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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 00:04

(dépêche)

 

 



L'Irak veut un référendum sur l'accord historique avec les Etats-Unis

Mercredi 26 novembre 2008 - 21h12 - Salam FARAJ

 
Les dernières heures de tractations sur l'accord avec les Etats-Unis concernant la présence militaire américaine en Irak, qui sera soumis jeudi au parlement irakien, ont donné lieu à un coup de théâtre mercredi, Bagdad réclamant un référendum populaire en juillet pour l'avaliser.

 

Le vote au Parlement sur l'accord, qui doit aboutir à l'évacuation de 150.000 soldats américains d'ici 2011, devait avoir lieu mercredi mais a été repoussé à jeudi pour donner plus de temps aux tractations et permettre que le texte soit adopté par une large majorité.

"Ce n'est pas seulement le Parlement qui doit se prononcer sur cet accord mais le peuple irakien, lors d'un référendum le 30 juillet afin qu'il puisse juger de son bien-fondé six mois après sa mise en application", a annoncé mercredi sur la chaîne Al-Arabiya le conseiller irakien à la Sécurité nationale, Mouaffak al-Roubaïe.

Interrogé par l'AFP, M. Roubaïe a affirmé que le référendum est "une affaire irakienne et les Américains doivent comprendre nos contraintes".

En réaction, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a assuré que l'éventualité de ce référendum "ne retarderait pas" la mise en oeuvre de l'accord conclu avec le gouvernement irakien.

"En aucun cas cela ne pourra retarder la mise en oeuvre du SOFA (accord sur le futur statut des forces américaines en Irak, Status of Forces Agreement) et de l'accord stratégique au 1er janvier", a déclaré la chef de la diplomatie américaine au cours d'un point de presse.

Cet accord SOFA, qui s'accompagne d'un accord stratégique de coopération plus général, doit entrer en vigueur début 2009, à l'expiration de la validité de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU autorisant le déploiement de forces américaines en Irak.

Le député chiite Reza Jawad Taki, de l'Alliance Unifiée Irakienne (AUI), le plus grand groupe parlementaire, a affirmé qu'en "cas de rejet par le peuple irakien, le gouvernement devra soit l'annuler, soit le renégocier" avec les Etats-Unis.

Si le "non" l'emporte lors du référendum de juillet 2009, et que Bagdad décide d'annuler l'accord, l'Irak devra notifier sa décision aux Etats-Unis, qui auront un an pour faire partir leurs troupes, soit à l'été 2010.

Le référendum était une condition posée par le principal groupe parlementaire sunnite du Front de la Concorde Nationale (39 députés) pour voter l'accord au Parlement.

"Il a été décidé qu'un référendum aura lieu au plus tard le 30 juillet", a dit le chef de ce groupe parlementaire, Iyad al-Samarraï. "Le référendum est important car l'accord est important et le peuple irakien doit avoir son mot à dire", a-t-il ajouté.

Conscients que le président Jalal Talabani, le Premier ministre Nouri al-Maliki et le Grand ayatollah Ali Sistani, chef spirituel de la communauté chiite, souhaitaient que le pacte soit adopté par une large majorité, les partis kurdes et sunnites ont fait monter les enchères mercredi.

La journée s'est donc passée en tractation et dans la soirée le président du Parlement, Mahmoud Al-Machhadani, a annoncé à la tribune que "l'atmosphère générale évoluait vers un accord et les dirigeants politiques avaient résolu tous les points en discussion. Il ne reste qu'un seul point à négocier, c'est pourquoi nous repoussons la séance à demain (jeudi) 10H00", a-t-il dit.

Selon le site internet de l'Union Patriotique du Kurdistan, les Kurdes ont demandé l'établissement de nouvelles relations avec Bagdad, ce qui signifie davantage d'autonomie alors que les sunnites veulent participer plus activement à la prise de décision et exigent l'annulation de la loi sur la debaassification.

Si l'accord est voté, sa ratification interviendra après onze mois d'âpres discussions où, pour la première fois depuis cinq ans, les Irakiens ont négocié d'égal à égal avec les Américains.

Cet accord, adopté le 16 novembre par le gouvernement, a fait l'objet de débats houleux lors de son examen au Parlement.

 

 

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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 12:31

(dépêches)

 

 


Le président pakistanais favorable à une Asie du Sud sans nucléaire, rapportent des médias indiens et pakistanais
Dimanche 23 novembre 2008 - 09h38

Le président pakistanais Asif Ali Zardari a assuré à l'Inde que son pays ne serait pas le premier à utiliser l'arme atomique et a proposé l'idée d'une Asie du Sud sans nucléaire, ont rapporté des médias indiens et pakistanais dimanche.

 

Contrairement à celle de l'Inde, la doctrine nucléaire du Pakistan ne contient pas de clause disant que le pays n'utilisera pas ses armes en premier lors d'un conflit.

Ces propos sont un nouveau signe du réchauffement des relations avec l'Inde, traditionnellement regardée comme l'ennemi numéro 1 du Pakistan.

"Je ne me sens pas menacé par l'Inde et l'Inde ne devrait pas se sentir menacée par nous", a dit le président pakistanais lors d'une vidéo conférence organisée par le grand quotidien indien "The Industan Times", des propos rapportés par des journaux indiens et pakistanais.

La retranscription des déclarations de M. Zardari n'était pas disponible dans l'immédiat, selon le service de presse du président.

"Nous ne les (les armes nucléaires) utiliserons certainement pas en premier, je ne suis pas favorable (...) aux armes nucléaires. J'espère que nous ne serons jamais dans cette situation", a-t-il affirmé, selon les citations rapportées par les médias.

M. Zardari a aussi exprimé l'idée d'une Asie du Sud sans nucléaire, affirmant qu'il pourrait persuader les parlementaires de soutenir un tel projet, selon les mêmes sources.

"Je peux arriver à convaincre mon Parlement sur ce point, mais pouvez-vous arriver à convaincre le Parlement indien sur ce point?", s'est-il questionné, selon les médias, sans donner plus de détail sur la proposition. AP

Le FMI accorde un crédit de 7,6 milliards de dollars au Pakistan
25.11.2008 - 13h43

Le conseil d'administration du Fonds monétaire international (FMI) a accordé lundi au Pakistan un crédit stand-by de 7,6 milliards de dollars destiné à faciliter la mise en oeuvre d'un programme de stabilisation économique.

 

La décision du conseil d'administration intervient après l'engagement pris par le FMI d'aider le Pakistan à redresser sa balance des paiements et à relancer son économie.

La communauté internationale craint que les difficultés économiques du Pakistan, alimentées aussi par la crise financière, ne contribuent à grossir les rangs d'Al Qaïda et d'autres organisations radicales islamistes au Pakistan.

Alister Bull, version française Pascal Liétout

 

 

 


Des Occidentaux otages à Bombay, plus de 100 tués
27.11.2008 - il y a 1 heure 44 min

Rina Chandran

 

Bombay, capitale financière de l'Inde, résonnait toujours de rafales d'armes automatiques jeudi matin, douze heures après une série d'attaques ponctuées par des prises d'otages et la mort de plus de cent personnes.


Dans deux des hôtels les plus luxueux de la ville, le Taj Mahal et l'Oberoi, des hommes armés détenaient un nombre non spécifié d'otages, dont des Occidentaux, particulièrement ciblés par les commandos se réclamant de l'islamisme.

La police indienne a fait état de 101 morts, dont six étrangers, et de près de 300 blessés à la suite de ces attaques qui ont visé, outre les deux palaces, un restaurant fréquenté par les Occidentaux, une gare et deux hôpitaux.

Des policiers tentent de pénétrer dans les deux hôtels de luxe mais les autorités ont reconnu que la situation n'était toujours pas normalisée.

"La situation n'est pas encore sous contrôle et nous essayons de faire sortir des terroristes qui se cachent dans les deux hôtels", a dit Vilasrao Deshmukh, Premier ministre de l'Etat de Maharashtra dont Bombay est la capitale.

Ces attaques à l'arme automatique et, dans certains cas, à la grenade, ont été revendiquées par les "Moudjahidine du Deccan", une organisation jusque-là peu connue. Le Deccan, ou Dekkan, est la partie centrale de l'Inde.

L'un des membres du commando qui a attaqué l'hôtel Oberoi a affirmé que son groupe, composé de sept hommes, détenait des otages et a dénoncé les mauvais traitements dont sont victimes selon lui les musulmans en Inde.

"Nous sommes sept à l'intérieur de l'hôtel Oberoi. Nous demandons la libération de tous les Moudjahidine détenus en Inde et ce n'est qu'après que nous libérerons ces gens", a déclaré cet homme à India TV, qui l'a identifié sous le prénom de Sahadullah.

"Libérez tous les Moudjadidine, et les musulmans vivant en Inde ne doivent pas être importunés", a-t-il ajouté.

A LA RECHERCHE DE BRITANNIQUES ET D'AMÉRICAINS

Selon des témoins, les assaillants s'exprimaient en Hindi ou en Urdu, ce qui laisse penser qu'il s'agit d'activistes indiens et non d'étrangers.

Ces attaques interviennent en pleine période d'élections régionales en Inde, y compris au Cachemire, et risquent de déstabiliser le pays avant des élections fédérales prévues l'an prochain.

Un responsable européen a été blessé lors de l'attaque de l'hôtel Taj Mahal, où se trouvent plusieurs députés européens et dont les flammes léchaient encore le toit jeudi matin.

"Je suppose qu'ils (les agresseurs) cherchaient des étrangers, parce qu'ils demandaient les passeports britanniques ou américains", a raconté Rakesh Patel, un ressortissant britannique qui vit à Hong Kong et résidait à l'hôtel Taj pour affaires. "Ils avaient des bombes."

Les forces de sécurité tentent de pénétrer dans les deux hôtels mais leur progression est rendue difficile par la résistance des commandos.

"Les terroristes nous lancent des grenades du toit du Taj et tentent de nous empêcher d'entrer", a déclaré à Reuters un inspecteur de police, Ashok Patil.

"Il semble qu'il y ait encore beaucoup de gens pris au piège dans les deux hôtels, et selon nos informations, les fusillades sont constantes, surtout venant du Taj", a dit un responsable du commissariat central de Bombay.

Quatre des assaillants ont été tués par la police et neuf autres ont été arrêtés, à déclaré un responsable du commissariat central de Bombay.

ONZE POLICIERS TUÉS

La police fait par ailleurs état de onze morts dans ses rangs, sans préciser s'ils faisaient partie du bilan général de 80 victimes. Parmi les policiers tués figure le chef de la brigade ani-terroriste de Bombay, Hemant Karkare.

Selon la police, une famille israélienne est par ailleurs retenue en otage par des hommes armés dans un appartement de la ville.

Un rabbin est propriétaire du bâtiment où il vit avec son épouse et leurs deux enfants, mais on ignore s'ils sont les victimes de la prise d'otages.

Selon un journaliste de Reuters sur place, des coups de feu pouvaient être entendus dans le quartier.

L'Inde a subi une série d'attentats à la bombe ces dernières années. La majeure partie ont été imputés à des islamistes, même si la police a également arrêté des extrémistes hindous.

Bombay a été la cible de certains des attentats les plus meurtriers. Un soir de juillet 2006, sept bombes avaient explosé en l'espace d'un quart d'heure à bord de plusieurs trains de banlieue, à l'heure de pointe, tuant 186 personnes ainsi que l'un des auteurs des attentats.

L'attentat le plus meurtrier jamais commis en Inde, en 1993, avait eu lieu également dans la ville, où 257 personnes avaient alors trouvé la mort.

Les attaques de Bombay ont été condamnées notamment par les Etats-Unis, la France au nom de l'Union européenne et la Russie.

La Banque centrale indienne a décidé de son côté de suspendre pour la journée les transactions sur les marchés financiers de Bombay.

Avec les bureaux de Bombay et New Delhi, version française Pascal Liétout

 

 

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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 20:48
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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 10:08

Aurons-nous avec le génocide rwandais une effervescence identique à celle des attentats du 11 septembre 2001 avec des thèses conspirationnistes, à la différence près que ce serait la France et pas les États-Unis qui serait au cœur de la polémique ?


L’horrible génocide rwandais d’avril à juillet 1994 a abouti aux massacres d’au moins 800 000 Rwandais, essentiellement des Tutsis mais également des Hutus modérés.

Une époque qui avait connu aussi des massacres dans l’ex-Yougoslavie (l’un de ses auteurs, Radovan Karadzic, vient même d’être arrêté et extradé à La Haye) mais qui, surtout, n’avait rien appris des leçons de l’histoire : massacres au Cambodge, en Arménie, sans parler des exactions staliniennes ou hitlériennes.

Le Darfour et d’autres endroits du monde connaissent ou connaîtront, hélas, les mêmes récurrences de l’histoire.


Un rapport mettant en cause des hommes politiques français

Ces conflits ethniques sont-ils fatals ? C’est un peu la vraie question que soulève le rapport de la « Commission nationale indépendante chargée par la République du Rwanda de rassembler les preuves montrant l’implication de l’État français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 ».

Ce rapport, finalisé le 15 novembre 2007 mais publié seulement ce mardi 5 août 2008, est rédigé de façon étrange : le but même de la commission était d’instruire à charge contre la France, et pas de confronter des éléments étayant ou démentant l’éventuelle responsabilité de l’État français dans les massacres rwandais.

Dans ce rapport, pas moins de treize hauts responsables politiques ou administratifs et vingt militaires ont été mis nommément en cause, notamment, pour les plus connus d’entre eux : François Mitterrand, Président de la République, Édouard Balladur, Premier Ministre, Alain Juppé, Ministre des Affaires Étrangères, Dominique De Villepin, directeur de cabinet du Ministre des Affaires Étrangères, Hubert Védrine, secrétaire général de l’Élysée… (quelques années plus tard, Juppé et De Villepin deviendront Premiers Ministres, et De Villepin et Védrine deviendront Ministres des Affaires Étrangères).


Fatalisme et dissension ?

Ce rapport laisse entendre qu’Édouard Balladur aurait été fataliste, qu’il faudrait, selon lui, se résoudre à accepter cette fatalité des massacres interethniques (p. 138) et qu’il aurait dit : « Ils se sont toujours massacrés ainsi ! Pourquoi voulez-vous que cela cesse ? ».

Mais aussi, ce rapport évoque une véritable dissension au sommet de l’État (en pleine cohabitation) entre un François Mitterrand interventionniste, voulant séparer le Rwanda et sa capitale Kigali en deux entités ethniques, et un Édouard Balladur non-interventionniste, refusant que la France s’immisçât dans ce conflit, ce qui aboutira finalement à une opération militaire tardive, l’opération Turquoise déployée l’été 1994.

Le problème de ce rapport, c’est qu’il y a beaucoup de verbes au conditionnel, peu de preuves irréfutables mais beaucoup de témoignages. Il est rédigé avec beaucoup de partialité (ne serait-ce que par le but de la commission), en particulier lorsqu’il parle de « gouvernement de droite » pour s’opposer à un Président de gauche, ce qui induit une méconnaissance de la politique intérieure française où les sujets internationaux recueillent généralement un large consensus au sein des grands partis gouvernementaux (de la majorité ou de l’opposition). On lit par exemple (p. 177), en parlant d’Alain Juppé : « De façon assez particulière, ce ministre de droite s’alignera aux positions du Président MItterrand. ».


De graves accusations contre la France

Le rapport porte des accusations très lourdes contre l’État français.

Selon lui, des militaires français auraient commis eux-mêmes directement des assassinats de Tutsis et de Hutus accusés de cacher des Tutsis et des viols sur des rescapées tutsies. Les militaires français auraient laissé en place les infrastructures du génocide.

Le Ministère français des Affaires Étrangères a immédiatement démenti ces accusations (dans un communiqué le 6 août 2008), remettant en cause la légitimité et l’objectivité de cette commission et a affirmé : « Il y a dans ce rapport des accusations inacceptables portées à l’égard de responsables politiques et militaires français. Nous rappelons qu’un très important travail d’investigation sur le rôle de la France au Rwanda pendant ces années-là ont été réalisé en 1998 dans le cadre de la mission d’information parlementaire présidée par Paul Quilès. Nous nous en tenons à l’analysé de cette commission et à ses conclusions. ».

De son côté, le Ministère français de la Défense a déclaré : « La France assume pleinement son action au Rwanda en 1994 et notamment celle de ses forces armées. Elle soutient sans réserve l’action de la justice pénale internationale et s’en remet à son appréciation conformément aux exigences légitimes de l’État de droit. ».

L’un des principaux responsables politiques mis en cause, Alain Juppé, parle de « falsification inacceptable » du rôle de la France dans le génocide.


Realpolitik versus vérité historique ?

Ce qui est étrange, c’est le fait que ce long rapport de 331 pages, écrit en français, ait été rendu public en plein été, au cours d’une conférence de presse à Kigali faisant intervenir pas moins de trois ministres rwandais (Tharcisse Karugarama, le Ministre de la Justice, Rosemary Museminari, la Ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération, et Louise Mushikiwabo, la Ministre déléguée à l’Information).

Le site Rue89 voit dans ce nouveau pavé dans la mare l’occasion d’une « polémique entre tenants de la realpolitik et partisans de la vérité historique » en rappelant que les militaires français ont toujours été plus bavards que les hommes politiques français sur ce sujet et que certaines archives sont inaccessibles aux journalistes et aux historiens en France et au Rwanda.

Je suis bien entendu incapable de savoir lequel des deux rapports, celui de Paul Quilès en 1998 ou celui de cette commission rwandaise de 2007, a raison, et si des responsabilités françaises sont réelles ou seulement supposées.


Objectifs diplomatiques de la manœuvre

En lisant la conclusion du rapport rendu public cette semaine, on y lit également cet indice : « Au regard de la gravité des faits (…), la Commission demande au Gouvernement rwandais de se réserver le droit de porter plainte contre l’État français pour sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide de 1994 au Rwanda devant les instances judiciaires internationales habilitées. ».

Mais aussitôt, le rapport continue immédiatement ainsi : « La Commission recommande au Gouvernement rwandais de trouver un règlement diplomatique de la question avec l’État français dans la mesure où ce dernier est prêt à reconnaître l’entière étendue de sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide au Rwanda et de prendre les mesures de réparation conséquentes en accord avec le Gouvernement rwandais. ».

On ne peut pas alors ne pas mettre en relation ces demandes de mise en accusation judiciaire ET de règlement diplomatique (qui à mon sens, sont antagonistes) et la demande du juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière en 2006 de poursuivre pénalement le Président actuel du Rwanda, Paul Kagamé, pour sa « participation présumée » à l’attentat contre l’avion de son prédécesseur, Junéval Habyarimana, le 6 avril 1994, élément déclencheur du génocide.

Encore en avril 2008, le Président rwandais Paul Kagamé avait réaffirmé qu’il n’était pas « question de séparer le diplomatique du judiciaire ».


La France de Sarkozy réchauffe les relations franco-rwandaises

En novembre 2006, le Rwanda avait réagi à cette demande en rompant les relations diplomatiques avec la France. Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, la France essaie cependant de recoller les morceaux avec l’État rwandais.

Le 8 décembre 2007, Nicolas Sarkozy avait rencontré Paul Kagamé à Lisbonne et lui avait « exprimé avec force notre volonté de réconciliation et aussi notre souci de faire face aux faiblesses et aux erreurs de la communauté internationale, France comprise, face au génocide rwandais ».

Ce rapport, d’ailleurs, ne devrait pas affecter cette volonté, puisque, ce 6 août 2008, la France continue « à placer [sa] relation avec le Rwanda dans cette perspective d’avenir » en expliquant : « Notre détermination de construire une nouvelle relation avec le Rwanda, au-delà de ce passé difficile, reste intacte. ».


Les perdants, toujours les victimes et la vérité historique

En clair, le Rwanda veut instrumentaliser le génocide et la présupposée responsabilité de quelques hauts dirigeants politiques français encore vivants (je le répète, pas les moindres : Balladur, Juppé, De Villepin, Védrine) comme monnaie d’échange diplomatique pour arrêter les éventuelles poursuites contre son propre Président accusé d’avoir participé à l’assassinat d’un de ses prédécesseur (déclenchement du génocide).

Dans tous les cas, ce nouveau rapport n’éclairera pas plus les historiens sur la vérité historique de ce terrible drame et n’est qu’une pierre supplémentaire dans une polémique qui risque de s’amplifier dans les semaines qui vont suivre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (8 août 2008)


Pour aller plus loin :

Accès aux rapports concernant le génocide rwandais (dont celui de 1998 par la Commission Quilès).

Communiqué du quai d’Orsay (6 août 2008).





http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=43066

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080808/tot-genocide-rwandais-la-france-est-elle-89f340e.html



http://www.lepost.fr/article/2008/08/08/1240443_genocide-rwandais-la-france-est-elle-toute-blanche.html
 

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 10:09

Un coup d’État militaire peut-il arriver dans ce pays ? L’arrestation du Président et du Premier Ministre, la prise de contrôle de la radio et télévision, la conquête du pouvoir par des officiers militaires… bref, la totale plus d’un an après l’élection présidentielle de 2007. Cauchemar ou réalité ?


Alors que la crise économique sévit dans le pays, touché par la hausse du prix du pétrole, un événement majeur s’est déroulé le mercredi 6 août 2008.


Coup d’État et risques de guerre civile

Le Président élu démocratiquement en 2007 a été arrêté mercredi dans la capitale. Un coup d’État militaire s’y est en effet déroulé, sans effusion de sang. Il fait fin à un mandat présidentiel inauguré par une élection présidentielle qualifiée de « modèle démocratique » par la communauté internationale.

Selon le porte-parole de la Présidence, « le chef d’état-major particulier du Président, démis de ses fonctions dans la matinée, est le meneur du coup d’État, en réaction à son éviction. ».

Le Président et le Premier Ministre ont été arrêtés en début de matinée et ont été amenés vers une destination inconnue. Le Président a été arrêté à sa résidence et le Premier Ministre à son bureau. Tous les téléphones ont été coupés à la Présidence et tous les téléphones de la première dame ont été confisqués. Le Ministre de l’Intérieur a aussi été arrêté.

Le porte-parole assure : « Cela s’est fait sans violence pour la bonne raison que ce sont des éléments putschistes qui assuraient la sécurité du Président. ».

Le Président de la République avait signé mercredi matin un décret nommant quelques nouveaux officiers à l’état-major. « Ces officiers, trois généraux, ont refusé d’obtempérer [à leur limogeage] et sont entrés en rébellion contre l’ordre constitutionnel. »

Les putschistes ont formé un ‘Conseil d’État’ présidé par le chef d’état-major particulier du Président de la République et ont annulé le décret présidentiel. La radio et la télévision nationales ont arrêté d’émettre et leur personnel a été chassé. Les aéroports de la capitale ont été également fermés.

Certains mettent en relation ce coup d’État avec la récente fronde de vingt-cinq députés et de vingt-trois sénateurs du parti présidentiel qui avaient démissionné lundi pour protester contre la politique menée par le Président de la République.

La situation est cependant calme dans la capitale. Aucun coup de feu n’a été entendu, aucun barrage n’a été signalé. Des troupes ont été mobilisées près de la Présidence de la République et près des locaux de la radio et de la télévision.

La Commission européenne a condamné ce putsch et a réclamé le retour du Président destitué.




Ni info ni intox

Non…

Rassurez-vous (en quelques sortes), il ne s’agit pas de Nicolas Sarkozy élu Président de la République le 6 mai 2007, pas de François Fillon nommé Premier Ministre le 18 mai 2007, ni non plus du général Bruno Cuche, chef d’état-major de l’armée de terre, limogé le 1er juillet 2008 (‘démissionné’ en fait).

Il ne s’agit pas de la France… mais de la Mauritanie.

En France, les coups d’État sont relativement rares.

Le dernier en date fut perpétré par Louis Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851. Il s’agissait d’aller au-delà de la limite constitutionnelle de son mandat présidentiel pour finalement le transformer en Second Empire.

Le 10 juillet 1940 (avec Pierre Laval et Philippe Pétain) et le 13 mai 1958 (avec René Coty et Charles De Gaulle) pourraient être qualifiés aussi de coups d’État, à cela près que les représentants légitimes du peuple (parlementaires) ont approuvé ces transformations (les élections et référendum de l’automne 1958 ont cependant largement ratifié la nouvelle Constitution, ce qui ne fut pas le cas de la Révolution nationale de l’été 1940).

L’armée a toujours eu un rôle politique mineur en France depuis sa longue tradition républicaine. Les derniers soubresauts qui générèrent des risques de putsch militaire furent l’aventure incertaine du ‘quarteron de généraux’ à Alger et l’OAS.


Pas en France mais en Mauritanie

Mais revenons à la Mauritanie.

L’observateur distrait risque de se dire : oh, encore un coup d’État en Afrique, comme il y en a des dizaines d’autres depuis plusieurs décennies.

C’est un peu vrai. Il suffit de rester en Mauritanie et de constater la vie politique encore récente.

Le 3 août 2005, le Président qui vient d’être arrêté hier, Sidi Ould Cheikh Abdallahi (un civil), avait lui-même bénéficié de la destitution du Président Maaouiya Ould Taya au cours d’un coup d’État dirigé par le directeur général de la sûreté nationale, Ely Ould Mohamed Vall, dont le but était de « mettre fin au régime totalitaire du Président Taya et mettre en place de véritables institutions démocratiques ».

Rappelons aussi que Taya, ancien chef d’état-major et alors Premier Ministre, avait pris le pouvoir le 12 décembre 1984 par un coup d’État, qu’il autorisa le multipartisme en juillet 1991 et qu’il se fit élire en 1992, en 1997 et en 2003 à la tête du pays au cours d’élections parfois contestées.


Un processus démocratique

Oui, mais, un peu comme en Côte d’Ivoire, les putschistes de 2005 avaient organisé une élection présidentielle libre et démocratique. Le 25 mars 2007 (au second tour), en effet, Sidi Ould Cheikh Abdallahi a été pour la première fois de l’historie élu démocratiquement Président de la République islamique de Mauritanie. Il a prêté serment le 19 avril 2007.

À partir de cette date, la radio et la télévision se sont libéralisées, des nouveaux partis ont été acceptés, notamment un parti islamiste.

Mais depuis décembre 2007, la situation s’est dégradée avec la hausse du prix du pétrole et des denrées alimentaires, réduisant le pouvoir d’achat, ainsi qu’avec le climat d’insécurité croissante provenant des trois attentats terroristes islamiques attribués à la mouvance d’Al-Qaïda.


Crises politiques entre Exécutif et Législatif

Le Premier Ministre Zeine Ould Zeidane démissionne le 6 mai 2008 et son successeur, Yahya Ould Ahmed Waghf, nomme le 11 mai 2008 le nouveau gouvernement avec des personnalités proches de l’ancien Président Maaouiya Ould Taya (qui avait pu revenir en Mauritanie le 21 avril 2006 sans avoir eu le droit de participer aux jeux politiques).


Cependant, ce nouveau gouvernement démissionne le 3 juillet 2008 avant même le vote d’une motion de censure déposée par des députés le 30 juin 2008. Un nouveau gouvernement est nommé avec le même Premier Ministre après trois semaines de crise politique, mais en refusant d’y intégrer certains parlementaires de la majorité.

Un politologue explique que « des rumeurs circulaient il y a une quinzaine de jours sur un possible coup d’État. C’était un peu un secret de Polichinelle que deux officiers supérieurs encourageaient cette scission au sein du parti au pouvoir. ».


Militaires humiliés et parlementaires rejetés

En fin de compte, c’est la grogne des officiers qu’il a limogés (dont le chef d’état-major de l’armée, le général Mohamed Ould Cheikh Mohamed) qui a été fatal au premier Président élu démocratiquement. Le général Mohamed Ould Abdel Aziz, le chef d’état-major particulier du Président et chef de la garde présidentielle, a donc pris le pouvoir.

Ces événements, qui semblent se comprendre comme un mouvement d’humeur des militaires qui se rendent compte de leur perte d’influence politique, sont d’autant plus regrettables que depuis 2007, la Mauritanie avait été largement saluée comme un modèle de la démocratie pour l’Afrique et le Monde arabe.


Selon le député mauritanien Mohammed Al Mukhtar interviewé par Al-Jazira, le majeure partie du pays soutiendrait les putschistes, considérant que le Président avait « marginalisé la majorité au Parlement » et que le gouvernement appliquerait un « régime autoritaire ».

25 députés (sur les 95 au total que compte l’Assemblée Nationale) et 23 sénateurs (sur les 56 au total que compte le Sénat), initialement dans la majorité présidentielle, s’étaient désolidarisés le 4 août 2008 du Président renversé.

Les parlementaires démissionnaires du parti présidentiel ont même appelé à une manifestation pour soutenir ce jeudi les putschistes : « Nous soutenons le mouvement correctif » a déclaré Sidi Mohamed Ould Maham, porte-parole de ces parlementaires.


Et maintenant ?

La nouvelle junte militaire a annoncé l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle dans deux mois et le maintien de l’Assemblée Nationale et du Sénat.

La France a réaffirmé hier soir son
« attachement à la préservation de l’État de droit en toutes circonstances et son hostilité à la prise du pouvoir par la force ».

L’Organisation de l’Union Africaine, l’Union Européenne et les États-Unis ont fermement condamné ce putsch.

Le Président du Sénégal Abdoulaye Wade aurait eu une conversation téléphonique avec le chef des putschistes et lui aurait conseillé de veiller précieusement à la sécurité physique du Président renversé.


Un putsch militaire peut-il être le ‘retour’ à la ‘démocratie’ ?

L’argument selon lequel le putsch était nécessaire pour restaurer la démocratie dans le pays est hélas très fréquent en Afrique. Et il est difficile d’en juger sereinement la pertinence.

La Mauritanie est un pays musulman pont entre le Maghreb et l’Afrique noire. De seulement trois millions d’habitants, parmi les plus pauvres des nations (152e sur 177), le pays est surtout désertique (Sahara) et dispose de mines de cuivre, d’or et de fer.

Espérons que ces nouvelles secousses politiques ne renforcent pas la sévère crise économique et alimentaire qui mine actuellement la population.

Mauritanie te salutant.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 août 2008)


Pour aller plus loin :

Dépêche AFP (6 août 2008).

Dépêche Reuters (6 août 208).

Dépêche AP (6 août 2008).





http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=43020

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080807/tot-putsch-militaire-le-president-de-la-89f340e.html




http://www.lepost.fr/article/2008/08/08/1240436_putsch-militaire-le-president-de-la-republique-est-arrete-a-la-suite-du-renvoi-d-officiers-generaux.html




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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 08:57

Acculé à la démission, Olmert quitte le pouvoir en pleines négociations avec les Palestiniens et les Syriens. Une difficile succession qui va remettre en cause une nouvelle fois l’espoir de paix. Suite et fin.


Dans un premier article, j’avais évoqué la succession chaotique du Premier Ministre israélien Ehoud Olmert. Dans un deuxième article, j’avais rappelé l’historique de la longue quête de la paix. Je termine ici avec le processus actuel mis en place avec l’arrivée du ‘couple’ Sharon et Abbas et ce que pourront en faire leurs successeurs.


Après la mort de Yasser Arafat le 11 novembre 2004, la politique d’Ariel Sharon s’infléchit. Unilatéralement, Sharon décide de quitter la bande de Gaza, parfois par la force en obligeant les colons israéliens à partir. Cette décision n’est pas forcément salutaire, puisque Gaza est passée entre temps sous contrôle du Hamas.


Cette politique d’ouverture a engendré l’incompréhension des ultras du Likoud menés par Nétanyahou à tel point que Sharon décide de quitter le Likoud (dont il était le patron, mais aussi l’un des fondateurs en 1973) pour créer son propre parti ‘centriste’, Kadima, et a convaincu le travailliste Shimon Peres (sans doute très avide de ministères) à le rejoindre.

La disparition politique d’Ariel Sharon quelques jours après la création de Kadima, consécutive à son accident vasculaire cérébral qui le plonge dans le coma (qui dure encore deux ans et demi après), place son héritier, Ehoud Olmert à la tête du gouvernement israélien dès le 4 janvier 2006.

Peut-être était-ce pour acquérir auprès de ses compatriotes une légitimité militaire ? Ou par incompétence à la suite de l’enlèvement de soldats israéliens ? Olmert décide en juillet 2006 de pilonner le Sud-Liban dans le but d’anéantir le Hezbollah. Le bilan est désastreux, l’opération échoue et le Hezbollah montre sa force. L’impopularité d’Olmert grandit quelques mois à peine après sa victoire aux élections législatives du 28 mars 2006.

Olmert n’avait aucun passé militaire, ni son Ministre de la Défense Amir Peretz (président du Parti travailliste, qui est remplacé à ces deux postes par Ehoud Barak en mai et juin 2007). Sa volonté de montrer sa fermeté est accompagnée de nombreuses erreurs que lui reprochent ses compatriotes, tant les partisans d’une pacification des esprits que les ultras qui considèrent l’opération de l’été 2006 n’a pas été efficace puisque le Hezbollah a résisté.

Olmert faisait partie des ‘durs’ du Likoud lorsqu’il était jeune député. Parlant de lui-même à cette époque (1978), il déclare : « J’avais voté contre Menahem Begin. (…). Je lui avais dit que c’était une erreur historique. (…) Maintenant, je suis désolé qu’il ne soit plus en vie pour m’entendre reconnaître publiquement sa sagesse et mon erreur. Il avait raison et j’avais tort. Grâce à Dieu, nous nous sommes retirés du Sinaï. ».

Ehoud Olmert a réussi à nouer des liens de confiance avec le Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (élu à 62% le 9 janvier 2005 à la succession d’Arafat). Les deux parties ont pris l’engagement d’aboutir à un accord avant la fin du mandat de George W. Bush, qui devrait également être la fin du mandat d’Ehoud Olmert si des élections anticipées devaient être organisées en Israël.

Ce qui est clair, c’est que Mahmoud Abbas, comme Arafat, n’est pas éternel et qu’à 73 ans, sa succession ne tardera pas à se poser et sera encore plus difficile que celle d’Olmert. La paix est donc urgente.

Alors, quel est l’avenir de la paix avec le départ d’Olmert qui était, comme Rabin en 1995, comme Sharon (quoi qu’on en dise) en 2005, l’homme d’État israélien le plus apte à conclure la paix entre Israéliens et Palestiniens ?


1. Aller vite parce qu’Olmert s’en va

Ehoud Olmert a déclaré qu’il voulait, avant de quitter le pouvoir, conclure un double accord de paix avec les Palestiniens et avec les Syriens (l’accord sur la Syrie devrait porter sur le Golan qui serait restitué).

Le problème, c’est qu’Olmert risque fort d’être contesté dans son propre camp, les scandales politico-financiers et sa démission annoncée lui sapant toute autorité politique.

Certains de ses alliés politiques ne sont d’ailleurs plus d’accord pour poursuivre les négociations, comme le Ministre des Communications Ariel Attias du parti religieux Shass qui estime que, désormais démissionnaire, Ehoud Olmert n’a plus de mandat pour mener des négociations et ne peut que gérer les affaires courantes.

À cela, Olmert répond qu’il impliquera la nouvelle direction de Kadima à chaque nouvelle avancée des négociations afin de les pérenniser.

Même son de cloche du côté des interlocuteurs palestiniens. Le Président palestinien Abbas a considéré peu probable de finir les négociations avant la fin du mandat de Bush Jr mais a assuré également que les discussions se poursuivraient quelle que soit l’identité de ses interlocuteurs israéliens.

On ne peut s’empêcher de penser que si Olmert ne parvenait pas à conclure avant son départ, tout un nouveau cycle serait nécessaire, ne serait-ce que pour permettre aux négociateurs de se connaître et de connaître leurs intentions. Ces remises en cause permanentes n’aident pas à la continuité du processus de paix, sans parler de ceux qui veulent mettre de l’huile sur le feu.


2. L’après-Bush Jr ou l’après-Olmert

Si les négociations s’enlisaient pour les prochains mois, nul doute qu’elles seraient réactivées par de nouveaux interlocuteurs :Israéliens, mais aussi Américains dont l’entremise est essentielle dans la réussite du processus (Camp David, Oslo etc. l’ont bien montré).

Les deux candidats à la présidentielle américaine du 4 novembre 2008, le Républicain John MacCain et le Démocrate Barack Obama, l’ont déjà affirmé : une fois l’élection finie, ils poursuivraient le processus de paix. Obama ayant d’ailleurs ironisé en disant qu’il n’attendrait pas la septième année de sa présidence pour commencer à s’inquiéter de la paix au Proche-Orient, pique adressée à son éventuel futur successeur George W. Bush.


3. Un nouveau Premier Ministre en Israël

Un changement de Premier Ministre pourrait-il relancer le processus de paix ?

La réponse à la question dépend évidemment du nom du successeur d’Olmert, de son parti (est-ce la continuité ou est-il issu de nouvelles élections comme c’est fort probable ?).

En règle générale, tout changement de dirigeant induit un retard dans la reprise de négociations, le temps que la nouvelle équipe se mette en place et travaille les dossiers. Le risque, c’est que les négociations doivent être reprises au début.

Cependant, si le désengagement unilatéral de la Bande de Gaza voulue par Sharon peut prêter à confusion (Abbas souhaite que la Cisjordanie suive ce mouvement et Israël voudrait au contraire pérenniser les implantations des colons en Cisjordanie alias ‘Judée-Samarie’), les timides discussions engagées avec la Syrie par l’entremise de la Turquie devraient être poursuivies dans tous les cas.

En effet, Israël a un besoin impératif d’assurer la sécurité de sa frontière nord et un accord encourageant la Syrie à neutraliser le Hezbollah libanais en contrepartie d’un retrait du Golan serait approuvé tant par le futur responsable du Kadima que par Nétanyahou (Likoud) et Barak (travailliste).


4. Hypothèse Shaul Mofaz

Ce serait l’hypothèse la plus favorable à Olmert car il est l’un de ses proches. Il est considéré, selon la ‘terminologie israélologue’, comme un ‘faucon’, c’est-à-dire, comme peu enclin à vouloir la paix.

Mais a contrario, seul un ‘faucon’ peut vraiment négocier une paix valable avec les Palestiniens, et le peuple israélien fait plus confiance en une personnalité forte capable de fermeté tant face au Hamas et Hezbollah qu’aux négociateurs palestiniens et syriens qu’à un pacifiste intellectuel (tel que Shimon Peres).

De plus, son origine iranienne pourrait laisser croire que la volonté belligérante des États-Unis contre l’Iran serait tempérée par cet homme.


5. Hypothèse Tzipi Tivni

Une femme à poigne, sorte d’Angela Merkel du Proche-Orient, avec une expérience gouvernementale non négligeable (Justice, Affaires Étrangères entre autres), une stature internationale indéniable et un passé personnel militaire qui la rend légitime auprès de ses compatriotes. Ce qui avait manqué à Shimon Peres mais pas à Yitzhak Rabin.

Est-ce qu’une femme réussirait-elle mieux dans ces négociations difficiles qu’un homme ? Pas sûr, mais peut-être.


6. Hypothèse Nétanyahou

Hélas, je dis hélas pour les partisans de la paix, l’hypothèse d’une victoire de Benjamin Nétanyahou lors d’élections anticipées est quasi-incontournable. Ces élections ne pourraient se dérouler qu’à la fin du prochain hiver, ce qui donnerait à Olmert un peu de temps encore pour finaliser les négociations.

On se souvient que c’est ‘Bibi’ qui avait fait capoter les accords d’Oslo lorsqu’il avait pris le pouvoir à la suite de l’assassinat de Rabin, en encourageant les implantations juives dans les territoires occupés.

Tout le processus de paix actuel serait certainement remis en cause.


Mais "le pire n’est jamais sûr"

Ne nous trompons pas : au pouvoir ou pas au pouvoir, tant que Nétanyahou est populaire, la paix sera oscillante.

Une paix entre Israéliens et Palestiniens ne pourra être durable que si un consensus se noue tant en Israël que chez les Palestiniens sur cette paix.

Et seul un leader politique comme lui, à l’origine opposé à la création d’un État palestinien, pourrait établir cette paix durable car il pourrait la rendre consensuelle au sein de son pays, la faire admettre par les plus réfractaires de ses compatriotes.


Alors, la paix va-t-elle quand même se faire dans cette région du monde avec le départ d’Ehoud Olmert ?


Elle a beaucoup perdu de temps. Elle a perdu une bataille, mais certainement pas la guerre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 août 2008)


Pour aller plus loin :

Dépêches de presse sur la démission d’Ehoud Olmert et sa succession.



http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=42988





http://www.lepost.fr/article/2008/08/06/1238097_israel-ehoud-olmert-s-en-va-la-paix-aussi-3.html




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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 08:11

Acculé à la démission, Olmert quitte le pouvoir en pleines négociations avec les Palestiniens et les Syriens. Une difficile succession qui va remettre en cause une nouvelle fois l’espoir de paix. Suite.


Dans un premier article, j’avais évoqué le départ du Premier Ministre israélien Ehoud Olmert et sa difficile succession. Je poursuis en évoquant le processus de paix enclenché entre Israël et l’Autorité palestinienne.


Arrêter la guerre, c’est rompre un cercle infernal

Rappelons d’abord que, quel qu’il soit, un processus de guerre ou de paix est un cercle vicieux ou vertueux. La guerre appelle la guerre et la paix appelle la paix. Passer de la guerre à la paix, c’est rompre un cycle infernal et cela demande aux dirigeants des États impliqués une haute vision et du courage politique tant vis-à-vis de la partie ennemie que de ses propres troupes qu’il faudra arriver à convaincre.

Un exemple concret a été donné avec les relations franco-allemandes. Ennemis pendant près d’un siècle, Français et Allemands avaient tout pour continuer cette haine réciproque à la Libération. D’ailleurs, certains Français aujourd’hui appellent encore les Allemands ‘Boches’, et pas les plus âgés… Le processus de la construction européenne et la volonté, singulière, de deux hommes d’État, Konrad Adenauer et Charles De Gaulle, ont permis de faire de l’Allemagne et de la France deux pays amis, très amis même (il suffit de voir le nombre de communes françaises jumelées avec une commune allemande).


Instaurer la paix, souvent un courage improbable

Pour faire la paix, il faut beaucoup d’éléments :

1. Représenter son pays et avoir non seulement une légitimité politique mais aussi militaire (surtout dans le cas d’Israël). La légitimité politique est faible concernant la partie palestinienne, notamment à cause des luttes militaires entre le Fatah et le Hamas.

2. Être ennemis. Inutile de faire la paix entre amis. Cela a l’air d’être une lapalissade, mais cela signifie que ce n’est jamais facile, ne serait-ce se serrer la main.

3. Faire preuve de courage politique et physique, pour aller vers le dirigeant du pays ennemi mais aussi pour faire face à une probable impopularité dans son propre pays, un accord de paix ne pouvant qu’être des concessions au camp ennemi pour les plus extrémistes. Faire la paix se fait souvent au péril de sa propre vie (Sadate et Rabin en savent hélas quelque chose).

4. Faire preuve donc de beaucoup de pédagogie, tant vis-à-vis de ses interlocuteurs que vis-à-vis de son propre peuple.

5. Avoir une bonne vision de l’intérêt à long terme de deux camps et donc, favoriser la prospérité économique commune, vrai gage de maintien de la paix.


La personnalité des individus, point majeur d’une négociation

Il y a évidemment d’autres conditions, mais ce qui semble évident, l’histoire l’a fréquemment démontré, c’est qu’un processus de paix dépend très fortement de la personnalité des individus chargés de le négocier. Confiance réciproque, représentativité, autorité nationale et internationale…

Changer d’interlocuteurs, c’est assurément risquer de reprendre à zéro toute la démarche. C’est à peu près ce qu’il s’est passé pour les négociations entre Israéliens et Palestiniens depuis une trentaine d‘années.

Par ailleurs, pour initier la paix, c’est sans doute les plus ‘belliqueux’ qui peuvent le mieux la réussir. Pourquoi ? parce qu’ils sont plus aptes à contrôler les débordements des ultras de leur propre bord. D’ailleurs, souvent, les espoirs de paix d’un homme d’État sont sabotés par ses propres compatriotes parmi les plus extrémistes.

Inutile de rester au Proche-Orient pour avoir en France un exemple frappant : certains de l’OAS ont été parmi les plus gaullistes et ont cru que le Général De Gaulle réussirait à rétablir la paix en Algérie… leur paix. Or, le processus initié par De Gaulle allait tellement contre leur vision qu’ils en ont été même à vouloir l’assassiner. On retrouve ce même phénomène lors de l’assassinat de Sadate ou de Rabin.


Un processus de paix déjà ancien

Reprenons les quelques tentatives de paix au Proche-Orient.

D’abord, il y a les accords de Camp David entre Menahem Begin et Anouar el Sadate sous le haut patronage de Jimmy Carter. Des accords historiques en deux temps : le 17 septembre 1978 et le 25 mars 1979, qui valurent à Begin et Sadate le Prix Nobel de la Paix 1978. Ce sont des accords sans précédent. Déjà par le simple fait que d’un pays musulman et Israël puissent discuter, échanger. Ensuite par la reconnaissance d’Israël par l’Égypte et la restitution à l’Égypte du Sinaï. Suivit la reconnaissance d’Israël par la Jordanie.

À l’époque, au Likoud comme Begin, Ehoud Olmert (alors jeune député) était contre Camp David. Aujourd’hui, il le regrette et accepte de dire qu’il s’était trompé. Il regrette même que Begin ne soit plus vivant pour qu’il l’entende lui donner raison.

Le 6 octobre 1981, Sadate est assassiné par un fanatique islamiste refusant le dialogue avec les Israéliens. Heureusement, Hosni Moubarak qui lui succède poursuit la même politique (et se maintient au pouvoir à l’aide de méthodes peu démocratiques certes mais gages de stabilité dans la région).

La guerre du Liban n’a cependant pas facilité les choses. La guerre au Koweït (Première Guerre du Golfe) a peut-être eu des conséquences sur le processus de paix en Palestine (Arafat ayant soutenu en 1991 l’Irak de façon inconséquente). Les historiens le confirmeront (ou pas).

Du 30 octobre au 4 novembre 1991 se tient la conférence de paix de Madrid. Il n’en sort pas grand chose sinon qu’Israël est prêt à un retrait limité du Golan (syrien). Le 19 janvier 1993, Arafat renonce officiellement au terrorisme et reconnaît Israël parallèlement à Rabin qui abroge une loi de 1986 interdisant de prendre contact avec l’OLP, le mouvement palestinien d’Arafat.

Dès février 1993, des négociations secrètes commencent qui aboutissent aux accords d’Oslo. Le 13 septembre 1993 à Washington, poignée de main historique entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin sous le haut patronage de Bill Clinton : création de l’Autorité palestinienne, sorte de pré-État palestinien aux pouvoirs spécifiques à Gaza et Jéricho.

Shimon Peres, l’un des artisans de ces accords, obtient avec Rabin et Arafat le Prix Nobel de la Paix en 1994.

Le 28 septembre 1995 sont ensuite finalisés à Washington les accords de Taba pour mettre la Cisjordanie sous autorité palestinienne et procéder à l’élection des dirigeants de l’Autorité palestinienne.

Hélas, le 4 novembre 1995, Rabin est assassiné par un extrémiste israélien qui n’a supporté l’idée de faire des concessions aux Palestiniens. Arafat est encore considéré comme un ‘terroriste’, mais historiquement, il était peu réaliste de la part des Israéliens de faire la paix avec un autre interlocuteur.

Son successeur par intérim, Shimon Peres, qui n’a jamais réussi à gagner une élection, est battu par un va-t-en guerre, Benjamin Nétanyahou (Likoud) qui devient Premier Ministre le 18 juin 1996 (première fois où le Premier Ministre est élu au suffrage universel direct). Ce dernier sabote les accords d’Oslo en encourageant le développement des colonies juives dans les territoires occupés (colonisations arrêtées depuis 1992).

Nétanyahou poursuit néanmoins les rencontres avec Arafat à plusieurs reprises, notamment sur le statut de Hébron.

Rattrapé par des affaires, il est battu par le travailliste Ehoud Barak qui lui succède le 18 mai 1999. Barak continue le dialogue avec les Palestiniens et se retire du Sud-Liban. Et c’est alors Yasser Arafat qui, à la fin de sa vie, refuse toute avancée, sans doute pour maintenir la cohésion de ses troupes et éviter la trop grande influence du Hamas.

L’échec du plan de paix proposé par Barak (Camp David II en juillet 2000) se fait avec l’incompréhension de la population israélienne et la provocation d’un autre va-t-en guerre, Ariel Sharon. En allant parader (comme chef de l’opposition) le 28 septembre 2000 (le lendemain d’une rencontre Arafat-Barak) sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem, Sharon affronte des manifestants palestiniens, ce qui aboutit à la seconde Intifada.

Les causes réelles de la seconde Intifada sont cependant très floues : était-elle préméditée par Arafat à la suite de son refus du plan de paix de Camp David II ou les Palestiniens se sont-ils soulevés à cause de la venue de Sharon ? Le rapport Mitchell conclut que la venue d’Ariel Sharon ne serait pas à l’origine des émeutes.

Quelques mois plus tard, son opération politique a réussi puisqu’en exacerbant le sentiment anti-palestinien, Ariel Sharon gagne les élections et devient enfin Premier Ministre le 7 mars 2001. ‘Enfin’, car cette personnalité politique qui a créé le Likoud et qui a dominé la vie politique israélienne depuis deux décennies n’avait encore jamais obtenu le premier rôle.

Tant qu’Arafat est vivant, homme qu’il juge indigne et terroriste, Sharon refuse toute avancée vers la paix. Sorte d’ennemi personnel, Ariel Sharon veut avant tout un autre interlocuteur.

Entre temps, Sharon continue la colonisation des territoires occupés et construit même un mur de la honte (décidé le 14 avril 2002 mais déjà envisagé par Barak en novembre 2000), d’autant plus odieux que le Mur de Berlin s’était écroulé depuis plus d’une décennie.

Ariel Sharon, un faucon. Son aspect belliqueux n’est plus à rappeler. Ministre de la Défense dans le gouvernement Begin, à la pire époque, celle des massacres de Sabra et Chatila les 16 et 17 septembre 1982. Impliqué dans cette tuerie monstrueuse.

L’arrivée d’Ariel Sharon au pouvoir se conjugue avec l’élection contestée de George W. Bush à la Maison Blanche. Les attentats du 11 septembre 2001, l’intervention en Afghanistan puis la guerre en Irak rendent de plus en plus illusoires les hypothèses de paix, d’autant plus que Bush Jr se soucie peu du problème israélo-palestinien au profit du Moyen-Orient.

Sharon va ensuite évoluer.


Dans un troisième article, je terminerai sur la phase récente du processus de paix ainsi que sur les chances de la paix provoquées par le départ d’Ehoud Olmert.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (5 août 2008)


Pour aller plus loin :

Dépêches de presse sur la démission d’Ehoud Olmert et sa succession.






http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=42961

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080805/tot-israel-ehoud-olmert-s-en-va-la-paix-89f340e.html



http://www.lepost.fr/article/2008/08/05/1237300_israel-ehoud-olmert-s-en-va-la-paix-aussi-2.html


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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 08:11

Acculé à la démission, Olmert quitte le pouvoir en pleines négociations avec les Palestiniens et les Syriens. Une difficile succession qui va remettre en cause une nouvelle fois l’espoir de paix.


Le 30 juillet 2008, le Premier Ministre israélien Ehoud Olmert a jeté l’éponge. Il a annoncé qu’il ne serait pas candidat pour la présidence de son parti, le Kadima, le 17 septembre prochain, et qu’il remettrait les clefs du pouvoir à celui qui serait désigné.


Poursuivi par des affaires politico-financières

Depuis trois mois, le long processus de déstabilisation d’Ehoud Olmert aura réussi. Déstabilisation ou dénonciation de ses errements financiers, la justice israélienne se prononcera.

Car depuis mai 2008, Olmert est accusé de corruption portant sur environ 150 000 dollars. Les faits reprochés, rassemblées dans plusieurs affaires judiciaires, datent d’avant son accession au poste de Premier Ministre.


Une carrière politique classique

Olmert fut élu pour la première fois à la Knesset à 28 ans (benjamin des députés), siège qu’il garde encore aujourd’hui. Il devin ministre dans le gouvernement d’Yitzhak Shamir en 1988 puis Ministre de la Santé de 1990 à 1992.

Maire de Jérusalem de 1993 à 2003 avec une réputation d’homme politique anti-corruption, Ehoud Olmert a tenté de s’emparer du Likoud face à Ariel Sharon en 1999.

Sa grande défaite au Likoud l’a paradoxalement rapproché d’Ariel Sharon qui le nomma Vice-Premier Ministre chargé du Commerce et de l’Industrie de 2003 à 2005 puis des Finances de 2005 à 2006. Le 24 novembre 2005, il suivit Sharon lorsque celui-ci se désolidarisa du Likoud pour créer le parti centriste Kadima rejoint par le travailliste Shimon Peres.

Le 4 janvier 2006, à la suite du coma d’Ariel Sharon (il est toujours vivant à ce jour), Olmert prit sa succession et conduisit son parti à sa première victoire électorale le 28 mars 2006.


Rapidement impopulaire

Dès l’été 2006, Olmert décida une guerre sans préparation contre le Hezbollah libanais qui se solda par de nombreuses morts et un échec complet. Une faute politique condamnée par la suite par une commission d’enquête israélienne.

C’est à partir de ce moment que la popularité d’Olmert chuta rapidement, une chute accélérée avec les scandales qui l’éclaboussent aujourd’hui.

Clamant son innocence, Ehoud Olmert n’a cependant pas exclu qu’il avait peut-être commis quelques erreurs. Il comptait sans doute se maintenir coûte que coûte au pouvoir mais ses amis du Kadima ont commencé à sérieusement ébranler son autorité politique.


Le dos au mur

La plus perspicace dans son opposition interne est la Ministre des Affaires Étrangères, Tzipi Livni, une ancienne du Mossad, qui a bataillé pour la démission d’Olmert. Elle a obtenu d’organiser des primaires le 17 septembre 2008 pour désigner le président de leur mouvement, une échéance dangereuse pour Olmert à l’autorité affaiblie.

Mais le coup de grâce est venu de ses partenaires travaillistes. Le président du Parti travailliste, Ehoud Barak, actuel Ministre de la Défense et ancien Premier Ministre de 1999 à 2001, avait menacé de rompre la coalition si Ehoud Olmert ne remettait pas en cause ses fonctions de Premier Ministre.

Comme toujours, la situation politique israélienne est très complexe, notamment par l’absence de majorité claire à la Knesset du fait du scrutin proportionnel et de la présence de nombreux partis religieux minoritaires.


Avis contrastés de ‘l’homme de la rue’

Ehoud Olmert va donc partir avec deux images de ‘micro-trottoir’ assez contrastées.

La première : « D’une manière générale, Ehoud Olmert est un bon Premier Ministre (….). Mais il s’est retrouvé impliqué dans quelques affaires qu’il doit maintenant régler. Il est temps pour lui de prendre ses responsabilités, de quitter le pouvoir, et c’est normal. Notre démocratie est forte. »

La seconde : « Si vous prenez en considération tous les problèmes que l’on a eus pendant qu’il était Premier Ministre : la guerre dans le nord, toutes les enquêtes, la corruption, tous ces problèmes, c’est une fin malheureuse pour une carrière exécrable. »

Maintenant, deux enjeux de taille vont occuper la vie politique israélienne des prochains mois.

D’une part, la désignation du futur président du Kadima le 17 septembre 2008 ; d’autre part, la constitution d’un nouveau gouvernement de coalition.


Succession au Kadima

Quatre candidats sont déjà en lisse pour succéder à Ehoud Olmert à la tête de son parti centriste.

La Ministre des Affaires Étrangères et Vice-Premier Ministre, Tzipi Livni, 50 ans, (ministre depuis 2001, chargée de l’agriculture, du logement, de l’immigration, de la justice entre autres), qui arriverait en tête. D’origine polonaise, elle fut la principale rivale interne à Olmert.

Arrivant juste derrière elle, le Ministre des Transports, Shaul Mofaz, 60 ans, qui aurait les faveurs d’Olmert, et qui fut de 1998 à 2002 le chef d’état-major des forces israéliennes (le premier d’origine d’iranienne) puis de 2002 à 2006 Ministre de la Défense, considéré comme un ‘faucon’. Il a jugé courageuse la décision d’Ehoud Olmert.

Sont également candidats à la succession le Ministre de l’Intérieur, Méir Chétrit, 60 ans, et le Ministre de la Sécurité intérieure, Avi Dichter, 55 ans.


Le prochain gouvernement

La désignation de Tzipi Livni pourrait amener Israël à se voir diriger par une femme pour la seconde fois de son histoire, la première fois étant avec Golda Meir de 1969 à 1974 (qui fut la troisième femme au monde à diriger un gouvernement national).

Mais le conditionnel est largement de rigueur, car le nouveau président du Kadima est loin d’être assuré de diriger le futur gouvernement.

En effet, si Kadima est le parti majoritaire, il ne compte cependant que 28 sièges sur les 120 que compte la Knesset. Or, la coalition est très instable.

Plus de treize mois après son élection, le Président de l’État Shimon Peres va devoir faire preuve d’une grande maîtrise de la politique israélienne.

Shimon Peres devra effectivement désigner le nouveau chef du Kadima pour constituer le futur gouvernement. Ce dernier disposera de 42 jours pour retrouver une majorité et obtenir la confiance des députés.


Vers de nouvelles élections ?

En cas de double échec, il serait procédé à la dissolution de la Knesset et de nouvelles élections législatives auraient lieu, de manière anticipée puisqu’elles sont prévues en principe pour mars 2010. Pendant le temps de leurs organisations, Ehoud Olmert dirigerait un gouvernement de transition, ne s’occupant que des affaires courantes, qui pourrait durer jusqu’à la fin de l’année 2008, soit également la fin du mandat du Président américain George W. Bush.

La dissolution est plus que probable car la remise en cause de la coalition laisse échapper certains mécontentements.

L’un des partenaires les plus importants, Ehoud Barak, a même évoqué sa possible intention de succéder à Ehoud Olmert, affirmant juste : « Nous soutenons notre État et voulons le protéger. ». Cependant, sans élection, ce serait impossible car le nouveau Premier Ministre doit obligatoirement être un élu de la Knesset, ce qui n’est pas le cas de Barak.

Un autre ministre, chargé des communications, Ariel Attias, représentant du parti ultra-orthodoxe Shass, a par ailleurs considéré qu’Olmert devait arrêter toute négociation avec les Palestiniens puisqu’il ne représente désormais plus rien.


Rapports de force

Aujourd’hui, s’appuyant sur la forte impopularité d’Ehoud Olmert, le leader de l’opposition a le vent en poupe.

Benjamin Nétanyahou, qui a repris la présidence du Likoud (l’ex-parti d’Ariel Sharon et d’Ehoud Olmert), ancien Premier Ministre de 1996 à 1999, souhaite reprendre sa revanche. Il a ainsi exclu toute coalition impliquant le Likoud et a réclamé des élections pour remplacer un gouvernement qui a échoué.

Nétanyahou ne demande pas des élections par hasard : il est actuellement fort probable qu’il puisse les gagner et revenir au pouvoir. Selon un sondage, Nétanyahou obtiendrait 36% des suffrages contre 25% en faveur de Tzipi Tivni et 12% pour Ehoud Barak.

Cette confortable avance donne à Nétanyahou beaucoup d’aplomb pour proposer l’union nationale… mais derrière lui.


Chance d’avenir d’Ehoud Olmert

Ehoud Olmert n’a quasiment aucune chance de revenir au pouvoir en Israël. Son impopularité est plus profonde que les simples affaires que la justice lui reproche. S’il réussissait à démontrer son innocence, il aurait malgré tout beaucoup de mal à refaire surface, tant au sein de son parti que dans l’opinion publique.

Même si le Jerusalem Post’ tempère cette certitude par cette phrase : « Dans ce pays, tout est possible en politique. Et si Olmert parvient à balayer les accusations à son encontre, ou à les minimiser, qui peut dire que nous n’entendrons plus jamais parler de lui ? ».

La politique israélienne est connue aussi pour ses retours d’anciens dirigeants : Ariel Sharon, Shimon Peres, Yitzhak Rabin et maintenant, Benjamin Nétanyahou (revenu à la tête du Likoud le 19 décembre 2005) et Ehoud Barak (revenu à la tête du Parti travailliste le 12 juin 2007)…


Israël, une démocratie avant tout

Malgré tous les problèmes politiques liés à Israël, une chose est claire, c’est que les Israéliens vivent dans une démocratie authentique, et c’est plus en ce sens que c’est un pays singulier dans une région du monde où le régime autoritaire est de mise.

Jamais en France un Premier Ministre n’aurait démissionné et remis en cause le leadership de son parti s’il avait été ainsi accusé (les exemples sont nombreux : Pierre Bérégovoy en 1992 avec son prêt et les privatisations, Alain Juppé en 1995 avec les logements de la ville de Paris, Dominique De Villepin en 2006 avec l’affaire Clearstream etc.).


Dans un prochain article, quelles sont les chances de la paix après le départ d’Ehoud Olmert ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (1er août 2008)


Pour aller plus loin :

Dépêches de presse sur la démission d’Ehoud Olmert et sa succession.

La guerre de succession commence en Israël (Le Monde du 1er août 2008).




http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=42846

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080801/tot-israel-ehoud-olmert-s-en-va-la-paix-89f340e.html



http://www.lepost.fr/article/2008/08/01/1235001_israel-ehoud-olmert-s-en-va-la-paix-aussi-1.html





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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 09:44

 

Rama Yade et la Chine : l’enfant soldat de la République et les J.O. de Pékin

 

 

Comment peut-on imposer l’autorité de la France face à la Chine lorsqu’on est une femme musulmane de seulement 30 ans (maintenant 31 ans), sans mandat électif (maintenant avec un très petit mandat local après un échec électoral), sans avoir d’expérience politique marquante sinon celle d’admirer un futur Président de la République ?


La réponse est assez simple : en travaillant. Dur.
Comme tous ceux qui ont du talent et qui réussissent.

Rama Yade, Secrétaire d’État chargée des Affaires Étrangères et des Droits de l’Homme depuis le 19 juin 2007, est en effet, avant tout, une travailleuse.

Son apparence physique fort agréable, son look sans protocole, sa manière de se comporter pourraient apparaître comme des atouts. Mais ils peuvent aussi constituer un sérieux handicap quand on veut être prise au sérieux dans le monde particulièrement machiste de la politique française. Et au milieu des discours convenus si répandus au quai d’Orsay.


Un début de carrière professionnelle solide

Elle a fait Science Po Paris et après des expériences assez diversifiées qui touchent de près aux coulisses de la politique, elle devient administratrice du Sénat en 2006 par un concours aussi difficile que celui de l’ENA.

La même année, elle adhère à l’UMP pas du tout gaulliste mais complètement séduite par la personnalité de Nicolas Sarkozy qui la propulse immédiatement comme l’une des douze secrétaires nationales de l’UMP (avec Rachida Dati entre autres).

Elle s’est fait connaître du grand public le 14 janvier 2007 au moment de la consécration de la candidature de Nicolas Sarkozy au cours d’un discours mémorable où elle attaque avec sévérité les socialistes. Un discours aussi remarqué que celui de Barack Obama lors de l’investiture du candidat démocrate John Kerry en juillet 2004 à la Convention de Boston.

Après avoir participé activement à la campagne présidentielle, elle est récompensée en devenant l’une des plus jeunes membres d’un gouvernement français à 30 ans.


Pas seulement un faire-valoir

Cette nomination aurait pu n’être qu’un faire-valoir présidentiel : une femme, jeune, d’origine sénégalaise (son père était conseiller de Senghor)… c’est sans doute vrai, les castings gouvernementaux sont à plusieurs niveaux.

Mais elle aurait pu se faire vite laminer par la vie politique : des personnalités pourtant beaucoup plus aguerries qu’elle, comme Jean-Jacques Servan-Schreiber en 1974 ou Léon Schwartzenberg en 1988, n’ont pas résisté deux semaines au sein d’un gouvernement.

Il n’y a en fait pas de secret : Rama Yade est une femme de tempérament, audacieuse, sachant et osant dire ce qu’elle pense, tout en restant dans les limites de sa fonction, et une femme à dossier, qui les travaille à fond.


Embardées contrôlées… ou pas…

Certes, ses embardées contre la venue de Kadhafi à Paris ont pu être interprétées comme une sorte de double langage entre des nécessités de renouer avec la Libye (pour des raisons encore assez obscures mais visiblement convaincantes pour Nicolas Sarkozy) et l’impérieux devoir de défendre les droits de l’Homme partout dans le monde. Une dualité difficile à soutenir aussi pour la Russie et bien sûr pour la Chine.

Je ne sais pas beaucoup quelle est la part de l’improvisation et celle du calcul dans cette affaire de communication, mais ce n’est pas rare que deux ministres aux objectifs antagonistes s’envoient quelques scuds médiatiques. J’ai en mémoire par exemple l’antagonisme entre le Ministre de l’Intérieur Gaston Defferre et le Ministre de la Justice Robert Badinter au début du mitterrandisme triomphant.


Le débat télévisé sur le Tibet et les J.O. de Pékin

Mais revenons à la Chine, car c’est de cela qu’il s’agit : la position de la France est difficile actuellement, les intérêts économiques franco-chinois sont très élevés mais le bain de sang plus ou moins confirmé au Tibet a de quoi inquiéter tous les démocrates. Et le C.I.O. a fait preuve d’une très mauvaise intuition en confiant les J.O. à la Chine (puis, ces dernières semaines, d’une aphonie particulièrement assourdissante).

Dans la seconde partie de l’émission ‘À vous de Juger’ le soir du 27 mars 2008 sur France 2, Arlette Chabot avait décidé d’organiser un débat sur les ‘troubles’ au Tibet avec un certain nombre d’invités dont les principaux furent Rama Yade, seule représentante du gouvernement français (et de la majorité), Laurent Fabius, seul représentant de l’opposition, ancien Premier Ministre, Qu Xing, seul représentant du gouvernement chinois, ministre auprès de l’ambassade de Chine (i.e. premier conseiller de l’ambassade), deux journalistes bien connus des cercles médiatiques : Alain Duhamel et Laurent Joffrin, et d’autres personnalités, notamment des sportifs, qui ont très peu intervenu.

Passons en revue les différents intervenants.


Laurent Joffrin, un ego qui n’a rien apporté

Laurent Joffrin était ce soir-là assurément assez médiocre, sans doute en raison d’un ego surdimensionné (très courant dans sa profession). Coupant la parole du représentant chinois alors que celui-ci parlait pour la première fois (et son avis était évidemment essentiel dans un tel débat), Laurent Joffrin s’est même fait ‘chambrer’ par Rama Yade quand cette dernière énumérait les yeux dans les yeux le nombre de blogueurs chinois en prison alors qu’en France, il est sain que le gouvernement soit critiqué sur internet (elle citait alors le blog de Laurent Joffrin !).

À la fin de l’émission, la pauvre Arlette Chabot a aussi essayé de parler (pub. oblige) du dernier bouquin de Laurent Joffrin (sur Nicolas Sarkozy, devenu ‘roi nu’), ce qui n’avait rien à voir avec le débat sur la Chine, et Rama Yade a toutefois su très habilement revenir au sujet de fond.


Alain Duhamel toujours le même

Alain Duhamel n’a pas changé malgré l’âge et la très grande expérience. Toujours avec son ton fougueux mais courtois, revenant à la charge quand il n’a pas de réponse précise, aidant même d’autres intervenants, comme Laurent Fabius qui posait mal la question sur la retransmission en direct des J.O. à la télévision chinoise.


Laurent Fabius imbu de sa personne

Laurent Fabius était assez désolant pendant ce débat. Son expérience, sa personnalité assez audacieuse qui n’avait pas hésité à exprimer le trouble lors de la venue du général Jaruzelski à l’Élysée en 1985 alors qu’il était Premier Ministre, ses ambitions présidentielles pas encore totalement abandonnées auraient pu montrer un Fabius en grande forme, ferme mais courtois.

Je l’ai trouvé hélas égocentré et condescendant vis-à-vis du responsable chinois.

À deux reprises, Laurent Fabius a insisté sur le fait qu’il connaissait bien le Dalaï Lama sous prétexte qu’il l’avait rencontré en tant que Président de l’Assemblée Nationale, revenant à la charge en disant au Chinois que ce dernier ne l’avait sans doute pas connu alors que lui, si, que jamais le Dalaï Lama ne ferait telle ou telle chose.

Faire parler les absents, surtout quand on les connaît à peine, et qu’ils sont très compliqués à comprendre (je l’ai écouté à Grenoble il y a plus d’une dizaine d’années, ses paroles sont d’une densité difficilement compréhensible) est forcément contre-productif.

Pourtant, Laurent Fabius avait émis quelques idées intéressantes, mais peu audibles pour les raisons invoquées. Notamment sur le fait que les J.O. d’hiver en 2014 auront lieu à Sotchi, ville russe au bord de la Mer Noire, et qu’il serait bien, pour la France voire l’Europe, d’avoir le même type de réponse pour Pékin et Sotchi sur les droits de l’Homme (boycott ou pas etc.).


Qu Xing dans le rôle du méchant

La présence de Qu Xing sur le plateau de télévision donnait le seul intérêt de l’émission : au lieu de protester en l’air contre la répression au Tibet, il était possible de dialoguer avec les ‘oppresseurs’.

Sa mission était évidemment difficile, puisqu’il était en face de personnes au préjugé défavorable. Il parlait excellemment bien le français malgré son accent et a montré une très grande habileté.


Rama Yade, digne, courtoise et ferme

La présence de la représentante du gouvernement français faisait de ce débat télévisé une sorte de dialogue officiel entre la France et la Chine.

Rama Yade a montré dans cette discussion qu’elle connaissait très bien ses dossiers, a pu faire preuve de fermeté sur les droits de l’Homme, rappelant habilement au passage à Laurent Fabius que c’est une exigence qui est si importante pour Nicolas Sarkozy qu’il en a créé, le premier, un poste ministériel à part entière.

Rama Yade a allié une grande dose de spontanéité dans l’expression, qui pouvait séduire donc désarmer l’interlocuteur, et un aussi grande dose de professionnalisme qui a permis un démontage minutieux de la mauvaise foi chinoise.

Cela ne l’a pas empêché non plus, car c’est de bonne guerre, à encenser le plus souvent possible son ‘patron’ Sarkozy, sur, par exemple, sa décision de demander une concertation au sein de l’Union européenne (comportant 28 pays, certains dans le débat disant 27), ce qui ppirrait être une manière de ne pas décider du tout, mais aussi de renforcer le dialogue européen en y apportant des missions politiques supplémentaires.


Un débat intéressant

Tout le discours de Qu Xing a été de ‘dédramatiser’ les drames du Tibet. Parfois avec mauvaise foi.

Il a expliqué ainsi qu’il y avait au Tibet 4 millions de touristes dont 400 000 touristes occidentaux et s’est donc demandé comment il était possible qu’aucun d’entre eux n’aient pu rapporter des scènes de tueries avec leur téléphones ou caméras portables si ces tueries étaient vraiment réelles.

Rama Yade a donc rappelé que la plupart des ‘touristes’ étaient des Chinois qui colonisaient le Tibet et que les émeutes étaient avant tout des révoltes ethniques contre cette nouvelle forme d’invasion.

S’adressant à Qu Xing, Rama Yade a fait ensuite un laïus très convaincant sur la Chine, grande puissance économique, et pour être une grande puissance politique et compter dans la communauté internationale, il faut progresser sur les droits de l’Homme (Qu Xing a évoqué quelques progrès dans ce domaine, concédant que son pays partait de très bas !).

Elle a rappelé les engagements de la Chine sur les droits de l’Homme au moment du choix de Pékin en 2001 et que l’organisation de ces J.O. n’était pas qu’une consécration mais aussi un grand défi pour la Chine.

Qu Xing a voulu présenter l’enjeu comme un choix entre les J.O. à Pékin ou la conservation du Tibet par la Chine (qui n’est pas discutable). Mauvaise foi puisqu’il n’a jamais été question de revendication d’indépendance du Tibet.

Rama Yade a su doser le respect vis-à-vis des Chinois (la France n’a pas de leçon à donner à la Chine) et la fermeté d’une position française qui ne demande qu’à être clarifiée à ce jour.

Alain Duhamel s’est ‘amusé’ à demander en quoi 100 moines pouvaient mettre en péril une nation d’un milliard et demi de Chinois, et Qu Xing s’est ensuite enfermé dans des querelles sémantiques sans intérêt (« incident » versus « scandale » pour ce qu’il s’est passé à Athènes autour de la flamme olympique).

Même dialogue de sourds sur la venue du Dalaï Lama en France en août 2008, Qu Xing mettant en garde contre une perte de confiance en cas de rencontre avec Nicolas Sarkozy (et rappelant que la France a été le premier pays à reconnaître la Chine communiste) alors que Laurent Fabius affirmait avec pertinence que ce n’était pas en acceptant tout de l’interlocuteur qu’on pouvait négocier correctement dans les affaires commerciales (notion de rapports de force).

Pour finir, toujours le sourire un peu malicieux au lèvre, concernant l’éventuelle rencontre entre Nicolas Sarkozy et le Dalaï Lama, Rama Yade a une fois encore fait de la langue de bois et de l’audace personnelle dans la même phrase en déclarant : « [Nicolas Sarkozy] a dit qu’il prendrait sa décision le moment venu, moi, je n’en serais pas mécontente [qu’il rencontre le Dalaï Lama]. ».


Une enfant soldat de la République percutante

Au sein du gouvernement de François Fillon, il y a certainement eu des erreurs de casting, qui durent en raison d’une absence de remaniement ministériel de grande ampleur.

Mais la nomination, il y a plus de neuf mois, de Rama Yade au sein du gouvernement n’est assurément pas une erreur.

Une nouvelle image, troublante parfois car très personnelle, d’une vie politique qui ne peut que s’améliorer avec des personnalités si différentes aux parcours divers et aux origines variées.

Good job, Rama !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 mars 2008)


Pour aller plus loin :

Discours de Rama Yade au Congrès de l’UMP du 14 janvier 2007.

Émission ‘À vous de Juger’ du 27 mars 2008 (prendre la seconde partie).



http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=38104





 

 

La réponse est assez simple : en travaillant. Dur.

Comme tous ceux qui ont du talent et qui réussissent.

 

Rama Yade, Secrétaire d’État chargée des Affaires Étrangères et des Droits de l’Homme depuis le 19 juin 2007, est en effet, avant tout, une travailleuse.

 

Son apparence physique fort agréable, son look sans protocole, sa manière de se comporter pourraient apparaître comme des atouts. Mais ils peuvent aussi constituer un sérieux handicap quand on veut être prise au sérieux dans le monde particulièrement machiste de la politique française. Et au sein des discours convenus si répandus au quai d’Orsay.

 

 

.Un début de carrière professionnelle solide

 

Elle a fait Science Po Paris et après des expériences assez diversifiées qui touchent de près aux coulisses de la politique, elle devient administratrice du Sénat en 2006 par un concours aussi difficile que celui de l’ENA.

 

La même année, elle adhère à l’UMP pas du tout gaulliste mais complètement séduite par la personnalité de Nicolas Sarkozy qui la propulse immédiatement comme l’une des douze secrétaires nationales de l’UMP (avec Rachida Dati entre autres).

 

Elle s’est fait connaître du grand public le 14 janvier 2007 au moment de la consécration de la candidature de Nicolas Sarkozy au cours d’un discours mémorable où elle attaque avec sévérité les socialistes. Un discours aussi remarqué que celui de Barack Obama lors de l’investiture du candidat démocrate John Kerry en juillet 2004 à la Convention de Boston.

 

Après avoir participé activement à la campagne présidentielle, elle est récompensée en devenant l’une des plus jeunes membres d’un gouvernement français à 30 ans.

 

 

.Pas seulement un faire-valoir

 

Cette nomination aurait pu n’être qu’un faire-valoir présidentiel : une femme, jeune, d’origine sénégalaise (son père était conseiller de Senghor)… c’est sans doute vrai, les castings gouvernementaux sont à plusieurs niveaux.

 

Mais elle aurait pu se faire vite laminer par la vie politique : des personnalités pourtant beaucoup plus aguerries qu’elle, comme Jean-Jacques Servan-Schreiber en 1974 ou Léon Schwartzenberg en 1988, n’ont pas résisté deux semaines au sein d’un gouvernement.

 

Il n’y a en fait pas de secret : Rama Yade est une femme de tempérament, audacieuse, sachant et osant dire ce qu’elle pense, tout en restant dans les limites de sa fonction, et une femme à dossier, qui les travaille à fond.

 

 

.Embardées contrôlées… ou pas…

 

Certes, ses embardées contre la venue de Kadhafi à Paris ont pu être interprétées comme une sorte de double langage entre des nécessités de renouer avec la Libye (pour des raisons encore assez obscures mais visiblement convaincantes pour Nicolas Sarkozy) et l’impérieux devoir de défendre les droits de l’Homme partout dans le monde. Une dualité difficile à soutenir aussi pour la Russie et bien sûr pour la Chine.

 

Je ne sais pas beaucoup quelle est la part de l’improvisation et celle du calcul dans cette affaire de communication, mais ce n’est pas rare que deux ministres aux objectifs antagonistes s’envoient quelques scuds médiatiques. J’ai en mémoire par exemple l’antagonisme entre le Ministre de l’Intérieur Gaston Defferre et le Ministre de la Justice Robert Badinter au début du mitterrandisme triomphant.

 

 

.Le débat télévisé sur le Tibet et les J.O. de Pékin

 

Mais revenons à la Chine, car c’est de cela qu’il s’agit : la position de la France est difficile actuellement, les intérêts économiques franco-chinois sont très élevés mais le bain de sang plus ou moins confirmé au Tibet a de quoi inquiéter tous les démocrates. Et le C.I.O. a fait preuve d’une très mauvaise intuition en confiant les J.O. à la Chine (puis, ces dernières semaines, d’une aphonie particulièrement assourdissante).

 

Dans la seconde partie de l’émission ‘À vous de Juger’ le soir du 26 mars 2008 sur France 2, Arlette Chabot avait décidé d’organiser un débat sur les ‘troubles’ au Tibet avec un certain nombre d’invités dont les principaux furent Rama Yade, seule représentante du gouvernement français (et de la majorité), Laurent Fabius, seul représentant de l’opposition, ancien Premier Ministre, Qu Xing, seul représentant du gouvernement chinois, ministre auprès de l’ambassade de Chine (i.e. premier conseiller de l’ambassade), deux journalistes bien connus des cercles médiatiques : Alain Duhamel et Laurent Joffrin, et d’autres personnalités, notamment des sportifs, qui ont très peu intervenu.

 

Passons en revue les différents intervenants.

 

 

.Laurent Joffrin, un ego qui n’a rien apporté

 

Laurent Joffrin était ce soir-là assurément assez médiocre, sans doute en raison d’un ego surdimensionné (très courant dans sa profession). Coupant la parole du représentant chinois alors que celui-ci parlait pour la première fois (et son avis était évidemment essentiel dans un tel débat), Laurent Joffrin s’est même fait ‘chambrer’ par Rama Yade quand cette dernière énumérait les yeux dans les yeux le nombre de blogueurs chinois en prison alors qu’en France, il est sain que le gouvernement soit critiqué sur internet (elle citait alors le blog de Laurent Joffrin !).

 

À la fin de l’émission, la pauvre Arlette Chabot a aussi essayé de parler (pub. oblige) du dernier bouquin de Laurent Joffrin (sur Nicolas Sarkozy, devenu ‘roi nu’), ce qui n’avait rien à voir avec le débat sur la Chine, et Rama Yade a toutefois su très habilement revenir au sujet de fond.

 

 

.Alain Duhamel toujours le même

 

Alain Duhamel n’a pas changé malgré l’âge et la très grande expérience. Toujours avec son ton fougueux mais courtois, revenant à la charge quand il n’a pas de réponse précise, aidant même d’autres intervenants, comme Laurent Fabius qui posait mal la question sur la retransmission en direct des J.O. à la télévision chinoise.

 

 

.Laurent Fabius imbu de sa personne

 

Laurent Fabius était assez désolant pendant ce débat. Son expérience, sa personnalité assez audacieuse qui n’avait pas hésité à exprimer le trouble lors de la venue du général Jaruzelski à l’Élysée en 1985 alors qu’il était Premier Ministre, ses ambitions présidentielles pas encore totalement abandonnées auraient pu montrer un Fabius en grande forme, ferme mais courtois.

 

Je l’ai trouvé hélas égocentré et condescendant vis-à-vis du responsable chinois.

 

À deux reprises, Laurent Fabius a insisté sur le fait qu’il connaissait bien le Dalaï Lama sous prétexte qu’il l’avait rencontré en tant que Président de l’Assemblée Nationale, revenant à la charge en disant au Chinois que ce dernier ne l’avait sans doute pas connu alors que lui, si, que jamais le Dalaï Lama ne ferait telle ou telle chose.

 

Faire parler les absents, surtout quand on les connaît à peine, et qu’ils sont très compliqués à comprendre (je l’ai écouté à Grenoble il y a plus d’une dizaine d’années, ses paroles sont d’une densité difficilement compréhensible) est forcément contre-productif.

 

Pourtant, Laurent Fabius avait émis quelques idées intéressantes, mais peu audibles pour les raisons invoquées. Notamment sur le fait que les J.O. d’hiver en 2014 auront lieu à Sotchi, ville russe au bord de la Mer Noire, et qu’il serait bien, pour la France voire l’Europe, d’avoir le même type de réponse pour Pékin et Sotchi sur les droits de l’Homme (boycott ou pas etc.).

 

 

.Qu Xing dans le rôle du méchant

 

La présence de Qu Xing sur le plateau de télévision donnait le seul intérêt de l’émission : au lieu de protester en l’air contre la répression au Tibet, il était possible de dialoguer avec les ‘oppresseurs’.

 

Sa mission était évidemment difficile, puisqu’il était en face de personnes au préjugé défavorable. Il parlait excellemment bien le français malgré son accent et a montré une très grande habileté.

 

 

.Rama Yade, digne, courtoise et ferme

 

La présence de la représentante du gouvernement français faisait de ce débat télévisé une sorte de dialogue officiel entre la France et la Chine.

 

Rama Yade a montré dans cette discussion qu’elle connaissait très bien ses dossiers, a pu faire preuve de fermeté sur les droits de l’Homme, rappelant habilement au passage à Laurent Fabius que c’est une exigence qui est si importante pour Nicolas Sarkozy qu’il en a créé, le premier, un poste ministériel à part entière.

 

Rama Yade a allié une grande dose de spontanéité dans l’expression, qui pouvait séduire donc désarmer l’interlocuteur, et un aussi grande dose de professionnalisme qui a permis un démontage minutieux de la mauvaise foi chinoise.

 

Cela ne l’a pas empêché non plus, car c’est de bonne guerre, à encenser le plus souvent possible son ‘patron’ Sarkozy, sur, par exemple, sa décision de demander une concertation au sein de l’Union européenne (comportant 28 pays, certains dans le débat disant 27), ce qui ppirrait être une manière de ne pas décider du tout, mais aussi de renforcer le dialogue européen en y apportant des missions politiques supplémentaires.

 

 

.Un débat intéressant

 

Tout le discours de Qu Xing a été de ‘dédramatiser’ les drames du Tibet. Parfois avec mauvaise foi.

 

Il a expliqué ainsi qu’il y avait au Tibet 4 millions de touristes dont 400 000 touristes occidentaux et s’est donc demandé comment il était possible qu’aucun d’entre eux n’aient pu rapporter des scènes de tueries avec leur téléphones ou caméras portables si ces tueries étaient vraiment réelles.

 

Rama Yade a donc rappelé que la plupart des ‘touristes’ étaient des Chinois qui colonisaient le Tibet et que les émeutes étaient avant tout des révoltes ethniques contre cette nouvelle forme d’invasion.

 

S’adressant à Qu Xing, Rama Yade a fait ensuite un laïus très convaincant sur la Chine, grande puissance économique, et pour être une grande puissance politique et compter dans la communauté internationale, il faut progresser sur les droits de l’Homme (Qu Xing a évoqué quelques progrès dans ce domaine, concédant que son pays partait de très bas !).

 

Elle a rappelé les engagements de la Chine sur les droits de l’Homme au moment du choix de Pékin en 2001 et que l’organisation de ces J.O. n’était pas qu’une consécration mais aussi un grand défi pour la Chine.

 

Qu Xing a voulu présenter l’enjeu comme un choix entre les J.O. à Pékin ou la conservation du Tibet par la Chine (qui n’est pas discutable). Mauvaise foi puisqu’il n’a jamais été question de revendication d’indépendance du Tibet.

 

Rama Yade a su doser le respect vis-à-vis des Chinois (la France n’a pas de leçon à donner à la Chine) et la fermeté d’une position française qui ne demande qu’à être clarifiée à ce jour.

 

Alain Duhamel s’est ‘amusé’ à demander en quoi 100 moines pouvaient mettre en péril une nation d’un milliard et demi de Chinois, et Qu Xing s’est ensuite enfermé dans des querelles sémantiques sans intérêt (« incident » versus « scandale » pour ce qu’il s’est passé à Athènes autour de la flamme olympique).

 

Même dialogue de sourds sur la venue du Dalaï Lama en France en août 2008, Qu Xing mettant en garde contre une perte de confiance en cas de rencontre avec Nicolas Sarkozy (et rappelant que la France a été le premier pays à reconnaître la Chine communiste) alors que Laurent Fabius affirmait avec pertinence que ce n’était pas en acceptant tout de l’interlocuteur qu’on pouvait négocier correctement dans les affaires commerciales (notion de rapports de force).

 

Pour finir, toujours le sourire un peu malicieux au lèvre, concernant l’éventuelle rencontre entre Nicolas Sarkozy et le Dalaï Lama, Rama Yade a une fois encore fait de la langue de bois et de l’audace personnelle dans la même phrase en déclarant : « [Nicolas Sarkozy] a dit qu’il prendrait sa décision le moment venu, moi, je n’en serais pas mécontente [qu’il rencontre le Dalaï Lama]. ».

 

 

.Une enfant soldat de la République percutante

 

Au sein du gouvernement de François Fillon, il y a certainement eu des erreurs de casting, qui durent en raison d’une absence de remaniement ministériel de grande ampleur.

 

Mais la nomination, il y a plus de neuf mois, de Rama Yade au sein du gouvernement n’est assurément pas une erreur.

 

Une nouvelle image, troublante parfois car très personnelle, d’une vie politique qui ne peut que s’améliorer avec des personnalités si différentes aux parcours divers et aux origines variées.

 

Good job, Rama !

 

 

 

Aussi sur le blog.

http://rakotoarison.over-blog.com/article-18294586.html

 

 

Sylvain Rakotoarison (X mars 2008)

http://www.rakotoarison.eu

 

Pour aller plus loin :

 

Discours de Rama Yade au Congrès de l’UMP du 14 janvier 2007.

http://www.dailymotion.com/video/x1035g_rama-yade

 

Émission ‘À vous de Juger’ du 26 mars 2008 (prendre la seconde partie).

http://programmes.france2.fr/a-vous-de-juger/41385009-fr.php

 

 

http://ann.over-blog.com/ajout-trackback.php?ref=562534&ref_article=18294586

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