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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 06:15

« Nous avons introduit une nouvelle norme de transparence et d’inclusion dans le processus de nomination qui a également le potentiel d’influer sur le résultat final de la sélection du Secrétaire Général. » (Mogens Lykketoft, Président en exercice de l’Assemblée Générale de l’ONU, conférence du presse du 14 avril 2016).


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Le second mandat du Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-Moon s’achève le 1er janvier 2017. Pour la première fois, une procédure un peu moins opaque a été mise en place pour la désignation de son successeur. Il s’est agi de demander un dépôt de candidature publiquement affiché (CV et lettre de motivation) puis d’entendre chaque candidat, de manière informelle, au cours d’auditions retransmises publiquement en direct. Les premières auditions ont eu lieu en avril 2016.

Formellement, ce sont les quinze membres du Conseil de Sécurité de l’ONU (dont cinq avec droit de veto) qui proposent un candidat dont le choix devra être ratifié en décembre 2016 par l’Assemblée Générale de l’ONU représentant les 193 pays membres. Pour identifier le bon candidat, l’instance décisionnelle a procédé à une série de six scrutins indicatifs de juillet à octobre.

Ce mercredi 5 octobre 2016, le choix définitif s’est porté sur l’ancien Premier Ministre portugais (socialiste) Antonio Guterres, et cela malgré la position de l’actuel Secrétaire Général Ban Ki-Moon qui tenait à ce que son successeur fût une femme. Une position sans précédent puisque aucun de ses prédécesseurs ne s’était permis d’émettre la moindre recommandation sur le choix de son successeur. C'est la pemière fois qu'un ancien chef de gouvernement deviendra Secrétaire Général de l'ONU.


Antonio Guterres

Antonio Guterres (67 ans), qui parle couramment espagnol, français et anglais, a reçu une formation scientifique avant de s’engager en politique au sein du Parti socialiste portugais et se fit élire député le 25 avril 1976 à l’âge de 26 ans. Il s’intégra rapidement dans la direction de son parti et de son groupe parlementaire dont il prit la présidence en 1988. Après la déroute socialiste aux élections législatives du 6 octobre 1991, il réussit à se faire élire secrétaire général du Parti socialiste le 23 février 1992 avec une large majorité de délégués. Il est devenu chef de l’opposition pendant quelques années jusqu’à sa victoire aux élections législatives du 1er octobre 1995 avec le meilleur résultat de son parti depuis 1975 (112 sièges sur 230 et 43,8% des voix).

Antonio Guterres fut alors Premier Ministre portugais du 28 octobre 1995 au 6 avril 2002. S’il fut reconduit après une nouvelle victoire aux élections législatives du 10 octobre 1999, l’échec de son parti aux élections locales du 16 décembre 2001 a mis fin à son leadership gouvernemental. Il démissionna pour laisser la tête du gouvernement à …José Manuel Barroso. Parallèlement, succédant à l’ancien Premier Ministre français Pierre Mauroy, il fut élu président de l’Internationale socialiste du 10 novembre 1999 au 15 juin 2005 et abandonna ce mandat au futur Premier Ministre grec Giorgos Panpandréou (qui est toujours à ce poste à ce jour).

Pressenti pour devenir le candidat socialiste à l’élection présidentielle du 22 janvier 2006, Antonio Guterres renonça à la vie politique portugaise lorsqu’il fut proposé, le 24 mai 2005, par Kofi Anna, Secrétaire Général de l’ONU, pour devenir le Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés (succédant à l’ancien Premier Ministre néerlandais Ruud Lubbers). Antonio Guterres occupa ce haut poste à responsabilité internationale pendant deux mandats, du 15 juin 2005 au 31 décembre 2015.

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Il se trouva ainsi confronté aux enjeux majeurs du monde actuel, en particulier la crise des réfugiés en Europe, à la guerre civile en Syrie et aux problèmes que le changement climatique entraîne, en particulier sur les mouvements de populations. Cette très bonne connaissance de ces sujets d’actualité majeurs ainsi que la très bonne connaissance des rouages des institutions de l’ONU ont été les atouts majeurs de sa candidature au Secrétariat Général de l’ONU qui le rend immédiatement opérationnel dans cette fonction.

À la fin de ses deux mandats au Haut commissariat, la candidature d’Antonio Guterres était de nouveau évoquée pour l’élection présidentielle du 24 janvier 2016 au Portugal avec une position de favori. Mais celui-ci renonça de nouveau et fut formellement le candidat de son pays au Secrétariat Général de l’ONU le 29 février 2016.


Les treize candidatures retenues

Reprenons toute la procédure qui a abouti à la désignation d’Antonio Guterres. Par une motion votée en septembre 2015 par l’Assemblée Générale de l’ONU, la procédure se voulait beaucoup moins opaque que dans le passé.

Dans un premier temps, la démarche transparente voulait que les candidatures soient explicitement déclarées. Le choix s’est donc fait sur douze (en fait treize) candidats. Au début, douze candidats avaient postulé, six hommes et six femmes, dont huit sont originaires de l’Europe centrale ou orientale.

J’en ai déjà présenté neuf d’entre eux précédemment : Irina Bokova (déclarée le 11 février 2016 par la Bulgarie), Vesna Pusic (déclarée le 14 janvier 2016 par la Croatie), Natalia Gherman (déclarée 19 février 2016 par la Moldavie), Igor Luksic (déclaré le 15 janvier 2016 par le Monténégro), Danilo Turk (déclaré le 9 février 2016 par la Slovénie), Srgjan Kerim (déclaré le 30 décembre 2015 par la Macédoine), Helen Clark (déclarée le 5 avril 2016 par la Nouvelle-Zélande), Antonio Guterres (déclaré le 29 février 2016 par le Portugal) et Vuk Jeremic (déclaré le 12 avril 2016 par la Serbie).

Trois autres candidatures ont été présentées depuis le printemps : Susana Malcorra (déclarée le 23 mai 2016 par l’Argentine), Miroslav Lajcak (déclaré le 25 mai 2016 par la Slovaquie) et Christiana Figueres (déclarée le 7 juillet 2016 par le Costa Rica). À ces candidatures, il faut rajouter celle de Kristalina Gueorguieva (déclarée le 28 septembre 2016) par la Bulgarie en remplacement de son soutien à Irina Bukova.

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Par ailleurs, deux autres candidatures ont été présentées, celle de Kevin Rudd en avril 2016 et celle d’Aminata Traoré le 1er juin 2016, mais elles ont été toutes les deux rejetées car elles n’ont pas été soutenues par leur gouvernement respectif.

Kevin Rudd (59 ans), diplomate australien, fut Premier Ministre d’Australie (travailliste) du 3 décembre 2007 au 24 juin 2010 et du 27 juin 2013 au 18 septembre 2013, et Ministre australien des Affaires étrangères du 14 septembre 2010 au 21 février 2012. Aminata Dramane Traoré (69 ans) écrivaine malienne, fut Ministre malienne de la Culture de 1997 à 2000, .altermondialiste favorable à Robert Mugabe.


10. Susana Malcorra (62 ans) d’Argentine

Après des études scientifiques, Susana Malcorra travailla pour IBM puis Telecom Argentina dont elle fut la directrice générale en 2001. Directrice exécutive adjointe du Programme alimentaire mondiale en 2004, elle fut nommée en mars 2008  sous-secrétaire générale de l’ONU par Ban Ki-Moon, avant d’être nommée en mars 2012 chef de cabinet du Bureau exécutif de l’ONU. Depuis le 10 décembre 2015, elle est la Ministre argentine des Affaires étrangères, nommée le 24 novembre 2015 par le Président Mauricio Macri, élu le 22 novembre 2015 avec 51,3% des voix pour succéder à Cristina Kirchner.


11. Miroslav Lajcak (53 ans) de Slovaquie

Diplomate slovaque, Miroslav Lajcak a occupé notamment le poste d’ambassadeur de Slovaquie à Tokyo de 1994 à 1998, et d’ambassadeur à Belgrade de 2001 à 2007. Il fut désigné Haut Représentant international en Bosnie-Herzégovine du 2 juillet 2007 au 28 février 2009 (poste issu des Accords de Dayton signé le 14 décembre 1995 à Paris). Comme indépendant, il fut nommé Ministre slovaque des Affaires étrangères du 26 janvier 2009 au 8 juillet 2010 et depuis le 4 avril 2012 (avec le titre de Vice-Président du Gouvernement du 4 avril 2012 au 23 mars 2016) dans les trois gouvernements de Robert Fico (social-démocrate).


12. Christiana Figueres (60 ans) de Costa Rica

Après des études d’anthropologie sociale, Christiana Figueres a été recrutée comme fonctionnaire sur l’aide au développement et la coopération internationale. Depuis 1995, elle a fait partie des négociatrices lors des discussions internationales sur le changement climatique. Depuis le 7 mai 2010, elle est la secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

Par ailleurs, son père, José Figueres Ferrer, a été Président de la République du Costa Rica trois fois, du 8 mai 1948 au 8 novembre 1949, du 8 novembre 1953 au 7 mai 1958 et du 8 mai 1970 au 8 mai 1974, son frère aîné, José Maria Figueres Olsen, a été, lui aussi, Président de la République du Costa Rica du 8 mai 1994 au 8 mai 1998, et sa mère, Karen Olsen Beck, a été ambassadrice du Costa Rica à Tel-Aviv en 1982, puis élue députée de 1990 à 1994.


13. Kristalina Gueorguieva (63 ans) de Bulgarie

Économiste bulgare, Kristalina Gueorguieva est une spécialiste universitaire des économies de transition environnementale, et a travaillé à la Banque mondiale. Pressentie comme numéro deux du gouvernement bulgare de Boïko Borissov chargée de l’Économie et de l’Énergie après les élections législatives du 5 juillet 2009, elle fut finalement nommée commissaire européenne le 10 février 2010, chargée de la Coopération internationale, de l’Aide humanitaire et de la Réaction aux crises, puis, après avoir été citée en juin 2014 pour devenir Haut Représentant de l’Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, elle a été reconduite à la Commission Européenne (présidée par Jean-Claude Juncker) le 10 septembre 2014, comme Vice-Présidente chargée du Budget et des Ressources humaines.


Le choix du Conseil de Sécurité

Le Conseil de Sécurité a procédé à six scrutins indicatifs à bulletin secret pendant tout l’été et début d’automne, en faisant pour chaque candidat un total des voix favorables, neutres ou défavorables (plus exactement, "encouragement", "sans opinion", "découragement").

Le Conseil de Sécurité est composé de quinze membres, cinq membres permanents avec droit de veto (la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie), et dix autres élus tous les deux ans, en 2016 : l’Angola, l’Égypte, l’Espagne, le Japon, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, le Sénégal, l’Ukraine, l’Uruguay et le Venezuela.

L’idée de ces scrutins indicatifs était, d’une part, de voir si une candidature se dégageait nettement des autres, et d’autre part, d’éliminer des candidatures visiblement rejetées par une grande majorité des membres ou par au moins un membre permanent qui a le droit de veto.

Il était tacitement convenu que le poste reviendrait à un citoyen européen (il y a traditionnellement une rotation entre les continents). Or, il était particulièrement adapté que ce fût un citoyen de l’Europe centrale ou orientale, zone qui a été libérée du joug soviétique il y a vingt-cinq ans et qui n’avait encore jamais participé à l’administration des Nations Unies. De plus, il aurait été pertinent également que le candidat retenu fût une candidate, qui aurait été alors la première femme désignée à la tête de l’ONU depuis soixante et onze ans (et huit secrétaires généraux).

La logique aurait donc voulue que choix se portât sur la candidate au plus grand potentiel, Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco. Soutenue par la Russie, sa candidature a été régulièrement rejetée, au fil des scrutins indicatifs, par les États-Unis car elle avait introduit l’Autorité palestinienne au sein de l’Unesco comme 195e membre à part entière le 31 octobre 2011.


Les cinq premiers scrutins indicatifs

Dès le premier scrutin indicatif du 21 juillet 2016, la candidature d’Antonio Guterres s’est détachée nettement avec 12 voix favorables, et 3 neutres (aucun défavorable). Juste après lui, Danilo Turk (11 voix favorables mais 2 défavorables), puis Irina Bokova (9 favorables, 4 défavorables), Vuk Jeremic, etc.

Vesna Pusic, dernière candidate (seulement 2 voix favorables et 11 défavorables, dont forcément au moins 1 voix défavorable qui a droit de veto), a renoncé à sa candidature.

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Le deuxième scrutin indicatif du 5 août 2016 a placé de nouveau Antonio Guterres en tête, mais avec seulement 11 voix favorables et aussi 2 voix défavorables. Vuk Jeremic, Susana Malcorra et Danilo Turk sont arrivés après lui, puis Irina Bokova en cinquième position avec un score encore plus faible qu’au premier scrutin, 7 voix favorables et 7 voix défavorables.

Dernier de ce scrutin, Igo Luksic a lui aussi renoncé à sa candidature.

Au troisième scrutin indicatif du 29 août 2016, Antonio Guterres est resté premier mais avec un résultat qui a continué à s’effriter, 11 voix favorables et 3 défavorables. Ensuite, en deuxième est placé Miroslav Lajcak avec 9 voix favorables et 5 défavorables. Irina Bokova s’est retrouvée troisième ex æquo avec 7 voix favorables et 5 défavorables.

Au quatrième scrutin indicatif du 9 septembre 2016, Irina Bokova (qui était la favorite initialement) n’a pas changé son score mais sa place, cinquième. Vuk Jeremic est remonté en troisième place, avec 9 voix favorables et 4 défavorables, juste derrière Miroslav Lajcak, mais Antonio Guterres a encore dominé le vote avec 12 voix favorables et 2 défavorables.

Classée avant-dernière, Christina Figueres, avec 5 voix favorables et 10 défavorables, a jeté l’éponge. Pas Natalia Gherman, pourtant dernière des deux précédents scrutins avec 12 puis 11 voix défavorables (dont au moins 2 puis 1 voix avec droit de veto). Comme on le voit, certains États ont cherché un candidat d’Europe centrale ou orientale à faire concurrence à Antonio Guterres dont la brillante audition avait impressionné la plupart des présents.

La procédure est devenue de moins en moins transparente durant septembre 2016 à cause de la proximité de la tenue de l’Assemblée Générale de l’ONU qui a donné l’occasion de faire des marchandages qui n’avaient rien à voir le poste de Secrétaire Général de l’ONU.

Au cinquième scrutin indicatif du 26 septembre 2016, Antonio Guterres a encore atteint la première place avec 12 voix favorables et 2 défavorables, et Miroslav Lajcak et Vuk Jeremic sont arrivés deuxième et troisième avec 8 votes favorables chacun. La candidature d’Irina Bokova, elle, a chuté à l’avant-dernière place avec 6 voix favorables et 7 défavorables.


Le scrutin décisif du 5 octobre 2016

Voyant que la candidature d’Irina Bokova n’avait plus aucune chance, la Bulgarie a préféré renoncer à la soutenir le 28 septembre 2016. Encouragée par la Chancelière allemande Angela Merkel, la candidature non déclarée initialement de l’actuelle commissaire européenne bulgare Kristalina Gueorgieva, docteur en économie, n’a finalement pas reçu le soutien attendu.

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Pour le sixième et dernier vote indicatif du 5 octobre 2016, les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité ont pu utiliser leur droit de veto : la couleur des bulletins (restés secrets) est différente selon les membres permanents et les autres, les scrutins précédents n’avaient pas fait la distinction.

Finalement, Antonio Guterres a reçu 13 voix favorables (dont 4 membres permanents) et 1 membre permanent a émis une voix neutre sur les deux neutres restantes, donc aucune voix et notamment aucun veto ne s’est opposé à sa candidature, ce qui rend définitive sa future désignation.

Car toutes les autres candidatures ont chuté, Vuk Jeremic et Miroslav Lajcak, deuxièmes ex æquo, n’ont recueilli que 7 voix favorables contre 6 défavorables, Irina Bokova, qui s’est malgré tout maintenue, est arrivée en quatrième position avec un même nombre de voix favorables et défavorables (7), et les autres ont recueilli plus de voix défavorables que favorables.


Un candidat de consensus

La Russie a voté en faveur du candidat portugais et son ambassadeur Vitali Tchourkine, président actuel du Conseil de Sécurité, lui a même souhaité bon courage : « Nous souhaitons tout le bien à M. Guterres en s’acquittant de ses devoirs de Secrétaire Général des Nations Unies ces cinq prochaines années. ».

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Il n’est pas évident que la procédure de désignation du futur Secrétaire Général de l’ONU fût aussi transparente que voulue initialement, mais elle l’a été certainement bien plus que les fois précédentes. Aucune femme n’a pu encore accéder à ce poste, malgré les candidates compétentes qui se sont présentées cette fois-ci, et c’est regrettable.

Antonio Guterres, qui avait décliné l’offre d’être élu Président de la République du Portugal en début janvier 2016 (il aurait été le grand favori), a su montrer une très bonne connaissance des institutions onusiennes et sera probablement très opérationnel dès sa prise de fonction pour agir sur les sujets brûlants d’aujourd’hui, à savoir, la guerre civile en Syrie, la crise des réfugiés en Europe et le changement climatique. Il faut espérer qu’il aura l’énergie de mener l’ONU vers des actions utiles et efficaces.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Antonio Guterres.
Les candidats au Secrétariat Général de l'ONU.
Ban Ki-Moon.
Boutros Boutros-Ghali.
Kurt Waldheim.
La COP21.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161005-antonio-guterres.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/antonio-guterres-choisi-secretaire-185405

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/10/11/34413476.html

 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Politique internationale
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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 06:04

L’Assemblée Générale de l’ONU a amorcé des "dialogues publics informels" avec les candidats à la fonction de Secrétaire Général de l’ONU. Quatre femmes et cinq hommes se sont portés candidats mais le Conseil de Sécurité pourrait néanmoins recommander une autre personne.


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Postuler à la tête des Nations Unies se fait désormais comme pour postuler à un emploi ordinaire, c’est-à-dire avec une candidature présentant son CV et ses motivations ainsi qu’un entretien de recrutement.

La procédure mise en place par le Danois Mogens Lykketoft, Président de l’Assemblée Générale de l’ONU depuis le 15 septembre 2015, paraîtrait normale et habituelle dans un pays à la tradition démocratique, et pourtant, elle est exceptionnelle, elle est nouvelle, et elle préfigure peut-être une nouvelle étape dans l’histoire des Nations Unies.

En effet, pour la première fois dans la création de l’ONU, la désignation du prochain Secrétaire Général dont le mandat commencera le 1er janvier 2017, à l’expiration de celui de Ban Ki-Moon, se fera avec une plus grande transparence. Jusqu’à maintenant, c’était le Conseil de Sécurité (15 membres) qui désignait de manière très arbitraire et discrétionnaire le candidat qui était ensuite ratifié par l’Assemblée Générale. Cette désignation était le résultat d’un processus très opaque, de négociations obscures, de combinaisons secrètes.

Cette année, la méthode va être ouverte et publique. D’abord dans la déclaration de candidatures, ensuite dans la défense de celles-ci devant les représentants des nations, et enfin, peut-être, dans la désignation finale. Un vote sera peut-être même explicitement organisé.

C’est dans cet esprit que l’Assemblée Générale de l’ONU a pu écouter les neuf candidats déclarés au cours de trois journées d’auditions du 12 au 14 avril 2016. Pour chaque candidat, traité de façon identique, l’audition a duré deux heures et s’est déroulé de la même manière : une présentation orale du candidat et de ses propositions pour faire face aux défis actuels, ensuite, les réponses aux questions des États membres et de la "société civile".

Au total, les neuf candidats ont répondu à environ 800 questions devant une assemblée représentée par presque tous les pays membres de l’ONU : « Mon impression est que, durant ma courte expérience à l’ONU, au cours des derniers mois, nous n’avons jamais eu des discussions aussi franches et substantielles sur l’avenir des Nations Unies que celles que nous avons eues lors de ces dialogues informels. (…) Nous avons parlé des vertus et des défauts de l’ONU ; et les candidats ont présenté un grand nombre de points de vue intéressants sur la façon d’améliorer encore plus notre façon de faire les choses. » (Mogens Lykketoft le 14 avril 2016).

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Neuf candidats (dont quatre femmes) se sont pour l’instant fait connaître pour succéder à Ban Ki-Moon. J’ai présenté dans un précédent article les six premières candidatures et je présenterai ci-dessous les trois candidatures complémentaires dont une déclarée le première jour des auditions. La procédure qualifiée de révolutionnaire, d’historique et d’inédite étant informelle, rien n’empêchera la déclaration d’autres candidatures ultérieurement, et leur audition aura alors lieu, le cas échéant, au cours de nouvelles séances de dialogues informels.

Le programme des auditions fut le suivant.

Mardi 12 avril 2016 : Igor Luksic, Irina Bokova et Antonio Guterres.
Mercredi 13 avril 2016 : Danilo Turk, Vesna Pusic et Natalia Gherman.
Jeudi 14 avril 2016 : Vuk Jeremic, Helen Clark et Srgjan Kerim.


7. Helen Clark (66 ans) de Nouvelle-Zélande

Engagée contre la guerre du Vietnam, Helen Clark a adhéré au Parti travailliste en 1974 et échoua dans une élection locale en 1975 à Auckland. Elle se fit élire députée à l’âge de 31 ans, le 28 novembre 1981 et a été sans cesse réélue jusqu’à sa démission le 17 avril 2009 en raison de ses responsabilités à l’ONU. Elle fut nommée Ministre de 1984 à 1990 dont Ministre de la Santé dans le gouvernement de David Lange le 30 janvier 1989 avec le titre de Vice-Premier Ministre à partir du 8 août 1989 jusqu’au 2 novembre 1990 dans les gouvernements de Geoffrey Palmer et Mike Moore. Détrônant ce dernier à la tête du Parti travailliste, elle fut la chef de l’opposition du 1er décembre 1993 au 5 décembre 1999.

Ayant gagné les élections législatives trois fois, le 27 novembre 1999 (38,7% des voix et 49 sièges sur 120) face à la Premier Ministre sortant Jenny Shipley, le 27 juillet 2002 (41,3% des voix et 52 sièges sur 120) et le 17 septembre 2005 (41,1% des voix et 50 sièges sur 121). Helen Clark est devenue Premier Ministre de Nouvelle-Zélande du 5 décembre 1999 au 19 novembre 2008. Elle échoua aux élections du 8 novembre 2008 en ne recueillant que 34,0% des voix, soit 43 sièges sur 122, face à John Key et son Parti national (44,9% des voix et 58 sièges). Depuis le 17 avril 2009, elle est administratrice du Programme de développement des Nations Unies, comprenant un budget de 5 milliards de dollars et la gestion de 6 500 employés (la 3e position la plus importante au sein de l’ONU). Le magazine "Forbes" l’a classée 20e femme la plus puissante du monde en 2006 (et 23e en 2014). Le 4 avril 2016, elle a annoncé sa candidature.


8. Antonio Guterres (67 ans) du Portugal

Après des études d’électronique, Antonio Guterres s’est engagé au Parti socialiste en 1973 et se fit élire député le 25 avril 1976 à l’âge de 27 ans. Après avoir présidé deux commissions parlementaires, il fut élu président du groupe parlementaire socialiste (dans l’opposition) en 1988. Après une nouvelle défaite du Parti socialiste le 6 octobre 1991, il s’empara de la direction du parti (Jorge Sampaio qui fut ensuite Président de la République du 9 mars 1996 au 9 mars 2006) en se faisant élire secrétaire général le 23 février 1992. Après une opposition au gouvernement social-démocrate d’Anibal Cavaco Silva, les socialistes ont gagné les élections législatives du 1er octobre 1995 avec 43,8% des voix et 112 sièges sur 230. Antonio Guterres fut désigné Premier Ministre du Portugal du 5 octobre 1995 au 6 avril 2002. Il remporta une nouvelle victoire aux élections législatives du 10 octobre 1999 avec 44,1% des voix et 115 sièges sur 230.

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La défaite des socialistes aux élections municipales du 16 décembre 2001 a conduit Antonio Guterres à annoncer son retrait du gouvernement le soir même du scrutin et aussi à démissionner de la direction de son parti le 20 janvier 2002 (annoncé le 18 décembre 2001). Il ne fut pas candidat aux élections législatives anticipées du 17 mars 2002 qui fut une défaite pour les socialistes (37,8% des voix et 96 sièges sur 230) et une victoire pour les sociaux-démocrates (40,2% des voix et 105 sièges) de José Manuel Barroso nommé Premier Ministre du 6 avril 2002 au 17 juillet 2004. Il fut pressenti quelques temps pour être le candidat socialiste à l’élection présidentielle du 14 janvier 2006 puis à l’élection présidentielle du 24 janvier 2016. Fort de sa seconde victoire électorale, Antonio Guterres succéda à Pierre Mauroy le 10 novembre 1999 à la présidence de l’Internationale socialiste jusqu’au 15 juin 2005 qu’il laissa à Giorgos Papandréou. En effet, le 15 juin 2005, il fut nommé par Kofi Annan Haut-commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés, reconduit par Ban Ki-Moon en 2010 jusqu’au 31 décembre 2015. Sa candidature au Secrétariat Général de l’ONU fut annoncée le 29 février 2016 et a reçu le soutien, outre du gouvernement portugais, du gouvernement français (le 18 avril 2016).


9. Vuk Jeremic (40 ans) de Serbie

Après des études de physique théorique à Cambridge et d’administration publique à Harvard, Vuk Jeremic collabora à la City de Londres dans plusieurs banques dont la Deutsche Bank. Se rapprochant de certains ministres yougoslaves après la chute de Slobodan Milosevic le 5 octobre 2000, il continua, comme conseiller en politique étrangère entre juillet 2004 et mai 2007, sa collaboration avec Boris Tadic devenu Président de la République de Serbie du 11 juillet 2004 au 4 avril 2012.

Vuk Jeremic fut ensuite nommé Ministre serbe des Affaires étrangères du 15 mai 2007 au 27 juillet 2012, ayant eu notamment à gérer la proclamation d’indépendance du Kosovo le 17 février 2008. Il fut élu le 8 juin 2012 par 99 délégués contre 85 à l’ambassadeur de Lituanie Dalius Tchekuolis, à la Présidence de la 67e session de l’Assemblée Générale de l’ONU, en fonction du 18 septembre 2012 au 17 septembre 2013 (un autre serbe candidat également au poste de Secrétaire Général, Srgjan Kerim, présida l’Assemblée Générale de l’ONU cinq ans plus tôt). Vuk Jeremic fut également élu député serbe le 6 mai 2012 (et exclu du Parti démocratique le 14 février 2013). Sa candidature au Secrétariat Général de l’ONU fut annoncée par le gouvernement serbe le 12 avril 2016.


10. Autres candidatures…

Beaucoup de noms ont circulé sur d’autres possibles candidats qui ne se sont pas déclarés. On peut citer entre autres Dilma Rousseff, la Présidente de la République du Brésil dont la destitution probable lui apporterait un handicap majeur, Michelle Bachelet, l’actuelle Présidente de la République du Chili, Federica Mogherini, l’actuelle Haute Représentante de la politique étrangère et de sécurité de l’Union Européenne (et ancienne Ministre italienne des Affaires étrangères), Helle Thorning-Schmidt, ancienne Premier Ministre du Danemark, Janos Ader, actuel Président de la République de Hongrie, et même Angela Merkel, Chancelière allemande.


Pronostic ?

Lorsque j’ai rédigé mon premier article sur le sujet, le 3 mars 2016 (où j’avais présenté les six premiers candidats), j’avais envisagé un avantage à Irina Bokova parce qu’elle avait des compétences dans la gestion d’une organisation des Nations unies, qu’elle était une femme (il n’y en a jamais eu et c’est donc un grand retard pour l’institution) et qu’elle était originaire d’un pays d’Europe centrale et orientale (de l’ex-bloc soviétique).

Toutefois avec les trois autres candidatures, il est possible que la Néo-zélandaise Helen Clark soit la plus indiquée pour le poste de Secrétaire Général de l’ONU dans la mesure où elle a été à la tête d’un exécutif national pendant neuf ans, qu’elle a une expérience dans la gestion de programmes internationaux de grande importance et qu’elle provient d’un continent qui n’a jamais été choisi pour la tête de l’ONU.

Dans tous les cas, les enjeux de désignation peuvent encore rester assez flous et la décision risque encore d’être prise de manière opaque. Mais ce risque a été réduit avec cette procédure historique d’auditions publiques.

Dans sa conférence du presse du 14 avril 2016, Mogens Lykketoft l’a ainsi formulé : « Nous avons introduit une nouvelle norme de transparence et d’inclusion dans le processus de nomination qui a également le potentiel d’influer sur le résultat final de la sélection du Secrétaire Général. ».

L’avenir dira si cette procédure aura eu une influence ou pas sur le Conseil de Sécurité, d’autant plus que la haute qualité et la stature des différents protagonistes a d’ores et déjà apporté une belle valorisation de l’ONU.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 mai 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Neuf candidats.
Ban Ki-Moon.
Boutros Boutros-Ghali.
Kurt Waldheim.
La COP21.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160416-onu-B.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/onu-neuf-candidats-pour-un-180579

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/05/04/33758800.html


 

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 06:35

Une femme parviendra-t-elle à devenir un jour Secrétaire Générale des Nations Unies ?


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L’actuel Secrétaire Général de l’ONU, le Sud-coréen Ban Ki-Moon, terminera son second mandat de cinq ans à la tête de l’ONU le 31 décembre 2016. Rien ne l’empêcherait de postuler à un troisième mandat mais son âge (71 ans) et la coutume font qu’il ne sera pas candidat.

Parlant le français et l’anglais, Ban Ki-Moon est un diplomate de grand talent. En 1962, il avait gagné un concours parrainé par la Croix-Rouge et avait pu s’envoler aux États-Unis où il a pu rencontrer le Président américain John Kennedy. Diplômé en relations internationales à l’Université de Séoul (1970) et à Harvard (1975), il est devenu diplomate sud-coréen à l’ONU dès 1978. Après avoir travaillé longuement dans les relations entre la Corée du Sud et l’ONU, il fut en 1996 le conseiller à la sécurité national de Kim Young-Sam, Président de la République sud-coréenne du 25 février 1993 au 25 février 1998 (mort récemment, le 22 novembre 2015).

Il fut directeur de cabinet de Han Seung-Soo (futur Premier Ministre sud-coréen du 29 février 2008 au 28 septembre 2009), à la Présidence de l’Assemblée générale des Nations Unies en 2001-2002, au moment où les Nations Unies reçurent le Prix Nobel de la Paix 2001, et il fut ensuite nommé Ministre sud-coréen des Affaires étrangères du 17 janvier 2004 au 10 novembre 2006. Il quitta ce ministère pour l’ONU, puisqu’il fut élu par acclamations par l’Assemblée générale des Nations Unies le 13 octobre 2006 et fut réélu par acclamations le 21 juin 2011. Il y avait eu sept candidats à la succession de Kofi Annan (dont la Présidente de Lettonie Vaira Vike-Freiberga) et Ban Ki-Moon n’était pas celui qui était le mieux placé lorsqu’il avait fait acte de candidature en février 2006. Son premier mandat a commencé le 1er janvier 2007 après avoir prêté serment le 14 décembre 2006.

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Depuis neuf ans qu’il est à la tête de l’ONU, Ban Ki-Moon n’a jamais raté une occasion de réaffirmer les valeurs qui ont présidé à la création des Nations Unis notamment sur la démocratie et la paix, en publiant beaucoup de communiqués qui, souvent, laissent le goût très amer de l’impuissance d’un ministère de la parole. C’est particulièrement le cas lorsqu’il condamne les très nombreux attentats meurtriers perpétrés non seulement au Proche et Moyen-Orient mais aussi dans tous les autres pays du monde, et notamment en France lors des attentats du 13 novembre 2015.

Ainsi, à minuit cinquante dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015, alors que la tuerie au Bataclan n’était pas encore achevée, un communiqué de presse énonçait doctement qu’il « a exigé la libération immédiate des nombreuses personnes qui auraient été prises en otage dans le théâtre du Bataclan ». Ce type d’incantation fait tristement penser à un film pourtant humoristique, "Mars Attacks !" où un négociateur français croit encore pouvoir obtenir la paix auprès des cyniques envahisseurs martiens.

Je suis critique mais je dois reconnaître aussi qu’il ne faut pas sous-estimer les incantations dans une société où règne la communication par excellence, grâce notamment aux moyens technologiques modernes. Ces phrases qui peuvent être de simples bouteilles à la mer sont désormais lues par beaucoup de monde sur Internet et peuvent faire évoluer la conscience des peuples sinon de leurs dirigeants.


Procédure pour la succession

C’est le vendredi 26 février 2016 que le Danois Mogens Lykketoft, qui est le Président de l’Assemblée générale de l’ONU depuis le 15 septembre 2015, a annoncé qu’il allait proposer aux candidats à la succession de Ban Ki-Moon « d’avoir un dialogue informel avec l’Assemblée Générale ». Il a en effet envoyé une lettre à chaque État membre le 25 février 2016 et il souhaite organiser les rencontres avec les candidats dans un mois, du 12 au 14 avril 2016 : « Ces rencontres permettront aux candidats de présenter leur candidature et aux États membres de poser des question. Nous allons demander aux candidats de fournir une déclaration courte sur leur vision que mon bureau fera circuler auprès des États membres et du grand public. ». Cette volonté très nouvelle de grande transparence dans le choix du futur Secrétaire Général rendra ces débats publics et ceux-ci seront diffusés sur Internet. Une première donc dans une procédure habituellement confidentielle.

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Le texte de référence est l’article 97 de la Charte des Nations Unies, adoptée le 26 juin 1945 à San Francisco, qui stipule : « Le Secrétaire Général est nommé par l’Assemblée Générale sur recommandation du Conseil de Sécurité. ».

Il y a donc deux étapes, une décision du Conseil de Sécurité qui pourrait recommander plusieurs candidats même s’il n’y a jamais eu qu’un seul de recommandé (la résolution 11 de l’Assemblée Générale du 24 janvier 1946 explique qu’il est souhaitable de « présenter un candidat unique ») ; et une décision de ratification par l’Assemblée Générale.

Même si cette année, c’est le Président de l’Assemblée Générale qui semble s’être investi pour plus de transparence, c’est bien le Conseil de Sécurité qui a le plus grand rôle. Ainsi, l’article 48 du Règlement intérieur provisoire du Conseil de Sécurité rappelle que « toute recommandation à l’Assemblée Générale concernant la nomination du Secrétaire Général doit être discutée et décidée lors d’une réunion privée ». En cas de plusieurs candidats en lice, le Conseil de Sécurité procède à un vote.

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Comme pour n’importe quelle autre résolution de « décision de fond », la recommandation du candidat « est sujette au veto » d’un membre permanent du Conseil de Sécurité. Ainsi, pour la seule fois de l’histoire de l’ONU, Boutros Boutros-Ghali n’a pas vu son mandat renouveler en raison du veto des États-Unis.


L’indépendance du Secrétaire Général de l’ONU

C’est aussi pour une raison d’indépendance et de neutralité qu’aucun ressortissant de États membres permanents du Conseil de Sécurité ne peut être désigné à la tête de l’ONU (c’est donc valable pour la France autant que pour les États-Unis, la Russie, la Chine et la Grande-Bretagne).

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Cette indépendance est même statutaire puisqu’elle est inscrite dans l’article 100 de la Charte : « Dans l’accomplissement de leurs devoirs, le Secrétaire Général et le personnel ne solliciteront ni n’accepteront d’instructions d’aucun gouvernement ni d’aucune autorité extérieure à l’Organisation. Ils s’abstiendront de tout acte incompatible avec leur situation de fonctionnaires internationaux et ne sont responsables qu’envers l’Organisation. ». Et réciproquement : « Chaque membre de l’Organisation s’engage à respecter le caractère exclusivement international des fonctions du Secrétaire Général et du personnel et à ne pas chercher à les influencer dans l’exécution de leur tâche. ».

Par les actions dont il a l’initiative, « le Secrétaire Général peut attirer l’attention du Conseil de Sécurité sur toute affaire qui, à son avis, pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales » (article 99 de la Charte).

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À ce jour, Mogens Lykketoft a indiqué qu’il avait reçu six candidatures pour succéder à Ban Ki-Moon. Elles émanent toutes des Balkans (au sens très large). Normalement, dans le cadre d’une rotation des continents, le poste devrait revenir à un ressortissant européen. Trois des six candidats sont des candidates. Les six ont de sérieuses références internationales, universitaires ou politiques. Ce sera peut-être l’occasion d’imaginer enfin, après soixante-dix ans de fonctionnement, une ONU dirigée par une femme. Je présente très succinctement ces six candidats.


1. Irina Bokova (63 ans) de Bulgarie

Conseillère aux Nations Unies en 1980 pour la Bulgarie, Irina Bokova s’est engagée à la chute du mur de Berlin dans l’ancien parti communiste bulgare. Comme Ban Ki-Moon, elle a suivi des cours d’économie à la John F. Kennedy School of Government de Harvard. Candidate malheureuse à la Vice-Présidence de la République bulgare en 1996, elle fut Ministre bulgare des Affaires étrangères du 13 novembre 1996 au 12 février 1997 et s’impliqua dans l’adhésion de la Bulgarie à l’OTAN et à l’Union Européenne. Entre 2005 et 2009, elle fut ambassadrice de Bulgarie en France, à Monaco puis à l’Unesco. Enfin, choisie le 22 septembre 2009 puis élue formellement le 15 octobre 2009, Irina Bokova est directrice générale de l’Unesco depuis le 15 novembre 2009, reconduite dans ses fonctions le 12 novembre 2013 pour un second mandat de quatre ans. Elle a l’expérience de la gestion d’une institution internationale majeure.


2. Vesna Pusic (62 ans) de Croatie

Diplômée de sociologie et de philosophie de l’Université de Zagreb, Vesna Pusic fut présidente du parti libéral (HNS) de 2000 à 2008. Elle présida le Comité national pour le suivi de l’adhésion de la Croatie à l’Union Européenne de 2005 à 2008. Candidate à l’élection présidentielle du 27 décembre 2009 (elle n’a obtenu que 7,3% au premier tour), elle a fait partie de la coalition qui a gagné les élections législatives du 4 décembre 2011. À ce titre, Vesna Pusic a été nommée Ministre croate des Affaires étrangères et européennes du 23 décembre 2011 au 22 janvier 2016 dans le gouvernement de Zoran Milanovic, avec à partir du 16 novembre 2012 le titre de Premier Vice-Premier Ministre. Elle a quitté le gouvernement le 22 janvier 2016 à la suite de l’échec de justesse de sa coalition aux élections législatives du 8 novembre 2015.


3. Natalia Gherman (46 ans) de Moldavie

Fille du premier Président de la République de Moldavie Mircea Snegur (du 3 septembre 1990 au 15 janvier 1997), elle a suivi des études à Kichinev et à Londres. Ambassadrice de Moldavie en Autriche (2002 à 2006) puis en Scandinavie (2006 à 2009), elle fut nommée le 29 juin 2009 vice-ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration européenne et négocia pour conclure un accord de coopération avec l’Union Européenne. Natalia Gherman a ensuite été nommée Vice-Premier Ministre et Ministre moldave des Affaires étrangères du 30 mai 2013 au 20 janvier 2016 et a même assuré l’intérim des fonctions de Premier Ministre du 22 juin 2015 au 30 juillet 2015.


4. Igor Luksic (39 ans) du Monténégro

Diplômé d’économie à Podgorica (1998), avec plus tard un doctorat d’économie (2005), il a commencé très tôt une carrière politique (en février 2000) au sein de l’ancien parti communiste. Élu député en 2001 au Parlement du Monténégro, également élu au Parlement de la Fédération de Serbie et Monténégro entre 2003 et 2006 (il fut vice-ministre des Affaires étrangères de cet État entre mars 2003 et février 2004), il fut pendant quelques mois en 2003 le conseiller du Premier Ministre monténégrin Milo Dukanovic (l’une des personnalités politiques incontournables du Monténégro depuis la guerre en ex-Yougoslavie). À 27 ans, Igor Luksic a été nommé Ministre monténégrin des Finances du 16 février 2004 au 29 décembre 2010 (il réforma la fiscalité et libéralisa l’économie) avec le titre de Vice-Premier Ministre du 5 juin 2006 au 29 décembre 2010, au moment de l’indépendance du Monténégro, puis il succéda, à l’âge de 34 ans, à Milo Dukanovic comme Premier Ministre du Monténégro du 21 décembre 2010 au 3 décembre 2012 (fonctions qu’il laissa ensuite à Milo Dukanovic).


5. Danilo Turk (64 ans) de Slovénie

Il a soutenu un doctorat en droit à Ljubljana sur le principe de non-intervention dans le droit international en 1982. Il travailla à l’ONU de 1986 à 1992 et collabora avec Amnesty International pour faire des rapports sur les droits de l’Homme en Yougoslavie. Après l’indépendance de la Slovénie, Danilo Turk fut le premier ambassadeur de Slovénie à l’ONU de 1992 à 2000. Il fit élire la Slovénie au sein du Conseil de Sécurité en 1998-1999 et fut élu Président du Conseil de Sécurité de l’ONU d’août 1998 à novembre 1999. Il fut conseiller du Secrétaire Général de l’ONU Kofi Annan pour les affaires politiques de 2000 à 2005. Professeur de droit international à l’Université de Ljubljana, il fut élu Président de la République de Slovénie le 11 novembre 2007 au second tour (avec 68,2% des voix) à partir d’une candidature indépendante soutenue par les sociaux-démocrates et les démocrates-chrétiens. Président de Slovénie du 22 décembre 2007 au 22 décembre 2012, il échoua à se faire réélire à l’élection présidentielle du 2 décembre 2012 au second tour (n’obtenant que 32,6% face au candidat élu Borut Pahor qui fut son ancien Premier Ministre).


6. Srgjan Kerim (67 ans) de l’ex-République yougoslave de Macédoine

Docteur en sciences économiques de l’Université de Belgrade en 1982, il fut professeur d’économie internationale à Belgrade et également à Hambourg et à New York (intervenant dans plus d’une centaine de conférences internationales). Srgjan Kerim fut, de 1986 à 1989, Ministre des Relations économiques de la République fédérée de Macédoine et, de 1989 à 1991, vice-ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Yougoslavie. Puis, il fut, à l’indépendance de son pays (ex-République yougoslave de Macédoine), ambassadeur macédonien en Allemagne et en Suisse (1994 à 2000). Il a été nommé Ministre macédonien des Affaires étrangères de 2000 à 2001, puis ambassadeur macédonien à l’ONU de 2001 à 2003. Élu le 24 mai 2007, Srgjan Kerim fut Président de la 62e Assemblée Générale de l’ONU du 18 septembre 2007 au 16 septembre 2008.

Désigné par le gouvernement macédonien le 17 septembre 2015, Srgjan Kerim est le premier candidat à s’être déclaré candidat à la succession de Ban Ki-Moon et son programme tient en cinq points : réforme de l’ONU pour une gouvernance plus démocratique ; priorité à la sécurité, facteur de paix et de prospérité ; adaptation aux changements climatiques ; promotion de l’éducation et de l’égalité ; enfin, adaptation aux migrations dans le monde.


Déplacer des montagnes…

Comme on le voit, ces six candidats ont beaucoup d’expérience et de reconnaissance internationale, souvent des universitaires chevronnés. Qu’il soit homme ou femme, jeune ou plus âgé, souhaitons que le candidat retenu aura le courage et la personnalité de déplacer des montagnes, car c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce poste aux actions si impuissantes et si inefficaces mais aux enjeux si cruciaux…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 mars 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ban Ki-Moon.
Boutros Boutros-Ghali.
Kurt Waldheim.
La COP21.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160226-onu-ban-ki-moon.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/onu-qui-succedera-a-ban-ki-moon-178344

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/03/03/33446157.html



 

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 05:17

« Depuis les Grecs, nous savons qu’une vie politique réellement développée conduit à une remise en question du domaine de la vie privée, et à un profond ressentiment vis-à-vis du miracle le plus troublant : le fait que chacun de nous a été fait ce qu’il est singulier, unique et immuable. Toute cette sphère du strictement donné, reléguée au rang de la vie privée dans la société civilisée, constitue une menace permanente pour la sphère publique qui se fonde sur la loi d’égalité avec la même logique que la sphère privée repose sur la loi de la différence universelle et de la différenciation. L’égalité, à la différence de tout ce qui est impliqué dans l’existence pure et simple, n’est pas quelque chose qui nous est donné mais l’aboutissement de l’organisation humaine, dans la mesure où elle est guidée par le principe de justice. Nous ne naissons pas égaux ; nous devenons égaux en tant que membres d’un groupe, en vertu de notre décision de nous garantir mutuellement des droits égaux. » ("Les Origines du totalitarisme", 1951).


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La philosophe Hannah Arendt est morte il y a exactement quarante ans, le 4 décembre 1975, à l’âge de 69 ans d’une crise cardiaque après le dîner chez elle à New York (elle avait déjà eu une crise cardiaque en mai 1974). Elle a laissé inachevé son dernier essai "La Vie de l’esprit" qui devait comporter un troisième tome.

Devenue une référence incontournable dans l’étude de pensée politique, elle a beaucoup travaillé en particulier sur les totalitarismes, sur les concepts de démocratie, de liberté et d’autorité. Plaidant contre la modernité de son époque, qui déshumanise, elle voulait retrouver l’espace public de l’Antiquité pour exercer au mieux la citoyenneté politique. Elle définissait le totalitarisme comme une rupture historique : « Le totalitarisme transforme toujours les  classes en masse, substitue au système les partis, déplace le centre du pouvoir de l’armée à la police, et met en œuvre une politique étrangère visant à la domination du monde. » (1951).


Allemande et Américaine

Née le 14 octobre 1906 dans la banlieue de Hanovre, en Allemagne, Hannah Arendt a passé son enfance à Königsberg (Kaliningrad). Admiratrice de Rosa Luxembourg, elle avait lu à l’âge de 15 et 16 ans Jaspers et Kierkegaard. Elle passa son baccalauréat un an plus tôt que l’âge normal en candidature isolée avant d’entamer à Marbourg des études de philosophie, de théologie et de grec en 1924. Elle fut éprise dans tous les sens du terme, pas seulement intellectuellement, de son professeur Martin Heidegger, qui, convaincu de ses grandes capacités à réfléchir par elle-même, lui recommanda de suivre les cours d’Edmund Husserl à Freiburg et de Karl Jaspers à Heidelberg où elle a soutenu en 1929 sa thèse de doctorat (dirigée par Jaspers) sur "Le Concept d’amour chez saint Augustin". Quant à Martin Heidegger (qui avait refusé de diriger sa thèse), dont la pensée est encore aujourd’hui "monumentale", elle l’a soutenu fidèlement et constamment, même après la guerre où il fut accusé de collusion avec le nazisme.

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Lorsque les nazis arrivèrent au pouvoir, Hannah Arendt, d’origine juive, a commencé par s’opposer à leur antisémitisme mais fut arrêtée par la Gestapo pendant une semaine au printemps 1933 à Berlin puis relâchée car on n’avait encore rien à lui reprocher. Elle s’est donc enfuie de l’Allemagne nazie et, en passant par Prague et Genève (où elle a brièvement travaillé), elle s’est réfugiée en France de 1933 à 1940 et aida d’autres réfugiés du régime nazi arrivés en France. En mai 1940, elle fut internée dans les Pyrénées mais s’y échappa trois mois plus tard et gagna Montauban, puis Marseille, puis en janvier 1941, le Portugal. Grâce à un diplomate américain, elle a pu partir pour les États-Unis et se retrouva à New York en mai 1941. Elle apprit l’anglais en 1944 et même si elle pensait en allemand, elle a écrit tous ses essais en anglais, corrigés par ses amis. Après avoir fait des petits boulots, elle fut recrutée comme journaliste reporter pour un journal new-yorkais et a obtinu en 1945 un premier contrat d’édition pour rédiger son essai "Les Origines du totalitarisme". Elle retourna en Europe pour la première fois depuis la guerre de novembre 1949 à mars 1950 où elle retrouva ses amis et mentors Karl Jaspers et Martin Heidegger.


Origine du totalitarisme

Ce ne fut qu’en 1951 que la pensée d’Hannah Arendt fut véritablement diffusée dans le monde, par la publication de son retentissant essai "Les Origines du totalitarisme". Elle fut alors naturalisée citoyenne américaine le 10 décembre 1950 et commença une carrière universitaire aussi courte que brillante, nommée dans des universités américaines prestigieuses, Berkeley, Princeton (l’université où travaillait Albert Einstein ; elle y fut la première femme professeure), Columbia, Brooklyn College, Chicago, New School for Social Research à New York, etc. Son anticonformisme permettait de renouveler la pensée politique en analysant le XXe siècle à l’aune des grands philosophes grecs.

Hannah Arendt a distingué le totalitarisme des dictatures ordinaires. Pour elle, le totalitarisme interdit tout régime politique et enferme les peuples dans un système qui s’autoalimente. Dans l’Histoire du monde, elle n’a vu que deux véritables totalitarismes, l’Allemagne de Hitler et l’Union Soviétique de Staline où le parti unique se substitue à l’État et contrôle tout (Elle est morte trop tôt pour voir le totalitarisme des khmers rouges et celui de Mao Tsé-Toung). Le moyen utilisé est alors de dissoudre toutes les autres institutions, jusqu’à la famille en encourageant la délation à l’intérieur même de celle-ci et en y créant un sentiment d’insécurité permanente et de surveillance mutuelle tendant à la paranoïa. Les deux outils du totalitarisme sont alors la terreur et la propagande qui vont conduire des persécutés condamnés à mort et sans espoir pour eux jusqu’à faire leur propre autocritique. La logique du totalitarisme devient même absurde et contre son intérêt lorsqu’il privilégiait les convois des déportés juifs conduits vers les camps d’extermination sur les trains de ravitaillement pour conforter les soldats allemands sur le front.

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Très intéressante et éclairante aussi est l’analyse d’Hannah Arendt sur les réfugiés politiques : « La première perte que les sans-droit ont subie a été la perte de leur résidence, ce qui voulait dire la perte de toute la trame sociale dans laquelle ils étaient nés et dans laquelle ils s’étaient aménagé une place distincte dans le monde. Ce n’est pas une catastrophe sans précédent, loin de là : dans la longue mémoire de l’Histoire, l’émigration forcée d’individus ou de groupes entiers pour des raisons politiques ou économiques apparaît comme un événement quotidien. Ce qui est sans précédent, ce n’est pas la perte de résidence, mais l’impossibilité d’en trouver une. Tout à coup, il n’y a plus un seul endroit sur Terre où les émigrants puissent aller sans tomber sous le coup des restrictions les plus sévères, aucun pays où ils aient une chance de s’assimiler, aucun territoire où ils pourraient fonder leur propre communauté. Les nouveaux réfugiés étaient persécutés non pas à cause de ce qu’ils avaient fait ou pensé, mais parce qu’ils étaient nés pour toujours dans la mauvaise catégorie de "race" ou de classe. ».

Dans ce même essai, elle explique aussi que les droits humains ne sont véritablement applicable que lorsque la personne appartient à une communauté nationale et les personnes apatrides (dont elle faisait partie pendant dix-huit ans à cause du nazisme) n’ont en fait aucun droit car aucun État ne les protége.

Le problème des personnes apatrides est toujours d’actualité. Encore ce 1er décembre 2015, William Spindler, le porte-parole du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), s’était réjoui de l’accession à la nationalité thaïlandaise de 18 000 réfugiés apatrides en Thaïlande ces trois dernières années grâce à une action volontariste de la princesse Maha Chakri Sirindhorn : « Cela constitue une étape importante dans la campagne mondiale pour mettre fin à la condition d’apatride d’ici à 2024. ». Cependant, il reste encore 443 862 personnes apatrides en Thaïlande : « Beaucoup appartiennent à des tribus montagnardes vivant dans des zones reculées ou frontalières (…). Sans nationalité, beaucoup de ces personnes affirment qu’elles ne peuvent pas jouir pleinement de leurs droits humains, notamment du droit de se déplacer librement et d’accéder à la propriété. Elles n’ont souvent pas accès à des services de base comme les soins de santé d’un coût abordable et l’enseignement supérieur. ». Plus de dix millions de personnes dans le monde seraient sans patrie aujourd’hui, et le HCR en aurait recensé trois millions et demi.


Condition de l’homme moderne

En 1958, elle publia un autre essai majeur d"e son œuvre, "Condition de l’homme moderne" (préfacé par Paul Ricœur dans l’édition de 1983) où elle distingue trois activités de la vie humaine : le travail ("animal laborans" : nécessité), l’œuvre ("homo faber" : utilité) et l’action ("vita activa" : liberté). La modernité a consacré l’animal laborans mais en favorisant l’isolement des hommes et par voie de conséquence, l’uniformisation : avec le travail, « l’homme n’est uni ni au monde ni aux autres hommes, seul avec son corps, face à la brutale nécessité de la vie ». Au contraire, l’action est « la seule activité qui mette directement en rapport les hommes, sans l’intermédiaire des objets ni de la matière, [et] correspond à la condition humaine de la pluralité, au fait que ce sont des hommes et pas l’homme, qui vivent sur Terre et habitent le monde ». Ainsi, l’égalité s’oppose à la conformité en favorisant la diversité par la communication.

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Elle y analyse aussi la quête de l’immortalité qui tend à encourager l’action politique pour laisser une trace après la mort : « Le devoir des mortels, et leur grandeur possible, résident dans leur capacité de produire des choses, œuvres, exploits et paroles, qui mériteraient d’appartenir et, au moins jusqu’à un certain point, appartiennent à la durée sans fin, de sorte que par leur intermédiaire, les mortels puissent trouver place dans un cosmos où tout est immortel sauf eux. ».

Elle propose les exemples de l’automatisation du travail et du progrès scientifique qu’elle considère comme une sécularisation supplémentaire dans le sens d’une remise en cause du christianisme. Elle critique le fait que le progrès technique nous écarte de la réflexion sur la condition humaine. Sa critique porte aussi sur la société de consommation et d’abondance : « On accélère tellement la cadence d’usure que la différence objective entre usage et consommation, entre la relative durabilité des objets d’usage et le va-et-vient rapide des biens de consommation, devient finalement insignifiante. ». À cette société moderne, elle préfèrerait une société de la joie de vivre simplement (« the sheer bliss of being alive »).

Elle pointe du doigt l’importance de l’œuvre artistique pour consolider l’action politique, et parle ainsi des dirigeants politiques : « Accomplir de grandes actions et dire de grandes paroles ne laisse point de trace, nul produit qui puisse durer après que le moment aura passé de l’acte et du verbe. (…) Les hommes de parole et d’action (…) ont besoin de l’artiste, du poète et de l’historiographe, du bâtisseur de monuments ou de l‘écrivain, car sans eux le seul produit de leur activité, l’histoire qu’ils jouent et qu’ils racontent ne survivrait pas un instant. ». Elle revient dans "La Crise de la culture" sur le lien très étroit entre culture et politique : « La culture et la politique s’entr’appartiennent alors, parce que ce n’est pas le savoir ou la vérité qui est en jeu, mais plutôt le jugement et la décision, l’échange judicieux d’opinions portant sur la sphère de la vie publique et le monde commun, et la décision sur la sorte d’action à y entreprendre, ainsi que la façon de voir le monde à l’avenir, et les choses qui doivent y apparaître. ».

Toujours dans cet essai ("Condition de l’homme moderne"), Hannah Arendt considère que l’action politique est à placer au sommet de l’activité humaine : « Le nouveau apparaît (…) toujours comme un miracle. Le fait que l’homme est capable d’action signifie que de sa part, on peut s’attendre à l’inattendu, qu’il est en mesure d’accomplir ce qui est infiniment improbable. Et cela à son tour n’est possible que parce que chaque homme est unique, de sorte qu’à la naissance, quelque chose d’uniquement neuf arrive au monde. ». L’action est alors un moyen d’actualiser la « condition humaine de pluralité, qui est de vivre en être distinct et unique parmi des égaux » : « La pluralité humaine, condition fondamentale de l’action et de la parole, a le double caractère de l’égalité et de la distinction. ».

Elle anticipe la société des réseaux sociaux virtuels où se mélangent l’espace public et le domaine privé, où les individus deviennent isolés et déresponsabilisés : « Plus la société moderne supprime la différence entre ce qui est privé et ce qui est public, entre ce qui ne peut s’épanouir qu’à l’ombre et ce qui demande à être montré à tous dans la pleine lumière du monde public, autrement dit, plus la société intercale entre le public et le privé une sphère sociale où le privé est rendu public et vice-versa, plus elle rend les choses difficiles à ses enfants qui, par nature, ont besoin d’un abri sûr pour grandir sans être dérangés. » ("La Crise de la culture").

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Pour Hannah Arendt, l’espace public est le seul capable de garantir la liberté : « Sans une vie publique politiquement garantie, il manque à la liberté l’espace mondain où faire son apparition. ». En d’autres termes : « La citoyenneté politique (qui est un mode de l’agir) doit être pensée sur le mode d’un agir-ensemble, lui-même indissociable d’un apparaître-commun-des-êtres dont la condition impérative est l’institution et la préservation d’un espace public d’apparitions. ».

Elle propose alors le pardon face à l’irréversibilité et la promesse face à l’imprévisibilité (« Contre l’imprévisibilité, contre la chaotique incertitude de l’avenir, le remède se trouve dans la faculté de faire et de tenir des promesses. »), en insistant sur l’importance des naissances qui renforcent l’espérance et le renouvellent : « C’est cette espérance et cette foi dans le monde qui ont trouvé sans doute leur expression la plus succincte, la plus glorieuse dans la petite phrase des Évangiles annonçant leur bonne nouvelle : "un enfant nous est né !" ». Elle le répète dans son "Journal de pensée" : « Tout commencement est salut, c’est au nom du commencement, au nom de ce salut que Dieu a créé les hommes dans le monde. Chaque nouvelle naissance est comme une garantie de salut dans le monde, comme une promesse de rédemption pour ceux qui ne sont plus un commencement. » (mai 1952).


La crise de la culture

Dans "La Crise de la culture" (publié en 1961), un recueil de plusieurs essais (six puis huit en 1968), Hannah Arendt analyse notamment la crise de l’autorité : « L’autorité exclut l’usage de moyens extérieurs de coercition ; là où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué. ».

Elle évoque aussi les conséquences de cette crise sur l’éducation : « Affranchi de l’autorité des adultes, l’enfant n’a donc pas été libéré, mais soumis à une autorité bien plus effrayante et vraiment tyrannique : la tyrannie de la majorité. En tout cas, il en résulte que les enfants ont été pour ainsi dire bannis du monde des adultes. Ils sont soit livrés à eux-mêmes, soit livrés à la tyrannie de leur groupe, contre lequel, du fait de sa supériorité numérique, ils ne peuvent se révolter, avec lequel, étant enfants, ils ne peuvent discuter, et duquel ils ne peuvent s’échapper pour aucun autre monde, car le monde des adultes leur est fermé. Les enfants ont tendance à réagir à cette contrainte soit par le conformisme, soit par la délinquance juvénile, et souvent par un mélange des deux. ».

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On peut alors comprendre à quel point la politique éducative de Najat Vallaud-Belkacem est éloignée des thèses d’Hannah Arendt : « C’est justement pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l’éducation doit être conservatrice ; elle doit protéger cette nouveauté et l’introduire comme un ferment nouveau dans un monde déjà vieux qui, si révolutionnaires que puissent être ses actes, est, du point de vue de sa génération suivante, suranné et proche de la ruine. ».


Le procès d’Adolf Eichmann

En cinq articles qui ont donné lieu à la publication de son ouvrage "Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal" en mai 1963, Hannah Arendt a couvert à sa demande le procès du criminel nazi Adolf Eichmann comme envoyée spéciale du magazine "The New Yorker".

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Né la même année que Hannah Arendt, Adolf Eichmann fut le responsable de la logistique de la "solution finale" ("Endlösung") : « Je descendrai dans la tombe le sourire aux lèvres à la pensée que j’ai tué cinq millions de Juifs. Cela me procure une grande satisfaction et beaucoup de plaisir. » (cité par Guy Walters dans "La Traque du mal", 2010). Après la guerre, il est parvenu à fuir l’Allemagne et à se réfugier en Argentine. Traqué puis enlevé le 11 mai 1960 et exfiltré le 21 mai 1960 par des agents du Mossad, Adolf Eichmann fut jugé à Jérusalem à partir du 11 avril 1961 et fut condamné à mort le 11 décembre 1961. Le verdict fut confirmé en appel le 27 mars 1962 et il fut exécuté le 31 mai 1962 (la seconde et dernière personne à avoir été exécutée par l’État d’Israël).

Au lendemain de cette exécution, le 1er juin 1962, le député israélien Ivo Goldberg prononça un discours émouvant à la Knesset devant ses pairs : « J’ai perdu ma mère, j’ai perdu mon père, j’ai perdu mes sœurs, j’ai perdu mes frères, j’ai perdu des tantes, j’ai perdu des oncles, j’ai perdu des amis il y a vingt ans. J’ai survécu aux camps avec la honte de m’en être sorti et pas eux. (…) Eichmann est mort. Et alors ? Certes, cela ne fera pas revenir ma famille (…), mais au moins, il a été jugé. Qu’il ait été pendu m’est indifférent. Qu’il soit mort m’est égal. L’homme et le criminel ont été jugés et condamnés. J’étais dans le camp de Bergen-Belsen quand ce petit homme boiteux, rachitique et engoncé dans son uniforme avait inspecté le camp. (…) Je le vis marcher fièrement en toisant les vieillards faméliques et regarder avec mépris les adolescents aux corps décharnés. Ce jour-là, j’étais à mille lieues de me douter que je reverrais cet homme moins de vingt ans plus tard dans une salle d’audience pour être jugé. De terrible bourreau actif et passif, il est devenu un simple citoyen "banal", pour reprendre l’expression d’Hannah Arendt. Eichmann est mort, mais le souvenir de nos frères de persécution ne doit pas l’être pour autant. Apprenons aux jeunes ce qui s’est passé pour qu’il n’y ait plus jamais d’autres Eichmann. ».

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Le mot cité d’Hannah Arendt, "banal", a engendré une grande polémique lorsqu’elle l’utilisa. En effet, alors qu’Adolf Eichmann était devenu aux yeux de beaucoup de monde l’incarnation du mal, un monstre, un démon, Hannah Arendt, au contraire, a analysé les choses sous l’angle de la banalité : le "mal" étant devenu "normatif" dans une société où la propagande était forte, il ne pouvait pas y avoir "banalisation" de l’horreur (car l’horreur n’était plus considérée comme exceptionnelle) mais le mal était devenu banalité : « Malgré tous les efforts de l’accusation, tout le monde pouvait voir que cet homme n’était pas un monstre : mais il était vraiment difficile de ne pas présumer que ce n’était pas un clown. Et comme une telle présomption aurait été fatale à toute l’entreprise, comme il était aussi assez difficile de la soutenir vu les souffrances qu’Eichmann et ses semblables avaient infligé à des milliers de personnes, ses pires clowneries passèrent quasiment inaperçues  et l’on n’en rendit jamais compte. ».

Ainsi, Eichmann est montré comme une personne médiocre, sans envergure, banale, ordinaire, un bon fonctionnaire, zélé et ambitieux, obéissant aux ordres et sachant résoudre les problèmes techniques et logistiques qui se posaient à lui, sans état d’âme, sans imagination (sinon, il aurait pu se mettre à la place de ses victimes), sans pensée (la pensée humaine, selon Hannah Arendt, est une condition de la liberté et un rempart contre le totalitarisme : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. »), plus soucieux de son propre avancement que d’une véritable émotion. Au procès, il n’a exprimé ni regret, ni haine, ni sentiment de culpabilité : « Il est dans la nature même du totalitarisme, et c’est peut-être de la bureaucratie, de transformer les hommes en fonctionnaires, en rouages administratifs, et ainsi de les déshumaniser. ». En quelques sortes, non seulement les nazis avaient déshumanisé leurs victimes dans les camps d’extermination, mais ils avaient aussi déshumanisé tous ceux qui avaient travaillé pour eux pour l’extermination.

Pour Hannah Arendt, cela n’enlève pourtant rien de la responsabilité personnelle d’Eichmann (« Rien n’est plus éloigné de mon propos que de minimiser le plus grand malheur de notre siècle. » car : « Il y a une liberté [celle de penser], et donc une responsabilité des hommes. ») mais il n’est pas le monstre spectaculaire qu’on aurait voulu décrire, il est « plutôt l’incarnation de l’absence de pensée chez l’être humain », selon les mots de Michelle-Irène Brudny de Launay qui a préfacé la version française du livre.

Deux films ont repris la thèse d’Hannah Arendt sur Eichmann, "Un spécialiste, portrait d’un criminel moderne" réalisé par Rony Brauman et Eyal Sivan (sorti le 31 mars 1999), et "Hannah Arendt" réalisé par Margarethe von Trotta (sorti le 10 janvier 2013).

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Il y a cinq ans et demi, la télévision publique, reprenant la célèbre expérience de Milgram, avait proposé une émission de téléréalité, "Le jeu de la mort", qui montrait qu’une soumission à l’autorité, pourvu qu’elle soit reconnue comme telle, pouvait aboutir aux pires abominations. Là encore, la réflexion d’Hannah Arendt pourrait servir à l’analyse des attentats du 13 novembre 2015 : comment peut-on massacrer froidement et gratuitement d’innocentes personnes après une si méticuleuse préparation ?


La révolution en tant que refondation

Parmi les autres ouvrages d’Hannah Arendt, on peut citer aussi "Essai sur la révolution" (publié en 1963), où elle insiste sur le fait que les révolutions permettent de fonder la liberté et que les générations futures ont ce même besoin de fondation. Elle a pris entre autres les exemples de la révolution américaine (la guerre de l’indépendance), la révolution hongroise (l’insurrection de Budapest), la Commune de Paris, etc. : « Dans les conditions de vie modernes, nous ne connaissons (…) que deux possibilités d’une démocratie dominante : le système des partis, victorieux depuis un siècle, et le système des conseils, sans cesse vaincu depuis un siècle. ».

Un autre essai, "La Vie de l’esprit" (inachevé, publié après sa mort en 1978) regroupe deux des trois tomes prévus, l’un sur la pensée et l’autre sur le vouloir.


Une pensée toujours d’actualité

Selon son ami Hans Jonas, Hannah Arendt fut « passionnément morale sans pour autant moralisatrice » et il ajoutait : « Tout ce qu’elle avait à dire était important, souvent provocant, parfois faux, mais jamais trivial, jamais indifférent et à jamais inoubliable. » (cité par Wolfgang Heuer dans sa biographie publiée en 2005).

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Quarante ans après sa disparition, Hannah Arendt garde toute sa modernité. Sa critique de la société de consommation pourrait lui faire porter, comme certains l’affirment, les prémices de la pensée en faveur de la décroissance et plus généralement l’écologie politique. À cet égard, que cent cinquante chefs d’État et de gouvernement se soient réunis ce 30 novembre 2015 au Bourget est un petit clin d’œil à Hannah Arendt et finalement, une reconnaissance mondiale posthume.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 décembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le jeu de la mort (l’expérience de Milgram revisitée le 17 mars 2010).
Hannah Arendt.
Karl Popper.
Bernard d’Espagnat.
Jean d’Ormesson.
André Glucksmann.
BHL.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151204-hannah-arendt.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/hannah-arendt-la-174995

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/12/04/33019301.html


 

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 14:21

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« La France représente tout ce que les fanatiques religieux du monde détestent : Profiter de la vie sur terre, de plein de petites manières différentes : Une tasse de café parfumé avec un croissant au beurre, de belles femmes en robes courtes qui sourient librement, l’odeur du pain chaud, une bouteille de vin partagée avec des amis, un peu de parfum, des enfants qui jouent au jardin du Luxembourg, le droit de ne pas croire en dieu, de ne pas s’inquiéter des calories, flirter et fumer, et profiter du sexe hors mariage, prendre des vacances, lire n’importe quel livre, aller à l’école librement, jouer, rire, se disputer, se moquer des religieux comme des hommes politiques, laisser l’inquiétude sur ce qu’il y a après la vie aux morts. Aucun pays sur terre ne vit sur la terre mieux que les français. Paris, nous t’aimons, nous pleurons pour toi. Tu pleures ce soir, et nous sommes avec toi. Nous savons que tu riras encore, chanteras encore, feras l’amour et guériras, car aimer la vie est dans ta nature. Les forces des ténébres reflueront. Elles perdront. Elles perdent toujours. »

C'était d'un lecteur américain du New York Times qui aime la France.

Avec ce bémol expliqué par Koztoujours le 15 novembre 2015 :

« La France a autre chose à proposer au monde que le bon vin et la cuisse légère de ses jolies demoiselles. Et, si l’on descend d’un ton dans l’ironie : nous avons plus à donner au monde que la douceur de vivre, même si j’aime aussi la douce France.. » (Koz)

Lire aussi :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151115-attentats-paris-B.html


SR


 

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 13:31

Né le 21 mai 1940 à Toorak, petit-fils d'un sénateur, après des études de sciences politiques et économiques à Oxford, Malcolm Franser a échoué à devenir député en 1954 (de peu, puisqu'il lui manqua dix-sept voix). Il fut finalement largement élu député en 1955, siège qu'il garda du 10 décembre 1955 au 31 mars 1983. Représentant de l'aile droite du parti libéral australien, il fut nommé Ministre des Armées du 22 janvier 1966 au 28 février 1968, Ministre de l'Éducation et de la Science du 28 février 1968 au 12 novembre 1969, puis Ministre de la Défense du 12 novembre 1969 au 8 mars 1971, jusqu'à sa démission brutale qui entraîna la chute du Premier Ministre John Gorton (1911-2002) le 10 mars 1971. Il est redevenu Ministre de l'Éducation et de la Science du 20 août 1971 au 5 décembre 1972. Devenu leader de l'opposition en prenant la direction du parti libéral du 21 mars 1975 au 11 mars 1983, il fut accusé d'être à l'origine de la démission du travailliste Gough Whitlam (1916-2014) pour une démarche institutionnelle sans précédent.

Malcolm Fraser a succédé immédiatement à Gough Whitlam et est devenu Premier Ministre d'Australie du 11 novembre 1975 au 11 mars 1983. Après avoir gagné trois élections législatives, celles du 13 décembre 1975 (55,7%), du 10 décembre 1977 (54,6%) et du 18 octobre 1980 (50,4%), et perdu celle du 5 mars 1983 avec une lourde défaite (seulement 46,8%), il laissa le pouvoir à Bob Hawke le 11 mars 1983. Ce dernier (Premier Ministre jusqu'au 20 décembre 1991) a soutenu sa candidature pour devenir Secrétaire Général de l'ONU. Malcolm Fraser a démissionné du parti libéral en 2010 et a critiqué ses successeurs libéraux John Howard (du 11 mars 1996 au 3 décembre 2007) et Tony Abbott (depuis le 7 septembre 2013), le premier surtout pour son refus de prendre en compte l'intérêt des Aborigènes. Il s'est éteint d'une "courte maladie" et "paisiblement" le 20 mars 2015.

Sur Gough Whitlam :

http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-124848161.html
 

SR
 

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 06:17

Le 11 novembre 1975, le Gouverneur général a pris une décision exceptionnelle dans l’histoire politique de l’Australie : il a destitué le Premier Ministre. Retour sur une crise constitutionnelle très particulière. Première partie.


yartiWhitlam01Ce nom ne dira peut-être pas grand chose à des jeunes francophones de 2014. Gough Whitlam s’est éteint ce mardi 21 octobre 2014 dans la matinée à l’âge de 98 ans. Malgré la brièveté de son mandat (moins de trois ans), il fut le Premier Ministre australien qui a fait couler le plus d’encre, a fait le plus parler dans les médias, a fait rédiger le plus de livres chez les éditeurs… jusqu’à maintenant, car il s’est trouvé au cœur d’une grave crise constitutionnelle.


Une passion pour le jeu parlementaire

Né le 11 juillet 1916 à Melbourne, Gough Whitlam passa son enfance à Sydney puis à  Canberra, la capitale de l’Australie. Avant de finir ses études de droit, il se porta volontaire et s’engagea dans l’armée de l’air pendant la guerre. Jeune officier, il se maria en avril 1942 avec Margaret Dovey (1919-2012), ancienne championne de natation (1938) et future écrivaine. Elle a disparu le 17 mars 2012 après près de soixante-dix ans de mariage, et six anciens et actuel Premiers Ministres assistèrent à son enterrement (dont Malcolm Fraser).

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Il commença à militer au sein du parti travailliste (ALP, Australian Labour Pary) en 1943 et se désola de l’échec du référendum constitutionnel du 19 août 1944 (54,0% de non). Ce fut cet échec qui le motiva à s’engager en politique plus activement, tout en devenant avocat en 1947. Après quelques échecs locaux, il se fit élire député lors d’une élection partielle le 29 novembre 1952.

Dès son discours inaugural, Gough Whitlam montra ses talents de tribun en séance. Il fut interrompu par un collègue conservateur (dont il était l’opposant), John MacEwen (1900-1980), futur Premier Ministre d’Australie par intérim du 17 décembre 1967 au 10 janvier 1968, alors que ce type de discours est écouté en silence. Le nouveau député ne s’est pas démonté (il avait 36 ans), lui cita Benjamin Disraeli (1804-1881), futur Premier Ministre britannique en 1874, également interrompu lors de son premier discours de parlementaire en 1837, qui avait répliqué : « Le temps viendra où vous devrez m’écouter ! » et il ajouta plus modestement à John MacEwen : « Le temps viendra où vous pourrez m’interrompre ! ».


Leader de l’opposition

Par sa grande culture, son éloquence et son sens critique, Gough Whitlam est devenu rapidement le meilleur opposant à la Chambre des représentants pour affronter le Premier Ministre libéral Robert Menzies (1894-1978), qui dirigea le gouvernement australien du 26 avril 1939 au 28 août 1941 et du 19 décembre 1949 au 26 janvier 1966. Son érudition ne l’empêcha pas d’insulter régulièrement ses contradicteurs, en particulier Garfield Barwick (1903-1997), futur Président de la Haute Cour du 27 avril 1964 au 11 février 1981, et William MacMahon (1908-1988), futur Premier Ministre libéral du 10 mars 1971 au 5 décembre 1972.

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Assez naturellement, il fut désigné comme le président du groupe travailliste à la Chambre le 7 mars 1960, puis le président du parti travailliste le 9 février 1967, le plaçant en position de leader de l’opposition et de candidat au poste de Premier Ministre lors des élections législatives (élections fédérales).

Le système politique est relativement simple car basé sur un bipartisme très anglo-saxon. La classe politique était essentiellement composée de deux camps : d’une part, l’opposition était tenue par le parti travailliste ; d’autre part, la majorité au gouvernement était une coalition entre libéraux et conservateurs.


Une majorité libérale et conservatrice assez divisée

Du côté de la majorité, bien que solide depuis plusieurs décennies (elle resta au pouvoir pendant vingt-trois ans à partir du 19 décembre 1949), la situation était loin d’être simple entre les partisans d’un État protectionniste (Country Party) et les tenants du libéralisme économique.

Libéral, Robert Menzies, qui voulait se retirer de la vie politique après dix-huit ans d’exercice du pouvoir, avait cédé la tête du gouvernement à Harold Holt (1908-1967) le 26 janvier 1966, lui aussi libéral. Harold Holt fut un grand Ministre du Travail de 1949 à 1958 puis Ministre des Finances de 1958 à 1966. Ce dernier faisait partie de l’aile réformiste des libéraux, ce qui pouvait contrarier ses alliés conservateurs.

Le 17 décembre 1967, le Premier Ministre disparut lors d’une baignade dans une mer agitée. Son corps ne fut pas retrouvé mais il fut déclaré décédé deux jours plus tard. Sa succession à la tête du gouvernement fut un vrai casse-tête. Parce qu’il était le plus ancien au gouvernement, John MacEwen (chef des conservateurs) fut désigné par le Gouverneur général Richard Casey (1890-1976) comme Premier Ministre pour assurer l’intérim pendant quelques semaines, le temps que le parti libéral se trouvât un nouveau président.

En toute logique, le Ministre des Finances William MacMahon était le successeur évident de Harold Holt, mais John MacEwen fit barrage pour son accession à la tête du gouvernement, prêt à faire voter contre lui le cas échéant (or les libéraux n’avaient pas de majorité sans les conservateurs). La raison probable, c’était que William MacMahon était favorable au libre échange, à la suppression des droits de douane, alors que les conservateurs étaient résolument contre ce type de politique. D’autres considérations plus personnelles pouvaient s’envisager mais jamais elles n’ont été explicitées.

Résultat, ce fut le Ministre de l’Éducation John Gorton (1911-2002) qui pris la tête du parti libéral et ainsi, du gouvernement australien du 10 janvier 1968 au 10 mars 1971. Dans la bataille interne, ancien conservateur, John Gorton avait été soutenu par le Ministre des Armées Malcolm Fraser (84 ans), qui fut par la suite Premier Ministre du 11 novembre 1975 au 11 mars 1983, contre le Ministre des Affaires étrangères, Paul Hasluck (1905-1993), qui fut finalement proposé par John Gorton comme Gouverneur général (du 20 avril 1969 au 11 juillet 1974) pour apaiser son amertume et sa rancœur de ne pas avoir gagné la partie. John Gorton nomma par ailleurs John MacEwen Vice-Premier Ministre.

Continuant à faire participer les troupes australienne dans la guerre du Vietnam, mauvais communicant face à un leader de l’opposition très éloquent (Gough Whitlam), John Gorton perdit 16 sièges aux élections législatives du 25 octobre 1969, gardant de justesse une majorité absolue avec 66 sièges sur 125 mais l’opposition travailliste avait recueilli la majorité des suffrages avec 50,2%.

Quand John MacEwen se retira de la vie politique (et du gouvernement) le 5 février 1971, beaucoup de libéraux comprirent que le veto contre William MacMahon avait été levé. En raison de la faible performance de John Gorton et de la montée en puissance de Gough Whitlam, Malcolm Fraser démissionna du gouvernement et sonna la charge contre John Gorton qui, défié, démissionna aussi le 10 mars 1971, s’effaçant derrière William MacMahon.


Victoire électorale des travaillistes

De l’autre côté de l’échiquier politique, l’opposition travailliste avait réussi à préserver son unité et gagné un grand leader avec Gough Whitlam. Même si ce ne fut pas traduit par une majorité en sièges, le succès électoral du 25 octobre 1969 laissait entrevoir toutes les chances de gagner aux élections suivantes.

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Ce fut donc le cas aux élections législatives du 2 décembre 1972. Le contexte était favorable aux travaillistes qui étaient en tête dans les sondages, soutenus également par le patron de presse Rupert Murdoch (83 ans), propriétaire du quotidien "The Australian" : l’inflation s’envolait, le chômage bondissait et la guerre au Vietnam était devenue très impopulaire. Gough Whitlam mena une campagne très active avec le slogan "It’s Time" ["C’est maintenant" ou "Il est temps"] qui fut très efficace sur les thèmes économiques et sociaux.

Les travaillistes ont remporté la majorité absolue des sièges, passant de 59 à 67 sièges sur 125 avec 52,7% des voix. C’était la première fois que l’alternance se faisait depuis près d’un quart de siècle. La voie du pouvoir était ouverte à Gough Whitlam qui fut nommé Premier Ministre d’Australie le 5 décembre 1972. Les travaillistes ne contrôlaient cependant pas le Sénat.

Pour des raisons internes au parti travailliste qui devait prendre du temps pour désigner les vingt-sept membres du gouvernement (par des "caucus"), Gough Whitlam gouverna pendant deux semaines avec seulement Lance Barnard (1919-1997), le président du groupe travailliste à la Chambre, nommé Vice-Premier Ministre, chacun s’octroyant provisoirement les différentes attributions ministérielles jusqu’à la nomination effective des ministres le 19 décembre 1972.

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Cette courte période fut appelée "duumvirat" et a été reprise (probablement sans le vouloir) avec humour par le dessinateur Christian Binet dans le second tome de sa bande dessinée "Monsieur le Ministre" (publié en août 1990) qui décrit la période de la cohabitation en France de 1986 à 1988 avec un superministre, Lucien Grangarçon, content de s’attribuer toutes les fonctions ministérielles.


Un bilan gouvernemental édifiant

Gough Whitlam a réalisé une grande série de réformes sociales en Australie qui est encore citée dans les discours politiques actuels, un peu comme les réformes du Front populaire en 1936 ou celles de 1981 après l’élection de François Mitterrand en France.

Le bilan gouvernemental de Gough Whitlam fut très riche en avancées sociales, avec l’abolition de la peine de mort, la fin de la conscription, la création d’une sécurité sociale universelle, la création d’une aide juridictionnelle, la suppression des frais de scolarité à l’université, des subventions supplémentaires pour l’éducation et la culture, la défiscalisation des pilules contraceptives, un essai de parité de rémunération entre hommes et femmes, une réforme foncière en faveur des aborigènes, le divorce sans faute, l’abrogation de la politique discriminatoire d’immigration (White Australia Policy), les premières lois de protection de l’environnement, l’indépendance de la Papouasie-Nouvelle Guinée, des sanctions contre l’Afrique du Sud, le retour des troupes australiennes du Vietnam, l’établissement de relations diplomatiques avec la République populaire de Chine (et la rupture avec Taiwan), etc.

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Il a aussi commis des erreurs historiques, comme sa rencontre avec Président indonésien Suharto le 6 septembre 1974 pour lui dire qu’était favorable à l’annexion par l’Indonésie du Timor oriental décolonisé après le départ des Portugais, craignant que les communistes s’emparassent du pouvoir en cas d’indépendance.


Une opposition de plus en plus combative

Les libéraux s’opposèrent sans relâche à son gouvernement grâce au Sénat qui lui était hostile. Lors des élections législatives anticipées le 18 mai 1974, Gough Whitlam conserva sa majorité à la Chambre des représentants mais de façon plus étriquée, avec seulement 51,7% des voix (66 sièges sur 127).

Le gouvernement était affaibli par des batailles de procédure et la cuisine politicienne qui visaient à prendre (vainement) le contrôle du Sénat et quelques autres affaires ministérielles. Par ailleurs, en plein premier choc pétrolier, Gough Whitlam ne connaissait pas grand chose en économie (il proposait des dépenses supplémentaires malgré le déclin de l’économie).

Dans sa biographie parue en 2002, le journaliste Wallace Brown, qui avait suivi l’activité de Gough Whitlam lorsqu’il était Premier Ministre, expliquait : « Homme d’une grande intelligence et au savoir immense, il était cependant peu compétent dès qu’il s’agissait d’économie. (…) Whitlam rivalisait avec Menzies dans sa passion pour la Chambre des représentants et son habileté à l’utiliser comme une scène, et pourtant, sa adresse parlementaire était plus rhétorique que tactique. Il était capable d’imaginer une stratégie, puis de la faire échouer en essayant de la mettre en œuvre. (…) Par dessus tout, c’était un homme ayant de grandes visions, mais avec de sérieux points aveugles. » ("Ten Prime Ministers : Life Among the Politicians", éd. Longueville Books).

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L’inflation avait atteint des sommets avec 13%, le déficit du commerce extérieur avait crû énormément. Lance Barnard fut même battu par Jim Cairns (1914-2003) au poste de numéro deux du parti travailliste, et ce dernier le remplaça comme Vice-Premier Ministre le 2 juin 1974 avec le Commerce extérieur puis le Trésor comme attributions ministérielles. Mais Jim Cairns a dû démissionner le 2 juillet 1975 à la suite de deux scandales, l’un financier et l’autre sexuel. Juste avant, le 28 juin 1975, l’élection partielle consécutive à la démission de Lance Barnard (qui avait accepté le poste d’ambassadeur d’Australie en Scandinavie) a été un désastre pour le gouvernement et les travaillistes.

Du côté de l’opposition, le président du parti libéral Billy Snedden (1926-1987), qui avait repris le leadership sur William MacMahon le 20 décembre 1972, n’avait pas assez de poids personnel face à Gough Whitlam. Après son échec électoral du 18 mai 1974, puis quelques maladresses par la suite, Billy Snedden fut battu par Malcolm Fraser le 21 mars 1975 à la tête du parti libéral.


Une crise constitutionnelle majeure

La guerre des tranchées chez les parlementaires se solda, en automne 1975, par une grave crise politique et constitutionnelle qui se déroula de manière dramatique, et qui a abouti à la destitution exceptionnelle de Gough Whitlam le 11 novembre 1975.

Dans un autre article, j’évoquerai spécifiquement cette crise qui ébranla la classe politique australienne.

Le nouveau Premier Ministre était le chef de l’opposition Malcolm Fraser qui organisa immédiatement de nouvelles élections législatives qui ont eu lieu le 13 décembre 1975 et furent une grande victoire pour les libéraux en passant de 61 à 91 sièges sur 127 avec 55,7% des voix. Malcolm Fraser resta à la tête du gouvernement australien jusqu’au 11 mars 1983. Il fut ensuite battu par les travaillistes menés par le leader syndicaliste populaire Bob Hawke (84 ans) qui, lui, resta Premier Ministre jusqu’au 20 décembre 1991.


De nouveau dans l’opposition puis en retrait

Après sa destitution, Gough Whitlam resta encore quelques temps leader de l’opposition, présidant le parti travailliste pour les élections du 13 décembre 1975 et aussi celles du 10 décembre 1977 qui fut un nouvel échec pour les travaillistes (avec seulement 45,4% des voix). Même son fils, Tony Whitlam (70 ans), a été battu après avoir été élu le 13 décembre 1975. Il quitta la présidence du parti travailliste le 22 décembre 1977. Il fut remplacé par son dernier Ministre des Finances, Bill Hayden (81 ans), qui l’avait combattu en juin 1977 et qui fut par la suite Gouverneur général d’Australie du 16 février 1989 au 16 février 1996.

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Gough Whitlam démissionna de la Chambre le 31 juillet 1978 et se retira de la vie politique. Pendant une trentaine d’années, il commenta la vie politique australienne. Le retour des travaillistes au pouvoir l’a conduit à devenir ambassadeur d’Australie à l’Unesco, à Paris, de 1983 à 1986. Il ne se réconcilia jamais avec le Gouverneur général John Kerr qui l’avait destitué, en revanche, il renoua avec Malcolm Fraser, alors qu’ils ont été concurrents politiques pendant de nombreuses années, en se dédicaçant mutuellement leurs mémoires (à Sydney en mars 2010).


La pratique référendaire

À noter qu’en dehors des élections législatives et sénatoriales, les citoyens australiens votent aussi régulièrement par référendum. Il y en a eu onze depuis 1944, parfois avec cinq questions indépendantes. Sous le gouvernement de Gough Whitlam, deux référendums ont été organisés, le 8 décembre 1973 (deux questions) et 18 mai 1974 (quatre questions) qui ont été des échecs pour Gough Whitlam.

Le dernier référendum a eu lieu le 6 novembre 1999 et fut important puisqu’il était proposé l’instauration d’une République et l’élection d’un Président de la République comme chef d’État (au lieu de la Reine d’Angleterre) par le Parlement. 54,9% des électeurs ont refusé ce changement et soutenu le maintien de la monarchie britannique. Gough Whitlam et Malcolm Fraser ont apparu ensemble à cette occasion pour apporter leur soutien commun à la monarchie.

Actuellement, le Premier Ministre australien est le libéral Tony Abbott (56 ans), depuis le 18 septembre 2013, après avoir remporté les élections législatives du 7 septembre 2013 avec 53,5% des voix (passant de 72 à 90 sièges sur 150) et le Gouverneur général d’Australie, le général Peter Cosgrove (67 ans), ancien chef des armées, depuis le 28 mars 2014.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 octobre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La crise constitutionnelle en Australie de l’automne 1975.

yartiWhitlam06


http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/gough-whitlam-1916-2014-en-plein-158508

 

 

 

 

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 23:02

Né le 11 juillet 1916 à Melbourne, Gough Whitlam fut élu député en 1952 et est devenu le leader de l'opposition en 1967 en tant que président du parti travailliste.

Il remporta les élections législatives le 2 décembre 1972 (avec 52,7%) puis le 18 mai 1974 (avec 51,7%), rompant avec vingt-trois années de majorité conservatrice. Succédant à William MacMahon (1908-1988), il fut élu Premier Ministre de l'Australie du 5 décembre 1972 au 11 novembre 1975. Il réalisa beaucoup de réformes comme l'abolition de la peine de mort, la fin de la conscription, la création de l'aide juridictionnelle, la suppression des frais de scolarité à l'université, etc. Pendant deux semaines, au début de son mandat, pour des raisons de procédure internes à son parti, Gough Whitlam n'a pu gouverner qu'avec son seul Vice-Premier Ministre Lance Barnard(1919-1997), comme un duumvirat, avant la nomination des vingt-sept ministres.

Le gouvernement de Gough Whitlam fut secoué par plusieurs scandales politiques. L'opposition étant majoritaire au Sénat refusa de voter les lois de finances, ce qui a abouti à une grave crise constitutionnelle à partir du 10 octobre 1975. Finalement, le gouverneur général de l'Australie (représentant de la Reine d'Angleterre) John Kerr (1914-1991) pourtant travailliste, destitua Gough Whitlam le 11 novembre 1975 et nomma Premier Ministre par intérim le leader de l'opposition Malcolm Fraser (84 ans), qui gagna largement les élections législatives du 13 décembre 1975 (avec 55,7%, passant de 61 à 91 sièges sur 127) et qui resta à la tête du gouvernement australien jusqu'au 11 mars 1983. Malcolm Fraser fut battu par le leader syndicaliste populaire Bob Hawke (84 ans) qui, lui, resta Premier Ministre jusqu'au 20 décembre 1991.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_constitutionnelle_australienne_de_1975

Après le nouvel échec des travaillistes aux élections législatives du 10 décembre 1977 (avec seulement 45,4%), Gough Whitlam quitta la présidence du parti travailliste en 1978 et continua pendant trente ans à commenter la vie politique australienne. Il fut ambassadeur d'Australie à l'Unesco à Paris de 1983 à 1986. Il ne se réconcilia jamais avec John Kerr mais accepta de renouer avec Malcolm Fraser en 2009.

Son mandat, bien que court, est celui qui a fait le plus couler d'encre, d'une part en raison de cette crise constitutionnelle exceptionnelle et de son issue par destitution, ce qui est unique dans l'histoire politique, d'autre part en raison des grandes réformes qu'il avait mises en place dans le pays. La journée du 11 novembre 1975 restera ainsi un épisode très particulier de l'histoire de l'Australie.

Sylvain Rakotoarison

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 07:59

L’ancien Président sud-africain a reçu un hommage planétaire depuis l’annonce de sa mort à 95 ans, le 5 décembre 2013. Une semaine de reconnaissance de son humanité par l’humanité.


yartiMandelaC01Comme avec le pape Jean-Paul II en avril 2005 et sans doute comme plus tard, le plus tard possible, avec la reine d’Angleterre, Élizabeth II, qui pourrait dépasser le record de longévité de son aïeule Victoria dans deux ans et demi, les médias ont longuement rendu hommage à l’homme exceptionnel qu’était Nelson Mandela.

Certains peuvent ainsi se sentir dépassés voire lassés ou agacés par ces multiples hommages depuis une semaine, prêts à éclater dans cette overdose de bons sentiments.

Et pourtant, pourquoi ne pas cacher ma joie, malgré le deuil et l’émotion suscités par la disparition, de voir cette planète en communion quasi-unanime autour d’un homme qui incarnait les valeurs universelles de la démocratie et de l’humanisme ? Être joyeux pour un enterrement, cela pourrait être insolent, odieux, mais cette reconnaissance qui arrive de tous les endroits du monde n’est pas une surprise, on la subodorait depuis une vingtaine d’années.

Pour un peu, on pourrait béatifier voire canoniser Nelson Mandela, mais ce dernier, de là où il est, ne pourrait que rejeter ce type d’hommage, car pour lui, par sa modestie, par son humilité, son action ne pouvait être que collective. Jamais il n’a songé un instant à quitter sa prison sans avoir obtenu une solution collective au problème sud-africain. Et jamais il n’a cru que son action pouvait réussir sans l’apport de tous ceux qui ont lutté à ses côtés.

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Au contraire de personnalités comme Mikhaïl Gorbatchev et Helmut Kohl, qui ont changé le monde, politiquement, l’un par les transformations tellement profondes de l’URSS que cette dernière n’a pas survécu, l’autre par l’occasion saisie de la Réunification allemande, les trois personnalités précédemment citées n’ont pas beaucoup "agi" politiquement, au sens moderne d’aujourd’hui, à savoir, gérer un État, mais ont cristallisé, ou cristallise pour l’une d’elle, des symboliques très fortes dont le principal point commun est le rassemblement et l’unité.


Ne jamais oublier mais pardonner

Il n’a jamais vraiment présidé l’Afrique du Sud, ou du moins, il n’a fait que régner, il n’a jamais gouverné. Il était déjà trop âgé. Ce n’était pas dans son ambition. Il n’était pas accroché au pouvoir comme tant d’autres. Il savait seulement que sa présence était nécessaire, que son aura, son symbole ont permis quelques miracles.

Et le premier des miracles, c’était d’éviter un bain de sang pendant la transition, quand la fin de l’apartheid a été décidée. Que ceux qui furent oppressés ne cherchassent pas à prendre leur revanche, à se venger, ne massacrent pas leurs anciens oppresseurs. Rien n’était joué en 1993. Rien. La stature morale de Nelson Mandela a été telle que cette transition s’est réalisée avec le moins de dégâts possible.

Le dernier miracle, c’est sans doute dans le stade de Soweto, dernier lieu où Nelson Mandela s’est montré en public, à la clôture de la Coupe du monde de football en 2010, ce mardi 9 décembre 2013, jour du vingtième anniversaire de la remise du Prix Nobel de la Paix à Nelson Mandela et Frederik De Klerk (présent dans le stade ce mardi). De très nombreux chefs d’État avaient fait le déplacement pour un dernier hommage public, sous la pluie battante, et l’on a vu le Président des États-Unis Barack Obama saluer le Président cubain, Raul Castro, frère de Fidel Castro. Une poignée de main qui en a surpris plus d’un.

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Nelson Mandela a été un modèle majeur pour la résolution de conflits qui sembleraient impossibles à résoudre sereinement et pacifiquement. Tout est dans la dénomination de cette fameuse Commission Vérité et Réconciliation pour tourner la page des sombres années de l’apartheid. Il n’y a pas eu de chasse aux sorcières. Par son charisme, il a réussi à convaincre le peuple sud-africain de ne se tourner que vers l’avenir.

Deux impératifs donc, qu’il serait prodigieux d’appliquer par exemple au conflit israélo-palestinien : ne pas oublier (la vérité), mais pardonner (la réconciliation).

Deux impératifs qui ont été appliqués avec succès dans l’amitié franco-allemande initiée par le Général De Gaulle et Konrad Adenauer.

Le pardon, une valeur très chrétienne, est la seule option possible pour installer une paix durable entre deux ennemis aux rancunes tenaces et enracinées très profondément. Ce n’est pas donné à tout le monde. Ce n’est pas facile dans tous les cas.

Pardonner, ce n’est pas oublier.
Pardonner, ce n’est pas travestir la vérité.
Pardonner, ce n’est pas excuser, ni comprendre, ni expliquer.
Pardonner, c’est juste mettre un point final à un conflit et se tourner vers l’avenir.

Que tant de monde, tant de chefs d’État puissent se recueillir autour de cette valeur du pardon laisse finalement augurer d’un optimisme pour futur.


Critiques face aux hommages multiples

Alors, évidemment, l’unanimité des réactions peut faire peur dans l’apparence, car elle fait craindre d’être enfermé dans une sorte de carcan unique. Pourtant, se rassembler autour de valeurs essentielles à l’humanité, c’est rassurant. C’est montrer qu’il y a encore du positif dans les aspirations politiques des nations.

Certes, certains, pour se distinguer, n’avaient plus d’autre choix que de cracher soit sur Nelson Mandela lui-même (ils sont extrêmement rares), soit sur les laudateurs de Nelson Mandela. C’est leur droit, dans un pays où existe la liberté d’expression.

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Cinq types de critique ont été formulés cette semaine : la récupération, l’hypocrisie, la lutte armée, le bilan politique et le complot.

J’évacue rapidement la dernière critique, selon laquelle l’action de Nelson Mandela, depuis sa libération en 1990 jusqu’à la fin de sa présidence en 1999, n’aurait été qu’une manœuvre d’un groupe de comploteurs, la CIA par exemple (que certains aime voir, par obsession entêtée d’anti-américanisme, derrière tous les faits d’actualité, même les plus chaotiques ou anodins), analyse qui ne tient pas debout puisque justement, Nelson Mandela était encore inclus jusqu’en 2008 dans la liste des "terroristes" à surveiller par les États-Unis.

Mais les quatre premières ont leur fondement.

1. Certains analysent le bilan politique de l’unique mandat de Nelson Mandela (1994-1999) comme assez médiocre, laissant encore se développer de grandes inégalités sociales, l’émergence d’une "bourgeoisie noire" et le déplacement de la "fracture sociale".

Certes, la situation actuelle de l’Afrique du Sud n’est pas parfaite (très loin de cela), mais il faut voir d’où Mandela partait : de l’apartheid (une situation que les moins de 30 ans peuvent avoir du mal à imaginer) et d’un embargo économique mondial qui était asphyxiant pour l’économie sud-africaine. L’Afrique du Sud fait d’ailleurs partie des pays du monde qui nourrissent un certain dynamisme économique, ce qui est logique au regard des ressources du pays.

2. Prenons maintenant la lutte armée. Nelson Mandela a fait partie des admirateurs de Gandhi. C’était un contemporain de Gandhi. Mandela avait appris de lui la non-violence. Qu’aucune cause ne valait la violence aveugle.

Pourtant, la répression cruelle du régime d’apartheid a fait évoluer Nelson Mandela : la lutte ne pouvait plus qu’être armée. Ce n’était donc pas un saint, effectivement. Nelson Mandela se trouvait coincé dans un antagonisme moral qu’on pourrait retrouver dans l’excellente pièce "Les Justes" d’Albert Camus. Il a tout fait pour éviter la violence inutile, mais il ne l’a pas entièrement empêchée.

3. La récupération des autres ? En fait, quand il y a un unanimisme, il n’y a plus de récupération possible. Rendre hommage n’est pas récupérer. La récupération n’a de sens que par la distinction. Il est plus facile aujourd’hui de se distinguer en crachant sur Mandela qu’en honorant sa mémoire. L’unanimisme rend très banal le fait même d’encenser.

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Je ne vois donc pas en quoi les chefs d’État ou même des leaders politiques puissent récupérer une quelconque légitimité supplémentaire à dire (sincèrement pour la plupart) leur admiration et émotion pour Nelson Mandela. Ce ne serait pas un "avantage concurrentiel" qui départagerait des candidats dans une prochaine élection, pour parler compétition.

4. L’hypocrisie enfin. Certains parlent d’hypocrisie concernant des personnes qui honorent aujourd’hui Mandela alors qu’elles l’auraient voué aux gémonies hier (ce qui reste à prouver).

D’abord, il faut distinguer les États des personnes : pour les États-Unis (puisque les critiques sont souvent focalisées sur ce pays), Barack Obama venait à peine de naître quand Mandela fut mis en prison. C’est clair qu’Obama n’a aucune responsabilité sur l’action des États-Unis au sujet de l’apartheid même si, effectivement, son rôle national est d’assumer l’histoire de son pays.

Et même… Tout le monde a le droit de changer. D’évoluer. Sans cette évolution, jamais une situation ne pourrait s’améliorer. Frederik De Klerk a évolué aussi, lui, l’ancien ennemi devenu ami. Heureusement que les gens évoluent. Si c’est dans le bon sens…

Ensuite, il faut éviter de politiser l’action de Nelson Mandela. Il était communiste ? Surtout soutenu par les communistes dans le stupide jeu stratégique de la guerre froide. Heureusement, l’Afrique du Sud n’est pas devenue communiste. La libération de Nelson Mandela et la fin de l’apartheid a été probablement une conséquence de la chute du mur de Berlin.

Pourquoi des personnalités qui ne seraient pas communistes ou anciens communistes ne pourraient-elles pas saluer la mémoire de Nelson Mandela ? On est loin de la situation du Zimbabwe de Robert Mugabe. Au contraire, Mandela s’est beaucoup nourri de valeurs qu’on pourrait dire, certes par simplisme, "de droite" et aussi "du centre".

"De droite" : le mérite individuel. Nelson Mandela n’a cessé de bousculer ses propres troupes pour leur dire qu’il ne faut rien attendre des autres et qu’il faut agir par soi-même, s’engager soi-même pour améliorer sa condition. Il est donc loin de l’esprit d’assistanat des acquis sociaux que pourrait professer une certaine gauche.

"Du centre" : le pardon et la vérité, c’est l’enseignement simple mais difficile du christianisme et plus particulièrement de la démocratie chrétienne, une expression qui n’est pas utilisée en France mais dont le courant politique existe cependant (aujourd’hui, représenté par l’UDI et le MoDem) et qui est très favorable à la construction européenne pour cette raison (unir pour pacifier).

Cela ne veut pas dire que Nelson Mandela n’ait pas véhiculé des valeurs dites "de gauche", comme l’égalité, le partage etc. au contraire, la fin de l’apartheid l’a prouvé.

En clair, l’enseignement de Nelson Mandela appartient à tout le monde et personne ne peut se l’approprier de manière exclusive en refusant aux autres ce qu’on ferait soi-même. Au contraire, cet universalisme est un grand soulagement dans un monde en véritable crise d’identité et de foi en l’avenir.

Autre remarque : le fait que Nelson Mandela soit de peau "noire" importe peu, ici. On aurait presque oublié ce détail (c’est bien un détail). En 2013, alors que les États-Unis sont présidés depuis presque cinq ans par un Président métis (là encore, ce n’est qu’un détail), il serait temps de voir que l’essentiel n’a rien à voir avec la couleur d’une peau : l’essentiel est dans les valeurs que promeuvent les personnes, et uniquement cela, dans un sens comme dans un autre.


L’homme face à l’Histoire

Enfin, ma dernière réflexion concerne l’homme providentiel qu’a été Nelson Mandela. Il paraît factuel de dire qu’il a contribué de façon décisive à l’évolution positive de la République sud-africaine. Que sans lui, au mieux la transition aurait été sanglante, au pire, la répression sanglante aurait empêché la transition. Sa lente maturation dans sa prison a été sans doute capitale pour retourner une situation dans laquelle la violence aurait pu s’imposer.

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C’est une vraie question philosophique : l’action de "grands hommes" (Alexandre le Grand, Jules César, Charlemagne, Louis XIV, Napoléon, De Gaulle, etc. pour reprendre que la "lignée française", je simplifie) a-t-elle été indispensable à la construction d’un pays ou d’une nation ? ou un autre aurait-il agi pareillement à quelques détails près ? Ou encore : sans Hitler, le nazisme aurait-il pu éclore dans la République de Weimar en pleine crise économique ? Je n'ai pas la réponse.

Mandela refusait de dire qu’on devait tout lui devoir. Il était trop modeste pour cela. Mais parfois, il faut bien admettre que l’engagement de certains individus ont pu accélérer le cours de l’Histoire. Histoire d’une nation et, ici, de l’humanité. Jamais le destin collectif n’a été aussi lié qu’à la présence de cet homme providentiel.


Un espoir pour le futur ?

C’est pourquoi je me réjouis du quasi-unanimisme dans cet hommage mondial à Nelson Mandela. C’est mérité. Reconnaître universellement que la vérité et le pardon sont deux moteurs essentiels de la paix dans le monde, c’est faire un petit pas en avant dans tous les conflits qui alimentent les aigreurs du monde d’aujourd’hui. Maintenant que la leçon a été donnée, pourvu qu’elle soit maintenant appliquée.

La dernière étape de Nelson Mandela sera un enterrement discret dans l’intimité familiale le 15 décembre 2013.


Aussi sur le blog.

 

 

 

Sylvain Rakotoarison (12 décembre 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Hommage à Nelson Mandela.
Pardonner, ce n’est pas facile.
L’Afrique du Sud de Nelson Mandela.
L’Afrique du Sud de Thabo Mbeki.
L’Afrique du Sud de Jacob Zuma.


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http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/hommage-mondial-a-mandela-de-l-144983
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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 06:00

L’élection présidentielle n’est pas un jeu de téléréalité : des vies humaines seront toujours mises en cause dans les conséquences de l’élection présidentielle par le jugement, le discernement et les décisions du Président de la République.


yartiMali01En voyant ce vendredi 11 janvier 2013 au soir les images de la courte allocution du Président François Hollande annoncer l’engagement des troupes françaises au Mali, une vieille réflexion me revenait en boucle. Quand on élit un Président de la République, ce n’est pas un jeu. Ce n’est pas une course de chevaux, avec ses écuries, ses parieurs, ses bookmakers. Ce n’est pas qu’un festival de postures, qu’un concours de marketing politique, qu’une compétition de clichés et de relationnel presse.

L’histoire est tragique. Le choix d’un Président de la République va influer sur la vie de nombreuses personnes. Pas seulement sur sa qualité (logement, emploi, précarité, éducation etc. et c’est là très difficile d’en avoir la certitude). Non. Sur le fait même de vivre encore.

Certaines décisions présidentielles entraîneront inéluctablement la perte de vies humaines. Je ne sais pas lesquelles, ni dans quelles circonstances, mais c’est sûr. Peut-être même la mienne. Ou la sauver. Lorsque Jacques Chirac le 14 juillet 2002 a décidé d’être très sévère sur la sécurité routière, plus de 20 000 vies ont été sauvées depuis dix ans. 20 000 vies sauvées ! Peut-être la mienne. Ou la vôtre. Qui sait ?

Sauver parfois (rarement).
Détruire plus sûrement.

L’engagement dans des conflits armés (Kolwezi, Tchad, Koweït, Afghanistan, Côte d’Ivoire, Libye…) est du seul ressort présidentiel, résultat d’une solitude angoissante, et a pour conséquence la perte de vies humaines. Je ne discute pas de la pertinence ou pas de ces engagements. Le non-engagement (comme en Syrie) pourrait même coûter plus cher en vies humaines. Quelles qu’elles soient. Mais c’est un fait. Le lien est clair. Un Président peut décider, en ricochet, du sort de votre vie ou de celle de vos proches.

Que lorsqu’on glisse son bulletin de vote au second tour d’une élection présidentielle, il ne s’agit pas de se faire plaisir, de choisir la personne la plus jolie, la plus baratineuse, la plus démagogique. On choisit celui qui pourrait déclencher une guerre thermonucléaire totale. Ou plus certainement, celui qui va, d’une manière ou d’une autre, de loin ou de près, générer un certain nombre de deuils. Volontaires ou pas, par maladresse ou par incompétence, par calcul ou par terreur,par stratégie ou par peur.

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L’engagement de la France au Mali du 11 janvier 2013 a hélas déjà enregistré ses premiers lots de désolation. Plusieurs morts. Directement liés à la décision présidentielle (attention, je ne dis pas que s’il avait décidé autrement, il y en aurait moins, mais probablement pas les mêmes). Un pilote français (le lieutenant Damien Boiteux, 41 ans, auquel un hommage sera rendu par Jean-Marc Ayrault aux Invalides le 15 janvier 2013) a été blessé dans la nuit du 11 au 12 janvier 2013 lors d’un raid et a succombé à l’hôpital peu après. Probablement qu’il y a eu des victimes aux frappes nocturnes.

Ailleurs, au même moment, une opération française en Somalie pour libérer Denis Allex, un otage français détenu depuis juillet 2009 a fait de nombreux morts, un ou deux soldats français, dix-sept terroristes qui avaient participé à la prise d’otage et l’otage français lui-même serait tué ou vivant et bientôt "jugé" selon ses ravisseurs, et dans sa cas, sa vie ne tient qu’à un fil.

Ces deux faits sont sûrement intriqués. Les terroristes islamistes le proclament d’ailleurs très ouvertement : « Il y a des conséquences, non seulement pour les otages français, mais aussi pour tous les ressortissants français où qu’ils se trouvent dans le monde musulman. Nous allons continuer à nous résister et à nous défendre. Nous sommes prêts à mourir au combat. » (Sanda Ould Boumama, du groupe rebelle Ansar Dine, à Reuters).

Un autre a dit à peu près la même chose : « Stoppez votre assaut contre nous, ou vous creuserez la tombe de vos propres enfants. » (Abdallah al Chinguetti, d’Al-Qaida Maghreb islamique, sur Internet).

Ce samedi 12 janvier 2013, à l’issue du conseil de défense tenu à l’Élysée, François Hollande a annoncé un renforcement du plan Vigipirate sur toute la France.

Je suis bien incapable aujourd’hui d’avoir une analyse avisée sur la situation au Mali et ses répercussions sur le territoire français. Il me paraît effectivement nécessaire d’éviter à tout pris que des terroristes islamistes s’emparent d’un État et en fasse un État terroriste qui minerait la sécurité en particulier des Français en France pendant de nombreuses années.

Je souhaite à François Hollande la plus grande clairvoyance pour qu’il minimise au mieux toute perte de vies humaines, quelles qu’elles soient, françaises comme non françaises.

Mais ce triste baptême du feu militaire pour François Hollande rappelle amèrement que la réalité tragique rattrape toujours les responsabilités, graves et immenses, de tout Président de la République française, même un normal. Élire un Président de la République est toujours un engagement fort et grave qui peut mettre un terme à bien des vies. C’est à cela qu’il faut penser avant tout quand on passe dans l’isoloir. Pas au sourire de la crémière.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 janvier 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sécurité routière.
François Hollande.
Tragédie des otages.
Tragédie des engagements militaires.

yartiMali03
 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/mali-histoire-tragique-et-choix-du-128859

 

 

 

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