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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 03:08

« Un nom sera sur toutes les lèvres et un visage dans toutes les mémoires. » (Christian Prudhomme, le 15 octobre 2019 au Palais des Congrès de Paris).



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L’ancien Président de la République Jacques Chirac est mort il y a un an, le 26 septembre 2019 à quelques semaines de ses 87 ans. Cet anniversaire a déjà été l’occasion de deux cérémonies au Palais-Bourbon le 23 septembre 2020 et la sortie d’un timbre-poste est prévue le 26 septembre 2020 à Paris et en Corrèze, représentant la figure de Jacques Chirac.

Parmi ces hommages, le 23 septembre 2020, en présence de sa fille Claude Chirac et (il me semble, mais je peux me tromper) de l’ancien Premier Ministre Alain Juppé, le Président de l’Assemblée Nationale Richard Ferrand a dévoilé une plaque de cuivre à son nom, apposée au siège n°99 de l’Hémicycle : « un hommage de la Représentation nationale à celui qui, devant l’Histoire, sut incarner l’essentiel de la France ».

Il a en particulier déclaré : « Jacques Chirac l’infatigable, Jacques Chirac l’insubmersible, Jacques Chirac qui par toutes ses fibres avait vécu à pleine vie et incarnait pour ainsi dire l’idée même de dynamisme et d’allant, Jacques Chirac nous avait quittés. Depuis plus d’un demi-siècle, il faisait partie de notre vie politique et, pour ainsi dire, la rythmait. Avec lui, nous avons connu la République à grandes enjambées, fonceuse, gourmande, sans complexes, qui virevoltait de coup de gueule en coup de théâtre, de dissolution en retournement électoral. Quelle santé ! Quelle vitalité ! Ce tourbillon de vitalité, pourtant, nous cachait sans doute un autre Chirac, plus secret, plus profond. Un Chirac travailleur, car on n’entre pas à l’ENA sans efforts, on n’est pas élu et réélu sans constance. Un Chirac curieux du monde, qui avait visité l’Amérique, qui aimait les cultures d’Asie et d’Océanie. Un Chirac lecteur de Camus et de Malraux, qui déployait tout son talent pour ne surtout pas mériter l’étiquette d’intellectuel. ».

Et Richard Ferrand a poursuivi ainsi : « Vous savez ce que prédisait Charles De Gaulle, "tout le monde a été, est ou sera gaulliste". Aujourd’hui, pour paraphraser le Général, je constate que tout le monde a été, est ou sera chiraquien. Par son dynamisme, son mouvement, sa stratégie de l’initiative qui donnait le tournis à ses alliés comme à ses adversaires, Jacques Chirac nous a longtemps étourdis de son activité. Nous comprenons mieux aujourd’hui, avec le recul du temps, ce qui constituait l’unité de l’homme et de sa pensée : un amour inépuisable de la France et des Français, un puissant ancrage humaniste qui faisait de lui un grand républicain. ». Provenant d’un ancien militant socialiste, ces mots touchants font évidemment plaisir à entendre à ceux qui, bien avant lui, avaient appris à apprécier Jacques Chirac au fil du temps.

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Transportons-nous chez les cyclistes, puisque le Tour de France 2020, pour une fois, s’est terminé il y a quelques jours, le 20 septembre 2020. En l’honneur du Président Jacques Chirac et avec l’émotion de l’annonce récente de sa disparition, l’actuel directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, avait confirmé le 15 octobre 2019, pour la douzième étape du Tour 2020 (la 107e édition), l’étape la plus longue (218 kilomètres), une arrivée à Sarran, chez les Chirac. Initialement prévue le 9 juillet 2020, puis reportée à cause de la crise du covid-19 au 10 septembre 2020, l’étape a commencé à Chauvigny, au sud de Poitiers, et s’est poursuivie jusqu’à Sarran, en Corrèze, avec un passage à Saint-Léonard-de-Noblat, la ville natale de Raymond Poulidor, lui aussi récemment décédé (le 13 novembre 2019), mais ce passage avait été décidé avant la disparition du cycliste le plus connu des Français.

Jacques Chirac aimait particulièrement les sportifs (même s’il a commis plusieurs boulettes sur leur nom) et, quoi que peu intéressé par le cyclisme, aussi bien en tant que président du conseil général de Corrèze, maire de Paris, Premier Ministre qu’en tant que Président de la République, il a eu de nombreuses occasions d’accueillir le Tour de France qui se termine généralement à Paris. Trois fois, le Tour de France est même passé par sa petite ville de Sarran : le 18 juillet 1998, le 25 juillet 2001 (arrivée) et le 10 septembre 2020 (arrivée). La première fois fut assez particulière.

Au-delà de la passion très partagée pour le Tour de France (nombreux furent les Présidents de la République à se passionner pour cette compétition sportive très populaire, en particulier Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron), Jacques Chirac a même "sauvé" le Tour de France en juillet 1998. La septième étape du Tour 1998, en effet, devait passer par chez lui le 18 juillet 1998 et tout avait été organisé pour que ce fût une grande fête. L’épouse du Président, Bernadette Chirac, également conseillère générale depuis près d’une vingtaine d’années à l’époque, avait organisé un grand dîner à la veille de l’étape, dans le château de Bity, propriété des Chirac.

Le calendrier ne pouvait d’ailleurs pas tomber mieux, puisque quelques jours auparavant, le 12 juillet 1998 au Stade de France, c’était la grande victoire de la France à la Coupe du monde de football. Nous étions en pleine cohabitation (la dernière à ce jour) entre Jacques Chirac et Lionel Jospin, une cohabitation de même configuration qu’entre 1986 et 1988, puisqu’il s’agissait ensuite d’être départagé par l’élection présidentielle qui suivait (en 2002). Et les séquences d’amour du sport, du passage dans les vestiaires des footballeurs aux poignées de main aux cyclistes, entre autres, Jacques Chirac avait un peu d’avance en crédibilité et savoir-faire sur son ancien et futur concurrent à l’élection présidentielle.

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Mais c’était sans compter sur l’affaire Festina et la découverte que de nombreux coureurs du Tour de France se dopaient régulièrement. Un scandale retentissant.

Cela a commencé le 8 juillet 1998 à la frontière franco-belge, peut-être sur dénonciation, par un contrôle routier très banal de Willy Voet, le soigneur de l’équipe Festina à laquelle appartenait le coureur "phare" Richard Virenque. En possession d’environ 500 flacons de substances dopantes dans sa voiture aux couleurs du Tour de France, Willy Voet a avoué, après trois jours de garde-à-vue, le 11 juillet 1998, que l’équipe avait organisé un dopage médicalisé de ses coureurs. Le directeur sportif de l’équipe Bruno Roussel et le médecin de l’équipe Éric Ryckaert ont été arrêtés par la police le 15 juillet 1998 à Cholet, puis mis en examen et écroués le 17 juillet 1998 pour « administration et incitation à l’usage de produits dopants ». Les personnes mises en cause ont commencé à parler et à indiquer un certain nombre de coureurs dont le très populaire Richard Virenque (qui a d’abord nié au contraire de ses coéquipiers).

Le grand public a alors découvert que tout un système concerté d’approvisionnement et de prescription de produits dopants existait pour cette équipe du Tour de France. Le directeur du Tour de France Jean-Marie Leblanc a donc décidé d’exclure de la compétition l’équipe Festina le jour même. Richard Virenque, qui refusait cette décision, a tenu une conférence de presse le matin du 18 juillet 1998, juste avant l’étape corrézienne. Inutile de dire que la réception des Chirac le soir du 17 juillet 1998 tombait alors assez mal. Elle avait été pourtant organisée de longue date, avec la venue de Richard Virenque le 22 juin 1998, reçu au château par la maîtresse des lieux, Bernadette Chirac.

Dans "Le Parisien" du 10 juillet 2020, Jean-Marie Leblanc, qui fut directeur du Tour de France de 1989 à 2006, a évoqué certains souvenirs : « J’étais invité depuis un mois mais je devais annoncer le lendemain matin l’exclusion des Festina et tout régler juridiquement et médiatiquement. J’étais débordé. ». Donc, il a annoncé qu’il ne viendrait pas au dîner mais Jacques Chirac ne l’a pas accepté. Avec l’insistance élyséenne, Jean-Marie Leblanc fut reçu au château de Bity le soir par Jacques Chirac et son futur ministre Jean-François Lamour, à l’époque son conseiller sport à l’Élysée : « Le chef de l’État, tout en resservant régulièrement du vin, m’a demandé un point sur la situation. ».

Et la situation était chaotique, le directeur du Tour de France n’était pas loin de tout arrêter car le scandale du dopage ne concernait pas seulement l’équipe Festina. En effet, après des perquisitions les 24 et 28 juillet 1998, la police a démantelé un système de dopage dans d’autres équipes : au final, cinq autres équipes ont abandonné la course le 29 juillet 1998 et une autre deux jours plus tard. L’affaire judiciaire s’est poursuivie jusqu’en mars 2002. Willy Voet a d’ailleurs expliqué le 8 juillet 2008 que le dopage était toujours d’actualité dans le cyclisme : « Quand on voit l’allure à laquelle roulent les coureurs, ça va aussi vite qu’avant, voire plus vite. Je ne vois pas comment les choses auraient pu changer. Gagner le Tour à l’eau claire, ça me paraît difficile. Mais pour moi, ce n’est pas grave. C’est toujours le meilleur qui gagne. » ("20 Minutes").

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Ce 17 juillet 1998, Jean-Marie Leblanc a trouvé en Jacques Chirac la sérénité et la confiance pour faire face à cette dure épreuve de crédibilité du Tour de France. Le Président de la République lui a offert le gîte pour une courte nuit : « Le Président m’a lui-même montré ma chambre et après quelques heures de sommeil, je me suis levé aux aurores. Je me souviens encore du crissement des roues sur le gravier de la voiture qui vient me chercher pour m’amener au départ [de la 7e étape]. Les époux Chirac ont pris la peine de descendre en peignoir à l’entrée pour me saluer. ». Jacques Chirac a rejoint ensuite Jean-Marie Leblanc pour suivre l’épreuve du contre-la-montre dans sa voiture. Un peu lassés par cette épreuve, ils se sont arrêtés dans le bistrot d’un village pour boire une bière : « C’était un homme charmant, plein de spontanéité. ».

Jacques Chirac a-t-il vraiment sauvé le Tour de France ? Peut-être, ce qui est certain, c’est qu’il a redonné confiance à son directeur pour poursuivre la compétition et faire le ménage, ce qui était un travail d’Hercule. Cette manifestation de grande chaleur humaine, c’était courant chez Jacques Chirac qui, par humanité, "aimait les gens". Jamais il n’oubliait de contacter des plus ou moins proches qui étaient dans des situations difficiles, notamment malades.

Daniel Mangeas, speaker officiel (commentateur sportif) du Tour de France de 1976 à 2014, a expliqué l’an dernier : « Quand il était maire de Paris, après l’arrivée sur les Champs-Élysées, il félicitait les coureurs un à un après le podium protocolaire. Tous les héros du Tour avaient la poignée de main de Jacques Chirac et on sentait qu’il prenait beaucoup de plaisir à vivre ce moment. Je sais que ceux qui passaient la soirée avec lui sur le Tour de France en gardent un très bon souvenir, ils ont souvent partagé une Corona avec lui ! » (propos recueillis par Quentin Ballue pour CyclismActu le 30 septembre 2019).

Hélas, aujourd’hui, à cause d’un autre corona, les poignées de main n’auraient jamais pu être serrées…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

"Tour de France reporté : scandale Festina, un repas gâché au château Chirac", article de David Charpentier publié dans "Le Parisien" du 10 juillet 2020.

Discours de Richard Ferrand en hommage à Jacques Chirac le 23 septembre 2020 au Palais-Bourbon (texte intégral).
Quand Jacques Chirac sauva le Tour de France…
Chirac, l’humanisme sanitaire en pratique.
HiroChirac mon amour.
On a tous quelque chose de Chirac.
Le dernier bain de foule de Jacques Chirac, l’universaliste.
Chirac au Panthéon ?
À l’heure où Jacques Chirac entre dans l’Histoire…
Jacques Chirac a 86 ans : comment va-t-il ?
Présidence Chirac (1) : les huit dates heureuses.
Présidence Chirac (2) : les huit dates malheureuses.
Jacques Chirac contre toutes les formes d'extrême droite.
Jacques Chirac et la paix au Proche-Orient.
Sur les décombres de l'UMP, Jacques Chirac octogénaire.
Jacques Chirac fut-il un grand Président ?
Une fondation en guise de retraite.
L’héritier du gaulllisme.
…et du pompidolisme.
Jérôme Monod.
Un bébé Chirac.
Allocution télévisée de Jacques Chirac le 11 mars 2007 (texte intégral).
Discours de Jacques Chirac le 16 juillet 1995.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200926-chirac.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/sports/article/quand-jacques-chirac-sauva-le-tour-227324

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/15/38536058.html





 

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16 novembre 2019 6 16 /11 /novembre /2019 03:04

« Le vrai Poulidor était né, le gars malchanceux qui a toujours des ennuis. Et que voulez-vous que j’y fasse ? À ce niveau, la popularité, c’est inexplicable. On ne peut pas empêcher les gens d’avoir de la sympathie pour vous. » (Raymond Poulidor, interviewé par Michel Seassau dans "L’Équipe" du 3 avril 1972 : "La France atteinte de poulidorite").


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Le champion cycliste Raymond Poulidor, dit "La Pouliche d’or" ou "Poupou", est mort le mercredi 13 novembre 2019 à Saint-Léonard-de-Noblat, ville où il habitait depuis longtemps, à l’âge de 83 ans (né le 15 avril 1936). Affaibli, il était hospitalisé depuis le 27 septembre 2019. Son enterrement a lieu le mardi 19 novembre 2019 à la collégiale Saint-Léonard, dans la même ville.

L’Élysée a commencé son communiqué de presse ainsi : « Raymond Poulidor s’est échappé en solitaire après nous avoir emportés dans sa roue et dans son rêve durant tant d’années. ». Emmanuel Macron est né quand Poulidor a pris sa retraite (en décembre 1977). Le communiqué s’est poursuivi ainsi : « Surtout, son courage et sa résilience, sa sueur et ses larmes, la longévité de sa carrière bâtirent sa légende. Poulidor le malchanceux s’attira ainsi une immense sympathie des Français qui s’offusquaient de l’injustice de son sort. Lui le paysan, qui grimpa l’échelle sociale en grimpant les cols les plus durs, à la force de ses mollets, lui qui ne se plaignait jamais, lui qui était toujours modeste, qui ne lâchait rien, réessayait toujours, est devenu le héros moral du Tour de France. » (13 novembre 2019).

Avec Poulidor disparaît beaucoup plus qu’un coureur cycliste assez malchanceux, disparaît aussi l’homme simple et souriant qui était un véritable repère pour les Français. Même quarante ans après sa retraite, pourquoi ai-je encore tant envie, quand je roule (en voiture) en montée sur une route de montagne et que je double un cycliste courageux qui se farcit la pente à coups de pédales, pourquoi ai-je encore tant envie d’ouvrir la fenêtre et de lui crier : "Vas-y Poupou !" ? Comme si le cycliste avait manqué de supporters pour gagner les dernières minutes.

Homme simple qui ne s’ennuyait pas du contact avec les gens, n’hésitant pas à se retrouver en train de faire des "ménages" dans des supermarchés (j’ai vu ainsi une affiche annonçant sa venue le samedi suivant dans un patelin paumé, au début des années 1990). Pourquoi pas faire de la promotion ? Tout le monde a le droit de vivre.

Poulidor a été cycliste professionnel de 1960 à 1977, et il a couru un nombre très élevé de courses dont le fameux Tour de France qu’il tenta de gagner de 1962 à 1976 et qu’il n’a jamais gagné et à aucune étape, il n’a eu le maillot jaune. Il fut pourtant huit fois sur le podium, dans les trois finalistes, dont trois fois numéro deux. Souvent, il lui arrivait toutes sortes de misères ou d’erreurs qui ont fait qu’il n’a jamais pu atteindre la première place du Tour de France. Le plus connu, l’historique, ce fut le Tour de France de 1964 où il céda la première place à son rival de toujours Jacques Anquetil pour 55 malheureuses secondes. Et en 1968, un accident avec un motard lui a volé la victoire.

Deux quintuples vainqueurs du Tour de France furent ses principaux adversaires, Jacques Anquetil (1934-1987) et Eddy Merckx (74 ans). Après sa retraite, Jacques Anquetil et Raymond Poulidor sont devenus de grands amis, au point que peu avant sa mort (d’un cancer), Anquetil regretta d’avoir perdu quinze ans d’amitié à cause de leur rivalité sportive.

Beaucoup d’analystes ont essayé d’opposer les deux styles de Poulidor et d’Anquetil. Ainsi, Antoine Blondin a comparé le cyclisme à des cathédrales : « Il me semble que je dirais qu’Anquetil est un champion gothique, dont la rigueur s’élançait ; Poulidor un champion roman, dont le dépouillement se ramasse et se retient, sur le plan humain s’entend. ».

Michel Winock y a vu aussi la lutte des classes : « Deux univers s’opposent, comme la modernité et l’archaïsme. (…) Anquetil est représentatif d’une agriculture moderne. (…) Poulidor est la figure du "paysan résigné", qui ne se fait pas d’illusion (…). Anquetil est le symbole d’une économie de marché, spéculative, entreprenante. Il boit du whisky, se déplace en avion. Dans le Tour comme dans la vie, c’est le patron. Ce goût des Français en faveur de "Poupou", c’est un attendrissement nostalgique pour la société rurale dont ils émergent en ces années de mutation rapide. (…) La grande spécialité du Normand [Anquetil] est la course contre la montre : la tyrannie des aiguilles est celle du monde industriel ; le Limousin [Poulidor], lui, est bien dans la montagne, c’est l’homme de la nature : il adapte ses journées aux mouvements saisonniers du soleil. Il éclate de santé. Les admirateurs de Poulidor savent bien qu’Anquetil est le plus fort, mais le fond de sa supériorité les glace ; ils y sentent l’artifice, la planification, la prépondérance technologiques… » (j’ajouterai : et peut-être aussi quelques substances chimiques). En d’autres termes, la perpétuelle opposition entre modernité et tradition, innovation et racines.

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Anquetil aurait pu représenter l’empire romain et Poulidor le village gaulois irréductible, si l’on se plonge dans le monde d’Astérix. C’est pourquoi sans doute Poulidor avait beaucoup de soutien populaire. Car il était un représentant de la "France d’en bas", de celle qui n’est pas écoutée.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Laurent Joffrin, dans son éditorial du 13 novembre 2019 dans "Libération", a repris ainsi ce clivage des deux coureurs cyclistes avec la sauce macronienne de notre époque : « Anquetil gagnait les courses, Poulidor gagnait les cœurs. (…) Anquetil était froid, calculateur, élégant, d’une redoutable intelligence tactique (…). Poulidor était généreux, simple, courageux, moins maîtrisé (…). Le public se reconnaissait en Poulidor, coureur glorieux mais finalement battu, comme les Français aiment à se représenter dans l’Histoire, de Vercingétorix à Napoléon. Anquetil était cérébral, ambitieux, dominateur, presque intellectuel : un coureur d’élite. Poulidor était enraciné, paysan et fier de l’être, nanti d’un fort accent régional, candide dans ses mots, modeste dans son maintien : un coureur populaire. ». En d’autres termes : « Transposons à la France d’aujourd’hui : Anquetil était maillot jaune, Poulidor gilet jaune. ».

Laurent Joffrin y a vu ainsi les clivages actuels : « Ni Anquetil ni Poulidor ne faisaient de politique. Ils sont pourtant, à soixante ans de distance, des personnages politiques, des mythes ancrés au fond de la conscience nationale. ». Mais la comparaison s’arrête là car si on voit bien Emmanuel Macron en Anquetil de la politique ("premier de cordée"), Marine Le Pen, la deuxième de l’élection présidentielle de 2017, n’a jamais eu la popularité d’un Poulidor. C’est en cela que les comparaisons restent souvent foireuses.

À cette réserve-là, c’est bien parce que c’était l’un des meilleurs représentants de l’esprit français, que la disparition de Raymond Poulidor a ému beaucoup de Français. Des Français probablement nostalgiques d’une France des terroirs, d’avant mondialisation, qu’on essaie de réhabiliter en France des territoires, d’après mondialisation. Tchao Poupou !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 novembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Raymond Poulidor.
L’exploit de Thomas Coville.
La France qui gagne.
Communion nationale et creuset républicain.
Faut-il haïr le football en 2016 ?
Les jeux olympiques de Berlin en 1936.
Les jeux olympiques de Londres en 2012.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191113-poulidor.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/sports/article/la-grande-poupoularite-de-l-219288

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/11/14/37788381.html



 

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 07:55

Après l’hommage national aux Invalides, la cérémonie religieuse à la mémoire de l’ancien Défenseur des droits a lieu à Toulouse ce mercredi 16 avril 2014.


yartiBaudis2014B03Dans la cour d’honneur des Invalides à Paris, le Président de la République François Hollande a rendu ce mardi 15 avril 2014 à 16h30 un hommage solennel de la République pour l’un des siens qui vient de disparaître, Dominique Baudis, premier Défenseur des droits depuis 2011, qui s’est éteint d’un cancer généralisé jeudi dernier.

Devant de très nombreuses personnes, simples citoyens ou personnalités éminentes de l’État, comme le Premier Ministre Manuel Valls, le Président du Sénat Jean-Pierre Bel, le Président de l’Assemblée Nationale Claude Bartolone, la plupart des ministres tels que Christiane Taubira, Aurélie Filippetti, Ségolène Neuville, de nombreux responsables de la majorité et de l’opposition tels que Jean-François Copé, Alain Juppé, François Fillon, Jean-Pierre Raffarin, François Bayrou, François Baroin, Jean-Paul Delevoye, Yves Jégo (le président par intérim de l’UDI), Jack Lang, Anne Hidalgo (la nouvelle maire de Paris), le chef de l’État a prononcé une allocution de quinze minutes pour retracer la vie de Dominique Baudis.

Comme l’expliquait Yves Jégo après la cérémonie d’une demi-heure, il est regrettable que la classe politique laisse ses arrière-pensées politiciennes au vestiaire seulement lors d’une disparition. Ce fut le cas aussi en 2010 lors de la disparition de Philippe Séguin.

Lorsque Dominique Baudis avait été nommé président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), en janvier 2001, François Hollande lui-même, en tant que premier secrétaire du Parti socialiste, avait contesté le choix de Jacques Chirac qu’il jugeait partial. Et ce mardi après-midi, le voici qui, ne cachant pas ces réticences (sans préciser d’où elles provenaient) reconnaissait clairement que Dominique Baudis, homme libre, avait toujours pris ses décisions en toute impartialité et en toute indépendance d’esprit, dans ses différentes fonctions nationales.

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C’est par ce thème de la liberté que François Hollande a insisté tout au long de sa biographie. Homme des médias, il démarra dans le journalisme en allant à Beyrouth en 1971 comme grand reporter. Il y resta jusqu’en 1976. Il filma les premiers soubresauts de la guerre civile en 1975, au point d’être blessé en octobre 1975, mais son courage lui avait cependant commandé de rester sur place encore quelques mois. Bien plus tard, sa nomination à la tête de l’Institut du monde arabe fut pour lui très précieuse car il avait gardé toute son attention pour le Proche-Orient.

À son retour du Liban, il présenta à 29 ans le journal télévisé de TF1, devenant ainsi l’une des vedettes très célèbres des médias. Malgré cette position enviable, il abandonna sa profession en 1983 pour se présenter à la mairie de Toulouse. Certes, son père Pierre avait été élu depuis 1971 mais il ne voulut pas être "le fils de", il avait une passion qu’il voulait mettre au service de Toulouse dont il dirigea la destinée de 1983 à 2001, élu et réélu trois fois, dès le premier tour.

François Hollande a cité trois réalisations majeures de Dominique Baudis à Toulouse : l’implantation du métro, la transformation des abattoirs en un centre culturel, le centre ville réservé aux piétons et il a fait de Toulouse la ville de l’Espace. Clin d’œil à Manuel Valls ? En tout cas, François Hollande a bien insisté sur la gestion raisonnable de Dominique Baudis, ayant fait de sa ville la moins endettée de France : « un gestionnaire avisé, scrupuleux, soucieux, et c’est un bon principe, de ne pas dépenser trop ».

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Le Président de la République a également abordé l’engagement politique de Dominique Baudis, se trompant légèrement sur ses toutes premières responsabilités au sein des Jeunes démocrates (et pas Jeunes démocrates sociaux) en 1971, ce qui lui a fait rencontrer François Bayrou démarrant une amitié de quarante ans : « C’est pour l’Europe qu’il s’était engagé très tôt dans la vie publique, discrètement, c’était sa méthode. ».

Mais il avait toujours refusé d’être ministre : « Dominique Baudis aurait pu faire une grande carrière politique nationale, européenne. Il en avait toutes les qualités. Il fut plusieurs fois sollicité pour entrer au gouvernement. Ici, les Premiers Ministres s’en souviennent. Mais son tempérament d’homme libre lui fit préférer Toulouse. ».

Ce n’était pourtant pas Toulouse, dont il a su aussi s’éloigner en 2001, mais surtout son besoin d’indépendance qui l’aurait sans doute mis mal à l’aise avec la solidarité gouvernementale.

Et cette indépendance, il l’a appliquée au CSA où il a poussé les chaînes de télévision à s’engager dans la télévision numérique, et en faisant cette petite révolution technologique, il a été le défenseur de la pluralité et de la gratuité, en d’autres termes, de la liberté et de la diversité d’expression.

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François Hollande, enfin, n’a pas manqué de malice envers son ancien Ministre de l’Intérieur qu’il a nommé à Matignon en rappelant que Dominique Baudis, comme Défenseur des droits, a su inaugurer cette nouvelle fonction avec force en faisant de cette institution un véritable avocat des plus faibles face aux administrations et au gouvernement. C’est grâce à lui qu’en 2012, il est interdit de placer des enfants dans les centres de rétention. Dominique Baudis a aussi bataillé contre le traitement que subissent les "Roms" (entre autres, ceci) et contre les contrôles d’identité au faciès.

Dominique Baudis a mis beaucoup d’énergie à défendre la dignité humaine, par conviction et humanisme, mais sans doute aussi parce qu’il a été victime, lui aussi, d’un traitement scandaleux et injuste, « accusé par des rumeurs ignobles » qui ont été démenties par la Justice. À cette occasion, il a été particulièrement maltraité par certains médias, en particulier un ancien journaliste du quotidien "Le Monde", et par une campagne très dure de "La Dépêche du Midi" dont le propriétaire n’est autre que Jean-Marie Baylet, président du PRG dont la ministre Sylvia Pinel est une ancienne collaboratrice très proche.

C’est en ce sens qu’en s’exprimant du côté de Dominique Baudis, François Hollande a presque montré de la schizophrénie, critiquant sa propre attitude en 2001, celle de son actuel Premier Ministre en 2012, ou encore celle de son désormais unique allié gouvernemental en 2003.

François Hollande se souvient très bien du journal de 20 heures sur TF1 du 18 mai 2003, le jour où Dominique Baudis faisait état des rumeurs contre lui et voulait les combattre, car il était, lui aussi, sur le plateau de télévision, invité au même journal. Il a vu l’ancien maire de Toulouse lutter et suer pour couper court cette infâme campagne de presse.

Dans mon précédent article, j’avais proposé une analogie entre Dominique Baudis et Philippe Séguin. Elle l’était jusque dans leur ambition d’atteindre le perchoir en avril 1993 : les deux hommes s’étaient présentés l’un contre l’autre pour la Présidence de l’Assemblée Nationale, l’un au nom de l’UDF, l’autre du RPR, et Dominique Baudis ayant recueilli moins de voix avait alors sportivement soutenu Philippe Séguin.

On pourrait aussi faire une analogie avec Maurice Faure, qui a disparu récemment, le 6 mars 2014, lui aussi avait eu un grand potentiel, « toutes les qualités » pour faire « une grande carrière nationale, européenne ».

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Le 15 avril 2014 sur LCP, le journaliste Denis Jeambar expliquait que Dominique Baudis a toujours fait des choix tranchés dans sa vie, passage du journalisme à la politique, de la politique à des postes où il défendait avant tout la dignité humaine. En somme, il avait choisi sa vie complètement.

Le 10 avril 2014 sur iTélé, le journaliste Joseph Macé-Scaron, qui connaissait bien Dominique Baudis pour avoir eu le même engagement politique dans sa jeunesse, le décrivait comme l’aurait fait un de ses philosophes fétiches, Étienne Borne, à savoir qu’il était un modéré fermement.

Des choix tranchés, une modération ferme, il était cela, Dominique Baudis, centriste et passionnément engagé pour l’Europe dont ce fut le seul combat national en 1994 (Jean-Pierre Raffarin en était son directeur de campagne) et son dernier combat électoral, en 2009, avec des scores enviables.

Que les principales personnalités de l’actuelle majorité lui rendent hommage aujourd’hui pourrait sans doute être sa dernière fierté après l’isolement qu’il a subi durant sa dure épreuve d’il y a une dizaine d’années, et après une lutte acharnée contre la maladie qu’il a menée de façon très discrète depuis des mois.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 avril 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dominique Baudis, homme localement d'État (10 avril 2014).
Dominique Baudis, bientôt premier Défenseur des Droits (4 juin 2011).
Dominique Baudis, ex-jeune loup de la politique française (15 juin 2011).
La rumeur dans le milieu politique.
Les Rénovateurs (1).
Les Rénovateurs (2).
La famille centriste.
François Bayrou.
Jean-Louis Borloo.
Philippe Séguin.
Bernard Stasi.

yartiBaudis2014B08


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/consensus-republicain-autour-de-150758


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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 00:35

Né le 14 février 1919 au Vietnam, Philippe Dechartre fit ses études au lycée Louis-le-Grand puis à la faculté de droit de Paris. Il s'engagea dans la Résistance et a été nommé délégué général des prisonniers et déportés de guerre en 1944 auprès du gouvernement provisoire. Proche des radicaux, il a voulu créer une aile gauche au gaullisme en initiant quelques mouvements gaullistes. Ce fut à ce titre qu'il fut nommé Secrétaire d'État dans trois gouvernements : à l'Équipement et au Logement du 31 mai 1968 au 20 juin 1969 puis au Travail et à l'Emploi du 20 juin 1969 au 15 mai 1972. Il fut élu député de Charente-Maritime en juin 1968. Il avait soutenu François Mitterrand en 1981. Doyen du Conseil Économique et Social dont il fut membre de 1994 à 2010, il s'est éteint à l'hôpital Georges-Pompidou à Paris le lundi 7 avril 2014 à l'âge de 95 ans.

SR



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Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


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