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11 janvier 2019 5 11 /01 /janvier /2019 03:07

« Celui qui veut faire de l’État une école de vertu ne sait pas quel grand péché il commet. D’ailleurs, ce qui a transformé l’État en enfer, c’est que l’homme a voulu en faire un paradis. » (Friedrich Hölderlin, 1799).



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Depuis le 1er janvier 2019, la France perçoit désormais l’impôt sur le revenu des particuliers par un prélèvement à la source. Seul et unique avantage : on paie l’impôt sur le revenu en temps réel. Quand on gagne de l’argent, on paie l’impôt ; quand on ne gagne plus d’argent, on ne paie plus d’impôt. Un retournement de conjoncture se fera donc immédiatement ressentir sur les recettes de l’État.

Cette mesure est dite "populaire" car les sondages laisseraient entendre une majorité en sa faveur : par exemple, Elabe a évalué que 68% des sondés seraient favorables au prélèvement à la source, mais il n’est pas précisé si ces sondés payaient ou pas l’impôt sur le revenu, car seulement un Français sur deux en paie aujourd’hui (ce qui est beaucoup trop faible d’ailleurs).

Pour ceux qui ont une situation fiscale simple, très simple, à savoir qui ne sont que salariés, "que" pas dans le sens minimaliste mais fiscal du terme, c’est-à-dire qui n’ont aucune autre raison d’être impactés sur leur impôt sur le revenu (ni adhésion à un syndicat ou parti, ni don à des associations, ni emploi de nourrice, etc.), le prélèvement à la source ne va pas changer énormément de choses. Si en plus, ils avaient choisi la mensualisation (comme les trois quarts des contribuables), ils pourraient même s’apercevoir de deux bonnes nouvelles : le prélèvement sera réduit (car étalé sur douze mois au lieu de dix) et aura lieu dix jours plus tard (au moment de recevoir le salaire au lieu du 17 du mois).

Dans les communications du gouvernement, il y a deux idées reçues qui y sont développées et qui sont particulièrement inexactes. D’une part, que le prélèvement à la source n’est qu’un changement technique et qu’il n’impactera pas sur le montant de l’impôt ni sur le pouvoir d’achat des ménages. D’autre part, que ce changement a pour ambition une simplification de l’impôt sur le revenu.

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Comme je l’ai écrit en introduction (et aussi ici), la simplification n’est possible que lorsque sa situation fiscale est simple. Dès qu’elle se complique, c’est autre chose et le dispositif du prélèvement à la source devient une véritable usine à gaz. Qui dit complexité dit nécessairement surcoût : ceux qui ont une situation fiscale un peu compliquée vont devoir nécessairement prendre conseil auprès de fiscalistes ou d’experts-comptables, et ces consultations vont avoir un coût, à seule charge du contribuable. Dans tous les cas, situation simple ou situation compliquée, les contribuables devront toujours remplir leur déclaration de revenus chaque année. C’est le seul acte administratif "compliqué" ou "ennuyeux", celui-ci n’est pas épargné par le prélèvement à la source.

Les nouveaux percepteurs vont devoir assurer le travail de l’État. Ce sont les employeurs, en particulier les entreprises (aussi des associations, des centres sociaux, etc.), qui non seulement doivent être au point "techniquement" mais doivent payer cette nouvelle charge imposée aux entreprises : coût de sous-traitance ou de ressources internes, achat de logiciel, etc. C’est évalué globalement à environ un milliard d’euros, ce n’est pas rien. La seule compensation des entreprises reste la trésorerie puisqu’au lieu de verser au salarié à la fin du mois la partie "impôt sur le revenu", elles le verseront à l’État entre quinze jours et trois mois plus tard (pour les petites entreprises). Mais attention à elles en cas de négligence, de bug, d’erreur logiciel, etc. : elles seront redevables à l’État. Quelles vont être les sanctions ?

Pourquoi faire simple alors qu’on peut faire compliqué ? C’est l’une des devises des adorables Shadoks (créés par Jacques Rouxel). C’est aussi la devise des fonctionnaires de Bercy dirigés par le ministre Gérald Darmanin qui s’est approprié cette réforme pourtant votée à l’époque de François Hollande, Manuel Valls et Michel Sapin pour faire bonne figure face aux "frondeurs" lors du congrès du PS à Poitiers en juin 2015.

À quoi sert cette réforme ? Quelle est son objectif ? Si l’on croit les arguments proposés par le gouvernement, cela servirait à simplifier. Pourtant, ce n’est pas vraiment le cas (voir plus loin).

La seule raison qu’on aurait pu imaginer, c’était d’améliorer le taux de recouvrement de l’impôt sur le revenu. Or, avec le système sortant, il était de plus de 95%, peut-être même 96-97%. C’est l’un des meilleurs taux de recouvrement au monde (pensons par exemple aux Grecs dont le faible taux mine leurs finances publiques). Cela devrait même être une fierté nationale. Un taux élevé signifie une démocratie apaisée, mature. Il y a d’ailleurs peu de chance que la crise des gilets jaunes, dont l’un des symptômes fut un doute sur le consentement à l’impôt, puisse bouleverser ce taux.

La loi de finances 2019 prévoit 73 milliards d’euros comme recettes de l’impôt sur le revenu, le même montant que pour la loi de finances 2018. Sur environ 300 milliards d’euros de recettes au total et 400 milliards d’euros de dépenses.

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Il paraît donc qu’une réforme du prélèvement de l’impôt sur le revenu est plutôt inutile puisqu’elle ne changera aucune règle fiscale (donc n’est pas plus "juste"), elle n’améliorera pas le taux de recouvrement, et surtout, contrairement à ce qui est clamé, elle ne simplifiera pas du tout la situation d’une grande partie des contribuables. En plus, elle conduit à plomber les entreprises de charges supplémentaires qui ne correspondent en rien à leur cœur de métier, ce qui va disperser encore une fois leur énergie.

Pourquoi la simplification ne serait-elle pas au rendez-vous ? Parce que l’impôt sur le revenu ne correspond pas à une simple "flat tax", c’est-à-dire à un taux unique de prélèvement. Le système français a un impôt progressif, c’est-à-dire que le taux est variable selon le niveau des revenus (système plus "juste" socialement que la "flat tax"). Mais ce n’est pas tout, puisque le système français se caractérise aussi par de très nombreuses "niches", là encore qui sont un levier de politique nationale pour encourager certains comportements comme déclarer un emploi familial (pour lutter contre le travail clandestin), comme encourager l’investissement locatif (pour réduire la surenchère sur les logements), comme faire des travaux pour améliorer l’isolation thermique (pour passer à la transition énergétique), comme faire des dons à des associations caritatives (pour suppléer aux carences de l’État protecteur), etc.

La plupart de ces "niches" fiscales permettent ainsi des "crédits d’impôt" qui sont à soustraire du montant annuel de l’impôt (un peu comme une carte de fidélité dans un magasin). Or, le problème est que pour définir le prélèvement de chaque salarié, l’employeur doit donc disposer du taux moyen qui est celui qu’on peut lire sur son dernier avis d’imposition qui est généralement communiqué au début du mois de septembre (correspondant à la déclaration des revenus de l’année précédente).

Ce seul taux est communiqué à l’employeur et ce dernier est censé en préserver la confidentialité tant en interne qu’en externe (ce qu’il sait faire puisqu’il le fait déjà avec le montant des salaires). Le problème est que le salarié n’est pas forcément d’accord pour que ce taux moyen correspondant à la situation fiscale de sa famille soit connu de son employeur, ne serait-ce que pour d’évidentes raisons de négociation d’une augmentation.

Pour préserver au mieux la confidentialité des salariés, les services fiscaux proposent alors la possibilité de déclarer un taux neutre pour les revenus de chaque membre du foyer fiscal. Ce taux, calculé également par l’État, permet de faire payer comme si chaque membre du foyer était célibataire et n’avait à déclarer que son seul salaire. Ainsi, dans un couple, si l’un des conjoints gagne plus que l’autre, son taux neutre sera supérieur à celui de son conjoint (alors que les deux ont le même taux neutre). À la fin, cela reviendra au même, le foyer fiscal paiera la même somme globale. Mais c’est simplement réparti différent.

J’ai entendu un journaliste le 2 janvier 2019 dire que finalement, très peu de contribuables français avaient opté pour le taux neutre et donc, la grande majorité d’entre eux n’était pas gênée de "révéler" leur taux moyen à leur employeur. Sauf que cette analyse est erronée. Interprétation hautement hâtive. Petit sondage : qui, en lisant ces lignes, savait qu’on pouvait choisir entre taux moyen et taux neutre …avant le 15 septembre 2018 ? Je l’avais indiqué quelques semaines avant l’échéance mais en interrogeant récemment des proches, visiblement, cette information leur avait totalement échappé. Pas étonnant qu’ils se retrouvent donc, par défaut, au taux moyen. Cela pourrait d’ailleurs créer quelques mauvaises surprises au sein des familles dans quelques semaines ou mois.

Au-delà de la confidentialité (lorsqu’on travaille, on peut au moins faire confiance à la bonne volonté de son employeur ; une collaboration, c’est d’abord une confiance mutuelle), le taux du prélèvement à la source pose problème aussi parce qu’il est calculé par l’État avant la soustraction du crédit d’impôt éventuellement accordé, selon les raisons évoquées plus haut.

Cela concernerait environ 8 à 9 millions de foyers fiscaux. Ce n’est donc pas négligeable ni une mince affaire. Or, le crédit d’impôt le plus fréquent concerne l’emploi d’une nourrice qui bénéfice normalement d’une réduction d’impôt. Or, comme ce n’est pas pris en compte dans le taux fourni à l’employeur, cela signifie que le contribuable doit l’avancer, ce crédit, jusqu’au remboursement au mois de septembre avec son (nouvel) avis d’imposition (une fois les revenus déclarés). Pour des ménages à situation modeste, il y avait un risque très important de nouvel étranglement financier.

Pour limiter la casse, le gouvernement a donc décidé de verser le 15 janvier 2019 un acompte de 60% du crédit d’impôt reversé par l’État, montant indiqué du dernier avis d’imposition, à savoir celui de septembre 2018 (revenus de l’année 2017). Quand les situations ne changent pas (de 2017 à 2019), ce sera une bulle d’oxygène qui sera complétée exactement après l’avis d’imposition en septembre 2019. Encore que… rien que cela, c’est délicat à comprendre : le crédit d’impôt va se faire sur des revenus de 2018 pour l’impôt payé sur des revenus de 2019. Techniquement, il est impossible de faire mieux, mais en gros, il reste toujours, dans les crédits d’impôt, un décalage d’un an. Du reste, c’est le même problème que la définition du taux moyen, il est celui des revenus n-2 appliqué aux revenus n ! (n étant l’année, 2017 et 2019 par exemple).

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Comme l’État n’a pas non plus une trésorerie illimitée, il a réduit cet acompte à des dispositions fiscales qu’il a jugées prioritaires, à savoir, entre autres, les emplois familiaux (nourrice, etc.), les dons aux associations, …mais pas (par exemple) ceux dû par l’investissement locatif (qui est la bête noire du Président Emmanuel Macron au point d’avoir conservé l’ISF pour le seul patrimoine immobilier). En tout, l’acompte du 15 janvier 2019 a pour montant 5 milliards d’euros.

Attention en cas de changement de situation. Si le crédit d’impôt obtenu l’année précédente n’est plus valable cette année (parce que contribuable n’emploie plus de nourrice ou ne donne plus à des associations, etc.), il faudra rembourser en septembre une partie ou la totalité de l’acompte versé le 15 janvier.

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Il faut insister sur l’extrême complexité des particuliers qui emploient une personne dans le cadre d’un emploi familial (le ciblage de l’acompte). Non seulement c’est compliqué pour le crédit d’impôt auquel ils ont droit, mais c’est compliqué aussi en tant qu’employeurs. A priori, ils devraient reverser à l’État la part d’impôt sur le revenu du salaire versé par exemple à la nourrice. Or, un particulier n’est pas une entreprise ni une association qui sont déjà habituées à verser les charges sociales de leurs salariés. Résultat, le gouvernement a décidé de retarder l’application du prélèvement à la source d’une année pour que les particuliers employeurs puissent se préparer plus "sereinement". Ils n’auront pas fini d’en baver et ce sera à les dégoûter d’avoir des enfants à garder…

Mais le plus important, ce n’est pas la complexité des situations car je ne doute pas qu’après une petite période de transition (certainement agaçante pour le contribuable) où l’administration fiscale devrait faire preuve de souplesse et d’indulgence, tout sera techniquement sur les rails.

Ce qui est important, c’est de revenir à la motivation première du gouvernement. Pourquoi avoir fait cette réforme alors que la France a déjà un excellent taux de recouvrement et que cela risque de compliquer les choses pour les contribuables et plomber l’économie nationale en surajoutant des charges nouvelles aux employeurs ?

Car cette réforme n’est pas technique, elle est au contraire hautement politique. Le dossier était dans les tiroirs depuis une bonne vingtaine d’années au Ministère des Finances et si François Hollande a cédé aux fonctionnaires de Bercy, c’était d’abord dans un but purement politicien dans ses relations avec le parti socialiste.

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La motivation est pourtant bien plus profonde qu’un simple "coup de politique politicienne" qui aurait dû, en toute logique, entraîner l’abandon de la réforme après la fin du quinquennat de François Hollande (Emmanuel Macron se moque d’avoir de bonnes relations avec le parti socialiste).

La motivation profonde, c’est qu’avec le prélèvement à la source, un gouvernement, probablement pas celui d’aujourd’hui, mais un prochain, probablement après ce quinquennat, plus tard, aura gagné une très grande marge de manœuvre technique pour pouvoir prendre deux mesures qui seraient dans la logique du prélèvement à la source et qui vont nécessairement alourdir la charge fiscale des ménages.

La première suite serait la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG. À partir du moment où, comme la CSG, l’impôt sur le revenu ne serait plus qu’une ligne sur le bulletin de paie, il serait plus aisé de les fusionner en un seul impôt, dans le but d’une progressivité de la CSG. Je doute que les contribuables s’y retrouvent dans ces conditions.

La seconde suite me paraît encore plus perverse. Il s’agirait tout "simplement" d’individualiser l’impôt sur le revenu. Ainsi, il n’y aurait plus de "taux moyen" pour un couple ou une famille, et, à terme, il n’y aurait plus de crédits d’impôt. Beaucoup de responsables politiques dénoncent les "niches fiscales", mais chacune a sa raison d’être. L’individualisation de l’impôt sur le revenu serait redoutable sur la politique familiale (la France est l’une des seules nations européennes à avoir adopté une politique familiale qui encourage la natalité, il s’agirait de ne pas l’oublier), mais aussi sur toute une série de politiques publiques, en particulier sur l’encouragement aux dons pour les associations caritatives.

Voilà. On peut avoir la réponse à la question : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? ou plutôt, pourquoi faire compliqué quand on faisait simple ? Parce que le prélèvement à la source n’est qu’une étape, et que le chemin, le but, ce sont ces deux mesures hautement sensibles que sont la fusion de l’impôt sur le revenu avec la CSG et l’individualisation de l’impôt sur le revenu. Pour ces changements si importants, il serait assez pertinent qu’en dernier ressort, ce soit le peuple lui-même qui décide de son avenir. Après tout, c’est la condition indispensable au fameux consentement à l’impôt…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 janvier 2019)
http://www.rakotoarison.eu


(Première illustration provenant de Jacques Rouxel, les Shadoks).

Pour aller plus loin :
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
La ponction fiscale sera-t-elle plus douloureuse ?
Mode d’emploi du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu.
Documentation de l’État sur la mise en place du prélèvement à la source (à télécharger).
Prélèvement à la source : qui va y perdre ?
Attention : déclarer ses revenus peut tuer !
Les contribuables, otages d’un congrès du parti socialiste.
Retenue à la source ?
La réforme fiscale de Jean-Marc Ayrault.
La "flat tax" à la française ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190101-prelevement-impot-source.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/prelevement-a-la-source-pourquoi-211423

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/01/02/36986759.html



 

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3 janvier 2019 4 03 /01 /janvier /2019 03:42

« C’est un défi immense et tout cela est évidemment lié avec le malaise que vit notre pays, mais précisément, nous avons une place, un rôle à jouer, une vision à proposer. C’est la ligne que je trace depuis le premier jour de mon mandat et que j’entends poursuivre. C’est remettre l’homme au cœur de ce projet contemporain. Cela suppose beaucoup de constance et de détermination. Mais je suis intimement convaincu que nous avons à inventer une réponse, un projet profondément français et européen à ce que nous sommes en train de vivre chez nous comme au-delà de nos frontières. » (Emmanuel Macron, le 31 décembre 2018 au Palais de l’Élysée).




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On se doutait bien que ses opposants diraient qu’ils n’auraient pas été convaincus, c’est de bonne guerre et c’était déjà écrit avant même l’intervention élyséeenne. Le Président Emmanuel Macron a prononcé la traditionnelle allocution télévisée pour adresser aux Français ses vœux pour l’année 2019 (on peut lire son texte intégral ici).

Encore une fois, comme souvent dans les discours ou allocutions d’Emmanuel Macron, le message était d’une brillance intellectuelle peu commune par rapport à ceux de son prédécesseur direct. En revanche, il reste à rappeler que la politique n’est pas le concours général. Il s’agit avant tout de convaincre les Français de ses convictions et de son écoute, exercices simultanés quasi-impossibles à tenir si les "doléances" (très mauvais terme au souvenir historique dévastateur) s’opposent aux convictions.

Ces vœux étaient attendus parce qu’ils ont été prononcés après sept semaines de troubles provoqués par le mouvement des gilets jaunes. Cependant, cette mystérieuse "opinion publique" tant "sondée" par matraquage d’enquêtes …d’opinion semblerait se retourner : dans un récent sondage, 50% seraient pour l’arrêt du mouvement tandis que …49% seraient pour sa poursuite. Le clivage entre ordre et opposition reste toujours très serré en France.

À l’évidence, sur la forme, ces vœux ont été trop longs pour être politiquement efficaces, surtout le soir du réveillon. Les Français avaient autre chose dans la tête que saisir les trop grandes subtilités intellectuelles. Néanmoins, ils m’ont paru intéressants, ces vœux, car ils ont fait apparaître une certaine transparence et une certaine sincérité dans la démarche présidentielle.

Comme toujours dans ses discours, Emmanuel Macron a préféré se placer dans le même sens que les Français (s’y incluant) à faire face à eux : « Les résultats [des réformes] ne peuvent pas être immédiats et l’impatience, que je partage, ne saurait justifier aucun renoncement. ». Je souligne "que je partage" car c’est l’élément majeur de cette phrase. Le problème, c’est que la phrase laisse entendre que ses objectifs sont les mêmes que celui des Français, ce qui reste à démontrer.

Même du mouvement des gilets jaunes, il a trouvé un aspect positif et encourageant, celui de réagir face à la fatalité : « Cette colère a dit une chose à mes yeux, quels que soient ses excès et ses débordements : nous ne sommes pas résignés, notre pays veut bâtir un avenir meilleur reposant sur notre capacité à inventer de nouvelles manières de faire et d’être ensemble. Telle est, à mes yeux, la leçon de 2018 : nous voulons changer les choses pour vivre mieux, défendre nos idéaux, nous voulons innover sur le plan démocratique, social, politique, économique et environnemental pour cela. ».

Mais cette volonté de changement ne saurait oublier le principe de réalité : « Il serait dangereux que notre situation nous conduise à ignorer le monde qui nous entoure. ».

Employant à dessein (mais maladroitement : existe-t-il un capitalisme non financier ?) l’adjectif "ultralibéral", Emmanuel Macron a repris les critiques habituelles contre "la finance internationale" : « Vous le voyez, nous sommes en train de vivre plusieurs bouleversements inédits : le capitalisme ultralibéral et financier, trop souvent guidé par le court terme et l’avidité de quelques-uns, va vers sa fin ; notre malaise dans la civilisation occidentale, et la crise de notre rêve européen sont là. ».

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Emmanuel Macron a divisé son allocution en trois vœux : vœu de vérité, vœu de dignité et vœu d’espoir. Vérité, dignité, espoir sera donc la devise macronienne de l’année 2019.


1. Vœu de vérité

La leçon a repris ses droits sur l’écoute : « Je dois bien dire que depuis des années, nous nous sommes installés dans un déni parfois flagrant de réalité. On ne peut pas travailler moins, gagner plus, baisser nos impôts et accroître nos dépenses, ne rien changer à nos habitudes et respirer un air plus pur ! Non, il faut tout de même sur ces sujets que nous nous regardions tels que nous sommes et que nous acceptions en face les réalités. ».

La réalité, c’est d’abord que la France est un pays d’excellence : « Cessons de nous déconsidérer ou de faire croire que la France serait un pays où les solidarités n’existent pas et où il faudrait dépenser toujours davantage ! ». En ajoutant évidemment, car rien n’est jamais parfait, loin de là : « Nous pouvons faire mieux et nous devons faire mieux. ».

La réalité, c’est aussi la montée des fausses informations dans la construction de l’opinion : « On peut débattre de tout, mais débattre du faux peut nous égarer, surtout lorsque c’est sous l’impulsion d’intérêts particuliers. À l’heure des réseaux sociaux, du culte de l’immédiateté et de l’image, du commentaire permanent, il est indispensable de rebâtir une confiance démocratique dans la vérité de l’information reposant sur des règles de transparence et d’éthique. ».

Le Président a conclu pour lui-même en disant : « Ce vœu de vérité, c’est au fond un vœu pour tous d’écoute, de dialogue, d’humilité. ». Pour lui-même, mais aussi tous ses compatriotes : « Je crois même que chacun d’entre nous commence à se fourvoyer dans l’erreur quand nous affirmons les choses sans dialoguer, sans les confronter au réel et aux arguments des autres. ».


2. Vœu de dignité

Cela a été l’occasion de réaffirmer ses valeurs humanistes : « Je suis profondément convaincu que chaque citoyen est nécessaire pour le projet de la Nation. ». Cette phrase, en elle-même consensuelle et que tout le monde devrait applaudir, laisse cependant résonner les petites phrases d’Emmanuel Macron, avant ou après son élection, qui séparaient par exemple les Français, ceux qui réussissent, les "premiers de cordée", et ceux "qui ne sont rien". Ces petites phrases, volontairement mais inutilement provocatrices, ont aidé ses opposants à bâtir un argumentaire très solide pour remettre en cause sa sincérité. Et il est toujours plus facile d’insuffler la défiance que de rebâtir la confiance. C’est la tâche présidentielle qu’il devra accomplir cette année, rebâtir la confiance.

Emmanuel Macron ne pouvait pas laisser passer les horreurs lues ou entendues à l’occasion du mouvement des gilets jaunes : « La dignité (…), c’est aussi le respect de chacun. Et je dois le dire, j’ai vu, ces derniers temps, des choses impensables et entendu l’inacceptable. Nous ne vivons libres dans notre pays que parce que des générations qui nous ont précédés se sont battues pour ne subir ni le despotisme, ni aucune tyrannie. Et cette liberté, elle requiert un ordre républicain ; elle exige le respect de chacun et de toutes les opinions ; que certains prennent pour prétexte de parler au nom du peuple, mais lequel, d’où ? Comment ? Et n’étant en fait que les porte-voix d’une foule haineuse, s’en prennent aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux Juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c’est tout simplement la négation de la France ! ».

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Fallait-il en profiter aussi pour justifier sa légitimité qui est pourtant une évidence démocratique ? Emmanuel Macron a été élu, et même bien élu (rappelez-vous les scores de Jacques Chirac en 1995 et en 2002). Et la participation a été de 77,8%, ce qui reste un niveau très élevé dans les démocraties comparables. En effet, il a ajouté : « Le peuple est souverain. Il s’exprime lors des élections. Il y choisit des représentants qui font la loi précisément parce que nous sommes un État de droit. L’ordre républicain sera assuré sans complaisance car j’attends de chacun ce respect indispensable à la vie en société. ».


3. Vœu d’espoir

Emmanuel Macron a résumé l’espoir des Français ainsi : « Ce que nous voulons profondément, c’est retrouver la maîtrise de notre quotidien et de notre destin. Ne plus subir. C’est cela qui doit guider nos choix pour le pays et les grandes décisions pour l’année à venir. ».

Et de citer pêle-mêle : une meilleure alimentation, une justice fiscale, une meilleure protection contre nos ennemis (qui sont-ils ? il n’a pas précisé), de nouveaux investissements dans l’innovation et une meilleure maîtrise de l’immigration, plus exactement, car la formulation reste ambiguë : « apporter une réponse commune aux migrations », ce qui fait probablement référence au Pacte de Marrakech. Il faut se rappeler qu’il ne peut pas y avoir de solution exclusivement nationale au problème des migrations : sans l’action de la Turquie et du Maroc, il y aurait beaucoup plus de demandeurs d’asile qui arriveraient en France.

L’autre espoir présidentiel, c’est la construction européenne, et 2019 sera forcément l’année européenne par excellence en raison des élections européennes du 26 mai 2019. Emmanuel Macron a ainsi annoncé qu’il reformulerait prochainement son projet européen, à cause de l’absence de suites de son discours à la Sorbonne (c’est d’ailleurs la seule annonce présidentielle de la soirée) : « C’est aussi cela [ne plus subir] qui doit guider le projet européen renouvelé que je vous proposerai dans les prochaines semaines. ». En répétant : « Je crois très profondément dans cette Europe qui peut mieux protéger les peuples et nous redonner espoir. ».


…et plus d’humilité présidentielle !

Le contenu du message du nouvel an du Président Emmanuel Macron est consensuel et devrait pouvoir rassembler une grande majorité de Français. Mais comme toujours pour chaque discours politique, surtout lorsque la parole est mise en doute, avec parfois raison, l’important n’est pas le message mais son adéquation avec les faits. En ce sens, "tout le monde" attend Emmanuel Macron au tournant de cette année 2019 : saura-t-il écouter ceux qui sont en colère ? saura-t-il aussi ne pas en faire trop pour ne pas lever d’autres colères ? saura-t-il représenter vraiment le peuple et pas ceux qui crient le plus fort ?

Ce qu’aura permis au moins le mouvement des gilets jaunes, c’est de replacer le Président Emmanuel Macron dans l’humilité. Il n’a jamais été arrogant (tous ceux qui l’ont côtoyé, y compris ses opposants lors de négociations sociales, peuvent l’attester), mais son image d’arrogance n’est pourtant pas une "fake news", elle est bien réelle, et c’est seulement avec de l’humilité sincère, pas feinte, qu’Emmanuel Macron pourra se défaire de cette image. C’est urgent, car le peuple a un besoin rapide d’être rassemblé pour faire face aux défis qui s’annoncent…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 janvier 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les vœux du Président Emmanuel Macron pour l’année 2019.
Allocution du Président Emmanuel Macron le 31 décembre 2018 à l’Élysée (texte intégral).
L'an 2019, la peur jaune et l'urgence économique et sociale.
Gilets jaunes : un référendum sur l’ISF ? Chiche !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.
Allocution du Président Emmanuel Macron le 10 décembre 2018 à l’Élysée (texte intégral).
La hotte du Père MacroNoël.
Ne cassons pas nos institutions !
La Révolution en deux ans.
Ivan Tourgueniev, toujours d'actualité ?
Emmanuel Macron, futur "gilet jaune" ?
Discours du Président Emmanuel Macron le 11 novembre 2018 à Paris.
10 et 11 novembre 2018 : la paix, cent ans plus tard.
Emmanuel Macron et le Vel’ d’Hiv’.
Dossiers de presse à télécharger sur les célébrations de 1918.
La Grande Guerre, cent ans plus tard.
Maréchal, vous revoilà !
Texte intégral de l’allocution du Président Emmanuel Macron le 16 octobre 2018.
Emmanuel Macron : la boussole après les horloges.
Les nouveaux ministres dans le détail (16 octobre 2018).
Les étagères de l’Élysée.
La Cinquième République.
La réforme des institutions.
L’affaire Benalla.
La démission de Gérard Collomb.
La démission de Nicolas Hulot.
La démission de François Bayrou.
Emmanuel Macron et l’État-providence.
Emmanuel Macron assume.
Édouard Philippe, invité de "L’émission politique" sur France 2 le 27 septembre 2018.
La France conquérante d’Édouard Philippe.
Le second gouvernement d’Édouard Philippe du 21 juin 2017.
Le premier gouvernement d’Édouard Philippe du 17 mai 2017.
La relance de l’Europe à la Sorbonne.
Discours d’Emmanuel Macron au Congrès de Versailles le 3 juillet 2017.
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Pourquoi voter Bayrou ?
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.

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(Les photographies proviennent d'autres allocutions, du 16 octobre 2018 et du 10 décembre 2018).


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181231-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-contre-les-porte-211244

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/01/01/36983724.html




 

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31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 20:23

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181231-macron.html


Allocution du Président Emmanuel Macron pour les vœux, le 31 décembre 2018 à Paris


Françaises, Français,
Mes chers compatriotes de l’Hexagone et des Outre-Mer,

Fidèle à une tradition qui nous est chère, je suis heureux de vous présenter tous mes vœux pour l’année qui s’ouvre.

L’année 2018 ne nous a pas épargnés en émotions intenses de toutes natures. La France a connu de grands moments : des victoires sportives, de grands évènements culturels, la célébration du centenaire de l’Armistice de 1918 et j’ai porté à cette occasion la voix de la France pour la paix.

Le Premier Ministre avec son Gouvernement et le Parlement, en 2018, ont fait beaucoup pour le pays. Je ne vais pas ici tout énumérer mais nombre de transformations qu’on pensait jusqu’alors jugées impossibles comme celle du travail ou des chemins de fer, ont été menées à bien. Ils ont lancé une action forte pour notre école, nos universités, l’apprentissage et l’alternance, l’attractivité de notre pays.

Ils ont posé les bases d’une stratégie ambitieuse pour améliorer l’organisation de nos hôpitaux, nos cliniques et nos médecins, pour lutter contre le réchauffement climatique, éradiquer la grande pauvreté et permettre à nos concitoyens en situation de handicap de trouver leur place dans la société.

Les résultats ne peuvent pas être immédiats et l’impatience – que je partage - ne saurait justifier aucun renoncement.

Le Gouvernement, dans les prochains mois, devra poursuivre ce travail pour ancrer nombre de ces réformes dans notre quotidien mais aussi pour changer en profondeur les règles de l’indemnisation du chômage afin d’inciter davantage à reprendre le travail, l’organisation du secteur public pour le rendre plus efficace et notre système de retraite pour le rendre plus juste. Au fond, pour bâtir les nouvelles sécurités du XXIème siècle.

Mais nous avons aussi vécu de grands déchirements et une colère a éclaté, qui venait de loin ; colère contre les injustices, contre le cours d’une mondialisation parfois incompréhensible ; colère contre un système administratif devenu trop complexe et manquant de bienveillance ; colère aussi contre des changements profonds qui interrogent notre société sur son identité et son sens.

Cette colère a dit une chose à mes yeux, quels que soient ses excès et ses débordements : nous ne sommes pas résignés, notre pays veut bâtir un avenir meilleur reposant sur notre capacité à inventer de nouvelles manières de faire et d’être ensemble.

Telle est à mes yeux la leçon de 2018 : nous voulons changer les choses pour vivre mieux, défendre nos idéaux, nous voulons innover sur le plan démocratique, social, politique, économique et environnemental pour cela.

Il serait dangereux que notre situation nous conduise à ignorer le monde qui nous entoure. Bien au contraire, car tout se tient !

Là aussi, de grandes certitudes sont en train d’être mises à mal. L’ordre international bâti en 1945 est remis en cause par de nouvelles puissances et malmené par certains de nos alliés.

Partout en Europe montent les partis extrémistes tandis que les interventions de puissances étrangères étatiques et privées se multiplient.

Les grandes migrations nous inquiètent et sont instrumentalisées par les démagogues alors même qu’il nous faut bâtir de nouvelles réponses à ce phénomène qui ne cessera pas demain, compte tenu de la démographie mondiale.

Les luttes contre le réchauffement climatique et pour la biodiversité sont plus nécessaires que jamais mais se trouvent entravées. Nous surmonterons ensemble les égoïsmes nationaux, les intérêts particuliers et les obscurantismes.

Le terrorisme islamiste continue aussi de sévir ; il change et sur tous les continents se déploie. Il y a quelques semaines, à Strasbourg, il a encore frappé comme il avait frappé à Trèbes et Paris durant l’année qui s’achève.

Enfin, des changements technologiques profonds, au premier rang desquels l’intelligence artificielle, transforment rapidement notre manière de nous soigner, nous déplacer, nous former, produire…

Vous le voyez, nous sommes en train de vivre plusieurs bouleversements inédits : le capitalisme ultralibéral et financier trop souvent guidé par le court terme et l’avidité de quelques-uns, va vers sa fin ; notre malaise dans la civilisation occidentale et la crise de notre rêve européen sont là.

Alors faut-il s’en désespérer ? Je ne le crois pas. C’est un défi immense et tout cela est évidemment lié avec le malaise que vit notre pays mais précisément, nous avons une place, un rôle à jouer, une vision à proposer. C’est la ligne que je trace depuis le premier jour de mon mandat et que j’entends poursuivre. C’est remettre l’homme au cœur de ce projet contemporain. Cela suppose beaucoup de constance et de détermination. Mais je suis intimement convaincu que nous avons à inventer une réponse, un projet profondément français et européen à ce que nous sommes en train de vivre chez nous comme au-delà de nos frontières.

Il nous faut, là aussi, prendre comme nous l’avons toujours fait, toute notre part à la renaissance de notre monde et de notre quotidien.  C’est pourquoi mes chers compatriotes, cette année 2019 est à mes yeux décisive et je veux former pour nous trois vœux.

D’abord un vœu de vérité.

Oui, nous souhaiter en 2019 de ne pas oublier qu’on ne bâtit rien sur des mensonges ou des ambiguïtés. Or, je dois bien dire que depuis des années, nous nous sommes installés dans un déni parfois fragrant de réalité. On ne peut pas travailler moins, gagner plus, baisser nos impôts et accroître nos dépenses, ne rien changer à nos habitudes et respirer un air plus pur ! Non, il faut tout de même sur ces sujets que nous nous regardions tels que nous sommes et que nous acceptions en face les réalités.

Nous vivons dans l’une des plus grandes économies du monde, nos infrastructures sont parmi les meilleures au monde, on ne paye pas ou presque la scolarité de nos enfants, on se soigne à un coût parmi les plus faibles des pays développés pour avoir accès à des médecins d’excellence, nous dépensons en fonctionnement et en investissement pour notre sphère publique plus de la moitié de ce que nous produisons chaque année. Alors, cessons… cessons de nous déconsidérer ou de faire croire que la France serait un pays où les solidarités n’existent pas et où il faudrait dépenser toujours davantage !

Nous pouvons faire mieux et nous devons faire mieux : nous assurer que nos services publics restent présents partout où nous en avons besoin, que les médecins s’installent où il en manque - dans certaines campagnes ou dans des villes ou des quartiers où il n’y en a plus - qu’on puisse avoir le téléphone portable ou internet partout où on vit et travaille. Et, surtout qu’on puisse vivre en sécurité et tranquillité partout. J’y veillerai personnellement et chaque jour.

Le débat national qui s’ouvre, doit nous permettre de parler vrai et je vous écrirai dans quelques jours pour vous en préciser les attentes. Mais parler vrai, c’est parler de la réalité.

Le vœu de vérité, c’est aussi celui qui doit nous conduire, afin de demeurer une démocratie robuste, à mieux nous protéger des fausses informations, des manipulations et des intoxications.

On peut débattre de tout, mais débattre du faux peut nous égarer surtout lorsque c’est sous l’impulsion d’intérêts particuliers.

A l’heure des réseaux sociaux, du culte de l’immédiateté et de l’image, du commentaire permanent, il est indispensable de rebâtir une confiance démocratique dans la vérité de l’information reposant sur des règles de transparence et d’éthique.

Ce vœu de vérité, c’est au fond un vœu pour tous d’écoute, de dialogue, d’humilité.

Il n’y a pas une vérité et je crois même que chacun d’entre nous commence à se fourvoyer dans l’erreur quand nous affirmons les choses sans dialoguer, sans les confronter au réel ou aux arguments des autres. Alors débattons, car de là peut naître une action utile et qui nous unit.

Mon deuxième vœu pour 2019 est un vœu de dignité.

Je suis profondément convaincu que chaque citoyen est nécessaire pour le projet de la Nation.

Nombre de nos concitoyens ne se sentent pas respectés, considérés. Ils sentent leur vie comme empêchée. Je pense aux mères de famille élevant seules leurs enfants et ne parvenant pas à finir le mois, je pense à nos agriculteurs qui ne veulent que vivre dignement de leur travail ou à nos retraités modestes qui aident encore leurs enfants et ont à charge leurs parents.

Nous avons commencé à leur apporter des réponses et je sais leur impatience légitime, mais il faudra aller plus loin.

Cela implique de permettre à chacun, quel que soit son quartier et quelle que soit sa famille, de pouvoir accéder à une meilleure éducation, grâce à celle-ci, de pouvoir accéder à un travail pour construire sa vie et celle de sa famille. Cela suppose d’assurer à chacun les droits dans la société et attendre de lui les devoirs qui sont les siens.

Cela, nous avons commencé de le rétablir mais c’est notre responsabilité à tous et cela passe par le respect, le sens de l’effort et du travail.

Cela suppose aussi de lutter contre les intérêts profonds qui parfois bloquent notre société et notre Etat, qui ne reconnaissent pas suffisamment le mérite ou qui enferment trop de nos concitoyens dans des cases.

Notre dignité de citoyen exige que chacun se sente pleinement acteur de la vie de la Nation, de ses grandes décisions, à travers ses représentants ou directement. Nous devons, grâce au débat qui a commencé, redonner toute sa vitalité à notre démocratie. J’aurai sur ce sujet des décisions à prendre car d’évidence, nos institutions doivent continuer à évoluer.

Mais la dignité, mes chers compatriotes, c’est aussi le respect de chacun. Et je dois le dire, j’ai vu ces derniers temps des choses impensables et entendu l’inacceptable. Nous ne vivons libres dans notre pays que parce que des générations qui nous ont précédé, se sont battues pour ne subir ni le despotisme, ni aucune tyrannie. Et cette liberté, elle requiert un ordre républicain ; elle exige le respect de chacun et de toutes les opinions ; que certains prennent pour prétexte de parler au nom du peuple - mais lequel, d’où ? Comment ? Et n’étant en fait que les porte-voix d’une foule haineuse, s’en prennent aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c’est tout simplement la négation de la France ! Le peuple est souverain. Il s’exprime lors des élections. Il y choisit des représentants qui font la loi précisément parce que nous sommes un Etat de droit.

L’ordre républicain sera assuré sans complaisance car j’attends de chacun ce respect indispensable à la vie en société.

Je veux avoir un mot pour tous ceux qui, au quotidien, permettent à notre République d’œuvrer à la plus grande dignité de chacun : nos militaires qui ce soir, encore, sont pour nombre d’entre eux, à des milliers de kilomètres de leur famille ;  nos pompiers, nos gendarmes, nos policiers, nos personnels soignants, les élus de la République, les engagés bénévoles des associations, tous ceux qui tissent le lien de la Nation, œuvrent à la fraternité quotidienne et qui ce soir, je le sais, sont aux côtés des plus vulnérables, des plus fragiles auxquels je pense tout particulièrement.

Enfin, je veux former un troisième et dernier vœu. Un vœu d’espoir.

Espoir en nous-mêmes, comme peuple.
Espoir en notre avenir commun.
Espoir en notre Europe.

Je crois que nous avons en nous une énergie salutaire si nous savons retrouver confiance en nous-mêmes et entre nous.

Je crois que la France porte en elle un projet inédit : un projet d’éducation de chacun, une culture forte qui nous unit, un projet de construction d’une écologie industrielle, d’une société aux solidarités nouvelles et au service des personnes.

Et derrière cela, ce que nous voulons profondément, c’est retrouver la maîtrise de notre quotidien et de notre destin. Ne plus subir. C’est cela qui doit guider nos choix pour le pays et les grandes décisions pour l’année à venir. C’est aussi cela qui doit guider le projet européen renouvelé que je vous proposerai dans les prochaines semaines.

Retrouver la maîtrise de notre vie, c’est choisir notre alimentation, c’est assurer la justice fiscale, c’est nous protéger contre nos ennemis, c’est investir pour innover, c’est apporter une réponse commune aux migrations. Je crois très profondément dans cette Europe qui peut mieux protéger les peuples et nous redonner espoir.

Au mois de mai prochain, nous aurons à nous exprimer sur ce choix européen, ô combien important.

Nous voulons en finir avec le sentiment d’impuissance, à tous les niveaux. C’est une tâche d’une ampleur inédite mais elle est à notre portée. Je nous en sais capables. Et c’est là que réside cet espoir pour 2019.

J’ai grandi en province et je connais ces terres qui ont été bousculées durant ces dernières décennies et qui parfois doutent. Et je sais que notre avenir ne se fera pas autrement que par une unité retrouvée et un effort de chacun.

C’est ainsi que chaque citoyen retrouvera un peu de sens et un peu de maîtrise de sa vie en plus. Et je sais que notre avenir dépend de notre capacité précisément à nous aimer et à aimer notre patrie ; de tous les horizons, de toutes les générations, là est l’énergie de la France.

Je suis au travail, fier de notre pays, fier de toutes les Françaises et de tous les Français ; déterminé à mener tous les combats présents et à venir parce que je crois en nous ; je crois dans cet espoir français et européen que nous pouvons porter.

Alors mes chers compatriotes, je vous souhaite une belle année 2019.
Vive la République  et vive la France !

Emmanuel Macron, le 31 décembre 2018 au Palais de l'Élysée, à Paris.

Source : www.elysee.fr/

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181231-allocution-macron.html


 

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31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 03:37

« C’est plutôt la conscience de ce qui lui manque que la sensation de ce qu’il possède, qui place l’homme au-dessus des reptations de l’animalité. » (Clemenceau, 1927).



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Incontestablement, l’année 2018 aura été marquée historiquement par ses deux derniers mois, à savoir par ce mouvement des gilets jaunes. Un bilan humain très lourd. Au 20 décembre 2018, 9 personnes sont mortes en raison de ce mouvement, et 2 941 ont été blessées parfois gravement, dont 1 098 parmi les forces de l’ordre. Le 22 décembre 2018, une dixième personne en est morte. Deux fois l’attentat de Strasbourg en vies humaines, sans compter les mains et les yeux perdus à jamais…

Il y a un an, j’écrivais ma surprise sur l’état de grâce du Président Emmanuel Macron qui réussissait à faire ses réformes sans grand "mouvement social". J’avais intitulé l’article avec cette phrase tirée du film "La Haine" : « Jusqu’ici, tout va bien ! ». C’est ce que disait un homme qui tombait dans le vide. Le retour sur Terre semble avoir eu lieu le samedi 1er décembre 2018 place de l’Étoile. Le choc fut fracassant.

Quand on regarde en arrière pour faire le bilan de l’année sur le plan des réformes, on peut être surpris par la vacuité. L’année 2018 a commencé par un rapport surprise en février 2018 sur la réforme de la SNCF et, "sans prévenir", cette réforme, pourtant anecdotique vu l’immensité des réformes prévues (assurance chômage, retraites, etc.), a occupé l’actualité et les esprits jusqu’à la fin de l’année scolaire, au début du mois de juillet 2018, avec ses grèves sans conséquence sur la détermination du gouvernement.

Puis, après un court épisode de joie par la victoire de l’équipe de France à la coupe du monde de football, les grains de sable n’ont cessé d’enrayer la pourtant belle machine de la Macronie. Probablement par manque de lubrification, c’est-à-dire, de liant : l’affaire Benalla, elle aussi anecdotique, déclenchée à la fin du mois de juillet 2018 (et qui refait des siennes après Noël 2018 par ce "mystérieux" passeport diplomatique au Tchad), a laissé entendre que l’Élysée était peu professionnel, ou bien irresponsable, ou bien incompétent, ou bien les deux et dans tous les cas, négligeant. Quelle erreur d’avoir dit, en fanfaron : « Qu’ils viennent me chercher ! ». Loin d’être du nouveau monde, le Président de la République prenait la posture de l’impunité des années 1970…

La rentrée d’automne 2018 a été catastrophique pour Emmanuel Macron avec la double démission, pas en même temps, des deux derniers de ses trois ministres d’État (le premier avait démissionné dès juin 2017 : François Bayrou), à savoir Nicolas Hulot et Gérard Collomb, tous les deux dans des conditions fort peu courtoises et très irrespectueuses de la fonction présidentielle.

Ces deux ministres doivent être aujourd’hui soulagés d’avoir quitté le navire avant qu’il ne prenne réellement l’eau après le choc sur l’iceberg des gilets jaunes. En effet, le gouvernement a eu à peine le temps de se réorganiser que le mouvement des gilets jaunes a pris le relais, avec trois semaines d’incompréhension gouvernementale et surtout de maladresses présidentielles sans lesquelles la crise aurait pu probablement s’éteindre rapidement d’elle-même. Aujourd’hui, on en arrive à devoir mettre en garde-à-vue des individus qui ont eu le très mauvais goût de simuler la décapitation du Président Macron par une guillotine. Honte à eux !

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Concrètement, à part la réforme de la SNCF, et ajoutons-le aussi, car il aura une très grande incidence sur la vie quotidienne des Français, le prélèvement de l’impôt sur le revenu à la source, aucune réforme n’a été réalisée en 2018, en tout cas, aucune des réformes prévues au début de l’année.

La réforme des institutions s’est enlisée en juillet 2018, bien avant les gilets jaunes, et j’espère qu’elle le sera de manière définitive. On peut voir en Allemagne, en Italie, en Espagne, l’importance du mode de scrutin sur la stabilité institutionnelle du pays. Vouloir introduire la proportionnelle dans l’élection des députés serait un véritable crime contre la République dans les conditions actuelles, crime contre les institutions, contre leur efficacité, contre la stabilité et aussi, contre la bonne représentativité du peuple français (une étude parlementaire toujours pas publiée à ma connaissance l’a prouvé).

Il est sûr qu’aujourd’hui, le gouvernement veille à montrer qu’il est à l’écoute du peuple. Qu’il fasse attention de ne pas confondre le peuple français et les gilets jaunes dont les derniers manifestants, très motivés malgré le froid, les fêtes, etc., se retrouvent encore chaque samedi dans les grandes agglomérations et aussi quotidiennement sur certains ronds-points. Les sociologues de demain étudieront avec beaucoup de minutie cette "France des ronds-points" qu’il faut prendre en compte tout en sachant qu’elle n’est pas la seule et unique France.

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L’allocution télévisée du Président Emmanuel Macron du 10 décembre 2018 a répondu néanmoins à l’urgence de mesures sur le pouvoir d’achat. On sait malheureusement que "donner" 10 milliards d’euros dans la puissance de consommation des Français aura peu d’influence sur l’économie française car à part la nourriture, la plupart des biens de consommation sont fabriqués à l’étranger et donc, ce gain de pouvoir d’achat aura surtout pour conséquence une augmentation de nos importations et donc, du déficit de notre balance commerciale alors qu’il s‘agirait plutôt de favoriser notre industrie et nos exportations, au lieu de notre consommation. Ces 10 milliards d’euros ne vont donc pas alimenter la croissance qui, de toute façon, a été sérieusement ébranlée par le mouvement des gilets jaunes.

La gravité de la situation a cependant été comprise : « C’est d’abord l’état d’urgence économique et sociale que je veux décréter aujourd’hui. Nous voulons bâtir une France du mérite, du travail, une France où nos enfants vivront mieux que nous. » (10 décembre 2018).

Étrangement, aucun commentateur n’a fait remarquer que cette expression "état d’urgence économique et sociale" ne voulait rien dire et n’était pas innovante puisque moins de trois ans auparavant, le prédécesseur François Hollande avait déjà employé cette expression lors de ses vœux au Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) le 18 janvier 2016. On se demandait à l’époque pourquoi il voulait décréter un "état d’urgence économique et sociale" seulement à la fin de son quinquennat alors que la situation n’avait jamais été prospère depuis le début et donc, à quoi jouait-il jusque-là ?

Le pire, c’est qu’avec les gilets jaunes, on a perdu la priorité absolue qu’un gouvernement devrait avoir depuis au moins une trentaine d’années : l’emploi. Si la réforme du code du travail peut accompagner les recrutements dans des conditions plus encourageantes, elle n’a jamais eu vocation à initier un seul recrutement. C’est l’économie qui l’initie, jamais l’État, sauf à faire des commandes insensées qui se paieront par les contribuables ou la dette publique, c’est-à-dire, les contribuables de demain.

Mais les mesures du 10 décembre sur le pouvoir d’achat n’impactent que ceux qui travaillent ou les retraités, mais pas ceux qui recherchent du travail, qui devraient pourtant être la cible principale de cet état d’urgence économique et sociale. Cet état d’urgence aurait dû être décrété depuis au moins le premier mandat de François Mitterrand, mais jamais, pendant cette période, l’industrie française ne s’est si gravement délitée, au point de laisser dire des patrons du CAC40, de manière totalement insensée et délirante, que l’idéal serait une entreprise sans usine ! En gros, une entreprise sans employés. Pourtant, même Facebook, Amazon, Google, etc. emploient des milliers de personnes.

L’état d’urgence devrait donc avant tout s’employer à réduire le déficit du commerce extérieur, actuellement d’environ 60 milliards d’euros. Réduire ou inverser (comme les Allemands) ce déficit, c’est embrayer une dynamique vertueuse, une réduction du chômage et c’est toute la collectivité nationale qui en profiterait : plus il y a de personnes au travail, plus les recettes fiscales sont importantes, ce qui donne de la marge au gouvernement pour réduire la pression fiscale encore trop forte.

Pour casser ce cercle vicieux de l’appauvrissement économique de la France, il faut définir une véritable politique industrielle de la France. La dernière a dû être définie au début des années 1970. Pendant la campagne présidentielle de 2012, François Bayrou, candidat, avait proposé de redéfinir les missions industrielles de la France, missions tant publiques que privées, puisque économiques.

C’était l’obsession du Président Georges Pompidou et c’est ce qu’a réalisé le Chancelier Gerhard Schröder en 2003 pour son pays. Il faut rappeler l’état économique de l’Allemagne à la fin des années 1990 et début des années 2000 : il était catastrophique. Pour des raisons politiques tout à fait compréhensibles, son prédécesseur Helmut Kohl avait voulu la convertibilité du Deutsch Mark est-allemand malgré la grande différence de la situation économique des deux Allemagne. Il a fallu redéfinir toutes les missions industrielles de l’Allemagne pour atteindre ce niveau exceptionnel de l’économie allemande actuelle largement excédentaire tant du point de vue commercial que budgétaire (même si la dette publique reste très élevée). Pendant ce temps, les Français n’ont jamais fait ce travail d’inventaire. Résultat : le bois des Vosges va en Allemagne pour son passage en scierie avant son retour en France pour la fabrication de meubles ; le cochon breton ou normand va en Allemagne pour son passage dans un abattoir avant son retour en France pour devenir pâtés ou saucisses.

L’année 2019 réussira-t-elle à faire tourner la page des gilets jaunes ? Pas sûr. Je reste convaincu qu’un retour au peuple est nécessaire pour éteindre définitivement cette crise qui n’est pas seulement une crise sur le pouvoir d’achat mais aussi sur la représentativité ou plus exactement, sur l’écoute du peuple par les gouvernants entre deux mandats démocratiquement attribués.

Il me paraît aujourd'hui toujours aussi nécessaire qu'hier un recours rapide au référendum, avec une question qui fait polémique et sur un sujet plus symbolique qu’économique, à savoir la suppression de l’ISF. Rappelons qu’Emmanuel Macron n’a pas trahi le peuple français en supprimant l’ISF. Au contraire, c’était à peu près l’une des seules mesures concrètes qu’il avait exprimées clairement pendant la campagne présidentielle (lire son programme présidentiel ici). On l’oublie peut-être un peu trop parce que l’affaire Fillon venait d’enflammer la classe politique, mais lors de la grande matinale sur France Inter le 1er février 2017, Emmanuel Macron, candidat, avait présenté sans ambiguïté cette mesure, la suppression de l’ISF, et comme il n’a pas proposé beaucoup d’autres mesures concrètes, on ne peut pas dire qu’il a pris les Français en traître.

Néanmoins, le besoin de justice fiscale semble motiver beaucoup des Français, et parmi eux, beaucoup de ceux qui ont voté pour lui, si bien qu’une campagne référendaire sur l’ISF me paraîtrait doublement voire triplement saine. D’une part, consulter le peuple est toujours préférable à une crise de représentativité. D’autre part, cela permettrait, tant au gouvernement qu’à l’opposition, d’argumenter sur la suppression ou le maintien de l’ISF et en finir d’être dans la posture ou le symbole. Concrètement, la suppression de l’ISF a-t-elle réellement un encouragement à l’investissement dans l’économie française ? Concrètement, le maintien de l’ISF est-il vraiment une mesure de justice fiscale ou ne faut-il pas plutôt réduire la pression fiscale des plus pauvres ? Les personnes modestes ne sont pas plus soulagées quand les plus riches paient plus d’impôts, elles préfèrent avant tout être allégées des leurs. Enfin, par un tel référendum, cela permettrait d’arbitrer définitivement après toutes les tergiversations politiciennes depuis 1982.

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Dans la réflexion économique, beaucoup en France "pêchent" par le fait qu’il est oublié que nous ne vivons plus en système fermé. L’économie est désormais un système ouvert, et personne ne peut s’en plaindre puisque quasiment personne ne pourrait accepter de n’acheter que des produits français : vêtements, jouets (nous sommes en période de Noël), produits électroniques, etc. sont rarement conçus et fabriqués en France. Or, tant que la valeur ajoutée n’est pas française, le chômage perdurera en France.

L’année 2019 sera notamment européenne. Avec deux événements qui me paraissent majeurs.

Le premier, bien sûr, qui a occupé l’actualité des deux dernières années, c’est le Brexit, prévu pour le 29 mars 2019. Il pourrait, à la limite, être repoussé de quelques semaines mais cela risque d’être inutile. Risque important tant pour le Royaume-Uni que pour ses partenaires européens. Le référendum sur le Brexit a été un pari électoral fou de David Cameron qui a maintenant complètement disparu de la circulation. Theresa May fait ce qu’elle peut et paraît déjà bien résistante. L’enjeu n’est plus Brexit ou pas Brexit, mais Brexit à l’amiable ou Brexit dur, c’est-à-dire, sans accord bilatéral UK-UE. Les Britanniques comptaient se replier sur une alliance économique entre le Royaume-Uni et les États-Unis, mais ils ont déchanté depuis l’élection de Donald Trump qui se moque autant de l’avenir du Royaume-Uni que du reste de l’Europe. L’erreur est d’avoir voulu faire un référendum en amont sur un projet flou et pas concret sans prévoir un second référendum. Un référendum en amont devrait nécessairement être complété par un référendum en aval, à savoir, sur le projet réel du Brexit, les conditions exactes, négociées, le traité négocié avec l’Union Européenne. Les Britanniques ont cependant plus à perdre que les autres Européens. Malheureusement, tout le monde y perdra quand même.

Le second, ce sont les élections européennes du 26 mai 2019.

Elles seront importantes en France parce que ce seront les premières élections après le début du quinquennat d’Emmanuel Macron. Elles montreront probablement qu’en dehors de LREM, et de quelques "petits partis" qui auront du mal à s’unir, à savoir l’UDI et le Modem, entre autres (mais aussi le Mouvement radical), il n’y aura pas d’offre politique clairement pro-européenne. Les deux anciens partis gouvernementaux PS et LR sont en passe d’être laminés. Pour le PS, c’est sans surprise, surtout lorsqu’on voit les maladresses de son dirigeant Olivier Faure (par exemple, lors de la motion de censure le 13 décembre 2018). Pour LR, c’est plus surprenant puisque ce parti a été un rescapé du tsunami électoral de 2017. Mais depuis la crise des gilets jaunes, Laurent Wauquiez s’est clairement "hamonisé". Après avoir soutenu le mouvement, il a vite compris qu’il ne pouvait pas poursuivre dans cette spirale de l’extrémisme. Ses hésitations l’ont rendu inaudible. Quant aux gilets jaunes, leur organisation potentielle au sein d’une liste pourrait ainsi avoir sa première traduction électorale, probablement avec des élus, ce qui les responsabiliserait.

Ces élections européennes sont importantes aussi pour l’Europe car elles pourraient faire surgir une majorité de députés eurosceptiques qui, politiquement, ne seraient pas unis sauf pour détricoter le savant édifice de la coopération européenne construit par nos parents et grands-parents.

Enfin, l’année 2019 va commencer sur le plan national par l’organisation des débats nationaux tant voulus par les gilets jaunes. Qu’en restera-t-il et d’ailleurs, faut-il qu’il en reste quelque chose ? Je n’en sais rien. Ce qui est sûr, c’est que cela permettra aux gens de prendre la parole, mais ceux qui prendront la parole ne seront pas représentatifs de la population française. C’est cela qu’il faudra avoir en tête lorsqu’on en écrira les conclusions et éventuellement, les recommandations.

Emmanuel Macron, qui, lorsqu’il fut candidat, fut considéré comme fragile sur le plan régalien, a tout de suite réussi à prendre son autorité et sa stature présidentielles, dès son investiture à l’Élysée. Cette posture a voulu qu’il mette une grande distance avec les journalistes (au contraire de François Hollande, et cela paraît heureux), mais cela a abouti à une grande distance aussi avec le peuple lui-même. Paradoxalement, toutes les concessions aux gilets jaunes ont sapé complètement son autorité présidentielle, ce qui justifie, selon certains, la poursuite du mouvement : il cède, profitons-en pour en demander plus. C’est donc important qu’Emmanuel Macron sache reprendre le cours de ses horloges. C’est pourquoi, je le répète, une initiative comme l’organisation d’un référendum sur la suppression de l’ISF me paraît de nature à représidentialiser Emmanuel Macron dont l’autorité, aujourd’hui, est désormais, et probablement injustement, au plus bas.

Cela dit, bonne année et surtout, bonne santé pour l’année 2019 !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 décembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
2019.
2018.
2017.
2016.
2015.
2014.
2012.
2010.
Gilets jaunes : un référendum sur l’ISF ? Chiche !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.
Allocution du Président Emmanuel Macron le 10 décembre 2018 à l’Élysée (texte intégral).
La hotte du Père MacroNoël.
Ne cassons pas nos institutions !
Vive la Cinquième République !
La réforme Macron des institutions.
Non à la représentation proportionnelle aux élections législatives !
Gilets jaunes : angoisse versus raison.
Allocution du Premier Ministre Édouard Philippe le 4 décembre 2018 à Matignon (texte intégral).
Gilets jaunes : est-ce un soulèvement ?
La Révolution en deux ans.
Discours du Président Emmanuel Macron le 27 novembre 2018 à l’Élysée (texte intégral).
Gilets jaunes : Emmanuel Macron explique sa transition écologique.
Christophe Castaner, à l’épreuve du feu avec les "gilets jaunes".
L’irresponsabilité majeure des "gilets jaunes".
Gilets jaunes : démocratie des urnes et grognement des rues.
Les taxes sur les carburants compenseraient-elles la baisse de la taxe d'habitation ?
Le bilan humain très lourd de la journée des "gilets jaunes" du 17 novembre 2018.
Gilets jaunes, au moins un mort et plusieurs blessés : arrêtez le massacre !
Emmanuel Macron, futur "gilet jaune" ?
Le Mouvement du 17-novembre.
La boussole d'Emmanuel Macron.
Édouard Philippe.
La taxation du diesel.
L’écotaxe.
Une catastrophe écologique ?
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.
La COP21.
GIEC : la fin du monde en direct, prochainement sur vos écrans !
Vibrez avec la NASA …ou sans !
Le scandale de Volkswagen.

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19 décembre 2018 3 19 /12 /décembre /2018 02:47

« Le peuple au plus ardent de sa colère est pareil à un feu trop vif pour être éteint. » (Euripide, 408 avant Jésus-Christ).


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On a souvent reproché au jeune Président de la République Emmanuel Macron son supposé manque de culture politique. C’était aussi probablement son plus grand handicap pendant la campagne présidentielle de 2017, et pourtant, il a été élu, peut-être grâce à un concours de circonstances (renonciation de François Hollande, échec aux primaires de Manuel Valls et Alain Juppé, affaire contre François Fillon, soutien de François Bayrou, etc.), mais dans l’histoire politique du pays, il n’y a pas eu beaucoup de personnes qui ont réussi à se faire élire à la tête de l’État, malgré le grand nombre d’ambitieux, et des concours de circonstances, il y en a toujours dans une élection.

On sent bien confusément aujourd’hui que cette culture politique manque et si un grand artiste comme Pierre Soulages est capable de dire, en parlant de l’actuel locataire de l’Élysée : « J’ai apprécié sa culture, son humanité et son ouverture. Ce n’est pas un pharaon comme l’était Mitterrand. » (dans le "Journal du dimanche" du 16 juin 2018), le "pharaonisme" de François Mitterrand avait un avantage, c’était qu’il savait arrêter les crises populaires par une décision forte. Notamment le 12 juillet 1984 quand il a fallu éteindre la guerre scolaire et qu’il a proposé un référendum sur le référendum.

Or, les mesures économiques concrètes sur le pouvoir d’achat qu’a énumérées Emmanuel Macron dans son allocution du 10 décembre 2018 et qui sont présentées au conseil des ministres de ce mercredi 19 décembre 2018 pour être votées dès le lendemain à l’Assemblée Nationale (une procédure d’une rapidité absolument inouïe qui empêche nécessairement d’en faire une bonne loi de finance pour 2019 dont on prévoit déjà une correction par un collectif budgétaire dès le printemps prochain), si elles ont apaisé un certain nombre de Français, cela n’a cependant pas suffi à éteindre le feu populaire aux ronds-points et les samedis puisqu’un sixième épisode est encore prévu ce samedi 22 décembre 2018.

Il faut être clair : à partir du moment où le gouvernement a commencé à céder, les gilets jaunes se disent qu’il faut continuer à maintenir la pression pour que le gouvernement continue à céder. Et finalement, c’est ce qu’il s’est déjà passé. Après les mesures pour aider les Français dans la transition énergétique, le gouvernement a cédé sur la hausse des taxes sur les carburants. Puis, comme le mouvement a continué, il a cédé sur la CSG des retraités, sur le SMIC, sur la défiscalisation des heures supplémentaires, etc.

Alors, on peut comprendre que, dans la débandade actuelle du pouvoir, les manifestants veulent en avoir plus, se disant que c’est une occasion historique qui ne se représentera probablement pas souvent dans le futur proche. Avec deux sentiments négatifs : le premier, celui de "le compte n’y est pas", pour en vouloir toujours plus, et le second, celui de la suspicion d’enfumage du gouvernement puisque celui-ci était prêt à détricoter ce qu’il avait commencé à tricoter (comme l’élargissement des bénéficiaires du chèque énergie, ou alors, le report de la baisse de la CSG pour les retraités, etc.).

Le problème d’Emmanuel Macron à quelques jours de Noël, c’est que le feu des gilets jaunes n’est toujours pas éteint : ni les mesures concrètes du gouvernement sur le pouvoir d’achat, ni la promesse d’un débat national, ni le froid de l’hiver, ni l’émotion légitime suscitée par l’attentat de Strasbourg (qui a tué cinq personnes), ni les huit morts et plus du millier de blessés (parfois très graves, un œil ou une main en moins) provoqués par ce mouvement n’ont réduit l’ardeur des plus motivés des gilets jaunes.

Pourquoi ? Parce qu’il fallait aussi une décision politique forte, et pas seulement des décisions économiques ou sociales.

Or, la seule décision politique forte possible sous la Cinquième République, c’est le retour au peuple. Mais ce retour au peuple ne peut pas se faire en contredisant la légitimité populaire de ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir.

Il n’est donc évidemment pas question de la démission d’Emmanuel Macron, ce qui créerait un fâcheux précédent (et encouragerait la rue à s’opposer aux urnes), ni de dissolution de l’Assemblée Nationale qui serait une mesure suicidaire de commandant de Titanic, Jacques Chirac l’a d’ailleurs expérimenté à ses dépens le 21 avril 1997 (et tout le monde n’est pas De Gaulle version 30 mai 1968), encore moins un changement de Premier Ministre car ce ne serait pas un retour au peuple mais une simple révolution de palais. D’ailleurs, les gilets jaunes se moquent bien que ce soit Édouard Philippe, Jean-Michel Blanquer ou Jean-Yves Le Drian qui siège à Matignon, ils en veulent au seul Emmanuel Macron.

Dans les outils constitutionnels dont dispose le Président de la République, il reste alors le référendum qui est la consultation populaire par excellence. Or, quel est le sujet le plus polémique qui n’a pas encore été "résolu" (pris en compte) par le pouvoir actuel ? La suppression de l’ISF (l’impôt de solidarité sur la fortune).

Cette mesure a été prise en 2017 dans le plus grand silence, pas le silence de son annonce (les lois de finance sont accessibles à tous, il n’y a aucun secret ni mystère ni discrétion voulue à ce sujet) mais par l’absence (étonnante) de réaction (notamment des syndicats). C’était passé comme une lettre à la poste, comme si l’élection d’Emmanuel Macron, qui a fait exploser le paysage politique français, avait laissé dans un état de sidération tous les "prescripteurs d’opinion" (je n’aime pas trop cette expression, mais elle peut recouvrir les responsables politiques, les journalistes, les syndicalistes et tous ceux qui, par leur notoriété ou leur influence économique, sociale, culturelle, ont la capacité d’influer sur l’opinion des électeurs contribuables). Aujourd’hui que l’état de grâce est passé, la suppression de l’ISF revient en pleine figure du Président de la République.

C’est un signe que la culture politique, c’est-à-dire la connaissance très précise de l’histoire politique de la France et en particulier depuis la dernière guerre, a manqué à Emmanuel Macron. Parce que le sujet de l’ISF a toujours été très sensible. Jacques Chirac a rendu responsable de son échec à l’élection présidentielle de 1988, la suppression en 1987 de l’IGF (son nom à l’époque) mis en place avec l’arrivée d’un gouvernement socialo-communiste en 1981. Jacques Chirac s’est bien gardé de renouveler son erreur, une fois élu en 1995, et Nicolas Sarkozy, de nature pourtant plus transgressive, n’a, lui non plus, jamais osé supprimer l’ISF (remis en place par le gouvernement de Michel Rochard en 1989), ni d’ailleurs la réduction du temps de travail, car il avait senti que ce sujet était trop sensible pour un "intérêt" mineur et surtout symbolique.

Là aussi, soyons clairs. D’un point de vue fiscal, l’ISF ne sert pas à grand-chose. Il coûte quasiment aussi cher à le percevoir que les recettes qu’il engendre. De plus, "on dit" régulièrement qu’il décourage les investisseurs étrangers à venir investir en France. Cet argument doit être pris en compte sérieusement car la France jouit d’une occasion qu’elle doit savoir saisir, le Brexit. La France doit pouvoir être la terre d’investissement de remplacement aux yeux de tous les investisseurs qui quitteront Londres. Un rendez-vous historique à ne pas rater…

D’un point de vue symbolique, l’ISF fait partie du package de la "justice fiscale" aux yeux des Français. C’est vrai que l’idée que les riches paient plus que les pauvres est normale. Elle est pourtant peu acceptable dans le principe ici conçu car l’ISF ne taxe pas les revenus, mais le patrimoine qui peut ne pas apporter de revenus. Il ne taxe pas sur de la création de richesse mais sur un état de fait. Or, le patrimoine, il est acquis d’une manière ou d’une autre, et forcément par des revenus qui, eux, ont déjà été taxés. Bref, au même titre que l’impôt sur la succession, l’ISF est une surtaxation de choses qui ont déjà été taxées avant leur acquisition. En revanche, on peut dire que ce concept assez discutable est plutôt acceptée car il est une condition nécessaire pour la cohésion nationale et permet de maintenir le principe d’équité et de justice devant l’impôt. C’est ce principe de "justice fiscale" qui est essentiel dans l’acceptation de payer soi-même ses impôts et taxes. Ce sujet est donc bien en rapport avec la détresse originelle des gilets jaunes.

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Mais être clair, c’est aussi rester lucide. Si Emmanuel Macron a fermement exclu tout retour en arrière sur la suppression de l’ISF, le gouvernement avait aussi exclu tout retour en arrière sur la hausse des taxes sur les carburants, etc. Donc, dès lors que le gouvernement a cédé sur l’un, il peut, du moins dans l’esprit des gilets jaunes, céder sur tous les  points sensibles, et l’ISF en fait partie.

Et la lucidité impose deux réflexions sur l’ISF.

Premièrement, la démonstration n’est pas établie que la suppression de l’ISF a effectivement entraîné une augmentation de l’attractivité économique de la France et donc, un accroissement des investissements. Et dans tous les cas, le but, ce n’est pas l’accroissement des investissements qui n’est qu’un moyen, mais la réduction du chômage, or, celle-ci joue autant à l’Arlésienne avec Emmanuel Marcon qu’avec François Hollande. Donc, "le compte n’y est pas". En tout cas, personne (pas même les députés LREM) n’est vraiment convaincu que la suppression de l’ISF soit une bonne mesure économique, "bonne" dans le sens qu’elle tend à accroître l’activité économique, donc la croissance.

Deuxièmement, si un effet économique devait quand même se faire, on pourrait raisonnablement dire aujourd’hui que cet effet ne compenserait certainement pas toutes les pertes économiques dues au mouvement des gilets jaunes depuis le milieu du mois de novembre 2018. Le taux de croissance a été sérieusement amputé par ce mouvement et le risque, c’est que cela continue si le feu n’est pas éteint.

À mon avis, le pragmatisme doit être au rendez-vous : même si la suppression de l’ISF était une bonne mesure économique, elle ne l’est plus aujourd’hui si elle génère elle-même, à cause des gilets jaunes, une baisse d’activité durable.

Or, il y a là une occasion en or pour Emmanuel Macron d’en finir avec la crise. Il lui suffirait d’utiliser le référendum selon l’article 11 de la Constitution sur ce sujet. En utilisant cet outil, il ferait coup triple : premièrement, il ne se dédirait pas politiquement puisqu’en ayant toujours dit qu’il était pour maintenir la suppression de l’ISF, il ne reviendrait pas de lui-même en arrière ; deuxièmement, sans doute le principal, non seulement il montrerait qu’il écoute le peuple mais il ferait appel à lui, par référendum ; enfin, il se donnerait une occasion médiatique d’expliquer pourquoi il a voulu supprimer l’ISF et éventuelle, de convaincre les Français.

Et les Français trancheraient alors. Sans, évidemment, mettre son mandat présidentiel en jeu, puisque le but, justement, serait de laisser une partie de la souveraineté nationale directement dans les mains du peuple, sans vouloir faire un jeu de tout ou rien à la De Gaulle (version 1969).

Cette idée serait même très habile car en mêlant l’idée du référendum de l’idée de l’ISF, il ouvrirait une période de plusieurs semaines de débat sur l’ISF (décidé maintenant, on pourrait imaginer que le référendum ait lieu en mars 2019), et repousserait d’autant le début de la campagne des élections européennes qui, aujourd’hui, s’ouvrirait dans un contexte très défavorable au pouvoir.

Face aux "décideurs économiques" (qui, de toute façon, commencent à remettre en doute leur confiance en Emmanuel Macron car il ne semble pas capable politiquement d’éteindre le feu des gilets jaunes), Emmanuel Macron pourrait toujours expliquer que c’est le peuple qui décide, malgré lui parfois, et que le retour de l’ISF ne signifierait pas pour autant qu’il serait un signal négatif pour l’économie française, en tout cas, pas aussi négatif que ne l’est l’actuelle continuation du mouvement des gilets jaunes.

Alors, au lieu de laisser le Parti socialiste prendre l’initiative d’un référendum sur l’ISF comme ses parlementaires l’ont annoncé ce mardi 18 décembre 2018, je suggère au Président Emmanuel Macron de prendre les devants pour en avoir aussi le bénéfice politique : chiche ! Organisons un référendum sur la suppression de l’ISF ! Ce sera certainement une sortie de crise efficace… et par le haut, celui du peuple, la seule qui vaille.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 décembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gilets jaunes : un référendum sur l’ISF ? Chiche !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.
Allocution du Président Emmanuel Macron le 10 décembre 2018 à l’Élysée (texte intégral).
La hotte du Père MacroNoël.
Ne cassons pas nos institutions !
Vive la Cinquième République !
La réforme Macron des institutions.
Non à la représentation proportionnelle aux élections législatives !
Gilets jaunes : angoisse versus raison.
Allocution du Premier Ministre Édouard Philippe le 4 décembre 2018 à Matignon (texte intégral).
Gilets jaunes : est-ce un soulèvement ?
La Révolution en deux ans.
Discours du Président Emmanuel Macron le 27 novembre 2018 à l’Élysée (texte intégral).
Gilets jaunes : Emmanuel Macron explique sa transition écologique.
Christophe Castaner, à l’épreuve du feu avec les "gilets jaunes".
L’irresponsabilité majeure des "gilets jaunes".
Gilets jaunes : démocratie des urnes et grognement des rues.
Les taxes sur les carburants compenseraient-elles la baisse de la taxe d'habitation ?
Le bilan humain très lourd de la journée des "gilets jaunes" du 17 novembre 2018.
Gilets jaunes, au moins un mort et plusieurs blessés : arrêtez le massacre !
Emmanuel Macron, futur "gilet jaune" ?
Le Mouvement du 17-novembre.
La boussole d'Emmanuel Macron.
Édouard Philippe.
La taxation du diesel.
L’écotaxe.
Une catastrophe écologique ?
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.
La COP21.
GIEC : la fin du monde en direct, prochainement sur vos écrans !
Vibrez avec la NASA …ou sans !
Le scandale de Volkswagen.

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11 décembre 2018 2 11 /12 /décembre /2018 03:36

« Nous sommes à un moment historique pour notre pays : par le dialogue, le respect, l’engagement, nous réussirons. (…) Mon seul souci, c’est vous ; mon seul combat, c’est pour vous. Notre seule bataille, c’est pour la France. » (Emmanuel Macron, le 10 décembre 2018 au Palais de l’Élysée).



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Quatre jours après la Saint-Nicolas, il est sûr qu’il est plus commode d'enfiler le costume du Père Noël que celui du Père Fouettard. Attendue depuis près de deux semaines, l’allocution que le Président de la République Emmanuel Macron a prononcée en différé pendant treize minutes ce lundi 10 décembre 2018 à 20 heures (dont on peut lire le texte intégral ici) marque à l’évidence un tournant, le premier tournant, dans son quinquennat.

Après plus de trois semaines de crise des gilets jaunes, dont deux week-ends où la violence fut particulièrement élevée partout en France, le chef de la nation se devait d’éteindre l’incendie. La mission de cette allocution d’Emmanuel Macron était donc double : d’une part, l’urgence d’arrêter la crise qui, au-delà du bilan humain très lourd (quatre morts et des centaines de blessés) et des dégradations qui se chiffrent à plusieurs dizaines de millions d’euros, pèsent déjà très lourdement sur l’économie française (le quatrième trimestre, qui aurait dû être le meilleur de l’année en raison des fêtes de Noël, devrait se solder par une baisse de croissancee de 0,1% du PIB !) ; d’autre part, imaginer un nouveau départ pour relancer son quinquennat.

Dans la forme, Emmanuel Macron a fait profil bas et s’est montré très humble. Il a voulu convaincre qu’il avait bien compris la colère mais aussi et surtout la détresse des Français, ceux qui se manifestent comme gilets jaunes dans les ronds-points et ceux, beaucoup plus nombreux, qui les soutiennent.

Il a même reconnu qu’il a pu dire des choses qui ont blessé (ses opposants ont toujours la liste sur eux pour la ressortir au bon moment). On s’étonne qu’il ne s’en soit pas aperçu plus tôt. Les illettrés, les alcooliques (il n’était pas encore Président), les gens qui ne sont rien, le pognon de dingue, etc. Toutes ces petites phrases qui ont choqué inutilement la conscience des Français. Il l’a dit sans détour, simplement et sans insister non plus : « Je prends ma part de cette responsabilité. Il a pu m’arriver de vous donner le sentiment que ce n’était pas mon souci, que j’avais d’autres priorités. Je sais aussi qu’il m’est arrivé de blesser certains d’entre vous par mes propos. Je veux ce soir être très clair avec vous. Si je me suis battu pour bousculer le système politique en place, les habitudes, les hypocrisies, c’est précisément parce que je crois plus que tout dans notre pays et que je l’aime et ma légitimité, je ne la tire d’aucun titre, d’aucun parti, d’aucune coterie ; je ne la tire que de vous, de nul autre. ».

Les mesures d’urgence qu’Emmanuel Macron a énoncées répondent à la demande d’un "coup de pouce" pour le pouvoir d’achat. Elles vont être applicables dès le 1er janvier 2019, ce qui signifie, vu les délais, que le gouvernement et les parlementaires vont devoir bosser très dur pour parvenir à adopter le projet de loi de finance et celui de finance de la sécurité sociale dans les délais.

Quelles sont-elles ? Concrètes, immédiates, visibles et compréhensibles simplement, elles sont quatre : l’annulation dès le 1er janvier 2019 de la hausse de la CSG pour les retraités ayant moins de 2 000 euros par mois (« L’effort qui leur a été demandé était trop important et il n’était pas juste. ») ; la défiscalisation des heures supplémentaires dès le 1er janvier 2019 ; la possibilité, pour les employeurs, de verser une prime de fin d’année sans impôt ni charge (cela devrait s’appliquer aussi pour la fin de l’année 2018) ; enfin, l’augmentation du SMIC de 100 euros par mois sans qu’il en coûte un euro de plus à l’employeur dès le 1er janvier 2019.

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La philosophie économique d’Emmanuel Macron reste confirmée, à savoir de favoriser le travail : « Nous voulons une France où l’on peut vivre dignement de son travail. Sur ce point, nous sommes allés trop lentement. Je veux intervenir vite et concrètement sur ce sujet. (…) Je veux renouer avec une idée juste : que le surcroît de travail accepté constitue un surcroît de revenu. ».

Mon commentaire sur ces mesures est le suivant.

Du point de vue des salariés et des retraités, elles constituent une bonne réponse aux demandes sur le pouvoir d’achat. Avec l’annulation de la hausse des taxes sur les carburants décidées la semaine précédente, elles devraient satisfaire la plupart des gilets jaunes. Le fait qu’Emmanuel Macron a commencé son allocution par un message de fermeté contre les casseurs montre aussi que la violence n’a pas été le moteur de cette prise de décision. C’est "l’opinion publique", qui, par sondages interposés, a soutenu les gilets jaunes, qui a été le catalyseur. Ce n’est pas parce que les manifestations ont été violentes qu’il y a eu cette avancée sociale mais parce que la cause des gilets jaunes en colère a été considérée comme "juste" par "l’opinion publique" et donc par le pouvoir (notamment sur la CSG pour les retraités pour qui l’effort était "trop important").

D’un point de vue budgétaire, on peine à comprendre le financement de ces mesures. Évacuons tout de suite l’idée de la prime exceptionnelle de fin d’année sans impôt ni charge qui ne coûtera rien à l’État puisque c’est une rémunération qui n’était pas prévue initialement (c’est seulement sur le réflexe pavlovien outrancier de Bercy, qui veut que l’État ponctionne toute transaction qu’il voit passer, qu’il faudra rester vigilant).

En revanche, les autres mesures coûtent cher. Les moyens de les financer sont pour l’instant très flous avec deux ou trois propositions peu claires : « aller plus loin pour mettre fin aux avantages indus et aux évasions fiscales » ; « le dirigeant d’une entreprise française doit payer ses impôts en France et les grandes entreprises qui y font des profits doivent y payer l’impôt ». Concrètement, combien de milliards d’euros en plus ? Et pourquoi cela n’aurait-il pas été fait indépendamment de la crise des gilets jaunes ? Cela fait un peu "tarte à la crème" (et c’est la réponse que font généralement tous ceux qui proposent des dépenses supplémentaires massives quand on leur demande comment ils vont les financer). Insistons toutefois sur le fait que le Ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire est partisan de l’instauration d’une taxe sur les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon, etc.) même s’il n’y a pas d’accord européen, comme va le faire du reste le gouvernement britannique.

Pas question, en revanche, de toucher à la suppression de l’ISF (4 milliards d’euros). Emmanuel Macron ne veut pas donner le signal d’un retournement de fiscalité qui ferait repartir tous les investisseurs potentiels d’activités en France : « Revenir en arrière nous affaiblirait alors même que nous sommes en train de recréer des emplois dans tous les secteurs. ». Il a préféré garder seulement la part immobilière de l’ISF : « Il a été maintenu au contraire pour ceux qui ont une fortune immobilière. ». Cette part est pourtant aussi aberrante économiquement que le reste de l’ISF. Une "fortune immobilière" n’est en effet pas inerte économiquement. Si c’est du locatif, au contraire, c’est bon pour le logement. Les investisseurs locatifs sont trop peu nombreux, il faudrait au contraire les encourager pour augmenter l’offre de logements et réduire le prix des locations. C’est sûr que les propriétaires immobiliers ne peuvent pas fuir la France au contraire des autres investisseurs. Pourtant, il faudra quand même dire aux Français où sont allés ces 4 milliards d’euros, ont-ils été réinvestis dans l’économie française ou sont-ils allés ailleurs, à l’étranger ? Dans son programme lors du premier tour de la primaire LR, Nathalie Kosciusko-Morizet avait proposé que l’ISF fût maintenue mais que les investissements réels dans l’économie nationale fussent déductibles de l’ISF. C’était la garantie que l’objectif de suppression de l’ISF fût effectivement atteint.

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La situation financière de la France est loin d’être assainie. Il faut rappeler que le déficit budgétaire prévu initialement pour 2019 était de l’ordre de 100 milliards d’euros, juste à la limite de 3% du PIB, et si la Commission Européenne a donné son "quitus", c’est aussi parce que cette année 2019 fiscale a un double compte du CICE : 20 milliards d’euros pour le CICE calculé pour 2018 payé en 2019 et 20 milliards d’euros pour le CICE calculé pour 2019 payé en 2019. C’est donc faux de dire, comme certains de l’ultragauche veulent le faire croire, que le CICE coûte 40 milliards d’euros. Il coûte certes en trésorerie 40 milliards d’euros en 2019, mais c’est seulement la moitié chaque année. Donc, faire des dépenses supplémentaires récurrentes chaque année de 40 milliards d’euros en croyant les compenser par la suppression du CICE est une proposition intellectuellement malhonnête (ou alors, ceux qui les formulent n’ont rien compris au projet de loi de finance).

La défiscalisation des heures supplémentaires avaient été prévue initialement pour le 1er octobre 2019, justement pour absorber cette double part du CICE. Seulement 600 millions d’euros ont été donc prévus pour ce poste qui devrait donc maintenant s’élever à environ 3 ou 4 milliards d’euros.

Rappelons quand même que la défiscalisation des heures supplémentaires, qui a apporté du "beurre dans les épinards" à 9 millions de travailleurs, faisait partie du "bouclier fiscal" tant décrié qu’a mis en place Nicolas Sarkozy en 2007 et que François Hollande s’est empressé à supprimer en 2012 (à l’époque, son conseiller spécial sur l’économie était un certain… Emmanuel Macron, secrétaire général adjoint de l’Élysée et futur Ministre de l’Économie en 2014).

La hausse du SMIC de 100 euros par mois devrait coûter 2,4 milliards d’euros (il y a environ 2 millions de smicards). L’avantage de la mesure est qu’elle n’a pas d’incidence sur l’emploi dans la mesure où il ne s’agit pas d’une hausse du SMIC (la hausse du SMIC impacterait une dizaine de millions de salariés et aurait pour effet mécanique une augmentation du chômage, cela s’est observé systématiquement depuis le début des années 1980). Elle devrait être mise en œuvre soit par une baisse supérieure des charges, soit par une augmentation de la prime d’activité.

Enfin, l’exonération de la hausse de la CSG pour les retraités touchant entre 1 200 et 2 000 euros par mois devrait avoir, elle aussi, un coût budgétaire élevé.

Si l’on prend en compte en même temps l’annulation de la hausse des taxes sur les carburants (environ 4 milliards d’euros pour 2019), la hotte de Noël remplie ce 10 décembre 2018 coûte environ 15 milliards d’euros pour 2019. C’est un geste très significatif et donc, ceux qui parlent de "tournant social" du quinquennat ont raison. Les gilets jaunes auraient tort de "bouder" ces mesures qui montrent que le pouvoir a réellement compris la détresse des fins de mois (notons qu’un député LREM, en pleine autodérision, s’est amusé à évoquer, dans l’attente de la réaction présidentielle, que le Président réfléchissait sur la "fin de moi").

Osons d’ailleurs écrire que la situation politique est du même ordre que la crise de l’école libre (les un à deux millions de manifestants dans les rues contre la réforme Savary) avec la décision, le 12 juillet 1984, de François Mitterrand d’abandonner cette réforme, ce qui était la revendication des manifestants. Ce type de "recul" est très rare dans la période récente. Notamment lors de la dernière grande crise "populaire" (le mariage pour tous en 2013). Il faut probablement remonter au printemps 2006 avec le CPE pour observer un recul d’une pareille intensité politique.

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Étonnons-nous des réactions immédiatement après l’allocution présidentielle ce lundi soir. Il faut se rappeler que celle-ci avait un but bien précis, arrêter la crise des gilets jaunes et éviter les nouvelles occasions de violences urbaines et de paralysie économique. Or, cet objectif, ce n’est pas seulement celui du Président de la République et de sa majorité parlementaire, il est celui de tous les Français, de tous les partis. J’ajoute aussi de tous les journalistes au même titre que tous les Français, j’ajoute les journalistes car ils restent des "faiseurs d’opinion" même si c’est de moins en moins efficace.

Visiblement, beaucoup de ceux qui ont réagi n’ont pas le même sens des responsabilités et sont souvent plus dans la posture que dans la responsabilité. Car ces réactions, on pourrait les "classer" dans deux "catégories".

Il y a ceux qui veulent profiter d’un pouvoir affaibli, qui cède, pour obtenir encore plus. Ils disent alors : "le compte n’y est pas". Ainsi, le PS (Valérie Rabault, présidente du groupe PS à l’Assemblée Nationale, par exemple) rappelle qu’il avait proposé une augmentation du SMIC de 180 euros et pas 100 euros, et pour les retraités, le seuil de 2 000 euros est trop faible, il faudrait annuler la hausse jusqu’à ceux qui gagnent 3 000 euros par mois, car c’est aussi le prix d’une chambre dans un EHPAD. Ce type de discours ("le compte n’y est pas") est aussi parfois celui de LR (Nadine Morano,députée européenne, par exemple).

En disant "le compte n’y est pas", on incite les gilets jaunes à continuer leur mouvement. Ce n’est pas très responsable quand déjà une quinzaine de milliards d’euros a été mis sur la table. Il y en a d’autres pour qui le compte n’y est pas parce qu’ils voulaient la démission d’Emmanuel Macron, la dissolution de l’Assemblée Nationale ou au moins, la démission du gouvernement (ce qui, en eux-mêmes, non seulement n’apporterait aucune mesure concrète mais repousserait de telles mesures au moins de six mois en cas d’élections anticipées).

Mais il y a aussi ceux qui, plutôt économistes que politiques, et plutôt proches de LREM, disent au contraire qu’Emmanuel Macron n’a cédé sur rien (ni ISF, ni CICE) car il n’a fait que devancer ce qu’il avait prévu de faire (heures supplémentaires, SMIC dont la hausse était prévue d’être progressive jusqu’à la fin du quinquennat, etc.).

Ces derniers, pourtant se sentant proches du pouvoir, sont encore plus irresponsables que ceux qui disent que le compte n’y est pas. Pourquoi ? Parce que proclamer dans tous les médias qu’Emmanuel Macron n’a fait aucune concession, c’est dire en gros qu’il se moque des gilets jaunes et une telle affirmation ne peut qu’accroître la colère au lieu de la calmer. De plus, cette affirmation est fausse. Emmanuel Macron a cédé, et cédé sur beaucoup de choses. D’abord, il a cédé sur les taxes sur les carburants. En clair, il n’a aujourd’hui plus aucune politique de transition écologique. Ensuite, il a cédé sur la hausse de la CSG pour les retraités. Enfin, en avançant de plusieurs années la hausse du SMIC (sans impacter sur les autres salaires), il apporte un réel "coup de pouce" aux salariés les moins aisés, qui correspond en gros à un treizième mois, ce qui est loin d’être négligeable (certains ont calculé que cela correspondrait à une hausse de 11% en brut, 8% en net). Ce ballon d’oxygène est une concession considérable par rapport aux intentions initiales d’Emmanuel Macron.

Enfin, il y a la "catégorie" des gens responsables qui admettent qu’il y a eu un sérieux effort consenti à ceux qui sont dans la plus grande détresse et qu’il s’agit maintenant de tourner la page des gilets jaunes. Certains responsables LR commencent à adopter ce message, comme Guillaume Larrivé et Christian Jacob, et je m’en réjouis.

Au-delà de ces mesures d’urgence qui répondent directement aux revendications des gilets jaunes, Emmanuel Macron a annoncé une grande consultation nationale sur tous les sujets dont évidemment la fiscalité (mais en refermant la porte sur l’ISF). C’est très flou et peut être même transgressif (aucun sujet n’est tabou, pas même celui de l’immigration), et donc forcément anxiogène (l’a-t-il compris ?). Notamment, je m’inquiète d’une remise à plat de la "loi électorale" et m’étonne qu’il n’a rien dit sur la réforme des institutions en cours qui entendait justement réformer la "loi électorale" (à tort à mon sens).

Le positif, c’est qu’Emmanuel Macron a compris qu’il fallait réformer la France avec les Français et pas contre les Français. Et aussi avec les "corps intermédiaires" (syndicats, élus, associations, etc.). Pourquoi a-t-il fallu attendre cette crise pour qu’il s’en rende compte ? Est-ce parce qu’il n’a jamais évolué que dans les hautes sphères de l’État et qu’il n’a jamais rien su de la réalité du pays ? Pourtant, il était hors du système politique, hors d’une carrière politique allant de petits mandats jusqu’aux grands. Il pensait mieux connaître la réalité du pays que les autres candidats "politiciens" parce qu’il se croyait plus en contact avec les forces vives.

Peut-être justement va-t-il devoir reconnaître que le principe d’une carrière élective a son intérêt : qu’un candidat à l’élection présidentielle qui a été maire connaît peut-être mieux les besoins des Français, les besoins concrets, ou un candidat à l’élection présidentielle qui a été député et donc, a passé des centaines de samedis dans sa permanence à entendre les problèmes de ses concitoyens (principalement : logement, emploi, demande d’aide sociale) connaît peut-être un peu mieux les Français qu’un (ancien) haut fonctionnaire qui a toujours navigué au sommet ?

L’essentiel, c’est que la prise de conscience se fasse à temps. Emmanuel Macron a la capacité à se corriger, à apprendre des situations. Sa sincérité n’est sûrement pas contestable dans ses paroles du 10 décembre 2018. Que les gilets jaunes, maintenant, reconnaissent qu’ils ont gagné (et très largement) et qu’ils permettent à l’économie de revivre, et aux Français en général de préparer Noël et leur d’année dans les meilleures conditions !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 décembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Allocution du Président Emmanuel Macron le 10 décembre 2018 à l’Élysée (texte intégral).
La hotte du Père MacroNoël.
Ne cassons pas nos institutions !
Vive la Cinquième République !
La réforme Macron des institutions.
Non à la représentation proportionnelle aux élections législatives !
Gilets jaunes : angoisse versus raison.
Allocution du Premier Ministre Édouard Philippe le 4 décembre 2018 à Matignon (texte intégral).
Gilets jaunes : est-ce un soulèvement ?
La Révolution en deux ans.
Discours du Président Emmanuel Macron le 27 novembre 2018 à l’Élysée (texte intégral).
Gilets jaunes : Emmanuel Macron explique sa transition écologique.
Christophe Castaner, à l’épreuve du feu avec les "gilets jaunes".
L’irresponsabilité majeure des "gilets jaunes".
Gilets jaunes : démocratie des urnes et grognement des rues.
Les taxes sur les carburants compenseraient-elles la baisse de la taxe d'habitation ?
Le bilan humain très lourd de la journée des "gilets jaunes" du 17 novembre 2018.
Gilets jaunes, au moins un mort et plusieurs blessés : arrêtez le massacre !
Emmanuel Macron, futur "gilet jaune" ?
Le Mouvement du 17-novembre.
La boussole d'Emmanuel Macron.
Édouard Philippe.
La taxation du diesel.
L’écotaxe.
Une catastrophe écologique ?
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.
La COP21.
GIEC : la fin du monde en direct, prochainement sur vos écrans !
Vibrez avec la NASA …ou sans !
Le scandale de Volkswagen.

_yartiMacron2018121004



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181210-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-hotte-du-pere-macronoel-210576

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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 19:29

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181210-macron.html



Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 10 décembre 2018 à Paris


Françaises, Français, nous voilà ensemble au rendez-vous de notre pays et de notre avenir. Les événements de ces dernières semaines dans l'Hexagone et outremer ont profondément troublé la Nation. Ils ont mêlé des revendications légitimes et un enchaînement de violences inadmissibles et je veux vous le dire d'emblée : ces violences ne bénéficieront d'aucune indulgence.

Nous avons tous vu le jeu des opportunistes qui ont essayé de profiter des colères sincères pour les dévoyer. Nous avons tous vu les irresponsables politiques dont le seul projet était de bousculer la République, cherchant le désordre et l'anarchie. Aucune colère ne justifie qu'on s'attaque à un policier, à un gendarme, qu'on dégrade un commerce ou des bâtiments publics. Notre liberté n'existe que parce que chacun peut exprimer ses opinions, que d'autres peuvent ne pas les partager sans que personne n'ait à avoir peur de ces désaccords.

Quand la violence se déchaîne, la liberté cesse. C'est donc désormais le calme et l'ordre républicain qui doivent régner. Nous y mettrons tous les moyens car rien ne se construira de durable tant qu'on aura des craintes pour la paix civile. J'ai donné en ce sens au gouvernement les instructions les plus rigoureuses.

Mais au début de tout cela, je n'oublie pas qu'il y a une colère, une indignation et cette indignation, beaucoup d'entre nous, beaucoup de Français peuvent la partager et celle-là, je ne veux pas la réduire aux comportements inacceptables que je viens de dénoncer.

Ce fut d'abord la colère contre une taxe et le Premier ministre a apporté une réponse en annulant et en supprimant toutes les augmentations prévues pour le début d'année prochaine mais cette colère est plus profonde, je la ressens comme juste à bien des égards. Elle peut être notre chance.

C'est celle du couple de salariés qui ne finit pas le mois et se lève chaque jour tôt et revient tard pour aller travailler loin.

C’est celle de la mère de famille célibataire, veuve ou divorcée, qui ne vit même plus, qui n'a pas les moyens de faire garder les enfants et d'améliorer ses fins de mois et n'a plus d'espoir. Je les ai vues, ces femmes de courage pour la première fois disant cette détresse sur tant de ronds-points !

C’est celle des retraités modestes qui ont contribué toute leur vie et souvent aident à la fois parents et enfants et ne s'en sortent pas.

C’est celle des plus fragiles, des personnes en situation de handicap dont la place dans la société n'est pas encore assez reconnue. Leur détresse ne date pas d'hier mais nous avions fini lâchement par nous y habituer et au fond, tout se passait comme s'ils étaient oubliés, effacés.

Ce sont quarante années de malaise qui ressurgissent : malaise des travailleurs qui ne s'y retrouvent plus ; malaise des territoires, villages comme quartiers où on voit les services publics se réduire et le cadre de vie disparaître ; malaise démocratique où se développe le sentiment de ne pas être entendu ; malaise face aux changements de notre société, à une laïcité bousculée et devant des modes de vie qui créent des barrières, de la distance.

Cela vient de très loin mais c'est là maintenant.

Sans doute n'avons-nous pas su depuis un an et demi y apporter une réponse suffisamment rapide et forte. Je prends ma part de cette responsabilité. Il a pu m'arriver de vous donner le sentiment que ce n'était pas mon souci, que j'avais d'autres priorités. Je sais aussi qu'il m'est arrivé de blesser certains d'entre vous par mes propos. Je veux ce soir être très clair avec vous. Si je me suis battu pour bousculer le système politique en place, les habitudes, les hypocrisies, c'est précisément parce que je crois plus que tout dans notre pays et que je l'aime et ma légitimité, je ne la tire d'aucun titre, d'aucun parti, d'aucune coterie ; je ne la tire que de vous, de nul autre.

Nombre d'autres pays traversent ce mal vivre qui est le nôtre mais je crois profondément que nous pouvons trouver une voie pour en sortir tous ensemble. Je le veux pour la France parce que c'est notre vocation au travers de l'Histoire d'ouvrir ainsi des chemins jamais explorés pour nous-mêmes et pour le monde.

Je le veux pour nous tous Français parce qu'un peuple qui se divise à ce point, qui ne respecte plus ses lois et l'amitié qui doit l’unir est un peuple qui court à sa perte.

Je le veux aussi parce que c'est en pressentant cette crise que je me suis présenté à votre suffrage pour réconcilier et entraîner et que je n'ai pas oublié cet engagement et cette nécessité.

C’est d'abord l'état d'urgence économique et sociale que je veux décréter aujourd'hui. Nous voulons bâtir une France du mérite, du travail, une France où nos enfants vivront mieux que nous. Cela ne peut se faire que par une meilleure école, des universités, de l'apprentissage et des formations qui apprennent aux plus jeunes et aux moins jeunes ce qu'il faut pour vivre libre et travailler.

L’investissement dans la Nation, dans l'école et la formation est inédit et je le confirme.

Nous voulons une France où l'on peut vivre dignement de son travail ? Sur ce point, nous sommes allés trop lentement. Je veux intervenir vite et concrètement sur ce sujet. Je demande au gouvernement et au Parlement de faire le nécessaire afin qu'on puisse vivre mieux de son travail dès le début de l'année prochaine. Le salaire d'un travailleur au SMIC augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu'il en coûte un euros de plus pour l'employeur.

Je veux renouer avec une idée juste : que le surcroît de travail accepté constitue un surcroît de revenu ;  les heures supplémentaires seront versées sans impôts ni charges dès 2019. Et je veux qu'une vraie amélioration soit tout de suite perceptible ; c'est pourquoi je demanderai à tous les employeurs qui le peuvent, de verser une prime de fin d'année à leurs employés et cette prime n'aura à acquitter ni impôt ni charge.
 
Les retraités constituent une partie précieuse de notre Nation. Pour ceux qui touchent moins de 2.000 euros par mois, nous annulerons en 2019 la hausse de CSG subie cette année ; l'effort qui leur a été demandé, était trop important et il n'était pas juste. Dès demain, le Premier ministre présentera l'ensemble de ces décisions aux parlementaires.

Mais nous ne devons pas nous arrêter là. J'ai besoin que nos grandes entreprises, nos concitoyens les plus fortunés, aident la Nation à réussir ; je les réunirai et prendrai des décisions en ce sens dès cette semaine. Je sais que certains voudraient dans ce contexte que je revienne sur la réforme de l'impôt sur la fortune mais pendant près de 40 ans, il a existé ; vivions-nous mieux durant cette période ? Les plus riches partaient et notre pays s'affaiblissait. Conformément aux engagements pris devant vous, cet impôt a été supprimé pour ceux qui investissent dans notre économie et donc aident à créer des emplois ; et il a été maintenu au contraire pour ceux qui ont une fortune immobilière.

Revenir en arrière nous affaiblirait alors même que nous sommes en train de recréer des emplois dans tous les secteurs. Cependant, le gouvernement et le Parlement devront aller plus loin pour mettre fin aux avantages indus et aux évasions fiscales. Le dirigeant d'une entreprise française doit payer ses impôts en France et les grandes entreprises qui y font des profits doivent y payer l'impôt, c'est la simple justice.

Vous le voyez, nous répondrons à l'urgence économique et sociale par des mesures fortes, par des baisses d'impôts plus rapides, par une meilleure maîtrise des dépenses plutôt que par des reculs.

J’entends que le gouvernement poursuive l'ambition des transformations de notre pays que le peuple a choisie il y a maintenant 18 mois ; nous avons devant nous à conduire une réforme profonde de l'Etat, de l'indemnisation du chômage et des retraites. Elles sont indispensables. Nous voulons des règles plus justes, plus simples, plus claires et qui récompensent ceux qui travaillent.

Mais aujourd'hui, c'est aussi avec notre projet collectif que nous devons renouer. Pour la France et pour l'Europe. C'est pourquoi le débat national annoncé doit être beaucoup plus large. Pour cela, nous devons avant toute chose, assumer tous ensemble tous nos devoirs. Le devoir de produire pour pouvoir redistribuer, le devoir d'apprendre pour être un citoyen libre, le devoir de changer pour tenir compte de l'urgence de notre dette climatique et budgétaire.

Pour réussir, nous devons nous rassembler et aborder ensemble toutes les questions essentielles à la Nation. Je veux que soient posées les questions qui touchent à la représentation ; la possibilité de voir les courants d'opinion mieux entendus dans leur diversité, une loi électorale plus juste, la prise en compte du vote blanc et même que soient admis à participer au débat des citoyens n'appartenant pas à des partis. Je veux que soit posée la question de l'équilibre de notre fiscalité pour qu'elle permette à la fois la justice et l'efficacité du pays. Je veux que soit posée la question de notre quotidien pour faire face aux changements climatiques : se loger, se déplacer, se chauffer. Et les bonnes solutions émergeront aussi du terrain.

Je veux que soit posée la question de l'organisation de l'Etat, de la manière dont il est gouverné et administré depuis Paris, sans doute trop centralisé depuis des décennies. Et la question du service public dans tous nos territoires.

Je veux aussi que nous mettions d'accord la Nation avec elle-même sur ce qu'est son identité profonde, que nous abordions la question de l'immigration. Il nous faut l'affronter.

Ces changements de fond qui demandent une réflexion profonde et partagée, imposent un débat sans précédent. Il devra se dérouler au niveau national dans nos institutions, chacun y aura sa part : gouvernement, assemblées, partenaires sociaux et associatifs ; vous y aurez votre part. Je veux en assurer moi-même la coordination, en recevoir les avis, prendre ainsi le pouls vivant de notre pays.

Mais un tel débat n'est pas seulement affaire de représentants institutionnels ; il doit se dérouler aussi partout sur le terrain et il est des interlocuteurs naturels, des citoyens qui doivent en recevoir les demandes et s’en faire les relais : ce sont les maires ; ils portent la République sur le terrain. C'est pourquoi je rencontrerai moi-même les maires de France, région par région, pour bâtir le socle de notre nouveau contrat pour la Nation.

Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies, comme trop souvent par le passé dans des crises semblables, sans que rien n'ait été vraiment compris et sans que rien n’ait changé. Nous sommes à un moment historique pour notre pays : par le dialogue, le respect, l’engagement, nous réussirons.

Nous sommes à la tâche et je reviendrai m'exprimer devant vous pour vous rendre compte.

Mon seul souci, c’est vous ; mon seul combat, c'est pour vous.
Notre seule bataille, c'est pour la France.

Vive la République, vive la France.

Emmanuel Macron, le 10 décembre 2018 à Paris.

Source : www.elysee.fr/
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181210-allocution-macron.html


 

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6 décembre 2018 4 06 /12 /décembre /2018 03:53

« Je suis (…) convaincu que si l’État doit rester fort, et ferme, il est d’abord garant de la paix publique. Fixer le cap et le tenir est une nécessité pour gouverner la France, mais aucune taxe ne mérite de mettre en danger l’unité de la Nation. Depuis le début du mouvement, quatre de nos compatriotes ont trouvé la mort. Plusieurs centaines de concitoyens, en particulier des membres de nos forces de l’ordre, ont été blessés. Des menaces et des insultes s’expriment sans retenue, contre les élus de la Nation et contre les gilets jaunes eux-mêmes. Cela ne ressemble pas à ce que nous voulons être. Les violences doivent cesser. » (Édouard Philippe, le 4 décembre 2018 à Matignon).



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J’ai assez apprécié la position de l’éditorialiste Nicolas Beytout, fondateur de "L’Opinion", qui disait à son contradicteur socialiste Julien Dray le 5 décembre 2018 sur LCI qu’il fallait répondre positivement à l’appel au calme et à la responsabilité émis par le Président de la République Emmanuel Macron. Précisément, le porte-parole du gouvernement a expliqué, lors de son compte-rendu du conseil des ministres du 5 décembre 2018 : « Le Président a demandé aux forces politiques, aux forces syndicales, au patronat, de lancer un appel clair et explicite au calme et au respect du cadre républicain. ».

Pourtant, on ne peut pas dire que Nicolas Beytout soit un suppôt de la Macronie. On pourrait plutôt dire que les forces politiques qu’il représente se satisferaient bien d’un échec de la majorité actuelle. Mais ce serait compter sans la responsabilité et l’intérêt national.

Tous ceux qui peuvent avoir une petite influence, les politiques, les syndicalistes, les journalistes aussi, tous devraient être aujourd’hui dans l’apaisement pour éviter que la journée de samedi 8 décembre 2018 ne se transforme en boucherie. La moindre effusion de sang mettrait sur le banc des accusés tous ceux qui auront mis de l’huile sur le feu. Leur responsabilité est énorme. Je me réjouis de la réunion des organisations syndicales pour essayer de construire quelque chose de cette crise.

Politiquement, on peut comprendre que toutes les forces politiques qui ont échoué au printemps 2017 essaient de profiter politiquement du mouvement des gilets jaunes, qu’elles n’ont pas plus vu venir que la majorité. Elles voient une sorte de revanche. Elles veulent refaire le match.

Le pire dans cette posture est sans doute Jean-Luc Mélenchon, complètement dépassé par la situation mais qui croit y voir la réalisation de ses rêves. Incapable de mobiliser contre la réforme du code du travail ou d’autres réformes comme celle de la SNCF, complètement en dehors du coup pour les gilets jaunes, il tente de noyauter ce mouvement très maladroitement (car il ne le fait pas vraiment avec finesse). Ainsi, à l’Assemblée Nationale, il a confirmé qu’il s’est transformé en "Marseillais" par l’exagération et la grandiloquence, parlant de "millions" quand la réalité est dix à cent fois moindre : « Voici des millions de gens, dont la vie avait été rendue invisible, dans l’hexagone et en outre-mer, voici des millions de gens, le peuple, qui entrent sur la grande scène de l’histoire de France. Et, clin d’œil de l’histoire, ce gilet jaune de la visibilité routière et des tenues de chantier est devenu, en quelque sorte, le nouveau bonnet phrygien des Français qui s’affranchissent de la résignation, de l’isolement et de ce silence meurtri des souffrances que l’on tait par dignité et pour ne pas céder. ».

Mais dans cette déclaration bien tournée dans la forme, aucune condamnation de la violence du 1er décembre 2018, aucun appel au calme, pire, un véritable appel à la confrontation : « On penserait plutôt que vous ne serez peut-être plus à ce banc dès la semaine prochaine. Même si vous embastillez des lycéens aujourd’hui, vous n’empêcherez pas qu’ils soient des dizaines de milliers vendredi dans les rues. Les routiers, les pompiers, les agents des services publics et ainsi de suite, en feront de même au fil des appels à la grève qui se succèdent d’heure en heure. Il paraît que vous demandez aux gens raisonnables de rester chez eux samedi. Eh bien, ils descendront tout de même dans la rue. Allez dire au monarque présidentiel que les gens raisonnables sont sur les ronds-points et dans les rues, et qu’ils n’en partiront pas avant que vous n’ayez cédé pour de vrai ou que vous ne soyez partis. Cédez ou partez, mais ne partez pas avant d’avoir cédé. ».

Un véritable discours de pyromane ! (Comme lui a lancé le député Rémy Rebeyrotte).

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C’est la caricature de la récupération politique. À aucun moment Jean-Luc Mélenchon n’a exprimé ni regret ni condamnation de la violence. À aucun moment il n’a eu une pensée pour les quatre personnes qui sont mortes, par accident, depuis le début du mouvement comme l’a rappelé le Premier Ministre Édouard Philippe dans son allocution du 4 décembre 2018 à Matignon (dont on peut lire le texte intégral ici).

La crise, réellement démarrée le 17 novembre 2018, n’a reçu, de la part du gouvernement, et jusqu’au 4 décembre 2018, qu’une réponse inflexible du gouvernement sur l’importance de "tenir le cap".

La qualification d’Emmanuel Macron comme "Président des riches" est aussi injuste que celle de Nicolas Sarkozy, il y a dix ans, de "Président des riches" aussi. Déjà, qui est riche ? Tout est relatif et beaucoup de ceux qui fustigent les riches le sont aussi, et en premier lieu, rappelons-le, Jean-Luc Mélenchon, l’un des candidats parmi les plus riches de l’élection présidentielle, richesse acquise évidemment honnêtement mais principalement par l’argent public (des contribuables !) provenant de ses 58 années de mandats électifs cumulés ! Drôle de révolutionnaire populaire.

C’est sûr que lorsqu’on est dans la détresse matérielle, que je conçois très bien pour de multiples raisons, on peut avoir tendance à envier ceux qui ne sont pas dans le besoin. C’est naturel mais ce n’est ni politique (où est le projet politique ?) ni responsable (plomber ou plutôt, plumer les riches ne fera jamais qu’augmenter le nombre des pauvres).

C’est injuste pour plusieurs raisons mais auparavant, prenons une des revendications des gilets jaunes : défiscaliser les heures supplémentaires. Plus exactement, revenir sur la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires, suppression décidée par François Hollande par simple idéologie politicienne pour contrer la mesure qui avait été prise par …Nicolas Sarkozy, ce fameux précédent "Président des riches". Eh oui, à l’époque, on ne disait pas que cette mesure avait aidé les travailleurs les moins aisés. Les cadres, de toute façon, ne font pas d’heures supplémentaires car ils sont payés à la journée. Il a fallu attendre la suppression de la défiscalisation pour se rendre compte que c’était une mesure favorable au pouvoir d’achat du peuple. Comme la France perd son temps et tourne en rond à cause des postures politiciennes ! C’est de cela qu’elle meurt.

Le gouvernement actuel, lui, a voulu répondre par des arguments de raison à la détresse exprimée (pour la plupart) sincèrement par les gilets jaunes. Cette détresse, elle se traduit par exemple par des sondages qui indiquent que la moitié des Français a peur de se retrouver un jour dans la rue, à cause d’un accident de la vie (licenciement, divorce, maladie, etc.). La moitié ! Cette peur du déclassement peut amener certains à la colère, colère de ne pas être compris, de ne pas être écoutés.

L’exemple typique fut lors de la première semaine. Les taxes sur les carburants sont trop fortes ? Nous vous proposons une aide pour acheter une nouvelle voiture. Comment, ce n’est pas assez ? Alors nous vous proposons de changer de chaudière. À l’évidence, ce discours est la traduction d’une vision très technocratique et absolument insensible de cette détresse.

Pourtant, le gouvernement peut se sentir injustement critiqué sur le pouvoir d’achat. Je pense que c’est une question non seulement de communication mais de mise en forme. Il y avait un réel sujet politique avec la CSG : augmentation de la CSG et suppression de la cotisation salariale pour le chômage. C’est un acte politique fort. Qui est discutable mais qui n’a jamais été discuté. Sur le fond, cela signifierait que l’indemnisation chômage n’est plus une assurance. Ce n’est donc plus un droit mutuel mais une aide de l’État. Cela a de très lourdes conséquences. C’est une révolution sociale. Mais aucun débat sur le sujet. Peut-être volontairement. Que font les syndicats ?

Or, cette double opération aurait dû apporter du pouvoir d’achat aux salariés, c’est-à-dire, à ceux qui cotisaient à l’assurance-chômage. Mais cela ne pouvait se "ressentir" que si cette double opération avait été réalisée en même temps. Or, le gouvernement, pour grappiller quelques milliards d’euros, a préféré le faire en deux temps, augmentation de la CSG en janvier 2018 et suppression de la cotisation chômage en octobre 2018. Résultat, tout le monde l’a senti passer en janvier 2018 sans espérer une hypothétique baisse de cotisation neuf mois plus tard, et de toute façon, deux catégories ne payent pas de cotisation chômage, les fonctionnaires et les retraités. Pourtant, Emmanuel Macron était prêt à théoriser le fait de faire contribuer plus les retraités et moins les salariés. Là encore, c’était un débat de société, qui n’a pas vraiment eu lieu.

Les augmentations de taxes sur les carburants procèdent avant tout du rééquilibrage budgétaire et pas de la transition écologique dont l’argument est arrivé tardivement (et hors programme de la campagne présidentielle). Le déficit budgétaire est 100 milliards d’euros pour 2019, et l’on augmente encore et toujours les dépenses publiques (+0,6%). Dire que le gouvernement est ultralibéral est complètement stupide : jamais l’État n’a dépensé autant ! Le mouvement des gilets jaunes, c’est avant tout les prélèvements obligatoires (taxes et impôts) qui prennent à la gorge. Avant 1981, ces prélèvements obligatoires étaient d’environ 38% du PIB, maintenant environ 48%. En ce sens, François Mitterrand était bien plus "libéral" qu’Emmanuel Macron. Et Léon Blum, encore bien plus !

Donc, le discours initial du gouvernement était ambivalent. D’une part, le pouvoir d’achat, même si cela n’est pas pour tout le monde (notamment la baisse de la taxe d’habitation), il s’est amélioré en partie, mais la manière de faire a rendu cette amélioration totalement inaperçue et même imperceptible, car parallèlement, il y a eu des taxes sur les carburants, et bientôt, le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu qui va faire très mal en janvier 2019. D’autre part, le gouvernement se moque du monde quand il évoque la transition écologique alors qu’il veut surtout un budget avec un déficit de moins de 3% du PIB. La preuve, c’est que la part de la hausse de taxes sur les carburants consacrée à la transition écologique ne correspond qu’à un cinquième des recettes associées. Le reste, c’est du sonnant et trébuchant pour avoir un budget relativement admissible. Cela au lieu de réduire les dépenses de l’État, comme Emmanuel Macron avait promis lors de la campagne présidentielle.

Au-delà de la tromperie sur la marchandise de la transition écologique, qui peut justifier la colère, il y a surtout cette incapacité à répondre sur la bonne longueur d’onde. Oui, des mesures du gouvernement ont été favorables au pouvoir d’achat. Oui, l’objectif du gouvernement, finalement, est le même que celui de la majorité des gilets jaunes, à savoir que les gens qui travaillent soient favorisés et pas pénalisés par l’État. Mais tout cela, c’est une argumentation de raison alors que le registre des gilets jaunes, sans être du tout péjoratif, est l’émotion. Et plus que la colère, c’est la peur qui l’emporte, peur de ne plus pouvoir faire face financièrement à toutes les charges, d’autant qu’arrive Noël. Comment imaginer acheter les cadeaux de ses enfants à crédit ? Même si la violence de certains gilets jaunes ne peut en aucun cas se justifier, alors que la société peut être parfois très violente contre ceux dont l’histoire tourne mal.

Il y a donc eu ce fossé énorme entre le pouvoir, une certaine élite, qui n’a pas peur de l’avenir car son avenir matériel et celui de ses enfants est déjà assuré pour diverses raisons, et dont la raison est le langage, et ces personnes du peuple qui sont peu écoutés, cette vache à lait qu’est la classe moyenne, jamais choyée, trop riche pour avoir des aides, trop pauvre pour ne pas seulement surnager, juste bonen pour payer et payer les nouvelles taxes et impôts.

Cette rationalité de l’énarque fut très visible lors des manifestations et grèves de 1995 avec un Alain Juppé "droit dans ses bottes". Je regrette qu’en 2017, Alain Juppé n’ait pas pu être élu comme le prévoyaient les sondages l’année précédente. Loin de rester psychorigide, Alain Juppé avait longuement mûri son échec de 1995. Il avait réfléchi sur la méthode des réformes et sur le fait qu’il n’était plus possible de faire les réformes à la hussarde, sans ménager le peuple. (C’est faux en revanche de dire que la dissolution du 21 avril 1997 avait pour objectif de résoudre la crise de 1995 qui était éteinte depuis longtemps après un an et demi, Jean-Luc Mélenchon aime bien réécrire l’histoire ou alors, l’ancien sous-ministre de Lionel Jospin qui a bénéficié de cette dissolution a la mémoire très courte).

Si le gouvernement a commencé à changer son registre rationnel le 4 décembre 2018, ce n’est pas à cause des violences. Les violences n’ont jamais convaincu un gouvernement sinon qu’il faut agir plus efficacement pour le retour à l’ordre public. Les souffleurs de braises disent qu’il faut continuer à aller plus loin dans la violence pour faire céder encore plus le gouvernement. Ils n’ont rien compris. Ce qui a convaincu le gouvernement de faire un geste, c’est la continuation du soutien de "l’opinion publique" qui garde sa sympathie pour les gilets jaunes.

Là encore, Édouard Philippe, dans son allocution du 4 décembre 2018, a été très maladroit. Il a parlé d’un "moratoire" des taxes pour six mois (terme peu compréhensible, surtout pour des taxes). Six mois, cela donne le 1er juillet 2019, de quoi être soupçonné de malice pour remettre les taxes après les élections européennes.

Il a fallu attendre le débat parlementaire sur les gilets jaunes le lendemain, 5 décembre 2018, pour bien se faire comprendre et pour rassurer les gilets jaunes. Édouard Philippe : « C’est pourquoi nous avons pris, avec le Président de la République, la décision de suspendre pour six mois m’application des mesures fiscales qui concernent les tarifs des carburants et les prix de l’énergie. La suspendre non pour endormir ou pour tromper, mais pour débattre : en débattre avec les représentants syndicaux, avec vous, les élus, et bien sûr avec les citoyens, afin d’identifier les mesures d’accompagnement les plus justes et les plus efficaces. ».

Et enfin, la phrase qui devrait rassurer sur la sincérité du gouvernement : « Je le dis ici : si nous ne trouvons pas les bonnes solutions, alors nous abandonnerons cette taxe. Et c’est la raison pour laquelle le gouvernement ne proposera pas au Parlement de rétablir ces dispositions fiscales dans le projet de loi de finances. Si, et seulement si, un accord intervient, nous les inscrirons dans le projet de loi de finances rectificatives prévue de longue date pour le printemps. Ces décisions ont donc pour but de ramener la sérénité dans le pays. ». Édouard Philippe a parlé de "rétablir" car le Sénat a voté (je crois à la quasi-unanimité) la suppression de ces taxes en première lecture.

Finalement, dans la soirée, ces taxes ont été purement et simplement supprimées. Pourquoi ne pas l’avoir fait la veille pour éviter toute ambiguïté et émettre un signe fort et lisible ?

Le gouvernement refuse de reconnaître qu’il y a un recul alors que les gilets jaunes ont besoin que ce recul soit acté, formalisé. Le président du groupe UDI à l’Assemblée Nationale Jean-Christophe Lagarde l’a exprimé ainsi dans le débat du 5 décembre 2018 : « C’est la question du reste à vivre de nos compatriotes qui est devenu incontournable et, plus largement, c’est le consentement à l’impôt, fondement de notre démocratie, qui est questionné comme jamais. (…) La responsabilité est partagée. Celle du gouvernement, dès son arrivée, était de répondre à ce ras-le-bol fiscal. C’est de là qu’est né le mouvement actuel : dans cette France des ronds-points, et des barrages filtrants, il y a des Français aux revenus modestes qui ne s’en sortent plus, et des classes moyennes qui ont peur de tomber dans la pauvreté, bien qu’elles travaillent ou qu’elles aient travaillé. Dans ces conditions, revenir sur ces décisions n’est pas une défaite, monsieur le Premier Ministre, c’est une preuve d’intelligence. Vous l’avez fait bien tard ; nous espérons qu’il est encore temps. Au-delà de ce recul, qui était inévitable, il reste à rééquilibrer l’effort fiscal et social, qui n’est pas équitablement réparti. ».

Dans cette crise, j’ai trouvé que le groupe politique qui était le plus responsable était celui du MoDem. Son (nouveau) président Patrick Mignola a introduit son intervention le 5 décembre 2018 par une considération intéressante bien que connue de tous : « Nous traversons un moment grave qui nous appelle tous à l’humilité et à la responsabilité. La France vit une colère sociale qui vient de loin. Nous en connaissons les origines. Nous sommes la première génération à devoir exercer deux ou trois métiers différents dans notre vie ; nous sommes la première génération à devoir assumer deux ou trois révolutions technologiques dans une vie alors qu’auparavant, on n’avait qu’un métier et qu’une révolution technologique embrassait deux ou trois générations. Évidemment, face à ces mutations profondes de la société, on peut parfois se sentir exclu dans son propre pays, étranger à son propre monde, plus encore si on est né dans un territoire depuis trop longtemps abandonné par la République. On voit passer le train de la mondialisation depuis le quai, alors on met un gilet jaune pour que la fluorescence appelle enfin la reconnaissance. ».

Et de faire preuve à la fois de responsabilité (prôner l’apaisement) mais aussi d’écoute pour réduire l’injustice sociale : « Le gel des taxes qui nous est proposé aujourd’hui est une reconnaissance, mais c’est aussi un signe de responsabilité et de dialogue pour ouvrir enfin le temps des solutions à construire ensemble parce que, quand on est en colère, on cherche des coupables plutôt que des solutions. Cela peut être la faute de ceux d’avant, de ceux d’aujourd’hui, peut-être même de ceux de demain, mais ce dont nous avons besoin, c’est de solutions, c’est d’un nouveau contrat civil et social dans le pays. ».

Si le débat et les revendications évoluent des taxes sur les carburants (désormais supprimées) vers le rétablissement de l’ISF, nul doute qu’on touchera à un encore plus grand symbole. Le Président Jacques Chirac n’avait plus osé y retoucher après avoir supprimé l’IGF lors de la première cohabitation. Pourtant, tout le monde explique que cet impôt est inutile, voire pas rentable (cela coûte plus cher de le percevoir que ce que cela rapporte).

La raison donnée par le gouvernement a été que les 4 milliards d’euros de l’ISF seraient redistribués dans l’activité économique en France, dans des investissements. Eh bien, au bout de plus d’une année, qu’il le prouve ! Qu’il prouve que cet argent n’a pas été "lâché" sans résultat sur l’économie française, en sachant que sur l’emploi, il n’y a pas eu (encore) beaucoup d’impact à ce jour.

Étrangement, sa suppression (en ne laissant que la part immobilière, celle des "petits riches" qui ne peuvent pas quitter la France) n’a pas provoqué de "révolte" en 2017. Pourtant, il est aujourd’hui au centre des discussions. Emmanuel Macron, le Président prêt à se corriger, pourrait alors étonner s’il décidait finalement de revenir sur cette décision. Au conseil des ministres du 5 décembre 2018, il l’avait exclu formellement. Mais aujourd’hui, chaque jour est différent.

Le principal, c’est que la journée de samedi 8 décembre 2018 ne soit pas un bain de sang. Certains le souhaiteraient presque pour faire la révolution sans penser aux futures victimes, à leur famille, à leurs amis. L’esprit de responsabilité, c’est d’une part de prôner le calme, en tout cas pour tous ceux qui sont élus, parlementaires, qui ont une influence sur les gens. Et c’est d’autre part, pour le gouvernement, de montrer par des gestes forts qu’il a compris la détresse de ceux qui sont en colère et qui savent que la violence, dans tous les cas, ne résoudra rien.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 décembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gilets jaunes : angoisse versus raison.
Allocution du Premier Ministre Édouard Philippe le 4 décembre 2018 à Matignon (texte intégral).
Gilets jaunes : est-ce un soulèvement ?
La Révolution en deux ans.
Discours du Président Emmanuel Macron le 27 novembre 2018 à l’Élysée (texte intégral).
Gilets jaunes : Emmanuel Macron explique sa transition écologique.
Christophe Castaner, à l’épreuve du feu avec les "gilets jaunes".
L’irresponsabilité majeure des "gilets jaunes".
Gilets jaunes : démocratie des urnes et grognement des rues.
Les taxes sur les carburants compenseraient-elles la baisse de la taxe d'habitation ?
Le bilan humain très lourd de la journée des "gilets jaunes" du 17 novembre 2018.
Gilets jaunes, au moins un mort et plusieurs blessés : arrêtez le massacre !
Emmanuel Macron, futur "gilet jaune" ?
Le Mouvement du 17-novembre.
Emmanuel Macron.
Édouard Philippe.
La taxation du diesel.
L’écotaxe.
Une catastrophe écologique ?
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.
La COP21.
GIEC : la fin du monde en direct, prochainement sur vos écrans !
Vibrez avec la NASA …ou sans !
Le scandale de Volkswagen.

_yartiGiletsJaunesD04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181205-gilets-jaunes.html

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/gilets-jaunes-l-angoisse-versus-la-210379

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/12/06/36923049.html


 

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4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 13:52

Le Premier Ministre Édouard Philippe a annoncé les premières mesures d'urgence pour apaiser la situation provenant du mouvement des "gilets jaunes" depuis le 17 novembre 2018.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'allocution (fichier .pdf) :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2018/12/discours_de_m._edouard_philippe_premier_ministre_-_hotel_de_matignon_-_04.12.2018.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181202-gilets-jaunes.html


SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181204-allocution-edouard-philippe.html

 

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27 novembre 2018 2 27 /11 /novembre /2018 11:49

Concilier les fins de mois …avec la fin du monde !



_yartiMacron2018112702

Au Palais de l’Élysée à Paris, ce mardi 27 novembre 2018, pendant près d’une heure, le Président de la République Emmanuel Macron a présenté sa politique concernant la transition écologique, et a voulu l’associer à une "transition sociale". Prévu dès le 22 novembre 2018, ce discours, officiellement, n’était pas une réponse au mouvement des "gilets jaunes", mais implicitement, il a pour objectif de rassurer les inquiets et d’apaiser les "gilets jaunes" en colère.

Ceux qui considèrent qu’Emmanuel Macron n’a pas entendu ou n’a pas écouté les manifestants appelés "gilets jaunes" depuis une dizaine de jours seront de mauvaise foi. Celle de la manipulation politique, ce qui est de bonne guerre dans le jeu politicien mais qui ne fait rien avancer de constructif. Emmanuel Macron a voulu séparer les citoyens en colère ou inquiets pour leur pouvoir d’achat ou celui de leurs proches de ceux qui ont commis des actes d’extrême violence.

Il me semble qu’Emmanuel Macron a su habilement présenter sa politique. D’une part, en refusant de changer de cap (tout gouvernement qui renonce finit par perdre tant politiquement qu’électoralement), mais sans être aveugle pour autant de la détresse de nombreux citoyens (cette double idée était le "teasing" du porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux à l’issue du conseil des ministres du 26 novembre 2018). D’autre part, en apportant une vision à long terme de ce qu’il entreprend.

Je reviendrai dans un article ultérieur sur la pertinence ou pas d’une transition écologique. Ce n’est pas la question ici, ni dans cet article ni dans les propos présidentiels. La question ici n’est pas "pourquoi" mais "comment". Il est vrai que le "pourquoi" aurait mérité d’être posé avant le "comment", mais j’y reviendrai.

Emmanuel Macron a d’abord présenté son programme d’action pour la transition écologique, et ensuite, il a exprimé sa volonté de changer de méthode en prenant plus appui sur la "base", sur le "terrain", sur les "territoires", sur le "peuple". En somme, plus appui sur la "société civile".

J’approuve son programme de transition écologique car je le crois raisonnable, logique et anticipateur. Je n’approuve pas forcément sa nécessité (je le répète, c’est une autre question), mais s’il fallait en faire un, celui présenté ce 27 novembre 2018 me paraîtrait adapté.

Ainsi, sur le plan énergétique, Emmanuel Macron a annoncé la fermeture de toutes les centrales thermiques au charbon d’ici à 2022. Cela me paraît d’autant plus justifié que certains pays en ouvrent même de nouvelles (y compris parmi nos voisins), ce qui paraît effarant.

Il a annoncé 8 milliards d’euros (au lieu des 5 milliards d’euros actuellement) consacrés annuellement au développement des énergies renouvelables. Il a cité l’éolien (avec un parc marin au large de Saint-Nazaire) et le photovoltaïque. Il a aussi cité la géothermie et également l’hydraulique quand les conditions géographiques le permettent. Concernant les véhicules électriques, il a annoncé également un plan pour permettre à l’industrie française de fabriquer ses propres batteries.

_yartiMacron2018112703

Concernant le nucléaire, il m’a paru raisonnable et réaliste. Il a rappelé que l’énergie nucléaire était une énergie propre, décarbonée et économique. Il a cependant gardé le cap de la part du nucléaire réduite à 50% de la production d’électricité, mais en le repoussant dans le calendrier de 2025 à 2035. Dans son esprit, cela signifie surtout augmenter la production d’énergie renouvelable plus que réduire la production d’énergie nucléaire.

Concrètement sur le parc nucléaire, Emmanuel Macron a confirmé la fermeture des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim en 2020 et la fermeture de douze autres réacteurs nucléaires entre 2025 et 2035. Ce plan ne s’opposera pas aux éventuelles décisions de l’agence de régulation qui, pour des raisons de sécurité, préconiserait la fermeture de certains réacteurs.

De plus, Emmanuel Macron a considéré avec raison qu’il fallait absolument poursuivre la recherche sur le nucléaire et qu’il n’était pas question de réduire les budgets de la recherche sur ce sujet. Il a dit que la recherche serait aussi encouragée sur le stockage d’énergie car la production des énergies renouvelables (soleil, vent, eau) est intermittente et donc, tant qu’il n’y aura pas un moyen technologique de stocker l’électricité, les énergies renouvelables manqueront en efficacité comme solution écologique.

Emmanuel Macron a "hérité" d’une trentaine d’années de politique incohérente ou sans vision sur l’énergie et les "gilets jaunes" semblent vouloir lui faire porter la responsabilité de ses prédécesseurs. Néanmoins, il ne s’est pas caché derrière le passé et a largement accepté sa responsabilité puisque c’est lui qui est au pouvoir et qu’il est donc en mesure de faire changer les choses.

Il a souligné les injonctions paradoxales dans les revendications des "gilets jaunes" entre baisser voire supprimer les taxes et augmenter les services publics. Ce qu’il n’a pas rappelé, en revanche, c’est que le budget 2019 va avoir 100 milliards d’euros de déficit, soit 20 de plus qu’en 2018. La situation financière de la France est donc loin d’être assainie : on dépense toujours trop et c’est la raison pour laquelle le gouvernement ne veut pas céder sur les taxes.

Justement, sur les taxes sur les carburants, Emmanuel Macron a rappelé que ces taxes et ces augmentations de taxes ne proviennent pas de son action mais ont été décidées par ses prédécesseurs. Il les a cependant approuvées, sinon, il aurait eu les moyens de les supprimer. Il a repris l’idée des années 2000 de faire une taxe flottante qui serait réduite en cas d’augmentation forte du baril du pétrole et augmentée en cas de baisse, afin de lisser le prix à la pompe. C’était l’une des revendications des "gilets jaunes" qu’il a semblé donc reprendre à son compte. Il compte mettre en place ce mécanisme dans trois mois, ce qui ne dit rien sur l’augmentation prévue au 1er janvier 2019.

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Trois mois, c’est le temps aussi qu’Emmanuel Macron se donne pour faire une large consultation avec tout le monde, tous les partis, les associations, les syndicats, les acteurs sociaux et économiques, et donc, il a laissé la possibilité aux "gilets jaunes" de venir aussi débattre, pour accompagner socialement cette transition écologique et rendre compatible les préoccupations de fins de mois avec celles de la "fin du monde". Il faut que les inégalités économiques ne soient pas renforcées par la transition écologique.

J’aurais fustigé cette expression très exagérée du "fin du monde" (indépendamment de l’exagération planétaire, même la fin de la Terre ne signifierait pas la fin du monde, ou alors, la conception du monde serait très restreinte alors qu’on a déjà découvert des centaines de milliards d’amas de galaxies), si je n’avais pas compris que c’était évidemment un "clin d’œil" présidentiel à son ancien ministre Nicolas Hulot qui avait évoqué cette problématique de "fin du monde" et de "fins de mois" dans sa prestation à "L’émission politique" sur France 2 le 22 novembre 2018.

Emmanuel Macron n’a pas détaillé les moyens d’organiser cette grande consultation nationale, ce sont Édouard Philippe et François de Rugy qui sont chargés de ce travail, mais il est clair qu’il a compris que la transition écologique devait être un mouvement qui soit acceptable par la grande majorité des citoyens, et que des mesures sociales doivent forcément accompagner les mesures ambitieuses sur la manière de se déplacer ou de se chauffer, la manière de produire étant plutôt réservée aux entreprises qui ont d’autres préoccupations que la seule "fin du mois".

Ainsi, au-delà des aides déjà créées comme l’aide à la conversion et le chèque énergie, on peut imaginer (je m’avance car ce n’est qu’une suggestion personnelle) que l’État puisse garantir des emprunts à taux faible voire zéro pour l’acquisition d’un véhicule considéré comme "propre" ou pour des travaux de rénovation du logement pour réduire les déperditions calorifiques.

Personne ne peut reprocher à Emmanuel Macron de prendre des décisions. On lui aurait reproché tout autant de n’en prendre aucune si cela avait été le cas. En revanche, il ne doit plus prendre de décisions hors-sol. En ce sens, il semble avoir compris qu’il faut impliquer le peuple dans sa politique. La leçon de l’hiver 1995-1996 doit être acquise.

Ceux qui considéreront qu’accepter la concertation que le gouvernement propose serait un acte de trahison du mouvement des "gilets jaunes" seront les vrais manipulateurs de la crise actuelle. Le Président de la République propose une ouverture à la discussion, la refuser serait incohérent de la part de ceux qui, légitimement, se sentent rejetés par la société actuelle et par la politique nationale actuelle, se sentent incompris, se sentent peu écoutés. La concertation que propose Emmanuel Macron est donc l’occasion idéale pour que toute cette détresse sociale réelle remonte jusqu’aux oreilles des gouvernants.

Mais cette solution est une solution de construction. Ce n’est pas forcément l’objectif de certains responsables politiques qui, aux extrêmes, ont misé sur l’échec d’Emmanuel Macron, au risque de miser sur l’échec de la France et des Français…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 novembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours du Président Emmanuel Macron le 27 novembre 2018 à l’Élysée (texte intégral).
Gilets jaunes : Emmanuel Macron explique sa transition écologique.
Christophe Castaner, à l’épreuve du feu avec les "gilets jaunes".
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Le Mouvement du 17-novembre.
Emmanuel Macron.
Édouard Philippe.
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Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
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_yartiMacron2018112704



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https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/gilets-jaunes-emmanuel-macron-210011

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