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28 juin 2020 7 28 /06 /juin /2020 21:33

Razzia sur les grandes villes : Lyon, Bordeaux, Grenoble, Strasbourg, Annecy, Poitiers, Tours, Besançon, Colombes… Attention à la tentation électoraliste de vouloir adopter des mesures écologistes extrémistes sur le plan national dans la foulée de cette vague électorale qui ne concerne qu’une certaine catégorie de la population, celle des grandes villes, celle plutôt aisée, en oubliant la population des périphéries !



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Ces élections municipales 2020 auront été atypiques jusqu’au bout. Le second tour des élections municipales qui s’est déroulé ce dimanche 28 juin 2020 a subi la même désaffection qu’au premier tour, pire même dans la mesure où c’était surtout dans les grandes villes qu’on revotait. Autour de 60% d’abstention, dont la cause n’est pas encore très certaine, entre peur du coronavirus, esprit délibérément ailleurs après une période difficile de confinement et cette volonté d’en finir, de retrouver les grands espaces, de prendre des vacances, notamment pour de nombreux salariés épuisés par les conditions de travail pendant la crise, et aussi les désillusions d’une nouvelle armée de demandeurs d’emploi… Tout est un peu différent d’avant.

Dans le détail, tous les partis pourraient y trouver leurs joies : LREM avec la réélection du Premier Ministre Édouard Philippe au Havre (environ 59%), qui se trouve en situation de grande force politique au sein de la majorité présidentielle (le renvoyer dans quelques jours serait incompréhensible), le PS avec la réélection d’Anne Hidalgo, la victoire à Nancy et à Montpellier (Michaël Delafosse), et le maintien dans de nombreuses autres villes, le RN évidemment avec l’élection à Perpignan de Louis Aliot qui pourrait concurrencer sérieusement son (ex ?) compagne pour la prochaine courses présidentielle, la droite parlementaire qui a gagné quelques villes (comme Lorient avec l’élection de Fabrice Loher) mais qui en perd aussi, et surtout, les écologistes.

Et ce sont bien les écologistes qui ont gagné les élections municipales de 2020, et gare aux conclusions de la Convention citoyenne pour le climat du lendemain. C’est clair que ceux qui ont voté ne représentent pas tous les Français : abstention massive et scrutin seulement dans les villes qui nécessitaient un second tour. Les écologistes ont gagné Lyon (c’est probablement l’événement de la soirée et l’échec complet de Gérard Collomb), aussi Annecy (à un dixième de % face au maire sortant), Strasbourg, Tours, Poitiers, Colombes, Besançon, Bordeaux (un choc pour le successeur d’Alain Juppé), Grenoble (réélection d’Éric Piolle avec 53,1% dans une quadrangulaire avec l'ancien maire LR Alain Carignon 23,4% et la députées LREM Émilie Chalas 12,5%), et à Lille, il s’en est fallu d’un cheveux (227 voix) pour que Martine Aubry tombât devant le mur écologiste (toutes les estimations sortie des urnes la donnaient d’ailleurs perdante).

La chute de Martine Aubry aurait même pu être un soulagement pour le PS qui aurait ainsi perdu une figure tutélaire du vieux monde. Et cette élection peu glorieuse extrêmement serrée est compensée par l’excellente mais désolante performance d’Anne Hidalgo qui peut être mise aussi sur le compte des écologistes avec qui elle s’était alliée au second tour. Compensée aussi par la réussite dans certaines villes, comme, hélas prévisible, à Nancy où Laurent Hénart a perdu face à Matthieu Klein, mais aussi dans certaines villes comme à Saint-Brieuc qui passe à gauche, la majorité sortante ayant été embouteillée par une multiplication de candidatures.

À Marseille, la situation est encore un peu floue, ce qui est certain, c'est la victoire aux voix de la liste de gauche menée par Michèle Rubirola, mais il est difficile de "l'étiqueter", entre une de gauche quasi-dure et une liste écologiste (elle est un peu des deux) et le système électoral un peu particulier de Marseille (concocté par Gaston Defferre pour garder la ville même sans majorité absolue des voix) pourrait même lui faire rater la mairie car il me semble que cette liste n'a pas la majorité absolue des sièges au conseil municipal.

Malgré le succès de Perpignan (et l'élection de Romain Lopez à Moissac), le RN n’a pas de quoi pavoiser dans ce scrutin qui ne lui était de toute façon pas favorable. Alors que le PS et la droite et le centre peuvent encore croire à une persistance nette dans la vie politique. À Toulouse, Jean-Luc Moudenc a finalement gagné avec un résultat moins serré que prévu.

Reprenons quelques villes gagnées ou maintenues à droite : Colmar (Éric Straumann), Mulhouse, Narbonne, Saint-Malo (Gérard Lurton), Aix-en-Provence (Maryse Jossains-Masini réélue), Limoges, Nice (Christian Estrosi réélu), Metz (la victoire de François Grosdidier a été cependant très serrée, avec moins de 200 voix d’écart sur le candidat de gauche).

Le PS peut regretter l’échec d’Alain Claeys (battu par une liste écologiste menée par une jeune femme de 30 ans pleine de dynamisme) à Poitiers, mais peut être heureux de maintenir toute une série de villes, à commencer par Paris, et aussi : Rouen, Rennes, Brest, Quimper, Le Mans (grande victoire de Stéphane Le Foll), Nantes (réélection de Johanna Rolland), Dijon (François Rebsamen avec 43,5%), sans compter la conquête de Nancy et de Saint-Denis (sur le PCF qui perd aussi Aubervilliers). Le PS voudrait même croire à un axe PS-EELV qui est complètement illusoire dans les conditions actuelles (hors Paris).

À La Rochelle, sans enjeu politique, le maire sortant Jean-François Fountaine a battu son rival Olivier Falorni avec 181 voix d’avance. À Orléans, l'ancien maire LR Serge Grouard a largement battu le maire sortant ex-LR passé à LREM Olivier Carré. À La Baule, l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et conseiller régional Franck Louvrier (LR) a battu largement Jean-Yves Gontier (LREM).

Paradoxalement, même s’il est difficile de ne pas parler d’échec pour la majorité présidentielle (l’échec d’Agnès Buzyn à Paris, l’échec de nombreux candidats LREM dans des grandes villes comme Lyon, Lille, Bordeaux, etc., souvent dès le premier tour d’ailleurs) ne doit quand même pas faire oublier de belles réélections, celle de Gérald Darmanin à Tourcoing dès le premier tour, celle d’Édouard Philippe au Havre (Emmanuel Macron l’a félicité dans la soirée et ils se voient dès ce lundi 29 juin 2020 à 10 heures), celle aussi de François Bayrou à Pau, de Franck Riester, etc.

Très globalement, il est vraiment difficile de donner une tendance nationale, à l’exception de la victoire des écologistes dans les grandes villes, et un écologisme d'extrême gauche et de décroissance. À l’évidence, il y a eu un véritable besoin de renouvellement, des municipalités à droite sont tombées à gauche, d’autre à gauche sont tombées à droite, et quand la gauche persiste, c’est aussi par le truchement d’alliance avec les écologistes (comme à Paris, tandis que sans alliance, comme à Lille, le PS est très affaibli).

Ce qui est clair, c’est que recevoir la Convention citoyenne pour le climat à l’Élysée au lendemain des élections municipales n’était pas un hasard du calendrier : Emmanuel Macron voudrait finir son quinquennat comme étant le Président de la République qui a pris en compte l’enjeu climatique. Or, la victoire des écologistes aux municipales risque de précipiter des décisions parfois prises hors de toute considération rationnelle.

Il faut se rappeler qu’au lendemain des élections régionales de mars 1992, qui avaient vu les courants écologistes portés par 12% des électeurs (divisés en Génération écologie et Les Verts), le Président François Mitterrand, par électoralisme, avait pris des décisions stupides notamment en sabotant la grande compétence française sur la surgénération, condamnant la centrale de Creys-Malvile jusqu’à en faire qu’une pitoyable poubelle géante (honte à cet électoralisme !). Cela n’avait pas suffi à éviter la débâcle socialiste historique de mars 1993 qui a abouti au tragique suicide de Pierre Bérégovoy.

J’espère que le Président Emmanuel Macron saura raison garder face à cette pression écologiste qui va bientôt se décliner quand toutes les grandes villes. Le retour du balancier pourra être rapide quand les habitants des périphéries des grandes agglomérations (dont étaient principalement composés les gilets jaunes) s’apercevront qu’ils ne pourront plus du tout circuler en voiture dans leur ville centre. L’écologie punitive n’a jamais été un moyen pour convaincre les citoyens de l’urgence à prendre des décisions. Elle ne fera qu’augmenter les bataillons de ses opposants qui iront chercher ailleurs l’écoute qu’ils auront perdue auprès des plus rationnels.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Municipales 2020 (4) : bientôt, la fin d’un suspense.
Municipales 2020 (3) : et le second tour arriva…
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Municipales 2020 (1) : retour vers l’ancien monde ?
Les élections municipales de mars 2014.
Les élections municipales de mars 2008.
Scrutins locaux : ce qui a changé.
Le vote électronique, pour ou contre ?
Les ambitieux.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200628-municipales-2020e.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/municipales-2020-5-la-prime-aux-225442

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/06/24/38391106.html




 

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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 03:23

« Certains êtres sont comme des zéros, il leur faut un chiffre qui les précède, et leur néant acquiert alors une valeur décuple. » (Balzac, 1843).



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Pour tout dire, ce n’est pas évident qu’il y ait un suspense sur l’issue des élections municipales. Leur second tour éventuel se déroule ce dimanche 28 juin 2020 et apparaît un peu comme du réchauffé du premier tour en pleine crise épidémique, le 15 mars 2020. De plus, cela ne concerne qu’environ un tiers ou un quart de l’électorat, puisque pour la grande majorité des communes, l’équipe municipale a déjà été choisie. Cependant, les communes qui doivent passer un second tour sont plutôt les grandes villes, et ces élections ont donc un enjeu politique à la fois local (chaque situation est très différente) et national (pour voir quelques grandes tendances se dessiner dans la perspective de la prochaine élection présidentielle).

En raison de la pandémie, le premier tour a subi, le 15 mars 2020, une très forte abstention. Maintenant que la poussée épidémique est en France plutôt en fin de course et sous contrôle (même si certains faits sont encore alarmants), y aura-t-il encore une si forte abstention ? C’est une inconnue que j’imagine mal les sondages évaluer correctement. L’importance des personnalités parfois l’emporte sur les étiquettes politiques.

Dans tous les cas, les résultats du premier tour impacteront sur ceux du second tour, évidemment, et certaines villes sont très "tangentes". Il y a quelques sondages locaux qui peuvent donner des tendances, mais là encore, leur précision laisse à désirer. Ce sont des grosses incertitudes qui font que dimanche, tout pourrait surprendre.

Restons-en encore à l’avant second tour. Comme c’est traditionnel, des alliances ont été conclues entre les deux tours entre des listes qui souhaitent unir leurs voix pour gagner. A contrario, celles qui ont refusé les alliances, sauf grande avance, ont déjà acté leur défaite (c’est le cas à Paris). La tendance générale est celle-ci : les listes de gauche (à savoir PS, PCF, etc.) s’allient généralement avec les listes écologistes. Une telle union peut leur donner une force de frappe massive. Paradoxalement, on constate aussi un apparentement, selon un terme edgarfauresque, entre les listes de droite classique (LR) et les listes LREM (généralement associées aux centristes de l’UDI et du MoDem). Enfin, un troisième pôle se concentre autour du RN, partis seuls et terminant seuls la campagne (souvent éliminé dès le premier tour).

Les capacités de conquête du RN sont plutôt limitées. Si le RN a fait de bons scores dans les dix communes qu’il avait déjà conquises en mars 2014 (avec des réélections dès le premier tour, notamment à Fréjus, 50,6% au redoutable David Rachline, ce qui est déjà un grand succès), il y a peu de marge de progression et ce scrutin apparaît donc plutôt décevant pour Marine Le Pen. À une exception près, puisque son compagnon, le député Louis Aliot, pourrait être élu à Perpignan, ce qui serait alors une conquête symbolique qui ne manquerait pas d’être utilisée par le RN. En effet, au premier tour, la liste RN a fait 35,6% des voix et Jean-Marc Pujol (LR) ne suit qu’à 18,4%. La faiblesse des partis de gauche ou écologistes peut profiter au RN. Si ce succès se confirmait, ce ne serait cependant pas une "première" pour le RN. En 1995, un des potentats du FN avait gagné la mairie de Toulon et ce fut un désastre dans la gestion municipale. Il fut battu sans difficulté en 2001 par le candidat LR Hubert Falco (ancien ministre et ancien président du conseil général du Var) réélu dès le premier tour le 15 mars 2020 avec 61,4% (RN 15,0%, gauche 9,1% et LREM 7,3%).

Le parti présidentiel (LREM) a été souvent battu et en est sorti diminué au premier tour (souvent en raison de divisions locales incompréhensibles). Pour sa survie, il a donc fait souvent alliance avec des listes LR (parfois, cette alliance a été nouée dès le premier tour, comme à Toulouse ou à Nancy). On a dit que c’était "normal" qu’un nouveau parti avait du mal à s’implanter localement, qu’il fallait du temps, un travail militant acharné et de longue haleine sur le terrain.

J’affirme que dire cela, c’est une méconnaître l’histoire des élections municipales. Lorsque De Gaulle, s’excluant de lui-même des délices de la Quatrième République, a décidé de créer son propre parti, le RPF (en avril 1947), des élections municipales avaient lieu quelques mois plus tard (en octobre 1947), et ce fut un grand succès immédiat (38% en moyenne nationale !) : de nombreuses villes ont été conquises par le RPF, parfois pour une longue durée : Bordeaux (Jacques Chaban-Delmas), Strasbourg, Paris (Pierre De Gaulle, frère du général), Rennes, Marseille, Nantes, Le Mans, Lille, Saint-Étienne, Angers, Grenoble, Le Creusot, etc. Au contraire du rassemblement (du peuple français), La République en marche est composée de personnalités qui ne marchent pas au même pas ni à la même allure.

Ces premiers constats donnent ainsi un visage de la France électorale diamétralement opposé à celle, paysage de désolation, laissée par l’élection présidentielle de 2017. Le clivage n’est pas LREM vs RN mais plutôt LR et UDI vs PS et PCF (voire EELV).

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Ceux qui troublent le jeu traditionnel d’avant 2017, ce sont les écologistes. Ils sont arrivés en tête dans quelques grandes villes, on peut citer Strasbourg, Toulouse, et bien sûr Grenoble qui a déjà un maire sortant écologiste (qui va probablement être réélu, aidé par l’identité de son concurrent). Y aura-t-il d’autres grandes villes gérées par les écologistes ? Peut-être, à moins que le second tour soit un tour de réaction (ce fut le cas dans plusieurs scrutins à deux tours).

Après Perpignan et Grenoble, continuons un petit tour de France (un peu au hasard de la carte). À Montpellier, la situation est très éclatée, les écologistes auraient pu faire la différence mais ils étaient très divisés, mais la gauche devrait quand même l’emporter. À Marseille, la situation est assez difficile à comprendre, du reste comme à Lyon, car c’est une élection à deux niveaux (un peu comme le scrutin de la présidentielle américaine), avec des secteurs. La gauche pourrait reprendre la ville après vingt-cinq ans de règne de Jean-Claude Gaudin. La majorité sortante était particulièrement divisée. La situation lyonnaise aussi est compliquée, la seule leçon, c’est que Gérard Collomb, le maire sortant, a jeté l’éponge et a fait alliance avec LR pour éviter la victoire des écologistes (la situation est d’autant plus compliquée qu’il y a aussi la Métropole de Lyon qui a des prérogatives départementales).

Plus au nord, à Dijon, son maire socialiste sortant François Rebsamen (pas soutenu par LREM) nettement en tête avec 38,2%, devrait être réélu. La situation à Besançon est plus incertaine, avec peu d’avance de la gauche face à la droite et au centre. À Strasbourg, la division entre droite et centre pourrait favoriser les écologistes arrivés en tête avec 27,9%. C'est cependant l'une des rares villes que LREM pourrait conquérir avec Alain Fontanel à 19,9%. L’ancienne maire et ministre socialiste Catherine Trautmann tente de faire un retour mais est arrivée en troisième position avec 19,8%. À Metz, le sénateur LR François Grosdidier pourrait peut-être atteindre le poste de ses rêves, il est arrivé en tête du premier tour avec 29,8% mais talonné par les écologistes 25,0%. La gauche a été pulvérisée.

À Nancy, le maire sortant, ancien ministre et président du Mouvement radical Laurent Hénart n’est arrivé qu’en deuxième position avec 34,7% (sans réserve de voix), pourtant soutenu par LR et la majorité LREM, face à son rival socialiste Mathieu Klein, actuel président du conseil départemental, 37,9% (les deux ont été très actifs pendant la crise sanitaire, avec masques, couvre-feu, dépistage ambulant etc.), et les écologistes, avec 10,2% pourraient faire pencher la balance à gauche (ce qui serait "historique" dans la vieille capitale du duché de Lorraine).

À Lille, Martine Aubry n’a recueilli que 29,8% au premier tour, en tête mais talonnée par les écologistes 24,5%. Elle devrait repasser sur les vestiges de la droite et du centre. En effet, la liste centriste a obtenu la troisième place avec 17,5% et la liste LR menée par l’ancien ministre (et ancien centriste) Marc-Philippe Daubresse a chuté à la cinquième place, avec 8,2%, derrière la liste FI. La ville du Havre est aussi une ville test. Édouard Philippe est arrivé en tête avec 43,6% mais a peu de réserve de voix (sinon les abstentionnistes) alors qu’il avait été élu avec 52,0% dès le premier tour en 2014. Face à lui, un candidat communiste à 35,9% et les écologistes qui ont fait 8,3%. Les sondages le donneraient gagnant et sa popularité nationale reste très élevée.

À Rouen, la gauche a fait 29,5% et les écologistes 23,2%. La droite et le centre ont été laminés. À Rennes, le clivage semble être entre la maire sortante socialiste qui a eu 32,8% et les écologistes 25,4%, tandis que la droite et le centre ont fait des scores assez faibles (moins de 15%), sur le papier, ils pourraient être plus forts que les écologistes mais ne semblent pas être dans une dynamique de victoire. À Brest, les voix sont très partagées, ce qui devrait avantager la gauche. À Nantes, la maire socialiste sortante Johanna Rolland est arrivée en tête avec 31,4% et au premier tour, a eu une longueur d’avance sur la droite (19,9%) et centre (13,0%), ainsi que sur les écologistes (19,6%).

À Bordeaux, le successeur d’Alain Juppé, Nicolas Florian, arrivé en tête avec 34,6%, a été talonné par la gauche 34,4%, mais son alliance avec le candidat LREM Thomas Cazenave 12,7% devrait lui assurer la victoire. Le maire sortant de Pau et président du MoDem François Bayrou (soutenu par LR et LREM) devrait aussi être réélu, arrivé en tête au premier tour avec 45,8% suivi par la gauche 22,0% et les écologistes 14,6%. À Poitiers, le maire socialiste sortant Alain Claeys est arrivé en tête avec 28,2% suivi d’une autre liste de gauche 23,9%.

À La Rochelle, deux apparentés socialistes (ou anciens socialistes) Jean-François Fountaine (maire sortant et ancien bras droit disgracié de Ségolène Royal au conseil régional du Poitou-Charentes) et le député Olivier Forlani (tombeur de Ségolène Royal, à l’époque, en juin 2012, soutenu par Jean-François Fountaine) étaient au coude à coude au premier tour avec respectivement 32,6% et 33,3%, devant la liste écologiste 16,7% (la droite a été éliminée). À Tours, les rapports des forces étaient partagés, au premier tour, la gauche a fait 35,5%, la droite 25,6% et LREM 12,7%. À Orléans, la bataille des maires a semblé tourner en faveur de l’ancien, Serge Grouard (LR) avec 35,6%, face au maire sortant Olivier Carré, passé à LREM, à 23,1%, devant les écologistes 19,2% et la gauche 12,9%.

À Toulouse, le maire sortant soutenu par LREM et LR, Jean-Luc Moudenc (qui ferait partie des éventuels bénéficiaires d’un remaniement, dit-on) n’a obtenu que 36,2%, certes en tête, mais face à une liste de gauche dirigée par Antoine Maurice qu’un sondage donnerait légèrement gagnant, qui a recueilli au premier tour 27,6%, une autre liste de gauche 18,5% et celle de l’ancien maire socialiste Pierre Cohen 5,7%. En revanche, à Saint-Étienne, le maire sortant LR Gaël Perdriau a frôlé l’élection au premier tour avec 46,9% face à une gauche 21,3% et des écologistes 12,4% (le RN a été éliminé). À Clermont-Ferrand, la gauche devrait rester aux manettes sans surprise, même si la situation reste partagée au premier tour : gauche à 38,1%, LR à 20,7, centristes à 15,5% et FI à 12,3%.

À Nîmes, la situation est assez éclatée : LR avec Jean-Paul Fournier (maire sortant) est arrivé en tête avec 34,4% tandis que son rival centriste, ancien député, Yvan Lachaud (président sortant de Nîmes Métropole et ancien premier adjoint de Jean-Paul Fournier) est en deuxième place 15,7% puis gauche 15,7% (15 voix d’écart), RN 14,3% et gauche 12,2%. À Auxerre, LR est arrivée en tête avec 37,2% suivi des centristes 33,1%, gauche 13,3% et écologistes 10,9%.

À Aix-en-Provence, la liste LREM est arrivée au premier tour à une bonne position, à 20,5% derrière celle LR de la maire sortante Maryse Joissains-Masini à 30,3%. La gauche n'a eu que 15,9% et les écologistes 9,3%. À Annecy, le maire centriste sortant Jean-Luc Rigaut est en position incertaine, bien qu'en tête à 28,4% du premier tour, talonné par une liste écologiste 27,9% et concurrencé par une autre liste centriste à 21,5% et de gauche à 10,0% (en 2014, Jean-Luc Rigaut avait gagné au bout d'une quadrangulaire avec 45,1%). À Lons-le-Saunier, la liste LREM pourrait gagner l'élection comme à Strasbourg, largement en tête du premier tour avec 36,2% suivi d'une liste de gauche 30,0% et d'une liste centriste 21,0% (en 2014, la droite avait gagné dès le premier tour avec 56,2%).

Enfin, je termine avec la situation à Paris, très compliquée aussi, où la maire socialiste sortante Anne Hidalgo, qui a fait alliance avec les écologistes, a de grandes chances de se maintenir malgré une majorité contre elle, en raison de l’incapacité de la droite et du centre à s’allier : un sondage donnerait en effet 44% d’intentions de vote à la gauche (donc minoritaire), 35% à Rachida Dati (LR) et 18% à Agnès Buzyn (LREM et UDI). Les trois candidates ont débattu ensemble de manière très ennuyeuse pour les téléspectateurs sur BFM-TV le jeudi 25 juin 2020.

Ce petit tour, qui ne respecte pas la géographie du voyageur commercial, montre qu’il y a eu quand même une évolution de fond dans le paysage politique général : FI et le RN ont du mal à s’implanter dans les grandes villes, le RN souvent est éliminé (n’arrivant pas à franchir le seuil de 10%) et FI existe à peine dans de nombreuses villes. La gauche traditionnelle ou la droite et le centre traditionnels parfois existent encore fortement grâce à une personnalité ou une équipe qui ont fait déjà leur preuve, parfois, ils sont laminés. Il y a eu aussi beaucoup de listes dissidentes de droite, du centre ou de gauche, qui rajoutent à la confusion générale.

LREM fait rarement de beaux scores et les écologistes, au contraire, font généralement des scores très honorables, souvent en capacité d’arbitrer (par des alliances ou des reports de voix) et même de diriger des municipalités. Le PS n’aura donc pas beaucoup de mal à assurer sa survie électorale, ayant complètement acté l’alliance avec les écologistes. C’est d’ailleurs, à mon sens, une erreur stratégique des écologistes : ils auraient dû se séparer définitivement des socialistes et se compter jusqu’au second tour s’ils voulaient prouver qu’ils étaient désormais dans la cour des seigneurs et pas des vassaux…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Municipales 2020 (4) : bientôt, la fin d’un suspense.
Municipales 2020 (3) : et le second tour arriva…
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Municipales 2020 (1) : retour vers l’ancien monde ?
Les élections municipales de mars 2014.
Les élections municipales de mars 2008.
Scrutins locaux : ce qui a changé.
Le vote électronique, pour ou contre ?
Les ambitieux.

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25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 03:45

« [Les] propos [de l’ancienne procureure du parquet national financier], qui ont suscité un émoi important, sont interprétés par certains comme révélant d’éventuelles pressions qui auraient pu être exercées sur la justice dans une procédure ouverte à un moment essentiel de notre vie démocratique. Il est donc essentiel de lever tout doute sur l’indépendance et l’impartialité de la justice dans cette affaire. Le Président de la République a demandé au Conseil supérieur de la magistrature d’analyser si le parquet national financier a pu exercer son activité en toute sérénité, sans pression, dans le cadre d’un dialogue normal et habituel avec le parquet général. » (Communiqué de l’Élysée du 19 juin 2020).



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L’ancienne procureure du parquet national financier a fait une déclaration le 10 juin 2020 devant une commission d’enquête parlementaire qui a provoqué une forte polémique. Même si elle a souhaité réduire la portée de ses propos quelques jours plus tard, elle a laissé entendre que le traitement de "l’affaire Fillon" n’avait pas été ordinaire et que le candidat François Fillon a été victime d’un traitement très particulier qui a abouti à sa mise en examen quelques semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2017. Le 29 juin 2020, François Fillon devrait être fixé sur son sort judiciaire.

Certains responsables de LR ont crié à la manipulation politique, certains allant jusqu’à dire qu’on leur a volé l’élection présidentielle. Le 19 juin 2020, afin de calmer les ardeurs, celui que certains considèrent comme le bénéficiaire de tout cela, le Président Emmanuel Macron, a annoncé qu’il saisissait le Conseil supérieur de la magistrature (dont il est constitutionnellement le président) afin de tirer cela au clair. Il a eu raison de réagir aussi rapidement : on peut être bénéficiaire de circonstances qu’on n’a jamais voulues.

On peut s’amuser à refaire le monde. C’est de l’uchronie et ce n’est pas très utile sinon se rassurer. Cela fait penser un peu à Abraracourcix, le chef du village d’Astérix, qui disait souvent que s’il avait voulu, il aurait été sénateur à Rome. Les compères Goscinny et Uderzo (qui a disparu il y a exactement trois mois) ne manquaient pas d’humour appliqué à la sociologie politique française.

Comme j’ai été soutien et électeur de François Fillon au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, on ne pourra pas me soupçonner de vouloir faire du "Fillon bashing", mais il faut aussi savoir être lucide. François Fillon est un drôle d’animal politique. Il n’est pas un homme providentiel, comme ont pu l’être Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, et même Dominique de Villepin, Jean-François Copé et Laurent Wauquiez. Issu d’un parti par essence un tantinet bonapartiste, François Fillon, lui, n’avait rien, dans ses attitudes, de bonapartiste. Au contraire, il était plutôt un parlementariste laborieux. Toute sa force personnelle reposait depuis 2007 sur ses relations excellentes avec les parlementaires de son courant politique. En ce sens, il est plus comparable à Jacques Chaban-Delmas qu’à Georges Pompidou ou Valéry Giscard d’Estaing.

Je ris beaucoup en ce moment de voir à quel point aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon et ses sbires sont les premiers soutiens de François Fillon ! Et j’en connais la raison, la double raison. Il y a dans la motivation un antimacronisme viscéral qui veut réécrire l’histoire en disant qu’Emmanuel Macron a été mal élu, ou que son élection n’était pas légitime, ce qui est évidemment faux. Mauvaise foi d’un ancien candidat qui aurait trouvé légitime d’être élu lui-même avec moins de voix que celui dont il dénonce la légitimité.

L’autre motivation du chef des soi-disant "insoumis", c’est bien sûr de fustiger la justice qui lui a pourri sa vie depuis deux ans. Il suffit de voir comment Jean-Luc Mélenchon ramène une question sur l’affaire Fillon à sa propre affaire, à sa propre perquisition. Ce n’est pas que de l’égocentrisme, c’est aussi une haine de la justice depuis qu’il en est une supposée victime (en 2017, en revanche, le candidat Jean-Luc Mélenchon trouvait tout à fait normal que François Fillon fût mis en examen un mois avant l’élection).

Nous verrons le jugement que rendra la justice le 29 juin 2020 (à moins qu’on ne rouvre le procès, comme l’ont réclamé les avocats de la défense), mais je doute que l’affaire s’arrêtera là, il y aura sûrement appel d’une manière ou d’une autre. Dans tous les cas, ce qu’on reproche à François Fillon a été le fait de très nombreux parlementaires depuis une cinquantaine d’années : embaucher un ou des membres de leur famille pour être leurs collaborateurs.

C’est désormais interdit depuis 2017, mais même le Ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux, en arrivant place Beauvau, avait pour collaborateur parlementaire encore un membre de sa famille, et s’il a dû quitter le gouvernement après cette découverte, je n’ai pas connaissance qu’une affaire judiciaire soit en cours le concernant. Une justice à plusieurs vitesses donc.

Or, ce qu’on reproche à François Fillon, ce n’est évidemment pas d’avoir recruté son épouse ou ses enfants, car ce n’était pas interdit, même si moralement cela pouvait prêter à soupçon. Ce qui l’a encouragé à en finir avec ce type de collaboration dès 2013 (bien plus tôt que Bruno Le Roux, donc). On lui reproche que son épouse aurait été rémunérée (grassement) sans avoir accompli le travail associé, bref, ce qu’on lui reproche, c’est un emploi fictif qui, par voie de conséquence, aurait enrichi le couple Fillon de manière indue.

Le vrai problème de fond dans cette affaire, c’est que les parlementaires sont libres d’utiliser leurs ressources comme bon il leur semble. Refuser ce principe est remettre en cause l’indépendance des parlementaires. Si la justice, et pourquoi pas, le gouvernement venaient à surveiller les activités personnelles des parlementaires et de leurs collaborateurs, il n’y aurait plus de fonction de contrôle, indispensable à une démocratie équilibrée. C’est pourquoi une condamnation changerait la nature du régime politique.

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Ce qu’on reproche à la justice, c’est de s’être fait François Fillon, alors qu’il a utilisé toutes les possibilités légales, d’une part, et qu’il était le candidat favori, d’autre part, à une élection présidentielle, l’échéance fondamentale qui dessine le paysage politique pendant cinq ou dix ans.

Il y a cependant une erreur d’interprétation. Le traitement très particulier de l’affaire Fillon par la justice a-t-il eu un rôle dans l’échec de François Fillon à l’élection présidentielle ? À mon sens, non, pour deux raisons. Si elles n’avaient pas été là, peut-être que la mise en examen, qui n’a été qu’un achèvement, aurait été cruciale, mais cela n’a pas été le cas en 2017.

D’une part, le favori de l’élection, auréolé par sa désignation triomphale à la primaire LR de novembre 2016, commençait à dévisser dans les sondages dès le début de janvier 2017, avant l’éclatement de l’affaire. En effet, candidat que les médias avaient négligé pendant six mois (à tort), François Fillon était porteur d’un programme politique désormais passé au crible des médias. Or, sa politique de restriction budgétaire, notamment pour la sécurité sociale et pour la fonction publique (suppression de 500 000 postes !), commençait à devenir un véritable boulet de campagne et sa capacité à justifier ces mesures restait encore à prouver. Son manque de charisme n’était pas forcément un handicap puisque sa force devant les électeurs était sa probité, son honnêteté, son intégrité.

Je commençais d’ailleurs à m’inquiéter de la mollesse de son début de campagne, en janvier 2017, comme s’il se croyait déjà élu, une erreur qui coûta l’Élysée à Édouard Balladur. Si j’avais choisi François Fillon, ce n’était pas forcément pour son programme économique qui me paraissait trop ultra, et je comptais sur son écoute, celle-ci déjà éprouvée, des parlementaires de sa future majorité pour tempérer ses ardeurs réformatrices, mais il avait réussi, avec ses discours pour la plupart excellents (j’ai eu une petite idée de la plume), à faire la synthèse avec deux France, à rassembler le réalisme économique et européen et le sens de l’État, de l’histoire, de la souveraineté nationale.

Élu Président, François Fillon aurait sans doute été un adversaire redoutable pour la famille Le Pen, car il naviguait sur tout le territoire de la droite, de son extrême parfois dite catholique (c’est un oxymore de mettre catholique, qui veut dire universel, avec extrême, il n’y a que le rassemblement qui peut être catholique, mais c’est pourtant une force politique, née du débat public sur le mariage pour tous), jusqu’aux terres centristes, sociales et démocrates, pour la construction européenne et la décentralisation, telle qu’on peut le concevoir dans sa région Pays-de-la-Loire et Bretagne. Pour corser le tout, ne l’a-t-on pas appelé le candidat de Moscou, en raison d’une russophilie qui est certaine ?

D’autre part, même sans le boulet du programme économique, même sans l’immixtion de la justice pendant la campagne, François Fillon a très mal réagi après les révélations du "Canard enchaîné". Piqué au vif, noyé dans une pudeur conjugale, le seul vrai premier message après l’éclatement de cette affaire, ce fut une déclaration d’amour à sa femme en plein meeting. Tout le monde s’en moquait, si ce n’était qu’il était bien content que cet amour fût là (c’est toujours triste une séparation), mais surtout, c’était complètement hors sujet ! Sans compter ses maladresses en affirmant qu’il renoncerait à sa candidature en cas de mise en examen et qu’il voulait que la justice allât vite (ce qu’elle fit !).

La réponse devait être politique et personnelle. Au lieu de cela, aucun conseiller n’a pu discuter avec lui, il s’est renfermé dans une sorte de rumination solitaire, et pire, le seul angle d’attaque, c’était de dire qu’il y avait un complot contre lui, et en disant cela, il se victimisait et prenait acte qu’il ne serait jamais Président de la République (un Président ne pleurniche pas, il regarde l’avenir et propose un rêve, il va de l’avant).

Au-delà de l’emploi douteux de son épouse, c’était bien sur le plan de la morale que François Fillon a dégringolé dans l’esprit d’une partie de son propre électorat (il a perdu environ 5% qui ont dû se partager à sa droite et à sa gauche). En effet, le piège des costumes offerts dans lequel il est tombé après l’éclatement de l’affaire est invraisemblable, un romancier n’aurait jamais osé l’imaginer ! Au lieu de la prudence pendant les quatre mois de campagne, il est retombé dans un travers méconnu mais désormais public, qui n’est pas illégal mais détestable : la vénalité ! L’image d’un rond-de-cuir, autoproclamé père la vertu, qui amasse tout ce qu’il pouvait amasser a eu un effet beaucoup plus désastreux dans les consciences que les éventuelles manœuvres judiciaires.

Et puis, incidemment, n’était-ce pas un test grandeur nature en cas de crise ? Comment aurait réagi François Fillon si Vladimir Poutine ou Donald Trump l’avaient provoqué ? Aurait-il su garder sa raison et réagir froidement et efficacement ? Je le croyais avant l’affaire, je n’en suis plus sûr après, mais j’avais trop de doute sur la capacité d’Emmanuel Macron à incarner la fonction présidentielle que je n’ai pas changé mon choix. Du reste, sur ce sujet, Emmanuel Macron, critiqué pour son aspect supposé autoritaire, est entré dans la fonction excellemment dès le premier jour, mieux que tous ses prédécesseurs après De Gaulle.

Revenons cependant au traitement judiciaire hyperrapide, à cette enquête préliminaire ultracourte et à cette instruction judiciaire ultraefficace avec désignation d’un juge qui était connu pour mettre en difficulté les politiques. Comme je viens de l’expliquer, François Fillon n’avait pas besoin de cela pour sombrer dans l’échec, son élection n’a jamais été acquise. Et il n’est pas la seule victime d’une "affaire" en pleine campagne présidentielle. C’est même plutôt la tradition en France, tradition regrettable mais réelle ; les enjeux politiques sont si importants…

Ainsi, en 1974, Jacques Chaban-Delmas a été dégommé sur ses impôts (il bénéficiait de l’avoir fiscal, tout à fait légalement). En 1981, Valéry Giscard d’Estaing, pourtant favori, a sombré avec les diamants de Bokassa, une affaire qui n’en aurait jamais été une s’il avait daigné se défendre (son orgueil l’a perdu, exactement comme François Fillon !). En 1988, l’affaire Gordji a aussi mis en difficulté Jacques Chirac même si ce n’était pas vraiment la cause de son échec. En 1995, une multitude d’affaires ont noyé le candidat Édouard Balladur (notamment en attaquant ses proches, comme Charles Pasqua), et juste après l’élection, ce furent des chiraquiens qui étaient plongés dans des affaires (les histoires d’appartements parisiens pour Alain Juppé et Jean Tiberi). Il est vrai que depuis 2011, les affaires sont maintenant rudement plus redoutables : ce sont les candidats favoris qui sont visés, par leurs propres frasques (Dominique Strauss-Kahn, François Fillon).

François Fillon s’est ridiculisé en dénonçant un "cabinet noir" à l’Élysée qui lui aurait nui. Concrètement, je ne vois toujours pas l’intérêt qu’aurait eu François Hollande à vouloir s’immiscer dans l’élection présidentielle, car il n’était pas lui-même candidat et personne ne lui convenait : ni Benoît Hamon, le candidat officiel du PS, encore moins Jean-Luc Mélenchon, évidemment, pas plus Emmanuel Macron qu’il n’avait aucune raison d’aider alors que la candidature de ce dernier avait précipité sa propre non-candidature.

On pourrait juste faire l’hypothèse que ce n’est pas le pouvoir politique qui aurait cherché à manipuler les juges, mais pour une fois, l’inverse, des juges qui auraient voulu attaquer la classe politique. L’étiquette politique de François Fillon n’aurait dans cette hypothèse aucune importance. C’est presque la thèse de Jean-Luc Mélenchon, car lui va plus loin en disant : tout candidat qui aurait pu barrer la route à Emmanuel Macron aurait été empêché comme François Fillon. Je n’y crois pas pour la simple raison que personne ne croyait qu’Emmanuel Macron aurait pu étre élu, et donc, personne n’aurait cherché à empêcher sa non-élection car elle était prévue.

L’hypothèse d’une sorte de vengeance corporatiste des juges contre les responsables politiques pourrait être crédible. S’il n’y a pas eu manipulation, il y a eu en tout cas incompétence. Le Ministre de la  Justice de l’époque, Jean-Jacques Urvoas, lui-même rattrapé par la justice quelques mois plus tard, aurait dû faire en sorte que la justice n’intervienne pas de manière directe dans le bon déroulement d’une campagne présidentielle.

On pourra toujours dire, et sur le fond, on aura raison, que c’était mieux que les électeurs fussent informés des éventuelles infractions d’un candidat, mais le problème, c’est que la culpabilité n’est reconnue qu’une fois la condamnation définitive prononcée. La présomption d’innocence, dans les faits, n’existe pas lorsqu’il y a une mise en examen. On pourrait d’ailleurs imaginer une certaine immunité des candidats à l’élection présidentielle pendant le temps de la campagne. Pour éviter toute interférence, au même titre que le Parlement arrête ses travaux pendant la campagne.

De plus, il peut y avoir une injustice de fond, comme pour François de Rugy, mais dès lors que le soupçon entache une personnalité, comment celle-ci pourrait s’en débarrasser si jamais elle était quand même élue ? La politique, c’est aussi une affaire de circonstance. Il y a de la préparation, du travail, de la compétence, mais il y a aussi une part de chance ou de malchance : la bonne personne au bon moment. Les plats repassent rarement plusieurs fois (François Bayrou n’a eu sa chance qu’en 2007, et pas en 2012, idem Ségolène Royal). Emmanuel Macron a eu simplement de la chance, mais cela ne remet pas en cause la légitimité de son élection, choisi en conscience le 7 mai 2017 par plus de 20,7 millions de Français contre 10,6 millions à Marine Le Pen (pour donner une comparaison, De Gaulle a été réélu le 19 décembre 1965 par près de 13,1 millions de Français contre 10,6 millions à François Mitterrand).

Et cette expérience a aussi montré qu’il ne fallait pas rompre tout lien entre le gouvernement et le parquet. Si le parquet était en roue libre, où serait la démocratie, qui est représentée ici par le gouvernement démocratiquement soutenu ? J’en reviens à la proposition de Raymond Barre en 1988, celle de faire élire un Ministre de la Justice réellement indépendant, élu par les députés pour la durée de la législature, indéboulonnable et autorisé à donner des consignes au parquet.

Le plus curieux, dans cette affaire, c’est que de tous les candidats à la candidature LR, sans doute François Fillon est celui qui a su le plus facilement tourner la page de son échec. Il s’est retiré de la vie politique et a des responsabilités dans un fonds d’investissement. Alain Juppé, le favori initial de 2017, rage toujours d’avoir chuté à la primaire LR et s’est casé comme sage au Conseil Constitutionnel, gelant définitivement son avenir. Quant à Nicolas Sarkozy, il est retiré de la vie politique, mais il bouillonne encore d’envie de faire un retour, et il conseille beaucoup son dernier successeur.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
A-t-on volé l’élection de François Fillon ?
François Fillon, victime de la morale ?
Une affaire Fillon avant l’heure.
François Fillon, artisan de la victoire du Président Macron.
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Matignon en mai et juin 2017.
François Fillon et son courage.
Premier tour de l'élection présidentielle du 23 avril 2017.
Macron ou Fillon pour redresser la France ?
François Fillon, le seul candidat de l’alternance et du redressement.
Programme 2017 de François Fillon (à télécharger).
La Ve République.
L’autorité et la liberté.
Un Président exemplaire, c’est…
Interview de François Fillon dans le journal "Le Figaro" le 20 avril 2017 (texte intégral).
Interview de François Fillon dans le journal "Le Parisien" le 19 avril 2017 (texte intégral).
Discours de François Fillon le 15 avril 2017 au Puy-en-Velay (texte intégral).
Discours de François Fillon le 14 avril 2017 à Montpellier (texte intégral).
Discours de François Fillon le 13 avril 2017 à Toulouse (texte intégral).
Tribune de François Fillon le 13 avril 2017 dans "Les Échos" (texte intégral).
Discours de François Fillon le 12 avril 2017 à Lyon (texte intégral).

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4 juin 2020 4 04 /06 /juin /2020 03:34

« Il appartient donc désormais au gouvernement de prendre et d’assumer seul sa décision. La question est complexe, la réponse suscitera des désaccords, mais la clef pour le gouvernement réside dans la cohérence de ses décisions. (…) Après avoir pesé le pour et le contre, nous pensons que la vie démocratique, elle aussi, doit reprendre tous ses droits. » (Édouard Philippe, le 22 mai 2020).


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Les listes susceptibles d’être présentes, seules ou en fusion avec d’autres, au second tour des élections municipales avaient jusqu’à ce mardi 2 juin 2020 à 18 heures pour se déclarer dans les préfectures.

À l’issue du premier tour, le dimanche 15 mars 2020, ce n’était pas une soirée électorale habituelle après le dépouillement. Les chaînes de télévision, généralement, multipliaient leurs reportages sur telle ou telle ville. Trente-quatre mille résultats. De quoi tenir jusqu’à la fin de la nuit, avec des résultats de grandes villes qui tardaient souvent à venir. Mais là, pas de municipales, toute l’information était focalisée sur les rumeurs du futur confinement. Le coronavirus avait détrôné l’urne. Exit le second tour du 22 mars 2020… C’est la loi du 23 mars 2020 qui a reporté le scrutin du 22 mars 2020. Rétroactivement. Par nécessité.

Décidément, les élections municipales sont une variable d’ajustement des calendriers. Ce n’est pas la première fois qu’elles ont été reportées : en 1995, de mars, elles sont passées à juin 1995 pour éviter le télescopage avec l’élection présidentielle (sans législatives programmées, à l’époque), mais en 2007, de mars, elles sont carrément passées à mars 2008, prolongeant d’un an le mandat de six ans des élus municipaux, pour cause de printemps électoral.

À la différence des deux reports évoqués, celui de 2020 n’était pas prévu. Soyons clairs : le gouvernement était dans un enfer décisionnel lorsque, le 12 mars 2020, il devait confirmer ou infirmer la date du premier tour des élections municipales du 15 mars 2020 : comment annuler juridiquement et politiquement un scrutin à la fin d’une campagne électorale pour raison sanitaire ?

Beaucoup ont reproché au Premier Ministre Édouard Philippe de l’avoir maintenu, mais il n’avait pas beaucoup d’autres choix. Il ne pouvait pas juridiquement annuler le scrutin, sauf à le reporter d’une ou de deux semaines, ce qui aurait été insuffisant avec la pandémie, ou alors, nous entrions dans une dictature, sans État de droit.

Ceux qui lui reprochent d’avoir maintenu le premier tour sont de deux types. Il y a d’abord les opposants politiques, et franchement, cela ne fait pas honneur à la classe politique d’émettre une telle critique puisque justement, le pouvoir avait consulté tous les partis politiques et très majoritairement, tous s’étaient prononcés pour le maintien du scrutin, en particulier LR, majoritaire parmi les maires de France.

Il y a ensuite des électeurs ou des assesseurs qui affirment que les conditions de sécurité n’étaient pas respectées et qu’il y a eu des contaminations à cause du scrutin (il n’y a pas eu de statistiques à ma connaissance, mais plusieurs maires sont hélas morts du covid-19). À ceux-là, je répondrais qu’il est quasiment impossible de déterminer l’origine d’une contamination, quand l’épidémie s’est autant propagée. C’est possible lorsqu’il n’y a que quelques dizaines de cas, mais le 15 mars 2020, la France était en plein dedans, comme on dirait.

Évidemment, comme tout le reste, des failles humaines (un geste oublié) ou organisationnelles (qui sont aussi du ressort humain) sont toujours possibles et ont probablement eu lieu (la perfection n’est pas de ce monde). Pour avoir été, durant ce scrutin, à la fois électeur, assesseur et superviseur du dépouillement de mon bureau de vote, je dois au contraire reconnaître que le personnel de ma mairie était quasi-parfait et que tout était sécurisé. Tout pour le public, tout sauf lorsque l’équipe gagnante a voulu fêter sa victoire avec du champagne (là, les distances de sécurité n’étaient pas respectées). Lorsque je suis allé voter, j’ai attendu un peu après l’isoloir pour atteindre l’urne, et ma voisine de devant, à un mètre de moi, me confiait que c’était beaucoup plus sûr que dans le métro, qu’elle prenait tous les jours de la semaine.

Le 22 mai 2020, Édouard Philippe s’est défendu avec le même genre d’argument : « Décision parfois contestée, mais décision assumée. J’assume d’avoir considéré qu’un bureau de vote était un lieu indispensable à la vie du pays. J’assume d’avoir considéré, comme le conseil scientifique, et au vu des conditions d’organisation des bureaux de vote qui avaient été mises en place, qu’il n’y avait ce jour-là pas plus de risques à aller voter qu’à aller, par exemple, faire ses courses. J’assume surtout cette décision parce que, dans aucune démocratie, on ne peut décider, en dehors de tout cadre légal, d’annuler un scrutin la veille du jour où il doit se tenir. ».

Ajoutons à cela les milliers de candidats qui ont mené campagne pendant plusieurs semaines voire mois, pour certains épuisés, qui voulaient au moins conclure par le vote, car tout report aurait rendu nécessaire une nouvelle campagne avec probablement de nouveaux thèmes, et peut-être de nouvelles listes, tant la pandémie a chamboulé notre vision de l’avenir.

Finalement, 30 143 communes ont choisi leurs conseillers municipaux dès le premier tour. Soit une grande majorité des communes, puisqu’il ne reste plus que 5 000 communes, parmi les plus grandes, qui ont besoin d’un second tour. La crise sanitaire a cependant empêché l’installation des nouveaux conseils municipaux, prolongeant ainsi le mandat des équipes municipales sortantes de quelques semaines pour agir pendant le confinement. Les nouveaux conseils municipaux ont été installés entre le 23 et le 28 mai 2020, soit avec un retard de deux mois et demi (normalement, l’installation aurait dû se faire entre le 19 et le 22 mars 2020).

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Certes, il y a eu une forte abstention, ce qu’on pourrait appeler une "abstention coronavirus" car l’épidémie a découragé beaucoup d’électeurs de venir voter, de peur d’être contaminés (en particulier chez les personnes âgées ou fragiles). Il y a eu effectivement, le 15 mars 2020, 55,4% d’abstention, à comparer aux 37,9% du premier tour des précédentes élections municipales du 23 mars 2014. C’est donc beaucoup et personne ne le niera, mais il faut quand même regarder le verre à moitié plein : plus de 20,5 millions de Français ont eu le courage d’aller voter malgré l’épidémie (et les discours alarmistes) : « Chacun se souvient des conditions exceptionnelles dans lesquelles s’est déroulé ce premier tour. Ces conditions, ce sont celles d’une vague épidémique d’une rare brutalité qui avaient conduit le gouvernement à prendre des mesures soudaines pour limiter la vie sociale dans les jours qui ont immédiatement précédé ce 15 mars. ».

Dans sa conférence de presse du 22 mai 2020, Édouard Philippe a annoncé que le second tour aurait lieu le dimanche 28 juin 2020, tout en laissant une petite incertitude en cas de reprise de l’épidémie (ce qui n’est pas le cas à ce jour). Le 20 mai 2020, il avait consulté les différents partis politiques et avait annoncé qu’il voulait un vote au Parlement. Les partis ont refusé le vote en disant que c’était de la responsabilité du gouvernement : c’est facile de vouloir critiquer le gouvernement et de refuser de prendre ses responsabilités et d’assumer aussi la part des parlementaires. Édouard Philippe leur avait proposé une cogestion du calendrier électoral des municipales, ce qui n’était pas aberrant dans l’état de crise dans laquelle le pays est plongé.

Par ailleurs, Édouard Philippe avait laissé un choix qui n’en était pas vraiment. Il proposait soit la fin du mois de juin 2020, c’est-à-dire le plus loin possible avant la pause estivale, soit …en janvier 2021 (des responsables du RN voulaient même en mars 2021, en même temps que les élections régionales et départementales). Pourquoi pas en octobre 2020 ? Parce que la campagne des municipales impose traditionnellement une pause des travaux parlementaires, or le Parlement est très occupé en automne avec la discussion des lois de finances. De toute façon, le gros inconvénient de reporter après l’été 2020 le second tour des élections municipales, c’était de rendre difficile la tenue des élections sénatoriales de septembre 2020, car les élus municipaux sont les plus gros bataillons des grands électeurs sénatoriaux. Et puis, si jamais l’épidémie reprenait en automne, la situation serait alors extrêmement compliquée.

Quand, ce 22 mai 2020, Édouard Philippe a annoncé la date du 28 juin 2020, beaucoup l’ont contestée en disant que c’était trop tôt et trop risqué. Mais on ne peut accepter de tout rouvrir, y compris les bars et les restaurants, et même les cinémas, et refuser de rouvrir les bureaux de vote. Et pourquoi exclure du déconfinement les bureaux de vote ?

D’ailleurs, deux semaines plus tard, plus personne ne conteste cette date. Certains ont même critiqué la date en voulant l’avancer d’une semaine, au 21 juin 2020, considérant que le 28 juin serait le premier week-end des départs en vacances (ce qui est inexact puisque les vacances scolaires ne commencent que le week-end suivant).

L’enjeu économique est aussi important que l’enjeu démocratique : ce sont les communes et les intercommunalités qui lancent la plupart des projets de travaux publics, l’arrêt des investissements publics depuis deux mois et demi a plombé une partie de l’économie nationale et il faut donc redémarrer les chantiers au plus vite.

16 millions d’électeurs sont donc convoqués à participer à ce second tour, pour achever le processus électoral de près de 5 000 communes et compléter les 1 100 structures d’intercommunalité qui n’étaient pas encore entièrement renouvelées.

Au lieu d’être de courte durée (trois jours), la campagne du second tour a donc plus de trois semaines (vingt-quatre jours). Les conditions sanitaires des opérations de vote seront plus strictes que le 15 mars puisque les assesseurs devront porter un masque chirurgical et les électeurs un masque éventuellement alternatif (cela sera "coton" pour vérifier l’identité de l’électeur avec la photo de la carte d’identité).

C’est la campagne électorale qui va être plus difficile. Il est vain d’imaginer des meetings en vidéoconférence, car seuls les militants convaincus regarderont ces meetings sur Internet. L’intérêt d’une campagne, c’est de s’ouvrir à ceux que les candidats ne voient jamais, pour mieux les connaître, mieux les comprendre. Faire une campagne uniquement sur Internet, c’est la replier sur le déjà vu, déjà connu. Tous ceux qui ont fait campagne le savent bien, d’ailleurs, car il y a toujours une composante Internet dans une campagne, mais elle a une faible influence, elle a surtout pour fonction de convaincre (et rassurer) les convaincus et de polémiquer avec des militants opposants convaincus. Certes, les réunions électorales ne sont guère plus fournis que les clics sur Internet, mais la campagne, c’est surtout aller au devant de la population, les croiser dans les marchés, dans les commerces, dans les cafés, etc. Un peu dur avec la distanciation physique et le masque, et surtout, oui car ce sont des gestes essentiels en campagne, avec l’absence de poignée de main et de bise.

Le risque d’une forte abstention est évidemment toujours aussi élevé, mais que faire d’autre ? Supprimer les élections ? Le maire de Pau et président du Modem, François Bayrou aurait voulu profiter de cette crise exceptionnelle pour promouvoir le vote électronique. Je dis surtout : attention, le vote électronique anéantira le reste de confiance qu’il reste dans la démocratie, dès lors que n’importe quel citoyen, même des "nuls" en informatique, en algorithme, ne pourra plus vérifier de lui-même, personnellement, de ses yeux, que les opérations de vote ont bien eu lieu de manière totalement sincère, libre, secrète et honnête. De son côté, le maire de Nancy et président du Mouvement radical, Laurent Hénart est favorable à assouplir les règles du vote par correspondance et permettre à tous les électeurs de le faire, ce qui réduirait l’abstention.

Il faut bien sûr réfléchir à l’hypothèse d’une nouvelle crise comme celle-ci, aussi soudaine, et peut-être pas seulement une pandémie, cela pourrait très bien être une contamination radioactive, même si celle-ci ne devrait a priori pas s’étendre sur tout le territoire, en tout cas, imaginer une situation exceptionnelle où le bon déroulement d’un scrutin serait remis en cause, et alors, que faire ? J’évoque cette possibilité car si, au lieu des élections municipales, nous avions eu une élection présidentielle, l’enjeu aurait été d’autant plus grave pour la démocratie (c’est du reste la situation des États-Unis le 3 novembre 2020). Anticiper, préparer le pire des scénarios, c’est ce à quoi devront s’atteler les gouvernements de l’après-coronavirus.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Municipales 2020 (3) : et le second tour arriva…
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Municipales 2020 (1) : retour vers l’ancien monde ?
Les élections municipales de mars 2014.
Les élections municipales de mars 2008.
Scrutins locaux : ce qui a changé.
Le vote électronique, pour ou contre ?
Les ambitieux.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200522-municipales-2020c.html

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12 mai 2020 2 12 /05 /mai /2020 03:02

« Je suis fasciné de découvrir que nous avons autant d’experts pour (…) répondre sur toutes nos chaînes : les grands experts, très assurés ; les petits experts, qui manquent d’expérience sur Zoom et dont on ne voit que le nez, le menton et les lunettes en gros plan ; les soi-disant experts, qui répètent ce qu’ils ont entendu une heure avant sur une autre chaîne ou à la radio ; et, enfin, les faux experts qui lancent des craques en espérant faire le buzz. À force de tous les regarder, j’ai découvert un théorème, que je vous propose : plus il y a d’experts, moins on comprend. » (Claude Malhuret, le 4 mai 2020 au Sénat).


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Cette petite pique provient du sénateur centriste Claude Malhuret qui a fait un petit discours particulièrement incisif (qu’on peut lire intégralement ici) le lundi 4 mai 2020 au Sénat en réponse à l’intervention du Premier Ministre Édouard Philippe qui présentait le plan du gouvernement pour préparer le déconfinement.

Claude Malhuret (70 ans) s’exprimait comme président du groupe "Les Indépendants, République et Territoires", groupe sénatorial qu’il a fondé le 2 octobre 2017 après les élections sénatoriales, composé de quatorze membres issus de divers partis, LR, Agir, UDI et Mouvement radical et dont la profession de foi précise ceci : « Le Sénat est concerné au premier chef par l’inévitable recomposition. La famille libérale, sociale et européenne doit en prendre l’initiative plutôt que de la subir. L’affirmation de son identité et de ses idées passe par la création d’un groupe autonome, seule façon de peser dans une assemblée parlementaire. S’inscrivant dans la majorité sénatoriale, ce groupe travaillera de façon libre et indépendante, refusant toute opposition systématique comme tout suivisme. ». On pourrait s’interroger sur la différence avec le groupe Union centriste, mais on peut résumer la motivation de ce nouveau groupe par l’élection du nouveau Président Emmanuel Macron et le soutien de certains membres de LR. En quelque sorte, ce groupe fait partie du classique centre droit parlementaire des anciennes majorités mais est aussi macron-compatible.

"On connaît" assez bien Claude Malhuret dont la (déjà longue) carrière politique et parlementaire a été aussi discrète que ses débuts furent très médiatiques. Oui, il faut rajouter les longues moustaches pour se ressouvenir qu’il fut l’un des médecins fondateurs de Médecins Sans Frontières (MSF), président de MSF de 1978 à 1986 (en opposition avec Bernard Kouchner), fils d’un dermatologue et d’une pharmacienne, lui-même médecin épidémiologiste (expert à l’OMS) et "en même temps" (ce qui montre aussi une "grosse tête"), avocat (par des études de droit, pas en tant que parlementaire comme c’est possible depuis une dizaine d’années). Comme médecin humanitaire, il fut très présent à l’étranger, au Maroc, en Inde, au Cambdoge, etc.

Proche d’Alain Madelin (UDF-PR) dans son combat contre les régimes totalitaires (avec des personnalités comme Jean-François Revel et Alain Besançon), Claude Malhuret fut nommé (à l’âge de 36 ans) Secrétaire d’État chargé des Droits de l’homme dans le gouvernement de cohabitation dirigé par Jacques Chirac, du 20 mars 1986 au 10 mai 1988. Ce fut une innovation puisque ce ministère n’avait encore jamais existé, et ce ne fut pas un ministère permanent, on peut se rappeler que Rama Yade fut également nommée à ce poste par le Président Nicolas Sarkozy dans le deuxième gouvernement de François Fillon.

Après son expérience gouvernementale, piqué par le virus de la politique, Claude Malhuret a poursuivi une carrière politique très "classique". Il fut élu maire de Vichy, ville où il a vécu enfant, du 20 mars 1989 au 5 octobre 2017 (il a démissionné en raison de la loi sur les cumuls). Pendant une longue période (notamment aux élections municipales de mars 2001 et de mars 2008), il a eu à Vichy un opposant pas très apprécié par les électeurs, qui était parti sous la vague étiquette des radicaux de gauche, un avocat pourtant très connu, un certain… Gilbert Collard, député FN du Gard de juin 2012 à juin 2019 et député européen RN à partir de mai 2019.

UDF-PR, puis DL (Démocratie libérale), puis, à partir de 2002, UMP et LR (patron de la fédération départementale de LR dans l’Allier), il a quitté LR pour Agir après l’élection d’Emmanuel Macron (il avait soutenu Alain Juppé à la primaire LR de 2016). Dans la foulée de sa première élection à la mairie de Vichy, il fut élu député européen de juin 1989 à avril 1993 (sur la liste menée par Valéry Giscard d’Estaing), puis fut élu député de l’Allier de mars 1993 à juin 1997 (il fut battu en 1997 par un candidat radical de gauche), il fut élu conseiller régional d’Auvergne de mars 2004 à octobre 2014, et enfin, il fut élu sénateur de l’Allier le 28 septembre 2014, poste qui l’a ramené dans l’arène politique nationale (entre 1997 et 2014, il n’avait donc aucun mandat national).

Parallèlement, il a continué à s’intéresser aux affaires sanitaires puisqu’il fut en 1999 le cofondateur du portail médical Doctossimo, qui fut grande réussite (et qui a survécu à l’éclatement de la bulle Internet), site revendu au groupe Lagardère en 2008. Il fut également responsable de l’éthique dans le groupe Korian (gestion d’EHPAD) entre 2006 et 2014.

On comprend alors son ironie lorsqu’il parlait des expertises médicales à propos de la pandémie du covid-19, lui-même ayant quelques compétences en la matière puisque connaissant très bien l’épidémiologie dont c’est le métier d’origine.

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Son intervention du 4 mai 2020 au Sénat n’avait pas un grand intérêt législatif, mais visait surtout à se soulager face à tout ce qu’on peut lire et écouter dans la presse, les médias et surtout, sur Internet et les réseaux sociaux. Elle résumait de manière très synthétique tous les travers de ses contemporains, avec une belle dose d’humour (et même d’autodérision), et fut à ce titre très appréciée de la classe politique non extrémiste.

Claude Malhuret a ainsi décrit la discussion parlementaire à l’Assemblée Nationale (l’autre assemblée) à la suite du discours d’Édouard Philippe le mardi 28 avril 2020 : « Il y a là-bas des virtuoses du coronavirus. Ils vous ont expliqué ce qu’il fallait faire hier et ce qu’il n’aurait pas fallu faire, ce qu’il faut faire aujourd’hui et ce qu’il faudra faire demain. Je revois encore le professeur Mélenchon, de la faculté de médecine de La Havane, pointer sur vous [il s’adressait à Édouard Philippe] un doigt vengeur et vous lancer d’une voix de stentor : "Il y aura un deuxième pic de l’épidémie, et vous le savez !". Impressionnant ! J’étais au bord du retweet ! Devant tant de recommandations, je n’ose pas vous proposer les miennes, moi qui ne suis qu’un simple médecin épidémiologiste. ».

Résultat, l’ancien ministre s’est borné à réfuter quelques idées fausses et inepties qu’il a entendues ici et là.

Première idée fausse, le coupable de cette crise sanitaire serait le libéralisme : « La plus absurde [de ces idées fausses], c’est que le libéralisme est la cause de la pandémie. Dans ce pays, où beaucoup préfèrent Robespierre à Tocqueville, où l’on préférera toujours se tromper avec Sartre qu’avoir raison avec Aron, c’est toujours le libéralisme qui porte le chapeau. ».

Un simple rappel historique : « Même les plus ignares des antimondialistes, des populistes et des complotistes devraient savoir, puisque même Google le dit, que Périclès, mort de la peste en 429 avant Jésus-Christ, ou Saint-Louis, mort du même mal en 1270, n’avaient jamais ne serait-ce qu’entendu les mots de capitalisme ou de libéralisme. Le covid-19 n’est pas une maladie de la mondialisation ; c’est une maladie tout court. (…) Il fallait trouver le responsable du complot. Au Moyen-Âge, c’étaient la colère divine, les sorcières ou les Juifs. Aujourd’hui, c’est la mondialisation. ».

La mondialisation, c’est au contraire une chance, car elle pourra accélérer la découverte d’un traitement et d’un vaccin : « La vérité est l’exact contraire. La grande nouveauté, c’est que c’est la science qui est aujourd’hui mondialisée. Jamais dans l’histoire, on n’a donné une réponse aussi rapide à une nouvelle maladie : le génome du virus séquencé en une semaine, les premiers tests produits un mois plus tard, les essais cliniques de traitements et de vaccins déjà par centaines. À ceux qui s’impatientent, il faut rappeler que les épidémies d’avant faisaient cent fois plus de morts, qu’il a fallu des milliers d’années avant que Pasteur, en 1885, ne découvre le vaccin contre la rage et que Yersin n’isole le bacille de la peste, et que c’est grâce à la démocratie libérale et à ses progrès scientifiques qu’elles ont été vaincues comme celle-ci le sera demain. ».

Deuxième idée fausse, également fustigée par Michel Houellebecq : « Deuxième idée qui traîne, celle des prophètes, qui nous expliquent que, demain, rien ne sera comme avant. Mais dès qu’on les écoute, on s’aperçoit que leur monde futur est celui qu’ils prêchaient avant : l’avenir radieux avec les lunettes du passé. Ils annoncent des révolutions, mais on s’aperçoit qu’ils profitent de la crise pour recycler des idéologies archidécédées : mort du capitalisme, haine de la technique, décroissance, éloge du populisme, retour des frontières, nationalisme. Ils courent les télévisions pour annoncer l’avènement d’un monde nouveau, mais leur besace ne contient que la poussière du prêt-à-penser qu’ils ressassent depuis des décennies. ».

La réponse à cette idée faisandée : « La réalité, c’est que personne n’a jamais vu demain. C’est à nous de préparer l’avenir, et il sera sans doute différent. Mais ce qui est certain, c’est qu’il ne ressemblera sûrement pas à un remake des thèses de Karl Marx, de Maurras ou de Malthus. ». Heureusement !

Troisième et dernière idée fausse, sur l’efficacité des dictatures pour vaincre le coronavirus : « Troisième ineptie : les régimes autoritaires seraient les grands gagnants de cette pandémie, car les plus efficaces. C’est le contraire qui est vrai. La cause de la maladie est le virus. La cause du drame est le régime chinois, qui a caché la vérité pendant un mois. C’est pour cela qu’il y a aujourd’hui 25 000 morts en France et des centaines de milliers dans le monde. Les seuls pays qui s’en sont bien sortis sont les quatre démocraties asiatiques : Taiwan, Hong Kong, Singapour et la Corée du Sud, qui bénéficiaient d’expériences antérieures. J’espère que personne ne va me dire : "Et la Chine ?". La Chine qui annonce 4 500 morts sans avoir jamais expliqué à quoi servaient les 50 000 urnes funéraires livrées en urgence, de nuit, dans la seule ville de Wuhan. La Chine dont on ne connaîtra le nombre de morts qu’un jour lointain, comme on n’a connu les 40 millions de morts du Grand Bond en avant que trente ans plus tard, à la mort de Mao. ».

Les démocraties "populistes" : « Quant aux populistes en "Occident" ? Trump, qui restera comme le Président du Make the virus great again, Bolsonaro, qui laisse s’infecter sans protection les habitants de ses bidonvilles, et Johnson, sauvé de peu de ses propres théories sur l’immunité et dont le pays détient désormais la palme européenne des victimes. ».

L’exemple de l’Allemagne : « Je préfère l’exemple de l’Allemagne démocratique. C’est bien sûr un peu irritant, ces Allemands qui savent toujours où sont rangées les affaires. Mais attention : d’abord, l’Allemagne nous suit de dix jours dans l’épidémie et ses chiffres montent ; ensuite, les résultats allemands sont, hélas, beaucoup plus proches de ceux du reste de l’Europe que de ceux de l’Asie. ». Étonnant d’ailleurs, ceux des populistes qui ne cessent aujourd’hui de parler de l’exemple allemand étaient auparavant souvent les premiers à "germanophober"…

Et Claude Malhuret termine son laïus en souhaitant bonne chance à Édouard Philippe pour le déconfinement à partir de ce 11 mai 2020, une semaine plus tard : « Vous vous apprêtez, monsieur le Premier Ministre, à prendre la plus grande décision de cette crise, parce que le déconfinement sera beaucoup plus difficile que le confinement. Vous serez tenté de le faire très prudemment. D’abord, parce que, dans nos régimes libéraux, qui s’attachent à rendre impossibles leurs propres décisions, les épées de Damoclès politiques, juridiques et médiatiques vous menaceront à la moindre erreur, les sycophantes ont déjà ouvert leurs dossiers. Mais votre Rubicon est là et vous n’avez d’autre choix que le franchir sans trembler. Jusqu’à ce jour, entre laisser mourir des hommes et suspendre l’économie, nous n’avons pas hésité et nous avons choisi le confinement. (…) Ne laissons personne dire que nous ferions le choix inverse, celui de l’économie contre les hommes. Au contraire, poursuivre le confinement ou déconfiner trop timidement ferait aujourd’hui beaucoup plus de victimes. ».

Dans son esprit, les victimes sont doubles : « D’abord, les victimes, bien plus nombreuses qu’on ne le croit, d’autres pathologies, qui, depuis deux mois, ne se soignent plus. Ensuite, parce qu’une crise économique (…) fait bien plus de victimes que le virus, même si le fait de ne pas pouvoir les chiffrer permettra à tous ceux qui n’ont rien compris à l’économie et qui ne l’aiment pas (…) de vous accuser de préférer les profits à la santé de nos concitoyens. ».

Enfin, de conclure : « Il faut ouvrir les portes et le faire sans hésiter. (…) Il y aura des bosses sur la route (…), mais il faudra prendre la route. Richelieu disait : "Il ne faut pas tout craindre, mais il faut tout préparer". C’est la tâche qui vous attend aujourd’hui, c’est la tâche qui nous attend. ».

La majorité sénatoriale et la majorité présidentielle (LR, UC, LREM et son groupe) ont fortement applaudi l’intervention très efficace du docteur Claude Malhuret, grand chasseur d’inepties dans les médias et sur le net. Bravo à lui !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours de Claude Malhuret le 4 mai 2020 au Sénat (texte intégral).
Covid-19 : les trois inepties du docteur Claude Malhuret.
11 mai 2020 : Stop au covid-19 ! (et traçage ?).
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le jeudi 7 mai 2020 à Matignon sur le déconfinement (texte intégral).
Professeur mégalo (vidéo).
Covid-19 : où est l’Europe de la Santé ?
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
Unitaid.
Déconfinement : les départements verts et les départements rouges, la confusion des médias…
Didier Raoult, médecin ou gourou ?
Le déconfinement selon Édouard Philippe.
Covid-19 : le confinement a sauvé plus de 60 000 vies en France.
Du coronavirus dans les eaux usées ?
Le covid-19 n’est pas une "simple grippe"…

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200504-claude-malhuret.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/covid-19-les-trois-inepties-du-224335

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/05/12/38285691.html



 

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26 février 2020 3 26 /02 /février /2020 03:04

« Ce que je vois aujourd’hui me désespère un peu, moi qui ai consacré beaucoup de ma vie à ce travail. Je crains que l’Europe aujourd’hui ne soit en train de passer en seconde division. » (Dominique Strauss-Kahn, JDD le 12 octobre 2019).


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Le procès de François Fillon, prévu le 24 février 2020 et reporté ce mercredi 26 février 2020 pour cause de grève des avocats, fait penser à un autre candidat à l’élection présidentielle, soi-disant favori lui aussi, qui a été empêché de se présenter. C’était le 14 mai 2011 : Dominique Strauss-Kahn, homme le plus populaire de France, imposant Directeur général du Fonds monétaire international (FMI), devait gagner l’Élysée l’année suivante sur un plateau d’argent (comme Édouard Balladur en 1995 et Alain Juppé en 2017). Il était tellement sûr de lui que cela ne le gênait pas d’être vu à Paris en compagnie de son épouse au volant de la Porsche Panamera d’un ami (son conseiller en communication), alors qu’on reprochait déjà à Nicolas Sarkozy de fréquenter un peu trop les "riches". DSK, lui, fréquentait surtout les chefs d’État et les patrons de grandes multinationales et allait déclarer sa candidature présidentielle le 28 juin 2011 (selon une indiscrétion de BFM-TV).

L’affaire du Sofitel (qui fit le bonheur de François Hollande) a définitivement discrédité Dominique Strauss-Kahn et même si aujourd’hui, il en est ressorti sans condamnation (comme après d’autres affaires dont celle, sordide, du Carlton de Lille), sa capacité à rebondir dans la vie politique française est complètement nulle. Qu’importe, puisque DSK a choisi une autre vie.

Il est devenu un homme d’affaires et un financier. Certes, il a parfois mal choisi ses associés, son alliance avec l’un d’eux a terminé par le suicide d’un escroc qui a volatilisé 100 millions d’euros de plus de 150 créanciers, dont 1 million de la propre poche de l’ancien ministre. Cependant, ses relations internationales lui ont permis de proposer ses services dans différents pays, notamment en Chine, en Serbie, en Russie, au Soudan du Sud, au Togo, à la République du Congo, etc.

L’hebdomadaire "L’Obs" a sorti ce mardi 25 février 2020 une enquête sur ce qu’est devenu Dominique Strauss-Kahn et il en a déduit qu’il était actuellement millionnaire. En effet, dans ses recherches, celui qui habite désormais à quelques kilomètres de Marrakech, serait "heureux", "libre" et "riche". Il n’aurait jamais été aussi riche. Les journalistes du magazine ont ainsi pu vérifier dans les registres du commerce de Casablanca que l’entreprise de Dominique Strass-Kahn, l’unique actionnaire, affichait un bénéfice cumulé de plus de 20 millions d’euros entre 2013 et 2018 et que lui-même avait une rémunération d’un patron du CAC40, à savoir plus e 5 millions d‘euros annuels.

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Faut-il le fustiger pour cela ? J’imagine qu’en France, on serait tellement jaloux qu’on voudrait le mettre au pilori pour cause de trop grande réussite pécuniaire. Pourtant, qu’un éminent spécialiste de l’économie internationale, dont les compétences n’ont jamais été réfutées par personne (ce qui fait que son affaire de mœurs est un grand gâchis pour le personnage mais aussi pour beaucoup d’institutions), puisse gagner très largement sa vie en créant et dirigeant une entreprise est plutôt rassurant. En effet, les économistes sont souvent des "praticiens non pratiquants" de l’économie et en plus, ils se trompent souvent. Là, au moins, il est capable de faire gagner une entreprise, et cela malgré quelques choix hasardeux (comme un mauvais associé, déjà écrit plus haut).

En revanche, même s’il est très discret sur le plan politique, Dominique Strauss-Kahn, le symbole de la mondialisation et un chaud partisan de la construction européenne, considérant que l’Union Européenne a pour but d’être un interlocuteur économique fort dans la planète qui s’organise, a laissé entendre qu’il était heureux du Brexit. Au point que le Huffingtonpost a titré le 13 octobre 2019 : « Dominique Strauss-Kahn se définit comme un "brexiter" ». Serait-il bojolien ?

Dans une interview accordée au "Journal du dimanche" le 12 octobre 2019, DSK a effectivement précisé sa pensée sur le Royaume-Uni : « C’est très bien que les Anglais fassent leur chemin de leur côté (…). Une bonne partie de la difficulté de construction de l’Europe depuis quarante ans est liée à la présence de nos amis britanniques, qui n’ont jamais voulu jouer le jeu. ».  Au moins, c’est dit avec grande franchise, mais ce n’est pas sûr que ce discours débridé aurait été le même s’il était resté dans la vie politique.

Mais peut-on encore entendre DSK ? Certainement pas. Il est inaudible. Sa parole est définitivement dévaluée et la seule chose qui peut lui rester, c’est de rester discret et de se fondre dans l’anonymat national, même si je ne doute pas que la raison des bénéfices et des millions qu’il accumule aujourd’hui est liée à sa notoriété dans le domaine de l’expertise économique (dont il est, rappelons-le quand même, un docteur et un agrégé).

Quant à s’investir personnellement dans le monde des affaires après la fin de leurs illusions élyséennes, Dominique Strauss-Kahn n’est pas le seul puisque Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy et François Fillon, parmi d’autres, l’ont imité…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 février 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les millions de DSK et le Brexit…
DSK le retour.
DSK, un immense gâchis.
Où vont les strauss-kahniens ?
Les rendez-vous manqués de DSK.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200225-dsk.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-millions-de-dsk-et-le-brexit-221819

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/02/25/38055307.html


 

 


 

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24 février 2020 1 24 /02 /février /2020 03:45

« [La voix de Jacques Chirac] honore évidemment ceux qui l’ont aimé, dont je fais partie, je n’apprends rien à personne, ceux qui l’ont soutenu, ceux qui l’ont accompagné. Elle honore tous les républicains qui ont grandi sous son autorité et sous sa direction et elle honore tout simplement la France des villages, la France des terroirs. Nous sommes sensibles à votre présence, vous l’avez manifesté, et nous vous en sommes reconnaissants. » (François Baroin, le 19 novembre 2019 à la Porte de Versailles de Paris).



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Un bébé Chirac qui rappelle son attachement à son mentor et parrain (dans le vrai sens du terme), deux mois après sa disparition. François Baroin est encore pour quelques semaines le président de la très influente Association des maires de France (AMF) et c’était à ce titre qu’il a prononcé le discours d’ouverture du 102e congrès de l’AMF à la Porte de Versailles de Paris le 19 novembre 2019. Il recevait le Président de la République Emmanuel Macron dont les relations avec les maires ont été très contrastées : après un grand désaccord en 2018, la crise des gilets jaunes a fait comprendre à Emmanuel Macron que les maires étaient les relais indispensables pour la proximité et l’écoute des citoyens.

François Baroin a poursuivi son discours toujours dans cette profession de foi inspirée de Jacques Chirac : « Jacques Chirac aimait effectivement la France et les Français de tout son être, il les aimait sans réserve, avec beaucoup d’indulgence mais aussi beaucoup d’intuition. Il aimait une France vivante qui était faite d’humanité et d’une grande tolérance. Au fil des ans et des responsabilités (…), il avait arpenté sans relâche ces routes de France à la rencontre des Français. C’est là qu’il avait appris à connaître les maires, à mesurer l’importance des communes dans la construction de la cohésion de notre pays. ».

En clair, s’il fallait donner un slogan à François Baroin, le voici : France vivante faite d’humanité.

Pas étonnant que ce lien de filiation avec l’ancien Président de la République ait fait préférer à François Baroin sa mairie de Troyes à son mandat de sénateur de l’Aube, et plus généralement, ses responsabilités locales à une position nationale qu’il trouvait impossible et bloquée avec l’éclatement du paysage politique au printemps 2017. Plus que rester maire, il voulait rester le président des maires de France (qu’il est depuis le 27 novembre 2014), l’une des institutions les plus appréciées des Français.

Ce discours du 19 novembre 2019 n’était pas un testament, même si c’était le dernier congrès en tant que président de l’AMF pour François Baroin, en tout cas, pour ce mandat municipal, mais plutôt une introduction. À ce titre, il "se confrontait" au Président de la République, il était d’égal à égal, et il n’a pas hésité, malgré sa courtoisie et, il faut le dire, une certaine proximité politique, à lui asséner quelques vérités désagréables.

Ainsi, l’effort financier imposé aux municipalités a été consumé en quelques minutes par l’allocution présidentielle du 10 décembre 2018 qui a annoncé 17 milliards d’euros d’aide : « Le bloc communal, communes et intercommunalités, aura investi 16 milliards de moins que lors du mandat précédent. 16 milliards, c’est peu ou prou l’enveloppe représentant l’ensemble des mesures qui allaient dans la bonne direction pour soutenir le pouvoir d’achat, liées à vos engagements pris au lendemain du grand débat sur les gilets jaunes. 20% d’investissements publics en moins sur les quatre années qui viennent de s’écouler. 25%, en moyenne, de services publics d’accompagnement et de présence en moins, les mêmes proportions pour le tissu associatif de subventions en moins. 10% d’investissements publics en moins, pour un pays comme le nôtre, c’est 0,2 point de croissance, et nous avons eu du retard par rapport aux autres pays. ».

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Cet état des lieux sans concession laisse cet arrière-goût d’amertume : « Cette logique, cet équilibre, cet accompagnement doivent nous amener à dire stop. Vous en avez pris la mesure et vous avez pris la décision de bloquer ce cadre de la réduction de la dotation. (…) Les dotations ne sont pas une subvention. Nous ne tendons pas la main et nous ne demandons pas l’aumône. La dotation, c’est l’argent que l’État doit aux collectivités locales, à raison des impôts nationaux ou locaux qu’il a supprimés, pour pouvoir financer les services publics, soutenir l’investissement public, développer chacun de territoires. Nous avons ressenti tout cela comme une injustice, mais malgré cela, nous nous sommes encore battus. Nous avons touché le fond (…) quand, il y a un an, au moment de la publication des feuilles d’impôt sur la taxe d’habitation, certains, que nous ne qualifierons plus, ont demandé de balancer leur maire. Ce temps-là doit être définitivement derrière nous. Je sais votre engagement, je sais votre désapprobation personnelle, et je sais les regrets que vous avez exprimés, vous me l’avez dit et j’en porte témoignage. ».

Ni allégeance ni opposition systématique, ce type de discours a fait honneur à François Baroin dans le rôle de David face au Goliath élyséen. À 54 ans (l’âge de Valéry Giscard d’Estaing quand il a quitté l’Élysée), François Baroin a toujours refusé, depuis trois ans, de dire ce qu’il comptait faire pour l’élection présidentielle de 2022. On peut comprendre, car sa préoccupation immédiate, ce sont les élections municipales des 15 et 22 mars 2020. Il est donc normal de refuser de polluer son message politique pour une ligne d’horizon qui franchirait allègrement cet objectif à court terme.

Néanmoins, tout le monde y pense. François Baroin a une expérience politique déjà très longue, et il était déjà au gouvernement il y a un quart de siècle (en juin 1995). Il a occupé deux ministères stratégiques pour une ambition présidentielle, l’Intérieur et les Finances. En 2016, lors de sa candidature à la primaire LR, Nicolas Sarkozy en avait fait son numéro deux, en clair, son premier-ministrable. Ce duo était d’ailleurs complémentaire. Après la désignation de François Fillon, François Baroin était naturellement aux premières loges de la campagne présidentielle et lors du meeting de la dernière chance au Trocadéro de François Fillon le 5 mars 2017, il s’est même senti instrumentalisé parce qu’il avait accepté d’y venir, pensant que le candidat LR allait renoncer en raison de sa prochaine mise en examen. François Baroin faisait même figure de candidat de remplacement, après le désistement définitif de l’ancien Premier Ministre Alain Juppé.

Après l’échec de l’élection présidentielle, ce fut François Baroin qui mena la campagne des élections législatives de juin 2017 pour Les Républicains, et à ce titre, en cas de succès, il aurait été probablement le Premier Ministre, un peu dans le rôle, inconfortable, de François Hollande entre la présidentielle et les législatives de 2002, quand le candidat présidentiel a échoué et qu’il a fallu quand même faire campagne pour les législatives.

Avec la préemption du parti LR par Laurent Wauquiez, François Baroin a préféré se replier sur ses terres municipales, en sachant que ces terres sont nationales puisqu’il préside tous les maires. Après la défaite des élections européennes de mai 2019 et la levée de l’hypothèque Wauquiez, François Baroin est réapparu dans le dispositif de direction de LR aux côtés du nouveau président de LR Christian Jacob. Dans les textes, il n’avait jamais disparu puisque le président de l’AMF est membre de droit du bureau de LR, mais sous la présidence de Laurent Wauquiez, il restait absent.

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La réflexion sur 2022 peut être la suivante.

D’une part, la gauche a une incapacité structurelle à être unie. Le PS veut rester PS et se croit encore important. Le PCF n’a toujours pas disparu et gardera probablement encore quelques mairies. FI ne veut que phagocyter les deux précédent, bref, ces trois sont en voie de disparition parce que désunis. On a beau critiquer François Mitterrand qui n’était même pas "de gauche", il a été le seul à réussir, et c’était un exploit historique (même Léon Blum était dépendant des radicaux très influents en 1936), à unifier la gauche à son avantage. Lionel Jospin et François Hollande n’ont gagné en 1997 et 2012 que dans la lignée mitterrandienne, mais aujourd’hui, nul doute qu’il faille non seulement une refondation, mais aussi un leader charismatique. Ce ne sera pas Olivier Faure (!) et Jean-Luc Mélenchon est bien trop âgé pour un nouveau cycle d’une dizaine d’années…

D’autre part, quoi qu’on en dise, Emmanuel Macron et sa majorité LREM-MoDem ne sont pas du tout comme l’était le PS en 2016 (troisième année de mandat), ils ont montré une forte résistance aux européennes et peuvent compter sur un socle de 20 à 30% de l’électorat national.

Enfin, au contraire du PS, LR n’est pas en voie de disparition. Les Républicains ont un groupe fort à l’Assemblée Nationale et malgré l’échec des européennes, ils ont une implantation nationale et locale durable. Ils sont cependant désunis à la fois politiquement (une partie est dans la majorité), et sur le plan des ambitions personnelles, puisqu’il n’y a aucun leader qui s’impose vraiment.

Par conséquent, avec ces considérations, que peut-on dire ? Un second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen reste le plus probable même s’il n’est pas certain. La présence d’une personnalité socialiste ou plus généralement "de gauche" au second tour paraît en revanche quasiment impossible. La seule surprise qui casserait cette dualité ne pourrait provenir que de LR.

Dans les sondages d’intentions de vote, aucune personnalité testée, pas même François Baroin, ne parvient à sortir du socle des européennes, c’est-à-dire environ 10% ou même moins. Mais ce sont des sondages à froid et cela change complètement lorsque la personnalité testée est vraiment partie en campagne. D’ailleurs, cela sert à cela, une campagne, faire bouger les lignes. La politique n’est jamais statique, c’est une dynamique, aux ressorts parfois mystérieux, mais c’est une dynamique.

À mon sens, François Baroin est la seule personnalité de LR qui serait capable de bouleverser la configuration actuelle. Avec ce rôle d’être un remplaçant politique d’Emmanuel Macron en cas de grave disqualification de ce dernier dans "l’opinion publique" pour une raison ou une autre, peut-être un événement futur dont on n’a pas encore l’idée. François Baroin a l’expérience, la bonne capacité à communiquer et surtout, il est un modéré, il est loin de ceux qui attisent les passions, hystérisent les camps, polarisent les électeurs, clivent sur des sujets polémiques. Et les Français ont plus que jamais besoin d’un rassembleur qui était pourtant le rôle qu’avait propsé Emmanuel Macron lors de sa campagne.

Mais avant de s’engager après le printemps 2020, François Baroin le dilettante devra répondre à cette question essentielle : en a-t-il vraiment envie ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 février 2020)
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Pour aller plus loin :
Discours de François Baroin le 19 novembre 2019 au 102e congrès des maires de France à Paris (texte intégral).
En attendant François Baroin.
François Baroin, Premier Ministre très très virtuel (mai 2017).
UMP : François Baroin veut enterrer définitivement la ligne Buisson.
Le petit-fils spirituel de Jacques Chirac (mars 2007).
Retour au gouvernement (mars 2010).
Colère à Bercy (juin 2011).
Jacques Chirac.
François Fillon.
Rachida Dati.
Nicolas Sarkozy.
Patrick Balkany.
Christian Jacob.
Européennes 2019 : les six surprises françaises du scrutin du 26 mai 2019.
François-Xavier Bellamy.
Guillaume Larrivé.
Édouard Philippe.
Alain Juppé.
Jean-Louis Debré.
Dominique de Villepin.
Christian Estrosi.
La fondation de Les Républicains le 1er juin 2015.
Les Républicains en ordre de marche ?
Laurent Wauquiez.
Résultats détaillés de l’élection du président de LR le 10 décembre 2017.
L’élection du président de l’UMP le 29 novembre 2014.
Le retour aux listes nationales pour les européennes.
Mathématiques militantes.
Rapport de refondation de la droite du 7 novembre 2017 (à télécharger).
Les Républicains en pleine introspection.
Les Républicains, parti des expulsions.
La primaire LR de novembre 2016.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Raffarin.
Xavier Bertrand.
Valérie Pécresse.
Jean-François Copé.
Nathalie Kosciusko-Morizet.
Bruno Le Maire.
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
Michel Barnier.
Bernard Debré.
Dominique Dord.
Virginie Calmels.
Michèle Alliot-Marie.
Patrick Ollier.
Charles Pasqua.
Marie-France Garaud.
Édouard Balladur.
Cinquième République.

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23 février 2020 7 23 /02 /février /2020 03:08

« On se donne un renom de vertu à peu de frais : l’âme supérieure n’est pas celle qui pardonne ; c’est celle qui n’a pas besoin de pardon. » (Chateaubriand, 1850).


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Ce lundi 24 février 2020 (en principe), commence le procès Fillon. C’est-à-dire, le procès de François Fillon, de son épouse et de son suppléant, pour l’emploi de collaboratrice parlementaire de son épouse. Trois ans après le début de l’affaire, et surtout, trois ans après une campagne présidentielle qui fut polluée par cette affaire au point que le débat public n’a pas vraiment porté sur les grands enjeux nationaux.

Des trois postulants à la candidature de LR à l’élection présidentielle de 2017, François Fillon est sans doute celui qui a tourné le plus facilement la page : au contraire de ses rivaux, vieux "animaux" politiques, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, François Fillon était l’homme d’une seule élection, celle de 2017, grâce à une fenêtre d’opportunités. Tandis que les deux autres ont toujours cru ou su qu’ils étaient des candidats à l’élection présidentielle "de droit divin" !

Pour nourrir cette différence, voici par exemple des candidats d’une seule élection, c'est-à-dire qui avaient une occasion unique de pouvoir être élu pour la première fois grâce aux circonstances : Jacques Chaban-Delmas (1974), Raymond Barre (1988), Édouard Balladur (1995), Lionel Jospin (2002, pas celle de 1995 ingagnable), Ségolène Royal (2007), François Hollande (2012), François Fillon (2017), Emmanuel Macron (2017). Certains ont même échoué dans cette candidature d’une seule élection : Pierre Messmer (1974), Michel Rocard (1995, pas celle de 1969), Jacques Delors (1995), Philippe Séguin (2007), Laurent Fabius (2007), Martine Aubry (2012), Dominique Strauss-Kahn (2012), Manuel Valls (2017), etc.

Et voici les candidats récurrents "de droit divin", ceux qui sont forcément candidats depuis le début de leur carrière politique en raison de leur forte ambition : François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Bayrou, Jean-Luc Mélenchon, Jean-François Copé, etc. (Alain Juppé et Jean-François Copé n’ont pourtant jamais été réellement candidats).

Il est assez évident que ce sont les "animaux" au cuir épais préparés à l’élection présidentielle dès le début de leur existence qui ont une meilleure chance de réussir que les autres (mais pas toujours).

François Fillon, lui, s’était retrouvé le candidat miraculé de la primaire LR de novembre 2016. Personne ne croyait en lui et pourtant, lui y croyait. Ce n’était pas nécessairement mon candidat, mais je n’avais pas été étonné qu’il fût désigné car c’était la candidature la mieux préparée pour 2017. Dès février 2013, François Fillon a travaillé pour bâtir un programme, en écoutant de nombreuses personnalités qualifiées, il en a rencontré quelque quatre mille en trois ans pour construire son programme. On pouvait être favorable ou opposé à ce programme, mais il était dense, réfléchi, et cohérent, mûrement préparé.

François Fillon fut, dans l’histoire de l’élection présidentielle, celui qui s’est le moins moqué des électeurs, celui qui les a considérés le plus comme des interlocuteurs adultes et intelligents (il n'était pas comme DSK en 1997 dans l'équipe Jospin, à griffonner sur la nappe en papier d'une table de restaurant la réforme des 35 heures pour trouver un argument de campagne, sans en avoir étudié toutes les conséquences). Et comme la loi était logiquement pour une incontournable alternance, le tour de François Fillon était là, à portée de la main.

Certes, un peu par hasard, ou plutôt, par défaut : Alain Juppé, trop âgé, trop consensuel dans un électorat clivé et déjà condamné à une époque qui insupporte la moindre infraction (avec sans doute raison, mais il faudra répondre à une question philosophique fondamentale : pour l’intérêt d’un pays, vaut-il mieux des dirigeants filous mais compétents et efficaces, ou des dirigeants honnêtes et transparents mais creux, vides, incompétents ? Je n’ai pas la réponse car la morale intervient ici contre la politique) et Nicolas Sarkozy, mis en examen dans plusieurs affaires, à la personnalité clivante qui peut susciter une forte adhésion tout autant qu’une forte détestation, ces deux candidats n’étaient pas forcément l’idéal pour le renouveau démocratique. Quant aux plus jeunes, Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire, ils leur manquaient de gouverner encore un peu la France avant de songer à la présider.

Quand il était Premier Ministre, d’une longévité remarquable (cinq ans), François Fillon a sans cesse porté attention aux parlementaires de la majorité, à leurs messages. En ce sens, c’était sans doute le candidat le plus à l’écoute du Parlement, ce qui aurait été intéressant à l’Élysée dans la pratique des institutions. Mais cela n’a pas suffi.

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On a dit que l’affaire Fillon l’a laminé à l’élection présidentielle. Déjà, ce n’est pas vraiment le cas : François Fillon a fait un excellent résultat le 23 avril 2017 avec la casserole insurmontable qu’il a eue. Il lui a manqué moins de 500 000 électeurs supplémentaires (465 497 exactement) pour être qualifié au second tour, ce qui est très faible. Avec 20,01% des suffrages exprimés, il a même dépassé le score de Jacques Chirac pour sa réélection le 21 avril 2002 (19,88%), ce qui n’était pas une mince affaire déjà. François Fillon avait donc toutes les raisons d’en vouloir à la terre entière d’avoir échoué en 2017. Et pourtant, non, il était plutôt plongé dans une divine surprise, porté initialement par un vent favorable qu’il n’aurait jamais osé imaginer. Et malgré son affaire, il croyait qu’il gagnerait car il s’est toujours focalisé sur le fond de son programme et il pensait que les débats télévisés lui étaient très avantageux.

Au-delà du fond de l’affaire Fillon, j’avais déjà évoqué la manière terriblement mauvaise et contreproductive de se défense au moment de son éclatement. Semaine après semaine, après le 25 janvier 2017, il s’est sans arrêt enfoncé, avec aussi un argument qu’on a émis pour enfoncer Benjamin Griveaux : celui qui s’était bâti une image vertueuse d’homme droit et intègre chutait par son apparente vénalité. Au même titre que celui qui se montrait bon père de famille et bon mari aurait mérité le déshonneur d’une vidéo à caractère sexuel, selon des personnes qui mélangent tout, vie privée et affaires publiques (qui sont donc ceux qui voudraient faire justice eux-mêmes au nom de l’épouse ? De quoi se mêlent-ils ? Ne serait-ce pas exclusivement son affaire et cela dans le secret de l’intimité conjugale ?).

Car l’affaire Fillon, ce n’était pas qu’une seule casserole, c’était toute la batterie de casseroles : l’épouse rémunérée comme collaboratrice, mais aussi les enfants, et puis les costumes offerts par un avocat riche peu recommandable et visiblement encore aigri aujourd’hui (costumes acceptés après l’éclatement de l’affaire, quelle imprudence ! quel aveuglément !), et toutes les supputations, rumeurs, "fake news" comme on dit aujourd’hui, qui n’ont jamais été vérifiées ou plutôt, totalement inventées.

François Fillon est passé à autre chose, car malgré trente-six ans d’une vie politique particulièrement dense, il a aussi d’autres centres d’intérêt dans la vie dont, on l’a vu bien avant 2017 à une époque où il pouvait s’imaginer en retrait de la vie politique, la conduite de Formule 1 n’est pas des moindres (ni des moins coûteux, ce qui pourrait d’ailleurs expliquer l’apparente vénalité). D’ailleurs, avec Emmanuel Macron à l’Élysée, on pourrait même dire que François Fillon a l’avantage politique de son programme (sensiblement peu différent sur le plan économique) sans l’inconvénient d’une impopularité épuisante.

Aurait-il fait mieux qu’Emmanuel Macron sur les retraites, sur la transition écologique, sur la laïcité, etc. ? Difficile de dire, mais on pourrait imaginer que malgré son entêtement de 2012 et de 2016, voulu pour contredire ceux qui le traitaient de mollasson et d’inconsistant, comme je l’ai écrit plus haut, il avait l’avantage d’écouter les parlementaires. Son expérience politique aurait donc pu l’aider à mieux présenter les réformes. Et à les retirer à temps le cas échéant, sans prendre de front toutes les forces vives du pays.

Qu’attend donc François Fillon de son procès ? Seulement son honneur. Ce qui, pour lui, sa famille et ses proches, est essentiel, bien évidemment, mais ce qui, pour la France, est dérisoire. Laver son honneur et se dire victime d’un complot comme il l’a toujours très maladroitement proclamé au cours de sa campagne présidentielle. La justice passera, il est probable que dans tous les cas, cela ira en appel car la défense ou l’accusation, selon le verdict, sera mécontente et voudra avoir une seconde chance de démonstration. C’est d’ailleurs possible que le verdict définitif soit prononcé après la fin de ce quinquennat.

Faudra-t-il alors pleurer François Fillon si d’aventure il se retrouve totalement innocenté ? Non. Une élection, c’est la rencontre d’un homme et du peuple, mais aussi avec son unité de temps et de lieu. Après tout, c’est un peu comme l’amour : un prétendant bien sous tout rapport peut ne pas correspondre à l’état d’esprit de la convoitée au jour J, celui de la déclaration (le choix des genres ici est un tantinet sexiste, assumé par vieilles convenances).

Or, c’était clair que, innocent ou coupable, la question n’était plus celle-là en avril 2017. Car il faut différencier le droit (la justice), la politique et la morale. Sur le plan judiciaire, François Fillon pourrait être innocenté, mais on a bien vu que c’était inutile sur le plan électoral puisque l’élection est passée. Sur le plan politique, la manière de se défendre a été catastrophique. Il s’est enfoncé, alors d’autre, dans des situations bien plus inconfortables (car ce qu’on a reproché à François Fillon est très faible relativement à des éléments factuels d’autres candidats ou même d’élus à l’Élysée).

Mais c’est sur le plan moral que sa candidature s’est consumée, au point que ses plus fidèles soutiens l’ont peu à peu abandonné. C’est peut-être injuste mais c’était le cas aussi plus tard avec, par exemple, les homards de François de Rugy (et dans une moindre mesure, avec les errements affectifs de Benjamin Griveaux) : dès lors que la personne est considérée, à tort ou à raison, comme une personne amorale sinon immorale, sa capacité à convaincre politiquement, et, par voie de conséquence, à convaincre électoralement ne pouvait que s’effondrer.

On peut regarder les arrêts d’ascension politique dans l’histoire récente. Souvent, ils sont injustes : Alain Juppé qui s’est sacrifié pour protéger Jacques Chirac dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris ; Laurent Fabius accusé d’avoir mal agi dans le scandale du sang contaminé alors que justement, il croyait avoir su prendre les mesures pour éviter un tel désastre sanitaire ; Jean-François Copé, tombé dans une affaire dont il est rapidement sorti innocenté ; Valéry Giscard d’Estaing perdu pour quelques diamants qu’il avait distraitement laissés dans un tiroir ; et même Dominique Strauss-Kahn qui n’a jamais été condamné (rappelons-le) dans aucune des affaires sexuelles dans lesquelles il était impliqué. La moralité l’a emporté sur le droit.

Et après tout, pourquoi pas ? Ce qu’on demande maintenant aux responsables politiques, candidats aux plus hautes charges, ce n’est pas d’être exemplaires, c’est d’être insoupçonnables. Pas sûr que cela va continuer à susciter des vocations chez les personnes les plus vives et les plus intelligentes. La pauvreté intellectuelle de la classe politique américaine (au contraire de la classe politique française) donne peut-être un petit aperçu du futur du paysage politique français. À bon entendeur…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 février 2020)
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Pour aller plus loin :
François Fillon, victime de la morale ?
Une affaire Fillon avant l’heure.
François Fillon, artisan de la victoire du Président Macron.
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Matignon en mai et juin 2017.
François Fillon et son courage.
Premier tour de l'élection présidentielle du 23 avril 2017.
Macron ou Fillon pour redresser la France ?
François Fillon, le seul candidat de l’alternance et du redressement.
Programme 2017 de François Fillon (à télécharger).
La Ve République.
L’autorité et la liberté.
Un Président exemplaire, c’est…
Interview de François Fillon dans le journal "Le Figaro" le 20 avril 2017 (texte intégral).
Interview de François Fillon dans le journal "Le Parisien" le 19 avril 2017 (texte intégral).
Discours de François Fillon le 15 avril 2017 au Puy-en-Velay (texte intégral).
Discours de François Fillon le 14 avril 2017 à Montpellier (texte intégral).
Discours de François Fillon le 13 avril 2017 à Toulouse (texte intégral).
Tribune de François Fillon le 13 avril 2017 dans "Les Échos" (texte intégral).
Discours de François Fillon le 12 avril 2017 à Lyon (texte intégral).

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16 février 2020 7 16 /02 /février /2020 15:04

« Elle ne veut pas rajouter du bazar au bazar. Mais intellectuellement, elle ne dit jamais "jamais". Elle n’aime pas se fermer des portes, elle sait se laisser porter par les opportunités. » (Un proche d’Agnès Buzyn il y a trois mois).


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Il a fallu deux jours et demi pour que LREM et ses alliés (MoDem, UDI et Agir) désignassent leur nouvelle tête de liste aux élections municipales à Paris après le retrait de Benjamin Griveaux. C’est Agnès Buzyn (57 ans), Ministre des Solidarités et de la Santé depuis le 17 mai 2017, qui a été choisie ce dimanche 16 février 2020. Au gouvernement, elle est remplacée par le neurologue Olivier Véran (39 ans), très actif député LREM de Grenoble (rapporteur général de la commission des affaires sociales), probablement le meilleur choix possible pour la remplacer.

Une Ministre de la Santé non engagée politiquement et considérée comme compétente (professeur des universités et hématologue), et qui, sur demande présidentielle, va au charbon électoral, cela ne vous dit pas quelque chose ? Bien sûr, cela fait penser à Simone Veil, d’autant plus qu’il était déjà question d’Agnès Buzyn pour mener la liste LREM aux élections européennes du 26 mai 2019 (ce fut finalement Nathalie Loiseau) et que, coïncidence et hasard des croisements de vies, elle fut même la belle-fille de Simone Veil (d’un premier mariage).

Depuis plusieurs semaines, Agnès Buzyn hésitait à se présenter comme tête de liste sur le très stratégique quinzième arrondissement de Paris qu’il faudrait gagner pour conquérir la capitale. François Bayrou soutenait la candidature de la ministre à la mairie de Paris dès le 27 octobre 2019 sur France Inter. Un proche de la ministre expliquait alors la motivation du président du MoDem, par ailleurs candidat à sa réélection à la mairie de Pau : « Il pense que les médecins sont faits pour faire de la politique, car ils savent écouter et donner du réconfort. » ("L’Opinion" du 7 novembre 2019).

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La désignation d’Agnès Buzyn procède évidemment de la volonté du Président Emmanuel Macron. Il a fait le pari que sa présence bouleverserait le jeu municipal à Paris avec Anne Hidalgo, Rachida Dati, Cédric Villani et le candidat écologiste. Si la ministre est deux fois plus populaire que le candidat initial de LREM, elle arrive encore loin derrière les deux favorites des sondages. Pour autant, elle peut profiter de ce "bazar" pour repolariser l’élection et recristalliser l’électorat. Rappelons que la liste LREM aux élections européennes du 26 mai 2019 avait obtenu 32,9% des voix à Paris avec 57,9% de participation (la liste EELV : 19,9% ; la liste LR : 10,2% ; liste PS : 8,2%).

Cependant, je pense que cette désignation est une erreur pour LREM. J’ai l’impression qu’Emmanuel Macron manque un peu de sens politique. Je l’avais déjà remarqué avec la désignation de Nathalie Loiseau comme tête de liste aux élections européennes de 2019. Sans ses gaffes, quel aurait été le score de LREM ? Probablement supérieur à celui du Rassemblement national.

Le choix de l’un des poids lourds du gouvernement me paraît être une triple erreur.

D’abord, à cause du contexte gouvernemental actuel. Agnès Buzyn, comme Ministre des Solidarités et de la Santé, avait beaucoup de travail et son successeur aura du mal à la remplacer au pied levé avec la même efficacité et la même compétence : la gestion de la grave épidémie de maladies à coronavirus (COVID-19), d’autant plus que le 15 février 2020, a eu lieu le premier décès d’une personne atteinte de ce coronavirus en France (premier décès en Europe et premier décès hors d’Asie), l’examen du projet de réforme des retraites à l’Assemblée Nationale qui débute (en principe) le 17 février 2020, l’examen de la loi de bioéthique (PMA) qui revient en seconde lecture à l’Assemblée Nationale, sans compter aussi la plus grande crise hospitalière depuis des décennies, avec une grève des urgences qui a démarré le 11 juin 2019 (en septembre 2019, près de la moitié des services en France étaient en grève, soit 260), mouvement social d’autant plus difficile qu’un millier de chefs de service ont annoncé leur démission pour protester contre la situation financière des hôpitaux et leur manque de moyens.

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Bref, en choisissant Agnès Buzyn pour Paris, Emmanuel Macron donne le signe qu’il préférerait s’occuper de politique politicienne et d’intérêts électoraux à servir pour l’intérêt général (coronavirus, crise hospitalière, réforme des retraites, PMA)… Son remplaçant, Olivier Véran, même si c’est probablement le meilleur choix possible, ai-je écrit plus haut, n’a pas la même expérience politique ni la même connaissance des dossiers que sa prédécesseure.

Ensuite, à cause du timing très court. Il ne reste qu’à peine quatre semaines (la campagne se termine vendredi 13 mars 2020) pour convaincre les électeurs que la candidature d’Agnès Buzyn est pertinente. Là aussi, c’est carrément mission impossible. Il aurait fallu désigner une personnalité qui était déjà très active pendant cette campagne et qui connaissait le programme et les équipes dans chaque arrondissement. Quant à une éventuelle fusion des listes avec celles de Cédric Villani, c’est beaucoup trop tard et même pas négociable pour le premier tour, d’autant que le dépôt des candidatures doit se faire avant le 27 février 2020 (il ne reste qu’une dizaine de jours).

Enfin, à cause de la nationalisation et de la politisation des élections municipales. En nommant une ministre très importante du gouvernement, Emmanuel Macron contribue à politiser ces élections locales alors que jusqu’à maintenant, il voulait au contraire en minimiser les effets nationaux. En clair, les électeurs parisiens devront se prononcer entre les différentes listes, mais pourront aussi être tentés de faire de ce scrutin à Paris un référendum pour ou contre l’action d’Emmanuel Macron. Deux autres ministres importants du gouvernement sont également têtes de liste, le Premier Ministre Édouard Philippe au Havre et le Ministre des Comptes publics Gérald Darmanin à Tourcoing.

Alors, Agnès Buzyn kamikaze ? Probablement, mais quand on s’engage en politique, il faut bien un jour prendre des risques et assumer de prendre des coups. À cet égard, Agnès Buzyn ne manque pas de courage ni de combativité…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 février 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Agnès Buzyn.
Benjamin Griveaux.
Municipales 2020 (1) : retour vers l’ancien monde ?
Les élections municipales de mars 2014.
Les élections municipales de mars 2008.
Scrutins locaux : ce qui a changé.
Le vote électronique, pour ou contre ?
Les ambitieux.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200216-agnes-buzyn.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/agnes-buzyn-kamikaze-221576

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/02/16/38029986.html



 

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15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 03:04

« Être libre, ce n’est pas seulement ne rien posséder, c’est n’être possédé par rien. » (Julien Green, 1980).



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Cinq mois en prison. Patrick Balkany est sorti de la prison de la Santé ce mercredi 12 février 2020 après y être entré le 13 septembre 2019 à l’issue de son procès en première instance. Son procès en appel vient de se terminer et le verdict sera prononcé en principe le 5 mars 2020.

Patrick Balkany a 71 ans et qu’on l’aime ou qu’on le déteste, il a visiblement été lessivé par ce séjour en prison. Grosse perte de poids, le visage transformé. La chaîne d’information continue BFM-TV semblait très balkanienne en ce sens qu’elle considérait que c’était un événement capital alors que le lendemain, elle ne retransmettait même pas le discours écologique du Président Emmanuel Macron au pied du Mont-Blanc alors que sa concurrente LCI, si.

On peut dire que ceux qui ont enfreint la loi doivent payer. Mais il se trouve que pour la (double) condamnation en première instance de fraude fiscale et de blanchiment de fraude fiscale (il n’y a pas de corruption), la peine de quatre ans de prison ferme reste très sévère. Il y a eu une part de provocation de part et d’autres : l’allure sûre de lui, volontiers insolent avec les juges, Patrick Balkany n’hésitait pas affirmer qu’il se représenterait à la mairie de Levallois-Perret en mars 2020 et qu’il serait réélu. On ne nargue pas impunément la justice. La prison dès la fin du procès était probablement un moyen de le rendre un peu plus humble, ce qui, avouons-le, n’est pas très judicieux pour une justice neutre et impartiale.

Toujours est-il que Patrick Balkany a été libéré pour raison de santé car celle-ci déclinait à vive allure. Une libération conditionnelle à faible contrainte (se présenter à la police quelques fois par mois, je ne sais plus exactement, deux ou quatre fois), et surtout, aucune caution. De toute façon, caution comme prison provisoire (puisqu’il n’a pas été condamné définitivement) sont généralement utiles pour des prévenus qui risqueraient de fuir à l’étranger. Patrick Balkany a d’ailleurs remis son passeport. Le lendemain, Patrick Balkany avouait qu’il avait pris quinze ans en cinq mois.

Cette après-midi du 12 février 2020, le couple Balkany est apparu soudain attachant. On sait qu’ils sont très liés l’un à l’autre. Avec même un zeste sinon une grande dose de népotisme. Depuis que son mari est à la Santé, Isabelle Balkany dirige les séances du conseil municipal comme maire par intérim, car …elle est la première adjointe. Et justement, il y a un conseil municipal (le dernier de la mandature) le 13 février 2020 au soir.

Si Levallois-Perret était la Roumanie, on serait tenté de dire que les époux Balknay seraient alors les époux Ceausescu. C’est évidemment très exagéré, mais finalement, en politique, le fonctionnement complémentaire par couple est assez rare, jusqu’au couple qui s’étripe par ambitions présidentielles incompatibles (Ségolène Royal et François Hollande).

C’était en préparant ce conseil municipal qu’elle a appris la libération future de son mari. Elle a tout laissé en plan pour aller devant la Santé. Face aux caméras, elle a attendu sagement que la porte s’ouvrît. Félicitations aux agents de la prison, c’est un métier difficile, ils ont toujours été corrects. Hop ! quelques électeurs en plus ! (ah non, ils ne se présentent pas à la prison).

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Et l’on a pu ainsi voir une femme septuagénaire assez fatiguée mais avec le sourire et la bonne humeur. On comprend vite comment ils peuvent être élus et réélus : ils peuvent être très sociables, très conviviaux, en revanche, ils peuvent vous faire très mal si vous êtes leur cible. On pouvait avoir l’impression d’un couple de retraités qui revenait de l’hôpital après une chimiothérapie et que le mari est maintenant (presque) guéri (je dis presque car on ne guérit jamais de cette saleté, mais en plus, l’analogie fonctionne puisqu’il y a encore un verdict en appel).

Pour meubler, Isabelle Balkany (j’allais écrire Adajani !) a raconté ce qu’il resterait de sa journée : direction la maison de Giverny (je crois), et câlinothérapie pour le mari (c’était la semaine câlinothérapie, la veille, le Président chouchoutait ses trois cents poussins à l’Élysée). Et elle a raconté le détail qui tuait : elle allait devoir manier la serpillière ! (Sans le personnel de la mairie). Car les trois chiens vont être tellement heureux de retrouver leur papa qu’ils vont faire dans les couloirs. Les chats aussi seraient de la fête. Et les enfants ? Pas évoqués.

Comme vous l’avez compris, ce n’est plus une rubrique politique mais une rubrique "people". Ou presque : "Point de vue et Image du monde". On parle du couple Balkany comme de la famille royale (le comte et la comtesse de Levallois-Perret). Et le pire, c’est que l’empathie peut jouer à plein. Après tout, personne ne lui souhaiterait la prison, elle est inutile et dangereuse si les conséquences peuvent ruiner le corps. Il faudrait alors se pencher sur les détenus "ordinaires". A-t-on parlé, par exemple, de cette jeune détenue de 26 ans qui s’est suicidée le 5 février 2020 dans sa cellule de la prison de Caen ?

On ne peut pas considérer la prison comme inhumaine uniquement pour les personnes du grand monde, il faut aussi la regarder pour les détenus ordinaires. Christine Boutin, animée d’une passion chrétienne qui ne me paraît pas pertinent d'afficher trop explicitement sur le plan politique (par respect aux croyances de chacun), avait eu le bon goût de bosser sur les prisons en France. Des constats toujours terrifiants au fil des rapports et des missions.

L’interview de Patrick Balkany à une chaîne de télévision est-elle scandaleuse ? Oui, certainement. Au lieu de parader, même profil bas, il ferait mieux d’adopter réellement le profil bas, c’est-à-dire le silence médiatique. En clair, l’humilité. Sans gros cigare.

C’est parce que les responsables politiques mettent trop souvent en scène leur vie personnelle qu’ils ont parfois des retours de bâton désastreux. L’accident industriel du retrait de Benjamin Griveaux le rappelle : on ne peut pas être parfait tout le temps et la vie privée doit faire partie d’une intimité qui ne regarde que les proches. Mais à force de violer eux-mêmes cet espace secret, ils se mettent en danger car ils sont à découvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et quelle va être la réaction des juges en le voyant parader une nouvelle fois lorsqu’il s’agira de lui choisir une peine dans quelques semaines ? Il est des mauvais élèves qui n’arrivent toujours pas à retenir leurs leçons… Misérables.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 février 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Balkany brisé ! Balkany martyrisé ! Mais Balkany libéré !
Patrick Balkany, les Misérables, l’homme providentiel et l’incertitude quantique.
Patrick Balkany en prison.
Bernard Tapie.
Jérôme Cahuzac.

_yartiBalkanyC03


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200212-balkany.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/balkany-brise-balkany-martyrise-221522

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/02/14/38023164.html


 

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