir et l’écouter dans certains médias audiovisuels commenter l’actualité politique (en particulier sur LCI). Lorsqu’elle a dû quitter France 2 pour cause de limite d’âge (à 65 ans), le 16 juin 2002 (second tour des élections législatives de 2002), elle avait trouvé cela révoltant, "incongru" : « Dieu merci, il y a des gens qui pensent que je suis assez jeune pour eux ! » ("Libération" du 14 juin 2002). Elle était alors directrice générale de France 2 depuis le 11 juin 1999.

C’est l’occasion de revenir sur une journaliste que j’apprécie beaucoup, dont j’apprécie l’indépendance, le sérieux, le talent et la neutralité malgré ses engagements personnels qui n’ont pas été neutres.

Il y a deux types de journalistes : ceux qui, durant leur carrière, se cantonnent à leur seul rôle de journaliste, comme Alain Duhamel, Philippe Alexandre, Patrick Poivre d’Arvor, etc., et ceux qui, ambition aidant, "tombent" dans le management (direction de chaînes, etc.), comme Jean-Pierre Elkabbach, Jean-Marie Cavada, Christophe Barbier, etc. Michèle Cotta fait partie de la première catégorie mais est tombée un peu par inadvertance dans la seconde lors de l’élection de François Mitterrand.

Tout au long de sa carrière, qui a commencé au milieu des années 1960, Michèle Cotta a pu côtoyer de très nombreux responsables politiques. Elle a suivi plus particulièrement deux sommités de la politique française : François Mitterrand et Jacques Chirac. Elle a eu avec eux des relations à la fois professionnelles mais aussi humaines, un attachement qu’on pourrait presque qualifier d’affectif. Si Michèle Cotta avait compris assez vite l’ambition dévorante de François Mitterrand, elle l’a vu aussi chez Jacques Chirac qu’elle a connu moins "arrivé" (jeune député) que celui qui est devenu son prédécesseur à l’Élysée. Le drame d’un enfant malade a aussi créé une certaine complicité ou empathie avec Jacques Chirac.

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Michèle Cotta n’a jamais caché sa proximité avec la gauche mais tout en faisant son travail de journaliste politique "neutre", c’est-à-dire sans parti pris, avec la plus grande objectivité possible, en fréquentant aussi bien des responsables de droite que de gauche, du centre, etc. Ses plus réguliers interlocuteurs furent très nombreux, en plus de François Mitterrand et Jacques Chirac : Maurice Faure, Edgar Faure, Roland Leroy, Valéry Giscard d’Estaing, Olivier Guichard, Claude Estier, Michel Rocard, Édith Cresson, Michel Debré, Jacques Chaban-Delmas, Michel Poniatowski, etc.

Michèle Cotta a expliqué son objectivité personnelle de cette manière : « L’objectivité absolue n’existe pas. Pas plus chez un journaliste que chez n’importe quel citoyen. Nous avons tous des parents, des professeurs, des proches engagés ou pas (…). Notre passé, notre histoire personnelle nous soufflent des attitudes, des pensées, des comportements politiques. (…) Mais le journalisme est un drôle de métier. (…) La fréquentation des acteurs de la vie politique, si convaincus, quoique si changeants, si persuadés de la justesse de leurs vues, quoique incapables de résister à l’expérience du pouvoir, si déterminés, quoique si fragiles, est de nature à ouvrir les esprits à l’analyse, y compris les plus réfractaires. Je ne le suis pas. » (14 novembre 2007).

L’une des raisons de l’ancrage à gauche de Michèle Cotta est familiale : son père Jacques Cotta (1908-1971), avocat et ancien résistant, fut engagé à la SFIO et fut élu maire de Nice de 1945 à 1947, battant un candidat communiste. En 1947, Jacques Cotta fut lui-même battu par Jean Médecin, père de Jacques Médecin. Ancrage à gauche, la gauche anticommuniste, antigaulliste, décolonisatrice, et principalement mendésiste.

Elle a adoré son père : « Il m’emmenait partout, j’ai le souvenir d’avoir parcouru l’ensemble des Alpes-Maritimes avec lui, la semaine dans des réunions politiques, le dimanche au foot. (…) Un homme m’a jeté un tract à la figure en criant : "Cotta aux chiottes !". Ma mère a engueulé mon père en lui disant qu’il n’avait pas à m’utiliser comme ça ! » (14 juin 2002). Sans doute que Michèle Cotta a trouvé dans l’expérience paternelle matière à se passionner pour la vie politique, niçoise puis nationale.

Ce ne fut donc pas un "hasard" qu’elle ait voulu travailler à "L’Express" après avoir suivi ses études à l’IEP de Paris et soutenu en 1963 sa thèse de doctorat en sciences politiques à la Fondation nationale des sciences politiques. Ses travaux furent dirigés par René Rémond et ont porté sur : "Les idéologies de la collaboration à travers la presse, à Paris entre 1940 et 1944".

Après la séparation de ses parents, elle a surtout voulu être indépendante et a commencé à faire son réseau personnel à Paris. Elle a croisé (par hasard !) Françoise Giroud dans la rue, et elle n’a pas hésité : « Elle avait une Mercedes décapotable, je me suis dit : "Il faut que je travaille avec elle" ! » (14 juin 2002). Un hasard qui n’en était donc pas un.

Elle est entrée à "L’Express" en 1963, juste après sa soutenance de thèse, et a pu ainsi se retrouver au cœur de la vie politique dans un hebdomadaire dirigé par un ambitieux journaliste, Jean-Jacques Servan-Schreiber, proche de Pierre Mendès France et voulant lancer en 1964 la candidature de Gaston Defferre à l’élection présidentielle (le fameux "Monsieur X"). Durant cette période, Michèle Cotta a noué un contact suffisamment proche avec François Mitterrand pour être très bien informée de ses ambitions, calculs, dispositions, découragements, etc.

Ce fut elle qui annonça à ses patrons dubitatifs que François Mitterrand allait déclarer sa candidature à l’élection présidentielle le 9 septembre 1965 au cours même d’une allocution du Général De Gaulle : « Dans l’après-midi, nous sommes tous devant la télévision, dans le salon du dernier étage de "L’Express", avec JJSS et Françoise Giroud. Je n’ai pas voulu trahir le scoop de la candidature de Mitterrand dès le matin. Mais, en début d’après-midi, à quelques minutes de l’événement, je veux faire la maligne : "François Mitterrand se présente aujourd’hui", dis-je à Jean-Jacques et à Françoise vers deux heures trois quarts. Jean-Jacques me regarde avec commisération : "Pendant que De Gaulle parle ? Vous n’y êtes pas ! ". (…) Vers 16 heurs 15 ou 30 (…), je quitte la pièce (…). J’attends. Et je remonte, pas peu fière, quelques minutes après, pendant que De Gaulle continue de parler, avec la dépêche AFP [annonçant la candidature de Mitterrand] (…). Jean-Jacques (…) est interloqué. Françoise, elle, instinctivement, avait eu davantage tendance à me croire lorsque je leur en avais parlé à tous deux en début d’après-midi. Elle fait meilleure figure. Je ne suis pas sûre que JJSS me pardonne d’avoir été au courant avant lui. Il risque de le prendre mal. (…) Il n’empêche : je rigole. » (Michèle Cotta).

Ces quelques mots de témoignage personnel sont au début de ses imposants "Cahiers secrets de la Ve République" (quatre tomes très épais aux éditions Fayard publiés entre 2007 et 2011) qui constituent une somme exceptionnelle d’informations, d’anecdotes, de réflexions, de confidences de son réseau sur la vie politique du pays. Écrites au jour le jour, ou plutôt, à la nuit la nuit, ces notes confirment évidemment la grande passion qu’éprouve la journaliste pour la chose politique et son effroyable capacité d’acquérir la confiance de nombreux personnages politiques qui lui ont livré humeurs et arrière-pensées sans crainte d’être trahis.

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Elle fut évidemment bien placée pour accompagner l’aventure politique de son patron, Jean-Jacques Servan-Schreiber, pas toujours couronnée de succès malgré des débuts très prometteurs (finalement, bien que considéré comme audacieux, il lui a manqué l’audace d’un Emmanuel Macron qui, lui, n’a pas hésité à ne pas attendre pour aller jusqu’au bout !).

Dans les années 1970, Michèle Cotta fut une journaliste politique très en vue, elle était à gauche ce qu’était à droite sa collègue et amie Catherine Nay.

Lors d’un entretien informel avec Valéry Giscard d’Estaing à l’Élysée, le 7 janvier 1977, la vie privée de Michèle Cotta fut sujet d’attention : « Le Président m’accueille, affable, par ces quelques mots : "Qu’est-ce que votre vie devient ?". Il lui parla du départ de "L’Express" et de sa famille : « Urbain, un peu trop, il demande des nouvelles de mon frère. Apprend avec stupeur que j’ai des enfants, comme s’il continuait de penser qu’une femme qui travaille ne pouvait pas être mariée et mère de famille ! Lorsque je lui dis que mes enfants sont aussi ceux de l’éditeur Claude Tchou, il s’extasie et m’avoue qu’il trouve les Eurasiennes bien jolies ! ». (Son frère Alain Cotta est un économiste de renom qui a cofondé l’Université Paris-Dauphine et qui a milité en faveur de la sortie de la zone euro).

"L’Express" ayant été revendu pour financer les dépenses politiques de JJSS, et Françoise Giroud, nommée ministre, ayant également quitté le journal, Michèle Cotta prit d’autres horizons après plusieurs années sous la direction de Philippe Grumbach (depuis 1971) : elle intégra la rédaction de France Inter en novembre 1976, puis celle de RTL en avril 1980 (comme rédactrice en chef).

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Michèle Cotta fut choisie par François Mitterrand pour animer le débat présidentiel qui l’a opposé à Valéry Giscard d’Estaing le 5 mai 1981, aux côtés de son collègue Jean Boissonnat. Elle n’avait alors eu aucune expérience de télévision et en était assez gênée dans sa mission : « J’ai joué ce rôle avec une trouille épouvantable : je n’ai jamais fait de télévision (…), et l’épreuve, en direct devant la France entière, me paraissait hors de portée. Bref, au début, Giscard a paru agacé par moi. (…) À la fin, pourtant, à quelques reprises, nous échangeons un sourire. Moi, c’est parce que je le sens épuisé et surtout angoissé. J’ai même, au cours du débat, eu l’impression qu’il avait perdu la partie. ».

Puis, elle a raconté l’après-débat : « André Rousselet [futur directeur de cabinet de François Mitterrand] m’a proposé de me joindre au dîner qui suivait (…). Je n’aurais peut-être pas dû y aller, mais le débat était fini, j’y étais restée une arbitre neutre de bout en bout, et il ne m’a pas semblé que c’était m’engager que de m’y rendre. ». Ont participé au dîner, notamment François Mitterrand, Jacques Delors, Jacques Attali, André Rousselet, etc.

Avec la victoire de la gauche, François Mitterrand, qui voulait "gauchiser" toutes les instances de l’audiovisuel public, lui proposa, pour succéder à Jacqueline Baudrier, la présidence de Radio France, fin juillet 1981. Elle accepta le poste : « Mauroy, qui respecte la présidente sortante, Jacqueline Baudrier, et hésitait à la débarquer de la radio, ne m’en avait pas parlé avant qu’il ne lui trouve une sortie convenable. Aujourd’hui, Jacqueline Baudrier est ambassadeur à l’Unesco. Pierre Mauroy m’appelle donc à Beauvallon où je passe mes vacances. Elles seront écourtées : j’ai hésité, puis dit oui. Autant la perspective d’appartenir à un cabinet, fût-ce celui de l’Élysée, me rebutait, car je trouvais que ce n’était pas ma place, autant Radio France me paraît intéressant, même si je ne connais rien au fonctionnement administratif de la maison ronde. Sait-on jamais pourquoi on dit oui ou non ? En tout cas, c’est fait : j’ai dit oui. » ("Cahiers secrets").

Elle le fut une année. Elle raconta que François Mitterrand, loin de l’affichage politique du "libéralisme" culturel, se préoccupait minutieusement de l’audiovisuel public, au point de lui en vouloir lorsque la présidente a dû remplacer le directeur de France Culture par son sous-directeur, en raison de la démission du directeur en titre qui avait refusé de travailler avec la gauche, car Michèle Cotta ne l’en avait pas personnellement informé !

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Un peu plus tard, après la promulgation de la loi n°82-652 du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle, Michèle Cotta tenta l’aventure d’être nommée le 15 août 1982 par François Mitterrand la première et l’unique présidente de la Haute Autorité de l’Audiovisuel (l’ancêtre du CSA) : « Le téléphone a sonné presque immédiatement, pendant le journal [de 20 heures qui lui a appris sa nomination]. C’était Mitterrand. Après un premier cafouillage, un enfant a décroché le téléphone et raccroché d’émotion en entendant que le Président de la République était au bout du fil, il me dit qu’il me souhaite bonne chance. ».

C’était la première fois qu’avait été créée une autorité de régulation indépendante du gouvernement. Elle la présida officiellement entre le 30 août 1982 et août 1986, jusqu’au retour au pouvoir de la coalition UDF-RPR dirigée par Jacques Chirac (qui l’avait boudée pendant tout ce temps).

Ces années d’actrice au lieu d’observatrice ont été difficiles pour Michèle Cotta (elle avait à l’époque 45 ans) car elle s’est retrouvée confrontée à la réalité du pouvoir, devant résister aux pressions de ses amis politiques (la gauche) et aux protestations de ses opposants politiques (la droite). C’était une position très inconfortable, beaucoup plus que de décrire la vie politique. Elle devait prendre des décisions, parfois audacieuses, aller contre le pouvoir socialiste.

L’une de ses "audaces" fut de soutenir absolument Pierre Desgraupes, président d’Antenne 2, reconduit en 1982 pour un mandat de trois ans par la Haute Autorité (et soutenu par Pierre Mauroy qui l’avait nommé en août 1981), bête noire de François Mitterrand car l’ancien journaliste l’avait accablé à l’époque du faux attentat de l’Observatoire. Le 18 décembre 1983, Pierre Desgraupes a eu 65 ans et François Mitterrand voulait donc le remplacer officiellement en raison de la limite d’âge (alors que François Mitterrand avait lui-même 67 ans !).

Michèle Cotta s’y opposa considérant que cette limite d’âge n’avait aucune raison d’être puisque le mandat s’achevait en 1985. François Mitterrand a alors fait voter une loi obligeant tous les présidents d’entreprises publiques à prendre leur retraite à 65 ans (cette limite d’âge était déjà un véritable désastre dans la recherche publique) : « À gauche, ils vous diront que non, mais moi, je sais que cette loi est passée pour ça ! » (Michèle Cotta). Daniel Karlin, également membre de la Haute Autorité de l’Audiovisuel (et proche des milieux de gauche), a confirmé que l’opposition entre François Mitterrand et Michèle Cotta fut très dure : « Mitterrand a menacé de supprimer la Haute Autorité par décret ! » ("Libération" du 14 juin 2002).

La conclusion de cet affrontement éprouvant pour Michèle Cotta (elle a finalement eu gain de cause le 19 décembre 1983) fut ainsi, en évoquant François Mitterrand : « Je ne me fais pas d’illusion : si je suis malheureuse aujourd’hui, c’est que je sais bien que je l’ai sinon trahi, du moins gravement déçu, car il n’attendait de moi aucune résistance. Il m’avait demandé de le "protéger", c’est ce que je lui ai rappelé dans ma lettre d’octobre dernier. En toute honnêteté, je suis sûre que c’est ce que je fais. Le hic, c’est qu’il pense le contraire. » (22 décembre 1983). Une nouvelle loi obligea néanmoins Pierre Desgraupes à démissionner en novembre 1984.

Après les élections du 16 mars 1986, Michèle Cotta s’est retrouvée sans emploi avec la suppression de la Haute Autorité par la nouvelle loi sur l’audiovisuel public (loi n°86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, dite loi Léotard). Valéry Giscard d’Estaing, très sensible à cette situation, lui a apporté une marque d’attention personnelle le 9 octobre 1986 : « Giscard m’envoie un billet qui me touche. En quelques lignes, il a trouvé des mots on ne peut plus délicats : il comprend très bien, m’écrit-il, parce qu’il en a fait l’expérience, la difficulté qu’il y a, lorsqu’on a occupé un poste important, à recommencer à zéro. Je suis plus que surprise. (…) Par le ton amical de sa lettre. (…) Il le fait avec une gentillesse et une simplicité dont je ne l’aurais jamais cru capable. ».

Dans sa carrière, à 49 ans, un véritable choix devait s’opérer. Certes, François Mitterrand ne l’aurait pas laissé sans revenus (il l’aurait nommée au tour extérieur d’une noble institution, comme le Conseil d’État) mais elle voulait surtout redevenir journaliste politique, se refaire un réseau d’informateurs politiques et retisser auprès de ses interlocuteurs une confiance passablement écornée par ses années "opérationnelles".

Anticipant la loi Léotard (elle fut adoptée par l’Assemblée Nationale le 13 août 1986), Michèle Cotta fut recrutée par Jean-Luc Lagardère pour faire un édito sur Europe 1. Elle a commencé le 15 septembre 1986 avec la grille de rentrée, et ce fut très difficile : « Dur, dur, ce nouveau début ! En dehors de Lagardère, je ne peux pas dire que l’accueil que m’a réservé Europe 1 a été, il y a quelques jours, débordant d’amitié. ».

En effet, le patron d’Europe 1 Jacques Lehn lui a dit qu’il la prenait à l’essai pour trois mois ! Alors qu’à 26 ans, elle avait été recrutée pas à l’essai par JJSS et Françoise Giroud : « C’est idiot : cette idée des trois mois à l’essai, que je m’efforce de prendre à la légère, me frappe, m’humilie, c’est le mot, au point que je n’ose en parler à personne. Ma réaction est disproportionnée, peut-être, mais j’ai l’impression d’avoir reçu une gifle avant même de faire mes premiers pas à la station. ».

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Quant aux journalistes de la rédaction d’Europe 1, ce n’était pas la lune de miel : « Parmi les journalistes, pour dire le vrai, seuls Catherine Nay et Ivan Levaï m’ont accueillie en amie la semaine dernière. Alain Duhamel trouve, il n’a pas tort, que je fais un inutile double emploi avec lui, mais il a la courtoisie de ne pas me le faire sentir. Pour le reste, les rapports avec Jean-Pierre Elkabbach sont d’emblée difficiles, pour ne pas dire détestables. "Tu sais, quand tu étais à la Haute Autorité, moi, le pouvoir socialiste me traînait dans la boue. Alors tu comprends…". Tels ont été, ou presque, les premiers mots que nous avons échangés. Guillaume Durand, jeune et talentueux présentateur du "8 heures", se demande tout haut dans les couloirs de la rédaction ce que mon éditorial peut bien apporter au journal. Il répond d’ailleurs, et évidemment j’en suis la première informée : rien. ».

Heureusement, sa collaboration chez Europe 1 ne dura que quelques mois. Ce fut très étonnée qu’elle fut recrutée par Étienne Mougeotte (du groupe Lagardère et débauché par Bouygues) comme directrice de l’information par TF1 le 3 mai 1987, la chaîne qui venait d’être privatisée et passant sous le contrôle de Francis Bouygues et Bernard Tapie, où elle resta pendant cinq ans : « J’ai été choisie parce que je suis diplomate. ». La voilà patronne de rédaction, cela impressionna Jean-Pierre Elkabbach ! Mais a rendu triste un ami, Hervé Bourges, qui venait d’être débarqué de la présidence de TF1 par Bouygues.

Ce fut à ce titre qu’elle anima pour la seconde fois le débat présidentiel du 28 avril 1988 entre François Mitterrand et Jacques Chirac, aux côtés d’Élie Vannier, directeur de l’information d’Antenne 2 : « Inutile pourtant de me le cacher : je suis rudement contente d’animer ce deuxième débat, sept ans après le premier ! » (26 avril 1988). Et de décrire la prestation des deux candidats : « Je pensais que, sûr de sa victoire, Mitterrand aurait tendance à lâcher du lest ; c’est tout le contraire qui s’est produit. Jamais je n’ai autant senti la rage de vaincre de Mitterrand. Il n’est tendre avec personne, certes, mais ce soir… ! Il a voulu écraser Chirac et celui-ci n’a pas osé le bousculer : le résumé le plus simple de ce qui s’est passé. » (28 avril 1988).

Elle quitta TF1 le 14 décembre 1992 lorsqu’elle proposa un peu de recul au présentateur vedette de la chaîne dans l’affaire Botton-PPDA : « Étais-je, ces derniers mois, devenue inutile : c’est-à-dire sans appuis politiques, sans valeur ajoutée au sein d’une rédaction organisée en baronnies ? La tristesse passée, je me dis qu’après tout, je n’avais plus grande envie, au bout de cinq années, de continuer à rechercher des équilibres incertains entre les ego des uns et la jalousie des autres. ». Après avoir refusé un "placard doré" proposé par Patrick Le Lay, la voici « sur le parvis de TF1 avec deux sacs poubelle pleins d’objets hétéroclites et un chèque confortable d’indemnités en poche. Voilà : l’aventure TF1 est terminée. » (15 septembre 1992). Puis, elle a été directrice générale de France 2 de 1999 à 2002 (comme évoquée plus haut) et a fait d’autres collaborations notamment avec "Le Nouvel Économiste".

Michèle Cotta est une grande dame du journalisme politique. Sa principale contribution restera certainement ses Cahiers secrets qui constituent un précieux guide, détaillé et savoureux, pour mieux comprendre les coulisses politiques de la Ve République entre 1965 et 2007 (voire plus tard encore).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Mitterrand et l’audiovisuel public.
Michèle Cotta.
Radio France.
Jacqueline Baudrier.
Jean-Luc Hees.
Philippe Val.
Claude Estier.
Philippe Alexandre.
Hannah Arendt et la doxa.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Elie Wiesel.
Jean-François Deniau.
Les cahiers secrets de Michèle Cotta.
Jean Boissonnat.
Étienne Borne.
Alain Decaux.
Pierre-Luc Séguillon.
Françoise Giroud.
Jean d’Ormesson.
André Glucksmann.
Henri Amouroux.
René Rémond.
Noël Copin.
Maurice Duverger.
Jean Lacouture.
Bernard Pivot.
Michel Polac.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170615-michele-cotta.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/michele-cotta-temoin-privilegiee-194104

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/14/35380798.html

 

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 05:21

« Mais où sont les vertus conquérantes de l’esprit ? (…) Ces vertus, plus que jamais, sont nécessaires et chacun peut choisir celle qui lui convient. Devant l’énormité de la partie engagée, qu’on n’oublie pas en tout cas la force de caractère. Je ne parle pas de celle qui s’accompagne sur les estrades électorales de froncements de sourcils et de menaces. Mais de celle qui résiste à tous les vents de la mer par la vertu de la blancheur et de la sève. C’est elle qui, dans l’hiver du monde, préparera le fruit. » (Albert Camus).


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Comme cela avait été prévu, ce fut la Berezina un peu partout sauf pour ce qui ressemble de près ou de loin à un candidat proche du Président Emmanuel Macron. En ce sens, ce premier tour des élections législatives du 11 juin 2017 est aussi "historique" que les deux tours de l’élection présidentielle qui les a précédées. À partir de rien du tout, Emmanuel Macron a su construire non seulement son destin présidentiel mais aussi un parti politique qui a de grandes chances d’obtenir une large majorité absolue de sièges dans la prochaine législature.

En ce sens, La République En Marche n’est pas loin du phénomène éclair et durable à la fois de Forza Italia construit par Silvio Berlusconi sur les décombres du paysages politiques italiens il y a un peu moins d’un quart de siècle. Emmanuel Macron a pu jouir du discrédit des deux grands partis de gouvernement, LR et PS, et a su habilement opérer un très judicieux siphonage des voix vers un parti centriste encore inexistant.

Ce phénomène historique, François Bayrou l’avait rêvé, et aussi un autre, Valéry Giscard d’Estaing, qui aurait souhaité casser cette logique du clivage droite/gauche en mars 1978. Probablement que le théoricien de la majorité de "Deux Français sur trois" (livre publié après son septennat) est né trop tôt : Emmanuel Macron a obtenu justement l’assentiment de deux électeurs sur trois le 7 mai 2017, près de quarante ans après VGE…


Une abstention de 51,29%

La participation a été historiquement basse : 48,71%. Jamais les Français ont aussi peu voté de toutes les élections législatives depuis qu’ils ont droit d’élire les députés de toutes les républiques confondues. On imaginait effectivement qu’elle serait très basse, mais pas autant que cela ! Le 10 juin 2012, elle était de 57,22%. Depuis 2002, elle ne cesse de baisser au fil des quinquennats.

Qu’elles furent les raisons de cette abstention alors que l’offre électorale était très diversifiée (moyenne de 14 candidats par circonscription) ?

À mon sens, il y a un véritable scandale des médias qui n’ont jamais parlé de la campagne des élections législatives ou, du moins, de manière très périphérique. TF1 n’a même pas consacré de soirée électorale à l’occasion du premier tour. C’est une dénaturation des élections législatives dont l’enjeu reste pourtant capital, la capacité d’avoir une majorité pour définir les nouvelles lois de la République. Aucun débat politique n’a eu lieu et c’est ce que demandent maintenant les responsables LR depuis la fin de ce premier tour, pour discuter des programmes politiques.

L’autre raison est probablement un "épuisement démocratique" ou une "fatigue électorale" alors que la campagne électorale a commencé dès septembre 2016 avec deux primaires, une élection présidentielle avant d’arriver aux élections législatives. La chronologie du processus électoral depuis 2002 a favorisé cette perte de mobilisation aux législatives après une forte tension due à l’élection présidentielle précédente. Cette tension fut particulièrement élevée en 2017 en raison de deux fronts populistes (au lieu d’un) représentés par les candidats Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Certains disent que ce sont les électeurs des candidats ayant perdu à l’élection présidentielle qui ne se sont pas mobilisés. C’est en partie vrai, mais aussi en partie faux, car si l’on regarde le nombre d’électeurs de LREM-MoDem, soit 7,3 millions, il est en retrait par rapport au nombre d’électeurs d’Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017, il en manque… 1,3 million !

Cette forte abstention a deux conséquences mécaniques : le très faible nombre de triangulaires au second tour (une seule avec le FN dans l'Aube), et en effet secondaire, l’échec dès le premier tour de nombreux candidats, et en particulier d’anciens potentats socialistes. C’est l’hécatombe au PS (voir plus loin). L’autre conséquence, c’est qu’il y a très peu d’élus au premier tour, seulement 4 sièges ont été pourvus ce 11 juin 2017, au lieu de 36 le 10 juin 2012.


LREM-MoDem : 32,33%

C’est un véritable raz-de-marée en faveur des candidats de La République En Marche ou du MoDem, malgré parfois la totale absence de notoriété locale du candidat. Cette vague était de plus en plus prévisible depuis l’élection présidentielle et répond à une logique institutionnelle implacable : le Président de la République élu quelques semaines auparavant aura nécessairement une nouvelle majorité pour mettre en œuvre son programme.

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Cela signifie, il faut bien le comprendre, que si Marine Le Pen avait été élue, elle n’aurait pas eu de grandes difficultés à faire élire une majorité en sa faveur, quitte à bénéficier de quelques retournements de veste comme Emmanuel Macron en a bénéficié auprès de quelques responsables LR qui sont maintenant au gouvernement (notamment Édouard Philippe et Bruno Le Maire).

Il est intéressant de voir que des candidats qui n’ont jamais réussi à gagner une élection législative sur leur nom sous d’autres couleurs sont en passe d’être élus grâce à la vague Macron. C’est le cas notamment de Marielle de Sarnez mais aussi des anciens juges Éric Halphen dans le Calvados et Laurence Vichnievsky qui a presque deux fois plus de voix que le député sortant Louis Giscard d’Estaing, le fils bien implanté de l’ancien Président de la République.

Comme on le voit, il y a beaucoup de parachutages réussis. Il y a aussi des militants centristes très implantés localement qui se voient aujourd’hui récompensés dans la foulée de la victoire présidentielle, c’est le cas par exemple d’Aude Luquet à Melun et de Laurent Garcia, maire de Laxou, à Nancy qui sont en ballottage très favorable au second tour. Pour ces deux candidats cités, c’est une bonne nouvelle pour la démocratie.

La présence d’un candidat LREM a électrisé le jeu dans les circonscriptions. En cas d’absence de candidat LREM au premier tour, le jeu redevient un peu plus "traditionnel" et le député sortant a alors un peu plus de chance d’être réélu (c’est le cas tant pour LR que pour le PS). C’est comme si c’était le bon vouloir d’Emmanuel Macron qui avait fait son marché en choisissant les députés PS et LR qu’il voulait protéger…

Un bémol à cette vague Macron : le parti qui a gagné les élections législatives avait obtenu bien plus que 32% lors des deux précédentes législatures. Le PS et alliés avaient obtenu 39,86% le 10 juin 2012 et l’UMP et alliés 43,11% le 10 juin 2007. On en est loin, même si en nombre de sièges, cela pourra être plus "massif"


LR-UDI : 21,56%

C’est une très mauvaise performance de LR-UDI. Après le premier tour de l’élection présidentielle, François Baroin avait imaginé une cohabitation avec Emmanuel Macron. C’est un temps largement révolu et au fur et à mesure que les jours de campagne sont passés, François Baroin devenait de moins en moins convaincu par lui-même.

Au contraire du PS, LR s’en remettra mais va subir encore une défaite au second tour, alors que 2017 aurait dû être justement son retour au pouvoir dans le jeu du balancier de l’alternance. Certes, son score est légèrement supérieur à celui de François Fillon le 23 avril 2017, mais il reste très en dessous de son score du 10 juin 2012, à savoir 31,16% qui avait marqué déjà une sérieuse défaite.

Beaucoup de candidats LR ont quand même réussi à se maintenir au second tour et pour certains, dans un ballottage favorable. Un retournement n’est donc pas à exclure même s’il est fort improbable, alors qu’au PS, la plupart de ses candidats sont déjà battus dès le premier tour, donc l’histoire est finie pour eux. Il y a 276 duels de second tour qui opposent un candidat LR à un candidat LREM.


Les partis centristes : UDI vs MoDem

Un combat moins visible a eu lieu dans le cadre du combat LREM vs LR : c’est la lutte fratricide entre les deux "canaux" du centrisme en France, la composante bayroutiste représentée par le MoDem qui a bien négocié auprès d’Emmanuel Macron des investitures LREM et la partie plus institutionnelle représentée par l’UDI créée par Jean-Louis Borloo et présidée aujourd’hui par Jean-Christophe Lagarde qui, lui aussi, a bien négocié auprès de François Fillon des investitures LR.

Or, la prime va toujours au gagnant de la présidentielle. Le MoDem en effet a recueilli plus de voix que l’UDI, en fin de compte : 932 229 voix pour le MoDem (soit 4,11% des suffrages exprimés) contre 687 219 voix pour l’UDI (soit 3,03%). À l’évidence, le choix de l’UDI s’est avéré incertain et douteux.

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Dans la cinquième circonscription de Seine-Saint-Denis (Drancy), il y aura au second tour un combat LREM contre UDI, avec le député-maire de Drancy, sortant, Jean-Christophe Lagarde (UDI) largement en tête avec 36,55% face à Malika Maalem-Chibane, candidate LREM avec seulement 19,47%.


FN : 13,20%

Le parti d’extrême droite subit une sérieuse défaite en réduisant son audience nationale à 13,20%, ce qui est à peu près le même niveau que le 10 juin 2012 (13,60%). Les apparatchiks du FN ont rouspété durant la soirée électorale du 11 juin 2017 sur l’injustice du scrutin majoritaire et sur le fait que les 34% de Marine Le Pen du 7 mai 2017 n’allaient pas être représentés à l’Assemblée Nationale. Mais c’est une analyse un peu courte : d’une part, le 34% correspondent à un score de second tour, il faudrait donc prendre celui du premier tour, soit 21%, et ensuite, justement, ils ne représentent que 13% et pas 21% aux élections législatives, car Marine Le Pen fait plus d’adhésion que le candidat FN choisi dans chaque circonscription. Or, en dessous de 20% des suffrages exprimés, c’est forcément un niveau de faible représentation en sièges puisqu’il faut atteindre au moins 12,5% des inscrits pour se maintenir au second tour.

Je reste toujours très surpris et agacé par le silence des journalistes face aux affirmations erronées des apparatchiks du FN à la télévision, en particulier quand ils prétendent que dans tous les autres pays européens, le scrutin est proportionnel. Justement, trois jours avant les élections législatives françaises, les Britanniques avaient élu leurs députés le 8 juin 2017, et cela avec un scrutin majoritaire à un seul tour, à effet encore beaucoup plus fort. Il n’y a pas eu, pour autant, de majorité absolue, et d’ailleurs, le FN aurait sans doute eu plusieurs élus avec le scrutin britannique, qui ne nécessite pas de réunir la majorité absolue des électeurs d’une circonscription.

Néanmoins, dans 119 circonscriptions, le candidat FN a pu se maintenir au second tour et se retrouve souvent en face d’un candidat LREM. Il n'y a qu'une seule triangulaire LREM-LR-FN mais le candidat FN est en troisième et pas en position d'être élu.


FI : 11,02%

La France insoumise est un nouveau parti apparu dans le paysage politique français en 2017 exactement comme LREM. Il ne peut pas être assimilé au PCF car dans la très grande majorité des circonscriptions, ces deux partis se sont opposés au premier tour. Alors que le FN est considéré comme un "parti traditionnel", FI est un parti de renouvellement politique, un parti d’émergence.

Quelques candidats FI ont pu franchir le premier tour pour atteindre le second tour mais peu auront la possibilité d’être élus car ils vont trouver en face d’eux des électeurs qui ne voudraient pas d’un parti aussi clivant.

Pour Jean-Luc Mélenchon, cela reste encore un très beau score malgré la différence avec le premier tour de l’élection présidentielle. Il est identique à son score présidentiel de 2012, et surtout, il peut avoir la satisfaction d’avoir battu aux voix le vieux Parti socialiste, son seul véritable but politique depuis neuf ans.

Ce 11 juin 2017, Jean-Luc Mélenchon a été de moins mauvaise foi que le 23 avril 2017. Malgré le flou des résultats (nécessairement pour ce type d’élections), il n’a pas voulu attendre les résultats officiels pour s’exprimer. Concernant le FN, il a été nettement plus clair qu’à l’élection présidentielle. Il a dit qu’il fallait battre partout les candidats LREM mais qu’il ne fallait pas non plus faire élire un candidat FN.


PS et alliés : 7,91%

C’est l’hécatombe, la débandade, la déconfiture pour le PS. C’est véritablement la fin du PS tel qu’il fut depuis près de cinquante ans. Ses leaders les plus emblématiques sont jetés dans les flammes de l’enfer de la défaite avec parfois moins de 10% des voix. C’est fait sans ménagement, et l’étiquette "PS" a été particulièrement maléfique aux candidats socialistes qui osaient encore s’afficher en tant que tels.

Cette hécatombe a touché autant les "gouvernementaux" que les "frondeurs". Les uns et les autres auraient dû se réfugier sous la protection soit d’Emmanuel Macron soit de Jean-Luc Mélenchon. François Hollande, onze ans premier secrétaire du PS, a achevé le parti qu’il chérissait tant avec son quinquennat désastreux. Il y a une part de justice électorale, même si certains députés ou ministres sortants n’avaient pas démérité, comme Karine Berger ou Juliette Méadel.

En revanche, personne ne regrettera l’échec d’Élisabeth Guigou, ancienne Ministre de la Justice, qui avait tenté la démagogie lourdingue le dernier jour de campagne en s’affichant voilée dans une mosquée… Parmi d’autres, elle représente exactement ce que les électeurs ne veulent plus pour le pays. Fini donc l’ère Mitterrand ! (Autre de l’ère Mitterrand, Jean Glavany, également expédié sans ménagement de la compétition électorale).


Les candidats joyeux

Il n’y a quasiment pas eu d’élus au premier tour (seulement 4 sur 577), mais beaucoup de candidats LREM se retrouvent en position très favorable, notamment parce qu’ils sont du meilleur parti du second choix. Des candidats d’autres partis sont aussi en position favorable, parfois grâce à l’absence de candidat LREM au premier tour.

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Ballottages très favorables : Aurore Bergé, Aude Luquet, Laurent Garcia, Marielle de Sarnez, Richard Ferrand, Christophe Castaner, Mounir Mahjoubi, Maurice Leroy, François de Rugy, Yves Jégo, Franck Riester, Marisol Touraine, Stéphane Le Foll, Bruno Joncour, Éric Halphen, Laurence Vichnievsky, Thierry Solère, Cédric Villani, Geneviève Darrieussecq, Bruno Le Maire, Marc Fesneau, etc.

Ballottage plutôt favorables : Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Pierre-Yves Bournazel, Manuel Valls, Jean-Christophe Lagarde, Gilles Le Gendre, Éric Ciotti, etc.


Les candidats tristes

Les exclus du second tour (battus dès le premier tour, donc) : Cécile Duflot, Emmanuelle Cosse, Jean-Christophe Cambadélis (seulement 8,60% !), Élisabeth Guigou, Jean Glavany, Aurélie Filippetti, Benoît Hamon, Dieudonné, Juliette Méadel, Karine Berger, Nicolas Bay, Henri Guaino, François Lamy, Christian Eckert, Jérôme Guedj, Pascale Boistard, Rama Yade (5,65%), François Asselineau, Michel Destot (ancien maire de Grenoble et député sortant), Pascal Cherki, Malek Boutih, Matthias Fekl, Patrick Mennucci, Jean-Marc Governatori, Christian Schoettl, Jean-Pierre Lecoq, Maud Olivier, Wallerand de Saint-Just, Laurent Baumel, Christian Paul, etc.

Ballottages incertains : Annick Girardin, Éric Woerth, Christian Jacob, Nicolas Dupont-Aignan, André Chassaigne, Myriam El-Khomri, Claude Goasguen, Nathalie Kosciusko-Morizet, Olivier Faure, Valérie Lacroûte, Boris Vallaud (dans la circonscription de feu Henri Emmanuelli), Guillaume Larrivé, etc.

Ballottages très difficiles : Valérie Debord, Najat Vallaud-Belkacem, Florian Philippot, Frédéric Lefebvre, Jacques Bompard, Hervé Novelli, Jean-Jacques Urvoas, Axelle Lemaire, Alain Marsaud, Thierry Mariani, Louis Aliot, Jean-Frédéric Poisson, Jean Lassalle, Christophe Borgel, Francis Szpiner, Laure Darcos, Wladimir d’Ormesson, François Ruffin, etc.


Attention aux surprises

Le premier tour a donné des projections très favorables à LREM, avec des estimations entre 380 et 450 sièges pour LREM, ce qui laisserait entendre que la majorité absolue (289) serait de toute façon atteinte. Mais il y a eu souvent des surprises entre deux tours des législatives. Cela a été le cas en juin 2007 où une quarantaine de candidats UMP qu’on donnait gagnants ont été battus.

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La campagne très courte du second tour a aussi cette utilité, peut-être celle enfin de parler des programmes et notamment de LREM, qui, en dehors de la réforme du code du travail, prévoit d’augmenter massivement la CSG, de fiscaliser les cotisations chômage et de réduire l’autonomie financière des communes par la suppression de la taxe d’habitation. Ce sont des mesures fiscales et sociales très techniques qui ne semblent pas beaucoup affoler les électeurs qui considèrent que la messe est dite depuis l’élection d’Emmanuel Macron et qu’il faut lui laisser sa chance…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Forza Francia.
Résultats officiels du premier tour des élections législatives du 11 juin 2017.
La Ve République.
La campagne des élections législatives de juin 2017.
Liste des 7 882 candidats aux élections législatives du 11 juin 2017 (à télécharger).
Liste des 511 candidats investis par La République En Marche le 15 mai 2017 (document).
Programme LR-UDI pour les législatives présenté le 10 mai 2017 (à télécharger).
Loi de moralisation de la vie politique (1er juin 2017).
Emmanuel Macron et la fierté nouvelle d’être Français ?
Richard Ferrand, comme les autres ?
Édouard Macron : d’abord l’Europe !
Composition du premier gouvernement d’Édouard Philippe (17 mai 2017).
Édouard Philippe, nouveau Premier Ministre.
L’investiture d’Emmanuel Macron (14 mai 2017).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Macronités.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170611-legislatives2017-ba.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/forza-francia-194027

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/12/35371528.html

 

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 23:57

Résultats officiels du premier tour des élections législatives françaises du 11 juin 2017.


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170611-legislatives2017-ba.html
 

France Entière

 

résultats au 1er tour du 11 juin 2017

 

Nuances de CandidatsVoix% Inscrits% ExprimésNb Sieges
Extrême gauche175 3870,370,77 
Parti communiste français615 5031,292,72 
La France insoumise2 497 6615,2511,02 
Parti socialiste1 685 7733,547,44 
Parti radical de gauche106 2870,220,47 
Divers gauche362 3280,761,601
Ecologiste973 7392,054,30 
Divers500 4581,052,21 
Régionaliste204 0780,430,90 
La République en marche6 390 79713,4328,212
Modem932 2291,964,11 
Union des Démocrates et Indépendants687 2191,443,031
Les Républicains3 573 3667,5115,77 
Divers droite625 3951,312,76 
Debout la France265 4330,561,17 
Front National2 990 5926,2913,20 
Extrême droite68 3190,140,30 


 

 Nombre% Inscrits% Votants
Inscrits47 571 350  
Abstentions24 401 13251,29 
Votants23 170 21848,71 
Blancs354 3910,741,53
Nuls161 2630,340,70
Exprimés22 654 56447,6297,77

 


SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170611-legislatives2017-resultats-premier-tour.html

 

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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 05:54

« Personne ne veut bloquer le pays. Nous ne sommes pas une droite scrogneugneu. Mais une coalition, ce n’est pas une addition d’individualités dans un gouvernement provisoire qui n’a d’autre objectif que d’obtenir une majorité absolue pour En Marche. (…) Si nous avons la majorité, c’est notre projet qui sera mis en œuvre. Si ce n’est pas le cas, le jeu est totalement nouveau. Mais c’est peut-être ce que veulent les Français. On a connu des temps de cohabitation, mais là, ce serait différent. Cela n’aura rien de conflictuel. (…) Certains parlent de covoiturage, mais c’est un terme impropre aux institutions. Il s’agit en tout cas d’un partage de responsabilités. » (François Baroin, "Le Figaro" le 28 mai 2017).


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Qui aurait imaginé il y a encore quelques mois que les formations centristes obtiendraient (sans l’appui du PS ou de LR) une majorité absolue à l'assemblée ? C'est ce que les sondages laisseraient entendre avec environ 30% d'intentions de vote pour En Marche et ses alliés (évaluation autour de 330 sièges sur 577). C'est le rêve de François Bayrou qui se réalise …sans lui.

Certes, il fait partie du train en marche, il est même ministre, et pas des moindres, à la Justice, un grand Ministère d'Etat, comme Pierre Méhaignerie sous Édouard Balladur (Pierre Méhaignerie UDI dont une charmante fille se retrouve candidate EM en Bretagne), et sans doute avec un groupe MoDem à l'AN (là encore, incroyable). Mais sans le vrai pouvoir de décision. François Bayrou va être l'indépendantiste du gouvernement à la justice, comme l'a été Vincent Peillon à l'Éducation nationale sous François Hollande. Il n'aura aucune influence décisive sur la détermination de la politique nationale. Même dans la rupture avec le clivage gauche/droite; il a été supplanté par LR dont l’un des barons locaux a obtenu Matignon.

Ce Premier Ministre, Édouard Philippe, a présenté au cours d’une conférence de presse, le 6 juin 2017, c’est-à-dire cinq jour avant le scrutin, son programme de gouvernement pour les dix-huit prochains mois, oubliant qu’avant d’agir, il lui faudrait quand même obtenir une majorité parlementaire.

Sans surprise, la campagne des élections législatives est atone. Elle a commencé officiellement le 22 mai 2017 et se termine le 9 juin 2017 pour le premier tour du 11 juin 2017. Le dépôt des candidatures a été clos le 19 mai 2017 à 18 heures. On parle d’autre chose, même quand il n’y a pas, hélas, des attentats. Les électeurs ont l’impression que la bataille est terminée après l’élection présidentielle, ce qui est bien évidemment faux, comme l’a rappelé Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, le 7 juin 2017 sur Public Sénat : les élections législatives sont essentielles pour choisir la majorité parlementaire qui votera les futures lois.

La plupart des partis qui ont soutenu un autre candidat que le candidat élu Emmanuel Macron à l’élection présidentielle avaient considéré que les élections législatives seraient une second chance pour eux, un moyen de compenser, de modifier, d’infléchir l’équilibre politique déterminé par l’élection présidentielle.

Il semblerait, selon les sondages et selon les résultats des Français de l’étranger qui ont voté pour le premier tour un peu en avance le 4 juin 2017, que la logique des institutions de la Ve République va prévaloir, comme cela le fut en juin 1981, juin 1988, juin 2002, juin 2007 et juin 2012, c’est-à-dire, à chaque fois que des élections législatives ont été organisées quelques semaines après une élection présidentielle : d’une manière assez rationnelle, le corps électoral apporterait une majorité parlementaire au nouveau Président de la République.

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Les sondages affichent des intentions de vote de l’ordre de 28% à 30% pour LREM (La République En Marche) suivi de Les Républicains (LR) entre 19% et 23% puis du FN, de la France insoumise et du PS. Les projections qui prêtent encore plus à contestation que les intentions de vote ne laisseraient planer aucun doute sur l’obtention d’une majorité absolue pour le Président Macron, et les derniers sondages pronostiqueraient même jusqu’à 380 sièges (sur 577) pour LREM.

Les résultats des circonscriptions des Français de l’étranger ont donné la première place à LREM dans 10 circonscriptions sur 11, parfois avec une majorité absolue des suffrages exprimés mais avec une telle abstention qu’un second tour est nécessaire (il faut au moins 25% des inscrits pour être élu au premier tour). En effet, la participation n’a été que de 19%, ce qui peut aussi s’expliquer par le contexte parfois difficile des Français de l’étranger (circonscriptions gigantesques, à l’échelle d’un continent, peu de bureaux de vote avec nécessité de se déplacer parfois à plusieurs centaines de kilomètres pour trouver le bureau le plus proche, suppression du vote électronique introduit dans les années précédentes, etc.).

Même si les Français de l’étranger pouvaient être acquis à Emmanuel Macron, le "Président de la mondialisation heureuse", et que l’abstention a été amplifiée comme expliqué plus haut, ces premiers éléments factuels du scrutin donnent un aperçu du 11 juin 2017. Les Républicains et l’UDI, menés par le "chef de file" François Baroin, ne croient plus beaucoup à la possibilité d’obtenir une majorité, même relative, à l’Assemblée Nationale. La logique institutionnelle est implacable et donne raison avec dix ans de retard à François Bayrou dont l’un des arguments pour éviter l’élection en 2007 était qu’il n’aurait pas de majorité au Parlement. Pour la première fois, le MoDem et plus généralement la mouvance centro-centriste serait majoritaire, renvoyant les autres partis, notamment les deux grands de gouvernement, à leurs études.

Dans une interview à "Paris-Match" le 7 juin 2017, François Baroin l’a reconnu : « La primaire nous a tués. ». C’est évident que les législatives n’allaient pas rattraper l’échec de l’élection présidentielle, pour la simple raison que les électeurs pensent que la messe est dite. Si bien que ce sont les électeurs d’Emmanuel Macron au premier tour qui vont probablement le mieux se mobiliser aux législatives, au détriment du camp des perdants, nombreux puisque le paysage politique est éclaté en cinq grandes partitions : LREM, LR et UDI, FN, FI et PS. François Fillon aura donc envoyé l’avion LR dans le mur non seulement de la présidentielle mais aussi des législatives.


Recomposition du paysage politique

Le Président Macron n’a pas eu à beaucoup travailler dans le futur éclatement du PS. Sa propre candidature, hors de toute attache partisane, et notamment socialiste, a suffi pour faire éclater le choix de l’électorat socialiste entre trois candidats à l’élection présidentielle.

L’objectif d’Emmanuel Macron s’est donc concentré sur l’éclatement de l’autre grand parti de gouvernement, LR, en nommant un proche de l’ancien Premier Ministre Alain Juppé, Édouard Philippe, à la tête du gouvernement. Pour l’instant, deux seuls autres responsables LR ont succombé à la tentation de la sirène En Marche, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, mais il ne fait aucun doute que d’autres "tomberont" après le 18 juin 2017. Nathalie Kosciusko-Morizet aurait rêvé d’être nommée Ministre de la Défense ou encore Ministre de l’Éducation nationale, mais non seulement elle n’a pas été retenue, mais LREM a présenté un candidat contre elle qui devrait la battre très largement au second tour, dans le but d'éliminer une concurrente dans la perspective des élections municipales de 2020 : Benjamin Griveaux rêverait de devenir maire de Paris.

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Reste à savoir si le parti LR amputé de sa partie macroniste (le 17 mai 2017, 123 élus LR-UDI ont appelé à la main tendue à Emmanuel Macron) saura rester le parti pluraliste ou s’il deviendra, par le choix de placer Laurent Wauquiez à sa tête, un groupuscule de la droite dure qui aura alors vocation à une (réelle) alliance avec le FN, auquel cas, la recomposition du paysage serait consommée.

LR se retrouve en effet dans une situation "centriste", celle de l’UDF de François Bayrou d’il y a dix ans, à l’époque coincée entre l’UMP et le PS. LR se retrouve maintenant pris en sandwich entre le FN et LREM. Certes, Jean-Luc Mélenchon voudrait que LREM soit l’aile droite du nouveau paysage politique qui se dessinerait, mais il semblerait à l’évidence qu’il en serait plutôt l’aile gauche, face à LR qui garderait encore une certaine puissance parlementaire et un FN qui, par sa présence au second tour du 7 mai 2017, aurait pu jouer le rôle de principal opposant à la politique nationale actuelle.


Les 7 882 candidats (moyenne d’âge de 48 ans, 42% de femmes)

La règle du financement des partis politiques explique qu’il faut au moins 50 candidats inscrits au même parti ayant obtenu au moins 1% des voix pour pouvoir recevoir un financement public (un double montant annuel pendant cinq ans : 1,42 euro par voix obtenue et 37 000 euros par siège gagné). Cela signifie que de nombreux groupuscules, parfois qui n’ont rien de politique (comme la défense de la vie animale, entre autres), ont présenté des candidats partout en France. Cela fait des circonscriptions avec une vingtaine voire une quarantaine de candidats dans des grands centres urbains ! La moyenne nationale est de 14 candidats par circonscription. Un électeur qui s’abstiendrait aurait peu de crédibilité à dire qu’il n’y trouverait pas une offre politique suffisante.

La liste des candidats a été publiée le 23 mai 2017 par le Ministère de l’Intérieur (visible ici). 224 députés sortants (sur 577) ne se représentent pas en raison de la loi contre le cumul des mandats (parlementaire et exécutif local) qui s’applique à partir de ces élections-là ou en raison de la peur de se prendre une défaite magistrale. Ils n’étaient que 105 députés sortants à ne pas se représenter en juin 2012 et 98 en juin 2007.

La loi contre le cumul (que voulait maintenir aussi le candidat François Fillon malgré la demande de nombreux élus LR) fera sans doute plus pour le renouvellement de la classe politique que l’élection d’Emmanuel Macron elle-même.

On voit qu’en général (à quelques exceptions près, comme Jean-Christophe Lagarde à Drancy), la plupart des députés à la tête d’un exécutif local préfèrent leurs fonctions opérationnelles. Avant d’y être contraints par la loi (parfois contraints par un risque d’échec, mais pas toujours), certains avaient déjà adopté ce choix auparavant, en particulier : André Rossinot puis Laurent Hénart maires de Nancy, Alain Juppé maire de Bordeaux, Martine Aubry maire de Lille, Jean-Luc Moudenc maire de Toulouse, Bertrand Delanoë puis Anne Hidalgo maires de Paris, etc.

Les sortants qui ne se présentent pas pour raison de cumul sont notamment : Bernard Accoyer, Édouard Philippe, Benoist Apparu, Laurent Wauquiez, Christian Estrosi, Philippe Houillon, Xavier Bertrand, Hervé Morin, Gérald Darmanin, Valérie Pécresse, Hervé Gaymard, Dominique Bussereau, Arnaud Robinet, Jean Leonetti, Patrick Ollier, Patrick Devedjian, Luc Chatel, Laurent Degallaix, Alain Claeys, Olivier Carré, André Santini, François Vannson, Jean-François Copé, François Sauvadet, Jean-Christophe Fromantin, Jean-Claude Guibal, François de Mazières, Christophe Priou, Patrick Labaune, Carole Delga, Alfred Marie-Jeanne, Alain Rousset, Noël Mamère, Jean-François Mancel, Patrick Balkany et Hervé Mariton.

Plutôt par peur d’une cuisante défaite : Claude Bartolone, Jean-Marie Le Guen, Bruno Le Roux, Michel Sapin, Thierry Mandon, Alain Vidalies, Hélène Geoffroy, Thierry Braillard, Victorin Lurel, Philippe Martin (ex-ministre PS), Michel Vauzelle, Alain Rodet, Marylise Lebranchu, Marc Dolez, Marie-Arlette Carlotti, Denis Baupin et Thomas Thévenoud.

Dont la candidature a été rejetée localement ou nationalement, et qui n’étaient pas députés sortants : Audrey Azoulay, Jean-Jacques Aillagon et Gaspard Gantzer.

Par ailleurs, ne se représentent pas non plus à ces élections notamment : François Fillon, Jean-Marc Ayrault, Bernard Cazeneuve, Bernard Debré, René Dosière, Arnaud Leroy, Geneviève Fioraso, Pierre Lellouche, Christophe Caresche, Pierre Lequiller, Pascal Terrasse (recasé), Bernard Roman (recasé pour laisser la circonscription à François Lamy), Jean-Yves Le Déaut, Jean-François Mancel (laissant son fils Alexis se présenter dans sa circonscription), Laurent Cathala, Jacqueline Fraysse, François Loncle, François Asensi, Alain Bocquet et Marion Maréchal-Le Pen.


LREM et MoDem

Plus de 19 000 personnes ont fait acte de candidature pour obtenir l’investiture de LREM. La sélection a été réalisée par une commission d’investiture présidée par l’ancien ministre RPR Jean-Paul Delevoye au cours de 1 700 entretiens individuels, parfois téléphoniques. Une première série d’investitures (seulement 14) a été rendue publique le 6 avril 2017. La grande majorité des investitures ont été annoncées le 11 mai 2017 avec 5% de députés sortants (seulement des députés PS), pour des âges allant de 24 à 72 ans. Enfin, les dernières investitures ont été publiées le 15 mai 2017 (la procédure avait été amorcée le 19 janvier 2017).

Le parti d’Emmanuel Macron a choisi de faire une alliance avec le MoDem pour que ce dernier puisse avoir un groupe parlementaire en lui cédant 76 circonscriptions. Il n’a pas présenté de candidats dans certaines circonscriptions de droite ou de gauche afin d’aider à l’élection de certains responsables qu’il considérerait comme "alliés", en particulier : Manuel Valls, Bruno Le Maire, Franck Riester, Thierry Solère (soutenu par Jean-Louis Borloo le 30 mai 2017 à Boulogne-Billancourt), Gilles Boyer, Yves Jégo, Stéphane Le Foll, Marisol Touraine, Myriam El Khomri, George Pau-Langevin, David Habib, François Pupponi, etc. ainsi que les candidats LR à la succession de Xavier Bertrand, Benoist Apparu, Édouard Philippe, Hervé Gaymard, Gérald Darmanin, Arnaud Robinet, Hervé Mariton et Christian Estrosi qui ne se représentent pas en raison de la loi contre le cumul des mandats.

L’une des raisons qui rend LREM favori, c’est que c’est aussi le parti du meilleur second choix. Dans les circonscriptions, le candidat LREM (comme à l’élection présidentielle) va être préféré, au second tour, au candidat LR ou FN pour des électeurs PS ou FI, et au candidat FI ou PS voire FN pour des électeurs LR. Résultat, il est capable de ratisser large par les deux côtés au même titre que le FN est capable de rassembler les électeurs en colère de gauche comme de droite.

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Paradoxalement, l’affaire Ferrand (Richard Ferrand, patron de LREM, ministre actuel et candidat à sa réélection) ne semblerait pas avoir d’incidence sur le score de son parti alors qu’une enquête préliminaire a été ouverte par le procureur de Brest le 1er juin 2017 après les premières révélations du "Canard enchaîné" du 24 mai 2017. Le même 1er juin 2017, François Bayrou, Ministre de la Justice, a présenté les grandes lignes de ses lois de moralisation de la vie politique.

Six ministres seulement (sur vingt-deux) se présentent ou représentent aux élections législatives : Richard Ferrand, Annick Girardin, Christophe Castaner, Bruno Le Maire (ces quatre derniers députés sortants) et Marielle de Sarnez ainsi que Mounir Mahjoubi (ce dernier sur la circonscription de Jean-Christophe Cambadélis). La situation la plus délicate est celle de Marielle de Sarnez, jamais élue au Palais-Bourbon, qui doit affronter notamment une personne dissidente de LREM. Quant à Richard Ferrand, malgré son "affaire", il est probable qu’il serait réélu dans une circonscription réputée "facile" pour lui.


LR et UDI

Le 11 mai 2017, Bernard Accoyer, secrétaire général de LR, a annoncé que LR avait renouvelé 60% de ses candidats aux élections législatives et que le plus jeune candidat avait 23 ans.

Si François Baroin a présenté le 10 mai 2017 le programme législatif de LR-UDI sans doute le plus abouti de tous les partis pour ces élections législatives, il ne se fait guère d’illusions sur les chances d’atteindre une majorité à l’Assemblée Nationale. Cela ne l’empêche pas de participer à des dizaines et des dizaines de meetings pendant ces trois semaines de campagne, pour aider les candidats LR-UDI.

Lors de son meeting à Vertou le 29 mai 2017, François Baroin a proclamé la fin de la politique du ni-ni soutenue à l’UMP par Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé : les candidats LR-UDI qui n’auraient aucune chance d’être élus s’effaceraient au second tour si leur maintien donnait une chance d’élire un candidat du Front national. Cette politique du barrage au FN a été confirmée par le sénateur-maire de Troyes le 30 mai 2017 dans la matinale sur France Inter. Elle est la suite logique de la déclaration de François Fillon le 23 avril 2017 qui avait clairement appelé à voter en faveur d’Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle.

Dans le cadre de leur accord électoral, LR présente 480 candidats et l’UDI 148, en organisant dans certaines circonscriptions la double candidature. En cas de candidature unique, celle-ci a reçu la double investiture de LR et de l’UDI.


FN

Le Front national subit les conséquences de sa grande progression depuis 2012. Deux ailes politiquement opposées sont en pleine confrontation après la défaite présidentielle de Marine Le Pen (qui est redevenue présidente du FN le 15 mai 2017). Les élections régionales de décembre 2015 l’ont bien illustré : il y a le FN du Nord, canal d’extrême gauche, antimondialiste et contre l’Europe, symbolisé par Marine Le Pen et son acolyte irremplaçable, Florian Philippot, et il y a le FN du Sud, canal d’extrême droite, anti-immigration mais libéral et anti-impôt sur le revenu, symbolisé par Marion Maréchal-Le Pen et son grand-père Jean-Marie Le Pen. L’aile ouvrière et l’aile petits-commerçants.

Or, ces deux ailes sont en difficulté. D’une part, le 9 mai 2017, Marion Maréchal-Le Pen a annoncé son retrait de la vie politique alors qu’elle était l’une des deux députés FN élus en juin 2012 (l’autre, Gilbert Collard, serait en mauvaise posture dans sa circonscription du Gard). D’autre part, Florian Philippot a menacé le 19 mai 2017 (sur BFM-TV) de quitter le FN si ce dernier renonçait à vouloir quitter la zone euro. Pour maintenir un rapport de forces interne, il a créé le 15 mai 2017 l’association "Les patriotes" (après l’échec de l’alliance avec le parti de Nicolas Dupont-Aignan qui présente 388 candidats).

Par ailleurs, au-delà de ces divergences de fond, le FN va devoir s’expliquer sur les propos racistes ou antisémites d’une centaine de ses candidats aux élections législatives. Le site Buzzfeed a réalisé un travail de titans en scrutant toutes les interventions des 571 candidats FN et a publié son catalogue des horreurs. Le journaliste Daniel Schneidermann en a été écœuré : « La masse parle d’elle-même. Elle dit assez clairement à la fois le sérieux de "l’écrémage" des candidatures dont se vantent pourtant les dirigeants du mouvement et le fond de la pensée et des obsessions du "front profond". Elle permet d’en mesurer la cohérence intellectuelle. » (6 juin 2017).


France insoumise

Le 11 mai 2017, Jean-Luc Mélenchon est allé à Marseille dans la circonscription qui a le mieux voté pour lui au premier tour de l’élection présidentielle et où il se présente donc (contre le député PS sortant Patrick Mennucci). Son parachutage a valeur de symbole et il n’a pas caché son objectif : « Je ne veux pas affaiblir le PS. Je veux le remplacer ! ». Sa vieille rancœur contre un parti qui l’a nourri pendant de si longues décennies (sénateur PS au scrutin proportionnel entre 1986 et 2009 !).

Juste après l’élection présidentielle, comme François Baroin, Jean-Luc Mélenchon a fait campagne pour proposer une majorité de cohabitation face à Emmanuel Macron. Il aurait voulu que la France insoumise, son mouvement hétéroclite, fût le noyau dur d’une nouvelle gauche.

Pourtant, les tergiversations de Jean-Luc Mélenchon entre les deux tours de l’élection présidentielle, faisant de lui un allié tacite de Marine Le Pen, ont particulièrement scandalisé bon nombre d’électeurs notamment communistes. D’ailleurs, Jean-Luc Mélenchon a présenté des candidats contre des candidats communistes parfois député sortant. En tout, France insoumise présente 556 candidats et le PCF 461 candidats, ce qui fait des centaines de circonscriptions avec deux candidats de l’ancien Front de gauche.


PS

Le verdict présidentiel de 6,3% a été une catastrophe pour le PS car il a annoncé la disparition pure et simple du PS du paysage politique français. Tous les députés PS sortants se sont donc raccrochés à des bouées, d’un côté LREM ou "majorité présidentielle", de l’autre côté France insoumise.

Benoît Hamon, Anne Hidalgo, Martine Aubry, etc. veulent créer leur propre mouvement, et pour cette campagne, c’est la politique du sauve-qui-peut qui prévaut. Benoît Hamon a soutenu des candidats contre des députés PS sortants, comme Manuel Valls et Myriam El Khomri.


Positions de quelques candidats

Certaines circonscriptions sont plus scrutées que d’autres en raison de la présence de certaines personnalités.

Les candidats qui sont dans une position très difficile sont notamment : Jean-Christophe Cambadélis, Manuel Valls, Nathalie Koscusko-Morizet (voir le sondage en illustration), Najat Vallaud-Belkacem et Benoît Hamon.

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En revanche, certains candidats qui n’ont encore jamais pu être élus députés pourraient être élus car ils ont choisi des circonscriptions "en or" pour eux. C’est le cas notamment de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont et de Jean-Luc Mélenchon à Marseille.

Sur la base du résultat de l’élection présidentielle dans les 577 circonscriptions, LREM arriverait au second tour dans 427 circonscriptions, FN dans 295, LR-UDI dans 227 et France insoumise dans 237 circonscriptions. Cependant, la forte abstention prévisible (autour de 40%) et la logique institutionnelle qui favoriserait LREM (largement) amplifieraient le score de LREM et minoreraient celui des autres partis, d’autant plus que le passage au second tour nécessite de réunir au premeir tour un minimum de 12,5% des électeurs inscrits.


L’intérêt de l’Élysée

On pourrait croire que l’intérêt d’Emmanuel Macron serait d’avoir une large majorité absolue à l’Assemblée Nationale.

Et pourtant, je pense le contraire. D’une part, les larges majorités rendent les députés dissipés et indisciplinés, ce serait encore plus le cas pour des élus qui n’ont jamais fait de politique auparavant. Les exemples historiques sont nombreux, le dernier en date sans doute est la grande victoire de la coalition UDF-RPR en mars 1993 qui avait été tellement divisée que deux candidats majeurs se sont présentés à l’élection présidentielle suivante (Jacques Chirac et Édouard Balladur). Au contraire, une majorité absolue à quelques sièges près, comme en mars 1986 pour la même coalition, avait rendu nécessaire une discipline parlementaire très rigoureuse pour éviter tout risque de perdre la majorité lors d’un projet de loi.

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Un autre exemple devrait être le modèle pour Emmanuel Macron, celui des gouvernements de Michel Rocard qui a gouverné de 1988 à 1991 avec une majorité seulement relative du PS, l’obligeant à négocier (à coups de 49-3) parfois avec les communistes, parfois avec les centristes, reprenant l’idée chère à Edgar Faure mais aussi à François Bayrou de "majorité d’idées".

Or, si Emmanuel Macron veut vraiment changer la pratique et le type de gouvernance, il ne doit pas s’attacher à un parti godillot (malgré son nom de marcheurs) qui voterait tout ce que le gouvernement lui présenterait à l’Assemblée Nationale. Il serait plus logique, pour montrer son pluralisme, sa volonté de rassembler et d’unifier la classe politique pour soutenir des réformes sociales particulièrement fondatrices, de proposer un contrat de gouvernement entre LREM-MoDem, LR-UDI et, pourquoi pas, une partie sociale-démocrate du PS. Cela aurait l’avantage d’impliquer un large éventail de l’électorat dans une mission socialement et politiquement périlleuse.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La campagne des élections législatives de juin 2017.
Liste des 7 882 candidats aux élections législatives du 11 juin 2017 (à télécharger).
Liste des 511 candidats investis par La République En Marche le 15 mai 2017 (document).
Programme LR-UDI pour les législatives présenté le 10 mai 2017 (à télécharger).
Loi de moralisation de la vie politique (1er juin 2017).
Emmanuel Macron et la fierté nouvelle d’être Français ?
Richard Ferrand, comme les autres ?
Édouard Macron : d’abord l’Europe !
Composition du premier gouvernement d’Édouard Philippe (17 mai 2017).
Édouard Philippe, nouveau Premier Ministre.
L’investiture d’Emmanuel Macron (14 mai 2017).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Macronités.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170522-legislatives2017-az.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2017-logique-193921

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/08/35332583.html

 

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 05:15

« Ma décision est simple, solide, inébranlable. Oui, je suis candidat à la Présidence. » (Vesoul, le 23 février 2016).



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Le nouveau Ministre de l’Économie Bruno Le Maire rêvait de Bercy en juin 2011 sous Nicolas Sarkozy, il l’a obtenu en mai 2017 sous Emmanuel Macron. Un petit retour sur sa trajectoire.

Bruno Le Maire aurait pu s’imaginer à la place d’Emmanuel Macron. Un peu comme Manuel Valls. Ce dernier s’était voulu le modernisateur du socialisme réaliste et pragmatique assumé et c’est Emmanuel Macron qui l’a concrétisé. Sur la forme, Bruno Le Maire a adopté les mêmes thèmes de campagne qu’Emmanuel Macron, pas sur le fond mais sur la forme : le renouvellement, l’attaque contre le système en étant pourtant l’un de ses plus brillants représentants.

Comme Emmanuel Macron, avec huit ans de décalage, Bruno Le Maire est un homme brillant intellectuellement, rayonnant même, qui a tout de suite ébloui ses interlocuteurs au Quai d’Orsay.

Revenons très rapidement sur son CV : normalien (et agrégé de lettres modernes), IEP Paris et énarque (Emmanuel Macron n’est pas normalien). Bruno Le Maire est un spécialiste de Proust. Il a ensuite commencé sa carrière de haut fonctionnaire dans la diplomatie et très rapidement, au début des années 2000, il a rejoint le staff de Dominique de Villepin, d’abord à l’Élysée (ce dernier était Secrétaire Général de la Présidence de la République), puis au Ministère des Affaires étrangères, puis au Ministère de l’Intérieur, et enfin, à Matignon. Il a alors atteint la plus haute responsabilité comme directeur de cabinet du Premier Ministre de juin 2006 à mai 2007.

C’est en début 2007 qu’il décida de franchir l’autre côté du rideau, l’engagement politique. Cela tombait bien : Jean-Louis Debré, Président de l’Assemblée Nationale, venait d’être nommé Président du Conseil Constitutionnel par le Président Jacques Chirac. Il lui laissa sa circonscription à Évreux (première circonscription de l’Eure). Il fut élu largement en juin 2007 face à la candidate socialiste. Ce fut un parachutage réussi (il n’était jamais encore allé dans ces lieux). Il a adopté le ton décontracté au cours de sa campagne sur le terrain. Il a été réélu en juin 2012 et cherche maintenant à se faire réélire en juin 2017 (son épouse fut sa collaboratrice parlementaire de 2007 à 2013, selon Mediapart le 8 octobre 2013).

Comme on le constate, ses deux mentors en politique sont Dominique de Villepin et Jean-Louis Debré, deux chiraquiens fidèles et loyaux. Comme François Baroin, Bruno Le Maire n’est donc pas du tout "sarkozyste". Il ne faisait aucun doute cependant que Bruno Le Maire, très ambitieux, se voyait déjà ministre avec la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007. Comme François Baroin, il a dû attendre.

Nommé Secrétaire d’État aux Affaires européennes le 12 décembre 2008 à l’âge de 39 ans, ce qui n’était qu’un strapontin peu à sa mesure mais qui était un poste qui convenait bien à sa compétence diplomatique, il fut promu Ministre de l’Agriculture et de la Pêche le 23 juin 2009. L’Agriculture est réservé aux marathoniens de Bruxelles ! On loua alors sa germanophonie comme atout dans les négociations européennes.

Ministre, il pouvait devenir un leader national, or, pas de leadership durable sans fief local. En mars 2010, il tenta de ravir la présidence du conseil régional de Haute-Normandie, sans succès face au président socialiste sortant Alain Le Vern. Il était également présent aux élections municipales en mars 2008 sur la liste UMP qui a échoué, puis en mars 2014 (liste qui a gagné). Ainsi, en plus de son mandat parlementaire, Bruno Le Maire a cumulé celui de conseiller régional de mars 2010 à décembre 2015 et de conseiller municipal d’Évreux de 2008 à 2017.

Pendant plusieurs mois, le Président Nicolas Sarkozy mit la pression sur ses ministres en annonçant un changement de gouvernement. Jean-Louis Borloo était donné à Matignon mais déjà, parmi les autres hypothèses, celle de Bruno Le Maire s’esquissait. De toutes les hypothèses, cette dernière était sans doute la plus farfelue pour le grand public qui ne connaissait pas encore très bien Bruno Le Maire. Le voici donc célèbre d’abord pour son …ambition.

Finalement, François Fillon fut reconduit à Matignon et Bruno Le Maire resta à son poste le 14 novembre 2010, élargissant ses responsabilités ministérielles à la Ruralité et à l’Aménagement du Territoire. Ce fut probablement une déception pour lui qui commençait à s’ennuyer à l’Agriculture et qui aurait souhaité un portefeuille plus prestigieux.

Durant cette année 2010, Bruno Le Maire faisait partie de la petite "bande" des quadras UMP du gouvernement avec Luc Chatel, Valérie Pécresse, François Baroin (qui a rejoint le gouvernement en 2010) auquel il faut rajouter Laurent Wauquiez (trentenaire) et Jean-François Copé qui a pris la direction de l’UMP (son secrétariat général). Il serait cependant très abusif de parler de "bande à Copé" (comme on parlait dans les années 1980 de la "bande à Léo" avec François Léotard, Alain Madelin, Gérard Longuet et Philippe de Villiers) car tous ces membres, ambitieux, roulaient déjà pour eux-mêmes et pas pour …celui qui croyait en être le chef !

Cette "bande" s’est de toute façon désintégrée dès juin 2011 dès qu’il a fallu trouver un successeur de Christine Lagarde à l’influent Ministère de l’Économie et des Finances. Après beaucoup d’hésitation, Nicolas Sarkozy avait choisi Bruno Le Maire, notamment parce qu’il savait parler allemand (cette germanophobie a été aussi évoquée pour Jean-Marc Ayrault quand il est arrivé au Quai d’Orsay en février 2016). Finalement, François Baroin fut nommé au lieu de Bruno Le Maire, Valérie Pécresse succéda à François Baroin au Budget et Comptes publics, et Laurent Wauquiez succéda à Valérie Pécresse à la Recherche et aux Universités. Bruno Le Maire, lui, n’évoluait pas.

L’échec de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2012 changea la donne : il fallait désigner un nouveau président de l’UMP (poste mis en jachère sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy) et ce nouveau président aurait toutes les chances de devenir le candidat UMP à l’élection présidentielle de 2017, ce qui devait forcément entraîner bien des convoitises.

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Ce fut à partir de 2012 que Bruno Le Maire mit en place sa posture de l’homme du renouveau et de l’homme contre le système. Une posture qui, quatre ans plus tard, a fort bien réussi à Emmanuel Macron. Bruno Le Maire chercha à se présenter à la présidence de l’UMP mais n’a pas réussi à obtenir les parrainages nécessaires. Il refusa, comme Nathalie Kosciusko-Morizet et Xavier Bertrand, de s’engager dans le duel fratricide entre François Fillon et Jean-François Copé : sa neutralité l’a grandi car le combat était assez déplorable.

Cette virginité lui donna un argument supplémentaire dans sa promotion du renouvellement des pratiques politiques. Dans le même ordre d’idée, il a voulu mettre en pratique ses idées, ce qui l’a conduit à démissionner de la fonction publique le 3 octobre 2012 (Emmanuel Macron en a fait de même le 16 novembre 2016) et à fustiger le cumul des mandats en mars 2016 (après avoir lui-même cumulé la région et l’Assemblée Nationale). Par ailleurs, il s’est dit partisan de la limitation à trois mandats parlementaires dans le temps en annonçant qu’il ne se représenterait pas en 2022.

Dès qu’une occasion se présenta à lui pour servir son ambition, il n’a pas hésité à avancer. Ainsi, après la démission forcée de Jean-François Copé de la présidence de l’UMP, il s’est présenté le 11 juin 2014 à sa succession et n’avait qu’Hervé Mariton comme concurrent durant l’été 2014 au cours duquel il a fait une campagne méthodique et efficace. C’est à cette époque que j’ai compris que l’ambition l’avait emporté sur les convictions chez lui : il affirmait alors des positions très droitières sur l’immigration, considérant qu’on ne conquérait l’UMP que par sa droite, lui qui, au départ, était considéré comme un "modéré".

Nicolas Sarkozy est revenu dans le paysage politique le 19 septembre 2014 en se présentant lui aussi à la présidence de l’UMP qu’il a retrouvée le 29 novembre 2014 avec seulement 64,5% des voix. La cause de ce score médiocre : Bruno Le Maire, qui avait refusé de s’effacer malgré le retour de l’ancien Président de la République, et qui a obtenu un score honorable de 29,2%. Face aux autres rivaux de sa génération, il a réussi ainsi à se prévaloir d’une certaine forme de courage. Ce fut en revanche au prix de quelques concessions à la ligne Buisson

S’il n’a pas gagné cette élection interne, Bruno Le Maire en est ressorti très largement crédité d’une véritable force militante, et surtout, il a pu tisser un réseau interne précieux pour les échéances ultérieures, ayant obtenu le soutien d’une soixantaine de parlementaires UMP (dont Édouard Philippe, Jean Leonetti, Thierry Solère, Arnaud Robinet, Jean-François Lamour, Damien Abad, Julien Aubert, Jérôme Chartier, Laure de La Raudière, Éric Straumann, Charles de la Verpillère, Jérôme Bignon, Fabienne Keller, Arnaud Danjean, etc.).

Si ces parlementaires ne l’ont pas forcément soutenu lors de la primaire LR de novembre 2016, on en retrouve certains qui sont désormais sur la même ligne politique macronisée en mai 2017…

Avec cette force de frappe nouvelle, il n’y a eu guère de doute que Bruno Le Maire allait être candidat à la primaire LR. Il se déclara sans surprise le 23 février 2016 à Vesoul. Parmi ses soutiens, certains déjà à la présidence de l’UMP et aussi Yves Jégo, Hervé Maurey, Michel Barnier, Sébastien Lecornu (ancien conseiller de Bruno Le Maire devenu maire de Vernon le 30 mars 2014 puis président du conseil départemental de l’Eure le 29 mars 2015), Hervé Morin (qui avait été soutenu très activement par Bruno Le Maire pour conquérir le conseil régional de la Normandie réunifiée en décembre 2015), etc.

Sa campagne, au début, a eu des signes très prometteurs. Dans les sondages, il fut même classé parfois en troisième position, devançant François Fillon. Cela au prix d’une forte dose de démagogie comme la suppression de l’ENA, la construction de nouvelles prisons, la baisse de la CSG à 6% (Emmanuel Macron préconise une hausse de la CSG), la baisse massive des charges des entreprises, la revalorisation des petites retraites, etc. Il a un programme de "révolution libérale" basée sur du "jeunisme" (son seul argument pour l’élire était qu’il représentait le renouveau de la classe politique).

Le 17 septembre 2016, il a présenté son programme détaillé, un pavé de plus de mille pages, donnant ses propositions sur de très nombreux sujets à l’importance parfois dérisoire face aux grands enjeux nationaux (c’est d’ailleurs étrange qu’un revendiqué libéral veuille s’immiscer dans toutes les affaires même les plus petites). Le 20 octobre 2016 sur France 2, il proposa la fin du monopole des syndicats à représenter les salariés, la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, une baisse drastique des indemnités chômage et l’institution de "petits boulots" payés 5 euros par heure, etc.

Bruno Le Maire s’est cependant beaucoup discrédité le 13 octobre 2016 au cours du premier débat télévisé de la primaire LR, objet de ricanement des "vieux briscards" de la politique, Nicolas Sarkozy et François Fillon, lorsqu’il a confondu postes de fonctionnaire et emplois aidés et lorsqu’il s’est trouvé assez démuni pour approfondir ses arguments. Son arrogance a tourné court. Le 20 novembre 2016, il s’est retrouvé relégué en cinquième position, avec seulement 2,4%, devancé par Nathalie Kosciusko-Morizet (l’autre non-alignée de la bataille de l’UMP de novembre 2012).

Alors qu’il se voyait déjà désigné, Bruno Le Maire a dû revoir ses ambitions à la baisse. Il a immédiatement apporté son soutien au candidat le mieux placé, François Fillon, alors que son origine "chiraquienne" aurait pu l’inciter à choisir Alain Juppé (en fait, pendant sa campagne, tellement sûr de lui, il avait martelé qu’il ne prendrait pas position au second tour, pensant y être présent lui-même). Résultat, il s’est retrouvé dans le camp des vainqueurs le 27 novembre 2016, lors de la victoire de François Fillon, devenu le favori de l’élection présidentielle de 2017.

Renonçant à un populisme droitier qu’il avait adopté de l’été 2014 à l’automne 2016, Bruno Le Maire est redevenu le technicien sérieux et solide, posé et modéré, au service d’un autre, à savoir François Fillon qui l’a pressenti pour devenir son futur Ministre des Affaires étrangères. Ce fut dans ce cadre que le 11 janvier 2017, Bruno Le Maire s’est rendu à Berlin pour préparer la rencontre entre François Fillon et Angela Merkel le 23 janvier 2017 à Berlin (Emmanuel Macron n’a fait le voyage que le 16 mars 2017). Cette rencontre Fillon/Merkel pourtant stratégique est restée quasi-confidentielle dans les médias. Pourquoi ? Parce que le lendemain, l’affaire Fillon a éclaté et les médias n’ont plus que tourné autour de ce sujet pendant trois mois.

Lorsque François Fillon a annoncé le 1er mars 2017 qu’il serait mis en examen mais qu’il resterait quand même candidat, le premier de ses fidèles à l’avoir quitté fut Bruno Le Maire, convaincu qu’il mènerait son parti à la défaite. Il sortit de sa discrétion le 8 avril 2017 pour confirmer qu’il voterait quand même pour François Fillon mais du bout des lèvres. Malgré ses critiques contre Emmanuel Macron (du reste, pas moins sévères que celles d’Édouard Philippe), il apporta clairement son soutien à Emmanuel Macron dès la nouvelle connue de la défaite de François Fillon.

Enfin, toujours le premier à prendre position, dès le soir du second tour, le 7 mai 2017, Bruno Le Maire l’impatient s’est déclaré prêt à dépasser les clivages avec le nouveau Président Macron pour redresser le pays : « Qu’est-ce qu’on attend pour travailler ensemble ? ». Cette offre de service, pas très glorieuse pour son honneur et susceptible d’être qualifiée de trahison par ses (anciens) amis politiques, conforta Emmanuel Macron dans l’idée qu’il lui serait possible, après avoir fait éclater le PS, de faire exploser Les Républicains. Ce dernier était ainsi sûr qu’il aurait au moins un responsable LR, et pas des moindres, un ancien candidat à la primaire, qui accepterait d’intégrer le gouvernement qu’il nommerait prochainement.

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Personne ne pouvait imaginer qu’Emmanuel Macron cherchait à nommer un LR à Matignon. Son but était en effet de concéder tout le secteur économique et budgétaire à des ralliés LR. Si toutes les personnes LR pressenties pour Matignon refusaient son offre, Emmanuel Macron savait que Bruno Le Maire accepterait.

Finalement, Bruno Le Maire s’est retrouvé nommé Ministre de l’Économie le 17 mai 2017, et somme toute, pas à une place très élevée dans la hiérarchie gouvernementale. Il aurait pu négocier un titre de Ministre d’État.

Le secrétaire général de LR Bernard Accoyer a constaté l’exclusion de facto de Bruno Le Maire, mais aucune procédure disciplinaire n’a été engagée à son encontre (au contraire de Manuel Valls que le PS voudrait exclure).

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C’est une adjointe au maire d’Évreux qui est la candidate LR opposée à Bruno Le Maire aux élections législatives du 11 juin 2017, ce dernier étant désormais le candidat de La République En Marche, qui fut soutenu activement par le Premier Ministre Édouard Philippe à Pacy-sur-Eure le 28 mai 2017. Un sondage Ifop-Fiducial publié par le "Journal du dimanche" le 28 mai 2017 donnerait à Bruno Le Maire une large avance au premier tour (laminant cette candidate LR) et une large victoire au second tour.

Le nouveau ministre fait partie des six membres du gouvernement à être candidats aux élections législatives. Il paraîtrait que ses électeurs accepteraient ces retournements de postures depuis 2012, comme ce fut le cas avec les ministres d’ouverture de 1988, en particulier Jean-Pierre Soisson et Jean-Marie Rausch.

Qu’importe la locomotive, pourvu qu’elle tire les wagons…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bruno Le Maire, le brillant ambitieux.
Ministre de l’Économie le 17 mai 2017.
Les confusions du projet de Bruno Le Maire.
Bruno Le Maire et le Brexit.
Débat Bruno Le Maire vs Pierre Moscovici (14 novembre 2011).
Nouveaux leaders ?
Premier tour de la primaire LR du 20 novembre 2016.
Troisième débat de la primaire LR 2016 (17 novembre 2016).
Deuxième débat de la primaire LR 2016 (3 novembre 2016).
Premier débat de la primaire LR 2016 (13 octobre 2016).
Dominique de Villepin.
Jean-Louis Debré.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170517-bruno-le-maire.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/bruno-le-maire-le-brillant-193781

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/03/35332514.html


 

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 05:20

« Ceux qui ne partagent pas les mêmes idées, ceux qui sont en désaccord sur l’Europe, sur l’économie, sur l’entreprise, sur les questions de sécurité ou de laïcité peuvent-ils encore être dans la même famille politique ? Personnellement, je ne le crois pas, donc doit venir le temps enfin de la clarification. » ("Le Figaro", le 24 avril 2017).


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Un sondage Ifop-Fiducial publié par le "Journal du dimanche" le 28 mai 2017 laisserait entendre que la réélection de Manuel Valls dans la première circonscription de l’Essonne serait très difficile, faisant au second tour jeu égal avec la candidate soutenue par Jean-Luc Mélenchon, Farida Amrani.

Des 7 882 candidats aux élections législatives du 11 juin 2017 dans les 577 circonscriptions, Manuel Valls est sans doute celui qui incarne le mieux le quinquennat de François Hollande, son échec, son impopularité, ses hésitations. François Hollande lui-même est absent de la compétition et ses autres Premiers Ministres, Jean-Marc Ayrault et Bernard Cazeneuve, par peur de l’échec, ont renoncé à se présenter, tout comme le Président de l’Assemblée Nationale sortante Claude Bartolone. Les rares ministres sortants candidats ne représentent au mieux qu’un domaine spécifique et pas l’ensemble d’une politique nationale.

Pire ! S’il y avait un moyen, pendant tout ce processus électoral du printemps 2017, de signifier sa colère contre le quinquennat de François Hollande, ce n’aurait pas été à l’occasion de l’élection présidentielle (aucun candidat n’en a revendiqué le bilan) mais dans certaines circonscriptions aux élections législatives et plus particulièrement dans celle où se présente Manuel Valls.

Quel cauchemar pour Manuel Valls ! Le précurseur du social-libéralisme est en train de tout perdre et pourtant, le social-libéralisme est en train de triompher. C’est sûr qu’il doit se mordre les doigts d’avoir proposé au Président François Hollande de nommer son conseiller économie au stratégique poste du Budget lors de la formation de son premier gouvernement, en avril 2014, poste qui lui fut refusé pour d’incompréhensibles raisons d’équilibre d’appareil, mais qu’il a pu reproposer lors du limogeage d’Arnaud Montebourg en août 2014, et là, par la grande porte, au Ministère de l’Économie.

Tout marche pour l’un, tout s’effondre pour l’autre. L’un garde une image de personne loyale, l’autre est un traître par définition. Il pourrait être le Caliméro de la classe politique en disant que c’est vraiment trop injuste !

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À bientôt 55 ans, Manuel Valls n’est plus un perdreau du paysage politique depuis très longtemps, il n’a d’ailleurs jamais rien fait d’autre que de la politique (conseiller régional à 23 ans). En 2012, on aurait pu imaginer, sans connaître le résultat des élections, que durant le quinquennat 2017-2022, se seraient opposés les deux plus ambitieux de leur génération, à savoir Jean-François Copé à droite et Manuel Valls à gauche. Ni l’un ni l’autre ne semblent avoir aujourd’hui un futur politique autrement que local. Les deux ont été rejetés par leur propre camp au cours de primaires qui n’ont pas vraiment servi les partis qui les ont organisées.

Si l’on essayait de comprendre pourquoi la trajectoire nationale de Manuel Valls s’efface alors que ses idées prennent le pouvoir, on pourrait répondre qu’il a gardé les vieilles pratiques qui ne sont plus acceptables aujourd’hui.

Quelle vieilles pratiques ? La première chose, c’est d’être plus fidèle à son parti qu’à ses idées. Lorsqu’il s’est présenté à la primaire du PS en octobre 2011, il savait qu’il ferait un score assez bas (5%). À l’époque, proche de Dominique Strauss-Kahn, il militait pour une TVA sociale et pour la fin des 35 heures. Son discours était ouvertement en faveur des entreprises, car les seules créatrices de richesse, et il est impossible de redistribuer la richesse si l’on n’en crée pas d’abord.

La première erreur a donc été d’être resté au Parti socialiste. Erreur que n’a pas commise Emmanuel Macron qui, bien qu’adhérent quelques années du PS, l’a vite quitté. Pourquoi rester au PS alors que c’était une auberge espagnole où régnaient autant de divisions que dans la société elle-même, entre les marxistes, les protectionnistes, les partisans de la construction européenne, les fédéralistes, etc. ? Le clivage fort entre politique de la demande et politique de l’offre, entre jacobins et girondins, entre dirigistes et libéraux, entre dogmatiques et pragmatiques, entre sécuritaires et circonstance-atténuantistes, entre première gauche et seconde gauche, etc. a profondément divisé le PS au moins depuis 2005 (en fait, depuis au moins 1979). Le référendum de 2005 et l’élection de François Hollande, dont le combat contre la "finance internationale" était le seul programme audible pour ses électeurs de gauche, ont complètement achevé ce parti.

Manuel Valls aurait dû se désolidariser rapidement de ses camarades socialistes qui n’allaient pas dans son sens. Il n’était pas aimé par la base du PS, donc son départ n’aurait pas bouleversé beaucoup son avenir politique. Il aurait dû créer un mouvement de centre gauche avec d’autres mouvements centristes.

Effectivement, pendant la campagne présidentielle de 2012, un débat télévisé entre François Bayrou et Manuel Valls a montré, le 8 mars 2012 sur France 2, la possibilité d’un accord politique entre les deux hommes. François Bayrou lui a même révélé : « Un certain nombre de mes amis sont allés voter pour vous à la primaire [octobre 2011]. ».

À l’époque, ce fut François Bayrou qui fit le geste le plus important en appelant à voter pour François Hollande au second tour en mai 2012 (ce qui l’a rendu détesté à droite). L’erreur de François Hollande a été d’avoir refusé de l’intégrer dans sa nouvelle majorité en restant sur l’entre-soi, entre socialistes (et alliés peu différenciables, écologistes ou radicaux de gauche). Manuel Valls aurait pu faire pencher la balance vers l’ouverture mais il était trop occupé à prendre ses responsabilités Place Beauvau.

Car Manuel Valls, comme Charles Pasqua, comme Nicolas Sarkozy (certains diraient aussi Clemenceau, mais il ne faut quand même pas trop abuser des comparaisons douteuses), a voulu construire sa réputation politique comme Ministre de l’Intérieur ferme et intransigeant. Là fut la deuxième erreur. Pas vraiment une erreur, en fait, mais une deuxième explication de sa disgrâce actuelle. L'inadéquation entre la nécessité de rassembler et la propension à exercer le pouvoir seul.

Il y a chez Manuel Valls une dichotomie entre l’offre politique qui est la sienne, faite de modération, de socialo-centrisme, de valeurs républicaines, et sa personnalité qui s’est réellement révélée à l’Intérieur puis à Matignon, un tempérament colérique, arrogant, autoritaire, martial, qui le placerait plutôt à une extrémité de l’échiquier politique plutôt qu’en position centrale. Cette observation engendre une catastrophe pour un responsable politique : le ressenti d’une absence de toute sincérité, et donc de toute crédibilité.

La troisième erreur, ce fut lors de la formation de son premier gouvernement le 2 avrl 2014, une fois nommé à Matignon après la débâcle des socialistes aux élections municipales de mars 2014. Son choix s’est imposé à François Hollande comme un canon de revolver sur la tempe. Certes, les écologistes, trop prudes pour passer sous les ordres d’un chef de guerre, ont déserté le gouvernement qui, pourtant, poursuivait la même politique (le CICE datait de janvier 2014), mais la base de soutien politique du gouvernement est restée la même : le PS et ses alliés. Avec un gros problème, c’est que le PS a toujours détesté Manuel Valls.

À cette époque où les sondages enregistraient déjà des records d’impopularité présidentielle, Manuel Valls imaginait mal une réélection de François Hollande et tablait plutôt sur la conquête, dans l’opposition, d’un PS minoritaire pour en faire une machine de guerre à sa dévotion pour l’élection présidentielle de 2022… la quasi-seule occasion pour lui, car il aurait déjà 59 ans. Là, c’était une stratégie de vieille pratique.

L’innovation, cela aurait été, au contraire, d’ouvrir son gouvernement vers sa droite dès 2014. D’ailleurs, que ce soit la loi Macron ou la loi El-Khomri, beaucoup de parlementaires UMP ou UDI étaient prêts à les adopter, à condition qu’on les écoutât un peu dans leur rédaction. En gros, faire ce qu’Emmanuel Macron a fait le 17 mai 2017, en intégrant dans son gouvernement des ministres qui s’y retrouveraient dans la politique nationale sans considération d’appartenance à un parti.

En limitant sa base à un PS profondément divisé au point que certains de ses députés étaient prêts à voter une motion de censure contre lui (on croirait rêver), Manuel Valls a nécessairement signé son arrêt de mort avant même de concourir à l’élection présidentielle.

La quatrième erreur de Manuel Valls est sans doute d’être parti le 5 décembre 2016 à l’abattoir à la primaire PS de janvier 2017. De la farine le 22 décembre 2016 à Strasbourg et une gifle le 18 janvier 2017 à Lamballe lui ont montré son niveau d’impopularité, lui qui fut longtemps le plus populaire des ministres.

Là encore, la renonciation presque papale de François Hollande le 1er décembre 2016 a été ressentie comme un coup de palais (ou de menton) de Manuel Valls devenu traître aux yeux des rares ministres hollandistes qui auraient dû former pourtant son avant-garde. Aidé de bataillons d’électeurs venus à la gauche du PS, Benoît Hamon a largement dominé cette primaire.

Benoît Hamon, le ministre dissident, celui qui s’opposait à la voix officielle, devenait le représentant officiel de ce parti. Inversion des rôles en quelques semaines : le frondeur ne fronde plus et le majoritaire est minoritaire. On comprendra que, malgré l’engagement nécessaire de soutien réciproque, Manuel Valls aurait eu du mal de voter pour celui qui avait tout fait pour que son gouvernement ne réussît pas. À traître, traître et demi d’avoir contesté le gouvernement pendant deux ans sans quitter le parti du gouvernement.

L’éviction de Manuel Valls du jeu présidentiel a bien sûr favorisé la candidature d’Emmanuel Macron. Pour les électeurs de gauche modérée, Emmanuel Macron était devenu le seul salut pour éviter tant le retour de la droite au pouvoir (dans un contexte politique très difficile pour François Fillon) que l’arrivée au pouvoir d’un dogmatisme rêveur (Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon).

Certes, en décembre 2016, Manuel Valls ne pouvait pas ignorer l’élection présidentielle de 2017, mais il aurait très bien pu imaginer se présenter en dehors du PS. En tant que Premier Ministre sortant, il avait toute la légitimité pour le faire. Après tout, Emmanuel Macron l’a fait aussi, et cela démangeait aussi Arnaud Montebourg. Toutes ces candidatures se seraient annihilées mutuellement mais rien ne les empêchait de se départir du PS. François Bayrou aurait pu lui aussi se présenter, mais il imaginait bien que sa candidature aurait favorisé François Fillon.

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Lorsque Manuel Valls a apporté son soutien à Emmanuel Macron le 29 mars 2017, c’était avec la réticence de ce dernier qui a dû insister sur le fait que soutien ne voulait pas dire retour aux vieilles pratiques. Déjà, les rapports entre les deux hommes ont changé. C’est vrai qu’en cas d’échec d’Emmanuel Macron, Manuel Valls aurait pu démontrer sa loyauté et peut-être récupéré le mouvement mis en place par son ancien Ministre de l’Économie. Mais en cas de victoire, c’était forcément se vassaliser.

Manuel Valls est même allé largement dans la philosophie de rassemblement d’Emmanuel Macron puisque le même jour où il a annoncé son ralliement, il a également dit (dans "L’Obs") qu’il serait prêt à travailler avec François Fillon si ce dernier était élu. L’intéressé, surpris et heureux de cette hypothèse, a confirmé qu’il serait lui aussi pour le dialogue républicain avec toutes les bonnes volontés. Malheureusement, ce qui aurait été perçu avec Emmanuel Macron comme une logique d’unité nationale a été perçu avec Manuel Valls comme un énième épisode de son arrivisme, s’accrochant à toutes les branches possibles pour pouvoir rebondir.

La cinquième erreur de Manuel Valls, ce fut de n’avoir toujours pas compris le fonctionnement d’Emmanuel Macron pour qui le renouvellement de la classe politique n’était pas un vain mot. Manuel Valls a dû penser que ce n’était qu’une posture de campagne et qu’on reviendrait aux petits jeux habituels de la cuisine politique, une fois l’élection passée.

Lorsque, le 9 mai 2017, Manuel Valls a annoncé unilatéralement qu’il se présenterait aux élections législatives avec l’étiquette En Marche, il a été fort imprudent. Car il n’a pas compris que la procédure d’investiture était la même pour tous les candidats En Marche, à savoir, envoyer un dossier complet, expliquer pourquoi il serait un bon candidat, etc. Une humiliation qu’ont déjà subie quelques dizaines de députés PS sortants et quelques députés LR sortants qui mourraient d’envie d’avoir aussi cette investiture (précieux atout dans la foulée d’une victoire présidentielle).

Les réactions agacées et malveillantes des responsables d’En Marche pendant quelques jours ont été un véritable manque de respect pour un ancien Premier Ministre, ce qui a ému jusqu’à des ténors de la droite assez dépités par le mauvais traitement. Pourtant, les règles d’investiture imposées par En Marche étaient assez claires, notamment de ne pas investir un député au-delà de trois mandats consécutifs (ce qui était le cas pour Manuel Valls élu depuis juin 2002).

Finalement, très prudemment, La République En Marche n’a investi aucun candidat sur sa circonscription, au grand dam de la personne déjà investie et qui a vu son investiture retirée. De son côté, également par prudence, le PS n’a investi aucun candidat contre l’ancien Premier Ministre, même si une procédure d’exclusion a été déclenchée le 6 avril 2017 en raison de son manque de loyauté pour le premier tour de l’élection présidentielle. Revenant à ses habitudes de frondeur, Benoît Hamon, lui-même en difficulté à Trappes, a carrément soutenu à Évry le candidat communiste Michel Nouailles.

Cette erreur de se réclamer d’En Marche sans avoir préalablement vérifié qu’En Marche l’accepterait, Manuel Valls l’a faite en pensant sincèrement que son ralliement sans condition était positif pour ce mouvement alors qu’au contraire, une telle démarche cassait l’image de renouvellement que voulait faire apparaître Emmanuel Macron.

Elle est aussi la leçon de la première erreur évoquée plus haut : que l’avenir politique de Manuel Valls ne pouvait plus passer par le Parti socialiste. Il a mis très longtemps à être conscient de cette évidence. Au congrès de Poitiers en juin 2015, il croyait encore fermement être en mesure de conquérir le PS en automne 2017, au point de cosigner une motion très "synthétique" avec Martine Aubry et Jean-Christophe Cambadélis.

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Voilà donc Manuel Valls entre les deux chaises, entre le PS et La République En Marche, prêt à être battu par une candidate d’extrême gauche. Sa survie politique dépend de sa réélection en juin 2017. De grands ténors ont déjà subi des échecs législatifs retentissants, on peut penser à François Mitterrand en novembre 1958 ou Michel Rocard en mars 1993. Les deux ont pu ensuite prendre d’assaut un PS moribond. Mais tout le monde n’a pas leur stature.

Manuel Valls est désormais un électron libre de la vie politique et son échec législatif réduirait énormément son écho médiatique et surtout réduirait à néant son ambition nationale. C’est d’ailleurs ce que tous ses "amis" attendent, En Marche comme le PS, qu’il échoue malgré l’absence de candidat contre lui, et qu’on tourne définitivement la page Valls…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Manuel Valls : les cinq raisons d’un échec.
Le vaccin anti-Macrobe.
Second tour de la primaire socialiste du 29 janvier 2017.
Quatrième débat de la primaire socialiste du 25 janvier 2017.
Premier tour de la primaire socialiste du 22 janvier 2017.
Troisième débat de la primaire socialiste du 19 janvier 2017.
Deuxième débat de la primaire socialiste du 15 janvier 2017.
Premier débat de la primaire socialiste du 12 janvier 2017.
La primaire socialiste de janvier 2017.
Programme de Manuel Valls (à télécharger).
Manuel Valls candidat à la primaire PS de janvier 2017.
La ville d’Évry.
Discours de Manuel Valls le 13 janvier 2015 au Palais-Bourbon (texte intégral).
Discours de Manuel Valls le 9 janvier 2016 au CRIF (texte intégral).
Manuel Valls et l’esprit républicain.
Manuel Valls vs François Fillon (24 septembre 2015).
La ville de Manuel Valls.
La confiance Valls, volet 2 (16 septembre 2014).
La confiance Valls, volet 1 (8 avril 2014).
Les relations entre l’Élysée et Matignon.
Nomination de Manuel Valls à Matignon (31 mars 2014).
Valls sera-t-il Premier Ministre ? (15 mars 2014).
Manuel Valls et son ambition présidentielle.
Manuel Valls à la primaire socialiste.
Manuel Valls et les institutions de la République.
Valls-Bayrou, même combat ?
Et la Corse dans tout cela ?
Et les gens du voyage ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170509-valls.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/manuel-valls-les-cinq-raisons-d-un-193737

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/02/35312694.html


 

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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 00:21

Le Ministère de l'Intérieur a publié le 23 mai 2017 la liste de tous les candidats aux élections législatives du 11 juin 2017 en France, soit 7 882 candidats pour 577 circonscriptions. La cloture des candidatures a eu lieu le 19 mai 2017 à 18 heures.

Cliquer sur le lien pour télécharger la liste (fichier .xlsx) :
https://www.data.gouv.fr/s/resources/elections-legislatives-des-11-et-18-juin-2017-liste-des-candidats-du-1er-tour/20170523-153103/Leg_2017_candidatures_T1.xlsx

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170522-legislatives2017-az.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170523-liste-candidats-legislatives.html

 

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 23:35

Après la publication de la liste de 428 investitures le 11 mai 2017, c'est maintenant 511 candidats qui ont été investis ce 15 mai 2017. Voici cette liste.


Candidats investis La République En Marche !

AIN 1, Laurent MALLET

AIN 2, Marie-Jeanne BÉGUET

AIN 3, Olga GIVERNET

AIN 4, Stéphane TROMPILLE

AIN 5, Hélène DE MEIRE

AISNE 1, Aude BONO

AISNE 3, Alain HUSILLOS CRESPO

AISNE 4, Marc DELATTE

AISNE 5, Jacques KRABAL

ALLIER 1, Pauline RIVIERE

ALLIER 2, Laurence VANCEUNEBROCK-MIALON

ALLIER 3, Bénédicte PEYROL

ALPES DE HAUTE PROVENCE 1, Delphine BAGARRY

ALPES DE HAUTE PROVENCE 2, Christophe CASTANER

ALPES MARITIMES 1, Caroline REVERSO-MEINIETTI

ALPES MARITIMES 3, Cédric ROUSSEL

ALPES MARITIMES 4, Alexandra VALETTA ARDISSON

ALPES MARITIMES 6, Nathalie AUDIN

ALPES MARITIMES 7, Khaled BEN ABDERAHMANE

ALPES MARITIMES 8, Philippe BUERCH

ALPES MARITIMES 9, Dominique FILLEBEEN

ARDECHE 1, André DUPONT

ARDECHE 2, Laurette GOUYET-POMMARET

ARDECHE 3, Matthieu PEYRAUD

ARDENNES 1, Jean Pierre MORALI

ARDENNES 2, Mario IGLESIAS

ARDENNES 3, Christelle VORILLON

ARIEGE 1, Jérôme AZEMA

ARIEGE 2, Huguette BERTRAND VINZERICH

AUBE 1, Gregory BESSON-MOREAU

AUBE 2, Djamila HADDAD

AUBE 3, Christophe PAGLIA

AUDE 1, Danièle HERIN

AUDE 2, Alain PEREA

AUDE 3, Mireille ROBERT

AVEYRON 1, Stéphane MAZARS

AVEYRON 2, Anne BLANC

AVEYRON 3, Jean-Louis AUSTRUY

BAS RHIN 1, Thierry MICHELS

BAS RHIN 2, Sylvain WASERMAN

BAS RHIN 3, Bruno STUDER

BAS RHIN 4, Martine WONNER

BAS RHIN 6, Guy SALOMON

BAS RHIN 7, Antoinette DE SANTIS

BAS RHIN 8, Christian GLIECH

BAS RHIN 9, Vincent THIEBAUT

BOUCHES DU RHONE 1, Pascal CHAMASSIAN

BOUCHES DU RHONE 2, Claire PITOLLAT

BOUCHES DU RHONE 4, Corinne VERSINI

BOUCHES DU RHONE 5, Cathy RACON-BOUZON

BOUCHES DU RHONE 6, Eléonore LEPRETTRE

BOUCHES DU RHONE 7, Said AHAMADA

BOUCHES DU RHONE 8, Jean-Marc ZULESI

BOUCHES DU RHONE 9, Sylvie BRUNET

BOUCHES DU RHONE 11, Mohamed LAQHILA

BOUCHES DU RHONE 13, Magali SIREROLS

BOUCHES DU RHONE 14, Anne-Laurence PETEL

BOUCHES DU RHONE 15, Nathalie FARRO

BOUCHES DU RHONE 16, Monica MICHEL

CALVADOS 1, Fabrice LE VIGOUREUX

CALVADOS 2, Eric HALPHEN

CALVADOS 3, Florence LEHERICY

CALVADOS 4, Christophe BLANCHET

CALVADOS 5, Bertrand BOUYX

CALVADOS 6, Alain TOURRET

CANTAL 1, François DANEMANS

CHARENTE 1, Thomas MESNIER

CHARENTE 2, Sandra MARSAUD

CHARENTE 3, Madeleine NGOMBET BITOO

CHARENTE MARITIME 1, Otilia FERREIRA

CHARENTE MARITIME 2, Frederique GUEREAU - TUFFNELL

CHARENTE MARITIME 3, Jean Philippe ARDOUIN

CHARENTE MARITIME 4, Raphael GERARD

CHER 1, François CORMIER-BOULIGEON

CHER 2, Nadia ESSAYAN

CHER 3, Loic KERVRAN

CORREZE 1, Christophe JERRETIE

CORREZE 2, Patricia BORDAS

CORSE SUD 1, Maria GUIDICELLI

CORSE SUD 2, Jean Charles ORSUCCI

COTE D'OR 1, Didier MARTIN

COTE D'OR 2, François DESEILLE

COTE D'OR 3, Fadila KHATTABI

COTE D'OR 4, Yolaine DE COURSON

COTE D'OR 5, Didier PARIS

COTES D'ARMOR 1, Bruno JONCOUR

COTES D'ARMOR 2, Hervé BERVILLE

COTES D'ARMOR 3, Olivier ALAIN

CREUSE 1, Jean-Baptiste MOREAU

DEUX SEVRES 1, Guillaume CHICHE

DEUX SEVRES 2, Christine-Nelly HEINTZ

DEUX SEVRES 3, Jean-Marie FIEVET

DORDOGNE 1, Philippe CHASSAING

DORDOGNE 2, Michel DELPON

DORDOGNE 3, Jean Pierre CUBERTAFON

DORDOGNE 4, Jacqueline DUBOIS

DOUBS 1, Fannette CHARVIER

DOUBS 3, Denis SOMMER

DOUBS 4, Frédéric BARBIER

DOUBS 5, Sylvie LE HIR

DROME 1, Mireille CLAPOT

DROME 2, Alice THOUROT

DROME 4, Latifa CHAY

ESSONNE 2, Daphné RACT

ESSONNE 3, Laetitia ROMEIRO DIAS

ESSONNE 4, Marie-Pierre RIXAIN

ESSONNE 5, Cédric VILLANI

ESSONNE 6, Amélie DE MONTCHALIN

ESSONNE 7, Murielle KERNREUTER

ESSONNE 8, Antoine PAVAMANI

ESSONNE 9, Marie GUEVENOUX

ESSONNE 10, Pierre-Alain RAPHAN

EURE 2, Fabien GOUTTEFARDE

EURE 3, Marie TAMARELLE

EURE 4, Bruno QUESTEL

EURE 5, Claire OPETIT

EURE ET LOIR 1, Guillaume KASBARIAN

EURE ET LOIR 2, Claire Tassadit HOUD

EURE ET LOIR 4, Clémence ROUVIER

FINISTERE 1, Annaïg LE MEUR-ROUX

FINISTERE 2, Jean-Charles LARSONNEUR

FINISTERE 3, Didier LE GAC

FINISTERE 4, Sandrine LE FEUR

FINISTERE 5, Graziella MELCHIOR

FINISTERE 6, Richard FERRAND

FINISTERE 7, Liliane TANGUY

FINISTERE 8, Erwan BALANANT

FRANCAIS DE L'ETRANGER 1, Roland LESCURE

FRANCAIS DE L'ETRANGER 2, Paula FORTEZA

FRANCAIS DE L'ETRANGER 3, Alexandre HOLROYD

FRANCAIS DE L'ETRANGER 4, Pieyre Alexandre ANGLADE

FRANCAIS DE L'ETRANGER 5, Samantha CAZEBONNE

FRANCAIS DE L'ETRANGER 6, Joachim SON FORGET

FRANCAIS DE L'ETRANGER 7, Frédéric PETIT

FRANCAIS DE L'ETRANGER 8, Florence DRORY

FRANCAIS DE L'ETRANGER 9, Leila AICHI

FRANCAIS DE L'ETRANGER 10, Amal Amélia LAKRAFI

FRANCAIS DE L'ETRANGER 11, Anne GENETET

GARD 1, Françoise DUMAS

GARD 2, Marie SARA

GARD 3, Anthony CELLIER

GARD 4, Annie CHAPELIER

GARD 5, Olivier GAILLARD

GARD 6, Philippe BERTA

GERS 1, Jean-René CAZENEUVE

GERS 2, Christophe SOCCIO

GIRONDE 1, Dominique DAVID

GIRONDE 2, Catherine FABRE

GIRONDE 3, Marik FETOUH

GIRONDE 4, Aziz SKALLI BOUAZIZA

GIRONDE 5, Benoit SIMIAN

GIRONDE 6, Eric POULLIAT

GIRONDE 7, Bérangère COUILLARD

GIRONDE 8, Sophie PANONACLE

GIRONDE 9, Sophie METTE

GIRONDE 10, Florent BOUDIE

GIRONDE 11, Véronique HAMMERER

GIRONDE 12, Christelle DUBOS

GUADELOUPE 1, Olivier SERVA

GUYANE 1, Joelle PREVOT MADERE

GUYANE 2, Adam LENAICK

HAUT RHIN 1, Stéphanie VILLEMIN

HAUT RHIN 2, Hubert OTT

HAUT RHIN 3, Patrick STRIBY

HAUT RHIN 4, Aurélie TACQUARD

HAUT RHIN 5, Cécile LEHR

HAUT RHIN 6, Bruno FUCHS

HAUTE CORSE 1, Francois ORLANDI

HAUTE CORSE 2, Francis GIUDICI

HAUTE GARONNE 1, Pierre CABARE

HAUTE GARONNE 2, Jean-Luc LAGLEIZE

HAUTE GARONNE 3, Corinne VIGNON

HAUTE GARONNE 4, Mickael NOGAL

HAUTE GARONNE 5, Jean Francois PORTARRIEU

HAUTE GARONNE 6, Monique IBORRA

HAUTE GARONNE 7, Elisabeth TOUTUT-PICARD

HAUTE GARONNE 8, Michel MONTSARRAT

HAUTE GARONNE 9, Sandrine MORCH

HAUTE GARONNE 10, Sebastien NADOT

HAUTE LOIRE 1, Cécile GALLIEN

HAUTE LOIRE 2, Pierre ETEOCLE

HAUTE MARNE 1, Bérangère ABBA

HAUTE MARNE 2, Vincent BERTHET

HAUTE SAONE 1, Barbara BESSOT BALLOT

HAUTE SAONE 2, Christophe LEJEUNE

HAUTE SAVOIE 1, Véronique RIOTTON

HAUTE SAVOIE 2, Frédérique LARDET

HAUTE SAVOIE 3, Guillaume GIBOUIN

HAUTE SAVOIE 4, Laura DEVIN

HAUTE SAVOIE 5, Marion LENNE

HAUTE SAVOIE 6, Xavier ROSEREN

HAUTE VIENNE 1, Sophie BEAUDOUIN-HUBIERE

HAUTE VIENNE 2, Jean Baptiste DJEBBARI

HAUTE VIENNE 3, Marie-Ange MAGNE

HAUTES ALPES 1, Pascale BOYER

HAUTES PYRENEES 1, Jean-Bernard SEMPASTOUS

HAUTES PYRENEES 2, Marie Agnes STARICKY

HAUTS DE SEINE 1, Isia KHALFI

HAUTS DE SEINE 2, Adrien TAQUET

HAUTS DE SEINE 3, Christine HENNION

HAUTS DE SEINE 4, Isabelle FLORENNES

HAUTS DE SEINE 5, Céline CALVEZ

HAUTS DE SEINE 6, Laurent ZAMECZKOWSKI

HAUTS DE SEINE 7, Jacques MARILOSSIAN

HAUTS DE SEINE 8, Jacques MAIRE

HAUTS DE SEINE 10, Gabriel ATTAL

HAUTS DE SEINE 11, Laurianne ROSSI

HAUTS DE SEINE 12, Jean Louis BOURLANGES

HAUTS DE SEINE 13, Frédérique DUMAS

HERAULT 1, Patricia MIRALLES

HERAULT 2, Stéphanie JANNIN

HERAULT 3, Coralie DUBOST

HERAULT 4, Jean-François ELIAOU

HERAULT 5, Philippe HUPPE

HERAULT 6, Isabelle VOYER

HERAULT 7, Christophe HEUZE

HERAULT 8, Nicolas DEMOULIN

HERAULT 9, Patrick VIGNAL

ILLE ET VILAINE 1, Mustapha LAABID

ILLE ET VILAINE 4, Gaël LE BOHEC

ILLE ET VILAINE 5, Christine CLOAREC

ILLE ET VILAINE 6, Marie Pierre VEDRENNE

ILLE ET VILAINE 7, Valérie FRIBOLLE

ILLE ET VILAINE 8, Florian BACHELIER

INDRE 1, François JOLIVET

INDRE 2, Sophie GUERIN

INDRE ET LOIRE 1, Philippe CHALUMEAU

INDRE ET LOIRE 2, Daniel LABARONNE

INDRE ET LOIRE 4, Fabienne COLBOC

INDRE ET LOIRE 5, Sabine THILLAYE

ISERE 1, Olivier VERAN

ISERE 2, Jean-Charles COLAS-ROY

ISERE 3, Emilie CHALAS

ISERE 4, Fabrice HUGELE

ISERE 5, Catherine KAMOWSKI

ISERE 6, Cendra MOTIN

ISERE 7, Monique LIMON

ISERE 8, Caroline ABADIE

ISERE 9, Elodie JACQUIER LAFORGE

ISERE 10, Marjolaine MEYNIER

JURA 1, Danielle BRULEBOIS

JURA 2, Anne PROST-GROSJEAN

JURA 3, Paul-Henri BARD

LA REUNION 3, Carine GARCIA

LA REUNION 4, Anais PATEL

LA REUNION 5, Léopoldine SETTAMA-VIDON

LA REUNION 6, Monique ORPHE

LANDES 1, Geneviève DARRIEUSSECQ

LANDES 2, Lionel CAUSSE

LANDES 3, Jean Pierre Louis STEINER

LOIR ET CHER 1, Marc FESNEAU

LOIR ET CHER 2, Jean-Luc BRAULT

LOIR ET CHER 3, Marlène MARTIN

LOIRE 1, Magali VIALLON

LOIRE 2, Jean-Michel MIS

LOIRE 3, Valéria MUNTIAN

LOIRE 4, David KAUFFER

LOIRE 5, Nathalie SARLES

LOIRE 6, Julien BOROWCZYK

LOIRE ATLANTIQUE 1, François DE RUGY

LOIRE ATLANTIQUE 2, Valérie OPPELT

LOIRE ATLANTIQUE 3, Anne-France BRUNET

LOIRE ATLANTIQUE 4, Aude AMADOU

LOIRE ATLANTIQUE 5, Sarah EL HAIRY

LOIRE ATLANTIQUE 6, Yves DANIEL

LOIRE ATLANTIQUE 7, Sandrine JOSSO

LOIRE ATLANTIQUE 8, Audrey DUFEU SCHUBERT

LOIRE ATLANTIQUE 9, Yannick HAURY

LOIRE ATLANTIQUE 10, Sophie ERRANTE

LOIRET 1, Stéphanie RIST

LOIRET 2, Caroline JANVIER

LOIRET 3, Jihan CHELLY

LOIRET 4, Mélusine HARLE

LOIRET 5, David SIMONNET

LOIRET 6, Richard RAMOS

LOT 1, Sébastien MAUREL

LOT 2, Huguette TIEGNA

LOT ET GARONNE 1, Michel LAUZZANA

LOT ET GARONNE 2, Alexandre FRESCHI

LOT ET GARONNE 3, Olivier DAMAISIN

LOZERE 1, Francis PALOMBI

MAINE ET LOIRE 1, Matthieu ORPHELIN

MAINE ET LOIRE 2, Stella DUPONT

MAINE ET LOIRE 3, Anne BARRAULT

MAINE ET LOIRE 4, Laetitia SAINT-PAUL

MAINE ET LOIRE 5, Denis MASSEGLIA

MAINE ET LOIRE 6, Nicole DUBRE CHIRAT

MAINE ET LOIRE 7, Philippe BOLO

MANCHE 2, Bertrand SORRE

MANCHE 3, Stéphane TRAVERT

MANCHE 4, Blaise MISTLER

MARNE 2, Aina KURIC

MARNE 3, Eric GIRARDIN

MARNE 5, Bertrand TREPO

MARTINIQUE 1, Chantal MAIGNAN

MARTINIQUE 3, Max ORVILLE

MAYENNE 3, Josselin CHOUZY

MEURTHE ET MOSELLE 1, Carole GRANDJEAN

MEURTHE ET MOSELLE 3, Xavier PALUSZKIEWICZ

MEURTHE ET MOSELLE 4, Philippe BUZZI

MEURTHE ET MOSELLE 5, Marion BUCHET

MEUSE 1, Diana ANDRE

MEUSE 2, Emilie CARIOU

MORBIHAN 3, Nicole LE PEIH

MORBIHAN 4, Paul MOLAC

MORBIHAN 5, Gwendal ROUILLARD

MORBIHAN 6, Jean-Michel JACQUES

MOSELLE 1, Belkhir BELHADDAD

MOSELLE 2, Ludovic MENDES

MOSELLE 3, Richard LIOGER

MOSELLE 4, Mathilde HUCHOT

MOSELLE 5, Nicole TRISSE

MOSELLE 7, Hélene ZANNIER

MOSELLE 8, Brahim HAMMOUCHE

MOSELLE 9, Isabelle RAUCH

NIEVRE 1, Perrine GOULET

NIEVRE 2, Patrice PERROT

NORD 1, Christophe ITIER

NORD 2, Houmria BERRADA

NORD 3, Christophe DI POMPEO

NORD 4, Brigitte LISO

NORD 5, Guillaume DEKONINCK

NORD 6, Charlotte LECOQ

NORD 7, Arnaud VERSPIEREN

NORD 8, Catherine OSSON

NORD 9, Valérie PETIT

NORD 10, Sophie TAIEB

NORD 11, Laurent PIETRASZEWSKY

NORD 12, Anne-Laure CATTELOT

NORD 13, Sarah ROBIN

NORD 14, Julien LEMAITTE

NORD 15, Jennifer DE TEMMERMAN

NORD 16, Chantal RISAK

NORD 17, Dimitri HOUBRON

NORD 18, Claire POMMEYROLE

NORD 19, Sabine HEBBAR

NORD 20, Daniel ZIELINSKI

OISE 1, Denis FLOUR

OISE 2, Agnès THILL

OISE 3, Pascal BOIS

OISE 4, Fatima MASSAU

OISE 5, Emmanuelle BOUR POITRINAL

OISE 6, Carole BUREAU-BONNARD

OISE 7, Jean-Francois DARDENNE

ORNE 2, Ophélie LEROUGE

ORNE 3, Isabelle BOSCHER

PARIS 1, Sylvain MAILLARD

PARIS 2, Gilles LE GENDRE

PARIS 3, Stanislas GUERINI

PARIS 4, Ilana CICUREL

PARIS 5, Benjamin GRIVEAUX

PARIS 6, Pierre PERSON

PARIS 7, Pacôme RUPIN

PARIS 8, Laetitia AVIA

PARIS 10, Anne Christine LANG

PARIS 11, Marielle DE SARNEZ

PARIS 13, Hugues RENSON

PARIS 14, Valérie BOUGAULT

PARIS 16, Mounir MAHJOUBI

PAS DE CALAIS 1, Bruno DUVERGE

PAS DE CALAIS 2, Jacqueline MAQUET

PAS DE CALAIS 3, Patrick DEBRUYNE

PAS DE CALAIS 4, Thibault GUILLY

PAS DE CALAIS 5, Jean Pierre PONT

PAS DE CALAIS 6, Brigitte BOURGUIGNON

PAS DE CALAIS 8, Benoit POTTERIE

PAS DE CALAIS 9, Marguerite DEPREZ AUDEBERT

PAS DE CALAIS 10, Laurence DESCHANEL

PAS DE CALAIS 11, Anne ROQUET

PAS DE CALAIS 12, Coralie REMBERT

PUY DE DOME 1, Valérie THOMAS

PUY DE DOME 2, Mohand HAMOUMOU

PUY DE DOME 3, Laurence VICHNIEVSKY

PUY DE DOME 4, Michel FANGET

PUY DE DOME 5, Sébastien GARDETTE

PYRENEES ATLANTIQUES 1, Josy POUEYTO

PYRENEES ATLANTIQUES 2, Jean-Paul MATTEI

PYRENEES ATLANTIQUES 4, Loic CORREGE

PYRENEES ATLANTIQUES 5, Florence LASSERRE

PYRENEES ATLANTIQUES 6, Vincent BRU

PYRENEES ORIENTALES 1, Romain GRAU

PYRENEES ORIENTALES 2, Christine ESPERT

PYRENEES ORIENTALES 3, Laurence GAYTE

PYRENEES ORIENTALES 4, Sebastien CAZENOVE

RHONE 1, Thomas RUDIGOZ

RHONE 2, Hubert JULIEN LAFERRIERE

RHONE 3, Jean-Louis TOURAINE

RHONE 4, Anne BRUGNERA

RHONE 5, Blandine BROCART

RHONE 6, Bruno BONNELL

RHONE 7, Anissa KHEDHER

RHONE 8, Joelle TERROIR

RHONE 9, Marion CROIZEAU

RHONE 10, Thomas GASSILOUD

RHONE 11, Jean-Luc FUGIT

RHONE 12, Cyrille ISAAC-SYBILLE

RHONE 13, Danielle CAZARIAN

RHONE 14, Yves BLEIN

SAINT-MARTIN/SAINT-BARTHELEMY 1, Ines BOUCHAUT CHOISY

SAONE ET LOIRE 1, Benjamin DIRX

SAONE ET LOIRE 2, Vincent CHAUVET

SAONE ET LOIRE 3, Rémy REBEYROTTE

SAONE ET LOIRE 4, Catherine GABRELLE

SAONE ET LOIRE 5, Raphael GAUVAIN

SARTHE 1, Damien PICHEREAU

SARTHE 2, Aurélie PEROT

SARTHE 3, Pascale FONTENEL PERSONNE

SARTHE 5, Willy COLIN

SAVOIE 1, Typhanie DEGOIS

SAVOIE 3, Philip VIVIER

SAVOIE 4, Patrick MIGNOLA

SEINE ET MARNE 1, Aude LUQUET

SEINE ET MARNE 2, Estelle ROUSSEAU

SEINE ET MARNE 4, Emmanuel MARCADET

SEINE ET MARNE 6, Laetitia MARTIG DECES

SEINE ET MARNE 7, Rodrigue KOKOUENDO

SEINE ET MARNE 8, Jean-Michel FAUVERGUE

SEINE ET MARNE 9, Michele PEYRON

SEINE ET MARNE 10, Stéphanie DO

SEINE ET MARNE 11, Amandine RUBINELLI

SEINE MARITIME 1, Damien ADAM

SEINE MARITIME 2, Annie VIDAL

SEINE MARITIME 3, William Vladimir TCHAMAHA PATIPE

SEINE MARITIME 4, Sira SYLLA

SEINE MARITIME 6, Philippe DUFOUR

SEINE MARITIME 8, Béatrice DELAMOTTE

SEINE MARITIME 9, Stéphanie KERBARH

SEINE MARITIME 10, Xavier BATUT

SEINE SAINT-DENIS 1, Sébastien MENARD

SEINE SAINT-DENIS 2, Véronique AVRIL

SEINE SAINT-DENIS 3, Patrice ANATO

SEINE SAINT-DENIS 4, Prisca THEVENOT

SEINE SAINT-DENIS 5, Malika MAALEM

SEINE SAINT-DENIS 6, Alexandre AIDARA

SEINE SAINT-DENIS 7, Halima MENNOUDJ

SEINE SAINT-DENIS 8, Sylvie CHARRIERE

SEINE SAINT-DENIS 9, Jeanne DROMARD

SEINE SAINT-DENIS 10, Billel OUADAH

SEINE SAINT-DENIS 11, Elsa WANLIN

SEINE SAINT-DENIS 12, Stéphane TESTE

SOMME 1, Nicolas DUMONT

SOMME 2, Barbara POMPILI

SOMME 4, Jean Claude LECLABART

SOMME 5, Thierry VINDEVOGEL

TARN 2, Marie-Christine VERDIER JOUCLAS

TARN 3, Jean TERLIER

TARN ET GARONNE 1, Pierre MARDEGAN

TERRITOIRE DE BELFORT 1, Christophe Grudler

TERRITOIRE DE BELFORT 2, Bruno KERN

VAL D'OISE 1, Isabelle MULLER-QUOY

VAL D'OISE 2, Guillaume VUILLETET

VAL D'OISE 4, Naima MOUTCHOU

VAL D'OISE 5, Fiona LAZAAR

VAL D'OISE 6, Nathalie Elimas

VAL D'OISE 7, Dominique DA SILVA

VAL D'OISE 9, Zivka PARK

VAL D'OISE 10, Aurélien TACHE

VAL DE MARNE 1, Frédéric DESCROZAILLE

VAL DE MARNE 2, Jean Francois MBAYE

VAL DE MARNE 3, Laurent SAINT MARTIN

VAL DE MARNE 5, Nadine RET

VAL DE MARNE 6, Guillaume GOUFFIER CHA

VAL DE MARNE 7, Jean-Jacques BRIDEY

VAL DE MARNE 8, Jennifer DOUIEB NAHON

VAL DE MARNE 9, Gaelle MARSEAU

VAL DE MARNE 10, Sheerazed BOULKROUN

VAL DE MARNE 11, Albane GAILLOT

VAR 1, Elisabeth CHANTRIEUX

VAR 2, Cécile MUSCHOTTI

VAR 3, Alexandre ZAPOLSKI

VAR 4, Solveig SEREINE MAUBORGNE

VAR 5, François Michel Kleisbauer

VAR 6, Valérie GOMEZ-BASSAC

VAR 7, Emilie GUEREL

VAR 8, Fabien MATRAS

VAUCLUSE 1, Jean-Francois CESARINI

VAUCLUSE 2, Sonia STRAPELIAS

VAUCLUSE 3, Brune POIRSON

VAUCLUSE 5, Jean VIARD

VENDEE 1, Philippe LATOMBE

VENDEE 2, Patricia GALLERNEAU

VENDEE 3, Stéphane BUCHOU

VENDEE 4, Martine LEGUILLE BALLOY

VENDEE 5, Pierre HENRIET

VIENNE 1, Jacques SAVATIER

VIENNE 2, Sacha HOULIE

VIENNE 3, Jean-Michel CLEMENT

VIENNE 4, Nicolas TURQUOIS

VOSGES 1, Alisson HAMELIN

VOSGES 2, Christine URBES

VOSGES 3, Claude THIRARD

VOSGES 4, Raynald MAGNIEN COEURDACIER

YONNE 1, Paulo DA SILVA MOREIRA

YONNE 2, Jean-Yves CAULLET

YONNE 3, Michèle CROUZET

YVELINES 1, Didier BAICHERE

YVELINES 2, Jean-Noël Barrot

YVELINES 3, Béatrice PIRON

YVELINES 4, Marie LEBEC

YVELINES 5, Yael BRAUN-PIVET

YVELINES 6, Natalia POUZYREFF

YVELINES 7, Michèle de Vaucouleurs

YVELINES 8, Khadija MOUDNIB

YVELINES 9, Bruno MILLIENNE

YVELINES 10, Aurore BERGE

YVELINES 11, Nadia HAI

YVELINES 12, Florence GRANJUS


SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170515-investitures-lrem.html

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