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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 00:30

Le ministre Emmanuel Macron a fondé le 6 avril 2016 à Amiens un nouveau mouvement politique appelé En Marche. Sa charte des valeurs ainsi que ses statuts peuvent être lus par les internautes.

Cliquer sur le lien pour télécharger la charte (fichier .pdf) :
https://www.en-marche.fr/wp-content/themes/jemarche/assets/pdf/charte.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160406-macron.html

SR
 

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 09:26

La Ministre de la Justice Christiane Taubira vient de démissionner du gouvernement ce mercredi 27 janvier 2016.

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160115-taubira.html

Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des lois à l'Assemblée Nationale, a été nommé Garde des Sceaux et Ministre de la Justice.

SR (27 janvier 2016)

 

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 06:22

 « La prochaine fois, ce sera la déchéance de la nationalité ! »


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Ce lundi 4 janvier 2016, le Président de la République François Hollande a décidé d’exclure Agnès Saal de la fonction publique pendant deux ans dont six mois ferme (que faire des dix-huit mois restants ?).

Agnès Saal (58 ans), était présidente de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) du 12 mai 2014 au 28 avril 2015. Elle a dû démissionner sur demande de sa ministre de tutelle, Fleur Pellerin, Ministre de la Culture et de la Communication, à la suite des révélations concernant des notes de frais pour ses nombreux déplacements en taxi (qui s’élèveraient à 40 000 euros selon certains journaux) alors qu’elle jouissait d’une voiture de fonction avec chauffeur. Des frais équivalents auraient été également constatés, selon certains journaux, lors de son précédent poste comme directrice générale du Centre Pompidou. Deux enquêtes judiciaires sont actuellement en cours, au parquet de Créteil (pour l’INA dont le siège est à Bry-sur-Marne) et au parquet de Paris (pour le Centre Pompidou).

Diplômée de l’IEP de Paris et de l’ENA (promotion 1983), Agnès Saal a suivi sa carrière de haut fonctionnaire au Ministère de la Culture. Elle a été notamment la directrice adjointe du cabinet des ministres Catherine Trautmann et Catherine Tasca dans le gouvernement de Lionel Jospin de 1998 à février 2001, puis directrice générale de la très grande bibliothèque (Bibliothèque nationale de France) de février 2001 à août 2007, puis directrice générale du Centre Pompidou de 2007 à mai 2014. Proche d’Aurélie Filippetti, elle avait été pressentie pour être sa directrice de cabinet en mai 2012. Finalement, elle a été nommée le 30 avril 2014 à la tête de l’INA pour succéder à Mathieu Gallet, désigné président de Radio France par le CSA.

Après sa démission de l’INA, Agnès Saal avait été reclassée comme chargée de mission sur les questions de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences au Ministère de la Culture, place de Valois. La décision de la sanction administrative est revenue à François Hollande lui-même, au conseil des ministres du 4 janvier 2016, parce que la commission administrative paritaire interministérielle, chargée de prendre cette sanction, qui avait auditionné la haut fonctionnaire en début décembre 2015, n’avait pas réussi à prendre une décision elle-même. Comme d'habitude, François Hollande a fait un jugement de Salomon


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 janvier 2016)
http://www.rakotoarison.eu

(Dessin également de Sylvain Rakotoarison).

Pour aller plus loin :
François Hollande.
Mathieu Gallet.
Fleur Pellerin.
Aurélie Filippetti.
Déchéance de nationalité.
Les taxis.
L’affaire Cahuzac.



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160104-agnes-saal.html
 

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/dessin-du-jour/article/agnes-saal-exclue-de-la-fonction-176123

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/01/06/33168921.html


 

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 01:02

« Tous les hommes font la même erreur, de s’imaginer que le bonheur veut dire que tous les vœux se réalisent. » (Tolstoï).


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Le monde va mal. L’Europe va mal. La France va mal.

L’année 2015 a tellement été désastreuse, commençant et finissant dans des bains de sang à Paris, mais plus généralement un peu partout dans le monde, car il n’y a pas que Paris, qu’on a presque peur de souhaiter une bonne année pour 2016. Les attentats contre "Charlie Hebdo" avaient déjà donné une prime aux plus rapides, à ceux qui adressaient leurs bons vœux dès la première semaine car il faut bien avouer qu’après le 7 janvier 2015, l’humeur n’était plus aux souhaits d’espoir. Pourtant, comme de millions d’autres, je persisterai à exprimer l’espoir d’une bonne année car l’optimisme part aussi d’une prophétie autoréalisatrice et le défaitisme n’a jamais fait avancer une société.

J’aurai l’occasion un peu plus tard de revenir sur les éléments marquants de l’année 2015 même si pour la France, on peut dire déjà que ce sont les attentats qui ont dominé largement l’année, tant sociale, électorale que politique.


En France

Si j’avais été un électeur de gauche, j’aurais lâché un "Elle est belle, la gauche !". La gauche qui introduit la discrimination parmi les nationaux français, la gauche qui adopte la loi qui autorise la surveillance généralisée, la gauche qui a tellement peur de son ombre qu’elle veut réformer le code du travail sans créer les conditions d’une stabilité pour les entreprises. Elle devrait même avoir honte d’être l’exécuteur testamentaire du Front national.

Pour François Hollande, le pacte de sécurité est désormais privilégié sur le pacte de stabilité. Autrement dit, qu’importe le chômage, il faut pourchasser les terroristes. C’est exprimé de façon un peu binaire mais c’est en quelques sortes cet état d’esprit qui prime désormais à l’Élysée et à Matignon. Jamais un gouvernement n’aura réagi avec des mesures aussi sécuritaires que celui-ci depuis un mois et demi.

Le 3 février 2016, débutera le débat parlementaire sur la révision de la Constitution visant à constitutionnaliser l’état d’urgence et à étendre la déchéance de la nationalité aux binationaux nés français. Si jamais l’habitant de Sirius avait dormi un peu trop longtemps sans suivre l’actualité, il ne comprendrait pas qu’un pouvoir dit de gauche puisse adopter de pareilles mesures, des mesures prônées d’abord par l’extrême droite.

Ce changement complet de paradigme révolutionne les esprits, notamment à gauche qui perd tous ses repères. À droite et au centre, le positionnement devient délicat, la surenchère rendant reine la démagogie. Triomphe évidemment les nouveaux féodaux du Front national qui, en 2015, a terminé une série d’élections particulièrement fécondes sur le plan électoral : avec 358 conseillers régionaux FN élus le 13 décembre 2015, c’en sera fini des insipides incertitudes sur les 500 parrainages pour se présenter à l’élection présidentielle. Le FN bénéficie désormais d’un vivier d’élus locaux partout en France, tant dans les communes que dans les régions, qui lui ouvre sans inquiétude les portes de la candidature. Rappelons néanmoins que le FN n’a jamais eu de souci avec les signatures depuis 1983, et toutes ces incertitudes n’étaient que mises en scène pour appâter le chaland.

L’année 2016 sera une année sans élection aucune (à l’échelle nationale). C’est assez rare en France même si le quinquennat actuel profite de deux années de ce type, avec 2013, tandis que le quinquennat de Nicolas Sarkozy avait, à chaque année, son élection intermédiaire. Ce sera donc l’année de la préparation de l’échéance du printemps 2017. Rien n’est joué et donc, actuellement, tout est possible, la réélection de François Hollande, l’élection d’un Républicain ou encore la victoire du FN. Une légère avance pour les Républicains donnés favoris, mais comme pour les régionales, le FN pourrait venir troubler un jeu qui pourrait se retourner en faveur des socialistes, comme dans quelques régions.

On suivra donc avec grande attention le déroulement de la primaire ouverte à droite et au centre, avec un favori, Alain Juppé, qui est aussi favori que ne l’était Dominique Strauss-Kahn en 2011. Certes, on peut imaginer sans trop de difficulté qu’il ne se passera pas au maire de Bordeaux le sort rocambolesque de l’ancien directeur général du FMI, mais il a des concurrents très sérieux, non seulement Nicolas Sarkozy qui contrôle le parti, mais aussi François Fillon qui, même s’il est discret, travaille minutieusement depuis trois ans sur sa candidature, avec la même persévérance que …François Hollande en 2010. Et il ne faut pas bien sûr négliger Bruno Le Maire et peut-être d’autres candidats majeurs qui viendront en dernière minute.

Cette absence de candidat incontesté est un véritable handicap face au PS et au FN qui ont, tous les deux, déjà leurs candidats et même, en cas d’empêchement, leurs vice-candidats : François Hollande et Manuel Valls pour le PS, Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen pour le FN. L’incertitude sur la participation de deux autres candidats de 2012, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon, et les éventuels événements qui surviendraient d’ici seize mois, donnent à cette élection son goût de mystère et de suspens dramatique.

Pourtant, si la sécurité compte beaucoup dans l’esprit des Français en cette période, le gouvernement restera jugé avant tout sur ses résultats en matière économique. Et là, le bilan partiel n’est pas glorieux : depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande, il y a eu 650 000 demandeurs d’emploi de la catégorie A supplémentaires, soit 50 de plus chaque jour en moyenne ! La dette public est à son sommet, avec plus de 2 100 milliards d’euros, soit environ 35 000 euros par habitant, y compris les bébés ! Ce n’est pas le petit 1% de croissance engrangé durant l’année 2015 qui rétablira la véritable casse de l’économie française depuis quatre ans, par une augmentation massive des taxes et impôts, une instabilité fiscale et sociale véritablement suicidaire, alors que le quinquennat précédent avait commencé à se remettre de la crise financière historique du 15 septembre 2008.

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Les résultats économiques et sociaux sont d’autant plus médiocres que le gouvernement a adopté une politique de l’offre avec la nomination du ministre Emmanuel Macron à Bercy, et que la conjoncture mondiale est particulièrement encourageante avec une hausse du dollar, une baisse du prix du pétrole (le gazole à moins de 1 euro par litre) et le maintien des taux d’intérêt toujours très bas.


Hors de France

La France n’est pourtant plus le centre du monde, sauf dans sa réputation de luxe et de fête. Le monde se tournera plutôt vers les élections américaines. Avec la fin du double mandat de Barack Obama, une nouvelle page se tournera le 8 novembre 2016. Là encore, beaucoup d’incertitudes tant du camp des démocrates que celui des républicains. Si Hillary Clinton semble prendre de l’avance sur ses concurrents démocrates, Donald Trump détone dans le paysage politique américain, en prenant la première place dans les sondages actuels pour les primaires républicaines tandis que Jeb Bush, le frère de George W. Bush et l'un des candidats républicains les plus modérés, semble patiner.

La résolution politique des conflits dans le monde musulman, en particulière en Syrie, Irak, Afghanistan, Yémen, Libye, Nigeria, et sans doute aussi bientôt en Algérie, va être essentielle pour l’apaisement, sans oublier le conflit israélo-palestinien qui ne semble pas près de se terminer, hélas. Ces conflits ont une incidence directe sur notre propre société avec l’afflux de réfugiés en Europe, certes massif mais qui ne concerne pourtant qu’une très faible part des flux migratoires dans le monde, un million sur les soixante millions de personnes qui ont émigré dans le monde en 2015.

Des risques de conflits, il y en aura certainement de nouveaux, comme ce fut le cas en Ukraine en 2014, mais aussi entre la Russie et la Turquie en 2015. Le monde est très sensible en ce moment et l’absence de véritable homme d’État, capable d’envisager l’avenir avec fermeté, clairvoyance et de manière constructive, se fait particulièrement sentir quand tous les repères s’effondrent.

Néanmoins, il n’y a pas que du négatif et on peut imaginer que le retour diplomatique à la fois de Cuba et de l’Iran changera quelques perspectives tant diplomatiques qu’économiques.

Autre affaire mondiale, non, ce n’est pas le football auquel les médias donnent trop d’importance même s’il y a en jeu l’un des symboles de la France qui gagne, Michel Platini, mais je pense au programme contre réchauffement climatique, l’après-COP21. Si toutes les grandes nations polluantes ont affiché une étonnante bonne volonté, il faudra évidemment juger sur les actes.

Ne boudons pas le succès de façade de la COP21. Ceux qui le critiquent, peut-être avec raison, auraient été les premiers à dénoncer l’échec diplomatique s’il y avait eu échec à l’issue de ces deux semaines de conférences mondiales. Même l’hypocrisie peut piéger les chefs d’État et de gouvernement, enfermés par leurs propres engagements qui, partant peut-être d’une tournure de style (ou de conjugaison, "should" au lieu de "shall" !), aboutirait finalement à des actes concrets. Prenons-les aux mots !


Bonne santé !

Vu tous les paris colossaux que le monde aura encore à relever en cette nouvelle année 2016, je vais être beaucoup moins ambitieux en vous souhaitant, peut-être pas une bonne année car je n’en sais rien de l’avenir, du nôtre, du vôtre et du mien, et peut-être que ce sera une maladresse de la souhaiter, mais en vous souhaitant au moins, le plus sincèrement possible, d’avoir une bonne santé, de la retrouver tant bien que mal pour ceux qui ne l’ont plus et de la conserver pour les autres, car finalement, c’est le bien le plus cher au monde, le plus précieux, le plus fragile, …et le moins monnayable !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (1er janvier 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
2016 pour 2017.
Le rose plus brun que rouge…
COP21.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160101-nouvel-an.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/bonne-annee-2016-175945

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/01/01/33137571.html








 

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 06:18

Le PS sauve les meubles en conservant cinq régions. L’alliance de droite et du centre en conquiert sept dont l’emblématique Île-de-France. Quant au grand perdant des régionales, le FN est peut-être, paradoxalement, le grand gagnant des médias avec son record historique du nombre de voix obtenues : 6 820 147.


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Le second tour des élections régionales qui s’est déroulé ce dimanche 13 décembre 2015 pourrait laisser un goût étrange de "tous contents". Contents les socialistes qui sauvent quelques meubles et ne subissent pas la bérézina annoncée (grâce aux triangulaires). Contents le centre et la droite qui conquièrent beaucoup de régions dont la cruciale Île-de-France. Enfin, bien sûr, content le Front national qui a prouvé son enracinement local et son potentiel encore intact et vierge de toute désillusion.

En ce qui me concerne, je ne vais quand même pas cacher ma joie. J’avais deux critères pour être joyeux le soir du second tour : la région Île-de-France, et l’élection de Valérie Pécresse est une victoire non seulement sur la gauche mais aussi sur une certaine idée de la France, j’y reviens plus loin ; le FN et son incapacité actuelle à gagner une région et plus généralement à rassembler une majorité des électeurs.

Mais cette joie est très dominicale : le FN a peut-être perdu, mais il a perdu de justesse dans plusieurs régions, et il n’a fait que progresser depuis que Marine Le Pen est à sa tête. Comme expliquait, la mine grave, le Premier Ministre Manuel Valls, dans son allocution le soir des élections : « Le danger de l’extrême droite n’est pas écarté, loin de là. ». Aucun triomphalisme n’est donc admissible dans une situation où le chômage est si fort et les risques d’attentat si élevés.

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Voici quelques remarques concernant les résultats de ce second tour.


1. Les médias

Je suis toujours étonné, pour ne pas dire plus, de la manière dont les médias et plus particulièrement les chaînes d’information continue, traitent l’actualité et notamment ces élections régionales. Que ce soit sur BFM-TV ou iTélé, le bandeau général pendant toute la soirée électorale fut : "Aucune région pour le FN". Je ne dis pas que cela n’a pas son importance puisque cette information faisait partie d’un de mes deux critères rappelés en introduction, mais en se focalisant uniquement sur le FN, on ne rappelle évidemment pas les enjeux régionaux (le cœur des élections) et surtout, on met le FN en situation de victime contre tous. Ce n’est pas très pertinent.

Autre sujet d’agacement personnel concernant le traitement médiatique : on parle donc du sérieux avertissement qu’a été le vote FN au premier et aussi au second tours et juste après, on repart avec les mêmes questions politiciennes qui n’intéressent que les états-majors d’appareil et les éditorialistes politiques sans se soucier un seul instant des conséquences des résultats sur le devenir des régions.

J’ai été d’ailleurs assez heureux d’entendre Jean-Christophe Lagarde reporter au mois de janvier la question concernant la participation ou pas des centristes à la primaire ouverte de LR et Bruno Le Maire refuser d’exposer le sens de l’intervention qu’il ferait au bureau politique de LR prévu le lendemain. Mais tous les invités n’ont pas le même souci de ne pas plonger dans cette cuisine politicienne dans laquelle les journalistes les poussent et que les électeurs, dans leur grande majorité, repoussent avec raison.


2. La participation et le FN

Le saut de participation est exceptionnel et il avait été décelable dès midi : 58,41% des 45 293 603 électeurs inscrits sont allés voter ce 13 décembre 2015 au lieu des 49,91% au premier tour.

Mais attention à l’interprétation de ce rebond assez sain de la participation : il est faux de dire que c’est une réaction anti-FN des abstentionnistes du premier tour et qu’ils sont allés voter en masse contre les candidats du FN.

C’est faux parce que le FN a profité, lui aussi, de ce rebond de participation. Il a même franchi son record absolu du nombre d’électeurs qui avait été atteint le 22 avril 2012 : 6 820 147 électeurs ont choisi le FN. En sachant qu’il y a une trentaine de milliers d’électeurs de différence entre le nombre d’inscrits du premier tour et celui du second tour, qu’on considérera comme négligeables, cela veut dire qu’il y a eu un peu plus de 800 000 électeurs du FN supplémentaires, soit un bond de +13,3% entre le premier et le second tour. À comparer avec +17,0% de votants supplémentaires entre le premier et le second tour. (Je parle des électeurs par rapport à ceux du premier tour).

L’augmentation est à peu équivalente, même s’il y a un très léger avantage pour ceux qui n’ont pas voté FN. Cela signifie surtout que le FN est devenu un parti comme un autre et que les abstentionnistes, ou les abstentionnistes qui votent au second tour se répartissent à peu près comme les votants du premier tour. C’est un point essentiel : ceux qui se sentaient soulagés d’un sursaut de participation l’ont été pour une mauvaise raison.

La preuve, c’est de regarder dans les quatre régions où la victoire du FN était possible.

Dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Marine Le Pen est passée de 909 035 à 1 015 649 électeurs soit un gain de 100 000 (+11,7%). En Provence-Alpes-Côte d’Azur, Marion Maréchal-Le Pen est passée de 719 746 à 886 147 voix, soit un gain de plus de 150 000 électeurs (+23,1%). En Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, Florian Philippot est passé de 641 234 à 790 179 voix soit un gain de près de 150 000 électeurs (+23,2%). En Bourgogne-Franche-Comté, Sophie Montel est passée de 303 143 à 376 902 voix, soit un gain de plus de 70 000 électeurs (+24,3%). Il faut comparer ces quatre progressions avec la progression de la participation dans ces quatre régions : +11,7% en Nord-Pas-de-Calais-Picardie (exactement la progression de Marine Le Pen !) ; +16,1% en PACA (cela veut dire que la mobilisation des abstentionnistes a plus bénéficié à Marion Maréchal-Le Pen qu’à Christian Estrosi !) ; +23,2% en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne (soit exactement la progression de Florian Philippot !) ; +20,9% en Bourgogne-Franche-Comté (comme en PACA, le sursaut de participation a favorisé Sophie Montel).

Dans les régions que le FN pouvait conquérir, il a bénéficié de cette hausse de la mobilisation électorale sinon été favorisé.

En revanche, dans d’autres régions où les enjeux étaient très différents, la liste FN pouvait perdre des voix par rapport au premier tour. C’était le cas quand le FN n’avait aucune chance de gagner l’élection et le phénomène de vote utile s’est donc activé pour battre le PS. Ce cas est très bien illustré en Île-de-France où Wallerand de Saint Just, dont la bonhomie n’avait pas grand chose à voir avec l’extrémisme d’autres candidats FN, qui est passé de 580 499 à 521 383 suffrages, soit une perte de 60 000 voix (-10,2%) alors que parallèlement, la participation a eu une augmentation de +18,6%.


3. Les performances du FN

Comme je viens de l’indiquer, le sursaut de participation a profité autant au FN qu’aux autres listes, et dans les régions où le FN pouvait gagner, cela lui a même parfois profité. C’est, à mon sens, le premier succès du FN : il est devenu un parti "mainstream" comme LR et le PS.

Au niveau national, le FN a gagné plus de voix qu’au premier tour mais cependant un peu moins en proportion : 27,10% au lieu de 27,73%. Les pertes proviennent, comme je l’ai expliqué, des régions où le vote utile a avantagé les partis traditionnels. En tout, le FN a triplé le nombre de ses élus régionaux, avec un total de 358 sièges.

C’est donc vraiment intéressant de comprendre numériquement ce scrutin (il y aura sans doute des études très détaillées pour comprendre les rapports de voix entre les deux tours) : non seulement le FN est un parti dédiabolisé (on le sait depuis longtemps), mais toute tentative de rediabolisation du FN serait vouée à l’échec et ne ferait que le favoriser dans les urnes.

Comme je l’imaginais, la région qui avait le plus de chance de devenir FN était la Bourgogne-Franche-Comté qui présente une véritable partition en trois tiers équivalents : 34,68% pour Marie-Guilte Dufay (PS), 32,89% pour François Sauvadet (UDI) et 32,44% pour Sophie Montel (FN). Seulement 5 000 voix séparent les deux listes perdantes, et la liste gagnante n’a même pas 27 000 voix d’avance par rapport à la troisième liste. Tout s’est donc joué dans un mouchoir de poche (comme l’on dit).

Les éléments de langage pour les prochains mois ont déjà été expérimentés durant la soirée électorale. Marine Le Pen a en effet affirmé : « Le clivage sépare non plus gauche et droite, mais mondialistes et patriotes. ». Ce qui est assez risible car rien n’empêche d’aimer son pays tout en pensant que la coopération internationale est une méthode indispensable pour atteindre des objectifs majeurs qui dépassent largement les enjeux nationaux, comme l’a montré d’ailleurs la COP21.

Ceux qui, croyant s’opposer au FN, vont se revendiquer mondialistes vont conforter le FN dans sa croyance que ceux-là ne seraient pas patriotes, ce qui est assez stupide. Personne n’a à donner des brevets de patriotisme, surtout pas ceux qui, par leurs propositions, jetteraient la France dans une situation économique et financière désastreuse. Le FN n’est pas "patriotiste" (si j’ose écrire) mais nationaliste. Le clivage de ce XXIe siècle ne peut pas être entre le cosmopolitisme des Lumières du XVIIIe siècle et le nationalisme des peuples libérés du XIXe siècle. L’avenir est tout autre, à inventer, sauf pour les obsédés du retour vers le passé.

Au niveau interne, les performances des quatre (uniques ?) leaders du FN vont être déterminantes dans la stratégie présidentielle du FN : Marion Maréchal-Le Pen a fait une bien meilleure captation de l’électorat que sa tante, avec 45,22% des suffrages exprimés au lieu de 42,23% des suffrages exprimés pour Marine Le Pen.

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Amusant d’ailleurs d’entendre Marion Maréchal-Le Pen se réjouir de sa défaite et faire comme Ségolène Royal le 6 mai 2007, au soir de sa défaite : « En avant vers de nouvelles victoires ! ». Ou comment dire l’inverse des résultats. Ce déni de réalité a un but, galvaniser ses propres militants pour les échéances futures. Même Nicolas Dupont-Aignan n’y échappe pas ; il l’a fait le 9 décembre 2015 : « Déjà 4e parti de France dans 13 départements, 5e dans 30 autres, nous avons à mains nues repoussé les forces de l’abandon, de la corruption et de la lâcheté. (…) Oui, un immense et magnifique merci à toutes celles et à tous ceux qui ont contribué à cet exploit. (…) Je suis convaincu que notre mouvement [Debout la France] détient les clefs de l’avenir du pays. » (lettre ouverte aux militants).

Nul doute que Marine Le Pen a perdu à cause de l’efficacité du "front républicain" provenant d’électeurs traditionnellement de gauche tandis que Marion Maréchal-Le Pen a bénéficié de son attractivité dans l’électorat traditionnellement de droite (et Christian Estrosi a probablement eu plus de difficulté que Xavier Bertrand à convaincre un électorat traditionnellement de gauche).

Si l’élection de Louis Aliot en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon était peu probable, l’échec de Florian Philippot, malgré un gain d’électeurs entre les deux tours, fragilisera sans doute sa position au sein de l’appareil face à Marion Maréchal-Le Pen. C’est en quelques sortes la victoire quasi-posthume de Jean-Marie Le Pen.

Plus globalement, les très bonnes performances du FN tant au premier qu’au second tours ne lui permettent pas de gagner une région. Alors qu’il se trouvait au premier tour en tête dans six régions parmi les plus importantes, avec parfois 10% d’avance, il se retrouve en seconde voire troisième place au second tour, souvent avec 10% de retard. Il frôle toujours les 28% et est plus proche du quart des électeurs que du tiers comme il a été parfois dit pendant la soirée électorale.


4. Les performances du PS

Le concept du plafond de verre pour le FN n’a pas trop d’intérêt si celui-ci évolue au fil du temps. En 2002, le seuil de 20% paraissait inatteignable et en 2015, le FN tente de franchir le seuil de 30%. Il semble donc assez évident que le seuil de 50% serait très difficile à franchir dans un peu plus d’un an dans un contexte où le second tour de l’élection présidentielle ne retiendra que les deux candidats finalistes.

Le score des listes dites d’union de la gauche, c’est-à-dire du PS du premier tour flanqué de ses alliés antisocialistes (EELV et PCF), est à peine supérieur à celui du FN au second tour, à savoir 28,86% : moins de 450 000 voix séparent cette coalition du FN au niveau national. Et accuse plus de 11% de retard par rapport à la droite et le centre. En tout, 677 conseillers régionaux ont été élus sur les listes PS et alliés.

On peut quand même reconnaître le succès de la stratégie de Manuel Valls qui va tout faire pour éliminer le candidat de la droite et du centre du second tour de l’élection présidentielle. Cette stratégie avait commencé par le retrait des listes PS dans les régions PACA, Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en principe le Grand Est. Jean-Pierre Raffarin a même parlé de ces retraits d’une très grande habileté de Manuel Valls et a même évoqué le 14 décembre 2015 la possibilité d'une coopération avec le gouvernement de Manuel Valls.

Toute la stratégie du gouvernement va donc être de continuer à polariser le débat politique sur un clivage entre gouvernement et FN en laissant entendre qu’il n’y aurait pas d’autre alternative que ce clivage-là, ce qui est évidemment faux. C’est un clivage aussi stupide que le clivage entre "mondialistes" et "patriotes".

Dans les résultats, il y a une très belle performance, celle du Ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian qui a pu obtenir la majorité absolue des suffrages (51,41%) malgré la triangulaire.

Si l’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes et le Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon semblaient acquis dès le premier tour comme la Bretagne, le PS réussit à conserver de justesse le Centre-Val de Loire (35,43% contre 34,58%) et la Bourgogne-Franche-Comté (34,68% contre 32,89%) grâce à la présence d’un candidat FN qui a fait disperser massivement les voix de l’opposition régionale en deux blocs pas très éloignés. Le PS a failli aussi conserver la Normandie pour les mêmes raisons, mais l’écart s’est inversé au fil du dépouillement si bien que c’est Hervé Morin (UDI), l’un des militants les plus constants de la réunification des deux Normandie, qui a gagné avec une très faible avance (36,43% contre 36,08%), moins de 5 000 voix.

En Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, la liste PS de Jean-Pierre Masseret qui s’était maintenue contre la volonté d’au moins 70 de ses colistiers et surtout, contre la consigne de la direction nationale du PS qui voulait son retrait pour faire barrage au FN, a gagné plus de 53 000 voix (+18,6%) alors que la participation avait progressé de +23,2%. Apparemment, la moitié de ses électeurs socialistes du premier tour aurait voté pour Philippe Richert (LR) tandis que Jean-Pierre Masseret aurait bénéficié au second tour de l'apport d'électeurs du Front de gauche. Clémentine Autain (PCF) a pu ainsi dire durant la soirée électorale que Jean-Pierre Masseret avait eu raison de se maintenir puisque cela n’a pas eu pour conséquence l’élection de Florian Philippot, mais le ministre Thierry Mandon (PS) a tout de même considéré que c’était casse-cou et que cela aurait pu tourner à l’avantage du FN.

Thierry Mandon est l’un des rares ministres pertinents de ce gouvernement et son bon sens est rafraîchissant. Face au redoutable sénateur-maire de Fréjus David Rachline (FN) qui voulait faire croire que seuls les candidats du FN étaient issus de la volonté du peuple et que les autres faisaient partie du système, Thierry Mandon a dû lui rappeler à plusieurs reprises que les élus non FN étaient également l’émanation du peuple, tout autant que les élus du FN et que si le "front républicain" avait bien fonctionné au Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en PACA, c’est parce que c’était le peuple qui l’avait voulu ainsi et pas un appareil de parti.

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J’ai gardé pour la fin l’élément majeur de la soirée pour le PS, à savoir la belle victoire de Valérie Pécresse en Île-de-France qui a réuni 43,80% des suffrages contre 42,18% pour Claude Bartolone (plus de 50 000 voix les séparent), tandis que le FN a chuté à 14,02%.

La défaite de Claude Bartolone est avant tout la défaite d’un apparatchik qui n’a décidément pas les mêmes valeurs de la République que le Premier Ministre. Alors qu’il y a eu visiblement une forte mobilisation de l’électorat de gauche en région parisienne, il ne doit son échec qu’à lui-même, qu’à cette scandaleuse déclaration le 9 décembre 2015 qui confortait les thèses du FN, une déclaration qui laissait entrevoir une forme de racisme sous-jacent et assurément de communautarisme. Beaucoup de ses électeurs potentiels ont été choqués de ces propos et ont modifié leur choix, et même ses principaux alliés, comme Emmanuelle Cosse (EELV). Visiblement, un problème de casting, puisque le candidat du PS ne connaissait rien aux dossiers régionaux et n’avait pas l’étoffe pour rassembler au-delà de son petit appareil partisan.

Déplorable également fut sa déclaration, très tardive, lors de la soirée électorale où il a annoncé qu’il remettrait à disposition son poste de Président de l’Assemblée Nationale au groupe PS de l’Assemblée Nationale. D’une part, cela n’avait rien à voir avec l’Île-de-France et c’est donc une grande chance que cette région ne sera pas gouvernée par un tel personnage si nombriliste (qui se soucie de sa carrière à part lui et les siens ?). D’autre part, il aurait été plus "normal" de remettre ce mandat à disposition de l’ensemble des députés qui valent autant que les seuls députés PS. C’est typiquement le genre de comportement politicien et partisan qui conforte l’audience du FN contre le "système".


5. Les performances de la droite et du centre

Évacuons rapidement une analyse qui voudrait que les performances de l’alliance LR-UDI-MoDem étaient plus médiocres dans trois régions (Normandie, Centre-Val de Loire et Bourgogne-Franche-Comté parce que ses listes auraient été dirigées par des candidats UDI et pas LR. Mais comme l’a rappelé Roland Cayrol sur France 24, peu d’électeurs savaient quelle était l’étiquette précise de la tête de liste dans ces régions puisque le label LR-UDI-MoDem était sur tous les bulletins et les listes composées de ces trois formations. Cette analyse bidon semble avoir été diffusées par des proches de Nicolas Sarkozy pour conforter un rapport de forces dans le cadre de la préparation de la primaire LR.

Par ailleurs, la victoire certes courte d’Hervé Morin est sans doute la plus inespérée de toutes les victoires de la droite et du centre. Quant à Xavier Bertrand, il avait bénéficié d’un déjeuner très médiatisé le 10 décembre 2015 avec l’ancien président de l’UDI, Jean-Louis Borloo (qui fut député-maire de Valenciennes et qui avait raté de justesse la présidence du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais en mars 1992).

L’ensemble des listes LR-UDI-MoDem a recueilli 40,24% au second tour, soit plus de 4,3 millions de voix supplémentaires par rapport au premier tour (+75,1%) alors que la composition des listes ni le programme n’ont pas changé. En tout, 818 sièges sont revenus à l’alliance LR-UDI-MoDeM.

Certes, cette alliance a gagné ou regagné sept régions mais, d’une part, ce fut, pour trois d’entre elles, avec le soutien de la direction nationale du PS (soutien qui s’est traduit nettement sur le terrain en faveur de Xavier Bertrand dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie). On est donc loin d’une vague bleue comme le promettaient les leaders de l’UMP après les élections départementales de mars 2015. La victoire de l’Île-de-France constitue néanmoins un succès symbolique qui sauve l’honneur.

Pendant la soirée électorale, celle qui était encore la numéro deux des LR, Nathalie Kosciusco-Morizet expliquait la nocivité de la stratégie du "ni-ni" : « Si les électeurs avaient appliqué le ni-ni, nos candidats dans le Nord et en PACA auraient été battus. ». Elle était la seule avec Jean-Pierre Raffarin à s’y être opposé lors du bureau politique de LR le 7 décembre 2015. Ce même bureau politique, dans la réunion du 14 décembre 2015, a finalement écarté NKM de la future direction qui sera mise en place en janvier 2016, ce qui ne donne pas l’image d’une formation politique ouverte et tolérante. Nathalie Kosciusko-Morizet a même balancé : « Je n’échange pas mes convictions contre une place. (…) Évincer au moment où l’on lance un débat, c’est une vieille idée stalinienne. » et elle a été tout de suite soutenue par Alain Juppé qui a répondu à Bordeaux : « L’exclusion n’est jamais une bonne réponse. ».

La campagne de la primaire LR est donc déjà engagée et les proches de Nicolas Sarkozy (en particulier Luc Chatel) voudraient avancer en juin 2016 la tenue de celle-ci (prévue pour l’instant en novembre 2016). Assez contesté par de nombreux responsables LR, Nicolas Sarkozy voudrait continuer à faire le grand écart avec un discours droitisé mais aussi une alliance au centre. Les centristes de l’UDI décideront, de leur côté, quelle sera leur stratégie présidentielle au cours de leur prochain congrès le 20 mars 2016.

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Les victoires régionales vont cependant modifié l’équilibre des forces à l’intérieur du parti "Les Républicains". Ainsi, élus présidents de conseil régional, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand (qui a annoncé le 14 décembre 2015 sur France 2 qu'il ne serait pas candidat à la primaire LR), Laurent Wauquiez et sans doute aussi Bruno Retailleau (président du groupe LR au Sénat) vont prendre beaucoup d’importance en interne, comme avait déjà pris beaucoup d’importance Bruno Le Maire pour avoir postulé à la présidence de l’UMP l’an dernier face à Nicolas Sarkozy.


La campagne présidentielle de 2017 commence

Les présidents de conseil régional des régions qui n’ont pas fusionné seront élus le vendredi 18 décembre 2015. Les autres le seront le lundi 4 janvier 2016 dans la mesure où les grandes régions fusionnées n’existeront juridiquement qu’à partir du 1er janvier 2016.

Le scrutin du 13 décembre 2015 est le dernier avant l’élection présidentielle. Dans cette perspective, il est évident que le FN en est ressorti consolidé par un matelas assuré d’environ 25% d’électeurs au niveau national. Sa capacité à rassembler 50% s’avère pour l’instant très laborieuse, comme lors des élections départementales de mars 2015, mais il est parvenu cependant à atteindre 40% voire 45% dans certaines régions entières.

Le PS s’avance finalement avec un double avantage : son candidat est connu et si François Hollande n’est pas candidat, Manuel Valls le sera ; le FN est son meilleur allié du second tour pour espérer remporter l’élection.

Le FN a déjà sa candidate connue avec Marine Le Pen. Et si, pour une raison ou une autre, celle-ci ne pouvait pas se présenter, Marion Maréchal-Le Pen serait la remplaçante toute désignée, à tel point que Marine Le Pen ferait bien de se méfier de sa nièce pour l’après-2017, il est possible qu’elle soit beaucoup efficace électoralement qu’elle.

En revanche, la droite et le centre n’ont pas de candidat et surtout, de personnalité incontestable. Entre Nicolas Sarkozy, François Fillon et Alain Juppé pour la première garde, en rajoutant Bruno Le Maire et sans compter les centristes dont François Bayrou, l’électorat modéré pourrait se retrouver "orphelin" au point de croire Manuel Valls lorsqu’il essaie d’expliquer qu’il n’y a plus d’espace politique entre le PS et le FN. Et pourtant, des trois pôles du paysage politique actuel, c’est bien le PS qui a commencé à disparaître de l’échiquier national, dans deux grandes région, et aucun autre parti…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 décembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Régionales 2015 : sursaut ou sursis ?
Les enjeux du second tour des régionales de 2015.
Valérie Pécresse.
Claude Bartolone.
Résultats des élections régionales de décembre 2015.
Le premier tour des régionales du 6 décembre 2015.
Les enjeux des élections régionales de décembre 2015.
Réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 avril 2013.
Le référendum alsacien.
Élections municipales des 23 et 30 mars 2014.
Élections européennes du 25 mai 2014.
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Élections départementales des 22 et 29 mars 2015.
Les dernières élections régionales des 14 et 21 mars 2010.
Le ni-ni Doubs.
La poussée annoncée du FN.
Le vote électronique, pour ou contre ?
Le Patriot Act à la française.
Changement de paradigme.
Mathématiques militantes.
2017, tout est possible...

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151213-regionales-2015D.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/regionales-2015-sursaut-ou-sursis-175437

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/12/15/33067097.html



 

 

 

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 00:59





 

Résultats au 2nd tour du 13 décembre 2015
Nuances de Listes Voix % Inscrits % Exprimés
Liste du Parti Socialiste 72 721 0,16 0,29
Liste Union de la Gauche 7 263 567 16,04 28,86
Liste Divers gauche 746 294 1,65 2,97
Liste Régionaliste 136 380 0,30 0,54
Liste Union de la Droite 10 127 196 22,36 40,24
Liste Front National 6 820 147 15,06 27,10


 

  Nombre % Inscrits % Votants
Inscrits 45 293 603    
Abstentions 18 838 040 41,59  
Votants 26 455 563 58,41  
Blancs 736 800 1,63 2,79
Nuls 552 458 1,22 2,09
Exprimés 25 166 305 55,56 95,13




 

Résultats au 1er tour du 6 décembre 2015
Nuances de Listes Voix % Inscrits % Exprimés
Liste Extrême gauche 334 140 0,74 1,54
Liste du Front de Gauche 541 409 1,20 2,49
Liste du Parti communiste français 337 390 0,74 1,55
Liste EELV et gauche 607 758 1,34 2,80
Liste du Parti Socialiste 62 070 0,14 0,29
Liste Union de la Gauche 5 019 723 11,08 23,12
Liste du Parti radical de gauche 4 227 0,01 0,02
Liste Divers gauche 401 517 0,89 1,85
Liste d'Europe-Ecologie-Les Verts 832 468 1,84 3,83
Liste Ecologiste 127 451 0,28 0,59
Liste Divers 228 929 0,51 1,05
Liste Régionaliste 273 431 0,60 1,26
Liste du Modem 85 450 0,19 0,39
Liste Union Démocrates et Indépendants 1 818 0,00 0,01
Liste « Les Républicains » 42 346 0,09 0,20
Liste Union de la Droite 5 785 073 12,77 26,65
Liste Debout la France 827 262 1,83 3,81
Liste Divers droite 142 836 0,32 0,66
Liste Front National 6 018 672 13,29 27,73
Liste Extrême droite 34 061 0,08 0,16


 

  Nombre % Inscrits % Votants
Inscrits 45 298 641    
Abstentions 22 689 039 50,09  
Votants 22 609 602 49,91  
Blancs 542 264 1,20 2,40
Nuls 359 307 0,79 1,59
Exprimés 21 708 031 47,92 96,01







 

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 06:28

« Pour les prochaines élections, il faudra faire le choix entre l’urne ou l’autre. » (Damien Caillaud).


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Les enjeux du second tour des élections régionales qui a lieu ce dimanche 13 décembre 2015 sont multiples. C’est le dernier scrutin avant une période seize mois de silence électoral qui sera interrompue par l’élection présidentielle. Autant dire que les nouveaux rapports de force vont déterminer pour longtemps les stratégies futures.

Même si, en nombre de voix (6 018 672), le FN n’a pas recueilli plus de suffrages qu’au premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2012 (6 421 426), le premier tour des élections régionales du 6 décembre 2015 reste caractérisé par le tsunami de l’extrême droite qui a su mobiliser son électorat dans un scrutin particulièrement peu suivi mais aussi attirer de très nombreuses nouvelles catégories de la population, et même, pour ainsi dire, toutes les catégories de la population, y compris les jeunes et les cadres supérieurs et professions libérales.


Pourquoi un FN à 27,7% ?

Il y a à l’évidence au moins deux FN, en fait, bien plus, puisque le FN a justement vocation à être le ramasse-miettes des autres partis, à rassembler les déçus, les pessimistes, les gens en colère, les gens inquiets, etc. On parle souvent de deux FN qu’on pourrait symboliser par les deux régions les plus fortes du FN. Un FN des champs et un FN des villes. Un FN de droite, de droite extrême si ce n’est d’extrême droite, que séduisent les discours ultrasécuritaires mais aussi libéraux, néo-poujadistes, proches des petits commerçants, qu’on retrouve en région PACA. Et un FN de gauche, de gauche radicale si ce n’est d’extrême gauche, que séduisent les discours europhobes, protectionnistes, jacobins, antilibéraux, antiparlementaristes, qu’on retrouve en région Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

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L’origine de cette forte poussée du FN, observée depuis au moins les élections législatives partielles de 2013, où les candidats du FN ont pu se maintenir au second tour et ont réussi à doubler leur score entre les deux tours, rassemblant presque une moitié de l’électorat, a sans doute des causes multiples. J’en citerai trois mais il y en a forcément d’autres.

1. La courbe du chômage

Beaucoup de commentateurs expliquent que la courbe du FN suit la courbe du chômage. C’est vrai que les difficultés économiques engendrent souvent un sentiment de repli sur soi, une défiance de la classe politique et une stigmatisation de certaines catégories de la population devenues boucs émissaires de tous les maux. Ce genre de phénomène a été déjà expérimenté au cours d’autres périodes, d’autres lieux… mais il n’explique pas tout.

Il n’explique pas, par exemple, comme le faisait très justement remarquer l’ancienne ministre Delphine Batho sur LCP le 9 décembre 2015, pourquoi Jean-Marie Le Pen a fait un bond à 18% en 2002 alors que la période du "quinquennat" Jospin avait eu la chance de se dérouler dans un contexte économique international à la croissance (même si à partir de 2001, la crise des télécommunications a provoqué de nouvelles tensions économiques).

2. Le discours d’une certaine droite

Depuis que Nicolas Sarkozy a pris la suprématie du discours du principal parti de droite, c’est-à-dire depuis 2004, la ligne Buisson est plus ou moins utilisée. Nicolas Sarkozy est convaincu que la droitisation de son discours permettrait le siphonage des voix de l’extrême droite. Et il est convaincu que cette stratégie a fonctionné lors de son élection de 2007 avec un score assez faible de Jean-Marie Le Pen, mais ce dernier, vieillissant et fatigué, n’avait pratiquement pas fait de campagne. Enfin, il est persuadé que ce fut grâce à la droitisation de sa campagne en 2012 qu’il a pu rattraper son très grand retard, mais il a quand même perdu et beaucoup de commentateurs ont pensé, au contraire, que cette droitisation l’avait privé du vote d’électeurs modérés.

Il est clair que sur le long terme, tout discours tendant à justifier le discours de l’extrême droite renforce le FN avec ce proverbe lepénien : l’original vaut mieux que la copie. Mais qui fait vraiment la copie ?

Car si le FN est arrivé en 2012 avec 18% des suffrages, donc une augmentation entre le début et la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, il faut rappeler que c’était le niveau de 2002 et que pendant la dizaine d’années où l’UMP était au pouvoir, entre 2002 et 2012, le FN a fluctué entre 15 et 20% mais est resté assez stable sur un palier.

3. Le PS au pouvoir

Qui fait vraiment la copie ? Peut-être plus le PS que Les Républicains. Les mesures ultrasécuritaires prises après les attentats du 13 novembre 2015, ou l’utilisation de l’expression "Français de souche" (j’y reviendrai un jour) par le Président de la République lui-même, ainsi que les nombreuses maladresses comme l’expulsion de Leonarda, qu’il voulait séparer de ses parents, ont renforcé la base idéologique du FN.

Mais il y a aussi des discours électoraux parfois scandaleux, comme le dérapage très choquant de Claude Bartolone dans "Le Nouvel Obs" le 9 décembre 2015 qui a montré sa vision très raciale de la société en parlant ainsi de Valérie Pécresse : « Avec un discours comme celui-là, c’est Versailles, Neuilly et la race blanche qu’elle défend en creux. ». Amalgames, vision raciste de la société, discours d’exclusion, insultes : une erreur magistrale qui est très contreproductive. On préférerait que Claude Bartolone dise aux Franciliens quel est son projet pour l’Île-de-France (à part changer son nom) et les rassurer par rapport à sa gestion clientéliste du département de Seine-Saint-Denis.

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En dehors du scandale de l’insulte, Claude Bartolone, comme l’écrit le maire de Janvry, Christian Schoettl, sur son blog le 10 décembre 2015, « confère une validité à ce concept, [et] valide l’imaginaire nauséeux, soit parce qu’il est un raciste qui s’ignore, soit parce qu’il estime que tout est bon pour gagner une élection, même de légitimer les thèses les plus insupportables ». Président de l’UDI et dernier sur la liste de Valérie Pécresse pour la Seine-Saint-Denis, le député-maire de Drancy Jean-Christophe Lagarde a exprimé sa colère et son indignation le 9 décembre 2015 à Issy-les-Moulineaux : « Et ça finit par être insupportable ! » et a réclamé le lendemain sur Europe 1 des excuses : « Et en Île-de-France, il veut faire croire que Valérie Pécresse est l’enfant naturel de Mussolini et d’Eva Braun ? Je lui demande de s’excuser et de retirer ce qu’il vient de dire. ». Cela augure mal du respect des personnes en cas de victoire…

La réalité, c’est que chaque fois que le PS est au pouvoir et prend des décisions qui révoltent une partie de la population (augmentation des impôts et taxes, etc.), le FN étend son audience. C’est le cas aussi avec le cynisme déployé régulièrement pour faire pousser la graine du FN dans les plantations de leurs concurrents de droite et du centre, tant par François Mitterrand que le couple actuel au pouvoir, François Hollande (et sa finance internationale) et Manuel Valls (le pompier pyromane qui voudrait se retrouver seul, sur l’échiquier politique, face au FN).

Les étapes de la progression du FN ont systématiquement eu lieu sous des gouvernements socialistes : l’irruption dans la vie nationale avec environ 10% aux élections européennes de juin 1984 ; l’élection de 36 députés FN en mars 1986 grâce au scrutin proportionnel concocté par François Mitterrand avec cette finalité, l’accession au second tour de Jean-Marie Le Pen lors de l’élection présidentielle de 2002 avec un nouveau seuil de 18% (malgré l’implosion de l’appareil du FN qui a suivi majoritairement la sécession de Bruno Mégret en 1998-1999), et enfin, depuis le quinquennat de François Hollande, les records ne cessent d’être battus, en atteignant 25% aux élections européennes de mai 2014 et en frôlant les 30% aux élections régionales de 2015.


Les attentes pour le second tour

L’incertitude reste très grande sur l’issue du second tour. En effet, il pourrait y avoir six régions qui passeraient au FN (la Bourgogne-Franche-Comte, le Centre-Val de Loire et la Normandie, avec des triangulaires, peuvent être, elles aussi, conquises par le FN et ont été visiblement abandonnées par la morale socialiste). Dans l’état actuel des choses, Florian Philippot est certainement la tête de liste FN qui, aujourd’hui, a le plus d’atouts pour devenir président de conseil régional (dans le Grand Est grâce le maintien complètement narcissique de la liste de Jean-Pierre Masseret contre la volonté de plus de soixante-dix membres de cette liste ; bonjour le respect de ses colistiers et dans tous les cas, bonjour le champ de ruines au PS dans ce territoire !).

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Au contraire, il pourrait aussi y avoir un ressaisissement de l’électorat de gauche qui se rassemblerait derrière la liste du PS et pourrait sauver les meubles du PS dans de nombreuses régions.

Mais ma question est alors : pourquoi n’y a-t-il pas eu déjà cette prise de conscience dès le premier tour alors que tous les sondages annonçaient cette vague de fond du FN et que Manuel Valls lui-même avait envisagé le retrait de listes PS en cas de mauvais score ? C’est sans doute que les électeurs de gauche qui ont refusé de voter "utile" au premier tour en votant pour le Front de gauche ou pour les écologistes n’ont aucune envie de voter PS, et que la puissance électorale du FN n’effraie visiblement plus. C’est sans doute l’effet du Père Noël : les socialistes y croient encore dur comme fer. Sera-t-il en avance ?

Le PS avait rassemblé les régions dans ce seul but électoral : permettre de préserver au mieux ses chances électorales en noyant l’Alsace qui ne sera jamais socialiste dans une grande région sans âme ou en verrouillant l’Aquitaine en lui collant le Limousin. Une stratégie qui a surtout bénéficié au FN qui a pu sans difficulté contester ce tripatouillage territorial et rembrayer sur la désertification des services publics dans les zones rurales (un thème très porteur à l’élection présidentielle de 2012).

La dernière possibilité, c’est que l’alliance LR-UDI-MoDem finisse quand même par conquérir une majorité des régions, comme c’était prévu il y a plus d’un an.


Le cynisme des socialistes

Tout reste donc très ouvert pour le second tour, et les logiques électorales n’ont rien à voir avec les logiques mathématiques. L’avantage de cette situation de crise de l’offre politique, c’est que les choses sont au moins claires.

Le PS, qui joue à fond sur la morale et le barrage contre le FN, au point de se saborder lui-même dans deux ou trois régions, comme la flotte de Toulon, ne cesse pour autant de dire que l’alliance LR-UDI-MoDem aurait le même discours que le FN (encore Claude Bartolone en Île-de-France). Comment les socialistes peuvent-ils être compris en se retirant pour voter pour des candidats qu’ils ne cessent d’insulter à longueur de journées ? Mystère et boule de pétanque.

Parmi les responsables socialistes, seul Jean-Yves Le Drian a eu un comportement exemplaire et respectueux de ses électeurs en refusant une fusion de sa liste avec les écologistes, et en ne bidouillant pas son programme entre les deux tours.

Au moins, l’alliance LR-UDI-MoDem aura été claire jusqu’au bout, sans compromission d’aucune sorte, ni du côté du FN ni du côté du PS. Il aurait été sans doute préférable, d’un point de vue moral, que la liste de Dominique Reynié se retirât en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon même si, comme le pense Joseph Macé-Scaron (sur iTélé le 7 décembre 2015), le retrait de la liste aurait certainement bénéficié à la liste FN de Louis Aliot en récupérant tous les opposants à la gauche régionale.

La justice va rarement de paire avec la logique électorale, et ces élections régionales seront peut-être un cas éclatant où des victoires électorales pourraient être …vraiment trop injustes, comme dirait Caliméro !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 décembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les enjeux du second tour des régionales de 2015.
Valérie Pécresse.
Claude Bartolone.
Résultats des élections régionales de décembre 2015.
Le premier tour des régionales du 6 décembre 2015.
Les enjeux des élections régionales de décembre 2015.
Réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 avril 2013.
Le référendum alsacien.
Élections municipales des 23 et 30 mars 2014.
Élections européennes du 25 mai 2014.
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Élections départementales des 22 et 29 mars 2015.
Les dernières élections régionales des 14 et 21 mars 2010.
Le ni-ni Doubs.
La poussée annoncée du FN.
Le vote électronique, pour ou contre ?
Le Patriot Act à la française.
Changement de paradigme.
Mathématiques militantes.
2017, tout est possible...

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151211-regionales-2015C.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/regionales-2015-le-pere-noel-sera-175276

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/12/11/33046313.html











 

 

 

 

 

 

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 06:14

« C’est toujours l’impatience de gagner qui fait perdre. » (Louis XIV).



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Le tsunami annoncé est donc arrivé. Jamais on a parlé aussi peu des enjeux régionaux que pour ces élections régionales, jamais une campagne électorale n’a été aussi escamotée, par l’état d’urgence, le choc des attentats du 13 novembre 2015, les 42 000 demandeurs d’emploi supplémentaires en un seul mois, les diversions des médias sur des enjeux nationaux voire planétaires (COP21) dont les dernières conclusions (accord contraignant ou pas ?) auront lieu le 11 décembre 2015, soit entre les deux tours.

Ce premier tour des élections régionales du 6 décembre 2015 est d’abord une immense défaite du Parti socialiste et du gouvernement. Alors qu’ils contrôlaient l’exécutif de toutes les régions sauf l’Alsace, leurs listes ne sont en tête que dans deux régions, la Bretagne et l’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, et dans la plupart des autres, elles sont même en troisième place, parfois très loin derrière.

Mais incontestablement, l’échec du PS est médiatiquement effacé par d’abord la poursuite de la poussée électorale du Front national. Loin de recueillir les fruits de l’opposition, l’alliance LR-UDI-MoDem talonne avec peine le FN qui est le grand gagnant de ce scrutin. En se hissant en tête dans six régions, les deux annoncées, Nord-Pas-de-Calais-Picardie et PACA, mais aussi l’Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, et Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, et même flirtant avec la premier place en Normandie, le FN a gagné de très nombreuses nouvelles voix. À l’évidence, beaucoup de ces voix proviennent autant de l’électorat de droite que de l’électorat de gauche. Dans certaines régions, il y a une véritable captation de l’électorat de l’opposition au bénéfice du FN.

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C’est dans les régions où la famille Le Pen est tête de liste que le FN pourrait gagner la région : dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en PACA, les deux égéries du FN ont dépassé 40% au premier tour, ce qui est une double performance exceptionnelle. Paniqué par ce séisme, le bureau du PS a décidé de retirer sans condition ses listes dans ces régions, mais la victoire des listes LR-UDI-MoDem n’y est pas pour autant acquise. Surtout en PACA où Christian Estrosi va devoir faire campagne pour obtenir le soutien des voix de gauche.


Retrait ou pas de la 3e liste ?

Au sein de l’alliance LR-UDI-MoDem dont l’union a été salutaire pour préserver ses chances de reconquête, une ligne de fracture voit le jour, sans surprise, sur les réactions face au séisme FN : Nicolas Sarkozy et la plupart des responsables LR souhaitent exclure toute fusion et tout retrait de listes au second tour. Tandis que les centristes menés par Jean-Christophe Lagarde (UDI) et François Bayrou (MoDem) réclament au contraire un principe simple lorsqu’il y a risque que le FN arrive en tête au second tour, donc possibilité de gagner l’exécutif régional, celui du retrait de la liste arrivée en troisième position.

La position des centristes a le mérite d’être claire et morale à la fois, en considérant que la lutte contre le FN est supérieure à la lutte contre le parti traditionnellement opposé (LR/PS). Sur le plan moral, il n’y a pas photo, en effet, mais même au niveau des politiques européenne, économique, etc., il y a plus de divergences de vue avec le FN qu’avec tout autre parti. Les conséquences à court terme sont d’empêcher la victoire du FN dans une région, ce qui circonscrit la gouvernabilité des élus du FN.

La position des LR a elle aussi le mérite d’être claire en refusant toute pression extérieure et en insistant pour maintenir son offre politique au second tour dans tous les cas. Elle pourrait avoir pour effet l’élection d’un candidat FN à la tête d’une ou de plusieurs régions. Mais elle a un effet salutaire à long terme : elle sape le premier argument qui nourrit le capital électoral du FN, à savoir la supposée collusion LR-PS.

Par ailleurs, le maintien d’une liste LR qui est sûre de ne pas gagner ne ferait pas forcément le jeu de la liste FN. En effet, si des électeurs refusent le maintien des socialistes, s’ils n’avaient plus l’offre électorale de l’alliance LR-UDI-MoDem, ils pourraient être tentés de se reporter …au FN.

La soirée électorale, très généralement écourtée par les principales chaînes de télévision, a donc parlé de tout sauf des projets régionaux. Il y a à parier que dimanche prochain, on n’aura toujours pas parlé des projets régionaux, d’autant plus que certains décrets d’application sont toujours attendus pour connaître précisément l’étendue réelle des compétences de ces nouvelles grandes régions !

Au-delà de la gestion nouvelle d’un paysage politique marqué maintenant par une tripolarisation, ce qui, par l’effet majoritaire de l’élection présidentielle, va amener à court terme à la disparition d’un des trois pôles (pour l’instant, le plus probable reste le PS), voici quelques remarques et observations supplémentaires concernant ce premier tour des régionales.

1. Abstention : des 44 802 530 électeurs inscrits, 50,02% se sont abstenus. L’abstention est donc plus faible que les 53,7% du 14 mars 2010. Il faut donc bien comprendre que le vote FN élevé n’est plus la conséquence d’une forte abstention. Au contraire, aujourd’hui, pour le FN, il y a un réel vote par adhésion et plus seulement par défaut. Ne pas le comprendre est ne rien comprendre à la stratégie de Marine Le Pen depuis janvier 2011.

2. Près de 200 000 voix séparent le FN et l’alliance LR-UDI-MoDem. En ce sens, le FN a réussi son premier pari, celui de s’installer comme premier parti de France, place déjà obtenue lors des élections européennes du 25 mai 2014, mais avec un score renforcé de 2 à 3%. Dans certaines régions, le FN fait la même performance que le total PS+LR-UDI-MoDem. Le score du FN dans les villes dont il a gagné la mairie en mars 2014 est également très élevé et souvent supérieur à 50% (Fréjus, Hénin-Beaumont, etc.).

3. Le PS a la mauvaise foi de vouloir raisonner en terme de "bloc de gauche" en comptabilisant son score avec celui des écologistes et des communistes. Pourtant, ils ne sont d’accord sur rien, et il est donc surprenant, sinon pour une simple question de sauver les meubles et des postes, qu’il y ait fusion au second tour. On voit à l’évidence que le projet politique passe à la trappe, ce qui est peu respectueux des électeurs. En ce sens, les listes LR-UDI-MoDem sont les seules à proposer un projet politique clair, cohérent et régional. Certains disent déjà que François Hollande voudrait réunir toute cette gauche derrière sa candidature à la prochaine élection présidentielle. Je n’ose imaginer quelle nouvelle phrase il va devoir trouver pour capter une nouvelle fois un électorat de gauche naïf : mon ennemi, c’est le terrorisme ?

4. Une chose est certaine quand on suit l’évolution historique du FN, c’est que l’exercice du pouvoir par le PS dope électoralement le FN. Après cinq ans de gouvernement de Lionel Jospin, Jean-Marie Le Pen est bombardé au second tour de l’élection présidentielle de 2002. Après trois ans de pouvoir de François Hollande, Marine Le Pen est désormais parmi les possibles de l’élection présidentielle de 2017.

5. Le meilleur moyen de combattre le FN dans l’optique de la présidentielle de 2017, c’est d’éviter tout risque de collusion entre PS et LR. Si l’électorat considérait que LR équivaudrait à PS, alors le seul moyen de voter pour l’alternance serait de choisir le FN. Pourtant, le FN ferait pire que le gouvernement sortant. Mais on ne parle jamais des programmes.

6. Il est effarant d’écouter la plupart des responsables socialistes comme Claude Bartolone, Jean-Marie Le Guen et quelques autres, qui, visiblement, n’ont rien compris à ce qu’il se passe dans le pays depuis quelques années. Ils sont dans leur tête encore au début des années 1980. Ils ont beau imposer à leurs candidats le retrait de trois listes, deux des têtes de liste, Pierre de Saintignon (Nord-Pas-de-Calais-Picardie) et Christophe Castaner (PACA) ont expliqué le soir du premier tour qu’ils retiraient leurs listes pour faire barrage contre le FN mais sans explicitement appeler à voter pour les listes LR-UDI-MoDem et surtout, en critiquant bien plus fortement les têtes de listes LR (Xavier Bertrand et Christian Estrosi) que celles du FN. Étrange comportement qui se voudrait moral mais qui tape sur ceux qu’il est censé aider… Quant à la troisième tête de liste, Jean-Pierre Masseret (Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine), visiblement dépassé par les événements et bien trop âgé, il a annoncé son maintien contre les injonctions de son parti, et son maintien aurait l’effet quasi-certain de l’élection de Florian Philippot à la présidence du conseil régional de l’Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. Pour un parachutage depuis quelques années, il y a donc de quoi se frotter les mains.

7. Petit bonus à Christian Estrosi qui est l’un des rares à avoir fait son boulot de tête de liste. Certes, la personnalité est loin de faire l’unanimité et le changement de stratégie électorale a de quoi donner le tournis, mais il a au moins rappelé ses engagements dès 20 heures 50 ce dimanche, à savoir le programme régional qu’il a bâti avec son équipe et qu’il compte promouvoir aussi au second tour, sans se préoccuper du PS (qui, à l’origine, voulait se maintenir). En ce sens, il propose du fond alors que les discours politiques aujourd’hui sont polarisés sur des question de tactique électorale et politicienne dont les électeurs se moquent complètement.

8. Néanmoins, des deux régions où le FN pourrait franchir le seuil de 50%, je considère que la PACA a une petite longueur d’avance. D’une part parce que l’électorat est très à droite et très conservateur, et d’autre part, parce que la personnalité de Marion Maréchal-Le Pen est vraiment percutante, capable d’entraîner une véritable adhésion populaire. D’ailleurs, ce sera l’un des enseignements du second tour. Si Marion Maréchal-Le Pen se faisait élire et pas sa tante, il y aurait la naissance d’une contraignante rivalité au sein de la famille Le Pen, pas nouvelle puisque Jean-Marie Le Pen a finalement été exclu de "son" FN le 20 août 2015, mais qui aura des conséquences à moyen terme, sur les thèmes de campagne du FN en 2017 et, en cas d’échec en 2017, sur le leadership du FN dans la perspective de 2022.

9. Le PS n’est pas en position de gagner lorsqu’il n’obtient qu’autour 15% au premier tour avec 10% ou même 20% d’écart avec ses concurrents. Le maintien des listes PS a une raison, celle de permettre de préserver quelques sièges au PS. Le pire, c’est qu’aux premières minutes après la fermeture des bureaux de vote, le PS avait appelé à des fusions avec les listes LR-UDI-MoDem… sans en expliquer la raison programmatique. Une fusion aurait engendré un flou politique complet sur le programme qui serait appliqué en cas de victoire et surtout, aurait renforcé l’impact du FN sur sa fameuse formule UMPS.

10. Dans toutes les régions, les résultas du premier tour sont tels qu’il y a une grande incertitude sur les gagnants du second tour. Les deux régions que le PS semble pourtant assurer de conserver proviennent de listes dirigées par deux responsables très anciens du PS, plutôt situés sur l’aile droite, Jean-Yves Le Drian en Bretagne et Alain Rousset en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Il est intéressant de voir que le renouvellement au PS ne lui est pas favorable ; les nouvelles têtes doivent même se retirer. Il y a donc une véritable incohérence entre une demande des électeurs de renouvellement du personnel politique et l’adhésion, par ces mêmes électeurs, des responsables politiques les plus anciens et les plus expérimentés. En regardant en détails les résultats dans chaque région, on s’aperçoit aussi qu’il y a une réelle prime à la notoriété nationale. Ce qui nécessite d’être dans la vie politique depuis longtemps. C’est sans doute le handicap que devra surmonter pour le second tour la première adjointe d’Alain Juppé et candidate à la tête de l’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, à savoir Virginie Calmels.

11. Une des causes d’une forte mobilisation électorale du FN, c’est aussi le mécontentement à propos des nouvelles frontières des grandes régions. C’est assez palpables en Alsace comme en Bourgogne-Franche-Comté. Le contour avait aussi un but électoral : réduire les pertes électorales du PS en collant des régions très socialistes à des régions plus "fragiles". Ce calcul électoral ne semble pas avoir fonctionné...

12. L’un des arguments convaincants de l’alliance LR-UDI-MoDem en Île-de-France, c’est que voter pour le FN qui n’est pas en mesure de gagner l’élection fait nécessairement le jeu de l’exécutif sortant. Le vote pour Valérie Pécresse est donc un véritable choix d’alternance. Mais l’argument pourrait aussi se retourner par exemple en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon où Dominique Reynié (LR) a manifestement très peu de chance de remporter la région.

13. Dernière remarque : Manuel Valls a été absent de la soirée électorale alors qu’il avait l’habitude de s’exprimer dès les premières minutes. La stratégie de mettre le FN comme son principal adversaire est donc un échec complet, au point de disparaître entre les deux tours dans les régions les plus mobilisées en faveur du FN. Comme François Hollande ne peut imaginer son salut que dans un retour à une union de la gauche aussi archaïque que nécessaire au premier tour, les jours de Manuel Valls à Matignon semblent donc comptés, d’autant plus si le FN gagnait une région. La pilule sécuritaire serait en effet plus facile à faire passer si un nouveau Premier Ministre pourrait convaincre les écologistes et peut-être même le Front de gauche à rejoindre le gouvernement. François Hollande croit encore un sursaut électoral avec le succès de la COP21. C’est un grand optimiste !

François Hollande, champion du "foutage de gueule", est pourtant le premier responsable de la forte poussée électorale du FN. À force de prendre les citoyens pour des imbéciles, ils n’hésitent plus à le prendre au mot…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 décembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Résultats des élections régionales de décembre 2015.
Le premier tour des régionales du 6 décembre 2015.
Les enjeux des élections régionales de décembre 2015.
Réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 avril 2013.
Le référendum alsacien.
Élections municipales des 23 et 30 mars 2014.
Élections européennes du 25 mai 2014.
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Élections départementales des 22 et 29 mars 2015.
Les dernières élections régionales des 14 et 21 mars 2010.
Le ni-ni Doubs.
La poussée annoncée du FN.
Le vote électronique, pour ou contre ?
Le Patriot Act à la française.
Changement de paradigme.
Mathématiques militantes.
2017, tout est possible...

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151206-regionales-2015B.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/regionales-2015-fievre-175093

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/12/07/33034172.html



 

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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 06:32

« Le jour des élections, partout dans le monde, il y en a qui font de la planche au lieu d’aller voter. On appelle cela le surface universel. » (Philippe Geluck).


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Ce dimanche 6 décembre 2015 (jour de la Saint-Nicolas), plus de quarante-deux millions de citoyens français sont appelés à élire leurs conseils régionaux. Dans ces temps troubles, ces élections régionales passent une fois encore, mais plus particulièrement cette fois-ci, à la trappe d’un trou noir médiatique alors que cet exercice démocratique est rarement couronné du succès de la participation. Lors des précédentes élections, 53,7% d’électeurs inscrits s’étaient abstenu au premier tour du 14 mars 2010.


Une campagne régionale sacrifiée

Effectivement, jamais une campagne électorale n’aurait été à ce point polluée par des considérations extérieures. Tout, contexte et événements, contribue pour renforcer l’indifférence générale de l’électorat au point de peut-être donner raison à Jean-Christophe Rufin : « C’est la grande sagesse du peuple, voyez-vous. Les gens ne se dérangent que pour les élections qui ont un sens. ».

1. L’époque de l’année, déjà, se prête très mal aux élections. C’est la deuxième fois qu’on vote en décembre depuis le début de la Ve République, la première fois était pour réélire De Gaulle à la Présidence de la République il y a cinquante ans. Les week-ends de cette période sont généralement consacrés aux achats de Noël. Il suffit de se rendre dans les magasins ouverts aussi le dimanche pour s’en rendre compte. De plus, comme la fermeture de l’inscription sur les listes électorales s’était faite le 31 décembre 2014, soit avant d’avoir fixé la date des régionales, il a fallu repousser exceptionnellement au 30 septembre 2015 le délai d’inscription.

2. Les attentats du 13 novembre 2015 ont meurtri la plupart des citoyens et ceux-ci sont encore tétanisés, d’autant plus que certains terroristes impliqués sont encore activement recherchés par la police française et belge. Face à des enjeux mal compris, beaucoup peuvent hiérarchiser en ne songeant qu’aux conséquences de ces attentats. La suspension généralisée de la campagne électorale rendu silencieux la plupart des candidats, leur projet est passé sous silence, leur motivation aussi. De quoi peut-être justifier cette sortie de Philippe de Villiers : « Le temps n’est pas aux élections, mais à la sécurité et à la survie par rapport à la nouvelle guerre mondiale qui semble être déclenchée par les islamistes… ».

3. À ce titre, le campagne électorale a tourné sur des considérations qui n’étaient pas de la compétence des régions mais de l’État : sur la politique sécuritaire de la France et la lutte contre le terrorisme, aspects sur lesquels les régions ont peu de leviers.

4. La concomitance de la COP21 renforce la désaffection des médias pour cette campagne électorale. La venue de cent cinquante chefs d’État et de gouvernement le 30 novembre 2015 pour tenter de "sauver la planète" (nous dit-on) est évidemment considérée comme d’un enjeu mondial nettement supérieur à l’enjeu de ces "petites" régionales d’une très petite partie du monde.

5. La prolongation de l’état d’urgence du 14 novembre 2015 jusqu’au 26 février 2016 au moins, et la possibilité répétée par le Premier Ministre Manuel Valls de le reprolonger encore, sont des mesures sans précédent au cours d’une campagne électorale. Cela a empêché l’expression normale de la vie démocratique, notamment des manifestations dont les premières victimes sont les militants écologistes (dont je ne suis pas mais qui ont le droit de s’exprimer tant parce que se  tient la COP21 que parce qu’il y a des élections régionales, les régions ayant des prérogatives importantes dans le domaine de l’environnement et des transports). Même l’ancien Premier Ministre Dominique de Villepin a commencé à s’en inquiéter (le 2 décembre 2015).

6. La traque des terroristes et la couverture de la COP21, sans compter les mille et un événements internationaux qui monopolisent les médias, comme, ce 2 décembre 2015, la fusillade de San Bernardino, à l’est de Los Angeles, qui a tué au moins quatorze personnes (je peux me demander pourquoi à cette occasion, on parle plus de la loi sur la possession d’armes plutôt que du terrorisme qui sévit aussi aux États-Unis, puisqu’en France, "on peut" également, en pleine ville, fusiller et tuer cent trente personnes à la kalachniov malgré l’interdiction de détenir des armes), empêchent les électeurs de se concentrer sur le projet politique des candidats aux régionales.

7. Enfin, le contexte général des élections régionales est lui aussi pourri : la réforme territoriale illisible et inexplicable, qui ne réduira aucune dépense publique, qui même coûtera plus cher en fonctionnement en raison des problèmes de géographie décisionnelle, a été mise en œuvre d’une manière particulièrement absurde et ubuesque en redéfinissant des frontières régionales inadéquates et probablement ingérables par des différences trop grandes entre les territoires (entre Limousin et Pays Basque, entre Ardennes et Alsace, etc.). Elle ne contribue donc pas à impliquer les citoyens dans ce qu’ils pourraient considérer comme des artifices et des manœuvres politiciennes.

Tous ces facteurs, non exhaustifs, entraînent une naturelle désaffection de l’électorat pour un scrutin à des enjeux sans visibilité. Le maintien de l’état d’urgence et la priorité logique à d’autres actions que ces élections (la traque des terroristes par exemple) auraient dû encourager le gouvernement à plus de sagesse et à reporter l’organisation de ces élections régionales dont la date aurait très bien peu être fixée en avril ou mai prochain (rien ne l’empêchait et aucun argument valable ne pouvait s’y opposer).


La situation de 2010

En dehors des DOM-TOM dont les situations sont très particulières, la gauche socialiste "détient" actuellement toutes les régions sauf l’Alsace. Elle a donc beaucoup à perdre au contraire de l’opposition parlementaire (LR-UDI-MoDem). Pour avoir une base de comparaison, même si le paysage politique a un peu évolué par rapport à 2010, j’indique ici l’audience électorale du premier tour (le 14 mars 2010). Le PS et ses alliés avaient obtenu 29,1% des suffrages exprimés ; LR et ses alliés centristes (y compris MoDem, allié en 2015) 30,2% ; les écologistes 12,2% ; le FN 11,4% et le Front de gauche 5,8%.


L’offre électorale de 2015

1 757 conseillers régionaux sont à élire. 21 456 candidats sont dans la compétition au sein de 171 listes. 49,4% des candidats sont des femmes, en raison de la parité obligatoire sur les listes, mais moins de 22% des têtes de liste sont des femmes. L’âge moyen des candidats est de 49 ans.

Le FN n’a aucun allié. Les Républicains sont alliés à l’UDI partout (l’UDI est candidate à la présidence dans trois régions) et au MoDem (à une exception près). Les listes de Nicolas Dupont-Aignan sont présentes dans toutes les régions. Le PS part sans alliés majeurs dans toutes les régions malgré son pseudo-référendum des 17 et 18 octobre 2016 (seulement 251 327 personnes ont voté et celles-ci ont voulu vainement une union de la gauche à 89,7% sans se soucier du programme électoral). Les écologistes partent soit seuls soit en alliance avec le Front de gauche qui, lui-même, est désuni dans certaines régions avec des listes séparées du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon et des communistes.

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Parmi les candidats à la présidence d’un conseil régional, certains sont des personnalités nationales, en particulier : Valérie Pécresse (LR), Claude Bartolone (PS), Wallerand de Saint-Just (FN), Pierre Laurent (PCF), Emmanuelle Cosse (EELV), Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Nathalie Arthaud (LO) et François Asselineau (UPR) en Île-de-France ; Philippe Richert (LR), Jean-Pierre Masseret (PS) et Florian Philippot (FN) en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine ; Virginie Calmels (LR) et Alain Rousset (PS) en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes ; Laurent Wauquiez (LR) et Jean-Jack Queyranne (PS) en Auvergne-Rhône-Alpes ; François Sauvadet (UDI) et Sophie Montel (FN) en Bourgogne-Franche-Compté ; Jean-Yves Le Drian (PS), Marc Le Fur (LR) et Christian Troadec (MBP) en Bretagne ; Philippe Vigier (UDI) au Centre-Val de Loire ; Dominique Reynié (LR), Carole Delga (PS), Louis Aliot (FN) et Jean-Claude Martinez (ex-FN) en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées ; Xavier Bertrand (LR), Marine Le Pen (FN), Pierre de Saintignon (PS) et Sandrine Rousseau (EELV) au Nord-Pas-de-Calais-Picardie ; Hervé Morin (UDI) et Nicolas Bay (FN) en Normandie ; Bruno Retailleau (LR) et Christophe Clergeau (PS) au Pays de la Loire ; Christian Estrosi (LR), Marion Maréchal-Le Pen (FN), Jacques Bompard (ex-FN), Christophe Castaner (PS) et Jean-Marc Governatori (AEI) en Provence-Alpes-Côte d’Azur ; José Rossi (LR), Paul Giacobbi (DVG) et Dominique Bucchini (PCF) en Corse ; Jean-Paul Taubira (PPG, frère de Christiane Taubira, en Guyane ; Victorin Lurel (PS) en Guadeloupe ; Serge Letchimy (PPM) et Alfred Marie-Jeanne (PCM) en Martinique ; enfin Didier Robert (LR) à La Réunion.


Les enjeux des régionales 2015

Peu compris, ces enjeux ne sont pourtant pas mineurs. Ils sont importants, tant à l’échelle régionale que nationale.

Les enjeux régionaux, je les survole ici très brièvement mais ils sont cruciaux puisque c’est du ressort des régions d’encourager au mieux le développement des activités économiques. En ce sens, ce sont les institutions essentielles pour relayer la politique nationale en faveur des entreprises et en faveur de l’emploi (je rappelle que l’aide aux entreprises favorise avant tout l’emploi). Et cela dans un climat social qui, tétanisé par les attentats, est traumatisé par la très forte hausse du nombre de demandeurs d’emploi communiquée le 26 novembre 2015 (42 000 demandeurs d’emploi de la catégorie A supplémentaires entre septembre 2015 et octobre 2015).

L’autre enjeu régional majeur concerne les transports et la nécessité de renforcer l’offre en transports en commun et en infrastructures à tous les habitants d’un territoire.

Néanmoins, je considère que les enjeux nationaux de ces élections sont aussi importants pour une raison simple : ces régionales sont les dernières élections avant l’élection présidentielle du printemps 2017. En ce sens, c’est la dernière occasion pour le gouvernement actuel de se frotter à la réalité électorale.

Et les socialistes, qui sont partis divisés aux régionales avec la présence de listes écologistes d’un côté, et communistes de l’autres, ont un handicap de taille en raison de la forte montée du Front national. Il semble acquis dans la plupart des régions, un second tour serait nécessaire et serait sous la forme d’une triangulaire entre les trois pôles politiques actuels, le FN, la coalition LR-UDI-MoDem et le PS et ses alliés (alliés éventuels du second tour). Or, selon les sondages, le FN réussirait dans certaines régions à gravir le premier rang : le second tour fera élire la liste arrivée en premier seulement à la majorité relative.

Les sondages sont à ce titre assez alarmants pour les partis dits de gouvernement. Le FN est crédité d’environ 30% des voix en moyenne alors que son audience avait été établie autour de seulement 25% aux élections européennes du 25 mai 2014. En clair, cette poussée se réaliserait dans toutes les régions, même l’Île-de-France où sa "cote" se situerait autour de 20% alors qu’aux précédentes élections, le FN n’avait même pas pu franchir le seuil de 10% pour être présent au second tour et avoir au moins un élu (l’une des rares régions qu’on peut comparer encore avec mars 2010 puisque son contour est resté identique).

La grande inconnue reste la conséquence des attentats sur le comportement électoral, tant sur la participation que sur le choix de la liste. Les sondages sembleraient indiquer un renforcement de l’audience du FN qui peut s’expliquer assez simplement : toutes les mesures véritablement sécuritaires qu’a mises en place le gouvernement socialiste (et je n’ose imaginer quelles auraient été les réactions des socialistes si cela s’était passé sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy) semblent apporter de l’eau au moulin idéologique du FN.

Le bond historique néanmoins prévisible de François Hollande dans les sondages (il double presque sa cote de popularité) ne doit pas cacher que la popularité de Manuel Valls n’évolue pas de la même manière et que dans tous les cas, François Hollande, à qui on fait crédit à juste titre de son comportement personnel adapté en pareilles tragédies (déjà constaté après les attentats contre "Charlie-Hebdo" en janvier 2015), n’est pas candidat aux élections régionales.


La poussée annoncée du FN

En quoi ces élections ont-elles une importance nationale ? Parce que c’est la dernière occasion de redistribuer les cartes avant l’élection présidentielle qui se préparera donc sur les bases des rapports de forces de décembre 2015. En ce sens, le PS joue autant sa survie que Les Républicains dont l’objectif est d’être devant le FN sur le plan national.

En effet, le rêve probablement irréalisable de l’opposition parlementaire serait de remporter le grand chelem des régions, mais le PS pourrait néanmoins sortir gagnant dans le Sud-Ouest. L’opposition parlementaire n’est pas seulement concurrencée par le PS, son concurrent traditionnel, mais aussi par le FN dans deux régions d’une grande importance démographique : le grand Nord et la PACA. Dans ces territoires, la famille Le Pen pourrait remporter un succès qui serait d’une importance historique.

Dans le grand Nord, l’écart entre Marine Le Pen et Xavier Bertrand est d’environ 10%, c’est un fossé très difficile à franchir entre les deux tours sans aide massive de la gauche dont le maintien ou le retrait ne satisferait personne. De même en PACA, la surenchère sécuritaire de Christian Estrosi le rend peu crédible aux yeux de la plupart des électeurs de gauche comme rempart face à la très jeune députée Marion Maréchal-Le Pen dont l’habileté politique a même supplanté celle de sa tante.

L’affolement de la presse régionale qui commence à comprendre que l’élection d’un ou d’une présidente FN dans un conseil régional devient désormais possible ne me paraît pas vraiment productif. Les électeurs préfèrent penser par eux-mêmes et apprécient peu qu’on leur dicte ce qu’il faut faire.

Plus intéressantes ont été les déclarations du président du Medef Pierre Gattaz qui a averti à juste titre le 1er décembre 2015 que le programme économique du FN est proche de celui de l’extrême gauche et pourrait handicaper lourdement et durablement le tissu économique dans les régions où le FN aurait l’occasion de gagner. Un avertissement confirmé par certains grands entrepreneurs de la région Nord qui ont annoncé qu’en cas de victoire du FN, ils déménageraient soit à Bruxelles soit à Paris. Mais ces menaces seront-elles efficaces ? Je pense qu’elles sont plutôt contreproductives puisque le discours actuel du FN reste celui de la victimisation simpliste : "moi, David, qui ai raison, face à tous les autres, méchant Goliath".

De plus, devenir la cible du Medef ne peut que favoriser l’expansion électorale du FN dont les sympathisants pour la plupart ont déjà renoncé depuis longtemps à l’ambition de la France de se maintenir parmi les premières puissances économiques mondiales dans une économie ouverte prête à exporter sa haute technologie, sa science (le nombre de Prix Nobel de physique, de chimie et de médecine en fait l’un des meilleurs pays du monde derrière les USA) et son savoir-faire reconnu par tous les pays étrangers (nucléaire, aéronautique, spatial, télécommunication, renseignement, etc.). Ce qui en fait le parti le moins patriote de France, au contraire à ses revendications.


2017 se profile en 2015

Ceux qui, consciemment, après réflexion, ont décidé de ne pas aller voter les 6 et 13 décembre 2015 sont donc prévenus : ils ne devront pas regretter les résultats de ces élections, qui sont promis à un nouveau séisme de la classe politique, et devront en assumer les conséquences pour l’élection présidentielle de 2017, car il faut dire les choses explicitement : si le FN gagnait au moins une région en décembre 2015, l’élection de Marine Le Pen en mai 2017 deviendrait une possibilité de moins en moins improbable…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 décembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 avril 2013.
Le référendum alsacien.
Élections municipales des 23 et 30 mars 2014.
Élections européennes du 25 mai 2014.
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/dimanche-on-vote-en-france-174979

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/12/03/33017461.html


 

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 06:22

Où il est question de la rémunération des élus chargés de gérer beaucoup d’argent public.



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Après avoir invité le 10 octobre 2015 le Président de l’Assemblée Nationale Claude Bartolone, candidat à la tête de la région Île-de-France (sans y avoir invité Valérie Pécresse, sa concurrente des Républicains, de l’UDI et du MoDem) et battu d’avance à l’élection présidentielle en considérant comme acquise la présence de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2017, l’humoriste Laurent Ruquier a invité dans son émission "On n’est pas couché" diffusée sur France 2 le samedi 17 octobre 2015 la candidate tête de liste de l’opposition à la grande région (la plus grande du territoire) Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, à savoir Virginie Calmels.

La présence de Virginie Calmels (44 ans) donne un coup de renouveau dans la classe politique. Elle est loin d’avoir fait une "carrière" politique et apprend pas à pas les coutumes de ce milieu très particulier qu’est la politique. Il lui a manqué par exemple du répondant quand on a déploré devant elle le manque de femmes dans l’opposition républicaine, alors qu’il y a Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Christine Lagarde, etc. (quant à Michèle Alliot-Marie, son âge, son expérience et son échec aux législatives de juin 2012 font qu’elle n'est naturellement plus une "femme d’avenir").

Car Virginie Calmels est avant tout une femme d’entreprise. Diplômée de Sup de Co Toulouse, d’un diplôme d’expertise comptable et de l’INSEAD, elle a essentiellement mené une carrière de manager qui l’a conduite à occuper des postes de directrice financière dans de plusieurs entreprises du groupe Canal Plus avant d’être nommée directrice générale adjointe du groupe Canal Plus en 2002. Puis, elle fut directrice générale du groupe Endemol France de 2003 à 2007, présidente du groupe Endemol France de 2007 à 2013, fonction qu’elle cumulait par la suite avec directrice générale d’Endemol Monde du 11 mai 2012 au 18 janvier 2013. En 2009, elle est aussi administratrice du groupe Iliad (propriétaire de Free). Elle a été l’une des plus jeunes femmes décorées de l’ordre national du Mérite en 2008.

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Le maire de Bordeaux Alain Juppé était allé la rencontrer pour qu’elle s’engageât dans la vie municipale bordelaise (elle est née à Talence, dans l’agglomération), ce qu’elle a accepté, si bien que depuis mars 2014, elle est élue première adjointe au maire de Bordeaux chargée de l’économie, de l’emploi et de la croissance durable. Elle a été désignée sans trop de contestation candidate à la présidence du conseil régional de la grande région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes investie par Les Républicains, l’UDI et le MoDem, un pari pas facile pour des régions actuellement gérées par une gauche bien implantée. Beaucoup voit déjà en Virginie Calmels une future ministre dans un gouvernement après 2017.

Aujourd’hui, pour éviter toute interaction entre la politique et l’économie, elle a quitté toutes ses responsabilités du monde économique ou des médias sauf celle de présidente du conseil de surveillance d’Euro Disney qu’elle est depuis le 8 janvier 2013.

Écouter Virgine Calmels était donc doublement intéressant : d’une part, par curiosité car elle est nouvelle dans la classe politique et a déjà montré que son apport d’expérience est très enrichissant ; d’autre part, elle a un franc-parler qui change un peu de la langue de bois habituellement entendue dans les médias. C’est une épreuve pas très facile pour une novice en politique que de se confronter à la "bande à Ruquier" souvent sans complaisance et assez féroce. À cet égard, elle s’en est très bien sortie.

Je retiendrai un sujet intéressant car il correspond bien au fossé entre le monde des entreprises et le monde politique. Elle n’a pas caché qu’en démissionnant de tous ses mandats sociaux (sauf Euro Disney où elle n’a que des jetons de présence) pour s’investir en politique, elle a réduit sa rémunération d’un chiffre au moins. C’est assez rare pour le signaler : voici une élue qui, en s’engageant en politique, ne s’est pas enrichie, mais au contraire appauvrie !

Elle ne s’en est pas plaint d’ailleurs, puisque c’est son choix personnel, et c’est tout à son honneur. Néanmoins, elle a lancé cette question qui me paraît très pertinente. Quand un élu (à responsabilité exécutive) est en charge d’un très gros budget, cela ne paraît pas démentiel qu’il soit bien rémunéré, ce qui peut attirer ainsi des candidats compétents qui ont déjà eu beaucoup d’expérience et de responsabilités dans le monde économique.

Elle ne l’a pas expliqué dans l’émission mais c’était toute la bataille, au début du XXe siècle, pour faire accepter le principe des indemnités parlementaires. Qui avaient deux fonctions : la première, l’égalité, car des députés habitant proches de Paris n’avaient pas à se payer un deuxième logement tandis que ceux éloignés de la capitale avaient forcément plus de frais pour assumer leurs fonctions ; la seconde, la liberté, car si un parlementaire était trop "pauvre" (la notion est relative !), il serait plus facile dans certains cas que des groupes économiques puissent le corrompre (l’argument peut facilement être mis en doute car pour certains, il n’y a pas de limite à l’enrichissement).

Dans tous les cas, indépendamment des raisons évoquées, un élu à la tête de l’exécutif d’une collectivité locale importante a des responsabilités très élargies et peut même se retrouver devant un juge pour des négligences commises par un prédécesseur (par exemple, à Grenoble). On ne les plaindra pas, évidemment, puisque tous ces élus avaient la possibilité de ne pas chercher à assumer ces responsabilités, mais Virginie Calmels mettait en avant un lien de correspondance entre le niveau de rémunération et le niveau de responsabilité, qui est un lien très fréquent dans le monde des affaires (je rappelle que les chefs d’entreprises sont pénalement responsables de tout ce qui peut provenir de leur entreprise).

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Alors, j’ai voulu prendre quelques comparaisons. J’ai eu un peu de mal car il n’existe pas encore la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes et je suppose que la personne qui présidera ce conseil régional ne cumulera pas les rémunérations des trois précédents présidents. La grande région aura un budget annuel d’environ 2,5 milliards d’euros, qu’on peut comparer avec le budget de l’UEFA de 2,3 milliards d’euros.

J’ai donc pris l’exemple le plus caricatural puisque c’est la collectivité la plus importante, la mairie de Paris. Je rappelle que la maire de Paris est à la fois maire mais aussi présidente du conseil départemental, les conseillers municipaux sont en même temps des conseillers départementaux, et à ce titre, ont "double" salaire. Dans les données qui suivent, je prendrai le total des deux, évidemment.

Le budget primitif de la ville de Paris pour 2015 annonce 7,7 milliards d’euros de dépenses de fonctionnement (dont 2,3 milliards d’euros de charges de personnel) et 2,1 milliards d’euros d’investissement. Cela veut dire pour arrondir que la maire de Paris est responsable de la gestion de 10 milliards d’euros.

Par ailleurs, selon certaines sources, 51 240 agents travailleraient pour le compte de la ville de Paris (le budget primitif indique cependant 45 576). On peut arrondir à 50 000 personnes pour simplifier.

La rémunération d’Anne Hidalgo, qui, certes, a baissé de 15% par rapport donc au seuil légal, aurait été, selon la presse, de 8 684 euros brut par mois pour 2015, que je vais arrondir (en surestimant légèrement) à 105 000 euros par an (brut en plus).

La question est simple : quel manager accepterait-il la proposition du conseil d’administration d’une entreprise qui fait 10 milliards de chiffre d’affaires et qui emploie 50 000 salariés de le nommer président-directeur général avec un salaire de 105 000 euros brut annuel ?

Évidemment, j’imagine que certains lèveraient quand même le doigt. Alors, on peut reformuler la question ainsi : quelles seraient alors les compétences d’un manager qui accepterait de telles conditions ? Et là, c’est plus parlant et cela peut donner aussi une idée de la compétence des élus chargés de gérer, j’oserais presque dire, de brasser, des milliards d’euros …qui proviennent des contribuables, pas de clients, mais de contribuables, donc, de l’argent beaucoup plus sacré, qui nécessite beaucoup plus de précaution dans son emploi, de respect aussi.

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Pour faire une comparaison, le groupe Areva a eu un chiffre d’affaires de 8,3 milliards d’euros en 2014 et employait fin 2014 environ 42 000 salariés. C’est donc une structure de gestion sensiblement de même taille que la ville de Paris (très différente par ailleurs, bien sûr). Combien gagne le patron opérationnel d’Areva ? Il se trouve que depuis deux ans, le gouvernement a limité à 450 000 euros la rémunération annuelle pour les entreprises où l’État a une participation majoritaire. C’est déjà cinq fois plus que la maire de Paris. Mais en 2012 (avant cette limitation), le patron d’Areva (pour ne donner qu’un exemple) recevait une rémunération d’environ 972 000 euros (soit neuf fois plus).

Dans le secteur complètement privé, si l’on prend la société Atos, qui a fait 9,1 milliards de chiffre d’affaires en 2014 et qui emploie environ 93 000 salariés (le double de la ville de Paris), la rémunération de son patron (qui fut ancien Ministre des Finances) était, selon "Challenges" du 3 avril 2014, de 4,9 millions d’euros en 2013 (soit près de cinquante fois plus élevée que pour la ville de Paris !).

L’idée ici n’est évidemment pas d’augmenter concrètement les indemnités des élus, car ce ne serait pas populaire et surtout, pas juste dans une période où on resserre les budgets et limite les salaires (les élus doivent rester exemplaires).

L’idée est surtout de pointer du doigt les discours particulièrement démagogiques qui critiquent la rémunération des élus, qui, comme je viens de l’expliquer, sont plutôt "sous-payés" par rapport aux très grandes responsabilités qu’on leur donne en les élisant.

Démagogie notamment au plus haut niveau de l’État puisque le Président de la République François Hollande, comme tout premier acte présidentiel (le tout premier, dans un pays avec autant de chômage !), a été de baisser de quelques pourcents sa rémunération officielle. Ou encore de se déplacer en TGV pour se rendre à Bruxelles alors qu’un avion a été spécialement affrété pour le suivre avec les bagages !

Bref, tout cela est de la vitrine et de la communication. Ce que les citoyens attentent de leurs élus, c’est de bien gérer l’argent des contribuables, d’avoir une vision à long terme des enjeux de leurs collectivités et de mener le pays ou leurs collectivités dans un plus grand confort économique et social (et peut-être moral ?). Après, qu’ils gagnent beaucoup d’argent ou pas, s’ils font "le job", cela ne me gêne pas beaucoup tant qu’il est gagné légalement et en toute transparence.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 octobre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alain Juppé.
Réforme territoriale.
2017.
Mathématiques militantes.
Le nouveau paradigme.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151017-virginie-calmels.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/virginie-calmels-du-bon-sens-en-173364

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/10/27/32833405.html


 

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