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8 septembre 2021 3 08 /09 /septembre /2021 13:36

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Discours de Jean Castex après le séminaire gouvernemental

Mesdames et Messieurs,

Comme vous le savez, avec le Président de la République, nous avons réuni ce matin l'ensemble du Gouvernement pour un séminaire de rentrée sur les priorités de l'action gouvernementale. Ce fut un séminaire dense qui a permis de fixer la feuille de route pour les mois à venir.

Je veux d'emblée vous dire, sans surprise évidemment, que mon Gouvernement travaillera jusqu'à la dernière minute avec sérieux, humilité, dans l'écoute de nos concitoyens et de nos territoires, avec détermination et une mobilisation permanente. Transparence et efficacité, c'est ce que nous devons aux Français avec, je crois, toujours la même ligne que je m'efforce de suivre depuis mon entrée en fonction : protéger les Français, renforcer la France.

Cette rentrée reste évidemment marquée par les effets de la crise sanitaire. Chacun l’a compris : l’épidémie n’est pas encore derrière nous, et les variants en particulier, doivent nous inviter à conserver la plus grande des prudences. Mais si nous ne sommes pas encore revenus à une vie tout à fait normale, cette rentrée se présente, malgré tout, sous un jour nouveau. Les progrès spectaculaires de la vaccination au cours de l’été nous ont permis d’affronter cette quatrième vague sans mesures de fermeture, de couvre-feu ou de confinement, en tout cas sur le territoire métropolitain. Deuxième élément nouveau et très positif, notre pays, connaît un rebond de l’activité économique et de l’emploi beaucoup plus rapide que ce qui était attendu. Ces deux bonnes nouvelles ne doivent certainement pas nous amener à je ne sais quelle auto-satisfaction, et encore moins à relâcher notre vigilance. Les deux priorités du Gouvernement au cours des prochains mois seront donc très simples : prendre les mesures nécessaires encore et toujours pour nous protéger contre toute résurgence possible du risque épidémique, consolider et amplifier la reprise économique au service de l'emploi et du développement de notre potentiel productif.

Sur le plan sanitaire, je veux évoquer devant vous la situation particulièrement critique qu’ont traversée depuis plusieurs semaines, nos territoires d'Outre-mer : en Guadeloupe, Martinique et en Polynésie française, le Covid a fait des ravages, au cours de l'été. Si la situation épidémique est en voie d'amélioration depuis quelques jours, nos compatriotes ont été et demeurent durement frappés. Et je veux leur redire que la République reste plus que jamais à leurs côtés. La solidarité nationale a joué au maximum. Plus de 1 500 volontaires se sont déjà rendus sur place avec le matériel nécessaire pour prêter main forte à leurs collègues soignants. D'autres prendront leur relève dans les prochaines semaines, et je voudrais une nouvelle fois ici remercier très sincèrement tous ces professionnels qui ont répondu présents, parfois au milieu de leurs propres congés.

Cette épidémie, on le sait, n'a pu prospérer qu'en raison de la faiblesse de la couverture vaccinale dans la plupart de ces territoires. J'en appelle donc une fois encore à nos concitoyens, à l’Outre-mer mais en métropole aussi : faites-vous vacciner. Mais nous savons que ce vaccin protège face à un virus qui lui tue toujours ou provoque des effets très graves de long terme, des effets de long terme sur lesquels on nous dit que nous avons bien moins de recul que sur le vaccin lui-même, qui a déjà été, je vous le rappelle, utilisé par des milliards d'individus dans le monde et qui fait l'objet, j'y insiste une nouvelle fois devant vous, d'une surveillance sans précédent dans l'histoire de la médecine moderne.

Aujourd'hui en France, 88 % de la population (majeure) en âge d'être vaccinée a reçu sa première injection. Et ce résultat nous place parmi les pays affichant la plus forte couverture vaccinale du monde. Mais je l'ai dit, nous ne sommes pas au bout du chemin. Il faut continuer et ne pas relâcher notre vigilance. Avec deux priorités dans les toutes prochaines semaines, dans les tout prochains jours, au-delà bien entendu du suivi très attentif des conditions et des effets de la rentrée scolaire et de la rentrée universitaire. La rentrée scolaire se déroule bien jusqu’à présent. Je le dis devant vous : j’y veille personnellement. Mais nous restons extrêmement attentifs. Au-delà donc, nous devons continuer à convaincre celles et ceux de nos concitoyens qui doutent encore et aller vers celles et ceux, souvent âgés, précaires, isolés, qui sont à l’écart du système de soin. Ce sont des personnes plus fragiles parfois avec des profils à risque de formes graves et nous devons tout faire pour les amener à la vaccination ou plus exactement, que la vaccination aille vers elles.

Deuxièmement, nous nous préparons comme vous le savez à une grande campagne de rappel vaccinal qui a déjà commencé pour les personnes de plus de 65 ans. Déjà 300 000 ont pris rendez-vous pour recevoir une nouvelle injection alors que nous allons démarrer dès la semaine prochaine les opérations de vaccination systématique des résidents dans les EHPAD. L’enjeu est majeur : maintenir à haut niveau leur protection contre le virus. Cette campagne, je le dis, cette campagne complémentaire sera fondamentale si nous voulons que le bouclier vaccinal que nous avons déjà très largement déployé soit durablement efficace.

Je veux enfin rappeler à nos concitoyens 3 échéances importantes :

Le 15 septembre, l'obligation vaccinale prévue par la loi pour les soignants sera effective. Et je me réjouis que d’ores et déjà à peu près 90 %, un petit peu plus même, des soignants soient vaccinés. Deuxième échéance ;

Le 30 septembre, le « pass sanitaire » sera étendu aux 12-17 ans dont là aussi, je me plais à rappeler que le taux de vaccination a beaucoup progressé au cours de l’été au-delà même de ce que nous avions prévu et progressera encore, je l’espère, dans les prochaines semaines grâce aux opérations qui ont déjà débutés dans tous les établissements scolaires de France.

Enfin, troisième échéance, très importante, parce que je pense qu’il faut que nos concitoyens l’aient bien en tête, y compris pour en tirer toutes les conséquences. Je vous rappelle que le 15 octobre prochain, les tests PCR et antigéniques ne seront plus systématiquement remboursés par la Sécurité sociale, mais simplement ou seulement sur des critères médicaux.

Mes chers concitoyens, grâce à vos efforts, nous sommes donc sur la bonne voie, celle, je l'espère, d'un retour progressif à la normale, mais rien ne serait plus dangereux que de nous croire définitivement tirés d'affaires. Restons mobilisés et en particulier respectueux des gestes barrières.

Je pourrais faire la même observation en ce qui concerne le rebond spectaculaire dont notre économie bénéficie. La reprise est là et elle est incontestablement forte, avec désormais un peu plus de 6 % de croissance attendue cette année au terme des prévisions officielles, nous retrouverons, je l'espère, d'ici la fin de cette année notre niveau de richesse d'avant crise et l'objectif est de viser au moins 4 % de croissance supplémentaire l'année prochaine. Notre taux de chômage dont nous avions tous craint qu'il explose, n'a jamais été aussi bas depuis 2008. Le pouvoir d'achat que nous avons réussi à protéger l'année dernière devrait également progresser de manière significative cette année. Au total, je rappelle que les mesures prises depuis 2017 : la prime d'activité, la suppression de la taxe d'habitation, la prime exceptionnelle défiscalisée, l'exonération des heures supplémentaires auront permis d'accroître le pouvoir d'achat d'un salarié au SMIC de plus de 170 euros par mois. Pour le dire autrement, ça veut dire que plus de 2 000 euros sur 12 mois, soit l’équivalent de 1,7 mois de salaire en plus.

Tout ça est vérifiable, contrôlable par chacun d’entre vous. Si nous produisons plus et si le travail paie davantage, ce n’est pas le fruit du hasard. Cela tient d’abord aux efforts de redressement engagé au cours de ces 4 années sous les différents Gouvernements pour libérer et renforcer nos capacités d’initiative et de production et baisser les impôts de manière inédite. Cela tient évidemment aussi aux mesures massives décidées dès le début de la crise pour sauvegarder nos entreprises et nos emplois. Je le rappelle, 78 milliards d'aides directes et 160 milliards de prêts garantis. Ces résultats sont enfin le résultat du plan de relance. Je l'avais lancé, vous vous en souvenez, il y a quasiment un an, à hauteur de 100 milliards, dont la moitié sont déjà engagés, et notre objectif, rappelé ce matin à la faveur du Séminaire, est d'avoir engagé 70 % de ce plan d'ici la fin de l'année. Ce plan est un véritable succès. Il est puissant. Il se déploie rapidement et j'y suis particulièrement attaché. Il concerne tous les territoires de la République.

Ces indicateurs, vous les connaissez. Les Français les voient, les ressentent. Mais là aussi, l'erreur serait de se satisfaire de ces résultats et de ce constat. Ces réussites nous obligent en effet à aller plus loin, car nous devons amplifier cette dynamique. D'abord, pour répondre au problème numéro 1 que rencontrent aujourd'hui quasiment tous les secteurs économiques, et j'étais encore lundi en déplacement sur le sujet de l'industrie, ce problème numéro un, vous le savez, ce sont les difficultés de recrutement. Nos entreprises veulent embaucher. Il n’y a un niveau inédit de création d'emplois et elles ne trouvent pas toujours les salariés pour les occuper. En tout cas, pas assez de salariés disponibles et qualifiés pour prendre ces emplois.

Selon la Banque de France, on parle d'environ 300 000 emplois à pourvoir. Ce n'est pas un sujet tout à fait nouveau en France, mais il n'a jamais pris une telle acuité. C'est un gâchis. Il renvoie à plusieurs causes. Et l'une des priorités de la rentrée, c'est bien collectivement d'y faire face. Alors, quelles dispositions avons-nous prises ou envisagées ?

D'abord, je commence par ça et c'est toujours en cohérence avec ce que nous avons fait investir davantage et plus et mieux dans la formation des salariés et des demandeurs d'emploi. Car nous voyons bien que parmi les causes de cette situation, il y a la transformation de l'économie et des métiers que la crise sanitaire et économique a accéléré. Elle était déjà à l'œuvre cette transformation. On voit qu'elle s'accélère. Alors, on doit nous y adapter. Nous avons, je le disais, commencé de le faire avec deux grands succès: l'apprentissage et le compte personnel de formation. Mais face aux tensions que nous constatons aujourd'hui, nous devons impérativement renforcer la formation des demandeurs d'emploi. Je pense en particulier aux demandeurs d'emploi de longue durée qui risquent d'être à nouveau les grands oubliés de la sortie de crise, mais aussi la formation des salariés en entreprise. J’ai, vous le savez, abordé ce sujet très longuement avec les partenaires sociaux que j'ai reçus la semaine dernière. Et dans ce que nous préparons en lien avec eux, nous voulons privilégier les formations qualifiantes le plus possible en entreprise. Je parlais des partenaires sociaux.

S'agissant des demandeurs d'emploi, j'évoquerai également ce sujet avec les présidents de région, compte tenu des compétences de ces collectivités, présidents de région, que vous le savez, sans doute, je recevrai lundi. Et nous présenterons, forts de ces concertations et de ces travaux techniques avec Élisabeth BORNE, au plus tard à la fin de ce mois, un plan ambitieux d’investissement dans les compétences appelé à s’échelonner sur plusieurs mois. En particulier, j’insiste auprès de vous, nous devons faire plus encore pour les jeunes qui ont particulièrement souffert de la crise. Et je le dis alors même que le plan “Un jeune, une solution” a été un succès qui a permis de donner un emploi ou une formation à plus de 2 millions de jeunes. Les chiffres, vous les connaissez : pendant la précédente crise 2008-2010, le chômage des jeunes avait explosé, plus 31% ; il a légèrement régressé par rapport à ce qu’il était au début de 2020. Mais il y a encore trop de jeunes dans ce pays qui ne sont ni en emploi ni en formation et, vous le savez, plus en termes relatifs que dans la plupart des pays qui nous entourent. Nous devons donc pour eux, déployer un accompagnement renforcé pour aller les chercher et leur permettre d'accéder à une formation, à un parcours d'insertion ou à une activité professionnelle. Il doit s'agir d'un accompagnement exigeant sur la base d'un contrat donnant-donnant et pour une durée limitée dans le temps, un vrai contrat d'engagement. Je le dis de la façon la plus claire : il ne s'agira pas d'un RSA jeunes. Il ne s'agira pas d'un RSA jeunes. L'objectif, l’objectif, c'est de valoriser, d'encourager l'insertion professionnelle et l'activité. C'est comme cela que se prépare le mieux l'entrée dans la vie active. Sur ce sujet aussi, la ministre Élisabeth BORNE va poursuivre ses concertations de façon à ce que, en lien avec nos partenaires, nous puissions dans les prochaines semaines vous présenter ce dispositif.

Deuxième réponse aux problèmes de recrutement, nous devons impérativement travailler de manière renforcée sur l'attractivité des métiers, ou en tout cas de certains d'entre eux. Et ça c'est précisément, je vous le rappelle, le rôle des branches et des partenaires sociaux. Il s'agit de travailler sur les conditions de travail, sur la valorisation des métiers, sur le temps partiel, sur la promotion professionnelle, mais aussi sur les salaires, notamment sur ce qu'on appelle les minima de branche, a fortiori lorsque ceux-ci sont inférieurs au SMIC. Avec les conférences sur le dialogue social que j'avais initiées en juillet dernier dès ma prise de fonction, de telles discussions ou négociations ont déjà été engagées, je vous le rappelle, dans 7 branches : Prévention et sécurité, Transports routiers, Fédération du commerce, Déchets, Propreté, Commerces de détail fruits et légumes et enfin emplois aides à domicile. Des accords ont déjà été conclus, ça veut dire que les négociations progressent, portent leurs fruits. Je pense en particulier, mais pas seulement, à la Fédération du commerce. A l'occasion de mes échanges avec les syndicats et les organisations patronales la semaine dernière, j'ai demandé l'ouverture de négociations dans d'autres branches, en particulier l'hôtellerie-cafés-restauration qui, vous le savez, est confrontée à des problèmes de recrutement, ou encore les industries agro-alimentaires.

Troisième réponse aux difficultés de recrutement, la réforme de l'assurance chômage. Elle vise à remettre de l'ordre dans un régime fondamentalement utile, bien sûr, mais dont les règles avaient progressivement dérivé dans un sens qui conduisait à installer de nombreux salariés dans une forme de précarité de l'emploi et où les périodes chômées finissaient parfois par être autant rémunérées que les périodes travaillées. Nous devons, nous devions sortir de ce système, mieux valoriser le travail et les entreprises doivent être incitées à privilégier les CDI plutôt que les contrats courts ou itératifs. Plus globalement, tout doit être mise en œuvre pour encourager le travail et inciter à la reprise d’activité. Nous avions suspendu cette réforme et nous avons bien fait de la faire en lien avec les partenaires sociaux parce que nous sommes des gens pragmatiques. Elle n’était pas adaptée à l’explosion du chômage qui menaçait à la faveur de la survenue de la crise. Comme je l’ai indiqué, tout à l’heure, les conditions sont aujourd’hui différentes. Et nous avons présenté aux partenaires sociaux un dispositif de mise en œuvre, d’entrée en application progressive entre le 1er octobre et le 1er décembre de cette réforme que nous tenons pour absolument indispensable. J'ai également, face aux craintes exprimées par les syndicats et que vous connaissez, indiqué que nous mettrions en place un dispositif de suivi et d'évaluation de la mise en œuvre de cette réforme pour en mesurer les effets. Après l'emploi, notre deuxième priorité, mesdames et messieurs, sera de prolonger la transformation de notre modèle de croissance, de corriger les faiblesses qui ont été révélées par la crise et de refaire de la France une économie innovante, industrielle et conquérante.

Transformer notre économie, c'est d'abord simplifier la vie de celles et ceux qui entreprennent. Dans quelques semaines, au-delà de ce que nous avons fait, le Président de la République présentera un plan pour les travailleurs indépendants dont l'objectif sera de faciliter la conduite de leurs activités et d'améliorer leur protection sociale. Nous avons, je vous le rappelle, aujourd'hui 3,6 millions de travailleurs indépendants en France. Ils ont beaucoup souffert de la crise, eux aussi. Et ce plan leur permettra de dynamiser leur activité. Nous avons besoin d’eux. Il se concrétisera dans un projet de loi qui sera présenté en Conseil des ministres dès la fin de ce mois.

Transformer notre économie, c'est aussi faire en sorte qu'elle soit plus résiliente. Les événements climatiques extrêmes se multiplient et, vous le voyez bien, engendrent un nombre croissant de catastrophes en intensité de plus en plus forte que nos agriculteurs subissent au premier chef, et je ne vais pas là non plus faire l'injure de vous rappeler les événements récents auxquels notre pays et cette profession ont été confrontés. Ainsi que je m'y suis engagé devant vous, nous présenterons, dans les prochains jours, un nouveau dispositif d'assurance récolte soutenu par les pouvoirs publics qui garantira aux agriculteurs une meilleure couverture des pertes occasionnées par les calamités naturelles. Nous avons, vous le savez, également l'intention de mieux les protéger dans le partage de la valeur de leur travail. On va le dire plus simplement, qu'ils puissent vivre des revenus tirés de leurs activités. C'est l'objet, nous avions pris une première loi dite EGalim 1 dont nous avons constaté, soyons clairs, qu'elle n'avait pas, qu'elle n'a pas complètement atteint son objectif. D'où la proposition de loi EGalim 2, qui a déjà été votée à l'unanimité à l'Assemblée nationale, qui sera bientôt examiné au Sénat et dont l'objectif est de mieux équilibrer les relations commerciales entre agriculteurs et industriels, puis entre industriels et distributeurs, notamment sur la juste prise en compte du coût des matières premières. Nous sommes opiniâtres. Il faut y arriver. Nous avons besoin d'une agriculture forte, d'une agriculture qui puisse s'adapter aux changements climatiques et qui puisse pleinement respecter les exigences environnementales. Cette exigence d'équilibre, elle doit être portée plus largement et nous l’apporterons, vous le savez, nous l’apportons sur les enjeux climatiques. Je vous rappelle que la loi climat et résilience a été promulguée au cours de l'été, qu'elle nous fixe une feuille de route et nous donne les moyens pour agir de manière extrêmement concrète sur les énergies propres, sur les économies d'énergie, sur la réduction de la pollution. La priorité des mois à venir que j'ai rappelé ce matin au Gouvernement c’est de faire entrer cette loi dans le quotidien des Français en les accompagnant dans sa mise en œuvre, et vous le savez, je pense à MaPrimeRénov’ ou à d’autres dispositifs, combien le plan de relance prévoit de son côté, avec plus d’un tiers des crédits consacrés à la transition écologique, des moyens à cet effet. Nous ne céderons jamais à la tentation d’opposer progrès économique et progrès écologique.

Transformer notre économie, enfin, c’est nous doter de nouvelles capacités industrielles, c’est réarmer notre souveraineté économique et faire de la France un pays mieux préparé au défi technologique de demain. Je vous l'ai dit, j'étais, lundi, à Lyon puis à Grenoble sur cette thématique industrielle. Le plan de relance y consacre des moyens inédits, avec des résultats que j'ai pu constater sur place. Quel symbole, notamment dans l'Isère, que celui de la relocalisation de la production du Paracétamol. Mais il nous faut multiplier ces exemples. Nous lancerons donc, à la demande du Président de la République dans les prochaines semaines, un nouveau plan d'investissement pour bâtir la France de 2030, et faire émerger dans notre pays et en Europe les grands champions de demain dans les domaines du numérique, de l'énergie verte, de l'industrie décarbonée, des biotechnologies ou encore de l'agriculture et de la forêt. Ce ne sont là que des premiers exemples. Il ne s'agira pas, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, d'un plan de relance bis, mais bien d'un travail sur un temps plus long visant à porter des investissements de rupture concernant les secteurs industriels et économiques d'avenir. Nous présenterons ce plan France 2030 au cours de la première quinzaine d'octobre, avec une traduction dès 2022. C'est un enjeu majeur d'emplois, d'aménagement du territoire, mais surtout et peut-être surtout, de souveraineté nationale. C'est ce que nos concitoyens, je le crois profondément, attendent de nous : gérer au mieux cette crise de la façon la plus sérieuse, la crise sanitaire, la crise économique, mais aussi savoir très vite tirer les conséquences plus structurelles de cette crise. Quelle faiblesse a-t-elle révélé ? Quelles difficultés structurelles a-t-elle mis en relief ? C'est la responsabilité des pouvoirs publics d'analyser ça et de façon évidemment partagée, concertée, de savoir le plus vite possible en tirer toutes les conséquences. Tout faire pour éviter une reprise de l'épidémie, amplifier la reprise économique, voilà les deux grands impératifs de cette rentrée.

Mais évidemment, l'action du Gouvernement ne s'arrêtera pas et ne s'arrête pas là. Ce matin, nous avons passé en revue l'ensemble des chantiers engagés, il y en a beaucoup. Mais je souhaite, devant vous, insister sur 3 d'entre eux qui vont nous mobiliser plus particulièrement.

Le premier, c'est encore et toujours la protection de nos concitoyens contre les violences et l'action contre l'insécurité et la délinquance sous toutes leurs formes. Le procès des terroristes du 13 novembre s'est ouvert, nous rappelant évidemment les attaques lâches et monstrueuses que notre pays a subies au cours des dernières années, et y compris depuis que je suis chef du Gouvernement. Je veux d'abord avoir une pensée pour toutes les familles des très nombreuses victimes qui attendent à l'occasion de ce procès que justice soit rendue. Mais je veux surtout réaffirmer notre détermination à tout faire pour juguler la menace terroriste. Les moyens humains et techniques de nos services ont été considérablement renforcés. Notre arsenal n'a d'ailleurs jamais cessé de s’enrichir depuis la sortie de l’état d’urgence en 2017. Il fallait sortir de l’état d’urgence et pour autant bien entendu, continuer à accroître nos moyens de surveillance et d’intervention. Vous le savez, le Parlement a encore adopté cet été une nouvelle loi dit SILT qui pérennise et renforce nos outils contre le terrorisme. Nous nous attacherons dans les prochains mois à décliner toutes les dispositions de ce texte pour accroître encore notre capacité à agir. Il en sera de même de la loi sur la protection et le renforcement des principes de la République, validés, vous le savez, par le Conseil constitutionnel il y a quelques semaines et qui, elle aussi, nous dote de leviers juridiques nouveaux pour agir contre toutes les formes de radicalisation. Et je voulais vous dire qu'avec l'ensemble des ministres concernés, je préside très régulièrement des réunions visant à nous assurer du déploiement effectif de l'ensemble de ces nouvelles dispositions. Protéger nos concitoyens, c'est aussi déployer des moyens inédits pour faire reculer l'insécurité et la délinquance. Alors que les effectifs de policiers et de gendarmes avaient baissé depuis plusieurs années, nous aurons créé, je peux le dire aujourd'hui, alors que le projet de loi de finances pour 2022 est bouclé, nous aurons créé sur ce quinquennat 10 000 nouveaux postes. J'entends beaucoup de gens parler de ces sujets. Nous avons agi et notre bilan soutient toute comparaison. Concrètement, cela signifie que chaque circonscription de police ou de gendarmerie comptera plus d'effectifs en 2022 qu'en 2017. Au-delà des moyens, ce sont aussi des méthodes, de l'organisation, des outils pour la police et la gendarmerie que nous devons amplifier et moderniser. C'est l'objet du Beauvau de la sécurité que j'ai ouvert au début de l'année et que le Président de la République va conclure la semaine prochaine et dont les suites très concrètes, très opérationnelles, auront vocation à se traduire dès le budget 2022, mais aussi à donner de la visibilité sur les années suivantes. Agir contre la criminalité et la délinquance, c'est aussi peut-être, me permettrez-vous de vous dire, surtout renforcer la capacité de la justice pour apporter des réponses judiciaires proportionnées à la hauteur de ce qu'elles doivent être. Cela a été l'un des axes forts de mon engagement pris à la faveur de ma déclaration de politique générale prononcée devant le Parlement il y a un peu plus d'un an. Tous nos concitoyens, je dis bien, tous, voient bien qu'il est nécessaire sans doute de renforcer, comme nous le faisons, les forces de sécurité, qu'il est indispensable d'agir sur la prévention et l'éducation. Et je veux vous répéter ici qu'en dédoublant des classes dès le plus jeune âge, nous concourons à l'amélioration de l'éducation et nous agissons in fine contre l'insécurité. Mais tout cela, mesdames et messieurs, ne serait pas suffisant s'il n'y a pas de suites judiciaires aux faits de violence et de délinquance. Et pendant trop d'années, là encore, notre pays, les comparaisons internationales nous sont très défavorables a délaissé le service public de la justice. Il n'a pas assez de moyens. Il n'y a pas de secret. Il est insuffisamment numérisé et informatisé. Nous devons aider, nous devons conforter ce qu'est le cœur de l'État régalien. J'en ai fait une marque de mon action à la tête de ce Gouvernement. Cette marque s'est traduite, vous le savez, par une augmentation inédite depuis des décennies de 8 % du budget de la justice en 2021. Je vous annonce ou vous confirme que le projet de loi de finances pour 2022, qui sera présenté dans quelques jours en conseil des ministres, renouvellera cet effort de +8 % en 2022. C’est absolument inédit et cela va commencer à produire ses résultats. Grâce à ces moyens, nous pourrons, avec le Garde des Sceaux, aller plus loin pour rénover et renforcer le lien entre les citoyens et la justice au service d’une plus grande confiance. A cet effet, le Président de la République va lancer au début du mois prochain, un autre rendez-vous, les états-généraux de la justice annoncé au mois de juin dernier. Et voyez, nous avons doublement changé nos habitudes. La première, c’est que nous avons d’abord dégagé des moyens.  Et dans la durée, pour éviter de penser que ces états généraux pourraient se limiter à une simple discussion. Non. Ils pourront s'appuyer sur des moyens budgétaires nouveaux et considérablement renforcés. Et la deuxième innovation, c'est que nous allons, cela vous sera présenté le moment venu faire participer très largement nos concitoyens, la population à ces états généraux de la justice. La justice, c'est l'affaire de tous. C'est une des grandes causes de l'action gouvernementale.

Autre enjeu de protection sur lequel nos concitoyens attendent que nous agissions jusqu'au dernier jour leur protection sociale. Tout en le mettant à rude épreuve, la crise a démontré combien notre système était précieux. Elle a aussi, là encore, révélé ses limites ou ses faiblesses. Il nous faut donc le consolider, le renforcer et l'améliorer, à commencer, bien évidemment, par notre système de santé qui a besoin d'un investissement massif. Nous avons commencé l'an dernier avec les accords de Ségur, signés dès mon arrivée à Matignon, par les partenaires sociaux majoritaires et qui ont permis d'augmenter à hauteur d'environ un peu plus qu'un treizième mois, les salaires de plus de 1 million et demi de soignants dans les hôpitaux et les EHPAD. Après les revalorisations salariales, nous sommes maintenant engagés dans la phase 2 du Ségur, celle de l'investissement pour la modernisation de nos établissements de santé et de notre offre de soins. Nous allons y consacrer 19 milliards d'euros; c'est une somme colossale et inédite ; et nous allons dévoiler dans les prochaines semaines, avec évidemment le ministre des Solidarités et de la Santé, la carte des sites retenus pour ces investissements. Autre enseignement de la crise sanitaire et en particulier des périodes de confinement, les Assises nationales de la santé mentale qui se tiendront très prochainement, permettront d'annoncer de nouvelles initiatives en matière d'organisation et de prise en charge des soins psychiatriques et psychologiques. Au rang des avancées sociales, la loi bioéthique promulguée cet été, élargie comme le Président de la République, s'y était engagée, la procréation médicalement assistée aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Ce droit entrera en vigueur à compter d'octobre prochain. Toutes ces priorités d'action se traduiront dans le dernier PLFSS, pardon, projet de loi de financement pour la Sécurité sociale que nous présenterons en Conseil des ministres le 6 octobre. Ce texte portera également des mesures nouvelles en vue de renforcer la cinquième branche de la Sécurité sociale que, je vous le rappelle, nous avons créée l'année dernière dans le champ de l'autonomie des personnes âgées et de la prise en charge de la dépendance. Ce défi du vieillissement, cette meilleure prise en compte du handicap, nous devons continuer de nous y préparer, même s'il ne prendra toute son ampleur que de manière progressive.

S'agissant des retraites, le séminaire a permis de réaffirmer la position du Gouvernement fixée par le président de la République pendant son allocution du 12 juillet dernier. La réforme des retraites est une nécessité absolue, d’abord pour en assurer la sauvegarde à long terme. Tous régimes confondus, le déficit attendu devrait atteindre cette année selon le COR 8 milliards d’euros et très vraisemblablement 11 milliards à l’horizon 2030. Mais aussi pour restaurer l’équité entre les cotisants dans un régime universel. La crise sanitaire a interrompu le processus de réforme et, comme je l’ai redit aux partenaires sociaux lorsque je les ai reçus la semaine dernière, ce processus, du reste modifié compte-tenu des conditions nouvelles, ne pourra reprendre que lorsque la pandémie sera sous contrôle et que la reprise économique sera suffisamment solide. C’est une question de bon sens, j’allais dire, c’est un préalable à la réussite de cette réforme très importante. A ce jour, ces conditions ne sont toujours pas réunies. Nous avons plus que jamais l’impérieux devoir de favoriser au maximum l’unité du pays. Enfin, dernière grande priorité débattue ce matin, le Gouvernement entend poursuivre dans les prochains mois le chantier de la réforme de l’État et des pouvoirs publics. Un projet de loi déjà examiné par le Sénat avant l’été sera soumis à l’Assemblée nationale au mois, au début du mois de décembre. Il comprendra des dispositions sur le fonctionnement de l’État et des collectivités locales dans les territoires et permettra aussi d’accompagner la mise en œuvre des chantiers ouverts, par exemple la semaine dernière à Marseille par le Président de la République pour porter une nouvelle ambition dans cette métropole. Nous voulons sans cesse et toujours davantage faire confiance aux territoires, c’est aussi là encore l’une de mes marques de fabrique. Nous allons continuer à réformer l’État pour qu’il soit plus proche de nos concitoyens et davantage présent dans les territoires. L’État dont l’utilité a été clairement rappelée pendant cette crise sanitaire et je veux encore saluer tous ses serviteurs qui, à côté de ceux des collectivités territoriales, des organismes de protection sociale et des associations n’ont cessé d’être sur le pont depuis de longs mois. Pour cela, les pouvoirs et les moyens des services de l’État dans les départements centraux, ça aussi c'est un enseignement de la crise, le nécessaire renforcement de la proximité, ses pouvoirs et ses moyens seront renforcés autour du fameux couple maire-préfet dont j'ai depuis longtemps fait l'apologie. Conformément à ce que j'avais annoncé au moment de ma prise de fonction, toutes les créations d'emplois qui seront autorisées dans le budget 2022 seront affectées, sauf exceptions justifiées, dans les services départementaux de l'Etat et pas dans les administrations centrales.

S'agissant de la haute fonction publique, nous mènerons, comme nous l'avons annoncé en avril dernier une refonte profonde et indispensable des modalités de recrutement, de formation, de gestion, des carrières des cadres supérieurs et d’accès aux grands corps de l’État. Le nouvel institut national du service public remplacera l’ENA le 1er janvier prochain. Nous devons conduire davantage de hauts fonctionnaires sur le terrain, nous devons là encore rapprocher la décision des territoires de la République.

Enfin, ai-je besoin de vous rappeler que le 12 décembre prochain se tiendra la troisième consultation référendaire en Nouvelle-Calédonie. Nous sommes à cet effet pleinement mobilisés avec le ministre des Outre-mer qui se rendra sur place en octobre pour que la consultation se conduise dans de très bonnes conditions et pour que l'information des électeurs soit la plus complète et la plus objective possible.

Vous le voyez, l'agenda des premières semaines et des prochains mois sera finalement aussi intense que si nous étions au début d'un quinquennat et s'y ajoutera à compter du 1er janvier prochain, un rendez-vous majeur.

La France prendra la présidence de l'Union européenne, et ce, pour les six premiers mois de 2022. Nous avons consacré un long temps séminaire de ce matin à cette échéance. Car cela se prépare sur le plan matériel et sur le plan politique. Et j'ai moi-même, depuis plusieurs mois, animé plusieurs réunions de ministres pour préparer cette présidence.

La France présentera à ses partenaires avant la fin de la présente année les priorités d'action que nous entendons porter pendant ces six mois. Elles viseront notamment à renforcer l'Europe sociale via, nous l'espérons, la mise en place d'un salaire minimum européen, à faire avancer la nouvelle ambition européenne en matière de réchauffement climatique, avec notamment la mise en place d'une taxe carbone aux frontières de l'Union et à engager enfin une indispensable réforme de la politique migratoire européenne.

Mesdames et messieurs, vous l'avez compris, le Gouvernement est à la tâche, pleinement et totalement à la tâche, avec une seule boussole : le service du pays, la protection de nos concitoyens, la préparation de notre avenir. 200 jours nous séparent des prochaines échéances démocratiques, rendez-vous évidemment essentiel pour notre pays. 200 jours pour agir jusqu'au bout, car c'est non seulement l'intérêt du pays, mais c'est évidemment la conception que nous nous faisons de notre responsabilité.

Je vous remercie.


Jean Castex, Premier Ministre, le mercredi 8 septembre 2021 à l'Élysée, Paris.

Source : gouvernement.fr
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210908-discours-castex.html



 

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2 septembre 2021 4 02 /09 /septembre /2021 18:37

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210902-macron-education.html







Discours du Président Emmanuel Macron le 2 septembre 2021 : Marseille en Grand

Merci Monsieur le Maire pour ce discours, cette ambition et ces mots.
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Préfet de région,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Madame la Présidente du Conseil départemental, Présidente de la métropole Aix-Marseille, Mesdames et Messieurs les élus, et en les évoquant, j’ai aussi une pensé pour le Président du Conseil régional,
Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités,
Chers amis,

Depuis hier, je suis parmi vous, de Bassens à la Timone, du Port à vos écoles, parcourant l’énergie, parfois les colères, les ambitions, les désirs de faire et d’avancer, parcourant cette ville formidable qu’est Marseille. Vous avez rappelé son histoire, en tout cas une partie, Monsieur le Maire, un instant du lieu qui nous abrite et des origines antiques de la capitale phocéenne, cette capitale du Sud.

Beaucoup de gens me disent pourquoi maintenant ? D’abord, parce qu’il n’est jamais trop tard. Ensuite, parce que comme toute notre jeunesse, nous avons à rattraper un an et demi où le Covid a beaucoup arrêté les projets et ralenti des ambitions. L’urgence est donc aujourd’hui d’accélérer beaucoup de choses que nous faisions avancer mais parfois à un rythme qui était, si je puis dire, celui des affaires courantes ou des affaires normales. Je crois que nous avons tous fait l’expérience de la vulnérabilité dans cette période et de la nécessité quand des ambitions devaient être posées d’en repenser le rythme, la force ; c’est maintenant.

Et puis pourquoi Marseille ? Alors, vous avez une réponse, elle est légitime mais peut-être êtes vous un peu biaisé, Monsieur le Maire ? Mais de là où je parle, je suis obligé de répondre à toutes les autres villes de notre pays. J'entends beaucoup d'élus qui disent pourquoi il va là-bas et pourquoi, apparemment, on va promettre tant et faire tant ? Vous avez apporté une partie de la réponse parce que Marseille est la deuxième ville de France, Marseille est grande comme deux fois et demie Paris. La métropole comme deux fois le Grand Londres. Ce sont donc des réalités physiques inédites. Marseille, c'est une ville monde qui est en effet ce palimpseste de migrations et d'une France accueillante avec tous les défis que cela suppose et toutes les difficultés. C'est une ville qui a accueilli en son cœur et où ce qu'on appelle souvent « les quartiers » ne sont pas à la périphérie ou loin d'un centre où tout va bien, elles sont dans la ville en son cœur, et donc, en effet, elle est percluse de fractures géographiques de ces défis. Et c'est une ville qui, par sa localisation, parce qu'elle est au cœur de cette Méditerranée qui est à la confluence de tous les défis climatiques, géopolitiques, migratoires, a multiplié et multiplié les opportunités mais aussi les défis. Elle est plus pauvre que beaucoup d'autres grandes villes et cette pauvreté s'est concentrée toujours, toujours au même endroit. Et ces endroits se sont enclavés et les habitants y ont été assignés à résidence. Et au milieu de tout cela, c'est une ville pleine d'énergie où il y a l'excellence universitaire, culturelle, économique, nombre d'entre vous ici représentés et qui vont en quelque sorte, se libérer de ces difficultés, de ces fractures. C'est une ville aussi qui, par son histoire, pendant longtemps, a tourné le dos à la Méditerranée parce qu'elle était source de contrôle quand elle n'était source de danger. Et donc, elle s'est repliée. Puis elle a tourné le dos aux villes qui l'entouraient parce que les équilibres politiques étaient différents, parce qu'il fallait se replier et donc elle est en quelque sorte fracturée de toute part avec une métropole polycentrique et elle est l'héritière de tous ces rêves, de cette ambition qui est encore là, que je sens dans tous les cœurs et dans tous les esprits, mais elle est l'héritière de toutes ces difficultés.

Alors oui, j'assume complètement que le devoir de la Nation est d'être aux côtés des Marseillaises et des Marseillais. Parce que décider que ce serait une ville comme les autres, ce serait acter qu'elle va continuer à vivre au milieu de ces difficultés, les subir, et ne pas réussir pour elle-même, pour tout le territoire et pour tout le pays. C'est acté qu'elle ne pourra pas jouer le rôle qu'elle doit jouer dans cette Méditerranée à laquelle je crois profondément. Et donc, je pense qu’aider aujourd'hui Marseille à réussir, ça n'est d’abord pas lui faire l'aumône, c'est aider à déclencher quelque chose qui est là. Et c'est bon pour le pays tout entier.

Alors, une fois que j’ai dit ça, j'arrive devant vous avec beaucoup d'ambition et beaucoup d'humilité. Beaucoup d'ambition, je vais y venir, beaucoup d'humilité, parce que j'ai conscience de venir après beaucoup d'annonces. J’ai eu la chance hier de commencer en échangeant avec les parlementaires et les élus, c'est ce qui m'a d'ailleurs été dit avec beaucoup de franchise. Des milliards, on en a souvent entendu ici, de Premiers ministres, de Présidents, ça n'est jamais arrivé. En tout cas, ça n'a pas changé les choses. Et donc, j’en ai tiré la conviction qu’il ne fallait ni faire un chèque ni faire un plan. Et qu’est-ce que serait un plan proposé depuis Paris qui descendrait ? Mais nous devons collectivement réussir ce pari, en tirant les leçons de ce qui a échoué. Ce qui a échoué, c'est sans doute qu'on avait sous-estimé que les difficultés étaient concentrées : celle de la pauvreté, de l'exclusion, à la fois les difficultés pesant sur nos concitoyens et celles et ceux qui arrivent sur notre sol et les territoires. Et donc, la réponse, elle est forcément multiple. Elle ne se fera pas en un jour et il n'y a pas de recette cachée, de formules magiques. Ensuite, c'est qu’à tout cela se sont ajoutés d'autres défis, d'autres fléaux, j'y reviendrai, celui de la drogue, nous l'avons vu hier, qui parasite la ville et la vie, et à bousculer la vie de tant de quartiers. Et c'est parce qu’aussi, nous avions sans doute sous-estimé jusqu'ici les divisions. Et je le dis avec beaucoup d'amitié et avec l'envie de réussir avec vous. Mais au fond, l'Etat peut systématiquement arriver en proposant des milliards. Si toujours l'action publique est divisée et les chicayas locaux bloquent l'avancée, ces milliards n'arrivent jamais sur le sol. Mais ça n’est pas la faute de ceux qui les ont dits, avant moi. C’est la faute d'une action collective qui n'arrive pas à s'organiser et se faire. Et je suis frappé de voir qu'il y a tout à la fois : une énergie incommensurable, une jeunesse inédite en France et une si grande difficulté à définir ce qu’est l'intérêt général de la ville comme de la métropole. C'est ça le problème qu’il y a à Marseille. Et ça, ce n'est pas l'Etat qui peut le régler, il peut y aider, y contribuer, déclencher, en poser les conditions, c’est ce que je vais vous proposer, par une ambition et quelques exigences.

Et donc, vous l'avez compris, je ne viens pas ici faire des promesses. Je viens prendre des engagements en en demandant, parce que c'est comme ça qu'on s'en sortira ensemble. Parce qu’il n'y a plus de thaumaturge, -pardon, Monseigneur, dans l'ordre temporel qu’est le mien, les choses étant maintenant séparées-. Mais il y a tout à la fois une ambition et une exigence qui est fille de cette fraternité, parce que la fraternité sans exigences, c’est une fraternité qui ne vaut rien. Alors face à cela, ce que je vous propose, c'est de répondre tout à la fois aux urgences et essayer aussi de regarder plus loin parce que je pense qu'une des difficultés, en essayant de regarder pourquoi on avait échoué jusque-là.

On ne projette pas une ville, un destin, un tempérament comme le tempérament Marseillais, si on dit juste : on va s'adapter ou régler les choses. Il faut rêver grand. Et donc, je voudrais tout à la fois qu'on essaie ensemble de répondre aux urgences impérieuses et d'inventer, de rêver et de faire ce Marseille en grand, et de le faire ensemble.

Alors, les urgences tout d’abord. Je n’invente rien. Je vous ai écouté pendant deux jours, élus, associations, monde économique, les mamans, hier, et les familles. L'urgence, elle est sécuritaire, elle est sociale, elle est sanitaire.

L'urgence sécuritaire, on en a beaucoup parlé, certains diraient trop, parce que ça n'est pas nouveau, mais ça ne doit pas être une habitude. C'est en effet la situation, particulièrement dans les quartiers, et c'est celle de la lutte contre les trafics. Si je regarde les chiffres en toute honnêteté, ces dernières années, la délinquance a baissé et je veux saluer ici la mobilisation de notre préfet de région et de la préfète déléguée ainsi que de l'ensemble des forces de sécurité qui sont sous votre autorité, Madame la préfète ; les chiffres sont bons et ils s'améliorent. Mais il y a une criminalité de plus en plus violente qui est largement liée au trafic de drogue. Il n'y a pas de fatalité face à cela. L'État, depuis 4 ans, a mis les moyens avec la création de l'Office anti-stupéfiant, le renfort de policiers, deux compagnies de CRS qui ont permis d'augmenter de 60 % le nombre d'interpellations de trafiquants depuis un an, quand les procédures pour usage de stupéfiants étaient quant à elles multipliées par 7. Alors oui, évidemment, ça dérange parce qu'on est en train de bouger les choses et on va continuer. Face à ces réseaux organisés, face à des trafiquants qui non seulement rendent la vie difficile, mais n'hésitent plus à tuer des innocents de plus en plus jeunes, à intimider, à racketter, tout cela ne suffit plus. Et donc c'est une véritable traque, une politique de harcèlement des trafics qu'il nous faut conduire ici, sur le terrain au plus près et jusqu'aux têtes de réseaux à l'étranger. Harcèlement policier d’abord ; nous accélérerons les nouvelles arrivées, 100 policiers sont arrivés en 2021 d'ores et déjà, 200 policiers arriveront en 2022, parce que cela correspond aux besoins du territoire et à la nécessité de continuer à pilonner, pilonner les quartiers qui, sinon, sont repris trop rapidement par les trafiquants. Les deux compagnies de CRS supplémentaires présentes depuis mars seront pérennisées, parce qu'elles permettent une présence policière en continu, la stabilité sur les axes les plus sensibles dans les quartiers les plus en difficulté. Parce que « vivre tranquille » est un droit, et c’est aussi un droit pour les familles, les femmes et les hommes qui habitent les quartiers plus en difficulté. Et nous poursuivons ce travail jusqu'au bout. Et c'est pour ça aussi que j'ai proposé, sur la suggestion du ministre de l'Intérieur, à Monsieur le Maire que nous financions des caméras de visiosurveillance dans les quartiers nord. Il y a un réseau dans la ville qui fonctionne très bien, qui a montré son utilité, mais sa carte est en quelque sorte le négatif de la carte des trafics. Vous me l’avez parfaitement démontré hier. C'est donc que les caméras sont bien identifiées par les dealers et ceux qui y contribuent. Et c'est donc qu’il n’y a aucune raison pour ne pas déployer ces caméras dans les quartiers qui en ont le plus besoin et qui sont les plus pauvres. Et donc nous financerons le déploiement de la fibre et 500 caméras dans les zones qui en ont besoin, en plus de cette action.

Mais tout ça n'a de sens que si, à côté de ce harcèlement policier, il y a le suivi judiciaire. Et je veux ici remercier l'ensemble de nos magistrats. En plus de 11 magistrats récemment arrivés, 3 nouveaux groupes d'enquêteurs de la police judiciaire qui disposeront de tous les moyens techniques nécessaires pour aller interpeller les têtes de réseau là où elles se trouvent et les faire juger en France pour leurs crimes seront confirmés. Et suite à l'inspection qu’a demandé le garde des Sceaux, des moyens supplémentaires seront confirmés parce que rien ne sert de mettre plus de moyens dans la police si on ne fait pas la même chose du côté de la Justice pour qu'elle puisse avancer au même rythme et avec la même exigence, la même efficacité. En même temps que nous agissons contre les trafics, nous voulons d'une part assurer partout une présence policière rassurante pour les habitants, dissuasive pour les délinquants. Et nous voulons surtout conduire cette action aussi au niveau européen et international en remontant les têtes de réseau. Et nous prendrons dans les prochaines semaines avec nos partenaires européens, des initiatives de coopération pour démanteler ces réseaux qui sont de plus en plus présents sur notre sol.

L'Etat prendra aussi toute sa part en injectant des moyens pour équiper nos policiers. Plus de 8 millions d'euros pour équiper les policiers de Marseille en moyens numériques d'enquête, en nouveaux véhicules, 222 voitures et motos dès l'été 2022.

Nous assurons également à nos forces des conditions de travail et de vie à hauteur de leur engagement en construisant ici un nouvel hôtel de police pour 150 millions d'euros et en regroupant les commissariats des 13e et 14e arrondissements avec une politique adaptée aux besoins et un financement là aussi confirmé de 8,5 millions d'euros.

Vous l'avez compris, face à l'urgence sécuritaire, nous avons décidé d'investir, de poursuivre le bon travail qui est fait, et je veux ici saluer toutes nos forces de sécurité et nos magistrats, parce que cela ne tiendra que si nous allons au bout de l'effort. Et nos concitoyens ont cette exigence et nous le demandent.

La seconde urgence à laquelle nous nous attaquons est sociale. Et elle se tient, elle est sœur de l'urgence sécuritaire, en quelque sorte. La sécurité c'est toujours le symptôme des difficultés qui se sont installées et qui forment le terreau pour celles et ceux qui veulent exploiter la jeunesse, la misère et développer leur criminalité. Dans certains quartiers de la ville, le taux de pauvreté atteint des records : 40, voire 50%. Et à cette pauvreté pécuniaire s'ajoutent le non-recours aux aides disponibles, les logements insalubres, l'espace public dégradé, l'éloignement des transports en commun, l'absence de public. Et contre tout cela, contre ces pauvretés cumulées que nous avons ensemble à combattre, nous devons mener, nous l’avons évoqué hier avec Samia GHALI, une approche globale. Évidemment, la sécurité, mais pas le tout répressif, ça n'aurait pas de sens. La mobilisation de tous les ministères, de toutes les collectivités, des associations aux côtés des familles qui doivent jouer un rôle essentiel pour les accompagner dans l'éducation et à côté de l'éducation, dans le sport, la culture, le logement. Et nous ne le ferons qu'en multipliant les tisseurs de liens. 20 millions d'euros sont actuellement investis dans le département pour la politique de la ville, dont 17 pour la seule ville de Marseille pour construire des espaces de rencontre, rénover des équipements culturels et sportifs, recruter ces tisseurs de solidarité. 60 éducateurs ont été embauchés ces derniers mois et je souhaite que 30 heures supplémentaires et 30 médiateurs viennent leur prêter main forte.

Nous allons continuer aussi, comme cela a été fait à travers le Plan de Relance, d'investir aux côtés des associations qui, dans les quartiers, font un travail essentiel en aidant les familles. On l'a vu hier avec la formidable association de Bassens, et qui en quelque sorte sont les premiers relais de toutes les politiques publiques. La lutte contre l'habitat indigne doit par ailleurs s'intensifier. Chacun a en mémoire ici le souvenir douloureux de ce 5 novembre 2018 où 8 Marseillais ont perdu la vie lors de l'effondrement d'un immeuble rue d'Aubagne. J'avais alors souligné que l’unanime “plus jamais ça” devait se traduire en actes et que nous nous étions accordés sur un objectif de réhabilitation. Et là déjà, une fois encore, l'Etat a pris ses responsabilités en prenant une politique qui n'est normalement pas la sienne, mais en assumant cet objectif de réhabilitation de 10 000 logements dans les 15 prochaines années. L’ANAH a immédiatement apporté son concours et triplé ses crédits. En juillet 2019, une société publique locale était créée. L'enjeu est désormais d'accélérer, nous avons collectivement été trop lents et j'ai été heureux hier de voir des élus mobilisés et motivés. Et nous avons besoin d'améliorer une fois encore, mais on m'en a donné hier la certitude et l'engagement, la coopération entre la ville et la métropole. Et je veux ici dire que nous allons continuer de simplifier les procédures, et qu'en particulier la simplification des recours avec un seul jugement qui était prévue jusqu'en 2022, mais compte tenu des retards pris qui en quelque sorte serait lettre morte parce qu'il n'y aura pas de recours à la date qui était initialement prévue puisqu'il n'aura pas vraiment de projet sorti, eh bien que cette date sera prolongée pour que nous continuions de comprimer tous les délais ensemble. Ilots Belle de Mai, Noailles, Hoche, Versailles, requalification du centre-ville, les chantiers doivent s'engager immédiatement et je compte sur la mobilisation de tous les acteurs. Vous avez maintenant désigné un directeur général, les choses sont construites, allons
y !

Et puis la troisième urgence est sanitaire. L'épreuve du Covid a montré combien Marseille peut s'appuyer sur une chaîne de femmes et d’hommes compétents : chercheurs, personnels soignants, marins-pompiers, bénévoles, pompiers, associations. Vous avez tous joué un rôle formidable. Président, Amiral, merci beaucoup pour cette mobilisation au côté de l’ensemble de la communauté soignante. Et j’étais à l’instant avec nos élus à côté de nos soignants à la Timone. Alors, parfois il y a eu spécificités marseillaises et des particularismes dans la gestion de la crise mais qu’il faut toujours écouter, ce que je suis venu faire à l’époque avec considération parce qu’il y a eu aussi des choses qui ont été inventées ici. Les tests, je ne l'oublie pas, ont commencé plus fort qu'ailleurs à Marseille. Les eaux usées est une pratique intéressante qui a été commencée ici plus tôt qu'ailleurs. Néanmoins, on a aussi moins vacciné parce qu'on a laissé courir quelques fadaises. Moi, je fais confiance à celles et ceux qui savent : les scientifiques et les médecins ; et j'ai d'ailleurs constaté qu’ici comme partout, les scientifiques et les médecins disent que face à ce virus, il faut mieux se faire vacciner. Et donc nous allons continuer de nous mobiliser. Mais nous avons vu aussi dans ce moment les faiblesses du système de santé marseillais. Si, malgré les efforts des ONG et des associations, le virus a progressé plus vite dans les quartiers nord qu'ailleurs. Si aujourd'hui la couverture vaccinale est plus faible dans ces mêmes quartiers, c'est parce que le réseau de soins de proximité est défaillant dans ces territoires. Et ça, nous devons aussi le considérer. Alors, il ne s'agit pas de dire que rien n'a été fait. Aucunement. Il y a des maisons de santé, des centres de santé qui existent et heureusement. Mais un changement d'échelle est aujourd'hui indispensable pour que nouveaux médecins, personnels soignants investissent ces quartiers.

L’APHM, évidemment, est un acteur clé pour former, sensibiliser, appuyer l'organisation de l'offre de soins. Je l'ai dit tout à l'heure à la Timone, l'Etat est au rendez-vous du soutien dû à cette grande institution, d'une part, parce que nous avons, avec le Ségur, allégé la dette pour 233 millions d'euros. D'autre part, parce que 169 millions d'euros, la moitié de l'investissement total, sont sur la table pour les réhabilitations de la Timone, de l'Hôpital Nord et les constructions du nouveau bâtiment du SAMU, et ceci, à parité avec l'effort des collectivités territoriales dont je salue l'engagement ici, ce qui est aussi une spécificité de votre ville, votre métropole, département et région et ce qui nous conforte dans l'idée de continuer à avancer.
J'ai aussi décidé de faire plus encore en mobilisant 50 millions d'euros supplémentaires pour le pôle mère-Enfant et en apportant notre soutien à la réalisation d'une Maison des Femmes. Je compte sur les responsables de ces projets avec lesquels nous étions il y a quelques instants pour être à la hauteur de cet engagement en annonçant rapidement un calendrier de travaux et en nous y tenant. Plus largement, ce sont tous les acteurs politiques et médicaux qui, collectivités, professionnels libéraux, doivent se mobiliser sous l'égide de l’ARS pour la santé à Marseille et dans tout Marseille. Au-delà des efforts pour les hôpitaux, il nous faut continuer de réinstaller des médecins et des soignants en ville, dans les quartiers qui aujourd'hui sont carencés, avec une politique adaptée, des aides à l'installation et les mécanismes que le ministre à vos côtés déploiera dans les prochains mois. Nous ne pouvons, en effet, laisser plus longtemps des quartiers entiers livrés à eux-mêmes, aux maladies chroniques, à la surmortalité. Dans la deuxième ville de France, il y a en plein cœur des déserts médicaux.

Voilà les trois urgences sur lesquelles je souhaitais insister qui, vous le voyez bien, font l'objet d'investissements massifs de l'État, assumés, aux côtés des acteurs du territoire, mais parce qu'il nous faut là reprendre des positions rapides, regagner parfois le terrain perdu ou consolider ce qui a été fait durant les derniers mois et les dernières années. Mais l'urgence ne suffit pas à relever les défis de Marseille. Il nous faut nous projeter, il nous faut bâtir le Marseille de 2030 maintenant et le faire pour notre jeunesse qui nous a en quelque sorte interpellé à travers ces rêves tout à l'heure. Il n'y avait rien de fantaisiste d’ailleurs dans ce que vous disiez de l'école dont vous rêviez. Rien. C'est l'école à laquelle vous avez droit et c'est l'avenir auquel vous avez droit à Marseille et en France. Et donc, ce que je veux ici aujourd'hui avec vous porter et proposer, c'est une ambition autour de quelque volonté, mais une ambition pour la pleine génération ici pour qu’elle puisse vivre son destin d’où qu’elle vienne et qu’elle puisse le faire avec les mêmes chances où qu’elle habite quels que soient le prénom et le nom, quelles que soient les contraintes de l’Etat.

Cette ambition pour la jeunesse c’est d’abord et avant tout le combat pour l’éducation. Vous en avez parlé, nous en avons parlé ces derniers jours et nous sommes un jour de rentrée. Si nous ratons l’éducation des enfants, aucune chance de réussir leur vie. Aucune chance ! C’est le combat que à mes côtés, le ministre de l’Education Nationale de la Jeunesse et des Sports même et dans cette formule, il y a déjà la nature du combat que nous menons. Ce n’est pas simplement l'école. Combat que nous avons à mener, c'est l'école et c'est tout ce qu'il y a côté. La culture, le sport, la vie en dehors du temps scolaire et je le dis parce que c'est sans doute pourquoi le défi de l'école dans les quartiers les plus modestes, les plus en difficulté, en particulier dans les fameux quartiers nord de Marseille, est encore plus difficile. Cela n'est pas simplement, rénover l'école, on va le faire ensemble et je vais y revenir, mais c'est acté du fait que quand on est né dans une famille qui est en difficulté, quand on vit dans un quartier qui est en difficulté, quand son frère, son cousin, s'est parfois fait tuer dans des règlements de comptes, quand on a des mères isolées qui ont leurs enfants à élever, la vie ne se résume pas de 9 heures à 17 heures, 5 jours par semaine. C'est beaucoup plus compliqué. Et donc c'est la réconciliation de l'éducation avec en effet notre combat pour la culture, ce que nous avons poursuivi et intensifié avec l'éducation artistique et culturelle, pour le sport à l'école et en dehors de l'école mais c'est aussi le lien entre l'école et ce qu'on appelle « le périscolaire » et c'est ce combat qu'on doit mener et il est essentiel et c'est le lien aussi entre l'école et les acteurs, parfois du médico-social et parfois les acteurs de santé.

J'aperçois Marcel, qui est ici présent avec nous, qui sait ô combien y compris dans ces territoires qui sont les plus difficiles, la pédopsychiatrie est un combat essentiel que nous devons mener. Alors, la réponse pour réussir ce combat éducatif, c'est au fond et c'est l'esprit de l'ambition que je veux vous proposer à chaque fois, faire plus, innover et faire de Marseille un laboratoire et le faire avec des exigences, c'est-à-dire un contrat de confiance où chacun fait sa part. Faire plus, c'est acter que à Marseille, nous avons 174 écoles de la ville qui sont considérées dans un état de délabrement tel que l'apprentissage y est devenu impossible. Il n'y a pas d'autres territoires de la République où il y a une telle concentration de difficultés sur le bâti scolaire. Ce n'est pas la compétence de l'Etat et je veux ici être juste. On ne va pas créer un précédent, sinon, tous les maires de France vont me dire moi aussi. Le président de l'ANRU, qui est avec nous, qui est héroïque, maire d'une formidable ville mais qui connaît de grandes difficultés, Clichy-sous-bois, il sait aussi que c'est très difficile, il va me dire sinon, construisez-moi mes écoles. Et vous comprenez bien, je suis très franc. Si, en quelque sorte, l'État se substitue aux collectivités quand cela n'a pas marché, c'est une prime à ceux qui font mal. Il faut rater longtemps pour pouvoir être aidé. Il y a une chose, on doit à la fois corriger ce qui n'a pas marché mais en même temps, je n'ai pas le droit de vous laisser perdre du temps parce que ce sont les enfants qui sont là, qui sont les premières victimes. Si je laisse Marseille se débrouiller tout seul, c'est simple, ces enfants vivront avec des écoles qui ne seront pas rénovées au bon rythme, parce que vous avez eu l'honnêteté de me le dire, Monsieur le maire et parce que ce problème, soyons aussi honnêtes, il est bâtimentaire.

La Ville n'a pas assez de capacité d'investissement pour aller au bon rythme mais il est aussi de fonctionnement parce que vous avez un problème avec vos personnels municipaux et vous avez trop de grèves et on l'a vu tout à l'heure à l'école. Là aussi, quand des gens nous disent : on n'arrive pas à accueillir des enfants à la commune où les formidables personnels qui étaient là, disent ; on prend la charge de beaucoup d'autres parce qu'il y a tant de pourcentages à l'école qui ne sont jamais là, l'absentéisme, les grèves perlées, c'est un sujet et c'est un sujet dont il faut se parler en toute franchise parce que l'Etat ne vient pas investir pour en quelque sorte que certains viennent prélever leur dîme. Pardon d'être très franc. Comme je suis très ambitieux avec vous, je vous le dis et donc en même temps qu'on investit, Monsieur le maire, moi j’attends de vous que vous réformiez, je sais que vous en avez l’envie. Et on aura aussi cette exigence dans le suivi, parce qu’on ne va pas se substituer à un système qui n’arrive plus à se financer parce qu’il a construit une mécanique qui n’avance plus, par de petits arrangements, par des faiblesses.

Mais la deuxième ville de France ne peut pas supporter cette situation, je vous le dis en toute franchise. Et ce n’est pas une question d’argent, c’est une question de courage. Alors, pour réussir cela, nous allons être à vos côtés. Ce qu’on va faire, d’abord, nous allons commencer à vos côtés, on l’a vu ce matin, à rénover les écoles pour une quinzaine d’écoles, les opérations menées par l’agence nationale de la rénovation urbaine (ANRU), avec aussi ce qu’on a mis dans le plan de relance et les dotations exceptionnelles permettent de financer une quinzaine d’école d’ores et déjà. Mais on l’a vu ce matin, l’école que nous avons visitée, elle, sera rénovée avec 90 % d'Etat et donc cela a déjà commencé. Et c'est inédit, c'est lié au contexte, c'est la mobilisation de l'ANRU, j’y reviendrai, et la relance.

On doit aller plus loin et vous m'avez posé sur la table ces difficultés. Maintenant, on doit tout mettre en place. Il y aura des nouvelles opérations de renouvellement urbaines qui permettront d'avoir des financements. On aura des financements, je ne veux pas être si technique et vous barber, de la dotation dite DSIL qui permettront de d'abonder. Et puis, on va devoir abonder un peu plus. Et donc, on en a beaucoup discuté, nous allons créer une société ad hoc, dont Monsieur le maire aura la présidence. Elle sera sous pilotage de l'Etat, on connaît ces formules ici à Marseille. Et je veux qu'on puisse la mettre en place d'ici la fin de l'année. Son objet, ce sera la réhabilitation et la reconstruction des écoles identifiées avec la Ville comme étant les plus délabrées. Pas à l'identique, mais en veillant à proposer des locaux modulables, adaptés aux pratiques aussi, sportives, artistiques, aux innovations pédagogiques. On va donc créer cette société avec un pilotage de l'Etat, la présidence du maire, un financement. Il faut que d'abord, on y voit clair sur le nombre d'écoles qu'on doit mettre dedans, parce que dans nos 74 écoles, il y en a qui sont en train d'être prises en charge dans le cadre de nos programmes de l’ANRU, des financements déjà décidés. Et donc cette société, on y mettra un financement conséquent, et je souhaite qu'on prenne les prochaines semaines pour finaliser à la fois l'organisation et en quelque sorte les quote-parts. Mais je le dis très clairement, compte tenu de l'urgence, on y interviendra. On y interviendra en subventions, en avances remboursables ; on trouvera les bons mécanismes. Et je demande à Monsieur le préfet et Monsieur le recteur en lien avec Monsieur le maire, de finaliser cette société et son financement et ce qu'on y met dedans. Je le dis, il faut porter des projets innovants que ce qu'on a vu ce matin.

Mais à côté de ça, on ne doit pas négliger ce qu'il y a au-delà du bâtiment. D'abord, la sécurité aux abords de l'école. C'est pour ça que dans le plan caméra que je propose, je souhaite qu'on y déploie aussi, qu'on privilégie les écoles. J'ai entendu trop de parents d'élèves et d'enseignants me dire qu'ils avaient peur au moment des entrées ou des sorties. Donc, on doit vraiment assurer une meilleure sécurité collectivement. Ensuite, c'est le fonctionnement, je l'évoquais tout à l'heure en étant assez direct sur les difficultés.

Et puis, c'est de mettre en œuvre ce qui est ce besoin d'avoir un temps scolaire un peu différent. Et donc je veux qu'on puisse ici innover. Est-ce que notre école est celle dont on rêve aujourd'hui totalement ? Notre école, elle est remarquable. L'École ouverte pour laquelle on s'est battu pendant cette crise, c'est une fierté française. L'École de la République qui a permis à beaucoup d'entre vous d'être là où ils sont, c'est une chance. Et c'est ça ce qu'on veut reconquérir, et c'est le travail qu'on fait depuis 4 ans en remettant les savoirs fondamentaux, en ayant dédoublé les CP et CE1, maintenant les grandes classes de maternelle, en ayant fait les devoirs faits, etc., etc.

Mais est-ce que c'est suffisant ? Je ne crois pas. On doit pouvoir aller plus loin. Et dans les quartiers où la situation est la plus difficile, qu'est-ce qu'on doit pouvoir faire ? En fait, donner plus de liberté en même temps qu'on donne plus de moyens. Il faut qu'on ait des directeurs d'école à qui on permet d'avoir un peu plus d'encadrement. Il faut que ces directeurs d'école ils puissent choisir l'équipe pédagogique. Je dis plein de gros mots pour beaucoup de gens, j’en ai conscience. Mais je dis ce que j'ai entendu parce que les parents me disent ; à tel endroit, les profs ne viennent plus, etc. Ça arrive, parce qu’il y a des gens qui sont fatigués de travailler trop longtemps dans des quartiers difficiles et c'est vrai. Et donc on doit permettre aussi à nos enseignants d'être relevés parfois quand ils sont dans les quartiers difficiles. On doit surtout permettre aux enseignants de choisir ces quartiers et les projets et les projets pédagogiques qui vont avec. Ce n'est pas assez le cas aujourd'hui. Et donc c'est beaucoup plus que les postes à profil, le problème est beaucoup plus grave, c'est de vraiment permettre, de faire un laboratoire de liberté et de moyens, un projet pédagogique qui est adapté aux élèves.

Ou quand on a beaucoup d’élèves qui sont allophones, on doit permettre peut-être d’avoir des aides en plus des enseignants en plus, d’être doté de moyens, d’adapter les rythmes scolaires pour les enfants, de penser le temps sportif différemment grâce aux infrastructures qu’on veut aussi mettre en place, de penser le temps culturel à côté de l’école différemment et de permettre de le faire, et en quelque sorte d’avoir une équipe qui n’est pas simplement faite d’enseignants mais de pouvoir d’abord choisir les enseignants qui y sont, être sûr qu’ils sont pleinement motivés, qu’ils adhèrent au projet, ce qui est je crois normal parce que c’est dur, et de pouvoir aussi y associer des acteurs extrascolaires qui partagent l’objectif.

Cette école-là, complètement, elle n’existe pas en France aujourd’hui. Le Grenelle a permis de faire voir cela, on a beaucoup d’exemples dont on parle tout le temps, le modèle finlandais ou autres. Il nous faut aussi tisser ce moment entre l’école primaire et le collège qui est souvent celui où les enfants décrochent parce que pour des enfants, même si on a fait ce qu’on a fait en CP/CE1, dédoubler les classes, le passage du CM2 à 6ème c’est terrible, c’est très dur. Et donc il faut qu’on puisse avoir des enseignants qui seront référents, qui vont les accompagner et penser cette période qui va du CM1 à la 5ème. Toutes ces innovations, on en rêve.

Le système a beaucoup bougé, nos enseignants font un travail extraordinaire et sont très engagés, et je les en remercie. On doit aussi nous continuer de mieux les rémunérer, c’est la logique qu’a commencé le ministre avec le Grenelle. Si on veut aller plus loin et plus vite, le rythme pour ces quartiers doit être beaucoup plus fort. Et donc je veux ici qu'on puisse en quelque sorte innover et mettre en place, à côté de ces investissements dans les bâtiments, une méthode radicalement nouvelle pour l'éducation de nos enfants. Inventer ici l'école du futur. Si on dit on fait cet investissement extraordinaire, ça ne doit pas simplement être dans les bâtiments, on doit le faire aussi dans les méthodes. Et inventer l'école du futur, il faut le faire dans les endroits qui sont les plus en difficulté parce que c'est là où on doit mettre très vite beaucoup plus de moyens et avoir les équipes les plus motivées, avec justement une capacité à différencier les choses.

On l’a commencé avec les cités éducatives, Madame la ministre, mais c'est ça qu'on va démultiplier. Ce rêve de l'école dont on parle tant et tant depuis tant d'années, on ne peut pas le faire dans toute la France au même rythme en 6 mois. Ce serait faux de vous le dire. Parce que c'est une énorme machine, c'est normal. Mais je veux qu'on puisse le commencer très vite ici et donc que ces 50 écoles on puisse les définir avec les élus, les familles, les parents d'élèves, les associations et évidemment nos enseignants, qu'on les définisse là dans les tout prochains mois et qu'on puisse lancer ce projet dans les premières écoles, où on pourra donc adapter, repenser les projets d'apprentissage, les rythmes scolaires, les récréations, la durée des cours, les façons
d'enseigner, et qu'on puisse commencer dès la rentrée 2022-2023. Et évaluer ensuite ces résultats et, s'ils sont concluants, les généraliser. Et on fera cette même innovation dans plusieurs autres quartiers de la République.

Au fond, l'idée est simple : donner plus de liberté pour obtenir plus de résultats. Et je suis convaincu que c'est ainsi qu'on y arrivera. Alors il n’y a pas que l’école, il y a le passage de l'école au collège et dans ces innovations on le prendra en compte. Mais les décrocheurs sont aussi nombreux après, dans le temps du collège et du lycée. Et d'ailleurs, on a commencé à innover à Marseille avec les micro-lycées. Il s'agit de classes d'une vingtaine d'élèves, intégrées au lycée existant, il en existe une au lycée Diderot, qui réunissent ceux qu'on appelle souvent des décrocheurs, autour d'un objectif qui est de réussir le baccalauréat. Et cela fonctionne depuis trois ans, on a 80% des élèves du micro-lycée de Diderot qui ont par exemple obtenu leur diplôme et raccroché le système parce que ce sont de toutes petites classes et qu'on y met vraiment les moyens. Et donc je souhaite que, dans le même temps, dès la rentrée 2022, on ait 10 micro-collèges et 10 micro-lycées qui s'installent à Marseille, dans les quartiers les plus en difficulté où on a nos décrocheurs très jeunes, et qu'on puisse avoir la réponse éducative qui convient. Parce que nous avons tous été bouleversés quand un jeune garçon de 14 ans a été abattu. Et évidemment la réponse est sécuritaire, mais la réponse, elle est aussi éducative et familiale. Parce que ce qui est insupportable, c'est qu'un jeune garçon de 14 ans se retrouve hors de l'école à faire ce qu'il était en train de faire. Et donc c'est aussi à travers une telle réponse que nous aurons une solution durable pour la sécurité, mais surtout pour que nos enfants aient le même droit de s'émanciper et d'apprendre partout.

Le second combat pour la jeunesse, après cette ambition pour l'école et l'éducation, pour lui offrir justement ce droit à l’avenir, quelle que soit la famille, c’est le combat pour l’emploi. C’est le combat pour l’apprentissage. C’est le combat pour l’entreprenariat. C’est le combat pour l’émancipation économique. Tous les jeunes que j’ai vus hier comme aujourd’hui, ils ne m’ont pas demandé des aides, ils ne m’ont pas demandé d’argent public, je vous le dis très clairement : ils m'ont demandé d'être embauchés. Souvent, ils avaient même le nom de l'entreprise qu'ils voulaient. Je vous préviens, on a pris les noms d'ailleurs. Donc, vous allez recevoir les courriers. Ils connaissent très bien les entreprises marseillaises d’ailleurs, et ils m'ont dit : « elles sont de l'autre côté ».

Mais ce qui était frappant, ils m’ont tous dit : « nous on a le mur et les rails, et de l'autre côté, il y a des entreprises et des embauches, mais nous, elles ne nous embauchent pas ». Elles n'embauchent pas parce qu'il y a encore partout en France, malgré tout ce qu'on a fait, des réticences, des réticences quand on vient de tel quartier, quand on porte tel ou tel prénom, ça existe encore. On a lancé ces opérations de testing, on a lancé ces opérations pour les stages. Je pense qu'on arrive à conjurer ces préjugés quand on développe de l'apprentissage, comme beaucoup d'entre vous ont commencé à le faire, parce qu'on connaît à ce moment-là les jeunes, on s’en familiarise et puis on casse les tabous. C'était essentiel. Et puis, beaucoup d'entrepreneurs me l'ont dit avec honnêteté. Il y a de la réticence aussi parce qu'on sait que ce sont des personnes qui auront beaucoup de mal à se déplacer. Et parce que c'est parfois un univers de passer des quartiers nord à l'endroit où se situe l'entreprise, où il y a des opportunités économiques.

Evidemment - et j'y reviendrai - la réponse est aussi dans la capacité à réaménager la ville et dans le transport, mais elle passe par une mobilisation économique. Et là aussi, je vous le dis, il y a tout pour réussir. Ce n'est pas tellement de l'argent public sur cette affaire. C'est une capacité collective à organiser et mobiliser toutes les bonnes volontés pour être sûr que les énergies qu'il y a de tous ces jeunes qui veulent bosser à côté des entreprises qui sont en train d'embaucher et qui ont des manques de main d'œuvre, on arrive à ce qu’elles se rencontrent. Et je vous le dis en toute sincérité. Alors il faut évidemment les aider à franchir des barrières, celle des préjugés, le permis de conduire, les difficultés et les formations complémentaires pour y arriver. C'est ça, cette petite passerelle qu'il faut faire. Et donc, il faut rapprocher ces jeunes des entreprises et soutenir ceux qu’ils font.

Beaucoup d'initiatives sont prises ici. L'Olympique de Marseille qui plus qu'un club, est décidément l’âme aussi de la ville, cherche, il est prêt à créer des formations adaptées aux besoins du monde économique. Il y a déjà l'Académie. Il y a aussi les formations, Dimitry est là, à nos côtés, je le salue. Il est aussi très mobilisé aux côtés des jeunes, mais je salue vraiment le président du club qui veut faire encore plus pour des formations. Le projet « Réalise tes rêves » a ainsi permis de remobiliser déjà des centaines de personnes éloignées de l'emploi et nous l'encourageons. J'appelle toutes les entreprises à rejoindre ces initiatives et à faire en sorte que l'embauche des jeunes que l'on dit des quartiers se fasse plus rapidement et que l'on arrive à créer plus directement des emplois dans nos quartiers.
On doit ensuite encourager l'entrepreneuriat. Je l'ai souvent dit. Je crois d'ailleurs que des personnalités locales comme Bernard TAPIE, pour lequel j'ai une pensée en ce moment parce qu'il se bat avec beaucoup de courage et de dignité contre la maladie et il a fait beaucoup pour cette ville. Des personnalités comme Bernard TAPIE ne le renieraient pas, mais je l'ai souvent dit pour les jeunes des quartiers : pour eux, c'est plus facile de trouver un client que de trouver un emploi. Et c'est vrai. Et donc, l'entrepreneuriat est une formidable source de mobilité dans les quartiers parce qu'il a l'esprit de débrouille, parce qu'il y a la volonté de faire et l'énergie et parce que le client, si on apporte un , si on est prêt et qu'on a cette énergie, il veut le . La question est de savoir si vous avez tel CV ou autre. L'énergie est là au contact. Et donc il faut qu'on aide aussi à développer l'entrepreneuriat dans nos quartiers. Ce n'est pas faute de projets, encore moins faute d'élan. Mais là aussi, c'est de mettre en relation ceux qui sont prêts à le faire et les structures qui existent. Les acteurs qui sont là et les financements. Nous allons donc tout mettre en œuvre pour inverser cette tendance et développer partout l'entrepreneuriat.

Alors, il y a des initiatives qui existent et qui sont portées par la plateforme, l'école D-15, les associations, comme les Déterminés. Je pourrais également évoquer spécifiquement dans les quartiers nord, le Carburateur, l'Épopée, le Cloître. Ce que j'ai envie de vous proposer et qu'on puisse faire ensemble, c'est deux choses. C'est d'essayer de conjuguer ses énergies et de simplifier l'accès à ces offres pour la formation, l'alternance, l'apprentissage ou l'entrepreneuriat pour nos jeunes. Et donc d'abord, qu'on travaille ensemble et la Banque publique d'investissement sera à vos côtés pour vous y aider et contribuer à un investissement supplémentaire pour créer 3 carrefours de l'entrepreneuriat à Marseille, qui seront des grands lieux dédiés où les jeunes qui ont des projets seront gratuitement formés, conseillés, mentorés par des dirigeants d'entreprises, des associations et accompagnés par des s publics.

Ensuite, c'est qu'on puisse tester ici à Marseille, le déploiement d'une belle et grande idée qui est le capital « jeunes créateurs » : concrètement, il s'agit d'offrir à tous les jeunes qui justifieront d’un projet sérieux, un accompagnement et une dotation plusieurs milliers d'euros pour leur permettre de se lancer dans l'aventure entrepreneuriale. Beaucoup de jeunes disent « j’ai une idée, mais je n'ai pas de réseau, je n'ai pas le financement ». Ça sert à ça, le capital « jeunes créateurs ». Et là aussi, on veut ici lancer comme un projet pilote pour le généraliser. Et puis, je veux qu'on arrive à ce que toutes les initiatives qu'il y a sur le territoire d'embauche et de formation des jeunes, des programmes d'alternance, on arrive à les fédérer au fond autour d'un guichet unique qui permettrait d'avoir deux types d'actions. D'abord, une même plateforme qui permet de rejoindre toutes les initiatives que vous avez avec beaucoup d'énergie mise en place mais il faut que nos jeunes aient en quelque sorte une adresse unique. Une forme de capacité à y accéder de manière très simple pour que tous les élus qui sont là sur le terrain et les associations qui sont à leurs côtés puissent leur dire : écris ou appelles à ce numéro-là. C'est très bête, ça ne règle pas tout, mais ça simplifie beaucoup de choses. Quand on est dans une misère noire et que c'est très dur, le pire ennemi, c'est la complexité. Et s'il y a 4 initiatives, il y en a déjà 3 de trop parce qu'on ne sait pas laquelle choisir et donc, il faut qu'on ait en quelque sorte cette même plateforme, ce guichet unique de toutes les initiatives.

Et derrière, je souhaite qu'on développe - et on va le faire à vos côtés - on va inventer cette formule, comme on le fait en quelque sorte pour le vaccin, une stratégie du « aller vers ». On doit aller dans les quartiers. Certaines associations le font formidablement. On l'a vu hier, mais elles le font avec leurs moyens. Elles ne sont pas toujours connectées avec les entreprises et ces initiatives entrepreneuriales. On doit quand même faire le branchement. Si je peux aider à faire ça et vous présenter les uns les autres, je suis prêt à le faire. Et donc là-dessus, si on met ce financement en place, on peut démultiplier les initiatives formidables qui ont été lancées et donc je souhaite là que d'ici un mois et demi, on mette en place la structure pour essayer non pas du tout de raisonner ou de mettre en coupe réglée tout ce qui a été fait. J’ai été impressionné par ce que j'ai vu, ce que j'ai découvert, ce qu'on m'a raconté et vraiment ce que les entrepreneurs d'ici font avec beaucoup de courage, je trouve ces initiatives remarquables et ils le font avec un engagement fort pour la cité et la vie de la cité, mais c'est vous aider à réussir plus vite et plus fort avec du financement, de la mobilisation, de la simplification, si je puis dire. On va lancer des grandes opérations de renouvellement. Je sais que le BTP marseillais est prêt à se mobiliser. On y va et on va vous aider pour embaucher ici en lien avec les quartiers.

Le numérique. Beaucoup d'entreprises du numérique sont là. Je reconnais des visages amis, qu'il s'agisse de l'agritech, de la biotech, de la cleantech, du numérique de s. Là aussi, on crée des emplois et des opportunités. Allons-y ! Mettons-les sur la table et qu'il s'agisse des grandes entreprises, de réseaux de nettoyage, de transport. Là aussi, il y a des emplois parfois peu qualifiés qui sont recherchés, il y a des jeunes qui sont prêts à les prendre. Et donc, je nous donne jusqu'à mi-octobre pour qu'on définisse, parce que c'est très simple, cette plateforme commune et ces 3 carrefours de l'entrepreneuriat. Je pense que si on se dote de ça, qu'on lui donne beaucoup de publicité et que ces noms comme ces numéros de téléphone sont connus dans les quartiers, je suis sûr qu'on cassera beaucoup de murs et beaucoup de barrières. Et puis après, on va surtout l'évaluer et le suivre parce que sinon on a des résultats qui ne correspondent pas aux énergies.

Pour les jeunes les plus décrochés, les plus en difficulté, je veux aussi qu'on mobilise des instruments qu'on connaît, mais qu'on a insuffisamment développés : le militaire volontaire. Ce dispositif qui, sur le modèle de ce qui se fait Outre-mer avec le militaire adapté qui est une formidable organisation qui, depuis 60 ans, a donné des résultats extraordinaires, accompagne des jeunes qui sont parfois déjà marqués par la vie, qui ont subi parfois le pire dans leur vie intime, familiale ou éducative et leur permettre d'acquérir des compétences techniques, académiques, de transmettre aussi des valeurs républicaines, un savoir-être par un encadrement militaire, par des règles qu'on réapprend. 100 jeunes Marseillais seront accompagnés dès l'automne, qui entreront dans un parcours de formation professionnelle auprès de nos militaires des Bouches-du-Rhône, de nos terriens et de nos marins pompiers. Là aussi, on évaluera le dispositif et je suis prêt à ce qu’on continue de manière régulière à le faire monter en charge parce que c’est un bon dispositif pour les jeunes qui sont les plus éloignés, pas simplement de l’emploi, tout simplement de la vie normale. Et il faut mesurer que ce qu’on va essayer collectivement de faire pour nos enfants, et votre génération. C’est déjà trop tard pour des jeunes qui ont 18-20-22 ans et qui ont été marqués par le pire, mais il n’y a pas de fatalité et on peut les rattraper si on se donne les moyens de cet investissement, ensemble.

Parce qu’il n’y a aucune fatalité. Moi je ne me résous pas à l’idée qu’on naîtrait chômeur, qu’on naîtrait dealer ou autre. On le devient parce qu’il y a eu des injustices de la vie, parce qu’on a été découragé, parce qu’on n’a pas été accompagné comme il le fallait, parce qu’à un moment, on a baissé les bras ou on a cédé à certaines sirènes parce qu’on n’a pas eu les mêmes chances que les autres. Ce que nous n’avons pas le droit de faire, c’est qu’à chaque fois qu’il y a une volonté, on n’ait pas la bonne réponse et le bon accompagnement. Vous l’avez compris, pour moi cette deuxième ambition dont on doit se doter, tout est là, dans Marseille, tout. C’est de réussir à ce que cette énergie entrepreneuriale qui est dans la ville partout et qui est impressionnante, permette de répondre aux besoins de notre jeunesse.

La troisième ambition, pour voir grand, pensez ce Marseille en Grand, c'est la culture. C'est l'identité même de la ville pour toutes celles et ceux qui l'aiment. C'est son histoire, celle de ses écrivains, de ses cinéastes, ses musiciens, et celle de ses théâtres, ses cinémas d'art et d'essai, de sa création, celle des séries aujourd'hui, celle de ses peintres, de ses sculpteurs. Alors, je souhaite qu'on puisse mobiliser d'ici la fin de l'année autour de nos acteurs publics, du FRAC et de plusieurs autres, plusieurs grands projets qu’on puisse ensemble essayer de structurer pour dessiner ensemble ce qu'est cette culture, ce projet de la culture 2030 du Marseille en Grand.

Mais il y a un projet sur lequel je souhaite, ensemble, et parce que c'est aussi l'émanation de toutes les énergies qui sont là, parce que c'est le moment, c'est le moment en France et c'est le moment à Marseille, parce que plusieurs sont prêts à relever le défi et ce sont des gens qui ont déjà réussi et qui ont une expérience, c'est celui du cinéma et de l'audiovisuel. D'une part, parce que nous avons plus de 400 tournages accueillis en 2019, trois fois plus qu'il y a 10 ans, des films emblématiques récemment mis à l'honneur au Festival de Cannes et qu'il existe à Marseille un terreau favorable. D'autre part, parce que nous, Français, nous avons porté ce modèle au niveau européen. Ça fait maintenant quatre ans qu'on se bat pour défendre le droit d'auteur, les droits voisins, la possibilité de créer. On a gagné cette bataille au Parlement européen. On est en train de la décliner et surtout, on est en train de faire passer quelque chose d'unique qui est le fait que le modèle français historique est en train de devenir le modèle européen. Et je salue ici la présence de Françoise, qui était au début du quinquennat à mes côtés et j'y reviendrai tout à l'heure parce qu'elle continue à l'être par d'autres projets. Mais on est en train de réussir une vraie bataille culturelle. Ce n'est pas la France qui défend son exception culturelle, c'est la France qui est en train de conquérir l'Europe en transmettant ce virus qui est de protéger les auteurs, de reconnaître la place de la création. Et donc par le décret dit SMAD qui est paru le 1er juillet, on va contraindre les plateformes américaines à investir dans la création française. Et donc offrir des perspectives de développement majeurs qui se chiffrent en centaines de millions d'euros.

Et donc c'est le moment d'investir dans les industries culturelles et créatives, dans le cinéma et dans l'audiovisuel. Et à Marseille, il y a la capacité de le faire, il y a les talents, il y a les studios, il y a l'envie et il y a des opportunités pour les jeunes. Les acteurs ici ont pour projet de créer et la région que je salue est prête à s'engager très fortement dans un grand projet européen de l'audiovisuel à la dimension de l'arc méditerranéen en agissant d'une part sur la production et les infrastructures d'accueil de tournages et d'autre part, sur la formation aux métiers du cinéma et de l'audiovisuel. Ce que nous devons créer ensemble à Marseille, ce que vous devez créer, ce sont ces grands studios de la Méditerranée qui permettront d'avoir l'infrastructure pour les tournages de grands films, de grandes séries. C'est aussi les techniciens pour le faire et les créateurs. Et donc avoir les écoles qui permettent de les former, c'est d'avoir aussi les pôles de création en matière de numérique, en matière technique. Très clairement, je vous le dis parce qu’on en a parlé très longuement ces derniers jours, allons-y. Nous soutiendrons la modernisation du pôle médias de la Belle de Mai, nous ouvrirons aussi un nouveau site pour créer une base logistique pour accueillir les tournages, développer les studios, créer le premier bassin de tournage en mer. Nous implanterons également à Marseille une école CinéFabrique, pour les 18-25 ans, comme cela a été fait avec succès à Lyon de manière impressionnante et j’en salue les auteurs et les acteurs ici. Et dans cette odyssée en quelque sorte de culture, oui cher Costa GAVRAS, l’Etat est prêt à vous accompagner dans votre projet de création d’une antenne marseillaise de la cinémathèque française pour transmettre, faire vivre ici la mémoire du cinéma et surtout le plaisir du cinéma.

Le projet est là, les autorités culturelles et artistiques sont là, et on sera à vos côtés. Tout cela fait sens, tout cela est porté et correspond à ce que les acteurs à Marseille portent, font depuis des années, parfois des décennies. Vous avez ici des cinéastes formidables comme Robert GUÉDIGUIAN, vous avez ici des acteurs formidables, vous avez des cinémas d’art et d’essai qui se battent depuis des années et des décennies pour maintenir la culture partout, et ils le font en lien aussi avec vos théâtres. Ici, nous pouvons créer un des grands pôles français de cette industrie culturelle et créative.

Il y aura la région parisienne, il y aura le Nord, Montpellier a aussi des capacités extraordinaires sur le numérique, la production, les studios. Mais à Marseille, on doit créer ces grands studios de la Méditerranée, innover et en même temps créer ces grandes écoles de formation. Cette ambition, c'est une ambition pour demain, mais elle commence aujourd'hui. Et cette ambition, c'est aussi de la formation et des emplois pour nos jeunes parce que ce sont des métiers qui correspondent à leurs envies et à leurs histoires à raconter. Et je vous le dis très sincèrement, je pense que c'est une chance inouïe parce que c'est un combat culturel et politique, parce que partout à travers la Méditerranée des séries, des films sont en train de se faire, parce que la France a la capacité de continuer à porter un grand cinéma et la production de séries. Et parce que si on laisse aux autres, en particulier aux Anglo-Saxons, l'exclusivité de la production cinématographique et audiovisuelle, nous perdrons ce combat culturel. Et dans 10 ans, dans 15 ans, ce ne seront plus nos imaginaires, nos histoires qui se raconteront, mais les leurs. Et ici, Il y a une chance formidable, il y a des enfants, des familles qui viennent de partout dans la Méditerranée, des rives européenne, libanaise, marocaine, algérienne, tunisienne, égyptienne. Et ils ont leurs imaginaires, ils ont leurs histoires. Mais ils ont aussi du coup la capacité à les exporter et nous avons la capacité en France, et surtout depuis Marseille, à créer, créer des histoires, des contenus qui vont parler à ces jeunesses de l'Afrique et du bassin méditerranéen. C'est cette ambition que nous devons avoir.

Moi, je veux que la jeunesse, qui est fille de cultures multiples, ne se dise pas “Ma culture est un peu une honte et je dois me faire ma place dans la République.” Elle a toute sa place, elle est totalement dans la République française, mais elle est une chance pour la République parce qu'elle a en plus son propre imaginaire, son propre destin. Elle conjugue au pluriel. Et donc nous avons la capacité de porter un cinéma et des séries qui parleront à toute l'Afrique et la Méditerranée. Ce que je vous dis n'est pas un rêve, c'est une conviction. Si on s'en donne les moyens, si on investit, si on forme et si on permet à des jeunes qui vont écrire ces histoires, qui en seront les techniciens, les acteurs, de le faire. C'est la vie de bohème, diront certains. C'est la vie de bohème, c'est vrai, créer, mais c'est beaucoup d'emplois. Ce sont des dizaines de milliers d'emplois ce dont je vous parle. Ne vous trompez pas, les industries culturelles et créatives, la culture, c'est un pilier de la vie économique de demain, un pilier. Et nous devons porter cette ambition, et on peut le faire depuis ici.

Aux côtés de cette initiative, je souhaite qu'on puisse donc, d'ici à la fin d'année, construire autour de nos grands acteurs publics et avec la myriade d'acteurs privés et d'initiatives quelques grands projets, mais qui doivent partir du terrain, être ainsi construits, comme on vient de le faire pour la Cinémathèque, les grands studios et l'école, une réponse qui a du sens. Ce n'est pas à moi de la dicter. Je suis prêt à porter cette ambition et à vous aider à la démultiplier. Marseille, capitale de la culture européenne, ça ne doit pas durer simplement une année. Ça doit être une ambition pour l'avenir.

Et puis enfin, c'est le quatrième rêve, la quatrième ambition que je veux porter avec vous, Marseille doit être pleinement au cœur de sa vocation européenne, de ce que vous avez rappelé Monsieur le maire, et donc pour cela porter des grands projets européens structurants. Réussir à désenclaver sa ville et la rouvrir sur la Méditerranée et porter ce rêve méditerranéen et ces deux gestes vont ensemble parce que si Marseille a ces fractures, c'est qu'elle s'est repliée sur elle-même et par rapport à la mer. Et donc c'est d'abord le logement. Mais on ne fera pas de Marseille une capitale méditerranéenne si on ne règle pas le problème de l'aménagement de la ville et des quartiers. Je vous le dis parce que personne ne nous croira sur le fait qu'on est accueillants.

Le premier grand projet concerne le logement. Nous faisons déjà beaucoup avec l'ANRU, nous sommes prêts à mettre davantage, nous avons la possibilité de doubler cette enveloppe si on porte véritablement des opérations d’envergure et je suis prêt là aussi à pousser des expérimentations sur le sujet, y compris une grande opération d’intérêt national. Car c’est avec ces grandes opérations qu’on n’a pas simplement le financement mais qu’on réduit les délais. On va compresser les délais, aller plus vite et plus fort. Ça c’est pour le logement, pour la rénovation urbaine, c’est une nécessité. Je veux qu’on porte ensemble des projets forts. Il nous faut redonner pas simplement de l’espoir mais de la dignité à nos enfants, à nos jeunes, à leurs parents. Ce n’est pas la vie de bohème ce que je dis : c’est la capacité de permettre simplement à ce que tout le monde ait le droit à la même chose. Quand on grandit, que l’on s’habitue à un endroit qui est sale, on se dit qu’on n’a pas le droit à mieux et qu’on n’a pas sa place dans la République et donc dès le début on grandit dans une forme de dissidence et par nos négligences on la justifie. La Nation c’est aussi un projet poétique, au sens plein du terme, c’est une nécessité de le faire dans nos quartiers.

On a parlé du logement, mais quand on parle du logement, on doit aussi de parler des transports. Nous en avons longuement parlé avec vos élus, avec les forces économiques et donc grand projet d'aménagement et aussi en matière de transports. Et nous savons les besoins là-dessus. Les projets, ils sont sur la table. Pourquoi ils ne trouvent pas une réalisation, là encore ? Là encore, parce qu'à Marseille, c'est trop compliqué. Parce que c'est le seul endroit où on a créé une métropole qui passe beaucoup trop de temps à redistribuer, qui a gardé la complexité d'avant et qui est en quelque sorte, du coup, elle aussi, a du mal à porter les projets d'intérêt métropolitain qui est un problème. Et donc, elle a des coûts de fonctionnement trop importants.

Elle a une complexité trop importante. Tout cela doit se régler. Ça doit se régler dans la concertation, avec beaucoup de respect pour les maires concernés qui sont ici présents. Mais c'est cette situation qui fait que les investissements qui auraient dû se faire, conjugués peut être à un manque d'investissement passés par ailleurs, ne se sont pas produits. Bilan des courses : il y a entre 3 et 4 milliards d'investissements sur la table. Alors là aussi, l'Etat doit être présent, sinon tout est bloqué. On ne peut pas avoir la deuxième ville de France qui est aussi embouteillée avec les sujets de pollution, d'accès au travail, d'accès aux ports comme à l'aéroport, et tout ce qui s'ensuit. Néanmoins, je vous le dis en toute sincérité, si l'Etat ne fait que financer, je ne joue pas mon rôle. Nous devons financer pour débloquer la situation, mais nous devons financer à la condition qu'on règle les problèmes d'organisation et de gouvernance. Sinon, je mets plus d'essence dans un système qui continue à garder les mêmes freins. C'est non.

Alors, pour y répondre, je suis prêt à ce que, dans un premier temps, on puisse avoir ce financement d'un milliard d'euros, dont 250 millions en subventions, qui sera engagé par l'Etat à la fois pour l'accessibilité et des projets très concrets identifiés : l'automatisation du métro, la création de quatre lignes de tramway et de cinq lignes de bus à haut niveau de qui répondent à cet objectif. C'est un début. Je suis même prêt à ce qu'on fasse davantage et qu'on monte la part de contribution de l'Etat sur les projets de transports qui sont structurants pour désenclaver les quartiers nord et permettre de lier le nord au sud. Mais à une condition claire, c'est que cet effort majeur de la nation ne se disperse pas en redistributions inutiles, en compensation diverses, en paiement de fonctionnement indus, mais qu'il garantisse des réalisations concrètes utiles aux déplacements de tous. Pour ce faire, la métropole doit faire évoluer sa gouvernance en s'affirmant comme l'opérateur des politiques de transports dans un cadre institutionnel revisité. C'est une condition indispensable et c'est une condition préalable.

Je sais, Madame la Présidente, que c’est l’esprit qui est le vôtre. Vous êtes aussi l’héritière, comme vous l’avez dit, Monsieur le Maire, pour ce qui est de votre situation. Je pense qu’il faut la changer maintenant. Parce que si on ne la change pas maintenant, tout ce que je vous annonce, ce seront des annonces dont on dira “Vous ne l’avez pas fait” et je n’y serai pas pour grand
chose. J’aime pouvoir rendre compte de ce que je dis, donc j’aurai la même exigence.

La mise en place d’un RER à la marseillaise va également s’accélérer puisque le financement du démarrage de la nouvelle signalisation sur la ligne Marseille - Vintimille qui conditionne la réalisation de ce projet est bouclé. 300 millions d’euros dont 115 millions d’euros de la part de l’Etat seront ainsi investis et ce, sans attendre la réalisation d’une nouvelle ligne à grande vitesse. J’ai par ailleurs annoncé aux élus locaux que le projet de ligne nouvelle Provence Côte d’Azur Marseille - Nice, qui inclut la traversée souterraine de Marseille, et le grand et beau projet de réaménagement de la gare Saint-Charles pourraient entrer dans une nouvelle phase : 1,4 milliard d’euros sur les 3,5 milliards d’euros de budget seront bien apportés par l’Etat. J’en prends ici l’engagement. L’ordonnance portant création de l’établissement public de ce grand projet sera mis en chantier dès le mois prochain. Et je veux également vous confirmer que l’Etat assurera les financements en bon ordre et dans les bons temps pour l’extension de l’aéroport et la facilitation de sa desserte et que les dispositions seront prises pour la finalisation d’ici à la fin de l’année 2023, comme il se doit pour les équipements qui étaient prévus pour les Jeux Olympiques.

Mais Marseille, quand on parle d’infrastructures, nous en parlions cher Rodolphe SAADÉ ce matin, c’est aussi et d’abord un port. Et c’est en effet par son port, toujours, que Marseille a vécu ses âges d’or, c’est par son port que Marseille a embrassé et séduit le monde, Monsieur le Maire vous l’avez admirablement rappelé : c’est par son port que Marseille a pu être cette Athènes de la Méditerranée dont parlait Châteaubriand. Le port de Marseille mérite donc des investissements massifs. Il doit être modernisé, mieux relié et pensé lui aussi en grand. Modernisé : nous voulons d’un port vert avec des quais enfin électrifiés, des financements seront garantis. Mieux reliés, dans le cadre du plan de Relance, la gare de fret Miramas sera rénovée et la desserte ferroviaire du môle Graveleau enfin réaménagée. Le lien entre le port et l'hinterland européen fera l'objet d'aménagements nouveaux et d'investissements exceptionnels. J'en prends ici l'engagement. Surtout, Marseille doit devenir la tête de pont de l'axe Rhône Saône. Et à cet égard, la transformation du port maritime en un grand port fluvio-maritime allant de Marseille à Lyon doit se faire, conservant son siège à Marseille, à travers une concertation avec les équipes de Lyon, permettra de lancer une infrastructure intégrée nouvelle.

Donc vous l'avez compris, ce que nous voulons faire, c'est à la fois moderniser le port, lancer dès maintenant les indispensables discussions qui permettront d'aller au bout de l'optimisation des espaces entre Fos et la ville, et là des modifications s'imposent, mais elles doivent être discutées et négociées, moderniser les infrastructures pour répondre à tous les objectifs, mais investir dans le fret ferroviaire et dans la stratégie fluviale. C'est la condition pour rendre le port compétitif et attractif et, en même temps, Madame la ministre, réduire les émissions carbones. C'est cohérent avec la vocation de la ville. C'est cohérent avec sa vocation d'être un pôle économique pour la Méditerranée. C'est cohérent avec aussi l'ambition écologique que les acteurs économiques portent et qui ont donné lieu à des investissements massifs, pour le LNG et d'autres. L'État sera là aux côtés de l'ensemble des collectivités, des entrepreneurs et du port. Le président du directoire du Grand Port est chargé de conduire ce projet. Et là aussi, toutes les nominations attendues seront parachevées. Le port d'abord, oui, car Marseille, c'est d'abord et avant tout cette vocation maritime.

Mais ce paysage à nul autre pareil du parc naturel des Calanques, les îles du Frioul, etc., c'est aussi cela la vocation méditerranéenne de Marseille. Ici, l’UICN a choisi d'organiser à Marseille son congrès mondial, ce qui est notre fierté à tous. Si ce congrès mondial de la nature commencera dès demain, ce n'est pas un hasard, c'est parce qu'il y a ici un environnement, une biodiversité absolument exceptionnelle. Nous aurons l'occasion demain, avec madame la ministre, de prendre des engagements, de porter des ambitions pour Marseille, pour les différents parcs du bassin, pour la Méditerranée et pour notre nation. Cette visibilité que ce congrès offre à Marseille ne doit pas être le coup de projecteur d'un jour. Marseille doit bien continuer à porter cette vocation et cette ambition écologique.

C'est pour cela que j'ai le plaisir aujourd'hui de vous annoncer le lancement d'un projet nouveau. Ce projet, il n'a pas du tout été pensé à Paris, il n'a pas été du tout conçu dans des bureaux, il est le fruit d'un mariage baroque entre deux rêves fous. En effet, nous avons décidé de lancer aujourd'hui Odysséo, une ambition qui accompagnera les populations à la transition écologique au travers de la création d'un réseau de lieux de sensibilisation, de recherche, de formation, d'innovation sur les pays bordant la Méditerranée. Ces lieux de vie permettront de fédérer les acteurs de la transition écologique de tout le bassin méditerranéen et impulseront un dialogue permanent entre les sciences et le grand public, entre les innovations technologiques et la préservation de l'environnement, entre le monde artistique et culturel et les acteurs de l'économie.

Et vous voyez combien il est cohérent avec l'ambition que nous portons un instant pour le cinéma et la création. Un projet international dont je souhaite d'ici 2026 l'ouverture du premier lieu emblématique au cœur de Marseille avec vous, Monsieur le Maire, et dans un lieu que nous définirons avec le soutien de Renaud MUSELIER et de Martine VASSAL. Ce projet Odysséo veut être un lieu majeur d'éducation et de sensibilisation dédié à la protection de l'environnement méditerranéen. Et il correspond, Madame la Ministre, Madame la secrétaire d'Etat, à ce que vous portez pour notre pays et ce que nous aurons ensemble l'occasion de défendre. Il sera porté par Françoise NYSSEN et Cyprien FONTVIELLE, à l'initiative d'un premier projet né de Méditerranée. Et ORA-ÏTO, porteur du projet Marsat au travers de la création d'une fondation qui permet dès cette année d'engager des initiatives que l'urgence de la situation appelle.

Ce projet nécessaire et unique, affichera l'engagement de la France à relever le défi de la transition. L'État accompagne déjà la mise en place de cette fondation et soutient les missions préalables à l'ouverture de ce premier lieu. Il participera, aux côtés des collectivités locales, de tous les partenaires publics et privés, à sa création, à son financement, à son déploiement. Et je pense que pour Marseille, cela doit être une insigne fierté de pouvoir ici porter ce qui est un rêve fou. Voilà aussi pourquoi je souhaite que Marseille puisse devenir comme vous le souhaitez chez Rodolphe, Monsieur le maire, la première capitale européenne de la mer en 2024. Voilà aussi pourquoi je souhaite que Marseille puisse ici abriter le Forum des mondes méditerranéen, avec l'ambassadeur, cher Karim AMELLAL, en février prochain. À ce moment là, nous aurons l'occasion de réunir ici toutes les sociétés civiles du bassin méditerranéen et de pouvoir porter les ambitions culturelles, entrepreneuriales, sociales que j'évoquais à l'instant de le faire ici avec les sociétés civiles de tous ces pays, y compris les pays parfois en guerre, en crise, où les régimes connaissent des transitions difficiles pour continuer à parler pudiquement. Mais de le faire ici en les réunissant et en démontrant cette capacité de Marseille à être ce cœur battant, ce foyer d'une ambition européenne.

Et voilà aussi pourquoi je suis si heureux que Marseille puisse accueillir dans 3 ans non seulement le tournoi olympique de football au Vélodrome, mais l'épreuve olympique de voile. En effet, des centaines de millions de téléspectateurs pourront alors découvrir son incomparable beauté et les Marseillais et Marseillais partager leur fierté. Voilà cette ambition méditerranéenne que je veux que nous portions pour Marseille et ce quatrième rêve.

Et donc vous l'avez compris, le défi qui est le nôtre, c'est de répondre aux urgences. Mais c'est aussi de penser Marseille en grand à travers ces quelques projets fous sur lesquels nous allons investir. Mais nous devons tous ensemble faire les efforts nécessaires pour agir, pour changer la vie. Mesdames et Messieurs, je vous le disais en introduction, vous avez entendu beaucoup de discours et souvent beaucoup de chèques. Ils ont parfois été faits et mal utilisés. Ils n’ont parfois été pas faits parce qu’il n’y avait pas les conditions requises. Je ne sais pas si nous allons réussir, je vous le dis très franchement mais je n’ai pas envie simplement de faire un discours. C’est pour cela qu’au-delà des mesures que je viens d’évoquer, de la confiance que j’ai dans les forces vives dans les élus et dans Marseille, je vous le dis très clairement ce soir, j'ai confiance. Je veux que ces promesses deviennent des faits. Parce que c'est notre devoir.

La première exigence doit être d'associer très largement. Ce n'est pas le plan de Paris, cela ne fonctionne jamais. Cela doit être l'ambition des marseillaises et des marseillais et c'est pour cela qu'à partir des grands axes que je viens de définir, je souhaite qu'une grande consultation soit lancée auprès de tous pour penser ce Marseille en grand et décliner les opérations concrètes. Je l'ai évoqué pour l'entrepreneuriat et l'accompagnement économique. Sur tous les axes, nous devons construire une consultation massive et la plus large d'ici à la fin de l'année. Ce pilotage du Marseille en Grand doit être fait par l'Etat, les collectivités, les entreprises et les associations. Parce que tout le monde doit avoir le droit de dire et de proposer et ensuite, dans la durée, de suivre, de contrôler et je souhaite aussi que toutes les initiatives concrètes puissent remonter. Associer d'abord.

La seconde exigence, c'est d'innover. Innover sur les projets, c'est ce que je vous ai dit, sur l'école, la création, l'environnement, parce que quand la situation est si difficile, il ne faut pas penser que les méthodes qui marchent à peu près ailleurs puissent faire des résultats formidables. Donc, on va innover dans la réponse. Mais nous devons aussi innover dans les méthodes, les institutions, la gouvernance. Et donc, sous trois mois, nous devons créer deux outils nouveaux : la Société publique d'intérêt national pour les écoles et le Groupement d'intérêt public pour les transports, puisque ce sera bien cette forme qui sera retenue pour les projets évoqués tout à l'heure. Sous trois mois, nous devons recruter les chefs de projets compétents. Sous deux mois, je souhaite aussi Monsieur le maire, Madame la présidente, et j’associe ici la région, que vous puissiez me faire des propositions sur la gouvernance pour mettre en œuvre ces projets et tracer très clairement les mécanismes financiers et l'argent. Sous deux mois parce qu’il nous faut pouvoir avancer vite, parce qu'il y aura peut-être des avancées qui seront souhaitées, pleinement partenariales parce qu'il nous faudra aussi peut être modifier la loi pour le faire. Madame la ministre, et je salue l'engagement de la ministre Jacqueline GOURAULT sur tous ces sujets sans relâche et un texte de loi reviendra au Parlement au mois de décembre, en tout début décembre. Il nous faut avoir stabilisé les réponses institutionnelles. Mais tout ça n'ira pas sans ces modernisations à rythmes forcés, si je puis m'exprimer ainsi, parce que si on prend le rythme naturel, ça ne marchera pas. Et donc, cette exigence, je vous la demande aussi.

La troisième exigence est de s'engager enfin sur un contrat. Le Premier ministre sera chargé de superviser avec tous les ministres concernés la déclinaison de ce plan pour toutes les politiques publiques portées par le Gouvernement. Monsieur le préfet de région, en lien évidemment avec tous les élus ici concernés, aura à piloter de manière très concrète la mise en œuvre de ce que je veux appeler un contrat d'ambition. Et je reviendrai. Je reviendrai d'abord au côté de nos pompiers à la mi-octobre, donc je ferai le point à six semaines puisqu'il y a plusieurs choses que j'ai demandé pour la mi-octobre et je reviendrai ensuite en février prochain pour pouvoir rendre compte de ce qui a été fait et de ce qui n'a pas été fait. Et donc associer les citoyens, innover sur la gouvernance, nous engager sur un contrat. Si nous remplissons ces trois conditions, alors, le temps de Marseille est véritablement venu. La question ne sera pas de savoir si demain, c'est loin, mais plutôt de nous dire ensemble que demain, ça ira. Si vous voyez ce que je veux dire. Tout cela suppose collectivement que nous puissions faire un effort sur nous mêmes, là aussi exceptionnel.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les quelques convictions que je voulais partager. Pas de grand plan, une ambition et un contrat, une méthode nouvelle, une exigence, des rêves fous, mais des détails qu'on vérifiera à chaque étape. Je le dis souvent, les vrais idéalistes sont des gens très besogneux et qui ont le sens du détail. Sinon, les rêves ne restent que dans les discours. Et les discours perdent de leur sel et les gens n'y croient plus.
Ici, c'est Marseille, une ville qui fait front et face à des difficultés immenses, immenses. Ici, c'est Marseille. Une ville qui a une histoire incomparable, d'ambitions, de drames, d'injustices. Ici, c'est Marseille. Une des villes les plus jeunes de France où les difficultés sont au cœur du village. Ici, c'est Marseille et c'est aussi la France. Parce que si nous ne réussissons pas à Marseille, nous ne pourrons pas faire réussir le pays. Or, la France est une chance et elle doit être une chance pour toutes et tous. Vous l'avez compris, nous n'avons pas d'autre choix que de réussir.

Vive Marseille. Vive la République et vive la France !


Emmanuel Macron, le jeudi 2 septembre 2021 à Marseille.

Source : www.elysee.fr/

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210902-discours-macron-marseille.html


 

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16 août 2021 1 16 /08 /août /2021 19:30

« L’Afghanistan ne doit pas redevenir le sanctuaire du terrorisme qu’il a été. C’est un enjeu pour la paix, la stabilité internationale, contre un ennemi commun : le terrorisme et ceux qui le soutiennent ; à cet égard, nous ferons également tout pour que la Russie, les États-Unis et l’Europe puissent efficacement coopérer, car nos intérêts sont bien les mêmes. » (Emmanuel Macron, le 16 août 2021).



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Ce dimanche 15 août 2021 fait partie de ces tristes journées de l’histoire du monde. Kaboul, la capitale de l’Afghanistan, n’a résisté que quelques heures à l’entrée des Talibans dans la ville. Ils contrôlent désormais tout le pays, de manière très prévisible.

Le départ des troupes américaines après celui des troupes notamment françaises ne laissait guère de doute sur l’évolution du pays. Le problème est réel : fallait-il rester pour porter une supposée démocratie de manière très artificielle ou laisser la nature faire et les Afghans se retrouver avec un retour inéluctable des Talibans, une sorte de retour à la case départ, à celle de 2001 ?

Il y a malheureusement peu de doute sur la suite des événements et la transformation de la société afghane. Le pessimisme paraît de mise même si ces vingt dernières années n’avaient pas de quoi être glorieuses. Ces prochaines semaines, il y aura forcément des horreurs, car on ne maîtrise jamais une armée d’occupation de cet ordre-là. Ce sont toujours les extrémistes qui ont le dessus.

L’urgence est d’ordre humanitaire. Il y a l’évacuation des ressortissants étrangers, en particulier français, l’ambassade de France est occupé et les Français sont repliés à l’aéroport international, mais l’aéroport lui-même, en principe encore sous contrôle américain, a été envahi par la foule. Il y a cependant peu de raisons de ne pas laisser repartir les étrangers, sauf à vouloir refaire le coup de la prise d’otages à l’ambassade américaine à Téhéran en 1979.

Le plus préoccupant reste cependant les Afghans qui ont coopéré avec notamment l’armée française et la France doit leur garantir, à eux et à leur famille, la sécurité la plus forte. En nous aidant, ils se sont engagés et ont pris des risques et c’est de notre devoir de les protéger. Il semblerait que ces derniers jours, certains d’entre eux ont eu beaucoup de problème pour obtenir un visa français.

Toujours est-il qu’ils peuvent être comparés à des harkis afghans, et il est indispensable de les défendre. Pour autant, des voix particulièrement odieuses commencent à se faire entendre pour entretenir la tendance anti-immigration dans un but purement électoraliste. Autant dire les choses : c’est dégueulasse. Il s’agit de la vie de ces amis de la France dont nous avons profité et il faut les protéger des Talibans.

L’autre sujet français est plus moral qu’humanitaire : la France a perdu 90 soldats depuis qu’elle est engagée en Afghanistan en 2001 (l’armée s’est retirée en 2014). La question qu’un citoyen français pourrait légitimement se poser est : ces vies ont-elles servi à quelque chose ? Car si nous sommes intervenus en Afghanistan, c’était pour stopper la contagion terroriste et terrasser une base arrière du terrorisme islamique.

Ces questions brûlantes, que peut-être les Français en vacances pourraient appréhender d’un œil distrait, ont fait que le Président de la République Emmanuel Macron s’est senti obligé de prononcer une allocution télévisée sur un ton grave adapté à la situation (allocution qu’on peut lire ou réécouter ici).

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On pourra toujours dire qu’Emmanuel Macron fait sa campagne électorale. Ce qui est un peu ridicule car je ne pense pas que son allocution ait eu une forte audience en plein mois d’août. En revanche, il fait son travail de Président de la République, chef de la Nation et chef des armées, ce que son prédécesseur manquait généralement de faire : exprimer la position de la France, esquisser des perspectives.

Certes, Emmanuel Macron n’est pas Superman et n’a rien dit de particulièrement surprenant. Il a néanmoins parlé de ces sujets importants.

D’une part, sur la protection des Français et de ceux qui les ont aidés : « L’urgence absolue est de mettre en sécurité nos compatriotes, qui doivent tous quitter le pays, ainsi que les Afghans qui ont travaillé pour la France. ». Il a précisé que « la situation [sur le site historique de l’ambassade] demeure préoccupante ». Il a indiqué également que la France protège actuellement le délégué de l’Union Européenne et ceux des Afghans qui ont travaillé avec la représentation européenne. 800 des Afghans qui ont aidé la France sont déjà placés sous la protection française hors d’Afghanistan mais des dizaines d’autres attendent encore de quitter l’Afghanistan.

La France veut aussi aider ceux qui se sont engagés contre les Talibans : « De nombreux Afghans, défenseurs des droits, artistes, journalistes, militants, sont aujourd’hui menacés en raison de leur engagement. Nous les aiderons parce que c’est l’honneur de la France d’être aux côtés de celles et ceux qui partagent nos valeurs, autant que nous pourrons le faire et en tenant compte de la nécessaire adaptation de notre dispositif. ».

Il faut évidemment lire entre les lignes et la fin de la phrase que je viens de citer pourrait laisser entendre que moralement, nous soutenons ces personnes engagées, mais concrètement, cela dépendra un peu de nos possibilités.

Ce qui ne manquera pas d’arriver, c’est qu’on puisse reprocher à Emmanuel Macron un afflux de nouveaux arrivants pour la France. Or accueillir quelques milliers de réfugiés afghans pour un grand pays comme la France qui compte 68 millions d’habitants ne devrait pas poser de problème, sinon mental et électoral. C’est vraiment avoir une bien mauvaise idée de la France de croire que nous ne pouvons pas les accueillir dans des conditions dignes.

Toutefois, Emmanuel Macron, n’oubliant pas d’être habile politiquement et anticipant ainsi les futures critiques, a aussi insisté pour éviter de nouveaux flux migratoires irréguliers : « Nous devons anticiper et nous protéger contre des flux migratoires irréguliers importants qui mettraient en danger ceux qui les empruntent, et nourriraient les trafics de toute nature. ».

D’autre part, sur le rappel des soldats français morts en Afghanistan : « En Afghanistan, notre combat était juste et c’est l’honneur de la France de s’y être engagé. La France n’y a jamais eu qu’un ennemi : le terrorisme. Nos interventions militaires n’ont pas vocation en effet à se substituer à la souveraineté des peules, ni à imposer la démocratie de l’extérieur, mais à défendre la stabilité internationale et notre sécurité. Partout, la mise en place de processus politiques crédibles est notre priorité. C’est ce principe fondamental de notre politique étrangère que nous avons appliqué en Afghanistan et que nous continuerons de mettre en œuvre. (…) Nous n’oublierons pas nos soldats. Nous n’oublierons pas nos morts. 90 au total. ».

En outre, le Président Emmanuel Macron a tenté d’esquisser des perspectives. En premier, avec une action au Conseil de Sécurité des Nations Unies, au sein duquel Emmanuel Macron espère une coopération entre la Russie, les États-Unis et l’Europe (notamment la France et le Royaume-Uni, tous les deux membres permanents). Il n’a rien dit à propos de la Chine.

L’autres perspective, déjà évoquée plus haut, c’est d’éviter une nouvelle crise migratoire. Emmanuel Macron souhaite alors faire fonctionner le couple franco-allemand : « Nous porterons (…) une initiative pour construire sans attendre une réponse robuste, coordonnée et unie qui passera par la lutte contre les flux irréguliers, la solidarité dans l’effort, l’harmonisation des critères de protection, et la mise en place de coopérations avec les pays de transit et d’accueil comme le Pakistan, la Turquie ou l’Iran. ». Sur la forme, prenons note d’un nouvel adjectif en vogue dans le langage diplomatique, "robuste", à la définition élargie pour pérenne, durable.

Concrètement, à part deux avions militaires français prêts à rapatrier des ressortissants français (et des amis afghans qui les ont aidés), Emmanuel Macron n’a pas précisé ni le projet de résolution à l’ONU, ni la nature de l’initiative pour contrôler le flux migratoire. Il est encore trop tôt et il faut amorcer la concertation internationale.

En prenant ainsi la parole devant les Français, Emmanuel Macron n’a fait que son devoir de Président de la République. Il n’aurait rien dit qu’on le lui aurait reproché. Il a été même plus rapide que son homologue américain, Joe Biden, qui semble particulièrement mal à l’aise dans cette nouvelle situation et qui (à cette heure) ne s’est toujours pas exprimé publiquement sur l’occupation talibane de l’Afghanistan.

Ni les Russes, ni les Américains n’ont réussi à stabiliser l’Afghanistan. Peut-être est-ce le rôle de l’Europe de devenir enfin un géant diplomatique ?...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 août 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron sur les Talibans à Kaboul.
Les Talibans à Kaboul en 2021.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 16 août 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Les soldats français morts en Afghanistan.
Chasseur alpin en Afghanistan.
L’invasion de l'Afghanistan par l'armée soviétique.
Jacques Hamel, martyr de la République.
Fête nationale : cinq ans plus tard…

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210816-macron.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/08/28/39112390.html






 

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13 juillet 2021 2 13 /07 /juillet /2021 03:58

« Je veux vous dire ce soir que nous avons eu raison collectivement de rechercher sans cesse l’équilibre entre la protection et la liberté ; raison, au début de cette année, de protéger la vie sans pour autant refermer le pays. Cette situation maîtrisée, c’est le fruit de nos choix, de nos efforts. Ces choix et nos résultats nous permettent d’aborder les difficultés qui sont encore devant nous avec détermination. » (Emmanuel Macron, le 12 juillet 2021).



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Détermination, c’est sans doute le mot qui est le plus pertinent de la soirée. Le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé une longue allocution télévisée ce lundi 12 juillet 2021 à 20 heures, de près de 27 minutes, où il a évoqué à la fois la situation sanitaire de la France et les perspectives d’action de sa dernière année de mandat (on peut lire ou écouter l’allocution ici).

Alors que la France était, il y a trois semaines, au plus bas de la situation épidémique depuis un an (moins de 2 000 nouveaux cas par jour), la situation s’est aggravée, tant en France que dans le monde, à cause de la colonisation du variant delta (au 12 juillet 2021, 62,20% des nouveaux cas sont des variants delta en France). Le variant delta est trois fois plus contaminant que la souche d’origine de l’été dernier.

La quatrième vague est là : « À l’heure où je vous parle, notre pays est confronté à une reprise forte de l’épidémie, qui touche tous les territoires, métropole comme outre-mer. Aussi longtemps que le virus circulera, nous serons confrontés à ce type de situation. L’apparition du variant dit delta se traduit en effet par une augmentation des contaminations partout dans le monde. (…) Il s’engouffre dans tous les espaces non couverts par la vaccination. ».

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L’heure était donc grave et la situation était même doublement grave. Alors que l’été commence, avec les vacances scolaires, la quatrième vague pandémique arrive et pourrait se trouver à un niveau très fort dès le début du mois d’août 2021 (environ 20 000 nouveaux cas  par jour), et cet été est particulier politiquement dans la mesure où il ponctue la dernière étape du mandat présidentiel d’Emmanuel Macron avant l’élection présidentielle qui devrait avoir lieu les 10 et 24 avril 2022. Or, Emmanuel Macron souhaitait justement donner une nouvelle inflexion à sa politique nationale afin de se présenter comme un Président réformateur. Le variant delta est donc en train de bouleverser ce calendrier élyséen.

Ou pas. Car si, au contraire des précédentes vagues, Emmanuel Macron ne compte pas du tout arrêter de nouveau le pays. D’autant plus que la reprise économique est réelle et qu’il ne s’agit pas de l’étouffer.

Heureusement, la nouveauté, c’est qu’il y a le vaccin : « Nous avons pour faire face à cette nouvelle donne un atout maître, qui change tout par rapport aux vagues précédentes : le vaccin. Tous les vaccins disponibles en France nous protègent solidement contre ce variant delta. ».

En effet, le vaccin est efficace à 95% pour éviter les formes graves (et donc les hospitalisations et éventuellement les décès) et la vaccination divise d’un facteur 12 la capacité à contaminer d’autres personnes, ce qui signifie que plus la population sera vaccinée, plus le virus sera freiné.

L’objectif fixé est donc clair, la vaccination de tous : « Alors que la science nous offre les moyens de nous protéger, nous devons les utiliser avec confiance dans la raison et dans le progrès. Pour nous protéger et pour notre unité, nous devons aller vers la vaccination de tous les Français, car c’est le seul chemin vers le retour à la vie normale. ».

Ainsi, Emmanuel Macron a pris la solution de la méthode forte. D’abord, la vaccination obligatoire pour le personnel soignant et les aides de personnes fragiles. Cette décision, qui aurait pu intervenir plus tôt, est facilement applicable : à partir du 15 septembre 2021, des sanctions pourront être prises, et celles-ci seront suffisamment dissuasives pour être efficaces. Le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran, qui faisait le SAV de l’allocution présidentielle dans la soirée, expliquait que les personnels soignants ne seraient plus payés à partir du 15 septembre 2021 s’ils n’étaient pas vaccinés.

Et les autres ? Sur le papier, le Président s’est déclaré toujours opposé à l’obligation vaccinale de la population générale : « En fonction de l’évolution de la situation, nous devrons sans doute nous poser la question de la vaccination obligatoire pour tous les Français. Mais je fais le choix de la confiance. Et j’appelle solennellement tous nos concitoyens non-vaccinés à aller se faire vacciner dès aujourd’hui au plus vite. ».

Dans les faits, les décisions présidentielles sont plus habiles. En utilisant fermement le passe sanitaire, Emmanuel Macron a souhaité privilégier l’efficacité à toute autre considération : il y a urgence à vacciner au maximum. Une loi sera nécessaire, dont le texte sera soumis au Conseil d’État dès le 13 juillet 2021 et le Parlement est convoqué en session extraordinaire le 21 juillet 2021 pour adopter ce texte : il s’agit d’augmenter pour le début du mois d’août 2021 (le plus rapidement possible selon la procédure législative) les activités sociales nécessitant le passe sanitaire. Par ailleurs, l’état d’urgence sanitaire va être décrété à nouveau.

Rappelons que cet outil (le passe sanitaire) est un papier qui atteste soit de la vaccination, soit d’un test de dépistage négatif de moins de 48 heures. Jusqu’à maintenant, le passe sanitaire est nécessaire pour de grands rassemblements ponctuels ou des vols aériens, des événements qu’on peut préparer assez longtemps à l’avance. Désormais, il faudra le passe sanitaire aussi pour entrer dans un restaurant, dans un hôpital (aux urgences, par exemple), et même dans un centre commercial. Également dans un train ou car pour de longs trajets : « En fonction de l’évaluation de la situation, nous nous poserons la question de l’extension du passe sanitaire à d’autres activités encore. ».

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Ces différentes occasions vont amener la population non-vaccinée à se faire vacciner, d’autant plus que les tests de dépistage sans ordonnance (dans le cas justement pour obtenir un passe sanitaire) ne seront plus remboursés à partir du mois d’octobre 2021. Je redis mon opposition à cet arrêt du remboursement des tests, je comprends que c’est pour favoriser la vaccination, mais dans les faits, le risque est d’avoir une moins bonne perception de la situation épidémique.

Néanmoins, j’approuve ces mesures très fortes d‘extension qui visent à être efficace. Car il y a une urgence à faire vacciner toute la population, il n’y a pas de temps à perdre : « Faites-vous vacciner ! C’est la seule façon de vous protéger et de protéger les autres. C’est une question de responsabilité individuelle, de sens de l’esprit collectif. C’est aussi ce dont dépend notre liberté, à toutes et tous. ».

Des mesures supplémentaires de restriction sanitaire seront décidées par les préfets dans les départements dont le taux d’incidence sera supérieur à 200 (actuellement, la moyenne nationale est de 37,36 au 9 juillet 2021). Parmi ces mesures, le retour du couvre-feu. Mais la règle devrait être celle-ci : « Notre approche est simple. Partout, nous aurons la même démarche : reconnaître le civisme et faire porter les restrictions sur les non-vaccinés plutôt que sur tous. ». D’où la politique d’extension du passe sanitaire.

Emmanuel Macron a évoqué très rapidement l’aide à la vaccination que l’Europe apportait aux pays les plus pauvres (« Pour en finir durablement avec la pandémie, nous devons vacciner partout. »), mais avec des quantités dérisoires (quelques dizaines de millions de doses) par rapport au besoin réel.

L’allocution présidentielle aurait pu ainsi se terminer sur cette lutte contre l’épidémie, la mobilisation pour faire vacciner le plus totalement possible la population française. Mais c’était sans compter le fait que la période est préélectorale : « L’été de mobilisation pour la vaccination sera aussi un été de relance. ».

La perspective de l’élection présidentielle a déjà aiguisé l’ambition de quelques prétendants, notamment chez LR. Ainsi, les 18% d’intentions de vote qu’accordent actuellement les sondages à Xavier Bertrand peuvent montrer un réel danger pour sa réélection.

L’idée est de savoir qui, au centre droit, d’Emmanuel Macron ou du candidat LR, peut-être Xavier Bertrand, est le plus volontariste, le plus déterminé à vouloir mener la France dans la spirale de la croissance et de la prospérité. Or, si Emmanuel Macron décidait de renoncer à agir pendant ses derniers mois à l’Élysée, il serait un nouveau François Hollande, exemple qu’il ne souhaite absolument pas suivre.

Alors, ce 12 juillet 2021, Emmanuel Macron a joué son va-tout. C’est très téméraire mais très sincère. Un peu à l’instar d’un Nicolas Sarkozy qui, à la fin du mois de janvier 2012, à quelques semaines de l’élection présidentielle, avait annoncé l’augmentation de la TVA.

Ainsi, la confirmation que la réforme de l’assurance-chômage s’appliquera au 1er octobre 2021 me paraît une erreur d’analyse. On ne peut faire une politique en considérant que les demandeurs d’emploi profitent de leur chômage. Tous préféraient retrouver un emploi et être considérés socialement. S’il y a des cas qui bénéficient de certaines circonsctances, ils sont minoritaires et ne peuvent être le motif d’une politique générale. Car concrètement, cela veut dire que les demandeurs d’emploi vont perdre dans leur indemnisation. Or, la crise sanitaire a renforcé le chômage, même si le rebond de croissance tente de compenser. La réforme ne serait valable que dans le cas où le taux de chômage serait faible, de l’ordre de 4%, où il serait facile de retrouver un emploi en cas de chômage. Mais ce n’est pas le cas aujourd’hui en France où le chômage est encore bien trop élevé.

Pour la réforme des retraites, là encore, il faut lire entre les lignes. Emmanuel Macron a redit sa volonté de saisir les partenaires sociaux pour sauver notre modèle social et préserver nos retraites avec deux éléments à la clef : rallonger à 64 ans l’âge légal de la retraite (actuellement, c’est 62 ans et la loi de Marisol Touraine tend à faire augmenter chaque année d’un trimestre), et l’autre élément est la suppression des régimes spéciaux (quarante-deux au total). Là encore, l’idée est plus simple à dire qu’à faire, car l’existence de ces caisses de retraite rend la réforme très compliquée.

Lire entre les lignes, c’est bien comprendre les propos présidentiels : « J’ai entendu les débats sur le moment : faut-il faire cette réforme dès ce mois de juillet, à la rentrée, ou bien plus tard ? Alors, si je demande au gouvernement de Jean Castex de travailler avec les partenaires sociaux sur ce sujet dès la rentrée, je ne lancerai pas cette réforme tant que l’épidémie ne sera pas sous contrôle et la reprise bien assurée. ». Cette dernière phrase est très claire : pas la peine de sortir manifester dans les rues, Emmanuel Macron ne fera pas cette réforme des retraites avant la fin de son mandat. Il a pris simplement date, en prenant de l’avance sur l’éventuel candidat LR qui ne pourrait qu’être à la remorque du gouvernement sur ce sujet très important.

À ces deux réserves (le fond de la réforme de l’assurance-chômage) et le moment choisi de la réforme des retraites (je ne suis pas opposé au fond : il me paraît évident qu’il faut augmenter le nombre de jours travaillés en France, puisque c’est sur le travail qu’est basé tout notre édifice social), j’approuve les autres mesures qu’Emmanuel Macron a annoncées.

D’abord, la poursuite d’un plan de relance très ambitieux pour refaire de la France une puissance industrielle où l’innovation et la recherche sont massives. Le Président veut reconquérir la souveraineté industrielle de la France et de l’Europe, qui était un point crucial au début de la pandémie. Il veut profiter de la Présidence française de l’Union Européenne (à partir du 1er janvier 2022) pour mettre à l’ordre du jour européen cet enjeu majeur.

Par ailleurs, le Président veut également aider tous les jeunes à préparer leur avenir, avec une mesure qui fera sans doute l’objet de débats : « Pour amplifier cette dynamique, je présenterai à la rentrée le revenu d’engagement pour les jeunes, qui concernera les jeunes sans emploi ou formation et sera fondé sur une logique de devoirs et de droits. ».

La troisième réforme s’adresse aux plus fragiles : « Quant à nos aînés et nos concitoyens en situation de handicap, trop souvent confrontés à une solitude sans solution, nous leur devons une grande ambition humaniste pour l’autonomie, un accompagnement renforcé pour le maintien à domicile, des maisons de retraite modernisées. ».

Ces actions pour les jeunes d’une part, et pour les plus âgés d’autre part, il y voit une nouvelle unité : « C’est un nouveau pacte français entre les générations qu’il nous faut bâtir pour notre Nation. ».

Enfin, pour réduire les dépenses publiques, Emmanuel Macron a misé sur la réforme de l’État, celle de la fonction publique, mais aussi le mille-feuilles territorial : « La seule solution est de continuer à bousculer le système et les positions établis, les rentes, les statuts. ». Emmanuel Macron a fait un malheur en 2017 comme candidat anti-système, il voudrait donc se replacer dans ce rôle de David luttant contre le Goliath de la technocraitie.

Emmanuel Macron a une nouvelle fois donné le cap de sa politique nationale, ce que François Hollande n’a jamais su faire, et ce que les éventuels concurrents de 2022 ne savent pas encore faire. Cela ne veut pas dire que ce sera suivi des faits. Les Français savent trop que l’important est de lutter contre l’épidémie et de préserver la croissance économique.

Mais Emmanuel Macron, par un discours très volontariste, s’inscrit dans le temps long, bien au-delà de l’élection présidentielle. Son ambition, c’est de préparer la France de l’an 2030 : « Bâtir la France de 2030 et faire émerger dans notre pays et en Europe les champions de demain qui, dans les domaines du numérique, de l’industrie verte, des biotechnologies, ou encore de l’agriculture, dessineront notre avenir. ».

Et pour cela, il est prêt à perdre l’élection présidentielle plutôt que faire de l’immobilisme. Nul doute qu’une bonne partie de l’électorat de LR va se dire en l’écoutant : ah mais, je sais qui sera notre meilleur candidat pour 2022 !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron, la méthode forte.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 12 juillet 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron face à la 4e vague (2).
Emmanuel Macron face à la 4e vague (1).
Emmanuel Macron et le qui perd gagne.
Emmanuel Macron a-t-il mérité d’être baffé ?
Emmanuel Macron au Rwanda : pas de repentance mais des responsabilités.
Napoléon Bonaparte selon Emmanuel Macron.
Du haut de ce Président, quatre ans vous contemplent.
Napoléon, De Gaulle et Macron.
Emmanuel Macron, deux ans après.
Emmanuel Macron et les 5 ans d’En Marche.
Le "chemin d’espoir" d’Emmanuel Macron.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 mars 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron sera-t-il un Président réformateur ?

_yartiMacron2021071204



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210712-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-la-methode-forte-234310

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/10/39053174.html










 

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12 juillet 2021 1 12 /07 /juillet /2021 19:15

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Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210712-macron.html







Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 12 juillet 2021 à 20 heures


Françaises, Français,

Mes chers compatriotes, d’hexagone, d’outre-mer et de l’étranger,

Comme depuis le début de la pandémie, je tiens à m’adresser directement à vous, après m’être beaucoup déplacé, après avoir été à votre rencontre partout en France et après avoir largement consulté.

Où en sommes-nous de notre combat contre le COVID-19 ?

Grâce à l’engagement exceptionnel de nos soignants, grâce à votre civisme, nous avons réussi à maîtriser l’épidémie et à revivre à nouveau.

Nos efforts proportionnés, la réouverture progressive et réussie des mois de mai et juin et le déploiement d’un plan de vaccination inédit, nous ont permis d’obtenir des résultats incontestables.

Nous étions parvenus au cours de ces dernières semaines à passer sous les 2 000 contaminations par jour contre plus de 35 000 au plus haut de la crise.

Les hospitalisations comme les décès sont au plus bas depuis près d’un an. En vous disant cela, je pense évidemment aux victimes et à leurs proches.

La vie, malgré tout, a pu continuer. Parce que nous nous sommes organisés, collectivement.

Si nous avons demandé beaucoup aux enseignants, aux parents d’élèves qui ont dû s’adapter dans l’urgence quand soudain une classe fermait, si nous avons demandé aussi à nos élèves et à nos étudiants, la France a largement préservé l’instruction durant cette crise : 12 semaines de fermeture pour nos écoles depuis mars 2020. Alors qu’aux Etats-Unis les écoles ont fermé durant 56 semaines ou en Allemagne durant 34 semaines. Certains cours ont pu reprendre physiquement à l’université ces derniers mois.

Nous pouvons être fiers de ce choix collectif, d’avoir fait le maximum pour l’avenir de nos enfants et de notre jeunesse.

Cet été comme à la rentrée, nous accentuerons encore nos efforts pour apporter un soutien renforcé aux élèves et aux étudiants qui rencontrent des difficultés.

Sur le plan économique, le "quoi qu’il en coûte" auquel je m’étais engagé dès mars 2020, non seulement nous a permis de protéger nos entreprises et nos emplois, mais a préservé le pouvoir d’achat de nombre de Français et est à l’origine d’un vigoureux rebond.

Notre croissance devrait s’établir à 6% en 2021, en tête des grandes économies européennes.

La France, pour la deuxième année consécutive, a été désignée comme le pays le plus attractif d’Europe.

Contrairement aux prévisions, l’emploi a résisté et les acquis obtenus depuis 2017 en termes de baisse du chômage sont préservés. En 2020, le COVID a détruit près de 300 000 emplois. Depuis le début de l’année, nous en avons déjà recréé 187 000 emplois. Sur ce seul mois de mai, nous avons atteint un nombre de CDI créés inédit, égalant notre record de 2006.

Dans tous les secteurs qui, comme la culture, l’hôtellerie, la restauration, le sport et le tourisme, ont le plus souffert, chacun reconnaît que les plans de soutien spécifiques que nous avons mis en œuvre ont permis d’empêcher les drames humains, les faillites et d’envisager une reprise sereine.

Nous restons pleinement mobilisés pour aider ceux qui ont subi la crise plus fortement que d’autres : les salariés travaillant dans les entreprises qui n’ont pas résisté, ou les jeunes comme les indépendants qui durant cette période sont malheureusement tombés dans la pauvreté.

Je veux vous dire ce soir que nous avons eu raison collectivement de rechercher sans cesse l’équilibre entre la protection et la liberté ; raison, au début de cette année, de protéger la vie sans pour autant refermer le pays. Cette situation maîtrisée c’est le fruit de nos choix, de nos efforts.

Ces choix et nos résultats nous permettent d’aborder les difficultés qui sont encore devant nous avec détermination.

Car oui à l’heure où je vous parle, notre pays est confronté à une reprise forte de l’épidémie, qui touche tous les territoires, métropole comme outre-mer. Aussi longtemps que le virus circulera, nous serons confrontés à ce type de situation.

L’apparition du variant dit Delta se traduit en effet par une augmentation des contaminations partout dans le monde. Parce que ce variant est trois fois plus contagieux que la première souche, il s’engouffre dans tous les espaces non couverts par la vaccination. Pour y faire face de nouvelles mesures de restrictions ont été décidées aux Pays-Bas, au Portugal ou en Espagne. En Asie et dans le Pacifique, certains pays ont dû se résoudre à un reconfinement. Le Japon, imaginez, qui s’apprête à organiser les Jeux Olympiques, le fera sans aucun spectateur ! Et, si chez nous, en France, la situation est pour le moment maîtrisée, si nous n’agissons pas dès aujourd’hui, le nombre de cas va continuer de monter fortement, et entrainera inévitablement des hospitalisations en hausse dès le mois d’août.

Nous avons pour faire face à cette nouvelle donne un atout-maître, qui change tout par rapport aux vagues précédentes : le vaccin. Tous les vaccins disponibles en France nous protègent solidement contre ce variant Delta : ils divisent par 12 son pouvoir de contamination et évitent 95% des formes graves. L’équation est simple : plus nous vaccinerons, moins nous laisserons d’espace au virus pour se diffuser, plus nous éviterons les hospitalisations. Et plus nous éviterons d’autres mutations du virus peut-être plus dangereuses encore. C’est donc une nouvelle course de vitesse qui est engagée.

Un été de mobilisation pour la vaccination : voilà ce que nous devons viser. Vacciner un maximum de personnes, partout, à tout moment.

Nous sommes une grande Nation. Une Nation de Science, celle des Lumières, de Louis Pasteur.

Alors quand la science nous offre les moyens de nous protéger, nous devons les utiliser avec confiance dans la raison et dans le progrès.

Pour nous protéger et pour notre unité, nous devons aller vers la vaccination de tous les Français car c’est le seul chemin vers le retour à la vie normale.

Dans un premier temps, pour les personnels soignants et non-soignants des hôpitaux, des cliniques, des maisons de retraite, des établissements pour personnes en situation de handicap, pour tous les professionnels ou bénévoles qui travaillent au contact des personnes âgées ou fragiles, y compris à domicile, la vaccination sera rendue obligatoire sans attendre.

J’ai conscience de ce que je vous demande. Je sais que vous êtes prêts à cet engagement, cela participe en quelque sorte de votre sens du devoir.

Pour tous nos compatriotes concernés, ils auront jusqu’au 15 septembre pour se faire vacciner.

Il faut commencer dès maintenant.

A partir du 15 septembre, des contrôles seront opérés, et des sanctions seront prises.

Il y a ensuite tous les autres Françaises et Français, les millions d’entre vous qui n’ont pour le moment reçu aucune injection. En fonction de l’évolution de la situation nous devrons sans doute nous poser la question de la vaccination obligatoire pour tous les Français.

Mais je fais le choix de la confiance. Et j’appelle solennellement tous nos concitoyens non-vaccinés à aller se faire vacciner dès aujourd’hui au plus vite.

9 millions de doses vous attendent dès aujourd’hui, qui n’ont pas encore été injectées et nos commandes continuent d’arriver. Que ce soit, donc, près de chez vous, sur votre lieu de vacances, avec ou sans rendez-vous, faites-vous vacciner ! C’est la seule façon de vous protéger et de protéger les autres.

C’est une question de responsabilité individuelle, de sens de l’esprit collectif. C’est aussi ce dont dépend notre liberté, à toutes et tous.

Je pense en particulier à tous nos concitoyens de plus de 60 ans et aux personnes vulnérables - dont celles qui sont en surpoids grave - qui ne sont pas encore vaccinées aujourd’hui : vous êtes celles et ceux qui courez aujourd’hui le plus grand danger. J’en appelle donc à votre mobilisation. Nous déploierons durant tout l’été la vaccination au plus près du terrain en travaillant étroitement avec nos médecins, nos pharmaciens mais aussi nos associations dont je veux saluer l’engagement, et nous irons vacciner celles et ceux qui sont aussi le plus loin des soins.

Pour les collégiens, les lycéens, les étudiants : des campagnes de vaccination spécifiques seront déployées dans les établissements scolaires dès la rentrée.

Je veux m’adresser enfin à ceux qui, vaccinés les premiers c’est-à-dire en janvier-février, verront prochainement leur taux d’anticorps baisser, leur immunité diminuer.

Je veux ici les rassurer. Dès la rentrée, une campagne de rappels sera mise en place pour vous permettre de bénéficier d’une nouvelle injection selon le même système et dans les mêmes conditions que la ou les premières. Les rendez-vous pourront être pris dès les premiers jours du mois de septembre.

Il n’y a donc pas d’inquiétude à avoir, mais malgré le vaccin, je vous demande à toutes et tous de continuer à être prudents et de continuer à respecter ces gestes-barrière contre le virus que vous connaissez bien désormais.

En complément de la vaccination, nous allons devoir mettre en place de nouvelles mesures pour freiner le virus.

Parce que le niveau de vaccination y est encore très insuffisant et que les hôpitaux sont déjà sous forte pression, l’état d’urgence sanitaire sera déclaré dès demain en Conseil des ministres pour la Martinique et la Réunion et un couvre-feu sera instauré.

Pour autant, dans l’Hexagone - sauf dans les départements qui dépasseraient un taux d’incidence de 200 et verraient leurs hospitalisations augmenter, où des mesures de freinage pourront être prises par nos préfets - notre approche sera plus simple. Partout, nous aurons la même démarche : reconnaître le civisme et faire porter les restrictions sur les non-vaccinés plutôt que sur tous.

Dès cette semaine, les contrôles aux frontières seront encore renforcés pour les ressortissants en provenance des pays à risque, avec un isolement contraint pour les voyageurs non-vaccinés.

Dès le 21 juillet, le pass sanitaire sera étendu aux lieux de loisirs et de culture. Concrètement, pour tous nos compatriotes de plus de 12 ans, il faudra, pour accéder à un spectacle, un parc d’attraction, un concert ou un festival avoir été vacciné ou présenter un test négatif récent. Ce pass est disponible sur l’application TOUSANTICOVID. Mais chacun peut utiliser la version papier remise au moment de la vaccination.

A partir du début du mois d’août – et cela parce qu’il nous faut faire d’abord voter un texte de loi et le promulguer – à partir du début du mois d’août donc, le pass sanitaire s’appliquera dans les cafés, les restaurants, les centres commerciaux, ainsi que dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les établissements médico-sociaux mais aussi dans les avions, trains et cars pour les longs trajets. Là encore, seuls les vaccinés et les personnes testées négatives pourront accéder à ces lieux, qu’ils soient d’ailleurs clients, usagers ou salariés.

En fonction de l’évaluation de la situation, nous nous poserons la question de l’extension du pass sanitaire à d’autres activités encore.

Cet automne, les fameux tests PCR seront rendus payants, sauf prescription médicale, et ceci afin d’encourager la vaccination plutôt que la multiplication des tests.

Pour pouvoir faire tout cela, je convoquerai le Parlement en session extraordinaire à partir du 21 juillet pour l’examen d’un projet de loi qui déclinera ces décisions.

Vous l’avez compris, la vaccination n’est pas tout de suite obligatoire pour tout le monde, mais nous allons étendre au maximum le pass sanitaire pour pousser le maximum d’entre vous à aller vous faire vacciner.

Enfin, nous continuerons d’agir pour éviter l’apparition de variants qui pourraient être plus dangereux encore que le variant Delta.

Cela passe par un projet immense mais indispensable et désormais à notre portée : vacciner le monde.

La France, depuis mars 2020, est à l’initiative avec le programme ACT-A, qui vise à la fois à produire davantage de vaccins et à donner aux pays les plus pauvres davantage de vaccins.

Nous avons déjà donné plus de 2.5 millions de doses. Et d’ici la fin de l’année, nous donnerons plusieurs dizaines de millions de doses de vaccins.

Nous continuerons à nous mobiliser et à mobiliser tous nos partenaires pour produire plus et donner encore davantage aux pays les plus pauvres, en particulier dans les Balkans, en Afrique, au Proche et au Moyen-Orient. Plusieurs pays sont aujourd’hui fortement touchés, où nous allons accroître notre aide, et je pense particulièrement à la Tunisie. Pour en finir durablement avec la pandémie, nous devons vacciner partout.

Je vous l’avais dit l’année dernière : nous allions devoir « vivre avec le virus ». Ce sera le cas tout au long de cette année 2021 et sans doute pour plusieurs mois de l’année 2022, même si le vaccin change beaucoup de choses.

Les semaines à venir seront donc celles de la mobilisation pour bloquer le virus et pour continuer de relancer notre économie.

L’été de mobilisation pour la vaccination sera aussi un été de relance.

Je l’ai constaté au cours de mes récents échanges avec vous, partout en France, notre plan de relance se déploie à un rythme soutenu : sur les 100 milliards d’euros votés à l’automne dernier et permis grâce à l’accord européen historique d’il y a un an, 40 milliards ont ainsi été ainsi mobilisés sur le terrain.

Nous devons faire plus encore. Car plus vite nous concrétiserons le plan de relance, plus fort sera notre rebond.

Plus vite nous concrétiserons le plan de relance, plus efficace sera notre lutte contre le dérèglement climatique : un tiers des crédits sont en effet ciblés sur la rénovation thermique des bâtiments, sur les énergies décarbonées, sur l’automobile zéro émission, tous les secteurs qui concilient écologie et économie, écologie et progrès.

Le Gouvernement et les préfets s’assureront durant l’été de la bonne mise en œuvre des investissements sur le terrain.

Nous allons aussi faire le maximum pour lever les contraintes qui pèsent sur les secteurs qui sont justement les plus en tension, et sur vous tous.

D’abord, le manque de matières premières, qu’il s’agisse de bois, d’acier, de fer ou de semi-conducteurs, ce qui a retardé de nombreux chantiers et fait monter les coûts.

Ensuite les pénuries de main d’œuvre : selon la Banque de France, près d’une entreprise sur deux ne trouve pas de réponse à ses offres d’emploi.

Il faut ainsi tout faire ensemble sur le terrain pour y répondre et responsabiliser chacun. Notre priorité de l’été et de l’automne est bien de retrouver, non seulement le niveau d’emploi d’avant l’épidémie, mais de nous inscrire dans une trajectoire de plein emploi.

Si nous nous mobilisons pour nous vacciner et pour relancer l’économie, alors nous serons en mesure en septembre de préparer collectivement notre avenir.

Il nous faudra en débattre de manière apaisée et démocratique. Il nous faudra aussi prendre des décisions. Mais je veux d’ores et déjà partager avec vous quelques convictions fortes.

La première, c’est la nécessité de moins dépendre de l’étranger pour certains produits essentiels, certains services, certaines technologies. C’est la nécessité de retrouver le chemin d’une indépendance française et européenne. Parce que nous avons vécu durant cette crise les conséquences de la dépendance.

Grâce à l’action menée depuis 2017, nous sommes en train de réussir, de nous améliorer

Des productions majeures pour la vie du pays comme celle de paracétamol, par exemple, ont été relocalisées en France.

Une usine géante de batteries pour nos véhicules électriques va prochainement ouvrir sur nos terres industrielles du Nord et préfigurer des investissements massifs dans la transformation de l’industrie automobile.

J’ai lancé le mois dernier un plan d’investissement de 7 milliards d’euros pour l’innovation en matière de santé : des usines, de la recherche, chez nous en France.

Nous sommes depuis deux ans la première nation européenne du numérique et de la technologie. Nous devons donc continuer d’investir et encourager ces initiatives qui ont créé plus de 160 000 emplois.

Ce défi désormais qui est le nôtre est de changer d’échelle. De généraliser partout cette dynamique. De redevenir une grande nation de recherche, d’innovation, d’agriculture et d’industrie. Réindustrialiser, réconcilier la croissance et l’écologie de production.

Au niveau national, la baisse des impôts de production ainsi que celle de l’impôt sur les sociétés que nous avons décidées vont permettre d’accélérer le mouvement.

Au niveau européen, la Présidence Française de l’Union Européenne qui commencera le 1er janvier 2022 nous permettra de bâtir un agenda commun d’indépendance industrielle et technologique.

A la rentrée, après le travail et les consultations en cours, nous déciderons d’un plan d’investissement qui visera un objectif : bâtir la France de 2030 et faire émerger dans notre pays et en Europe les champions de demain qui, dans les domaines du numérique, de l’industrie verte, des biotechnologies, ou encore de l’agriculture, dessineront notre avenir.

Ma deuxième conviction, c’est que nous avons vu la force durant cette crise de notre modèle social, qui a protégé nos entreprises, nos emplois, notre culture, de nombreux secteurs exposés et a protégé notre pouvoir d’achat durant la crise, c’est un joyau qu’il nous faut préserver.

Ce modèle social français repose sur un fondement : le travail.

Sans travail, pas de production. Sans travail et sans production, pas de financement de notre santé, pas de financement du chômage partiel, pas de financement de nos retraites.

La priorité de la sortie de crise sera donc la même que depuis le début du quinquennat : le travail et le mérite.

C’est pour cela que nous allons continuer d’investir dans la formation tout au long de la vie dès cette rentrée : nous formons durablement plus de demandeurs d’emploi qu’il y a quatre ans mais ce n’est pas encore assez.

Et j’ai demandé au Gouvernement dès cette rentrée de lancer un plan massif de formation et de requalification des chômeurs de longue durée. C’est pour cela que la réforme de l’assurance chômage sera pleinement mise en œuvre dès le 1er octobre. Autour d’une volonté simple : en France, on doit toujours bien mieux gagner sa vie en travaillant qu’en restant chez soi, ce qui n’est actuellement pas toujours le cas.

C’est pour cela aussi que nous devrons engager, dès que les conditions sanitaires seront réunies, la réforme des retraites.

J’ai toujours tenu un langage de vérité.

Oui, notre système est injuste : avec 42 régimes différents entretiennent des inégalités majeures, et il faudra aller vers plus de simplicité pour plus de justice. Et donc, les régimes spéciaux devront être supprimés pour les nouveaux employés dans ces secteurs.

Oui, parce que nous vivons plus longtemps, il nous faudra travailler plus longtemps et partir à la retraite plus tard. Pas demain, pas brutalement, pas de manière uniforme car nous prendrons en compte la difficulté des métiers. Mais progressivement, sur plusieurs années, et par un système qui fait la différence selon le travail réellement exercé. Et donc, l’âge de départ doit être plus tardif.

Oui, une vie de travail doit offrir une pension digne. Et donc, toute retraite pour une carrière complète devra être supérieure à 1000 euros par mois.

Voilà ce que je veux en des termes clairs et simple. Pour protéger les retraites actuelles et celles de nos enfants sans augmenter les impôts, il est juste et efficace de changer notre système de retraites.

J’ai entendu les débats sur le moment : faut-il faire cette réforme dès ce mois de juillet, à la rentrée, ou bien plus tard ? Alors si je demande au Gouvernement de Jean Castex de travailler avec les partenaires sociaux sur ce sujet dès la rentrée, je ne lancerai pas cette réforme tant que l’épidémie ne sera pas sous contrôle et la reprise bien assurée.

Ma troisième conviction enfin, c’est que la Nation doit une réponse à ceux qui ont été le plus touchés par la crise.

A notre jeunesse, qui a tant sacrifié alors qu’elle risquait peu pour elle-même. A nos aînés, qui plus que les autres ont craint pour leur vie.

Pour notre jeunesse, nous devrons continuer d’investir. Investir dans la petite enfance et dans l’éducation. Cela demeure plus que jamais notre priorité en sortie de crise. Pour nos jeunes adultes, nos étudiants comme nos jeunes actifs, ou nos jeunes qui sont peu formés, nous avons créé la plateforme « 1 jeune 1solution ». Nous poursuivrons ce programme, qui a permis à 2 millions de jeunes de trouver une formation, de décrocher parfois un emploi, de signer souvent un contrat d’apprentissage, imaginez - 526 000 en 2020, ce qui est un record. Pour amplifier cette dynamique, je présenterai à la rentrée le Revenu d’Engagement pour les jeunes, qui concernera les jeunes sans emploi ou formation et sera fondé sur une logique de devoirs et de droits.

Quant à nos aînés et nos concitoyens en situation de handicap, trop souvent confrontés à une solitude sans solution, nous leur devons une grande ambition humaniste pour l’autonomie, un accompagnement renforcé pour le maintien à domicile, des maisons de retraite modernisées.

Accompagnement de notre jeunesse, meilleure prise en charge des aînés : c’est un nouveau pacte français entre les générations qu’il nous faut bâtir pour notre Nation.

Cette ambition devra être financée et ce ne sera pas par une hausse d’impôt. Là aussi, je demeure constant. Avec la suppression de la taxe d’habitation, la baisse des cotisations sociales, la diminution de l’impôt sur le revenu, ce qui représente 170 euros en plus par mois pour un salarié au SMIC, nous avons assumé d’améliorer le pouvoir d’achat et de baisser les impôts, une priorité pour les classes moyennes et nous ne reviendrons pas en arrière.

Nos réformes ne seront pas davantage financées en laissant filer la dette. La nouvelle génération doit déjà assumer la dette écologique. Je n’ajouterai pas à ce fardeau la dette financière. La seule solution, le seul moyen d’assurer ce nouveau pacte est de travailler davantage, d’investir. D’innover, d’inventer, d’améliorer notre croissance et de continuer à réformer. Réformer l’Etat aussi comme nous avons commencé à le faire avec la réforme de la haute fonction publique et la suppression de l’ENA. De simplifier le millefeuille territorial. De simplifier partout où c’est possible l’action publique.

La seule solution est de continuer à bousculer le système et les positions établies, les rentes, les statuts.

C’est ainsi que nous reprendrons le contrôle de notre destin comme Nation. C’est ainsi que nous reprendrons chacun le contrôle de nos vies comme citoyens.

La volonté que la France doit porter est bien celle-là : reprendre le contrôle de notre destin, garantir à chacune et à chacun des nôtres qu’il pourra retrouver le contrôle de son destin personnel, professionnel, familial et civique.

Bien des questions devront trouver réponse dans les mois qui viennent que je n’ai pas abordées dans le cadre de ce message ce soir. J’ai bien entendu votre inquiétude que fait naître la montée d’une violence endémique dont sont victimes les plus fragiles, les femmes souvent, y compris dans le couple, de jeunes adolescents dans la rue, et le manque de respect à l’égard des forces de l’ordre ou de sécurité ; j’ai entendu le message porté à l’endroit de nos institutions par l’abstention impressionnante aux élections régionales et départementales ; et j’ai en tête les questions qui portent sur les équilibres de notre démocratie. Devant toutes ces questions, j’ai une certitude : nous devons non seulement prolonger notre effort, mais le renouveler en inventant chaque jour le nouveau modèle que notre pays et le monde attendent.

Mais des choses dans le monde sont en train de bouger aussi, grâce à des initiatives que propose et soutient la France ! Il faudra se souvenir que c’est en ces premiers jours de l’été 2021 que la communauté internationale, dans un effort sans précédent, a décidé d’une imposition mondiale des multinationales, à 15 % minimum, mettant ainsi fin aux évasions fiscales et aux paradis fiscaux. La France a été en première ligne, et a contribué à faire bouger l’Europe et le monde.

Mes chers compatriotes. Cet été de retrouvailles et de retour aux sources, cet été qui sera fait de moments amicaux et familiaux, devra donc être néanmoins un été de vigilance, de lutte contre le virus, de vaccination.

J’ai confiance en vous, confiance en nous pour rester unis, sereins, déterminés.

Alors, à la rentrée nous aurons rendez-vous avec notre avenir. Pour bâtir une France indépendante, qui ne vit pas dans la nostalgie mais sait prendre les décisions nécessaires à sa destinée. Une France conquérante, qui a foi en la force de sa jeunesse, et n’a pas peur du futur mais l’invente. Une France unie qui sait être solidaire, civique, responsable dans l’épreuve comme dans la conquête.

Vive la République.
Vive la France.

Emmanuel Macron, le mercredi 12 juillet 2021 à Paris.


Source : www.elysee.fr/

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210712-allocution-macron.html






 

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27 mai 2021 4 27 /05 /mai /2021 17:22

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Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210527-macron-rwanda.html








Discours du Président Emmanuel Macron le 27 mai 2021 à Kigali sur le génocide rwandais

(Discours du Président de la République au Mémorial du génocide perpétré contre les Tutsis)


« Seul celui qui a traversé la nuit peut la raconter ».

Ce sont ces paroles, empruntes de gravité et dignité, qui résonnent en ce lieu, ici au mémorial  de Gisozi, à Kigali.

Raconter la nuit.

Ces paroles convoquent un insondable silence. Le silence de plus d’un million d’hommes, de  femmes, d’enfants, qui ne sont plus là pour raconter cette interminable éclipse de l’Humanité,  ces heures où tout s’est tu.

Elles nous racontent la course éperdue des victimes, la fuite dans la forêt ou dans les marais.  Une course sans arrivée et sans espoir, une traque implacable qui reprenait chaque matin,  chaque après-midi, dans une terrible et banale répétition du mal. 

Elles nous font entendre la voix de ceux qui, après avoir trébuché, ont affronté la mort ou la  torture de leurs bourreaux sans un cri, parfois pour laisser s’enfuir un proche, un parent, un  enfant, un ami qu’ils avaient protégé jusqu’à leur dernier souffle.Ces voix qui se taisaient quand  montait, à l’aube, l’insoutenable euphorie des chants de rassemblement de ceux qui tuaient  « ensemble » et de ceux qui partaient, dans leur vocabulaire dévoyé, au « travail ».

Ce lieu leur restitue tout ce dont on avait tenté de les priver : un visage, une histoire, des  souvenirs. Des envies, des rêves. Et surtout une identité, un nom – tous les noms, gravés, un à  un, inlassablement sur la pierre éternelle de ce mémorial.

Ibuka, souviens-toi.

Ces paroles nous font entendre aussi la voix de ceux qui portent la plaie de cette nuit, ceux qui  portent la blessure béante d’avoir été là et d’être encore là. Ceux dont nous n’avons écouté la  souffrance ni avant, ni pendant, ni même après, et c’est peut-être là le pire. Survivants, rescapés, orphelins, c’est grâce à leur témoignage, leur courage, leur dignité que nous mesurons combien  il ne s’agit pas de chiffres ou de mots, mais de l’irremplaçable épaisseur de leurs vies.

Ces paroles disent une tragédie qui porte un nom : génocide. Elles ne s’y réduisent pas pour  autant. Car il s’agit bien d’une vie, avec tous ses rêves, un million de fois fauchés.

Un génocide ne se compare pas. Il a une généalogie. Il a une histoire. Il est unique. 

Un génocide a une cible. Les tueurs n’ont eu qu’une seule obsession criminelle : l’éradication  des Tutsis, de tous les Tutsis. Des hommes, des femmes, leurs parents, leurs enfants. Cette  obsession a emporté tous ceux qui ont voulu y faire obstacle mais, elle, n’a jamais perdu sa  cible.

Un génocide vient de loin. Il se prépare. Il prend possession des esprits, méthodiquement, pour  abolir l’humanité de l’autre. Il prend sa source dans des récits fantasmés, dans des stratégies de  domination érigées en évidence scientifique. Il s’installe à travers des humiliations du quotidien,  des séparations, des déportations. Puis se dévoile la haine absolue, la mécanique de  l’extermination.

Un génocide ne s’efface pas. Il est indélébile. Il n’a jamais de fin. On ne vit pas après le  génocide, on vit avec, comme on le peut. 

Au Rwanda, on dit que les oiseaux ne chantent pas le 7 avril. Parce qu’ils savent. C’est aux  hommes qu’il appartient de briser le silence. 

Et c’est au nom de la vie que nous devons dire, nommer, reconnaître.

Les tueurs qui hantaient les marais, les collines, les églises n’avaient pas le visage de la France.  Elle n’a pas été complice. Le sang qui a coulé n’a pas déshonoré ses armes ni les mains de ses  soldats qui ont eux aussi vu de leurs yeux l’innommable, pansé des blessures, et étouffé leurs  larmes. 

Mais la France a un rôle, une histoire et une responsabilité politique au Rwanda. Elle a un  devoir : celui de regarder l’histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu’elle a  infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de la  vérité. 

En s’engageant dès 1990 dans un conflit dans lequel elle n’avait aucune antériorité, la France  n’a pas su entendre la voix de ceux qui l’avaient mise en garde, ou bien a-t-elle surestimé sa  force en pensant pouvoir arrêter ce qui était déjà à l’œuvre.

La France n’a pas compris que, en voulant faire obstacle à un conflit régional ou une guerre  civile, elle restait de fait aux côtés d’un régime génocidaire. En ignorant les alertes des plus  lucides observateurs, la France endossait alors une responsabilité accablante dans un engrenage  qui a abouti au pire, alors même qu’elle cherchait précisément à l’éviter. 

A Arusha, en août 1993, la France pensait, aux côtés des Africains, avoir arraché la paix. Ses  responsables, ses diplomates, y avaient œuvré, persuadés que le compromis et le partage du  pouvoir pouvait prévaloir. Ses efforts étaient louables et courageux. Mais ils ont été balayés par  une mécanique génocidaire qui ne voulait aucune entrave à sa monstrueuse planification.

Lorsqu’en avril 1994, les bourreaux commencèrent ce qu’ils appelaient odieusement leur  « travail », la communauté internationale mit près de trois mois, trois interminables mois, avant  de réagir. Nous avons, tous, abandonné des centaines de milliers de victimes à cet infernal huis  clos.

Au lendemain, alors que des responsables français avaient eu la lucidité et le courage de  qualifier de génocide, la France n’a pas su en tirer les conséquences appropriées. 

Depuis, vingt-sept années de distance amère se sont écoulées. Vingt-sept années d’incompréhension, de tentatives de rapprochement sincères mais inabouties. Vingt-sept années  de souffrance pour ceux dont l’histoire intime demeure malmenée par l’antagonisme des  mémoires.

En me tenant, avec humilité et respect, à vos côtés, ce jour, je viens reconnaître l’ampleur de  nos responsabilités. C’est ainsi poursuivre l’œuvre de connaissance et de vérité que seule permet la rigueur du travail de la recherche et des historiens. Et nous le poursuivrons encore en  soutenant une nouvelle génération de chercheurs et de chercheuses, qui ont courageusement  ouvert un nouvel espace de savoir. En souhaitant, qu’aux côtés de la France, toutes les parties  prenantes à cette période de l’histoire rwandaise ouvrent à leur tour toutes leurs archives.

Reconnaître ce passé, c’est aussi et surtout poursuivre l’œuvre de justice. En nous engageant à  ce qu’aucune personne soupçonnée de crimes de génocide ne puisse échapper à la justice.

Reconnaître ce passé, notre responsabilité, est un geste sans contrepartie. Exigence envers nous même et pour nous-même. Dette envers les victimes après tant de silences passés. Don envers  les vivants dont nous pouvons, s’ils l’acceptent, encore apaiser la douleur. Ce parcours de  reconnaissance, à travers nos dettes, nos dons, nous offre l’espoir de sortir de cette nuit et de  cheminer à nouveau ensemble. Sur ce chemin, seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut être pardonner, nous faire le don alors de nous pardonner.

Ndibuka.
Ndibuka.

Je veux ici, en ce jour, assurer la jeunesse rwandaise qu’une autre rencontre est possible.  N’effaçant rien de nos passés, il existe l’opportunité d’une alliance respectueuse, lucide,  solidaire, mutuellement exigeante, entre la jeunesse du Rwanda et la jeunesse de France. 

C’est l’appel que je veux lancer ici. Baptisons ensemble de nouveaux lendemains. Préparons  ici, pour nos enfants, de prochains souvenirs heureux. C’est le sens de l’hommage que je veux  rendre à ceux dont nous garderons la mémoire, qui ont été privés d’avenir et à qui nous devons  d’en inventer un.

Emmanuel Macron, le jeudi 27 mai 2021 à Kigali, au Rwanda.


Source : www.elysee.fr/

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210527-discours-macron-kigali.html
 

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21 mai 2021 5 21 /05 /mai /2021 03:57

« L’un des enjeux des décennies à venir sera la préservation de notre modèle social ou son abandon. Si on souhaite le préserver, il faudra éviter une partition entre les générations. » (Note de François Bayrou du 17 mai 2021).



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Le président du MoDem et maire de Pau, François Bayrou fête son 70e anniversaire ce mardi 25 mai 2021. En guise de cadeau d’anniversaire qu’il a voulu offrir aux Français, il a lancé un nouveau pavé dans la mare. En effet, il a publié le lundi 17 mai 2021 une nouvelle note de prospective. On ne peut pas dire qu’il usurpe ses fonctions (bénévoles, précisons-le bien) de Haut-Commissaire au Plan, avec un rythme très soutenu de notes, environ une tous les deux mois. Une nouvelle note qui n’hésite pas à créer la polémique en demandant notamment… une (petite) augmentation de l’immigration. Avec cela, il reste dans les valeurs démocrates-chrétiennes de son aîné Bernard Stasi, pour qui l’immigration pouvait être une chance pour la France et l’Europe.

Heureusement qu’il y a eu Emmanuel Macron en 2017. Sans ce dernier, François Bayrou, parce qu’il était programmé pour cela, aurait été candidat à l’élection présidentielle en 2017, encore en 2022 et ainsi de suite et il se serait vite épuisé sans apporter grand-chose au débat national. Il a un alter ego, très éloigné politiquement de lui mais pas si éloigné sur le plan de la trajectoire personnelle : électron libre en perpétuelle candidature présidentielle, qui aime s’écouter parler, Jean-Luc Mélenchon s’épuise encore aujourd’hui à croire au grand soir.

Heureusement, donc, la victoire d’Emmanuel Macron de 2017 a été avant tout la victoire intellectuelle de François Bayrou qui, depuis 2002, a prôné l’existence d’une position centrale qui ne soit ni de droite ni de gauche. Traduction qui a l’air anecdotique mais qui est une grande révolution dans les esprits politiques, pour les élections municipales de 2020, le Ministère de l’Intérieur a multiplié les "étiquettes" des listes : en plus des "divers droite", des "divers gauche" et des "divers" (tout court), il y a eu des "divers centre".

Comme la candidature centrale (je n’ose écrire centriste) est préemptée par Emmanuel Macron, il reste à François Bayrou, depuis 2017, à diffuser ses idées, et surtout, à travailler, enquêter, se documenter grâce à la toute-puissance de l’État (à laquelle il n’avait pas eu accès auparavant car ne faisant pas partie des grands corps de l’État) et à proposer des solutions aux grands problèmes de notre temps.

Certes, on pourra toujours dire qu’une note, moins rigoureuse, moins fouillée, moins précise qu’un rapport, aura quand même la destinée d’un rapport, c’est-à-dire à empiler après un petit service après-vente pendant une semaine dans les médias. Je pense au contraire que ces notes vont être précieuses pour les gouvernements à venir, qu’elles vont même être stratégiques car François Bayrou n’hésite pas à fouiller des sujets qui fâchent, qui font mal, qui blessent. Le nucléaire en a été un exemple ; cette semaine, le modèle social français est un autre exemple. Sa note du 17 mai 2021 a pour titre : "Démographie : La clé pour préserver notre modèle social" (qu’on peut télécharger et lire ici).

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Tentons de présenter correctement le raisonnement très logique de François Bayrou sur ce sujet crucial. Le modèle social français repose sur la solidarité entre les générations : la génération n+1 finance la retraite de la génération n. Mais ce schéma n’est possible que s’il y a beaucoup plus de personnes dans la population active que parmi les retraités. Or, cela nécessite une chose simple : qu’il y ait suffisamment de jeunes pour "supporter", dans le sens anglais de "soutenir" les générations anciennes.

Bien sûr, il ne suffit pas d’être dans la population active pour pouvoir répartir la richesse, encore faut-il avoir un emploi, avoir une rémunération d’une manière ou d’une autre. Le fort taux de chômage met autant à mal la solidarité par répartition que le vieillissement de la population. La note précise que c’est une exception parmi les nations. La plupart des nations ont adopté des systèmes par capitalisation et épargne : chacun épargne pour ses frais futurs (maladie, chômage, retraite) et le vieillissement de la population n’a pas d’incidence directe sur les pensions et la couverture sociale (toutefois, il y a une proportion de la population qui n’a pas de couverture sociale, même en cas de démographie ascendante).

En revanche, le système français par répartition est très sensible aux fluctuations démographiques : « C’est donc une réalité à laquelle nous ne pouvons pas échapper : l’équilibre du système se trouve extrêmement dépendant de l’importance de la population active, du rapport numérique entre actifs et inactifs, que ces derniers soient dans leur enfance, en formation, malades, handicapés, chômeurs ou à la retraite, comme il se trouve absolument dépendant des ressources collectives de la nation, donc de la capacité et de la performance de l’économie sur laquelle repose le financement de ce système social. ». Remarquons toutefois que la note fait une erreur en excluant les chômeurs et les personnes en situation de handicap de la population active, ces derniers restent des actifs, même les personnes malades ou en formation, mais ne sont pas toujours contributrices de recettes (fiscales ou sociales).

La note rappelle aussi que la plupart des pays européens ont une démographie à la baisse, au contraire de la France qui, jusqu’à il y a deux ans, continuait à maintenir une certaine vitalité démographique au point que les projections laissaient entendre pour 2050 ou 2060 que la France serait la première puissance démographique de l’Europe. Le lecteur attentif restera indulgent vis-à-vis de François Bayrou lorsqu’il écrit en 2021 : « dans les années 2050 à 2060, c’est-à-dire à l’horizon d’à peine un quart de siècle », car l’ancien Ministre de l’Éducation nationale n’a jamais été ami avec les chiffres.

François Bayrou reste lucide sur la possibilité d’intégrer de nombreux immigrés pour revitaliser la démographie nationale. Il cite l’exemple de l’Allemagne qui a accueilli dans les années 2010 un million d’immigrés originaires des Balkans (il me semblait que c’étaient plutôt des Syriens et des Irakiens) par besoin de main d’œuvre, ce qui est très différent pour un pays comme la France « souffrant d’un important chômage chronique ». Mais il n’en reste pas moins ceci : « Il y a dans le dynamisme démographique d’un pays la conséquence, et sans doute aussi la source d’un optimisme national. ».

Dans cette note, le Haut-Commissaire au Plan observe que la vitalité démographique de la France s’essouffle depuis deux ans. En 2019, il a manqué 50 000 naissances pour assurer le renouvellement des générations. Le taux de fécondité est de 1,86 en 2019 alors qu’il faudrait qu’il soit de 2,1 pour un renouvellement. En vingt ans, l’âge moyen de la mère à la naissance de son premier enfant est passé de 29 ans à 31 ans (« plus l’âge de procréation est précoce, plus le taux de fécondité est élevé »). La pandémie de covid-19, au contraire des premières intuitions (le confinement aurait eu pour effet un mini-baby-boom), a renforcé cette tendance à la baisse de la natalité. En janvier 2021, il y a eu 13% de naissances en moins qu’en janvier 2020.

Par ailleurs, la France va devenir un pays vieillissant : les plus de 65 ans vont représenter un quart de la population en 2040 et certaines projections les font monter jusqu’à 34% de la population en 2070. L’âge médian pourrait passer de 42 ans en 2020 à 46 ans en 2050. Comparativement, la France vieillit cependant moins vite que les autres pays européens et son taux de centenaires est le plus élevé d’Europe (32,6 pour 100 000 habitants).

Ce vieillissement est préoccupant car il remet en cause l’équilibre de notre système des retraites et il a aussi des conséquences sur des millions de personnes qui doivent accompagner cette population vieillissante (il y a actuellement 4 millions d’aidants informels).

Renforcer l’équilibre entre les générations, c’est donc une nécessité pour notre modèle social : « Pour cela, et comme pour toutes les nations, il n’existe que deux voies : avoir plus d’enfants ou accueillir des personnes d’autres pays. La France devra jouer des deux leviers dans des proportions raisonnables qui garantissent le maintien de la cohésion nationale. ».

L’apport migratoire « doit être accepté et acceptable ». Nul doute que cette question est ultrasensible depuis des décennies en France : « [Elle] est sérieuse et difficile à aborder parce qu’elle mêle des problèmes réels, des fantasmes puissants, des arrière-pensées politiques. ». Au sens de l’ONU, une personne immigrée est une personne née dans un autre pays que celui où elle vit : ils sont une ultraminorité, 260 millions de personnes dans le monde, soit 3,4% de la population mondiale.

Selon cette même définition, il y a en France 12,3% de population immigrée actuellement, soit sensiblement la même proportion dans les autres pays européens. Avec la définition française (une personne immigrée est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France), ce taux est de 9,9% (ne sont donc plus comptées les personnes nées françaises à l’étranger et vivant en France).

La note soulève aussi une idée reçue : « Contrairement à une idée reçue ou véhiculée, l’immigration n’est pas la cause de notre relative dynamique démographique. ». En effet, les immigrés ne contribuent qu’à 0,1 point au total de l’indice de fécondité (1,86) : « On constate un alignement progressif des populations immigrées dans leur comportement, en termes de fécondité. ».

François Bayrou cite notamment le démographe François Héran, professeur au Collège de France et ancien directeur de l’Ined, qui disait le 4 octobre 2019 à Ivanne Trippenbach de "L’Opinion" : « Une erreur fondamentale est de figer ces écarts de fécondité sur le long terme. On obtient alors une croissance exponentielle de la population immigrée. C’est comme si l’on prophétisait à la fin du siècle la domination démographique de la Guyane sur la métropole, au motif que les Guyanaises ont 3,8 enfants en moyenne. D’où vient l’erreur ? Les amateurs de projection oublient d’introduire dans le calcul une tendance observée de longue date : la convergence des comportements de fécondité entre immigrées et natives au fil du temps. (…) En figeant le réel, [ces projections statiques] produisent un résultat irréel. Une minorité n’envahit pas la majorité sur la base de sa natalité. ». Exit la théorie foireuse du "grand remplacement".

C’est pourquoi, malgré son effet d’annonce, l’immigration ne peut être « la solution au ralentissement de notre démographie ». Cette partie est inscrite en gras : « Il faut accepter que [l’immigration] y prenne sa part mais celle-ci ne sera acceptée que si parallèlement, les conditions sont réunies pour maintenir une ambition démographique dans notre pays. Faire un autre choix serait prendre le risque de déséquilibrer notre société en proie à des questionnements, parfois exprimés violemment, quant à son identité et à son avenir. ».

L’autre volet de la redynamisation démographique du pays, c’est le soutien à la natalité par une politique familiale volontaire : congés parentaux, prestations familiales, accompagnement de la petite enfance…

La note précise : « Avoir un enfant ne doit pas être un fardeau. Cela ne doit pas signifier sacrifier sa vie personnelle et professionnelle et tout ce qui favorise l’articulation entre la vie familiale et la vie professionnelle contribue à la hausse de la fécondité. ». Un pays comme l’Italie s’est rendu compte de cette nécessité de revenir à une politique nataliste après la forte mortalité due au covid-19.

Donc, ce que préconise vraiment François Bayrou est moins une politique d’apport migratoire qu’une véritable politique nataliste basée sur quatre piliers : la globalité (dans tous ses aspects, un seul levier est inefficace) ; la cohérence (les mesures doivent avoir pour objet exclusif le soutien à la natalité, et la lutte contre les inégalités sociales doivent faire l’objet d’autres mesures) ; la continuité (les mesures ne doivent pas être supprimées pour réajuster des déséquilibres financiers conjoncturels) ; enfin, la lisibilité (simplifier, clarifier, communiquer sur les dispositifs dont on peut bénéficier en faisant un enfant).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mai 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Bayrou a 70 ans.
Note de synthèse du 17 mai 2021 du haut-commissaire au Plan sur la relance de la démographie (à télécharger).
François Bayrou et la préservation du modèle sociale français.
Note de synthèse du 23 mars 2021 du haut-commissaire au Plan sur le programme nucléaire français (à télécharger).
François Bayrou relance le programme nucléaire français.
François Bayrou et l'obsession de la proportionnelle.
Marielle de Sarnez.
François Bayrou sera-t-il le Jean Monnet du XXIsiècle ?
Vive la Cinquième République !

_yartiBayrou2020C03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210517-bayrou.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/modele-social-francais-francois-233215

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/05/20/38979587.html









 

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31 mars 2021 3 31 /03 /mars /2021 19:29

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210331-macron.html







Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 31 mars 2021 à 20 heures


Mes chers compatriotes, de métropole, de l’outre-mer et de l’étranger.

La crise sanitaire que nous traversons, cette épidémie de COVID-19, dure depuis maintenant plus d’un an.

Un an de peine, d’épreuves, où nous aurons été au moins 4 millions et demi à contracter la maladie et où bientôt 100 000 familles auront été endeuillées.

Un an d’efforts pour tous. D’angoisses, de sacrifices. De fiertés aussi et d’actes héroïques.

Un an où, ensemble, nous avons résisté et appris. Un an où nous avons tenu. Je vous l’avais dit dès le début : nous allons vivre avec le virus. C’est bien cela.

Alors si ce soir je m’adresse à vous, avec autant d’humilité que de détermination, c’est pour vous dire que nous allons tenir, encore, et essayer de faire le point sur l’épidémie, les prochaines étapes.

Essayer de voir dire que si nous restons unis, solidaires, si nous savons, durant les prochaines semaines, nous organiser, alors nous verrons le bout du tunnel. Et nous nous retrouverons.

Si je m’adresse à vous, c’est pour appeler à la mobilisation de chacun pour ce mois d’avril où beaucoup se joue.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Après un confinement dur lors de la première vague au printemps 2020, puis ce qu’on a appelé un confinement adapté lors de la seconde vague à l’automne dernier, nous avons opté depuis le début de cette année 2021 pour une réponse qui visait à freiner l’épidémie sans nous confiner.

Trois principes n’ont cessé de nous guider.

    D’abord la sécurité : vous protéger, ne jamais transiger sur la santé des Françaises et des Français, permettre à chacun d’être soigné dans les meilleures conditions.
    
    Ensuite le deuxième principe, c’est l’équilibre : c’est-à-dire prendre en compte les conséquences aussi des restrictions sur nos enfants et leur éducation, sur l’économie, la société, la santé mentale notamment des plus jeunes, veiller à ne pas pénaliser les territoires où le virus circule moins ou peu.
    
    Et puis le troisième principe, c’est la responsabilité : c’est-à-dire faire confiance. Préférer, aux contraintes pour tous, le civisme de chacun pour avoir les bons comportements face au virus, limiter ses contacts, se faire tester au premier symptôme et s’isoler lorsqu’on est positif.

Sécurité, équilibre, responsabilité : ce sont ces trois principes qui nous ont conduit, fin janvier, à privilégier le renforcement de cette stratégie tester-alerter-protéger, le couvre-feu, la fermeture de certains établissements, sur le reconfinement général du pays.

Nous avons tous consentis des efforts importants et le virus a continué de circuler, il continue de circuler aujourd’hui fortement.

Mais là où beaucoup de nos voisins ont décidé de confiner, il y a maintenant quatre mois, nos voisins Allemands par exemple, là où nous amis italiens en sont à leur quatrième confinement, nous avons, aussi par ces choix collectifs que nous avons fait, gagné des jours précieux de liberté, des semaines d’apprentissage pour nos enfants, nous avons permis à des centaines de milliers de travailleurs de garder la tête hors de l’eau sans jamais perdre le contrôle de l’épidémie.

Nous avons donc je le crois bien fait. Croire en la responsabilité des Français, ce n’est jamais un pari.

Ces dernières semaines, nous faisons face à une nouvelle donne. Depuis, au fond, les premiers jours du mois, nous sommes entrés dans une course de vitesse.

D’un côté, le déploiement de la vaccination qui permet d’espérer raisonnablement une sortie de crise, et je vais y revenir.

Et de l’autre, la propagation dans toute l’Europe d’une nouvelle forme de virus, ce variant qui a été identifié pour la première fois chez nos voisins britanniques à la fin de l’année dernière, et qui en quelque sorte a fait apparaitre une épidémie dans l’épidémie.

Celle-ci est :

    plus étendue qu’au printemps dernier : ce qui fait qu’aucune région métropolitaine n’est désormais épargnée.
    
    et celle-ci est aussi plus dangereuse qu’à l’automne : ce qui fait que le virus est plus contagieux mais aussi plus meurtrier. Les services de réanimations ont à prendre en charge des personnes en bonne santé qui ont aujourd’hui 60 ans, même 50 ans, quelques-uns parfois plus jeunes. Retenez un chiffre : 44% des patients en réanimations ont aujourd’hui moins de 65 ans.

Face à ce double phénomène, nous avons décidé le 18 mars de prendre, pour près de vingt départements, des restrictions complémentaires au couvre-feu national qui était déjà en vigueur.

Deux semaines après la mise en place de ces mesures, les chiffres sont clairs.

Oui, cette stratégie a eu de premiers effets.

Mais très clairement ces efforts restent trop limités au moment où l’épidémie accélère.

En quelque sorte, nous sommes en train de subir cette accélération à cause du variant qui risque de nous faire perdre le contrôle si nous ne bougeons pas. Nous devons donc nous fixer, pour les mois à venir, un nouveau cadre.

Pour cela il ne faut absolument pas céder à la panique ; nous avons conservé la maîtrise de la situation à l’hôpital. Cette situation est dure, beaucoup de services sont surchargés. Mais nous n’en avons pas perdu le contrôle.

Nous ne devons pas non plus céder au déni, ce serait faux de dire que si ne faisions rien les choses s’amélioreraient d’elle-même, non ; alors nous nous placerions dans une situation délicate, de potentielle saturation de tout le pays.

Aussi pour continuer à protéger la vie au présent –c’est-à-dire les malades, et la vie au futur c’est-à-dire nos enfants, nous devons, pour les mois à venir, fournir chacun un effort supplémentaire. C’est cela que je nous demande collectivement ce soir.

Un effort des soignants d’abord, pour augmenter nos capacités en réanimation.

Je veux ce soir saluer à nouveau en notre nom à tous l’action remarquable de nos soignants et en particulier des équipes de réanimation et de soins critiques, qui, secteur public comme secteur privé, agissent main dans la main, mutualisent les équipes, innovent, non seulement pour soigner les 28 000 malades du COVID à l’hôpital, mais aussi pour transformer des salles d’opération en salle de réanimation, pour assurer une continuité de soins pour les patients atteints de maladies graves comme le cancer, pour tous les moyens d’urgence, faire en sorte que tous les reçoivent et que tous puissent avoir les soins dont ils ont besoin.

En mars dernier, à cette heure-ci, nous les applaudissions. N’oublions pas que depuis un an ils sont sur le pont. Sans relâche.

Pour augmenter encore le nombre de personnes pouvant être accueillies en réanimation sans trop déprogrammer, ils sont et seront appuyés dans les prochains jours par des renforts supplémentaires.

Le nombre de lits en réanimation a déjà été porté à 7000.

Et je veux ici remercier les étudiants en médecine, les retraités, le service de santé des armées, tous les volontaires de la réserve sanitaire : tous sont mobilisés, seront mobilisés de manière accrue pour porter dans les prochains jours notre capacité à un peu plus 10 000 lits, en particulier aussi avec l’ouverture de nouvelles capacités d’accueil dans certains hôpitaux parisiens.

Deuxième effort, qui nous concerne tous, celui-ci : les règles qui sont en vigueur dans les 19 départements en vigilance renforcée, ces règles seront étendues à tout le territoire métropolitain dès ce samedi soir et pour 4 semaines.

Si nous faisons ce choix qui ne concerne pas nos territoires d’outre-mer - ces territoires où le virus circule moins et qui d’ailleurs pour certains ont fait de très gros efforts il y a plusieurs semaines pour ralentir aussi le virus de leur côté - si nous faisons ce choix de toucher tout le territoire métropolitain, c’est parce que plus aucune région métropolitaine n’est aujourd’hui épargnée : partout le virus circule vite, de plus en plus vite, et partout les hospitalisations augmentent.

Et donc, chacun doit veiller non pas à s’enfermer, mais à limiter au maximum les contacts, les rencontres, les moments de proximité avec d’autres personnes.

Très concrètement cela veut dit que le couvre-feu à 19 heures sera maintenu partout. Le télétravail, qui est sans doute la mesure la plus efficace, le télétravail sera systématisé et j’appelle tous les travailleurs et tous les employeurs à y avoir recours à chaque fois qu’ils le peuvent.

Les commerces seront fermés, sur tout le territoire métropolitain selon la liste déjà définie dans les 19 départements aujourd’hui concernés.

Nos concitoyens qui souhaitent changer de région pour aller s’isoler pourront le faire durant ce week-end de Pâques.

Les Françaises et les Français de l’étranger qui veulent rentrer en France pourront aussi le faire à tout moment. Et nous ferons tout pour faciliter les trajets et le quotidien de nos concitoyens travailleurs transfrontaliers.

Alors certains militaient je le sais pour le retour généralisé de l’attestation comme en mars 2020.

Nous n’avons pas retenu cette option.

Parce que l’irresponsabilité de quelques-uns ne doit pas ruiner les efforts de tous, les contrôles, les sanctions seront renforcées sur la voie publique pour limiter les rassemblements, parce que c’est là que le danger existe, et pour encadrer la consommation d’alcool.

Mais très clairement nous faisons le choix de la confiance. Nous faisons le choix de la responsabilité, et si je puis dire, de la respiration.

L’attestation ne sera donc obligatoire en journée que pour les déplacements au-delà de 10 kilomètres du domicile.

En cette période qui est marquée par de nombreuses fêtes religieuses, je sais aussi pouvoir compter sur vous afin d’éviter, comme vous avez su le faire à Noël, les rassemblements privés, les fêtes avec les amis, la famille, les proches. J’insiste vraiment sur ce point, c’est lors de ces occasions que nous nous contaminons le plus. Il faut donc faire cet effort.

C’est un effort pour vous protéger et pour protéger les autres.

S’agissant des écoles - et c’est en quelque sorte le troisième effort que nous allons faire dans les semaines qui viennent - nous devons tous être conscients de nos devoirs vis-à-vis de notre jeunesse.

Nous pouvons nous féliciter, dans notre pays, d’avoir réouvert parmi les premiers nos écoles au printemps dernier, le 11 mai rappelez-vous, et de les avoir maintenues ouvertes depuis septembre 2020.

Nous faisons partie des rares pays qui ont fait ce choix alors même que nous avons été très frappés par l’épidémie. Nous l’avons fait en conscience parce que nous croyons dans cet investissement, pour les jeunes enfants et les adolescents, qu’est l’éducation. Parce que c’est le combat du siècle qui s’ouvre, car nos enfants ont besoin d’apprendre, d’être ensemble et nul ne sait dire les conséquences profondes et durables d’une fermeture prolongée des écoles, qui renforce les inégalités sociales comme les inégalités de destin.

Alors oui, le virus circule dans les établissements scolaires. Mais pas plus qu’ailleurs.

Et l’éducation de nos enfants, elle, n’est pas négociable. L’école n’est pas négociable.

C’est pourquoi nous devons prendre nos responsabilités.

Oui, il faut freiner le virus.

Aussi, nous aller fermer durant trois semaines les crèches, les écoles, les collèges et les lycées.

Mais oui, nous devons préserver l’éducation et l’apprentissage : c’est pour cela que le calendrier scolaire sera adapté pour ne pas laisser nos enfants seuls et sans apprendre.

De manière très concrète cela signifie que la semaine prochaine, les cours pour les écoles, collèges et lycées se feront à la maison, sauf, comme au printemps 2020, pour les enfants des soignants et de quelques autres professions, qui seront accueillis, de même que les enfants en situation de handicap qui doivent continuer à pouvoir être accueillis dans le secteur médico-social.

Les deux semaines suivantes, soit à partir du 12 avril, la France entière, quelle que soit la zone de vacances, sera placée en vacances de printemps.

La rentrée aura donc lieu pour tous le 26 avril, physiquement pour les maternelles et les primaires, à distance pour les collèges et lycées.

Le 3 mai, les collégiens et les lycéens pourront retrouver physiquement leurs établissements, le cas échéant avec des jauges adaptées.

Je sais, croyez-moi, ce que cette réorganisation implique de changements profonds pour les parents d’élèves et pour les familles.

Mais c’est la solution la plus adaptée pour freiner le virus tout en préservant l’éducation et donc l’avenir de nos enfants.

Les étudiants, quant à eux, pourront, pour ceux qui le souhaitent, continuer durant toute cette période à se rendre à l’université pour une journée de cours par semaine.

Je veux ce soir, en votre nom, remercier et saluer tous nos enseignants. Et avec tous nos enseignants d’ailleurs l’ensemble des personnels qui permettent d’accueillir nos enfants dans les écoles, les collèges, les lycées, dans les établissements spécialisés aussi. Car si la France est un des pays à avoir le moins fermé ses écoles, comme je vous le disais – 42 semaines d’ouverture, parfois deux ou trois fois plus que nos voisins, c’est grâce à eux.

Enfin, comme depuis un an, l’accompagnement économique et social sera au rendez-vous.

Les parents qui devront garder leurs enfants et ne peuvent pas télétravailler auront droit au chômage partiel.

Et pour les salariés, les commerçants, les indépendants, les entrepreneurs et les entreprises, tous les dispositifs actuellement en vigueur seront prolongés.

Je sais combien les efforts que je vous demande sont difficiles.

Je mesure ce qu’ils emportent de conséquences pour notre pays et pour vos vies.

Et vous savez aussi que nous avons tout fait pour prendre ses décisions le plus tard possible et au moment où elles devenaient strictement nécessaires. C’est maintenant.

Mais, je tiens en même temps à vous dire ce soir que, grâce à la vaccination, la sortie de crise se dessine enfin.

Parce que oui, à cette heure, vous êtes déjà plus de 8.5 millions à avoir reçu une première injection de vaccin.

3 millions à en avoir reçu deux.

Et le vaccin est efficace. Il l’est au bout de quinze jours après l’injection de la deuxième dose. La meilleure preuve d’ailleurs de cette efficacité, elle est dans les chiffres que vous voyez à cet instant à votre écran et dans la mortalité en particulier de nos plus de 80 ans, la mortalité qui a très fortement diminué. La meilleure preuve, elle en est d’ailleurs dans la situation des résidents des maisons de retraite qui, vaccinés à plus de 90%, ont pu progressivement reprendre une vie normale.

Notre enjeu principal aujourd’hui c’est donc d’accélérer, encore et encore.

Cette mobilisation c’est celle évidemment du gouvernement, de nous tous et de tous les soignants là encore. Avec, une stratégie claire.

D’abord continuer à avoir de plus en plus de doses en accélérant nos achats et surtout en produisant en France et en Europe. Nous sommes pleinement mobilisés. Il y a eu des retards, il y a eu des choses que nous avons corrigé et je pourrais y revenir. Dans les semaines à venir nous allons encore accélérer le nombre de doses que nous obtenons et nous allons progressivement devenir, le premier continent au monde en termes de production de vaccins. C’est construire notre indépendance, c’est garantir que s’il faut des doses supplémentaires, nous ne dépendrons plus des autres. C’est garantir aussi la production de nouveaux vaccins, s’il y avait à nouveau à l’automne, hiver ou l’année prochaine, des nouvelles vaccinations à prévoir.

Ensuite, c’est vacciner le plus vite possible tous ceux qui en ont le plus besoin, c’est-à-dire les plus âgés, les plus fragiles, ceux qui ont le plus de risques de développer des formes graves. Et j’assume totalement cette priorité, cet ordre que nous avons donné parce que c’est la garantie de notre efficacité.

C’est ainsi que nous pourrons soulager plus rapidement l’hôpital, c’est ainsi que nous sauverons des vies.

A partir de là, nous mettons tous les moyens pour vacciner, vacciner, vacciner. Sans répit, sans jour férié. Le samedi et le dimanche comme la semaine.

Pour les vaccins Pfizer et Moderna, qui nécessitent des conditions de conservation spécifiques, il y a 1700 centres de vaccination qui ont ouvert, notamment grâce à l’engagement exemplaire de nos maires que je veux ici remercier, une fois encore.

Pour les vaccins Astra Zeneca, et demain Johnson et Johnson, tous les médecins généralistes, pharmaciens, infirmières et infirmiers, sont mobilisés.

Au total, 250 000 professionnels – médecins, pharmaciens, sapeurs-pompiers, infirmiers, vétérinaires – sont aujourd’hui prêts à contribuer à ce grand effort national.

Si vous avez plus de 55 ans et êtes atteints, par exemple, de diabète, hypertension ou surpoids, vous pouvez, aujourd’hui, prendre rendez-vous auprès de votre médecin, votre infirmier ou de votre pharmacien qui vous vaccinera directement avec le vaccin Astra Zeneca. Cela a commencé depuis la semaine dernière et nous allons accélérer à mesure que les doses seront livrées.

Les 1700 centres ouverts sont à disposition pour, eux, vacciner avec les vaccins Pfizer et Moderna, et aujourd’hui vacciner tous nos concitoyens qui ont plus de 70 ans. Les vaccinations sont en cours et elles accélèrent partout.

Je sais que beaucoup de nos aînés ont essayé de prendre rendez-vous pour se faire vacciner ces dernières semaines. Trop souvent sans succès et j’en suis profondément désolé. Ce n’est pas acceptable. C’est pourquoi j’ai demandé à l’Assurance maladie de mobiliser des équipes pour y remédier. Depuis quelques jours, si vous avez plus de 75 ans, vous avez peut-être déjà reçu des appels car l’ensemble des plus de 75 ans qui n’ont pas réussi à obtenir un rendez-vous seront appelés par nos services pour pouvoir le leur fixer. Et en parallèle, un numéro spécial sera mis à disposition pour prendre rendez-vous.

A partir du 16 avril, les premiers rendez-vous seront accordés aux personnes qui ont entre 60 et 70 ans.

A partir du 15 mai, les premiers rendez-vous seront ouverts pour nos concitoyens qui ont entre 50 et 60 ans.

Et à partir de la mi-juin, les rendez-vous seront ouverts à l’ensemble des Françaises et Français de moins de 50 ans.

Une stratégie de vaccination spécifique sera par ailleurs prévue pour toutes les professions les plus exposées, en particulier nos enseignants, que j’évoquais tout à l’heure, mais aussi nos forces de l’ordre et plusieurs autres.

Nous tiendrons l’objectif que je nous ai fixé, à savoir que d’ici la fin de l’été, tous les Français de plus de 18 ans qui le souhaitent pourront être vaccinés.

Car c’est la clé pour renouer avec la vie. La clé pour rouvrir notre pays.

Mes chers compatriotes,

Les efforts d’avril d’une part, et le déploiement de la vaccination d’autre part, c’est cette tenaille qui va nous permettre de contenir progressivement ce nouveau virus.

Cette tenaille qui va nous permettre, à partir de la mi-mai, de commencer à rouvrir progressivement le pays.

A retrouver cette culture qui nous a tant manqué.
A retrouver les lieux de rencontres, les commerces.
A retrouver cet art de vivre à la française que sont les restaurants, les cafés, que nous aimons tant.

Je reviendrai vers vous prochainement pour préciser un agenda de réouverture, et pour que chacun puisse aussi se projeter avec plus de visibilité dans les mois qui viennent.

Dès la mi-mai, nous recommencerons à ouvrir avec des règles strictes certains lieux de culture, nous autoriserons sous conditions l’ouverture des terrasses.

Et nous allons bâtir entre la mi-mai et le début de l’été un calendrier de réouverture progressive pour la culture, de sport, le loisir, l’événementiel, nos cafés et restaurants.

Mais d’ici là, je sais pouvoir compter sur vous.

Mes chers compatriotes,

Je sais qu’il y a beaucoup de lassitude, de fatigue. Je sais qu’il y a aussi parfois de l’énervement, de l’emportement, et c’est bien normal. Je sais qu’à chaque étape de cette épidémie nous pouvions nous dire que nous aurions pu faire mieux. Nous avons commis des erreurs. Tout cela est vrai.

Mais je sais une chose : nous avons tenu, nous avons appris et nous nous sommes à chaque fois améliorés.

Alors oui, aujourd’hui, pour le mois qui vient, il nous faut nous mobiliser. Nous mobiliser pour nos aînés et les plus fragiles et nous mobiliser pour nos enfants, pour les protéger et leur permettre de continuer à apprendre et leur préparer le pays, le continent, le monde auquel ils ont droit.

Nous mobiliser parce que le succès de ce mois d’avril et de cette stratégie dépend de chacun d’entre nous, de notre esprit de responsabilité.

C’est ainsi que nous pourrons rebâtir ce chemin d’espoir, celui qui nous permettra de retrouver progressivement une vie normale. Celui qui nous permettra aussi de tirer ensemble toutes les leçons de cette épreuve.

Mais nous tiendrons, unis et déterminés.
Vive la République.
Vive la France.


Emmanuel Macron, le mercredi 31 mars 2021 à Paris.


Source : www.elysee.fr/

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210331-allocution-macron.html

 

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20 mars 2021 6 20 /03 /mars /2021 01:39

Dernière version du samedi 20 mars 2021 après-midi.

À compter du 20 mars 2021, un couvre-feu s'applique de 19h à 6h sur l’ensemble du territoire métropolitain et des mesures renforcées sont en vigueur tous les jours de la semaine de 6h à 19h dans 16 départements.

L'attestation de déplacement dérogatoire est obligatoire pour se déplacer durant le couvre-feu de 19h à 6h sur l'ensemble du territoire. Elle est également obligatoire pour se déplacer entre 6h et 19h dans les 16 départements concernés par les mesures renforcées : Aisne, Alpes-Maritimes, Essonne, Eure, Hauts-de-Seine, Nord, Oise, Paris, Pas-de-Calais, Seine-et-Marne, Seine-Saint-Denis, Seine-Maritime, Somme, Val-de-Marne, Val-d’Oise et Yvelines.

Dans ces départements, les déplacements ne sont autorisés qu’au sein du département ou dans un périmètre défini par un rayon de 30 km autour du lieu de résidence sauf pour les motifs de déplacement signalés par un astérisque sur l'attestation.

De plus, les personnes résidant dans les départements n’étant pas soumis à des mesures renforcées ne peuvent entrer dans les départements soumis à des mesures renforcées au-delà d’un périmètre défini par un rayon de 30 km autour de leur lieu de résidence que pour les motifs signalés par un astérisque sur la présente attestation ainsi que dans le cadre de déplacements de longue distance conduisant seulement à un transit par une zone soumise à des mesures renforcées.

Le non-respect de l'ensemble de ces mesures entrainera :

    Première sanction : une amende de 135 euros, majorée à 375 euros (en cas de non-paiement ou de non-contestation dans le délai indiqué sur l'avis de contravention)
    En cas de récidive dans les 15 jours : une amende de 200 euros, majorée à 450 euros (en cas de non-paiement ou de non-contestation dans le délai indiqué sur l'avis de contravention)
    Après 3 infractions en 30 jours : une amende de 3750 euros passible de 6 mois d'emprisonnement.

La situation sanitaire continue de se dégrader en France et le virus est toujours dangereux pour nous et nos proches. Il est impératif de rester vigilant face à l’épidémie de la Covid-19.

Voici les attestations en téléchargement.
Cliquer sur le lien pour télécharger l'attestation correspondante (fichier .pdf).


Attestation de déplacement dérogatoire numérique :

https://media.interieur.gouv.fr/attestation-deplacement-derogatoire-covid-19/



Attestation de déplacement dérogatoire "couvre-feu" (19h00 à 06h00)

Elle est téléchargeable ci-dessous, au format .pdf, ou peut être rédigée sur papier libre. Pour une meilleure accessibilité, l'attestation de déplacement dérogatoire est désormais disponible en format .txt et .docx.

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126759/1013476/file/20-03-2021-attestation-deplacement-couvre-feu.pdf#xtor=AD-322

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126757/1013466/file/20-03-2021-attestation-deplacement-couvre-feu.docx#xtor=AD-322

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126758/1013471/file/20-03-2021-attestation-deplacement-couvre-feu.txt#xtor=AD-322



Attestation de déplacement dérogatoire dans les départements soumis à des "mesures renforcées" (confinement entre 6h00 et 19h00)

Elle est téléchargeable ci-dessous, au format .pdf, ou peut être rédigée sur papier libre. Pour une meilleure accessibilité, l'attestation de déplacement dérogatoire est désormais disponible en format .txt, et .docx.

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126762/1013491/file/20-03-2021-attestation-de-deplacement-mesures-renforcees.pdf#xtor=AD-322

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126761/1013486/file/20-03-2021-attestation-de-deplacement-mesures-renforcees.docx#xtor=AD-322

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126760/1013481/file/20-03-2021-attestation-de-deplacement-mesures-renforcees.txt#xtor=AD-322



Justificatif de déplacement professionnel à faire remplir par l'employeur :

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126749/1013418/file/2021-03-19-justificatif-de-deplacement-professionnel.pdf#xtor=AD-324

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126732/1013323/file/19-03-2021-justificatif-de-deplacement-professionnel.docx#xtor=AD-324

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126731/1013318/file/19-03-2021-justificatif-de-deplacement-professionnel.txt#xtor=AD-324



Justificatif de déplacement scolaire à faire remplir par l'établissement scolaire :

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126748/1013413/file/2021-03-19-justificatif-de-deplacement-scolaire.pdf%20?#xtor=AD-326

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126730/1013313/file/19-03-2021-justificatif-de-deplacement-scolaire.docx?#xtor=AD-326

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126729/1013308/file/19-03-2021-justificatif-de-deplacement-scolaire.txt?#xtor=AD-326


ANCIENNE VERSION (CE N'EST PLUS VALABLE)
de l'attestation de déplacement dérogatoire
(pour information)

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126752/1013433/file/19-03-2021-attestation-de-deplacement-derogatoire.pdf#xtor=AD-322

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126751/1013428/file/19-03-2021-attestation-de-deplacement-derogatoire.docx#xtor=AD-322

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126750/1013423/file/19-03-2021-attestation-de-deplacement-derogatoire.txt#xtor=AD-322

https://www.interieur.gouv.fr/content/download/126754/1013441/file/19-03-2021-attestation-de-deplacement-derogatoire-version-anglaise.docx#xtor=AD-323



Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210318-covid-cv.html


SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210320-attestations-deplacement.html

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18 mars 2021 4 18 /03 /mars /2021 19:45

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Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210318-covid-cv.html




À l'issue du conseil de défense présidé par le Président de la République le 17 mars 2021, le Premier Ministre a présenté en conférence de presse, ce jeudi 18 mars 2021, les nouvelles mesures prises contre le Covid-19.




Conférence de presse du Premier Ministre Jean Castex le 18 mars 2021 à  Matignon, sur la situation pandémique


Mes chers concitoyens, mesdames et messieurs,

Chaque semaine, chaque jeudi soir, nous partageons l’ensemble des informations en notre possession sur l’évolution de l’épidémie et les décisions qu’elle rend nécessaire pour en maîtriser la diffusion.

Il y a 15 jours, ici même, je vous ai fait part de mon inquiétude : nous observions un début de reprise de la circulation virale, avec quelques situations préoccupantes dans certains départements. Deux semaines plus tard, le constat que nous pouvons faire de la situation confirme nos craintes : la progression de l’épidémie s’accélère nettement. Nous avons enregistré 38 000 cas sur la seule journée de hier, 35 000 aujourd’hui. Le nombre de nouveaux cas a augmenté de 23,6 % en une semaine. Cette reprise dessine en réalité ce qui s’apparente de plus en plus clairement à une troisième vague, alors même que nous approchons du chiffre terrible des 100 000 morts.

Cette troisième vague s’observe d’ailleurs, à des degrés divers, dans plusieurs autres pays européens. Cette troisième vague, nous en connaissons la cause : l’arrivée du variant britannique qui représente maintenant près des trois quarts des contaminations. Ce variant britannique, nous savions – et je vous l’avais dit – qu’il était plus contagieux. Nous découvrons peu à peu qu’il est en réalité à la fois plus virulent et potentiellement plus grave. Et cela se vérifie dans les chiffres de nos services de réanimation.

Hier, 4269 malades de la Covid étaient hospitalisées en réanimation. Chaque jour, environ 330 nouveaux malades arrivent en réanimation : cela représente une personne toutes les 4 minutes !

Plus inquiétant encore, et Olivier VÉRAN y reviendra, ces arrivées en services de réanimation concernent des personnes plus jeunes et en meilleure santé que lors des vagues précédentes, et leur durée de séjours à l’hôpital est de plus en plus longue. Clairement, ces éléments sont plus préoccupants encore que ce que nous pouvions comprendre de l’évolution du virus il y a encore quelques semaines.

La situation se dégrade : notre responsabilité est maintenant qu’elle ne nous échappe pas. Au cours des semaines écoulées, nous étions parvenus à contenir le niveau de progression épidémique grâce aux mesures adoptées, mesures qui n’étaient pas des mesures légères et faciles. À savoir, depuis le 16 janvier, le couvre-feu à partir de 18 heures dans tout le pays, conjugué à la fermeture d’un certain nombre d’établissements recevant du public. Nous avons également accéléré la vaccination avec notamment des opérations très importantes le week-end, dont je félicite l’ensemble des acteurs. Nous avons également décidé de renforcer notre stratégie « tester, alerter, protéger » et pris des mesures supplémentaires de restriction dans les territoires les plus durement touchés, en mettant en place une stratégie territorialisée fondée sur le constat que l’épidémie, si elle progresse partout, demeure encore disparate selon les régions.

C’est ainsi que 23 départements ont été placés sous une surveillance renforcée et qu’un confinement le week-end a été mis en place dans les agglomérations de Dunkerque et de Nice le 25 février dernier, puis dans le département du Pas-de-Calais le 6 mars dernier.

Ces décisions ont été prises sur la bases de critères sanitaires : un taux d’incidence au-dessus de 400 cas pour 100 000 habitants, une pression hospitalière dans ces territoires atteignant déjà la cote d’alerte, une dynamique laissant entrevoir une nette dégradation si rien n’était fait pour l’enrayer.

Compte tenu des disparités régionales qui restent aujourd’hui encore importantes, cette stratégie territorialisée conserve son sens et sa pertinence. Elle appelle cependant des mesures beaucoup plus fortes dans un plus grand nombre de départements.

Au cours des tout derniers jours, deux régions ont franchi ou s’apprêtent à franchir ces seuils : l’Ile-de-France et les Hauts-de-France.

En Ile-de-France, l’incidence est aujourd’hui de 446, ce qui représente une hausse très forte de plus de 23 % en une semaine. Plus préoccupant encore : la pression hospitalière atteint aujourd’hui un niveau très élevé. Il y a ce soir près de 1 200 personnes admises en réanimation en Ile-de-France. C’est déjà plus que le niveau qui avait été atteint au pic de la deuxième vague au mois de novembre. Grâce aux efforts considérables de tous les établissements, publics comme privés, nous avons encore augmenté nos capacités d’accueil en soins intensifs et nous pouvons encore accueillir au moins 300 à 500 malades supplémentaires.

Dans la région Hauts-de-France, le taux d’incidence s’élève ce soir à 381. Si le seuil de 400 n’est pas encore atteint, il devrait l’être très rapidement au vu des rythmes de progression que nous enregistrons. Il est vrai que la situation épidémique n’est pas équivalente entre les différents départements mais la situation critique des services hospitaliers de cette région y est maintenant partout très préoccupante. Comme en Ile-de-France, le pic de la deuxième vague a également été atteint et dépassé.

Il en est de même des départements de la Seine–Maritime et de l’Eure où l’on observe des niveaux d’incidence moindres mais deux éléments critiques : une augmentation très forte et surtout, des capacités de réanimation déjà presque totalement saturées.

Dans tous ces territoires, de nouvelles mesures doivent donc intervenir sans délai.

Le confinement le week-end qui s’applique dans les Alpes-Maritimes et le Pas-de-Calais depuis quelques semaines, a eu un effet réel mais le bilan que l’on peut en faire est qu’il est insuffisant pour casser fortement la dynamique de l’épidémie, qui s’accélère. Dans le Pas-de-Calais, la situation s’est stabilisée mais peine à s’améliorer. Dans les Alpes-Maritimes, une réelle baisse observée dans un premier temps semble s’atténuer depuis quelques jours. Je voudrais saluer la mobilisation de la population et des élus de ces territoires qui s’arcboutent pour lutter face à l’épidémie.

Mais face à l’accélération du virus et la pression qui s’accentue sur nos services hospitaliers, nous devons aller plus loin et mettre en œuvre des mesures plus exigeantes dans les départements dont la situation est la plus critique.

Ces départements sont donc au nombre de 16. Il s’agit des 8 départements d’Ile-de-France, des 5 départements des Hauts-de-France, des Alpes-Maritimes, de la Seine-Maritime et de l’Eure. Le Gouvernement a procédé à des concertations avec leurs élus locaux et j’ai moi-même reçu hier les présidents des assemblées et des groupes parlementaires.

Dans ces 16 départements, de nouvelles mesures de freinage massives de l’épidémie interviendront à compter de ce vendredi soir minuit, et pour quatre semaines. C’est une troisième voie que nous retenons, une voie qui doit permettre de freiner sans enfermer. Ces mesures de confinement ne seront pas la reprise telle quelle de celles que nous avions mises en place en mars et en novembre dernier. Car depuis le début de l’épidémie, il y a exactement un an, le temps a passé, la crise a duré, mais nous avons appris.

En mars 2020, pris par la brutalité de la première vague, nous avons appliqué un confinement national particulièrement strict, incluant la fermeture des écoles et une présence au travail très réduite. En novembre, nos mesures ont permis de laisser les établissements scolaires ouverts et nous avons rapidement basculé à une logique de couvre-feu et d’ouverture encadrée.

Depuis le mois de janvier, nous avons opté pour une stratégie qui nous distingue des autres pays européens.

Contrairement à beaucoup de nos voisins, nous n’avons pas appliqué de confinement au long cours, à l’échelle de tout le pays. Nous avons même écarté cette option fin janvier dernier et c’était la bonne décision car si nous avions dû confiner alors, dans une logique d’anticipation, nous aurions alors infligé au pays un confinement de probablement 3 mois. Cela aurait été excessif et insupportable. Et nous avons bien fait de ne pas suivre les prévisions de certains modèles qui indiquaient un emballement de l’épidémie dès la mi-février, ce qui ne s’est pas produit grâce à notre mobilisation collective.

L’Allemagne par exemple applique un confinement strict depuis trois mois en fermant ses crèches et ses écoles, et en décale aujourd’hui la levée compte tenu des nouveaux effets du variant. L’Italie a déjà connu 3 confinements et vient d’en décider un quatrième, au moment où ce pays est atteint comme nous par cette nouvelle vague épidémique liée au variant anglais.

Avec le Président de la République, nous avons privilégié une approche pragmatique, proportionnée et territorialisée. Cette approche nous a permis de freiner pendant plusieurs semaines la circulation du virus, malgré l’apparition puis la progression du variant anglais.

Notre conviction est que si de nouvelles mesures s’avèrent aujourd’hui nécessaires, nous devons continuer dans la même cohérence : privilégier une approche pragmatique, proportionnée et territorialisée, ne pas appliquer mécaniquement les mêmes mesures qu’hier, prendre en compte ce que cette épidémie nous a appris.

Dans les 16 départements concernés par ces nouvelles mesures, nous maintiendrons le parti pris de laisser les écoles ouvertes. Préserver autant que possible, l’éducation de nos enfants, il s’agit d’un choix qui nous distingue de beaucoup de nos voisins et que nous entendons préserver aussi longtemps que cela sera possible. Les écoles maternelles, les écoles élémentaires, les collèges fonctionneront donc normalement. Pour les lycées qui sont déjà pour plus des deux tiers en demi-jauge, ils basculeront en totalité dans ce fonctionnement. Et les universités continueront à fonctionner selon le rythme actuellement en vigueur.

Pour tenir compte des besoins des élèves, nous assouplirons les conditions dans lesquelles l’activité sportive des mineurs pourra être pratiquée : l’éducation physique et sportive, sur le temps scolaire, pourra reprendre normalement et les activités sportives extra-scolaire en plein air des mineurs seront maintenues.

De même, dans ces territoires, les règles s’appliquant aux lieux de culte resteront inchangées. S’agissant des commerces, comme en mars et en novembre, seuls les commerces vendant des biens et des services de première nécessité seront autorisés à ouvrir. Cette notion de bien de première nécessité sera étendue aux livres et à la musique, ce qui permettra aux libraires et aux disquaires de rester ouverts. Par souci d’équité, les restrictions de vente s’appliqueront aux mêmes produits qu’ils soient vendus dans un rayon de grande surface, un commerce spécialisé ou un petit commerce de centre-ville.

Je sais que les commerces ont mis en place des protocoles sanitaires stricts. Mais pour ralentir l’épidémie, il faut réduire les risques de croiser le virus, et donc les occasions de contacts dans les lieux clos. Dès lors, la fermeture d’une partie des commerces doit y contribuer, indépendamment des risques spécifiques liés à leur fréquentation. C’est d’ailleurs ce que tous les pays autour de nous se sont résolus à faire.

S’agissant des déplacements hors du domicile, notamment pour pouvoir s’aérer, se promener, faire du sport, ils seront encadrés mais selon des règles plus souples qu’en mars et novembre dernier. Car on sait aujourd’hui qu’on se contamine infiniment moins quand on se promène en plein air qu’en étant regroupés, sans masque, en intérieur. Je sais également ce qu’est l’aspiration profonde de beaucoup d’entre vous de pouvoir profiter des espaces extérieurs alors que la crise dure depuis maintenant une année et que nous avançons vers le printemps.

Concrètement, il sera possible de sortir de chez soi pour se promener, s’aérer ou faire du sport, en journée, sans aucune limitation de durée mais avec une attestation et à la condition de rester dans un rayon limité à 10 kilomètres autour de chez soi. Pour les habitants des territoires concernés, les déplacements inter-régionaux seront par ailleurs interdits sauf motifs impérieux ou professionnels.

Le dispositif de couvre-feu sera maintenu selon les mêmes règles qu’aujourd’hui. Avec une différence cependant : l’heure de début passera de 18 heures à 19 heures, et cet ajustement lié à l’arrivée prochaine de l’heure d’été s’appliquera à compter de samedi prochain et concernera tous les départements et pas seulement ceux soumis à des mesures renforcées.

Ce choix de moins restreindre les possibilités de sortir de chez soi doit cependant s’accompagner d’une vraie vigilance : il s’agit clairement de rendre possible le fait d’être à l’extérieur, mais pas d’aller chez des amis pour y faire la fête ou s’y retrouver en nombre, sans distance ni masque. On sait je le répète que ce sont d’abord dans ce type de circonstances que le virus prospère.

De même, rendre plus facile les activités en extérieur ne doit pas être le prétexte à barbecues entre amis, à des regroupements dans l’espace public ou dans les parcs et jardins, ou encore des attroupements devant certains bars qui servent à boire ou à manger en vente à emporter. Des consignes strictes seront passées aux préfets pour interdire la fréquentation de certains espaces publics ou même les manifestations et regroupements quand leurs conditions d’organisation créent un vrai risque sanitaire.

La règle du jeu est claire. Elle s’appuie sur un principe de confiance et de responsabilité, je dirais même de bon sens et certainement pas d’infantilisation : profitons librement des espaces extérieurs mais soyons très rigoureux pour proscrire les regroupements privés ou dans l’espace public.

Au-delà de ces mesures régissant les déplacements personnels, nous devons également être très vigilants sur les risques de contamination sur les lieux de travail. La dernière étude réalisée par l’Institut Pasteur montre que ces lieux représentent 29 % des cas identifiés. Cela plaide pour que dans les prochaines semaines, toutes les entreprises, toutes les administrations qui le peuvent poussent au maximum le télétravail, tout en maintenant toujours une journée sur place pour les salariés qui le souhaitent. Au moins 4 jours sur 5 en télétravail, c’est l’objectif qu’il faut atteindre et, reconnaissons-le, beaucoup d’entreprises en sont encore loin aujourd’hui.

Cela plaide aussi pour être plus attentifs aux conditions dans lesquelles se font les déplacements entre le domicile et le travail. L’étude Pasteur que j’évoquais tout à l’heure montre que la fréquentation des transports en commun serait moins à risque que le co-voiturage. Pour une raison simple : le port du masque est bien mieux respecté dans les métros et les trains que dans les véhicules personnels. Il ne s’agit pas d’interdire le co-voiturage – ce serait totalement excessif – mais je veux rappeler à tous ceux qui le pratiquent, l’absolue nécessité de respecter les gestes barrières.

Cela plaide enfin pour que les salariés qui ont le moindre symptôme de la maladie ne se rendent pas au travail. Cela peut sembler évident mais nos données statistiques montrent que ce n’est pas toujours le cas : près de la moitié des contaminations en milieu professionnel sont causées par des personnes qui sont venues travailler alors qu’elles étaient déjà symptomatiques. De même, nous savons que le moment des repas sur les lieux de travail est forcément une source de risque.

J’ai donc demandé à la ministre du Travail et à la ministre de la Transformation et de la Fonction publique d’établir d’ici le début de la semaine prochaine, après concertation avec les partenaires sociaux, un protocole significativement renforcé pour la restauration collective en entreprise.

Les mesures que je vous annonce se traduiront dans les départements concernés, et toute la semaine – j’en ai bien conscience, par des contraintes supplémentaires pour nos concitoyens. Ce ne sont pas de bonnes nouvelles et je sais la lassitude qui est la vôtre face à cette succession de mesures qui, à l’image du virus lui-même, vont et viennent, évoluent et s’adaptent à mesure que la crise dure.

Ces mesures, je les crois absolument indispensables et équilibrées. Elles visent à freiner le virus sans nous enfermer. Le virus a accéléré depuis maintenant 15 jours, la pression sur les services hospitaliers s’est accentuée depuis une bonne semaine ; le moment est venu d’en tirer les conséquences.

Cela signifie que ces mesures que nous prenons aujourd’hui dans les régions les plus impactées pourront être étendues, si nécessaire, à d’autres parties du territoire.

Cela signifie que les mesures que nous prenons aujourd’hui ont vocation à s’appliquer pendant au moins les 4 prochaines semaines, car c’est le temps nécessaire pour qu’elles produisent un effet suffisant sauf si bien entendu des résultats positifs significatifs étaient constatés dans l’intervalle. C’est aussi le temps qu’il nous faut par ailleurs pour atteindre un premier palier très important – mi-avril – dans la vaccination des plus vulnérables.

Pendant un an, nous avons lutté contre le virus par des mesures de restriction. L’enjeu des prochaines semaines, c’est de réduire ces mesures de restriction, de revenir progressivement à une vie normale, à mesure que nous vaccinerons de plus en plus de nos concitoyens.

Car c’est bien la campagne de vaccination qui va nous permettre de sortir de cette crise. Cette campagne progresse et s’accélère fortement. Nous avons ce soir près de 5,7 millions de personnes qui ont été vaccinées en première injection. Nous avons atteint un rythme de vaccination quotidienne parmi les plus élevés de l’Union européenne. J’insiste, aussi et encore, sur le fait qu’avec notre stratégie de priorisation, nous vaccinons les bonnes personnes, c’est-à-dire les personnes les plus fragiles.

Nous avons par exemple quasiment terminé la vaccination des résidents des EHPAD qui représentent 1% de la population française mais 30 % des décès dus à la Covid. Près de 45% de l’ensemble des personnes de plus de 75 ans ont reçu une première injection. C’est près de 1 personne sur 2 ! C’est absolument essentiel car ce sont elles que nous devons protéger en priorité si nous voulons relâcher la pression sur l’hôpital et lever les restrictions sanitaires.

Je veux insister sur un point : il faut aller le plus loin possible dans la vaccination des personnes de plus de 75 ans dans les centres de vaccination. De plus en plus de rendez-vous sont disponibles, et certains ont désormais du mal à trouver preneurs.

Je vous encourage très fortement à vous inscrire, avant que nous n’ouvrions la vaccination aux personnes plus jeunes, ce que je souhaite faire désormais.

La progression de notre campagne a été légèrement retardée du fait de la décision que nous avons prise lundi, avec le Président de la République, de suspendre l’utilisation du vaccin AstraZeneca, dans l’attente de l’avis de l’agence européenne du médicament. Cette décision a été prise à titre de précaution, en France comme dans beaucoup d’autres pays européens, et quand bien même nous avions recensé un nombre très limité de cas suspects dans notre pays. Cette suspension de quelques jours devait ainsi permettre aux autorités scientifiques européennes d’examiner les cas suspects et de rendre un avis sur les conditions d’utilisation de ce vaccin. C’est une démarche prudente certes, mais indispensable en termes de confiance et de transparence.

L’agence européenne du médicament vient, il y a quelques minutes, de rendre l’avis que nous attendions. Il confirme que le vaccin AstraZeneca est un vaccin qui est non seulement très efficace pour lutter contre l’apparition de formes graves de la maladie, mais qui est aussi un vaccin sûr, sans danger.

Pour être plus précis : le vaccin AstraZeneca n'est pas associé à une augmentation du risque global de caillots sanguins chez les sujets qui le reçoivent. De même, contrairement aux suspicions qui ont pu avoir cours, il n'y a aucune preuve d'un problème lié à des lots spécifiques du vaccin ou à des sites de fabrication particuliers. Ce que signale l’agence européenne du médicament, ce sont des effets secondaires extrêmement rares, liés à un faible taux de plaquettes sanguines et apparaissant chez des personnes majoritairement âgées de moins de 55 ans. Mais, je le répète, l’agence dit très clairement que l’efficacité démontrée du vaccin AstraZeneca dans la prévention des hospitalisations et des décès liés au COVID l’emporte très largement sur la probabilité extrêmement faible de développer ces effets secondaires.

Dès demain matin, la Haute autorité de santé française, qui est chargée dans notre pays de formuler les indications de tel ou tel vaccin, actualisera sa recommandation s’agissant du vaccin AstraZeneca, afin que nous puissions reprendre immédiatement dans la foulée, dès demain après-midi, la campagne de vaccination.

Comme je l’ai déjà indiqué, je me ferai vacciner demain avec ce vaccin, pour montrer que nous pouvons avoir toute confiance. Je veux en profiter précisément pour dire toute ma confiance et tout mon soutien aux professionnels de santé de ville, médecins comme pharmaciens, qui pourront reprendre la vaccination dès demain après-midi et que je remercie pour leur engagement sans faille dans la course de vitesse que nous menons.

Grâce à cela et aux livraisons qui arrivent, nous tiendrons les objectifs que nous nous sommes fixés. Cet objectif peut se dire en 3 chiffres : « 10 – 20 – 30 ».

10 : nous voulons avoir vacciné, dès la mi-avril, au moins 10 millions de personnes, soit la totalité des personnes vulnérables volontaires aujourd’hui éligibles à la vaccination. Tous les plus de 75 ans et, parmi les personnes de plus de 50 ans, celles qui présentent risque face à la maladie.

20 : nous voulons avoir vacciné, d’ici mi-mai, au moins 20 millions de personnes, soit la totalité de la population volontaire de plus de 50 ans.

30 : nous voulons avoir vacciné, d’ici mi-juin, 30 millions de personnes, soit les deux tiers de la population de plus de 18 ans volontaires.

Concrètement, cela veut dire que ceux qui ne sont pas encore éligibles à la vaccination vont bientôt pouvoir y accéder. Les personnes de plus de 65 ans, qui ne présentent pas de comorbidités, pourront ainsi se faire vacciner à partir de mi-avril. Pour les adultes de plus de 50 ans, la vaccination sera ouverte à partir de mi-mai.

La progression des livraisons va nous permettre de tenir ces objectifs, d’autant que nous recevrons à partir de mi-avril les doses du vaccin Janssen qui a été autorisé en Europe et en France. Et l’organisation que nous avons mise en place va nous permettre de répartir toutes ces doses sur le territoire national et de les utiliser le plus rapidement possible. Nous avons sonné la mobilisation générale pour que nous allions encore plus vite, pour multiplier les points de vaccination, pour vacciner sans relâche tous les jours de la semaine, y compris le week-end.

Vous pouvez désormais vous faire vacciner chez votre médecin ou votre pharmacien. Vous pouvez aussi vous rendre dans un centre de vaccination. Il y en a déjà environ 1 500 en France et nous allons en créer davantage, avec les maires et les élus locaux que je remercie pour leur engagement. Grâce aussi à la mobilisation admirable des hôpitaux, des médecins de ville, des pharmaciens, des pompiers et de tous ces acteurs que je croise à chaque fois que je me déplace sur le terrain : nous mettrons tout en œuvre pour vaincre le virus et nous allons y arriver.

J’ai parfaitement conscience, mes chers concitoyens, des efforts qu’à nouveau je vous demande ce soir. Tous les pays d’Europe sont confrontés aux mêmes souffrances et aux mêmes difficultés que nous. Le variant s’y développe, de manière certes inégale, mais de manière certaine.

Mais nous ne pouvons pas laisser ce virus, ou plutôt désormais ces variants, poursuivre sa route sans tout mettre en œuvre pour l’entraver, comme nous avons toujours tenté de le faire jusqu’à présent en prenant des mesures pragmatiques, proportionnées et territorialisées et en veillant à l’équité entre les territoires. Il nous faut donc encore et à nouveau faire face ensemble : nous avons devant nous des jours encore difficiles.

Nous devons être derrière nos soignants. Nous les applaudissions chaque soir à 20 heures lors du premier confinement. Ils le méritent encore aujourd’hui. Nous sommes confrontés à une troisième vague de cette pandémie, qui semble ne pas vouloir en finir, mais la grande différence avec les vagues précédentes c’est que nous avons aussi une perspective qui s’appelle la vaccination.

Cette perspective change tout et nous dit que non seulement ces efforts sont indispensables, mais qu’ils ne seront pas vains.

Je vous remercie.

Jean Castex, le jeudi 18 mars 2021 à 19 heures, à Matignon, Paris.


Source : gouvernement.fr
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210318-conference-presse-castex.html



 

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