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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 03:10

Le cap du million de décès franchi hélas le week-end du 27 septembre 2020.



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La pandémie de covid-19 ne cesse de se développer dans le monde. Hélas, elle a déjà entraîné la mort de plus de 998 200 personnes à ce jour du samedi 26 septembre 2020 et le seuil très symbolique du million de décès sera franchi avant la fin de ce week-end. L’OMS a d’ailleurs déclaré que si de nouvelles mesures sanitaires n’étaient pas prises par les États, il était fort probable que le nombre de victimes monte jusqu’à 2 millions au moins.

On pourra toujours discuter des chiffres, mais a priori, ils sous-estiment forcément la réalité dans chaque pays. La plupart des pays ne comptabilisent que les décès à l’hôpital. La France est l’un des rares pays à aussi comptabiliser les décès dans les EHPAD et autres établissements médicalisés, qui correspondent pourtant à environ un tiers des décès. Et encore, aucune statistique n’a été donnée pour les personnes décédées du covid-19 à domicile, une étude l’avait évalué à près de 2 000 décès qui n’ont pas été pris en compte. Les courbes de mortalité sont aussi assez instructives pour prendre conscience de l’étendue des dégâts. En France, c’est très visible en mars et avril 2020.

Près de 33 millions de personnes ont été dépistées positives au coronavirus et plus de 7,5 millions cas sont encore actifs, pour la plupart des formes modérées voire asymptomatiques, mais plus de 64 000 personnes sont actuellement dans un état critique, en service de réanimation, dans le monde. Le rythme est d’environ 300 000 nouveaux cas positifs chaque jour et autour de 5 à 6 000 décès chaque jour. L’épidémie est loin d’être terminée parce qu’elle est depuis plusieurs semaines dans une sorte de palier qui n’en finit pas de faire des victimes.

En Europe, la situation est très contrastée. L’Allemagne a toujours réussi à limiter les dégâts humains, même si le pays compte quand même deux fois plus de décès qu’en Chine d’où est partie la pandémie. Même si, également, le nombre de personnes en réanimation est aujourd’hui en train de croître à nouveau. Ancienne "mauvaise élève" de l’Europe, l’Italie a réussi son déconfinement en limitant la propagation du virus par des mesures sanitaires très strictes (il suffit de prendre connaissance des amendes en cas d’infraction). Le Royaume-Uni aussi a pris récemment des mesures très strictes pour freiner au mieux la propagation du virus. En revanche, l’Espagne (qui a reconfiné une partie de la capitale) et la France, qui commence à sérieusement s’inquiéter, sont en pleine explosion des nouveaux cas positifs dépistés.

Faut-il s’inquiéter de la situation en France ?

Le départ du Premier Ministre Édouard Philippe qui avait pris en charge l’épidémie en France a eu un effet particulièrement préoccupant sur l’évolution sanitaire du pays : chargé de relancer le pays, le nouveau Premier Ministre Jean Castex (dont je reviendrai plus tard sur la prestation sur France 2) ainsi que le Président Emmanuel Macron ont placé toute leur énergie dans le redressement économique et social de la France. Et ce n’est pas un mal, car le pays en pleine récession avait besoin de cet électrochoc de 100 milliards d’euros.

Le problème, c’est que le déconfinement a été bien appliqué jusqu’à la fin du mois de juin, c’est-à-dire, jusqu’au début de l’été et surtout, des vacances estivales. Or, après trois mois de confinement et une sidération généralisée de la population, le besoin de détente non seulement était naturel mais il était aussi indispensable à un certain équilibre vital.

Si bien que pendant l’été, il y a eu un certain nombre d’incohérences : nouvellement élus ou réélus, de nombreux maires ont décidé d’obliger le port du masque même dans des espaces ouverts, cela pour différentes raisons que la plupart des médecins ont du mal à comprendre. D’autres incohérences ont aussi porté sur la réalisation massive de tests PCR pour dépister les cas positifs. En décidant que les tests seraient gratuits et possibles sans ordonnance, on a embouteillé tous les laboratoires d’analyse au point que les résultats arrivent comme la cavalerie, après la guerre, ici, après la période où la personne positive peut contaminer ses proches.

L’envolée du nombre de nouveaux cas quotidiens dépistés positifs à partir du début du mois d’août 2020 est assez impressionnante. Elle provient de l’augmentation massive du nombre de tests (on parle de 1,2 million de tests chaque semaine) mais pas seulement, car le taux positivité, lui aussi, augmente dangereusement, atteignant aujourd’hui environ 6% (6 personnes sont dépistées positives sur 100 personnes qui sont testées). Sur les trois derniers jours, près de 50 000 nouveaux cas positifs ont été détectés, ce qui fait de la France la championne d’Europe. Ce n’est pas un titre de gloire.

31 700 décès n’est pas non plus un titre de gloire. On ne peut pas reprocher au gouvernement ce triste chiffre et en même temps, refuser les mesures sanitaires qu’il veut mettre en place pour freiner la poursuite folle du virus.

Aujourd’hui, de nombreux services de réanimation dans les hôpitaux commencent à être sous tension. Les hôpitaux parisiens ont annulé 20% des opérations planifiées. Dans toute la France, près de 1 100 personnes occupent actuellement un lit en service de réanimation pour cause de covid-19, ce qui est une hausse significative depuis cinq semaines (le nombre a triplé en cinq semaines). Il faut compter environ trois semaines pour voir les effets d’une mesure sanitaire, entre les cas positifs détectés et les entrées en service de réanimation. Hélas, toute la population est désormais touchée, même les plus vulnérables. Et quand je dis vulnérable, ce n’est pas seulement les plus âgés. C’est aussi certaines maladies, ou même l’obésité, qui, jusqu’à l’année dernière, n’était en principe pas punie de peine de mort. Sauf si le virus mortel se propage.

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Et Olivier Véran dans tout cela ?

Moi, je lui tire mon chapeau pour le travail et la responsabilité qu’il assume. C’est vrai qu’aujourd’hui, il est un peu le monsieur tristus du gouvernement. Sa dernière conférence de presse le 23 septembre 2020 pour faire le point sur la situation sanitaire a marqué un tournant dans la politique du gouvernement. Il était temps. Il faut revenir aux fondamentaux. Toujours revenir aux fondamentaux : protéger les vies. Protéger efficacement les vies.

Olivier Véran est arrivé au gouvernement le 16 février 2020 comme Ministre des Solidarités et de la Santé pour remplacer Agnès Buzyn partie faire la campagne des municipales dans un pari incertain. Olivier Véran, qui a fêté son 40e anniversaire en plein confinement (le 22 avril 2020), connaît bien son ministère.

Médecin neurologue au CHU de Grenoble, également diplômé de l’IEP de Paris, Olivier Véran a été le suppléant socialiste de Geneviève Fioraso, députée de Grenoble et nommée au gouvernement de 2012 à 2015. Olivier Véran a retrouvé les bancs de l’Assemblée Nationale en juin 2017, cette fois-ci élu sur son nom propre dans la même circonscription (où avait été élu Alain Carignon) mais avec l’investiture de LREM. Il a été rapporteur général du budget de la sécurité sociale, ce qui en a fait l’un des meilleurs connaisseurs de la santé publique en France.

Son origine professionnelle peut expliquer pourquoi, dès le début de sa prise de fonction, la prise en charge du covid-19 a été faite principalement dans les hôpitaux en négligeant la force de frappe de la médecine de ville. Ce sera l’un des sujets de réflexion après la crise sanitaire, comment mieux prendre en compte les généralistes dans la politique de santé publique. Ils sont les premiers témoins de la maladie, celle avec la forme grave comme celle avec la forme modérée.

Durant tout l’été, Olivier Véran a alerté le gouvernement sur le risque d’une recrudescence de l’épidémie en France. Non seulement il n’a pas été écouté mais il a été dit que le Président Emmanuel Macron aurait exprimé son agacement sur la gestion des tests PCR. Une telle communication est particulièrement déplacée. S’il remet en cause publiquement l’action d’un de ses ministres, il faut aller jusqu’au bout et le démettre. Cela n’a pas de sens de discréditer publiquement et de le maintenir en place : quelle va être son autorité, aussi bien aidé ?

La reprise en main a eu lieu le 11 septembre 2020 avec une intervention de Jean Castex sur le front de la crise sanitaire. Olivier Véran est revenu sur le devant de la scène pour faire un point hebdomadaire de la situation sanitaire, le premier a eu lieu le 17 et le deuxième le 23 septembre 2020. À chaque nouveau point, un nouveau serrage de vis.

L’enjeu est géant puisque si les mesures de restriction n’étaient pas efficaces, il faudrait alors penser à un nouveau confinement, ce que personne ne veut parce que lui aussi a créé des dégâts sociaux et économiques. S’il y a bien une restriction des libertés, c’est dans l’éventualité d’un confinement, pas dans l’obligation du port du masque qui est une mesure assez peu contraignante par rapport au confinement.

Beaucoup de démagogues voient dans l’opposition aux mesures barrières, voire dans le refus de voir la réalité sanitaire gravissime, la possibilité d’une nouvelle notoriété et d’une nouvelle popularité auprès des personnes qui voudraient sortir de ce cauchemar de pandémie (ce que souhaite tout le monde). Le complotisme a pris également un nouvel essor, amplifié par les réseaux sociaux, accusant principalement les dirigeants politiques d’avoir "inventé" le virus pour contrôler la population (ce qui fait que chaque "opposant" dans son pays accuse les dirigeants de son pays, sans comprendre que la pandémie est un phénomène mondial qu’il faut bien combattre si on ne veut pas se retrouver avec des dizaines de millions de morts qu’on leur reprocherait le cas échéant).

Au-delà des maladresses et incohérences du gouvernement à trouver le juste équilibre entre le freinage de l’épidémie et le redémarrage économique (une mission impossible), il faut insister sur trois éléments.

Le premier élément, c’est que la liberté ne peut aller qu’avec la responsabilité. Liberté individuelle, responsabilité collective. Droits, devoirs. Jamais l’une sans l’autre. La responsabilité, c’est de ne pas mettre en danger de mort les autres, les proches, les moins proches, et cela par ses gestes. C’est exactement le même principe que la conduite sur une route : je ne suis pas seul sur la route, ma liberté est restreinte, on pourrait même me retirer complètement ma liberté de conduire si je n’avais plus de point sur mon permis (je serais alors un chauffard), tout cela pour ne pas mettre en danger la vie des autres usagers de la route.

D’où le deuxième élément : il ne s’agit pas d’avoir peur, la plupart des chauffards qui mettent en danger la vie d’autrui n’ont jamais eu peur ni de se tuer ni de tuer leurs proches embarqués dans la même galère. On n’agit pas par peur, les gestes barrières ne sont pas la conséquence de la peur. Si je porte un masque, ce n’est pas parce que j’ai peur d’attraper le covid-19, car mon masque ne me protège pas du virus. Si je mets un masque, c’est pour ne pas contaminer ceux qui m’entourent, car ce virus est bien étrange puisque beaucoup de personnes contaminées n’ont aucun signe clinique, aucun symptôme, ce qui fait que, sauf à me faire dépister tous les jours, je ne sais pas si, à un jour donné, je suis porteur du virus. Dans le doute, je fais donc attention, pas à moi, mais aux autres, à ceux que je croise, rencontre. Ce n’est pas la peur le moteur, c’est la solidarité et le respect de la vie des autres. Exactement comme lorsque je conduis sur la route.

Beaucoup de personnes se trompent, pensent que le masque serait une ceinture de sécurité alors que c’est une pédale de frein. Car il faut freiner la circulation du virus.

Le troisième élément, c’est que ne jurer que par la liberté individuelle est une erreur de bon sens et de lucidité. Elle a bon dos, la liberté, lorsqu’on se retrouve en soins intensifs, voire dans la morgue. Elle a bon dos lorsqu’on a des séquelles, lorsque les capacités respiratoires sont réduites. Elle a bon dos, la liberté, lorsqu’on perd des êtres chers à cause de l’irresponsabilité d’insouciants ou d’insoumis, ces pseudo-résistants qui pensent être résistants alors qu’ils ne font que faciliter la circulation du virus. Si l’on voulait reprendre l’analogie oiseuse de l’Occupation, ce seraient plutôt des collabos, ils facilitent l’expansion de l’ennemi, le virus.

C’est la même erreur de penser liberté quand on doit lutter contre le terrorisme. Les victimes du terrorisme sont heureuses de se savoir libres …dans un cimetière, ou à l’hôpital, parfois invalides à vie. La première des libertés, c’est de pouvoir vivre, la première des libertés, c’est que sa sécurité soit assurée, son intégrité physique et mentale, que sa personne soit protégée.

Pas de liberté sans responsabilité, mais aussi pas de liberté sans sécurité.

La communication du gouvernement doit être simple et rapide pour marquer les esprits. À cet égard, saluons les nouveaux clips qui mettent en scène une famille : un ado au lycée qui est avec ses amis, un adulte avec ses collègues de travail, aucun des deux ne font beaucoup attention aux gestes barrières. Les deux, de la même famille, vont voir leur grand-mère pour un anniversaire. Chaleur humaine et familiale. Sourire, rire, émotion, joie. Mais quelque temps plus tard, la grand-mère contaminée se retrouve en soins intensifs et lutte pour survivre. Le court-métrage est d’autant plus fin qu’on ne sait pas qui a transmis le virus puisqu’il y a deux possibilités (trois même), ce qui évite de mettre en accusation une catégorie particulière de la population (les étudiants, etc.).

Cela ne tient qu’à nous tous, les citoyens, d’empêcher la propagation d’une maladie qui a fait déjà suffisamment de morts pour qu’on la prenne au sérieux. Cela ne tient qu’à nous d’éviter d’arriver à de nouvelles extrémités étatiques, à un retour, d’une manière ou d’une autre, au confinement. À quoi cela rime de nier la réalité ? À souhaiter un nouveau confinement ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Olivier Véran.
Le cap de 1 million de décès franchi.
Conférence de presse du Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran le 23 septembre 2020 à Paris (vidéo).
Finie, l’épidémie de covid-19 : vraiment ??
Karine Lacombe.
Claude Huriet.
Didier Raoult.
Madagascar : la potion amère du docteur Andry Rajoelina contre le covid-19.
Covid-19 : où est l’Europe de la Santé ?
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
Covid-19 : le confinement a sauvé plus de 60 000 vies en France.
Du coronavirus dans les eaux usées ?
Le covid-19 n’est pas une "simple grippe"…
Le coronavirus de Wuhan va-t-il contaminer tous les continents ?

_yartiVeranOlivierA03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200926-olivier-veran.html

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/27/38557227.html




 

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16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 09:09

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200715-castex.html



DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE
DU PREMIER MINISTRE JEAN CASTEX
LE JEUDI 16 JUILLET 2020
AU PALAIS DU LUXEMBOURG (PARIS)



Séance du 16 juillet 2020 (compte rendu intégral des débats) : version provisoire
Compte rendu analytique officiel du 16 juillet 2020

SÉANCE
du jeudi 16 juillet 2020

5e séance de la session extraordinaire 2019-2020

Présidence de M. Gérard Larcher

Secrétaires : Mme Françoise Gatel, M. Guy-Dominique Kennel.

La séance est ouverte à 10 heures.

Déclaration du Gouvernement

M. le président. - L'ordre du jour appelle une déclaration du Gouvernement, suivie d'un débat, en application de l'article 50-1 de la Constitution.

M. Jean Castex, Premier ministre . - (Applaudissements sur les travées des groupes LaREM et Les Indépendants ; M. Pierre Louault applaudit également.) Permettez-moi de vous dire l'immense honneur et l'émotion que j'ai à m'exprimer devant votre Haute Assemblée. Si j'ai tenu à présenter la politique du Gouvernement devant le Sénat, c'est avant tout pour marquer mon attachement personnel, familial, au bicamérisme et à l'équilibre démocratique qu'il garantit. Je veux témoigner de mon profond attachement à notre système représentatif.

M. Yvon Collin. - Très bien !

M. Jean Castex, Premier ministre. - Je m'exprime dans un contexte national, européen et international particulier. Je mesure que je dirige un Gouvernement de crise, donc de combat.

La crise est encore et toujours la crise sanitaire. La période actuelle est marquée par une forte activité de l'épidémie dans certaines parties du monde et une situation nationale plutôt favorablement orientée, même si certaines zones appellent à la plus grande vigilance, comme la Guyane, où j'ai tenu à me rendre dès ma prise de fonctions.

En conséquence, les dispositions que je vais prendre, annoncées par le chef de l'État, ne visent pas tant à répondre, ici en métropole, à une situation d'urgence qu'à nous inscrire dans une logique préventive.

Nous allons agir dans trois directions. D'abord, nous renforçons les dispositifs de contrôle à l'entrée du territoire pour les voyageurs, y compris les ressortissants français, en provenance des pays où la circulation virale est forte. Idéalement, ces contrôles devraient être réalisés dans les pays de départ. Mais nous devons être pragmatiques, nous les renforcerons donc à l'arrivée sur le territoire national, dans les ports et les aéroports.

Ensuite, nous entendons développer encore les tests de dépistage, en constante augmentation, et dont le résultat demeure largement favorable. Le nombre de tests positifs est inférieur aux modélisations du mois de mai, ce qui témoigne de l'efficacité de la politique conduite. Mais le nombre de tests demeure insuffisant. Non que nous manquions d'équipement ou de personnel, mais parce que nos concitoyens ne se font pas suffisamment tester. (Mouvements à droite comme à gauche ; Mme Éliane Assassi s'amuse.)

M. Pierre Cuypers. - C'est la meilleure !

M. Jean Castex, Premier ministre. - Il faut donc lever les obstacles, y compris psychologiques. Le Président de la République a annoncé la fin des prescriptions médicales obligatoires. J'ai demandé qu'on accélère l'évaluation scientifique de la fiabilité des tests salivaires, plus simples et moins douloureux, et qu'on intensifie les actions proactives invitant les habitants de certaines communes à se faire tester.

Enfin, le port du masque constitue, avec le respect des gestes dits barrières, une mesure de prévention et de protection efficace. (Exclamations à droite)

M. Jean-François Husson. - Vous ne l'avez pas toujours dit !

M. Jean Castex, Premier ministre. - J'ai donc proposé de rendre son port obligatoire dans tous les lieux publics clos, en particulier les commerces. Cela nécessite un décret. Pour ce qui est des locaux professionnels, cela suppose une évolution des protocoles sanitaires.

Nous envisagions une entrée en vigueur au 1er août, car nous agissons dans une logique préventive, non sous l'empire de l'urgence.

Mme Marie-Pierre de la Gontrie. - Même pas de l'urgence sanitaire.

M. Jean Castex, Premier ministre. - Mais j'ai compris que cette échéance pouvait paraître tardive et suscitait des interrogations. Le décret entrera donc en vigueur la semaine prochaine. (Applaudissements sur les travées des groupes LaREM et Les Indépendants, ainsi que sur quelques travées des groupes RDSE, UC et Les Républicains)

M. Roger Karoutchi. - Très bien !

M. Jean Castex, Premier ministre. - J'ai demandé aux ministres de la Santé, de l'Éducation nationale et de l'enseignement supérieur de préciser les conditions de la rentrée de septembre dans les établissements.

Dans la gestion de la crise, les élus ont été remarquables d'implication et de dévouement, à commencer par les maires, combattants de la première ligne et de la première heure. (Marques d'approbation à droite) Chargé par le précédent Gouvernement de préparer le déconfinement, j'avais recommandé que le couple maire-préfet de département soit au coeur du dispositif et que l'État soutienne les collectivités dans leur politique d'acquisition de masques.

Au-delà de la crise sanitaire, c'est un enseignement structurel qu'il nous faudra tirer pour la conduite de l'action publique.

Nous affrontons une crise économique et sociale sans précédent. Depuis plusieurs mois, notre économie est durement frappée. La crise accentue la vulnérabilité des plus démunis et risque de creuser les inégalités, y compris face à la maladie ; elle dégrade fortement nos finances publiques et sociales, fragilise notre modèle et rappelle l'ampleur du défi écologique.

Il est des heures où l'ensemble des forces vives d'un pays doivent se rassembler. Ma conviction est que nous sommes dans un tel moment. Je sais que l'esprit de dialogue, la volonté de dépasser les postures et les clivages sont des principes qui vous sont chers. Les Français, résilients et solidaires face à la crise, nous montrent l'exemple. Nous devons prendre collectivement la mesure de la situation. Si nous ne réagissons pas, cela pourrait accentuer les fractures, notamment territoriales, et menacer l'unité, déjà mise à mal, de notre pays.

Prendre cette crise à bras-le-corps, protéger les Français, reconstruire notre économie, conforter notre pacte républicain, tels sont les défis devant moi.

Mon discours de politique générale a été lu hier devant vous, je n'en reprendrai donc pas le détail.

Pour réussir, nous devons changer nos façons de faire. L'État joue un rôle majeur mais ne pourra agir seul. Il devra fédérer les énergies mais aussi faire confiance à ses partenaires, à commencer par les collectivités que vous représentez.

Devant la chambre des territoires, je me revendique comme un Premier ministre des territoires et de la vie quotidienne. (Mme Laurence Rossignol ironise.) L'exercice de la responsabilité politique ne peut s'arrêter aux intentions, si louables soient-elles. Rien ne vaut sans l'obsession du résultat et de l'impact sur la vie de nos concitoyens.

J'ai cité hier cette phrase célèbre : « l'intendance suivra ». Non, elle ne suit pas toujours, et même de moins de moins, alors qu'elle devrait être une priorité. Les conditions de l'exécution doivent entrer dans le champ de la politique : ce ne sont pas des sujets triviaux et techniques.

Dans notre pays où, depuis les Lumières, les grands principes, le maniement des concepts monopolisent le débat public, c'est un choc culturel. Mais c'est sur l'exécution que nos concitoyens nous attendent, et sont fondés à nous juger. C'est par la charge de la preuve que se reconstruira la confiance qui s'est altérée.

Fixer un cadre juridique au niveau national n'est pas suffisant ; nous devons nous impliquer dans la mise en oeuvre des politiques publiques, les adapter à la vie des gens, dans les régions, les départements, les cantons, les communes, les quartiers. Pour cela, il faut faire confiance aux territoires qui détiennent la solution au rebond collectif. Nous devons libérer les territoires et nous appuyer sur eux ! (Marques d'ironie à gauche)

M. Jean-Pierre Sueur. - Lapalissade !

M. Jean Castex, Premier ministre. - Libérer les territoires, c'est libérer les énergies. (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM, tandis qu'on ironise à droite comme à gauche.)

M. Jean-Pierre Sueur. - Et concrètement ?

M. Vincent Éblé. - Aux actes !

M. Jean Castex, Premier ministre. - La République territoriale, c'est l'unité dans la diversité.

Je compte sur vous pour nous aider dans un esprit de concorde, car si la défiance progresse, elle nous emportera tous.

La bataille de l'emploi sera notre première priorité. En 2020, nous prévoyons un repli du PIB de 11 % - la récession la plus sévère depuis la création des comptes nationaux. Derrière les données comptables, il y a des drames humains, des territoires meurtris. Il faut se saisir de cette situation pour reconvertir notre économie, rendre nos travailleurs plus forts, plus compétitifs, aller vers une croissance durable et respectueuse de l'environnement. Tels sont les objectifs du plan de relance.

Il sera présenté fin août après une phase de concertation. Il constituera la prochaine étape du processus de soutien à l'activité, caractérisé par son ampleur et sa précocité, initié sous l'égide de mon prédécesseur : chômage partiel, prêts garantis par l'État et fonds de solidarité, soit un effort massif de 500 milliards d'euros qui a permis à notre économie de ne pas s'effondrer.

Cette politique, la plus ambitieuse de tous les pays européens, a porté ses fruits. Nous avons mis en place des politiques sectorielles ambitieuses. Les chiffres de l'Insee et de la Banque de France font état d'une reprise plus rapide que prévu. La consommation des ménages reprend depuis le déconfinement ; nous n'excluons pas qu'elle revienne dès le mois de juin à son niveau normal, avec un effet rattrapage pour les biens d'équipement. Dans le secteur automobile, les ventes de véhicules aux particuliers dépassent de 30 % leur niveau de février.

Tout ne commence pas avec le plan de relance, c'est une étape nouvelle, mais la philosophie reste inchangée : protéger les Français, reconstruire et moderniser la France. Nous prolongeons le dispositif d'activité partielle afin de préserver l'emploi et les salaires dans les entreprises les plus touchées par la crise. Nous en parlerons demain avec les partenaires sociaux ; le Gouvernement a pris acte du contexte économique bouleversé en décidant d'aménager la - bonne - réforme de l'assurance chômage.

Les premiers à être touchés par la crise sont les 700 000 à 800 000 jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Ils sont une force - l'Allemagne aimerait en avoir autant. Mais ils nous obligent. Beaucoup ont vu leur stage et leurs études interrompues, leur vie sociale perturbée. La Nation ne saurait accepter l'idée d'une génération sacrifiée par la crise, ayant le chômage pour seul horizon. Aussi, le Gouvernement va engager des mesures fortes, encore susceptibles d'être améliorées à l'issue de la conférence sociale de demain.

Nous allons réduire très fortement le coût du travail pour faciliter l'embauche des jeunes, développer massivement les dispositifs d'insertion, notamment le service civique, ce qui permettra aussi de soutenir les associations et leurs vingt millions de bénévoles, atout majeur pour la cohésion sociale.

La crise a révélé les difficultés de trop nombreux étudiants. Nous avons donc décidé de geler les droits d'inscription et porté, au 1er septembre, le prix des repas dans les restaurants universitaires à un euro pour les boursiers.

La crise vient impacter notre modèle social qu'il convient de consolider pour améliorer son fonctionnement et mieux en garantir les équilibres dans la durée.

Notre système de santé a démontré sa robustesse dans un contexte de tension extrême qui préexistait à la crise du covid. Cette situation appelait une réponse urgente. Le Ségur de la santé, lancé en mai dernier, s'achèvera dans les prochains jours. Un accord majoritaire, historique, a été conclu lundi dernier. C'est d'abord le témoignage de la reconnaissance de la Nation tout entière à l'endroit des soignants. Ce sont 8 milliards d'euros consacrés à la revalorisation des salaires et la création d'emplois ; 6 milliards dédiés à l'investissement en ville et à l'hôpital, notamment dans le champ de la e-santé ; 13 milliards de reprise de dettes hospitalières pour redonner de l'oxygène aux établissements, car l'investissement est un levier essentiel de la relance.

Au-delà des moyens financiers, il faut améliorer le fonctionnement quotidien des structures en donnant davantage de souplesse, en permettant de déroger à certains cadres nationaux sur des sujets de gouvernance interne, en décloisonnant ville et hôpital et en permettant aux collectivités d'être davantage partie prenante tant au niveau des agences régionales de santé (ARS) que des établissements. Régions, départements, intercommunalités doivent, s'ils le souhaitent, pouvoir s'associer aux investissements. (On ironise sur les travées du groupe SOCR.)

Mme Marie-Pierre de la Gontrie. - Bien sûr, pour payer !

M. Jean Castex, Premier ministre. - Cela doit se faire sur la base de contrats territoriaux conclus avec l'État et les structures de soins, et en contrepartie d'une participation accrue des élus à la gouvernance.

L'autre préoccupation majeure, c'est la difficulté à trouver un médecin de ville, sachant qu'il faut dix ans pour former de nouveaux. Nous devons être pragmatiques et efficaces à court terme. D'où la nécessité de favoriser des conditions d'exercice plus collectives, les délégations de tâches, de doter les médecins d'assistants médicaux, en les allégeant des charges administratives chronophages. (Mouvements sur les travées du groupe Les Républicains) Il faut aussi recourir davantage à la télémédecine, dont j'ai constaté dans mon territoire l'essor spectaculaire, inattendu, qu'il faut désormais consolider. (M. Vincent Segouin ironise.)

Nous ne retrouverons pas l'unité sans une attention accrue aux plus vulnérables, qui seront les plus affectés par la crise économique, à commencer par les personnes en situation de handicap. Nous réunirons une Conférence nationale du handicap.

Consolider notre modèle de protection sociale, c'est aussi en assurer la pérennité. La crise nous invite plus que jamais à rendre notre système de retraite plus juste et plus équitable, notamment pour les femmes et pour les travailleurs modestes. Cela passe par la création d'un régime universel et la disparition à terme des régimes spéciaux, comme nous l'avions engagé en 2008, tout en prenant en compte la situation des bénéficiaires actuels.

Je suis déterminé à ce que cette réforme aille à son terme d'ici la fin de la législature, mais nous devons entendre aussi les inquiétudes et les incompréhensions de nos concitoyens sur certaines modalités.

Mme Éliane Assassi. - Ils ont très bien compris.

M. Jean Castex, Premier ministre. - Je souhaite donc reprendre la concertation afin d'améliorer le contenu et la lisibilité de la réforme, en la distinguant de tout enjeu d'ajustement paramétrique. Cela s'inscrit dans la continuité de la réforme des régimes spéciaux décidée en 2007.

Nous devons aussi répondre à la question du grand âge et de la dépendance, via un projet de loi dont vous serez saisis au premier semestre de l'année prochaine.

Je demanderai demain aux partenaires sociaux de se saisir de la question de l'équilibre des régimes de protection sociale, impactés par la crise.

L'unité suppose aussi que l'État demeure le garant de l'ordre républicain. L'État doit être le même pour tous. Nous ne tolérerons aucune zone de non-droit.

Mme Marie-Pierre de la Gontrie. - Chiche !

M. Jean Castex, Premier ministre. - Notre détermination est totale. Nous ne montrerons aucune faiblesse envers ceux qui tentent de fracturer le pays entre communautés et portent atteinte aux valeurs cardinales de la laïcité.

À nos policiers et gendarmes, je veux exprimer, au nom de la Nation, mon respect et ma gratitude. Ils sont l'ordre républicain et exercent leur mission dans des circonstances parfois extrêmement délicates. Je veillerai, avec le ministre de l'Intérieur, à ce qu'ils disposent des moyens nécessaires pour assurer leur mission sur le terrain et soient déchargés de tâches administratives chronophages.

Mme Marie-Pierre de la Gontrie. - Cela fait trente ans qu'on le dit.

M. Jean Castex, Premier ministre. - Sous cette mandature, un effort exceptionnel de la Nation a été décidé pour rendre nos armées - qui portent haut les couleurs de la France - plus efficaces. (Mouvements sur les travées du groupe Les Républicains)

M. Jérôme Bascher. - Ce sera jugé après !

M. Jean Castex, Premier ministre. - Pour que l'ordre républicain soit effectif, que la sécurité soit assurée, il faut aussi, et surtout, que les moyens d'action de la justice soient renforcés pour la rendre plus accessible, compréhensible, et efficace. Les comparaisons internationales le démontrent, l'État ne donne pas à la justice des moyens suffisants. Or la justice, c'est l'État, et l'État, c'est la justice.

M. Jean-Pierre Sueur. - Et qui va payer ?

M. Jean Castex, Premier ministre. - Il en résulte que l'action des forces de l'ordre reste parfois sans suite, et que se développe un sentiment d'impunité insupportable pour nos concitoyens et nos maires. J'entends accélérer la mise en oeuvre de la loi de programmation et de réforme de la justice en redéployant, dès 2021, les moyens pour rendre plus rapide et plus efficace la réponse judiciaire, améliorer la politique des peines, garantir la dignité et la réinsertion des prisonniers, moderniser le fonctionnement des juridictions. Si la réponse judiciaire ne suit pas, il ne se passera rien. (Applaudissements sur les travées des groupes LaREM et Les Indépendants)

Mme Marie-Pierre de la Gontrie. - Chiche !

M. Jean Castex, Premier ministre. - Le garde des Sceaux est attaché à ce que la justice soit rendue dans des conditions d'écoute et de dialogue exemplaires. Aucune forme de violence ne peut être tolérée.

La lutte contre les violences conjugales sera l'une des grandes priorités de la politique pénale de mon Gouvernement. (On ironise à gauche.)

Mme Laurence Rossignol. - Il a coché la case, dit le mot ; c'est bon.

M. Jean Castex, Premier ministre. - Je veux dire mon attachement à l'école de la République. Fils d'institutrice, je sais ce que je dois à la méritocratie républicaine. (Mouvements à gauche ; applaudissements sur plusieurs travées des groupes LaREM et RDSE) Je veux d'ailleurs dire toute mon admiration au corps enseignant.

Nous poursuivrons la refondation de l'école engagée depuis trois ans, en ciblant notre action sur les enfants qui ont décroché durant le confinement. À la rentrée, des évaluations nationales identifieront les besoins et chaque enfant pourra bénéficier d'un soutien personnalisé au premier trimestre.

Pour mener ces chantiers, mon Gouvernement s'appuiera sur les territoires. C'est une question de respect et d'efficacité. Pour les grandes transitions écologiques, économiques et sociales, les acteurs territoriaux devront être à la manoeuvre.

L'État et les collectivités ont la République en partage. Elles sont les partenaires indispensables de la réussite de nos politiques publiques.

Dès ma prise de fonctions, j'ai rencontré l'ensemble des associations de collectivités. Nous devons régler avec celles-ci les problèmes liés à l'impact de la crise sur leurs finances, et celui des impôts de production qu'il faudra alléger pour reconquérir notre souveraineté économique.

Mme Sophie Taillé-Polian. - C'est le contraire !

M. Jean Castex, Premier ministre. - Les collectivités doivent pouvoir investir, former, agir en cohérence avec l'État, car nos concitoyens ne nous pardonneraient ni dispersion, ni divisions stériles. Elles ne seront jamais de mon fait - et je sais que le Sénat partage cette façon de voir.

Le plan de relance soutiendra les interventions des collectivités dans leur champ de compétences. Il faut redonner du sens et de la chair aux futurs contrats de plan et de territoire.

Deux chantiers majeurs illustreront cet engagement partagé. D'abord, la formation professionnelle : pour permettre à ceux qui perdent leur emploi d'en retrouver un plus vite, nous investissons 1,5 milliard d'euros en plus et fixons un objectif de 200 000 places supplémentaires. Comment construire ce plan sans les régions ? (Marques d'approbation sur les travées du groupe LaREM)

Nous devons également poursuivre la reconquête industrielle à travers le programme Territoires d'industrie. Enfin, la transition écologique exige une mise en oeuvre partagée et territorialisée. Le plan de relance y consacrera au moins un tiers de ses crédits.

M. Jean-François Husson. - Deux tiers !

M. Jean Castex, Premier ministre. - Nous investirons dans le bâtiment et les transports, dans les technologies vertes comme l'hydrogène, dans une alimentation saine et durable, dans la préservation des terres agricoles. J'ai ainsi annoncé un moratoire sur toute construction de centres commerciaux dans des zones périurbaines. (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM ; M. Jérôme Bignon applaudit également.) Nous allons donner davantage de liberté aux collectivités. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Indépendants)

Je tiens à remercier le président Larcher pour les cinquante propositions du Sénat. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UC, RDSE, Les Indépendants et LaREM) Je salue les deux rapporteurs, Philippe Bas et Jean-Marie Bockel. (Mêmes applaudissements) Elles feront l'objet d'un examen attentif et bienveillant de ma part.

Dès aujourd'hui, Jacqueline Gourault reprend les concertations sur le projet de loi dit 3D (décentralisation, déconcentration, différenciation) avec toutes les associations de collectivités. Cette concertation aboutira à une nouvelle conférence nationale des territoires. (Exclamations à droite) Nous consacrerons le droit à la différenciation dans une loi organique, d'abord pour faciliter l'expérimentation. Dans notre pays construit depuis plus de deux siècles sur l'uniformisation, c'est une révolution.

Donner plus de liberté aux collectivités, c'est aussi faire évoluer profondément l'organisation interne de l'État. Il faut revoir l'organisation territoriale de l'État pour le rendre plus proche de nos concitoyens. Je le dis pour l'avoir vécu : l'État s'est trop éloigné, on a favorisé l'État régional, par souci d'économie. Mais quand les régions sont devenues immenses, cette intention louable s'est retournée contre la proximité et l'efficacité. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Indépendants et RDSE, ainsi que sur quelques travées des groupes UC et Les Républicains)

Les moyens de l'État seront renforcés dans leur action quotidienne au service de nos concitoyens et ce, dès le projet de loi de finances 2021 puisque toutes les créations d'emplois, sauf exception justifiée, seront au bénéfice de l'échelon déconcentré et non en administration centrale. (Applaudissements sur les travées des groupes LaREM et RDSE)

MM. Yvon Collin et Jean-Claude Requier. - Très bien !

M. Jean Castex, Premier ministre. - C'est une révolution dont je vous prie de mesurer les soucis qu'elle va m'occasionner !

La crise économique sera sans doute au moins aussi forte que la crise sanitaire. Il faudra pérenniser certains dispositifs dérogatoires, et aller plus loin dans la simplification administrative, notamment dans le droit de la commande publique. Je sais que le Sénat sera une mine de propositions en la matière. (On le confirme au centre et à droite.) Nous voulons rééquilibrer les territoires.

M. Roger Karoutchi. - Allons bon !

M. Jean Castex, Premier ministre. - La priorité, c'est de trouver le chemin d'un développement économique du monde rural. Si les services publics y ont fermé, c'est que la population a diminué, car l'activité et l'emploi se concentrent dans les très grandes agglomérations. Il faut revitaliser par l'économie, le service public suivra. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Indépendants et LaREM)

Il faut pour cela embarquer les territoires ruraux dans la révolution numérique. Il faut renforcer la couverture du territoire en très haut débit pour faciliter le télétravail et la télémédecine. Les réseaux, c'est aussi la conservation des lignes ferroviaires, c'est peut-être réinvestir dans les routes, qui sont parfois le seul moyen de désenclaver un territoire. (M. Jean-François Husson s'exclame.)

Cela rejoint les débats que nous aurons sur la décentralisation : doit-on conserver des routes nationales que l'État a bien du mal à entretenir ? Doit-on pour autant renvoyer cette responsabilité aux départements ? N'est-il pas temps de conforter les régions dans leur rôle de responsables de toutes les mobilités, en envisageant des routes structurantes d'intérêt régional ? (Murmures sur les travées du groupe Les Républicains) Je soumets cette réflexion à la sagacité du Sénat.

Le plan de relance portera une attention particulière aux pistes cyclables. On m'a moqué quand j'ai fait cette annonce, et on a dénoncé un gadget. Mais le vélo, c'est bon pour l'environnement et c'est bon pour la santé. Nous connaissons la révolution du vélo électrique qui va multiplier les usages et raccourcir les distances. (Marques d'ironie sur les travées des groupes Les Républicains et SOCR) On pourra aller à vélo de Prades à Perpignan pour travailler : c'est concret ! (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM) Les jeunes générations attendent cela. Tout cela vous paraît secondaire, mais c'est un sujet essentiel et concret pour les Français ! C'est une bonne façon de faire de l'écologie et du développement durable à la portée de tous. (Brouhaha)

M. le président. - Poursuivez, Monsieur le Premier ministre.

M. Jean Castex, Premier ministre. - Nous continuerons également à déployer le programme Action coeur de ville qui s'adresse déjà à 234 villes, petites et moyennes.

Et surtout, nous déploierons le programme Petites villes de demain pour 1 000 villes supplémentaires sur le territoire, afin que toutes nos villes deviennent des lieux attractifs, exemplaires, dotés de services essentiels et où il fait bon vivre. J'ai fixé des objectifs précis et quantifiés au Gouvernement.

Le plan de rénovation urbaine concerne 450 quartiers de la ville. L'intention est louable, car en restaurant la République dans ces quartiers, on favorisera l'émancipation de leurs habitants. Mais une fois encore, tout est dans l'art de l'exécution.

Mme Éliane Assassi. - Avec quels moyens ?

M. Jean Castex, Premier ministre. - Ce sont des dépenses d'investissement et non de fonctionnement qui figureront au plan de relance.

M. Jean-Pierre Sueur. - Qui va payer ?

M. Jean Castex, Premier ministre. - Très peu de ces 450 quartiers ont fait l'objet d'une mise en oeuvre effective. Veillons à ce que la situation ait évolué pour au moins 300 d'entre eux d'ici la fin de l'année, plutôt que de promettre que 800 quartiers seront rénovés.

La France ne serait rien sans les territoires qui la composent. (MM. Martin Lévrier et Jean-Claude Requier applaudissent.) Et je connais bien l'insondable richesse de leur diversité. Fils du Gers, territoire rural, élu des Pyrénées orientales, territoire éloigné, je suis surtout un enfant de la République que j'essaie de servir avec passion.

Cette diversité de la France qu'exprimait avec admiration Fernand Braudel, au soir de sa vie, est plus que jamais un chemin d'espérance. C'est en tout cas le sens de l'action que j'entends porter à la tête du Gouvernement. C'est le sens de l'engagement que j'ai porté dans mes responsabilités politiques et mes mandats démocratiques. C'est le sens de la mobilisation collective qui doit être la nôtre dans les circonstances très difficiles, que notre pays traverse.

Nous devons nous unir pour agir, pour réussir ensemble, pour notre pays. Nous n'avons pas d'autre choix. (Applaudissements sur les travées des groupes LaREM, Les Indépendants et RDSE, ainsi que sur quelques travées du groupe UC)

M. le président. - Je salue M. Adnot, sénateur depuis 1989, dont c'est le dernier discours dans cet hémicycle... (Applaudissements)

M. Philippe Adnot . - Monsieur le Premier ministre, je voudrais vous féliciter pour votre nomination et vous souhaiter bonne chance.

Je vous félicite d'avoir accepté une tâche difficile. Je vous souhaite bonne chance car notre pays va être confronté à une situation inédite. L'argent a coulé à flots pendant plusieurs mois, et pourtant notre économie et l'emploi risque d'être au coeur d'une crise explosive.

Je souhaite que vous trouviez les bonnes solutions pour traiter le secteur de la santé avec efficacité et humanité. L'enjeu est double : il faut nous préparer à un retour de l'épidémie et ne pas laisser de côté ceux qui ont un droit légitime à être soignés.

Rapporteur du budget de l'enseignement supérieur et de la recherche, j'espère que Mme Vidal saura trouver les moyens d'une loi dynamique dont nous attendons beaucoup car l'avenir de la France dépend de notre capacité à mobiliser les énergies créatrices et surtout à transformer en réalité économique le formidable réservoir de notre excellence scientifique.

Sénateur depuis trente et un ans, j'ai entendu beaucoup de discours, de bonnes intentions, d'analyses pertinentes. Rien ne vaut la réalité des faits. C'est par les actes que l'on juge une politique. Comme dans l'art de la guerre, tout dépend de l'exécution, et une bonne exécution exige de la cohérence et suppose que l'on se concentre sur l'essentiel.

La priorité des priorités, c'est l'économie, l'emploi et l'avenir des jeunes.

Vous proposez des allégements de charges, mais les entreprises n'ont plus de trésorerie. Ce n'est pas à la hauteur. Il faudrait que les entreprises puissent embaucher un ou deux jeunes avec un financement de l'État pendant un an. (Mme Élisabeth Borne, ministre du Travail, de l'emploi et de l'insertion s'exclame.) Vous auriez ainsi réglé le problème du chômage des jeunes et amélioré la compétitivité des entreprises. Madame la ministre, vous vous exclamez. Mais si les jeunes n'entrent pas dans les entreprises, ils risquent de coûter beaucoup plus cher.

Ce que vous proposez sur la rénovation énergétique n'aura aucun effet sur les entreprises avant deux ans, le temps que les marchés soient mis en place. Il faut accélérer. La situation demande de la réactivité. Ne faites rien de complexe, libérez les heures supplémentaires, sans les défiscaliser, donnez de la flexibilité aux entreprises qui ont des carnets de commandes.

L'avenir de notre pays dépend de ce que vous ferez à la rentrée. Ne polluez pas la situation par des actions qui divisent. Il est de votre responsabilité d'écouter même les anciens qui tirent leur révérence. (Applaudissements nourris sur les travées des groupes Les Républicains, UC, RDSE, LaREM et Les Indépendants, ainsi que sur quelques travées du groupe SOCR ; M. Éric Bocquet applaudit également.)

M. Claude Malhuret . - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Indépendants) Pendant la guerre du Vietnam, le monde entier s'est moqué d'un commandant américain qui s'était justifié d'avoir rasé un village en expliquant que l'ennemi était déjà là à leur arrivée et que pour sauver le village, il fallait le détruire.

Aujourd'hui, pour sauver le monde de la pandémie, il a fallu sacrifier l'économie. Voilà la situation redoutable dans laquelle vous entamez votre mandat. Autant dire qu'on vous a confié un job à 100 000 aspirines, monsieur le Premier ministre. Mais il faut toujours regarder le bon côté des choses, surtout quand il n'y en a pas. (Sourires)

Je ferai trois réflexions. D'abord, je dénoncerai le mythe de l'État Père Noël... La France va sortir essorée de la crise. Les démagogues vont se déchaîner. Et d'abord les marchands d'illusion de la dépense publique illimitée qui promeuvent l'idée ringarde de rembourser ses dettes.

Les rois d'autrefois coupaient la tête de leurs créanciers. Le monde étant devenu plus doux, on nous propose seulement de les ruiner. (Sourires à droite)

Les économistes s'affrontent désormais là-dessus comme les médecins sur la chloroquine, le principal intérêt de ces débats étant de redonner des lettres de noblesse aux astrologues.

Il n'y aurait plus de limites au financement à crédit et à l'infini de toutes les politiques publiques. L'argent public serait comme l'eau bénite, chacun peut se servir. (Rires à droite)

Bien sûr, pour l'heure il n'y a pas d'autre solution que le keynésianisme sous stéroïdes adopté par le monde entier et qui nous a tellement manqué en 2009 de la part d'une Banque Centrale Européenne plus proche d'un club sado masochiste que de la bouée de sauvetage qui nous aurait remis à flot. (Rires à droite)

Gardons-nous cependant de confondre plan de relance et financement de déficits incontrôlés. Sinon, vu la dette que nous laisserons à nos enfants, nous ne devrons plus être surpris que les bébés crient à la naissance. (Sourires)

On ne parle à juste titre que de l'emploi et pourtant certains de nos concitoyens éprouvent quelque peine à envisager la reprise du travail. La France possède le seul syndicat au monde qui a déposé un préavis de grève le jour du déconfinement et traîné en justice les entreprises qui redémarraient à grand peine. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UC, LaREM et Les Indépendants)

Depuis les élections municipales, nous sommes tous écologistes : le bonheur est dans le pré. C'est une bonne nouvelle, mais quelle écologie ? Car il y a deux écologies, celle de la croissance et celle de la décroissance.

La convention citoyenne a accouché de mesures techniques déjà entreprises comme la rénovation des logements, mais aussi de solutions à la française qui ne coûtent rien, proclament des bons sentiments et rendent les lois bavardes, et enfin d'un catalogue de contraintes qui sont le fonds de commerce des ONG décroissantes.

La décroissance est l'opium des bobos, comme nous l'ont prouvé récemment avec éclat en Une du Monde, dans une proclamation aussi subversive que du fromage à tartiner, une brochette de stars-kérosène au bilan carbone le plus élevé de la planète. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, Les Indépendants et LaREM)

Ce qui est ennuyeux c'est que la convention s'est gardée de répondre aux questions essentielles : comment se passer du nucléaire ?

M. Jean Bizet. - Impossible.

M. Claude Malhuret. - Comment se passer d'OGM importés ? Quelles solutions pour le défi climatique ?

La France a sabordé son industrie avec une méthode simple : tout ce qui bouge, on le taxe ou on le réglemente ; tout ce qui ne bouge plus, on le subventionne. (Rires et applaudissements depuis les travées du groupe Les Républicains jusqu'à celles du groupe LaREM)

L'Europe a raté le virage numérique. L'avenir est là, pas dans la logique du gentil avec les arbres, méchant avec les hommes, qui ne fait que faire croître les ronds-points.

Alors que les soignants et les premiers de corvée ont été admirables, les droits de retrait dans l'administration ont atteint des sommets. La justice a quasiment suspendu son activité pendant trois mois, les greffiers n'ayant pas les moyens de télétravailler.

Mais le dossier le plus alarmant est celui de la police. Sa crise touche sa légitimité, ses doctrines d'intervention, son organisation et ses fonctionnaires. Pas de chance pour nos policiers, après le chewing-gum, le McDo, les westerns et le rock'n roll, on importe désormais d'Amérique les névroses sur la race qui n'ont rien à faire sur nos terres universalistes. Le pauvre policier de banlieue est traité de porc, comme à Chicago.

Le racisme n'est pas du côté de ceux qu'on accuse aujourd'hui mais du côté des faux antiracistes que sont les racialistes, les indigénistes et les décoloniaux. (Protestations à gauche ; applaudissements sur les travées des groupes Les Indépendants et Les Républicains et sur quelques travées des groupes UC et LaREM)

Écoutons la leçon de lucidité d'Abnousse Shalmani : « Reprocher à un homme noir d'être un policier équivaut exactement à interdire à un homme noir l'accès à la députation, à un bar ou à un mariage mixte sous prétexte de sa couleur. C'est immonde. Ce qui résonne dans ce discours, c'est la prison de la victimisation et l'essentialisation ».

Votre Gouvernement doit trouver les mots pour s'opposer à cette tragi-comédie burlesque. Il faut dire à ceux qui menacent la police et discréditent l'État, que le risque est dans les bandes armées de kalachnikovs, pas dans la police. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Indépendants, Les Républicains et UC)

Il ne faut jamais gâcher une crise, disait le président Obama. Je salue l'immense et paradoxale opportunité que nous offre celle-ci, à savoir l'accord franco-allemand sur le plan de relance européen. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Indépendants) Ce premier pas est essentiel.

Nietzsche disait que l'Europe ne se ferait qu'au bord du tombeau. Sa prophétie vaut aussi pour notre temps. Chaque crise depuis le traité de Rome a failli emporter l'Europe et chaque crise l'a renforcée. Celle-ci est sans doute la plus grave et c'est peut-être celle qui lui fera faire le plus grand pas. C'est le défi qui nous attend. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Indépendants, LaREM, UC et Les Républicains ; M. Gabriel Attal et Mme Roxana Maracineanu, ministres, applaudissent également.)

M. Hervé Marseille . - Il vous revient de fixer les nouvelles priorités du Gouvernement. Je salue au nom de mon groupe l'action menée par Édouard Philippe. (Applaudissements sur les travées des groupes UC et Les Indépendants)

La période qui s'ouvre ne s'annonce pas des plus sereines. II va nous falloir mettre les bouchées doubles. De la même manière qu'une hirondelle ne fait pas le printemps, une pandémie ne fait pas le ménage.

Depuis le déconfinement, on ne parle plus que du monde d'après. Oubliés les gilets jaunes, les problèmes de laïcité, de sécurité, d'immigration ou de communautarisation de la société. Sous le voile de la covid, la violence, l'incivisme, la radicalité, tout ce qui sape le lien social depuis des décennies. Tôt ou tard, ces sujets referont surface. Et plutôt tôt que tard.

L'actualité montre combien l'autorité de l'État doit être rétablie. La pandémie est toujours là et nous devons demeurer prêts à la combattre.

La crise économique s'annonce dramatique. Une relance s'impose, mais ouvrir les vannes de la dépense serait inutile tant les ménages ont épargné pendant le confinement. S'ils ne dépensent pas, c'est qu'ils craignent, avec raison, la crise économique et le chômage.

Rétablir la confiance, c'est maintenir les salariés dans l'entreprise contre modération salariale, à condition qu'ils aient plus d'intéressement et de participation.

Rétablir la confiance, c'est aussi renoncer à une hausse d'impôt. Espérons que le Gouvernement tienne son engagement.

Rétablir la confiance, c'est aider les secteurs d'avenir et le tourisme.

Quant à la transition écologique, nous peinons à voir une ligne directrice. Il y en a pour tous les goûts dans les conclusions de la Convention citoyenne. De même, il ne suffira pas de modifier la Constitution pour repeindre la France en vert. À cet égard, vous n'avez pas mentionné ce projet, laissant à penser qu'il aurait été écarté. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Indépendants)

Vous n'avez rien dit de nos choix énergétiques. La fermeture de Fessenheim, de même que le maintien d'une baisse du nucléaire dans le mix énergétique entretiennent le doute. Or les acteurs sérieux savent qu'il ne peut pas y avoir de transition écologique sans le nucléaire. Nous sommes leaders dans ce domaine. Plutôt que de vouloir le rester, nous amorçons un repli. C'est difficilement compréhensible.

À moins de démontrer que la France pourra atteindre la neutralité carbone en 2050 en se dégageant de l'atome. Quoi qu'il en soit, pour être décarboné, l'hydrogène doit être produit avec de l'éolien ou du solaire. En aurons-nous la capacité et la volonté ?

La meilleure énergie, c'est bien sûr celle que l'on ne consomme pas. Votre politique de rénovation thermique va dans le bon sens.

Il faut aussi développer le fret et le transport fluvial. Je pense au Lyon-Turin et au canal Seine-Nord.

Il n'y aura pas de relance sans solidarité. À cet égard, la réforme des retraites devra être juste.

Je salue la priorité donnée aux territoires et l'association des collectivités territoriales à la relance. Cela faisait longtemps qu'on n'avait pas entendu un Premier ministre parler de ruralité. Depuis des années, les territoires sont les grands oubliés de la République.

Vous avez qualifié de révolutionnaire la déconcentration de l'État que vous voulez conduire. Chiche ! Du coup, l'attente est forte, celle d'un État capable de se réformer, d'un État svelte, agile et réactif.

La différenciation est une nouvelle étape indispensable de la décentralisation. Les collectivités territoriales doivent pouvoir adapter les normes en fonction de leurs particularités et des priorités locales. Mais, monsieur le Premier ministre, « réarmer les territoires » impose aussi de leur redonner de l'autonomie fiscale. Tous les volets du plan de relance doivent se tenir.

Le plan de relance ne pourra jamais être mis en oeuvre sans deux acteurs majeurs : l'Europe et le Parlement. Pas de relance économique sans plan de relance européen. Pas de transition environnementale sans Green New Deal européen. Nous devons aussi revoir la PAC et accorder de nouvelles recettes à l'Europe - TVA sociale européenne et taxe Gafam.

Nous notons avec satisfaction que le Président de la République compte désormais sur les corps intermédiaires, notamment les partenaires sociaux, mais étonnamment pas le Parlement. Vous écoutez des citoyens tirés au sort plutôt que la Représentation nationale. (Applaudissements sur les travées des groupes UC, Les Républicains et Les Indépendants)

Malgré des interrogations qui demeurent, nous saluons un changement d'attitude et d'orientation vers plus de proximité. Vous tendez la main, et vous souhaitez travailler avec les élus, en partant du local. Je vois plus de régalien, de keynésien et de républicain. Oubliez la start-up Nation : bienvenue en France ! Avec mon groupe, nous sommes prêts à vous soutenir. (Applaudissements sur les travées des groupes UC et Les Indépendants ; MM. Yvon Collin et Jean-Claude Requier applaudissent également.)

M. Bruno Retailleau . - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) Le Président de la République vous a choisi pour gouverner la France. Il a même eu la délicatesse de choisir vos principaux collaborateurs. (Rires à droite...)

N'oubliez jamais qu'il n'y a qu'un seul souverain en France, le peuple français, que le Premier ministre de la France doit servir.

Nous sommes sensibles à votre éloge du bicamérisme. Victor Hugo le disait : « La France gouvernée par une assemblée unique, ce serait la mer gouvernée par l'ouragan ».

Votre tâche est lourde, à l'image de la lourde épreuve qui accable notre pays. Elle exige de la hauteur. De nombreux commentateurs s'interrogent pour déterminer quel Premier ministre vous serez. L'important n'est pas là, mais dans ce que vous ferez.

Votre accent chantant, agréable à entendre est « le reflet du sol sur les âmes » disait le poète. Ce qui compte, ce sera la partition de vos décisions, des actes que vous poserez alors que s'emboîtent comme des poupées russes la crise sanitaire, la crise économique et la crise civique.

Il vous faudra beaucoup d'énergie pour résorber la crise sanitaire. Il a fallu cinq mois pour obliger les Français à porter les masques dans les endroits publics clos. Il faut développer les tests ! Il n'y a pas de stratégie dans ce domaine ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains ; Mme Françoise Férat applaudit également.)

La France est à la croisée des chemins entre le relèvement et le décrochage. Les décisions que vous prendrez détermineront son avenir pour les dix ou quinze prochaines années. Les autres nations européennes agissent et la France n'est pas bien placée, avec un recul de 11 %.

Il faudra lutter contre le chômage, notamment des jeunes, en finançant des dépenses actives d'investissement en compétences. Vous ne bâtirez pas l'avenir avec de vieilles solutions : préférez les contrats d'apprentissage aux contrats aidés. Nous vous ferons des propositions.

La solution, c'est la croissance ! C'est elle qui paiera nos dettes et qui protégera les Français du déclassement. Il faut pour cela travailler davantage. Je ne connais aucune grande épreuve surmontée dans la facilité. Il faut dire la vérité aux Français !

Notre compétitivité est en berne. Il faudra baisser les impôts de production et les charges dans le PLFR 3, sinon vous désavantagerez l'industrie. Annulez le forfait social, y compris dans les ETI, si vous êtes le gaulliste social que vous dites être !

Sans compétitivité, il n'y aura pas de souveraineté économique, ni de relocalisation, ni de réindustrialisation. Il n'y aura pas non plus de mobilité sociale.

De tous les pays européens, la France s'est le plus tertiarisée. Il faut déployer les voiles, avec le glaive de la compétitivité et le bouclier européen. Nos liens avec l'Allemagne se sont rétablis. Renforçons-les encore. Pour avoir des champions européens capables de faire face aux Chinois, il faut changer le logiciel de la concurrence et du libre-échange. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains ; Mme Françoise Férat applaudit également.)

Nous attendons avec impatience que le CETA arrive au Sénat. Nous voterons contre cet accord qui n'est bon ni pour l'agriculture ni pour la planète. (Acclamations sur les travées du groupe Les Républicains ; Mme Françoise Férat applaudit également.) Nous devons exiger une frontière verte, une frontière carbone, favorable à l'emploi et à l'écologie.

Monsieur le Premier ministre, vous avez la sincérité ; il vous faudra le courage ! Hannah Arendt écrivait que les crises ne deviennent catastrophiques que lorsqu'on y répond par des préjugés. Il vous faut déboulonner les statues, pas celles de Saint Louis, Portalis et Colbert qui nous surplombent, (M. Victorin Lurel proteste.) mais les idoles virtuelles de l'argent magique (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) et de la dépense publique comme seul levier d'une action de l'État efficace.

C'est à ces idoles que vous cédez encore une fois avec le Ségur de la santé ! Faire un chèque de 8 milliards d'euros sans rien dire de la tarification et de l'organisation de l'hôpital, c'est Sisyphe ou le tonneau des Danaïdes !

Vous vous disiez taiseux ; eh bien, faites !

Je terminerai par la crise civique. Pour redresser l'économie d'un pays, les ressorts sont avant tout immatériels : la confiance est indispensable à la croissance. Or les Français sont le peuple qui a le moins confiance, à raison peut-être.

Que dire lorsque la République est défiée à Dijon, où les différends sont réglés non à la préfecture, mais à la mosquée ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains)

Que dire lorsque la démocratie est fragilisée par l'abstention et le tirage au sort ? C'est la dérive de la courte paille ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains ; MM. Claude Kern et Vincent Capo-Canellas, ainsi que Mme Françoise Férat, applaudissent.)

La décentralisation permet de renouer le fil de la confiance, car elle encourage la proximité, donc l'efficacité. Le lieu, c'est le lien. Posez un cadre général puis différenciez, mais pas l'inverse.

Il faut aussi sauver l'État-nation, trop fragilisé. Notre façon d'être au monde, notre figure collective ont été ébranlées à l'aune de l'effritement de l'État régalien. À Aiguillon comme à Bayonne, la loi de la violence ordinaire a prévalu.

La France est le pays d'Europe où le taux d'homicides rapporté à la densité de population est le plus élevé. Le numerus clausus carcéral peut-il encore tenir lieu de politique pénale ?

Le tissu déchiré de la nation française par l'effet du communautarisme et du séparatisme n'a face à lui qu'une pensée molle et des actes faibles. Reprendrez-vous les propositions du Sénat sur le port des signes ostentatoires lors des sorties scolaires ?

Certains voient la Nation comme éternellement coupable, « coupable de culpabilité », comme le disait un personnage des Fraises sauvages de Bergman. Comment nous projeter dans l'avenir avec une vision aussi lacrymale de notre histoire ?

Vous ne pourrez pas répondre à la dépression économique et sociale sans répondre à la défiance civique qu'aucun artifice de communication ne peut masquer. La politique crève de cette obsession de crever l'écran. Les Français sont perdus. Ils ne veulent pas d'un nouveau chemin mais retrouver la France avec son audace, sa fierté et sa destinée. Ils veulent être un peuple libre, uni autour d'un idéal français qui nous rassemble et qui doit dessiner le seul chemin possible. Si vous empruntez ce chemin, nous vous suivrons. Si vous vous en écartez, nous nous opposerons à votre politique. Vive la République ! Et vive la France ! (Applaudissements nourris et acclamations sur les travées du groupe Les Républicains ; MM. Philippe Pemezec, Jérôme Bascher et Mme Jacky Deromedi se lèvent.)

M. François Patriat . - (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM) Dans cette dramatique crise sanitaire, vous avez rappelé le rôle crucial des soignants. Nous, législateurs, avons su être à la hauteur des enjeux.

Je tiens à rendre hommage à votre prédécesseur, Édouard Philippe, pour le travail considérable qu'il a mené, avec méthode, pédagogie et détermination sur les fronts de la lutte contre le virus, de la sauvegarde de l'emploi, du soutien aux plus vulnérables.

Dès le début de la crise, 430 milliards d'euros ont été déployés, dans le cadre d'un ambitieux plan d'urgence, comportant une panoplie de mesures générales - prêts garantis par l'État, chômage partiel, fonds de soutien - et sectorielles - aéronautique, automobile, hôtellerie, restauration, culture - sans lesquelles des pans entiers de notre économie auraient été réduits à néant.

Je tiens à féliciter nos élus locaux qui n'ont jamais ménagé leurs efforts. Les collectivités territoriales sont les maillons essentiels de la reprise.

Alors que, grâce à des réformes ambitieuses, le chômage avait atteint son plus bas niveau depuis dix ans, que le pouvoir d'achat connaissait sa plus forte progression, que la France devenait un des pays les plus attractifs, nous avons su faire face.

La crise a révélé nos forces mais aussi nos faiblesses et nos fragilités.

Monsieur le Premier ministre, vous avez reçu la mission de réussir le déconfinement, avec un sérieux qui a été aussi celui des Français - ce sens de l'intérêt général doit nous inspirer.

Vous avez permis une reprise progressive du vivre ensemble à la française auquel nous sommes attachés.

La crise a attisé la peur du déclassement. Elle doit être l'occasion de rétablir la confiance. La République, une et indivisible, est la solution. Soit nous agissons, soit nous sombrons dans les divisions mortifères.

Nous devons faire preuve d'humilité, faire le point sur nos actions sans craindre le jugement hâtif de ceux qui croient toujours faire mieux.

Le président Larcher le dit souvent : nous représentons les territoires, auxquels certains vous reprochent aujourd'hui de trop faire appel ! Quand on parle aux territoires - que n'eussions-nous pas entendus si vous n'en aviez dit mot ! - on s'adresse non pas seulement au Parlement, mais surtout aux Français qui rencontrent des difficultés de déplacements, de santé et d'emploi, en leur donnant des réponses concrètes. Je les ai entendues aujourd'hui.

Je ne crois pas à l'uniformité des politiques publiques, sorte de maladie qui a frappé notre pays tout au long de son histoire récente. Vous avez apporté votre soutien à la différenciation qui évite d'apporter les mêmes réponses monolithiques de Brest à Strasbourg, du Havre à Prades.

Nous devons entamer une nouvelle étape de la décentralisation. Vous avez tracé un chemin ambitieux. Votre politique doit s'inscrire dans le temps long, comme l'a dit le Président de la République lors de son interview du 14 juillet.

Cela fait trente ans que nous reculons sur la réforme des retraites...

M. Jérôme Bascher. - Comme si rien n'avait été fait avant !

M. François Patriat. - Le Gouvernement a raison de mener cette réforme ambitieuse et équitable !

Nous nous réjouissons que tous - élus locaux, partenaires sociaux, citoyens - soient associés à cette reconstruction. La reconstruction sera le fruit d'un travail collectif ou ne sera pas.

Je ne reviendrai pas sur les mesures annoncées : lutte contre le décrochage scolaire, financement de la formation, extension du chômage partiel, rénovation énergétique...

Dès votre arrivée, vous avez conclu le Ségur de la santé dont vous avez voulu qu'il obtienne des avancées sans précédent. Quel gouvernement a autant fait pour l'hôpital et pour le personnel soignant ? Ceux qui doutent de l'action du Gouvernement devraient voir ce qu'il fait pour la santé.

Investissement et transformation seront les maîtres mots de votre Gouvernement. Nous nous en réjouissons.

Votre ambition claire et votre volonté d'agir nous permettront de relever les immenses défis qui se présentent à nous...

M. le président. - Il faut conclure.

M. François Patriat. - Monsieur le Premier ministre, après avoir entendu vos propositions concrètes, pragmatiques et proximales, séquencées dans la durée dans les 600 jours qui nous restent, le groupe LaREM vous apportera son soutien. (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM)

M. Jean Castex, Premier ministre . - Je vous remercie de la qualité de vos propos, qui ne me surprend pas, bien entendu.

Ne doutez pas de notre détermination très forte, dans ce contexte si particulier, de poursuivre et d'accélérer la relance de notre économie : c'est notre premier objectif.

Je n'ai pas perçu de divergence fondamentale entre nous, ni sur les principes - une croissance la plus riche en emplois - ni sur le contenu ni sur la méthode : le pragmatisme...

Mme Sophie Taillé-Polian. - Vous ne nous avez pas bien entendus, alors !

M. Jean Castex, Premier ministre. - J'ai entendu des réserves sur le financement de ce plan.

M. Jean-Pierre Sueur. - Absolument !

M. Jean Castex, Premier ministre. - Ces remarques légitimes ont été exprimées de manière traditionnelle : une fois que nous nous accordons pour dire « pas de dette pour les générations futures, respect des équilibres », les uns proposent des baisses d'impôts ; les autres, d'ajouter dans le même propos, « vous n'en faites pas assez »... Je crains qu'à l'arrivée, le solde ne s'en trouve guère amélioré !

M. Jean-Pierre Sueur. - Quelle est donc votre réponse ? Comment allez-vous financer tout cela ?

M. Jean Castex, Premier ministre. - Il s'agit d'un plan d'investissement, et non pas de dépenses de fonctionnement, orienté vers la croissance et l'amélioration de la compétitivité de notre économie, ainsi que la formation des hommes et des femmes de notre pays.

Une exception toutefois porte sur le Ségur de la santé. Au profit des soignants mobilisés pendant la crise, nous faisons oeuvre de rattrapage et notre système de santé est notre bien le plus précieux pour notre cohésion sociale et notre protection nationale.

M. François Patriat. - Absolument !

M. Jean Castex, Premier ministre. - Ne pas le faire eût été une erreur profonde ! Cela doit s'accompagner bien entendu d'une amélioration de l'organisation de notre système de santé.

Vous me donnez aussi l'occasion de parler d'Europe.

J'ai eu l'honneur d'apporter modestement ma contribution à la gestion de la précédente crise, en 2008. Elle était difficile, mais celle d'aujourd'hui sera, nous le savons, beaucoup plus forte. Il y a une différence que le président Malhuret a soulignée à juste titre : en 2008, il n'y a pas eu de véritable solidarité européenne.

Quelque 35 milliards d'euros du plan de relance seront financés par l'Europe : c'est une différence majeure ! La France et le Président de la République y ont apporté une contribution décisive. Nous devons amplifier cette démarche européenne en matière de politique industrielle. Les grands champions doivent être européens. La France ne pourra agir seule.

La politique écologique doit aussi être européenne : taxe carbone, réforme de la politique de la concurrence. Beaucoup l'ont dit : il faut utiliser cette crise comme une opportunité. C'est également vrai pour l'Europe qui doit retrouver de la crédibilité auprès de nos citoyens. La crédibilité, en effet, permet la confiance.

Nous ne réussirons que si les Françaises et les Français s'imprègnent aussi de la nécessité de lutter avec nous contre la crise et de se mobiliser. Il faut retrouver à cette occasion les bases de la confiance.

Les valeurs d'autorité de l'État, de respect, de laïcité républicaine, d'écoute, de sens des responsabilités, de courage dans la conduite des réformes nécessaires, doivent être portées et incarnées pour nous permettre de sortir plus forts de ce moment des plus difficiles.

Je ne perds jamais de vue l'immensité de la responsabilité qui pèse sur mes épaules. Mais je sais au fond de moi-même que je ne pourrai m'en affranchir qu'en mobilisant, en partageant, en impliquant non seulement la Représentation nationale, mais l'ensemble de notre pays, sous l'autorité du Président de la République, au service de l'intérêt général. (Applaudissements sur les travées des groupes LaREM et Les Indépendants, ainsi que sur plusieurs travées des groupes RDSE et UC et sur quelques travées du groupe Les Républicains)

La séance est suspendue à 12 h 45.




Source : senat.fr

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200716-discours-castex.html


 

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16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 03:06

« C’est donc en suivant une méthode nouvelle que nous prendrons ensemble, à bras-le-corps, la crise, avec une obsession en tête : la lutte contre le chômage et la préservation de l’emploi, priorité absolue de mon gouvernement pour les prochains dix-huit mois. » (Jean Castex, le 15 juillet 2020 à l’Hémicycle).


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Le nouveau Premier Ministre Jean Castex a prononcé sa déclaration de politique générale devant les députés ce mercredi 15 juillet 2020 à 15 heures (on peut lire le texte intégral ici). Cette séance est intervenue le lendemain d’une importante interview du Président Emmanuel Macron qui avait donné la "feuille de route" pour les 600 prochains jours (et derniers jours) de son quinquennat.

Il y a un petit côté vintage dans ce chef du gouvernement atypique, un côté Quatrième République, ou du moins, années 1960. Peut-être à cause de son éloquence un peu désuète, n’hésitant pas à se tortiller devant son micro, derrière ses grosses lunettes, en lisant scrupuleusement son texte avec un petit accent qui rappelle les heures passionnées des débats parlementaires enflammés d’un ancien temps ? Peut-être son absence de lien avec son auditoire ?

Il y a des enseignants qui se lient tout de suite, dans leur communication, avec leurs élèves, par le regard, des sourires, des petits mots, et il y a des enseignants qui restent comme des magisters, en haut de leur promontoire. Jean Castex a l’air plutôt de ces derniers, il n’est pas enseignant, les députés ne sont pas des élèves, mais il suivait son texte comme un bulldozer technocratique qui déroulait son catalogue des mesures gouvernementales, la plupart d’ailleurs plutôt convaincantes et bien ficelées, de bon sens, et même consensuelles. Qui irait critiquer les repas à 1 euro des étudiants boursiers, même si on peut se douter que cette mesure permet d’oublier la diminution de 5 euros de l’APL, l’aide au logement, de 2017 ?

Son prédécesseur Édouard Philippe savait incarner une relation personnelle pour ne pas dire personnalisée avec son auditoire parlementaire, lançant parfois à des députés ou des groupes politiques des clins d’œil ou des piques, alors que Jean Castex en restait à son texte, sans aspérité, sans épices si ce n’est son accent.

Je suis donc étonné par les nombreux éloges éditocratiques après cet exercice assez laborieux. Certes, il a fait le "job", celui d’un exercice souvent convenu à l’issue prévisible (Jean Castex a reçu la confiance des députés à 19 heures 40 avec 345 voix d’approbation, 177 voix contre et 43 votes blancs, sur 565 votants). Oui, il a son propre caractère qui ne demande qu’à s’exprimer, qui exprimera des différences avec le Président de la République, et il n’est certainement pas son simple "collaborateur", il l’a d’ailleurs déjà prouvé par quelques mini-victoires obtenues sur la volonté élyséenne à propos de quelques "détails".

On le dit convivial et plein d’écoute, mais il n’a pas montré, disons que je n’ai pas senti beaucoup de connivence avec l’Assemblée, pas beaucoup d’ondes communes, comme je pourrais dire, comme s’il était une machine désincarnée, certainement en très bon état, très efficace, mais à qui manquerait peut-être ce qu’on appellerait le sens politique, du moins, le sens du liant, lui qui parle sans arrêt de vouloir réconcilier la France. Peut-être d’ailleurs que c’est cela, le petit grain de sable qui me gêne. Jean Castex a déclaré : « Notre première ambition, immense, sera de réconcilier ces France si différentes, de les souder ou de les ressouder. ». Ambition que je partage pleinement, mais il y a peut-être une différence importante entre vouloir réconcilier les France et vouloir réconcilier les Français… comme il peut y avoir peut-être une différence entre aimer la France (De Gaulle) et aimer les Français (Jacques Chirac).

Quand on écoute la liste des propositions et des mesures, dont aucune n’est réellement innovante ni vraiment révolutionnaire, on se dit qu’Emmanuel Macron redécouvre parfois l’histoire politique des soixante-quinze dernières années, voudrait retrouver le cadre d’une prospérité gaullienne des années 1960 (par exemple, la création d’un nouveau commissariat au Plan), tout en reprenant de vieilles ficelles de l’après-chocs pétroliers (comme les emplois aidés).

On peut aussi être étonné par l’absence de sujets de politique extérieur, rien sur l’Europe (ou à peine), rien sur la situation internationale tendue, rien encore sur l’énergie nucléaire et l’arrêt de la centrale de Fessenheim (pourtant l’énergie la plus décarbonée possible), rien non plus sur la loi de bioéthique alors qu’il semble y avoir une volonté de la faire adopter rapidement et le plus discrètement possible pendant la torpeur de l’été…


Réconciliation des France

Dans son discours, Jean Castex a commencé par une longue introduction très réfléchie en guise de diagnostic sévère et d’ambition "immense" : « Nous avons vu des femmes et des hommes engagés, solidaires, inventifs et responsables. Mais quand la tempête souffle, les fragilités qu’on préférait ignorer éclatent aux yeux de tous. La crise a mis en lumière, de manière très crue, nos difficultés et parfois, nos défaillances, y compris au sein de l’appareil d’État. Elle a aussi souligné les faiblesses de notre économie : un appareil productif incapable de pourvoir à nos besoins en biens et en ressources stratégiques. Nous avons atteint un niveau de dépendance qui n’est pas raisonnable. La crise a accentué la vulnérabilité des personnes éloignées du cœur de notre modèle économique et de protection sociale : les travailleurs précaires, les travailleurs en situation de handicap, les salariés en contrat court, les jeunes, les indépendants. Mais ce n’est pas tout : la crise est venue frapper une France en plein doute ; une France qui se divise ; une France qui se crispe et qui, parfois, se désespère depuis bien trop longtemps ; une France qui, en partie tout au moins, se trouve gagnée par la peur du déclassement ; une France qui se sent parfois abandonnée. Vous le savez, il y a beaucoup de France qui se sentent loin et laissées pour compte : France des banlieues, France rurale, France des outre-mer, France dite périphérique, France de ceux qui, y compris au cœur de nos villes, n’ont pas droit à la parole. Ces France-là sont notre pays, autant que la France de la réussite économique, scientifique, industrielle et culturelle dont nous sommes légitimement fiers. Notre première ambition, immense, sera de réconcilier ces France si différentes, de les souder ou de les ressouder, de faire que, de part et d’autre, on s’écoute, on se reconnaisse, on se comprenne, on contribue à restaurer la valeur cardinale qui soude les sociétés : la confiance, la confiance du peuple en ses élites, la confiance entre l’État et les corps intermédiaires qui structurent la société, la confiance en l’avenir. ».


Décentralisation et planification

Jean Castex, comme beaucoup de commentateurs l’ont oublié, n’était pas seulement un maire rural quand il a été nommé à Matignon, il était aussi un conseiller départemental des Pyrénées-Orientales, ce qui peut expliquer son choix de privilégier l’échelon départemental dans le mille-feuilles territorial, alors même que le département était appelé, il y a encore quelques années, à disparaître. Il n’a pas tort car c’est bien le département qui joue le rôle de guichet social dans les politiques de solidarité, et l’élargissement (injustifié financièrement) des régions a rendu ces dernières encore plus éloignées des réalités quotidiennes des citoyens.

Son choix va donc contre la mode ambiante mais pour l’efficacité : « Je m’étais fait le défenseur, à l’occasion de la mission sur le déconfinement qui m’avait été confiée par le précédent gouvernement, du couple maire-préfet de département. Notre intention est de rendre rapidement plus cohérente et plus efficace l’organisation territoriale de l’État, en particulier au niveau du département. Toutes les créations d’emplois qui seront autorisées par le projet de loi de finances pour 2021 seront affectées, sauf exception justifiée, dans les services départementaux de l’État, et aucune dans les administrations centrales. C’est une révolution. ».

Paradoxalement, décentralisateur et planificateur, Jean Castex veut remettre un nouveau Commissariat général au Plan, créé juste après la guerre par De Gaulle (dirigé alors par Jean Monnet). Le but sera d’anticiper les besoins et les crises et de voir à plus long terme qu’aujourd’hui, notamment sur le plan industriel : « Nous avons progressivement perdu notre capacité à nous projeter dans le long terme, à planifier une politique économique, à identifier les gisements de croissance future et à définir une perspective. C’est la raison pour laquelle le Président de la République souhaite la création rapide d’un commissariat général au Plan, qui aura pour mission d’incarner et d’animer une telle politique. C’est aussi le sens de la loi de programmation annuelle de la recherche, qui sera présenté au conseil des ministres dès la semaine prochaine, et permettra un réinvestissement massif de 25 milliards d’euros dans la recherche publique pour les dix prochaines années. ».

À cette annonce du nouveau commissariat au Plan, Jean-Luc Mélenchon a applaudi très fortement, car c’était l’une des propositions qu’il avait déjà formulées auparavant. Selon certaines indiscrétions journalistiques, il semblerait que François Bayrou pourrait être ce nouveau Haut-commissaire au Plan, mais ce dernier voudrait être rattaché à l’Élysée et pas à Matignon.


Mesures pour l’emploi et la relance économique

Parmi les mesures pour l’emploi, Jean Castex a cité la réduction des charges des emplois pour les jeunes de moins de 25 ans, jusqu’à 1,6 SMIC, à hauteur de 4 000 euros par an dans toutes les entreprises pour une durée d’au moins un an. 300 000 "parcours et contrats d’insertion" (en clair, de contrats aidés) seront créés pour les jeunes en grande difficulté. C’est une mesure plus sociale qu’économique (cela n’a jamais créé des emplois pérennes) et c’est un renversement de "doctrine", puisque les emplois de ce type avaient été supprimés par Emmanuel Macron au début de son quinquennat (au grand dam des maires LR qui, pourtant, avaient soutenu un candidat à l’élection présidentielle qui voulait aussi les supprimer). Par ailleurs, Jean Castex a annoncé 100 000 places supplémentaires pour le service civique.

Le plan de relance sera doté de 100 milliards d’euros et « couvrira tous les grands secteurs économiques et tous les territoires », dont 38 milliards d’euros à la poursuite du chômage partiel de longue durée et 1,5 milliard d’euros dans la formation professionnelle : « Les personnes qui s’orienteront vers les formations dans les secteurs en tension verront leur compte personnel de formation abondé. Nous nous fixons un objectif de 200 000 places supplémentaires de formation en 2021, notamment au bénéfice des jeunes et des demandeurs d’emploi. ». 40 autres milliards d’euros du plan de relance seront consacrés à la préservation de nos fleurons industriels et technologiques et à notre indépendance économique.

La volonté industrielle est là : « Nous allégerons les impôts qui pèsent sur la production en France ; nous développerons sur notre territoire les technologies d’avenir ; nous réduirons notre empreinte carbone ; nous accélérerons la numérisation des entreprises comme des administrations. Dans de nombreux domaines, notre souveraineté économique doit également se construire à l’échelle de l’Europe. Nous veillerons à une adaptation des règles de la concurrence européenne, afin de favoriser l’émergence de champions industriels européens. L’économie repose aussi sur les territoires. Nous soutiendrons les investissements des collectivités territoriales, orientés vers le développement durable et l’aménagement du territoire. Nous accélérerons, en particulier, tous les projets consacrés aux réseaux, qui permettent de structurer et de développer ces territoires, déploiement du très haut débit, modernisation des réseaux d’eau et d’assainissement, sauvegarde des petites lignes ferroviaires. ».

Cette dernière mesure, sauvegarde des petites lignes ferroviaires, va à contresens de l’évolution récente et est l’une des demandes récurrentes de cette "France périphérique" un peu oubliée des grands axes.


Transition écologique

Jean Castex a martelé son objectif très ambitieux sur le plan écologique : « Le plan de relance sera un accélérateur puissant de la transition écologique. Ce gouvernement veut gagner la bataille pour le climat, la protection de la nature et la biodiversité. Il compte faire de l’économie française l’économie la plus décarbonée d’Europe. ».

Et d’y mettre un grain de polémique pour en finir avec la préemption du sujet par des écologistes "pastèques" (verts à l’extérieur mais d’extrême gauche à l’intérieur) : « L’écologie n’est pas l’apanage d’une génération, d’une classe sociale, des quartiers de certaines villes ou d’un parti. L’écologie est notre affaire à tous. Elle doit être créatrice de richesses. Je crois en la croissance écologique, pas à la décroissance verte. ». C’est la clef d’une transition écologique réussie et durable : elle doit créer de la richesse. Si elle en détruisait, elle ne serait pas durable et surtout, elle ne serait jamais acceptée et les majorités suivantes l’arrêteraient.

Rappelons que le principe de décroissance économique va à l’encontre des jeunes et à l’encontre des retraités : c’est par la croissance qu’on peut financer les retraites, c’est par la croissance qu’on peut investir pour les plus jeunes. Sans elle, on sacrifierait ces deux générations, on sacrifierait le passé et le futur au seul "avantage" (de conscience) du présent. C’est une loi économique aussi solide que la loi de la gravitation universelle : si une mesure est anti-économique, elle rencontrera des résistances, des rébellions (exemple, les gilets jaunes) et à terme, sera annulée d’une manière ou d’une autre. Au contraire, si les acteurs économiques se rendent compte que la transition écologique leur profite, qu’elle crée de la valeur, crée des emplois, crée de la richesse, ils joueront le jeu et seront les premiers opérateurs de cette transition. C’est ce cercle vertueux que j’espère que Jean Castex construira.

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Le concret des intentions : « Le plan de relance proposera de mobiliser plus de 20 milliards d’euros pour mener la rénovation thermique des bâtiments, réduire les émissions des transports et de nos industries, produire une alimentation plus locale et durable, soutenir les technologies vertes de demain comme les batteries, mieux recycler et moins gaspiller. (…) Nous pouvons redevenir une grande nation industrielle grâce et par l’écologie. ».

Au-delà des grands discours, Jean Castex a voulu rester dans le concret des situations de chacun : « La transition écologique interroge aussi le quotidien de chaque citoyen, sa façon de consommer, de se déplacer, et de se loger. Rien ne serait plus inefficace ou injuste que de demander à certains de nos concitoyens, qui n’en ont tout simplement pas les moyens, de changer brutalement leurs modes de consommation ou de déplacement. À nous de concilier transition écologique et pouvoir d’achat. La solution, c’est d’accompagner individuellement les Français : en matière de logement, en finançant leurs projets de rénovation thermique ; en matière de transport, grâce à la prime à la conversion, en structurant mieux le marché de l’occasion et en s’appuyant sur la location de longue durée. Tous les investissements dans les filières agricoles seront accélérés, afin de développer une alimentation de qualité, locale, accessible dans toutes les villes et tous les villages de France. ».

Autres mesures fortes pour la transition écologique : « Afin de lutter contre l’artificialisation des sols, promouvoir les circuits courts et les petits commerces, nous adopterons un moratoire sur l’installation de nouveaux centres commerciaux dans les zones périphériques. Le plan de relance prévoira des montants significatifs et inégalés en faveur d’un plan vélo très ambitieux et contractualisé avec les collectivités territoriales par l’intermédiaire d’investissements dans les infrastructures. Voilà qui touche la vie quotidienne ! Les vélos électriques vont révolutionner l’usage de ce moyen de locomotion propre et excellent pour la santé dans toutes les villes et villages de France. Nous régulerons la publicité pour réduire les incitations à la surconsommation de produits polluants. ».


Contrepartie aux aides à la relance

Jean Castex a été très mesuré dans sa demande : « Les entreprises qui bénéficieront d’aides au titre de ce plan ou s’inscriront dans le cadre de l’activité partielle de longue durée seront invitées à une stricte modération dans la distribution des dividendes, comme cela a déjà été le cas pendant la crise sanitaire. ».

Certains ont beaucoup critiqué l’utilisation du verbe "inviter" qui n’était, pour ceux-ci pas assez contraignant. Pourtant, contraindre, obliger, contrôler, d’autres verbes plus coercitifs pourraient mettre en péril certaines activités économiques, car selon le modèle économique ou d’investissement, les dividendes peuvent être également nécessaires (au-delà du besoin en fonds propres, il y a aussi des structures d’entreprises avec des holdings qui financent des investissements par des retours de dividendes de ses filiales, etc.).


Solidarité nationale

Le soutien  aux 4 millions de foyers précaires pendant le confinement sera maintenu : « La solidarité nationale doit continuer à jouer à plein, pour éviter une crise sociale majeure et des drames humains individuels désastreux. Des mesures de soutien pour nos concitoyens les plus précaires seront donc prises ; l’allocation de rentrée scolaire sera revalorisée, de façon exceptionnelle, dès la rentrée de septembre. Le plan pauvreté lancé par le précédent gouvernement sera poursuivi et amplifié en fonction de l’évolution de la conjoncture. ». L’allocation de rentrée va être revalorisée de 100 euros.


Plan pour la santé

Jean Castex a annoncé 8 milliards d’euros pour la revalorisation de la rémunération des personnels de santé (hors médecins) : « Chaque aide-soignant, chaque infirmière gagnera dès l’année prochaine au moins 200 euros nets en plus chaque mois. Cela pourra même aller, pour beaucoup d’entre eux, jusqu’à 500 euros grâce à la généralisation de la prime d’engagement collectif et à la possibilité de faire des heures supplémentaires majorées. » ; 13 milliards d’euros pour la reprise de la dette hospitalière ; et 6 milliards d’euros pour des investissements en faveur du système de santé : « L’objectif est de donner davantage de souplesse aux établissements, d’intégrer la qualité des soins dans les règles de financement des hôpitaux et des médecins de ville, de mettre l’accent sur la prévention, notamment en développant les actions sport-santé, et d’impliquer davantage les élus des territoires dans la gestion du système de santé. ».

Enfin, la dépendance sera bientôt une assurance : « La création du cinquième risque de la sécurité sociale pour la prise en charge de la dépendance liée au grand âge. (…) Cette avancée, si souvent annoncée, si longtemps attendue, devra aboutir avant la fin du quinquennat. ». Si ce 5e pilier, voulu initialement par Nicolas Sarkozy mais arrêté à cause de la crise de l’euro, est mis en place, ce sera probablement la principale sinon la seule réforme que l’histoire retiendra du (premier ?) quinquennat d’Emmanuel Macron.


Sécurité

Complétant ses développements sur la crise économique et sociale, Jean Castex a tenu un discours de fermeté sur le plan régalien : « Aucune religion, aucun courant de pensée, aucun groupe constitué ne peut s’approprier l’espace public et s’en prendre aux lois de la République. En particulier, pour appeler les choses par leur nom, lutter contre l’islamisme radical sous toutes ses formes est et demeure l’une de nos préoccupations majeures. (…) Il ne saurait davantage être toléré que des minorités ultra-violentes s’en prennent aux forces de sécurité et viennent désormais systématiquement ternir les manifestations sur la voie publique et leurs revendications légitimes. ».

Et parmi les réponses apportées par ce gouvernement contre la petite délinquance : « Entre autres renforcements que, dès 2021, je demanderai à la représentation nationale d’adopter, j‘ai demandé au garde des sceaux de créer dans les territoires des juges de proximité spécialement affectés à la répression [des] incivilités du quotidien. ».


Encore des extraits sur divers sujets

Les premiers mots de Jean Castex furent pour rendre hommage aux victimes de la crise sanitaire et aux soignants : « J’ai avant tout une pensée pour celles et ceux qui ont été frappés par la maladie, et pour les Françaises et les Français qui ont perdu un proche. Je veux aussi saluer l’action de tous ceux qui se sont mobilisés et qui se sont battus sans relâche pour sauver des vies, protéger les plus vulnérables, assurer la continuité des services publics et la vie économique de la nation. N’oublions que ce que nous leur devons, alors même que la crise sanitaire n’est pas terminée. ».

Sur son prédécesseur Édouard Philippe : « Je veux ici rendre hommage au travail d’Édouard Philippe et de son gouvernement. L’histoire se souviendra des réformes ambitieuses qu’il a menées avec le soutien sans faille de la majorité (…). Les réalisations à son actif, et à celui de l’ensemble de ses ministres, sont considérables ; elles concernent tous les domaines de la vie de la nation, qu’elles ont rendu plus forte, plus juste et plus solidaire. Je veux rappeler que lorsque la crise du coronavirus s’est abattue sur notre pays, le chômage était au plus bas depuis plus de dix ans, le pouvoir d’achat connaissait sa plus forte progression depuis dix ans, et la France était devenue le pays le plus attractif d’Europe. (…) L’histoire retiendra aussi le courage et le sang-froid avec lesquels Édouard Philippe a affronté la crise ; j’en ai été personnellement le témoin direct au cours des derniers mois. ».

La France, ses ennemis et ses silencieux : « La France, c’est la République, et celle-ci aussi se trouve ébranlée, dans ses fondements, par la coalition de ses ennemis, terroristes, complotistes, séparatistes, communautaristes, avec les armes habituelles de la violence, dans la rue comme dans l’espace privé, et de la lâcheté, souvent garantie par l’anonymat permettant un recours dévoyé aux réseaux sociaux, qui ont pris, ces dernières années, une intensité inquiétante. Vous le savez, car vous en êtes régulièrement les victimes. Je suis, comme simple citoyen, comme maire de terrain depuis douze ans, engagé au service des autres. Je sais, pour la côtoyer tous les jours, qu’il existe une France qui ne dit rien mais qui n’en pense pas moins et qui n’accepte pas cela, une France du bon sens et de la raison, une France que nous devons écouter et mieux considérer. ». Cette France qui ne dit rien, c’est probablement la même, il y a cinquante-deux ans (deux générations !), qui a donné une majorité gaulliste écrasante en réponse à la crise de mai 68.

La démocratie participative : « La France, c’est en effet celle des citoyens qui aspirent de plus en plus à participer à la chose publique, sous des formes nouvelles, et nous devons en tenir compte, comme le Président de la République l’a fait avec la Convention citoyenne pour le climat, et comme nous allons le faire en transformant le Conseil Économique, Social et Environnemental, CESE, en conseil de la participation citoyenne. Il nous appartiendra, ensemble, de trouver les modalités de conciliation entre la démocratie directe et la démocratie représentative, à laquelle je reste, comme vous, fortement attaché. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 16 juillet 2020 au Sénat (texte intégral).
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale (texte intégral).
La déclaration de politique générale de Jean Castex le 15 juillet 2020.
Interview du Président Emmanuel Macron le 14 juillet 2020 par Léa Salamé et Gilles Bouleau (retranscription intégrale).
Emmanuel Macron face aux passions tristes.
Gérald Darmanin.
Composition du gouvernement Castex I.
Le gouvernement Castex I nommé le 6 juillet 2020.
Jean Castex, le Premier Ministre du déconfinement d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat le 29 juin 2020 à l’Élysée (texte intégral).
Après-covid-19 : écologie citoyenne, retraites, PMA, assurance-chômage ?
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
Retraites : Discours de la non-méthode.
La réforme de l’assurance-chômage.
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200715-castex.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-castex-a-la-recherche-des-30-225784

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 18:40

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DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE
DU PREMIER MINISTRE JEAN CASTEX
LE MERCREDI 15 JUILLET 2020
AU PALAIS-BOURBON (PARIS)


Assemblée nationale
XVe législature
Session extraordinaire de 2019-2020

Compte rendu
intégral


Première séance du mercredi 15 juillet 2020
Présidence de M. Richard Ferrand

M. le président. La séance est ouverte.

(La séance est ouverte à quinze heures.)
1
Déclaration de politique générale du Gouvernement, débat et vote sur cette déclaration

M. le président. L’ordre du jour appelle la déclaration de politique générale du Gouvernement faite en application de l’article 49, alinéa 1er, de la Constitution, le débat et le vote sur cette déclaration.

La parole est à M. le Premier ministre. (Les députés des groupes LaREM et MODEM se lèvent et applaudissent vivement.)

M. Fabien Di Filippo. Il vaut mieux l’applaudir avant !

M. Jean Castex, Premier ministre. Mesdames et messieurs les députés, c’est un immense honneur pour moi d’être à cette tribune. Je me présente devant vous dans un moment bien particulier de notre histoire : la France vient de subir l’une des plus graves crises sanitaires qu’elle ait connues. J’ai avant tout une pensée pour celles et ceux qui ont été frappés par la maladie, et pour les Françaises et les Français qui ont perdu un proche. Je veux aussi saluer l’action de tous ceux qui se sont mobilisés et qui se sont battus sans relâche pour sauver des vies, protéger les plus vulnérables, assurer la continuité des services publics et la vie économique de la nation. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM, ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LR – M. Jean-Paul Dufrègne applaudit également) N’oublions pas ce que nous leur devons, alors même que la crise sanitaire n’est pas terminée.

La meilleure façon de nous préparer à une reprise possible de l’épidémie est de renforcer nos actions de prévention ; cela passe nécessairement par le développement du port du masque et par une intensification de notre politique de dépistage.

M. Pierre Cordier. Vous aviez dit le contraire !

M. Fabien Di Filippo. Il a regardé la télé hier !

M. Jean Castex, Premier ministre. Nous devons par-dessus tout éviter un retour à des formes strictes et larges de confinement, dont nous connaissons désormais le coût humain et économique. Cela reposera sur la mobilisation de tous – et au premier rang, du Gouvernement que j’ai l’honneur de diriger.

Face à la crise, nous avons tenu bon collectivement ; vous le savez, vous y avez contribué. Je veux ici rendre hommage au travail d’Édouard Philippe et de son Gouvernement. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)

M. Pierre Cordier. Il était tellement bon que vous l’avez remplacé !

M. Jean Castex, Premier ministre. L’histoire se souviendra des réformes ambitieuses qu’il a menées avec le soutien sans faille de la majorité, que je salue. Les réalisations à son actif, et à celui de l’ensemble de ses ministres, sont considérables ; elles concernent tous les domaines de la vie de la nation, qu’elles ont rendu plus forte, plus juste et plus solidaire.

Je veux rappeler que lorsque la crise du coronavirus s’est abattue sur notre pays, le chômage était au plus bas depuis plus de dix ans (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs du groupe MODEM), le pouvoir d’achat connaissait sa plus forte progression depuis dix ans, et la France était devenue le pays le plus attractif d’Europe.

Je veux également souligner l’œuvre de transformation engagée dans les secteurs majeurs de l’éducation, du travail, des mobilités, du logement ou encore de la santé. L’histoire retiendra aussi le courage et le sang-froid avec lesquels Édouard Philippe a affronté la crise ; j’en ai été personnellement le témoin direct au cours des derniers mois.

À la crise sanitaire, qui n’est pas finie, succède dès maintenant une crise économique et sociale d’une ampleur probablement inégalée depuis la dernière guerre mondiale. Nous en connaissons les risques, et certains de nos compatriotes en subissent déjà les conséquences : les pertes d’emplois, les plans sociaux, les faillites d’entreprises sont malheureusement des réalités que nous constatons déjà, et qu’il nous faudra combattre ensemble. Les crises ont ceci de singulier, qu’elles jouent un rôle de révélateur ; celle que nous avons traversée a montré à quel point les Françaises et les Français ont des ressources.

M. Pierre Dharréville. Ils n’en ont pas tous !

M. Jean Castex, Premier ministre. Nous avons vu des femmes et des hommes engagés, solidaires, inventifs et responsables. Mais quand la tempête souffle, les fragilités qu’on préférait ignorer éclatent aux yeux de tous. La crise a mis en lumière, de manière très crue, nos difficultés et parfois nos défaillances, y compris au sein de l’appareil d’État. Elle a aussi souligné les faiblesses de notre économie : un appareil productif incapable de pourvoir à nos besoins en biens et en ressources stratégiques. Nous avons atteint un niveau de dépendance qui n’est pas raisonnable. La crise a accentué la vulnérabilité des personnes éloignées du cœur de notre modèle économique et de protection sociale : les travailleurs précaires, les travailleurs en situation de handicap, les salariés en contrat court, les jeunes, les indépendants. Mais ce n’est pas tout : la crise est venue frapper une France en plein doute ; une France qui se divise…

M. Pierre Cordier. À cause de Macron !

M. Jean Castex, Premier ministre. …une France qui se crispe et qui, parfois, se désespère depuis bien trop longtemps ; une France qui, en partie tout au moins, se trouve gagnée par la peur du déclassement ; une France qui se sent parfois abandonnée. Vous le savez, il y a beaucoup de France qui se sentent loin et laissées pour compte : France des banlieues, France rurale, France des outre-mer, France dite périphérique (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM), France de ceux qui, y compris au cœur de nos villes, n’ont pas droit à la parole.

M. Aurélien Pradié. Merci pour le constat !

M. Jean Castex, Premier ministre. Ces France-là sont notre pays, autant que la France de la réussite économique, scientifique, industrielle et culturelle dont nous sommes légitimement fiers. Notre première ambition, immense, sera de réconcilier ces France si différentes, de les souder ou de les ressouder (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM), de faire que, de part et d’autre, on s’écoute, on se reconnaisse, on se comprenne, on contribue à restaurer la valeur cardinale qui soude les sociétés : la confiance – la confiance du peuple en ses élites…

M. Sébastien Jumel. Il y a du boulot !

M. Jean Castex, Premier ministre. …la confiance entre l’État et les corps intermédiaires qui structurent la société, la confiance en l’avenir.

La France, c’est la République, et celle-ci aussi se trouve ébranlée, dans ses fondements, par la coalition de ses ennemis – terroristes, complotistes, séparatistes, communautaristes, avec les armes habituelles de la violence, dans la rue comme dans l’espace privé – et de la lâcheté, souvent garantie par l’anonymat permettant un recours dévoyé aux réseaux sociaux, qui ont pris, ces dernières années, une intensité inquiétante. (Mêmes mouvements.) Vous le savez, car vous en êtes régulièrement victimes.

Je suis, comme simple citoyen, comme maire de terrain depuis douze ans…

M. Pierre Cordier. Comme collaborateur de cabinet !

M. Jean Castex, Premier ministre. …engagé au service des autres. Je sais, pour la côtoyer tous les jours, qu’il existe une France qui ne dit rien mais qui n’en pense pas moins et qui n’accepte pas cela (Mêmes mouvements)…

M. Sébastien Jumel. La France des « gilets jaunes » !

M. Jean Castex, Premier ministre. …une France du bon sens et de la raison, une France que nous devons écouter et mieux considérer.

M. Sébastien Jumel. Ça s’appelle enfoncer des portes ouvertes !

M. Jean Castex, Premier ministre. Pour faire face à la crise, pour faire reculer les doutes, pour redonner espoir à celles et ceux qui n’en ont plus, l’ensemble des acteurs publics – au premier rang desquels l’État et le Gouvernement de la République – doivent, d’abord, faire preuve d’une très grande humilité. Ils doivent également faire évoluer profondément et rapidement leurs modes d’intervention, pour les diriger vers la vie quotidienne de nos concitoyens. Je le sais bien, dans un pays qui excelle dans le débat d’idées et dans la conjugaison de grands principes – dont votre assemblée a souvent été la scène –, parler d’exécution, de mise en œuvre et d’efficacité opérationnelle peut sembler trivial ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Toutes ces notions sont, depuis longtemps, reléguées au rang de choses subalternes.

M. Pierre Dharréville. C’est sympathique pour Édouard Philippe !

M. Jean Castex, Premier ministre. C’est une affaire entendue : l’intendance suivra ! Mais depuis longtemps, vous le savez, l’intendance ne suit plus. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.)

M. Pierre Cordier. On ne dirait pas qu’il a travaillé avec Sarkozy !

M. Jean Castex, Premier ministre. Les lois que vous votez et les décrets que le Gouvernement promulgue se perdent dans des méandres sinueux et opaques, au point de ne toucher que de manière lointaine, incertaine, et souvent incomprise, la vie quotidienne de nos concitoyens. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Les agents publics ne sont pas en cause ; ils sont bien souvent, aussi, les victimes d’une organisation collective inadaptée, dans laquelle se consument l’intelligence et les bonnes volontés. Le règne de l’impuissance publique fait le lit du discrédit de la volonté politique ! (Mêmes mouvements.) Il est urgentissime de faire évoluer le logiciel de l’action publique. L’erreur serait de penser qu’il faudrait, en cela, remettre en cause l’État : car l’État, c’est la France.

M. Pierre Cordier. Ah !

M. Jean Castex, Premier ministre. Mais l’État ne s’est pas adapté à la France. Il a parfois donné l’illusion qu’il pouvait tout régler, alors qu’il doit surtout donner à tous les acteurs de notre société les moyens d’agir et de progresser.

La France, c’est en effet celle des citoyens qui aspirent de plus en plus à participer à la chose publique, sous des formes nouvelles – et nous devons en tenir compte, comme le Président de la République l’a fait avec la convention citoyenne pour le climat, et comme nous allons le faire en transformant le Conseil économique, social et environnemental – CESE – en conseil de la participation citoyenne. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.)

M. Christian Hutin. C’est la révolution !

M. Jean Castex, Premier ministre. Il nous appartiendra, ensemble, de trouver les modalités de conciliation entre la démocratie directe et la démocratie représentative – à laquelle je reste, comme vous, fortement attaché.

M. Fabien Di Filippo. Un quart d’heure et rien de concret !

M. Jean Castex, Premier ministre. La France, c’est aussi celle des forces vives et des partenaires sociaux qui structurent notre démocratie sociale. Le dialogue, l’écoute, la recherche du compromis, voilà les leviers d’une démocratie apaisée ! Je crois – et j’ai toujours cru – aux vertus du dialogue social ; toute ma vie publique en atteste. Vendredi, je réunirai à Matignon l’ensemble des partenaires sociaux…

M. Pierre Cordier. Ce ne sera pas la première fois !

M. Jean Castex, Premier ministre. …pour tenter de nous accorder sur une méthode et un calendrier de discussions et de concertations concernant l’ensemble des sujets qui sont sur la table pour les semaines et les mois à venir, à commencer par le plan de relance de l’économie.

La France, c’est aussi celle des territoires, avec leurs identités et leur diversité. C’est à cette France des territoires, à cette France de la proximité que nous devons impérativement faire confiance, car c’est elle qui détient, pour une large part, les leviers du sursaut collectif. Les territoires, c’est la vie des gens. Libérer les territoires, c’est libérer les énergies,…(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

M. Pierre Dharréville. Arrêtez !

M. Jean Castex, Premier ministre. …c’est faire le pari de l’intelligence collective.

Nous devons réarmer nos territoires, nous devons investir dans nos territoires, nous devons nous appuyer sur nos territoires. Abordés d’en haut, tous les sujets deviennent des objets de posture ou de division – sur le papier, on n’en fait jamais assez –, mais s’ils sont traités depuis le bas, par les gens, en donnant à nos concitoyens, notamment aux plus jeunes, l’occasion concrète, visible et mesurable de s’impliquer, cela change tout : la confiance revient, les résultats progressent, la nation se ressoude.

La confiance dans les territoires suppose que le droit à la différenciation soit consacré dans une loi organique. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et LT.)

M. Jean-Luc Mélenchon. Non !

M. Jean Castex, Premier ministre. Elle passe également, comme l’a indiqué le Président de la République, par une nouvelle étape de la décentralisation. Elle repose tout autant sur une évolution profonde de l’organisation interne de l’État.

Je m’étais fait le défenseur, à l’occasion de la mission sur le déconfinement qui m’avait été confiée par le précédent gouvernement, du couple maire-préfet de département. Notre intention est de rendre rapidement plus cohérente et plus efficace l’organisation territoriale de l’État, en particulier au niveau du département.

Toutes les créations d’emplois qui seront autorisées par le projet de loi de finances pour 2021 seront affectées, sauf exception justifiée, dans les services départementaux de l’État, et aucune dans les administrations centrales (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM). C’est une révolution.

Tout en ayant le souci de l’application concrète, au plus près de nos concitoyens, l’État doit, dans le même temps, retrouver les voies de l’anticipation. L’action de l’État a été trop souvent limitée à la simple gestion des crises et des urgences. Nous avons progressivement perdu notre capacité à nous projeter dans le long terme, à planifier une politique économique (« Ah » sur les bancs du groupe SOC), à identifier les gisements de croissance future et à définir une perspective. C’est la raison pour laquelle le Président de la République souhaite la création rapide d’un commissariat général au Plan, qui aura pour mission d’incarner et d’animer une telle politique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – M. Jean-Luc Mélenchon applaudit également.)

C’est aussi le sens de la loi de programmation annuelle de la recherche, qui sera présenté au conseil des ministres dès la semaine prochaine, et permettra un réinvestissement massif de 25 milliards d’euros dans la recherche publique pour les dix prochaines années. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – M. Erwan Balanant applaudit également.)

C’est donc en suivant une méthode nouvelle que nous prendrons ensemble, à bras-le-corps, la crise, avec une obsession en tête : la lutte contre le chômage et la préservation de l’emploi, priorité absolue de mon gouvernement pour les prochains dix-huit mois.

La première urgence, parce que ce sont toujours les premiers touchés par la crise et parce qu’ils sont l’avenir, concerne les jeunes. 700 000 d’entre eux se présenteront bientôt sur le marché du travail, aucun d’entre eux ne doit se trouver sa solution.

M. Pierre Cordier. C’est une promesse ?

M. Jean Castex, Premier ministre. Des mesures très fortes ont d’ores et déjà été annoncées pour soutenir l’apprentissage. Il faut aller plus loin. Pour ce faire, un plan pour la jeunesse sera discuté vendredi avec les partenaires sociaux.

 

Le premier impératif est de favoriser l’embauche. L’État y aidera, comme l’a annoncé le chef de l’État, par le biais d’un dispositif exceptionnel de réduction du coût du travail, à hauteur de 4 000 euros par an pour les jeunes de moins de 25 ans jusqu’à 1,6 SMIC, dans toutes les entreprises, et pour une durée d’au moins un an. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)

M. Thibault Bazin. Et les diplômés ?

M. Jean Castex, Premier ministre. Le deuxième impératif tient à la lutte contre le décrochage durable des jeunes qui sont les plus éloignés de l’emploi.

Mme Virginie Duby-Muller. Et les autres ?

M. Jean Castex, Premier ministre. 300 000 parcours et contrats d’insertion seront destinés aux jeunes les plus en difficulté.

M. Christian Hutin. Il y a un an et demi, vous les avez supprimés !

M. Jean Castex, Premier ministre. 100 000 places supplémentaires en service civique sont également prévues.

Le troisième impératif est de soutenir les étudiants, notamment les plus modestes, qui se trouvent en difficulté faute d’accès aux petits boulots. Dès la rentrée, les repas dans les restaurants universitaires coûteront 1 euro pour les étudiants boursiers. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)

Au-delà des mesures d’urgence, nous devons recréer les conditions d’une croissance économique plus robuste, plus innovante, plus écologique et plus solidaire. Telle est la finalité du plan de relance que nous appliquerons dès le début du mois de septembre. Celui-ci sera doté de 100 milliards d’euros et couvrira tous les grands secteurs économiques et tous les territoires.

Le plan vise à investir d’abord dans notre atout le plus précieux : les femmes et les hommes de ce pays. D’abord, en préservant l’emploi, au travers des dispositifs d’activité partielle qui mobiliseront 30 milliards d’euros cette année, et encore 8 milliards l’année prochaine, en faveur de l’emploi et les salaires dans les entreprises confrontées à une baisse durable de leur carnet de commandes.

Mais la clé, encore et toujours, réside dans la formation. Dans une économie qui évolue très vite, le développement des compétences constitue la meilleure des protections pour garder, trouver ou retrouver un emploi. Sur ce sujet, beaucoup a été fait depuis 2017,…

M. Pierre Dharréville. Mais non !

M. Jean Castex, Premier ministre. …mais nous devons faire davantage encore en investissant 1,5 milliard supplémentaire dans la formation et en invitant les régions à amplifier leurs propres interventions. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

Les personnes qui s’orienteront vers les formations dans les secteurs en tension verront leur compte personnel de formation abondé. Nous nous fixons un objectif de 200 000 places supplémentaires de formation en 2021, notamment au bénéfice des jeunes et des demandeurs d’emploi. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM)

Pour tenir compte du contexte, nous aménagerons la réforme de l’assurance chômage (« Ah » sur plusieurs bancs du groupe SOC). Ce sera l’un des points abordés vendredi dans le cadre de la conférence du dialogue social. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

Le plan de relance sera un plan de reconquête économique et territorial. L’économie repose sur l’initiative et l’entreprise.

Dès le début de la crise sanitaire, un soutien massif, sans précédent et sans équivalent en Europe, a été apporté aux entreprises de notre pays, au travers notamment d’interventions ciblées sur les filières stratégiques, telles que l’automobile et l’aéronautique. Cette mobilisation nous a permis d’éviter le pire et d’engager maintenant un travail de reconstruction.

La crise en a, en effet, apporté une nouvelle confirmation : il faut transformer notre appareil productif. Notre industrie s’est affaiblie ; nous avons vu certains de nos fleurons industriels et technologiques passer sous pavillon étranger sans que nous puissions ou souhaitions réagir ;

Mme Emmanuelle Ménard. Et pour cause !

M. Jean Castex, Premier ministre. …nous sommes aujourd’hui trop dépendants de nos partenaires extérieurs et insuffisamment présents dans certains secteurs stratégiques. Nous consacrerons dans le plan de relance 40 milliards d’euros pour que cela change. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)

Nous allégerons les impôts qui pèsent sur la production en France ; nous développerons sur notre territoire les technologies d’avenir ; nous réduirons notre empreinte carbone ; nous accélérerons la numérisation des entreprises comme des administrations. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)

Dans de nombreux domaines, notre souveraineté économique doit également se construire à l’échelle de l’Europe. Nous veillerons à une adaptation des règles de la concurrence européenne, afin de favoriser l’émergence de champions industriels européens.

L’économie repose aussi sur les territoires. Nous soutiendrons les investissements des collectivités territoriales, orientés vers le développement durable et l’aménagement du territoire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)

Nous accélérerons, en particulier, tous les projets consacrés aux réseaux, qui permettent de structurer et de développer ces territoires – déploiement du très haut débit, modernisation des réseaux d’eau et d’assainissement, sauvegarde des petites lignes ferroviaires.

S’agissant du plan de rénovation urbaine, visant à restaurer la République dans les quartiers et à permettre l’émancipation de leurs habitants, d’ici à la fin de l’année prochaine, les travaux doivent avoir effectivement commencé dans 300 des 450 quartiers concernés.

M. Pierre Cordier. Cela manque de souffle !

M. Jean Castex, Premier ministre. L’agenda rural sera également accéléré en donnant notamment la priorité au déploiement du programme « petites villes de demain ».

Le plan de relance sera un accélérateur puissant de la transition écologique. Ce gouvernement veut gagner la bataille pour le climat, la protection de la nature et la biodiversité. Il compte faire de l’économie française l’économie la plus décarbonée d’Europe. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM, MODEM et Agir ens.)

L’écologie n’est pas l’apanage d’une génération, d’une classe sociale, des quartiers de certaines villes ou d’un parti. L’écologie est notre affaire à tous. Elle doit être créatrice de richesses. Je crois en la croissance écologique, pas à la décroissance verte. (Mêmes mouvements.)

Le plan de relance intervient au moment où la Convention citoyenne pour le climat, vient de remettre, au terme d’un remarquable travail, ses propositions. Celles-ci doivent désormais faire l’objet de travaux associant les groupes parlementaires, les partenaires sociaux et les administrations…

Un depute du groupe LR. Usine à gaz !

M. Jean Castex, Premier ministre. …afin que, comme l’a annoncé le Président de la République, un projet de loi spécifique puisse être soumis à la concertation, au début de l’automne.

M. Erwan Balanant. Bien !

M. Jean Castex, Premier ministre. Le plan de relance proposera de mobiliser plus de 20 milliards d’euros pour mener la rénovation thermique des bâtiments, réduire les émissions des transports et de nos industries, produire une alimentation plus locale et durable, soutenir les technologies vertes de demain comme les batteries, mieux recycler et moins gaspiller.

Nos entreprises aussi doivent évoluer, et les investissements massifs du pacte productif les y aideront.

Nous pouvons redevenir une grande nation industrielle grâce et par l’écologie. Mais la transition écologique interroge aussi le quotidien de chaque citoyen, sa façon de consommer, de se déplacer, et de se loger.

Rien ne serait plus inefficace ou injuste que de demander à certains de nos concitoyens, qui n’en ont tout simplement pas les moyens, de changer brutalement leurs modes de consommation ou de déplacement. À nous de concilier transition écologique et pouvoir d’achat. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.– Exclamations sur les bancs du groupe FI.)

La solution, c’est d’accompagner individuellement les Français : en matière de logement, en finançant leurs projets de rénovation thermique ; en matière de transport, grâce à la prime à la conversion, en structurant mieux le marché de l’occasion et en s’appuyant sur la location de longue durée. Tous les investissements dans les filières agricoles seront accélérés, afin de développer une alimentation de qualité, locale, accessible dans toutes les villes et tous les villages de France.

Afin de lutter contre l’artificialisation des sols, promouvoir les circuits courts et les petits commerces, nous adopterons un moratoire sur l’installation de nouveaux centres commerciaux dans les zones périphériques. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)

Le plan de relance prévoira des montants significatifs et inégalés en faveur d’un plan vélo très ambitieux (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM) et contractualisé avec les collectivités territoriales,…

M. Pierre Cordier. Pour l’heure, on pédale dans la choucroute !

M. Jean Castex, Premier ministre. …par l’intermédiaire d’investissements dans les infrastructures. Voilà qui touche la vie quotidienne ! Les vélos électriques vont révolutionner l’usage de ce moyen de locomotion propre et excellent pour la santé dans toutes les villes et villages de France. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.– Exclamations sur les bancs du groupe LR.)

M. Fabien Di Filippo. Lui prend l’avion tous les jours !

M. Jean Castex, Premier ministre. Nous régulerons la publicité pour réduire les incitations à la surconsommation de produits polluants.

Afficher des intentions, c’est bien ; prévoir les conditions de leur mise en œuvre concrète, c’est mieux.

Plusieurs députés des groupes LR et GDR. Ça, c’est certain !

M. Jean Castex, Premier ministre. C’est donc dans les territoires que nous mettrons en application, chaque fois que cela sera possible, les mesures du plan de relance, de lutte contre le chômage et de reconquête de l’économie.

M. Fabien Di Filippo. Blabla !

M. Thibault Bazin. Il ne se passera rien !

M. Jean Castex, Premier ministre. Les collectivités locales, les partenaires sociaux, les forces vives et les citoyens seront associés, responsabilisés, impliqués, dans un cadre organisé par bassin d’emploi ou territoire pertinent.

D’ici à la fin de 2021, nous souhaitons que tous les territoires – j’y insiste – soient dotés de contrats de développement écologique avec des plans d’action concrets, chiffrés, mesurables (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM), du développement des pistes cyclables à la lutte contre l’artificialisation des sols, de l’équipement des toitures photovoltaïques à la promotion du tri sélectif, de la lutte contre les gaspillages à la promotion des énergies renouvelables, du nettoiement des rivières aux économies d’eau, d’énergie et d’éclairage public.

Un député du groupe GDR. C’est ça, la relance ?

M. Jean Castex, Premier ministre. Les élus, les forces vives et les citoyens seront les acteurs de ces contrats territoriaux, dont l’État sera partenaire et financeur.

Je vous ai présenté les principaux axes du plan de relance. Son contenu précis devra être concerté, dans toutes ses dimensions, dans les prochaines semaines,…

M. Éric Diard. Que c’est soporifique !

M. Jean Castex, Premier ministre. …avec les partenaires sociaux et les collectivités territoriales, en particulier celles concernées par sa mise en œuvre, y compris dans l’outre-mer. Nous veillerons à soutenir les secteurs les plus touchés par la crise, notamment le tourisme, le sport et la culture. Les acteurs de ces secteurs ont, je le sais, particulièrement souffert de la crise, et ils en souffrent encore. Nous continuerons à les soutenir. C’est un enjeu non seulement économique, mais aussi, s’agissant de la culture, sociétal et démocratique. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)

J’invite chacun des groupes parlementaires à faire au Gouvernement des propositions (Exclamations sur les bancs des groupes LR, SOC et FI),…

M. Thibault Bazin et M. Christian Jacob. On ne vous a pas attendu pour en faire !

Mme Sylvie Tolmont. On n’arrête pas !

M. Jean Castex, Premier ministre. …avant que le Parlement ne soit amené à s’en saisir dans le cadre de ses prérogatives législatives.

M. Fabien Di Filippo. Nous saurons vous le rappeler !

M. Jean Castex, Premier ministre. Ces mêmes institutions seront étroitement associées à la mise en œuvre du plan de relance, afin d’en garantir la transparence et l’efficacité. Le Gouvernement présentera, tous les deux mois, un point précis de l’application de ce plan de relance, de ses impacts et de ses résultats.

Je souhaite qu’une attention particulière soit portée à l’allégement et à la simplification des procédures qui pourraient en retarder ou en contrarier l’application. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.– Exclamations sur les bancs du groupe FI.)

Les entreprises qui bénéficieront d’aides au titre de ce plan ou s’inscriront dans le cadre de l’activité partielle de longue durée seront invitées à une stricte modération dans la distribution des dividendes,…

M. Fabien Roussel. Quelle audace !

M. Jean Castex, Premier ministre. …comme cela a déjà été le cas pendant la crise sanitaire. (Vives exclamations sur les bancs des groupes SOC, FI et GDR.)

M. Christian Hutin. Vous avez refusé tout ce que nous vous avons proposé ! C’est lamentable !

M. Jean Castex, Premier ministre. De la même manière, nous serons très exigeants quant aux conditions de traitement des sous-traitants. Je souhaite enfin – et nous en parlerons vendredi avec les partenaires sociaux – que le dialogue social s’empare sans délai de la question du partage de la valeur dans les entreprises et prévoie les conditions d’une relance de la participation et de l’intéressement. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)

M. Éric Coquerel. Quel cynisme !

M. Jean Castex, Premier ministre. Cent milliards d’euros, ce n’est pas rien, mais c’est une nécessité vitale. Bien sûr, ce plan de relance aura aussi un coût pour les finances publiques.

M. Thibault Bazin et M. Fabien Di Filippo. Eh oui ! Qui va payer ?

M. Jean Castex, Premier ministre. Dans une telle situation de crise, la réponse ne saurait être l’austérité budgétaire, qui ne ferait qu’aggraver les choses. (Mme Laurence Dumont s’exclame.) Autant nous devons assumer le sérieux budgétaire en ce qui concerne nos dépenses de fonctionnement, autant nous devons ensemble assumer cet investissement massif, qui, et c’est une grande innovation par rapport à la crise de 2008, bénéficie d’un soutien exceptionnel de l’Union européenne, soutien que la France a su négocier. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.– MM. Olivier Becht et Bertrand Pancher applaudissent aussi.)

Dépenser sans transformer, c’est de la dépense courante ; dépenser en transformant, c’est de l’investissement pour l’avenir. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.) La part conjoncturelle de la dette, liée à la crise, fera l’objet d’un cantonnement.

M. Thibault Bazin. C’est irresponsable !

M. Jean Castex, Premier ministre. Lutter contre la crise, c’est donc prendre sans délai les mesures vigoureuses de protection et de relance que la situation commande ; c’est également ressouder notre communauté nationale en confortant notre pacte social et républicain.

Nous ne retrouverons pas l’unité sans une attention accrue aux plus vulnérables d’entre nous.

Mme Sylvie Tolmont. Il serait temps !

M. Jean Castex, Premier ministre. Ils ont été davantage touchés par la crise sanitaire, ce qui révèle de réelles inégalités en matière de santé.

M. Sébastien Jumel. Rétablissement de l’ISF !

M. Jean Castex, Premier ministre. Ils seront également les plus fortement affectés par la crise économique.

M. Sébastien Jumel. Rétablissement de l’ISF !

M. Jean Castex, Premier ministre. Nous avons pris des mesures de soutien fortes pendant le confinement : aide à 4 millions de foyers précaires, aide aux jeunes, plan d’urgence pour l’aide alimentaire.

M. Thibault Bazin. Et les classes moyennes ? Vous les avez oubliées !

M. Jean Castex, Premier ministre. La solidarité nationale doit continuer à jouer à plein, pour éviter une crise sociale majeure et des drames humains individuels désastreux. Des mesures de soutien pour nos concitoyens les plus précaires seront donc prises ; l’allocation de rentrée scolaire sera revalorisée, de façon exceptionnelle, dès la rentrée de septembre. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.) Le plan pauvreté lancé par le précédent gouvernement sera poursuivi et amplifié en fonction de l’évolution de la conjoncture. (Mêmes mouvements.)

Au-delà, c’est l’avenir de notre système de protection sociale qu’il nous faut consolider.

M. Pierre Cordier. Et les revenus moyens !

M. Jean Castex, Premier ministre. La crise est venue nous rappeler combien il nous est précieux, combien il est cœur du projet républicain. Ce système, ce sont nos aînés qui l’ont imaginé et bâti ; soixante-dix ans plus tard, il est toujours debout – mais il demande à être amélioré et renforcé.

C’est notamment le cas de notre système de santé, qui a été rudement mis à l’épreuve par la crise et justifie aujourd’hui un investissement inédit de la part de la nation. Lundi, nous avons signé un accord majoritaire d’une ampleur inédite, désormais entré dans l’histoire sous l’appellation de Ségur de la santé. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.)

M. Jean-Paul Dufrègne. Cela faisait deux ans qu’on attendait que vous réagissiez !

M. Jean Castex, Premier ministre. Un engagement portant sur la revalorisation de la rémunération des personnels et des créations d’emploi, à hauteur de 8 milliards d’euros, a été conclu. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.– MM. Jean-Luc Mélenchon et Adrien Quatennens font des signes de dénégation.) Chaque aide-soignant, chaque infirmière gagnera dès l’année prochaine au moins 200 euros nets en plus chaque mois. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.– Exclamations sur les bancs du groupe FI.) Cela pourra même aller, pour beaucoup d’entre eux, jusqu’à 500 euros grâce à la généralisation de la prime d’engagement collectif et à la possibilité de faire des heures supplémentaires majorées – soyons-en fiers ! Ainsi les femmes et les hommes – surtout les femmes, d’ailleurs, car, dans ces métiers, elles sont les plus nombreuses – qui se sont battus en première ligne contre l’épidémie accéderont-ils enfin une rémunération à la hauteur de leur investissement quotidien. (Protestations sur les bancs des groupes SOC, FI et GDR.)

M. Christian Hutin. Oh non ! Pas à la hauteur !

M. Stéphane Peu. Cela restera en dessous de la moyenne européenne !

M. Jean Castex, Premier ministre. S’y ajouteront, dans le cadre du plan de relance, 13 milliards d’euros au titre de la reprise de la dette hospitalière et 6 milliards au titre du soutien supplémentaire aux investissements en faveur de notre système de santé. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

L’objectif est de donner davantage de souplesse aux établissements, d’intégrer la qualité des soins dans les règles de financement des hôpitaux et des médecins de ville, de mettre l’accent sur la prévention, notamment en développant les actions sport-santé, et d’impliquer davantage les élus des territoires dans la gestion du système de santé. Encore et toujours l’entrée par les territoires ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)

M. Pierre Cordier. Ça existe déjà, tout ça !

M. Jean Castex, Premier ministre. C’est également en partant des territoires que nous progresserons sur le sujet de l’accès à un médecin de ville. Il faut évidemment attirer davantage de médecins dans nos territoires et, en allégeant les charges administratives qui pèsent sur eux, leur permettre de suivre davantage de patients.

Mme Sylvie Tolmont. On ne vous pas attendu pour ça !

M. Christian Hutin. Vous réinventez l’eau chaude !

M. Jean Castex, Premier ministre. Il faut aussi développer la télémédecine, qui a connu un essor spectaculaire pendant la crise du covid-19. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

M. Boris Vallaud. La majorité manque d’enthousiasme !

M. Jean Castex, Premier ministre. En matière de retraites, la crise nous invite plus que jamais à poursuivre nos objectifs en vue d’un système plus juste et plus équitable, notamment pour les femmes et les travailleurs modestes, passant par la création d’un régime universel.

M. Pierre Dharréville. Mais non  !

M. Jean Castex, Premier ministre. Cela implique clairement la disparition à terme des régimes spéciaux (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM), mais aussi de prendre pleinement en considération la situation des bénéficiaires actuels de ces régimes. (Exclamations sur les bancs des groupes FI et GDR.) Je constate que les modalités de cette réforme ont suscité de l’inquiétude et de l’incompréhension. Je proposerai donc aux partenaires sociaux comme aux parlementaires que la concertation reprenne (Exclamations sur les bancs des groupes SOC, FI et GDR), afin d’améliorer le contenu comme la lisibilité de cette réforme nécessaire, en la distinguant très clairement de toute mesure financière parfois qualifiée de paramétrique. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.)

M. Éric Coquerel. Les syndicats ne veulent pas discuter avec vous !

M. Christian Hutin. Les avocats dans la rue !

M. Jean Castex, Premier ministre. Autre réforme qui sera mise au crédit de ce Gouvernement et d’une majorité que j’espère la plus large possible : la création du cinquième risque de la sécurité sociale pour la prise en charge de la dépendance liée au grand âge. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Vous le savez et vous le souhaitez, elle constituera une avancée historique. Je souhaite que les travaux engagés, notamment par vous, puissent se poursuivre selon des modalités que nous arrêterons en lien avec les partenaires sociaux. Cette avancée si souvent annoncée, si longtemps attendue, devra aboutir avant la fin du quinquennat. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

Vouloir préserver notre pacte social nous oblige aussi à en garantir la soutenabilité dans la durée. La crise économique qui nous frappe se traduira par un déficit de la sécurité sociale qui devrait dépasser 50 milliards d’euros à la fin de l’année. (M. Éric Coquerel s’exclame.) C’est évidemment considérable, même si nous devons faire la part des choses : ce qui relève d’une dégradation conjoncturelle liée aux circonstances exceptionnelles de la crise n’a pas vocation à peser sur nos niveaux de couverture sociale et sera donc financé dans le cadre de la « dette covid » ; ce qui révélerait une dégradation plus structurelle de nos comptes sociaux exigera des mesures de retour vers l’équilibre.

Nous en parlerons vendredi prochain avec les partenaires sociaux pour définir une méthode et un calendrier.

M. Maxime Minot. La journée ne sera pas assez longue !

M. Christian Hutin. Vous allez y passer la nuit !

M. Jean Castex, Premier ministre. Mais je veux vous dire dès aujourd’hui ma conviction : il n’est pas envisageable, dans le contexte que nous traversons, de demander aux Français un effort fiscal supplémentaire. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.) Il n’est pas davantage indiqué de prendre à court terme…

M. Éric Diard. À l’horizon 2022 ?

M. Jean Castex, Premier ministre. …des dispositions qui viendraient contrarier la préservation de l’emploi et la lutte contre le chômage, qui sont nos premières priorités. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) C’est en favorisant le retour à une croissance riche en emplois et en travaillant davantage (Exclamations sur les bancs du groupe FI)…

Mme Laurence Dumont. Nous y voilà !

M. Jean Castex, Premier ministre. …que nous pourrons restaurer les équilibres dans la durée. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

Autant que notre protection sociale, notre pacte républicain constituera le plus solide des remparts contre la crise. Plus que jamais, il est de notre devoir collectif de le conforter.

Le premier rempart de notre République, c’est l’école. La France peut être fière de son corps enseignant. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Depuis trois ans, une profonde refondation de l’école a été engagée. Nous la poursuivrons à la rentrée, en ciblant notre action sur les enfants qui ont décroché durant le confinement. Je veux dire ici aussi mon attachement à l’éducation artistique, au sport à l’école et enfin, j’insiste sur ce point, à l’école inclusive : je serai extrêmement vigilant concernant la scolarisation à la rentrée des élèves handicapés, qui, plus que les autres, ont été ces derniers mois touchés par la crise. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.) Trois de mes grands-parents étaient instituteurs, ma mère était institutrice. (« Bravo ! » sur les bancs des groupes SOC et FI.) Si je suis devant vous aujourd’hui, je le dois à l’école républicaine. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM ainsi que sur plusieurs bancs des groupes UDI-I, LT et Agir ens.) L’égalité des chances doit être non seulement un idéal, mais aussi une réalité.

En matière d’égalité entre les femmes et les hommes, ce quinquennat et la majorité parlementaire révèlent un bilan particulièrement positif (Exclamations sur les bancs du groupe SOC)…

M. Maxime Minot. Pipeau  !

M. Jean Castex, Premier ministre. …que nous entendons bien poursuivre et amplifier, notamment s’agissant des conditions de travail, d’activité et de rémunération.

M. Maxime Minot. Vous êtes complètement à l’ouest !

M. Jean Castex, Premier ministre. La République, c’est la laïcité comme valeur cardinale, comme fer de lance de la cohésion de la société. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)

M. François Cormier-Bouligeon. Très juste !

M. Jean Castex, Premier ministre. Mon Gouvernement la défendra avec intransigeance.

Plusieurs députés du groupe LR. C’est plutôt mou !

M. Jean Castex, Premier ministre. Aucune religion, aucun courant de pensée, aucun groupe constitué ne peut s’approprier l’espace public et s’en prendre aux lois de la République. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM, ainsi que sur certains bancs des groupes UDI-I et Agir ens.– M. Mansour Kamardine applaudit aussi.) En particulier, pour appeler les choses par leur nom, lutter contre l’islamisme radical sous toutes ses formes est et demeure l’une de nos préoccupations majeures. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM, ainsi que sur certains bancs des groupes UDI-I et Agir ens.) Tout le Gouvernement est concerné.

Il ne saurait davantage être toléré que des minorités ultra-violentes s’en prennent aux forces de sécurité et viennent désormais systématiquement ternir les manifestations sur la voie publique et leurs revendications légitimes. (Mêmes mouvements.)

M. Éric Diard. On a vu ça hier !

M. Jean Castex, Premier ministre. Les violences commises dans le quartier des Grésilles, à Dijon, où je me suis rendu, et non loin, à Chenôve, l’attaque ignoble contre un chauffeur de bus à Bayonne, les embuscades tendues aux représentants des forces de l’ordre et à nos pompiers dans certains quartiers, les trafics en bas des cages d’escalier, la banalisation de la délinquance du quotidien, sont autant de faits inacceptables qui exaspèrent à juste titre les Français. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.– M. Olivier Becht applaudit aussi.) Ils appellent une réponse de l’État ferme et sans complaisance.

M. Éric Ciotti. Dites-le au Président de la République, il a oublié !

M. Jean Castex, Premier ministre. Il n’est pas davantage acceptable que des violences soient perpétrées sur des personnes en raison de leur pratique religieuse, de leur orientation sexuelle ou de leur couleur de peau. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et Agir ens.) Toutes ces formes de violence, notamment conjugales, toutes ces formes de discrimination, de racisme, d’antisémitisme, où qu’elles se nichent, seront combattues avec la dernière énergie. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM, UDI, LT  et Agir ens.) Un projet de loi visant à lutter contre les séparatismes sera présenté à la rentrée en Conseil des ministres pour éviter que certains groupes ne se referment autour d’appartenances ethniques ou religieuses.

M. Éric Diard. Il est trop tard !

M. Jean Castex, Premier ministre. À nos policiers et gendarmes, à toutes les forces de sécurité et à tous les acteurs de la prévention, je souhaite exprimer ici, au nom de la nation, mon profond respect et ma gratitude. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et Agir ens.) Ils forment la première ligne de l’ordre républicain et exercent leur mission dans des circonstances qui sont parfois extrêmement délicates.

M. Pierre Cordier. La faute à qui ?

M. Jean Castex, Premier ministre. Je veillerai à ce qu’ils puissent obtenir tous les moyens, matériels et humains, nécessaires pour conduire leur mission, à ce qu’ils puissent être là où ils sont attendus, sur le terrain, en les déchargeant de tâches administratives parfois chronophages.

Je ne peux parler de ceux qui protègent les Français sans évoquer le rôle fondamental de nos armées. Dans le combat contre les ennemis de la liberté et le terrorisme, elles portent haut les couleurs de la France. Vous le savez, mesdames et messieurs les députés, sur tous les bancs de cet hémicycle. Qu’elles soient déployées sur le sol national ou au Sahel, en Centrafrique, en Irak, elles sont l’honneur de notre patrie. Je souhaite rendre hommage à leur sens du sacrifice et à leur courage, essentiels pour assurer la paix et la sécurité. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et Agir ens.) Le Président de la République a engagé, avec la loi de programmation militaire, une historique remontée en puissance de nos armées.

Au cœur du pacte républicain et des responsabilités de l’État se trouve l’autorité judiciaire. L’indépendance de la justice est le socle de notre état de droit. Le respect du contradictoire et la présomption d’innocence constituent les garanties fondamentales de nos libertés. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM, UDI et Agir ens.) La célérité et l’effectivité du service public de la justice sont les conditions de la paix sociale et du respect des victimes. Plus que jamais, ses moyens d’action doivent être renforcés pour la rendre accessible, compréhensible, et efficace. Des efforts importants ont d’ores et déjà été engagés par la loi de programmation et de réforme de la justice adoptée par l’actuelle majorité.

M. Stéphane Peu. Vous savez bien que ce n’est pas vrai !

M. Christian Hutin. C’est l’inverse qui s’est produit : la fin de la justice de proximité !

M. Jean Castex, Premier ministre. Je demanderai au Parlement d’en accélérer la réalisation dès l’adoption du budget pour 2021.

De même que la police de sécurité du quotidien devra se déployer beaucoup plus fortement, je souhaite aussi promouvoir la justice de la vie quotidienne. Vous l’avez toutes et tous constaté : dans beaucoup de territoires, la petite délinquance, les petites incivilités, le tag, l’insulte, le petit trafic, les troubles à ce que le code communal appelle la tranquillité publique, se sont développés au point de gâcher la vie des gens. Ils se sont développés car, faute de réponse judiciaire, une forme d’impunité s’est installée.

M. Éric Ciotti et M. Christian Jacob. Depuis trois ans !

M. Jean Castex, Premier ministre. Elle s’est installée par manque de reconnaissance et de moyens accordés par l’État à l’autorité judiciaire. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

M. Pierre Cordier. Que faites-vous depuis trois ans ?

M. Jean Castex, Premier ministre. Entre autres renforcements que, dès 2021, je demanderai à la représentation nationale d’adopter, j’ai demandé au garde des sceaux de créer dans les territoires des juges de proximité spécialement affectés à la répression de ces incivilités du quotidien. (Mêmes mouvements.)

M. Pierre Cordier. Ça existe déjà !

M. Christian Hutin. Et c’est plutôt l’inverse qui se produit !

Plusieurs députés du groupe LR. Quelle tarte à la crème !

M. Jean Castex, Premier ministre. Mesdames et messieurs les députés, voici donc les valeurs et les principes qui guideront l’action du Gouvernement que j’ai l’honneur de diriger sous l’autorité du Président de la République.

M. Fabien Di Filippo. Sous l’autorité, oui, c’est bien le mot !

M. Jean Castex, Premier ministre. Celui-ci a été élu en 2017 avec une ambition claire : dire la vérité, travailler avec toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté, obtenir des résultats concrets le plus rapidement possible. Ce projet demeure plus que jamais d’actualité et je souhaite, avec vous, que nous fassions avancer la France.

Les défis qui se présentent à nous sont immenses. Mais j’ai confiance dans notre pays et dans les Français pour les relever. J’ai confiance dans notre ingéniosité collective, dans notre énergie, dans notre capacité à rebâtir un esprit de conquête.

M. Christian Jacob. Ce n’est pas partagé !

M. Jean Castex, Premier ministre. J’ai confiance en notre capacité à nous unir pour faire vivre notre modèle républicain et permettre à la France de surmonter cette nouvelle épreuve. Oui, notre pays doit être uni pour affronter les temps difficiles qu’il traverse. Je tends la main aux représentants de la nation, aux partenaires sociaux, aux forces vives, aux territoires, à tous nos concitoyens, pour qu’ils puissent s’impliquer le plus largement possible dans l’œuvre de protection et de reconstruction que je vous propose d’engager aujourd’hui.

J’ai réuni autour de moi un gouvernement de combat (Exclamations sur les bancs des groupes LR. et SOC.– Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM),…

M. Pierre Cordier. Ce sont les mêmes !

M. Jean Castex, Premier ministre. …un gouvernement de femmes et d’hommes plus déterminés que jamais, au plus près du terrain, dans une logique de concertation et de proximité qui est la raison d’être de ce Gouvernement. Mesdames et messieurs les députés, nous avons 600 jours devant nous : 600 jours pour protéger les Français, leurs emplois et leur pouvoir d’achat face à la crise ; 600 jours pour réinventer nos façons de faire et mettre l’écologie au cœur de notre action et de nos territoires.

Six cents jours pour conforter l’autorité de l’État et préserver notre pacte social.

M. Boris Vallaud. Cela va être long !

M. Jean Castex, Premier ministre. Six cents jours pour bâtir les fondations de la France de demain.

Dans ces temps troublés, nous avons une boussole, mesdames et messieurs les députés : la République. Elle est notre ciment, notre espérance. (Mme Danielle Brulebois applaudit.)

 

C’est elle qui doit unir les Français, assurer leur protection, libérer leurs énergies, aiguiser leur sens des responsabilités et leur goût d’entreprendre, incarner les promesses de la justice et du progrès social. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)

 

Conformément à l’article 49 de notre Constitution, après y avoir été autorisé par le conseil des ministres, j’engage la responsabilité de mon Gouvernement sur cette déclaration de politique générale. (Mmes et MM. les députés des groupes LaREM, MODEM et Agir ens se lèvent et applaudissent.)

M. Pierre Cordier. C’est déjà fini ?

M. le président. La parole est à M. Gilles Le Gendre. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)

S’il vous plaît, un peu de silence.

M. Pierre Cordier. Écoutez votre président !

M. Gilles Le Gendre. « Rendre la France plus forte en résolvant des problèmes que tous les gouvernements n’ont pas été capables de régler par temps calme », tel est le nouveau chemin, ambitieux, que le Président de la République a proposé hier aux Français et dont votre déclaration de politique générale, monsieur le Premier ministre, vient de poser, avec précision et détermination, tous les jalons.

M. Pierre Cordier. Vous devriez faire une note !

M. Gilles Le Gendre. Le temps calme, nos concitoyens le pressentent aussi bien que nous, ne sera pas au rendez-vous du mandat que vous a confié le chef de l’État pour réussir la reconstruction économique, écologique, sociale, culturelle et républicaine de notre pays et renforcer sa souveraineté.

M. Pierre Cordier. C’est son dernier discours !

M. Gilles Le Gendre. Il y a quatre mois, notre vie a basculé dans l’inconnu. Il n’y a pas de précédent dans l’histoire contemporaine : jamais une maladie et la peur d’en mourir ne sont devenues, en quelques heures, l’unique sujet de préoccupation et de conversation de nos compatriotes. Jamais la plupart d’entre eux n’ont été soudainement contraints de mettre leur vie à l’arrêt du fait d’une crise économique de cette gravité.

Le déconfinement et l’apparent retour à une vie insouciante créent une illusion dont nous devons prendre garde. La réouverture des restaurants et les départs en vacances ne referment pas la parenthèse d’anxiété ouverte par le covid-19 et le confinement. Si le virus semble moins menaçant, ce qui reste à confirmer, la dégradation de la situation économique et sociale, qui a entraîné faillites et hausse du chômage, hante tous les esprits. Au sein de chaque famille, dans chaque bureau, chaque atelier, chaque exploitation agricole, chaque commerce, dans tous les territoires, les Français redoutent que le pire ne soit devant nous.

Ce contexte si particulier désigne le principal défi que nous devons relever, monsieur le Premier ministre. Notre seul ennemi est le temps – ces fameux six cents jours, délai nécessaire mais trop bref ! Notre unique et solide alliée doit être la confiance. La dialectique est exigeante car, si la reconstruction du pays ne peut pas attendre, la confiance ne se reconstruira que dans la durée.

Notre majorité vous accordera, à n’en pas douter, la confiance que vous venez de solliciter auprès de la représentation nationale, mais elle repose sur la conviction que vous-même et votre Gouvernement ne ménagerez pas votre peine ni n’économiserez votre savoir-faire pour donner aux Français le goût de bâtir ensemble leur futur.

Ces derniers ont fait preuve d’une résilience admirable au cours de ces trop longs mois. Personnels soignants héroïques de la première ligne, travailleurs à l’inlassable dévouement de la seconde ligne et même simples citoyens se soumettant aux indispensables mesures de restriction de leurs libertés individuelles : tous ont offert de la France son plus beau visage. Qu’hommage leur soit rendu ici, après que la République a fait de même, hier, lors de cette belle cérémonie du 14-Juillet. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

Par ailleurs, le travail de reconstruction que nous engagerons avec vous ne part pas de zéro. Sous l’impulsion de votre prédécesseur, Édouard Philippe, que je remercie au nom de notre groupe parlementaire pour l’action qu’il a menée au cours des trois dernières années (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM), et du ministre Bruno Le Maire, avec le soutien constant de notre majorité, les réponses à la crise économique ont été rapides, fortes, appropriées.

En particulier, trois projets de loi de finances rectificative, mobilisant des ressources exceptionnellement élevées, ont jeté les premières fondations du futur édifice dont vous venez de dessiner les plans.

M. Jérôme Lambert. Encore plus sinistre que le Premier ministre !

M. Gilles Le Gendre. Monsieur le Premier ministre, les députés de La République en marche se reconnaissent largement dans votre stratégie et les projets qui lui serviront de points d’appui.

M. Patrick Hetzel. C’est vrai qu’ils ont l’air heureux !

M. Gilles Le Gendre. Nous y retrouvons une très grande part de nos propositions. Je pense notamment au travail qu’avait animé, au sein de notre groupe, notre collègue Bénédicte Peyrol ou, plus largement, celui conduit au sein de notre mouvement par notre délégué général Stanislas Guerini. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)

Je ne reprendrai pas dans le détail les nombreuses mesures que vous avez présentées. Je préfère insister sur trois paradoxes que nous devrons dépasser ensemble pour entraîner l’adhésion des Français et qui représentent autant de défis pour votre Gouvernement : concilier la simplicité et l’ambition, l’efficacité et le dialogue, la constance et l’urgence.

S’agissant du premier paradoxe, la conciliation de la simplicité et de l’ambition, le temps, répétons-le, demeure notre principale contrainte en ce qu’il proscrit toute forme de complexité dans l’action. Nous devrons préférer des projets peu nombreux mais que nos concitoyens pourront facilement s’approprier, du fait de leur faible incidence dans leur vie quotidienne, à une multitude de dispositifs dans lesquels ils pourraient, comme les administrations chargées de les mettre en œuvre, se disperser.

Vos propositions en faveur de l’emploi des jeunes, priorité que nous partageons pleinement, montrent le chemin à suivre : pas un jeune ne doit rester sans emploi ni formation, grâce à la mobilisation de toutes les ressources de l’apprentissage, de la formation, de l’insertion, du service civique.

Nous souhaitons qu’il en soit de même pour l’élargissement, que nous soutenons, des mécanismes de participation ou d’intéressement. Ces derniers ne fonctionneront que si leur recours ne se transforme pas en course d’obstacles. Cependant, la simplicité ne doit pas faire obstacle à la vision, ni la reconstruction à la réinvention.

Le Président de la République a affirmé hier que la France pouvait redevenir une grande nation industrielle grâce à l’écologie et par l’écologie, mais l’écologie du mieux, non l’écologie du moins.

M. Loïc Prud’homme. Ah !

M. Gilles Le Gendre. Monsieur le Premier ministre, la transition écologique dépassera largement l’horizon du plan de reconstruction que vous nous avez présenté, mais notre groupe aura à cœur d’inscrire toutes les mesures nouvelles dans une stratégie volontariste d’accélération de cette transition, qui permette de répondre à deux questions cruciales restées en suspens.

Tout d’abord, nous devrons favoriser la croissance, condition indispensable à la création de richesses et à leur redistribution, tout en protégeant le climat et la biodiversité. De ce point de vue, votre plan massif de rénovation des logements et des bâtiments prouvera que c’est possible.

Par ailleurs, l’efficacité de l’arme fiscale et de la mise sous condition des aides en matière environnementale est un point sensible, jusqu’au sein de notre majorité : nous ne pourrons pas l’ignorer plus longtemps.

La vision implique aussi le renforcement de notre souveraineté. En apparence, sa nécessité ne fait plus débat, à la lumière des premiers enseignements de la crise sanitaire et des défaillances qu’elle a mises en exergue dans notre industrie de la santé, au sens large.

Mais, comme l’a mis en évidence le colloque organisé il y a quelques semaines à l’Assemblée nationale par notre président, Richard Ferrand, la souveraineté, en ce qu’elle bouleverse les chaînes de valeur, ne résonne pas de la même tonalité à l’oreille du salarié, du consommateur et du citoyen, la plupart du temps réunis dans la même personne. Là encore, cet arbitrage devra être le fruit de réflexions et de décisions, hautement stratégiques, inscrites dans le temps long.

La conciliation de l’efficacité et du dialogue est un deuxième paradoxe. La tâche qui nous attend est immense et nous connaissons tous les risques d’enlisement qui guettent l’action publique.

La crise que nous traversons a démontré, jusqu’à la caricature, l’écart, concernant l’efficacité, entre le meilleur et le moins bon, tant pour ce qui est des mesures sanitaires qu’économiques, sociales ou éducatives. Il s’agit d’un problème d’organisation, certes, de processus également, de territoires, parfois, mais presque toujours de gestion des femmes et des hommes, quelles que soient leurs bonnes intentions ou leur bonne volonté !

Nous ne pouvons pas soumettre votre plan de reconstruction aux mêmes aléas d’exécution.

Nous avons bien noté, monsieur le Premier ministre, votre intention de ne pas engager une vaste réforme législative de l’architecture administrative et de l’organisation des pouvoirs publics, lui préférant la révolution des pratiques. Vous avez raison, nous n’en avons pas le temps.

Il pèse, par conséquent, sur votre Gouvernement, une obligation particulière d’écoute, de cohérence et de réactivité, pour que les décisions qu’il devra prendre à Paris, à effets immédiats ou presque, parviennent sans déperdition aux populations à qui elles sont destinées, avec le concours des services déconcentrés de l’État et des collectivités décentralisées, dans toute la métropole et en outre-mer.

 

Vous venez de prendre sur ce sujet des engagements qui nous rassurent. Votre expérience combinée de serviteur de l’État et d’élu local nous autorise à penser qu’ils seront tenus.

Le dialogue social est-il un frein ou un accélérateur d’efficacité ? La réponse est dans la question. Vous en avez fait votre viatique dans les premiers propos que vous avez tenus en public. Cela tombe bien : c’est aussi le nôtre, à La République en marche. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LR.) Mais ne nous berçons pas d’illusions : ce que nous avons appelé l’acte II du quinquennat a confirmé, à ceux qui pouvaient encore en douter, à quel point la religion du dialogue social met à l’épreuve la foi de ses pratiquants les plus fidèles.

Les négociations que vous engagez en ce moment même avec les partenaires sociaux seront décisives. Nous n’avons pas, là non plus, le temps de mener des cycles interminables sur le mode des Grenelle qui s’enchaînent les uns aux autres. Nous avons plutôt besoin d’un dialogue permanent, constructif, qui corresponde à l’obligation de réactivité inhérente à l’exercice de la reconstruction.

Utopique ? En toute autre période, sans doute. Mais, compte tenu de l’effort financier sans précédent que l’État est prêt à consentir pour protéger les Français les plus exposés à la crise, nous avons certainement une carte à jouer pour faire bouger les lignes. Le Ségur de la santé, que vous avez mené à bien en un temps record avec Olivier Véran et Nicole Notat, est d’excellent augure de ce point de vue.

Nous avons noté votre souhait d’aborder le dossier des retraites dans le même état d’esprit. Vous savez l’attachement de notre groupe à la création d’un régime universel par points et à la fin des régimes spéciaux. Cette réforme, nous avons eu l’occasion de le démontrer ici même, répond à une exigence de justice que nous devons aux Français trop longtemps laissés pour compte par la quarantaine de régimes de retraite actuels. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Nous sommes donc prêts à reprendre le cours de la réforme après qu’elle sera passée entre les mains des partenaires sociaux, à votre initiative.

Troisième paradoxe, enfin : concilier constance et urgence. Nous en avons conscience : la crise sanitaire et économique bouleverse le cours du quinquennat. Elle a stoppé net la démonstration chiffrée du fait que les transformations réalisées par la majorité commençaient à porter leurs fruits. Vous avez rappelé tout à l’heure que c’était le cas, avec la croissance la plus forte d’Europe, la baisse du chômage, la renaissance d’une industrie française, l’attractivité recouvrée de notre économie auprès des investisseurs internationaux et la maîtrise progressive des finances publiques. Non seulement ce bilan n’est pas à passer par pertes et profits, mais il servira de socle à la reconstruction que nous entamons et sera la garantie de son succès.

Un exemple : le plan jeunes, qui sera déployé d’ici à la rentrée, n’aurait aucune chance de réussir si nous n’avions pas déjà réalisé la réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle. Un autre : pourrions-nous mobiliser des moyens financiers d’urgence à un niveau exceptionnel, sans dégrader la signature de la France et en empruntant à taux bas ou négatif, si notre pays n’avait rejoint, grâce aux réformes menées depuis trois ans, le club des économies vertueuses ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

Il n’empêche que la violence du choc, ainsi que la force et l’urgence de la résistance que nous devons lui opposer, agissent comme une tentation de reléguer au second plan ce qui fait l’essence de notre politique depuis trois ans. Monsieur le Premier ministre, il ne doit rien en être et nous comptons sur vous pour qu’il n’en soit rien. L’argent a beau être peu cher, nous devons nous assurer que chaque euro dépensé sera rigoureusement investi dans des politiques qui continuent de construire l’avenir de notre pays. Cette obligation s’imposera évidemment aux facultés financières qu’offre le plan de relance européen, chance historique qu’a permise l’accord passé par le Président Macron et la chancelière Merkel, qui ne doit pas être considéré comme une manne magique.

Vous avez fait le choix de ne pas augmenter les impôts pour les ménages et même de baisser certains d’entre eux pour les entreprises. Nous approuvons cette orientation qui renvoie aux vieilles lunes la controverse stérile entre politique de l’offre et soutien de la demande. Ce sont les deux qu’il nous faut, aujourd’hui comme hier.

Nous l’avons dit, la transition écologique doit s’accélérer, notamment à la faveur des propositions de la convention citoyenne pour le climat, que notre groupe a soutenue dès l’origine. Mais, là encore, nous ne partons pas de rien.

Nous avons évoqué la question des retraites, mais il est une autre réforme à laquelle, vous le savez, notre groupe est profondément attaché : celle qui engagera la prise en charge de nos aînés. La loi sur l’autonomie et le grand âge figure à votre programme ; nous sommes prêts à l’écrire avec vous sans délai (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM) et à soumettre à votre gouvernement le travail de qualité réalisé depuis deux ans par nos collègues mobilisés sur le sujet.

Au-delà de ces éléments très concrets, les principes que nous défendons depuis trois ans n’ont rien perdu de leur force, eux non plus, et ils continueront de guider notre action de reconstruction. Par exemple, au moment où le pacte républicain est fragilisé par de nombreuses contestations, nous devons promouvoir plus que jamais l’émancipation des individus, conduire la lutte contre toutes les formes de communautarisme et combattre sans relâche toutes les formes de discrimination, au premier rang desquelles celle entre les femmes et les hommes. En un mot, la reconstruction ne frappe pas d’obsolescence les politiques que nous avons engagées depuis trois ans. Au contraire, elle oblige à ce que leur exécution, même rendue plus difficile ou coûteuse par la crise, ne souffre aucun relâchement.

Monsieur le Premier ministre, le groupe La République en marche votera la confiance que vous avez sollicitée. Il le fera sans hésitation, parce que les circonstances invitent plus que jamais le pays à se rassembler derrière le Gouvernement. Il le fera aussi car il est prêt à faire confiance à votre personne et à la promesse que vous avez maintes fois réitérée de travailler en étroite collaboration avec la majorité à la reconstruction de notre pays. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – Huées sur quelques bancs du groupe LR.)

M. le président. La parole est à M. Damien Abad.

M. Damien Abad. Quel contraste saisissant entre l’immense drapeau tricolore déployé hier place de la Concorde en hommage aux soignants, qui faisait honneur à la France, et l’intervention bien pâle du Président de la République ensuite, qui relevait davantage d’un bavardage introspectif et ennuyeux que d’une parole républicaine et forte. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Grandeur de la France d’un côté, décadence de l’État de l’autre (« Oh là là ! » sur les bancs du groupe LaREM) ; émouvant hommage à la nation d’un côté, désolant exercice de contrition de l’autre ;…

M. Thibault Bazin. Il a raison !

M. Damien Abad. …solennité de l’instant d’un côté, banalisation de la parole publique de l’autre.

M. Bernard Deflesselles. Absolument !

M. Damien Abad. Plus graves encore sont les mots qui n’ont pas été prononcés par le chef de l’État. À un moment où la nation n’a jamais été autant défiée, pas un mot sur l’autorité de l’État, pas un mot sur le lien brisé entre la police et la nation, pas un mot non plus sur les violences qui ont bouleversé la société française ces derniers jours, que ce soit sur les émeutes de Dijon ou sur la mort de Mélanie Lemée, gendarme décédée lors d’un contrôle routier, ou encore sur l’agression mortelle de Philippe Monguillot, chauffeur de bus de Bayonne tué parce qu’il voulait tout simplement faire respecter la loi républicaine. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Sans oublier le pompier blessé par balle aujourd’hui à Étampes, après les policiers tabassés hier à Paris. Il faut être intraitable contre ceux qui s’en prennent aux uniformes de la République.

La maison France brûle et le chef de l’État regarde ailleurs, comme si les questions liées à l’autorité et aux troubles à l’ordre public n’étaient pas la priorité du Président de la République, alors qu’elles sont au cœur des préoccupations des Français. Ce 14-Juillet des contrastes dit clairement les choses : jamais le « en même temps » présidentiel ne sera à la hauteur des enjeux de sécurité et d’autorité dont le pays a besoin aujourd’hui. Monsieur le Premier ministre, nous avons bien compris qu’aujourd’hui était une session de rattrapage après que le chef de l’État a occulté les questions régaliennes hier.

M. Hervé Berville et M. Jean-Marc Zulesi. Oh là là !

M. Damien Abad. Vous arrivez au chevet d’une France groggy, sonnée et profondément fracturée. La France, pays aux mille fromages, est devenue le pays aux milles fractures. Qu’elles soient économiques, sociales, territoriales, politiques ou culturelles, jamais les fractures françaises n’ont autant défié le pacte républicain. J’en suis certain, elles ne peuvent échapper à l’homme de Prades que vous êtes. En trois ans, le macronisme a tourné le dos à l’audace, abandonné l’esprit de réforme et oublié la promesse de réconciliation pour devenir le berceau des illusions perdues,…

M. Jean-Marc Zulesi et M. Hervé Berville. Très beau…

M. Damien Abad. …le réceptacle d’un « en même temps » paralysant et l’épicentre de fractures exacerbées. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

M. Maxime Minot. N’êtes-vous pas d’accord, monsieur le Premier ministre ?

M. Damien Abad. Le Président de la République le reconnaît lui-même.

La question centrale, monsieur le Premier ministre, est celle-ci : comment faire en six cents jours ce que vous n’avez pas réussi à faire en trois ans ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

Où est passée la promesse d’une société unie et d’une France réconciliée quand, trois ans plus tard, le pays n’a jamais été aussi divisé, désuni et conflictuel, à la merci des pulsions séparatistes et communautaristes ? Où est passée la promesse d’une France enfin réformée quand la réforme de l’assurance chômage est sur pause, celle des retraites est sur reset, celle sur la formation professionnelle est à l’arrêt et celle sur la décentralisation est un interminable serpent de mer ?

M. Vincent Descoeur. Très bien résumé.

M. Damien Abad. Annoncer une réforme, ce n’est pas faire la réforme. Les annonces pleuvent, les promesses fleurissent, mais les résultats font cruellement défaut. Que ce soit sur la laïcité, l’autorité de l’État, l’emploi ou encore les fractures territoriales, il est temps de remplacer les paroles par des actes, les discours par des décisions et les intentions par des réalités concrètes.

Où est passée la promesse de libérer le travail et la croissance ? Hélas, avant même que nous ne subissions la crise de plein fouet, la France enregistrait le vingt-quatrième taux de croissance sur vingt-huit au sein de la zone euro. Avant même la crise, la France était devenue la triste championne d’Europe des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques, devant les pays scandinaves. Sa dette dépassait même le seuil symbolique des 100 % de la richesse nationale. Avant même la crise, la France enregistrait l’un des pires déficits commerciaux d’Europe. La crise sanitaire n’excuse pas tout et ne doit pas faire perdre de vue la réalité de votre bilan, avant que les Français n’aient découvert l’existence du covid-19. Qui peut dire aujourd’hui que notre pays est plus prospère, plus sûr, plus fraternel et plus solidaire qu’il y a trois ans ?

Enfin, où est passée la promesse de changer notre façon de faire de la politique quand, trois ans plus tard, la défiance des Français envers les responsables politiques n’a jamais été aussi forte ? L’abstention atteint des sommets, la montée des extrêmes se poursuit dangereusement et le dépassement des clivages est une illusion d’optique qui vise à masquer la triste réalité d’une majorité La République en marche sans élus, sans racines, sans identité politique et sans troupes militantes.

Un député du groupe LR. Eh oui !

M. Damien Abad. Quant à la promesse d’une République exemplaire, elle s’est fracassée sur les scandales et les multiples démissions de ministres rattrapés par les affaires. Le nouveau monde que l’on nous avait si fièrement vendu s’est avéré souvent pire que l’ancien monde. En 2017, nous demandions à voir. En 2020, nous avons vu. L’espoir légitime et les attentes initiales du début du quinquennat, qui ont conduit la grande majorité des députés de mon groupe à s’abstenir sur le premier vote de confiance en juillet 2017 (« Ah ! » sur les bancs du groupe FI) se sont rapidement dissipés à mesure que le Président et sa majorité ont déçu en échouant à redresser le pays.

M. Bernard Deflesselles. Illusions, illusions !

M. Damien Abad. Devant un tel bilan, comment croire en votre capacité à réussir ? Monsieur le Premier ministre, nous savons que vous êtes un homme venant de la droite, respecté et respectable. Mais vous êtes un îlot de droite dans un océan de « en même temps ».

D’ailleurs, le Président de la République le reconnaît lui-même. Il est « radicalement en désaccord avec l’idée que ce gouvernement serait un gouvernement de droite ». Eh bien, il a raison. Vous n’êtes pas à la tête d’un gouvernement de droite. Alors, dites-le clairement aux Français : vous ne conduirez pas une politique de droite car vous n’êtes pas à la tête d’un gouvernement et d’une majorité de droite. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Quant à l’idée que votre gouvernement ne serait ni de droite ni de gauche, elle une illusion. Il n’y a là aucun dépassement politique, mais simplement de la confusion et de l’ambiguïté permanentes.

Nous savons aussi que vous êtes un homme attaché aux territoires. Mais vous êtes le chef enraciné d’une majorité hors-sol. Cette déconnexion de votre majorité avec les territoires contribue à l’affaiblissement de la démocratie parlementaire. Or ce n’est pas parce que votre majorité est hors-sol que vous devez rendre tout le Parlement hors-sol en instaurant la proportionnelle intégrale. Si vous êtes attachés à la réalité de terrain, monsieur le Premier ministre, vous devez préserver le lien entre le député et les territoires en écartant définitivement toute idée d’introduction d’une dose de proportionnelle à l’Assemblée nationale. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

Les parlementaires que nous sommes ne veulent ni d’une démocratie sous tutelle, ni d’une démocratie sous cloche, encore moins d’une démocratie sous surveillance. Le Parlement est le cœur battant de la France : alors respectons-le, écoutons-le, et qu’on arrête de s’essuyer allégrement les pieds sur lui matin, midi et soir ! Comment vouloir dessiner les contours d’une unité nationale quand celle-ci ne reposerait que sur une seule demeure, un seul homme et une seule feuille de route ?

Écoutons également les territoires. Engagez un nouvel acte fort de décentralisation, comme le président du Sénat Gérard Larcher vous y invite. Je ne doute pas de votre attachement aux territoires, mais c’est nous qui, depuis trois ans, relayons le message de la France des territoires à l’Assemblée nationale. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

Plusieurs députés du groupe LR. C’est la réalité !

M. Damien Abad. Vous pouvez le constater vous-même, vous qui avez été brillamment réélu à Prades sous la bannière des Républicains. Alors, faites-nous confiance, faites confiance aux forces vives de la nation et à cette France des gens modestes. N’écoutez pas la seule administration déracinée et toute puissante, qui a imposé des fermetures de centaines de classes dans les zones rurales. N’écoutez pas la seule France de la start-up nation qui peut s’offrir le luxe de se déplacer sans voiture tout en voulant réduire la vitesse à 80 ou à 110 kilomètres heure pour ceux qui n’ont d’autre choix que d’utiliser leur voiture pour se rendre à leur travail. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) N’écoutez pas non plus la seule France qui descend dans la rue. Écoutez la France qui se tait, écoutez la France qui travaille en silence, écoutez cette France des caissières, des livreurs, des infirmières, des aides à domicile, des policiers ou des pompiers : ces femmes et ces hommes grâce auxquels notre pays est encore debout.

M. Vincent Descoeur. Il a raison !

M. Damien Abad. Nous n’en pouvons plus de cette théorie du ruissellement, qui nous fait croire que c’est en s’occupant uniquement des premiers de cordée que l’on va augmenter le pouvoir d’achat de tous les Français. Nous croyons, au contraire, à la France des milieux de cordée, de ceux qui n’ont jamais droit à rien et paient toujours tout, de ceux qui sont trop riches pour être aidés et pas assez pour vivre dans les grandes villes. Nous croyons en cette France des classes moyennes, car un pays sans classe moyenne est un pays où le lien social est rompu.

Nous savons que vous êtes un serviteur de l’État. Mais vous êtes le capitaine d’un bateau France à la dérive, vous êtes à la tête d’un gouvernement quelque peu baroque, au sein duquel s’affronteront les partisans de la décroissance et ceux de la relance, ceux qui veulent réformer les retraites et les partisans du statu quo, ceux qui ne transigeront pas avec l’autorité de l’État et ceux qui resteront dans une ambiguïté coupable. La cohérence de l’action gouvernementale promet d’être souvent mise à mal.

Vous vous dites de droite : or, en même temps, vous allez devoir composer avec une bonne partie de ministres de gauche, à la tête de portefeuilles clés comme l’environnement, le travail ou la santé. Comment conduire une vraie réforme des retraites et mettre en place une mesure d’âge indispensable pour préserver les pensions de retraites des Français, quand plusieurs de vos ministres y sont ouvertement défavorables ? Comment amorcer une relance économique extrêmement puissante pour accélérer la croissance avec une ministre de l’écologie, promue numéro 2 de votre gouvernement, qui milite pour l’idéologie punitive de la décroissance – une ministre de l’écologie que Gérald Darmanin qualifiait d’ailleurs, il y a cinq ans, de « khmer verte » ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

M. Jean-Pierre Vigier. Il appuie où cela fait mal !

M. Damien Abad. Vous vous êtes distingué par votre expertise dans la préparation des Jeux olympiques de Paris en 2024. Nous connaissons votre attachement au sport français, mais comment le promouvoir et le défendre,…

M. Maxime Minot. Avec un ministère délégué !

M. Damien Abad. …quand vous gardez dans votre gouvernement une ministre des sports qui estime que « le sport n’est pas une priorité » ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)

M. Maxime Minot. Oui, elle l’a dit !

M. Damien Abad. Monsieur le Premier ministre, vous êtes à la tête d’un gouvernement pétri de contradictions, prisonnier de ses incohérences et contaminé par le « en même temps » présidentiel, qui crée la confusion et le trouble. Mais vous êtes aussi le chef d’une majorité morcelée, déboussolée et dépitée, qui déçoit tellement qu’au sein du groupe La République en marche les départs, les défections et les désertions se sont multipliés depuis trois ans (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM), finissant par constituer un archipel hétérogène de petits groupes de macronistes morcelés, divisés, désorientés et désabusés aussi bien sur la méthode que sur le fond. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Monsieur le Premier ministre, vous être le chef d’une majorité déracinée et déconnectée.

Ce sont d’ailleurs les Français qui l’ont jugée eux-mêmes en la sanctionnant, de manière cinglante, aux élections municipales. Non seulement La République en marche n’a pas atteint les 2 % de conseillers municipaux élus, mais les listes sur lesquelles figuraient des députés de La République en marche ont toutes, à une exception près, été battues. Même M. Guerini, le secrétaire général du parti, a été sèchement battu à Paris. Telle est la réalité du terrain. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

Vous êtes également le chef d’une majorité qui vire la barre à gauche : il suffit de regarder l’ordre du jour de l’Assemblée nationale pour s’en rendre compte. Alors que vous nous assurez que votre priorité est la relance économique, votre majorité fait des pieds et des mains pour que le projet de loi relative à la bioéthique soit le premier texte que vous nous soumettiez en tant que Premier ministre, qui plus est, discuté en catimini fin juillet et sans vote solennel, comme si la priorité des Français était la loi relative à la bioéthique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Exclamations sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Il s’agit là d’un gage donné à votre gauche, comme si vous préfériez éviter des turbulences au sein de votre majorité plutôt que d’apaiser les tensions au sein du pays. Cette majorité qui penche à gauche sera votre talon d’Achille. Vous serez en permanence tiraillé entre vos convictions de droite…

M. Maxime Minot. A-t-il des convictions ?

M. Damien Abad. …et votre majorité de gauche.

M. Jérôme Lambert. Quelle gauche ?

M. Damien Abad. La France est à la croisée des chemins et il vous faut choisir le vôtre. On nous a promis un nouveau chemin : nous voyons surtout un épais brouillard qui masque, volontairement ou pas, le chemin que vous voulez prendre.

Un député du groupe LR. On n’y voit rien !

M. Patrick Hetzel. Et il n’y a pas de GPS !

M. Damien Abad. Ce chemin, pour le moment, est celui de la continuité et de l’immobilisme. En effet, comment incarner le changement quand trois quarts de vos ministres étaient déjà membres du précédent gouvernement ? C’est le jeu des chaises musicales : les ministres ont été contraints de changer de chaises mais ils sont tous restés à la table du conseil des ministres, ce qui donne le sentiment que, en définitive, il faut que tout change pour que rien ne change.

M. Julien Aubert. C’est Tournez manège !

M. Damien Abad. Pour Les Républicains, ce nouveau chemin doit être celui de la rupture, du changement de cap, de la modernité et de l’espoir retrouvé. Tel est celui que veulent porter les députés Les Républicains à l’Assemblée nationale. C’est un chemin de droite, clair, cohérent et ambitieux pour notre pays. Les Français ne veulent pas simplement changer de gouvernement, ils veulent changer de politique. Et je suis certain qu’ils préféreront la clarté de nos propositions à l’illusion du « en même temps ». (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.)

Notre projet de redressement de la France repose sur quatre piliers : la relance économique par le travail et l’emploi, le défi de la santé et des solidarités, le rétablissement de l’autorité de l’État et la mise en œuvre d’une écologie de droite humaine, positive et pragmatique. Monsieur le Premier ministre, au-delà des mots et des discours, nous vous jugerons sur vos actes et sur votre bilan, de manière très concrète.

La première des priorités est la relance économique et l’emploi. La relance n’est pas seulement indispensable, elle est urgente ! Le Royaume-Uni, l’Allemagne et tant d’autres pays voisins ont déjà amorcé leur plan de relance quand nous, nous attendons toujours le nôtre !

M. Thibault Bazin. Voilà une vraie déclaration de politique générale !

M. Damien Abad. Oui, la priorité doit être l’emploi, notamment l’emploi des jeunes. Mais, monsieur le Premier ministre, si l’emploi des jeunes est réellement votre priorité et celle de votre majorité, pourquoi ne pas avoir voté la proposition de loi d’Éric Woerth, de Guillaume Peltier et de l’ensemble des députés Les Républicains, visant à exonérer de toutes charges sociales patronales l’embauche d’un jeune en CDI ? Or les députés de La République en marche ont voté contre, uniquement par sectarisme et par dogmatique, alors qu’il est urgent d’agir pour les jeunes. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Comment ensuite vous croire, mes chers collègues de la majorité, quand vous parlez de dépassement politique, alors que vous n’êtes pas capables de voter une proposition de loi favorisant l’emploi des jeunes, pour le seul motif qu’elle est issue de l’opposition ?

Eh bien, je vous rassure, monsieur le Premier ministre, nous, nous voterons cette mesure parce que nous sommes cohérents et que nous pensons à nos jeunes, à cette génération covid qui ne doit pas être la génération sacrifiée sur l’autel de petits calculs politiciens. Nous la voterons et nous vous proposerons même d’aller plus loin, en l’élargissant à 4,5 SMIC alors que vous la réduisez à 1,6 SMIC. Car votre système risque d’exclure les diplômés, alors que les diplômés seront, comme les autres, touchés par la crise et auront du mal à trouver un travail. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Si votre politique était vraiment de droite, vous n’excluriez pas les jeunes diplômés de votre dispositif.

Si votre politique économique était vraiment de droite, vous en finiriez avec trois ans de hausses des taxes et des impôts. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LaREM.) Une politique fiscale de droite ne consiste pas à augmenter massivement la CSG sur les retraités, ni les taxes sur les carburants, ni à augmenter les impôts de 20 % des Français en repoussant aux calendes grecques la suppression de la taxe d’habitation que vous leur avez pourtant promise.

M. Marc Le Fur. Très juste !

M. Damien Abad. À vous entendre, la taxe d’habitation était un impôt injuste, qu’il fallait supprimer, au lieu de quoi, vous en faites un impôt encore plus injuste en le concentrant sur les 4 millions de Français qui ont le malheur de gagner plus de 2 500 euros par mois. C’est un recul doublé d’un renoncement.

Monsieur le Premier ministre, nous vous jugerons sur votre capacité réelle à baisser les taxes et les impôts qui pèsent sur les entreprises et les familles.

M. Patrick Hetzel. C’est tout vu !

M. Damien Abad. Nous vous jugerons sur votre capacité à supprimer véritablement les impôts de production. Vous l’avez affirmé. Toutefois, nous ignorons lesquels. Nous avons besoin de connaître la feuille de route fiscale pour connaître ceux que vous envisagez de supprimer.

M. Éric Diard. Il n’y a pas de feuille de route !

M. Damien Abad. La réalité est simple : depuis trente ans, nous accumulons sur le dos de nos acteurs économiques un fardeau fiscal qui fait de la France le pays qui taxe le plus les entreprises de toute l’OCDE. En raison de cette surfiscalité, les impôts de production sont, en France, deux fois plus élevés que la moyenne européenne et sept fois plus qu’en Allemagne. Or c’est cette fiscalité anti-« made in France » qui a miné notre industrie et accéléré les délocalisations depuis plusieurs décennies. Afin de redonner de l’oxygène à nos entreprises, il faut aller plus loin dans les annulations et les exonérations de charges.

Si votre politique était réellement de droite, vous auriez le courage de baisser la TVA sur la restauration à 5,5 % : cette mesure de trésorerie permettrait de sauver un grand nombre de restaurants en France et de préserver les emplois saisonniers. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)

Si votre politique économique était réellement de droite, vous défendriez notre souveraineté économique, sanitaire, technologique et numérique. Nous vous jugerons sur votre capacité à vous opposer très clairement non seulement aux accords du Mercosur, mais aussi au CETA, l’accord économique et commercial global entre l’Union européenne et le Canada, qui menace directement notre souveraineté alimentaire et agricole.

Nous vous jugerons sur votre capacité à stopper ce mouvement de vente à la découpe de nos fleurons industriels français, tel Alstom. La réindustrialisation est la condition de la préservation de notre pays et de notre niveau de vie.

Si votre politique économique était réellement de droite, vous vous inquiéteriez de la dérive continue des dépenses publiques et de l’envolée de notre dette. J’ai bien entendu vos propos, monsieur le Premier ministre, sur le cantonnement de la dette covid. Mais cantonner la dette covid, comme le souligne à juste titre le président de la commission des finances Éric Woerth, c’est tout simplement l’illustration du vieux réflexe visant à cacher la poussière sous le tapis. Nous devons encore et toujours lutter contre le gaspillage de l’argent public : telle est la réalité.

Le deuxième pilier de notre feuille de route est une meilleure protection des Français face à la crise sociale et une plus grande justice sociale. Que ce soit sur l’approvisionnement de la population en masques, sur le dépistage massif ou sur la prise en charge de nos aînés dans les EHPAD, force est de constater que la gestion de la crise sanitaire a été plus que chaotique. Avec son rapporteur Éric Ciotti, nous le constatons tous les jours dans les travaux de notre commission d’enquête. J’ai le souvenir des déclarations du ministre de la santé et de son directeur général qui, au mois de mars, en pleine épidémie, nous expliquaient que le port du masque était inutile pour le grand public. Comment les Français peuvent-ils avoir confiance aujourd’hui, alors que l’on a fait de la France un cluster à ciel ouvert sans masques et sans tests ?

Hier, le Président de la République et vous, aujourd’hui, monsieur le Premier ministre, vous dites l’inverse et c’est tant mieux. Mais il a fallu attendre plus de trois mois pour prendre une telle décision. Et encore, elle ne s’appliquerait qu’au 1er août. Pourquoi attendre encore quinze jours, alors que la Belgique l’a imposée en quarante-huit heures et que nous avons confiné les Français en vingt-quatre heures ? Nous vous demandons de rendre cette mesure effective dès lundi, afin que le port du masque obligatoire soit généralisé dans les lieux publics clos. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

Monsieur le Premier ministre, les Français sont inquiets devant le risque de recrudescence de l’épidémie. Sommes-nous aujourd’hui suffisamment armés en masques, tests ou lits de réanimation pour faire face à une deuxième vague ? La souveraineté sanitaire n’est pas du nationalisme sanitaire. Elle consiste au contraire à donner à notre nation les moyens d’être davantage autonome dans la production de masques, de tests ou de médicaments.

Le Ségur de la santé ou, plutôt, le Ségur de l’hôpital, a permis de réaliser des avancées en matière de salaires au bénéfice de notre personnel soignant. Ces avancées étaient nécessaires et nous veillerons à leur stricte application. Toutefois, l’ouverture des vannes ne fait pas une politique. Si votre politique était réellement de droite, vous engageriez une réforme structurelle de la santé. Jean-Carles Grelier, Jean-Pierre Door et l’ensemble des députés Les Républicains de la commission des affaires sociales proposent une loi de programmation pluriannuelle sur cinq ans, visant une meilleure gestion des ouvertures de lits, des crédits alloués aux hôpitaux de proximité et la refonte de la médecine de ville, qui est un élément central de la rénovation des hôpitaux publics. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.)

Nous devons repenser la gouvernance et l’organisation territoriale de la santé en enrayant la multiplication des tâches administratives à l’hôpital, en redonnant des marges de manœuvre aux directeurs d’hôpitaux, en plaçant les agences régionales de santé – ARS – sous l’autorité des préfets et en faisant siéger, au sein de leurs conseils d’administration, des élus départementaux et régionaux.

Il faut aussi aller plus loin dans la décentralisation de la santé, en confiant plus de responsabilités aux régions, et en donnant aux départements la responsabilité du médico-social. Il faudra également faire travailler davantage ensemble les médecins du public et du privé, mais également les médecins avec les autres professionnels de santé, comme les infirmiers, les kinés, les pharmaciens. La réforme de l’hôpital ne sera pas possible sans une refonte de la médecine de ville : l’une des grandes erreurs de la crise sanitaire que nous vivons a été de concentrer tous les appels sur le 15, excluant par là les médecins généralistes du dispositif, alors même qu’ils sont le maillon central de la santé en France.

La santé, mais aussi le chantier de la dépendance. Il ne suffit pas d’inscrire un principe dans la loi et de créer une cinquième branche de la sécurité sociale pour traiter la question de la dépendance : encore faut-il la financer ! Dans la plupart des EHPAD de France, la situation est apocalyptique et indigne de la grandeur de la France. Pendant le confinement, beaucoup de nos aînés ont connu le syndrome du glissement et sont morts de solitude et de détresse morale.

Il y a urgence : urgence à agir, à augmenter d’au moins 25 % le taux d’encadrement dans les EHPAD, mais aussi urgence à lancer un véritable plan Marshall de la dépendance visant à sauver nos EHPAD, à répondre aux attentes de notre personnel de santé et, tout simplement, à assurer le respect et la dignité que la société doit à nos aînés.

M. Marc Le Fur. Très bien !

M. Damien Abad. La dépendance, mais aussi le handicap qui, relégué à un vague secrétariat d’État, n’est clairement plus la priorité du quinquennat.

M. Maxime Minot. S’il n’y avait que cela…

M. Damien Abad. On a le sentiment étrange que tout le monde s’en fout, que ça n’intéresse plus personne. Pourtant, des millions de personnes handicapées, des parents d’enfants autistes, attendent des résultats concrets. Le volontarisme politique en matière de handicap, c’est nous qui l’avons montré, avec Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) Ce ne doit pas être un combat des personnes handicapées contre tous, mais le combat de tous pour les personnes handicapées.

N’oublions pas non plus les familles : si vous meniez réellement une politique de droite, monsieur le Premier ministre, vous défendriez la politique familiale, continuellement attaquée et rabotée par le Gouvernement que vous venez de rejoindre.

M. Patrick Hetzel. Très bien ! Bravo !

M. Damien Abad. Comme disait le général de Gaulle, sans natalité, « la France ne peut plus rien être qu’une grande lumière qui s’éteint. Mais, dans ce domaine, rien n’est perdu pour peu que nous sachions le vouloir. »

Puisque vous vous dites gaulliste, nous vous jugerons sur votre capacité à relancer une politique nataliste, en rehaussant les plafonds du quotient familial, en rétablissant la prestation d’accueil du jeune enfant, en soutenant les parents pour qu’ils deviennent propriétaires, et en aidant toutes les familles de France, quel que soit leur modèle, à concilier vie professionnelle et vie familiale. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

M. Patrick Hetzel. Excellent !

M. Damien Abad. Si vous meniez réellement une politique de droite, vous défendriez la méritocratie, l’égalité des chances et une école qui sache revenir aux savoirs fondamentaux, afin de donner à chaque élève, quels que soient son milieu et ses origines, les armes pour affronter l’avenir. En effet, pour lutter contre les fractures sociales, l’enseignement est absolument fondamental.

Toujours s’agissant du deuxième pilier, celui des solidarités, comment, enfin, ne pas évoquer la réforme des retraites, qui vous collera à la peau comme le sparadrap du capitaine Haddock ? Cette réforme, c’est un flou vaporeux, qui traduit un manque de courage et de clarté. En fait, votre majorité ne veut pas de la réforme du système de retraite, puisqu’elle n’a jamais voulu aborder la question centrale de son financement ! Non seulement la réforme est mal emmanchée, mais en plus elle va mal finir, car vous ne dites pas la vérité aux Français. La vérité, c’est que, si nous voulons sauver notre système de retraite par répartition, nous n’avons pas d’autre choix que de le réformer : le statu quo, c’est la faillite garantie dans dix ou quinze ans, pour tout le monde – les jeunes, les actifs et les retraités ! Comme sur bien d’autres sujets, la droite républicaine a formulé des propositions fortes, justes et audacieuses pour soutenir une véritable réforme des retraites, qui soit financièrement équilibrée et socialement juste ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.)

M. Vincent Descoeur. Très bien !

M. Damien Abad. Le troisième pilier de notre feuille de route concerne le rétablissement de l’autorité. La politique régalienne du chef de l’État ne peut s’arrêter aux caméras-piétons des policiers. D’ailleurs, si vous meniez réellement une politique de droite, vous rétabliriez l’autorité de l’État, profondément affaiblie par le Gouvernement auquel vous appartenez. Aujourd’hui, il y a en France une barbarie devenue bien trop ordinaire. Pourtant, elle est – à juste titre – insupportable aux yeux des Français : jusqu’à quand allons-nous tolérer l’intolérable ? Jusqu’à quand la République continuera-t-elle de reculer face aux voyous et à la loi des bandes ? Combien de faits divers, de vies brisées, faudra-t-il pour que la République ne se contente plus de compassion, mais d’actes forts et courageux ?

Statues vandalisées, rues débaptisées, quartiers saccagés : il faut stopper ces activistes, tout simplement, car on ne déboulonne pas l’histoire de France ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR. – Mme Agnès Thill applaudit également.)

Monsieur le Premier ministre, à nos yeux, la réponse pénale doit être la première des réponses : nous ne pouvons accepter que des milliers de détenus aient été libérés pendant la crise du covid-19 juste parce qu’il fallait vider les prisons. Où est passée la promesse présidentielle de construire 15 000 places de prison ? Tant qu’il n’y aura pas de nouvelles places de prison, il y aura des peines non exécutées et des détenus dangereux en liberté.

M. Erwan Balanant. Mais non, c’est tout le contraire !

M. Damien Abad. Nous devons construire des places de prison, mais aussi repenser notre politique pénale. Pendant le covid-19, les tribunaux ont été à l’arrêt. Or la justice doit être l’un des piliers de la reconquête républicaine. Monsieur le garde des sceaux, lorsqu’il s’agira de revoir le système des enquêtes préliminaires, de préserver le secret de l’instruction ou encore de réformer en profondeur, voire de supprimer, le parquet national financier, nous serons à vos côtés : comme vous, nous ne croyons ni à la République des juges, ni à la judiciarisation à l’extrême de la vie politique française.

Nous vous jugerons aussi sur votre capacité à en finir avec le désarmement pénal de la justice, notamment en supprimant l’automaticité des réductions de peine et en rétablissant les peines planchers.

Nous vous jugerons enfin sur vos actes pour restaurer la confiance des policiers et des gendarmes, qui exercent une mission particulièrement difficile. Jamais le lien entre la nation et la police n’a été aussi distendu qu’aujourd’hui. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.) Mener une politique de droite, ce n’est pas lâcher les forces de l’ordre en leur interdisant une technique d’interpellation qui pourtant les protège dans les situations très tendues.

Mener une politique de droite, c’est lutter sans faiblesse contre le communautarisme et la radicalisation de notre société. Là encore, nous vous jugerons sur votre capacité à expulser les étrangers inscrits comme radicalisés, à fermer définitivement tous les lieux de culte en lien avec le terrorisme ou à interdire tout financement direct ou indirect d’une association cultuelle par des fonds étrangers. Surtout, nous vous jugerons sur votre capacité à protéger notre laïcité, car c’est le rôle de la République que de la protéger partout, dans tous les territoires, et en particulier là où la tentation communautariste est grande. La laïcité, nous ne la protégerons pas en reculant, mais en réaffirmant notre État de droit laïc, une République une et indivisible ! C’est ainsi que nous gagnerons le combat. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

M. Patrick Hetzel. Très bien !

M. Damien Abad. Si vous êtes de droite, vous combattrez le déni et l’impuissance face à une immigration incontrôlée ; vous refuserez de vous inscrire dans la politique migratoire du Gouvernement, qui a permis l’année dernière l’entrée record de 276 000 nouveaux immigrés légaux sur le sol français, soit 49 % de plus que sous Nicolas Sarkozy ! Nous préférons l’immigration sélective à l’immigration compulsive, sans mécanisme de régulation, et nous vous demandons l’instauration d’un mécanisme de quota, voté chaque année au Parlement, afin de mieux réguler et contrôler l’immigration familiale et professionnelle.

L’écologie est un autre pilier de notre projet de redressement de la France.

M. Erwan Balanant. C’est un sujet qui t’intéresse ? (Sourires.)

M. Damien Abad. Après vous avoir écouté, monsieur le Premier ministre, je tiens à vous rappeler que personne ne vous a attendu pour procéder au nettoyage des rivières, à l’installation de panneaux photovoltaïques ou à la réduction de l’éclairage public dans les communes – les collectivités le font déjà, avec beaucoup d’envie, de talent et de détermination. (Applaudissements sur les bancs des groupes LR et GDR. – M. Christian Hutin applaudit également.)

Nous voulons une écologie positive, et non dogmatique ; une écologie du concret et de l’espoir, qui n’opposerait plus la nature et l’humain. Nous refusons une écologie de l’idéologie, fondée sur la contestation d’un système économique, de notre capacité à inventer et à produire et, au bout du compte, de la place même de l’humain dans la nature. C’est d’ailleurs le talon d’Achille de l’écologie politique, qui préfère désigner des coupables plutôt que de dessiner un avenir. L’écologie ne se résume pas à la trottinette et aux éoliennes ! Bien au contraire, nous souhaitons une écologie qui réconcilie l’homme avec la nature, pas une écologie qui les oppose.

Monsieur le Premier ministre, si votre politique écologique était réellement de droite, vous n’auriez pas oublié, aujourd’hui, de parler de la filière nucléaire alors même que vous avez abordé le sujet de l’économie et de l’énergie décarbonées. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Comment entendez-vous faire de la France l’économie la plus décarbonée d’Europe si vous démantelez Fessenheim et demandez, ici et là, la sortie de la filière nucléaire ? (Mêmes mouvements.)

M. Raphaël Schellenberger. Bravo !

M. Damien Abad. Si votre politique était réellement de droite, vous soutiendriez cette filière et, surtout, vous mettriez fin à ce scandale d’État qu’est devenu l’éolien en France. (Applaudissements sur les bancs des groupes LR et GDR.)

Être de droite, c’est réconcilier l’écologie et le pouvoir d’achat, pour répondre à une double aspiration légitime de nos concitoyens : préserver notre environnement et améliorer notre mode de vie. Être de droite, ce n’est pas pénaliser les entreprises en multipliant les taxes, les normes ou les contraintes, mais bien, au contraire, mener une politique ambitieuse d’investissements publics dans la rénovation thermique des bâtiments, dans la lutte contre le gaspillage, dans la promotion des filières de production locales, dans le soutien aux biocarburants, dans la gestion de l’eau, dans la préservation de nos forêts, ou encore pratiquer une politique d’incitation financière pérenne pour favoriser l’usage de transports peu carbonés. Monsieur le Premier ministre, vous l’aurez compris : nous préférons la croissance bleue à une décroissance verte, et nous l’assumons totalement ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

Telles devraient donc être les priorités de votre mandat.

Le général de Gaulle disait : « On ne gouverne pas avec des "mais". » Voilà pourquoi la feuille de route que nous vous présentons aujourd’hui est claire, cohérente et lisible. Nous avons présenté les perspectives, mais aussi les contours de l’avenir que nous voyons pour notre pays. Nous sommes dans l’opposition, car nous n’avons pas été élus sur le même programme que la majorité, et nous ne partageons pas la même vision pour la France. Nous continuerons de défendre nos valeurs et nos convictions. Il est de notre devoir de nous opposer et de chercher à infléchir votre politique quand elle ne sert ni la grandeur de la France ni le bonheur des Français.

M. Marc Le Fur. Très bien !

M. Damien Abad. Pour autant, vous l’aurez compris, nous incarnons une opposition responsable, ni dogmatique, ni stérile, ni caricaturale. Nous ne tomberons ni dans les travers de la critique facile ni dans les méandres d’une opposition systématique.

S’agissant de la réforme des retraites, comme du plan de déconfinement, de la relance économique et de l’ensemble des sujets majeurs pour nos compatriotes, nous avons défendu des mesures auxquelles nous croyons. Vous avez d’ailleurs bien souvent été à la remorque de nos propositions, les reprenant régulièrement à votre compte, mais trop partiellement et avec bien du retard. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.)

Chaque fois que l’intérêt de notre nation et des Français sera en jeu, nous prendrons nos responsabilités, comme nous n’avons eu de cesse de le faire, et nous voterons sans états d’âme les projets de loi qui iront dans le bon sens. Mais nous attendons de vous, monsieur le Premier ministre, que vous preniez les vôtres, et que vous ne fassiez pas le choix des chemins faciles, comme celui de l’impôt, de la dette, de l’immobilisme ou encore du renoncement. La droite parlementaire sera plus que jamais une force de propositions ; elle sera au rendez-vous des idées et à la hauteur des enjeux de notre pays, car nous sommes un groupe uni, soudé et déterminé à contribuer à sa réussite.

Mais, pour cela, il faut rétablir un climat de confiance. Dans l’attente, nous ne pouvons pas vous accorder la confiance que vous réclamez,…

M. Bruno Millienne. Cela ne commence pas très bien !

M. Damien Abad. …une confiance rompue par trois ans de bilans décevants, par les incohérences de la politique du « en même temps » et par les nombreux doutes que nous avons quant à la capacité de votre Gouvernement à redresser notre pays.

Nous voterons contre, car nous faisons le pari du changement plutôt que de la continuité, le pari de la clarté plutôt que de la confusion, le pari des convictions plutôt que du « en même temps », le pari de la cohérence plutôt que de la contradiction, le pari de la réforme, enfin, plutôt que de l’immobilisme. Nous faisons tout simplement le pari de l’alternance, plutôt que de la reconduction.

Nous voterons contre, car la confiance ne se décrète pas, elle se construit et se gagne.

M. Christian Hutin. Il ferait un bon ministre de droite ! (Sourires.)

M. Damien Abad. Si la France est à droite, prenez garde : elle préférera toujours l’original à la copie. Elle préférera toujours la droite républicaine à l’illusion du « en même temps », les actes aux paroles, l’alternance à l’immobilisme. Il est donc temps que la France redevienne une République, une puissance et une espérance : telle sera l’ambition de la droite pour la France d’aujourd’hui et de demain ! (« Bravo ! » et vifs applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

M. le président. La séance est suspendue.

(La séance suspendue à dix-sept heures, est reprise à dix-sept heures quinze.)

M. le président. La séance est reprise.

La parole est à M. Patrick Mignola.

M. Patrick Mignola. Quand la covid-19 a infesté la France, nous avions tout à craindre de cette nouvelle épreuve s’abattant sur un pays convalescent. Une croissance en hausse et un chômage en baisse n’avaient pas vaincu la défiance d’un peuple traversé par les crises sociales et morales qui rongent toutes les démocraties modernes, divisé par des réflexes de repli sur soi et par leur expression parfois violente. Et pourtant, le pays s’est retrouvé et il a résisté. La France a fait face.

La première ligne, qui a soigné, a fait face. Que gratitude publique, pérenne et budgétaire leur soit adressée : merci à nos soignants ! (Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM, LaREM, SOC, GDR et EDS.)

La deuxième ligne, qui a travaillé, a fait face. La troisième, civiquement confinée, a fait face. Et l’État a fait face. Nos remerciements et nos applaudissements doivent aussi aller à nos services publics, à nos élus locaux, aux parlementaires qui ont assuré la continuité démocratique et au gouvernement d’Édouard Philippe qui a géré cette crise. (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et plusieurs bancs du groupe LaREM.)

Ils doivent aussi vous être adressés, monsieur le Premier ministre, vous qui aviez la charge du déconfinement et qui l’avez réussi, dans un délicat mélange d’autorité et d’humanité, d’accent et d’accents toniques. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Au moment où vous passez de responsable du déconfinement à chef du Gouvernement, nous tenions à vous en remercier aussi.

C’est de ce pays qui fait face, même s’il est divers et parfois querelleur, même s’il aime tant se dénigrer, c’est de ce pays qui resserre ses liens devant l’épreuve que nous avons besoin pour affronter les nouvelles épreuves qui viennent. Pour cela, nous devons rappeler la raison d’être en société, ce que nous nous apportons les uns aux autres, ce que nous nous devons.

Ce que nous attendons du Gouvernement, monsieur le Premier ministre, c’est l’autorité pour lutter contre les divisions, c’est l’efficacité dans l’application des décisions. C’est de réunir le pays autour de ce que les Français ont à partager en société. Et nous avons tant à partager : partager la richesse, partager les pouvoirs, partager les ressources, partager la représentation politique !

Nous avons d’abord sauvegardé l’économie. Nous avons su protéger les salariés, les indépendants et les entreprises mieux que la plupart des autres pays. Ce qui est devant nous désormais, c’est la relance. La prolongation d’un système d’activité partielle, l’effacement des charges sociales et fiscales de certains secteurs d’activité, l’intégration des prêts en quasi-fonds propres, le soutien à l’activité par la commande publique nationale et locale sont de puissants leviers dont nous soutiendrons la mise en œuvre.

Mais je voudrais souligner trois des points que vous avez formulés tout à l’heure. D’abord, les solutions ne pourront pas être uniques et générales quel que soit le secteur d’activité et le territoire. Au contraire, cette relance sera réussie si elle est définie par branche et au plus près des réalités. Dans ce cas, le rôle des fédérations professionnelles, des partenaires sociaux, des élus locaux et des parlementaires, qui ont travaillé d’arrache-pied pendant la crise auprès des entreprises, sera majeur. (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et plusieurs bancs du groupe LaREM.) Il faut territorialiser l’action pour en démultiplier les effets, en métropole comme en outre-mer – je pense à nos compatriotes d’outre-mer dans leurs territoires ainsi qu’aux ultramarins qui travaillent et étudient en métropole.

Ensuite, nous devons une priorité à la génération qui entre sur le marché du travail à partir de septembre. Ce sont les bébés de l’an 2000 : rappelons-nous, mes chers collègues, qu’au tournant du siècle, la France avait fait beaucoup d’enfants ; aujourd’hui, ces enfants ont 20 ans et cherchent un emploi. Nous leur devons d’investir massivement dans les contrats d’apprentissage, dans la formation professionnelle, dans la réduction des charges pour le premier emploi. Cette génération nous demande souvent à quoi sert l’État, à quoi sert la politique. Eh bien à cela : à répondre présent en les accompagnant quand ils traversent une difficulté, a fortiori quand ils n’y sont pour rien. C’est ça la France ! Celle de l’égalité des chances et celle des nouvelles chances. Et pour cette génération, la France devra être encore plus la France car une famille s’occupe d’abord de ses membres les moins chanceux.

Enfin, il faut de la justice dans le partage de la richesse. Il faut en organiser un meilleur partage entre le capital et le travail. Comme vous l’avez dit tout à l’heure, à travers la généralisation de la participation et de l’intéressement, nous devons assurer aux Français qu’à chaque point de croissance ou de productivité retrouvé, leur travail sera équitablement reconnu. (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et plusieurs bancs du groupe LaREM.)

M. Erwan Balanant. Pourquoi les communistes n’applaudissent-ils pas ?

M. Patrick Mignola. Décidons ici que la bonne répartition d’un bénéfice, c’est un tiers pour le salarié, un tiers pour l’actionnaire et un tiers pour l’investissement, prioritairement écologique, dans l’entreprise.

M. Jérôme Lambert. Sarkozy l’avait dit !

M. Patrick Mignola. Bien sûr, les règles d’application seront définies avec les branches et les partenaires sociaux, mais quelle ambition ce serait, quel signal pour tout le pays ! Tenons la promesse que celui qui fait ne peut pas valoir moins que celui qui a – même s’il accepte de risquer ce qu’il a. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe MODEM.)

M. Erwan Balanant. Bravo !

M. Patrick Mignola. L’entreprise est le premier acteur de la transition écologique : il faut que le travail, le capital et l’avenir soient considérés à parts égales dans la richesse créée. Au sortir de cette crise, la France pourra ainsi proposer au monde un nouveau modèle, un capitalisme à visage humain – après l’économie sociale de marché à l’allemande, une écologie sociale de marché à la française !

Un partage de la richesse est nécessaire, mais aussi un partage des pouvoirs, notamment avec les collectivités locales. Attention : en matière de décentralisation, il faut des actes mais pas de nouvel acte. Changer les règles trop souvent donne plus sûrement la migraine aux élus locaux que de l’efficience à l’action publique… Veillons plutôt à ce que dans chaque territoire, les élus s’accordent sur des transferts de compétences et sur leur répartition entre leurs différentes collectivités. Et acceptons que, selon les territoires, cette libre organisation des pouvoirs puisse être différente, comme le président Ferrand l’a écrit dans un récent recueil de lieux pas si communs…

M. Paul Christophe. Belle référence !

M. Patrick Mignola. C’est l’objet de la loi organique que vous avez annoncée tout à l’heure, qui permettra la différenciation territoriale, ainsi que de la loi dite 3D de Jacqueline Gourault : décentralisation, déconcentration, différenciation. Il y a même un quatrième D qui serait la condition des trois premiers : le dialogue. Que les collectivités se parlent – elles ne le font pas assez – pour décider de l’échelon le plus pertinent pour agir efficacement, plutôt que tout le monde se marche sur les pieds et intervienne partout, avec des formulaires variables et des critères parfois contradictoires ! (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et plusieurs bancs du groupe LaREM.) Les élus locaux et les acteurs de terrain ont une indigestion de millefeuille ! L’ancien maire de Prades doit bien voir ce que l’ancien maire de La Ravoire veut dire…

Repensons la fiscalité locale pour baisser – cher président Abad, qui nous rejoindrez bientôt – les impôts de production.

M. Erwan Balanant. Il n’est pas là ! C’est dommage, il apprendrait des choses.

M. Patrick Mignola. Je sais les collectivités locales très attachées à leur liberté fiscale mais il faut choisir : si l’on souhaite la relocalisation industrielle, ou tout simplement l’investissement industriel, convenons que CVAE – cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises –, CFE – cotisation foncière des entreprises – et C3S – contribution sociale de solidarité des sociétés – sont des obstacles parfois rédhibitoires.

L’État a baissé l’impôt sur les sociétés et je suis certain que, dans les temps que nous traversons, les collectivités peuvent accepter de se mettre autour de la table pour repenser ces impôts locaux qui pèsent deux fois plus lourd que l’impôt sur les sociétés. J’ai constaté, en entendant leur président Abad tout à l’heure, que les Républicains étaient désormais d’accord : monsieur le Premier ministre, si vous meniez une politique de droite, vous auriez combattu il y a deux mois l’idée de baisser les impôts de production, et vous seriez désormais d’accord pour finalement les baisser… Les Républicains sont en fait les plus grands « en-même-tempistes » de la vie politique française ! (Rires et applaudissements sur les bancs des groupes MODEM et LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.)

M. Maxime Minot. Et vous ? Au niveau régional, vous êtes allié avec M. Wauquiez !

M. Patrick Mignola. Mais restez plutôt à la tête d’un gouvernement de dépassement et oublions ces débats stériles entre la droite et la gauche !

Enfin, bâtissons les prochains contrats de plan État-région sur des objectifs de développement durable, votés au Parlement et dans les assemblées locales – j’insiste sur ce point car les parlementaires ne sont plus élus locaux mais s’avèrent souvent des facilitateurs et des arbitres impartiaux lorsque nécessaire. Ces contrats incluront obligatoirement des stratégies de transition énergétique et de ménagement du territoire : zéro artificialisation nette, préservation des espaces, mixité des usages, préservation de l’agriculture périurbaine, protection de la ressource en eau, stratégie pour l’air extérieur et intérieur. C’est aussi et surtout par l’action locale que nous réussirons la transition écologique ! (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et quelques bancs du groupe LaREM.)

Justement, après le partage de la richesse et des pouvoirs, partageons aussi les ressources. J’ai déjà formulé des propositions concrètes auparavant sur la transition écologique tant ce sujet est transverse, mais il semble nécessaire que nous portions aussi un débat sur le fond, quant à la compatibilité – ou la non-compatibilité – de l’écologie avec la croissance.

Nous croyons au progrès, qui est une aspiration si profondément humaine que nous avons, je crois, le devoir d’être toujours dans son camp.

Nous avons essayé la décroissance récemment : cela s’appelait le confinement. L’État a dû supporter les salaires, prêter de l’argent aux entreprises – et le chômage, qui était au plus bas, remonte dangereusement.

Néanmoins, le progrès fabriqué par nos pères sur des critères exclusivement financiers éventre la planète et ne rend pas, au fond, les sociétés plus heureuses. Nous devons inventer un progrès différemment évalué, dans un schéma où la trace sur les ressources est décomptée, où le carbone a un prix et où les émissions de gaz à effet de serre sont un violent correctif à la baisse.

Mais pensons une écologie qui construise sans ostraciser. Lançons une transition énergétique qui privilégie massivement le renouvelable mais n’ostracise pas le nucléaire ou les barrages hydroélectriques, sans rien ignorer de leur coût à long terme. Décrétons que les villes doivent être respirables mais n’ostracisons pas la reconstruction de la ville sur la ville ni la densité, si elle est végétalisée. Sinon, nous ne parviendrons jamais au zéro artificialisation nette – sauf à décréter qu’il faut faire moins d’enfants, mais je ne me résoudrai jamais à dire aux miens qu’ils ne devront pas faire d’enfants.

Déclarons la guerre à la pollution mais n’ostracisons pas les ouvrages comme le canal Seine-Nord Europe ou comme la liaison Lyon-Turin, dans sa dimension de fret ferroviaire (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe MODEM et quelques bancs du groupe LaREM), qui seuls nous permettront de réduire le nombre de camions qui saturent nos villes et nos vallées. Construisons ensemble un écoloptimisme plutôt qu’un écolostracisme, fondé sur des victoires de tous les jours plutôt qu’une intransigeance sans conséquence. Je sais que c’est ce que va faire ce gouvernement, et c’est ce dont nous avons besoin. Seuls le soleil ou la mort ne se regardent pas en face – l’écologie on peut, si on le fait ensemble. (Mêmes mouvements.)

M. Bruno Millienne. Bravo !

M. Patrick Mignola. Pour terminer, je crois que nous devons aussi partager la représentation politique. Nous avons besoin de revitaliser la démocratie. L’abstention municipale n’était pas due qu’au covid-19. Nous vivons une profonde crise de la représentation. Les Français pensent que leur bulletin de vote ne sert à rien ou, au mieux, qu’ils signent un chèque en blanc à des élus qui ne les associeront guère à la décision. Pour revitaliser la démocratie représentative, sans laquelle ce sont la rue, les réseaux sociaux, les lobbies ou les minorités agissantes qui décident à notre place, nous avons besoin de démocratie participative et de démocratie délibérative.

Je suis d’ailleurs heureux de retrouver, dans les attributions du ministre chargé des relations avec le Parlement, la participation citoyenne. Car, outre le fait que le Mouvement démocrate – mais pas seulement – apprécie que ce soit Marc Fesneau qui ait cette charge (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et quelques bancs du groupe LaREM), nous pensons que démocratie parlementaire et participation citoyenne vont de pair.

Toutefois, mes chers collègues, la démocratie représentative doit aussi renforcer sa propre représentativité. Regardons cet hémicycle : des forces politiques sont quasi absentes ou sous-représentées, alors qu’elles pèsent des millions de voix. Où pouvons-nous débattre avec le Parti écologiste ? Même si parfois nos analyses diffèrent, je voudrais que ce soit ici. Où pouvons-nous débattre avec le Rassemblement national, que je voudrais combattre, mais qui est plus souvent sur les plateaux de télévision qu’ici, dans ce lieu central de la démocratie ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe MODEM et quelques bancs du groupe LaREM.)

M. Maxime Minot. À qui la faute ?

M. Patrick Mignola. Un président de groupe de la majorité ne devrait pas dire cela car, même quand on est proportionnaliste, on l’oublie vite si l’on devient majoritaire à l’Assemblée. Mais je le dis au nom de mon groupe, je le dis pour beaucoup d’autres ici qui pensent la même chose, et pour l’immense foule des électeurs qui ne vont plus voter : nous devons évidemment réfléchir à une évolution de nos modes de scrutin. (Mêmes mouvements.)

M. Éric Straumann. C’est le retour à la IVe République !

M. Patrick Mignola. Être démocrate, c’est aussi accepter que notre société n’est pas assez démocratique. Adoptons la proportionnelle, départementale ou bi-départementale, pour être toujours arrimés au terrain – avec une prime majoritaire, pour que le pays soit gouvernable mais que soit néanmoins incitée la culture de majorités de projet. Donnons un coup de neuf, et de conforme aux courants de pensée du pays, à notre démocratie. C’est ainsi que nous la défendrons.

J’ai entendu les préventions du président du groupe LR à cet égard. Je ferai simplement observer à cette noble assemblée que les conseils municipaux, les conseils régionaux et le Sénat sont principalement élus à la proportionnelle : leurs chefs ne me semblent pas illégitimes pour autant, ni leurs assemblées ingouvernables. (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM.)

M. Éric Straumann. Vous voulez sauver les meubles !

M. Patrick Mignola. Monsieur le Premier ministre, vous sollicitez notre confiance. Les députés du groupe du mouvement démocrate et bien au-delà, dans cette majorité centrale, sont des femmes et des hommes qui ont choisi l’engagement parce qu’ils croyaient que  progrès économique et progrès social n’étaient pas incompatibles, que promouvoir le premier sans le second est cupidité et que réclamer le second sans le premier est vanité.

Cette majorité centrale croit dans un même élan que le progrès écologique est aussi compatible avec le progrès économique et le progrès social. Les seconds sans le premier seraient une irresponsabilité ; les trois ensemble peuvent être pour notre pays mieux qu’une réussite, plus qu’un devoir, une nouvelle identité.

Cette majorité centrale mesure aussi sa responsabilité vis-à-vis du pays. Elle peut parfois s’agiter, voire céder à la scissiparité, mais elle sait aussi se réunir quand l’intérêt général est en jeu.

Elle sait aussi, et elle doit le faire plus encore, tendre la main. À maintes reprises, nous avons pu conduire avec les groupes d’opposition des débats constructifs, trouvé des voies d’accord, et je suis sûr que d’autres sont à venir. Sans renier ce que nous sommes et ce que nous pensons, nous pouvons travailler ensemble pour le pays. Notre République a besoin de débats politiques contradictoires, même vifs ; elle a aussi besoin de ce courant démocrate qui surmonte les divisions et rassemble au centre de la vie politique et au cœur du pays. Je suis sûr que demain, les familles de ce grand courant humaniste sauront, tout en restant elles-mêmes, se retrouver dans une grande famille des Démocrates, un grand Centre pour la France. (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et quelques bancs du groupe LaREM.)

Monsieur le Premier ministre, vous sollicitez notre confiance : les députés du groupe MODEM vous l’accorderont. Je ne doute pas que vous travaillerez en confiance avec le Parlement, car il n’y a pas de démocratie forte ni de gouvernement fort sans parlement puissant. Nous voterons la confiance parce qu’ensemble, nous rendrons aux Français cette confiance sans laquelle rien n’est possible. Qu’ils aient confiance en eux-mêmes, en leur avenir et en leur pays. (Les députés du groupe MODEM et de nombreux députés du groupe LaREM se lèvent et applaudissent.)

(...)

M. le président. La parole est à M. Jean-Christophe Lagarde.

M. Jean-Christophe Lagarde. Il y a trois ans, le groupe UDI et indépendants a fait le choix de représenter une opposition constructive. En effet, nous avions été élus contre des candidats de La République en marche, mais pas contre la France, et il nous semblait que la nouvelle majorité et le nouveau gouvernement voulaient changer les codes politiques. Trois ans plus tard, bien que regrettant de ne pas avoir été souvent entendus, nous n’avons pas changé.

La crise sanitaire demeure, et on n’entend pas assez la communication du Gouvernement ; celle-ci devrait être plus ferme pour que nos concitoyens deviennent raisonnables et adoptent vraiment les mesures de précaution. On ne comprend pas l’annonce selon laquelle le port du masque sera obligatoire dans quinze jours, alors qu’il a suffi de quarante-huit heures pour confiner les Français !

Dans ce contexte de crise sanitaire et de début de crise économique, nous continuons à espérer que l’effort soit national, sans que cela gomme nos différences. Fidèles à ce que nous avons peu ou prou toujours déclaré dans cet hémicycle, nous restons prêts à y contribuer par nos idées et nos propositions, à aider le Gouvernement à trouver le bon chemin et le bon rythme pour la France.

Vous venez de nous dire, monsieur le Premier ministre, que vous souhaitez travailler avec les corps intermédiaires – c’est, depuis toujours, l’une de nos exigences –, que vous êtes ouvert aux idées des autres et que vous attendez la même attitude de la part de vos ministres comme de votre majorité.

À l’heure où vous demandez la confiance de l’Assemblée nationale, nous avions envie de vous dire « chiche ! » Je me disais, en vous écoutant, que nous n’avions aucun préjugé, ni favorable ni défavorable. Mais, si nous ne rejetons pas la confiance de façon automatique, nous considérons qu’elle ne se décrète pas a priori. Non, la confiance se gagne, elle se construit, monsieur le Premier ministre.

M. Meyer Habib. Très bien !

M. Jean-Christophe Lagarde. Comme vous aimez à le dire, c’est désormais à vous et à votre majorité que revient la charge de la preuve : vous devez prouver votre volonté de construire cette confiance, votre capacité à écouter, à construire en commun, à rassembler les forces vives du pays et à dégager un consensus. C’est à cette aune que notre groupe jugera votre gouvernement, sur les actes, et pas seulement sur les paroles.

Face aux crises que notre pays affronte, nous avons besoin de trois éléments essentiels : une stratégie, une cohérence et du concret. Or, hier, nous n’avons rien entendu de tel dans le discours du Président de la République.

La stratégie doit reposer sur deux piliers majeurs ou deux grands principes. Le premier est la planification de l’indépendance de notre pays dans cinq domaines : l’alimentation – donc l’agriculture –, le médicament, le numérique – car nous sommes en train de devenir des colonies numériques des États-Unis d’Amérique et de la Chine –, l’industrie et l’énergie propre.

À cet égard, nous pouvons être favorables à la création d’un commissariat général au plan, que vous avez annoncée, mais à condition que tout le monde y participe, et pas seulement la haute fonction publique. Car je pense que même les partenaires sociaux sont à même de s’accorder sur les activités qu’il est nécessaire de relocaliser et sur les adaptations qu’il convient d’apporter à la réglementation ou à la fiscalité.

Le second principe est la décentralisation. À ce sujet, je reste sur ma faim après vous avoir entendu. La crise sanitaire vient encore de le prouver, l’État français se caractérise par sa volonté de toujours tout faire, même ce que d’autres pourraient faire à sa place. Dès lors, il fait mal, et de plus en plus mal, ce qu’il est le seul à pouvoir faire : je pense à la police, à la justice, à la santé, à l’éducation et à la défense. Notre vision est plutôt celle d’un État très décentralisé, d’un État chef d’orchestre qui fournit des partitions et des instruments mais laisse chaque collectivité s’organiser pour atteindre les objectifs fixés en commun.

Le plan de relance doit favoriser notre indépendance, c’est-à-dire notre capacité à produire ce dont nous avons le plus essentiellement besoin, et les emplois non délocalisables. Voilà la stratégie que notre groupe souhaiterait voir mise en œuvre par votre gouvernement.

Toute stratégie doit s’accompagner d’une cohérence. Or on ne perçoit pas toujours de cohérence dans la succession des annonces que nous avons entendues ces derniers jours. Notre pays a besoin, par exemple, d’un grand plan d’isolation énergétique des bâtiments, non seulement pour conduire la transition environnementale, mais aussi pour créer des emplois non délocalisables. Mais cela suppose, monsieur le Premier ministre, que l’État lutte véritablement contre les fraudes au travail détaché. (M. Jimmy Pahun applaudit.) À défaut, nous allons nourrir des entreprises étrangères en faisant venir des gens d’autres pays de l’Union européenne, et nous ne parviendrons pas à sauver le secteur français du bâtiment et des travaux publics.

M. Jean-Luc Mélenchon. Il faut changer la loi !

M. Jean-Christophe Lagarde. Nous proposons ainsi qu’un plan français et un plan européen – j’ai eu l’occasion de défendre cette idée l’an dernier – permettent de fibrer jusqu’à la dernière ferme de France. Cela présenterait plusieurs avantages. Tout d’abord, ce serait créateur d’emplois non délocalisables. Surtout, la numérisation de l’intégralité de l’économie de notre pays améliorerait la résilience – on l’a vu dans la période que nous venons de traverser – et de booster l’aménagement du territoire. Cette planification pourrait même être conjuguée avec une fiscalité modulée qui permettrait à des entreprises de se délocaliser à l’intérieur de notre pays, depuis les grandes métropoles vers des territoires plus vivables et plus agréables.

Nous avons besoin d’autres efforts européens, en particulier de l’instauration d’une taxe carbone à nos frontières. L’Europe est en train d’accepter pour la première fois une mutualisation des dépenses d’emprunt – et il est exact que la France a joué un grand rôle en la matière. Mais il faut qu’elle accepte aussi une mutualisation des recettes et que ces recettes ne soient pas exclusivement des contributions nationales. Or c’est par la taxe carbone que nous pouvons y parvenir, chers collègues, car nous ferions ainsi payer ceux qui produisent loin de chez nous les produits que nous consommons, tout en alimentant le budget européen.

Par ailleurs, il convient de réformer les marchés publics pour permettre aux collectivités locales et à l’État d’être plus agiles dans leurs commandes en tenant compte de l’éloignement – parfois excessif –, du coût environnemental ou du coût social. Si vous ne le faites pas, monsieur le Premier ministre, les collectivités désireuses de favoriser l’emploi local et la production agricole locale ne pourront le faire sans s’exposer aux foudres de la justice.

Enfin, il ne faut pas sombrer dans l’incohérence en proposant une grande politique en faveur de la propulsion à hydrogène – j’y suis moi aussi favorable, car cela permettra de décarboner nos déplacements en avion, en bateau, en train, en voiture, en bus – tout en se réjouissant de la fermeture de centrales nucléaires. Contrairement à ce qu’affirme un mythe écologiste en train de se répandre, si nous fermons les centrales, l’électricité nécessaire à la production d’hydrogène proviendra du charbon et du pétrole, et il ne pourra y avoir, dès lors, de plan hydrogène – même le GIEC, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le reconnaît très clairement. (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I.)

Enfin, nous voulons du concret pour faire face à trois urgences : l’urgence éducative – dont on a peu parlé – l’urgence économique et l’urgence sociale.

L’urgence éducative, d’abord. D’une part, comment rattraper, à partir de la rentrée prochaine, le temps perdu par les élèves pendant les trois derniers mois ? Il ne faut pas qu’une génération soit confrontée à des troubles d’apprentissage, qu’elle soit handicapée toute sa vie par la crise que nous venons de vivre. D’autre part, quel serait le plan B pour la rentrée si, malheureusement, l’épidémie repartait ? Nous n’en avons pas entendu parler hier, et j’aimerais que le ministre de l’éducation nationale apporte des précisions à ce sujet, aux parents comme aux enseignants.

L’urgence économique, ensuite. Les plans de redressement et les mises en liquidation judiciaire vont se multiplier. Nous avons déposé une proposition de loi visant à casser les chaînes de contamination économique en permettant à l’État de modifier l’ordre de priorité des créanciers d’une entreprise en difficulté : les salaires seraient évidemment payés en priorité comme aujourd’hui, mais les fournisseurs passeraient avant l’État et la sécurité sociale. Ainsi, les difficultés d’une entreprise n’en mettraient pas cinq autres en difficulté, et l’on endiguerait la contamination économique en cours. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UDI-I.)

De même, nous proposons que les prêts garantis par l’État deviennent de quasi-fonds propres : leur remboursement par les entreprises commencerait non pas dès janvier prochain mais seulement à partir de juillet 2022 et serait étalé sur les cinq ou six ans suivants.

Nous vous proposons en outre de booster l’investissement des collectivités locales : chaque fois qu’elles mettent 2 euros dans un secteur où l’emploi est non délocalisable, l’État ajouterait 1 euro afin de relancer la commande publique et le travail local.

Nous demandons aussi que soient accélérées les commandes liées à la loi de programmation militaire pour préserver notre tissu industriel de défense et que la TVA passe à 5,5 % dans la restauration, le tourisme et l’hôtellerie tant que ces secteurs seront contraints par la situation sanitaire.

L’urgence sociale, enfin. Le premier axe doit être la jeunesse, et je dois dire que les mesures que vous venez d’annoncer semblent à la hauteur des enjeux.

M. Thierry Benoit. Très bien !

M. Jean-Christophe Lagarde. Nous devons aussi prendre en considération celles et ceux qui risquent d’être privés d’emploi pendant plusieurs années. Cette crise annonce une révolution numérique qui rendra inemployables des centaines de milliers de Français. Nous proposons de créer une indemnité de préparation au choc numérique, afin qu’ils puissent s’adapter dès maintenant.

M. le président. Il faut conclure.

M. Jean-Christophe Lagarde. Je conclus, monsieur le président, en appelant l’attention sur la nécessité d’aider les locataires qui vont avoir beaucoup de difficultés à payer leur loyer.

Vous le voyez, monsieur le Premier ministre : nous avons des idées et des propositions à revendre pour aider notre pays.

M. Thierry Benoit. Et elles ne coûtent pas cher !

M. Jean-Christophe Lagarde. À vous de prouver votre capacité d’écoute et de débat utile. La grande majorité du groupe UDI et indépendants s’abstiendra aujourd’hui, en espérant que vous saurez construire la confiance demain. (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I.)

(...)

M. le président. La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon.

M. Jean-Luc Mélenchon. Cet après-midi, ni la solennité du lieu ni celle des circonstances ne devraient effacer le cocasse de la situation.

Monsieur le Premier ministre, vous êtes nommé depuis douze jours, mais vous avez été aussitôt condamné au pain sec du silence politique. Vous avez occupé le temps en faisant une tournée des commissariats. Il fallait vous taire, parce que Jupiter allait tonner. Il l’a fait, le 14 juillet, mais il n’a rien dit, sinon son acte de contrition.

Et vous voici, monsieur Castex ! Douze jours après votre nomination, vous assumez enfin la responsabilité minimale qu’on attend d’un Premier ministre dans une démocratie parlementaire : vous sollicitez un vote de confiance pour être autorisé à rester à votre banc – car c’est nous qui en décidons. (Sourires.) Cela se fera sans doute, mais sans nous !

Ce n’est pas votre personne, monsieur Castex, qui est en cause : sachez que nous la respecterons toujours. Mais pourquoi vous ferions-nous confiance politiquement ? La Constitution dispose, en son article 20, que le Premier ministre « détermine et conduit la politique de la nation ». Vous n’êtes pas concerné : il n’y a pas une personne en France pour croire que vous déterminerez quoi que ce soit s’agissant de la politique de la nation. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR. – M. Jérôme Lambert applaudit également.)

Jupiter nous a déjà rappelé bien des fois qu’il s’occupait de tout, et même du reste – du montant des primes pour les voitures au nombre de contrats d’apprentissage. Tout est déjà dit. De toute façon, le monarque présidentiel ne supporte pas que le Premier ministre fasse mieux que lui, raison pour laquelle votre prédécesseur a été renvoyé – nous n’en voyons pas d’autre, puisqu’il s’agit de faire dorénavant comme auparavant. Vous êtes donc condamné à faire moins bien que le monarque. Cela vous laisse, finalement, peu d’espace. (Sourires.)

Personne ne croit non plus que vous conduirez la politique de la nation, monsieur Castex ! Comme nous, vous seriez déjà bien heureux de parvenir à la suivre ! Car souvent Jupiter varie, et bien fol qui s’y fie. Ordres et contre-ordres sont devenus la règle. Le masque, par exemple, hier inutile pendant la crise sanitaire, sera désormais obligatoire – mais pas tout de suite, seulement dans un mois ! Le covid-19 est prié de rester confiné. (Sourires.)

Macronie et absurdie sont limitrophes, comme le sont, le long du fleuve Oyapock, où vous êtes allé récemment, le Brésil et la Guyane – laquelle ne parvient pas à devenir une île, même après que Jupiter et vous l’avez proclamée telle. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.) La Guyane est abandonnée ; la Guyane demande des moyens et du respect ; la Guyane, toutes tendances confondues, réclame désormais l’arrivée des médecins cubains, puisque la patrie ne lui répond pas ! (Murmures sur les bancs du groupe LaREM.)

Bref, le Président de la République vous demande de réparer en 600 jours les dégâts qu’il a occasionnés en trois ans. C’est votre feuille de route. Nous ne pouvons y croire. Nous ne pouvons avoir confiance.

Comptez-vous rétablir les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail qui protégeraient la santé des salariés menacés par le covid-19 sur leur lieu de travail ? Non. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.)

Allez-vous enfin nationaliser l’usine française de Luxfer pour qu’elle produise les bouteilles d’oxygène de nos hôpitaux ? Non.

Le glyphosate sera-t-il finalement interdit à la fin de l’année 2020 ? Non.

Préparez-vous la sortie des accords de libre-échange CETA – avec le Canada – et JEFTA – avec le Japon – acceptés par le Président ? Non. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe FI.)

Après avoir prolongé l’activité de dix réacteurs nucléaires, déciderez-vous de leur fermeture ? Non. Comment, au reste, l’organiseriez-vous ?

Rétablirez-vous la ligne de fret Perpignan-Rungis ? Non. Le monopole de la SNCF ? Non. Où est d’ailleurs l’argent pour le rail ?

Comptez-vous reprendre la part qui revient au bien commun et à tous les Français dans les poches de tous les nouveaux millionnaires qui se sont gavés sur la spoliation du peuple ? Non ! (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR. – M. Jean Lassalle applaudit également. – Protestations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)

L’impôt sur la fortune ne sera pas rétabli. Les 3 milliards qu’il permettrait de collecter suffiraient pourtant pour payer les 60 000 soignants supplémentaires dont nous avons besoin dans nos hôpitaux. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI. – M. Jean Lassalle applaudit également.)

Avez-vous enfin compris que l’eau allait devenir une ressource rare et qu’il convenait d’engager dès maintenant, avec fermeté, la rénovation de nos canalisations en ruine ? Car 20 % de l’eau se perd en France, ce qui crée des situations indignes. Rendrons-nous aux populations de Mayotte, de la Guadeloupe, de la Guyane – et j’en oublie sans doute –…

M. Serge Letchimy. Et de la Martinique !

M. Jean-Luc Mélenchon. …l’accès à l’eau courante ? Non. (M. Jean Lassalle applaudit.)

Allez-vous réparer les dégâts infligés à la santé publique depuis le ministère de Xavier Bertrand – vous étiez alors son directeur de cabinet ? Non. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Car le premier acte de votre gouvernement, les accords du Ségur, vont aggraver le désordre à l’hôpital. Quelle sottise de penser que l’annualisation du temps de travail peut améliorer d’une quelconque manière l’organisation des services !

Mme Caroline Fiat. Bravo !

M. Jean-Luc Mélenchon. Le Ségur ne revient pas sur les fermetures de lits et de services, ni sur le manque de moyens humains. Il renforce le modèle de gestion d’hôpitaux considérés comme des entreprises à but lucratif. (M. Jean Lassalle applaudit.)

Avons-nous définitivement pris conscience, tous autant que nous sommes, du mascaret social qui s’avance vers nous ? La France connaîtra une récession de 11 % cette année. Pour y faire face, le gouvernement précédent n’a injecté que l’équivalent de 2 % du PIB dans l’économie. L’Allemagne, dont le PIB n’a reculé que de 6 points, injecte, elle, 20 % de sa richesse pour son redémarrage. Oublions un instant tout ce qui peut nous séparer, monsieur le Premier ministre  : si vous ne faites rien contre ce décalage, la zone euro explosera. En toute hypothèse, la France est menacée de déclassement. Il faut intervenir massivement de manière organisée, c’est-à-dire planifiée. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR. – MM. Jérôme Lambert et Jean Lassalle applaudissent aussi.)

Le saupoudrage d’argent public sans contrepartie sociale, écologique ou en matière d’emploi va-t-il cesser ? Sept milliards ici, quinze milliards là… Tout cet argent est inutile si l’on compte sur la magie du marché pour qu’il soit investi au bon endroit. L’État doit assumer la planification, non la manier comme un gadget pour faire taire les insoumis et les communistes, qui en sont d’ardents partisans. Il doit la considérer comme un moyen qui, résolument, donne au pays et aux citoyens la propriété collective du temps long, là où le marché ne peut gérer que le temps court. Il faut planifier pour que nous redevenions les meilleurs.

L’État doit organiser l’ancrage de cette nouvelle planification, qui ne doit pas ressembler à celle d’avant,…

M. Guy Teissier. Ça vaut mieux !

M. Jean-Luc Mélenchon. …dans la vie des communes, qui sont la structure de base de la démocratie française et de la République depuis sa naissance. Le plan doit être l’instrument d’une démocratie participative telle qu’on peut l’imaginer et la vouloir au XXIe siècle. Comment, sinon, réaliser la bifurcation écologique ? C’est impossible ! Comment, sinon, respecter la règle verte et éradiquer la précarité ? C’est impossible ! Le plan constitue la solution. Or vous en êtes loin. Vous ne ferez rien de tel : vous ne disposez ni du programme ni des moyens politiques adéquats.

Car voici le sommet du cocasse de notre séance du jour : conformément à la pratique de la Ve République – que je n’aurai pas l’insolence de vouloir vous enseigner, monsieur Castex, puisque vous êtes issu d’un parti politique pour qui elle est très familière –, vous êtes le nouveau chef de la majorité parlementaire. Je constate d’ailleurs que vous m’approuvez. Or, la veille de votre nomination, cette majorité ne vous connaissait pas.

Plusieurs députés du groupe LaREM. C’est faux !

M. Jean-Luc Mélenchon. Ne criez pas, chers collègues ! Elle a une excuse : la veille, vous étiez encore membre d’un parti d’opposition, qui compte ici même cent députés.

M. Pierre Cordier. Cent quatre ! Et vous, vous êtes dix-sept !

M. Jean-Luc Mélenchon. Finalement, le président du groupe LaREM, notre estimé collègue Gilles Le Gendre, avait bien raison lorsqu’il a lui-même reconnu que, parmi les quelque 315 membres que comptait son groupe, pas un n’était capable, après trois ans de présence dans cet hémicycle, d’exercer la fonction de Premier ministre. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR et sur quelques bancs des groupes LR et SOC.) Quel genre de parti de gouvernement êtes-vous donc ? Je vous assure que, parmi les dix-sept députés insoumis ici présents, il y a plusieurs premiers ministres possibles. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)

M. Meyer Habib. Mais aucun président de la République, c’est certain !

M. Jean-Luc Mélenchon. Nous ne serons pas confrontés à un manque de candidats le moment venu !

Monsieur Castex, vous comptez sur une majorité qui s’est déjà divisée en trois groupes sans que l’on sache pourquoi ces gens ne se supportaient plus. Ils s’ajoutent à deux autres groupes qui soutenaient déjà le Président de la République, quoi qu’il dise. Il y a donc à présent dix groupes à l’Assemblée nationale, soit autant que sous la IVe République – la longévité des ministres n’est d’ailleurs guère meilleure qu’alors. (Sourires.)

Vingt-quatre fois réformée, cette Constitution est à bout de souffle. C’est le palais constitutionnel du Facteur Cheval ! Le peuple doit en redevenir le propriétaire. Cependant, rien ne vous aura convaincu : ni l’abstention suffocante constatée aux municipales, ni l’insurrection morale contre l’accumulation des richesses dans quelques mains, ni l’indignation du pays devant les violences policières, ni la révolte des féministes face à l’indifférence ou au mépris de leur vigilance quant aux violences faites aux femmes. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)

Il me faut conclure. Vous devez organiser un référendum et une réforme des retraites, le premier « dans les meilleurs délais », la seconde « ni maintenant ni aux calendes grecques » – comprenne qui pourra !

Monsieur Castex, méditez cette phrase du philosophe Sénèque et dites-en un mot de notre part à M. Macron : « Il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va. » (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR et sur quelques bancs du groupe SOC.)

(...)
 


M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.

M. Jean Castex, Premier ministre. Mesdames et messieurs les députés, merci pour la richesse de vos interventions. Cela renforce ma conviction que, dans les circonstances que traverse aujourd’hui notre pays, nous devons rechercher l’unité la plus large possible des Françaises et des Français. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

M. Fabien Di Filippo. Écoutez aussi l’opposition !

M. Jean Castex, Premier ministre. Oui, nous avons un cap. Ce cap…

M. Fabien Di Filippo. Vous mène dans le mur !

M. Jean Castex, Premier ministre. …est simple et clair : il faut faire face à la crise, c’est-à-dire protéger les Français et transformer la France en la rendant plus forte. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)

M. Pierre Cordier. Ça, j’aurais pu le dire !

M. Jean Castex, Premier ministre. Nous conduirons une relance reconstructive nous permettant de retrouver les voies de la souveraineté économique et de réussir l’indispensable transition écologique, tout en préservant la solidarité nationale.

Vous avez raison, les uns et les autres : cette relance est urgente. D’ailleurs, la France l’a déjà engagée, elle compte parmi les pays européens qui ont déployé les moyens les plus puissants pour soutenir l’économie qui s’effondrait. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Pour protéger les plus vulnérables, l’activité partielle a été mobilisée, vous le savez toutes et tous, à un niveau quasiment inégalé en Europe.

M. Loïc Prud’homme. Dans l’univers ! Et au-delà !

M. Jean Castex, Premier ministre. Avant même le plan global de relance, nous avons engagé des plans sectoriels dans l’automobile, l’aéronautique et d’autres domaines, sans commune mesure avec ce qui se fait ailleurs. Le cap consiste donc à consolider notre économie, notre agriculture et notre industrie.

Il vise aussi à renforcer notre pacte républicain,…

M. Loïc Prud’homme. Bla-bla-bla !

M. Jean Castex, Premier ministre. …à conforter notre protection sociale et à lutter sans faille contre toutes les atteintes à l’autorité de l’État et les morsures à la laïcité républicaine. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

Notre cap est clair et notre méthode l’est tout autant. Le dialogue apparaît aujourd’hui plus indispensable que jamais. Les territoires sont également essentiels, car c’est là que s’ancre la vie de nos concitoyens. C’est en s’appuyant sur eux que nous atteindrons notre objectif : l’efficacité. J’invite la représentation nationale comme les forces vives du pays à faire des propositions et à suivre la réalisation du plan de relance ambitieux que nous vous soumettons.

Enfin, je sais que je disposerai d’une majorité.

M. Pierre Cordier. Ça, c’est certain !

M. Fabien Di Filippo. Mais elle se disloque !

M. Jean Castex, Premier ministre. J’ai entendu vos observations, mais il me plaît de m’appuyer sur une majorité qui débat, qui a des idées, qui n’est pas monocolore. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Je sais qu’elle s’engagera, avec son cœur et son énergie, derrière le Premier ministre…

M. Fabien Di Filippo. On verra les amendements qu’ils déposeront !

M. Jean Castex, Premier ministre. …qui en est le chef institutionnel. J’assumerai cette fonction avec beaucoup d’enthousiasme, car je respecte les institutions de la République, en particulier de la Cinquième.

M. Pierre Cordier. Il ne suffit pas de le dire, il faut le faire !

M. Jean Castex, Premier ministre. Parce que la France nous regarde, parce que les Françaises et les Français nous attendent, je souhaite que cette majorité soit la plus large possible.

M. Fabien Di Filippo. Elle se rétrécit de jour en jour !

M. Jean Castex, Premier ministre. C’est le service du pays qui est en jeu, dans des circonstances dont vous avez toutes et tous souligné le caractère exceptionnel. Dans ce moment difficile, il faut unir cette France et cette République que, j’en suis sûr, nous tous, quelle que soit notre place dans l’hémicycle, aimons tant. (Mmes et MM. les députés membres des groupes LaREM, MODEM et Agir ens se lèvent et applaudissent.)

M. le président. Le débat est clos.
Vote en application de l’article 49, alinéa 1er, de la Constitution

M. le président. Le Premier ministre ayant engagé la responsabilité du Gouvernement, je vais mettre aux voix l’approbation de sa déclaration de politique générale.

Le vote se déroulera dans les salles voisines de la salle des séances. Des bulletins de vote ont été placés dans vos pupitres.

Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Il est ouvert pour une durée de trente minutes. Il sera donc clos à dix-neuf heures trente-six.
Suspension et reprise de la séance

M. le président. La séance est suspendue.

(La séance, suspendue à dix-neuf heures cinq, est reprise à dix-neuf heures quarante.)

M. le président. La séance est reprise.

Voici le résultat du scrutin sur la déclaration de politique générale du Gouvernement :

        Nombre de votants : 565
        Nombre de suffrages exprimés : 522

        Majorité absolue des suffrages exprimés : 262
                Pour l’approbation : 345
                Contre : 177

L’Assemblée nationale a approuvé la déclaration de politique générale du Gouvernement.

(Mmes et MM. les députés des groupes LaREM et MODEM se lèvent et applaudissent longuement.)

La parole est à M. le Premier ministre.

M. Jean Castex, Premier ministre. Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, permettez-moi, non sans émotion, entouré du Gouvernement, de vous adresser tous mes remerciements, toute ma reconnaissance pour la confiance que vous venez de nous accorder.

Comme beaucoup d’orateurs l’ont dit, cette confiance nous oblige. Pour conclure mon propos, la meilleure parole d’espoir que je pourrais vous dire, chers amis, est celle-ci : maintenant, pour la France, au travail ! (Mêmes mouvements.)

(...)

La séance est levée.

(La séance est levée à dix-neuf heures quarante-cinq.)



Source : www.assemblee-nationale.fr/

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200715-discours-castex.html

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 03:11

« Qu’est-ce qui se passe dans notre pays ? (…) En constatant ce qui n’a pas fonctionné, notre pays au fond a peur, il y a une crise de confiance, confiance à l’égard de lui-même. Regardez même la période récente que nous venons de franchir. Si nous nous écoutions nous-mêmes tous les jours, on faisait moins bien que les voisins, nous étions les pires. Quand on commence à regarder le bilan, non ! Il y a une épidémie (…). On est loin d’être les pires. Mais nous avons en quelque sorte un doute permanent sur nous-mêmes en tant que pays. Et nous avons en notre sein des, ce que j’ai parfois appelé, passions tristes, c’est-à-dire des forces de division. » (Emmanuel Macron, le 14 juillet 2020).



_yartiMacron2020071401

La crise sanitaire, la réponse à la crise économique, la relance de l’emploi, la réforme des retraites, le référendum sur la transition écologique… Le Président de la République Emmanuel Macron a été interviewé à l’Élysée par les journalistes Léa Salamé (France 2 et France Inter) et Gilles Bouleau (TF1) ce mardi 14 juillet 2020 à l’issue de la cérémonie de la fête nationale (sa retranscription peut être lue ici dans son intégralité). Étrange évolution, une sorte de chiraquisation ? Alors qu’Emmanuel Macron se voulait volontaire et directif, au point d’utiliser le nouveau droit du Président de la République à s’exprimer devant les parlementaires réunis en Congrès chaque année en juillet (il l’a fait le 3 juillet 2017 et le 9 juillet 2018), il en est revenu à la "traditionnelle" interview du 14 juillet depuis une trentaine voire une quarantaine d’années (à l’exception de Nicolas Sarkozy). En revanche, Emmanuel Macron a pris la parole la veille de la déclaration de politique générale de son nouveau Premier Ministre Jean Castex, ce qui a une signification politique.

Mais autant dire tout de suite que si l’objectif était d’expliquer pourquoi il avait changé de Premier Ministre, il est loin d’être atteint. Il a certes redonné d’autres priorités (l’emploi et l’écologie), mais l’idée reste la même : continuer à appliquer la politique pour laquelle il a été élu (mais ce concept n’est pas vraiment clair, surtout lorsque l’élection se base sur un choix par défaut et pas par adhésion).


Un mea culpa ?

Les premières questions ont porté sur la persistance des divisions en France alors que l’une des missions du candidat Emmanuel Macron était de rassembler les Français. Son échec est personnel mais pas seulement : « J’ai sans doute fait des erreurs qui ne m’ont pas permis d’y parvenir et nous avons vécu le chaos, si je puis dire, et le grand fracas du monde. Depuis plusieurs années, ce que vit notre pays le traumatise profondément. L’histoire est revenue : l’histoire la plus tragique. Nous nous parlons aujourd’hui, mais je n’oublie pas qu’il y a quatre ans, le même jour, à Nice, les attentats frappaient notre pays à nouveau. Et j’ai une pensée pour évidemment la ville de Nice et toutes les familles de victimes. Mais nous avons vécu le terrorisme. Nous avons vécu au fond des crises économiques à répétition et le chômage de masse qui affaiblit des familles, fait douter. La crise d’un modèle méritocratique républicain qui est pour moi, presque le plus important de nos problèmes, au fond. Nous avons vécu une crise sociale sans précédent avec les gilets jaunes qui a été la colère d’une partie du peuple français, qui, pour la plupart du temps, travaillait en vivant mal et s’est dit : "Ce monde n’est pas fait pour nous. Les réformes qu’ils font, ce qu’ils nous demandent de faire, n’est pas fait pour nous". Et en demandant du pouvoir d’achat, mais au-delà de cela, d’être rassuré sur, au fond, un projet de société. Nous vivons une crise internationale du multilatéralisme. Un ami américain qui doute quand il ne se retire pas, des grandes puissances qui reviennent dans notre voisinage… Et là, nous venons de vivre une grande pandémie. Et donc, face à tout cela, tout ça n’est pas, vous en conviendrez, un grand accélérateur de confiance. ».

Sans oublier sa propre responsabilité : « Mais j’ai donné le sentiment à nos concitoyens qu’au fond, je réformais pour eux ou malgré eux, comme pour adapter le pays à quelque chose qu’ils n’aimaient pas tellement et dont on n’était pas sûr de la destination, mais qui n’était pas juste. Or, ce pourquoi je me suis engagé en politique, ce pourquoi j’ai voulu à un moment devenir Président, ce pourquoi nous avons construit ce pacte, c’est pour rendre une France plus forte et plus indépendante. ».

Avec une motivation récurrente : « Je le fais aussi pour que chacun retrouve la maîtrise de sa vie, de son destin et qui est un chemin de justice, et ça, je ne l’ai pas assez montré. Parce que nous n’avons pas produit assez de résultats, parce qu’on n’a pas été assez vite, je ne l’ai peut-être pas assez dit. Moi, c’est pour ça que je me suis engagé, pour que ce chemin qu’il y a dans la République, qui fait que, quel que soit son prénom, quel que soit la famille d’où on est né, sa religion, sa couleur de peau, il y a un chemin qui permet d’arriver à l’excellence. ».

Mon commentaire : Il est assez convenu qu’un Président explique que si sa politique n’a pas convaincu les Français, c’est à cause d’un problème d’explication. Et que la conséquence est de continuer encore plus dans la voie engagée par sa politique parce qu’elle ne produit pas encore assez ses effets. Le problème, c’est que ce genre de discours ne peut pas convaincre les Français parce qu’il a été proposé depuis plus d’une trentaine d’années. Or, Emmanuel Macron semble redécouvrir l’histoire politique et tombe dans les mêmes pièges que ses prédécesseurs. Il voulait du nouveau, et il ressort plutôt de vieilles sauces.


Une seconde vague du coronavirus en France ?

J’y reviendrai plus spécifiquement plus tard : beaucoup de signes laissent entendre que la crise épidémique est loin d’être terminée en France. Emmanuel Macron n’en sait pas plus que les scientifiques qui ne sont pas toujours d’accord entre eux : « Nous avons des signes que ça repart quand même. Face à cela, nous devons prévenir et nous préparer. (…) La meilleure prévention, ce sont ce qu’on appelle les gestes barrières contre le virus. Les masques, se tenir à distance et le gel hydroalcoolique. (…) Là-dessus, on voit des faiblesses. Donc, j’ai demandé à ce qu’on passe une étape au gouvernement et je souhaite que dans les prochaines semaines, on rende obligatoire le masque dans tous les lieux publics clos. (…) Et nous allons observer la situation, mais nous mettre en situation de pouvoir, par exemple à partir du 1er août, le rendre totalement obligatoire. ».

Mon commentaire : Ce genre de discours est paradoxal et donc, n’a aucune efficacité. S’il y a vraiment un risque de remontée de l’épidémie comme cela semble hélas s’observer, il ne faut pas attendre le 1er août mais rendre obligatoire dès maintenant le port du masque dans les lieux publics clos. En disant dans deux semaines, on conforte les Français que cette nécessité n’en est pas une. Un peu comme lors du préconfinement (entre le 13 et 16 mars 2020), où l’on a dit aux Français : les magasins sont fermés, restez chez vous mais allez voter…


La réponse à la crise économique majeure

Emmanuel Macron a d’abord rappelé les premières mesures au moment du confinement : « Il était légitime parce qu’il y avait le feu à la maison et donc, on n’allait pas compter les seaux. Et ce "quoi qu’il en coûte", il était légitime parce qu’il évitait une casse sociale, économique, avec les drames qui l’accompagnent, que nous aurions payés hier ou demain, et donc, cet effort se poursuit. (…) Dès le mois de mars, nous avons décidé à un niveau qu’aucun autre pays au monde n’a décidé. Je le dis parce qu’on peut être fier de la France parfois, et en l’espèce, je crois qu’on le doit. Nous avons accompagné les salariés avec un dispositif de chômage partiel qui n’a pas d’équivalent. Qui est le plus généreux en Europe, l’Europe est le continent le plus protecteur au monde. (…) On a fait en sorte qu’il n’y ait pas de licenciements à cause du covid dans cette période-là et donc que les gens puissent rester dans l’entreprise en étant payés en chômage ou en étant payés à moins travailler. Donc, c’est vrai qu’on a distribué énormément de chômage partiel, et on a eu plus de 40% des salariés de notre pays qui ont été concernés par cette mesure avec 84% de remplacement de salaire, parfois complété par les entreprises. ».

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Et aujourd’hui : « On va continuer d’investir pour préserver les emplois et les compétences parce qu’on a appris de la crise d’il y a dix ans que si on licenciait trop vite dans ces périodes, on détruisait des compétences pour l’entreprise et on mettait des gens dans le désarroi économique. (…) Nous avons décidé pour le pays d’un dispositif inédit, d’activité partielle de longue durée, qui permet de garder dans l’entreprise les salariés, de les payer parfois les uns en acceptant de travail un peu moins, en allant vers des formations, et d’avoir l’État qui abonde ces dispositifs. Et donc, c’est un plan, si je puis dire, anti-licenciements. (…) Pour notre pays, je préfère au maximum qu’il y ait (…) des salaires qu’on accepte de baisser momentanément plutôt que des licenciements parce qu’après, parfois, on met des années à revenir à vers un emploi. Mais ça doit passer par le dialogue social, c’est-à-dire qu’on a conçu, ce à quoi je tiens et qui contribue aussi d’une conviction que j’ai conçue et forgée à l’expérience, c’est quand il y a de la peur, de la conflictualité dans notre pays, que le dialogue social à l’échelle de la branche et de l’entreprise a une valeur inouïe. (…) En faisant quoi ? En disant "on accepte de la modération salariale pour un temps". Moi, je souhaite qu’elle s’accompagne (…) d’intéressements et de participation. Pourquoi ? Parce qu’il faut que le salarié qui accepte dans cette période de faire un effort, le jour où ça va mieux, il ait droit aussi à sa part du mieux. Cela doit s’accompagner d’une modération des dividendes (…). On va mettre sur ce dispositif 30 milliards d’euros pour compléter parfois les salaires, pour financer des formations, pour permettre là soit d’être le jour d’après, un salarié mieux formé, mieux qualifié, qui gagnera mieux sa vie, soit d‘aller vers des secteurs d’activité où il y a des opportunités parce qu’on sait que certains secteurs vont détruire de l’emploi. ».

Mon commentaire : C’est probablement le point le plus positif de l’action d’Emmanuel Macron de ces derniers mois. Son intuition économique l’a encouragé à investir massivement dans le soutien à l’emploi en pleine crise sanitaire. On ne pourra vraiment plus qualifier sa politique de libérale, elle est au contraire étatique, et c’est à mon sens positif si elle est faite sur une courte période. C’est ce qui avait manqué aux États-Unis juste après la crise de 1929 avec la volonté de laisser l’économie s’effondrer seule sans secours de l’État, ce qui a coûté très cher aux Américains (et aux Européens par voie de conséquence). C’était ce qu’a voulu éviter Nicolas Sarkozy pour la crise de 2008, mais on lui a reproché un surcroît d’endettement, après lui avoir reproché de ne pas en avoir fait assez ! Emmanuel Macron aura probablement ces deux reproches contradictoires en 2022…


Des emplois aidés ?

Parmi les mesures présentées par Emmanuel Macron : « On va créer des mécanismes nouveaux. 300 000 projets et contrats d’insertion qui permettent d’aller chercher les jeunes qui sont parfois les plus loin de l’emploi, qui n’ont pas réussi à trouver justement l’entreprise qui leur signe leur contrat d’apprentissage ou leur alternance. Et donc, ceux-là, on va les chercher avec des contrats d’insertion. ».

Mon commentaire : Je doute que cette mesure soit efficace. Certes, elle peut être nécessaire pour aider les jeunes les plus en difficulté, mais elle n’est certainement pas un moyen de leur faire acquérir un emploi de manière durable et pérenne. Cette idée a été mise en œuvre depuis plus de trente-cinq ans avec des appellations diverses (les premiers contrats de ce type ont été appelés TUC par le décret n°84-919 du 16 octobre 1984 !) et souvent des destins similaires.

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La réforme des retraites

Emmanuel Macron a refusé d’enterrer sa réforme des retraites : « Elle ne peut pas se faire comme elle était emmanchée avant la crise du covid. Est-ce que c’est une bonne idée de l’abandonner totalement ? Je ne crois pas. La remettre en question, à la concertation. Et pourquoi ? D’abord parce qu’il y a deux choses dans cette réforme. Il y a la réforme du système universel par points. Je pense que cette réforme est juste et elle est faite pour celles et ceux qu’on a appelés les premiers de corvée, les femmes et les hommes qui ont été en première ligne, caissières, livreurs, métiers modestes, souvent avec du temps partiel subi, cette réforme des retraites, ils en sont les grands gagnants. (…) Je crois que cette réforme est juste. Il faut peut-être lui donner un peu plus de temps, mieux la concerter. On doit la remettre sur l’ouvrage. À côté de ça, il y avait l’aspect financier de la réforme. (…) Nous devons regarder notre système de retraite en face. (…) Mais je vais être clair : la priorité de cet été et de la rentrée prochaine, c’est l’emploi. C’est la lutte pour que nos jeunes puissent avoir ou une formation ou un emploi, et que personne ne soit sans solution, c’est la bataille pour préserver tous les emplois que nous pourrons préserver et pour créer tous les nouveaux emplois possibles. Cela, c’est la priorité. ».

Mon commentaire : Là encore, le discours présidentiel est très anxiogène et contreproductif. Pour une raison que le sens politique ignore, Emmanuel Macron voudrait absolument se présenter devant les Français en 2022 avec une réforme des retraites dans son bilan, car elle faisait partie de ses engagements en 2017. Il est clair que le système à points prévu en 2019 a vécu. L’urgence, pour les retraites, est de trouver de nouveaux financements. Le "problème" est passé de 4 milliards à 30 milliards d’euros de déficit, avec la crise sanitaire, ce qui fait que la seule solution ne pourra être qu’un allongement de la durée de la carrière. En clair, la réforme en vue est une réforme "classique", changeant juste un curseur (le nombre d’annuités de cotisation, c’est-à-dire, accélérer la réforme déjà mise en œuvre par Marisol Touraine). Or, comme l’a très bien fait remarquer le politologue Olivier Duhamel la semaine dernière, sur le plan de la communication, au lieu de dire : "je continue à faire la réforme des retraites pour résoudre le problème du financement", il aurait plutôt fallu dire : "je renonce à la réforme des retraites, mais je dois prendre une mesure pour le financement". Le résultat aurait été le même, mais avec un emballage psychologique très différent. C’est une faute de vouloir dire "je persiste" alors que tous les partenaires sociaux, des syndicats les plus révolutionnaires jusqu’au Medef, tous lui disent que ce n’est pas la priorité et qu’il faut se focaliser sur l’emploi (comme pourtant Emmanuel Macron l’assure lui-même dans les mots).


Un référendum sur la lutte contre le réchauffement climatique ?

Emmanuel Macron a annoncé un possible référendum issu de la réflexion de la Convention citoyenne : « La seule question sur laquelle il peut y avoir un référendum, compte tenu des demandes qui ont été faites par les citoyens de la Convention citoyenne, est une réforme constitutionnelle, celle de l’article 1er qui place l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique et aussi, le respect de la biodiversité dans notre texte constitutionnel. J’y suis favorable. Je pense que c’est une avancée majeure et je pense que c’est une avancée qui permettra de créer du droit, et donc, des contraintes, et d’aider à transformer le pays. La Constitution ne me permet pas aujourd’hui de décider d’un référendum demain matin sur cette base. Il faut d’abord qu’il y ait un vote par l’Assemblée puis le Sénat dans des termes conformes, et selon les termes de notre Constitution, à ce moment-là, il peut y avoir ou un Congrès ou un référendum. ».

Mon commentaire : Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Emmanuel Macron ne se mouille pas beaucoup pour un référendum sur l’écologie. Si organiser un référendum, dans la forme, est une bonne chose, et si vouloir augmenter les contraintes pour assurer la transition écologique n’est pas non plus une mauvaise chose, inscrire dans notre texte fondamental l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique me paraît particulièrement dangereux pour l’avenir du pays. La crise du covid permet justement de donner un exemple très parlant : avec l’épidémie, on a remisé les carafes d’eau et l’on a repris la vieille et mauvaise habitude de bouteille d’eau individuelle en plastique pour les conférences, réunions de travail, etc. pour des raisons sanitaires évidentes. De même, les emballages individuels sous plastique de part de gâteau, par exemple, sont les bienvenus en période d’épidémie. Si la mesure proposée était en application, ces écarts avec le respect de la nature (pour respecter l’humain, sa santé) seraient alors… anticonstitutionnels ! Dans tous les cas, il faut faire prévaloir la sauvegarde de l’humain sur le climat, cela paraît un enjeu constitutionnel qui pourrait s’avérer essentiel dans les mois à venir.


Encore quatre citations

Pour terminer, voici quatre autres extraits de l’interview concernant des personnalités très médiatisées ces derniers temps…

Sur Édouard Philippe : « C’est une page politique et de la vie du pays qui se tourne. (…) Vous savez, en 2017, lorsque j’ai été élu, j’ai fait le choix pour diriger le gouvernement de nommer un responsable politique qui était peu connu des Françaises et des Français, et qui n’avait pas fait ma campagne, qui ne venait pas de ma formation politique et de celles qui m’avaient conduite au pouvoir. C’est inédit dans la Cinquième République, il n’y a pas d’autre exemple. (…) Et donc, changer de Premier Ministre aujourd’hui ne signifie pas ne pas reconnaître tout ce travail qui a été fait parce qu’il est important pour moi. (…) Et il est légitime dans la vie démocratique, politique, de notre pays que, après trois années passées, quand on dit il y a un nouveau chemin, une nouvelle méthode… ».

Sur Jean Castex : « C’est quelqu’un qui a une culture du dialogue social et qui, pendant plusieurs années, dans des fonctions d’administration, y compris sur le terrain, comme à Paris, s’est battu pour accompagner notre pays et qui connaissait très bien ce qu’est la vie des élus locaux de nos collectivités, notre proximité dont on a besoin, les partenaires sociaux, la santé et les arcanes, si je puis dire, de notre modèle social. Et donc, tout ça, et son style, sa personnalité parce que derrière, il y a la patte humaine, si je puis dire, ont conduit à dire : il peut être celui qui va diriger cette nouvelle équipe gouvernementale en étant justement plus à l’écoute, en associant davantage les élus de terrain pour la relance dans laquelle nous devons entrer, en bâtissant des solutions pour lutter contre le chômage, pour relancer notre économie, pour défendre notre modèle social avec les partenaires sociaux. ».

Sur Gérald Darmanin : « Aussi vrai que je crois à la force des causes justes, je pense qu’aucune cause n’est défendue justement si on le fait en bafouant les principes fondamentaux de notre démocratie. ».

Sur Didier Raoult : « Vous savez, nous sommes le pays des Lumières. Dans le pays des Lumières, moi, je crois à la rationalité et donc, à la rationalité scientifique. Le professeur Raoult, puisque vous l’évoquez, est un grand scientifique, j’ai été le voir pour me rendre compte, et donc, il était normal et légitime, de mon point de vue, qu’il participe du débat scientifique. Mais ce n’est pas au Président de la République ou à un politique de trancher un débat scientifique avec des critères politiques. Ce n’est pas plus à un homme scientifique, quand bien même il devient une personnalité publique, d’acter des croyances scientifiques. La science a ses processus de vérification et c’est comme ça qu’on se porte mieux, je crois. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale.
La déclaration de politique générale de Jean Castex le 15 juillet 2020.
Interview du Président Emmanuel Macron le 14 juillet 2020 par Léa Salamé et Gilles Bouleau (retranscription intégrale).
Emmanuel Macron face aux passions tristes.
Gérald Darmanin.
Composition du gouvernement Castex I.
Le gouvernement Castex I nommé le 6 juillet 2020.
Jean Castex, le Premier Ministre du déconfinement d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat le 29 juin 2020 à l’Élysée (texte intégral).
Après-covid-19 : écologie citoyenne, retraites, PMA, assurance-chômage ?
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
Retraites : Discours de la non-méthode.
La réforme de l’assurance-chômage.
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.

_yartiMacron2020071404



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200714-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-face-aux-passions-225764

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/14/38430452.html




 

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14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 14:38

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200714-macron.html








INTERVIEW DU PRÉSIDENT EMMANUEL MACRON
PAR LÉA SALAMÉ ET GILLES BOULEAU
LE MARDI 14 JUILLET 2020 À L'ÉLYSÉE


Léa SALAMÉ, France 2
Bonjour à tous et bonjour Monsieur le Président.

Emmanuel MACRON
Bonjour.

Gilles BOULEAU, TF1
Bonjour Monsieur le Président. Bonjour Léa.

Emmanuel MACRON
Bonjour à tous.

Léa SALAMÉ
Bonjour Gilles. Merci de nous recevoir à l’Élysée, ici dans la salle des fêtes. Monsieur le Président, vous aviez dit en arrivant au pouvoir que vous ne feriez plus d’interview du 14 juillet, que c’était terminé. Pourquoi avoir changé d’avis ? Pourquoi vouloir parler aujourd’hui ? Pourquoi renouer ainsi avec la tradition ?

Emmanuel MACRON
Renouer voudrait dire que ça serait à nouveau tous les 14 juillet, je ne sais pas vous le dire. Ce que je sais, c’est que ce 14 juillet est un peu particulier et nous l’avons vécu ce matin avec beaucoup d’émotion et de fierté. C’est un 14 juillet qui consacre la fierté d’être français, notre fête nationale, dans laquelle nous célébrons nos armées. Nous l'avons encore fait ce matin, auquel nous devons tant, leurs familles, leurs blessés. Mais ce 14 juillet, nos armées ont accepté d'offrir un peu la vedette aux soignants, à ces femmes et ces hommes qui pendant des mois, comme ils le font tout au long de l'année, mais cette fois-ci tout particulièrement, nous ont protégés, se sont battus pour nous face à ce Covid-19. Et c'est vrai que nous sortons de cette phase aiguë de l'épidémie. Nous n’en sommes pas débarrassés. On y reviendra sans doute. Le pays a été profondément bouleversé et traumatisé. Et je crois que ce 14 juillet avait un ton particulier qui justifie cet échange libre, ouvert, contradictoire, revenant sur la période qui vient de s'écouler, sur aussi les 3 ans qui viennent de s'écouler et puis nous conduisant tous à regarder la suite de la crise sanitaire, la crise économique, sociale devant nous, les défis de notre pays, et ses forces. Parce que je disais que nous étions émus ce matin face à ces soignants qui dépliaient le drapeau français avec les militaires, mais aussi face aux familles des victimes. Et donc je crois que notre pays est dans un moment un peu particulier de son histoire et nous devons aussi en mesurer la gravité.

Léa SALAMÉ
Et c'est pour ça que vous aviez envie de parler aujourd’hui ?

Emmanuel MACRON
Oui.

Gilles BOULEAU
Monsieur le Président, nous allons bien évidemment vous poser des questions sur l'épidémie de coronavirus qui n'est pas terminée, sur la crise économique qui est terrible. D'abord, en quelques mots sur vous et sur le bilan. Depuis 3 ans, il y a eu de nombreuses manifestations : les gilets jaunes, la réforme de la SNCF, des retraites... On a vu les slogans, on a entendu des manifestants, on a entendu des Français exprimer à votre endroit de l'hostilité et parfois de la détestation. Est-ce que vous comprenez pourquoi ?

Emmanuel MACRON
Oui, je peux le comprendre.

Gilles BOULEAU
Ça va au-delà de l'opposition politique, c'est ça que je voulais vous dire.

Emmanuel MACRON
Je peux le comprendre parce que d'abord, nous sommes dans un pays qui a ça, dans son histoire, dans ses tripes, parce que aussi j'ai sans doute laissé paraître quelque chose que je ne crois pas être profondément, mais que les gens se sont mis à détester, ce Président qui voudrait tout réformer pour que ce ne soit que les meilleurs qui puissent réussir, que notre pays, finalement, s'adapte à la mondialisation. Ça n'est pas mon projet. Mais le jeu des maladresses, parfois des phrases sorties de leur contexte d'autres fois, de l'opposition, de la vie politique a fait que cette détestation a pu être alimentée. Donc je le constate comme vous, je le regarde en face.

Léa SALAMÉ
Les critiques sont injustes ? Vous les avez trouvées injustes ?

Emmanuel MACRON
Ce n'est pas à moi d'en juger. Je crois que la haine n'est pas acceptable en démocratie. On peut critiquer. Moi, je suis pour le débat. Notre pays est une grande démocratie. Mais la démocratie à cela, parce qu'il y a des élections libres, parce qu'il y a une liberté d'expression.  La haine dans le discours et la violence dans les manifestations ne peuvent être acceptées. Parce qu'à ce moment-là, si on les accepte, elles détruisent la liberté, en quelque sorte qu'on avait constituée. Donc, les critiques, même si, in petto, je peux considérer qu'elles sont injustes, elles font partie du jeu démocratique. Elles sont normales et j'aime d'ailleurs plutôt rentrer dans la contradiction et je l'ai fait à plusieurs reprises. La haine, le discours radical, la brutalité, je crois que ça ne fait pas partie de la vie démocratique et que ça affaiblit plutôt une démocratie. Donc, j'ai vu comme vous, en effet, durant ces 3 années, les choses parfois, se faire comme cela avec des pics.

Gilles BOULEAU
Des piques au sens, pardonnez-moi, au sens figuré du terme, c'est-à-dire que ce n’est pas « Macron démission ». C'était ce qui dans le jeu démocratique. C'est arrivé à vos prédécesseurs. C'est « mort à Macron » avec votre effigie au bout d'une pique.

Emmanuel MACRON
C’est ce que je disais à l'instant, cela ne me semble pas, pour le coup, être dans le champ du registre démocratique. Mais qu'est-ce qui se passe dans notre pays ? Et pourquoi je crois que la promesse, le pacte démocratique que j'ai fait avec les Françaises et les Français sur la base duquel ils m'ont élu, est toujours valable. En constatant ce qui n'a pas fonctionné, notre pays au fond a peur, il y a une crise de confiance, confiance à l'égard de lui-même. Regardez même la période récente que nous venons de franchir. Si nous nous écoutions nous-mêmes tous les jours, on faisait moins bien que les voisins, nous étions les pires. Quand on commence à regarder le bilan, non ! Il y a une épidémie, on y reviendra. On est loin d'être les pires. Mais nous avons en quelque sorte un doute permanent sur nous-mêmes en tant que pays. Et nous avons en notre sein des, ce que j'ai parfois appelé, passions tristes, c'est-à-dire des forces de division, on lisait ce matin un texte du général DE GAULLE qui en parlait lui-même, qui parfois nous conduisent à ne plus vouloir avancer parce qu'on ne pense qu’à ces divisions-là. C'était vrai quand je suis arrivé.

Léa SALAMÉ
Mais justement, c'est ce que j'allais vous dire. Vous parlez des passions tristes. C'était une de vos grandes promesses de campagne. Vous disiez, je serai le Président qui va réconcilier les Français, qui va en finir avec les passions tristes, avec le ressentiment, avec l'esprit de défaite. Trois ans après, les Français sont divisés, peut-être plus que jamais. Pourquoi vous n'y êtes pas parvenu ?

Emmanuel MACRON
Vous avez raison d'abord. Je n'y suis pas parvenu. Est-ce que ça veut dire que je vais arrêter de me battre, d'essayer de convaincre, de porter un tel projet ? Non. Mais j'ai sans doute fait des erreurs qui ne m'ont pas permis d'y parvenir et nous avons vécu le chaos, si je puis dire, et le grand fracas du monde. Depuis plusieurs années, ce que vit notre pays le traumatise profondément. L'histoire est revenue : l'histoire la plus tragique. Nous nous parlons aujourd'hui. Mais je n'oublie pas qu'il y a 4 ans, le même jour, à Nice, les attentats frappaient notre pays à nouveau. Et j'ai une pensée pour évidemment la ville de Nice et toutes les familles de victimes. Mais nous avons vécu le terrorisme. Nous avons vécu au fond des crises économiques à répétition et le chômage de masse qui affaibli des familles, fait douter. La crise d'un modèle méritocratique républicain qui est pour moi, presque le plus important de nos problèmes, au fond. Nous avons vécu une crise sociale sans précédent avec les gilets jaunes qui a été la colère d'une partie du peuple français, qui, pour la plupart du temps, travaillait en vivant mal et s'est dit “ce monde n'est pas fait pour nous. Les réformes qu'ils font, ce qu'ils nous demandent de faire n'est pas fait pour nous.” Et en demandant du pouvoir d'achat, mais au-delà de cela, d'être rassuré sur, au fond, un projet de société. Nous vivons une crise internationale du multilatéralisme. Un ami américain qui doute quand il ne se retire pas, des grandes puissances qui reviennent dans notre voisinage…

Léa SALAMÉ
Mais votre responsabilité à vous dans…

Emmanuel MACRON
Et là, nous venons de vivre une grande pandémie. Et donc, face à tout cela, tout ça n’est pas, vous en conviendrez, un grand accélérateur de confiance. Moi, j'ai mené au début de ce quinquennat avec le gouvernement d'Édouard PHILIPPE des réformes tambour battant. Parce que je considérais que c'était sur ce pacte que les Françaises et les Français m'avaient élu. Moderniser le pays, avancer sur le marché du travail, la SNCF, la réforme des retraites, mais également l'école pour permettre justement de mieux éduquer, apprendre à nos enfants, en particulier ceux venant des milieux les plus modestes. Nous avons lancé une très grande réforme de la santé, avant même la crise. Mais j'ai donné le sentiment à nos concitoyens qu'au fond, je réformais pour eux ou malgré eux, comme pour adapter le pays à quelque chose qu'ils n'aimaient pas tellement et dont on n'était pas sûr de la destination, mais qui n'était pas juste. Or, ce pourquoi je me suis engagé en politique, ce pourquoi j'ai voulu à un moment devenir Président, ce pourquoi nous avons construit ce pacte, c'est pour rendre une France plus forte et plus indépendante. Et je crois que c'est par le travail, par l'économie, mais aussi par son modèle social. Et tout cela, on a contribué à le faire, mais peut-être en ne l'expliquant pas assez, mais je le fais aussi pour que chacun retrouve la maîtrise de sa vie, de son destin et qui est un chemin de justice et ça, je ne l'ai pas assez montré. Parce que nous n'avons pas produit assez de résultats, parce qu'on n'a pas été assez vite, je ne l'ai peut-être pas assez dit. Moi c'est pour ça que je me suis engagé, pour que ce chemin qu'il y a dans la République qui fait que, quel que soit son prénom, quel que soit la famille d’où on est né, sa religion, sa couleur de peau, il y a un chemin qui permet d'arriver à l'excellence.

Gilles BOULEAU
Précisément, il y a quelques semaines, vous dites aux Français “Sachons nous réinventer. Moi le premier. Moi, Emmanuel MACRON, le premier.” Comment avez-vous changé ? En quoi avez-vous changé ?

Emmanuel MACRON
C’est ce que je suis en train de vous dire. D'abord reconnaître le… Non.

Gilles BOULEAU
Est-ce que ça veut dire que le cap de 2017 n'était pas le bon ? Changer veut dire changer.

Emmanuel MACRON
Non, ça veut dire que la méthode utilisée durant les trois premières années du quinquennat a permis de faire des réformes inédites. On a fait des réformes et je rends hommage là à Édouard PHILIPPE et ses gouvernements, qu'on pensait impossibles, elles ont été faites et elles étaient nécessaires parce qu'elles ont redonné aussi de la force au pays qui lui a permis de traverser la crise actuelle. Elles lui ont donné de la crédibilité internationale. Nous sommes repassés sous la barre des 8 % de chômage, nous avons commencé à conjurer.

Léa SALAMÉ
Oui, bien sûr.

Emmanuel MACRON
Je veux dire que les résultats sont là et ils sont le fruit d’un travail de toute la Nation. On était en train de gagner la bataille contre le chômage de masse, on était en train de baisser les impôts et on les a largement baissés en même temps qu’on réduisait les déficits courants et nous étions en train de moderniser le pays. Et donc tout cela est positif. Par contre, la confiance n’avait pas retrouvé le pays. Et là, vous avez raison. Et donc quand je fais le constat de ce que j’ai réussi et de ce que je n’ai pas réussi, je suis obligé de faire ce constat parce que le moment que nous vivons est plus historique et plus profond. Et donc ce que vous m’avez sans doute vu infléchir durant la période de la crise que nous venons de vivre et ce que j’ai souhaité déployer avec un nouveau Premier ministre, une nouvelle équipe, mais plus profondément dans le projet pour le pays ce n’est pas changer de cap, de destination finale qui est d’avoir une France forte, indépendante, dans une Europe autonome et au fond que chacun puisse vivre mieux. C’est de changer de chemin pour y arriver, c’est d’associer davantage, c’est de passer davantage par le dialogue social, par l’association des élus et c’est peut-être de bâtir plus fortement une confiance.

Gilles BOULEAU
Et tous les Français, de quelque bord politique qu’ils soient, ont reconnu que le Premier ministre, Edouard PHILIPPE, avait fait un bon job, cela avait été un bon capitaine dans cette terrible tempête sanitaire. Pourquoi l’avez-vous remercié, tout de suite, maintenant ?

Emmanuel MACRON
Parce que c’est une page politique et de la vie du pays qui se tourne. Parce qu’on ne peut pas dire on emploie un nouveau chemin, une nouvelle méthode, un nouveau temps du quinquennat et le faire avec la même équipe. Vous m’auriez à ce moment-là posé à juste titre la question exactement contraire : pourquoi, comment pouvez-vous nous dire que vous allez changer de chemin et de méthode alors que vous avez les mêmes ?

Gilles BOULEAU
Sauf qu’il n’a pas démérité, aux yeux mêmes des Français.

Emmanuel MACRON
Bien sûr, et à mes yeux au premier chef, si je puis dire. Vous savez, en 2017, lorsque j’ai été élu, j’ai fait le choix pour diriger le Gouvernement de nommer un responsable politique qui était peu connu des Françaises et des Français et qui n’avait pas fait ma campagne, qui ne venait pas de ma formation politique et de celles qui m’avaient conduite au pouvoir. C’est inédit dans la 5ème République, il n’y a pas d’autres exemple. Et pendant 3 années à mes côtés, il a dirigé avec beaucoup de courage, de loyauté, de détermination le Gouvernement pour agir et faire ce sur quoi je m’étais engagé vis-à-vis des Françaises et des Français. Et donc changer de Premier ministre aujourd’hui ne signifie pas ne pas reconnaître tout ce travail qui a été fait parce qu’il est important pour moi. J’ai fait, et ça je crois que les Françaises et les Français peuvent me le reconnaître, j’ai fait ce que j’avais dit que je ferai. Et souvent, au premier à coup, on tourne casaque, on décide de faire un tournant, un virage ou autre. Je ne l’ai pas fait. J’ai expliqué, continué, complété mais nous avons tenu ce cap, nous avons tenu ce chemin. Et il est légitime dans la vie démocratique, politique de notre pays que, après 3 années passées, quand on dit il y a un nouveau chemin, une nouvelle méthode.

Léa SALAMÉ
Justement.

Emmanuel MACRON
On veut plus associer les gens, on décide d’avoir une nouvelle équipe.

Léa SALAMÉ
Vous dites une nouvelle équipe, un nouveau chemin. Mais finalement quand on regarde, vous avez remplacé un haut fonctionnaire de droite, énarque, par un haut fonctionnaire de droite, énarque, à peu près du même âge. Franchement, où est la différence ? Mise à part l’accent du sud-ouest, si vous me permettez, où est la différence ? En quoi Jean CASTEX incarne-t-il mieux votre nouveau chemin que Edouard PHILIPPE ?

Emmanuel MACRON
D’abord je le disais, mon projet pour la France, ce à quoi je crois vraiment c’est ce chemin, cette capacité de choisir sa vie et de se libérer de ces cases où on nous met. Donc j’ai le droit de ne pas être d’accord avec les cases dans lesquelles vous mettez et Edouard PHILIPPE et Jean CASTEX.

Léa SALAMÉ   
Ils ne sont pas énarques, ils ne sont pas de droite ?

Emmanuel MACRON
Si, l’ENA ça reste une école de la République et on passe des concours pour l’obtenir mais ils ne sont pas non plus que cela. Ils ont des histoires différentes. Ce qui est vrai, c’est que Jean CASTEX — et c’est pour ça que je l’ai choisi — je l’ai vu faire durant le confinement. Nous l’avons choisi pour diriger cette mission, pour préparer l’après 11 mai donc j’ai vu sa méthode, je l’ai regardé pendant plusieurs semaines agir, procéder. C’est un élu de terrain, pas d’une grande ville non, une ville de taille plus réduite, Prades, depuis plusieurs années. C’est quelqu’un qui a une culture du dialogue social et qui, pendant plusieurs années, dans des fonctions d’administration, y compris sur le terrain, comme à Paris, s’est battu pour accompagner notre pays et qui connaissait très bien ce qu’est la vie des élus locaux de nos collectivités, notre proximité dont on a besoin, les partenaires sociaux, la santé et les arcanes, si je puis dire, de notre modèle social. Et donc tout ça, et son style, sa personnalité parce que derrière, il y a la patte humaine, si je puis dire, ont conduit à dire il peut être celui qui va diriger cette nouvelle équipe gouvernementale en étant justement plus à l'écoute, en associant davantage les élus de terrain pour la relance dans laquelle nous devons entrer, en bâtissant des solutions pour lutter contre le chômage, pour relancer notre économie, pour défendre notre modèle social avec les partenaires sociaux.

Gilles BOULEAU
Est-ce que vous êtes d'accord pour constater que ce Gouvernement — ce n'est ni un jugement ni une tare, comme vous le disiez — est un Gouvernement de droite et que votre nouveau chemin tourne vers la droite ?

Emmanuel MACRON
Je suis radicalement en désaccord. J'ai le droit. D'abord parce que je crois au dépassement politique. Les Françaises et des Français, quand il y a la crise du covid, ils nous demandent de les soigner bien et que ça fonctionne. Ils ne se posent pas la question de savoir si le soin est de gauche ou de droite. Quand la relance arrive, ils demandent qu'elle soit efficace et juste, ils ne demandent pas qu'elle soit de gauche ou de droite. Le Gouvernement qui est aujourd'hui constitué, qui sera complété dans quelques jours, sans doute par des secrétaires d'Etat et hauts commissaires, est un Gouvernement qui, quand je le regarde, qui a des femmes et des hommes qui viennent de ce qu'était la droite de notre champ politique ou tout ce qu'elle peut encore être comme de la gauche, et à peu près autant d'un côté que de l'autre. Il doit y avoir quatorze personnalités qui ont eu des mandats politiques à gauche ou qui ont eu des engagements en soutien à gauche. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Léa SALAMÉ
Donc vous revendiquez toujours le “et en même temps” ?

Emmanuel MACRON
Je revendique précisément le dépassement politique parce que nos concitoyens m'ont élu là-dessus. Le dépassement politique c'est de dire je prends les meilleurs, ceux qui sont capables de porter ce projet. Et donc j’ai un Premier ministre qui a cette histoire d'élu local, de haut fonctionnaire que vous avez rappelée et que j'ai essayée de compléter, et une équipe avec des gens compétents qui sont dans la politique parfois depuis des décennies, pour d'autres qui y sont depuis 3 ans, qui sont arrivés à mes côtés, pour quelques autres qui ont eu essentiellement une carrière locale. Et puis des personnalités de la société civile, comme on dit, qui ne connaissaient pas la vie politique. C'est ça la force de notre pays. C'est la promesse sur laquelle j'ai été élu, que je continue de mettre en œuvre.

Léa SALAMÉ
Monsieur le Président, vous avez érigé la lutte contre les violences faites aux femmes comme grande cause nationale. Alors, bien sûr, il y a la présomption d'innocence, mais comprenez-vous que la nomination d'un homme visé par une enquête pour viol à la tête du ministère de l'Intérieur, un ministère précisément très important quand il s'agit de lutter contre la violence faite aux femmes, que cette nomination provoque émoi et colère.

Emmanuel MACRON
D'abord, je respecte toujours l'émoi et la colère des causes justes. Et donc la cause féministe, je la partage. J'en ai fait un fil rouge de ce quinquennat et lutter contre les violences faites aux femmes, lutter pour l'égalité réelle, effective entre les femmes et les hommes est un combat sur lequel je ne céderai rien. Nous avons d'ailleurs fait plusieurs avancées, voté des lois importantes en reconnaissant de nouveaux délits. Nous avons commencé à déployer des moyens. Ça ne va pas assez vite, je sais les attentes des associations. Depuis le début de cette année, 1 000 places ont été libérées pour protéger. On va commencer en septembre, enfin, et je sais que c'est trop lent pour beaucoup, à déployer les bracelets électroniques qui permettent là aussi de mieux protéger, les téléphones grande détresse ont commencé d'être déployés eux aussi. Donc on va continuer d'accélérer

Léa SALAMÉ
Cette nomination..

Emmanuel MACRON
Je parle déjà du fond parce que mon combat de chaque jour et ce sur lequel je veux qu'on soit au rendez-vous de l'exigence des associations, c'est d'avoir encore plus de places d'hébergement, c'est de déployer plus vite ces bracelets, c'est d'avoir le 39 19 disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Donc ça, nous serons au rendez-vous des faits. Ensuite, vous avez un responsable politique qui a fait l'objet d'une accusation, grave.

Gilles BOULEAU
Gérald DARMANIN.

Emmanuel MACRON
Le ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN.. il y a de cela plusieurs années puisque c'était au début de ce quinquennat, sur des faits qui remontent à beaucoup plus loin. Il y a comme vous l'avez dit la présomption d'innocence. Sous votre contrôle, cette affaire a déjà fait l'objet de plusieurs enquêtes, et à plusieurs reprises a été classée ou a donné lieu à une absence de suites.

Léa SALAMÉ
Oui, mais là il y a les deux plus grandes juridictions.

Emmanuel MACRON
Il y a une procédure qui pour des raisons de forme qui revient.

Léa SALAMÉ
La Cour de cassation et la Cour d’appel.

Emmanuel MACRON
Il ne m’appartient pas — je dis juste quels sont les faits.

Léa SALAMÉ
Oui.

Emmanuel MACRON
Il ne m'appartient pas d'en juger. Je sais des choses très simples. Aussi vrai que je crois à la force des causes justes, je pense qu’aucune cause n'est défendue justement si on le fait en bafouant les principes fondamentaux de notre démocratie. Et je le dis pour un ministre comme je le dirais pour quelque citoyen que ce soit. Je suis aussi de là où je me place le garant de cette présomption d'innocence. Et je le dis dans les rapports aussi que notre vie démocratique pourrait avoir avec notre vie judiciaire. Si, à partir du moment où quelqu'un est accusé ne peut pas avoir de responsabilité politique, notre démocratie change de nature. Elle devient une démocratie d'opinion. Moi, vous savez, pour la France, je veux le meilleur de notre pays. Je ne veux pas le pire des sociétés anglo-saxonnes.

Gilles BOULEAU
Mais dans le cas de monsieur DARMANIN, vous n'avez pas hésité une seconde avant de le nommer à ce poste-là.
 
Emmanuel MACRON
Mais j'ai eu une discussion avec lui parce que c'est un responsable politique qui est intelligent, engagé, qui a été aussi blessé par ces attaques. Donc, il y a aussi une relation de confiance d'homme à homme, si je puis dire. Le président de la République et un ministre nommé sur la réalité de ces faits et leurs suites. Je sais que lui-même d'ailleurs est sensible à cela pour pouvoir exercer dignement ses fonctions. Mais ce que je dis là est important parce que je chéris cette cause juste de la lutte contre les violences et de l'égalité effective entre les sexes. Mais je chéris ce qui peut faire de notre démocratie, une démocratie plus forte encore, celle de ne pas céder à l'émotion constante.

Gilles BOULEAU
Monsieur le Président, la France sort d'une épreuve terrible. L'épidémie, le confinement. Certains évoquent déjà une deuxième vague. Est-ce que vous avez des informations venues des experts, des épidémiologistes, des EHPAD, des hôpitaux ? Est-ce que ces informations que vous avez sont préoccupantes ou pas ?
 
Emmanuel MACRON
D'abord, toutes les informations dont je dispose, vous les avez aussi. Elles sont partagées. Et depuis le premier jour, c'est d'ailleurs ce à quoi nous nous sommes astreints, c'est une transparence quotidienne, au moins quotidienne, pour dire où nous en sommes et comment les choses évoluent. Nous sommes sortis du premier pic qui nous a conduit à ce confinement, à cette décision si c'est difficile avec évidemment ces décès que nous avons eu à vivre, plus de 30 000 de nos concitoyens sont aujourd'hui décédés de ce virus, et un combat âpre mené par nos soignants, mais avec eux aussi, les élus, les fonctionnaires de l'Etat. Ce que j'ai appelé ces premières, deuxième et troisième ligne. Tout le pays s'est mobilisé et nous avons des résultats puisque l'on a réussi à endiguer le virus et retrouvé presque une vie normale. Je le dis parce que ça, c'est la Nation tout entière qui a réussi. Et regardez certains autres pays, ce n'était pas une évidence et ce n'est pas donné. Et donc, les Françaises et les Français peuvent-être fiers d'eux.

Léa SALAMÉ
C’est vrai mais…

Emmanuel MACRON
Aujourd'hui nous avons des incertitudes. Toutes les difficultés de cette période que nous avons vécu, c'est qu'on doit décider par gros temps sans tout savoir. Et nous avons tous vécu ce que peuvent être aussi les controverses entre les scientifiques. Il n'y a pas une ligne ou une doctrine. Il y a ceux qui vous disent ferme : il n'y aura pas de deuxième vague. Il y a ceux qui vous disent : elle est pour bientôt et c'est sûr. Ce que je vois…

Léa SALAMÉ
Là, vous ne savez pas ?

Emmanuel MACRON
Ce qu'on voit, c'est qu'il y a des pays où ça repart très fort. Les Etats-Unis d'Amérique, par exemple. Il y a dans beaucoup de pays voisins des indices, une remontée et nous-mêmes, nous avons certains indicateurs que nous suivons, le R effectif qui est en train de réaugmenter, qui est passé un peu au-dessus de 1. Ce qui veut dire qu'une personne qui a le virus transmet au moins à une personne le virus.

Gilles BOULEAU
Et les médecins voient revenir des malades...

Emmanuel MACRON
Ça veut dire que ça se réaccélère. Et vous avez raison, les appels des débuts aux urgences. Donc nous avons des signes que ça repart quand même. Face à cela, nous devons prévenir et nous préparer. Prévenir, qu’est-ce que c’est ? Nous avons appris pendant cette période et nous avons appris comment se transmettait ce virus, mieux qu'au début. La meilleure prévention, ce sont ce qu'on appelle les gestes barrières contre le virus. Les masques, se tenir à distance et le gel hydroalcoolique. Et donc, il faut continuer d'appliquer ces gestes barrières. Là-dessus, on voit des faiblesses. Donc, j'ai demandé à ce qu'on passe une étape au Gouvernement et je souhaite que dans les prochaines semaines, on rende obligatoire le masque dans tous les lieux publics clos. On le fait dans les transports, ça marche très bien, mais c'est un peu erratique dans les lieux publics clos. Les protocoles, par exemple, le restaurant fonctionne très bien, doivent être respectés, mais…

Léa SALAMÉ
Dans les magasins.

Emmanuel MACRON
Dans les magasins, etc.

Gilles BOULEAU
A quelle date Monsieur le Président ?

Emmanuel MACRON
Ça veut dire qu'il faut que les choses s'organisent. On ne va pas le faire du jour au lendemain mais je recommande à tous nos concitoyens qui nous écoutent de porter le masque au maximum quand ils sont dehors et a fortiori quand ils sont dans un lieu clos. Et nous allons observer la situation, mais nous mettre en situation de pouvoir, par exemple à partir du 1er août, le rendre totalement obligatoire.

Gilles BOULEAU
Donc, les centres commerciaux dans lesquels, à droite, un magasin est interdit aux personnes non masquées et à côté, à 10 mètres de là, est ouvert aux personnes masquées, c'est terminé le 1er août ?

Emmanuel MACRON
Le charme de la France. On dit les règles uniformes…

Gilles BOULEAU
C'est quand même la société publique qui est en jeu.

Emmanuel MACRON
Je suis d'accord. Mais pourquoi je dis ça en plaisantant ? C’est que vous me dites : ce n'est pas cohérent. Le charme de la France, c'est qu’on est contre les règles uniformes en disant :  c'est totalement absurde. Et dès qu'il n'y a pas de règles uniformes, on les demande. Donc oui, je pense qu'il faut passer une étape. Mais le plus important, c'est ma recommandation, c'est d'en mettre. Ensuite, dans les événements à l'extérieur, quand on a une bonne distance, on n'est pas forcément tenu. Là aussi, c'est plus prudent. On a vu.

Gilles BOULEAU
Le Teknival.

Emmanuel MACRON
On a vu des évènements récents, mettez des masques, mettez des masques.

Léa SALAMÉ
Ou certains de vos ministres qui se sont fait des bises sans masques lors de la passation de pouvoir.

Emmanuel MACRON
C’était les émotions de passation de pouvoirs. Le Premier ministre leur a dit, et vous avez constaté qu'après les règles ont été strictement observées. Je dis ça et je le dis aussi pour nos jeunes parce qu’on a demandé des efforts énormes à notre jeunesse dans cette période. Et j'espère qu'on y reviendra parce que pour moi, c’est …

Léa SALAMÉ
On va en parler évidemment. On va en parler.

Emmanuel MACRON
… l'un des fils rouges des prochains mois, des prochaines années. Mais, nos jeunes ont souvent des formes légères. Et quand on regarde la mortalité, c'est de manière écrasante les plus âgés qui décèdent. Et donc, ils pourraient penser, parce qu'ils ont des formes qu'on appelle asymptomatiques, que ce n'est pas grave, que eux peuvent prendre tous les risques. Simplement, quand ils prennent ces risques, ils accélèrent la propagation du virus et ils peuvent le transmettre à d'autres, à des ainés. Donc, voilà le masque et on protège. Ça, c'est la première... Le premier pilier de la stratégie. Le deuxième, c'est les tests. On les a largement déployés. On doit être à près de 370 000 tests par semaine au moment où je vous parle.

Gilles BOULEAU
Ça devait-être 700 000.

Emmanuel MACRON
Pardon ?

Gilles BOULEAU
Votre ministre de la Santé, Olivier VÉRAN disait : ce serait 700 000 par semaine.

Emmanuel MACRON
On a la capacité. Simplement, la demande aujourd'hui n'est pas là. Donc ce que nous allons faire, ce que j'ai demandé au Gouvernement, c'est d'ouvrir. On a largement la capacité, on a la capacité de les faire. On a la capacité des principes et des réactifs pour les déployer. Simplement, ce qu'on va encourager, c'est de permettre à toutes personnes, sans prescription médicale, même quand elle n'a pas de symptômes, si elle a un doute, une crainte de pouvoir aller se faire tester. Parce que c'est une bonne manière, ensuite, une fois qu'on est testé, d'être isolé et de réduire la diffusion. Et puis, la troisième chose, c'est se préparer au pic, s'il y en avait un vraiment.

Léa SALAMÉ
Alors justement, monsieur le Président, pour être clair, il faut qu'on avance parce qu'il faut absolument qu’on vous entende sur la relance économique. Mais encore une ou deux questions sur le covid pour être très clair. Vous aviez admis dans votre allocution d'avril dernier qu'il y avait eu des failles et des insuffisances. S'il y a une deuxième vague qui arrive, est-ce que cette fois-ci, nous serons prêts ? Est-ce qu'il y aura suffisamment de masques, de gel, de tests, de respirateurs, de médicaments ? Ou est-ce qu'on risque une nouvelle pénurie ?
 
Emmanuel MACRON
Oui, nous serons prêts. Nous serons prêts et cela a été préparé sous l'autorité du Premier ministre, avec le ministre de la Santé, mais tous les ministères compétents, les services compétents, pour qu'on ait les bons stocks en bonne quantité, parce que maintenant aussi on voit en période, si je puis dire, de crise extrême, quelle est la quantité qu'on consomme ?  Ça a été beaucoup plus que ce qui était dans toutes les projections, plus de 10 fois plus. Et donc, maintenant, on sait ce qu'on consomme : de masques, de respirateurs, en effet, de curares, de médicaments. Et nous avons à la fois les stocks et les approvisionnements qui sont sécurisés. Et nous avons l'organisation au plus près du terrain qui permettrait de faire face à une recrudescence si elle était là.

Léa SALAMÉ
Donc, plus d'erreurs.

Emmanuel MACRON
En tout cas, tout ce que nous avons appris, tout ce que nous savons projeter, modéliser, nous a permis de nous organiser.

Gilles BOULEAU
Question qui intéresse tous les Français. S’il y a reconfinement, ce qui n'est pas une hypothèse d'école, est-ce que ce sera un reconfinement global ? 60 millions de Français. Un reconfinement par canton, par ville ? On a vu plusieurs quartiers de Lisbonne. On a vu Melbourne, 5 millions d'habitants. Est-ce que ce serait comme ça ou est-ce que ce serait, par exemple, un confinement des personnes dont vous disiez qu'elles étaient les plus fragiles ? Les plus de 70 ans, on les isole, quitte à les déprimer et les déprécier. Qu’est-ce que vous allez faire ?

Emmanuel MACRON
Alors d’abord, on a pris la mesure la plus radicale, la plus dure, qui était le confinement. C'est aussi la plus basique, si je puis dire, avec des tas de conséquences. Vous l'avez rappelé en creux sur les autres maladies, avec des gens qui ne sont pas allés se faire soigner. Sur le plan psychologique et psychiatrique, avec beaucoup de gens qui ont souffert. Sur le plan des injustices sociales parce qu'être confiné dans une maison où on a un jardin, ce n'est pas pareil qu'être confiné dans un appartement à plusieurs. Être confiné dans une maison où il n'y a pas Internet, ce n'est pas pareil que d'être connecté en permanence. Et donc, le confinement a été un révélateur d'inégalités. Je ne veux pas de cela à nouveau pour le pays. Et donc nous sommes en train de tout faire pour éviter une nouvelle vague et pour avoir une approche différenciée si elle apparaissait. Les masques, les tests et ensuite, si une nouvelle vague arrivait, d'isoler le plus localement possible et donc le plus vite possible. C'est pour cela qu'il faut tester.

Gilles BOULEAU
Mais on peut, on peut réisoler la Mayenne. Je dis la Mayenne parce que …

Emmanuel MACRON
On peut. Ce sont les autorités de santé qui savent quelle est la bonne maille. Mais rappelez-vous ce que nous avons fait au début, au début de la crise dans l'Oise, nous avons su isoler, au niveau parfois d'une ville de quelques écoles, parce qu'on savait remonter sur les personnes qui étaient contaminées, celles et ceux qui les avaient approchés. Et donc, c'est ça ce que nous referons s’il y avait à nouveau une accélération.
La clé, c'est d'être en vigilance partout dans le pays. Et je le dis pour tous nos concitoyens : nous sommes les acteurs de la lutte contre le virus. Si on ne veut pas de deuxième vague, ça dépend de nous, nous protéger, nous tester, nous organiser.

Léa SALAMÉ
Le 1er septembre, rentrée des classes, est-ce que vous savez aujourd'hui, 14 juillet, comment ça va se passer ? Est-ce que les 12 millions d'élèves de la maternelle à la terminale feront une rentrée des classes normale ?

Emmanuel MACRON
Elle sera la plus normale possible. Il y a une circulaire sortie il y a quelques jours qui a été préparée par le ministre. Nous nous sommes mis en capacité de pouvoir accueillir tous les élèves avec la bonne organisation. Nous avons beaucoup appris. L'école, nos enseignants ont beaucoup appris aussi, et je veux saluer leur engagement et leur travail durant cette période. On a développé un enseignement en ligne. On a développé une nouvelle manière d'apprendre aux élèves. Là, on a un défi. Durant l'été à la rentrée, il va falloir aller chercher les enfants qui ont le plus souffert du confinement, ce qu'on appelle parfois les décrocheurs. Je n'aime pas tellement ce terme. On peut appeler ça les accrocheurs, parce qu'on aura besoin de leur vitalité, de leur force et on devra les aider. Le ministre prépare une rentrée où les enseignants seront à la fois bien protégés, où on aura la bonne organisation avec, si des pics revenaient, la possibilité de s'adapter. Mais je peux dire aujourd'hui aux familles que nous nous sommes mis en situation d'avoir une rentrée des classes quasi-normale, de continuer à vivre avec le virus s'il reste à ce niveau-là. Evidemment, s'il y avait une accélération pendant le mois d'août, on sera amené à revoir cette rentrée. Ça n'est pas ce que je souhaite. Si on fait bien les choses, nous aurons une rentrée des classes un peu différente, encore plus exigeante parce qu'il nous faudra rattraper les mois passés.

Gilles BOULEAU
Monsieur le Président, si vous étiez testé positif au coronavirus, si vous aviez des symptômes, est-ce que vous prendriez de la chloroquine ?

Emmanuel MACRON
Non.

Gilles BOULEAU
Vous l'avez dit au professeur RAOULT quand vous l'avez vu il y a quelques semaines ?

Emmanuel MACRON
Non parce que d'abord, je ne…

Gilles BOULEAU
Vous lui avez dit que vous ne croyez pas à sa méthode ?

Emmanuel MACRON
Il se trouve que sur des pathologies que j'ai parfois ou autre chose, il m'arrive de m'automédiquer, parce que si mon épouse m'entend, j'allais dire "je ne m'automédique pas", elle vous dirait que j'ai menti. Mais en l'espèce, vu notre degré de connaissances, de ce que j'ai compris quand même de la science, c'est qu'il n'y avait pas de traitement stabilisé. Donc s'il n'y a pas de traitement, je ne vais pas en prendre, donc je m'en remettrais aux médecins qui me suivent qui, je crois, suivraient l'évolution pour voir comment on accompagne les jours les plus décisifs pour éviter que ça ne dégénère. Mais non, vous savez, nous sommes le pays des Lumières. Dans le pays des Lumières, moi, je crois à la rationalité et donc à la rationalité scientifique. Le professeur RAOULT, puisque vous l'évoquez, est un grand scientifique, j'ai été le voir pour me rendre compte, et donc il était normal et légitime, de mon point de vue, qu'il participe du débat scientifique. Mais ce n'est pas au président de la République ou à un politique de trancher un débat scientifique avec des critères politiques. Ce n'est pas plus à un homme scientifique, quand bien même il devient une personnalité publique, d'acter des croyances scientifiques. La science a ses processus de vérification et c'est comme ça qu'on se porte mieux, je crois.

Gilles BOULEAU
Donc pas de chloroquine.

Léa SALAMÉ
Pas de chloroquine, on a compris.

Emmanuel MACRON
Peut-être que dans quelques mois, on verra que c'était le bon traitement, mais aujourd'hui, personne n'a prouvé que c'était le bon.

Léa SALAMÉ
Aujourd'hui, pas de chloroquine et pas d'automédication.

Léa SALAMÉ
Dernière question rapidement : si Sanofi, entreprise française, trouvait le vaccin demain, dans 6 mois, est-ce que vous garantissez que la France serait le premier pays servi ?

Emmanuel MACRON
La France sera servie parmi les premiers pays.

Léa SALAMÉ
Parmi ?

Emmanuel MACRON
Oui, parce que Sanofi s'est mise, comme nous l'avons fait d'ailleurs avec tous les groupes… Je ne vais pas faire avec les groupes français ce que je ne veux pas que les autres fassent avec leur propre groupe. Aujourd'hui, plusieurs groupes pharmaceutiques recherchent des vaccins, Sanofi dont le siège est en France, grand groupe européen, mais vous avez des groupes qui sont britanniques, d'autres Allemands, d'autres Américains ou Canadiens. Ce qui est absurde, c'est de dire : "On va faire du nationalisme sanitaire. Si c'est mon entreprise qui trouve les vaccins iront d'abord chez moi." Ce qu'on a construit, la France en a pris l'initiative avec l'Organisation mondiale de la santé, c'est de dire : qui que ce soit qui trouve un vaccin, on se met en situation d'organiser sa production partout dans nos pays, pour nous tout de suite mais aussi pour les pays en voie de développement ou les pays les plus pauvres. Parce qu'imaginez une seule seconde qu'on trouve un vaccin qui fonctionne, que nous, on sait le diffuser 15 jours, trois semaines après parce qu'on produit très vite et qu'on a un pic en Afrique, en Amérique du Sud. Vous me direz : est-ce que vous savez le produire pour ces pays aussi ? C'est ce qu'on a appelé l'accès mondial aux vaccins. Et donc Sanofi rentre dans ce programme. Donc Sanofi, il y a eu beaucoup de polémiques, est rentré dans un programme américain. Mais en parallèle, nous avons engagé Sanofi dans une discussion avec la France et avec l'Europe, pour sécuriser la production des médicaments sur le sol européen pour les Européens en même temps, là aussi, mais également pour sécuriser les principes actifs parce que quand on trouve un vaccin, on oublie, nous l'avons appris dans cette période, qu'il y a des choses qui sont parfois de peu de valeurs, des principes actifs, certains ingrédients, qui ne sont pas produits chez nous. Et si on vient à manquer, on crée la dépendance. Et donc là, on a des discussions avec les Japonais, avec d'autres Européens pour sécuriser cela. Donc oui, je vous le garantis, mais ce qu'on a travaillé, c'est d'avoir véritablement un accès international aux vaccins. C'est ça la coopération sanitaire à laquelle je crois. Il ne faut pas qu'il y ait un nationalisme. On peut avoir un patriotisme industriel, j'y crois, mais le patriotisme, c'est l'amour des siens, pas la haine des autres. Il ne devrait pas y avoir de nationalisme sanitaire au mauvais sens du terme.

Gilles BOULEAU
Monsieur le Président, cette crise a aussi fait plonger notre économie. L'Insee prévoit, pour la fin de cette année 2020, 900 000 chômeurs de plus. C'est vertigineux. Est-ce qu'il faut s'attendre à ça, ou à moins ou à plus ?

Emmanuel MACRON
Il est impossible de dire aujourd'hui le chiffre.

Gilles BOULEAU
Mais il vous paraît réaliste ?

Emmanuel MACRON
Oui. Quand je regarde l'Insee, la Banque de France, tous les instituts qui font référence écrivent qu'il y aura entre 800 000 et 1 million de chômeurs de plus à l'horizon du printemps 2021. Pourquoi ? Parce que nous avons mis d'abord notre économie à l'arrêt pendant deux mois et le redémarrage est ensuite très difficile dans plusieurs secteurs. Le secteur de la culture a été durement frappé et continue de l'être, ce qui est un drame pour notre art de vivre à la française, c'est aussi pour cela que le plan de relance doit être un plan culturel, mais ce qui est un drame pour des centaines de milliers, des millions de nos concitoyens qui vivent en travaillant à l'occasion de ces festivals, l'événementiel, les hôtels, cafés, restaurants, le tourisme, une bonne partie du commerce, les travaux publics, le bâtiment. Beaucoup de secteurs ont été impactés, d'autres qui sont en crise parce qu'il y a les conséquences mondiales de cette crise qui a touché tout le monde : l'aéronautique, l'automobile, etc. Et donc nous allons avoir des plans sociaux, ils ont commencé, et nous allons avoir une augmentation du chômage massive. Alors ce qu'il faut faire, c'est nous préparer collectivement, agir pour défendre les emplois existants et en créer au plus vite dans les secteurs qui sont en expansion, et donc soutenir l'activité, soutenir les salariés et se préparer à la suite. Et ça, c'est ce qu'on a fait du premier jour. Le fameux "quoi qu'il en coûte" que j'ai prononcé au mois de mars, c'était la première réponse contre le chômage parce que…

Léa SALAMÉ
Est-ce qu'il est toujours valable, le "quoi qu'il en coûte", aujourd'hui ?

Emmanuel MACRON
La vérité, c'est qu'il est en train de continuer à se déployer, mais nous allons maintenant… Il était légitime, une fois encore, il était légitime parce qu'il y avait le feu à la maison et donc on n'allait pas compter les seaux. Et ce quoi qu'il en coûte, il était légitime parce qu'il évitait une casse sociale, économique, avec les drames qui l'accompagnent, que nous aurions payé hier ou demain, et donc cet effort se poursuit. Mais comment les choses se font dans le temps ? Dès le mois de mars, nous avons décidé à un niveau qu'aucun autre pays au monde n'a décidé. Je le dis parce qu'on peut être fiers de la France parfois, et en l'espèce, je crois qu'on le doit. Nous avons accompagné les salariés avec un dispositif de chômage partiel qui n'a pas d'équivalent.

Gilles BOULEAU
Qui est le plus généreux en Europe,

Emmanuel MACRON
Qui est le plus généreux en Europe, l'Europe est le continent le plus protecteur au monde.

Gilles BOULEAU
Et le plus coûteux en Europe également.

Emmanuel MACRON
C'est vrai que c'est plus coûteux, mais pourquoi ? Parce qu'on a fait en sorte qu'il n'y ait pas de licenciements à cause du Covid dans cette période-là et donc que les gens puissent rester dans l'entreprise en étant payés en chômage ou en étant payés à moins travailler. Donc c'est vrai qu'on a distribué énormément de chômage partiel, et on a eu plus de 40 % des salariés de notre pays qui ont été concernés par cette mesure avec 84 % de remplacement de salaire, parfois complété par les entreprises. On a fait le prêt garanti aux entreprises, ce qui a permis aux indépendants, aux commerçants, aux petites entreprises mais parfois aussi aux plus grandes d'avoir des aides en trésorerie. On a fait des reports de charges, on a même fait ce qui n'avait jamais été fait dans notre Histoire, des exonérations de charges, c'est-à-dire que dans certains secteurs : hôtels, cafés, restaurants, culture, sports, événementiel, on a dit : "on annule les charges". Tout ça nous a permis de tenir et d'éviter de trop détruire d'emplois. Là, on rentre dans une phase où l'activité n'est pas tout à fait normale. Qu'est-ce qu'on fait ? On va continuer d'investir pour préserver les emplois et les compétences parce qu'on a appris de la crise d'il y a 10 ans que si on licenciait trop vite dans ces périodes, on détruisait des compétences pour l'entreprise et on mettait des gens dans le désarroi économique. J'ai réuni dans cette salle ici, il y a un mois et 15 jours, à deux reprises, l'ensemble des partenaires sociaux. Nous avons eu une discussion extrêmement intense, nourrie, puis ils ont eux-mêmes travaillé entre eux, et nous avons décidé pour le pays d’un dispositif inédit, d’activité partielle de longue durée, qui permet de garder dans l’entreprise les salariés, de les payer parfois les uns en acceptant de travailler un peu moins, en allant vers des formations et d’avoir l’État qui abonde ces dispositifs. Et donc c’est un plan, si je puis dire, anti-licenciements.

Léa SALAMÉ
Mais à quel coût Monsieur le Président ? Quand on voit ...

Emmanuel MACRON
À un coût très important.

Léa SALAMÉ
Oui, mais à quel coût aussi pour les salariés ? Monsieur le Président quand on voit dans certaines entreprises comme Derichebourg, filiale d’Airbus, on demande aux salariés de baisser de 20 % leur salaire pour pouvoir les garder. Vous, si vous étiez salarié, si votre patron venait vous dire “soit vous baissez votre salaire de 20 %, soit je ne peux pas vous garder.” Vous, vous feriez quoi ? Vous acceptez le deal ou vous vous dites c'est du chantage inacceptable ?

Emmanuel MACRON
D'abord, ça ne doit pas être du chantage, ça doit être le dialogue social. Et c'est comme ça qu'on l'a conçu avec les partenaires sociaux.

Gilles BOULEAU
Le choix n'était pas immense, en l'occurrence et...

Emmanuel MACRON
Non, mais, c'est pour ça que ce n'est...

Gilles BOULEAU
Du licenciement ou la perte de 20 %.

Emmanuel MACRON
Pour notre pays, je préfère au maximum qu'il y ait, et je vais y revenir parce que ce n'est pas seulement le salaire qu'on doit baisser. Qu'il y ait des salaires qu'on accepte de baisser momentanément plutôt que des licenciements parce qu’après parfois, on met des années à revenir vers un emploi. Mais ça doit passer par le dialogue social, c'est-à-dire que ce qu'on a conçu, ce à quoi je tiens et qui contribue aussi d'une conviction que j'ai conçue et forgée à l'expérience c’est quand il y a de la peur, de la conflictualité dans notre pays, le dialogue social à l'échelle de la branche et de l'entreprise a une valeur inouïe. Il a une valeur inouïe parce qu'il permet de mettre les gens autour d'une table. Et quand on se parle pour dire les choses, pour partager ses contraintes, aucun patron ne veut que ses salariés travaillent moins, aucun, je vais dire, ils partagent le même risque. Le patron prend souvent même plus de risques. Et un patron, il veut plutôt embaucher davantage et avoir plus d'activité. Mais parfois, on ne sait pas assez se mettre autour de la table. Ça a été mon défaut aussi. Et donc là, ça n'existe dispositif qu'en mettant autour de la table que par du dialogue social dans la branche, dans l'entreprise. Et en faisant quoi ? En disant “on accepte de la modération salariale pour un temps.” Moi, je souhaite qu'elle s'accompagne et on a mis en place ces dispositifs, d'intéressement et de participation. Pourquoi ? Parce qu'il faut que le salarié qui accepte dans cette période de faire un effort, le jour où ça va mieux, il ait droit aussi à sa part du mieux. Ça doit s'accompagner d'une modération des dividendes et c'est ce qu'on a demandé aux entreprises auxquelles on abonde. C'est-à-dire que si on dit aux salariés de faire un effort, l'actionnaire doit faire un effort aussi. Et nous, nous allons faire un effort avec l'argent public. Vous savez, on va mettre sur ce dispositif 30 milliards d'euros pour compléter parfois les salaires, pour financer des formations, pour permettre là soit d'être le jour d'après, un salarié mieux formé, mieux qualifié qui gagnera mieux sa vie, soit d'aller vers des secteurs d'activité où il y a des opportunités parce qu'on sait que certains secteurs vont détruire de l'emploi. Et donc il faut qu'on utilise cette période, y compris d'activité partielle, pour former, pour permettre aux salariés d'acquérir des compétences sans être au chômage, pour aller vers des secteurs qui vont créer de l'emploi : la rénovation thermique des bâtiments, la filière hydrogène…

Léa SALAMÉ
Attendez, on y vient…

Gilles BOULEAU
On y vient, mais je veux qu’on parle des jeunes.

Emmanuel MACRON
Vous avez raison parce que c’est notre défi.

Gilles BOULEAU
Dans les semaines qui vont venir, il y a un 700 000 jeunes du CAP, BEP, jusqu'au bac +5, qui vont arriver sur le marché du travail, sans compter les autres jeunes de 18 à 23 ans qui sont aujourd'hui, pour un grand nombre, au chômage. Qu'est-ce que vous allez faire pour que les entreprises les embauchent ? Est-ce que vous allez baisser les charges ? Est-ce que vous allez faire des emplois avec zéro charge sociale ? Est-ce que vous allez donner des primes à ces entreprises ?

Emmanuel MACRON
Alors vous avez raison, notre jeunesse, ça doit être la priorité de cette relance. Je dis la priorité parce que c'est à notre jeunesse qu'on a demandé le plus gros effort. Ne pas sortir. Ne pas aller faire la fête. Ne pas pouvoir passer ses examens. Parfois devoir renoncer à sa première embauche. Et elle vit dans l'angoisse qu'on connaît tous à cet âge-là, qui est un âge de transition. Qu'est-ce qu'on a déjà fait ? Un de dire “On ne doit pas perdre la bataille de l'apprentissage, de l'alternance, de tous les contrats professionnalisants.” C'est une des grandes victoires des 3 premières années. Dans notre pays, on disait toujours “Il faut faire de l'apprentissage, etc.” On n'y arrivait pas. On a simplifié les règles, simplifier les financements. C'était en train de décoller. Et donc là, on a mis sur la table un dispositif où on paye massivement la première année.

Gilles BOULEAU
Vous allez aller au-delà ?

Emmanuel MACRON
Là, on va au-delà de tout ce qui avait été fait jusqu'alors. Et donc, on accompagne les entreprises jusqu'à 250 salariés sans aucune condition et au-dessus des 250 salariés, on leur dit “Faites votre 5 % d'apprentis.” Et là, je le dis en responsabilité parce qu'on a tous une responsabilité dans ces moments, quand je vois des entreprises, des grandes entreprises qui préfèrent prendre des stagiaires et de la précarité plutôt que signer un contrat pro ou signer avec un alternant, c'est irresponsable.

Léa SALAMÉ
Non mais vous allez les contraindre par la loi ?

Emmanuel MACRON
On les incite. Alors, il faut faire très attention en cette matière parce qu'avec des bonnes intentions, on finit avec le pire, si on les contraint par la loi. On va les suivre, on va les inciter, on va là aussi par le dialogue et la construction.

Léa SALAMÉ
Si on leur dit, “Ça suffit, les stagiaires”, d’abord ils vous diront “Oui, oui”…

Emmanuel MACRON
D'abord on vous dit “Regardez.” Mais on suit les choses quand on les dit et j'ai demandé au ministère du Travail de se focaliser sur ce dispositif. Mais je ne vais pas vous dire “On va passer une loi pour interdire les stages” parce que les stages ont aussi leur mérite. Mais je dis là, il y a un effet de bord et donc l'apprentissage, les contrats professionnalisants, une aide inédite pour qu'on ait des embauches en cette première année. Ensuite, nous allons avoir un dispositif exceptionnel d'exonération des charges pour les jeunes, en particulier pour les faibles qualifications et les emplois jusqu'à 1,6 SMIC, exceptionnel parce qu'il durera 1 à 2 ans, on va l'évaluer. Mais il faut qu'il y ait cet élément d'accélération. Et surtout, on va créer des mécanismes nouveaux. 300 000 projets et contrats d'insertion qui permettent d'aller chercher les jeunes qui sont parfois les plus loin de l'emploi, qui n'ont pas réussi à trouver justement l'entreprise qui leur signent leur contrat d'apprentissage ou leur alternance. Et donc ceux-là, on va aller les chercher avec des contrats d'insertion. On en crée 300 000. On va créer un formidable accélérateur sur le service civique qui fonctionne, dont nous avons vu la qualité. On a 140 000 à peu près contrats en service civique aujourd'hui. Nous allons en créer 100 000 dans les 6 mois qui viennent. 100 000. Donc presque un doublement. Là aussi, parce que c'est une solution qu'on donne aux jeunes. Et enfin, on va permettre à des jeunes qui devaient rentrer sur le marché du travail de peut-être compléter leur formation, d'avoir un semestre ou une année d'études en plus. Et donc, on va ouvrir 200 000 places dans des formations qualifiantes supérieures pour permettre à un jeune qui n’a absolument aucune issue, aucune perspective d'embauche de poursuivre un peu ses études, avec un accompagnement social.

Léa SALAMÉ
Monsieur le Président, il y a encore beaucoup de questions. On a connu en décembre et en janvier la grève, sans doute la plus longue qu'ait connu la France depuis 100 ans, contre votre réforme des retraites. Aujourd'hui, tous les syndicats, de la CGT au Medef, vous disent “Surtout ne nous remettez pas la réforme des retraites sur la table. Ce n'est pas le moment, ce n'est pas le moment.” Pourquoi vous obstinez-vous à faire absolument cette réforme des retraites là, tout de suite, alors que nous sommes dans une crise économique majeure ?

Emmanuel MACRON
Mais je ne m’obstine pas à la faire là tout de suite, je vous rassure.

Léa SALAMÉ
Alors vous ne la faites pas ?

Emmanuel MACRON
Non, non. Alors vous voyez tout de suite, vous transformez, vous... Elle ne peut pas se faire comme elle était emmanchée avant la crise du Covid. Est-ce que c'est une bonne idée de l'abandonner totalement ? Je ne crois pas.

Gilles BOULEAU
L’amender, oui.

Emmanuel MACRON
La remettre à la discussion, à la concertation. Et pourquoi ? D'abord parce qu'il y a deux choses dans cette réforme. Il y a la réforme du système universel par points. Je pense que cette réforme est juste et elle est faite pour celles et ceux qu'on a appelé les premiers de corvée, les femmes et les hommes qui ont été en première ligne, caissières, livreurs, métiers modestes, souvent avec du temps partiel subi, cette réforme des retraites, ils en sont les grands gagnants. Parce que je vous rappelle que dans cette réforme, il y a aussi la meilleure prise en compte de leurs périodes d'activité. Il y a également une avancée sociale inédite qu'est la retraite à 1 000 euros pour tout le monde, le minimum contributif à 1 000 euros.

Gilles BOULEAU
Si on a contribué toute sa vie ?

Emmanuel MACRON
Minimum contributif, c'est-à-dire pas le dispositif qui est le minimum vieillesse non contributif. Et donc, ce sont des avancées sociales pour ces personnes. C'est vrai que dans la réforme du système par points, on revenait sur des avantages qui avaient été acquis dans le temps par d'autres régimes, par exemple, les régimes spéciaux. Je crois que cette réforme est juste. Il faut peut-être lui donner un peu plus de temps, mieux la concerter. On doit la remettre sur l'ouvrage. À côté de ça, il y avait l'aspect financier de la réforme. J'ai été élu à un moment donné où le comité d'orientation des retraites disait “Il n'y a pas de problème de financement.” J'ai moi-même assumé devant les Français de dire “Il n'y aura pas de mesures d'âge parce qu’il n'y a pas de problème de financement.” Six mois après mon élection, le même comité a commencé à dire “Il y a un problème de financement.” Et ce problème s'est aggravé. Est-ce qu'il est plus grave ? Il va falloir leur demander maintenant.

Gilles BOULEAU
Ben là, il est gravissime. 30 milliards. On est passé de 4 milliards à 30 milliards, c’est grave.

Emmanuel MACRON
Donc vous voyez bien que nous avons devant nous deux devoirs et je le dis parce que ce n'est pas dans la main du Gouvernement, la retraite, c'est le patrimoine de ceux qui n'en n'ont pas. Dire “On fait comme s'il n'y avait pas de problème”, c'est dire “Je sacrifie le patrimoine de ceux qui n'en ont pas.” C'est de dire “Je prends le risque de ne pas pouvoir payer la retraite demain.” Donc, nous devons regarder notre système de retraite en face, comme l'ensemble de ce que nous sommes en train de faire.

Gilles BOULEAU
Et comment vous le financez ? Et donc l’âge pivot c’est fini, l’âge pivot d’Edouard PHILIPPE c’est fini ?

Emmanuel MACRON
En méthode, non, on va justement faire de la méthode.

Gilles BOULEAU
Donc augmenter le nombre de trimestres travaillés ?

Emmanuel MACRON
J’ai déjà montré mon ouverture sur tous ces sujets

Léa SALAMÉ
Votre préférence.

Emmanuel MACRON
Mon ouverture. Je dis ce n’est pas au président de la République d’asséner un 14 Juillet ce que va être la réforme des retraites.

Gilles BOULEAU
Non mais il peut avoir une préférence.

Emmanuel MACRON
Je suis en train de vous expliquer que la réforme universelle est une réforme juste et bonne et que nous ne ferons pas l’économie d’une réforme de notre système de retraite pour qu’il soit viable. Et donc le Premier ministre

Gilles BOULEAU
Mais tout de suite

Emmanuel MACRON
Non mais on va le faire avec méthode. C’est au Gouvernement d’y procéder. Le Premier ministre, Jean CASTEX, va réunir en fin de semaine, vendredi, l’ensemble des partenaires sociaux pour tout mettre sur la table, tout : ce qu’on fait pour la santé, ce qu’on fait pour la dépendance. Nous sommes en train de créer un nouveau risque, avec un financement là aussi où jusqu’à présent tout le monde avait toujours reculé, c’est-à-dire on va financer le grand âge. Il faut qu’on explique les uns les autres comment on le finance. La retraite, le travail, donc mettre tous les sujets sur la table. Et donner, entre le Gouvernement et les partenaires sociaux, un calendrier partagé. Mais je vais être clair : la priorité de cet été et de la rentrée prochaine c’est l’emploi. C’est la lutte pour que nos jeunes puissent avoir ou une formation ou un emploi et que personne ne soit sans solution, c’est la bataille pour préserver tous les emplois que nous pourrons préserver et pour créer tous les nouveaux emplois possibles. Ça c’est la priorité.

Léa SALAMÉ
Donc si vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord sur la réforme des retraites avec les partenaires sociaux, vous dites “on attend” ?

Emmanuel MACRON
Non. Je dis, ce que le Premier ministre va devoir faire avec les membres de son Gouvernement compétent et les partenaires sociaux c’est de définir le calendrier pertinent qui permet d’être lucide. Nous savons tous ce qu’il en est de la réalité.

Gilles BOULEAU
Enfin, c’est quelque part, ce n’est ni maintenant ni les calendes grecques, c’est quelque part.

Emmanuel MACRON
J’aime bien cet esprit de synthèse. C’est ça. A un moment, et dans un processus dans lequel il faudra s’engager

Gilles BOULEAU
Il faudra y passer, vous étant président, c’est ça que je veux dire. Ce n’est pas pour le successeur de votre successeur ?

Léa SALAMÉ
Oui c’est ça, est-ce qu’à la fin de votre quinquennat vous la faites cette réforme des retraites ?

Emmanuel MACRON
Il est évident que de toutes façons dans les années qui viennent, et je ne veux pas mettre une référence politique là-dessus, mais dans les années qui viennent il faudra procéder à une réforme des retraites. Je suis favorable à une réforme d’ampleur qui rende en plus le système plus juste. Mais c’est évident et on mentirait à nos concitoyens à dire qu’on peut en faire l’économie.

Léa SALAMÉ
Monsieur le Président, tout l’argent que vous avez mis sur la table, vous venez de le préciser, pour amortir le choc économique de l’épidémie il va falloir le trouver. Est-ce que vous prenez aujourd’hui officiellement l’engagement devant les Français que vous n’augmenterez aucun impôt, aucune taxe jusqu’à la fin du quinquennat ?

Emmanuel MACRON
Il y a une trajectoire fiscale qui a été décidée, votée par la représentation nationale, c’est celle qui sera tenue. Elle correspond aux engagements que j’avais pris. Il y a par exemple une trajectoire fiscale pour certains impôts pour financer la dépendance, il y a aussi des baisses d’impôts sur le revenu (la taxe d’habitation). Je pense qu’on ne résoudra pas une crise comme celle-ci en augmentant les impôts. Pourquoi ? D’abord parce qu’on l’a fait à chaque fois. Si on dit on va augmenter les impôts, les gens ne consomment pas, le doute s’installe et le pays ne repart pas. Nous avons massivement dépensé : 460 milliards d’euros d’engagements publics pendant cette phase, à ce stade, à ce jour. Ces 460 milliards c’est une large part de garanties qui à un moment donné normalement devront revenir dans nos caisses, ce sont des avances en trésorerie mais c’est aussi du vrai budgétaire, du vrai argent. On aura à le compléter par un plan de relance massif sur des secteurs d’avenir et sur les compétences parce que je veux que ce soit un plan de relance industriel pour bâtir notre souveraineté industrielle et donc faire relocaliser certaines industries ; écologique, et donc je l’ai dit ce nouveau chemin ne passe que par la capacité à développer la filière hydrogène, les nouveaux moteurs, à développer massivement la rénovation thermique des bâtiments, à équiper beaucoup mieux le pays, par exemple dans ses approvisionnements en eau. Et donc ça — je finis juste — ça ce sont des investissements. Ces investissements ils sont légitimes et je peux les assumer devant la Nation en disant ils font partie de cette dette covid que nous allons mettre de côté et amortir sur le très long terme. Et ces investissements je vais les financer comment ? D’abord parce que nous sommes en train de nous battre à l’Europe pour avoir justement des financements européens, parce que nous avons obtenu durant cette crise l’une des plus grandes avancées européennes des dernières décennies : l’accord franco-allemand du 17 mai dernier. Il a été fondamental. Ensuite — le 18 mai dernier, pardon, entre la chancelière et moi-même. Ensuite, nous allons avoir une dette que nous allons amortir sur le très long terme. Et puis ce sont des investissements. Et donc on aura un retour sur ces investissements dans la nation. Je peux dire légitimement aux plus jeunes “On est en train de vous bâtir une filière hydrogène, vous pourrez vous déplacer moins cher avec des véhicules adaptés”, “on vous crée des filières industrielles qui vont faire de l’emploi chez nous”. Quand je finance de la rénovation thermique des bâtiments, on baisse la facture et donc on a un retour sur investissement.

Léa SALAMÉ
On va y venir

Emmanuel MACRON
A côté de cela, vous avez des dépenses de fonctionnement.

Léa SALAMÉ
J’entends bien, non alors, mais juste peut-être une question.

Gilles BOULEAU
Elle est assez obstinée sur les impôts Léa.

Emmanuel MACRON
Sur les impôts j’ai été très clair.

Léa SALAMÉ
Sur les impôts vous dite pas d’impôt, on est d’accord.

Emmanuel MACRON
Pas d’impôt.

Léa SALAMÉ
Même pour les plus riches, pas de tranche supplémentaire, pas de retour de l’ISF ? La taxe d’habitation à la fin de la 2023 ils ne payeront pas comme les autres, les très riches, la taxe d’habitation ? Eux ne font pas plus d’effort que les autres ?

Emmanuel MACRON
Alors je vais répondre point à point, vous avez des questions précises.

Gilles BOULEAU
L’ISF.

Emmanuel MACRON
L’ISF, nous n’avons pas supprimé l’ISF, nous avons transformé l’ISF en impôt sur la fortune immobilière conformément à mon engagement. C’est-à-dire que nous avons supprimé l’impôt sur le capital qui est réinvesti dans les entreprises et l’action. Je ne vais pas...

Gilles BOULEAU
Ce faisant, vous vous privez de 3 milliards de recettes fiscales chaque année.

Emmanuel MACRON
Regardez les chiffres, vous pouvez vérifier, ils sont beaucoup moins importants. Pourquoi ? Parce qu’on fait revenir des gens qui du coup vont réinvestir. Et c’est cohérent, nous avons d’ailleurs les résultats de cette politique puisque nous avons obtenu le rang de numéro 1 en termes d’attractivité en Europe. Ce qui n’était jamais arrivé à la France ces dernières décennies.

Léa SALAMÉ
Donc on ne revient pas sur l’ISF.

Emmanuel MACRON
Donc on ne va pas revenir sur la partie où on taxe l’entrepreneur qui réinvestit dans l’économie, elle est absurde. Et au moment où on relance, on a besoin d’investisseurs, de gens qui travaillent. Ensuite, la contribution spéciale etc., nous sommes l’un des pays où la fiscalité sur le revenu est la plus importante. On a baissé. La baisse d’ailleurs s’est plutôt faite sur les premières tranches de l’impôt sur le revenu. Est-ce que je vais dire les yeux dans les yeux en sortie de crise, la priorité c’est de remonter l’impôt sur les revenus de ceux qui gagnent le plus ? Non. Ça ne réglera rien, ça découragera plutôt un enrichissement par le travail. Or moi j’ai besoin de femmes et d’hommes qui s’engagent, ont envie de tirer leurs familles, leurs proches etc. Que notre pays assume la justice sociale et l’esprit de conquête. Il y a une option qui est possible, c’est à la main du Gouvernement, qui serait de décaler un peu pour les plus fortunés d’entre nous, la suppression de la taxe d’habitation, ce qui est peut-être en période de crise quelque chose de légitime. Et j’entends ce que vous dites, moi je partage cela aussi. L’esprit de justice, sans envoyer un signal désastreux, pourrait être de dire “Ceux qui payent aujourd’hui la taxe d’habitation pour lesquels on n’avait pas encore baisser, on peut peut-être attendre un peu plus d’années pour le faire parce qu’on est à un moment exceptionnel, parce que c’est assez légitime et que c’est au fond du bon sens.” Voilà.

Gilles BOULEAU
Il y a 3 semaines, les Français ont élu dans de nombreuses villes, dans de grandes villes (Strasbourg, Bordeaux, ailleurs) des maires écologistes. Vous avez vous-même invité, convoqué une Convention dite citoyenne et vous vous êtes engagé à soumettre un certain nombre de questions à référendum. Combien de référendums, quand et sur quelles questions précises et concrètes ?

Emmanuel MACRON
Alors la seule question sur laquelle il peut y avoir un référendum, compte tenu des demandes qui ont été faites par les citoyens de la Convention citoyenne, est une réforme constitutionnelle, celle de l’article 1er qui place l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique et aussi le respect de la biodiversité dans notre texte constitutionnel. J’y suis favorable. Je pense que c’est une avancée majeure et je pense que c’est une avancée qui permettra de créer du droit et donc des contraintes et d’aider à transformer notre pays. La Constitution ne me permet pas aujourd’hui de décider d’un référendum demain matin sur cette base. Il faut d’abord qu’il y ait un vote par l’Assemblée puis le Sénat dans des terme conformes, et selon les termes de notre Constitution à ce moment-là il peut y avoir ou un Congrès ou un référendum.

Léa SALAMÉ
Ce sera quand ?

Emmanuel MACRON
Et donc — ça dépend du cheminement mais le plus vite possible.

Léa SALAMÉ
Le plus vite possible, à la fin de cette année où ?

Emmanuel MACRON
Je souhaite en tout cas l’engager dans les meilleurs délais. Ensuite, il y a énormément de propositions, 146, qui ont été faites par nos concitoyens. Et je veux ici souligner l’innovation dont la France a été capable. Aucun pays au monde n’a procédé à une telle convention sur des sujets aussi compliqués. Et moi j’en ai acquis la conviction après la crise des gilets jaunes, à un moment d’ailleurs où beaucoup de nos concitoyens avec sincérité, force ont dit “Nous on ne veut pas choisir entre la fin du mois et la fin du monde. On croit dans la cause écologique mais simplement vous ne nous donnez pas de solution.” Et c’est vrai que cela a souvent été le malentendu dans notre pays. On a en quelque sorte stigmatisé une partie de nos concitoyens, on a culpabilisé une partie de nos concitoyens, par exemple quand ils étaient agriculteurs, quand ils utilisaient des véhicules diesel, quand ils avaient tel ou tel mode de vie en disant ça ce n’est pas bon pour le climat. Nous sommes un grand peuple de 66 millions d’habitants, on doit trouver un chemin commun pour bâtir un nouveau modèle écologique et productif.

Léa SALAMÉ
Monsieur le Président, en quelques mots, parce que reprendre 146 mesures, tout cela est très flou et abstrait, si vous me permettez. Concrètement, dans la vie des Français, dans 6 mois, qu'est-ce qui changera pour eux ? Qu'est-ce qui sera plus écologique dans leur vie, dans leurs maisons, dans leurs bâtiments, dans leurs écoles ? Comment on verra les choses et à quelle échéance, si vous êtes concret ?

Emmanuel MACRON
On va déployer massivement, on a commencé à la mettre en œuvre au début de cette année, une prime pour rénover son logement. Beaucoup plus fort. Elle est en train de décoller, si je puis m'exprimer ainsi. On va y mettre beaucoup plus d'argent pour que les ménages les plus modestes, en particulier, et les autres puissent procéder aux rénovations pour dépenser moins d'énergie dans la maison et en même temps préserver notre climat. C'est écologique et social. Nous avons commencé à mettre en place des mécanismes d'accompagnement, cette prime à la conversion. 800 000 Françaises et Français ont changé de véhicule. Ils ont changé d'un vieux véhicule polluant pour prendre un véhicule de dernier modèle, ou hybride ou électrique ou essence ou diesel, mais beaucoup moins polluant. Je veux qu'on ait un très large programme, beaucoup plus simple encore, qui est en quelque sorte : je roule écologique et modeste. Troisième sujet : nous allons, nous, rénover massivement les bâtiments. Et donc je veux qu'on se lance dans un grand programme de rénovation de nos écoles et de nos EHPAD, pour commencer, en lien avec les collectivités publiques qui sont derrière ces bâtiments. Mais nous pouvons faire des économies d'énergie massives, avoir nos enfants et nos aînés qui vivent beaucoup mieux, produire de l'emploi pour faire ces rénovations et faire cette transition. Autre exemple très concret : aller beaucoup plus vite et fort sur la réduction du trafic dans les zones à fortes émissions. Quand on respire mal, qu'on a ses enfants qui respirent mal, des enfants qui ne peuvent pas aller à la récréation comme les autres enfants parce qu'il y a trop d'émissions, nous allons accélérer les mécanismes de transition. Ce qui est important, c'est qu’on doit rentrer, et ce plan de relance en est l'opportunité, dans la construction d'un modèle qui est à la fois écologique, industriel et environnemental.  On ne va pas recréer l'industrie d’hier, mais on peut, en France, redevenir une grande nation industrielle grâce et par l'écologie. Pourquoi ? Parce qu'on ne va pas importer des matériaux de l'autre bout du monde, dont le bilan carbone est absolument abominable. On va reproduire dans nos régions parce que le numérique va nous permettre aussi de produire des plus petites quantités plus vite grâce à l'impression 3D, parce qu'on va aider nos entreprises petites, moyennes et grandes à investir pour passer à ce modèle écologique. Moi, je crois à cette écologie du mieux, pas à cette écologie du moins.

Gilles BOULEAU
Est-ce que vous croyez aussi aux mesures concrètes ? Vous avez dit, et plusieurs membres de votre Gouvernement ont dit : « à la fin de ce quinquennat plus aucun trajet pour les Français en France métropolitaine qui puisse être fait en deux heures et demi en train ne sera fait en avion. Je crois que le 1er octobre prochain, vous irez faire une réunion publique, un meeting, que sais-je, en train, comme l'a fait votre prédécesseur François HOLLANDE qui, pendant quelques mois, l’a fait, et qui s’est aperçu que c’était très compliqué pour un chef de l'Etat de se déplacer en train.

Emmanuel MACRON
Un chef de l'Etat peut avoir des contraintes en termes de sécurité. C'est tout à fait vrai. C'est ce qui avait conduit François HOLLANDE à changer parce que quand vous le faites en train mais qu'il vous faut trois wagons pour sécuriser, avoir une solution de repli… Donc il y a d'autres contraintes que nous devons...

Gilles BOULEAU
Donc vous ne le ferez sans doute pas vous-même.

Emmanuel MACRON
Non mais je ne ferai pas de gadget, et donc je le ferai à chaque fois que c'est possible, dans des conditions qui sont réalistes. Ça, vous avez ma garantie. Mais plus important, je souhaite que, et nous avons fait cette demande, plutôt nous avons mis cette condition pour la compagnie Air France, partout où nous avons déployé du TGV dans notre pays et où telle ou telle ville est à deux heures de Paris, deux heures et quart, est-ce que les lignes intérieures qui sont d’une heure, 1h10 se justifient encore ? Non. Et donc là, on doit rationaliser notre modèle, et donc ça, c'est très concret, vous avez raison. Par contre, quand vous avez le train qui met 3, 4, 5, 6 heures, est-ce que le vol domestique, la ligne d'avion se justifie ? Oui parce qu’on a besoin d'aller à Brive. On a besoin de continuer à développer à Toulouse, à Pau, de l'industrie. On a besoin de continuer à aller dans des villes qui sont des chefs-lieux de département, elles-mêmes des métropoles, où l'industrie a commencé à se développer. On ne va pas, du jour au lendemain, dire : "on ne fait plus d’avion". Donc il faut le faire là aussi avec du bon sens. Mais ce sont des choses très concrètes, la transition écologique. On va redévelopper le fret ferroviaire massivement. On va redévelopper les trains de nuit, là aussi, on va redévelopper les petites lignes de trains parce que tout ça, ça permet de faire des économies et ça permet de réduire nos émissions.

Gilles BOULEAU
En vous écoutant avec Léa, quelque chose nous est venu à l'esprit. Vous annoncez tellement de choses à venir, tellement de réformes. On se dit qu'il vous reste 600 jours, 2 ans, c'est très court. Ça ne vous invite pas à aller au-delà ? Vous ne pensez pas qu’il vous faudrait 5 ans de plus ?

Emmanuel MACRON
Je pense que le moment dans lequel nous sommes peut-être une opportunité si chacune et chacun d'entre nous en prend la mesure et se dit : "je bâtis la France de dans 10 ans". Et donc moi, j'ai un objectif à 6 mois : tout faire pour éviter le maximum de plans sociaux, réduire leur importance avec les mesures d'urgence qu'on a pu prendre, faire que la rentrée pour nos plus jeunes se passe dans de bonnes conditions, protéger. C'est un objectif à 6 mois. J'ai un objectif à 18-24 mois, évidemment, qui est d'essayer d’avoir un plan de relance qui a au maximum déployé les choses et commencé cette transformation.

Léa SALAMÉ
Oui et après ?

Emmanuel MACRON
Mais l'objectif, nous devons l'avoir pour le pays à 10 ans parce que ce que nous sommes, ce que cette crise peut nous apporter, c'est au fond la possibilité de rendre la France plus forte en répondant à des problèmes qu'elle n'avait pas su traiter par temps calmes. Nos divisions, nous ne savons pas les traiter par temps calmes. Tout à l'heure étaient évoqués des textes du général DE GAULLE. La France de 1940, il y a 80 ans, elle s'effondrait. Elle s'effondrait parce qu'elle avait vécu, elle sortait d'une décennie où elle n'avait pas su régler beaucoup de ses problèmes. Elle s'était divisée. Elle avait été de politique en politique. Elle n'avait pas su regarder le temps long. Elle a résisté. Elle s'est relevée avec l'aide de ses alliés, de l'Europe. Et ensuite, en quelques années, nous sommes redevenus une grande puissance internationale. Nous nous sommes dotés de l'arme nucléaire. Nous nous sommes dotés de l'énergie nucléaire. Nous avons rebâti notre pays en quelques années. Nous en tirons encore aujourd'hui des bénéfices. Ce que nous n'avons pas su faire durant ces 30 dernières années, et j'en prends ma part, parce qu'on était dans les divisions, parce qu'on était peut-être dans des politiques qui souvent étaient trop lentes, dont on ne percevait pas les résultats, parce que nous vivons une crise inédite, parce qu'on mobilise des financements inédits, parce qu'on a une Europe qui est en train de changer, parce que nous, on met avec ce plan de relance, en plus de cet argent déjà mis, au moins 100 milliards d'euros pour faire la relance industrielle, écologique, locale, culturelle et éducative, je suis convaincu qu'on peut bâtir un pays différent d'ici à 10 ans. Et quand je dis ça, quel est mon objectif ? De revenir à ce qu'on disait au début de notre entretien. La seule possibilité de répondre aux peurs de nos concitoyens, c'est de leur donner un monde à voir. C'est de dire : quand vous êtes agriculteurs, non, vous n'êtes pas foutus. Non, vous n'êtes pas l'ennemi du bien-être animal et de l'agriculture, de l'alimentation saine. Ce n'est pas vrai. D’abord, notre alimentation est saine et la France est dans l'excellence du modèle agricole. Mais oui, en vous aidant, en investissant, on va bâtir une souveraineté agricole qui n'existe pas. Aujourd'hui, j’importe la plupart de mes protéines. Je peux les produire en France, en Europe.

Léa SALAMÉ
Monsieur le Président, dans les 10 prochaines années, ça veut dire avec vous dans les 10 prochaines années ?

Emmanuel MACRON
Il y a des choses sur lesquelles le peuple français est souverain et c'est bien ainsi. Mais on a le droit de voir loin et grand, y compris quand il ne reste que 600 jours. Ce que j'ai demandé au Gouvernement, c’est ce que je m'applique à moi-même.

Gilles BOULEAU
Vous êtes candidat à un deuxième mandat ? Vous avez songé à être candidat ?

Emmanuel MACRON
Mais cette question est intempestive.

Léa SALAMÉ
Elle se pose, quand même.

Gilles BOULEAU
Elle n'est pas prématurée. Nous sommes de l'autre côté du versant du quinquennat.

Emmanuel MACRON
Vous avez raison de me rappeler que j'ai passé l’hémistiche et que je suis sur une pente descendante du quinquennat.

Gilles BOULEAU
Pas descendante, de l'autre côté.

Emmanuel MACRON
Mon devoir, là où je suis, c’est de ne pas faire de calculs. C’est de se dire : notre pays, parce qu'il y a cette crise, peut sortir plus fort.

Léa SALAMÉ
Mais votre décision, vous la prendrez quand ? Est-ce que vous vous êtes donné…

Emmanuel MACRON
Quand je vous le dirai.

Léa SALAMÉ
Oui, d'accord, mais est-ce que vous avez un calendrier ?

Emmanuel MACRON
Non. Pourquoi voudriez-vous que je décide aujourd'hui de m'enfermer dans un autre calendrier que le calendrier démocratique ?

Léa SALAMÉ
Vous parlez de vous projeter sur dix ans, Monsieur le Président. Est-ce que vous n'avez pas l'impression que la Cinquième République est à bout de souffle, qu’il faut… Vous aviez pensé la changer. Vous aviez pensé faire une réforme constitutionnelle. Vous ne l'avez pas fait. Est-ce que ce ne serait pas le moment ?

Emmanuel MACRON
On a été empêché quand même.

Léa SALAMÉ
Peut-être pour un deuxième mandat, de faire une réforme constitutionnelle, de peut-être revenir au septennat, peut-être faire la proportionnelle, tout ce que vous aviez promis et que vous n'avez pas fait ?

Emmanuel MACRON
Je ne m'étais jamais engagé sur le septennat. La proportionnelle est en effet un de mes engagements et après, j'avais souhaité, je souhaite toujours réduire en particulier le nombre de parlementaires. Il y a un chemin que la Constitution impose et pour lequel les données politiques, les contraintes politiques ne me permettent pas de le faire. Je pense que nous vivons une crise démocratique profonde. On ne peut pas avoir le niveau d'abstention que nous avons vécu à des élections municipales sans nous dire que quelque chose ne va pas. Et pour moi, ça procède de plus loin, c'est que s'est installer l'idée que les gouvernants ne pourraient rien changer et à côté de ça, de colère absolue. A quoi bon, se disent les uns, et plutôt tout abattre se disent les autres, au risque d’ailleurs de faire bousculer ce que nous avons conquis de haute lutte par notre histoire. Je crois que notre pays a la ressource. Mais c’est à nous de faire aussi notre part, d’avoir un État bienveillant, qui accompagne, qui facilite, qui va plus vite, mais de retrouver ce chemin dont je parlais tout à l’heure. Dans notre République, quand on essaie dans une famille, on se disait : j’irai dans l’usine, l’entreprise ou la Mairie où travaille mes parents. Quand on réussissait bien à l’école, parce qu'un instituteur vous avait repéré, on savait quel était le chemin, parce qu'on réussissait bien à l'école, qui permettrait de gravir les échelons dans la société. Moi, je suis l'enfant de cette République. Moi, il n’y a rien dans mon histoire familiale qui justifiait que je me retrouve avec vous aujourd'hui. Je le mesure des jours comme le 14 juillet. Moi, je l'ai fait parce que sans doute, des femmes et des hommes ont eu la chance de croiser des instituteurs de la République qui ont dit à leurs familles un peu incrédules : Il peut continuer, il va continuer. Ils ont fait un chemin et ce chemin, ils l'ont fait faire à leurs enfants. Et ce chemin, il n'est plus perceptible par nos concitoyens.

Gilles BOULEAU
C'est parce qu'ils sont réfractaires ?

Emmanuel MACRON
Non.

Gilles BOULEAU
Ou Gaulois ?

Emmanuel MACRON
Non, je suis Gaulois, moi aussi réfractaire, mais je l'ai dit en m’incluant. Non. Ça l’est parce que nous avons progressivement construit des corporatismes. On a oublié cette promesse.

Léa SALAMÉ
Et ça aussi…

Emmanuel MACRON
Parce que qu'aujourd'hui, oui, c’est ça …

Léa SALAMÉ
Mais vous aviez dit : « Mon ennemi, c'est l'assignation à résidence ». Vous vouliez casser ça.

Emmanuel MACRON
Mais je veux encore.

Léa SALAMÉ
Vous êtes parvenu ?

Emmanuel MACRON
… et je continue. Je pense qu'on a fait des choses très fortes. L'obligation scolaire à 3 ans est une décision très forte. On n'avait pas changé l'obligation.

Léa SALAMÉ
Mais aujourd'hui, vous trouvez que c'est l'égalité des chances, quelle que soit votre couleur.

Emmanuel MACRON
Je vais y venir. Ce qu'on a fait pour l'école avec les dédoublements des classes, pour l'orientation, pour le supérieur, c'est un début. On doit aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort. Aujourd'hui, vous avez raison, il y a encore de la discrimination dans notre pays. Il y en a pour les diplômes, il y en a pour l'accès à la haute fonction publique. Trop. Il y en a…

Gilles BOULEAU
Pour la couleur de peau.

Emmanuel MACRON
Et il y en a pour la représentation. Il y en a pour les contrôles.

Gilles BOULEAU
Si semblez être noirs ou Arabes, dit le défenseur des droits, vous avez 20 fois plus de chances d'être contrôlé au faciès. C'est un fait.

Emmanuel MACRON
Vous avez beaucoup moins de chance.

Gilles BOULEAU
Il ne vous est pas imputable, mais c'est un fait.

Emmanuel MACRON
Non, mais ce chemin, quand on parle de la défiance démocratique qu'il y a dans notre pays, c'est ça. Et quel que soit votre couleur de peau, c'est ça. Et je veux avec beaucoup plus de force m'attaquer à cela. Donc oui, on va le continuer sur l'école, donc parler du contrôle au faciès. C’est dédié au Premier ministre et au ministre de l'Intérieur. Ça fait trop longtemps qu'on parle de cela. Nous allons tout reprendre et généraliser avant la fin du quinquennat, toutes les caméras piétons qui permettent sur ces sujets comme sur celui ensuite des modes opératoires, de rétablir la confiance entre la population et la police.

Léa SALAMÉ
Donc, il y aura des caméras partout ?

Emmanuel MACRON
Des caméras qui sont justement portées dans chaque brigade qui intervient et qui permettent de retracer la vérité des faits et qui permettent de protéger et de rétablir cette confiance. Le Gouvernement y reviendra, mais c'est pour moi un élément essentiel de ce patriotisme républicain auquel je crois. Et donc, oui, notre 5ème République traverse des doutes, des crises. Est-ce que je cède à la fatalité ? Non. Je pense que nous avons devant nous, des mois qui seront durs. Moi, je ferai tout pour protéger les Françaises et les Français, mais nous avons des défis qu’il nous appartient de relever. Et ça dépend de chacune et chacun d'entre nous, ça ne dépend pas que du Gouvernement, ça dépend de toutes les Françaises et de tous les Français. J'essaierai de conduire ce chemin, celui qui consiste à ce que chaque Français, chaque Française puisse trouver, choisir sa vie dignement dans la République et que nous rebâtissons à nouveau une Nation de citoyens forte, c’est mon seul objectif.

Gilles BOULEAU
Merci. Merci, monsieur le Président, d'avoir répondu à nos questions. Merci beaucoup Léa.

Léa SALAMÉ
Merci Gilles. Merci monsieur le Président.

Emmanuel MACRON
Merci à vous et bon 14 juillet à vous et à tous nos compatriotes.

Gilles BOULEAU
Très bon 14 juillet à tous. Merci beaucoup.

Emmanuel Macron, à Paris le 14 juillet 2020, interviewé par Léa Salamé et Gilles Bouleau


Source : www.elysee.fr/

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200714-interview-macron.html

 

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30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 03:44

« Alors lorsque nous nous sommes vus en janvier, je vous avais dit : toutes les propositions qui seront abouties et précises seront transmises sans filtre soit au gouvernement pour ce qui relève du domaine réglementaire, soit pour ce qui relève de la loi, au Parlement, ou directement au peuple français. Et donc notre échange d’aujourd’hui n’est pas un grand discours sur des principes abstraits, c’est la réponse à laquelle je m’étais engagé et le lancement d’un nouveau processus. Et je vous confirme ce matin que j’irai au bout de ce contrat moral qui nous lie en transmettant effectivement la totalité de vos propositions à l’exception de trois d’entre elles, les trois jokers dont nous avions parlé en janvier, sur 149. » (Emmanuel Macron, le 29 juin 2020).



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Une fois les élections municipales passées, et on les a senties passer, avec ces conquêtes des écologistes dans les grandes métropoles françaises, le Président de la République Emmanuel Macron a reçu dans le parc de l’Élysée ce lundi 29 juin 2020 la Convention citoyenne pour le climat qu’il avait mise en place par tirage au sort à la suite des gilets jaunes (on peut lire son discours ici). Un "bon" moyen de transformer une défaite électorale en succès gouvernemental ?

En fait, c’est toute la politique nationale qui est réorientée depuis la crise sanitaire. Tout devait être différent… mais en fait, rien ne change. J’ai souvent entendu Emmanuel Macron parler de "lancement d’un nouveau processus" mais j’ai rarement vu son aboutissement (peut-être tant mieux).

Par exemple, qui se rappelle qu’Emmanuel Macron a prononcé un grand discours sur sa vision de la transition écologique le 27 novembre 2018, à la suite des premiers soubresauts des gilets jaunes ? Il avait alors tenu un discours raisonnable et cohérent et mit 8 milliards d’euros. Ce 29 juin 2020, Emmanuel Macron a mis 15 milliards d’euros (en plus ? en tout ?) mais a semble-t-il complètement oublié son discours du 27 novembre 2018.

Pour lui, c’est une expérience heureuse de faire travailler 150 citoyens tirés au sort supposés être représentatifs de la population française. Oui, ces citoyens ont beaucoup travaillé avec ardeur et sincérité, mais que représentent-ils vraiment face aux centaines d’experts qui les ont "à peine" aiguillés ? Comme je l’ai déjà écrit, comment peut-on être représentatif de la population française avec seulement 150 personnes alors que le moindre sondage nécessite au moins un échantillon de 1 000 personnes ?

Tiens, un exemple simple : la suppression des vols aériens des lignes intérieures. À première vue, avec le TGV qui arrive au centre-ville, cela peut paraître une bonne mesure. La Convention citoyenne avait mis comme limite une absence de solution ferroviaire de moins de 4 heures. Emmanuel Macron a bougé le curseur jusqu’à 2 heures 30 (c’est déjà un peu mieux). Mais dans tous les cas, c’est oublier complètement le modèle économique des aéroports régionaux. Je donne un exemple au hasard : la ligne Louvigny-Paris (Louvigny est l’aéroport de Lorraine situé entre Nancy et Metz) serait donc supprimée à cause du TGV Est, mais pas la ligne (par exemple) Louvigny-Nice, par exemple (qui a aussi son équivalent TGV). Mais on sait bien que dans les villes de province, ce sont les liaisons avec Paris qui sont les plus nombreuses et aussi les plus rentables. Ne limiter l’activité des aéroports régionaux qu’à des liaisons peu fréquentées, c’est assurément tuer économiquement ces aéroports. Il ne m’a pas semblé que cette viabilité économique ait été prise en compte.

Cette évolution de la démocratie m’inquiète car le fait de transmettre "sans filtre" des propositions émanant d’une assemblée certes honorable mais qui n’a aucune légitimité, j’insiste sur l’absence totale de légitimité, montre une absence totale de vision présidentielle du sujet (ici la transition écologique).

Ce serait un gouvernement des sondages : dites-moi ce que vous voulez, je le soumets aux parlementaires (on reste quand même dans une structure parlementaire), et on choisit, on pioche, on peut même faire des référendums multiquestions comme pour déterminer les options de sa prochaine voiture. Où est la politique ? La politique, c’est prendre des risques, c’est avoir une vision cohérente, c’est guider la nation et éventuellement, cela peut aussi se planter (personne n’a la science infuse), mais ce n’est pas se laisser faire par la "démocratie participative" qui n’a rien d’une démocratie (150 personnes sur une population de 67 millions d’habitants, avec un tirage au sort forcément biaisé, même supervisé par des huissiers de justice !).

Si j’avais voulu un "gouvernement d’assemblées citoyennes" (à une autre époque dans un autre pays, on appelait cela des "soviets" !), j’aurais voté pour Jean-Luc Mélenchon en 2017, voire pour Ségolène Royal en 2007. Ce n’a pas été le cas et, fort heureusement, non plus pour une majorité de mes compatriotes. Pourquoi alors faire le programme d’un candidat qui a perdu à la dernière élection présidentielle ? À quoi rime ce suivisme ?

Ah, j’imagine bien que la forte vague écologiste aux municipales y est aussi pour quelque chose même si je veux bien croire que les deux événements sont indépendants. Disons que l’un renforce l’autre. Je l’ai écrit à propos des municipales, par électoralisme, François Mitterrand avait "verdi" sa politique en mars 1992 à la suite d’une montée écologiste lors des élections régionales. L’objectif était électoral, et cela n’a pas empêché l’année suivante, aux élections législatives de mars 1993, un désastre électoral pour son parti.

C’est une erreur de suivre à la lettre les propositions de cette Convention citoyenne fortement teintée d’une idéologie gaucho-décroissante. On taxe, on oblige, on interdit, on contraint. C’est le principe d’une écologie punitive, celle qui a justement fait sortir sur les ronds-points la France des gilets jaunes.

Est-ce une vision politique ? Assurément non, sauf si, je n’ose l’imaginer, ce n’était qu’une vaste manipulation pour prendre des décisions impopulaires sans vouloir en assumer la responsabilité ou la paternité ? C’est une erreur de vouloir légiférer hors de toute structure parlementaire. Il y a une véritable dérive démocratique.

Qu’en est-il des réformes en cours d’avant la crise sanitaire ? On avait dit que tout serait différent, que rien ne serait comme avant, et les désillusions vont arriver.

C’est vrai que la situation budgétaire est différente de la situation du début de l’année. Une crise sans précédent (j’ai lu que pour retrouver une telle situation hors période de guerre, il faut remonter à …1848 !), un chômage terrible, et surtout, des finances publiques en déshérence. Attention, je ne critique pas l’injection de centaines de milliards d’euros dans l’économie française : au contraire, j’ai déjà eu l’occasion de saluer la grande réactivité du gouvernement et aussi son côté très singulier.

Car Emmanuel Macron est sans arrêt "accusé" (comme si c’était un crime) d’être un libéral alors qu’il a fait de la France un pays communiste, puisque c’est l’État qui a financé 18 millions de salariés du privé en chômage partiel. C’était une mesure très forte, que j’approuve mais qui est typiquement le contraire du libéralisme (je rappelle que le libéralisme est inversement proportionnel à l’intervention de l’État). Pour une situation exceptionnelle, il fallait cette aide de l’État. Et je rappelle aussi que la plupart des mesures qu’il a approuvées de la Convention citoyenne pour le climat sont antilibérales en ce sens qu’elles taxent, obligent, interdisent, réglementent encore plus qu’auparavant.

Mais justement, l’état des dépenses publiques est tellement catastrophique que, paradoxalement, on n’est plus à un ou deux milliards d’euros près. Ou à dix ou vingt milliards d’euros près ! On a dit il y a quelques semaines qu’Emmanuel Macron restait toujours partisan de faire aboutir sa vaste réforme des retraites. Politiquement, je pense que cette idée est complètement absurde car la situation de crise actuelle nécessite au contraire d’enterrer tous les sujets de discorde nationale, de clivage extrême. La réforme des retraites en est un. Et l’argument financier n’a plus d’efficacité : il manque 30 milliards d’euros pour financer les retraites ? On n’a qu’à les budgétiser et basta ! Puisqu’on l’a déjà fait pour des centaines de milliards en réponse à la crise économique.

Et contrairement à ce qu’Emmanuel Macron peut croire, les "mesures citoyennes" (je vais les appeler comme cela) pour le climat sont loin d’être consensuelles. Les gens vont en avoir ras-le-bol de ne plus pouvoir se déplacer, de plus pouvoir aller au centre-ville, de devoir payer des milliers d’euros pour mettre aux normes d’isolation thermique leur appartement, et évidemment, ils n’auront pas (beaucoup) d’aide car ils seront considérés comme trop riches. C’est n’est pas anodin qu’il ait supprimé la limitation à 110 kilomètres par heure sur les autoroutes, car la mesure était trop grosse pour qu’elle puisse passer.

De la même manière, en raison de la forte augmentation du chômage, la réforme de l’assurance-chômage n’a pas été appliquée et a été repoussée. Mais jusqu’à quand ? Il est essentiel de communiquer sur ces questions très anxiogènes. Comment le Président de la République peut-il vouloir tourner la page et commencer une nouvelle phase s’il reste encore des anciennes réformes fortement contestées à repasser ?

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Parmi les autres réformes qui sont loin d’être consensuelles, il y en a une où au moins c’est clair : le projet de PMA pour toutes va passer en force cet été. Oui, poussée par son aile gauche, la majorité présidentielle a imposé la rapide adoption de cette mesure symbolique. C’est vérifiable, ce 29 juin 2020, on peut lire sur l’agenda des députés que le projet de loi bioéthique sera en discussion à partir du lundi 6 juillet 2020. Comme la situation est exceptionnelle, l’agenda pourrait toujours être bousculé, mais il y a une évidente volonté de passage en force pendant que les Français partent en vacances.

Ce qui m’inquiète, c’est moins la PMA que les mesures qui n’ont rien à y voir et qui sont contenues également dans le projet de loi qui a été fortement retoqué par les sénateurs (mais pas forcément dans le bon sens pour les mesures hors PMA) : en effet, le sujet est techniquement complexe et peu médiatique, mais il s’agit tout simple de savoir si l’être humain est un "bien meuble" susceptible d’être un matériau d’expérimentation ou pas.

J’ai écrit "bien meuble" par provocation pour faire référence au Code noir qui organisait l’esclavage (j’y reviendrai très prochainement). Il y a plus de dignité humaine à contester la mesure qui permet d’utiliser des embryons humains, c’est-à-dire des personnes en devenir, comme matériaux d’expérimentation (complètement dépassés sur le plan scientifique depuis 2012), qu’à vouloir vandaliser les statues de personnages morts depuis plusieurs siècles et qui n’influencent plus la vie sociale actuelle depuis des lustres.

Je pense qu’Emmanuel Macron aurait tort de vouloir s’accrocher à des réformes de discorde nationale. Il devrait mettre toutes les forces politiques sur l’unique mission de retrouver une souveraineté économique : réindustrialiser la France, multiplier les emplois et colmater les brèches financières de la crise post-covid-19. Pour cela, il faut une France unie. Avec la PMA, avec les mesures de transition écologique, avec peut-être le retour de la réforme des retraites, c’est une France éclatée vers laquelle nous marchons…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours du Président Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat le 29 juin 2020 à l’Élysée (texte intégral).
Après-covid-19 : écologie citoyenne, retraites, PMA, assurance-chômage ?
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
Retraites : Discours de la non-méthode.
La réforme de l’assurance-chômage.
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200629-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/apres-covid-19-ecologie-citoyenne-225465

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/06/29/38401651.html



 

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15 juin 2020 1 15 /06 /juin /2020 03:45

« Le 16 mars, nous avons fait le choix humaniste de placer la santé au-dessus de l’économie en vous demandant de rester chez vous. Vous avez alors fait preuve d’un sens des responsabilités admirable. Et grâce à l’engagement exceptionnel de nos soignants et de toutes les équipes, l’ensemble des malades qui en avaient besoin ont pu être pris en charge à l’hôpital ou dans la médecine de ville. » (Emmanuel Macron, le 14 juin 2020).



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Il a fallu attendre deux mois avant d’avoir la parole présidentielle, c’était un peu long en pleine crise sanitaire. Le Président de la République Emmanuel Macron s’est adressé à la nation ce dimanche 14 juin 2020 à 20 heures au cours d’une allocution télévisée (qu’on peut lire ou regarder dans son intégralité ici).

Comme prévu, toutes les oppositions lui sont tombées dessus en réaction. Dans les premières réactions, il apparaîtrait que seuls, les restaurateurs et les hôteliers l’ont applaudi !

Il était temps qu’il parle, car en deux mois, il s’est passé beaucoup de choses en France et dans le monde. Nous sommes heureusement arrivés plutôt à contrôler l’épidémie en France, et à prendre des mesures de déconfinement depuis le 11 mai 2020, enfin, la crise économique et les soubresauts des ligues antiracistes ont monopolisé l’actualité des dernières semaines dans un pays à la cohésion sociale fragile. Cela faisait ainsi une allocution de vingt minutes assez bien structurée en quatre parties : la crise sanitaire, la crise économique, la lutte contre le racisme et les coups portés aux valeurs républicaines par le communautarisme (Emmanuel Macron appelle ce phénomène "les séparatistes") et enfin, l’avenir, et les projets qu’il compte soumettre aux Français d’ici au 14 juillet 2020.


1. La crise sanitaire et le déconfinement

Emmanuel Macron a pris le beau rôle : il a annoncé une accélération du déconfinement avec un retour à la normale dès le lendemain, le 15 juin 2020 dans de nombreux domaines : (à l’exception de la Guyane et de Mayotte), « tout le territoire donc passera dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler la "zone verte", ce qui permettra notamment une reprise plus forte du travail, et la réouverture des cafés et restaurants en Île-de-France. Dès demain, il sera à nouveau possible de se déplacer entre les pays européens. ».

Le 22 juin 2020, retour obligatoire de tous les élèves des écoles et des collèges, pour les deux dernières semaines de cours avant l’été. Le 28 juin 2020, confirmation du second tour des élections municipales. Autorisation des visites dans les EHPAD. Bref : « Nous allons donc pouvoir retrouver le plaisir d’être ensemble, de reprendre pleinement le travail mais aussi de nous divertir, de nous cultiver. Nous allons retrouver pour partie notre art de vivre, notre goût de la liberté. En somme, nous allons retrouver pleinement la France. » (on se souvient qu’au moment des attentats du 13 novembre 2015, passer une soirée douce à la terrasse d’un restaurant parisien était devenu l’un des symboles de l’art de vivre français). Avec cependant une limitation : « Il faudra continuer d’éviter au maximum les rassemblements car nous savons qu’ils sont les principales occasions de propagation du virus : ils resteront donc très encadrés. ».

Seul flou dans les annonces : « À partir du 1er juillet, nous pourrons nous rendre dans les États hors d’Europe où l’épidémie sera maîtrisée. ». En oubliant de préciser : à condition que ces États acceptent des ressortissants européens ou français !

Emmanuel Macron a donc repris le beau rôle face à son Premier Ministre Édouard Philippe qu’il n’a pas cité et qu’il n’a pas félicité, si ce n’est de manière très impersonnelle : « Si nous pouvons rouvrir le pays, c’est parce qu’à chaque étape de l’épidémie, chacun a pris sa part. Le Premier Ministre et le gouvernement ont travaillé d’arrache-pied, le Parlement s’est réuni, l’État a tenu, les élus de terrain se sont engagés. ». La raison de la réussite du déconfinement, c’est-à-dire, de l’absence de deuxième vague : « Nous avons collectivement et méthodiquement préparé ce qu’on a appelé le déconfinement. Là encore, tout le monde a travaillé d’arrache-pied, nous avons surmonté les craintes, les angoisses. Et vous êtes ressortis à nouveau et avez repris le travail. Nous avons bien fait. Nos usines, nos commerces, nos entreprises ont pu redémarrer. ».

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Le Président a en effet savouré sa décision du 13 avril 2020 de déconfiner à partir du 11 mai 2020, qui avait été très critiquée : « Je sais que beaucoup alors le déconseillaient, il n’y avait pas de consensus. », histoire de rappeler qu’il a eu raison de prendre le risque de déconfiner dès le 11 mai 2020, on lui reprochait alors d’aller trop vite, maintenant, on lui reprocherait d’aller trop lentement.

Le gouvernement, ces derniers jours, était resté sourd aux injonctions du professeur Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique, pour accélérer le déconfinement. Emmanuel Macron, en revanche, y répond favorablement.

S’il a évoqué le personnel soignant, Emmanuel Macron n’a pas évoqué le dévouement ni des enseignants ni des forces de l’ordre ; ces deux corps ayant été vivement critiquées ces dernières semaines s’attendaient à recevoir un soutien de l’Élysée. Emmanuel Macron a en revanche eu une pensée pour toutes les victimes du covid-19 ainsi que leurs familles en deuil : « Je veux ce soir penser avec émotion à nos morts, à leurs familles, dont le deuil a été rendu plus cruel encore en raison des contraintes de cette période. ». Il faudrait imaginer une manière d’honorer ces victimes.

Ce que critiquent les oppositions en réaction à cette allocution, c’est en particulier ce passage qui pourrait s’apparenter à de l’autosatisfaction présidentielle : « Nous n’avons pas à rougir, mes chers compatriotes, de notre bilan. Des dizaines de milliers de vies ont été sauvées par nos choix, par nos actions. Nous avons su doubler en quelques jours nos capacités de réanimation, organiser les transports de centaines de patients entre régions et avec les pays voisins, approvisionner les commerces, réorienter notre production industrielle, inventer des solidarités nouvelles. La période a montré que nous avions du ressort, de la ressource. Que, face à un virus qui nous a frappés plus tôt et plus fort que beaucoup d’autres, nous étions capables d’être inventifs, réactifs, solides. Nous pouvons être fiers de ce qui a été fait et de notre pays. ».

On aura beau critiquer ce passage, l’histoire en confirmera sa pertinence. Oui, il y a de quoi être fier de la France. La situation était difficile dans tous les États, que ce soit pour la fourniture de masques et d’autres équipements de protection, ou pour la capacité à faire massivement des tests virologiques dont nous avions aucun stock puisque le virus n’était pas connu. Seuls, les États de grande industrie, notamment Chine, Allemagne, États-Unis, Russie, etc., pouvaient assurer cette capacité en un temps court. Il suffit de regarder les autres États européens, à l’exception de l’Allemagne (j’y reviendrai), pour voir que la France n’a pas démérité dans la gestion de la crise. En Grande-Bretagne, en Italie, en Espagne, on manquait de lits pour accueillir les patients à l’hôpital, pas en France.

D’ailleurs, très lucide, Emmanuel Macron n’a pas caché la face obscure de cette gestion de crise, que les oppositions ont dû oublier d’entendre : « Cette épreuve a aussi révélé des failles, des fragilités : notre dépendance à d’autres continents pour nous procurer certains produits, nos lourdeurs d’organisation, nos inégalités sociales et territoriales. Je veux que nous tirions toutes les leçons de ce que nous avons vécu et avec vous comprendre ce que nous avons mieux réussi ou moins bien réussi que nos voisins. Nos forces, nous les conforterons, nos faiblesses, nous les corrigerons vite et fort. ». Il faudra en particulier mener une réflexion très lucide sur la mortalité dans les EHPAD pendant cette crise sanitaire.

Et puis, il y a une chose que je ne comprends pas de la part de personnes qui prétendent être des patriotes et qui crachent matin, midi et soir sur leur pays que, visiblement, ils détestent pour autant le fustiger. Un vrai patriote est fier de son pays et si le pays est dans les difficultés, il l’aide, il propose activement une aide constructive, il ne reste pas dans la posture négativiste d’enfoncer un pays qu’ils devraient soutenir. Il n’y a qu’en France qu’on trouve ces pseudo-patriotes antifrançais : ni en Allemagne, ni aux États-Unis, et je ne parle même pas de la Russie, de la Chine, on ne trouve des ressortissants de ces pays à casser systématiquement leur patrie. Il n’y a qu’en France, et pourtant, la France n’a pas démérité dans cette crise. Les enquêtes le prouveront (et j’y reviendrai plus précisément).


2. Le "service après-vente" et la crise économique

Autre sujet de fierté, l’accompagnement économique du confinement. La France est le pays qui a apporté le plus d’aide de soutien aux activités économiques, en particulier en finançant le chômage partiel d’une dizaine de millions de salariés, en proposant des prêts aux entreprises, etc. C’est un fait exceptionnel, unique dans le monde dans cette ampleur. Au point que les syndicats étaient bien en peine de critiquer le gouvernement, si ce n’est lorsqu’il a décidé de suspendre les aides après deux ou trois mois.

Le chef de l’État a rappelé son expression du 16 mars 2020 : "Quoi qu’il en coûte" (avec une grosse faute d’orthographe dans la transcription sur le site de l’Élysée !) : « Au total, nous avons mobilisé près de 500 milliards d’euros pour notre économie, pour les travailleurs, pour les entrepreneurs, mais aussi pour les plus précaires. C’est inédit. Et je veux ce soir que vous le mesuriez aussi pleinement. Dans combien de pays tout cela a-t-il été fait ? C’est une chance et cela montre la force de notre État et de notre modèle social. ». Que les gauchistes en finissent de dire qu’Emmanuel Macron est le représentant du libéralisme ! De toute l’histoire de la France des deux derniers siècles, il n’y a pas eu plus d’intervention de l’État dans l’économie nationale que maintenant ! Et c’est tant mieux, car la situation en a besoin : « Ces dépenses se justifiaient, et se justifient en raison des circonstances exceptionnelles. ».

Le maître mot des deux prochaines années du quinquennat est l’indépendance : « Retrouver notre indépendance pour vivre heureux et vivre mieux. (…) Notre première priorité est donc d‘abord de reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire. ». Cela ressemble à un slogan électoral, peut-être celui de 2022. Cela se décline par un "pacte productif" : « Il nous faut créer de nouveaux emplois en investissant dans notre indépendance technologique, numérique, industrielle et agricole. Par la recherche, la consolidation des filières, l’attractivité et les relocalisations lorsque cela se justifie. ». Ce genre de phrase, je l’ai entendu depuis au moins vingt-cinq ans. Concrètement, que cela signifie-t-elle ?

Et pas de souveraineté nationale sans coopération européenne. L’exemple marquant par le plan de relance européenne (j’y reviendrai aussi) : « L’accord franco-allemand autour d’un endettement conjoint et d’un plan d’investissement pour redresser l’économie du continent est un tournant historique. En empruntant pour la première fois ensemble, avec la Chancelière d’Allemagne, nous proposons aux autres États européens de dire "nous" plutôt qu’une addition de "je". C’est le résultat d’un travail acharné, initié par la France, et que nous menons depuis trois ans. Ce peut être là une étape inédite de notre aventure européenne et la consolidation d’une Europe indépendante qui se donne les moyens d’affirmer son identité, sa culture, sa singularité face à la Chine, aux États-Unis et dans le désordre mondial que nous connaissons. Une Europe plus forte, plus solidaire, plus souveraine. ». Là aussi, un beau slogan en début de chapitre.


3. Les valeurs républicaines : « La République ne déboulonnera pas de statue ! »

Il vaut mieux tard que jamais. Je regrette qu’Emmanuel Macron ait tant tardé, quinze jours de retard, mais il s’est rattrapé sur le communautarisme. Évidemment qu’il faut lutter contre le racisme (« Nous serons intraitables face au racisme, à l’antisémitisme et aux discriminations. »), mais il n’a pas pu être plus clair sur le combat dangereux des ligues antiracistes qui dénaturent les valeurs républicaines : « Ce combat noble est dévoyé lorsqu’il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé. Ce combat est inacceptable lorsqu’ils est récupéré par les séparatistes. ».

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Non seulement Emmanuel Macron a raison de mettre en garde contre les "séparatistes", mais il a enfoncé les clous en disant : pas question de déboulonner nos statues, en particulier Colbert ! Honte à l’ancien Premier Ministre Jean-Marc Ayrault qui veut débaptiser les salles Colbert à l’Assemblée Nationale (j’y suis déjà allé) et à Bercy. Honte à lui de remettre en cause notre histoire commune et d’être stupidement à la remorque des extrémistes du communautarisme !


4. Le mystérieux projet d’avenir

Emmanuel Macron a terminé son allocution en évoquant un projet qu’il présenterait avant la fête nationale, dans un mois. Il a insisté sur le fait qu’il consulterait les « Présidents des deux chambres parlementaires et du Conseil Économique, Social et Environnemental » pour « proposer quelques priorités susceptibles de rassembler le plus grand nombre ». Insistons, car ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron associe le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) au Parlement, que le CESE n’est pas une assemblée parlementaire et n’a aucune légitimité populaire.

L’objectif est le suivant : « Il me reviendra avec vous de bâtir de nouveaux équilibres dans les pouvoirs et les responsabilités. (…) J’en ai la conviction profonde : l’organisation de l’État et de notre action doit profondément changer. (…) Face à l’épidémie, les citoyens, les entreprises, les syndicats, les associations, les collectivités locales, les agents de l’État dans les territoires ont su faire preuve d’ingéniosité, d’efficacité, de solidarité. Faisons-leur davantage confiance. Libérons la créativité et l’énergie du terrain. ».

Comment cette idée va-t-elle se traduire concrètement ? Mystère et boule de gomme ! S’il s’agit d’une simplification administrative, ou plus généralement d’une réforme administrative, cela fait plus d’un quart de siècle que les gouvernements successifs se sont cassé le nez à vouloir simplifier, le résultat fut d’ailleurs souvent une complexification supplémentaire. Pourtant, oui, il y a des améliorations à imaginer, pour éviter ce qu’il appelait des "lourdeurs d’organisation".

En revanche, s’il s’agit de ressortir sa réforme des institutions que je croyais heureusement enterrrée, qu’Emmanuel Macron se méfie, je doute que Gérard Larcher (le Président du Sénat) se laisserait intimider par un Président de la République qui a montré que dans ce domaine, il n’était pas un spécialiste très pertinent…


« Je m’adresserai à vous en juillet pour préciser ce nouveau chemin. »

Globalement, j’ai donc apprécié la tonalité de cette allocution dont l’objctif est de mettre du sens et des perspectives à l’action gouvernementale. Elle vient certes très tard, surtout sur les manifestations contre les violences policières. Elle a été incomplète, j’aurais préféré un remerciement plus audible et un hommage appuyé aux enseignants lâchés seuls dans la nature du télétravail, et aux forces de l’ordre fustigées dans leur globalité par des groupuscules qui ont monopolisé le débat public, mais le principal a été dit tant sur les valeurs de la République que sur la fierté à vivre en France même en pleine crise sanitaire et sur l’importance de la coopération européenne dans la volonté d’être souverain.

Contrairement à son prédécesseur direct, Emmanuel Macron cherche toujours à s’inscrire dans une perspective historique, c’est ce qui fait sa force : « Pour relever [les défis historiques], n’oublions jamais nos forces : notre histoire, notre jeunesse, notre sens du travail et de l’engagement, notre volonté de justice, notre capacité de créer pour dire et changer le monde, notre bienveillance. ».

Qu’importent les réactions hostiles des oppositions incapables de proposer mieux que celui qu’elles critiquent. Qu’importent même le risque d’impopularité, sans audace, sans choix, pas de mécontents mais pas de contents non plus. Que reste-t-il des gouvernements populaires ? Ceux de Lionel Jospin et Édouard Balladur ? Plus grand-chose au regard de l’histoire. C’est par des choix courageux et audacieux que l’on marque son histoire et qu’on fait avancer son pays. Nécessairement, cela provoque des mécontentements, soit par postures politiciennes, soit par courtes vues idéologiques. Après tout, De Gaulle l’a expérimenté dans une situation bien plus grave qu’aujourd’hui, puisque l’existence même de la France était en jeu…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 juin 2020)
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Pour aller plus loin :
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Allocution du Président Emmanuel Macron le 14 juin 2020 à la télévision (texte intégral).
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Coronavirus : bravo au gouvernement français pour sa réactivité économique et sociale !
Allocution du Président Emmanuel Macron le 13 avril 2020 à la télévision (texte intégral).
Emmanuel Macron : plus humain et plus humble.
Confinement 2.0.
Le coronavirus Covid-19 expliqué aux enfants (plaquette à télécharger).
Allocution du Président Emmanuel Macron le 16 mars 2020 à la télévision (texte intégral).
Allocution du Président Emmanuel Macron le 12 mars 2020 au Palais de l’Élysée (texte intégral).
Les institutions à l’épreuve du coronavirus Covid-19.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
La 5e Conférence nationale du handicap le 11 février 2020 à Paris.
Emmanuel Macron et la France de 2020 en effervescence.

_yartiMacron2020061404



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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-vrais-patriotes-francais-sont-225152

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7 juin 2020 7 07 /06 /juin /2020 03:38

« Je vous comprends, c’est vrai, d’être tentés de voter contre la crise. Et d’ailleurs, si c’était si simple et si on pouvait s’en débarrasser par un vote, pourquoi ne pas le faire ? Malheureusement, il n’est pas plus efficace de voter contre la crise que de voter contre la maladie. La crise se moque des bulletins de vote. La crise est comme l’épidémie, elle nous vient du dehors. Si nous voulons la guérir, il faut bien choisir le médecin. Et si nous pensons nous en débarrasser par la facilité, l’économie se vengera, et elle se vengera sur vous. » (Valéry Giscard d’Estaing, le 27 janvier 1978 à Verdun-sur-le-Doubs).



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Quand on relit ce discours d’il y a plus de quarante-deux ans, quelques semaines avant des élections législatives très serrées, d’un des premiers de la classe de la France d’avant-hier, on se surprend à y voir quelques clefs d’actualité. On ne peut pas voter contre la maladie, on ne peut pas voter contre la crise. Il était très rigoureux dans le choix des mots et quand il disait : « L’application d’un programme collectiviste aggraverait la coupure de la France, en déclenchant de profondes divisions et en suscitant de rancunes durables », on a presque l’impression qu’il utilisait le mot "application" dans le sens moderne du terme, application de smartphone (StopProgrammeCommun).

Ce fort en thème, Valéry Giscard d’Estaing, aurait été consulté par son lointain successeur Emmanuel Macron sur la suite à donner à son quinquennat à l’issue de la grave crise sanitaire qui a bouleversé la planète entière. Il semblerait que Valéry Giscard d’Estaing (94 ans) colle au mimétisme politique du sage Antoine Pinay jusque dans ces consultations discrètes. Nicolas Sarkozy aurait aussi été consulté et ne se serait pas privé de lui donner quelques conseils et même quelques retours d’expérience comme celui-ci : « Quand tu nommes ton Premier Ministre, il te déteste au bout de six mois. Si tu le vires, il te déteste encore plus. Et le nouveau te déteste au bout de six mois aussi ! ».

C’était une indiscrétion publiée dans l’article de Nathalie Schuck dans "Le Point" le 15 mai 2020 qui a aussi cité un proche de l’Élysée qui aurait dit : « Le Président est décidé à se séparer d’Édouard Philippe, et ça se passera très bien. Il vise la première quinzaine de juillet, de façon à avoir le nouveau Premier Ministre à ses côtés à la tribune du défilé du 14 juillet, avant un grand discours au Congrès. ». Il m’avait semblé que le défilé était justement annulé pour cause de crise sanitaire.

Se séparer du Premier Ministre Édouard Philippe entre le 28 juin 2020 (second tour les élections municipales) et le 14 juillet 2020, serait ainsi "acté", afin d’amorcer son "acte III" du quinquennat, le dernier. C’est un vocabulaire très "journaliste", comme le mot "séquence" (à l’évidence, on a quitté la séquence du conoravirus et on est à la séquence terrasses et vacances afin d’encourager la consommation).

L’idée de changer de Premier Ministre est tellement dans les esprits depuis plusieurs semaines que l’information selon laquelle la cote de popularité d’Édouard Philippe grimpe alors que celle d’Emmanuel Macron stagne serait une raison supplémentaire pour changer le locataire de Matignon. Je dirais précisément l’inverse, que ce serait justement une raison pour le garder.

Je ne sais pas qui, des journalistes "au courant" ou des conseillers à l’Élysée (prêts à tester, à sonder des hypothèses), sont à l’origine de cette idée, mais elle me paraît très loufoque et peu caractéristique d’un sens politique. Au contraire, le fait d’avoir un Premier Ministre populaire est un atout exceptionnel dans la situation actuelle, de crise économique profonde et de dépassement massif des objectifs budgétaires, de crise sociale, etc. Et pour ainsi dire, c’est même son seul atout.

En effet, le problème d’Emmanuel Macron est d’avoir eu derrière lui trop peu de poids lourds politiques et trop de "société civile" (comme on dit). En situation normale et calme, cela aurait pu "tenir", mais en période de tempête voire de crise grave, cela ne pouvait pas tenir. On l’a vu pour la crise des gilets jaunes, on le voit encore pour la crise sanitaire : seuls, les ministres politiques ont tenu la route. Ainsi, au-delà d’Édouard Philippe, pour la crise sanitaire actuelle, Olivier Véran, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Marc Fesneau, et même Christophe Castaner ont tenu la route. En revanche, c’était beaucoup moins le cas avec Florence Parly (la gestion du "Charles-De Gaulle"), Nicole Belloubet, Élisabeth Borne, etc.

Il peut y avoir une secrète jalousie d’être tiré dans les sondages par un Premier Ministre populaire mais en fait, pour le Président de la République, c’est plutôt une grande chance, car cela lui permet de proposer un plan de relance et de reconstruction plus crédible et plus apprécié. Ce n’est pas nouveau que le Premier Ministre soit plus populaire que le Président de la République. Et c’est normal quand on considère que le chef de l’État est le seul responsable devant les Français (hors cohabitation). Ainsi, Manuel Valls avec François Hollande, François Fillon avec Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin avec Jacques Chirac, Michel Rocard et Laurent Fabius avec François Mitterrand

En vérité, renvoyer Édouard Philippe serait une grande injustice pour lui qui a géré avec dynamisme et sérieux la crise sanitaire et économique. Il a fallu penser à toute la vie sociale et économique du pays pour faire le confinement, puis, plus dur, le déconfinement, accompagner par des mesures économiques et sociales pour éviter que des pans entiers de la société ne s’effondre. Par exemple, la prise en charge du chômage partiel est absolument unique au monde et a fait, provisoirement, de la France le premier employeur au monde, on est loin du supposé libéralisme ! Sur tous les fronts, Édouard Philippe est présent et déjà que la fonction de Premier Ministre était épuisante en période ordinaire, elle doit être, en ce moment, archihyperépuisante. On doute qu’une personnalité, aussi valable que Jean-Yves Le Drian, à son âge, ait pu agir avec une même efficacité pendant cette crise et, dans un futur proche, dans un plan de relance qui sera également difficile à négocier. L’hypothèse Le Drian donnerait une ambiance de fin de règne comme ce fut le cas avec la nomination de Maurice Couve de Murville à Matignon en juillet 1968.

Certes, il n’y a jamais eu de justice pour le Premier Ministre sous la Cinquième République, emploi particulièrement éphémère (au statut d’intermittent du spectacle !). Georges Pompidou, à l’origine de la grande victoire gaulliste aux élections législatives de juin 1968, a été remercié quelques jours plus tard. Jacques Chaban-Delmas également alors qu’il venait de recueillir la confiance des députés. Michel Rocard, au sommet de sa popularité, a été également renvoyé comme un vulgaire domestique.

Le problème de l’Élysée, c’est qu’il y a peu de remplaçants vraiment crédibles qui serviraient ce fameux troisième acte du quinquennat. Bien sûr, le premier auquel on pense est Bruno Le Maire qui a beaucoup bossé pour rendre le confinement le plus économiquement viable possible. Mais ce serait faire entrer le loup dans la bergerie, un peu comme nommer Manuel Valls en avril 2014, ce qui a abouti à l’incapacité du Président à se représenter une nouvelle fois. Ce précédent doit évident servir de leçon. Faut-il mettre à Matignon un homme qui ne pense qu’à être candidat à l’élection présidentielle depuis dix ans ?

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Édouard Philippe a l’avantage de la loyauté et de l’absence d’ambition présidentielle, un peu comme Jean-Pierre Raffarin. C’est vrai, les ambitions présidentielles naissent beaucoup à Matignon (Georges Pompidou, Pierre Messmer, Raymond Barre, Édouard Balladur), mais qui, des Premiers Ministres ou anciens Premiers Ministres, ont été élus Présidents ? À part Georges Pompidou (la succession de De Gaulle était exceptionnelle) et Jacques Chirac (animal politique fait pour être candidat), personne, tous les autres ont échoué. Bruno Le Maire existait politiquement avant Emmanuel Macron, la preuve, c’était qu’il était même candidat à la candidature à l’élection présidentielle, tandis qu’Édouard Philippe, bien que présent dans la vie politique depuis une vingtaine d’années, n’a été connu du grand public et donc, n’existe politiquement que par la grâce d’Emmanuel Macron. Cela donne un lien plus fort de loyauté.

Ce serait une erreur de se débarrasser d’Édouard Philippe car il est l’homme idéal pour gérer la crise sociale grave qui va probablement arriver à la rentrée 2020. Au-delà de son intelligence vive et de sa combativité, il a la rigueur de choisir ses mots avec beaucoup de précaution pour éviter toute polémique inutile. Son expérience confortée par sa popularité en fait un homme incontournable pour Emmanuel Macron.

Le plus amusant, c’est évidemment la publication, par l’hebdomadaire "Marianne", le 5 juin 2020, d’une note confidentielle de Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l’Assemblée Nationale. On savait que Gilles Le Gendre n’était pas un grand politique, mais on peut s’étonner quand même d’une si grande naïveté, ne serait-ce que d’avoir couché par écrit des réflexions qui n’auraient jamais dû être que prononcer entre quatre yeux un soir après le travail.

Et que dit cette note ? D’abord, il a tiré sur Édouard Philippe dont le tort serait de ne pas avoir fait son boulot de président du groupe majoritaire, à savoir, faire la discipline dans ses rangs. On se demande d’ailleurs comment Gilles Le Gendre pourrait rester à son poste, car il a écrit qu’aucun membre de son groupe n’était capable d’occuper Matignon, les députés apprécieront ! Il a prévu son issue de secours puisqu’il s’est lui-même proposé (on n’est jamais mieux servi que par soi-même) pour le Ministère des Relations avec le Parlement. Que son titulaire actuel, Marc Fesneau, qui n’a pas démérité, ne s’inquiète pas puisqu’il l’a proposé au Ministère de l’Agriculture après l’avoir évoqué comme hypothèse à Matignon au même titre que Jean-Yves Le Drian, Olivier Véran, Didier Guillaume et même Jean Rottner, médecin urgentiste qui est président du conseil régional du Grand-Est et qui était sur le pont pendant la crise du coronavirus. François Bayrou et Richard Ferrand sont aussi évoqués pour Matignon (mais pas dans cette note du chef des députés LREM), mais leur mise en examen respective les empêche de réellement concourir.

Mais la seule hypothèse vraiment soutenue par Gilles Le Genre pour succéder à Édouard Philippe est Bruno Le Maire malgré, selon lui, son manque de charisme. Apparemment, et cela n’apparaît pas dans la note du député de Paris, l’une des hypothèse pour nommer une femme à Matignon serait …Nathalie Kosciusko-Morizet, très appréciée par les députés LREM et qui a fait un petit retour en février 2020 à l’Assemblée Nationale. Il faut rappeler que NKM a été battue aux législatives de juin 2017 à Paris par un certain …Gilles Le Gendre !

Ce dernier a plus d’un tour dans son sac et même s’il ne se voit pas à Matignon, il est prêt à proposer tout un gouvernement : Manuel Valls aux Affaires étrangères, Christophe Castaner aux Armées, Jean-Yves Le Drian à l’Intérieur, Anne Pannier-Runacher au Budget, Florence Parly au Travail, Gérard Darmanin aux Affaires sociales, etc.

Ce qui est troublant et très significatif, c’est que, dans cette note, Gilles Le Gendre ne s’occupe que de politique politicienne, du choix des hommes, et rien sur le choix de la politique suivie, de l’orientation économique, sociale et fiscale du troisième acte du quinquennat. En général, on choisit les hommes après les orientations politiques. Dans tous les cas, la position de Gilles Le Gendre, déjà contestée comme président de groupe parmi les députés LREM, va être difficile à tenir tant il a envoyé de scuds à ses nombreux petits camarades de parti.

À moins, bien sûr, que cette fuite n’ait été programmée par l’Élysée pour tester les différentes options et en particulier, l’éviction d’Édouard Philippe qui pourrait avoir comme point de chute et lot de consolation "sa" mairie du Havre. Et pourtant, sa victoire au Havre est loin d’être garantie.

En effet, au soir du premier tour du 15 mars 2020, la liste menée par Édouard Philippe n’a obtenu que 43,6% des voix (en mars 2014, il avait gagné dès le premier tour avec 52,0% des voix), et s’il n’aura qu’un seul adversaire, la liste de gauche menée par le député communiste Jean-Paul Lecoq qui a eu 35,9% des voix, le Premier Ministre n’a aucune réserve de voix alors que son concurrent pourrait récupérer les électeurs de la liste écologiste menée par Alexis Deck (8,3% des voix). Les électeurs de RN (seulement 7,3%) seront peut-être les arbitres… mais comme dans toutes les grandes villes, si le taux d’abstention au second tour est nettement moindre qu’au premier tour (il était alors très élevé avec 60,4% au Havre), toutes les cartes seront redistribuées et aucune surprise ne sera à exclure…

En tout cas, se séparer d’Édouard Philippe, ce serait surtout le jeter dans une démarche de candidature à l’élection présidentielle en 2022 qui pourrait être l’option rêvée pour le courant européen, social et démocrate, bref, anti-populiste, capable de rassembler au-delà de la majorité présidentielle jusque dans les rangs de LR dont il est issu. Le 7 juin 2020, le maire LR de Troyes et ancien ministre François Baroin, présidentiable, a d’ailleurs indiqué qu’il dirait cet automne s’il comptait "y aller" ou pas, à l’élection présidentielle de 2022. Nul doute que l’automne 2020 va cristalliser le paysage de la prochaine élection présidentielle, et probablement aussi le paysage sociale de la France d’après-coronavirus.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Annonce du second tour des élections municipales pour le 28 jun 2020 (22 mai 2020).
11 mai 2020 : Stop au covid-19 ! (et traçage ?).
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le jeudi 7 mai 2020 à Matignon sur le déconfinement (texte intégral).
Déconfinement : les départements verts et les départements rouges, la confusion des médias…
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le 28 avril 2020 à l’Assemblée Nationale (texte intégral).
Le déconfinement selon Édouard Philippe.
Coronavirus : bravo au gouvernement français pour sa réactivité économique et sociale !
Vous avez dit motion de censure ?
Article 49 alinéa 3 : le coronavirus avant la réforme des retraites ?
Retraites : Discours de la non-méthode.
Les deux projets de loi (ordinaire et organique) sur la réforme des retraites publiés le 24 janvier 2020 et leur étude d’impact (à télécharger).
Avis du Conseil d’État sur la réforme des retraites publié le 24 janvier 2020 (à télécharger).
Retraites : semaine de Sisyphe !
Édouard Philippe sur les retraites : déterminé mais pas fermé.
Les détails du projet de retraite universelle par points annoncé par Édouard Philippe le 11 décembre 2019.
Discours d’Édouard Philippe le 11 décembre 2019 au CESE (texte intégral).
Discours d’Édouard Philippe le 12 septembre 2019 au CESE (texte intégral).
Édouard Philippe, vainqueur par défaut des gilets jaunes et des européennes ?
Séance de l’Assemblée Nationale du 12 juin 2019 : vote de confiance (texte intégral).
Discours de politique générale d’Édouard Philippe le 12 juin 2019 (texte intégral).
Emmanuel Macron, deux ans après.
Emmanuel Macron et l’art d’être Français.
Conférence de presse du Président Emmanuel Macron du 25 avril 2019 (vidéo et texte intégral).
Édouard Philippe, l’étoffe d’un homme d’État ?
Édouard Philippe, invité de "L’émission politique" sur France 2 le 27 septembre 2018.
Édouard Philippe, invité de "L’émission politique" sur France 2 le 28 septembre 2017.
La France conquérante d’Édouard Philippe.
Édouard Philippe, nouveau Premier Ministre.
Le premier gouvernement d’Édouard Philippe du 17 mai 2017.
Le second gouvernement d’Édouard Philippe du 21 juin 2017.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200607-edouard-philippe.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/edouard-philippe-le-grand-atout-d-224991

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/06/07/38352812.html






 

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 19:46

Le plan de déconfinement permet de se déplacer normalement sans attestation, à l'exception de deux types de déplacement : le déplacement à plus de 100 kilomètres de son domicile et le déplacement dans les transports en commun en région parisienne entre 06h30 et 09h30 et entre 16h00 et 19h00. Les voici en téléchargement.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'attestation correspondante (fichier .pdf).

Attestation de déplacement de plus de 100 kilomètres du domicile :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/11-05-2020-declaration-deplacement-fr-pdf.pdf

Attestation de déplacement professionnel en région parisienne à faire remplir par l'employeur :
https://www.prefectures-regions.gouv.fr/ile-de-france/content/download/69388/451303/file/attestation%20professionnelle-PDF_VF.pdf

Attestation de déplacement personnel en région personnel pendant les heures de pointe :
https://www.prefectures-regions.gouv.fr/ile-de-france/content/download/69382/451279/file/Auto-attestation_VF.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200511-covid-19.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200511-attestations-deplacement.html


Précisions complémentaires...


Déplacements de plus de 100 kilomètres.

À partir du 11 mai 2020, la France rentre dans une période de déconfinement progressif. Celui-ci implique une modification des restrictions de déplacement en vigueur depuis le 17 mars.

La déclaration est exigée lorsque le déplacement conduit à la fois à sortir :
- d’un périmètre défini par un cercle d’un rayon de 100 km autour du lieu de résidence (la distance de 100 km est donc calculée «à vol d’oiseau»),
- du département.

Il n'est pas nécessaire de se munir de la déclaration :
- pour les déplacements de plus de 100 km effectués au sein de son département de résidence,
- pour les déplacements en dehors du département de résidence, dans la limite de 100km.


Déplacements en transports en communs dans la région parisienne pendant les heures de pointe.

À partir du 11 mai 2020 et dans le cadre du déconfinement, une réglementation spécifique est prévue pour l’accès aux transports publics collectifs de la région Île-de-France et à leurs espaces attenants.

Compte tenu des conditions d’affluence constatées ou prévisibles aux heures de pointe, cette réglementation vise à faire respecter les mesures d’hygiène et de distanciation sociale, dites mesures barrières.

Ainsi, entre 6h30 et 9h30 et entre 16h00 et 19h00, cet accès est réservé aux personnes se déplaçant pour l’un des motifs suivants :

    1 - trajets entre le lieu de résidence et le ou les lieux d’exercice de l’activité professionnelle, et déplacements professionnels insusceptibles d’être différés;
    2 - trajets entre le lieu de résidence et l’établissement scolaire effectué par une personne qui y est scolarisée ou qui accompagne une personne scolarisée et trajets nécessaires pour se rendre à des examens ou des concours ;
    3 - déplacements pour consultations et soins spécialisés ne pouvant être assurés à distance ou à proximité du domicile ;
    4 - déplacements pour motif familial impérieux, pour l’assistance des personnes vulnérables et pour la garde d’enfants ;
    5 - déplacements résultant d’une obligation de présentation aux services de police ou de gendarmerie nationales ou à tout autre service ou professionnel, imposée par l’autorité de police administrative ou l’autorité judiciaire ;
    6 - déplacements résultant d’une convocation émanant d’une juridiction administrative ou de l’autorité judiciaire ;
    7 - déplacements aux seules fins de participer à des missions d’intérêt général sur demande de l’autorité administrative et dans les conditions qu’elle précise.

L’accès n’est pas réglementé pour les agents des exploitants des services de transports ou mandatés par lui et aux agents chargés de contrôler le respect des règles qui s’y appliquent.

Les personnes souhaitant se déplacer au cours de ces tranches horaires pour les motifs 2 à 7 ci-dessus doivent se munir d’une attestation leur permettant de justifier leur déplacement.

Cette attestation est également utilisable pour les déplacements professionnels relevant du motif 1 ci-dessus, dès lors que vous n’êtes pas salarié (statut d'auto-entrepreneur par exemple).

En revanche si vous êtes salarié, le justificatif pour les déplacements professionnels relevant du motif 1 ci-dessus doit être établie par votre employeur.

Pour les déplacements récurrents répondant aux motifs 1 et 2 (déplacements professionnels et scolaires), les attestations peuvent être définies pour la durée d’état d’urgence sanitaire, sauf évolution de la situation sanitaire.

A défaut de présentation de ces justificatifs, l’accès est refusé et les personnes sont reconduites à l’extérieur des espaces de transports publics collectifs concernés. Ces personnes s’exposent également à une contravention dont les modalités sont fixées par le code de la santé publique.

Les 11 et 12 mai, les contrôles de ces justificatifs sont effectués à titre pédagogique, afin de permettre l’appropriation de ces nouvelles règles par les usagers des transports et les employeurs.


 

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