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10 janvier 2020 5 10 /01 /janvier /2020 03:44

« Pas d’harmonie sans l’ordre, pas d’ordre sans la paix, pas de paix sans la liberté, pas de liberté sans la justice. » (Léon Bourgeois, 1909).



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Hommage à une grande dame. Ah, c’était l’objet de dérision, de moquerie, on avait bien ri de la SDN, cette Société des Nations si impuissante à résister aux flots des populismes et des extrémismes. Même les enfants connaissaient ce machin grâce à "Tintin et le Lotus bleu" dans lequel on voit le représentant du Japon quitter avec colère la SDN (j’ai mis au passé car je ne sais plus si les enfants lisent encore vraiment Tintin de nos jours).

Née des ruines de la Première Guerre mondiale, la Société des Nations est née il y a cent ans, le 10 janvier 1920. Elle est l’ancêtre de l’Organisation des Nations Unies (ONU) qui lui a succédé après la Seconde Guerre mondiale. Le fait qu’elle n’a pas empêché l’éclatement de cette Seconde Guerre mondiale a placé la SDN dans les oubliettes de l’Histoire, dans la catégorie des "Belles idées", pas loin du tiroir "Utopies du XXe siècle".

Paradoxalement, son concept fut présenté par un Président des États-Unis, c’était en effet le quatorzième des "Quatorze points" énoncés devant le Congrès américain le 8 janvier 1918 par le Président Woodrow Wilson qui fut à la base de la SDN : « Une association générale des nations doit être constituée sous des alliances spécifiques ayant pour objet d’offrir des garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité territoriale aux petits comme aux grands États. ».

La création de la SDN fut ainsi incluse dans le Traité de Versailles signé le 28 juin 1919, après que ce choix fut validé le 25 janvier 1919 par les participants à la conférence de paix (présidée par Clemenceau). SDN, en anglais, se dit : "League of Nations" et "Volkerbund" en allemand. On aurait pu aussi l’appeler la communauté paisible des nations…

Mais le Sénat américain a refusé deux fois de ratifier ce traité (le 19 novembre 1919 et le 19 mars 1920), si bien que les États-Unis n’ont jamais été un membre de la SDN. Le siège fut choisi le 28 avril 1919 à Genève, ville internationale dans un pays neutre, la Suisse. Cette ville était déjà le siège de Conférences mondiales pour la paix au XIXe siècle.

L’idée avait germé dès 1915 aux États-Unis à la suite de l’échec des conférences de paix de La Haye (sa troisième aurait dû se dérouler en 1915 et n’avait pu prévenir la guerre), et Woodrow Wilson restait convaincu que les causes de la Première Guerre mondiale étaient la conséquence directe des diplomaties secrètes. Organiser les relations internationales lui paraissait ainsi un impératif pour la paix.

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Un autre père de la SDN fut le Français Léon Bourgeois (1851-1925), qui fut un homme politique radical, plusieurs fois ministre et même chef du gouvernement du 1er novembre 1895 au 22 avril 1896, et qui a eu l’occasion de présider chacune des deux assemblées parlementaires. Il fut le délégué de la France aux deux Conférences de la paix à La Haye en 1899 et en 1907 (qu’il a présidées) et il avait théorisé durant ces années d’avant-guerre l’idée d’un rassemblement des nations avec deux notions : le désarmement et l’arbitrage pour régler pacifiquement un conflit. Il fut d’ailleurs lauréat du Prix Nobel de la Paix en 1920 pour sa contribution à la création de la SDN (Woodrow Wilson fut lui aussi lauréat du Prix Nobel de la Paix en 1919 pour la même raison, la création de la SDN).

La mission centrale de la Société des Nations fut de préserver la paix mondiale en résolvant les conflits par la négociation et l’arbitrage. Le français et l’anglais furent les deux langues de travail de la SDN à Genève. La Chartre de la SDN (Pacte de la Société des Nations) fut rédigée du 3 février 1919 au 11 avril 1919 (au Crillon à Paris) et fut signée le 28 juin 1919, à l’origine par 45 États dont 26 non européens. Ce nombre est monté jusqu’à 57. Trois objectifs : l’abolition de la diplomatie secrète, le respect du droit international et l’arbitrage comme méthode de résolution des conflits. La mise en application fut fixée au 10 janvier 1920. Il y a eu aussi l’attribution de "mandats", principalement à la France et au Royaume-Uni pour des territoires de l’ancien Empire ottoman et des anciennes colonies allemandes. Le partage du Proche-Orient fut le germe d’autres conflits après la Seconde Guerre mondiale (Liban, Syrie, Irak, Palestine, etc.).

Cette Chartre commence ainsi : « Considérant que, pour développer la coopération entre les nations et pour leur garantir la paix et la sûreté, il importe d’accepter certaines obligations de ne pas recourir à la guerre, d’entretenir au grand jour des relations internationales fondées sur la justice et l’honneur, d’observer rigoureusement les prescriptions du droit international, reconnues désormais comme règle de conduite effective des gouvernements, de faire régner la justice et de respecter scrupuleusement toutes les obligations des traités dans les rapports mutuels des peuples organisés, adoptent le présent pacte qui institue la Société des Nations. ».

La SDN fut composée de l’Assemblée qui réunit tous les représentants des États membres, le Conseil qui est constitué par cinq membres permanents (le Royaume-Uni, la France, l’Italie, le Japon et la Chine ; la République de Weimar, qui était l’Allemagne d’entre-deux-guerres, fut le sixième membre permanent du Conseil le 8 septembre 1926) et neuf autres non permanents désignés par l’Assemblée (à l’origine, entre 1922 et 1926, il n’y a eu que six membres non permanents), du Secrétariat dirigé par le Secrétaire Général, qui dirige le personnel de la SDN et qui a une fonction exécutive (en 1930, la SDN employait 670 personnes de 51 États), enfin la Cour permanente internationale de justice de La Haye (créée en 1922) pour juger des affaires à l’issue d’une guerre (cette cour avait été pensée aux conférences de La Haye de 1899 et 1907).

Comme on le voit, les institutions de l’ONU ont été calquées sur celles de la SDN. C’était la conception française qui privilégiait la création d’organes et de structures, tandis que la conception anglo-saxonne préférait des cadres plus informels.

La première réunion de la SDN a eu lieu le 10 janvier 1920 à Londres et a ratifié le Traité de Versailles. La première séance de l’Assemblée générale de la SDN a eu lieu le 15 novembre 1920 à Genève avec 41 membres. Le nombre de membres a atteint 60 du 28 septembre 1934 au 26 mars 1935. Léon Bourgeois présida la première réunion du Conseil de la SDN le 16 janvier 1920 à Paris, ainsi que celle du 13 mars 1920 à Paris, celle des 9 au 11 avril 1929 à Paris et celle des 16 au 20 septembre 1920 à Paris.

D’autres réunions furent présidées par des Français lorsque le conseil était réuni à Paris ou à Genève, en particulier René Viviani du 29 janvier 1923 au 3 février 1923 à Paris, Paul Painlevé du 2 au 28 septembre 1925 à Genève, Aristide Briand du 26 au 30 octobre 1925 à Paris et du 10 au 15 décembre 1928 à Lugano, et plus tard encore, Joseph Paul-Boncour, André Tardieu et Yvon Delbos. Léon Bourgeois présida aussi l’Assemblée générale de la SDN en 1920 (ce fut le premier Président de cette assemblée), généralement le président change à chaque rentrée de septembre (comme pour l’ONU plus tard). En tout, il y a eu 107 sessions publiques entre 1920 et 1939.

Un autre Français très impliqué dans la SDN fut le deuxième Secrétaire Général de la SDN (il y en a eu seulement trois en tout), le diplomate Joseph Avenol (1879-1952), en fonction du 3 juillet 1933 au 31 août 1940, dont le nom n’a pas franchi les barrières de la postérité parce qu’il était partisan de la conciliation avec l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, puis, il était favorable au régime de Vichy. Sa gestion fut pitoyable (après ses fonctions à la SDN, il proposa d’intégrer le gouvernement de Vichy, ce qui lui fut refusé, puis, en 1943, il s’exila prudemment en Suisse où il séjourna jusqu’à sa mort).

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La composition de la SDN a souvent changé, en fonction du retrait ou du retour de certains pays. Le 27 mars 133, le Japon a claqué la porte de la SDN après la condamnation de l’invasion de la Mandchourie, l’Allemagne nazie a fait de même le 21 octobre 1933, l’Italie fasciste le 11 décembre 1937, ces trois membres étant membres permanents du Conseil. L’URSS a adhéré le 18 septembre 1934 mais en fut exclue le 14 décembre 1939. Le dernier État à avoir adhéré fut l’Égypte le 26 mai 1937. La SDN fut officiellement dissoute le 20 avril 1946.

La réputation de la SDN reste mauvaise en raison de son incapacité à empêcher la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, il y a eu quelques réussites (certains problèmes ont été résolus grâce à la SDN). La principale source d’impuissance fut qu’il fallait l’unanimité pour prendre une décision (l’ONU reste dans une règle majoritaire avec droit de veto pour les membres permanents, ce qui finalement, revient presque au même). Une autre faille a été que la SDN fermait les yeux sur les décisions des grandes puissances (y compris la France avec l’occupation illégale de la Ruhr, ou l’Italie avec l’invasion de l’Éthiopie). Enfin, l’absence des États-Unis, pourtant "l’âme" de cette nouvelle organisation internationale, a fait qu’il manquait le pays pivot qui est devenu plus tard le "gendarme" du monde (que l’on considère cela de manière positive ou négative).

Les handicaps de la SDN furent analysés et très tôt avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Président Franklin Roosevelt a réfléchi pour créer une nouvelle structure plus efficace, qui fut l’ONU avec pour siège New York, loin des instabilités européennes. L’une a eu seulement un quart de siècle, l’autre déjà trois quarts de siècle.

L’importance du multilatéralisme n’est plus à démontrer, non seulement pour éteindre des conflits qui pourraient s’aggraver, mais pour d’autres sujets d’enjeu mondial, comme la transition climatique. L’exploitation rationnelle et raisonnable des ressources de la planète, et en premier lieu les ressources énergétiques, nécessite une véritable concertation mondiale. Cela n’a pas empêché des guerres, mais pour l’instant, elles ont toujours étaient circonscrites et jamais mondialisées. La SDN, avec tous ses organes institutionnels et ses agences, fut ainsi la précurseure de ce dialogue mondial désormais permanent.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 janvier 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Société des Nations (SDN).
Les 70 ans d’Israël.
Le Pacte germano-soviétique.
Les Accords de Munich.
Le Pacte Briand-Kellogg.
Le krach de 1929, de sinistre mémoire…
Le péché originel de la République de Weimar.
Le Traité de Versailles.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200110-sdn.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/les-100-ans-de-la-societe-des-220594

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/01/09/37926330.html





 

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 03:51

« Tous nos défis sont mondiaux (…), tout cela, nous ne les réglerons qu’à l’échelle de la planète, de manière multilatérale. [Sinon], nous laissons la loi du plus fort l’emporter. (…) C’est [la règle du droit] qui nous a faits, c’est cela qui construit la paix dans la durée. (…) Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin du multilatéralisme (…). C’est la règle du droit, c’est l’échange entre les peuples, c’est l’égalité de chacune et chacun d’entre nous, c’est ce qui permet de construire la paix et de relever chacun de nos défis. » (Emmanuel Macron, à l’ONU le 19 septembre 2017).



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Parce que personne n’attendait plus rien du G7, le Sommet de Biarritz réunissant les chefs d’État et de gouvernement de pays produisant 40% du PIB mondial du 24 au 26 août 2019 a été une grande réussite. Ceux qui affichent volontiers un supposé patriotisme, un supposé amour de la France (mais qui ne cessent de dénigrer la France d’aujourd’hui) devraient être fiers d’avoir Emmanuel Macron comme Président de la République. Avec lui, c’est bien la voix de la France qui est audible sur toute la planète. La grandeur d’un pays se mesure aussi par le volontarisme politique de ses dirigeants.

On pourra toujours pérorer sur le contraste entre les mots et les faits, sur l’image et la réalité de ce sommet. La réalité, c’est que la diplomatie se nourrit de mots et d’images, et c’est pour cela que ce sommet a été un succès, et en particulier, évidemment, un succès pour le Président français Emmanuel Macron qui présidait ce G7 à Biarritz.

L’une des grandes réussites de ce sommet, c’est le retour du multilatéralisme. Depuis plusieurs années, les institutions de dialogue entre les États se délitent. Donald Trump est un adepte de l’unilatéralisme forcené, qui permet à la première puissance économique et militaire du monde d’imposer ses diktats aux autres États qui, pris isolément, ne sont pas en meilleure position dans un rapport de force avec les États-Unis. Ce pays a quitté aussi certaines instances internationales, comme les Accords de Paris, l’Unesco, etc. La guerre commerciale déclenchée par Donald Trump contre l’Europe, la Chine, le Canada, etc., n’était pas non plus de nature à rassurer l’avenir économique du monde.

Mais d’autres États quittent aussi des instances de dialogue et de décision, c’est le cas du Royaume-Uni qui a bien du mal à concrétiser le Brexit voulu par les électeurs britanniques. La nécessité d’une coopération militaire entre la France et le Royaume-Uni ne fait pourtant aucun doute des deux côtés de la Manche, mais elle devra se poursuivre hors des instances communautaires. La forte audience électorale de Matteo Salvini et de sa Lega pourrait aussi faire craindre un délitement de l’Union Européenne qui est une construction fragile, longue, progressive, et surtout, positive pour l’ensemble de ses États membres. C’est toujours plus facile de détruire que de proposer des solutions concrètes pour résoudre les problèmes d’aujourd’hui.

Même le Brésil rejette le multilatéralisme en repoussant ce 26 août 2019 l’aide proposée par le G7 de 20 millions de dollars pour lutter contre les incendies de la forêt amazonienne. Reconnaissons toutefois que 20 millions de dollars, c’était un montant assez faible, l’Allemagne avait déjà proposé 100 millions de dollars pour une telle aide. Les propos de machiste alcoolique de bistrot qu’a envoyés le Président brésilien Jair Bolsonaro (comparaison des conjointes), qui n’étaient même pas du niveau d’une cour de récréation, aident finalement Emmanuel Macron dans sa démarche constructive sur le plan international, et même sur le plan national.

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L’une des volontés très fortes d’Emmanuel Macron sur le plan international, c’est de remettre le multilatéralisme en marche. Dès sa première intervention devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 19 septembre 2017, Emmanuel Macron avait déclaré : « Regardons la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Avons-nous, par l’absence de dialogue, mieux endiguer la situation (…) ? Pas une seule seconde. Partout où le dialogue, le contrôle, le multilatéralisme se dotent d’armes efficaces, il est utile. C’est cela que je veux pour nous tous et toutes. (…) Nous avons laissé s’installer que le multilatéralisme était en quelques sortes un sport confortable, un jeu pour diplomates assis, l’instrument des faibles, c’est cela, ce qui s’est passé depuis tant et tant d’années. Nous avons laissé croire que le multilatéralisme ne pouvait pas tout régler. (…) Nous avons laissé croire qu’on était plus crédibles et plus forts lorsqu’on agissait de manière unilatérale. C’est faux. (…) Nous avons laissé les dérèglements du monde prendre le dessus. Nous avons traîné à régler le réchauffement climatique, à traiter des inégalités contemporaines qu’un capitalisme déréglé s’est mis à produire. (…) Notre défi (…), c’est de savoir refonder [le multilatéralisme]. ».

Il l’a répété l’année suivante et probablement le répétera cette année en septembre à l’ONU. Pour Emmanuel Macron, le multilatéralisme est nécessaire si l’on veut pouvoir résoudre des problèmes internationaux compliqués. Cette constance dans la réflexion et l’action, Emmanuel Macron l’a toujours eue. C’est rassurant et cela change de François Hollande, par exemple, qui n’avait aucune "doctrine" sur rien et naviguait sans radar ni destination, selon les derniers râles du parti socialiste.

Dans ce G7, Emmanuel Macron avait évidemment le premier rôle puisqu’il le présidait, au point d’avoir beaucoup agacé préalablement les diplomates américains qui considéraient que la plupart des thèmes introduits (en particulier la déclinaison des inégalités) n’avaient qu’un objectif de politique intérieure (se gauchiser) sans de grand intérêt international. Certains des participants de ce G7 étaient par ailleurs en difficulté dans leur pays, ce qui les empêchait de prendre des initiatives sur le plan international. C’était le cas en particulier du Président du Conseil italien Giuseppe Conte, démissionnaire à Rome, et de la Chancelière allemande Angela Merkel qui était visiblement "en fin de règne".

Qu’est-il sorti de ce G7 ? Quelques espoirs et certainement un meilleur climat international. D’habitude, il ne sort rien de concret des G7. La première chose qu’a faite Emmanuel Macron en préparant ce sommet, c’était de ne pas l’enfermer dans une réunion à Sept seulement, mais bien de l’ouvrir à de nombreux autres pays du monde (voir mon article précédent). Éviter la dichotomie pays riches/pays pauvres. Dans les enjeux mondiaux actuels (en particulier sur le climat), tous les pays sont nécessaires et les plus pauvres peuvent même avoir une influence déterminante en raison de leur situation.

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Dans son allocution le 24 août 2019, Emmanuel Macron a même déclaré vouloir exprimer, au sein du G7, la part des positions des anti-G7 qui manifestaient parallèlement : « Je sais que d’autres aussi sont complètement en désaccord avec nous et font parfois des sommets alternatifs. J’écouterai aussi ce qu’ils disent comme j’ai écouté ce matin les propositions ici des villes, des départements et de la région. Mais je veux vraiment les appeler aussi au calme, à la concorde. Nous avons des désaccords, parfois il y a des caricatures, mais je pense que les grands défis qui sont les nôtres, le climat, la biodiversité, la transformation technologique, les inquiétudes dans notre société, la lutte contre les inégalités, cette insécurité qui est partout dans le monde, nous ne les résoudrons qu’en agissant ensemble, qu’en étant davantage réconciliés. Donc, je les appelle vraiment au calme et en leur promettant que j’essayerai d’apporter aussi une part de leur vérité autour de cette table. ».

"Ensemble". Ce mot, Emmanuel Macron l’a répété des dizaines de fois dans sa conférence de presse de clôture du G7 ce lundi 26 août 2019. Le multilatéralisme qu’il prône a eu des résultats non négligeables à Biarritz.

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Le principal résultat, car le sujet est très grave, c’est la venue surprise du Ministre iranien des Affaires étrangères le 25 août 2019 à Biarritz, hors de l’enceinte du G7. La crise sur le nucléaire iranien est dangereuse pour l’équilibre et la paix dans le monde. La remise en cause, par Donald Trump, de l’accord conclu en particulier par son prédécesseur Barack Obama, a créé de fortes tensions et un risque d’escalade très inquiétant. Grâce au volontarisme d’Emmanuel Macron, le climat a changé. Donald Trump a même annoncé le 26 août 2019 que, si les circonstances s’y prêtaient, il rencontrerait le Président iranien.

Donald Trump n’a dans l’esprit que les dollars que son pays peut gagner. C’est regrettable, surtout d’un point de vue politique et humaniste, mais c’est ainsi, c’est une réalité diplomatique et en plus, en période préélectorale, cela a peu de chance de changer. Or, Donald Trump a bien conscience que l’Iran et la Corée du Nord sont deux pays à très fort potentiel économique. Son objectif, c’est le chaud et froid, c’est créer des rapports de force qui mettent les États-Unis en position de force. Mais à force de créer des chauds et froids, le risque est de briser les liens. L’entremise d’Emmanuel Macron a donc été décisive dans ce dossier qui pose aussi un autre problème : le Président iranien doit lui-même faire face aux ultras de son pays qui refusent tout accommodement avec "l’impérialisme américain".

Parmi les autres résultats, on peut citer aussi l’acceptation, dans son principe, d’une taxation des GAFA (grandes entreprises du numérique qui peuvent délocaliser facilement leur fiscalité) qui devrait se faire par un organisme international dont ce n’était pas le but, l’OCDE. Et aussi, l'engagement de gros de l'industrie textile de réduire drastiquement leur pollution en plastiques.

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Les opposants à Emmanuel Macron veulent souligner l’absence d’accord concret. Pourtant, les perspectives des décisions du G7 sont bien concrètes. Et l’essentiel, c’était d’infléchir la position de Donald Trump. C’est là la vraie réussite d’Emmanuel Macron : avoir réussi à créer un nouveau climat favorable au multilatéralisme. Même le différend commercial entre les États-Unis et la Chine, qui pourrait avoir de fâcheuses conséquences économiques en Europe, pourrait bénéficier de ce nouveau climat.

Certains parlent aussi de bel emballage, de bonne communication. Sauf que tous les G7 n’ont pas profité d’une bonne communication, il doit bien y avoir des raisons à cela. En somme, Emmanuel Macron n’est pas un magicien, il n’est pas un bonimenteur, il est plutôt un Monsieur Loyal du cirque mondial, un entremetteur pour faire avancer les dossiers chauds du monde à venir. En ce sens, je suis fier d’être Français et je ne regrette vraiment pas d’avoir voté pour lui le dimanche 7 mai 2017


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 août 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
G7 à Biarritz : Emmanuel Macron consacré prince du multilatéralisme.
L’ardeur diplomatique d’Emmanuel Macron.
Le Sommet du G7 à Biarritz du 24 au 26 août 2019.
Allocution du Président Emmanuel Macron le 24 août 2019 à Biarritz.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
La Simone Veil d'Emmanuel Macron ?
Emmanuel Macron, deux ans après.
Emmanuel Macron et l’art d’être Français.
Conférence de presse du Président Emmanuel Macron du 25 avril 2019 (vidéo et texte intégral).
Allocution du Président Emmanuel Macron du 16 avril 2019 (texte intégral).
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Gilets jaunes : le syndrome du Fouquet’s.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190826-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/g7-a-biarritz-emmanuel-macron-217489

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/08/27/37593703.html


 

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26 août 2019 1 26 /08 /août /2019 03:53

« Notre monde est à un moment de bascule et je crois que notre vocation à nous, Français, est d’être dans la proposition, l’inspiration, d’essayer de réduire les désaccords, de ne pas céder aux faiblesses du temps présent, d’avoir cet esprit de résistance qui fait se dire "il n’y a pas de fatalité". On doit se battre pour conduire les autres à se battre avec nous contre ces injustices ou ces absurdités. Alors, je vous promets, en votre nom, de faire le maximum pour mettre mes collègues d’accord sur ces sujets, pour qu’on arrive à faire bouger les choses ensemble. » (Emmanuel Macron, le 24 août 2019 à Biarritz).



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Il faut imaginer une allocution télévisée le samedi de l’un des derniers gros week-ends de retour de vacances. Et encore, l’imaginer à 13 heures, même pas le soir ! Peu d’espoir d’être vraiment entendu par tous les Français et d’avoir pour conséquence un gain politique important.

Et pourtant, le Président de la République Emmanuel Macron a eu raison de prononcer une allocution ce samedi 24 août 2019 juste avant l’ouverture du Sommet du G7 à Biarritz. À ma connaissance, c’était même la première fois qu’un Président français s’adressait à ses compatriotes avant un sommet, et pas seulement après. Avant, pour dire ses attentes, les enjeux, et, en quelques sortes, prendre les Français à témoins de son volontarisme diplomatique. Il a fait ensuite un point de presse à la fin de chaque réunion de travail du G7.

L’antimacronmania est telle que tous les faits et gestes présidentiels sont non seulement scrutés et disséqués mais aussi critiqués, fustigés, parfois pour de très mauvaises raisons. Comme l’excessif est insignifiant, ce genre d’opposition systématique n’a, à mon avis, pas beaucoup de chance d’être efficace.

Le critiquer pour une communication excessive ? Au contraire, il a vraiment raison sur la forme. Expliquer aux Français sa politique est même le B.A. BA du métier de Président de la République. Chose que n’a jamais comprise son prédécesseur François Hollande, et pourtant, ce dernier n’était pas avare en déclarations et discours, mais il préférait commenter à expliquer. Quand on est acteur, on explique ; quand on commente, c’est qu’on n’est qu’observateur.

C’est d’ailleurs, de sa part, risqué : expliquer ses objectifs pour le G7, et constater à la fin du sommet qu’ils ne seraient pas tous atteints, c’est laisser entendre un échec qui serait mis à son passif. Pourtant, il a raison parce que la diplomatie, comme l’économie, comme tous les sujets nationaux, est l’affaire de tous, de tous les Français. D’ailleurs, dans son allocution, il n’a pas hésité à réduire ses ambitions : « Nous ne réussirons sans doute pas sur tout et ne m’en voulez pas si parfois nous n’y arriverons pas. La France doit faire le maximum mais nous ne pouvons pas tout, tout seul. ».

On peut certes faire remarquer qu’Emmanuel Macron "se réfugie" dans la politique extérieure. Parce qu’en général, c’est un domaine qui porte plus facilement l’unité sinon le consensus entre les Français. On peut imaginer que c’est un calcul politique, et personne d’ailleurs ne pourrait imaginer qu’un Président ne calcule pas.

C’est de toute façon un bon calcul politique : en laissant son Premier Ministre Édouard Philippe la responsabilité de conduire la politique économique et sociale, et tout le monde sait que l’actualité y est très brûlante (assurance-chômage, retraites, PMA, projet de loi de finances, etc.), Emmanuel Macron reprend de la hauteur présidentielle sur les questions planétaires, avec probablement un souhait, qu’il soit considéré comme l’un des leaders mondiaux de la lutte contre les bouleversements climatiques.

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D’ailleurs, Emmanuel Macron se retrouve justement dans une fenêtre diplomatique exceptionnelle, probablement la plus importante de son quinquennat. En effet, il est le Président du G7 cette année, et aussi, le Président de l’Union Européenne pour ce semestre. En d’autres termes, il est (presque) le Président du monde, et il entend bien en profiter pour faire avancer les dossiers qui le motivent beaucoup.

Président du monde est sans doute un peu exagéré, ce surnom pourrait être associé plutôt au Secrétaire Général de l’ONU maintenant que le pape n’a plus qu’une mission pastorale. Mais il ne faut pas réduire ce Sommet du G7 à Biarritz aux seuls sept pays qui le composent, à savoir la France, les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, le Canada et le Japon. Ce week-end, d’autres pays ont été très présents et représentés, comme l’Espagne, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Chili, l’Australie, ces quatre derniers, partenaires très engagés dans la protection de la planète et la transformation numérique, également le Burkina-Faso, l’Égypte, le Sénégal, le Rwanda et l’Union Africaine pour un partenariat avec l’Afrique, enfin, même l’Iran a été présent avec la présence surprise du Ministre iranien des Affaires étrangères.

Emmanuel Macron a donc fait sa troisième "rentrée scolaire" avec une frénésie diplomatique probablement nécessaire. Il faut ainsi saluer, avant même le début du G7 : rencontre avec le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine le 19 août 2019 au Fort de Brégançon (rappelons que depuis l’annexion de la Crimée, la Russie a été exclue du G8 redevenu G7), rencontre avec le nouveau Premier Ministre britannique Boris Johnson le 22 août 2019 à l’Élysée, rencontre avec le Premier Ministre indien Narendra Modi le 22 août 2019 à Chantilly, rejet de l’accord commercial entre l’Union Européenne et le Mercosur le 23 août 2019 en raison de la mauvaise volonté du Président brésilien Jair Bolsonaro de préserver la forêt amazonienne (parlant même de "mensonge"), déjeuner de travail avec le Président américain Donald Trump le 24 août 2019 à Biarritz, etc.

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À Vladimir Poutine, Emmanuel Macron a promis de se rendre en Russie aux cérémonies du 9 mai 2020 commémorant le soixante-quinzième anniversaire de la fin de la guerre. À cause de la crise ukrainienne, François Hollande avait refusé de se rendre au soixante-dixième anniversaire, alors que Vladimir Poutine s’était pourtant déplacé en Normandie l’année précédente pour commémorer le Débarquement.

Alors que Donald Trump a remis en cause les Accords de Paris et que Jair Bolsonaro refuse de les appliquer, Emmanuel Macron a salué la bonne volonté de la Russie sur le dossier climatique : « Je me réjouis de la décision de ratification des Accords de Paris qui a été prise par la Russie, qui est un point extrêmement important dans le combat que nous menons en matière climatique et qui est, je crois, un geste diplomatique et de conviction très important de la part de la Russie en soutien de l’agenda de Paris. Je veux aussi avoir un mot de soutien après les incendies terribles qui se sont produits cet été en Sibérie et qui ont mobilisé le Président. Mais de l’Arctique à la situation du permafrost, et à cet agenda climatique-là aussi, je souhaite que nous puissions avancer, et c’est pour moi au cœur de cette recomposition que nous avons à faire parce que, je le disais, notre ordre international vit un moment absolument historique : le multilatéralisme est attaqué et nous avons à penser, à construire une recomposition de cet ordre international. C’est ma conviction profonde, c’est-à-dire réinventer de nouvelles formes de relations et d’actions utiles. » (19 août 2019).

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Emmanuel Macron a d’ailleurs tenu à dire, à l’instar de Dostoïevski, que le Russe était le plus russe quand il était le plus européen : « La Russie a toute sa place dans l’Europe des valeurs à laquelle nous croyons. C’est pourquoi la France, et je l’assume, s’est tant battu pour qu’on trouve une solution utile, pertinente au sein du Conseil de l’Europe et c’est sous la Présidence française du Conseil des ministres du Conseil de l’Europe que nous avons trouvé une solution qui permet à la Russie de retrouver sa place, et c’est d’ailleurs au nom de cette place que nous avons pu appeler cet été à ce que la liberté de manifester, la liberté d’expression, la liberté d’opinion, la liberté de se présenter à des élections dans le cadre de tout pays au sein de ce Conseil, soient pleinement respectées aussi en Russie. Parce que je crois à une souveraineté européenne, c’est-à-dire à une Europe plus forte et qui, donc, doit se réinventer dans ce dialogue. » (19 août 2019).

À Boris Johnson, Emmanuel Macron a rappelé sa position sur le Brexit : « D’abord, ma position a toujours été de respecter le choix souverain du peuple britannique de quitter l’Union Européenne. Je le regrette. Si j’avais été un électeur, je n’aurais pas défendu ce choix, mais je crois que la souveraineté des peuples est ce qui fonde les démocraties, et donc, je respecte pleinement ce choix et je pense qu’il faut le mettre en œuvre. Ensuite, ma position consiste à protéger et renforcer le projet européen, le marché unique, notre capacité à décider et construire une Union Européenne plus forte et plus souveraine et c’est pourquoi je me suis toujours positionné pour n’affaiblir en rien ce projet dans les négociations et l’organisation que nous avons à prendre. Et enfin, c’est de préserver et d’approfondir la relation bilatérale ancrée dans l’histoire et tournée vers l’avenir. C’est dans cet esprit que l’Union Européenne a négocié longuement un accord (…). Je veux dire simplement en ami et en allié au Royaume-Uni que c’est à lui seul de choisir son destin. La manière dont il sortira de l’Union Européenne et les fondements de la relation future qu’il veut bâtir avec l’Europe. » (22 août 2019).

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Enfin, aux Français, Emmanuel Macron a précisé les trois enjeux de ce Sommet du G7 à Biarritz au cours de son allocution du 24 août 2019 : « D’abord, je crois que ce que, légitimement, vous attendez de nous tous, c’est de pouvoir assurer la stabilité et la sécurité, protéger la paix dans le monde et donc, nous allons discuter des grands conflits ou des grandes situations les plus tendues : l’Iran, la Syrie, la Libye, l’Ukraine et plusieurs autres sujets de crise à l’international. (…) Le deuxième grand enjeu de ce G7, ce sera la situation de l’économie mondiale. Et là-dessus aussi, cela vous concerne directement. Nous devons œuvrer pour avoir plus de croissance, créer davantage d’emplois, et donc, de mieux-être dans nos sociétés. (…) Et puis le troisième sujet, c’est comment rendre ce monde en quelque sorte plus habitable, meilleur, comment lutter contre les inégalités. C’est ce sujet que j’ai mis au cœur de ce G7. Et je veux qu’il soit utile par des actions concrètes. ».

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Pour le premier thème (sécurité et paix dans le monde), l’objectif de la France est d’éviter les escalades de violence et de trouver des "accords utiles". Pour le deuxième thème (économie et emploi), l’objectif de la France est double : « d’abord, convaincre tous nos partenaires que les tensions, en particulier, les tensions commerciales, sont mauvaises pour tout le monde (…), [ensuite], trouver les nouveaux moyens de faire de la vraie relance, c’est-à-dire relancer cette croissance ».

Enfin, le troisième thème (inégalités) est sans doute celui auquel Emmanuel Macron attache le plus d’importance puisqu’il concentre beaucoup de sujets à la fois : l’égalité entre les hommes et les femmes, l’investissement en Afrique, la protection des démocraties et l’information dans l’ère du numérique, et évidemment, le climat et la biodiversité : « Nous devons répondre à l’appel de l’océan qui est derrière moi, ici, à Biarritz, et à l’appel de la forêt qui brûle aujourd’hui en Amazonie de manière, là aussi, très concrète. » (24 août 2019).

Deux pistes. Pour les océans : réduire la vitesse des transporteurs maritimes, ce qui réduira les émissions de CO2, et réduire les déchets et émissions de CO2 par l’engagement ferme et concret de presque la moitié de l’industrie textile mondiale (qui produit 30% des déchets et 8% des émissions de CO2). Pour la forêt : lutter contre les feux de forêt dans l’Amazonie et aider le Brésil et les autres pays touchés à investir dans la reforestation et préserver cette forêt. Il faut rappeler que la France est très concernée par l’Amazonie car la Guyane en fait partie. À ce titre, la France est un pays qui a des frontières communes avec le Brésil.

_yartiMacron2019082401

À ce G7, huit personnalités participent à toutes les discussions : Emmanuel Macron pour la France (67 millions d’habitants ; PIB 2018 de 2,78 T$), Donald Trump pour les États-Unis (327,2 millions d’habitants ; PIB 2018 de 20,49 T$), Shinzo Abe pour le Japon (126,5 millions d’habitants ; PIB 2018 de 4,97 T$), Angela Merkel pour l’Allemagne (82,9 millions d’habitants ; PIB 2018 de 3,99 T$), Boris Johnson pour le Royaume-Uni (66,5 millions d’habitants ; PIB 2018 de 2,83 T$), Justin Trudeau pour le Canada (37,1 millions d’habitants ; PIB 2018 de 1,71 T$), Giuseppe Conte (démissionnaire depuis le 20 août 2019) pour l’Italie (60,4 millions d’habitants ; PIB 2018 de 2,07 T$), enfin, Donald Tusk, Président du Conseil Européen, en fin de mandat (jusqu’au 1er décembre 2019).

Le Sommet de Biarritz s’achèvera à l’issue de la conférence de presse de clôture prévue à 15 heures ce lundi 26 août 2019.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 août 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’ardeur diplomatique d’Emmanuel Macron.
Le Sommet du G7 à Biarritz du 24 au 26 août 2019.
Allocution du Président Emmanuel Macron le 24 août 2019 à Biarritz.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Nathalie Loiseau, la Simone Veil d'Emmanuel Macron ?
Emmanuel Macron, deux ans après.
Emmanuel Macron et l’art d’être Français.
Conférence de presse du Président Emmanuel Macron du 25 avril 2019 (vidéo et texte intégral).
Allocution du Président Emmanuel Macron du 16 avril 2019 (texte intégral).
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Gilets jaunes : le syndrome du Fouquet’s.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190824-g7-biarritz.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/08/26/37591244.html


 

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25 août 2019 7 25 /08 /août /2019 11:52

« Notre monde est à un moment de bascule et je crois que notre vocation à nous, Français, est d’être dans la proposition, l’inspiration, d’essayer de réduire les désaccords, de ne pas céder aux faiblesses du temps présent, d’avoir cet esprit de résistance qui fait se dire "il n’y a pas de fatalité". On doit se battre pour conduire les autres à se battre avec nous contre ces injustices ou ces absurdités. Alors, je vous promets, en votre nom, de faire le maximum pour mettre mes collègues d’accord sur ces sujets, pour qu’on arrive à faire bouger les choses ensemble. » (Emmanuel Macron, le 24 août 2019 à Biarritz).



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Il faut imaginer une allocution télévisée le samedi de l’un des derniers gros week-ends de retour de vacances. Et encore, l’imaginer à 13 heures, même pas le soir ! Peu d’espoir d’être vraiment entendu par tous les Français et d’avoir pour conséquence un gain politique important.

Et pourtant, le Président de la République Emmanuel Macron a eu raison de prononcer une allocution ce samedi 24 août 2019 juste avant l’ouverture du Sommet du G7 à Biarritz. À ma connaissance, c’était même la première fois qu’un Président français s’adressait à ses compatriotes avant un sommet, et pas seulement après. Avant, pour dire ses attentes, les enjeux, et, en quelques sortes, prendre les Français à témoins de son volontarisme diplomatique. Il a fait ensuite un point de presse à la fin de chaque réunion de travail du G7.

L’antimacronmania est telle que tous les faits et gestes présidentiels sont non seulement scrutés et disséqués mais aussi critiqués, fustigés, parfois pour de très mauvaises raisons. Comme l’excessif est insignifiant, ce genre d’opposition systématique n’a, à mon avis, pas beaucoup de chance d’être efficace.

Le critiquer pour une communication excessive ? Au contraire, il a vraiment raison sur la forme. Expliquer aux Français sa politique est même le B.A. BA du métier de Président de la République. Chose que n’a jamais comprise son prédécesseur François Hollande, et pourtant, ce dernier n’était pas avare en déclarations et discours, mais il préférait commenter à expliquer. Quand on est acteur, on explique ; quand on commente, c’est qu’on n’est qu’observateur.

C’est d’ailleurs, de sa part, risqué : expliquer ses objectifs pour le G7, et constater à la fin du sommet qu’ils ne seraient pas tous atteints, c’est laisser entendre un échec qui serait mis à son passif. Pourtant, il a raison parce que la diplomatie, comme l’économie, comme tous les sujets nationaux, est l’affaire de tous, de tous les Français. D’ailleurs, dans son allocution, il n’a pas hésité à réduire ses ambitions : « Nous ne réussirons sans doute pas sur tout et ne m’en voulez pas si parfois nous n’y arriverons pas. La France doit faire le maximum mais nous ne pouvons pas tout, tout seul. ».

On peut certes faire remarquer qu’Emmanuel Macron "se réfugie" dans la politique extérieure. Parce qu’en général, c’est un domaine qui porte plus facilement l’unité sinon le consensus entre les Français. On peut imaginer que c’est un calcul politique, et personne d’ailleurs ne pourrait imaginer qu’un Président ne calcule pas.

C’est de toute façon un bon calcul politique : en laissant son Premier Ministre Édouard Philippe la responsabilité de conduire la politique économique et sociale, et tout le monde sait que l’actualité y est très brûlante (assurance-chômage, retraites, PMA, projet de loi de finances, etc.), Emmanuel Macron reprend de la hauteur présidentielle sur les questions planétaires, avec probablement un souhait, qu’il soit considéré comme l’un des leaders mondiaux de la lutte contre les bouleversements climatiques.

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D’ailleurs, Emmanuel Macron se retrouve justement dans une fenêtre diplomatique exceptionnelle, probablement la plus importante de son quinquennat. En effet, il est le Président du G7 cette année, et aussi, le Président de l’Union Européenne pour ce semestre. En d’autres termes, il est (presque) le Président du monde, et il entend bien en profiter pour faire avancer les dossiers qui le motivent beaucoup.

Président du monde est sans doute un peu exagéré, ce surnom pourrait être associé plutôt au Secrétaire Général de l’ONU maintenant que le pape n’a plus qu’une mission pastorale. Mais il ne faut pas réduire ce Sommet du G7 à Biarritz aux seuls sept pays qui le composent, à savoir la France, les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, le Canada et le Japon. Ce week-end, d’autres pays ont été très présents et représentés, comme l’Espagne, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Chili, l’Australie, ces quatre derniers, partenaires très engagés dans la protection de la planète et la transformation numérique, également le Burkina-Faso, l’Égypte, le Sénégal, le Rwanda et l’Union Africaine pour un partenariat avec l’Afrique, enfin, même l’Iran a été présent avec la présence surprise du Ministre iranien des Affaires étrangères.

Emmanuel Macron a donc fait sa troisième "rentrée scolaire" avec une frénésie diplomatique probablement nécessaire. Il faut ainsi saluer, avant même le début du G7 : rencontre avec le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine le 19 août 2019 au Fort de Brégançon (rappelons que depuis l’annexion de la Crimée, la Russie a été exclue du G8 redevenu G7), rencontre avec le nouveau Premier Ministre britannique Boris Johnson le 22 août 2019 à l’Élysée, rencontre avec le Premier Ministre indien Narendra Modi le 22 août 2019 à Chantilly, rejet de l’accord commercial entre l’Union Européenne et le Mercosur le 23 août 2019 en raison de la mauvaise volonté du Président brésilien Jair Bolsonaro de préserver la forêt amazonienne (parlant même de "mensonge"), déjeuner de travail avec le Président américain Donald Trump le 24 août 2019 à Biarritz, etc.

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À Vladimir Poutine, Emmanuel Macron a promis de se rendre en Russie aux cérémonies du 9 mai 2020 commémorant le soixante-quinzième anniversaire de la fin de la guerre. À cause de la crise ukrainienne, François Hollande avait refusé de se rendre au soixante-dixième anniversaire, alors que Vladimir Poutine s’était pourtant déplacé en Normandie l’année précédente pour commémorer le Débarquement.

Alors que Donald Trump a remis en cause les Accords de Paris et que Jair Bolsonaro refuse de les appliquer, Emmanuel Macron a salué la bonne volonté de la Russie sur le dossier climatique : « Je me réjouis de la décision de ratification des Accords de Paris qui a été prise par la Russie, qui est un point extrêmement important dans le combat que nous menons en matière climatique et qui est, je crois, un geste diplomatique et de conviction très important de la part de la Russie en soutien de l’agenda de Paris. Je veux aussi avoir un mot de soutien après les incendies terribles qui se sont produits cet été en Sibérie et qui ont mobilisé le Président. Mais de l’Arctique à la situation du permafrost, et à cet agenda climatique-là aussi, je souhaite que nous puissions avancer, et c’est pour moi au cœur de cette recomposition que nous avons à faire parce que, je le disais, notre ordre international vit un moment absolument historique : le multilatéralisme est attaqué et nous avons à penser, à construire une recomposition de cet ordre international. C’est ma conviction profonde, c’est-à-dire réinventer de nouvelles formes de relations et d’actions utiles. » (19 août 2019).

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Emmanuel Macron a d’ailleurs tenu à dire, à l’instar de Dostoïevski, que le Russe était le plus russe quand il était le plus européen : « La Russie a toute sa place dans l’Europe des valeurs à laquelle nous croyons. C’est pourquoi la France, et je l’assume, s’est tant battu pour qu’on trouve une solution utile, pertinente au sein du Conseil de l’Europe et c’est sous la Présidence française du Conseil des ministres du Conseil de l’Europe que nous avons trouvé une solution qui permet à la Russie de retrouver sa place, et c’est d’ailleurs au nom de cette place que nous avons pu appeler cet été à ce que la liberté de manifester, la liberté d’expression, la liberté d’opinion, la liberté de se présenter à des élections dans le cadre de tout pays au sein de ce Conseil, soient pleinement respectées aussi en Russie. Parce que je crois à une souveraineté européenne, c’est-à-dire à une Europe plus forte et qui, donc, doit se réinventer dans ce dialogue. » (19 août 2019).

À Boris Johnson, Emmanuel Macron a rappelé sa position sur le Brexit : « D’abord, ma position a toujours été de respecter le choix souverain du peuple britannique de quitter l’Union Européenne. Je le regrette. Si j’avais été un électeur, je n’aurais pas défendu ce choix, mais je crois que la souveraineté des peuples est ce qui fonde les démocraties, et donc, je respecte pleinement ce choix et je pense qu’il faut le mettre en œuvre. Ensuite, ma position consiste à protéger et renforcer le projet européen, le marché unique, notre capacité à décider et construire une Union Européenne plus forte et plus souveraine et c’est pourquoi je me suis toujours positionné pour n’affaiblir en rien ce projet dans les négociations et l’organisation que nous avons à prendre. Et enfin, c’est de préserver et d’approfondir la relation bilatérale ancrée dans l’histoire et tournée vers l’avenir. C’est dans cet esprit que l’Union Européenne a négocié longuement un accord (…). Je veux dire simplement en ami et en allié au Royaume-Uni que c’est à lui seul de choisir son destin. La manière dont il sortira de l’Union Européenne et les fondements de la relation future qu’il veut bâtir avec l’Europe. » (22 août 2019).

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Enfin, aux Français, Emmanuel Macron a précisé les trois enjeux de ce Sommet du G7 à Biarritz au cours de son allocution du 24 août 2019 : « D’abord, je crois que ce que, légitimement, vous attendez de nous tous, c’est de pouvoir assurer la stabilité et la sécurité, protéger la paix dans le monde et donc, nous allons discuter des grands conflits ou des grandes situations les plus tendues : l’Iran, la Syrie, la Libye, l’Ukraine et plusieurs autres sujets de crise à l’international. (…) Le deuxième grand enjeu de ce G7, ce sera la situation de l’économie mondiale. Et là-dessus aussi, cela vous concerne directement. Nous devons œuvrer pour avoir plus de croissance, créer davantage d’emplois, et donc, de mieux-être dans nos sociétés. (…) Et puis le troisième sujet, c’est comment rendre ce monde en quelque sorte plus habitable, meilleur, comment lutter contre les inégalités. C’est ce sujet que j’ai mis au cœur de ce G7. Et je veux qu’il soit utile par des actions concrètes. ».

_yartiMacron2019082405

Pour le premier thème (sécurité et paix dans le monde), l’objectif de la France est d’éviter les escalades de violence et de trouver des "accords utiles". Pour le deuxième thème (économie et emploi), l’objectif de la France est double : « d’abord, convaincre tous nos partenaires que les tensions, en particulier, les tensions commerciales, sont mauvaises pour tout le monde (…), [ensuite], trouver les nouveaux moyens de faire de la vraie relance, c’est-à-dire relancer cette croissance ».

Enfin, le troisième thème (inégalités) est sans doute celui auquel Emmanuel Macron attache le plus d’importance puisqu’il concentre beaucoup de sujets à la fois : l’égalité entre les hommes et les femmes, l’investissement en Afrique, la protection des démocraties et l’information dans l’ère du numérique, et évidemment, le climat et la biodiversité : « Nous devons répondre à l’appel de l’océan qui est derrière moi, ici, à Biarritz, et à l’appel de la forêt qui brûle aujourd’hui en Amazonie de manière, là aussi, très concrète. » (24 août 2019).

Deux pistes. Pour les océans : réduire la vitesse des transporteurs maritimes, ce qui réduira les émissions de CO2, et réduire les déchets et émissions de CO2 par l’engagement ferme et concret de presque la moitié de l’industrie textile mondiale (qui produit 30% des déchets et 8% des émissions de CO2). Pour la forêt : lutter contre les feux de forêt dans l’Amazonie et aider le Brésil et les autres pays touchés à investir dans la reforestation et préserver cette forêt. Il faut rappeler que la France est très concernée par l’Amazonie car la Guyane en fait partie. À ce titre, la France est un pays qui a des frontières communes avec le Brésil.

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À ce G7, huit personnalités participent à toutes les discussions : Emmanuel Macron pour la France (67 millions d’habitants ; PIB 2018 de 2,78 T$), Donald Trump pour les États-Unis (327,2 millions d’habitants ; PIB 2018 de 20,49 T$), Shinzo Abe pour le Japon (126,5 millions d’habitants ; PIB 2018 de 4,97 T$), Angela Merkel pour l’Allemagne (82,9 millions d’habitants ; PIB 2018 de 3,99 T$), Boris Johnson pour le Royaume-Uni (66,5 millions d’habitants ; PIB 2018 de 2,83 T$), Justin Trudeau pour le Canada (37,1 millions d’habitants ; PIB 2018 de 1,71 T$), Giuseppe Conte (démissionnaire depuis le 20 août 2019) pour l’Italie (60,4 millions d’habitants ; PIB 2018 de 2,07 T$), enfin, Donald Tusk, Président du Conseil Européen, en fin de mandat (jusqu’au 1er décembre 2019).

Le Sommet de Biarritz s’achèvera à l’issue de la conférence de presse de clôture prévue à 15 heures ce lundi 26 août 2019.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 août 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’ardeur diplomatique d’Emmanuel Macron.
Le Sommet du G7 à Biarritz du 24 au 26 août 2019.
Allocution du Président Emmanuel Macron le 24 août 2019 à Biarritz.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Nathalie Loiseau, la Simone Veil d'Emmanuel Macron ?
Emmanuel Macron, deux ans après.
Emmanuel Macron et l’art d’être Français.
Conférence de presse du Président Emmanuel Macron du 25 avril 2019 (vidéo et texte intégral).
Allocution du Président Emmanuel Macron du 16 avril 2019 (texte intégral).
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Gilets jaunes : le syndrome du Fouquet’s.

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17 septembre 2018 1 17 /09 /septembre /2018 04:51

« Seuls, des conflits avaient jusqu’à présent modifié les rapports de forces, dans un sens ou dans un autre. Conflits armés parmi lesquels il faut naturellement compter non seulement les quatre guerres israélo-arabes, mais aussi les luttes arabes internes, en Jordanie et au Liban, avec des organisations palestiniennes équipées militairement, et, dans le second cas, du moins, poussées au combat par l’URSS. Dans la semaine dernière, le schéma selon lequel le Proche-Orient est condamné au blocage total dans les intervalles qui séparent les conflagrations appartient au passé. Même si cet électrochoc, avant hier inimaginable, le spectacle du chef de l’État égyptien en train de haranguer la Knesset, ne peut suffire à faire disparaître immédiatement, par sa seule magie, les casse-tête territoriaux et humains de la région, il permettra au moins que les intéressés commencent à les analyser ensemble, de façon réaliste. » (Jean-François Revel, "L’Express" du 21 novembre 1977).


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Il y a quarante ans, le 17 septembre 1978, les Accords de Camp David furent signés à la Maison-Blanche à Washington, par le Premier Ministre israélien Menahem Begin et le Président égyptien Anouar El-Sadate. Ils aboutirent au premier traité de paix entre Israël et un pays arabe et restent encore partiellement en application. Camp David est une résidence du Président des États-Unis dans le Maryland, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de la capitale Washington.

À l’origine, nouvellement élu, le Président américain Jimmy Carter voulait trouver un moyen pour régler le conflit arabo-israélien qui perdurait depuis la naissance de l’État d’Israël en 1948. Il voulait redémarrer le processus de paix amorcé à la conférence de Genève en 1973 après la guerre du Kippour. Pour cela, il a renoncé à envoyer un émissaire auprès de chaque pays arabe et a préféré une méthode qui s’est avérée plus efficace : mettre tous les protagonistes dans une même pièce et les faire sortir seulement lorsqu’une solution d’entente serait trouvée. Mais pour cela, il fallait aussi les faire entrer, c’était moins simple. Méthode qui a permis aussi la conclusion, bien plus tard, des Accords d’Oslo, le 13 septembre 1993, également sous la médiation d’un Président américain, Bill Clinton, signés par le représentant palestinien Yasser Arafat et les deux représentants d’Israël Yitzhak Rabin et Shimon Peres.

Du côté égyptien, la défaite de la guerre du Kippour en 1973 a fait radicalement changer les stratégies d’alliance. Sadate, leader du monde arabe, a en effet abandonné la promotion du nationalisme arabe voulu par son prédécesseur Nasser pour ne défendre que les intérêts de l’Égypte et des Égyptiens. Ainsi, il s’éloigna de l’URSS et se rapprocha des États-Unis. L’une des raisons fut économique. Les nombreuses venues d’Henry Kissinger quelques années auparavant montrèrent que Sadate avait besoin de conforter son pouvoir au Caire par l’appui d’un protecteur puissant.

Du côté israélien, le Premier Ministre de l’époque était Yitzhak Rabin, général "faucon" et travailliste, et son Ministre de la Défense Shimon Peres. Rabin s’est brouillé rapidement avec Jimmy Carter mais l’histoire a voulu que Rabin renonçât à se représenter aux élections législatives du 17 mai 1977 à cause d’une affaire financière. En lice, Shimon Peres contre le leader du Likoud, Menahem Begin, considéré comme un obstacle à la paix. Les Américains ont misé sur Shimon Peres, mais, contre toute prévision, ce fut Menahem Begin qui fut élu. C’était la première fois que les travaillistes furent battus à des élections de toute la courte histoire d’Israël. Begin a pris ses fonctions le 20 juin 1977, soit cinq mois après Jimmy Carter.

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À la suite des élections israéliennes, le général Moshé Dayan, en retrait depuis quelques années, est devenu Ministre israélien des Affaires étrangères. Ce dernier, très populaire lors de la Guerre des Six Jours, a été rendu responsable des grosses pertes dans l’armée israélienne (Tsahal) lors des premiers jours de la guerre du Kippour. Son interlocuteur égyptien fut Boutros Boutrous-Ghali, Ministre égyptien des Affaires étrangères du 17 novembre 1977 au 15 décembre 1977 et du 17 septembre 1978 au 17 février 1979. Ces hommes furent les négociateurs principaux des Accords de Camp David. Moshé Dayan entretenait de bonnes relations avec les Américains depuis longtemps.

Jimmy Carter aurait voulu relancer le processus de paix dans la région de manière globale, en y incluant une délégation palestinienne, mais Menahem Begin a exclu toute évacuation de la Cisjordanie, de Gaza, du Golan et de Jérusalem-Est, et voulait surtout des discussions bilatérales avec l’Égypte. Au contraire des travaillistes, il n’était pas opposé à la rétrocession du Sinaï (occupé depuis 1967).

Sadate était déjà allé plus loin dans cet esprit pacifique. N’imaginant pas l’influence des États-Unis sur Israël, il décida de commencer des négociations directement avec les Israéliens. Scandalisant les autres pays arabes, l’Égypte a reconnu implicitement l’État d’Israël lors de la rencontre historique de Sadate avec Begin à Jérusalem le 19 novembre 1977. Les deux hommes d’État ont prononcé des discours historiques à la Knesset devant les députés israéliens le 20 novembre 1977. Le fait que Sadate ne voulait pas forcément la résolution globale des problèmes au Proche-Orient permettait cependant à Begin d’avoir un interlocuteur de poids, l’un des plus puissants pays arabes. Une vraie reconnaissance régionale d’Israël (qui coûta la vie à Sadate).

Les conséquences immédiates, ce furent les ruptures de relations diplomatiques de l’Égypte le 5 décembre 1977 avec l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen du Sud et l’Algérie. Mais un processus de paix bilatérale (entre Israël et l’Égypte) fut amorcé.

Des archives nationales (des notes diplomatiques) du Département d’État américain (Ministère américain des Affaires étrangères), qui ont été déclassifiées le 26 mars 2014, ont montré que les discussions étaient très difficiles. Ainsi, lors d’un entretien avec Cyrus Vance, le Ministre américain des Affaires étrangères (Secrétaire d’État), Moshé Dayan l’a mis en garde contre toute exigence sur les territoires occupés : « Si l’on propose la paix à Israël contre l’évacuation totale des territoires, je m’opposerai à la paix. Sadate veut vraiment la paix, la Jordanie aussi, ainsi que les habitants des territoires, puisqu’ils n’ont pas créé de front supplémentaire lors de la guerre du Kippour. (…) [Mais] aucun gouvernement israélien n’acceptera le retrait total même en contrepartie d’un accord de paix. Il est possible de trouver une solution intermédiaire comprenant une grande évacuation du Sinaï, une petite évacuation du Golan et une consultation des habitants des territoires sur l’évacuation des Israéliens de là-bas. ».

Lors d’une rencontre à l’hôtel King David à Jérusalem le 2 juillet 1978, avec le Vice-Président américain Walter Mondale, Moshé Dayan se montrait assez découragé : « J’ai une expérience de trente ans de négociations sans résultats avec les Arabes, si ce n’est que la plupart de ceux avec lesquels nous avons négocié ont été assassinés. ».

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Finalement, dans le plus grand secret, Jimmy Carter fit réunir Begin et Sadate ainsi que leurs délégations respectives dans sa résidence présidentielle de Camp David pendant treize jours, du 5 au 17 septembre 1978. Les négociations furent très tendues mais Jimmy Carter ne voulait pas arrêter les discussions tant qu’elles n’aboutiraient pas à une entente.

Le 17 septembre 1978, deux accords-cadres furent signés. Le premier n’a pas eu de suite, rédigé avec trop de flou, sur un processus d’autonomie des territoires occupés (Cisjordanie et Gaza). Le second accord fut un grand succès puisqu’il prévoyait un traité de paix entre l’Égypte et Israël (ce traité fut signé le 26 mars 1979 à Washington) avec le retrait d’Israël du Sinaï ainsi que le démantèlement des colonies israéliennes (effectifs en 1982), ainsi que la libre circulation pour Israël de ses navires dans le canal de Suez, dans le détroit de Tiran et dans le golfe d’Aqaba.

Ces accords ont isolé l’Égypte du monde arabe (elle fut même exclue de la Ligue arabe entre 1979 et 1989). Sadate et Begin furent récompensés par la "communauté internationale" en recevant conjointement, dès décembre 1978, le Prix Nobel de la Paix. Contesté par les islamistes fermement opposés à tout accord avec Israël, Anouar El-Sadate fut assassiné le 6 octobre 1981 par un fondamentaliste musulman. Mais son successeur, Hosni Moubarak, a poursuivi sa politique d’alliance avec les États-Unis.

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Plus tard, les États-Unis ont encouragé d’autres conférences de paix, qui aboutirent notamment aux Accords d’Oslo le 13 septembre 1993 (qui ont valu à leurs trois protagonistes, cités plus haut, également le Prix Nobel de la Paix). Mais en 2018, la paix n’est toujours pas atteinte, malgré les nombreuses tentatives…

Pour terminer, voici qu’écrivait l’éditorialiste de la revue "Esprit" en janvier 1978 en réaction à la venue de Sadate à Jérusalem : « On sentait bien que l’événement les dépassait tous, l’histoire avait pris un tournant irréversible, qui faisait augurer du meilleur et du pire. La guerre n’est plus inéluctable, le problème judéo-arabe est soluble. Mais nous assistons à un renversement des rôles : si hier, le refus arabe était politique, l’ouverture juive était spirituelle et culturelle, aujourd’hui, le refus juif serait politique et l’ouverture arabe culturelle. Doit-on toujours distancier ces deux dimensions, ne devrait-on pas les joindre, faire aller ensemble le spirituel et le politique ? » (Cité par l’Université de Sherbrooke).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les Accords d'Oslo.
Les Accords de Camp David.
La naissance de l’État d’Israël.
La guerre, c’est vilain !
Massacre à Gaza.
Jimmy Carter.
Walter Mondale.
Henry Kissinger.
Bill Clinton.
Le prédécesseur de Sadate.
Le successeur de Sadate.
Boutros Boutros-Ghali.
Yitzhak Rabin.
Shimon Peres.
Ariel Sharon.
Yasser Arafat.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180917-accords-camp-david.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/camp-david-l-heure-etait-a-la-paix-207618

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/09/17/36699611.html


 

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10 septembre 2018 1 10 /09 /septembre /2018 04:12

« Aucune cause juste ne peut être servie par la terreur. » (New York, le 11 septembre 2001).


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En réagissant ainsi, peu après les attentats du World Trade Center, dont c’est le triste dix-septième anniversaire ce mardi 11 septembre 2018, le Secrétaire Général de l’ONU de l’époque, Kofi Annan, reprenait la réflexion si profonde d’un autre Prix Nobel (de Littérature), Albert Camus, contenu dans son excellente pièce "Les Justes". Eh non ! La fin ne justifie pas les moyens. Et la fin de quoi, d’ailleurs ? Que les États-Unis et les Juifs soient rayés de la surface de la planète ? Que l’islam soit la seule et unique religion du monde ?

On ne sait pas trop bien pourquoi les jihadistes tuent, tuent avec une telle conviction qu’ils sont prêts à se tuer en même temps, mais c’est clair que la guerre s’était officiellement déclenchée sur le territoire américain il y a dix-sept ans, au centre des affaires le plus symbolique de ce monde moderne, celui de la technologie, celui de la finance, celui de la consommation, ce système qui a permis de réduire la pauvreté (revenez mille ans en arrière pour faire la comparaison), la famine, la maladie, et même l’oppression et les guerres (vaut-il mieux une guerre tout court à une guerre économique ?).

Se retrouver dans ce nouveau monde, car c’était un nouveau monde, un nouveau paradigme, dont le précédent avait fini avec le mur de Berlin. Le nouveau a commencé dans les ruines du World Trade Center. On y a tout : la folie sanguinaire des jihadistes (qui se poursuit chaque jour encore), la folie des victimes qui surréagissent au point de faire porter le chapeau à d’autres (par exemple, Saddam Hussein qui était pourtant loin d’être un saint !), les amalgames (confondre musulmans et terroristes), les phobiques (ceux qui ont peur de l’islam et les rejettent, je n’écris pas islamophobes dont le terme me paraît connoté), et même les futurs mensonges sur Internet (les "fake news"), mélanges de désinformation et de complotisme motivés par la mauvaise foi, le militantisme, l’antiaméricanisme et l’antisémitisme (car, comme on le voit, on retombe toujours dans ce travers).

On peut d’ailleurs noter que le capitalisme avait fait alliance avec l’islamisme contre le communisme lorsque l’Union Soviétique avait envahi l’Afghanistan (ce qui a renforcé plus tard les talibans). Mais maintenant, c’est le contraire, l’islamisme prenant les États-Unis et le capitalisme (le mode de vie actuel) comme ennemis suprêmes, les néo-communistes y trouvent maintenant leurs comptes dans ce que l’on pourrait appeler le fascisme rouge et vert (un vert qui n’a rien d’écolo).

Revenons à Kofi Annan, diplomate ghanéen, qui est mort le 18 août 2018 à Berne (la capitale suisse), à l’âge de 80 ans (il est né le 8 avril 1938 à Kumasi, d’un père cadre d’une filiale d’Unilever). Il était le Secrétaire Général de l’ONU du 1er janvier 1997 au 1er janvier 2007. Deux mandats de cinq ans. Il a permis à "l’Afrique" d’être représentée pendant quinze ans à la tête des Nations Unies, en raison du rejet des États-Unis d’un nouveau mandat du premier Secrétaire Général de l’ONU d’origine africaine, à savoir Boutros Boutros-Ghali.

Kofi Annan fut diplômé de l’Institut des hautes études internationales de Genève (1962) et du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (1972). Seul dans son cas, il fut l’unique Secrétaire Général de l’ONU à avoir travaillé auparavant pour l’ONU, haut fonctionnaire du sérail. Il a commencé sa carrière diplomatique en 1962 à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), puis à la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, à la Force d’urgence des Nations Unies, au Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (dont le siège est à Genève), et enfin comme sous-secrétaire général au siège à New York, d’abord à la gestion des ressources humaines et coordonnateur des Nations Unies pour les questions de sécurité en 1987, puis à la planification des programmes, au budget et à la comptabilité en 1990, enfin au maintien de la paix en 1993.

Cette dernière responsabilité fut cruciale dans la suite pour Kofi Annan, et également, la première occasion de le critiquer. Ainsi, responsable de la paix à l’ONU, il ne brilla pas lors du génocide de 800 000 personnes au Rwanda, ne prenant aucune initiative pour le prévenir ou l’arrêter : « La communauté internationale n’a pas été à la hauteur au Rwanda et cela devra toujours être pour nous une source de regrets amers et de chagrin. » (Avril 2004).

Ce fut lors de la guerre civile de l’ex-Yougoslavie qu’il prit des décisions importantes, même s’il n’a pas pu empêcher le massacre à Srebrenica qui l’a marqué à vie : « mon défi le plus important comme Secrétaire Général : faire comprendre la légitimité et la nécessité d’intervenir en cas de violation flagrante des droits de l’homme » (objectif résumé dans son autobiographie).

En août 1995, Kofi Annan accepta les bombardements de l’OTAN contre les Serbes en Bosnie. Cet avantage militaire contre les Serbes a abouti aux Accords de Dayton, négociés dans l’Ohio mais signés à Paris le 14 décembre 1995, qui installèrent la paix entre Serbes et Bosniaques en Bosnie-Herzégovine (accords entre le Président serbe Slobodan Milosevic, le Président bosniaque Alija Izetbegovic et le Président croate Franjo Tudjman).

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Ce fut ces deux caractéristiques sur son CV, haut fonctionnaire à l’ONU connaissant bien les rouages des Nations Unies et allié de l’OTAN dans le conflit de l’ex-Yougoslavie, qui a permis à Kofi Annan de se faire désigner à la tête des Nations Unies alors que Boutros Boutros-Ghali n’avait pas pu se faire reconduire pour un second mandat. Au contraire de ce dernier, Kofi Annan a été reconduit pour un second mandat le 29 juin 2001 par acclamation de l’Assemblée générale des Nations Unies, ce qui lui a permis de diriger l’ONU pendant une décennie, de 1997 à 2007, une décennie qui vit l’ancien monde s’engloutir (guerre froide, URSS, etc.) au profit d’un nouveau monde pas moins inquiétant pour la paix mondiale (terrorisme islamiste, etc.).

Pendant ses deux mandats à la tête de l’ONU, Kofi Annan a cherché à infléchir le cours des événements pour les temporiser et les pacifier. Il est allé ainsi rencontrer Saddam Hussein à Bagdad en 1998 pour se préoccuper, déjà à cette époque, de l’acquisition éventuelle d’armes chimiques. Il a encouragé, en 2000, le vieux Robert Mugabe à quitter le pouvoir au Zimbabwe (sans succès : il resta dix-sept ans encore !). Preuve de son esprit indépendant, il s’écarta de sa loyauté avec le Président George W. Bush pour s’opposer, comme le Président français Jacques Chirac, à la guerre en Irak en 2003. Il reprocha même très vivement aux États-Unis en 2006 de ne plus vouloir du multilatéralisme (mais on était encore loin de l’antimultilatéralisme de Donald Trump).

Kofi Annan voulait que l’ONU fût au service « non seulement [des] États mais [des] peuples » et devînt « l’enceinte où les gouvernements rendent des comptes sur la façon dont ils traitent leurs propres citoyens ».

Parmi ses réussites, Kofi Annan est parvenu à mettre fin en 2000 à la guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée avec la médiation de l’Algérie (la paix a été conclue le 9 juillet 2018), et il a réussi en 2006 à aboutir à un accord entre le Nigeria et le Cameroun sur la péninsule pétrolière de Bakassi.

Parmi ses échecs, au-delà de la guerre en Irak, le refus d’adhésion des États-Unis à la Cour pénale internationale (CPI), et son échec à réformer la composition du Conseil de Sécurité de l’ONU. Kofi Annan voulait rendre la voix des pays émergents plus forte, mais il n’y est pas parvenu.

Moïse Sidibé, de "Guinée News", nuança ces échecs le 22 août 2018 : « Malgré tout ce qu’on pourrait considérer comme échecs et déboires de l’ONU, Kofi Annan a pu tirer son épingle du jeu de ce chaos par sa modestie, par son talent de négociateur, par sa fermeté et par son sang-froid. (…) La particularité de Kofi Annan qu’il faut mettre en évidence est que, malgré et en dépit de cette foule d’échecs, il a eu la reconnaissance des hommes, et à juste titre, le Prix Nobel de la Paix lui a été décerné. ».

En effet, en octobre 2001, Kofi Annan a reçu le Prix Nobel de la Paix 2001 conjointement à l’Organisation des Nations Unis, « pour leur travail en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique ». Cette raison peut sembler étonnante quelques semaines justement après les attentats du World Trade Center qui ont fait prendre conscience qu’au contraire, le monde ne serait plus jamais sûr et que sa sécurité resterait victime du terrorisme international.

Pour la petite histoire, au début des années 2000, Donald Trump, magnat de l’immobilier, en a beaucoup voulu à Kofi Annan pour avoir refusé son projet de rénovation du bâtiment de l’ONU (inauguré en 1954) pour un budget de près de 2 milliards de dollars !

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Après l’ONU, Kofi Annan prit sa retraite en Suisse avec son épouse suédoise (nièce du diplomate Raoul Wallenberg) et s’est investi dans de nombreux engagements humanitaires ou associatifs et politiques, à la tête de certaines organisations ou fondations, en particulier dans l’aide à l’agriculture africaine, dans la lutte contre la torture, dans la promotion du développement durable, des droits de l’homme et de la paix. Il faisait également partie du comité d’honneur de la Fondation Chirac et de son jury pour attribuer le Prix pour la prévention des conflits et d’autres organisations proches de Nelson Mandela, de Bill Gates, etc. et il a également créé sa propre fondation.

Kofi Annan fut missionné par l’Union Africaine le 23 janvier 2008 comme médiateur dans la grave crise politique au Kenya, dont les violences ont entraîné plus de 1 500 morts et 600 000 personnes déplacées après la réélection le 27 décembre 2007 du Président Mwai Kibaki, contestée par son adversaire Raila Odinga. Il a réussi à calmer la situation quelques semaines plus tard, le 28 février 2008, avec un accord de partage du pouvoir. Devenu finalement Premier Ministre du 17 avril 2008 au 9 avril 2013, Raila Odinga a rappelé le 19 août 2018 ce qu’était la "doctrine Annan" : « La communauté internationale a le droit d’intervenir quand les gouvernements échouent à protéger leurs citoyens. ».

Kofi Annan fut également un émissaire spécial de l’ONU et de la Ligue arabe pour résoudre la crise syrienne entre le 23 février 2012 et le 2 août 2012, date à laquelle il a démissionné, ne voyant aucun moyen pour parvenir à y imposer la paix. Son dernier engagement fut pour sauver les 700 000 Rohingyas forcés à fuir la Birmanie, à la tête d’une commission sur les droits des musulmans rohingyas réfugiés au Bangladesh.

Lors de la COP21, interrogé par François d’Alançon, journaliste spécialiste des relations internationales au journal "La Croix", Kofi Annan a confié le 27 novembre 2015 : « Le leadership est très important sur la question du climat et on ne peut pas compter seulement sur les hommes politiques. La prise de conscience par les citoyens de la nécessité de protéger la planète et de leur pouvoir d’influence à travers leur vote participe de cette pression. Quel est le plus efficace ? Cette approche ou une législation qui pourrait être contestée par les entreprises devant les tribunaux ? ».

Quant à l’avenir de l’Afrique, Kofi Annan fixait cet objectif : « Le continent africain doit combler son retard dans deux domaines : l’accès à l’énergie et le développement des infrastructures pour permettre la croissance du commerce interafricain. L’Afrique, avec ses 620 millions d’habitants sans aucun accès à l’électricité, doit accéder à l’énergie, en particulier l’énergie verte et durable. Avec ses ressources d’énergie hydroélectrique, solaire, éolienne et géothermique, en plus des énergies traditionnelles que sont le pétrole et le charbon, et avec l’aide des pays développés et les investissements du secteur privé, le continent a les moyens de réussir à la fois sa transition énergétique et son développement durable. Une énergie fournie à un prix raisonnable permettrait aux entrepreneurs et aux agricultures africains de faire beaucoup. L’Éthiopie, le Kenya et, dans une certaine mesure, le Rwanda, sont sur cette voie. Au Nigeria, la baisse des cours du pétrole peut favoriser la diversification. En préservant son massif forestier, l’Afrique jouera un rôle clef dans la lutte contre le changement climatique et la protection de la biodiversité au niveau mondial. » (27 novembre 2015).

Des obsèques nationales ont été prévues pour Kofi Annan le jeudi 13 septembre 2018 à Accra, la capitale du Ghana, où il sera enterré, en présence de nombreux chefs d’État, à l’initiative du Président ghanéen Nana Akufo-Addo qui a expliqué : « Kofi Annan était l’un des hommes les plus illustres de sa génération. C’était un grand frère pour moi. Il m’a donné beaucoup de conseils sur comment gérer des problèmes sensibles, donc, c’est un tournant important dans ma vie. (…) Ce sera un événement majeur pour notre pays. ». Nana Akufo-Addo (74 ans) est Président de la République du Ghana depuis le 7 janvier 2017, mais il fut Ministre de la Justice du 7 janvier 2001 au 1er avril 2003 et Ministre des Affaires étrangères du 1er avril 2003 au 27 juillet 2007, à la fin du mandat onusien de Kofi Annan.

Dernier successeur à l’ONU, Antonio Guterres, a déclaré le 18 août 2018 à New York : « Kofi Annan était une force directrice pour le bien. (…) À bien des égards, Kofi Annan était l’Organisation des Nations Unies. Il a gravi les échelons pour mener l’Organisation dans le nouveau millénaire avec une dignité et une détermination sans pareil. Comme beaucoup d’autres, j’étais fier d’appeler Kofi Annan mon ami et mentor. J’ai été profondément honoré de sa confiance quand il m’a choisi comme Haut-commissaire des Nations Unies pour les réfugiés sous sa direction. Il est resté quelqu’un à qui je pouvais toujours demander conseil et qui savait partager sa sagesse (…). Il a fourni aux gens du monde entier un espace de dialogue, un lieu de résolution de problèmes et un chemin vers un monde meilleur. En ces temps difficiles et turbulents, il n’a jamais cessé de travailler pour donner vie aux valeurs de la Charte des Nations Unies. Son héritage restera une véritable inspiration pour nous tous. Mes sincère condoléances (…) à tous ceux qui pleurent la perte de ce fier fils d’Afrique qui est devenu un champion mondial de la paix et de l’humanité tout entière. ».

En recevant son Prix Nobel, Kofi Annan avait déclaré en effet : « J’ai essayé de placer l’être humain au centre de tout ce que nous entreprenons : de la prévention des conflits au développement et aux droits de l’homme. » (Cité par "La Croix" du 19 août 2018).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Kofi Annan.
Antonio Guterres.
Les candidats au Secrétariat Général de l'ONU.
Ban Ki-Moon.
Boutros Boutros-Ghali.
Kurt Waldheim.
La COP21.

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https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/kofi-annan-l-onu-apres-le-11-207514

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27 août 2018 1 27 /08 /août /2018 04:47

« Les hautes parties contractantes déclarent solennellement au nom de leurs peuples respectifs qu’elles condamnent le recours à la guerre pour le règlement des différends internationaux, et y renoncent en tant qu’instrument de la politique nationale dans leurs relations mutuelles. » (Article 1 du Pacte Briand-Kellogg signé le 27 août 1928 à Paris).


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Il y a quatre-vingt-dix ans, le 27 août 1928 au Quai d’Orsay, à Paris, quinze États ont signé le fameux Pacte Briand-Kellogg qui a mis la guerre hors-la-loi. Quand on connaît évidemment le déroulement de l’histoire, à moins de cinq années de l’arrivée brutale au pouvoir de Hitler en Allemagne, on peut esquisser un léger sourire (sourire amer) et concevoir l’extrême naïveté dudit traité international. Il faut aussi se remettre dans le contexte. Aristide Briand (1862-1932) avait déjà réussi à négocier les accords de Locarno signés le 16 octobre 1925 avec le Chancelier allemand Gustav Stresemann, ces deux derniers ont d’ailleurs reçu le Prix Nobel de la Paix en 1926 pour cette raison.

Tout est parti du responsable politique français Aristide Briand, qui fut de très nombreuses fois Président du Conseil mais surtout, pendant une longue période, Ministre des Affaires étrangères (sans discontinuité du 28 novembre 1925 au 12 janvier 1932). Partisan de la paix et de tout acte visant à garantir la paix mondiale dans l’avenir, Aristide Briand était l’un des précurseurs les plus enthousiastes de la construction européenne (au même titre que Victor Hugo). Il a même annoncé, comme chef du gouvernement français, le 5 septembre 1929 devant l’assemblée générale de la Société des Nations (dont il avait présidé le Conseil quelques années auparavant) un projet d’union fédérale européenne en concertation avec l’Allemagne (projet qui fut vite abandonné avec la crise économique puis politique en Allemagne).

Mais revenons au 16 octobre 1925 avec les accords de Locarno. Aristide Briand avait insisté à l’époque sur l’importance autant psychologique que concrète de ces accords qui garantissaient la paix en Allemagne, des frontières confirmées, et une sécurité européenne consolidée par plusieurs pactes entre la France, l’Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni, la Pologne, la Tchécoslovaquie et l’Italie : « Si les accords de Locarno ne correspondent pas à un esprit nouveau, s’ils ne marquent pas le début d’une ère de confiance et de collaboration, ils ne produiront pas ce grand effet que nous en attendons. Il faut que de Locarno, une Europe nouvelle se lève. ».

À partir de cet événement, Aristide Briand a gagné une grande renommée internationale, celui de devenir le symbole de la paix des années 1920. Pour preuve, le magazine américain "Time" lui a consacré la couverture de son numéro du 9 novembre 1925. Gustav Stresemann fit entrer l’Allemagne à la SDN en 1926, accueillie ainsi par Aristide Briand : « Arrière les fusils, les mitrailleuses, les canons ! Place à la conciliation, à l’arbitrage et à la paix ! ». Ces années furent marquées par une esquisse d’amitié franco-allemande qui fut contestée par la droite française qui y voyait un certain idéalisme utopique si ce n’était une réelle naïveté.

Un an et demi plus tard, toujours comme chef de la diplomatie française, Aristide Briand a adressé un discours au peuple américain le 6 avril 1927 depuis Paris, pour célébrer le dixième anniversaire de l’engagement des États-Unis dans la Première Guerre mondiale : « La France veut autour d’elle une atmosphère de confiance et de paix et ses efforts se sont traduits par la signature d’accords tendant à écarter la menace de conflits. La limitation des armements, recherchée aussi sincèrement par nos deux gouvernements, répond aux vœux ardents du peuple français tout entier, sur qui pèsent depuis plus d’un demi-siècle de lourdes charges militaires et qui a supporté pendant quatre ans sur son territoire des dévastations non encore réparées. ».

L’idée, pour lui, fut alors de négocier un traité entre les États-Unis et la France pour rejeter juridiquement la guerre comme solution politique. Il faut rappeler que les États-Unis n’avaient pas ratifié le Traité de Versailles (à cause de la majorité républicaine du Congrès) et n’étaient donc pas membre de la SDN. Aristide Briand cherchait donc à faire un accord bilatéral pour faire sortir les États-Unis de leur isolationnisme retrouvé et pour les engager dans la voie d’une sécurité collective.

Ce ne fut que huit mois plus tard que les États-Unis ont répondu favorablement à Aristide Briand. Leur Ministre des Affaires étrangères ("Secrétaire d’État") était alors Frank Kellogg (1856-1937), ancien sénateur républicain du Minnesota et ancien ambassadeur des États-Unis à Londres, chef de la diplomatie américaine du 5 mars 1925 au 28 mars 1929. Encouragé par une "opinion publique" américaine favorable à la proposition d’Aristide Briand, Frank Kellogg l’accepta en voulant l’étendre dans un traité avec l’ensemble des pays du monde.

Aristide Briand n’était pas très chaud partisan d’une telle extension car elle pouvait remettre en cause le système d’alliances, et par ailleurs, il était bien conscient que cela ne mangeait pas de pain et que cela ne contraindrait pas vraiment les États signataires, en raison d’une absence de sanction en cas de violation. Surtout, cela remettait en cause l’objectif même de sa proposition, à savoir conclure un accord bilatéral entre la France et les États-Unis pour renforcer la position de la France face à une Allemagne de Weimar qui avait déjà engagées de bonnes relations avec les Américains.

Néanmoins, Aristide Briand se rangea à la vision de Frank Kellogg dans le seul but de maintenir un climat international favorable à la paix. Le 27 août 1928, quinze États ont finalement signé le Pacte Briand-Kellogg : la France, les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, le Japon, la Belgique, la Pologne, la Tchécoslovaquie, l’Irlande, l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud et l’Inde. Quarante-huit autres États ont pris le train en route et ont signé le pacte dans les mois ou années à venir, en particulier l’Union Soviétique, le Mexique, la Turquie, dont certains de ceux-ci n’étaient pas membres de la SDN (en particulier les États-Unis et l’Union Soviétique), ce qui faisait de cet accord un accord plus large que les résolutions de la SDN. En définitive, cinq États importants refusèrent le pacte, l’Argentine, le Brésil, la Bolivie, l’Arabie (Saoudite) et le Yémen. Frank Kellogg a obtenu le Prix Nobel de la Paix en 1929 pour ce pacte, auquel fut associé Aristide Briand qui avait déjà reçu le Prix Nobel trois ans auparavant.

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Ce pacte a-t-il été inutile ? N’a-t-il été qu’une simple comédie de pays qui ont eu peur de recommencer la guerre ("plus jamais ça !") ? On pourrait l’imaginer. Imaginer que les mots n’ont plus beaucoup de pouvoir, n’ont qu’une force illusoire face à une agression réelle, face à la violence totale telle que l’a démontré le nazisme futur.

Je ne peux m’empêcher de penser à cette scène de l’excellent film parodique "Mars Attacks !" réalisé par Tim Burton et sorti le 12 décembre 1996, dans lequel les Martiens arrivent sur Terre en scandant comme un mantra : « Nous venons en paix ! Nous venons en paix ! » tout en sortant leur kalashnikov et désintégrateur subquantique. Difficile de trouver cette scène en français sur le Web et en une seule partie. Une autre scène au Congrès américain est aussi de la même farine.













Pourtant, la signature du Pacte Briand-Kellog a été un élément indispensable dans les relations internationales. Un élément juridique et diplomatique indispensable. En effet, pour la première fois, le droit international, et par là, le droit interne d’une soixantaine d’États, interdisaient officiellement la guerre, avec des exceptions néanmoins nombreuses. Ainsi, c’est sur la base de ce pacte que le procès de Nuremberg a eu lieu après la Seconde Guerre mondiale, pour juger les auteurs d’un crime contre la paix. Ce pacte est d’ailleurs toujours en application puisqu’il ne dépendait pas de la défunte SDN.

En revanche, depuis la création de l’Organisation des Nations Unies (ONU), ce pacte n’a plus beaucoup d’utilité car la Charte des Nations Unies, signée le 26 juin 1945 à San Francisco et ratifiée le 24 octobre 1945, a renforcé l’interdiction juridique de la guerre, l’étendant à tous les cas sauf en cas de légitime défense et sous réserve d’approbation du Conseil de Sécurité de l’ONU (exemple, l’annexion du Koweït par Saddam Hussein en 1990).

En effet, l’article 2 alinéa 4 de ce texte proclame : « Les membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies. ». À ce jour, cette Charte a été ratifiée par cent quatre-vingt-treize États.

En ce sens, Aristide Briand, qui mériterait d’être célébré plus qu’il ne l’est déjà actuellement en France, a montré une vision très anticipatrice des relations internationales, tant pour le rôle de l’amitié franco-allemande et de la construction européenne dans le maintien d’une paix mondiale durable que dans l’élaboration d’un droit international pouvant supplanter celui d’États ou de dictateurs qui violeraient un principe simple : celui du droit à tout être humain de vivre en paix et dans la sécurité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 août 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Pacte Briand-Kellog.
Traité de Vienne.
Les quatorze points du Président Wilson.
La partition des Indes.
Traité de Rome.
Traité de Maastricht.
Traité constitutionnel européen.
Traité de Lisbonne.
La Paix.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180827-pacte-briand-kellogg.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-guerre-ce-n-est-pas-bien-207124

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/08/27/36656485.html



 

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5 juillet 2018 4 05 /07 /juillet /2018 22:10

Né le 5 juin 1923 à Paris, Henri Froment-Meurice a fait ses études à l'ENA où il a rencontré son épouse Gabrielle (qui fut la deuxième diplômée femme de l'ENA en 1949 ; leur fils François est aussi diplômé de l'ENA). D'une famille proche de René Pleven, il fut diplomate français en Égypte, Japon, ambassadeur de France en URSS de 1979 à janvier 1982, puis ambassadeur de France en Allemagne de l'Ouest de 1982 à 1983.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180702-henri-froment-meurice.html


 

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 02:55

(verbatim)


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180507-macron.html



Discours du Président Emmanuel Macron le 25 avril 2018 au Congrès des USA à Washington


Mr. Speaker,
Mr. Vice President,
Honorable members of the United States Congress,
Ladies and gentlemen,

It is an honour for France, for the French people, and for me, to be received in this sanctuary of democracy, where so much of the history of the United States has been written.

We are surrounded today with images, portraits and symbols, which remind us that France has participated – with heart in hand – in the story of this great nation. From the very beginning.

We have fought shoulder-to-shoulder many battles, starting with those that gave birth to the United States of America.

Since then, we have shared a common vision for humanity. Our two nations are rooted in the same soil, grounded in the same ideals of the American and French Revolutions. We have worked together for the universal ideals of liberty, tolerance, and equal rights.

And yet, this is also about our human, gutsy, personal bonds throughout history.

In 1778, the French philosopher Voltaire and Benjamin Franklin met in Paris. John Adams tells the story that after they had shaken hands, “they embraced each other by hugging one another in their arms and kissing each other’s cheeks”.

It can remind you of something!

And this morning, I stand under the protective gaze of La Fayette, right behind me. As a brave young man, he fought alongside George Washington and forged a tight relationship, fuelled by respect and affection. La Fayette used to call himself a “son of the United States”. And, in 1792, George Washington became a son of America and France, when our First Republic awarded citizenship to him.

Here we stand, in your beautiful capital city, whose plans were conceived by a French architect, Charles L’Enfant.

The miracle of the relationship between the United States and France is that we have never lost this special bond deeply rooted not only in our history, but also in our flesh.

This is why I invited President Donald Trump for the first Bastille Day Parade of my presidency, on 14 July last year. Today, President Trump’s decision to offer France his first state visit to Washington has a particular resonance, because it represents the continuity of our shared history, in a troubled world. And let me thank your president and the First Lady for this wonderful invitation to my wife and myself.

I am also very grateful and I would like also to thank you, ladies and gentlemen, for welcoming me on this occasion.

And I would like to especially thank you, Mr Speaker, for your invitation. I want you to know how much I appreciate this unique gesture. Thank you, sir!

The strength of our bonds is the source of our shared ideals.

This is what united us in the struggle against imperialism during the First World War. Then in the fight against Nazism during the Second World War. This is what united us again during the era of the Stalinist threat, and now we lean on that strength to fight against terrorist groups.

Let us for a moment transport ourselves to the past. Imagine, this is 4 July 1916. Back then, the United States had not entered World War I. And yet, a young American poet enlisted in the ranks of our Foreign Legion, because he loved France and he loved the cause of freedom.

This young American would fight and die on Independence Day at Belloy-en-Santerre, not far from Amiens, my home town, after having written these words: “I have a rendez-vous with death.” The name of this young American was Alan Seeger. A statue stands in his honour in Paris.

Since 1776, we, the American and French people, have had a rendez-vous with freedom.

And with it come sacrifices.

That is why we are very honoured by the presence today of Robert Jackson Ewald, a World War II veteran. Robert Jackson Ewald took part in the D-Day landing. He fought for our freedom, 74 years ago. Sir, on behalf of France: thank you. I bow to your courage and your devotion.

In recent years, our nations have suffered wrenching losses simply because of our values and our taste for freedom. Because these values are the very ones those terrorists precisely hate.

Tragically, on 11 September 2001, many Americans had an unexpected rendez-vous with death. Over the last five years, my country and Europe also experienced terrible terrorist attacks.

And we shall never forget these innocent victims, nor the incredible resilience of our people in the aftermath. It is a horrific price to pay for freedom, for democracy.

That is why we stand together in Syria and in the Sahel today, to fight together against these terrorist groups who seek to destroy everything for which we stand.

We have encountered countless rendez-vous with death, because we have this constant attachment to freedom and democracy. As emblazoned on the flags of the French revolutionaries, “Vivre libre ou mourir”. Live free or die.

Thankfully, freedom is also the source of all that is worth living for. Freedom is a call to think and to love. It is a call to our will. That is why, in times of peace, France and the United States were able to forge unbreakable bonds, from the grist of painful memories.

The most indestructible, the most powerful, the most definitive knot between us is the one that ties the true purpose of our peoples to advance, as Abraham Lincoln said, the “unfinished business” of democracy.

Indeed, our two societies have stood up to advance human rights for all. They have engaged in a continual dialogue to unpack this “unfinished business”.

In this Capitol Rotunda, the bust of Martin Luther King, assassinated 50 years ago, reminds us of the spiration of African-American leaders, artists, writers who have become part of our common heritage. We celebrate among them James Baldwin and Richard Wright, whom France hosted on our soil.

We have shared the history of civil rights. France’s Simone de Beauvoir became a respected figure in the movement for gender equality in America in the 70s. Women's rights have long been a fundamental driver for our societies on both sides of the Atlantic. This explains why the #MeToo movement has recently had such a deep resonance in France.

Democracy is made of day-to-day conversations and mutual understanding between citizens.

It is easier and deeper when we have the ability to speak each other’s language. The heart of Francophonie also beats here, in the United States, from New Orleans to Seattle. I want this heart to beat even harder in American schools all across the country.

Democracy relies also on the faculty of freely describing the present and the capacity to invent the future. This is what culture brings.

Thousands of examples come to mind when we think of the exchanges between our cultures across the centuries. From Thomas Jefferson, who was Ambassador to France and built his house in Monticello based on a building he loved in Paris, to Hemingway’s novel Moveable Feast celebrating the capital city of France. From our great 19th-century French writer Chateaubriand bringing to the French people the dream of America's open spaces, forests and mountains to Faulkner’s novels crafted in the deep South, but first read in France where they quickly gained literary praise. From jazz coming from Louisiana and the blues from Mississippi finding in France an enthusiastic public to the American fascination for Impressionists, and the French modern and contemporary arts. These exchanges are vibrant in so many fields, from cinema to fashion, from design to high cuisine, from sports to visual arts.

Medicine and scientific research as well as business and innovation are also a significant part of our shared journey. The United States is France’s first scientific partner.

Our economic ties create hundreds of thousands of jobs, on both sides of the Atlantic.

The story of France and the United States is a story of an endless dialogue made of common dreams, of a common struggle for dignity and progress. It is the best achievement of our democratic principles and values.

This is this very special relationship.

But we must remember the warning of President Theodore Roosevelt: “Freedom is never more than one generation away from extinction. We didn’t pass it to our children in the bloodstream. It must be fought for, protected, handed on for them to do the same”.

This is an urgent reminder indeed. Because now, going beyond our bilateral ties, beyond our very special relationship, Europe and the United States must face together the global challenges of this century. And we cannot take for granted our transatlantic history and bonds. At the core, our Western values themselves are at risk.

We have to succeed facing these challenges, and we cannot succeed forgetting our principles and our history.

In fact, the 21st century has brought a series of new threats and new challenges that our ancestors might not ever have imagined.

Our strongest beliefs are challenged by the rise of a yet unknown new world order. Our societies are concerned about the future of their children.

All of us gathered here in this noble Chamber, we - elected officials - all share the responsibility to demonstrate that democracy remains the best answer to the questions and doubts that arise today.

Even if the foundations of our progress are disrupted, we must stand firmly and fight to make our principles prevail.

But we bear another responsibility inherited from our collective history. Today, the international community needs to step up our game and build the 21st century world order, based on the perennial principles we established together after World War II.

The rule of law, the fundamental values on which we secured peace for 70 years are now questioned by urgent issues that require our joint action.

Together with our international allies and partners, we are facing inequalities created by globalization; threats to the planet, our common good; attacks on democracies through the rise of illiberalism; and the destabilization of our international community by new powers and criminal states.

All these risks aggrieve our citizens.

Both in the United States and in Europe we are living in a time of anger and fear, because of these current global threats.

But these feelings do not build anything. You can play with fears and anger for a time. But they do not construct anything. Anger only freezes and weakens us. And, as Franklin Delano Roosevelt said during his first inaugural speech, “the only thing we have to fear is fear itself”.

Therefore, let me say we have two possible ways ahead.

We can choose isolationism, withdrawal, and nationalism. This is an option.

It can be tempting to us as a temporary remedy to our fears.

But closing the door to the world will not stop the evolution of the world. It will not douse, but inflame, the fears of our citizens. We have to keep our eyes wide open to the new risks, right in front of us.

I am convinced that if we decide to open our eyes wider, we will be stronger. We will overcome the dangers. We will not let the rampaging work of extreme nationalism shake a world full of hopes for greater prosperity.

It is a critical moment. If we do not act with urgency as a global community, I am convinced that the international institutions, including the United Nations and NATO, will no longer be able to exercise their mandate and stabilizing influence. We would then inevitably and severely undermine the liberal order we built after World War II.

Other powers, with a stronger strategy and ambition, will then fill the void we would leave empty.

Other powers will not hesitate one second to advocate their own model, to shape the 21st century world order.

Personally, if you ask me, I do not share the fascination for new strong powers, the abandonment of freedom, and the illusion of nationalism.

Therefore, distinguished members of Congress, let us push them aside, write our own history and birth the future we want.

We have to shape our common answers to the global threats that we are facing.

The only option then is to strengthen our cooperation. We can build the 21st century world order, based on a new breed of multilateralism. Based on a more effective, accountable, and results-oriented multilateralism. A strong multilateralism.

This requires more than ever the United States’ involvement, as your role was decisive for creating and safeguarding today’s free world. The United States invented this multilateralism. You are the one now who has to help to preserve and reinvent it.

This strong multilateralism will not outshine our national cultures and national identities. It is exactly the other way around. A strong multilateralism will allow our cultures and identities to be respected, to be protected and to flourish freely together.

Why? Because precisely our own culture is based, on both sides of the Atlantic, on this unique taste for freedom, on this unique attachment to liberty and peace. This strong multilateralism is the unique option compatible with our nations, our cultures, our identities.

With the US President, with the support of every 535 members of this joint session, representing the whole American nation, we can actively contribute together to building the 21st-century world order, for our people.

The United States and Europe have a historical role in this respect, because it is the only way to defend what we believe in, to promote our universal values, to express strongly that human rights, the rights of minorities and shared liberty are the true answer to the disorders of the world.

I believe in these rights and values.

I believe that against ignorance, we have education. Against inequalities, development. Against cynicism, trust and good faith. Against fanaticism, culture. Against disease and epidemics, medicine. Against the threats on the planet, science.

I believe in concrete action. I believe the solutions are in our hands.

I believe in the liberation of the individual, and in the freedom and responsibility of everyone to build their own lives and pursue happiness.

I believe in the power of intelligently-regulated market economies. We are experiencing the positive impact of our current economic globalization, with innovation, with job creation. We see, however, the abuses of globalized capitalism, and digital disruptions, which jeopardize the stability of our economies and democracies.

I believe facing these challenges requires the opposite of massive deregulation and extreme nationalism. Commercial war is not the proper answer to these evolutions. We need free and fair trade, for sure. A commercial war opposing allies is not consistent with our mission, with our history, with our current commitments to global security. At the end of the day, it would destroy jobs, increase prices, and the middle class will have to pay for it.

I believe we can build the right answers to legitimate concerns regarding trade imbalances, excesses and overcapacities, by negotiating through the World Trade Organization and building cooperative solutions. We wrote these rules; we should follow them.

I believe we can address our citizens’ concerns regarding privacy and personal data. The recent Facebook hearings highlighted the necessity to preserve our citizens’ digital rights, all over the world, and protect their confidence in today’s digital tools of life.

The European Union passed a new regulation for data protection. I believe the United States and the European Union should cooperate to find the right balance between innovation and ethics, and harness the best of today’s revolutions in digital data and artificial intelligence.

I believe facing inequalities should push us to improve policy coordination within the G20 to reduce financial speculation, and create mechanisms to protect the middle class’s interest, because our middle classes are the backbone of our democracies.

I believe in building a better future for our children, which requires offering them a planet that is still habitable in 25 years.

Some people think that securing current industries - and their jobs - is more urgent than transforming our economies to meet the global challenge of climate change. I hear these concerns, but we must find a smooth transition to a low-carbon economy.

Because what is the meaning of our life, really, if we work and live destroying the planet, while sacrificing the future of our children?

What is the meaning of our life if our decision, our conscious decision, is to reduce the opportunities for our children and grandchildren?

By polluting the oceans, not mitigating CO2 emissions and destroying our biodiversity, we are killing our planet. Let us face it: there is no Planet B.

On this issue it may happen we have a disagreement between the United States and France. It may happen, like in all families. But that is, for me, a short-term disagreement. In the long run, we will have to face the same realities. We are citizens of the same planet.

We have to face it. Beyond some short-term disagreements, we have to work together.

With business leaders and local communities, in order to make our planet great again, and create new jobs and new opportunities, while safeguarding our Earth. And I am sure one day, the United States will come back and join the Paris agreement. And I am sure we can work together to fulfil with you the ambitions of the Global Compact on the environment.

Ladies and gentlemen,

I believe in democracy.

Many of our forebears were slain for the cause of freedom and human rights. With the great inheritance they gave us comes the responsibility to continue their mission in this new century and to preserve the perennial values handed to us and assure that today’s unprecedented innovations in science and technology remain in the service of liberty and in the preservation of our planet for the next generations.

To protect our democracies, we have to fight against the ever-growing virus of fake news, which exposes our people to irrational fear and imaginary risks. And let me attribute the fair copyright for this expression “fake news”, especially here.

Without reason, without truth, there is no real democracy -- because democracy is about true choices and rational decisions. The corruption of information is an attempt to corrode the very spirit of our democracies.

We also have to fight against the terrorist propaganda that spreads out its fanaticism on the Internet. It has a gripping influence on some of our citizens and children. I want this fight to be part of our bilateral commitment, and we discussed with your President the importance of such an agenda.

I want this fight to be part of the G7 agenda because it deeply harms our rights and shared values.

The terrorist threat is even more dangerous when it is combined with the nuclear proliferation threat. We must therefore be stricter than ever with countries seeking to acquire the nuclear bomb.

That is why France supports fully the United States in its efforts to bring Pyongyang, through sanctions and negotiations, towards denuclearisation of the Korean peninsula.

As for Iran, our objective is clear: Iran shall never possess any nuclear weapons. Not now, not in 5 years, not in 10 years. Never.

But this policy should never lead us to war in the Middle East. We must ensure stability, and respect sovereignty of the nations, including that one of Iran, which represents a great civilization.

Let us not replicate past mistakes in the region. Let us not be naïve on one side. Let us not create new walls ourselves on the other side.

There is an existing framework – called the JCPOA - to control the nuclear activity of Iran. We signed it at the initiative of the United States. We signed it, both the United States and France. That is why we cannot say we should get rid of it like that. But it is true to say that this agreement may not address all concerns, very important concerns. This is true. But we should not abandon it without having something substantial, more substantial, instead. That is my position. That is why France will not leave the JCPOA, because we signed it.

Your President and your country will have to take, in the current days and weeks, their responsibilities regarding this issue.

What I want to do, and what we decided together with your President, is that we can work on a more comprehensive deal addressing all these concerns. That is why we have to work on this more comprehensive deal based – as discussed with President Trump yesterday – on four pillars: the substance of the existing agreement, especially if you decide to leave it, the post-2025 period, in order to be sure that we will never have any military nuclear activity for Iran, the containment of the military influence of the Iranian regime in the region, and the monitoring of ballistic activity.

I think these four pillars, the ones I addressed before the General Assembly of the United Nations last September, are the ones which cover the legitimate fears of the United States and our allies in the region.

I think we have to start working now on these four pillars to build this new, comprehensive framework and to be sure that, whatever the decision of the United States will be, we will not leave the floor to the absence of rules.

We will not leave the floor to these conflicts of power in the Middle East, we will not fuel ourselves in increasing tensions and potential war.

That is my position, and I think we can work together to build this comprehensive deal for the whole region, for our people, because I think it fairly addresses our concerns. That is my position.

And this containment – I mentioned it one of these pillars – Is necessary in Yemen, in Lebanon, in Iraq and also in Syria.

Building a sustainable peace in a united and inclusive Syria requires, indeed, that all powers in the region respect the sovereignty of its people, and the diversity of its communities.

In Syria, we work very closely together. After prohibited weapons were used against the population by the regime of Bashar al-Assad two weeks ago, the United States and France, together with the United Kingdom, acted to destroy chemical facilities and to restore the credibility of the international community.

This action was one of the best evidences of this strong multilateralism. And I want to pay a special tribute for our soldiers, because they did a great job in this region and on this occasion.

Beyond this action, we will together work for a humanitarian solution in the short term, on the ground, and contribute actively to a lasting political solution to put an end to this tragic conflict. And I think one of the very important decisions we took together with President Trump was precisely to include Syria in this large framework for the overall region, and to decide to work together on this political roadmap for Syria, for Syrian people, even after our war against ISIS.

In the Sahel, where terrorist networks span a footprint as large as Europe, French and American soldiers are confronting the same enemy and risking their lives together.

Here, I would like to pay special tribute to the American soldiers who fell this past fall in the region, and to their French comrades who lost their lives early this year in Mali. Better than anyone, I think, our troops know what the alliance and friendship between our countries means.

I believe, facing all these challenges, all these fears, all this anger, our duty, our destiny is to work together and to build this new, strong multilateralism.

Distinguished members of Congress,

Ladies and gentlemen,

On 25 April 1960, General de Gaulle affirmed in this Chamber that nothing was as important to France as “the reason, the resolution, the friendship of the great people of the United States”.

Fifty-eight years later, to this very day, I come here to convey the warmest feelings of the French nation, and to tell you that our people cherish the friendship of the American people, with as much intensity as ever.

The United States and the American people are an essential part of our confidence in the future, in democracy, in what women and men can accomplish in this world when we are driven by high ideals and an unbreakable trust in humanity and progress.

Today the call we hear is the call of history. This is a time of determination and courage. What we cherish is at stake. What we love is in danger. We have no choice but to prevail.

And together, we shall prevail.
Vive les Etats-Unis d’Amérique!

Long live the friendship between France and the United States of America!

Vive la République!
Vive la France!
Vive notre amitié.

Merci.
Thank you.

Emmanuel Macron, le 25 avril 2018 au Congrès des États-Unis à Washington.

Source : www.elysee.fr/

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180425-discours-macron-washington.html

 

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 01:29

« Je ne veux pas d’un peuple juif généreux, libéral, anticolonialiste, anti-impérialiste… et mort ! » (Golda Meir).



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C’était cette intransigeance-là qui pouvait faire frémir lorsqu’on écoutait Golda Meir. Pourtant, l’apparence était trompeuse. Il y a cinquante ans, le 17 mars 1969, cette femme déjà âgée, 70 ans, l’air d’une grand-mère ukrainienne ridée et affaiblie par la vie, fumeuse comme il ne serait plus du tout permis aujourd’hui (il existe peu de photographies d’elle sans une cigarette à la main ou à la bouche), est devenue Premier Ministre de l’État d’Israël.

D’un tempérament très fort, elle a été parmi les (trois) premières femmes dans l’histoire du monde à diriger un gouvernement national. Et même encore maintenant, il n’y en a pas encore eu beaucoup, de femmes chefs de gouvernement ou Présidentes de la République (on peut citer Indira Gandhi, Benazir Bhutto, Margaret Thatcher, Theresa May, Angela Merkel, Michelle Bachelet, Dilma Rousseff, Cristina Kirchner, Eva Peron, Édith Cresson, etc. mais je ne cite pas dans les pays d’Europe du Nord ou de l’Est où elles sont plutôt nombreuses depuis une trentaine d’années).

Golda Meir refusa les propositions de paix du Président égyptien Anouar El-Sadate en février 1971 (accord de paix contre restitution des territoires occupés). Elle avait peu d’affection pour les Palestiniens. Elle se disait d’ailleurs elle-même Palestinienne, en tout cas, elle pouvait prouver qu’elle avait un passeport palestinien à l’époque du mandat britannique. Née à Kiev le 3 mai 1898 dans une famille très pauvre, elle a connu la persécution contre les Juifs en Ukraine. Sa famille a alors décidé d’émigrer aux États-Unis en 1906. Adolescente, elle aidait sa mère à tenir la petite épicerie familiale, mais à l’âge de 15 ans, elle est partie vivre sa vie, s’auto-suffire et faire des études. À 17 ans, elle commença à militer pour soutenir le projet sioniste et à 19 ans, elle s’est mariée.

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En 1921, le jeune couple émigra dans un kibboutz en Palestine alors sous mandat britannique. La vie y fut difficile au point que son mari aurait préféré retourner aux États-Unis, si bien qu’en 1924, ils se sont installés à Tel-Aviv. Elle a pris progressivement de plus en plus de responsabilités dans des organisations sionistes, au point d’être en 1934 membre du comité national de la communauté juive en Palestine, révélant déjà « [une oratrice] habile et une polémiste redoutable » (selon Amnon Kapeliouk).

Juste avant la création de l’État d’Israël, on lui confia quelques missions diplomatiques dont une pour convaincre le roi de Jordanie de ne pas faire la guerre à Israël. Elle a fait partie des vingt-quatre signataires de la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël le 14 mai 1948. Elle fut donc, au regard de l’Histoire, une cofondatrice de l’État d’Israël, une historique. Par ailleurs, elle a obtenu le premier passeport israélien le 15 mai 1948.

Très vite, elle s’est transformée en femme d’État. Représentante d’Israël en URSS en 1948 ("ministre plénipotentiaire"), elle suscita beaucoup d’espoir chez les Juifs d’Union Soviétique. Élue députée en 1949 à la première Knesset (et réélue jusqu’en 1974), elle fut nommée Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale du 10 mars 1949 au 19 juin 1956, malgré la réticence des partis religieux qui n’imaginaient pas une femme ministre dans le gouvernement de David Ben Gourion. Au-delà du socialisme (travaillisme) qui leur était commun, Golda Meir partageait la même intransigeance que Ben Gourion contre les pays arabes qui voulaient l’anéantissement d’Israël.

Lorsque Ben Gourion limogea le Ministre des Affaires étrangères Moshe Sharett jugé trop mou, il proposa la succession à Golda Meir qui fut ainsi Ministre des Affaires étrangères de l’État d’Israël du 17 juin 1956 au 12 janvier 1966, pendant presque dix ans. Pourtant, la vie politique intérieure israélienne était (et reste) loin d’être un long fleuve tranquille. Dans les années 1960, Golda Meir entra régulièrement en conflit avec Ben Gourion qui cumulait en même temps le Ministère de la Défense. C’étaient ainsi deux administrations qui étaient souvent en conflit, avec notamment Shimon Peres qui était "directeur général" du Ministère de la Défense et qui se prenait parfois pour le Ministre des Affaires étrangères.

Au sein du futur parti travailliste (Mapai), Golda Meir faisait clairement figure de principale rivale de Ben Gourion et son influence interne augmenta lorsque Levi Eskhol prit, le 26 juin 1963, la succession de Ben Gourion contraint de démissionner à la suite d’un scandale politique. Elle quitta le gouvernement après les élections législatives de novembre 1965 pour devenir secrétaire générale du Mapai, puis secrétaire générale du parti travailliste (avec la fusion de trois partis), en 1968. Mais fatiguée et vieillie, elle démissionna de la tête du parti au pouvoir quelques mois plus tard, le 1er août 1968, et était sur le point de prendre sa retraite politique (d’autant plus que plus personne n’imaginait qu’elle pût encore avoir un avenir politique).

Ce qui a précipité les choses, ce fut la mort soudaine du Premier Ministre en exercice Levi Eshkol, d’une crise cardiaque, le 27 février 1969. La guerre de succession faisait rage chez les travaillistes, avec deux camps : d’une part, Moshe Dayan, à l’époque Ministre de la Défense, et d’autre part, Ygal Allon, Vice-Premier Ministre assurant l’intérim, tous les deux candidats au poste de Premier Ministre. Pour trouver un candidat de consensus, le parti travailliste a choisi finalement Golda Meir qui retrouva le pouvoir après l’avoir quitté quelques années.

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Golda Meir fut Premier Ministre d’Israël du 17 mars 1969 au 3 juin 1974. En raison de la victoire de la Guerre des Six-Jours en 1967, Golda Meir bénéficia d’une grande confiance populaire, ce qui l’encouragea à rester très ferme contre les Palestiniens, au point d’avoir déclaré, selon l’éditorialiste Jean Daniel dans un livre publié en 2008 : « Nous pourrons sans doute un jour vous pardonner d’avoir tué nos enfants. Mais il nous sera beaucoup plus difficile de vous pardonner de nous avoir contraint à tuer les vôtres. La paix viendra quand les Arabes aimeront leurs enfants plus qu’ils nous haïssent . » (sous réserve de véracité).

Comme Premier Ministre sortante, Golda Meir remporta deux élections législatives, celles du 28 octobre 1969 où son parti a obtenu 56 sièges (sur 120) et 46,2% des voix, et celles du 31 décembre 1973, en obtenant 51 sièges (sur 120) et 39,6% des voix.

L’attaque arabe surprise lors du déclenchement de la Guerre du Kippour le 6 octobre 1973 a conduit, malgré la victoire finale, à la démission de Golda Meir le 11 avril 1974 car de sérieux dysfonctionnements ont été constatés dans les services de renseignements. Un général a pris alors le relève, Yitzhak Rabin, qui a dû démissionner trois années plus tard à cause d’un scandale politique.

Retirée de la vie politique depuis cinq années et très malade, Golda Meir est morte à Jérusalem le 8 décembre 1978 à l’âge de 80 ans. Pour le moment, elle fut la seule femme à avoir dirigé un gouvernement israélien.

Successeure d’Ehud Olmert à la tête de Kadima, le parti centriste créé le 21 novembre 2005 par Ariel Sharon, Tzipi Livni, alors Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères sortante, s’était retrouvée en position de devenir très probablement la prochaine Premier Ministre (la seconde femme en Israël) lors des élections législatives du 10 février 2009 où elle avait obtenu 28 sièges (sur 120) et 22,5% des voix, soit le premier parti du pays, devant le Likoud de Benyamin Netanyahou avec 27 sièges et 21,6% des voix. Mais Tzipi Livni n’avait pas pu former de majorité, au contraire de son rival du Likoud allié avec le parti d’extrême droite d’Avigdor Liberman. Elle participa cependant au troisième gouvernement Netanyahou, après les élections législatives du 22 janvier 2013, comme Ministre de la Justice du 18 mars 2013 au 2 décembre 2014.

Après avoir créé sa propre formation politique et fait une alliance avec le parti travailliste (Union sioniste) pour les élections législatives anticipées du 17 mars 2015, Tzipi Livni était revenue sur l’avant-scène politique en devenant la chef de l’opposition à la Knesset du 1er août 2018 au 1er janvier 2019 (jusqu’à la rupture de l’alliance avec les travaillistes, à l’initiative de ces derniers). Discréditée dans les sondages, Tzipi Livni a alors décidé le 18 février 2019 de se retirer de la vie politique et de ne pas participer aux prochaines élections législatives qui auront lieu dans quelques jours, le 9 avril 2019, afin d’éviter la dispersion des voix centristes.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Golda Meir.
La lutte contre l’antisémitisme est l’affaire de tous !
Les Accords de Camp David.
La naissance de l’État d’Israël.
Massacre à Gaza.
Emmanuel Macron et le Vel d’Hiv (16 juillet 2017).
Tentative de paix en 1996.
Un géant à Jérusalem.
Shimon Peres.
Israël est une démocratie.
Yitzhak Rabin.
Le Président Peres.
Ariel Sharon.
Ehud Olmert.
Benyamin Netanyahou.
Yasser Arafat.

_yartiMeirGolda04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180503-golda-meir.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/03/17/37184614.html


 

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